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Full text of "Bulletin de la Société de Géographie"

BULLETIN 



DE LA 



SOCIETE DE GEOGRAPHIE. 



tluatrieBBte S^ri«?. 



TOME I 



mi\I MISSION CENTRALE. 



COMP'OSITION DU BUREAU. 

(Election du 4 Janvier i85i.) 

President. M. Jomard. 

Vice-Presidents. MM. d'Avbzac et Isambert. 
Secretaire general. M. »B LA Roqiette. 

Section de Correspondance. 
MM. A. d'Abbadie. MM. Meissas. 



Rajot. 




C. Moieau. 


Callier. 




Noel -De* vergers. 


Coehelet. 




D'Orbigiiy. 


Guigniaut, 




Poulaiu de Rossay. 


Lafond. 




Texier. 


Lebas. 






Section de Publi 


cation. 


MM. Alberl-Montemont. 


MM. 


A. Maury. 


C»rtambert. 




de Santarem. 


Dussieux. 




Sedillot. 


de Froberville. 




Teruaux-Compans. 


Gay. 




Vivien de Saint-Martin. 


Imbert des Mottelettes. 




Walrkenaer. 



Section de Comptabilite. 

MM. Le rolonel Coraboeuf. MM. Jacobs. 

Daussy. de Lovenstern. 

EJ. de Rrimont. Tboinassy. 

Coniile charge de la redaction et de la publication du Bulletin. 

MM. de la R' qnt-tt.', STretaire g'-neral MM. Daussy. 
d.- l.i Comm'-sion centtale, re- Sedillot. 

dactiiii en chef. de Froberville. 

Alfred Maury, secretaire adjoint. 



M. Meigoeo, notaire, tresorier de la Societe, rue Saint-Honore , 379. 

M. Noin.t, agent general et bibliolbecaire de la Societe. rue de flTuiver 
tits, a3. 



LISTE DES RECOMPENSES 
DECERNEES PAR LA SOCIETE DE GEOGRAPIliE 

DEPUIS SON ORJGINF. 
I. RECOMPENSES D1VERSE5. 



NOMS 

des 
LAI'HEATS. 



1823 



1 825 j 



1R2G , 

1827 I 
/ 

1828 < 

\ 
182!) ' 

1830 

1831 

el 

1852 

1854 



OBJET DES PRIX 
et 

DES MEDAILLES. 



MOMTANT 

dej 

PG1X 

nil des 

MEDAIELES. 



Bruguioro De l;i iliieclion des chalries de mon- 

Ingnes de l'Eurupe et de icnrs »ami 
fitalidns 

CMsen } Remarques sur In connexion d,cs hau- \ 

Bredsdopff. j tears de I'Enrope t 

Pacini i Voyage dans la Cyre'nai'que I 

Bruguiure | Orographic de f'Europe | 

Perrat. . • • • • • . ) llincraire de Paris an Havre (prix par- ] 



Vaysse de Villiers .) laqe' 1 



Marc Jodnt . 

Marc Jodot , 
Lepcudry. 



l.'abbc Manet. . . 

Fabre 

Rene C.iillic. . . . 

Lepeudry 

Capilaine Dupaix. 

D'llombres-Firmas. 

Rafincsque .... 



Description ct nivellcmcnt de la valle'e i 

de la Wcnse ) 

Nivcllcment de la valle'e de I'Oise. . . | 
Memoire sur la riviere el la valle'e de j 

la Somme { 

De Petal nncien et de 1'e'lat aclnel de ) 

la baiedu mont Saint-Michel. . . . ( 
Essai sur la description du bassin du \ 

Cher i 

Journal d'un voyage a Tembnuclou ct I 

a' Jenne I 

Memoire sur la vallee de 1'Aisne et ( 

nivellemeut de celte riviere * 



GOO fr. 

eoo 

nooo 
1 soo 

501) 

soo 

100 
100 
100 

400 

100 

000 

100 



Description des monuments de Pa- \ „, , 
Ienque jMcnt. honor 

Nivellemcnl baiometrique des Ce'- ) „ 

venues .... j nle " 1 - honor. 

Supple'menl a ce memoire | 1 00 fr. 

Memoire sur l'origine des ncgres as'ia. » 

liques ( ""' 

Marc Jodot i Nivellemcut de la Vesle. ....'..' | 100 



II. 1T.IX ANNUEL 
I . l. \ HKCOUVERTE L\ PLUS IMPORTANTE EM GEOGRAPHIE. 



*OMS DES LAUREATS. 



1831 

I83i 

1 333 
el 



1835 



1836 



1837 
1838 

is".: i 
1810 



1827 
1848 
1829 

1830 



Capit. John Franklin. 

u.nic CatUie 

Mi; ii Laing 

Capitaine Graah . . . 



M ..ii ill.- . 



-, j Capitaine John Ross. 

'. 1 1 ipilaine Biscoe . . . 
Alcide d'Orbigujs. . . 

83J ' AIm. Bumes 



, Arthur Cunolly. . 

' Capitaine CoIHer. 

Colonel Galiudo . 



Baradere . 



1833 



Lord ICiiigsborough.. 



Waldeck. 

^Curroy . . 



1835 

is'.i; 
1837 



1841 

IM- 
tsr 
Is. I 



Capitaine Back. . . . 
Dub. tie Montpereux. 



Ch. Toner 

Combes <-t Tamisier . 

Colonel Galindo . . . 

C. amiral d'Urville. . 



I Colonel Codazzi . . 

/ Dea*e et Simpson . 

1839 Schoroburgk .... 

V Ant. d'Ahhadie. . . 
1810 ! Capit. J. Clarke Ross. 



nimaire de Hell. 



(, 

I D'Aiuaud 



184 
1840 

I HIT 

1851 



, u . , ' llaude »».iv. ... 

t r errel el Galiuier 

D.ocleurRek#. . . 

t L ifehvre . 



OBJKT DU VOYAGE. 



MOIST A NT 

deft 

PRIX 

ou des 

MEDAILLES. 



.u,, i Docleur Leichardt. . 
IOW i Rochet d'Hericourt. . 



IHi7 



Autuiiie d'A Uli.nl ie >'i 
\i ti.ii i d'Abbadie . . 
Capitaine Lyucb. . . 



Voyage uux ten es polaires. . 
Voyage a Tembouctou. . . . 

Vuyage a la cole orientate du 
i > i i it'll l.i 'el 

Voyage uu Congo et (hi us 1'A- 
fricjue e'quinuxiale 

Decouvcrles dans lea mers 
polaires 

Voyage bus mers untarctiq. , 

Voyages dans I'Ame'rique me- 
ridi >uale 

Voyage sur Pludus et a Buu- 
khura 

Voyage au nord de l'lnde. . 

v., ages en Orient ' 

Voyages a Pulenque el autres 
lieux de 1'Ainerique ceutr. 

Pour I'ouvrage : Sur les an* 
tiquite's mexicaines . . . 

Pom - I'ouvrage intitule : An- 
tifjuies of Mexico 

Pour sesdessius de Palenque. 

Pour ses communications sur 
Palenque' 

Voyage dans les regions arct.. 

Voyage daus les regions du 
Caucase 

Voyage daus PAsie Miueure. I 

Voyage en Abvssiuie ; 

Me mo ire sur la geographic 
de PAme'rique centrale . . 
DeVouverte des terres Louis- 
Philippe et Ade'Iie 

Histoire et geographie de Ve- 
nezuela 

pe'couverles duns les mers 

oxctiques 

Explorations dans la Guyane 

anglaise 

Voyages eu Ahysstnie . . . . 
Decouvertes dans les mors 

diitar cliques 

Voyage a la mer 
Caspicnnc. . . . 

Voyage uux sour- 
ces du Nil Blanc. 

Voyages ;iu Chili. . 
■ eu Abyss. 

Voyage en Abyss.. ) 
Voyageen Austral. ( Prix 
Voyage an Choa. . i partage 

Voyage en Abyssinie. . . . 



Prix 
partage*. 

j Prix 

) partage. 
Voyage en Abvss.. J Prix 
partage'. 



1848 j P. rrc'maui 

Frauds de Casteluau, 

i 



1 0110 fr. 

900 

500 

500 

I 000 

1 IIDO 
Med. de bronze. 

1 000 fr. 

Med. d'argent. 

Med.de bronze. 

1 000 fr . 

Med. d'argent. 

Med. d'argent. 

Med. d'argent. 
Med. de bi ouzo . 

Sled, de bronze. 
I 000 fr. 

1 01)0 
Me'd. d'argent. 
Med. uy'ergonl . 

Med. d'arge nt. 

j 1 000 fr. 

' M d. d'argent. 

iMed. d'argent. 
Med. d'argent. 
Med. d'argeul. 

1 000 fr. 

| 500 

( son 
l sou 

\ 500 

j 500 

( 500 

( 500 

\ 500 

J 1 000 



■ a la mer Moile et au 
Jourdaiii 

Vnj ige .>>i S Ian oi ieutal. . 

\ uyage dans les parlies con- 
liales de I'Amerit]. du Sud. 



| Med. d'argent, 
i Me'd. d'argeul. 

Med. d'argent, 



HI. PRIX D'ORLfcANS 
POUR LA DECOUVEKTE LA PLUS UTILE A L'AGRICULTURE , 

a l'industrie ou a l'iiumanitS. 



1841 



1843 



184G 



NGMS 

des 

LAUREATS. 



Perrutet. 



De Morineuu 
Hellert . . . 



MOTIF DE LA RECOMPENSE. 



Pour ses importations duos les colonies 
franchises et pour ses utiles recliei- 
clie> butuuiques dans les hides orien- 
tals 

Pour sou importation en France de la 

vannerie indleuue 

Pour l'importatiou de plaules anlive- 
ne'ueuses et la decouverle il'uu cu- 
quilluge fouruissaut uue belle cou- 
leur pourpre 

Itier | Pouri 1 ill) porta lion de planles textiles, 

Scrapkiii Lallier . . Pour L'importaliuu de plaules autive- 
nenenses. . 

Rochet d'He'ricourt . Pour ['importation d'uue pUnte qui a 
la proprie'te d'expulser le tenia ou 
ver sutitnirc 

Hedde ( Pour ses lei llei dies sill 1'industrie se- 

ricule el les soieries en Chine. . . . 

Ilaussemanii :Pour ses rechercbes sur 1'industrie du 

tnenie pays concernant les eludes de 

colon 

Pom ses recheiches sur 1'industrie iu- 
dienue ayaut rappoi t a la fabrication 

des articles de luxe 

Pour ses recheiches sur I'indnstris in - 
dienne dans la preparation et la coll- 
t'ecliou de* laines 



MONTA.NT 

dtl 

PRIX. 



1847/ Renard 



Kondot 



Ment. huuor, 
Med. d'arg. 



ftle'dailles 
d'eucourae. 



Medaillen 

d'encourag. 



BULLETIN 



DK LA 



r r 



SOCIETE DE GEOGRAPHIE 



M. DE LA KOQUETTE 

SECRETAIRE GENERAL DE LA COMMISSION CENTRALE 
R^da clour en chef 



QUATRlfcME SERIE. — TOME PREMIER 



ANNfiE 1851 



.IANVIER — JUIN 




PARIS, 
CHEZ ARTHUS-BERTRAM>, 

L1BRAIRE DE LA SOCuSte" DE G]£ OG R A. P HIE , 

RUE HAUrEFEUILT.E, K° 2 3. 



1851. 



BUREAU DE LA SOCIETE. 

(Elections du 21 decembre 1849.) 



President. 
Vice-Presidents. 
Scrtitatenrs. 
Secretaire. 



M. Dumas, ministrc de 1'agricullure et du commerct. 

MM. ISAMBERT et TeRNAUX-CoMI-ANS. 

MM. Albert-Montemont et Sedillot. 

M. Je FrOBERVILLK. 



Lisle des Presidents honoraires de la Societe depttis son origins. 



MM. 

De Latlacs. 

De Pastoret. 

De Chateaubriand. 

Chabrol de Volvic. 

Becquey. 

Alex, de Humboldt. 

Chabrol de Cruusoi.. 

CuvlER. 

Hyde de Neuville . 
De Doudeauvii.i.e. 



MM. 
J.-B. Eyries. 
L'amiral de Riony. 

DuMONT d'UrVII.LE. 

Decazes. 

De MONTALIVET. 

De Barante. 

Le general Pelrt. 

Guizot. 

De Salyandy. 

TuNNIER. 



MM. 

De Las Cases. 
Villemain. 

CuNIN GRIDAIIfE. 

L'amiral Roussin. 

L'amiral de Mackau. 

Le vice-amir;il Halgan. 

Walckenaer. 

Mole. 

Jomard. 



Correspondants etrangers dans I'ordre de leur nomination. 



MM. 
H. S. Tanner, a Philadelphia 
W. Woodbridge, a Boston. 
Le ll-rol. Howard Sabine, a Londres. 



MM. 

Le doeteur Kriegk, a Francluit. 

Adolphe Krman, a Berlin. 

Le doeteur Wap-i-aus , a Goettingue. 



Le colonel Poinsett, a Georgetown , Le colonel Jackson , a Londres 



Caroline meridionale. 
Le doeteur Reinganum, a Berlin. 
Le doeteur Richardson, a Londres. 
Le professeur R.\fn, a Cnpeuliague. 
Ainsworth, a Edimhourg. 
Le colonel Long, a Louisville. Ky. 
Le capitaine Maconochie, a Sydney. 
Le conseiller de Macedo, a Lishonne. 



Le prince de G * litzin , a St-Petersbourg . 

Ferdinand de Luca, a Naples. 

Le doeteur Ludde, a Magdebourg. 

Le doeteur Barufpi, a Turin. 

Le general Semino, a Teheran. 

Le lieut.-col. Fr. Coei.lo, a Madrid. 

Le professeur Mdsch, a Chrisliania. 

Le gen. Albert de la Marmora, a Turin. 



Le professeur Karl Ritter, a Berlin. Fulgeuce Fresnel, a Mossoul. 
Le cap. John Washington, a Londres. Ch. Schefer, a Constantinople. 
P. de Angelis , a Buenos-Ayres. 

Correspondants perpetuels dans I'ordre de leur nomination. 



MM. 

Le capit. sir J. Franklin, a Londres. 
Le capitaine Graas, a Copeuhague. 
L« ctpitame sir Joan Ross, a Londres. 



MM. 
Le capitaine G. Back. 
Le capit. James Clark Ross, a Londres. 
Le doeteur Leichardt. 

PABI5. — IUPIUMLKIK bE L. MAW MM t 
n* MlfO«a, 3. 



BULLETIN 



I)B ti 



SOCIETE DE GEOGRAPHIE. 



JANVIER 



1851. 



AU LECTEUR. 



Nous commencons, avec l'annee 1851, une nouvelle 
serie du Bulletin de la Societe de geographic 

En me chargeant de la direction generate de ce 
recueil, et en m'autorisant a choisir xnes collabora- 
teurs (1), la Commission centiale m'a donne un temoi- 
gnage de confiance dont je suis on ne peut plus recon- 
naissant, et que je m'eflbrcerai de justifier par mon 

zMe. 

Quelques changements seront apportes a la forme 
du journal , qui comprendra cinq divisions : 

1° Memoires, notices, documents originaux, etc.; 

2° Analyses, extraits d'ouvrages, etc.; 

3° Nouvelles geographiques ; 

4° Actes de la Societe, proces-verbaux cles seances 

(i) Ces collaboraieurs sont : 

MM. Alfred Maury, secretaire adjoint ; 
Daussy ; 
Sedillot; 
Je Froberville. 



(6) 
de Ja Commission centrale et des assemblies gene- 
rales, indication des ouvrages offerls, etc.; 

5° Bibliograpliie geograpliique : elle fera connaitre 
tous les trois mois, dans un ordre m^tbodique, les 
principaux ouvrages geograpbiques , cartes, etc., qui 
auront paru en France pendant le cours de chaque 
trimestre, et, autant que possible, dans les differentes 
parties du globe. 

Si les ressources de la Sociele" le permettent, si le 
concours eclaire de ses membres soutient nos con- 
stants efforts, nous agrandirons le cadre de ce Bul- 
letin et nous l'accompagnerons frequemrnent de cartes 
pr^sentant l'etat des dernieres decouvertes geograpbi- 
ques et les points determines d'une maniere positive. 

Le secretaire general de la Commission centrale, 
ridacteur en chef du bulletin, 

De la Roquette. 



(7 ) 

Ifemoires, 
Notices, Documents origluuuv. 



VOYAGE EN CHINE 

DE 

THEODORE ISAKOVITCH BAIKOFF, 

CHARGE PAR LE TSAR ALEXIS 
MIKHAILOVITCH DE SE RENDRE EN AMBASSADE A PEKIN EN 1654 ; 

REDIGE , 

d'aPRES LA RELATION ORIGIISALE DE l'epoqvje en langvje russe. 

Par M. le prince EMMANUEL GAL1TZIN, 

Membre correspondant de la Societe. 



Depart <le Toliolsk ; le fosse dit tie Yermak. Baikoff et sa suite suivenl 
le Lord de l'Irtiche. Afflumts de cette riviere. Ablai'-Tai'cha; recep- 
tion que ce pcrsonnage f.iit ii Baikoff. Pagodei en construction. 
Itine'raire a pariirde la frontiere chinoise. Mongols; lac sale; ar- 
rivee dans la premiere vdle chinoise; difficulte's essuyees de la part 
des autorites. La ville de Kapka; sa situation. Expres envoye a 
Pekin , grande muraille. Particularity piopres aux villes chinoise*. 
Arrivee a Pekin; grandes pagodes; deputation chinoise; ses exi- 
gences; resistance de Baik >ff. Aspect de Pekin; logement assigne 
a l'ambassade : Baikoff recoit la visite de commissaires depecbes 
par le tribunal imperial; quel etait leur but; remise des presents 
auxdils commissaires. Cinq mois se passent sans reponse. Nouvelle 
visite des commissaires chinois; Baikoff refuse de souscrire aux 
conditions qu'on lui fait; il quitte Pekin. Con-igne severe donnee 
aux soldats de I'escorte. Details sur Pekin; marchandise? que Ton 
y debile. Details historiques; details de mceurs; costumes, aliments, 
honneurs rendus aux mandarins Amhassadeurs holl unlais a Pi kin ; 
poini d'ioterprete. Halle dans le voisinage de la ville de Kapka; 
expres envoye dans la capitate, pour taeher de renouer les rela- 
tions; arrivee dun courrier chinois; il dresse proces-vi rbal des 
dires de Baikoff. Le courrier repart pour Pekin; il vienl derechef 
trouvei Baikoff; refus definiiif d'admeitie celui-ci en presence de 
I'etnpereur; motif allegue. Retour • Tobolsk. 



( 8) 

DE TOBOLSK A LA FHONTIERE CHISOISE. 

Conformeuient aux ordres du tsar et grand-prince (1) 
Alexis Mikhailovitch, Theodore Isakovitch Baikoff (2) 
partit de Tobolsk, pour se rendre en Chine, charge 
d'y remplir une mission. II employa trois jours pour 
gagner le ravin connu sous le nom de fosse de Yer- 
mak (3), qui se trouve situe du cole droit de lTrtiche. 

(i) Suivant quelques uns, ce fat Oleg, tuteur d'fgor, qui prit le 
premier le titie de grand -prince en 879; d'autres disent que e'est 
fiurik qui, lorgqu'il transporta sa residence de Starai'a-Ladoga a Nov- 
gorod, etablit dans les autres villes des gouverneurs revetus du ritre 
de princes, et, pour se distingucr deux, prit lui-meme celui de 
grand-prince. Quoi qu'il en soil, ce litre s'est conserve jusque dans 
le xvi* siecle; car, quoique Alexis Comnene, dans une lettre ecrite 
au grand prince de Kieff, Vladimir II, lui donnat le litre de tsar 
( Ba<r:).iu; ), Vladimir ne le porta jamais. Le grand-prince Basilc Iva- 
novitch ne se fit appeler tsar que dans les dernieres annees de son 
regne. Mais son fils, Jean Vasilievitch le Terrible, s'etant fait cou- 
ronner en 1 547 ( ' e 16 Janvier), au moment de marcher a la conquete 
de Kaznn, pour y miner la puissance des Tartares, prit solennelle- 
ment le litre de tsar, qui est synonyme de monarque. 

(a) Theodore Baikoff, Cosaque revetu du litre de fits de boyard </« 
L-. villc de Tobolsk, « Son voyage en Chine, » observe M. Spasky, qu l 
re'digeail en 1820 tin excellent recueil destine a faire connailre la 
Russie asiatique, « est principalement interessant , en ce qu'il decrit 
» les frontieres meridiouales de la Siberie a I'epoque oit y erraient les 
» Kalmoukes nomades, chasses depuis lors par les Mongols et les Kir- 
n gbises : en outre, cette relation fournit des donnees sur une partie 
1 de la Chine qui, meine actucllement, est peu connue en Europe. » 
Deux ecrivains franeais, Levesque en 1782 et Leclerc en 1784, ont 
parle du voyage de Baikoff en Chine. La suite de l'ambassadeur, 
jointe aux marchands russes et boukhares qui I'accompognaient, for- 
mait, au dire de Fischer, un total dc cent individus. 

<) Ce fosse, autrefois lempli d'eau, est actuellement presque a 



( 9) 

Du fosse de Yermak, il y a une demi-journee de 
marche jusqu'a la riviere Vaga, et ladite riviere coule 
du cote droit; pres de son embouchure sont disposees 
des yourtes ( lentes en feutre), habitees par des Tar- 
tares de Tobolsk, liberes du service. De la riviere Vaga, 
on compte cinq journees de route jusqu'a l'oslrog 
(forleresse en bois) inferieur de Kaourdatsk, lequel 
est situe au bord de l'lrtiche, du cote gauche en re- 
montant la riviere : il est habile par des Tartares sou- 
mis au payement du yasak (impot en pelleteries), et 
allanl fake le service a Tara, pour garantir cette ville 
des attaques des Ralmoukes. 

De l'ostrog de Kaourdansk, en remontant l'lrtiche, 
il faut voyager pendant deux jours pour gagner le petit 
ostrog de Tebindinsk : ce fortin est place au bord du 

sec et comple'tement envahi par de 1'herbe et des jets de saule. II a 
5 sagenes en largeur sur 3 de prof'ondeur; sa longueur est de 3 verstes 
a partir d'un lac jusqu'a l'lrtiche. M. Spasky, deja cite, fait observer 
que rien ne demontre que ce soit la 1'ouvrage du conque'rant de la 
Siberie. Suivant ce savant, ce canal aurait recu le nom de Yermak, 
parce que ce Cosaque aurait perdu la vie sur ses bords : a 1'appui 
de cette opinion, il cite an ancien manuscrit, depose entre ses 
mains. Voici dans quels termes le chroniqueur s'exprime : « Les 
"Cosaques, se sentant excessivement las, apres une marche pro- 
>■ longee qui les avait conduits au bord du canal, y e'tablirent le bi- 
>i vouac. Or Yermak dormait dans sa tente, entoure de ses plus fideles 
« soldats; vers I'heure de minuit, et tandis que tons reposaient, les 
» infames Tartares, qui se tenaient aux aguets, fondirent surle camp 
» et passerent tout le monde au HI de Tepee : tin seul soldat parvint 
» a s'echapper; quant au hrave Yermak, il demeura au nombre des 
•> morts! » M. Spasky observe en outre que Yermak, se trouvant con- 
tinuellement aux prises avec les populalions qu'il venait soumettre, 
n aurait point pu etitreprendre les vastes travaux de terrassement , 
dune utilite contestable, qu« beaucoup de personne* lui patent. 



( 10 ) 

Heme. <lu rote droit; il est habite par un cinquante- 
nior, avec dix strelitz, charges de le defendre contre 
les Kalmoukes. 

I). I'ostrog de Tebendinsk, en remontant l'lrtiche, 
et jusqu'a l'lcliime, (in compte deux journees de 
marcbe, A I 'embouchure de l'lcliime se trouve un pot il 
ostrog : celte riviere se jelle dans l'lrtiche, du cote 
droit. Le fort est garde" par des Tartares de Tara, 
soumis au rasak, qui sont commandes par un fils de 
boyatd de la susdite ville : le commandant a, en outre, 
sous ses ordres, vingt soldats russes, pris a Tara, pour 
renforcer la garnison, afin de la mettre a 1'abri des 
attaques des Kalmoukes. 

De l'lcliime, en remontant l'lrtiche, jusqu'a la ri- 
viere Mouia, on emploio cinq journees de marche. 
Cetle ri\iere se jette dans le fleuve du cote gauche, 
pour qui le remonte. 

Et de la riviere Mouia, en remontant l'lrtiche, pour 

-ncr la ville de Tara, il faut voyager pendant deux 
semaines. Ladite ville est eloignee d'une demi-verste 
de l'lrtiche; a cote, coule la petite riviere d'Arkarka. 
Theodore Baikoff arriva a Tara le 27 juillet. II dut 
y sojourner deux semaines durant a attendre que 
Ton eut reuni des chariots. Le depart eut lieu le 
10 aout. 

De la ville de Tara jusqu'a l'embouchure de la ri- 
viere de ce nom, on compte deux journees de chemin : 
ladite riviere debouche dans le fleuve du cole gauche 
en le remontant. Pres de son embouchure habitent des 
Tartares soumis au jasak, qui acquillent l'impot dans 
la ville. Plus avant, sur les bonis de la Tara, on dit 
quil exists trois petites t'orteresses, on des soldats 



( 11 ) 

i'oumis par la ville tiennent garnison, dans le but de 
la garantir des Kalrnoukes. 

De 1'embouchure de la Tara jusqu'a la riviere Ka- 
michlova, en remontant l'lrlicbe, on compte douze 
jours de route : ladite riviere s'y jette du cote droit. 
De son embouchure, pour gagner la riviere Oina, on 
emploie une journee de chemin : celle-ci se jette dans 
l'lrliche du cote gauche. Pres de son embouchure vi- 
vent des pecheurs venus de la ville de Tara. 

De 1'embouchure de la riviere Oma jusqu'a la petite 
riviere d'Atchaer, on emploie deux journees de route : 
elle debouc he dans le fleuve du cote droit. De son em- 
bouchure j usqu'a la riviere Atmase, la distance est de 
quatre journees de marche; elle debouche dans l'lr- 
tiche du cote gauche. 

De 1'embouchure de 1'Atmase, pour gagner la petite 
riviere' de Karatoune, on emploie trois journees de 
marche : elle se jette dans le fleuve du cote droit. 

De 1'embouchure du Karatoune jusqu'a la petite 
riviere de Chikhai-Boulalave, en remontant toujours 
l'lrlicbe, on compte quatre journees de chemin : ce 
cours d'eau le rejoint du cote gauche. 

Et de 1'embouchure du Chikhai-Boutalave , pour 
arriver a la petite riviere de Toulka, il faut marcher 
pendant deux jours : elle se jette, du cote droit, dans 
l'lrtiche. 

De 1'embouchure de la Toulka jusqu'a la petite ri- 
viere d'Alatch, on emploie deux journees de route : 
elle debouche dans le fleuve du cote droit. De son 
embouchure jusqu'aux Belie -Vodi ( les eaux blan- 
ches), il faut voyager durant une semaine enliere. 



( 12 ) 

Des Belie-\odi jusqu'au lac sale de Yauiicheff, on 
cornptc trois journees de marche. 

Theodore Isakovitch Baikoff arriva aux Belie -Vodi, 
en bateau, le 17 septembre de l'annee 163 (pour 
7163 (1), c'est-a-dire en 1655). Faute de chariots 
pour continuer son voyage, il dut y sojourner pendant 
qualre semaines. II en partit le 8 octobre, emmenant 
avec lui les objets de prix destines a la cour de Pekin, 
pour se rendre aupres d'Ablai -Talcha. 

Pour se rendre des Belie -Vodi a Khaban-Gousane , 
il l'aut demeurer trois jours en l'oute : il y existe une 
mosquee kalmouke (2), qui est construite en briques 
cuites. 

De Khaban-Gousane jusqu'a Dolon - Karagai, on 
compte deux journees de marche : de ce dernier en- 
droit, pour gagner la petite riviere d'Enkouli, il faut 
voyager pendant un jour. Ladite riviere prcnd sa source 
dans une montagne rocheuse. De la, en continuant a 
suivre l'lrtiche en amont, on met trois jours pour ga- 
gner la lamaserie. La, reside un lama kalmouke, avec 
ses aides. II habile au bord de l'lrtiche, du cole gauche. 
A cole sont deux pagodes fort grandes, baties en bri- 

(i) Voyez I. XIII du Bulletin, p. 6, en note. 

(i) Le savant M. Sp.isky fail observer que le voyngeur Baikoff 
donnc a ret edifice le nom de metchete ( mosquee), parce que ce 
mot, a I'epoque oil il vivait, etait pris dans une acception generate, et 
servait a designer un edilice consacie a un nulte etranger a la foi chre'- 
tieime. L'edlfice en question, acluellement detruit, etait considere par 
les uns cuinme une simple tour de defense; par les aulrcs, comme 
une pagode : cette derniere opinion parait ^trc plus vraisemblable 
que la premiere, attendu que les Kalmoukes donnaient a 1'edifice le 
nom de Djaiine-Obo, ce qui, dans leur langue, signine lien consacie' a 
la priire. 



(13 ) 

ques ouiles (1). Quant aux maisonnettes habitees par 
les pretres, elles sont en terre glaise. Le lama fait cul- 
tiver par des Boukhares les champs dont il a l'usufruit, 
et les recoltes en orge et froment sont ordinairement 
abondantes. 

De Dolon-Karagai jusqu'a la lamaserie , du cote 
gauche du fleuve (en le remontant, c'est-a-dire sur la 
rive droite), s'etend une grande foret de pins, tandis 
que le cote droit de l'lrtiche est borde par de vastes 
prairies attenantes a la steppe : en dehors de ces prai- 
ries croissent des peupliers unis an boursault. 

A partir de la lamaserie, en traversant le steppe, il 
y a six jours de marche jusqu'aux montagnes : il faul 
voyager pendant tout ce temps dans un steppe desert, 
sans forets ni eaux. II n'y a point non plus dans cet 
espace d'oulouses, ou villages kalmoukes. 

Deux jours furent employes a traverser les mon- 
tagnes, puis on retrouva encore un steppe nu. Les 
montagnes susdites sont habitees par des Kalmoukes, 
reparlis dans plusieurs ou/ouses, ainsi que par des no- 
mades obeissant a Abiai -Taicha. On y voit croitre, 

(l) Les deux pagodes signalees par l'auteur semblent devoir appar- 
tenir, suivant I'opinion de M. Spasky, aux sept pagodes, bien connues, 
dont il ne reste plus que les ruines : ainsi done les cinq autres auraient 
ete edifiees posterieurement an voyage de Bai'koff : beaucoup de livres, 
appartenant au culte boudhique, y ont ete decouverts dans le temps. 
La forteresse elevee dans les environs, en 1718, a recu pour cette 
raison le norn de Simipalatndia-Krepost (le fort des sept temples) : 
elle est eloignee de i3 verstes de ces edifices ruines. Un pen au dessus 
est la forteresse d'Oust-Kamenogorskaia : celle-ci est appelee ainsi 
parce que l'lrtiche, avec une extreme violence, y coule enlre de- 10- 
chers ; Kamt-ne signifiant plerre, et qora signifiant montaqne. 



H ) 

urn lea rocb re, bon nombre de bouieaux et d< 
trembles. 

Apres avoir passe les monlagnes , il fallut \o\ 
pendant une seniaine entiere a travers le steppe, pour 
arriver dans l'endroit 011 sont ^tablis les Boukbares 
cultivateurs d'Ablai-Taicba. La errent des Kalmoukes, 
qui egalement vivent dans sa dependance. Tbeodore 
Isakovitcb arriva cbez lesdits Boukbares d'Ablai le 
•22 novembre de l'annee 163 (7163). 

Des elablisseraenis des Boukbares cultivateurs jus- 
qu'a la residence d'Ablai-Taicba, il y a une journee 
de marcbe. Les babilalions de ces Boukbares sont en 
terre glaise; ils cultivent le millet, le froment, l'orge, 
et sement des pois. Leur ricbesse principale consiste 
en une grande quantite de betail de diflerentes es- 
peces. 

Ablai-Taicba ordonna que Ton etablit Tbeodore 
BaikofF et ceux qui l'accom;>agnaient sur ses terres, et 
il lui assigna pour habitation plusieurs maisonnettes, 
construites en terre glaise. Ensuite il lui fit delivrer 
30 kops (1) d'orge et de froment et 5 hops de farine de 
froment. A travers les cbamps environnanls coule la 
petite riviere de Karbougba : elle prend sa source dans 
une montagne rocbeuse, pour deboucber dans l'lr- 

i ; Kop est le nom que l'on donne, meme dans certaines provinces 
de la Russie, a ties excroissances arrondies qui naissent sur le tronc 
des bouieaux ; et ce nieine mot est ensuite employe pom designer i >i - 
taincs ecuelles, fabriquees avec lesdites exeroissances : e'est de ces 
ecuelles, tonjours faconnees sur le meme modele, que lea Kalmoukes 
font usage pour le oiesurage des grains; tar ces noniades les venduit 
a la oicsure. et jamais au poids. 



( *5 ) 
tiche, du cMe droit : les moulins que cette riviere met 
en mouvement ne fonctionnent qu'au prinlemps. 

Le 27 du meme mois, Ablai envoya son frere, Bada- 
Taicha, vers Theodore lsakovitch, pour examiner les 
presents que l'ambassadeur lui apportait de la part de 
S. M. le tsar. 

Theodore Baikoff quitta son habitation le 17 Janvier, 
pour se rendre dans Toulouse d' Ablai -Taicha, a l'effet 
de lui remettre lesdits presents; il y arriva le meme 
jour. Toutefois la remise des presents n'eut lieu que le 
28 du mois, a la suite de quoi l'envoye clu tsar passa 
encore deux autres jours dans Vou/ouse. II le quitta le 
30 du mois, et s'en retourna babiter parmi les Bou- 
khares cultivateurs. Theodore lsakovitch y demeura 
sans bouger pendant tout l'hiver, et n'en repartit que 
le 3 avril, accompagne par Ablai -Taicha en personne. 

Apres un trajet de neuf jours, les voyageurs arrive- 
rent au bord de la petite riviere de Tsoumou-Doune; 
ce tut le J 2 avril. Cette riviere descend de montagnes 
rocheuses, et tombe dans l'lrtiche du cote droit, lis 
demeurerent trois semaines en ce lieu, et en reparti- 
rent vers la fin du mois. 

De la riviere Tsoumou-Doune jusqu'a la petite ri- 
viere de Tchotchouliak, il y a une journee de roule. 
Cette riviere, qui sort d'un rocher et a son embou- 
chure dans l'lrtiche, est garnie sur ses bords de bou- 
quets de saule. 

Du Tchotchouliak jusqu'au rocher de Kolma, il y a 
deux journees de cheinin. Ablai -Taicha y etablit son 
campement, et fit en ce lieu une halle de quatre jours. 
Du rocher de Rolma jusqu'a la petite riviere deTcliora, 
on demeura deux jours en route; mais, avant d'y ar- 



( 1« ) 

river, Ablai y lit une halte d'un jour. La Tcliora soil 
fl'un rocher, et va se jeter dans l'lrliche : ses bords 
sont garnis de bouleaux, de boursaults et de cerisiers 
a grappes; son eau est melangee de glaise , an prin- 
temps tout comme en ete. On y sejourna douze jours, 
et le camp Cut leve le 18 mai. 

De la riviere Tchora a !a riviere Becbka, il y a trois 
journees de marcbe. Ablai etablit son campement 
enlro elles; puis les voyageurs, s'etant remis en route, 
atteignirent la riviere Becbka le 21 mai. Celle-ci sort 
d'un rocber, et va rejoindre l'lrticbe. Ablai-Taicba est 
actuellcment en train de fonder une ville sur ses bords ; 
mais il serait difficile, pour l'instanl, de dire si les con- 
structions seront en pierre ou bien en bois (1) : seule- 
ment Tbeodore Baikoff vit la une grande quantity de 
bois de construction , prets a etre mis en ceuvre : 
e'etaient des troncs de pins, fort minces, semblables 
a ceux que Ion emploie en Bussie pour former des 
clotures dans les villages. L'etablissement projete sera 
situe au milieu de montagnes pierreuses. Pour cxe- 
cuter les constructions, Ablai a fait venir des ouvrior^ 

(t) Le critique deju cite observe qu'il ne s'agil point ici d'linc 
ville (gorod), mais bien d'un monastere boudhique, destine a des 
lamas, et renrermant dans son enceinte plusieurs pagodes. Les 
mines de la lamaserie, pour la construction de laquelic on avail 
reuni des mat( ; rianx lors du passage de Bai'koff, sont connuis sous le 
nom tYJbla'iU-Dom (la demeure d'Ablai). Klles sont situees sur la 
rive gauche de I Irtiche, a ro verstes de la forteresse, ei-dessus citee, 
d'Oust-Kainc : niij;oisk, au pied de hautes montagnes de granil, dans 
une belle plaine ouverte du cdlc du sud, et traversee par la rivieie 
AblaT-Kidky. Deut vastes portes donnaieut entice dans I'enceinte de 
la lamaserie, oil deux principales pagodes, en briques. nttiratent les 
regards par leurs proportions. 



( '7 ) 
tie 1'empire chinois. Les voyageurs deme.urer.ent cam- 
pes au bord du Beclika durant cinq semaines el cinq 
jours. 

UE LA FRONTIERS A PEKIN. 

Ablai-Tairha fit traverser la t'rontiere ties possessions 
ebinoises a Theodore Baikoff le 29 join 163 (7163); 
et des Boukliares cultivaleurs , chez lesquels Baikotl 
avait hiverne, jusqu'a la riviere Beclika , on comple 
dix journees de inarch''. Les vo\ageurs ilcmeurerrnt 
pendant deux jours [ires du Tarane, pour attendre que 
les Kalmoukos et les Boukliares de la caravane dis- 
sent rejoint. 

Du Tarane jusqu'a la riviere de Temer-Tchiourga , 
ou Ablai-Taicha lit haile, dans t -fallen lion d'y hiverner, 
il y a deux journees de route; cette riviere sort dune 
moulagne, el va se jeter dans i'lrliehe; sesbords, garnis 
de peupliers blancs, sont habiles par des Boukliares 
cultivaleurs de la tribu de Kontaicba : ils cultivent le 
froment et l'orge, et sement des pois et du millet. Leur 
avoir en betail de difl'erentes especes est considerable. 
Le passage de ladite riviere par la caravane s'executa 
sur li ois points. Du Temer-Tchiourga jusqu'a la riviere 
de Karakoutcbir, on corapte une journee de route. 
C'est sur ses bords qu'babile Conslaiilin, (ils de Senkei- 
Taicba : elle est tribulaire de l'lrticbe. Le terrain en- 
vironnant est degarni de bois. Theodore Isakovilcb y 
sejourna pendant un jour. 

11 y a un jour de marche a partir de la riviere Ka- 
rakoutcbir jusqu'aux monlagnes : idles sont couvertes 
de neiges epaisses, qui, au dire des Kalmoukes, ne 
fondent jamais. De ces monlagnes jusqu'a la ville 

I, JANVIER. 2. 2 



de koi.taicliinu , la distance est de Irois journees de 
marche [1). Cette villo se compose de maisonnettes 
,iiiii re glaise, panni lesquelles s'elevent deux pagodes 
boukbares en briques. Elle est babilee par des lamas 
et des Boukbares cultivateurs. 

Apr&s avoir depass^ telle \ille, on voyage pendanl 
deux jours, pour gagner une autre cbainc de monta- 
gnes : une demi - join nee suilil ensuile pour les tra- 
verser. Plus loin, s'elend un sleppe , oil croissenl dis- 
sembles quelques arbres d'une espece parliculiere , 
greles, rabougris, dont le bois est pesant. Les no- 
mades donnenl a cet arbre le nom de seskoul : il bride 
avec aulanl de difficult^ que le cbenc. De ces monta- 
gnes, ii y a pies de vingt verstes jusqu'a un lac, dont 
1'etendue esl a pen pres egale a celle du lac de Peres- 
lall (buit verstes en dianielre). Les Kalmoukes disent 
qu il renlerine beaucoup de poisson. Lean en est 
douce, et a un reflet vetdaire. De ce lac a la parlie de 
llrtielie qui avoisine ses sources, il y a une demi- 
journee de marcbe. La caravane traversa le lleuve dans 
un endroit remarquable par 1'epaisseur de l'berbe, 
sur laquelle croissent des buissons a la surface de 
vasles prairies. Les voyageurs longerent le haul Irticlie 

(i) \ Kontaicnine, du Knon-Taidgy, residait it cetie epoque un 
fils du celebre Kdraltbuly -Taichy, renomme pour ses richesses et sa 
pui sauce. A pres avoir range sous sa domination un grand nomine 
de princes kalmoukes, Ta'icby prit le litre <le khan-iaVdgy, oe i|"i 
sign i be prince regnant. 11 ful un des plus sages et des plus valeureux 
domioatenrs <li ces coutrees, el se disiingua par son devouement au 
culie boudhique : par ses soins, plusieurs lamaseries, avec de • i • lies 
pagodes, s'eleverenl en Dzoui garie. On a de lui des letlres eoi iies au 
t- u Michel Fe'odoroviteh, qui sonl remarquables pai la dignite du 



( W ) 

pendant cinq jours avant d'arrivor clicz los Mongols* 
L'idiome de cos Mongols est le meme que celui dont 
font usage lcs Kalmoukes : les tai'cha (chefs) y sont 
nombreux. On voyage le long de l'lrliche pendant une 
semaine; puis on s'en eloigne, en la laissanl a droite. 
Plus haut, il n'apparait plus que sous forme de petils 
ruisseaux, qui descendent pour se confondie en ser- 
pentant entre des pierres, sans qu'il soit possible de 
preciser au juste en quel endroit se trouve le point de 
depart. De ce point jusqu'aux Mongols etablis dans la 
region montagneuse, il y a deux journees de route : 
c'est une population miserable, habitant des masuies 
du plus lamentable aspect! II fallut voyager a travel's 
un steppe desert, ou Ton ne rencontre ni herbe ni 
eau. 

Passe ces Mongols, le chemin traversedesmontagnes: 
leur passage s'execule en deux journees de marche, 
pendant lesquelles on ne trouve aucune ressource. 
Plus avant, il existe un lac sale ; le sel qu'il produit est 
blanc et parfaitement pur. 

De ce lac sale jusqu'a des oulouses de Kalmoukcs- 
Mongols, Theodore Isakovitch demeura dix jours en 
chemin : le voyage s'execula sans discontinuer a tra- 
vel's de hautes monlagnes rocheuses, a sommets cou- 
verts de neige. On n'y rencontre ni betail, ni patu- 
rages; l'eau meme manqua plusieurs fois ! De ces 
Mongols jusqu'aux premieres cultures chinoises, il y 
a une journee de chemin : la se trouvent des pagodes 
construites en terre glaise, de forme quadrangulaire, 
surmontees de coupoles en guise de toil : comme les 
mors n'onl point de croisees, c'est par une ouverture 
pratiquee dans le plafond que penelre la clarl^, u U 



( 20 ) 
uianiere des rotates tarlares. Ces pagodes, dit-on, sont 
d'une dale reculee. 

A parlir do cet endroit, il y a un jour de chemin 
pour gagnor des etablissements do .Mongols. Do chcz 
eux jusqu'a Saakliana, on voyagea pendant deux se- 
maines et cinq jours : le mot de saakliana, en langue 
kalinouke, signifio les tons pa (u rages et les eattx vires. 
Pour v arriver, il Taut traverse)- de nombrcuscs mon- 
tagnes pierreuses. Dans le trajet, le manque d'eau et 
d'herbe fut cause que la caravane perdit un grand 
nombre do betes de charge. Beaucoup de localiles, 
comme on a pu lobserver, sont peuplees do Mongols; 
c'est que la Mongolie est non-soulement une con tree 
vaste, mais, qui plus est, tres-peuplee. 

Do Saakliana jusqu'aux derniers Mongols, on comple 
cinq journees de route : ccux-ti ont pour taicba (chef) 
un nomme Dubrone. Do sa residence jusqu'a Ahouga, 
il y a deux somaiues de chemin. 

Et d'Abouga jusqu'a la premiere ville chinoise, jus- 
qu'a Kokokotanc (1), on comple cinq journees de 
roule a havers des montagnes pierreuses. Quoiqu'il 
ne gelat point, cependant los nuils elaient froides, 
tandis quo, pendant lo jour, l'air se maintenait chaud. 
La durce <lu jour, dans ces pays-la, est du double plus 
longue que chez nous (2). 

(1) Kokokotane, on plus exactement Kliouknu-Kliotaiie, la villr 
unite, e&l - » i < i • - pres du lac Kbokbo-Nor. 

(2) IS.uk . ih, Co >.» pee lie Tobolsk, parle evidemment iii du pays 011 
etait siiui->- s.i \ ille nai.de : .1 ce pi opos, nous Ferons observer rjue lo 
litre ilc fits (/<• boyard, ijin lui est domic- an debut de la relation, etait 
alois un litre honorifique accorde de temps eu temps a ceui des C<>- 
■aqui - de la Siberie qui nvaienl fail preuve d'un mn iie particulier. 



(21 ) 

Ladite ville cle Koknkotane est habitee par des Tlm- 
betains. Ces gens font usage de la langue mongole, et 
ils sont gouvernes par deux voievodes envoyes de Ran- 
balik(l). 

Theodore Isakovilch, se trouvant a Abouga, expedia 
dans la ville chinoise de Kokokotane les nommes Pierre 
Mainline et Jean Baikalovsky, accompngnes du Bon- 
khare Babr-Sloubobaeff, pour y requerir des provi- 
sions de bouche et des chariots; mais les voievodes de 
ladite cite se refuserent a obtemperer a sa demande , 
alleguanl pour motif que, sans un ordre imperial, ils 
ne pourraient y (aire droit; ils ajoulerent qu'ils 
n'avaient point engage Baikoff a visiter leur ville, et 
lui firent conseillei?, dans tons les cas , de se dinger 
vers la ville frontiere de Kapka (2). 

Durant ce temps, Theodore Baikoff quittait Abouga, 
avec les presenis destines a 1'empereur de la Chine, le 
22 decembre de l'annee 164 (7104), en se dirigeant 
vers Kokokotane. Ce trajet s'opera en dix jours. Arrive 
dans ladite ville, il lui fallut y sojourner pendant huit 
jours, a cause du manque de guides : les voievodes fini- 
rent cependant par lui en accorder deux, qui furent 
charges de l'accompagner jusqu'a destination. 

Theodore Isakovitch quitta Kokokotane le 2 1 jam ier. 
Cetle ville, qui est batie en terre glaise, est situee dans 
une vallee basse et vaste, entouree de montagnes ro- 
cheuses et baignee par une petite riviere qui coide du 
cole du couchant. On y voit beaucoup cle champs cul- 

(i) Khan-Balgade, ou Kanbalik par corruption, signifie en langue 
mongole la ville du souverain; c'est I'ekm. 

(a) Son vrai nom est Koo-Pe-Ko; Kapka voulant siuiplement dire 
barriere. 



( tl ) 

tives. Pour sa defense, elle a M6 flanquee tie six tours 
en briques : chaeune d'olles n deux portes, garnies de 
battants en bois de chene barde de lames de fer. D'ail- 
leurs cos lours ne portenl ni pieces de canon, ni fusils 
rle rcmporls. Pes pagodes existent en grand nombre, 
tant dans l'enceinte de la ville qu'au debors : elles sont 
en briques cuites, et ont pour couverture dos Utiles 
emaillees. Le bazar est spacieux, et se compose de ran* 
gdes de boutiques couvertes, derriere lesquelles sont 
les habitations des marchands : toute celte butisse est 
en pierre. On y debite des etoffes a dessins varies ot de 
toutes les couleurs, qui sont de fabrication cbinoise; 
de la soie leinte de diverses nuances, comme aussi 
beaucoup de fer et de cuivre. Le foin et le bois de 
ch a ullage sont apportes stir des chariots. Le pays pro- 
duit du millet, du froment, de l'orge, de l'avoine, du 
lin , du clianvre, differenls legumes, des fruits et des 
noix. Les habitants se livrent a Fextraclion de l'huile 
de grains. On y trouve toute espece de bois, tels que 
chene, bouleau, pin, cedre, tilleul et sapin. 

Tandis que la caravane cheminait, apres avoir quitte 
Kokokotane, il se mit a tomber une si grande quanlite 
de neige, que le sol en fut bientot convert a la hauteur 
d'une domi-archine (3 decimetres |) : en meme temps 
la gel6e se fit sentir forlement, tandis qu'auparavant 
il n'avail point gele. 

On compte dou/.e jours de route de Kokokotane a 
la ville frontiere de Kapka. Dans l'inlervalle qui les 
separe habitenl des Mongols non sedentaires , qui ont 
emigre des lieux qu'ils liahitaient, pour vivre sous le 
sceptre <le I'eDapereur de hi Chine. Ces nomades se 
transported d'un endroit dans un autre a l'aide de 



( 23 ) 
leurs chaineaux et de leurs bueufs atteles a des char- 
re ttes. 

Theodore Ba'ikoff arriva devant Kapka le 10 fevrier, 
et il fit halte a une demi-journee en deca de la ville. 
Aussitot il depecha, vers les voievodes de celte cite, le 
bourete Irkimounla, aecompagne par Pierre Molinine, 
Jean Tchetchighine et Theodore Souklemensk, pour y 
rcquerir des provisions de bouche et des nioyens de 
transport; mais a lent tour ces deux commandants 
repondirent par un refus, pretendant aussi qu'il leur 
fallait, pour ce faire, un ordre expres du souverain : 
toutefois ils donnerent l'assurance qu'on se depeche- 
rail de faire partir une eslafelte pour la capitals, afin 
d'y demander des ordrcs. Cet expres se mil en chemin 
le 12 fevrier. 

La ville de Kapka est situee au milieu de montagnes 
rocheuses; a travers ces montagnes s'etend, des deux 
cotes, une muraille en pierre; elle est haute de trois 
sagenes environ, et son epaisseur est d'une sagene et 
demie (1). Cette muraille, au dire des Boukhares, des 
Rhalmoukes et des Chinois, a son point de depart dans 
les provinces qui produisent la rliubarhe, et s'etend 
de la jusrju'a la mer. Les maisons de la ville sont con- 
strtiites en hriques recrepies. Toutes les denrees s'y 
vendent fort cher. 

Theodore Isakovitch demeura dix jours dans cette 
ville pour y attentlre les ordres de l'empereur : ils y 
parvinrent le 20 fevrier. En meme temps arriverent 
deux fonctionnaires, avec mission de raccompaguer 

(i) La sageno equivaut a 2 m , id. 



( U ) 

jusqu'a Kanbalik (Pckin). Theodore Baikoff se mit 
en route le lendemain, avec des chevaux et des cha- 
meaux, qu'il avait pris a loyer : It's autorites de la ville 
ne lui fournirent ni montures ni morae provisions de 
Louche. 

On compte sopt journees de marche de la \ille de 
Kapka a la ville de Kanbalik (Pekin). Dans cet inler- 
valle, se trouvenl dix huit autres villes. Ces rites sunt 
construites, les unes en briques, el les autres en terre 
ulaise : l< A s tours de defense sont toutes en l>riques 
enduiles de platre; elles n'ont point de fenetres, et 
sont garnies, a la partie superieure, de creneaux. On 
n'a apercu sur lesttiUs tours, non plus que sur les 
nuns d'eneeinte, ni canons, ni fusils de remparts. Les 
porles des villes sont gardees par des soldats, occupant 
des corps de garde : ils out pour at mes iles arquebuses 
a mecbe tres-courte, assemblies par trois sur un 
ineine support; de petits canons de fer de la longueur 
dune archine, et des piques. Mulle part les voyageurs 
n'ont vu de canons de fort calibre. 

Des pouts en pierre sont etablis en travers des ri- 
vieres; ils sont consiruils avec beaucoup d'art, quoique 
les cours d'eau ne soient pas considerables. Dans les 
porles qui donnent entree dans ces villes soul men ages 
dei detours, et ces detours sont au nombre de deux et 
de trois. 

Quand un des voievodes se rend d'un en droit de la 
ville dans un autre, il est poi teen palanquin par quatre 
ou six porteurs : en a\ant, marchent des boinmes 
amies de grands parasols, fabriques en papier jaune; 
enfin, a droite et a gauche du palanquin, cheiuinent 



( 25 ) 
d'autreshommes, tenant a la main des batons a pomme 
doree : tout en marchant, ils Client de certaines pa- 
roles don! le sens n'a pu etre compris. 

s£jour a p£kin. 

Theodore BaikofF arriva a Kanbalik ( Pekin ) le 
3 mars. A une demi-verslc de la ville, il trouva dix 
fonclionnaiies chinois, qui avaienl ete envoyes a sa 
rencontre. La existe un edifice, en pierre, badigeonne 
en rouge, a l'interieur duquel sont placees des idoles : 
les divers bailments dont il se compose sont vastes, et 
ils out pour couverture des tuiles emaillees en jaune, 
bleu, vert et or. Le lout est habite par des lamas ou 
religieux. On assure que eel edifice fill cnnslruit jadis 
pour l'arrivee de Dalai-Lama, considere par les Chi- 
nois couime un dieu , a i'epoque ou il vinl ici de Bo- 
ron Tal (1). 

Silot quo les fonctionnaires chinois se lurent i-encon- 
tres avec Theodore BaikolT, ils lui intimerenl l'ordre de 
descendre de cheval, pour executor des genuflexions 
devanl les idoles placees a la porle du lemple. « En te 
prosternant , » lui dircnl-ils, « ce sera deja Tint liner 
devanl notre souveraiu ! » Mais Theodore s'y relusa, 
et repondit : « Ces sortes de proslernemenls ne sont 
point usiles dans noire pays, el Ton n'y adrosse point 
de salutations au monarque hors de sa presence. Lors- 
qu il nous arrive d'etre admis devanl lui, nous nous 
decouvrons le chef, et le saluons dobout. » 



(i) Ne s'ngirait-il pns lie Rour.iiifj-Dal, ville tliilietaine de la pro- 
vince de Ngari, et chef-lieu d'ua petit £tnt (ributaire du Dalai-Lama? 



( 2* ) 

Surces enlrefaites, on servit du thebouilli, avec du 
bcurre et du lait (1), on prerenant quo c'etait do la 
part de l'empereur. Theodore Isakovitch refusa d'en 
boire, en s'excusant sur co que c'otait alors temps de 
carfenae, suivant los prcceptes do la foi chrotienne. « Si 
tu ne peux boire de ce the , » lui re"pondirent les en- 
\<>ves cbinois, fais-nous au moins la grace, ambassa- 
deur du puissant tsar, de recevoir cettc tasse dans la 
main. » Pour no point les desobliger, Theodore prit 
done la tasse de th6 qui lui elait olTerte, et la passa 
immediatement a un bomme do service, sans que les 
Cbinois fissent mine de le desapprouver. 

En francbissant la porte qui donne entree dans la 
ville, Theodore UaikolT apercut, du cole 1 droit, trois 
petits canons de bronze, longs d'une archine et demie, 
et quatre autres canons semblables au sommot de la 
tour qui pro'lege cotte porte. Ensuite il lui fallut cbe- 
miner, avec sa nombreuse suite , a travers les rues de 
Kanbalik (Pekin), dans tin espace d'environ trois 
verstes (ou kilometres). La maison qui lui fut assignee 

(1) Les fabricants de the de la Chin<> prrparent un «cnre de the 
particulier, forme de feuilles do rebut, qu'ils entassent dans un tnoule 
cte la tonne et de la grandeur dune mile. Sortie solide de re moule, 
l.i plaque de the regoit sur ses deux faces line inscription chinnise 
sur papier ordinairement rouge. C'est dans cet elat quVlle est livree 
au commerce, pour I'usage d un grand nomine de Domades, de Kal- 
moukes et de Bnuknares. qui s'en servent pour preparer mie sorte 
de putage, en faisani bouillir une suffisante quantiie de re tbe avec 
du lieurre et du lait : dans le commerce russe, il porte, a cause <lr sa 
tonne, le nom de kirpitchni-tchai (tbe en brique). On en rencontre 
meme parfois chez les gros marehands de the de Saint-Pe'tersbourg , 
qui en font venir de la Chine, pour etre vendu aux nomhreux Rou- 
knares et aux Tartares qui vivent dans la capilale. 



( 27 ) 

pour son logement se composait de deux corps de logis 
en pierre, surmontes d'un grenier. A l'interieur, il y 
avait des banquettes, disposees en maniere de lit, et 
des nattes par terre, faisant office de tapis. 

A parlir de ce jour, les provisions de bouche que 
voici Parent regulierement distributes paries autorites 
du pays a Theodore Baikoff et a sa suite; a savoir : 
pourlui personnellement, par jour, un mouton, deux 
poissons peu grands, de 1'espece raze (1), un carafon 
d'eau-de-vie, une tasse (dont le contenu pese environ 
un quart de livre) de feuilles de the et deux tasses de 
millet; pour ses domesliques et ses cuisiniers, une 
quantile suffisante de viande de beeuf, et, de plus, par 
jour et par homme, deux tasses de millet et deux verres 
d'eau dfi-vie : on ne leur distiibua d'ailleurs ni farine 
ni the : enfin, pour les personnes de la suite de 1'ain- 
bassadeur, ainsi que pour les marchands russes et 
boukhares venus avec lui , un inoulon par jour, pour 
eux tous, et, de plus, une tasse de millet, une tasse de 
feuilles de the" , une tasse de farine el deux verres d'eau- 
de-vie par homme. 

Le h mars, des fonctionnaires chinois vinrent 
trouver Theodore Baikoff, en annoncant qu'ils etaient 
chaises par 1'empereur de recevoir les presents qui lui 
etaient envoy^s par le tsar, d'apres la liste qu'ils sup- 
posaient leur etrc annexee. Mais Theodore ne con- 
sentit point a les leur remettre , et leur rcpondit : 
« Chez notre puissant maitre, les choses ne se passent 
point ainsi ; et de meme, chez tous les monarques avec 

(i) Yaze; (.'est le gardon, qui, comme on sait, est un poisson blanc, 
de jietiie taille, appartenant a la nombreuse f a : 1 1 i 1 1 e des ables, qui font 
partie du {jenrc cyprien. 



( 28 ) 
lesquels notre souverain enlretient des relations, 1'am- 
hassadeur est premierement admis a I'audience du 
monarque elranger; ici , il depose entre les mains de 
ce souverain la leltre du tsar dont il est porteur, puis 
il opere la remise des presents qui accompagncot cette 
lettre. » Ce discours nc persuada point les fonction- 
naires chinois, qui reparlirenl : « Nous ne nions pas 
que telle peut etre , en efl'et, l'eliquelle de la tour de 
ton maitre ; mais chez le notre on en use autrement. 
Souverain n'enseigne point a souverain ! Lo noire nous 
a depeches vers toi, afin de recevoir les presents qui lui 
sunt destines de la part du tsar. Au cas eependanl ou 
l'objet veritable de ton voyage serait de le livrer a des 
affaires de negoce , apprends qu'on te laisse libre de 
debiter a ton aise ces niemes objets, annonces par toi 
comme itant des presents destines a Sa Majcsle. » 
Theodore Isakovilch repliqua : « Non, je suis porteur 
d'une leltre ou le tsar, nmn puissant maitre, exprime 
a voire monarque le desir qn'il eprouve de voir des 
relat ons bienveillanles el suivies s'etablir entre les 
deux pa\s: a cette leltre il a juge a propos de jnindre 
quelques objels de prix, quil emoie a l'cmpereur a 
litre tie souvenir arnica); ces objets -la ne sont done 
point destines a etre vendus. — Eh bien! dirent alors 
les (Illinois, si meine il en est ainsi, encore faut-il que 
tu nous deiivres d's objels; et quant a la lettre de Sa 
Mujesle le tsar, tu la remettras plus turd entre les mains 
de l'empereur. » 

Entendant cela, Theodore BaikofF n'opposa plus de 
difficultes a la demande des cominissaires , et sur 
I'heure meme il leur (it remellre, confonnement a 
une liste detaillee, tous les objets destines au bogdo- 



( 29 ) 
khan. Les Chinois en firont un paquet, qu'ils serre- 
rent dans un porte-manleau que des liomtnes de peine 
vinrent enlever, sans qu'on saclie en quel endroit ils 
le Iranspoi terent. 

Deux jours apres, les memes commissaires revin- 
rent Iriiuver Theodore Isakovitch, el lui .signifieient 
l'ordre de les suivre au tribunal imperial, pour y 
exhibt r la letlre Isar.enne dont il etail porteur. Mais 
celui-ci leur opposa une lin de non-recevoir, en disant 
qu'il avait ordre de remettre ladile leltre en mains 
propres a I'empcrcur, et non pas aux gens de son tri- 
bunal. 

Le l e ' avril , on transfer a Theodore BaikofT de la 
maison qu'il occupait dans une autre habitation : 
celle-ci se coniposait de quatre grands corps de logis 
en pierre , avec des ailes construites en bois , dont les 
corniches etaient peintes de plusieurs couleurs. 

Le 12 aout, les commissaires du tribunal imperial 
vinrent derechef trouver Theodore Isakovilih (1), et 
ils lui enjoignirent de les suivre au tribunal cette fois 
pour que ses membres y examinassenl de quelle ma- 
niere Baikoll s'y prcnait quand il lui fallail saluer le 
tsar. Mais il refusa de les y suivre, en leur faisant ob- 
server qu'il fallail avanl lout qu'on 1'admll a l'audience 
du bogdokhan, pour ensuite pouvoir aller rendre vi- 
sile aux membres de son tribunal. « Pour ce qui est 
des temoignages de respect que j'ai ordre de rendre a 
Sa Majeste, ajouta-t-il, ce sont precisement ceux que 
nous rendons a noire propre souverain. » Ces mols 

(l ) Cinq mois s'etaient done tcoules clepuis le jour on les commis- 
saires chin on etaient venus sbmtner BaYkoff de jnoduire la letlre, 
dont il elait porttur, devant le tribunal de la cour. 



[ to ) 

deineurerent sans reponse, el mirent lin a la confe- 
rence. Pen de moments apres, on vint rapporler chez 
Theodore Baikoff Jes presents destines par ie tsar a 
l'empereur de la Chine. Les commissaires reparurcnt 
bieulot a leur tour, et ils lui adresserenl les paroles 
sulvantes : « Notre mnnarquc nous a fait commande- 
ment de te restiluer ces divers objcls, et ce par la raison 
que, depuis l'instant de ton anivee, tu n'as cesse de 
contrecarrer loutes les prescriptions des autoriles du 
pays! En vain on t'a engage a porter an tribunal im- 
perial la lettre du tsar ton maitre, |>our t'y prosterncr, 
suivant l'usage de cet empire! Et cependant, deja tin 
emoye de ta nation, du nom de larichine, a visile 
celle capitale; et celui-la n'a fait aueune de ces dilli- 
culles, quoiqu'on assurat que c'etait un personnage 
considerable. En outre, il convient que tu saches que 
tous les ambassadeurs des con trees environnanles qui 
sonl envoy es vers nous se soumellent sans exception a 
ce qu'on exige deux : aucun de ces envoyes n'est ad- 
mis en presence de l'empereur; et, qui plus est, nous- 
memes ne l'apercevons jamais! II n'y a par mi les 
notres que les ouvanes, ou premiers dignitaires de la 
couronne, qui jouissent de cette insigne faveur ! » 

RliTOUR \ TOBOLSK. 

Comme consequence de la restitution des presents, 
Theodore Jsakovilch quilla Kanbalik ( Pekin) le ll sep- 
tembie de l'annee 165 (7105), emportant avec lui, et 
ces presents, et la lettre adressee par le tsar a l'einpe- 
reur. Aucun honneur ue lui fut rendu a sa sortie de la 
ville, et les autoriles chinoises ne lui fournirent point 



( m ) 

tie moyens ile transport ; seulemenl elies hrent distri- 
buer queiques provisions de bouclie pour 1'usage, tant 
de Baikoff, que de sa suite, ses gens et les marchands 
russes et boukhares de la caravane. Pour l'accompa- 
gner en dehors de la ville, ce ne furent point des jeunes 
gens appartenant aux families principales qui s'ae- 
quilterenl de ce soin, inais les nommes Yaroulehei et 
Tchindama, avec trente soldats. 

Arrivee chez un taicha (chef) mongol, la caravane 
recut une escorle de cent homines, chargee de la con- 
duire jusqu'au poste militaire prochain. Pendant que 
les voyageurs cheminaient a travers les rues des villes 
et des villages echelonnes sur la route, les soldats de 
cette escorle veillaient avec soin a ce qu'ils ne commu- 
niquassent pas avec les habitants, pour leur acheter 
des denrees. La rigueur de la consigne etait meme si 
grande, que ces soldats ne permeltaient point que Ton 
echangeat celles des montures (chevaux et chameaux) 
qui etaient epuisees de fatigue, contre des betes fral- 
ches ; aussi arrivait-il souvent d'en voir qui s'abattaient 
sous leur charge. 

De dire si la ville de Kanbalik (Pekin) est tres- 
grande, c'est sur quoi il serait malaise de prononcer, 
par la raison que les personnes de l'ambassade furent 
retenues prisonnieres dans leur logis pendant toute la 
duree du sejour. 

Toutes les fois qu'il leur arrivait d'avoir besoin de 
quelque marchandise, des houtiquiers mandes du ba- 
zar venaient trouver Theodore Baikoff en son logis : 
toutes se dehitent a des prix infiniment plus eleves 
qu'en Russie. Lorsqu'il se fut agi de vendre queiques 
chevaux et chameaux, ils furent paves en monnaie 



( « ) 
d'argent dn pa\s, monnaie qui contient nn alliago do 
|)I(M])I) el de cuivre, incorpore en si grande quantity, 
que c'est tout <iii plus si celle monnaie renferme la 
moiiie de son poids en argent fin. Les differecies pieces 
d'argejilerie qui I'urcBt apporleos ;'i Theodore I.->;iko- 
vilcli par lesdits marohanda do bazar rcnfermaient 
egalement beaucoup d'alliage. Les perles s'y vendent 
deux lois plus rlier qu'en Ru.->sie : a part < ela, les \o\a- 
geurs n'apercurent point de holies pierres precieuses. 
Les pelleteries russes apportees par les inarchands de 
la raravane, a 1'exceplion de I'hermine et du renard 
polaire, n'y Irouvenl point de debit : c'est que les 
mai ires-zibelines, les peaux de renard, de inai Ire, de 
ligre meme, s'y vendent en quanlile; et cependant les 
personnes de l'ambassade ne furent point autorisees 
a en acbeter. 

Les differentes pagodes que la capitate renferme 
sont construites en pierre de roclie, el les niurs en sont 
charges de figures peinles : il est d'usage en ce pays 
de decorer de toute sorle de figures, non-seulement 
les velemenls, mais encore les ustensiles de menage. 

On pent se procurer, lant a Kanbalik que dans les 
autres villes visitees par les voyageurs, toute espece 
de fruits, tels que raisin, pommes, poires, cerises, 
prunes, noix et noisettes, melons et pasteques. Les 
legumes n'y sont pas moins abondanls; quelques-uns 
sont inconnus en Russie; par mi les autres, il convient 
de ciler 1'oignon, Tail, la carotle, le concomhie, la 
rave, le raifort, la raeine de mainram et les pois : ils 
y marissent, les uos plus tot, les autres plus lard. Le 
gingembre y croit. Quant aux epices, on en trouve a 
achetcr : les principales sont la noix de muscade, les 



( 33 ) 
clous degerofle et lacannelle. Le pays produit quantity 
de miel et de cire. II se fait un grand debit de sucre 
ordinaire et de snore candi, a in si que do badiane ou 
anis de la Cliine. En fail de grains, la contree fournit 
aux habitants du froment, de 1'orge, du millet, de 
l'avoine, etc. On fait de ces grains deux recoltes par 
an. Quant au seigle, on n'en a point vu. 

Les ornges, avec accompagnement d'eclairs et de 
coups de lonnerre, sont tres-frequents en Chine; les 
pluies y sont fort abondanles. 

En fait d'etoffes de soie, on debile a Kanbalik. (Pe- 
kin) des velours unis el faconnes, dcs damas et de la 
moire. 11 n'a pas ele possible de savoir le lieu oil les- 
dites etoffes sont fabriquees. 

Le the, produit du pays, y croit sur un arbrisseau. 

Les rues de la ville sont pavees avec regularile et 
bordees de chaque cole par un fosse profond, destine 
a porter les eaux sales dans les ruisseaux avoisinants, 
et de la dans un lac. Grace a ces fosses, Unites lesfois 
qu'il lombe de l'eau, la pluie enleve et entraine les 
immondices, laissant la chaussee a sec. Dans la cour 
de chaque maison , on a eu soin d'elablir une con- 
duite, egalement destinee a l'ecoulement des eaux; 
elle aboulit au fosse qui, de ce cole-la, horde la rue. 
Aucune grande riuere tie iraverse, a ce qu'il parait, 
celte capilale, et l'eau dont les habitants sunt reduits 
a faire usage passe pour elre malsaine. Dans l'espace 
compris entre la cour d'une habitation et le corps de 
logis, il est d'usage d'etablir un jardin. 

Le bogda ou souverain actuellement regnant, qui 
reside a Ranbahk (Pekin), ebt de race mongalej avant 
lui regnait un euipereur de race chinoise, du noin de 

I. JANVIER, o. 3 



( M 

Daha ; or, quand lea Mongols parvinrenl a s'eniparei 
du potivoir souverain en Chine, la raison du nio- 
narquc tlelrone s'egara. Un i'lls en has age qu'il avait 
fut same, grace au devourment de quclques sujets 
licKles, qui l'emmenerent ilans Its montagnes. Cette 
conquete de la Chine par lcs Mongols est un fait qui 
remonte seulement a treize ans. A cetle heure, le sou- 
verain a de frequents comhats a livrer au fds de l'an- 
cien empereur (Daha), et ses armees sont continuel- 
lement en campagne (1). Le nomhre des Mongols 

^i) Le ilaba de notre voyageur nous parail etre Tchun-Sing, prince 
de Tan;;. Tchun-'Sitig et Lou, tous deux de la dynastic des Ming, 
travaillaient, dans la partie orientale du Tche-Kiang, a se frayer un 
cheinin vers le trone. Le premier, ayant attire dans son parti le chef 
de pirates Tcliin-Tclii-Long, pril le litre tl empereur. Lou, qui avait 
pris celui de protevteur, lui ayant envove un ambassadettr en i64*> 5 
Tchun-Sing le tit perir. Aussitot le chef de SOD aimee, Tcliin-Tchi- 
Long, qui avait ele intimement lie avee cet ambassadeur, passa dans 
le parti oppose, attaqua Tchnn-Sing a la tete des troupes de Lou, et 
lui ayant coupe la retraite, le forca a se noyer. Cet eveneinent tut 
lieu aussi en i64'i- A la suite d'uue pareille victoire, les provinces de 
Fokien et de Kianft-Si tomlieient entre les mains des Tartares, dont 
la domination s'etendil de plus en plus. 

Tchun-Sing laissait un frere, prince de Tchu-i'oune-G.io, qui fut 
proclame empereur par lis Cliinois reunis a Kuan-Tcliou. Durant ce 
temps, le vice-roi de Huang-Si fit de son cote proclainer souverain 
TYliu-i'ou -Tsy, petit-fils de I'empereur Ching-Tong : niais Tchu-iiou- 
T-\ refusa, ct se conteuta du litre tie prince de Kouei. Alms le prince 
de Tcbu-ioune-Gao lui declara la guerre : d'abord son artnee fut de 
faite; mais plus laid, cependant, le vieeroi de Kuang-Sy ayant, en 
1647, remporte une victoire sur les Tartares:, le prince de Kouei re- 
piit a son tour le dessus. 

I'.u 164$)} Tchun-Tcui, premier souverain de la dynastic Tsing 
(tartare matrtcfaoue , monta surletr&ne: il eut .i combaltre les pro- 
gi<s du prince de Kou< i, qui finalement fnl pris avec son fils en 1 658, 



( so ; 
etablisdans la capitale est tuinimo, compare s.vec t*elui 
des Chinois; c'e&t a t<d point, que lea premiers n'y 
fonnent pas la dixieme parlie de la population. Lcs 
Chinois, au contraire, y habilent en nombre conside- 
rable. Parmi ces derniers, homines et femmes sont de 
belle taille, et ont bonne apparence. Les pieds des 

et tous deux etranales : ils etaient les seulsalors qui fussent reronnus 
pour etre de la famille des Ming. 

Tels sont les fails que nous enseigne I'liistoire. Or, en y rapportant 
le passage qui suit de la version de noire voyageur : " A cette heure 
» (en 1G57), ' e souverain a de frequents combats a livrer au fils de 
» I'ancien empereur ( Dalja ) , » on est amene a conclure qu'a tort il 
donne au eompetiteur le litre dejils de I'ancien empereur, tandis qu'il 
s'agirait da prince de Koue'i, fiere de Tchun-Sing, qui, nomine on 
l'a vu plus haul, apres avoir refuse le litre d'empereur, n'en conti- 
nuait pas moins le role de pretendant : cette supposition s'accorde- 
rait avec une note de M. Spasky (cite plus haul), qui fait observer 
que le v'rai nom de l'empereur que B.ii'koff nomme Daba est Dzun- 
Djen II nous semble, en effet, que si Ton prend en consideration les 
differences d'inflexion qui resulteut tie la transcription des noms chi- 
nois dans deux langues europeenues, ce nom de Dzun-Djen peut fa- 
cilement etre considere comme identique avec celui de Tchun-Sing. 
Mais en admettaut ceci, reslerait encore a oxpliquer comment la fohe 
dont D.iikol'f dit que Daba (Tchun-Sing) fut attaint a la suite de S(S 
malheuis n'a point etc signalce jusqu'a present par les ecrivains q>i i 
se soul occupes de I'liistoire de la Chine; reslerait aussi a expliquer 
comment ces memos ecrivains n'auraient point fait mention du fils, 
en has age, qu'avait Daba a l'epoque oil il perdil la couronne. Nous 
ne pretendons point resoudre ces difficulties bistoriques , qui exigent 
une eonnaissance plus approfondie de I'liisloire si compliquee du 
Celeste-Kmpire, que nous n'avons pu la puiser dans les queiques ou- 
vrages place's sous notre main. Notre unique objet, en redigeant cette 
note, a ele d'altirer ['attention du lecteur sur ces def.iuts de concor- 
dance, en hasardant quelques suppositions qui, apies tout, pour- 
raient fort bien etre reconnues mal fondees plus lard par une critique 
une u» renseignee que la notre. 



( 36 ) 
i ironies cuinoises no sonl pas plus grands que des p'.eds 
d'enfants ; elles portent des robes courles, et se coiffent 
en chevenN. 

Quant aux femmes mongoles, elles onl des picds 
de grandeur ordinaire , caches le plus souvenl par les 
rubes qu'elies portent, el qui descendent jusqu'a lerre; 
elles tressent leurs clieveux, et en torment une queue, 
qu'elies disposent aulour de la tele; parfois aussi elles 
nouent sur leur tele un inorceau d'etoffe de couleur 
noire. Homines et femmes ne portent pas d'habits de 
couleurs vo\ antes; lous leurs velements sunt de cou- 
leur sombre. 

Dans la capil.de, comme dans les villes precedem- 
ment visitees, il est d' usage, toules les fois qu'il arrive 
a un otivane (1) de sortir, de (aire marcher en avant 
des porleurs de parasols, et de faire escorter son pa- 
lanquin par des homines armes de batons a pommes 
dorees, qui, au nombre de sept a neuf, marchenl a 
droite et a gauche du porsonnage : ces batons out 
pres d'une sagene et demie de longueur (3 metres \). 

Les Chinois se rasent tons la tete, en ne lais.^-ant 
au sommet du crane qu'une toufle de clieveux, des- 
tinee a etre disposee en maniere de queue. En hiver, 
ils se couvrenl le chef dun bonnet de couleur noire, de 
forme basse, orne au milieu d'une longue liouppe 
de soie rouge. Ce bonnet est remplace, dans la belle 
saison , par de petits chapeaux tresses en roseau, et 

(l) Ouvanc, dont par corruption on a fail Kouane, est, coniuic on 
sail, le li Ire par lequel les Chinois designe.nl ceux qui sonl employes 
au service de "empire. Ce sonl les Portugal qui leur ont dnnne le 
nom, aciueUemeal geiieralemeut usite en Europe, de tnandarins on 
commandants. 



( 37 ) 
decores d'une houppe analogue a celle de la coiffure 
d'hiver. 

Les Chinois emploient pour se nourrir, et sans dis- 
tinction , loute espece d'ordures : par exemple, ils 
mangent du chien , et Ton voit vendre puhliquement, 
dans des echoppes, de la chair de chien houillie. Ils 
vont meme jusqu'a manger de la chair des animaux 
morts. En ce qui concerne les denrees convenahles et 
de bonne qualite, elles se vendent fort cher a Ran- 
balik(Pekin). 

Beaucoup d'etrangers, dont les ancetres sont venus 
en Chine a une epoque reculee, y vivent lihresdepra- 
tiquerleur religion : s'ils l'ont en general conservee, 
d'autre part c'est a peine s'ds ont garde souvenance 
deleur idiome national : a les en croire, leurs aieux 
seraient passes en Cliine a la suite de Temir-Arsak ; et 
bien qu'aucun monument ecrit ne confirme leur dire, 
il s'accorde neanmoins avec la tradition. 

Pendant le sejour de Theodore Isakovilch a Kan- 
balik (Pekin) , des ambassadeurs hollandais, arrives le 
7 juillet de l'annee precedente IGli (7 16/i) , y residaient 
aussi. Ils ctaient venus de leur pays par mer; mais on 
n'a pu apprendre a quelle distance de la ville leurs 
vaisseaux avaient pris terre. Bien qu'il eilt el^ fait 
defense de laisser ces Hollandais communiquer avec 
les Russes, cependant ils y parvinrent; mais, faule 
d'un idiome commun, ils ne purent se comprendre : 
les Hollandais s'enquirent s'il n'y avait pas dans la 
suite de Baikoff quelqu'un qui entendit la langue la- 
tine , pour servir de iruchement : malheureuseinent 
pas un n'avait connaissance de cetle langue. Alois 
lesdils amhassadeurs prirent le parti de rediger une 



( 38) 
leltre, qui ful remise a Baikoff, convenablement 
sctdlee, avec recommandation de 1'emporler en Russie. 
Les ambasSadeul'S bollandais continuerent a resider 
a Kanbaiik (Pekin) apres !e depart de Tln'odore. 

Enlre Kanbaiik (Pekin) et la ville frontiere de 
Kapka, les voyageurs aperrurent a huil reprises la 
muraille deja signale'e : elle s'etend, a travers des mon- 
tagnes el des rochers, a une distance qu'il n'est point 
possible de preciser. 

Apres avoir quilte Kanbaiik , Tbe'odore BaikofT 

voyagea pendant neuf jours, et ayant depasse la ville 

de Baiane- Soumou, il fit halle, pour passer la nuil. 

Le lendemain, il se remit en cbemin, et etant arrive a 

une distance d'unc demi-journee de route, en deca 

de la ville frontiere de Kapka, il fit parlir Tulak, le 

Kacbevar (1) de Bartia -Martieff, marchand indien, 

pour Kanbaiik (Pekin), et le cbargea de se presenter 

aux membres du tribunal imperial : il s'a^issait de 

leur dire que, si, conformement aux ordres que 

BaikofT avait recus a Tobolsk, il s'etait refuse de se 

conformer a l'etiquelle de la cour cbinoise, actuelle- 

mcnt il se d^clarait dispose a s'y soumettre; que, con- 

s^quemment, il s'engageait a leur remettre la lettre du 

tsar; qu'il n'exigeait plus d'etre admis en presence de 

l'empereur; en un mot, qu'il observerait en toules 

cboses la coutume du pays (2). Cet expres se mit en 

(1) Kachrvar, dotriestiquc charge' <lc la preparation du hacha oil 
;;ruau : ce mo! est forme de Lacha, et do varite, cuii r. 

(2) II est a presumer qae de nouve aux ordres, expedu's de Tobolsk 
surla nouvelle des difticulles que Bai'koff rencontrait a Pekin, e'laient 
parvenus an voyageur tandis qu'il se trouvait en route pour rentier en 
Siberie 1 alors, se voj nit dans la ne'cessite d'ehvoyer fiuelqu'un a Pekin 



( 39 ) 
cheminlelS septembre, et le meme jour Theodore 
Baikoff leva le camp pour continuer sa marche vers 
la frontiere chinoise; et ayanl atteint la ville frontiere 
de Kapka, il la d^passa, et s'arreta a trois journeys de 
route au dela. II y fut rejoint, le 19 septembre, par 
un courrier du cabinet cbinois , qu'accompagnait 
Tulak. Ce courrier lui signifia que les membres du 
tribunal imperial, n'ayant pas juge a propos de se 
con fier aux paroles de son messager, I'avaient expedie, 
lui, vers BaikofT, afin d'apprendre de sa bouche si en 
effet il demandait d'etre read mis dans la capitale, en 
s'engageant a respecter les coutumes consacrees par 
le ceremonial cbinois. Tbeodore lui repondit que rien 
n'tMait plus exact, et qu'en consequence il lui decla- 
rail que dorenavant il ne pretendait plus, ni a etre 
admis en presence de l'empereur, ni a remettre a Sa 
Majesle la leltre du tsar; eu ceci, comine en toute 
cbose, il promettait de se conformer a ce que l'usage 
exigeait des envoyes etrangers. Le messager cbinois 
dressa proces-verbal de lout ce que BaikofT luidit; 
apies quoi il repatlit immediatement, pour s'en re- 
tourner a Kanbalik (Pekin). Tbeodore Isakovilch le 
fit suivre en secret par Tulak, et quant a lui il demeura 
sur place, pour y attendre la reponse de l'empereur. 

porteur de propositions, il aura fait choix tie ce Tulak romme d'un 
horame qui, sans doute, connaissail le russe et le cliinois. Ceci nous 
amene a observer que, a part la relation ofticielle que voici, il n'existe 
point d'autres details sur le voyage de Bai'koff eu Chine : Fischer, qui, 
dans son liistoire de la Sibe'rie, lait paitir a tort notre voyageur de 
Tomsk au lieu de Tobolsk, declare que tout ce qu'il a pu decouvrir 
sur cette ambassade, dans les archives de la Siberie, avait si peu d'ini- 
portance, qu'il n'en a pu tirer nucuri profit. 



( 40 ) 
Apres une attenlede sept jours, le courrier chinois, 
accompagne parTulak, arriva dans I'endroit ou Baikoff 
s'etait arrete; ce fut le 25 seplembre. Le premier lui 
appritque I'empereur, ainsi que le tribunal imperial, 
ayant etc inforines que Theodore, apres le depart de 
son messager pour Kanbalik (Pekin) avail continue sa 
marche, pour s'en aller camper en dehors de la fron- 
tiere de l'empire chinois, avaient juge une pareille 
conduite fort mauvaise , et resolu des lors de ne plus 
du tout l'admcttre dans la capital e : « Ce procede, 
ajouta le Chinois,» parlant toujours au nom de I'empe- 
reur et de son tribunal, » fait voir que tu n'as qu'une 
mediocre raison; et quoique tu le pielendes reveiu du 
titre d'ambassadour du tres -puissant tsar, le fait est 
que toutes tes facons d'agir accusentchez toi une com- 
plete ignorance dans 1'art de savoir maintenir la di- 
gnile souveraine. » 

Par suite d'une pareille declaration du gouverne- 
ment chinois, Theodore Isakovitch dut se resigner a 
continuersa route vers la Siberie. II gagna les elablis- 
senients des Boukhares, cullivateurs d'Ablai, pres du 
Tarane, le h mars, et sejourna parmi eux l'espace de 
qualre semaines. De chez ces Boukhares, il fit route, 
le 1" avril, vers Toulouse d'Ablai, et y arriva le 28 du 
meme mois : la , il fit une nouvelle halte de dix jours. 
De ce lieu , Theodore se transport a a Bechka, chez 
Ablai-Taicha : il y mit pied a terre le 11 mai. Ce chef 
lui four nit trente moutons, destines a sa nourriture, 
pendant un mois de route a faire; mais iln'en four nit 
point d'ailleuis pour les gens de sa suite. 

Theodore Isakovitch quitta Bechka le /i juin, et ar- 
riva a Tara le 16 juillet, pour y passer six jours. 



( 41 ) 
A Tara, il s'embarqua le 2? juillet sur I'Irliche, et se 
mit a descendre la riviere. Enfin, apres avoir navigue 
de la sorte pendant neut' jours consecutifs, Theodore 
I?akovitch Baikoff revit Tobolsk, oil il fut de retour le 
31 juillet de cette meme annee 166 (7166 1653). 

Le prince Emmanuel Galitzin, 

Membre correspondant el membre tlonateur de la Societe 
de geographic de Paiis. 



NOTICE HISTORIQUE 

SUR LK 



COAST SVKVEY DES ETATS-UNIS (1). 



On sait que le gouvernement des Etats-Unis a entre- 
pris depuis plusieurs annees la levee du plan de toutes 
les cotes de ce vasle pays, travail immense qui, par un 
prodige de perseverance et d'activite, marche a sa fin. 

Peu de temps avant la separation des colonies, on 
avait dresse quelques cartes du Iilloral de l'Amerique 
du Nord sous la direction de F. W. Des Barres, sur- 
intendant general des colonies pour S. M. Britannique. 
La revolution interrompit ce premier essai; mais ce 
qui prouve avec quelle exactitude et quel soin les tra- 
vaux avaienl ele executes, c'ost qu'ils form en t encore 
aujourd'hui la base principale des cartes de la cote 
nord -est de ce continent. On ne pent reprocher a 

(i) Les fails menlionnes dans rette notice, sur la reconnaissance 
des cotes des Etats-Unis, sont extraits d'un rapport de M. C. H. Davis, 
lieutenant de la marine americaine. 



(42) 

Des Barres quo des erreurs de detail sans importance 
et des indications hydrograpbiques fort incompletes; 
ce qui s'explique par la transformation continuelle que 
subit la ligne du littoral, en raison de l'accroissement 
du sol on du retrait de la mer. 

L'idee de la levee gen^rale du plan des cotes dans 
toute leur etendue, et d'apres un systeme uniforme, 
remonte a l'annee 1806. Le professeur Patterson la 
mit le premier en avant , et proposa de prendre 
pour base de 1'operation : 1° la determination astro- 
nomique des stations principales; 2° la triangulation 
servant a rallier ces stations entre elles; 3° des tra- 
vaux hydrograpbiques fondes sur cette triangulation. 
M. Gallatin, secretaire du Tresor, se prononca en fu- 
veur de ce magnifique projet, el, par un heureux ba- 
sard , M. Hassler, Suisse d'originc, qui avail ete em- 
ploye dans la triangulation du canton de Berne, et 
qui avait etudie la geod^sie sous les meilleurs maitres, 
fut charge" tie la direction generate. 

Ce ne fut cependant qu'en 1832 que Ton se mit 
serieusement a l'ceuvre ; et si Ton excepte quelques 
observations interessanles, dues a MM. Blunt pere et 
fds, de New -York, ce long interval I e de temps ne fut 
marque que par des tentalives int'ructueuses. La loi 
de 1807 qui organisait le Coast Surrey ful rapporlee en 
1818. M. Hassler, apres s'elre rendu en Europe pour 
l'acbat de divers instruments, se trouva rclenu loin des 
Etats-lnis par la guerre de 1812. A son retour en 1816, 
il fut officiellement nornme surintendant au mois 
d'aout; mais les evcnements qui survinrent rompircnt 
tous les plans arreles, et le Const Survey parut pendant 
dix ans complelemcnt oublie du public et du Congres. 



( 43 ) 
Toutefois, en 1827, M. Southard, secretaire de la 
marine, dont le nom ne peut etre cite qu'avec une 
expression de haute consideration pour son merite , 
son patriotisme, ses longs et honorables services, ap- 
pela, dans son rapport annuel, l'attention de ses con- 
ciloyens sur un sujet si important, et, au mois de f6- 
vrier 1828, la Chainbre chargea le comite des affaires 
navales d'ouvrir une enquete sur le veritable etat des 
choses. L'acte de 1807 fut revise, et a parlir de 1832 
des credits annuels furent affectes regulierement a 
l'execution de cette grande entreprise. 

En 1843, un conseil compose des personnages les 
plus distingues par leurs connaissances scientifiques 
recut la mission de r^organiser les travaux sur de 
nouvelles bases, et les instructions redigees par le 
conseil et approuvees par le president servenl de regie 
encore aujourd'hui pour toutes les operations du 
Coast Survey. 

Les methodes proposees par M. Hassler n'ont pas 
cesse d'etre appliqu^es, et il a ete bien entendu que le 
principal but de l'entreprise etait de reunir les don- 
nees geographiques , topographiques et hydrographi- 
ques, les plus exactes, pour le progres de la navigation 
et la defense des cotes. L'amelioration des ports, le 
choix des emplacements pour les constructions, l'eta- 
blissement des pharos, des signaux, des bouees, toutes 
les questions, en un mot, qui, dans la pratique, sont 
d'une ulilite immediate, devaient etre examinees et re- 
solues avec un soin extreme. 

Sous le point de vue scientifique, de nombreux pro- 
blemes etaient signales a l'attention des directeurs de 
cet immense travail : la determination de la forme 



v U ; 

irregulierement olliptique de la terre , les variations 
locales de la pesanleur, leurs causes, la structure in- 
terne du globe, les pbenomenes du magneiisme ter- 
reslre , les raarees, le climat, la nature et Taction des 
grands mouvemcnts atmospbeiiques , etc., devaient 
recevoir une plus vive lumiere de la comparaison d'ob- 
servations multipliers a rinlini. 

La science geodesique nous fournit les principes qui 
doivent nous guider dans la levee du plan d'une vaste 
region ; l'ingenieur charge de dresser la carte d'un 
pays ou d'une longue etendue de cotes doit tenir 
compte de la figure spberoidale de la terre et cher- 
cher surlout la precision dans le trace de la partie du 
spberoide dont il s'occupe. Le systeme de projection 
adopte par M. Hassler etait celui de Flarnsteed. Des 
tables calculees par ordre de (administration du Coast 
Survey donnaient la longueur en metres de chaque mi- 
nute et seconde des arcs des meridiens et des paral- 
lels compris dans les cartes, d'apres une evaluation 
approximative de l'elliplicile ; la correction de Bessel, 
adoptee par le surintendant actuel, a rendu necessaire 
la revision de ces tables en 18/ii. 

Les operations du Coast Survey fomaent qualre bran- 
dies distinctes : les Iriangulations, les observations 
astronomiqucs et magneliques, la topograpbie et 1'liy- 
drographie. L'element fondatnenlal du trace est un 
reseau de grands triangles dont les cotes varient de dix 
a soixante milles; on prend pour point de depart le 
premier cole du premier triangle, appele la base, et 
mesure par des moyens raecaniques. Les procedes 
employes sunt en assez grand nombre. Le meilleur, 
sans contredit, est celui de M. le prol'esseur Bache, 



( « ) 
qui, par un appareil babilemenl dispose, est par- 
venu a la precision la plus parfaile, ct a su corriger 
plusieurs determinations defeclueuscs de ses devan- 
ciers. 

Les grands triangles une lois poses, on subdivise 
l'espaee qu'ils embrassent en triangles plus pelits, qui 
constituent la triangulalion de second et de troisieme 
ordre, et Ton joint a ce travail une etude minulieuse 
de la lopograpbie et de l'bydrograpbie du pays; on se 
sert d'instruments faits avec un soin tout parliculier, 
et au noinbre de ces instruments nous mentionnerons 
le tbeodolite de deux pieds et demi , fabrique par 
Simms, apres la inort de Tlirougbton, sous la surveil- 
lance de M. Hussler, adople par M. Bacbe, et regards 
en Europe, aussi bien qu'en Amerique, comrae un 
cbef-d'oeuvre ^'invention et de mecanique. 

Les observations astronomiques qui portent sur la 
latitude, la longitude et les azimuts, et les observa- 
tions magnetiques, accompagnent la premiere trian- 
gulalion. 

Avec la triangulation du second ordre vient la lopo- 
grapbie , donl l'objet principal est de tracer avec une 
scrupuleuse fidelite les apparences du sol, la bauteur 
et le contour des collines, la forme et l'etendue des 
plaines, les cours d'eau, les constructions fades de 
main d'bomme, la dentelure des rivages baignes par 
les flols, la separation des terres labourables et des 
paturages, des bois, des bocages et des vergers, elc. 

L'bydrograpbie, qui se trouve intimement liee a la 
lopograpbie, comprend tout ce qui se rapporte a la na- 
vigation locale, la profondeur des eaux, la direction et 
la forme des courants, la nature des bas-fonds, le flux 



W) 

et le reflux, les routes marines, et Jes diflerenls points 
que comporle la science du pilote. 

To! est le plan general des travaux du Coast Survey. 

II nous reste a parler des details de l'execution et 
des avantages qui ont resulle de cctte belle entreprisc, 
conduite jusqu'en 18/13 pur M. Hassler, dont la nie- 
moire sera toujours chere aux Anu'ricains, et, depuis 
cette epoque, par M. le professeur Bache. 

Le nouveau surintendant a ete appele" d'une voix 
unanime a ce poste eminent; signale a 1'estime de ses 
conciloyens par d'utiles publications, apprecie" des 
principalis Academies de l'Europe, il s'esl acquis une 
renonimee universelle par les services qu'il rend jouf- 
nellement a la science etpar les ameliorations de lout 
genre qu'il a su introduire dans les diverses branches 
du Coast Survey •'. 

Afin de hater la marche et les progres de l'ope- 
ration , on a divise lout le littoral, y compris le golfe 
du Mexique, en neuf sections , qui contiennent une 
etendue de cotes a peu pres egale ; de sorle que les 
Iravaux peuvent se poursuisre siniultanemcnt sur ces 
divers points : il serait a desirer que les stations deter- 
minees par la premiere triangulalion fussent indiquees 
par des constructions en maconnerie, apparenles et 
durables; mais il est vrai de dire qu'a certains egards 
les phares et les bailments qui se Irouvent le long des 
cotes peuvent en tenir lieu. 

Pour les determinations d'azimuts, on emploie les 
elongations des etoiles polaires dans leurs digressions 
orientales et occidenlales ; one lormule tres-simple de 
M. Nultv, de Pliiladelpbie, rend les calculs faclles. 

Les observations de latitudes sont trt's-mullipliees , 



et les resullals aslronomiijucs , compares aux supptt- 
talions geodesiques deduites d'un point central, ont 
fait decouvrir certaines variations de niveau qui se rat- 
lacbent a la grande question de la forme generale et 
de la structure interieure de la terre. Deja Laplace en 
1817, dans son rapport a la Chambre des Pairs, sur 
la Carte topographique de la France, avail appele 
l'attenlion sur ce point scienlifique, que le major ge- 
neral Colby devait signaler plus tard d'une maniere 
toute speciale dans la reconnaissance de l'lrlande. 

De nombreux instruments sont mis a la disposition 
des observateurs; plusieurs sont d'invention recente, 
entre autres le telescope zenithal du capitaine Talcott, 
qui merite une mention particuliere. 

Quant aux longitudes pour lesquelles on se sert des 
occultalions, des eclipses, des culminations lunaires 
et des chronometres, elles sont rapportees a un des 
principaux ports de la cote, et comparees avec les lon- 
gitudes oblenues en Europe : M. Bond, de Cambridge 
(Massachusetts), a fait connaitre les differences meri- 
diennes entre les observatoires de la Grande-Bretagne 
et Boston, par le moyen des chronometres. 

Les observations sont verifiees avec soin, et les par- 
ticuliers qui s'occupent d'astronomie sont instamment 
pries de transmettre au Coast Survey toutes les rcmar- 
ques critiques qui peuvent servir a controler les resul- 
tats publies pour la premiere fois; aussi toutes les 
chances d'erreur disparaissentelles completemenl. La 
decouverte du telegraphe clectrique a fourni a M. le 
professeur Henri, et a M. S. C. Walker, l'occasion de 
mellre en pratique une melhode nouvelle pour avoir 
les differences de longitudes exprimees en temps, et 



'■« ) 

M. Bacbc en a parle dans u.n rapport qu'il a rtdige 
sur le meilleur mode de transmission des signnux. 

Nous nr nous arreterons j>as sur les observations 
mauiiLliijiies; il nous suflit de dire que les instruments 
dont on se sert ont tile inventus ou perfeclionnes par 
MM. Lloyd, Weber, Kiddle, etc, 

(Jn a vu que les Iravaux topograpbiques et bydro- 
grapbicjues etaient ratlacbcs a la triangulation de se- 
cond ct de troisieme ordre; ces travaux sont diriges 
d'apres les procedis connus. On a adopte pour les 
traces le sjsteme Lebman , avec quelques modilica- 
tions de detail. L'ecbelle des feuilles originales est de 
7U^ ou 6 I P ouces anglais par mille ; elle est de ^ho 
ou 3 p. I pour les bavres ou les ports, ct de 8U „ 0U ou 
'- de pouee pour les carles generates : c'est l'ecbelle 
de la grande carle lopograpbique de France. La publi- 
cation a lieu a Washington, sous la surveillance du ca- 
pilaine A, A. Humlreys. 

Le rapport annuel que M. Bacbe a presente en 18Zi9 
indique Ires- exactemenl l'elal actuel de l'enlreprise. 
Notre savant collegue M. Daussy doit en rend re compte 
dans un des piocbains cabiers de ce journal. 

Les avantages que la science et l'indu.->trie ont re- 
tires des travaux du Cuast Survey sont tres-nombreux. 

C'est d'abord la deeouverle dun nouveau cbenal au 
dela do la barre du port de New -York, el I 'indication 
d'importanls cbangements dans la nature du sol pros 
de Sandy -Hook, par suile de l'accumulation des sa- 
bles : la Cbambre du Commerce de la premiere de ces 
villes a pu coustaler que, sur ce point, la ligne oil s'ur- 
retent aujourd'bui les marees offrait en lb3(i uue pro- 
iondeur de 40 pieds. 



( 49 ) 

Dans la baie de Delaware , on a trouve un chenal 
Ires-heureusement dispose contre les vents de bouline 
et les glaces flollanles, et Ton a ete oblige de refaire 
enlierement les anciens plans. On a ouvert plusieurs 
passages au milieu des ecueils du cap May et des Ober- 
Falls. 

Le sund de Long-Island, les baies de Buzzard, Che- 
sapeake et Massachusetts ont ete egalement explorees 
avec succes; rien n'a ete neglige de ce qui pouvait 
eclairer et faciliter la navigation. Les routes marines 
que Ton doit suivre de preference ont ete signalees, 
aussi bien que les clangers caches sous les eaux de 
l'Ocean. Dans le sund de Long-Island, un rocher, qui 
se trouve a 13 pieds et demi seulemenl de la surface, 
sur le bas-fond Cerberus, a ete reconnu par le brick 
Washington en septembre 18Z|5 ; et cette meme annee, 
trois autres ecueils ont ete decouverls dans la partie 
la plus frequentee de la baie de Buzzard par le Gal- 
latin. Le Phenix, en lSli7, a remarque des changements 
d'une haute importance, survenus par des causes na- 
turelles, clans le chenal d'entree de la baie de Mohile. 

Les bas-fonds de Nantucket ont aussi attire I'atten- 
tion du surintendanl ; loule la cote a ete relevee, et 
les compagnios d 'assurance de New -York et de Boston 
ont rendu publiquement hommage au zele des inge- 
nieurs, qui ont admirablement servi par lcurs travaux 
le commerce de 1'Eui'ope avec New-York et de l'lmie 
occidentalc avec les Etats de 1'Est. 

L'exploralion du Guff -Stream a ete poursuivie sans 

internq>lion , en 18/15 et en 18/16, par le brick 

Washington el par le lieutenant Geo. M. Bache, dont la 

science deplore aujourd'hui la perte; la sonde est des- 

I. J4NVIUR. k. !\ 



( N 

cendue jusqu'a 7 800 pieds, el i'on a communique i • 
fait curieux, que le couranl d'eau chaude qui exisle 
a la profondeur de ZiSO brasses se divise en deux bran- 
ches princi pales, separees par une masse considerable 
d'eau froide qui, d'apres les observations faitcs sur 
la temperature des diverses couches, semble former 
une muraille presque perpcndiculaire, legerement in- 
clinee vers l'Est au sornmet. 

Les employes du Coast Survey etudient la question 
des marees dans lous ses details : des tables tres- 
exactes indiquent l'heure de la pleine mer dans les 
ports et sur tous les points de la cote ; Faction des 
forces altraclives du soleil et de la lime, les declinai- 
sons des deux astres, leurs distances a la terre, sont 
calculees avec la plus grande precision; on lient ega- 
lemenl compte des variations produites par l'influence 
locale des vents parliculiers au pays, de 1'effet general 
des cbangements qui ont lieu dans la pression de 1'at- 
tnosphere, des ouragans qui apparaissent a cerlaines 
epoques de l'annee, de la rencontre de la maree mon- 
tante avec les cours d'eau venant de l'interieur des 
terres, etc. 

Mais ce qui inleresse surlout le geologue, c'est la 
determination exacte de l'elal actuel des ports. On 
aura, pour l'avenir, un point de comparaison qui 
permettra de reconnaitre immedialement les cbange- 
ments quis'opercront, soit a rcmbouchure des fleuves, 
soit a l'enlree des jctees ou des bassins. Les cartes du 
Coast Survey ofi'rent, autanl que possible, le tableau 
topdgra] tuque du loud de l'Ocean. On forme des col- 
lections des maleiiaux qui le composcnt, dans l'ordre 
natuiel de lour formation ; en meme iomps que ces 



( M ) 
matenaux fournissenl des indications utiles nu pilots 
et au navigateur, ils presentent, sounds au microscope 
do naluraliste, des sujets d'observation du plus haut 
interet. Les sondes qui traversent les profondcurs de 
la mer, examinees par le professeur I. W. Bailey, de 
West-Point, se sonl trouvees remplies de pelits corps 
organiques qui appartiennent notammenl au Polytha- 
lamia calcaire, et dont on coropte des millions dans 
tin pouce cubique. 

En 18/|7, le professeur L. Agassiz, de Cambridge, 
ay ant accompagne une des commissions cbargees des 
travaux bydrograpbiques, a pu s 'assurer du nombre 
considerable d'animaux qui vivent dans des demeurcs 
rarement accessibles, et qui constituent, non seule- 
ment de nouvelles especes, mais encore de nouveaux 
genres a ajouter aux listes connues. L'embryologie rc- 
cevra de ces recbercbes un lustre plus eclatant, et i'on 
pourra determiner les lois de la distribution geogra- 
plnque des aniinaux, en demontrant que des families 
lout a fait distinctes existent aux differents degres de 
profondeur de l'Ocean, aussi bien que dans les diverses 
coucbes terrestres. 

En parlant des eminents services rendus par le Coast 
Survey a la science et a 1'butnanite, nous ne faisons 
connaitre qu'une bien faible parlie des resultats de 
celte admirable entreprise. Dirigee dans loutes ses 
brandies avec zele et activite, elle ne peut manquer 
d'ajouler cbaque annee a la consideration donl elle est 
entouree, non-seulement aux Etats-Lnis, mais encore 
dans tous les pays ou la science et ses applications aux 
arts de la vie sont justement appreciees. 

L. Am. Slil)lM,OT, 



( 52 ) 
ASCENSION DE L'ARARAT. 

Communique par M. D. Longuinoff, membre tic In Society 
• o jraphique de Saint-Pelersbonrrj. 



Depuis qu'en l'annee 3160 du monde la famille du 
patriarche ronovaleur du genre humain foula le sora- 
met de l'Ararat, et le sanctifia par le premier holo- 
causle, olTert en reconnaissance de sa merveilleuse 
conservation , l'histoirc des siecles passes ne nous a 
iransmis le souvenir d'aucun effort fait par les homines 
pour s'^lcver vers le berceau de leurs aieux. Je me 
trompe, une tradition legendaire, respectable comme 
tout ce qui porte le cachet de 1'antiquite, raconte 
qu'aux premiers siecles, apres l'introduclion du chris- 
tianisme en Armenie, un pauvre moine essaya par 
trois fois d'aller prior sur le mont sacre, ful trois fois 
roporle par les anges a son point de depart, et recut 
l'ordre de batir la une chapelle, detruile, avec le vil- 
lage d'Acoihi, lors de la catastrophe du 20juin 1840. 

Depuis lors, les populations chretiennes de ces con- 
trees commencerent a regardei' comme impie, comme 
impossible, toute tentative ayant pour but ce que les 
anges avaient, dit-on , cxpressement defendu de rei- 
terer. On conduit qu'il n'est pas necessaire de disculer 
de semblables croyances. 

Les hauteurs ont un immense atlrait pour l'homme; 
les obstacles qui les defendent contre son audace ne 
font que stimuler et redoubler son ardour. Sur une 
frele nacelle, jouet de courants invisibles, il faut qu'il 
aillc etudier, an sein des nuages, les phenomenes at- 



( 53 ) 
mospheriques, agenls puissants tie la vie et de la des- 
truction. Maintenant, il est vrai, il est encore entraine 
au hasard par une force qui le domine; mais le temps 
viendra ou celle force rebelle aura cede et subi l'as- 
cendant d'une savante Industrie. 

A l'heure qu'il est, les plus hautes cimes du nionde 
connu ont recu l'empreinte des pas de l'liorarae. Le 
Chimborazo, l'Himalaya, le Mont-Perdu, la Jungfrau, 
le Mont-Blanc, rappellent l'audace heureuse des Hum- 
boldt, des Ramond, des Saussure et des plus beaux ge- 
nies des temps modernes. Et dans le Cauease, a cote 
des noms, illustres a d'autres lilies, du general Em- 
manuel, du marechal prince de Varsovie, comle Pas- 
kevitch d'Lrivan, etdu prince de Worontsoff, la science 
signalera ccux de MM. Kupffer et Lenz, Parrot, Kole- 
nati et Abich, que d'borribles difficultes n'ont pas em- 
pecbes d'aller execuler leurs operations scientifiques 
sur l'Elbourz, sur le Kazbek et sur l'Ararat. 

Pour ne parler que de cette derniere monlagne, elle 
occupe la seconde place, dans l'ordre de hauteur, 
dans toule la lieutenance du Cauease, car elle s'eleve 
a 16 953 pieds anglais (5 1(57 metres) (1); l'Elbourz, 
au conlraire, a 18 493 pieds anglais (5(336 metres); 
etle Kazbek, 16523 (5036 metres) (2). Tournefort, 
au xvm e siecle, ne put arriver qu'aux deux tiers de 
1' Ararat. M. Parrot, professeur de Dorpal, en gravit 
les pentes sans succes, les 12 et 18 septembre 1829, 
et en alteignit enfin le pic le plus eleve le 27 sep- 
tembre de la meme annee. Mus par une noble curio- 

(i) Le pied anglais = o ra ,3o47<)- 

(:>) Kavkaski Kaienilari, i84^, p. 4^i 4^, ■*' partie-. 



( 5A ) 

site, M. Spasski AWonomofl" s'y porta, sur ses traces, 
le 5 aout 188A; et M. Karl Behrens, lea 20 juillet et 
aout 1835 (avant ce dernier, mais A une cpoque in' 
certaine, un M. PonlilulT avail fait une tentative, dont 
les details no sont pas connus); dix ans plus tard , le 
29 juillet 18/j5, M. Ahich , apres trois cssais restes in- 
fructucux en 184A, reussi.ssail enfin a renouveler et A 
completer, sur la cimc orienlalc, les observations de 
son savant predecesseur Parrot. Enfin, en 18/|8, un 
Anglais, M. Seymour, accomplit, en escaladanlle mont 
sacie, une fantaisie de touristc. 

Jusqu'ici c'etaient de simples particuliers qui avaient 
tente , avec leurs seules ressources , l'ascension de 
1'Ararat, soit en vue dc faire faire quelques progres 
aux sciences physiques, soit uniquement pour leur 
satisfaction. On conlesta longtemps la verile des r^cils 
de M. Parrot, bien qu'altestee par de nombreux t£- 
moins, ses compagnons, gens d'bonneur et incapables 
d'un mensonge; bien que la croix plan tee par lui ait 
ete relrouvee par M. Behrens. Des denegations, fon- 
dees sur un prejuge, mais refutees par des faits, sem- 
blaient ne pouvoir persister ; cependanl M. Abich ne 
s'en garantit pas entierement, et, pour y repondre 
d'une maniere victorieuse, il dut se munir de deux 
certificate, cette fois signes par six personnes appar- 
tenant au synode arm£nien, sur la foi du serment de 
ses guides et de son interprele, tous enfants de l'Ar- 
menie. 

Aujourd'hui soixante. personnes ont concouru A 
l'expedition , concue sur un vasle plan, ayant pour 
but, ainsi que M. Abich en avail formellement exprime 
le desir, de s'ctablir pour un plus long temps a la cime 



( 55 ) 
de l'Ararat, afin d'y executer Jes operations Jes plus 
delicates de la science moderne, au moyen d'instru- 
ments de precision. II s'agissait, avant tout, de com- 
pleter, aulant que possible, la triangulation de la 
Transcaucasie. Ce travail gigantesque, commence de- 
puis six ans par M. le colonel Kliodzko, vient done 
d'etre par lui conduit a bonne fin. Ceux qui connais- 
sent l'energie , la capacile, les sentiments d'honneur 
et de religion dont est anime le chef de cette belle 
entreprise, ne revoqueront en doute que celles de ses 
indications qui peuvent dissimuler son merile. Quant 
a ses compagnons, MM. N. Khan\koff, Alexandroff, 
Tokareff, et autres, leur zele et leu is talents sont Imp 
connus, trop bien apprecies, pour qu'on ne doive pas 
esperer de leur cooperation une riche moisson de pre- 
cieux resultats. En attendant les details , voici la rela- 
tion oflicielle et sommaire de cette savanle cam- 
pagne (1) : 

« Un projet special, approuve par le commandant 
en chef du corps du Caucase , avail arrete d'avance 
l'ensemble des travaux trigonomelriques qui devaient 
etre executes, dans le courant de l'annee 1850, sur le 
terriloire de la Transcaucasie. Conformement a ce 
projet, il fut decide d'effecluer 1'ascension du grand 

(i) Nou.i joigoons ici l'indication des sources imrnimees relative* 
aux diverges ascensions de 1 Ararat : Parrot, Reise zum Ararat, Berlin, 
l834,2Vol. in-8° ; et lancienne Gazette fusse de Tiflis, 1829, i83o. — 
M. Avtonomoff, Magazin fur die liltcratur des Auslands, 1 835, 11° 34- 
— M. Beh r ens, Gazette russc de i Academie , i838, n os 21, 23. — 
M. Abich, journal le Caucase, 1 ti -+*->, a" 1, 5, 7. On trouvera dans le 
dernier numeio une feuille de certificate en armenien et en russe. — 
L expedition de M. Khodzko, journal le Caucase, i85o, n" 80. C'est 
|p morceaU dont nou? donnuns ici la traduction. 



( 66) 
Ararat, aim de determiner de la, a L'aide d'inslru- 
ments de geodesie, les angles verticaux des points les 
plus essentiels du reseau trigonoraetrique. En conse- 
quence, le conseiller d'Etat KhanikoiT, designe, avec 
l'approbalion du prince WoronlzolT, pour faire paiiie 
de l'expedition, se rendit, le 9 juillet, a Aralikb, quar- 
ter de l'etat- major d'un regiment de Cosaques du 
Don , oil il comptait se reunir au colonel Khodzko, 
dirigeant la Iriangulation des provinces transcauca- 
siennes, et se porter avec lui au lieu de leur commune 
destination. 

» M. Khodzko se trouva, le l/i, au rendez-vous; mais 
1'urgenle necessite de faire quelques observations a 
a Kbor-Virab, localite ou Ton avail eleve des signaux, 
empecha l'expedition d'alleindre, avant le 19 juillet, 
l'endroit clioisi pour sa premiere balte : c'elait la 
source de Sardar-Boulak) situee entre le grand et le 
petit Ararat. Le detachemenl y sejourna jusqu'au 29. 
De la fut entreprise, le 25, l'asccnsion du petit Ararat. 
Celle balte permit aussi do recueillir une serie d'ob- 
servations meteorologiques et geodesiques, lesquelles, 
sans mil doute, conlribueront puissamment a com- 
pleter et a rectifier les notions que Ton possede actuel- 
lement sur le col entre les deux colosses de la Trans- 
caucasie. Enfin, a l'epoque de la nouvelle lunc, qui 
donnait l'expectative d'un temps serein, ['expedition 
se mil en devoir de poursuivre le but principal de son 
entreprise. Les instruments supplementaires indispen- 
sables lui fuient founds par M. Morilz , directeur de 
l'obsi'i \atoiii' magnetique et meteorologique de Tiflis, 
qui arriva sur ces entrefaites, suivi de M. Alexandroff, 
capitaine en second au corps des topographes. 



f 57 ) 

» Le 29 du mois, on alia camper sur le grand 
Ararat, a 7 verstes (1) de distance du Sardar-Boulak, 
et a proximite de la region des neiges, dont les limites 
s'elaient singulierement abaissees celte annee. Apres 
avoir recu un dernier transport de cbarbon ei de vi- 
vres, le colonel Kbodzko se decida a commencer sa 
marcbe le l er aout. 

» La journee, s'elant annoncee par un temps inagni- 
fique, on proceda sans retard a remballage des instru- 
ments. Les bagages des pcrsonnes qui devaienl prendre 
part a 1'ascension lurent cbarges a dos de cbeval, et le 
camp leve a six beures du matin. Au debut, les betes 
de somme avancerenl sans peine sur la neige qui cou- 
vrait le sol; mais bienlot 1'escarpement extraordinaire 
des pentes les fit broncber et s'abaltrc sous leurs 
cbarges, de maniere que Ton se vit oblige de les aban- 
donner. Les effets lurent aussitot places sur qualre 
traineaux, prepares a l'avance dans la prevision de 
l'incident. Les soldats du detachement s'y attelerenl, 
et se mirent a les tirer a bras. lis conlinuerent ainsi 
leur route, en s'egayant muluellement et sexcilant a 
la besogne par de joyeux quolibels et des epigrammes 
lancees aux malencontreux camarades qui perdaient 
pied et se laissaient cboir. Le colonel Kbodzko, malgre 
les diflicultes de la situation, se ten ait constamment 
aupres des traineaux, tandis que les membres inoc- 
cupes de l'expedition cotoyaient les rocbers qui bor- 
dent la gauche du ravin, dont on suivait la direction. 
En lete de la colonne marcbait un nomine Simon , 
Armenien, qui, en 1845, avail servi de guide aM. Abicb. 

(i) La verste =c i k ' luo, -,o668. 



( 58) 
II portait line croix, peinte en noir, et longue d'en- 
viron une sagene (1), qu'on se proposait d'arborer au 
sommet de l'Ararat. Souvent contraint a des retards 
forces, par la lenteur avec Jaquelle s'operait le trans- 
port des bagages, le detachement parvint cependant, 
vers les deux heures dc l'apres-midi , a la premiere 
breche qu'offre de ee cole la crele rocailleuse dr la 
rnontagne. A trois heures, il franchit le ravin, en se 
porlant sur sa droite, on il Put rejoint par M. Kliodzko. 
II atteicnit encore au dela, a ime hauteur de qualte 
cents sagenes, et fit halte sous I'enorme rochcr de Tastt- 
Kelessi, qui constitue, en quelque sorto, le gradin 
inferieur de la cinie. Ici la duclivite prononcee du sol, 
et le peu do place qui s'y trouvait a l'abri des neiges, 
rendirent l'elablissement d'uu camp fort malaise. 
Neanmoins, grace au zele des soldats, le terrain Fat 
deblaye, et la petite troupe put disposer sa couchee. 
Elle attendit le lever du soleil avec d'autant plus d'im- 
patience , que des nuages s'dtaient amonceles a I'en- 
tour du sommet et des aretes aigues du Tasct-Kelessi, 
et que le bruit du tonncrre, joint a la lueur des eclairs, 
troublait incessamment le repos de la nuit. 

» Le 2 aotit, a six heures du matin, le detachement 
se remit en mouvement; mais les obstacles se multi- 
pliaient sous ses pas. U gagna la crete rocbeuse qui 
longe la gauche du ravin, et s'eleva peu a peu aux re- 
gions superieures. Le ciel, assez pur au matin, se bdli' 
vrit de nuages; vers midi , il survint un vent d'ouest 
qui suscita des tourbillons de neige glacce et de gresil. 
Ce changement dc temps obligea le colonel kliodzko a 

I La sapene — l",l33 



( 59 ) 

faire debarrasser les traineaux de tout ce qu'ils conte- 
naient, a 1'exception seulement dcs instruments. Les 
Cosaques employes alors au service du transport, sti- 
mulus par l'exemple de leur chef, n'en reprirent pas 
moins gaiement leur penible tache, avec l'audace, l'in- 
souciance et 1'energie qui caracterisent le soldat russe. 
» Vers une heme, ils parvinrent a l'extreinite nord- 
est de la chaine de rocbers qui, plus au loin, se perd 
dans un terrain compose de menus debris pierreux , 
et traverse, de cote et d'autre , par des couches de 
neige et de glace. Cette localite s'etend jusqu'au pied 
du dernier escarpement de la cime , pres duquel Tut 
retrouvee, dehout et fortement attachee au sol, la croix 
qu'y avait plantee, en 18/15, l'un des serviteurs de 
M. Abich. Sur ce point, les voyageurs firent une courte 
halte, dans 1'esperance que la temperature se calme- 
rait. Leur attente fut vaine. Comme a deux heures et 
demie le vent augmenta de violence, et que, de plus, 
un gros brouillard enveloppa, en s'epaississant, le 
sommet de la monlagne, ils resolurent de pousser en 
avant, afin de se mettre , parmi les l'ocbers de l'es- 
carpement , a couvert de l'orage qui se preparait. Ils 
gravirent la pente jusqu'a moitie de sa hauteur; mais, 
Mrives la, ils se convainquirent de l'impossibilite de 
passer outre le meme jour. Les hommes de l'exp^di- 
tion etaienl harasses et transis; la neige leur fouettait 
le visage et les aveuglait ; enfin, des coups de vent con- 
tinued genaient le passage des traineaux, alourdis par 
les instruments, dont deux ne pesaienl pas moins de 7 
et de 5 pouds (1). Trouver un refuge semblait toutetois 

li) Le pond = i6 k,lt, »,3;2 



( 60 ) 

difficile. Les roches abruples s'entassaionl a des inter- 
valles si rapproch£s, que nolle part elles n'oITraient de 
recoil) assez spacieux pour s'y etablir. M. Kliodzko se 
decida, faute de mieux, a congedier, a cinq hcures, 
une par tie de ses gens, auxquels il enjoignit de re- 
tourner au camp de Taset-Kelessi, oil Ton avail, par 
precaution, laisse une tente. Puis, avcc tous les offi- 
ciers du detachemcnt et drux soldats, il occupa, lui 
sixieme, un petit plateau ouvert a tous les vents et qui 
n'avait que 3 pas de long sur 1 pas el deini de large. 
On lit ainsi quelques preparatifs pour la nuit. Le co- 
lonel et ses compagnons se pelotonncrent tant bien 
que mal les uns pres les autres, et se couvrirent d'un 
tapis et d'une peau qui servait a garantir les instru- 
ments de la pluie. lis se rcsignerent a garder celte 
singulicrc position jusqu'au lendemain. 

» Cependant la fureur du vent croissait toujours. 
Declarant parfois l'epais mantcau de nuages qui cei- 
gnail de toules parts la montagne, il decouvrait subi- 
tement, a la pale clarte de la lune, tan lot un coin de 
la vallee de l'Araxe , ou les contours du petit Ararat, 
don I la cime s'abaissait deja sous les pieds des spec- 
latcurs; tantol les sombres precipices qui environ- 
naienl leur asile inhospitalier, situe a une hauteur de 
heaucoup plus considerable que celle du Mont-Blanc. 
Pour comble de contre- temps , sur les dix heures du 
soir eclata un violent orage : par la vivacite des eclairs 
et la force du tonnerre, les \oyap;eurs acquirent bien lot 
la certitude qu'ils se trouveraient pris au sein meme 
des nuees eleclriques. A cbaque explosion, l'electricile 
ne brillait point dans les airs en zigzag , comme a l'or- 
dinaire, maisemplissait instanlanement l'espace d'uDC 



( til ) 

lueur eblouissante, nuancee de reflels verts, rouges el 
blancs. Les coups de tonnerre suivaient presque imme- 
diatemenl le passage des eclairs; ses puissants roule- 
menls elaient longtemps et distinctement repeles par 
les echos des innombrables gorges de la monlagne. 
Vers minuit, l'orage s'apaisa, mais la neige continua 
de tomber par flocons; ceux d'entre les voyageurs 
qui n'avaient pas change de place en furent recouverts 
a une 6paisseur de 8 et h ponces. Eufin, le jour vint a 
poindre; il ne repondit pas au gre de leurs desirs. Les 
cimes s'elaienl l)ien de'gagees de leur enveloppe nebu- 
leuse, mais, en revanche, les flancs du petit Ararat et 
toute la region basse accessible a l'ceil disparaissaient 
sous un rideau impenetrable de nuages, qui, vus d'en 
haul, ressemblaient a une mer ondoyante et glacee. A 
mesure que le soleil montait a 1 'horizon, il se d£ga- 
geait de c: milieu des vapeurs, legeres au commence- 
ment, et qui avaient l'apparerice de la fumee, mais qui 
plus tard se condenserenl en brouillards epais et nei- 
geux. Vers trois heures, le ciel s'eclaircit un peu, mais 
le vent ne perdit rien de son impetuosity. La situation 
de la compagnie devint tellement insupportable, qu'on 
resolut de conlinuer ['ascension, dans l'espoir de d£- 
couvrir, au dela des rochers, un terrain uni, une sorle 
de plaleau qu'on savait etre conligu au sommet. 

» A quatre heures , les voyageurs quilterent leur 
halte; mais ce ne hit qu'apres avoir depasse une Iroi- 
sieme chaine de rochers qu'ils deboucherent sur le 
plaleau. II presents une penle inclinee de 50 degres 
au moius, el il est jonche de pj riles peu volumineuses, 
qui exhalent une odeur de soufre insoutenable. A 
droite, s'etend le ravin qui louche au Taset-Kelessi et 



( M 

about! t a la cimej sur la gauche, il en apparait un 
autre, attenanl au glacier de Makinsk, et tout aussi rude 
et aussi cscarpe que le premier. Parvenuc an centre 
du plateau, la compagnie ful forcee de s'arreter a deux 
cents pas sculement du sommet : la fatigue et le vent 
lui inlerdirent tout mouveinent ulterieur. Apres des 
efforts incroyables, on pnrvint a fixer deux lentes sur 
un terrain moins incline qu'ailleurs; il offrait, cepen- 
dant, une penle de 30 degres, et raeme de liQ a l'en- 
droit oil campaienl les gens. Le detachement conserva 
ce posle pendant trois nuits et deux jours, du 3 au 5 
aout, pendant lesquels le vent, accompagne de neige, 
de gresil et de grele , se soutint presque sans inter- 
mission. 

» Le coucher du soleil , au 5 aout, fit presager de 
Forage. En effet, le 6, des le matin, le vent s'affaissa 
completement; toutes les gorges du grand et du petit 
Ararat s'eclaircirent; il ne resta plus a l'liorizon qu'une 
mince rangee de nuages, qui couronnerent les cimes 
lointaines du Rarabagh et les gigantesques terrasses 
du Savalan, dont la silhouette se dessinail disiincte- 
ment a l'est. 

» M. Rhodzko resolut d'employer la matinee a l'ex- 
ploration des sommets, ainsi qu'a la recherche d'un 
emplacement avantageux pour 1'elablissement de sos 
instruments et de son camp. A huit heures trois quarts, 
il se mit en marche avec les Cosaques, et un quart 
d'hcure plus tard, il alteignit la plate-forme superieure 
de la montagne. A neuf heures trois quarts, M.M. Rha- 
n\koff, Tokareff et le capitaine d'etat-major Ouslar y 
arriverent : MM. Moritz et Alexandroff etaient restes 
au camp, ou ils s'oceupaient d'observations baro- 



ttt) 

metriquos. Le plaieau , mogure le jour suivani pas 
M. Rhanykoff, pr£sente uno longueur de H32 pas (1). 
Trois hauteurs le dominent. Sur deux d'entre elles, on 
apercut des eminences pvramidalcs, formees de debris 
pierreux et surmonlees de pieux indicateurs : elles 
avaient ete erigees par quelques soldats, qui, un niois 
auparavant, avaient entrepris volontairement I'ascen- 
sion de 1 'Ararat sous la conduite d'un nomme Tchou- 
gounkoff, et qui avaient penetre, le 12 juillet, dans 
ces solitudes. Les voyageurs gravirent rapidement le 
sovnmct le plus rapproche, et franchirent ensuile le 
second, qu'avait visile Abich en 18Z|5. Mais grande fut 
leur surprise lorsque, parvenus a la cime du rocher, 
ils virent se dresser devant eux un troisieme sommet, 
incomparablement plus eleve que les deux autres, et 
separe de ceux-ci par une large excavation. Les de- 
bords escarpes de cet enfoncement , qui descend a pic 
a une prol'ondeur d'environ une sagene et demie, ren- 
dirent le passage difficile. Neanmoins cet obstacle fut 
vaincu avec le secours des soldals, et, a dix heures 
du matin ( c'etait le jour de la Transfiguration), 
MM. Khodzko, Rhanjkoff et leurs compagnons s'in- 
stallerent sur le point culminant du grand Ararat. 
Jusque-la, Parrot et Spasski avaient seuls reussi a l'at- 
teindre : ils avaient suivi le versant oppose de la mon- 

tagne. 

» On proceda tout d'abord a l'erection de la croix. 
En l'absence du guide Simon, et notamment aux 
endroils les plus rudes de la montee , elle avait ele 
confiee au Cosaque Dokhnoff. Arrive au lieu iudique, 

(l) On peut evaluer ce pas en moyenne k i p. 4 fran9ai», ouo m ,8i. 



84 

cet homme tomba a genoux, se proslerna par trois fois 
devant le signe de la redemption, el se mit aussitot a 
l'ceiivre pour le fixer dans le sol. Cola fait, les assistants 
se groupcrent aulour du symbole chretien, qu'ils ve- 
naient d'arborer sur le faile du moot biblique, et ter- 
rninerent par une fervcnte priere la ceremonie, a la- 
quelle ful present un musulman , Noourouz-Ali , sujet 
persan , venu le jour meme do camp inferieur. Le co- 
lonel Kliod/.ko disposa ensuile le depart, dans rap- 
prehension que le vent, qui surgissait derechef avcc 
violence, ne rendit trop perilleux le sejour de la mon- 
tagne. La descentc des hauteurs de 1' Ararat cxposa les 
hardis explorateurs a de graves dangers, surlout a 
cause de la pente rapidc et glissanle qui avoisine le 
sommet de la monlagnc : au moindre faux pas, ils ris- 
quaient d'etre abimes dans les neiges du ravin de 
Taset -helessi. Toutefois, a l'aide du baton ferre des 
^Ipes, ils surent eviler los accidents, et regagnerent 
Jeur gite vers inidi. Ici MM. Ouslar et Tokareff les 
quilterent. M\\. Kbanjkoff, Moritz et Alexandroff, 
au con tr aire, demeurerent aupres du colonel Khodzko, 
dans linlenlion dc; visiter de nouveau la cime de la 
rnontagne, d'y passer la nuit, et d'y rccueillir, au 
moyen du thermometre , du barometre et de l'liygro- 
melre, une serie d'observa lions boraires et diurnes. 
L'etal favorable de L'atmosphere leur permit de nioii- 
ler, le 7 aout, au sommet ; ils y retrouverenl leur lente, 
dressee a 10 sagenes de distance de la croix , a demi 
enfouie dans la neige. Apres avoir accompli les Iravaux 
indiques, MM. Rhanykoffet Moritz effecluerent, le 8, 
leur descente. Une marc he de cinq beures et demie les 
ramena au camp inferieur; de la ils se rendirent, le 9, 



(65) 

a Sardar-Boulak, ou ils etabbrenl de nouvelies obser* 
vations correspondantes a celles que faisait simultan^- 
mentM. Kbodzko sue le sommet de l'Ararat, et, Je 11, 
ils arriverent enfin a Aralikli. Un accueil cordial les 
altendait dans la maison du colonel Khrestcbatitsky, 
qui avait seconde l'expedition de lout son pouvoir. 
Peu de lemps apres, le capitaine Alexandroff tomba 
malade; M. Kbodzko tut oblige de faire partir cet oQi- 
cier distingue, et ronvoya en meme temps une partie 
des instruments. II sejouina encore sur la cime jus- 
qu'au 12 aout, et ne l'abandonna que lorsqu'd eut 
enlierement acbeve les operations de mesurage proje- 
tees. A trois beures de l'apres-inidi, il descendit a son 
lour, avec le detacbement et linterprete Scbaroyan, 
qui l'avait assisle avec zele dans les observations me- 
teorologiqu<. j s. Le 111, il entrait a Aralikb. 

» Avant de quiller la cime de la montague, M. Kbodzko 
fit elever, sur l'emplacement ineme des travaux, une 
pyramidc de neige baute d'une sagene, et sur Jaquelle 
i'ut planlee la croix avec une plancbe de cuivre poi'tant 
l'inscriplion suivante : 

l'aNNEE 1851), 

LE 6 = 18 AOUT, 

SOUSLE REGNE FORTUNE DE l'eMPEREUK 

NICOLAS l", LE PlUNCE WOIIOM'SOFF liTANT 

LIEUTENANT DU CAUCASE, A EU LIEU l/ ASCENSION 

DU Gil AND ARARAT PAR LE COLONEL KHODZKO, 

DIR1GEANT LA TR1ANGULATION, N. KHA- 

NYKOFF, J. ALEXANDROFF, A. MO- 

RITZ , J. SCHAROYAN , ET 

SOIXANTE SOLDATS. » 



I. JANVIKR. 5. 



(66 j 

HAUTEUHS ABSOUi - 

Dl SYSTEME DE L'ARARAT 

ET DBS PATS ENVIBON WANTS (I). 



tettre de At. .-jbich a M. de la Roquette, secretaire yhilral 
de la Commission centrale. 

Monsieur, 
Conformement a votre desir d'avoir de moi quel- 
ques renseignements sur les hauteurs absolues du 
groupe de montagnes du systeme de l'Ararat et de celui 
des pays cmironnants , cnpables de (aire ressorlir les 
trails principaux du relief, je m'empresse de mettre a 
votre disposition une se>ie de mesures hypsomelriques 
faites par moi pendant mes voyages en Armenie en 
4844 et 4845. Les observations barometriques corres- 
pondantes, necessaires pour ces determinations, ont 
£le faites a Erivan par le maitre de l'ecole du district, 
M. Ivanof, qui fit des observations meleorologiques 
regulieres cinq a six fois par jour, de juin 1844 a oc- 
tobre 4S45. [/expedition de M. le colonel Kbodzko 
ayant suivi la metne route, pratiquee par moi cinq 
annecs auparavant, la sevde qui pent conduire a la 
cime de l'Ararat sans difliculles extraordinaires , les 
stations sur la pente de la montagnc, dont ina liste 

(i) Une Vue &i Qfitad Ararat et <les environs, (jnc M. Abich a prise 
du sommet (tu petit Ararat, el dins laquelte il indique les routes 
suivies par les priucipaui exploratears de eette montngoe celebrc, 
les hauteurs auxqiu lies ils se sout el< ves, la nature el In configuration 
tin terrain, paraiira dans le prochain nuinero rlu Bnlleti 



llll. 



ulonne ies hauteufs, ont du etre egalement traverse- - 
par l'expedition. 

a. Hauteurs qui correspondent au systeme cle V Ararat 

hd-meme. 

PieJs 
de Fraucf. 

1. Source dite cle Saular-Boulnkli , entre Ie 
petit et le grand Ararat, endroit habituel 

du campement . s . 7 054 

2. Col entre le petit et le grand Ararat ... 8 274 

3. Endroit du carnpemenl superieur; limite 
juqu'a laquelle on pent arrive* encore a 

cbeval i) 510 

4. Premiere station sur la route a la cime du 
grand Ararat. Bord inlerieur d'une sorte 
de plaine doucement inclin^e, al'extremite 
superieure de laquelle s'eleve le grand cone 
del'Ararat . M 528 

5. Deuxieme station. Limite approximative 
de deux glaciers qui dcscendenl jusqu'a la 
plaine indiquee, communiquant avec la re- 
gion des neiges eternelles 12 248 

6. Troisieme station. Commencement de la 
neige eternelie, au pied du grand cone. 
( 28 juillet 1845, limite des neiges sur le ver- 

sant oriental.) 12 878 

7. Quatrieme station, oil j'ai passe deux fois 
la nuit; place etroite et horizontale sur les 
enormes blocs de trach) tporphyr-r^sinile 

noir enlasses les uns sur les aulres 13 262 

Le cone d'^ruption lateral le plus eleve du 



( 08 ) 

Piefa 
• 1.- Frani **. 

grand Ararat, sur la penle orientale, so trouve 
an mime niveau. 

8. Cinquieme slalion, an commencement 
dune arete roclieuse de trachyte porphy- 
roide gris, qui s'el6\e brusquement sous 
forme d'une liaute muraille. Emplacement 
de la croix dont il est question dans le recit 

de l'expedition du colonel Khodzko . . . . 1 A 522 

9. La cime du grand Ararat. Plateau douce- 

menl bombe de la cime orientale (1). . . 15 907 

10. La cime du petit Ararat. Rocher d'ande- 

site perlore el \itrifie par les eclairs . . . . 12 0Z|7 

11. Cone lateral d'eruption sur le versant me- 
ridional inl'erieur du systeme de l'Ararat. 
Le cone possede de tres-pres les dimensions 
du cone du Yesuve. Les grandes coulees de 
lave qui sont vomies de cette Louche se di- 
rigent vers le sud-est, dans la direction de 
Makou. Le nom du cone est Karniaryck , 
e'est-a-dire ventre creve 7 019 

12. Exlremile superieure de la vallee de 

(l) D'apres la determination trifjononietrique de M. Fedorov, la 
haulcur absolue ile I Aiarat a tile trouvee, en 1829, 16069 pieds de 
Fiance; telle du petit Ararat, iaa3a. Les mesures baronietriques 
de M. Parrot donnenl an giand Ararat 16 ->.')i pieds, et au petit, 
ijjji, 'luuies res mesures partem d'une hauteur moyeane de la 
plaine de I'Araxe de • 7^9 pieds : mes mesures out trouve la deroiere 
de a4'i 2 - ''•"' '•' triaugulation execatee an Caucase en 1848 et 1849, 
la hauteur absolve de l'Ararat a ete trouvee 15912. La difference de 
kauteur enlre le grand et le pelit Aiarat est, d'apres M. Feilorov, 
3 838; d'apres moi, 3 8.'«8. 






( 69 ) 



Pie.l« 
de Fr.mce. 



Saint-Jacques, ou fin inferioure du glacier 
qui descend ici sur des gradins tres-escar- 
pes de la cime de l'Ararat 8 620 

13. Entree d'une gorge sur le versant meri- 
dional du grand Ararat, opposee a la vallee 
de Saint-Jacques. Cettefente, dans le massif 
du grand cone de l'Ararat, parait corres- 
pondre a la depression entre les deux cimes 
de la montagne. Cette hauteur (2 juillet 
1844) correspondait a pen pres a la limite 
des neiges sur le versant meridional de 
l'Ararat, vers Bajazed 11200 

14. Le village armenien d'Argouri, le seul en- 
droit habile" qui existat jadis sur le versant 
de l'Ararat, Florissant de temps immemo- 
rial a l'entree de la haute \allee de Saint- 
Jacques , fut completement aneanli le 
19 juin 1S40, vers le coucher du soleil, 
par des eboulements qui eurent lieu dans 
l'interieur de ladite vallee, par suite de l'un 
des plus forts tr emblements de terre qui 
aient visile l'Armenie depuis les temps his- 
toriques. Plus tie onze cents habitants d'Ar- 
gouri pe'rirent en quelques secondes dans 
cette catastrophe terrible. (Voyez, pour les 
details de cet evenement, ma lettre a M. de 
Humboldt, inseree clans les Fphemerides 
de la Societe gcographique de Berlin, t. II, 
p. 28.) La hauteur absolue de 1'emplace- 

ment de cet endroit est dc 5 146 

15. L'elevation absolue des celebres vignobles 



( 70) 



Piriil 

•J* Franca. 



d'Argouri, dont la tradition armenienne at- 
tribue la plantation a iNoe, est de /] 013 

Les torrents boucux, les transports de de- 
bris de rocbes ct de glaces (masses de gla- 
ciers), pbenomenes qui s'unirent, au bout de 
trois i'ois vingt-quatre beures, dans une succes- 
sion necessaire aux elTets produits par l'ebou- 
lement cite plus haut, attcignirent la majeure 
])artie de ces vignobles, en delruisant les ca- 
naux qui servaient a l'irrigation. 

b. Hauteurs qui se rapportent aux alentours des deux 

Ararat. 

Pied! 
da France. 

10. Aralikb, cantonnement de Kosakes et vil- 
lage talare au milieu de la plainede l'Araxe, 
au pied septentrional de l'Ararat, cxpri- 
mant la bauteur nioyenne de la plaine. . . 2 4/V2 

17. Le pont de Bourdacbir, au milieu d'une 
plaine, an pied meridional de l'Ararat, entre 
Bajazed et Makou. Cette localite exprime la 
bauteur moyenne de cette plaine, dans le 
meridien de l'Ararat 4 553 

18. La ville de Bajazed; bauteur prise immc- 
diatemenl au-dessous du cbateau 5 738 

19. La ville de Makou, au sud-est du petit 
Ararat 3 014 

20. Col entre Bajazed et Dyadin , formant la 
division des eaux du Rlouradtcbai et de 
l'Araxe 392 

21. Les eaux chatides sullureuses de Al" Reau- 



( n ) 



Pieda 
<le Fiance 



mur, pres de Dyadin, sur le bord du Mou- 
radtcbai; pont naturel de Travertine. . . . 5 912 

22. La ville de Dyadin 5960 

23. Hauteur moyenne absolue des plaines al- 
pines qui couvrent la chalne du Gelendagh, 

entre Bajazed et Makou 7 288 

24. Col entre le eouvent de Karaklissa et la ville 

de Makou 7 612 

25. Le eouvent Karaklissa, sur la route de 
Makou a Rhoi 5 599 

26. Hauteur moyenne des hautes plaines du 
Synak, entre Koulpi et Toprakale 7 832 

27. La cime du grand systeme volcanique de 
Parlydag, qui domine les hautes plaines 
berbageuses du Synak 9 910 

28. Niveau du lac Balykgoell , sur le Kourd- 
Svnak " 6 887 

29. Niveau du lac Abasgoell , entre la plaine 

de l'Araxe et le Balykgoell 6 258 

30. Mines de sel gemme a Roulpi 3 366 

31. Village de Kagbisman 4 122 

32. Ville de Kars, 120 pieds au-dessus du 
fleuve 5 286 

33. Les mines d'Ani, sur les bords du fleuve 
Akourean 4 384 

34. Ville d'Alexandropol, le Gymri des Turks, 4 522 

35. Ville (YJkalkali, sur la plaine volcanique, 
au pied de deux cones du systeme trachy- 

lique nomme Aboul 5 125 

36. Ville d'Jka/ziM 2 931 

37. Village Kerlvis, sur le bord du Kour, im- 



72 ) 



dr Frinc«. 



medialement au-dessous de la haute plaine 
d'Akalkali 3 344 

38. Col entre Akalkali et Alexandropol. Haute 

plaine volcaniquc 6 35S 

39. Yefremof, village des Dukobories 6 268 

40. Niveau du lac de Cewank on Goktchai . . 5 510 

41. Ville d'Erivan. — Niveau de la place, 
en face de la forteresse. — Cetle yaleur, 
Calculee a 1'aide des hauteurs annuelles 
mnyennes de la coloune baromelrique, a 
Tiflis et a Erivan , eft le point de depart 

pour loutes les autres mesures 2 978 

42. La ville de Nakhitcheuan, a l'extremite 
orientale de la plaine de l'Araxe 2 628 

43. Grand dome d'ohsidienne tr achy ti que et 
de trachyte -porphyre ponceux, nomme 
Aghdagh, sur le grand plateau volcanique 
d'Agmanzan , vis-a-vis de l'Ararat 11480 

44 Sysleme sera hi able, plus vers l'orient, 

nomme Bosdagh, sur le meme plateau . . 10 728 

45. Cone d'eruplion et de scories, d'Agmtin- 
gan, dont sont sorties des coulees immenses 
de laves doleritiques: actuellement cratere 
a lac, au centre du plateau volcanique dit 
d'Agmangan . * 11 168 

46. Grand systeme de trachyte et de domite, 
nomme' Karanlydagh ( montagne tene- 
breuse), faisant parlie de la serie des sys- 
temes volcaniques qui hordenl le lac de 
Goktcliai, vers le sud-est et vers Test. . . 10 413 

47. Cone d'eruplion doleritique , nomine 



I 73 



I 



Pieds 
de France . 



Aboul-Hassar, au sud-est du lac Goklchai, 

au pied du Karanlydagh 8 596 

48. Cone d'eruplion et de scones doleriliques, 
nomme Dalvktappa ( inoritagne perforee), 
se faisant jour a travers le lerrain nuininu- 
lilique, au centre de l'ancienne province 
armenienne Vai-at-dzor (valine des plaintes 
et des terreurs), dans le district nomme 
aujourd'hui Daralagez, a Test du lac Gok- 

tchai 8 042 

49. Ville d'Ordoubad, dans la vallee de l'A- 

raxe, a Test de Nakitchevan 2 422 

50. Village de Migri, plus vers Test, dans la 
vallee de l'Araxe 1 916 

Abich. 



LETTRE DU PRINCE EMMANUEL GALITZIN 

A M. DE LA ROQUETTE, 

Setittiiie general de la Commission centrata de la Sonele de geog'aphie. 

SUK LES DECOUVEnTES FAITES DANS 

L'lNTERIEUR DE LA MER DARAL. 



Saint-Petersbourg, to (4= 16) Janvier i85i. 
Monsieur et honorable collegue, 

La nouvelle geographique dont on s'entretient ici 
parmi les amis des sciences geographiques est trop 
importante pour que, comme mcmbre correspondant 
de la Societe de geographie de Paris, je ne m'empresse 



( 7/. ) 

pas de la lui transmettre : il s'agit de la decouverte et 
dela reconnaissance, acluellement accomnlie, de plu- 
sieurs iles, donl l'exislence elait a peine soupconnee 
auparavant, dans la mer d'Aral. L'aulorisalion de pu- 
blier les documents qui s'y rapporlent est due a une 
haule sollicitude pour les interels de la science, et leur 
mise au jour aura lieu, par les soins de la Societe im- 
perial , dans le tome V e de ses Memoires. En atten- 
dant, un court apercu a deju ele livre a la publicite, et 
je me dep&cbe d'en extraire les rcnseignemenls que 
vous allez lire : si, comme je le suppose, ils n'ont point 
encore etc communiques a la Societe de geograpbie 
de Paris, ils l'interesseront sans doute. 

C'estseulement danslccourantdel'annee 18A7qu'un 
relevemenl su ffisamm en t exact d es cotes est, auest et nord 
de la mer d'Aral avail pu etre obtenu. A cette epoque, 
un fort ay ant etc eleve a 60 kilometres de l'embouchure 
du Syr-Daria, Y exploration de cette mer fut resolue. 
En cons6quence, on proceda a la construction d'un 
scliooner de guerre, qui recut le nom de Nicolas, et 
d'un autre batiment a deux mats : tous deux furent 
construils a Orenbourg, puis demontes et transported 
par terre , a mille kilometres de la, jusqu'a l'endroit 
nomme Raim , distant de 60 kilometres de l'embou- 
cbure du S\ r, ou Ton proceda au montage definitif, puis 
au greement : les travaux de reconstruction acbeves, le 
scbooner fut mis a l'cau. Durant cc temps, on s'occu- 
pait a Orenbourg de construire un second batiment 
de guerre, fe Con si ant in; celui-ci fut egalement trans- 
porte par pieces a Raim, monte en ce lieu, et puis 
lance a son tour. (Juan I au Mikhail, le batiment con- 
slruit en meme temps que le Nicolas, c'etait un simple 






( 75 ) 
bateau amenage pour la peche. M. Boutacheff, com- 
mandant du Constantin, commenca en 1848 ses Ira- 
vaux de relevement et son exploration. II parait, chose 
digne de remarque, que ce batiment fut le premier qui 
pdnditra jusqu'au centre de la mer d'Aral; car les em- 
barcations du pays sont trop freles pour s'aventurer a 
distance du rivage. Dans la campagne de 1848, les 
cotes furent en partie explorees, et un groupe d'iles 
reinarquable fut decouvert : dans celle de 1849, deux 
autres lies, qui recurent les noms de Bellingshausen 
et de Lazareff, furent encore decouvertes, et la recon- 
naissance des cotes fut complete : neuf points avaient 
£te determines astronomiquement. 

Le groupe d'iles decouverl en 1848 est situe a une 
egale distance (60 kilometres) de File de Barsa-Kil- 
mase, de la presqu'ile de Koulandy, et de la cote occi- 
dentale de la mer d'Aral. L'ile de Nicolas I", la prin- 
cipale du groupe, a 200 kilometres carres de superficie: 
les nomadcs des alenlours ne se doulaient point de 
son existence, parce que cette ile n'est visible d'aucun 
point des cotes. Elle se compose de deux parties dis- 
tinctes : la partie orientate est elevee, plate, et a pour 
base un calcaire; sa longueur, du nord an sud, est de 
12 kilometres sur 5 kilometres de largeur; la partie 
occidentale a 10 kilometres de longueur sur 6 kilome- 
tres de largeur : celle -ci forme deux presqu'iles. Au 
dela de la plage, ou croissent des roseaux, se dessi- 
nent trois rangees de collines sablonneuses. Derriere 
ces collines s'etend un terrain sablonneux, bas et uni, 
coupe par quelques petits lacs sales, et surmonte ca 
et la par de petits plateaux formes d'une argile pene- 
tree de sol. En bon nombre d'endroits, la surtout on 



( 7fi ) 
le terrain est has, il existe des fourres de buissons 
de saksaoitls et de tamarisc d'une epaisseur excessive. 
L'ile nourrit beaucoup de saigas ( antilope d'Asie), 
donl la cbair est un manger succulent, el des heris- 
sons; des traces de renards ont ete apercues; on y a 
trouve des tortues de terre , ainsi que des serpents. A 
15 kilometres de l'ile de Nicolas I", dans la direction 
du nord-ouest, est situee l'ile de Naslednik, et a 6 kilo- 
metres, vers le sud , l'ile de Constantin. Deux autres 
iles, plus peliles, complelent le groupe. 

A une distance de 50 kilometres, au sud-ouest de 
l'ile de Nicolas I", et a pareille distance d'Oust-Ourta, 
a 80 kilometres au nord de Tukmak-Ala, se trouve l'ile 
de Bellingshausen, signalee plusbaut : rile est etroile, 
sablonneuse, et a 3 kilometres de longueur du nord au 
sud. Des bas-fonds s'etendent dans la mer, aux deux 
extremites. 

Enfin, a 10 kilometres environ, au sud de l'ile de 
Bellingshausen, surgit du fond de la mer un rocher 
calcaire de hauteur peu considerable; il a pres de 3 ki- 
lometres de longueur sur une largeur de 1 kilometre : 
c'esl l'ile de Lazareff. Elle est complelement nue, a 
l'cxception de quelques rarcs buissons de tamarisc et 
des roseaux qui croissent au bord de l'eau. 

Tels sont, monsieur et honorable collegue, les ren- 
seignements succincts que comporte l'etendue d'une 
simple leltre. Vous Irouverez, je le suppose, des details 
plus nombreux dans les traductions du Bulletin russe 
que la Sociele de Saint-Petcrsbourg pourra vous faire 
tenir : plus tard parailia, in extenso, le comple rendu 
des travaux accomplis par l'expedition qui, je n'cu 
doute pas, sera de nature a lixor l'altention de cette 



{ "" J 

partie du public europeen qui s interesse aux progres 
d'une science qui de jour en jour etend les bornes de 
son vaste domaine. 

Agreez, monsieur et honorable collegue, l'expres- 
sion reiteree de mes sentiments tres-distingues. 

Le prince Emmanuel Gautzin. 



Analyses, Extra! is d'ouvragcs, etc. 



DIFFERENCE DANS L'ASPEGT PHYSIQUE 
DU BRESIL ET DE LA BOL1VIE 

ET 

DANS LES MOEUKS ET LES GOUTUMES 

DES HABITANTS DE CES DEUX CONTREES. 

Exuaits de la relation du voyage de M. de Castelnau dans 
l'Ameiique du Sud (i). 



M. Francis de Castelnau, qui a execute il y a peu 
d'annees un voyage fort remarquable dans l'Amerique 
meridionale, avail publie, etant fort jeune encore, 
quelques ouvroges de zoologie. Emporle par un besoin 
presque irresistible de voyages, il se deterrnina a visiter 
d'abord l'Amerique du IMord. Pendant cinq ans, il 
parcourut les Etats de l'Lnion americaine, le Texas et 
le Canada, et la publication qu'il lit a son retour des 

(l) Expedition dans les parties centrales de iJmerique du Sud, de 
Rio-Janeiro a Lima et de Lima au Para; execule'e par ordre du gou- 
vernement f'rancais pendant les annces 1 843 a 1847, sous la direction 
de M. Francis de Castelnau. M. P. Rertrand. Paris, i85o, i85i. 



n ) 

l ues et souvenirs tie i/huerique du .\ur<l, et d un hssn' 
sur (e systeme si/urien de I'Jmerique sepfetitrionnle, an- 
noncercnt au monde savant un voyageur inlrepide, 
infatigable , plein d'instruclion et de sagacite. 

Scinblable au mar in impatient do remonler a bord 
pour enlreprendre de nouvelles navigations, lorsqu'il 
vient a peine de quitter son navire , M. de Caslelnau, 
quelques mois apres son retour des Etats-Lnis, son- 
geait deja a recommencer de lointaines explorations. 
Cette fois , e'etait dans les regions tropicales qu'il 
avait l'intention de diriger sa course. 11 elait curieux 
d'observer les conlrasles qu'olIYent cnlrc olles les 
deux grandes prcsqu'iles qui forment le continent 
de rAinerique. Le but principal de l'expedition qu'il 
projetait etait d'etudier sous lous les rapports le vasle 
bassin de l'Amazone, cc grand Heuve appele a joucr 
un role si important dans l'bistoire future de l'Ame- 
rique. 11 voulait traverser deux fois le continent : la 
premiere, en partant de Rio-Janeiro et se dirigeant sur 
Lima, tout en cbercbanl a suivre, autantquc possible, 
la ligne de partage des eaux qui se rendent , les unes 
dans le nord, pour se reunir au fleuve des Amazones, 
et les autres vers le sud , pour former le Rio de la 
Plata; et la seconde, au retour, en descendant le cours 
meme de l'Amazone. 

De 18Z|3 a 18Z|7, &1. de Castelnau a execute avec 
succes cette belle et dillicile enlreprise faite par ordre 
et aux frais du gouvernement francais. M. d'Osery, 
jeune ingenicur des mines, que ses talents precoces 
avaient fait designer, el donl tous ceux qui s'inleres- 
sent aux progies des sciences regreltent la fin si mal- 
beureuse et si prematuree; M. le dorteur Weddell , 



(79) 

inedecin et bolanisle, ancien vovageur du Museum 
d'histoire nalurelle; et M. Emile Deville, employe <ki 
meme etablissement, accompagnaient notre explora- 
teur, et devaient le seconder dans ses travaux. II etait 
d'ailleurs amplement muni des meilleurs instruments, 
executes par les artistes les plus renommes, pour faire 
loutes suites d'experiences et de recherches scientifi- 
ques. Des theodolites, des boussoles de deciinaison , 
de variations diurnes et d'intensite, des cercles , des 
sextants, des barometres, des thermometres, des chro- 
nometres, etc., etc., lui avaient ete remis avant son 
depart et avaient ete soumis a des epreuves prealables; 
et il avait aussi emporte avec lui un grand nombre de 
boeaux destines a conlenir des animaux dans l'alcool, 
du platre a mouler, etc., etc. Quelques-uns des meil- 
leurs ouvrages sur l'astronomie, la physique, la bota- 
nique, etc., faisaient partie de sa hibliotheque por- 
tative. 

Des circonstances qu'il n'est pas besoin de men- 
tionner ont retarde la publication, et il est a regretler 
que le gouvernement n'ait point fourni les moyens de 
l'executer sur une plus grande echelle. Aujourd'hui 
retire a Bahia, ou il exerce les functions de consul de 
France, M. de Castelnau vient de faire paraitre a Paris 
les trois premiers volumes de la relation historique, 
qui doit en former six ; les volumes et les atlas consa- 
cres a la partie scienlifique seront publies plus tard. 

En attendant que la publication des trois derniers 
volumes de la relation historique soit terminee , et 
qu'on puisse rendre dans le Bulletin de la Societe un 
compte detaille de l'ensemble du voyage que je ne fais 
qu'indiquer ici sommairement , je pense qu'on lira 



80 

.i\ec interel deux morceaux fort courls, extiaits de la 
relation hislorique, dans lesquels le voyageur compare 
le Bresil et la Bolivie, lant sous le rapporl de la con- 
figuration physique, qu'on ce qui concerne Ies mceurs 
et les coutumes des habitants de cos deux Etats de 
l'Aineriquo meridionale, si voisins, et differant cepen- 
dant si grandement sous presque tous les rapports. 
Je laisse maintenanl parler M. de Castelnau : 

« A peine entres en Bolivie, nous nous apercumes 
aussitot de la difference qui existe entre cette region 
et le Bresil sous le rapport de la configuration phy- 
sique. La race porlugaise s'est emparee en Ainerique 
de la conlree la plus admirable du monde et que la 
nature semble avoir pris plaisir a comhler de tous ses 
bienl'aits. La repartition des eaux sur la vaste surface 
de eel empire est surtout remarquable ; de magui- 
fiques rivieres et d'innombrables filels d'eau parcou- 
rent dans toules les directions ses bois et ses cainpos, 
et y portent cette fertility qui entoure de tant de pres- 
tige le nom de Bresil, dont le souvenir ne so retrace 
a notre imagination qu'enloure de son hrillant apa- 
nage de forels vierges, peuplees d'oiseaux au riche 
plumage el resplendissant de toul I 'eclat du soleil des 
tropiques. Des que le voyageur a francbi la ligne 
imaginahe qui borne ce pays versl'ouest, il se trouve 
dans ane region tantot noyee par les pluics tropi- 
cales, et tantot cntieremenl denuee d'eau. Pendant 
plusieurs mois de l'annee, en effe.t, e'est en canot 
seulement que Ion peut pareourir la partie de la 
Bolivie la plus rapprochee de la fionliere, et, dans 
les aulres saisons, les caravanes sunt obligees d'em- 



(81 ) 

porter avec elles l'eau necessaire a leur consomma- 
lion. Du reste, la contree que nous traversions etait 
beaucoup plus peuplec que les parties analogues de 
l'empire, et bien que les fermes que nous rencon- 
trions ne fussent en general babitees que par des In- 
dlens Cliiquitos parvenus a l'etat de paysans, cepen- 
dant la civilisation etait deja plus grande , et nous 
observions avec piaisir l'absence complete du sang 
negre. Ces populations ne parlaient que des langues 
indiennes, et nous avions grand'peine a en obtenir les 
moindres renseignementsnecessaires pour la direction 
que nous avions a suivre, ce qui rend ait notre marche 
d'une extreme lenteur. Cbaque soir, nous coucbions 
dans de bonnes fermes, oil nous etions recus avec 
bospitalite ; des gens habitues comme nous a camper 
dans le desert ne pouvaient, sans une veritable satis- 
faction, jouir d'un semblable bienfait. D'un autre 
cote, notre curiosite etait vivement excitee : tout ce 
qui nous entourait etait nouveau pour nous, et nous 
nous arretions constamment pour observer des 
homines, des coutumes et des objets tout differents 
de ceux que nous voyions depuis longtemps... 

» Le 23 juin (1845) , au moment ou le soleil se ca- 
cbait a l'borizon, nous arrivames aux premieres mai- 
sons du beau village de Santa-Anna, fonde, dit-on, en 
1750 par les jesuites , et qui, par son ordre, sa pro- 
prete et la grande regularite de sa distribution, de- 
passait de beaucoup l'idee que nous nous en etions 
formee. Quelques instants apres, nous etions sur la 
grande place oil etait construit le magnifique college 
des Peres. 

» Ce beau batiment, cntoure de jardins, presente un 

I. J4NVIF.R. (5. G 



( 82 ; 
aspect des plus imposants. De belles colonics delica- 
lemenl seulplees en ornent la facade, et de grarieux 
cocoliers sonl distribues a\ee une extreme symelrie. 
lanl aux angles de la place qu'aulour de l'immcnse 
croix qui s clove a son milieu. Frappcs d'admiivilion , 
nous arretames nos chevanx pour eonlempler a 
loisir l'edifice que quelques pretres chreliens ont su 
creer, par le seul effort de leur genie, au milieu 
dun desert habile si peu de temps auparavant par 
des tribus feroees. Lne population industricuse se 
monlrait de toutes parts occupee a des travaux utiles, 
et pailoul l'abondance se faisait voir et form ait un 
singulier contrasle avec la misere et la salete qui de- 
puis longtemps atlrislaient nos regards... 

» De tres bonne beure, nous recumes la visite de 
Yeconutno, principale autorile du village : e'etait un 
jeune capitaine aux manieres franeb.es el ouvertes, 
qui se plaignil beaucoup de ce que nous n'elions pas 
descendus cbez lui. II nous emmena pour dejeuner 
a sa maison. Pendant qu'oceupe des preparatifs du 
repas il nous avait laisses seuls dans le salon, nous 
vimes, avec un profond elonncment et presque avec 
effroi, entrer une jeune femme aux manieres gra- 
cieuses. Peu habitues a des visions de ce genre, nous 
nous regardames les uns les aulres, et nous allames 
nous asseoir a l'autre exlremilc de la piece. Bienlol 
le dejeuner l'ut scni, et la jeune personne y prit pari. 
Moire embarras elail extreme; nc connaissant pas les 
mieurs du payg, nous n'osames pas lui adiesser la 
parole, el un silence general i .'• u.i jusqu'a ce que la 
dame bolivienne, se laissanl aller a un rire irouiquc, 
mil la conversation sur la galanterie franchise dont elle 



( »3 j 
avail toujours enlendn parler; des lors la glace bit 
rompue, et une fois bien convaincus que nous n'etions 
plus au Bresil, nous jouimes franchement d'une so- 
ciete bienveillanlo ot gaic , qui etait si nouvelle pour 
nous » 

On ne sera point surpris cle 1'etonnemcnl de M. de 
Caslelnau et de ses < ompagnons de voyage, si Ton 
compare celte reception avec celle qui lui avait ele 
faite quelques jours auparavant a Matto-Grosso (Bre- 
sil) (1), el dont il rend comple en ces termes : 

« Vers les quatre hemes de I'apres-midi, nous nous 
rendimes ohez le commandant superieur, ou Ton avail 
prepare un diner de ceremonir. Les convives arriverent 
les uns apres les aulres dans la grande salle du palais; 
presque tons etaient en uniforme, el la couleur de 
leur peau variait depuis le noir de charbon jusqu'au 
cboeolat clair. L'un d'entre eux allira noire altenlion 
d'une maniere parlicuiiere : c'etait un negre dont 
lous les inouvements rappeiaient ceux du singe; il etait 
age, et ses yeux rouges formaient un eflioyable con- 
traste avec la couleur de sa peau; quelques dents 
rares et d'une enorme dimension allongeaient encore 
la preeminence de ses levies; ses pommeltes laissaienl 

(i) Matto-Grosso, ou Villa-Bella, fon dee en 1754 par le comte de 
Azambaja, premier gquyerneur de la province de ce noni, sur la ri- 
viere, rive droite, de Guapore, et a une petite distance de ce coins 
d'eau, devenue pendant quelques aiine'es assez florissante par les ex- 
ploitations dor, est tombee depuis quelque temps en decadence, a 
cause de linsaluljiite de son cliuiat. Une partie de ses habitants l'aban- 
donna, et, en 1820, le president Francisco de Paula Magessi Tavares 
lui porta le dernier coup en transportant a Guyaba sa residence et 
celle de toutes les administrations; il ne resta plus a Matto-Grosso que 
le 1 ■iiinm 1 11. 1 mi superieur de la frontiers. 



(84 j 

voir les restes du tatouage de sa lerre nalale, el ses 
enormes mains avaient celte contraclion particuliere 
qu'on trouve souventchez les babouins. Ge curieux per- 
sonnage portait l'tioiforme de capitaine : c'elait, du 
reste, un boinmc extrememcnt devoue, el qui, dans 
|)lusieurs circonstances, avail donne des preuves re- 
marquables de bravoure, qui lui avaient valu le com- 
mandement de la ville frontiere de Casalbasco. II etait 
difficile de garder son serieux en voyant ses profondes 
genuflexions ct surtoul en remarquant le respect ex- 
traordinaire qu'il temoignoit a un jeune sous-lieute- 
nant de couleur blanche qui etait cense sous ses ordres. 
Nous savions que, par une marque particuliere de 
consideration de notre bote, nous devions diner avec 
les principales femmes du pays. Celle derogation aux 
coutumes bresiliennes etait aussi en partie due a ce 
que la femme du commandant, bomme tres sup6- 
rieur sous tous les rapports, etait une Espagnole de 
Buenos-Ayres. Nous allendions avec une vive impa- 
tience le moment d'etre presentes aux femmes, lors- 
que le maitre de la maison, me prenant par le bras, 
nous dit que le diner etait servi. II nous conduisit 
dans une vaste salle a manger, au milieu de laquelle 
s'etendait une longue table couverte de tous les pro- 
duits du pays; une douzaine de femmes tres liabilities 
etaient groupees dun cote de la table , et paraissaient 
excessivemenl embarrassees de se trouver ainsi en pre- 
sence d'etrangers; la plupart etaient mulatresses. Les 
convives se placerent, apres avoir cbange leurs babits 
contre des vestes rondcs ou des robes de cbambre; 
mais le nombre des chaises et des assietles n'etantnul- 
lemenl en rapport avtc celui des invites, les uns se 



( 85 ) 

tinrenl debout el les autres s'assirent a deux sur 
le merae siege. La partie feminine de I'assemblee 
elait particulierement mal partagee sous ce rapport; 
trois d'enlre ces femmes parvenaient quelquefois a se 
maintenir en equilibre sur la meme cbaise ; plusieurs 
s'assirent sur les genoux des autres; trois et meme 
quatre mangeaient dans la meme assiette, et les verres 
etant en petite quanlite, on les faisait circuler, et cha- 
cun buvait a son tour. Quant aux fourcbeltes, celles 
qui n'avaient pu en obtenir savaient parfaitement y 
suppleer au moyen de leurs doigts. Le dessert sur- 
tout presenta un singulier coup d'ceil. La table avait 
6te couverte d'enormes pasteques, que Ton avait sim- 
plement partagees par le milieu ; cbaque convive 
s'empara d'une de ces prodigieuses sections, et, au 
meme instant, tous les visages furent eclipses par ces 
masques de melons, du fond desquels s'echappaient 
des sons etranges produits par la succion. Le repas 
fini, on paraissait en general se ressentir encore de 
cette manoeuvre, car l'air ainsi absorbe s'echappait 
d'une maniere violente de l'estomac de ceux qui y 
avaient pris part. Les dames garderent le silence 
pendant le repas, et des qu'il fut termine , elles dispa- 
rurent pour ne plus revenir. C'est la seule fois, depuis 
notre depart de Rio-Janeiro, que nous vimes des femmes 
du pays s'asseoir a table » 

Dli L\ ROQUETTE. 



( H ) 
*oiivellc* £;o<i>:;ra|>hiqiic«. 



M. Bonpland. — Lnvoyageur americain, qui a visile 
il y a quelques mois le Bresil et les provinces de Buenos- 
Ayres, nous communique los nouvelles suivantes : 

« Jo viens d'avoir le bonheur de rencontrer a San- 
Borja (1) M. Bonpland, l'ami, le compagnon et le col- 
laborator de l'illustre Humboldt : il se rendait par 
l'Uruguav a Montevideo, pour y toucher la pension qui 
lui a ete allouee par le gouvernement franoais; nous 
nvons fait route ensemble. M. Bonpland, quoique ayant 
atteint sa soixante-dix-hnilieme annee, est toujours 
plein de vigueur et conserve toutes ses facultes. Sa con- 
versation est auimee et on ne pent plus interessante. 
On croirait, a l'cntendre parler de ses projels pour 
l'avenir, qu'il est encore a la fleur de son age. II entre- 
lient une correspondance suivie avec M. de Humboldt, 
et manifesto 1'intention de passer le roste de ses jours 
dans l'obscurite. Bonpland occupe une maisonnette 
pros du ullage retire de San-Borja, el il cultive 
lui-ineme les terres qui en dependent. Marie a une 
Indienne, dont il a plusieurs cnfants auxquels il est 
extrememenl attache; il continue ses recherches bo- 
taniqucs, et , pendant notre excursion de San-Borja a 
Montevideo, il a recueilli et decrit plus do deux cents 

(i) Quoique bade entre l'Uruguay et d'iramenses marais, le climat 
de cede petite ville, situee au 28" 4''de latitude, dans IT' tat de I'fiqua- 
teur, departemenl d'Assuay, est delicieux, suivant M. Bonpland; elle 
c-i tres-saine et exempte d'affections morbides, contafjieuses et epi- 
demiques. 



( 87 ) 

pi antes nouvelles. Ses collections sont iminenses, ct 
sans tloule d'une grande valeur ; mais, selon toute ap- 
parenee, il est a craindre qu'elles soient perdues pour 
la science, car il parait fermement resolu a ne plus 
revenir en France (1) . Sa longue residence dans l'Ame- 
rique meridionale (il y demeure depuis 1817), en y 
comprenant une detention de neuf ans dans le Para- 
guay, Font lelleraent habitue a la vie rude et simple 
des naturels, que rien ne pourrait le decider a changer 
sa maniere actuelle de vivre. » 



— M. Jules Coutin, attache au ministere des travaux 
publics, est envoye par le gouvernement aux litats- 
Unis pour y etudier l'exploitation des chemins de fer. 
Charge de missions semblables en Angleterre pendant 
ces dernieres annees, M. Jules Coutin s'en est acquitte 
avec un plein succes. Nous ne doutons pas qu'il ne 
trouve aux Elats-Unis un accueil bienveillant et que 
son voyage n'ait les resultats les plus avantageux. Une 
serie de questions qui interessent a un Ires-haut degre 
la science geographique a ete remise a M. Jules Coutin 
par la Societe. 

(i) Voici ce que M. Bunpland ecrlVait a M. Arngo, de Montevideo, 
le 2<S septemLre 18^9 : " Bieniot je retournerai a San-Borja, oil je 
conserve mes collections, et aussitot que la navigation de l'Uruguny 
offrica la surete dont elle est prive'e depuis tanL d annees, j'enverrai 
quelque chose a Paris. . . » Et plus loin : « ... Mou herbier, compose 
de plus de trois mille plantes, ei que je conserve en bon etat, ainsi 
que mes nianuscrits, ont fait envie a bien des personnes. Plusieurs 
fois on m'a propose de les acheter, et naturellement j'ai refuse toutes 
les offres. Mes travaux aphartiennent a la France. » 



( 88 ) 

— M. II. A. Weddell, voyageur naturalist.' (in Mu- 
seum d'liistoire naturellc de Paris, un des savants qui 
ont coopere a l'expedition dans les j)artics centrales 
de l'Amerique du Sad, execulee pendant les annees 
1843 a \8li7, sous la direction de M. Francis de Cas- 
telnau , vient de quitter la capitale pour retourner 
en Amerique. II se propose de visiter de nouveau, sous 
le rapport botanique, surtout Ie Perou et le Grand 
Chaco, contree encore si peu connue. 

M. Weddell a publie a Paris, avant son depart, un 
volume consacre a son Voyage dans le sud de la Bolivie, 
qui parait chez M. P. Berlrand, et dont nous entretien- 
drons la Societe de geograpbie, que ce voyageur a pro- 
mis de tenir au courant des resultats de ses nouvelles 
explorations. 



— ML Abieb.celebre voyageur et geologue allemand, 
au service de Russie, connu du mondc savant par ses 
Observations geologiques sitr les phenomenes et sur les 
for/nations volcaniques dans la basse Italie, par la deter- 
mination dos hauteurs de plus'ieurs montagnes dans 
le Caucase et en Perse, etc., est en cc moment a Paris. 
Pendant un sejour de plus de sept ans en Armenie et 
dans le Caucase, dont il a etudie la cbaine, M. Abich 
a recueilli un grand nombre de faits interessants, (jui 
seront publics par ordre du gouvernement russe. 

On trouvera dans ce Bulletin la preuve tie Pimpor- 
tance qu'il attacbe aux sciences geograpbiques. 



— M. Remy, attacbe au Jardin des plantes, va parlir 
sur la fregate la Penelope, qui doit le transporter au 



( 89 ) 
Perou, d'ou il ira ensuite s'elablir aux iles Sandwich; 
il doit sojourner deux ans dans ces iles, pour les ex- 
plorer, principalement sous le rapport de la bota- 
nique. 

— Decouverte faite par les Russes de plusieurs iles 
restees encore inconnues dans le centre de la mer 
d'Aral. (Voir dans ce Bulletin la lettre de M. le prince 
Emmanuel Galitzin.) 



— Turqtjie. — Le seraskierat a l'intention de pu- 
blier des cartes exactes de quelques provinces pen con- 
nues de l'empire ottoman , et il veul leur donner un 
grand caraclere d'exactilude. II a deja fait paraitre la 
carle du pays situe le long du Chatt-el-Arab, depuis 
le golfe Persique jusqu'au -dessus de Bagdad; et la 
carte de Bosnio no lardera pas a elre editee. Une com- 
mission formee par ordre du sultan , et presidee par 
Bekir-Pacba, doit se livrer a la confection d'une carte 

officielle de l'empire (Communication de M. Ch. 

Schefer.) 

— Lac Ngami (Al'rique australe).- — La Societe a 
recu en communication de M. Grandpierre, direc- 
teur des missions evangeliques, une lettre autograpbe 
du reverend docleur Livingston , datee de Kolobang , 
et adressee a M. Fredoux, a Molito, pres Laltakou. 
Cette lettre renferme des details extremement curieux 
sur les habitants des environs du grand lac Ngami, 
decouvert par le docteur; on y trouve de nombreuses 
notions sur les animaux et les plantes, sur les mala- 



( W ) 
dies propres an pays et sur los circonstances physi- 
ques. Nous la donnerons in e.> icnso dans le prochain 
numero <lu liulletin. 



.%ctcs de la Societe. 

Process- verliaux ties* seances, Ouvrages 
oil «'!•<**, ete. 



Phesidence de M. Jomakd. 



Seance iiu 3 Janvier 1851. 
Le proces- verbal dc la derniere seance est hi et 

adopts. 

Le president de l'Academie rspagnole d'archeologie 
ecrit de Madrid, lh decembre J850, pour IransunHtre 
ses statu Is a la Societe de geographic , et lui proposer 
de nonnncr academicians les trois membres quo ladite 
Societe lui designera, en demandant que, par recipro- 
cite, la Societe de geographic accorde le meme hon- 
neur a trois membres tie l'Academie d'archeologie 
dont celle-ci enverra les noms. Apres une courtc dis- 
cussion , il a etc decide que le secretaire general de 
la Commission centrale repnndra que la Societe de 
geographic, n'avant point de membres honoraires, 
regrette de ne pouTOtr salibl'airc aux desirs qui lui §ont 
manifestos, et qui ne peuvent d'ailleurs que 1'honorer 
infiniment. 



( M ) 

M. de Guiers, secretaire de la Society g£ograpbique 
de Russie, envoie , avec sa lettre , datee de Saint-P6- 
tersbourg, 23 noveinbre = 6 decembre 1850 : 1° la 
traduction du compte rendu de ladite Societe pour 
l'annee 1849, lu par lui a l'assemblee annuelle du 
22 fevrier 1850; 2° un extrait des proces- verb aux des 
seances generales de la meme Societe et des seances 
de son conseil pour la premiere moitie de l'annee 
courante, ces deux documents rediges par M. Dm. 
Longuinoff. Le conseil a decide que les communica- 
tions du meme genre, ayant trait aux actes de la So- 
ciete russe de g^ograpbie, seront faites de.la part de 
son secretaire; quant aux resultats scientifiques des 
travaux de ladite Societe, exposes principalement dans 
ses Memoires, et en partie dans son Bulletin, le con- 
seil les fera parvenir aussitot que possible a la Societe 
de geograpbie de Paris; et il a prie M. Longuinoff de 
communiquer de temps en temps et direclement, de 
sa part, au secretaire general de la Commission cen- 
trale, l'analyse des principaux articles inseres dans les 
publications sus-mentionnees. — Des remerciemenls 
seront adresses par le secretaire general, et les deux 
documents tiansmis seront envoyes au comite du Bul- 
letin. 

M. Jomard communique la lettre, ecrite par lui, il 
y a six mois, au vice-roi d'tgvpte, au sujet d'une nou- 
velle expedition a (aire aux sources tlu Nil. 

Apres la lecture des ouvrages offerts (voir ci-apres), 
les membres presents procedent au renouvellement du 
bureau de la Commission cenlrale pour l'annee 1851. 
II se trouve ainsi compose : 

President, M. Jomard; 



( 92 ) 

Vice-presidents, MM. d'Avezac et Isambert; 

Secretaire general, M. de la Roquette. 

M. Poulain de Bossay, president sortant, et M. Jo- 
mard, nouveau president, adressent dcs remercie- 
ments a la Commission centrale, qui, a son tour, en 
vote a l'unaniniite a M. Poulain de Bossay, principale- 
ment pour la maniere impartiale avee laquelle il l'a 
presidee pendant lout le temps qu'il a etc place a sa 
tete. 

Dans la section de correspondance, M. de Bossay pren- 
dra la place de M. Ed. de Brimont, qui passera dans 
la section de comptabilite, en remplacemcnt de M. Isam- 
bert, elu vice-president. Aucun cbangement n'aura 
lieu dans la section de publication. 

M. de la Roquette, reelu secretaire general de la 
Commission cenlrale, pense qu'il y a des modifica- 
tions essenlielles a apporler dans la direction du Bul- 
letin, confiee aujourd'bui a douze membres de la 
Commission, independants l'un de L' autre, et trop 
nombreux pour pouvoir se concerter facilement. Pour 
assurer l'enscmble et l'unile dans la redaction de cc 
recueil periodique, il propose d'en confier a l'avenir 
la direction a une seule personne , en lui adjoignant 
un comite d'un certain nombre de membres. 

MM. d'Avezac, Poulain do Bossay, de Brimont, G. 
Lat'on, Dussieux, Sedillot, Corlambert et Allied Maury 
prennent part a la discussion qui s'engage a ce sujet; 
ils reconnaissent tons la necessile etl'utilile d'une di- 
rection unique, el ne different que sur le plus ou 
moins grand nombre des membres adjoints dont se 
composera le comite. M. Jomard . president de la 
Commission cenlrale, resume tout ce qui a etedit, et 



( 93 ) 
la Commission decide qu'a partir dn mois de Janvier 
1851 inclusivement la direction unique du Bulletin 
de la Societe de geographic sera confiee au secretaire 
general, auquel seront adjoin ts trois membres de la 
Commission centrale designes par lui, forma nt en- 
semble le coinite du Bulletin charge de la redaction. 
La Commission centrale decide en outre que son bu- 
reau sera consul le par le comite du Bulletin sur tous 
les cas qui otlriraient quelques diificultes. 

M. G. La ton propose d'avoir tous les trois mois tine 
seance consacree aux interets de la complabilite. La 
discussion de cette proposition est renvoyee a une autre 
seance. 

M. Bachot'en , officier du genie Suisse, presenle plu- 
sieurs t'euilles et des dessins de la grande Carte de la 
Suisse au j^o- 

M. Tremeaux (Pierre), architecle et voyageur, est 
admis conime membre de la Societe de geographie 
sur la presentation de MM. Jomard et de la Roquette; 
et M. de Mauroy est reinlegre sur la liste des membres 
sur la presentation de MM. d'Avezac et Isainbert. 

Seance du 17 Janvier 1851. 

Le proces -verbal de la derniere seance est hi et 
adopte. 

M. le general Aupick, ministre plenipotentiaire de 
France aupres de la Porte Ottomane, ecrit de Pera 
(25 decembre 1850) au secretaire general de la Com- 
mission centrale pour lui designer, en reponse a sa 
lettre du 7 novembre precedent, M. Cli. Scbefer, Tun 
des drogmans de la legation, com me la personne qui 



( v»/, 

parait reunir a un plus haut dogre les conditions ne- 
cessaires a un corrcspondant de la Society de geo- 
graphic on Turquie. II Iran s met en memo temps a 
M. de la Roquctte une lettre portant la date du 20 de- 
cembre , par laquelle M. Scliefer temoigne le desir 
d'etre nomine correspondant do la Societe, et fait con- 
naltre les travaux geographiquos executes et projotes 
par le gouvernement ottoman, et ceux qu'il se propose 
de communiquer lui-meme a la Society, si elle veut 
bien accueillir sa demande. 

A cette occasion, M. Jomard annonce a la Commis 
sion centrale que le gouvernement hire vient de faire 
faire a Paris une carte en relief de cet empire. — ])es 
remerciements seronl adresses a M. In general Aunick, 
et la lettre interessante de M. Sehefer sera transmiso 
au comile du Bulletin. Suivant l'usage, le scrulin pour 
la nomination du membre correspondant est reimm'' 
a la proehaine seance. 

M. le prince Emmanuel Galit/.in transmet au secre- 
taire general, a'vee sa lettre datee de Saint-Petersbourg, 
22 d^cembre 1850= 3 Janvier 1851, la traduction faite 
par lui du russe de la Relation d'un voyage en Chine 
du Cosaque Theodore Isakovitch Baikoff, envoye en 
amhassade dans ce pays en 165Zi. Le prince Galit/.in 
annonce de nouveau qu'il a adresse depuis longtemps 
a la Societe un travail sur ['Expedition de 1830 a /'est 
de hi mer Caspienne. Ce document n'est point encore 
parvenu. II ajoute qu'il sera it peut-etre necessaire 
d'augmenter l'elendue du Bulletin de la Societe, si Ton 
desired faire entrer, outre les sujets qui le composent 
en ce moment, les maleriaux nombreux qui peuvent 
lui tHre communiques de Russie on des autres pays. Si 



( M ) 

son idee etait partagee, il consenlirait volontiers a ac- 
quilter un surcroit d'abonnement. 

La Relation du voyage en Chine est transmise au 
comite du Bulletin ; et des remerciements seront 
adresses a M. le prince Galitzin aussi bien pour celte 
communication que pour l'offre genereuse qu'il veut 
bien faire. 

M. J. K. Bacbofen, officier du genie Suisse, trans- 
met a Ja Commission centrale, avec sa leltre datee de 
Paris (9 Janvier), one courte Notice sur la Carte de 
Suisse, levee et publiee par ordre du gouvernement 
federal. — Des remerciements lui seront adresses pour 
cette communication, qui est transmise au comite du 
Bulletin. 

M. E. de Loubitz annonce au president de la Com- 
mission centrale (Paris, 23 decembre 1850) qu'il 
est charge, par son ami et compatriote M. Joachim 
Lelewel , residant en ce moment a Bruxelles, de pro- 
poser a la Societe l'echange de son Atlas de la geogra- 
pliie du moyen age, contenant cinquante planches et 
un texte en deux volumes, en ce moment sous presse, 
avec le volume de l'Edrisi publie par la Societe de geo- 
graphic. 

Cette proposition est adoptee, et M. Lelewel en sera 
in forme. 

Le secretaire general lit la liste des ouvrages offerts, 
et annonce que M. de Caumont, l'un de nos archeolo- 
gues les plus distingues, en ce moment present a la 
seance, l'a charge de faire hommage a la Sociate de 
plusieurs ouvrages dont il est l'auteur ou auxquels il 
a contribue, et d'informer la Commission centrale 
qu'il lui fera pai^venir sous pen de temps une Carle 



96) 
agricole de phisieurs departements de la France. — 
M. le president adresse des remerciements a M. de 

Caumont. II en sera adresse egalement a tous les an- 
tres (lonateurs. 

M. de la Roquette expose que toutes les Socieles 
scientiliques out non-seulement un secretaire, mais 
en outre des secretaires adjoints pour aider colui-ci 
dans ses travaux el le supplecr en cas d'absence ou de 
maladie. Ayanl reconnu la necessity d'une scmblable 
* adjonction, surlout depuis qu'il exercc les fonctions 
de secretaire general, et que la Commission centrale 
a bien voulu lui confier la direction du Bulletin, il 
propose de decider : 

1° Qu'il sera nomine un secretaire adjoint de la 
Commission centrale . appele a suppleev le secretaire 
general, et qui concourra, avec les membres du nou- 
veau comile du Bulletin, a la redaction du journal de 
la Societe ; 

2° Que ces fonctions seront confides a M. Alfred 
Maury, membre de la Commission centrale, et qui 
veut bien les accepter, dans le cas ou il serait elu. 

La Commission centrale adopte a l'unanimite la 
premiere partie de la proposition, et decide que, 
d'apres l'usage suivi a l'egard des correspoudants et 
autres, la nomination du secretaire adjoint est ren- 
voyee a la procbaine seance. 

M. Jomard propose de renvoycr a la meme seance 
la nomination des membres devant former la commis- 
sion des prix annuels. 

Celte proposiiion est adoptee, et il est decide que 
tous les membres de la Commission seront informes 
a domicile des decisions qui viennent d'etre prises. 



( w ) 

M. le president do la Commission centra le annonce 
que la section de comptabilite s'est constitute; elle a 
nomme president M. Edouard de Brimont, el secre- 
taire M. Jacobs. 

M. de la Roquelte lit la Relation du voyage en Chine, 
liaduit du russe, et adresse a la Sociele parM. le prince 
Galitzin. Cettc lecture est entendue avec un vif in- 
leret. 



i i \ \\ inn. 7. 



( '•>» ) 
01 VRAGES OFFERTS 

1M>S LKS STANCES DKS 3 LT 17 JANVIER 1851 



TITOKS. 



DONATEUR3. 



EUROPE. 

OCVIUGKS. 

Topograpkie iler VII and XIII Comuni, etc., etc. 

( Topographie des sept et treize Communes 

dans les Aljies Veniticnnrs. Piocb. de ^1 pag , 

par Joseph Bergmann ). 
Geographische Skizze, etc. C Esqnisse geogra- 

phinne du Voralberg. Broch. de i 5 pages, par 

le lueinc. Viennc, i85o. in-8). 

CAR IKS. 

Karte dei Schweiz, etc. (Carle de la Suisse, des- 
sinee et m-ave'e par J. H. Bachofen. Zurich, 

l84S. 1 I. 'mlli. 

AFRIQUE. 

CARTES. 

Carte des routes comraerciales de l'Algerie au 
pays des Nous, dressee par M. Prax, ancien 
officier de la marine de I'Etal. Paris, i8:>o. 
1 feuule. 

AMERIQUE. 

OTJVRVOES. 

Documents >m la question des deu% huts, p.\r 
M G. Lafond. Paris, i85r>. 

MELANGE*. 

Journal des missions evangeliques De"cemhre 

i85o. Paris, 1 85 1. 
Vnnuaire de la propagation de la foi. Janvier 

i85i Paris, i85i. 
Revue dc l'Orient. Decembre i85o Paris, i85 



MM. 
Jose|ib Bergmann. 



P.arbofen 



<;. 1. .it. .11. 

I ..... cditeui - 
Idem 
I • I • in. 



( 5)9 ) 



T1TRES. 



DONATEURS. 



MELANGES. 

Bulletin de la Societe geologique de France, 
avec une carte. De'cembre i85o. Paris, i85i. 

Elements de cosmographie; texte par M. Cortam- 
bert. Paris, I 85 1 . l vol. in- 12. 

Tableaux de population, de culture, de com- 
merce et de navigation, fonnanl, pour I'annee 
1846, la suite des tableaux inseres dans les 
notices statistiques sur les colonies franchises. 
Paiis, 1 8 jo. 1 vol. in-8° de 194 pages. 

Manuel de chronologic universelle, etc. 2 e part., 
par M. Sedillot. Paris, i85o. 1 vol. in-18. 

Annuaire des cinq departements de l'ancienne 
Normandie, publie par l'Associalion not- 
mande. C.ien, 1 85 1 . I vol. in-8". 

Annuaire de llnstitut des provinces et des Con- 
gres scientiKques. Caen, 1 85 1 . 1 vol. in-12. 

Bulletin bibliographique des Societes savantes 
des departements. Paris, i85o. 1" numero. 
in-8°. 

Seances et travaux de l'Academie de Beims. Jan- 
vier, fevrier el mars l85o. Reims, l85o. 

Extrait des travaux de la Societe centrale d'agri- 
culture ilu departement de la Seine-lnt'erieure. 
Rouen, i85o. 

L' Investigates, journal de l'Institut historique. 
Novembre et decembre i85o. Paris, t85o. 

Itulli'iin special de I'institulrice. Janvier i85i. 
Paris, 1 85 1 . 



MM. 

Les editeurs. 

Cortambert. 

Le ministre 
de la mai ine. 



Sedillot. 

De Caumont. 

Le meme. 
Le meme. 

Les editeurs. 
Idem. 

Idem. 
Idem. 



PI. AN CUE 



Vue du mont Ararat (Armeiiie) 



BULLETIN 



DE LA 



SOCIETE DE GEOGRAPHIE. 

FEVIUER 1851. 

Memoires, 
Notices, Documents <»ri£;iiiaiix. etc. 



EXPLORATION DU RIO GRANDE 

ou 
RIO GRANDE DEL NORTE, 

Par M. LOVE, 

Capitaine dans I'orme'e Jes Elats-Unis d'Anie'ri<|ue. 

II existe en Amerique un assez grand nomine de 
fleuves porlant le nora de Rio Grande (1), ou grande 
riviere. Celui dont nous nous occupons ici, et qui vient 
d'etre explore par les officiers de 1'armee des tlats- 
Unis, appcle autrefois Rio Bravo ou Rio Bravo del Norte, 

(i) Ce sont, outre celui qui fait le sujet de cet article, savoir : au 
Mexique, le Rio Grande, Tololotlan ou San-Yago; au Bresil, le Rio 
Grande do Norte, autrefois Potenyi, le Rio Grande de Belinonte et le 
Rio Grande de San-Pedro ou do Sul; dans 1'Amerique centrale, le Rio 
Grande; dans la l.olivie, le Rio Grande; et entin, dans la confede- 
ration du Rio de la Plata, le Rio Grande ou Vermejo, el IcRio Grande 
de Jujuy ou San-Salvador. I). L. R. 

I. FEVRIER. 1. 8 



Lp2 

porte aujourd'hui le nom tantot tic Rio del Norte. ! , 
tantot dc Rio Grande del NortB } ou do Rio Grande (2). 
II prend sa source dans les mqnlagnes Rocbeoses par 
environ Zll° dc latitude ribfrd , .so dirige du nord-ouest 
au sud-est, et forme la limile entre lc Mexique et le 
nouvel Etat du Texas , detache reccmment de la 
confederation mexicaine, et reuni aux Elats-Lnis. 
Apros avoir recu a sa droite le Conchas, la Sabina, le 
San- Juan, etc.; a sa gauche, le Puerco, et traverse une 
contree habilee par plusieurs tribus d'Apaches et de 
Coinanches, il se jette dans le golfe du Mexique vers 
le 26* dc latitude nord. La longueur entiere de son 
cours est evaluee de 2 200 a 2 500 kilometres. 

Le 11 mars 1850, le capilaine H. Love, d'apres les 
ordres qu'il avait recus du major W. W. Chapman, 
residant alors a Brasos Santiago, dans le Texas, de 
remonter aussi loin que possible le Rio Grande, partit 
de Ringgold-Barracks, situe dans cet Etat par 2(5° 15' de 
latitude, presque en face du fort mexicain Camargo, 
avec le petit navire [keel-boat) le Major- Babbit, monte 
de douze hommes, et bicn pourvu de provisions de 
toute espece, d'armes et de munitions. 

A l'epoque ou commenca cette exploration, les eaux 
du Rio Grande etant plus basses qu'elles no l'avaient 
ete depuis plusieurs annees, l'occasion no pouvait elre 
plus favdrable pour s'assurer de !a navigabilite de cette 
riviere en quelquc saison que ce fut. 

(i) Dans la carte du major Emory. 

(3; Dans le rapport dont je doniie i<i la traduction, et dans les 
Notts of a Journey through Texas and New-Mexico, in tin- jean 
1841 and 1843, par Thomas Falconer (Journal of the royal geogra- 
phical Society of London, vol. XIII. l 843, u. 199, etc.), L). L. It. 



r 103 ) 

On tut arrete pendant quclquc temps par lea rapides 
de Kingsbury [Kingsbury-Falls) , el par quelqucs autres, 
qu'on parvint neanmoins a passer, en halant le bateau 
au-dessus; mais a celles que le capitaine Love appela 
Rapides de Brooke ( Brooke's- Falls) , et qu'on jugea 
insurmonlables, on fut oblige de les tourner, de trans- 
porter a force de bras l'esquif qui accompagnait le 
petit navire , et de le remettre ensuite a l'eau. On fit 
cependant encore hi milles (76 kilometres) (1) a la 
raine, lorsque, parvenu a d'autres rapides, qui recu- 
rent le norn de Babbit' s-Falls, et qui sont distants de 
Ringgold-Barracks de 1 OIZi milles (2), le capitaine 
Love reconnut definitivement l'impossibilite de pour- 
suivre l'entreprise avec l'esquif, soit par terre , soit 
par eau. 11 se decida en consequence, le 15 juillet, a 
revenir sur ses pas, et etait de relour a Ringgold-Bar- 
racks le 11 aout. 

II est necessaire de faire remarquer que le major 
Cbapman, qui a redige le rapport d'apres les notes du 
capitaine Love, reconnait que les distances, quoique 
suffisammont exactes pour line application pratique, 
n'ont cependant point ete prises avec une precision 
matbematique, et que toutes les dislancesdonnees sont 
par la riviere, a moins qu'on ne menlionne expresse- 
ment qu'elles l'ont ete parterre. L'esquisse qui aecom- 
pagne le rapport, et que nous n'avons inalbeureuse- 

(1) Le mille itineraire employe aux Etats-Unis est le statute mile 
des Anglais, e{;al a 1 609 metres. D. L. R. 

(2) Les rapides de Rabbit sont a environ l5o milles par terre au- 
dessous iVEl-i'usOy a 25 milles, aussi par terre, au-dessous de 1'em- 
bouchure du Conclios, et a 291 milles par eau au-dessus du point ou 
le Puerco, appele queluuefois los Pecos, se jelte dans le Iiio Grande. 



( 104 . 
merit pas, a ele prise sui la carte publiee on 184A par 
le major Emory ; lo major Chapman a indique sur celte 
carle les villes ou localites situees des deux coles de la 
riviere, les cours d'eau, les criques se dochargeant dans 
le Rio Grande, les mines de charbon , etc., etc., ainsi 
que la distance de chaque point important a Ringgold- 
B arracks. 

NAVIGATION, ETC. 

De Ringgold -Barracks aux rapides de Kingsbury, 
c'est-a-dirc a 169 milles au-dessus du fort Mackintosh, 
pros de Loredo, et a 11 au-dessus du preside de Rio 
Grande (ou la eolonne du general Wool penelra dans 
le Mexique en 1846), il existe dans le Rio Grande 
des obstacles qui le rendent innavigable pendant sept 
mois de l'annee pour des bateaux a vapeur de la 
classe de ceux qui sont employes maintenant entre 
son embouchure et Ringgold -Barracks. Pendant les 
aulres cinq mois ( de juin a novembre), les caux de 
la riviere elanl ordinairement hautes, les bateaux 
a vapeur de la plus grande dimension en ce moment 
en usage sur le Rio Grande inferieur pourraient se 
rendre sans difficult^ jusqu'aux chutes de Kingsbury. 
Lorsque les eaux sont basses (de decembrc a mai), ou 
plutot en temps ordinaire, il y a 3 pieds£ (l m ,067) (1) 
dans le chenal, dont la largeur est d'environ 22 pieds 
(6 m ,7). On pourrait construire de plus petits bateaux 
a vapeur (en for, ce serait probablcment le mcilleur) 
pour y naviguer en toute saison. Ceux dont on se sort 
pour lvmorquer les petits navires seraient peul-etre 
preferables. Ce chenal n'est elroit qu'en certains en- 

(i) Le nii'd dotii les Aincricains Fonl Dsnge r.-i le pied anglais, ega'l 
.i o m ,3o479, D. '■ II. 



( 105 ) 

droits, et le capitaine Love pense qu'on pourrait, 
moyennant une depense de 10 000 dollars, l'elargir 
suflisamment pour livrer passage aux plus grands ba- 
teaux a vapeur employes mainlenant sur la riviere, 
bateaux qui ont environ 150 pieds de long, h& de large, 
ettirent3 pieds id'eau lorsqu'ilssont charges. Comme 
le capitaine Love est meilleur marin qu'ingenieur civil, 
dit le major Chapman, il est probable qu'on approche- 
rait plus de la verite en doublant ou triplant merae son 
estimation. Des bateaux a vapeur particuliers , ayant 
les dimensions indiquees plus haut, naviguent en toute 
saison jusqu'a Guerrero, situe a 103 milles au-dessus 
de Ringgold-Barracks. 

Les rapides de Kingsbury obstruent entiercment la 
navigation de la riviere et arretent les bateaux a va- 
peur. Deux petits bateaux, le Harry-Love et le Major- 
Babbitt, ont pu cependant etre hales au-dessus, quoique 
avec beau coup de difficulte. Ces rapides ont 200 pieds 
de long, avec une pente de h pieds, et le roc dont elles 
sont formees est un calcaire argileux, dont on enle- 
verait aisement les blocs avec des leviers de fer. II se- 
rait possible, suivant le capitaine Love, de creuser un 
canal a travers ce roc, ou plutot d'elai^gir le canal qui 
existe, de maniere a donner passage a des bateaux a 
vapeur d'une grande dimension. Ce travail couterait 
3000 dollars. Le capitaine Kingsbury ( ingdnicur pra- 
tique), qui les examina en 1849, d'apres les instruc- 
tions du major Chapman, a assure qu'on pourrait, 
moyennant 500 dollars, creuser un canal suffisant pour 
permettre le passage au petit navire le Harry-Love, qui 
a 75 pieds de long sur 20 de large, avec un tirant d'eau 
de 18 pouces. 



( 106 ) 

I,e capitaine Love fut informe par un marchand 

amerieain residant a Presidio, villi 1 du Mexique (0 milles 
des chutes), que, pendant cinq niois de I'annee der- 
niere oil lea eaux furent extraordinairemcnt hautes , 
un baleau a vapeur tirant 3 pieds d'eau aurait pu 
passer les rapides; ce qui semble douteux au major 
Chapman. 

Des rapides de Kingsbury, en remontant a l'embou- 
chure du San-Pedro, ou du Devil's - River (Riviere 
du Diahle), sur une distance de 232 milles, aucun 
obstacle n'arrele la navigation des bateaux a vapeur du 
plus fort tonnage naviguanl sur le Rio Grande inferieur. 
Quoique la riviere n'ait jamais eu aussi peu d'eau que 
lorsque le capitaine Love la passa, il y en avail nean- 
moins pres de l\ pieds dans un large canal. 

La navigation a la vapeur commence a etre prati- 
cable a partir de 1'embouchure du Devil' s- River, qui 
est a environ 100 milles au-dessous de celle du Puerco, 
et a 617 au-dessus de Ringgold-Barracks. Au-dessus de 
eelle-ci, le Rio Grande court entre des montagnes ele- 
vees, et, quoique profond , rapidc, tortueux et etroit, 
on pourrait \ naviguer, toulefois avec quelque difii- 
culle, sur de pelils navires, jusqu'a 56 milles au-dessus 
du Grand Indian Classing (1), on a environ 283 milles 
au-dessus de rembouchure du Devil's-River. 

La [iarnison du tort Mackinto.sk { Loredo) est main- 
tenant appro\isionnee par de petils na\ires et par des 
attelages de trente a (juarante mules : ces derniers 
pourvoient aussi aux besoins du fort Duncan ( pies de 
Y Eagle-Pans), qui est, par la route de lerre, a 100 milles 

i (irande passe ou gue des Itnliens. 



( 107 ) 

au-dessus de Loredo, et, par la riviere, a 65 au-dessus 
des chutes de Kingsbury. Si Ton parvenait a faire dis- 
parailre les obstacles qui causent les chutes de Rings- 
bury, le fort Duncan pourrait etre approvisionne par 
de petits navires, et Ton economiserait ainsi la depense 
d'un train couteux de chariots. 

Si, au nioyen de la minime depense dont il a ete 
parle plus haul, la riviere etait rendue navigable a 
l'einboucluire du Devil's -River, il v aurait alors une 
importante question a resoudre, a savoir : s'il ne serait 
pas plus economique d'etablir un depot surce point, 
et d'y transporter les magasins par terre jusqu'au 
Paso, au lieu de les amener, comme on le fait en ce 
moment, sur des chariots, avec une depense immense, 
de Lavaca, sur le golfe du Mexique, au Paso, trajet 
de 850 milles. Le capitainc Love, qui a suivi, il y a 
environ un an, a cheval , avec des depeches, la route 
d'El-Paso a San -Antonio, est d'avis qu'on pourrait, 
sans l)eaucoup de travail et de depense, faire une 
bonne route de l'embouchure du DeviPs-River a El- 
Paso, et que la distance n'excederait pas 300 milles. 
Le major Chapman trouve cette estimation un pen 
conjecturale; mais il pense que la route indiquee mi- 
rile d'etre soumise a un serieux examen. Si Ton re- 
connait que l'opinion du capilaine Love est exacte, le 
projetd'un ehangement dans le mode d'approvisionner 
El-Paso, et peut-etre Santa-Fe, qui est a 320 milles au- 
dessus de ce lieu, merilerait bien de fixer l'allention 
du department. 

POSTKS MIMTAIUES, VJLLES, SOL, PUODUCTIONS, ETC. 

Ringgold- Barracks est la premiere station militaire 



( 108 ) 
sur le Rio Grande, au-dcssus du fort Brown; il csl 
occupe par unc garnison de deux compagnics du pre- 
mier regiment d'infanterie , sous le commandement 
du major Lamotte. C'est le depot qui approvisionne 
le fort Mackintosh, Je fort Duncan, le Texas -Rangers, et 
d'autres postes militaires temporairement stationnes 
dans le voisinage. Tons les approvisionnements pro- 
venant de ee depot sont transports en ce moment, 
du fori Brown, par le bateau a vapeur des ttals-Lnis 
Corvette. 

Le second poste militaire sur le Rio Grande eel le 
fort Mackintosh, situe pres de l'ancienne ville de Lo- 
redo; sa garnison se compose de deux compagnies du 
premierregiment d'infanterie, sous le commandement 
du capilaine Burbank. 

II cxiste plusieurs villes entre Ringgold-Barracks et 
le fort Mackintosh, savoir : Camargo, situee sur la ri- 
viere de San-Juan, a 3 milles de sa jonction avec le Rio 
Grande: elle a une population d 'environ 2 000 ames; 
Rid Grande City, ville nouvellement fondee et tres flo- 
rissanle, sur la rive americaine, a I mille au-dessus 
de Ringgold-Barracks; Roma, ville nouvelle , du cote 
du Texas, avec une population d'environ 500 habi- 
tants, parmi lesquels on compte plusieurs marchands, 
faisant un grand commerce avec les Elats mexicains 
voisins ; Mier, situe a 2 milles du Rio Grande, sur la ri- 
viere Jlcantro, avec une population d'environ 2 000 ha- 
bitants; Guerrero, a 6 milles du Rio Grande, sur le 
Salado, avec une population d'environ 4000 ames. 

Le sol des deux coles du Rio Grande, cntre Ring- 
gold-Barracks et le fort Mackintosh, est tres-ferlile et 
cultive. Les productions principales sont le ble, les 



( 109 ) 

haricots, les melons, etc. Quclqucs piods de tabac , 
plantes cette annee pour la premiere fois, paraissent 
reussir. L'ebenier, le saule, le Musquit et YHaekberry, 
croissent le long de ses Lords. Les paturages, qui sont 
excellents, nourrissent d'immenses troupeaux de mou- 
tons et de chevres, ainsi que de gros betail. On voit 
dans toutes les directions une enorine quantite de che- 
vaux et de bceufs sauvages; le gibier est tres-abondant. 
II y a pres de Guerrero de ricbes mines de charbon 
de terre bitumineux. La distance entre ces deux 
points, Ringgold -Barracks et le fort Mackintosh, est 
de 120 milles par terre el de 216 par eau. 

Le poste mililaire voisin est le fort Duncan, pres de 
Eagle -Pass ; trois compagnies du premier regiment 
d'infanterie y tiennent garnison sous le commande- 
ment du colonel Morris. II est a 100 milles par terre 
et a 234 milles par eau au-dessus du fort Mackintosh. 
La seule ville de quelque etendue, entre les forts 
Mackintosh et Duncan, est Presidio, silu6e a 6 milles 
du Rio Grande, en face le gue" de Presidio Rio Grande, 
et a environ 30 milles du fort Duncan. Elle contient 
2 000 habitants, et a une garnison de 200 homines. 
Justement au-dessous du fort Duncan surgit une petite 
ville qui deviendra probablement une place de grande 
importance commerciale, car e'est pres du point ou 
elle est siluee que les routes de Mapini, Barras, Mon- 
clova, Santa-Rosa, San-Fernando, Nava, Presidio, etc., 
atteignent le Rio Grande. 

Le sol entre le fort Mackintosh et le fort Duncan est 
excellent; mais, par suite des frequentes incursions 
des Indiens, une faiblc portion est seulement misc en 
culture. Les fermiers tournenl toute leur attention, et 



[ HO) 
a une grande echelle, sur 1'eleve rlos moutons et des 
rhevres, animaux que les Indiens ne derobent jamais. 
Lee ilK'vaux sairtages et le gibier sont aboiidants. Le 
hois de construction est le meme que eelui qu'on 
trouve au-dessous du fort Mackintosh, et Ton y voit 
de plus le Pecan. II existe deux mines inepuisables de 
charhon de terre hitumineux , d'une qualite supe- 
rieure, sur la rive du Texas; des echantillons en ont 
ete apportes par le capitaine Love. 

II y a du cote du Mexique, a /i0 on a 50 milles en ar 
riere de Presidio Rio Grande, plusieurs riches mines 
d 'argent, que les Espagnols, meme apres avoir pave 
un droit assez eleve\ sur le produit net, au gouverne- 
ment mexicain et aux proprielaires du terrain, exploi- 
taient avec avantage avant leur expulsion en 1829. Le 
manque de capital, et pcut-etre d'energie, sont les 
seules causes qui empechent de les exploiter en ce 
moment. 

II n'exisle aucun etahlissement. soil americain, soit 
mexicain , au-dessus du fort Duncan , et il ne s'y en 
formera pas, taut que les colons n'ohtiendront pas une 
protection permanente contre les Iudiens. 

Le capitaine Love represenle le pays, entre le fort 
Duncan et remhouchure du Devil's - River, comme 
magnilique , comme riche au dela de toute des- 
cription , et il signale parmi les richesses naturelles 
de celte contree les nombreux cours d'eau qui se jet- 
lent des deux cotes dans le Rio Grande. Les princi- 
paux sont : YEseondido ou San-Fbrnando, YElm, le 
Morel, las Moras, le Pecan, le Saii-I'Mppc, le Bear et 
le 'Parkey. Le sysleme des irrigations peat etre facile- 
meul mis en pratique dans toute la contree; mais on 



( 111 ) 

ne pent decider, apres une simple visile , si la rarete 
des pluies rend ndcessaire ce mode d'ameliorer la 
terre. Parmi les especcs de bois de construction, dont 
le pays est convenablement pourvu , on remarque le 
chene, le Pecan, le miirier, YHackbeny, le frene , le 
Musquit, etc. 11 y a , sur les cours d'eau , une multi- 
tude de sites tres-convenables a l'etablissement des 
moulins, et presque tous peuvent etre utilises comme 
moteurs. La percbe, et la truite moucbet^e des ruis- 
seaux des montagnes du nord des Etats-Unis, y abon- 
dent. On y trouve en grand nombre l'ours, l'antilope, 
le daim, le jaguar, l'ocelot, l'once, le puma, le cata- 
mount, le cbat sauvage , le loup, le dindon, l'oie, le 
canard, la perdrix, le pigeon, l'ecureuil , le chacha- 
laco, etc. Le capitaine Love assure qu'il a compte fie- 
quemment jusqu'a deux a trois mille daims a queue 
noire [black tail deer) reunis ensemble, et il a vu aussi 
d'immenses troupeaux de cbevaux et de boeufs sau- 
vages. II decrit le pays comme le plus remarquable 
du monde sous le rapport des paturages, et il pense 
qu'il peut nourrir un nombre presque illimite de mou- 
tons et de cbevres. D'apres la douceur du climat, les 
moutons peuvent passer les mois d'biver en plein air 
dans toute la vallee du Rio Grande jusqu'a son em- 
bouchure, et il n'est pas n^cessaire de faire provision 
de foin , car ils peuvent paturer au dehors pendant 
toute l'annee; ils ne sont pas, en outre, sujets dans 
cette vallee aux maladies qui les deciment dans le 
nord. La depense que necessitera leur entretien rtant 
ainsi minime, et les premiers frais ne depassant pas 
50 centimes par lete , l'operalion sera tres-lucralive. 
II j g une vaste mine de charbon de terre bilumi- 



( H2 ) 

neux du cole du Texas, a environ 12 milles (19 kilo- 
metres) du fori Duncan. 

L'aspect du pays entre l'embouchure du Devil's- 
River ct les rapides de Babbitt est generalemenl mon- 
tagneux et sterile le long de la riviere; mais des por- 
tions de terrain a quelque distance du Rio Grande, 
entre le Devil's- River et le Puerco, sont aussi propres 
aux palurages qu'a la culture. Line vallee d'cnviron 
10 milles de large, couverte d'une herbe cxcellente, 
s'etend, sur une longueur d'environ 100 milles, entre 
le Puerco et le Rio Grande. 

On n'apercut aucun Indien pendant la duree de 
l'expedition; mais on apprit, dans plusieurs des en- 
droits visites, qu'ils elaient venus recemment avec un 
grand nombre de cbevaux el de mules, et le capitaine 
Love a vu pendant la nuit, sur les montagnes, beau- 
coup de petits i'eux qui temoignaient de leur presence. 

A environ 50 milles de l'embouchure du Puerco 
existe une vaste caverne, renfermant plusieurs salles 
surmontees d'arclies nalurelles et pouvant contenir 
mille homines. Un etroit passage, qui la traverse, con- 
duit probablement a l'autre cote de la montagne; car 
un fort courant d'air se fail sunlir a l'entree. A une 
petite distance au-dessus de la caverne, on voit treize 
lours naturelles, d'environ 2000 pieds de haut (6J0 me- 
tres) et de 200 pieds de diamelrc (61 metres)!!! 

Les Camanches et les aulrcs tribus indiennes tra- 
versent le Rio Grande au Grand Indian Crossing, silue 
a 120 milles au-dessus tie remboucbure du Puerco, 
fjuand elles vonl faire des incursions chins le Mexique : 
c'est le seul gue qui existe pendant l'espace de plus 
de 400 milles, car la riviere, depuis l'embouchure du 



( '113 ) 

DeviT s- River )usq\.i' aux rapides tic Babbitt, ct probable- 
ment beaucoup plus loin au-dessus, a de 12 a 18 pieds 
de profondeur; il y a h pieds d'eau au gue, dont la 
ville deCbibuahua est seulementeloigneede 150 milles. 
La route qui conduit a ce gue suit le long de la vallee, 
cntre le Rio Grande et le Puerco; elle est ties -large, 
bien battue, et parait un lieu de passage tres-frequente. 
Apres avoir couru au-dessus de cette vallee pendant 
200 milles, elle traverse le Puerco, et se termine a la 
chaine appelee Indian summer range. On peut la dis- 
tinguer des montagnes pendant 10 a 15 milles, circu- 
lant le long de la vallee. 

Une garnison placee a ce point metlrait les habi- 
tants des fitats-Unis en etat d'empecher le passage des 
Indiens dans le Mexique, et donnerait aux Anglo-Ame- 
ricains les moyens d'introduire dans le traite avec cette 
derniere puissance des stipulations a ce sujet. Ce poste 
pourrait, non sans quclque difiiculte cependant, etre 
approvisionn^ au moyen de petits navires {keel-boats). 
Les Indiens paraissent etre les ennemis naturels des 
Mexicains, car ils les luent toutes les fois que l'occasion 
s'en presente, et souvent sans motifs. Ces derniers en 
ont une telle frayeur, qu'ils n'attendent jamais leur 
feu, et prennent la fuite aussitot que la presence de 
ces redoulables ennemis est signalee. Les Indiens ont 
harcele exlremement les Mexicains pendant les deux 
dernieres annees, et se sont avances en grandes troupes 
jusqu'au midi do Durango. Le commandant militaire 
de cette ville engagea, il y a environ un an, a un prix 
extravagant, une compagnie d'Americai^is, qui se ren- 
daienten Californie, pour comballre pres de deux cents 
Indiens qui se trouvaient dans les environs; il v avait 



II'. 

cependanl a cette epoque clans la ville une garnison 
considerable de troupes reguliires el plusieurs milliers 
d'babitants en etatde poller les amies. 

L'elablissement d'un autre poste niilitaire a l'em- 
boucbure du Devil's -River, et l'occupation d'un ou 
deux points entre cette riviere et le fort Duncan, met- 
traient les Ltats-lnis en etat, non-seulenient d'exe- 
cuter fidelement les stipulations de leur traite avec le 
Mexique.inaisdeterniineraientune population paisible 
a setablir dans la contree fertile qui s'etend le long 
du cours inferieur du Devil's-liiver, et bientot les ri- 
ches prairies seraient blanchies par les noinbreux 
troupeaux des feruaiers pionniers des anciens Etats de 
i'Linion. 

Lne autre exploration du Rio Grande, qui a dure cinq 
rnois, a ete faite par les lieutenants Smith et Mecbler, 
depuis Camargo jusqu'a 150 milles au-dessus de l'eni- 
bouchure du Pecos. Ces oiliciers rapportent que la 
riviere peut etre rendue navigable, pendant plusieurs 
niois de l'annee, depuis Catuargo jusqu'a une petite 
distance au-dessus de Loredo. De cet endroit an point 
le plus eleve de leur exploration , la profondeur 
uioyenne de 1'eau n'excede pas 8 pouces, le cbenal 
etanl obstrue par ties boulders et des cbaines de ro- 
chers aiielanl conipleternent la marcbe de la navi- 
gation. Celle portion de la riviere, qu'ils considerent 
comme inaccessible pour des bateaux, qucbjue laible 
que soit leur tonnage, s'etend au nioins a 400 milles. 
Le resultat parait elre, qu'un point a environ ZiO milles 
au-dessus de Loredo est reellement la tete de la navi- 
gation sur le Mo Grande. Les exploraleurs avaient eu 
a supporter de grandes fatigues, ayant £t6 forces de 



( 115 ) 

trainer leurs bateaux ;<u-dessus de bas-l'onds pendanl 
un tres-grnnd nombre de milles, et dc les porter sou- 
vent par terre au dcla dos chul< s, qui interrompaient 
conlinuellement le cours de la riviere. 

De LA RoQULTTE. 



NOTICE SLR LE PAYS DE KEDAH (1) 

(pRESQll'lLE DE MALACCA.), 
Par MICHEL TOPPING; 

TRADU1T DE L'ANGLAIS 

Par M. ALFRED MAURY. 



Le pays de Redah s'etend depuis Trang, sous le 7° 37' 
latitude nord, jusqu'a Krean , sous le 5° 18' latitude 
nord; sa longueur est d'environ 115 milles, et sa lar- 
geur.de 20 a 25 (2). Mais la partie cultivee ne s'etend 
pas a plus de 20 milles de la cote. De Trang a Pourlis, 
cette cote est protegee par un grand nornbre d'iles ; 
un banc regne entre ce groupe d'iles et l'ile princi- 

(1) Cette notice, qui a paru dans le Dalrymple's oriental Reposi- 
tory et dans le numero de Janvier i85o du Journal of the Indian Ar- 
chipelago and eastern Asia, dirige par M G. R. Logan , recueil qui 
renferme les renseignenients les plus curieux, a e'te' redigee sur les 
informations fournies par M. Francis Light, chef de service a Poulo- 
Piuang. Comme le pays de Kedah a ele fort peu explore jusqu'a ce 
jour, nous avons cru. que ce morceau interesserait les lectcurs du 
Bulletin. 

(2) Comme il s'agil probablement ici du statute mile = I 609 me- 
tres, la longueur sera d'environ 1 85 kilometres sur 3a a 4<J kilometres 
de largeur. 



( tie ) 

pale, circon stance qui no rend la mer navigable en 

cet cndroil que pour de pelits bailments; la distance 
entre Trang ot Pourlis esl d'environ '2li lieues. 

La cole est basse el fori boisee. A l'intericur, on 
rencontre des montagnes, dont quelques-unes, en ap- 
pi'ochant de Pourlis, avancenl dans la mer. 

La conlree abonde en riz, belail el bois de construc- 
tion. Ouzo rivieres se verscnt dans la mer; elles nc sont 
navigables que pour les pros, a cause des bas-fonds 
qu'elles presentent. Les principales sont Lingu et 5*7- 
toul ; e'est suv ces rivieres que Ton construit les embar- 
calions. Pourlis a une riviere profonde et rcsserree, 
a l'entree de laquelle est une petite lie de sable ou 
s'eleve un village de pecheurs, defend u seulement par 
quelques pieces de canon. La barre de la riviere est 
fort etendue ; dans les grandes marees , il n'y a que 
10 pieds d'eau au-dossus de cette barre. 

La ville est situee a !x ou 5 milles (() Mlun ' ,/i a 8) de cette 
embouchure, dans une vallee ceintc de hauteurs escar- 
pe'es, et de 1 mille el demi (2" iuT " ,h ) de circonference. 
Le vieux roi avait choisi , dans ces dernieres annees , 
cette ville pour sa residence, ce qui y amenait beau- 
coup d'embarcations et de monde. Depuis la mort de 
ce prince, elle est retombee dans sa primitive obscu- 
rity, quoique le roi defunt l'ait leguee a son second Ills, 
Tunku-Muda, qui y reside encore. Pujil est une petite 
province de Paltany (Palani), qui confine a Pourlis. 
Les lies Lankavi ou Ladda et Trocklon sont situecs a 
l'ouest de ce port, a environ 5 lieues. La grande Ladda 
est habitee par une race de Malays, en general fort vo- 
leurs, et qui se livrent frequemment a la piraterie. Ges 
lies dependent du Luxaniano de Kedah, qui y regno 



( W7 ) 

tl'une maniere absolue. Elles son t monlagneuses, n'of- 
frcnt que peu de paturages, et ne donnent pas assez 
de riz pour la subsistance des habitants. It y a un tres- 
bon mouillage a Test de ces iles, lequel est assez large 
pour contenir la flotte la plus considerable; le pays est, 
de plus, abondamment pourvu de bois et d'eau. On 
trouve aussi, au sud-ouest, un petit mouillage d'une 
assez notable profondeur, mais le fond en est coral- 
lique. Lors de la guerre entre les Anglais et les Fran- 
gais, ceux-ci allerent dans ces parages radouber leurs 
navires et en reparer la mature, apres avoir soutenu 
un engagement avec le commodore Barnet, a ce que 
je crois. Le pays de Pourlis, au mont Jerrei, qui com» 
prend une cote de 20 lieues, est bas, et, en allant vers 
la mer, couvert de jongles qui s'etendenl entre Pourlis 
et Kedab, a un mille de la cote. Au sud de Kedah, les 
bois deviennent plus etendus et le pays est encore 
moins cultive. 

Le port principal, que les etrangeis appellent Kedah, 
mais que les naturels connaissent sous le nom de 
Qualla Batrang, est silue par 6° 0' latitude nord. La 
riviere y est navigable pour des vaisseaux de trois cents 
tonneaux, mais l'entree en est encombree par un banc 
vaseux d'un demi-mille de long, sur lequel il n 'y a pas 
plus de 9 pieds d'eau dans les fortes marees. Les na- 
vires calant 5 a 6 pieds se liennent a lx a 5 milles de 
l'embouchure. A l'entree de cette riviere est un fortin 
de briques conslruit par un gentou, et qui n'est de- 
fendu que par quelques petits canons fort mal monies. 
La plus grande partie du fort tombe en ruines, en 
sorle qu'il est inonde lors des hautes marees. La ri- 
viere a environ 300 yards (27/r, 20) de large; mais ses 
i. FtvniER. 2, l) 



IIS 

bonis sont vaseux, t't oll'rent des endroils marecaueux, 
couverts do jungles jusqu'a 3 milles en remontant la 
riviere ; a un demi-mille au dela de la jongle, com- 
mence le terrain viable. 

Le roi reside sur le bord de la riviere, a 7 milles de 
Qualla, a Allistar (1), dans une petite forloresse balie 
en briques, il y a cinq ans environ, par un marcband 
Jomall. La population qui l'entoure se compose de 
Cbouliars, de Cbinois et Malays. Tous les bailments 
qui peuvent francbir la barre se rendent jusqu'a Al- 
listar; la riviere est encaissee , le pays plat, mais d£- 
couvert et cultive, et son sol tres-ricbe. Ce sol s'eleve 
un peu au-dessus d'Allislar; la riviere augmente de 
rapidite, et finit par devenir impralicable a toute autre 
embarcation qu'a de petits pros. Le canal a Test des 
lies est fort etroit, n'ayant que 50 pieds de large. 

La ville d'Allislar fut saccagee et brulee en 1770 par 
les Bougis, aides de quelques membres de la I'amille 
royale, et elle n'a pu se relever. Elle ne fail de com- 
merce qu'avec Sangun, depuis que Paltany a ele delruit 
par les Siamois. 

Limbun, sur le bord de la riviere, est silue a environ 
h milles d'Allislar. Cette ville est babitee surtout par 
des Cbouliars. Son sol, forme d'argile el de sable, est 
d'une extreme ferlilite, et produil en abondance des 
fruits et des legumes. Son niveau s'eleve graduelle- 
ment. La riviere est d'un cours fort raj)ide; tile pre- 
sente ce qu'on nonune des basses et des rapides, qui 
ne la rendent navigable que pour les pros. Ln peu 

(i) On a ecrit ce nom dans la Notice originale, tantot Aleslar, 
taniot Alistar, el d'autres tois Allistar. J'ai adopte cede demiere or- 
thoerapbe. 



( 119 ) 

au-dessus de Limbun, l'borizon s'Ǥlargit el ofTre une 
vaste plaine qui presents, jusqu'a plusieurs milles de 
la, un grand nombre de points viables. La riviere s'y 
resserre en un canal fort elroit, lequel, en certains 
endroits, n'a pas plus de 10 pieds de large, fail de 
continuelles sinuosites; son cours est si rapide, qu'on 
ne peut le remonter que sur de petits pros. Dans la 
saison des pluies, la plaine est totalement inondee, 
circonstance qui contribue beaucoup a lui donner une 
grande ferlilile. 

Le roi a fait elever, a l'entree de la plaine , un fort 
destine a en fermer l'acces et a defendre le pays contre 
les Siamois. A la fronliere Est, la contree est couverte 
de fore Is; quelques petits villages enloures de cultures 
sont seines ca et la. 

La ville la plus importante que nous ayons mainte- 
nant a citer est Apabukit, situee a environ 6 milks 
sud-ouest d'Allislar, sur un bras de la meme riviere. 
Apabukit est principalement habile par des families 
Chouliars. Son sol est plus sablonneux et plus leger 
que celui de Limbun; il produit neanmoins du grain 
en abondance. Le cours de la riviere, en allanl de 
Qualla-Batrang a Allistar, etait autrefois de 20 milles 
de longueur j maisleperedu prince regnant, ay ant fait 
creuser un canal qui coupe un istbme etroit, dans le 
but d'abreger le cbemin de 5 milles, l'ancien lit aban- 
donne s'est peu a peu comble. Ges travaux ont cepen- 
dant ete fort prejudiciables au pays environnant, en le 
privant d'une grande quantile d'eau douce, effet na- 
turel du cbangement de direction du fleuve. Mainte- 
nant l'eau salee remonte jusqu'a Allistar dans la saison 
secbe; la barre qui ferine l'emboucbure de la riviere 



( 12 ° ) 

s'augmenle en merne temps, parce quo le courant 
n'est pas assez puissant ou assez continu pour cnlever 
la vase; aussi les habitants d'Allistar sont-ils obliges 
d'amener do l'cau douce en bateau durant les mois 
de mars ct d'avril; car, quoique l'eau des puils soit 
bonne , ils n'en usenl copcndant generalement pas : 
a Quella, des bateaux apportent l'eau douce pendant 
buit mois de l'annee. En aout, septembre, octobre et 
novembre , l'eau de la riviere n'est pas saleo a son 
embouchure, meme quand elle est basse. 

Toutcontre le fort est une clique qui communique 
avec la riviere, au-dessus de Limbun : on l'a bouchee 
expres a l'aide d'un mole fait de main d'homme; car, 
si elle etait ouverlc , les n a vires no trouvcraient pas 
toute l'annee assez d'eau a rcmbouchure de la riviere. 

Tout le pays de Red ah est tres-bien arrose elextre- 
mement fertile, Yingl-trois rivieres, loutes navigables 
pour les pros, et dont quelques-unes le sont pour de 
grands navircs, se jettent dans la mer enlre Trang et 
Rrean. La conlree, au sud de Redah jusqu'a Qualla- 
Muda (environ 10 lieues), est moins cullivee que la 
panic septentrionale. A Eany, se recoltent les meil- 
leurs fruits. Les plus riches d'entre les nalurels y pos- 
scdent des jar dins, oil ils se rendent frequemment 
( cela fait une excursion de 6 a 7 lieues), pour aller y 
manger des durians et des mangostans, qui murissent 
parfaitement en cet endroit. 

Qualla-Murba est une grandc riviere, profonde et 
rapide; son eau est loujours douce, meme jusque pres 
de la mer. Le sol est eleve, et sa surface sablonneuse. 
Le fori ressac qui se fait sentir sur la cole, quand souffle 
la mousson de sud-cst, a donne naissance a un banc 



( 121 ) 
de sable fort dangereux, effet du choc du courant de 
la riviere el du flot. 11 s'etend jusqu'a 3 milles en mcr, 
et il n'cst qu'a one brasse sous l'eau. Ce banc va jus- 
qu'au Qualla-Muda, Quolla-Muda est une riviere peu 
profonde, quoique rapid e, mais fori commode par le 
moyen de communication qu'ellc fournit avec les mines 
d'etain. Le produit annuel de ces mines est d'environ 
mille piculs. Ce faible produit ne tient pas au peu de 
richesse de ces mines, mais au manque de bras et au 
petit nombre d'ouvriers mal payes qui y sont em- 
ployes. 

La riviere Prie est situ£e pres de Qualla-Muda, en 
face de Pinang. On ne recueille la que peu detain. II 
n'y a d'ailleurs qu'un petit nombre d'habitanls, qui 
sont d'un caractere fort soupconneux. 

Krean produit des rotangs et des cannes. II est situe 
a l'exlremit^ sud de Kedab, la oil commence le Perak. 
Beaucoup de gens de Paltany y ont emigre, et descen- 
dent jusqu'au Qualla-Muda; le cbiffre s'en eleve a pres 
de quinze mille. Si cette population s'etablit la, elle 
augmenlera beaucoup la cullure de Pinang, et sera 
fort utile a la contiee. II est inutile d'ajouter que le roi 
de Kedab a ete averti des avantages qu'il pourrait re- 
tirer de Pinang, par l'excellentc culture du pays qui 
est situe" en face, et dont le sol est de la meilleure 
qualite. 



( 122 ) 

NOTICE 

SLR LE TEIUUTOIRE DU GRAND CHACO, 

DANS L'AMERIQUE MEBIDIOHALE (r). 



Le pere Lozano dit, dans sa Description chorogra- 
phique da Grand Chaco-Giialarnba, publico a Cordoue 
en 1733 (2), que le nom de Chaco n'est pas tres-an- 
cien. C/tacii, que les Espagnols prononcent Chacou, et 
dont l'usage a fait Chaco, signifie, dans la langue qui- 
chua, les grands troupeaux de betes fauves que les 
peuplesde cette partiede l'Ainerique rassemblenldans 
tears cbasses au moyen de battues; et ce nom paratt 
avoir (he donne au pays, parce que, quand Pizarre se 
fut rendu mailre de l'empire peruvien, un grand nom- 
bre de ses habitants s'y refugierent. 

« Borne d'abord a la region comprise entre les mon- 
tagncs de la Cordillere, le Pilcomayo et le Bermejo, ce 
nom , d'un usage si general dans une grande partie 
de l'Amerique meridionale ((pioiqu'il soit omis dans 
quelques traites de geographic moderne), s'est suc- 

(i) Extraits du Voyage dans le aid de la Bolivie, par M. H. A. 
Weddell, aucien vbyageur naturalisle du Museum d'histoire natu- 
relle. Pari-, i85i. Chez P. Bertraml. 

Ce Voyage, qui est lui-meme extrail <lu VI' volume, encore inedif, 
de la Relation historique de I'expedition ilans les parties centrales de 
I'.imerique du Sud, de M. Francis de Castelnau, n'a tic tire qua cent 
exemplaires. 

( ) Descripcion choroyrnjica del tcrreno, rios, arboles y animates de 
las dtlatadisimus pruvuicias del Gran Chaco Guulainbu, y de los rios 
y costimbres de las iimumerables naciones barbaras o infitlas ipie Is 
habitan, poi el padre Lozano. Cordoba, 1733. 



( 128 ) 

cessivemenl etendu ensuile, a mesure que d'autres 
nations se sont jointes aux Peruviens, qui s'y etaient 
refugies pour defendre lour liberte contre les Espa- 
gnols. 

» Ou comprend aujourd'hui sous le nom de Grand 
Chaco, ou de Chaco-Gualamba, cette vaste etendue de 
pays plat qui se trouve situee entre le 19 e et le 30 e degre 
de latitude sud, et qui est limitee, a Test, par le Rio 
Paraguay et le Parana, el, a l'ouest, par le Rio Parapiti, 
les fronlieres de la province de Salta et le Rio Salado. 
Cette derniere riviere et les Rios Pilcomayo et Bermejo, 
qui traversent le Chaco en diagonale, le partagent, 
com me l'a montre M. de Arenales, en trois sections (1), 
que Ton designe par les epithetes de Septentrionale, 
Centrale et Auslrale. La premiere, qui confine au nord 
avec les immenses marais de Xarayes et de San-Jose, 
dans la province de Chiquitos, depend naturellement 
de la Bolivie; et la troisieme, comprise entre le Ber- 
mejo, le Salado et le Parana, doit appartenir, selon 
toule evidence, a la republique de la Plata. Quant a la 
seconde section, c'est-a-dire a la grande bande qui se 
trouve entre le Pilcomayo el le Bermejo, il y aurait sans 
doute a discuter, s'il s'agissait de determiner a laquelle 
de ces deux republiques voisines elle devrait revenir de 
droit; je me contenlerai de constater que, de lait, cette 
belle portion du Cbaco est sous la dependance de la 
Bolivie, ainsi qu'elle l'a prouve en y plantanl la colonie 
de Villa-Rodrigo. Reste a savoir si la republique de la 
Plata, qui regarde encore le departement de Tarija 



(i) Noticlas historicas y descriptivas sobre el gran pais del Chaco y 
rio Bermejo, par Jose! Arenales. Buenos-Avre- , l833. 



( 124 ) 

Dome lni appatlcnant, conscntira h abandonncr les 
dr ts qu'elle pent avoir sur la partie correspondante 
du Chaco. 

» Essayons maintenant de donncr unc idee de la p 1 1 y - 
sionomie de cetle region curieuse, dont l'etendue el les 
richesses, dit Arenales, ne sont comparaldes qu'a celles 
du fleuve majestaeux qui la linjite. 

» Ln des caracteres les plus remarquables du Chaco 
est l'uniformite de sa surface ct la faible elevation de 
son sol au-dessus du niveau de I'Ocean; Haenke a fait 
celte remarque au sujet des plaines de Santa-Cruz de 
la Sierra, de Moxos et de Chiquitos, qui se continuent 
avec sa partie septentrionale; Azara a fait la meme 
observation sur la partie qui avoisine le Paraguay; j'ai 
mesure\ de mon eote\ l'el^vation du Cbaco vers la fron- 
tiere de Tarija , et je ne lui ai trouvd qu'une hauteur 
de 160 metres au-dessus du niveau de la mer : ce qui 
ne donne guere pour la pente generale de ses rivieres 
que 10 metres par degre\ 

» Ce fait seul permet deja de presumer que les inon- 
dations doivent elre inevitables dans le Chaco. Leur 
frequence doit, je pense, etre consideree comme le 
plus grand obstacle qu'auront a rencontrer les commu- 
nications qui devront B'effectuer a travers ces districts 
et les etablisscments que Ton voudrait y fonder. Les 
inondations sont, au reste, beaucoup plus etendues 
dans le nord du Chaco que dans le sud. 

» Pendant la saison des pluies, (jui dure d'octobre en 
mars, ces plaines inondees pr6senlent l'aspect d'un 
grand ocean seme d'ilots de verdure. Les rivieres qui, 
quelque temps auparavant , coulaicnt limpides entre 
leurs berges, se gonflent alors outre mesure, en des- 



( 12& ) 
cendant de la Cordillere, et leurs enux se chargent d'un 
limon abondant qui se depose lorsque, en arrivant dans 
la plaine, leur courant vient a perdre de sa violence : 
il en resulte un changement presque continuel dans 
la constitution du lit de plusieurs des rivieres qui par- 
courent le Chaco, et, par consequent, un obstacle a 
leur navigation. 

» La monotonie de la surface du Chaco se reproduit 
dans la vegetation; mais celle-ci n'en prend qu'un 
cachet plus special. On y voit d'immenses espaces re- 
couverts, a bien pen de chose pres, d'une seule espece 
d'herhe, d'une merae espece d'arbre. II n'est pas de 
voyageur dans le Chaco qui n'ait fail mention des Pal' 
mares, ou vastes accumulations de palmiers qui s'y pre- 
sentent. Vues d'une cerlaine elevation, les forets consti- 
tuees par ces arbres sociaux offrent l'aspcct d'un ocean. 
L'algarrobo (Prosopis dulcis) forme encore des bois 
d'une grande etendue, auxquels on donne le nom d'Jr~ 
garmbalcs. On peut en dire autant de 1'elegante mi- 
mosee, connue sous le nom de Final. Get arbre croit 
surtoul dans les lieux sujets aux inundations, et povte 
des epines tres-epaisses, qui ont quelquefois plus de 
2 decimetres de longueur. Le sue de ses feuilles, qui 
est astringent, estregarde comme un remede souverain 
contre les ophthalmies. Le gaiac, que Ton appelle, a 
cause de ses vertus , Pnlo-Sanio, forme aussi des bos- 
quets dans quelques parlies. La bombacee , connue 
sous le nom de Palo-Borracho, y est egalement assez 
frequente, et , sur les bords du Rio Bermejo, on voit 
presque partoul des bouquets de saules et de peuplicrs, 
que lesnavigaleursdece fleuve decjivent comme le plus 
bel ornement de ses rives. 



( 1^0 ) 

» Je pourrais aussi parler dcs animaux qui habitant 
les rivieres, les vastes paturages depounus d'arbres ou 
les ])osquets si varies du Ghaeo; mais i oninio ils n'a- 
joutcnl que fort pen a la physiounmicdu pays, et qu'ils 
sont les memes que ceux qui se rencontrenl dans les 
conlrees civilisees adjacentes, je crois qu'il est inutile 
d'insister sur ces details. Arretons-nous un moment 
sur 1'homme. 

» On est elonne, en lisant les narrations de quelques 
anciens auteurs, du nombre vraiment prodigieux de 
nations differentes qui sont signalces comme peuplant 
le Chaco, et dont on ne retrouve meme plus les noms 
dans les historiens qui les ont suivis. Voici les raisons 
de cette confusion. 

» Avec le temps, dit Azara, les nations et leui'S sub- 
divisions ont change de nom ; et ceux qui ont voulu 
prendre plus lard ties informations sur ce sujel ont 
trouve encore d'aulres noms qu'ils ont acceptes, sans 
chercher a determiner s'ils nc s'appliquaient pas a des 
tribus deja connues. Cost ce qui fait que, dans les 
cartes du Chaco tracees par les jesuites, il y a a peine 
de la place pour loutes les denominations que Ton y a 
accumulces. 

» Les conquerants ct les missionnaires, dit encore le 
meme auteur, n'ont jamais chercbe a faire une des- 
cription veridique des nations qu'ils out rencontrees; 
leur but n'elait que de donner la plus haute idee pos- 
sible de leurs prouesses, ou d'exagerer les travaux 
qu'ils avaient executes. C'est ainsi qu'ils out grossi a 
l'iiifini le nombre des lndicns du Chaco, el, de quel- 
ques peuplades, ils ont meme fail des antbropopbages. 

it Azara croit que Unites les tribus qui liabitent le 



( 127 ) 
Chaco doivent se rapportcr aux dix-sept nations sui- 
vantes : les Guaranis, les Aquitequedichagas, les Nina- 
quiguilas, les Guanas, les Mbayas, les Lenguas, les 
Macbicuys, les Enimagas, les Guentuses, les Tobas, les 
Petilagas, les Aquilotes, les Mocobis, les Abipones, les 
Vilelas, les Chunupes et les Guaycurus. La plupart de 
ces nations sont errantes; le lieu ou elles fixent leur 
domicile mornentane est determine par les exigences 
dela peche et de la cbasse, qui constituent leursmoyens 
d'exislence, ou bien par la nature des relations qu'elles 
entretiennent avec les autres tribus du meme pays. 
Enfin, les inondalions auxquelles le Cbaco est si sujet 
peuvent encore etre considerees comme une des prin- 
cipales causes determinantes des migrations de ses ha- 
bitants. 

» On comprend combien il doit etre difficile d'arriver 
a un cbifTre meme approximatif au sujet de la popula- 
tion d'un pays semblable. Arenales croit qu'au com- 
mencement du xvm e siecle elle pouvait etre de cent 
mille ames environ; maintenant, si Ton prend en 
consideration les persecutions nombreuses que celte 
population a eprouvees, et surlout les ravages fails 
dans ses rangs par la petite verole , on se tonvaincra 
facilemenl que, depuis lors , elle a du diminuer con- 
siderablement. D'apres l'auteur que je viens de citer, 
la population de la section austiale du Chaco peut etre 
eslimee a trente ou quaranle mille habitants. 

» II s'ecoula un temps assez considerable a la suite 
de la conquete, avant que les Espngnols tentassent de 
penetrer dans le ChacQ, dans L but d'y former des 
etablissements reguliers. Le premier qui 1'essaya fut le 
capitaine Andres Manzo. Cet officier, ayant ete en butte 



( 128 , 
a quelques persecutions de la part du gouvorncmcnt 
peruvicn, passa le Pilcomayo et chercha a s'etablir sur 
lcs rives occidentals de cette riviere ; mais, attaque de 
loutes parts par les Indiens Chiriguanos, il y perdil la 
vie, laissant a cette parlie du Chaco le nom de Uanos 
de Manzo, sous lequel elle est indiquee encore, jusqu'a 
ce jour, dans quelques cartes. La mauvaise reussite de 
cetie entreprise fit abandonner toute idde de pdnetrer 
dans le Chaco par ce cote. 

» LaCompagnie do Jesus, alaquelle la position qu'elle 
occupait dans le Paraguay donnait une facility toute 
particuliere pour entroprendre cette immense con- 
quete , crut qu'elle y arriverait sans rencontrer d'ob- 
stacles ties -considerables; mais elle y consuma un 
siecle , sans obtenir d' autre avantage que celui d'aug- 
menter le nombre de ses martyrs. 

» Tant de sang verse inutilement, dit de Angclis (1), 
tant de perils encourus en vain, reveillerenl la sollici- 
tudedes gouverneurs, qui finirentpar prendre une part 
active a ces en t reprises. » 

Ici le voyageur raconte les diflerentes expeditions 
eflectuees par les ordres des gouverneurs du Tucuman 
pour reconnaltre le pays et soumetlre les Indiens, de 
1670 a 1775, annee de la mort de Geromino Matorras, 
auquel ondoil une des plus importantes, par leresultat 
qu'elle produisit. Lne nouvellc, tentee en 1780 par Ic 
colonel don Francisco Gabino Arias, gouverncur par 
interim, est remarquable par la fondation de deux 
reductions: la premiere, appelee de Santiago, et formee 
d'Indiens Macobis, fut elevee a X&Cangaye; et la seconde, 

(0 Discuiso preliminar al Diario de Matorras. 



( -129 ) 

qui recut le nom de San-Bernardo, etait placee ;'i quinze 
licues a l'ouest, an bord du lac des Perlcs (Laguna de 
las Per/as); toules deux etaient dans le voisinagc im- 
mediat et sur la rive droite du Rio Bermejo. Ces deux 
colonies, dont on esperait tirer de beaux fruits, sont 
aujourd'hui rentrees dans le neant. Elles furent gou- 
vernees onze ans par l'ancien doyen Cantellana, qui 
eut la doulcur de voir chaque jour diminuer le nombre 
de lours habitants, sans qu'il fut en son pouvoir d'y 
porter reined e; elles passerent ensuite sous la direc- 
tion de deux moincs, entre les mains desquels elles 
fondirent complelement. En an mot, on n'est guere 
plus ayance aujourd'hui, suivant M. Weildell, en ce 
qui concerne la civilisation du Chaco, qu'avant l'expe- 
dilion de Matorras, el les sacrifices nombreux qui ont 
ete fails pour ouvrir des communications entre les pays 
que cette region lient separes n'ont eu d'autre resultat 
que de montrer qu'elles sont possibles. 

Nous lerminerons ces exlraits par la description 
que fait M. le docteur Weddell des fleuves Pilcomayo 
et Bermejo. 

« Le nom de Pilcomayo ou Pilco-Mayo vient, d'apres 
Garcilazo, de deux mots quichuas Mayo et Pi/co, qui 
signifient ensemble Riviere des Moinemix. Le cours 
d'eau qu'on appelle ainsi prend sa source au nord de 
Potosi, vers le 19" degre de latitude meridionale, et 
passe un peu au sud de Chuquisaca. II se dirige de 
la au sud-est, jusqu'aupres du 21 e degre de latitude, 
ou il re^oit le Rio Pilaya ou Tupiza. II traverse enfin 
la cordillere de Abarenda , jiour penetrer dans le 
Chaco, qu'il parcourt obliquement , en decrivant un 
arc dont la convcxite est dirigee vers le nord -est; et 



( ISO) 
il va, enfin , se jeler dans le Rio Paraguay par deux 
bras, dont le plus septentrional , qui est en tneme 
temps le plus considerable , se rencontre a dix lieues 
environ au-dessous de la ville do l'Assomplion : c'est 
celui qui porte le nom de Araguay ou Araquai , mot 
qui vent dire en guarani Riviere (VEntendement, parce 
que, dit Garcilazo, il faut y naviguer avec precaution. 

» Le second bras du Pilcomayo debouche dans le 
Paraguay, a environ neuf lieues au-dessous du prece- 
dent. II est divise en deux, a son emboucbure, par 
une grande lie, ce qui a fait dire que le Pilcomayo avait 
trois bras. 

» D'apres Funes, la decouverte de la partie du Pilco- 
mayo qui est situee en debors des Cordilleres aurait 
ele faile en 1719; mais elle est evidcmment ant6- 
rieure a cette epoque , comme l'a fait observer de 
Angelis; et, sans remonter jusqu'a Andres Manzo, qui 
parait avoir eu connaissance de cette partie du flcuvc, 
on ne peut douter qu'on ne l'ait apercue lors de l'at- 
taque simultanee qui se fit sur le Chaco en 1672. 
Lozano raconte que, a cette occasion, le sergent-major 
don Diego Marin, qui commandait le contingent de 
Tarija, suivit, par en bas, les bonis du Pilcomayo, et 
arriva en vue de la nation des Palalis et de celle des 
Guaycurus. On peut dire, neanmoins, que les notions 
que Ton possedait sur le Pilcomayo furent d'une 
nature tres-va^ue jusqu'a l'epoque citee par Funes, 
et qui correspond au gouvernement de don Eslevan 
Urizar, mort en 172Zi; cette expedition fut dirigee par 
un jesuite, le pere Patiilo. » 

Parini les autres tentalives essayees pour l'explora- 
tion du Pilcomayo, le docteur Weddell cite celle du 



( 131 ) 

pere Castafiores, en 17/jl, dont il est fait mention 
dans YHistuire du Paraguay, du pere Charlevoix; celle 
de Casales, dont l'embarcation ehavira en passant une 
cluite que fait la riviere peu apres son entree dans le 
Chaco; enfin, celle de Azara, extraite, par de Angelis, 
d'un ouvrage inedit de cet auteur, sur la geographie 
du Paraguay, qui a etc public dans le sixieme volume 
de la Collection de documentos du savant et laborieux 
Italien, el dont M. Weddell donne la traduction. Ce 
dernier pense qu'on peut conclure des fails exposes par 
lui, el que nous n'avons fait qu'indiquer, et de deux 
autres expeditions tentees en 1843 et lSlih , que la 
navigation du Pilcomayo, que Ton n'a jamais pu faire 
que partiellement, qu'on l'ait essayee par en haut ou 
par en bas, est pour le moins entouree de difficulles 
nombreuses et d'une nature telle que, quand meme 
on parviendrait a en surmonler quelques-unes, on 
tomberait necessairement dans les autres. II croit, en 
un mot, que si quelque voyageur beureux vient un 
jour a l'effectuer, ce ne sera que par hasard. Les cir- 
constances qui, suivant M. Weddell, s'opposent a la 
libre navigation du Pilcomayu sont : pendant la saison 
seche, la prol'ondeur lout a fait insullisante de l'eau 
dansbeaucoup de points, pour toutes autres embarca- 
tions que celles de tres-petite dimension, et la force 
prodigieuse du courant dans les parties resserrees de 
la riviere; dans la saison des pluies, on a, au conlraire, 
affaire aces grandes inondations, ou le courant est dis- 
simule sous une nappe d'eau parfailement tranquille, 
et ou rien n'indique plus la direction que Ton doit 
suivre. Avec le temps, on viendrait peut-etre a bout 
de cette difficulte; mais un obstacle qui parail devoir 



v U2 ; 

etre beaocoup plus difficile a vaincre, c'est la variation 
presque continuelle eprouvee par le lit de la riviere, 
a des distances plus ou moins grandes de la Cordil- 
lere, par le depot des terres et des arbres que les tor- 
rents ont arracbes des montages a leur passage a tra- 
vel's les regions elevees de la Bolivie. On comprendra 
coinbicn il doit Ttie difficile d'eviter, dans la descente 
du fleuve, les bancs qui ont etc formes d'une maniere 
si impromplue. 

Quant aux Indiens, le docteur Wcddell croit qu'ils 
doivent plutot etre consideres comme des auxiliaires 
que comme des obstacles. En tout cas, pour qu'ils le 
deviennent, il suffira qu'on les trailc bien. 

Voici ce que notre voyageur dit du Rio Bermcjo : 
« Le Rio Bermejo tire son nom de la leinte rougeatre 
que prennent ordinairement ses eaux a l'epoque des 
grandes crues. Forme par la reunion de plusieurs 
pelites rivieres qui viennenl des montagnes de Tarija, 
le Bermejo, apres avoir passe par celle ville , recoil 
les rivieres de Narvacz ou de Salinas, de Itau, de San- 
Jacinto, etc. : c'est surtout a la suite de ces affluents 
que le nom de Bermejo lui est generalement applique. 
Plus bas, c'est-a-dire apres avoir traverse du nord au 
sud la fronliere de la Bolivie, pour entrer dans la re- 
publique do la Plata, il recoil le Rio Pescado, et, a 
quelques lieues au dela, le Rio de Ccnla. A partir de 
ce dernier confluent, qui se trouve dans le voisinage 
de la ville d'Oran (latitude sud, 22° lib'), le Rio Ber- 
mejo serait deja navigable pour des embarcations con- 
siderables, si les ecueils qui barrent son lit dans 
quelques points n'y faisaient obstacle. L'endroit ou 
le Rio do Santa -Maria se jetle dans le Bermejo porte 



( 133 ) 

le nom de Juntas de Santa -Cruz; il se trouve au 
23 a degre de latitude. 

» C'est a quelques lieues seulement au-dessous de ce 
confluent, au niveau de l'ancien fort de Pizarro, que 
la riviere qui nous occupe recoit, a Tangle droit, son 
principal affluent, le Rio Grande de Jujui, forme lui- 
ineme par la reunion des Rios de Umaguaca, de los 
Reyes et de Yala , qui naissent de la chaine neigeuse 
qui parcourt cetle region du nord au sud. 

» Au-dessous de Jujui, a une distance de vingt lieues, 
le Rio Grande recoit ie Rio de Lavayen ou de Siancas, 
qui prend sa source au nord-ouest cle Salta; il se dirige 
de la vers le nord-est, en decrivant une ligne courbe, 
et recoit successivement par sa rive gauche les Rios 
Negro, de Ledesma, de San-Lorenzo, de Sora et de 
las Pedras, qui descendent tous de la Sierra de Jruya, 
entre Jujui et Or an. La confluence du Rio Grande et 
du Bermejo est situee presque immediatcment au-des- 
sous du point oil ce dernier recoit le luo de las Pedras; 
elle porte le nom de Juntas de San-Francisco, et se 
trouve a seize lieues au sud d'Oran, a cinquante lieues 
a l'ouest-sud-ouest de Jujui, et a une distance a peu 
pres semblable au sud-est de Tarija. 

» La direction generale du Bermejo au-dessous des 
Juntas de San -Francisco est a peu pres parallele a 
celle qui suit le Pilcomayo. II est a remarquer, toute- 
fois, que les sinuosites que decrit le Bermejo sont in« 
comparablement plus grandes que celles que les cartes 
pretent au fleuve rival. 

» Au niveau meme de la confluence du Rio Grande, 
le Bermejo est assez profond pour porter des navires 
de h a 500 tonneaux; inais a mesure qu'il penetre da- 

I. FJCVRlliR. 3. 10 



( m ) 

vantage dans le cceur du Cliaco, ou le sol est plus uni, 
son lit devient plus large, et sa profondeur diminue 
en proportion. 

» En se reunissant, les Uios Bermejo et Grande for- 
ment une vallee magnifique, qui paralt 6lre le lieu le 
plus convenable pour (Hablir le port du Bermejo, 
lorsqu'on se sera decide a ouvrir an commerce cette 
belle artere de l'Am^rique du Sud. De bons chemins 
de terre devront faire communiquer ce point avec les 
villes voisines, donl 1'impoitance augmentera a un 
point qu'il est facile de se figurer. 

» Les avantages que les provinces seplentrionales de 
la republique de la Plata retireraient de la navigation 
du Bermejo seraient necessairement tres-grands; je 
suis intimement convaincu, cependanl, que, pour la 
Bolivie, un chemin de terre, ouvert directement a tra- 
vers le Chaco, au nord du Pilcomayo, en se guidant, 
pour la direction a lui dormer, sur 1'elendue des inon- 
dations de ce ileuve et sur celles du Paraguay lui-uieme, 
offrirait des avantages plus reels encore. 

» La premiere pensee de navigucr le Rio Bermejo, 
et d'ouvrir, par ce moyen, une communication entre 
les pays qui occupent les deux cotes du Clmco, est 
due a un babilant de Salta, don Juan Adriano Fer- 
nandez Cornejo. 

» Apres la mort du gouverneur Matorras, le pacifica- 
teur du Cbaco, pendant qu'Arias preparait son expe- 
dition aux rives du Bermejo, Cornejo cbercbait, de 
son cole, a obtenir la permission d'etudier les moyens 
de naviguer sur ce fleuve. Croirait-on que cette entre- 
prise, dont il offrait de faire lui-meme tons les frais , 
roncontra, de la part de cpux qui nuraienl du la prote"- 



( i»5 ) 
ger, l'opposition la plus vive, et que ce ne tut qu'apres 
quelques annees de conflit qu'il reussit a obtenir les 
pouvoirs qu'il demandait? » 

On lira avec interet le recit de la premiere explo- 
ration du Rio Bcrmejo, faite par le colonel Cornejo 
et par le pere Morillo, son chapelain, qui eut la gloire 
d'inaugurer la navigation de ce fleuve, ainsi que celui 
de la deuxieme exploration, iaite par le meme Cornejo, 
lequel, arrive, le 9 juillet 1790, au confluent du Rio 
Grande de Jujuy {Juntas de San- Francisco), se trouvait, 
le 20 aout, dans le Rio Paraguay. Quant a la troisieme 
et derniere exploration, laite en 1820 par don Pablo 
Soria , qui s'occupa d'abord de la reconnaissance du 
Rio Grande, exploration qu'il fit dans deux canots 
conslruits a 1 'embouchure du Rio Negro, et dont les 
resullals iui permirent d'affirmer que le Rio de Jujuy 
est navigable, a partir du Rio de Ledesma, pour les 
embarcations de toutes les dimensions durantles crues 
de la riviere, et dans des bateaux plats pendant tout 
le resle de l'annee (1), elle contient aussi, sans doute, 
des details peu connus et dignes de fixer l'attenlion; 
niais je crois cependant devoir m'arreter, et renvoyer 
le lecteur desireux d'acquerir une instruction plus 
elendue, a 1'ouvrage memo du docteur Weddell. 

De la Roquette. 

(i) Soria, ayant debouche, te 12 Bout, dans le Paraguay, pres de 
Nambucri, apres ciri([uanle-sep[ jours cle voyage, fut arrete par onlre 
du dictnieur Franeia. On mit embargo sur tons ses papiers, sur ses 
armeA et ses munitions. II demeura prisonnier pendant cinq ans, et 
ce ne fut tju'cn 1 83 i qu'il recouvra sa liberie ainsi que sou pilote, 
Delcalzi; tnais, coinme on ne Iui a jamais restltue ses papiers, il n'a 
pu presenter au public la relation de son voyage. 



( 136 j 

EXPLORATION 
DE LA CHA1XE DES MONTS OURALS 

PAR OIIDHB ET AUX FBAIS 

DE LA 

SOCIETE GEOGRAPLUQUE DE SAINT-PETERSBOURG (I). 



La Societe imperiale de geographie de Russie confia 
en 18A7 la belle mission d'explorer la cliaine des monls 
Ourals, depuis les sources du Wuikar jusqu'a la iner 
Glaciale, a un de ses membres tilulaires, M. HolT- 
niann , colonel du corps des ingenieurs des mines. 

Pendant le corns de 1'annee JSA7 el une grande 
partie de I8/18, M. Hoffmann efleclua l'exploration 
donl il avail ete charge, depuis le 60° de latitude nord 
jusqu'aux bords de la nier Glaciale; il resolut la ques- 
tion de l'existence , jusqu'alors douteuse, de l'Oural 
septentrional , et etablit defmilivement la veritable 
direction de celle limite naturelle de la Russie d'Eu- 
rope sur un espace de dix degres vers le nord. Les 
resultats oblcnus par LVI. le colonel Hoffmann, resullals 
qui modilierent d'une maniere sensible la geographic, 

(1) Un premier travail sur celle exploration, compris dans le 
coinpte rendu de la Societe geographkjue russe pour 1'annee 1849, 
nVavait eie envoy e par M. le prince Emmanuel Galilzin. Son impor- 
tance m a fait Denser qu'il e'tait con ven able de Ten detacher, et dVn 
former un article distinct, en le cnmpleiant au moyeu de nouvelles 
informations que M. Alex, de Guiers, secretaire de la Societe geogra- 
phique de Russie, el M. Longuinoff, membie de celle meme Sociele', 
out Lien vuuki me cuininunnjuer depuis en son num. 

De la Roquetie. 



■ - _ — 



( 137) 
non-seulement de la Russie, inais do l'Europe , dont 
elle est la frontiere, furent apprecies par la Societe 
geograpbique de Saint-Petcrsbourg, el cet ofiicier ob- 
tint a son retour, de ce corps savant, la medaille du 
grand-due Constantin. 

M. Kowaleski, astronome de l'expedition, qui avait 
accompagne M. le colonel Hoffmann jusqu'a la mer 
Glaciale, se rendit ensuite a Obdorsk , afin d'y conti- 
nuer les operations fixees par le programme pour L'hi- 
ver de 18A8 -1849. Ce fut sur les bords de la baie de 
Kara qu'il se separa de M. le colonel Hoffmann; il de- 
termina d'abord la position du cap Tolstoy, suivit le 
rivage de la mer, doubla l'extremite septentrionale de 
1'Oural, et alleignit enfin l'emboucbure de la riviere 
Pideriatt. La il acquit la certitude que la chaine orien- 
tale de 1'Oural, tracee sur la carte de Reguli, n'existe 
pas de fait. Apres avoir traverse le Pideriatt, le meme 
observaleur poussa jusqu'a la riviere Stchoutcbia (ou 
des brocbets), qu'il descendit jusqu'au fleuve Ob, et, 
suivant ce dernier cours d'eau jusqu'a Obdorsk, il ar- 
riva dans celte ville le 17 = 29 septembre 18/18. 

Surlapente orientale de 1'Oural, M. Kowalesky avait 
a determiner les positions d'Obdorsk, de Beresoff, et 
de quelques localites situees sur les rives de l'Ob, entre 
ces deux villes : tons ces travaux etaient beureusement 
termines le l er Janvier 1849. Le 16 du meme mois, il 
quitta le gouvernement de Tobolsk, et, conduit par des 
rennes du bourg d'ljma , il suivit les bords de l'Oussa 
jusqu'a la Petcbora. Le voyage, en remontant le Pet- 
cbora jusqu'a la ville de Tscberdinn , gouvernement 
de Perm , tut excessivement enlrave par le degel. 
En plusieurs endroits, les patins [ligi) furent le seul 



( 138 ) 

moven de locomotion. Arrive a Tscherdinn le 23 fe- 
vrier, M. Kowaleskv rolia chronometriquement cette 
ville an village d'Ousl-Oulsoui et an inont Monine- 
Toump (1), situes pres des sourcesdiiVislicra.il quitta 
Tscherdinn le 21 mars, et arriva a Saint-PtHersbourg 
le 17 avril suivant. Pendant ses deux annees de sejour 
dans les monts Ourals et les contrees avoisinanles, 
M. Rowalesky a determine la position de cent soixante 
sept points de la chaine meme de l'Oural , et de qua- 
rante-neiil' dans les pays environnants; de plus, il a 
mesure, geodesiquenient , les hauteurs de quarante 
autoes spinnrets, et fait un grand nomhre de nivelle- 
menls baromelriques. 

Dans le but de fournir a M. Kovvalesky les moyens 
d'achever ses importants travaux, le conseil de la So- 
ciete geographi([iie russe a decide qu'elle continuerait 
a ce jeune el zele astronome, encore pour un an a 
partir <lu 9 avril 18A9, le traitement qu'il recevait en 
accompagnant l'expedition. 

Le major Strajewsky, commandant un autre deta- 
chement de cette remarquable expedition , avait ete 
empeche, par suite d'une epizootie qui emporta tous 
ses rennes, de terminer entierement l'exploration du 
rovers oriental de l'Oural, nommement la partie non 
connue de cette chaine situee sur la route du village 
d'Oranelz a Beresoll", depuis le mont Rwosm-Nyar 
(sousle (5!\° lib' latitude nord) jusqu'au defile de Kop- 
polow. Cette distance, d'environ 200 verstes , esl 
pouitant une des plus accessihles de tout l'Oural, et 
sans l'accident arrive aux rennes, son exploration 

1 1 Volcan eteinl. 



n'aurait pas demande plus de deux mois de travail. 
Aussi des mesures ont-elles ete prises par !e eonseil 
de la Sociele geograpbique de Russie pour faire pre- 
parer une nouvelle expedition, qui se composera seu- 
lemenl de trois personnes : un geognoste, un topo- 
graphe et un aide. Le premier se preparera , dans le 
courant de l'hiver, aux observations astronomiques, 
peu nombreuses, qu'il aura a faire entre le 6!i e et le 66 e 
de latitude septentrionale. Corame jusqu'au l er juin 
les neiges rendent les monlagnes infrancbissables, les 
voyageurs devront quitter Saint-Petersbourg vers la 
mi-avril, pour arriver a la /in de mai au village d'Ora- 
netz. La ils trouveront leurs rennes, qui les conduiront 
par les montagnes de Sablia jusqu'au mont Kvosm- 
Nyar, point le plus eloigne atteint par le colonel Hoff- 
mann en 18/17. De la les voyageurs suivront la eliaine 
de l'Oural , vers le nord , jusqu'a l'endroit ou l'expe- 
dition de 18A8 s'est divisee en deux detachements, 
c'est-a-dire sous le 66 e de latitude septentrionale. 
Ils descendront ensuite la riviere Oussa, ou leLemva, 
son affluent, ou les attend ra un grand bateau pour 
entrer dans la riviere de Petchora : l'exploration de 
cette partie de l'Oural, non reconnue jusqu'a present, 
doit etre terminee vers !a mi-juillet. A la fin de ce mois, 
les voyageurs pourront se trouver sur la Petchora, et 
etre de retour a Saint-Petersbourg au commencement 
de septembre. 

Anime du desir de oontribuer de tous ses efforts 
au succes de 1'entreprise, le eonseil s'est adresse a 
radininislration des doniaines de l'E'tat residant au 
bourg d'ljina, et la piiee de conclure un contrat avec 
un des Zyrianes (peuplade) d'ljma, afin qu'il tint a la 



( 140 ) 
disposition do l'expedition, pour la I'm do inai 1850, 
dcs rennes , des tentes, dcs equipages, des ouvriers, 
et un intcrpreto, ainsi qu'un bateau sur le Leniva ou 
sur I'Oussa, selon la convenance des voyageurs et les 
considerations locales. Lne reponse des autorites do- 
maniales a annonce, des le commencement de sep- 
tembre 1849, que les Zyrianes d'ljma consentaient 
avec emprcssement a fournir pour l'expedition, au 
rendez-vous indique, le nombre de rennes necessaire, 
avec des guides, des equipages, des ouvriers et un in- 
terprete, et qu'ils offraient en outre de mettre gralui- 
temenl plus de deux cents rennes a la disposition des 
voyageurs. Le bateau sera aussi prepare et slationnera 
dans I'Oussa. Dans le cas ou une nouvelle mortalite 
viendrait sevir sur ces animaux dans le courant de l'ete 
de 1849, ainsi que cela est arrive les deux annees pre- 
cedentes. circonstance qui priverait les Zyrianes de 
tout moyen de se rcndre utiles a la chose publique , 
la Societe geograpbique devra en etre prevenue a 
temps. Jusqu'a present, aucune nouvelle defavorable 
sur l'etat des troupeaux de rennes chez les Zyrianes 
d'ljma n'est parvenue a Saint-Petersbourg, et Ton a tout 
lieu d'esperer que cette exploration complementaire 
sera couronnee de succes. 

En attendant, les importants et nombreux mate- 
riaux recueillis par l'expedition principale, tant pour 
la partie geograpbique proprement dite que pour la 
zoologie, la botanique et la geognosic, ont ete mis en 
ordre, dans le courant de l'ete, sous l'inspection do 
M. Hoffmann, et sonl prets a etre soumis au jugement 
du monde savant. 

L'astronome de l'expedition, M. Kowalesky, s'est 



( m ) 

occupe avec ardeur ties calculs resultant de ses nom- 
breuses observations astronomiques , g^odesiques , 
barometriques et magnetiques. Ses determinations 
astronomiques, les plus importanles de toutes, sont 
terminees , et ont mis en etat de proceder a la eon" 
struction d'une carte detaillee de la conlree recemment 
exploree. Cette carte s'execute par les soins de deux 
officiers topographes, MM. Braguine et Yourieff. qui 
ont fait partie de l'expedition; elle sera a 1'echelle de 
vingt-cinq verstes par pouce anglais ou y^^. Le r^seau 
de la carte est prepare par le lieutenant-colonel Maksi- 
moff , membre effectif de la Societe de g^ograpliie de 
Russie; les points astronomiquement determines, des- 
tines a etre fixes sur le reseau, sont deja communiques 
par M. Kowalesky. La carte devait etre terminee au plus 
tard dans le courant du mois d'avril 1850. La collection 
de zoologie a ete classee par M. l'acad£micien Brandt; 
celle de botanique, par M. l'academicien Ruprecbt. 
Les observations geognostiques faites par M. Hoffmann 
ont £te elaborees el mises en ordre, en grande partie, 
pendant le cours du meme voyage. Le savant comte 
Kaiserling s'est charge du classement des petrifications 
et des fossiles. Son travail acheve, toute la partie geo- 
gnostique pourra etre definitivemenl terminee en peu 
de temps. 

M. Hoffmann a presente au conseil le programme 
detaille de la publication des travaux de l'expedition 
de l'Oural, ainsi que le devis des depenses qu'ential- 
nera cette edition. Le conseil, desirant diminuer les 
frais retombant a la charge de la Societe, a eu recours 
a M. le ministre des finances pour engager le depar- 
tement des mines, directement interesse ai ce que ces 



1 42 ) 

recherches geognostiques el paleontologiques voient 
le jour, a prendre part a cette publication. Le comte 
Krontchenko a informe dernierement ce conseil que, 
conlormement au vteu clc la Societe, il asollicite l'au- 
torisalion tie l'empereur tie delivrer a la Societe, pen- 
dant deux ans, sur le budget de l'administration des 
mines, la soimne de 5 300 roubles argent, destinee a 
la publication complete des travaux de l'expedition de 
l'Oural, ct que S. M. I. a daigne accorder son consen- 
tement a cette subvention le 20 Janvier dernier. C'est 
le colonel Hoffmann qui a ele charge de preparer le 
plan de la publication. 



Depuis que ceci a el6 ecrit, de nouveaux renseigne- 
ments nous sonl parvenus de Saint-Petersbourg : l'ex- 
pedition complementaire de l'exploralion de l'Oural, 
dont il a ete parle plus liaut, a ete terminee avec le 
plus grand succes par M. le colonel Hoffmann. 

Le 10 = 22 juin 1850, l'expedition quitta les bords 
de la Petcbora, et remonta la riviere de Stchougore de- 
puis son embouchure dans la Petcbora. M. Hoffmann 
a choisi cette route pour atteindre la chaine des mon- 
tagnes Sablia , au lieu de suivre celle qui commence 
au village d'Oranetz, et que le comte Kaiserling avail 
deja exploree precedemment. La crue des eaux apporla 
beaucoup d'obstacles au voyage, qui dura huit jours. 
Knliii, on trouva sur les rives du Stchougore les rennes 
amenes par les Z\rianes d'ljina. Le lendemain , l'ex- 
I'edition se rendil dans les monlagnes, aux sources de 
la riviere Synia. Ln des proprietaires de rennes I'ac- 



( us ) 

compagnait en qualite d'interprete. Aux sources de la 
Synia, on resta deux jours dans l'incertilude quant a 
la roule a prendre. Le guide connaissait parfaitement 
les localites; mais il etait Samoyede, tandis que ces 
fonctionsavaient ete remplies en 18/|7 par un Ostiaque. 
Or ces deux peuplades ont des noms differents dans 
lours langues pour designer les montagnes et les ri- 
vieres; le guide samoyede ne savait aucun des noms 
ostiaques cites par M. Hoffmann, pas meme celui de 
la montagne Kvosm-Nyar, qu'il importail de deter- 
miner, pour relier le nouveau leve avec ceux qui 
avaient deja ete faits. Heureusement on trouva un Sa- 
moyede connaissant les deux idiomes, et les difficultes 
purent etre surrnontees. L'expedition se dirigea alors 
vers les monlagnes; elle mil trnis jours pour faire 
15 verstes, a Test, jusqu'a la riviere Vangueria. De la, 
M. Hoffmann, accompagne de M. Braguine, oflicier 
topographe, se rendit sur la penle orienlale des mon- 
tagnes; ils decouvrirent enfin Kvosm-Nyar (en langue 
samoyede Chodum-Boy), dont ils determinerent as- 
tronomiquement la position, et qu'ils porierent sur la 
carte precedemment construite. 

Jusqu'au 8 = 20 juillet, l'expedition explora, non 
sans beaucoup de peine, le nceud de montagnes eleve 
et aride que forme l'Oural enlre le 6k° 30' et le 65° 30' 
de latitude nord. Malgre la grande quantite do cada- 
vres de rennes qui jonchaient la terre, par suite de 
l'epizootie de !8Z|8, le troupeau de Texpedition ne Cut 
pas irappe de contagion. Les clialeurs elaient acca- 
blantes; on marchait par les nuils tres-claires dans 
celle saison, et Ton s'arretail pendant le jour. Le pas- 
sage du Sarti, a une hauteur de 2 000 pieds, et en- 



( tu ) 

combre do rochers, fut tres-dangereux. II fallut y 
emplovcr quinzc bcures, dcpuis huit heures du soir 
jusqu'a onzc houres du matin; les refines Irainaient 
les bagages sur des sentiers ou un bomme se hasar- 
derait difficilement : on y perdit jusqu'a vingt de ces 
utiles animaux. Dans beaucoup d'endroits, les l'oules 
offrirent infiniment tie dangers. 

Le 8=20juillet, on arrivasur lesbordsdu Koscbern, 
principal affluent du Kosya. Ici le caractere de 1'Oural 
cbange ; il s'abaisse considerablement, perd son aspect 
alpestre, et se retrecit, au point qu'on n'y Irouve plus 
de vallees transversales. 11 fallut done quitter les inon- 
tagnes, et les suivre le long de la penle occidentale, 
en se dirigeant vers le nord ; on dut se borner a faire 
des excursions de temps a autre pour explorer le 
sommet de la cbaine. Les cbaleurs se soulenaient; les 
rennes n'avancaient qu'avec peine, lourmentes paries 
moucbes el par les cousins; les journees furent done 
tres-courtes. L'expedilion aurait bientot pu attcindre 
le point indique, malgre les cbaleurs; mais un brouil- 
lard epais, accompagne d'un vent violent de nord- 
ouest, vint interrompre les travaux. Le 16z=28, le 
temps s'eclaircit, et Ton put voir 1'Oural, mais convert 
d'une neige nouvelle. Le thermometre elait a zero, 
et le vent faisait disparaltre les moucbes; le 17 et le 
18 = 30, l'expedition put avancer plus rapidement; on 
retrouva quelques points determines en ISftS, et Ton 
atteignit les inontagues Koppololl, ou les deux expe- 
ditions du colonel lloll'mann et du major Starjevsky 
se separerent en 18A8. M. Braguine put relier les leves 
de plan de 1850 avec ceux qu'on avait construits 
en 1848. 



f 145 ) 

Pousser encore vers le nord clevenait inutile ; le 19 juil- 
let, on quitta les montagnes, en se dirigeant a l'ouest; 
les guides el les rennesfurent renvoyes, et 1'expedition 
descendit sur un radeau la riviere Cliarouta; le cou- 
rant cle cette riviere est tres-rapide, el les voyageurs, 
un moment dans une situation dangereuse , ne durent 
leur vie qu'aux guides Zyrianes qui les accompa- 
gnaient. Sur le Lemva, ils trouverent leur barque, et, 
le 2Zt, ils arrivaient a Oust Oussa, sur la Petchora. Le 
16 = 28 aout, 1'expedition etait de relour dans la ville 
de Tscherdinn, gouvernement de Perm. 

M. Hoffmann a donne connaissance a la Societe de 
quelques observations geognosliques; malgre leurele- 
vation, les monls Ourals n'atteignent point les regions 
des neiges perpetuelles. M. Braguine avail deja ter« 
mine a Ousl-Oussa une esquisse de la carte pour la 
quelle M. Hoffmann avait fail des observations astro- 
nomiques, fixe six points, et execute des recberches 
gypsometriques. Le peintre Bermelecff rapporle des 
croquis et des vues de lOural, ainsi que des dessins 
representant la vegetation locale. La collection geo- 
gnostique doit arriver dans le couraut de l'hiver. 

M. Hoffmann , voulant conduire a bonne fin ses ob- 
servations geognosliques et hypsometriques, resolut de 
tenter une excursion de l'aulre cote de l'Oural ; mais, 
craignant la perte du temps que necessitaient de longs 
preparatifs et des bagages pour tout un detachement, 
le bardi et savant exploraleur se decida a entreprendre 
ce voyage tout seul , en se faisant accompagner seule- 
ment par qualre guides. II quitta Tcberdinn le 18 = 
30 aout, remonta le Yiscbera en bateau, puis l'Ouls- 
soui. Mais la, une lois sur le Koulimen, affluent de 



t 140 ) 
rOulssoui , les voyageurs durenl souvent descendre 
dans i'eau et trainer leur canot. lis traverserent ensuite 
d'immenses forets; les obstacles ne leur manquerent 
pas, et M. Hoffmann echappa heureusement nu dancer 
que lui faisait courir l'incendie des forets qu'il tra- 
versa; la secheresse et les chaleurs furenl tres-fortes 
a cette epoque de l'ete de 1850, et les incendies dans 
les forets furent tres- frequents. M. Hoffmann traversa 
la chaine de l'Oural, et arriva le 29 aout = 11 oclobre 
a Bogoslovsk, sur la pente orientale, par Pelropavlofsk. 
Le 29 septembre, cet intrepide officier assistail, a 
Saint-Petersbourg, a la seance de la Societe geogra- 
phique. 

De la Roquette. 



Analyses, Kx trait* iloinia;cv etc. 



RECONNAISSANCE DES COTES DES ETATS-UNIS. 



Depuis quelques annees, le gouvernement des Etats- 
Unis a fait entreprendre le leve rigoureux de lout le 
littoral de ce vasle pays, et Ton sait que M. le profes- 
scur A. D. Bacbe a ete nomine surintendant de cette 
operation (voyez le Bulletin de Janvier dernier, p. 41); 
tous les ans, au mois de novembre, il fail un raj)port, 
qui est communique au senat, sur les progres du tra- 
vail : nous avons sous les yeux ce document pour les 
ann6es 1847, 1848 et 1849, et nous allons tacher de 



( 147 ) 

faire connaitre comment ce grand ouvrage est dirige. 

Le littoral des Elats-Unis a ele divise en dix sec- 
tions. 

La premiere, de la baie Passamaquaddy a la pointe 
Judith, contient les cotes des Etats du Maine, de New- 
Hampshire, de Massachusetts el de Rhode-Island. 

La deuxieme, de la pointe Judith au cap Henlopen, 
contient les cotes des Etats de Connecticut, de New- 
York, de New-Jersey, de Pensylvanie et d'une partie de 
Delaware. 

La troisieme, du cap Henlopen au cap Henry, con- 
tient les cotes de Delaware, du Maryland et d'une partie 
de la Virginie. 

La quatrieme, du cap Henry au cap Fear, contient 
une partie des cotes de la Virginie et celles de la Caro- 
line du Nord. 

La cinquieme, du cap Fear a la riviere Sainte-Marie, 
contient les cotes de la Caroline du Sud et de la 
Georgie. 

La sixieme, de la riviere Sainte-Marie a la baie Saint- 
Joseph, contient les cotes de la Floride. 

La seplieme, de la baie Saint- Joseph a la baie de 
Mobile, contient la partie occidentale de la Floride. 

La huitieme , de la baie de Mobile a la baie Ver- 
milion, contient les cotes de l'Alabama, de Mississipi 
et dune partie de la Louisiane. 

La neuvieme, de la baie Vermilion aux frontieres> 
contient les cotes de la Louisiane et du Texas. 

Enfin, la dixieme contient les cotes des Etats-Lnis 
sur l'ocean Pacilique. 

Les operations dans chacune de ces sections sont 
ainsi divisees : 



( 1« ) 

1° Reconnaissance generale, d'apres laquelle le plan 
du travail est deliniiivemenl arrets et les points ou Ton 
doiL t'aire les stations choisis. 

2° Triangulalions de differenls ordres , afin de de- 
terminer les positions relatives des stations secon- 
dares. Par la Iriangulation du premier ordre, les po- 
sitions prineipales sont determinees avec une grande 
precision ; par les triangulalions du ileuxiemo et du 
troisieme ordre, us grand nombre de points sont fixes 
par des methodes un peu rnoins precises, niais cepen- 
dant suflisammenl exactes. 

3° Observations astronoiniques , par le moyen dcs- 
quelles on obtient les coordonnees gcograpbiques des 
points les plus iinportants. 

h° Travaux topograpbiques, par lesquels le trace de 
la cole, la position des points remarquables, la nature 
du sol et les voies de communication, sont determines, 
afin de pouvoir les indiquer sur les cartes. 

5° Travaux bydrograpbiques, consistant dans la de- 
termination des sondes et des qualites du fond, et dans 
les observations de la maree et des courants. 

6° Observations magnetiques, pour determiner la 
variation du compas. 

Lorsque les travaux sont termines sur les lieux, ils 
sont transmis au bureau, ou les calculs sont verifies, 
et d'autres indepcndunls des premiers sont executes, 
pour obtenir une verilieation; eniin, les levees sont 
reunies, reduites a 1'ecbelle de la publication, les cartes 
dessinees, gravees, imprimees el publiees. 

A mesure que le travail avancc dans cbacune des 
sections, les resuitats en sonl reunis et publies, cbaque 
centre d'operations se trouvant egalement pourvu de 



( 149 ) 

tons les moyens de preparer les cartes, et les leves 
s'executant d'apres tin plan uniforme et des uiethodes 
semblables dans toutes les sections; en sorte que la 
reunion de toutes les publications donnera le leve de 
toutes les cotes des Etats-Unis, et qu'avant cela cbaque 
centre peut fournir en son temps les donnees scienti- 
fiques necessaires pour la construction des cartes. 

En outre, des travaux pour le leve et la triangulation, 
les calculs necessaires pour etablir la difference de 
longitudes des points oil Ton a fait des observations, 
avec les divers observatoires de l'Europc, ont ete en- 
trepris. Le but principal que l'oh se proposait etait : 
1° de faire pour le leve des cotes une collection aussi 
etendue que possible de toutes les observations astro- 
noiniques desquelles on peut deduire la longitude; 
2° d'elablir dans tons les calculs de reductions une 
metbode parfailement uniforme; 3° de donner, dans 
des raj)ports annuels, les donnees les plus exactes pour 
les longitudes des points principaux; h" de conserver 
tous les calculs et d'etablir des equations de conditions 
au moyen desquelles on puisse facilement faire toutes 
les modifications necessaires d'apres les nouvelles ob- 
servations que Ton pourrait avoir. 

La determination de la longitude d'un point central 
pour le leve des cotes au moyen de la comparaison des 
observations faites aux Etals Unis avec les observations 
corrcspondantes en Europe, et dans la limite de la 
precision exigee pour les travaux geodesiques, est un 
travail d'une grande dilficulte : on a cberche ;'i reunir 
un asscz grand nombre de donnees pour que loute 
nouvelle observation ne puisse apportcr dans la 
moyenne oblenue aucun cnangemenl sensible. L'im- 
i. fAvuier, /i. 11 



150 

portance de ce resultat sera Lien comprise par tous 
ceux qui savent quelles difficulty on a toujours eprou- 

vees lorsqu'on a voulu determiner, dans les autres 
operations de ce genre, la position gcograpbique du 
ineridien central. 

La melbode des culminations lunaires a etc employee 
avec beaucoup de succes pour obtenir la longitude; on 
trouve mem e dans le rapport sur les travaux tie 1849 
que 393 observations des deux hords de la lune ont 
donne une correction de 4*,00 a faire a la longitude de 
Washington, deduite des occullations. Les resultats de 
ces calculs ont ete exposes dans un memoire presente 
par M. Gillis a la Societe pbilosopliique americaine, 
qui en a ordonne la publication dans ses Transactions. 
On peut done esperer que Ton aura ainsi une determi- 
nation precise de la longitude de ce point de depart de 
tous les travaux executes en Amerique, et par conse- 
quent celle de tous les autres points principaux dont la 
liaison entre eux ne presente plus guere d incertitude ; 
car on trouve dans le memo rapport de 1849 que les 
differences de longitudes entre Cambridge, New-York, 
Philadelphie , Washington el Hudson, deduiles des 
occultations el des culminations lunaires, s'accordent 
tres-bien avec les resultats qui ont ete oblenus an 
nioyen du telegraplie electrique. 

Le nombre de personnes employees a cette grande 
operation etait, en 18A9, de Zi5, savoir : 

1 Surintendant. 

26 Assistants. 

3 Capilaines du corps des ingenieurs topographes. 

10 Lieutenants commandants de la marine nalio- 
nale. 



151 ) 

2 Lieutenants de la marine nationals. 

1 Major de l'armee de terre. 

2 Professeurs. 

La defense a successivement augmente depuis 1 844, 
a mesure qu'on a etendu le travail sur un plus grand 
nombre d'Etats; elle avait ele estimee devoir etre, en 
1850, de 216000 dollars (environ 1150000 francs), 
sans y comprendre la solde des officiers de l'armee et 
de la marine, ainsi que celle des matelols employes 
aux travaux hydrographiques. 

Pour donner une idee de l'etat ou se trouvait cette 
grande entreprise, nous allons exlraire du rapport fait 
parM. Bache.surinlendant, aumoisde novembrel8A9, 
le resume suivant : 

« Dans la premiere section (Maine, New-Hampshire, 
Massachusetts et Rhode-Island), la triangulation du 
premier ordre , ainsi que les observations aslronomi- 
ques et autres qui s'y raltachent, ont ele faites jusqu'a 
Portland (Maine); la reconnaissance de details s'etend 
jusqu'a Kennebeck, et la reconnaissance generale jus- 
qu'a Penboscot. Le detacb.em.ent qui s'occupe sans 
interruption de ce travail l'aura acheve dans deux sai- 
sons ou deuxsaisonsetdemie. Une base de verification 
a ete mesuree sur le chemin de fer de Boston a Provi- 
dence. La triangulation secondaire a atteint le New- 
Hampshire , et la disposition des signaux s'etend jus- 
qu'au Rennebunk, dans le Maine. La topographic est 
i'aile jusqu'au cap Sainte-Anne, a l'exceplion d'un in- 
tervalle sur la cole Est du Massachusetts, en Ire Harwich 
et Sciluate. Lhydrographie de la cote sud du Massa- 
chusetts est complete jusqu'au sund de Nantucket; 
elle embrasse presque tous los bancs tie Nantucket, et 



( 152 ) 

a ete compile par la reconnaissance des rivieres 
Hyannis et Bass, du porl de refuge de Wellflect et du 
port et des alterrages de Boston. Le resle du travail de 
cette section est complet, a 1' exception de la topogra- 
phie et de l'hydrographie d'une parlie de la baie de 
Narragansett. Les observations pour obtenir, par le 
moyen de cbronomelres , la difference de longitude 
entre les observatoires d'Europe et celui de Cambridge 
sont en cours d'execulion. Les carles de New-Bed fort, 
de Holmc's-Hole, de l'anse de Tarpaulin et des ports 
d'Edgartovvn et de Nantucket sont publiecs ; celle de 
Hyannis est gravee. La carte generale de la cote com- 
prise entre la baie de Narragansett et Cutty hunk est a. 
la gravure ; celles du port de Boston, du canal iMus- 
keget, et la seconde feuiile de la carte des cotes, sont 
enlre les mains des dessinateurs. Deux carles manu- 
scrites a une grande ecbelle, du port de Boston et de 
ses abords, ont ete dressces pour l'Etat de Massachu- 
setts et la ville de Boston. Enfin, il a ete publie des 
notices sur les dangers reconnus par le Coast Survey et 
sur tout ce qui peut faciliter la navigalion. 

» La totalite du travail de leve est en general fait 
dans la seconde section (Connecticut, New-^oik, New- 
Jersey, Pensylvanie et Delaware). Quelques parties 
seulement exigent des travaux addilionnels , el quel- 
ques autresdes verifications, ce qui se fait aussitot qu'il 
y a des detachements disponibles. Le principal deve- 
loppement de cetle section consiste dans les travaux 
de dessin et de gravure. Deux cartes de la baie de New- 
York et de son port, en six feuilles, et une en une seulc 
feuiile, ont ete publiecs. In atlas des polls du golfe 
de Long Island, est presquo acheve ; les carles des 



( m ) 

ports de New-London, New-Haven, Black-Rock el 
Bridge-Port, des baies Oyster et Huntington, des lies 
de Cawkin et Sheffield, des lies Captain's de Test et de 
l'ouesl, el du passage des iles Fisher, ont aussi ete pu- 
bliees. La carte de Sachem's-Head est gravee; il reste 
seulement a graver l'embouchure du Connecticut, les 
mouillages des iles Hart et Lety et peut-etre une carte 
supplemental. La feuille de Test de la carte generale 
du golfe de Long-Island a ete publiee, celle du milieu 
est gravee, et celle de l'ouest est a la gravure. La feuille 
de l'ouest de la carte de la cote meridionale de Long- 
Island est gravee; les deux autres qui doivent la com- 
pleter sont dessinees. La carte d'atlerrages, qui com- 
prend les cotes du Connecticut, de New -York et de 
New- Jersey, depuis Block -Island jusqu'aux caps de 
l'entree de la Delaware, est dessinee et presque en- 
tierement gravee. On a dresse une carle du passage 
silu6 entre East-River et le golfe de Long-Island, connu 
sous le nom de Hell -Gate. Le canal de Butter-Milk, 
dans le port de New -York, a de nouveau ete leve, et 
une carle en a ete publiee; la carte de Little -Egg, 
qui est un port de refuge, a aussi ete publiee. On a, 
au moyen de l'electrolypie, tire des copies de plusieurs 
de ces planches gravees; copies qui sont des facsimile 
de l'original. 

» Dans la troisieme section (Delaware, Maryland et 
Virginie) , la triangulation du premier ordre et la trian- 
gulation sccondaire qui y est jointe seront terminees 
avant trois ans; elles ont deja atteint le Rappahannock, 
en allant vers la Chesapeake. La triangulation sccon- 
daire executee le long de la cote est aussi tres-avancee. 
La triangulation qui doit joindre la chalne principale 



avec Washington n'a plus bcsoin que d'une settle sta- 
tion pour elre complete. I ne base de verification a ete 
mesuree sur l'ile Kent. De la station Beaton a Was- 
hington, M. Bachc espere joindre lous les prineipaux 
points de la cote on posse le telegraphc electrique, et 
determiner ainsi les differences de longitude avec une 
precision qui n'a pas encore ete atteinte jusqu'ici. 
Washington, Philadelphia, New -York , Cambridge et 
Cincinnati ont ete ainsi lies entre eux, et les observa- 
tions astronomiques du college Western -Reserve ont 
ete rendues immediatement applicables aux travaux 
du Const Survey par le moyen de la liaison de ce point 
a Philadelphie par le telegraphe. La topographie, sur 
les deux bords de la Chesapeake et sur les cotes de 
l'Ocean, a suivi, autant que possible, la triangulation. 
L'liydrographie de la Chesapeake a ete plus lentemenl 
que le travail a terre; celle de l'exterieur le suit dou- 
cement. L'cmploi d'un bailment a vapeur serait bien 
a desirer pour celte partie du travail; sans cela, la 
vaste etendue de la Chesapeake, la grande quantite de 
sondes a faire, tant a l'exterieur qu'a 1'interieur, feront 
que l'liydrographie ne pourra pas suivre le meme 
progres que le restc de l'ouvrage. Avec an vapeur qui 
pourrait, pendant la saison favorable, avoir cent jours 
de travail en mer, l'liydrographie de celle section 
pourrait etre terminee en cinq ans, et prohablement 
la depense ne serait pas beaucoup j)lus forte qu'elle 
ne l'esl maintenant. Une carte du port d'Annapolis et 
une autre de 1'embouchure de la riviere Chester ont 
ete publiees. Une carle de Palapsco et du port de Bal- 
timore, en deux feuilles, est presque enli6rement 
gratee. La feuille du fond de la baie de la Cliesapeake 



( 155 ) 

a etc clessinee et est a la gravure; le dessin d'une se- 
conde feuille est en cours d'execulion; les materiaux 
pour une troisieme feuille ont du etre obtenus a la fin 
de l'annee 18A9. 

Dans la quatrieme section (Virginia et Caroline du 
Nord), la triangulation principale et la triangulation 
secondaire du sund d'Albermarle, ainsi que la trian- 
gulation tertiaire des rivieres qui s'y jettent, et la to- 
pograpbie de la cole, ont ete completees. La triangu- 
lation des sunds Croalan et Roanoke, ainsi que la 
topograpbie de leurs coles, est presque acbevee. Une 
base a ete mesuree sur Tile Bodie. La triangulation 
du sund de Currituck est en cours d'execution, et 
celle du sund tie Pamlico est commencee. On execute 
une pelite triangulation le long des cotes de l'Ocean 
jusqu'au cap Hatteras. L'bydrograpbie du sund d'Al- 
bermarle est faite aux deux tiers. On a reconnu les 
diverses entrees qui se trouvent enlre Nag's -Head et 
la passe Hatteras. On s'occupe de la redaction d'une 
carte du sund d'Albermarle. La carte de la riviere Pas- 
quotank a ete clessinee, et la gravure en sera bienlot 
acbevee. Cette section est celle des neuf sur l'Ocean 
et le golfe du Mexique qui a la moindre etendue de 
cotes : le travail de terre, pendant ces trois ou quatre 
dernieres annees, represente a peu pres le tiers de la 
tolalite. Si le vapeur Jefferson avait repondu a ce qu'on 
en attendait, on aurait probablement pu dire la meme 
cbose du travail bydrograpb'ujue. 

Dans la cinquieme section ( Caroline du Sud et 
Georgie ), la reconnaissance gen^rale de la cole a ete 
laile, alin de decider le plan du travail et de se former 
une idee des didicultes que pouvaient presenter les 



( 1&6 ) 
differentcs localitos. Cetle section est une des plus re- 
cemmcnt entreprises : on n'a commence ;'i s'en occu- 
per que dans 1'hiver <lc 1S47 a 18/iS. La Iri angulation 
etla lopographie du port de Charlestowo ont cite acbe- 
vees, ainsi que les observations astronomiques neces- 
saires pour la determination de ce point. Les abords 
dc ce port, du cote du large, ont ete sondes. On a fait 
la reconnaissance bydrograpbique de la baie de Bull, 
qui prcsenle, sur les cotes de la Caroline du Sud, un 
point de refuge important. , Les calculs neccssaircs 
pour la carte du port de Cbarlestoun ont ete faits et 
le dessin est en cours d'execution. Une esquissc du 
port de la baie de Bull a ete publiee. Une base pour 
la triangulation principale a ete tracce sur l'ile Edisto, 
ct les dispositions sont prises pour la mesurer. Les 
triangles prineipaux ont ete disposes depuis la base 
jusqu'aux stations qui se trouvent a Test de Cbarles- 
town. Une petite triangulation secondaire a ete con- 
duite, du cote du sud, dans la Georgie ct au nord de 
la base . pour servir de reconnaissance pour la trian- 
gulation du premier ordre. 

La sixieme section (partie de la Floride) a ete com- 
mence , l'biver dernier, par la reconnaissance gene- 
rale des recifs et des cayes de la Floride. Des fonds 
speciaux ayant ete fournis par le congres, la triangu- 
lation a ete eommencee a la fois du cote de la caye de 
l'ouest et de Babia-Honda; des observations astrono- 
miques ont ete faites pour determiner la position 
geograpbique de la caye de l'ouest. La lin de la belle 
saison et d'aulres circonstances ont empecbe qu'on 
ne fit autre cbose que de commencer le travail, et les 
detacbements qui en sont cbarges sont tout prels a 



( L'57 J 
recommencer l'ouvpage aussitot que la saison le pef- 
mettra. II y en a deux qui doivent s'occuper du travail 
de terre et un de l'hydrographie. 

Plus des deux tiers de la partie des cotes de la Flo- 
ride comprise dans la septieme section out ete re- 
connus, et le travail sera commence aussitot que des 
fonds seront donnes. La reconnaissance bydrogra- 
phique des rivieres Sainle- Marie et Saint- Jean a etc 
faite. 

Le travail de la buitieme section (Alabama, Missis- 
sipi et Louisiane) a ete commence par une reconnais- 
sance generale en 1845 : 1'ouvrage marche hien. La 
triangulation du delta qui se trouve aupres de la ville 
de Mobile, de la baie de Mobile et du golfe du Missis- 
sipi, jusqu'a l'ile Cat, ainsi que du lac Borgne, est 
presque finie ; la lopograpbie est plus qu'a moitie 
faite. Les positions de deux points ont ete determinees 
par des observations astronomiques. Une base a ete 
mesuree sur l'ile Daupbine. L'bydrographie de la baie 
Mobile est faite a peu pres sur les deux tiers de son 
etendue, y compris l'enlree. Une partie du golfe du 
Mississipi et les ports des lies Cat et Sbip sont acbeves. 
Les cartes de ces ports ont ete dessinees, et la gravure 
en sera bientot achev6e. La carte de l'enlree de la baie 
de Mobile est entre les mains des dessinateurs. Une 
esquisse de la reconnaissance bydrograpluque des 
ports des lies Cap et Sbip, ainsi que de la baie de Mo- 
bile , a deja ete gravee et publiee. Le travail de cette 
section sera repris aussitot que la saison le permettra. 
La neuvieme section ( partie de la Louisiane et 
Texas) n'a ete commencee que depuis deux ans. Les 
baies de Galveston (inferieure 'H superieure) ont ete 



158 ) 

triangulees, el line base a ete mesuree approximative- 
mcni. Des observations astronomiqucs et magnetiques 
ont ete faites dans una station , qui a ete joinle, an 
moyen de chronomeircs , avee une station de la hui- 
tieine section. On se propose, dans la prochaine 
saison, de porter la triangulation dans le sud do Gal- 
veston, et de commencer la topographic et l'hvdro- 
graphie de la baie : le travail se trouvera ainsi en 
pleine aelivitc. 

« Des instructions pour eoinmenccr le travail de la 
dixieme section ( coles de l'Orcgon ) avaient ete don- 
nees par le deparlemenl de la tresorerie en juillet 
18Z1S, et dans l'automne de celle meme annec on avail 
organise des detachcinents pour le travail de terre et 
pour l'hydrographie. Le detachement charge du tra- 
vail de terre avail ete entierement organise pour Unites 
les operations qu'il av ait a faire. Les changements 
inattendus qui onl eu lieu dans les relations avec les 
cotes de l'ouest ont rendu ce travail tres-utile, mais 
en meme temps onl ajoule beaucoup a la depense 
qu'il devait cccasionner. D'apres les derniers rapports, 
le schooner Ewing, sous le oommandement du lieute- 
nant Washington A. Barlet, etait arrive a San-Fran- 
cisco, aprcs avoir passe le detroit de Magellan; et le 
lieutenant commandant Mac -Arthur, de la marine 
nalionale des Ltats-Lnis, chef du detachement clnirge 
de l'hydrographie, y etait aussi arrive^ apr s beau- 
coup de diflicultes, pour ne pas dire de dangers. Le 
detachement lerrestre a alors eu les moyens de trans- 
port pour alteindre les edits d I'Oregbtt, ce qui luj 
avait manque jusqu'alors. Je ne doute pas, dit M. Ba- 
che, que nous n'ayons tres-incessamment des rap- 



( 159 ) 
ports tres-favorables des travaux de ces deux delacbe- 
mcnts. » 

Celte esquisse rapide des travaux qui ont £te exe- 
cutes sur la vaste etendue de nos cotes doit dormer 
confiance dans les progres que fait l'operation du leve 
dans toutes ses parties. Dans quatre sections, on pos- 
sede aujourd'hui des donnees assez cerlaines sur le 
temps n^cessaire a l'acbevement du travail; dans 
quatre autres, on aura les memes donnees dans trois 
ans, ce qui fera huit sections pour lesquelles on con- 
naitra assez exactement l'epoque de la terminaison. 



Nous ne donnerons pas ici la suite de ce rapport, 
qui presenle le derail des travaux executes particulie- 
rement dans l'annee 18/19; nous nous contenlerons 
d'ajouter un tableau, qui forme 1'appendice n° 2 bis de 
ce rapport, et qui contient la liste de toutes les cartes 
gravees ou a la gravure, ce qui suffira, je pense, pour 
donner une connaissance exacte de l'etat de cette belle 
operation au mois de novembre 1849. 



Liste des cartes gravees et publiees par l y administration 
du leve du Littoral (Coast Survey ). 



N° 1. Baie et port de New-York 

2. Idem. feuille n° :?. 

3. Idem. — 2. 
!\. Idem. — 3. 
5. Idem. — h. 
t>. Idem. — 5. 
7. Idem. 6. 



Echelle. 

I 

80000 



30000 



( 160 ) 



F.ch.ll*. 

N° 8. Cole sud de Long-Island, feuille n° 1. . . ^^r^-r 
0. Carle cle la baie el de la riviere de Dela- 
ware, feuille n° I 

10 t 2 I "kuo"0O 

11. — 3 

12. Port de New-Bedford 

i oooo 

13. Port cle New-London ^i^ 

14. Sund de l'ile Fisher TTSFoo 

15. Port de Holme's - Hole et anse de Tar- 

P aulin Toko 

I 

30000 

17. Port de Little-Egg ^ 

i 

1 60000 

19. Port de New-Haven soToo 

i 

■soooo 

21. Ports de Black-Rock et de Bridge-Port, ^i^ 

22. Baie Huntington ^^ 

23. Port de Nantucket ^i^ 

Ik. Ports dc Sheffield et des lies Cawkin . . i0000 



16. Baie Oyster ou Syosset. 



18. Port d'Annapolis 



20. Port d'Edgartown. 



25. Embouchure de la riviere Chester. . . ~ 

26. Ports oriental et occidental des lies du 



Capitaine 



0000 



_1 

10000 



27. Golfe de Long-Island, feuille n° 3. . . j 

28. Idem. 2. . . J n ^ 

29. Esquisse des bancs de Nantucket. . . . J73-V0 

30. Esquisse du cbenal Buttermilk (port de 

New -York) 

31. Esquisse de I'anse du cap Hatteras. . 

32. Esquisse de I'entree du cap Hatteras. 

33. Esquisse du port de la baie de Bull . 



3U0000 
_1 

40000 

i 

10000 

1 

4000* 



( 161 ) 



Cartes a la grai'itre. 

Echelle. 

N° 1. Carte des cotes comprises entre la pointe 

Judith et le cap Henlopen jtoVoo 

2. Carte de la baio et du port de Boston . . r^hrz 

1 -1 u u u u 

3. Cartes des cotes orientales de la pointe 

Judith au chenal de Nantucket, feuille 

n° 1 , — *— 

h. Carte du port Hyannis et de ses ahords. jofoo 

5. Golfe de Long-Island, feuille n° 1 . . . . ^f^j 

6. Portde Sachem's-Head el port de Hart, t-^thtk 

7. Riviere Patapsco et ses environs .... 6U p 00 

8. Carte de la baie de Chesapeake FoToT 

9. Carle de la riviere Pasquotank TooTo 

10. Carte du port de Pile Cat et du port de 

l'«e Ship ^ 

11. Nouvelle edition de la feuille du has de 

la carle de la baie et de la riviere de 

Delaware — - — 



La Societe" de geographie a recu en 1850 les cartes 
n" 2, 3, h, 5, 6, 7, 9, 10, 11, 15, J 6, 17, 20, 21, 22, 
24, 25, 26, 29, 31, 32 et 9 des cartes a la gravure; 
elle espere bien obtenir celles qui lui manquenl en- 
core. L'inspection de celles qu'elle a reguessuflit pour 
faire voir tout le soin avec lequel ces travaux ont 
ete executes, et fait vivemenl desirer de voir publier 
promptement la suite de cetle belle operation, qui ne 
peul manquer de faire connailre avec une grande 
exactitude lout le littoral des Ktats-Lnis; mais on doit 



( iot> 

desirer aussi que les resultats de la triangulation qui 
sert de base a ces cartes soient I'objct d'une publica- 
tion speciale, qui donnerait en outre toutes les obser- 
vations astronomiques et physiques qui ont ete faites 
dans le memo but. 

P. Daussy. 



ELEMENTS DE COSMOGRAPHIE, 

Par M. E. CORTAMBEItT (i). 



On a pu remarquer depuis quelques annees les 
nombreuses ameliorations inlroduites dans 1'ensei- 
gnement de nos ecoles; sans abaisser le niveau des 
Etudes litteraires, on a fait a la science une part beau- 
coup plus large, el Ton a su tenir comple, dans une 
juste mesure, des exigences de l'opinion. La cosmo- 
grapbic no devait pas 6tre oubliee; on a coinpris que 
nos jeunes eleves ne recevraient qu'une instruction 
incomplete s'ils quittaienl le college sans avoir une 
idee exacte des grandes verites astronomiques, sans 
connaitre le merveilleux mccanisme de l'univers. A 
cct enseignement nouveau il fallait un programme: 
plttsieura auteurs se sont mis a l'ceuvrc; d'excellcnts 
traites ontele publies, et celuide M. Cortambertne sera 
pas l'un des moins apprecies. I ne exposition clairc, 
une methode rigoureuse, tin plan bien onlonne, ou 
tout s'enchaine naturellement, telles sont les qualites 
qui distinguent cet ouvrage et lui assureront un surces 

(l) Paris. 1 8/»i . I vol. in- 1 ft 



( 163 ) 
merite. Le soul regret que nous puissions exprimer, 
c'est que M. Gortambert n'ait pas donne plus de deve- 
loppement a la partie historique de son livre. Je sais 
bien que son excuse est dans le litre ineme de ces ele- 
meats destines a 1 'instruction de la jeunesse; mais lui- 
meinc a prevu le reproche qui pouvait lui etre adresse, 
en tracant une esquisse des progres de l'astronomie 
depuis les temps Jes plus anciens. Cette esquisse, re- 
digee avec un jugement droit, aurait beaucoup gagne 
a des explications un peu plus etendues et en rapport 
avec l'elat actuel de nos connaissances. Je me bornerai 
a quelques citations : 

1° « Les Ciiinois et les Indiens, dit l'auteur, p. 132, 
» sont peut-elre les premiers peuples qui se soient 
» occupes d'asti onomie ; mais on ne sait rien de precis 
» sur lours travaux dans cette noble elude. » 

II est constant aujourd'hui que les Cbinois n'ont 

jamais eu d'astronomie proprement elite ; tout ce que 

Souciet et Gaubil out Irouve d'interessant dans leurs 

ecrits leur venait des Grecs et des Arabes, et ils n'ont 

pas meme eu le merite de faire une application inlel- 

ligente des principes qui leur elaient transmis. Sous 

la dynaslie des Sang, du x c au xin e siecle de l'ere cbre- 

tienne, ils relorment seize fois leur calendrier, sans 

parvenir a un resultat satislaisanl; a l'arrivee de nos 

missionnaires (1579), ils ne savent pas calculer une 

eclipse. Pour les temps anciens, c'est bien autre cbose. 

Les seules notions aslronomiques qui remontent a une 

epoque reculee se reduisent a cinq : deux observations 

de solstices, qu'on a reconnu avoir ete faites aprescoup; 

l'eclipse de 2155 a\ant J.-C, tlont on ne peut aujour- 

d'bui relrouver la trace; une longueur meridienne du 



( 16* ) 

Gnomon, detenninee, non pas 1100 ans avant notre 
ere, mais plus de cent ans apres; et de pretendues in- 
dicalions d'etoiles dans des texles apocryplies. Freret 
avait mis ces divers fails en relief, et il avait vainement 
cbercbe a les coordonner; ses idees, plus ingenieuses 
que solides, avaienl ete complelement abandonnees, 
lorsque, dans ces dernieres annees, on a lente de les 
faiie ivviuv, en les dela)ant : efforts steriles qui out 
revele une Ibis de plus tout ee que I'esprit de system e 
pent produire de contradiclions et d'eneurs. 

Quant auxlndiens, ils ont ete egalemcnt tribulaires 
de l'Occident, et ce n'est qu'a parfir du \° siecle de 
noire ere qu'ils ont traduit les livres donl les Neslo- 
riens persecutes leur apportaient ['explication. On a 
pu croire que leurs ecrits avaient conserve intacte la 
science ehaldeenne, mais celle science, connue et ap- 
preeiee des mathemaliciens de l'ecole d'Alexandrie, 
se composait tic faits elenientaires; et si les Iraites 
indiens laissent poindre ca et la quelques vues origi- 
nales , il faut en reporter l'honneur a I'esprit subtil 
el inventit' des Grecs , les premiers geomelrcs du 
monde (1). 

2° M. Cortamberl, en parlant (p. 134) des travaux 
astronomiques des Arabes du ix c au xv c siecle, cite le 
khalife Almamoun, Ebn-Jounis, Omer-Cliegan (Omar- 
Keiam), qui florissait au xi c siecle et non au xn c , et 
Oloug-Beg. Ces noms indiqucnt quatrc epoques dis- 
tincles : l'ecole scientifique de Bagdad , fondee par 
Almamoun, nous offre pendant deux cents ans une 

(i) Voyei, ;i ce snj t. le loine II de nos Materiaux pour servlf a 
I'hisloire compare? des set nces malh^maliijue$ chez les Grecs et lis 
<h ientaux, passim. 



165 ) 

suite non interrompue d'observalions el de travaux 
inleressants; c'est alms qu'on voit fleurir Mobammed- 
ben-Musa-al-Kbowarczmi , Alfragan, Albalegni, Ebn- 
al-Aalam, Abderrahman-Soufi, et Aboul-Wefa, qui 
couronne, vers 990 de J.-C, cette pleiade de savants 
illustres, dont les noras seuls sont pour ainsi dire 
connus. Au milieu du deinembrement politique de 
1' empire, l'ecole de Bagdad jette le plus vif eclat; 
elle rayonne a la fois sur l'Orient et l'Occident, et les 
conquerants barbares qui se repandent au loin sur 
les vasles teniloires soumis aux Arabes s'inclinent 
devant la superiority intellectuelle de ceux qu'ils vien- 
nent dc vaincre. C'est a la cour des kbalil'es latbimites 
du Cairo que brillent Ebn-Jounis et Al-IIaitbem ; c'est, 
protege par un sultan gbaznevide, qu'Albirouni com- 
pose sa grande Encyclopedic; c'est enfin sur la de- 
mande du Turc seldjoukide, Melik Scbab, qu'en 1076 
Omar-Iveiain reforme le calendrier pcrsan el signale 
l'erreur que le pape Giegoire ne devnit corriger, avec 
Aloyse Lilio, qu'on J 595. L' 'Annua ire du Bureau des 
longitudes de 1851 nous donne pour 1 annee movennc 
305'° "",2422, et suppose (p. A00) que la nouvelle 
annee persane ne presentail qu'une erreur de 2 jours 
en 10 000 ans, lambs que l'erreur est de 3 jours par 
l'intercalalion gregorienne; mais les astronomes arabes 
avaient ele beaucoup plus pres de la verile. Au lieu 
d'adopter uniformement buil bissextiles en 33 ans, ils 

7 h.S = 39 
avaient etabli la penode - + - — — — , c est-a-dire 
1 29 h.oS — 101 

qu'ils comptaient Irente-neut' bissextiles en cent 

soixante et un ans. Cette pcriode donne pour l'annee 

i. f&vbier. 5. 12 



moyenne ;ui;"> ' ',2622, la meme precisement que cell. ■ 
de nos laities modernes. 

Deux siecles plus lard (1'260), les astronomes de 
Bagdad, a la tele desquels etait Nassir-Eddin-Thousi, 
obtenaient de l'empereur mogol , Houlagou-Kban, la 
fondation de l'observaloii e de Meragab, et transpor- 
taienl a la Cliine, avec Rublai, les sciences de l'Occi- 
denl. Plus tard , le pctil-fds deTamerlan, Oloug-Beg 
( J 43G ) , ordonnail la revision des Tables d'Ebn- 
Jounis et de Nassir-Eddin , et so montrait lc glorieux 
et dernier soulien de l'ecole arabe. 

A ce rapide expose j'ajouterai encore une observa- 
tion. On a coutuine de voir dans les signes par les- 
quels on represenle les planetes (1) les atlribuls des 
dhinites mytliologiques, et Wlnnuaire (lit Bureau des 
longitudes (1851, p. 305) semble confirmer cette in- 
terpretation. Mais e'est aux Arabes du raoyen age que 
nous avons emprunte les signes affecles aux sept pla- 
netes des anciens (2); le lieu des planeles etail alors 
indiqu£ par la derniere letlre de leur nom , et cette 
derniere letlre, barree ou surmontee d'un trait, es! 
de venue, ainsi que 1'attestenl les pa a miser its orienlaux 
de la Bibliotb6quc nalionale, les signes qui sont repro- 
duits dans nos almanacbs. S£dijxot. 

(i) M. Cortambert, en parlanl (p. 16) des notivelles planetes, at- 
tribue par erreur la de'couveite de Hebe a M. Hind, el <■■ He cle Flore 
a M. Hencke. Voici dans quel ordre ces di verses planetes doivent etre 
placees : i" Astree (Hencke), 8 juillet 18 j5; 2° Neptune (Levecrier), 
1846 (Galle), 23 sepiewbie; 6" Flore (Hind), 1 8 octohre 1847; 
4" Hebe (Henoke), 1" juillel j84;; 5° Ins (Hind), i3 aodt 1847; 
6" Metis (Graham), 1848; 7 Hygie (de Gasparis), 1849 ; 8" PartEe- 
nope (de Gasparis), i85o; 9 Victoiia Hind), i85o. 

(2) Vdyez Oloug-Beg, Prolfyomenes, p um.vii. 



( it*'/" ) 
LONGITUDE, LATITUDE; PREMIERS MliRIDIENS. 



Tout ce qui concerne la question des longitudes et 
des premiers meridiens geograpbiques est pour nous 
d'un grand inleret, et dans un article de la Revue des 
Deux- Monties (1), consacre a I'analjse dc la traduction 
de la Geographic d'Aboulfeda, par M. Reinaud , de 
lTnstitut, nous trouvons les indications suivantes, que 
nous nous empressons de reproduire. L'auteur, M. Ed. 
Dulaurier s'exprime ainsi : 

« A l'hmtalion des Grecs, les Arabes se servirent 
du terme de longitude pour designer 1'etendue de la 
terre de l'ouest a Test, et du terme de latitude pour 
caraclenser 1'espace qui s'elend du midi au nord. Ces 
deux denominations , encore usilees parmi nous , ont 
perdu le sens quelles avaient jadis, lorsque les limites 
du monde connu occupuient, de l'oceidenta I orient * 
plus du double de celles qui s'etendent de 1'equaleur 
au pole arctique. Plolem^e avail, en ellet, etabli en 
tbeorie que la parlie babitee du monde se prolon- 
geait de l'ouest a Test sur un espace de 180 degres, 
e'est-a-dire la moitie de la circont'erence du globe, et 
du sud au nord sur un intervalle de 66 degres. Ce fut 
par suite de celte maniere de voir que, dans les tables 
geograpbiques, les longitudes furent toujours dispo- 
sees avant les latitudes. 

» Le savant astronome d'Alexandrie placa son pre- 
mier m^ridien aux lieux qui elaient regardes , de son 

(i) Des sciences arabes au tnoyen age, nuinero du i5 fevrler, 
p. 63o-66o. 



W ) 

temps, corame I'extreinite oecideniale flu monde , les 
iles Fortunecs. Chez les A rakes, les unS adoptorent 
ce point rle depart; d'autrcs, tels qu'Aboulfeda , fixe- 
fent le premier meridien sur la cote do con linen t 
africain , e'est-a-dire 10 degres |)lus a l'ouest. Plus 
laid , un troisieme svsteme se produisil. II fut em- 
prunte aux Indicns par les Arabes, qui en transpor- 
terent la connaissanee et l' usage en Occident. Ce svs- 
teme fut ad a pic ensuile aux doctrines de Piolemee , 
et, aprfes avoir jotuS un grand role dans les recberches 
de Chrislophe Culomb, pour arrivor a la decouverte 
d'un nouveau monde, il fi;;it par tomber dans I'oubli 
le plus profond. Suivanl l'opinion des Indiens, la pe- 
ninsule qu'ils occupent I Lent le milieu du monde et 
en forme la moilleurc pari. Voubmt avoir un premier 
meridien, ils le lirent passer au-dessus de leur tele. 
Celle ligne, apres avoir quitte le pole sud, traversait 
1'ile de Lanka on Cevlan, oil ils supposaienl que s'elail 
operee, a I'origine du monde, la conjonction des sept 
planetes; elle se prolongeait par les liens les plus 
celebres dans leurs traditions mv thologiques, notam- 
nient par la ville d'Odje-vn , capitale du Malva , qui lot 
pendant longleinps le centre lillcraire de la peninsulc 
indienne , et ou lurcnt failes boaucoup d'obsenalions 
astronomiqucs: elle allait du pole nord aboulir a une 
monlagne imaginaire, le mont Merou , que rappellent 
si frequemment les legendes de la cosmogonic des 
Indiens. Celle ligne porlait egalement la denomina- 
tion de meridien de Lanka ou dOljcvn. 

» Quand les livros indiens eoinmcncerent a dire 
interi reles en arabe dans le vin c siecle, celle nou- 
ve!l< 'onnt'e frappn \iv nx r.l le c esprits. On n'avail 



( ieg ) 

encore qu'une connaissance vague cle i'Asie oriental*, 
et cependant on s'elait apercti dejai qu'il y avait bien 
des erreurs a rectifier dans les travaux de Ptolemee. 
L'liypotliese dun meridien central fut considered 
comme devant fournir une base solidc aux recber- 
chos geograpliiques. Le lieu que cette Hgne coupait, 
Odjeyn, recut le nom de coupole de la terre on conpole 
d'drine, c'csl-h- dire de point central, et consacre 
par une sorte de suprematie. Ce point se trouvait, en 
effet, sous 1'equaleur, entre 1'occident et l'orient, a 
une egale distance des iles elernelles (Fortunees) et 
des limiles orientales de la Gliine. Cependant les as- 
tronomes arabes ne tarderent pas a remarquer que 
I'lnde n'etait pas reellement au milieu du monde alors 
connu, et ils crurent devoir modifier le meridien cen- 
tral dans le sens suggere parPtolemee. Ils le place-rent 
au milieu meme cle la partie babitee du globe, telle 
que l'avait divisee ce celebre geographe , e'est-a-dire 
au point d'inlersection qui la parlage en deux por- 
tions de 90 degres cliacune. 

» Le plus ancien temoignage de l'existence du me- 
ridien central d'origine indienne, e'est-a-dire du me- 
ridien ou coupole d'Arine, a ete relrouve dans Alba- 
tegnius par M. Reinaud , qui en a aussi decouvert la 
mention dans les Tables astronomiques d'Arzakbel , 
composees a Tolede vers Tan 1070. Ce fut de cette 
maniere, par le canal des Arabes, que la notion de ce 
meridien passa en Occident , et le meme savant en a 
suivi la tres-curieuse filiation dans les Tables Alphon- 
sines , qui soul du xin c sieclc ; — dans YOpus ma jus 
de Roger Bacon, qui date de la fin de ce meme siecle ; 
— clans Vintage trtttrtdi du cardinal Pierre d'Ailly, qui 



( 170 ) 

ecrivait yers 1/|10; el enfin dans deux fragments des 
lcttres de Christophe Colomb. » 

Cet expose appelle rjuelques observations de notre 
part. 

L'altention du monde savant sur la coupole d'Arine 
fut eveillee par la publication du traite d'astronomie 
d'Aboul- Hassan , donl nous avons donne en 1834 le 
premier volume. M. de Humboldt recueillit les pas- 
sages de X Imago mundi de P. d'Ailly, des Tobies Al- 
phousiucs et des Memoires de Colomb, tandis que M. Rei- 
naud rassemblait, de son cote, des lemoignnges arabes. 
Nous occupant de la meme question , nous fimes pa- 
raitreen 1842 un travail assez considerable (I), ou nous 
elablissions que les Arabes avaient adopte le meridien 
de la coupole d'Arine dans 1'enoncialion des longitudes, 
pour coordonner plus aisement les modifications pro- 
j'ondes apportees par eux aux Tables de Ptolemee. La 
coupole de la terre ou d'Arine, umbilicus ter/w, etait le 
point d'intersection de l'equaleur et du meridien de 
_Sjlus ou d'dracia, que le geograpbe grec place a 90° 
des iles Forttmces, a lest de Socotora ; et quand on 
considere la distance que les Arabes supposaient entre 
ce meridien el les villes du littoral de 1'Espagne et de 
l'Afrique a partir de Sala, Tanger, Cadix, elc, on re- 
connait qu'ils avaient corrige avant nous l'erreur de 
400 lieues que Ptolemee assignait en trop a l'etendue 
de la Mediterranee. 

(i ) Me'mnire sur les sjstemes ge'ograpliiques des Grecs et ties Arabes, 
et varticulihrement sur la coupole </'Arine, servant, diet les Orientaux, 
ii determiner la position du premier me'ridien dans I'e'nonciation des 
Innqitndes. Paris, 1 84^. In-4°- 



( 171 ) 

Plolemee a ete apprecie Ires-diversement : les ims 
1'ont presenle epmnie un eompilaleur inintelligent; 
les a u Ires, comaic un grand astionoine. On cloil avant 
tout reconnailre qu'il a eleve a 1'astronomie et a la 
geographie mathemalique deux monuments imperis- 
sables; mais on peut dire que, geomelre habile, il 
n'etait pas ce qu'on appelle un grand astronome; il 
n'a point fait d'observations, et n'a pas toujours su 
tirer parti de celles de ses devanciers. II a toutefois 
l'inappreciable merite d'avoir trace le tableau <les 
connaissances acquises de son temps, et ses Tables 
geographiques, quoique Irop souvent inexactes, ont 
ete le point de depart des ecoles arabe et moderne. 
. M. Dulaurier accepte comme etablie l'origine in- 
dienne du mericlien d'Arine; mais ce n'est encore 
qu'une bypothese fort controversee : il n'y a veritable- 
ment pas de rapport presumable entre le meridien 
d'Oucljtin et celui de \acoupole de la terre ou d'Arine; 
on ne trouve dans llncle, au moyen age. aucune table 
ou les longitudes geographiques soient rattacbees au 
meridien d'Oudjein, et l'iciee de faire passer ce meri- 
dien par Oudjein et par Ceylan (Lanka) exclut tout 
caractere scienlilique. 

S'il ne s'agit que d'etymologie, et si Ton veut voir 
clans le mot Arihe le nom d'Oudjein, comment accor- 
der cette supposition avec le temoignap,e de Moham- 
med -ben-Musa et d'Albalegni, qui, des le ix e siecle, 
placaient la coupole de la terre sur l'equaleur? Les 
Aiabes avaient penetre dans 1'Inde depuis plus d'un 
siecle, et savaient tres-bien qu'Oudjein n'est pas siluee 
sous la ligne equinoxiale. Mieux vaudrait admellre que 
les Arabes avaient en vue Vile d' Litmus, que les an- 



(173 ) 

cions placaienl a lost de I'Afriquc, ou qu'A/ine est lou I 
si nop) em en t une corruption du mot Arih (la lerre), 
cc qui sYxpliquerail presque aussi bicn que le mot 
zenith, venant de semt, par la transformation d'unc 
seulo lellre. 

Le fait est que, pour les Arabes, Arine elait un terme 
purement systemalique ; leurs scoliastes le delinissent 
« le lieu d'une proportion movtnne dans les choses, 
» un point sur la terre a une hauteur egale des deux 
)> poles, en sorle que la unit nYmpiete pas sur la duree 
» du jour, ni le jour sur la duree de la nuit. » II est 
done inutile de chercher a ce mot une autre accep- 
tion. 

M. Dulaurier dit qu'Aboulfeda fixa son premier me- 
ridien, non pas aux iles Fortune'es, mais sur la cole du 
continent africain, e'est-a-dire 10' plus a I' ouest. C'est 
a Test qu'il faot lire. M. le professeur Lelewel a e\ile 
cette erreur dans son bel ouvrage sur la Geographic du 
moyen age, dont il sera rendu compte dans ce Bul- 
letin. 

S£dillot. 



( 173 



."%©u velles geogragBhiffgucs. 



L.VC N GAMI. 



Observation. — La Societe de geographic a fait con- 

naitre aux lecterns de son Bulletin (1) la decouverte du 

lac N'gamidans linterieur de rAfrique auslrale.d'apres 

le recueil de la Societe des missions evangeliques; au- 

jourd'hui elle recoit, de la meme Societe des missions, 

par l'intermediaire de son direcleur, M. le pasteur 

Grandpierre, une lettre recente de la main du docteur 

David Livingston, celui a qui on doit cette importante 

decouverte. Sa lettre complete les notions deja pu- 

bliees, et nous nous empressons de la metlre sous les 

yeux du public; elle repond aux questions que lui avait 

adressees son collegue, M. Fredoux, en ce moment a 

Motito, pres de Lattakou. 

Jqma.ro. 

Kiiiait d'une lettre de M. David Livingston a M. Fredoux. 

Koloben.", 29 aout i85o. 

Des qu'il tut constant que les Boers 

empecheraient la predication parmi les tribus orien- 
tales, jc jugeai necessaire de tenter et d'ouvrir ailleurs 
un nouveau champ d'instruction ; c'est cette tentative 
qui a procure la decouverte du lac N'gami. Comme 
vous avez desire quelques parliculariles pour vos amis 
de Paris, je vous adresse bien volontiers les details 
qui m'ont paru les plus capables de vous interesser. 

1) Voye* Bulletin, t. XIII, p. i6j. 



( 174 ) 

La barriere <]ui s'est opposee jusqu'iei aux progros 
des Europecns esl ce qn'on appelle lo desert de Kala- 
hari; le lieu inerite ce nam, a cause de la rarete de 
l'eau ; il est d'ailleurs fourni de gazons, de huissons et 
d'arbres, et renferme beaucoup d'habitants et aussi 
d'animaux. On y voit un grand nombre de di(Te rentes 
especes de ces derniers, parn)i lesquelles Yeiland (sorle 
d'antilope) est la plus inlcressanle; car clle pent alley 
plusieurs mois sans boire une goutte d'eau : c'esl le 
plus grand animal de la fainille des anlilopos. II devient 
tres-gros, et il pent etie atteint aisement a la course 
par un bon cheval. J'en ai vu d'aussi grands que les 
plus grands bceul's. 

La direction generate que nous avons suivie etant 
connue, je dois me borner aux points dont il n'a pas 
&l£ question dans les relations publiees. 

La hauleur de Kolobeng au-dessus du niveau de la 
mer est d'environ 4 000 pieds, et celle du lac N'gami 
n'est que de 2000 pieds. Consequcmment, le lac peut 
elre considere comme etant dans un enfoncement. Tout 
le pays, au nord des hauteurs de B< rmeingwato, est 
plat, entrecoupe ca et fa par les lits d'anciennes ri- 
vieres, dans lesquelles l'eau a depuis longtemps cesse" 
de couler. C'est dans ces parlies creuses qu'on trouve 
l'eau ordinairement. Les Bakalahari enfoncent dans 
le sable un roseau , au bout duquel est altachee une 
toiuTe d'herbage, pour faire fonction de fillre; ils ap- 
pliquent la bouche a l'extremile libre, et ils en lirent 
asscz d'eau pour salisfaire a leurs besoins. Ils n'ouvrent 
point de puils, comme nous Favons fait, de peur que 
les b6les fauves epuisent leur provision d'eau. Quaud 
nous ouvrimes des puils, ces gens disaient que nous 



( 175 ) 
ne pourrions pas percer un stratum tres-dur qui est au 
fond, assurant que, si nous faisions ainsi, Veau se per- 
drait. Ces Bakalabari ont beaucoup de peine a se pro- 
curer les choses n^cessaires a la vie. Les enfanls ont 
generalernent un ventre gros et saillant, des bras et 
des jarnbes greles; leurs yeux denotentde la souffrance 
et montrent qu'ils ignorent les plaisirs de leur age. Les 
Busbmen abondent dans ce desert : c'est l'espece la 
plus degradee de la fainille humaine. II y a encore une 
tribu appelde Bollelli , vivant sur le Zonga , qui posse- 
dait, il y a environ douze ans, de grands Iroupeaux de 
besliaux. Ces gens avaient, pour moi , toute l'appa- 
rence de vrais Bubsmen. Leur langage est entitlement 
different de celui qu'on parle plus avanl dans le midi; 
on y remarque cependant une sorte de cliquelis. Les 
vrais Busbmen abondent de tons les cotes du lac et de 
la riviere; ils sunt en tres- grand nornbre, et comme 
ils se procurent aisement le poisson et le gibier, ils 
sont beaucoup plus forts et plus vaillants que ceux qui 
vivent dans le dǤsert. 

Le lac N'gami n'est autre cbose que I'excedant des 
eaux d'un lac, ou marais, beaucoup plus grand, situe 
plus au nord et renfermant des lies; cela resulle du 
t^moignage des naturels. 

Personne n'a jamais vu le pays qui peut exister au 
dela du N'gami. Le Te'o-ge, riviere qui tombe dans le 
lac a son extremity nord, emporte , dans son cours, 
des arbres et meme des antilopes, qu'on voit tour- 
noyer dans les tourbillons de ces eaux rapides, et qui 
sont transports jusqu'au lac. Le Tamunakle est aussi 
une riviure a courant rapide. D'apres cela, nous sup- 
posons que le pays d'ou descendent ces rivieres est 



( *7G ) 
eleve, el qu'il est plus salubre que la con tree du lac. 

Je me suis Irompe, Pannio derniere , en disant 
que la maladie dont nous avons enlendu parler elait 
la pneumonic. II y a incontestablemenl plus de ma- 
ladies de poitrine pies de ces grands amas d'eau que 
pres de Knlobeng; mais celles que nous avons obser- 
vers celle annee elaient de veritubles fievres de ma- 
rais, qui se montraient sous diffe rentes formes : chez 
quelques-uns, ce n'etait (|u'une simple fievre intcr- 
miltenle; chez d'aulres, e'etait la fievre remiltente, ou 
la fievre continue. Nous avons observe chez les natu- 
rels, en general, une simple fievre bilieuse : ils etaient 
gueris immediatement par une evacuation de bile, 
Spontanea ou piovoquee. Chez un individu, le sysleinc 
vasculaire de 1'abdomeri fut giandement affecle et de 
la facon la plus grave; clans un autre, nous obscrvames 
des douletirs musculaires et une diminution rapide 
dans les forces. La tete, chez un troisieme, ctait la 
partie la plus affectee; il avail; des rechutes el une 
prostration complete : on le placa sur un lit, et, quand 
sa faiblesse cut diminue et qu'il eut ete transports k 
j)lus de AOO milles du lac, il essuya plusieurs acces 
severes de fievre inlermittenle. Dans beaucoup de cas, 
1'unique symplomc elait la douleur de lite, qu'une 
dose de quinine sufiisait pour faire disparailre. 

La fievre revieht annuellemenl; elle precede la crue 
periodique des eaux, lesquelles descendent du nord. 
Les pluies n'infiuent jamais sur la hauteur a laquelle 
s'elevent le lac et les rivieres ; quand il est renipli a 
une cerlaine hauteur, les rivieres cessent de couler. 
Avant la crue annuelle, le Zonga offre l'apparencc 
d'une succession d'otangs, entiemeles de parties a sec. 



f 177 ) 
Je n'ai jamais rencontre un indigene, qui put rendre 
compte de la crue annuelle des eaux, excepte par des 
fables. On a dit que les habitants d'un de ces cantons 
fermaient Tissue du lac en cerlaines saisons, avec des 
pierres, et l'ouvraient dans d'aulres, et cela pour pre- 
lever une laxe imposee aux gens qui habiient au midi. 

Quoiquc les Bakhoba soienl certainement plus cu- 
rieux que les Bechuanas, je n'cn ai jamais rencontre 
un seul qui cut entendu parlor de la mcr. Cola est 
une trisle perspective pour nous ; car si nous reslons 
dans celte region , sans avoir un passage vers la nier, 
soit a la cole de Test, soil a la cote de l'ouest, ce sora 
contme si nous habitions une sorte de cul-de-sac. Ces 
gens ont entendu parlor d'bommes Wanes, que nous 
conjecturons elrc les Portugais; mais personr.e ne les 
avail jamais apercus. Nous avons vu un ancien habit, 
que nous croyons de manufacture portugaise. 

Le Zonga nc sort pas du lac; ses eaux \iennent du 
Tamunakle; 1'evaporation semble etre la seule voie 
par laquelle le lac perd les eaux de sa crue annuelle. 

Sebetoane, 1'un des Manlatees qui ont «'te battus 
vis-a-vis de notre maison , habile, depuis longtemps, 
une des iles qui sont dans le lac superieur oil marais. 
C'est lui qui a sauve la vie a Socbele, de Kolobeng. 

Nous esperons que ce pays sera trouve plus salubre 
que celui qui est autour du lac N'gami. 

11 y a, sur les rives du Zonga, une nouvelle variete 
d'antilope appelee Lechuee; elle est plus grande que 
le Pallab, et d'une couleur brune tirant sur le jaune ; 
ses habitudes sont celles du Water -Buck (1). U y a 

f i) E<pi o • il'iiiiiilop^. 



( 178 ) 

aussi une variele cle Khoodoo (Khoudou), qu'on n'a 
pas vue aillours, appelee Nakou. Les elephants sont 
excessivement nombreux , ainsi que les rhinoceros et 
les buflles; mais ils ont si peur des pieces et des fle- 
ches des Bushmen, qu'ils s'enfuient loin de la riviere 
aussitot qu'ils ont bu. 

Les Bakhoha citent ncuf variele"s de poissons. On dit 
que deux d'entre ceux-ci atte'unent la hauteur d'un 
homme. Les alligators abondenl; les hippopolames 
ont presque lous ete tues par les Bakhoba; ceux-ci 
les harponnent a la maniere des baleiniers, a l'aide 
d'un grand harpon attache a une corde. Ils prennent 
]e poisson avec des filets fails d'une espece d'hibiscus, 
et les tuent aussi a coups de lance. La plupart des pois- 
sons que nous avons goutes etaient excellenls. 

J'ai observe treize varietes d'arbies que nous ne 
connaissions pas a Rolobeng. Les bananiers et les pal- 
miers ont ele reconnus, par M. Oswald, pour des ar- 
bres semblables a ceux de I'lnde. Le boabab ( Adan- 
sonia digdata) produit un fruit de la grosscur dune 
bouteille de quarte. Les nalifs se servent de la pulpe 
qui est entre les graines pour donner de ia saveur a 
leurs aliments : le gout est celui du supertarlrale de 
polasse. lin autre arbie, appele moporotla, I'ournit 
un fruit dont j'ai apporte un echantillon (a l'etat veil), 
qui a vingt pouces et demi de longueur et sept et demi 
de tour. On relire les pepins, et on les rotit; mais je 
ne sais pas s'ils sont bons a manger ou non. Uu corps 
de l'arbre, on fait des canots. In autre arbre, appele 
motio-mri, a l'aspect d'un bel oranger : on dit le fruit 
bon. Les naturels se servent de la racine de nenuphar 
comme d'une plante nourrissante, et ils font une Ires- 



( ra ) 

bonne tarine de la racine d'une espece de glaveul ap- 
pelce tsitln ; en outre des grains d 'espece ordinaire, ils 
cultivent une espece ires-superieure de mil [ground- 
nut) (1), dont je vous envoie quelques specimens avec 
la presente. 

David Livingston. 



Operations geodesiques et topographiques en Al- 
geuie. — Le ministere de la guerre, desirant hater 
les operations geodesiques et topographiques en Al- 
gerie, a donne a M. le capitaine Galinier la mission 
de relier entre elles les operations geodesiques faites 
anterieurement dans cliacune des provinces d'Alger et 
de Conslantine, tandis qu'a 1'ouest le capitaine Morel 
poursuit la jonclion trigonometrique enlre Oran et 
Alger. On possedera ainsi un grand reseau tout le long 
du littoral, de maniere a avoir de bonnes bases de de- 
part pour passer, vers le sud, dans l'interieur des Irois 
provinces, d'abord sur le Tell, et ensuite sur les hauts 
plateaux. 

Camp romain decouvert en Algerie. — M. Leon Re- 
nier, sous-bibliothecaire de la Sorbonne, charge, en 
ce moment, par le ministre de ['instruction publique, 
dune mission scientifique en Algerie, a 1'efTet d'ex- 
plorer, dans la province de Conslantine, les monu- 
ments epigraphiques de Lambese, et d'en recueillir 
les inscriptions, vient de decouvrir le camp des cohortes 
auxiliaires, silue a environ un kilometre et demi a 
1'ouest de la ville. 

(l) On peut \iie (jrowid-mit. 



I 180 | 

Ville d'Ouabgla. \friquf.. — A deux cents lieues 
d'Alger.dilM.le general Daumas, par 0° 25' tie longitude 
ouest et 31° de latitude nord, au milieu d'une foret 
transformee en un vasle jardin, s'elcve une muraille cre- 
nelec, couronnee de quarante foils a deux etagcs, qui 
protege cinq ou six cents niaisons blancbies en platre, 
que dominent trois mosquees et une kasbah : c'est 
Ouargla. Cettc \illc, entouree d'un large fosse, a six 
portes, qui s'ouvrent en face de ponts de maconmric 
jetes sur ce fosse. Kile est arrosee par YOned-el-Mia. 
ainsi nominee parce qu'elle recoil, dit-on, cent rivieres 
sur sa route. Ouargla est considered coimne la villc la 
plus ancienne du Desert; ellc a sous sa dependence 
quelques villages, dont les plus importants sont El- 
Rouissat, El-Hedjadja , Ain-Amer et Sidi-Kbouiled. 
Tiois grandes tribuscampcnldansla plaine d 'Ouargla : 
ce sonl les Mekbadema, les Cliambet-Bourouba et les 
Said. Souvent en guerre, leurs divisions font la securile 
d'Ouargla. 

Sy/nitf, noiGF. d'Egypte. — La syenite, connue dans 
le commerce sous le nom de gremit rouge oriental, a ete 
employee par les Egyptiens pour la construction de 
leurs monuments les plus rcmarquablcs, les obelis- 
ques, les sphinx', les sarcopliages, la colonne de 
Pompee, et les aiguilles de Cleopatre a Alexaudrie , 
l'inlerieur de la grande pyi amide de Cheops, et sur- 
tout le sanctuaire monolithe de Sa'is. 11 resulle, d'une 
note lue a. la Societe geologique par M. Delesse, inge- 
nieurdes mines, quecette roche s'observe a une denii- 
lieue au nord de Svune (Assouan), et se prolonge au 
sud de la cataract'- et d« I'lle de Pbiloe jusque dans la 



( 1*1 ) 

iNubie. On la retro uve aussi a Elephantine el dans les 
lies intermediaires. Elle existe aussi dans le Djebel- 
Gareb et dans le Djebel-Elzede (montagne de l'huile), 
enlre Cosseir et Suez. 



Pi'iTS artesiens a Venise. — Depuis des siecles, Ve- 
nise n'avait d'autre eau douce que celle de la pluie , 
recueillie avec soin dans plus de deux mille cilernes. 
De 1825 a 183(5, le gouvernement autrichien ordonna 
des sondages artesiens, qui resterent infructueux; et do 
1838 a 18/j/i, il lit faire plusicurs projels pour amener 
de terre ferine, au moyen d'un aqueduc, les eaux ne- 
cessaires a la ville. 

Un ingenieur francais, M. J. Dogouse\;, apr6s un 
examen approfondi du continent voisin , a resolu la 
question, et a fait connaitre en 1850 le resullat de ses 
travaux a la Societe geologique de France. 

On sait que le golfe de Venise, do 1'embouclHire de 
l'lsonzo a celle du Po, presenle un developpement de 
cotes d'environ 80 kilometres. Les Hemes qui so jet- 
ten t dans I'Adriatiquc sont : l'lsonzo, a Sdoba-Bocca ; 
le Tagliamento, le Litnene, la Livenza , la Piave , le 
Sile , la Brenta, l'Adige, et eniin le Po, dont les em- 
bouchures Torment les ports de Porto del Po, Porto del 
Tole, Porto del Gamello, Porto del Guocca, Porto di 
Goro, et enfin Porto di Yolano. 

Le charriage de ces fleuves a non-seulcment cree les 
lagunes, mais il a encore diminue sensiblement le fond 
de rAdrialicpie, et la plus grande profondeur de la 
mer jusqu'a 60 kilometres des cotes no depnssc pas 
/|0 metres de profondeur. 

En remontant jusqu'au lac de Qarda, si'ltie au dela 

1. FKVniF.B. 6. 1 ;> 



IS2 | 

ile W'lone, mi apcnoit a gauche les nmnls Iganini, 
au-dessus de Padoue, et a dioite les cotes de Vicence. 
De Vicence a Palma-Nova , on rencontre de grandes 
zones de cailloux routes, ayant sousent 1 kilometre de 
largeur sur 7 a 8 de longueur; et les rivieres, en pas- 
sant sur ces zones, perdent une quantite notable de 
leurs eaux, qui ne trouvent d'issue qu'a une distance 
considerable des coles. 

S'appuyant de cette observation , M. Degousee s'esl 
engage a donner a Venise 1800 metres cubes d'eau par 
jour, en creusant de nomeau des puils artesiens. II a 
parfaitement reussi dans son entreprise, et aujourd'hui 
dix fontaines donncnt la quantite u'eau stipulee. Elles 
proviennent des sondages de Sabbioni, Santa-Marga- 
rita, San- Leonardo, San-Polo, San-Stejano, Jiudecca, 
Santi-Apostoli, Santa-Maria formosa , San- Francesco, 
Ca-di-Dio. 



Glaciers du Rhone et de la vallee d'Aoste. — 
MM. Marlins et Gaslaldi out communique les faits sui- 
vants a la Soeiete geologique. Le glacier de la vallee 
d'Aoste etait le plus grand de tous ceux qui debou- 
cbaient dans la plaine du P6. II forme le pendant du 
glacier du Rbone, le plus puissant de ceux qui s'eten- 
daient entre les Alpes et le Jura. Tous deux procedent 
a la fois du Mont-Blanc et du Monl-Rose; mais le pre- 
mier, celui de la vallee d'Aoste, provient du Mont- 
Blanc, et recoit les affluents du Mont-Rose, du mont 
Cervin et des montagnes de Cogne; le second descend 
du Mont-Rose, et recoit les affluents du Saint Gotbard, 
ilu Monl-Blanc et des Alpes bcrnoises. Ln simple coup 
d'ceil jete sur une carte montro que le glacier du 



( 183 ) 

Rhone, issu ties quatre massifs les plus eleves dse 
Alpes, Je Monl-ltose, le Saint-Gothard, les Alpes ber- 
noises et ie Mont-Blanc, devait dire plus etendu que 
celui de la vallee d'Aosle. [/observation verifie cette 
induction. Dans la plaine Suisse, a l'epoque de sa 
plus grande extension, le glacier du Rhone couvrait 
tout 1'intervalle compris entre les Alpes el le Jura, 
depuis le fort de l'licluse jusqu'a Zoffingen , sur une 
longueur de 20myriametres, tandisque, dans la plaine 
du Po, la plus grande largeur du glacier de la vallee 
d'Aosle, entre Strambinello et Saluzzola, n'excede pas 
27 kilometres. II serait facile d'etablir un parallele 
entre les anciens glaciers des deux versants de la chain e 
des Alpes, entre celui de la vallee de Suze et celui de 
la Maurienne; celui du val Anzasca, et celui de la vallee 
de Saas, en Yalais. Des deux cotes des Alpes, les phe- 
nomenes et leur cause sont idenliques. 



FORET SOUTERRAINF. DECOUVERTR EN FrAISCE. M. lid. 

de Rrimont a fait connaitre a la Societe geologique de 
France qu'on avait decouvert en 1850 une foiet sou- 
terraine pres de Villeneuve-sur-Yonne. Des ouvriers, 
en faisant une tranchee, ont mis a jour une immense 
quanlite, ou plulol un banc forme de chataigniers et 
de sapins empiles les uns sur les autres. La par lie in- 
ferieure de ce banc est passe a l'elat de lignite , et la 
partie superieure se trouve tellement bien conservee, 
que les arbres sont enlierement intacts et le bois propre 
a fetre Iravaille comme le bois ordinaire. 



Exploration de la chaIne des monts Oitrals. — ■ On 
sait qu'en 1847 la Societe geographique de Russie 



I 134 ) 
citargealL le eoloncl Hoffmann d explorer cettecbaine, 
et Ton n'ignore pas non plus que sa premiere explora- 
tion lui a valu la medaille du grand-due Constantin. 
IMais )e inondc savant apprendra avec une \ive satisfac- 
tion que cct habile et inlrepide oflicier a complete au- 
jourd'liui ses travaux; qu'a la fin de 1850 il elait de 
retour a Saint Pelcrsbourg, et qu'il s'occupe en ce mo- 
ment de coordonner les nombreux materiaux qu'il a 
rapportes, et qui ne tarderont probablement pas a etre 
rendus publics, f Voir dans ce nnm£ro du bulletin nux 
\lcmoircs\ etC-) 



NoLvr.i.i.K-Zi.MHi.]. — M. P. de Krusenstern , capi- 
taine de fregatc, fils du celebre amiral de ce n'om, a 
commence l'exploralion de la Nouvclle-Zemble; il la 
continucra celte annec, el tout fait esperer qu'a son 
retour on connallra exactement cetle ile reculee du 
grand Ocean Glacial Arctique. (Voir dans le prochain 
numero du Bulletin.) 



AnCIEKKE EXPLORATION Dr.S LACSl)EL'AMl':niQi;r. sr.PTPX- 

trionai.Iv. — Parmi les manuscrits sauves du pillage 
du college des Jesuites, a Quebec, il en est un qui 
contient la relation des voyages du pere Marquette, 
entre les annees 1673 et 1675; et indique tres-claire- 
menlla reconnaissance du Mississipi. On ne peutdouter 
que Thevenot ne s'en soil servi dans ses publications, 
qui remontent a 1681 ; mais I'abrege qu'il en a donne 
est tout a fait insuffisant. Le pere Marquette avait dresse 
lui-meme une carte du Mississipi beaucoup plus exacte 
que celle de Tbevenol; cetle carle se irouve dans le 



( &5 ) 
manuscrit , et pennetlra clc rectifier cerlaines erreurs 
que conlient l'bistoire des Etats-Lnis de Bancroft. 



Cartes de la California. — -M. lecapitaine Ringgold, 
de la marine americaine, dresse en ce moment une 
serie de cartes du plus haut interet : elles compren- 
dront le havre et la baie de San-Francisco, avec les 
Ferralones ; la baie de San-Pablo et Suisan , avec les 
detroits de Carquials, Napa-Bay, Vallejo, la nouvelle 
capitale, Benicia, et autres villes; le Sacramento et le 
San-Joaquim. Ces cartes seraient admirables d'execu- 
tion , si Ton s'en rapporte au dire des personnes qui 
ont pu juger de I'exaclitude des details, sous le rapport 
hydrograpbique et lopographique. 



Iles Fidji et Nouvelles-Hebrides. — On lit dans le 
Church missionary Intelligencer de 1849 .' Le groupe des 
Ficlji est situe a sept jours de navigation du cap nord 
de la Nouvelle-Zelande. Les deux iles principales sont 
aussi etendues que le Devonshire, avec de hautes mon- 
tagnes et de belles rivieres. Leur population pent etre 
de 150 000 Ames; les autres iles en contiennent a peu 
pros aulant. La divine providence semble avoir re- 
pandu ses benedictions sur ces contrees, qui ofTVent 
en abondance loules les ressources necessaires a la 
subsistance de l'bomme. L'Eyangile commence a pe- 
nelrer dans les iles Fidji , et combat avec succes les 
babitudes de cannibalisme de ces penples encore sau- 
vages. 11 n'en est pas de meme des Nouvelles -Hebrides : 
la ferocile desnaturels semble crol'tre cbaque jour; ils 
ont voue aux blancs une baine implacable, et n'epar- 
gnent pers^nnc. A Errbmanga . ou le reverend John 



( J86 J 

\\ illiams a etc" massacre, /' Elisabeth, capilaine Brown, 
chargee de hois de Sandal, s'est perdue dans la baie de 
Dillon, ct rimx qui avaient echappe a la fureur tie la 
mer (>nt peri sons le tomahawk d.<js sauvagea. Le bali- 
inent anglais British- Sovereign, ayanl echoue sur I'ile 
do la Deslinee (Island of Fate) , le capilaine et vine 
p;irtie de ses gens prirenl terra pres d'Olataj)u, el furent 
bientot vie Limes do la plus noire perfidie : sous pretexte 
de les conduire vers un port lrequenle du sud-ouest, 
le chef de la station les fit marcher a la lile, en placant 
un nature! a cole de cbaquc elranger; puis, a un signal 
donne , les nialheurenx naul'rages recurent le coup 
mortel , et leurs corps furent bientot rolis et devor^s. 
Deux bommes seuleinenl ecbapperent a celle aflreuse 
boucberie en se jelant clans des buissons. Malgre ces 
i-vmplcs de barbaric, trois nouveaux inissionnaires 
n'ont pas craint de se faire debarquer sur ces plages 
inhospitalieres , pour accomplir l'oeuvre de leur admi- 
rable devouement. 



Ancienises cartes GiioGn aphiques. — Sir T. Phillipps 
a presente, le 27 fevrier (1851), a la Societe des anti- 
quaires de I.ondres, un volume fort curieux, compose" 
d'anciennes carles qui ont ele dressees pour le roi 
d'Espagne en 15/j7, el qui representent toutes les 
decouverles des Porlugais et des Espagnols, notam- 
ment celles ile Colomb, de Vespuce, Magellan, etc. 
Ces carles sonl dessinees avec le plus grand soin et 
coloriees, avec toutes les legendes et les illustrations 
du tenij)s. On espere que la Sociele publiera les plus 
inleressanles de ces cartes. 



( 187 ) 
%ctes> clc la &©oi6te. 

Proces-verlmux «les seances, ©uvrages 
ofTerts, etc. 



Presidence de M. Jomard. 



Seance du 7 fevrier 1851. 

Le proems -verbal de la derniere seance est lu et 
adopte. 

M. le prince Galilzin donne, dans sa lettre ecrite de 
Saint-Petersbourg, le h = 16 Janvier, des renseigne- 
ments sur la decouverte qui vient d'etre faite par les 
Russes, dans le centre de la mer d'Aral , de plusieiirs 
iles restees jusqu'a ce moment completement incon- 
nues. — Remerciements et envoi au comile du Bul- 
letin. 

M. le general Semino, nomme recemment corres- 
pondant de la Sociele en Perse , adresse, de Teheran 
(24 decembre 1850), ses remerciements a la Societe. 

M. le general Aupick, ministre de France a Con- 
stantinople, annonce , dans une lettre particuliere 
(15 Janvier), adressee a M. de la Roquette , qu'on 
s'oceupe de faire parvenir a M. Semino le brevet et 
les Bulletins destines a cet officier general. 

M. Richardson, libraire de Londres, et commission- 
naire de l'editeur du Journal of the Indian Archipelago, 
ropond, sous la date du 20 Janvier, a la lettre que le 
secretaire general lui avail ecrite, pour lui annoncer 
la decision de la Societe, autorisant l'envoi , a M. Lo- 



[ MB 
gajij des Bulletins ;'t parlir du commencement tie la 
3 e scric. M. Richardson oil re en memi: t< nips, an nom 
des editcurs, deux numcros du journal ci-dessus et un 
cahier du Journal of the Bombay, branch of the Royal 
Asiatic Society. — Des rcmerciemenls out ele adresses 
par le secretaire general, qui a fait parvenir, a Lon- 
dres, les Bulletins destines a M. Logan. 

M.Tliomassv s'excuse, dans tine leltre qu'il a adressee 
dc Rime, a M. Jomard, de n'avoir pu s'occuper de la 
redaction du Bulletin du mois de novembre dernier. 
11 donne ensuite quelques details au sujet des cartes 
execulees sur les niurs des gaieties du Vatican. 

A cette occasion, le president de la Commission 
centrale rappelle les grandes carles peintes qui ornent 
le nalais ducal a Yenise , dans les salles voisines de la 
bibliotlieque de Saint- Marc, et qui representent les 
voyages de Marco-Polo et des ire res Zeni, la Moree, 
I'islhme dc Corinlhe, et d'autres contrees, theatre des 
\o\oges et desconqueles desV eniliens. II lit ensuite une 
courle note sur les cartes peintes au troisiemeelage du 
Vatican, el cite plusieurs opuscules ou il a traile des 
cartes nouvelles, peintes sur la toile ou sur divers en- 
duits, comine propres a exciter et a developper le 
gout de la geographic et des voyages. 

M. tie la Boquelle communique des nouvelles re- 
gues d'Amerique sur M. Bonpland, l'ami, le compa- 
gnon et le collabOraleur de niluslre baron de Hum- 
boldt. — Renvoi nu comile du Bulletin. 

Le memo membre donne lecture d'un rapport 
adresse a M. le professeur Bache, surinlendant du 
Coast' Smvry, par M. le lieutenant commandant Mac- 
Arthur, de la marine des Elats-Lnis, pour lui trans- 



[ *®> I 

niettre la description des lies et rivieres situees entre 
le port de Monterey et l'embouchure de la riviere de 
Colombia. — Renvoi au comite du Bulletin. 

Le secretaire general lit la liste des ouvrages ofl'erls; 
il adressera des remerciements aux donaleurs au nom 
de la Societe. 

Sont nommes au scrutin : 

■1° Membres de la commission du prix annuel : 
MM. Jomard, Walckenaer, Daussy, de Froberville el 
d'Avezac. 

2° Correspondant elranger : M. Charles Schefer, 
drogman de France a Constantinople. 

3° Secretaire adjoint do la Commission centrale : 
M. Alfred Maury, sous-bibliolhecaire de l'lnstitut. 

M. d'Escayrac de Laulure , voyageur francais , est 
nomme membre de la Societe , sur la presentation 
de MM. Jomard et de la Roquette. 

Le secretaire general de la Commission centrale , 
redacteur en chef du Bulletin, fait connaitre les noms 
des membres qui doivent former avec lui le comite 
du Bulletin : ce sont MM. Alfred Maury, secretaire 
adjoint de la Commission centrale; Daussy, Sedillot 
et de Froberville. 

M. le professeur Abich, attache au service de Russie, 
connu du monde savant par d'impoi tants travaux geo- 
logiques (1), present a la seance, donne communica- 
tion a la Societe des resultats de ses explorations de 

(l) l" Obseri<atio)ts geologiques sur les phdnomenes et sur les for- 
mations volcaniques dans la basse Italic (en allemand), impriine a 
Brunswick en i 84 • • Vol. in-8°, avec tin atlas iu-fol. Le tome I" a seul 
parti. 

2" Sur lit tjt'ntngie du Camas"- pqhtitj '.n l8i^.. 



l'Annenie et do la cbaine du GauC3S& et Diet sous les 
youx des membr.es do la Commission centrale la carte 
qu'il a dressec des lieux \ isites par lui . plus spcciali'- 
ment sous le rapport geologique. — Des rcmercie- 
ments sont adresses a M. Abicli. II est prie de vouloir 
bien donner au comite du Bulletin une note sur sa 
communication , en l'accompagnant d'une esquisse de 
sa carte. 

Seance du 21 fevrier 1851. 

Le prcces-verbal de la derniere seance est lu et 
adople. 

M. le colonel Poinsett ecrit de Georgetown (Caroline 
meridionale, sous la date du 21 Janvier dernier, et 
transmet au secretaire general de la Commission cen- 
trale des notes qu'il lui avail demandees sur les ouvrages 
geograpbiques et les cartes publies aux Etats-Lnis 
pendant le coins des deux dernieres annecs. II lui an- 
nonce en meme temps le prochain envoi d'un exem- 
plaire de la relation de l'expedition commandee par 
M. le lieutenant Wilkes, dont il desire faire hommage 
a la Societe, et le previent qu'il recevra bienlot plu- 
sieurs carles bydrograpbiques offertes par M. ledocteur 
Bache , surintendant du Coast Survey, ainsi que des 
memoires adresses par M. le colonel Abert , cbef du 
bureau topograpbique. M. Poinsell penseque cesdeux 
savants seraient d'excellents correspondants de la So- 
ciete de geograpbie aux Ktats-L nis. 

M. D. LonguinolF, membre de la Societe geogra- 
pbique de Russie, envoie, avec sa leltre du 18= 30 Jan- 
vier 185J, six articles extraitsdes publications de celte 
Societe pour l'annee 1850. 



( m ) 

M. le baron de Derfeklen de Hinderslein repond, par 
sa lellre datee d'Lilrecht, 5 fevrier courant, aux nou- 
velies questions que lui a adressees M. de la Roquelle 
surles ouvrages et carles publies dans et sur les Pavs- 
Bas, pendant les annees 1849 et 1850, et lui envoie une 
notice necrologique sur M. le vice-amiral Machielsen , 
auquel on doit des travaux remarquables sur l'hydro- 
grapbie des Indes orientales. 

M. Vander Maelen , fondateur de I'etablissement 
geographique de Bruxelles, donne (30 Janvier 1850) , au 
secretaire general de la Commission centrale, les infor- 
mations qu'il lui avait demandees sur les progres de 
la geograpbie dans le royaume de Belgique depuis le 
1" Janvier 1849. 

M. Rafn, professeur a Copenbague, ecrit au secre- 
taire general de la Commission centrale ( 15 octobre 
1850), et le prie d'offrir a la Societe de geograpbie, au 
nom de la Societe royale des antiquaires du Nord , 
plusieurs ouvrages et cartes. 

M. Joseph Henry, secretaire de la Smithsonia Insti- 
tution, de Washington , offre a la Societe de geogra- 
pbie, au nom de cette institution, le premier volume 
de ses memoires. 

M. le professeur Barufli, correspondant de la Societe 
a Turin, fait une nouvelle reponse ( l/i fevrier) aux 
deinandes que le secretaire general de la Commission 
centrale lui a adressees sur les progres de la geogra- 
pbie dans les Etals sardes. 

M. le general Daumas, chef du service de l'Algerie, 
annonce au secretaire general de la Commission cen- 
trale (5 fevrier 1851) que tout ce qui concerne la topo- 
graphie de l'Algerie etant centralise au depot de la 



( *»« ; 

guerre, c'est an chef dc ce service qu'il ;i transmit en 
la lui recommandant, la d era arid e qu'il avail adrcssce 
pour obtenir des renseignements sur les proxies de 
la geographic' en Algerie pendant les annees 18/|0 et 
1850. 

M. le general Dauraas transmet an president de la 
Commiss'on centrale (81 Janvier 1851) trois exem- 
plaires d'un rapport presente par son predecesseur a 
M. le president de la Rcpublique, sur le gouvernement 
et l'administration des trihus arabes de 1' Algerie : l'un 
deces exemplaires est offert a la Societe; le second est 
destine au president de la Commission, et le troisieme, 
au secretaire general. 

M. le general Morin, chef de service des dials-majors, 
du depot de la guerre, etc., adresse au secretaire ge- 
neral de la Commission centrale (8fevrier) la note que 
celui-ci lui availdemandec sur les travaux executes ou 
projetes au depot de la guerre pendant les annees '1840 
et 1850. II joint a cet envoi plusieurs cartes pour la 
bibliotheque de la Societe de geographic 

iM. Arthus Berti and, lihraire a Paris, fail hommage 
a la Sociele de geographic (19 fevrier) d'un ouvrage 
qu'il vient de puhlier sous le litre : Lettres sur I'./me- 
riquc, par M. X. Marmier. 

Mi Smyth, secretaire etranger de la Societe royale 
dc Londres, adresse (13 jadvier); au nora de ci tie So- 
ciete, des remerciements pour l'envoi du tome XIII du 
Bulletin de la Sociele de geographic. 

M. Jomard , president de la Commission centrale, 
annonce qu'il vient de recevoir, par M. Grandpierre, 
directeur de la Societe des missions evangeliques a 
Paris ,'c.dmniiihicalion d'uhe leMre du docteur David 



( Jy;-5 , 

Livingston, auleur de la decouverle du lac iN garni , 
decouverte annoncee dans lc Bulletin de l'annee der- 
niere ( t. XIII, p. 1-6.4 )• Celle lettre, datee du 29 aout 
1850, re n ferine des details aussi neufs qu'interessants 
sur le pays qui renferme le lac N'gami , sur ses habi- 
tants, ses productions et les animaux qui 1'babitent. 
Apres lecture, la lettre est re^- oyee an coinile du Bul- 
letin. 

Le memo membre lit en extrait une lettre de 
M. Nolinger, ingenieur fiancais, qui a dccouvert un 
banc de bouille a la bauleur d'Edl'ou (haute kgypt«)j 

Enfm , M. Joinard donne (juelqucs explications au 
sujet des figures de cbameaux obset'vees par M. Ki- 
chardson a Ouadi-Elissare , sur la route d'El-Glial. 
(Voir le Bulletin , I. XIV. Noveml)rc 1850.) II fait re- 
marquer que le major Dcnhatu avail dej 'i signale d'an- 
ciennes sculptures represenlant des cbameaux attoles 
a des chariots, etc., a la verite sur des monuments de 
l'epoque romaine, et meme du Bas-Empire. 

M. Alfred Maury cite a cette occasion la copie faito 
par M. Bayle Saint John, le dernier voyagcur qui ait 
visite le temple de Jupiter-Ammon , dans l'oasis de 
Siouah, d'une inscription bieroglvpbique qu'il a Luc 
sur un fragment detacbedu temple, et. parmi lessigncs 
de laquelle figurait l'image d'un cbameau. Ce serait le 
troisieme excmple de la figure de cct animal sur des 
monuments anciens de l'Afrique. 

M. de la Boquette fait observer que la Societe a 
perdu un de ses correspondants aux Etats-Unis, M. le 
docleur Mease, et que deux aulres, MM. Tanner et 
Wood-bridge., ne donnent plus depuis longlemps de 
I curs nouvellos, en sorle que leur existence parail 



]y* ) 

problematique. il rappolle ensuite les observations 
consignees dans la lettre que lui a rente M. le colonel 
Poinsett, et propose en consequence de nommer cor- 
respondants de la Sociele de geographic aux Elats- 
l nis M. le professeur Bache, surinlcndant du Coast 
Surfer, auteur de plusieurs rapports fort imporlanls 
sur les travaux hydrographiques executes sous sa direc- 
tion, rapports dont il a fait hommage a la Sociele; et 
M. le colonel Abert, chef du bureau topograpbique 
du departement de la guerre de l'Union americaine , 
qui a offert a la Socicte plusieurs memoires du plus 
haul inleret. — Suivant l'usage, la nomination est ren- 
vojee a l'une des prochaines seances, ainsi qu'une 
proposition semblable que fait M. Alfred Maury en 
faveur de M. le lieutenant Maury, directeur de l'ob- 
servatoire de Wasbington, connu par de beaux travaux 
dont il a fait hommage a la Sociele. 

M. d'Escavrac de Lauture retrace verbalement quel- 
ques faits de ses explorations dans la Nubie superieure 
et le Kordt>fan, ei donne connaissance de ses observa- 
tions sur le climal du Desert. 11 est prie de rediger une 
note pour le coniite du Bulletin. 



( 195 ) 
OLVRAGES OFFEUTS 

DASS LES STANCES DES 7 ET 21 FEVRIER 1851. 



TITRES. 



EUROPE. 



CARTES. 

Fceroerne, etc., etc. (Carte ties iles Fcero). I feuille. 

Slesvig, etc , etc. (Carte du Slesvig au temps de 

Valdemar). I feuille. 
Dincesis slesvicensis, etc., etc. (Carte (hi diocese 

de Sles\i{; vers I'annee i523). I fVuille. 
Antiqvarisk Kort, etc., etc. (Carte ancienne d'une 

panie de I'Anj'eln). 
Afrids af Slien, etc., etc. (Plan de Slien et de ses 

fortifications au commencement du xv e siecle). 

I feuille. 

AFRIQUE. 



OUVRAGES. 



Rapport adresse a M. le president de la Repu- 
blicjue. par !e ministre de la guerre, snr le gou- 
veriieinent et ('administration de 1'Alge'rie. 
Paris, l85o.In-8°de 90 pages. 

AMERIQUE. 



ODVRAGES. 



Lettres sur I'Amerique, par X. Marmier. 
1 85 1 . Arlhus-Berlrand. 2 vol. in-12. 



Pat 



CARTES. 

General Chart exhibiting, etc., etc. (Carte gene 
rale sur les decouvertes dcs Scandmaves dans 
les regions arctiques et en Amerique, par Ch. 
Rafn. i83 7 ). 1 feuille. 

A Map of Vinland, etc., etc. (Carte du Vinland, 
etc., etc., par le meine\ 1 feuille. 



DONATEURS. 



MM. 

Societe royale 

des antiquaires 

du Nerd* 

Idem. 

Idem. 

Idem. 

Idem. 



Le ministre de la 
guerre. 



Arth. Bertrand. 



Societe royale 

des aotiquaire* 

du Nord. 

Idem, 



lye i 



T1THKS. 



DONATECRS. 





MM. 


Kort over Griuilauds Ostrebygd, etc., etc. (Carte 
de la partie orientale ilu Groenland, par le 
ineme). I feuillc. 


Societe' royale 

des autiquaires 

du Word. 


m£largrs. 




Alias de la geographic du moyen age, par Joa- 
chim Lelewel. Brnxelles, i8m>. 


J. Lelewel. 


nocuments sur le commerce exterieur. Pari*. 

Octobre i85o. In-',". 
Hevue de I'Orient. Paris. Janvier i85l. 
Nouvelles Annales des Voyages. T. IV tin i85o. 


I.c ministre 

du commerce. 

Les editecu i. 

Idem. 


Journal des missions eVangeliques. Jinv i85i. 


Idem. 


Journal of the Indian Arcliipelago, etc. (Journal 
de I'archipel indien et de I'Asie orientale. Oc- 
tobre l84g. novrmhre I 85(). Singapore, i S "J • i - 
l85o) 

Journal of the Bombay branch. (Journal do Bom- 


Idem. 
Idem. 


bay, section de la Societe royale asiatiipie. 
N" XIII. Janvier i85o. Vol III. 





Antiquarisk Tidski'ift, etc., etc. (Journal de la 
Societe des antiquuires du Nord. T. I, iSj i- 
i845; t. II, .846-1848.) 

Journal d'edueation populaire. Novembre ct de- 
cemhre i85o. 

Bulletin S[» : cial de I'instilUtrice. Fe'vrier l85l. 

Programme de I'Acadcmie des sciences de Turin. 



Societe royale 
des ntuiquaires 

du Noid. 
I.es r (lileurs. 

Idem. 

Acad, des sciences 

de Turin. 



ERRATUM 

m nru.j-TiN di; Janvier 1851, 



Page 86, note. An lieu de : dans I'Etat de I'Kquateur, departenieul 
d'Assuay, lisel : par 6(J" de longitude ouest, dans lea missions poi- 
tugaises, sur la liuiite du Paraguay. 



BULLETIN 



DK I. A 



SOCIETE DE GEOGRAPHIE. 

MARS 1851. 

Memoires, 
Notices, Documents origfnaiix, etc. 



APPEL AUX GOL'VERNEMENTS 

DES 

PRINCIPAUX ETATS DE L'EUROPE ET DE L'AMftRIQUE 

POLR L'ADOPTION d'uN PREMIER MERIDIEN COMMUN 

DANS LENONCIATION DES LONGITUDES TERRESTRES. 



Chaque annee les feuilles publiques annoncent qu'on 
a ouvert des negotiations pour engager les chefs des 
grands Etats a s'entendre sur le choix d'un premier 
meridien unique dans l'enoncialion des distances 
geographiques, et cependant cet important probleme 
n'est point resolu. Lorsqu'un sinistre maritime vien<. 
epouvanter les esprils, et qu'on est oblige d'en cber- 
cber la cause clans des erreurs de calcul auxquelles 
la reduction des tables de longitudes n'expose que 
trop souvent les navigateurs , on s'emeut pendant 
quelque temps, on rappellc les efforts vainement 
tenles pour remedier a un etal de cboses aussi deplo- 

\, MARS. J. ill 



( t»s ) 

rahle; puis ['attention se porte sur d'aulres objets, et 
la question so trouve encore une fois ajournee. On est 
d'accord sur la necessile de prendre une determination 
definitive (1), et cependant on n'avance point; non- 
seulement cbaque pays conserve son premier meridien 
particulier, mais il n'est pas rare de voir le meme 
peuple se rogler sur deux meridiens diflerents, connne 
les Anglais, qui, clans leurs tables, comptent les lon- 
gitudes, tanlot de la Tour de Londres, lantot de l'ob- 
servaloire de Greenwich. C'cst la. un vice profond qu'il 
importe de faire disparallre. 

On concoit en effet l'ernbarras'ou se trouve le marin 
qui consulte des cartes dressees d'apres des meridiens 
diflerents; il est force de comparer les evaluations, de 
constater les divergences, et de faire, la plume a la 
main, un travail de reduction. Une seule crreur de 
cbiflre peut lui faire faire fausse route et le jeter sur 

(i) En 182- (t er juin), M. de la Roquette, en rendant compte dans 
le Bulletin ( l. VII, i rc serie, p. 284) du Tratado completo de cos- 
moqrafia e de qeografia de M. Casado Giraldez, lemoigaait le regret 
de ce que les savants de toutes les nations n av.uent pas encore pu 
s'accorder pour l'adoption d'un seul et meme premier meridien. 

Dix-sept ans plus tard, en iSJ.|i -^- I>oux de Roelielle a lu, dans 
une seance du 4 octolire, un Memoire sur la fixation d'un premier 
meridien (3* serie, t. Ill, p. 145)5 memoire dans lequcl il appuie 
les motifs qu'avaient eus les amicus pour attribuer la pi ei nun. nee au 
meridien de Pile de Fer. « Ces considerations, dit-il, sont encore les 
memes : le temps, V usage de plusieurs grandes nations leg out con- 
sacrees; et cette autorite du temps ne peut blesser aucuiie Suscepti- 
bilile, car elle n'emploie pas la force pour prevaloir; die ne s'appuie 
que sur t'opinion : elle a pour base 1'utiLte ((immune, et il ne s'agil 
point ici dune question de jalousie et de prefei 1 oce iiationale. » 

Anterieurement a ML Rous, M. Joinaid, en trailant en mime temps 
d'auires questions egalemenl importantes, avail public dans le Jiul- 



( 199 ) 

des ecueils. Les exemples de semblables meprises ne 
sont pas rares , et il faut empecber qu'elles ne se re- 
nouvellent. Pour cela, il est indispensable qu'un sys- 
teme uniforme preside a la confection des tables. 

Le plus grand obstacle a surmonter est le sentiment 
d'amour-propre national qui porte les gouvernements 
a vouloir imposer leur premier meridien aux aulres 
htats. L'Angleterre ofTre celui de Greenwich; l'Es- 
pagne , celui de Cadix; la Russie, l'observaloire de 
Pulkowa; les fitats-Unis, le capitole de Washington; 
Dans aucun de ces pays, on ne veut faire usage du 
meridien de Paris; et les Francais, de leur cote, n'ont 
aucun motif de preferer Londres a Berlin ou Vienne a 
Saint-Pelersbourg. La solution du probleme depend 
done completement du cboixd'un meridien qui n'eveil- 
lerait aucune susceptibilile nalionale. Sousce rapport, 
on a songe a l'ile de Fer, une des Canaries. On s'en est 
servi autrefois pour 1'enonciation des longitudes, en 

letin de 1840 (2 e serie, t. XIV, p. 42) sa Notation hjpsometrique ou 
Nouvelle maniere de noler les altitudes; et enfin, en 1847 (3° serie, 
t. VII, p. 25 1, et p. 6 du tirage a part), VExtrait d'un m< ; moire sur 
I'uniformiteit introduire dans les notations geographixju.es ; et, meme 
serie, t. VIII, p. 81, VExtrait dune leltre du colonel Jackson, dans 
lequel on lisait rette phrase : « Je crains fort qu'on ne trouve un 
obstacle insurmontaLile pour la realisation de ce vceu [premier meri- 
dien general) dans la tenacile des prc'juges absurdes de vanite 11a- 
tionale. » 

11 faut examiner aussi les articles publies dans les journaux fran- 
cais en l85o; VAlltenteum du 14 de'ceinbre l85o, page i3l?.,ou Ton 
propose pour premier meridien universe! Jerusalem, ou la limite des 
possessions anglaises et russes dans l'Americiue septenlrionale; et 
les communications a l'Academie des sciences de M. 1'abbe Randon, 
qui donne la prefe'rence au detroit de Behring. (Comptes rendus du 
1*' semestre 1 8?>o, p. 1 83 et 5;3, etc.) 



( B@0 ) 

lidentiliant avee les lies Fortunees ties Grccs d Alexan- 
drie. L'aulorite tie M. Jnmard dans uno seuiblublc 
qucslion aurait dii iairc pencber la balance en faveur 
tie ce premier meridiem Puurquai done no l'a-t-on pas 
adopte ? 

Un seul inolif, ce nous seiuble, a pu laire rejeler une 
proposition aussi sage. Les Canaries appartiennent 
actuellement, a la verite, aux Bspagnols, qui se main* 
lienncnt an rang ties puissances neutres. Mais de grands 
mouveuaents politiques peuveni survenir, el modifier 
cette situation. Que 1'ile deFer se trouve entre les mains 
d'un peuple rival de la France on de FAngleterre, la 
dilliculte que nous cbercbons a detruire ne reparai- 
trait-elle pas'. 1 Ft d'ailleurs, l'Amerique voudru-t-elle 
jamais employer un premier meridien emprunte a 
l'ancien continent ? 

La solution, a notre avis, la j)lus convenable, serait 
de tracer une ligne imaginaire au milieu de l'Ocean, 
tie la designer par quelque terme syslematique, accep- 
lable par tons, et de rallier ainsi l'Furope et le nou- 
veau monde dans une communaute tie vues et d'inte- 
rels complckmcnt en dehors de toute preoccupation 
nationale. 

Celle idee n'a rien qui doive surpi entire. Les anciens 
Font eue avanl nous. Les iles Fortunees, oil certains 
cosmograpbes plaeaient le paradis lerrestre , n'exis- 
taienl point en realite. Les uns, il est vrai, les ont 
identiliees a\ec les Canaries; les autres , avec les 
Acores, on meme avec les iles du cap Vert. Mais ces 
opinions si diverses ne servent qu'a confirmer ce fait, 
a nos jeux demontre, que les iles Fortunees etaienl un 
point imaginaire. Lorsque les Arabes, qui rendirent 



( 201 ) 
de si eminents services a la science geograpbiquc, sup- 
poserent que ces lies n'etaient autres que les Canaries, 
ils reconnurent bien vite que cette hypolhese ne pou- 
vait se concilier avec leurs tables de longitudes : ils 
transporterent leur premier meridien au centre des 
terres babitables, et appelerent l'endroit oil il coupait 
l'equaleur, dans la rner des Indes , coupole de la terre 
ou (V Arine. 

Nous n'avons point a revenir ici sur l'histoire de 
cette coupole, que nous avons exposee dans un iu6- 
moire special (1). II nous suffit de dire que la cou- 
pole d'Arine, mise en lumiere par notre publication 
d'Aboul -Hassan, vulgarisec par M. de Humboldt, est 
un terme systematique applicable a tout meridien 
quelconque; et qu'en le transportant de la mer des 
Indes dans l'ocean Atlantique, nous pouvons en faire 
la base du nouveau point de depart dont nous propo- 
sons 1'adoplion pour l'enonciation des longitudes. 

Lorsque les Espagnols , apres la grande decouverte 
de Cbrislopbe Colomb, furent devenus rivaux des Por- 
tugais, la limite de leui's possessions respectives fut 
fixee par la cour de Rome au moyen d'une ligne ima- 
ginaire tiree d'un pole a 1 'autre, a cent lieues des 
Acores (2). Cette ligne se rattachait a la ligne magne- 

(l) Voyez notre Memoire sur la systemes geographiques des Grecs et 
des Arabes, et en particulier su>- la coupole d'Arine, servant, chez les 
Orientaux, a determiner la position du premier meriditn dans l'enon- 
ciation des longitudes, i"-4'\ 1842 (reimprime dans le tome II de nos 
Materiaux pou> seruir <i l'histoire comparee des sciences mathematiijues 
chez les Grecs et les Arabes, p. 65 1 —768, avec ['appreciation de tous 
les travaux publies sur le mcnie sujet). Voir au-si le Bulletin de fe- 
vrier 1 85 1 , p. 170. 

(a) Robertson's Wuik«, t. Ill, the History of America, p. 60. 



( 202 ) 

tique sans declinaison, que Colornb avait deja signalee 
des son premier voyage. Le hardi navigateur avait re- 
connu que 1'aiguille aimantee, dont la declinaison 
avait eu lieu j usque-la dans la direction du nord-est, 
passait au nord-ouest, apres avoir franchi cette ligne, 
comnie on gravit le dos d'une colline; et, suivant la re- 
siarque judicieuse de M. de Humboldt (1), si le pape 
Alexandre VI placa la jameuse ligne de demarcation a 
cent lieues des Acores, e'est que Colomb desirait faire 
d'une division naturelle une division politique. 

La meme pensee doit nous dirigcr dans le cboix 
d'un premier meridien geograpbique, commun a tous 
les peuples de l'ancien et du nouveau continent. Si la 
ligne magnetique se dirige du nord-ouest au sud-ouest, 
et si les nceuds des deux equaleurs, e'est-a-dire les 
deux points oil la ligne sans inclinaison coupe l'equa- 
teur tcrrestre , et passe ainsi d'un bemisphere dans 
1'aulre, ont un mouvement propre d'orient en Occi- 
dent, toujours esl-il que la ligne magnetique de Co- 
lomb ne se deplace pas d'une maniere tres-sensible, 
puisqu'en 1660 la Physiologia nova de Gilbert constate 
que la declinaison etait encore nulle a cent lieues au 
dela des Agores. En fixant notre premier meridien 
atlanlique a la meme distance de ces lies, nous fon- 
dons aussi notre division politique sur une division natu- 
relle, et ce meridien peut elre adopte par les peuples 
de I 'Europe et de l'Amerique, sans qti'il y ait la moindre 
apparencc d'une concession de part et d'autre, sans 
qu'aucun sentiment national puisse etre froisse, soit 
dans le present, soit pour l'avenir. 

(i) Cosmo*, traduction francaise, t. I, p. ao3 et 5o3 ; t. II, p. 53o, 

- 1 r >73. 



( 203 ) 

Nous fixons done notre premier meridien a 36° 15' 
ouest de Paris, a 33° 54' 36'' ouest de Greenwich, a 64° 
4' 16" ouest de Saint-Petersbourg, a 43° 7' 22" est de 
Washington; nous appelons le point de son intersec- 
tion avec 1'equaleur coupole de la terre ou d'Jrine; et en 
empruntant ce nora aux Arabes, non-seulement nous 
associons a notre idee les populations musulmanes, 
mais nous ne faisons pas pour les pays Chretiens une 
chose insolite; les lermes de zenith, de nadir, cYazi- 
inut, etc., qui se renconlrent clans notre nomenclature 
aslronomique, ont une semblable origine. Arine, chez 
les Arabes, signifiait un lieu de proportion moyenne, d'une 
temperature egale, un juste milieu parfaitement exact, et 
le meridien de la coupole d'Arine pourraitetre accepte 
generalement sans soulever la moindre opposition. 

Voici dans quel ordre se trouveraient classees les 
diflerentes capitales ou villes principales des deux he- 
mispheres : 

Longitudes prises du meridien f/'Arine. 

Lisbonne 24° 46' 15" E. 

Maroc 26° IS' 36" E. 

Madrid 30° 12' 45" E. 

Greenwich 33° 54' 36" E. 

Paris 36' 15' E. 

La Haye 38° 16' 46" E. 

Bruxelles 38° 17' E. 

Berne 41° 21' 17" E. 

Turin 41" 36' 12" E. 

Carslruhe 42° 15' 30" E. 

Hanovre 43° 39' 9" E. 



204 ) 

Tunis 44° (5' 0"E. 

Christiania 44° 38' 7" E. 

Florence 45° 10' 6" E. 

Munich 45° 29' 18" E. 

Rome 4G°21'50"E. 

Copenhague 46° 29' 20" E. 

Berlin 47° 18' 30" E. 

Naples 48° 9'57"E. 

Vienne 50° 17' 22" E. 

Stockholm 51° 58' 20" E. 

Alhenes 57° 38' 30" E. 

Constantinople .... 62° 53' 35" E. 

Alexandre 63° 47' 35" E. 

Saint-Petersbourg. . . 64° 14' 16" E. 

Moscou 71° 32' 30" E. 

Teheran 85° 17' 35" E. 

Samarcande 102° 45' 0" E. 

Calcutta 122° 0' 3" E. 

Canton 147° 11' 30" E. 

Pekin 1 50° 23' 30" E. 

Jedo 173° 54' 45" E. 



Fernamhouc 0° 57' 4" O. 

Bahia 4° 3(5' 20" O. 

Rio-Janeiro 9° 15' O. 

Paramaribo 21° 18' O. 

Montevideo 22° 18' 25" O. 

L'Assomption 23" 46' O. 

Buenos-Ayres 24° 29' 12" O. 

Chuquisaca 30° 29' 24" O. 

Caracas 33° O. 



( 205 ) 

Saint-Domingue. ... 35° 57' 39" 0. 

Quebec 37° '21' 24" 0. 

Valparaiso 37° h& 39" O. 

Bogota 40' 17' 38" O. 

Washington A3 7'22"0. 

Lima /j3° 12' £5" 0. 

Quito 44° 50' 30" 0. 

Panama 45° 35' 22" O. 

Nicaragua 48° ZiS' 7"0. 

Guatemala ...... 56° 58' 15" 0. 

Mexico 65° 10' 30" 0. 

Noukahiva 106° 15' 15" 0. 

Sidney 174° 51' 26" 0. 

Hobart-Town 178° kh' 38" 0. 

On voit par cette table que le meridien d'Arine tra- 
verserait aux antipodes, l'ocean Pacifique, a la pointe 
nord de Torres, dans les lies Mariannes, entre le Japon 
et l'extremite orientale de l'Australie. Tous les points 
intermediates prendraient naturellement leur place 
d'apres un systeme uniforme. Une seule table rectifiee 
servirait a tout l'linivers, et ce serait un grand honneur 
pour la Societe de geographie de Paris d'avoir offert 
aux gouvernements de l'Europe et de l'Amerique un 
moyen tres-simple de resoudre cette importante ques- 
tion , qui interesse non-seulement la science, mais 
l'bumanite tout enliere, et que de vainessusccptibilites 
nationales semblaient devoir eternise!'. 

SiDlLLOT, 



( 206 ) 



LETTRE DE M. JOMARD 

A M. DE LA ROQIETTK, 
Secretaire general de la Commission eeolrale <i«- la Socie'te de geographic, 

SUH LE MKME SUJET U&UDIEN OKIVBHSEl), 



MONSIEUR, 

Vous m'invitez a exprimer mon sentiment sur la 
question tant debattue du choix d'un premier meridien, 
a l'occasion de Yappel au.v gouvernements par notre 
collegue M. Sedillot; je commence a reconnailre que 
M. Sedillot a lioureusement rosolu la question en ce 
qui regarde l'objeclion liree de l'amour-propre na- 
tional. Si le probleme se reduisait a celte seule con- 
dition, savoir : que le premier meridien ne doit parlir 
d'aucune des villes capitales de l'Europe ou du reste 
du monde, et que les Europeens, les Americains, en 
un mot tout pcuple ayanl des observaloires doit re- 
noncer a la pretention de s'attribuer cet axe des lon- 
gitudes, le probleme sera resolu sans aucun doute des 
qu'on placera en pleine mer le premier meridien : il 
est manifeste, d'ailleurs, que, sous ce point de vue, 
il y a plusieurs solutions egalement admissibles. L'idee 
de s'arrfiler au point d'intersection de l'equateur ma- 
gnetique avec l'equateur terrestre est heureuse, et 
pourrait faire balancer en sa faveur, si la question 
n'avait que cette face; d'un autre cole\ il y a quelque 
cbose d'ingenieux dans un systeme qui rappelle la 
coupole d' Aiine des Arabes, sujet si bien eclairci par 
M. S&dillo.t; enfin, le meridien fixe d'apres ces don- 
nees coiuciderait presque avec la fameuse ligne de 
demarcation du pape Alexandre \ 1. 



( 207 ) 

II y a longtempa qu'on a eu la pensee d'ouvrir un 
congres de 1'Europe savante pour e^ablir l'uniformite 
dans le mode de compter les longitudes : cetle pensee 
n'a rien de trop ambiticux, puisqu'on a deja fait une 
experience analogue, et que le succes l'a couronnee. 
Si le nouveau systeme melrique a prevalu, si l'unite 1 
tiree de la grandeur de la terre est aujourd'hui adoptee 
dans toule la France, et en d'autres contrees que la 
France, en Piemont, en Espagne, et dans d'autres pays 
encore, c'est evidemment parce qu'une grande reunion 
europeenne a eu lieu en 1795 pour eel important objet; 
peu importerait le lieu ou siegerait la nouvelle assem- 
ble. 

Le colonel Jackson, 1'ancien secretaire de la Society 
royale geographique de Londres, Irouvait la chose 
Ires-possible, comme moi-meme, surlout si un homrne 
comme le baron de Humboldt la prenait sous son pa- 
tronage. On peut legitimement pariager cet espoir, 
puisque deja on s'est accorde a ne plus compter les 
longitudes de 0° a 360°, comme Gerard Mercator, et 
qu'on divise assez generalemcnt le cercle en deux moi- 
ties, l'orienlale et l'occidentale. Toutefois la Sociele 
de Londres, parlant du moins par la bouche de son 
president, W. J. Hamilton, semblerait peu favorable 
au projet de donner de l'unile aux notations geogra- 
phiques, parmi lesquelles, nalurellement, figure a l'un 
des premiers rangs le choix d'un meridien initial. Voici 
comment il s'expliquait, il y a trois ans, dans une 
assemblee publique (22 mai 1848), a propos d'une 
leltre que m'avait adressee le colonel Jackson el de 
mon memoire : « II est plus aise de signaler le mal 
w que de trouver le remede, et je crains que les efforts. 



( 208 ) 

» de ceux qui proposent de tolles mesures demeurent 
)> sleriles , jusqu'u ce que l'univers parle une seule et 
» meme langue el possede un seul sysleme monetaire.» 
C'est nous rejeter bien loin ! 

Quoi qu'il en soit, nous devons raisonnerici comme 
si la possibility de rendre la notation uniforme etait 
univei'sellement reconnue, et qu'il ne s'aglt plus que 
du choix du mode le plus paifait. Puisque Wwnntage 
d'un changement n'est conteste par personne, puisque 
tout le monde s'accorde sur ce point essentiel , com- 
ment ne pas accueillir l'idee d'un appel mix gouvcrne- 
ments des puissances civilisees P Main tenant est-il pi'e- 
ferable de compter les longitudes d'un point pris en 
pleine mer, ou d'un point choisi sur une lie ou un 
continent quelconque? C'est a cela que semble se re- 
duire la question actuelle, d'apres les reflexions qui 
precedent. 

Ainsi que je l'ai dit plus baut, un meridien passant 
a quelques degres ouest des Acores semble remplir la 
condition de ne traverser aucunc possession des puis- 
sances de I 'Europe ou de l'Amerique; par consequent, 
il ne cboquerait aucune pretention nationale : cepeu- 
dant le meme cercle meridien, considere aux anti- 
podes, passe a travers l'Australie, veritable possession 
anglaise, et a travers la Siberie, possession russe, deux 
grandes nations marilimcs dont les territoires sont en 
contact, en Amerique et bieoldt en Asie. L'Amerique, 
la France, el les autres j>uissances maritimes, seront- 
ellcs satisfaitcs par ce cboix? Gette remarque n'est pas 
une objection centre la proposition prccedente; ellc 
monlre seuleinent qu'il est difficile de trouver un 
meridien qui ne traverse pas quelque possession des 



( 209 ) 

peuples rju'il s'agit do concilier, et d'amener a uno 
resolution commune. L'ecueil auqucl il faut ecbapper 
est la pretention que s'arrogerait une eapitale quol- 
conque d'obliger toules les nations do la terre a compter 
les intervalles a partir de son propre observatoire ; 
c'est un observatoire neulre, s'il est possible, qu'il 
faudra s'altacber a trouver : or il exisle un territoire 
qui reunit les conditions du probleme dans sa gen6- 
ralile. Co n'est pas le lieu d'exposer cetle solution : 
l'impoitant est de s'accorder, d'abord, sur le principe 
m erne de la reforme el sur le moyen de elioisir des a 
present, non pas le premier meridien (ce qui est peut- 
etre premature), mais le parti a prendre, pour arriver 
a une discussion complete, impartiale, et a un resultat 
durable. Ce moyen ne peut elre qu'un congres scien- 
lifique, assemble dans une ville quelconque de 1'Eu- 
rope, comme Berlin, Berne ou Bruxelles, n'eveillant 
aucune susceplibilite. Toutefois, comme on ne peut 
pas multiplier beaucoup ces suites de reunions solen- 
nelles, il serait a desirer qu'on pro fi tat de l'occasion 
pour elablir runilormite dans les autres notations 
geograpbiques, ainsi que le colonel Jackson le deman- 
tlail jadis avec moi (1). 

Agreez, monsieur, l'assurance de mes sentimenls 
d'estime et de consideration. 

Jomard. 

(l) Je n'ai qu'une seule reinarque a faire, c'est que le premier 
meridien d'Arine e'tant pris sur I'equateur, il peut sans inconvenient 
passer auk antipodes par un coin de t'Australie ou de la Siberie, et 
que, d'un autre <:6te, le territoire neutre dont parle M. Jomard ne 
conviendrait peut-etre pas aussi bien que celui d'Arine aux peuples 
utusulmans, qui couvrent la moitic du globe. >>. 



•2IU 



LETTKE DE M. ANTOINE DABBADIE 

A M. DE I. A nOQUETTE, 
Secretaire general de la Comnii-siou central? de la Socie'tc' de ge'ogrophie , 

SCR LE MEME SCJET (MERIDIEN L'MVERSEU). 



MoN CnER COLLEGUE, 

Les critiques faites par le savant M. Sedillot contre 
la diversile des premiers meridiens sont tres-fomlees. 
Je crois me rappeler que Laplace avail propose de 
prendre pour premier meridien le plan qui resulte 
de je ne sais plus quel phenomene astronomique. 
Mais cela suppose que Ton connait les differences de 
longitude de plus d'un endroit du globe, tandis qu'il 
y en a fori peu, meme aujourd'hui, dont les distances, 
mesurees sur l'equateur, soient connues a moins de 
quinze secondes en arc. Je n'oserais meme affirmer 
que Ton sache a moins de six secondes la difference 
de longitude enlre Paris el Greenwich, ou Ton possedc 
les observatoires les plus anciens et les plus celebres. 
Avant de prendre pour premier meridien celui ou la 
declinaison de l'aiguille aimantee est nulle, il faudrait 
d'abord savoir tres-rigoureusement si cette declinaison 
n'y varierait pas dans la suite des siecles, ce que l'etat 
imparfait des theories magncliques ne nous permet 
pas de faire encore. 11 y aurait ensuite a determiner 
avec la derniere precision les differences de longitude 
enlre ce grand cercle et les meridiens de Paris ou de 
Greenwich. Enfin, il faudrait un signal quelconque 
sur ce premier meiidien, chose difficile, puisque, par 
hypolhese , il passe principalement au milieu des 
mcrs. 



( 211 ) 

Comme le grand nombre d'observatoires dans Ian- 
cien continent permet, en vertu de ces principes de 
majorile qui nous regissent, de s'en tenir au vole des 
savants de l'Europe, je prefererais le Mont-Blanc, qui 
est le point le plus eleve de nos contrees, ou bien Je- 
rusalem, contre lequel les chretiens de 1'Amerique ne 
peuvent avoir aucune objection, et dont la position 
de longitude pourrait elre determinee par plusieurs 
voyages chronomelriques et par une tres-courle trian- 
gulation; ces deux points onl au surplus ete deja pro- 
poses. Mais le Ires- grand nombre d'interets et de 
prejuges auxquels les pouples el memo les savants 
obeissent ne nous permetlra pas de realiser bienlot 
celte pierre pbilosopbale de la geographie, c'est-a-dire, 
un premier merklien accepte par loutes les nations. 
Je ne suis peut-etre pas plus exempt de ces prejuges 
que bien d aulres novateurs, et je crains meme que le 
desir d'exprimer une opinion opposee a celle de M. Se- 
dillot ne soit entre pour quelque chose dans mon era- 
pressement a donner mon avis. Je voudrais au moins 
pallier mon dissenliment par cet axiome : Du choc des 
opinions jaillit la verite (1). 

Votre devoue confrere, 

Antoine d'Abbadik. 

(i) M. d'Abbadielimite la question aux gouvernements de l'Europe; 
il exclut les Etats de 1'Amerique, de l'Asie, de l'Afrique, et en general 
tons les peuples qui professent l'islatnisme. Ce n'est done plus dun 
premier meiiJien universel qui! s'agit. 11 faudrait, selon nous, qu'un 
congies ou seraieut representees TEurope etl'Auierique prill initiative* 
et ordonnal la re'impression , avec les caracteres de to us les idiomes 
connus, de la Table des positions geugraphicjues ties principaux lieux 
du globe, que M. Daussy fail parailre dans la t'onnaissance des temps, 
en citant ses autorites, ou celle que M, le lieutenant H. Raper a jointe 



242 ; 
LETTRE 1)1 PRINCE EMMANUEL GALITZIN, 

Corrcspoildant de la Sociclc dc geographic lie Paris, 

A M. DB LA ROQUETTE, 
Secretaire ge'ue'ial dc la Commission cculrale, 

SIR LA I1RRNIKRE EXPLORATION 

DE LA REGION DK [/ALTAI. 






Saint-Pe'tersbourg, I, j8 fevrier= 12 mnrs 1 85 1 . 
aloNSIKUR ET H0N0RA1SI.E COLLKGUi:, 

Par ma lctlre du 6 = 18 Janvier dernier, j'ai en 
l'avanlage do vous faire part, en qualite de nieinbre 
correspondant de la Societe de geographic de Paris, 
des decouvertes faites dans la nicr d'Aral. Aujourd'hui 
je reprends la plume pour unc nouvelle communica- 
tion , que je crois de nature a inletesser la Societe , 
bien qu'il s'agisse cette lois d'un objet qui n'est pas 
purement geographique. Je vais, en effet, vous entrc- 
tenir des explorations accomplies en 18/|9 dans la 
region de I' Altai, pour la recherche de giseincnts me- 

.1 son excellent onvrage The practice of navigation (.')' edition ), com- 
pletees et reduites a un premier meridien syatematique; en adoptant 
celui d'Ariur, on no lencontrerait aucune opposition de la part des 
Etats musulmans, et l'application de ce premier meridien universel 
conduit ail insensiblement a l'unile de mesures cluz tons les penples. 
— Quant a la ligne uiagnciiquc, e'est justeinent parce fjnc la science 
n'a pas dit a ce sujet son dernier mol, qtt'il conviendrait d'y ratlacher 
le premier meridien geographique :ceseraitle meilleur mojen d'attirer 
l'attention sur ce probleme *-i important de la physique du globe, et 
Ton pounait signaler les variations de la ligne magnetiqae sans decli- 
naison a i'e'gard dun point fixe, cctte 1 oupole d'Arine, qui n'esi autre 
que ['umbilicus terns, fhfUftJlbf Oa'/.xsjr,.- de I'antiquite el du moyen 
age. S. 



i 2i3 ) 

lalliferes : elles ont eu pour resullal Ja decouverle im- 
portante de plusieurs riches depots de minerai d'ar- 
gent. Les details que vous allez lire ont ete puises par 
moi dans un compte rendu de ces explorations, publie 
tout recemment par l'administralion des mines de 
l'empire. 

Une expedition speciale, partagee en trois divisions, 
a ete dirigee en 18/19 vers 1'Altai, par l'administration 
superieure des mines, pour recberclier des gisements 
auriferes que Ton supposait devoir y existor. La pre- 
miere fut cbargee d'explorer les ravins et les petits 
cours d'eau qui deboucbent dans le Soenkas et dans 
1'Alzas, ainsi que les affluents de la riviere Taidona, 
qui rejoignent le Tom du cote droit. La secondc dut 
s'occuper a reconnaitre les lils des differents cours 
d'eau qui se jettent dans l'Ousa, a une petite distance 
de ses sources. L'Ousa est un autre affluent du Tom. 
Cette seconde division devait commencer ses recber- 
ches a parlir des petites rivieres dont les sources cora- 
muniquent avec la Popoutnaia. Des exploralions faite.s 
precedemtnent , dans le lit de cette derniere riviere, 
avaient procure la decouverle de sables auriferes tres- 
ricbes. Enfin , la troisieme division eut pour sa pari 
a s'occuper d'explorer les divers affluents de la 
Pestcbanaia : c'est le long de cette riviere-ci que se 
trouvent les exploitations auriferes elites de 1 'Altai , 
abandonnees depuis quelque temps. La division dut 
inspecler les lieux, pour s'assurer s'il ne conviendrait 
pas d'y entreprendre derecbef des travaux. 

M. le lieutenant Safonofl' fut mis a la lete de la pre- 
miere division; M. le lieutenant Pouzanoll", a la tete de 
la seconde; et M. le lioulenant Tatarine. ;'i la tele de la 
i. M*r«s. 2. IT) 



( m 

troisi^me. Cos trois officiers, ainsi que ccux dont il 
sera fait mention plus loin . apparthmnent tons au 
corps des ingenieurs des mines. 

Les petites rivieres de Soenzas, de Baenzas et d'Azas 
ont leur point de depart dans les parties elevees des 
monts Allataou. Celui de leurs versants le long du- 
quel ces cours d'eau descendent vers le Taidone se 
compose principalement de calcaire , qui, plus haul, 
fait place au granit, a la syenite et au porphyre vert. 
Outre ces differentes roches, on y rencontre encore du 
porphyre noir (melaphyre), qui, en certains endroits, 
forme a lui seul des pitons remarquables par leur ele- 
vation, qui dominent les alentours. M. Safonoff a opere 
des sondages dans les Jits de dix-huit petites rivieres 
ou sources. Parmi les premieres, il s'est assure que les 
sables de la Vodopadnaia renfermaient de 24 a 56 
parties d'or sur 100 pouds (a raison de 16 k,l ,37 par 
poud ) de sable. Ceci n'a pas ele une decouverle , car 
on savait auparavanl meme qu'il existait de Tor dans 
le lit de celte rhiere, qui debouche du cote gauche 
dans le Bornzas, apres avoir traverse les terrains cal- 
caires et schisto-argileux recelant Tor. La couche au- 
rifere repose a une profondeur de 2 et 3 sagenes (a 
raison de 2 U, ,13 par sagenu), et elle a une epaisseur de 
1 a 2 archines (a raison de m ,71 par archine). L'ine- 
galite qui a preside au depot des parcelles d'or dans 
les sables est cause qu'on n'a pu en apprecier conve- 
nablement la richesse. 

M. Pouzanoff a pratique des sondages vers les sources 
de l'Ousa, de la petite riviere de Bazane, son tribu- 
taire, et de trois ruisseaux qui s'y jettcnt. 11 a reconnu 
que les montagnes qui encaissenl le Bazane sont for- 



( 215 ) 

mees de syenite, de pierre verle (zeleny-kamene), et 
de calcaire siliceux. Mais d'ailieurs les rechcrches 
auxqueljes cet ingenieur s'est livre n'ont amene que la 
rencontre d'indices accusant la presence de lor. 

Le premier affluent remarquable que 1 Ob recoit du 
cote gaucbe, apres la formation du fleuve par la reu- 
nion de la Bia et de la Katouma, est la Pestcbanaia. 
Cette riviere prend sa source dans la cbaine de nion- 
tagnes connues sous le nom de monts Bacbalaksk et 
Anouisk, qui se dressent sur la rive droite de la Tcha- 
richa. Plusieurs cours d'eau, du cote droit, comme du 
cote gaucbe, portent leur tribut a la Pestcbanaia. 
Parmi eux, il en est un, la Malaia-Tikbaia, dans le lit 
duquel il a ete decouvert en 1833 un ricbe depot au- 
rifere, immediatement mis en ceuvre , et abandonne 
plus tard apres epuisement suppose. G'est la 1'exploi- 
tation designee dans le pays sous le nom de lavages de 
V Altai, que les detacbements explorateurs de 18-49 
devaient soumettre a de nouvelles investigations. 

Dillerentes especes de porphyres, meles a la syenite 
et an granit, tapissent les rives de la Malaia-Tikbaia 
du cole de ses sources. Les intervalles entre ces diverses 
rocbes sont remplis par du calcaire gris lonce, qui 
plus bas fait place an scbiste argileux, et, plus bas 
encore, au scbisle lalqueux. Au dela les calcaires font 
reapparition. La coucbe aurilere observed dans le lit 
de la Malaia-Tikbaia a son point de depart a trois 
verstes de lemboucbure de cette riviere, et s'etend en 
amont l'espace d'une versle. Elle renl'erme, sur une 
etendue de trois cents sagenes, au dela de deux zolot- 
niks (a raison de A sr ,26 par zolotnik) d'or par poud 
de sable. 



"It. 

Des courses do reclicrche ont aussi eu lieu en J8/1U 
dans les environs des lavages deja en cours d'exploi- 
tatioo. Elles ont ainene la decouverte de trois depots 
auriferes distincts; a savoir : le long de la riviere Koza, 
tributaire de la Teha, qui, du cote gauche, va se jeter 
dans le Tom; le long de la riviere Bolchaia, qui de- 
bouche dans la Mrassa, du cote gauche; et enfin, a 
petite distance de 1'exploitalion aurilere de Yegoriefsk, 
dans la riviere de Souengha : ce dernier gisement re- 
pose sous une couche lorinidahle de tori", ce qui oppo- 
sera sans douto des difticulles serieuses a l'extraction. 
Les explorations qui ont eu lieu a portee des lavages 
dits d'Ouspensk viennent clore la liste des Iravaux ac- 
complis par les divers detachemenls, en 1849, pour ce 
qui concerne l'industrie aurilere. Ces dernieres inves- 
tigations ont conduit a la decouverte d'un depot de 
sable aurilere, occupant une etendue de 300 sagenes 
sur une epaisseur de plus d'une archine, qui repose le 
long de la Bolchaia -Salaria et de la Malaia -Salaria , 
deux rivieres de la contree. 

II me reste a vous parler, monsieur et honorahle 
collegue, des tentatives qui ont ete faites dans le cou- 
rant de la campagne de 18/i9, pour rechercher des 
giscinents miniers proprement dits; tentatives signa- 
lees par la belle decouverte, due a M. lingenieur Po- 
retsky, qui, com roe vous le verrez bientot, a eu la 
bonne fortune de meltre la main sur tin riche lilon de 
mineral argentifere. 

Parmi les ingenieurs specialement charges d'explo- 
rer la contree, a Teffet d'y rechercher des gisements 
de nn'tanx imtri'S que lor. M. Boulitrh dot diriger sps 



( »7 ) 

investigations le long tie la rive gauche tie 1'Ouba, a 
parlir de l'endroit mi la Tchernaia-Ouba se reunit a la 
Belaia-Ouba, et jusqu'au point ou 1'Oubienka s'y jelte. 
En meme lemps il dut s'apphquer a soumettre a des 
rechercbes nouvelles le gisement metallifere, reconnu 
en J 8^8, au bord de la petite riviere de Sakmarikb. 
L'espace ou cet ingenieur executa ses courses d'inves- 
tigation est couipris entie le Tigbirensk et le Kor- 
gbousk, deux formidables montagnes de granit, dont 
les cimes elevees sont couvertes de neiges eternelles. 
M. le lieutenant Boulilch reconnut que le gisement 
rencontre en 1848 se compose d'ocres renfermant un 
peu moins d'un zolotnik d'argent par poud de minerai, 
qu'il prend son point de depart a une soixantaine de 
sagenes au-dessus de l'emboucbure du Sakmarikh, et 
que son epaisseur est de trois quarts de sagene. A part 
ca, le detachement dirige par lui n'a decouvert aucun 
gisement nouveau. 

M. 1 'ingenieur Vlangbal eut pour sa part a explorer 
les parties du steppe des Kirgbises, limitropbes de la 
contree elite de Zmeinogorsk. II se mit en route, a la 
tete d'un detacbement de mineurs, dans les premiers 
jours du inois de juillet 1849. Grace a 1'activite de 
l'ofTicier commandant, le detachement est venu a bout 
d'accomplir l'exploration de toute la region situee le 
long de l'lrticbe, depuis la frontiere cbinoise (e'est-a- 
dire a parlir du point on le ^aricb deboucbe dans Y\v- 
ticbe) jusqu'a la ville d'Oust-Kamenogorsk. La portion 
du pays parcourue a pour bornes : l'lrticbe a l'e*^ et 
au nonl, la route de Kokbektinsk a Oust-Kamenogorsk 
a Youest, et la plaine a tea vers laquelle le Bokop coule 
vers lMrtiobr> au s/ir/. Beaucoup de gisements de sables 



( 218 

aurit'eres et quelques indices de mines de cuivre out 
ele les resullals obtenus par ces courses prolonged; 
en outre, M. \ langhal a rnpporle" une carte de la con- 
tree, qu'il a eu soin de dresser chemin faisant. 

Parmi les difle rents ingenieurs qui se sonl occupeg, 
pendant la oampagne de 1849, a recherclier des gise- 
menls metallilcres aux environs des lavages d'or en 
exploitation, c'est M. le lieutenant Poretsky, deja cile\ 
qui a <>n la meilleure chance. C'est dans l'arrondisse- 
ment Zmeinogorsk , non loin de l'exploitation de S6- 
m<movskv, et a quatre verstes du village de Kamenka, 
au sein d'une montagne ou se trouve situ6 le lavage dit 
de Smirnoff, que M. Poretsky a rencontre une veine 
mitallifere fort abondante. Le minerai soumis a l'ana- 
lyse a 6le reconnu contenir un zolotnik et demi d'ar- 
gent pur et de 8 a 26 livres (la livre russe equivaut a 
kil ,40) de plomb par poud de minerai. L'exploration 
du filon se poursuit. 

Plusieurs veines de minerai d'argent ont en outre 
ete reconnues non loin de la mine dite de Ridersk. 
Toutes sont situees dans une cbaine de montagnes ou 
deja plusieurs lavages d'or sont en cours d'exploita- 
tion, el ou plusieurs mines sont ouvertes. Le gisement 
decouvert en 1849 se compose d'une coucbe, elendue 
a fleur de terre, qui renferme de a 48 zolotniks d'ar- 
gent par pond de minerai. II a ele rencontre aussi dans 
la mine de Sokolny, de niveau avcc une galerie d'ecou- 
lenient qui y a ete pratiquee, un autre gisement de 
minerai argentifere , qui occupe en longueur pres de 
25 sagenes. Cette coucbe, eu dgard a son 6paisseur 
( 10 scenes), est supposee devoir renfermer pres de 
vinn cents poude d argent. 



( 219 ) 

Plusieurs recherches partielles de gisenients metal- 
liferes ont aussi eu lieu en 1 8/i9, savoir : dans l'arron- 
dissement de Rolivansk , dans l'arrondissement de 
Zmeinogorsk, dans l'arrondissement de Nikolsk, et 
dans celui de Zirianovsk. Un delachement de mineurs 
a parcouru les rives de la Kondoma et celles de la 
Telbesa, riviere qui se jette dans la Kondoma. Parmi 
les localites visiles pendant la campagne de 1849, et 
qui deja l'avaient ele" une premiere fois en 1848, c'est 
le sondage dit de Montabalsk, qui a offert les resullats 
les plus satisfaisants. On y a rencontre deux filons de 
quartz melange d'ocre, dont l'un s'est trouv6 renler- 
mer de |a 3 zolotniks d'argent et de 3 a 18 livres de 
plomb. Le merae delachement a decouverl, pres du 
sondage dit de Telbesky, une couche de fer magne- 
tique d'excellente qualite. Enfin, non loin de la mine 
de Salairsk, M. le lieutenant Tatarinoff a fait, a son 
tour, la decouverte d'une veine de spath pesant (ba- 
rytine), renfermant au dela d'un zolotnik d'argent: 
un autre fdon de la meme espece a ete mis a decouverl 
par lui dans une galerie d'ecoulement apparlenant a 
la mine de Salairsk. 

Tel est le resume" de l'article publie par le departe- 
ment des mines. J'eusse pu abreger sans doute; mais 
la question des metaux pi ecieux etant a l'ordre du jour 
parlout, depuis les revelations l'ailes par la Californie, 
je me suis cru tenu a n'omettre aucune particularity 
de quelque interet. 

Vous connaissez, monsieur et honorable collegue , 
mes scntimenls d'eslime et de tres-parfaite conside- 
ration, be prince Emmanuel Gujtziis. 



320 
EXPLORATIONS DE LA NOUVELLE-ZEMBLE 

PAH LES NAVIGATEURS RUSSES. 



La Nouvelle-Zemble, que les Russes nomraent 
Novaia Zemblia, ou Terre-Neuve, grancle lie de I'ocean 
Glacial arctique , decouverte, suivanl eux, au com- 
mencement du xvi e siecle par des arunateurs de leur 
nation ; el, suivant d'autres, a la fin du meine siecle (1) 
paries Hollanclais, n'a ete guere connue pendant tres- 
longtemps que par des carles fort defeclueuses, pu- 
bliees par ces derniers, qui n'avaient visile que la 
partie occidentale. 

En 1768 et 1769, on voit parailre les premieres des- 
criptions fades par les Russes. A cette epoque, le pi- 
lole Rosmissloff decrit pour la premiere fois le detroit 
de Malosclikine-Char, qui forme, de la Nouvelle- 

(i) On a suppose, sans que cetie supposition repose surla moindre 
certitude, que sir llu^h Wdloughliy, uavigateur anglais, <jui peril si 
miserablement dans Its glacis, avail, en 1553, atterria la Nouvelle- 
Zemble en cberchant un passage au Cathay par le nord-est. Forster, 
il.ms son Histoire des decouvertes et des voyages dans le Nord, presente 
ce pretendu fait sous la forme du doute. u Peut elre cette lerre eiait- 
elle \* cote de la Nouvelle-Zemble. » Ce sont ses expressions. Suivanl 
les Hollanclais, elle aurait ete decouverte en 1 5g4 par Guillaume 
Barcntz ou Barentzen. La Vraic description des trois voyayes de mer 
tresadmirables, etc., etc., petit in-folio, iiiipriinc a Amsterdam vers 
1G16, reimpritne a Paris en 1610, in-8°, et qui aurait para aupara- 
vaut en latin sous le litre de Diarium nauticutn , seu Descriptio navi- 
qationum Holland orum et Zelandorum ad septeiitrionem, a Get: de 
Vera, Amstelod., 1I98, in-fol , I'altribue a Gerard de Veer; et ce 
serait l' Anglais Hudson qui laurait faitc en 1(107, s ' ' on s en I'apporte 
in meme Fooler. >\ A \\ cite. 



( 221 ) 
Zemble, deux lies bien distinctes; el une petite partie 
de la cote orientale de l'lle au nord du detroit. En 1807, 
un autre pilote, norame Pospeloff, et, en 1819, le lieu- 
tenant Lazareff, explorent la coto sud-ouest. Mais ces 
descriptions, qui n'embrassaient qu'une petite etendue 
des cotes, elaient en meme temps peu exactes. L'ex- 
pedition du capitaine Liitke , de 1821 a 1825, fut la 
premiere qui donna une juste connaissance de la cole 
occidental; cette cote, depuis le detroit au sud , ap- 
pele Karskia-Vorota ( portes de Kara), Jusqu'au cap 
Nassau, au nord, fut decrite avec precision. En 1832 
et 1833, une expedition, entreprise par des particu- 
liers , Brandt et Klokoff, et commandee par le sous- 
lieutenanl Pachtoussoff, fit une description de la cote 
orientale de l'lle jusqu'au detroit de Matoschkine- 
Schar. En 1834 et 1835, le meme Pachtoussoff con- 
tinua , par ordre du gouvernement , le leve et la 
description de la cote orientale jusqu'a la pointe sep- 
lentrionale de Pile de Pachtoussoff, situee sous le 7/i° 
24' 18" de latitude nord. De la on fixa de visit, au nord- 
est, la situation de quelques lies et des principaux 
promontoires ; le cap le plus eloigne, a /i0 verstes de 
Pile de Pachtoussoff , fut nominee Miss Dalniy (cap 
eloigne). Les excursions des enseignes Tzivolka et 
Moisseieff n'ont servi (1837 a 1839) <|ii'a explorer en 
detail la cote occidentale de la Nouvelle -Zemble. La 
cote septentrionaje, a Pesl du cap Nassau, n'est connue 
jusqu'a present que par le voyage de Barentz, qui fait 
continuer cette cote a une distance de 5 degres a Pest 
du cap Nassau. Selon Barenlz, elle tourne au sud-est a 
partir du cap Jelania; et au cap Flissing, elle se dirige 
vers le sud-ouest. Quant a la cole orientale, nos con- 



( 222 ) 

naissances so burnetii aux notions fouinies par 
PaebtoussofT, c'est- a-dite qu'elles s'arretent an cap 
Dainty. 

Cependant, en 1835, le inarchand Issakofl', etant 
arrive avec son batiment aux iles Pankratieff, qui se 
trouvenl non loin du cap Nassau (1), au sud-ouest; el 
ayant trouve la mer libre de glace (au raois d'aout), 
conlinua sa route au nurd-ost, a plus de cent verstes 
des lies susmentionnees : « A cette distance, disait-il, la 
cote tuurne brusquement vers le sud-ouest (2), el Ion 
voit a Test beaucoup de petites iles. » Par consequent, 
si Ton s'en rapporle a la version d'lssakotf, il laut ad- 
mettre : ou bien qu'il a atteint le cap Jelania, et dans 
ce cas ledit cap doit elre bien plus rapproebe des iles 
Pankratieff que ne le presenle la carte de Lutke, basee 
sur les assertions de Barentz; ou bien que la parlie 
septentrionale de la Nouvelle-Zeinble, au dela du cap 
Nassau, est traversee par de larges bras de mer. Dans 
l'une et l'autre supposition, la region nord-est de 1'lle 
reste enigmatique (3). 

(i) D'apres la carte dela Nouvelle-Zemble de Zivolska, les iles 
Pankratieff sembleraient etre a \ degres environ du cap Nassau. 

(a) La carle citee dans la note precedente semble donner une autre 
direction a cette partie de la cote. 

(3) En 1 83H, M. le professeur von Baer, tnembre <le I'Academie des 
sciences de Saint-Pe'tcrsboui -g , a fait a cette compagnie plusieurs 
. oinmmiii ltions -ur les dernierrs . xprditions des Uusses a Pile ou 
pluiot aux iles de la Nouvelle ZcinU. '■■ Sea Memoires, publics avec 
une carte, ont etc donnes en abrege, d'apres le Bulletin de l'Aca- 
demie des sciences de Saint-Pet ersbourg, dans le Journal of the Royal 
geographical Society of London, t. VIII, p. 4 » I, et dans les Xouvelles 
.lunula </<■« voyages, 3* seric, I. XIV. p. 1 29. Le prehrii rdeces recueils 
if|)i<(diiii l.i carta do M. von P. hi mi pltitAl du pilele Kwlsfc*. 



( 223 ) 

Un vif disir de completer les reconnaissances de ses 
devanciers determinerent, en 18A9, un officier de la 
marine impiriale de Russie, M. le capitaine de frigate 
P. de Krusenstern, fils du celebre navigateur de ce nora 
qui, le premier de sa nation, ait fail le tour du monde 
(de!803 a 1806), a entreprendre, entierement a ses 
frais, une expedition vers ces regions glacees, en dou- 
blant, s'il elait possible, la pointe nord-est de l'tle. II 
n'avait point seulement pour but de faire des de"cou- 
vertes, niaisil £tait aussi et principalement amine" par 
le de"sir d'etre utile a sa patrie. 

Ayant visite", en 1843, la contree qu'arrose la Pet- 
chora, et parcouru les immenses forfils, si ricbes en 
me"leze, qui croissent sur les bords de celte riviere, il 
avait remarque que, faute de debouches, ce bois, si 
pre" cieux pour les constructions navales, perit sans au- 
cune utilite" , et des lors il avait congu le projet d'en faire 
profiler le port d'Arkhangel. 

« Comme la Petchora, dit M. de Krusenstern dans 
une note qu'il a fait insurer dans la Gazette du gouver- 
nemenl d'Arkhangel, n'a aucune communication avec 
les bassins de la Mezene et de la Vytchegda, il n'y avait 
pas d'autre moyen que de faire descendre les bois par 
la Petcbora jusqu'ala mer, pour les transporter ensuite 
a l'emboucbure de la Dwina. Mais 1'embouchure de la 
Petcbora offre de graves difficultes en raison du peu 
de profondeur de son cbenal, qui d'ailleurs change 
chaque annee, a l'£poque des crues du printemps. 

» Dans la vue de rechercber une communication 
plus facile entre la Petcbora et la mer, et d'explorer 
en memo temps la cote orientale de la mer de Kara, 
afin d'ouvrir de nouvelles \oies a l'industrie navale, je 



( 244 ) 

lis construire a eel ell'et le schooner Yermak, dans le 
district de Kein. 

» Par suite de diverses circonstances, le Yermak ne 
put arriver avant la fin de juin a Arkhangel, ou les ar- 
rangements definitifs a fa ire a son hord durerent jus- 
qu'au 18 juillet ; quand tout futpret, les vents con traires 
me retinrent encore plusieurs jours, et le22seulement, 
a minuit, je pus lever l'ancre; le lendemain, a huit 
heures du matin, je debouquais en mer. 

)> Pendant les premiers jours, uncalme et la faiblessc 
du vent retarderent ma marche; mais.en atteignant les 
Trois-Iles, je rencontrai un vent contraire violent. Le 
30 juillet, je doublai le cap Kanine, connu , chez les 
marins de Mezene , sous le nom de Tonkiii-Nose (cap 
etroit). 

» Le 9 aout, j'entrai, non sans difficulte, dans l'em- 
bouchure de l'lndiga, qui est separe de la mer par 
une barre, comme celle de la Dwina. Apres avoir leve 
le plan de l'embouehure et fait des observations sur la 
maree, le 12 aout, je remontai l'lndiga, pour alter 
a la recbercbe de quelque nouvelle communication 
entre cette riviere et la Soinia , un des affluents de la 
Pelchora. 

» La saison avancee ne permit pas de rester, pass6 le 
20 aout, dans la Toundra Timansk.iia, qu'arrose l'ln- 
diga; le 22, j'arrivai a bord du scbooner, et consacrai 
plusieurs jours aux Iravaux de sondage et de levee que 
je terminal le28au soir, me proposant de lever l'ancre 
le lendemain matin, a l'heure de la maree montante. 
Mais le vent d'esl, qui soufflait alors, se cbangea pen- 
dant la nuit en une veritable tempcle, et sauta au sud- 
est, puis an nord-ouest, et la bourrasquccontinua jus- 



qu'au 16 seplembre, accompagnee de grele el de neige ; 
le tbrrmometre lomba au-dessous de zero. 

» Apres un calme de vingt-quatre beures, il s'eleva 
un leger vent favorable ; je levai l'ancre aussitot ; mais 
j'avais a peine fait un mille (d'ltalie), que le vent sauta 
derechef au sud-ouest, et que me trouvant encore au- 
dedans de la barre, je fus oblige de jeter l'ancre. Le 
vent fralcbit de nouveau, passant au nord-ouest. Les 
gelees devenaient plus intenses, el des glacons netar- 
derent pas a se monlrer sur la riviere. L'Indiga fut 
enlierement prise par les glaces, au-dessus de son em- 
boucbure, le 20 septembre; et comme le vent soul'flait 
conslamment du nord, il fallait penser a riiivernage. 
Le 8 oclobre, lorsque la glace se fut tout a fait raffer- 
mie, je quittai l'lndiga, et apres un voyage de deux 
semaines a traversla Toundra, j'arrivai le 25 a Mezene, 
d'ou je parlis pour Arkbangel. Tandis que je traversais 
la Toundra, j'avais eu constamment des gelees de 16 & 
18 degres. » 

On voit que, dans cette premiere expedition, M. de 
Krusenstern s'est borne a explorer les parages de l'ln- 
diga, riviere qui debouclie dans la mer Glaciate. Dans 
l'ete de 1851 , eel ofiicier doit reprendre le cours de son 
voyage, ou plutot commencer son exploration de la 
Nouvelle-Zemble , dont son expedition actuelle n'est 
(jue le prelude; toul fait esperer qu'a son retour il sera 
possible de dresser une carte exacle de celte ile et de 
ses environs. 

Nous nous empresserons de publier les resultats 
qu'aura obtenus M. de Krusenstern ; nous avons l'as- 
surance qu'ils nous leront communiques, comme ceux 
(pie nous donnons en ce moment, par M. Dm. Lon- 



( ">2H ) 

uuinoff. au nom de la Societe imperiale russe de geo- 
graphic, dont nous avons a reconnaltre de nouveau la 
bienveillante confraternity. 

De la Roquettk. 



SUR LES 

DETERMINATIONS D'ARCS DL MKRIDIEN 
TERRESTRE 

ET LES 

MESURES DE SUPERFICIE DES ARABES. 



Lettre de M. Sedillot a M. de la Roquette, secretaire general 
de la Commission centrale. 

MoNSlEUB, 

Dans votre article sur les mesures d'arcs de meri- 
dien (1) [Bulletin de la Societe, novembre 1850, p. 363), 
vous rappelez les determinations d'Aristote, d'Lra- 
tosthene et de Posidonius, cpui donnaient a la terre 

(i) J'ai donne, il est vrai, 1'idc'e et le canevas de cet article et j'ai 
coopere a sa redaction; inais je dois declarer, pour rendic hommage 
a la ve'rite, qu'une partie des recherches et de la redaction est due a 
un membre foit instruit de la Commission centrale, qui a desire que 
son nom ne fi'it pas cite. S'il y a des erreurs ou des lacunes, elles sont 
tres-probabbnient de mon fail jj'en accepte la responsabilite. Je dtrai 
a cette occasion que je suis pret, comme je le serai toujours, dans des 
cas semblables, a faire t'onnaitre a nos lecteurs les critiques et les 
rectifications qui me seraient adressces, de quelque part qu'elles vien- 
nent, et meme que je les appelle. Ce principe d'impartialitesans limiic 
est egalement adopte par mes colle(;ues ilu Bulletin. D« I A R. 



( m ) 

400 000, 252 000 et 240 000 stades d'etendue; M. le 
docteur Ludw. Ottinger, dans un recent opuscule dont 
nous devons la communication a M. le professeur 
Chasles [Die Vorstellungen der alien Griechen unci Romer 
iiber die Erde als Himmels-Korper, Freiburg, 1850), 
confirme vos deux premieres evaluations, mais il reduit 
la troisieme a 180 000 stades... 180 000^^ = 4 492 
milles allemands. C'est la mesure adoptee, du reste , 
par Ptolemee; celle que M. Ottinger attribue a Archi- 
mede est de 300 000 stades (1). 

Quant aux Arabes, quelques observations sont n6- 
cessaires : le Khalife Almamoun avait ordonne, en 
effet, qu'en l'annee 830, un degre du meridien fut 
mesure avec plus de precision que ne l'avaient fait les 
anciens (2). En consequence, Send-ben-Ali et Khaled- 
ben-Abdal-Melekserendirentdans laplaine de Singiar, 
accompagnes d'Ali-ben-Isa et d'Ali-ben-Albabtari; et 
tandis que ceux-ci se dirigeaient vers le sud, ils mar- 
cherent de leur cote vers le nord , jusqu'a ce que la 
hauteur du pole eut varie d'un degre; les uns trouve- 
rent pour la valeur du degre terrestre 57 milles, les 
autres 56 milles un quart, chaque mille contenant 
4000 coudees noires; mais celte mesure offre la 
meme incertitude que celle d'Eratosthene , relative- 
ment a la longueur du module dont on fit usage. 
Laplace (3) trouve 200 500 coudees noires : on doit 
porter ce nombre a 228 000, si Ton adopte la mesure 

(i) Cf. Letronne, Recherclies sur les fragments d'Hdron (CAlexan- 
drie. Paris, i85i, p. 14. 

(2) Golius in Alferganum, p. 72. — About -Pharape, Hist. Dyn. t 
p. 164. 

(3) Pr^ris de I'histoire de I'astronomie, p. 57. 



, a»8 ) 

de Send-ben-Ali el tie Khaled , on 225 000, si Ton 
adopte celle d'Ali-ben-Isa el d'Albablari. Montucla, 
en donnant pour resullal 56 inilles ct 56 milles deux 
tiers, discute d'une maniere fort judicieuse quel de- 
gre de confiance on doit accorder a cette determina- 
tion (1). La question principale est de savoir ce qu'il 
faul entendre par coudee noire ct quelle etait la valeur 
exacte du mille arabe. Vous faites connaitre a ce sujet, 
Monsieur, les di verses opinions de nos devancicrs 
[Bulletin de la Societe , septeinbrc 1S50, p. 213); 
j'ajouterai seulement a voire expose que V Annuaire dn 
Bureau des longitudes (1851, p. 73) fixe en kilometres 
a 196A le mille des Aiabes. Vous dites qu'il existait 
chez eux trois especes de cqudees differentes; on s'ac- 
corde , en eftet, a distinguer celle qu'on appellc la 
coudee a la main ou la main juste de 'l!\ doigts, la 
coudee malekite ou hascbemite de 32 doigts, et enlin 
Ja coudee noire de 27 doigls, prise sur Je bras d'un 
eunuque noir attache a la personne d'Almamoun. 
Cependant nous trouvons dans le manuscrit arabe de 
la Bibliotbeque nalionale , n° 1106, ancien fonds, di- 
vers renseignemenls que nous ne devons pas negliger ; 
1'auteur compte huh especes de coudees, au lieu de 
trois admises ju.squ'a present (2). 

1° La coudee a la main ou coudee FedhiaH, appelee 
aussi coudee du Dawer, de 2/i doigls, dont l'usage fut 

(i) Histoiie ties mathhnatiques, t. 1, ]>. U/ij. — Voyez aussi noire 
Introduction aux Tables d "Olouy-Iiei/, p. /(8; et Delambre, Astro- 
nomic du moyen age, p. 2. 

(2) Voyf-zM. Remand, Introduction it la Geographic d'Aboulfcda, 
p. cci.xiv. et suiv. — Lelewel, Cartes de (jropraphie du moyen aye, 1. 1, 
p. 17. 



( 229 ) 

introduil, au temps de Raschid, par lc cadhi Ebn-AI>i- 
Lt-yola, et dont on se servait a Kelwadza, ville de la 
Babylonie. 

2° La coudee lousefiah, employee pour la premiere 
fois a Bagdad par le cadhi Abou-Iousef (plus petite 
que la coudee noire des f du seplieme). 

3° La coudee Saourld, ou coudee noire, attribute par 
les uns a Raschid et a Almanzor; selon les autres, a 
Almamoun, et que Ton fait, tantot de 27 doigts, tantot 
de 25 doigts f, c'est-a-dire d'un doigt et deux tiers de 
doigt plus longue que la coudee a la main. 

h La coudee Haschemiali, ou petite coudee Hasche- 
mite, qui elait plus longue que la coudee Saoudd de 
2 doigts et * de doigt. 

5° La coudee Belaliah, semblablc a la precedente, et 
employee par les habitants de Bassora : elle avail el6 
proposed par Belal-ben-Abi-Ziadeh. 

6° La coudee Meleki , coudee royale ou AlHas- 
cIiemiah-al-K hodra, grande coudee Haschemite, qu'Al- 
manzor avait ainsi dehommee, et qui avail 5 doigts | de 
plus que la coudee noire, c'est-a-dire 32 doigts |, en 
supposant que celle-ci en eut 27 : on l'appelait Meleki 
du temps d'Abdelmelek-ben-Merwan, et elle elait en 
usage sous le nom de coudee Ziad'iafi. 

7° La coudee Omariah, dont on se servait au temps 
des khalifes Omar-ben-Khetab et Olhman-ben-Hali", 
successeurs d'Aboubekre, el qui etait d'environ (5 Cab- 
dhahs ou poignees; en somme, de 2/j doigts. 

8° Enfin , la coudee Mizan'tah, qui comprenait 
12 Cabdhahs ou poignees, c'est-a-dire AS doigts, et 
qu'on rapporte au regne d'Ahnamoun. 

Aboubekre-al-Raredji, le calculaleur, disait que la 
i. Mins. 3. !f> 



"M) ) 

cornice llaschenudli conlenait 8 poignees (iii ( abdkahs . 
que la poign.ee (Hail de h doigts, et le doigt de 6 grains 
d'orge : il parlait evidemment de la grande coudee 
Hasc/wni/te, ou coudee royale. 

Dans les mesures de supcrfici'e, on comptait un bab 
ou un casbah (percbe, roseau) pour six coudees; un 
aschel (corde, scha>num), pour 10 babs ou 60 coudees; 
un djerib, pour 10 aschel ou GOO coudees : 100 babs va- 
laient done un djerib. La inaniere d'employer la cou- 
dee consistait a la marquer sur la canne ou le roseau 
d'un trait noir a ses deux extremites; on prenait anssi 
un ascliir pour 1 bab, et un cafiz pour 10 babs. On 
mesurait avec Yaschel dans le Dicubehir. 

On voit par ce qui precede qu'il est bien difficile, 
au milieu des divergences des Arabes eux-memes, 
d'etablir une appreciation parfaitenaent exacte de la 
mesure e la terre , ordonnee par le kbalife Alma- 
rnoun. Ajoutcz a cela les erreurs d'interpretation aux- 
quelles donne lieu si frequemment. la lecture des ma- 
nuscrits orientaux : ainsi on trouve dans Masoudi (1) 
quo Send-ben-Ali et Rbaled fircnt leurs observations 
entreRacca et Tadmor, tandis que M.Caussin a nomine, 
d'apres Ebn-Jounis (2), Tadmor et // am (a, qu'il croit 
etre Apamee ; niais la ville dont il s'agit devait se trouver 
sur le meridien de Tadmor, a un degre de distance au 
nord ou au sud ; et Apamee de Syrie. se trouve a pres 
de deux elegies a l'ouesl de Tadmor. En raisonnanl 
d'apres rorlbograpbe du mot, au lieu de consulter la 
position geograpbique du lieu, on s'expose a des me- 

(i) Notices et extreits det manmcritf, t, I. p, "> i el 52, 

• i Kin linirti*;. |i. Rf>. 



( 23 J ) 

prises inevitables ; le nom est d'ailleurs ectil de telle 
sorte qu'on peut lire // aset, lieu proche de Racca, qui 
satisfait aux conditions exigees. 

SfiDILLOT. 



R£SUM£ SUCCINCT 



VOYAGE EN AFRIQUE DE M. DESCAYRAC, 

MEMBRE DE LA SOCIETE DE GEOGRAPHIE. 

Arrive depuis peu de jours du Soudan oriental, j'ai 
l'honneur de soumettre a la Societe de geographie le 
resume succinct de mon dernier voyage en Afrique. 

Ayant quitte le Caire dans les premiers jours d'oc- 
tobre 18i9, je me rondis par barque, en un mois el 
demi, a Wadi-Halfa, oil je fis l'acquisilion des droma- 
daires (1) de selle et de bat dont j'avais besoin pour 
continuer ma route. M'ecartant alors un peu du Nil, 
je suivis, a quelque distance, la rive droite de ce fleuve, 
que je traversal apres douze journees de marche, pour 
descendre a Dongola (2), ville dont la fondation est 
peu ancienne, cbef-lieu actuel de la moudherie si vaste 
de Dongola et Berber, qui fait partie du gouvemement 
general dont le siege est a Khartoum. 

(i) Les Kuropeens, en Egypte, donnent le noni de dromadnire au 
dromadaire dresse pouretre uionte (hadjin) ; mais, dans son acceptjop 
veritable, le mot dromadaire indique le chameau a tine bosse, le seul 
qui enisle en Afriqne, le Camelus Droinedariits, L. 

(2) On ne doit pas eonfondre cede ville avee Dongolg el-Adjoni, 
qui n'oflre plus qn'un amas de mines peu intcressaiites. et est pl.o . i 
SUi la rive droite du Hcuve. nit slid ile la nonvelle rite 



Apres un sejoor de deux mois environ a Dongola, je 
quiltai celle ville a la tele d'une caravane de deux cents 
chameaux et de ceul quatre-vingls liomiues, qui se 
ilirigeait sur le Kordofan, pour y ^changer, contre des 
osclaves, de l'ivoire et de la gomme, Ies produits ma- 
nufactures de I'Europe el de I'Fgypte. Je m'arretai aux 
puits de Om-Bellila, Ouay, Djebel-ahd-el-Hadi (Djebcl- 
Haraza), au lac de Kay mar, an ullage de Bara, suivis 
quelquc temps , pendant ce voyage , par une troupe 
(goum) des Arabes Beni -Djerar. Nous ne fumes ce- 
pendant pas attaqnes. Moins heureux que nous, il y 
a deux ans, une caravane, qui complait deux cents 
homines, fut taillee en pieces an puits de Ouay par des 
Arabes venus du Dar-Four. In danger non moins grand 
nous menaca cependant a ce puits : nous n'y trou- 
vames d'eau que la quantity que nous consommions 
dans une journec, et le puils du Djebel-ahd-el-Hadi 
etait a cinq jours de marche. 11 n'y avait pas de temps 
a perdre. Je reduisis les rations de moitie, et, triom- 
plianl de la fatigue des chameaux, j'eus le bonheur 
d'atleindre, apres une marche de soixante heures, 
l'etape que la soil* nous faisait lant desirer. 

Dix-huit jours de marche m'avaient conduit a Lo- 
beid [1). J'y passai qnelques semaines, et je fis une 
excursion a Dar-Hammar, sur la fron iere du Dar-Four 
et aux montagncs de Taggele. L'arm^e faisait une r'azia 
sur les Arahes Baggara , qui depuis longtemps refu- 
saient l'iinpot. 

(l) Dans le divan, les employes ecrivent Lbbeid (A^-j j). Ce mol 
ne siguitie rien. El-Obeid et Kl-Abeid gignifieraienl le petit blanc et 
le petit esc.lave. Bir-el-Abei.l, le puits du petit esrlaue ( decouvert par 
le petit e-rlave). 



( "233 ) 

Le voyage <iu Dar-Four n'est pas aujourd'but tres- 
dangereux; maislamefiance inspiree par lesTurcsy est 
tres-grande, et tous les blancs passe nt dans le Soudan 
pour des Turcs. II y a deux ans, un Francais, ancien 
soldat et tout a fait illettre, penetra a Caube, persuade 
qu'il y ferait fortune. Le sultan Hosseyn-Ouad-Fadel(l) 
lui fit donner deux droraadaires, et lui intiina I'ordre 
de quitter sur-le-champ le pays. 

Hosseyn, du reste, a fait mettre en liberte un noir 
du nora d'Abd-el-Kerim , auquel l'Angleterre avait 
confie une mission proportionnee, je suppose, an 
degre de ses connaissances, et que le sultan Fadel 
avait fait transporter aux mines de cuivre. 

Je me rendis en dix jours de Lobeid a Kbartoum. 
Une erreur de mon guide nous fit perdre la route pen- 
dant trente beures, et nous fit cruellement eprouver la 
soif. La temperature etait excessive; le tbermometre, 
qui d'ordinaire marquait 45°, s'eleva, par les vents du 
Desert, a 49°, 8; le sable, a ' m ,l de profondeur, elevait 
le thermometre a plus de 60°. 

Je rencontrai a Kbartoum doin Ignace Knoblecher, 
superieur de la mission apo;tolique. II venait de re- 
monter le fleuve Blanc jusqne sous le A e degre de lati- 
tude nord. S'etant trouv£ sous ce parallele en Janvier, 
il avait reconnu que le fleuve commencait a cioitre ; et 
comme il ne tombe en decembre et Janvier de pluies 
qu'au sud de 1'equateur, il ressurlirait de ce simple 
fait, ce qu'un savant illustre a deja pressenli, a savoir : 
que le Nil prend sa source dans l'bemispbere austral, 



(i) Pour Ouallad, contraction usitee dans le Soudan. An Caire, on 
'tirait Hosse*n-ibn-Fadcl. 



( 23A ) 

et peut-etre, coinine le disent les gens de Zanzibar, 
dans ce lac situe a quinzo journees a l'ouest de leur 
ile, et a peu preS sous le 6* degre de latitade sud. De 
Khartoum, j'ai, en dix jours, gagne Berber par la rive 
droite du Nil, et de Berber j'ai atteint en douze jours 
Souaken, on traversant le desert parcouru paries pas- 
terns nubiens, bysharas, amarer, etc. De Souaken, 
aujourd'hui dcpendance du pacbalik des villes saintes, 
une barque m'a conduit a Djedda, d'ou j'ai regagne 
l'Egypte par Coselr. Ma connaissance de la langue 
arabe et des usages de ces contrees, mes relations avec 
un grand nombre de kbabirs (guides), de gellabs 
(marchands d'esclaves), et surtout de takrouris ( pe- 
lerius noirs), m'ont perinis de recueillir, pendant ce 
voyage, de nombreux ilineraires et des renseigne- 
lmnts precieux sur les principaux Etats du Soudan, 
sur leur situation politique et leur mouvement com- 
mercial. 

J'ai fait egalement quelques observations de meteo- 
rologie et de geographie physique. Je n'ai releve mes 
routes que par l'estime, les bureaux de la marine 
m'ayant refuse en 18A8 les instruments qu'une com- 
mission de l'Academie des sciences m'avait fait l'hon- 
neur de demander pour moi en mon absence de 
Paris. 

Ayant deja aborde l'Afrique par plusieurs points, 
ayant visite Madagascar, les Comores, Zanzibar, le 
Maroc, lAlgerie, la regence de Tunis, le Belad-el- 
Djerid, Tripoli de Barbarie, et en dernier lieu l'Egypte, 
la Nubie, le Cordofan et le Senear, je possede un grand 
nombre d'obaervations et de notes que je me propose 
I* mpltre en ordre et de publier des qu un nouveau 



( 235 ) 

voyage, que j'entreprendrai bienlot, in'aura pertnis 
de verifier certains faits, d'acquerir quelques donnees 
nouvelles, d'etablir des lois generales, que je pourrais 
sans presomption proclamer des aujourd hui. 



LES ILES FARRALLONES 

ET LA PARTIE DE LA COTE DE CALIFORNIE COMPRISE ENTRE 
MONTEREY ET LA RIVIERE COLUMBIA. 



II resulted'un rapport adresse le 18 decembre 1850, 
par le lieutenant commandant W. P. Mac-Arthur, a 
M. le professeur A. D. Bache , surintendant general 
du Coast Survey, aux Etats-Unis, qu'il n'existe aucune 
ile proprement elite entre Monterey et l'embouchure 
de l'Oregon ou Columbia, e'est-a-dire entre 36° 35' 45" 
et 45° 50' environ de latitude nord; mais on trouve 
au large du havre de San -Francisco deux groupes de 
petits ilots dans la direction du sud-est au nord-ouest, 
separes settlement par une douzaine de milles, et 
qu'on appelle les Farrallones. Ue tous ces ilots, sept a 
peine apparaissent au-dessus des eaux ; le plus grand , 
(jui s'eleve de 150 a 200 pieds, appartient au groupe 
du sud-est; il est eloigne de 28 milles du fort qui est 
a l'entree du havre, abrite suffisamment du vent du 
nord-ouest et des coups de mer, et oflie dans sa partie 
sud-est un mouillage avec 11 brasses d'eau sur un 
fond de roche. 

Pour bien distinguer les deux groupes, il faut se 
rappeler que celui du nord-ouest presente a la vue 
Irois rochets d'une egalc grandeur a pen pres, a la 



236 ) 

distance d'un mille 1 un de lautro, et so reliant vers 
I est a un recif, qui peo4 avoir un mille d'etenduc. 

Le groupe dn sud-est forme un point de reconnais- 
sance fort important pour le port de San-Francisco, 
et il serait bon d'y elablir un phare. A un tiers de 
la distance qui les separe du continent, on trouve 
Al brasses d'eau, fond de sable el de vase; la profon- 
deur diminue ensuite graduellement, et elle n'cst, pres 
de la barre, que de 7 brasses sur un fond de sable 
dur. 

Parmi les fleuves qui existent entre San-Francisco 
et l'Oregon , on peut mentionner les rivieres Eel el 
Humboldt, qui ont a lour embouchure 9 et 18 pieds 
d'eau, mais dont les brisanls rendent l'entree peril - 
leuse; la Klamath, qui a 17 pieds d'eau, et dont le 
courant est extremement rapide; la riviere de Rogue, 
qui a 10 pieds d'eau ; le Lm/xjua, qui en a IZi; le Koives; 
et enfin la Coaquilla, qui n'est accessible qu'aux petits 
bateaux ou aux canots. La navigation de ces fleuves est 
semee d'ecueils, et il ne faudrail s'y avenlurer qu'avec 
des baliments a vapeur : M. Mac-Ailhur revient a plu- 
sieuis rej>rises sur cette opinion dans son intercssant 
rapport (1). 

S£dillot. 

(i) Get article paraitra, avec quelques developpemenis nautiques, 
dans les .Innales hyilroyraphiques, ;iuxquelles nous ('avons commu- 
nique, avec le rapport original de M. Mac-Arthur. 

De i a li. 



( ''-37 ) 
OBSERVATIONS DE M. ANTOINE D'ABBADIE 

SUR DES 

COMMUNICATIONS FAITES PAR LI? SECRETAIRE GENERAL DE LA 
COMMISSION CENTRALE DE LA SOCIETE DE GEOGRAPHIE, 

A LA SEANCE DU 7 MARS 1851, 

ET RELATIVES 

AD COURS DU NIL ET AUX LACS DE L'AFRIQLE CENTRALE. 



Dans la seance du 7 mars 1851 , M. de la Roquette, 
ayant mis sous les yeux de la Commission centrale 
quelques informations publiees dans les journaux 
anglais, et relatives aux explorations en Afrique du 
reverend pere Knobleeber et du reverend docteur Li- 
vingston, dont nous donnons ei-apres la traduction 
texludle, des observations verbales ont ete faites sur 
ces communications par MM. Jomard et Antoine d'Ab- 
badie. 

La premiere de ces communications est la lettre ci- 
apres, traduite de l'allemand dans le Times, et repro- 
duite dans d'autres journaux anglais. 

Vienne, 9 fevriei 1 i85i. 

« Comnie tout ce qui concerne les sources du Nil 
doit etre interessant pour le public anglais, je dois 
vous dire que j'ai eu aujourd'bui une enlrevue avec le 
docteur Knoblecber, vicaire general du pape dans 
I 'Afrique centrale, lequel, apres avoir passe quelques 
annees cbez les Maroniles, au monl Liban, a fonde un 
elablissement a Kbartoum, ville ou le Nil se divise en 
lleuve Bleu el en fleuve Blanc. Le reverend docteur 



( 238 

Voyagea sur ce dernier fleuve jusqu'au A 9' <le l'equa- 
teur. II agravideux foisune montagne appelSetjOgwek, 
sise a cette latitude, et vu le Nil s'etendrc vers le sud- 
ouest, jusqu'a ce qu'il ait disparu enlre deux ihohta- 
gnes. Les derniers indigenes vus par lui, c'cst-a-dire 
les negres Ban, lui apprirent qu'au dela de ces mon- 
tagnes la riviere venait directement du sud. Sous le 
parallele de h" !lb' de latitude nord, le Nil avait 200 me- 
tres de large et de 3 a 5 metres de profondeur. Le doc- 
leur Knoblecber, natif de Laibach, en Carniole, est, 
comme philologue, nn digne disciple de Mezzofanli, 
et croit que la source du Nil est au sud de l'equateur; 
cette opinion est, a ses yeux, confirmee par le fait 
que le fleuve croissait le 16 Janvier, ce qu'il considere 
comme une consequence du commencement de la 
saison pluvieuse dans los contrees situees bien plus 
loin dans le sud. Le docteur Knoblecber quitta Khar- 
toum le 13 novembre 1840, attcignit, le 16 Janvier 
1850, le pays des negres Bary, qu'il eslime a environ 
2 millions, et efTectua son retour a Khartoum le 
7 mars. Le plus grand interet regne dans le journal 
de ce voyageur entreprenant et plein d'intelligence. 
Avec une patience tout allemande, il a note, souvent 
six fois par beure, tons les cbangements dans la direc- 
tion du fleuve, la vitesse de son courant , la direction 
du vent, les caracteres de la vegetation, l'apparence 
des corps celestes, etc.; en un mot, tout ce qui peut 
interesser les savants. Nous avons vu avec le plus grand 
interet Sa Reverence remplir, d'apres les lev^s qui 
existaient dans son journal, la carte d'Afrique, publiee 
par la Society for the diffusion nf knot&ledgb. Le vova- 
getlf autrichieu situ bncdre 'In*/ les riegrefcj Barv en 



( 239 ) 

novembre procliain , car il est resolu a continuer ses 
recherches. C'est avec peine que j'ai appris que le 
docteur Knoblecher n'avait pas pu faire les frais d'un 
chronomelre avant son depart : il possedait un sex- 
tant, un thermomelre, un baromelre, etc., et la Na- 
vigation pratique de Griffin ; niais l'instrument essentiel 
manquait et lui manque encore. » 

La seconde communication est un extrait de la seance 
de la Soci^te de geographie de Londres, du 10 fevrier, 
donne dans le journal anglais V Athenwum, n° 1217, 
et congu en ces termes : 

« On commenga ce soir par deux memoires sur la 
geographie de l'Afrique. 

» Le premier faisait mention de la cataracte du fleuve 
Blanc qui arreta les progres ulterieurs de M. d'Ar- 
naud , et qu'on vient de remonter heureusement. 
L'exp^dition elait composee des missionnaires doc- 
teur Knoblecher, dom Angelo Binco ( probablement 
Vinco) et dom Emmanuel Pedemonte. Elle partit de 
Khartoum, avec sept barques, le 13 novembre 1849. 
Le lh Janvier 1850, on franchit heureusement et 
pour la premiere fois la grande cataracte, sous la 
conduile du bardi pilole Suleyman-Abou-Zaid , grace 
a un fort vent du nord. Imm^diatement au-dessus 
de la cataracte, la navigation du fleuve devint tres- 
difficile , d'abord a cause des bancs de sable, et, 
plus haut, par la presence de rochers. Au village de 
Tokiman , on s'amusa de la surprise des indigenes h 
la vue des barques et des hommes blancs. Les voya- 
geurs airiverent a Logwek le 16 Janvier, et le docteur 
Knoblecher \ gravit une haute colline de granit : de 
son sommel, on pouvait voir le Nil Blanc se dirigeanl 



( uo 

au sud-ouest, el, dans tin horizon eloigne, on pou- 
vait suivre distinetement les sommites d'une chatne 
de liautes montagnes. Sous !i° de latitude, le Nil avail 
200 yards (183 melees) de large et 2 a 3 (1"',S a 2 m ,7) 
de profondeur. 

» Dans la seconde note atricaine, le reverend doc- 
teur Lhingslon transmel, par l'intermediaire de la 
Societe des missionnaires de Londres, des informa- 
tions sur un autre grand lac situe a 150 ou 200 milles 
au nord du lac N garni, dont la decouverte, annoncee 
l'an dernier, valut au docteur Livingston le second prix 
de la Society (1). Le nouveau lac contient plusit-urs 
grandes lies, et Sebetoane, le chef bien connu , reside 
dans 1'une d'elles. Les deux lacs sont relies par le 
Teoge, qui est Line riviere d'un courant rapide. On 
dit que les riverains de ce lac sont en communication 

(i) Le noin de M. Livingston est toujour* cite seui, depuis rjuelque 
temps, lors(|ii'on parle de la decouverte du lac N'gami; it me semble 
cepeudant que M. William Cotton Oswell, et sans doute aussi M. Mur- 
ray, dont les noins sont associes au gien d.ms une leltre du president 
de la Societe j',eograpliii|ue de Londres (Journal nf the royal geogra- 
phical Society, I. XX, p. xxix), opt ailtanl de droits (pie le premier 
a Ihonneur de cette decouverte, lis voyageaient, en ettet, ensemble, 
et ensemble ils out vu le celeb re lac. C'esi M. Oswell qui a annonce 
le premier la decouverte dans une lettre adressce par lui, le 10 Jan- 
vier l85o, au capitaine Frank -Vardon, et lue a la Societe geogra- 
pliique de Londres le 8 avril suivant ( t. XX, p. 1 43 ) ; et j'ajouterai 
que, dans une relation iiueree dans les Annales de la propagation de 
la foi, earlier de Janvier l85l, n" l34, p. 20 et suiv , on trouve, a la 
suite d'une lettre de M. le vicaire apostolique Dt-vereux, datee de 
Grabam's-TowD, 20 juillet t85o, une Description du grand lac intf- 
rienr de I'Afrique, ttapres le fecit de M. Oswald, Qt'i la i.KcorvKRT 
an mots d'octobfe i^'\n- (■'(' copie ItUeralemienl le titre.'i 

n» l* r 



( m ) 

avec les complohs porlugais de la cole. M. Livingston 
avait l'intenlion de relourner sous peu vers le nord 
pour visiter ce chef. » 

Voici les remarques que ces communications si in- 
teressantes m'on! suggerees , (lit M. Antoine d'Ab- 
badie : 

« II est curieux de voir avec quelle lenteur une nou- 
velle passe quelquefois de Fiance en Angleterre, car 
le beau voyage de dom Ignace Knoblecher, mission- 
naire propagandiste , etail deja connu a Paris en 
novembre dernier, grace a la sollicitude du savant 
M. Fresnel (1). Les dimensions du fleuve Blanc, par 
h° hb' de latitude, sont des plus iuleressantes; mais il 
est a regretter qu'on n'y ait fait aucune mention de la 
vitesse superficielle, de maniere que les geograpbes 
puissenl comparer cette mesure aveccelle de M.Werne, 
dont les nombres, si j'ai bien compris sa phrase, don- 
neraient un debit d'environ 380 metres cubes par 
seconde pour l'un des bras du fleuve. On sail d'ailleurs 
qu'un peu en aval du Caire le Nil debite /|16 metres 
cubes : il ne reslerait done que 26 metres cubes pour 
les divers affluents du fleuve Blanc, y compris le fleuve 
Bleu , et surtout le Sobat, qu'on a compare, pour le 
volume, au cours d'eau principal. L'invraisemblance 
de ce resultat jette du doule sur les donnees de 
VI. Werne. 

» Quant a l'opinion du pieux el zele missionnaire 
sur le lieu des sources du Nil, la raison qu'il en donne 
ne milile pas tout a fait en sa faveur. On pourrait 

(l) Bulletin de la Soriete de t]i l o<pupliie, t. XIV, p. 3j3. 



( g*g 

meme en lirer une conclusion diametraleinenl op- 
posee; car, chezlesBary, leseaux du fleuve croissaienl 
des la mi -Janvier, tandis qu'il est noloire que, vers 
celte epoque et meme jusqu'en mars, il n'v a pas de 
crue en fcgypte : encore moins peut-on supposer que 
les eaux de ce dernier pays, qui commencent leur 
marche ascendante apres la mi-juin, peuventetre dues 
a une crue commencee par h" 9' de latitude des Jan- 
vier, c'est-a- dire six mois plus lot. Si cette derniere 
crue est regulierement persiitante, il faudra seulement 
en conclure que le fleuve des Bary n'est pas l'aflluent 
principal du Nil, et il faudrait alors cbercbercet af- 
fluent principal parmi les autres tributaires du fleuve 
Blanc. Notre venerable president vient de citer l'opi- 
nion d'un bien grand critique en fait de geographie, 
de d'Anville, qui place les sources du Nil au nord de 
l'equateur, par la raison que les crues de ce fleuve 
coincident avec les pluies etesiennes de la partie sep- 
tentrionale de la zone torride. M. Ayrton a soutenu la 
meme opinion dans le Journal de la Societe geogra- 
phique de Londres. M. Hamilton , president de cette 
assemblee, dit avec raison, a cet egard, que ce savant a 
demontre l'origine septentrionale des sources du Nil. 
Pour les inettre au sud de la ligne, il faudrait citer des 
observations locales faisant voir que les pluies etesiennes 
y predominent quand Je soleil est au nord de 1'equa- 
teur, c'esl-a- dire dans l'lu'-mispbere oppose, ce qui 
serait conlraire a tout ce que nous savons de la clima- 
tologie de notre globe. D'un autre cole, les observa- 
tions ne manquent pas pour montrer que, dans le 
bassin d'Inaria, les pluies d'ete commencent en juin, 
continuent en juillet et anrit, et sunt plus constants 



( 243 ) 
encore, cesl-ii-d'ive journa/trres, clans le mois de sep- 
tembre. C'esl ce qu'on voit clans les nombreuses ob- 
servations failes jour par jour pendant cinq annees 
de suite , et jointes a mon Memoirc sur le tonnerre en 
Ethiopie, presente a i'Academie des sciences en 18/j9, 
et sur lequel M. Arago se propose de faire un rapport. 
La persistance tardive de ces pluies coincide d'ailleurs 
avec l'epoque de la plus grande crue du Nil, qui est 
posterieui'e d'environ un mois a l'epoque du maxi- 
mum des eaux du Gange et du Niger, deux fleuves ap- 
partenant aussi a l'hemispliere boreal. Ce qui montre 
la force de toute cette argumentation, c'est que le me- 
moire de M. Ayrton n'a pas encore ele l'objet d'une 
refutation, tres-difficile a laire d'ailleurs en presence 
des principes universellement admis en meteorologie; 
aussi ce memoire a-t-il ele soigneusemenl passe sous 
silence par le tres-petit nombre de dissidents anglais 
qui voudraienl placer les sources du Nil au sud de 
1'equateur, d'apres des informations designees d'une 
maniere tres- vague, sans details de routes ni de dis- 
tances, et sans aucun des noms de lieux qui servent a 
identifier plus tard ces renseignements, qu'on affirme 
d'une maniere si mysterieuse, sur une des contr^es les 
plus inconnues de l'Afrique. 

» Passant au lac Usambiro, je rappellerai l'opinion, 
deja emise par moi , qu il resle a decouvrir plus d'un 
lac en Afrique. J'ai pu en signaler cinq, qui ne parais- 
sent pas avoir ele indiques avant mes voyages : ce sont 
le petit lac Coman, en Gambo ; le lac Wane, en Rurcas 
ou Cabo; le lac Calalaki, en Inaria ; le lac Cosa, en 
Kullo; et enfin le lac Abbala , a Test des Walayza, ce 
dernier etant compare, pour la grandeur, au lac Tana, 



( m ) 

on Abyssinie. MM. lea capitaines Ferret et Galinier, 
tout en faisant la carte du Tigray, ont etudie, beaucoup 
mieux que leurs devanciers, la geologie de l' Abyssinie, 
lis y ont trouve de grandes analogies avec ce que nous 
savons des terrains situes immediatement au nord du 
cap de Bonne Esperance. En attendant un plus ample 
inform e, on peut supposer les memes grands carac- 
teros a tout l'espace qui s'etend en Ire le Cap et l'Abvs- 
sinie. Au-dessus du granit qui se niontre pres la rote, 
dems le Sambar, ainsi que dans le fond des grandes 
fissures flmiales, on trouve la grauwacke, puis le gres 
blanc jurassique , qui forme de nombreux el larges 
plateaux donl les bords, termines par des precipiies, 
prelont one pbysionomic si raide «^> tant de sominites 
de 1'Abyssinie. Les montagnes du Simen soul trappi- 
ques, un niur de basalte forme I'a'xe de I'ileTana, 
dansle lac du me me nom, et compose, a 2i00 metres 
d'allitude, tout le plateau moyen du Gojjam et celui 
du Rare. II se niontre aussi, en In aria, a cote du ter- 
rain rouge, qui prend la encore plusde developpement 
qu'en Gojjam, et doit sa coulcur au for bydroxyde, 
qu'on cxploilo en tant de lieux de l'Afrique, au sud 
du Grand Desert. Le gres blanc reparalt dans la cbaine 
de Baby a, au sud d'Inaria, et se continue, je crois, en 
Kaffa, oil le granit n'existe, a Benga, (pie sous forme 
de blocs erratiques et superficiels. Qiiand le gres blanc 
n'est pas recouvert de terrain rouge, sa surface est 
ordinairement borizonlale ou legerement ondulee, el 
il afTtcte la forme de plateaux donl les creux doivent 
emprisonner sans issue loules les eaui pluviales voi- 
sines. La secberessc du clinial africain, ou l'evapora- 
lion est ou nulle ou compensee par les pluies pendant 



( 2A5 ) 
neuf ou dix rnois de l'annee , favorisc encore cetle 
tendance des eaux africaines a se rassembler dans des 
bassins interieurs, dont l'exislence isolee, toujours 
possible, et souvent inconnue, ajoute tant de diffi- 
cultes aux raisonnernents qu'on voudrait faire sur les 
lieux probables des sources de grands fleuves tels que 
Je Mil et le Zaire. Les situations relatives des origines 
de ces grands courants peuvent, en effet, se compli- 
quer de la presence d'un ou plusieurs lacs interme- 
diaires, et ne sauraient, quant a present, etre elablies, 
metne approximativement , par des considerations 
tbeoriques basees sur revaluation des surfaces dont 
ces fleuves seraienl les deversoirs. 

» Avant de finir, je voudrais ajouter quelques con- 
siderations a ce que M. Jomard vient de nous dire sur 
les montagnes du Simen, qui sont depourvues de neiges 
perpetuellos, et dont le point culminant serait par 
4 330 metres d'allilude (1). Je crois me rappeler que, 
dans 1' Annuaive da Bureau des longitudes pour 18ZI6, il 
est dit qu'il y a constamment des neiges pres du som- 
met de ces montagnes, tan tot sur le versant septen- 
trional, tantot sur le versant oppose, et cola suivanl 
Jes saisons. Je ne sais quel est le rapport des saisons 
dont on parle, mais je puis afliimer qu'en decembre 
1842 et dans le inois suivant il n'y avait pas de neige 
sur le versant meridional des montagnes du Simen, 
et qu'en loutes saisons les neiges qui tombent sur la 
pente opposee n'y persistent pas au dela de quelques 
jours. Quant a l'altitude de ces montagnes, son cbidre 
est liopfaible : l'annuaire deja cite lapoite a lx 600 me- 

(i) Comptes rendim, l85l, n° 7, t. XXXII. p. ■,>->!. 

I. MARS. 'l. 17 



'/j6 

tp-s. ' apres une observation barometriquo faite par 
MM. Galihier et Ferret (1) : j'ai observe au meme point, 
nnn pas le baromelre, mais l'bypsometre, et j'ai ob- 
tenu Z160O metres pour cette sommite do mont Dajan, 
marquee / dans mon panorama de ces montagnos, fait 
a Aksum. D'apres mes observations au tbeodolite, le 
poinl culminant de ces sommiles, mon point e du 
meme profit aurait plus de h 800 metres, et depasse 
peut-elre la hauteur da Mont-Blanc. Je dis peut-etre, 
car mes observations, faites d'ailleurs avec le j)lus grand 
soin, ne se preterit pas a un ealcul rigoureux dans lous 
ses details, a cause de deux elements d 'incertitude : le 
premier vient de la fluctuation possible dans le zero 
du Ibennomelre qui sort a mesurer la temperature de 
la vapeur d'eau bouillante; la seconds cause d'erreur 
influe sur les observations barometriques, memo dans 
le cas oil Ton s'est pourvu d'observations barometri- 
ques content poraines a une station inferieure dont l'al- 
titude est bien delerminee. Orcelle station doit d'abord 
etre pres de la mer, et, pour l'Abyssinie, dans la basse 
plainedu Sambar, dont les saisonssontdiametralement 
opposees acelles des bauts plateaux; circonstance qui, 
selon Ramond, rend impossible la comparaison des 
deux baromelres observes. Enfin, la formule barome- 
trique de Laplace renferme un coefficient, determine 
par l'experience, etmodifie bientot apres par Ramond, 
d'apres ses observations au pic du uiitli de Bigorre, 
dont il Biipposait la hauteur connue par une operation 
qui renfermail plus de mille coups de niveau. Sans 

(i) Annuaire du Bureau des longitudes pour i R 4 * » • Itapporl <1«- 
VI. \i;i;;o, |p. 55o. 



m'arreter a taire remarquer que cette altitude pom-rail 
etre modifiee , si Ton recommencait cette operation 
avec les niveaux perfectionnes qu'on possede aujoiir- 
d'hui, je ferai observer seulement que le coefficient de 
Ramond est base, par experience, sur une humidile 
tuoyenne de l'atmospbere europeenne, tandis qu'en 
Abyssinie l'air est tres-sec, et par consequent la 
theorie s'oppose a ce qu'on n'y tienne pas coinpte de 
l'bygrometrie, ainsi que Bessel a taehe de le faire par 
une metbode savante, mais qui a encore besoin d'etre 
perfeclionnee. Ces modifications ne pourraient se de- 
terminer, pour l'Abyssinie, qu'apres avoir foil sur le 
bord du plateau Tigray el clans le Samhar une serie 
d'observations barometriques, accompagnees de dis- 
tances zenitbales simultanees , et comparees en oulrc 
a un nivellement soigne. En attendant, il faudra imiler 
la prudente reserve de M. Arago, qui, en rendant 
compte du voyage de MM. Galinier et Ferret, a sage- 
ment supprime les deux derniers cbitfres significatifs 
de leurs altitudes delerminees en Abyssinie. 

» Quoi qu'il en soit , il y a, selon les Abyssins, six 
points de leur pays qui sont assez eleves pour que la 
neige y persiste plusieurs jours de suite sans fondre : 
ce sont les sommites du Simen, celles du Coqe, mont 
Guna, en Bagemidr; montWara Zahay, en Lasta; les 
munis qui bornent le Wadla a l'esl, et le mont Adcli- 
Doa , pres de l'lndarta. Le point culminant du Coqe 
est une butle innomee qui a ZilOO metres d'altitude. 
J'espere que la discussion de mes angles pris au tbeo- 
dolite pourra donner au moins une altitude aj>procbee 
des monts Guna et Wara Zahay. Quant au mont Addi- 
Doa, un de ses voisins m'a assure que la neige y csl 



ats 

perp&uelle. J'ni vu ceii< montagne (ies tlaiu-s ilu mom 
Dojan : je n'avais ni eau ni bois pour observer l'hvpso- 
metre, et les nuages qui enlouraient mnn horizon me 
forcerent de renoncer a etablir l'allitude par des an- 
gles de position appuyees sur les sommiles connues 
du Tigray. Au travers flu brouillard qui m'entourait, 
je n'oserais a (firmer qu'il n'y eut pas de neige sur 
Addi-Doa, dont je recommande l'etude au zele des 
vovageurs a venir. » 



Analytic*. Extraits <r«»viHfi;es, etc. 



DES TRAVAUX ENTREPRIS 

POOR ETABLIR UNE COMMUNICATION 
E.NTRE 

L'OCEAN ATLANTIQUE ET LA MER DU SUD. 



I. L'isthme de Panama; relation historique des entreprises des Espa- 
gnols, et appreciation des tenlatives nouvelles pour percer l'isthme 
de Panama, parM. Michel Chevalier. Paris, 1 844- 

II. Considerations on the great isthmus... Considerations sur le {;rand 
isthme de I'Amerique centrale (l), par le capitaine Robert Fitx- 
Roy, de la marine royale. (Novembre i85o, avec une carte (3) pu- 
bliee en 1 85 1.) 

III. The isthmus of Panama and Darien, par le docteur E. L Aufen- 
rieth. (New-Orleans, i85i.) (Carte ) 

IV. The road from Chagres to Panama... Route de Chagres a Pa- 
nama, d'aptes MM. Garella, Falmar et autres ; par H. Tiedemanu, 
ingenieur civil, avec un plan de la ville de Panama; carte et plan, 
public's par E. L. Autenrieth. (New-York, i85i.) 

V. Observations on the route of the proposed canal across the isthmus... 
Observations sur le parcours du canal propose a l'isthme de Nica- 
ragua, et renseignements sur les ressources, le dim. it. etc., du 
pays, par M. Squier, ancien charge d'affaires des Etats-Unis, dans 
I'Amerique centrale. ( Extrait du New-Vork daily Tribune, 12 no- 
vembre i85o.) 

(1) Le capitaine Fit/.-Roy comprend sous le litre de grand isthme 
toute 1'clendue etroite de terre qui unit los deux continents de I'Ame- 
rique depuis l'isthme de Tehuantepec iusqu'a celui de Darien. 

(a) On tronvera dans !«• Hulletiii '-cite meine carte, que Ton doit a 

M. At rnu smith. 



( 250 ) 

VI, Nouvelle loute puui la Calirornie, et de la colonisation de Costa- 
Rica; par I'auleur oV Quinre ans de voyage autour du monde. 
Paris, io5o. 



En rendant compte de ces publications, nous avons 
eu pour but, non pas de rappeler les Merits de tout 
genre qui ont traite du percement de l'istbme de Pa- 
nama et des divers projets proposes pour elablir une 
Communication entre l'ocean Allantique et la rner du 
Sud, mais seulement de determiner l'etat actuel de 
cette grande question. 

On sait que l'istbme de l'Amerique cenlrale forme 
une immense chaussee de 575 lieues d'etendue, dirigee 
en ligne drohe de l'ouest-nord-ouesl a l'est-sud-est, 
presentant du cole de l'Europe deux renflements con- 
siderables, et se terminanl par un'fer a cheval , sur 
lequel est situee la ville de Panama. (Voyez la carte 
joxnte a eel article.) 

M. Michel Chevalier, dans un excellent travail que 
la Revue des Deux-Moiules a publie en lSlih , signalait 
cinq points principaux ou Ton pouvait placer un canal 
de communication entre les deux oceans : 

1° La baie de Honduras, ou viennent se jeter des 
cours d'eau qui ont leur source non loin de l'ocean 
Pacihque; 

2° Le golfe de Tehuantepec , eloigne d'environ 
200 kilometres du goll'e du Mexique ; 

3° Plus au sud, le lac de Nicaragua, cj • i i communique 
avec l'Allanlique par un fleuve magnitique (le San- 
Juan de Nicaragua), etdont la rive orientale n'est qu'a 
20 ou 25 kilometres de l'ocean Pacilique ; 



( m ) 

/j° L'islhme cle Panama proprement dit, clout l'epais- 
senr est de 50 a 65 kilometres; 

5° Le golfe du Darien , d'ou Ton peut remonler 
l'Atrato et le Naipi, qui touchent, pour ainsi dire, par 
leurs sources, a la baie de Cupica. 

De ces divers points, les trois premiers semblent 
aujourd'hui a peu pr6s abandonnes, les deux premiers 
du moins : 

1° Les montagnes qui separenl la baie de Honduras 
etle Motagua de l'ocean Pacifique presentent une bar- 
riere insurmontable pour un canal maritime. 

2° L'istlnne de Tehuantepec, ariose par le Huasa- 
cualco et le Cbimalapa ou Chipa, qui versent leurs 
eaux dans les deux oceans, devait, au premier abord, 
atlirer l'altention publique : le pays etait excellent, le 
climat Ires-sain, la population suffisaminept active; 
mais on reconnut que le Chipa n'etait pralicable , 
meme pour des pirogues, que pendant la saison des 
pluies. D'un autre cote, la navigation par la mer des 
Caraibes et le golfe du Mexique est redoutee des bati- 
menlsqui viennent d 'Europe ou de l'Amerique septen- 
trionale. Toute cette region manque de ports, et Ton 
s'est borne, avec raison, a etablir une bonne route (1) 
entre la parlie du Huasacualco qui cesse d'etre navi- 
gable el les lagunes de Tehuantepec. 

3° Pour la ligne de Nicaragua, elle souleve des 
objections que M. Michel Chevalier a paifailement 
exposees, et qui se trouvent confirmees par de nou- 
velles et recenles etudes. On peut, il ett vrai, ame- 

(i) VoyeZj sur l'ouverture de cette route, hi sec i des Nauvelhs 

i/eagraphiquts dans o* nunaero du Bulletin. 



( 252 ) 

liorcr Je cuius du tleuvo San Juan, le remorrter et tra- 
verser le lac dans tonte son etendue. Aujourd'bui 
meme un service de bateaux a vapour est organise 
pour le transport des passagers, quoiqu'il \ ait parfois 
sur celte petite raer des coups de vent d'une grande 
violence; mais il laud rait percer ou renverser la mu- 
raille qui exisle entre le lac de Nicaragua et 1'ocean 
Pacifique; puis, arrive jusqu'a la mer, trouver un bon 
port, et il n'y en a pas. Sept projets diflerenls ont ete 
toulefois piesent^s. Le premier consistait a remonler 
le San-Juan clans la moitie de son cours seulement, 
et a se rendre direetement, par le bassin de son affluent 
le San -Carlos, au golfe de Nicoya , ou Ton trouve un 
mouillage passable; malbeureusemenl les montagnes 
qui donnent naissance au San-Carlos sont beaucoup 
trop elevees et , a d'autres £gards, impraticables. Lc 
second nous conduit dans le lac de Nicaragua jusqu'a. 
l'euiboucbure du Nino, et rejoin t, par le bassin du 
Tempisque, le golfe de Nicoya. Le troisicme quitle le 
lac a I'einboucbure du Sapoa, et se dirige vers la baie 
de Salinas. C'est, en apparence, un point tres-favo- 
rable ; mais le terrain n'a pas encore ete suffisamment 
explore. Le quatrieme passe un peu plus au nord du 
lac, au port San-Juan del Sur, qui est beaucoup trop 
petit. Les trois derniers franchisscnt le lac dans toute 
son etendue, la riviere de Panaloya ou Tipitapa, qui 
off re une chute d'eau de 13 pieds et qui exigerait 
douze ou quii)7.e ecluses, le lac Managua ou Leon, et 
aboulissent a 1'ocean Pacifique par la riviere de Tama- 
rinda, le port Realejo et le golfe de Concbagua ou Fon- 
seca. Le rapport de M. Squier, favorable a cette ligne, 
• I I'opuscule public a Londres en I8/16 sous les initialed 



[ 2b?, ) 

L.-N. B. (Louis-Napoleon Bonaparte) eodliennent s«* 
ces differents points les indications les plus circonstan- 
ciees. Mais il faudrait que le canal projete prit ses eaux 
clans le lac lui-meme, et cette question n'est pas facile 
a resoudre ; d'ailleurs la distance de San-Juan ou Grey- 
Town a Conchagua serait d 'environ 500 kilometres. 
M. Michel Chevalier s'etait prononce contre ces divers 
traces, qu'on suit avec interet sur les carles que nous 
avons indiquees en tete de cet article (I), et les con- 
siderations de M. Robert Fitz-Roy nous semblent jus- 
tifier en tous points son opinion. 

II ne reste done a examiner que la ligne de Panama 
et celle du golfe Darien a la haie de Cupica. Mais ici 
le dissentiment commence. 

(l) On peut voir, dans la section (les IVouvetles geoyraphiijues, 
une critique assez vive de la carte de M. Auienricih par M. Squier, 
qui suppose au lac Managua ou Le'on une etendue infiniment plus 
con-.ide'rable ( 5o a 60 milles de long sur 3o a 35 de large j que celle 
qu'on lui don tie ordinairement. II est egalement question, dans un 
autre article, d'un service de bateaux a vapeur etabli sur le Qeuve 
San-Juan et sur le lac Nicaragua; mais une note de M. Julius 
Frcebel, datee du 20 decembre t85o, et inseree dans le New-York 
Tribune for Europe, du 29 Janvier l85l, prouve qu'on ne peut 
remonter aisement le San-Juan. A partir de I'embouchure de ce 
fletive jusqu'a Granada, il f.iut douze ou quatorze jours pour franchir 
200 milles dans des pirogues, tandis que sur le lac trois JQurs suftisent 
pour une distance de too milles. Des deux batimcuts a vapeur qui 
devaient servir a la navigation du fleu\e, l'un est engrave ou echoue 
pres des rapides de Machuca; l'autre reste a I'ancre au-dessous des 
rapides de Castillo -Viejo, dont le passage presente beaucoup d'ob- 
stacles. Plus loin sont les rapides de Toro, los Falos et Mico; et de 
tres-grands travaux seraient neces^aires pour re-ndre ces divers points 
praiieables. Quant a la route de terro, il n'y faut point penser : 
M. Frcebel donue a cet egird et sur le pays eh general de tres-ciirieux 
renseignemenls , auxquels nou* renvoyons le lecteur. 



: 2.Vi 

Depuis longtemps , on a rcmarque la tacilite des 
communications tl'un ocean a l'autre par Chagres 6t 
Panama. Le Rio Chagres est navigable pour de i;iancles 
pirogues jusqu'a Cruces, situee a 5 Jieues environ de 
Panama (1). De Cruces, on se rend a Panama a dos de 
mulel par une route construile, dil-on, du temps de 
Pizarre, mais aujourd'hui meconnaissable. Le fleuve, 
a\ant d'alteindre Cruces, fait nn conde assez conside- 
rable a paitir de la ville de Gorgoua; aussi a-t-on trace 
une voie plus directe de cetle station a la croix de Car- 
denas. On ne ])eut toutefois songcr a etablir sur celte 
ligne un canal maritime. Le trace que M. Micbel Cbe- 
valier parait adopter de preference prend une autre 
direction : il remonte le Rio Chagres. jusqu'a son con- 
fluent avec le Trinidad, dont les sources sont voisines 
du Cahnilo, et suit le cours de ce dernier fleuve jusqu'a 
la baie de Cborrera, a 17 kilometres a l'ouest de Pa- 
nama. La carle de MM. Tiedeniann et Aulenrielb 
(1851) substitue au port de Chagres, qui n'est pas sur 
pour les grands bailments, la baie de Limon , que les 
Anglais appellent aussi \acr-Bay, d'ou le canal irait 
rejoindre le Rio Cbagres a Gatun, et longerait ce 
fleuve; puis le Rip Bonito, l'un de ses affluents; et, 
traversant les collines qui separent les deux bassins, 
suivrait le Rio Bernardo et la rive droite du Caimito, 

(i) Voyez, dans le Bulletin de la Socie'lc, octobre l85o, p. 267, le 
Hi it aniuie dune excursion de Chagres a la Gorgone. II parait que 
<lcs bateaux a vapeur peuvent remonter jusqu'a Bamos. Du reste, ce 
passage olfre des clangers reels, et le massacre de huil voyigi'urs 
annonce par les feuilles pubbqncs, au commencement d'avril 1 85 1, 
M-mble (until mci |es apprehensions que drs lettres particular** 
-ivaient drja fail roinevoir. 



[ 255 ) 

pour aboutir pres Vaca de Monte , sur un point plus 
avance de la baie de Chorrera. Mais ce trace, qui a ele" 
propose par M. Garella, ne presente pas de rnoins graves 
inconvenients. La baie de Limon, qui embrasse, a la 
verite, un grand espace, et dont les eaux ont une pro- 
fondeur suflisante, est exposed aux vents du nord , et 
necessiterait la construction d'une digue d'environ 
2 kilometres; on ne trouverait pas pour les travaux les 
memes ressources qu'a Cherbourg, Plymouth, Genes, 
Alexandrie, Alger, etc., et les depenses seraient exces- 
sives. D'un autre cote, on rencontrerait difficilement 
sur la plage de Panama, meme a unc certaine distance 
en mer, un mouillage qui conviendrait a une corvette 
de guerre ou a un paquebot iransatlanlique. M. le ca- 
pitaine Fitz-Roy, qui a soumis ces diverses questions 
a un examen tres-approfondi , croit qu'on doit aban- 
donner tout a fait Fidee dun canal maritime sur celte 
ligne, et se prononcer baulement pour un cbemin de 
fer qui, partant de Pile et de la ville de Manzanilla , 
dans la baie de Limon , traverserait Gatun el Gorgona , 
puis arriverait en ligne droite a Panama. Les diverses 
cartes que nous annoncons en tele de cet article parais- 
sent loutes s'accorder sur l'excellence de ce trace, et 
Ton a meme commence les travaux. II serait en outre 
fort aise de creuser un vaste bassin enlre Pile de Man- 
zanilla et la lerre ferme ; les batiments se trouveraient 
abrites par Pile elle-meme et tout pres de Pembarca- 
dere. Quant au port de Panama, ou les batiments no 
peuvent atterrer, et qu'on qualifieraij avec plus de 
raison de rade ou meme de golfe, il ne subirait aucun 
changement, et les pirogues continueraient de trans- 
porter les cargaisons sur les navires qui vont se ranger 



sous le gioupe des iles Llenao, Pereio et Flamingo, a 
3 500 metres au sud de la ville, en face de l'embou- 
chure du Rio Grande. 

On pourrait done croire qu'un canal maritime est 
impraticable dans toute l'etendue de l'isthme de I'Ame- 
rique centrale; car, parmi les voies de communication 
qui auraient pu exercer de l'influence sur le commerce 
general du monde , et abreger la navigation entre les 
deux continents ou d'un revers a l'autre de l'Amerique, 
M. Michel Chevalier n'en voyait que deux possibles, 
celle du lac Nicaragua et celle de Chagres a Panama, 
et loutes deux paraissent devoir etre aujourd'hui aban- 
donnees; mais M. Michel Chevalier avait rejete la ligne 
du golfe de Darien, sur la foi du capilaine Cochrane, 
et Ton y revient actuellement. De la partie interieure 
de ce golfe ( appelee Cande/aria, Choco, Culata del 
golfo), par l'Atrato et le Naipi ou Naipipi, jusqu'a la 
baie de Cupica, on compte , suivant M. Fitz-Roy, 
11 4 miiles, dont 76 sont navigables pour de grands 
hatiinents et 19 pour des bateaux charges; les 10 miiles 
restant pourraient, sans de tres-grandes difficultes, etre 
transformed en canal, et la baie de Cupica offrirait un 
excellent port. 

L'Atrato est un beau fleuve qui coule droit du midi 
au nord et se jetle dans le golfe de Darien, vers le 
milieu de Fespace compris entre Porlo-Belo et Car- 
tbagene. II passe fort pres d'autres cours d'eau qui 
sont tributaiies de l'ocean Pacifique; el le Naipi, un 
de ses affluents, n'est qu'a 24 a 28 kilometres de 
Cupica , situee entre le cap Corrientes et le cap San- 
Miguel. Deja M. de Humboldt avait annonce, d'apres 
des renseigneinents recueillis dans le pays, que cet 



( 26. , 

ititervalle etp.il qccupe par nit espace tout a fud apluni. 
Plus tard, il dit que ses informations n'etaient point 
exactes. Les recentes explorations ordonnees par l'ami- 
raule ont tres-heureusement renverse celte derniere 
hypotheso. La navigation de l'Atrato ne presente aucun 
obstacle; la barre qui se trouve a son embouchure 
serait aisement coupee, el la canalisation du Naipi se 
ferait sans exiger de grandes depenses. M. Coutin , 
qui habile sur les bords de cette riviere, affirme que 
les sommets qui la doininenl ne depassent pas 150 a 
300 pieds. 

On avail memo aflirme a M. de Humboldl que le 
canal de communication ontre les deux mcrs avait ^te 
opere par les soins d'un moine industrieux, cure de 
Novita ; probablement ce recit se fondait sur quel 
ques travaux d'amelioration enlrepiis a une epoque 
incerlaine. On ne peut toutefois revoquer en doute 
que l'idee d'un semblable canal n'ait frappe , au 
xvi e siecle, l'imaginalion d'un pilote biscaien nomme 
Gojeneche, qui la souniit au gouvernement espagnol; 
inais le caractere ombrageux de Philippe 11 ne pouvail 
accepter un projet qui aurait eu pour resultat d'ouvrir 
aux autres nations les coles orientales de l'Amerique, 
et il fut defend u sous peine de morl d'en parler. Alcedo 
nous apprend, dans son Diccionar/o geografico histotico 
de las Indias occidenta/es, que la navigation de l'Atrato 
I'ut interdite avec la meme rigueur. 

Ln recent rapport de M. Greiff, ingenieur suedois, 
employe par le gouvernement de la Nouvelle-Grenade, 
donne les explications les plus lavorables sur lacontree 
que baignent l'Atrato el !<• Naipi , et forlifie les argu- 



258 ) 

men Is de M. le capitaine Fitz-Roy en faveur de la ligne 
de Cupica. 

Nous venons d'examiner rapidenient lespnogres que 
la question du canal des deux mers a tails depuisquel- 
ques annees; nous devons ajouter que l'altention s'est 
portee sur trois autres points secondaires, situes entre 
la ligne de Panama et celle de 1'Atrato, qui pourraient 
acquerir de 1'importanee, par suite d'etudes plus com- 
pletes : le premier, de San-Bias ou Mandinga a Chepo, 
sur l'ocean Pacilique ; les deux autres, du golfe San- 
Miguel a la baie de Ca/edonie, et a la parlie du golfe de 
Darien, appele Choco, sur 1'Allantique. Les naturels 
du pays repoussent les etrangers qui veulent entre- 
prendre des tra\aux de reconnaissance; c'est ce qui a 
fait supposer pendant longtemps qu'il y avait quelques 
tresors caches duns ces regions. Cependant, si la dis- 
tance de San -Bias a Chepo n'est que de 27 milles an- 
glais, l'ahsence d'un port convenable, dans cette partie 
de l'ocean Paciiique, ne permet pas de s'arreler a cette 
ligne. Le golfe San-Miguel, la baie de Caledonie et le 
golfe de Daiien oflnraient, au conlraire, d'excellents 
mouillages ; des mines d'une grande richesse existent 
dans la contree, et de nomhreuses colonies ont cher- 
che a s'y lixer; le pays est entrecoupe de rivieres : la 
Chuquanugua, la Sa\ana, le Tuyra, le Paya, le Cuca- 
rica, etc., el il existe de profonds ravins, dont on avait 
songe a tirer parti. Mais les muntagnes fortnent des 
barrieres presque infranchissahles; elles ont d'inac- 
cessihles relraites qui favorisent les guerres de parti- 
sans; les Boucaniers y avaient autrefois un de leurs 
principaux postes; les habitants ont tout detruit; au- 



I t>59 } 

juurd'hui il ne subsiste plus aucune trace des etablis- 
semenls formes a diverses epoques dans ces parages 
par les chercheurs d'or, et la mine de la colonie de 
Cana a ete un triste episode de ces lultes sanglantes. 
Ce n'est done point la qu'il faut chercher une voie de 
communication, qui nous est ouverte naturellement 
par l'Atrato et le Naipi. 

M. Fitz-Roy ne dit que quelques mots de la route 
de terre qu'une compagnie franchise songe en ce 
moment a etablir dans l'Etat de Costa-Rica, entre la 
lagune de Cbiriqui et le golfe Dulce, a l'ouest de 
Panama. Les renseignements suivants feront mieux 
connaitre cette entreprise. Par un decret, en date du 
16 octobre 1849, le gouvernement a donne a M. G. La- 
fond, consul general de la republique en France, et a 
scs coassocies, douze lieues de terres labourables, depuis 
le Lord de la me?-, dans la bale du golfe Dulce, sur le 
Pacifique, jusqu'a P interieur, ay ant pour limiles Punta- 
Gorda el la riviere Chiriqui; puis, par actes des 16 avril 
et 15 juin 1850, M. Lafond a obtenu les terrains neces- 
saires a l'ouverture d'une route entre les deux oceans, 
jusqu'a Boca del Toro. 

D'apres les rapports d'un voyageur francais, M. Louis 
Cberon, «le golfe Dulce se diuse en deux parties, donl 
la premiere peut s'appeler la rade, et la seconde, 
moins etendue , le port. L'entree est large de k a 
5 lieues, et son interieur a 10 a 12 lieues d'une rive 
a 1'autre ; le passage de la rade dans le port presente 
une largeur de 2 a 3 lieues, et il y a 11 brasses d'eau 
tout pres de terre. » 

Tant que le chemin de fer de Panama et le canal de 
Cupica ne seront pas acheves, la route du golfe Dulce 



( aftti . 

pourrait bien fttre une des rueilleures \oies do commu- 
nication entre les deux oceans; il 1'aul attendrc cepen- 
dant que le pays ait ele explore plus soigneusenient 
avant de so prononcer d'une maniere affirmative (1). 

S&DILLOT. 

(i) Cette question i une telle importance, et taut de peraonoes, 
par ties molifs interesses, cherchent a imluire le public en erreur au 
moven de publicaiions plus ou moins exnrtes, que j'ai ciu devoir 
traduire in r.xienso le rapport ofiieiel de M. Squicr, aiusi que le me- 
moire de M. le eapitaine Filz-Roy, rites tous deux en teie de cet ar- 
ticle, afin de porter plus tard res remaiqnables documents a la con- 
naissanre des lecteurs du Bulletin. 

Lc premier se tnontre, comme on a pu le voir, partisan d'un canal 
par le lac de Nicaragua: le eapitaine Fit/.-ltoy, qui jouit a juste litre 
d'une grande reputation rommc geographc habile et consciencieux, 
qui a eerit postcrieurement a M. Squier, ct a eu connaissance de <on 
rapport, apres avoir enumerc et discute, d' apres les meilleurea anio- 
nics, les nombreux projets proposes pour etablir une commuuicatioa 
cntre les deux oceans, ci oil, au Contraire, avoir demontre que la lignr 
de V sltralo et de Cupica est la plus convenable pour un canal, et la 
route de Porto-Bello, ou de Man/, inilla a Panama, relle qui convient 
le mieux a un ebemin de fer ou grand cheroin. De tous les autres points 
ntoins bien explores, eelui qui, a son avis, promet le plus est entre le 
i/olfc de Darien et San-Miguel. Plusienrs des projets mis en avant, 
et en particulier la ligne cntre la lagune tie Cliiriqui et legolfe Dulee, 
ilont les points extremes off rent, suivnnt lui, de boils ports, a vantage 
materiel qu'il eousiderc comme tics-important pour eommencei des 
operations, n'ont pas ele sufHsauinieui explores. II ajoute : »Le climul 
el les indigenes (*) sont en ce moment le seul emp6clieraeiit serieux .i 
une inspection reguliere, e'est-a-dire a l'examen et au leve du terrain 

(*j Pour douncr une idee de la violenle opposition inisc pur les Indiens liahitaut 
certaines parties tie I'islhme a laissci visiter leur pays. M. le eapitaine Filz-Ruy la* 
conte, d'uprcs Liut , qu'un jeime Darien re'poudil deniierenieut a M. Perry, consul 
anglais a Panama, dans la niai-on dnqucl il avait vecu pendant quelque temps, que 
si le cousul cssajuii de traverser son pays il serail le premier a lancer coulre lui Que 
ll-'lce < mpoisonne'e. ; Liot, p. 37, 58.1 M. Squier cite d'a litres excmples de celt* 

lipgMI iltOll de In pall des indiqenei. 



( 261 ) 
DES SERVICES RENDUS A LA GEOGRAPHIE 

I'AH LES 

MISSIONN AIRES FRANCAIS ET ANGLAIS (1). 

1° Annates de la propagation de la foi, n°" 1 33 et 1 34- 

2° Journal des missions e'vange'liques, i85o, livraisons g, 10, II et 12 ; 

l85i, n°* 1 et 2. 
3" The church missionary Intelligencer, tome I" (de mai 1849 a fe- 

vrier 1 85 1 ). 



Ces divers recueils, qui attestent la courageuse per- 
severance des missionnaires europeens, renferment 

(measurement). N'est-il done pas convenable de s'enteodre et de 
traitor (make terms] sans delai avec ees indigenes, de choisir la saison 
favorable aux explorations, et se garder de oomprometlre des capi- 
taux, aussi bien que le caractere national, en pretant appui a des 
en tre prises qui ne seraient point basees sur des informations suffi- 
santes, et qui en derniere analyse ne donneraient pas l'esperance 
raisonnable dun resultat suffisamment avantageux? Des descrip- 
tions exactes et un leve fait avei: beaueonp de soiu sont indispensa- 
ble, avant qu'on puisse entreprendre judicieusement quelque grand 
ouvrage que ee soit ; or, on doit le reeomiaiire, rien de cela n'a ete 
fait sur toute le'tendue d'aucune des lignes, excepte pour une. Quels 
que soient les obstacles physiques a un canal, comroe a un cbemin de 
fer, entre les divers points de 1'Amerique cent rale, it parait incontes- 
table que l'insalubriie du cliinat et ('excessive quanlite, a us-^i bien que 
la fre'ciuence et la duree des plnies, sont les einpec hements les plus 
permaneuts et les plus formidables. Si Ion jctte, en effet, un coup d'cei! 
sur les rerits que. fait Humboldt des inondations de Mexico, et si Ton 
reflechit sur la population rare et clair-semee de districts aussi riches 
et aussi fei tiles que ceux de Choco et de Danen, on a 1'esprit frappe 
des difficultes excessives qu'un tel climat oppose aux travaux des 

homines » 

Df. la 11. 
'l) Los niisstonnaires allemands el atnericuins ne montrent pat 
I. MA US. 5. 18 



SW ) 

mi grand n ombre de documents t;iilcs a la geographic 
et nos lecteurs nous sauront gre d'en reproduire quel- 
ques extraits. j\lais nous ne pouvons nous defendre d'un 
sentiment de regret en songeant au peu d'encourage- 
ments que trouvent parmi nous ces hardispromoteurs 
des idees chreliennes; c'est a peine si les relations 
qu'iJs nousenvoient recoivent une publicity incomplete, 
tandis qu'en Angleterre les iravaux des missionnaires 
sont exposes avec le plus grand soin , et illustres par 
des cartes et des gravures qui en rehaussent le prix. La 
comparaison des revues imprimees dans les deuxpavs 
n'est certes pas a notre avantage, et nous ne faisons 
rien pour ranimer cet esprit de noble emulation qui 
seul produit les grandes choses. 

Les Annates de la propagation de la foi contiennent, 
dans leurs derniers numeros, des details interessants 
sur l'empire de la Chine. La mort de Tao-Kouang, 
survenue en i'evrier 1850, a porte sur le trone le qua- 
trieme fds de ce prince, age de dix-neuf ans, nomme 
Hien-Foum, qu'il avail designe pour son successeur, 
conform6mcnt a 1'usage etabli. L'avenement d Hien- 
Foum n'a souleve aucune opposition; mais les actes 
publics ont continue d'etre dates de la trentieme annee 
du regne de Tao-Kouang, expirant le 1" fevrier J 851. 
Cetle maniere de fixer les epoquesoffre de graves incon- 
venients sous le rapport hislorique; car si l'empereur 
Hien-Foum avail ordb'nne, dans cet intervallede temps, 
quelque reforme importante, tout l'lionneur pourrait 
en etre atlribue plus tard a son predecesseur. 

■noins de zele; nous parlerons tie leurs travaux lorsque leurs publi- 
cations nous sprout parvenuev 

lipiiH 



( 263 ) 

Le 1" Janvier 1850 avaitete marque par une affreuse 
catastrophe dans la ville d'Ou-Chang-Fou, capitale du 
Hou-Kouang. Pour s'on iaire une idee, il faut savoir 
que le long du Kiang, sur un espace do 20 lis ou de 
2 lieues , il exisle un si grand nombre de jonques, 
qu'en les regardant de la rive opposee du fleuve, c'est- 
a-dire de Han-Yan-Fou et de Hankeou, on croit aper- 
cevoir une epaisse loret, landis que, vues de pres, on 
dirait une immense et populeuse cite flottant sur l'eau. 
Cette agglomeration de navires se prolonge meme quel- 
quefois a quatre lieues plus loin, et presente le spec- 
tacle d'un vasle port, ou stationnent des milliers de 
batimeuts. Au milieu d un ouragan liirieux, qui eclala 
dans la nuit, le leu prit a 1'un des navires, et se pro- 
pagea avec une incroyable rapidile sur louteja flotte, 
qui ne forma bienlot plus qu'un brasier devorant. En 
trois lieures, trente milles barques avaient disparu, el 
les equipages, surpris par cello mer de flams ues, na- 
vaienteu d autre alternative que de perir par l'incendie 
ou dans les flu Is. Troisjoursapies,onavaitdej;irecueilli 
soixanle-dix mille cadavres, et Ton ne pouvait appre- 
cier exaclemenl le nombre total des victimes. Joignez 
a cela que les vais^eaux eiaient charges de marciian- 
dises et apparlenaicnt a des Chinois de loutes les pro- 
vinces, etl'on se lera une idee des pertes immenses qui 
ont resulle de cet allreux malheur. 

Le Journal des missions evangeliques nous presente 
sous un jour moins trisle la situation du Celeste-Em- 
pire, donl rinlerieur n'esl pas, eomme on veut bien le 
dire, inaccessible aux Europeens. II est vrai que cinq 
des ports de la Chine sont seuls ouverts aux etrangers, 
mais deux excursions laites a Ctumg-Chow (Tchang- 



264 ) 
Cliao), capitale tU> la province de Fub-Kien (Fob- 
Kien), par des missionnaires d'Amoy, prouvent qu'on 
y esl iiiuins severe qu'au Paraguay, line petite jonque 
Jes cut bientot porles dans le lit de la riviere, qu'ils 
avaient a remonter l'espace de 50 niilles. I, 'aspect du 
pays, qui d'abord n'offrail que roebers et cotes ste- 
riles, ne tarda pas a cbanger ; nos voyageurs enlrerent 
dans unc vallee superbe, ricbement cultivee, el a tra- 
vel's laquelle le fleuve promenait, de la maniere la plus 
piltoresque, ses ondes aux reflets brillants. Plus ils 
avancaient, plus le pay sage s'embcllissait : c'elaienl de 
toujtes pails des fermes a demi cacbees sous I'ombrage 
des bananiers, des villages et des villes jeles grariense- 
nient an pied des colcaux, d'immenses rizieres ou des 
cbamps ^e ca nnes a sucre qui annoncaient a la fois le 
travail de ['Industrie et l'espoir d'une abondante re- 
colle; enfin, a L'borizon, on apercevail one vaste cein- 
ture de collines aux couleurs et aux contours varies. 

En approcbant de Tebang-Ghao, les villages devieri- 
nent plus nombreux el moins agrestes ; puis on arrive 
en vue dun ponl forme d'immenses blocs de pierre, 
s'elaneant bardiraent de pile en pile; cbacunc de ces 
piles soulienl une ou plusieurs maisons : e'est le pont 
inferieur de Tebarig- Cbao et lendroit oil Ton de- 
barque. 

La presence des deux ctrangcrs ne produisit aucune 
emotion ; a pi ine quelques curieux, tous tres-discrets 
et tres-polis, s'anelaient-ils pour les voir passer. Apres 
avoir traverse les faubourgs, qui sont tres-e tendus , 
sans rencontrei d'obslacles, ils parvinrenl au inur de 
la ville, et le francbirent par-dessous et en bateau. 
L'auberge oil leur guide les conduisit romptait line 



vingtaine de yoyageurs, qui leurfirent I'accueiJ le pins 
empresse. 

Du sommet du mur d'enceinte, horde d'un large 
senlier et d'un beau gazon, on decouvre toute la ville, 
qui a environ une Jieue de tour. Les rues sont passa- 
blement larges pour des rues chinoises, mais elles 
semblent moins animees que celles de Canton ou 
d'Amoy. La population est d'environ 300 000 ames ; 
un air de prosperite el d'aisance regno dans la place, 
el Tchang-Cbao parail elre, pour toute la province de 
Foh-Kien, le centre le plus actif du commerce et de la 
civilisation. 

Les deux missionnairesresterenl plusieurs jours dans 
la ville sans etre inquietes; on leur proposa meme de 
prendre unemaison a bail a un prix tres-modere; c'est 
la un fait important, et qui nous donne les plusgrandes 
esperances pour le succes du voyage que vient d'entre- 
prendre M. Arthur Smith, sous les auspices du gou- 
vernement francais. 

Si le Churclt missionnaij Intelligencer contxeni peu de 
details geographiques sur l'elat du Celeste-Empire; 
s'il se borne a nous donner lagravure du port de Hong- 
Kong et a dire quelques mots des etablissements an- 
glais formes dans celte lie, a 1'entree de la riviere de 
Canton et a Cbangbai, situe a 12 milles de 1'embou- 
cbure du Wousung, en revanche il nous fournil les 
renseignements les plus interessants sur les autres par- 
ties du globe. — La c'est un itineraire cle Quebec a la 
riviere Rouge, qui nous transporte dans l'Amerique 
septentrionale; une bonne carte montre les contrees 
qui s'elendent entre 70° et 100" longitude ouest du 



( 266 ) 
meridien de Greenwich (1), 50° et 60° latitude nord , 
jusqu'a la florissante station de Saskatchewan, dans 
le Cumberland, au milieu d'un charmant paysage re- 
produit par la gravure. — Ici nous pouvons suivre le 
progres des missions de l'AIVique centrale et meridio- 
nale. Independamment des nombreux articles qui ex- 
posent l'etat actuel des colonies de Sierra-Leone, de 
Benin, du cap de Bonne-Esperance , et des pavsages 
ou se trouvent encadrees les stations de Badagry et de 
Free -Town, des cartes nous font connatlre le Bornou 
du 10 e au "20" degre" de longitude est, et du 10* au 
15 e degre de latitude nord ; la cote occidenlale, entre 
10° et 1 5° longitude ouest, 8° 36' et 10° 50' latitude nord, 
et les \astes lerritoires sur lesquels MM. Livingston, 
K.rapf et Rebmann viennent de repandrc une si vive 
lumiere, du 29' au hk e degre de longitude est, et de 
1° de latitude nord jusqu'a 10° de latitude sud. Le 
grand probleme dont nous appelions nous-ineme la 
solution naguere encore (2) fixe aujourd'hui tous les 
regards, et nous pouvons enlin esperer que l'intdrieur 
de l'Afrique ne reslera pas loujours inaccessible aux 
enlreprises bardies des Europeens. 

L'altention vigilante des Anglais se dirige aussi vers 
1'Oceanie; la mission de la Nouvelle-Zedande se fait 

i) Ajnutez 2" 3o' a4" pour avoir le meridian de Paris, ou refran- 
chez-les (\c< longitudes oriental's : on yoit a chatjue pas combirn 
Ni'init neressaire un premier rnr'ridien cummin a toutes les nations 
■ In globe. 

'■?.) Notice sur un voyage an Darfour el tur les tentatives faites pour 
yenetrer dans iiutr'iieur de isifrique mc'i idionale, p. ", 8, etc. Paris. 
1*46. 



( 267 ) 

reinarquer par son zele et son activite ; une carte spe- 
ciale et assez complete a £te dressee du 173 e au 178* 
degr6 de longilude est, et du 34° au hi e degre dc lati- 
tude sud. Plusieurs vues permettent de se faire une 
id6e exacte de ces terres lointaines : deux de ces vues 
sont prises sur le fleuve Wangaini, qui, apres un cours 
de 200 milles, se jette dans l'Ocean, par 30° 57' 19" de 
latitude sud ; deux autres represented le lac de Taupo 
et le volcan de Tongariro, eleve de 6 200 pieds au- 
dessus du niveau de la raer. 

Mais c'est dans l'lnde et l'Asie centrale, sans con- 
tredil, qu'ont lieu les travaux les plus importants. L'lle 
de Ceylan est exploree dans toutes ses parties ; des 
notices, que Ion peut considerer comme de veritables 
memoires, retracent I'histoire de ses habitants, l'intro- 
duction du bouddhisme parmi eux, les ressources que 
presente leur pays; des gravures reproduisent les £ta- 
blissements formes dans la conlree montagneuse qui 
avoisine Randy, et ce figuier celebre, objet d'un culte 
particulier pour les bouddhistes, plante, d'apres la 
tradition, en l'annee 307 avant Jesus-Christ, par Ma- 
hindo, petit-fils de Chandragupta ou Sandrocottus. 

Plus loin, nous trouvons une carte de^Fravancore et 
de l'extremite meridionale de la cote de Malabar; la 
representation d'une idole singuliere du district de 
Tinnevelly, dans la presidence de Madras; le plan de 
l'eglise deSecandra, pres d'Agra; des details geogra- 
pbiques d'un grand inleret sur le Sinde, qui est a 
1 'Indus ce que l'Egyple est au Nil, et sur les postes si 
importants de Sbikarpour, pres du defile des Bolans 
(branche du Caucase indien), et de Kuracliee, qu'une 
gravure nous oflre, awe un gcoup.e 'le Sindiens, pres 



dun Fakir hindou. Une carte generate dePAsifi centralc 
trace 1 'itinera ire qui joint Teheran a Caboul et a La- 
hore par le Pendjab, avec le cours de 1 'Indus, depuis 
sa source jusqu'a son emboucburc, enlre 24° et 35° la- 
titude nord, 56° et 68° longitude est. 

D'un aulre cole, nous voyons, dans une suite de des- 
sins remarquables , la station de Kabastanga, dans le 
dblrirt de Krisnaghur, qui depend de la presidence de 
Calcutta, le pays d'Assam, Pile si pitloresque d'Ona- 
mund, et quelques portraits des Nagas des montagnes. 
Lne carte d'Assam embrasse tout le bassin superieur 
du Brahmapoutra, par 91° et 96° longitude est, 25° 30' 
et 28° 30' latitude nord, ainsi que la chaine de l'Hima- 
laya, qui le separe du Thibet el de la Tartarie chi- 
noise. 

Ces montagnes, qui bornent l'Assam au nord et au 
nord-ost, sont presque a pic, et d'une hauteur de 5 a 
(3 000 pieds. Des tribus deBouteas, de Dupldas, d'Abors 
et de Mishmis les habitent ; a l'ouest est le Bengale ; au 
sud et au sud-est, une autre chaine, occupee par les 
Cossyahs, les Kacharis et les Nagas. 

Le Brahmapoutra , un des plus grands fleuy.es du 
monde, parait prendre sa source dans un bassin cir- 
culaire, forme au milieu des neiges, a l'exlremite orien- 
tale de lavallee; il precipite son cours sur d'iminenses 
blocs de pier re , qui produisent une longue suile de 
cascades, et recoil du nord, par 95° 30' longitude est, 
et 27° hh' latitude nord, le Dihing, qui vient de la i'ron- 
tierc chinoise, et separe les Abors des Mishmis ; puis le 
Dihong, que Ton l attache au Tsan-Pu , fleuve de Tar- 
tarie, qui passe aLhassa else dirige vers Test. Le Dihong 
coule dans un lit tres-resserre ct tres-profond ; il est 



I 3§9 ) 

sujet a des crues subites et excessives. Independam- 
tnent de ces deux affluents principaux, on en compte 
cinquante-huit raoins considerables, qui viennent gros- 
sir le Brahmapoutra , trente-quatre au nord et vingt- 
quatre au midi. L'Assam inferieur ou Kamrup a pour 
capilale Gouhatty, ou Ton remarque les traces d'an- 
ciennes fortifications; on admire, un peu j)lus loin, 
l'ile d'Onamund. La parlie cenlrale comprend les deux 
grandes divisions de Durrung et de Nowgung. Le Bur- 
ning s'etend vers le nord; il a pour ville principale 
Tezpou, a 1 mille du confluent du Mora-Barelli et du 
Brahmapoutra; le Nowgung, situe au sud, avec une 
ville de meme nom, est separe par les monts Mikirs de 
1'Assam superieur, ou Ton distingue les provinces de 
Sibpur, Lakinipur, Sudiya ou Muttuk. La se trouvent 
les ruinesdeGbergaon, ancienne residence des Ahoms, 
remplacee par Rungpur, Jorbatb, et Dibroogbur, pres 
de laquelle on a etabli, en 1839, le poste inililaire de 
Saikwab. Les Aboms, sortis du pays des Sbans, avaient 
envabi 1'Assam au xm e siecle de notre ere; ils furent 
subjugues par les musulmans vers 1560. — Une secte 
parliculiere , celle des Muamarias, desole par ses de- 
predations le district de Lakimpur. 

En quitlant 1 'Assam et en nous avancantvers l'occi- 
dent, nous traversons le royaume de Nepaul, qui domine 
au nord les possessions anglaises; nous atteignons, vers 
le 79 e degre de longitude est , les sources du Gange 
(Gangotlni), et nous nous rapproclions de la contree 
qu'arrose le Sulledj, un des affluents de l'lndus. A 
1'ouest, cette contree est bornee par la vallee de 
Caschmir et par le royaume de Lahore; au sud, par 
Rampour et Simla. A 18 milles au-dessous de Ram- 



( 270 
pour, et a 40 milles environ de Simla, est la station de 
Koighur, situee gar la penle du Whartu ou Hattu, par 
77° 29' 30" de longitude est, et 31° 18' 30" de latitude 
nord, a 3 500 pieds environ au-dessus du Sutledj, et a 
deux heures de marche de cette riviere, qui se trouve 
elle-meme a une elevation de 3 000 pieds. L'aspect de 
celte station a quelque chose d'imposant; le dessin qui 
en a et6 donne laisse apercevoir, a h millos de distance, 
les montagnes de l'Himalaya, couvertes de neiges eter- 
nelles. 

Le Sutledj forme unedes principals lignes de com- 
munication de I'liindostan et de la Tartaric; il sort 
des lacs Rawan-Hrad et Manasarovar, sur le terriloire 
chinois, atteint la frontiere a Shipke, grand village, 
eleve de 10 597 pieds au-dessus du niveau de la iner, 
par 78° £8' de longitude est, et 31° 48' de latitude nord, 
passe a Kanaswur, puis longe une chaine de mon- 
tagnes dont la hauteur varie de 20 000 a 12 000 pieds, 
et qui le separent du Byas, un de ses principaux 
affluents. 

Ces pays, hahites par les SikVis, sont ouverts aujour- 
d'hui a l'influence anglnise, et Ton se preoccupe en ce 
moment de tracer des routes pralicahles jusqu'aux 
frontieres de la Chine. Les trihus qui liabitent ces 
regions lointaines, au milieu de riches mines d'or et 
d'argent, manquent des clioses les plus necessaires a la 
vie; il s'agit de t'aire de Simla un vasle entrepot com- 
mercial ou Ton puisse airiver de toutes les parlies du 
Thibet et de la Tartaric. 

Garoo (Gartos ou Yoogar), dans le district de Gnari, 
dependant de Lassa , devionl au mois de juillet une 
Poire considerable, aliiufnlee par les Russes, (pii tra- 



( 271 ) 
versent Bokhara , Kaschgar, Yarkand , Ladhak ; de 
Nijni, leur marche le plus proche, a Bokhara on compte 
trois mois de marche. On peut done leur faire une con- 
currence avantageuse en elablissant de nouvelles voies 
de communication, qui ouvriront un important de- 
bouche aux marchandises anglaises : e'est ce que lord 
Dalhousie a parfaitement compris. On a commence les 
travaux. De Kalka, qui se trouve au pied des monta- 
gnes, et qui est a 55 milles de Simla, la route est deja 
faite sur une elendue de 21 milles jusqu'a Dugshaie. 
De Simla a Garoo, la distance est de 380 milles; 
270 milles et demi appartiennent au territoire chinois: 
il ne reste done que 110 milles a la charge du gouver- 
nement britannique. Un emhranchement conduit de 
Chungruzing a Ladhak, et quand les chemins auront 
ete rendus faciles, le commerce prendra necessaire- 
ment de ce cote un developpement immense. 

Ladhak forme aujourd'hui un filat considerable, dont 
la capitale, Leh, est traversee par 1'Indus superieur. 
Pendant l'automne de 1849, M. Prochnow a cherche, 
vers le nord, une route plus directe de Kotghur a 
Ladhak, et son excursion a ete couronnee d'un plein 
succes. Apres avoir passe le Sutledj, et franchi le Ja- 
louri-Jot, qui a 11 600 pieds au-dessus du niveau de la 
iner, il remonte le Byas, laisse a gauche Mandi, gagne 
Bajoura, reconnait le cours du Parbatti et la char- 
mante vallee de ce nom, alleint Sultanpur, capitale du 
Kulu, et, continuant d'avancer le long du Byas, visite 
Naggar, l'ancienne residence du souverain de ces con- 
trees, Juggut-Sukh, que sa position admirable a fait 
surnommer les delices du niotide, les sources sulfureuses 
dc Behistu, el s'arrete ;'i Burua, sur la rive droite dela 



I *72 ) 

riviere; 1 ascension clu Ralangka-Jol, eleve de 13(500 
pieds au-dessus du niveau do l'Ocean, le conduit bien- 
tot aux sources du Byas , au-dessus de Sera-Singhs- 
Koti. La se trouve un passage qui inene au Lahoul . 
province fronliere du royaume de Rulu, habitee par 
les Tartares, et d'oii l'on se rend aisetnent a Ladhak. 

(Voyez les cartes jointes a ce ntimero du Bulletin. 

SfeDILLOT. 



( m ) 

ftlouvelles geographiques. 



F.UROPK. 



Mesurk d'un arc du meridien. — La mesure de Tare 
rlu mkridien, entreprisc par la Russie sous la direclion 
de M. le conseiller d'Etat Slriive, dirocteur de l'ohser- 
vatoirede Pulkowa, depuis Ismail, pros de lamer Noire, 
sous le A5 e degre20 minutes de latitude environ, jusqu'a 
Tornea, situe par 65° 50', est heureusement terminee 
en ce qui concerne la cooperation de la Norvege. Cela 
resulte cl'une notice que M. le capilaine du genie Vibe 
a adressee de Christiania, le 20 Janvier dernier, a M. de 
la Roquetle. Cette notice fait suite a celle qui a ete 
publiee dans le Bulletin de In Sociite de geogmphie 
du mois de novembre 1850, t. XIV, p. 289 et suiv. ; 
elle sera traduite, et paraitra dans l'un des plus pro- 
cbains Bulletins. 

On a eu a regrelter la perte de M. Lysander, ne en 
Courlande, qui remplissait roffice d'aide-mecanicien ; 
it a succombe aux fatigues et a la rigueur du climat. 



HlSTOIRE NATURELLE DES MERS BRITANNIQUES , ET AME- 
LIORATION des PHAnKS d'Anglkterre. — ■ L' Institution 
royale, de Londres, presidee par le due de Northum- 
berland, a recu, dans sa seance du \.h fevrier dernier, 
deux communications interessantes, I'une de M. le 
professeur E. Forbes, sur V Histoire naturelle des mers 
britatiniques, aver le classement metbodique des ani- 



( %H j 

maux et dea ptanles dans une serie de /ones ou regions 
sous-marines; l'autre, de M. le prol'esseur Cow per, Sui- 
tes shares, et les ameliorations clont ils sont suscepti- 
bles. Le phare d'Eddy stone, situe a 9 ou 10 milks de 
Plymouth; celui de Bell -Rock, sur la cote orientale 
de l'Ecosse; et celui de Skerrevore, sont construils en 
pierre ; quelques-uns, plus recenls, sont de fonte ; 
d'autres, comme les phares de Maplin et Chapman, 
a l'emhouchure de la Tamise, et ceux de Flelwood et 
Belfast, sont eleves sur des piles de fer fixees dans le 
sable au moyen d'une espece de vis, de l'invention de 
iM. Mitchell. Quant au mode d'eclairage, c'est loujours 
le systeme de Fresnel qu'on applique avec le plus de 
succes. 



ASIE. 
AnTIQUITES DECOUVERTES PRES DES RIVES DE l'EuPHRATJJ. 

— La Societe asiatique de Londres a re^u communi- 
cation d'un memoire du capitaine B. Lynch sur les 
anliquites decouvertes pies des rives de l'Euphrate, 
d'Ethdeheen et d'Ashaiali. A 15 milles d'Elhdeheen, 
on Irouve parmi les mines de Resaphe (Sergiopolis, 
residence des chreliens de Syrie) la partie inlerieure 
d'une magniiique eglise parfaitement conservee. Vers 
Je promontoire de Phuusa, a 88 milles d'Alep, l'auleur 
croit reconnaitre 1'ancienne Thapsaque. Plus has, sur 
la rive droile du fleuve, se trouve lielihi, environuee 
de touibeaux lemarquables. 

Avant d'atteindre Asharah, on rencontre Rahahah, 
batie sur des rochers, a 2 milles environ de l'Eu- 
phrate. Le chateau i'ut construct, dit-on, par Rahah 



( f» ) 

1'Amalecite, anterieurement a l'ere de Mahomet. Lne 
tribu d'Arabes, qui pretend nescendre de ce chef, ha- 
bile dans le voisinage. Aucune inscription de quelque 
valeur n'a ete decouverte dans les diverses localites. 



CaUTK DE LANCIENNE VILLli d'AnURAJA-Pi)RA ( ILK DK 

Ceylan). — Inscriptions babylonien.nes. — A la seance 
de la Societe asiatique de Londres, du 15 fevrier der- 
nier, on a lu une communication du capitaine Chap- 
man, a 1'occasion de la carte dressee par le major 
Skinner, d'une paiiie de l'ancienne ville d'dnumja- 
Puta (a Ceylan). Puis le colonel Rawlinson a rendu 
compte de quelques inscriptions babyloniennes en- 
voyees par le colonel Williams, et dues aux recherches 
de M. Loflus; M. Rawlinson a dechiffre les noms de 
Nabopollassar, Nabokodrossor, Mabonidus, Cyrus el 
Camhyse. 

Expedition scientifique au Kamtschatka. — M. de 
Helmersen ecrit de Saint-Petersbourg, 2=rlZi mars 
1851, que la Societe geographique de Russie prepare 
une expedition scientifique pour le Kamtschatka. On 
s'occupe en ce moment de la redaction du programme 
et du cboix des savants qui devront faire partie decette 
expedition. 

Au moisdemai, un jennegeologue etpaleontologue, 
tres-instruit et plein de zele , M. Ditmar, deDorpat, 
partira aussi pour le Kamtschatka, independamment 
de l'expedition de la Societe geographique. 



•»7C ) 

H ACHES DB P1BBBB KT POINTES Dh I.ANCES TROUVEKS A 

Java. — Le docteur Swaving a envoys recemment, aux 
editeurs du Journal of the Indian archipelago, la copie 
d'une notice interessante, publiee deja dans le Natuur- 
kundig Tijdschnft voor Nederlandsch Indie, sur des 
instruments et des arines de pierre qu'on trouve de 
temps en temps dans l'lle de Java. Toutes les anti- 
quites de cette espece ont une valeur ethnographique, 
et leur abondance dans celte ile ajoute a la preuve 
fournie par la lungue qu'elle elait, a une epoque re- 
cuiee, peuplee par des tribus d'origine africaine ou 
indo-africaine , de meme que les autres lies de I'ar- 
chipel indien. Le docteur Swaving fait allusion a l'usage 
des armes de pierre dont, en ce moment encore, on 
se sert dans la Nouvelle-Zelande. On les trouve plus 
pres de -lava, dans les mains des Auslraheus, dont les 
pointes de lance de pierre ressemblent exactement aux 
dessins joints a la notice du docteur Swaving. D 'autres 
dessins, publies par le meme savant, paraissent repre- 
sentor des fragments de baches de pierre semblables a 
cedes qu'on a quelquefois decouvcrtcs dans la pres- 
qu'ile de Malacca, ou les Malais, de meme que les 
Javanais, pensent que ce sont des foudres. Suivant le 
docteur Siebold , les Japonais conservent avec soin et 
adressent une sorte de culte a d'anciens outils de pierre 
comme des reliques des dieux qui ont habile autrefois 
le Japon , et dont ils descendent. 



AFRIQOE. 

Mines d'or ul Senegal. — On lit dans la tievue de 
IH 'rient : « Le Senegal est, apres Alger, la plus voisine 



( *>77 ) 

do nos colonies; on pent s'y rendre en huit jonrs , et 
il n'est pas de pays plus riche en mines d'or que le 
Bambouk, traverse par tous les affluents du fleuve. 
La plus considerable de ces mines se trouve au centre 
du royaume, entre les villages de Kilimane et de Na- 
katou , a 30 lieues de la riviere Faleme et a h0 de 
l'ancien fort Saint -Pierre, situe a Kaiarouro. Trois 
autres onl ete decouvertes a Semayala, Nambie et 
Kombadyrie. En suivanl le cours du Coler, qui arrose 
la plaine de Nakatou, on rencontre, a 14 lieues de la, 
Semayala, non loin du grand village de Forbana. A 
Test du Coler, appcle aussi Rio d'Oro, dans une vallee 
de la chaine orientale des inontagnes du Tambouara, 
se trouve Kombadyrie, dont le ruisseau roule de Tor; 
mais les naturels preferent Tor de Nambie, qui est 
plus malleable, et c'est a Nambie que se rendent de 
preference les Mauris du desert de Sahara. L'entre- 
prise de l'exploitation des mines du Bambouk mar- 
querait dans l'histoire de notre richesse nationale. » 



VMER1QUE. 

Yoyaoedansl'AmeriqueduSud et kvx iles Sandwich. 
— M. Plant, conservaleur du Musee d'hisloire natu- 
relle de Leicester, est au moment de partir pour l'Am'£- 
rique du Sud et les iles Sandwich. II a le projet de 
visiter le Rio Grande, la Plata, le Paraguay ; de passer 
de la au Chili, et de remonter au nord, en explorant 
le versant occidental des Andes de cette contree ct du 
Perou ; puis de se rendre aux lies Sandwich, dont il 
i. mars. 6. 10 



278 

• propose d'etudicr a fond Ihistoire naturejle; enlin. 
apres avoir port*' ses observations sur I'llc dc Quadra 
et Vancouver et la partie adjaeente de l'Arnerique sep- 
tentrionide , d'effectuer son retour en Europe par la 
voie de l'archipel Indien. 



Route de l'istiimk de Tehuantepec. — On a recu, a 
Washington, le traite entrelc Mexique et los Elats-Unis 
touchant l'ouverture de la route de Tehuantepec, de- 
puis l'Allantique juequ'a la mer Pacifique : toutes les 
difficulles ont ete r6solu.es, et aujourd'hui le Mexique 
consent a. toutes les garanlies qu'on lui a demandees. 
L'exploration de la route avance beaucoup, et sera 
bientot terminee. Ainsi, celle route sera praticable a 
une epoque prochaine, et sera la ligne preferee, non- 
seulement entre les deux niers, mais cntre l'Europe 
et l'Asie(l). 

Nouvelle-Orleaus, 5 fevrier. 

Nous avons recu de M. Andrews, secretaire de l'exp<- 
dilion de Tehuantepec, les nouvelles suivantes de la 
tnarche des operations dans 1'isthme. Les hydrogra- 
phes , sous le commandement du lieutenant Temple, 
ont lermine le plan el l'examen detaille du cours de la 
riviere jusqu'a 60 milles environ au-dessus de Mina- 
titlan (2). Le 27 Janvier, ils ont entrepris la traversee 

(1) Beaucoup d'hommes comprieuN ne partagent pas cette opi- 
nion (voir p. 2.(9 et suiv.). H faul attendre. 

De U It. 

(2) Latitude d'environ I 7 55', a environ 19 mille* de I'emhouchiu 1 
de la riviere, dans le fjolfe du Mexique. J — r>. 




c 



/A./A-ffsi ,/f /•' J'.'-fr/,- ,/,- /,'w/ /,,/////,- f/,ts;r /&>/ 




( -27V) ) 
de la montagne jusqu'a la mer Pacilique? et commence 
a faire un examen detaille de toutes les baies, porls et 
havres , dans l'etendue des lieux compris dans leur 
mission. 

La commission de M. William est occupee du ni- 
vellementdepuis le Barrio jusqu'aux laguneset augolfe 
de Teljuantepec. La commission tie M. Avery est em- 
ployee entre Boca del Monte el El-Barrio. Le major 
Barnard marche en avant de ces differentes commis- 
sions, occupe des arrangements pour les transports. 



NOUVELLES CARTES DEl'AmERJQUE CENTRALE. LACS DE 

Nicaragua et de Managua ou Leon, beaucoup plus grands 
qu'lls ne sont generalement representes, etc. — jnous 
Irouvons, dans le compte rendu dune seance de la 
Societe americaine d'ellmologie (15 fevrier), les ren- 
seignements suivants sur plusieurs nouvelles carles de 
l'Amerique cenlrale : 

« La Carte de l'isthme de Panama, par le docteur 
E. L. Autenrieth, est oiTerte a la Sociele par M. Lu- 
dewig, qui donne en ces termes l'liistorique de ce 
travail : ((Pendant son sejour a Panama, le docteur 
Autenrieth renconlra M. Tiedemann, autrefois in- 
genieur topographe en Prusse, qui, apres avoir passe 
pres d'un an a i\ew-York, s'etait dirige vers la Oali- 
fornie, mais n'avait pu depasser Panama. Tiedemann, 
bon dessinateur, lut employe par le docteur a la re- 
daction d'une carte de l'isthme, a la levee d'un plan 
de la ville de Panama et au trace d'une carte du che- 
min de ler projete a Iravers l'isthme. En ineme temps 



lo doclcur consul tail loules les carles espagnoles inn 
nusrrites on a litres (ju'il pouvait se procurer a Panama. 
Depuis son relour a New -York, ce travail a ete corrige 
d'apres les meilleures cartes terrestres et marines nou- 
vellement parues. Le doctenr Autenrietlt a I'intention 
tie publier separement ses irois Cartes do l'istlime, de 
la ville de Panama et du chemin de fer. Cette derniere 
sera accompagnee d'nne notice destinee a scrvir de 
guide aux personnes qui traversent l'istlime. » 

» M. Squier, president de la Societe etbnologique, 
fait, an sujet de cette communication, quelques obser- 
vations critiques : 

« Le graveur de la carte du docteur Antenrielb, dit-il, 
a inlroduit en supplement sur cette planehc la partie 
de l'Amerique centrale qui comprend la riviere de 
San-Juan, lc lac Nicaragua, etc. Ceci a ele copie des 
carles impnrfaites publiees jusqu'a ce jour, el contient 
consequcmment les memes erreurs. Toutes ccs cartes 
donnenl au lac Managua on lac de Leon (comme on 
1'appelle aussi, mais incorrectement ) une etendue 
beaucoup trop pelite : elles le font six fdis moins grand 
que le lac de Nicaragua, tandis qu'il a en reality pres 
de la moitie de la supcrficie de cc dernier lac (1). Le 
golfe de Fonseca est aussi trop petit sur ces carles; de 
plus, sa latitude esl trop baute. Son extremitc infe- 
rieuro se rapprocbe davantage du lac Managua, et 

i Dans un rapport official presente au secretaire d'litat <lu gou- 
verneiiipnt ties Ktals-l'nis, et ilont 1'un de nos prochains Bulletins 
uoutiendra la traduction, M. S<pjier donne, d'apres John Bailey, sa- 
voir : au lae Managua, 5o a 60 milles de long sur 3o a 35 de large : 
PI nil lar Nicaragua, Ion milles de long sur f \C\ a ^.1 de large 



( m ) 

V Esleru-Hcol, qui s'ouvre a son extremity meridionalc, 
s'etend , presque en lignc droite , a nioins de vingt ou 
trente lieues de ce lac. 

» La carte de M. John Bailey, qui vient d'etre publiee 
a Londres par M. Trelawney Saunders, est la plus riche 
et la plus generalement exacte que Ton possede de 
l'Amerique centrale. M. Bailey est un Anglais qui de- 
meure a Guatemala, et qui a ete charge par le presi- 
dent Morazan, sous la Confederation, de faire le trac6 
d'un canal projete entre les deux oceans par le lac de 
Nicaragua. Les erreurs signalees plus haut se retrou- 
vent encore dans cette carte : elles y paraissent memc 
quelque peu exagerees; ce qui a lieu de surprendre, 
car M. Bailey doit avoir parcouru une partie conside- 
rable du territoire nicaraguan. Les positions et les di- 
mensions des lies du golfe de Fonseca sont ici tout a 
fait erronees; il en est de meme de la delimitation des 
divers Etats et des divisions politiques du pays. Toute- 
fois ces dernieres erreurs ne doivenl pas etre imputees 
a M. Bailey, car M. Saunders, questionne a ce sujet 
dans une seance recente de la Societ6 geographique 
de Londres, a avoue qu'il avail lixe ces limites confor- 
mement aux instructions du Foreign- Office. La fron- 
tiere nord de l'htat de Costa -Rica, par exemple, est 
formee par la riviere de San-Juan et le lac Nicaragua, 
tandis que la Constitution de cet Etat determine que 
cette frontiere est bien des lieues plus bas... » 

» M. Squier ajoule que « la carte partielle publiee 
avec ses depeches officielles, bien qu'execulee a la bate 
et incorrecte dans les details, etait, dans son ensemble, 
digne de confiance. » II annonce enlin et recommande 



( 282 ) 
I onuiie generalement exacte, Ja carte de 1'Amerique 
centrale, contenanl les derniors renseignements geo- 
grapliiques, que M. Colton, editeur de New -York, est 
au moment de faire parailre. » 



Carte de l'Etat de New-Yoiik, dams cn ouvragr sub 
la confederation des Iroquois. - M. L. H. Morgan , 
de Rochester ( Etats-lnis), a fait parailre un livre sur 
la Confederation des Iroquois. Cet ouvrage contient, 
entre autres pieces interessantes, une carte de l'Etat 
de New -York, indiquant les frontieres des diverses 
tribus indicnnes a l'epoque de leurs premieres rela- 
tions avec les Europeens, la situation de leurs villes et 
villages, de leurs anciennes routes, et les noms pri- 
mitifs des principals rivieres, des lacs, montagnes, etc. 
M. Squier, en presidant la Societe elhnographique dc 
New-iork, a exprime l'espoir que la connaissance 
de ces noms indigenes amdnerait les habitants du 
New-York occidental a faire disparaitre la pedantesque 
nomenclature dont la geographie des Etats-Unis est 
surchargee, el a remplacer, par exemple, le nom 
A' Alexandria par celui de Daosaiioga, de Livonia par 
celui de Deodesotc, de l\aples par celui de I\an- 
dawao, etc. 

Navigation du lac de Nicaragua. — En attendant 
que le canal qui doit relier l'ocean Atlanlique a la mer 
Pacdique soit mene a bonne (in, le steamer Director 
a commence un service regulier sur lc lac du Nica- 
ragua deux lois par semaine, el franchit la distance de 



( 283 ) 

95 milles en vingt heures. Pour les 85 milks qui res- 
tent a faire avant d'arriver a San-Juan, on se serl de 
Bungos. Outre le sleamer, il y a sin- le lac deux schoo- 
ners qui recoivent des passagers. On conslruit en ce 
moment un nouveau bateau a vapeur qui desservira la 
meme route. 



Lac Superieur. — M. J. Austman et M. Roy, de La- 
pointe (lac Supei-ieur), se sont rendus de cette place 
a Minesola , par les chutes de Sainte-Croix , en treize 
jours, au moyen d'un traineau auquel deux chiens 
etaient alleles. Ces chiens, de race melee, et moins 
grands que ceux de la riviere Rousse, faisaient aise- 
ment IiO milles par jour sur des routes a peine prati- 
cables. 

OCEANIE. 

LeicuH4RDT. ~ On vient, dit le Sydney Morning 
Herald, journal australien , d'envoyer une nouvelle 
expedition a la recherche du voyageur Leichhardt, 
parti il y a deux ans pour explorer l'interieur du vaste 
continent de l'Australie. Ses expeditions preccdentes 
avaient ete signalees par plusieuis decouvertes impor- 
tantes. Apres avoir fail 300 milles dans 1'inlerieur du 
pays, il etail revenu a la derniere station de la fron- 
tiere , pour donner avis aux auloiites et laisser dans 
cette station des renseignements [>ositifs sur les con- 
trees qu'il avait parcourues. II disait que les 300 milles 
dont il venait de prendre connaissance etaient un des 
plus beaux pays du monde cntier. 11 ajoutail que l'ex- 



{ 284 ) 

pedibon qu'il alluil lenter clans l'interieur ties terres 
lui semblait lellement chanceuse, que les probabilities 
n'etaient pas pour son retour. II ne voulait done pas 
laisser se perdre les details et les renseignements dont 
il s'etait rendu maitre. Puis il est reparti plein de cou- 
rage et de gaiete, et il n'a plus ete question de lui. 
Deja plusieurs expeditions du meme genre , entre au- 
ires celles de Kennedy, ont completement manque. 



( 2s;> j 



%<•««** cle la Soei6t£. 

Proees-verbatix des seances, Outrages 
oflerts, etc. 



PrESIDENCE DE M. JoMARD. 



Seance du 7 mars 1851. 

Le proces- verbal de la derniere seance est lu et 
adopte. 

M. le general Dauinas, chef du service de l'Algerie 
au ministere do la guerre, annonce au secretaire ge- 
neral de la Commission centrale , par sa letlre du 
3 mars courant, en reponse a celle qui lui avail ete 
adressee, pour exprimer le desir d'obtenir de lemps a 
autre communication par extraits des inemoires des 
officiers qui signaleraient quelques progres dans la 
geographie de l'Algerie et qui seraient dc nature a 
interesser le monde savant, que tous les travaux de 
cette nature sont centralises au depot de la guerre. 

M. le general Morin, chef du service du depot de la 
guerre, ecrit, sous la date du 5 mars , que, s'il recoit 
des officiers de l'arinee d'Afrique quelque memoiro 
ofl'rant de l'interet pour la geographie de l'Algerie, il 
s'empressera d'en donner communication a la So- 
ciete. 

M. le ministre de l'instruction publique informe le 
president de la Commission centrale, par su leltre du 



( 286 ) 
25 fevrier dernier, que , suivant le desir qui lui en a 
ete expiime\ il accorde a la Society do gt'-ograpbie un 
exemplaire des Archives des missions seientifiques et 
litteraires, publiees sous les auspices de son departe- 
raent. 

M. Tr^maux, arclntecte laur^at, remercie la Societe 
d'avoir bien voulu I'admettre au nombre de ses mem- 
bres. II temoigne en m&mc temps le desir de voir la 
demande qu'il a adressee a M. le ministre de l'inte- 
rieur appuy^e par la Sociele. M. Tre^naux, n'entrant 
dans aucune explication sur les motifs qu'il a dii faire 
valoir et sur l'etendue de cettc demande, sera invito a 
en transmettre une copie au bureau de la Commission 
centrale. 

M. Jomard lit par extrait une lettre particuliere de 
M. Hermann E. Ludewig, de New -York, faisant hom- 
mage a la Sociele de deux cartes toutes nouvelles rela- 
tives a l'istbme de Panama. II donne des nouvelles du 
docteur >Yislizenus, auteur d'un voyage a l'ouest des 
Rocky-Mountains, et qui est aujourd'lmi de retour aux 
Etats-Lnis apres un voyage a Constantinople. La carte 
de l'istbme de Panama et de Darien est I'ouvrage du 
docteur Autenrietli, qui a reside longtemps a Panama, 
et qui s'est fait aider par un jeune ingenieur prussien, 
M. Tiedetnann , lequel a donne un plan de la ville et 
du cbemin de fer projete et en cours d'exticution. La 
carte generale de l'islbme , commencee a Panama , a 
£te acbevee a New -York avec tout ce qu'on y possede 
de documents autbentiques. 

Le secretaire general donne lecture de la liste des 
ouvrages offerts. — Des remerciements seront adress^s 
aux donateurs. 



( 287 ) 

M. Malte-Brun ( Victor-Adolpbe), second fils du ce- 
lebre g6ographe de ce nora, pr£sente par MM. Jomard 
et Dussieux, est elu membre de la Societe. A cette 
occasion, M. le pi'esident de la Commission centrale 
rappelle, en quelques paroles bien senties, les travaux 
de feu Malte-Brun, Tun des fondateurs de la Societe, 
et les services signals qu'il a rendus aux sciences 
geographiques; il ajoute que M. Malte-Brun fils, qui a 
consacre plusieurs annees a l'etude de la geograpbie, 
s'occupe depuis quelque temps a preparer une nou- 
velle edition du Precis de la geographie public par son 
pere, et qui ne tardera pas a paraitre. 

Le secretaire general rappelle que, aux termes de la 
decision prise sur sa proposition, le 5 avril 1850, par 
la section de comptabilite, concurremment avec le 
bureau de la Commission centrale, et approuvee par 
ladite Commission , convoquee extraordinairement a 
cet effet (voir Bulletin de mai, t. XIII, p. 327), le 
compte general des recetteset desdepenses effectuees 
pendant chaque annee , et clos le 31 decembre , doit 
etre soumis, avec toutes les pieces a l'appui, a la sec- 
tion de comptabilite , et verifie , apres son examen 
prealable, par deux membres de la Commission cen- 
trale designes conformement aux dispositions de l'ar- 
ticle 25 du reglement, et qu'apres avoir ete approuve 
par ladite Commission, leur rapport doit 6tre mis 
sous les yeux de l'assemblee generale dans la premiere 
seance de l'annee suivante, pour etre ensuite imprime 
dans le Bulletin, avec le budget et le compte des re- 
cettes et des depenses effectuees. II propose, en conse- 
quence, que le president de la section de comptabilite 
snit invile a fairc les dispositions necessaires pour 



•2hb j 

('execution de la decision precitee en ce qui conccine 
le comple general de 1850 et le budget de l'annee 1851. 
— Cette proposition est adoptee. 

Sur la demande qui lui est faite par M. le president 
de la Commission centrale, le secretaire general an- 
nonce que, pour ne pas retarder la jusle impatience 
des membres de la Societe, quoique ses travaux aient 
ele fort multiplies depuis le mois de Janvier 1850, il 
se preparera pour presenter le 11 avril prochain , a 
l'assemblee generale, le rapport annuel, qui doit com- 
prendre, cette fois, deux annees. II espere que ses 
collegues, appreciant les circonslances dans lesquelles 
il s'est trouve, voudront bien lui accorder leur indul 
gence : il declare d'avance qu'il en aura grandement 
besoin. 

M. le president de la Commission centrale, avant 
demande a M. Bacliofen, officier du genie Suisse, s'il 
ne pourrait pas lire dans la seance generale une notice 
sur les travaux de la Carte de la Confederation , dont 
il est l'un des collaborateurs, cet officier lemoigne ses 
regrets de l'impossibilite dans laquelle il se trouve, 
parce qu'il ne sera probablement pas a Paris a l'epoque 
qui vient d'etre lixee pour la seance generale. M. de la 
Roquette ajoute que, d'ailleurs, apres s'etre concerte 
avec M. Bacliofen, leurs idees se sont etendues, et 
qu'au lieu d'une simple note sur la carte actuelle de 
la Suisse , qui se publie sous l'babile direction de M. le 
general Dufour, qui est fort avancee, mais non encore 
terminee, ils sont convenus qu'il serait plus inleres- 
sant d'offrir au monde savant un bistorique raisonne 
des progres de la cartograpbio de la Suisse depuis les 
temps les plus recules juscju'a nos jours, en indiquapt 



( 289 ) 

en memo temps, aulant que possible, le mode suivi 
pour la confection de chacune de ces cartes ou series 
de cartes. Pour atteindre ce but, M. de la Roquelte 
s'occupe de reunir a Paris tous les materiaux qu'il 
pourra se procurer, soil dans nos bibliotheques, soit 
aupres des savants (Yancais ; et deja M. Jomard a bien 
voulu lui en fournir quelques-uns sur les plus an- 
ciennes cartes de la Suisse ; soit aupres de M. le general 
Morin, chef du service du depot de la guerre, en ce 
qui concerne les travaux executes sur la Suisse par les 
ingenieurs geographes francais , etc., etc. Deja M. le 
general Morin a eu la bonte de lui faire donner des 
notes a ce sujet. De son cote, M. Bachofen fera, d'une 
maniere plus habile et probablement plus fructueuse, 
de semblables investigations en Suisse. Lorsque leurs 
recherches respectives seront terminees, en les fon- 
dant ensemble, apres comparaison et verification, la 
notice pourra etre tracee. 

Le secretaire general met sous les yeux de la Com* 
mission centrale quelques informations qu'il a puisees 
dans les journaux anglais, et qui sont relatives aux 
explorations en Afrique du reverend pere Knoblecher 
el du reverend docleur Livingston. Des observations 
verbales sont failes a ce sujet par M. Anloine d'Abbadie 
et par M. Jomard. Celles du premier de ces membreS 
etant fort etendues, il est invite a les metlre par ecril. 
(Voir p. 237.) 

Seance du 21 mars 1851 . 

Le proces- verbal de la derni^re stance est hi et 
adopte. 



( 290 ) 

M. Longuinoil, membre etleclit de la Societe ^eogra- 
pbique de Saint-Pelersbourg, transmet, au nom de la- 
dite Societe, trois documents important^ sur les explo- 
rations eflectuees par les Russes dans 1'Oural, dans la 
Nouvelle-Zemble et dans la mer d'Aral. — Des remer- 
ciements ont ele adresses a M. Longuinoil, et les docu- 
ments annonces sont renvoyes au comile du Bul- 
letin. 

M. le docleur J. H. Hugel, consul des ttats-lnis a 
Leipzig, adresse a la Societe, avec sa lettre du 29 Jan- 
vier, deux rapports de M. Jiache, surinlendant du Coast 
Survey, pour les annees 1848 et 1849, et un troisieme 
rapport, du meme surintendant , intitule : Un an ap- 
plication of the galvanic circuit, etc. (De 1 'application 
du circuit gulvaniyue a une horloge aslronornique el a 
1'indicateur telegrapbique pour la determination des 
differences de longitudes, et generalement dans les 
observations astronomiques). Les deux premiers do- 
cuments ayant deja ele euvoyes a la Societe de geo- 
grapbie, la Commission centrale decide, sur la pro- 
position du secretaire general, que les doubles seront 
olTerts a M. le ministre de la marine, pour le depot 
hydrograpbique. 

Le ministre de l'inslruction j>ublique, par sa lettre 
du 20 mars, adressee au president de la Commission 
centrale, annonce qu'il vient de faire ordounancer, au 
nom de M. Meigncn, tresorier de la Societe de geogra- 
pbie, la somme de 570 bancs, represenlanl le premier 
trimestre de la subvention accordee a cette Sociele 
pour l'annee 1851. 

M. Jomard communique une lettre parliculiere que 
lui ecrit de New -York, sous la date du 14 t'evrier, 



f 291 ) 

M. Hermann E. Ludewig, transmettant les remercie- 
ments de M. Sqnier pour l'atlenlion que la Societe a 
donnee a ses Rccherches sur les antiquites americaines. 
L'ouvrage de ce savant voyageur sur le Culte du serpent 
paraitra bientot. 

M. le president de la Commission centrale, apres 
s'etre entendu avec le secretaire general, fixe le jour 
de la seance generale au 11 avril pro chain, et annonce 
I'ordre du jour de cette seance, qui se composera : 
D'un Discours du president de la Societe ; 
Du Rapport du secretaire general sur les travaux de 
la Societe et les progres des sciences geograpbiques 
pendant 1849 et 1850; 

D'un Rapport sur le prix annuel ; 
D'un Rapport sur la comptabilile de la Societe ; 
D'une Notice de M. d'Escayrac sur son voyage dans 
la Nubie superieure. 

M. de la Roquette fait observer que, dans le Bulletin 
du mois de Janvier dernier, en donnant exactement la 
latitude de San-Borja, cette ville a ete placee par inad- 
verlance dans le departement de l'equateur, tandis 
qu'elle se trouve dans les missions portugaises, sur la 
limite du Paraguay; il ajoule qu'un erratum reclifi- 
catif a ete mis dans le numero suivant du Bulletin. 

Le meme membre lit la liste des ouvrages offerts a 
la Societe, qui vote des remerciements aux donateurs ; 
il donne ensuite communication d'une note transmise 
par M. Rafn , professeur de Copenhague et correspon- 
dant de la Societe en Danemark, sur l'assemblee gene- 
rale de la Societe royale des antiquaires du Nord , 
tenue le 15 fevrier dernier sous la presidence du roi. 



...,o 

VI. CoHambert parlo avec elogcs ties instruments 

cesmographiques de M. Robert , et propose d'auto- 
riser cet inventeur a mettie ses machines sous les 
\eux de la Commission centrale. Celle proposition est 
adoptee. 



29 

01 \ RAGES OFFERTS 

DANS LF.S SEANCES DES 7 ET 21 MARS 1851. 



TITRF.S. 



DOKATECRS. 



EUROPE. 



CARTES. 



Carte elhnologique et geographique de la Gaule 
au n" siecle avant J.-C par M. L. Dussieus, 
avec les etymologies eeltiques, par M Alfred 
Kfanrj. Paris, i 85 1 - i feuill-. 

AFRIQUE 

OL'\ r.»CE- 

Voyage en Abvs-inie. dans les provinces du Tigre, 
du Samen et de 1'Amhara ; par MM. Ferret et 
Galinier, caprtaines au corps national d'etat- 
inajor. Paris, 1 847 - ^ vo '- {T ran ^ '"-8° et un 
atlas in-fol. 

MLL.OOLi. 

Archives des. missions scienlinques et.litteraires. 
Annee 1800. 12 pumeros. Paris, i85o. 

Documents sur le commerce exterieur. Decembre 
i85o. Paris, i85o. 

Bulletin de la Societe geologique de France. Fe- 

vri- r 1 85 1. Paris, i85l. 
Journal des missions e'vangeliques. >"ume'ro de 

fe'vriei l 85 l - 
Journal asiatique Anne'p i85o. Paris, i85o. I vol. 

it.-8°. 
Bulletin de la Societe industrielle d Angers et du 

department de Maine-et-Loire. Anders, l85o. 

i vol. in-8°. 
Zrit-i hnti der Deutschen morgenlaudischen Ges- 

sellscfaaft. (Journal de la Societe' orientale al- 

lemande. t. V, i"cahier. i85t.) 
Revue de I'Oiient. Gainer de fevrier i85i. 

I. MARS. 7. 



MM. 
L. Dus«ieu». 



F rret H Galinitt 



Le ministre 

de Instruction 

puLlique. 

Le minislre 

de I'agricuhure 

et du commerce. 

Societe' geologique. 

Les editeurs 

Socie'te asiatiqu> 

Societe industrielle 

de 

Mdine-et-Loin . 

Societe' orientale 

allemande. 

I • - i diten - 
20 



( 295 ) 



TITRES. 



DONATEURS. 



Bulletin special de 1'institutrice. Mars i85i. 

Philosophical transactions, etc., etc. (Transac- 
tions philosophiques de la Societe royale de 
Londres pour I'annee i 85o, part. II. Londres, 
l85o. i vol. in-8°.) 

Observations on Days of unusual magnetic dis- 
turbance, etc., etc. (Observations sur les jours 
de perturbations magnetiques extraordiuaires, 
failes dans les observatoires magnetiques <les 
colonies anglaises (departeinent de Partillerie 
et de l'amiraute ), imprimp'es par le gouver- 
nement anglais, sous I'inspection du lieute- 
nant-colonel Edward Sabine, du corps d'ar- 
tillerie. Vol. I, part, i, 1840, 1 84 • ; pa rl - "•> 
1842, 1843, 1844. Londres, 1 85 1 . t vol. in 4".) 

The Report, etc., etc. (Rapport de i'assoeiation 
britannique pour le proyres des sciences pen- 
dant i843. Londres, 1844. 1 vol. in-8°.) 

Traite du calendrier arabe, ei-traitdu Manuel de 
chronologie universelle; parM. Se'dillot. Paris, 
1 85 1 . Broch. in-18. 

Memoire surTacclimatation du Psoraba esculenta 
(Picqtiotiana). Paris, 3 exemplaires. 

Reports, etc., etc. (Rapports de M. Bache, sur- 
intendant du Coast Survey, 1 pour 1848 et 
i84<i, et un troisieme sur I'application du cir- 
cuit galvanique, etc. 



MM. 

Les editeurs. 

Societe royale 

de Londres. 



Le gouvernement 
britannique. 



L'association 
britannique. 

Seditlot. 



I.amare-Pic(|itot. 
A. D. Bache. 



( 295 ) 
ERRATA 

DU BULLETIN DE DECEMBHE t850. 



Page 393, ligne a3. Au lieu de Gbadis, lisez Aghadir. 

Page 3g4, ligne 1 1 . Au lieu de egale, lisez egalent. 

Meme page, ligne 16. Au lieu de Tagels, lisez Taggele. 

Page 399, ligne 19. Au lieu de Tor-el-Khadaa, lisez Tor-el-Kli;ulia. 

Meme page, ligne 1^. Au lieu de Kagucman, lisez Kaguemar. 

Page 407, ligne i3. Au lieu de Am. in, lisez Amarer. 

Page 4o8, ligne 19. Au lieude Mussrlimicli, lisez Musselimieh. 

Meme page, meme ligne. Au lieu de AIji s-lkaras, lisez Abou-Hara*. 



BULLETIN DE F^VRIER 1851. 



Page 191, ligne 21. Au lieu de Smithsonia Institution, lisez Smilh- 
sonian Institution. (Ouvrage omis dans la lisle des owvrnges 
ofr'erts.) 

Page 181, ligne 3a. Au lieu de Qarda, lisez Garda. (-L'erreui n'existe 
que dans quelques exemplaires.) 

P.ige 191, ligne 10. Au lieu de i85o, Uses 1 85 1 . 



Carte (In grand islhme de t'Ameriquc eeutiale. 



BULLETIN 

DE LA 

SOCIETE DE GEOGRAPHIE. 

AVRIL 1851. 

ASSEMBLES GENERALE DU 11 AVRIL 1851 



DISCOURS PRONONCE PAR M. DUMAS, 

Merabre <le l'Acadu'mie ties sciences, president de la Societe, 



Messieurs, 

En me l'aisant l'honneur, alors que les circonstances 
m'avaient place a la tele du ministere du commerce, 
de m'appeler a ia presidence de votre Societe, vous 
aviez voulu montrer a quel point elle prend a coeur les 
interets commerciaux de la France. 

Aujourd'hui, en appelant a me succeder un amiral 
illustre par de longs travaux, vous voulez constater que 
les dccouverles de la science geograpbique, que celles 
de Part nautique, sont surtout de votre domaine. 

Que celte alliance se perpetue; que cette union des 
interets abstraits de la science pure et des interets plus 
positifs du commerce et de l'industrie dcmeure tou- 
jours l'objet de vos preoccupations; 

Car c'est ainsi que vous obtiendrez le concours , si 
profitable a la prosperite de votre Societe, de nos 
chambres de commerce, de nos consuls et des oiliciers 
de notre marine marcbande, de meme que vous vous 
eles assure l'interet constant des savants de tons les 
pays et celui des officiers si (''minents de notre marine 
militaire. 

I. AVRIL. 1. 21 



( 298 j 

Les problemes que vous posez, les encouragements 
que vous accordez, les prix que vous decernez, tou- 
chent a toul ce qui prepare on assure la prosperity 
matericllc ou intcllectuelle du pays; 

En effet, e'est par les voyage'urs, dont vous dirigez 
l'essor, que l'agriculture recoil les plauies et les ani- 
maux dont elle s'enrichii , que les manufactures ap- 
prennent a se fournir des materiaux nouveaux qu'elles 
mettent sans cesse en ceuvre. 

C'est par eux que le commerce deeouvre les debou- 
ches qui etendent le cercle de ses operations el qui 
assurent le placement des produits dc notre agricul- 
ture et de nos arts. 

Les vov 'ageurs sont le fil conducteur qui met en rap- 
port les diverses parlies du globe et qui preparent celle 
fusion des produits, des interets, des langues et des 
races, qui semble le dernier tcrme du progres de l'liu- 
manilu. 

Et quand parmi ces homines qui onl agrandi la 
spbere de noire commerce, et qui souvent ne l'onl pas 
fait sans profit pour eux-memes, vous distinguez les 
esprils hard is et perseverants, les savants devoues et 
exacts qui se lanceut dans les enlreprises les plus pe- 
rilleuses, pour aller, an peril de leur vie, decouvrir 
des regions inconnues ou dresser la carle de celles qui 
ont encore ete a peine exjdorees, vous payez, bien 
faiblemenl sans doute a leur egard , la dette de 1'liu- 
manile et de la science. 

Mais 1'honneur de votre Suffrage loyal et eclaire leur 
sullit; carceuxla n'ont cherche dans leur devouenn-nl 
rien autre chose que l'lionneur. 



( 299 ) 
NOTICE ANNdELLK 

HKS 

PROGRES DES SCIENCES GEOGRAPHIQUES 

ET DES 

TRAVAUX UK EA SOCIETE DE GEOGRAPHIE 
Pendant les amities 1849 et 1850. 

PAR M. DE LA ROQl'ETTE, 
Secretaire general de la Commission cenlrale. 



Messieurs, 

« Perseverez dans la noble tache que vous vous etes 
imposee,» nous disait, il y a [)lus do huit ans , un 
riiiriistre de Pagriculture et du commerce qui presidail 
voire assemblee generale, dans laquelle je rempllssais, 
comme aujourd'luii, les fonctionsde rapporteur; «vous 
facilitez I'ceuvre de l'adminislralion en propageanl par 
votre exemple le gout des connaissances fecondes , en 
donnant l'essor a des explorations qui ont exerce et 
exerceront de plus en plus une action salulaire sur la 
prosperity publique. Par vous les peuples apprennent 
tout ce qu'ils gagnent mutuellement a se rapprocher, 
a cetle epoque surtout oii , grace aux progres de la 
morale humaine, ils ne se rechercherit que pour se 
communiquer leurs ricliesscs scientifiques et indus- 
trielles , et prendre lous part aux avantages speciaux 
dont chacun est doue, soil par la munificence de la 
nature, soil par les conquetes de sou activile. » 

Le minislre qui vous lenait un semblable langagc (1) 

(i) M. Cunin-Giidaiiic. 



( oOO ) 

avail eonou , messieurs, une haute idee de la geogra- 
phic el des avanlages qu'un gouvernemcnl eclaire pent 
retirer du concours d'une Socicle qui se consacre a en 
propager, a en faire aimer I'etude, a encourager ceux 

(jui la cullivent, qui en elendent et en font mieux con- 
nailre les limites. — Vous ne rempliriez, messieurs, 
qu'une faihle porlion de votre tache , si vous vous 
hornier a ofl'rir 1'esquisse de la terre el des contrees qui 
la composent, lelles qu'elles sont en ce moment. Vous 
devez. rechercher ee qu'elles furent autrefois, les me- 
tamorphoses qu'elles onl suhies et les causes qui les 
out produiles; etudier les peoples qui onl habile ces 
diverses contrees, ceux qui les hohilent encore, leur 
conformalion , leurs mocurs , leurs usages , leur cul- 
ture inlellectuellc , leur Industrie, leurs religions, les 
idiomes dont ils se servent pour exprimer leurs idees , 
ct les traits de ressemhlanee on de dissemhlanee qu'ils 
onl avec les autres pcuples. Mais les contrees habilees 
par l'homme, celles ou 11 n'a pas etahli encore sa re- 
sidence, ou qui restent a explorer par lui, el l'homme 
lui-meme, ne doivent pas attirer seuls votre attention : 
vous ne sauriez negliger la distribution, sur la surface 
du globe, des animaux qui peuplent, et la terre el les 
mers, et celle des vcgclaux qui contribuenl a la nour- 
riture d'une portion des circs de la creation, aux autres 
besoms de l'homme ou a l'embellisscmcnt de sa de- 
meure. 

La geologic, les mathematiques, l'aslronomie, la 
physique, et d'aulres sciences encore, sont indispen- 
sables au veritable geographe; et s'il n'esl dpnne a 
aucun homme do les approfondir toutcs, eclui qui 
Mui Faire faire quelques progres a la geographic ne doit 



( 301 ) 

pas les negliger ; a chaque pas clans la vie, il sentira 
l'imperieuse necessite tl'en posseder au moins les pre- 
mieres notions. 

Vous trouverez , messieurs, l'application dc ces idees 
generales dans l'e numeration de vos propres travaux 
interieurs donl je vais vous entretenir avant de parler 
de ceux qui ont ete faits en Europe ct dans les autres 
parties du mondc, en connnencant par la France. Un 
semblable expose n'ayant point ete fait pour l'annee 
18/i9, je lacberai de remplir cctte lacunc , et vous 
rendrai compte en memo temps des travaux executes 
ou projeles ct des ouvrages geograpbiques publics 
en 1850. 

Avant lout, j'ai un triste devoir a remplir, celui de 
vous faire connailre les pertes que nous avons eprou- 
vees pendant les deuxannecs qui viennentde s'ecouler ; 
clles sont malbeureusement nombreuses. 

NtCROLOGlli. 

Depuis le 1" Janvier 1849, quatre de vos membres 
fondateurs , e'est-a-dire de ceux sans lesquels la So- 
ciete n'existerait pas, ont terming leur carriere. Cc 
sont MM. Roux de Rocbelle, ancien minislre plenipo- 
tentiaire de France aux Etats-Unis; le baron Tupinier, 
ancien minislre de la marine; le baron Roger, du 
Loiret, ancien gouverneur du Senegal; et enfin le co- 
lonel d'etat-major Lapie. 

A la seance generale du 21 decembre 1849, noire 
colleguc M. Cortambert ayanl paye un juste tribul 
d'eloges a la memoire dc M. Roux de Rocbelle, dans 
une nolicc donl vous avez cntendu la lecture avec un 



( 302 ) 

\il interet, je me bornerai a vous dire que, ne a Lons- 
le-Saunier, le 2S mars 1768, Jean-Baptiste-Gaspard 
Roux cle Rochelle , apres avoir ete un instant destine 
par sa famille a entrer dans les ordres, embrassa la 
carriere militairc; avant d'avoir atteint l'age de seize 
ans, il elait, en 1784, lieutenant en pied dans le regi- 
ment de Cbampagne. A la premiere revolution , il 
quitta le service, devint, en 1795, bibliotbecaire du 
departement du Jura, etl'ut admis, en 1796, au minis- 
tere des relations exterieures, dans lequel il se lit dis- 
tinguer des ses premiers debuts. II y avait trente-cinq 
ans qu'il apparlenait a ce ministere , ou il avait par- 
couru rapidcment tons les (^cbelons de la bierarcbie, 
lorsqu'cn 1831 il fut rappele du poste de ministre ple- 
nipotenliaire aux Etats-lJnis, et admis a la retraite. Je 
no vous jKirlerai pas du zt'de actif et eclaire de Roux 
cle Roebelle, de l'interet qu'il prenait a la Societe , 
donl il a preside plusieurs fois la Commission centrale, 
ni de ses travaux geograpbiques; tout a ete deja dit et 
bien dit a ce sujet par M. Cortambert. Je me bornerai 
a ajouler que, le 13 juin 18/i9, nous avons eu la dou- 
leur de perdre ce venerable collegue, qui venait d'en- 
trer dans sa quatre-vingt-deuxieme annee, et qui, 
malgre son grand age, a conserve jusqu'a ses derniers 
momenls toutes ses lacultes inlellectucllcs ; peu de 
jours avant sa mort, il assislait encore a nos seances el 
prenait part a nos discussions. 

Jean-Marguerite, baron Tupinier, ne a Cuisery, dr- 
partemcnl de Saone-et-Loire , le IS decembre 1779, 
montra des sa plus tendre enfance des dispositions 
cxlraordinaires pour les sciences. II n'avait pas encore 
atteint sa quinzieme annee, lorsque , en;179ii, il Cut 



( 303 ) 

admis, par dispense d'age, a cause de son brillant 
exaraen , a l'Ecole polylet bnique , qui venait d'etre 
creee; il entra a dix-sept ans a l'Ecole d'application 
des ingenieurs constructeurs ; a dix-neuf, il etait ofli- 
cier du genie maritime. Embarque trois ans plus tard 
sur le vaisseau I' Inflexible comme ingenieur de l'es- 
cadre qui portait a Saint-Domingue l'armee du general 
Leclerc, il apprit pendant cette campagne a allier a la 
theorie qu'il possedait dep l'observalion personnelle, 
la connaissance pratique de tons les effets de la mer 
sur les mouvements, sur la puissance et sur la resis- 
tance des navires. 

A l'epoquc de la rupture du trade d'Amiens (1802), 
Tupinior, alors a la tele des jeunes ingenieurs sortis de 
l'Ecole polytecbnique, fut un de ceux qui contribue- 
rent le plus a la construction de la flottillo de Boulogne, 
commencee et acbevee dans une annee. On le retrouve 
ensuite concourant aux travaux marilimes, a jamais 
eelebres, que Napoleon fit faire a Genes, a Anvers, a 
Venise. Ce fut dans ce dernier port, qu'au moyen de 
supports flottants calcules avec precision et construits 
par lui , Tupinier vainquit la difiiculle, longtemps 
consideree comme insurmontable, qu'opposait un bar- 
rage naturel place enlre les vaisseaux mis a flot et la 
baute mer, amoncele doubleinent par les eaux des- 
cendues des Alpes, toutes cbargees d'alluvions, et par 
les repulsions de la mer et des vents au fond du golfe 
Adriatique. 

Appele a Paris en 1800, pour le service forestier, 
Tupinier devint pen de temps apres sous-directeur des 
ports et arsenaux de France, et en 1809 il succeda a 
M. Jurien, qui en etait direcleur; pendant vingt ans, il 



( 304 ) 

en remplit les importances functions. 11 serait beau- 
coup trop long de citcr tons les travaux importants 
auxquels Tupinier a concouru pendant ce long laps 
de temps; nous dirons seulement qu'apres avoir fourni 
a M. Portal, albrs minislre de la marine, les plans 
des travaux successifs proposes pour la conservation 
du materiel a la mer et pour le developpement graduel 
des constructions a terre , cc fut lui qui fit adopter, 
a l'exemplc de Venise, l'achevemcnt presque entier 
des vaisseaux qui seraient laisses a terre, abrites sous 
des toits conservaleurs; qui fit cntreprendre , pour 
suppleer a l'exigulte de l'arsenal de Toulon, le magni- 
fique arsenal supplementaire oriental (le Morillon), 
oil Ton peut construire el conserver a la fois dix vais- 
seaux et plusieurs fregates, et, plus lard, l'annexe 
occidentale ( le C4astigneau ), ou la marine a vapeur 
doit trouver tons les etablissements necessaires a son 
service. 

Dans les ports de l'Oeean, de grands travaux hydrau- 
liques furcnt executes suivant la pensee de Tupinier : 
Lorient, Brest et Rochefort lui doivent d'importantes 
ameliorations, et ce fut grace a sa perseverance que, 
malgre l'opposition qu'il rencontra d'abord, des con- 
structions grandioses el d'une haute utilile s'eleverent 
a Cherbourg, dont il crea pour ainsi dire l'arsenal. 

Nous sorlirions du cadre qui nous est trace , memo 
en ne presentant qu'une simple enumeration de tous 
les perfectionnements que notre illustre collegue a in- 
troduits dans les diverses branches de la marine et des 
services qu'il a rendus a ce departement. M. Charles 
Dupin a traite ce sujet, avec quelques developpements 
el son talent ordinaire, dans la notice qu'il a consacree 



( 305 ) 

a son ami, ct qu'il considere cepcndant connne line 
esquissc incomplete et imparfaite. Nous vous y rcn- 
voyons , messieurs, en ajoulant seulcment que Tupi- 
nier, nomme conseiller d'Etat en service extraoi'di- 
naire, fut un instant minislrc de la marine (1839); 
qu'cn 18ZJ5, il fut eleve a la pairie, apres avoir, pen- 
dant plusieurs annees, represente a la Chambre elec- 
tive les departements du Finistere el de la Charente- 
Inferieure. A la revolution do 18/18, Tupinier futeloigne 
du conseil d'Etat, ou, a sa sortie du ministere, il avait 
ete appele au service ordinaire, ainsi que du conseil 
d'amiraute, dont il elait une des meilleures teles, et 
mourut a Paris le 2 decembre 1850. 

Outre ses immenses Iravaux restes manuscrits au 
departement de la marine, Tupinier a publie, entre 
autres ouvrages remarquables, un savant Rapport sur 
le materiel de la marine (1); la tabic des matieres des 
Annates marititnes de 18/17 contient la liste, assez nom- 
breuse, de ceux qu'on lui doit encore. II a aussi con- 
sacre une Notice a la memoire de l'amiral Duperre. 
Tupinier n'a point laisse d'cnfants de son mariagc 
avec mademoiselle Laplace, dont le frere est aujour- 
d'bui ofiicier general de la marine. 

Jacques-Francois, baron Roger, du Loiret (2), ne le 
26 Janvier 1787, a Lonjumeau, departement de Seine- 
et-Oise, suivit d'abord la carriere du barreau , et fut 
nomme, en 1813, avocat aux conseils et a la Cour de 

(i) Un vol. in 4'- I'm is, linpriinerie royale, l 838. 

(2) II avait recu ce surnom du departement represente plusieurs 
fois par lui a la Chemljio ties deputes, pour le distioguer d'un de ses 
collegues, sou homonyine, appele, par un inotit semblable, Roger du 
Nord. 



( 306 ) 

cassation ; il a\ait, quelques annees auparavanl, porte 
plusieurs fois la parole eL fait remarquer la facilite tie 
son elocution ct lelendue tie ses connaissances devanl 
la Cour imperiale de Paris, dont il etait avocat. En I8l!>, 
il se renditau Senegal, pour y dinger un grand etablis- 
sement motlelc et d'encouiagement, tlonl le gouverne- 
mont venait d'ordonner la creation dans cctte colonie. 
Le ministere approuva lesessais d'agricullure auxquels 
il s'elait livre, et les vues d'amelioralions qu'nne etude 
approfondie du pays lui avail suggcrees (1). Pour lui 
donner plus de inoyens tie les appliquer, on le nomine 
en 1821 commandant et adininislratcur tin Senegal et 
tie ses tlependances. 11 y resta jusqu'en 1827, qu'af- 
faibli par la maladie , il se vit force de demander un 
successeur, apres avoir pendant cinq ans tenle les plus 
honorables efforts dont la colonie conserve encore le 
souvenir, pour creer des elablissements agricoles dans 
un pays oil nous n'avions jamais eu auparavanl qu'un 
simple comptoir. 

Rentre dans la yie privee, dont il ne sortit que pour 
faire bonneur a la confiance de ses conciloyens qui 
l'avaient elu depute, Pioger mit la derniere main aux 
divers ouvrages qu'il avait composes, et publia suc- 
cessivemenl un Bepueil de fables senegalq^ses en vers 
liancais; le rouian de hc/cdor, dont le but etait d'ap- 
peler l'interet public sur les noirs et surtoul tie faire 

(i) C.i i elablissemenl ou jardin d'acclimatation etabli a Saint-Louis, 
et destine a y acclimaler diffe'rentes plantes d'Europe el d'autres 
contrees, poi tail le dotri <!e Richardtol, du jardinier en chef Richard, 
que Roger avait place a sa r6te. II prosperait, quand le ministere 
abandouna I'ehtreprise et rappela I'adrninistratriir. Jamais Roi;er n'a 
pu si consoler de la peite de Richardtol. 



( 307 ) 

partager l'indignation de l'anteur contre l'odieux tralic 
de la traite ; et enlin des Recherches p/ti/osop/ciques sur la 
lan^ue oiiohfe. Ces differents ouvrages etaient accom- 
pagnes de notes pleines d'erudition, et qui prouvaient 
que Roger avail eludie le pays et ses habitants sous 
tous les aspects; il avait joint au troisieme un savant 
vocabulaire. Pendant son absence de France, le ba- 
ron Roger entretenait une correspondance suivie avec 
la Societe de geographie, et lui a souvent transmis de 
precieuses informations; nous nous bornerons a citer 
une carte du pays de "Wallo, comprenant l'espace qui 
s'etend de Saint-Louis a Dagana, carte dressee a l'echelle 
du 1/200 000°, et qui a ete lilbograpbiee. Le baron 
Roger etait encore au Senegal, lorsqu'au mois de fe- 
vrier 182/i, un jeune et intrepide voyageur. M. de Beau- 
fort, que la Societe lui avait recouunande , enlreprit 
une expedition en Afrique; il I'accucillit avec une ex- 
treme bienveillance, l'aida de ses conseils, et concourut 
de tout son pouvoir au succes de son exploration. 
Quand, deux ans plus tarJ (1826), M. de Beaufort eut 
succombe, notre collegue considera comme un devoir 
de transmettre a la Societe des details interessants sur 
la triste fin de ce voyageur et sur ses causes. 

Depuis son relour en France, Roger, qui avait etc 
un des londaleurs de la Societe de geographie , et n'a 
cesse d'en faire partie , assistait a nos seances aussi 
regulierement que le permetlaienl ses devoirs legisla- 
tifs; il prenait une part active a toules les discussions, 
a celles surlout qui etaient relatives a l'Afrique, en 
general, qu'il avait bien etudiee, mais surtout au 
Senegal , pays que personne ne connaissait mieux 
que lui. Les communications qu'il nous a souvent 



( 308 ) 

faites temoignaient a la fois de sa science, de la luci- 
dite de son esprit et de sa modestic. En plusieurs cir- 
( (instances, il a redige" des rapports sur des questions 
sc'iiegalaises. La mort seule l'a empeche de terminer 
eclui qu'il avait bien voulu sc charger de ("aire sur les 
Manuscrits </<• M. Vabbe Boilat, cure de Saint-Louis du 
Senegal (1), et sur un recueil de types, portraits et 
vucs relatifs aux pcuplcs de la Senegambie. Lorsquc 
nous l'avons perdu, le baron Roger etait vice-presi- 
dent de la Commission centrale. 

Le colonel d'etat-major Lapie est le quatrieme des 
membres fondateurs de la Societe de g^ograpbie qui, 
depuis le 1" Janvier, ont laisse" des vides dans nos 
rangs. Ne a Meiieres le 12 aout 1777, Pierre Lapie 
enlra en 17S0 (l or Janvier) a l'Ecole du genie, fut ad- 
mis plus tard danslc corps desingenicurs-geograpbes, 
et attache ainsi au depot de la guerre , dont cc corps 
dependait et d'ou il passa d'abord au cabinet topogra- 
phique du comite de salut public, el ensuile a celui 
du direcloire. C'estavec le rang de capitaine qu'il lit 
les campagnes de l'armee des Alpes. Blesse a la re- 
traite d'ltalie, il se trouva a Marengo, dans le Tyrol 
et a Austerlilz. De retour dans sa patrie, a la fin de 
1805, Lapie rentra au dipot de la guerre et ne s'oc- 
cupa plus jusqu'a la fin de sa vie que de travaux geo- 

(i) Hogcr avait ete Fame d'une petite association qui fit vehir <lu 
Senegal, et instruire a ses frais, dix-hnit enfants ou adolescents, 
qu'on pin i dans une maison rue des I'ostes. Plusieurs reussirent, 
beaucoup inouturent; tiois, dont I'abbe Boilat, celui-la nieinc dont 
je parle, et le cuie Moussa, noir pur, sont entres dans les ordres. On 
leur apprenait, outre le francais, les matlienialirpues, !e dessin et 
I'histoire naturellc. 



( 309 ) 

grapbiques. En ISIZi, il fut nomme directeur du cabi- 
net lopographique du roi Louis XVIII, fonclions qu'il 
rcmplit avec le titre de premier geographe du roi, qui 
lui donnait une grande influence, dont il n'abusa pas, 
jusqu'a la reunion de ce cabinet au depot de la guerre, 
oil il ne tarda pas a etre charge de la direction d'une 
section de la nouvelle carte de France. II etait a cette 
epoque chef d'escadron d'etat-major; il devint en 1829 
lieutenant-colonel et chef de la section topographique 
du depot, ct fut eleve en 1832 au rang de colonel. 
Outre les travaux officiels dont il etait charge au 
depot de la guerre, on doit a Lapie un grand nombre 
de cartes parliculieres et des alias dont plusieurs 
parties meritent la reputation qu'elles ont obtenue. 
Nous citerons en premiere ligne sa carle de la Turquie 
d'Europe , en seize feuilles, qu'il a Iracee concur- 
remment avec les generaux Tromelin et Guilleminot; 
celle de la Turquie d'Asie et de la Perse; et celle de 
la Grece. Lapie a ete un des collaborateurs du grand 
Dictionnatre de geographies, edite par Picquet et Kilian ; 
il a public bcaucoup de memoires geographiques, et 
a souvent fait a la Commission centrale des commu- 
nications dont le merite a et6 appr^cie. Le colonel 
Lapie est mort a Paris le 30 decembre 1850, laissant 
un fds qui suit la meme carriere que son pere. 

Outre ces membres fondateurs, nous avons encore 
a deplorer la perte de ncuf autres membres ordinaires 
ou donateurs, et d'un correspondant etranger. Que 
de pertes dans le court espace de deux ans ! 

Le premier dont je vais vous parler est M. Bec- 
quey, qui a occupe de haute's positions dans 1'admi- 
nislration publique, el, parmi vous, la plus elevee que 



( 310 ) 
vbtis puissiezaccorder, colle de president de la Societe, 
dont il etail president honoraire a l'epoque de sa morl, 
arrivee a Paris le 3 mai 18/i9. Louis Becquey, ne a 
Vitry-sur-Maffati en 1700, s'esl fait distinguer dans les 
fonclions einincntes qu'il a exeixees pendant sa longue 
carfiere, aulant par ses talents que par son couraur, 
a une epoque on cette vertu etait une necessite, et que 
tons ne possedaient mallieureusement pas. Successi- 
vementprocureur general syndic danslallaule-Marne, 
depute de ce departement a la premiere Assemblee 
legislative, appcleau Corps legislalif en lS0/j,el nomine 
conseiller de l'Lniversite , Becquey devint , en ISlh , 
conseiller d'Etat et directeur general du commerce . 
puis sous-secretaire d'htat au ministere de rinterieur. 
Le dernier poste qu'il occupa , celui de directeur ge- 
neral des ponts et cliaussees el des mines , le mil en 
rapports assez frequents et on ne pent plus hienveil- 
lants de sa part, avec la Societe de geographic, ; ( la- 
quelle il temoignait un vif interet, et qui l'elut son 
president en 1820. Je dois ajouter, car c'est un beau 
titre pour Becquey, que c'est sous son administration 
et par ses ordres qu'a ete enlreprise la grande carte 
geologique de France , commcncee d'abord sous la 
direction de M. Brocbant de Villiers, el termint^e par 
M.M. Dufrenoy et Elic de Beaumont. 

Un colleguc occupant une position plus niodeste, 
laborieux et instruit, que la rriortvous a enleve en 1849, 
est M. Ansart, successiveinent professeur d'histoire et 
de geograpbie au college Saint-Louis, inspecleur de 
l'Academie de Caen, etqui, pendant vingt-quatre ans, 
a ete l'un des membres les plus exacts a vos seances 
et l'un de ceux qui y ont montre le plus de zele. 



( 311 ) 

Ne a Arras le 8 Janvier 1796, Felix Ansart comptait 
Irente-cinq annees de bons services dans l'instruction 
publique, ou il avait commence a figure?, age a peine 
de dix-buit ans, quand il a cesse d'exister, le 13 avril 
18/19. II est anteur de plusieurs ouvrages approuves 
par le conseil de l'ljniversile, et qui ont pour objet la 
geographie et l'bisloire ancienne et moderne; Ansarl 
avait aussi publie un petit atlas classique , qui est 
ostime. 

Le colonel d'etat-major Saint-Hypolite, que la So- 
ciete comptait depuis plusieurs annees au nombre de 
ses membres, et que la mort lui a enleve le 20 sep- 
tembre 1859, avait a peine seize ans lorsqu'en juin 
181 5 il alia rejoindrela garde imperiale, qu'iln'atteignit 
qu'apres la retraite de Belgique. Sous-officier pendant 
deux ans dans la legion de Loir-et-Cber, il devint sous- 
lieutenant en 1818. Apres avoir fait la campagne d'Es- 
pagne, en 1823, et servi activement sous les generaux 
en cbef Berthezene et Ilovigo , dont il etail aide-de- 
camp, et sous les marecbaux Clauzel, d'Eilon et Vallee, 
et rempli avec succes des missions didiciles, Saint- 
Hypolite obtint le grade de chef d'escadron, et fut 
nomine cbef du service tonograpbique de l'armee. 
A son retour a Paris, on 1'attacba au service de la carte 
de France, et il s'y fit distinguer. Les resullats de ses 
travaux , dont quelques-uns ont etc communiques a 
la Sociele, sont compris dans les memoires qu'il 
joignit aux leves des anciennes provinces du Berry, de 
l'Auvergnc etdu Daupbine. II a publie en 18AG, annee 
ou il fut nomme colonel , des Considerations si/r hi 
guerre clans les Alpes oceidentales , et le depot de la 
guerre possede un grand nombre de lev^s, derecon- 



( 312 ) 

naissanccs , de projets et tie memoires intcrcssants , 
dus a cc remarquable officier , qu'un accident, aussi 
fatal qu'imprevu, a enleve a la science et a la Societe 
do geographic dans la force de l'age etdu talent. C'est 
a Perigueux qu'il est mort le 26 septembre 1S49 , a 
son retour de l'armce des Alpes, dont il etait sous-chef 
d'etat-major. 

Louis-Elienne-Joscph Cordier, inspecleur division- 
naire des ponts et chaussees en relraile, ancicn depute 
et representant du peuple, ne a Orgelot, departement 
du Jura, le 15 aout 1775, elait fils d'un consciller au 
bailliage de celte ville. 11 venait de remporter le pre- 
mier prix de philosophic au college de Dijon, lorsque, 
en 1793, il hit appele sous les drapeaux, ou il continua 
ncanmoins l'etude des malhematiques. L'annee sui- 
vante, il put se presenter au concours ouvert pour 
l'Lcole poly technique , oil il fut admis. A sa sortie de 
cette institution, qui l'avait compte au nouibre de ses 
eleves les plus dislingues, Cordier cntra a l'Lcole des 
ponts et chaussees en 1799, et, l'annee sun ante, fut 
choisi avec d'autres eleves pour concourir aux travaux 
d'ouverlure de la route du Simplon, et cbarge d'abord, 
avec MM. Baduel, Coic et Polonceau, des traces sur le 
revers oriental de la niontagne. On lui conlia ensuite 
specialement les operations a faire dans la vallee de 
Ganther, oil il projeta et fit execuler en hois de meleze 
l'un des plus beaux ponts de la route, au-dessus du- 
quel ellu passe, a quatre-vingls pieds du torrent qui 
roule au fond de la vallee; il dirigea ensuite les tra- 
vaux d'une autre route ou\crte dans le Valais, en 
continuation de cello du Simplon. Rappcle dans l'in- 
terieur, le noml)rc destravaux itnportanls dont l'exe- 



( S13 ) 
eution lui est due on a laquelle il a contribue , est si 
considerable, que nous sommes force He ne vous en 
presenter qu'une simple nomenclature, et encore in- 
complete. Ce sont : le canal de Saint-Quentin, le pont 
de Maisons sur-Seine, chef-d'ceuvre de charpente, sus- 
pendu par les evenements de la guerre, et que M. Po- 
lonceau a termine en 1822 ; l'etablissement des ecluses 
a part, substitutes, dans le departement du Nord, aux 
ecluses simples a poulrelies , et qui ont rendu plus 
facile, plus prompte et moins dispendieuse la naviga- 
tion de l'Escaut, de la Sambre et de la Lys; 1'acbeve- 
ment du canal de la Sensee, qui joint la Scarpe a l'Es- 
caut; l'acbevemenl et le perleclionnement de cclui de 
Conde , I'elargissement el ['amelioration des canaux 
de Colme. de Bourbourg, etc., qui completent le sys- 
teme de communication par eau suivi par notre sa- 
vant collegue; et enfin ses beaux travaux au port de 
Dunkerque, dont il a debarrasse lenlree, par l'effet de 
deux puissantes chasses , d'un banc de sable qui l'ob- 
struait et qui avait resiste a tous les efforts entrepris 
pour l'enlever. En recompense de ses eminents ser- 
vices, Cordier, apres avoir passe par tous les degres de 
la bierarcbie administrative, ful, vers la fin de la Res- 
tauration, eleve au grade d'inspecteur divisionnaire, et, 
par une distinction flatteuse, avant meme que les ca- 
dres offrissent aucune vacance. II conserva cette posi- 
tion jusqu'en 1831, qu'il fut force, a ce qu'il paralt, de 
prendre sa retraite. 

Nous ne devons pas passer sous silence un projet 
de Cordier pour le percemenl de 1'istb.me de Suez 
allanl direclement a la Mediterranee. 

Cordier ne se bornait pas aux travaux que je viens 
1. 4VR1L. 2. 22 



,1 enumerer, quelque multiplies qu'ils tussenl : il a 
redige et public Bimultanemi nl un grand nombre de 
memoires, tons d'une baute utilite et annoncant an 
homine conscicncieux et meditatif. Le premier que je 
connaisse, et qui n'est, il est vrai , qu'une traduction 
de 1' anglais, a paru en 1819 sous le litre d'Histoire de 
hi navigation inlerieure, et pahiculieremenl de celle de la 
France et de VAngleterre. Jusqu'en 1803; un autre, for- 
mant, pour ainsi dire, le complement du premier, et 
de meme une traduction, intitule Histoire de la navi- 
gation inter ieure, ct particulierement de celle de V Ame- 
rujne, est du a M. Gallatin et a ete imprime en France 
en 1821. Cordier est aussi l'auteur d'une multitude de 
rapports sur divers projels de loi, rentrant en general 
dans sa specialile; un recueil de Memoires sur les tra- 
vaux publics. Mais son principal ouvrage est intitule 
la France el V Angleterre, recherches sur les causes de 
prosperile et de decadence des deux nations. Paris, 1843. 
ln-fc>°. Dans les dernicres annees de sa vie surlout, 
Cordier, enlre dans la Soeiete de geographie en 1827, 
etait tort exact aux seances de la Commission centrale 
et prenait part a ses discussions. 

A sa mort, arrivee le 13 juin 1849, Cordier etait 
represenlant du peuple pour le departemenl du Jura, 
qui depuis 1847 l'avait conslamment elu aux Cham- 
bres legislatives. 11 n'avait jamais ete marie. 

Einile Desages, ancien chef de la direction politique 
du ininislere des affaires etrangeres, ne a Paris le 
7 juillet 1793, entia des l'age de seize ans dans ce de- 
partment, oil .son pere oecupait un • niploi eleve. 
Attache un instant a I'ambassade de M. de Pradt en 
Pologne, il rentra ensuite dans I'interieur du minis- 






( 315 ) 
tire; et quand le general Guilleminot tut nomine aiu- 
bassadeur a Constantinople, Desages tut place aupres 
de lui comme premier secretaire d'ambassade. II oc- 
cupait ce poste el etait en conge a Paris, lorsqu'au mois 
d'octobre 1839 la Societe de geographic l'admit au 
nombre de ses membres. Au mois de novembre 1830, 
le general Sebastiani, alors ministre des affaires elran- 
geres, coniia a Desages la direction politique, qu'il 
conserva jusqu'a la nouvelle revolution de 1848. A 
celte epoque, il se retira des affaires, et ce i'ut vaine- 
ment qu'ou le sollicita de continuer a occuper un 
poste que peu de personnes auraient pu si bien rem- 
plir. II i'ut done admis a la relraite, et il elail dans cetle 
position lorsqu'il cessa de vivre, le 25 novembre 1850. 

Ge iut aussi cette meme annee que nous avons pei du 
le docteur Begis, liomu.e instruit, modesle etbienlai- 
sant, membre de la Societe depuis 1827. 

II est un homme, a) ant oceupe dans notre pays le 
rang supreme, un geographe, un voyageur distingue, 
un de vos membres donaleurs , qui a termine son exis- 
tence en 1850 , dont , a toutes sortes de litres, je duis 
encore vous entrelenir; il clora la lisle des Francois 
ayant fait par tie de votre Societe : je veux parler de 
Louis-Plnlippe, qui fut roi des Francais. 

Vous n'atlendez, pas, messieurs, que je vous trace la 
vie politique on meme privee de eel eminent person- 
nage. Nous forinons une compagnie purement scieu- 
tifique, et nous nous sommes fait, nous devious nous 
faire une loi de ne parler que de la science que nous 
cultivons et de ceux qui la cultivent ou qui Font cul- 
tivee comme nous. Je passerai done sous silence et le 
prince et le roi; assez d'autres, d'ailleurs , s'en sonl 



..JO 

uccupes et sVn uccuperont encore : c'esl s$ulemeni 
tlu geograpbe et du voyageur que je vais essayer d'es- 
quisser les traits les plus saillants. 

Tout le moncle sait que Louis-Philippe, ne < n 1773, 
lecut une solidc et brtllante education cl qu'il en pro- 
litn. Force, en 1793, de chercher un asile dans le pays 
des Grisons, et voulanl pourvoir a son existence par 
son propre travail , il concourul sous un noin em- 
prunte pour line place de professeur de geograpbie, 
vacante au college de la petite ville de Reicbenau. II 
l'emporta sur ses concurrents, et pendant six niois il 
exerca , a la satisfaction generate, ces modestes fonc- 
tions. Vers le milieu de 1 7i)/i, il se rendit a Hambourg, 
parcourut ensuite, presque toujours a pied , le Dane- 
mark, la Norvege, la Laponie, ou Ton m'a assure que 
les vieux pecheurs parlent encore de lui avee enthou- 
siasme : ils ignoraient completemenl ce qu'il etait, ce 
qu'il avait ete. 11 gravit le cap Nord, cetle extremite 
septenlrionale de L'Europe , et revint a Hambourg en 
passant par la Suede. L'annee suivanle (1795), Louis- 
Pbilippe se rendit aux htals-lnis d'Amerique , dont 
il visita d'abord la partie septentrionale ; il descendit 
ensuite l'Obio , puis le Mississipi jusqu'a la Nouvelle- 
Orleans , qu'il quilla pour explorer les lies de Cuba, 
de la Providence, et la ISouvelle-Kcosse, d'ou il re- 
tourna en Europe. II etait, en 1800, en Angleterre ; 
quelques annees plus tard , en Espagne ; en 1807, a 
Malte; l'annee suivanle, en Sicile, oil il epousa la prin- 
cesse Amelie, fdle du roi Ferdinand IV. On le retrouve 
en Espagne en 1810; puis il re o Ire en France : on 
tail le reste.. .. C'esl en Angleterre qu'il est inort le 
26 aout de l'annee qui vient de finir. 



( 317 ) 

Nous trouvnns dans nos archives que le due d'Or- 
leans, son fils aln6, dont la mort Tut si funeste, se fit 
recevoir, le h juin 1830, membre donateur de la Societe, 
en demandant que sa souscription fut portee a six cents 
francs, somnie double de la souscription ordinaire, et 
qu'il fonda, quelques annees plus tard, un prix de deux 
inille francs. Nous y voyons aussi que Louis-Philippe 
ne se bornait pas a nous accueillir avec distinction, a 
causer farailierement sur la geographie avec les mem- 
bres de nos deputations admises aupres de lui, mais 
qu'inscrit en 1830, d'apres le desir qu'il en avait te- 
moigne (7 octobre), pour une souscription annuelle de 
six cents francs, il la lit porter, en IShh, a mille francs, 
qui ont toujours ete exactement verses dans notre caisse 
jusques et y compris l'annee 18/17. Je dois ajouter que 
Louis-Philippe a donne lui-meme des instructions a 
Dumont d'Urville pour le voyage au pole sud, corame 
avait fait Louis XVI pour I'expedition de Lapeyrouse, 
et qu'on lui attribue raeme la premiere idee de ce 
voyage aux mers antarctiques. 

II m'a semble qu'il etait digne de la Societe de payer 
son tribut de souvenir et de reconnaissance au prince, 
ou plulot an geograpbe, au voyageur qui lui a pour 
ainsi dire appartenu , dont les sympathies lui etaient 
acquises, et que la mort, contre toule attente, a frappe 
dans 1'exil : je ne serai, j'en ai l'intime conviction, des- 
avoue par aucun de vous. 

Deux etrangcrs de distinction , membres ordinaires 
de la Societe , ont 6galemont termine leur carriere 
dans le cours des deux annees qui nous occupent. 

Le premier, M. le baron G. A. P. van i!er Capellen, 
ne a Utrecht le 15 decembre J 778, aprcs> avoir fait 
d'excellontos etudes a I'Uhiversile de Gottingue>, fut 



S18 j 

nonimo, a son retour en 1803, secretaire du departe- 
ment des finances dans la province d'ltrecht. 11 de- 
vint, deux ans apres, conseiller des finances, et, en 
1807, assesseur du landrost ou gouverneur de la pro- 
vince. Deux ans plus lard, il elait alors landrost de la 
province d'Est-Frise (1) (1809) , le roi Louis-Napoldon, 
qui le eonsiderait cornme un veritable ami, et qui 
avail su apprecier ses talents et ses qualites , 1'appela 
an posle eminent de ministre de l'interieur et des 
cultes, qu'il conserva jusqu'en 1810, epoque de l'abdi- 
cation du roi et de Incorporation de la Hollande a 
l'empire francais. A ce moment, le baron de Capellen 
rcfusa d'exercer aucun emploi, et alia demeurer a 
Gralz, en Styrie, sur l'invitation qui lui lut faile par le 
roi Louis-Napoleon. En 1811, il retourna dans sa pa- 
trie, ct s'etablit an village de Maarsen ; mais, comme 
on voulait l'incorporer dans la garde nationale, il ne 
tarda pas a quitter sa nouvelle residence, et meme la 
Hollande, pour se fixer a Manheim. Apres les evene- 
ments de 1813, le baron de Capellen revit de nouveau 
son pays, ou le prince d'Orange le nomma d'abord 
commissaire g6neral du departement du Zuiderzee , 
et. le (5 avril 1814, secretaire d'Etat pour les colonies. 
Avant meme d'etre installe dans ces dernieres fonc- 
tions, il ent a remplir le poste de commissaire general 
pres le gouvcrncment provisoire de la Belfjique, et, au 
mois de septembre 1814, il lut un des commissaires 
generaux charges de retablir I'aulorile neerlandaise 
dans les colonies, dont il devail devenir plus tard gou- 
verneur general. Avant de se leiulre a son poste , il 

'i) L'E>t-Fri-r \t)'o$l • Vfieslh'n'd) faisail a dettfe r'|>o<|iie partir tin 
inyinme nV Hollande; '-Mr ip •artiinl maintenant a r^liii Ae Ha- 



( 310 ) 

remplil une mission diplomatique aupr&s du eongres 
de Vienne. A l'inauguration de Guillaume I er comme 
roi des l'ays-Bas , Jo baron de Capelleo f'nt confirme 
comme ministre d'Etat le 21 septembre 1815. Le rnois 
suivant (18 octobre), il partrt pour ITnde, et lorsque, 
le 16 Janvier 1819, la commission dont il faisait parlie 
eut declare que sa mission etait terminee , il resta a 
Batavia comme gouverneur general des possessions 
neerlandaises aux Indes orientales , et se demit de ce 
poste au mois de Janvier 1826, pour repasser en Eu- 
rope. En 1829, le roi le nomma president curateur 
de l'Universite d'Utrecht; mais il refusa , 1'annee sui- 
vante, le poste de gouverneur general du grand-duche 
de Luxembourg, ainsi que l'ambassade a Saint-Peters- 
bourg, et ne voulut meme pas entrer dans la premiere 
cbambre des etats generaux. II se rendit, en 1838, en 
Angletcrre, pour assister, en qualite d'ambassadeur 
extraordinaire, au couronnemenl de la rcine Victoria, 
et devint grand rbambellan a son relour. Depuis 1846, 
le baron de Capellen passait tous les hivers a Paris; il 
e'y trouvait a l'epoque de la revolution de 1848, lors- 
que, le 24 fevrier, mettant la tete a la fenetre , une 
pierre lancee par un miserable vint le irappcr, et lui 
lit a la tete une blessure Ires-grave. Apres avoir regu 
les premiers soins, on le transporta presque mou- 
rant en Hollande, oil il ne tarda pas a succomber, le 
10 avril suivant, triste victime de nos discoides civiles. 

Quoi(jue cct bomme d'Etat fut done d'une vaste 
instruction, qu'il apparlint a un grand nombre de so- 
sietes savantes, et qu'il enlrclint une coiicspondanc(! 
tres-elendue en divers pays, il ne parafl pas qu'il ait 
rien puldie. 

M. le baron de Capellen n'a point laisse d'enfants 



-20 ) 

tie son manage avec Jacqueline-Elisabeth, nee baronnc 
van Tuyl van Serooskcrken ; il etait grand'eroix tie 
lordre du Lion neerlandais, grand oflicier de la Legion 
d'honneur, de Lord re russe de Sainle-Anne, de pre- 
miere classe, etc., etc. 

La Societe de geographic le comptait au nombre de 
ses membres depuis le 20 avril 1827. 

Jean de Carvalbo Martens Ferron , chevalier de 
(lastello-Branco, savant portugais, appartenant a nne 
iliustre famille de ce royaume, ct meinbre de voire 
Societe, mort subitement, et encore jeune, a Paris, 
on il residait depuis quelque temps, au mois de Jan- 
vier 1849, etait ne a Porlo vers 1807. Passionn6 pour 
I' etude des langues et de la lillerature orientales, Cas- 
tello-Branco s'etait de bonne hcure rendu familiers 
l'arabe, lc persan, l'hebreu et le syriaque , etc., et 
il possedait anssi une partie des langues niodernes 
de l'Europe. On concoit qu'avec ces connaissances 
en linguistique et un esprit curieux et observateur, 
il dut rccueillir beaucoup d'enseignements pendant 
le cours de ses nombreux voyages. L'Angleteri'e , la 
France, la Hollande, la Belgique, l'ltalie, une grande 
partie de la Russic, jusqu'aux fronlieres de l'Asie, 
avaient ete successivement parcourues par Castello- 
Branco, et parlout il s'elait mis en rapport avec les 
savants les plus distingues, que ses profondes con- 
naissances clonnaient, el qui n'admiraient pas moins 
son excessive niodestie. 11 etait membre des Societes 
asiatiques de Paris, de Londres et de plusieurs au- 
tres Societes savantcs, et a laisse en manuscrit des 
travaux considerables sur la philologie et la littcrature 
orientales, donl nous devons esperer que son oncle 
M. le vicomte de Santarem) i'era jouir le monde sa- 



( 321 ) 
vant, comme nous Savons qu'il doit donner de la pu- 
blicity a un mtimoire d'un haut interet que Castello- 
Branco a redige sur les texles et les cartes arabes 
des manuscrits d'lbn-Wardy. La grande fortune de 
Castello-Branco lui avail permis de former une des 
plus precieuses collections de manuscrits orientaux 
qui existent peut-etre en Europe, nolamment depuis 
l'acquisition qu'il avait faite de la plus grande partie 
de celle de noire celebre orientaliste Sylvestre de 
Sacy. Castello-Branco avail epouse a Paris, en 1838, 
mademoiselle de Saldanha , niece de noire collegue 
M. de Santarem , et appartenant , comme son mari 
et son oncle, aux plus anciennes maisons de Por- 
tugal et d'Espagne. Mais e'etait la un de ses moindres 
avantages : le veritable, a nos yeux, et le seul qui lui 
donne une place un peu elendue dans celle revue 
necrologique, ce sont ses voyages et ses travaux scien- 
tifiques. 

A la fin de 1850, la Societe de geographie a perdu 
un de ses correspondants etrangers les plus distin- 
gues, Sclmmacber, aslronome celebre el directeur de 
l'observatoire d'Altona, decede dans cctte ville a 1'age 
de soixante-dix ans, et dont je vais essayer d'esquisser 
les principaux Iravaux. 

Henri -Chretien Schumacher, lils du conseiller de 
conference Andreas Schumacher, ne le 3 septembre 
1780, a Bramsledt, bourg du duche de llolstein, regut 
sa premiere education dans la maison palernelle , el 
la conlinua a Allona, ou sa mere, devenue veuve en 
1790, s'elait retiree. II eludia ensuite la jurisprudence 
a rilniversite de Kiel, et fut plus lard re^u docteur en 
droilaGbttinjuie, maisilabandonnacotte carriere pour 



&eg ) 

lcs inatliematiques, qu'il apprit a Gopenbague et a Gbt- 
tingue sous les auspices du Celeb re Gauss. En 1S07, il 
sc trouvait a Dorpat, occupe d'obscrvations astrono- 
miques; et a la fin de la memo annee, a Altona, \ille 
qu'il n'apresque plus quitlee jusqu'a sa inort. Comme 
sa fortune etait mediocre, il s'occupa d'abord, pour 
ameliorer son existence, d'ouvrages de lillerature et 
de traductions : la premiere qu'on lui attribue est 
celle de la Geometric de position, que Carnot avait fait 
paraitre a Paris en 1803 (1). Quoique elu en 1810 
prolesseur d'astronomie de llniversite de Copen- 
bague, Scbumacber ne continua pas moins de passer 
la plupart du lemps a Ahona. 

Nomme, en 1813, directeur de l'observatoire de 
Manbcim, il y resta peu d'annees, et a la raort de 
M. Bugge, arrivee en 1818, il Lui succeda comme pro- 
lesseur extraordinaire d'astronouiie de I'L nivorsite de 
Gopenbague. G'est vers cette epoque qu'il fut cbarge 
de faire le leve trigonenaelrique du lerritoire de Ham- 
bourg et des ducbes de Ilolslein et de Lauenbourg, et 
qu'il mesura, dit-on, par ordre du gouvernement da- 
nois, l'arc du ineridien entre Gopenbague et I'extre- 
mite occidcnlale du Jutland, ainsi que les degres de 
latitude depuis Skagen , cap le plus septentrional 
de cette province danoise, jusqu'aux frontieres du 
royaume de Ilanovre, oil ce travail a ete continue 
depuis par le conseiller aulique Gauss. 

Voici ce que mandait Schumacber an sujet de ses 

(ij [)nns Particle consacre it Carnot, dans le supplement <!<• la Bio- 
ijmplnr universelle , on assdre qti'urie traduction allemande <le net 
ouvrape, par F. K. di- Ki -nifjeiisipin , ■< etl iwprimee ;i Manheim en 
i8o4; la traduction n'a paru «|n en 1H07. a Altona. 



( 323 ) 

travaux.au president de voire Commission centrale , 
dans one Jettre ecrite d'Altona, le 29 juiu 1840: 

« J'ai fait Pannee passee (1839) la jonction de mes 
triangles avec ceux de la Suede, et j'ai commence les 
operations pour les joindre aux triangles prussiens. 
Les operations seront achevees cette annee (1840). 
Pour les triangles su6dois, les points de jonction en 
Suede sont Malmbe et Falsterbo ; en Selande, Copert- 
hague et Siersldv (pres du promontoire de Stevens). 
Pour les triangles prussiens , les points de notre cote" 
sont Kongsbierg (ile de Moen ) et Veigerslbse ( Sle de 
Falsler); et, de leur cole, Dombuscb (promontoire 
de Pile de Hiddensbe, pres de Riigen) el Dars (Pome- 
ranie). 

» La mer Baltique est done dans ce moment en- 
touree d'une chaine de triangles qui, par les travaux 
faits en Allemagne, se lie a vos triangles (francais) et 
aux triangles anglais. Les ingenieurs prussiens conti- 
nuent parle Meklenbourg, pour se joindre en automne 
a mes triangles dans le Holstein. » 

Le roi de Uanemark Frederic VI, qui professait tine 
grande eslime pour Schumacber, lui alloua en 1822 
les fonds necessaires pour constiuire a Altona un ob- 
servatoire, dont il le nomma direeteur, et lui accorda 
«n plusieurs circonstances des sommes assez conside- 
rables pour l'acbat des instruments que celni-ci ju- 
geait necessaires a ses travaux. Ce fut sur la proposi- 
tion de Scbumacber que Frederic VI d^cida en 1832 
qu'une medaille d'or de la valeur de 20 ducats serait 
accordee au decouvreur de cbaque nouvelle comete 
microscopique , et ce prince decida en m£me temps 
que le savant bolsteinois serait charge de verilier la 



( m ) 

decouverte ct d'adjuger le prix. En 1843, il lit lc voyage 
do Vienne, pour prendre part a l'observation de la 
fameuse eclipse de soleil du 8 juillet, dont il a decrit, 
dans son journal, les apparences si extraordinaires. Le 
roi Christian VIII favorisa , comme son predecesseur, 
l'aslronome d'Allona, el le combla de faveurs pendant 
la duree de son regno. Lors des eAenements de 1848, 
Schumacher concut un instant des craintes sur le sort 
de l'etablissement scientifique qu'il avail cr6e a Altona, 
et meme sur le traitement qui y elait attache; mais il 
put bientot se rassurer. Le gouvernement provisoire 
du Schleswig-Holstein d'un cote, ct le Danemark de 
l'autre , offrirent de payer son traitement et d'enlre- 
tenir l'obscrvaloire jusqu'a la paix, et l'empereur de 
Russie lui accorda, a la recommandation de M. Struve, 
qui avail ele son eleve, unc pension de quelques mille 
roubles, dont il a joui jusqu'a sa mort, arrived a Al- 
tona le 28 decembre 1850. 

Schumacher a publie en allemand un grand nombre 
d'ouvrages, parmi lesquels je me bornerai a signaler : 

1° Tableaux auxiliaires d'astronomie. en 10 vol. in-4% 
de 1820 a 1829; 

2" ISoiwelles astroriomiques, qu'il a commencces en 
1830, et qu'il a conlinuees jusqu'a sa mort; 

3° Observations astronomiqucs, en 10 vol. in-4°; 

4° Traites aslru/iom/qucs, 3 vol. in-8°. 

On lui doit aussi la publication de l'ouvrage de 
Bessel, dont il fut pendant trentc-scpt ans l'ami in- 
time, et qui a paru a Hambourg on 1848 sous le titre 
de Vopulare Vorlesimgcn iiber It'issenchaftlirhe Genpen- 
sl&ndc. 

Schumacher a fait paraitre pliiMours cartes. C.elle 



( W ) 
du Holstein devidt avoir quinze feuilles, en y com pre- 
nant le duche de Lauenbourg; la premiere, qui con- 
tient les environs d'Allona et de Hambourg, a l'echelle 
du s^fiTj . etait a la gravure au mois de juin I8/1O, et 
ne pouvait elre achevee que dans deux ans , suivant 
une lettre de Schumacher. J' ignore si die est enlie- 
rement terminee, el quelle suite a ete donnee a cette 
belle entreprise. Chaque feuille devait comprendre 
25 milles caries d'Allemagne. 

On doit aussi a Schumacher un beau phm d'Allona 
en une feuille, ainsi qu'une Carte ties environs de Sege- 
berg, dont ce celebre astronome, que j'avais eu occa- 
sion de voir pendant mon sejour dans le Ilolslein , 
m'avait envoye un assez grand nombre d'exemplaires, 
que j'ai offerts en son nom a la Societe de geographie, 
a differents elablissemenls de la capitale, et a quel- 
ques savants. 

II etait membre des Academies des sciences de Co- 
penhague, de Naples, des Societes royales de Londres 
et d'Edimbourg , et membre correspondant des Aca- 
demies de Palerme, de Bruxelles, et de l'Academie des 
sciences de Paris; il etait egalement correspondant de 
la Societe de geographie (depuis le 26 novembre 1827) , 
et nous enlretenait quelquefois de ses travaux. Le roi 
de Danemark, Frederic VI, 1'avait nomme conseiller 
d'etat. 

Parmi les eleves de Schumacher qui se sont formes 
a Altona, les plus celebres sont MM. Hansteen, Pe- 
tersen, Riimker, Struve, etc. M. Zahrtmann, 1'un des 
derniers ministres de la marine de Danemark, a aussi 
travaille dans son observaloire. 

Tels sont, messieurs, les hommes dis : ingues dont 



( 32 ° ; 

nous avons a deplorer la pcrte. Plusieurs d'entre eux 
assislaient avec regularity aux stances de voire Com- 
mission centrale; ils venaient y prendre pari aux dis- 
cussions, en provoquer quelquefois, et les eclairer 
toutes de leurs lumieres. Ln de-sir que nous devons 
tous former, dans J'interet du progres des sciences 
geograpbiques et de la Societe a laquelle nous appar- 
tenons, c'est que leur exemple suit iinite. 

Une certaine langueur, il faut l'avouer, avail ete 
observee dans nos reunions bimensuelles, qui, de- 
puis quelque temps, il est vrai, semblent etre suiwes 
avec plus d'exaclilude. A quelles circonslances taut-il 
en atlribuer la cause? Peut-elre a-t-on trouve que ces 
reunions etaient devenues plus inleressantes? Espe- 
rons qu'elles continueront d'attirer nos collegues, que 
le zele meme s'accroitra. On en aura acquis la certi- 
tude si les membres qui portent un veritable interet 
a la geograpbie , qui la cultivent et contribuent a ses 
progres, se reunissent plus souvent a nous pourcom- 
muniquer les i esultats de leurs recliercbes et de leurs 
travaux, et s'ils nous ouvrent de temps a autre leur 
porteleuille. lis ne doivent point perdre de vue que 
Tindillerence, celle maladie de notre temps, la plaie 
des societes scientifiques, Tail naitre et propage l'indit- 
ference. 

Les ebranlements politiques sont rarement lavora- 
bles aux progres des sciences, lis suspendenl les grands 
travaux que les gouvernemenls eclaires sont babitues 
a entreprendre, et paralysenl en meme temps ceux des 
particuliers , trop preoccupes de ce qui se passe dans 
leur patrie, pour consacrer leur temps et leur fortune 
a des etudes qui excluent toute preoccupation d'esprit. 



( 327 j 

C'est ce qui esl malheufeuseifient arrive en France 
dans ces derniers temps en ce qui concerne la geo- 
graphic. 

On n'est cependant point reste inaclif dans notre 
pays pendant le cours des annecs 18/|9 et 1850; et 
l'expose que je vais vous presenter vous prouvera 
que la France a conserve encore one place hono- 
rable parmi les nations qui attachent du prix aux 
sciences geographiques, les seules dont j'aie a vous 
entretenir. 

TRAVAUX PAnTICULIERS DE LA SOCIET/:. 

Pendant les annees 1849 et 1850, votre Commission 
centrale a recu de plusieurs de vos collegues et de 
quelques voyageurs d'interessantes communications, 
que je vais vous indiquer succinclement d'apres l'ordre 
geographique. 

Nous avons remarque deux morceaux sur l'Europe : 
le premier, que nous devons a M. Alhert-Montemont, 
est une JXotice stir la Hongrie, composee d'apres des 
documents recents merilant toute confiance, et accom- 
pagnee d'une carte; le second est la Relation d'un 
voyage de Basile Lilihatcheff, que le tzar A texts Mikailo- 
vitch avait envoye en Toscdrie en qualite d'ambassadcur 
dans Vannee 1650; elle nous a ete adressee de Saint- 
Petersbourg par M. le prince Emmanuel Galitzin , qui 
l'a redige en francais sur des manuscrits originaux en 
langue russe. 

Nous avons recu du meine prince, l'un de vos cor- 
respondants les plus instructs, les plus zeles eten meme 
temps le plus genereux, des Observations eoncemant les 
montagnes situees a I'ouest du lac Baikal, qu'il a exlrailes 



( aae , 

poiii' nous de mateiiaux russes; el des JSouvelles sur la 
Chine et le Japan, puisees dans les A nnale s de la propa- 
gation de la foi, recucil qui me parait en progres, out 
ete publiees dans voire Bulletin, apres avoir ete lues 
dans une des seances. M. Jomard vousadonne, d'apres 
M. le lieutenant Maury, directeur de l'ohservatoire de 
Washington, l'analyse do Voyage a la mer Morle de 
M. Lynch, lieutenant de la marine des htals-lnis; et 
M. Isamberl vous a prcsenle un comple rendu plein 
de recherches et d'erudition de la narration de la memo 
expedition, que Ton doit a M. Edvv. Montague, el qui 
a ete imprimee a Philadelphia en 18A9. Le contingent 
que j'ai fourni, en ce qui concerne l'Asie, comprend : 
1° une traduction d'un / oyage an Jo/iore, situe dans la 
presqu'ile de Malacca, que l'auteur, le reverend pere 
Fabre , auquel nous sommes redevables dune carte 
manuscrite de la partie meridionale de la presqu'ile 
de Malacca, a inset e dans 1'excellenl journal anglais de 
l'archipel Indien, qui se public a Singapore; 2° une 
Notice sur les Portes Caspiennes, dont les manuscrits de 
notre infortune collegue Ilommaire de Hell , auquel 
j'ai consacre une notice necrologique dans le Bulletin, 
ont fourni la majeure partie, el que j'ai cru devoir 
faire preceder d'un dessin de ces portes fameuses, fait 
sur les lieux par un jeune peintre de talent, M. Jules 
Laurens, ami et compagnon du voyagcur que nous 
regrettons tous. 

C'est sur l'Afrique , cette partie du monde tant ex- 
ploree aujourd'hui, et dans toules les directions, 
quoiqu'il y reste tant a apprendre , que vous avez 
obtenu le plus grand nombre d'informations. 

Ln jeuno et hardi voyagcur, aujourd'hui \otre col- 



( 329 ) 

legue, et que vous entendrez bientot Ini-meme, M. d'Es- 
cayrac tie Laulure, vous a hi 1'extrait d'un Me/noire sitr 
le commerce du Soudan oriental ; vous devez a M. Tre- 
maux des Notes sur la situation des mines d'or de la 
m6me contree de l'Afrique, et quelques observations 
critiques sur le recit d'un colonel russe, M. Kovaleski, 
qui l'a visitee en meme temps que lui. Ces notes sont 
accoinpagnees d'une carte, ce complement presque 
toujours indispensable pour suivre avec interest lea 
traces des voyagcurs. Lo meme M. Tr^maux, auquel 
l'lnstitut a d6ja accorde line medaille, vous a rendu 
compte d'un voyage fait par lui, en suivant le cours du 
Nil et dans les parlies inconnues du Soudan, chez les 
negres Bertha, du Dar-Fok el du Dar-Gouroum. 

M. A. Raffenel vous a Iransmis divers itindraires de 
la Senegambie et du Soudan. 

M. Bouet-Willaumez, capitaine de vaisseau de noire 
marine nationale, dont le nom et les excellenls tra- 
vaux sonl si avantageusement connus, vous a com- 
munique, par l'intermediaire de M. d'Avezac, des 
informations sur les rivieres voisines des 6tablisse- 
ments frangais de la Cote-d'Or, que ce dernier a ac- 
compagnees d'observations et d'une carle ; et voire 
Bulletin s'est enrichi des Etudes de geographie critique 
surVAfrique interieure oceidentale, dans lesquelles le' 
meme M. d'Avezac a analyse ses anciens travaux sur 
le meme sujet. 

Un compte rendu du premier volume de la Richesse 
minerale de PAlgerie, accompagnec d'eclaircissementi 
lustoriques et geographiques sur cette partie de l'Afrique 
septentrionale (publiee par ordre du gouvernement), 
Paris, 18Z|9, in-/i°, savant ouvrage non encore lermiue 
I. AV R11 . 3. 23 



( 830 ) 

de M. Henri Founul. qui < i < * i t etre accompagne d'un 
atlas, vous a ete presente par M. Dussieux, prolVsseur 
a l'Fcole militaire do Saint-Cyr; et M. Bertrand Bo- 
cande, \oyagcur francais, qui a longtemps reside dans 
la Guinee portugaise on Senegambie meridionale, a decrit 
ces pays, et vous a remis ses notes a ce sujet, avec une 
carte, qu'il a lui-meme dressee. 

Ln autre Francais, M. le docteur Bodichon, medecin 
residant a Alger, vous a sounds uupro/et d 'exploration 
politique, coinmerciale et scienti/ique d' Alger a Tom- 
bouctou par le Sahara, que vous avez fail imprimer, en 
y joignant la petite carte de l'auteur. Vous devez au 
meme savant une notice, sorte de guide du voyageur 
dans l'Afrique centrale, qu'il a publiee sous le litre de 
Faits a etudier par les voyageins qui out I' intention de se 
rendre a Tombouctou on dans les autres localites de /' A- 
jrique centrale; et MM. Prax et Renou vous ont fait 
horomage dune belle carte de la regence de Tripoli, 
donnant les principals routes commerciales de l'in- 
terieur de l'Afrique, a laquelle le premier a joint 
une Notice explicative, qui figure dans voire Bulletin; 
M. Albert-Monlemont y a egalemenl insere sa traduc- 
tion des ltineraires du grand desert de i'A/rique, par 
M. James Ricbardson. C'est a l'occasion du second 
voyage de ce dernier, dans lequel il avail manifesle l'in- 
tenlion de se rendre au lac Tcbad, en compagnie des 
docleurs Barlb et Overvveg, que M. Jomard a fourni 
au Bulletin des pages pleines d'erudilion. 

Desrenseignemenls puises par moi dans les journaux 
anglais m'ont donnc occasion de vous entrctenir des 
progres faits dans l'Afrique centrale par les deux com- 
pagnons de M. James Richardson, et j'ai resume dans 



( 331 ) 

une note posterieure differences, informations emprun- 
tees aux memes sources sur les nouvelles explorations 
de ces voyageurs, note a laquelle M. Jomard a joint cle 
savantes reiuarques. La Societe a du au meme geo- 
graphe la premiere nouvelle de l'importante decou- 
verte du lac JN'gami, qu'il avail apprise par les jour- 
naux anglais; et c'est en lisant les joumaux de la 
meme nation que j'ai pu vous communiquer de cu- 
rieux renseignements sur les explorations de la cote 
orientale d'Ai'rique , par les docteurs llebmann et 
Krapf. 

Une notice de M. Sedillot sur les diverses routes qui 
peuvent conduire dansl'interieur de l'Afrique centrale 
complete la lisle des communications laites a la So- 
ciete sur cette interessante partie de vos travaux. 

Vous avez des remerclments a laire a M. ttocbet 
d'Hericourl pour son savant Menioire sur Vetat constant 
de soulevement du sol dugolje Arabique et del Abyssinic, 
et sur un abrege des resultats scienlifiques de son 
voyage, et pour sa note sur la racine employee dans 
le nord de l'Ab)ssinie contre 1'bydrophobie. 

Vous n'etes point restes etrangers a la question si 
celebre , depuis si longlemps controvers&e et non en- 
core resolue, des sources du Nil. 

M. Anloine d'Abbadie vous a la une Note sur le 
kautfieuve Blanc, et, sur la demande qui lui avait ele 
faite, ll y a joint une esquisse de carte. II a sounds k 
la Commission centrale, quelques mois plus tard, de 
Nouveaux renseignements sur les affluents, du Nil. Blanc, 
domes par M. La/argue et recuetllis par M. A maud 
d'Abbadie, son Jrere, en y joignant ses propres observa- 
tions, et vous a communique depuis une nouvelle note, 



: 332 ; 

ijui nest pas etraft'gere a la question ilu Nil. sur'fes 
affluents el les deversoirs des lacs africains. 

Knfin, M. Fulgence Fresnei, consul do France a 
Djedda , aujourd'bui I'un de ?os meilleurs et de vos 
plus aclifs correspondents; vous a envove on travail 
fort important et complel sous le litre de Notice kis- 
terique sitr le 11 aday ( I'un des principaux Ftats du 
Soudan), et sur les relations de cet empire avee la cote 
septentrionale d' dfrique\ renfermant de nonibreux iti- 
neraires, et en outre tie curieuses informations sur 
la geographic du \\ aday et des pays limilrophes. Plus 
lard , il vous a fail parvenir nn Esstii de discussion des 
documents relatifs au cours saperieur du ■Sit Blanc et mix 
deux principaux lacs de VAfriqne centra fe, V Ouanytoneci 
et le Tchad, que vous vous etes empresses de publier, 
ainsi que les premieres informations parvenues en 
Europe sur les explorations et les decouvertes du reve- 
rend perc Knoblecher. 

La derniere communication relative a l'AIVique qui 
nous ait ele adressee est une note sur les traductions 
d'ouvrages geograpbiques francais fails en Egypte, et 
qui est exlraile d'unc lcttre que M. Jomard a reeue de 
ce pays. 

De toules les contrees de l'Amerique , la Calilornie 
est celle sur laquelle vous avez recu ie plus de docu- 
ments. De deux leltres ecriles de San-Francisco, l'une 
vous donne une description sommaire de la Californie, 
et l'autre complete ces informations; on a puise quel- 
ques details sur le meme pays dans les Annates de la 
propagation de la /<>i ; M. Albert -Montemont vous a 
communique des fragments dun Forage fait en Cali- 
fornie par M. Houssmann , ex-attache a I'ainbasaade 



( 333 ) 

franchise en Chine ; et M. Ferry, 1'un cle vos collegues, 
vous a offert un resume" succinct , substantial et exact 
de lout ce qui a ete publie sur cetle interessante por- 
tion de l'Amerique septenlrionale , auquel il a joint 
une bonne carte dressee d'apres les meilleures et les 
plus recentes autorites. Enfin, j'ai moi-meme exlrait 
de rapports officiels americains et accompagne d'ob- 
servations critiques, une Notice sur des explorations 
des cotes de l'Oregon et de la Californie. 

M. Jomard vous a fait connaitre les mines decou- 
vertes pres de Tunja, dans l'Amerique centrale, par 
Mi le colonel Acosta, et le menie membre a concouru 
avec M. de Froberville a donner de la publicite a la 
decouverte d'aulres antiquites de la inline partie de 
l'Amerique, que M. Squier a trouv^es sur les iles du 
lac de Nicaragua. 

Je terminerai ['enumeration des informations sur 
l'Amerique, communiquees a la Commission centrale, 
et porlees a la connaissance des lecteurs de votre 
Bulletin, par la Notice que j'ai publiee sur L tali, nou- 
veau territoire des Etals-Lnis, situe pres du grand lac 
Sale, et qui est colonise depuis peu de temps par les 
Mormons. Je serais ingrat si je ne reconnaissais ici 
que j'ai puise les elements de ce travail dans des ou- 
vrages et des journaux americains , que M. le docleur 
Robert Walsh, consul des Elats-Unis a Paris, avail 
eu la bonte de metlre a ma disposition; ce n'est pas 
la seulc fois que j'ai eu a me louer de son extreme obli- 
geance, et pour la Sociele de geographic en general et 
pour moi en parliculier. Je lui dois aussi le sujet d'une 
notice abregee, qa'ori Lrouve egalcment dans votre /»'///- 
Irtin, s.ur une fc.rpfora'ron r/e V ' ./t/nrili(jnc, par son fits. 



( 334 ) 

lieutenant dans la marine nationale des Flats- Fnis, 
dont j'ai cm devoir communiquer le rapport original 
au depot de la marine, a cause des details hydrogra- 
phiques qu'il contient, et a l'Arademie des sciences, 
paree qu'il renferme des observations sur la physique 
du globe qui m'ont paru devoir offrir quelque interfit 
a ce corps savant. 

Au nomine des autres communications qui ont ete 
faitcs a la Society, je mentionnerai trois rapports 
officiels sur des expeditions commandees par les capi- 
taines sir James Ross, sir John Ilichardson et Collin- 
son, et envoyees dans les mers polaires a la recherche 
du capitaine sir John Franklin, l'un de vos correspon- 
dants elrangers, au sort duquel toutle monde civilise 
prend un si vif inter6t. Ces rapports ont et6 traduits 
on analyses par M. Daussy. M. d'Avezac vous a pre- 
serve un savant travail sur un Atlas hydrbgraphiqtie, 
mhfiuscrlt execute a 1 enise dans le xv° Steele, qu'il a 
pu , pendant une excursion qu'il a faite a Londres, 
etudier au Musee brilanique, ou il est aujourd'hui 
conserve. M. Eugene de Froberville a fait l'analyse, et 
rendu compte r« votre Commission cenlrale, d'un »& 
rnnire sue la deuxieme ecritttre Cuneiforms de Persepolis, 
dont I'auteur est un voyageur erudit , M. Isidore 
Lowensiern , membre de CPlto meme Commission; et 
M. Jomai'd a fait un travail semblable sur un Atlas en 
relief, destine aux eroles, et qui' M. Augusle Raven- 
stein a public a FrancFort en 1849. 

J'ai insere, de mon cole, dans le Bulletin, une note 
developpee el comparative sur les differ en ted especes 
de Mil les employes depuis les temps les plus recules, 
ainsi qu'un Expose sur la part prise par la Nttrvkge 



( 335 ) 

dans la mesure d'uu arc du meridien commence par la 
Russie, et qui doit s'etemlre d'Ismail a l'extreme fron- 
tiere nord de la Scandinavie. J'avaist raduit en fran- 
cais cet expose, demnnde par moi a mon ami M. le 
capitaine du genie Vibe, et qui elalt ecrit en langue 
norvegienne. Pour completer ce travail , j'ai cru de- 
voir le faire suivre, de concert avec un de mes col- 
legues qui a voulu garder l'anonyme, de l'hisloriqua 
de toutes les autres mesures d'arcs du meridien, effec- 
luees dans tous les pays, en remontant aux epoques les 
plus anciennes et en le poursuivant jusqu'a nos jours. 
A ces communications, faites dans le sein de la 
Commission centrale, ou inscrites dans votre Bulletin, 
je doisnjoutcr les nombreux ouvrages et recueils con- 
sacres, en tout ou en parlie , aux sciences geogra- 
pbiques, ainsi que les cartes offertes a la Societe, 
depuis le 1" Janvier 1849, et que ce n'est point le 
moment d'enumerer ici. Presque tous nos ministeres, 
les dilTerentes Societes geographiques de Berlin, de 
Londres, de Saint-Petersbourg, de Bombay, etc., la 
plupart des Academies du globe, plusieurs gouver- 
nements etrangers , en tete desquels je dois placer 
celui des Ltats-Lnis, et une multitude de parlicu- 
liers francais et strangers, ont enricbi votre biblio- 
tbeque par leurs dons genereux. Elle s'est augmentee 
aussi par des eclianges avec votre Bulletin, systeme 
qui ne pent etre que reciproquement avantageux, et 
auquel nous avons resolu de donner la plus grande 
extension, comme nous avons le projet bien arrete de 
rendre aussi exaclement que possible un comple de- 
taille dans le Bulletin de tous les ouvrages geograpbi- 
ques el de toutes les cartes qui nous paraltraient offrir 



n ■ 

mi grand iuteret, outre le comple souimaire de clia- 
que inois pour les ouvrages donl il vous est fait lioin- 
mage. 

En 18A9, votre Commission du prix. annuel vous a 
fait connaitre, par l'organe dc M. Jomard, son savant 
rapporteur, les motifs qui ne permettaient pas de 
I'accorder pour cette annee, motifs qu'il a resumes en 
res termes : 

<( Les voyages qui se rapportcnt a l'annee du pre- 
sent concours se partagent en deux categories : les 
uns, tout utiles qu'ils ont ete pour l'avancemenl de 
certaines parties des connaissances geographiques , 
n'ont pas fait faire a la geographic un assez grandpas 
pour appeler la recompense solcnnelle que vous de- 
cerncz annuellement; les autres se sont prolonges en 
1847, et meme en 1848. Deux motifs nous engagent 
done a vous proposer de suspendrc toute decision a 
l'egard de ces derniers : l'un, dans l'interet des explo- 
rateurs, e'est qu'ils ne perdront rien a ce retard; 
1' autre, dans l'interet de la science, e'est (pic la So- 
ciete aura le temps de recevoir des documents plus 
complets et authentiques, publics ou manuscrits, qui 
lui pcrmettront de mieux balancer tous les droits. Ces 
documents auront d'autant plus de valeur et d'auto- 
rite a ses yeux, qu'ils seront accompagnes d'itineraires 
detaill^s et precis, et, s'il est possible, de carles re- 
presentant avec exactitude la marche des voyageurs; 
la Commission reserve specialement les droits dc 
MM. d'Abbadie au concours de 18A7. » 

Mais, en 1850, les motifs qui avaient determine la 
Commission dc 1849 a nc point decerner de prix ne 
subsistanl plus, la grande medaille a etc" accordee. I<=> 



( 337 ) 
26 juillet, a MM. S iiloine et Arnaud d'Abbadie pour 
les progres qu'ils onl fait faire a la geographie par 
leurs voyages en Abyssinic , commences en 1837 et 
termines en 1848 , sur 1'expose de M. Daussy, rappor- 
teur do la Commission, composee de MM. Walckenaer, 
-lomard, de Froberville, de moi et de M. Daussy, 
qui a eu sous les yeux tous les manuscrits et les cartes 
des voyageurs. 

A cette occasion, je dois rappeler 1'offre genercuse 
faite par M. Antoine d'Abbadie a votre Commission 
centrale, et acceptee par elle, de contribuer pour plus 
de 500 francs aux frais d'une medaille d'or, dont la 
valeur serait ulterieurement fixee, a accorder au voya- 
geurqiii aura naviguesur le Nil, on qui, du nioins, en aura 
reconnu le coins 120 milles geographiijues en amont 
du 4° 9' de latitude, point extreme atteint par le reve- 
rend pcre Knoblecher, et aura joint a sa narration des 
mesures servant a determiner les debits exacts du fleuve 
Blanc, du fleuve Bleu, du Saubat et du Keilak; et de 
donner 200 francs pour les frais de deux medailles de 
100 francs cbacune a accorder aux voyageurs qui au- 
raientfait connaitre, soit le debit des deux /leaves a Khar- 
toum, soit les volumes du Saubat et du Keilak. Jusqu'a 
present , aucune suite serieuse n'a ete donnee a cette 
genercuse proposition , quoique M. Jomard ait offert 
de contribuer personnellcment aux frais de la premiere 
medaille proposee par M. d'Abbadie, et que d'autres 
membres aient fait la meme offre. La commission cen- 
trale , qui aurait desire que la Societe y conlribuat 
sur se.s funds parliculiers, a pense que , vu le peu de 
ressouices dont elle pout disposer, il ne lui etait pas 
possible d'en detourner en ce moment la moindir 



( 338 j 

parcelle pour line semblable destination ; mais elle ne 
tardera probablement pas a ouvrir une souscription 
a laqtiellc elle appellera non-seulenient ses membres, 
mais tons ceux qui prennent quelque inleret a la so- 
lution d'un si beau probleme geographiqua. 

Cequeje viens de vous dire, messieurs, doit dejavous 
faire presume? que lesressources dela Soeiete sunt fort 
reslreintes. An surplus, le comple des recettes et des 
depenses au 31 decembre 1850, qui va etre mis sous 
vos yeuxavec le rapport de voire commission de comp- 
tabilite et le budget pour 1'annee 1851, vous prouve- 
ront que la plus severe economie nous est commandee; 
et cependant il est de ces depenses que nous ne pou- 
vons pas ne pas i'aire, sous peine de perdre le rang 
que nous tenons et que nous devons tcnir a conserver 
parmi les autres societes geograpbiques, loutes fondees 
a pros la noire. Plus favorisees par leurs gouverne- 
mcnls, qui leur allouenl souvent des sommes conside- 
rables (1); ayant un plus grand nombre de membres, 
dont la majeure parlie verse non-seulemcnt avec exac- 
titude la souscription fixee, mais souvent au dela , ces 
societes out les may ens de donner de frequents encou- 
ragements aux vovageurs, de leur lournir des instru- 
ments pour fait e des observations, et, a leur retour, de 
leur accorder dds prix et des medaiiles ; elles peuvent 
publier, en lout ou en partie, a leurs frais, les relations 
des voyages qu 'elles out frequemment provoques, et 
joindre un grand nombre de carles geograpbiques, 

(i) Le j;oin m iicini n! russe i mis dernierement a la disposition de 
In Soci('io imperiale de geographie 'le Saint-Petersbourg une sonime 
r\r 23'>on doubles | >• m i" I'aidei a mener ;i l>onne fii> une ehtreprite 

'|»'p||p (ivail inniinriiri'i 



( 339 ) 

si utiles au progres de la science, a leurs publications 
ordinaires. Que notre situation est differenle ! La So- 
ciety de geographiede France se soutientcependant par 
l'energique Constance de quelques-unsdc sesmembres; 
elle se soutiendra encore, etlongtemps, je l'espere; j'ose 
meme predire qu'elle progressera, parce qu'il me pa- 
rail impossible que le gouvernement , dont quelques- 
uns desmembresviennentanotre aide, je dois le recon- 
naitre, par exemple tons les minislres qui se sonl suc- 
cedeauxd^partementsde ragriculture et du commerce 
et de 1'instruction publique, ne finisse pas par com- 
prendre an jour l'utilite qu'il peut tirer d'une sern- 
blable institution , dont les relations se developpent 
de plus en plus et s'etendent deja sur presque tous les 
points du globe. 

Pendant l'annee J 850 principalement, des relations 
intimes se sont etablies entre votre Societe et celle de 
Russie, dont j'aurai plus tard a vous parler d'une ma- 
nure plus developpee; relations que je me fais gloire 
d'avoir contiibue a cimenter. Vous vous etes lies aussi 
plus etroilement avec les fitats-Unis de 1'Amerique 
seplentrionale par l'intervention toute bienveillante et 
si active de M. le docteur Walsh, consul de cette re- 
publique a Paris , et grace aux soins empresses de 
M. Poinsett, votre correspondanl a Charlestown. Ces 
deux vastes et puissants Etats olTrent un champ fort 
etendu aux recherches et aux decouvertes geographi- 
ques; ce sont deux mines quVm vous permet d'ex- 
ploiter , ou plutot , grace a 1'activite et au desir du 
progres qui se manifeste en Russie et aux Etats-Lnis, 
ce sont deux mines qu'on veut bien exploiter en vous 
faisant participer a leurs |>roduils. 



I Me ) 

Les autres parties de 1'extreme nord et du audi de 
l'Europe vous ouvrcnt aussi, grace a une correspon- 
dance incessante, lours trcsors scientifiques, dont la 
richesse n'est pas encore bien connue. Les nouveaux 
redacleurs de voire Bulletin, que voire Commission 
centrale a juge convenable de modifier, y puiseront, en 
ne negligeant pas les autres sources connues que leur 
offre l'eruditc et laborieuse Allemagne el surloutl'An- 
gleterre etsessi nombreuses et si importanles colonies, 
pour vous presenter un journal qui vous lienne con- 
stamment au courant des progres de la science. lis feront 
du moins tous leurs efforts pour que ce but soit atteint; 
et ils ratteindront si, a tous ces moyens de reussite, 
les voyageurs, les geographes , les simples amateurs 
de cetle science, qui ofTre en elle-meme tant d'utilit^ 
et tant d'attrait, nous font connaitre ce qu'ils ont vu, 
ce qu'ils ont appris, el les resultats de leurs lectures. 
JNous ne faillirons pas, de notre cote, a ce que nous 
consiilerons comme un dc nos premiers, de nos plus 
importanls devoirs, i'extension du nombre de nos 
correspondanls officieux; et nous aurons soin d'indi- 
qucr, dans l'occasion, a votre cboix, les correspondanls 
officiels qui nous paraitront necessaires, el qui, ne nous 
offrant pas seulement des noms, temoigneront la vo- 
lonle' et le desir de vous etre recllement utiles. S'ils 
tiennent leurs promesses, peu de fails importants en 
geographic nous (kdiappeiont alors, et les inembres 
de la Societe, aussi bien que les autres lecteurs de votre 
Bulletin, possederont un veritable journal geogra- 
pbique tel que nous le concevons, surtoul si quelques- 
udb des ininislies qui ne nous accordent pas de sub- 
vention nous pretext an uioins leur contours et leur 



( 3/.I ) 

puissant appui. .It 1 ne doispas laisser echapp'er I'occa 
sion de temoigner ici a MM. les generuux Da u mas el 
Morin, chefs des sections de l'AIgerie et tin depot tie la 
guerre, au departement de la guerre, la reconnais- 
sance de la Sociele de geographic, pour les documents 
et les informations d'un tres-haut interel que je dois 
a leur extreme obligoance, et dont j'ai fail usage dans 
mon rapport. 

La comptabilit^ a, pendant le cours de l'annee 1850, 
attire particulieremenl voire attention; loot nous fail 
esperer que les changements introduits produiront 
d'utiles resultals, et qu'il en sera de memo de quelques 
autres ameliorations que nous nous proposons tie sou- 
mettre a votre Commission cenlrale; parmi ces ame- 
liorations figure la publication du catalogue des ou- 
vrages, cartes, etc., appai tenant a la Societe, tlonl nous 
avons deja entretenu la Commission. A ce sujet, je dois 
vous informer, et c'est par la que je teruiinerai mon 
trop long expose, qui n'est cependant que Y introduction 
de mon Rapport, qu'un de vos correspondanls etran- 
gers, M. le prince Emmanuel Galilzin, le meme dont 
j'ai signale plus baut les nombreuses communications, 
non content d'avoir pave plus que le triple de la con- 
tribution que doivent verser les membres donateurs , 
vienl de nous donner un nouveau temoignage de sa 
liberality. Connaissanl nos besoins et le desir manifeste 
par nous d'agrandir le cadre tie noire Bulletin, de le 
rendre enfin plus complet que parle passe, il a pense 
que cette extension, qu'il juge comme nous indispen- 
sable, entrainera necessairement de nouveaux frais, si 
nous voult>ns surtout mettre quelquefois , souvent s'il 
esl possible, sous les yeui tie nos lecteurs, des cartes 



[ 34? ) 

exactes et qui puissent un jour st'ivir de modole ; M. le 
prince Galilzin a offerl cle participer a ces frais. 

C'est une noble maniere d'etnployer une brillante 
fortune. Puisse 1'exemple donne par un grand sei- 
gneur russe, trouver des iuiitateurs, en France, du 
moinsl 



RAPPORT 
SUR LE CONCOURS AU PRIX ANNUEL 

POUR 1.K 

DECOUVERTE LA PLUS JMPORTANTK EN GEOGRAPHIE 
(Commissaires : MM. Walckesaer, Daissy, d'Avezac, 

DE FltOBEKYILLE et JOMARD.) 

La Sociele de geograpbie de Paris decerne periodi- 
quement un grand piix pour cnuronner la decouverte 
la plus irnportante de 1'annee qui a precede de deux 
ans celle ou b> prix se dislribue : cet usage est f'onde 
sur la necessite de connailre avec quelque exactitude 
les expeditions, les entreprises, ou le resultat des tra- 
vaux geograpbiques correspondanls a l'epoque du con- 
cours; c'est done pour 1'annee 1848 que nous avons a 
passer en revue les voyages qui ont ete accomplis par 
les explorateurs. 

Cette annee a ete peu feconde en grandes explora- 
tions; si des publications iinporlantes ont ele failes, 
elles se rapporlenl a des travaux antericurs. Les annees 
1849 et 1850, au contraire, out \u executer ou coin- 
mencer des voyages d'un baut inleret; inais la limite 
a laquelle votre Commission doit s'arreter lui permet 
seulement de les annoncer et de taire entrevoir les 
progres recenls que la science vient de faire. 



fl convienl de remonier un pen plus haul que 1848 
pour montrer l'encbainement des deeouvertes et 1 'in- 
fluence qu'exeree toil jour's vine premiere tentative , 
pour peu qu'elle ait reussi a ouvrir la voie ; nous en 
tirerons celte consequence que, tout en eclairant par 
la critique la marche des voyageurs, il importe de ne 
pas decourager, et merae d'accueillir avec bienveil- 
lance ceux qui ont fait les premiers pas, a travers 
mille dangers, sacrifiant on exposant tous les jours 
lcur sante, leur fortune, ou leur vie. C'est ainsi que 
les voyages de M. d'Arnaud sur le Nil Blanc, et son 
excursion jusqu'a h" UZ' de latitude nord , ont amene 
sur ses pas de savants naturalistes, qui ont fail de 
riches moissons, le baron de Muller, M. Parkyns, 
et des collecteurs inlelligenls, comme M. Thibaut, 
M. Lafargue et d'autres encore, et, tout recemment, le 
reverend pine Rnoblecher, qui est parvenu a un point 
encore plus recule. C'est ainsi que la circumnavigation 
de l'Americain Lynch sur la mer Morle vient d'appeler 
sur le meme theatre noire compatriole M. de Saulcy, 
comme le capitaine Lynch lui-meme y avait ete appele 
par Texempledu voyageur anglais Molyneux, qui n'avait 
pu reussir enlierement, et qui meme avait succombe 
dans cette tentative bardie. D'autres Iravaux, anle- 
rieurs d'un an, ne meritent pas moins d'etre rappeles 
a la memoire et a la reconnaissance des amis de la 
geographic et des decouvertes : pour l'Amerique, les 
voyages et les publications du colonel Fremont sur 
les pays a i'est des Elats-Unis jusqu'au grand Ocean; 
les excursions du colonel Abert, du lieutenant Emory, 
du docleur Wislizenus, etc.; les recherches et les ecrils 
du doctcur Squier sur les antiquites de la vallee de 



( Ult ) 
I 'Ohio, et, plus lard, tie listbme do Nicaragua; sur- 
tout le voyage de M. de Castelnau a travers (out. 
l'Am£rique du Stul : pour les regions polaires arcti- 
ques, le voyage du docleur Rae et les aulres expeditions 
a la recherche tie sir John Franklin, sur lesquelles 
nous passons rap'ulement , puisque nous tlevons nous 
renfermer principalemeot dans le cercle de 1848. 

En Asie, nous remarquons d'abord, d'apres la vaste 
correspondance de la Societe" gcographicpie de Lon- 
dres, d'inleressantes relations du docleur Gutzlafl'sur 
la conlree de Laos, le sud-ouest de Yun-nan et les fron- 
tieres du Birman (en partie puisees dans les memoires 
de Du Halde). On sait que eelte race des Laos defend 
avec un singulier courage son independance a la fois 
contre les Chinois et con Ire les Birmans; leur Ihnite 
nord est situee vers le "22° degre de latitude; au deh't , 
les trihus laos sonl sous l'obeissance de la Chine, mais 
nominalemenl. Le pays est eleve, froid et bnise ; 
il produit des aibres magniliques, et il est riche en 
bestiaux. Ces trihus sont d'un caraclere fier et cntre- 
prenant, et le gouvernement est patriarcal. Jusqu'ici 
toules les tentalives des peoples voisins pour subjuguer 
les Laos ont echoue; toutel'ois le sol ne produit pas 
assez de riz pour la consommation, et il manque de 
sel. En revanche, il possede de belles mines d'or et 
d'argent, d'etain, de plomh et de soufre. La rivalite 
des Birmans et des Chinois a laisse les Laos en posses- 
sion des precieuscs mines qu'ils lui cnvienl. 

Vers le moia d'aottt 18&8 , le docteur Charles 
Thompson, aide-chirurgicn de l'armee hritannique, 
traversa la chalne tie Karakorum entre Ladakh et 
Varkand', depend aoce de la Chine. I ne lettre de ce 



( 345 ) 

voyageur naturaliste, en date de kachmir, 8 octobre, 
apprend comment il a traverse la vallee de Nubra. 
Le 11 aout, il atteignit l'extremite de la vallee, a 
15 000 pieds anglais de hauteur; le 13, apres avoir 
traverse la passe de Sassar, ou il campa a 15 500 pieds, 
il descendit dans la vallee de Schayok. Ce passage est 
occupe par un immense glacier dont il estima la hau- 
teur a un pen moins de 18000 pieds. M. Thompson 
arriva ensuite a une plaine de 8 a 10 milles d'etendue 
et de la meme elevation, qu'il regarde comme la plus 
haute plaine du globe; enfin, il parvint a une sommite 
dont il mesura la hauteur a 18604 pieds. Pendant ce 
voyage de deux mois, il a fait une collection botanique : 
sa principale moisson de plantes a ete recueillie entre 
les vallees de Nubra et de Schayok. La chaine court de 
l'est-sud-est a l'ouest-nord-ouest ; le voyageur estime 
que les pics neigeux de la chaine ont au moins 
24 000 pieds. II n'y a pas le moindre vestige de vege- 
tation, meme cryptogame, a la passe de Karakorum. 
II en est ainsi jusqu'a 500 pieds plus bas. Le docteur 
est arrive a Kachmir le 5 octobre. 

Cette excursion de M. Thompson est l'accomplisse- 
ment d'une partie de l'entreprise ordonnee par le 
gouvernement de l'lnde pour 1'exploration des con- 
trees au nord de 1'Himalaya et des frontleres de la 
Tartaric chinoise. L'expedition , composee du capi- 
taine des ingenieurs Cunningham , du lieutenant 
Strachey et du docteur, etait partie de Simla l'anne> 
precedente. M. Strachey, cbarge d'explorer le Sampoo, 
et de s'asstirer s'il s'ecoule dans le Bramahputra ou 
dansl'Irawadi, avail alteint, des 1846, le lac dit Rakas- 
Tal ou Cho-Lagan, et le lac de Manasarowara ou Clio- 
i. ivnii.. h. "?.'\ 



( 340 ) 

Mapan, source, croit-on, du Sullej et du Sampoo. II a 
traverse l'llimalava, et reeonnu que cea lacs sont elevi-s 
de 15 250 pieds. Le capiloine Cunningham avail pour 
mission d'aller de Kliotan a Lassa, et de pcnelier dans 
le Celeste-Empire. 

Rien ne inanquait a ces messieurs pour I'aire de 
bonnes observations d'aslronomie et pour etendre les 
conuaissanccs geogiaphiques. Le capitaine Cunnin- 
gbam a visite Kaclnnir et ses temples remarquables 
par l'^legance et la solidity, et il a decouvert le site de 
l'ancienne capitate; il a relrouve aRanigat la position 
d'^omos des auteurs grecs; il identifie l'ancienne con- 
tree de Bolor avec le pays de Balti, K- petit Thibet. 

Sur la demande de la Sociele geographique de 
Russie, le tresor imperial a liberalement pourvu une 
expedition commandee par le colonel Ilofl'mann , et 
chargee d'explorer l'Oural septentrional jusqu'a l'o- 
cean Arctique. Le point de depart etait Tscherdyn , 
par 62° nord; elle devait suivre l'Obi jusqu'a son em- 
bouchure, puisl'lssa et la Petschora, ensuite la Kohva 
etlaWyschera jusqu'a Rogoslonsk. PartiedeTscherdvn 
en 1847, elle a continue l'exploration pendant les 
annees suivantes; on a peu de details sur les resultats 
acquis jusqu'a ce jour. 

La mer d'Aral et sa depression ont etc ohservees 
pendant le cours de l'annee qui nous occupe. On a 
decouvert une ile an milieu; elle renferme, ainsi que 
les bords de la mer, ainsi que les steppes au nord et 
a l'est et les rives de l'laxartes , de nombreux restes 
Ibssiles qui prouveul que ce lac, a une epoquc tres- 
recul6e au dela de la periode historiquc, occupait une 
etendne heaaooup plus grande qu'a present, (les ob- 



( m ; 
s^rvations sont dues en partie n ten VI. LehrnaTftiij qui 
est alle d'Orenbourg a Bokhara ct Samarcand, voyage, 
que le colonel Helmersen a ele charge de puhlier. 

Nous ne reviendrons pas sur un voyage du savant 
observateur M. Tchihatcheil en Asie Mineure, deja 
mentionne dans le rapport precedent. 

Une contree de l'Asie plus rapprochee de nous, 
mais du plus haut interet hislorique, appelle mainte- 
nant notre attention : c'est la Palestine. Que de ques- 
tions agitees, que d'ecrits, que de controverses sur la 
mer Morte, sur la nature du pays, sur les villes dont 
parle l'Ecriture sainte, sur les traditions! Un Ame- 
ricain, M. W. Lynch, a voulu, a son tour, explorer la 
Palestine, principalement le cours du Jourdain el le 
fameux lac Asphaltile, dont la grand e depression, 
longteinps revoquee en doule, est aujourd'hui un fait 
generalemenl admis. Honneur a cette jeune nation 
americaine qui, apres un pelil nomhre d'annees, s'esi 
placee au niveau des plus anciennes et d^s plus civili- 
sees de l'Europe ! Pour ne parler que de la earriere des 
voyages scientifiques, des travaux hydrographiques et 
des observations celestes, elle peul en eflet citer l'ex- 
ploration du pole sud parM.W ilkes, les releves des coles 
par ses hydrographes etlobservatoire de Washington ; 
aujourd'hui, c'est la circumnavigation entiere de la 
mer Morte, acconiplie pour la premiere t'ois par le ca- 
pitaine W. Lynch. Les lecteurs du recueil periodique de 
la Societe y out lu , il y a deux ans, les premiers details 
parvenus en France sur ce difficile et hardi voyage, qui 
n'avait encore ete fait en entier par personne. L'expedi- 
tion fut ordonnee par le gouvernement de Washington, 
sur la proposition de ML Lynch. On la pourvut de deux 



( 545 \ 

barques, unr <ie cuivre et une de fer; <»n lea trans- 
porta demontees jusqu'a Tiberiade, et, le 8 avril, on 

tnit les barques a flot sur la mer de Galilee. On des- 
cendit le Jourdain , dont le cours excessivement si- 
nueux est tout rempli de nombreux rapides et de pre- 
cipices; le 18 mai, M. Lynch etait a Maskara, lieu situe 
a 9 niilles de Jericho, et ou la tradition place le bap- 
teme du Sauveur. Les sinuosites du Jourdain augmen- 
taient les dangers de la navigation sur ce fleuve impe- 
tueux : elles sont telles, qu'une distance (en ligne 
directe) de 6 milles exige un parcours de 20 milles. 
Entre le lac Tiberiade et le lac Aspbaltite, la difference 
de niveau excede 1000 pieds; la chute moyenne est 
d 'environ 18 pieds par lieue. 

Les ruisseaux qui s'ecoulent dans la mer Morte de- 
veloppent une odeur sulfureuse et fetide, l'eau de la 
mer elle-meme est araere et nauseabonde. « Nos habits 
» et nos visages, dit M. Lynch, se couvraient d'incrus- 
» tations salines, qui causaient une sensation piquante 
» et douloureuse. L'eau etait si dense, que les barques 
wsemblaient, a chaque vague, etre frappees comme 
» par des coups de marteaux tombant sur rencluinc.» 
M. Lynch fit toutes les operations de sondage et les 
releves de cotes. « En passant a la montagne d'Usdom 
» (Sodome), nous \imes, dit le vojageur, a l'extre- 
» mite sud du lac, faisant face au sud-est, une grande 
)> colonne semblable a une tour, et formee d'une rocbe 
» de sel. » 

L'opinion vulgaire est qu'aucune creature vivante 
n'babite la conlree de la mer Morte : e'est une erreur 
qu'il faut rejeler. II existe des oiseaux et des insectes 
:>m les eaux et sur les rivages du lar: mais on ne trouve 



( m ) 

des poissons que dans les ruisseaux qui s'y ecoulent. 
Les cbangements d'aspect y sont soudains et fails 

pour etonner : on se croirait lour a lour, tantot sur les 

bords, tantot sur la surface d'une cbaudiere bouillanle. 

La plus grande profondeur trouvee par la sonde est de 

1 308 pieds. 

Telle est l'excursion bardie projetee el accomplie 

avec succes par M. Lyncb, aujourd'bui bien connue 

du monde savant par la publication qu'on a faite en 
Amerique et en Angleterre. 

En Afrique, peu de voyages sont a citer, la plupart 
des decouvertes y datent de l'annee 1849; cependant 
cette parlie du monde, qui occupe si vivement les geo- 
graphes, et meme le public le moins curieux des pro- 
gres de la science , sera encore mentionnee cette to is 
dans notre rapport annuel. 

Un jeune laureat de l'lnstitul de France, M. Tre- 
inaux, a penetre dans un lieu qui n'avait pas encore 
ete parcouru par un Europeen. Depuis que le gouver- 
nement dgyptien a porle son attention sur les sables 
auriferes du haut Nil, a Fazoqlo et a Fazangoro, et 
meme (en remontant a une epoque plus reculee) de- 
puis la conquete du Kordofan par Ismayl-Pacba (le 
deuxieme fils du dernier vice-roi d'Egypte), 1'attention 
generale s'esl portee de ce cote; des troupes ont ete 
poslees a Sennar et a Kbartoum , et la voie a ete ou- 
verte vers les contrees qui separent les deux Nils. En 
1821, M. Frederic Cailliaud , qui accompagnait l'ex- 
pedition d'lsmayl-Pacba, y avail penetre jusqu'a Sin- 
gue, au 10' degre 20 minutes de latitude nord; raais 
il s'etait peu eoarte du Balir-el-Azraq , le fleuvc Bleu. 
M. Tr^maux a piofite de lVxpedilion que le \ic«-r«'»i 



360 ) 

envovait an dela du Fa/.oqlo pour lexploilation des 
sables charges d'or : ce dernier Iravai! etait conlie a 
M. Kovalewski, qui devait v etablir les appareils servant 
en Kussie. M. Tremaux fut adjoint a rexpediiinn ; il 
s'elait donne la mission de dessiner les anciens monu- 
ments le long dn Nil, et de tracer sa route a travers les 
lieux pen mi point connus. Tl s'est avance an dela du 
10' degre nord, et assez loin a l'ouest du Hoove Bleu, 
c'est-a-diro autour du 82* meridien est de Paris. La il 
a releve a la boussole les positions respectives d'un 
grand nombre de sominites, en s'elevant assez pour 
apefeevoir u£s points d'une grande distance , et il a 
dessine avec aulant d'intelligence que de soin tout le 
terrain , de maniere a former line sorte de reseau et 
un bon plan lopographiquc exprimant les cours d'eau, 
les montagnes elevees comnio les simples collines. Par 
la il a ete a menie de reconnaitre la ligne de ])artage 
qui separo les.eaux allant dans le Babr-el-Azraq ( fleuve 
Bleu) de cellos qui s'ecoulent dans le fleuve Blanc. A ce 
travail geograpbiquo , qui s'ele'hd do Fa-ronia vers le 
ll c degre, jusqu'au sml du 10' au dela de Fa-doungo, 
el tmil le long de la riviere de Toumat ; a ce travail, di- 
sons-noiis, M. Tremaux a joint de bonnes observations 
sur les Berlba et los autres peuplades qui babitent ces 
regions, sur les animaux domestiques et sauvages, sur 
les prineipaux vegelaux, enlin sur le caractere physio- 
nomi(|iio des habitants. Ce u 'est pas sans de grandes 
fatigues, sans millo dangers, qu'il a reussi dans son 
enln prise, on allant quelquefois seul , cxocuter ses 
operations, traoer sos Curicn-K dessins, s-ins ai mos, sans 
osoorlo, au milieu do populations qu'irritont los pro- 
eodes violenis .<• in p loves p,, r l<s 1 1 on pes torques envoi B 



( m ) 

les naturels, envers lenrs femmes el leurs enfants; en 
bravant enfin les betes fames qui abondent dans le 
pays. 

On a fait a l'autre extremite de l'Afrique, pendant 
l'annee I8/18, uue decouverte d'un autre genre, decou- 
verte qui n'est pas de la geographie pure, mais qui est 
de I'ordre etbnograpbique, et par la rentre essentiel- 
lement dans l'une des branches les plus importantes 
de la geographie. Cette science, en effet, n'a pas pour 
unique but, et mcnie pour but principal, de fixer la 
position absolue des lieux sur le globe suivanl les trois 
eoordonnees; elle ne se borne pas non plus a la geo- 
graphie physique, a la connaissance des productions 
de la terre. ni a la geographie politique et bistorique. 
Elle s'occupe encore, mais d'tine maniere generale, 
de l'etude des races luunaines, des caracteres qui les 
distinguent et qui les classent dans I'echelle de la civili- 
sation. Du nombre de ces caracteres est la notion des 
idiomes, notion qui est, sousoe rapport, l'un des traits 
les plus importants. Non loin de la cote occidentale 
d'Al'rique, et touchant a la colonie de Liberia, an lieu 
appele Bohmar, a S milles du cap Mount, M. Forbes a 
decouvert l'existence d'une langue ecrite qtii s'appelle 
la langue vet. II en a recueilli l'alphabct, lequel est 
phonetique , et des pages entieres qui out pennis a 
M. Norris, philologue anglais, de construire la gram- 
inairc de cet idiome nouveau. Les habitants ont des 
livres et des ecoles. Ce serait presque le seul exemple 
connu d'une eeriture al'rieaine indigene, si Ton faisait 
aiistraelion de l'elhiopien, de l'egyplien demotique et 
de la langue libyenno nouvellcmenl observee. Dans ce 
pays rlf Bobmar, il y a des ecoles, et des livres com- 



85 • 

poses en languc vei; avant celle curieuse decouverte, 
on ne connaissait guere clans l'Al'rique moderne que 
des ecoles arabes et que l'ecriture arabe, importees 
par la conquete et la civilisation musulmancs. 

En Australie, M. Kennedy, charge de suivre le couis 
de la riviere Victoria, qu'on croyait s'ecouler dans le 
golfe de Carpentarie, a reconnu qu'elle ne va pas plus 
loin au nord que le point ou l'a laissee sir Thomas 
Mitchell; de la elle se porte a l'ouest, a 120 rallies , 
puis au sud-ouest, et linit clans les sables d'un pays 
desert, qui est probablement la liraite nord-est du de- 
sert de Sturt. Arrive a la latitude de 28° 25', M. Ken- 
nedy a ete force de revenir, faute d'eau et de provi- 
sions; tout le pays que traverse la riviere Victoria est 
en effet desert et aride. 

Quant a l'infatigable , autant qu'energiquc et intel- 
ligent voyageur, le docteur Leichardt, qui se proposait 
de traverser tout ce continent de Sydney a Swan-River, 
puis de penetrer au centre de 1'Australic, il a ete ar- 
rete par de grands obstacles, mais il ne s'est pas laisse 
decourager ; il s'est remis en route au commencement 
de l'annee 1848, et il est parvenu presque au lieu de 
Cogoon ( du capitaine Phillip King), puis au monl 
Abundance, et enfin il a decouvert une contree riche 
d'eau et de vegetation, ce qu'il est alle annoncer lui- 
raeme, iromediatement, aux autoriles de la colonic. 

Nous ne dirons rien des voyages dans les contrees 
polaires. Le voyage du docteur Rae (on l'a dit) re- 
monte a une epoque anterieure; quant aux expedi- 
tions envoyees a la recherche de sir John Franklin , 
elles ont un objel special, rcste jusqu'ici, malheureu- 
sement ! sans etre accompli : cvs expeditions n'ont pas, 



( 353 ) 

a nolie connaissance, procure do grandes decouvertes 
geographiques; mais si, un jour, la fortune couronnail 
le devouement des navigateurs envoyes a la recherche 
du celebre marin; si, par un bonheur inespere, le ciel 
l'avait conserve a sa patrie et aux sciences ( lux ou l'un 
de ses compagnons), quelle moisson d'observations 
curieuses, et sur la cliraatologie, et sur le magnetisme 
terrestre, on aurait a recueillir de ce cote, apres six 
annees ecoulees! Quoi qu'il arrive, ce sera un hel 
exeniple donne aux nations et o fieri a la posterite , 
que ce concours genereux que nous avons vu, de trois 
grandes puissances luttant d'efforts et de liberalile 
pour aller a la decouverte de sir John Franklin et de 
ses braves compagnons , ou du moins decouvrir les 
vestiges qu'ils ont du laisser. 

II resterait peut-etre a parler des publications qui 
se rapportent aux voyages anterieurs, et qui, par leur 
importance, confirment et justifient les medailles et les 
recompenses decernees par les Socieles geographiques 
de Londres el de Paris. En effet, on ne peut pas tou- 
jours exiger, ni esperer, que les voyageurs publienl 
tres-promptement leurs decouvertes : le motif en est 
facile a senlir; mais, quand ces ouvrages apparaissent, 
le public peut ratifier alors les jugements des societes 
savantes, et c'est pour celles-ci une bonne fortune. 
Nous avons done du plaisir a citer les grandes publi- 
cations recentes du capitaine Wilkes sur son voyage au 
pole antarctique, du colonel Chesney sur son voyage 
a l'Euphrate et au Tigre, et du lieutenant Lynch sur le 
Jourdain et la mer Morte. Nommons encore le grand 
ouvrage de M. Claude Gay, noire collegue, sur le Chili, 
enfin les Irois premiers volumes publics du voyage tie 



( 354 ) 

M. do Castelnau sur bom expedition a havers les Pampas, 
expedition sur laquelle bous re\icndrons a la fin de ce 
rapport. 

No pouvanl anticiper ici sur ies voyages de l'annee 
1 >V'l9, nous devons nous bornor a dire que le docteur 
Hooker, I'intoepide vwyageur naluraliste , a decouvert 
un nou\eau passage an Thibet, dans l'est de la chaine 
ili lllimalava , a 23 000 pieds de hauteur, an lieu dit 
Dmikiah-Lah ; on sail que le Kincliin-Junga, point 
culminant de cette chaine, depasse 28 000 pieds. Son 
voyage est aussi curieux que hardi; il a recueilli a 
10 000 pieds uiu: plante du genre lichen, d'un rouge 
orange [Leva no in miniattt), la ninno plante qui a ete 
observee sur les roches de l'ile Cockburn, a 64° lati- 
tude sud, la meme encore (pi'on trouve dans les Alpes 
scandinaves; de maniere (pie cette plante, la plus an- 
laiclique que Ion connaisse, Be Voit aux deux extre- 
miles dti globe. 

Dans cette ineme annee, M. Prax penetrait a Tou- 
gourt , el en determinait la position. C'est encore a 
cette annee que se rapportent les observations de 
M. Rrapf, en Alrique; (pic M. Rehmann apercevait le 
mont Rilhnandjaro, convert de neiges perpetuelles, 
sous le parallele de Mombas, par h degres latitude sud. 
et , un peu plus lard, le mont Renia, egalcinent nei- 
u«'ux, a 3 degres plus au nord ; enlin, que M. Livingston, 
en DOttJpagnie de M. Oswell, decouvrait le lac N'ganii, 
par '20 degres et demi de latitude ineridionale. Kn 
18A9 et l'annee suivanle, !,• iv\eivud Rnoblecher na- 
viguait sur le Ml lilanc; il panenail a /|° 9', trente- 
Irois milles geographiques plus bant que fa. d'Arnaud. 
uravissail la irmnlaune de Logwek* et apercevait (lis- 



( 1,55 ) 

(.inclement I a uue grande distance, le cours ulterieur 
de ce grand fleuve. 

Ces importantes decouvertes ne peuvent manquer 
d'amener bientot la solution du grand probleme de la 
direelion des eaux de l'Afrique centrale, probleme qui 
occupe les geographes depuis des siecles; le jour n'est 
pas loin ou le voile sera dechire. 

II n'est pas non plus tres-eloigne le jour oil les deux 
grands isthmes du globe, l'isthine qui separe les deux 
Ameriques, el celui qui separe l'Asie de l'Afrique, 
seront traverses, soil par la grande navigation, soit 
par des voies rapides qui mettront en communication 
facile l'Orient et l'Occident du monde. Cest la Geo- 
graphic qui pourra s'bonorer d'avoir amene ce grand 
resullatsocial.veritablebienfaitpourrespecebiimaine, 
et cela par 1'elude assidue qu'elle a faite de ces deux 
poinls, par l'oxploration des lieux ou seront pratiques 
ces voies et ces canaux. Grace a la science, on verra 
done un jour, d'uncote, l'Espagne et la France envoyer 
leurs vaisseaux de Barcelone et de Marseille aux Phi- 
lippines directement par Test, et, de 1 'autre, Cadix et 
Bordeaux expedier leurs navires vers la Chine par 
l'Occident; alors ces deux contrees seront adranchies 
des immenses detours auxquels oblige la navigalion 
acluclle, forcee de doublet' le cap Horn et le cap de 
Bonne -Esperance : difference incalculable pour le 
commerce et avantage immense pour le progress de la 
civilisation! A la science geograpbique la gloire d'a\oir 
prepare cetle revolution ! 

En conclusion, la Commission a juge que, si aucun 
des vn\ages executes clans le cours de l'annee 1848 ne 
merilait le grand prix reserve a I'une de ces decou- 



356 ) 
vertes eclatantes qui revelenl un pays encore incx- 
plore, et qui ont une haute importance scientifiquc , 

il en etait deux, cepcntlant, qui ont ete termines dans 
cette periode et qui sont dignes d'une recompense : 
le premier est l'exploration du Jourdain et de la mer 
Morte; et le second, l'excursion au Soudan oriental, 
entre les deux Nils. En consequence , une premiere 
medaille d'argent sera decernee a M. le capitaine 
Lynch, de la marine nalionale americaine; et une 
deuxieme medaille d'argent a M. Louis Tremaux, lau- 
reat de l'lnstitut de France. 

Ici nous avons a rappeler en quelques mots un 
voyage important qui, par des circonstances particu- 
lieres, et surlout par la rigueur de nos usages, se trouve 
aujourd'hui prive d'une distinction qu'il merite. M. de 
Castelnau a heureusement accompli un voyage dans 
les parties centrales de l'Amerique du Sud, de Rio de 
Janeiro a Lima, et tie Lima au Para, pendant les an- 
nees 1843 a 1847. Dans le rapport fait, il y a deux ans, 
ses droits avaient ete reserves; mais, lors du concours 
suivant , le prix a du etre decerne a un grand voyage 
en Afrique, d'une duree encore plus considerable que 
celui de M. de Castelnau. II ne scrait pas juste que la 
Societe de geographic laissat echapper l'occasion de 
donner une marque d'estime au chef de l'expedition 
a travers les Pampas : c'est pourquoi la Commission 
centrale de la Societe, derogeant pour cette fois a la 
regie etahlie, a decide qu'une medaille hors ligne 
serait decernee a M. Francis de Castelnau. 

Jom&rd, rapporteur. 
ii *\ nl i8Sr . 



( 357 ) 

NOTICE SLR LE KORDOFAN 

(nubie sup£rieure). 

hue's rasse«iblee(;enerale dela Socicte degeographiedu 1 1 avril i85l, 
par M. d'Escayrac de Lauiure. 

Le 17* parallele, qui marque, pour la partie sep- 
tenlrionale de l'Afrique, la limite extreme des pluies 
estiva les, forme la frontiere naturelle du Desert et du 
Soudan. Au nord de cette ligne , et jusqu'a une faible 
distance de la Mediterranee, l'ceil fatigue du voyageur 
n'apercoit que d'immenses plaines de sable des ghoud 
( r'oud ) sans cesse agites par le vent, de vastes plateaux 
ou la roche se montre a decouvert, senile de debris 
scbisteux aux couleurs sombres («nr), Toute vegeta- 
tion semble avoir fui cette terre desolee, pour se refu- 
gier dans quelques vallees profondes, sur les bords 
d'un grand fleuve comme le Nil ou le Niger, ou autour 
de ces sources saumatres qui donnent naissance aux 
oasis. 

Mais a peine, se dirigeant vers le sud, a-t-on passe 
le 17* degre , que l'aspect de la nature n'est deja plus 
le mdme. Quelques arbustes rabougris et epineux in- 
terrompent d'abord la monotonic du tableau; le sol 
se montre bientot couvert d'herbes epaisses, l'borizon 
disparait cacbe de tous cotes par une foret d'acacias et 
de gommiers que coupent 9a et la de vastes clairieres : 
cette foret, c'est le Soudan. C'est au milieu de son 
inextricable reseau d'epines qu'errent la girafe et l'au- 
truche, que l'Arabe vient pattre ses troupeaux, l'es- 
clave chercher la gomme que son inaitre livre an com- 
merce. C'est enfin dans res clairieres, bumides encore 



( 3.YS 

apres les pluies, que lo cultivateur seme le grain dont 
il fait sa nourrilurc habituelle. Le dattier se retrouve 
encore autour de quelques villages du Soudan, cultive 
jusque sous le 13 c degre ; il y donne deux recoltes an- 
nuelles. C'est a Bam que se trouve sa limite, dans le 
Kordofan, el c'est a ce point que commence le baobab 
(Jdansonia digitala), appele par les indigenes 1'nbal- 
dieh. Geant de la \egetation africaine, il est l'arbre par 
excellence du Soudan, corame le dattier eelui de 
l'oasis. 

On donne aujourd'hui le nom de Kordofan a cette 
province dependante du gouvernement general de 
Khartoum, et qui a Lobeid (1) pour capitale; mais ce 
nom est d'un usage recent (2) , et, selon le fakir Lsma/l, 
l'homme le plus eclaire et le plus influent du pays, il 
neremonterait qu'a I'epoque de la conquete fourienne, 
et serait une allusion aux cris aigus pousses par les 
Sennarais pour epouvanter leurs ennemis l l\or-eI~ 
Fanfi) {Far)]. 

Quoiqu'il ensoit, cette contree etait autrefois connue 
sous le nom de Dar-Aouba LoJ .ta (paya des Nouba), 
denomination qui comprenait aussi les gens de Tag- 

geleh, iLsJ , gouvern^s aujourd'hui par le sultan 
Nassr. 

La nation noire des Noubas constitue, en efTet, la 
race des aborigenes du Kordofan. 

Aulour d'elle sont venues se grouper, a une epoque 
posterieure a la revelation musulmane, quelques tribus 

(1) On e'crit dans les divans Jioi, et nun Ohiid. 

(2) Pies de Lobeid se trouve le Djebel-Kordofan, <|ui serait peut- 
etre le thdatie de net eve'nenient. 

(i) I'rononciation yieieuSQ fre'quenie daus le Soudan. 



( 359 ) 

arabes qiu- les traditions locales ivpresontent comme 
arrives dans le pays sous la conduile d' Abou - Zeit ; 
enlin, un nombre considerable d'esclaves noirs pro- 
venanl de toules les contrees situees enlre le Nil Blanc 
et les frontieies meridionales du Waday . les enfants 
nes de parents captifs, les affrancbis ct leurs descen- 
dants, forment le troisieme element de la population 
kordofanaise. J'ajoute , en passant , que beaucoup 
d'etrangers sont venus s'etablir dans le pays, ou ils 
occupent des villages entiers. 

On sait en effet que le Kordofan , apres avoir fait 
longtemps partie du royaume de Senriar, avait ete con- 
quis par les princes fouriens, et etait gouverne, au nom 
du sultban Mobammed-ibn-Fadel, par le magdouui 
Msallem, un de ses eunuques, lorsque l'armee egyp- 
tienne, ayant penetre dans le pays par les deciles du 
Djebel-Haraza, remporta aupres de Barn, sur les Nouba 
et les Fouriens reunis, une victoire dont le resultat fut 
la prise de possession de tout le pays au nom de Mo- 
hammed-Ali. 

Cette triple domination du Sennar, du Dar-Four et 
de 1'Egypte a amene I'elablissement dans les villages 
nouba de beaucoup de Fouriens, de Sennarais et de 
Darwgla, dont la plupart s'adonnent au commerce. 

J'ajouterai que le gouvernement maintient aujour- 
d'hui a Lobeid, a Bara, a hours/, a Abou-Haras, quel- 
ques employes turcs, egyptiens, ou coptes, dont le 
nombre est d'aulant plus laible que la conscription, 
ayant ete etablie dans tout le Soudan, il ne s'y trouve 
plus que des troupes noires, cornposees en general 
d'esclaves, que les Nouba ofl'rent a l'Ftat pour se ra- 
cbeter de la servitude militaire. 



Je lie m'occtiperai dans ce travail que des Nouba*, 
des Arabes et des esclaves : chacune cle ces races con- 
serve assez bien son type primitif. Les alliances mixtes 
sont rares , surlout en ce qui concerne les Arabes, 
remplis de mepris pour le Nouba , qu'ils traitent do 
paysan {fellah), et qui preferent, avec raison , les 
lilies bronzees du Desert aux esclaves de peu de valeur 
que leur fournit la gbazwab [razzia) ou que leur ame- 
nent les caravan es. 

Ces peuples professent la religion niusuhnane et 
suivent, pour les pratiques exterieures , le rite de 
l'imam Malck. Toutefois l'instruction religieuse est en- 
core peu repandue dans le pays ; la plupart des Arabes 
et des iNoubas ne connaissent pas la priere, et le Kor- 
dofan ne possede que deux mosquees. J'ajouterai ce- 
pendant que cbaque village est pourvu d'un fakir, qui 
enseigne la lecture et l'ecriture aux en fan Is, el rem- 
plit les fonetions d'arbilre ou de cadi dans toutes les 
contestations d'une importance secondaire. 

Nouba. — La pbysionomie des Nouba ne manque 
pas d'intelligence el exprime tine grande douceur; 
leurs traits, assez reguliers, presentent beaucoup de 
rapports avec ceux des Fouriens el des Sennarais. A 
la verite, le front commence a sc relrecir et l'occiput 
a s'allonger ; mais les levres et le nez different peu de 
ceux des Nubiens, les cheveux sont frises sans £tre 
crepus, la barbe enfin n'est pas plus clair-semee que 
cbez les Arabes, et on peul considerer les Nouba 
comme l'anneau intermediahe qui ratlacbe la famille 
nubienne aux peuplades abruties du Soudan equa- 
torial. 

Chacune des fractions de ce people, cbacun de ses 



( $M ) 

villages, possede mi dialecte qui lui est propre; mais 
celte diversite de langage, occasionnce par l'etat de 
guerre perpetuel qui accompagne la barbarie , aura 
bienlot fait place a l'usage de la langue arabe, exclu- 
sivement employee par les autorites nouvelles. 

On sait que les Nubiens habitent d'ordinaire des 
cabanes en paille d'une forme carree , dont la loiture 
plate el mince suffil a les garantir des ardeurs du so- 
leil , mais n'offrirait pas un abri tres-sur contre les 
pluies torrentielles du Soudan; aussi ces habitations, 
appelees en arabe rekouba, et qui se retrouvent dans 
tous les villages du Kordofan, ne servent aux Nonbas 
que pendant la saison secbe : ils passent le temps des 
pluies sous des hultes de forme circulaire, auxquelles 
ils donnent le nom de tukkoli. La muraille de ces tuk- 
kolis, construite avec du sable bumecte ou avec les 
materiaux que fournit 1' excavation des puits, s'eleve 
de trois ou quatre pieds seulement au-dessus du sol, 
et supporte un toit conique fort allonge, recouvert d'un 
chaumo gras qui facilite 1'ecoulement des eaux. 

Le costume des Noubas se compose, comme celui 
des Nubiens, de deux pieces de cotonnade ecrue 
[damour), fabriquee le plus souvent a Dongolab, et 
dont I'une est serree autour des reins , tandis que 
l'autre est drapee sur les epaules. Ils ont d'ordinaire 
la tele nue, et peu d'entre eux poss6dent des sandales. 
Ils portent suspendues au coude droit quelques amu- 
lettes renfermees dans de pelits cylindres de cuir, tan- 
dis qu'au coude gauche est attacbe leur couteau. Les 
lilies ont pour lout costume la ceinture a langueites de 
cuir appelee rahad. 

La nourriture de ce pen pie est des plus frugales : 

I, AVRIL. 5. *25 



( 362 ) 

le lait, le fromage, la bouillie appelee melau, le pain 
amer et indigeste fait avec le doklm, tels sont ses ali- 
ments habiluels. Les riches seuls mangent chaque jour 
de la viande, et leur maniere de l'appreter ne peut 
donner qu'une triste idee dc leurs festins. Le mets 
qu'ils estiment le plus est en effet la inarara, qui se 
fait en arrosant de fiel et de piment rouge (chetteta) le 
cceur, le foie, les inlestins crus et encore ehauds dune 
brebis ou d'une chamelle. 

Lorsqu'apres avoir reduit le dokbn en farine, en le 
broyant entre deux pierres, on a soin de l'humecter 
et de le secher au soleil plusieurs lois de suite, il perd 
sa coloration jaune et son amertume; on l'einploie 
alors a faire la sida, sorte de pate blanche peu eonsis- 
tanle que Ton sert au milieu dun bouillon de viande 
et de bamieh (gombo). La sicla fourienne est assez 
agreable , et doit a sa blancheur d'etre appelee sida- 
djir, j^- ( chaux , pi atre ) . 

On prepare la merissa en faisant bouillir pendant 
une nuit, et laissant fermenter ensuile, des grains de 
dokhn, qu'on avait abamlonnes a un commencement 
de germination sur les fcuilles de l'ocbeur {Asdepias 
gigantea). On en connait plusieurs suites : les princi- 
pals sont le bulbul [omrn-el-bulbul) (1), qui conlienl 
beaucoup d'alcool ; le gceurres et le baganich, qui 
n'ont subi qu'un commencement de fermentation, et 
dont les fakirs el les musulmans scrupuleux font 
usage. Toules ces boissons sont soporifiques, anli- 
aphrodisiaques, et tres-nourrissanles. 

On sail que la bousa du Caire se fail avec de lorge, 
et celle de ISub'n' avec du dourah. 

i l.illi'ralci.H'iil /.( ttinr du roSiijnoi, i-'e-,!-ii-ilirr • tfui dispoie a 
chanter 



( m 

LesNoubass adunnent principalement a ia recbercbe 
de la gomme el a la culture du dokhn. Red nits, cum me 
les Arabes, au plus all'reux denument par la rapacite 
de leurs nouveaux m ait res, mal nuurris, exposes fre- 
quemment au plus temble de tous les fleaux, la soil'; 
n'ayant pour se cuuvrir qu'une etoffe mince qui ne les 
protege ni tie la fraicbeur des nuits d'biver ni de Par* 
deur d'un soleil brulant, ils sont exposes a toutes les 
maladies qu'engendrent la inisere el l'epuisement ; 
leur constitution alteree ne reagit plus contre l'in- 
fluence morbide, et ils y succombent rapidement sans 
lutte, sans crise. 

Arabes. — Les Arabes du Soudan se distinguent 
eux-memes par la qualification & Arab Abon-Zelt. 

D'apres la tradition universellement admise dans les 
pays que j'ai parcourus, a une epoque j)osterieure a 
l'islamisine, et tandis peul-etre qu'Amr lbn-As s'em- 
parait d'Alexandrie, une ou plusieurs tribus quitterent 
l'Yemen sous la conduite d'Abou-Zelt ( le beros de 
cette his to ire merveilleuse, qui i'ait, avec celle d'Antar, 
les delices des Orieulaux); ayant traverse la mer 
Rouge en un point inconnu, probahlement au Bab el- 
Mandeb, et suivi une route dont la trace semble etre 
perdue, ils arriverent sur les bords du fleuve Blanc; 
les eaux de ce fleuve etaient basses, ils le passerent a 
un gue qui porte encore le nom de gue d'Jbou-Zett 
(Maadiat-Abou-Zett). C'est de la qu'ils se repandirent 
dans tout le Soudan. Les Arabes du Bornou, du Waday, 
du Dar-Four, les Oulad-Racbid, et les Salamat (1), par 
exemple, n'ont pas d'autre origine. 

Enfin, ceux d'entre les compagnons d'Abou-Zelt qui 

(l) Jc <loi.s ciler ici deux {jrandes tribus elablies ilans le Waday, et 
Uont un ua'a parle '•> Lobeul : ce soul les Heicynt it les UenUElbm, 



S0A 

sV Lablirent dans le Kordofan, onl forme les tribus sui- 
\antes : 

Les Kubabich (singulier Rubbacui) (1), litteralement 
les pasteurs de moutons. Cost la tribu la plus iinpor- 
tante du Kordofan ; elle comprend plus de vingt 
ferkah (2), dont la plus considerable, el Nourab, a pour 
cbeikli actuel Fadharalla-Ouad iOulad) Salem, qui 
commaade a toute la tribu. 

Les Kubabich occupent tout le pays situe entre Don- 
golah et Lobeid ; ils condiment les caravanes et loucnt 
leurs cbameaux aux Gellabs , pour le transport de 
I'ivoire, du tamarin, et surtout de la gomme. 

Ils paissent des cbameaux, des moutons ordinaires 
et des medjigri, ou moutons a poil du Fezzan, et deux 
especes de chevres. 

Les Hassani£. Ils sont tres-pauvres ; on fail circuler 
sur lour compte, dans le Kordofan, une fable ridicule 
d'apres laquelle leurs femmes auraient un jour sur 
quatre a donner a leurs amanis ou aux voyageurs : 
c'est ce qu'on appelle le roub\ p—Jj (quart). 

Les B£ni-Djerar (3), tribu puissante dont la plus 
grande partie babile le Dar-Four. Ils sont guerriers et 

(') NB, _i,LlT> v 'ent done de ,iLS, pluriel de , £*S (mouton*. 
La tonne de son pluriel, ji~-jLo, est d'un frequent usage dans le 
Soudan, oil Ton dit generalement ,*01.Xa., au lieu de ,^|j.a»« 
pluriel de Jj^.- 

(a)Ce sont les Nourab-a-Tor-el-Khadra, les Ghalayfln, les Ataouia, 
les Kebevehab, les Barara, les Gheiat, les Amer, les Oul.ul-Oqba, les 
Oulad-Matto, les Suradj ab, les Chenabla, les Fazala, les Raouali, les 
Sawalma, les Ghazaia, les Hedousa, les Refaia, les Debaina, les Oulad- 
Abroafet lei Aourab, dont qaelques-uns sont euliivateurs 

(3) Ferkahs. Les Ijelli, cheikh Nibawi, qui commande a toute la 
irib". Ouad Khalifa li. Husxein. [lamed, Knurina. Oulad-Gaiout. Hahib. 



( 305 ) 

pillards; on u sans cease a redouter leurs incursions 
sur les terres des Kubabich, avec lesquels ils sont en 
guerre. 

Les Hababin (1), allies des Beni-Djerar, ct non tnoins 
redoutables qu'eux. 

Les Djewama. 

Les Medjanin, les Oulah-Bahar, les Bidja, sur la 
frontiere du Dar-Four. 

Les Baggara (de ,h , bceuf), litteralement les bou- 
viers. Ils sont tres-nombreux , ont peu de cbameaux, 
et emploient des bceufs pour tous leurs transports; ils 
s'en servent egalcment comme de monlures, et les 
conduisent au moyen d'un anneau en fer passe dans 
le nez et auquel s'atlache la bride. Ils n'occupaient 
autrefois que les rives du fleuvo Blanc; mais la pre- 
sence d'un taon appele yati, dont les piqures etaient 
mortelles pour leurs bestiaux, les ont obliges a des 
migrations periodiques ou a de nouveaux etablisse- 
ments. 

Tous ces Arabes sont de la couleur des gens de 
Dongolab et de Berber. A peine cuivres au moment 
de leur naissance, leur exposition presque continuelle 
au soleil donne graduellement a leur peau toules les 
teintes comprises entre 1'acajou et l'ebene. Leurs traits 
sont fins et leur d-marche noble. Les cheikbs, qui font 
un grand usage de la merissa, ont presque tous un 
embonpoint qui les distinguerait au besoin du vul- 
gaire. La barbe de ces homines est rude et clair-semee; 

Oinara, Moussa-el-Djenana, Ahmed-Ouiarl- Mansour, Moussa-Ibu- 
ijelli. 

(i) Gheikfa-el -Kebir, Toumsa- ei-Dumbadda, L« plus cdlebir 

agUld on illpf (|r K;||ir|». Dj< "l u n,i t-f I-1>.| ml',liM,l, 1 |ip u ti<nt a rettf 

tribu, 



Mb ) 
Iturs cheveux, qu'rls lament croltre, sont taunts en 
tresses, dont lo n ombre et la disposition valient d'une 
tri!)u a l'autre. C'est ainsi que les Beni-Djerar en por- 
tent qnatre, lanflis que les Kuhabich en onl de cinq a 
sept, et que les Bagp;ara en ont un grand nombre de 
fort minces. Cot us;ige est du reste commun a la plu- 
part des peivples barbares; les Malgaches, et particu- 
lierement les Sakalaves fl), tressent leurs cheveux par 
pctites ineches, de la me me facon que les Baggara. Les 
Bychaka, du Taka et de Souakin , qui ne les tressent 
pas, en torment trois touffes enormes, dont Tune do- 
mine la tele, tandis que les deux autres bordent le vi- 
sage. On sait enfin que les A Tabes de la peninsule et 
ccux de Syrie ont rarement la tele rasee et portent 
une longue et epaisse cbevelure roulee sous le turban 
ou la koufleh. 

Ce quej'ai dit du veteinent ft de l'alimentalion des 
Nouba s'applique egalement l>ien aux pasleurs arabes 
du Kordofan, qui ont adopte a cet egard tons les usages 
du pays. 

Leurs tentes brunes, tissues avec la laine de leurs 
cbameaux, alTectent une forme allongee. On \ penetre 
en soulcvant une portiere composee de lanieres de 
cuir et placee a une des extremiles. Ces tentes ont sou- 
vent dans leur voisinage une vekouba de paille ou de 
cuir, qui r&pond an gourbi de nos Algeriens, et une 
<Miceinte epineuse qui sect de pare pour le menu be- 
lail. Le nom de douar conviendrail mal a ces campe- 
ments, qui n'ont jamais one forme circulaire, et se 
composent presque toujours do rues pa i alleles. 

Ces Arabes ont pen dindustrie, et ne fabriquent que 
I, Sitka Lava en inalgaihe, IrUeralemenl cheveux longs rfu Sttu 
Ion/jut 



{ 367 ) 

des objets communs destines a leur usage personnel. 
Leur principale occupation est, apres le soin des trou- 
peaux, la chasse de l'autruche male, de la girafe, des 
antilopes; ils s'emparent de lous ces animaux en les 
forcant a la course, ce que Ton comprendra sans peine 
en se rappelant que le cheval, s'il n'estpas le plus vite 
des quadrupedes, est du moins celui qui peut fournir 
le plus longlemps une grande vitesse. Quant a la chasse 
de 1'elephant . elle ne se fait que sous une latitude un 
peu plus basse et sbr les rives du fleuve Blanc. 

On sait les guerres interminables dont la question 
tie sang verse est l'occasion ou le pretexte parmi les 
Arabes. Les querelles de cette nature deviennent au- 
jourd'hui plus rares dans le Kordofan, grace a 1'energie 
aveclaquelle le gouverneinent egyptien se hate toujours 
do les comprimer; mais il arrive sonvent encore que 
des bnndes (gown, >£ ) se forin.nt au sein de diverses 
tribus pour alter porter au loin la devastation et le 
pillag<\ reduire en esclavage quelques peupladesnoires 
ou arreter uno caravane chargee des marchandises 
du Rif. 

L'arme des guerriers du Soudan est la lance 
(har-bek, toys*), qu'on appelle miizrag, (Jfyj^j. dans 
le Sahara, lis y ajoutent une epee droite, large et 
longue, a poignee en croix, el dont le pommeau est 
bouvent orne d'uue boule de metal [abou-thouni) (1). 
I.eur anno defensive est un boudier ovale, de h pieds 
environ de longueur, fait en peau d'anlilope. Quelques 
chefs ont des cottcs de maillos, qui leur viennenl, je 
crois, de Syrie. 

M ,J, ,iil: ;il>on-tiimuu . (i trie 'fail ( lill'-l alelue Hi le ficic tie 

Inl). 



308 

Le son dune sorte tie tambour [nogara] annonce en 
temps de paix unc communication du chcikli on un 
deplacement. En temps de guerre, il fait connaitre 
l'approche de l'ennemi et appelle la tribu aux armes. 

Tels sont les Arabes du Soudan, enfanls d'Abou- 
Zett. Leurs moeurs sont aujourd'bui ce qu'elles elaient 
sous les tentes des patriarcbes. La profession de foi 
d'Abrabam est toute leur tbeologie, et l'islamisme lui- 
meme n'a jamais eu sur eux assez d'empire pour 
obliger leurs femmes a se voiler, faire tomber sous le 
rasoir cette cbevelure graisseuse dont ils sont liers, et 
regulariser parmi eux, en restreignant le divorce, le 
mariage, qui est encore la, comme avant le propbete, 
un rapprocbement facultatif {nikiat-cl-niuthaha). 

L'Arabe d'Algerie, drape dans son burnous, arme 
d'un fusil a pierre, n'est plus l'Arabe des anciens 
jours; il en est de meme de celui de Syrie, de celui de 
I'liedjaz, qui vend au pelerin la securite sur les routes 
<H l'eau aux stations du desert. 

Ce n'est plus qu'au milieu des enfants d'Abou-Zett 
qu'on peut comprendre la Genese, lire avec fruit le 
Coran, les romans nalionaux, ou l'bistoire des Arabes 
d 'autrefois. 

Dans celte forme primitive de toutes les societes, l'in- 
dividu joue un grand role; fier de son independance , 
retrancbe dans sa force, il ne regarde l'autorit6 que 
comme un resullat de l'obeissance, ct n'admet jamais 
que l'obeissance puisse avoir sa source dans l'autorite. 
Entraine par une imagination vive et entbousiaste , 
s'abandonnant sans fivin a la violence de ses passions, 
il sc montre intrepide au combat; ardent au pillage, 
piein de mepris jiour la inort, impassible a toutes les 
souffranceh; ni la soil, ni la fatigue, ni les blessur*^ 



f 36i» ) 

prufondes de la lance, ne peuvent lui arracher une 
plainte; et tandis que dans les divans d'bgypte ou de 
Nubie on voit les Fellahs condamnes a la bastonnade 
se trainer en pleurant aux genoux des autoriles tur- 
ques, on a vu plus d'une fois l'Arabe du Soudan, le 
Nouba meme et l'esclave, subir l'effroyabie supplice 
du pal sans accorder a des bourreaux alteres de ven- 
geance le triomphe d'un cri ou d'un gemissement, 
l'aumone meme d'une larme. 

Esclaves. — La traile amene cbaque annee sur les 
marches du Kordofan un millier d'enfanls ou de fem- 
mes dont la plus grande partie est dirigee sur le Caire. 
Ces inforlunes proviennent de ghazwalis, tj\£ {razzias) 
faites par des chefs noirs sur des peuplades idolatres, 
ou par des Arabes sur les gens de Taggeleh et meme du 
Dar-Four. 

On sait que la loi religieuse ne permet pas de re- 
duire les musulmans en esclavage; mais il est avec le 
ciel des accommodements. La plupart des musulmans 
noirs ne connaissent de leur religion que la profession 
de foi; beaucoup ne sontpas encore circoncis; on pent 
done, avec un peu de bonne volonte, les considerer 
comme idolatres, et regarder leur conversion comme 
posterieure a la perte de leur liberte. Or e'est precise- 
ment la ce que font les pourvoyeurs de la traite, et il 
n'y a pas longtemps encore que le gouvernement de 
Mohammed-Ali permeltail aux Baggara de faire sur le 
Dar-Four le nombre d'esclaves necessaire a l'acquit- 
tement de leurs impots. 

Les esclaves de cette categorie differant peu des 
iNouba, je n'ai pas a m'en occuper; je me bornerai a 
donner quelques renseignements sur les noirs auienes 
de contrees reejlement idolatres. (iher, ces dernicrs . 



( 37<> 

lc crane est retreci el allonge, la chetelure laineuse, 
la barbe rare, les pommdttes marquees-; le rien corn- 
prime, les narines largos, l'oreille \olumineuse , les 
levres epaisses ot pendantesj leurs bras soul allonges, 
fears membres inferieurs greles, leurs pieds longs et 
aplatis. 

J'ajouterai que, commo ccla a lieu pour toutes les 
peii|)lades sauvages , une marque, un lalouage parti- 
colier. est le signe de ralliemonl auquel se reconnalt 
cbaque peuplauc, cbaque tillage. C'est ainsi que l'ab- 
scnce de deux incisives a la macboire inferieure fait 
reconnaitre le Gi.nt.aoui du Djebei.-Aouuch, tandis que 
le Febtit, plus ingenieux, inonlre loules ses dents li- 
mees en pointe, et qui imitent la macboire du requin. 
Le Df.nka, cnfin, porle un signe grave stir son front a 
l'aide d'un for rougi an feu. Ce genre tie tatouage est 
le plus commuii en AfriqUe : il suffit de citer les tribus 
cafres des Imumkams et des Macouas, si connues dans 
notre colonic de Bourbon. 

Ces peupiades ne connaissent aueuu vetemenl; niais 
la graisse et le beurre, dont ils out soiu de se trotter 
tout le corps, le garantissent suflisamment de la pi- 
qo.ro des insoctes et des variations trop brusques de 
la temperature. Je reinarque. en passant, que la plu- 
part des mal .dies qui frappent les nouveaux esclavcs 
n'ont pas d'aulre cause que la suppression complete 
de cette onctinn liyglefiique, qu'on pourrait appcler 
avt-c justesse le velouient de la nudite. 

Le Taggeleh, ainsi que Unite la region situee au sud 
du Kordofan, ft partir do 1.1° parallele, presente l'as- 
pert d'un vaste plateau du milieu duqucl surgissent ca 
et la des collines (rum' mediocre elevation, a pentcs 
ftbruptes, codvertes quelquefois d'&rbus'tes epineux, 



( 371 ) 

ma is denudes le plus souvonl do toule vegetation. Cha- 
cune de ces collines constitue une commune, un dis- 
trict, quolquefois un royaume separe. L'importance 
d'un Elat so mesure au nombre de ses montagnes. On 
dit, par exemple, en parlant du Taggeleb, et pour en 
donner une baute idee, qu'il n'en compte pas moins 
de tpiatre-vingt-dix-neuf. 

En effet, ces malheureuses peuplades, sans cesse 
divisees par la guerre, sans cesse menacees du pillage 
par les Arabes ou les Kgypliens , ont profite des rem- 
parls que lour offrait la nature, et groupe leurs mise- 
rables chaumieres sur des sommets Sieves, des rocs 
inaccessibles d'ou la vue pouvait interroger au loin le 
Desert, et dont l'escarpement presontait un obstacle 
serieux aux enlreprises de leurs ennemis. Un souter- 
rain creuse dans le roc recoit leurs provisions, et leur 
sert au-besoin de dernier refuge. Ingenieux dans le 
crime, lis soldats de Mobammed- Ali avaient trouve 
le moyen de les en faire sorlir en jetant a l'enlree de 
ces cavernes quelques poiguees de piment rouge sur 
lesquelles ils tiraient un coup de fusil. Les malbeureux 
noirs, sufifoques par cette poussiere hrulanle, venaient 
se jeter d'eux-memos entre les mains de leurs perse- 
cuteurs. 

Quelquetois une source qui s'ecbappe des flancs de 
la montagne, des citernes faclices ou des baobabs 
contenant une abondante provision d'eau, permettent 
aux villages de supporter un blocus , de resister a un 
siege; mais le plus sou vent les puits se trouvent dans la 
vallee, ct c'est la <pie les Arabes, les Bapgara surtoul, 
viennenl IVeijueininenl se mettre en embuscade et en- 
lever les enlantstjui, au leverdusoleil, arrivent en grand 
nombre pour puiser I'eau necessaire a leurs lamilies. 



( 372 ) 

Les plaincs, souvenl (res-eteiidues, qui sepaient 
loules ces monlagnes, recoivent apres les pluies la 
seinence du cloklin. Des 1'approche de la recolte, les 
cuhivateurs ahandonnent leurs tukkolis, et viennent 
s'etablir au milieu de leurs champs; ils ne couchent 
plus alors que sur des arbres Aleves, d'ou ils peu- 
vent proleger au besoin leur propriete, sans avoir a 
craindre pour eux-memes les attaques des animaux 
feroces. 

Je n'ai pas a m'occuper ici de l'esclavage en lui- 
meiiK'. Je ne suivrai done ce peuple infortune, ni pen- 
dant les fatigues inouies du voyage a travers ce desert 
jonche de ses cadavres, ni clans les bazars du Caire, ni 
dans les demeures de ses maitres. Je dirai cependant 
que si l'esclavage des musulmans est une adoption 
pleine de bienveillance , la manure dont la Iraite se 
procure des noirs n'en est pas moins infame, qu'elle 
demoralise les populations par le spectacle honteux de 
la chasse aux homines, du vol des enfanls, des haras 
d'esclaves, on , ce qui est plus odicux encore, de l'in- 
dustrie de ces moines copies qui approvisionnent 
d'eunuques ces harems acceptes par les princes de la 
maison d'Othman comme tin heritage des empereurs 
grecs. 

La philosophic moderne a proscrit la traite des 
noirs, el cherclie a en purifier l'Ocean. L'Kgypte ne 
restera pas en arriere de l'Europe. Ce n'est pas a 
1 'ombre, mais au mepris de la loi musulmane, a cha- 
que instant violee, que ce trafic se poursuit dans le 
Soudan. En vain les hypocrites repetent que les liens 
de la captivite sonl prelerablcs a ceux de l'idolatrie, la 
\oix de I'liunianite elouffera les cris de I 'avarice el du 
tanatisme. 



Les ghazziahs gigantesques ordonnees autrefois par 
Mohammed-Ali n'ont plus lieu rnaintenant. Ce prince 
a meme, dans les dernieres annees de son administra- 
tion, frappe la marchandise humaine de droits eleves 
qui en ont reduit de beaucoup la demande. 

L'extension que prend enfin dans le Kordofan la 
recherche de la gomine absorbe de plus en plus les 
capitaux qui alimentaient la traite. Le Soudan ne vend 
au rif des esclaves que parce qu'il ignore ses veritables 
richesses. C'est a nous qu'il appaiiient de les lui faire 
connaitre etd'en feconder tous lesgermes. Le develop* 
pement du commerce africain fera disparaitre a jamais 
la traite, comme il effacera cette barbarie native qui 
n'a resiste nulle part au contact traternel des peuples, 
a l'echange pacifique de leurs idees, a ce choc elec- 
trique d'ou jaillissent la civilisation et le progres. 

D'EsCAYRAC UK LaUTURE. 
Paris, avril 1 85 1 . 

Nota. J'avais prie M. le colonel Carbuccia, ex-commandant supe- 

rieur de la subdivision de Batlina, de vouloir bien rediger et ine 

remettre, pendant son sejour a Paris, une notice ecrite relative a 

I'importante communication verbale faite par lui sur ses travaux et ses 

decouvertes dans cette partie de 1'Algerie, dans la seance annuelle de 

la Societe de geographie du 1 1 avril i85i. J'avais e'galement reclame 

de la bieuveillance de M. Carbuccia une reduction de la grande carte 

manuscrite qu'il avail placee sous les yeux de rassemble'e. Aucun de 

ces documents, que je desirais faire paraitre dans le Bulletin, ne 

m'etant parvenu, j J ai du, a mon grand regret, me borner a inserer, 

dans le proces-verbal de l'assemble'e annuelle, une analyse succincte 

de la communication de M. le colonel Carbuccia, que je dois a la 

bieuveillance de M. Jomard , et a laquelle j'ai joint seulement quel- 

ques lignes, pour indiquer I'effet produit par Tcxpose de cet ofticiei 

superiem . 

Of i.i It. 



CQMPTE RENDU DES ill (.1 l| l-.s Kl Dl-.s DEPENSES 

Pendant 



RECETTES. 



o s 

a: -r 



DESIGNATION 

des 

CHAPITKES. 



E a 



NATURE DES RECETTES. 



j Produils ordipair. \ 
j des receptions. . j 

\ Produils extraurd 



i 5 Cotisi 



II. 



j ik-s receptions. 



... i Piotluilsdespubli- i 
( cations j 

,. ( Solde du com pi.; I 
y - [ de!849 j 



'' Annce couranle. 

! Ann.es prtfci i. ■ . 

\ — anticipees 

Oiplomes 

Cotisalioiis ( Prince Galitzin 

uue fois j D'Areiac . . 

payee . . ' Frapolli. . . . 

v . I (iii Hull. tin ..... 
\enle I , ., 

I des Nemoires . . . 

Aim i age de rent, sui IT i..t. 

Allocation deM. le ministre 

ilu conimei ce 

Allocation de M le ministre 

de ['instruction publique . 

Etecettet 1 in j • ■ • ^ uei 

Heliipial pii caisse le 51 de"- 

cemure 1849 



I 



r» -J7(i , 

57t> *> 

36 >. 

47.'i » 

S00 «' 

3oo .. 
■"On t 
73 

214 

630 50 

2 000 



888 



575 



55 I 



938 58 



L 



[ 500 
I 310 
\ 29 50 i 



40 J 



5 4 JO no 



39 50 



Total. 



9 872 04 



" Le prince Gulilzin avail de'js'i paye en 1849 cinq rents t'rancv. 



Total des de'penses de l'annee I 85o 9 1 5f) fr. . r >2 1 . 

SoJde formant le reslant en caisse au 3l de- 

cembre i85o 712 5a 

Total des recetles de Tannee i85o 9872 04 

Sommeegale y 872 fr. i>4 p. 



CERTIFY CCHNFORME AUX fcCRITUREii. 

Paris, la 1" fevrier 1851. 

Le tre'sorier de la Societe" de gdographie, 
MaI&NKN. 



( 37o ) 

DE LA SOCIF.TK 1)1. OROUHAI'HIK 
l'aniu l e i8.5o. 



D E P E N S 15 S. 



o- 

B - 



DESIGNATION 

des 

CHAPITHES. 



I. . Personnel. 



■a 2 


f.M 



,,.f. 



Fraisdelogement. 
"!• I Frnis de bureau. . 



5 
6 
7 
8 
9 
10 
II 
1-2 
13 



IV. < Materiel ( 14 



, Publicat. du Bul- 
• I letin el des Me- 



VI. j Placement de ca- 
pilaux. 



VII. J De'penses general. J 



15 
16 
17 

18 
19 
20 
21 
2-2 
23 
24 
2b 
26 

27 

28 

•2' I 



NATURE DES DEPF.NSES. 



Trailement .... 
Agent. I Droits de recette. . 

Travaux exlraord. 
Lover du local de la Sbciete. 

Contributions 

Cha'uffaee 

Eclairage 

Service des saltes 

Depenses diverses 

Ports de lettres et affranch. 
Impression Je circul., etc. 
Entretien du moTnlier. . . 

S* Port de livres el 
de journaux . . 
Af'lianchiss. de 
livres, etc. . . 
/ Acbatde liv.,elc. 
\ Frais de reliure. 
/ Arriere (nov. el 
I dec. 1849 ). . . 

Bulletin. I L mp , re 1 s V ap ;,,* 

i Pol I et afhuiich. 
f Grav. d«: cartes. 
\Tira»e, do. . . . 

iA.rrie't e 
Impress, pap 
Purl el aliranrh. 
Grav. de carles. 
Til-age, do, . . . 

Achat de rentes sur l'Elal. 

Prix annuel 

Depenses impreVues. . . . 



38 30 



165 25 

441 75 

2 704 65 
173 45 
243 62 
203 15 



I 560 



1 526 35 



151 50 



227 55 



3 766 62 



1 105 85 
821 65 



j 1 105 83 
821 65 



Total. 




(1) Les de'pcuses pour rimpressiou du Bulletin penduut le roois de dvcerabr« 
u'out poinl ele payees; elles seront porte'es sur l'exercice 1851. 



RAPPORT 

SDR LA 

VERIFICATION DU COMPTE DES RECETTES ET DES DEPENSES 

DE LA SOCIETE DE GEOGRAPillE, 
PENDANT LANNEE 1850, 

PRESENTE PAR M. DE BRIMONT, 
Prcsi'lenl dp hi section uY comptabilile, 

Messieurs, 

Vous avez charge voire section tie comptabilite 
d'examiner les comptes de recettes el de depenses 
afferentes a l'exercice de J 850 ; c'esl le resullal de cet 
examen que j'ai 1'honneur de vous soumettre en son 
nora. 

RECETTE. 

La recelte presuraee pour 1850 etait de 8 961 fr. 50 c. 
Elles'esteleveea 9 872 Oh 



La difference en plus est de 910 fr. 5Zi c. 

Cetle difference provient de plusieurs articles que 
nous allons examiner successivement. 

^ I. Produits ordinaires des receptions. 

Art. 1, 2, 3. Cotisatious. — La rentree des cotisa- 
tions offre chaque annee de nomhreuscs diflicultes. La 
somine de 3 960 IV., prevue an budget de 1850, n'a pas 
ete atteinte, et la difference en moins est de 72 fr. 

La somme rentree. qui est 3 888 fr., ne represente 
pas exact ement le nombrc des membres inscrits sur 



( 377 j 

les registreg de la Soci^le de geographic. Beaucoup v 
iigurent, et cela depuis un assez grand nombre d'an- 
nees, sans avoir jamais acquitle letir colisalion an- 
nuelle. 

II faut esperer que M. Je tresorier parviendra cetle 
annee a faire rentier 1'arriere, el aregulariser ainsi la 
position des membres dont les noms figurcnt en vain 
sur les regislres de la Societe de geographic C'est alors 
settlement que le president de la section de compta- 
bilite pourra fournir l'elat reel des membres eompo- 
sanl la Sociele. 

§ II. Produits ordinaires des receptions. 

Arl. /i. Dipjoines. — Le nombre des admissions pre- 
sumeos etail evalue au budget a 8, soil 200 t'r. ; mais 
le nombre ayant ete plus considerable (J 9 membres), 

la recelle s'est evaluee a /|75 fr. 

Difference en plus de 275 fr. 

Art. 5. Cotisalions unejois payees, - La recelle pour 
les cotisalions une fois payees a ete de 1 100 fr. Cetle 
somme a ete placee en rentes 5 pour J 00 sur 1'fitat. 

§111. Produits des publications, 

Arl. 6 et 7. — La vente du Bulletin s'esl elevee en 

1850 a. 724 fr. 55 c. 

L'evaluation elait de 450 » 



Difference en plus 275 fr. 55 c. 

Celle des memoires, evaluee a 100 » 

A ete en 1850 de 214 » 



Dillercnce en plus ll/jfr. » 

i. Avuir. 0. 2d 



, §78 

La Sociele a le droit d'espeVer, d'apres la nmivelle 
direction donnee au bulletin, que ce produit ne fera 
qu'augmenler annuellcmenl. 

L'avnnlage pecuniaire qui en rcsullerait pourrait 
elre consacre a la fondation de medailles destinees a 
encourager le zele des voyageurs. 

§ IV. Recettes dh'erses. 

Art. S. Arremges de rentes sur I'Etat. — La somme 
prevue etait de (52*2 IV. II y a une augmentation de 8 fr. 
60 c, provenant du placement des colisalions a vie 
dunl il a etc parle plus liaut. 

Art. 10, 11, 12. — Les reccltes exlraordinaires rela- 
tives au Bulletin ont ete de 2S10 fr. /j9 c. 

Dans ce lolal figure une allocation de 2 000 fr. , 
accordee par M. le miuislrc du commerce, et une de 
500 fr. , due a M. le minislre de l'inslruclion publiquc. 
Ces deux hauls fonetionnaircs, comprenant l'ulilile de 
nos iravaux, onl voulu les encourager; nous les prions 
i!e vouluir agreer i'expression de noire reconnais- 
sance. 

En definitive, la recette totale effective est 

de 9 872IY. 04 c 

La recclte presumee etait de 8 901 50 

La difference en plus est de 910 fr. 54 c. 

DEPENSK. 

§ I. Personnel. 

Art. 1, 2, 3, — Les trois premiers articles ( | ( . la de- 



I 379 j 
pense sont ltlatil's an personnel et aux travaiix auxi - 
liaires. lis ne pouvaient, par consequent, subir aucuno 
variation. 

$ n. 

il en est rle meme des n 0i 4, 5 et 8, concernant le 
loyer, les contributions et le service des salles. 

Art. 6 el 7. — L'article du chauflage et de I'eclairage 
presenle une augmentation de depense de 5 IV. 80 c. 

S HI. 

11 y a eu, sur les depenses diverses, une diminution 

de 34 fr. 05 c. 

Et sur les ports de lettres, une autre de . 2 45 

Quant a l'arl. 11, concernant I'impres- 
sion des avis, circulates, elc, il offre une 
augmentation de 38 » 

g IV. Materiel. 

Dans ce paragraphs se trouvent compris l'entrelien 
du mobilier, qui n'a occasionne qu'une depense de 
24 fr. ; puis le port des ouvrages envoy es a la Societe 
de geographic, et les reliures de livres el de cartfs. 
L'ensemble de ces dernieres depenses presenle una 
augmentation de 47 fr. 55 c. sur les 180 fr. qui avaienl 
ete alloues par le budget. 

§ V. Publications diverses, 

Une somme de 2 800 fr. avait ete accorded pour ia 
publication du Bulletin de la Societe de geogi aj.hie. 



( 380 j 

Elle a ete presque cntierement employee. A cette occa- 
sion, je dois dire qn'il est facbeux que les ressources 
dc la Societe ne lui aient point permis de consacrer a 
cet objel one plus forte sonnnc, car le Bulletin est l'ame 
de la Societe. II importe (Je reserver a l'avenir, pour 
cette publication, la plus large part de nos recettes; 
i est le moyen le plus surdenous atlirer de nouveaus 
mcmbres et d' assurer d'une manierc durable les bases 
de 1' existence et de la prosperite croissant? de la So- 
ciete. 

,^ \ 1. Placement des capitaiu . 

Art. 27. — La depense de 1 105 IV. 85 c, portee a 
I'article 27, represenle le placement des ti'ois cotisa- 
tions a vie, dontj'ai parle a I'article 5 de la recette. 

Art. 28. — Cet article n'a qu'un seul objet, celui de 
I'aire face aux frais d'une medaille donnee comme prix 
annuel a celui qui aura fail la decouverte la plus im- 
portant en geograpbio. 

Une sommc de 1000 francs avait 6te" votee par la 
Commission centrale pour l'exercice 1850; le cout de 
cette medaille a ete de 821 fr. 65 c. 

En resultat, la depense effectuee a ete 

de 9 150 fr. 52 c. 

La defense presumee elait de 8961 50 

Excedant 198 fr. 02 c. 

Balance : 

La recette totale pour 1850 a ete de. . 9 872 fr. 04 c. 
La depense — de. . 9159 52 

11 reste en caisse a reporter an budget 

de 1851 712 fr. 52 c. 



( 381 

Tels sont, messieurs, les resultats auxquels nous 
sommes arrives. 

Comme nousavonseu 1'honneurde vous le dire dans 
le cours de ce compte rendu, nous ne pourrons que 
l'annde prochaine vous faire connaitre d'une maniere 
exacte le nombre des membres faisant reellement 
partie de la Societe de geograpbie, c'est-a-dire de ceux 
sur la cotisation desquels on peul compter exactement. 
Nous parlerons aussi, dans le procliain rapport, de la 
comptabilite en matiere qui laisse beaucoup a desirer. 
Aceteflet, un compte detaille du Bulletin, des rne- 
moires, cartes, etc., existant en magasin, sera elabli 
et mis sous les yeux de la Commission centrale, et, 
comme consequence de ce travail important, il sera 
propose a la sanction de cette Commission un projet 
concernant la bibliolbeque et l'archiviste , projet du 
reste qui rentrera dans les exigences du reglemenl de 
la Societe. 

J'espere que, grace aux efforts des bonorables mem- 
bres qui font partie de la Commission centrale et de 
l'babile secretaire general, sous la direction duquel se 
trouve place" le Bulletin de la Societe, un nombre plus 
considerable d'amaleurs de sciences geograpbiques 
seront jaloux de cooperer a des travaux aussi interes- 
sants que les notres, et viendront prendre place dans 
le sein de la Societe. 

Esperons aussi que legouvernement,apprecianttout 
l'avantage qui doit resulter, soit pour le commerce, 
soil pour les decouverles en general, du dcvcloppemcnt 
des sciences geograpbiques, nous viendra en aide par 
des encouragements pecuniaires, C'est alors que la So- 



m ! 

(Motii CiintuiiiciM u nuuciu'i dans lu voie do prospenle 
nu pile riait ii s a quelques annoes. 

Qup : la devise dc la Sociele de geographic soil, ninsi 
que celie do la Societe geologique , tiavail et pi ogres, 
pi die ne ppurra que prosperer. 

Pans, l« i" mars i 85 1. 

Le president de In section de comptabilite, 

hD. DK RmMO.NT. 



BUDGET 

/)<? flecettes a faire par la Societe de ge'of/iaphie 
pendant Vannee I 85 I. 



DESIGNA'IION i 
dea ch.'jtjlt fs 

RECEI"IE. 


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NATURE I>ES RECETTES. 


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4 000 • 




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\ uuticipeefi. . 










$ ll. ' ™ i 
c\lr del 

1 PC'"pl ions. 


i 


|ii|»lomc- 

Culisat. nne ft.is pttje'es. 


200 » 


47.S . 


400 > 




.'i 


1 100 • 


i too » 


50(1 . 




S II'. W.P.Iu.ti 

iles 
publications. 


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§ VI. Plarc- 


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§ VII. De- 
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\'n el 11 r ■ etr [>ar la section de eomplabilit^. 

i'.nif. Ic I" mm s 1851. 

/..- president de {a section. 
Ho. de Bniuog 1 . 



( 38'. 

il£inoires, 
Notices. Documents orlgfnaiix, et©. 



GENEALOGIE DL TAMINGONG DE MLAR 

(SUA SILA DATOH TAMVNGONG MI'Ar) (1). 



Ce qui suit est la genealogie du peuple qui s'etablit 
d'abord dans le pays de Muar (2). Auparavant, ce 
pays etait occupe par les Jakuns et les Benuas. Les 
productions etaient, a cette epoque, rivoire, le ghar- 
roo, le rotan battu, le rotan sagah, le dammar battu, 
l'huile, la cire, le benjoin, le guliga, l'ebene, \ejag- 
gree, le camphre et Tor. II n'y eut ni Rajab ni Pun- 
ghulu avant l'annee 919 (3) (A. D. 150/i), que le sultan 

(i) Ce morceau, qu'on trouveia, ecrit en langtic malaie, a la fin de 
Particle, a etc communique par M. F. L. Baumgarten a IVdileui du 
Journal of the Indian archipelago, qui n'a lien change a l'ortho- 
graphe. 

(2) Les limites du Muar sont, suivant ISewbold, la riviere Scrutiny, 
quile separe du Pahang, Parrit-Siput du Pahang, n Marabaw-Saratus 
du Johore. La riviere Muar est navigable a une grande dislance, 
tt separe'e de la riviere Pahang seulement par une laogue de terra 
d'environ une rentaine de brasses (fathom). Un voyageur indigene 
raconte que les commercants Iranspoilent souvent leurs bateaux \>n\ 
terre de la riviere Muar, et les lanceui dans le I'.diang pour auiem i 
leurs marcliandises au pays de ce nom. L'c'taiii dc Seri-Menante 
etait aussi porte autrefois a Malacca an moycn de la ii\iere Muar; 
mais les droits enormes imposes par les rajahs d'Ana empecherent dr 
se servir plus longtemps «lc rclte riviere pour ce transport. 

(3) L«- Sejom-Malnyn plat e lYtablisseinent du Muar a une period* 



( 385 ) 

Mahmoud-Chah kit vaincu pour la premiere fois paries 
Portugais, et se rcfugia dans le Muar avec tous ses su- 
jets. II passa de la dans le Pahang, et du Pahang dans 
le Johore ; mais quelques-uns de ses sujets resterent 
dans le Muar, formerent un 6tablissement a Segamat, 
et devinrent ilorissants : les norm des villages etaient 
Pagoh, Sungie-Riang et Sungie-Terab (1). Quatre an- 
ciens administraient les villages. lis deliberercnt en- 
semble sur les affaires publiques jusqu'en 1109 (A. D. 
1704 ). A cette epoque , Tun des mantris ou ministres 
du sultan Abdul-Jalil-Cbab, r^sidant a Jobore , dont 
le nom 6taitSama-di-rajab, et qui lirait son origine de 
la noblesse de Jobore, mais non de race royale, pria 
le Sultan Abdul-Jalil-Cbab de lui accorder lc Muar, 
desirant y resider el gouverner le peuple de cetle con- 
hee. Le sultan accueillit sa supplique, et en conse- 
quence il se rendit dans le Muar, et s'elablit a Pantay- 
Laiang, sur la riviere Muar, et gouverna le peuple de 
Muar jusqu'a l'annee il/»5 (A. D. 1730). II laissa a sa 

plus reculee; — il est fait men l ion tlans cet ouvra^e d'un mantride 
Seri-lscandar-Cliab, sultan de Singapore, laisse par ce monarque dans 
1'interieur du Muar, lorsqu'il s'enfuit dans ce paysapres la prise de sa 
capitale {city) par lc bitara de Majapab.it, vers lc milieu du xm e sieele . 
Mais on ne fait plus mention du Muar dans cet ouvrage jusqu'a la 
retraite des Siamois de Malacca pendant le regne <lu sultan Miualfrr' 
Shah, de Malacca, avant laquelle on rapporte que le saltan fit faire 
mie leve'e de la population du Muar, et la rassembla a Malacca; 

(i) Grissi, I'un des quatre principaux villages du Sigamat, est evi- 
deinment omis ici : il y a quatre anciens ou punghulus qui ailminis- 
Irent quatre kumpongs ou villages. Le gouvernement de Muar, diffe- 
rent de celui des autres Ltats menangkabau , n'a pas de sukus pour 
oontroler leurs tribus icspectives eu quelque endroil qu'ellcs soient 
etabbes ; mais, comme celui de Malacca, il a des punqhulia qui 
admimstrent les villages inde'pendants des tubus. 



morl mi iils nuuii.e Paduka-Tdan, qui si- rendit en 
personne dans le Jobore, et nnnonca la mort clc son 
pere an sultan Al)dul-Jalil, qui regnait dans ce pays. 
Le sullan lui accorda la place avec le litre de Datoh 
Tamungong Pnrliikn Timn. Cost le premier chef <Ju 
Muar qui fut appele Daloh Tamungong Paduka Tuan. 
II gouvcrna jusqu'a l'annee 1185 (A. D. 1770), qu'il 
rnourut, laissant un fils donl le nom etail Buro\ ou 
autrement Adahoh, Euro' se prison la lui- memo au 
sullan] Alidu'-Jalil-Cdiali, qui lui ccnfera le litre de son 
pere. II fut le second Tamungfng, et gouverna le Muar 
jusqu'a l'annee 1214 (A. D. 1799). II niourut, et lafefca 
deux fils, Kune' et Ibrahim. Kune' se presenta lui- 
meme, a Linga, au sullan Malimoud-Chah , le Iroi- 
sieine, pour annoncer la mort de son pere, donl le 
sullan lui aecorda le litre. II rnourut en 1246 (A. D. 
1831), laissa un lils, donl le norn esl Saicf, et une fille. 
Daloli-Said se presenla lui-memc a Singapore au sultan 
Ilussain, nomme par les Anglais sullan a Singapore, 
pour lui annoncer la mort de son pere, donl le sullan 
lui conlinua le titre. Le Tamungong Daloli-Said (1) est 
le quatrieme Tamungong qui ait gouverne le Muar. 

(i) Datoh -Tamungong- Said riant mort sans jiosiei it e, la descen- 
dance dans sa li^ne a ele rteinie; mais" Ibrahim, frere de Kune' el 
oncle de Dalub-Said, a lni>sc- deux his, Fsirtad <-t Deris. — Ismail est 
mainienant a Segamat; ma is on assure (jue, i Pause de ses penchants 
vicienx, le peup'e de Muar pnii eili lenii ineni a son election, ce qui 
donna le tempi a Tunku-A Hi . sultan de Johore.de propose* son 
neveu, liU de Tunku-Jalil; ('injustice tru'eh aurail epronvee la ta- 
mille do dernier tamongong rendu le peuple contraire a cellc numi- 
nation. Le dernier tamungong avail demande qne Deib fnl investi 
du tamungonq-iltip : mais, par la ineme rai»on qu'oa tient de men- 
tinnner, on n'eut pas *f<ard a sa r*>qu*tp. (In rrpanrl mamtenant 



I 887 ) 

^ 1 85 ! ; le bruit qu'Ismai'l a ete cntin installe et qnr, snivaut I'lisa^e, il 
doit recevoir l'inves liture du sultan de Johore ;et si flip est refusre. 
commc on s'y attend, par dps motifs itlleresses, il est probable qu'Is- 
jnail aura recuurs au sultan de Linga, comme ce'a sp faisait autrefois. 

De la Roquette. 

Void le texte de la genealogie da Tamungong de Muar. 
en langne malaie. 

Inila perturnnan bermula mula asal orang iang membuka tana 
Muar. Telkala dabulunia Muar itu dibuka oleh Jaknn dan Brnna. 
Adaptin iang dikfduarkannia dagangan dari lam pal itu periama lama 
gading dan kayu gahrn dan rotan batu dan rotan sagah dan damar 
batu dan minia' dan lilin dan kamunian dan gnligadan kavu arang 
danguta tapa'dan kapttr barns dan mas — ituladagansan iangkaluar 
pada tampat itu pada masa itu , tiada ia berraja dan tiada ia ber- 
punghnlu di tampat itu hinga sampri kapada sanat 919 (A. D. 1504) 
taikala Sultan Mabmood Shan yang pertama-tama dilangar oleb 
Pharingy. Maka alab dia maka laiilab ia ka Muar dangan sagala 
raiat lantrania dari sitnla lain ka Pabang dan deri Pabang lalulih 
ia ka Johore Maka adalab raiat Sultan itu iangmaninL'al di Muar 
mambuka tampat kumdian dari pada itti bet baikla ia di Sagamat 
nama tampatnia, dan di Pagoli nama kampon<rnia dan di Sungie 
Kiang, kampnngnia, dan di Sungie Terab nama kampnnsnia. Maka 
kampong itu ampat nrang tnha-tuha. barang sasualu apa apa dida- 
lam situmtifakaila borangtnba-iuba iangberampat itu hinga sampei 
kapada sanat 11 19 (A. D. 1704). Maka adalah sa orang-orang dari 
pada man tri Sultan Abdul Jalil Sbah dudonia di Johore. namania 
Sama-di-raja ia itu asalriia dari pada orang basar-basar Johore, 
bukannia asal dari'pada katnrunan ra'a falahiang mamolionkan tana 
Muar itu kapada Sultan Abdul Jalil Shah, ia banda' dudo' serta 
mamatenta sakalian orang didalam Muar. Maka oleh Sultan itu 
diktirniakan penninlalian itu. Maka ia pun pindali-lah ka Muaria 
dudo 1 di dalam Sungie Muar, nama tampatuia ia diam di Pantai 
Layang. Maka i,i mamarentah sakalian orang di dalam Muar, 
sampi kapada sanat 1145 (A. P. 1730). Maka matilab ia ada ia 
maningalana' saorang laki-laki PadukaTuan namania. Maka ana' 
nia ilu pergy mangadap ka Johore mampersambahkan hal kamatian 



366 ) 

aiahnia pada masa iiu Sultan Abdul Jalil Shah niamareuta. Maka 
olch Sullan Abdul Jalil Shah ialah Mangangkat serta mangurniahy 
galar Datoh Tamongong Paduka Tuan. Masa Itulah bahru di sabut 
Datoh Tamongong i'aduka Tuan ialah iang pertama-tama begalar 
Tamongong didalam Muar mamarcnla sampei kapada sanat 1185 
(A. D. 1770) matilah ia, ada ia maningalkan ana' saorang laki laki, 
namania di sabal orang Buro' pun dan Adaholi pun ada Maka ana* 
I tn pcrgy mangadap pada masa itu Sultan Abdul Jalil Shah , dipu- 
langkanialah galar itu kapada ana'nia ialah Tamongong Iang kadua 
mamaienta Muar sampei kapada sanat l'21i (A. D. 1799). Maka 
matilah ia maninggalkau ana' dua laki laki, iang satu bernama 
Kune' dan iang satu bernama Ibrahim. Maka iang bernama Kune.' 
itu ia pergy mangadap ka Linga pada masa itu Sultan Mahmood 
Shah iang kaliga mampersambahkan lial kamatian ayahnia, maka 
oleh Sultan Mahmood Shah dipulangkanialah galar kapada ana'nia 
ialah Tamongong Datoh Kune', iang katiga mamaienta Muar kapada 
sanal 1'2Z|6 (A. D. 1831). Maka matilah ia ada ia maningalkan ana' 
satu laki laki namania Said dan perampuan. Maka Datoh Said pun 
pergy mangadap ka Singapura pada masa itu Sultan Hussain iang 
diangkat Sullan oleh Ingresdicialam Singapura mampersambahkan 
hal kamatian aiahnia. Maka oleh Sultan Hussain dipulangkannialah 
galar itu kapada ana'nia ialah Tamongong Datoh Said mamarenta 
Muar iang kaampat itu. 



( 389 J 
Analyses, Kxtraits tl'ouv rages, etc. 



NOUVEAl TRAITE DE GEOGRAPHIE. 



EN CHINE PAR UN HAUT FONCTIONNA1RE CHINOIS 



Seu-Re-Yu, haul fonctionnaire de I'empire , vice- 
gouvorneur de l'importante province de Foh-Kien, et 
en meme temps l'un des lettres les plus distingues du 
pays, vient de publier (fin de 1849), dans la \ille de 
Foh-Cbow-Foh , suivant les renseignemenls parvenus 
au Journal des missions evangeliques (n° d'avril 1851 ), 
nn ouvrage intitule : De la Geogrnphie et de I'Histoire 
des nations etrangeres. (let ouvrage, compose de dix 
volumes n'equivalant guere ensemble qu'a un de nos 
volumes ordinaircs, est accompagne d'une mappe- 
monde et de cartes geographiques, chefs-d'oeuvre, dit- 
on, de patience et d'habilete, si Ton a egard au peu de 
ressources qu'offre sous ce rapport le pays. Un fait 
remarquable, c'est qu'en tele de ce livre le gouverneur 
general de la province a place une preface oil il le de- 
clare superieur a tous ceux qui ont paru jusqu'a ce 
jour sur la geographic, et le recommande a ses compa- 
triotes commc digne de toule confiance et de lout 
eloge. 

Dans une introduction generale, qui remplit les 
deux premiers volumes, Seu-Ke-Yu indique les sources 
ou il a puise , les nombreuses difficulty qu'il a eu a 



ayu ; 

vaincre, explique l'usage des cartes, «lunne les notions 
elementairesde la sphere , et s'etend partieulieremPut 
sur la difference des clunals. Rien ne peut mieux 
donner une idee de sa maniere et en me me temps de 
la profundi: ignorance du peuple chinois : 

« Autrefois, dil-il, nous commissions bien l'exislence 
d'un Ocean glace, silue au nord ; mais nous n'avions 
jamais oui dire qu'il y en eut egalement un au midi; 
Aussi, quand les homines d'occident nous monlreront 
des cartes ou ce second Ocean de glace elait figure, 
nous crumes que , faute de comprendre la langue 
chinoise, ils avaient commis une erreur, et place au 
sud ce qui devait elre au nord. Mais en nous infor- 
mant de ce point aupres d'un Americain, d'un certain 
Abeel [I'u/i des iiiis.uo/i/taires d'Jmoy), il nous a dit 
que la chose etait certaine, et mainlenant elle nous 
parait, en efl'el, incontestable. 

» Les provinces de Kwang-tong (Canton) et de Foil- 
Kien sont, en grande parlie, siluees sous le Kwang* 
tctou (tropique) du nord ; et si on les compare pour 
la chaleur aux provinces du nord de l'empire, la tem- 
perature est bien dilleienle. Cela nous faisait croire 
(dans h: temps oil nous ignorions que le soled passe 
par le centre du globe terrestre) que plus on allait 
vers le sud, plus la chaleur augmentail, et qu'au pole 
meridional les pierres fondues par la chaleur se re- 
pandaient en un brillant fleuve d'or. 

» Mais il n'en est point ainsi. Des hommes qui, par- 
tant de Qwang-long ou de Foh-Kien, se dirigeraient 
vers le sud, trouveraient, a 5 a COUO li (1) de d!s- 



( %H ) 
tance i'tle tie Borneo, dont une partie est situee exac- 
tement sous le Chih-taon (l'equateur) , et ou l'liiver 
esl sembiable a nos etes. En Li rant de la vers le stid- 
ouest, ils arriveraient au sud de l'Afrique, on la gr6le 
et la neige sonl connues ; puis, plus loin encore , ils 
trouvcraient la Palagonie, ou exlremite septentrionale 
de l'Amerique, pies du Hih-taou (cercle polairc), du 
sud, ou il y a constamment de la glace. Ainsi, chaud et 
froid. Voila pourquoi on parle des regions du pole 
meridional comme d'un Ocean glace. Et pourquoi les 
Chinois en douteraienl-ils, puisque leurs navires ne 
sont jamais si loin, el que la province de Kwang-tong 
esl a I'exlr6mile de lour pays? En verile, nous devons 
ecouler celte explication el la receu>ir, etc. » 

De ces premiers et naifs cnseignemenls, l'auteur de 
la nouvelle geographie passe a la description des pays 
occidentaux. Nous cilerons cotnme specimen ce qui 
est relalif a I'Europe. 

« L'Europe, dit il, est situee a rexlremile nord-est 
de l'Asie, dont elle est separee par les inonlagnes de 
l'Oural , et dont elle n'a que le quart de la grandeur.., 
Avanl la dynastic Hen (2/i09 avant J.-C), les habi- 
tants de ce continent vivaie.nl de la cbasse et s'habil- 
la:C£il de la peau des animaux qu'ils avaient tues, 
comme e'est encore l'babilude des Mongols. Mais, \ers 
le milieu de la meme dynastie ('2 000 ans avant J.-C), 
la civilisation, F agriculture et les arts commencerent 
dans les Ltals de la Grece, silues a 1'extremite orientale 
du continent, etc. » 

Suit im resume tr6s-succmct de 1'elablissemcnt et 
de la < iiule de I'empiro romain, de la nais.sance du 
inabomelisme. des coriquetes de Tainerlan ; puis la 



( 392 ) 

description particuhere de chaque htat, de sea iv- 
venus, tie son armee, de sa marine , « tonics cboses , 
dit l'ecrivain, dont les auteurs font des recils differents 
qui empechent d'etre bien exacts, car les errcurssont 
necessairoment norob-reuses la ou les preuves man* 
quent. *> 

On reconnait la sogacile de l'homme d'Etat dans 
^appreciation suivante des dettes nalionales, dont 
Sett-he- YH a, aussi bien qu'-il I'a pu, explique le meca- 
nisme : « Ainsi l'inleret annuel de 1'argent emprnnte 
est seul pave, tandis que la dette continue a s'accroitre, 
parce que les revcnus de chaque annee ne suflisent pas 
aux besoins des gouvcrnenients. Mors de nouveaux 
impots sont mis sur les peuples, ce qui les inile et les 
rend rebelles, tandis que les gouvernements s'affai- 
blissent et s'en vont en decadence. La moitie do I'Eu- 
rope est aujourd'hui dans cette situation. » 

Du reslc, le noble et loyal leltre rend justice a la 
superiority des occidentaux. 

« Le pays, continue t-il en parlant de l'Europe, est 
tres-fer'.ile , et ses productions sont abondantes. Les 
habitants sont d'un caracle-re doux et prudent ; tres- 
sages pour concevoir des plans et encore plus babiles 
pour les executcr. lis fabriquent, ave"c le hois et les 
metaux, des onvrages d'une forme exquise et ou Ton 
n'apercoit pas ie inoindie dofaut. lis sont aussi eton- 
nammcnl adroils dans les usages qu'ils tirent du leu 
et de 1'eau. lis font aussi admirablement bien les 
agres ct tout cc qui concerne les vaisseaux, et ils nie- 
surent la mer sans se tromper d'un pied ou ineiue 
d'un pouce. C'est ainsi (ju'ils arrivenl en Chine, sans 
s'egarer el en Ires-peu de letups , quoiqu'il \ ait ]>lus 
de 70000 /' de distance. » 



( m ) 

L'Amerique du Novel est encore mieux tvaitee que 
l'Euvope (1). Lc portrait historique que notre auteur 
fait de Washington est caractevistique. 

« Quant a ce Washington, dit-il, ce n'elait certainc- 
ment pas un lionnne ordinaire. II vainquit les ennemis 
plus rapidement que Slung • et Ktvang, et avait plus de 
courage que Tsaou et Lo//(noms celebres dans This- 
toire chinoise). Saisissant l'epee a double tranchant 
de trois coudees de long, il ouvrit le pays sur une lon- 
gueur de 10000 li. Apresquoi ; il refusa de recevoirun 
litre ou d'en assurer un a sa posterite, preferant eta- 
blir un gouvernement elcclif, patriotisme qu'il faut 
Jouer sous lc ciel de tous les pays. .. Enevitant la guerre, 
il rend/it son pays stiperieur a toutes les mitres nations. » 

(Test ici que doivent se terminer les emprunts fails 
par moi an Journal des missions evangeliqnes, qui m'a 
fourni tout ce que je viens de dire de la geographic fort 
curieuse du chinois Sen A'e-Yu. Je ne pavlerai pas de 
l'expose que fait l'auleur des diverses religions du 
monde et en parliculier du christianisme, parce qu'il 
m'a semble que les missionnaircs protestants qui lui 
ont fourni des informations a cc sujet, et qui ne lui 
ont sans doute pas ete inutiles pour traiter la partie 
scientifique de son ouvrage, ont atlrrbue au protestan- 
iisme en general une trop belle part aux depens du 
catholicisme, qui ne doit elre, au surplus, ni attaque e 
ni defendu dans notre journal , d'ou nous nous 
sommes fait la loi de bannir toute controverse reli- 
gieuse. 

(l) On iloit peu s'en etonner, puisqu'il avait puise ses lenseiyne- 
ments, ainsi qu'on l'a vu plus haut, aupies d'un missionnaire aine- 
ricain. Hit li W. 

i. vr.n.. 7. 27 



Ce traits me parait la plus sanglante critique qui 
puisse etre laite des theories mises au jour depths 
quelquos annees sur los prelendueg s< ivnceg des Chi- 
nois; on admettra diflicdemcnt qu'un peuple aussi 
prolondemenl ignorant ait pu jamais avoir des astro- 
nomes et des mathematiciens de quelque merite. On 
croit pouvoir afiirmer que les habitants de l'Empire du 
Milieu, qui appellent les Europeens des barbares, ont 
^le de lout temps incapables de speculations scicntifi- 
ques, el j'ai l'espoir que mes savanls collaborateuiPs 
Irouveront plus d'une occasion de retablir a eel egard 
la verile de l'hisloire. 

Je crois devoir faire remarquer qu'a la fin de 18/19 
il existait en Chine plusieurs trades generaux de geo- 
graphic en langue chinoise : Fun, redige d'aj res les 
meilleurs outrages allemands et anglais, publie en 
vingl volumes, par ordre du fameux mandarin Lin; et 
un autre, compose d'apres les ouvrages francais les 
plus recenls, publie a Canton en six volumes par Jose 
Marques. J ajouterai que le missionnaire allemand 
Gulzlall a fait paraitre, egalemenl en langue chinoise, 
un abrege de geographie generate, dans un journal 
mensuel dont le gouvernement chinois arreta la 
publication. 

Dli LA ROQUETTE. 



30 j 



EUROPE. — Population du royatime ihs, Pays Bus an i c 'Janvier i8. r io (ij. 



provinces (2) 



in 



1-?; 



15 1 10- 



15 



11 



Brabant sept. 
( Nuurdbra - 
bunt ). . . . 



Gueldrr(Gel< 



Hollnmle me- 
rid.(Znidbol 

lull ij J . . . , 



Hollande spp- 
lenl. ( Nurd 
bulluud). . . 



Zelnnde (Zee< 
laud) . . . , 



lilrecht. . . . 

Frise ( Friei- 
laiid) . . . . 

Overyssel (O- 
verijssel). . 

Groniiigne 

(Gl ninilgell ) 

Dr.iiihe . . . 
I.iinbniirg 
(Limbure,). . 

Tola ux gen. 



Population lutale nil 
l«i juiiviri 1X50. . . 



NOMBRE 
.les 



E i 

S 3 



391 

107 

85 
S3 



o 


59 


1 

5 


50 
30 


5 


120 


87 


1 m 



POPULATION 
lies 



3 ai 

s « 



--^—' 


> 


80 27,5 


99 062 


291 392 


302 162 


47 898 


71 235 


61 487 


42 656 


55 695 


15 4I« 


49 296 


1 09:. 5V, 


1 U8I 027 


5 05G36I 



316 610 



271 468 



267 962 



; : — 

ft b 

9 a 



POPULATION 
dffs villc-s |n ini-ipalps 
de chaque province. 



NOMS DES V1I.LES. 



' Rerg-np-Zoom ( Rcrgcn- 

ip-Z..oiii 

Bie.la 

396845 . Bo.s-le-Duc ('s Heilo- 

f genliosch) 

Tilbm g 

/ A i nliein 



570 560 N'njcgii^Nijmegei.). . 
• 1 ill mi Thiel 



' Znli'beii 

/ D.lfi 

| Diinlrecllt 

I t.oiknm (Gin inihcm ). 

] l-oud.i 

562 354 < Leyde ( Ley.len ). . . . 

I l.ii Il.iye 'i Gruven- 

I huge) 

RutUrdiira 

VSih.cl.iiii 

! Alkmaa 

, „ „,. ' Amsl i da ni 

4 503 4.6 66o . H ..,l,.ni Haarlem). . . 

\ Sind.iiii (Zu.iidani). . . 

/Goes 

\ Middelbonrg ( Mi.Me!- 
160 075 lung j 

J FlessmgiiH (Vlissiiigcn). 

\ Ziet ikz-'H 

149 347!;V""': f " rl 

) Utrecht 

/ Fianekir 

246 967* "'"''"S-n 

j l.i eiiw..rdeii 

{ Sni-. k 

/ Oei enter . . . 

216 274 K.impeii 

(Zwoll (Zwulle) 



112 175 
78 114 

185 480 



173 618 

155 1 1 1 

69 811 

156 135 



188 800 Griming. le(Griiningen). 

85 269 Assen " 

( Muesli ichl (Maastricht). 

205 431 \ RiirriiiuiideiRnei 111011J) 

( Vei.lo 



I 961 027 1 5 056 591 



8 51S 
14 689 

21 782 

14 642 

15 Ii7l 
2< -J7--' 

5 925 

12 53i 
is 4o7 
20 s7S 

8 7s0 

13 791 
55 954 

72 467, 
8S 812 
12 754 

10 I 48 
224 25;'ij 

25 778 1 

11 "til 
5 296 

I 
15 954 

9 770 

7 091 
1-2 31 ill 
47 9.7 

5 288 

8 59 1 1 

24 - : .05 
7 75 1 

1 4 578 
10 599 
17 679 

55 6'i5 
4 39S 

25 241 
7 172 
7 GiO 



(1) F.xir. .In Slants Cimranl. gazelle n(Tn ielledu myaiiine des Pays ! . 1 1 - , . 1 1 1 lOa'vr'il ItSSI. 

(2) J'ai cm di'vnir ii.eitii: tonjmirs la ileiinininalioii holtnndaisc .1 1 o e ilu doiii frimcais, 
soil des provinces, suit des villus, l.nsqu'il r\istc enli c enx que I que .lill. 1 ence dans I'll;.;; 
gen era lenient adoptc. 

(■^) Le lexte linllandais poi le stetlcll, tpic j*ai 1 1 adii it par I'illes ; il ailrai! lie pent-ell e 
p 1 11 s exact de metiic communes urbaines, el les niots iinllunduis gemeenten ten jituti? 
hnritte, rendus par communes rtirates, signilient tiller ..leinenl ctlftipagnes ou commnnti 
rln pint pays, P, I,, R, 



; M)6 ) 

GlMBTIEBH fiREC EI PIKHRFS TUMULAIRES DECOIVERTS 

dans i.es champs de Marathon. — Unc decouverte du 
plus haul inleret vient d'etre faite a Scrkom, village de 
1'Attique, silue a environ trente kilometres d'Athenes, 
dans les champs de Marathon. En creusant un canal 
d'irrigation , a environ six metres de profondeur, on 
a trouve les traces d'un cimetiere grec qui rcmonte a 
la plus liaule anliquile. On a extrait plusieurs pierres 
lumulaires recouvertos d'inscriplions assoz hien con- 
scrvees, qui ont ele soumisos a l'apprecialion des sa- 
vants, el on a acquis la certitude que ces tombes 
avaient ete erigees en l'honneur des guerriers de MH- 
liade, morls dans la celcbrc halaille que le general 
al'nenien livra a l'armee des Parses, commandee par 
Darius, l'an /j90 avant Jesus Christ. 

Cette decouverte, due au hasard, va acquerir une 
plusgrande importance par suite des nouvelles fouilles 
que vienl de faire pratiquer en eel endroit un archeo- 
loguc francais, M. Dupevron, auquel on doit deja de 
nombreuses communications. 

On sail que Miltiade, apres sa vicloire, campa sur le 
champ de halaille, dont il resla le maitre lout le lemps 
necessaire pour faire reposer son armee , qui avail 
eprouve des pertes nombreuses, ct pour rendre les 
derniers devoirs a ses morts. En meme temps il envoja 
a Athenes les noms des guerriers qui avaient succombe, 
el ils furent inscrits sur des tables de marine, dont 
nous possedons un fragment. Les champs de Marathon 
sunt occupes en partie par des marais qui ont ete des- 
seches et defriches. C'est en lerminant les travaux ne- 
cessaires pour arriver a ce dernier resultat que la de- 
couverte dont nous parlous a ete faite. 



( 397 ) 
ASIL. 

Nouveau traite de geoguaphie , imprime en Chine. 
— On a publie a la fin de 1849 , dans la ville de Foh- 
Chow Foh, un ouvrage fort curieux intitule : De la 
Geographie et de F His toil e ties nations elrangeres, com- 
pose dedix volumes qui, a eux dix, n'^quivalent guere 
qu'a l'un de nos volumes ordinaires. Lne mappe- 
monde et des cartes geographiques, chef-d'oeuvre, 
dit-on, de patience et d'habilele, si Ton a £gard au 
peu de ressources qu'offre le pays sous ce rapport, 
accompagnent ce traite, precede d'une introduction 
dont l'auteur, fait tres-remarquable, est le gouver- 
neur de la province. 

(Voir, pour plus de details, a la section : Analyses, 
Ejctraits tVoiwrages, etc.) 



AFRIQUE. 

Renseignementssur Jacques Compagnon, ancien voya- 
geur frakcais, etc., etc. — Ln savant hongrois, M. de 
Gaysa, qui voyage dans ce moment dans l'interieur de 
l'Afrique occidenlale, vient de faire a la Societe impe- 
riale de Vienne une communication pleine d'interet 
pour la France. II a relrouve chez les Kommcnis, 
petite peuplade Iributaire du royaume d'Oulli, dans 
la Senegambie , les traces de Jacques Compagnon , 
voyageur francais qui, charge par M. de Choiseul, vers 
le milieu du siocle dernier, d'un voyage d'exploration 
dans rinterieur de l'Afri(jue, disparul, vers 17o0, sans 
qu'on ait jamais pu avoir de ses nuuvelles. 



398 

A onlaiit completer lcs decouvertes qu'avait failes 
son frere, quelques ann&es avant, Jacques Compa- 
nion parlit du Senega] vers la I'm de 1758, et apres 
avoir visile loulcs lcs peuplades qui sont an nord ct a 
1'ost de la Senegaunbie, il peneira jusque dans le de- 
sert boise de Simboni, point tres-curieux pour la 
science ge'ographique. On cessa d'avoir de ses nou- 
velles an mois de mars 17(50. Le gouverneur de Saint- 
Louis fit fa ire d'inuliles recherches pour le decouvrir. 

Les Kommenis forment line peuplade assez civi- 
lisee. lis onl des notions religieuses qui se rapprochcnl 
de la tradition chrelienne. lis ne sont pas enlieremenl 
ignorants dans les sciences et dans l'industrie; ils ont 
une langue, un alphabet et une ecriture. M. de Gaysa 
a decouvert, dans une de leurs principales bourgades, 
un petit monument en pierre de forme conique, assez 
eleve et recouvert d'inscriplions nombreuses en letlres 
qui ont 1'apparence de caracleres hieroglvphiques. 
Apres avoir ctudie longtemps celte construction cu- 
rieuse, apres avoir inlerroge les vieillards du pays et la 
tradition populaire de ses habitants, il s'est convaincu 
que ce monument etait le tombeau de Jacques Com- 
p.ignon, qui. apres avoir ele retenu par les Kommenis, 
avail vecu longtemps au milieu d'eux, leur avait en- 
seigne les principes de tous les arts utiles, el etait raort 
iters 1775, laissant parrni eux la reputation veneree 
d'un sage on d'un bon genie. Mais la crovance de 
M. de Gaysa s'est changee en certitude lnrsque le chef 
de la peuplade lui cut inontre diffe rents objets ayant 
appartenu a un Europeen, et qui sont conserves de 
pere en fils comme des objets sacres, et dnnt il n'a 
voulu se defaire a aucun prix. Parmi c.i j s objets •« 



{ 39i> j 

trouve tin quart de ccrcle qui parte en toules lottres 
le noin de Jacques Cornpagnon. M. de Gaysa, quia 
deja fait de noinbreux travaux, n'est parvenu qu'au 
tiers de son voyage, qui durera encore plusieurs an- 
nees. 



Ilk de Matacong. — Les renseignements suivants 
vienneut d'etre fournis, sur celte petite He, par le ca- 
pitaine francais Lecomte, du trois-mats le General- 
Ber/rand. 

Matacong, He plate de la cote occidentale d'Jfrique, 
siluee au 0° 15' de latitude et au 15° 45' de longitude 
(P. 0.) a 49 milles environ au nord de Sierra-Leone, 
est facile a reconnaitre, meme de loin, par son aspect 
verdoyant et par une grande quanlite d'arbres ; con- 
trast remarquable avec i'aspeet sterile, assez general, 
des coles voisines. 

Celte ile, d'envirun 15 milles decirconference, quoi- 
qtie restee a peu pres inculte jusqu'a ce moment, est 
susceptible de produire loutes les denrees coloniales 
de la cote d'Afriqtie. Ses prairies nournssent de nom- 
breux Iroupeaux, dont la chair forme une partie de la 
nourriture des habitants. 

Le palmiste, dont les negres recoltent les fruits en 
assez grande abondance, est l'arbre le plus commun 
des parties boisees de l'lle, qui n'est accessible que 
d'unseulcote, reconnaissablo par un arbre d'une hau- 
teur el d'un volume prodigieux, qui domine l'lle. On 
pent s'ecarler de la basse mer jusqu'a une distance de 
3 milles sur un navire calant 15 pieds, et mouiller par 
quatre brasses sur un fond de vase ; a la rigueur, un 
navire pourrail charger a cette distance de la terre. 



( 'jOO ) 

La population est d'envirou 400 habitants des deux 
sexes, gouvernes par un individu norami Isaac, qui 
]>ara!t Europeen, qu'on dit meuie Anglais (4850), et 
qui serait sounds au roi de Malecori, avec lequel il est 
en rapports intimes, et Iraitc des affaires dc commerce, 
auxquelles prennent part les rois voisins. 

Les Francais, qui coramercent avec les habitants, 
leur fournissenl du tabac, de l'cau-de-vie, du vin, des 
liqueurs, tous les articlesdemercerie, ou, a defaut de 
pacotille, de l'argent; ils rec,oivent en echange des ara- 
chides, noix de palme, et autres produits de la cote, 
qui viennent des noirs de l'interieur. 

En 1849, le gouverneur annoncait avoir charge dix- 
huit navires ; il se fait payer pour tous frais 50 francs 
par navire, laissant a chacun le droit de faire del'eau, 
qui est excellente, ou du bois a brulcr, sans prelever 
aucune taxe. On coupe le bois soi-meme. On trouve 
chez lui tous les approvisionnements des navires a des 
prix moderes. 

L'lle est saine au large, et le peu de roches qui 
l'avoisinent sont pres de terre ; les brisants qui en re- 
sultent se voient d'assez loin pour qu'il soil facile de 
les e\iter. Dans tous les cas, ils ne tont pas dans la di- 
rection dc la passe. 



IMERIQUE. 



Cahtu du Mlxiqle. — M. Suarez vient d'etre charge 
par le gouvcrnemcnt mexicain dc faire graver a New- 
York la belle Carte de la republique, levee par les soins 
du general Almonte el d'autres ofliciers mexicains. II 
y a quinzc ans que le travail a etc commence. 



( m ) 

Cuemiis de Ftp, du Panama. — Le Panama-Star an- 
uonce qu'on espere que, Je premier juillet prochain 
(1851), le chemin de fer, en ce moment en voie de 
construction, pourra servir au transport des voyageurs 
et des marchandises de la baie de Lemon, sur l'At- 
lanlique, a un point situe sur la riviere Chagres, entre 
Palanquilla et Gorgona, c'est-a-dire a environ dix 
heures de voyage de cet endroit. 



Ltats-L.ms. — Statistique. — D'apres un rapport du 
Sanitary Commission of Massachusetts, 1850, la vie 
moyenne a Boston, qui etait, de 1810 a 1820, de 
27 ans ,85, avait decru, de 1S40 a 18A5, a 21 ans ,£3. 

A Philadelphia, la vie moyenne, de 1810 a 1820, 
etait de 26 au \45; — de 1840 a 1844, elle n'etait plus 
que de 22 ans ,01. 

Sur 5 031 enfants nes a Boston en 1849, 3149 (ou 
62 pour 100) appartenaient a des etrangers. — La 
maison de correction avait recu, dans les cinq der- 
nieres annees , 3 727 condamnes . dont 03 pour 100 
etaienl des elrangers. 



OCEAiNlE. 



Phetendue decouverte d'un groupe d'Ilots au ivohd 

DES iLES DES NaVIGATEURS , PAR UN CAP1TAINE FUANCAIS. 

— <( Pendant ma campagne haleiniere, » dil dans son 
rapport le capitaine Guesdon, commandant le balei- 
nier francais la Salamandre , entre au Havre en avril 
1851 , « le 4 Janvier 1850, j'ai pris connaissance d'un 
archipel qui n'est point porte sur les routiers. II git 



i m 

par lis 172° 50', a l'< we I du meri lion In P,,r's. et 
les 9" 38' de latitude sud. 11 esl forme de vingt-eins 
a trenle ilols, donl liois out quelque elenduej tons 
soul converts tie cucotiero. Le meme jour, je prenaia 
connaissance de l'ile Clarence. » 

Ces Tails ont ete contestes dans la lettre suivante, 
ecrile le 28 avril 1851 au redacteur en chef du Mom- 
teur, par M. \ ineendon-Dumoulin , ingenieur-bydro- 
graplie de la marine. 

« Monsieur le redaeleur, 

» Dans l'inleret des marins qui I'requentent le grand 
Ocean, je crois important de rectifier l'erreur dans 
laquelle est lombe le capitaine baleinier Guesdon, dont 
le rapport a etc publie en abrege par le Journal des 
Dcbats du 24 avril , et reproduit dans le Moniteur 
du 25. 

» Ce navigateur croit avoir decouverl, par 172° 56', 
a l'ouest du meridian de Paris, et 9° 52' de latitude sud, 
un arcliipel de 25 a 30 ilots, voisin do l'ile Clarence , 
donl il a pris connaissance ; arcbipel, dit-il , qui n'est 
point porte sur les routiers. 

» L 'arcbipel dont il esl question est celui des iles Fa- 
kaafo, compose, en effet, d'environ trente dots, cou- 
verts d'une riche vegetation, el situe a /j0 milles en- 
viron a Test de l'ile du due de Clarence. 

» La longilude que le capitaine baleinier assigne a sa 
pretendue decouvertc est trop laible, il esl vrai, inais il 
n'y a point de doute possible sur son identite avec ces 
iles. 

» Or les ilots Fakaafa, ainsi nominees par ses babi- 
tants, ont ete decouvertes en 1840 par 1'nn des bat*- 



( 408 ) 

men Is aux ordres clu lieutenant Wilkes. Avant que cet 
ollicier americain eut public ses travaux , le capitainc 
Francois .Morvnn , commandant le navire du commerce 
V Adalpke, du port de Morlaix, signalait egalement ces 
lies comme une decouverle, dans mi rapport adresse 
au ministre de la marine, en date du mois de no- 
vembre lSlih, rapport qui est publie dans les Annales 
man times. 

» Depuis cette epoque , les lies Fakaafo figurent sur 
tous les routiers publies par le depot general de la 
marine. 

» Veuillez agreer, etc. » 



m ) 

Icies tie la Sociele. 

I'roces-verbaiix »!♦•«. muiicch, Outrages 
oflerts, ete. 



PlltSIDENCE DE M. JoMAllD. 



Seance du k ai'Hl 1851. 

Le proces- verbal de la derniere seance est lu ct 
adopte. 

M. Alexandre Vattemare annonce , par sa lettre du 
21 mars dernier, que, parmi les ouvrages et les cartes 
que le gouvernement des Etats-Lnis d'Anaerique lui 
a confies pour des ecbanges internationaux, le secre- 
taire general de la Sociele de geographie en a clioisi 
un certain nombre dont il s'empresse de faire bom- 
mage a la Sociele. Sur la proposition de M. de la Ro- 
quelte, la Commission centrale decide : qu'elle oHYira 
en ecbange son Bulletin a partir du commencement 
de la 3° serie, ainsi que les numeros qui paraitront 
succcssivemcnt aux edileurs : 

1° De Y American journal of science and arts, dirige 
par MM. Silliman et Dona; 

2° De 1' American quarterly Register and Magazine, 
dirige par M. Stnkcr; 

Et que les Bulletins scront Iransmis, par I'inlcrinc- 
diaire de M. Vattemare, auqucl il sera adresse des rc- 
merciments. La Commission centrale espere que les 
edileurs des deux estimables recueils ci-desstis desi- 
gnes voudronl bien envoyer exactement a la Sociele 
de geograpbie les numeros qui paraitront a l'uvenir, 
au lui et u mesure de leur publication. 



M. de la Roquetle depose sur le bureau une notice 
sur feu M. le baron Roger, que le frere de ce dernier 
l'a charge d'offrir a la Societe. 

M. Jomard annonce qu'on a recu des nouvelles de 
M. de Saulcy , membre de l'lnslitut, qui voyage en ce 
moment en Palestine. La derniere lettre de ce savant 
est datee du 7 mars dernier. II a aclieve le tour de la 
tner Norte par terre, et en a leve la carte, bien que con- 
trarie par une pluie continuolle. De la pointe nord, il 
est alle a Naplouse , a gravi le sommet du mont Gari- 
zim , a visite le temple dcs Samaritains , ot reconnu 
l'exislence d'une grande ville voisine , qu'ii croit etre 
Sichem ; il a remarque une colonnade de pres d'un 
quart de lieue de longueur. iVI. de Saulcy s'est rendu 
aussi a Samarie (Sebasle), a Tabergeh , a l'embou- 
cbure du Jourdain, dans le lac de Genezareth, a l'an- 
cienne Paneas; et de l'Anti-Liban il est arrive a Damas, 
d'ou il ecrit. 11 se prepare a partir pour Balbek; il ira 
ensuile a Beyrout, et rcviendra en France. M. de Saulcy 
assure avoir retrouve a Jerusalem les tombeaux des 
rois, des proplietes etdos juges ; il a leve les plans et 
les dessins. 

Le meme membre lit une lettre de M. Lemoyne, 
consul de France au Caire (10 mars), annoncant 
que M. Mariette , charge d'une mission par le gouver- 
nement , a fait d'interessantes decouverles clans la 
plaine de Sacarah. Le terrain de Memphis a ete de- 
blaye par lui autour du Serapium; une allee de Sphinx 
y aboutissait. O n a trouve deux magnifiques lions en 
pierre, une serie de onze statues rangees en hemicycle, 
plusieurs groupes qui, par la nouveaute et retrangele 
de leurs formes, seront dun grand interet pour 1'etude 
<1ps antiquity's egyptienties, 



M. Jomard depose ensuite sur le bureau un rapport 
imprime, adresse au secretaire d'Elat des Etals-lnis 
parM. Squier, anc'nn charge d'affaires dans I'Amerique 
cenlrale, el conlenant des observations pleines d'in- 
teret sur la direction du canal qui doit traverser 
l'islbme de Nicaragua, ainsi que sur les ressources, le 
climat, etc., des pays qu'il a visitcs. — Renvoye au co- 
mile du Bulletin, qui en deja rendu comple ci-dessus, 
p. 249. 

Le meme membre offre a la Societe , de la part de 
M. Eugene de Balbi, un ouvrage intitule : Nuovi Ele- 
ment i dt geographia. 

M. Jomard fait un rapport verbal au nom de la 
Commission speciale du prix annuel , dont il est le ra- 
porteur, et annonce dans son resume que deux me- 
dailles d'argent sont accordees, Tune a M. le capitaine 
Lynch pour son Exploration du Jourdain et de In mer 
iVorte, et l'aulre a M. Louis Tremaux pour son Excur- 
sion au Soudan oriental, fiitre les deux Ails. 

M. de la Roquette fait observer, a cette occasion, 
qu'il resulte d'un concours de circonslances facheuses, 
mais complelement independanles de la volonle des 
membres de la Commission du prix annuel, que 
AI. Francis de Castelnau n'a recu jusqu'a present aucuu 
temoignage de la haute satisfaction de la Societe. On 
lui doit cependanl un des voyages les plus imporlants 
qui aient peul-elre ele faits dcpuis trenle ans, dans 
les parties centrales de I'Amerique, qu'il a successive- 
ment traversers de Test a l'ouesl el do l'ouesl a l'est, 
de Rio- Janeiro a Lima et dcLima au Para. Les sallesde 
noire Museum d'hifitoire nalui • IK: out ele, il y a quel- 
(jues annees, pour ainsi dire, encombrees par les pro- 
duits de toute nature que M. de Castelnau a rapport. -^ 



U07 ) 

de son exploration, et qui ont excite l'admiration pu- 
blique ; M. de la Roquette ajoute que trois volumes 
de la relation du voyage sont deja publics , que les 
autres ne larderont pas a parailre avec les atlas qui 
doivent l'accompagner , el il dcmande s'il ne serait 
pas possible , en s'ecarlant de la lellre du reglement , 
de faire tine exception envers M. de Caslelnau. 
M. <V. d'Abbadie appuie fortementla proposition d'ac- 
qprder une medaille exceptionnelle a M. de Castelnau; 
cctte proposition, en I'aveur de laquelle le president de 
la Commission ccntrale se prononce egalement, est 
mist; aux voix et adoptee. 

M. de la Roquetle lit quelques passages extraits du 
supplement a f ' JUgememe Zeitung, d'Augsbourg , re- 
lalifs an dernier voyage du pere Knolilecber, et a ses 
observations sur bs sources du Nil. 

M. A. d'Abbadie fait a ce sujel quelques remarques, 
et communique les informations qu'il a recues au mois 
de mars dernier tie M. le baron Midler, naturaliste et 
voyageur en AlVique, sur le INil Blanc et le IS il Bleu. 
( Voir ci dessus, p. 237.) 

31. d'Escayrac lit une notice sur son voyage au Kordo- 
fan , qui doit elre communique a l'assemblee generale. 

La proposition deja faite par M. de la Roquette, a une 
precedente seance, d'accorder le tilre de correspon- 
danls etrangers a M. le docleur A. Bacbe , surinten- 
dant du Coast Surrey des Ltats-Lnis d'Amerique , ainsi 
qu'a M. le colonel Aberl, cbef du bureau topograpbique 
du departement de la guerre de celle republique, est 
reproduite par le secretaire general et mise aux voix; 
ces deux savants sont elus a l'unanimite. 



( 40b ) 

Assemblee generate du 11 avril 185:1. 

La Societe de geographic a tenu son assemblee 
generale annuelle lc vcndredi 11 avril 1851 , dans le 
local dc la Societe d'encouragcment pour l'induslrie 
nalionale, sous la presidence de M. Dumas, membre 
de l'Academic dcs sciences, ancien minislrc de l'agri- 
cullurc et du commerce. 

M. le president ouvre la seance par un discours 
dans lequel il a fait sentir combien les interests commer- 
ciaux et industriels, et ccux des marines militaire et 
marcbande du pays , si etroilement lies onlre eux , 
pouvaient recevoir d'uliles secours de la geographic 
Les encouragements que la Sociele accorde , les prix 
qu'elle decerne aux voyagours, dont elle dirige sou- 
vent Lessor, qui font de remarquables dticouvertcs , 
ou qui enricbissent, par de laborieuses investigations, 
l'agriculture, l'industrie, le commerce, ou leur ouvrenl 
de nouveaux debouches, meritent a ce corps l'appui 
de tout gouvernement eclaire. 

M. le secretaire lit le proces-verbal de la derniere 
assemblee generale, et donne communication de la 
lisle des carles et ouvrages ofl'erts a la Societe (I). 

M. de la Roquelle, secretaire general dc la Com- 
mission centrale , donne ensuite lecture de la notice 
annuelle des travaux de la Societe, dans laquelle il 
fait Lelogcnecrologique des membresnombreux qu'elle 

^i) Paruii ces ouvrages, nous devons meniionner il'une maniece 
toute particuliere une curiosite bibliogrnphique dout M. le prince 
Lriiui.it,. 1. 1 Galtlzin a fail hominage .\ la Societe, it dont il nous 
paratl coovenable de donner inte'gralernent le litre : Atlas general 
el rleincittturc ilc r empire de toutes les liussies, divisd en qaarante-deva 
gouvernements, avec deux supplements d une province, In Tauride 



( 4M> J 
a perdus pendant le rours des deux dernieres annees, 
et parmi lesquels figure Louis-Philippe, qui ful roi des 
Francais. L'heure avancee, et 1'importance des com-' 
munications qui devaient suivre sa lecture ne lui onl 
pas permis de la terminer et d'exposer les progres des 
sciences geographiques pendant les annees 1849 et 
1850; celte notice historique sera imprimee dans le 
Bulletin. 

M. Jomard , president de la Commission centrale, 
fail ensuite, au nom d'une commission, composee de 
MM. Walckenaer, Daussy, d'Avezac, de Frober\ille et 
de lui, u n rapport sur le concours relatif au prix an- 
nuel pour la decouvertc la plus importante en geo- 
graphie faile dans le coins de IS/iS. 11 fait connaitre 
dans son resume qu'une premiere medaille d'argenl 
est accordee a M. le capilaine Lynch, de la marine 
nationale des Etats-Unis, pour son exploration du 
Jourdain et de la mer Morte , et une deuxieme a 
M. Louis Tremaux, laureat do l'lnstitut, pour son 
excursion au Soudan oriental , entre les deux Nils. 
M. Jomard annonce enfin que la Commission centrale, 
derogcant pour cette fois a la regie etablie, a decide 
qu'une medaille d'or hors ligne serait decerned k 
M. Francis de Castelnau pour le voyage qu'il a heureu* 
semenl accompli dans les parties centrales de l'Ame- 
rique du Sud . de Rio-Janeiro a Lima et de Lima au 

ouvrage fait d'apres les observation* de I Academic de Sainl-Peten- 
bourg, adaple" aux ye'oqrapliies les plus modernes; par les siettrs Au~ 
celin et le Grand, associes a Moscou. 1793. Format petit in-fol., relit' 
en maroquin rouge et dore sur tranclie. 

On rendr.i dan's le llitlletiii tie la S'o< icfc- mi compte particulier Jt 
eel atlas. I) I.. R. 

I. A.VR1L. S. 28 



( M" i 
Para, pendant les anneos 1843 a 184", et dont les 
premiers volumes de la relation viennent s^ulcment 
de paraltre. 

M. d'Escayrac de Lauture, membre de la Societe, a 
lu une interessanle notice sur son vovaee dans le Kor- 
dofan , l'ancienne Nubie superieure (voir p. 357), 
et M. Carbuccia, colonel du 2° regiment de la legion 
etrangere, a entretcnu la Societe de ses travaux d 'ex- 
ploration en Algerie. M. Carbuccia a mis sous les yeux 
de l'assemblco une carte de la subdivision de Batna, 
dont il etait commandant superieur, et qui depend de 
la province de Constantine (ancienne Numidie). Cette 
carte, levee pendant les anneos 1848, 18/|9 el 1850, 
et dessinee a lecb' lie du cent millieme , a plus de 
2 metres de long sur 1 metre { de large. On y a 
exprime" toutes les formes du terrain, 1'allilude des 
monlagnes, les cours d'eau et la ligne de parlage entre 
ceux qui s'ecoulent vers le Sahara el vers la M^diler- 
ranee. Le colonel Carbuccia a aussi marque sur la 
carte les possessions romaines, les villes et posies for- 
tifies , surlout les homes milliaires des voies anliqnos, 
trouvees encore en place , el decouvertes au nombre 
de quaranto. On a fail des fouilles, parlout ou il etait ne- 
cessaire, pour meltre au jour les anciens monuments. 
C'est ainsi qu'on a constate l'existence de plus de qua- 
rante villes romaines. Plusieurs plans topograpbiques 
onl ele leves a la plancbotte, et Ton a fait sur plusieurs 
points des operations triiu>nometiiques. On a '!essin£ 
toutes les ruines et tons les vestiges d'antiquile, ainsi 
que les inscriptions. Les voies romaines onl ele l'objet 
d'un travail suivi et tres alien tif de la part du colonel 
Carbuccia et des ofliciers de sa legion . entre Rebeua , 



m 

Constantine , St'tit', Laml aesa et Biskra, it il e'si p«l : * 
venu , en tracant ces voies sur sa rat to, a identifier les 
ruines decouvertes avec toutos Jes anciennes vijles on 
positions marquees par 1'ilineraire il'Anlonin et la table 
de Peutinger. M. Carbuccia enfin, en faisant inesurer 
avec le plus de soin possible les distances entre les dif- 
fercntes bornes milliaires qu'il a pu decouvrir, a con- 
state par la comparaison que le mille roniain avail 
nne longueur d'environ 1 480 metres. 

M. le colonel Carbuccia a constamment captive Vat- 
lention de l'assemblee par la maniere a la fois savante, 
lucide et pittoresque, avec laquelle il a presenle l'bis- 
lorique, et expose les details des differentes operations 
auxquelles il s'est livre, ainsi que les resullats obtenus 
par lui, et qu'il reconnait devoir en partie au zele et a 
('intelligence des ofliciers, sous -ofliciers et soldats qu'il 
employail. Son travail , sounds a I'Academie des in- 
scriptions par le minislre de la guerre , a obtenu Tap- 
probation de ce corps savant, qui en a demande la 
publication. 

En l'absence du Iresorier, le secretaire general pre- 
senle le oompte-rendu des recettes et des depenses de 
la Societe pendant l'annee 1850, et le president de la 
section de comptabilite lit son rapport sur la verifica- 
tion de ce compte-renclu. II met ensuite sous les yeux 
de l'assemblee le budget de l'exercice 1851 (I). 

L'assemblee avait a proceder a l'election do deux 
membres de la Commission oentralo et au renouvelle- 
ment de son bureau. Elle n nomine a deux places va- 
cantos, dans la Commission ecntiale , MM. Constant 

i Ces aifteivnts documents seront impriines darn le Bulletin. 



119 

Provost el Fleulelol ; el elu mercrbres du bureau pour 

J'annee 1851 , savoir : 

i M. le le contre-amiral Mathieu, direc- 
President. \ , , , . . . , , , 

\ teur general du depot de la marine. 

/ M. Constant Prevos^membrede l'Aca- 

V/ce-presidentsA demie des sciences. 

\ M. Francois Delcsserl. 

\ M. Meissas. 
Srruta tears. \ ,, , . . r 

( M. Isidore Lowenstern. 

Secretaire. j M. Sedillot. 

f.a seance a ele levee a di\ heures. 

Seance du 25 avril 1851. 

Le proces-verbal t\c la derniere seance est In et 
adople. 

M. le ministre de l'agricullure el du commerce fait 
don a la Societe de geographic d'un rapport de 
M. le capilaine Guillain, commandant le brick de 
l'Llat le Ducouedic, et d'un autre rapport doM. Loarer, 
capilaine au long cours, qui out explore, par ordre des 
ministres de la murine et du commerce, les cotes orien- 
tals d'Afrique , depuis le cap Guardafui au nord, jus- 
qu'au cap Corrientes au sud; a ces rapports esl an- 
nexee une carle de ces monies cotes, dont le ministre 
fait egalement don a la Societe. Ces documents seront 
remis au comite du Bulletin, el des remerciments sc- 
ront adresses a M. le minisire du commerce. 

M. le contre-amiral Mathieu, directeur general du 
depot des cartes et plans de la marine lemoigne sa re- 
connaissance pour le choix que la Societe a fait de lui 
pour son president. II fera Ions ses efforls pour appe- 



m ) 

lev la bienvaillancc clu gouvernemenl sur ses impor- 
tants travaux. 

Le raeme amiral accuse reception des deux rapports 
de M. A. Bache, surintendant du Coast Surrey, pour 
chacune des annees 18/18 et 1859, que la Society de 
geographic a offerts au depot de la marine, et adresse 
a ce sujet des remerciments. 

M. Nousret Efendy, major de la garde imperiale du 
sultan, remercie la Societe d'avoir bien voulu l'ad- 
mettre au nombre de ses membres. 

M. le colonel Long, correspondant de la Societe aux 
Etats-Unis d'Amerique, transmet un rapport du corps 
des ingenieurs topograpbes sur les inondations clu 
bas Mississipi. 

L'Academie des sciences de Madrid envoie le pros- 
pectus des prix institues par elle. 

M. C. Scbeffer annonce au secretaire general de la 
Commission centrale, dans une letlreparticuliere qu'il 
lui ecrit de Constantinople sous la dale du 2/i mars 
dernier , qu'il lui transmettra incessamment deux 
cartes qui viennent d'etre publiees en Turquie, el qu'il 
lui avait demandees. II repondra bientot aussi aux 
diflferentes questions que M. de la Roquellc lui a 
adressees. 

M. Norton Shaw , secretaire de la Societe geogra- 
pbique de Londres , Iransmet au secretaire general de 
la Commission centrale , la deuxieme partie du 
tome XX du journal de cette Societe, ainsi que les 
numeros de mars et d'avril du Journal oj (lie C/utrch 
Missionary Intelligencer. 

M. le president de la Commission centrale donne 
communication d'unc lettre qui lui a ele ecrile par 



414 | 
M, Lollm c!c Laval, au sujet de set Iravaux archeolo- 
giques recents, et de tres-riches mines de cuivre qu'il a 
decouverles a Ouady-Magara , aux environs d'Akaba. 
(Voir aux NouvbIUs geogmphiques.) 

Le meine donne aussi communication de deux 
lellres qu'il a rccues d'Egypte, en reponsc a sa d-- 
marche personnels a up res du gouvernement egvptien, 
relativement a un troisieme voyage de decouverles sur 
le Baiir-el-Abyad. Dans I'une de ses lellres, ecriles du 
Caire, le consul de France dans cette residence partage 
le desir general de voir ce projet s'accomplir; mais il 
craint (pie les circonstances actuelles ne soient pas 
lavorables , et que le vice-roi nc soit empeche par des 
preoccupations politiques. Dans la seconde lettre , 
Edbem-Pacha lui ecrit que, apres avoir lu sa requite, 
il l'a recommandee au vice-roi, et que celui-ci, com- 
prenant 1'imporlance de ce projet, n'y avail pas re- 
nonce, et esperait un jour pouvoirle mettre a execution. 
Le minis tre egvptien ajoute que, parmi les produits 
industrials envoyes par son pays a ['exposition univer- 
selle de Londres, Jigure une traduction en lure du 
Mesnavi, imprimee en caractere taalite, d'tme grande 
perfection. 

Le Bulletin tie la Societe ayant reeu depuis quelque 
temps ])lus d'extension , et devant contenif un plus 
grand noinbre de carles geograpliiques, etc., que par 
le passe, M. de la Roquelte propose d'en fixer a l'ave- 
nirle prix a \ingl-cinq francs par an. Cette proposition 
est renvoyec a la section de Complabilite, qui est invi- 
tee a presenter a ce sujet un rapport a la Commission 
centrale. 



( 415 ) 
01) VR AGES OFFERTS 

DANS LES STANCES DES 4 ET 25 AVRIL 1851 

ET DANS LA SEANCE DE l'aSSEMBLEE ANNUELLE 

DU 11 DU MEME MOIS. 



TITRES. 



EUROPE, 



OCV RAGES. 



Notes pour seivir a la topographic eta I'histoire 
des communes tin department de 1 Em e an 
uioyen age, par Augnste Le Prevost. l " Ijvrai 
son. Bi<h1i. in-8" de 1 33 pages Evreux, i849- 
storieal notice of the progress of the Ordnance 
Survey in Scotland. (Notice historiqiie stir les 
progres de V Ordnance Savvey en Ecosse, par 
Alexander Keith Johnston, esq.) Broc.h. in-8" 
de to pages, avec une cane Edinburgh, i85i. 

Distribution geographique des arbres en Europe, 
avec une carte forestieie de cette panic du 
monde , et un tableau des limites de vegeta- 
tion de chaque essence sur les principales 
montagnes, par M. Gand. Broch. in-8° de 
3o pages. Paris (sans dale). 

Report on the primitive inhabitants.... (Rapport 
sur les habitants primitifs de la Scandinavie, 
par le professeur Nils>on, traduit dn suedois 
par le docteur Norton Shaw. Broch. in-8°. 
Londres, 1848. 

CARTES. 

Caite ge'nerale de la France et des pajs liini- 
trophes, par le baron Walckenaer. 1 feuille. 
Paris, l85l, 

Carte physique de la Fiance etdes pays voisins, 
iudiquant l'inclinaison et les iiiegalitc's du sol, 
les divisions en regions, zones el bassins, par 
le baron Walckenaer. 1 feuille. Paris, I 85 1 

Cartes hydrograpliiques. 

N" 1244? Oarte des atterrages des cotes mendio- 



DONATEURS. 



MM. 



Aug. Le Prevost. 



A. Keith Johnston. 



Gand. 



Ba:on Walckenaer. 



Idem. 



Depot de la niarin< 



( 4*6 ) 



TITHES. 



DONATEliRS. 



nales de France, partie comprise entre le 
cap Saint-Sebastien (Espague) et le cap 
Couronne ; 
N° I2.|5, Carte des atterrages des cotes meridio- 
nales de France, partie comprise cntre le 
cap Couronne et le pbarc ile Villefranclie ; 

— I24'i, Plan du mouillage de Vado, cotes de 

Toscane (Italic); 

— 1247: P' an de Porto -Longone [ ile d'Klbe, 

Toscane) ; 

— 1248, Carte particnliere des cotes d'Espagne 

(Catalogue), partie comprise entre le cap de 
Creux et les iles des Medes ; 

— I24'l, Plan du mouillage des iles des Medes 

(las Medas), cotes de Catalngne Espagnc); 

— 1256, Plan du port d' Augusta (cote est de la 

Sicile); 

— 1257, Plan du port et des fortifications de la 

Valette, dans l'ile de Malte ; 

— 1258, Carte des golfes d'Athenes et de Nau- 

plie; 

— i25o, Carte ilea debouquements ile Syra et 

des ties Andros, Tinos , Mvkoni, Delos, 
Zea , etc., compris entre le golfe d'Athenes 
et Naxos. 

ASIE 

OVJVRAGES. 

Report of tlie secretary of tlie navy with a report 
made by lieut. W.F. Lynch on an examination 
of the Dead Sea. (Rapport du secretaire de la 
marine, avec 1111 rapport fail par le lieutenant 
Lynch sur son exploration de la mer Morte.) 
Broch. in-8°. Washington, 1 8 4 * J • 
Ca rtes lijdro<j iviy 1 h i(] ites. 

N° 1240, Plan de la riviere de Woosung; 

— 1254, Carte de la mer de Chine f ->.' feuille), 
cote orientate de Cochiiu hine ; 

AFR1QUE. 

OUVRAGES. 

Address of the managers ol the american colon i 
zation Society.. .. [Adresse des direcleurs de la 



MM. 



Depot de la marine. 



Elats-lnis p. 11 

I'intermediaire de 

M. A. Vatemare. 



Deput de Id marine. 



Etats-t nis pai lint. 
de M. A Vatemare 



417 



TITRES. 



DONATEURS. 



Societe de colonisation ainericaine au peuple 
des Etats -Unis.) Broch. in-8° dc 16 pages 
Washington, i832. 

Sketches of Liberia (Esquisses sur Liberia, 

comprenant une notice succincte de la ge'o 
graphie, du cliraat , des productions et des 
maladies de la re'publique de Liberia), par J 
W. Lugenbeel. Broch. in-8" de 43 pag. Was 
hington, i85o. 

Bemarks on the colonisation of the western coast 
of Africa... (Bemarques sur la colonisation de 
la cote occidentale d'Afrique par les negres 
libres des Etats-Unis, et ses re'sultats sur la ci 
vilisation de l'Afrique et la suppression de la 
traite des esclaves.) Broch. in-8° de 67 pages. 
New-York, i85o. 

Thirty third annual report of the american colo- 
nisation Society... (Trente-troisieme rapport 
de la Societe de colonisation americaine, avec 
les actes du corps des directeurs, et la reunion 
annuelle, i5 Janvier i85o). Broch. in-8". 
Washington, i85o. 

Exploration de la cote orientale d'Afrique, exe'- 
cutee par M. Guillain, capitaine de fre'gate, 
commandant Ic brick le Ducouedic, en 1 846, 
1847, 1848 1849. 

Bapport autographic, en i85i, de ii5 pages 
in-4°, avec une carte de l'Afrique orientale. 

Bapport commercial sur la cote orientale d'Afri- 
que, par M Loarer, capitaine au long cours, 
delegue du ministre de l' agriculture et du com- 
merce dans ['exploration du capitaine Guil- 
lain. In-4" de 247 pages, autographie en 1 85 1 . 
Cartes hydrographiques. 

N° 1241, Plan des environs de Tunis et du mouil- 

lage de la Goulette; 
— 1242, Presqu'ile d'Hhafoun (cote orientale 

d'Afrique) ; 

AMEBIQUE. 

OUVHAGES. 

Beport of the exploring expedition to the locky 
mountains (Bapport de I'exploration des 



MM. 



Etats-Unis par 
1 intermediaire de 
M. A. Vatemare. 



hit 



lde 



Le ministre 

de 1'agriculture 
et du commerce. 

Idem. 

Idem. 



De'pot 



lie la marine. 



Etats-Unis par Pint. 
deM. A. Vatemare. 



( 418 ) 



TITHES. 



montagnes rocheuses en 1842, de TOregon et 
de la Californie septentrionale, pendant les 
annees i843-i844i | >ar ' e capilaine J.-C. Fre« 
inont, du corns <!<•» ingenieurs topographes, 
sons les ordrcs du colonel J. -J. Abt-rl, chel 
du bureau topographique.) 1 vol. in-8" de 
69'i pages, nv«-c raHe9. Washington, 1 8^5. 

Tlii- history ol * >regon and California..: f Hisioire 
de I'Orcgon el de la Californie, et de.s auires 
ten nones surla cole nord-ouest de I 'Awei ique 
sepieiitrionale, accompngne'e dune vue g<"0* 
grapnique, d'une cane de res contrees, el ■ ' e 
plusieurs documents comme preuves el 1 clair* 
cissementH de I'histoire, par rVobeit'Giei nhow,) 
1 \ol. in-8" de ji)» pages. Boston, iiS^5. 

Geographical memoir upon upper Caliloruia 

( Meiiioiregeographique Mir la haute Californie 
pour servir d'eclaircissement a la carle de 
TOregon el de la Califoruie, par .1. C. Fremont.) 
Brocli. iu-8° de 67 pages, avec one cane. Was 
bington 1848. 

Report of the secretary ol ■' war (Rapport < I u 

secretaire de la guerre eommuiiiquant un rap- 
port el nne carle sur le ^Souveau-Mexiqne. fail 
par le lieuirnain .1. \V . Ahert , rlu corps topo- 
graphique.) Bioc h. in-8° de i3> p;ige>. ^ is- 
hington, 1 8 \8. 

Repoit of hon. T. Butler King..... (-Rapport de 
l'honorahle T. Butler King sur la Californie.-) 
Brocli. in-8" <lc 72 pages Washington, i85o. 

Speech of bon. Thomas J Rusk (Rapport de 

I'bonorable Thomas .1. Rusk, du Texas, sur les 
frontieres du Texas. Broch. in-8* de 1 j pages 
Washington, i85o. 

Repoit of a geologic. il exploration ... (Rapporl 
sur une exploration geologique de lova, Wis 
consin et Illinois, fane d'apres les instructions 
du secretaire de la tresorerie des Etats-Uois, 
dans I'auiomne de i84g, avec des cartes et 
des illustrations), pai I) U.Owen. Brock iu-8 
de 10,1 pages. Washington, iMjj. 

Report intended lo illustrate.. .. Rapp6rt des- 
tine .1 illuslrer une carle du bassin hydrogra 
phiquc du baut Mississipi, laile par .1. N. Ni- 



DONATKUnS. 



MM. 



Etatg'Unis pai 

I'imerincdi.iire de 
M. A. Vatemftr - *. 



Idem. 



Idem. 



Idem. 



Idem. 



Idem. 



I. In 



( H9 ) 



TITKKS. 



DONATEUEtS. 



collet pendant qu'il etail employe an bureau 
du corps des ingenieurs topographes.) Broch. 
in-8" de 170 pages* Washington, 1 843. 

Report of the secretary of war (Rapport du 

secretaire de la guerre commiinii|iiant one 
carte de l.i vallee de Mexico, d'apres les 
leve's (surveys) faits par les lieutenants Smith 
el llardca^ile.) Brock. in-8° de i3 pages. Was- 
hington, 1 84g- 

Drawings aceompanyng the Report .... (Dessins 
accoinpagnant le rapport du eapitaine T.-J. 
Cram, sur les meilleurs moyens d'ameliorer la 
navigation de la rivieie d'Ohio aux rapides de 
Louisville.) B.och. in 8°. Washington, t845. 

Congressional Directory (Direcloire congret- 

sionel pour la seconde session du Irentieme 
congres des Etats-Unis d'Ame'rique.) Broch. 
in-8" de 56 pages, avec une carle. Washington, 
1849. 

Report from the Bureau of topographical engin- 
ieers... (Rapport du Bureau des ingenieurs to 
pographes telaiifaux rivieres et ports.) Broch. 
in-8° de 57 pages. Wa.ihingtoii , 18.10. 

Third annual report (Trroisiefne rapport an- 
nuel des regents de rUuiversite. sur la condi- 
tion du State cabinet d'histoire, et de la 
collection historique et d'antiquite qui y est 
annexee.) 1 vol. in-8°. Albany, i85o. 

Report from the secretary of war..... (Rapporldu 
secretaire de la guerre comuiuniquaut ie rap- 
porlsur la carte de la route du fort Smith, 
dans 1'Arkaiisas, a Santa-Fe, dans le ]Nou- 
veau-Mexi(|iie, fait par le lieutenant Simpson.) 
Broch in-8° de 2,5 pages, avec une carte 
Washington, I 85o. 

Report of the secretary of war [Rapporldu 

secretaire de la guerre sur le levri des de'troits 
qui unisSeut les lacs Huron et Erie, ptc] 
Broch. in-8" lie 3 pages, avec une carle. Was- 
hington, 1 844- 

Report of the secretary of war (Rapport du 

Secretaire de la guerre, conloi mcmenl a la 
resolution du seuat du 3 aout 1848, deman- 
dant one carte de la vallee de Mexico, par les 



MM. 



Etats-Unis par 

l'intermediaire de 

M. A. Valernare. 



Idem. 



Idem. 



Idem. 



Ider 



Idem. 



Idem. 



M. 



( A 20 ; 



TITRES. 



DONATEURS. 



lieutenants Smith el II.irde-C.i-.tlr.) Broch. in-8° 
de 1 4 pages. Washington, 1 849- 

Letter from the secretary of war (Lettre du 

secretaire tie la guerre, transnuttant plusieurs 
rapports relatifs a la defense de la frontiere 
occidentale.) Broch. in-8" de 18 pages, avec 
une carle. Washington, 1 838. 

Report of professor Alexander D. Baehe (Rap- 
port du professeur D. Rache, suiiutendant du 
Coast-Survey, sur les progres de ce travail, 
pour 1'anne'e finissant au niois d'octobre.) 
Broch. iu-8". Washington, i85o. 

List of Light-Houses (Listc des phares, si- 

gnaux et feus floltants des Etals-Unis.) Broch. 
in-8°de 39 pages. Washington, 18 {8. 

CAIITKS. 

Cartes hydroqraphiques. 

Harbour of Sheffield island (Port de l'ile Shef- 
field et ile Kowkin.) 1848. 

Nantucket harbour. (Port de Nantucket.) 1848. 

The harbour (if New- Bedford (Port de New- 
Bedford, public en 1846, publie de nouveaul 
en i85o.) 

Month of Chester river [Embouchure de la: 

riviere de Chester (port de refuge.)] l84<). 

Harbours of Captain's island east [Ports de 

I ile Captain orientale etde l'ile Captain occi- 
dentale (port de refuge.)] 1849- 

Huntington-Bay. (Baie d Huntington.) 1 849. 

Reconnaissance of San-Andrews shoals ( Re 



MM. 



Etats-Unis par liut. 
de M. A.Vatemare. 



Idem. 



< oniiaiss.iure des has-fonds de Saint-Andrew, 
al'entree du dctroit de Saint-Andrew (Geor- 
gie), par le , sous le commandementl 

du lieutenant John Rogers.) l85o. Estpiissc 
preliminaire montrani les positions. 

Wind and current chart (Carte des vents el 

couranls de 1'ocean Atlantique septentrional,! 
par M. J. Maury, A. M., lieutenant de la ma-l 
rinedes Etats-Cnis, en f\ feuilles.) Washington, 
1848. t 

Pilot chart ol the coast of Brazil. (Carte de pilote 



Idem 

Idem. 
Idem. 



I.I. 



Idem. 
Idem. 



I.i 



i<i< 



h'21 



TITRBS, 



de la cole du Rresil, par le lieutenant 
VI.-J. Maury, lieutenant de la marine des Elats- 
Unis, en une feuille.) Washington, 1 849- 
Pilot chart of the north Atlantic. (Carte de 
pilote de I'CVean atlantique septentrional, par 
M -J. Maury, lieutenant de la marine des 
Etats-Unis, en 2 feuilles.) Washington, i 849. 

Carle < : hydrograpliiques 

N° ii55, lies Malouines on Falkland. 

OCEAME. 

Cartes h ydrot/rapIiKj ties. 

S° 1243, Carte du de'iroit de Sourabaya; 

— 125o, Carte des delroits a Test de Java (de'- 

troits de Sourabaya, Bali, Loinbok et Alias); 

— I25l, Carte de la cote nord ile Java ( de la 

pointe d'lntramayoe an detroit de Soura- 
baya); 

— 125?, Carte du passage de Carimata; 

— 1253, Carle des de'troits de Ranca et de Gas- 

par. 

I'oyagcs autour ct en divines parties du monde, 
et atlas. 

Voyage autour du monde execute pendant les 
anne'es 1 836 et 1 837, sur la corvette la Bonite, 
commande'e par M. Vaillant, capitaine de 
vaisseau. Un demi volume detextedu tome XF, 
Physique, Observations inarjne'tiques, cl 16' liv. 
de planches, Ilisloire nnturelle, Zoologie. 

Voyage en Islande el au Groenland, execute' pen- 
dant Ins annees 1 835 et i83(i sur la corvette 
la Recherche, commandee par M. Trehouart, 
lieutenant de vaisseau, publie par ordre du 
gouvernement sous la direction de M. Paul 
Gaimard. — 1 vol. II is to ire du voyage, I. XI, 
parM. E. Robert. Paris, i85o. — 1 demi-vol. 
Litterature istandaise, ii c pdrtie, par M. Xa- 
vier Marmier. — 1 vol. Zoologie et Me'decine, 
par M Eug. Robert. Paris, i85i. 



DONATF.IJRS. 



MM. 



Etats-Unis par 

[ iutermediaire de 

M. A. Vatemare. 



Depot de la marine 



Idem 



Idf 



f.h 



SS2 ; 



TITHES. 



DONATEl'RS. 



Atlas general et elementaire de I'empire de touteS 
les Hussies, pic, etc., ouvrage Part d'apres les 
observations de KAcademie de Saiut-Peters- 
bonr;;, adapte aux geographies les plus mo- 
dernes, par les sun- \m-elin et Legrand as- 
socies. Moscou, 1795. 1 vol. petit in-tolio relie 
en inaroquin ruuge. 

MELANOSIS. 

Documents sur le commerce e&teYieu r. Jan v. 1 85 1 . 

Journal ties Missions evangeliques. 

Revo,- de I'Orient. Mars I 85 1 . Paris, 1 85 1 - 

Journal d' education populaiie. Janvier i85l. 

Bulletin special de Pmsiitutrice. Aviil 1861, 

Report of' ilic secretary of ilie navy.. .. [Rapport 
du secretaire de la marine, CQininuniqiianl mi 
rapport sur le plan et la construction du depot 
descaites et instruments, avec uue description 
desdits instruments, etc) Brocli. in-8" de 
77 page*. Washington, i8.j5. 

The amerioan Journal of science and arts.... 
(Journal americain des sciences et des arts, 
dirige par MM. les profe-seurs R. Silliman, 
B.Silliman junior, et James D. Dana.) 2" serif, 
amice i85o. 6 livraispns in-8" (parait tons les 
deux niois) New-Haven, i85o. 

The american quarterly Register and Magazine, 
dirige par James Stryber. 3 vol. iu-8", demi-re- 
liure. 1'hiladelphie, 18/(8-1849. 

Nuovi ele 11 di geografia (Nouveaux c'le; 

ments de geographic-, essai dune description 
generate de la terre,, par Adrieq et Euge e 
de Rall>i.) Partie 1", Europe. 1 vol. in, 18 
de i53 pages. Turin, ■ 85 . 

Dell acqua (De I'eau potable a Turin, pai 

M. G.-F. BarufK.) Brocli. m ta <\i- 7 pages. 
Tu.in, 1 85 1 . 
Notice necrologique sur Jacques-FrangQis, h iron 
Roger,, du Loiret. par K. Saint-Mam ici t.i- 
bany. Broch. in 8°, avec portra t. I'ai i-. i85o. 
Extraii des tr.ivaux de 1 1 Socie'te cenlrale d'agri* 
culture du department de la Sri uvlnlVi ii ure. 
4* trimestrede I'annee i85n. 



MM. 

Le prince 
Emmanuel Gahttin. 



Le ministre de I'aer. 

et du coinnieice. 

Les edileurs. 

Idem. 

Idem. 

Idem. 

Etats-Unis par 

riuteriueduiiic de 

M. A. V ait-mare. 



Silliman et Dana. 

par 1 intei uie liaire 

de M. A. Valeniai e. 



Les edileurs. 

Adiien Balbi. 

Idem 

Kuijei 

l.i - edileurs. 



m 



TITRES. 



Sur les nouveaux engrais concentres ilu com- 
merce Rouen, 1 8 5 i . 

Magnetical and meteorological observations 

(Observations magnetiques et mete'orologiques 
faites a Washington d'apres les ordres de I ho- 
norable secre'taire d'Etat de la marine, par le 
lieutenant J. -M. Gilliss.de (a marine desEtats- 
Unis.) i yeLin-8°. Washington, 1845. 

Astronomical observations... . (Observations as- 
troiiomiqlies faites a l'Observatoire naval de 
Washington, d'apres les ordres de 1'hoTiq- 
ralile secretaire de la marine, par le lieute- 
nant J. M. Gilliss, de la marine des Etats- 
Unis.) 1 vol. in-8". Washington. 1 S 4 ( ' - 

Determination of the latitude [Determination 

de la latitude (u>ti/i zenith and eijual altitude 
Telescope.)] Rroch. in~4° de 1 5 pages. Was- 
hington, 1848. 

Abstract Log.... (Tables nantiques abrege'es a 
1'usage des navigateurs amerieains. preparees 
sous la direction du commodore Lewis War- 
ington, (lief ilu bureau (bureau of ordonnance) 
et d'hydi ographie , d'apres les ordres de I'ho- 
noraLle John Y. Masson, secretaire de la ma- 
rine, par le lieutenant M. F. Maury.) Broch. 
in-4 . Washington, 1848. 

Notice to mariners (Notice pour les marins, 

par le lieutenant M -F Maury, de la marine 
des Efats-Unis, a I'Observnt'jire national a 
Washington.) Broch. in-ij". Washington, 1 8^8 

Documents iuedits sur I lustoiw de Fiance. — Pa- 
piers d'Etat du cardinal Granvelle, t. VIII, 
1 vol. in-4°. Paris, i8.5o. — Coirespoiulance 
administrative sous le regne de Louis XIV, 
t. II, 1 vol in-4°. Paris, i85i. — Recueil des 
monuments de I'histoire du Tiers-Ltat, t. I, 
I vol. in-4° Paris, 1 85o. — Cartulaire de 
l'eglisc de Nolre-Dame de Paris, t. I, II, III, 
IV. 4 vol.in-4 . Pans, i85o. 

Journal of the royal geographical Society of 
London, ll c pat lie du tome XX 1 85 1 . 

Journal of the Church Missionary Intelligencer, 
numeios de mars et avril 1 8 5 I . 



DONATEURS. 



MM. 

Les editeurs. 

Etats-TJnis par 

linleimediaire de 

M. A Valemare. 



Ide 



Ide 



Idei 



Idem. 



Le ministre 

de {'instruction 

puhltque. 



Les editein j. 
Idem. 



( kU ) 
ERRATA 

Dli BULLETIN DK MABS I&5I. 



Pagea4°5 "°'P ? I'll'"' '5. ./'( //cm de Orabauis-Town , Use: Grahams- 
Town. 

Page i?>~, ligne a. Au licit tie il <!it, lisez il fut ilit. 

M^ine page, ligne r). ^u /i'eu de alhrine, lisez assure. 

Page 272. La ligne 7, annoncanl dcs cartes, avail ete supprimee sur 
I'epreuve; c'est par erreur que l'imprimeur I'a Iaiss.ee subsisler. On 
pent, au surplus, consulter ces carles, dont nous ajpurnons ia B11- 
lilicaiinn, dans It* Church Missionary Intelligencer, 1 S/Jf)- 1 8.I0. 

Page 275, liyne 4- Au lieu de les, lisez ces. 

Page 283, ligne 12. Au lieu </<- rousse, lisez rouge. 



BULLETIN 



DE LA. 



SOCIETE DE GEOGRAPHIE. 



MAI 1851. 

NOTICE ANNTJELLE 

DES 

PROGRES DES SCIENCES GEOGRAPHIQUES 

ET DES 

TRAVAUX DE LA SOCIETE DE GEOGRAPHIE, 
Pendant les annees 1849 et 1850, 

PAR M. DE LA BOQUETTE, 

Secretaire general ile la Commission ceuUale. 



DEUXlliME PARTIE. 

Je viens de vous faire connaitre, messieurs, ce que 
la geographie a du a noire Societe en 1849 et 1850; 
je vais vous presenter maintenant l'expose des travaux 
geographiques eiTectues ou simplement projetes pen- 
dant les metnes annees sur chacune des divisions des 
parties du monde, que ces travaux soient l'ccuvre de 
nationaux ou d'elrangers. 

Jc commencerai par l'Europe, et la France sera na- 
turellement la premiere des divisions dont je m'occu- 
perai. Je ne parlerai en ce moment que de la France 
proprement elite , renvoyant ce que j'aurai a dire sur 
l'Algerie et sur les autres dependances ou colonies 
I. mai. \. 29 



( 426 ) 

i'rancaises lorsqu'il s'agira ties parties <lu mondc dans 
lesquclles elles sont situecs. Je suivrai la memo m£- 
tbode pour les different! fctats curopeens; I'ordre gd'o- 
grapbique me servira seul de guide. 

II ROPE. 
FRANCE. 

NtCROLOGIE. 

Dans la premiere partie de mon rapport, je vous ai 
entretenus des membres de la Societe et des corres- 
pondants Strangers que la morl nous a enleves pen- 
dant les annees 18/19 et 1850. 

Pour reparer maintcnant unc omission que je rc- 
grette, je vous rappellerai que nous avons perdu, le 
7 mai 1850, un de nos correspondants perpeluels, 
M. Frederic Dubois de Montperreux, deja bonorable- 
ment connu des 1830 dans le monde savant par sa 
Conchyliologie fossile, qui avait fonde sa reputation 
comme geologue, lorsque la Societe de geographie lui 
decerna en 1838 une de ses medailles pour son beau 
travail sur le Caucase et les pays voisins. Je n'en dirai 
pas davantage en ce moment sur eel homme si dis- 
tingue, l'une des gloires de la Suisse, me proposant 
de lui consacrer dans le procbain Bulletin une notice 
speciale que j'ai deja preparee. 

Un Francais, ayant succombe dans la force de l'age, 
viclime de son amour pour la science geograpbique, 
m'a sembl6 meritcr de vous etre egalemenl signale ; 
quoique sa mort precede de plusieurs annees 1849, el 
qu'il ne soil connu que par un seul ouvrage, auquel 
il n'a meme pas eu le temps de mettre lui-meme la 



( 427 ) 
derniere main : je veux parlor d'Adrien Guiberl, au- 
teur d-'un Dictionnaire gcogvaphique et stalistique, qui 
porle son num. i\e a llennes en 1805, Adrian Guibert 
monlra des sa jcunessc de granules dispositions et beau- 
coup d'ardeur pour l'elude. Apres avoir suivi la car- 
riere medicale, il fut oblige, pour se procurer des 
moyens d'exislence, de dormer des lecons particu- 
lieres. II fit, avec un de ses cleves, un voyage en An- 
gleterre, ou il resta un an ; il vint a Paris, montra un 
denouement extreme a l'epoquc du cbolera, et fut place 
a la section geograpbique de la Bibliotbeque royalo. 
Sacbant bien l'allemand, l'anglais, 1'espagnol et d'au- 
tres langues modernes, il put profiler de sa position 
pour puiser avec facilite , aux sources originales, de 
nombreux materiauxrecueillis avec discernement pour 
la com] osition d'un Dictionnaire geograpbique et sta- 
listique, qu'il se proposait d'entreprendre. Surcbarge 
d'occupations, ct presse de terminer ce travail, le jour 
il travaillail pour la Bibliotbeque , les soirees et les 
nuits elaienl donnees au Dictionnaire. Ce Iravail ex- 
cessif avait altere considerablement sa sanle, lors- 
qu'en 48ZI0, ayant assiste par un froid Ires-vi! a la 
ceremonie de la translation des cendresde Napoleon, 
il prit les germes du mal qui le mina pendant trois ans 
et demi, el l'enleva enfin en 18/13 aux sciences geogra- 
pbiques. 

Six livrai.sons sur douze, dont le Diclionnaire , qui 
etablilla reptilalion de Guibert, est compose, ontparu 
de son vivant; il a laisse des materiaux pour le reste, 
dont M. Desenne, son continualeur, a fait un bon em- 
ploi. Son ouvrage se distingue de lous les autres du 
meme genre par imo nettete, une concision, qui out 



( 428 ) 

permis d'introduire clans une page deux ou trois fois 
plus de maliere que par le mode ordinaire. Les abre- 
viations contribuenl encore a cc resultal. Ln autre 
avantngc du Dictionnairc de Guibert, est de donner 
tous les noms de lieux suivant l'orthographe du pays, 
avec les renvois necessaires , et surlout une rare exac- 
titude. 

OBSERVATIONS g£n£r.\LKS. 

Deux grandes, deux savantcs institutions publiques, 
le depot des cartes el plans de la marine et le depot de 
la guerre, se consacrent plus specialcment dans noire 
pays a des travaux de geographic generate. Le premier, 
place sous les ordres du chef du departement de la 
marine, apres avoir termine en 1838 l'hydrographie 
des cotes de la France sur l'Ocean , si bicn commencee 
sous la direction du savant et venerable Beautemps- 
Beaupre, a termine en IShQ ses eludes sur les cotes de 
la Mediterranec, nominee souvent le lac francais, etc. 
Le second, dependant du ministere de la guerre, a fait 
mieux connaitre l'interieur de la France, en compl- 
iant et enperfcctionnantgraduellementlacarte dressee 
par ordre du gouvernement. De meme que le depot de 
la guerre, celui de la marine ne borne pas ses travaux 
a la France proprement elite : l'Algerie et les diderentes 
colonies sont l'objet de ses investigations, qu'il etend 
en outre a tous les lieux que visitent nos marins; par- 
tout, en un mot, ou le pavilion de l'Etat et celui du 
commerce peuvent avoir a se deploy er. 

11 est encore d'autrcs institutions publiques, outre 
les deux que nous venons de menlionner, Idles que 
l'adniinislration des ])onts et chaussdes et colle des 



( 429 ) 

mines, rentrant clans les attributions du ministere des 
travaux publics, qui contribuent ;'i ameliorer succcssi- 
vemcnt la geograpbie de la France, en ce qui concerne 
leur specialite , tandis que de leur cote les ministeres 
de la marine, du commerce, de l'inslruclion publique, 
de l'intericur et des affaires etrangeres, provoquent et 
encouragent des explorations speciales et lointaines, 
dont ils font ordinairement tous les frais, dans des 
buts differents, mais tous utiles, agrandissant a l'ex- 
terieur le cercle des connaissances geograpbiques, et 
rend ant ainsi plus large la part de notre patrie dans 
les progres qu'elles ont faits. Ajoutcz a cela les travaux, 
pares il est vrai , des particuliers qu'anime l'amour 
desinteresse de la science on le desir de se faire un 
nom. 

UYDROGRAPHIE. 

Depot de la marine. — Les travaux hydrographiques 
du depot de la marine peuvent, a quelques exceptions 
pres, se diviser en travaux exterieurs et en travaux intc- 
rieurs, et les premiers comme les seconds se subdiviser 
en travaux relatijs a la France proprement (lite, en tra- 
vaux concernant VAlgerie et les colonies francaiscs, et 
enfin en travaux concernant les autres pays. 

Travaux hydrographiques exterieurs relalifs a la 
France proprement elite et a ses dependanccs. — Pendant 
les annees 18/i9 et 1850, le depot de la marine a cle 
force, par suite de la limitation de son budget, de rcs- 
trcindre ces sortcs de travaux. II a pu cependant, avec 
lc peu de funds qui lui etaient alloues, faire la verifi- 
cation de deux points des coles de France, l'embou- 
cburc de la Loire et la rade de Cberbourg. Des cbange- 



( m ) 

monts notables oot ete reconnus clans le premier dc 
ces points par i\l. dc la jWlie-Poncie, ingenicur livdro- 
graphe, charge specialemeni de ce travail; quant a la 
radc de Cherbourg, la reconnaissance qu'un autre in- 
genieor-bydrographe, M. Dortet de Tessan, en a I'aite, 
et qui rappollc les eludes si parfaitefi de M. le lieute- 
nant-colonel Fosse, a servi a constater que les travaux 
executes n'avaient apporle aucuu cliangcmcnt notable 
clans le brassiage. 

Les tretvaum hydrographiquet interieura du depot de la 
marine se resument tous , en definitive, en confection 
et publication do cartes hydrugraphiques se rappor- 
tanl, les uncs a la France proprement elite, les autres 
a l'AJgerie et aux colonies franchises, et enlin aux pays 
etraogers, aiosi qu'en confection et publication d'nu- 
\ rages relatifs a ces divcrses contrees et d'oenrages ge- 
neraux, et en calculs des travaux executes, instruc- 
tions, etc. 

CARTES IIYDR0GRAPHIQUES. 

Je mcnlionnerai d'abord la premiere fcuille de la 
Carte generule dc In met Meditermnee, la seule qui ait 
paru depute le 1" Janvier 1849, el qu'on doit a 
M. Daussy, hydrographe en chef de la marine, quoi- 
cju'ellc comprenne quelques portions des cotes d'Es- 
pagne et d'llalie, de Tripoli el de Tunis, parce qu'clle 
s'eteud sur une partie des coles de la France propre* 
nn nl elite, sur la Medilorranei- 

Puis la Carte partkiiliere des totes efa France ct d'Eg* 
ptigne ( Pvrenres-Oi telltales el Catalogue), comprises 
i .nlre Caiict et le cap de C.rcux, en 1 fcuille; el la ( 'arte, 
en '1 feuilles, des atterrages des cotes maidionalcs dc 



( 431 ) 

France, parlies comprises entre le cap Saint-Sebastien 
(Espagne) et le cap Couronne, et enlre ce dernier cap 
et le pbare de Villefrancbe, dues aux ingenieurs-by- 
drographes ci-apres, savoir : la premiere, en feuille, 
a MM. le Bourguignon-Duperre' , Begat et Lieussou ; et 
la secondc , en 2 feuilles, a MM. le Bourguignon-Du- 
perre\ Begat, Ledo et Boutroux. 

Aux cartes hydrograpbiques concernant la France, 
emanees du depot de la marine, je dois ajouler une 
Carte hydro grixphique de la France, presentant V ensemble 
des voles navigables et des chcmlns de fer, dressde en 
1828 au ministere des travaux publics, rectifiee et 
completee en 18A9, en 12 feuilles aigle; une Carte de 
V emboncl i ure de la Glronde et du pertuis Breton, d'An- 
tioche et de Maumusson, que M. Bobiquel a publico 
en 18/|9, qui pent servir a l'etude des grands et remar- 
quables travaux entrepris sur les cotes du Medoc contre 
les envabissements de la mer; et pour terminer ce qui 
concerne I'bydrographie, je citerai encore un ouvrage 
d'une baute utilite et fait consciencieusement, X An' 
nnaire des marees des cotes de France, redige par 
MM. Cbazalon et Lieussou , ingenieurs-bydrograpbes 
de la marine, qui le publient cbaque annee, en un 
volume in-18. 

CARTES GEOGRAPHIQUES. 

Depot de la guerre. — Les principaux travaux exe- 
cutes dans cet etablissement national pendant les an- 
nees 1849 et 1850, et qui doivent seulement nous oc- 
cuper ici, sont relalifs a la Nouvelle Carle de France. 
Nous avons deja dit que e'est en traitant de l'Alrique 
que nous parlerions de ce que le depot de la guerre a 



( 432 ) 

fait en Algerie ; par le meme motif, nous ne dirons 
ricn aussi en ce moment de ce qu'il a entrepris pat 
exception sur le nouveau royaumc de Grece. 

§ I. Caute du France. — Travaux geodesiques. — 
Les operations geodesiques du premier ordre sont ter- 
minees depuis 1845. Dans le cours des annees 1849 et 
1850, celles du second ordre, portees dans le midi de 
la France, ont etc terminees sur toute la frontiere d'Es- 
pagne et le littoral de la Mediterranee jusqu'au dela 
dc Toulon. Voici la situation actuelle de la geodesie : 
sur le nomine total des feuilles de gravure de la carte 
au 80 000°, qui est de 258, cquivalanl a 208 feuilles 
pleines, 2Zi5 numeros ou 199''' 1 "" ,75 pleincs, sont trian- 
gulees; il en restc 8,25, ou 12 numeros dans la region 
des Alpes, dont une partic va etre entrepri.se en 1851. 

Travaux topograjj/iiques. — Pendant les annees 18/I9 
et 1850, les travaux topographiqut s ont etc executes 
dans les depaitements des Landes, de Lot-et-Garonne, 
Tarn-ct Garonne, Gers, Haute-Garonne, Ariege, Aude 
ct Pyrenees -Orientales. Les leves actuellemenl ter- 
mines couvrent une superficie de 177 fc '"" f 75 pleines, 
reparlie sur 216 numeros. II restc a lever 30 r,l ""-,25 
pleines. En 1851, les travaux vont etre portes dans le 
sud-oucst de la France, dans les departements des 
Landes, des Basses-Pyrenees ct des Hautes-Pyre- 
nees. 

Gravure ct publication. — Pendant le cours des deux 
annees dont nous nous occupons, le depot de la guerre 
a publie les 13 c et 14 e livraisons de la carte au 80 000 p ; 
la 13°, composee de 10 feuilles, savoir : lie d'Ouessant, 
Avranches, la Fleche, Belle-Ile, Ghateau-Ghinon, iNa- 
poleon -Vendee, Niort, Poitiers, Montlucon, Iloanne; 



( Zi33 ) 

la lli e , de 12 feuillcs, savoir : Ploughernau , Pont- 
Labbd, Quibcron, Nantes, Fontenay, Aigurande, la 
llocbelle , Saint-Jean-d'Angely, Confolens , Gannal, 
Saintes et Lesparre. Le nombre des feuillcs publiees 
jusqu'a present est de 142 sur 258; elles formcnt unc 
superficie de 112 feuilles pleines sur 208; 55 nu- 
meros formant 51 feuilles pleines, sont a la gravui'e, 
et 5 d'entre elles, formant la 15° livraison , pourront 
etre publiees vers le milieu de 1851. 

Carte au 320 000 c . — Le depot de la guerre s'occupc 
d'une carle, au 320 000 6 , en 32 feuillcs, reduite de celle 
au 80 000% et qui sera a cette derniere ce que la carle 
de Gapitaine est a celle de Cassini. 

Autographies des departements. — Pendant les annecs 
18Z|9 et 1850, le depot de la guerre a fait autographier 
les cartes des departements des Vosges et du Calvados, 
et completer l'autograpbie de Saone-et-Loire. 

En ce moment, trenlc departements sont ainsi au- 
tograpbies , et douze sont susceplibles de l'etre. Ces 
cartes, qui renfermenl un plan du cbef-lieu a l'ecbelle 
du 20 000° et des tableaux stalisliques, sont principa- 
lement destinees a satisfaire au besoin de l'adminis- 
1 ration departementale. 

Autagraphie par quart de feuille. — Dans le but de 
livrer au public a des prix tres-moderes les diverses 
parlies de la Carte de France , le depot de la guerre 
va tenler, sur le department du Loiret, un essai qui 
consistera a en publier l'autograpbie par feuilles d'une 
petite dimension egale au quart de celle de la gravure, 
et qui pourront etre livides au public a raison de 0",75 
la petite feuille, cc qui mettrait la grande a 3 francs. 

Les travaux carlograpbiques du depot de la guerre 



( Mi ) 
servant do module cl etant generalement rcpioduits 
par d'aulres administrations ct par des parliculiers, on 
n'a pas besoin de les recommander aux geograpbos, 
qui feront bion <.\i' consullcr en memo temps ceux des 
ingenieurs des pouts el cbaussees et des mines. II est 
a re-iettcr que, par suite d'un vole un peu rigoureux 
de rAsseinblre nationale, l'administralion des mines 
ne donne mainlenanl que tous les deux ans les comples 
rcndus des operations des ingenieurs, qui elaient tou- 
jours accompagnes de bonnes carles et renfermaient 
en outre des documents precieux dont s'enricbissait la 
geographic de la France. La dorniere publication de 
cette administration, Trtivaux statistiqu&s sitr /cs uiines, 
accompagnes de cartes, quoique avant pourtant le mil- 
lesime de 1SZ|9, se rapporte a 1'annec I84S. 

Le depot des fortifications a fait aussi parallre en 
18Z|9 une carte de France pour le service du genie: 
eVst la reproduction de celle du depot de la guerre, 
avec des divisions et des annolations speViales. 

Ln grand noinbre, un trop grand nombre de carlo- 
gra plies onl dessine ct publie, pendant les annees 
18/|9 et 1850, des cartes de la France en general et de 
ses il^partemenls en particulier, ainsi que des plans 
de ses principals villcs ; mais ce ne sont guere que des 
reproductions 011 des reductions des cartes du depot 
de la guerre , qu'on n'a meme pas toujours eu la sa- 
gessc de copier exaetement. II en est peu, je le dis a 
regrcl, qui meritent des eloges. L'esprit mercantile, le 
desir, le besoin de produire a bon marcbe , sont sans 
(ioute une des principales causes de celte inferiorite. 
Les Brue, les Lapio, sont rares aujourd'bui ; ceux qui 
devraient ct pourraienl marcber sur leurs Iraces au- 



( A35 ) 

raient besoin d 'encouragements, qu'ils n'obtiennent 
pas. 

Parmi un petit nombrc d'exceptions, j'ai a si- 
gnaler : 

La Carte da premier royaume de Bourgogne, avec un 
commentaire stir Vetendue et les frontieres de cet Etat, 
d'apres les vingt-cinq signatures episcopates du concile 
d'Epaone en 517, par M. Roger de Belloguet, extraite, 
en 1849, des Me/noires de W'tcademie des sciences de 
Dijon pour 184 7- 1848. 

L 'Atlas historique de la France, publie a Paris en 
1840, format in-fol., dont l'autcur est M. Duruy, pro- 
i'esseur d'bistoire de l'Univcrsite. Ucomprend 15 cartes, 
gravees sur acier, qui representent les limites politiques 
de la France aux differentes epoques de son bistoire, 
et est accoinpagne d'un volume de texte. C'est un bon 
travail qui facilitera, dans nos etablissements d'in- 
struction publique, l'elude de notre histoire natio- 
nale. 

La suite de la grande Carte topographique du depar- 
ternent du Rhone, par cantons, dressee et gravee par 
E. Rembielinski, 1849-1850. 

L' Atlas general de la ville de Paris, de Jacoubet, 
dont une seconde edition en 54 feuilles aigle se publie; 
3 seulement avaient paru en 1850. 

Carte geologique du departement des Vosges , au 
80000% Elle a ete publiee a Paris en 1850 par M. de 
Billy-, ingenieur en diet' des mines de Strasbourg, 
d'apres la carte du depot de la guerre. 

Carte geologique des nwntagnes des Maures et de 
r ' Esterel [departement du Var), par M. II. Coquand , 
professeur a la Faculte des sciences de Besangon : la 



( 430 ) 

Soeiele geologique de France l'a jugee dignc de figu- 
rer dans ses Memoires, a l'appui d'un travail dc l'au- 
tcur. 

Jc pourrai ajouter a ces citations : la Carte du depar- 
tetnent des Basses-Pyrenees t par arrondissements, quo 
son auteur, M. Perrot, a fait paraitre en 1S49, el re- 
faite en 1850; la Carte da departement de la Gironde, dc 
M. Pagnan (18/i9) ; les Plans de Bordeaux, en 2 grandes 
feuilles, et de Chartres , en 1 feuille, le premier du a 
M. Picrrugues, et le second a M. Mitrot; enfin, celui 
de la forel et de la vallee de Montmorency, que M. Pon- 
sin a donne en 1850, en 1 grande feuille; et quclqucs 
bonnes cartes d'arrondissemenls et de cantons. 

J'ai appris en outre : 

a. Que M. Juncker, ingenieur en chef des mines du 
departement de la Seine, fait exdeuter a une grande 
echclle, d'apres les ordrcs du conseil general de ce 
departement, un Alias souterrain, qui est termine en 
cc qui concernc la ville de Paris , et qui doit s'etendre 
a tout le departement. L'objet de cet atlas est de faire 
connaitre exactement les vides resultant des ancienncs 
exploitations sous Paris et les environs, el de les rap- 
porler a la surface du sol. 

b. Que M. le colonel directeur des fortifications du 
departement de la Seine a l'intcnlion de publicr, 6ga- 
lement sur une grande dchelle, une carte dc cc depar- 
tement, dormant, avec beaucoup de details, les r6sul- 
tats des nivellcments fails lors de la construction des 
forts. 

Et enfin : 

c. Qu'une carte du departement dc la Seine, a 
l'ecuelle du 20000°, levee par ordredu conseil general, 



( A37 ) 

sous la direction de M. de Serihet, ingenieur en chef, 
directeur du service des ponts ct chaussees dans ce 
departement, est en voie d'execution, et sera proba- 
blement terminee avant la fin de l'annee 1851. 

Je regrette de ne pouvoir que mentionner ici, sans 
entrer dans aucuns details, les deux belles cartes de 
M. le baron Waclkenaer, la Carte de France et pays 
limitrophes completee en 1851, et la Carte physique de 
la France retouchie la mime annee; les dates cities en 
font connaitre le motif. 

OUVRAGES GEOGIUPHIQUES. 

Parmi les ouvrages ayant quelques rapports a la 
geographie de la France, qui ont ete publies depuis le 
1" Janvier 18/it), on doit distinguer : 

La Description generate et particuliere du duche de 
Bourgogne, precedee de 1'abrege historique de cctte 
province, par M. Courtepee, imprimee d'abord a Di- 
jon de 1774 a 1788, et dont une seconde edition, 
augmentee de divers memoires et pieces, a paru a Paris 
en 18Z|7-18Zi9. II y a longtemps que Ton attendait la 
reimpression de ce livre, dont le titre suffit pour le re- 
commander aux yeux des personnes qui s'occupent 
d'histoire; il est considere comme le meilleur qui 
existe sur la Bourgogne. Pour en faire apprecier le 
merite, je me bornerai a dire que le Journal des sa- 
vants (mai 1850, p. 312) assure a qu'aucun ouvrage 
ne presente, dans un cadre aussi heureusement choisi, 
autant de renseignements bistoriques, geographiques 
et stalisliques sur cbaque localite d'une des grandes 
divisions de la France. » 

Notes pour servir a la topographie et ii fhistoire des 



( /j3S ) 

communes du departement de I 'Lure au mayen age, par 
M. Augusle le Provost (membre dc 1'InsliUil). Evreux, 
imprimeric d'A. Herissey. IS/iO. Le premier cahier dc 
ces notes, rangces par ordre alphabeliquc de com- 
munes, el qui ne sunt encore arrivecs qu'au commen- 
cement de la leltre B [Berengei>ille) t Ic seul encore 
public, forme une brochure de 133 pages grand in-8°; 
elles temoignenl la grande erudition el l'immense per- 
severance de rauleur, qui n'a neglige aucun soin pour 
etendre le plus possible ses recherches. Dans celte 
ceuvre de patience et d'erudilion , digne des anciens 
benedictins, et ayant une cerlainc importance au point 
de vue geographique, M. le Provost recherche l'origine 
et la position lopographiqiic du moindre hameau, 
chateau, village; il les suit pendant les sieclcs histo- 
riques , en indiquant leurs cliangemenls dc nom, de 
juridiclion, etc.; il entre meme dans iles details de con- 
figuration du sol el d'archeologie. On assure que 1 au- 
teur a deja prepare son introduction, dans laquellc il 
fait sans doule connaitrc le plan qu'il a adoptc; inais, 
quel que suit ce plan, a en juger par ce qui csl fait, 
il sera tellement gigantcsque, qu'il est fort a craindre 
que la vie d'un hoznmc puisse sufiire a lc remplir com- 
pletement. 

Statisti(jue generate de la I ranee (induslrie), rinn- 
posoe d'apres les ordres et aux frais du ministcrc dc 
l'agriculture et du commerce. Lc lioisicnie volume a 
ete public en 1850, format in-fol., et je sais que le 
quali ieme etait en coins d'impression a la iin de ladite 
annee. ('.'est mi resume des documents officiols sur 
l'ctat de la France, reunis ol classes dans cc departe- 
ment. 



( 439 ) 

Un autre ouvrage sur le meme sujet, reste encore en 
manuscrit, etdii a un parliculier, est la Statist/ 'que gene- 
rale methodique de la France comparee aux autres grundes 
puissances de VEurope, dont l'auleur, M. Scbnitzler, 
connu par d'importants travaux sur l'empire russe , a 
oblenu le prix de 18/17, accorde en 1850 par 1'In- 
stitut. 

Histoire des gra rides Jorets de la Gaule et de Vancienne 
France, precedee de recherches sur l'bistoire des forels 
de l'Angletcrre, de l'Allemagne et de l'ltalie, et de con- 
siderations sur le caractere des forels des diverses par- 
lies dn globe; par M. Alfred Maury, sous-bibliotbeeaire 
de rinslitut. Paris, Leleux, 1850. 1 vol. in-8°. Get 
ouvrage est, suivant le Journal des savants ( pullet 1850, 
p. 4/|5), la reproduction d'un premier travail qui avail 
paru sous le titre de Reclicrches historiques et geogra- 
phiqucs sur les grandes jorets de la Gaule et de Van- 
cienne France, auquel l'Academie des inscriptions el 
belles-lettres accorda en 4 8/i9 une nienlion hono- 
rable, mais qui a ete considerablemcnt augmenle et 
ameliore. 

Description geologique du littoral de la France, par 
M. Constant Prevost. Cost plulot 1'annonce d'un grand 
ouvrage, dit 1'auteur lui-meme, depuis longtemps pre- 
pare, mais qui reste a metlre en ceuvre, qu'un memoii e 
definitif qu'il soumet a l'Academie. II contienl VUude 
des cotes depuis 1'emboucbure de la Somme jusqu'a la 
pointc nord du Golentin. J'ignore s'il a ete public; il 
est annonce dans les Comptes rendus de I'- 'Academic des 
sciences, 

Geographie physique, politique, /listorique, archeolo- 
giquc, agricolc, eornmerciale et industriclle du departe- 



( 440 ) 

merit dc la C/iarente, precede e d'un precis de I'/iistoire de 
I'Angoumois, par M. Marvaud, professeur. Angouleme, 
1850. In-12 de 252 pages. 

Forage arckeologique dans 1'Orleanais, fait en 1849 
et 1850, parM. Auguste-Jean-Marie, baron rle laPylaie, 
membre des Socieles des an tiqu aires de France, de 
geograpbie, etc., avec plancbes et cartes executccs par 
l'auteur. Cet ouvrage, qui est encore en manuscrit, 
formera un fort volume in-8°, et sera accompagne" de 
vues, de plans, etc. L'auteur, dont les connaissances 
sont lres-vari6es et le zele infatigable, a deja publie il 
y a quelques annees, en 1 vol. in-8°, des Etudes ar- 
cheologiqv.es, melees d * observations et de notices diverse* , 
accompagnc d'une carte arcbeologique presenlant la 
partie occidentale de la Gaule Celtique et la partic 
nord de l'Angleterre , etc., et d'un grand nombre de 
plancbes, de caracteres et de vues pittoresques. 

II a ete public en 1850 quelques voyages dans les 
Pyrenees; mais ils ne me semblent pas meriter une 
mention speciale. 

Annua ire meteorologique de la France pour 1849, 
avec notes scientifiques et series met^orologiques; par 
MM. Hatgbens, Ch. Martins etBe"rigny; avec des notes 
scientifiques de MM. A Bravais, J. Delcros , etc., etc. 
Cost en 1849 que cet annuaire, si intdressant pour la 
France, a commence d'etre publie a Paris, en 1 vol. 
grand in-8°, avec des cartes. II a ete continue en 1850 
par les memes savants et sous le meme format. Dans 
l'une des cartes jointes a 1' Annuaire pour 1850, M. Mar- 
lins a trace les six regions climalologiques dc la France, 
et a publie ensuite a part cc qui concerne les climats 
sous ce litre : Des climats de la France et de leur influence 



( 441 ) 
sin- son agriculture et le genie tie ses habitants-. Paris, 
1850. In-8°. 

Annua ires des posies pour 1849 et pour 1850. Paris, 
in-1 '2. Quoique cet ouvrage soit annuel et en apparence 
de peu d'interet, il est d'une importance reelle paries 
details officiels relatifs a la popuation , au syslteme 
administratif, aux routes, etc. 

ANGLETERRE. 
NliCROLOGIE. 

Parmi les geographes et les voyageurs eminenlsque 
le Royaume-Uni a perdus dans le cours des annees 
1849 et 1850, et dont les noms sont parvenus a ma 
connaissance, je citerai E. B. Kennedy, voyageur in- 
trepide, qui, en 1850, a ete assassine dans l'Australie, 
qu'il avait visitee en explorateur experiments ; etle ca- 
pitaine de la marine royale, Owen-Stanley, connu par 
de lions travaux hydrographiques. 

C'est l'annee precedente (1849) qu'est mort un autre 
voyageur anglais, le reverend Rae Wilson , qui a par- 
couru et decrit tour a tour la Palestine, la Russie , la 
Norvege. 

RENSEIGNEMENTS GENEHAUX. 

De meme qu'en France, deux institutions du gou- 
vernement, V Hydrographical- Office (bureau hydrogra- 
phique) et V Ordnance ou Government -Survey, sont 
chargees officiellement, dans les royaumes nuis de la 
Grande-Bretagne et de l'Irlande, de lever, l'une, les 
cotes. maritimes de cet Etat, el l'autre ses parties inle- 
rieutes, et loutcs deux d'en dresser el d'en publier des 
carles. Leurs travaux sonl executes avec la perfection 
i. mai. 2. 30 



( 442 ) 

qu'on est en droit d'allendre d'officiers habiles et 
liien dirigcs, ay ant dc puissanls moyena a leur dispo- 
sition. 

L' Hydrograplucal -Office, place sous les ordres des 
lords de 1'amiraute , n'ayant pas, comme en France, 
un corps special d'ingenieurs-livdrograplies, fait ex6- 
cuter les travaux qui lui sont confi^s principalement 
par des officiers de marine; il est en ce moment sous 
la surintendance de l'amiial sir Francis Beaufort, hy- 
drography royal. Et de memo qu'en France, c'est sous 
l'inspeclion de X Hydrographical-Oj<ice que se font lous 
les le\6s hydrographiques , non - seulement dans le 
Royaume-Lni, mais dans les dillerentcs parties du 
monde. 

Quant a X Ordnance on Government-Suivey , dont le 
chef superieur est le Master general of the Ordnance, 
titrc qui correspond, je crois, a noire ancien grand 
maitre de l'artillcrie, il depend du departement de 
l'arlillerie, et emploie surtout des ofliciers du genie. 

Je ne parlerai d'ahord que des travaux executes 
dans et sur le Royaume-Lni propremenl dit et scs de 
pendances en Europe, renvoyant a trailer a leur place 
geographique des ouvrages et carles public > sur les 
possessions anglaises el sur les autres pays silues dans 
les autres parties du monde. 

TRAVAUX ET CARTES HYDROGnAPHIQlES. 

Quoiquc I'liydrographie de l'Angleterre propremenl 
dite et de l'lrlaiule n'ait pas etc negligee pendant les 
deux dernieres annees par les olliciers de la marine 
royale, c'est principalement des coles d'Ecossc que 



( m ) 

le bureau hydrographique du Royaume-Uni s'cst oe- 
eupe. 

Un des resultals du travail du capitaine Bulloch 
sur la cote d'Anglelerre, rle 1844 a 1849, a ele une 
feuille de la Carte de la Tainise, qui a paru en 1850; 
et c'est l'annee precedenle qu'a ele publiee la dixieme 
feuille de la Carte occitlentale d' Angletcrre, de Formby 
a Fleetwood, due an capitaine Belcher, qui explore ces 
parages depuis dix ans (1837-1847). 

Le capitaine Sheringham a fait des explorations a 
l'ouesl de l'ile de Wight et dans le voisinage des dan- 
gers de Saint-Alhan Head; le commander Williams , 
sur la cole de Cornouailles ; et enfin les commanders 
Frazer, Church, Bedford ctR. Becchey, ont ele charges, 
en 1849 et 1850, de l'examen des coles d'Irlande. II ne 
parait pas que les cartes, resultat de leurs travaux, 
aient encore ele publiees. 

Quant aux coles d'Ecosse , on possede onze feuilles 
publiees pendanl les deux annees ci-dessus, par les 
soins des commanders Oiler. Bohinson et Calvor, 
savoir : 

Sur la Cote septentrioualc, les Carles de Tnrso an cap 
Wrath, levee en 1844 par le premier de ces officiers; 
du Firth de S&lway an Loch-Riau ; 

Et sur la Cote occidcntale, celle dn Firth de la Clyde, 
ces deux dernieres levees en 1846 par le commander 
Bobinscn ; les Cartes du Lochltwer et Loch-Roe, du 
Loch- Aline, de File Lewis cl du port de Stormvay, levees 
en 1840, 1847 et 1848 par le commander Otter; rle 
l'ile de Sunda, de la baie. de Kirkudbright et dc l'ile d' sir- 
ran, avec leport de Lamlash, prepares, de 1840 a 1848, 
par le commander Bohinson ; 



( 444 ) 
Enfin , sur la Cote orientate, les Cartes <le V entree de 
la Tyne et du port de Sunderland, levees par le com- 
mander Calver, la premiere de 1838 a 1849, et la sc- 
contle de 1838 a 184S, loules deux publiees en 1841). 

TRAVAl'X KT CARTES cfcOGRAPIIIQUES. 

Angleterre (proprement dite) et pays de galles. — 
Ce Cut en 1784 que fut commencee, par le general Roy, 
la principale triangulation de l'Angleterre proprement 
dite, dont la superlicie est ovaluee a 37 094 400 acres (1) 
(15 000 000 d'hectares environ). 

Le leve, a l'echelle d'un pouce par mille (^jn~u)» 
commenca ea 1791, et en 1840, a l'echelle de 6 polices 
par mille {^hro)- 

A la fin de 1850 , pres des quatre cinquiemes de 
l'Angleterre el du pays de Galles etaient leves, et les 
cartes a l'echelle d'un pouce par mille etaient mises 
au jour; le reste, comprcnant les six comtes seplen- 
trionaux, est en cours de publication a l'echelle de 
6 pouces ( toleo )? ^ n a pi'opos^ de reduire les carles 
de ces six comtes, pour completer uniformemenl la 
carte a l'echelle d'un pouce ( C3 ] U0 ). 

Les leves des comtes de Lancastre et d'York ont ele 
completes a l'echelle de (i pouces, et Ton se propose 
d'etendre delinitivement le leve de toulc l'Angleterre 
a celte derniere echelle , et de dresser les plans de 
toutes les villcs dont la population excede 4 000 umes. 
11 y en avail, a la fin de 1850, environ 250 a lever, outre 
celles dont le leve n'etait pas completcmcnt termine 
dans les provinces septentrionales. 

(i) L'acre anglaia — 4 onre S4 ( '7'- 



( 445 ) 

On a calcule que le nouveau love de la partie meri- 
dionale de l'Anglelcrre, a 1'echelle dc 6 pouces prr 
mille, pourrait etre fait en vingt ans, dans le cas ou le 
gouvernement fournirait exactement tous les fonds ne- 
cessaires. 

Ecosse. — Ce flit en 1809 que cotnmenca la triangu- 
lation de premier ordre de l'l^cosse, dont la supcrficic 
est de 18944000 acres (7G66 888 hect. environ); celle 
du second commence en 1841, et la reconnaissance 
de la partie meridionale en 1844. Les triangulations de 
premier et de second ordre etaient completeesa la fin 
de 1850, a l'exception d'un petit nombre d'observations 
et dc corrections. Le comte de Wigton est aujourd'hui 
publie en 38 feuilles. Kirkcudbright est lev6 , et en 
partie dans les mains des graveurs. L'ilc dc Lewis est 
en train, et trois cinquiemes environ des plans sont 
graves; on est en train de lever le comle et la ville 
d'Edinbourg. Les villes de Dumfries , Wigton et Stran- 
raer sont levies, et les dessins des plans sont presque 
termines. Le lev6 de toute l'Ecosse sera complete soit 
en dix, soit en vingt ans, suivant le nombre d'officiers 
qui seront employes, en supposant que l'allocation soit 
suffisante. 

Irlande. — Le leve de l'lrlande, dont la superficie 
est de 20 808 271 acres (8 420 000 hectares environ), 
commence en 1825, etait complete el publie" en 1846, 
a l'echelle dc 6 pouces par mille C io ' geo )• ^ forme 
1 907 feuilles (non compris 32 cartes index). Les plans 
de 95 villes sont leves et dessines. Le plan de Dublin 
est grave et publie. 

Le systeme des lignes de contour, commence en 
1838, est maintenant en progres ; et Ton revoil et cor- 



j /l4<3 ) 

rigc en co inoineuti a partie septentrionalo du pays. 
On avail en originairement I'iq tent ion dc dresser 

une carlo d'Irlando a l'4c belle dc 1 poucc par niille 
(bIWo)« lna1 ' 1 Son exocution a ele suspendue (1). 

Outre les carles geograpliiques ot hydrograpliiquos 
levees el publiees da puis le l cr Janvier 18/19 sur le 
Uoyaiiinc-l'ni, par Y Ordnance-Survey el par VHydro- 
graphioal- Office, plusieurs carles do mciuc nature onl 
ele poises an jour par des parliculicrs , dont 1'un des 
plus celebres par le nierite do ses productions, londees 
presque toujours sur des documents ofliciels , est 
M, John Arrowsmitk , auquel on doit, enlre aulres 
carles , colics des chenrins de l'er d'Anglelerre et 
d'Ecosse, en 2 feuilles, et d'Irlando , en 1 feuiile, qui 
onl paru en 1849. 

M. Augustus Peterinann , cartography allemand , 
etabli en ce moment a Londres, a public la memo 
annee en Angleterre deux Carles des lies lirilanni- 
ques, l'uuo, en 2 feuilles colombier, relative a lour 
hydrographie et a lour population , et la seconde a la 

(i ) J'ai piiiM' Irs renseignemenls donncs plus hsui dans une no- 
tice historique fort interessante, lue par M. Alexander iveiili-Julmsion 
a la Socicte roya|e J.Edinl)ourg , le 17 Fevrier 1 85 1 . Je nc pouvais 
co'nsul'ter un ecrivain plus competent, auquel on doit un magnifique 
alias physique, etc., dcml nt>S lertiuis trouvtSronl un compte rendu 
(lt'tailli- dans l*un des prochains Bulletins, lis v tr6uveroril aussi la 
traduction de 1 1 nfttice danl je viens de parler, sinou en lolaiitd, <lu 

moiiis en majeure partie, avec la petite carte qui I'aecompagne, «• 

1 1 ant les progres des l<-\< - terrestre^ el hydrograph-iques de II cusse. 
II serail a desirer qn'un travail semblable Kit Fait sur ['Angleterre e( 
I'll la nd c, ainsi qne >m les aulres p-iys ou l<-> gouvernemenls ont Fait 
lane il< s I eve's et pubMd, d'apreS ces lev as, 'Irs cartel de leurs ter- 
tiloires. II existe peut-etic, mats je ne le oonnais pas. 



( hhl ) 
distribution geographique de leurs eaux interieures. 

YA Ton doit a M. Black un Atlas des comtes de l'Ecosse 
{County Atlas of Scotland) , qui a egalemenl paru en 
18/19. 

Les cartes a grands points de I' Ordnance-Survey ont 
mis le corps savant clirige par sir Henry de la Beche 
en etat d'entrepi-endre le leve geologique de la Grande* 
Bretagne et de l'lrlande. Le rapport annuel fait en 1850 
a la Societe geographique de Londres, apres avoir fait 
1'eloge des deux cartes de M. Pelermann , que je viens 
de citer, donne sur les progres du leve geologique, 
execute sous la direction de M. de la Beche, des infor- 
mations qui auraient aujourd'hui hesoin d'etre com- 
pletees. 

VOYAGES ET OUVRAGliS GJiOGRAPHIQUES. 

Parmi les ouvrages geographiques publies depuis le 
\™ Janvier 18/19 sur les royaumes unis de la Grande- 
Bretagne el de l'lrlande, je cilerai seuleinent, faute de 
renseignements suffisants : 

The geography... (Geographic de la Grande-Bre- 
tagne), par MM. George Long et G. R. Porter. La 
premiere partie contenant l'Angleterre et le pays de 
Galles, formant un vol. in-8°, a seule paru en 1850. 
M. Hyde Clarke y ajoute un releve statistique, qui est 
critique dans YAthcna>uin, dont les jugements se font 
en general remarquer par leur exactitude et leur im- 
partialile. Get ouvrage fait partie de la serie de publi- 
cations de la Societe pour la propagation des connais- 
sances utiles. 

England... (L'Angleterre en 1850), examen poll- 



( 4A8 ) 

titjue, induslricl et social, par W. Johnstone. Londres, 
Murray, 1850, post S°. 

Report on the Geology... (Rapport sur la geologic da 
Cornouailles, du Devon et du Soimncrset occidental), 
par Henry T. de la Bcclie. Lonclrcs, 1849. 1 vol. in-8", 
avee 13 cartes et coupes colorices. Le nom dc 1'auteur 
suflil pour garantir la bonle de l'ouvrage. 

L'lrlande et le pays de Galles, par Amedec Pichot. 
Paris, Guillaumin, 1850. Vol. in-8°. L' Athena-urn en 
rend compte. Cet outrage contienl quelques informa- 
tions exactes; mais il en est peu qui ne fussent deja 
connucs, et il ne me paralt pas avoir fait faire de grands 
progres a la geographic du pays visile par l'autcur. 

Les dvux ouvrages sui\ants, qui traitenl aussi dc 
l'lrlande, n'augmenteront guere non plus nos connais- 
sanccs geographiques sur cetle portion du Royaume- 
Lni. Le premier, intitule Gleanings... (Glanures do 
l'ouest de l'lrlande), dont 1'auteur est le reverend 
Sidney G. Osborne, ecclesiastique; et le second, com- 
pose par une dame americaine (Asenath Nicholson), 
sous le litre de Lumieres et ombres dc l'lrlande, s'occu- 
pent tous deux plulot de peindre les tristes resullats de 
l'horrible famine qui a dernierement fait tant de ra- 
vages dans ce malheureux pays, et l'admirable courage 
des victimes du fleau, que de decrire la contree qu'ellos 
habilaicnt. 

Les rcclicrches sur l'evidence de 1'existencc de races 
primitives en Ecosse anlerieurcment aux Celles, de 
M. D. "Wilson , offrent un interet plus geogiaphique. 
La discussion qui a suivi la lecture du memoire que ce 
sa\ant a redige a ce sujet, faile a 1' Association britan- 
niquepour les progres des sciences, a prouve que les in- 



( 449 ) 
vestigations de l'auteur, qu'on a generalement consi- 
der^es Com me les premiers pas dans une nouvelle 
carrierc de travaux scientifiques, meritaient les plus 
grands eloges. C'est a l'occasion de ce memoire qu'un 
anonyme a insere dans YAihenceum une lettre pour 
prouver l'existence d'une ancicnne population ibo- 
riennc, r6pandue sur divers poinls de l'Europe, el 
dont il s'etonne que M. Wilson ne fasse pas mention. 

Je terminerai cette espece de revue, fort incomplete 
sans doute, en citant des observations etbnologiques 
suggdrees a M. le profcsseur P. A. Munch, notre cor- 
respondant en Norvege, par les caracteres philologiques 
d'une remarquable inscription anglo-saxone runique, 
qu'il a decouvcrle a Rutbvvell Galloway. Ce memoire, 
compose pendant un voyage fait dans la Grande- Bre- 
lagne, a etc lu par M. Munch en 1850 au vingtieme 
congrcs de X Association britannique pour Uavancemcnt 
des sciences. 

Nous parlerons, a leur place geographique, des 
autres travaux ex^cut^s par les Anglais, soit clans leurs 
vastes et nombreuses colonies, soit ailleurs, ainsi que 
des alias, dictionnaires geograpbiques du globe on 
aulres ouvrages generaux dont ils sont les auteurs. 

J'ignore s'il a paru , depuis le 1" Janvier 1849, 
quelque ouvrage ou quelque carte remarquables sur 
les colonics ou les dependances de l'Angleterre en Eu- 
rope ; je ne trouve que l'indication d'un Voyage dan's 
les iles Ioniennes (en allemand), par F. Ziebetrut. 
Hambourg, 1850 (xvi-440 pages); et celle d'une petite 
brocbure sur l'ile d'Heligoland , publico par la fille 
d'un officier, et encore le re lacteur de YAt/ie/ucu/n, 



( 450 ) 

qui lui a consacre un article » assurc-l-il qu'il n'y a 
aucun profit a rciirer cle sa lecture. 

ROYAUMK DES PAYS-HAS 01" .NKEllLASDE. 
NtCROLOGIIi. 

Parmi les voyageurs et geographes que le rovaume 
des Pays-Bas a perdus depuis le l er Janvier 18/jO 
jusqu'a la fin de 1850, jc mc bornerai a citer le vice- 
amiral Machielscn , auquel on doit de grands ct nora- 
breux Iravaux hydrographiqucs. 

Jean-Pierre Machielscn , nc le 30 mars 1782 a Mid- 
delbourg, province de Zelande, debula en 4 791 dans 
la marine marchandc, oil il con tin u a de servir jusqu'en 
1795, qu'il fut successivement employe dans la marine 
de la republiquc batave, dans la marine royale sous le 
roi Louis Napoleon, et apres l'incorporation do la Hoi- 
Innde a l'empire francais , dans la marine imperiale, 
qui reprit, apr6s les evenements de 1813, la denomi- 
nation de royale. D'abord mousse, puis matelot, 
Macbieiscn se fit lellcinenl dislinguer, qu'il finit par 
atleindre le baut grade de vice-amiral. Les travaux 
hvdrographiques, qui out fait surtout sa reputation , 
nc (latent que de l'armee 183*2; il avait a cette epo- 
que cinquante ans , et etait capitaine de la marine 
royale. Charge par le gouvernement des Indes neer- 
landaises de drtruire les pirates qui avaient leur re- 
traile a l'entn.e de la giande riviere de Sambie, sur Ja 
cole orientale de Sumatra, alors a peu pres inconnue, 
Machielsen, qui avail recu le commandement de la 
corvette fAptpkitrite et de six chaloupes canonnieres, 
crut que, pour obtenir quelquc fruit d'une semblable 



( m ) 

expedition, il I'allait commencer par bien connaltre 
les lieux. En consequence, et sur sa proposition, le 
gouveniement de Batavia l'autorisa a faire un releve" 
des cotes et rivieres de Sambie, Rete et Indragin, et de 
toute la cote sud-est de Sumatra, en mettant de plus 
sous ses ordrcs le brick colonial Sanas, commando par 
le lieutenant de marine Langenberg - Korl , et deux 
auties chaloupes canonnieres. L'annee 1832 n'etait 
pas encore expiree que sept carles bydrographiques 
elaient dressdes (1) , et que Macbielsen , apres s'Slre 
avance vingt lieues dans les lerres , avait detruit les 
repaires des pirates, et decouvert les ruines d'une an- 
cienne loge de la ci-dcvant Compagnie des Indes. 
L'annee suivante, le detroit entre le fori Orange et 1'lle 
de IMadure, au nordest de Java, furent releves; on en 
diessa la carle, ainsi que celle de 1'ile Kangeang, et les 
parages mariliiues des environs, tres-peu connus jus- 
qu'alors, de meme que la rade de BeUiling et Tebenkos. 
Pendant que Macbielsen croisait dans les mers de l'ar- 
cbipel des Indes ( 1832-1835), differents points restes 
douteux ou incerlains furent exactement fixes; et de 
1842 a 1SZ|5 le gouvernemenl , pour recompenser ses 
services, le nomma succcssivement contre-amiral , 

(ij Voici les tilres lie ces cartes : 
i° Rivieres de Sambie, Jaba , Rete et Indragin, Ranc de la riviere 

Sambie et de la riviere de Logan ; 
2° Le Kwalla-Nior et riviere de Saba, en 2 fenilles ; 
3" Le Kwalla-Satue, branclie de la riviere Sambie; 
4" Le Kwalla-Ponga, brainhe de la riviere Rete; 
5" Le Kualla-Ladjoini, emboucbure de la riviere Indragin; 
6" Le Kwalla-Parboueng, branclie de 1'Indragin; 
7 Reconnaissance et releve de la cote occidcnlalc de 1'ile Linga, j>ar 

le capitaine Langenberg Korl. 



t m ) 

ucc-amiral, cnfin commandant et inspcclcur do la 
marine royale clans l'archipel dcs Indcs, el presi- 
dent de la commission creee pour l'amelioralion des 
cartes hydrographiques de l'lnde neerlandaise. 

On dressa alors par son ordre la Carte des parages 
maritime* entre Sumatra et Borneo (1), et Ton fit des 
releves de Tapanoly a Sinhel, sur la cote nord-ouest 
de Sumatra, executes par le lieutenant de marine Yie- 
\vog et le pilote en chef Scclermer, et de Padang a 
hidrapora par les soins d'autres officiers de la marine 
royale. 

Commc on avait l'intenlion de creer un nouvel ela- 
Ijlissement maritime a Sourabaya, Machielsen fit exc- 
culer en I8/1/1 un releve trigonomctrique d'Ocd/ong a 
Soi/rauaya , par le lieutenant de marine M. H. Janscn 
et les cadets de Jong et Moeth. 

Ce fut aussi sous sa direction que son adjudant, le 
lieutenant de marine F. A. A. Gregory, secretaire de 
la commission pour la correction des cartes de l'ar- 
chipel des Indes, dressa : 1° une carte etenduc des iles 
Moluques et des mers environnantes, accompagnec 
d'unc feuille ou se trouvent les plans dcs differcntcs 
baies et rades de l'archipel des Moluques, dont il com- 
menca la descriplion carto-hydrographique, qui n'etait 
pas encore enliercment terminee a la fin de 1850 ; 

(1) Elle formait 3 feuilles, dont la premiere romprcnait les parages 
de Rioux, Linga, etc.; la seconde, la paitie meridionale ile la mer 
de Chine, les iles Anambas, Natuna, etc., et la cote oeeidentale de 
Borneo, par le baron Melville de Carnbee; et la troisieme, les iles 
Banka, Macclesfield, Id detroits de Clement et StoUe : a cette der- 
nierc ri.iit joint tin me'inoire pour les navijjateur.s, par lo lieutenant 
de in nine- II. I), A. Smith. 



( 453 ) 

2° la carle d'unc partie de la cole occidental dc Cele- 
bes, a laquelle il joignil une description. 

Par les prdres encore de Machielsen, les lieutenanls 
de marine Smidts et de Aaes dresserent en 1844 la 
carte ou releve trigonometrique de la rade de Llnga 
(cole est de Sumatra); les commandants et autres 
officiers de marine furent cbai-gSs d'ameliorer les con- 
naissances bydrograpbiques del'archipel Indien, d'en- 
voyer les resultals de leurs relevemenls, et invites a 
metlre de l'ensemble dans les travaux a executer. Parmi 
les resultats obtenus, je citerai deux cartes relevees et 
dressees par le lieutenant de marine P. F. Iblenbeek, 
i'une des iles au sud-ouest de Saleyer, et la seconde 
de la baie Sapic , de la baie Kangeang, ainsi que de 
l'emboucliure de la riviere Koeli. La riviere Goeti ou 
Koeli, 1'embouchure de la riviere Pallier, furent aussi 
relevees; differents autres points encore incertains fu- 
rent definitivement fixes, et le depot de Batavia recut 
une multitude de documents importants. Pendant la 
duree d'un conge que Macbielsen avaitoblenu en 18/15, 
le contre-amiral van den Boscb exerca par interim, le 
commandement supericur, que le premier reprit a son 
retour en 1848. II le conserva jusqu'a l'epoque de sa 
mort, arrivee a Batavia le 15 novembre 1849. Quclques 
mois auparavant, on avait recu aux Indes l'ordre de 
supprimer la commission etablie dans cette ville pour 
l'avancement de Thydrograpbie , et de transferer en 
Neerlandele bureau bydrograpbique. Macbielsen s'y 
opposafortement; ildeinontra l'inopportunile de cetle 
mesure, prouva la necessile de conserver, dans la capi- 
lale des colonies neerlandaises, 1'institution qui lui de- 
vait sa prosperite, et a laquelle jl attacbait sa gloire, et 



( A5A ) 

demanda que les Iravaux y fusscnt continues sur nnc 
plus grande echelle. Toutes ses propositions furent 
adoptees. 

Les services rendus par le vicc-amiral Machielsen 
pour l'avancement des connaissances geo-hydrogra- 
phiques dans l'archipel Indicn sont tellement emi- 
nents, et ses Iravaux sont si nombreux, que ses com- 
patriotes n'hesilent pas a le placer immediatement 
apres les Cook, les Laperouse, et un petit nombre do 
navigaleurs qui se sont signales par des decouvertes 
ties-iinporlanles. L'amiral Machielsen a laisse de son 
manage avec mademoiselle Elis. van Eys unc idle et 
quatre fds, dont les trois survivants sont oflicicrs de 
marine. 

IIENSEIGNEME.NTS GENEIUIX. 

C'est principalemcnt dans leu is belles colonies des 
Indes orientales, dans celles de l'Amerique et en quel- 
ques parties de l'Asie, que les Hollandais onl rendu 
depuis le 1" Janvier J8/j9 ;'i la geographic d'itnpor- 
tants services , dont nous parlerons lorsquc nous 
traiteronsde cespays. Usn'ont cependanl point neglige 
completement leurs possessions d'Europe, leur iiuto 
patrie, dont l'etendue et la population sont compara- 
tivement si infericures a leurs elablisscmenls d'outic- 
raer, 

CAUTES IIYDhOGRAPMQUl.S. 

Nous n'avons a en ciler qu'unc seule, et encore 
n'est-elle point bornee aux coles des Pays-Bas : c'est la 
Carle de la mcr du Nord (Kaart van da Noord Zee), de 
Jacob Swart el Vankculen, qui a paru en 18/ii>. 



( 455 ) 

CARTES GEOGIUPHIQUES, ETC. 

Parmi les atlas et cartes geographiques, embrassant 
soit la totalite du royaume , soit quelques-unes rle ses 
provinces, nous incliquerons : 

L'Allas du royaume des Pays-Bas [Atlas van het 
Koningrijk der Nederlantleu), que J. Sanger a public- en 
1849 a Groningen, en 13 cartes, dont l'ecbelle n'est 
point indiquee, et qui paraissent bien dressees. 

Nouvelle Carte du royaume des Pays-Bas (Nieuwe 
Kaart, etc.), dressee en 1849 a l'ecbelle du 200 Voi"' aL ' 
bureau topograpbique du ministere tie la guerre, en 
6 feuilles in- fob 

Nouvelle Carte generale du royaume des Pays- 
Bas (hieiiwe general kaart van het Koningrijk der 
Nederlanden), publiee par L. Halle, qu'on dit elre 
un ingcnieur neerlandais, en 1850, a Utrecbl , en 
8 feuilles, a l'ecbelle du ,, u ' u u ; clle est accoinpagnee 
d'un texle in-8° de 7 pages. Cetle carle, dressee, a 
ce (ju'il par-ait, d'apres les releves les plus nouveaux 
et les plus exacts et de nouvelles observations , passe 
pour la meilleure qu'on | ossede sur les Pays-Bas, et 
Ton assure qu'elle est plus d^taillee que la precedentc. 
C'est probablement par errcur que les journaux alle- 
mands indiqucnt une carte porlant absolumeul le 
memo titre en bollandais, comme ayant paru egale- 
ment en 8 feuilles et la meme annee (1S50), a Wol- 
fenbutel. 

Topographische Kaart... Carte lopograpbique du 
royaume des Pays-Bas , dressee par les officios de 
l'elat-majov du ministere de la guerre, a l'echelle du 
ToTuu' selon la projection de Flamsteed. 



( 456 ) 

D'apres le Staats-Courant , gazette officielle , du 
(3 juillet 1850, cetle carte se composera de 6"2 feuilles, 
et chaque 1'cuiJle aura une longueur de 80 centime- 
tres sur 50 centimetres de large; lorsqu'elle sera ter- 
minee, elle sera inconlestablement la meilleure du 
royaume, puisqu'elle offrira la reduction des grandes 
cartes provinciales dressees d'apres le cadastre. Au 
mois de septembre 1850, la feuille n° 40, qui reprt:- 
sente une partic dc la Gueldre, etait seule terminee. 
Cetle feuille est d'une belle execution et bien lilbo- 
grapbiee ; elle promet beaucoup pour celles qui pa- 
raitront plus tard ; mais il est a ciaindre qu'il ne 
s'ecoule plusieurs annees avant que cet ouvrage soil 
complet. 

Comme cbaque province doit avoir une carte ofli- 
cielle d'apres les nouveaux releves du cadastre, je crois 
devoir mentionner celles qui ont paru jusqu'a ce jour. 

Carle de la province de la Hollande meridionale 
[Kaart nan de Provincie zuid Holland), dressee, par 
l'ordre des Ltats provinciaux, en 9 feuilles, a l'echelle 
de 



50000" 



Nouvel Atlas de la province de Frise ( Nieawe 
Adas der Provincie Friesland), diesse , sur les releves 
topographiques et du cadastre , d'apres le decret des 
Elats provinciaux, a l'ecliellc de i - 6 l 000 , doit sc compo- 
ser de 30 feuilles; mais il n'avait paru en 1850 que 
A feuilles de cet atlas, commence en 1847. 

Carte de la province d'Utiecht {Kaart van de pro- 
vinvie Utrecht), dressee, sur l'ordre des Elats provin- 
ciaux, par J. -II. Kips, ingenieur verificatcur du ca- 
dastre, en 4 feuilles, a l'echelle de j^^. 1850. 

Carte lopographique de la province de Gueldre 



( 457 ) 
[Topograpliische Kaart van de provineie Gnelderland), 
dressee, sur l'ordre desEtals provinciaux, par W. Kuyk 
Jan'szoon , ingenieur verificateur du cadastre, en 
15 feuilles, a l'^chellc de -gy^. 

Le titre de la carte porte 1843, mais elle n'a ete" 
reellement terminee qu'en 18A9. 

II existe encore une carte de la Hollande mdridio- 
nale (Zuid Holland), que l'auteur, appele Longenveg, 
a fait paraitre a Dordrecht en 1850, et qui se compose 
de 2 feuilles. On pretend que cette carle est un chef- 
d'oeuvre de trace et de gravure , et que rien de remar- 
quable n'y est oublie, a ce point qu'on y a meme in- 
dique la route ferree de Rotterdam a Utrecht, qui n'est 
encore que projetee. 

II parailrait qu'il existe aussi des cartes des pro- 
vinces de la Nord-Hollande, de Groningue et d'Over- 
Yssel; mais je n'ai point vu ces cartes, et je n'ai recu 
aucune information a leur sujet de personnes qui les 
aient examinees. 

OUVHAGES GiOGRAPHIQUES, 

Je ne trouve a citer que deux ouvrages geograpbiques 
sur le royaume des Pays-Bas : l'un est le voyage dans 
les Pays-Bas [Reisen in den JMederlanden), que J. G. Kohl 
a publie a Leipzig en 1850, en 2 vol. in-8° de xxxxn- 
687 p. , dontla JFestminster and 'foreign Review a donne 
un compte rendu avantageux au mois de juillct der- 
nier; et 1' autre, un Dictionnaire geographique des Pays- 
Bas, entrepris par M. A.J. van der Aa, avec la coope- 
ration de plusieurs autres savants. Commence en 
1839, cet ouvrage doit former 13 volumes grand in-8°, 
avec un atlas in-A ; 12 volumes sont deja publies, et la 
I. mai. 3. 31 



( 458 ) 

4* liviaison clu loine XIII, qui en aura 7, a paru en 
1850; l'allas est entre les mains ties graveurs. Ce dic- 
tionnaire, si voliunineux, traite non-seulement du ter- 
riloire europeen, mais encore des colonies du royaume 
dans la Malaisie et aux Indes occidentals. 

Le gouverncment ncerlandais a fait fa ire derniere- 
ment le releve ofliciel de la population des habitants 
de ce royaume. On a trouve que leur nombre total 
s'elevait en Europe, au 1" Janvier 1850, a 3056 561, 
et la population d'Amsterdam , sa principale ville, a 
224235 antes. 

BELGIQUE. 
HYDROGRAPHIE. 

La Belgiquo n'a produit, a ma connaissance, depuis 
le 1" Janvier 1849, aucune carle pi ouvrage hydrogra- 
phiques. 

CARTES GEOGRAPHIQUES, PLANS, ETC. 

Outre quelqucs travaux cartographiques faits en 
Belgique sur l'Espagne et sur l'Amerique centrale, ct 
dont il sera parle ulterieurement , son contingent se 
compose d'abord de deux grandes cartes, de quelques 
aulres d'une importance secondaire, et de quelques ou- 
vrages ou memoires que j'enumererai successivement. 
La premiere carte a citer est intitule : 
Nouvelle carte topograpkique de la Belgique. Elle est 
en 25 feuilles , a 1 echelle de f&ffi, et construite 
sous la direction de M. P. Gerard , inspecteur du ca- 
dastre de la Flandre orienlale, charge specialement, 
sous l'ancien gouvernement, de la direction des recon" 



( 459 ) 

naissances militaires, des calculs geodesiques, el do la 
construction des carles topographiques. 

J'annuncais a la lin de 1842 que, sur les vingt-cinq 
feuilles dont devail se composer celte carte, publiee a 
Bruxelles dans l'etablissement de M. van der Maelen, 
qualre avaient deja paru, et qu'il elait probable que 
qualre aulres, tennmees en parlie, paraitraient dans 
les premiers mois de 1843. Ce travail a fail des pio- 
gres, et a la lin de l'aiinee derniere le nonibre des 
feuilles publiees s'elevait a '18, dont 4 representanl 
Ypres, Gund , Titte et Hasselt 1'onl ete de 1849 a 1850. 
M. Van der Maelen m'assurail, le 30 Janvier 1851, que 
le trait et les ecriluies des 7 aulres, qui doivent com- 
pleter la carte, sont acbeves, et qu'il ne reste plus que 
les mouvements des terrains a graver. 

La tren-graiule Carte tojjograp/u'que de la Belgique, 
que conslruit M. van der Maelen , a l'eclielle du ^^ , 
d'apres les plans parcellaires du cadastre et les leves 
topograplnques fails par M. F. de Keyser, dessinateur 
topogiaphe, se composera de 260 feuilles. Sur ce 
nonibre, on en a deja fail paraitre 130, dont 89 out ete 
terminees et publiees de 1849 a . 850 inclusivement (1) . 
On m'assure que 28 sont en outre en voie d'execulion 
el que lea minutes de tout l'ouvrage sont dessinees. 
Lne ceuvre aussi colossale, et que d'ordinaire il n'ap- 

(l) Titr'e lies cartes qui out paiu de 1 849 '' 1 4^° : 

Esschen , Uooystracten, Bar-le-Duc, Puppel, Suutvlict, Brecht, 
Tumliout, Areudunck, Custtrlee, Jieliiy, Ache I, Gltisleiles, ilerentliaU, 
Gluel, Brec, J'urnes, Di.xmude, Jfuers, Duffel, lessenderloo, JXuro- 
pleren, Haetjht, Aerschot, Diest, '/.older, Geuck, Mtchelen, Biheu, 
Frasnes-les-Gosselics, Conde, Mans, [Viherics, Dour, Blunktrbercjhe, 
Uejst, Capellen, Stalhille, Bruges, Capiycke, Hulst, Santhovert, 



( 400 ) 

partienl qu'aux gouvernements d'entreprendre, fait le 
plus grand honncur a M. van der Maelen, ct tenioignc 
de son zele ardent pour les progres de la geographic 

Carte generate con figurative de la Belgique. Cettc 
carte, qu'on doit a M. le general Niclon, se publie a 
Bruxelles a l'echelle de^^. Elle doit etre en 72 feuilles, 
dont les suivantcs ont seules paru : Bruxelles, Louvain, 
Malines, Ostende, Anvcrs, IVavre, Termonde, Mons, 
Bruges et Tournay. 

La Carte speciale du niveUement general du royaume de 
Belgique, que M. le ministre des travaux publics a fait 
publier par Sano, en 9 feuilles, a l'echelle de tjuVoo » 
a etc terminer en 1850. Elle doit inspirer quelque 
confiance par la sanction otficielle qu'elle a deja 
regue. 

Carte generate du royaurne de Belgique et des b'Aats 
limit rophes, avec l'indication des canaux et chemins de 
fer, routes et relais de poste, et dressee par Gerard, 
en 1850, en 1 feuille colombier. 

Carte geologique de la Belgique, en 9 feuilles, execute 
de 1849 a 1850 par ordre du gouvernement, sous les 
auspices de l'Acadeunie royale des sciences, par M. An- 
dre Dumont, niembre de cette Academic, et dont les 
leves topographiques sont dus a M. J. F. de Keyser. 

Le meme geologue a public, coniine une suite et un 

Waerschoot , Zelzaete, Saint-Nicolas, Lierre , Heyst-op-den-Berg 
Westerloo, Ypres, Hasselt, Courtray, Tidamont, Lcau, Saint -Trond, 
Tonares, Ilt'ron, VKclusc, Maldegem, Sas-de-Gand, Jabekke, Oost- 
camp, Eecloo, Ruysselcde, Deinze, Cruijshantem, sllost, Glabbeck, 
Budingen, Menin, Ninove, Jodoigne, Genappe, Perwez, Huy, Dun- 
kerke, Thourout, Wingene, Meckcm, Routers, Thielt, Poperinge, 
Passchendaele, Iscghem, Reningheht, Warnelon, Avelghem, Sichem, 
Waterloo, Nivelles. 



( m ) 

complement de la carle precedente, une Carte geolo- 
gique du sous-sol de la Belgique, qui lui sert d'assem- 
blage, avee une brochure in-8°, qui en donne l'expli- 
cation. 

De tous les plans qui ont paru en Belgique clans ces 
derniers temps, je me bornerai a mentionner le Plan 
geometrique parcellaire de la -ville d'Arwers, dresse en 
1846, a l'echelle de j^ t P ar l'inspecteur du cadastre 
F. A. Losson, publie en 18/18 par ordre du ministre de 
l'interieur, avec l'approbation du ministre des finances; 
il est lithographic par D. Avanzo. 

OUVRAGES GEOGRAPHIQIJES. 

II a paru sur la Belgique peu d'ouvrages importants 
ayant quelques rapports a la geographic. Je n'ai a men- 
tionner que la Description geographique, industrielle et 
administrative, de la Belgique, par M. E. Soudan, pu- 
blic a Gand en 1 volume petit in-8° de 148 pages, 
et les deux memoires ci-apres inserts ou annonces 
en 1850 dans le Bulletin de V dcademie royale des 
sciences de Bruxelles, n 03 10 et 8. 

Observations sur un passage de Pli/ie VAncien relatif 
a la geographie de la Belgique, clans lesquelles l'auteur 
etablit que le lexte de Pline confond ou substitue les 
Toxandres aux Tongriens (lib. IV, c. xxxi, § 17) ; 

De Vorigine, de la langue et, de la civilisation des peu- 
pies qui habitaient la Belgique actuelle a Varrivee de 
Cesar. 

L'auteur de ces deux memoires est M. J. Roulez. 

DAISEMARK. 
Malgre sa faible population et la mediocrile de ses 



( A62 ) 

revenus, etquoique les derniers evenements politiques 
aient du absorber l'attention du gouvernement et des 
parliculiers, le Danemark n'a pas entiorement neglige 
la culture des sciences geograpliiques. Ce pays ne pent 
oublier qu'il a donne naissance a Malte-Brun et a 
d'autres gdograpbes emincnls. Nous verrons a leur 
place geograpbique que plusieurs voyages ont ete" 
executes bors d'Europe par lcsDanois; mais, il faut le 
reconnaitre, la majeure partie des ouvrages relatifs a 
la g£ographie et les cartes qu'ils ont publics sur le Da- 
nemark et ses colonies europeennes sont , en general, 
el^mentaires et destines uniquement aux ecoles. 

NiCROI.OGIE. 

Deux hommes distingues, que la g^ograpbie re- 
vendique a juste litre, et qui peuvent tons deux 
etre considered comme apparlonant au Dancmark , 
sont morts pendant l'annee 1849. Le premier et le 
plus celebre est l'astronome Scbumacher, n6 dans le 
Holstein, auquel j'ai deja consacre une notice dans la 
premiere partie de ce rapport ; et le lieutenant-colonel 
O. N. Olsen, attache" a l'etat-major general, connu par 
de beaux travaux topograpbiques, enlre autres par la 
Carte du royaume de Dunemark et du ducliede Schlesvig, 
que l'Academie des sciences de Copenbague a publiee 
en 1841, et sur laquelle j'ai donne quelquos details 
dans mon rapport de 1842, par la direction de toutes 
les operations relatives aux triangulations ainsi qu'a 
la confection des cartes conliees a l'etat-major g6n6- 
ral, et par le bel Atlas de I'Istande, dont je vais bien- 
tot vous parler. 



( 463 ) 



HYDROGRAPHIE. 



Cette partie si importante de la geographie, pour un 
pays surtout qui possede des cotes assez etendues sur 
la uier du Nord et sur la Baltique, et des colonies eloi- 
gnees, dont j'aurai plus tard a vous entretenir, n'a pas 
ete negligee par M. Zahrtmann, l'elevede Schumacher, 
qui depuis plusieurs annees dirige avec heaucoup de zele 
et de talent le Soe hart Jrchiv (archives ou depot des 
cartes hydrographiques). De 1845 a 1851, cet etablis- 
sement a public" quelques nouvelles cartes hydrogra- 
phiques et un assez grand nomhre d'autres rectifiees 
des cotes ou des parages du Danemark. Je me hornerai 
a citer parmi les plus recentes la carte du Sund et des 
Belts, avec une portion de la mer Baltique jusqii 'a Oland, 
qui a paru en 18A8 ; celle du Sund depuis Kullen jus- 
qua Stevens, publiee en 1849; enfin, la carte du Petit 
Belt, Middelf'art et des detroits de Fcerd et d'/Eroe, et 
celle des Goljes de Liimfjord, de Manager el de Randers, 
qui ont paru en 1850. Je dois ajouter que toutes ces 
cartes, dont l'exactitude est reconnue par les naviga- 
teurs, sont accompagnees de descriptions nautiques 
qui en facilitent l'etude. Le Soe Kart Archiv a fait aussi 
publier en 1850 une edition corrigee de la Description 
hydrographique des parages danois , qui avait paru 
d'abord en 1843. 

CARTES GEOGRAPHIQUES, ETC. 

On a vu dans le Rapport annuel de l'annee 1842 
qu'il avait ete question de confondre les Iravaux de 
I'etat-major general danois avec ceux de l'Acadeinie 
des sciences de Copenhague , et du professeur Schu- 



( m ) 

macber, ct que le plus important resultat dc cette 
concentration devait etre unc Noiwelle Carte du royaume 
en 70 jeuilles, drcssee par les officiers de l'etat-major 
eux-memes. Lcs differcntes informations que j'ai re- 
cues a ce sujel de Copcnbague ne m'ont point mis en 
elat de connaitre d'une manierc suffisamment claire si 
cc projet a re^u un commencement d'execution. Je 
sais seulement que quelques parlies d'une Carte topo- 
graphique du royaume de Dancmarh ont ete publiees 
des 18/16 par l'etat-major general. 

Plusieurs autres cartes generates du memo royaume, 
dont peu scmblent offrir des garanlies scientifiqucs , et 
qui selon l'usage pratique en beaucoup d'autres pays 
ne sont pour la plupart que des copies les unes des 
autres, ontparu en 18/i9 et en 1S50. En voici les titres. 

Danmark med... (le Dancmark avec les ducbes de 
Slesvig, Holstein ct Lauenbourg, et les lies d'Islande 
et de Fcero), par P. C. Friedenreicb, gravee par Bull, 
en 1 feuille in-fol. Copcnbague, 1S49. 

Post og Veilcengde Kort... (Carte de poste, ct des 
cbemins du Dancmark ct des ducbes), publiee a Co- 
penbague en 1849, et dont lcs auteurs ne font con- 
naitre leurs noms que par lcs iniliales S. H. et L. 

Specie/ Kort... (Carte specialc du royaume de Dane- 
mark), avec 16 plans, par J. H. Mansa : la carte nc 
porte pas de dale ; mais le dernier plan, celui de Born- 
bolra, a du etre public a Copcnbague en 1850. 

Vienl ensuite une autre carte generale destined aux 
ecoles, en l\ feuilles in-fol., publiee a Odense en 18/19, 
par C. C. Bcerlbelsen. 

Parmi les cartes particulieres, je signalcrai : 

Karte von den Hcrzogthumcr Holstein... (Carte des 



( 465 ) 

duches de Holslein et Lauenbourg* par Schumacher, 
publiee par le depot des cartes hydrographiques. Co- 
penhague, 1848. 

Hertugdommerne... (Duches de Slesvig, Holstein et 
Lauenbourg) , par H. Bull, publiee en 1848, en 1 feuille 
in-fol., lithogr. 

Als... (Carte de 1'ile d'Als, avec les environs), par 
Sundervitt; lithogr. Copenhague, 1849. 

Kort over... (Carte de YJmtde Veile), par Jensen 
Tusch; in-fol. Fredericia, 1846. 

Croquis af Egnen nord og sud... (Croquis de la con- 
tree au nord et au sud de Flensbourg), dressee au 
6 ' , par le commissariat de la guerre. Copenhague, 
mai 1850. (N'est pas dans le commerce.) 

Karl over Frediricia... (Carte de Frediricia et des 
environs), par le major von Caroc , de 1'etat-major 
general; lithogr. au jofoo- (N'est pas dans le com- 
merce.) 

En 1846, on a fait paraitre a Copenhague un plan 
de cette capitale et de ses faubourgs, en 1 feuille in-fol.; 
lithogr., par Bcerentzen. 

Un certain nombre de petiles cartes de differentes 
parties du Danemark, et surtout des duches, ont ete 
dressers par suite de la guerre de 1848 et 1849. VJn- 
tiqvarisk -Tidsskkrift, public par la Societe" des anti- 
quaires du Nord, en contient aussi quelques-unes, qui 
accompagnenl des memoires publics dans ce recueil 
de 1847 a 1849. 

Une des cartes les plus remarquables qui aient paru 
en 1849 a Copenhague est, sans contredit, celle de File 
d'Islande, que je considere ici comme une colonie 
europeenne du Danemark; elle porte pour litre en is- 



( 466 ) 
landais I ppdrattr- Island, et se compose de 4 feuilles 
coloriees; a etc executee, de 1844 a 1849, an Jgn ' 60 y , 
sous la direction du lieutenant-colonel 0. N. Olsen , 
et publiee par la Sociele litteraire d'Islande. 

line autre carte generale de la meme ile, en 1 seule 
feuille coloriee, a ete executee Sous la meme direction, 
au YfoWa* d'apres les leves faits par Bjorn-Gunnlausson, 
et egalemenl publiee, comme la premiere, a Gopen- 
hague, 1'annee 1849; ct M. le professeur C. Rafn a 
donne une nouvelle edition de la carte de l'ancienne 
Islande, comprenant l'espace de temps de 934 a 1000, 
publiee primilivement (1837) dans ses Anliquitates 
Americana?. Je ne crois pas qu'il ait paru de cartes re- 
centes des lies Fcero. 

OUVRAGES GKOGRAPIIIQUES. 

Une nouvelle edition de la Description du Danemark 
d'Auguste Baggesen, dont il est fait mention dans le 
Rapport de 1842, a ete publiee a Copenhague de 1845 
a 1847, en 2 vol. grand in -8°, en langue allemande; 
et M. le professeur Ad. F. Bergsoe poursuit la publica- 
tion de sa Statistique de l'htat danois ( Dm danske 
Stats Statislik), dont la premiere livraison avait paru 
en 1842. Get important ouvrage doit se composer de 
4 volumes in- 8°, divises en 19 livraisons on cabiers, 
dont 14 sont enlre les mains du public. II ne restait 
plus a trailer a la fin de 1850 que l'lslande, le Groen- 
land , les lies Fcero et les lies des Indes occidentales. 
Tout porte a croire que les dernieres livraisons parai- 
tront dans le couranl de 1851. 

Lin babitant des lies Fcero a communique a la So- 
ciete des antiquaires du Nord, et elle a fait inserer en 



( 467 ) 
1849, dans YAntiqvarisk-Tidsskrift, des souvenirs d'un 
voyage fait par lui dans ces lies de 1747 a 1748 sous 
le titre de Meddelelser fra en Beise pan Foetoerne. Vous 
pourrez bientot en lire la traduction dans l'un des 
plus prochains bulletins. 

On trouvera quelques renseigneraents sur le Dane- 
mark, et les autres portions de la Scandinavie, dans le 
premier volume des Voyages et poesies, publics a Paris 
en 1850 par M. J. J. Ampere. 

M. J. C. Schytbe a publie a Copenbague , en 1847, 
en 1 vol. in -8°, sous le titre A'Hecla og dels sidste 
Udbrud, les observations qu'il a faites sur la derniere 
eruption de l'Hecla, dont il a ete temoin dans le voyage 
execute par lui en 1845, dans celte colonie danoise, 
par ordre de son gouvernement ; et Ton doit a M. P. A. 
Schleisner la relation d'un autre voyage fait egalement 
en Islande, surtout sous le rapport statistique medical, 
intitule Island undersogt fra et videnskabeligt Stand- 
pnnctet. Copenbague , 1849. 1 vol. in-8°. 

J'ajouterai que, dans le 2 e volume de l'bistoire du 
Voyage en Islande el an Groenland, fait par ordre du 
gouvernement francais, et qui a ete publiee en 1850, 
on a insere, sous le titre de Statistique, Particle sur 
l'lslande que j'avais fait paraltre dans le Bulletin de la 
Societe de geograp/iie. On m'a cite, il est vrai; mais il 
est a regretter que les epreuves nouvelles ne m'aient pas 
ete soumises, car j'auraisreetifie cette notice en quel- 
ques points, et je l'aurais en meme temps completee 
avec des renseignements recemment regus du Dane- 
mark concernant cette ile, dont un savant islandais, 
M. John Sigurdson, se propose de donner une descrip- 
tion statistique, etc., etc., dans un grand ouvrage pour 



( 468 ) 
lequel il reunit depuis plusieurs annees des mate- 
riaux. 

La Societe territoriale {Landhushohlnings Selskab) a 
public la description de quelqucsflMite ou prefectures; 
et une commission royale, placed sous les ovdres du 
ministre de l'interieur, fait paraitre des tableaux inte 1 - 
ressants sur les differentes branches de la statistique 
du Danemark. 

Les discussions qui se sont elevees dernierement 
entre lc Danemark et les duches de Holstein et du 
Schleswig ont donne naissance , tant en Allemagne 
qu'en Danemark, a un grand nombre d'ecrits qu'il 
serail trop long d'enumerer, ou Ton peut puiser quel- 
ques bonnes informations, non-seulement sur I'his- 
toire, mais sur la geographic ancienne de ces duches, 
et dont plusieurs sonl accompagnes de cartes. 

Enfin, le Bulletin de V Academie royale des sciences de 
Belgique a fait mention en 1850 , sous le n° 8, d'un 
curieux memoire dc M. Gachard sur une colonic beige 
etablie en 1652 dans Vile de Nordstrand, au duche de 

Schleswig. 

Ce fait geographiquc ne paratt avoir ete mentionne 

par aucun geographe. 

SUEDIi. 

Dans le rapport que je presentai il y a huit ans, a 
la Societe, je m'ctonnais que la Suede, classce jadis 
parmi les pays ou la geographic elait cultivee avec 
succes, et si distinguce de nos jours par ses progres 
dans les sciences naturelles, n'eOt produit en 1842 ni 
remarquable voyage, ni grands travaux, ni cartes, ni 
ouvrages geographiques de quelque importance. On 



( 409 ) 

yerra , lorsque j'aurai a parler de l'Ame>ique, qu'en 
1849 du moins deux voyages scienlifiques ont et<§ exe- 
cutes dans le nouveau continent par des Suedois sous 
la direction et aux frais de leur gouvernement; j'ajou- 
lerai qu'il a ele" fait quelque chose sur la Suede pen- 
dant la periode actuelle. 

HVDROGRAI»niE. 

On sail qu'en Suede il n'existe point, comme en 
France, en Angleterre, en Russie, en Espagne, en 
Danemark, etc., d'etablissement public specialement 
charge de 1'hydrographie des cotes du royaume. On 
sail aussi que ce fut pendant de longues annees l'ami- 
ral Klinl qui s'occupa d'en faire confectionner des 
cartes hydrographiques, mais a ses frais et pour son 
compte particulier, et qu'a la mort de cet amiral l'en- 
treprise fut conlinuee par M. Gustave Klint, son fds. 
Je n'ai point appris que de nouvellos cartes hydrogra- 
phiques relatives a la Suede aient ete construites en 1849 
ou 1850, meme par M. Gustavo Klint : seulement, en 
1843, cet oflicier de marine termina ou fit terminer 
une carte du d^troit de Kalmar, avec Tile d'Oland 
LKarta ojver Kalmar Sund med Gland), qui a paru en 
1844. 

Des observations sur le niveau de la mer pres des 
cotes de Suede sont, a ce qu'il parait, commencees 
par ordre du d^partement de la marine aux phares et 
a plusieurs stations de canaux; et d'autres observa- 
tions climatologiques, ins6r£es dans les Memoires de 
l'Academie des sciences de Stockholm , se font aussi 
sur plusieurs points du royaume. 

Si le gouvernement suedois a cru devoir laisser aux 



( A70 ) 
>oins dun pat liculier I'execulion et la publication des 
cartes hydrographiques, il n'a point neglige tout a fait 
d'autres parties irnportantes de 1'hydrographie dc la 
Suede; on peut citer pour exeinple les travaux effec- 
tues aux ports de Landskruna, Carlshamn, Weftterfifl 
et en particulier a ceiui de Lidkiiping, ou il a pro- 
longe, dans ces dernieres annees, par deux jetees pa- 
rallels de pierre, reposant sur des fascines, d'une 
longueur tolale de 9 00U pieds (1) (27o2 metres en- 
viron) le cours du lleuve Lidan , donl rembouchure 
estparfois inaccesbible, a cause du niveau Ires-variable 
des eaux du lac \\ enern (2). 

La reconstruction du canal de Stromsholru, qui 
doit, au moyen du cours d'eau de liamnas et de plu- 
sieurs lacs relies enlre eux, laire coinmuniquer Smed- 
jebacken, en Dalecarlie, avec le lac Melar, ouvrage 
d'une baute importance pour l'exportation du Per des 
districts des mines de l'ouest, doit etre cilee en pre- 
miere ligne parmi les travaux d'hydrographie inte- 
rieure. Cette communication par eau , executee en 
parlie de 1777 a 1795, mais refaile en ce moment, 
aura une longueur de 13 milles geographiques, avec 
une profondeur de 5 pieds sur une largeur de 18 au 
moms : les travaux, conlies a une compagnie particu- 
late, seront termines en 1856. 

C'est le colonel M. Ericsson, connu par les derniers 
travaux du canal de Trollbatta , qui a dirige les nou- 
velles ecluses conslruites aupres de Stockholm, entre 

( i ; Le pied de Suede = o m ,2969 ; c'est cette espece de pied uue j'at 
toujouis cite en parlant de ce pa} s, 

(2) La difference entre le niveau le plus haul et le plus bas est de 
io pieds (a D ,97). 



( 471 ) 

la Baltique et le lac Melar, dont les eaux s'elevent uu 
peu au-dessus du niveau de celle mer. Ces ecluses, de 
32 pieds de large sur une prot'ondeur de 12 pieds au- 
dessous du niveau le plus bas de la Baltique, connnen- 
cees en 18/|G, ont ele a peu pies terminees en 1850. 

Enfin, le gouvernemeut suedois a, pendant ces der- 
nieres annees, chercbe a completer son sysleme de 
communications par ses rivieres et ses canaux, au 
moyen de chemins de fer, dont deux lignes sont deja 
avancees : l'une, celle de Frykstad, entre les lacs de 
Fryken et le Klar-Elf; et la seconde, entre Rrisline- 
hamn, pres du lac Wenern etSjoandan, lieu de de- 
chargement. 

CARTES GfcOGRAPHIQUES, TOPOGRAPHIQUliS, ETC. 

Parmi les cartes g^ograpbiques de la Sukle en ge- 
neral et de quelques-unes de ses provinces en parti- 
culier qui ont ete dressees depuis un petit nombre 
d'annees, je vais indiquer cedes qui paraissent etre lea 
plus r-emarquables et sur lesquelles il m'a ete possible 
d'obtenir des informations. 

Je parlerai d'abord de la grande Carle geograpbique 
et stalistique de la Suede cenlrale [Store geograjisk 
statistisk karta djvermediersta Sver/ge) , dressee et gravee 
a l'ecbelle du ;, uu ' uuu , aux irais du prince royal, par le 
capilaine llabr.Cetle carte, qui se compose de lx leuilles, 
quoique terminee, ne sera livree au commerce que 
dans le courant de l'annee 1851. File doit etre suivie 
d'une autre Carle de la Suede meridionale, tgalement 
en U leuilles el a la meme ecbelle. Les materiaux 
reunis pour une Iroisieme carte, consacree a la Suede 



( hTl ) 
seplentrionale , ne permoitent de dresser celle-ci 
qu'a l'echelle de 7oofooo5 elle n'auraque deux feuilles. 

Voici les tilres des autres cartes : 

Karta ofver svenska Armeens Indelning och jbrlag- 
ni/ig... (Carte dormant la division et la repartition 
dans le pays, de l'armee suedoise sur le pied de paix, 
dressee en 18/18 par C. Grill, lieutenant dans le regi- 
ment d'artillerie de Gbla. La partic meridionale, en 
2 feuilles, a l'echelle de 720 ' 0Q0 , a ete lithographiee a 
Copenhague, mais n'a point encore paru. On ne me 
dit pas si les autres parties sont avancees. 

Anterieurement (en 18Zi/i), on avait public a Stock- 
holm une Carte de Suede et de Norvege, dressde en 
h feuilles a l'echelle du i , 2 5 „ u , par la Societe de l'in- 
struction publique, sous le litre de Karta op/'er Svetige 
och Norrige utgifven af ' Sals k ape t for Vexe/undervisiu'n- 
gens beframjande. Cette carte, lithographiee a l'etat- 
major general, passe pour exacte ; elle est fort nette et 
fort claire, parce qu'on ne l'a pas surchargee de noms 
de lieux insignifiants, que Ton entasse quelquefois 
avec une exactitude exageree sur les carles topogra- 
phiques construiles dans la Scandinavie. 

Des cartes des gouvernements de Carlskrona ou Ble- 
kingue et d'Upsala, dressees et gravees au ,, u * „ u , par 
le corps topographique , la premiere , lerminee en 
18A8, a seule ele publiee; la seconde a ete finie en 
1850. Les plans des villes qui les accompagnent sont 
fails au iu000 . 

Trois autres cartes, l'une de l'Helsingland, province 
dependant du gouvernement de Gefleborg, qu'on doit 
a P. H. Widinark, premier arpenleur de la province, 
a ete gravee au TouWo' et ^ a seconde, du gouverne- 



menl de Jemlland, dont l'auteur est le sous-lieutenant 
J. F. "Weslrell [Landmatare] , lithographiee au ,. ' u u , 
sont toutes terminees, mais ne paraitront que dans le 
courant de 4851; quant a la troisieme, representant 
le gouvernement de Wisby, elle a paru a Stockholm 
en 1849, a l'echelle du ^oI^(^oo'• 

L 'Jthenamm a annonce le 111 decembre 1850, dans 
son n° 1207, que plusieurs Cartes physico-geographi- 
ques de la Suede, executees par le prince royal de Suede 
et de Norvege, Gliarles-Louis-Eugene, avaient ete" of- 
ferles a la Societe geographique de Londres. C'est la 
seule information qui me soit parvenue a ce sujet. II 
est facbeux que je n'aie pu parvenir a me procurer 
l'ensemble et le detail des travaux du corps topogra- 
pbique de Suede depuis 18Z|2. 

OTJVBAGKS GjfeoGRAPHlQUES. 

Apres avoir eu, des 1774, cinq editions cons^cutives, 
la Geographic de la Suede, par Eric Tuneld, compilation 
justementconsideree, quinesecomposaitdans l'origine 
que d'unseul volume in-12, qui avait eu ua tres-grand 
nombre d'editions, elait, il faut le reconnaitre, trop 
concise ; aussi fut-elle successivement considerable- 
ment augmentee. Une description plus developpee de ce 
royaume eut en quelques annees dix-sept editions. La 
dix-huitieme, que j'ai sous les yeux, dont le 1" volume 
a paru en 1827, etait loin d'etre complete en 1833, que 
fut publie le 4° volume. La lacune qui existe n'etait 
point encore remplie, lorsque M. Willi. Tliam, aujour- 
d'hui lecteur a l'ecole militaire de Carlsherg, entreprit 
une nouvelle Description du royauirje de Suede (Bes~ 
krifning q/i'er Sueriges Hike), dont quatrc livraisons, 
I. MAI. h. 32 



( 474 ) 
coniprenant les gouverneinenls (Lan) d'Orebro, de 
Westeras ct d'lpsala, ont ete publiees en 1840 el 1S50. 
M. I\hr Benjamin Skoldberg, lectern a l'ecole royale 
de Djurgarden, a donne a Stockliolm , en 1846, en 
1 vol. in-8° de 375 pages, nnc description de la Suede 
et de la Norvege, topographique , slalislique et histo- 
rique, succincle, mais qui, aulant que je puis en juger, 
m'a paru complete et cxaete, sous le litre de Beskri/ning 
ofver Skandinayiska llal/on, i tnpogia/iskt, statistisktoch 
hiitoiiskl Hanseende; et en 1849 on a imprime a Wes- 
terns, en 1 volume in-S°, doe Geographic de la Suede 
et de la Norvege. 

Des descriptions topographiques et slatisliques (To- 
pographiska och statistiska Uppgif'ter...) des gouverne- 
ments de Carlskrona, d'l psala el de la province d'Hel- 
singland, dont j'ai deja signale les cartes, ont ele 
publiees a Stockholm , in-8°, la premiere ct la troi- 
sieme en 1849, el la seconde en 1850. 

Le district des mines de Tunaberg, clans le Sbder- 
manland, a ete decrit en 1849 par M. Axel-Erdmann , 
dans un Memoire (Geognostisk Beskri filing, ofver Tu- 
nabergs Bergslug) insere dans les Actes de l'Academie 
des sciences de Stockholm; et Ton a publie, dans la 
meme \ille, un Tableau de la situation induslrielle de 
la Suede en 1847 [Konungariket Sveriges induslrielle 
Tillstand ar 1847), formant 304 pages in-8°, redige en 
langue danoise par M. le conseiller d'Llat Rawed, dont 
la traduction en suedois a ete publiee a Stockholm 
en 1849. 

Ln Danois, M. Molbecb, a publie a Copenhague, en 
1844, en 1 vol. in-8°, des Souvenirs d'un voyage en 
Suede , sous le litre de Lund, Lpsalu et Stockholm en 



( 475 J 

1842. On y Irouve, m'assurent des personnes dont 
j'apprecie le savoir ct l'opinion, car je n'ai pu voir 
l'ouvrage, des observations pleines d'inleret sur les 
habitants, les institutions el le degre de developpe- 
ment intellectuel de ces trois villes importanles de la 
Suede. Enfin il a paru a Berlin, en 1850, un Manuel 
pour un voyage en Suede et en Norvege, de 224 pages, 
avoc une carte, dont l'auteur est M. Freese. 

II est un autre ouvrage , a pen pres officiel , que je 
ne dois pas omettre de mentionncr , et qui a paru a 
Stockholm en 1850 (70 pages), sur les voies de com- 
munication par terre et par eau, de 1840 a 1850, dont 
l'auteur est M. Otto-Modig, chef du bureau dans le 
departement charge de ces sortesdc travaux. II a pour 
litre : Anleckiiingar om Almanna Pilg-och I attenbyg- 
gads-Arbeten I svevige /rein 1840 till 1850. 

Je lerminerai ce qui concerne la Suede en disant 
que le gouvernement de ce royaume a decide que le 
pays prendrait aussi part a la mesure de Tare de me- 
ridien commencee par la Piussie; les travaux des Sue- 
dois doivent s'etendre, dit-on, de Tornea aux fron- 
tieres de la Norvege. On se propose de profiter de 
l'occasion pour determiner d'une maniere positive la 
difference de niveau entre le golfe de Botnie et la mer 
Glaciale. 

NORVEGE. 

Si depuis longtemps les habitants de cette portion 
de la presqu'lle scandinave n'ont execute aucun grand 
voyage, fait qui doit au surplus peu surprendre , ses 
savants et son gouvernement n'ont point neglige pour 
cela les differentes branches de la geograpbie. 



( 476 ) 



HYDRorauriiiK. 



J'annonrais, clans raon rapport de 18/i2, que la der- 
niere carle bydrograpbique des cotes de Norvege , la 
douzierne de cellcs qui ont ele publiees depuis 1785, 
ct la cinquieme depuis l'union de la Norvege a la Su6de, 
comprenait l'espace qui s'etend du 68° 9' au 69° 16' de 
lalitude nord, et renfermait la portion des iles Lofoten 
qu'il restait a decrire, les Vcsteraalen et une pavlie du 
continent situe a Test. Depuis, cinq autres cartes hy- 
drographiques des memes parages, la portion la plus 
diflicile de l'ceuvre , a cause des obstacles nombreux 
que la nature du pays et son rude climat presentaient 
a cbaque pas, ont successivement paru, accompagnees 
de leurs descriptions nautiques respectives, dues a 
M. le professeur Hansteen et a M. le capitaine de genie 
Vibe. La dernieredeces cartes (n 09 6 a 10) s'etend jus- 
qu'a la Laponie russe (1) . Toutc la ccinlure des cotes de 
Norvege est done representee aujourd'hui scientifique- 

(i) Voici les titres de ces cartes: 

N" 6. Carte de la c6te de Norvege depuis Ando ct Gisund jusqu'a 
Kvalo [Karlct over den Norskc Kyst fra Ando og Gisund til Kvalo), 
ou depuis le 68° 1 4' jusqu'au 70° 2 1 ' de latitude nord. 

N° 7. Carte, etc., depuis Kvalo etGiotsund jusqu'a Soruen ( Kent, etc , 
fra Kvalo og Grdtsund til Sdroen), ou depuis le 69 10' jusqu'au 70° 52' 
de latitude nord, et depuis le I9 22' jusqu'au 22° 34' de longitude 
est de Greenwich (du 17" 01' 36" au 20 i3' 36" de Paris ). 

N° 8. Carte, etc., depuis Soioen jusqu'au cap Nord (Kart, etc., fra 
SorOen til Nord Kap), ou depuis le 69" 53' au 71" 1 1' de latitude 
nord, et depuis le 22 26' jusqu'au 25° 44' de longitude est du nie'ri- 
dien de Greenwich (19 45' 36" au a3" i3' 36" de PaiisJ. 

N° 9. Carte, etc., depuis le cap Nord jusqu'au Tanahorn (Itarf, etc., 
ft a Nord Kap til Tanahorn), <>u du 7o°o' au 71 1 1 1 de latitude nord, 



( 477 ) 
ment, et Ton ne peut qu'adresser des felicitations au gou- 
vernemenl norvegien, aux habiles et intrepides officicrs 
qu'il a employes; a M. lc professeur Hansteen , qui a 
dirige le travail, et a M. le capitaine Vibe, qui y a con- 
couru, et a en outre dresse et dessine les differcntes 
cartes particulieres, ainsi que les deux cartes gendralcs 
de toute la cote septentrionale du pays, c'est-a-dire 
du Nordland et du Finmark , ces regions extremes de 
1 'Europe arctique (1). Pour rendre complet ce beau 
travail , il n'y aura plus qu'a faire sur les sept pre- 
mieres carles levees et publiees avant 1814 les rectifi- 
er du 25° 38' au 28 5o' de longitude est du meridien de Greenwich 
(du 2 3° 17' 36" au 26" 29' 3G"de Paris). 

N" 10. Carte, etc., depuis Tanahorn jusqu'a la frontiere de la La- 
ponie russe (Kart, etc., fra Tanahorn til Grcensen mod russisk La- 
pland), ou du 69 37' au 70 52' de latitude nord, et du 28 36' au3i° 
12' de longitude est du meridien de Greenwich (du 26 1 5' 36" au 
280 5i'36"de Paris). 

Les leves ou mesures trigonometriques et les observations astrono- 
miques ont ete verifies, savoir : pour les cartes n" 9 6 et 7, par MM. Due 
et Hagerup, capitaines-lientenants de la marine royale, et par M. Ryn- 
ning, lieutenant d'infanterie; pour les cartes n 08 8 et 9, par les metnes 
officiers etparM. Klouman, lieutenant de cavalerie, et enfin, pour la 
carte n° 10, par MM. Due, Hagerup, Klouman et Noeser, officier de 
cavalerie. Ces cinq cartes, dressees et dessinees par M. le capitaine 
du genie Vibe, ont ete lithographiees a Christiania et publiees en 
1842, 1844, '845, 1847 ct 1848. 

(1) Carte de la cote de Norvege depuis le chcnal de Trondhjew jus- 
qu'a Tromsti (Kart over den norske Kyst fra Trondhjems Leden (il 
Tromsb) , dressee, par ordre du departement des finances et sous l'in- 
spection de la direction du cadastre, dessinee par M. Vibe, capi- 
taine du ge'nie, et publie'e a Christiania en 1846, en 1 feuille. 

Carte, etc., depuis Tromso jusqua la frontiere russc (Kart, etc., Fra 
Tromso til Grdendsen mod Rusland), par le meme officier, publie'e 
a Christiania en i84;), en 1 feuille. 



( 478 ) 
cations dont on les a reconnues susceptibles. Depuis 
que ces lignes elaient ecrites, j'ai appris que M. le 
capitaine Vibe, dont j'ai deja eu et dont j'aurai sou- 
vent occasion de parler. a commence une serie des 
cartes liydrographiques des cotes du sud de la Nor- 
vege, lesquelles, lorsqu'elles seront terminees et pu- 
bliees, rendront completement superflues celles dont 
je desirais la rectification. 

CARTES GEOGRAPIIIQUES, ETC. 

Le gouvernement norvegien nc s'est pas borne a 
faire visiter les cotes de son pays par des ofliciers et a 
en faire lever des cartes hydrographiques, son atten- 
tion s'est egalement portee surl'interieur du royaume. 
Les leves terreslres du bureau topograpbique se sont 
etendus, dans les dernieres annees, sur les stif'ts (pro- 
vinces ou grandes prefectures) d'Jgershuus, nomine 
aujourd'bui officiellemcnt , par ordre du gouverne- 
ment, sti/'tdc Christiania, du nom de son chef-lieu, qui 
est en meme temps, comme on sait, la capitale du 
royaume, et sur le stijt de Cbrisliansand. Tout le stift 
de Cbristiania est completement termine, c'est-a-dire 
que les travaux trigonomelriques et de detail, ainsi que 
les calculs et les verifications, sont acheves, et qu'il ne 
reste par consequent plus rien a faire, soit sur le ter- 
rain, soil dans le cabinet, a l'exception de la gravure 
des cartes et de leur publication. 

Quant au stijt de Cbrisliansand , los points les plus 
remarquables ont ete calculus par les trigonome- 
tres (1), et une grande partie des details sont aussi 

(i) Je crois devoir faire remorquer a eette occasion que tous les 
points dotal la position esl constatee p r \e$ triangles calculus el vc- 



( 479 ) 
prepares; mais il reste encore a faire aux cunts ( ou 
prefectures) de Stavanger et de Mandal. 

Jusqu'en 1845, on n'avait publie que les cartes des 
«/«^deSmaalenenes (1 feuille) .d'Akershuus (1 feuille), 
de Hedemark (3 feuilles), dc Jarlsberg et Laurvig 
(1 feuille), et 1 feuille de Ymnt de Christian , qui doit 
en comprendre 3. La seconde vient de paraitre; elle 
renferme la portion de cet amt situe entre le 60° 50' 
et le 61° ZiO'. La troisieme, qui est a la veille d'etre 
achevee par le graveur, s'etend entre le 61° 40' et le 
stiff de Trondhjem , qu'en suivant une vieille routine 
nos geographes ecrivent encore Dronthcfm. 

Le capitaine d'artillerie Gjessing, qui execute le 
^essin de ces cartes, a deja acheve celle de Y afrit de 
Buskerud, en 2 feuilles, et il a commence la feuille 
ineridionale de Yamt de Bratsberg, qui en aura egale- 
ment 2. Ces differentes cartes, qui comprennent toute 
la partie orientals des montagnes les plus elevees et les 
glaciers de la contree, sont remarquables par leur mi- 
nutieuse et tres-elegante orographie. 

Parmi les autres carles geographiques de la Norvege 
qui ont paru depuis!8Zi2, je dois ciler celle que M. Carl 
B. Boosen, capilaine du genie, a publiee a Cbristiania 
et fait graver a Paris en 18/15, sur la Norvege septen- 
trionale, dont il a donne une nouvelle edition en ISA 8; 
et la Carte de la Norvege meridionale, gravee egale- 
menl a Paris, qu'il a publiee cette derniere annee. 

La Carte de la Norvege a l'usage des ecoles, lilho- 



rifies sunt notes selon leur distance du meridien de Konysvinyer et 
de id perpendiculaire sur ce meridien ( 6o° ii 53" lat., 9" 40' 5-" 
longit. est de Paris ). 



( 480 ) 

graphiee cl publiec en 1845 a Clnistiania en 1 feuille, 
par M. le professeur P. A. Munch; cclle tic la Norvege 
meridionale, et cello de la parlie septenlrionalc du 
Nordland et du Finmark, du memo gcographc, litlio- 
graphiec et publiec egalemcnl a Clnistiania , la pre- 
miere en 1845 et la seconde en 1848. Les deux dcr- 
nieres surlout passent generalement pour les plus 
exactes et les plus completes qui aient para jusqu'a ce 
jour sur cetle portion de la presqu'ile scandinave. 
Quant a la partie meridionale du Nordland el du Fin- 
mark, dont M. Munch s'occupe en ce moment, elle est 
fort avancee et dans les mains du graveur. 

J'ai deja dit en 1842 que M. le professeur Keilhau 
avait joint a la premiere partie de la Gaea norvegica, 
qui avait para en 1838, une carte geoldgique des envi- 
rons de Christiania (Leber gangs Territorium von Chris- 
tiania), en 1 grande feuille coloriee : les deuxieme et 
troisieme livraisons de ce savant recueil , publiees en 
1844 et 1849, renferment une Carte geognostique de 
toute la Norvege en 2 parties composees de 3 feuilles 
(Geognostischen Karte von Norwegen in zivei BIdltern). 
11 parait que cetle carte orographique et geologique de 
la parlie meridionale etprincipale dcla Norvege, joinle 
a la Iroisieme livraison de la Gaea norvegica (voy. aux 
ouvrages geographiques) , a etc dressec par M. le profes- 
seur P. A. Munch, aussi bien que cclle du Nordland 
et du Finmark, qui accompagne la deuxieme livraison 
du meme recueil. M. le professeur Keilhau a trace les 
limites des different terrains geologiqucs, el en a 
dispose les couleurs ; mais e'est M. Munch qui a trace 
les cotes montranl 1'tMevation du pays, une a 500 pieds 
( norvd'giens), la seconde a 1 000 pieds, la troisieme a 



( 481 ) 

2 000 piecls, la quatrieme a 3 000 pieds au-dessus du 
niveau de la mer, etc., etc. 

Je terminerai ce chapitre par la mention d'un joli 
plan lithographie en une feuille de la ville de Chris- 
tiania et de ses environs; il me parait fort exact et doit 
l'etre, puisque MM. Vibe et Irgens, oflieiers du genie, 
l'ont dresse et dessine sur les materiaux les plus re- 
cents et les plus aulhenliques, el d'apres leurs propres 
observations, et que M. le professeur Hanstecn en a 
acceple la dedicace, nouvelle garantie d'cxactitude. II 
a pour litre : Kart over Christiania med en Kvadratmiil 
ofOnwgn, et a paru en 1S44. 

OUVRAG15S GliOGlUl'IIIQUES. 

Dans sa Description historico-geographique de la 
Norvege pendant le moyen age (Hislorisk-geogrctphisk 
Beskrivelse over Kongeriget ISorge {Noregsveldi) i Mid- 
delalderem) , publiee a Cbristiania en 18/i9, en 1 vol. 
in-8" (xxi-256 pages), M. le professeur P. A. Munch, 
que j'ai deja mentionne, a reuni une masse d'infor- 
mations autlientiques sur l'ancienne geographie de ce 
royaume, qui laissait encore beaucoup a desirer. 

Uexislaitdepuislongtempsunevolumineuseetfortin- 
t<^ressanle statistique de la Norvege, commencee en 1820 
el terminee en 1835, que j'ai eu occasion de citer avec 
eloge ; mais eel ouvrage consciencieux de M. Jens Kraft, 
compose de morceaux detaches, auquel il manquait a la 
fois une introduction pour en saisir l'ensemble et une 
table des matieres, n'etait plus d'ailleurs au courant de 
la situation d'un pays qui a fait beaucoup deprogresde- 
puis 181A. M. le professeur Schweigaard a commence 
en I8/16 une nouvelle statistique; quoiqu'elle fut sur 



( 482 ) 

uno eehelle beaucoup moins vaste, il est a regretter 
que d'autres occupations n'aient point permis a ce 
savanl et judicieux ecrivain do la terminer. Deux autres 
geographes, M. Brawn -Tvelhe et M. Anion - Schjoth , 
s'aidanl des travaiix de leurs pivdecesscurs et des do- 
cuments plus recents quils sonl parvenus a recueillir, 
ont traite de nouveau et avec talent eel important sujet. 
Le premier, dans sa Norges Statietisk, donlla premiere 
partie a paru a Christiania en lS'iS, et la seconde en 
1849, in-S°; et M. Schjoth, danssa Geographisk Beskri- 
velse over Kongejriget Norge^ publico egalement a Chris- 
tiania en 1849, en 1 vol. in-'J2, dont un excellent re- 
cueil periodique, le A orsk Tiilskrift for I uiaiskab og 
Litteratur, a fait un grand eloge, et ou j'ai amplement 
puise, dans une Notice geographico-historique que 
j'ai consacree depuis a la Norvege. 

Sous le litre allcmand de Beschreibwis imd Laee (lev 
Universilat.s-Stcntwaite, M. le professeur Hanstcen a 
donne en 1849, en 1 vol. in-4°, une description com- 
plete dc robservaUme dc Christiania, et fait connaitre 
les travaux dont cet elablissement est pour ainsi dire 
le centre, et qui conlribuent aux progres de la geogra- 
phie. Dc savants Norvegiens ont, comme les annees 
precedentes, explore quelques parlies dc leur pays. Un 
• cclesiastique , M. Sars, docteur m philosophic, a, 
pendant 1'ete de 1849, visile les lies Lofoten et le Fin- 
mark, dont il a plus specialcmcnt etudie la zoologie ; 
et un jeunc medecin, M. J. Norman, a, comme bola- 
nislc, paicouru en 1849 le Gudbrandsdal. Les me- 
moires qu'ils ont publics a leur relour sont inseres dans 
le i\yt Magazin for Natur Videnskaberne, qui conlient 
aussi des rechcrches magnetiques qu'un autre savant 



( 483 ) 

norvegien, M. Chr. Langberg, a faites pendant un 
voyage execute par lui dans l'ele de 18^8 dans le stift 
de Christiansand. La premiere de ces relations a pour 
titre : Beretning om en i Sommeren 18ZJ9 foretoken Zoo- 
logisk Reise i Lofoten og Finmarken ; la deuxierne : Be- 
retning om en i Gudbrandsdalen foretagen botanisk Reise; 
et la troisieme : Magnetiske Jagtagelser paa en Reise i 
Chrisliansands stift i Sommeren 18Zi8. 

Une classe d'individus, un peuple si Ton veut, disse- 
mine dans presque toutes les parlies du globe, ou il 
parle a peu pres la meme langue, ou il a recu tant de 
noms differents, et qui est connu en France sous celui 
de Bohemiens, existe aussi en Norvege, ou on 1'appelle 
Fante. En 18^7, M. Eilert Lund , dont ces Fante ou 
Fantcr avaient fixe l'attention, recueillit quelques in- 
formations sur ces etranges individus, pendant un 
voyage qu'il fit dans quelques conlrees du royaume , 
uniquement pour etuclier leur caractere ot leui*s 
moeurs. L'annee suivante, le gouverncment norvegien 
lui donna a ce sujet une mission speciale, et, en 1850, 
il a publie a Christiania, aux frais de l'Etat, sous le 
titre de Beretning om Fante eller Landstryger folket i 
Norge, en 1 vol. in-12 ( iv-vi-394 pages), une curieuse 
relation contenant le resullat de ses investigations. Les 
renseignements donnes dans cet ouvrage sur ce singu- 
lierpeuple, sur les lieuxhabites par lui, sur ses moeurs, 
ses coutumes, sa langue, off rent de l'interet au pbilo- 
sopbe comme au geographe , et c'est par ces motifs 
qu'il m'a paru utile de le citer. 

La Gaea /lorvegica, recueil publie a Christiania en 
langue allemande, dont M. Reilbau, professeur de mi- 
neralogie et de geologie a l'Univei'site de Christiania, 



( l\SU ) 

est l'editeur, et dans lequel plusieurs savants norve- 
giens inserent, ainsi que lui, des morceaux d'un haul 
interet, est connu de la Societu de geographic Depuis 
la publication de la premiere partic de ce recueil, dont 
j'ai eu l'occasion de l'entretenir, deux autres parties 
ont para, Tune en 1847 ct la troisieme en 1850. 

Parmi les memoires contenus dans la Gaea norvegica 
qui se rattachent plus particulieremcnl a la geogra- 
phic, et qu'il me parait, par ce motif, utile de porter 
a voire connaissance , j'indiquerai : celui qu'on doit 
a M. le capitainc de genie Vibe Sur les mesures des 
montagnes dc la Norvege ; celui de M. le professeur 
Reilbau Sur la structure de la masse rocheuse de Norvege; 
et enlin, le Coup d'ceil sur {'orographic de la Norvege, 
dont l'auteur est M. le professeur P. A. Munch. Aux 
deux derniers memoires sont jointes des carles dont il 
a ete fait mention plus haut. 

Deux Francais, MM. le docteur Eugene Robert et 
Durocher, ingenieur des mines, se sont aussi occupes 
de la Norvege, le premier en 1849 dans ses Recherches 
geologiques sur les dernieres traces que la mer a laissees 
a la surface des contiuctits dans V hemisphere du J\ord, 
notamment en Europe; et M. Durocher, en 1850, dans 
ses Recherches sur la structure des montagnes de la Scan- 
dinavie , et sur les phenomenes de soulhvement qui les ont 
protluites. Ces deux memoires, dont l'Academie des 
sciences a rendu un comple avantageux, sont, jc crois, 
resles incdils. 

La Norvege a fixe enfin l'attention dc quelques An- 
glais. MM. Thomas Forrester et le lieutenant d'artillcric 
Biddulph ont publie a Londres, en 1850, les impres- 
sions de leur voyage dans ce pays, en 1 volume in-8°, 



( 485 ) 

accompagne de cartes et de vugs, sous le litre de Norway 
in 1848 and 1 849 ; et M. Ross a fait paraitre a Londres, 
en 1849, la deuxieme edition d'un Yacht voyage en 
Norvege, Suede et Danemark. 

J'ai rendu compte dans un des numeros de voire 
Bulletin (1), d'apres un expose de M. le capitaine de 
genie Vibe, des premiers travaux executes par des ofli- 
ciers norvegiens, pour concourir, avec la Russie et la 
Suede, sous la direction de M. Struve, direcleur de 
l'observatoire de Pulkowa , a la mesure d'un nouvel 
arc du meridiem Cette belle operation est aujourd'bui 
terminer, et sous peu de temps je publierai dans voire 
Bulletin la traduction des derniers travaux des officiers 
norvegiens. En contribuant aux frais necessites par 
cette operation, le gouvernement norvegien a monlre 
sa liberalite et a prouve que, malgre les faibles res- 
sources de son budget, il n'besitait pas a y puiser 
pour assurer le progres des sciences geograpbiques. 

RUSSIE. 

Les contrees dont se compose l'empire du czar sont 
si nombreuses, elles occupent un si vaste espace sur 
le globe, le climat d'une portion d'entte elles est si 
rude et leur exploration offre parfois tant de difficulte, 
qu'il n'est pas surprenant que plusieurs soient restees 
encore imparfaitement connues. 

De grands progres out cependant ^te faits depuis 
quelques annees, specialement en 1849 et 1850; etces 
progres sont prcsque tout entiers dus a des habitants 
de laRussie.asesSocietes savantes,anim^esde l'amour 

(i) 3* serie, t. XIV, novembre i85o, p. 289 et suiv. 



( 486 ) 

cle la science et d'un zele patriotiquc ; a la Society geo- 
grapbique principalement , ou Ton voit figurer parmi 
les membres actil's , l'elite des voyageurs, des geogra- 
phes, iles bommes instruits et influents de la Russie, 
et dont le grand-due Constantin s'bonore d'etre le pre- 
sident perpetucl. Le gouverncnicnt a contribute, de 
son cote, a ces progres, en encourageant et en secon- 
dant les efforts individuels, et la judicieuse liheralile 
qu'il ne cesse de montrer a etc imitee par des |>orticu- 
liers, qui consacrent tine partie tie leur fortune et de 
leur temps au deVir d'ajouler quelques pages a la gloire 
de leur patric. 

Grace aux communications de M. le prince Emma- 
nuel Galitzin, notre correspondant en Russie, et sur- 
tout a l'obligeance extreme de la Socicle geograpbique 
de Saint-Petersbourg, a M. Raflalowitcb, connu par 
un voyage dans la basse Egypte, qu'cllc avait bien 
voulu cbarger de correspondre avec moi et de me 
fournir des notes, et a MM. Al. Guicrs ct Dom. 
Longuinoll", tous qualre membres effidifs de cetle 
Sociele, j'ai eu sous la main de nombrcuscs informa- 
tions sur les travaux geograpbiques executes ou pro- 
jetes en Russie ct sur la Russie pendant la periodc de 
temps dont j'ai a vous entretenir. 

Les documents que j'ai recus sont telleincnl abon- 
dants, que la difficulty qui m'arrete est de faire un 
cboix, ne pouvant les employer tous dans le resume 
que je dois vous presenter aujourd'bui, mais que 
j'etendrai plus tard. 

Pendant que des corps a la fois militaires ct savants, 
tels que le corps des ingenieurs-geograpbes, celui des 
arpenteurs, l'etat-major general, etc., faisaient ex6- 



( 487 ) 
cuter dans Vinterieur de /'empire des travaux geodesi- 
ques et astronomiques, et des leves lopographiques et 
trigonomelriques , le departement hydrographique 
faisait faire des sondages, des leves des coles exterieures, 
des mers interieures , des lacs et des grands cours 
d'eau; et deux institutions scientifiques , l'Academie 
des sciences de Saint-Petersbourg et la Sociele geogra- 
pliique russe, entreprenaient des travaux semblahles, 
soil concurremnient avec le couverncment et a l'aide 
de subventions, soit individucllement et a leurs frais. 

HVDUOGRAPDIi:. OUVRAGKS ET CARTIiS. 

Les sciences geograpbiques n'ayant beureusement 
fait en Russie aucune perte remarquable depuis le 
1" Janvier 18Zi9, je n'ai a presenter aucune notice 
necrologique, et jo m'en l'elicite. 

Le departement qui s'occupe specialement de l'hy- 
drographie en Russie, et qui forme, de meme qu'en 
France, une des dependances du minislere de la ma- 
rine, execute cette nature de travaux dont les resultats 
sont consignes clans les Memoires du departement hy- 
dmgniphiqite ( Zapiski bidrografiscbeskabo Departa- 
menla), oil se trouvent les listes completes des cartes 
publiees cbaque annee. Deja depuis 1832 sept volumes 
de ce recucil ont paru ; le buitieme, qui doit contenir 
les publications de l'annee 1849, etait encore sous 
presse lorsque les derniercs informations me sont 
parvenues de Saint-Petersbourg; aussi ne puis-je 
vous en offrir qu'un apercu Ires-sommaire et mal 
beureusement incomplet. II est fort a regretter qu'on 
m'ail seulement annonce de Saint-Petersbourg qu'il 
existait un catalogue imprime des cartes hydro- 



( 488 ) 

graphiques publiecs par le ministere de la marine, et 
quo je n'aie pu m'cn procurer un excmplairc, ou j'au- 
rais sans doute trouve les tilres des cartes ayant paru 
jusqu'a la fin de 1850. On pourra voir dans le tome MI 
des Mempires ci-dessus designes quelle etait la nature 
des travaux en voie d" execution. Parmi ceux qu'on a 
continues en 1849, et qui peuvent, jusqu'a un certain 
point, s'appliquer a la Russie d'Europe , je me bor- 
nerai a citer les leves des cotes et les sondages de la 
merBallique, continues sans interruption depuis 1833, 
et poursuivis en 18A9 sur les memos bases par deux 
detacliements separes, dont l'un, dit celui du Nord , 
est place sous le commandement de l'amiral Rcineke, 
et l' autre, le detachement du Sud, sous les ordres du 
colonel Wrangel, du corps des pilotes. Les loves s'exe- 
cutent a l'aide du roseau trigonometrique du general 
Schubert, et en choisissant dans les tcrrcs des objels 
eleves, visibles de la mer; des cbaloupes font les son- 
dages le long des cotes, entre des bouecs munies de 
perches et de pavilions, placees dans des endroits de- 
termines; les sondages au milieu du golfe sont effec- 
tues par desbatiments a voiles; enfin, pros des ports 
principaux, on a aussi enlrcpris quelquos sondages en 
hiver, au moyen d'ouverlures faites dans les glaces. Le 
detachement de l'amiral Rcineke, compose de deux 
bricks, d'un yacht, d'un transport, et de vingt-cinq 
cbaloupes, a fait des leves et des sondages multiplies 
au sud des schcres (1) de la Finlandc, sur les cotes de 
l'Esthonie et au milieu du golfe , depuis Ilogland jus- 
qu'au milieu de Revel. Le detachement du baron 

(i) Ecuejls. 



( 489 ) 

Wrangel , compost d'un schooner, d'un lougre, et de 
vingl chaloupes, a explore le Mousund cntre Dago, 
Osel et Mou. Ces travaux ont du etre continues en 
1850 par les inemes detachements. 

Dans la mer Blanche , on a de nouveau soigneuse- 
nient sonde les deux passes principales de la Dwina 
septenlrionale, pour reconnaitre les changements sur- 
venus dans le chenal depuis son exploration generate 
en 1832. 

Dans le meme but, l'embouchure principale du 
Volga a ete sondee, et ses rives ont ete levies depuis 
Astrakan jusqu'a la mer Caspienne. 

Dans la mer Noire , on a explore et releve les cotes 
de l'Anatolie et de la Roumelie, pour verifier et com- 
pleter les travaux executes sur les memes cotes, de 
1828 a 1838, par le capitaine Manganari aine; son 
frere cadet a termine les leves et les sondages de la 
mer de Marmara, et une carte de ce marin, qu'on dit 
excellente, se grave en ce moment a Saint-Petersbourg 
sous les yeux de l'auteur. 

Je regrette de ne pouvoir indiquer, meme par leur 
litre, aucune des cartes hydrographiques de la Russie 
d'Europe, qui ont du necessairement etre pubises 
dans cet empire depuis le l er Janvier 1849, et je ne 
sache pas que la France ou l'Angletcrrc en aient fait 
paraitre recemment sur ces memes cotes. 

Je dirai ailleurs en quoi la Compagnie russe ame- 
ricaine a concouru aux progres de l'hydrographie ; 
mais je mentionnerai ici deux ouvrages importants. 
Le premier a ete publie par M. Stuckenberg en langue 
allemande a Saint-Pelersbourg, de lSlik a 1849, en 6 vo- 
lumes in-8°, sous le litre d' Hydwgraphie de Vempire. de 
i. mai. 5. 33 



( 490 ) 

liiiss/c; l'auteur ne se borne pas a parler des cotes de 
la iner, mais il donne aussi une description geogra- 
phique, statistiquc et technique des rivieres, lacs, etc. 
Le tome III , qui a para en 1849, traite du bassin de 
la mer Noire. Le second ouvrage, publie egalement 
en 1849, a Saint-Petersbourg, en langue alleraande, 
par M. Struve, en 1 vol. in-4° de 400 pages, et accora- 
pagn6 d'une carte lilhochromique et d'une planche, 
se compose de renseignements recueillis pendant les 
ann6es 1836 et 1837 par MM. G. Fuss, A. Sawitsch et 
G. Sabler, sur les mesures prises pour determiner la 
difference de niveau entre la mer Noire et la mer Cas- 
pienne. On trouve exposee avec beaucoup de clarle 
dans cet ouvrage la methode adoptee par les trois sa- 
vants tie l'expedition , pour mesurer les distances ho- 
rizontales entre les points a niveler, situ6s dans des 
steppes de 700 verstes (1) (747 kil. environ) d'etendue, 
inhabitees, manquant de bois, et dans lesquelles la 
construction du canevas trigonometrique, a et6 extre- 
mement difficile, quelquefois meme impossible. 

TRAVAUX ET CARTES GEOGRAPHIQUES, 
TOPOGRAPHIQUES, ETC. 

L'etat-major general poursuit les travaux geodesi- 
ques et astronomiques qu'il a commences sur la Russie 
depuis un grand nombre d'annees; mais a partir de 
1844, il a laisse de cote les parties interieures, pour 
concentier ses efforts dans les provinces de l'ouest, 
afin d'arriver plus promptement a relier ses lev^s lo- 
pograpbiques et trigonometriques avec les operations 

( i) Le verste, divise en fnio sagenes, — i kl,, ,o67. 



( 491. ) 

analogues entrepriscs en Prusse el en Aulriche. La 
marche graduelle et les re"sultats dc ces operations 
doivent, sous plus d'un rapport, interesser les sciences 
geographiques, ne fut-ce, par exemple, que par 
l'6tendue des surfaces soumises aux operations, et qui 
se prolongent de la mer Noire et de la mer Caspienne 
aux bords de la mer Glaciale. Le but qu'on s'etait 
propose parait aujourd'hui alteint en partie, puisque 
les leves geographiques sont maintenant ported succes- 
sivement vers les gouvernemenls situes plus a Test. II 
est necessaire d'ajouter que l'echelle adoptee pour ces 
lev^s topographiques militaires est d'un pouce pour 
500 sagenes, ou 1 versle (1), ^~ environ. 

Dc graves imperfections ayant ete signalees dans 
l'ensemble des atlas geographiques des divers gouver- 
nements, dont la construction se poursuit depuis plus 
de quatre-vingts ans, et qui ont fourni les materiaux 
pour une grande partie de la Carte de Russie en 
60 feuilles, la Societe geographique de Saint-P6ters- 
bourg en deinanda la rectification , et, sur sa propo- 
sition, cette operation fut commenced et accomplie en 
18A7, au nom de cette Societe, par deux de ses mem- 
bres effectifs, MM. Vrontchenko et Draschoussoff, dans 
les cinqgonvernements de Vladimir, Tamboff, Riazan, 
Voronege etOrel; lenombre des points fixes a etede70. 
Les travaux ont et6 pouss^s avec vigueur dans le cou- 
rant de 18/19; ils se continuent sous la direction du 
lieutenant general Mourawieff, directeur en chef du 
corps des arpenteurs, et avec la cooperation de quel- 
ques officiers distingue^ du corps de l'etal-major ge- 

(i) La sagenp««2 , ",i3356. 



( 492 ) 
neral. Deja l'atlas du gouvernement do Twer, qu'on 
considere en Russie comme un monument cartogra- 
phique des plus remarquables, est tcrmine a l'echelle 
d'un pouce pour 2 verstes (577^ environ), et les 
93 feuilles de 17 ponces do longueur sur 12 de largeur, 
dont il se compose, et qui contiennent la carte de 
toute la province, vont etre chromo-lithographiees a 
Moscou, sous la surveillance du general Mendt. On 
publiera ensuitc un second atlas de 154 feuilles, con- 
tenant les cartes separees de chaque district ; et Ton 
fera paraitre, de plus, la Carte du gouvernement de 
Tver, en h feuilles, a l'echelle d'un pouce pour 
8 verstes ( 3 3 b ' u u ) . Le redressement des cartes d'ar- 
pentage doit etre accompagne de descriptions statis- 
tiques des provinces, ou le leve du plan est acheve. 
Une partie des operations geodesiques et astronomi- 
ques, concernant l'Atlas du gouvernement de Riasan, 
sont faites, et l'empereur a decide qu'elles seraient 
successivement etendues aux autres gouvcrnements, 
au nombre de dix, silues a Test du meridien de Mos- 
cou (1), de maniere que leurs atlas respectifs soient 
completement termines en 1859. 

En 1847, M. le baron de Meyendorff avait propose 
a la Societe geographique , dont il est membre , de 
soumettre a une vaste exploration la region & humus 
ou terre vegetale de la Russie d'Europe, en examinant 
particulierement la chaine des elevations qui la tra- 
verse, el qui divise les eaux et les pentes de la Desna, 
du Don et des affluents de l'Oka. Diverses causes retar- 



(1) Ce sont les gouvernements de Vladimir, Yaroslaw, Tamhuff, 
Woroneie, Penza, Nijni-Nowgorod, Simbirsk, Saratoff et Kasan. 



( 493 ) 

derent l'execution de cette importante entreprise, ct 
vu les depenses considerables qu'elle devait entrainer, 
la Societe" se chargea seulement d'en faire executer a 
ses frais la partie g^ographique, et notamment la me- 
sure des hauteurs qui forraent la limite seplentrionale 
de la zone, et la determination exacte de l'axe du gres 
rouge ancien (systeme devonien) (1), qui passe par ces 
hauteurs. Les recherches devant s'etendre sur une 
ligned'environ 1 200 verstes (1 280 kil. environ) et etre 
termin^es dans l'espace de deux ans, dont la premiere 
consacree a l'exploration de la partie nord-est de cette 
ligne de hauteurs, depuis le gouvernement de Witebsk 
jusqu'aux rives du Don , et la seconde a celle de la 
partie orientale, depuis le Don jusqu'au Wolga, pour 
determiner plus exactement l'elevation de la zone d£- 
vonienne (1) , on se proposait de remplacer les mesures 
barometriques par des nivellements geodesiques, au 
moyen des appareils perfectionne\s [distanzer-messer) 
de Stampfer. La Societe a fait en consequence acheter 
a Vienne ces instruments ingenieux, lesquels, apres 
une soigneuse verification, ont ete mis a la disposition 
de M. Helmersen, colonel du corps des mines, chef de 
l'expedition projetee , qui a ete enfin commencee a la 
fin du mois de mai 1850 par cet officier superieur, qui 
s'est dirige d'abord vers la partie meridionale du gou- 
vernement de Livonie, ou la principale region devo- 
nienne en Russie detache d'elle-meme une bande dans 
la direction du sud-est jusqu'a Voronege. Cette bande 
fut traversed six fois en ete par l'infatigable voyageur, 

(i) On sait que le systeme devonien est la premiere des trois 
grandes divisions etablies par les Anglais dans les terrains infe- 
rieurs a la grande formation houillere. 



( h9h ) 

et nommement de Yelije a Mohileff, de Mohiletl a Do- 
rogoboujo, de Dorogoboujc aRosslavl, d'Orcl aTchern, 
d'EfremofT a Voronege , et de Voronege a Toula. Je 
me bornerai a citer, parmi les resultats de cetle expe- 
dition, deux cents observations baroinetriques, con- 
cernant les hauteurs de certains points, et une curieuse 
decouverle, resultat des premieres operations de ce sa- 
vant observateur, e'est que les elevations devoniennes 
des gouvernements d'Orel et de Voroneze ne servent 
point, comme on l'avait cru jusqu'ici, de limites ou 
d'appui a la region de terre tranche de l'interieur de 
la Iiussie ; mais que ce sont au contraire les couches 
de cette terre qui gravissent ccs elevations et conti- 
nuenl jusqu'a leur base soptentrionale , en finissant 
dans les environs de Toula. 

La Carte ethnographique du gouvernement de Saint- 
Petersbourg, construite par M. P. Koppen sur les 
60 feuilles de la Carte speciale de la Russie occiden- 
tale, et sur les /|0 feuilles de la Carte detaillee de la 
Russie, est un nouveau service rendu par ce savant a 
la geographic de l'empire russe. L'Academie des 
sciences de Saint-Petersbourg, qui avait donne l'ordre 
de construire cette carte, l'a fait publier en 1849, en 
une feuille tres-grand format, a l'echelle d'un pouce 
pour 15 verstes {t^-,) (1). 

M. Koppen est egalement l'auteurd'une autre Carte, 

( i) ML Koppen a public en allemand, en i85o, a Poccasion de cette 
carte, des observations sous le titre de Ueber die Deutsrhen in Saint- 
Petersbunjiscken gouvernements mil einem Vorsvorte iibrr die Ethno- 
rjrafisk Kartc de genaunlen gouvernement von Saint-Petersburg, e'est- 
a-dire : Les Allrm.inds dans le fjouvernement de Saint-Petersbourg, 
aVeC des observations sur la Carte ethnographique de ce gouverne- 
ment. 



( 495 ) 

egalement ethnographique, tie la Russie d'Europe, en 
4 feuilles , a l'echelle d'un pouce pour 75 verstes 
( ' 3 1 s o o o o ) > 1 ue lauleur a reclifiee et completee d'apres 
les derniers leves marilimes et topograpbiques, ce qui 
doit la faire preferer, sans qu'il soit rneme besoin 
d'invoquer le talent consciencieux de Koppen , aux 
cartes generales du meme format. La Societe geogra- 
phique de Russie a bien voulu m'envoyer pour mon 
usage particulier les deux premieres feuilles formant 
la partie orientale, et me promettre les deux autres qui 
paraitront incessamment (1). 

M. Kiepert a publie a Weimar, en 1849, en 2 feuilles 
colombier, une Carte de la Pologne, de la Russie occi- 
dentale , jusqu'au Dnieper, etc., etc., accompagnee 
d'une notice de 2 pages en allemand. 

La carte speciale que M. Stuckenberg a propose 
en 1849 a la Societe geograpbique d'executer, propo- 
sition qui a ete acceptee avec reconnaissance, offrira, 
lorsqu'elle sera publiee, un bien puissant interet. Elle 
doit en effet faire connaitre l'exlension progressive de 
l'empire russe depuis 1650 jusqu'a la paix d'Andri- 
nople , ainsi que les lignes de defense successivement 
etablies dans cet espace de temps contre les ennemis 
exterieurs. 

L'indicateur des sources de la geograpbie, de la sta- 

(i) Les noms etant ecrits en russe sur cette carte, M. V.-A. Malte- 
Brun, fils de notre celebre geograplie, a eu, sur ma demande, la com- 
plaisance de faire un caique en blanc des deux premieres feuilles ; 
il en fera autant pour les deux autres Iorsqu'elles seront parvenues a 
Paris, et je me propose de faire alors mettre les noms en caracteres 
latins. M. Malte-Brun fera ensuite, s'il y a lieu, une reduction de la 
carte entiere, qui pourra figuret dans le Bulletin, avec quelques 
explications que j'ai demandees. 



( 496 ) 

tistiquc, ilc la cartographic et de l'elhnographic dc la 
Russie, que prepare depuis longtemps le memo ecri- 
vain , sei'a d'une grande ulilite pour ceux qui s'occu- 
pent de ces differentes branches de la geographic lis 
attendront avec autant d'impalience la publication de 
la description detaillee des Nogai, nomades du gouver- 
nement de Stavropol, dont M. ArchipolT, merabre de 
la Societegeographique de Saint-Petersbourg, s'occupe 
depuis longtemps, et dans laquelle il doit donner un 
apercu statistique et ethnographique de celte famille 
de Tatares. 

OUVRAGES GEOGRAPIIIQUES, VOYAGES. 

Dans le desir de perfeclionner la geographic de la 
Russie, l'Academie des sciences de Saint-Petersbourg, 
qui semble rivaliser d'efl'orts avec la Societe geogra- 
phique, fait imprimer a ses frais une description de cet 
empire et des pays voisins en Asie, dont elle a confie la 
redaction a MM. K. E. de Bar et Gr. d'Helmersen. Les 
tomes XIV et XV de ce recueil, commence en 1839, 
ont paru a Saint-Petersbourg en 1849. Ce recueil, sur 
lequel j'aurais desire pouvoir vous fournir de plus am- 
ples informations, n'est point encore termine et so 
continue. 

Pendant que le gouvernement ellesSocietessavanles 
s'occupaicnt avec activitc de i'airc micux connailre la 
Russie , des savants et des voyageurs inslruils cher- 
chaient a conlribuer a l'amelioration de cette ceuvre 
palriotique par des explorations en differentes parties 
de l'empire russe, dont ils donnaient ensuile les rela- 
tions, ou par la publication d'ouvrages descriptifs. 
C'est ainsi que M. L. G. Stuckenberg, dont j'ai deja eu 



( hV7 ) 
occasion de mentionncr les Iravaux, a fait paraitre un 
ouvrage fort remarquable, dont la premiere partie, 
dans laquelle on trouve beaucoup de renseignements 
nouveaux et d'une grande utilite, a ete iinprimee a 
Saint-Petersbourg en 1849, et contient des cartes, des 
plans et des monographies. Son titre est : Essai de bi- 
bliographic ancienne et moderne de la geographie , topo- 
graphie, ethnographic et statistique de V empire russe 
( Versuch eines Qvellen-anzeigers alter und neuer Zeit 
fur das Studiura der Geographie, etc.). La seconde 
partie est sous presse. 

Les ouvrages suivants sur la Russie, dont la plupart 
sont dus a des nationaux, ne semblent pas devoir etre 
passes sous silence. 

Coup a" ceil sur la statistique economique de la Russie 
(Obozrenie economitcheskoi Statistiki Rossii), par le 
professeur Gorloff. Saint-Petersbourg, 1849. 1 vol. in-8° 
de 333 pages. 

Revue statistique du commerce exterieur de la Russie 
(Statitcheskoe Obozrenie' wnechney targowli Rossii), 
par M. G. Nebolsine. Saint-Petersbourg, 1850. 2 vol. 
in-8° de 417 et 495 pages. 

Tableau du gouverncment d' Arkhangel ( Otcherki ar- 
khanguelskoi Goubernii), par M. "Werechtchaguine. 
Saint-Petersbourg. 1 vol. in-12 de 409 pages. 

Position geographiquc de Viatha ( Opredelenie geo- 
grafischeskabo pologenia Viatki), par M. Jouceff. Ka- 
san, 1850. Broch. de 41 pages in-8 D . 

Esquisse geologique de la route de Saint-Petersbourg a 
la chute de Vlmatra (Otchcrk dorogi k vodopadou Ima- 
tri), par M. le professeur Koutorga. Saint-Pelersbourg, 
1849. Broch. de 34 pages in-8°. 



( 498 ) 

Semi-Russien, par A. Biulcus. Leipzig, 1849. In-8* 
(xvm-716 pages). 2° edit, (allem.). 

Voyage dans le nord-est de la Russie d' Europe par les 
fundrens des Samoyedes , par A. G. Sclirenk. Saint- 
Petersbourg, 1850. 1" partie (xlix-730 pages), 2 pi. 

Voyage dans /'empire de Russie, par C. O. L. d'Ar- 
nim. 2 vol. (xv-569 pages). 

La 16 c et derniere livraison des planches du Voyage 
dans la Russie meridionale et la Crimee, par la Hongrie, 
la Valachie et la Moldavie, execute en 1837 sous la 
direction de M. Anatole Demidofl", ayant paru en 1849, 
j'ai cru devoir citer ce voyage. On sail qu'il forme un 
volume in-iol., que les auteurs et dessinateurs sont 
MM. de Sainson, le Play, Huot, Leveille, de Nord- 
mann, Rousseau et du Ponceau. 

Excursion pittoresque et arc/ieologique en Russie, exe- 
cutee egalement sous la direction de M. Anatole Demidoff, 
par M. Andre Durand. 1849. 4° livraison de planches 
in-folio. 

On a pu lire dans le numero du Bulletin du mois 
dernier quelques lignes sur l'exploration faite par M. le 
capitaine de frigate P. de Krusenstern, des parages de 
la Petchora et de l'lndiga, rivieres qui debouchent dans 
la mer Glaciale. Esperons que le projet congu par cet 
officier russe, et dont sa prerniere exploration n'est que 
le prelude, s'accomplira cette annee, et que nous au- 
rons bientot une bonne description, ainsi qu'une carte 
exacte et rectifiee de la Nouvelle-Zemble, qu'il a an- 
nonce l'intention de visiter. 

(Test en traitant de l'Asie que je pai'lerai des travaux 
de MM. Castren sur la Siberie; Tcbihatcheff, sur l'Al- 
tai ; Kanikoff, Abich, PigorolT; du prince G. Gagarine; 



( A99 ) 

et du comte Stackelberg, sur le Caucase; du prince 
Soltikoff, sur la Perse; du professeur B6r6sine, sur le 
Daghestan et la Transcaucasie ; de MM. Ouinanents et 
Tchihatcheff, sur l'Asie Mineure; du colonel Hoffmann, 
sur les monts Ourals. Je renverrai a l'Afrique ce qu'il 
peut y avoir a dire sur les voyages dans cette partie du 
monde executes par MM. Kovalevski, Zenkowski, Raf- 
falovitch et Bogdanowitch; a l'Amerique, les travaux 
hydrographiques de la Compagnie russe americaine; 
et enfin, a l'Oceanie, quelques details sur l'Atlas d'une 
portion de l'ocean Pacifique, dont le departement hy- 
drographique a entrepris la publication. 

(La suite au prochain numero.) 



( 500 j 

II 01110 ires. 
notices, Documents originaiix, etc. 



VOYAGE EN BATEAU 
DE SINGAPORE A PINANG, 

PAR J. R. LOGAN. 

Traduit Uc l'anglais. 



Le voyage dont jc donne ici quelques noles rapides 
fut entrepris dans le bul principal de remonter le 
Salangor ou 1'une des rivieres adjacentes, de traverser 
de la les Etats de Manangkabau, et de descendre le 
Moai'j afin de reconnaitre , avec autant de soin que 
possible, la geographie de l'interieur et le noinbre, 
ainsi que les limites, des tribus Benua. Si le vent 
m'^tait favorable, je comptais toucher a Pinang avant 
de remonter le Salangor. Je me rendis en effet a Pi- 
nang; et comme le vent continuait a souffler du sud, 
je me decidai a changer mon plan primitif et a porter 
mes recherches sur les tribus du nord. Dans ce but, 
je visitai Kidah et la riviere de Krian. A Pinang meme, 
je recueillis quelques donnees elhnographiques im- 
porlantes, que je n'avais pu oblenir a Singapore; et 
je considerai 1'occasion qui m'elait offertc d'observer 
les traits physiques des Birmans et des Siamois, races 
que Ton n'a pas bien distinguees entre elles, comme 
unc compensation sulfisanle du sacrifice momentane" 
que je faisais de mon projet de voyage vers le sud. Les 



( 501 ) 

notes suivantes ont peu de valeur par elles-memes; 
mais quand d'autres materiaux auront 6t<S recueillis, 
elles pourront etre utiles pour determiner les posi- 
tions el les hauteurs relatives des monlagnes, ainsi que 
les limites des divers bassins de fleuves qui coulent 
dans la p^ninsule. 

Pinang, ce 3o septembre i85o. 

J. R. Logan. 

Mercredi 28 aout 1S50. — Depart de Singapore a 
deuxheures de l'apres-midi, dans un prau-sanggulong, 
monte de treize Malais de Malacca. — Vers le soir, nous 
n'avions pas depasse Pulo- Dammar; mais, dans la 
nuit, une brise favorable s'eleva, et, a minuit environ, 
nous fdions a travers Silak-Kubob par un fort vent de 
sud. A l'aube, nous etions, avec le vent contraire, 
entre Pulo-Pisang et Gunong-Pulai. Aides par le cou- 
rant, nous flmes bonne route avec les avirons. La vue, 
quand le jour parut, etait tres-belle. Les Pisangs for- 
ment un groupe de collines peu elevens, entierement 
recouvertes de jongles. Le niveau de la terre ferme 
n'est rompu que par deux montagnes isolees, Pulai , 
et, au nord-est, Blumat, que l'equipage ne connais- 
sait que sous le nom de Gunung-Binut. Au nord, 
Gunung-Banang se voyait conl'usement. — De petites 
troupes de burung-rawa ne cesserent pendant quelque 
temps de voler de Pisang a la peninsule. 

Nous flmes une mauvaise journee ; le vent leger. — Le 
matin du 30, apres une nuit de gros temps, nous nous 
trouvames seulement vis-a-vis de Tanjong-Moar. 
Gunung-Tundo etait visible ; mais un nuage cachait 
Ledang. Au sud de Moar, sont plusieurs petites mon- 



( 502 ) 

tagnes isolees les unes des autres. L'une d'entre elles, 
la plus remarquable par la rondeur de son sommet, 
s'appelle Gunong-Sial. Ces montagnes paraissent re- 
pandues sur toute la surface du pays, entre la vallee 
du Moar et cclle du Batu-Pahat (Rio Formosa). — A 
midi, nous mouillons sur la rade de Malacca; et, a 
trois heures, nous conlinuons notre voyage. Nous je- 
tons l'ancre, la nuit, a Teloh-Panchur; car les Malais 
craignent dc doubler le Tanjong-Tuan (capRachado) 
dans l'obscurile. 

SI aout. — A six heures du matin, nous etions un 
peu au sud de Kwalla-Linggi. On voit une chalne con- 
tinue de montagnes entre la valine du Linggi et Tan- 
jong-Tuan; elle s'etenddunord-est quart est, un peu au 
nord de la montagne de Rambau, au nord quart nord- 
est. Le massif le plus meridional et le plus rapproche 
s'appelle Gunong-Pasir, nord-est quart est. On dit que 
derriere cette chalne est le pays de Srimananti. — 
line montagne a sommet pointu se voit au nord-nord- 
est. — La cote, depuis le Linggi jusqu'a Tanjong- 
Tuan, est bordee de chaines de collines peu elevees, 
couvertes de jongles. La plage se compose de sable 
rouge, ou croissent ca et la des paletuviers. — II y a 
quelques annees, j'ai examine el decrit les rochers 
depuis Malacca jusqu'a Pulo-Kang-Arang ; je n'en re- 
parlerai done pas ici. — Comme nous approchions de 
Tanjong-Tuan, mes homines devenaient silencieux, et 
avant que nous eussions atteint cette pointe, ils se re- 
posaient subitement sur leurs avirons. J'allais les 
questionner a ce sujet, quand mon jurutuli malais 
entama une priere en arabe, qu'il r£cita d'une voix 
forta et solennelle , et a laquelle les matelots repon- 



( 503 ) 

dirent par un prolbnd amin. Des qu'il eut lini, il les 
harangua d'un ton joyeux et pei'suasif pour qu'ils 
eussent a ramer vigoureusement. II y avait peu de 
vent dans ce moment, et le choc cause par la ren- 
contre des deux courants n'etait guere plus fort 
que celui qui a lieu pres de la poinle Sambo, dans 
le detroit de Singapore. Pendant un moment, nous 
crumes que nous allions etre entrained par le cou- 
rant; mais un energique ensemble de nos rameurs 
nous fit bientot francbir le passage. — Dans l'apres- 
midi, nous passons le Kwalla-Lukut, dontl'aspect est 
tout different de celui des autres rivieres que j'ai vues 
jusqu'a present. Au fond d'une baie spacieuse s'eleve 
une rangee de collines abruptes, dont l'extremile me- 
ridionale est en partie couverte de lalang. Non loin 
derriere ces collines parait une ligne de montagnes 
peu elevees, dominees au sud par la chalne de 
l'int6rieur, qui n'a pas ici une bauteur conside- 
rable. Droit au nord-ouest, Jigra (Parcelar-Hill) 
montre son pic peu eleve. — A mesure que nous 
avangons, le Rwalla prend un aspect de plus en plus 
beau. Les montagnes de Simujong se developpent et 
semblent occuper le sud de la baie, tandis que des 
collines et des montagnes plus rapprochees en bordent 
la rive septentrionale. Les monts Lukut paraissent ter- 
miner un des contre-forts avances des hautes chaines, 
car ils s'abaissent brusquement du cote du nord, vers 
le pays plat, qui s'etend jusqu'a la pointe Parcelar. — 
On voit la quelques legeres ondulations de terrain. — 
B. Jigra est entierement isole dans la plaine; il doit 
avoir anciennemenl forme une ile. 

Lukut est en ce moment le bassin le plus riche en 



( 504 ) 

etain dans le sud de la peninsule. On y voit une popu- 
lation considerable de Cbinois, de Malais et de Benua. 
L'importance de cet endroit y a attire lc sultan de Sa- 
langar; il en a fait pendant quelque temps le lieu de 
sa residence. — De Lukut, de bons sentiers parcourus 
par les Malais conduisent au Langat d'un cote et au 
Simujong de l'autrc. 

Toute l'apres-midi, des images aux formes cban- 
geantes ne cesserent de courir sur les montagnes, en- 
veloppant tantot un sommet, et tantot un autre, et 
parfois se condensant en pluies torrentielles. 

Au dela du Kwalla , on peut dislinguer plusieurs 
chaines : — 1. A Test, cbaine basse, et, entre celle-ci 
et le 2, une autre plus baute, qui paralt etre le Ram- 
bau. — 2. A Test nord-est, chaine de montagnes 
abruples, ou s'elevent plusieurs pics. — 3. Au nord- 
est quart est, cbaine plus baute et plus massive. — 
h. Au nord-est. — Le bassin du Muar doit s'elevcr der- 
riere toutes ces montagnes. 

1" septcmbre. — A cinq beures du matin , nous 
entrons dans le Slat-Lumut; 5 brasses a l'entree. — 
Premier coude; nord-est : Ix brasses et deinie pres de 
l'extremite; paletuviers de cbaque cote. — Deuxieme 
coude; sud-est quart est. On voit Jigra au-dessus du 
fond; au bout, a droile, sont desarbres de forets, derriere 
un rideau de nipa et de nibong. — Troisiemc coude; 
nord-est; court. — Quatrieme coude; nord-nord- 
ouest. — Cinquieme coude : on voit de cbaque cote, en 
avant, un bras d'eau; celui de droite est le Kwalla- 
Langat. — Sixieme coude; nord-nord-est ; tres-long. 
Nous rencontrons ici un petit bateau, avec trois bom- 
mes et trois femmes, allant de Ivlang a Langat. Selon 



( 505 ) 

eux, on mel lc Irmps d'une nuaree pour atteindre, en 
roinontant, le Rampong du To-Rayo, ct qua I re jours 
pour arriverau pied des montagnes. — Seplieme coude; 
nord-cst quart nord. On voit les montagnes de Rlang 
au-dessus du fund. — Huitieme coude ; nord-nord-est. 
A droite, al'extreuiite, une courbe et uncoursd'eau. — 
Ncuvieme coude; ouest. — Dixieme coude; nord-nord- 
ouest. A l'extremite, la haute incr; une ligne de cotes 
eloignees du cote de la terre (ferine), un detroi ide 
l'autre cote. Quand nous funics un peu au nord de 
Slat-Lumut, Bukit-Jigra parut a l'est-sud-est ; une col- 
line tabulaire au nord-cst; Bukit-Jurani tout pres du 
rivage, au nord demi-est; une colline en dome, nord- 
cst quart nord ; une chaine de montagnes lointaines au 
nord ; la colline de Salangar, comme une ile a quelque 
distance de la cote, au nord quart nordouest; la plus 
au large des trois ilols appeles Pulo-Rukar, au nord- 
nord-ouest; et deux ilols nounnes Pulo-Angso, al'oucsl- 
nord ouest. Comme nous marchions, la silhouette des 
montagnes etait a peine visible a Iravers un brouillard 
repandu sur l'interieur. Au nord-nord-est, une chaine 
elevce. — Je suis descendu sur une des iles Rukar, ct 
j'ai vu qu'elle sc composait d'un gres dur, cristallise en 
quelques endroits, et d'une argile dure bleuatre, en 
couches dirigees vers l'ouesl quart nord-oucst, avec 
une inclinaison d'environ Zi5° au nord. 

Comme je quittais l'ilot pour revenir au prau, qui 
avait le cap sur Salangor, la cote de Jiram, en face, me 
parut si altrayante, epie je m'y tlirigeai. 

Nous n'avions apercu aucun point habile depuis 
noire depart de Malacca; aussi fumes-nous etonnes 
en voyant le rideau de cocotiers qui s'alignait lc long 

I. MAI. (>. '»4 



( 50<i ) 

da rivage ct abriiait dos maisons eparses ca el la. Le 
jour, glissant a travers cos arbres , nous montrait une 
vasle zone de rizieres qui so detachait do la masse brune 
du jongle on partie montueux do l'intoricur. A gauche, 
bukil Jiram, pi 6s do la plage, semble marquer lalimite 
du village. Le cote meridional do Bukit-Jiram est con- 
vert do lalang, que dominent encore quclques arbres. 
Lo brouillard avail disparu , ot l'arriere - plan du 
paysage elait occupe par une belle cbaino do mon- 
t agues dont lo massif principal a l'aspect le plus iin- 
posant. Jiram me rappela Malacca; mais ses monla- 
gnes sont, je crois, encore plus belles que cellos du 
Lodang. En approchant du rivage, notro sampan 
echoua sur un large banc do vase qui precede la plage 
sablonnouse; apres inainls efforts dans la boue, ou 
mes homines s'enfoncaienl jusqu'a la ceinlure, pour 
trainer 1'embarcation jusqu'au bord , j'abandonnai 
l'idce dc prendre terre. J'appris de qnelqucs indi- 
genes do Jiram, qui pechaicnt dans un bateau* que les 
montagnes s'appelaient Grisi-Amhur. lis me diront 
quo lesRawa atlaquaienl actuollemcnt lcsBenua dans 
l'inlerieur de Salangor, cl que lo chef de Llu-Salangor 
elait alle a Lukut prendre les ordres du rajah a co 
sujet. lis ajoutaiont que leurs incursions s'claienl a 
present elendues jusquc dans I'interieur dc Birnam. 
— Les bords dos rivieres au-dessus de Lukut sonl fai- 
blement peuples, excepte pros dos embouchures. — 
Le Salangar est plus grand que le Klang, el on no pout 
pas le romontcr en moins do dix jours. — Les habi- 
tants do Jiram, pour la plupait, s'occupent do la 
peche ; mais ils se livrent aussi a la culture du riz ol a 
l'exlraction du produit dos forets, el leurs vovagos 



( 507 ) 
commerciaux les eonduisent au sud aussi loin que 
Malacca. Au nord , ils ne depassenl pas Salangor. La 
population est venue originairement de Malacca. 

Jiram merile quelque attention. A l'exception de 
Padang, un peu au sud de Muar, c'est la scule cole 
peuplee, entre Singapore et Pinang. II n'y a aucune 
raison de croire que le reste du littoral ne puisse 
elre de meme babite et cultive. Rien ne perinet d'cta- 
blir une difference entre Jiram et Padang, on entre Ma- 
lacca et la province de Wellesley, et les autres plaines 
d'alluvion argileuse qui s'etendenl le long de la cole. La 
grande plaine au nord de Salangar, par exemple, 
pourrait recevoir avanlageusemeiit d'importantes plan 
lations de cocotiers le long de son rivage sablonneux, et 
des rizieres sur une elendue de bien des niilles dans 
l'interieur. L'absunce de toute culture danscelle zone 
ne peul pas etre due a 1 'esprit capricieux et rapace 
des gomernements nialais; car cette cause aurail 
aussi empeche les grandes agglomerations de popula- 
tion formees dans l'interieur, a l'instar de cellos qui 
occupaient la plaine de Kidab avant les incursions des 
Siamois. La veritable cause en est dans la faiblesse de 
ces gouvernemenls et dans leur del'aut d'organisation 
civile et mill t aire. 

Les Malais out un caractere nomade, aventureux et 
imprevoyant; des families isolees, de petites troupes, 
forment souvent des elablissements sur des points 
inbabites, soildu littoral, soit de l'interieur :mais elles 
n'obtiennent aucune protection de leurs cbefs. Les 
coles sont livrees, sans aucune defense, au pillage des 
pirates. Avant i'epoque oil les auloiites anglaises eu- 
rent ])iis entre leurs mains la police des delroils de 



( 50S ) 

Malacca, la fondalion, l'existence d'un \ illage presde la 
mer etaient impossibles, a moinsque ccs etablissements 
ne lussenl ou assez considerables pour resister aux 
altaques, uu Irop pauvros pourles altirer. Lcs Cliques, 
les detroils ct les ilots silues depuis Malacca jusqu'u 
Salaogar etaient conlinuellemenl infestcs de prau 
montes de pirates, qui y trouvaicnt de faeiles retraites. 
Un grand nombre de noms de licux nous rappellent 
encore le temps ou toute cette cole etait au pou- 
voir des pirates : Labuan-Perompan , mouillage 
fuvori des bandits; Pulo-Penjudi , un peu au sud de 
Tanjong -Tuan, ou, de retour de leur expedition vers 
le nord, beaucoup d'enlre eux sc livrant au jeu, 
perdaienl le butin qu'ils rapportaient. — A present la 
cote est sure, comparativement a ce qu'elle etait autre 
fois; car elle est encore visitee par les pirates, el re- 
cemnient un proclie parent, je crois memo le h\s du 
roi, fut grievement blesse en resistant a une allaquc 
faite contre son prau. La seule mesure eflicace a 
prendre contre ce fleau , c'cst d'organiscr une police 
generate au moyen de bateaux rapides a la voile el a 
la rame, que les gouvernemenls anglais et malais en- 
tretiendraient en croisiere le long de la cote, pour 
surveiller les niouvements des pirates. La piralerie ne 
sera completement etoullee que lorsque tout 1'arcb.ipcl 
sera reelleinent gouverne par les pouvoirs europeens 
ou lorsque le caractere des indigenes aura fait de 
grands progres; inais il n'\ a absolument aucune dif- 
ficulte a la reduirc au niveau du brigandage ordinaire 
sur terre, ou du inoins a la rendrc assez rare et assez 
legeie pour qu'elle ne soil plus un obstacle a la for- 
mation des villages le long du littoral. Jusqu'a ce qu'on 



( 509 ) 

en soit arrive la, la facility dc se cachor dans lcs sinuo- 
sites et les cliques innombrables d'une cole deserte et 
recouverte de jongles donnera toujours naissance a 
des expeditions de pillage sur les points occupes. 

2 septembre. — Dans la nuit, un grain du sud- 
ouest, qui dura quelque temps, arreta notrc marehe. 
Ne pouvant pas tenir le prau au large, nous fumes 
obliges de jeter l'ancre ; mais la bourrasque augmenla 
tellemcnt, que nos deux ancres et les efforts des ma- 
telots cramponnes a des gaules appuyees au fond nc 
purent empecher notre navire de passer par-dessus le 
banc de vase. Le vent heureusement tomba; le matin, 
nous nous trouvames embourbes tout pres des paletu- 
viers du rivage, et separes de la mer par un large bas- 
fond de vase. Ce ne fut qu'a environ midi que la maree 
nous mit a flot et nous permit de continuer notre navi- 
gation vers le nord. . 

Nous alleignimes bientot Tanjong-Karang, poinle 
basse et sablonneuse, recouverte d'un jongle de linn- 
gadei rabougri. — La cbaine de montagnes en vue est 
tres-etendue. Le massif principal git a Test quart 
nord est; un pic eleve et remarquable a Test; Salangor 
au sud-est quart sud; d'autres montagnes plus eloi- 
gners, probablcment Grisi-Ambur, a Test sud-est. 

Pendant que la maree montait, nous avions bele un 
petit bateau de Salangor, qui avait pecbe toutc la ma- 
tinee ; il nous accosta et nous fournil une bonne provi- 
sion de poissons frais. Lcs homines qui le montaient 
nous dirent que la branchc principale du Salangor 
(celle de droile en remontant) se dirigeait au sud, et 
approchait de la lete dxi Klang, tandis que la petite 
brauche a gauche venait de Test. Les affluents sont tons 



( 510 ) 

.In cole do Grisi- Am bur ; les eaux de I'aulrc cote se 
tlevers( nt dans la riviere de Pabang. Tous les ronsei- 
gneuaeuts que j'ai ol)tenus lendent a cod firmer les 
conclusions que j'avais tirees des relations de mes visi- 
teurs Mintira ; a savoir : qu'il y B un nceud de monta- 
gnes dans les vallees desquelles le Paliang, le Salangor, 
le Klang, le Langat et le Muar prennent lous leurs 
sources. Ce doit etro le premier systeme de montagnes 
au nord du systeme, moins considerable, du Blumul, 
dans le Jobore j le bassin du Sigamet, affluent oriental 
du Muar, en embrasse la partie du sud-est , et les val- 
lees les plus meridionales deversent leurs eaux dans le 
Batu-Pabat. 

La pointe suivante, Tanjong-Pasier-Panjang , reste 
au nord-nord-ouest de Tanjong-Karang. Nous la pas- 
sames a deux beures et demie de rapres-midi ; et a six 
heures, nous voyions les Sambilans, au nord-ouest. 
— La monlagne la plus eloignee au sud avail la forme 
dun pic, et nous restait a l'est-sud-est; le milieu d'une 
grosse masse de montagnes etail a Test quart nord 
est; une autre masse, au nord-est demi-est. 

3 scptembre. — Toute la cote vue bier etait basse, 
s iblonneusc et couverte de jongles de linngadei. — La 
ouit vint avant que nous ayions ]>u alteindre I'cmbou- 
ahure du Birnam; a dix lieures, comme nous pre- 
\ti\ions un autre grain , le Panglima , accompagne de 
trois bommes, alia dans le sampan a la decouverte de 
cede enlice. Pen de temps apres son depart, le grain 
se declara, mais il fut moins violent que celui de la 
nuit precedente; nos ancres liurenl bon.Le sampaune 
reviot que le lendemain matin; ses bommes avaient 
ete obliges, par la force ties lames qui roulaient sur 



( 511 ) 
le hanc , de chercher tin refuge clans un jirmal 
(cslacade de peche). — Ce matin, nous voyons le 
Kwalla -Birnam tout pres de nous, au nord-est. II 
forme une baie large et profonde. Tout le pays est 
parfaitemenl plat jusqu'au pied des montagnes; nous 
n'y decouvrons pas une seule colline. La chalne prin- 
cipale commence derriere l'extremite nord du Kwalla, 
et s'etend au sud-est vers le point le plus meridional 
que l'ceil atteigne d'ici. La partie nord, derriere le 
Kwalla (nord-nord-est demi-est au nord-est), a une 
silhouette partiellement dentelee. La partie du milieu 
est plus haute, plus massive et plus arrondie ; mais les 
courbures les plus marquees sont de'coupees et den- 
telecs. La parlie la plus haute, celle dont le sommet 
est arrondi, reste au nord-est quart est. La portion 
meridionale de la chalne a aussi une crete dechiree. 
Elle se termine vers Test quart nord est. L'intervallc 
qui la separe de la chaine suivante est occupe par 
queh|ues pics peu eleves. Gunung-Bubo, haute mon- 
lagne a sommet poinlu, situee dans Pera, est presquc 
au nord. La premiere pointe du cote du nord est par 
le nord-ouest quart nord. Au-dessus de la pointe situee 
au nord-nord-ouest , on voit une courte rangee de 
collines peu 6levees, et a peu pres au nord-ouest, un 
des Samhilans. — A dix heures du matin, nous avions 
passe Sungi-Rungkup , frontiere de Salangor et de 
Perak. 

Quand nous fumes a la hauteur de la pointe sud de 
Kwalla-Pera, la chaine de Buho, au nord, avail beau- 
coup grandi, el celle du sud avait perdu de son ele- 
vation. Entre celle-ci et Bubo, on voit une petite chaine 



( 512 ) 

isolee. Bubo, isole comme Jereii el Pinang, est majes- 
lueuscmcnt elcve. 

Pointe sud de Kwalla-Pera . . . E. 

Bubo n. ; N E. 

Pointe nord dc la chalne .... N. E. ~ N. 

Point culminant E. N. E. 

Grand Sambilan 0. 

Sambilan du sud O.S.O.'O. 

Collines au dela dcPankor . . . N. 40. 

Pankarlant (pointe en mer). . . N. 0. \ N. 

— (pointe vers la terre). N.N. 0. 

La premiere pointe suivanle est un groupe dc col- 
lines. Pule-Jara n'est connu de l'equipage que sous le 
nom de Pulo-Tambora. 

Nous en Irons dans le detroit de Dinding, et nous 
mms arretons pour faire dc l'cau. Dinding est one 
chalne basse de collines boisees, qui ressemblent 
exactement a l'uno des chaines meridionalcs de Pi- 
nang. Le roc se compose d'un granil a gros grains, 
qui, comme la plupnrt des granits, produit un sol 
favorable a la croissancc des jongles naturels. L'ai- 
guade est dans la premiere crique en entrant dans le 
detroit. Un sender conduit a travers Ic jongle, sur le 
penchant <le la colline, jusqu'a un endroit frais et 
couvert, ou l'eau. apr.ee avoir circule entre des rochers 
moussus, sc jotte en mince cascade dans one petite 
grolle. Lcs Malais disent que e'est le lieu ou les IIol- 
landais avaient leur factorerie ; ils parlent aussi d'une 
pierre sur laquelle est sculplee unc figure de tigre. — 
Ici le detroit est enlierement ferme au nord par les 



( 51 3 ) 
lerres; il est ouvert par 1c sucl. l)u cote dc la lerre, 
s'elevent deux chaines de collines ; celle du dedans est 
a pen pres aussi elevee que la ehaine de Dinding. En 
avancant dons le detroit, la rangee de collines qui 
bornent la vue du cote dc la terre ferme s'inlerrompt 
subitemenl, ct laisse voir par une ouverture profonde 
les montagnes lointaines de l'interieur. Au bout de 
cetle ouverture estl'embouchure de la riviere Dinding, 
ou le tokayo de Pera s'est dernierement etabli pour 
exploiter retain. 

h septembre. — Cetle nuit, nous mouillamcs du 
cote nord dc Pulo -Talang. Vers le matin, nous levames 
l'ancre, et au jour nous elions enlre les Bruas et le 
Trong. Les montagnes ont d'ici un aspect tout nouveau. 
La chaine massive et imposante de Bubo est si proebe 
de nous, qu'elle parait presque s'elever de la mer. La 
silhouette de la masse centralc est en general angu- 
leuse; le sommet est en forme dc table; mais tout 
aupres, du cole du nord, commence une serie de den- 
telures ajgues. Elle ressemble au Tioman plus qu'a 
aucunc autre montagne dc la peninsule que j'aie vue; 
mais elle est moins dentclee. Ces montagnes de l'in- 
terieur sont, sous tous les rapports, de pures repeti- 
tions des grandes lies; par exeinple, Tioman, Tinggi, 
Krimun et Pinang; de sorle que si la tbeorie de l'ele- 
vation el de la formation dc celles-ci etaitbicn elablie, 
elle s'etendrait egalement sur tout le systeme orogra- 
pbique de la peninsule. Vu du nord, le groupe de col- 
lines qui sont situees sur la terrc ferme, vis-a-vis les 
Dinding, et qui torment un des coles du detroit, est 
isole ; il est deux fois plus bant ot plus massif que celui 
des lies. — Un peu a Test, on voit \^nc colline pen 



( SW ) 

«' l,n ''' 1 '- - Kn 'ace ot au sud du Bubo, soul quolques 
cbaines pen etendues do. coilinos. 

An nord du Bubo s'elevo unc autre cliaine do iikiii- 
lagnes aussi imposante par sa masse, mais inoins 
abrupte dans ses contours et inoins baute dans sa 
partie centrale. Au-dessus de son ramcau nord, on 
voit les sommets mamelonnes d'une suite de mon- 
tagnos lointaines. Encore au debi, l'a-il suit an nord- 
ouest la cbaine de Kidab , couronnee en ce moment 
dun beau nuage , qui couvre aussi le sommet de 
Jerai. Pinang semble tonir a cette cbaine et la ter- 
miner en l'abaissanl. Le Gunong-Gantang, qui n'est 
pas grand, a le contour d'un ours assis cntre le Bubo et 
la cbaine seplentrionale. Jusqu'a present, les monta- 
gnes onl forme de simples cbaines; maintenant dies 
sont plus rapprocbees de la mer, plus massives, et 
laissent apercevoir enlre lcurs sommets les lignes de 
cbaines interieures , qui depassent aussi a droite el a 
gauche leurs extremilcs. On a de la I'improssion que 
la largeur du pays a augmente. La grande etendue de 
remboucbure do la riviere Pera prouve encore que 
nous sommes arrives vers la partie la plus large de la 
pcninsule. 

Dans la soiree, nous naviguiimesdans le detroit forme 
par Pinang ct la lerre forme. La vue, surtout du cnle 
decelle-ci, rencon trait une incomparable pa vsa-e com- 
pose de masses monlagncuses, desombrescollinescou- 
\crtos par le jpngle, de vergers et de cultures d'arbivs 
a opices s'etalanl sur le Hanc des coteaux, de plages 
plantees de rideaux de encoders abritanl des villages 
ou lies bultes isolees, puis la mer fermee de toules 
parts ot parsemee d'iles. 



( 515 ) 

Les seules magnificences nalurelles de ce point sont 
superieures a toutes celles que peuvent offrir les autres 
parties du littoral de la peninsule. 



NOTICE EXPLICATIVE 
DUNE VUE DU CONE DE L'ARARAT, 

PRISE n'APRES NATUHE ET DESSINEE 

PAR M. ABICH (1). 



Cettc vue a ete prise a l'aide d'un petit theodolite. 
Les distances relatives de tous les points essentiels 
pour saisir exactement les formes et les contours dcs 
masses ont etc levees au moyen d'angles verticaux el 
horizontaux et traceesimmediatement sur les lieux. La 
vue place l'observateur sur la cime du petit Ararat, et 
le regard, fixe sur le grand Ararat, se trouve exacte- 
ment dans le sens d'une ligne dont la direction de 
S. E. N. 0., est celle de l'axe d'un systcme volca- 
nique ellij)tique dont les deux centres sont occupes 
par les deux Ararat. Le systeme en question s'eleve 
sur une pente doucement inclines vers le N. E., 
que forme le gradin nalurel entre la haute plaine do 
Bajazid, n° 17, et celle de l'Araxe, n° 16, 2A42 el 
h 553 pieds de France (793 et 1 479 metres). 

La position relative et la conliguralion des deux 
monlagnes en question sont les resultals d'un ordrc 
de phenomenes bien differcnts entre eux, qui se sont 

'i) Voycz cetle vue a la fin du numero, page 556. 



( 51<> ) 

succede les uns aux autrcs dans line periode, scion 
toute probability tres-longue. L'effet combine dc ccs 
pbenomenes a produit clans le grand Ararat one mon- 
taene qui affecte dans sa panic superieure la forme 
d'un segment tie cone legerement courbc. Cc cone, 
creuse au milieu, et tronque vers le N. E., s'ouvre du 
cotedelaplainedel'Araxe, en faisant voir la profonde 
vallee de Saint-Jacques sous forme d'une cavile dc 
cratere immense (I). 

L'Ararat, vn du cote de l'Araxe, presente un dos dc 
montagne qui impose par sa largeuret paries grands 
et sauvagos trails de 1'enfoncement crateriforme qu'il 
renferme. Cette vue de la montagne en face contrasle 
singulieremcnt avec la forme rcguliere d'un cone pointu 
et fcrme de tons coles, telle que la vue de la montagne 
en profil la fait saisir, de la mani6re la plus satisfai- 
sante, de la cime du petit Ararat. 

La vallee de Saint-Jacques imprimc au grand Ararat 
le typo d'un magnifique crateie de soulcvement. La 
structure interne dela montagne y est mise a nu, et 
les rocbes tracbytiques pe tries de pyrites, que Ton y 
trouve tantot disposees en coucbes irregulieres, tantot 
en massifs de conglomerals grossiers, ne laissent pas 
dc doule sur la nalure purement volcanique du mont 
celeljre de Noe. Toutefois ce n'est pas dans la valk'o 
de Saint-Jacques qu'il faut cbercber de veritablos 
coulees de laves ou des cones de scories et de cendres, 
commc ceux qui berissent le fond et les parois dc la 
eclcbre vallee del fioi'c, sur l'Etna. 

(i) La nomem lature tatare a bien saisi les trails physiques carac- 
leristiqucs de I'Araratj en lappelant Agri-dag, e'est-a-dire montantic 
rourbce. 



( 517 ) 
Dans loule l'etendue du Maranco d'Argouri jusqu'au 
pied du glacier qui occuj)e le fond de la Caldera 
[8 620 pieds (2 800 metres) n° 12], immedialeincnt 
au-dessous de la cime neigeuse de l'Ararat, rien n'af- 
fleure au jour qui rappelle un volcan de noire epoque. 
Les pbenomenes eruptifs sur l'Ararat, qui se distin- 
guent par leur grandeur et leur analogie avec ceux de 
nos jours, sont lous posterieurs a la formation des 
massifs et des conglomerats tracbytiques du noyau de 
la montagne; leur apparition remonte evidemment a. 
1'epoque des derniers mouvements de dislocation qui 
s'exercerent sur la partie centrale du systeme entier 
(y compris le petit Ararat), et lui rendirent sa forme 
actuelle de cralere. 

Les eruptions modernes, qui ont couverl l'Ararat 
d'une formation bien recente de coulees de laves tra- 
cbytiques et doleri.liqucs, se sont fait jour par prefe- 
rence sur une bande qui traverse le systeme dans la di- 
rection de son axe longitudinal. Par cette disposition 
geologique, deux grandes regions eruptives, rune 
diametralement opposee a l'autre, se sont etablies sur 
les versants septentrional et meridional de l'Ararat; 
celle qui est au nord embrasse une montagne coniquo 
tres-surbaissee et reguliere, tellement adossee a la par- 
tie centrale de l'Ararat, qu'elle fait partie essentiellc 
du systeme entier. Toule cette portion laterale de 
l'Ararat, qui portc le liom de Kipgoell, parait etre un 
produit d'eruplions laviques successives. Elle se ter- 
mine en plaine , doucement bombee , d'une hauteur 
absolue de 10 000 pieds ( 3 2Z|8 metres) environ. La 
regularite de cette plaine, couverte en majeure partie 
de gazon, avec une riche (lore alpine, est inter rem - 



( 51S ) 
puc parlesresultats d'une immense eruption de laves, 
qui eut lieu au milieu de la plaine. Des rcmparls gi- 
gaulcsques tie laves et de scories entourent le point 
d'emission de cette grande coulee de lave tracliytique, 
qui resta suspendue sur le versant oriental de la mon- 
tagne au deuxieme tiers de sa hauteur. Deux vasles 
cavites crateriformes, tout pres du point d'emission 
de cette lave, paraisseut resuller d'enfoncemenls 
enormes, qui onl eu lieu dans la voiite du Kipgoell. 
lis meltent a nu, en prolil nature], uue succession 
de grosses couches de laves compactes, allernanles 
avec des masses scorifiees et boursouflees. Ces deux 
craleres remarquables se trouvent pcut-etre dans line 
dependance necessaire de l'eruption susdite, comme 
d'une autre qui lit sortir tl'une large crevasse, dans le 
flanc septentrional du Kipgoell, la grandc coulee de 
lave qui presenle aujourd'hui les amasborses de blocs 
giganlesques de trachxle du Gorgan , faisant saillie, 
sous fornn' d'un promonloirc allonge, au pied du 
Kipgoell. Deux aulres cavites crateriformes, egalement 
adossees a la base de ladile montagne, trahissenl unc 
intime relation avec I'origine de tous ces monticules 
et coulees de lave doleritique, qui se sont repandus 
vers le N. E. et avances ties -loin dans la plaine de 
l'Araxe. 

La region eruptive sur la penle meiidionale de 
l'Ararat est cclle (jue la vue represeule. 

L'activite eruptive a ouverl ici , dans les (lanes du 
grand Ararat, une large crevasse, une lente d'eruption 
qui commence immedialemeot au-dessous de la ciine, 
en poursuivant sa direction vers le S. E. Dans la 
partie superieure du cone de l'Ararat, cette lente a 



( 510 ) 

laisse sos traces dans Line sorlo d'enfoncement sous 
Jbrme d\ine niche alien gee et croissantc en largeur, en 
parlant de lacimevers la base. A la basedecelle niche, 
le pied du cone fait insensiblemenl passage sur une 
sorte de plaine doucemcnt inclinee, qui forme lavoute 
d'nn grand terrain boinbe, comparable, sous plusieurs 
raj>ports, an plateau du Kipgoell et pourvu egalement 
d'un enfoncement craleriforme considerable. Une j>ro- 
longalion laterale de ce terrain bombe, dont le noyau 
consiste en trachyte a gros crislaux de feldspath vi- 
treux, affecte la nature d'une immense coulee dont les 
extremites lombent a pic el font voir des parois de 
trachyte compacte, donees d'une structure grossiere- 
mcnt prismalique. Les points designes sous les n 03 5 
et h, sur la liste des hauteurs, se rapporlent a ce pro- 
montoire trachytique et delerminent son inclinaison. 
l^endroit du campement superieur, sous le n° 3, se 
Irouve au pied de l'extremile inferieure de ces masses 
do trachyte, qui sonl enclavees des dcus. cotes par des 
coulees de laves qui premienl leur origine dans des hau- 
teurs beaucoup plus considerables, sur les flancs du 
grand cone. Une longue serie de cones d'eruplion s'esl 
etablie sur la bande eruptive qui communique avec la 
niche d'enfoncement susdile. Plusieurs de ces cones 
font voir \ ears cm teres reguliers, qui ont voini de lon- 
gues coulees de laves : ce sont de veritables cones de 
cendres , de scories , et de rajji/Iis, et le pheuomene du 
mouvement de la lave coulanle y parait fixe, encore 
aujourd'hui, dans les masses contournees et scoriliees 
avec une clarte et une fraicheur elonnantes. D'autres 
monticules coniques, qui font partie de ce groupe al- 
longe de produits eruptifs, se composent puremenl de 



( 520 ) 

masses scorifiees ct bowsouflees, en imitant exactt'incnl, 
sut une echelle |>lus vaste, la disposition de cones ear 

une ligne, coinnie ils sc trouvcnt figures sur la table 1" 
de mes T'ues iUusirativ&s, qui fixenl un des etats ephe- 
meras sur le plateau du eraterc du Yesuve en 183Z|. 
Tous ces cones el ces monticules sent les diets contem- 
porains d'une eruption lalerale giganlesque, dans le 
sens d'une crevasse d'une longueur de plusieurs milles 
geographiques, dont rextremiteinlericureest marquee 
par la position du grand cone de scories ct de cendres 
nomine Karnyaryck (n° 11), qui n'esl plus visible dans 
la vue en question. 

Les grandes trainees de lave qui sillonnent les flancs 
du cone de l'Ararat, a droite de la vue, appartiennent 
toutes a des eruptions laterales contemporainesqui sc 
inanifesterent independamment de l'aclivite des cones 
alignes a gauche, et suivant une autre direction dans 
la region la plus elevee de la montagne. Ln point 
d'eruption principal, le meme qui est indique sous le 
n° 7 de la liste des hauteurs, se trouve visible en face 
sur la vue. G'est un cone d'eruption tres-caracte- 
rislique, dont les masses dechirees et noires font sail- 
lie a travers les neiges perpetuelles. Les coulees de 
laves, sorties de ce point comme des autrcs, qui restent 
cachees sous la calotte tie neige et de glace, en face de 
la plaine de l'Araxe, se presentenl comme des digues 
gigantcsques (|uidescendenl de laciuic de l'Ararat vers 
la plaine. Pourvues d'une tlepression canaliforme dans 
le sens tie leurs axes longitutlinaux, ces tligues se di- 
visent en [)lusicurs ramifications qui se touchenl mu- 
tuellemenl, el se repandent en s'elargissanl sur les 
pontes i nfe rieu res ct moins escarj)ees de la inonlagne. 



( 521 ) 

La ligne rouge ponctuee correspond a la route que 
j'ai prise a differenles reprises dans mes excursions 
vers la cime de 1'Ararat. C'est la meme route qui a ete 
suivie par le colonel Chodzko, en 1850. 

Toute cette partie de la pente qui se trouve au mi- 
lieu des deux grandes regions eruptives ci-mention- 
n6es offre un terrain plus uni, moins couvert d'inega- 
lites , et facile a elre traverse a cheval jusqu'au point 
n° 3. D'ici on fait inieux de monter sur le dos du 
grand promontoire Irachytique que de traverser, d'une 
maniere tres-penible, les aretes tranchantes et aigues 
des enormes coulees de lave, de trachyte resinite noir, 
a gauche, pour ar river au point n° 5. Deux routes se 
presentent a ce dernier point pour gagner la cime du 
cone; elles correspondent aux deux bordsde la grande 
niche d'cnfoncement mentionnee plus haul et bien 
visible a la vue (1). 

Repousse, dans ma premiere tentative pour monter 
a 1'Ararat, le 16 aout ISM, a Irois heures de l'apres- 
midi, au point du bord droit de cette niche n° 8, par 
un deces orages momentanes qui s'engendrent si fr£- 
quemment, et par preference, sur le versant meridional 
du systeme de 1'Ararat, j'aieu le meme sort, pendant 
la nuit du 23 aout ISlik, dans ma seconde tentative, a 
1'endroit du bord gauche que la vue indique, a une 
hauteur plus considerable que celle du petit Ararat. 
La violence de Forage, qui commenca vers minuit, 
s'unissait aux phenomenes electriques les plus imme- 

(i) Ces deux bords se dessinent sur la neijje comme deux tongues 
trainees noires divergentes qui partent de la cime de 1'Ararat; its re- 
presented un alignement d'enormes blors de trachy*porphyre re'si- 
nite noir, qu'il faut escalader pour arriver au point 8. 

I. MAI. 7. 35 



( 5'22 ) 

dials et lcs plus intonses, durant lesquels l'eeharttre, 
entre 1'eleclricite atmospherique et cclle dc tons lcs 
corps voisins, etail tellement foil, que des Incurs 
electriques, sous forme do pctites flammes phospho- 
rcscentes, furent longtemps observecs, sortant desex- 
tremitesde plusieurs instruments metalliqucs, et volti- 
geant au-dessus dcs pointcs des batons ferres, aussilul 
qu'on leur donnait la position verticals. Une forte 
averse de neige, qui se continua pendant loute la nuil 
jusqu'a dix heures du matin, couvrit le cone enticr tie 
la montagne d'unc couchc de neige ctde gresil de plus 
d'unpied d'epaisseur. La route que Ton avail prise pour 
traverser lcs blocs aigus de la lave trachj lique resineuse 
noire de l'arete susdile fut rendue tellement imprati- 
cable, qu'il fallut descendre, en glissanl sur les pentes 
escarpees et noigeuses des talus de terrain meuble qui 
conduisentdelabauteur des bords de la niche indiquee, 
dans le vaste espace de son interieur, herisse dc pelils 
glaciers. Latroisieme tentative pour parvenir a la cime 
du grand Ararat, en prenant, lc 3 septembre JS/iZi, la 
route du Kipgocll, surle \ersant septentrional du grand 
cone, avant manque a cause de la declivite des pentes 
arrondies, couverles de glace, je revins pour la qua- 
trieme foissur mespas, en dressant, le soirdu 28 juillet 
1845, mon camp a peu j)res au point n° 7 de la vtie. 
Ln massif trachvtique, sous forme d'un immense lilon, 
fait ici saillie. II est traverse par plusieurs fentes et 
crevasseslongitudinales, a l'aide desquelles on parvient 
a une partie plus elevee de la pentc du cone, oii Ton 
recommence a renconlrer, au lieu de rochers en place, 
un terrain xncuble, conqiose de debris de roclies tres- 
alleres par les effols dc la decomposition. 



( 523 ) 

Des roches tres-semblahles a cellos qui f'orment la 
partiecentrale de l'Ararat afllcurenldans celte localite, 
comrae dans l'interieur de la grande niclie d'enfonce- 
mentsusdile. G'est evidemment la frequence du pyrite 
(fer sulfure) dans cette roche, dont la decomposition 
agit sur la destruction de la derniere, et influe parces 
elTets sur l'absence de laneige dans cctle hauteur. Les 
exhalaisons sulfureuses que Ton ressent dans cette 
localite sont des phenomenes collateraux, et des suites 
naturelies de cette me me decomposition, dont les effels 
destructifs peuvent etre examines dansl'interieur de la 
vallee de Saint-Jacques dans toute leur puissance. 

Apres avoir traverse en sixheuresla distance entiere 
cl 11 point n° 7 jusqu'a la cime de l'Araral, j'atteignis le 
point n° 9, le 29 juillet 18A5, a midi. 

La cime de l'Ararat , comme il a ete deja dit [)lus 
haut, correspond a la parlie la plus elev^e du bord 
occidental du grand cratere de soulevement. 

Ce bord a le caractere d'un dos a surface doucement 
arrondie el ondulee , muni d'une serie de plusieurs 
collines Ires-basses, dontl'une toucbe immediatemcnt 
a l'autre, et qui se trouvent alignees sur un plan com- 
mun , peu incline vers le N. 0. Les deux collines 
qui occupent une place moyenne sur ce dos indique, 
et qui sont, par leur hauteur absoluc, les plus propres 
a representor la veritable cime de l'Ararat, sont tres 
visibles. Ces deux points, dont celui qui est a gauche 
fut visile par Parrot, se disputent tellement le rang 
de la veritable etderniere ciniode l'Ararat, qu'apres les 
excellenlcs operations de M. Fedorow, compagnon de 
voyage de M. Parrot, on a renonce a la tache do fixer 



( 524 ) 

rigoureusemcnt une difference de hauleur cnlrc les 
deux collines, que l'ceil, place en faccde la montagne, 
n'est }>as a uiemc d'apprecier (1). 

Le col qui separe le cone du grand Ararat de celui 
du petit, represenle sous le n° 2, forme un dos extre- 
mement plat, qui renferme une plaine parfaitement 
horizontale, dontle diametre est d'un demi-kilometre 
a peu pres. 

Les ecueils qui font saillie sur l'avant-fond de la vue 
appartiennent a la rochc centrale du petit Ararat, tres- 
analogueal'andesile des Andes de 1'Amerique meridio- 
nale. Les debris pierreux qui abondent sur la cime du 
petit Araralproviennentdu delabrementdecette roche, 
qui s'opere continuellement sous rinfluence des agents 
atmospberiques. 

L'arriere-fond du dessin fait voir, a gauche du grand 
cone, le gradin superieur de la plaine de Bajazid, tra- 
versed en partie par les laves doleriliques du systeme 
volcanique du Tantoureck des Armeniens, a l'O. de la 
ville de Bajazid; on remarque plus loin la chaine de col- 
lines porpliyriques qui separe les bassins de 1'Eu- 
phrate et de l'Araxc. Le systeme trachytique de l'Agli- 
dagh domine, au dela de cette chaine, la large vallee 
duMouradlchaiavec leseaux chaudes dun" 21. Imme- 
diatcment au cote gauche du cone du grand Ararat se 
presenlent, l'un apres l'autre, les magnifiquescrateres 
desoule\emcnttracbytiquesduSordaghcl de l'Aslanly- 
dagh, au dela dcsquels la vue est limitee par les hauteurs 
volcaniquesarrondies du Synak et du ) > arlydagh,n°27, 

(i) Voyc/ llci<r -inn . htirat, pnr I'niTOt. 



( 525 ) 

quientourentlelacalpin Balykgoell, dun 28. La cime 
la plus eloignee, visible dansccttc direction, appartient 
au Koesoedagb. 

A droite du grand cone de l'Ararat, la vaste plaine 
de l'Araxe , n° 16, unie comine le fond d'un lac, est 
faiblement indiquee; a perte de vue sc tracent les 
contours, prcsrjue horizontaux, de la plaine de laves 
doleritiques et basaltiques entre l'Alagbez et le fleuve 
Arpalobai. 

Abich. 

Benin, mai i85i . 



( • 26 ) 
Analyses, Exlraits crouvrages, etc. 



MANIEL DE CIIRONOLOGIE INIVERSELLE, 

PAR M. SfcDILLOT (1). 



On dit habitucllcment : La geographic et la chrono- 
logic sont les yeux de l'hisloire, ct rien n'est plus vrai; 
inais on ne dit pas assez : ces deux sciences ne mar- 
quent pas seulemenl le temps et lc lieu, l'epoque ct le 
theatre des evenements : la premiere, par la descrip- 
tion fidele des sites ou s'esl passe un fait historique ct 
des circonstances locales qui ont concouru a l'amener, 
pent, dans certains cas, en expliquer les causes; la 
seconde, en marquant le temps precis, fait connaitre 
1'enchainoment des faits qui ont precede, et qui ont 
inllue presque loujours sur l'evenement qu'il s'agitde 
decrire. L'historien ne saurait done se passer du se- 
cours ni de Tunc ni de l'aulre, pas plus que lout lcc- 
teur intelligent qui sail voir autre chose dans l'hisloire 
qu'unc serie de fails detaches et sans liaison necessaire. 
Les temps et les lieux constituent done le canevas de 
l'hisloire; 1 'office du narrateur consiste a ecrire son 
recit sur celte sorte do trame, en le suhordonnant a la 
double donnee, qu'il ne doit jamais pcrdre de vuc un 
seul instant. 11 y a plus d'un siecle qu'on a imagine 
des tableaux, a double entree, eonstruits sur ce prin- 

i ) 11° partie. i vol. in- 1 8, 080 |>. Paris, Ducrocq, l85o. 



( 527 ) 

cipe. L'echellc ties temps, avanl et apres l'ere chre- 
lienne, formait comme l'axe du tableau; les lieux et 
les pen pies en formaient les cadres, sur des lignes pa- 
rallels : de la les synchrcmism.es , condition sans la- 
rjuelle l'histoire n'a pas toute son utilite. 

C'est cette meme pensee qui a dirige M. L. Am. Se- 
dillot, l'auteur d'un Traite de chronologic unwerselle, 
qui vient de paraitre, comme complement de son Ma- 
nuel de chronologie, manuel dont le mdrite et l'utilite 
ont ele constates par quatre editions successives. Dans 
ce nouvel ouvrage , M. Sedillol est venu a bout d'une 
difliculte reelle. Un tableau presente d'un seul coup 
d'ceil tons les syncbronismes reunis, comment obtenir 
un resultat equivalent dans un volume in-18? Mais, 
dira-t-on, pourquoi ne pas donner des tableaux? Cette 
objection tombe devant un mot : son livre est destine 
aux colleges, ou les grands tableaux dont nous parlons 
ne sont pas admis. II s'y est pris d'nne maniere ing6- 
nieuse pour resoudre le probleme : il a cboisi cinq 
grands peoples, dont il a deroule les annales succes- 
sivement; puis il y a rattacbe, page par page, les fails 
relatils aux autres nations. Ces cinq nations sont les 
Hribreux, lesPerses, les Grecs, lesRomains et les Fran- 
cais. De la quatre grandes epoques : la premiere, de la 
creation dumonde al'an 526 av. J. -C, findela caplivite 
de Babylone; la deuxieme, de 526 a l'an 323 ou a la 
mortd 'Alexandre; la troisieme, de la mort d'Alexandre 
a l'an 676 de l'ere cbretienne, date de la cbute de 1'em- 
pire d'occident; la quatrieme, de l'an 476 a l'epoque 
presente. 

Par ce procede extremement simple, qui justifie 
parfaitement le but qu'il se proposail, l'auteur est 



( 5-2S ) 

parvenu a mcllre en presence les evenemcnls content - 
porains priricipaux, de maniere a frapper a la fois 
l'csprit et les yeux, a graver les faits clans la memoire. 
La plupart du temps, les auleurs etaicnt obliges de 
sclnder les fails relatifs a une meme nation, et cela 
pour toutes les nations; M. Sedillot, pour cinq grands 
peuples ou quatre an moins, evite ce grand defaul : il 
s'est procure cet avantage par la coupurc des epoqucs 
qu'il a choisies heureusement el non arbitrairement. 
En effet, e'est surtout apres l'edit dc Cyrus, qui met 
un terme a la captivity de Babylone, que les Perses 
jellent un grand eclat et bientot apres les Grecs; et 
e'est apres la mort d 'Alexandre que les Romains, le 
peuple roi, occupent le premier plan sur le theatre de 
l'liistoire. Enfin , e'est apres la cbute de l 5 empire re- 
main d'Occident que commence reellement la periode 
francaise, a laquelle on peut legitiinemcnt rattacber 
toute l'liistoire modcrne depuis le v" siecle : d'abord 
parce qu'a eelte epoque la mem archie des Francs com- 
mence , pour continucr sans interruption jusqu'a la 
revolution francaise, e'est-a-dire pendant plus dc treize 
siecles; ensuile, parce que la France n'est reslee etran- 
gere a aucun des grands evenemcnls qui sont arrives 
dans le inonde pendant cc long espacc de lemps; elle 
y a pris meme autant ou jdus dc part qu'aucune 
autre nation dc l'Europe. 

Cet artifice d'exposilion historique a done, outre 
son avantage manifeste, le merite d'etre justifie par 
l'liistoire elle-meme. Ce n'est pas qu'on no rencontre 
qii el la des irrrgularites , des anomalies dans l'appli- 
cation de la metbode; mais e'est un defaul inherent 
au sujet : e'est deja heaucoup que dc fournir a la jea- 



( 5^y ) 

nesse, a quiconque etudie l'liistoire, un lil eonducteur 
ot un guide sur. Qui n'a pas desire souvent un flam- 
beau a travers ces tenebres, un secours pour sa me- 
moire ? Ce secours, ce point d'nppui , M. Sedillot 
nous parait l'avoir trouve , en rapportant loutes 
les histoires, non pas a unc scule, mais a qualre, a 
partir du moment oil chacune d'elles domine toutes 
les autres. Le volume d'environ ZiOO pages que nous 
analysons est rempli, pour les trois quarts, par la Table 
syncbronique ci-dessus, oil les evenemenls sont suc- 
cinctement, mais clairement racontes. 

II renferme un autre morceau d'un interet different, 
mais ici tres-ulile, aujouid'hui que nous possedons 
une grande contree de rAfriquc, oil le calendrier des 
musulmans est le seul en usage parmi les babitants, 
Arabcs, Juifs, Kabyles, Berberes et autres indigenes; 
aujourd'bui qu'on imprime en Algerie un journal 
arabe , avec la date de Yhegire comme on a fait en 
Egypte depuis que ce pays est enlre dans les voies de 
la civilisation. Un trail 'e du calendrier arabe n'est done 
pas , dans cet ouvrage , un luxe d'erudition inu- 
tile; cbacun sera bien aise de l'y trouver, d'autant 
plus qu'ii la suite est une table de concordance des 
annees de l'hegire depuis son origine en 622 jusqu'a 
l'annec 1900 de l'ere chretienne. Dans ce petit traite, 
qui complete les notions donnees dans le premier vo- 
lume, l'auteur a rassemble tout ce qu'il est necessaire 
de savoir pour connaitre l'origine et comprendie lc 
systeme du calendrier arabe, Intercalation , la signi- 
fication des noms des mois, les jours de la semaine, 
les fetes mabometanes, la maniere de determiner les 
annees embolismiques ( ou bissextiles), e'est-a-dire 



( 530 ) 

relies nil lo dei nier mois a un jour do plus. Personne 
n'ignore que l'annee arabe est une annee lunairo, cl 
(jne ses douse mois out allernativemenl 30 et 29 jours; 
elle a done 35/i jours , excopte onzc lois par cycle, uu 
periode de 30 annees; dans ces onze annees, le der- 
nier mois etant de 30 jours, au lieu de 29, le nombre 
des jours est de 355. M. Sedillot, d'apres les astro- 
numes arabes, donne les regies pour counaitre le jour 
initial d'unc annee donnee, ou d'un mois quelconque, 
et pour savoir si une annee est embolismique ou non. 
II imporle de faire remarquer que les Turcs, dans leur 
maniere de compter le temps, avancenl d'un jour sur 
les Arabes, el cela parce qu'ils ont place le premier 
jour de l'begire au vendredi 16 juillet 622; les Arabes, 
au jeudi 15 juillet. 

Les aulies articles quicomposentce volume sont une 
(able des inventions les plus interessantes dans les 
sciences, les arts, Industrie, et des decouvertes geo- 
urapbiques ; une table svnebronique des personnages 
les plus celebres ranges parsiecle : enfin , une table de 
i oncordancc du calendricr republican! avec le calen- 
dricr grcgorien, de 1792 a 1806. Nous remarquerons, 
dans la premiere de ces tables , quelques legeres 
omissions , entre autres pour les annees 1849 et 
1850, cellc du moot Renia , montagne neigeusc 
(|iii n'est qu'a un degre sud de l'equateur , aperrue 
par le doclcur Rebmann, comme le Rilimandjaro, 
(jui est a qualie degree sud. Le lac N'gami a ete 
\u pour la premiere lois en 18/|9, non en 1850. 
.Nous Mgiialcruus encore quelques lacunes : le voyage 
de Vancouver dans les mers du Sud et a la Nouvelle- 
llollandc, 1790; le voyage de d Enlrecasleaux, 1791, 



( 531 ) 
a la recherche de Lapeyrouse; le voyage de Poron aux 
terres australes, 1801 (et non 1800), doit porter le 
nom de Baudin, chef de l'expedition; le voyage de 
Kotzehue et le voyage de Rrusenstern en 1803 ; le pre- 
mier voyage de d'Urville a la recherche des debris de 
l'expedition de Lapeyrouse, voyage couronne d'un 
plein succes, annee 1820; le voyage de du Petit- 
Thouars aTaiti, a ia Nouvelle-Zelande, 1836. Ajou- 
tons, pour en finir avec ces pelites remarques, que la 
determination du pole magnetique par d'Urville, lors 
de son voyage aux mers antarctiques, en 1837, merite 
d'etre mentionnec , avec la decouverte de la terre 
cl'Ad^lie. Le voyage de Rene Caillie est de l'annee 182A, 
et non de 1828; mais cc sont la des omissions faciles 
a reparer. — Puisque l'auteur a cru pouvoir donner le 
nom de siecle des Ptolemccs au m e siecle avant l'erc 
chrelienne, pourquoi n'aurait-il pas donne le nom 
d'Hipparque au siecle suivant? II ne lui aurait pas ete 
non plus tres-diflicile de donner un nom aux r r , in , 
:v°, v e et vi° sieclcs de J.-C; le vn e appartient de droit 
a Mahomet, la plus grande figure historique de cette 
epoque; le xm e , a Louis IX; le xiv e , au Dante; le xv 6 , 
a Christophe Colomb ; le xmii c , a Voltaire; le xix e , a 
Napoleon. Quant aux inventions, nous nous permet- 
trons encore quelques ldgeres observations. L'inven- 
lion de la machine a calculer et de la brouelte par 
Pascal, 1658, est omise dans la liste : il en est de meine 
de celle des crayons de mine artiliciollt: j^ar Conte, en 
179A, qui a fait epoque; la premiere voilure a vapeur 
estcelle de Cugnol, presentee a TAcademie des sciences 
par le general Bonaparte en 1798. Le bateau a vapeur 
de Fulton a ete precede par celui de M. Jouffroy. 



( 532 ) 

M. Niepee doil etre associe a M. Daguerre pour le da- 
guerreotype. Enfin, le doctcur Young avait commence 
a dechiffrer les bieroghphes des 1815, ou peut-etre 
avant. L'ingenicur Le Bon merite aussi d'etre mon- 
tionne pour la decouverte du gaz eclairant, des l'annee 
1797 ou 1798; quant a la geometrie descriptive, Mongc 
l'enseignait en 1793 a Paris, et, ;i Metz, vers 1780. 
Mais je m'arrele, car ces minutieuses remarques sont 
hicn loin dc rien oter du merite et de l'utilile du Ma* 
nuel dc chronologic universelle, qui vient de paraitre, et 
qui forme une deuxieme pai*tie du Manuel classique dc 
chronologic. Nous rccommandons ce livre aux lecteurs, 
comme un excellent ouvragc portatif, propre a rendrc 
plus facile et plus commode l'elude de l'histoirc ge- 
nerale. 

Jomahd. 



DOCLMEiNTS SLR LE COMMERCE EXTERIEUR, 

IMPRIMES SOUS LES AUSPICES 

DE M. LE MINISTRE UU COMMERCE ET DE L'AGRICULTUUE. 

AOUT. — DECF.MBRE 1 85o. 

RUSS1E. ASIJi CliNTRALE. — AKYA1J. — SUEZ. 

PORTS DE L'AMEIUQUE. 



On peut jugcr de l'interet que presenle celte j)ubli- 
calion par les extraits qui vont suivre. 

Nous avons deja fail rcmarqucr combicn les pro- 
gresde l'influencc britannique au pied dc l'Himalaya 
portaient de prejudice au commerce des Russes avee 
l'Asic orientate; les details qui nous sont transmis 



( 533 ) 

sur la foire de Nijny-Novgorod en sont unc preuve 
irrefutable : 

Nijny-Novgorod, situee sur la rive droite du Volga, 
au confluent d'une riviere appelee Oka, a khO kilome- 
tres au nord-est de Moscou, est le chef-lieu d'un gou- 
vernement auquel elle a donne son nom. II ne faut pas 
confondre Nijny-Novgorod (Novgorod inferieure) avec 
l'ancienne republique de Novgorod-la-Grande (Veliki- 
Novgorod), au sud et a peu de distance de Saint-Pe- 
lersboui'g. 

Nijny-Novgorod, dont la population fixe est lout au 
plus de 20 000 ames, reunit, a l'epoquc de la foire, 
200000, 300 000, etjusqu'a 500 000 individus curo- 
peens et asiatiques, russes , armeniens, tatars, bou- 
khares, persans, kirghis, etc. 

Depuis son origine jusqu'a ces dernieres annees , la 
foire, tour a tour appelee de Kasan , de Makarieff et de 
Nijny-Novgorod , a pu etre considered comme un 
marche etabli entre le commerce de l'Europe et celui 
del'Asie. C'etaitun vasle bazar temporaire oiivenaient, 
chaque annee, periodiquement se nouer les relations 
commerciales de l'empire russe avec l'Asie ; mais 
depuis une vmgtaine d'annees elle perd graduellement 
ce caraclere essenliel, el devient de plus en plus un 
marche du commerce interieur consacre aux echanges 
des divers prodoits de l'industrie nationale. L'en- 
semble des transactions du commerce russe avec l'Asie 
s'elevait autrefois a la moitie de la valeur tolale du 
mouvcmenlde la foire; ce rapport n'est plus aujour- 
d'bui que d'un tiers , et moins encore. Les causes de 
ce changement sont faciles a indiquer. 

En premier lieu, des maisons armeniennes venues 



( 534 ) 
cle Teheran ct de Tauris se sonl etablies a Moscou, et 
entretiennent regulicrement avoc les diverges contrecs 
asiatiques les rapports de commerce qui, jadis, se 
Ibrmaienl liansiloirement a Makarieft* on a Nijny- 
Novgorod. 

En second lieu, le commerce, en Russie comme 
parlout, Bubitld loi universale du cbangement , il Se 
deplace. L'Asie cenlrale importait autrefois des mar- 
chandises manufacturees en Russie ; aujourd'bui ce 
deboucbe a eonsiderablement diminue; on pent dire 
meme qu'il est perdu au profit du commerce que les 
Anglais enlreliennent avec la Perse el la Boukharie, 
Trebizonde, Tauris el Caboul. Les marcbands de 
Khiva, ceux de la Boukbarie, el lesPersans, vienncnt 
encore a Nijny-Novgorod; mais c'est surtoul pour y 
ecbanger les produits de leur propre pays conlre 
des especes monnayees. Leur commerce d'acbnl et 
d'ecbange n'est que le tiers el meme lc quart de la 
somme a laquelle s'eleve la venle de lcurs produits. 
Aussi la consommalion ties articles russes a beau- 
coup diminue dans les contrees asiatiques, et il lend 
a tombcr de plus en plus, tandis que la consommalion 
des matieres premieres que la Russie demande aux 
peuplcs de l'Asie centralc augmente cbaque antiee en 
proportion du developpement de 1'induslrie manulac- 
luriere dans toule l'etenduc de l'empire. 

Iln'estpasaisedeconnaitie la valeurdes transactions 
commerciales qui ont lieu cbaque annec a la foire de 
Nijny-Novgorod , el le gouvcrnemcnt lui-meme n'a pas 
toujoursles moycnsd'en apprecicrlcs result Is exacts ; 
les inarcbands sont prudents et discrels, et gardonl 
ordinairement lc silence sur les operations qu'ils on I 



( 535 ) 

faites avec les marchands au detail. En outre, les ventes 
s'y font souvent a terme, et il arrive plus d'une fois que 
les marchands ne retrouvent plus a cc rendez-vous 
commercial leurs acheteurs de l'annee precedente. 

En rendant compte du Church missionary intcUi- 
iicncer (1), nous avons monlre quelle concurrence 
active les Anglais faisaient a la Russie dans les contrees 
traversees par le Sutledj ; les documents que nous 
venons de rapporter confirment completcment notre 
premiere indication. Si Ton considere la nature des 
marehnndises asialiques importees a Nijny-Novgorod , 
on reconnait que le the venant par la voie de Kiakhla 
est la branche la phis considerable de cc commerce; 
on en debite chaque annee 00 000 caisses, qui, a rai- 
son de 500 fr. chacune, representent une valcur de 
30 millions de francs; quant aux divers produits de 
l'Asie centrale, de laBoukharie et de la Perse, trans- 
ports par des caravanes qui traversent les steppes 
des Kirghises, de Boukhara, de Khiva et de Tasclikend, 
leurvaleur ne depasse pas aujourd'hui h millions. 

Nous venons de parler du devcloppement commer- 
cial des Anglais de l'Asie centrale; nous allons les 
relrouver dans l'Arracan. 

Les nombreux chargements de riz qui, pendant le- 
dernieres annees , ont ete expedies de ce pays (Indes 
orientales anglaises) pour l'Europe , l'Ainerique , la 
Chine et l'Archipel d'Asie, ont donne une grande im- 
portance au port d'Akyab. C'est le seul point d'ou 
sc font les exportations; le port off're un excellent 
mouillage par une profondeur de S brasses et demie 

(i) Bulletin de la Socicte", mars i8f>r. 



( 530 ) 

a 5 brasses et demie. L'entree en est peut-etre un peu 
difficile pour un otranger; mais des qu'on y est venu 
une seule ibis , on peut se dispenser de prendre un 
pilote. Tous les ecueils se trouvent au-dessus de 1'eau , 
et la passe est suffisamment large pour les eviler. Le 
district d'Arracan est coupe par de nonibreuses rivieres 
et par des canaux naturels d'eau salee asscz profonds 
pour perniettre aux batiments de 800 a hOO tonneaux 
de remonler jusqu'a 25 et 30 milles au-dessus d'Akyab. 
II y a ordinairemenl, pendant la saison , dans le port, 
dans la riviere et dans les canaux qui en dependent, 
de 100 a 200 navires en cbarge a la fois. C'est ordi- 
naircment vers la fin de novembre qu'on commence 
arecolter le riz de Larong ou llongphroo ; celui de La- 
tooree murit ensuite, et la moisson se termine au mois 
de fevrier par la recolte du riz de Nacrensee, qui forme 
a lui seul la part la plus considerable de la produc- 
tion du pays. De 1839 a 18/i9 il a ete exporte de l'Ar- 
racan, par Akyab , pour une valeur moyenne d'en- 
viron 2/j millions de francs de riz. 

Les navires destines pour le port d'Akyab, pendant 
la mousson de sud-ouest , doivent gouverner sur la 
pointe sud de Western Bolongo, par 19° 50' de latitude 
nord , et 93° 3' de longitude est, puis courir le long 
de la cote a une distance de 5 a 6 milles du mage, 
jusqu'a ce qu'ils apercoivent le feu fixe sur Great- 
Savage, a l'enlree de la riviere d'Arracan. lis feront 
route alors de maniere a ramener ce feu au nord un 
quart nord-est ou nord-nord-est, el s'ils ont l'inten- 
tion d'enlrer pendant la nuit, ils passeront la barre 
en tenant l'un ou l'aulre de ces relevemenls a l'en- 
hoit le plus profond, e'est-a-dire par 3 brasses d'eau 



( 537 ) 

dans les basses mers ties grandes marees. Aussitot 
que Ton trouvera plus de fond , il faudra venir un 
peu vers le nord-nord-ouest , selon l'etat de la mar^e 
et la grosseur de la mer, assez a temps pour eviter les 
Western-Rocks (au-dessus de l'eau), qui restent dans 
le sud-ouest demi-sud du feu , distance d'environ un 
demi-mille; le flot porte dessus en entrant. Quand le 
feu restera a Test , par une profondeur de 6 a 9 brasses 
d'eau, sur l'accoredu plateau qui est situe a l'ouest, 
on doit se dinger de nouveau vers le nord-nord-est ou 
nord-est un quart nord, et lorsque ce feu restera au 
sud-est un quart sud, un huitieme sud, on sera en de- 
dans de Passage-Rocks, qui est eleve de 6 a 7 pieds 
au-dessus de l'eau , et git au nord-ouest demi-nord du 
feu de Savage, distance d'un quart de mille. On gou- 
vernera au nord-est quelques degres est, pour eviter 
les roches qui se projettent au large de Faqueer- Point, 
jusqu'a un mille d'etendue au sud; on a place une 
bouee rouge au large de Faqueer- Point, dans la passe 
du sud, par 9 brasses d'eau, et en y faisant un peu 
d'attention on peut l'apercevoir par une nuit claire 
sans lune. On devramouiller aussitot que la pointe de 
Faqueer restera nord-ouest un quart nord ou nord- 
ouest. 

On vient de construire sur Faqueer-Point un petit 
phare dont le feu, d'un rouge fonce, pourra s'aperce- 
voir de 6 milles au large de la barre, et qui servira de 
marque pour eviter les If estem-Rocks , en le tenant 
un peu ouverta l'ouest de Savage- Light, soiten entrant, 
soit en sortant, et pour indiquer aussi quand le bati- 
ment sera en dedans durecif de Faqueer-Point. Quand 
on releve le feu au nord-ouest ou au nord-ouest un 
I. mai. 8. 36 



( 538 ) 

quait nord, on est parfuilement abrite du cote de la 
nier, el le fond est excellent. 

In etranger ne doit jamais essayer d'entrer pendant 
la nuit, surtout dans la saison despluies, a moinsque 
ce ne soit au moment de haute et basse mer, parce 
que le jusant court rapidement en formant de forts 
remous sur le dangereux plateau situe a l'ouest, et le 
Hot pousse aussi en violenls tourbillons sur lesrochers. 
Pendant la mousson de nord-est, les navires destines 
pour Akyab, venant du nord, devront s'ellorcer de 
prendre connaissance du Table-land de Western lio- 
longo, par 20° 1' latitude nord, et gouverneront alors 
juste a Test; ils evileront aiusi YUyster-tiock, situe par 
20° 3' de latitude nord, et 92° UO' longitude est, a 
15 milles de distance du feu de Savage, dans l'ouest 
corrige. Cette route est particulierement recomman- 
dee, parce que, bien qu'on puisse, pendant un temps 
favorable, apercevoir le feu de Savage en dehors des 
rochers, par lb' ou 17 brasses d'eau, la profondeur 
diminue si rapidement qu'on pourrait, si le temps 
etait un peu brumeux, ou que la pluie empechat de 
voir ce feu, tomber subitement, en courant plus au 
nord, et avant de l'avoir apercu, sur i'Ojster-liock. 

Dans aucun cas un etranger ne doit passer par lc 
chenal en dedans de ce rocher. 

ISous trouv ons dans le meme recueil des details inte- 
ressants sur la ville de Suez, dont les Anglais ont fait 
une station de premier ordre et la clef deleurs relations 
avec l'Orient. 

Situe sur le littoral au milieu du desert, a 120 ki- 
lometres de toute terre cultivee, Suez u'a d'autre 
industrie que la construction de petits batiments desti- 



( 539 ) 

nes au cabotage entre ce port et Djeddah ; mais grace 
a sa position a l'extrcmite du golfe Arabique,cette pe- 
tite ville, qui compte a peine 5 000 habitants, recoit 
chaque annee pour 8 a 10 milJions de francs de mar- 
chandises venant d'Europe, des Indes ou de l'Arabie, 
et 10 000 voyageurs, amenes ies uns par le transit de 
la malle anglaise , les autres par le pelerinage de la 
Mecque. 

La navigation de la mer Rouge est encore aujour- 
d'hui ce qu'elle etait au moyen age. La plupart des 
barques qui vont de Suez a Djeddah ne sont pas pon- 
tees et partent toujours surchargees de marchandises. 
Munies d'une voile ou deux, dirigeespar des pilotes 
arabes, qui n'ont point d'instrumentsde marine, elles 
voyageut de cap en cap, sans perdre la terre de vue, 
s'arretent le soil* et passent la nuit dans une baie; le 
plus souvent elles arrivent en quinze ou vingt jours a 
lour destination; ruais pour le retour, la duree du 
trajet est beaucoup plus longue, en raison des vents, 
qui soufflent ordinairement du nord. Les expediteurs 
de l'lnde songent a ne plus envoyer leurs denrees a 
Djeddah; ils les expedieraient avec plus d'avantage 
directement a Suez, par des goelettes sous pavilion 
anglais. 

Les relations de Suez et de la Syrie sont assez ac- 
tives; dans l'annee 1848-18/19, 52 caravanes, parties 
des divers points de la Syrie (1), avec 2000 chameaux 
environ, ont transports pour plus d'un million de 
marchandises. De Suez au Gaire les communications 



(i) 3 de Damas, 3 de Naplouse, 4 de Jerusalem, 6 d'Hebron et 36 
de Gaza. 



( 540 ) 

sont tres-frequentes ; les caravanes franchissent en 
trois jours la distance qui est de 133 kilometres; le 
poids porte par les cbamcaux varie entre 270 et 360 ki- 
logrammes, divises en 2 colis. De Suez au Caire, cba- 
cun de ces animaux coute 6 fr. 25 c. ; mais du Caire a 
Suez on les paye a raison de 10 fr. Le releve annuel 
approximatif des caravanes de Suez donne, pour le 
nombre des animaux employes, 70 000, au prix de 
594 000 fr.; dans ce nombre figurent 12 OOOcbameaux 
pour les pelerin.s allant a la Mecque, et 4 000 seulement 
pour ceux qui en reviennent. 

Si maintenant nous nous transportons au nord 
de l'Amerique, nous voyons les cotes baign^es par 
l'ocean Pacifique devenir l'objet d'une attention toute 
particuliere. 

Le premier port que Ton rencontre en venant de 
l'Est est celui de Punta-Arenas, lieu de debarquement 
des inarcbandises a destination de San-Jose etde tout 
l'Etat de Costa-Rica. Punta-Arenas est un port franc. 
On se rend ensuite a Realejo, port de l'Etat de Nica- 
ragua, puis a la rade de d'Acajutla , qui correspond 
avec les villes de Sansonate, San-Salvador, Santa- 
Anna, etc. A 18 lieues de la se trouve le mouillage 
d'Istapa ou de Guatemala; la barre est plus difficile a 
Istapa qu'a Acajutla, parce que le rivage, quoique sa- 
blonneux, est plus accore. 

Au centre du golfe de Fonseca, considere par beau- 
coup de personnes comme la clef du commerce ma- 
ritime de l'Amerique centrale, entre les Etalsde Nicara- 
gua, de Honduras etde Costa-Rica, est l'lledu Tigre, pres 
de laquelle le mouillage est excellent. Depuis deux ans 
cette lie a ete ouverte au commerce ; son port, nomme 



( m ) 

Amapala, a ete declare pour dix ans franc de tous 
droits, tant pour les navires que pour les habitants. 
On projette d'y etablir un depot de charbon pour les 
batiments a vapeur de la ligne dePanama en Californie. 

San-Francisco continue d'attirer les emigrants de 
toutes les nations, et l'ocean Pacifique est sillonne par 
un grand nombre de navires qui ont tous la meme 
destination; 14 bateaux a vapeur font le Irajet dePa- 
nama en Californie ; le Chili entretient des commu- 
nications tres-actives avec le nouvel Eldorado, et, en 
moins de trois mois, il est entre dans le port de Val- 
paraiso 22 navires de commerce, dont \ 5 venant direc- 
tement de France. Aux filats-Unis on cherche a ouvrir 
des routes par terre moins dispendieuses ; au Texas , 
des capitalists de New-York ont monte un service de 
voitures publiques allant de Port-Lavacca, sur la baie 
de Matagorda, a San-Francisco, et le premier convoi, 
compose d'environ 300 personnes, est heureusement 
parvenu a destination. La compagnie vous transporte 
de New-York a San-Francisco, par cette nouvelle voie, 
pour 200 dollars (1 070 fr.), tous frais compris. 

Le gouvernement mexicain ayant perdu la baie de 
San-Francisco sur l'ocean Pacifique, l'a remplacee par 
le port de Huatulco, qu'une nouvelle loi vient d'ouvrir 
au commerce etranger. La rade de Huatulco est belle, 
vaste, et peut offrir un abri sur a 60 navires d'un fort 
tonnage. 

Le chemin qui conduit de Oaxaca a la cole dd sud 
est d'environ 250 kilometres. On y trouve, de distance 
en distance, plusieurs villages, et, jusqu'au bourg de 
Mehuatlan, la route est totalement terminee. Les tra- 
vaux se continuenl jusqu'a la mer, demaniere que les 



( 542 ) 

transports, qui se font a dos dcmulet, pourronts'effec- 
Iner desormais par des ventures; et coinme on s'oc- 
cupe en ce moment de prolongcr, de Oaxaca a Tebua- 
can , la belle route qui existe deja de cette derniere 
ville a la Vera-Cruz, on ne tardera pas a possdder une 
bonne voie de communication entre la Vera-Cruz et 
Hualulco. 

Ces deux places deviendront deux points importants 
d'entrepot entre l'Europe, les ttats-Unis et l'Oceanie. 
On a calcule qu'un roulage accelere et les diligences 
pourraient faire le trajet de la Vera-Cruz a Huatulco 
en sept jours. Toutefois cette route ne sera jamais com- 
parable a celle deTebuantepec, qui sera termin6e dans 
quelques mois. 

La Vera-Cruz estbien decbue de son ancienne splen- 
deur; ce n'est plus qu'une simple £chelle ou Ton de- 
pose les ricbes chargements destines a 1'interieur et 
principalement a Mexico. Situee par 19° 11' 57" de lati- 
tude nord, et 08° 29' de longitude ouest du mdridien de 
Paris, la Vera-Cruz se trouve a 93 lieues de la capitale, 
avec laquelle elle communique par une route tres- 
malentretenue, qui passe parlesvillesdeZalapa,Perote 
et Puebla. Une diligence, partant tous les jours, trans- 
porte les voyageurs et les lettres ; elle met de trois a 
quatre jours a faire le trajet. On court risque, dans ce 
voyage, d'etre maltraite , blesse et m6me hie" par les 
bandits, et il ne faul pas moins d'un fort detacbement 
de cavalerie avec du canon pour assurer la securite des 
passagers et proteger les valeurs considerables en nu- 
meraire qui arrivent cbaque mois a la Vera-Cruz. 

Les alentours de la ville sont trislcs, depouillds de 
tout oinbrage et de toute vegetation ; on n'apercoit que 



( 543 ) 

des sables et l'on se croirait au milieu des deserts de 
l'Afrique; les dunes sontassez elevens pour intercepter 
la circulation de 1'air du cote de la terre; de rnai a 
septembre les chaleurs sont excessives, etsi, durant 
les autres mois de l'annee, l'air est rafraichi par les 
vents du nord particuliers a cette contree , ils sont 
quelquefois si violents qu'ils mettent en danger les 
navires a l'ancre, et enveloppent la ville d'une atmo- 
sphere de sable qui aveugle dans les rues et qui est tres- 
incommode dans les maisons. Le seul courant d'eau 
est un ruisseau bourbeux, appele Tenoya, qui coule 
au sud-est de la ville, a deux cents pas des murailles. 

Les navires menaces par les vents du nord, n'onl 
pour abri qu'un ilot a fleur d'eau , ou se trouve con- 
struit le fort de San-Juan de Ulua , avec un phare a feu 
tournant, varie par des Eclats de seconde en seconde ; 
les approches sont herissees de nombreux £cueils, et 
Ton ne peut guere entrer sans pilote. Lesbatiments de 
guerre Strangers trouvent un bon mouillage a l'ile de 
Sacrificios, a environ 2 rnilles et demi du port de la 
Vera-Cruz, dont l'entr^e leur est interdite. 

Le beau pic d'Oritava, constamment couvert de neige, 
et le coffre de Perote , qui s'apercoivent de AO lieues 
en mer, servent de points de reconnaissance aux navi- 
gateurs. Le courant se dirige toujours selon le vent qui 
regne. La Vera-Cruz contient actuellement 8500 habi- 
tants, en comptant 1 250 etrangers, dont 475 Espagnols 
et 183 Francais. 

On voit par ce qui precede de quelle utilite" peuvent 
etre les documents commerciaux publies par le gou- 
vernement frangais ; les seules remarques critiques 
qu'il soit permis de faire portent uniquement sur des 



( 544 ) 

fautea d'impression faciles a corriger, les Boukmares 
pour les Boukhares, la Gar gone pour la Go/gone (Gor- 
gona), elc. Nous nous somnies attache a extraire du 
journal ofliciel ce qui concernait specialement la geo- 
graphic; quant auxobjets de Commerce et au meilleur 
choix de Merchandises a faire pour telle ou telle desti- 
nation, nous renvoyons au recueil meme, qui donne 
a cet egard les renseignements les plus exacts. 

SiDILLOT. 



( 545 ) 



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*l -J 00 CO oi 00 01 



Sans domicile 

reconnu 
(Heimathlose). 



CO © OI ib. 01 00 -J 00 01 IS 
OI -4 IS OI CO — frS ib- © ~4 

ISCO-4 0I^ICO©©00© 



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OI <*. t ^ © CO ** OI ^ ^ ib. **■ OI 0'. 01 

01 -4 CO © CO -J © — 01 *--*> IS -4 © 

M>oocre©oOifc.»-*oi^i h *C2*4COk* 

-4 OI Oi — © C! CO OI CO OI © 00 IS OI 

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Population (1). 



( 540 ) 



MARIXS RISSES QUI OXT FAIT LE TOCR DU MOXDE DE 1803 A 18.'|8. 





CAPITAINES. 


mrniENTS. 


V^NKES. 


I. 


Krusenstern. 


Nade'jda. 


i8o3 — 


1806 


2. 


Lissiansky. 


Neva. 


i8o3 — 


1806 


3. 


Gagemeister. 


Ne'va. 


i8o3 — 


1807 


4. 


Golovnine. 


Diane. 


1807 — 


1809 


5. 


Lazareff. 


Souvoroff. 


i8i3 — 


1R16 


6. 


Kotzebue. 


Rurik. 


8i5 - 


1818 


7- 


Gagemeister. 


Koutouzoff. 


1816 — 


1819 


8. 


Ponafidine. 


Souvoroff. 


1816 — 


1819 


9- 


Golovnine. 


Kamchatka. 


■ 81; - 


18.9 


10. 


Ponafidine. 


Borodino. 


[819 — 


1821 


1 1. 


Lazareff. 


Orient. 


s. - 


1821 


12. 


Bellingshausen. 


Pacitique. 


.8.9 - 


1821 


13. 


Wassilieff. 


Detouverte. 


1819 - 


1822 


»4 


Schishmareff. 


Bienveillant. 


819 — 


1822 


i5. 


Dochtouroff. 


Koutouzoff. 


1820 — 


182a 


16. 


Keotschscoff. 


Ru.ik 


1821 




'T- 


KisIako>vsky. 


Elisabeth. 


1821 




IS. 


Touloubieff el Chroustrhoff. 


Apollon. i 


821 — 


i8»4 


'<)• 


Filatotff. 


Ajax. 1 


821 (per 


dta.) 


20. 


Lazareff. 


Croiseur. 


822 - 


1825 


21. 


Lazareff. 


Ladoga. 


1822 — 


1824 


22. 


Kotzebue. 


Entreprise. 


823 — 


1826 


23. 


Dochtouroff. 


Le TraiKiuille. 


[824 




•4- 


Tschistiakoff et Mouravieff. 


Helene. 


1824 — 


1826 


25. 


Wrangel. 


Le Doux. 


[825 — 


1827 


36. 


Stanukowitch. 


Moller. 1 


826 — 


1829 


a 7 . 


Liitke. 


Seniavine. ] 


826 — 


1829 


28. 


Cbromtehenko. 


Helene. 1 


828 — 


i83o 


*9- 


Gagemeister. 


Le Doux. 


828 — 


i83o 


3o 


Chromtcbenko. 


Amerique. 1 


83. — 


1 833 


3i. 


Schantz. 


Amerique. 1 


834 — 


1 836 


3a. 


Tebenkoff. 


Helene. 1 


835 




33. 


Bahrens. 


Nicolas. 1 


83 7 — 


,83 9 


34. 


Kadnikoff et Voevodsky. 


Nicolas. 1 


83 9 - 


1 841 


35. 


Zaremba. 


Alexandre. 1 


840 




36. 


Junker. 


Abo. 1 


840 — 


1842 


3 7 . 


Vonliarliarsky. 


Irtisch. 1 


843 — 


1845 


38. 


Nevelskoy. 


Baikall. 1 


848 — ♦ 


i85o 



( 547 ) 

Ancienne population iberienne re>andue dans tou- 
tes les parties de i/Europe. — Un anonyme, qui ne 
Test probablement pas pour les redacteurs de YAthe- 
rxenm, a exprime" dernierement dans ce recueil son 
etonnement de ce que M. Wilson, dans une commu- 
nication fort interessante qu'il a faite a 1' Association 
britannique pour le progres des sciences, sur les an- 
cienshabitantsdesiles diiRoyaume-Uni,nementionne 
pas l'existence d'une ancienne population iberienne, 
repandue dans toutes les parties de l'Europe. Les 
faits semblent la prouver, car comment pourrait-on 
expliquer autrement la distribution geographique des 
Iberiens? Qu'ils se soient distribues eux-memes, 
en emigrant dans une contree qu'ils auraient en- 
vahie, ou par des entreprises maritimes, cela semble 
tout a fait impossible et en opposition avec le ca- 
ractere de ce peuple et son etat de civilisation, tel 
qu'il est universellement represented par les anciens 
auteurs. D'un autre cote, si nous considerons quel 
aurait etc l'effet sur une population clair-semee et 
adonnee a la chasse, car "c'est ainsi que les Iberiens 
doivent efre considered , de l'invasion d'un peuple 
plus condense et plus energique, tel que celui qui 
habitait les regions de la Mer Noire, chaque phe- 
nomene de leur position geographique semble §tre 
completement explique. Ainsi , par les progres de 
la race envahissante, les Iberiens de la Russie sep- 
tentrionale et des cotes orientales de la Baltique au- 
raient ete pousses plus au nord. Nous trouvons 
aussi en Finlande une race qui parle encore une 
langue alliee au basque, le descendant reconnu de 
l'ancien iberien. Mais le grand corps de la race ibe- 



( 548 ) 
rienne se serait retire devant les envahisseurs a tra- 
vers la Germanie, la Gaule , et finalement en Es- 
pagne ; el la nous Irouvons effeclivement la lo- 
cality principale de ce peuple. Ceux qui habitaient 
les pdninsules de la Grece et de l'ltalie, auraient ete 
separes, battus, disperses et refoules plus au sud. 
Dans la Grece, les montagnes de l'Arcadie auraient 
forme naturellement leur derniere retraite. De l'ltalie, 
ils pouvaient passer aisement en Sicile , et nous 
sommes informes qu'ils ont autrefois possede entie- 
rement cette lie, quoiqu'ils aient ete plus tard con- 
fines a l'extremite occidentale. Des cotes de la Gaule 
ceux qui les poursuivaient les ont suivis dans la Grande- 
Bretagne, ou ils auraient occupe d'abord le midi et les 
portions meridionales de la cote occidentale. De la en 
s'etendant, les Iberiens du midi de l'Angleterre au- 
raient ete finalement forces de chercber un refuge 
dans le pays de Galles, comme les Celtes le furent plus 
tard dans des circonstances semblables. Ceux qui 
habitaient le nord de l'Angleterre et les basses terres 
(lowlands) de l'Ecosse auraient traverse le detroit, 
pourse rendre dans le nord de l'lrlande. En continuant 
de lessuivre, on doit esperer les trouverdans la partie 
meridionalc de cette ile, ainsi que cela existe en fait. 
Je sais qu'on dit ordinairement que les Iberiens des 
Iles-Britanniquesviennentde l'Espagne ; mais une co- 
lonisation si etendue me semble, a une telle distance, 
tout a fait inconciliable avec le caractere d'un peuple 
place si bas dans l'echelle de la civilisation , qui ne 
s'est jamais applique aux affaires maritimes, et parti- 
culierement impropre pour des mesures agressives ; et, 
de plus, il parait tout a fait absurde de supposer 



( 549 ) 

qu'apres avoir fait un si long trajet, ils auraientpris 
possession des parties arides et montagneuses du 
pays, qui sont universellement le refuge des plus an- 
ciens habitants. L'idee d'une colonisation espagnole 
dans cette partie de la Grande-Bretagne paraissait 
aux anciens qui l'ont concue beaucoup moins impro- 
bable, a cause de leur etrange meprise sur la position 
relative des deux pays. 

Je ne suis point certain que les particularity con- 
cernant les Iberiens soient les memes que celles de 
l'une des races que M. Wilson croit avoir d£couvertes. 
Je pense qu'ils ont quelque ressemblance avec la plus 
ancienne des deux, d'apres la petitesse de la main et 
la forme de la tete. 



AMERIQUE. 



Volcan du grand Lac salL — Ce volcan est , sui- 
vant le Buffalo commercial Advertiser, dans une plaine 
sur les bords de celac; il est compost de boue (mud), 
et couvre plusieurs acres de terrain. La vapeur et 
l'eau s'en echappent par un grand nombre d'ou- 
vertures. La boue s'eleve en cones, dont le plus 
haut n'a pas plus de cinq pieds a partir de la surface. 
Ils sont termines par des tubes , dont quelques-uns 
durcis et melanges avec des cristauxde soufre et d'au- 
tres substances. L'un des cones lance a dix ou quinze 
peds en l'air de la vapeur et de l'eau, qui s'echap- 
pent rapidement et avec un bruit semblable a celui 
que produit une petite machine a vapeur; l'eau qu'il 
ejetle est , a courts intervalles, chaude et froide, et re- 
tombe dans une espece de chaudiere naturelle de 



( 550 ) 

h pieds do diamelre, ou eJle bouljusqu'a ce qu'elle 
deborde, pour s'all'aisser eusuile de quelques pieds et 
puis de-border de nouveau. Ou n'apergoit autre cbose 
qu'uue umsse d'ecuine; l'eau est lortenient hnpre- 
gu6e de sel aaimoniacal. 

II y a d'autres cbaudieres de dix a douze pieds de 
diauietre , retuplies de trois a quatre pieds de boue 
bouillaute,qui est occasiouneileuienllancee dans toutes 
les directions. A environ un ruille plus loin existe une 
autre collection de cones boueux, et sur le cote oppose 
une ile de rocbers volcaniquess'elevea une bauteurde 
cinquante pieds. A sabase, on trouve du sel enl'euilles 
forlexnent inipregue de sel aininoniacal. Celui du lac 
est pur et employe par les Californiens. I\ous vimes 
dans le voisinage du volcan plusieurs rocbers couverts 
depierre ponce; nous en rencontrames egalement en 
beaucoup d'autres endroits. 



( 551 ) 
Actes de la Societe. 

Proces-verbaiix ties seances, Outrages 
o fleets, etc. 



Presidence de M. Jomard. 



Seance du 2 mai 1851. 

Le proems -verbal de la derniere seance est lu et 
adopte. 

M. Paul Ghaix ecrit de Geneve (27 mai's), au secre- 
taire general de la Commission centrale, pour lui 
transmettre des renseignements sur les publications 
cartographiques relatives a la Suisse , et lui offrir de 
1 'aider a remplir la lacune qui existe pour les quatre- 
vingls dernieres annees. — Des reuaerciments seront 
adresses a M. Paul Chaix. 

M. le docteur Robert Walsh, consul des Etats-Unis 
a Paris, accuse reception (27 avril) de la medaille 
decernee par la Societe a M. le capitaine Lynch, pour 
son exploration de la mer Morte. 

M. de la Porte, consul de France au Caire, confirtne, 
par sa lettre du 17 mars, les decouverles de M. Marielte 
en Egypte, que M. Lemoyne , consul general dans 
ce pays, avait annoncees, le 10 du meme mois, a 
M. Jomard. 

M. de la Roquelte communique une lettre ecrite au 
mois dernier de la Jamaique, et contenant des ren- 
seignements sur l'isthme de Panama. 

Le meme , apres avoir donne lecture de la liste des 
ouvrages offerts, annonce, d'apres le journal anglais 
YAthenceum, du 26 avril, que, dans la seance de la 
Societe geographique de Londres, du 14 dudit mois, 
M. le colonel Rawlinson a lu un memoire Sur I'identili- 



( 552 ) 

cation des tulles bibliques (V 'Assyrie , et Sur la geo- 
graphic du bas Tigre. A l'occasion de cc memoire, 
sir R. J. Murchison a pris la parole, et a donne , sur 
l'invitation qui lui en a ete faite par le president, son 
opinion sur les allusions geologiques dont M. le colonel 
Rawlinson avail entretenu la Societe. 

C'est dans cette memo seance que M. Rawlinson a lu 
des extrails de lettres recues par lui de personnes en 
rapport avec la Commission turque de limites, main- 
tenant a Suze, qui font connaitre des decouvcrtes im- 
portantes, surtout pour l'arcbeologie , qui viennent 
d'etre faites en Perse pres du monument connu sous 
le nom de Tombeau de Daniel. 

MM. le comte d'Herculais et Yel de Castelnau 
(Charles-Louis), presentes, savoir : le premier par 
MM. Antoine d'Abbadie et de la Roquette, et le second 
par MM. le contre-amiral Matbieu et Daussy, sont ad- 
mis au nombre des membres de la Societe. 

M. Fleutelot, professeur d'bistoire, elu depuis peu 

membre de la Commission centrale, off re ses services 

pour les traductions de l'aliemand dont la Societe 

pourrait avoir besoin. M. de la Pioqueltc, secretaire 

general de la Commission, accepte avec reconnaissance 

cette proposition; il aura quelquet'ois recours a l'obli- 

geance de son collegue en ce qui concerne le Bulletin. 

M. A. dAbbadie informe la Commission qu'il a recu 

une letlre d'bgypte qui lui annoncel'arrhee procbaine 

en France de M. Vaudey, consul sarde a kbartoum. 

Ce voyageur vient d'explorer une partie du fleuve 

Blanc, en compagnie de M. Laffargue. 

Seance du 16 mai 1851. 

Leprr,ct'S-Vf i i-liaMi'larlornit''i-osf''annePStluetadoplt'-. 



( 553 ) 

Lc secretaire perpetuel do la Sociele pbilotecbnique 
transmet, au president de la Commission centrale, 
quatre billets pour la seance publique que cette So- 
ciele doit tenir le 18 de ce mois dans la salle fieri, rue 
de la Victoire. 

M. Jomard offre, de la part de M. de Froberville , 
plusieurs dessins de cranes de negres de la cote orien- 
tal d'Afrique , etc.; et, au nom de M. Eugene Balbi , 
une Note sur feu M. Adrien Balbi, son pere, et sur 
ses ouvrages. 

Le me me donne de nouveaux renseignements sur 
les decouvertes archeologiques que M. Mariette vient 
le faire en Egypte ; il les avait deja annoncees dans la 
>eance du A avril dernier. 

M. de la Roquette met sous les yeux de la Commis- 
sion centrale un releve officiel de la population du 
oyaume des Pays-Bas au 1" Janvier 1850, que M. le 
jaron de Derfelden de Hinderstein lui a envoye ; et il 
mnonce que ce document sera insere dans le Bulletin 
I'avril, qui nc tardera pas a paraitre. 

Le meme membre donne lecture du proces-verbal 
le la derniere assemblee generale , tenue le 11 avril 
lernier, sous la presidence de M. Dumas. 
Le meme membre depose ensuile sur le bureau : 
1° Au nom de M. Francis de Gastelnau, le h e volume 
le la Relation de I 'expedition dans les parties centrales 
le VAmerique du Sud, dont M. P. Bertrand est editeur ; 
2° Au nom de M. le lieutenant Maury, son ouvrage 
ntitule Investigations on the winds and currents of the 
ea, etc., et une carte portant poiir litre : Trade wind 
hart of the Atlantic Ocean. 

A cette occasion , M. Jomard fait connaltre a la So- 
iele le compte qui a etc rendu, dans un numero de 
I. MAI. i». 37 



( 554 ) 

la Gazette de Bombay, des travaux de ce savanl effioftei 
cl astronoine amerieain. 

Ce dernier membre communique une leltre que 
.M. Bellot, enseigne de vaisseau de la marine francaise. 
lui a ccrite de Rochel'ort, le 5 mai courant, pour lui 
annoncer qu'il vient de recevoir l'aulorisation de se 
joindre a l'expedilion qui va a la recberche de sir Jolm 
Franklin. Cette expedition, devant parlir le 1/j du port 
d'Aberdeen, en Lcosse, il n'a que le temps d 'in former 
qu'il se met aux ordres de la Societe de geograpbie, 
et qu'il recevra avec reconnaissance les instructions 
qu'elle voudra bien lui donner, en faisant observer 
qu'il devra sans doute se renfermer dans le cercle de 
ses attributions special es d'officier de marine. II 
espere neanmoins se trouver dans le cas de faire, 
dans cette campagne tout exceptionnelle , des obser- 
vations qui peuvent n'etre pas entierement sans interet. 
Des la reception de cette lettre, M. Jomard s'est em- 
presse d'ecrire a M. le contre-amiral Matbieu , direc- 
teur general du depot de la marine, president de la 
Societe, dont il communique egalement la reponse, 
portant la dale du 8. Dans cette reponse, le president 
de la Societe temoigne ses regrets de ne pouvoir satis- 
faire aux desirs temoignes par i\l. Bellot, puisqu'il 
laudrait que les instructions demandees j)ar lui fussent 
preles dans la journee, pour pouvoir lui parvenir a 
temps. Or M. Daussy et lui doivent assister a plusicurs 
commissions ; ils ignorent completcment tous deux la 
nature des details de la mission qui part d'Aberdeen , 
el, pour tracer une instruction tres-rapide, tres-laco- 
nique d'une campagne polaire, et des observations ge- 
n era les qu'on doit t'aire, il laudrait un temps morale- 
rnent necessaire. II est faobeux que M. Bellot n'ait pas 



( 555 ) 
prevenu plus tot de la demarche qu'il faisait. M. Jomard, 
ayant prevu d'avance ce qui arrive, a du se bonier a 
engager M. Bellot a donner le plus frequemment pos- 
sible , a la Societe de geographie , des nouvelles de 
l'expedition a laquelle il prend part , en la tenant au 
eourant des travaux et des recherches auxquels on se 
livrera. 

M. de la Roquette fait part a la Commission centrale 
des nouvelles qui viennent d'etre revues a Londres sur 
l'expedition commandee par le commander Pullen , 
envoye a la recherche du capitaine sir John Francklin. 
Des depeches du commodore Pullen, datees du fort 
Simpson, 29 octobre 1850, qui devait se rendre du cap 
Bathurst au nord de la terre de Banks, annoncent que 
l'expedition a completement echoue. Lesglaces etaienl 
en masses si considerables et si elevees , qu'il a etc 
impossible d'atteindre meme le cap Bathurst. Apres 
avoir attendu pendant plusieurs jours aux environs 
de ce cap, dans l'espoir que quelque chance favo- 
rable lui permettrait d'avancer, le commodore Pullen 
s'est vu dans la penible necessite de retourner 
sur ses pas. Ainsi une portion des regions arctiques 
qui semblait promettre un heureux resultat, restera 
inexploree, a moins que le capitaine Austin ou le com- 
mandant de l'expedition americaine ne la fassent vi- 
siter, ce qui est fort douteux, car, ne recevant pendant 
le coins de cet ete aucun renseignement sur les obsta- 
cles rencontres par le commodore Pullen et sur son 
retour, ils supposeront qu'il occupe le terrain. 

Le secretaire general communique ensuite des infor- 
mations du mois de mars dernier, venues de la Ja- 
maique, relatives a l'isthme de Panama. Elles font 
suite a celles qu'il a deja fait connaltre a la Commis- 



( 55G ) 

.sion dans la seance precedente. II so propose ile doonei 
un extrait des uns et des aulrcs dans le Bulletin. 

Le meme membre annonceque la belle Vue du monl 
Ararat, dessinee d'apres nature par M. Abicb, que ce 
celebre geologue a bien voulu, sur sa demande, lui 
envoyer de Coblentz , le 25 mars , et qui a ete inise 
sous les yeux des membres de l'assetnblee generate , 
est en ce moment lithograpbiee. En en deposant une 
epreuve sur le bureau , M. de la Roquette informe la 
Commission que cette Vue paraitra dans le Bulletin du 
mois de mai, avec la Notice explicative qui I'accom- 
pagne , et qui lui etait parvenue posterieurement 
( 3 mai ). U ajoute que, d'apres les desirs de M. Abich, 
cette Notice a ete communiquee, ainsi que la Vue, a 
la Societe geologique de France, qui les fera insurer 
^galement dans son Bulletin. Ces deux documents pa- 
raitront done en meme temps dans les recueils des 
deux Societes. II a ete convenu que cbacunc partici- 
perait aux frais dans une egale proportion. Ne voulant 
pas augmenter les depenses deja si considerables de la 
Societe, le secretaire general s'est borne a faire tirer, 
au compte de cette Societe, les exemplaires du dessin 
sur papier ordinaire qui doivent etre joints au Bulletin, 
et il fera personnellement les frais de quelques Vues 
tirees sur tres-beau papier; il aura l'honneur d'en 
offrir des exemplaires a la Societe et a d'autres elablis- 
sements scientifiques. 

La liste des ouvrages otferts a la Societe, dans les 
seances des 2 et 16 mai 1851, sera publiee dans le nu- 
mero procbain. 

Pi-anche. ■ — Vue du cone de TArarat , dessinee 
d'apres nature par M. Abicb. 






I 



■ 







- 





■ 



BULLETIN 



DE I. A 

SOCIETE DE GEOGRAPHIE. 

juiji 1851. 
NOTICE ANNUELLE 

1>ES 

PROGRES DES SCIENCES GEOGRAPHIQUES 

ET DES 

TRAVAUX DE LA SOCIETE DE GEOGRAPHIE 
Pendant les annees 1849 et 1850, 

PAR M. DE LA ROQUETTE, 
Serielairn general de la Commission cenlrale. 



SUITE ET FIN DK LA DEUXIKMK PARTII'. 

ALLEMAGNE. 

L'Allemagne occupe loujours un des premiers rangs 
parmi les contrees oil les sciences geograpliiques sont 
cultivees avec le plus d'ardeur et d'intelligence , quoi- 
qu'on puisse remarquer assez souvent l'absence de 
methode et de clarte dans les savants ouvrages que 
produisent ses laborieux habitants. Le noinbie con- 
siderable de centres geograpliiques que renferrae celle 
grande confederation, foyers d'emulation, en meme 
temps que points de controle, offie un immense avan- 
tnge pour la diffusion de la science. 

Je vais d'abord passer rapidemenl en revue los prin- 
i. «jin. 1, 3$ 



( 55S ) 

cipaux travaux executes pendant les deux annees qui 
\iennent de s'ecouler sur chacune des contrees dont 
se compose l'Allemagne; je parlerai ensuite de ceux 
qui concernent l'Allemagne prise en general. 

PRDSSE. 

La Prusse, la patrie des Humboldt, des Ritter, et de 
tant d'autres geographes et voyageurs ^minents, est 
toujours a l'avant- garde, depuis un certain nombre 
d'annees, sous le rapport de la culture des sciences 
geograpbiques ; c'esl par l'examen des etudes dont elle 
a ete l'objet que je commencerai. 

HYDROGRAPHIE. — CARTES HYDROGRAPHIQUES. 

\J Atlas maritime de la Prusse, commence a Berlin 
en 1840, sur unc reconnaissance bydrograpbique des 
cotes, ayant pour base les operations trigonometriques 
et topograpbiques executees de 1833 a 1839 par I'etat- 
majur general , et annonce dans le Rapport annuel 
de 18/|2, a etc termine en J8Z|9. II se compose de 
2 cartes generales a l'ecbelle du 100 000', de 7 cartes 
particulieres , formant en tout 22 feuilles imperial, 
in-fol., gravees en taille-douce , el d'un cabier conte- 
nant 1 (euille pour les pbares, et 15 feuilles de vues 
des coles. 

OUVRAGES nYDHOGRAPHJQUI'S. 

L'liistoire des Leves des cotes de In Prusse et leurs 
rapports avec la base de Berlin , executes par la division 
trigonometrique de Petal-major royal, a ete publiee a 
Berlin en 1849 par Bayer. II forme un volume in-/j° 
de xx-f)S7 pages, et est accompagne de 3 plans et 
d'une carte geograpbique grand in-fol. 



( 559 ) 

CARTES GEOGRAPHIQUES. 

L'etat-major prussien continue la publication de la 
Carte topographique de la monarchic prussienne, dressee 
a l'echelle du 100 000 e , et commencee en 1843. Plu- 
sieurs districts des provinces de Westphalie et de Bran- 
debourg ont paru a Berlin en 1SZ|9 et 1850; la totalite 
des feuilles publiees jusqu'a ce jour s'eleve, pour la 
premiere, a 55, et, pour le Brandebourg, a 3/i. Je 
crois devoir faire observer que les feuilles du Brande- 
bourg sont seules au 100 000 e , landis que celles de la 
Westphalie , qui doivent comprendre aussi les pro- 
vinces rhenanes, sont au 80 000 e . 

La Carte generale des Etats prussiens (General karte 
vom Preussischen Staat mit den Gi anzen der Regierungs 
Bezirke und landrathlichen Kreise, etc.), commencee 
depuis plusieurs annees par M. J. B. Engelhardt, a ete 
terminee parluieri 18/i9; elle se compose de 23 feuilles. 
La carte d'assemblage , composee de 2 feuilles impe- 
rial, in-fol., accompagne l'ouvrage, intitule Nivelle- 
ments plane von den Eisenbahnen des Preussischen Staats 
(Plans de nivellement des chemins de fer de Prusse). 

M. H. Kiepert a fait paraltre a Weimar, en 1850, 
une Carte de la province prussienne de Pomeranie (Pom- 
mern), en une feuille , qui conlient les environs de 
Stettin; l'annec precedente (1849), une Carte des pro- 
vinces prussiennes du Rhin (Rheinland) et de Westphalie 
a ete publiee a Darmstadt par M. Ravcnstcin, en une 
feuille imperial, in-fol. L'n ingenieur-geographe, 
M. Wolf, a donne en 1850 la Carte de la regence de 
Potzdam, avec l'indication des hauteurs, de la division 
du sol, au point de vue agricole, et du trace des che- 



( 5<5u ) 
mins do fer; et une Carte rmirale du comte de GlatZ 
(Silesie) et de ses environs (Wand-Karte von der Graf- 
schafl Glatz und den angranzender Landern), due a 
M. F. V.L. (Lilienstern), l'avait ete egalement en 1850. 
Cette meme annee ont paru, savoir : 

A Berlin , en une feuille colombier, la Carte topo- 
graphique des environs de Berlin et de Potzdam (Topogr. 
Karte der Lmgegend von Berlin und Potzdam), de 
MM. C. Fatting et L. Kraatz; la 2 e edition de la Carte 
geognostique des environs de Berlin, par M. R. V. Be- 
migsen, formant une feuille in-lbl., lilbograpbiec , 
accompagnee d'un texte explicalif de /jo' pages in-/i°; 
et la Carte mctallograpliique des environs de Berlin 
(Metallographische Karte der Gegend um Berlin), en 
U f'euilles, a l'echelle du ¥ ^. A Halle, tin Nouveau 
plan de Berlin, de M. de Mbllendorf , en une feuille 
jesus, avec un texte; la Carte geognostique des environs 
de cette ville, dont l'auleur est le docteur Carl Justus 
Andrae; et M. J. J. Hackhausen a donne cette meme 
annee, h Coblenlz, un Plan de la ville de Cologne 
(Coin); enfin, M. Pfeffel a communique en 1850, a la 
Sociele g^ographique de Berlin, une Carte hydrome- 
trique de la Vistule et du Nogat (branche oricntale de 
Ja Vistule). 

OUVRACKS CJiOCRAPHIQUES. 

J'ai deja parle de l'ouvrage sur les cbemins de fer 
de Prusse qui accompagne la carle d'assemblage de 
M. Engelhardt; jo n'en dirai pas davantage, et me 
bornerai a inentionner succinclement les ouvrages 
suivants, qui traitent de la geograpbie de la Prusse, ct 
ont paru en1850 : 



( m ) 

1° Le liojaume de Prusse, par E. Hubn , imprime" a 
Neustadt, sur l'Orla, dont les trois premiers cahiers 
conliennenl la description du departement de Franc- 
fort-sur-1'Oder, en 87 pages; du departement de Mag- 
debourg, en 100 pages; et du departement d'Aix-la- 
Chapelle (Aachen), en 66 pages; 

2° Le Catalogue alphabet ique de tons les districts des 
Etats de Prasse (Alphabetisches Verzeichniss samtlicher 
Ortschaflen des Preussischen Staals), servant de sup- 
plement au Manuel topographique et statistique de la 
Prasse, que M. Messow a publie a Magdebourg. 

Je terminerai ce que j'ai a dire sur la Prusse par la 
citation d'un memoire Sur I' aecroissement de la popu- 
lation de la Prusse, d'apres V aecroissement de sa super- 
ficie en milles carres allemands, par Dieterici. Ce der- 
nier memoire est mentionne dans les Comptes rendus 
de VAcademie de Berlin pour I'annee 1850. 

EMPIRE D'AUTEUCHE. — REPUBLIQUE DE CRACOYIE. 

EMPIRE D'AUTRICHE. 

Pendant les deux annees qui viennent de finir, la 
geographie de l'empire d'Autricbe, en Allemagne, a 
fait des progres par la publication de quelques nou- 
veaux documents. 

CARTES GEOGnAPHIQUES. 

Un geograpbe de Vienne, M. F. Fried, a publie" 
dans cette ville, en 1849, une Carte generale de V empire 
d'Autriche , en h feuilles imperial, in -fob, et des 
Cartes (speciales) de V arcliiduche d'Antric/ie, de la Mo- 
ravic et de la Bolieme; ces trois dernieres cbacune en 
1 feuille imperial, in-I'ol. MM. C. Hennig et F. Temsky 



( »2 ) 

ont aussi fait paraitre, la derniere annee, une Carte 
(In royaume de Boheme ( Orientirungs-Karle in der 
neuen gerichtlichen und politischen Eintheilnng des 
Konigreichs Bohmcn), en une feuille grand in-fol., et 
on a tertnine, en 1850, a 1'echelle de fffcftt quelques 
portions de la carte de ce meme royaume, dont la 
Iriangulation et le leve occupent depuis plusieurs an- 
nees, sous la direction de l'ancien colonel, aujour- 
d'hui general, Schribanech, l'etat-major autrichien et 
l'institut militaire imperial de Yienne. 

M. J, deLipzky a donne a Pestli, en 1849, une Carte 
generate da ray name de Hongrie (Mappa generalis regni 
Hungarian), composee de 9 feuilles grand in-fol., gra- 
vees en taille-douce. On doit a M. F. Fried, que j'ai 
deja nomine, une Carte generate de la Hongrie et de la 
Transylt'an/e, qui a paru a Vienne en 1849, en une 
feuille imperial, in-fol., gravee en taille-douce; et la 
2 e edition d'une carte portant 1c meme titre, et ayant 
ele publico la meme annee dans la meme ville, est 
l'ouvrage de MM. L. do Scbcdius et S. Blascbnek; 
elle forme 9 feuilles imperial, in-fol., a 1'echelle 
de l 

UC 469472* 

Une Carte geognostique de V empire d'Autriche, que 
M. J. Scheda avait commencee en 1847, a ete terminee 
en 1849, en 1 feuille imprimee en couleurs; et MM. II. 
Berghauss, Haufter et Frblicb ont public tous trois 
en 1849, le premier a Glogau, le second a Pestli 
(2° edition), et le troisieme a \ ienne, des Cartes ethno- 
graphiques de V empire d ' Aulriche , la derniere ac- 
compagnee d'un texle explicalif de 66 pages in-8°; 
M. Czornig nous en promet une qualrieme, qui n'a 
point encore paru, mais qui a servi a rediger, dans la 



( 503 ) 

Gazette dAugsbourg, line Notice statist ique et ethnogra- 
phique de Uempire d'Aufriche. 

OUVRAGES GEOGIUl'HIQUES. 

Une seconde edition du Dictionnaire geographique de 
Vempire d" ' Autriche (Allgemeines geographisches Lexi- 
con des Oesterreichisches Kaiserstaates), de M. Franz 
Raffelsberg, se publie en ce moment a Vienne sous le 
format in-8°; les V e et VI* volumes ont paru en 18A9 ; 
et c'est a Darmstadt qu'ont ete publiees, en 1849 et 
1850, quatre livraisons, numeros 72 a 75, composees 
de 9 gravures et de 2'j pages de texte in 8°, de la Des- 
cription historique et topograp/iique de Vempire d' Au- 
triche (d;is Kaiserthum Oeslerreich histor. lopogr. 
dargestellt), dontl'auteur est M. Carl. Aug. Schimme. 

On doit a M. E. Dulles une 3" edition, qui a paru a 
Leipzig en 1849, des Pays du Danube, en 2 vol. in-8°, 
illustree de 60 gravures; a M. J. Wagener, Klagenfurt 
et ses environs, 1 vol. grand in-16, de 160 pages, avec 
une carte; et la Vallee de Lawn, dans le duche de Ca- 
rinthie, 1 vol. grand in-16 de 1/|1 pages; Klagenfurt, 
1849. 

MM. Quilzmann et sir John Paget ont fait paraitre 
tous les deux des secondes editions de leurs Relations 
de voyages en Hongrie et en Transyh'anie, l'un en alle- 
mand , en un vol. in- 8° de vm-572 pages; Stuttgart, 
1849; l'autre en anglais, en 2 vol. in -8°, avec des 
cartes et des gravures, imprime a Londres en 1850. 

M. J. G. Sommer continue sa Description du 
royaume de Boheme. Le XVI e volume, in-8°, qu'il a fail 
paraitre a Prague en 1849, conlient le ceicle de Be- 
raun (vi-346 pages); et MM. E. Hennig et F. Tempsky 



( 50/i ) 

ont public a Prague, en J 850, plusieurs nouvelles li- 
vraisons do leur Statistisch-topogr. Compendium dcr 
neuen polit. and gerichtl. Eintheilung des Konigr. Boh- 
men, in alphabetisch-tabellar Ordn. 

Deja en J 845 M. Kreil avait public, dans les Me- 
moire. 1 ! de V Academic de Prague, un grand inemoire sur 
les positions magnetiques et geographiques de lieux 
reraarquables de la Boheme. En 1849 et 1850, il a 
fail paraltre a Prague, avec MM. Frilch, les lomes I*' 
et II e de ses Observations magn6tiqu.es et geographiques, 
/kites dans V empire d 'Autriche (Magnelische und geogra- 
pbische Ortsbeslimmungen im Oesterreichischen Kai- 
serstaat), qui doivent former h volumes. En rendant 
comple de cet ouvrage dans le tome XIV* des Archiv 
fur Mathematik und Phjrsik, M. Grunert assure qu'il est 
d'une baule imporlance pour les sciences pbysico- 
geograpbiques. 

Un ecrivain anglais, sir Gardner Wilkinson, a fait 
paraitre a Londres en 1849, en 2 vol. in-8°, 1c recit de 
ses Voyages en Dalmatic >. et dans le Montenegro, ouvrage 
accompagne de giavures en taille-douce. 

Je mentionnerai en lerminant une courte descrip- 
tion du cercle de \ orarlberg, que M. Joseph Bergmann 
a d'abord inseree dans Zeitschrift Jiir die oesterreischen 
Gymnasien, el qu'il a publiee ensuite a part sous le 
litre de Gcographische Skizze iion Vorarlberg; Vienne, 
1850; in -8°. Bergmann evalue a 46 05/000" de milles 
carres allemands la superficie du \ orarlberg, et la 
populalion a 100 000 babilanls, ce qui donnerait en- 
viron 2 300 babilanls par mille carre. 



( 565 ) 

REPl'BLIQUE DE CRAC0VIE. 

On a public a Cracovie, sans nom d'auteur, en 1851, 
une brochure in-8°, intitulee : La Republique de Cra- 
covie, de ml 22 pages, que je cite, quoique je ne l'aie 
point vue, parce que c'est le seul ouvrage, sur cette 
petite r^publique, dont j'ai trouve la mention. 

SAXE. 

CARTES. 

On a vu, dans le rapport de 1842, que le gouverne- 
rnent saxon avait termine des 1805 la triangulation 
et le leve du royaume, et l'emploi qu'il avait fait de 
ces elements. On sait qu'ils ont aussi servi a dresser 
Y Atlas topograpKique du royautne de Saxe (Topogra- 
phischer Atlas des Konigreichs Sachsen ), dont M. le 
lieutenant-colonel , aujourd'hui general Oberreit, a 
continue d'avoir la direction. Ce bel ouvrage, dont 
la premiere livraison, composee de 7 feuilles, a ete 
publiee en 1821, a vu paraitre a Leipzig, en 1850, sa 
troisieme livraison, form ant h feuilles, toutes a l'echelle 
du — i — 

Outre sa Carte geologique, due a l'ecole des mines 
de Freiberg, qui a deja paru depuis longtemps, accom- 
pagnee d'un texte dont h volumes avaient ete publics 
en 18/j5, la Saxe possede une Carte topographico- 
orographique speciale ( Topogiapbisch-orographische 
special Karle des Konigreichs Sachsen) . M. Otto Andree, 
son auteur, a donne a Dresde, de 1849 a 1850, les 
neuf feuilles imperial, in-lol., dont cette carte devail 
etre composee; elle est done aujourd'hui complete. 



( 566 ) 



OUVRAGES GEOGRAPH1QUES. 

M. W. Richter a commence de publier a Freiberg , 
en 1849, une Description du royaume de Saxe. 

BAVIERE. 
CARTES. 

La Carte ou Atlas topographique de la Bai'iere, en 
103 feuilles, levee par 1'etat-major general, a l'ecbelle 
du 50 000% et commencee en 1818, dont j'ai parle dans 
mon rapport de 1842, n'elait pas encore terminee en 
1850. C'esl la seule carle de Baviere que j'aie a men- 
tionner; on sait qu'il en exisle plusieurs autres de cet 
Ktat, mais publiees il y a pres de dix ans. 

OUVRAGES GEOGRAPH1QUES. 

Les Annates de Vobservatoire de Munich contiennent 
les deux memoires suivants de M. J. Lamont, qui ont 
paru dans cette ville, savoir : en 1849, Liste des prin- 
cipales hauteurs mesurees dans le royaume de Baviere 
(Verzeicbniss der vorziiglicbsten im Konigreicb Bayern 
vermessenen Hbben); et, en 1850, Sur I' etat climatolo' 
gique de la Baviere (Leber die Temperatur-verbalnilsse 
von Bayern). Et M. H. J. "Wbiting a publie a Londres 
en 1850, en 2 vol. in -8°, ses Tableaux de Nurem- 
berg, etc. (Pictures of Nuremberg, and Ramble in the 
Hills and Valleys of Franconia) . 

WTRTEMNERG (Rovaime de). 
CARTES GEOGRAPU1QUES. 

La grande Carte topographique du royaiirne de Wiir- 



( 567 ) 
temberg, dressee par le bureau statistieo-topogra- 
phique de ce royaume, fort avancee en 18/i2, ainsi 
qu'on l'a vu a cette epoque, est terming depuis 1850. 
Elle se compose de 62 feuilles in-folio , lilhographiees 
a l'echelle du j^W^, et a ele publiee a Stuttgard. 

line autre Carte du Wiirlemberg et de la principaute 
deHohenzollern, etc. (Das Konigreich Wiirtemberg und 
die Hohenzollernscben Furstentbiimer mit einer Hohen 
Karte, und mit Durcbscbnillen des Bodensees nach 
den Ergebnissen der Landes Vermessung), dressee 
d'apres les travaux du bureau statistico- topogra- 
phique, a ele publiee par Paul us, en une feuille co- 
lombier, d'abord en 18/11, et de nouveau , avec des 
ameliorations, en 1850. 

M. Ravenstein a aussi fait parallre, lilhographiee 
a Darmstadt en 1849, une Carte en relief du royaume 
de Wiirtemberg el du, grand-duche de Bade , en une 
feuille in-fol.; de plus, Stuttgart et ses environs (Stutt- 
gart und seine umgebungen) ont ete representee par 
Bach en une Carte topographique et geognostique , 
executee a Stuttgart en 1850, et formant une grande 
feuille imperial, in-fol., a l'echelle du stbo" 

BADE (Grand-dichJs de). 

L'Jt/as topographique du grand-duche de Bade 
(Topographischer Atlas des Gross-Herzogthum Ba- 
den), execute par le bureau topographique mili- 
taire du grand-duche, et dont la publication avail 
commence en 1838, a ete termine en 1849. II se 
compose de 55 feuilles jesus carre , lithograpbiees, 
dressees a l'echelle du g -^ e , et dont la derniere 



( o68 ) 

a paru bo 1849. Cost un beau travail, qui fait bon- 
ueur aux iflgenieurs et aux graveurs badcis. 

Le docleur J. E. Woerl a fail paraitre a Fribourg , 
en 1850, une Carle de Fribourg en Brisgau et <le ses 
environs (Die Landscbaft von Freiburg im Breisgau , 
6 Stunden im Lmkreis), gravee sur pierre, a l'ecbelle 
du uTaouo' ct une Carle des bains de Bade, Lie fit cn- 
thaf, etc., qu'on doit a l'institul des arts, y a £te gravee 
egalement sur pierre, en 1850, a l'ecbelle du l35 \ 00 . 



OUVRAGIiS. 



Je n'ai a citer aucun ouvrage geographique sur le 
grand-ducbe de Bade. 

HESSE (Grand-uiciie de), HESSE-CASSEL ( ELtcioiur de), 
NASSAU (Dlche de). 

La Carte du grand-duche de Hesse (Karte vora der 
Grossberzogtbum llessen in das trigonometriscbe Net* 
der allgemeinen Landesvermessung aufgenommen , 
etc.), dressee au s \, 5 P ar l*«tat - major lussois, et 
commencee il y a plusieurs annees, est aujourd'bui 
terminee en 31 feuilbs jesus, gravees a Darmstadt. 
G'est a Cassel qu'ont paru, en 18/19, les trois 
feuilles de Marsbauzen ( n° h) , Frankenberg (n° 9) el 
Lorra (n° 12), de la Carte topograpfiique de la princi- 
paute de Hesse- Cassel (Topograpbiscbe Karte von dem 
Kurfurstentbum Hesseu), dressee, a ce qu'il paralt, 
par M. G. Kegel, a l'ecbelle du gooVoo* 

On doit aussi a M. G. Kegel une Carte murale de la 
principaute de llesse-Cassel (Wand Karte von Kurbes- 
sen), en une feuille jesus; il l'a accompagnee d'un 
texte explicatit en S/i pages in-Zt*. 



( 569 ) 

line autre Carte en relief des deux tiesses, de Nassau 
et des pays environ/units, en une feuille in-fol., lilbogra- 
pbi^e, dressee par M. Ravenstein , a ete publiee a 
Darmstadt en 18ZI9; et c'est la meme annee qu'a paru 
un Plan des mines de fer et de cuivre de Stangeiwaage et 
de Gnade-Gottes, pres Dillenberg, par M. Nublal Saint- 
Etienne. 

OUVRAGKS GiSoGRAPHIQUES. 

Quoique j'aie la persuasion qu'il existe plusieurs 
bons ouvrages sur les pays dont je m'occupe en ce mo- 
ment, j'ai le regret de nc pouvoir en mentionner qu'un 
seal, Memoire sur la geographic, la population et la sta- 
tistique du grarid-auche de Hesse (Beitrage zur Landes- 
Volks unci Staalenkimde des Gross-Herzogtbums Hes- 
sen), qui contient des notions pleines d'interet surce 
pays. II est insure dans.les Memoires de. la Sociele geogra- 
phi que de Darmstadt, 1" cahier ; Darmstadt, 1850. 

FIANOVRE. 

CARTES. 

On voit dans le Rapport de 1842 qu'on travaillait, 
sous la direction du capitaine Papen , a la carle du 
Hanovre, qui devait avoir 65 feuilles, a l'dcbelle de 
1 pouce pour 3 milles geograpbiques; Zjl feuilles sont 
parvenues a noire Bibliolbeque nationale. En 1849, 
M. Kiepert a fait paraitre a Weimar, en une feuille 
colombier, une Carte du Hanovre, du Brunswig, de 
V Oldenbourg, et des -villes anseatiques ( Hannover, 
Brunsweig, etc.); et en 1850, deux autres cartes des 
mdmes pays ont ete publiees, loutes deux en h feuilles 



( WO ) 

m-iol.: la premiere, donl l'auteur est L. Holl , a paru 
a Wolfenbiittel, et porle pour litre : Carte inurale pour 
les ecoles des royaumcs du Ilanovre, etc. (Schul-vvand- 
karle, etc.); la seconde est une carte generale et pos- 
tale [General and Post karte, etc.), de Papen. Enlin, 
M. Julius a doune a Brunswick, en 1850, en une feuille 
in-fol., gravee en laille-douce, la Carte de la foret 
Hercynieime, situee, coimne on sait, dans le massif des 
montagnes du Hartz, appartenant a la fois au Ilanovre, 
a la Prusse, au Brunswick et a Anlialt. 

OIVRAGES. 

Line publication pitloresque, qui remonte a 1849, 
et n'est point encore terminee, est intitulee : Vues du 
royaume de Hanovre (Das Kbnigreicb Hannover in 
malerBez.). Get ouvrage, paraissanl par livraisons et 
publie par Lange , so compose d'un grand nombre de 
vues gravees sur acier el d'un lexte bistorique et to- 
pograpbique. 

MECKLEMBOURG. — PRLNCIPAUTE DE WALDECK. 
CARTliS. 

Je ne trouve a mentionner qu'une seule Carte des 
grands -due lies de Mecklembourg-Schwerin et Mccklem- 
bourg-Strelitz, dressee a l'ecbelle de 3tl0 l - QUI) par F. En- 
gel, et publiee a Rostock en 1849, en une feuille grand 
in-fol., litbograpbiee; et un Plan de Scluvcrin, que 
M. L. Abrens a fait paraltre a Berlin (1849) en une 
feuille in-fol. 



( 571 ) 



01MRAGES. 



Je n'ai qu'un seul ouvrage a citer : c'esl Y Histoire et 
description de la principaute de Waldeck, par L. Curtze, 
formant 1 vol. in-8° de xvi-66Zi pages, imprint a Arol- 
sen en 1850. 

HAMBOURG. — HELIGOLAND. 
CARTES GEOGRAPHIQUES. 

Deux cartes seulement, meritant d'etre signages, 
ont £te publiees, a ma connaissance, sur cette ville 
libre, et je n'ai point appris qu'il en ait paru sur les 
autres villes ansealiques ; elles portent pour litre : 
Carte topographique de la ville libre d'fJambourg (lopo- 
graphische Karle des Freistaats Hamburg), publide 
en 1850, en une feuille jesus, par F. H. Kiirtze; et Carte 
des environs de FElbe, etc. (Karte der Elbegegend von 
Billwarder anlage bis Blankenese mit deu Sladten 
Hamburg und Altona), dressee en 1849 en une feuille 
aigle, d'apres les travaux de feu Schumacher. 

ILE D'HELIGOLAIND. 

Je dois ajouter ici, a ce que j'ai dit de cette ile a la 
fin de l'arlicle consacre a l'Angleterre (1), que M. Ra- 
dovvitz, ingenieur-ge'ographe de l'etat-major prussien, 
a public a Berlin, en 1849, un Plan de Vile d' Helgo- 
land et le leve des cotes, en une feuille in-fol., litho- 
graphiee; et qu'en 1848 on trouve dans les Memoires 
de la Societe des naturalistes de Hambourg une descrip- 

(l) bulletin U'aviil l85o, p. 449- 



( 5« ) 
tion interessante d'HelgoJand, par M. K. \V. M. Wiehel, 

Die inxel Helgoland... iTIle d'Helgoland , rccherchcs 
sur son etendue dans les temps anciens et de nos 
jours, au point de vue de l'histoire et de la geologie). 
Ce memoire, format in-A°, est accompagne de piusieurs 
cartes. 

ALLEMAGNE EN GENERAL. 
NECROI.OGIE. 

L'astronome Schumacher, auquel j'ai consacre une 
notice dans la premiere par tie de mon rapport, et que 
j'ai rappele en trailanl du Danemark, doit etre egale- 
ment considere comme une des pertes faites par 1'Alle- 
magne, puisqu'il etaitnedans le Holstein, ou ila reside 
presque toute sa vie. Ln voyageur hotaniste prussien, 
dontjenedoispas ometlrcdefaire mention, estM. Link, 
mort a Berlin en 1850, a l'age de quatre-vingt-trois 
ans. Outre piusieurs ouvrages sur la hotanique, il est 
auteur d'un Voyage en Portugal, qui est estime, et d'un 
autre intitule le Monde primitif. 

CARTAS GtoGIUPIIIQUES. 

La carte la plus grande de l'Allemagne sera proha- 
blement celle <|ue M. G. D. Reymann , le memo, je 
crois , qui a ete l'un des membres fondateurs de la 
Societe geographique de Berlin, a commencee en 
1816, peut-etre anterieurement , car piusieurs des 
feuilles ne sont pas dalees, et la carte d'assemblage 
n'indique pas l'origine exacte de ce travail, qu'il con- 
tinue en ce moment, avec M. C. W. V . Oesfeld. La carte 
de Reymann porta d'abord le litre de Carte speciale 
topographique de V Allemagne (Topogrnphische special 



( 573 ) 
Karte von Deutschland); on adopla en 18Z»7 le nom 
de Carte topograpMque speciale de V AUemagne septen- 
trionale (T. S. K. von nord Deulschland), qui devait 
se composer de 200 feuilles. Plus tard, on est revenu 
a l'ancien titre, qui lui a ete conserve; le nombre des 
feuilles devait definitivement s'elever a 342, et enfin a 
359, du format petit in-fol. ou grand in-A°, a l'echelle 
du 2 o'o . Depuis que M. Vesfeld est devenu l'un des 
collaboraleurs, les editeurs ont donne a leur travail le 
titre de seconde edition. Je n'ai pu en decouvrir le motif 
en examinant ces feuilles a notre Bibliotheque natio- 
nale. Rienn'indique les moyens scientifiques employes 
ou les materiaux dont on s'est servi pour dresser cette 
carte, et Ton ne peut repondre de son exactitude. 

M. Witzleben ( F. de) a fait paraitre a Berlin, de 
1848 a 1850, une Carte de V AUemagne occidentale , en 
16 feuilles lithographiees, grand in-fol., a l'echelle 
^ u 4U00000 » et une C arfe d e V AUemagne et des pays 
emnronnants , par MM. F. de Stulpnagel et C. Bar, en 
6 feuilles imperial, in-8° ; et, en 9 feuilles in-8°, a ete 
publiee a Gotha en 1850. 

Plusieurs Atlas et Cartes de chemins de fer ont paru 
en AUemagne dans ces dernieres annees. D'abord, un 
Alias des chemins defer d? AUemagne, Belgique, Alsace 
et de la partie septentrionale de U Italic (Eisenbahn Alias 
von Deutschland, Belgien , Elsass und den nord- 
lichsten Theile von Italien) , compose de 15 petites 
cartes speciales, devant former 12 feuilles in-Zi , a ete 
donne par Stulpnagel et S. C. Bar, a Gotha, en 18Zi9. 
Parmi les autres Cartes des chemins de fer de I' AUe- 
magne qui ont et6 publiees, je me bornerai a en citer 
deux qui ont paru en 1849, chacune en une feuille 
I. mix. 2. 39 



(574 ) 

in-fol., l'unfi par R. Gross, a Stuttgart; l'autre par 
L. Hendscbel, a Francfort; et une troisieine de Reden 
et Sydour, a Berlin, en 1850, egalement en une feuille 
petit in-fol. 

On a fait paraitre a Coblentz, en 1849, d'apres des 
leves ofliciels, une Carte hydrographique du RJiin , en 
15 feuilles, lithograpbiees, imperial, in-fol. , a l'ecbelle 
de f^^o , avec un texte de 12 pages in 4" et 1 planclie 
in-fol. : on ne dit pas le nom de l'auteur; et enfin 
M. le docteur Carl Bernhardi a publie, a Cassel, en 
1849, une seconde Edition de sa Carte ethnographique 
de V Allemagne (Sprach Karte von Deutschland). On a 
ajoute a cette seconde edition, donnee par M. Wilhelui 
Strieker, avec la cooperation de l'auteur, en une feuille 
litbograpbiee, imperial , in-fol., un texte explicatif de 
xn-136 pages in-8°. 

Le rapport fait en 1850 parM. Ritter, a la Societe 
g^ograpbique de Berlin , annonce la presentation 
d'une Carte de V Allemagne , en relief, dress^e pour 
l'usage des ecoles, par le docteur Bunger ; et Ton sait 
qu'il aparuen outre, en Allemagne, pendant les annees 
1849 et 1850, un grand nombre de cartes generalessur 
le pays, de cartes particulieres , de plans de villes, etc. 

OUVRAGES GEOGRAPMQUIiS. 

Parmi les ouvrages publies pendant la p^riode qui 
nous occupe , je citerai : 

La deuxieme edition du Dictionnaire topographique , 
statistique et historique de V Allemagne ( topograpbiscb- 
stalistik-bistoriscbes Comtoir-Amts-Post-Reise-und 
Zeitimgs-Lfxicon von Deutscbland ) , du docteur E. 



( o75 ) 
Huhn, qui a paru de 1849 a 1850, a Hildburghausen, 
en 6 vol. in -8°, avec l'Atlas de Meyer, compose de 
124 feuilles imperial, in-4 . 

V Allemagne et ses limites, a quatre periodes succcs- 
sives, a rorigine de la maison de. Hapabourg, de 1815 a 
1848, au 18 decembre de cette derniere annee, et dans 
Vete de 1850 (Deutscbland nach Seinen Grenzen in vier 
Perioden 1° zur zeit des ersten Habsburger; 2" in der 
zeit von 1815-1848; 3° nacb dem vorscblag der Reicb- 
sminislerium von 18 Dez. 1848 , und den Bescbliissen 
der Reicbsversamlung , 4° im Sommer 1850), par 
H. Straub ; Carlsrube, 1850, avec 4 cartes coloriees. 

Le Rhin et les pays du Rhin, par W. Appel ; Darm- 
stadt, 1849. Les premieres livraisons de cetle des- 
cription du Rbin et des pays baignes par ce fleuve 
se composent d'un texte et d'un assez grand nombre 
de gravures. 

Je terminerai par l'ouvrage d'une dame, madame 
la baronne Blaze de Bury, qui a publie a Londres, en 
1850, 2 volumes in-8°, intitules Germania ; its Courts, 
Camps and People. 

SUISSE. 

Les travaux geograpbiques sur la Suisse, effectues 
ou projetes pendant les deux annees qui viennent de 
s'ecouler, et que Ton doit en majeure parlie a des sa- 
vants de la Confederation lielvelique, meritent d'etre 
signales avec distinction. 

Je vais examiner les principalis, en commencant, 
comme pour les aulres pays, par les cartes; je men- 
tionnerai ensuite les ouviages relalifs a la geogiapbie 
de la celebre republique. 



i 570 ) 

CARTES GliOGIUPHIQUES. 

Le monument cartographique le plus remarquable 
de celte periode, en ce qui concerne la patrie de 
Guillaume Tell, est, sans contrcdil, la Carte generate 
de la Suisse ou Carle federate . 

On salt qu'on s'occupe depuis longtemps d'une 
Carle de la Confederation Suisse, basde aujourd'hui sur 
des mesures trigonomelriques, et ou tous les details 
sonl leves geometriquemenl a la plancliettc. Doja a la 
fin du dernier sieclc le professeur Tralles avait me- 
sure une base pros d'Arberg, et determine plusieurs 
points trigonomelriques dans l'Oberland bernois. 
Plus lard, Bl. Fcbr de Zurich avait opere d'une raa- 
nierc semhlable dans la parlie orientale. 

Les divers travaux trigonometriques furent mis, en 
1S10, sous la direction de M. Finsler, quarticr-maltre 
general de la Confederation , puis sous celle de 
M. Wurstenberger; mais ce no futque lorsqu'ils furent 
places, en 1833, sous la direction energique et eclairee 
du colonel, aujourd'hui general Dufour, alors quar- 
liei-maitre general, que tout commenca reellement a 
marcher avec quelque harmonie. Dans une conference 
tenue la meme annee, on convint d'abord : 

1° Que la projection de la carle serait faite d'apres 
la methodc modiliee de Flamsteed ; 

2° Que le poinl de depart pour le calcul des coor- 
donnees serait l'ohservatoire de Berne; 

3° Que les leves topographiques seraient faits , 
savoir : pour les plaines et les collincs, a 1'echelle 
de j^J-^j ; pour les hautes Alpes, a 1'echelle de -^l^, et 
pour la gravure de la carte, a , u ' u u . 



( 577 ) 

A partir de cette importante determination, les Ira- 
vaux prirent un caractere serieux ; on cornmenga les 
leves a la planchetle. La triangulationdu premier ordre 
fut achevde, et celle du second ordre commencee; et 
en 1839, les resullatsen furent publies par M.Eschmann, 
capitaine du genie, dans une brochure portant pour 
titre : Erqebnisse des trigonometrischen Vermessungcn 
in tier Scluveiz. 

Dansle meme temps, quelques gouvernements can- 
tonnaux firent lever et publier, a de plus grandes 
echelles, les cartes de leurs cantons respectifs; nous 
en parlerons ci-apres. 

Aujourd'hui, la topographie d'unegrande partie du 
pays est lerminee, et sur les 25 feuilles dont la carte 
gen^rale doit se composer, on en a public 10 qui au- 
raient ele" promptement suivies d'un grand nombre 
d'autres, si les guerres civiles n'avaient momentane- 
ment tari bien des ressources. Voici quelles sont les 
feuilles publiees : 

En 1842, les feuilles XVI etXVII, comprenant uno 
partie des cantons de Geneve, de Vaud et du Valais; 

En 1846, les feuilles II, VI, VII, comprenant les 
cantons de Bale, de Neufchatel et de Berne, avec une 
portion des frontieres de France et d'Allemagne; 

En 1849, les feuilles V et XXI, comprenant une 
portion des cantons de Saint-Gall et de Geneve et des 
frontieres du Vorarlberg et d'ltalie; 

En 1850, les feuilles XI, X, III et IV, comprenant 
une portion des cantons de Vaud, d'Argovie, des Gri- 
sons, de Zurich et de SchafThouse, ainsi que des fron- 
tieres de France, du Vorarlberg, du grand-duche de 
Bade et du Wurtemberg. 



( 578 ) 

Les feuilles commencees portent, dans l'onlro sui- 
vant, les numeros XV, compivnant uno portion des 
Grisons; IX, 1c lac do Wallensladl; XVIII. le Valais et 
le Simplon ; VIII, les cantons do Lucerne et de Zug, 
portion de rrux d'Argovie, de Zurich et dc Sclmeitz ; 

XII, le canton dc Fribourg et portion de celui dc 
Vaud; XIV, des portions des cantons des Grisons et 
de Saint-Gall; enfin, XIX, XX, XXIII et XXIV, unc 
portion des frontieres d'ltalic. 

Les feuilles non encore commencees sont les nu- 
ffiefds I, qui conliendra le litre el Implication; 

XIII , des portions des cantons de Schweilz et de 
Saint-Gall; XXII et XXV, des portions des frontieres 
d'ltalic (1). 

J'ai cru cctte enumeration necessaire ; mais il me 
semble complelcment inutile de faire l'eloge de 
cette belle carte, puisqu'on sait que M. le general 
Dufour, que Tarmt'-e franchise s'honore d'avoir comple 
dans ses rangs, en dirige 1'execution, et que to us les 
travaux soul faits sous ses ordres, par les ofliciers 
d'etal-major et du genie de 1'armec federale. 

Je ne cilerai que pour mcmoire la belle Carte to- 
pograpJiique au canton de Geneve, levee en 1837 et 
1838, en h grandes feuilles, a l'echelle de 2 ^ 0U -^, oil la 
configuration du terrain est representee par des courbes 
horizon tales de h metres en h metres d'equidistance, 
l'ayant deja signalee dans mon rapport de 1842, epo- 
que ou elle futpubliee. 

(i) Depots i|Mf i'pii a ete ecrit, j'ai appris que sar les ?5 feuilles 
dom se cumposera la carte federate, une senle, devaul comprendre 
le Hassli, Unterwald, Dri etSchweitz, n'e'taitpas eatamee; les autres 
sout mi publiees ou commencees 



( 579 ) 

Parmi les publications des deux dernieres annees, 
j'indiquerai la Carte du canton du Tessin, avec lapartie 
voisino de la Lombardie, pour servir d'illustralion a. 
une nouvelle methode topographique; elle est du ca- 
pitaine Ernst Heinricb Michaelis, auquel on doit ega- 
lement une Carte topographique du canton d'Argau, 
resultat des travaux executes par l'etat- major ge- 
neral , levee au a 5 * Q - , et fort bien graved a Paris par 
M. Tb. Delsol, en 4 feuilles, a l'echelle du 25 000°, de 
1845 a 1848, sous ce titre allemand : Topographische 
Carte des Eidgenossischen kantons Argau, im Aufrageder 
Staatsbchorden nach dem Mastabe von j~—inden Jahren 
1837 Aw 1843 aufgenommen, and 1844-45 in den Mastab 
■von ,. „ \ „ ,. iibertrasendurich Ernst Heinrich Michaelis. Den 
Kupfertich besorgte 1845 bis 1848 zu Paris Herr Th. 
Delsol, die Schrift Herr J. M. Jiacq. Le meme officier a 
public a Aarau, de 1843 a 1847, une autre Carte de 
VArgovie, specialement destinee a faire connailre la 
distribution des cretins et des sourds-muets dans ce 
canton. Dans sa carte clu canton du Tessin, M. Michaelis 
propose (avec peu de succes et d'avantage, suivant des 
personnes competentes) d'employer simultanemcnt, et 
memo sur une echelle aussi petite que le 400 000", un 
melange de bacbures de plus grande pente, de bacbures 
courbes horizontals et d'ombres pointill^es. 

Plusieurs cartes generales de la Suisse ont aussi et6 
publiees depuis le mois de Janvier 1840 ; celle qui a 
la plus grande vogue est due a M. Keller, qui a fait pa- 
raitre a Zurich plusieurs nouvclles editions de cetle 
compilation heureuse et bien choisie, en 1 feuille im- 
perial, in-fol., gravee en taille-douce. La premiere 
edition est de 1813; la seconde, de!833; et la der- 



( 580 ; 

niere, de 1850. Cette carte fort simple a et6 successi- 
vement amelioree ; mais contenant pourtant des l'ori- 
gine un bon choix des choses les plus imporlantes, 
que l'auteur a pu remarquer en parcourant successi- 
vement toutes les parties de la Confederation, clle est 
plus specialement destinee aux touristes. M. Keller, y 
faisant continuellement des corrections , on peut con- 
sidered pour ainsi dire, le tirage de chaque annee 
comme une nouvelle edition. Aucune carte de la 
Suisse n'a ete aussi recherchee que la sienne, a cause 
de la masse de details qui y sont representes , sans 
nuire aucunement a la clarte. L'edition de 4 850 a 
pourlant des parties faibles, comme certaines portions 
du Valais et des Grisons, et tout en reconnaissant son 
merite, il faut remarquei neanmoins que la configu- 
ration du terrain y est mal representee : Keller l'a fait 
ainsi, dit-on , pour ne pas nuire a la clarte, et les 
signes conventionnels dont il se sert laissent quelque 
confusion dans l'esprit. 

La Carte de Suisse de M. J. M. Ziegler, en h feuilles, 
qui a paru en 1850 a Winterthur, dans le canton de 
Zurich, et qui est lithographiee et accompagnee d'une 
brochure explicative de vm-38 pages, en allemand et 
en francais, ne satisfait pas completement sous le 
raj)port de l'execulion, quoiqu'elle soit supericure a 
celle de Keller, et plus riche en details, a cause de son 
echelle. La representation du terrain a aussi beaucoup 
de merite; mais il est neanmoins douteux qu'elle sup- 
plante celle de son rival dans l'estime du vulgaire des 
touristes. Le meme cartographe avait public a Win- 
terthur, en 18/19, une Carte du canton de Glaris, en 
une feuille, au -r^Voo- 



( 581 ) 

M. J. H. Bachofen, officier du g6nie, 1'un des colla- 
borateurs du general Dufour, a donne a Zurich, en 
1848, une carte physique de la Suisse, en txes-petit 
format , qui se fait remarquer par sa nettete, et sans 
doule aussi par son exactitude; et M. Goll a fait graver 
en 1850, clans la meme ville, une Carte physique et 
routiere de la Suisse, en 1 feuille imperial, in-fol. 

C'est en 1850 qu'a paru a Zurich la 3 e livraison, en 
2 feuilles, de Y Atlas historique et geographique de la 
Suisse, par MM. Vogelin et Mayer de Knonawers. II 
doit se composer de 14 feuilles lithographies. 

Je pailerai, en traitant de 1 'Italic et des Elats savdes, 
d'une Carte de la Savoie, entre le I ^alais et le lac d'An- 
necy, du professeur genevois Alphonse Favre, et d'une 
carte de la meme contree de M. Paul Chaix; mais je 
crois devoir menlionner ici un Panorama de la chaine 
des Alpes de ce dernier savant. II n'a pas choisi Ge- 
neve, dont l'horizon est relativement limits et deja 
tres-connu, mais lc village de Celigny, distant de trois 
lieues, et d'ou il a pu indiquer la position ct lesnoms 
de 148 montagnes, de 28 autres localites, et la hau- 
teur mesuree de 84 points. Ce panorama a 8 pieds \ 
de longueur, et toutes les positions horizontales et 
verticales ont et6 determinees au theodolite. 

Depuis les publications de MM. Osterwald et Diir- 
heim, dont je parlerai en traitant des ouvrages geogra- 
phiques, M. Cdiaix a fait un certain nombre d'observa- 
tions de hauteur; mais il n'a publie que celles qui ont 
trouve place dans son panorama. 

Une Carte de la partie du Valais qui avoisine le mont 
Rosa et le mont Cervin vient d'etre publiee par M. le 
professeur Studer, de Berne. Celte carte, enlierement 



( 582 ) 
originate etfort preciouse dela partiedu Valais qu'elle 
represente, cstdressee a l'echelle dd 100 000'eten une 
feuille; elle est fort utile aux touristes et aux geologues, 
que la reputation meritee des glaciers du mont Rosa y 
atlirent en grand nombre chaque annee. 

Je dirai en terminant cette section (car je crois 
inutile de parler de quelques cartes do la Suisse pu- 
bliees dans d'autres pays, et qui n'offrent rien de neuf 
ni de remarquable), que le meme professeur Studer 
travaille a une grande carte geologique de la Suisse. 
II a dessine precedemment un grand nombre de pa- 
noramas pris de differentcs cimes des Alpes, travail 
en apparence tres-modeste, mais qui a plus d'impor- 
tance qu'il ne sernble au premier abord, par l'exlreme 
rarete d'un ciel assez serein, pour permeltre d'om- 
brasser a la fois plus d'une portion de l'borizon , tan- 
dis que le moindre cbangement de position produit 
des efl'ets de parallaxe qui rendent meconnaissables 
les cimes les mieux connues de l'observateur. C'est 
enfin une cbose familiere a tous les homines habitues 
aux montagnes et aux monlagnards que, pour n'etre 
pas trompes sur le nom de cbaque cime, ils doivent 
successivemcnt parcourir cbacune d'ciles, et s'en in- 
former sur les lieux memes; rarement on obtient un 
Dom exact a la distance de quatre a cinq lieues. 

OUVRAGKS Gl'iOGRAPHIQUES. 

En parlant de la carte de Suisse deM. J. M. Ziegler, 
j'ai deja mentionne ses eclaircissements pour 1'intelli- 
gencc de cette carle ; je me borne a en citor ici le 
titre allemand : Erfauterungtn zur Earfe tier Schwefe. 
Une Histoire et geographic de la Suisse (Die Gescbichtc 



( 583 ) 

und Geographie der Schweitz) a ele publico a Winter- 
thur par M. E. Angst, en un volume de vn-252 pages. 
On pourra y puiscr quelques faits interessants. Un 
ouvrage semblable, mais sur de bien autres dimen- 
sions, qui a paru a Saint-Gall en 1849, sous le titre 
de Tableau historique , geographique et statistique de la 
Suisse (Historiscb-geographiscb, statistik der Scbweiz), 
contient, dans la 2" partie de son XIX* volume, le 
pays de Vaud, par L. Wulliemin , traduit du manus- 
crit par G. H. Werbli Boizot (716 pages, et 1 carte 
litbograpbiee). 

On doit a M. Alb. Jabn la Topographic archeologique 
du canton de Berne, publiee clans cette ville en 1850; 
et dans son Hypsometric de la Suisse et des provinces 
adjacentes , qui a paru a la meme epoque , dans la 
memeville; l'auteur, M. C. Diirbeim, a consigne, par 
ordre alpbabetique, et avectoutes les indications topo- 
graphiques necessaires, la bauteur de 7 613 localites, 
appuyee sur 9294 autorites. II a consults 94 ouvrages 
difl'erenls, et a recu en outre communication d'un 
grand nombre de determinations inedites du general 
Dufour, des professeurs Studer, de Berne, et A.Fabre, 
de Geneve, et de M. Paul Cbaix ; 130 noms d'auteurs 
figurent sur ce recueil. En 1847, feu M. Osterwald, 
ingenieur distingue de Neufcbatel, avait deja publie 
un travail du meme genre , mais sur un cadre beau- 
coup plus restreint. Le modele des travaux de cette 
espece est au surplus V Hypsometrie des environs de 
Geneve (a 25 lieues de rayon), publiee a Geneve en 
1839, par M. le professeur Alpbonse de Candolle, 
avec une rigueur de metbode qu'aucun auteur n'a en- 
tierement imitee depuis. 



( 584 ) 

La Haute Engadine, de M. W. Rey, est un r6cit in- 
teressant des excursions faites par l'auteur clans cetle 
parlie du canton des Grisons, a l'epoque ou il coope- 
rait aux travaux de la grande carte federale; et le pro- 
fesseur Melchior L'lrich a insert dans les Memoires de 
la Societe d'/dstoire naturelle de Zurich une bonne Des- 
cription de la vallce de la Fiege (Valais). On doit au 
meme professeur la Topographie des bailees laterales du 
Valais et du mont Rosa, qu'il a fait paraitre a Zurich 
en 1 850 ; il s'occupe depuis longteinps des panoramas 
et des vues des Alpes, dont il aura en peu d'ann^es , 
suivanl M. Ziegler, la collection la plus complete. 

Les Becherches surla geographiephysique des Alpes ,etc. 
(Untersuchungen iieber die Physicalische Geographie 
der Alpen, in ihren Beziehungen zu den Pboenomen- 
en der Gletscber, zur Geologie, M^teorologie und 
Pflanzen Geograpbie), form en t une ceuvre d'erudition 
que MM. Hermann et Adolpbe Scblagintweit ont pu- 
bliee a Leipzig en 1S50, en 1 vol. gr. in-8° de 600 pag., 
avec 11 tables et 2 cartes. 

Sous le titre : De Venvahissement seculaire des gla- 
ciers, M. Colomb, de Vevay, a public dans cette ville, 
en 1849, des observations fort curieuses faites par lui 
en aoiit et septembre 1848; elles avaient deja ele in- 
serees dans la Bibliothbque univcrselle de Geneve, cahier 
de Janvier 1840. 

M. G. Haller a donne a Berne en 1850 le panorama 
de cette ville et la description de ses environs, en 
1 volume de iv-252 pages, accorapagne de planches. 

On a de M. J. Robl un Voyage dans les Alpes, for- 
mant deux volumes grand in-12 de xxu-885 pages, 
imp rime en 1840 a Leipzig. 



( 585 ) 

Enfin, le journal anglais VAthenceum a donne, dans 
son numero 1107, une description de l'ascension du 
celebre pic Bernina, dans le pays des Grisons, le plus 
eleve des Alpes rhetiques, effectu^e pour la premiere 
fois le 43 septembre 1850, par M. J. Coaz de Scaufs, 
dans l'Oberengadin, en compagnie de MM. J. et L. R. 
Tscbarner, de Sbeid. On sait que ce pic, qu'on avait 
plusieurs fois tente vainement d'escalader, a 4052 me- 
tres au-dessus du niveau de la mer. 

TURQUIE D'EUROPE. 

La Turquie , grace aux efforts eclaires et a la ferine 
volonte du nouveau sultan , parait vouloir prendre 
place parmi les nations qui cullivent avec quelque 
succes les sciences et surtout les sciences geogra- 
phiques. On en jugera par l'expose ci-apres. 

HYDROGRAPHIE. 

Je disais dans mon Rapport de 1S42, en parlant 
des beaux travaux de triangulation de l'Archipel, exe- 
cutes en 1818 et 1819, par le capilaine Gautlier, qu'ils 
avaient produit deux cartes hydrographiques de ces 
parages, publiees en 1827. Depuis, plusieurs officiers 
de la marine royale d'Angleterre , parmi lesquels on 
remarque les capitaines Thomas Graves, Richard Co- 
peiand, Owen-Stanley et Saumarez-Brock, ont con- 
tinue l'exploration de l'archipel et dresse , de 1828 a 
1845, un grand nombre de cartes hydrographiques 
des cotes de la Turquie et de la Grece, et des plans de 
quelques ports, que l'amiraule a fait publieren 1843, 
1844 et 1847; on en trouvera 1'enumeration ci- 
apres : 



( 580 ) 

PUBLICATIONS DE 18/|3. 

Port Jeraka-Port de Monevasia (Moree). . . 

Gulf of Nauplia — ... 

Hydra Ray-Spez/.ia and Dhoko, islands. . . . 

Port Klieli (Moree) 

Paros, island 

Egina and Methana, islands 

Town and ports of Bgina 

Salamis or Kalouri, island 

The Pei'reus or port Drako 

Port Mandri on the coast of Attica 

Mandri Channel 

Psara, island 

Port S. Nikolao 

PUBLICATIONS DE 18M. 

Fourni, islands with the adjacent parts of Sa- 
mos and Nikaria 

The island of Patmos, with the adjacent isle of 
Gaidaro , etc , . 

Lero and Kalimno 

Town and ports of Rhodes 

The Channel of Euripos with Town and Strait 
of Euripo 

The Channel of Talanta and Gulf of Zitoni. . 

Gulf of Volo 

Syra, island 

PUBLICATIONS DE 1846. 

Strait between Thassos and the main, Saloniki- 
Bay, Erissos-Bay, Ports of Deuterolimani, S. 
Dimitrius, Sikia, the mouth of the Carasou 
or Strimon 

PUBLICATIONS DE 1847. 

Milo, Naxia, Syra, Andros, etc., with the 
coast of Greece, from cape Malea to Argos 
and Athens 



Cap.' Tit. Graves. 

— R. Copeland. 

— Th. Graves. 



Th. Elson. 
Tli. Graves. 
R. Copeland. 
Th. Graves. 



S. Brock. 
Th. Graves. 

R. Copeland. 
Owen-Stanley. 



— R. Copeland. 

— R. Copt-land 

and 
Tli. Graves. 



( 587 j 

Port Epidauro Cap.' Th. Graves. 

Paros and Naxos — — 

Naxia bay — — 

Port Trio — — 

Port Naussa — — 

The islands Themua , Jura , Siphano — S. Brock. 

The islands Cinos , Rhenea and Delos .... — — 

Andros island — Th. Graves. 

Gavrion bay — — 

Petali , island — S. Brock. 

Voici l'indication des cartes de la Turquie d'Europe 
que l'amiraute anglaise a fait paraitre dans le courant 
de l'annee 18/19 : 

Carles de Lernnos, Samothrace, etc.; 

Et de Kios , Nikaria , Samos , etc., levees toutes 
deux par les capitaines Copeland et Graves, la pre- 
miere de 1838 a lUh, et la seconde de 1835 a 1Mb ; 

De l'ile Amorgo , levde en 1845, par le capitaine 
Saumarez; 

Et celle de l'ile de Nikaria , lev6e en 1835 par le 
capitaine Th. Graves. 

CARTES GEOGRAPHIQUES. 

Le seraskierat, desirant seconder les intentions du 
sultan, s'occupe de la publication des cartes de quel- 
ques provinces peu connues, auxquelles il se propose 
de donner le plus d'exactitude possible. 

La Carte des pays situes le long du Chatt-el-Arab , 
depuis le golfe Persique jusqu'au-dessus de Bagdad, 
et celle de la Bosnie, avaient deja paru en 1850 ; mais 
on les a momentaneraent retirees de la circulation, 
pour coniger quelques erreurs , signalees a ce mi- 
nistre. On vient aussi de publier a Conslantinople, sur 



( 588 ) 

unc grande echelle , un Plan de Constantinople , non 
compris ses faubourgs , grave d'apres lcs documents 
du ministere de la guerre par M. E. Olivier, litbo- 
graphe ; et il parait qu'une commission formee par 
ordre du sullan , et presidee par Bekir-Pacha , doit se 
livrer incessamment a la confection d'une carte ofli- 
ciellc de l'empire ottoman. Enfin , le journal turc 
Djeridei-havddis annonce que quelques cartes de la 
Turquie d'Europe (je ne parle ici que de celles qui 
concernent cette portion de l'empire) , et un atlas a 
l'usage des ecoles, publie a Constantinople de 1849 
a 1851, peuvent etre acquises au bureau de ce journal. 

J'ajouterai que le gouvernement turc a fait executer 
a Paris par M. Bauerkeller une carte de l'empire otto- 
man en relief, et qu'il a cbarge dernieremenl Kemal- 
Efendy , son directeur general des ecoles , de faire 
confectionner dans la meme ville et par le meme geo- 
grapbe une quarantaine environ de globes terrestres 
egalement en relief; ce travail, deja fori avance, se 
continue, depuis le depart de Kemal-Efendy, sous la 
direction de Nousret-Efendy, major de la garde impe- 
riale du sultan et membre de notre Societe , a laquelle 
ces curieux travaux ont ete ollerts. 

J'ai deja signale, en 1842, la Carte de la haute Ma~ 
cedonieet de I'Epire, et la Carte geologique de la haute 
Albanie et d'une pa rtie de la Setvie , dressees par noire 
defunt collegue le colonel Lapie, en grandc partie sur 
les itineraires de M. Viquesnel et sur ses communica- 
tions particulieres; je crois devoir vous informer ici 
que ce voyageur distingue, apres avoir termine le troi- 
sieme voyage, execute de fevrier 18Z|7 a fevrier 1848, 
par suite d'une mission scientifique qu'il avait recue 



( 589 ) 

(iu ministere do J'instruction publique , prepare une 
nouvelle carte , qu'il a lui-meme dressee pendant le 
cours de sa mission , qui portera pour tilre : Carte 
du Bhodope et iVune partie de la Thrace, etc., et ne 
tardera probablement pas a paraitre. Elle est con- 
struite , comme les deux precedentes, a l'ecbelle de 
sooVoo » et 1'epr^sente la surface du sol comprise, d'une 
part entre le 20" et le 27° de longitude est, du meri- 
dien de Paris , et d'autre part entre le h0° 30' et le 
A3" de latitude nord. Quoique les explorations de M. Vi- 
quesnel s'etendent tres-peu aunord du 42", il a pousse 
jusqu'au Zj3 , afin de pouvoir ajouter les decouvertes 
de M. Boue sur le cours du petit et du grand Isker, 
et plusieurs autres rivieres de la Bulgarie , qui se 
trouvenl defigurees sur loutes les cartes. 

Des cartographes allemands ont publie en 1849 
quelques cartes de certaines portions de la Turquie 
d'Europe, principalement d'apres les donnees de notre 
compalriote Viquesnel, ainsi qu'ils le reconnaissent, 
au surplus. Je me bornerai a en citer quatre, dont les 
trois premieres ont paru a Weimar, toules en une 
feuille in-fol., grave" e en taille-douce, et portant le nom 
de M. Kiepert : (arte de la Setvie... (Serbien, nacb 
osterreiscbiscben und Russiscben Aufnabmen und 
Ortsbestimmungen und den Rarten von Viquesnel und 
Bugarski entworfen); Carte de la Falachie... (Die Wa- 
lacbie ; nacb osterreicbiscben und Russiscben aufnab- 
men und ortsbestimmungen entworfen); Carte de la 
Moldavie (Die Moldau, etc.). La quatrieme de ces 
carles, que 1'auteur, M. Moltke , a publiee a Berlin, 
^galement en 1849, mais en h feuilles grand in-fol., 
lilbograpbiees, a pour tilre : Carte de la partie septen- 
1. juin. 3. 50 



( 500 ) 
trionale du Bosphore.., [Karte tics nordlklion belts - 
tigon Tlioils des Bosphorus von den Uissarcn bei zu 
den Leushtlurmen am Schwarzen Meer, 1836-1S37). 

OUVRAGES GiOGRAPmQUliS. 

Annuaire imperial de V empire ot Ionian, ou Tableau de 
Vetat politique, civil, militaire, judiciaire et adniinistratij 
de la Turquie, publie en langue turquc par ordre du 
gouvernement, a Constantinople, l'an de l'hegirc 1266 
(1840), par Ahmed -Vefik-Efendi. Le premier de ces 
annuaires, qui a paru en 18^7, fut Iraduit en francais 
par un savant orientaliste et notre collegue, M. T. X. 
Bianchi, ancien drogman dans le Levant et secretaire 
interprele au ministere des affaires etrangeres, a ete 
imprime a Paris en 1848. II renferme , enlre autres 
documents geographiques, des ilineraires dont je ferai 
usage dans le Bulletin, quoiquc M. \iquesnel, juge on 
ne peut plus competent, ait reconnu quelques diffe- 
rences entre les distances officielles donnees dans cet 
annuaire et celles que ce voyageur a trouvees dans 
l'ouvrage de Boue, sur la carte de Weiss et dans ses 
proprcs itineraires, differences qu'il aura la bonte de 
m'indirjuer, et que je signalerai. 

Le second annuaire, publie, ainsi qu'on vienl de le 
'•- ; r, ei? 1840, n'est pas encore Iraduit, mais il va 
l'etie par 1*1. Bianchi, qui a promis do me communi- 
que: le chapilre cqticemant la circonscriplion terri- 
torialc de l'empire ottoman en eyalets (gouverneraents 
gencraux) et en liv&s 1 sous-gouv — "mentst. G'est un 
des plus curieux sous le rappon h ^ographique. 

Dans ses Lettrcs sur la Turquie, petit volume in-12 
de 37/i pages, rempli de fails curieux, public a Paris 



( 501 ) 

en 1S51 par M. I bicini , et dedic- a Aaly-Paclia , mi- 
nistre des affaires elrangeres clu sultan , cct ecrivain 
donne aussi la division de l'empire ottoman en eyalets 
et en livas; il parait avoir puise aux monies sources que 
l'auteur de X Annuaive, inais on remarquc cependant 
entre eux des differences importanles , sur lesquelles 
j'aurai soin de prendre des informations. 

Les autres ouvrages a mentionner sont : 

La deuxieme edition de la Moldcwie et la Valachie, 
que M. R. Lindau a fait paraitre a Dresde en 1849, en 
un volume de xn-277 pages; 

La Servie, le membre le plus jeune de la fain /He euro- 
peenne, ou Residence a Belgrade et voyage dans les nio/i- 
tagnes et lesforcts de /' 'interieur pendant les annees 1843 
et 1844 (Servia, the youngest member of the Euro- 
pean family, or a Residence, etc.), par Andrew Ar- 
chibald Paton; Londres, 1850, 1 vol. fort in-8°, avec 
portrait et gravures (plan); 

Rapport geographique et statistique sur la Seivie, pre'- 
senle" en 1850 a la Soci<He geographique de Berlin 
par le lieutenant serbc Alompitz, et dont M. Karl 
Ritter a rendu comple dans son rapport annuel; 

Enfin , Voyage en Turquie pendant les annees 1847- 
1848 (Travels in Turkey, etc.), par Charles Mac-Far- 
lane ; Londres, 1850, 2 vol. in-8°; 

Voyage a Constantinople , dans la Palestine et en 
Egypte, par J. Borsum; Berlin, 1850, 1 vol. in-12 H e 
xvi-284 pages. 

GRECE. — ILES IONIEMNES. 
HYDROGRAPH1E. 

Le d^pot des carles et plans de la marine de France 



( 502 ) 

n public en 1850 la Carle hydrographiquB des golfes 
d' ' Athene s el de Neuplie, et la Carte hydrograpkique des 

debouqiiemcnts de Syra et des lies Andros, Tinos, Mykoni, 
Delos, Zen, etc., comprises entre le golfe d' Athene s et 
Naxos, dressees toutes deux, d'apres les cartes anglaises 
des capitaines Copeland el Graves, parM. Keller, inge- 
nieur-hydrographe. 

CARTES GKOGRAPHIQUES. 

On a vu dans le Rapport de 1842 qu'a celte epoque 
le love pour une carle de la Grece par des officiers de 
l'elat-major IVancais etait achcve par le leve du cours 
supc'-rieur de l'Aspro-Potamos. Sur les 12 feuilles dont 
cette carte devait se composer, les 6 consacrecs a la 
Moree etaient terminees a l'epoque ci-dessus; et sur 
les consacrecs au reste do la Grece, trois l'elaient 
egalenient, et les trois dernieres etaient en voie d'exe- 
cution. 11 paraitrait qu'aujourd'hui de nouvelles Irian- 
gulations et de nouveaux leves ont ete faits par nos 
olliciers d'etat-major, qui n'aurontfmi leurs operations 
que dans le courantde l'annee 1851. La nouvelle carte, 
graveesurpierrearechelledu 200000°, aura 14 feuilles 
et k demi-feuilles; en tout 18, y compris le titre et le 
tableau d'assemblage. 

L' Atlas lopographique et historiquede Cancienne Grece 
et de ses colonies, de M. Kiepert, dont 2 feuilles in-fol. 
seulement avaient paru en 1842 sur les Ik qui devaient 
le composer, est aujourd'bui coinplet. 

Le raeme carlographe a publie a Weimar, en 1849, 
une Carte du royaume de Grece et de la repnblique des 
sept ties loniennes (Das Konigrcich Hellas oder Grie- 



{ 593 ) 

chenlaml unci die republik der sieben Jioniseben In- 
seln ). A cette carte est jointe une notice explicative. 

OUVRAGliS GioGIUPHIQUES. 

Le seul que j'aie a citer est intitule : Voyages dans 
les iles de la Grece. M. Ross, qui en est l'auteur, avait 
publie le premier volume en 1842; les deux autres 
ont paru en 1849, a Stuttgart, accompagnes, comme 
le premier, de cartes, de vues et de descriptions. 

ESPAGNK. 

On ne saurait disconvenir que les sciences geogra- 
phiques ne soient aujourd'hui fort arrierees en Es- 
pagne , ce qu'il faut attribuer sans doute en grande 
partie aux troubles qui ont afflige pendant tant 
d'annees ce pays , et ont singulierement detourne 
des etudes serieuses. Mais on doit reconnaitre en 
meme temps, qu'a mesure que le calme se rela- 
blit, les particuliers, de meme que le gouvernement, 
font a l'envi de louables efforts pour que ce pays 
puisse reprendre la place qu'il occupait jadis dans 
l'echelle des nations. Elle etait belle, cette place, a 
1'epoque des Colomb, des Pizarre, des Cortes, des 
Magellan, des Quiros, des Mendana , etc., etc.! Si 
l'Espagne l'a perdue avec de vastes et nombreuses co- 
lonies qui forment aujourd'bui de grands Etats inde- 
pendants, il lui reste encore des possessions assez im- 
portantes pour qu'elle ne doive pas desesperer. Je sais 
que non-seulement le gouvernement s'cccupe de pro- 
pager de plus en plus dans diverses classes l'etude des 
sciences, et en partie de la geographie, mais qu'il fait 
parcourir a de nombreux ofliciers les differents pays de 



( 594 ) 

l'Eui'opc et des autrcs parties da monde, pour prendre 
des informations surles methodes qui y sont adoptees, 
recueillir des cartes et d'aulres documents. J'ajoulerai 
que, faisant aujourd'hui un pas decisif, il a meme de- 
puis peu envoye un batimenl de l'Ltat, la fregate la 
Fessolana , chargee dune reconnaissance scientifique 
en Amerique ct dans l'Oceanie. 

NECROLOG1E. 

Parmi les Espagnols adonnes a la culture de la 
geographic qui sont morts dans le cours des dernieres 
annees, on pout citer M. Sanchez Cerquero, astronome 
consciencieux et intelligent, directeur de l'observa- 
toire de San-Fernando; le chef d'escadre Guillermo 
d'Aubarede, successeur de Fernandez de Navarrete 
dans la direction du depot de la marine, qui avait fait 
prendre, pendant le peu de temps qu'il a ete a sa 
tele, une marche plus raj)ide et plus intelligente aux 
publications des cartes; et enfin le brigadier du genie 
D. Bartolome Amat, qui avait fait faire quelques pro- 
gres a la representation du terrain. 

CARTES IIYDROGRAr-HIQUES. 

Le depot hydrographique de Madrid n'a publie pen- 
dant les annees 1849 et 1850 qu'un seul plan concer- 
nant l'Espagne proprement ditc, celui de la Baie et 
de la bane de Bilbao, ainsi que de la iScrvion depuis son 
embouchure jusqu a ladite ville (Plana de la Concha y 
Barra, etc.); il a paru dans le cours de la premiere de 
ces annees. Les aulres travaux carlo-hvdrographiques 
qu'on doit a ce depot etant relatifs a des points silues 
hors de l'Europe, nous en parlerons plus tard. 



( 595 ) 

On doit au depot des carles et plans de la marine 
(!e France, entre aulrcs travaux publies par lui sur les 
cotes d'Espagne, savoir : 

En 1839, 

Le Plan du port d' Juice (la plus occidentale des iles 
Baleares), leve en 1846 par M. Tricault, lieutenant de 
vaisseau; 1/4 de feuille; 

Geux des Ports de Malaga, d'apres M. Rundle, master 
de la marine royale d'Angleterre ; 1/8° de feuille; 

De Santander, d'apres le capitaine Antonio Arrevalo, 
de la marine d'Espagne; 1/4 de feuille ; 

De Castro-Urdiales, d'apres D. J. Mathe, de la meme 
marine; 1/4 de feuille. 

Les travaux de MM. les ingenieurs-bydrograpbes le 
Bourguignon-Duperre , Begat, Ledo etBoutroux, sur 
les cotes d'Espagne, ont aussi donne lieu a la publica- 
tion , par le depot de la marine de France, des cartes 
et plans suivants, savoir : 

En 1849, 

Ports de Cadaquhs et Llegat (cotes de Catalogue); 

Plan da port de Santa-Cruz de la Selva (cotes de Ca- 
talogue), 1/2 feuille; 

Carte particuliere des cotes de France et d'Espagne, 
du cap Cartel au cap de Creux (departernent des Pyre- 
nees-Oricntales et Calalogne); 

Et en 1850, 

Carte des atterrages des cotes meridiunales de France, 
partie comprise entre le cap Saint Scbastien (Espagne) 
et le cap Couronne , l re feuille; 

Carte particuliere des cotes d'Espagne, partis comprise 
entre le cap de Creux et les iles des Medes ; 



( 596 ) 
Et t-nliii, i'lan du mouillage des iles des Mcdcs (las 
Medas) (cotes de Catalogne), 1/2 l'cuille. 

OUTRAGES I1YDR0GRAPHIQUES. 

Deux rouliers, l'un des cotes d'Espagne surla Medi- 
terranee et d'une partie dc la cote d'J/r/ane, et l'aulre 
des cotes d'Espagne snr /'Ocean, de Portugal, des Jcores 
et de Tercere, tous deux rcdiges par le brigadier don 
Vicente Torino de San-Martin , Je premier en 1783 el 
1784, et le second en 1789, ont ele reimprimes avec 
des corrections et des augmentations dues a la direc- 
tion bydrograpbique de Madrid. C'est en 1847 que le 
routier recline de la Mediterranee est parvenu a sa 
3 e edition; la seconde edition de ceiui de l'Ocean est 
de l'annee 1849. 

Le meme depot publie chaque annee un Almanach 
nautique; et un Memoire relatif a l'etablissement des 
pbares sur les cotes d'Espagne et des iles Baleares 
accompagne 1'ordonnancc rcndue a ce sujet. Le projet 
en voie d'execution est fort avance; on a deja terrain e 
deux grandes tours, ainsi que les appareils qui fonc- 
tionnent sur les cotes du Nord; la plupart des autres 
sont en construction. 

ATLAS ET CABTES CEOGRAPIJIQUES. 

Quoiqu'on ait fait depuis un certain nombre d'an- 
nees des leves multiplies en differentes parties de TEs- 
pagne, on ne peut dire quejusqu'a cc jour des travaux 
veritablement serieux aient etc cnlrepris pour dresser 
une carte generale de ce royaume, parce que ces leves 
n'ont point ete liesentrc eux par une triangulation fon- 
damcntale ; qu'on n'a point suivi avec Constance uue 



597 ) 



marche reguliere , pa ice que la pi u part des travaux , 
cEuvres tie corporations provinciales et municipales 
isolees ou de simples particuliers , manquaient d'en- 
semble et d'unite; qu'on avait adopte des echelles dif- 
ferentes; et enfin parce que le gouvernement y restait 
beaucoup trop etranger. Les cartes de Lopez, dres- 
sers dans la seconde moitie clu dernier siecle, ont long- 
temps ete et sont encore citees en premiere ligne, 
lorsqu'il s'agitde la cartographic de ce royaume; elles 
sont loin cependant de meriter la confiance qu'on leur 
a si longtemps accordee. Cela n'est point etonnant , 
puisque, a l'epoque ou elles furent cont'ectionnees, la 
plupart des documents qui existent maintenant 
n'etaient point leves, qu'on n'avait fait que tres-peu 
d'observations astronomiques dignes de confiance, 
que le pourtour memo des cotes, leve plus tard par 
des marins espagnols, n'etait point connu. La diffe- 
rence des echelles, les frequentes variations de quel- 
ques parties, le mauvais systeme adopte pour la re- 
presentation des hauteurs, ontdiminue l'utilite de cet 
atlas, qui ne pent donner aucune connaissance, meme 
approximative, du terrain. Et neanmoins ce sont ces 
cartes de Lopez qui servent encore pour les publica- 
tions faites en Espagne et a l'etranger. 

Les travaux executes pendant les dernieres guerres 
par des officiers francais ont rectified il est vrai , cer- 
taines parties de l'ceuvre de Lopez; mais souvenl les 
avantages resultant de la rectification de quelques 
points, la reduction a une meme echelle , et un bon 
systeme de dessin, ont ete contre-balances par des 
erreurs dans les noms , dans la situation de quelques 
lieux bien places dans les cartes originalcs, etc. 



( 598 ) 

Pour encadrcr chins les limiles des cotes Ics dille- 
rentes feuilles du eartographe espagnol , on a sonvent 
elargi cerlaines parties tlont l'eehelle elail exacte, el 
raccourci d'autres, deja a tine echelJe inferieure a 
l'elendue reelle; d'oii il est resulte des changements 
qui n'onl pas etc toujours heureux. Souvenl, en croyant 
faire d'utiles corrections, on a tout boulcvcrse! 

Les plus belles plaines de l'Espagne out ele sillonnees 
dans quelques cartes de chaines continues, quoique 
en realite la formation des montagnes de la Peninsule 
soil fort irreguliere. La les grandes rivieres, comine 
les plus petils ruisseaux , au lieu de suivre les llancs 
des chaines principales, les traversent souvent en 
formant des coupures tres-abruples , tandis que la 
plupart des carlographes modernes , par un esprit de 
systems trop exclusif , ne rej)roduisenl pas ces plieno- 
menes de la nature. Leurs chaines de montagnes ac- 
compagnent invariablement chaque riviere depuis sa 
source jusqu'a son embouchure, et leurs cretes mar- 
quent in\ariablement les partages ou divisions des 
eaux. Ine seule carle francaise trouve grace, sous ce 
rapport, aux yeux des geographes espagnols, quant a 
la formation generale du terrain dans son ensemble : 
c'est la petite carte physique qui accompagne le 
voyage en Espagne de Bory de Saint-Vincent. 

J'annoncais, dans mon rapport de 18A2, qu'une 
commission speciale avait ete formee a Madrid pour 
arriver a la construction d'une nouvelle Carte geogra- 
phique ci'Espagiie, avec les materiaux deja recuuillis, 
mnis disj)i:rscs dans les divers elablissemenls du genie 
civil et mililaire, du depot hylro^raphique et du dti- 
partemenl des routes, canaux el ports. J'ajoutais que 



( 599 ) 

le principal objet de cette carte etait de mettrela divi- 
sion territoriale des provinces en harmonic avec les 
dernieres determinations des Cortes. II ne parait pas 
que cette commission, qui est aussi chargee de dres^ 
ser, sous la presidence du brigadier don Francisco 
Lugan, membre de l'Academie des sciences de Ma- 
drid, une carte geologique d'Espagne, avance beau- 
coup dans ses travaux. 

La carte topographique et geologique de la pro- 
vince de Madrid a ete commencee en 1850, a une 
grande echelle, sous la direction de M. Subercasses, 
ingenieur civil {de Caminos y Canales). On a fait, dans 
la premiere annee, une legere reconnaissance pour 
etablir les points qui devaient servir a la triangulalion ; 
aujourd'hui la partie occidenlale de la province est 
confiee aux ingenieurs Ortega et Mayo; mais le tout 
inarche tres-lentement. Cette carte a ete entreprise 
pour servir de base au grand travail de la carte gene- 
rale du royaume, qu'on a l'intention de faire un jour. 
Je ne sais pas si le leve de quelque autre province a ete 
commence; mais je trouve dans le tome I er , partie 1" 
des Memorias de la real Accidentia... (Memoiresde l'Aca- 
demie royale des sciences de Madrid), qui a paru en 
1850, deux petites cartes sur l'Espagne, accompagnees 
cbacune d'un memoire insere dans le meme recueil, 
et dont je parlerai bientot. La premiere, dressee par 
don Francisco Lugan, est une carte generale a petits 
points, une sorte d'esquisse avec des coupes geologi- 
ques des provinces de Madrid, Tolede , Citulad-Real , 
Caceres, Badajoz , Cordoue, Huelva, Seville et Cadiz; 
la seconde est une carte geognostique , plus reduite 
encore, puisque, sur une petite fcuilie, elle comprend 



( 000 ) 

la totalile de 1'Espagne et m&me le Portugal. Ellc est 
l'ouvragc do don Joaquin Ezquerra del Bayo, et est 
intitulec : Indication de la estension que ocitpan en Es- 
parto las rocas plutonicas las cristalinas. Cette der- 
niere carte a ete publiee en 1851 a Stuttgart, dans 
le nouveau journal de mineralogie , de gdognosie et 
de geologie, avec une explication en allemand, par 
M. G. Leonhard; et je suppose que c'est cette meme 
carte qui lui avait ete communiquee par notre savant 
compatriote M. de Verneuil , que sir R. J. Murchison 
mil au mois d'aout 1850 sous lcs yeux de l'Association 
anglaise pour les progres des sciences, et qu'il appc- 
lait Geological sketch-map of Spain. 

En meme temps que le gouvernement s'occupe de 
la description cartographique de 1'Espagne, de simples 
particuliers tdmoignentpar leurs travaux rinleret qu'ils 
prennent a l'amelioration de la geographic de leur pa- 
trie. C'est ainsi qu'un officierdu genie, M. le lieutenant- 
colonel Francisco Coello, l'un de vos correspondants, 
a cnlrepris sur une vaste echelle la publication d'un 
Atlas de 1'Espagne et de ses possessions d'outre-mer. 

Commence en 18Zi7 par la publication de la carte 
de la province de Madrid, suivie en 1848 du plan de la 
capitale de la monarcbie , cet atlas s'est enricbi suc- 
( essivement, en 1848, des cartes des provinces d'Alava 
et de Guipuscoa ; en 1849, de celle de la province de 
S^govie; en 1850, de celle de la province de Girone. 
Lcs cartes des pi ounces de Logrono et de Castellon 
doivent parailre incessaminent, el M. Coello s'occupe 
des lies Baleares. Je parlerai ailleurs des cartes qu'il 
consacre aux possessions espagnoles en Afrique, en 
Asic, en Amerique et dans l'Oceunie. Chacune de ces 



( oOl ) 

cartes contient dans sa marge, outre ics plans reduits 
des principales villes, des notes statisliqucs et hislo- 
riques, redigees par don Pascual Madoz, le savant et 
laborieux anteur du grand Dictionnaire geographique 
de l'Espagne, dont j'aurai bientot a vous entretenir. 
Pour composer son Atlas, le lieutenant-colonel Coello 
a profile de tous les travaux de ses devanciers, des 
materiaux existants dans les archives du gouverne- 
ment, au depot de la guerre de France, ou j'ai et6 
temoin de 1'extreme obligeance du general Pelet a lui 
communiquer les riches materiaux de l'etablisscuiont 
confie alors a sa direction ; des reconnaissances faites 
par les ofliciers d'etat- major ; des lignes de grande 
communication ou d'importance militaire; des tra- 
vaux desingenieurs de l'armee, qui ont leve les plans 
tres-detaill^s de quelques places fortes et de leurs 
environs; de ceux des mines, auxquels on doit le leve 
de plusieurs chaines de montagnes, riches par leurs 
productions minerales. et sur lesquelles on a reconnu 
un grand nombre de forets appartenant a I'fital. En- 
fin, pour remplir certaines lacunes, M. Coello a fail 
par lui-meme , ou fait faire par d'autres, de nom- 
breuses reconnaissances et des lev6s dans plusieurs 
provinces. Plus de 2 000 lieues ont ete parcournes et 
levies approximalivemenl, et des details suffisants pour 
la publication de cet atlas ont ete recueillis. J'ai ap- 
pris que, pour s'assurer du plus ou moins d'exacti- 
tude de quelques documents douteux, des commis- 
saires seraient charges de visiter dans la belle saison, 
de 1851 et 1852, pres de 3 a /i 000 lieues carrees. Plu- 
sieurs triangulations seront faites, en outre, pendant 
l'ete de la premiere de ces annees, dans l'Estrama- 



( (iO*2 ) 

dure, l'Andalousie et le royaume de \ alcnce, alin de 
lier convenablemenl quelques cspaccs trop etendus 
dans losquels on n'a\ail fait jusqu'a present que des 
travaux laissant beaucoup a desircr. 

Deux autres atlas de l'Espagnc en petit format ont 
paru : l'un, grave sur cuivre a Barcelonne en 1849; et 
I' autre, grave sur pierre a Madrid en 1850 : ils ne sont 
l'un et l'autre que des copies reduites des cartes de 
noire compatriote M. Dufour; les Espagnols en con- 
viennent eux-memes. 

Plusieurs cartes particulieres des provinces ont ete 
ou publiees ou mises en cours d'execution pendant 
les deux dernieres annees qui viennent de s'ecouler. 

La plus remarquable est la. Carte de la Galiee, de 
don Domingo Fontan, directeur de l'obscrvatoire 
royal de Madrid. Resultat d'un travail long et con- 
sciencieux , cette carte, dont j'annoncais les progres 
en 1842 , comprend les quatre provinces formant 
l'ancien royaumc de la Galicc, et sc compose de 
12 feuilles, tres-bien gravees sur pierre par notre an- 
cien collegue, M. Bon (lard, qui a termine son travail u 
Paris en 1845. Elle a etc drcssee a 1'ecbelle de , u u ' u , 
est basee surunreseau bien etabli de triangles, et con- 
tient de nombreuses altitudes. On regrette que les de- 
tails ne soient pas plus nombreux pour une aussi 
grande ecbclle, et qu'un sysleme, que quelques pcr- 
sonnes considerent commc mal compris pour les 
signes conventionncls et pour ia representation du ter- 
rain , ne permette pas de so former tout de suite une 
idee exacle du caractere politique et pbysique de ces 
provinces. On aurail prefere que les villages fussent 
reprt^sentespardesgroupesde petites maisons eparpil- 



( (303 ) 

Ides et isolees, ainsi qu'ils lo sont efleelivemcnt sur le 
terrain, et que ce terrain parul plus accidente. On 
croirait en cffcl, au premier aspect, que la Galice est 
un pays ouvert, sillonne par des ruisseaux coulant 
clans de larges vallees formees par des pentes douces 
et regulieres, tandis que, en realite, c'est generale- 
inent le contraire ; car les montagnes de cette contree 
sont abruptes et escarpees, et les vallees tres-etroites, 
avec d'innombrables ruisseaux, des ravins etdes sources 
qui les borclent de tous les cotes. Quoi qu'il en soil, la 
Carte de la Galice de M. Fontan est le meilleur travail 
qui ait ete execute depuis longtemps sur l'Espagne; 
le gouvernement espagnol, ayant fait les frais de la 
gravure et de la publication, a retenu tous les exem- 
plaires de cette carte et les a distribues; l'auteur en 
prepare en ce moment a la Corogne une nouvelfe edi- 
tion reduite. 

Sur les 8 feuilles dont doit se composer la Carte de 
la province de Burgos, dressde a l'ecbelle du i8u * uu(i ap- 
proximalivemenl , par don Victores de la Fuente, 
deuxont deja paru. En les comparant avec les docu- 
ments reunis par une personne competente, on re- 
connalt qu'elles sont assez exactes , quant aux dis- 
tances et a la situation respective des lieux, au cours 
des rivieres et aux autres accidents topograpbiques. 
Les latitudes et les longitudes ne sont pas toujours 
tres-bien etablies, et Ton doit regretter que l'auteur 
ait adopte, pour la representation des montagnes, 
l'ancien systeme de perspective, qui empeche de se 
former une juste idee de la configuration du terrain. 
C'est en general un tres-bon croquis , et elles sont 
d'aulant plus interessanles, que les parties dc l'Fs- 



{ 60$ . 
pagne comprises dans cctto grande province , et.mt 
fort mal traitees dans 1'Atlas do Lopez, il en resulte 
que loutes les cartes qn'on en a publiees jusqu'a ce 
jour d'apres cet Atlas le sent egalement. L'auteur a 
parcouru toules les localiles , il a fait des travaux 
trigonometriques, niais tres-legers et generaleinent a 
l'aide de la boussole; il n'a eu ni ccrtaines positions 
marquees par de bonnes triangnlations , ni d'aulres 
indiquees par des observations astronomiques , ce qui 
aurait uonne plus d'exaelitude a son travail. 

Les memes observations que je viens de faire sur 
la carte precedente peuvent s'appliquer a la petite 
Carle du deparlement de lliano (province de Leon), 
dressec par don Jose Lopez Cuadrado, approximative- 
ment a l'ecbelle du ii;i) ' O(l0 . 

On a publie dans ces dernieres annees des cartes 
des trois provinces basques [Vascongadas) , Guipuscoa, 
Alava et Biscaye (Fiscaya). 

La Carte de la province de Guipuscoa , qui a paru en 
183(3, la meilleure des trois, dressee au , u u ' u u , est 
d'une trcs-grande exactitude connne positions et de- 
tails ; et le terrain est represents avec fid elite. On a 
fait de legercs triangulations, qui repondent assezbien 
a celles plus consciencieuses de Bauza; le format est 
de 5 sur 6 decimetres, sans les marges. MM. Palencios 
et Olazabal , auxqucls on la doit^ ont donnS une 
preuve de leur intelligence et de leur connaissance 
du pa\s ; mais elle a ete fort mal gravee sur pierre. 

En 1849, une Carte topograpbique de la meme 
province [Carta topograjica de la A. M. y j\l . L. pro- 
vincia de Guipuscoa) , qui paralt une nouvelle edition, 
et qui est dediee aux Ltats de Guipuscoa, par Jose 



( 60S ) 

Joaquin de Olazabal Arbetaize , a ete commencee a 
Bruxelles , dans l'etablissement geograpbique de 
M. Vander Maelen ; elle est encore en voie d'exe- 
culion. 

Lne Carte de la province d'Alava, dressee a l'echelle 
de fpooo approximalivement , et dont l'auteur est 
M. don Martin de Saracibar, a ete publiee en 18A8, peu 
de temps apres qu'eut paru cede du lieutenant-colonel 
Coello sur la meme province. Le terrain n'est pas 
bien rendu sur la Carte de M. de Saracibar, qui laisse 
aussi a desirer sous le rapport de la situation des 
villes, etc., parce qu'il n'a pas eu les documents de 
bonnes triangulalions qu'on avait 1'aites dans ce pays. 

On peul faire les memes observations sur la Carte 
de la province de Biseaye (Viscaya), qui est au i^ ^ ^ 
approximativement, vnais peu detaillee; son format 
est de 5 sur 7 decimetres, sans les marges; on la doit a 
M.deLoyzoaga. Sa publication remonte aranneel8A6. 

Je signalerai particulierement une belle Carte de la 
province des Asturies, que don Guillermo Scbulz, in- 
specteur du corps des mines, a levee depuis quelques 
annees, avec une grande exactitude, a l'ecbelle du 
TTtWo' ^ et i^genieur se propose de donner la forma- 
tion geologique de la province sur sa Carte, terminee, 
mais encore en manuscrit , et qui contient les details 
les plus minuticux. II est a desirer qu'il acbeve bien- 
tol le travail qu'il a entrepris a ce sujet, sur l'un des 
points les plus curieux, les plus digues d'etude et les 
plus riches de l'Espagne. 

II est a desirer egalement que la Carte de la province 
de Murcie,de don Joaquin Alvarez de Toledo, marquis 
del Villar, dressee par lui avec soin , et assiijellie par 
i. jtiN. /«. hi 



( (I0<5 ) 

uno bonne Iriangulation el ties observations astrono- 
miques, el tcrniinec en 1848, apres dix a douze annees 
de travail, ccsse de roster manuscrite. Jc sais que 
M. le lieutenant Coelo s'occupe de sa publication , 
apres y avoir ajoute quelques details, de concert avec 
l'auteur. Nous faisons le meme souliail pour une Carte 
de Vile tie Mayorque (Baleares), qu'un parliculier a 
dressee, a\ec une triangulation lninulieuse et detaillee. 
On annonce qu'elle sera bienlot publiee. 

On doit encore citer la Carte de la province de Tarra- 
gone, que don Jose de Criviller a fait paraitre en 1S48, 
exacte en ce qui concerne quelques situations et les 
details dun certain nombre d'endroits, mais d'ailleurs 
mal faite, et grossierement dessinee; le systeme ge- 
neral des montagncs, quoique exact dans l'enseinble, 
nest pas bien rendu. 

Je dirai en teiminant que des plans de Barcelonne, 
de Yalladolid , de Seville, et d'aulres villes inoins im- 
portantes, ont ete publics pendant cos dernieres an- 
nees. Quant aux carles qui ont paru sur l'Espagne, 
tant en France que dans d'aulres pays, elles merilenl 
peud'6lrernenlionnees, quoiqu'on reconnaisse, meme 
a Madrid, qu'en ce qui concerne les cartes d'ensemble 
du royaume, les carles faites en Fiance d' apres celles 
de Lopez sont prei'erees en Espagne , el qu'on avoue 
qu'elles sont les seules qu'on peut consulter avoc moins 
de peine. 

OUVRAGES GEOGRAPHIQUKS. 

L'ouvrage capital est certain ement le Dictionnaire 
gtographique, statistique et historique de l'Espagne et 
de ses possessions d'outre-mer (Diccionario geografico- 



( WW ) 

esladestico-historico de Espaiia \ sus posesiones de 
ultramar), dont l'auteur est don Pascual Madoz. Ce 
n'est point, corame je le supposais en 18/12, avant 
l'apparition du premier volume, une nouvelle edition, 
avec un supplement du Dietiotinaire geagraphique, sta- 
tistique et historique de VEspagne et du Portugal, publie, 
de 1826 a 1829, par Sebastian de Minano, mais un 
travail vraiment original, quoiqu'on ne puisse discon- 
venir que le Dictionnaiie de Miiiano a servi de module 
a M. Madoz, l'a guide sur bien des points, et qu'il a pu 
metlre a profit meme les erreurs de ce dernier, signa- 
ges avec tanl d'aigreur par un infatigable adversaire. 
C'est en 18Z|5 qua paru le tome I" du Dictionnaiie de 
Madoz; en 1849, les tomes XII, XIII, XIV et XV ont 
ete publies, et en 1850 le tome XVI. Ces 16 volumes 
in-Zl , imprimes a Madrid, forment un tout coinplet, 
bien qu'ils ne comprennent que l'Espagne proprement 
dite el les iles Baleares. M. P. Madoz s'occupe en ce 
moment d'un supplement dans lequel seront decrites 
les possessions d'outre-mer. Si Ton doit des eloges an 
gouvernement espagnol pour les encouragements qu'il 
a donnes a une ceuvre aussi utile et aussi colossale en- 
treprise par un paiticulier, on n'en doit pas moins a 
M. Madoz, qui a consacre a cette publication les meil- 
leures annees de sa vie, pendant lesquelles il a mis a 
contribution toutes les arebives du gouvernement cen- 
tral, des provinces et des diflerentes municipaiiles, et 
entretenu une correspondance tres-mullipliee avec un 
grand nombre de personnes cbargees de reunir pour 
lui,dans la pluparl des localites, les informations les 
plus exactes. Ce qu'il y a de surprenant , c'est qu'un 
semblable travail ait ete execute en cinq ans par uu 



( *os ; 

liomme souvent mfele aux affaires politiques de son 
pay?. 

Le tome I" des Memoires de V Academie dcs sciences 
de Madrid renferme dans sa premiere parlie deux 
memoires d'un haul interet, dont chacun est accom- 
pagne d'une carle, citeedeja par moi, savoir : Ensayo 
de una description general... (Essai d'une description 
generale de la structure geologique de la Peninsule), 
donl L'auteur est don Joaquin Esqucrra del Bayo ; et 
Estudio&y observaciones geologicas... (Etudes et obser- 
vations geologiques relatives aux terrains coroprenant 
une parlie de la province de Badajoz et de cellos de 
Seville, Tolede et Ciudad-Rodrigo, etc.). La premiere 
parlie de ce memoire, la seule qui ait ete public* e , 
traite de la topographic el du systeme hydrographique. 
L'auteur, don Francisco de Luxan , annonce qu'il 
traitcra dans la seconde des roches, des terrains, des 
coupes geologiques, etc. On peut mentionner encore 
un troisieme memoire de M. le docteur Rubio, qui a 
ele publie dans le meme recueil, sur les eaux Ihermales 
de l'Espagnc. 

On a publie en I8/18 (\ai\x itineraires generaux, l'un 
de la province de Girone (Catalogne), l'aulre de la 
province de Tairagone; tous deux contiennent des 
tables des distances et quelques legei'es explications 
sur les villes el les villages, et sont utiles et exacts; 
le second est accompagne d'une carte deja mentionnee. 

On doit a don Francisco P. de Mellado VEspagne 
geographique (Espafia geografica), ouvrage contenant, 
en un volume in-12, quelques notions curieuses sur 
l'ensemble du pays et sur sa division en provinces. 
L'auteur a fait usage en general d'un petit n ombre de 



( 609 ) 

bons documents. El Guia del viagero en Espana (le 
Guide du voyageur en Espagne), du meme editeur, 
qui semble avoir eu trois ou quatre editions, si Ton en 
juge par le titre, et dont la derniere est imprimee a 
Madrid en 1849, en 1 vol. in-12, avec des vues et des 
plans, doit etre prefere a Y Espagne geographique ; il 
donne des informations utiles, mais celles qu'il con- 
tientsurlesitineraires, sur la population des villes, etc., 
ne sont pas toujours tres-exactes. On avait commence 
en 1847, sous le titre de Geographie militaire de VEs- 
pagne, un ouvrage dont il n'a paru qu'un petit nombre 
de livraisons, el dont la publication semble suspendue. 
Parmi plusieurs memoires ayant plus ou moms de 
rapport avec la geographie, qui ont paru en Espagne 
pendant ces dernieres annees , sur l'cxploitation des 
mines, le trace des routes, des projets de canaux, on 
en doit distinguer un sur la conduite des eaux a Ma- 
drid, et un autre sur un projet de canalisation du Gua- 
dalquivir, entre Seville et Gordoue. 

line Reconnaissance geologique de la Biscaye, faite 
par un officier beige, publiee en 1849, donne des de- 
tails exacts et circor.slancies sur le pays, et fait hon- 
neur a son auteur. II a paru la meme annec a Leipzig, 
en 1 vol. in-S° de 348 pages, orne de gravures, un 
ouvrage de M. J. G. de Quandt, sous le titre &' Obser- 
vations et fantaisies sur les Jiommes, la nature et Fart , 
fa ites pendant un voyage en Espagne. 

On a imprime : 

A Copenbague, en 1848, Un mois en Espagne ( Eu 
maaned i Spanien), par le professeur Ghr. K. F. Mol- 
bech, en 1 vol. in-8°; a Londres, en 1S49, les Villes ct 
les deserts de V Andalousic (Tbe cities and wilds of 



( 010) 
Andalusia), par l'honorable R. Dundas Murray, on 
2 vol. in- 8°; et les Colonnes (UHcrcule, on Recti d'ltrt 
voyage fait en Fspagne et dans le Maror en 18A8 (Tim 
Pilars of Hercules, etc.), par M. David I rquhart; 2 vol. 
in-8\ 

Je citerai pour memoire seulement une Description 
de VEsp&giie, par M. Solcr, imprimee a Madrid en 
18/ii, parce qu'il semble que l'auteur a eu plutot pour 
butdc faire un nouveau tiragc ties planches di'-ja bien 
fatiguees de Lopez , et de re u nil 1 quelques notices des- 
criptive* eparpillees ch et la, que de faire une peinlure 
geograpbique du pays. 

J'ajouterai, pour terminer ce qui concerne l'Es- 
j>agne , que deux descriptions des anciens royaumes 
de Galice et de Grenade sont annoncees, mais qu'on 
ne sait rien encore sur l'epoque de leur publication. 

PORTUGAL. 

Je suis fori embarrasse pour parler de ce royaume, 
jadis si cel6bre par les progres que ses habitants ont 
fait faire aux sciences geographiques. C'est vainemenl 
que j'ai chercbe a decouvrir quelques travaux ayanl 
rapport a la geographie, executes en Portugal depuis 
l'annee 18/|9. Pas un seul ouvrage, pas une seule carte 
remarquables , ne paraissent avoir ete consacres a la 
description de cetle parlie de la Peninsule, qui, sous 
ce rapport, a peu occupe l'attention des etrangers et 
celle des Porlugais eux-inemcs. Malgre tons mes efforts, 
je n'ai pu decouvrir qu'une Statistique dn Portugal 
(Staiistica del Portogallo), ouvrage public- a Turin en 
1850, en langue ilalienne, par M. le senaleur piemon- 
tais L. Cibrario, envove on 1 8 'i f> aupres dn roi de Sar- 



( 611 ) 

daigne, Cliarles-Albert, retire alors a Porto; et un Plan 

topographique de la inlle de Co'imbre et de ses environs 
(Planta topograpbica da Cidade e Arrabaldes de Coim- 
bra), reste encore man user it, qui a ete leve" el dessine 
enl8#5 par un jeunePortugais natif de Goa, M. Isidoro- 
Emilio-Baptisla, a l'ecbelle du j—' Les marges de ce 
plan, qui est tres-bicn execute, renferment des ren- 
seignements statistiques , bistoriques et raeteorologi- 
ques, offrant de l'interet. 

Vers 1835, pendant la regence de don Pedro, line 
commission avait ete cbargee de faire la triangulation 
du Portugal. Elle avait commence ses operations sous 
la direction du docteur Pbilippe Folque, professeur dc 
matbemaliqucs, qu'on represenle comme un bomme 
babile et plein de zele. Deja un certain nombre de si- 
gnaux en maconnei'ie, destines a servir de points a la 
triangulation et a l'orograpbie, claient olev^s. Quel- 
ques-unes des hauteurs principalis du pays etaienl 
mesurees, et Ton avait construit le premier reseau tri- 
gonometrique, depose en ce moment a l'observatoire 
de la faculte de matbematiques de l'Universite de 
Coimbre; mais les circonstances politiques, sans doute, 
n'ont pas permis de donner une suite a ces travaux. 
C'est probablement a la meme cause qu'il faut attri- 
buer la suspension des operations de la commission 
bydrograpbique etablie en 18Z|5 pour lever la barre du 
port de Lisbonne, et dont faisaient partie deux jeunes 
ofiiciers de marine dont on signale le talent et l'activite. 

ITAL1E. 

Les sciences geograpuiques n'ont fait pour ainsi 
dire aucun progres en Italic dej)uis le I 01 Janvier 18/|9; 



612 

il n'est pas besoiu d en signaler la cause. Neanmoins 
quelques Iravaux uliles, remarquables inenie, ont ete 
executes dans plusieurs de ses Etats, malgre les evene- 
ments politiques. 

ROYADME DE SARDAIGNE. 

Depuis mi petit nombre d'annees, 1'araour des 
etudes geograpbiques , reduiles jusqu'alors aux ele- 
ments de la science, commence a se developper dans 
les Etats du roi de Sardaigne. On a introduit ces etudes 
dans l'enseignement secondaire. Les freres des ecoles 
chreliennes montrent un grand zele pour la propaga- 
tion des connaissances geographiques par la publica- 
tion de differents traites et en faisant copier des cartes 
a leurs eleves; et l'Universite ro\ale de Turin vient de 
se decider a etablir une chaire de geograpbie, qu'clle 
ne possedait pas encore; les opinions du conseil su- 
perieur universitaire sont divisees sur le programme 
a adopter. D'un autre cote, le gouvernement sarde 
avait arrete qu'un voyage autour du monde , a) ant 
principalement pour but l'utilite commercialc el la 
determination des licux les plus propres a etablir des 
consulats, serail effectue, et que quelques naturalistes 
en f'eraient par tie; inais la cbambre des deputes n'a 
pas cru que, dans l'etat acluel du pa\s, on put faire 
les depenses qu'entrainerait une semblablc expedi- 
tion, el le projet a ete abandonne pour le moment. 
II paraitrait que le gouvernement auliicbien a trouve 
bon le projet sarde, puisqu'il s'en est empare, si Ton 
en juge d'apres la publication qu'il vient de faire d'un 
programme de voyage autour du monde absolument 
semblable a celui qui avait ete congu a Turin. 



: 613 ) 

CARTES nUOGRAl'lllQUES, ETC. 

Les plus importanls travaux cartograpbiques execu- 
tes pendant les deux dernieres annees sur le royaume 
de Sardaigne sont dus a 1'etat-major general. Ainsi la 
grande Carte tapograpkique des Etats dtt rot de Sar- 
daigne en terre ferine (Carta topografica degli stati del 
Re di Sardegna in terra ferine), dressee, comme on 
sait, au 250 000°, doit etre en ce moment terminee , 
car la cinquieme feuille a ete publiec a Turin en 18/19, 
et la sixieme et derniere etait, au commencement de 
1850, en voie d'exeeulion et fort avancee. 

L'elat-major general a fait paraitre en outre plu- 
sieurs autres carles qui merit en t aussi des eloges; ce 
sont : 

La Carte des Etats du roi de Sardaigne en terre ferine 
(Carta, etc.), en une feuille, a I'echelle du 500 000 6 ; 

La Carte ou plan ge'ontetrique du pare royal et de la 
ville de Racconigi (Carta, etc.), a I'echelle du 5 000 e ; 

La Carle corographique des A I pes de la Mediterranee 
a V Adriatique (Carta corografica delle Alpi, etc.), di- 
visee en h feuilles, dressees a I'echelle du inro'oiro » avec 
trois proiils, en h feuilles, de la chain e des Alpes el de 
leur elevation, faisant ensemble partie d'un atlas qui 
doit etre joint a un ouvrago intitule les Alpes, etc., 
dont je parlerai bientol. 

On m'annonce qu'en 1851 le corps royal d'etat- 
major publiera une carle des environs de Turin en 
h feuilles, a I'echelle du 25 000°. La nouvelle edition 
d'une autre Carte corographique des Etats sardes, qui 
se compose de 7 feuilles, a ete donnee en 1850 par 
M. G. B. Maggi , et ce meme cartographe est lauteur 



( (VIA ) 

d'une Carte semblable, en une feuille, et d'une Carte 
statistique et routiere des memos Etats. 

Deux Genevois distingues se sonl aussi occupes re- 
cemnuni de la cartographic des Etats sardes : l'un, 
||. Paul Ghais, qui avait deja public il y a quelques 
annees une ( arte de la Savoie et des vallees qai I'aveU 
sine nt, vient dVn donner en 1850 une nouvclle edition, 
avec des additions et des collections devenues neccs- 
saires; et l'aulrc, M. le professeur Alpbouse Fabre, est 
sur le point de livrer a la gravure une Carte de la Sa- 
voie comprise en/re le Palais et le lac d'Annecy. Celle 
belle carte est destinee a elrc coloriee geologiquement, 
pour accompagner et illustrer les travaux dont ce sa- 
vant s'occupe depuis plusieurs annees sur ce pays. 

OUVRAGKS GEOGRAPHIQUES. 

J'ai annonce , en parlant d'une carte corograpbique 
des Alpes, que l'atlas dont cette carte fait partie de- 
vait accompagner un ouvrage special. Get ouvrage , 
dont voici le litre oomplet : les Alpes qui ceignent 
ritalie, considerees militairement, aussi bien dans les 
temps anciens que dans les temps moderties, a para a Turin 
en 18/|0, en 1 vol. in-8°. Le pere V. Anguis a public a 
Turin en 1850 la Corograpkie, Vhistoire et la statistique 
de la Sardaigne (Gorograiia, sloria c statislica della 
Sardegna), en J vol. in-8°. C'est un manuel geogra- 
pbique de cette ilo qui fait partie du Dictionnaire geo- 
grapkique, historique ei statist /que des Etats sardes 
(Dizionario geografico , etc.), dont l'abbe Gasalis a 
donne, en 1S/|9, le tome XVIII, dans lequcl on re- 
marque les articles Saergio , San- Bernardo, San-Cot- 



( 615 ) 

tardo, etc.; et, en 1850, le lome XIX, ou se trouvcnl 
Sarzana, Sassari, Savigliano, Savona. 

LaSardaigneaete egalementdecriteparM. J.W.Tyn- 
dale, voyageur anglais, qui apublie a Londres, enl8/i9, 
la relation de son voyage, formant hois volumes in-8°, 
sous ce titre : I'lle de Sardaigne, avec la peinture des 
mceurs et des coutumes de ses habitants , et des notes sur 
ses antiquites et les objcts Ics plus frappants des temps 
actuels (The Island of Sardinia; including pictures of 
the manners, etc.). M. Tyndale donne dans ses trois 
volumes, quimanquent mallieureusement d'une table, 
des details statistiques et topographiques fort interes- 
sants sur cette ile, que Nelson representait en ISO/i 
comme d'une valour inestimable par sa position dans 
la Mediterranee, ses excellents ports et ses ressources 
de toute espece. 

Je signalerai encore un Voyage a la chaine da Mont- 
Blanc (Viaggio alia Catena del Monte-Bianclio), exe- 
cute en 18^9 , et publie a Florence en 1850 , par 
M. Filippo Parlatore, professeur de botanique. C'est 
pr'mcipalemcnt comme bolanisteque l'auteura voyage, 
et je sais qu'il a l'intention de Iraduirc lui-meme son 
ouvrage en frangais. 

Un Rapport sur les etudes des chemins de fer de Chain- 
bery a Turin, et de la machine proposee pour cxecuter le 
tunnel des Alpes, entre Modane et Eardonncche, a paru 
a Turin en 1850. Get interessant rapport, formant un 
vol. in-A°, qui est accompagne de cartes, de planches 
et de dessins, et dont I'auteur est M. Maus, est suivi 
d'un autre rapport, redige au nom de la commission 
chargee de rexamen de ces eludes, par M. Paleocapa, 
ingenieur venilien, inspectcur honoraire du genie civil 



( m ) 

en PKMi.o.it , pt qui occupait a Turn. , en juillet 1850, 
Jo poste de minislre dcs travaux publics. Lc tunnel dont 
U s'agit n'osl pas encore commence; forme par le per- 
cemenl des Upes de Chamber? a Turin, ce serait un 
ouvrage gigantesque, qui permettrait d'ctablir un cbe- 
nnn de fer entre ces deux villes. 

ROYAUME LOMBARDO-VEHITIEN. 
HYDBOGBAEHIB. 

Je ne trouve a ciler qu'une carte hydrographique 
dune portion de la mer Adrialique, le golfe de Quar- 
nero et le canal de l'Arsa {Adriatic sea, Gulf of Quar- 
tern, etc.), levee en 1848 par M. Welli-Roberts, offi- 
cer de la marine anglaise, et publiee a Londres en 
1849; et la reimpression faito la meme annee dansles 
Annates hydro gmphiques, tome II, pages 32-121 des 
Rapports sur les rades, ports et mouillages de la cote 
orientate du golfe de Fenise, v/sites en 1803, 1808 et 
1809 par ordre de I'Empereur, par G. F. Beaulemps- 
Beaupre, a cotte epoque bydrograpbe, sous-cbef du 
depot des carles et plans de la marine f'rancaise. 

CABTES ET OtVRAGliS GBOGBAPHIQUES. 

Je parlerai, en traitant de l'ltalie en general, 
d'une grande oeuvre cartographique executee dans le 
royaume Lombardo -Venitien, sur lequel je n'ai a 
menlionner qu'une Carte topograpkiqae du royaume 
venitien (Carta topografica del regno Veneto), fade 
d'apres la grande carte topographique du royaume 
venitien, a I 'usage du ministre de la guerre, par 
G. Bonelli, ingedieur lombard, et publiee a Turin en 
1849; el un Menioire sur la topographs des sept et des 



( <)17 J 
treize communes dans les Alpes venitiennes (Topogra- 
phic der VII und XIII Comuni in den Venetianischen 
Alpen), dont l'auleur est M. Joseph Bergmann. Cet 
interessant Memoir e, extrait du recueil de PAcademie 
imperiale des sciences de Vienne pour 1849, est ac- 
compagne de 2 cartes et de 3 petits plans. 

TOSCANE. 

CARTES HYDROGRAPHIQUES. 

Je ne connais que deux plans hydrograpliiques re- 
latifs u la Toscane qui aient ele publies depuis le 
l er Janvier 1849; ils sont dus tons deux a des inge- 
nieurs-hydrographcs francais; chacun en une demi- 
feuille; ils ont paru a Paris en 1850. Ce sont : le Plan 
de Porto-Longone (ile d'Elbe), leve par MM. le Bour- 
guignon-Duperre, Begat, Boulroux, Ploix et Halphen; 
et le Plan du mouillage de Vado (cotes de Toscane), 
qu'on doit a MM. le Bourguignon -Duperre , Begat, 
Boutroux et Ploix. 

CARTIiS GiOGRAPHIQUES, ETC. 

11 a paru une Carte cbfographique de la Toscane 
(Carta corografica della Toscana) : c'est une nouvelle 
edition, que M. G. B. Maggi a donneo a Turin en 1850. 

OTJVRAGES GEOGRAPniQUES. 

Le seul ouvrage a raenlionner est une Statistique du 
grand-duche de Toscane (Statistica del gran ducato di 
Toscana), dont M. Attilio Zuccagni-Orlandini, chef de 
la section de statistique au ministere des finances, est 
l'auteur, et dont le l cr volume, in-Zi , a ete impriine 
en 1850 a t'imprimerie grand-ducale. 



I 615 ) 

l-.l \iv ROMAINS". 
CARTES ITYDROGRAPHIQUES. 

In CrOquis du port Hercule, leve parM. Lugrol, capi- 
taine de vaisseau de la marine francaise, en 18/i9, a ete 
publie la merae annee dans les Annates hydrographi- 
aues, t. II, p. 378. 

CARTTS ET PLANS. 

Les derniers ev^nements mililaires survenus dans 
les Etats romains ont donne naissance a la publica- 
tion, en 18ZI9 et en 1850, d'un assez grand nombre de 
plans de la ville de Rome, plans du siege, plans des 
environs de Rome, etc. , et dont aucun no pres< nle 
autant d'exactitude et de nettete que celui de notre 
compatriole M. Lelarouilly. Une Carte des environs de 
Rome, avec un supplement pour les altaques de cette 
capitale, a ete insere dans le Spectateur mililaire j elle a 
£te i'aite sur des materiaux qui meritent loute con- 
liance. 

M. Kiepert a publie aussi a Weimar, en 1850, une 
Carte des environs de Home, pour i'etude de Vhistoire an- 
cienne des Romains: e'est une carte a l' usage des ecoles. 

OUTRAGES GKOGRAPHIQUES. 

Le Quarter!}- Journal of the geological review a pu- 
blic, en IS50, un Memoire sur les anciennes roches vol- 
caniques des Etats du pape et des parties voisincs de 
I'ltalie (On the earlier volcanic rocks of Ihe papal 
Slates and the adjacent parts of Italy) , dont 1'autour 
est sir R. G. Murchisbn ; a ce memoire d'un savant 
aussi distingud se trouve jointe une Carte des terrains 
volcnniques des environs de Rome. On pent voir a ce 



( m ) 

sujet Particle que nous avons donne sur la zone volca- 
nique de l'ltalie dans mi de nos derniers numeros. 

ROYATJME DES DEtJX-SlCILES; 
HYDROGRAPHIE. 

La Carte de la baie de TSaples, en 1/2 feuille, clress£e 
en 1850 au depot general de la marine de France, 
d'apres des officiers napolitains, est la seule dont j'aie 
pu avoir l'indication. 

Je n'ai pu rien apprendre sur les travaux du Bureau 
topographique de Naples, charge aussi de l'hydrogra- 
phie, avant la morl du general Visconti, qui en etait le 
directeur ; on n'avait point encore publie la notice qui 
doit les faire connaitre , lorsque les renseignements 
que j'avais demandes a Naples et en d'autres pays de 
l'ltalie me sont parvenus. 

CARTES GEOGRAPHIQUES, ETC. 

[/observation que je viens de faire relativement aux 
travaux hydrograpliiques du Bureau topographique de 
Naples s'applique aux autres travaux cartographiques 
du raeme bureau pendant les annees 1849 et 1850. 

II parail qu'un Atlas geographique du royaume des 
Deux-Siciles (Atlante geographico del regno delle Due- 
Sicilie), compose de llx cartes, d'environ m ,53 sur 
m ,54, a ete publie a Naples (on ne me dit point 
l'annee) , par M. Gabriele do Santis , et ii est certain 
qu'en Allemagne le docteur Friedlander a fait paraltre 
en 1850 une Carte sou/here de la Sicilc. 

On me parle bien d'un Atlas geographique (Atlante 
geographico), lithographic, qui doit avoir 30 cartes 
de 2>jh de metre en Carre, dont J'auteui serait AI. Bene- 



( 620 ) 

>ittta Marzolla, employe au bureau topographique j 
mais rien ne m'indique si c'est un alias general , 
ce que je croirais, ou un alias specialement con- 
sacre a la description da royaume ; je ferai la meme 
remarque relativement aux cartes de M. Giuseppe Iia- 
dini , employe au ministere de I'agricultore el du 
commerce, qu'on dit parfaites , mais dont on ne me 
donne ni les titres, ni la dale de publication. 

OUTRAGES GUOGUAPIIIQIES. 

II a paru a Naples beaucoup de dictionn aires sur le 
royaume. Je puis en ciler trois , quoique je ne sacbe 
pour aucun quelle a ete la dale precise de la publica- 
tion, que je suppose toutefois etre posterieure a 18/i8. 
Ce sont : 

Le Dictionnaire geographique , historique , elc. , du 
royaume des Deux-Siciles (Dizionario , elc.), dont 
l'auteur est M. Raffale Mastriani, et qui est en cours 
tie publication ; le Dictionnaire geographique du royaume 
des Deux-Sieiles, qu'on doit a M. Gabriele de Santis, el 
qui parait egalemcnt en cours d'execulion; enfin un 
Dictionnaire. statistique du mime royaume, par l'auteur 
cite precedemment. 

M. Tenore a fait paraitre une Geographic physique 
et description botanique du royaume de Naples (Geogra- 
pbica pbysica e descrizione botanica, etc.); et M. Sal- 
\atore de Renzi, une Topographie medicate du meme 
royaume. 

Un savant Allemand , le baron de Wallersbaugen , 
qui s'est elabli pendant sept annecs sur l'Etua, a pen- 
dant cet espace do temps compose une monograpbie 
de ce premier vdlcan de l'Europe. Le travail de M. de 



( 621 ) 

Waltershaugen eontient la mesure dune base , une 
triangulalion qui ceint lo volcan de trenle-dcux 
triangles , et s'etend de Jaormia a Nojo. 11 comprend 
de plus la Carte topographique de l'Etna en 100 pe- 
tiles feuilles, et le texte g^ologique en 12 grandes 
feuilles. La geologic et la geognosie de la montagne , 
la mineralogie , l'histoire des eruptions, et la partie 
physico-malhematique du volcan ou le magnetisms 
terrestre, offrent plusieurs importanls phenomenes. 
L'Academie des sciences de Naples, qui s'etait bornee 
d'abord , dans son compte rendu , a une simple an- 
nonce de travaux du baron de Waltershaugen, les a 
enfin publies dans un supplement a la premiere partie 
du 5 e volume dc ses actes, d'apres un rapport tres-ela- 
bore de ses commissaires. 

Le marquis d'Ormonde a publie a Dublin en 1850, 
en un volume grand in-8°, de 264 pages, avec carte 
et figures , le recil de son exploration de la Sicile : 
Un automne en Sicile, ou Description des principaux 
testes (Vantiquites existant dans cette He , etc. (An au- 
tumn in Sicily ; being an account of the principal 
Remains of Antiquity existing in that Island, with 
short sketches of its ancient and modern history). 

ITALIE EN GENERAL. 

J'ai deja dit que les sciences geographiques avaient 
fait peu de progres en Italie pendant les deux der- 
nieres annees. - — On a vu quels sont les travaux rela- 
tifs a chacun des Ltats principaux de cetle contree 
de l'Europe. Je vais dire maintenant quelques mots 
de ceux qui concernent I'ensemble du pays. 

i. juin. 5. . l\'l 



( aw ) 

CAIlTliS cfcOGIUPHIOlE*. 

La grande Carte topograpkique de l'ltalie centrale 
(gran Carta topografica dell' Italia centrale), dressee 
par \o corps imperial-royal d'elat-major auliichien , 
etabli d'abord a ^ enise et transports depuis a Yienne, 
est le monument cartographique le plus remarquable 
consacre a l'ltalie. Cetle carte, qui doit se composer 
de l\8 feuilles, a l'echelle du ^-\-^ , n'est point encore 
terminee; mais son execution se poursuit depuis 
quelque temps avec une grande activite. Plusieurs 
feuilles ont paru en 1849 et 1850; et il parait qu'une 
Carte de l'ltalie en 27 grandes feuilles , a l'echelle du 
t a 8 4 u u , a ete terminee en 1850, par l'lnstilut de Yienne, 
et qu'elle a ete vue a l'exposition de Londres. 

D'autres cartes generates de l'ltalie ont ete publiees, 
a Paris, a "\\ eimar, a Munich, etc., mais aucune n'offre 
de caractere remarquable d'originalite; presque toutes 
hont des copies quelquefois d'autres copies. 

EUROPE EN GENERAL. 

Maintenant que j'ai fait connailre aussi exactement 
et aussi completement que cela m'a ete possible les 
principaux travaux geographiques executes ou projetes 
dans le cuius des annecs 18A9 et 1850, sur les diile- 
rentes parties de rEurope considerees isolement, je 
vais examiner ceux qui sont relatifs a cette partie du 
monde prise dans son ensemble, ou qui n'ont pu dtre 
classees speeialenunt dans aucune de ses subdivi- 
sions. 



( t>23 ) 



HYDR0GRAP1HK. 



C'esl ici qu'auraient peut-etre diifigurer les travaux 
bydrograpbiques de noire depot de la marine sur les 
coles de la Mediterranee, donl j'ai parle en traitant 
de la France et de 1'Espagne ; mais une classification 
rigoureuse n'est pas loujours aisee a etablir, et le 
choix est souvent difficile. 

ATLAS, CARTES GEOGRAPHIQUES ET AUTUES. 

Pendant les annees 1849 et 1850, on a publie en 
plusieurs contrees de l'Europe des cartes generates 
ou semi-generales de cette partie du monde. Celles de 
MM. Riepert a Weimar, Piatt a Magdebourg, Dufour a 
Paris, peuvent etre consullees avec fruit, quoique au- 
cune d'elles ne puisse elre citee comme ayant con- 
tribue a faire faire des progres sensibles a la geogra- 
pbie de l'Europe. 

Parmi les cartes g^ograpbiques qui sans etre gene- 
rales comprennent plusieurs parties de l'Europe, j'ai 
remarque une Carte physique, hydro graphique et rou- 
tierc de la Pologne dans ses anciennes limites et scs par- 
tages successifs, embrassant les pays limitrophes entre la 
mer Baltique et la mer Noire, qui a paru a Paris en 1850. 
Dressee par MM. A. H. Dufour et F. Wrotnowski, cette 
carte forme 2 feuilles colombier ; et une Carte murale 
de France, Belgique, Suisse et Etats limilrojjhes, com- 
posee de 9 feuilles et dressee a Paris en 1850, par 
MM. Morin et Engelmann. 

On a publie a Paris, en 1849, cbez M. Andrivaux- 
Goujon, en 1 feuille grand-monde, la Carte generale 
des chemins de fer et des principales voies navi gables de 



I «24 ) 

V Europe, d'apres les itinei aires les plus recents et les do- 
cuments fournis par le ministre des travaux publics; et Ton 
(Joit a M. F. Bou (lard une Carte du bassin dc la Medi- 
terranee indiquant les services ii vapeur de chaque na- 
tion, en une grande feuille, dress6e en 1850, pour ac- 
compagner un Memoire de M. Subtil sur le commerce 
des pays d' Europe a\'ec lesechelles du Levant. Ces deux 
dcrnieres carles ne sont guere rcmarquables que par 
leur ulilite, avanlage susceptible de diminuer au fur 
el a mesure que de nouvellcs ligncs seront elablies, 
on qu'on apportera des modifications dans les an- 
ciennes. 

Cest en 18/|9 que M. lmbert des Motlelelles a ler- 
mine son Alias pour servir it /'etude de I'histoire mo- 
dern e de V 'Europe de 1515 a 1815 ; ouvrage conscien- 
cieux , a la fois geographique et historique, comine 
X Atlas de Vhistoire dc V Europe t d'Alison (The Alias to 
the history of Europe, etc.), publie a hdimbourg 
en 1850, que M. A. Keith Johnston a construit et dis- 
pose sous la direction de laiiteiir. 

Si j'en juge d'apres les renscigncments qui me sont 
parvenus, la Carte ethnographique de U Europe, du pro- 
I'esseur Srezniewski, sur laquellc sont marques les 
espaces occupes j)ar chaque famille de langues euro- 
peennes, est terminec et au moment de paraltre, avec 
une Esquisse ethnographiqne de /'Europe, qu'il a du 
mellre sous prcsse en 1850. 

VOYAGES ET AUTRES DOCUMENTS GEOGIUPHIQUES, ETC. 

Un Anglais, M. William Edward Baxter, a publie a 
Londres, en 1850, des Impressions sur /'Europe centrale 
et meridionale, pendant les excursions successivement 



( r,2o ) 

faites par lui en Allemagne, en Aulriche, en Italie, en 
Suisse et clans le Levant (Impressions of central and 
southern Europa, etc.); nous les citons, quoiqu'il soit 
fort douteux que cetlc production ait fait faire de 
grands progres a la geographic, des pays visiles. Je lui 
adjoindraile recit sous forme de lettres, du voyage fait 
par M. Ernst. Ant. Quitzraann en Hongrie, dans le Ba- 
nat, etc., qu'il a publie en 1849, a Stuttgard, en 1 vol. 
in-8° de viii-576 pages, sous le litre de : Reisebrie/e aut 
Ungarn, dem Banat Siebenbiirgen , dem Donau fursten- 
thumer, dem Europaischen Turkey and Greeclicnland. 

On doit : a M. Dureau de la Malle , la Climatologie 
comparee de Vltalie et de U dndalousie ancienhes et mo- 
dernes, qui a paru a Paris en 1849 en 1 vol. in-8°; 
eta M. Talvi, des Vues historiques sur les langues et la 
I literature des nations slaves (Historical views of, etc. ) , 
ouvrage publie en 1850, a New-York, en 1 vol. in-8°, 
accompagne d'une preface de M. Edward Robinson. 

Le docteur Lalhan, si connu par ses travaux ethno- 
graphiques, a lu, au vingtieuie congres de l'Associalion 
britannique pour l'avancement des sciences (1850), 
un memoire Sur la distribution des tribus germaniques , 
lithuaniennes et slavones au commencement de la periode 
historique; et M. Neigebaur a publie a Breslau, en 1850, 
dans le Neues Jahrbiicher fur Philologie und Pedagogik , 
deux memoires elhnographiques intitules : les Getes, 
les Daces et les Normands , sont un seul et meme peuple; 
et Recherches sur les Daces et les Goths et sur I'ancienne 
Dacie. 

Enfin, unSuedois, M. L. Weslerberg, a fail paraitre 
a Stockholm, en 18/J9, un ouvrage Sur les ma-urs et les 
coutumes des peuples de f Europe ( Europeiska na- 



( 626 ) 

tionerna, deras seder och kladedragter, etc.), avec des 
dessins lithographies, par M. C. A. Dahlstrom. 

Ln memoire d'un genre different, Sur la densite 
moraine de la cliaine dcs Pyrenees et sur la latitude de 
V Observatoire de Toulouse, a ete communique en 1849 
a l'Acadcmie des sciences par M. Petit. L'auteur 
trouve que l'altraction des Pyrenees est negative , 
puisque au lieu d'etre plus petite que la latitude as- 
tronoinique (de Toulouse), 43° 36' 45" 44, la lati- 
tude geodesique serait plus grande, etant de 43° 36' 
46" 35. 



( 627 ) 

SSciiioIres, 
Notices, Documents original!*, etc. 



COUP D'OFJL SUR LA PART PRISE PAR LA NORVEGE 

DANS LA MESURE DUN ARC DU MERIDIEN 

COMMENCEE PAR LA RUSSIE, 

PAR M. VIBE, 

Capilaine tie genie ; 

TRADUIT DU NORVEGIF.N 

PAR M. DE LA ROQUETTE , 

Secretaire ge'ucral de la Commission centrale de la Socie'te de ge'ogrnphie. 

SUITE ET FIN. 



Au mois de novembre de l'annee 1 850, j'ai fait 
con nail re dans le Bulletin de la Societe de geographie (1), 
d'apres M. le capitaine de genie Vibe, la part qu'avait 
prise la Norvege dans la mesure d'un arc de meridien 
qui, partant d'Isuiail, pres de la mer Noire, situe sous 
le 45° 20' environ de latitude, s'etendait deja jusqu'a 
Tornea, place au 65° 50'. 

On a vu que les operations , un instant suspendues 
par suite des grands evenements de 1848, avaient ete 
reprises en 1849, avec 1'espoir qu'elles seraient termi- 
nees en 1850. C'est la conclusion de ces operations 
dont je vais, ou plutot donl M. Vibe va presenter I'ex- 
pose\ 

(l) 3 f Serie, t. XIV, novembre i85«, p. a8() et suiv. 



( 628 ) 

Lo lieutenant norvegien Klounian ot le docleur sue- 
dois Lindbagen , partis pour lo Fin mark au mois de 
juin 1850, avaient a faire des observations astronomi- 
ques au cap Fuglences, a naesurer une base et a la lier 
avec le reseau de triangles. 

L'ele du Finmark etant court et variable, il etait fort 
important de ne pas pcrdre un seul instant. Le petit 
obscrvaloirc a etablir snr le Fuglences devait elre con- 
struit pendant qu'on s'occuperait de mesurer une base 
pres de l'embouchure du golfe d'Alten [Altenfjord). En 
consequence, le docteur Lindbagen et le lieutenant 
Rlouman se rendirent direclement a Hammerfest et au 
Fuglences, brent immediatement toules les disposi- 
tions necessaires, et apres avoir passe un jour et demi 
pour ineltre les operateurs a rouvrage, partirent pour 
A lten. 

La, ils se mirent de suite au travail; ils visitereut 
soigneusement le terrain , le mesurerent en divers 
sens, pour s'assurer des moyens de determiner une 
base, et se convainquirent bientot qu'il etait possible 
d'obtenir sur deux points cette ligne fondamentale, 
soit sur un dos de collinc [Hoideryg], qui s'etend de 
Sandfaldet a Kongshavnfjeld ( montagne de Kongs- 
havn), prfes de Bosekop, soit sur la grande plaine 
qui se developpe en avant d'J/tengaard, vers la ferine 
de Bugten [Gaarden-Bugten). (Voir la carte hydro- 
grapbique de Vibe, n° 8.) Cliacune de ces deux lignes 
presentait des avantages el des inconvenients. La 
premiere pcrmettait une plus facile liaison avec le 
grand reseau de triangles, et pouvait ofl'rir une lon- 
gueur un peu plus grande ; l'autre oflrait un terrain 
plus convenable pour le mesurage , un deblaiement 



( 62>> ) 

beaucoup moins couteux, et exigeait moins de temps 
que la premiere. Apres avoir compare avec soin cba- 
cune des deux lignes, on reconnut que la seconde 
presentait plus d'avantages; elle fut definitivement 
choisie, et on s'occupa du trace. Voici quelle fut la 
direction de la base adoptee. 

Son extremite orientale se trouvait a la limite la plus 
septentrionale du village des Kwcencs [Kwccnlands- 
byen) (1), a la ferme d'Elvebakken et tout pres du bord 
occidental de la riviere d'Alten, d'ou elle se dirigeait 
presque directement a l'ouest, au-dessus de la grande 
plaine ouverte en avant de la ferme d'Alten , et en- 
suite a travel's le bois qui se trouve enlre ladite ferme 
d'Alten et Amtmandsnostet ; elle coupait ensuite l'in- 
terieur de la baie situee a l'ouest, et s'eloigne peu 
a peu de la mer, jusqu'a ce qu'elle finisse a une col- 
line placee a moitie cbemin entre Amtmandsnostet et 
la ferme de Bugten, ou la pente considerable du ter- 
rain s'oppose a ce qu'elle soit continuee. 

Apres que cette direction a suivre eut ete etablie, on 
s'occupa immediatement de debarrasser et d'aplanir 
le terrain, de disposer les appareils de comparaison 
de la base; et lorsque tout cela fut termine , on com- 
menca la mesure de cette base. Cette operation em- 
ploya, y compris les interruptions causees par un 
temps pluvieux, en tout 8 jours, du 5 au 12 juillet, 
sans que dans l'intervalle il fut survenu aucun acci- 
dent. La mesure de la base fuL faite avec l'appareil 
conslruit a Pulkowa. On trouva en totalite 577 \ per- 



(i) Les Kvvcenes sont des habitants originaires de la Finlaude, qui 
sont veuus s'elablir dans le Finmark. 



( 880 j 

cites (1) slang), et la longueur dfi la ligne londamen- 
tale mesuree s'eleva ainsi a environ 7 000 pieds norve- 
giens (2). 

La direction du cadastre ayant desire que les points 
extremes de la ligne fussent marques d'une maniere 
durable, afin qu'on put les retrouver apres un long 
espace de temps, on enterra a chacun de ces points 
extremes une masse de granit d'une dimension con- 
siderable, de facon que la superficie de la pierre ne 
depassat le terrain que de quelques pouces. Un trou 
fut creuse au milieu de cbacune de ces pierres, et on 
y souda un boulon en fer dont le centre est pourvu 
d'un petit trou, avec une aiguille verticale, qui sert de 
point extreme pour le mesurage. Ces boulons furent 
bien graisses avec du suif, couverts d'un fourreau dc 
bois et ensuite avec des pierres, et en outre preserves 
par un mur construit avec du machefer [slagsteen) (3). 

Apres que la base eut ete mesuree et qu'on eut ter- 
mine les nouvelles comparaisons des apparoils dont 
on avail fait usage, on s'occupa de la mesure de l'arc 
a Hammerfest et au Fuglences ; le docteur Lindbagen 
commenca sur ce dernier point des observations astro- 
nomiques, et le lieutenant Rlouman s'assura de 1'etat 
des signaux places sur les anciens points trigonome- 
triques; le temps etant serein , il put en informer son 
collaborateur, ce qu'il n'avait pu faire precedeinment, 
a cause de l'etal bruineux de 1'almosphere. Le lieute- 
nant Klouman se rendit ensuite de nouveau a Alien pour 

(i) Le slanq ou perche de t'appareil de la base a environ ia pieds. 

(2) Le pied norvegien =o m ,3i376. 

(3) Slag, slagsteen, c'est la masse qui coule et s'erhappe des usines 
de fer ou de cuivre, et qui devieut ensuite dure ronime de la pierre. 



( *>H1 ) 
faire les operations Irigonomelriques necessaires, alin 
de Her la base avec les anciens triangles. Pour operer 
cette liaison, on dut, par suite rles dispositions locales, 
et parce que le signal sur le point de triangulation de 
Haldi avait e\& renverse, se raltacher au cote de triangle 
Lodizhjokki-Nupii'arre. On choisit pour cela huit points 
intermediaires, savoir : Raiisttsvarre , lYiosgoh'arre, 
Peskoi'arre, Store-Reipas, Skuaddevaire, Lille-Reipas (1), 
Kongsluwufjehl et Rafsholmen ; mais de tons ces points 
ceux de Peskovarre et de Lille-Reipas doivent seuls 
6tre considered comme faisant partie du reseau de 
triangles. Les triangles formes avec ces poinls ne sont 
pas seulement bons en eux-memes, mais ils sont aussi 
lies l'un avec l'autre, en sorte que la longueur du cote 
principal devient determinee de plusieurs manieres. 

Vers la fin du mois d'aout, le lieutenant Rlouman 
avait acbeve les observations sur tous les points , a 
l'exception du troisieme, sur la base elle-meme, au 
point qui, avec celle-ei , forme le premier triangle, 
savoir Rafsholmen. Dans ces stations, ou les cotes des 
triangles sont proportionnellement fort courts, il etait 
naturellement de la derniere importance qu'une veri- 
fication exacte fut faite par les deux operateurs reunis ; 
en consequence, le docteur Lindbagen se rendit a 
Alten , et, de concert avec le lieutenant Klouinan, on 
lermina les travaux trigonometriques qui restaient a 
faire, ainsi que les determinations bypsometriques et 
les observations de niveau necessaires. 

Par suite du temps pluvieux , brumeux et fro id qui 

(i) Presque tous ces noms sont Hnnois ou lapons. Lc mot Vatrc 
sipnifie uiie moiitafjuc. 



( 632 ) 

regna dm Finmark pendant l'ete do 1850, et qui rendil 
insupportable au plus haul degre lc sojour dans lea 
contrees montagneuses , les travaux geodesiques exi- 
gercnt inliniment jilus dc lemps qu'on ne l'avail 
d'abord calcule. Ces circonslances exercerent aussi une 
influence facheuse sur les observations astronomiques. 
Pendant un sejour de six semaines a Hammerfest ct 
au Fuglences, le docteur Lindbagen ne compla pas 
autant de beaux jours clairs que de semaines, et con- 
sequemment le nombre des observations faites par lui 
ne Tut pas aussi grand qu'il l'avait espere et qu'il le 
croyait indispensable pour atteindrele but qu'on s'etait 
propose. 11 se determina, en consequence, a retourner 
au Fuglences, pour attendre un temps plus favorable; 
Klouman, au conlraire, qui avail pu terminer toutes 
les operations geodesiques, se disposa a retourner a 
Chris tiania. 

La resolution tie Lindbagen tut couronnee par le 
plus beureux succes; le lemps elan