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Full text of "Bulletin de la Société de l'histoire du protestantisme français"

 4 5 

Index de livres hérétiques, dressé par riu(iuisiteur de Toulouse. {Suite 

et fin.) 45 

Inhumation en cimetière commun, à Tonneins (1609) 502 

— Ues protestants îi Paris, au XVni" siècle 418 



TABLE DES MATIERES. VII 

Jonquet, chef camisard. Son exécution, décrite par deux religieux de 

Nîmes. 461 

La Rochelle. Ses deux sièges, en 4572 et en 1628 96,190 

L'Estoile (Pierre de). Extraits de &on Journal au sujet d'Ablon. . . 279 

— Lettres extraites de ses Recueils inédits sur la mort de Soubise 

(1566) 425 

Lettre d'adhésion adressée par M. P. E. Henry, pasteur de l'Eglise 

française de Berlin 113 

Lettre de M. Jules Bonnet, sur les lettres et poésies de Cathe- 
rine de Navarre 1 40 

— de M. Liandon de Dangeau, sur sa famille 177 

— de M. Alph. de Candolle. Envoi d'un document sur le ministre 

Rochette et des trois gentilshommes verriers 1 81 

— de M. Dessalles, sur la bataille de Vergn en Périgord (1 562). . 230 

— de M. Chaudruc de Crazannes, sur le séjour de Bernard Palissy 

à Saintes. 234 

— de M. de Fréville, sur les quelques ministres réfugiés à Londres 

après la Saint-Barthélémy 237 

Lettres-documents. De Luther à l'Electeur de Saxe, relative au 

voyage de Mélanchthon en France (1535) 244 

— de Catherine de Navarre à Théodore de Bèze, et réponses de ce 

dernier (1591) 142 

— de l'amiral Coiigny (de 1563?) 542 

— consolatoires de divers à madame de Soubise (1566) 425 

(de Jeanne d'Albret, p. 429; — de Coiigny, p. 550; — de ma- 
dame de Chastillon, p. 551 ; — de madame de La Roche- 
foucauld, p. 552.) 

— de Casaubon à Périllau (1603) 255 

— du Grand Electeur à Louis XIV, en 1666, et réponse du roi de 

France 116 

— de J.-L. Cappel à Desmaizeaux , en 1707 78 

— de J.-J. Rousseau à Paul Rabaut, au sujet de Rochette, etc. 

(1761) 362 

— de Court de Gébelin à M. Vidal, sur l'alfaire dite des Granges 

du Béarn (1778) 653 

— de Beaumarchais à Barrère, au sujet de la restitution des biens 

des religionnaires fugitifs (1790) .• . . 467 

Liste des membres et souscripteurs de la Société 121,416 

Livres saisis à Saint-Malo, en 1688 448 

Jlaintenon (madame de). Son zèle convertisseur à l'égard de sa fa- 
mille -. ... 195 

3Iarot (Clément). Ses Psaumes et son Epître dédicative au roy, d'après 

l'édition de 1543, et avec son portrait d'après celle de 1585. 417 

31édailles ou jt/arreawa? des Eglises réformées. (^Miïe.) 13 

Mémoire sur les protestants de Paris, adressé par un espion au P. Xa 

Chaise (1684) 340 

Mesnard (Philippe), pasteur réfugié à Copenhague '•69 

Ministres réfugiés à Londres après la Saint-Barthélémy. . . • 25,237 
Mission entretenue par Louis XVI dans le Bas-Poitou, en 1783. . . 367 



vin TABLE DES MATIERES. 

Palissy (Bernard), « Peinctre, ouvrier de terre, inventeur des rus- 
tiques figuUnes » ^22 

Placet au Roy, par Marie Testu, prisonnière à Amiens, en 1 687. . . 342 

Portrait'de Daniel Charnier 296 

— de Clément Marot IZ 

— de Court de Gébelin 5"' 

— de Guitenberg 620 

Privas. Sac et conliscation de cette ville au profit du Roy, en 1 629. . 38 

Ravanel, chef caraisard. Son exécution décrite par deux religieux de 

Mimes ^61 

Réforme en France. Sources de son liistoire 208,217,605 

— Son esprit de nationalité 614 

Refuge de Berlin. Ses illustrations entre 1685 et 1740 671 

Registres consistoriaux de Montpellier 89 

— de La Ferté-sous-Jouarre 'ill 

— des chapelles des ambassades de Suède et de Danemark à Paris, 

au XVn« etauXVIIl^ siècle 120 

— de l'Eglise de Genève (1541-1800) 509 

Rochette (François). Procès et exécution de ce ministre et des trois 

gentilshommes verriers, à Toulouse, en 1762. . . . 181,362 

Ruvigny. Mémoire au sujet de l'incarcération arbitraire du ministre 

.Merlat, de Saintes, en 1769 554 

Sceau de l'assemblée politique de La Rochelle 8 

— du consistoire de Rouen 232 

Sully. Part qu'il a prise dans l'abjuration de Henri rV 115 

— Exti'aits de ses Mémoires^ au sujet d'Ablon 285 

Synodes. Leurs prescriptions relativement à l'histoire des Eglises. 88,579 

Temples (les deux) de l'Eglise réformée de Paris sous i'Edit de Nantes. 

\. Ablon (1599-1606) 247 

— de Sainte-Foy. Sa démolition en 1683 337 

Viguier (Jacques). Son interrogatoire sur la sellette devant le Parle- 
ment de Toulouse, en 1 683 54 

Vilas, chef camisard. Son exécution décrite par deux religieux de 

Nîmes 461 

Wolfgang Schuch, martyr. Sa vie et sa mort. . , 632 



FIN DE LA TABLE DES MATIERES. 



SOCIÉTÉ DE L'HISTOIRE 



PROTESTANTISME FRANÇAIS, 



DEUXIÈME ANNÉE. 



En commençant la deuxième année de ce Bulletin où viennent se 
résumer les travaux de la Société, nous ne pouvons nous dispenser de 
rappeler à tous ceux qui s'y intéressent les recommandations contenues 
dans le premier volume pour le développement de l'œuvre (1). 

La Société compte aujourd'hui 1,100 souscripteurs. C'est quelque 
chose en apparence ; c'est bien peu en réalité. Combien de pasteurs, 
combien de protestants, sur qui nous devions compter, n'ont pas encore 
répondu à l'appel ! Combien peu de consistoires et de conseils presby- 
tériaux sur cette liste de 1,100 noms, qui a passé presque en entier sous 
les yeux des lecteurs! Ne devraient-ils pas suivre, tous ou presque 
tous , l'exemple que leur ont donné les corps d'anciens et de diacres 
d'Amsterdam, de Rotterdam, de Francfort? Et quelle inégalité dans la 
l'épartition de nos adhérents ! Ici, ils sont beaucoup, grâce au zèle actif 
d'un membre qui a fait connaître et apprécier nos travaux ; là au con- 
traire où il devrait s'en trouver plus encore, à peine un petit nombre... 

Pourtant, nous le répétons, il nous faut deux choses : des matériaux 
et des souscripteurs. Les premiers ne nous manquent pas; plus nous 
avançons, plus ils abondent et nous promettent d'utiles et attachantes 
publications. Mais cela même rend nécessaire et indispensable l'ac- 
croissement notable de nos ressources par la multipUcation des adhé- 
rents. C'est là ce qu'il faut bien que chacun comprenne et fasse sentir 
autour de soi. L'avenir de l'entreprise en dépend. - 

Que chacun donc se demande s'il a fait tout ce qu'il pouvait pour se- 
conder, pour propager l'œuvre, et qu'il agisse en conséquence. De notre 
côté, nous redoublerons d'efforts pour lui faire porter tous ses fruits. 

(1) Spécialement pages 6 à 14, 128, 224, 498 à 510. 



1853. N»^ 1 et 2. MAI et jdin. 



CORRESPOND AXCE. 

OBSERVATIONS ET COMMUNICATIONS RELATIVES A DES DOCUMENTS PUBLIÉS- — 
RÉPONSES A DES DEMANDES DE RECHERCHES ET NOUVEAUX APPELS. — 
AVIS DIVERS. 

lies anciennes académies protestantes. 

L'appel que nous avons adressé (Bull., t. I, p. 302) a été entendu. De 
plusieurs cùlés, on nous a manifesté un vif intérêt pour l'histoire des grandes 
écoles protestantes d'autrefois, et l'on nous a annoncé de studieuses recher- 
ches qui ne resteront point stériles. En attendant une Notice qu'il se pro- 
pose de consacrer à l'académie de 31ontauI)an, et dont il espère pouvoir nous 
communiquer plus tard des extraits, M. le prof. Mich. Nicolas vient de nous 
adresser un travail sur les anciennes académies protestantes en général. 
Nous en puhlions dès aujourd'hui la première partie. En nous prêtant son 
concours pour l'étude de cet important sujet, nous pouvons dire que l'au- 
teur a pris une part qui lui revenait tout naturellement, et nous le remer- 
cions d'avoir acquitté d'une manière aussi utile la promesse de collaboration 
qu'il avait bien voulu nous faire {Jbid., p. '132). Le tableau d'ensemble qu'il 
nous présente est une introduction aux monographies et aux documents par- 
ticuliers qui pourront venir par la suite. Aussi eùt-il mieux valu qu'if eût 
précédé l'article relatif à l'académie de Saumur, qui a ouvert cette série; 
mais on sait bien que les conditions d'une œuvre comme la nôtre ne com- 
portent pas un ordre parfait et exemplaire. Nous sommes soumis aux chan- 
ces du collecteur, qui prend son bien où il le trouve et comme il lui vient. 
Cela n'empêche pas que, dans le cadre adopté pour le Bulletin, nous ne 
nous applicpiions à coordonner, autant qu'il se peut, les matériaux qui nous 
arrivent, à les relier entre eux, à les éclairer les uns par les autres. On nous 
a témoigné q ue nos efforts dans ce sens avaient été appréciés , et qu'on 
avait su reconnaître, au milieu de la diversité même des documents déjà pu- 
bliés, une méthode suffisante de disposition pour faire face aux éventualités 
de l'entreprise. Il y a lieu de remarquer en même temps que si nous avons 
parfois les inconvénients du système , nous en avons aussi les avantages. 
Tantôt c'est une esquisse, une vue générale qui provoque la découverte 
d'un document ou suggère la pensée d'approfondir une question spéciale; 
tantôt c'est la production d'une pièce historique (jui fait naître l'idée d'éten- 
dre, de généraliser une étude. Et, dans l'un et l'autre cas, nous atteignons 
notre but, qui est « de poursuivre une édilication réciproque par la mise en 
commun des connaissances successivement acquises, et de rassembler les 
éléments dispersés, enfouis çà et là, de l'histoire de la Réforme française. » 



CORRESPONDANCE. 3 

Nous sommes les enfanls du laboureur de la fable ; pour nous aussi le labeur 
lui-même est. un trésor, mais de plus le ehamp béréditaire que nous défri- 
chons recèle des trésors réels et palpables qu'il nous faut extraire des 
mille filons de la mine, et en nous souvenant que toutes les parcelles réunies 
formeront un jour le lingot. 

Quoique son aperçu soit nécessairement restreint aux académies protes- 
tantes de France, M. Nicolas n'a pas omis de mentionner une autre acadé- 
mie dont l'histoire est inséparable des annales de nos églises; c'est, on le 
pense bien, celle de Genève, française elle-même par la langue, par l'esprit, 
par le cœur. « Genève, dit M. Sayous, aurait peut-être vu son rôle ecclé- 
siastique passer aux églises et aux académies de France, si la politique royale 
et l'impatience des réformés eussent permis à l'Edit de Nantes de produire 
paisiblement tous ses eifets. Mais on s'aperçut bientôt que le quartier géné- 
ral choisi et fortifié par Calvin était encore plus sûr que foutes les places de 
sûreté, et il demeura ce qu'il avait été dès l'origine, le séminaire et le point 
d'appui du protestantisme français (IJ. » 



Une copie du testament de Colîjçny. 

Notre correspondant de Londres, M. Gust. Masson, a constaté que le 
British Muséum possède aussi une copie du testament de Coligny. Cette 
pièce, nous dit-il, est, selon toute apparence, un autographe de Le Gresle, 
le précepteur des enfants de l'amiral, car la phrase qui commence ainsi : 
'< Et d'aultant que j'ay grand contentement du soing et bon devoir que Le 
« Gresle leur précepteur a toujours fait auprès d'eux, etc. » {F. Bulletin, 
t. I, p. 265} est soulignée, et l'indication suivante se trouve au dos du ma- 
nuscrit : 

Testament de Monseigneur l'admirai^ faict à Archiac, 
le 5 juin 1569. 

Portant tesmoignagc du contentement que mon dit seigneur avait 
de mon service. 

Ce rapprochement est, en effet, bien concluant, et il y a tout lieu de con- 
sidérer cette copie comme un touchant souvenir ([ue le bon serviteur avait 
voulu conserver, et dont il avait certes droit d'être fier. — M. Masson si- 
gnale quehjues différences entre le texte de Le Gresle et l'original que nous 
avons suivi. Ainsi cette phrase ( p. 263 ) : « Et pour ce que quant à mes 
« enffants, je les ayme tous également, j'entends que ung chacun d'eux i-e- 

(1) Hist. de la litt. franc, à l'étranger, t, I, p. 163. 



4 CORRESPONDANCE. 

<( cueille en ma siiceession ce que les coustumes du pays oii sont situés mes 
<: biens leur donneiil, » est terminée par Le Gresle de cette façon : « Ce que les 
« (•oustumesdiipaysdù lisseront subjects portent. "Puis, immédiatement après 
ce parai;raplie, vient celui qui commence : « Je veulx que mon fils ayné, etc. » 
C'est une lacune d'une douzaine de lignes. Les deux alinéas suivants : « Item 
<< j'ordonne, etc., — Et pour ce qu'il pourra, etc., » sont aussi entièrement 
omis. — Le paragraphe : « Item je prie à Madame Dandelot, etc. » (p. 267), 
finit par « luy commandent, » au lieu de « luy obligent. » — Puis deux ali- 
néas omis. Le suivant se lit ainsi : « Item je veux et ordonne que ce que 
« je donne à mes serviteurs leur soit payé et encore un an dadvantage, à 
« compter du jour de mon trépas. » — Encore une lacune de deux alinéas, 
et le reste depuis « item (juant il plaira à Dieu, » est conforme. 

Dans le volume de la collectidu Haiiéiennc, u» \i\ii\, qm contient ce docu- 
ment, M. Massoii en a trouvé un autre fort inléressaid. C'est un sonnet de 
Le Gresle sur la mort de l'amiral. INoiis le publions ci-après. 



liC lÎTre «l'IIeupcs de liouise de Colig-ny. 

A roccasion du Testament de ColUjmj, nous avons reproduit [Bull. t. I, 
p. 275), d'après Du Bouchet, V Extrait d'un livre de famille, et nous an- 
noncions en même temps qu'on nous avait fait espérer une copie des notes 
manuscrites d'un volume ayant appartenu à la lille de l'amiral et se trouvant 
encore aujourd'hui en Hollande. M. C-A. Rahlenbeck, consul du roi de 
Saxe à Bruxelles, de qui nous attendions cette intéressante communication, 
a bien voulu nous écrire la lettre suivante, à laquelle nous ajouterons quel- 
ques remarques. 

A M. le Président de la Société de l'Histoire du Protestantisme 
français. 

Bruxelles, le 17 mai 1853. 

Monsieur le Président, 
Le chevalier Yan Happard, secrétaire général au ministère de la guerre, à 
La Haye, a mis autant d'empressement que de bonne grâce à me transmettre 
quchpies détails au sujet du précieux Livre d' Heures de Louise de Coligny, 
princesse d'Orange, qui se trouve aujourd'hui en sa possession. En I8U), 
un j(ju!iial hollandais, le Nieuwsblad voor den Boekhandel, avait appris à 
ses lecteurs qu'il fallait bien se résigner et admettre ijuc le petit volume, tout 
couvert de notes marginales par Louise de Montmorency et son fils Gaspard 
de Coligny, avait , comme tant d'autres reliques et tant d'autres trésors, 
pris le chemin de l'étranger, parce (ju'il n'en avait plus été question depuis 
(jue Bjœrusta'hl, un voyageur suédois du siècle dernier, en avait parlé dans 



CORRESPONDANCE. O 

sa correspondance, M. Van Rappard s'empressa de réclamer contre cette 
supposition, et il raconta, dans une lettre adressée, sous la date du 23 mai 
1840, au Messager des Lettres et des Arts, publié à Haarleni, comment le 
livre d'Heures, vu en 1773 par Bjœrnstsehl dans la bibliothèque de M. le 
pasteur Royer à La Haye, était tombé entre ses mains. 

Je passe sur ces détails et j'en viens à la description du livre. Voici son 
titre : 

LES PRÉSEiNTES HEURES A L'USMGE DE PARIS 
Furent achevées le XX" jour de juing de l'an mil CCCCG 

Par Thielman Kerver pour Guillaume Eustace tenant sa boutique 
dedens la grant salle du Palais du cotté de la chapelle de messei- 
gneurs les présidens ou sur les grans degrez du cotté de la Con- 
ciergerie àrimaige sainct Jehan l'évangéliste. 

Il paraît d'abord avoir appartenu à Louise de Montmorency, qui avait 
épousé en premières noces Ferry de Mailly, sire de Conty. Cette dame a 
écrit ce qui suit en marge du premier feuillet : 

Le vandi^edy XXVIII" jour davryl mil P et huict fut né Jehan de 
Mailly, mon filz, à Conty. 

Le vandredy XI Ih jour de setanbre fut née Loyse de Mailly, à Conty, 
lan mil V et neuf. 

Quelques pages plus loin, elle écrit encore : 

Feu messire de Conty leur père trépasa à Millan, la veille de Nouel 
mil V XL 

Le mardy XVI' jour de juing an mil Vc et XII fut née mademoy- 
selle de Mailly, à Chantilly. 

Et gIIg si*^iiG * 

" ' LOYSF DE MONTMORENCY. 

On sait qu'après trois ans de veuvage, cette même dame de Conty devint, 
par contrat du 1 '^'' décembre 1514, la femme de Gaspard de Coligny, sei- 
gneur de Coligny, Andelot, Ciià(illon-sur-Loin, etc., chevalier des ordres du 
roi et maréchal de France; elle ne mentionne pas son second mariage, mais 
elle continue, à cette omission près, de mentionner tous les événements de 
famille qui la touchent : 

Le dimanche IIIL jour de novanbre mil VCXV fut né Pierre de 
Coulligny, à Chastillon. 

Le X'jour de juillet mil VC XVII fut né Odet de Coulligny, un ven- 
dredy à Chastillon. 



(> CORRESPONDANCE. 

Le mercredy XVb jour de févryer mil VCXVIII fut né Gaspard 
de CouUigny, à C/iastillon. 

Lejeudy XVIII' jour davrilmil VC XXI fut né Fransoisde CouUi- 
gny à Chastilbn. 

Mons'- h maréchal leur père trépasa an Guyane lieutenant général 
du roy an la ville Dast le II II' jour doust lan mil VCXXII. 

Signé : LOYSE DE MONTMORENCY. 

Ce mémorial est poursuivi, après vingt-cinq années d'interruption, par 
Gaspard de Colligny, amiral de France, qui nous apprend que sa mère. 

Madame la marescalle de Chastillon mourut à Paris le XII juing 
1547. 

Puis, de feuillet en feuillet, il transcrit les faits suivants : 

LeXVIejour doctobre 1547 Gaspard de Colligny S' de Chastillon 
et depuys admirai de France fut marié à Fontainebleau en premières 
nopces à Charlotte de Laval. 

Le XXI juillet 1549 fut né mon premier filz à Chastillon à huict 
heures du matin. 

Le X" jour davril \?)o\ fut né ung vendredy Henry de CouUigny 
mon filz, entre huict et neuf heures du soir, à Chastillon. 

Le XXV III' de septembre 1S54 fut né, à ung vendredy, Gaspard de 
CouUigny, mon filz, à Chastillon, à six heures du soir. 

Le XXVI II" de septembre -1S55 fut né à ung samedy Loyse de 
CouUigny, ma fille, entre cinq et six heures du matin, à Chastillon. 

Le XXVI IF dapvril 1557 fut né à un mercredy, Francoys de Coul- 
ligny, mon filz, à huict heures trois cars du matin, à Chastillon. 

Le XX II II" de décembre 1560 fut né Oddet de CouUigny, mon filz, 
à Chastillon, à ung mardy, à onze heures trois cars avant midy. 

Le VII' de mars 1561 fut née Renée de CouUigny ma fille à Chas- 
tillon ung samedy à quattre heures du matin. 

Le X de décembre 1 564 fut né Charles de CouUigny mon filz à 
Chastillon, ung dimanche, à neuf heures du soir. 

Lî III' de mars V\Q'^ mourut Madame ladmiralle leur mère Char- 
lotte de Laval, à Orléans. 

Le XXV' jour de mars 1571 le dict Sr admirai fut marié et espousa 
en secondes nopces Jacqudine d Entremonts, à la Itochelle. 

« A la lecture de ces lignes, » dit l'heureux possesseur de ce joyau de fa- 
uiille, " on reconnaît facilement qu'elles ont été tracées par Coligny dans 



CORRESPONDANCE. 7 

l'année qui s'écoula entre son mariage avec Jaqueline de Montbel, comtesse 
d'Entremont, et la Saint-Barthélémy, qui mit l'auréole du martyr au bout de 
sa belle vie. » 

En effet, Coligny n'aurait pu dire, en signalant son union avec Charlotte 
de Laval, qu'il l'avait épousée « en premières nopces, » si, au moment où 
il écrivait cela, il n'avait pas déjà été remarié. 

11 est une autre observation qu'il est impossible de passer sous silence; 
c'est une erreur de date, celle de la naissance d'Odet de Coligny, qui se 
trouve déjà dans l'ouvrage de Du Bouohet, et qui a été dernièrement repro- 
duite par le Bulletin. Les dernières annotations du volume sont de l'écriture 
de Jaqueline d'Entremont ; les voici : 

Le XXIV daoust 4572 a esté mis à mort feu monseigr et mari 
Gaspard de Chastillon admirai de Fransse avec beaucoup de la no_ 
blesse française et du peuple aiant lessé sa désolée famé grosse de cinq 
mois. 

Le XXI de désembre \ 572 fut née Béatris de Colligny à dix heures 
du matin à Saint- André-de-Brior. 

Comment ce livre d'heures, que la veuve de l'amiral emporta en Savoie, 
vint-il à être possédé par Louise de Coligny, princesse d'Orange? Ici, le 
champ est ouvert aux hypothèses. Deux noms, ceux de deux anciens servi- 
teurs de la maison de l'amiral, se trouvent bien inscrits de cette manière 
sur l'une des gardes du volume : 

Vostre très humble et très obéissant varlet, 

LA FONTAINE. 
Vostre très humble et très obéissant serviteur ^ 
CHARLES MARTIN. 

3Iais ils n'indiquent et ne rappellent rien. Peut-être ne sont-ils qu'un der- 
nier et pieux témoignage de dévouement adresse à Louise de Coligny au mo- 
ment où elle s'en va prendre sa part d'une vie presque aussi pure et presque 
aussi belle que celle de son père. 

Je termine. Monsieur le Président, cette longue lettre, qui vous aura épar- 
gné (c'était mon désir) l'ennui d'une traductio», et je vous prie de me con- 
sidérer comme un des plus dévoués à l'œuvre si utile de la Société et, comme 
toujours, prêt à concourir à son avancement. 

Agréez, etc. C-A. Rahlenbeck. 

En comparant les citations qui précèdent avec celles que nous avions 
données d'après Du Bouchet, et en faisant de nouvelles recherches dans le 
gros in-folio de cet auteur, nous avons constaté que le « Livre gardé dans 



8 CORRESPONDANCE. 

« un cabinet du cliastoau de Cliastillon-sur-Loin, » d'où il avait tiré l'ex- 
trait reproduit dans notre Bulletin, nétait autre que le Livre d' fleures 
dont on vient de lire la complète description. En effet, indépendamment de 
la conformité de textes que présentent les deux séries de mentions, sauf 
(luehiues vai'iantes faciles à e\pli(iuer, nous avons trouvé en trois autres en- 
droits (p. 345, 443 et 1088) les mentions relatives à la naissance des trois 
frères Odet, Gaspard et François de Coligny, avec cet intitulé : 

« Extrait d'un Livre de prières ou Heures de Nostre-Dame à l'usage ûo. 
« Paris, de feu Madame Louyse de Montmorency, à la tin duquel sont es- 
« crites de sa main les nativité/, de ses enfants et de Monsieur le mareschal 
« de (lliaslillon, son second mary. » 

L'historiographe a répété cet intitulé en tète de chaque chapitre qu'il a 
consacré à chacun des trois frères, en y plaçant, comme début, cette espèce 
d'acte de naissance libellé par leur mère. Mais il a laissé de côté la mention 
concernant Pierre de Coligny et celle relative au décès du maréchal de Chas- 
tillon. De même, il a omis, dans la série que nous avons reproduite {Bull., 
t. I, p. 275), les mentions ci-dessus relatives à François de Coligny, né le 
28 avril 1557, et à Charles de Coligny, né le 10 décembre 1564. 11 l'a fait 
avec intention, car il donne ailleurs ces mêmes mentions (p. 624 et 607), en 
tête des chapitres XII et XIII, <'oncernant ces deux tils de l'amiral. 

L'observation de "\L Van Rappard, au sujet de la mention du second ma- 
riage de l'amiral, tendrait à rectilier la note tpd la précède dans l'extrait de 
Du Bouchet , et qui est conçue en ces termes : « De la main de ]\Iadame 
« l'admirale, comtesse d'Entremont. » Il paraît que l'écriture de la veuve de 
l'amiral ne commence (]u'après cette mention et que celle du mariage est en- 
core de la main de Coligny. 

Quant à l'erreur de date relative à la naissance d'Odet de Coligny, n(uis 
ne l'aix'rcevons pas, la date ^rapportée dans la lettre de M. Rahlenbeck étant 
la uièiiie que celle fournie par Du Bouchet : 24 décembre '1560. 



9$ceau de l'Assemblée politique «le I^a Itoeliclle. 

Nous avons indiqué, comme docunuMit intéressant à rechercher, le sceait 
de l'Assemblée politique de La Rochelle, c'est-à-dire l'empreinte dudil 
sceau sur les ordonnances et commissions de cette fameuse Assemblée. 
[BidL, t. I, p. 345.) — En réponse à cet appel, M. le pasteur Delmas, de La 
Rochelle, nous fait connaître «pu' le dernier procès-verbal de l'Assemblée de 
1621, d'après la copie de ses procès-verbaux qui est à la Bibliothèque de 
celle ville, se termine ainsi : 

« 11 a esté ordonné que les actes originaux de rAssembléC;, ensemble 



CORRESPONDANCE. 9 

« les lettres d'envoi^... ensemble le sceau de ladite Assemblée, seront 
« laissés es mains de Messieurs de La Chapelicre et de La Goutte, 

« pour les remettre au Thrésor et Chartrier de ceste ville de La 

« Rochelle. » 

Les pièces de ce Trésor ont été enlevées en 1 628 par le cardinal de Riche- 
lieu. Une partie a été détruite à Paris, en 1738, dans l'incendie du Palais de 
Justice, où étaient la Chambre des Comptes et les Archives; une autre par- 
tie a peut-être péri au second incendie de 1760. Aussi les pièces officielles 
relatives aux affaires politiques de La Rochelle sont-elles fort rares , et il 
importe d'autant plus de les rechercher, de les recueiUir et de les signaler. 
— En même temps, M. Delmas nous communique « un calque de la grande 
vignette placée au titre de la Bible imprimée à La Rochelle par Jérôme 
Haultin, en 1606 (1), et qui se rapporte à la description de Benoit, que nous 
avons rapportée. » Il ajoute que « d'autres notes prises sur des traditions le 
donnent pour conforme au cachet employé par l'Assemblée de 1 621 ; on y 
aurait seulement ajouté la devise : Pro Christo et Grege. » 

Nous avions en effet remarqué le sujet du titre de cette Bible, qui est évi- 
demment celui dont parle Benoit; nous avons également remarqué la même 
vignette, mais beaucoup plus petite et d'un dessin plus grossier et moins 
complet, en tête de trois éditions des Psaumes, toutes trois de Paris, savoir : 
r celle de 1566 (Ant. Vincent), avec les Oraisons de Marlorat, très joli vo- 
lume in-18; 2" celle de 1641 (Pierre Des-Hayes), beau volume in-8"; 3" celle 
de 1657 (Ant. Cellier), in-18, ces deux derniers « se vendant à Charenton. » 
Cette dernière édition contient, à la page 24, sous le titre de : Description 
de la Fraie Religion, par demandes et par responses, une explication ver- 
sitiée de la vignette dont il s'agit. Il n'est pas sans intérêt de la reproduire ici : 

Deîn. Mais qui es-tu , dis-moi , qui vas si mal vestue , 
N'ayant pour ton habit qu'une robe rompue ? 

Rép. Je suis Religion, et, n'en sois plus en peine, 
Du Père souverain la Fille souveraine. 

f). — Pourquoi t'habilles-tu de si pauvre vesture ? 

A". — Je mesprise les biens et la riche parure. 

D. — Quel est ce livre-là que tu tiens en la main:* 

R. — La souveraine Loi du Père souverain. 

D. — Pourquoi aucunement n'est couverte au dehors 
La poitrine aussi bien que le reste du corps? 

(1) La Bible de Duplessis-Mornay, que nous avons décrite {Bull., t. I, p. 202), et 
que nous possédons aujourd'hui {ihid., p. 240), est un exemplaire de cette édition, 
qui avait été autorisée par le synode de Saumur et par celui de Gap, en 1603. 
(Article 4 des actes généraux.) 



10 CORRESPOND A^•CE. 

R. — Cela me sied fort bien, à moi qui ai le cœur 

Ennemi de finesse, et ami de rondeur. 
D. — Sur le bout d'une croix pouniuoi t'appuyes-tu ? 
li. — C'est la croix qui me donne et repos et vertu. 
D. — Pour quelle cause as-tu deux ailes au costé? 
/i. — Je fais voler les gens jusques au ciel voûté. 
D. — Pourquoi tant de rayons environnent ta face? 
/{. — Hors de l'esprit humain les ténèbres je chasse. 
D. — Que veut dire ce frein P R. — Que j'enseigne à domter 

Les passions du cœur et à se surmonter. 
/). — Pourquoi dessous tes pieds foules-tu la mort blême? 
R. — Pour autant que je suis la mort de la mort même. 

Veut-on savoir maintenant comment certains écrivains catholiques inter- 
prètent et travestissent les faits (lui concernent l'histoire protestante? En 
voici, à propos de cette même vignette, un curieux échantillon : « Gramond, 
" président au Parlement de Toulouse, nous donne la description du sceau 
« de La Rochelle (Hist. prot. rebell., p. 84). On voyait l'archange saint 
« M'uhi'] tenant un livre de la main gauche, et, s'appuyant de la droite sur 
« une croix, il lançoit des regards d'indignation et de courroux sur un 
« honmie nud , étendu à ses pieds. La devise étoit : Pour le Christ et pour 
'< le roi, p7^o Christo et rege. » On lit ce qui précède dans une note de 
l'Histoire de la Rochelle du père Arcère, de l'Oratoire (t. II , p. 604) ; mais 
il a eu soin d(> citer en même temps les quelques lignes de Benoît que nous 
avons reproduites. — Le même auteur dit (p. KiG) (pie c'est vers la tin du 
mois de mai 1621 que l'Assemblée fit graver un sceau avec la légende : Pro 
Christo et rege Une observation nous paraît contredire celte assertion. 
Louis Xlll donna à Niort, sous la date du 27 mai 1 621 , des Lettres patentes de 
déclaration dirigées contre les habitanset tenans de La Rochelle et de Saint- 
Jean-d'Angely, et dans ces lettres on volt déjà ligurer, pai'mi les griefs argués 
contre ceux de la R. P. R., d'avoir « mesmes faict graver tin sceau, sonbz 
<< lequel et sniibz tes signatures des principaulx desdites Àsseml)tées, ils 
" ont lasché diverses Ordonnances, Décrctz. 3lande:i ens et Commissions, por- 
" tant pouvoirs à des particuliers de commander aux Provinces et Villes, 
« lever les deniers de nos fermes et receptes, faire levées d'hommes, d'ar- 
" mes et d'argent, fondre canon, envoyer aux provinces et royaumes élran- 
« gers, et autres semblables ad ions (jui font assez paroistre une entière re- 
« bellion et soubzlevalion ouverte contre nostre auctorité. De quoy ayant 
« eu cognoissance dès le mois d'avril dernier, etc. » Ainsi, il paraît bien que 
l'usage du sceau de l'Assemblée de La Rochelle était antérieur au mois de 
mai 1621. 



CORRESPONDANCE. Il 

Nous n'avons aujourdhui rien de plus à dire sur cette question ; mais nous 
réitérons la recommandation de rechercher quelques documents portant 
l'empreinte que nous aurions à reproduire. C'est là l'essentiel. 



Psautier protestant de Pierre Datantes, 1560. 

Parmi les notes que nous avons déjà données sur le Psautier protestant 
( Bull. , t. I, pp. 34, 94, 409 ) , nous avons dit cpie la première édilion faite 
en France, du Recueil complet des Psaumes, fut celle de Lyon, 1562. 
M. le P'' Corbière, de Montpellier , nous a fait connaître à ce sujet un vo- 
lume curieux et rare qui lui avait paru d'abord de nature à contredire cette 
assertion. C'est un exemplaire in-s», imprimé principalement en caractères 
d'ancienne écriture française, et dont le titre est ainsi conçu : « Pseaumes 
« de David ^ mis en rhythme française , par Clément Marot et Théodore 
« de Besze, avec nouvelle et facile méthode pour chanter chacun couplet 
« des Pseaumes sans recours au premier, selon le chant accoustumé en 
« l'Eglise, exprimé par notes compendieuses exposées en la Préface de l'Au- 
« theur d'icelles. » Et au bas du titre : «Avec privilège. Par Pierre Davantes. 
« M. D. LX. » Mais le privilège n'est pas joint et il n'y a point de nom de 
lieu. Cette édition a-t-elle été faite en France ? C'est chose possible ; cepen- 
dant rien ne le prouve, et une préface de l'Editeur, datée de Genève, 
indique peut-être le contraire. On y trouve l'Epître de Calvin, du 10 juin 
1543, et la dédicace de Théod. de Bèze, que nous avons reproduites 
( Ibid, p. 96 et 144). L'intitidé de l'Epître porte : « A tous chrestiens ama- 
teurs de la Parole de Dieu, salut, » texte préférable sans doute à celui (|ue 
nous avons suivi : « et amateurs, etc.» A la suite des Pseaumes, on a imprimé 
« la Forme des prières ecclésiastiques, » etc., et « le Catéchisme, » pré- 
cédé d'un avis au lecteur, que nous ne croyons pas avoir vu ailleurs, et qu'il 
nous semble utile de reproduire. 

" Au Lectecii. Ce a esté une chose que toujours l'Eglise a eue en singu- 
« lière recommandation, d'instruire les petis enfants en la doctrine chres- 
« tienne. Et pour ce faire, non-seulement on avoit anciennement les Escoles, 
" et commandoit-on à un chacun de bien endoctriner sa famille; mais aussi 
« l'ordre publique estoit parles temples, d'examiner les petis enfants sur les 
" poincts qui doivent estre communs entre tous chrétiens. Et à fin de pro- 
« céder par ordre, on usoit d'un formulaire, qu'on nommoit Catéchisme. 
« Depuis, le diable, en dissipant l'Eglise, et faisant l'horrible ruine, dont on 
« voit encore les enseignes en la pluspart du monde, a distrait ceste saincte 
« police , et n'a laissé que je ne say quelle reliques , qui ne peuvent sinon 
« engendrer superstition, sans aucunement édifier. C'est la confirmation. 



i2 



CORRESPONDANCE. 



« qu'on appelle , où il n'y a que singerie sans aucun fondement. Ainsi , ce 
« que nous mettons en avant , n'est sinon l'usage , qui de toute ancienneté 
« a esté observé entre les chrestiens; et n'a jamais esté délaissé, que quand 
« l'Eglise a été du tout corrompue. » 

Mais ce qui distingue cette édition, outre sa date et la physionomie particu- 
lière que lui donnent les caractères d'écriture qui la font ressembler à un 
manuscrit du XVr siècle, c'est le système de notation musicale employé par 
l'auteur, et exposé par lui en dix-neuf pages (jui ouvrent le volume. Cette 
préface est datée « de Genève, ce XVI il de septembre AIDLX. » Elle est 
intitulée : « Préface de Pierre Davantes^ dit Jntesignanus, au Lecteur, 
en laquelle est démonstrée la valeur des notes de musique nouvellement 
mises es p}-ésens Pseaumes. • En voici le début : «Ceux qui apprennent 
d'eux-mêmes à chanter les Pseaumes sans avoii' autre aide que la note de 
musique, laquelle a esté mise par cy devant sur toutes les syllabes du pre- 
jiiicn-ouplet de chacun Pseanme, savent assez combien il est long et difficile 
d'appliquer ladite note du seul premier couplet pour s'en servir à chanter 
tous les autres du mesme Pseaume, et principalement à chanter ceux-là 
(jui sont en un(> autre page (pie n'est le premier, lorsque d'une mesme viie 
on ne peut regarder et la lettre et la note, et apperçoivent aussi combien il 
leur seroit plus aisé de les chanter, s'ilz estoyent aidez de la note sur 
ceux-cy, connue sur le premier... » " De ma part , dit plus loin notre au- 
teur, il y a longtemps que j'ay désiré que (pu'lque bon Musicien exco- 
gitast pour l'usage du chant des Pseaumes quelque façon de notes qui 
occupassent moins d'espace que celles dont on use aujourd'huy, et qui 
se poussent connnodément appli([uer à toutes syllables... Voyant (pie 
personne ne satisfaisait à ce mien désir, je me suis mis moy-mesmes après 
cette recherche... de marques suffisantes pour pouvoir exprimer toutes 
proportions et mesures et toutes sortes de notes dont les musiciens 
usent en leurs livres... Je n'ay trouvé moyen plus expédient (|ue de 
recourir à l'Arithmétique, comme à la source et mère de la >lusi(jue, de 
laquelle j'ay emprunté ces charactères 1, 2, 3, 4, 5, 6, 7, 8, 9, y adjous- 
tant deux lettres ./, //, pour perfaire le nombre d'onze notes , prenant 
A pour 10, et B pour M , afin de n'user de deux charactères pour une 
seule note... Grâces au Seigneur, la chose a succédé à mon entreprise... 
Au lieu qu'auparavant on avait coustume de consumer plusieurs mois à ap- 
prendre la ganuue et rudimeiis de musi(pie... Mainlenaiil sans se rompre 
ou charger la teste d'une telle infinités de préceptes , par lesquez ilz es- 
toyent par cy devant espouvantez, et bien souvent forclos de l'usage de la 
saiiUe >lusi(pie pleine de toute consolation , ilz pourront en moins d'une 
heure estre suffisamment instruits... » L'auteur entre ensuite dans des 
xplications techniques sur les éléments de la musitpie et sur le mécanisme de 



CORRESPONDANCE. 13 

sa gamme chiffrée comparée à l'eschelle et notes communes. «Nous avons, 
« (li(-il en terminant , à la suasion d'aucun , laissé en ceste impression les 
« notes accoustumées sur les premiers couplets avec les nostres; afin que plus 
« aisément on puisse conférer les uns avec les autres, et se servir de celles 
« qu'on aimera le plus ou qu'on trouvera le plus duisibles chacun pour son 
« usage. » — On voit que Pierre Davantes , dit Antesignanus, mérite d'être 
mentionné (1), comme ayant tenté l'introduction, au moins dans le chant des 
Psaumes, d'une méthode d'écriture musicale , sur laquelle J.-J. Rousseau 
appela l'attention au siècle dernier, et qui, de nos jours, a aussi de très 
fervents adeptes. Mais quelques perfectionnements qui aient été apportés 
à cette méthode , quelque soit le zèle de ses partisans , l'ancien système a 
jusqu'ici défendu avec succès sa position de premier occupant. 



Communications relatives aux MARRE AUX. 

Encore quelques détails qui méritent d'être accueillis au sujet des 
Marreaux. — 3I.Grieumard,P.à Quissac(Gard),nous en a transmis un iden- 
tiquement semblable à celui que dous avions reçu de M. Laurens (V. t. I, 
p. 423). Il y a joint deux extraits du registre des délibérations du consis- 
toire de Négrepelisse, commencé le dimanche 5 septembre \ 627, c'est-à-dire 
cinq ans après que cette valeureuse petite ville eut été prise d'assaut par 
Louis XIII, rasée de fond en comble à l'exception du presbytère et du châ- 
teau, et tous ses habitants passés au til de l'épée. Voici ces extraits. 

\°. — « Du dimanche vingt -un apvril, avant le presche du matin, le 
consistoire assemblé, président le S"" Verdère, pasteur; Après avoir prié 
Dieu, a esté représenté par le sieur Pâlot, ancien, qu'aujourd'hui on doit 
participer au saint sacrement de la Cène et qu'il faloit ainsi estre pourvu aux 
charges ; Arreste que le S'' Moulet fournira pain et vin ; Le Sr Pâlot baillera 
la coupe à M. Yerdère, pasteur; Le S"" Soulier tiendra le plat pour recevoir 
l'argent des pauvres; Le S"" Labrueys tiendra le plat des marques; L(> 
S"" Férol tiendra la tasse à la porte. Et les S'^ Foly et Valette auront le soin 
de faire venir le peuple avec ordre. » (Pareille délibération était prise 
la veille ou le matin de tous les jours de communion.) 

1° — «Du dimanche vingt-unième décembre mil six cent trente, issue du 
presche du soir, le consistoire assemblé, président le S'" Verdère, ministre 
de cette église; Après invocation du nom de Dieu et prière faite, le 
S"' Verdère, ministre, a représenté que suivant la coutume observée en cette 
église, conformément à la discipline ecclésiasti(jue, il est nécessaire de pro- 
céder à la nomination des nouveaux anciens, pour servir à l'église, priant 

(l) Il ne l'est pas dans YHist. litt. de Genève, de Senebier. 



44 CORRESPONDANCE. 

les anciens qui sortent de charge de faire nominations à leur place de person- 
nages gens de bien, sans reproches et capables d'exercer la charge; Et à 
l'instant ont été nommés ceux qui suivent: Premièrement, Anthoine Sartes, 
praliticn, Guillaume Labrueys, notaire, Jean Lorabrail dit Jacard, Ferand 
Foly, laboureur: pour Bioullo (deux noms illisibles); pour Yaïssac, Jean 
Valette, tlls de feu Jean Valette. Lesquels ont été approuvés par la Compa- 
gnie et arrêté qu'ils seront nommés au public à l'issue du presche par trois 
dimanclies, et après sera procédé à la réception s'il n'y a opposition 
légitime. » 

M. Th. Claparèdc, de Clairmont-sur-Champel (Suisse) nous écrit que des 
recherches qu'il a eu l'occasion de faire dans les registres de la Compagnie 
dos pasteurs de Genève, conlirment ce qui nous a été communiqué sur 
l'emploi des marreaux. Dès les premières années du dix-septième siècle, il 
en a trouvé la menlion, dans les circonstances que voici. En -leOo, les pas- 
teurs du collo(jue de Gex s'étant plaints à la Compagnie que des Genevois 
allaient communier dans leurs églises sans être munies d'attestations, et que 
d'autre part certains de leurs paroissiens étaient admis à Genève à la table 
sacrée sans y avoir été autorisés par eux, ce qui était contraire à la disci- 
pline ecclésiasticjue, la Compagnie prit sur ce sujet la résolution suivante : 
'< Advisé que combien qu'il seroit très bon que selon l'usage des églises de 
" France nous eussions des marreaux; néantmoins veu les grandes ei irré- 
« ensables difficultez (lu'on prévoit au changement et en la nouveauté de cest 
'( ordre, sera expédient que le dimanche précédent le jour de la Cène, on 
n advertisera le peuple en chaire à ce que nul ne s'approche de la table du 
« Seigneur qui n'en soit capable. » (Reg. du 27 décembre IGOo.» — En 
1613, il fut proposé dans la Compagnie « qu'il serait expédient d'avoir des 
« marreaux en la ville et es églises des champs. »— Cette demande fut re- 
nouvelée en 1648. M. Flournoy, pasteur de Moëns, village genevois, rap- 
porte à la Compagnie, de la part de 31. Héliot, pasteur à Cepy, pays de Gex, 
que les pasteurs de ce bailliage « ont introduit l'usage des marreaux à 
« celle lin de reconnoître ceux qui sont leurs brebis, et prioyent qu'on en 
« list aussi de mesnu'. » Celte proposition ne fut pas adoptée à cause des 
difficultés d'exécution, et les pasteurs genevois décidèrent de s'en tenir à 
des attostations écrites par les communiants étrangers. — Voilà donc trois 
mentions positives des marreaux dans la première UKjitié du dix-septième 
siècle. Maintenant, ces marreaux étaient-ils déjà des médailles, ou seule- 
ment de simples marques? c'est ce que 31. Claparède ne saurait décider. Il 
ajoute (pi'un exemplaire semblable à celui dont nous avons donné la gravure 
(t. I, p. 130) existe à Genève dans la collection de 31. ReviUiod-Faesch et a 
été décrit par 31. Blavignac, dans les Mémoires de la Soc. d'hist. et dar- 
chéol.de Genève. INous avons en effet trouvé cette description au tome VII 



.i 

I 



UN INDEX DU XVI* SiÈCLE. iS 

(de 1849) p. 127; elle est suivie d'une note ainsi conçue :« Cette pièce, fort 
« rare aujourd'hui, était, à l'époque des persécutions de Louis XIV, portée 
« en secret par les protestants comme marque de ralliement. » On voit que 
l'auteur ignorait, comme nous l'avons d'abord ignoré, la véritable destina- 
tion du marreau; il y voyait une médaille de reconnaissance, comme nous 
un monument des églises du Désert, une marque de communion particu- 
lière à ces églises et au dix-huitième siècle. Les renseignements que nous 
avons obtenus de divers côtés ont donc concouru à bien éclaircir deux points 
intéressants: le mot marreau et son ancienneté, et l'usage de la chose 
ainsi appelée. 

On nous communique un volume rare, intitulé : « Sermon prononcé à 
« Charenton le sixième de juillet 1661, sur les paroles de saint Paul, 1 Co- 
« rinth. C. 1. v' 10, par Jacques Gantois, ministre du vS. Évangile en l'é- 
« glise de Sancerre. A Sedan, par François Chaye, impr. de l'Académie. 
« M. DC. LXIV. » In-8° de soixante-dix-sept pages. A la tin du sermon, on 
lit cette note : « Après cette exhortation, la réconciliation que le synode de 
« Berri, tenu à Sancerre le 8^ jour de may et suivants, avoit jugée néces- 
« saire pour le bien de l'église de Paris qui se recueille à Charenton-Saint- 
« 3Iaurice, s'est faite solennellement dans le temple dudit lieu. » — C'est, 
on le voit, un sermon de circonstance; mais de quelle réconciliation s'agis- 
sait-il ? Nous l'ignorons, faute de connaître les actes du synode de Berri qui 
l'avait ordonnée. Si quelqu'un de nos lecteurs les possède, il pourra éclaircir 
ce point et nous le prions de nous faire parvenir les renseignements qui nous 
manquent. Nous demandons aussi qu'on veuille bien nous communiquer 
toutes les informations de nature à intéresser l'histoire du temple de Cha- 
renton. 



DOCUMENTS INÉDITS ET ORIGINAUX. 



UN IHDEX DU XVI*^ SiÈCLE. 

LIVRES ET CHANSONS PROHIBÉS PAR UN INQUISITEUR DE LA PROVINCE 
ECCLÉSIASTIQUE DE TOULOUSE. 

(154:8-134:9.) 

(Fin.) 

Nous donnons aujourd'hui la fin du travail de M. de Fréville, curieux chapitre 
de l'histoire de la police des livres au siècle de la Réforme. Le premier article 



16 UN INDEX DU XVI» SIÈCLE. 

{Bull., t. I, p. 35o) contenait les renseignements préliminaires sur l'inquisiteur 
de Toulouse en 1340, sur la nature de ses pouvoirs, la date de son Index, et la 
situation des Réformés de sa province ecclésiastique; puis le monitoire ou man- 
dement qui enjoint aux justiciables 1° de dénoncer lesdits Réformés; 2° de révéler 
les noms de ceux qui vendent ou lisent des livres hérétiques; 3° d'apporter et dé- 
poser lesdits livres, dont la liste, accompagnée de commentaires et d'éclaircisse- 
ments, a fait la matière du second article (p. 437). Cette partie, comprenant 77 nu- 
méros, se trouvera complétée par les 15 mentions de chansons prohibées qui vont 
suivre. M. de Fréville y a ajouté une note supplémentaire sur diverses chansons 
protestantes tirées de deux recueils imprimés de la Bibliothèque de l'Arsenal, et il 
en a extrait des citations du plus vif intérêt. Ce sont des échantillons extrême- 
ment remarquables d'une poésie pleine d'élan et de rhythme, des jets vigoureux 
et tout d'une venue, qui montrent tout ce qu'avait pu faire, en ce sens, avant que 
Malherbe vint, cette langue française du XVI* siècle, si verte encore et déjà si 
riche, si féconde sous la plume des huguenots. Nous ne manquerons pas de publier 
successivement les pièces dont M. de Fréville donne ici l'indication et l'avant-goût. 



Ce sont les chansons prohibées : 

78) Premièrement : La chanson des dix commandements de Dieu, 
sur le cliant^ 

Au boys de dueil, [à l'ombre d'ung souciL] 
La chanson Au bois de dueil se trouve dans le recueil intitulé : «Sensuyt plu- 
sieurs belles chansons nouvelles et fort joyeuses, avecques plusieurs autres reti- 
rées des anciennes impressions. 1543. On les vend à Paris, en la rue Neuve-Noslre- 
Dame, à l'enseigne de l'Escu de France, par Alain Lotrian.» ( Bibl. imp., Y 6117 c, 
2e recueil, fol. lvii verso.) 
qui commence. 

Adore un Dieu, [le Père tout-puissant, 

En vérité, sans nulle œuvre charnelle ] 

Voyez cette pièce dans le recueil qui a pour tit'-e : «Chansons spirituelles :\ 
l'honneur et louange de Dieu et à l'édification du prochain, reveues et corrigées 
de nouveau... S. 1. M.D.LXIX.» (Bibl. de l'Arsenal, n. 7881, B. L., p. 19.) 

79) Chanson sur les articles de la Foy, sur le chant, 

Faulte d'argent, [la malheureuse chance. \ 
Je ne connais point cette pièce. 
commenceant. 

Au grand conseil, [par divine ordonnance, 

Fut décrété qu'au Père entièi^ement...] 
(Bibl. de l'A., n. 7881, B. L., p. 18.) 

80) Aultre ciianson, sur le chant. 



UN INDEX DU XVI* SIECLE. 17 

Tant que vivrny en eoge florissant. 
Inconnu. 

qui commence. 

Tant que viway, [en aage florissant, 

Je serviray le Seigneur tout-puissant... 
(Bibl. de l'A., n. 7881, B. L., p. 66.) 

81) Aultre chanson, sur le chant. 

Languir me faictz sans t'avoir offencée. 
(Bibl. inip., Y 6117 c, 2e recueil, fol. xxxvii v».) 
commenceant. 

Le vieulx serpent, {par venimeux sibile, 

ISostre mère Eve a tant arraisonné....] 
(Bibl. de l'A., n. 7881, B. L., p. 70.) 

82) Aultre chanson sur le premier Pseaume, sur le chant. 

Dont vient cela, [belle, je vous suplie.] 
(Bibl. imp., Y 6117 c, 2e recueil, fol. xl V.) 
qui commence, 

[Combien] sera l'homme fulelle, [heureux, 
Qui n'est allé au conseil ni aux rangs....] 
(Bibl. de l'A., n. 7881, B. L., p. 69.) — Malgré l'addition du mot combien, il est 
très probable que la chanson citée ici est celle dont il s'agit dans l'Index ; dn moins, 
dans le chant et la chanson, le nombre de pieds est égal. 

83) Aultre chanson, sur le chant. 

Quant me souvient de la poulaille. 
Inconnu. 

commenceant. 

Quant me souvient de l'Evangille, 

[Que souloy prescher sur les champs...] 
(Bibl. de l'A., n. 7881, B. L., p. 134.) 

84) Aultre chanson contre le Monde, sur le chant, 

(C'est) à l'ombre d'iing buissonnet. 
l'^Bibl. imp. Y 6117 c, 2« recueil, fol. lxiv°.) — L'addition du mot c'est est une 
maladresse de l'imprimeur des «Chansons nouvelles et fort joyeuses; » notre 
document ne reproduit pas cette faute de quantité. 
qui commence. 

Auprès d'ung poignant buisson, 

[J'ouy la belle Christine ] 

(Bibl. de l'A., n. 7881, B. L., p. 11.3.) — Cette chanson est sur l'air de « Laissez 



iS UK INDEX DU XVl" SIECLE. 

la verde couleur, » mais le rhythme est le même que celui du chant indiqué dans 

notre pièce. 

85) Aultre chanson remonstrant la manière comment les Chrestiens 
se doy\'ent esjouyr et chanter selon Dieu, qui se chante sur le chant. 

C'est une dure départie. 
(Bibl. imp., Y 6117 c, 2^ rec, fol. x v».) 
commenceant. 

C'est une pauvre chanterie. 
Inconnue. 

86) Aultre chanson, sur le chant. 

Gentil fleur de noblesse. 
(Bibl. imp., Y 6117 c, 2-= rec, fol. l v°.) 
commenceant. 

Qui veult vivre en liesse 

[Et avecques Dieu part ] 

(Bibl. de l'A., n. 7881, B. L., p. 110.) — L'air indiqué est celui de « Quand 
parti de Rivolte.» Même observation que sur le n. 84. 

87) Aultre chanson sur le sixiesme [chapitre] de Sainct Mathieu, 
sur le chant. 

Comme va le temps, 
Qui va, qui toutme. 
Inconnu. 

[qui] commence. 

Que n'est-on content 

[De ce que Dieu donne ] 

(Bibl. de l'A., n. 7881, B. L., p. 165.) — Ce sont les premiers ver s du refrain; 
le premier vers du premier couplet est : «Christ dit : Ne vous chaille.» 

88) Aultre chanson de la conscience (confiance ?) en Ch.rist et en sa 
paroUe, sur le chant. 

En fans, en fans [de Lyon.] 
(Bibl. imp., Y 6117 c, 2« rec, fol. ui r".) 
commenceant, 

liéjouyssons-nous trestous, 

[Amateurs de l'Evangile ] 

(Bibl. de l'A., n. 7881, B. L., p. 94.) — Ici l'air indiqué est celai de « Adieu 
mon loyal amy. — Adieu ma parfaite; » mais l'identité résulte de ceq ue les titres 
sont pareils. Notre Index ne parle pas du refrain, dont le premier ver s est, dans 
le recueil de l'Arsenal : «Vray Dieu! qu'il vit en malaise.» 

89) Aultre chanson, sur le chant, 



UN INDEi DU XVI* SIECLE. 19 

Mon père, aussi ma mère m'ont laissé sans amy. 
(Bibl. imp., Y 6117 c, 2» rec.,fol. xxxvr".) 
sur le chant, 

Bourbon, à grant puissance. 
Inconnu; mais il est vraisemblable que l'échec du connétable de Bourbon de- 
vant Marseille, en 1524, n'est pas étranger à la chanson dont nous avons ici le 
premier vers. Voyez, dans la Coll. des doc. inédits sur ritist. de France, le recueil 
de pièces relatives à la captivité de François h<', publié par M. Aimé ChampoUion- 
Figeac, pp. 21 et 43. 
commenceant. 

Au fonds de ma pensée, 
Inconnu. 

90) Aultre chanson d'Espérance, Foy, Charité, 

[Espérance. 
Par ton regard, tu me fais espérer, 

En espérant, me convient endurer ] 

(Bibl. de l'A., n. 7881, B. L., p. 129.) 
sur le chant, 

Par ton regard, [tu m'y fais espérer.] 
(Bibl. imp., Y 6117 c, 2« rec. fol. xi r°.) 

91) Aultre chanson, sur le chant. 

Prince, veuillez-moi pardonner 
Inconnu. 

qui commence, 

Nostre Père, qui es aux cieux, 

[Sanctifié soit ton sainct nom ] 

(Bibl. de l'A., n. 7881, B. L., p. 53.) — L'Index ne dit mot du premier couplet, 
dont le premier vers est : « Réveillez-vous, gentils pasteurs. » 

92) Et toutes aultres chansons scandaleuses et contenantes erreurs 
contre Dieu et l'Eglise. 

Donné à Tholose, le Fan mil cinq cens quarante 



La recherche des chansons prohibées dans la province ecclésiastique de 
Toulouse m'a fait retrouver plusieurs pièces du même genre , ignorées ou 
peu connues. Les unes ne dépareraient nullement le Recueil de chants his- 
toriques français, publié par M. Le Roux de Lincv; d'autres, dirigées con- 
tre les cérémonies de la messe, contre le pape, les cardinaux, la Sorbonne 
et le clergé séculier et régulier, montrent à (juel degré de fureur la perse- 



20 t;N INDEX DU XVI^ SIECLE. 

ciition avait porté les esprits. Les bibliophiles font grand cas de ces satires, 
qu'ils considèrent comme de la plus insigne rareté (1); je crois devoir les 
prévenir qu'il est facile à tout le monde de prendre connaissance d'une bonne 
partie de leurs merveilles dans le n. 7881, Belles-Lettres, de la Bibliothèque 
de l'Arsenal. 

Quand les livres du XVI^ siècles seront mieux connus par le dedans, on 
s'apercevra j'imagine que beaucoup de documents, ({ui passent pour difticiles 
à trouver, ont été reproduits à satiété dans une foule de volumes. 

J'allongerais considérablement cet article , si j'entreprenais de donner ici 
la liste des chansons historiques composées par les protestants; mais je ne 
puis me dispenser de recommander aux travailleurs quelques pièces d'ini 
ordre plus élevé. 

1° Les articles de Foi des protestants, présentés en forme de 

requête. 

Qui nous confortera 

(0 chrestiens!) en souffrance?... 
(Bibl. de l'A., n. 7881, B. L., p. 180.) 
2° Chansoi^ lamentable sur le chant : « combien est heureuse. » 

Voyez la grande offense. 

Faite par les meschans... 
(Bibl. de l'A., n. 7881 , B. L., p. 192.) — C'est une complainte sur les 
massacres de Cabrières. 

3° Ode ou chanson sur les misères des Eglises francoises, en 

l'an 1570. 

L'astre, qui l'an fuyant rameinc. 

Commence sa troisième peine... 
(Bibl. de l'A., n. 7926, B. L., p. 271.) 
k° Autre chanson sur les misères des mesmes Eglises francoises, en 

l'an 1572. 

Ouvre, ô Seigneur Dieu! l'oreille; 

Yoy la douleur nompareille... 
(Bibl. de l'A., n. 7926, B. L., p. 280.) 
5" De la patience en Dieu, mal reconnue du peuple frauçois. 

Sur ton dos, chargé de misères, 

De Dieu la tout-puissante main... 
(Bibl. de l'A., n. 7926, B. L., p. 323.) 

(l) Voyez, par exemple, les n. .S982 et 5717 du Catalogue de la bibliothèque de 
M. G. Leber. 



I 



UN INDEX DU XVl^ SIECLE. 21 

6" Chant de victoire après la desfaite du duc de Joyeuse, à Coutras, 
au mois d'Octobre 1587, 

FAIT AU NOM DU ROY DE NAVARRE. 

Puisque mes faibles mains, au jour de ma victoire. 
N'étaient rien que l'outil de tes puissantes mains... 
(Bibl. de l'A., n. 7926, B. L., supplément, p. 1.) — La mort du duc de 
Joyeuse a inspiré- quelques complaintes publiées par M. Le Roux de Lincy, 
dans le Rec. des chants hist.fr. (T. II, p. 134 et suiv.); mais ces chants 
sont infiniment au dessous du Chant de victoire du Roy de Navarre. 

7° Cantique du Printemps. 

Voici la saison nouvelle 

Du Printemps, qui renouvelle... 
(Bibl. de l'A., n. 7926, B. L., supplément, p. 3.) 

8" Autre chanson [ou plutôt sonnet sur le lever du soleil. j 

Jà le voile de la nuict 

Petit à petit s'efTace... 
(Bibl. de l'A., n. 7881, B. L., p. 121.) 

9° Ode [attribuée à Théodore de Bèze mourant.] 

Séché de douleur. 

Tout cuit de chaleur... 
(Bibl. de l'A., n. 7881, B. L., p. 345.) 

Je termine par la transcription de deux morceaux , que je ne me rappelk, 
pas d'avoir déjà vus, et dont les pensées remarquables sont parfois expri- 
mées en fort beaux vers. 

Chanson sur le chant : « Au bois de dueil. » 



Esjouy-toy, esjouy jeune enfant 
Et pren plaisir en ta jeunesse tendre; 
Ton cœur soit veu gaillard et triomphant. 
C'est tout chagrin à la vieillesse tendre. 
Ensuy ton cœur, tu ne peux faire mieux; 
Va-t'en selon le regard de tes yeux. 

Mais après pense, 

Pour récompense 

De ton offense. 



L'N INDEÎ^ DU XVl'^ SIÈCLE. 

Que Dieu t'ameine en jugement. 

Ton cœur soit munde; 

Laisse le monde. 

Où fol se fonde. 
Lors tu auras allégements 

2. 

Souvienne-toi, pour ton aide et recours. 
De l'Éternel, en ta folle jeunesse; 
N'aten les jours, mauvais en leur décours. 
Les ans remplis de douleurs et tristesse. 
Car l'homme va, sous la Divinité, 
En la maison de son éternité. 

Science humaine. 

C'est chose vaine. 

De péché pleine. 
Si Dieu n'est cognu par dessus. 

Chose visible 

T'est trop nuisible; 

Pren l'invisible 
Pour te conduire et mettre sus. 



Ces choses soient assez pour ton salut. 
Car fin n'y a de plusieurs livres faire. 
Crain un seul Dieu, sois en lui résolu. 
Car c'est lui seul qui te pourra deffairè. 
Aime-le donc et ton prochain aussi ; 
Car du Chrestien, qui tousjours vit ainsi. 

Dieu est le juge. 

Le seul refuge. 

Qui l'àme purge 
De tous les maux qu'elle a commis. 

Mais rhomme injuste. 

Du juge juste. 

Fort et robuste. 
Sera livré aux ennemis. 



UN INDEX DU XVie SIECLE. 23 

Chanson sur le chant du Pseaume 118 : « Rendez à Dieu louange. » 

4. 

Si quelque ennuy, quelque détresse. 
Se vient à l'homme présenter. 
Alors que plus le mal le presse, 
Pù doit-il son espoir planter? 
— Seigneur ! de qui l'œil regarde 
En un morpent mer, terre et cieux. 
C'est toy qui es la sauvegarde 
De cil qui dresse à toy les yeux. 

2. 

Parquoy, quand la machine ronde 
Toute esbranlée iroit à bas. 
De l'air, de la flamme et de l'onde 
Renouvelant les vieux débas; 
Èncor Seigneur! je, qui m'arreste 
Sur ta bonté, par ferme foy. 
Vers le ciel hausseray la teste 
Sans estre espris d'aucun effroy. 



Mon Dieu! je suis serf inutile. 
Si suis-je toutesfois des tiens; 
Ma nature est de soy labile, 
Mais forte, quand tu la soustiens. 
Soustien-la donc , mon Dieu , mon Père ! 
Soustien-la donc, car j'ay tel cœur. 
Que soustenu de toy, j'espère 
Estre de Satan le vainqueur. 

(Bibl. de l'Arsenal, n. 7881, B. L., pp. 118 et 148.) 

Malgré mes efforts pour dissiper les obscurités du catalogue de Vidal 
de Bécanis, je ne me dissimule pas qu'il y a encore bien des points à éclair- 
cir. Cela tient d'abord à mon insuffisance, et aussi, du moins je me plais à 
le croire, au sujet même et à l'état de dégradation dans lequel la pièce nous 



24 ARREST DE LA COUR DU PARLEMENT DE PARIS. 

est panenue. En la gardant plus longtemps en portefeuille, je serais peut- 
être panenu à la commenter plus convenablement; j'ai pensé mieux faire de 
la publier, dès (pie j'ai eu la certitude qu'elle tomberait entre les mains de 
lecteurs désireux d'y appliquer leurs découvertes et leurs connaissances spé- 
ciales. 

Lorsque ce catalogue aura été suflisamment étudié, et que ceux de la 
Sorbonne, insérés dans le grand ouvrage de Du Plessis d'Argentré , auront 
subi un semblable examen , il sera possible de se former une bibliothèque 
des livres protestants qui circulèrent en France durant les cinquante pre- 
mières années du XVIe siècle, c'est-à-dire des livres où se trouve résumé 
tout ce qui a fait, chez nous, le succès de la Réformation. 



ARREST DE LA COUR DU PARLERIENT DE PARIS 

DU 14 JUILLET 1562 

Suspendant le procureur du roy à Ijaou, pour conniTence eu sa 
charg'e à l'extirpation des bérésies. 

L'arrêt qu'on va lire se trouve en copie dans le tome 332 de la collection 
Du Puy. Nous le croyons inédit. Il est intéressant comme se rapportant à 
une ville pour laquelle on on a peu de renseignements relatifs à la Réforme. 

EXTRAICT DES REGISTRES DU PARLEMENT. 

DU MARDI XIII^ JUILLET 156ii. 

Veue par la Cour l'information faicte par ordonnance d'icelle 
à la requeste du procureur général du Roy allencontre de 
M^ Anthoine de Mouchy, substitut dudict procureur général du 
Roy à Laon ; les interrogatoires faicts par deux des conseillers 
d'icelle audict de Mouchy ; ses conclusions sur ce ; ouy ledict de 
Mouchy en ladicte Cour, les conclusions dudict procureur gé- 
néral du Roy, et tout considéré ; 

Ladicte Cour, pour les connivences, dissimullations et né- 
gligences nottoires dont ledict de Mouchy a usé en son estât 
et office à l'extirpation des hérésies et assistant aux conventi- 
culles et presches faicts audict Laon et fauxbourgs d'icelluy, l'a 
suspendu et suspend pour un an de l'exercice de son estât de 
substitut dudit procureur général du Roy audit Laon et le con- 



MINISTRES REFUGIES A LONDRES. 25 

damne en cent livres parisis d'amande envers les pauvres reli- 
gieuses de l'Ave Maria de cette ville. 

Ordonne que le gouverneur de ladicte ville de Laon nom- 
mera à ladicte Cour deux ou trois personnages cappables et 
catholiques pour être pourvus par ladicte Cour à l'un d'iceulx 
à l'exercice dudict estât pendant ledict temps. 

Et sera le présent Arrest leu audict siège auditoire de Laon, 
les plaidz ordinaires tenans, sans encourir par ledict de Mouchy 
aucune notte d'infamye. 



nilNISTRES REFUGIES A LONDRES 

APRÈS LA SAINT-BARTHÉLEMY. 
(15Î3.) 

M. Jules Bonnet nous communique une pièce très intéressante pour l'his- 
toire et la statistique des églises réformées en 1572, qui se trouve dans les 
archives de M- Henri Tronchin, à Lavigny. C'est une liste des ministres qui 
se réfugièrent à Londres lors de la Saint-Barthélémy. Ils sont au nombre de 
quarante et un, la plupart appartenant à la Normandie. Nous indicpions par 
une astérisque * les noms que ce précieux document nous paraît produire 
pour la première fois, et nous annotons ceux au sujet desquels nous avons 
(juelques remarques à faire et quelques variantes à proposer. 

Au dos, est écrit de la main de Théodore Bèze : 

Nomina ministrorum quos Deus ex carnitlcina in Angliam 
missos servavit. 

(Noms des ministres que Dieu sauva du massacre et qu'il recueillit en Angleterre.) 

* Dominique desGrie, ministre de Morlaix, 

* Jacob Tardif, ministre de Pont-Audemer. 

* Cardin Mignot, ministre de Luneray en Normandie. 

* Âdrian de Carama, ministre de Flandres. 

Pierre Loiseleur, dict de Yilliers, ministre de Rouan. 
Robert le Maçon, dict La Fontaine, ministre d'Orléans. 
Jean Liévin, dict de Reaulieu, ministre du Vexin français. 
Jean Gravelle, ministre de l'église de Dreux (1). 

(1) Un Gravelle à Blainville, en 1603. 



26 MINISTRES RÉFUGIES Â LONDRES. 

Anthoine de LiqueS;, ministre en sa maison des xVnteux (sic) (1). 
Guillaume de Feugueray, min. de l'église de Longueville (Paris?) (2). 

* Nouel Drouet, ministre de Buisson-en-Auge. 
Jacques dos Bordes, ministre de Bourdeaux. 
François Vian, dict du Buisson, ministre de Buy (sic) (3). 

* Mathieu Lartault, ministre de Bresolles (4). 

* Michel Forest, ministre de Dace (sic). 

* Jean de Monanges, dict du Charteau, min. du Bosin (?) et Touville 
Pierre Dordes (5), dict d'Espoir ou La Mare, ministre d'Amiens. 
Lois Morel, ministre de Blanges (6). 

* Marin le Paux, dict du Faussé, ministre de Falaise. 

* Claude Charrier, dict La Touche, ministre d'Arfleur. 

* Thomas Raguesne, dict la Pionnière, ministre de Tours. 

* Gaspar Tahon, ministre de Longueville (?). 

* Pierre Bence, ministre de Courseuille (7). 
Jean Marie, ministre de Lyon, près Caen. 

Jean Baptiste Aurelius, à présent min. de l'égl. italienne de Londres. 
Ursin Bayeux, ministre de Colombis {sic) (8) en Normandie. 

* Noël Regnet, dict des Lairmeaux, ministre du dict Lieurray [sic). 

* Jean Aubert, ministre de Bolongne. 

* Nicolas Basnage, ministre d'Evreux. 

* Vincent de Buissy, ministre de Brucamps. 

* Obvier, de Mollay, ministre de Bourdeaux. 

* Bernard de Boaste, ministre de Bourdeaux. 

* Pierre Boullon, ministre de Baron. 

* Michel de Montescot, ministre d'Authen (sic) (9). 

* Arthur l'Escalier, dit Balaudry, ministre du Havre. 

* Robert le Cesne, ministre de Breccy (10). 

(1) Ministre à Dieppe, en 1603. 

(2) Longueville, nous dit M. J. Bonnet désigne souvent Paris dans les lettres des 
Réfornnatpurs. M. Eug. Haag nous fait remarquer qu'il y a plusieurs Longueville 
en Normandie. 

(3) Un Vian, ministre de Dangeau, en 1596. 

(4) Ne serait-ce pas Cartault ei Bresol? 

(5) Aliàs Durdet. 

(6) Blangy? 

(7) Courseule-sur-Mer. 

(8) Colombières? 

(9) Authou? 

(10) On connaît des martyrs de ce nom en Normandie, mais pas de ministres_ 



SONNET SUR LA MORT DE GASPARD DE COLIGNY. 27 

* Claude du Moulin, ministre de Fontenay le Comte. 

* Mathieu Moslevres, dict du Signe, ministre de La Suze. 
Claude Chartier, ministre du Pont (1). 

Jean Marchant, ministre de Laval. 
Pierre Baron, ministre d'Orléans. 



SOHNET SUR U IHORT DE GASPARD DE COLIGNt 

ADMIRAL DE FRANCE. 
(15Î3.) 

(British Muséum, coll. Harléienne, n. 1625.) 

Nous avons annoncé que M- G- Masson avait trouvé au British Muséum 
m sonnet sur la mort de Coligny, écrit et sans doute composé aussi par 
Le Gresle, le précepteur des enfants de l'amiral, qui mérita, comme on l'a 
vu, un témoignage si honorable dans son testament {Bull, t. I, p. 265). 
Yoici ce morceau, qui n'est pas sans valeur littéraire, mais dont l'inspiration 
surtout est touchante et vraie. 

La mort de Coligny servit de texte à quantité de vers latins et français, 
qu'on peut lire dans les recueils du temps, car les poètes de cour s'en don- 
nèrent à cœur joie, insultant â l'envi la mémoire de l'illustre victime. « Plu- 
« sieurs petits rimailleurs, est-il dit, brouillèrent lors le papier, faisans im- 
« primer des placards, pyramides renversées, hymnes, sonnets, discours, et 
« autres tels libelles fameux... Jean Dorât escrivit des vers latins, où il se 
« mocque de l'Amiral, blasonnant un chacun des membres de son corps mu- 
<( tilé. Jean Antoine de Haif lit des sonnets contre ledit Amiral et ceux de 
« la Religion, oii il y a maintes lascivetez et vilenies, digne sujet de cet 
« homme-là, de mesme Religion que ses autres compagnons. Estienne Jo- 
« délie, Parisien... publia trente-six sonnets contre les ministres... (2).» A 
toutes ces ignominies contemporaines. Le Gresle opposa sans doute ces lignes 
généreuses : l'indignation le rendit poète. 

SONNET. 

Gaspard, qui pour son roy, dès sa première enfance, 
Courageux exposa sa vie à tout danger. 
Qui dans les escadrons du Flamand étranger 
Souvent se fist chemin par le fer de sa lance ; 

(1) Un Chartier ministre à Piffonds, en 1603. 

(2) Méra. de l'Estat de France sous Charles IX, 1. 1. 



VÉRtFICATION Eï ENREGISTREMENT 28 

Ce grand Gaspard, hélas! qui les soldats de France 
Contre leur ennemy sceut si bien courager 
Et le fier Espagnol tant de fois outrager, 
Est mort trahi des siens pour toute récompense ! 

Il est mort toutesfois, non au combat vaincu, 
Non en guerre surprins, non par ruze déceu, 
Non pour avoir trahi son roy ou sa province ; 

Mais bien pour aymer trop le repos des Françoys, 
Servir Dieu purement et révérer ses loix. 
Et pour s'estre fié de la foy de son Prince ! 



VÉRIFICATION ET ENREGISTREWIENT DE L'ÉOIT DE HANTES. 

(1598, 1599.) 

UOCUMEMS ORIGINAUX Y RELATIFS , TIRES DES DÉPÊCHES DE L' AMBASSADEUR 
DES PROVI.NCES-U.MES PRÈS LA COUR DE FRANCE. 

u Nous avons toujours considéré l'Edit de Nantes 
comme un ouvrage singulier de la prudence parfaite 
de Henri le Grand nostre ayeul...» 

Louis XIV, Déclaralion dit \S juillet 1656. 

En 1842, M. Vreede, professeur de droit des gens à l'université d'Utrecht 
el correspondant du ministère de l'Instruction publique , signala au Comité 
historique des monuments écrits institué près ce ministère, un certain 
nombre de lettres provenant soit des papiers du grand pensionnaire Jean de 
Witt, vendus en 1791, soit des archives de la province d'Utrecht et de celle 
de l'Etal à La Haye. C'étaient des dépèches diplomaticjues de François de 
Buzanval, ambassadeur de Henri IV près les Etats-Généraux, et de Fran- 
çois d'Aerssen, ambassadeur des Etats-Généraux en France, lettres écrites 
par (^es agens à leurs gouvernements respectifs, depuis le mois de novem- 
bre 1598 jusqu'à la tin de l'année suivante, et contenant des détails intéres- 
sants sur les affaires intérieures de ces deux pays. M. Vreede a réuni ces 
pièces en un volume in-S" (ju'il a publié à Leyde, en 1846, mais qu'il est 
diflicile de se procurer. 11 est intitulé : Lettres et négociations de Paul 
(hoart, seigneur de Buzanval, ambassadeur ordinaire de Henri II' 
en Hollande, et de François d'.lerssen, agent des Provinces- Unies en. 
rrance (1598, 1599). 



DE l'eDIT de NANTES. '-29 

Buzanval, protestant, ami de Duplessis-Mornay, de Soaliger et de Casau- 
bon, mourut en Hollande après une résidence rarement interrompue de 
quinze années. Les papiers des fonctionnaires publics étaient alors considé- 
rés comme leur appartenant en propre; c'est ce qui explique sans doute que 
ceux de cet ambassadeur soient demeurés en Hollande. 

François d'Aerssen, envoyé par son père en France en 1594, avait été 
l'élève de Duplessis-Mornay et de Juste-Lipse. Il avait tellement profité à cette 
école, ainsi que dans un voyage en Italie fait par le conseil de Juste-Lipse 
qu'à l'âge de 26 ans, étant de retour en Hollande, il fut désigné par les 
Etats-Généraux pour accompagner à Nantes (avril 1598), en qualité de se- 
crétaire de légation, l'amiral Justin de Nassau et Oldenbarnevelt(l), puis 
laissé par eux en France pour y remplir le poste d'agent des Provinces- 
Unies, vacant par la mort de Calvart. Sa personne était agréable à Henri IV, 
et il avait un libre accès auprès du roi. Il lui était prescrit par ses instruc- 
tions de se présenter à la cour au moins deux fois par semaine, et le roi lui- 
même lui exprima le désir de le voir « tous les jours. » Il devait aussi suivre 
le roi partout où il jugerait à propos de se rendre à une distance de plus de 
quinze lieues de Paris. De là plusieurs dépèches datées d'Orléans et de Blois. 
On conçoit qu'un pareil personnage ail été un précieux observateur en main- 
tes circonstances. 

Nous avons extrait de la correspondance d'Aerssen avec Barneveld les 
renseignements qui se rapportent à la vérification et à l'enregistrement de 
l'Edit de Nantes, et deux pièces annexées à cette correspondance (2). Aerssen 
écrivait en hollandais d'abord et plus tard en français ; nous indiquons celles 
des lettres qu'il a fallu traduire et dont nous donnons une version littérale. 
Afin de compléter et rendre plus instructif cet aperçu de l'une des phases 
les plus importantes de l'histoire protestante, nous joignons aux notes de 
M. Vreede quelques documents empruntés au Recueil des lettres missives 
de Henri If, qui méritent d'être reproduits dans cette occasion. Ainsi, nous 
donnerons en guise de préambule quelques lignes remarquables de la lettre 
écrite par le roi , le 1 7 août 1 598 , au duc de Luxembourg , et la réponse 
qu'il fit, le 28 septembre de la même année, aux députés du clergé(3). On 
sait que l'Edit avait été signé à Nantes le 13 avril précédent. Cette date est 
notre point de départ dans une revue qui a pour objet d'observer, avec le 
diplomate hollandais, les objections diverses qui furent faites à l'acceptation 

(1) Lorsqu'ils furent députés auprès de Henri IV pour lui exprimer le déplaisir 
que causait aux Etats-Généraux la paix de Vervins, conclue avec l'Espagne (2 mai 
1598). C'est pour adoucir les inquiétudes que les Etats-Nenéraux avaient conçues 
de cette paix que Buzanval l'ut choisi pour être envoyé à La Haye. 

(2) Les « Paroles du Roy du mardy XVI"^ février 1599, » et la « Responce du 
Roy h Messieurs les députés de Bourdéaulx et de Thoulouze, le W^ novembre 1599.)) 

(3) Et plus loin le «Discours du Roy à Messieurs du Parlement, du 7 février 
1599,)) et sa « Lettre du 7 mars 1599 aux pasteurs du consistoire de La Rochelle,» 



30 VÉRIFICATION ET ENREGISTREMENT 

des articles, du côté des Réformés, et la résistance opiniâtre qu'elle rencontra 
de la part des parlements. 

EXTRAIT d'une LETTRE DE HENRI IV AU DUC DE LUXEMBOURG. 

17 AOUT 1598. 

{Rtcveil des lettres missives publié par M. Berger de Xivrey, d'après l'Histoire du cardinal 
de Joyeuse, d'Aubery.) 

« Je ne puis reculer les Huguenots des charges sans bazarder 

le repos de mon Estât; car la partie de ceux de contraire religion est 
encore trop enracinée en iceluy^ et trop forte et puissante dedans et 
dehors pour estre mise en nonchaloir. J'en ay esté trop bien servy et 
assisté en ma nécessité; je remettrois des troubles en mon Royaulme 
plus dangereux que par le passé 

« Je ne désire le retour du légat à Rome, sinon pour s'esclair- 

cir et consoler aux occasions qui se présentent à nostre commun bien 
et contentement^ et je fais retarder la publication de l'Edict avec les 
Huguenots à cause de sa présence. » 

RÉPONSE DE HENRI IV AUX DÉPUTÉS DU CLERGÉ. 

28 SEPTEMBRE 1598. 

(lUcueil des lettres missives publié par M. B. de Xivrey, d'après le Ms. de la Coll. Du Puy.) 

« A la vérité, je recognois que ce que vous m'avés dict est vérita- 
ble. Je ne suis point auteur des nominations; les maux estoient intro- 
duits auparavant que je fusse venu. Pendant la guerre, j'ay couru où 
le feu est oit plus allumé, pour l'estouffer; maintenant que la paix est 
revenue, je feray ce que je dois faire en temps de paix. Je sçay que la 
Religion et la Justice sont les colonnes et fondemens de ce Royaume, 
qui se conserve de justice et de piété; et quand elles ne seroient, je 
les y vouldrois establir, mais pied à pied, comme je feray en toutes 
choses. Je feray en sorte. Dieu aidant, que l'Eglise sera aussi bien 
qu'elle estoit il y a cent ans; j'espère en descharger ma conscience et 
vous donner contentement. Cela se fera petit à petit : Paris ne fut 
pas faict en un jour. Faictes par vos bons exemples que le peuple soit 
autant excité à bien faire comme il en a esté précédemment esloigné. 
Vous m'avés exhorté de mon debvoir; je vous exhorte du vostre. Fai- 
sons bien vous et moy : allés par un chemin, et moy par l'autre, et si 
nous nous rencontrons, ce sera bien tost faict. Mes prédécesseurs vous 
ont donné des paroles avec beaucoup d'apparat; et moy avec jaquette 



DE l'édit de natvtes. 31 

grise je vous donneraj'^ les effects. Je n'ay qu'une jaquette grise; je 
suis gris par le dehorS;, mais tout doré au dedans. » 

Extraits des dépêches d^Aersseu aux Etats-Généraux 
des Provinces-Unies des Pays-Bas. 

I. 

De Paris, le 10 novembre 1598. 

« Sa Majesté est entièrement guérie et va à la chasse. Elle a 

convoqué la Chambre du Conseil ici à Paris, uniquement pour prépa- 
rer la vérification de l'Edit accordé à ceux de la Religion. On attend 
dans peu de jours Messieurs de Bouillon, la Trémouille et autres de la 
Religion pour y assister personnellement. Les oppositions du clergé 
sont grandes; mais Sa Majesté est résolue à persévérer avec auto- 
rité » 

(Trad.duholl., — y>. 63.) 

II. 

De Paris, le 13 janvier 1599. 

« Les conclusions pour l'entérinement de TEdit ont été prises 

le 7 de ce mois. Tout le parlement s'est assemblé pour cet objet, et 
dorénavant on n'y rencontrera que peu d'obstacles, parce que les re- 
présentants de ceux de la Religion ont consenti à renoncer à la cham- 
bre de l'Edit qu'ils voulaient avoir à Paris, et ont admis le retran- 
chement de quarante mille écus à l'entretien de leurs garnisons ; ce 
dont ceux de la Religion sont très mécontents. Mais il paroit que 
néanmoins on procédera à la publication, ce qui va avoir lieu dans peu 
de jours. — On attend ce que ceux de Chatellerault trouveront à y 
remédier (1). 

« On croit que le mariage de la sœur du Roy sera conclu à Fontai- 
nebleau le 25 de ce mois, conformément à la dernière résolution; 
mais Sa Majesté ne veut pas quitter Paris avant que l'Edit soit publié; 
après cela on croit positivement qu'Elle ira à Blois, vers le mois de 
mars » 

liTrai. du holL, — p. 63.) 

III. 

De Paris, le 21 janvier 1599. 
« L'Edit de ceux de la Religion n'a pas encore été entériné (2), 

(1) F., au sujet des synodes de Saumur, Loudun, Vendôme, Chatellerault, les 
Mém. de Sully, liv. IX, année 1598. 

(2) L'Edit de Nantes, signé le 13 avril 1598, fut enfin vérifié le 25 février 1599, 



32 VÉRIFrCATION ET ENREGISTREMENT 

et il paraît que ces difficultés sont seulement causées par les articles 
qui ont été ajoutés par le Roi à l'Edit de l'an 1577, savoir concernant 
les villes de sûreté et l'entretien de leurs garnisons, ainsi que la per- 
mission de célébrer le culte dans plusieurs endroits non compris dans 
le premier Edit. Cependant on croit que, bien que sur les quatre-vingt 
voix soixante soient contraires , il sera consenti à la publication par 
l'autorité de Sa Majesté et h cause des dispositions favorables des 
présidents : d'autant plus qu'ils ont servi leur propre intérêt dans la 
renonciation à la chambre de l'Edit, de quoi ceux de la Religion ont 
montré un grand mécontentement, et que ceux de Chastelleraut pré- 
tendent ne pas se séparer, si l'Edit n'est point publié purement et en 
entier selon les promesses. D'autres croient que le Parlement traîne 
la publication pour intimider ceux de la Religion par cette longueur 
et par de grandes oppositions, afin qu'ils se contentent finalement du 
premier Edit, Mais dans ce cas, je remarque qu'il y aurait facilement 
(lu trouble. D'autres ont l'opinion que pendant ce temps on a envoyé 
des dépêches à Rome, pour demander au pape de vouloir envoyer une 
excommunication contre ceux qui concluroient à l'entérinement. Mais 
on ne peut guères croire que le pape voudroit, contre la volonté de Sa 
Majesté, commander à son parlement d'une manière aussi souveraine 
et séditieuse et compromettre son autorité, comme on l'a vu il y a 
plusieurs années à Tours » 

(Trad. duholL, — p. 73.) 

IV. 

De Paris, le 22 février i 599. 

« L'Edit sur ceux de la Religion a été vérifié vendredi matin, 

Sa Majesté ayant de nouveau et sérieusement invité le Parlement à 
enregistrer l'Edit, comme vos Hautes Puissances pourront le voir par 
les pièces ci-jointes (1). Dans quelques jours aura lieu la publication 
pure et simple de l'Edit; car les restrictions ont été faites en chambre 

au Parlement ; le dernier jour de mars, à la Chambre des Con.ptes; le dernier 
d'avril, à la Cour des Aidi-s. V., au sujet de cette viTitication, les Mrni. de Sully, 
liv. IXetX. Quant à l'Iùlit de pacification de 1577, dont parle Aersseii, il avait 
été renouvelé en novembre 1594. Voici ce que dit le Journal de Pierre deFEstoiie : 
«Le Roy dit tout hault qu'il en sçavoit qui avoient dit que le feu Roy étoit hé- 
rétique pour l'amour de cet Edit; mais que le premier qui s'ingéreroii doresna- 
vant de tenir ce lanj^atic, qu'il le fi'roit pendre. 11 avoit auparavant rabroui' fort 
rudement (et sayement) ceux de la Religion qui lui avoient demandé l'Edit de 
janvier, des chambres mi-iarties et un prolecteur; leur ayant respondu qu'il ne 
vouloit rien innover, et qu'ils n'auroient que l'Edit de Ï577 et la chambre de 
l'Edit; et que.c'étoit assés, voire trop pour eux.» 
(1) Voir ci-après la pièce intitulée : Paroles ffu Roi/, du tjiardi 16 février 1^99. 



DE l'ÉDIT de NANTES, 33 

et secrètement , à savoir dans leur intérêt particulier, concernant la 
réception de plus de six conseillers de la Religion en Parlement. Sur 
quoi ils ont résolu, entr'autres choses, ou d'obliger un chacun par 
serment à ne pas quitter la Religion catholique et de déclarer 
déchus de leurs charges à l'avenir les opposants , ou d'inscrire sur 
les registres la promesse qu'avait faite Sa Majesté de ne pas faire 
entrer plus de six officiers de la Religion dans le Parlement , et de 
persister dans cette règle, quoiqu'il en puisse arriver. Mais il a 
été considéré comme factieux et plein de sédition de prétendre con- 
traindre un chacun en sa conscience par un serment, et de révoquer 
en doute les promesses de Sa Majesté, outre que sa volonté et auto- 
rité y est fortement intéressée et limitée. En conséquence, Sa Majesté 
a envoyé samedi au Parlement le sieur de Bellièvre , pour les faire 
désister de cette résolution, faute de quoi il y avisera selon son au- 
torité. » 

{Trad.duhoU., — p. 92.) 

V. 

De Paris, le 22 février 1599. 

« On s'occupe avec activité de l'affaire du capucin qui avait résolu 

d'assassiner Sa Majesté. Il a avoué de lui-même et a déclaré qu'il avait 
été poussé par quatre motifs. Le premier était d'avoir voulu expier 
des actes criminels commis avec un jésuite et un autre capucin, ayant 
été pour cela à confesse chez les jésuites de Bar en Lorraine, et ne 
pouvant obtenir d'absolution, à moins que, en vertu de ce que les 
grands délits sont purifiés par des actes de grand mérite, il ne se ré- 
solût à déUvrer l'Eglise de l'oppression du Roy de France. Le second 
motif était l'hérésie qui, manifestée par la publication de l'Edit, serait 
ainsi universellement implantée dans tout le royaume. Lé troisième, 
parce qu'on tolérait qu'un livre très nuisible, qui venait d'être fait chez 
M. Du Plessis contre la Messe, fût vendu librement et publiquement. Et 
le quatrième, parce qu'd craignait que le prince de Lo.rraine, par son 
mariage avec la sœur du Roy, ne changeât aussi de religion. — Le duc 
de Lorraine dont il a été le laquais, a donné le premier avis (1), et il est 
prié par Sa Majesté de bien vouloir aussi envoyer les autres complices, 
lesquels on attend avant que de procéder à l'exécution de celui-ci ; car 

(1) Mém. et Corresp. de Du Plessis Mornay, t. IX, p. 208 (Lettre du 12 janviei* 
1599). «M. de Lorraine luy a donné advis d'ung capucin de son pays, qui a esté 
dénioaiaque, parti pour le tuer. 11 a esté recogneu en ceste ville ; on le cherche. » 

3 



34 VÉRIFICATION ET ENREGISTREMENT 

il y en a beaucoup que l'on croit aussi être coupables en cette affaire. 
Outre ce capucin sont aussi emprisonnés deux pèlerins qui avaient les 
mêmes intentions;, l'un étant un jacobin de Gand^, et Tautre de Bour- 
gogne; ils ont été découverts par le vicaire de Grandse (sec), qu'ils 
avaient cherché à disposer à leur dessein. » 

(Trad.duholl., — p.98.) 

VI. 

De Paris, le 9 mars 1599. 

« Je ne remarque point que la publication de l'Edit de ceux de 

la Religion ait amené quelque trouble dans l'Etat. On n'en parle pas 
spécialement; — mais il est à craindre que, s'il ne se présente pas 
d'ailleurs d'autre d'occupation, l'exécution n'en soit pas sans diffi- 
culté. 

« On n'a pas encore avancé dans l'affaire relative au capucin, 

parce que l'on n'a pas encore acquis de Lorraine la certitude que ceux 
qu. l'auraient poussé à son crime soient en prison. Il persiste toujours 
dans sa première déposition... » 

{Trad. du holL, — pp. 113, 118.) 

VIL 

De Paris, le 22 avril 1599. 

L'Edict de ceulx de la Religion a passé par tous les ressorts de 

Paris, mais la vente en est deffendue pour obvier aux animosités du 
Clergé, qui s'eschauffent de jour à aultre » 

{Ecr. en franj., — p. 149.) 

VIII. 

De Paris, le 23 inal 1599. 

« Ceux de la Religion excusent le refus de l'Edit par les longs 

retards des résolutions de toutes les provinces. En attendant, cette 
manière de procéder est (bit blâmée par ceux de leur parti ; mais ceux 
qui demeurent de ce côté de la Loire se promettent beaucoup de 
l'Edit, sans attendre la réponse de l'Assemblée générale de Chastel- 
lerault, ce qui prouve évidemment qu'il y a une division parmi eux 
et ce qui fortifie les partis dans leur aigreur.,. » 

(Trad.dulwU.,— p. 176.) 

IX. 

D'Orléans, le 19 juin 1599. 
4 .... , Les huict députez de la Religion qui sont en ceste ville, assez 



DE l'ÉDIT de NANTES. 35 

mal édifiez des modifications de l'Ediet. Leur charge est de pressera 
ce qu'elles soient toUiés. Ils y craignent toutefois plus qu'ilz n'espè- 
rent, néantmoins semblent s'y vouloir roidir : pour quelle fin aucuns 
croient que Sa Majesté ait envoie M. de Bouillon vers l'assemblée, 
sous prétexte des affaires particulières qu'il ait à démesler avec M. de 
La Tremouille, affin d'en sonder l'intention. L'un de leurs députez or- 
dinaires, nommé La Case, a esté par ses maistres démis de sa com- 
mission, pour aultant que sans charge il aurait receu l'Ediet avec ses 
modifications. Cette affaire se semble aigrir, combien que plusieurs 
l'estiment en terme de respectif contentement. » 

(En franc.,— p. 210.) 

X. 

D'Orléans, le 25 juin 1599. 

« Les Députés de ceux de la Religion ont eu audience, mais 

sans décision pour leurs instances, sinon des belles apparences et pa- 
rolles. Ils sont remis au retour de Sa Majesté. M. lé Mareschal de 
Bouillon part ce jourd'huy vers les eaux de Poggues, aumoien de quoy 
je les voy accrochez à un infiny, parce que Sa Majesté négotie cest 
affaire avec eux par son entremise, et non aultrement » 

(En franc., — p. 216.) 

XI. 

D'Orléans, le 6 juillet 1599. 
« Les Députés des Eglises sont encore attendans pour la se- 
conde instance, de laquelle ils ont receu commandement de toute l'as-, 
semblée avec distinction, pour éviter la désunion, qu'ils craignent j| 
qu'on veuille mettre parmi celles de deçà et de delà là Loire : Assavoii* ' 
qu'ils protestent contre les modifications et retranchement du Parle- 
ment en leur Edict, et n'en empêchent néanmoins l'exécution : laquelle 
s'avance beaucoup au ressort de Paris, mais oil craint les animosités à 
la vérification à Bordeaux. Lesquelles trop facilement semblent pou- 
voir engendrer altérations ? et pour (par) l'absence .du Roy, et pour 
la demeure des Jésuites, que nulle authorité en ait pu dénicher » 

(En franc., — p. 226.) 

xn. 

D'Orléans, le 22 août 1599. 
« Ceux de la Religion n'ont encore eu que leur première au- 
dience, combien qu'ils n'espèrent rien à la seconde, car les affaires 



36 VÉRIFICATION ET ENREGISTREMENT 

sont assez disposées à un refuz. Lequel pour diverses considérations 
ils regrettent d'avoir tant pressé, où il leur eust esté plus expédient 
de réserver leuis plainctes sans décision au remède, pour éviter le 
préjugé en meilleure saison. Le clergé de Limoges, pour susciter de la 
haine à ceux de la Religion, et aigrir l'animosité des Papistes dans la- 
dite ville, la veille de la Feste-Dieu abbatit les autelz, brisa les images, 
et ibuUa leur sacrement, et le lendemain s'approcliant de l'Eglise, en 
imputa l'acte auxdits de la Religion; mais le faict ayant esté descou- 
vert par un d'eux mesmes, les plainctes en vindrent à Sa Majesté, 
qui pour punition a envoyé commandement exprès d'en fouetter pu- 
bliquement les auteurs » 

{Eh franc., — p. U:i) 

Xlll. 

De Blois, le 15 août 1599. 
« Ceux de la Religion n'ont encore rien avancé en leurs af- 
faires. On les traîne pendant l'exécution de l'Edict, aux retranche- 
ments et modifications duquel ilz s'opposent. La messe cependant est 
establie à La Rochelle avec moindre difficulté, que le presche aux vil- 
lages. Ceux de Tours par quelque animosité ont démoly le temple, que 
joignant leurs fauxbourgs par permission ceux de la Religion y fai- 
saient bâtir. Mais Sa Majesté, pour obvier aux aultres, qui ne deman- 
dent qu'un cheff à mesme, en a faict pendre douze des principaux. 
Ceux de Roan (1), Tolose et Bourdeaux en Cour pour suyvre l'exemple 
de Paris au faict de la Chambre my-partie à admettre six Conseillers 
de la Religion en leurs corps, qui est composé de six-vingts catholi- 
ques, sans préallablement passer à la vérification dudit Edict. Dijon 
sans aultre forme a rejette l'Edict puiement et simplement. Sa Ma- 
jesté pourtant y a faict des jussions et menasses de cassation de leurs 
Estais en cas de réitératif refus » 

{En franc., — p. 261.) 

XIV. 
De Paris^ le 9 décembre 1599. 
«... Les affaires de ceux de la Religion commencent à prendre 

(1) Une députation du Parlement de Rouen, ayant à sa tète le vertueux pre- 
mier président Groulart, alla à Blois Caire des remontrances contre TEdit de Nantes 
(^Heg. secr., IG, juillet 1599). Floquct, llist. du l'arl. de Rouen, t. IV, p, 146. 

Modifié en quelques points, l'Kdit tut enregistré le 23 septembre. 

« Le Parlement de Rouen, dit M. H. Martin, n'enregistra qu'avec des modifica- 
tions qui altéraient profondément les articles de Nantes, et par exprès comman- 



DE l'f'dIT de NANTES. 37 

pied. La facilité de Paris depuis la vérification de l'Edit y aide beau- 
coup, car Rouen (1) en a pris l'exemple, et, outre une Chambre de 
l'Edit, y a-t-on reçu au Corps quatre Conseillers de la Religion : qui 
est un en chaque Chambre. Tholouse et Bordeaulx se sont laissés mo- 
dérer en leurs oppositions par la remonstrance de Sa Majesté (2), que 
cet Edit est essentiel de son service et de la prospérité de la Cou- 
ronne. On en attend les effects au premier jour. Rennes en son refus 
souffre sa position : car en rejetant cet Edit, il en a cassé plusieurs 
aultres qui ne concernaient aulcunement la Religion. De quoy Sa 
Majesté et son Conseil irritez n'ont pas tant seulement sursiz leur ju - 
risdiction, ains les ont interdict(3) de leur charge avecq adjournement 
personel aux Présidens, Gens du Roy et Rapporteur, Icsquelz sont 
tous en ceste ville, où il s'agist de la vente (4) de leurs Estatz. Cepen- 
dant le Parlement n'est pas sans judicatiu'e, car en Bretaigne la Cour 
y a ses semestres, (c'est qu'elle se change de six mois en six mois (5) : ) 
et ce remuement en est venu sur le changement. Donc le premier se- 
mestre désadvoue à faict les procédures du premier, et en louant la 
prévoyance et clémence de Sa Majesté, a purement et simplement vé- 
rifié son Edict (6), M. le Mareschal de Biron désigné avec M. de Metz 
et Mortefontaine (7) pour renouveller l'alliance des Suisses, a com- 
mandement de supprimer la Cour de Dijon, si à sa venue, sans délay 
elle ne passe ledit Edict...» 

(En franc., — p. 399.) 

dément du Roy; il lutta, il chicana pendant dix ans, et ne reçut enfin l'Edit dans 
son ensemble qu'eu août 1609. » (F. Floquet, t. IV, p. 134-160-238-269.) 

(1) Floquet, Hist. du Pari, de Norm., t. iV, p. 256 et suiv., ne parle que de 
radmissioa de trois conseillers religionnaires. 

(2) C'est celle qu'il leur avait adressée à Saint-Germain-en-Laye, le 4 novembre, 
et qui vient d'être rapportée. 

(3) F. Floquet, t. IV, p. 261, 263. 

(4) F. des exemples honteux du trafic de la première présidence du Parlement 
de Rouen, en 1608, dans Floquet, t. IV, p. 233 et suiv. 

(5) Il y avait aussi des semestres au Parlement de Normandie. F. Floquet, t. IV 
p. 14. 

(6) L'Edit ne fut enregistré purement et simplement à Rouen que le 3 août 
1609, après une lutte de douze ans entre le Parlement de Mormandie et la Cou- 
ronne; « lutte la plus obstinée, dit Floquet, t. IV, p. 269, et la plus longue peut- 
être dont les anni-.les d'aucun Parlement nous aient conservé la mémoire. » 
V, aussi l'Avant-propos, t. I, p. vin. 

(7) M de Morfontaine, i?arde du trésor royal. F. Sully, Mém., liv. VIII, année 
1596. 



. 



38 SAC ET CONFISCATION DE LA VILLE DE PRIVAS 

SAC ET CONFISCATION DE LA VILLE DE PRIVAS AU PROFIT DU ROI 

EN 1629. 
PROSCRIPTION PERSÉVÉRANTE DES HABITANTS RÉFORMÉS 

EN 1664, 1669 ET 1670. 
Lettre iaédite de 1667. 

Située à l'extrémité d'une belle et fertile plaine, Privas, qui ne comptait 
au plus que cinq à six cents maisons, mais « très riches et opulentes », 
dit l'apostat Pierre Marcha, était à la fois la capitale et la ville la plus flo- 
rissante (lu Vivarais. Depuis que ses belliqueux habitants, sous la conduite 
de Brison (1), avaient rasé le château qui la dominait, elle n'était plus dé- 
fendue que par deux forts, bâtis, l'un au Petit-Tournon, village distant de 
quatre à cinq cents pas, entouré de bonnes murailles, et mieux protégé en- 
core par des précipices et des montagnes escarpées ; l'autre sur le mont 
Toulon, construit en forme d'étoile avec une tour au milieu. La ville elle- 
même était ceinte de forts bastions couverts par des ouvrages avancés et de 
profonds fossés. 

Saint-André-Montbrun, (jui s'illustra plus tard par l'héroïque défense de 
Candie contre les Turcs, y commandait pour le duc de Rohan. Parti de Va- 
lence le 1 i mai 1629, Louis XIII arriva le jour même en vue de la place avec 
un corps de troupes, <jui, grossi promptement par de nombreux renforts, 
forma bientôt une armée de vingt-neuf mille hommes. La tranchée fut ou- 
verte le 20. Le 26, le marquis de Portes enleva le Petit-Tournon et lit passer 
au fil de l'épée tout ce qu'il y trouva. Dix-huit soldats échappés à cette bou- 
cherie vengèrent le lendemain leurs coreligionnaires en tuant de Portes; 
mais ils furent à l'instant mis en pièces par les catholiques. La perte du 
Petit-Tournon etïraya les habitants de Privas, qui demandèrent à grands cris 
qu'on capitulât. Saint-André-Montbrun céda à leurs instances, et eut, à cet 
effet, une entrevue avec Gordes; mais Louis XIII, qui s'indignait qu'un nid 
de poules comme Privas osât lui résister, ne voulut jamais consentir à com- 
prendre les Privadois dans la capitulation, et Saint-André refusa noblement 
de séparer sa cause de la leur. Le triste résultat de la négociation porta au 
comble la terreur des habitants, qui s'enfuirent à la faveur de la nuit, en 
sorte que Saini-André, al)andonné ainsi avec ses cinq cents soldats, dut se 
retirer dans le fort du mont Toulon, d'une étendue moins considérable que 
la ville, et, par conséquent, plus facile à défendre (2). 

(1) V., pour le brave Joachim Brùon, l'article Beauvoir du Roure de Bcaumont^ 
dans la France froteslunte, t. Il, p. 141. 

(2) Nous aurons à revenir une autre fois sur la prise de ce fort, qui soulève 
une question digne d'être approfondie : la préméditation du massacre de la gar- 



AU PROFIT DÛ ROI. 39 

Le lendemain, les soldats royaux entrèrent donc sans résistance dans Pri- ^ 
vas. Deux cents hommes blessés, vieux ou infirmes, qui n'avaient pu suivre ] 
leurs concitoyens, furent passés au fil de l'épée. Les maisons furent pillées 
et la ville livrée aux flammes. Ce n'était point assez pour satisfaire la ven- 
geance du cruel Louis XIIÏ (1). Le 30, parut une déclaration qui confisqua 
au profit du roi tous les biens des habitants de Privas et défendit à toutes 
personnes de s'établir dans la ville proscrite sans lettres du grand sceau. 
Même à la conclusion de la paix, au mois de juillet, lorsque fut rendu l'édit 
de Nîmes, autrement appelé de grâce et pardon, la malheureuse cité en fut 
exclue. « La ville de Privas, y lit-on, qui, se confiant en son assiette rude 
« et inaccessible comme ils pensoient, en ses fortifications et en l'abondance 
« des vivres et munitions dont elle estoit remplie, enorgueillie d'une longue 
« prospérité, a osé résister et attendre la batterie de nos canons et l'effort 
« de nos armes : et mesprisant les douces semonces de nostre bonté, la 
« haine de ses habitans a esté telle que perdans l'espérance de se pouvoir 
« maintenir en leur rébellion, ils ont mieux aymé abandonner leurs maisons 
« et leurs biens, que d'en chercher la conservation dans nostre miséricorde, 
« qui leur estoit toute asseurée, se sont ostez à eux-mesmes l'espérance de 
« la recevoir, et n'ont peu prévenir l'embrasement et la fureur du glaive 
« que la vengeance divine a excité contre eux, pour raison desquels nous 
« avons pourveu par nos lettres de déclaration séparément expédiées, et ne 
« sont compris en ces présentes. » 

Trois ans plus tard, à l'appel de La Force, qui avait été envoyé dans le 
Languedoc pour combattre les partisans de Gaston d'Orléans, les Privadois 
qui avaient survécu à la ruine de leur patrie et s'étaient dispersés dans les 
lieux voisins s'empressèrent d'accourir sous ses drapeaux et sollicitèrent la 
faveur de marcher en tête des troupes royales. Us déployèrent dans cette 
courte campagne tant de courage et de dévouement, que la cour daigna fer- 
mer les yeux sur les atteintes portées à la déclaration de 1629. Les proscrits 
rentrèrent peu à peu dans leur ville en ruines ; quelques maisons se rebâ- 
tirent même de loin en loin, mais si lentement, qu'en -1664 on comptait à 
peine deux cents familles. Cependant l'Eglise désolée se relevait peu à peu, 
lorsque le clergé catholique, jaloux de sa prospérité naissante, la dispersa 
de nouveau. Deux arrêts du 22 février et du 30 septembre 1664 (2), rendus 
à sa requête, ordonnèrent l'exécution rigoureuse de la déclaration de 

(1) L'armée royale s'était campée devant Privas, dans une plaine à'ile du Lac, 
et qui a conservé ce nom. Louis XIII occupait une maison qu'on appelle encore 
aujourd'hui le logis du roi. Un boulet parti de la ville étant venu frapper ce bâ- 
timent, il en avait conçu une profonde irritation et une haine implacable, dont 
les assiégés n'ont que trop senti les effets. 

(2) Ces deux arrêts sont rapportés par Benoît, dans les pièces justificatives du 
tome III de son Histoire de TEdit de Nantes, p. 193 et 196. 



40 SAC ET CONFISCATION DE LA VILLE DE PRIVAS 

Louis XIH, et défendirent à toutes personnes professant la religion réformée 
de demeurer à Privas, sous peine de mille livres d'amende. Le prince de 
Conti, gouverneur de la province, les fit exécuter avec rigueur. Il chassa de 
la ville les habitants protestants et livra leurs biens en proie aux catho- 
liques. C'est à cette nouvelle et cruelle épreuve des malheureux Privadois 
réformés que se rapporte la lettre inédite que nous publions. Elle confirme 
pleinement le récit des écrivains protestants. 

Les Anciens et jadis habitans de Privas à Messieurs les 
Pasteurs et Anciens de l'Eglise refformée de Lyon. 

Messieurs, 
Quoyque l'épreuve extraordinaire par laquelle il a pieu à Dieu nous 
faire passer et dans laquelle nous sommes encores ne vous soit pas in- 
cognue, ayant esté obligés d'abandonner nos maisons, lesquelles nous 
avions réparé et estions rentré dans icelles par des ordres auxquels 
nous devons toute obéissance là où Dieu n'est pas désobéy, néantmoins 
tout ce que nous en pouvons avoir appris est beaucoup au-dessous de 
la vérité de la choze ; ce qui nous restoit de bien et que nous avions 
transporté en nostre sortie ayant esté incontinent après avec les fruits 
de nos champs desquels la cueillette estoit pendante, exposé à la mercy 
des gens qui n'en avoient point et qui moissonnèrent là où ils n'avoient 
point semé, avec des circonstances lesquelles nous ne pourrions des- 
crire sans larmes ni n'osons clairement les exprimer. Tant y a que 
d'où que soyent procédées nos souffrances, lesquelles ont desjà duré 
trois ans et sLx moys, nous prenons le tout comme venant de la main 
de Dieu, laquelle nous adorons, et réputons nos péchés la première et 
principale cause d'icelles et en cherchons le remède en la miséricorde 
de celuy qui en est le père et ([ui se souvient tousjours d'icelle au mi- 
lieu de son courroux, mais comme nous ne devons pas tenter sa Pro- 
vidence en négligeant les moyens légitimes qu'elle nous présente, et 
estre deffaillant à nous-mesmes, ayant pieu à nosseigneurs du conseil 
de commettre Monsieur de Bezons, intendant en ceste province, pour 
donner son advis sur nostre restablissement , nous avons employé 
toutes les sollicitations à nous possibles et de nos amis envers ledit 
seigneur intendant pour avoir au plus tost ledit advis, affm que sui- 
vant iceluy nous poussions obtenir justice. Mais d'autant que ledit sei- 
gneur a grande multitude d'affaires entre les mains, le nostre a tiré en 
longueur l'espace de trois ans et un peu davantage. Et jusques à pré- 



AU PROFIT DU ROI. 41 

sent que nous avons obtenu l'effect de nos instances envers luy, qui, 
aussi touché de compassion veu la longueur de nostre misère, a dresse 
ledit advis et croyons qu'il est prest de l'envoyer à la cour, si cela 
n'est desjà fait. Voilà pourquoy nostre affaire estant à présent en sa 
crise et sur le point de terminer par la justice du Roy que nous im- 
plorons et espérons, il nous faut pour dernier effort faire députation à 
la cour et en icelle des grands frais, auxquels la pauvreté à laquelle 
notre si longue dispersion et le pillage de nos biens nous a réduits ne 
peuvent subvenir-, cela. Messieurs, nous contraint de recourir tant à 
vos prières à Dieu pour nous qu'à vostre charité chrestienne, outre 
qu'il y a grand nombre de familles parmy ces pauvres dispersés des- 
quels les gémissemens en l'extrême nécessité où elles se trouvent ré- 
clament vostre commisération, et vous supplient les considérer comme 
une occasion que Dieu vous présente pour élargir vos entrailles envers 
eux. Le sieur Barruel que nous avons depputé vers vous suppléera 
par ce de quoy nous l'avons instruit à la briefveté de ceste lettre, la- 
quelle nous finissons par prière à Dieu qu'il conserve et face prospérer 
les troupeaux qu'il vous a commis, et bénisse vos saints labeurs en 
iceux. Ce sont. 

Messieurs, Vos très humbles et très obéissants serviteurs. 

Les jadis habitans de Privas fesant profession 
de la religion réformée, et pour eux : 
Delaselve, ancien. Chambaud, ancien. Bernard, 

ancien. Gimoux, ancien. Sibleyras, ancien. 

Robert, ancien. Chameran, ancien. Dubois, 

ancien. Ladreict, ancien. 
On a écrit au dos : 
Du mois de décembre 1667. 

Les pauvres Privadois croyaient que l'avis de l'intendant leur serait favo- 
rable ! De Besons était-il réellement touché de compassion, veu la longueur 
de leur misère, et écrivit-il en leur faveur, ou bien les leurra-t-il seulement 
par de fausses espérances? Nous ne pouvons jusqu'ici répondre à cette 
question, que nous finirons par éclaircir, avec bien d'autres, qu'en men- 
tionnant un arrêt rendu par le conseil, sur son avis, le 5 août 1669, ;irrêt 
confirmatif de celui de 1664, auquel se rapporte la lettre qu'on vient d' lire. 
Nous n'avons pas cet arrêt, mais en voici un antre du 19 noveml)re 1670 (1) 

(1) Cet arrêt n'est pas reproduit par Benoit, non plus que celui du 5 août 1669. 



42 SAC ET CONFISCATION t)E lA VÏLIE DE PRIVAS, ETC. 

qui vise et confirme tous les précédents, et consomme la ruine des infortu- 
nés 'f jadis habitmis » de Privas (1). 

Arrest du Conseil d'Estat portant que les P. R. sortiront de 

la ville de Privas, de la Taillabilité et du lieu de Tournon, 

avec défenses d'y habiter à l'avenir. 

Sur ce qui a esté représenté au Roy estant en son conseil par le sieur 
évesque de Viviers, qu'encores que par trois arrests de son conseil 
d'Estat rendus, Sa Majesté présente, les 22 février, 30 septembre 1664 
et 5 aoust 1669, il a esté ordonné que, conformément à la déclaration 
faite au camp de Privas, au mois de juin 1629, aucunes personnes fai- 
sant profession de la religion prétendue réformée ne pourront habiter 
dans ladite ville de Privas et taillabilité, ny dans le lieu de Tournon, 
qui est un lieu proche dudit Privas, et qui est plus fort que ladite ville : 
néantmoins plusieurs desdits religionnaires prenans advantages des 
troubles qui sont arrivés la présente année 1670 dans le pays de Yiva- 
rez, n'ont pas laissé de se restablir dans lesdits lieux, ce qui est une 
désobéissance formelle aux volontez du feu Roy, et de Sa Majesté, la- 
quelle voulant y pourvoir, le roy estant en son conseil, conformément 
à ladite déclaration du mois de juin 1629, et desdits arrests dudit 
conseil desdits jours 22 février, 30 septembre 1661 et 5 aoust 1669, 
a ordonné et ordonne que toutes personnes faisant profession de la 
religion prétendue réformée sortiront incessamment de ladite ville 
de Privas, de sa taillabilité et du lieu de Tournon; leur fait. Sa 
Majesté, itératives inhibitions et défenses d'y plus habiter, à peine 
de désobéissance, et d'estre procédé contr'eux suivant la rigueur des 
ordonnances; enjoint au gouverneur et son heutenant-général en Lan- 
guedoc, intendant de justice, magistrats, juges, et tous autres officiers, 
de tenir la main à rexccution da présent arrest. 

Fait au conseil d'Estat du Roy, Sa Majesté y estant, tenu à Saint- 

Germain-en-Laye, le dix-neufvième jour de novembre mil six cens 

soixante et dix. 

Signé : Phelippeaux. 

(1) Privas compte à présent environ 5,400 habitants, dont 700 réformés, et le 
hameau adjacent du Pelit-Tournon en compte 250, dont 150 réformés. Mais ce ne 
sont pas des descendants de ceux d'autrefois, détruits ou dispersés. L'établisse- 
ment de ces protestants d'aujourd'hui ne remonte guère à plus de soixante-dix 
ans; une des i'aniilles réputées les plus anciennes se fixa à Privas en 1780. Parmi 
les catholiques, un certain nombre descendent des anciens réformés qui se con- 
vertirent. 



LES ANCIENNES ACADÉmiES PROTESTANTES. 

Voici l'introduction et la première partie du travail de M. le professeur Micliel 
Nicolas, de Montauban, que nous avons annoncé ci-dessus (p. 2) : 

nmn ACADÉuiEi» protes»ta]\te:!S eiv fraivce 

AVANT LA RÉVOCATION DE l'ÉDIT DE NANTES. 

De toutes les institutions formées en France par les protestants depuis le 
commencement de la Réforme jusqu'à la révocation de l'Edit de Nantes, il 
en est peu qui puissent nous intéresser à un plus haut degré que les acadé- 
mies qu'ils créèrent, dans l'intention de pourvoir les églises de pasteurs 
éclairés et à la hauteur de leur difficile mission. Le grand nombre d'hommes 
éminents qui , pendant l'espace d'un siècle environ , y puisèrent leurs pre- 
mières connaissances théologiques , et la valeur scientifique de plusieurs de 
leurs professeurs qui, par leur enseignement et par leurs écrits, exercèrent 
une influence considérable sur le protestantisme en France, en Suisse et en 
Hollande , doivent , ce nous semble , nous rendre cher le souvenir de ces 
écoles et leur ouvrir une large place dans l'histoire de nos églises. L'intérêt 
qui commence à s'éveiller pour notre passé religieux appellera sur elles l'at- 
tention et portera sans doute quelque écrivain protestant, placé dans des 
conditions favorables pour recueillir les documents nécessaires, à nous en 
donner une histoire suivie et détaillée , histoire qui sera en même temps le 
tableau du mouvement théologi(|ue opéré au XYIl" siècle parmi les protes- 
tants français. En attendant la publication d'un semblable ouvrage, que nous 
appelons de tous nos vœux, nous allons essayer de donner une idée de ce 
que furent nos anciennes académies. Cette esquisse se composera de trois 
parties : dans la première, nous rappellerons les principaux traits de leur 
histoire; dans la seconde, nous exposerons la manière dont elles étaient or- 
ganisées ; et dans la troisième , nous ferons connaître les tendances géné- 
rales par lesquelles chacune d'elles se distingua. 

I. Coup d'œil général sur l'établissement et l'existence 
DES académies protestantes. 

Au second synode national tenu à Poitiers en 1560^ plusieurs dépu- 
tés des églises réformées demandèrent des pasteurs pour les assem- 
blées qui les avaient envoyés. Le synode se trouva dans rimpossibilité 
de les satisfaire, et il ne put que leur conseiller de faire donner à des 
jeunes gens une instruction solide, surtout dans les langues et les scien- 
ces divines, pour pouvoir dans la suite les employer au ministère. A 
la mênie époque^ le conseil de la ville et le consistoire de Nîmes s'occu- 






.44 LES ANCIENNES ACADEMIES PROTESTANTES. 

paient sérieusement des moyens de ne pas laisser sans pasteurs une 
grande partie des populations protestantes du Bas-Languedoc. Ainsi, 
dans les premières années de la seconde moitié du XVP siècle et dans 
toutes les parties de la France , un nombre considérable d'églises 
manquaient de conducteurs spirituels. Ce fâcheux état de choses dura 
pendant assez longtemps. Cependant, sans pasteurs, il était difficile de 
conserver les églises existantes; il fallait surtout renoncer à la flat- 
teuse espérance, si générale alors parmi les protestants français, de 
détacher tous leurs concitoyens de l'Église de Rome et de les amener 
à leurs propres croyances. Genève, la Suisse et l'Ecosse envoyaient 
bien de temps en temps des ministres à leurs frères de la France; mais 
ces secours n'étaient pas suffisants, et, d'ailleurs, d'un côté, le gou- 
vernement, pressé par les sollicitations du clergé, inquiétait souvent 
ces étrangers et les forçait à quitter leurs troupeaux, et, d'un autre 
côté, il n'était pas rare qu'ils fussent rappelés dans leur patrie, sur- 
tout quand ils se distinguaient soit par leur science, soit par leur talent 
de prédicateur. Pour pourvoir aux besoins religieux des protestants pri- 
vés de pasteurs, le synode national de Poitiers décida d'établir, dans 
certaines églises, des candidats qui, après un stage d'une durée propor- 
tionnée à leurs facultés et à leur application, pouvaient, à la suite d'un 
examen subi devant une réunion de pasteurs, être associés au minis- 
tère. On ne pouvait regarder que comme provisoire une mesure qui 
aurait fini par remplir les chaires de pasteurs manquant de connais- 
sances théologiques suffisantes, le plus grand de tous les dangers à 
une époque où le protestantisme, mal affermi et entouré d'ennemis ha- 
biles et puissants, ne pouvait se soutenir que par la science de ses con- 
ducteurs spirituels. Ce fut sans doute pour parer en partie à ce dan- 
ger que le cinquième synode national, tenu à Paris en 15G5, engagea 
les églises qui avaient quelques ressources pécuniaires à entretenir des 
étudiants dans les universités étrangères. Ce conseil fut suivi : quel- 
ques jeunes gens furent envoyés à l'académie de Genève, qui a tou- 
jours été attachée par les liens les plus étroits aux églises réformées 
de France. Mallieureusement, il y avait bien peu de consistoires qui 
pussent suffire à ces dépenses. 

Il n'y avait qu'un moyen d'avoir un nombre suffisant d'hommes ca- 
pables par leurs connaissances d'être à la tète des églises : c'était de 
fonder dans les grands centres de population protestante des académies 
dans lesquelles pussent se former les aspirants au saint ministère. 



LES ANCIENNES ACADEMIES PROTESTANTES. 4M 

11 s'écoula cependant un assez grand nombre d'années avant que 
des établissements de cette nature fussent possibles en France; mais 
leur fondation était l'objet des vœux les plus ardents. Les députés des 
provinces furent chargés par le synode national tenu à Sainte-Foy en 
1578;, d'avertir et d'exborter leurs provinces à faire instruire la jeu- 
nesse et à penser à tous les moyens qu'elles pourraient trouver pour 
dresser des écoles où les jeunes gens pussent être élevés et rendus 
propres à servir un jour l'Église de Dieu par l'exercice du saint mi- 
nistère. Les désirs et les espérances ne s'arrêtaient pas à ces écoles de 
théologie^ qu'on ne possédait pas encore : on avait projeté la créa- 
tion de véritables universités dans lesquelles, à côté des sciences tbéo- 
logiques, seraient enseignées la jurisprudence, la médecine, les belles- 
lettres et les matbématiques; et nous devons ajouter que ce projet fut 
réalisé, du moins momentanément, là où les circonstances le permi- 
rent. Les règlements de l'académie de Montauban, publiés en 1600, 
fixent les attributions et les devoirs des professeurs en théologie, en 
jurisprudence, en médecine, en physique (1), etc., et nous voyons dans 
l'histoire de Nîmes que plusieurs hommes éminents enseignèrent dans 
son académie l'éloquence, le droit et les sciences mathématiques (2). 

C'est dans cette dernière cité que fut établie la première école de 
théologie protestante en France. Le conseil de cette ville et son con- 
sistoire conçurent le dessein, pour former des pasteurs capables de 
diriger les nombreuses églises voisines, d'ajouter une chaire de théo- 
logie à l'enseignement classique donné dans le collège des arts, éta- 
blissement qui, fondé vers la lin de la première moitié du XYI« siècle, 
sur le modèle du collège royal de Paris, était alors en pleine prospé- 
rité. Tuffan, qui en était directeur, fut consulté sur ce projet. H le 
combattit, principalement par cette raison que l'enseignement de la 
théologie serait déplacé dans une école où l'on s'occupait exclusive- 
ment de littérature; mais il proposa de faire donner par un des pas- 
teurs de la ville, et dans un des temples affectés au culte public, dos 
leçons de théologie à ceux des élèves qui auraient terminé avec quelque 
succès leurs études au collège des arts (3). La proposition de Tuffan, 

(1) Lois et règlements de racadémie de Montauban, dressés l'an 1600, au mois 
d'octobre, et publiés au Grand-Temple, dans V Hisloire de Montauban, éô. de iSM, 
t. II, p. 281 et suiv. 

(2) Voir aussi les règlements de l'académie de Nîmes, dressés par Jean de 
Serres, et publiés sous ce titre : Academiœ Nemausensis letjes. Nemausi, 1582. ln-4. 

(3) Le Mémoire de Tuffan sur ce sujet a été conservé par Menard , dans son 
Histoire de la ville de Nîmes, t. IV, Preuves, p. 298 et suiv. 



46 LES ANCIENNES ACADEMIES PROTESTANTES. 

après avoir été quelque peu modifiée, fut soumise, le 14 mai 1561, à 
un synode provincial, composé des églises de Nimes et des environs 
de cette ville, et, cette assemblée l'ayant approuvée, on chargea Mau- 
get de donner des leçons de théologie aux aspirants au saint ministère. 
Avant la fin de cette année, Mauget trouva un collaborateur dans 
Pierre Viret, que son état valétudinaire avait conduit dans le midi de 
la France. Cette école n'acquit cependant une véritable importance qu'à 
partir de 1598, grâce au secours que lui accordèrent depuis cette épo- 
que les synodes nationaux. Elle exista jusqu'au commencement de 1644, 
et à cette époque elle fut supprimée par un arrêt du conseil d'État. 

La ville de Montpellier avait fondé aussi, dans la seconde moitié du 
XVI« siècle, un collège et une école de théologie. Le collège était assez 
bien organisé, mais l'école de théologie était assise sur des bases en- 
core plus étroites et moins solides que celle de Nîmes. En 1598, un se- 
cours accordé par le synode national tenu à Montpellier même permit 
de lui donner quelque extension, et cette école, prenant rang depuis 
ce moment parmi les académies, devint un des étabhssements soute- 
mis par les synodes nationaux. Elle n'eut pas cependant une longue 
existence : en 1617, elle fut réunie à celle de Nîmes. Ces deux établis- 
sements n'avaient jamais d'ailleurs été regardés que comme les deux 
moitiés d'un même tout; ils ne recevaient ensemble qu'une somme 
égale à celle qu'on accordait à une seule académie. 

La même année qui vit la transformation de deux petites écoles de 
théologie de Montpellier et de Nîmes en académies fut témoin de la 
fondation de deux autres établissements semblables, l'un à Saumur et 
l'autre à Montauban. Leur création était désirée depuis longtemps; 
elle avait même été décidée en 1596 au synode national tenu à Sau- 
mur. Cette assend)lée, en invitant les synodes provinciaux à faire tous 
leurs efforts pour établir un collège dans chaque province et au moins 
deux académies en France, avait désigné la ville où elle était réunie 
conime un lieu propre à un collège, et, quand on en aurait les moyens, 
à une académie. Ce choix était heureux. Saumur renfermait un grand 
nombre de protestants, et Duplessis-Mornay en était gouverneur de- 
puis plusieurs aimées (1). Montauban offrait aussi des conditions favo- 
rables jiour la prospérité d'une école de théologie. La grande majorité 
de ses habitants avaient embrassé la cause de la Réforme, et cette 

(1) En 1688, Henri III livra cette ville comme place de sûreté au roi de Navarre, 
et celui-ci en coniia la garde à Duplessis-Mornay. 



LES ANCIENNES ACADEMIES PROTESTANTES. 47 

ville possédait, depuis 1579, un collège à côté duquel une académie 
avait sa place marquée. Mais, en 1596, on n'avait pas les fonds néces- 
saires à l'établissement et à l'entretien de ces deux écoles. Cet ob- 
stacle fut levé par le subside-annuel qu'à partir de 1698 Henri IV ac- 
corda aux églises protestantes. Le premier synode national qui eut k 
en faire l'application et la distribution fut celui de Montpellier, et le 
premier emploi qu'il en fit fut pour la fondation de ces académies si 
vivement et depuis si longtemps désirées. « La compagnie, est-il dit 
dans les actes de ce synode, procédant à la distribution de 43,.300 écus 
et un tiers octroyés par le roi pour l'entretien de nos églises, a or- 
donné que 3,333 écus 3[11 seront employés pour l'entretien de deux 
universités, dont l'une sera à Saumur et l'autre à Montauban, à cha- 
cune desquelles elle a assigné 1,111 écus 6 sous 8 deniers. Et pour 
aider à dresser les académies de Montpellier et de Nîmes, on a accordé 
pour Montpellier 500 écus et le reste pour Nîmes. » 

L'académie de Saumur acquit rapidement une grande célébrité. 
Trois ans après sa création, elle comptait de nombreux étudiants 
français et étrangers (1). Elle fut supprimée par un arrêt du conseil 
d'Etat, le 8 janvier 1685 (2). Celle de Montauban ne fut guère moins 
prospère; mais elle eut une existence agitée par les divers événements 
qui troublèrent si souvent la tranquillité de cette ville pendant le 
cours du XYIP siècle. A la suite d'un mouvement populaire dont la 
cause première fut due à quelques intrigues des jésuites, elle fut, en 
1659, transportée à Puy-Laurens, et elle fut enfin détruite par un 
arrêt du conseil d'Etat, le 5 mars 1685 (3). 

Quand l'académie de Montpellier eut été réunie à celle de Nîmes 
on fonda à Die une nouvelle école, qui, quoique moins connue que les 
précédentes, rendit cependant des services aux nombreuses popula- 
tions protestantes du Dauphiné. Elle fut supprimée par un arrêt du 
conseil d'Etat, le 11 septembre 1684 (4). 

Enfin, deux principautés, d'abord indépendantes, mais réunies en- 
suite à la France, avaient chacune une académie protestante : c'étaient 

(1) Mémoires et correspondance de Duplessis-Mornay (Paris, 1824), t. X, p. 197 
et J98. 

(2) Hist. du Calvinisme, par Soulier, prêtre^ p. 654. El. Benoist, Hist. de l'Edit 
de Nantes, t. III, 3^ part., p. 782. 

(3) Soulier, iïâi. du Calvinisme, p, 662 et 663. El. Benoist, ///.sf. de l'Edit de 
Nantes, t. 111, 3« part., p. 783. 

(4) Soulier, Hist. du Calvinisme, p. 637 et 638. El. Benoist, Hist. de l'Edit de 
Nantes, 1. 111, 3e part., p. 672. 



/^8 LES ANCIENNES ACADEMIES PROTESTANTES. 

la principauté de Sedan et celle du Béarn. Les réformés de ces deux 
contrées étaient unis à leurs frères de la France par les liens les plus 
étroits- leurs écoles étaient regardées comme françaises, et elles pou- 
vaient être fréquentées par les jeunes gens des églises de l'intérieur 
du royaume. Cependant, oomme le Béarn, quoique réuni à la cou- 
ronne en 1620, resta un pays d'Etat, et par conséquent indépendant 
jusqu'à un certain point, son académie ne fut pas, comme celle de Se- 
dan, admise à prendre part à la distribution des deniers octroyés par 
le roi et des contributions des églises (1). Elle ne paraît pas, d'ail- 
leurs, avoir pris une part considérable au mouvement théologique en 
France pendant le XVIl'^ siècle, et on ne connaît que peu d'écrits dus 
à quelques-uns des hommes qui y ont enseigné. Etablie à Orthez, elle 
semble s'être bornée en général à former des pasteurs pour les popu- 
lations voisines. Celle de Sedan fut bien autrement remarquable. 
Fondée vers 1580 par le duc de Bouillon, souverain de cette princi- 
pauté, peu de temps après qu'il eut embrassé le protestantisme elle 
fut conservée par son fils, qui retourna, il est vrai, à l'Eglise romaine, 
mais qui s'engagea, par un édit du 10 septembre 1638, de faire four- 
nir à toujours les fonds et deniers nécessaires pour l'entretien des mi- 
nistres, professeurs et maîtres d'école, étudiants et autres suppôts de 
ladite académie et église ; et quand Sedan fut réunie à la France, en 
16i-2, un édit de 164i donna les mêmes assurances aux nombreux 
protestants de cette ville. Toutes ces promesses n'empêchèrent pas la 
suppression de cette académie en 1681 (2). 

Telles furent les écoles dans lesquelles se formèrent, pendant un 
siècle environ, les pasteurs des églises protestantes de France (3). Ces 
six académies (nous ne comptons pas celle de Montpellier, dont l'exis- 
tence fut de courte durée) ne furent pas également florissantes : celles 
de Montauban, de Saumur et de Sedan l'emportèrent toujours, soit 
par la renommée de leurs professeurs, soit par le nombre de leurs 
étudiants, sur celles de Die, de Nîmes et d'Ortbez. Cependant l'état 
des moins favorisées était encore satisfaisant. On peut être étonné que 
six écoles de théologie aient pu exister au \MV siècle en France, 

(\) Les éclises du Brani promirent cependant de contribuer à l'entretien des 
académies irançaises; mais elles mirent peu d'empressement à verser leur coti- 
sation. Aymon, Sy7iod. nation., t. U, p. C95. 

(2) El. Benoist, Hixt. de V Edit de Nantes, 1. 111. 2-^ part., p. 437. 

(3) U faut y joindre l'académie de Genève, que les étudiants français n'ont 
jamais cessé de fréquenter. 



LES ANCIENNES ACADEMIES PROTESTANTES. A\) 

quand aujourd'hui les facultés de Montauban^ de Strasbourg et de Ge- 
nève ne comptent guère ensemble^ en moyenne, que cent cinquante 
élèves, et encore faut-il comprendre dans ce nombre les étudiants ap- 
partenant à la confession d'Augsbourg. Mais il faut considérer que plu- 
sieurs de nos anciennes académies, entre autres Saumur et Sedan, at- 
tiraient un grand nombre de jeunes gens de la Suisse et de la 
Hollande : on en a la preuve dans le recueil des thèses de ces deux éta- 
blissements, thèses qui portent les noms et l'indication de la nationa- 
lité des élèves chargés de les discuter. Un autre poiut plus important, 
dont il faut ensuite tenir compte, c'est que le nombre des pasteurs 
était de beaucoup plus considérable à cette époque que de nos jours. 
Dans la liste qui en est donnée à la fin des actes du synode national 
d'Alais (1620), on en compte 781 . Y a-t-il là une preuve que la France 
renfermait alors dans son sein beaucoup plus de protestants qu'elle 
n'en contient aujourd'hui? C'est ce qui nous semble peu douteux : 
mais tout ce que nous voulons faire remarquer ici, c'est qu'à un nom- 
l)re plus grand de pasteurs devait correspondre un nombre propor- 
tionnellement plus grand d'étudiants. 

On proposa néanmoins de bonne heure de réduire le nombre des 
académies. Il en fut question déjà en 1609, dans le synode national 
tenu à Saint-Maixent. Mais cette assemblée trouva de graves inconvé- 
nients à l'adoption d'une mesure semblable, et elle fut d'avis de con- 
server celles qui existaient alors, c'est-à-dire celles de Montauban, de 
Montpellier, de Nîmes, de Saumur et de Sedan. Cette réduction était 
proposée, du reste, moins dans la crainte de voir baisser et languir 
ces établissements, qu'en vue des dépenses que nécessitait leur entre- 
tien, dépenses qui n'étaient pas en rapport avec les ressources finan- 
cières mises à la disposition des synodes nationaux. Aussi, à mesure que 
ces ressources diminuèrent, cette proposition fut renouvelée avec plus 
d'insistance, et il ne se réunit presque plus de synode national, à partir 
de la fin de la première moitié du XVIP siècle, sans qu'on demandât 
de ne conserver que deux académies. On attribuait trop d'importance à 
l'instruction des pasteurs pour qu'on pût se rendre à ces instances. Les 
académies furent maintenues, et quand on manqua de fonds pour leur 
entretien, on s'industria pour en trouver. Nous ferons connaître plus 
loin à (|uels expédients on eut recours pour faire face aux difficultés. 



LETTRE DE LOUIS XIV A W. AZIitlOHT 

MINISTRE DE BERGERAC 

21 AVRIL 1654. 

LES PAROLES ET LES ACTES DE LODIS XIV A L'ÉGARD DES RÉFORMÉS. 

On sait de quelle utilité furent à Louis XIV les services des protestants 
pendant les troubles de la Fronde. Le prince de Condé ne put parvenir à 
soulever les Cévenols; Montauban, La Rochelle, Saint- Jean-d' An gely servi- 
rent de retraite et de défense à l'armée royale. En un mot, les réformés, en 
se prononçant pour le rui, lui assurèrent la victoire, et le comte d'Hai'court, 
qui pesait ses paroles , put faire à ceux de Montauban cette réponse signi- 
ficative : ■■ La couronne chancelait sur la tête du Boi, mais vous l'avez 
affermie.» Benoît dit que les ministres de cette ville reçurent même, en 
1651 , une lettre du monarque qui leur témoignait toute sa satisfaction (t. III, 
p. 154); mais il ne cite pas cette lettre. En voici une écrite par Louis XIY, 
le 21 avril 1654, au ministre Azimont, de Bergerac. Nous la trouvons dans 
une brochure publiée en 4787 (1). L'original était à cette époque entre les 
mains d'un sieur Desba, descendant par les femmes du sieur Azimont. « Ce 
ministre, dit h France protestante, \umssA\l dans son église d'une influence 
justifiée par son zèle, et n'était pas sans quelque crédit auprès de la cour, à 
qui il avait eu l'occasion de rendre des services signalés pendant les guerres 
de Guyenne. » Il n'en fut pas moins du nombre de ceux que la révocation de 
l'Edit de Nantes chassa de France; il se réfugia en Hollande et vécut quel- 
ques années à Amsterdam, où il termina ses jours. 

DE PAR LE ROI 

A nostre cher et bien amé Azimont, ministre de nostre ville 
de Bergerac. 

Cher et bien amé, ayant esté informé de la fidélité et affec- 
tion que vous témoignez avoir pour les choses qui concernent 
nostre service , par delà du désir que vous avez de nous en 
rendre les effets, nous avons voulu vous faire ceste lettre pour 
vous faire connoistre le bon gré que nous vous en sçavons, vous 
exhorter de persévérer en vostre résolution et bon devoir, et de 
prendre une entière contiance , et ajouter toute créance en ce 

(1) lU'flexions impartiales d'un pliilantlirope sur la situation présente des pro- 
testants et sur les moyens de la changer. In-8 de 58 p., s. 1. 1787. 



LETTRE DE LOUIS XIV A M. AZWIONT. 51 

que vous dira de nostre part le S' marquis de Saint-Luc, nostre 

lieutenant général en nostre province de Guienne, assuré que 

nous considérons le mérite de vos services, pour vous en recon- 

noislre par les effets de nostre bienveillance quand il s'en offrira 

le sujet. Donné à Paris, le 21 avril 1654. 

Signé: LOUIS. 
Et plus bas : PHELYPEAUX. 

On retrouve dans cette lettre le même sentiment que dans la déclaration 
rendue par Louis XIV, à l'époque de sa majorité, le 21 mai 1652, pour 
conlirmer l'Edit de Nantes, et dans laquelle on lisait : 

« ... D'autant que nosdits sujets de la Religion P. R. nous ont donné 
<( des preuves certaines de leur affection et fidélité, notamment dans 
« les occasions présentes, dont nous demeurons très satisfait, etc. » 

Déjà il avait, dès le 8 juillet 1643, donné une première déclaration, re- 
nouvelant les lettres patentes par lesquelles Louis XIII avait lui-même con- 
liiiné l'Edit de Nantes à deux reprises, le 22 mai 1 61 et le 1 novembre 1615, 
el cette déclaration était conçue en ces termes dignes de remarque : 

«... Voulons et nous plaît que nosdits sujets faisant profession de la 
« R. P. R. jouissent et ayent l'exercice libre et entier de ladite Reli- 
« gion, conformément aux édits, etc. Sans qu'à ce faire ils puissent 
(( être troublés, ni inquiétés en quelque sorte et manière que ce soit. 
M Lesquels édits, Oieri que perpétuels (1), nous avons de nouveau, en 
« tant que besoin est ou seroit, confirmés et confirmons par ces dites 
« présentes : voulons les contrevenans à iceux être punis et châtiés, 
« comme perturbateurs du repos public, etc. » 

On connaît aussi deux lettres écrites par Louis XIV, en 1655, au roi d'An- 

(1) La déclaration de Louis XIII, du 22 mai 1G10, portait également : 
« Encore que cet Edit (de Nantes) soit perpétuel et irrévocable, ejt par ce moyen 
« n]ait besoin d'être confirmé par nouvelle déclaration : néanmoins, afin que nos 
« dits sujets soient assurés... que notre intention et volonté est de faire garder 
« inviolalilement iceluy Edit, fait pour le bien et repos de tous nos dits sujets, tant 
« catholiques que de là K. P. R. Savoir faisons, exe. » 

Claude avait-il tort, lorsqu'il s'écriait, en 1686, dans ses Plaintes des protes- 
tants de France'. «Après cette cassation, qu'y aurait-il désormais de ferme et 
« d'inviolable en France?... L'Edit de Nantes était de sa nature inviolable et irré- 
« vocable, hors de l'atteinte de toute puissance humaine, fait pour être un traité 
« perpétuel entre les catholiques et nous, une foi publique et une loi fondamen- 
(f taie de l'Etat, que nulle autorité ne peut enfreindre... » Et ailleurs : « Comment 
« n'ont-ils pas vu dans cette affaire, ce qui n'est que trop visible, que l'Etat se 
« trouve percé d'outre en outre par le même coup qui traverse les protestants, et 
« qu'une révocation faite avec tant de hauteur ne laisse plus rien de sacré ?.. . » 



f)2 LETTRE DE LOTIS MV A M. AZIMONT. 

gletprrp, el en KiOG à l'électeur de Brandebourg, et dans lesquelles il expri- 
mait le coiilcntenient qu'il éprouvait de la conduite des Réformés, et rappe- 
lait les obligatidMs (lu'il leur avait : 

(( J'ay sujet^ disait-il dans la première^ de louer leur fidélité et zèle 
« pour mon service : eux de leur part n'omettant aucune occasion à 
« m'en donner des preuves, même au delà de tout ce qui s'en peut 
« imaginer, contribuant en toutes choses au bien et avantage de mes 
« afTaires. » 

« Mon FRÈRE, écrivait-il le 16 septembre 1666 à l'électeur de Bran- 
« debourg, je ne serois pas entré avec un autre prince que vous, sur 
« le sujet dont vous m'écrivez, en faveur de mes sujets de la R. P. R. 
« Mais pour vous marquer l'estime particulière que j'ay pour vous, je 
« commenceray par vous dire que des gens mal intentionnés à mon ser- 
« vice ont publié chez les étrangers des libelles séditieux, comme si 
« l'on ne gardoit pas dans un Estât les déclarations et édits que les 
« Kois mes prédécesseurs ont donnés en faveur de mes dits sujets de 
« la R. P. R., et que je leur ay confirmés moi-même : ce qui seroit 
« contre mon intention, car je prends soin qu'on les maintienne dans 
« tous les privilèges qui leur ont été concédés, et qu'on les fasse vivre 
« dans une parfaite égalité avec mes autres sujets. J'y suis engagé par 
« ma parole royale, et par la reconnoissance que j'ay des preuves qu'ils 
« m'ont données de leur fidélité, pendant les derniers mouvemens, 
« où ils ont pris les armes pour mon service, et se sont opposés avec 
« vigueur et avec suc:ès aux mauvais desseins qu'un parti de rébel- 
« lionavoit formés dans mesEstats contre mon autorité, etc. (1). » 

Les citations qui précèdent sont autant de monuments de la dissimulation 
et de l'ingratitude de Louis XIV à l'égard des protestants. De quels effets 
avaient été suivies ses belles paroles? A peine avait-il tenu le langage que 
l'on vient de voir dans sa déclaration du -21 mai 1652 et dans ces lettres de 
1654 et 1655, qu'il concédait aux obsessions du clergé la déclaration du 18 
juillet 1656, qui interpréta la première déclaration de manière à en enlever 
presque entièrement le bénéfice aux réformes, et il inaugurait, par l'arrêt du 
conseil du 2'é août de la même année, celle jurisprudence odieuse (pii devait 
les dépouiller successivement de tous leurs droits, sans s'arnier, était-il 
dit, aux édits et déclarations antérieurs. Et alors (pi'il écrivait en 16G6 à 
l'électeur de Brandelxiurg (ju'il prenait soin de maintenir ses sujets de fa 
H. P. H. dans tous leurs privilèges, et de les faire vivre dans une par- 

(11 V. l?imoU, t. IV, p. 12, et t. V, pièces juslifioatives, p. 7. 



LKTTKE DE LOUIS XIV A M. AZIMOM'. hS 

faite égalité avec ses autres sujets, c'était une flagrante imposture, puis- 
que déjà le système de persécutions ei d'iniquités légales qui devait abou- 
tir à l'Edit révocatoire de 1685 était en pleine voie d'exécution. On n'a qu'à 
ouvrir les recueils d'arrêts et de décisions royales pour s'en convaincre. 
C'est avec la même hypocrisie et la même duplicité qu'après avoir frappé le 
dernier coup, le monarque faisait désavouer, en décembre 1685, par son 
ambassadeur en Angleterre, Bonrepaus, les dragonnades et les missions 
bottées. M. Ch. Weiss cite, d'après l'original conservé aux archives des 
affaires étrangères, cette instruction, qui mérite d'être signalée dans les 
fastes de la diplomatie. Elle porte la signature de Louis XIV et de Colbert 
de Croissy, et on y lit en autant de termes ce qui suit : 

« ... Le sieur de Bonrepaus doit faire entendre à tous en général 
« que le bruit qu'on a fait courir dans les pays étrangers de prétendues 
« persécutions que l'on fait en France aux religionnalres n'est pas vé- 
« ritable , Sa Majesté ne se servant que de la voie des exhortations 
« qu'elle leur fait donner pour les réunir à l'Eglise, de laquelle ils ne 
« sauroient disconvenir qu'ils ont été séparés sans fondements. Il peut 
« les assurer aussi de la part de Sa Majesté que tous ceux qui revien- 
« dront seront favorablement reçus et rétablis dans eurs biens, dont 
M ils jouiront paisiblement à l'avenir, sans qu'us puiîjsent être troublés 
« dans leur commerce... » 

Simple raprochement. Cette instruction est du 20 décembre 1685. Or, le 
5 novembre, Louvois avait écrit au duc de Noailles : 

Je ne doute point que quelques logements un peu forts chez le peu 
« qui reste de noblesse et du tiers-état des religionnalres ne les dé- 
« trompent de l'erreur où ils sont... et Sa Majesté désire que vous vous 
« expliquiez fort durement contre ceux qui voudront estre les der- 
« niers à professer une religion qui lui déplaist et dont elle a défendu 
M l'exercice dans tout son royaume. » 

Dans le même temps, Louvois écrivait au marquis de Vérac, en lui of- 
frant une lieutenance du Roi pour le décider à l'apostasie : 

« Sa Majesté veut qu'on fasse sentir les dernières rigueurs à ceux qui 
« ne voudront pas se faire de sa religion : et ceux qui auront la sotte 
« gloire de vouloir demeurer les derniers, doivent estre poussez jus- 
ce qu'à la dernière extrémité. » 

Est-il besoin d'ajouter que le désir de Sa Majesté Très Chrétienne et de 
son ministre était dès lors pleinement satisfait ? Sainl-Ruth , (lui venait de 



54f UN PASTEUR PROTESTANT SUR LA SELLETTE 

faire ses preuves en Dauphiné, était envoyé en Languedoc, pour y donner 
les exhortations et explicatioîis que cliacun sait. (V. Bull., l. 1, p. 475). 



UN PASTEUR PROTESTANT SUR LA SELLETTE 

DEVANT LE PARLEMENT DE TOULOUSE, EN 1683. 
(Document inédit.; 

Yoici une pièce fort curieuse, dont l'original ou une copie du temps nous est 
communiqué par M. Fréd. Lafon de Caudaval, de Réalraont (Tarn), qui l'a 
retrouvé parmi des papiers de famille. C'est le récit fait par un pasteur de 
cette église d'une audience de la grand'chambre du Parlement de Toulouse, 
où il avait été cité à comparoir, sur la plainte d'une voisine, la dame de 
Pujol de Lagrave, nouvelle catholique (1 ). On y voit quelle fut la condition 
des Réformés devant la justice des Cours, lorsqu'il n'y eut plus de chambres 
de l'Edît ou mi-jmrties. Le langage de M. le premier président et de son 
collègue, les réponses et l'attitude du ministre inculpé, sont dignes d'atten- 
tion, et pourraient fournir matière à des remarques de plus d'un genre. Le 
lecteur les fera de lui-même. 

Audition sur la sellette au Parlement de Toulouse, en la 
grand'chambre, le mercredi lO février 1683. 

Je fus appelle par un huissier_, environ 9 à 10 heures du matin. On 
me conduisit au Palais et j'entrai les fers aux pieds en la grand'cham- 
bre. Dès que je fus entré, on me fit mettre à genoux et M. le Premier 
Président me fit présenter un tableau par un garde sac sur lequel on 
vouloit que je misse la main à la manière des catholiques romains 
pour prêter le serment. Mais au lieu de cela je levai la main sans 
l'approcher de ce tableau à notre manière de prêter le serment. Par 
un abus étrange on appelle ce tableau « l'Evangile, » et avoir mis la 
main sur cette toile peinte « avoir mis la main sur les SS. Evangiles. » 
Voilà l'Evangile des catholiques romains : des peintures et des images, 
et ce qu'on a mis en la place des Evangiles de Jésus-Christ. 

(1) A ce document est joint un croquis des lieux. La dame de Pujol demeurait 

en face du presbytère et du temple réformés, dans une maison qui a appartenu 
ensuite à la marquise de Villeneufve d'Arifat, et actuellement à M. ProsporMar- 
liave. Le temple avait été construit de 1650 à 1660. Jusqu'à cette époque et de- 
puis 1561, une salle de l'ancien fort Esquin, concédée par Bernard de Biron, avait 
Bcrvi de temple. La maison curiale et remplacement du tempie, démoli à la 
révocation de l'Eldit de Nantes, sont aujourd'hui la demeure et le jardin du curé 
et de ses vicaires. 



DEVANT LE PARLEMENT DE TOULOUSE. 55 

Après quoi on me fit asseoir sur la sellettC;, comme s'il se fust agi 
d'un crime capital. L'Ecriture dit de mon Sauveur qu'il a esté mis au 
rang des iniques; dois-je trouver étrange qu'on m'ait traité comme un 
criminel, moi qui suis si coupable envers Dieu. D'abord M. le Premier 
Président me lit ces interrogats : 

M. le P. P. Comment vous appelez-vous? — Rép. Jacques Viguier. 

M. le P. P. D'où êtes-vous? — R. De Réalmont, 

M. le P. P. Quelle profession faites-vous ? — R. Ministre de ceux 
de la Religion prétendue Réformée. 

M. le P. P. Quel âge avez-vous? — R. Environ 33 ans. 

M. le P. P. Etes-vous marié? — R. Non, Monsieur. 

M. le P. P. Savez-vous le sujet de votre prévention? 

Là je commençai à dire toute mon affaire d'un bout à l'autre. On 
m'écouta paisiblement. Après que j'eus achevé, M. le Premier Prési- 
dent reprit ainsi : La cour vous va interroger sur vos accusations. Si 
vous répondez comme il faut, elle croira que tout ce que vous venez 
de dire est véritable. Vous promettez de dire la vérité? A quoi je ré- 
pondis : Monsieur, je suis persuadé que je suis partout devant Dieu, et 
que je ne puis mentir en aucun endroit; mais particulièrement suis-je 
en la présence de Dieu en ce lieu, où vous estes. Messieurs, desquels 
l'Ecriture dit : Dixi, dii estis. Ainsi je dirai très-assurément la vérité. 

M. le P. P. N'est-il pas vrai que vous saluiez Madame de la Grave 
lorsqu'elle était de votre Religion? — R. Oui, Monsieur. 

31. le P. P. N'est-il pas vrai que vous ne la saluez plus depuis qu'elle 
s'est convertie? — R. Non, Monsieur, sous le respect de la Cour. 

31. le P. P. N'est-il pas vrai que vous ne vous contentez pas de ne 
la pas saluer, mais que vous la mocquez, que vous lui riez au nez, et 
que vous enfoncez votre chapeau quand vous passez devant elle, et 
tout cela en haine de sa conversion? — R. Non, Monsieur, tout cela 
sont des calomnies et des suppositions desquelles ma partie n'a pu 
trouver ni témoin ni preuve dans la procédure. 

31. le P. P. N'est-il pas vrai que non content de ne la pas saluer, 
elle qui est une personne de qualité et distinguée dans Réalmont, que 
vous lui avez dit des injures, que vous l'avez insultée en pleine rue, 
et que vous l'avez appellée fripone? — R. Monsieur, ce sont autant 
de suppositions et de calomnies, sous le respect de la Cour. Il ne m'en 
faudroit d'autres preuves. Messieurs, sinon que ma partie ni le curé 
de Réalmont, ni le Synode du clergé d'Albi, qui n'ont rien oublié de- 



56 IN PASTEUR PROTESTAÎST SUR LA SELLETTE 

puis dix-huit mois pour tâcher d'en trouver quelque témoin ou quel- 
que preuve, qui ont sollicité des témoins, qui ont fait publier des chefs 
de monitoire, qui par promesses ou menaces ont trouvé des témoins 
pour déposer d'autres choses contre nous, n'en ont peu trouver qui 
ayent voulu déposer rien de semblable. Mais il y a plus, Messieurs, 
c'est que j'ai fait faire, d'autorité de la Cour, une information où il y 
a 29 témoins ouïs, desquels un grand nombre sont catholiques, qui 
déposent tous avoir vu et entendu comme ce fut cette dame qui m'in- 
sulta |)lusieurs fois, qui me dit mille injures en pleine rue, et quiavoit 
un valet à quatre pas d'elle pour me faire maltraiter, sans que le juge 
de la ville se trouva là qui empescha son mouvais dessein. 3° Mes- 
sieurs, il y a un verbal du Prévost et Juge deRéalmont qui se trouva 
présent ci l'action qui quoiqu'il n'ait pas voulu dire toute la vérité parce 
qu'elle esloit en ma faveur, qu'il favorisât fort cette Dame, et qu'il 
m'eût refusé justice, a esté pourtant contraint d'en dire assez pour me 
justifier, déclarant qu'il a veu et ouï connne elle m'a insulté et inju- 
rié, appelle frippon et menacé, sans qu'il ait veu ni ouï que ni moy ni 
personne ait rien dit ni fait contre cette Dame. 

M. le P. P. Vous dites qu'il n'y a pas des témoins qui déposent que 
vous avez appelle cette dame friponc? — R. Oui, Monsieur, il n'y a 
que la fille de chambre de sa fille qui le dise. Mais sa déposition est 
nulle, 1° parce que c'est un témoin singuher (1); 2° parce que c'est 
une servante domestique de ma partie; 3° parce qu'elle a varié dans 
la déposition, ce qui en montre la fausseté, car la première fois elle 
déposa qu'elle avoit entendu que j'avais appelle cette dame fripone, 
et la seconde fois elle a changé et dit que je lui avois dit : Vous estes 
la frippone vous-même. 

M. le P. P. Mais il faut bien crone les témoins domestiques puis- 
qu'on n'en peut avoir d'autres qui voulussent déposer pour cette dame, 
estant tous huguenots à Réalmont. — R. Je demande pardon à la 
Cour, il y a près de la moitié de catholiques dans Réalmont, et il y en 
a plusieurs ouïs dans l'information que j'ai fait faire contre cette 
flame. 

M. le P. P. Mais enfin quand il n'y auroit point de témoins, la chose 
ne seroit pas moins véritable, et il y a des choses sur lesquelles les 
parties en doivent estre crues. Car quelle apparence y a-t-il qu'une 

(1) C'cst-à-dirc seul. On comiait raxionio de droit : TcdUunus, Icstis nulln.s. 



DEVANT LE PARLEMENT DE TOULOUSE. 57 

l'eiiîme, et une femme de qualité comme Matl. de la GravC;, se voulût 
charger d'avoir receu une insulte et des injures, si cela n'estoit vrai? 
Cela est-il si agréable d'avoir receu un affront qu'on le veuille publier 
et le soutenir? — II. Monsieur, si l'accusation d'une partie doit servir 
de preuve contre l'autre, je ne voi pas qu'il y puisse avoir d'innocence 
à couvert. 

M. le P. P. Où estiez-vous le 10 juillet 1681 ? — /?. A Réalmont, 
Monsieur. 

M. le P. P. Que fîtes-vous ce jour-là? Comment se passa ce jour- 
là? — R. Monsieur, ce jour estoit un jeudy qui estoit jour de presche 
pour nous. Je fus au temple le matin, en sortant je me retirai chez 
moi jusques au dhier. Après dîner on m'appella pour aller voir une 
damoiselle malade, et en y allant je trouvai Mad. de la Grave, qui me 
laisoit observer quand je passerois, pour m'insulter et me maltraiter 
en la manière que je l'ai dit à la Cour. 

M. le P. P. N'est-il pas vrai que vous l'insultâtes vous-même, et 
que vous fîtes assembler deux cents personnes autour de vous? — 
R. C'est une calomnie comme les autres. Monsieur, il n'y eut que 
quelques personnes d'une et d'autre religion qui se trouvèrent là, qui 
s'approchèrent comme le verbal de M. le Prévost et Juge de paix qui 
y fut présent en fait foy. 

M. le P. P. Mais pourquoi ces personnes s'approchèrent-elles? 
Sans doute, parce qu'on vous entendoit crier, et que vous estiez dans 
une grande colère contre cette dame. — R. Non, Monsieur, c'est 
qu'on entendit que cette dame me disoit mille injures et me faisoit 
cent menaces, et crioit d'une façon à se faire entendre de bien loin 
sans que je disse une seule parolle, et que ceux qui se trouvèrent près 
de là entendant ce bruit s'approchèrent pour voir ce que c'estoit. 

M. le P. P. N'est-il pas vrai encore que vous avez suscité des petits 
enfans, pour aller crier des injures à cette dame sous les fenestres 
de sa maison, alors qu'elle alloit à l'Eglise? — R. Non^ Monsieur, sous 
le respect de la Cour, il n'y a ni témoins ni preuve qui m'en charge. 

M. le P. P. La question n'est pas s'il y a des témoins de cela, mais 
la Cour vous interroge là-dessus pour en savoir la vérité. — R. Et 
bien. Monsieur, je réponds à la Cour, sous le respect que je lui dois^ 
que c'est une calomnie et une fausseté. 

M. le P. P. Pour vous montrer que vous faites profession de haïr 
les nouveaux convertis^ et que vous faites profession de les cmpescher 



58 UN PASTEUR PROTESTANT SUR LA SELLETTE 

quand vous pouvez^ n'est-il pas vrai que non content de ne les vou- 
loir ni saluer ni honorer, non content de les insulter, de leur dire des 
injures, de dire que leur Dieu est le ventre, « QMorum Deus venter 
est, » comme nous le venons de voir en la personne de Mad. de la 
tJrave. Et prenez garde, cela soit dit en passant, que vous ne soyiez 
vous-même et les autres ministres ceux dont l'Apôtre parle quand d 
dit : « Quorum Deus venter est, » et que ce ne soit vos passions qui 
seules vous arrêtent dans cette mauvaise religion. N'est-d pas vrai, 
pour revenir, que vous avez empesché la nommée Marie Perier de se 
convertir et de se marier avec un catholique? — R. Sous le respect 
de la Cour, Monsieur, c'est une autre fausseté et une nouvelle ca- 
lomnie. 

M. le P. P. Connaissez-vous un chirurgien catholique de Réalmont 
qui s'appelle Gaujergues? — R. Je sais qu'il demeure à Réalmont de- 
puis quelque temps. Monsieur, et l'ai veu quelquefois. 

M. le P. P. Ne savez-vous pas qu'il fréquentoit cette fdle? — R. Je 
puis l'avoir ouy dire. Monsieur. 

M. le P. P. Ne l'avez-vous pas empeschée de se marier avec lui? 
— R. Non, Monsieur, ce n'estoit pas à moi à l'erapescher; elle estoit 
sous la puissance de père et de mère. 

M. le P. P. N'est-il pas vrai que vous l'avez empeschée de se con- 
vertir? que vous lui avez dit qu'elle seroit damnée si elle se faisoit ca- 
tholique? qu'il falloit haïr les catholiques, les avoir en horreur et les 
regarder avec les nouveaux convertis comme les portraits du diable, 
et que vous la menaciez de la priver de tout son bien si elle se faisoit 
catholique? La Cour veut bien vous pardonner ces injures et ces em- 
portemens d'appeller les catholiques les portraits du diable qui vien- 
nent de votre fiiux zèle. Mais peut-elle vous pardonner d'empescher 
la conversion des peuples? Vous qui devriez estre le premier à leur 
montrci- un bon exenqjlc et quitter cette mauvaise religion vous vou- 
lez cmpescher les autres. Voulez-vous vous opposer aux bonnes iiispi- 
rations que Dieu donne à quelques-uns? Ne savez-vous pas que c'est 
la volonté du Roy que tout son peuple se convertisse? Ne savez-vous 
pas cette belle parole si digne d'un si grand Prince, qu'il voudroit 
avoir donné son bras droit pour la conversion de son Royaume, ce bras 
qui a fait tant de belles actions et qui fait trembler toute l'Europe? 
Ne savez-vous pas que ce grand Prince préfcreroit la conversion de 
son peui)le à la foy catholique, à la conqucstc de tout le monde? 



i 



DEVANT LK PARLEMEIST DE TOULOUSE. 59 

Ignorez-vous les soins que le clergé prend pour seconder ces bonnes 
intentions du Roy pour votre conversion? Vous estes-vous mis en teste 
de vous opposer à tout cela? Comment pouvez-vous, vous-mêmes qui 
avez des lumières à ce qu'on dit^, demeurer dans une si méchante re- 
ligion^ qui n'est pas même une religion, car ne savez-vous pas qu'on 
l'appelle la religion prétendiie? Pourquoi prétendue, sinon parce que 
vous prétendez que c'est une religion quoiqu'elle ne le soit pas? Et 
puis quelle Religion? Vous n'avez point de chef pour la conduire. 
Elle n'est que depuis quatre jours, car enfin quand vous pourriez mon- 
ter plus haut que Calvin l'auteur de votre religion, tout ce que vous 
pourriez faire seroit d'aller jusques aux Albigeois, ou à Pierre Valdo, 
un misérable homme de Lyon, et tout cela n'est que depuis trois jours. 
Et comment vos ministres de Charenton pourront-ils répondre à ce 
que Messieurs les Evesques leur ont fait présenter de la part du Roy 
pour rendre raison de leur religion, et des sujets qu'ils ont eu de se 
séparer de l'Eglise catholique? — R. Monsieur, je supplie très-hum- 
blement la Cour de me permettre de me contenir dans les faits et accu- 
sations de ma procédure. Tout ce qu'on dit que j'ai fait et dit à l'égard 
de cette Marie Perier est une fausseté et une calomnie. 

M. le P. P. Il y a pourtant des témoins qui le déposent et qui ont 
entendu même tout le discours que vous avez fait à cette fille pour 
l'empescher de se convertir. — R. Je vous demande pardon. Monsieur, 
il n'y a que la femme d'un misérable savetier de Réalmont qui ne sait 
ni lire ni escrire qui a déposé cette fausseté. Mais 1° c'est un témoin 
singulier et partant nul. 2° La déposition même en démontre la faus- 
seté, car elle dépose ce qu'elle dit m'avoir ouï dire à cette fille pour 
l'empescher de se faire catholique sans dire ni le jour, ni la semaine, 
ni le mois, mais il y a, dit-elle, environ deux ans. Et comment une 
misérable femme de savetier qui ne sait ni lire ni escrire, peut-elle 
avoir conservé deux ans dans la mémoire une déposition de trois ou 
quatre pages de discours qu'on lui fait faire? 

M, le P. P. Il y a quelquefois des gens qui ne savent ni hrc ni 
escrire qui ne laissent pas d'avoir bonne mémoire. — R. Monsienr, 
cela se pourroit pour se souvenir de quelque action sensible, ou mesme 
de quelques parolles, mais la Cour voit l'impossibilité qu'il y a qu'une 
telle misérable tienne conservé deux ans sans l'altérer un discours de 
trois ou quatre pages. D'ailleurs, Messieurs, remarquez encore de 
quelle manière sa déposition est conçue, elle dit qu'étant dans la mai- 



60 UN PASTETJR PROTESTANT SUR LA SELLETTE 

son elle entendit ce que je disois à cette fille dans une autre maison 
voisine. Or^ Messieurs, supposé que la chose fût, ce (pii n'est pas, 
quelle apparence que j'aye voulu dire à cette fille des choses qui 
m'eussent pu faire des afTaires en criant à pleine teste, et pour me 
faire entendre de la rue et des maisons voisines? Quelle apparence 
qu'elle ait entendu non pas quelques paroles mais toutes sans en 
avoir perdu une seule dans un discours d'un quart d'heure? La Cour 
voit assez la fausseté de cette déposition par la déposition même. 

M. le P. P. Vous n'avez pas fait une seule contravention, mais plu- 
sieurs. N'est-il pas vrai que vous avez porté la robe depuis votre mai- 
son jusqu'à votre temple? — R. C'est une autre supposition, Mon- 
sieur, aussi fausse que les précédentes, sous le respect de la Cour. Et 
d'effet, il n'y a qu'un témoin singulier, une misérable fille décréttée 
pour ses crimes, qui fait une déposition vague mais fausse, qu'elle m'a 
veu porter la robe, sans dire en quel jour, ni en quelle semaine, ni 
en quel mois, mais il y a, dit-elle, environ deux ans, ce qui montre la 
fausseté de l'accusation; car si j'eusse porté la robe, j'aurois esté veu 
de cinq cents personnes. 

M. le P. P. N'est-il pas vray que vous avez consolé vos malades à 
voix haute et en présence de beaucoup de gens ? — R. Monsieur, 
quand cela seroit, je n'aurois fait aucune contravention, puisqu'il ne 
nous a jamais esté deffendu de consoler nos malades ni de faire nos 
prières à voix haute que dans les hôpitaux et les conciergeries qui sont 
des lieux publics par la déclaration de 1669. Or, je ne suis pas dans 
ce cas. Nous n'affectons pas de crier en consolant nos malades, pour 
nous faire entendre des rues; nous faisons ces fonctions aux pieds du 
lit du malade, pour nous faire entendre seulement de lui. Mais s'd 
arrive que le malade soit sourd ou agonisant, il est bien nécessaire de 
hausser la voix pour lui donner quelque consolation. La Cour vou- 
droit-elle qu'on laissât mourir un homme sans consolation, sans lui 
représenter ce qu'il doit faire pour son salut, de peur de trop crier? 
Or, de deux ou trois mille malades que je puis avoir assistés depuis 
sept ans que j'estois ministre à Réalmont, il s'en est trouvé sept ou 
huit de ces sourds et de ces agonisans où il a fallu hausser la voix, de 
peur de les laisser mourir sans consolation. Me voudroit-on faire un 
crime de cela? l'our ce qui est des personnes pjcsentes, je puis pro- 
tester à la (]oin- que je n'y suis jamais allé fpi'avec ceux qui me ve- 
noient ap])cllcr. 



DEVANT LE PARLEMENT DE TOILOUSE. 61 

M. le P. P. Mais on dépose contre vous qu'il y avoit quelquefois plus 
de soixante personnes? — R. Je vous puis assurer^ Monsieur, que c'est 
une calomnie ; on a fait dire cela à quelques misérables femmes, qui se 
sont rétractées pour la plus part. Et puis, quand on appelle un ministre 
pour consoler un malade agonisant, et les parents et amis du malade 
pour le voir et l'assister, ce ministre peut-il forcer ces gens-là à sor- 
tir de la chambre; et s'il prie Dieu devant eux la Cour lui voudroit- 
elle faire un crime de cela? 

M. le P. P. N'est-il pas vrai qu'en consolant vos malades, vous le 
faites d'une manière fâcheuse et par dérision des catholiques? N'est-il 
pas vrai que vous avez dit en consolant un nommé Matthieu, marchant 
de Réalmont : Je ne viens point ici avec la croix et des flambeaux, 
et cela en dérision des cérémonies de l'Eglise? — R. Monsieur, il est 
vrai qu'on a fait déposer cela à quelques misérables femmes; mais il 
est certain que c'est une fausseté manifeste, sous le respect de la Cour. 
La déposition même le montre, car ces misérables femmes déposent 
que cela arriva il y a sept ou huit ans. Et quelle apparence qu'elles 
puissent s'en souvenir ou que je n'en eusse pas été recherché? Elles 
ont même déclaré en présence du Commissaire qu'elles n'avoient ja- 
mais parlé de cette prétendue dérision, et soutinrent au Commissaire 
qu'il l'avoit dit de sa teste. Et quand j'aurois dit cela, ce ne seroit ni 
une contravention ni un crime ; car dire que nous ne faisons pas cela, 
ou cela comme la religion catholique romaine n'est pas une déri- 
sion, autrement on ne pourroit jamais parler de la différence des reli- 
gions sans se rendre coupables, et ainsi les discours les plus innocens 
deviendroient des crimes, ce que la Cour n'entend pas, assurément. 

M. le P. P. N'est-il pas vrai que dans vos presches vous vous estes 
servi des termes de temps fâcheux, temporibus duris, etc., de celui de 
persécution et autres. — R. Messieurs, je proteste devant Dieu et 
la Cour que je ne me suis jamais servi de ces termes dans mes ser- 
mons. Il est vrai qu'on l'a fait déposer à deux misérables; mais 
l'un est fils du marguiller du curé de Réalmont, et ainsi dépendant de 
lui, qui est ma partie et qui lui a fait dire comme aux autres ce qu'il 
a voulu : l'autre est son valet actuellement dans sa maison, c'est-à- 
dire, comme la Cour voit, des gens visiblement si suspects qu'ils ne 
peuvent estre reçus en témoignage sur ce fait. Outre qu'ds n'ont pu 
dans les prétendus confrontemens rendre aucune raison de leur dépo- 
sition, ce qui seul en montre la fausseté. 



62 UN PASTEUR PROTESTANT SUR LA SELLETTE 

M. le premier Président s'arrêta là et ne me fit plus d'interrogats. 
Il demanda à M. D'Aiguë, rapporteur, s'il en vouloit faire. Il prit la 
parolle et me fit ceux-ci. 

M. D. R. N'est-il pas vrai que non-seulement vous avez empesché 
la nommée Marie Perler de se convertir comme on vient de vous dire, 
mais encore une autre femme nommée Rose de Bouillon^ de la Fe- 
nasse, et que vous allâtes chez elle lui dire que si elle changeoit de 
religion, que vous la dénonceriez au Consistoire et même sur la chaire 
comme une abominable. — R. Monsieur, sous le support de la Cour, 
c'est une autre fausseté évidente. Cela paroît parce qu'il n'y a aucun 
témoin qu'elle-même qui ne peut estre creue dans son propre fait. Sa 
déposition est ridicule en ce qu'elle dit qu'on la menaça de la dénon- 
cer au Consistoire et sur la chaire, comme si jamais ceux de notre re- 
ligion s'estoient avisés de dénoncer sur la chaire ni dans le consistoire 
ceux qui se font catholiques. Ceux qui lui ont fait dire cela ne savent 
pas même nos coutumes. Je puis encore protester à la Cour comme 
devant Dieu que je n'ai jamais esté dans la maison de cette femme, 
comment peut-elle dire que j'y suis allé pour lui faire ce discours? 

M. D. R. Vous n'avez jamais esté à la Feoasse? — R. Je ne dis pas 
cela. Monsieur; mais que je n'ai jamais esté dans la maison de cette 
Rose de Bouillon. 

M. D. R. Qu'alliez-vous faire à laFenasse? — R. Visiter et consoler 
les malades de notre religion. Monsieur, quand j'y estois appelle. 

M. D. R. Mais on dit qu'il y avoit quelquefois plus de vingt per- 
sonnes quand vous faisiez ces consolations. — R. Non, Monsieur. 
Comment y pourroit-il avoir eu plus de vingt personnes, puisque 
dans la Fenasse il n'y en a pas douze de notre religion? 

M. D. R. Mais c'est que vous en meniez grand nombre de Réal- 
montavec vous. — R. Monsieur, pardonnez-moi; il n'y a ni témoin 
ni preuve de cela, et je proteste à la Cour comme devant Dieu, que je 
ne suis jamais allé de Réalmont à la Fenasse pour voir quelque ma- 
lade qu'avec celui qui me venoit appeller. 

M. D. R. Pourquoi alliez-vous à la Fenasse? ce lieu n'est-il pas 
hors de la juridiction de Réalmont? — R. Non, Monsieur; ceux de 
notre religion de ce village ont toujours esté, depuis plus cent ans, de 
notre Eglise de Réalmont. 

M. D. R. N'est-il pas vrai que vous avez fait les impositions de vos 
gages sans présence de magistrat? — R. Non, Monsieur, sous le respect 



DEVANT LE PARLEMENT DE TOULOUSE. 63 

de la Cour, nous autres ministres, nous n'avons jamais fait ni assisté 
à l'imposition de nos gages. Ce n'est pas notre coutume. Ainsi quand 
il y auroit quelque contravention à cet égard, elle ne me regarderoit 
pas. Mais il n'y en a aucune. Monsieur, car on n'a jamais fait d'impo- 
sition qu'elle n'ait esté signée et autorisée par M. le Prévost et Juge 
de Réalmont. 

M. D. R. Mais voici une délibération dans laquelle vous avez pré- 
sidé, qui dit que M. le Prévost et Juge ayant esté prié de venir et ne 
pouvant, qu'il est délibéré qu'il sera passé outre. — R. Je supplie la 
Cour de m'écouter sur ce fait. Il y a deux choses dans nos imposi- 
tions : 1° la nomination des commissaires qui doivent travailler à l'im- 
position en présence du Juge; 2° l'imposition elle-même. A l'égard de 
la nomination des personnes qui doivent travailler à l'imposition, elle 
se fait dans le consistoire sans présence de Magistrat, et le Roy ne 
nous a jamais commandé d'y en appeler. Néantmoins de peur de don- 
ner aucune prise sur notre conduite, on a toujours voulu appeller 
M. le Juge même à ces nominations, quoiqu'on n'y fût pas obligé. Et 
quand M. le Juge ne vouloit pas s'y trouver, on ne laissoit pas de dé- 
libérer que tels et tels procéderoient à l'imposition en présence du 
Magistrat, et ils ne l'ont jamais fait autrement. Et la délibération de 
laquelle on prétend mal à propos se servir contre moy sur ce fait où 
il n'y avoit point de Magistrat n'est que pour la nomination de ceux 
qui dévoient travailler à l'imposition, comme la Cour le verra par la 
lecture qu'elle peut s'en faire faire. Mais il est certain que jamais ces 
commissaires n'ont procédé réellement à l'imposition des gages qu'en 
présence de M. le Juge de Réalmont, ce qui paroit en ce que tous nos 
livres ont esté signés et autorisés par le Juge de Réalmont, ce qu'il 
n'auroit pas fait s'ils n'eussent été faits en la manière qu'il faut. Et 
pour dernière conviction. Messieurs, la Cour saura s'il lui plaie que le 
Roy ayant donné un arrest par lequel il ordonne que tous les livres 
d'impositions des gages des ministres de la province de Languedoc se- 
ront remis par devers M. l'Intendant depuis 1670 jusqu'à 1681, ceux 
de Réalmont lui ayant esté présentés et ayant esté examinés, ils ont 
este trouvés en bon estât, après quoy, comme la Cour voit, il n'y a 
rien à dire, de quoi nous avons un certilïicat du secrétaire de M. l'In- 
tendant. 

Après quoi, M. le premier Président demanda à MM. les Conseil- 
lers s'ils vouloient me faire des interrogats : mais il n'y en eut aucun 



64- RÉVOCATION HE l'ÉDIT DE NANTES. 

qui me demandât autre chose. Alors M. le premier Président me dit : 
Savez-vous à quoi vous êtes condamné par votre sentence ? — On m'a 
dit. Monsieur, lui dis-je, qu'on m'a fait cette injustice de me con- 
damner à cent livres d'amende, interdiction de ma charge et au ban- 
nissement hors du ressort de la Cour. 

M. le P. P. Etes-vous appellant de cette sentence? — li. Oui, Mon- 
sieur. Je supplie la Cour de me vouloir rendre la justice que l'on m'a 
refTusée à Alby, et d'avoir la bonté de faire lire les lettres que je lui 
présente en appel et cassation de la procédure précédente et de me 
faire droit sur tout. 

M. le P. P. Huissiers, prenez ce sac et baillez-le à M. le Pasteur. 
La Cour vous rendra justice. 

Sur quoi je sortis de la chambre et me retirai. 
Les juges étoient : M. le Premier Président, 

M. le Président de Cizon, 

M. le Président de la Terrasse, 

M. l'Evesque de S. Papoul, 

M. de D'Âigue, Rapporteur, 

M. de Bursa, 

M. de Chastanet, 

M. de Sevin, 

M. Olivier. 



RÉVOCATION DE L'ÉDIT DE HAHTES. 

VOIES 1)'EXÉCI;T10N a l'ÉGAHD Di: DUC nE CAIMONT LA FORCE ET DE DIVERS 
MI.MIÎRES DE CETTE FAMILLE. — LETTRES INEDITES DE LOUIS XIV ET DE 
CULIJERT DE SEIGNELAV, SECRÉTAIRE d'ÉTAT. 

(1686-168;.) 

fl Messe, niorl ou Baslille'.i' avait d.t 
Charles IX à Henri de Bourlion, prince 
de Coude, le 10 septumbre 1572. 

A l'époque de la révocation de l'Édit de Nantes, le Mercure galant don- 
nait <lia{pi(' mois des iioiivcUos des conversions. Voici ce qu'on lit dans le 
volume du mois de may 1 ()«(), p. 274 : 

« Enfin M. le duc de La Force, après avoir eu pUisieurs conférences 
« avec M. l'archevesque de Paris, a esté entièrement convaincu des 



LE DUC DE LA FORCE ET SA FAMILLE. Co 

« erreurs de la religion protestante. Plus cette conqueste a coûté de 
« soinSj plus elle est glorieuse à l'Église et à ce prélat; et plus M. le 
« duc de La Force a cherché à s'éclaircir pleinement sur tous ses 
« doutes, plus on a sujet de croire qu'il a esté pénétré des lumières de 
« la Iby. » 

Cette petite note du gazetier officiel se trouve placée entre l'article des 
Bénéfices donnés par le Roy et l'explication des Énigmes du mois passé, 
avec les noms des correspondants qui ont eu l'honneur de deviner les mots 
desdites énigmes, lesquels étaient Eperons et Pilules... La liste de ces aima- 
bles chevaliers, marquis, demoiselles de qualités et autres, n'occupe pas moins 
de cinq pages. 

Et dans le volume du mois suivant, on lit, p. 139 : 

« Je vous appris il y a un mois la conversion de M. le duc de La 
« Force. Depuis ce temps-là quatre des fils de ce duc et le fils unique 
« de M. le marquis de Bordage, qui estoient aussi pensionnaires dans 
« le collège de Louis-le-Grand (c'est ainsi que l'on appelle présentement 
« le collège de Clermont), ont fait profession des véritez catholiques. 
« La cérémonie de leur abjuration se fit ces jours passez dans l'éghse 
« de Saint-Louis, entre les mains du père de La Chaise, confesseur du 
« Roy. » 

De son côté, le marquis de Dangeau, dans son journal, dit que le Roy 
« avait daigné parler a M. le duc de La Force pour sa conversion. » 

Les pièces suivantes, extraites des papiers recueillis par Rulliière et des 
registres de la Secrétairerie d'État, vont faire voir quels 'soins coûta, en 
effet, la conversion du duc de La Force et de ses enfants, et combien elle fut 
glorieuse à l'Église et à M. V ai'chevesque de Paris. Elles montreront 
aussi de quelle manière Sa Majesté avait daigné parler à M. le duc de La 
Force. 

A l'exception de deux, qui sont du Roi lui-même, toutes les lettres qu'on 
va lire sont de Jean-Baptiste Colbert (fils du grand Colbert), marquis de Sei- 
gnelay et de Lonré, conseiller du Roi en tous ses conseils, secrétaire d'État 
et de ses commandements , commandeur et grand trésorier de ses ordres. 
C'est dire qu'elles émanent toutes de la pensée royale, qu'elles sont le fruit 
du travail du monarque avec son ministre, et témoignent de sa sollicitude 
de chaque jour pour les affaires de la religion et l'extirpation de l'héré- 
sie (1). 

(1) Nous commençons par donner cette série de pièces. Nous y joindrons une 
courte notice sur les membres de la l'iiniille de La Force qui y figurent. 

5 



66 RÉVOCATION DE L EDIT DE NANTES. 

A M. de La Reynie. 

11 janvier 1686. 

Al'esgard de M. le duc de La Force, Sa Ma'^ estime nécessaire 

d'attendre son retour de la campagne où il est à présent. 

Au même. 

12 janvier 1686. 

Sa Ma'^ m'ordonne de vous dire qu'elle donnera les ordres né- 
cessaires en exécution de la déclaration qui doit estre publiée aujour- 
d'huy à Tesgard des enfans de M. le duc de La Force et de Mad^ la 
comtesse de Roye (1). 

A M. l'Arclievesque de Paris. 

Du 30"= janvier 1686. 
Monsieur, 
Le Roy vient de me faire l'honneur de me communiquer la lettre 
que vous avez escrite à Sa Majesté sur le sujet de M. le duc de La 
Force, et l'on ne peut s'empescher de déplorer son opiniastreté qui 
résiste si longtemps aux extrêmes bontez que Sa Majesté luy té- 
moigne. Mais comme il paroist clairement par vostre lettre qu'il n'y a 
de parti à prendre à son égard que celuy de luy permettre d'aller en 
Angleterre, à quoy Sa Majesté ne veut pas consentir, ou celuy de la 
crainte, Sa Majesté s'est déterminée à luy envoyer demain au matin 
un officier de ses gardes, avec ordre de se retirer avec sa femme dans 
sa maison de La Boulaye, et en mesme temps M. de La Reynie doit 
aller prendre ses enfans pour mettre les garçons au collège des je- 
suittes, et les filles en tel couvent que vous estimerez le plus conve- 
nable. Cependant comme dans la bonté que Sa Majesté a pour M. le 
duc de La Force, Elle ne prend ce party qu'avec peine. Elle m'or- 
donne de vous envoyer encore cet homme exprez, afin d'avoir ce soir 
vostre réponse, par laquelle il vous plaira de me fau'e savoir votre 
advis sur ce sujet, et s'il n'y a rien de changé depuis la lettre que 

(1) Femme de Frédi'Tic-Charles de La Rochefoucanlt, comte de Roye et de Ronci, 
ancien lieutenant général des armées du roi, qui s'était rél'cgié en Danemark, où il 
lut noiiiiné grand niaréclial et commandant en cliet de toutes les troupes danoises. 
La comtesse de Roye obtint 1 a permission de rejoindre son mari ; m.iis elle ne put 
emmener que ses deux lilkîs aînées, dont l'une épousa depuis, en Angleterre, le 
comte de Slralford. Les deu s plus jeunes et deux ûls eu bas âge lui furent enlevés 
pour être remis au comte de Duras, leur oncle. 



LE DUC DE LA FOkCE ET SA FAMILLE. 67 

VOUS avez escrit à Sa Majesté^ ou si vous estimez qu'il y ait encore 
quelque chose à espérer par la douceur et la patience à son égard, 
parce que s'il ne vous paroist pas vraysemblable de réussir par cette 
voye. Sa Majesté estime qu'il ne faut pas balancer à exécuter dez de- 
main le projet que je vous ay expliqué cy-dessus. Je vous suplie donc 
de vouloir bien me faire réponse sur-le-champ_, et de me croire tou- 
jours, etc. 

Lettre du Roy à M. le duc de La Force. 

Du 30« janvier 1686. 
Mon comin, faprens avec déplaisir que nonobstant les raisons 
pressantes qui ont deues vous déterminer à vous réunir à la Reli- 
gion catholique^ et les marques d'amitié et de considération que 
je vous ai donné, vous vous laissez aller aux mauvais conseils de 
ceux qui veulent vous retenir dans les erreurs d'une religion que 
je ne veux plus tolérer dans mon royaume. Cest ce qui m'a porté 
à vous escrire cette lettre pour vous dire que je veux que vous 
vous retiriez dans vostre maison de La Boulaye aussytost que vous 
Vaurez recette et que vous remettiez vos enfants entre les mains 
du S'' de La Reynie que j'ay commis à cet effet^ me réservant de 
pourvoir à leur instruction. Et la présente n estant à autre finj etc. 

LOUIS. 

A M. de La Reynie. 

30« janvier 1686. 
M. 

Le Roy ayant pris la résolution de pourvoir à l'instruction des 
enfans de M. le duc de La Force, en mesme temps que Sa Ma": luy or_ 
donne de se retirer dans une de ses maisons de campagne. Elle désire 
que vous vous rendiez demain chez luy avec M. de Brissac pour les re- 
cevoir et que vous preniez la peine de conduire vous-mesme les gar- 
çons au collège des jésuittes où il y aura une chambre préparée pour 
eux, et les filles dans le couvent dont vous conviendrez avec M. l'ar- 
chevesque de Paris, et je crois que vous estimerez convenable de 
charger Mad^ de La Reynie de ce soin afin que les filles soient remises 
entre ses mains, et qu'elle prenne la peine elle-mesme de les conduire 
au couvent. 

Sa Ma'^ est informée qu'il y a encore plusieurs gens de ([ualité de la 



68 RriVOCATION DE l'f.DIT DK NANTES, 

R. P. R. à î'aris ([iii l'ont une espèce de party^ et qui s'observent les 
uns les autres se faisant honneur de n'estre pas les premiers à changer 
de religion. Sa Ma'" scayt aussi que le S"" marquis de S'-Gelais est un 
de ceu\ qui paroissent agir avec plus d'opiniastreté en excitant les 
autres à demander des conditions pour leur réunion à l'Église qui ne 
peuvent leur estre accordées, c'est pourquoy Elle a résolu de le faire 
mettre à la Bastille, et Elle m'ordonne en mesme temps de vous escrire 
que vous vous appliquiez à sçavoir tous les gens de quelque condi- 
tion, soit des provinces ou de Paris mesme qui y demeurent encore 
actuellement, afm de m'en envoyer la liste, et je vous prie de faire 
en sorte de me donner cet éclaircissement dez demain au soir et de 
me renvoyer par un homme exprez (1). 

Au P. Recteur des Jésuiltes. 

30e janvier 1G8G. 
Le Roy ayant résolu de mettre dans vostre Collège les cnfans de 
M. le Duc de la Force qui doivent y estre conduits demain par M. de 
La Reynie, sa M'*^ m'a ordonné de vous escrire afin que vous preniez 
la peine de leur faire préparer une chambre, et que vous choisissiez 
un de vos Pères pour le mettre auprès d'eux, et avoir soin de leur 
instruction. Sa M^*^ m'ordonne aussi de vous avertir que le fils aisné 
du S"" Duc de La Force est de complexion extrêmement faible, et 
qu'elle désire que celuy que vous mettrez auprès de luy et de ses frè- 
res ait autant de soin de leur santé que de leur instruction. Je suis 
entièrement à vous. 

Au Père de La Chaise. 

Dud. jour. 
M. R. P. 

J'escris au Père Recteur du Collège des Jésuittes que les enfans de 

M. le duc de La Force y seront demain conduits par M. de La Reynie, 

et comme le Roy désire (}u'on mette auprès d'eux un des Pères pour 

avoir soin de leur instruction. Sa M^*-' m'ordonne aussi de vous en 

doiHier advis afin que vous preniez la i)cine d'aller vous-mesine au 

(1) Dans une autre lettre du l"^^"" février au même, on lit : 

« ... J'ay rendu compte à Sa M'^' de re mémoire que je vous renvoyé des gens de 
la H. 1'. R. des provinces qui sont à Paris. Elle veut ([ue vous fassiez arrêter ces 
gens-là, que vous leur fassiez leur procès et les oblijiiez de faire abjuration à Paris, 
après qu(iy on les rcnvoycra chez eux... » 



LE DUC DE LA FORCE ET S.V FAMILLE. 69 

Collège pour donner les ordres que vous estimerez nécessaires à cet 
égard. Je suis, etc. 

A ^I. (le La Reynie. 

31« janvier 1686. 
M. 

Le Roy ayant esté informé que plusieurs enfans de M. le Duc 

de La Force sont en si bas aage qu'il ne convient pas de les mettre au 

Collège ny dans des Couvents, Sa M'« a consenti que tous ceux qui se- 

roient au-dessous de sept ans fussent mis chez M™" la Duchesse de 

S^-Simon qui veut bien s'en charger, et Elle m'ordonne de vous escrire 

que vous preniez la peine d'aller prendre vous-mesme les enfans 

de cet aage pour les mener chez lad. d" Duchesse de S*-Simon et les 

luy remettre entre les mains. 

A Mad^ la ducliesse de S*-Simon. 

31e janvier 1686, à Versailles. 
Madame, 

Le Roy ayant appris que vous avez consenty à recevoir chez vous 

les] enfans de M. le duc de La Force, Sa M'é m'a ordonné de vous 

escrire de sa part que vous luy ferez plaisir d'en prendre soin tant 

pour leur santé que pour leur instruction, et qu'EUe vous sçait gré de 

la résolution que vous avez pris à cette égard. M. de La Reynie qui 

vous rendra cette lettre a ordre de vous les mener luy-mesme , et je 

profite avec plaisir de cette occasion pour vous assurer du respect 

avec lequel je suis, 

Vostre, etc. 

A M. le duc de La Force. 

23e février 1686. 
M. le Coadjuteur de Rouen a rendu compte au Roy de la conver- 
sation qu'il a eue avec vous sur le sujet de vostre conversion, et vous 
sçavez par des témoignages bien certains et bien remplis de bonté 
combien Sa M'é la désire, non-seulement par l'envie générale qu'EUe 
a que ses sujets suivent la bonne religion, mais aussi par l'amitié 
particulière qu'EUe a pour vous, c'est ce qui la porte à m'ordonner 
de vous escrire pour vous dire que s'il est vrai que vous soyez dans la 
disposition de luy donner une satisfaction entière à cet égard en vous 
réunissant de bonne foy à la Religion Catholique, conformément à la 



70 RÉVOCATION DE l'ÉDIT DE NANTES. 

profession de foy dressée par M. l'Archevesque de Paris, vous pouvez 
sans difficulté partir quand il vous plaira de chez vous pour vous ren- 
dre auprès de sa M'^' qui est disposée à vous donner des marques de 
son amitié particulière aussi tost que vous aurez bien voulu prendre 
cette résolution. Je n'adjouteray rien à ce que Sa M'^'^' m'ordonne de 
vous escrire à cet égard, si ce n'est que comme Elle a desjà espéré 
vostre changement je ne crois pas qu'il fust à propos que vous vinssiez 
qu'après estre bien résolu à vostre conversion, et sans faire aucune 
proposition nouvelle sur la formule de profession de foy. 

A M. de La Reynie. 

6 a\ril 1686. 
.....Sa M"' trouve bon qu'on donne aux D"es de La Force les bardes 
et meubles dans le mémoire que vous m'en avez envoyé. Faites leur 
achepter s'il vous plaist et sur le premier avis je feray rembourser ce 
([ue celuy que vous en aurez chargé aura avancé. A l'esgard de leur 
pension, il faut la régler au plus juste prix, et elle sera aussy payée 
dans le temps dont vous conviendrez. 

A M. le duc de La Force. 

15 avril 1686. 

Le Roy m'ordonne de vous envoyer le courrier exprès pour vous 
dire que Sa Ma'*" ayant attendu longtemps les bons effets des réflexions 
qu'elle espéroit que vous feriez chez vous, veut que vous vous rendiez 
incessamment icy pour aprendre ses intentions sur ce qui vous re- 
garde. Je profite cependant de cette occasion pour vous assurer que 
je suis, etc. 

Au Père de La Chaise. 

18 avril 1686. 
M. R. P. 
M. le Duc de La Force s'estant retiré par ordre du Roy dans la 
maison de S'-Magloire, Sa Mai'' m'ordonne de vous en donner avis et 
de vous dire de prendre la peine de l'aller visiter. Je suis, etc. 

A M. le Procureur-Général. 

ler juin 1686. 
M. 
J'ay rendu compte au Roy de ce que vous m'avez escrit par vostre 



LE DUC DE LA FORCE ET SA FAMILLE^ 7l 

lettre du 28e du mois passé au sujet de l'argent que M. le duc de 
La Force demande de retirer des consignations et Sa Ma^é m'ordonne 
de vous dire qu'elle veut bien qu'il touche cette somme, et que vous 
y donniez vostre consentement. Je suis, etc. 

A M. FArchevesque de Paris. 

2<^ juillet 1686. 
M. 

J'ay parlé à M"''*' de La Force qui sont dans de bonnes dispositions, 

et il est très nécessaire que vous leur envoyez incessamment M. Pérot 

qu'elles attendent depuis huit jours. 

A Mad^ l'Abbesse de Gercy. 

Dudit jour. 
Madame, 

J'ai rendu compte au Roy de ce que vous m'avez escrit au sujet de 

Mad'^ de Bernighen et Sa Ma"^*' trouve bon qu'elle reçoive les lettres de 

M. le Duc de La Force cachettées, mais elle ne doit pas parler à ceux 

qu'il peut luy envoyer qu'en présence de quelque religieuse de vostre 

part. Je suis, etc. 

Lettre du Roy à Mad* de Courtaumer. 

A Versailles le 26^' aoust 1686. 
Made de Courtaumer, estant informé que la d"" de La Force ne peut 
estre mieux que près de vous pour par vos bons exemples l'affermir 
dans la R. C. A. et R. je vous escris cette lestre pour vous dire que 
mon intention est que vous la teniez près de vous jusques à nouvel 
ordre, et s'il arrivoit qu'on voulust exiger de vous quelque chose de 
contraire à ce que je vous escris sur ce sujet, je désire que vous m'en 
donniez advis aussi tost. Sur ce je prie Dieu, etc. 

A la Supérieure de la Yisitation de Saint-Denis. 

12c septembre 1686. 
Quoy que la lettre du Roi que vous devez avoir receu aujourd'huy 
porte que M. le Duc de La Force ne pourra plus voir Mad'" Le Cocq, 
Sa Ma^c m'a ordonné de vous escrire. Madame, que vous pouvez luy 
permettre de la voir encore une fois, après quoy vous n'aurez qu'à 
exécuter ce qui est porté par la lettre de Sa M"^. 



7-2 KKVOCAÏION BF. l'ÉDIT DE NANTES. 

A 31. de La Reynie. 

22 septembre 1680, 
Sa Majesté veut fp.ie M. le due de la Force escrive à son beau- 
père qui est à la Bastille. /Unsy je n'ay aucuu ordre nouveau à donner 
sur ce sujet. Je suis^ etc. 

A M. le duc de La Force. 

lO'^ octobre 1686^ à Fontainebleau. 
M. 

J'avois desjà mandé au commandant du château d'Ângoulesme de 
donner à M. de Beringhen la liberté de se promener^ je luy escrjs de 
laisser entrer les meubles, et de luy remettre l'argent que vous vou- 
drez luy faire tenir. A l'esgard des commissaires que vous demandez 
pour les affiiires qu'il a, des lettres d'Estat, et du fonds sur lequel vous 
demandez que sa pension soit payée, Sa Majesté n'a pas voulu l'ac- 
corder. Je suis, etc. 

A j\L de Jaiinet des Bauries. 

10 octobre, à Fontainebleau. 
Je vous ay mandé que le Roy veut bien que M. de Beringhen 
prenne l'air et se promène dans le château en prenant vos sûretez pour 
empescher qu'il ne s'en aille, Sa Majesté veut aussy que vous luy don- 
niez les meubles et l'argent qui luy seront adressez. 

A i\L de La Reynie. 

k^ janvier 1687. 
Monsieur, 

Je vous envoyray au premier jour des ordonnances pour la pension 

et entretien de M"''^ de La Force, et pour le remboursement de ce ([ui 

a esté payé à la femme du ministre Charles, etc.. 

A M. le duc de La Force. 

23 mars 1G87. 

M. 

Le Roy ayant esté informé que vous avez encore à vostre service un 

valet Suisse, et une femme de chambre près de Mad^ la Duchesse de 

La Force qui font profession de la B. P. R., Sa Ma'^. m'a ordonné de 

vous escrire pour scavoir si cela est véritable, et pour vous dire que 



LE PUC DE LA FORCE ET SA FAMILLE. 73 

\ous devez vous en deffaire incessamment;, cela estant entièrement 
contraire à ses intentions. J'attendray de vos nouvelles sur ce sujet 
pour rendre compte à Sa Ma'*^. de ce que vous prendrez la peine de me 
faire sçavoir. Je suis^ etc. 

A M. le duc de La Force. 

6 avril 1687. 
M. 

J'ay rendu compte au Roy de ce que vous m'avez escrit au sujet du 

domestique Suisse dont vous promettez de vous defTaire. Sa Ma''', a 

pnru contente de vostre conduite à cet esgard et Elle m'a ordonné de 

vous escrire encore qu'EUe sera bien aise que Mad^ la Duchesse de La 

Force congédie la d"" de Boisdubert, parente d'un ministre^ qu'elle a 

près d'elle. Jesuis, etc. 



Nous n'avons pas trouvé d'autres lettres relatives au duc de La Force 
et à sa famille. Mais dans le portefeuille du frère Léonard que nous avons 
déjà signalé, nous avons rencontré, sous les dates de 1698, 1700 et 1701 
trois notes manuscrites relatives à cette famille. Elles méritent d'être rap- 
prochées des documents qu'on vient de lire. Les voici : 



En décembre 1698, ISh le duc de Caumont, fds du duc de La Force, 
marié depuis un an environ, ne faisant aucun exercice de la religion 
catholique non plus que son frère l'abbé, le Roy en ayant este averty 
a ordonné que le duc auroit pour aumônier un père de l'Oratoire qui 
diroit la Messe dans une chapelle qu'on feroit dans sa maison. Sa Ma- 
jesté a fait congédier des domestiques soupçonnés de favoriser les sen- 
timents que leurs maistres ont pour les erreurs de Calvin. Si l'abbé 
n'eust point esté malade, il auroit esté mené à la Bastille (1). 

II. 

(1700) On a nouvelles que les R. P. Jésuites ont travaillé avec suc- 
cès à la conversion des Religionnaires du duché de La Force, qui sont 
presque tous rentrés dans l'Eglise catholique. On dit que M. le duc de 

(1) Quel est ce frère désigm' comme ecclésiastique? Bien que le Mrrmre p^rle 
de quatre fils du (lue de La Force, nous ne connaissons que les trois mentionnés 
ci-après. En tout cas, on voit ici quel genre de conversions les Jésuites du collège 
Louis le Grand avaient réussi à opérer. 



74 RÉVOCATION PE l'ÉDIT DE NANTES. 

La Force en considération de cela leur a remis les droits seigneuriaux, 
redevances, etc., et que le Roy pour le récompenser luy a fait 
100,000 livres de rente. 

m. 

Vers la fin de mars 1701, M. le duc de La Force autresfois de la Re- 
ligion prétendue Réformée estant à Tonncins qui luy appartient dans la 
Guyenne, où il tàclie de faire changer de Religion les huguenots de ce 
lieu-là à son exemple ayant remarqué qu'au lieu d'aller à l'église pour 
la Pasques, ainsi qu'il les avoit excités, s'assemhloient publiquement 
pour le presche, etc., craignant la rébellion, en avoit donné avis à la 
Cour aussytost. 

Pour éclairer et compléter tout ce qui précède, nous extrayons de la 
France protestante (articles Beringhen et Canmont) les renseignements 
suivants : 

« Jacques Nompar de Caumont, pair de France, duc de La Force, marquis 
de Boisse, était l'aîné des neuf enfants de Henri Nompar de Caumont La 
Force, petit-fils du célèbre maréchal, et de Marguerite d'Escodéca, dame de 
Boisse. En 1660, il fut député par la Basse-Guyenne au synode de Loudun. 
C'est la seule fois (lu'il prit, à notre connaissance, une part directe aux alfai- 
res générales de l'Eglise... Lorsque la révocation de l'Edit de Nantes eut 
attiré la persécution sur hii et sa famille, La Force résista pendant quatre 
ans à tous les efforts des convertisseurs attitrés ou officieux, en sorte 
q\M, désespérant de vaincre sa constance ni par promesses, ni par mena- 
ces, Louis XIV, comme nous l'apprend Dangeaii, le fit jeter à la Bastille 
le 29 juin 16.S9. Il y resta près de deux ans, toujours ferme dans sa foi, et le 
28 avril 1691, il fut transféré dans le couvent de Saint-Magloire. Il finit ce- 
pendant par succomber. Bendu à la liberté après son abjuration, il se retira 
dans son cliàteau de La Boulaye, près d'Evreux, où il mourut le 16 avril 1699, 
gardé en quelque sorte à vue par des gens « que le roy avait chargés, dit 
« Dangeau, de se tenir auprès de luy pour l'afFjirmir dans la religion catho- 
« li(pie. )' On eut même la cruauté, par surcroît de précaution, d'éloigner de 
lui >-.a femme, qui était toujours " une huguenote très opiniâtre.» En effet, 
la duchesse de La Force montra encore plus de fermeté que son mari. On se 
contenta d'abord de la mettre aux arrêts dans son hôtel; plus tard on lui 
enleva ses filles, qui furent enfermées dans des couvents, et ses fils, qui 
furent placés comme pensionnaires dans le collège de Louis le Grand, tenu 
par les Jésuites; elle tinit elle-même par être envoyée dans un monastère, 
puis enfermée au château d'Angers ; mais elle resta inébranlable. « Séparée 



LE DUC DE LA FORCE ET SA FAMILLE. 75 

« du duc son mari, dit Benoît, privée de ses enfants, éloignée de tous ses 
« proches, enfermée successivement en diverses prisons, sans secours, sans 
« communication, sans relâche durant environ sept ans, rien ne fut capable 
de la vaincre. » De guerre lasse, on la rendit à son mari. Après sa mort, elle 
obtint de se retirer en Angleterre (1). 

« La duchesse de La Force était fdle de Jean de Béringhen, seigneur de 
Flehedel, Langarreau et Menoux, secrétaire du Roi, qui fut lui-même d'abord 
exilé à Limoges le 10 novembre 1685, puis jeté à la Bastille le 17 décem- 
bre 1686, tandis que sa femme était enfermée dans un couvent. Une des 
sœurs de la duchesse de La Force avait épousé le conseiller Le Cocq, qui 
parvint à se réfugier en Hollande. Son frère, Théodore de Béringhen, con- 
seiller au parlement de Paris, fut exilé à Vézelay le 5 janvier 1686. 

« Le duc de La Force avait été marié une première fois à Marie de Saint- 
Simon, fille d'Antoine, marquis de Courtaumer, qui était morte en 1670, et 
de laquelle il avait eu trois enfanls : 1" Jeanne, mariée, en 1682, à Claude- 
Antoine de Courtaumer, et qui mourut en 1707; elle s'était convertie, et 
c'est à elle qu'est adressée la lettre de Louis XIV ci-dessus rapportée, du 
26 août 1686; 2° Louise, fille d'honneur de la dauphine, mariée, en 1688, à 
Louis de Beauvoir, comte du Roure; 3° Marguerite, morte fille en 1692. 

« De sa seconde femme, Suzanne de Béringhen, il avait sept enfants : 
10 Henri-Jacques Nompar, duc de La Force, né en 1675; 2° François 
Nompar, marquis de Boisse, né en 1678; 3° Armand Nomjjar,. duc de La 
Force, né en 1679; 4° Charlotte, abbesse d'Issy; 5° Suz-anne, religieuse à 
Saint-Sauveur d'Évreux; 6" Jeanne, religieuse au couvent de la Visitation, à 
Saint-Denis; 7° Magne, demoiselle de Castelnau, morte jeune. 

« La profession de ces dernières dit assez clairement qu'elles se conver- 
tirent. On a vu tout à l'heure, par les notes du frère Léonard, comment les 
flls avaient protité de l'éducation qu'ils reçurent des jésuites, et comment 
l'un d'eux se signala en travaillant aux conversions avec les révérends pères. 
« Zélé convertisseur, dit Larrey, sous la date de 1701, il exerçoit sa fureur 
« à Bergerac contre les nouveaux réunis, et partout où il menoit ses dra- 
« gons et ses satellites. Il ne les maltraitoit pas moins dans la Saintonge et 
« par toute la Guyenne, et les annales en racontent des barbaries dont je ne 
« veux pas charger mon histoire (2). » Cet ardent persécuteur, c'est celui-là 

(1) C'est elle sans doute qui légua ses biens à l'hôpital de Greenwich, avec cette 
condition que, si quelque descendant protestant do la famille de La Force venait 
un jour à résider en Angleterre, il pût en obtenir la restitution. Le duo actuel de 
Caiimont La Force, ancien pair de France, a habité en Angleterre pendant l'é- 
migration ; mais il était et est demeuré catholique. 

(2) Il était accompagné d'une escorte de q\iatre jésuites et de dragons. Ses cam- 
pagnes sont racontées dans un ouvrage intitulé : « iMémoires d'un protestant 
condamné aux galères pour cause de religion. » Ils ont été traduits en anglais par 
J. Willington, en 1758. 2 vol. 



76 KXÉCUTION DES EDITS DE LOUIS XlV. 

niênio (|iii, deux ans auparavant, était dénoncé au roi comme n'ayant aucune 
religion , et à qui l'on imposait l'obligation d'avoir, en conséquence, une 
chapelle dans sa maison et un aumônier pour y dire la messe! 

« Une autre branche de la famille de Caumont eut aussi sa bonne part de 
persécution et de martyre. En 1685, David de Caumont, baron de Montbe- 
ton, fut, avec .lean de lîar, baron de 3Iaussac, une des victimes de l'odieux 
guet-apens préparé par l'évêque de Montauban dans la chambre même du 
marquis de Boufflers. Des valets apostés se précipitèrent sur eux pour les 
contraindre à s'agenouiller et à recevoir bon gré mal gré l'absolution de 
l'hérésie. L'année suivante, Monlbeton essaya de fuir, et déjà il s'était, em- 
barqué sur un vaisseau anglais à l'ancre dans le port de Bordeaux, lorsqu'il 
fut arrêté et condamné aux galères par arrêt du 5 février 1687. Alors on 
vit ce vieillard de soixante-dix ans, chargé de fers comme un malfaiteur, 
traîné à travers toutes les villes du 3Iidi avec douze ou quinze compagnons 
d'infortune, et exposé à dessein aux insultes de la populace. 11 resta en- 
i'haîné avec les forçats jusqu'au mois d'août, où on lui rendit la liberté! » 



EXÉCUTION DES ÉDITS DE LOUIS XiV. 

I9eux exemples «le lîOO et lîOl. 

M. Hugues, pasteur à Anduze, nous a communiqué deux pièces originales 
(jui valent la peine d'être publiées, comme montrant en action l'odieux ré- 
gime dont la Révocation de l'Edit de Nantes avait doté la France. 

On sait que la persécution , ne venant pas à bout, tant s'en faut, de tous 
les vivants, s'en prit aux morts, lit le procès à la mémoire des non conver- 
tis, traîna leurs cadavres sur la claie et les jeta à la voirie (1). Naturelle- 
ment c'était au clergé à verbaliser, à dénoncer, à mettre en mouvement la 
justice du liai. On va lire un de ces procès-verbaux dûment dressé au 
chevet du moribond lidè'le ;\ sa foi (2). Il contient un mot remarquable. Le 
mourant ayant été mis en demeure d'adhérer à la croyance romaine , a ré- 
pdudu MAIGREMENT, dit Ic prêtre rédacteur, « qu'il n'y en a qu'une.» 

L'autre pièce, la première en date, constate l'exécution de l'ordre qui sui- 
vit redit de janvier 1686, l'un des plus accablants pour les malheureux ré- 
formés, — cet ordre plus rigoureux encore donné par le roi aux intendants, 

(1) Déclarations un 19 avril 1086 et du 22 mars 1690. Voir, entre antres faits, 
celui que cite M. Ch. Weiss (t. I, p. 136), relatif au doyen des conseillers du Parle- 
ment de Metz, Paul de Clienevix'. Ce vieillard, âs,aî de plus de 80 ans, fut traîné par 
les rues, le Roi ayant ordonné d'exécuter l'arrêt du présidial. {V. aussi Benoît, t. V.) 

(2) V. Arrêt du Conseil touchfint la visite des malades de la R. P. R. par les 
curés des lieux et autres ecclésiastiques, du 12 mai 1G65; Déclarations des J9 no- 
vembre 1680 , 7 avril 1681 et 19 avril 1686. 



EXÉCUTION PES KDITS DE LOUIS XIV. 77 

le 2 mai, pour leur prescrire de coiUraindre les parents à envoyer leurs en- 
fants régulièrement aux catéchismes, et en cas qu'ils y manquent, de mettre, 
aux dépens des pères et mères , les garçons dans des collèges et les filles 
dans des couvents. Nous publions la quittance délivrée à un père par la su- 
périeure d'une maison de Nîmes, avec son intitulé et son orthographe carac- 
téristiques. 

QUITTANCE. 

Vive -j- Jésus 

ijous soussignée supérieure de la Visitation Sainte Marie de Nîmes 
confesse avoir i^essu de maistre Ombre pour la pansion de quatre mois 
vinté huyt jour que sa fille a demeuré dans nostre couvent, la somme de 
cincante neuf livres et quatre sol, don le quite. En foy de quoy j'ay 
signé la présante quitance cest vint huyt descembre mille sept cent. 
Sœur Louise Eugénie de Roset supérieure. 

Au dos : Receu de la supérieure 
du couvent de la Visit. Ste Marie 
de Nismes pour la pension 
de Jeanne Dhombre. 



PROCÈS-VERBAL. 

[ Sur papier timbré de la Généralité de MonlpeUier. ] 

ixous prestre et prieur de Bragassargues et de mon annexe deSt-Paul 
de Galbiac, Certifions au procureur du Roy de la Cour royale de la 
ville de Sommière que pendant la maladie de Barthélémy Cabanes, 
ménager et habitant de ma parroisse, j'aurois esté diverses fois l'ex- 
horter à mourir en bon chrestien et sommer diverses fois aussy de 
vouloir recevoir les Sacrements de l'Eglise Romaine. Ce qu'il m'a tou- 
jours refusé, disant qu'il n'estoit pas sy mal, ayant toujours persisté, 
et un jour, me trouvant absent^ mon cousin de Boizeau fust adverti 
ayant tout.pouvoir des supérieurs de faire toutes ses fonctions curiales 
dans ma parroisse, que le dit Barthélémy Cabanes estoit fort mal, ce 
qui l'obligea d'aller à la maison du consul du dit lieu et ne le trouvant 
pas il pria son père nommé Paillé de l'accompagner, affm d'estre tes- 
moin en cas qu'il refusât de recevoir les Sacrements de l'Eglise Ro- 



78 LETTRE INÉDITE DE J.-L. CAPPEL A DESMAISEAUX. 

maine, et estant arrivé il s'approcha du malade auquel il fit une 
grande et longue exhortation. Mais le dit Cabanes ne respondant rien 
il le somma de luy déclarer s'il ne vouloit pas recevoir les Sacrements 
de l'Eglise, et il répondit qu'il n'estoit pas sy mal, et luy ayant repré- 
senté qu'il ne falloit pas attendre l'extrémité , il persista toujours, ce 
que voyant il le somma aussy de luy déclarer s'il ne voulait pas vivre 
et mourir dans la croyance de l'Eglise romaine, à quoy il ne répondit 
rien sinon qu'il dit maigrement : il n'y en a qu'une, sans vouloir s'ex- 
pliquer autrement, et il est mort dans ce sentiment. Fait à Bragassar- 
gues ce septième jour du mois de octobre de l'année courante mil sept 

cents un. 

BOIZEAUpr. BOIZEAUpr. FAILLIE. 



LETTRE INÉDITE DE J.L. CAPPEL A DESWAISEAUX. 

(IÇOff.) 

[British Muséum. Coll. Ayscough, 4282.] 

Le British Muséum possède une colleclion importaïUe pour l'histoire de 
la république des lettres dans la première partie du XYIII^ siècle. Ce sont 
neuf volumes in-folio, contenant la correspondance adressée au réfugié fran- 
çais Dosmalzeaux, rintelligent biographe de Boileau et de Bayle, l'ami de 
Saint-Evremont, dont il a aussi écrit la vie et édité les œuvres. Fort de l'a- 
mitié de lord Halifax, dont il secondait les vues bienveillantes, il s'était pour 
ainsi dire constitué l'introducteur et le patron des réfugiés qui arrivaient 
sur le sol anglais. On connaissait son obligeance et son activité , et on les 
mettait à prolit. Il était en relation suivie avec les Nouvellistes de Trévoux, 
avec Bernard, avec le Journal des Savants. La liste de ses correspondants 
est un composé des noms les plus disparaUîs, l'abbé Bignon et ,lean Le Clerc, 
Addison et Maittaire, Saint-Hyacinthe et Le Duchat. Il en résulte de curieux 
contrastes. On trouve dans le tome 3 plusieurs lettres du géographe Bruzen 
La Martinière, recommandant M. de Beaumarchais, « catholique, dit-il, mais 
point bigot. » M. G. Masson, qui nous donne ces détails, nous a communi- 
(pié trois lettres inédites de Barbeyrac, et une de Jacques-Louis Cappel. Nous 
publions cette dernière. 

J.-L. Cappel, troisième (ils du célèbre ijrofesscur de l'académie de Saumur, 
était né le 13 août 1(339. • Il se distingua de boinm heure par ses talents, 
lit-on iisins là France protestante, et fut nommé professeur d'hébreu à l'âge 
de dix-neuf ans. Retiré en Angleterre après la Révocation , il occupa une 
place de professeur de latin dans une école non-conformiste, et mourut en 



LETTRE INÉDITE DE J.-L. CAPPEL A DESMAISEAUX. 79 

1722. Avec lui s'éteignit la famille des Cappel. » La lettre qu'on va lire de 
lui est celle d'un savant tout occupé de ses classiques ; mais le caractère de 
l'homme s'y peint aussi par quelques traits, surtout par la manière dont il 
conclut. 

A M. Desmaiseaiix. 

Londres, 24 sept. 1606. 

Monsieur, 

D'abord que j'eus le livre que vous avez eu la bonté de me procurer, 
j'en choisis sept chapitres que je lus avec soin, puis j'en fis divers ex- 
traits. J'y vis que le fondement sur quoi j'ai corrigé en plus de cent 
endroits les actes et les scènes de Térence est sur. J'avais déjà mis au 
net toute cette correction en bon ordre après double et exacte révi- 
sion. J'ai fait la même chose pour le catalogue des personnages de 
chaque comédie, en distinguant personœ in scenâ loquentes , personœ 
post scenam, personœ mutœ (1). Jamais on n'avait apporté pour cela 
le soin nécessaire, et sur ce dernier article les plus exacts avaient 
commis des fautes palpables d'omission et de commission. Du reste 
quand bien cent trompettes m'étourdiraient pour me faire marcher 
vite, j'irais toujours mon train. Je suis né tortue, et je ne me remue 
de plus que selon qu'il plaît au temps, quoique j'aie continuellement 
un très sincère désir d'avancer. Je dis cela de toute écriture étudiée; 
car pour enseigner de vive voix en latin, en grec, en hébreu, je suis 
toujours prêt, et une telle occupation ne manque jamais d^me donner 
du plaisir. Depuis un mois on n'a point voulu que j'eusse ce divertise- 
ment qu'aujourd'hui. Les trois sources de difficultés que vous trouvez 
dans Térence, embarrassent ceux qui ne l'ont pas lu avec exactitude, 
et avec une critique qu'un long usage ait éclairée et confirmée. Cet 
auteur, et Salluste, sans parler de quelques autres ont cela d'excel- 
lent que quand une fois on a délié les nœuds qui s'y rencontrent, 
toute raison de douter est ôtée, et il ne reste point de lieu au scepti- 
cisme. Cela vient de la parfaite justesse qui est dans ces écrits. D'au- 
tres, d'un ordre supérieur, sont quelquefois obscurs, et laissent sujet 
d'hésiter, dans les endroits mêmes qui ont été les plus éclaircis. Le plus 
grand obstacle pour le progrès des belles-lettres et pour le plaisir 
qu'elles pourroient donner, c'est que ceux qui les enseignent à la jeu- 

(1) Personnages parlant en scène, personnages parlant dans la coulisse, person- 
nages muets. 



HO RELATION d'un PRISONNIER CÉVENOL. 

nesse manquent d'idées nettes et sûres, de diligence, et de prémédi- 
tation, et d'une affection toujours gaie à instruire leurs disciples. Ceci 
ne s'entend que de la plupart des maîtres, car je serais trop téméraire 
si je jugeais de tous. 

Je demandais hier chez mylord Sunderland ce que Vabhé ]\lénage et 
l'abbé d'Aubignac ont écrit sur Ylleautontimorumenos {i) ; et le Té- 
rence justifié de ce dernier abbé. Je serais trompé si sa critique cédait 
à celle du premier 

Ce qui me console de ma pesanteur, ou comme on voudra l'ap- 
peler, c'est qu'assurément ce que je ne fais pas, je ne le puis. J'ai bon 
dessein, mais mille circonstances me gouvernent et me maîtrisent ab- 
solument. Par bonheur je n'ai honte d'aucune en particulier, et j'aïaie 
toujours par-dessus tout la seule chose nécessaire. Aimons-la singulière- 
ment, mon cher monsieur, ce que le monde prise au-dessus d'elle est 
infiniment au-dessous. 



REUTIOH B'UF. PRISOtiHIER CÉVEKOL 

DE 1754. 
[Document inédit cûmm. par W. le past. J.-P. Hugues.] 

Les lecteurs de l'ouvrage de M. Cli. Coiiuerel savent que l'année 1734 vit 
redoubler contre les assemblées et les pasteurs du Désert les poursuites les 
plus acharnées {JHst. des Eglises du Désert, t. II, p. 139 eipassîm). Ils 
savent aussi que, dans la luiii du 4 août de ladite année, le pasteur Teissier, 
dit La Page, fut arrêté dans la ferme de Novis, du lieu de Saint-Félix, près 
d'Anduze. M. Cotpierel donne plusieurs détails sur la prise, l'incarcération, 
le jugement et rcxécution de ce courageux martyr. {Ihid., p. 196 etpasshn.) 

Mais la battue générale faite dans les Cévenncs par les troupes du roi n'a- 
mena pas, dans cette nuit fatale, la seule capture du ministre Teissier et de 
la famille Novis. Un nommé Jean Franc, du lieu de Canaules, fut également 
arrêté et conduit dans U's prisons où M. Teissier venait d'être déposé; il de- 
vint le compagnon de captivité de ce courageux confesseur; il fut ennnené avec 
lui à MontpcllitT, jeté dans la même prison, et le vit partir quchpies joins 
après, calme et résigné, pour le supplice (pii rattciuiait sur l'esplanade de la 
ville. 

Jean Franc, au fond de s(jn cachot, avait rédigé la relation de ses mal- 
heurs, et cet écrit, [licusemenl conservé dans sa famille, nous a été comniu- 

(1) Ou le Bourreau de soi-même, comédie de Térenco. 



RELATION d'un PRISONNIER CEVENOL. 84 

nique comme monument de la piété, du courage, du dévouement des pro- 
testants de cette époque néfaste. Cette relation, naïve et touchante, est une 
preuve de plus ajoutée à tant d'autres de l'attachement de nos devanciers à 
la cause de l'Evangile, à leurs pasteurs, et de leurs connaissances scriptu- 
raires. Elle fait connaître ce qu'était le protestant cévenol à cette époque, 
car ce que fit Jean Franc, tous ses compatriotes l'auraient fait également ; 
tous auraient caché leurs pasteurs, auraient essayé de les arracher aux sol- 
dats; tous se seraient laissé encliaîner, condamner aux galères, plutôt que 
de trahir leurs conducteurs spirituels, et même au besoin, dans leur prison, 
la Bible à la main, ils auraient disputé sur la religion avec des jésuites, et 
les auraient confondus. 

Jean Franc était un bon paysan, petit propriétaire de Canaules. Des per- 
sonnes encore vivantes se rappellent l'avoir vu très âgé et l'avoir entendu 
parler des temps de la persécution. Sa femme et lui se vantaient d'avoir sou- 
vent reçu les pasteurs dans leurs maisons, et ils montraient les cachettes 
pratiquées dans l'épaisseur des murs où ils faisaient blottir ces infortunés 
proscrits (1). Ils lisaient continuellement, dans leur extrême vieillesse, une 
grande Bible, qui était placée sur un pupitre au milieu de leur cuisine (2). 

L'arrière-petit-lils de Jean Franc, nommé Elysée Franc, est le maire de 
Canaules, et vient d'être nommé membre du conseil presbytéral de cette 
église. Canaules, avant la révocation de l'Edit de Nantes, faisait partie de la 
province des Cévennes et du colloque d'Anduze ; aujourd'hui, c'est le chef- 
lieu d'une paroisse du consistoire de Sauve; on y compte 352 protestants et 
un seul catholique. 

Nous voulions publier cette relation telle qu'elle est sortie de la plume de 
son auteur; mais elle fourmille de fautes de langue, de grammaire et d'or- 
thographe, à ce point qu'elle serait presque inintelligible à un grand nombre 
de lecteurs. Nous avons dû revoir mot à mot l'original, afin d'en donner une 
transcription correcte et littérale. J.-P. Hugues, pasteur. 

Anduze, le 13 décembre 1852. 

RELATION. 

De la citadelle de Montpellier, le 15 novembre 1754. 

J'ai voulu écrire mon martyre, qui m'est survenu le quatre août, à 

deux heures du matin de ladite année . Étant couché dehors de ma 

maison lorsque je faisais les meules de blé de l'aire, je vis un homme 

à côté de moi; dans l'instant j'entendis un soldat derrière moi qui me 

(1) Il existe encore dans beaucoup de maisons des Cévennes, et notamment à 
Anduze, des cacliettes pareilles. 

(2) Celte Bible est gardée soigneusement par rarrière-petit-lils de ce pieux 
Cévenol. 



82 RELATION d'un PRISONNIER CEVENOL. 

criait : « Halte-là! » Je lui dis : « Il m'est bien permis de faire les 
meules de blé. » Mais il répéta de m'arrêter; c'est ce que je fîs^ de 
même l'étranger (1). 

11 nous commanda de marcher, ce que nous fîmes trois ou quatre 
pas avant; l'inconnu dit qu'il avait un besoin à satisfaire. Dans l'in- 
stant je vis une étincelle de feu et j'entendis crier : « A moi la garde ! » 
Je me retournai, et je vis qu'ils se séparèrent l'un de l'autre et com- 
mencèrent à courir l'un après l'autre; je continuai mon chemin pour 
aller chez moi. D'abord je vis trois soldats qui venaient à moi; l'un 
me dit : « Halte-là ! » comme s'il voulait me donner un coup de boiœ- 
rade; mais je lui dis : « Que voulez-vous de moi? je suis obéissant. )> 
Il ordonna de m'emmener à la troupe qui était tout proche; les autres 
deux se mirent à la poursuite de l'inconnu. 'Dans un quart d'heure 
après, je vois venir ces trois soldats, dont l'un apportait un chapeau 
et un pistolet, et ils dirent à l'officier : « Nous venons de manquer un 
ministre, » et que j'avais empêché la capture. M. desEssarts, qui est 
commandant, ordonna d'aller fouiller ma maison et de me garder 
sûrement. Après avoir fouillé ma maison, on demanda des cordes 
pour m'attacher. Je lui dis : « Monsieur, il n'est pas nécessaire; je me 
rendrai où vous voudrez. » M. le consul dit : « Il n'est pas nécessaire, 
c'est un fort honnête homme. » Alors il commanda de m'emmener, 
quoique l'on n'eût rien trouvé chez moi qui fût digne de punition. 

(1) L'auteur de cette relation use ici de réticence, quand il pnHend qu'il vit 
paraitre un imprévu (un inconnu) à ses côtés, pendant qu'il arrangeait les ger- 
bes dans son aire. Il savait fort bien qui était cet inconnu, et pour quel motif il se 
trouvait près de lui. Mais pour des mutifs clignes d'éloge, et qu'il n'est pas besoin 
de déduire, il cache le nom de cet étranger. Eh bien, d'après les traditions de sa 
famille, que M. Elysée Franc nous a rapportées, cet inconnu n'était autre que le 
])asteur Vuicent, qui, d'après une lettre sienne rapportée par Ch. Goquerel (t. II, 
p. 157-158), laillil être pris en 1735, dans une assemblée tenue à trois quarts de 
lieue de Saint Génies! — Cet infatigable pasteur était caché dans la maison de 
Franc, lorsque, au milieu de la nuit du 4 août, on s'aperçut que le village de 
Canaules était cerné par les troupes du Uoi. Il sortit f'urli veinent pour aller cher- 
cher un asile dans un hameau voisin. Jean Franc l'accompagnait, et après l'a- 
voir mis sur la route et lui avoir indiqué son chemin, il le quitta et fit sendjlant, 
pour échapper aux soupçons àe» soldats, d'allei' travailler à son aire. — i^Ialheu- 
reusement, dans l'obscurité de la nuit et dans le trouble de l'émotion, le pasteur 
l'ugitif ne suivit pas les indications de son guide, et, eu cro^Tit s'éloigner de 
Canaules, il en reprit préci.sémenl le chemin. Franc l'aiierçut et se dirigea'promp- 
tement vers lui pour le remettre dans sa route, mais aussitôt l'un et l'autre 
lurent arrêtés par un soldat. — «prôs quelques pas faits sous la garde de ce mi- 
litaire, le pasteur Vincent Icinl d'avoir à satisfaire un besoin ; Franc se place de- 
vant lui et le dérobe à la vue du soldat. Incontinent l'agile et adroit proscrit prend 
la fuite et échappe à toutes les poursuites. C'est ce stratagème de Franc qui fai- 
sait dire au soldat que, sans lui, on aurait pris un ministre, et qui fut cause 
([u'il passa six mois en prison, avec grand danger d'aller aux galères pour toute 
.sa vie. — J.-P. H. 



RELATION d'uM PRISONNIER CEVENOL. 83 

M. de Canaule vint après moi avec M. le commandant pour s'informer 
si je connaissais l'Iiomme qui avait échappé des mains des soldats, 
qu'il me laisserait aller. Je lui répondis qu'il est impossible de Con- 
naitre un étranger de nuit. On me fit marcher comme si on voulait mé 
conduire à Lézan; mais on nous fit passer sur la droite, et on me 
mena à Lédignan , en m'insultant et blasphémant contre moi. Quand 
nous fûmes devant M. de Persange, ils m'accusèrent d'avoir fait sau- 
ver un ministre et d'avoir pris un soldat par la gorge. Je voulais par- 
ler pour ma défense, mais on ne voulut point m'écouter. Il ordonna 
de me conduire dans une chambre des grenadiers jusqu'au retour du 
sergent, qui était allé en détachement et qui avait la clef de la 

prison, et de me garder par un grenadier, la baïonnette au bout 

du fusil. - 

Sur les dix heures du matin que le détachement fut de retour, on 
me vint prendre pour me mener dans un puant cachot, plein de puces 
et de punaises; défense à la sentinelle de me laisser parler à personne. 
Sur les quatre heures du soir, on me vint chercher avec dix grena- 
diers, la baïonnette au bout du fusil, pour me mener devant M. de 
Persange, commandant, pour m'interroger en la présence de quatre 
autres officiers. Aussitôt être entré dans sa chambre, il commença à 
me demander s'il était vrai que j'eusse fait sauver un ministre et si je 
ne connaissais pas ce chapeau avec ce pistolet. Je lui répondis que je 
n'avais point fait sauver de ministre, nique je ne reconnaissais point 
le chapeau ni le pistolet, que je ne me servais point de pistolet. Il se 
mit à rougir de colère, en disant : « Voyez ce païen et ce publicain... 
Je te ferai pendre, b ! » 

Il ordonna de me renvoyer dans cette puante prison. On obtint du 
caporal, nommé Dupont, qui était de garde, de me laisser voir à mon 
épouse, et de m'apporter un matelas et un drap pour me coucher; 
mais il me fut impossible de pouvoir dormir à cause des insectes, 
gardé par deux soldats, l'uti dans la prison, l'autre dehors, à la porte, 
la baïonnette au bout du fusil. 

Le lendemain, on me fît parler. Sur les quatre heures du soir, un 
offîciervint à la prison de la part de M. de Persange, en me disant : 
c( Monsieur, si vous voulez dire la vérité, on vous élargira tout de 
suite. » Je réponds : « Monsieur, j'ai dit la vérité; il ne tient qu'à 
vous de me laisser aller. » Il ordonna de m'emmener à Alais, au fort, 
avec vingt grenadiers. Tous mes amis pleuraient mon malheur, me 



%i ftKLATÏON n'uN PRI>;ONNIErt CEVENOL. 

voyant de la soito. J'aperçus de loin mon épouse qui plevu'ait; cela 
m'émut de tendresse de la voir dans cette tristesse. Dès que je fus sorti 
de Lédignan^ je trouvai mon frère aîné et quelques-uns de mes amis 
"de Canaules qui me conduisaient l'une de mes mules pour me porter, 
car il m'aurait été impossible de marcher. L'officier qui me conduisait, 
qu'on nomme M. de Sauveton, ordonna aux grenadiers de s'arrêter 
pour me faire monter et de prendre la bride à la main par un grena- 
dier. Mon frère vint m'accompagner jusqu'au fort d'Alais. Quand nous 
fûmes aux Tavernes, nous trouvâmes un piquet de vingt soldats, dont 
on mit dix devant et dix derrière. On me conduisit de la sorte au fort. 
On me mit dans une prison fort puante, remplie de poux, de puces et 
de punaises. Je demandai au concierge de m'apporter une chaise et 
quelque chose pour manger; mais ma demande fut inutile : je fus 
obhgé de passer la nuit sur pied. Le lendemain , sur les huit heures du 
matin, le concierge vint pour me porter à manger; il m'apprit la 
triste nouvelle qu'on avait pris un ministre qu'on nommait M. Teis- 
sier, qui était dans une prison du fort. Cela redoubla mon chagrin. 
Madame de Montalet eut la charité de me faire apporter im matelas et 
un drap pour coucher; mais il était impossible de pouvoir dormir dans 
le triste état où j'étais réduit. Mon épouse vint pour me voir, mais 
inutilement, car personne ne pouvait me parler. Le jeudi, huitième 
du courant, je fus interrogé par M. de Labruguière, subdélégué. 
Après mon information faite, je le suppliai de me changer de cette 
puante prison, mais il me répondit qu'il ne pouvait le faire. Il me 
fallut rester dans ce misérable état jusqu'au lundi matin. Mon épouse 
me vint voir le dimanche, ayant obtenu de Madame de Montalet la 
permission de me parhr. Elle m'apprit que nous devions partir le len- 
demain pour Montpellier. Le lundi, à trois heures du matin, le con- 
cierge vint pour m'avertir qu'il me fallait partir bientôt. Dans un 
moment après, je vois venir un cavalier pour m'attacher et me faire 
descendre. Alors je vis M. Teissicr, qu'on fit entrer dans un carrosse 
avec le chirurgien-major et un officier de garde; M. Novis, sa sœur et 
son épouse dans une autre voiture. On me fit marcher jusqu'au dehors 
des jardins; mais, comme je ne pouvais marcher, je les priai de me 
laisser prendre une monture, que je payerais la dépense, qu'il m'était 
impossible de marcher. Le sergent ordonna aux soldats de me pousser; 
mais M. de Péruse, commandant de cette troupe, qui était d'environ 
mille soldats, ordonna de me mettre sur le derrière du carrosse et de 



nELATlON d'un PRISONNIER CEVENOL. 88 

m'attaeher à la voiture que presque je ne pouvais remuer. ,fe fus donc 
obligé de faire ce triste voyage de la manière;, exposé à l'ardeur du soleil 
et aux injures des soldats, qui ne cessèrent de blasphémer contre Dieu 
et contre nous tout le long de cette route. Quand nous fûmes près de 
Montmoirac, les Irères de M. Teissicr vinrent pour lui faire leurs der- 
niers adieux, avec sa sœur et autres de ses parents. A peine ils lui 
touchèrent la main , à cause de la violence des soldats, qui les faisaient 
retirer à grands coups de bourrade; on se tenait sur les bords, en 
pleurant et jetant de grands cris de douleur de voir ce déplorable 
malheur. Jusqu'aux Tavernes on vit de nos chers frères de la sorte. 
Quand nous fûmes près de Lédignan, nous vîmes tout le monde qui 
attendait notre triste arrivée; les portes et les fenêtres étaient pleines 
de nos frères et sœurs qui versaient des torrents de larmes. J'aperçus 
mon épouse qui jetait de grands cris de me voir conduit de la sorte; 
mon cher fils n'en faisait pas moins. Jourdan, dudit lieu, obtint d'un des 
officiers de laisser venir mon fils pour m'embrasser. Cette tendresse 
de ce jeune enfant obligea quelques soldats à pleurer. On nous fit con- 
tinuer notre chemin avec grande augmentation de troupe ; on nous fit 
faire halte à Crespan, où je vis quelques-uns des amis qui nous sa- 
luaient de loin. Quand nous fûmes près de Sommières, plusieurs de nos 
frères et sœurs qui se tenaient sur le bord du chemin faisaient de 
même grande alarme et prières en notre faveur. Les soldats, poussés 
par la rage, les insultaient. « Pleurez, disaient-ils, votre curé. » En 
arrivant sur le pont, on nous fit entrer dans la maison de ville, et 
M. dePersange, se trouvant au-devant de moi, dit à l'officier de garde : 
« Qu'on mette ce coquin avec le ministre; autant est coupable l'un 
que l'autre. » On nous fit garder par une compagnie de grenadiers, 
qu'il fit entrer devant. M. Liotard, lieutenant de ladite compagnie, fut 
de garde; je le priai d'avoir la bonté de me faire desserrer les bras, 
car la corde me les cassait. Les grenadiers répondirent qu'ils n'étaient 
point des archers pour cela faire ; il leur dit : « Il faut être humains en 
ce monde, » et il me fit relâcher un peu. Il permit à de certaines de- 
moiselles de nous apporter à manger et des matelas pour nous coucher. 
Le lendemain, nous entendîmes battre l'assemblée et tout de suite la 
marche; on nous fit partir à quatre heures et demie, et, sans avoir égard 
à mon état, on me remit sur le derrièie de la même voiture, toujours 
exposé aux injures des soldats et à l'ardeur du soleil, qui était des plus 
violentes. Nous trouvâmes sur notre roule deux piquets de cent hom- 



86 RELATION d'un PRISONNIER CEVENOL. 

mes, qui venaient pour aider h nous conduire. Quand nous lûmes 
arrivés au logis qu'on nomme Fontmagnie , on nous fit faire halte, et 
on me mit toujours avec M. Teissier, ministre, et gardés par la maré- 
chaussée de Sommières et un officier. On nous fit partir une heure 
après : on me fit mettre comme ci-devant, sans avoir égard que 
je n'avais rien mangé et que j'étais à demi mort. Un soldat eut 
la cruauté de vouloir m'ôter mes souliers de mes pieds, en me 
disant « qu'il valait mieux qu'il les eût que non pas le bourreau ; car 
ma vie est courte. » Je poursuivais mon chemin dans ce déplorable 
état. Quand nous fûmes au village appelé Castrette, une vieille femme 
'sortit en blasphémant et disant par trois fois : « Au diable ! au diable ! 
au diable ces sortes de gens! » Encore nous trouvâmes deux piquets., 
un de grenadiers et l'autre de basse compagnie. Quand nous fûmes 
proche de Montpellier, on commença à faire ranger les soldats, qui 
étaient au nombre de dix-huit cents, rangés de quatre à quatre, les 
grenadiers à la tête, avec leurs grands bonnets, tous la baïonnette au 
bout du fusil : les officiers couraient devant et derrière pour voir si 
tout était en bon état; il semblait qu'ils allaient contre l'ennemi. Quand 
nous fûmes arrivés à la citadelle, nous vimes les cavaliers qui avaient 
marché devant. M. de Persange, commandant à Lédignan, se trouvait 
devant moi : il s'arrêta avec M. de Mélet, gouverneur du fort; ils s'ar- 
rêtèrent ensemble en parlant de moi, me regardant en face. Quand la 
voiture fut devant la prison qu'on nomme la Royale, le soldat qui m'a- 
vait arrêté à Canaules se mit à parler contre moi, me montrant au 
doigt et disant : « Sans cet homme qui est là , nous mènerions deux 
ministres. «Le petit major, qu'on nomme M. Berge, me regardant avec 
des yeux en colère, de même que toutes les autres personnes qui se trou- 
vaient devant moi, ce major ordonna au concierge de me mettre dans 
un cachot; ce qu'il fit, mais après m'avoir fouillé fort exactement. On 
me mit à côté, dans une prison fermée par quatre portes, gardées par 
deux sentinelles. Tant que M. Teissier vécut, les sentinelles avaient 
cette consigne : «Vous ne parlerez point au prisonnier, ni lui laisserez 
parler à personne, sous peine de la galère ! Lorsque le concierge lui 
apportera à manger, vous appellerez quatre fusiUers et le sergent de 
o-arde.» Je restai trois mois et demi dans ce triste état, sans pouvoir 
voir personne de mes amis ; seulement, mon épouse obtint de M. l'in- 
tendant, après plusieurs voyages qu'elle avait ("aits, de me voir pour 
me dire de quelle façon je voulais ensemencer mes terres, avec ma 



RELATION d'un PRISONNIER CEVENOL. 87 

sœur et un secrétaire de l'intendant. J'eus une dyssenterie en arrivant 
dans cette cruelle prison. On me laissa trois jours avec deux bouillons. 
Je demandai qu'on fit venir mon chirurgien pour voir mon état. Le 
lendemain^ le chirurgien qui venait pour traiter M. Teissier vint me 
voir, et ordonna de m'apporter du bouillon, en attendant qu'il me fît 
une potion : on m'en porta deux par jour. Je restai quatorze jours dans 
ce déplorable état. J'entendais le pauvre M. Teissier quand il priait 
Dieu, mais fort confusément. Les jésuites venaient deux fois par jour 
pour le solliciter à changer de religion^ le voulant faire renoncer à la loi 
de Calvin : il leur résista, en leur disant qu'il voulait signer de son sang 
la croix du Seigneur tout-puissant. Le samedi 17 du courant, on vint 
à deux heures du soir pour lui lire sa sentence de mort. Ce bon pasteur 
se mit tout de suite à chanter les louanges du Seigneur. A quatre 
heures et demie, la justice, avec le bourreau et messieurs les jésuites, 
vinrent pour l'accompagner : il les pria de le laisser aller tranquille 
pour faire sa prière. M. le major hii dit : « Que cela ne vous scandalise 
pas; ce sont les ordres du Roi. » On commença à faire rouler les seize 
tambours jusqu'à sa fin. Messieurs les deux jésuites, me voyant à la 
fenêtre, se mirent à m'insulter et à me dire : « Vois-tu, malheureux, 
ce misérable qu'on va exécuter? Prie ton Dieu que tes juges te trouvent 
innocent du fait dont on t'accuse ! » MM. le père Fenot, le père Baral 
et le père Pons, venaient deux fois par semaine pour me parler, si je 
voulais changer de religion; qu'il me fallait renoncer à la loi de Calvin 
et à ses erreurs. Je leur répondis que je voulais toujours suivre la loi 
de mon Sauveur. Un jour, le père Fenot me dit : « Que croyez-vous? 
Quand vos ministres vous donnent la cène, c'est tout comme si vous la 
preniez de la main d'une servante , et ils n'ont point de pouvoir de le 
faire. » Je lui demandai : « Et qui vous a donné le pouvoir, à vous 
autres? — C'est le pape, qui est le successeur de saint Pierre. » Je lui 
dis : « Les ministres peuvent bien prendre saint Jean pour le succes- 
seur; » mais il me répondit qu'ils tenaient saint Pierre et saint Jean, 
lime rapporta que dans l'Évangile, chapitre VI, il est dit souvent : Qui- 
conque ne mangera ma chair et ne boira mon sang n'aura point la vie 
éternelle. Je lui répondis : « Monsieur, n'est-il vrai que dans le même 
chapitre, au verset 64 : C'est l'esprit qui vivifie; la chair ne sert de 
rien ? Les paroles que je vous ai dites sont esprit et vie. » 11 sortit en 
m'insultant, disant qu'il me regardait comme un païen et un publicain. 
Le 7 novembre, mon épouse vient pour me voir, et elle obtient de 



gg MÉLANGES. 

me descendre en bas, sous les arceaux : alors je commençai à respirer 
un peu, et à voir de mes amis, qui vinrent pour me consoler dans mon 
affliction. Je restai jusqu'à mon élargissement avec M. Novis, qu'on 
avait descendu comme moi. 



MÉLANGES. 

L-'ŒUVRE Hl^TORMlUE 

Presc-rite par les synodes du Wésert. 

Nous avons rapporté [Bull., 1, p. 323) les prescriptions de la Discipline 
et des synodes nationaux aux XVP et XVII" siècles, concernant les Mémoi- 
res à recueillir /90Mr Vhistulre des Eglises {\). M. le pasteur Meynadicr, de 
Valence, nous fait connaître deux articles tendant au même but, extraits de 
deux synodes du Désert. Ces deux synodes, l'un provincial, l'autre national, 
tenus en 1 734 et 1714, eurent pour secrétaire le pasteur Peyrot , l'un des plus 
distingués de la contrée où il exerça son ministère. En 1734, il n'était que 
prédicateur ou proposant; en 1744, il était ministre du saint Evangile. 

Voici les deux actes à rapprocher de ceux qui on» été précédemment cités, 
à litre de renseignement et d'exemple : 

Du synode provincial, assemblé au Désert dans les Boutières (2), 
le H octobre 1734. 

Article H. 

M Ayant considéré qu'il serait très utile de faire connaître à la pos- 
térité le grand nombre de persécutions que nos pauvres églises ont 
souffertes, depuis la révocation de l'Edit de Nantes; 

« Enjoignons à tous les pasteurs et prédicateurs d'en faire ou d'en 
recueillir des mémoires très exacts, qui expriment les temps, les lieux 
et les principales personnes qui en ont été les objets, afin qu'on puisse 
rédiger en un corjis d'histoire les choses les plus mémorables qui sont 
arrivées parmi nous. » 

(1) Il est bon de rappeler que les Mémoires rédigés, en exécution de l'art. 31 du 
synode de Gnp , en 1603, pour être transmis à d'Aubigné, lui furent en effet 
adressés et lui servirent pour la composition de son histoire. Ces documents sont 
aujourd'hui en la possession de M. H. Tronchin, do Genève. 

(2) On appelait ainsi une partie du Vivarais, formant aujourd'hui, autour de 
Privas, la majeure partie du département de l'Ardèche. 



MÉLANGES. 89 

Du synode national tenu au Désert en \ 744 

Article XX. 
« Il sera tenu un registre où l'on couchera les articles des synodes 
provinciaux , de même que les lettres et autres écrits qui seront de 
quelque conséquence ou utilité pour le corps de l'Eglise, afin qu'on 
puisse avoir recours audit registre dans le besoin. » 



De l'ancienne église réformée île Montpellier. 

M. Corbière, P. à Montpellier, nous avait annoncé (/'. Bull., t. I, p. 67) 
l'envoi d'une note sur les archives du consistoire de cette église avant 1789, 
suivant l'indication contenue dans le cadre de nos travaux (Ibid., p. 9). Voici 
cette note, qui fournit une série de détails intéressants sur les neuf registres 
dont se composent les archives en question, et fait connaître la vie ecclésias- 
tique au XYII'^ siècle. 

1° Itegîstre a" 1. intitulé : Livre des fifres ef documents de l'Eglise 
chrestienne réformée de Monfpellitr. C'est un gros in-folio, dont l'origine est 
cxpliipiée par le premier feuillet , ainsi conçu : • Le présent livre a esté fait 
et dressé en l'année de Nostrc Seigneur et seul Sauveur Jésus-Christ 1633, 
suivant les délibérations prinses par le consistoire de ladicte Eglise, estans 
pasteurs et anciens d'icelle les soubsnommés : pasteurs, ]>Iichel Lefaucheur, 
Jean Védrines, Jean Gigor, Jacques Carcenac; Anciens, M3I. Pierre de Bos- 
suges, conseiller du roy en sa cour des comptes, aides et finances de Lan- 
guedoc, Jean Rey, aussi conseiller et correcteur en ladite cour, Pierre Pujol, 
greffier en icelle, Pierre Mannol, bourgeois, Estienne Merueys, procureur 
en ladite cour, Moyse Montel, notaire royal, Pierre Régis, maistre apoti- 
<'aire, Jean Formy, marchand, Esaïe Ouny, marchand brodeur, Jean 3Iala- 
fosse , marchand mangonier, Pierre Sabatier, marchand boulanger, Jacques 
Restouble, marchand cordonnier, François Dumas, marchand cotellier, Pierre 
Favier, marchand potier de terre. » — Ce registre fut dressé aux fur la somme de mille livres, la maison de Jean Alary, dit Orphée, située 
sixain Sainl-Matthieu, isle de Guillaume Fesquet. Daniel Pujol et Antoine 
Faucher sont anciens à cette époque. — Le 13 mars 1675, nouvelle acquisi- 
tion du consisioire d'une maison appartenant au sieur Jean Dumond, bour- 
geois, sixain Saint-Matthieu, isle des Moulins d'huile de ^'alles. Cette fois, 
le consistoire fut représenté par Laurent Rose, conseiller et secrétaire du 
roi, maison et couronne de France, conseiller en la chancellerie de Mont- 



Mlangks. !)3 

pellier. La maison fut payée 1,200 livres. Etienne Viel, marchand, était an- 
cien et receveur du consistoire. — Par arrêté du conseil privé du roi, du 
18 novembre 1670, la démolition du petit temple fut ordonnée pour faire, 
sur son emplacement, une place publique. 

CiiAP. III. Du Denier de la chair. — On donnait ce nom à un impôt d'un 
sou par livre imposé sur la viande de boucherie. L'argent provenant de cet 
impôt fut affecté pour la première fois, en 1600, par 3131. de Lavalette, Pa- 
tris, Fesquet, Rat et Rozier, 1", V^", 3™% 4""= et ë'"^ consuls désignés de 
cette année, à Ventretenement des pasteurs du culte réformé. Ce droit 
produisit cette année-là une somme de mille écus. Pendant trente-six ans 
les fonds provenant de cette contribution furent affectés, en tout ou en par- 
tie, à cette destination. Il y eut souvent réclamation de la part des catho- 
liques, procès et décisions royales à ce sujet. 

Chap. IV et V. Des cimetières. — Jusqu'en 1o6o les protestants et les 
catholiques étaient enterrés dans les mêmes cimetières. Les catholiques 
firent interdire aux protestants ces lieux d'inhumation. L'interdiction pro- 
céda de M. de Dampville, gouverneur et lieutenant général du Languedoc. 
Alors M. François des Urcières de Gaudette, écuyer, sieur de La Yaulcier 
et de Castelnau^ tit don aux protestants d'un champ pour les inhumations 
aux conditions suivantes : \° Qu'il ne servirait pas à un autre usage; 2° qu'il 
réservait pour lui et ses descendants le droit de faire élever leur sépulture 
au lieu du champ où bon leur semblerait; 3° que l'approbation du Roi serait 
demandée. — L'acte de cette donation eut lieu le 24 octobre 1565. Il fut 
passé par le notaire Paville, en présence des témoins Antonin de Travaulx, 
sieur et baron de Montpesat, conseiller du roi en la cour de justice des 
Aides, à 3Iontpellicr, André Trinquaire, sieur de Baux, Pierre Cabassut, 
docteur en droit, Pierre Barbe, procureur en la chambre des comptes, Jean 
Dumas, chirurgien, Samson 3Iontolieu, Jacques Suau, marchand; tous an- 
ciens et surveillants en l'Eglise réformée de 3Iontpellier, représentant le 
corps universel de la dite Eglise. — La sus dite terre était située à la porte 
de Lattes, en l'endroit où est maintenant l'esplanade de la citadelle. Les deux 
membres du consistoire délégués par leurs collègues pour signer l'acte 
étaient Antoine Chaugur, procureur en la chambre des comptes, et Antoine 
Bosc, marchand. L'acte fut passé à la maison de Claude Formy, ministre, où 
était assemblé le consistoire, en présence de Pierre Formy, apoticaire, et 
de Pierre Raymond, chantre. — Cette donation fut autorisée et insinuée le 19 
décembre 1 o6o, par le sénéchal de Beaucaire et Nîmes, où le sieur de La Yaul- 
cière avait ses tenans. Les protestants jouirent de ce lieu d'inhumatioii jus- 
qu'en 11324, époque où ils furent dépossédés, celte terre ayant été comprise 
dans l'enclos de la citadelle bâtie par ordre du roi. Ils se pourvurent devant 
la chambre de l'Édit de Castres, qui ordonna, le 16 mars 1628, que les con- 



94 MÉLANGES. 

suis, tant de l'une que de l'autre religion, fourniront un local aux protes- 
tants, sauf à eux (les consuls) à se pourvoir devant Sa ^lajesté pour le paie- 
ment de l'ancien cimetière, et que le nouveau cimetière égalerait l'ancien en 
grandeur et en valeur. — Conformément à cet arrêté, les consuls adjugèrent 
aux anciens du consistoire deux jardins ayant appartenu aux sieurs de Ma- 
riotte et de Maurcilhau, situés hors les murs de la ville, entre les portes de 
Lattes et de la Gaunerie. La contenance de ces deux jardins réunis était de 
six cétérées et demie ; l'ancien cimetière contenait sept cétérées et demie, 
plus U dextres. Il fut par conséquent convenu qu'on y joindrait un petit 
jardin appartenant aux héritiers du sieur Rey, marchand. — Un procès fort 
singulier s'émut à l'occasion du changement de ces lieux d'inhumation. Les 
descendants du sieur de Le Vaulcières, s'appuyant sur les termes de la dona- 
tion qui portait que si, pour un motif quelconque, le champ servait à autre 
chose qu'à l'inhumation des protestants, la propriété leur en reviendrait, ré- 
clamèrent leur ancienne propriété. Il fut décidé le 27 mars 1637, que la 
somme obtenue de l'Etat pour la valeur de ce champ, serait partagée entre 
les héritiers du sieur de la Volcière et le consistoire, à la condition expresse 
que le consistoire emploierait les 689 livres \ i sols 1 denier qui lui reve- 
naient pour sa part, à payer le jardin du sieur Rey. Cette somme fut dépo- 
sée chez les sieurs Jacques et Pierre Forcade, marchands à 3Iontpellier et 
retirée plus tard, le 10 mai 1646, par les sieurs Donadieu et Rascon, an- 
ciens, qui la comptèrent àEsther de Durantet, veuve du sieur Rey. Le jardin 
dudit Maurcilhau avait été estimé à la somme de 2641 livres 17 sols, et celui 
du sieur de 3Iariotte à 1116 livres. 

Chap. VI. Intitulé : « Arrest du Conseil d'Estat par lequel les habitans de 
la religion réformée de la ville de Montpellier sont déchargés sans avoir égard 
à l'arrest du Parlement de Toulouse du 50 janvier 1613, des matériaux de 
la ruine de leur couvent , advenue lors des troubles, demandés aux dits habi- 
tans par les religieux de l'ordre St-François de la Régulière Abondance de 
la dicte ville, du 15 febvrier 1618. » Nous nous bornerons à la transcription 
de cet intitulé. 

CuAp. VII. Donnation pour l'entretennement du St Ministère. — Mille 
livres données par M"" Magdelaine Mazoyer, le 7 mai 1633. 

2° «Cisfisfre ii° 2. C'est un in-folio de 366 pages, contenant les « Actes 
de l'AssendjJétî générale des Eglises réformées de France , tenue à Saunuu' 
par permission du Roi, le 27 mai et jours suivants de l'année 1611 (1).» 
L'importance de ce procès-verbal est bien connue. Il ne saurait être analysé 
ici. Ce qui lui donne une valeur particulière, ce sont les instructions données 
aux députés par les synodes et les assemblées. Elles sont transcrites en 

(1) 11 y en a une copie à la Bibliothèque impériale. 



1672 


281 


— 


66 - 


- 355 


1676 


263 


— 


40 - 


- 286 


1679 


251 


— 


71 


- 297 


1680 


265 


— 


68 


- 281 


1682 


203 


— 


49 - 


185 



MÉLANGES. 95 

entier (1) J'ai souvent vU citer par les auteurs des extraits ou fragments de 
ce registre; j'ignore s'il a été imprimé (2). 

3° Six registres des baptêmes, mariages et sépultures, pour les années 
1669, 1672, 1676, 1679, 1680 et 1682 (3). Voici le résultat fourni par le 
dépouillement de ces registres : 

1669 203 baptêmes 49 mariages 185 sépultures Population totale 6,972 

- — 9,087 

- — 8,500 
— 9,477 

- — 9,641 

- — 6,855 

D'après ces données et en supposant, conformément aux calculs de l'An- 
nuaire du bureau des longitudes, une naissance pour 33,96 habitants, un 
décès pour 40 et un mariage sur 128, le chiffre de la population protestante 
aurait été comme nous l'avons inscrit en regard des six années dont nous 
avons les registres. Il faut toutefois faire observer que nous avons fait le 
calcul d'après les trois éléments, baptêmes, mariages, sépultures, et que 
nous en avons pris la moyenne. — Généralement le rapport des naissances 
et des sépultures n'est pas ce qu'il devrait être. Il y a plus de sépultures que 
de naissances, et c'est le contraire qui devrait avoir lieu. Il n'est d'ailleurs 
pas possible d'expliquer la chose par une décroissance de population ou par 
l'existence de quelque maladie épidémique. Cela tenait probablement au pas- 
sage d'un certain nombre de personnes du catholicisme au protestantisme. 
Elles naissaient catholiques , et dès lors elles n'étaient pas portées sur les 
registres que nous analysons , elles mouraient protestantes, et leur décès y 
était enregistré. Nous donnons cette explication comme probable, et non 
comme la seule admissible. 

4=" Un registre d'abjurations, qui va de 1676 à 1680. il ne contient de 
remarquable que l'indication des précautions extrêmes dont s'entourait le 
consistoire avant d'ouvrir la porte à de nouveaux convertis (4). 

5° Quelques livres où nous ne trouvons rien à signaler. 

(1) Cela rend en effet ce document fort curieux. 

(2) Il ne Test pas, à notre connaissance. 

(3) Que notre zélé correspondant nous permette de lui demander si les noms 
qui figurent dans ce registre sont sans importance. On ne se persuade pas assez 
que le moindre renseignement de cette nature peut avoir, en temps et lieu, une 
grande utilité relative. Rien n'est donc à dédaigner. 

(4) Nous rappelons à nos lecteurs combien ces anciens registres sont importants. 



96 MELANGES. 

t.E.m DEUX ^Ii;:CxE:5«» I>E L<A ROC'IIEf.L.K. 

1" SOLS CHARLES IX. 

M. A. de Quatrefages, membre de Tacadémie des sciences, a publié dans la 
Revue des Deux Mondes du 15 avril dernier, un article plein d'intérêt, auquel 
nous empruntons l'épisode des deux sièges de La Rochelle. En voici la première 
partie : 

Parmi les événements qui signalent la triste période de nos guerres reli- 
gieuses, il en est peu qui égalent en importance les deux sièges de La Ro- 
chelle par les troupes royales. L'insuccès du premier releva le parti calviniste 
au lendemain même de la Saint-Barthélémy, et arracha à Charles IX, un an 
à peine après ce grand forfait, un des édits les plus favorables qu'eussent 
encore obtenu les réformés. L'issue du second détruisit la dernière citadelle 
des protestants, et les fit rentrer de force dans la loi commune. A partir de 
cette époque, le protestantisme ne fut qu'une religion et non plus un parii 
politique. Aussi le récit de ces deux sièges occupe-t-il une large place dans 
les annales de La Rochelle; nous allons en rappeler les traits principaux. 

Tenus en défiance par les préparatifs qui se faisaient à leurs portes sous 
prétexte d'une expédition en Floride, les Rochelais n'avaient cru qu'à demi 
à la paix de Saint-Germain. Les massacres du 24 août 1572 les trouvèrent 
donc sur leurs gardes, et aux premières nouvelles ils se préparèrent à dé- 
fendre courageusement leur vie et leur religion (I). Le maire, Jacques-Henri, 
mit la ville en état de défense et arma tous les habitants. Paris, Orléans, 
Tours, Bordeaux, Castres, Nîmes, lui envoyèrent une foule de calvinistes 
échappés au fer des assassins, et ces réfugiés formèrent le redoutable corps 
des enfanfs-perdiis ; mais, malgré tout leur courage, ces soldats inexpéri- 
mentés auraient difticilement tenu tète aux troupes royales, si un événe- 
ment inattendu ne leur lut vemi en aide. Après bien des refus, le brave 
Lanoue, nommé par Charles IX gouverneur militaire de La Rochelle, avait 
accepté cette charge. Egalement dévoué à sou roi et à ses coreligionnaires, 
— Lanoue était calviniste, — il partit, promettant de tout faire pour amener 
la ville à se sotimettre, mais déclarant en même temps que jusqu'à la paix il 
l'aiderait de ses conseils et de scm. épce. Lanoue tint parole aux deux partis. 
Nonmié gouverneur pour les armes par les Rochelais et investi sous ce 
litre d'une véritable dictature militaire, on la vit constamment payer de sa 
personne comme chef et comme soldat ftontre les troupes royales, en même 
temps qu'il prêchait sans cesse la soumission au roi ]\Ialheureusement , ce 
rôle étrange, si loyal dans ses apparentes contradictions, ne pouvait se sou- 

(1) Histoire du siège de La Rochelle par le duc d'Anjou en 1573, par A. Geiiel, 
capitaine du génie. 1^ 'auteur do cette rulation, laite surtout au point de vue mili- 
taire, a réuni dans un travail tous les documents laissés sur ce siège, c'est de 
lui et du père Arcére ({ue nous avons extrait le résumé qu'on va lire. 



M 



MELANGES» 9"? 

tenir longtemps au milieu des passions violentes qui dominaient à la cour et 
dans La Rochelle. Rieniùt Lanoue eut perdu toute autorité, et, vers le mi- 
lieu du siège, il sortit de la ville avec le regret de n'avoir pu remplir sa 
mission. Le départ de leur brave chef eût pu être fatal aux Rochelais; mais 
il leur laissait une forte organisation militaire , des bandes aguerries et dis- 
ciplinées par lui, des chefs dont le courage s'était éclairé de son expérience, 
et ce n'est peut-être pas exagérer que d'attribuer en partie le triomphe de 
La Rochelle au séjour de quatre mois que Lanoue avait fait dans ses murs. 

Déjà le territoire de La Rochelle avait été envahi et la place investie, lors- 
que le duc d'Anjou vint prendre le commandement du siège. Avec le vain- 
queur de Jarnac et de Montcontour arrivaient le duc d'Alençon, son frère, et 
Henri de Navarre. Autour d'eux se pressaient l'élite de la noblesse française, 
le prince de Condé, les ducs de Nevers, de Longueville, de Guise et de 
Mayenne; le duc d'Aumale, le héros catholique de la Henriade, à qui 
Charles IX avait confié la direction du siège; les maréchaux de Rrissac et 
de Montluc; le comte de Retz, l'amiral Strozzi, Gonzague, Grillon, Tallard, 
Goas, Rrantôme, qui devait plus tard raconter ces guerres où il avait joué 
un rôle, et une foule de gentilshommes jaloux de se signaler sous les yeux 
de ces illustres chefs, avides de porter les derniers coups au parti calvi- 
niste. 

Entourée aux trois quarts par la mer ou des marécages, La Rochelle ne 
pouvait être attaquée que par son côté nord. Là aussi seulement se trou- 
vaient quelques fortilications modernes, et entre autres le bastion de la 
Vieille-Fontaine et celui de l'Evangile, que surmontait le cavalier de l'Épître. 
Ce fut en face de ce dernier que la tranchée s'ouvrit dans la nuit du 26 au 
27 février 1573. Rientôt 60 pièces de siège tonnèrent sans iselàche contre 
La Rochelle, Les tours et les clochers crénelés tombèrent l'un après l'autre. 
Le duc d'Anjou, croyant alors les assiégés frappés de terreur, les fit sommer 
de se rendre. Pour toute réponse, une double sortie ordonnée par Lanoue 
alla détruire en partie les travaux commencés. Les Rochelais ripostaient de 
leur mieux, et le 3 mars un boulet emporta le duc d'Aumale. Cette mort fut 
une grande perte pour les assiégeants. Elle leur enleva un chef aussi expé- 
rimenté que brave, exalta le courage des assiégés, terrifia la cour de France, 
et arracha à Catherine une lettre oii elle se montre mère bien plus tendre 
qu'on ne le croit généralement (1). 

Jacques-Henri n'était plus maître : à l'exception de sa magistrature, il 
avait été remplacé par Morisson , qui se montra son digne successeur. Les 
tranchées avaient atteint le fossé, qui devint le théâtre journalier de com- 
bats sanglants. 13,000 coups de canon avaient bouleversé le haut des rem- 

(1) Cette lettre est en entier dans l'ouvrage du père Arcère. 



98 urÉLANGES. 

parts et réduit en partie le bastion de l'Évangile. Alors les assiégeants con- 
struisent un pont mobile qui leur permettra de gagner le pied de la brèche 
à l'abri des i-asemates. De leur côté, les assiégés fabriquent l'encensoir, 
espèce de bascule destinée à verser des chaudières de poix bouillante sur 
les assaillants. De part et d'autre, tout se prépare pour un premier assaut. 
Il est livré le 7 avril. Malgré les ordres formels du duc d'Anjou, la noblesse 
se mêle aux soldats chargés de la première attaque. Guise, Clermont, Tal- 
lard, Tavennes et Grillon s'élancent dans le fossé et courent aux casemates, 
dont ils s'emparent d'abord; mais le capitaine Duverger Beaulieu revient 
sur ses pas, et Guise est forcé de reculer, emportant Tallard blessé mortel- 
lement et laissant derrière lui de nombreux cadavres. Sur la brèche , Caus- 
sens et Goas ont rencontré Rochelais et Rochelaises. Celles-ci lancent des 
artifices, manœuvrent l'encensoir et rivalisent avec les hommes de courage 
et de mépris pour la mort. En vain les royalistes déploient une égale valeur, 
en vain de nouveaux renforts viennent combler leurs pertes, en vain quel- 
ques gentilshonmies, mêlés à de simples soldats, atteignent-ils le sommet 
de la brèche ; ils sont aussitôt précipités au milieu des décombres, et lors- 
qu'à la nuit tombante le duc d'Anjou fait sonner la retraite, il peut compter 
plus de 300 morts et un nombre intini de blessés, entre autres Tallard, qui 
mourut quelques jours après, Gonzague, Strozzi, Goas, et la plupart de ces 
gentilshommes que leur courage irréfléchi avait conduits au premier rang. 

Le 8 et le 10 du même mois, les mêmes efforts sont tentés par les assié- 
geants avec un résultat tout pareil. Le 14 est désigné pour un quatrième 
assaut. Les mines placées sous le bastion de l'Évangile doivent donner le 
signal. Ces mines sont chargées et bourrées sous les yeux du duc d'Anjou 
entouré de toute sa cour. L'explosion emporte toute la pointe du bastion , 
en même temps que les débris, retombant sur l'armée royale, écrasent, au 
dire de Brantôme, plus de 290 soldats ou pionniers. Les bataillons d'attaque 
s'clancent pour protiter d'un passage si chèrement acheté, mais ils trouvent 
sur la brèche des adversaires aussi résolus que les jours précédents. Rien 
ne peut entamer ce rempart vivant , et aux victimes de l'explosion les roya- 
listes ont à ajouter les morts nombreux restés sur les débris fumants du 
bastion. 

Quelque temps suspendues par l'apparition d'une flotte anglaise qui s'é- 
loigne sans tirer un coup de canon , les opérations reprennent bientôt avec 
une activité extrême. Les royalistes reçoivent des renforts considérables et 
serrent de plus près la ville, où règne bientôt la famine. Chaque jour, de 
sanglantes escarmouches ont lieu, tantôt dans les fossés, tantôt sur les pla- 
ges laissées à sec par le reflux et où une population affamée va <;hercher les 
coquillages, devenus prcscjue son uniiiue nourriture. Des surprises de tout 
genre sont tentées, et Tune d'elles, faite de nnil par Sainte-Colombe, est 



MÉLANGES. 99 

près de réussir. De nouvelles mines bouleversent le bastion de l'Évangile, 
qui résiste le 28 avril à un cin(iuiènie assaut. Le duc d'Anjou recourt alors ù 
des attaques générales. Le 17 mai, au moment de la basse mer, La Rochelle 
est assaillie sur tous les points et toujours sans succès. On recommence le 
26 du même mois, et cette fois tous les chefs royalistes veulent payer de 
leur personne. 3Iontluc est chargé du commandement en chef, Strozzi et 
Goas montent les premiers à la brèche à la tête de 6,000 Suisses qui vien- 
nent d'arriver au camp. Derrière eux viennent les gentilshommes guidés par 
le prince de Condé et les ducs de Guise et de Longueville. Les Rochelais les 
reçoivent avec leur intrépidité ordinaire, et tout d'abord Strozzi est blessé 
d'un coup d'arquebuse. Les soldats reculent, et l'assaut est interrompu. Il 
recommence bientôt plus furieux. La noblesse a pris la tête et s'élance avec 
une sorte de désespoir sur cette brèche toujours ouverte, toujours inabor- 
dable ;• mais en vain s'épuise-t-elle en valeureux etforts, en vain cinq fois re- 
poussée, revient-elle cinq fois à la charge. Après avoir vu tomber 28 capi- 
taines à côté de plus de 1 ,000 soldats, le duc d'Anjou fait sonner la retraite 
et s'avoue vaincu une septième fois. 

Ce dernier insuccès avait territié l'armée royale. Plusieurs jours se pas- 
sent à réveiller l'énergie des soldats. Enfin un huitième assaut est décidé, 
et, pour en assurer le succès, on adopte le plan du duc de Nevers, qui veut 
user à la fois de ruse et de force. Pendant toute la nuit du 12 juin, de 
fausses attaques tiennent la garnison sur pied, toutes les batteries tonnent et 
foudroient la ville. A l'aube, le feu se ralentit , s'éteint peu à peu , et tout 
semble rentrer dans le repos. Les assiégés, trompés par ce calme menteur, 
vont se reposer, ne laissant aux murailles qu'une faible garde, qui elle-même 
succombe à la fatigue et s'endort. Alors s'ébranle l'élite de* l'armée assié- 
geante. Guise se dirige vers le bastion de l'Évangile, Henri de Navarre vers 
celui de la Vieille-Fontaine. Des échelles sont dressées en silence contre les 
raurs de ce dernier, elles sont gravies , et déjà les royalistes se groupent 
dans le chemin de ronde, lorsqu'un cri de triomphe prématuré réveille un 
poste de Rochelais. Aussitôt ceux-ci s'élancent sur les assaillants, tuent tous 
ceux qui ont gravi le rempart et renversent les échelles au moment même où 
Strozzi et le duc de Longueville y mettaient le pied. De son côté, Guise 
avait enfin escaladé la brèche, il était entré dans le bastion de l'Évangile ; 
mais là il découvre un nouveau fossé, un nouveau rempart élevé à l'intérieur 
pendant le siège, et, à l'aspect de ces obstacles imprévus, ses soldats épou- 
vantés jettent leurs armes et fuient sans même essayer de combattre. 

Cette fois La Rochelle était sauvée. Tant d'é(^hecs successifs avaient porté 
à son comble la démoralisation de l'armée royale. Des maladies s'étaient dé- 
clarées dans le camp et décimaient les soldats. Les plus fermes capitaines 
étaient découragés. Le duc d'Anjou , qui venait d'être élu roi de Pologne, 



400 'BIBLIOGRAPHIE. 

qui avait (lai'is son caiilp les ambassadi'urs chargés de l'amener dails seà 
nouveaux États, désirait un aoconimodement qui sauvât au moins les appa- 
rences et lui permit de s'éloigner. Callierine tremblait pour la vie et la gloire 
de son fils préféré. Des négoeiations sérieuses s'ouvrirent, et comme pre- 
mier gage de bonne foi, les Rochelais obtinrent que les assiégeants détrui- 
raient tous les travaux d'attaque. Enfin Charles IX signa l'édit de pacifica- 
tion. Les Rochelais avaient conquis la liberté de conscience non-seulement 
pour eux, mais encore pour tous leurs coreligionnaires du royaume. Mal- 
heureusement cette paix fut aussi boiteuse que les précédentes. Les hosti- 
lités reconmiencèrent bientôt. Suspendues tant que régna Henri IV, elles se 
réveillèrent presque aussitôt après le crime de Ravaillac. Lu construction du 
Fort-Louis, qui dominait et battait la ville, devint pour les Rochelais une 
cause incessante d'inquiétude et d'irritation. Chaijue nouveau traité avait 
beau renfermer une clause spéciale (jui promettait la démolition de cette 
citadelle, elle restait toujours debout, rappelant la sinistre prédiction de 
Lesdiguières : << Il faut que la ville avale le fort, sinon le fort avalera la 
ville. " Enlin , en IG^T, Richelieu parut devant La Rochelle, et dès les pre- 
miers jours les habitants durent comprendre que c'en était fait de la vieille 
république d'Éléonore. 



BIBLIOGRAPHIE 



L'ÉDITIOM DES MEMOIRES DE DD PLESSIS-MOItlVAY ET LE M.A.1MJSGR1T 
DE LA SORBONiVE. 

Plus d'un éditeur s'est rendu coupable de haute trahison à l'égard de son au- 
teur. Il faut signaler les méfaits de ce genre, afin d'en provoquer la réparation. 
On va voir, comme exemple, par un exposé officiel, ce que vaut l'édition que nous 
possédons des Mémoires de Du Plessis-Mnimay. 

Au moment où nous allions mettre ces pages sous presse, on nous a commu- 
niqué un remarquable travail qui vient de paraître sur Aubéry Du Maurier, et 
dans la préface nous lisons ces lignes : « Les amis de l'histoire de France atten- 
« dent encore une édition de Du Plcssis Mornay. Celle de 1624, continuée en 1632, 
« a été volontairement mutilée; celle de 1824, commencée par M. Auguis (1), 
« d'après tous les papiers de la maison de Mornay, s'arrête en 1614, et les inexac- 

(1) On lit dans le procès-verbal de la séance du Comité historique du 9 aoiit 
1841 : «M. Auguis ayant été prié de d(jniicr quelques détails sur l'édition des 
Mémoires de Du Plessis-Mornay publiée par ses soins, lait connaître que les douze 
volumes qui ont paru el qui s'arrêtent à Tannée 1013, forment seulement le 
tiers du manuscrit. L'éditeur a l'inlentioii de donner la suite de ces Mémoires, 
qui vont jusqu'en 1623. On y trouve les notes sur l'histoire du président de Thou, 
que divers bibliographes prétendaient avoir été perdues dans une tempête.» 



BIBLIOGRAPHIE. 101 

« titudes, les fautes grossières qui la remplissent ne permettent pas qu'on la re- 
« garde comme définitive. » Ce jugement n'est que trop motivé. 

Chargé par le ministre de l'instruction publique de dépouiller les manuscrits 
traitant de matières historiques qui se trouvent à la bibliothèque de la Sorbonne, 
M. M. Avenel a rendu compte de sa mission dans plusieurs rapports insérés au 
Bulletin des Comités historiques. Le quatrième, en date du 8 juin 1850, est re- 
latif à un manuscrit de Du Plessis Mornay. Il nous a paru très utile de le repro- 
duire en entier. 

ESappoi't au llîiiistre. 

Monsieur le ministre, la bibliothèque de l'université possède un fort beau 
manuscrit des Mémoires de Du P/essls-3ïoniaij, en onze volumes in-folio, 
richement reliés en maroquin rouge, et qui est précieux, parce que c'est 
évidemment un original, fait sous les yeux de Mornay et pour lui-même. 

Nous trouvons sur une feuille de garde (au VI^ volume), des notes ainsi 
conçues : 

« Remplir une lettre, feuillet 16, de M. de Bouillon. » — « 11 semble au 
« feuillet 17 que la lettre de M. de Vllleroy soit imparfaicle. » — « Faut rem- 
et plir une lettre de M. de Reau, feuillet 30. » — « 3Iots à remplir, page 33. » — 
« Parfaire une lettre imparfaicte, folio 128. » Et autres indications pareilles 
(jui viennent évidemment de l'auteur des Mémoires. 

Quelquefois aussi on remarque à la marge du manuscrit des additions ou 
des changements qui ne peuvent avoir été faits que par Mornay ; de temps 
en temps, à C('ité de passages non rayés, se trouve le mot omittenda; or, 
ce mot n'indique pas des suppressions que l'auteur voulût faire à ses î\lé- 
moires, puisqu'il n'effaçait pas, mais il témoigne de ménagements envers des 
susceptibilités contemporaines et des scrupules survenus dans la prévision 
d'une publicité prochaine. Des noms propres inexactement écrits ont été 
soigneusement corrigés. Enfin, les armes de Mornay sont empreintes sur le 
plat de la couverture, des deux côtés ; et, de plus, on a mis dans chaque 
volume, en tète et à la fin, des armoiries peintes sur vélin avec un soin re- 
marquable; en tête, ce sont les armes de !a famille de Mornay, et à la fin, 
ces mêmes armes unies à celles de la famille de sa femme, Charlotte Ârba- 
leste. Ce manuscrit porte donc avec lui les marques de la plus irrécusable 
authenticité. 

Du Plessis-Mornay avait deux secrétaires nommés dans quelques écrits du 
temps, et connus surtout par le ccjdiciile qu'il ajouta à son testament peu de 
jours avant sa mort, René Chalopin et Jules Meslay; et sans doute il s'est 
servi d'écrivains auxiliaires pour les nombreux travaux (|ui ont occupé sa vie, 
surtout pendant les loisirs de sa vieillesse. Aussi l'écriture du manuscrit de 
la bibliothèque de l'Université est-elle de plusieurs mains ; souvent assez 



J02 BIBLIOGRAPHIE. 

lisible, elle est parfois d'un caractère difficile, et, dans quelques pièces seu- 
lement, embarrassée de fréquentes abréviations. 

Malheureusement il manque plusieurs volumes à ce précieux manuscrit : 
le 1"^ le 2e^ le 4« et tout ce qui dépassait le H' (comprenant l'année 1616), 
lequel est le dernier des onze que possède actuellement la bibliothèque de 
l'Université. 

Disons d'abord en quoi consistent ces ]\Iémoires imprimés : deux volumes 
10-4" parurent en 1624 et 1623, comprenant l'époque de 1372 à 1599; deux 
autres volumes, imprimés en 1651 et 1632, vont depuis 1600 jusqu'à 1623, 
année de la mort de Du Plessis-Mornay. 11 faut y joindre l'histoire de la vie 
de ce personnage, publiée par les Elzevirs en 1647, et qui contient des let- 
tres de Mornay, ainsi que d'autres pièces complétant ses I\Iémoires. 

Ces cinq volumes in-4° ainsi réunis ne contiennent pas, à beaucoup près, 
tout ce que les manuscrits ont conservé. Aussi a-t-ou songé, il y a vingt-six 
ans, à combler cette lacune, et une édition nouvelle a été commencée en 
1 H24. L'éditeur annonçait que cette nouvelle édition donnerait les pièces de- 
puis 1571 jusqu'en 1623; mais la publication n'a pas été achevée : 12 vol. 
in-8" ont paru en 1824 et 1825, et l'ouvrage a été abandonné. La dernière 
pièce du 12^ volume est datée du 12 mars 1614; ainsi dix ans encore y man- 
quent. 

Cette édition , qui s'annonçait comme devant être la seule complète, avait 
été confiée aux soins de M. Auguis; mais très piobablement il aura aban- 
donné ce travail à des mains inhabiles, car les fautes y fourmillent. 

Nous avons voulu nous faire une idée exacte de cette nouvelle édition; 
nous l'avons donc comparée avec le manuscrit de la bibliothèque de l'Univer- 
sité qui fut confié à M. Auguis lors(|u'il préparait cette publication. Nous de- 
vons faire connaître ici sommairement le résultat de cette comparaison, et 
nous n'avons pour cela d'autre moyen que de citer parallèlement quel(}ues 
passages du manuscrit et de l'imprimé : 

« Qu'est-ce (est-il dit dans une lettre Le nouvel éditeur a mis : 
«I au roi) qu'est-ce sinon mettre au dé- 

« sespoir partie de vos subjectz, pour « Pour leur faire chercher toutes ex- 

« leur faire cerchcr tontes extrémitéi « trémités qu'ils penseront propres à sa 

« qu'ils penseront propres à se conserver, « conscience, h quelque prix et pi'Til que 

« à qu'jlque prix et p6ril que ce fiist. » « ce fust. 

Ms. t. III, 1' 160 vo. Impr. t. III, p. 267. 

Une pièce intitulée : Mémoires que le roi de Navarre eust désiré estre 
considère::^ par Messieurs de l'assemblée n'agnères convoquée à Blois, en 
l'année 1588, se termine ainsi : 

« Il n'y a rien qu'il (le roi de Na- La lin de la phrase est ainsi inipri- 
« varre) désire tant que de veoir Dieu mée : 



I 



BIBLIOGRAPHIE. 103 

« sainctement servy , le roy honoré , 

« aimé et obéy ; le royaume redressé et « Le royaume redressé et affermi 

« affermy. Amen. » « ainsi. » 

Ms. t. V, f 33. Impr. t. IV, p. 153. 

Voyez ce commencement d'une lettre à M. de la Marsillière, secrétaire 
d'État du roi de Navarre : 

« Vous verrez des mémoires si amples « Vous livrez des mémoires si amples 

« et publics et particuliers , que ma « et publics et particuliers , que ma 

« lettre en doibt estre plus courte; je « lettre doibt en estre plus courte; je 

«suis très travaillé de ma fièvre, et «suis /myaiV/e de ma fiebvre et aujour- 

« aujourd'huy au trantiesme accès. Les « d'huiau trois iesrne s.ccès. Les douleurs 

« douleurs de ce temps, les affaires qui « de ce temps, les affaires qui en ré- 

« en procèdent, les chagrins d'une gar- « su/tent, les chagrins d'une garnison 

« nison non paiée, les débauches des ca- « non payée, les desbauches des cnpi- 

« pitaines e^ soldats a faute de paiement « taines, soldats, à faulte de payement, 

« la me continuent et redoublent. » « Monsieur ^ continuent et redoublent.» 

Ms. t. V, ft 44 vo. Impr. t. IV, p. 516. 

On voit comment ce passage a été travesti par le nouvel éditeur, et, par 
exemple, sans compter les autres fautes, lorsque Du Plessis-Mornay parle 
des causes qui lui continuent et redoublent sa fièvre, le nouvel éditeur lui 
fait dire que ce sont les débauches des capitaines et soldats qui continuent 
et redoublent. 

Là où Du Plessis-Mornay aura dit : 

L'éditeur lui fera dire : 

« Dieu fera la grâce au roy que, par « Dieu fera la grâce au roy que, par 
« la force de sa dextre, sectas omnes « la force de sa sagesse, veritas omnes 
« sanabit. » « sanabit. » 

Ms. t. V, f 88 v°. Impr. t. V, 79. 

Et encore : 

.... « N'estant la façon de l'un (le roi ... « N'estant la façon de l'ung de 

« d'Espagne) de rien distraire de sa mai- « rien distraire de sa maison en faveur 

« son en faveur de qui que ce soit, et « de qui que ce oit, et les moyens de 

« les moyens de l'autre (l'empereur) dé- „ despendans , car ils font 

« pendans, comme ils font pour la plus « pour la plus part de la libéralité d'Es- 

« part de la libéralité d'Hespagne...» « paigne...» 

Ms. t. V, ft 122. Impr. t. V, p. 304. 

Un blanc mis à la place d'un mot fort lisible, un malheureux changement 
de ponctuation et le mot comme transformé en car, rendent ce passage inin- 
telligible. 

Voici le commencement d'une lettre qui se trouve au IVulllel is7 du (orne \ 
du manuscrit : « Il s'est présenté quelques officiers pourveus d'estat d'esleus 
« à Poictiers et en autres lieux, pour se faire recevoir en la cour, comme te- 



104 BIBLIOGKAPHIE. 

« nant de pnt la cour des aydes; mais d'autant (ju'ils sont de la relligion 
" soubs uiïibre de la clause portée par l'ecdlcl de révocation les ecflits de la 
« ligue t'aicts es années nii"v et nii"vin... » 

L'éditeur a mis offices au lieu d'eslevs; il a laissé un bhuu' à la place du 
mot présent, dont l'abréviation n'était pourtant pas bien dii'iicile à deviner, 
et au lieu des années S.'i et 8S, dont apparemment il n'a pas su lire le chitt're, 
il a mis : " es années lo... et lo... », ce qui ne signifie rien. 

Toute signitication disparaît également dans ce passage, où l'éditeur a 
laissé un mot en blanc, où il a trantbrmé // en ei et changé la ponctuation 
(il s'agit des malheurs du royaume de France) : 

« Au lieu que les autres (royaumes) «. Au lieu que les austres veulleat 

" veulent s'eslever, f/ dessend audessous « et descend au dessous de 

« de poy mesmes. » « soi-inesmes. » 

Ms. t. V, 1' 29 vo. Impr. t. IV, p. 146. 

Du Plessis-Mornay, dans une lettre adressée à M. de Buzenval, le 12 mars 
1589, se laisse gagner par une sorte de découragement en racontant quel- 
ques événements fâcheux pour son parti, et aussi quelques malheurs person- 
nels : « Mais ce (jui me i'asche, " ajoute-t-il, « c'est qu'il semble que nostre 
« terre soit condamnée au ciel; nostre prince au ciel et en la terre; et 
« contre les jugements de Dieu je ne voy ny rempart, ny remède. » 

Les mots soulignés ici sont également soulignés dans le manuscrit, et on 
lit à la marge le mot omittenda; toutefois, l'auteur ne les a point effacés. 
Le nouvel éditeur les retranche sans faire aucune remarque, et la même 
chose se représente de temps en temps. Peut-être eùt-il été à propos de con- 
server dans l'imprimé ces phrases non effacées dans le manuscrit; tout au 
moins fallait-il qu'en pareil cas une n(de vînt avertir le lecteur de ce retran- 
chement et de la véritable pensée de l'auteur des mémoires. 

Nous trouvons dans une lettre du \" septembre 1589, deux fois le nom 
de M. d'Espernon, celui de M. le comte de Soissons, de JA de Nevers, de 
M. de Souvray, de Tours. Tous ces noms, très lisiblement écrits dans le 
manuscrit de la bibliothèque de la Sorbonne (tome V, folios 47, 'i8), sont 
restés en blanc dans l'imprimé (tome IV, p. 406, 407). 

IVIornay a recueilli dans ses Mémoires une lettre en latin de l'évèque de 
Bristvne (1), ainsi que la réponse, également eu lalin, (pt'il a faite à cet évé- 
que. L'éditeur a donné la prennère et il a siq)primé la seconde. 11 est évident 
(ju'il fallait faire le contraire, si l'on ne devait conserver (jue l'une des deux 
lettres. 

La lettre de cet évéque est semée de mois grecs; l'éditeur les a tous lais- 
sés en blanc comme s'ils eussent été indéchiffrables; il en a cependant con- 

(1) Sic dans le manuscrit et dans riinpriiné; je suppose qu'il faut lire Bristol. 



BIBLIOGRAPHIE. 105 

serve deux qu'il a (-onservés en noms propres, 5oça; ei ûi, dont il a fait des 
personnages qu'il appelle Sozas et Cis, et il a imprimé : " Judas apostilus 
Sozas... sublimus Cis(l)... » De plus, grand nombre de mots latins sont dé- 
figurés ; des phrases entières sont disloquées par des lacunes et privées de 
sens par des mots qui semblent écrits au hasard (2); il est difficile de com- 
prendre une telle incurie si c'est M. Auguis, en effet, qui a soigné l'édition, 
une telle ignorance s'il en a chargé quelque autre. 

L'une des pièces les plus maltraitées par l'éditeur, c'est une lettre du 
18 avril 1592, adressée à M. de Buzenval, ambassadeur en Angleterre. On y 
ou trouve des fautes de toute sorte. Ainsi, par exemple : 

Mornaydit: L'éditeur a imprimé cet incroyable 

galimatias : 

« La paix de soy est souhaitable, car « La paix de soi est souhaitable; car 

« le masque mesmes, comme vous apper- « le masque mesmes, comme vous ap- 

« cevez oii vous estes, faict courre les « percevés oCi vous estes, faict courre les 

« gens après soy, mais à nous «e'cewYuVe « gens après soi; mais à nous massa- 

« pour infinies considérations. Nos en- « crer, pour inlinies considérations nos 

« neniis sont sur le poinct de couronner « ennemis sonl, sur le poinct de couron- 

« l'infante..., etc. » « ner Tinlante .. etc. » 

Ms. t. V, [t 122. Impr. t. IV, p. 302. 

Buzenval désirait l'ambassade du Levant : " Je n'ose vous la conseiller, 
" lui dit 3Iornay, parce que l'argent manque, et pour l'ambassadeur et les 
" autres personnes, il n'y fault pas moins de 30,000 "'. » L'éditeur n'a pas 
compris le signe qui veut dire écus; il l'a pris sans doute pour des zéros, et 
il a imprimé en toutes lettres : « 11 n'y fault moins de ire7ite millions. » 
Trente millions pour payer une ambassade! L'absurde le dispute ici à la né- 
gligence. Un peu plus bas : « Madame la princesse > (la princesse de Condé) 
dans le manuscrit, se trouve être, dans l'imprimé, « Madame de Prînass. » 

Lorsqu'un nom de cette importance est ainsi défiguré, M. Belengerne doit 
pas s'étonner de devenir M. Belengre, et ^L Pageot peut bien se nommer 
3L Flagrot. 

A la fin de celte lettre, il est (juestion du siège de Rouen, qui traîne en 
longueur, parce que la noblesse » s'est allée ratfraischir, » et l'on conseille 
de ne « démordre de la jjroije. » Vous verrez dans l'imprimé qu'il ne faut 
« démordre de la pioche. » 

Il n'est presque pas une seule pièce ( et l'on sait que l'œuvre de Philippe 

(1) Ms. t. V, ft 113. — Imp. t. IV, p. 150. 

(a) Un seul exemple : 

Phrase du manuscrit : « Au moings ai rempublicam, comme vous dites, habi- 
turisumus, huhehimus, vero demum, '.«/ pacem.» (T V, ft 123.) 

Phrase de i'irnprimé : «Au moins si rempublicam, comme vous dictes, habi- 
turi surnus; habebimus domdm, si parem.» (T. V, p. 305.) 



106 BIBLIOGRAPHIE. 

de Mornay se compose en entier de lettres, mémoires et autres documents ) 
qui ii'oflVe quelque faute de ce genre, plus ou moins grave, et il est telle 
pièce, celle que nous venons de citer, par exemple, où nous en avons compté 
plus de quarante. 

Ajoutons que les faits les plus connus de notre histoire semblent être igno- 
rés de l'éditeur; si le copiste de Mornay appelle Fromiyin (1) la bataille de 
Fromigny, l'éditeur ne saura pas rendre son nom à cette célèbre bataille, et 
imprimera , sans s'en embarrasser davantage : « la bataille de Fromîn- 
gin (2). - 

Quant à la bataille de Coutras, ce sera, pour l'éditeur, la bataille de 
Courtisai/. 

Les dates ne sont pas toujours respectées; une lettre du roi au duc de 
Saxe, datée, dans le manuscrit, « du 30 octobre 1591, » (t. V, f 66 v°) se 
trouve être, dans l'imprimé, « du 3 octobre 1590, » (t. IV, p. 490). 

Nous devons nous borner à ce petit nombre de citations; nous en aurions 
des centaines à ajouter, si c'était ici le lieu, et l'on comprend (lue nous n'a- 
vons pas coUationné les onze volumes in-f" du manuscrit ; mais il résulte de 
l'examen que nous avons fait en courant de quelques-uns, comme de la com- 
paraison attentive à laquelle nous nous sommes livré sur quelques parties 
de long ouvrage, que la nouvelle édition des Mémoires de Du Plessis-Mor- 
nay n'est réellement qu'une perpétuelle falsification du texte; à tout moment 
le sens se perd dans des phrases estropiées, des mots défigurés, dans une 
ponctuation inintelligente, dans des blancs laissés à la place des passages 
qu'on n'a pas su lire. Les citations latines, fréquentes dans ce livre, sont 
criblées de fautes et de lacunes. Or, comme, dans la plupart des endroits 
défectueux de l'imprimé, le manuscrit de la bibliothèque de l'Dniversité donne 
un texte parfaitement clair et toujours intelligible pour un lecteur un peu 
exercé à l'étude des manuscrits de ce temps, il reste démontré que l'éditeur 
a négligé de comparer ce manuscrit avec ceux qu il a pu consulter. 

Nous devons ajouter que plusieurs pièces intéressantes ont été entière- 
ment omises, d'autres données seulement en extraits (3) ; que des lettres 
chiffrées sont imprimées sans qu'on ait essayé d'expliquer les chiffres, qu'en- 
fin l'absence complète de notes laisse désirer des éclaircissements là où on 
en sent le plus de besoin. 

Cette nouvelle édition, qui, d'ailleurs, ne sera jamais terminée, doit donc être 

(1) Ms. t. m, f« 158; peut-être, d'ailleurs, est-ce seulement, dans le manuscrit, 
un point mal placé, et le copiste aura voulu écrire : Fromiyai. 

(2) Impr. t. lit, p. 262. 

(3) Les relrancheuients de quelques lignes sont surtout fréquents. Voyez Ms., 
t. 111, f 157 vo, et imprimé, t. lit, p. 261 ; Ms., f( 173 v", et impr., p. 327; Ms., 
t. V, Il 64, et impr., t. IV, p. 487 ; Ms-, t. V, fi 00, et impr., t. V, p. 84 ; Ms., 
f 108, et impr., p. 190; Ms., P 131 vo, et impr., p. 216, etc , etc. 



BIBLIOGRAPHIE. 407 

comptée pour rien. Quant à l'ancùenne, imprimée par portions, à cinq dates 
différentes et à des intervalles plus ou moins longs, elle ne présente, des 
mémoires originaux, (ju'un abiégé informe où manque un très grand nombre 
de documents, où toutes les pièces sont pêle-mêle, sans classement chrono- 
logique, sans ordre d'aucune espèce; d'où il faut conclure que les Mémoires 
de Du Plessis-Mornay peuvent être considérés, je dirais presque comme 
inédits. Or, tout le monde sait que c'est un des ouvrages les plus importants 
pour la connaissance d'une des époques les plus considérables de notre his- 
toire, l'époque de la Ligue, l'histoire de Henri 111, de Henri IV et du com- 
mencement du règne de Louis XIII. 

Ce serait donc une entreprise utile pour la science historique de publier 
une édition des Mémoires de Mornmj, d'après le manuscrit de la biblio- 
thèque de l'Université, en s'aidant d'autres textes pour les parties qui man- 
quent. Les manuscrits des .Mémoires de Mornay ne sont pas nombreux; 
nous nous sommes assuré qu'il n'en existe pas à la Bibliothèque nationale; 
mais on sait qu'il y en a de conservés dans la famille de l'ami de Henri IV. 

M. AVE.NEL. 

Paris, le 8 juin J850. 



I^'IXSTITUTIO:^ CH»EJSTIE:«I\E de Ci^liVIM. 

Nous extrayons d'un recueil spécial, le Bulletin du Bibliophile (n. 5 et 6 de 
1849) une Note instructive de M. A. Taillandier sur l'arrêt du Parlement de 
Paris du icr juillet 1542, portant condamnation du livre de VInstitution chres- 
tienne de Calvin. Nous y joignons des Observations de M. Eug. Haag sur la date 
de l'édition princeps de cet ouvrage. On y trouvera le développement de la 
question posée à la page 34 de la Notice de la France protestante qui était annexée 
au dernier cahier du Bulletin. 

I. NOTE 

sar l'ordonnance du Parlement du 1" juillet 15fi2, imprimée par Jacques 
Niverd, sous le titre suivant: 

Ordonnances faictes par la court de Parlement contre les livres conte- 
nantz doctrines nouvelles et hérétiques touchant le faict et estât des 
Libraires et Imprimeurs^ publiées à son de trompe par les carrefours 
de la ville de Paris, le samedi) premier jour de juillet mil cinq cens 
quarante-deux. Avec les admonitions discernées tant par l'Inquisiteur 
de lafoy^par V ordonnance de la court que de Vojficialde Paris contre 
tous ceulx et celles qui sçavent ou soustiennent aucuns soubsonnez de 
hérésie et qui ont aucuns livres repprouvez- ou de mauvaise doctrine, 
publiées par les paroisses de Paris, les Dimenches xvi et xxiii» jours 
de juillet audit an, etc., etc. 

L'ordonnance ou arrêt de règlement du Parlement, du 1«'' juillet 1542 , fut 



108 JUBLIOGUAI'HIE. 

rendue à l'occasion principalcnu'iit d\i célcbiv ouvrage de Calvin, Institatin 
rhristianx relicjionis, que ce réformateur composa en latin et traduisit lui- 
même en français. La préface était adressée ù François I" ; elle avait pour 
but, ainsi que le livre, de montrer que la réforme n'était autre chose que le 
christianisme ramené à son principe, et que c'était méchamment (ju'on con- 
fondait ses partisans avec les anabaptistes et autres fauteurs de désorgani- 
sation sociale. La première édition de VInstitutio parut à Bàle, en 1536 (I); 
la seconde à Strasbourg en lo39. Les exemplaires de cette seconde édition 
portaient sur le frontispice le nom de Calvin, d'autres celui d'Alcuin (2). 

Cet ouvrage fut condamné par arrêt du parlement du 2 mai 1512, sur 
l'avis des docteurs en théologie, ce qui ne l'empêcha pas de se répandre en 
France. L'ordonnance du I juillet loi2, intervenue à la suite d'ini réquisi- 
toire du procureur général, prescrivit à tous ceux qui le posséderarent de 
l'apporter au greffe du parlement dans les trois jours (le procureur généra' 
voulait dans les vingt-cjuatre heures), sous peine de la hart (la corde) pour 
les laïcs, et du bannissement et de la confiscation pour les ecclésiastiques. 
Défense sous la même peine de la hart était faite aux imprimeurs de l'impri- 
mer, etc., ainsi que les autres livres contenant erreurs et blasphèmes contre 
la religion catholique. Enfin, la peine de la hart était prononcée contre les 
imprimeurs qui « ne sont maîtres en l'imprimerie, demourans es lieux des- 
lournez et esgarez de ceste ville de Paris, impriment secrètement et occulte- 
ment plusieurs livres erronez, etc. » Ces lieux détournés étaient particuliè- 
rement les faubourgs, le clos Bruneau (3), le Temple, etc. 

Cette ordonnance ne se trouve que dans le recueil de Rebulfe (i) ; elle 
n'est pas dans les recueils spéciaux des règlements de l'imprimerie et de la 
librairie. Chovillier cependant en rapporte un seul article (p. 3o7). Je l'ai in- 
diqué dans mon Résumé historique de V introduction de l'imprimerie à 
Paris, d'après les Mémoires du clergé. Le texte officiel est rapporté dans 

(1) V. la note qui suit 

(2) Vovez Bayle, art. Calvin; Barbier, Dictionnaire des Anonymes, 2« édition, 
t. III, p. '562, n" 20653; Bruiiet, Manuel du Libraire, 4'^ édition, t. I, p. 529. 

(3) Le clos Bruneau avait une grande étendue; sa partie orientale répondait 
A Tilot de maisons que nous voyons aujourd'hui formé par lus rues Saint-Jean-de- 
Beauvais, Saint-Hilaire, des Carmes, et partie de la rue des Noyers L'Ecole de 
Droity l'ut établie. C'était laque se trouvaitaussi l'imprimeriede Henri [""Esticnne 
{in dauso Brunello), qui l'ut dirigée a[irès sa mort par Simon de Colines, et qui 
épousa la veuve et s'associa son fils François I"" Estienne. L'imprimerie fondée par 
Robert, autre iils de Henri I^"" Estienne, fut aussi él;iblie rue de Saint-Jean-de- 
Beauvais, c'est-à-dire au clos Bruneau. Etait-ce rimprimerie de ces hommes célè- 
bres que l'on désignait implicitement, lorsqu'on rangeait le clos Bruneau parmi 
« les lieux destournez» sur lesquels la surveillance de l'autoiilé devait plus par- 
ticulièrement être dirigée? Cette conjecture n'est pas sans vraisemblance, comme 
on le verra par ce que nous disons de Jean André, quoique d'après Sauvai la rue 
Saint-Jean-de-Beauvais fut fort fréquentée, notamment par les étudiants. 

(4) Ordonnances etédits royaux de François Rebufl'e, édition de 1565. Lyon, à 
la Salamandre (2 tomes iQ-i'ol".), t. II, p. 330. 



lés registres du Parlement , qui sont déposés aux archives nationales {Cri- 
minel, 91). 

Nous devons dire maintenant queUjues mots de l'édition en caractères go- 
thiques qui en a été puhliée par Jacques Nyverd et Jehan André. (Paris, sans 
date, mais évidemment de 1542, in- 12.) 

Jean André était un lihraire de Paris, connu par le zèle qu'il déployait 
pour la religion catholique. « Il étoit, dit La Caille, connue l'émissaire du 
président Lizet pour lui découvrir les nouveaux calvinistes et les faire tom- 
ber entre ses mains, comme il fit à l'endroit de Pierre Capot, libraire de Ge- 
nève, qui venoit de temps en temps à Paris, où il fut arrêté en UiiG, en 
débitant des livres contre la religion catholique (1). » 

L'ordonnance du l-^'' juillet \oii était pour Jean André une belle occasion 
qu'il se garda bien de laisst^r échapper. A peine fut-elle rendue qu'il dressa 
une rc({uète au parlement à l'effet d'être autorisé à l'imprimer et à la vendre 
seul pendant un an. il obtint cette autorisation par arrêt du 4 juillet, et il 
s'associa pour la publier à son confrère l'imprimeur Jacques Nyverd. De 
plus, ces deux libraires-jurés de l'Université furent chargés de son exécu- 
tion. Ce fut en cette qualité qu'ils se présentèrent tous deux chez François 
Estienne, au clos Bruneau, pour y faire visite. Mais celui-ci refusa de les 
recevoir; de là plainte des libraires-jurés au parlement, qui, par arrêt du 
30 octobre 1542, ordonna au libraire récalcitrant de « représenter, exhiber 
et mettre entre les mains desdits demandeurs, tous et chascuns des livres 
qui seront demandés par eux pour être visités, suivant ladite ordonnance, 
et cela sous peine de prison. » Force fut donc à François Estienne d'obéir 
à justice. 

Robert, frère de François Estienne, fut aussi en butte aux persécutions 
de Jean André ; celui-ci le signala aux docteurs de Sorbonne comme devant 
être surveillé pour qu'il ne pût s'enfuir à Genève, ce qu'il parvint pouriant à 
faire en 1350. Il est vrai que les mauvaises langues du temps prétendaient 
que l'honnête André avait un intérêt tout mondain à empêcher cette fugue. 
Un anonyme, qui pourrait bien n'être autre que Théodore de Bèze, alla jus- 
qu'à dire que c'était dans l'espoir qu'il marierait ses tilles avec quelque por- 
tion du bien de Robert, après l'avoir fait condamner sans doute. « Defunc- 
tus Andréas qui sperabat maritare filias suas de bono ipsius (Roberti) 
ut erat z-elotissimus cathoUcse. jîdei, bene etiam clamabat quod fiuje- 
ret[l). 

On voit, par ce court récit, que la phupietle de vingt-quatre pages petit 

(1) «Jean André, libraire au Palais, espie du Président Lizet et du Procureur 
Roy Bruslard, mourut en fureur et rage.» Le Président de La Place, Commen- 
taires sur l'Estat de la religion, etc., p. 8. 

(2) Epistola magistri Passavantii, ad Petrum Lizetum , dans les Ejiistolœ 
obscurorum virorum. Voyez, sur ce curieux ouvrage, Barbier, Dictionnaire des 



HO BIBLIOGRAPHIE. 

in-8o, en caractères £foHu(|ues, devenue extrêmement rare, se rattache es- 
sentiellement à l'histoire de l'imprimerie. L'exemplaire qui nous a fourni ces 
observations a été acheté par M. Leroux de Lincy à la vente de M. Bignon. 

A. Taillandier. 

II. OBSERVATIONS 

sur la date de la première édition du livre de Vinstitution chrestienne 
de Calvin. 

L'édition /)rf»ré'/)s du livre de Calvin, V/nsflfufion chrestienne, est-elle 
bien celle de Bàle 153G? Nous avons dit ailleurs que, suivant l'opinion la 
plus probable, il y en a eu une édition antérieure. Nous voulons exposer ici 
avec quelque détail les raisons qui appuient cette opinion. 

Et d'abord à quelle occasion cet ouvrage célèbre fut-il composé? Calvin 
nous l'apprend lui-même : il voulait laver ses coreligionnaires des calomnies 
répandues sur leur compte par François ?■■, qui, obligé, par politique, 
de ménager les princes protestants d'Allemagne, leur avait répondu, lors- 
qu'ils s'étaient plaints à lui des horribles persécutions exercées en France 
contre leurs frères dans la foi, qu'il envoyait à la mort, non pas des secta- 
teurs de Luther, mais des anabaptistes factieux qui voulaient renverser à la 
fois et la religion et l'ordre politique. 

Cela se passait au commencement de l'année 1335, comme on le lit dans 
l'Histoire ecclésiastique de Bèze; or, il était urgent, pour que la calomnie ne 
s'accréditât pas, de la repousser; mais ce n'était pas assez; il fallait encore 
s'adresser au public le plus nombreux possible, puisque François I", pour 
donner plus de crédit à l'imposture, faisait répandre à profusion des écrits 
composés dans ce but; en d'autres termes, Calvin a dû publier son livre l'an- 
née même et dans une langue que le plus grand nombre entendit, sous peine 
de manquer son but. 

Ces raisons, tirées exclusivement de la situation des réformés et de l'état 
des choses, offrent déjà une forte présomption en faveur de ceux (jui peu- 
sent, comme le P. Maimbourg et Sponde, que Vinstitution parut pour la 
première fois en français et dans l'année 1.535. Le second de ces écrivains 
entre même dans les détails les plus précis sur cette première édition. Il af- 
firme qu'elle fut mise au jour à Bàle, le l-^"" août 1535, et qu'elle portait au 
titre une épée flamboyante avec ces mots : Non vent mittere pacem, secl 
<lla(livm.. 

David Clément, le savant bibliographe, prétend, il est vrai, que cette édi- 
tion française est imaginaire; (|ue Calvin a dabord composé son Institution 
en latin, et qu'il l'a ensuite traduite en français, comme il le déclare lui- 

Anonymes, t. III, p. 583, n" 20359 ; Bibliographie univ., article Lizet, et Renouarc], 
Annales de l'imprimerie des Estienne. 



BIBL10fiR4PHIE. 



411 



même dans l'édition française de loil, in-8», ainsi que Joly nous l'apprend, 
ajoute-t-il dans ses remarques sur le diclionnaire de Bayle. Joly décril en 
ces termes l'édition qu'il mentionne : Edition française de iS/il, m-8" de 
300 pages. La Bibliothèque impériale de Paris possède un exemplaire d'une 
édition française in-8° de V Institution, coté D 2. 716- c'est un volume de 
798 pages sans les indices. Le titre ayant été enlevé, nous n'avons pu nous 
assurer si on y lisait, comme l'aftirme Le Clerc : Institution chrestienne 
composée en latin et translatée en français, ni, par conséquent, si c'est la 
même édition que celle dont parle Joly, ce qu'on est porté à conclure du rap- 
po t de la pagination ; mais nous pouvons aftirmer qu'elle est postérieure à 
''édition latine publiée à Strasbourg en 1539, laquelle ne contient encore que 
17 chapitres, tandis que nous en avons compté l\ dans l'exemplaire en ques- 
tion, c'est-à-dire autant que dans l'édition latine de 1513. Ne faudrait-il pus 
conclure de là que Calvin augmenta d'abord l'édition française ? Ce serait un 
puissant argument à faire valoir pour ceux qui, comme Sponde, Maim- 
bourg,Basnage, Bayle, Joly, Gerdes et M. Henry, le dernier et le plus 
complet des biographes de Calvin, croient à l'existence d'une édition fran- 
çaise donnée en 1535. 

Leur opinion se fonde sur cette particularité fort remarquable, que dans 
toutes les éditions françaises de V Institution, la Dédicace au roi François I'^ 
porte la date du 1" août 1535, tandis que toutes les Dédicaces des éditions 
latines sont datées du 5 août 1536. Ne faut-il voir, avec Clément, qu'une 
faute typographique dans cette différence? Nous ne le pensons pas. 

Enfin, les partisans de l'édition française de 1535 font observer avec beau- 
coup de raison que, selon le témoignage de Calvin lui-même, la première 
édition de VInstitution était anonyme : Qtmm nemo, dit-il,, illic sciverit 
me authorem esse. Or, il est impossible d'appliquer ces mots à la première 
édition latine de 1536, qui, de l'aveu de Clément, portait le nom de l'auteur 
sur le titre, en tète de la Dédicace et en tête du premier chapitre. A la fin de 
cette même édition, on lit : Mense martio anno 1536, date qu'il est difficile 
de mettre d'accord avec celle de l'épître dédicatoire X kal. sept., ou 23 aoiit, 
laquelle ne peut évidemment se rapporter qu'à une édition antérieure, et 
cette édition ne peut être que l'édition française de 1535. Si Calvin, dans 
l'édition publiée à Strasbourg en 1539, cite celle de Bàle 1536 comme la pre- 
mière, il est clair que, donnant une édition latine, il entendait parler de la 
première édition publiée dans cette langue. 

Au reste,- cette question depuis longtemps débattue par les savants, ne re- 
cevra une solution définitive que lorsqu'on parviendra à découvrir un exem- 
plaire de la première édition française. Selon M. Brunet, dans son Manuel 
du Libraire, la plus ancienne édition du texte français est de format in-i", 
sans nom de lieu ni millésime, et la première qui porte une date est l'édition 



W^ WBUOGRAPtttË. 

de 1540. Sur ces indications, AI. Henry se croyait sur la trace d'un exem- 
plaire de cette édition introuvable. 11 savait par le catalogue de la Bibliothè- 
(jue impériale qu'il s'y trouve un exemplaire de V Institution du format in-4", 
sans nom de lieu ni dimprimeur d sans date, coté D i. 715, et il i)ensait 
que ce pouvait être un exemplaire de la première édition. Alais, loin de re- 
monter à une époqu(ï antérieure à 1540, cet exemplaire est d'une édition 
postérieure à la dernière que revit Calvin, c'est-à-dire à celle de 1559, in-<S" 
et in-fol., puisqu'il est divisé en IV livres et en SO chapitres. Elle contient, 
d'ailleurs, l'Avis au lecteur daté de Genève 4559. Nous pouvons donc répé- 
ter que jusqu'ici on ne c(»nnaît aucun exemplaire de la première édition de 
V Institut ion. 

Nous ne ferons plus qu'une observation. Ces mots : composée en latin 
et translatée en françois, qui se lisent sur le titre de l'édition française de 
1540, selon le témoignage de Le Clerc, ne fournissent pas, à notre avis, 
une preuve aussi convaincante qu'on pourrait le croire au premier abord. 
Personne n'ignore que, dans l'origine, V Institution ne comprenait que six 
chapitres, et que la seconde édition latine, celle de Strasbourg de 1539, 
avait déjà été augmentée par l'auteur de onze chapitres, c'est-à-dire de plus 
de moitié. Cette édition de 1539 était donc comme un ouvrage nouveau, et 
n'est-il pas possible que Calvin ait eu principalement en vue les additions 
qu'il y avait faites (additions si considérables, nous venons de le dire, (|u'elles 
l'emportaient en étendue sur la rédaction première), lorscju'il inscrivit sur le 
titre de la seconde édition française : translatée en françois'^ 

Ces considérations nous portent à croire que Y Institution a été composée, 
non pas en latin, mais en français, et qu'il y en a eu une édition française 
publiée à Bàle en 1535. Si quelqu'un de nos amis parvenait à en découvrir 
un exemplaire, il rendrait, on le voit, un véritable service à la bibliogra- 
phie et trancherait une question agitée depuis ùam. siècles. 

F.ro. Haag. 



'■• C<',',>C -°- 



Paris. — Jiiip. de Cil. MEVRUEIS el Coiiip., rue Saint-Benoit , '. — 185S. 



SOCIÉTÉ DE ^HISTOIRE 

DU 

PROTESTANTISME FRANÇAIS. 



CORBËIViPOIVDAXCE. 



OBSEHVATIO.NS ET GOMMUiMOATIONS RELATIVES A DES DOCUMENTS PUBLIES. — 
RÉPONSES A DES DEMANDES DE RECHERCHES ET NOUVEAUX APPELS. — AVIS 
DIVERS. 

liettre de SI. P.-E. Henry, <1e Berlin. Adhésion. 

M. P.-E, Henry (de Berlin), l'auteur de la rie de Calvin, que nous 
avons eu et que nous aurons souvent à consulter et à citer, nous a écrit il 
y a plusieurs mois une lettre pleine d'intérêt, dont l'envoi a été retardé par 
diverses circonstances. Elle vient seulement de nous parvenir; nous la 
transcrivons ici en grande partie en la divisant suivant ses divers objets. «J'ai 
reçu , nous dit-il , votre invitation et vos deux premiers Bulletins. Votre 
entreprise de rassembler les matériaux de l'histoire de l'Eglise réformée de 
France m'a rempli d'une joie vraiment religieuse. Cette belle page de notre 
histoire ecclésiastique est encore trop oubliée, et elle pourra, si elle est bien 
méditée, avoir un jour une influence marquée sur le développement de la 
foi, en présentant des détails encore inconnus sur un grand nombre de nos 
martyrs morts pour le Christ. Je tiens à cette Eglise réformée plus qu'aucun 
autre. D'abord par mes ancêtres, qui sont venus du Languedoc, de Nîmes, 
pour chercher un refuge à Berlin du temps du grand électeur. J'y tiens sur- 
tout par ma foi , mes travaux et mes espérances. Après avoir vécu plu- 
sieurs années à Genève, j'ai passé une grande partie de ma vie à écrire l'his- 
toire de notre grand Réformateur, qui n'avait point encore de biographe, et 
je crois à la renaissance de l'Eglise de l'Evangile en France sous une nou- 
velle forme... Mes études sur Calvin (I) m'ont porté naturellement à m'oc- 

(1) L'ouvrage de M. Henry a paru successivement, par parties, en 1835, lors 
du jubilé de Genève, en 1838"et en 1844. Il en a puljlié, en 184G, un abrégé en un 
volume pour être lu en famille. Ces travaux ont été d'un grand secours en Alle- 
magne, où Calvin n'était pas assez estimé, et où l'Eglise réformée est en butte à 
de fréquentes attaques. La prétendue vie de Calvin publiée à Paris en 1841, par 
Audin, est une méchante parodie de l'œuvre de M. Henry; l'auteur, voulant 
faire croire qu'il avait étudié les sources, a emprunté une foule de citations à ce 
qui avait paru du livre allemand, et a pris à tâche de les faire servir à son dessein 
de présenter Calvin sous un jour odieux. Ceux qui connaissent le travail de 
M. Henry n'ont pu y être trompés. Du reste, nos lecteurs ont eu, par la Notice de 
la. France protestante que nous avons publiée à part, luic idée du savoir et de la 

1853. K0> 3 ET 4. lUILLST KT AOUT. 8 



114 CORRESPONDANCE, 

cuper de l'histoire de l'Eglise reformée de France, et je suis en possession 
de beaucoup d'ouvrages, qui peut-être ne s'y trouvent plus , et d'une très 
belle collection de vieilles éditions des différentes œuvres du Réformateur, 
qui ira un jour enrichir quehpie bibliothèque réformée. Je n'hésite donc 
pas à devenir l'un de vos collaborateurs; je le suis, pour ainsi dire, déjà 
depuis longtemps. J'ai sous la main plusieurs faits intéressants; il y en a 
beaucoup dans mon livre. M. Freundler, ministre du saint Evangile à Genève, 
qui travaille sur ce sujet et m'en a écrit, vous en aura peut-être déjà fourni (I). 
Ce me sera une satisfaction de vous en envoyer... En Allemagne, on s'occupe 
plus qu'on ne le pense à écrire l'histoire de l'Eglise réformée de France. 
Outre M. Léopold Ranke, dont tout le monde connaît le dernier ouvrage sur 
la France des XVIe et XVII^ siècles, j'ai dans mon voisinage, à Halle, Si. de 
Polenz, qui est tout entier à cette œuvre, muni de beaucoup de documents, 
et habile pour les mettre à profit (2). 11 y a quelques années que j'ai pris 
soin de faire réimprimer l'ancienne confession de foi d'après les vieux do- 
cuments, en y ajoutant son histoire; je vous en communiquerai un exem- 
plaire... " 

Du vrai rôle de Calvin dans l'affaire tle llichel Servet. 

H Connaissez-vous, ajoute 3Ï. Henry, l'entreprise du professeur et docteur 
*f • vA.ch3-î^ : \h>y ^g j.|Qjj,g université, 31. Piper, qui veut remplacer par les hommes de Dieu des 
Oh f^'t»*"^»'^, /£;. deux Eglises, soit protestante, soit catholique, les saints del'ancien calendrier 
romain? Dans la notice sur la vie de Calvin, que j'ai donnée dans son Calen- 
drier, cette année-ci, j'ai cru pouvoir inviter l'Eglise de Genève à ne pas 
laisser passer le 27 octobre 1833, anniversaire de la mort de Servet en '1333, 
sans une démonstration. Elle devrait se prononcer en corps, d'une manière 
digne de nos principes, en reconnaissant l'erreur des autorités genevoises 
du temps passé, en proclamant hautement la tolérance, qui est véritable- 
ment la couronne de notre Eglise, et en rendant honneur à Calvin, /jarce 
qu'il 71 a pas trempé dans cette affaire (3), dont il a porté injustement 

bonne foi du biographe français. Pourquoi faut-il que ces préciensns monogra- 
pliifs sur Calvin, sur 13èze, etc., nesounl point éoiites en notre langue? Nu par- 
viendrons-nous donc pas à former et à organiser un public qui encourage comme 
il conviendrait les lettres protestantes françaises? 

(It M. A. Freundler nous a en effet promis son concours, en nous exprimant 
sa sympathie pour l'œuvre , dès le mois d'octobre dernier. 

(2) Nous avons des premiers annoncé le livre de M. Ranke (t. I, p. 220) et les 
travaux de M. de Polenz ne nous avaient pas (^chappc. Nous les avons mentionnes 
di'-s le début de notre publication (p. 5, note 2). Nous connaissions la circulaire 
écrite par lui, et qui contient les différents appclsquil adressa en 1838, en 1841et 
en 1851, à toutes les personnes qui seraient en mesure de lui lairedescomiuuni- 
cations de documents, etc. 

(3) Nous soulignons pour appeler l'attention sur cette opinion de M. Henry, 
qui connaît si bien la question à fond. 



GOllRKSPONDANCE. 115 

tout le poids. En face de ses amis, il a déclaré de son temps, dans l'ouvrage 
où il rend compte de tout le procès : « Depuis qu'il (Servet) fut convaincu 
« de ses hérésies, je n'ai fait nulle instance pour le faire punir de mort, et 
» de ce que je dis," non-seulement toutes gens de bien m'en seront témoins, 
» mais aussi je despite tous les malins (ses ennemis à lui) qu'ainsi ne soit. » 
Paroles qu'il n'aurait jamais pu faire imprimer à Genève , s'il n'avait pas eu 
le droit de son côté et la conscience de la vérité. Il a sans doute eu la com- 
plaisance, à la prière de Bullinger, de défendre les principes de l'Etat de Ge- 
nève, comme Mélanchthon de son temps; mais j'ai eu soin d'indiquer les 
raisons (jue nous avons d'admettre qu'il a eu un vrai déplaisir et repentir de 
cette inconséquence dans son principe, de sorte que sa mémoire est purifiée 
et que nous pouvons le défendre hautement contre tous ses ennemis. Nous 
avons au reste une foule d'autres arguments à alléguer pour décharger sa 
mémoire de tout reproche et pour la montrer sous le vrai jour qui lui appar- 
tient. C'est un point très important, sous tous les rapports. 1^1. Rilliet, de 
Genève, a traité ce même sujet d'une manière nouvelle et approfondie (1). » 



Part de Siiilly daus 1^ abjuration de Henri IV. 

« En lisant, dans les deux premiers cahiers de votre Btilletin, que j'ai 
reçus, les documents et observations relatifs à l'abjuration de Henri IV , il 
m'a semblé que , pour jeter une complète lumière sur cet événement désas- 
treux, il faudrait ajouter que c'est Sully surtout qui a fait cette mauvaise 
œuvre, bien qu'il eût les meilleures intentions politiques. Il le raconte 
naïvement dans ses Mémoires (liv. V, p. 251 et suiv.) : « C'est dans cette 
« conjoncture si délicate que ce prince voulut bien s'abandonner à moi 
« et me confier son sort et sa couronne. — Falloit-il éterniser les maux de 
« la France en mettant aux mains, peut-être pour plus d'un siècle, deux 
« partis de religion alors à peu près égaux? D'autre part, devois-je exposer 
« le corps entier des réformés, qui cherchoit la paix et la justice, à être la 
« victime d'une politique toute humaine, et les mettre aux pieds de leurs 
« plus cruels ennemis? En un mot, je résolus de porter le Ftoy à embrasser 
« la religion romaine et de l'y préparer peu à peu. Quant aux réformés, ne 
« pouvoit-on pas leur accorder des avantages qui leur fissent voir ce chan- 
« gement sans murmure? — En achevant d'expliquer au Roy tout (;e que je 

(1) D'abord inséré, en 1844, dnns les Mém. de la Soc. d'Hist. et d'Archéol. de 
Genève (t. ill), ce beau travail a été jmblii' ïl part dans la même année: Gi-nève, 
in-8 de 159 pages, dont 3-2 de pièces justificatives inédiles. — M. Alb. Rilliet a 
montré supérieurement que « le tardif scandale causé par le supplice de Servet 
« est un hommage rendu à l'esprit de la Réforme,» et que «l'intérêt qui s'as- 
« socie à la mémoire de ce procès peut avoir une autre source que rinimitié 
« contre le protestantisme, ou la haine contre Calvin.» 



\{Q CUHRES1'0NDA>CE. 

« pensûis à ce sujet , j'ajoutai : « Que le fond de toutes les religions (lui 
« croyent en Jésus-Christ étant essentiellement le même, c'est-à-dire la foi 
(( dans les mêmes mystères et la même croyance sur la divinité , il me sem- 
« bloit que devenir catholique ou protestant , c'étoit moins changer de reli- 
« gion qu'ignorer pour l'intérêt de la religion même ce que la politique a 
a jugé à propos d'y mettre de dilïérence. — et qu'embrasser la religion ca- 
« thûlique n'eniraînoit pas « la nécessité de persécuter les autres. » — Il 
« m'avoua que toutes mes paroles lui avoient été jusqu'au fond du cœur. Et 
« en effet, au bout de trois jours, son parti fut pris. » 

« On voit également, par les détails que donne Sully, que la première 
idée de l'Edit de Nantes vient aussi de lui autant que du roi. Ce dernier 
point n'a pas été indiqué par 31. de Félice. >- 

Notre correspondant a pu voir , par la continuation de la série intitulée : 
r Abjuration de Henri II et le imrti réformé, que nous nous proposions 
en effet de donner la suite des documents que nous pourrions réunir, et de 
compléter l'étude de ce chapitre si important de notre histoire par une revue 
des diverses opinions exprimées ou des rôles joués par certains personna- 
ges. Déjà un de nos collaborateurs a résumé, sous ce rapport , ce qui con- 
cerne Du Plessis-3Iornay et ses 3ïéraoires. Sully ne pouvait être omis; 
mais nous sommes bien aise que M. Henry ait indiqué dès à présent la part 
qui lui revient. — Avant d'en venir à ces résumés, nous avons encore à pu- 
blier quelques pièces inédites, une Requête de ceux de la Religion, trois 
lettres que nous a annoncées 31. Baum, de Strasbourg, et nous pourrons 
sans doute reprendre la série dans le prochain Cahier, 



liCttre du grand Électeur à Liouis XÏV, en 1660, et réponse 

du Roi. 

« Au sujet de l'histoire du refuge, continue M. Henry, permettez-moi de 
vous demander si vous avez connaissance de la lettre que le grand électeur 
écrivit à Louis XIV, longtemps avant la révocation, en 1666, pour l'engager 
à ne pas persécuter ses sujets réformés. La minute de cette lettre se trouve 
dans nos archives, en latin. Nous possédons également la réponse de Louis. 
Je vous la communique ici. Elle montre la hauteur du roi et la magnanimité 
de l'électeur, (jui se trouvait sans aucune puissance extérieure vis-à-vis de 
lui, et elle montre aussi jusqu'à quel point le rui a été trompé ou a voulu 
l'être. » 

Lorsque nous avons reçu la lettre de 31. Henry, nous venions précisément 
de reproduire dans le dernier Cahier (p. oi] la réponse de Louis XIV (lu'il 
nous signale, ou du muins la version souvent citée et connue pour avoir été 



CORBESPONDANCE. 1 I 7 

donnée par Benoit dans les pièces justilicalives de son Ilist . de VEdit de 
Nantes, t. V. Mais , outre qu'elle n'est pas enllère , nous nous apercevons, 
d'après la copie transmise par ^ï. Henry, que cette version n'est pas con- 
forme à l'original. Elle en diffère même essentiellement pour le ton et les dé- 
tails, et le texte véritable a une bien autre importance. C'est donc un point 
très intéressant sur lequel nous aurons à revenir et un document précieux 
à reproduire fidèlement ; mais nous demanderons auparavant à 31. Henry de 
vouloir bien nous communiquer aussi la lettre latine de l'électeur, qui nous 
semble inédite, ou que du moins nous n'avons vue nulle part. 



Quelques TÎeux Iîyî'os. Bîblîotlièque du séminaire «le théologie 

de Berlin. 

31. Henry termine sa lettre en nous informant que « le séminaire de théo- 
logie est en possession d'une bibliothèque où, depuis les temps du refuge, 
ont été rassemblés un grand nombre d'ouvrages relatifs à l'histoire de nos 
ancêtres, w et en nous signalant quelques livres de ce genre, savoir : 

« Réflexions sur la cruelle persécution de l'Eglise réformée de France et 
sur la conduite et les actes de la dernière assemblée du clergé de ce royaume. 
1 685, sans nom d'auteur. — Il se trouve entre autres détails, dans ce livre 
intéressant, l'histoire de deux sœurs, filles de Jean 3Iirat, qui firent une 
admirable résistance et se sauvèrent. » 

« Histoire apologétique, ou Défense des libertés des Églises réformées de 
France. 3Iayence, 1688, sans nom d'auteur; mais on sait que c'est 31. Fr. de 
Gaultier, pasteur de l'Église française de Berlin , originairement de Nimes, 
où il montra beaucoup de courage. » — 31. 0. Cuvier, pasteur à 3Ietz, nous 
a écrit dernièrement au sujet de ce même ouvrage, dont il avait trouvé un 
volume dépareillé, mais le titre manquait. Nous lui finies savoir qu'il était 
mentionné dans le Dict. des Anonymes de Barbier, n° 7302, comme suit : 
« Histoire apologétique, etc. (par le ministre Gaultier). Amsterdam, Des- 
bordes, 1688, 1 vol. in-12. » — 31. Cuvier remarquait que l'auteur annonce 
qu'il prépare une Histoire des Églises réformées de France depuis leur fon- 
dation jusqu'à leur ruine, et que, si ce dernier ouvrage n'a pas paru, les 
matériaux se trouvent peut-être à Berlin. 31. Henry pourrait sans doute 
nous éclairer à cet égard. 11 semble aussi qu'une première partie du 
livre de Gaultier avait été publiée auparavant sous un titre analogue à celui 
de l'ouvrage précédent : « Suite des réflexions sur les actes de l'assemblée 
générale du clergé de 1685 concernant la rehgion, ou Défense des libertés 
des Églises réformées de France. » En faut -il conclure que les « Ré- 
flexions, » etc., sont un ouvrage antérieur dont il serait aussi l'auteur, ou 
que c'est le même livre autrement indiqué?... 



118 COHllESPONDANCF.. 

« Histoire des souffrances du bienheureux martyr 31. Louis de Marolles, 
conseiller du Roy. La Haye, 1699. » — M. Ch. Weiss en parle dans VHist. 
des réfugiés qu'il vient de publier, t. I, p. 100. 

« Histoire abrégée des souffrances du sieur Elle Nean sur les galères et 
dans les cachots de Marseille. Rotterdam, 1701. » 

« Théâtre sacré des Cévennes. Londres, 1707. » — A été réimprimé. 

« Les Larmes de Pineton deChambrun. 1688. »— Connu et souvent cité. 
Mais combien de ces ouvrages ne se trouvent pas à notre disposition quand 
nous en aurions besoin ! combien d'autres nous demeurent inconnus ! Les 
bibliothèques de Hollande, d'Allemagne, le British Muséum ont, en effet, 
recueilli bien des documents de ce genre qui ne se rencontrent plus guère 
que là. C'est nous rendre service que de nous en indiquer les titres et de 
nous en faire connaître au moins l'existence. 



Inliiiniation des protestants à Paris an XVIII': siècle. 

Depuis que nous avons publié l'acte d'inhumation d'un protestant à Paris 
en 1737(5?</^,t.I, p. 483), M. A. Taillandier, de qui nous tenions cette pièce, 
nous a fait observer qu'il avait omis de mentionner la loi en exécution de 
laquelle on procéda , pour la première fois dans la capitale, suivant le mode 
indiqué par le procès-verbal du i août 1737. C'était la déclaration du roi, 
« donnée à Versailles le 9 avril 1736, concernant la forme de tenir les re- 
gistres de baptêmes, mariages, sépultures, etc., » pour renouveler et com- 
pléter les dispositions de l'ordonnance d'avril 1G(:7 sur la matière (1). Ce que 
nous appelons Vétat civil est, dans le préambule de cette déclaration, sim- 
plement l'état des hommes, et aurait pu être qualifié iVétat religieux; car 
la tenue des registres étant alors entre les mains du clergé, ce sont les actes 
de la vie catholique et non ceux de la vie civile qui étaient enregistrés : 
baptême, mariage, sépulture ecclésiastique, au lieu des faits civils: naissance, 
mariage, décès (2). D'où il suit que ceux qui repoussaient l'intervention du 
prêtre, ou à qui elle était refusée, se trouvaient privés d'état ou d'actes 
authentiques pour le constater. Depuis que la révocation de l'Édit de Nantes 
avait enlevé aux protestants l'exercice de leur culte, ils n'eurent plus de re- 
gistres à eux, partant plus de moyen légal d'établir leur état, lorsque, ne 

(1) Entre autres lîecneils des lois oi'i se trouve cette dc^claration, nous ne pou- 
vons mieux faire que de citer ici celui dont M. A. Taillandier a été lui-même un 
des éditeurs avec MM. Isainbert, etc., Rec. gén. des anc. lois franc, jusqu'à la 
révol. de 1789. Paris, 1822-33. 28 vol. iu-8. 

(2) Cela est d'autant plus vrai que cette même Déclaration, qui règle la tenue 
des « registres de baptêmes, mariages et sépultures, » règle égalemm'l, à la suite, 
la tenue des «registres de tonsure, vèture, noviciat, profession,» le tout sur le 
même pied (art. 30). Tel était cet ancien régime tant regretté! 



COURESPONnANCE . ! 1 9 

voulant pas faire acte de catholicisme, ils répudiaient les trois sacrements 
mis à la place des actes civils, ou lorsqu'ils leur étaient déniés. Il n'y avait 
guère d'occasion de leur dénier le baptême ou le mariage; ils s'en passaient, 
ou bien l'acceptaient, comme contraints et forcés, pour la forme et l'utilité 
qu'ils en pouvaient retirer. Mais quant à la sépulture, c'était différent. Là le 
clergé prenait sa revanche; il exerçait son pouvoir et refusait fréquemment 
son office, au risque de trahir autant de fois l'imposture de cette législation 
qui avait proclamé la conversion totale et la disparition des huguenots du 
royaume. 

C'est à ce cas de déni d'inhumation que pourvut la Déclaration du 9 avril 
1736, dont l'article 13 était ainsi conçu : « Ne seront pareillement inhumés 
« ceux auxquels la sépulture ecclésiastique ne sera pas accordée, qu'en vertu 
« d'une ordonnance du juge de police des lieux, rendue sur les conclusions 
« de notre procureur, ou de celui des hauts justiciers, dans laquelle ordon- 
« nance sera fait mention du jour du décès, et du nom et qualité de la per- 
« sonne décédée, et sera fait au gretîe un registre des ordonnances qui se- 
« ront données audit cas, sur lecjuel il sera délivré des extraits aux parties 
« intéressées, en payant au greffier le salaire porté par l'art. 1 9 ci-après (I ). » 
Cette déclaration, qui fut enregistrée au Parlement le 13 juillet, ne fut sans 
doute mise à exécution à Paris qu'au bout de quelque temps, puisque nous 
trouvons seulement sous la date du 19 août 1737 une autre déclaration or- 
donnant aux curés des paroisses dépendantes du Chàtelet de Paris de faire 
incessamment parapher par le lieutenant civil de doubles registres, confor- 
mément à la déclaration de l'année précédente. — Quoi qu'il en soit , c'est 
dans la forme prescrite par l'article 7, qu'on vient de lire, qu'il fut dès lors 
procédé, à raison du refus positif ou présumé de la sépulture ecclésiastique 
aux religionnaires. On en a eu un exemple pour Paris dans le procès-verbal 
que nous avons inséré ; on en trouvera plus loin un autre exemple , pour la 
province, dans la requête adressée, en 1773, au juge de Gavaudun, en 
Guyenne, pour l'inhumation d'un membre de la famille de Dangeau. — Il 
nous reste à savoir comment on procédait avant la déclaration de 1730 : 
nous n'avons encore rencontré aucun document qui le fasse connaître. Nous 
continuerons nos recherches sur ce point, et nous avons déjà entrevu, pour 
la période postérieure à 1747 et jusqu'à 1792, queUpies renseignements et 
pièces qui viendront s'ajouter très utilement à ceux que nous a fournis 
M. Taillandier. 

(1) C'est par appliration de ce même artiHe. qu'eurent lieu les inlmmalions des 
artistes de la Co rii'die française , ces « excommiikiés ordinaires du roij.n comme 
un spirituel écrivuin les a appelés, par allusion à. leur qualification otiicieile. 



i'-lO CORRESPONDANCE. 

Anciens registre» des eîiapolles des ambassades de Suède 
ef €le SSaiieitiark à Paris. 

L'extrait de la notice de 31. Taillandier, snr les anciens registres d'état 
civil des cliapelles d'ambassades protestantes à Paris, a donné lieu à M. le 
pasteur Rod. Cuvier de nous fournir quelques informations qui reciitient et 
complètent cet extrait , en ce qui regarde l'Eglise de la confession d'Augs- 
bourg. « Le culte se célébrait, nous dit-il, pour nos coreligionnaires, non- 
seulement dans la chapelle de Suède, mais aussi dans celle de Danemark. 
Les registres des actes de baptême et de mariage, tenus, partie en français, 
partie en allemand, par les aumôniers de ces chapelles, ont été déposés en 
■1843 dans les archives de notre consistoire, où ils se trouvent encore. En 
exécution d'un ordre de S. 3L l'Empereur et Roi, en date du 22 juillet 1806, 
ces registres ont été copiés ou traduits en français aux frais du gouverne- 
ment, et ces copies ou traductions, dûment certifiées, ont été réunies au dé- 
pôt judiciaire des actes de l'état civil de la Seine, au Palais de Justice. — Le 
registre des baptêmes de la chapelle de Danemark commence au 1" sep- 
tembre 1748 et finit au 10 février 1810; celui des mariages au 25 juin 1747, 
et va jusqu'au 3 mai 1 807. Il ne se trouve aucun registre des actes de décès. 
— Les registres de la chapelle de Suède sont beaucoup plus anciens. Celui 
des baptêmes, commencé le 1«'" septembre 1742, finit le 21 octobre 1806, Le 
premier acte inscrit au registre des mariages est du 6 août 1679, le dernier 
du 16 octobre 1806. Un de ces registres contient des actes de décès qui 
vont du 11 novembre 1742 au 10 février 1700. — A part même la question 
historique, ces détails peuvent intéresser les personnes qui auraient à faire 
certaines justifications relatives à l'état civil de membres de leurs familles. 
A ce double point de vue, j'ai cru devoir vous les communiquer. On trouve 
dans les registres dont je viens de parler diverses particularités assez cu- 
rieuses; je compte les extraire, et je serai peut-être assez heureux pour vous 
donner aussi sur notre Eglise de Paris de plus amples renseignements. » 

Les observations (le M. Cuvier sont plus motivées encore qu'il ne le pense. 
Nous avons nous-même été voir, à l'Hôtel-de-Ville, les registres dont parlait 
la notice que nous avions reproduite, et nous avons reconnu qu'en ce qui 
concerne ceux de la chapelle de Suède, 3L Taillandier a été trompé par un 
titre erroné et un répertoire inexact. En elfet , il y a un seul registre de ce 
genre, intitulé : « Chapelle de Suède. Proleslcmls. 1G93 à 1701, » et coté 
n" 98 ; c'est évidemment celui que désigne M. Taillandier. Or, il n'a rien de 
protestant, et porte une suscription tout à fait impropre. En effet, il s'agit 
de la chn\^Q\\e catholique de l'ambassade de France à Stockholm, et les actes 
que contient ce registre sont les ])aptèmes, mariages et enterrements faits 
« pour estre, est-il dit, remis dans les registres de l'église Notre-Dame à 



LISTE DES MEMBRES ET SOUSCRIPTEURS. 



121 



" Paris. » Un premier caliier se rapporte à l'ambassade du comte d'Avaux, 
du 7 avril 1 693 au 29 avril 1 699, et le premier acte ou papier baptismal est 
écrit en entier de la main de cet ambassadeur; un second cahier est relatif 
à l'ambassade du comte de Guiscard, du 16 novembre 1699 au 9 juillet 1701 . 
Ces registres viennent du ministère des affaires étrangères, comme nous 
l'apprend une note y annexée, qui constate également qu'une copie en fut 
faite en exécution du décret du 22 juillet 1806, et en vertu d'un jugement du 
tribunal de première instance de la Seine, en date du 11 décembre 1806. 
Voilà donc environ quarante ans que, faute d'un examen un peu attentif, 
ces registres sont faussement considérés et classés comme étant ceux de la 
chapelle protestante de l'ambassade de Suède à Paris, tandis qu'il n'y en a 
pas de cette chapelle à l'Hôtel-de-Ville, pas plus que de celle de l'ambassade 
de Danemark. Nous savons maintenant que ceux-là sont déposés en minute 
dans les archives consistoriales de l'Eglise de la confession d'Augsbourg, et 
en copie conforme au Palais de Justice. 



Dans une note de la page 494 (t. I.), un doute était exprimé sur la véri- 
table date de l'entrée en fonctions à Strasbourg du pasteur Olbrac. M. J. 
Bonnet nous écrit que se trouvant à Francfort, il a eu occasion de vérifier 
ce point sur les registres de l'Eglise française de cette ville. Gnillaume 
Olbrac ne devint, nous dit-il, pasteur à Strasbourg, après la déposition de 
Pierre Alexandre (décembre 1538), que dans les premiers mois de 1339. 



LISTE DES MEMB&ES ET SOUSCRIPTEURS DE KA SOCIÉTÉ. 



(Suite.) 



MM. 
1031. Bektre père. Sedan (Ardennes). 
105-2. Bacot {David". Id. id. 

1033. DuM0C3TiER(Mnie), Id. id. 

1034. Meyxadier, p. Valence (Drome). 
1033. Lanthois, p. Yernoux 'Ardèclie) 

1036. Blanc (Henri), P. Angers {Loire-Iaf.). 

1037. Williams, M. de l'Ev. Quimper (Finist.). 

1038. Armand (E.), P. à Livron (Drome). 

1059. Henriqcet (A.), P. Sainte-Foy (Gironde). 

1060. Roussel (L). Marseille (B.-du-Rhùne). 

1061. Chardon, P. Mantes (>eine-et-Oise). 

1062. Bartbe, p. Pons (Charente-Inférieure i. 

1063. Maigre, P. Caussade (Tarn-et-Gar.). 

1064. Loos (Ch.-L.), édit. du Disciple. Somer- 
set, Pensylvanie (Etats-Unis). 

1063. Adert (J.), le professeur. Genève. 

1066. Maystre (Ed.), négociant. Viean (Gard) 

1067. Calas (Fr.), P. Combas id. 

1068. MoNOD (Jean), P. Marseille (B.-du-Rhône). 

1069. De Katte.ndyke (.Mme la baronne), 21, 
rue Pépinière. Paris. 

1070. Nyhoff. La Haye (Pays-Bas). 

1071. De Vives (Mme), 41, rue Luxembourg. 
Paris. 



1072. 
1073. 
1074 

1073. 

1076. 

Ii77. 
1078. 
1079. 

1080. 

lOSl. 

1082. 
1083. 
10S4, 
1083 
1086, 

1087, 
1088, 



MM. 

Francillon, 7, rue Ménars. Paris. 
Povernoy, m. de l'Institut. Id. 
De Schoenefeld (W.), 72, rue de Seine. 
Paris. 

BocBGAii^ (Gust.). Au Carla-le-Comte 
(Ariége). 

FoRCADE, 25, rue Arcade. Paris. 
CoQUEREL(Et.) p. Montauban (T.-et-G.). 
VVeiss (B.), Min. de l'Ev. Alger. 
Chbsnay ( Mlle ) , Packolet. Kilkeel 
(Irlande). 

GoRiNc (Sir Harry), B,iys-water-nouse. 
Porchester-House. Londres. 
RoMBERG (Ed.), chef de division au min. 
de l'iuter. Bruxelles (Belgique). 
Mever (C.-E -H.),70, r. Provence. Paris. 
Eymeri, libraire. Sainte-Foy (Gironde). 
BnoLSsoDS (Cyp.), P. St-Privat (Lozère). 
HiNDs (Dr.), évéque de Norwich (Angl.). 
Du La Tocchb (colonel Da'id). Dublin 
(Irlande). 

SÉGUR (Pierre), inst. Aulas (Gard). 
BovET (Philippe), Boudry. Neuchâtel 
(Suisse). 



in 



PREFACE r»E CALVFN" 



MM. 
10S9. Feubièbes, m. i\e l'Ev. Genève (Suisse). 
1090. Tii(»ciiiN DE La Rivk. Id. id. 

lO'.U. PiiiiiAN (Félix), 10, rue Louis-le-Grand. 
Palis. 

1092. La B bliuthique morale et religieuse. 
Col nier. 

1093. Nl>cs (Mme), 25, rue LafGtte. Paris. 

10!)i. KllIEGELSTElM, S.ï id. Id. 

1095. Eymiid (.Mme), 27, me de Londres. Paris. 

1096. Pelet de La Lozère (le comte), 8, rue 

Chanips-Elvsees. Paris. 

1097. Martin (Alix.;. 62, rue Hautex ille. 

1098. r.HARnox>ET. archiviste. Gap (H -Alpes) 

1099. CuAiFFouR (Ign.), avocat. Coiiiiar l'Eaut- 
Rhin. 

1100. Abelols (Em.). Bédaricuï (Hérault'). 

1101. Cazalis-Fondoice (P.-L.). Montpellier 
(Hérault). 

1105. De ^E^^E (W.). Roussan (Gard). 
110:1. AioAL, P. Saint-Mamert id. 
1I0'(. Pi ECU, inst. Pignan (Hérault). 
110.5. .Malflsojc (T.). Sancorre (Cher). 
IIOG. Haekrt (Ant.). Id. id. 
1107. Saiverjot (J.-F.). Id. id. 
nos. Clavel, J.-A ), P. Id. id. 

1109. BoiDRT, P Cognac (Charente-Infér.). 

1110. A'alcuer-.Molcuon, P. Genève, 
lui. BoBT, M. de lEv. M. 

1112. Saladin de Crai^is (Mme de). 

1113. Dlbv. p. Jargonant, près Genève. 

1114. Baumneieh. bijie. 

1115. Id. Id. 
lllli. Id. Id. 

1117. Staël ds Holstbin (Bij.). Gerbévill.îr 
(MfUrthe). 

1118. Tarron, cap. du génie. Lvon (Rhône). 

1119. La Bibliothèque évangel. ïd. Id. 
UiO. PBTir-PiERKE, libraire. Id. Id. 



MV. 
1121. LoiiTSCB. Bordeaux (Gironde). 
11-32. Labarpe, p. Id. Id. 

112a. DuTANs (.Mme), 42, rue Petites-Ecuries. 

Paris. 
1124 KiKXBR (Chr.). Montareux-sur-Saône 

(Vosges). 
1123. Battier. St-Lanrent-du-Pape (Ardèche). 
11-'!; Dr Barrï (Fred). Guebwiller (H.-Khin). 

1127. S-,HLiiMBEHGEn i.ère(Nic.). Id. Id. 

1128. Annie, P. Lognan .Garo). 
l!29. Brumqcel, p. Toulon (Var). 
IKiO. Galip. Damazan (Lut-el-Garonne). 

1131. PoiJADE aine, juge de paix. Saint-André- 
de-Valborgne (Gard). 

1132. MÉGMN, P Eollres (Ardèche). 

1133. Raïroux. inst., rue Neuve-Sainte-Cathe 
rine. Paris. 

1134. Gauthier (Em.), RI. de l'Ev. St-Martin- 
de-Conomac (Gard). 

1133. Dissaut (Jules), P. St-Martin-de-Cosco- 
nac (Gard). 

1136. Gachon, P. LaS3lle(Gard). 

1137. Hue. maire. St-Felix-de-PallIères (Gard). 

1138. Lances (Mlle El.), Orthez (B. -Pyrénées). 

1139. Behbinbau (F.). Sainte-Foy (Gironde). 
lUO. FiMELS (G.Fel.).La Calmettc (Gard). 

1141. I EDL'NE, M. de l'Ev. Hodimont(Belgique). 

1142. Peltzer (G.). Verviers Id. 

1143. JuDiioFF (K.), P. de l'Eglise réformée al- 
li mande. Francfort. 

1144. De Ca^dolle (Alph.). Genève. 
114.Ï. Hkivrï (P. E ), P. Berlin. 

114G. Ardouin père. Cognac (Charente-Infér.). 
1 147. Martell. Id. id. 

I14.S. MisTON, Dr. Beaumont (Haut-Rhin). 
I 149. Habadd (L.). Bur leaux (Giioude). 
1130. La Bibliothèque religieuse. Id. id, 



DOCUMENTS INÉDITS ET ORIGINAUX. 



PRÉFACE OE CALVIN 

A LA TRADICTION FRANÇAISE DES LIEUX COMMUXS (lOCI THEOLOGICi) 
DE MÉLANCHTHON. 

(1546.) 

[Communication de M. le prnf. Ch. Schmidt.] 

On sait (jue Calvin avait ^lélanchtlion en grande eslimc; cï'lait celui des 
réfurinateui's allemands qu'il appréciait le plus, et avec lequel sans doute il 
se serait le plus facilement entendu. En 15iG , il lit traduire en français les 
Loci communes que Î^Iélanchthon avait publiés, pour la première fois, plus 
de vingt ans auparavant (1). Cette traduction est très peu connue. La préface 



(1) En 1521, à Wittemberg, sous ce titre: Loci communes reruni theologicanan 
seu HyprAyposes theologirœ. 11 y en eut une édition de 15àle la même année, ensuite 
lie iioiiiiireii'^es rôimpi-essions, notamment en 1535, 1543, 1559. La première édi 



A LA TBADUr.TION FRANÇAISE DES LIEIX COMMUNS. 123 

que Calvin écrivit tout exprès n'est pas seulement un beau témoignage de 
ses sentiments pour le théologien de Wittemberg , elle est surtout remar- 
quable parce que Calvin recommande aux réformés un ouvrage dans lequel 
plusieurs doctrines sont présentées sous un point de vue différent du sien. 
On doit ici reconnaître et admirer l'élévation d'esprit du réformateur fran- 
çais, n'hésitant pas à introduire dans son Eglise un livre dont il ne partage 
pas entièrement le système, mais que malgré cela il croit destiné à faire du 
bien. C'est un exemple qui mérite d'être cité. 

La première édition est de laiG (1). Elle est ainsi intitulée : La Somme de 
théologie, ou lienx communs , reveuz- et augmente::: pour la dernière 
foys, par M. Philippe Mélancthon. Sans nom de lieu, mais avec la marque 
de Jean Girard, imprimeur à Genève. In-8 de 866 pages. 

Une seconde édition parut aussi à Genève, de l'imprimerie de Jean Cres- 
pin, ISol , in-8, avec cet avertissement sur le titre : Ce qui esfoit en la 
précédente édition improprement traduit et mesmement obmis, a esté 
fidèlement reveu et conféré à l'original. Les exemplaires de l'une et de 
l'autre édition paraissent être extrêmement rares; M. Henry, dans sa Fie 
de Calvin (t. lil, part, ii, p. 209), assure qu'il n'en connaît qu'un seul; il 
est de la seconde édition, et existe à la Bibliothèque de Genève. J'en possède 
un de la première. La préface est digne d'être reproduite; elle est précieuse, 
non-seulement parce qu'elle est une des œuvres les moins connues du grand 
réformateur, mais à cause de Tesprit qui l'a dictée. En même temps elle jus- 
tifie ce qu'a dit du génie et du style de Calvin un critique , un philosophe 
distingué, î\[. Saisset : « Pour l'exactitude et la précision théologique, on 
« croît avoir affaire à saint Thomas; pour la droiture et la justesse constan- 
« tes, pour la gravité et la hauteur des pensées, comme aussi pour la ma- 
« jesté du style, on croit lire Bossuet. » 

tion a ét<5 réimprimée littéralement à Leipzig, en 1821, in Memoriam jubilœi 
tertii hvjus libri. Iii-S. 

(I) VEvancjelischc dogmatik de Hase f Leipzig, 1850, in-8, p. 24) indique un 
exeinpla.re de b Bibl otlieque de Dresde qui serait de 1531. C'est assurément une 
erreur typographique, et il faut lire un 5 au lieu d'un 3. — L'auteur de la réim- 
pression de l'original faite en 1821, mentionne une traduction en italien : I prin- 
cipii délia theologia, di Ippo/ilo da Terra Xegra. Elle sortit des presses de Paulus 
Manutius et fut publiée entre 1329 et 1534. C'est un des rares témoignages de 
Tinlroduction de :a réforme en Italie; l'inquisition romaine lésa presque entiè- 
rement détruits. Elle était due vraisemblablement à Louis Castelvetro, qui fut 
accusé de crypto-luthéranisme . — Le même auteur nous apprend que c'est Hugo 
Crotius qui a le premier, en 1679, cité la traduction française et la préface de 
Calvin. Wenler en a aussi parlé en 1710. ]\'ais il parait q'aon doutait alors de 
l'existence du livre, et en particulier le savant Slrobel. Enfin, un éminent théo- 
logien de Marbourg, Beckhaus, fut assez heureux pour en découvrir un exem- 
plaire, qui lui perrnit d'en parler rfe visu et de décrire l'ouvrai^e en grand détail 
en 1797. On voit que la préface de Calvin nriéritait à tous i'gards d'être reproduite 
dans ce Bulletin, ainsi que le dit M. Cb. Schmidt, et nous y avions déjà songé 
avant d'en recevoir la copie, que nous le remercions de nous avoir adressée lui- 
même. {Réd.) 



'l^'i PRÉFACE DE CALVIN 

JEHAN CALVIN 

aux lecteurs. 

SI ce livre estoit imprimé en latin, ce seroit peine superflue 
à moy d'y mettre quelque rccommendation : et mesme on 
me pourroit imputer cela à présumption et témérité. Veu que 
l'auteur est autant cogneu entre les gens de lettres qu'il y en 
ait aujourd'lîuy nul au monde. Et selon qu'il est renommé 
pour son savoir excellent, il a bien le crédit de donner lesmoi- 
gnagc aux livres des autres. Tant s'en faut qu'il ait besoing qu'on 
recommande les siens. Mais pource qu'il n'est pas tant cogneu 
entre ceux de nostre nation qui n'ont point esté instruitz aux 
esclioles : il a semblé advis expédient, et à mes frères et à moy, 
d'advertir les lecteurs du fruict qu'ilz pourront recueillir du 
présent livre, afin de les inciter, et leur en donner courage à 
y appliquer leur estude. Je laisse icy à parler de l'homme et 
des grâces singulières dont il est orné , pour lesquelles il est 
bien digne d'estre honoré de tous ceux qui prisent ce qui est de 
Dieu. Je toucheray seulement du livre. Et pour en dire en 
somme ce qui en est, on y trouvera un brief recueil des choses 
qu'un chrestien doit savoir , pour se guider au chemin de 
salut. Car il est icy déclairé, que c'est que nous avons à co- 
gnoistre de Dieu : comment il le faut servir : que c'est qu'on 
doit tenir de Jésus-Christ, pourquoy il nous a esté envoyé de 
Dieu son Père , quelle grâce nous avons par son moyen : où 
c'est que nous avons à fonder l'espérance de nostre salut : 
comment il nous convient invoquer Dieu : que c'est que la 
vraye foy : que c'est de pénitence : comment nous devons estre 
patiens en adversitez, et où gist la consolation des chrestiens : 
où nous devons chercher l'Eglise : comment elle se doit gouver- 
ner, et quelz en sont les vrays prélatz : de quoy nous servent 
les sacremens : et en quelle sorte nous on devons user : quel 
est le devoir que nous avons l'un à l'autre , tant à nez supé- 



A LA TRADLCTIOX FRANÇAISE DES LIEUX COMMUNS. 125 

rieurs, qu'à noz subjetz et à noz semblables. Voilà en quoy 
l'homme chrestien se doit exercer toute sa vie, s'il veut em- 
ployer son temps à une doctrine profitable. Or tout cela est. 
contenu en ce présent livre, et déduit de telle sorte, que les 
grans et les petis y pourront prendre bonne instruction et uti- 
lité, moyennant qu'ilz y viennent avec un bon désir de pro- 
fiter. 

Et de faict, ce qui est bien à priser , je voy que l'auteur , 
estant homme de profond savoir n'a pas voulu entrer en dis- 
putes subtiles, ne traiter les matières d'un artifice tant haut 
qu'il luy eust esté facile de faire : mais s'est abaissé tant qu'il 
a pu, n'ayant esgard qu'à la seule édification. C'est certes la 
façon et le style, que nous aurions tous à tenir, sinon que les 
adversaires nous contraignissent par leurs cavillations, à nous 
destourner de ce train. Tant y a, que la plus grande simplicité 
est la plus grande vertu à traicter la doctrine clirestienne. C'est 
aussi la cause , pourquoy il s'est déporté d'esplucher aucuns 
poinctz jusqu'au bout, pour en résoudre ce que beaucoup en 
requerroyent. Car il s'est contenté d'en dire ce qu'il jugeoit 
estre nécessaire pour le salut des hommes, laissant comme en 
suspens , ou omettant ce dont l'ignorance ou la [sic) double 
n'est point périlleuse : comme de la matière du franc arbitre : 
je say bien qu'il n'en baille point pleine résolution pour satis- 
faire à tout le monde. Car il semble advis qu'il réserve quelque 
chose à l'homme. La raison est, qu'ayant démonstré le prin- 
cipal, il ayme mieux superséder, que débattre des choses qui 
ne lui semblent pas estre tant requises au salut des chrestiens. 
Il a cela pour résolu : que l'entendement humain est aveugle, 
tellement que nostre raison ne nous peut pas conduire à Dieu ny 
à sa cognoissance, jusque à ce que Dieu nous ait illuminé par la 
grâce de son Saint-Esprit. Item, que la volunté de soy est per- 
verse et vitieuse, tellement qu'il n'en peut sortir qu'affections 
mauvaises, rebelles à Dieu et à sa justice, et qui par consé- 
quent luy sont déplaisantes, jusque à ce que le Saint-Esprit la 



126 rilÉFACE UE CALVIN 

réforme. Ainsi nous voyons que tout le bien spirituel, qui 
concerne nostre salut, est attribué par luy à la seule grâce de 
Dieu, sans que l'homme ait de quoy se glorifier en rien. Ce- 
pendant il concède à Thomme quelque liberté en ce qui ne 
passe point la vie terrienne : comme à se lever et coucher, à 
cheminer, à suivre quelque train, ou de labeur, ou d'estude, 
ou de marchandise. Pourquoy? d'autant qu'il se contentoit du 
principal, c'est d'avoir abbatu l'homme, en luy monstrantque 
de soy il ne peut sinon errer et pécher, pour tomber en confu- 
sion , et que tout le pouvoir qu'il a à bien, n'est pas de son 
naturel, mais de la grâce de Dieu. Combien qu'encor à ceste 
liberté, qu'il appelle civile, il y met une bride pour la res- 
traindre, disant que Dieu domine tousjours par-dessus. 11 
n'y a point donc beaucoup à requérir en cela. Mais si a , il a 
esté bon d'en advertir les lecteurs, afin que nul ne fust scan- 
dalizé de peu de chose, voyant l'intention de l'auteur. 

Autant en est-il de la prédestination : pource que il voyt 
aujourd'huy tant d'espritz volages, qui ne s'adonnent que trop 
àcuriosité, et ne tiennent nulle mesure en ceste matière: vou- 
lant prévenir ce dangier, il a mieux aymé toucher seulement ce 
qui estoyt nécessaire à cognoystre, laissant le reste comme en- 
sevely : qu'en desduisant tout ce qu'il eust bien peu , lascher 
la bride à beaucoup de disputes perplexes et confuses , des- 
quelles ce pendant il ne revient nul fruict de bonne instruc- 
tion. Je confesse que le tout ce qu'il a pieu à Dieu nous révéler 
par l'Escriture rien ne doyt estre supprimé quoy qu'il en ad- 
vienne. Mais celluy qui cherche d'enseigner au profit des lec- 
teurs mérite bien d'estre excusé s'il s'arreste à ce qu'il cognoyt 
estre le plus expédient, passant légièrement ou laissant derrière 
ce dont il n'espère pas tel profit. 

Quant aux sacremens , sa modestie a esté cause , qu'après 
avoir nommé le Baptesme et la Saincte Cène, il adjouste pour 
le troisiesnie, l'absolution. Car pource que ce nom est accous- 
tumé au lieu oii il est, craignant d'esmouvoir contention , il 



A LA TUADUCTION FRANÇAISE DES LIEUX COMMUNS. 127 

s'est accommodé à l'usage commun. Non pas toutes foys que 
son intention soyt de mettre l'absolution en un mesme rang 
avec la Cène et le Baptesme, luy attribuer une pareille \ertu, 
imposer telle nécessité aux cbrestiens de l'observer , comme si 
c'estoyt un sacrement estably par Jésus-Cbrist : mais plustost il 
a voulu user d'une permission, ou souffrance, que de l'affer- 
mer. Ce qu'on peut appercevoir par la raison que il allègue : 
c'est, d'autant qu'il la tient pour une police bonne el utile. 
Voyre, mais cela ne suffit pas en la rigueur , qu'on en doyve 
pourtant faire un sacrement. 

Quant les lecteurs garderont une telle modestie à juger du 
livre, qu'a eu l'auteur en le composant : tout ira bien, et n'y 
aura rien qui les empescbe à y profiter beaucoup. Mais le mal 
est que la pluspart aujourd'buy en lisant un livre, quel qu'il 
soyt, n'y cbercbent pas tant instruction que d'y trouver à mor- 
dre. Que s'ilz trouvent un mot seulement coucbé de travers, 
pour le premier ce leur est un hocquetqui les empescbe de n'en 
recueillir aucun fruict. Après, oubliant tout le bien qui y est, 
ilz triumpbent en ce qui leur est occasion de ruine. Qui pis 
est, les plus ignorans y sont les plus audacieux. Les autres 
sont tant délicatz, qu'il ne faut si peu que rien pour leur faire 
perdre tout goust. Tellement que pour une sentence, qui ne 
sera pas à leur plaisir, ilz rejetteront un livre entier, où il y 
en aura mille de bien bonnes, et auxquelles il leur seroyt bien 
expédient de s'arrester. Il n'y a doubte que ce ne soyt un arti- 
fice du diable pour les desbauclier qu'ilz ne reçoyvent la bonne 
doctrine qui leur est présentée. Parquoy que celluy qui voudra 
estre enseigné au présent livre se rende docile, excusant ce qui 
le pourroyt achopper à passer tousjours plus outre, pour estre 
conduict droyt à la pure vérité de Dieu, h laquelle seule il nous 
convient tenir, nous servant des hommes pour nous ayder à y 
parvenir. 



b 



VÉRIFICATION ET ENREGISTREItlENT DE LEDIT DE NANTES. 

(1599.) 

DOCUMENTS ORIGINAUX , DONT PLUSIEURS TIRÉS DES DÉPÈCHES DE L'AMBAS- 
SADEUR DES PROVINCES -UNIES PRÈS LA COUR DE FRANCE. 

Nous avons toujours considéré l'Edit de Nantes 
comme un ouvrage singulier de la prudence parfaite 
de Henri le Grand noslre ayeul...» 

Louis XIV, Dédaralion du li juillet 1656. 

(Suite.) 



Les paroles que le Roy a tenues à Messieurs de la Court 
de Parlement le YII février 1599 (i). 

(Bibl. irap. Fond. Fontette, portef. VI, pièce 114.) 

Devant que vous parler de ce pourquoy je vous ay mandé^ je vous 
veulx dire une histoire que je viens de ramentevoir au mareschal de 
la Chastre. Incontinent après la Sainct-Bartliélemy, quatre qui jouions 
aux dez sur une table, y vismes paroistre des gouttes de sang, et 
voyant qu'après les avoir essuyées par deux fois, elles revenoient pour 
la troisième, je dis que je ne jouois plus, que c'estoit un mauvais au- 
gure contre ceulx qui l'av oient respandu. 31. de Guise estoit de la 
troupe. 

Ce propos fini, le Roij leur dit : 

Vous me voies en mon cabinet, où je viens parler à vous non point 
en habit royal ou avec l'espée et la cappe, comme mes prédécesseurs, 
ny comme un prince qui vient parler aux ambassadeurs estrangers, 
mais vestu comme un père de famille, en pourpoint, pour parler fa- 
milièrement à ses enfans. Ce que je veux dire, c'est que je vous prie 
vérifier l'édict que j'ay accordé à ceulx de la Religion. Ce que j'en ay 
fait est pour le bien de la paix ; je l'ay faicte au dehors, je la veux 
faire au dedans de mon Royaume. Vous me devés obéir quand il n'y 

(1) L'extrême vélirmcnce de celte apostrophe, dit M. Berger de Xivrey, et les 
moyens extraordinaires dont Henri IV l'accompagne, invoquant la force des 
faits, parlant h rimaginalioii , joignant les menaces et l'amertume d'une mor- 
dante satire à la cons dération des intérêts personnels, provenaient de son impa- 
tience des diUicult/'S que non-seulement le clergé et l'Université, mais une partie 
du Parlement, suscitaient contre la réception do l'Edit de Nantes. {Recueil des 
lettres missives de Henri IV.) 



VÉRIFICATION ET ENREGISTREMENT DE l'ÉDIT DE NANTES. 129 

auroit considération que de ma qualité, et obligation que m'ont mes 
sujects et particulièrement vous de mon Parlement. J'ay remis les uns 
en leurs maisons, dont ils estoient bannys, les aultres en la foy qu'ils 
n'avoient plus. Si l'obéissance estoit deue à mes prédécesseurs, il 
m'est [deu] autant ou plus de desvotion, parce que jay restably l'Estat; 
Dieu m'ayant choisy pour me mettre au Royaume, qui est mien par 
héritage et acquisition. Les gens de mon Parlement ne seroient en 
leurs sièges sans moy. Je ne me veux vanter, mais je veux bien dire 
que je n'ay exemple à invoquer que de moy-mesme. Je sçay bien 
qu'on fait des brigues au Parlement que l'on a suscité des prédicateurs 
factieux, mais je donneray bien ordre contre ceux-là, et ne m'en at- 
tendray à vous. C'est le chemin que l'on prit pour faire des barricades 
et venir par degrez à l'assassinat du feu Roy. Je me garderay bien de 
tout cela ; je couperay la racine à toutes factions et à toutes les prédi- 
cations séditieuses, faisant accourcir tous ceulx qui les suscitent. J'ay 
sauté sur des murailles de ville, je sauteray bien sur des barricades. 
Ne m'allégués point la religion catholique ; je l'aime plus que vous, 
je suis plus catholique que vous : je suis fils aisné de l'Eglise, nul de 
vous ne l'est ny le peut estre. Vous vous abusés si vous pensés estre 
bien avec le Pape; j'y suismieulx que vous. Quand je Tentreprendray 
je vous feray tous déclarer hérétiques, pour ne me vouloir pas obéir. 
J'ay plus d'intelligences que vous; vous avés beau faire, je scauray ce 
que chacun de vous dira. Je sçay tout ce qu'il y a en* vos maisons, je 
sçay tout ce que vous faictes, tout ce que vous dictes : j'ay un petit 
démon qui me le révèle. Ceux qui ne désirent que mon édict passe me 
veulent la guerre; je la déclareray demain à ceulx de la Religion, 
mais je ne la leur feray pas; vous irés tous, avec vos robes, et ressem- 
blerés la procession des Capucins, qui portoient le mousquet sur leurs 
habits. Il vous feroit beau voir. Quand vous ne vouldrés passer l'édict, 
vous me ferés aller au Parlement. Vous serés ingrats, quand vous 
m'aurés créé ceste envie. J'appelle à tesmoing ceulx de mon conseil 
qui ont trouvé l'édict bon et nécessaire pour le bien de mes affaires : 
M' le connestable, Mess-^^ de Bellièvre, de Sancy, de Sillery et de 
Villeroy. Je l'ay faict par leur advis, et des ducs et pairs de mon 
Royaume. Il n'y en a pas un qui osast se dire protecteur de la reli- 
gion catholique, ny qui osast nier qu'il ne m'ayt donné cest advis. Je 
suis protecteur de la religion, je dissiperay bien les bruits que l'on 
veult faii'e. L'on s'est plainct à Paris que je vouluis faire des levées de 

9 



I 



130 VÉRIFICATION ET ENREUISTREMENÏ 

Suisses^ OU aultres amas de troupes. Si je le faisois, il en faudroit bien 
juger, et seroitpour un bon effect^ par la raison de mes déporteraens 
passez ; tesmoing ce que j'ay faict pour la reconqueste d'Amiens^, où 
j'ay employé l'argent des dicts édicts^ que vous n'eussiés passez, si je 
ne feusse allé au Parlement. La nécessité m'a faict faire ces édicts 
pour la mesme nécessité [que] j'ay faict celluy-cy. J'ay aultre fois faict 
le soldat; on a parlé, et n'en ay pas faict semblant. Je suis Roy main- 
tenant et parle en Roy. Je veulx estre obéi. A la vérité les gens de 
justice sont mon bras droict, mais si la gangrenne se met au bras 
droict, il fault que le gauche le coupe. Quand mes régimens ne me 
servent pas, je les casse. Que gaignerés-vous quand vous ne me véri- 
lierés mon dict édict? Aussy bien sera-t-il passé ; les prédicateurs ont 
beau crier, comme a faict le frère de W de Sillery^ à qui je veux parler 
en ceste conq)agnie. 

Sur ce ayant appelé M. de Sillery, Iwj dit : 

Je vous avois bien adverty qu'on m'avoit faict plainctes de vostre 
frère, et vous avois commandé de l'admonester que fust sage. J'avois 
creu au commencement que ce n'estoit rien, de ce que l'on disoit 
qu'il avoit presché contre l'édict, parce qu'il ne s'en trouvoit point de 
preuve; mais il est ])ien vray pourtant; et enfin il prescha à Sainct- 
André, où mon procureur général l'a oy presclier séditieusement con- 
tre le dict édict. Cela m'a esté réveslé comme il falloit. On le veult 
excuser, qu'il est emporté du zèle et sans desseing. Mais soit par occa- 
sion ou aultrement c'est toutesfois mal, et le zèle inconsidéré mérite 
punition. 

Ceste plaincte finie, Sa Majesté se retourna vers les gens de son Par- 
lement et leur dit : 

U n'y en a pas un d'entre vous qui ne me trouve bon, quand il a af- 
faire de moy, et n'y en a pas un qui n'en ayt affaire une fois l'an ; et 
toutesfois à moy qui vous suis si bon vous m'estes si mauvais. Si les 
aultres parlemens, pour ne m'avoir assisté à ma volonté, ont esté cause 
que ceulx de la Religion ont demandé choses nouvelles, je ne veulx 
pas que soyés cause d'aultres nouveautés par un refus. 

L'an mil cinq cent quatre vingt quinze, quand je vous envoyay une 
déclaration sur l'édict de l'an soixante et seize, pour la provision des 
officiers, j'avois promis que je ne pourveoirois à aulcun des estais de 



DE LEDIT m NANTES. 431 

mon Parlement; depuis, le temps a changé. Toutesfois j'am'ay une 
assurance de ceulxqueje mettray aux charges, qu'ils se gouverneront 
comme ils doibvent. Ne parlons point tant de la religion catholique, 
ny tous les grands criards catholiques et ecclésiastiques ! Que je leur 
donne à l'un deux mil livres de bénéfices, à l'autre une rente, ils ne di- 
ront plus mot. Je juge de mesme contre tons les aultres qui vouldront 
parler. Il y a des meschans, qui monstrent haïr le pesché, mais c'est 
pour crainte de peine; au lieu que les bons le haïssent pour l'amour de 
la vertu. J'ay aultrefois appris deux vers latins, 

Oderunt peccare boni, virtutis amore ; 
Oderunt peccare mah, formidine pœnœ (1), 

Il y a plus de vingt ans que je ne les ay redicts qu'à ceste heure. 
Pour Dieu ! que je cognoisse ceulx de vous qui haïssent le pesché pour 
l'amour de la vertu, affin de chastier ceulx qui le haïssent pour crainte 
de la peine, et après cela me remercieront du chastiment comme un 
fils faict son père. Je n'avois pensé à vous mander que hier fort tard» 
Considérés que l'édictdont je vous parle c'est l'édict du feu Roy. Il est 
aussy le mien, car il a esté faict avec moy. Aujourd'huy'que je le 
confirme, je ne trouve pas bon d'avoir une chose en desseing et escrire 
une aultre ; et si d'aultres l'ont faict, je ne le veulx faire, La dernière, 
parole que vous aurés de moy, est que vous suivies l'exemple de M'' du 
Maine. L'on l'a voulu inciter de faire des menées contre ma volonté : il 
a respondu qu'il m'estoit trop obligé et tous mes suhjects aussy; entre 
lesquels il seroit tousjours de ceulx qui exposeroient leur vie pour me 
complaire, parce que j'ay restably la France malgré ceulx qui l'ont 
voulu remuer ; au lieu que par le passé il a faict tous ses efforts pour 
renverser l'Estat : et le chef de la Ligue a parlé ainsy comme parleront 
tous ceulx que j'ay remis en foy. Ceux d'estats que j'ay remis en leurs 
maisons, que doibvent-ils faire au prix? Donnés à mes prières ce que 
n'auriés voulu donner à mes menaces ; vous n'en aurés poinqt de moy. 
Faictes ce que je vous commande au plus tost, dont je vous prie. Vous 
ne le ferés seulement pour moy, mais aussy pour vous et pour le bien 
de la paix. 

(1) Les bons s'abstiennent de faire le mal par amour de la vertu, les méchants 
par crainte du châtiment. (Horace.) 



•132 VERIFICATION ET ENREGISTBEMENT 

H. 

Paroles du Roy du mardy XVI' febvrier 1599. 

(Ms. des archives de la province d'Utrecht, comm. inique à M. Vreede par M. l'arcliiviste 

Vermeulen.) 

[Cette pièce est annexée à la dépèche d'Aerssen du 22 février 1599 (1).] 

J'ay receii les sui)plications et remonstrances de ma Cour de Parle- 
ment^ tant de bouche que par escript, qui m'ont esté apportées par 
M. le Président Séguier. Je recepvray toujours toutes remonstrances 
que me ferez de bonne part^ comme de gens aflectionnez à mon ser- 
vice, ou qui le doivent estre. J'ay faict veoir vos dernières à mon Con- 
seil, et ay iaict refaire mou Edict ou plus tost l'Edict du feu Roy en 
plusieurs articles, tant sur ce que m'avez remonstré, comme sur l'ad- 
vis de mon conseil. Je veux croire qu'aucuns de vous ont eu des con- 
sidérations de Relligion, mais la relligion catholicque ne peut estre 
maintenue que par la paix, et la paix de l'Estat est la paix de l'Eglise. 
Sy donc vous aymez la paix et vous m'aymez, il le me fault monstrer; 
ce que vous n'avez pas faict en doublant de moy : car vous faictes ce 
que les estrangers, mes ennemis mesmes, n'ont voulu faire. Et n'est-ce 
pas ung grand cas? Tous les Princes de la Chrestienté me tiennent 
pour le tils aisné de l'Eglise, pour le Roy très Chrestien. Le Pape me 
tient pour Catholicque, et vous qui estes mon Parlement, me voulez 
faire entrer en deffiance envers mes subjects, et voulez qu'ils doutent 
de ma créance. Je suis Catholicque, Roy Catholicque, Catholicque 
Romain, non Catholicque Jésuite. Jecognois les Catholicques Jésuites. 
Je ne suis de l'humeur de ces gens-là, ny de leurs semblables, qui 
sont des feseurs de tueurs de Roys. Et (vous) ne vous fyez pas aux 
paroles qu'avez eues de moy. Le Pape et le Roy d'Espaigne se* sont 
fiez en ma parolle, et vous n'y voulez avoir fiance, mon intention est 
de conserver l'Estat que j'ay acquis. Je ne le puis faire que par la 
paix. R faut sauver l'Estat, mais il le faut faire par la paix. Je sçay 
bien que mon Royaume ne se peut sauver que par la conservation 
de la Relligion Catholicque; mais ny la Relligion ny l'Estat ne se 
peult aussi conserver que par ma personne. Et néantmoins il y a des 
espritz follement inckiits par superstition i>ar pauvres gens d'Eglise sur 

(Ij Gonriparer ce discours du Roy avec celui rapporté dans le Suppl. des ûlëni. 
journaux de Pierre de l'Estoile. Coll. l'otitut, t A7, (i. 243 et s. Voir aussi Méin. 
de Sully, liv. X, t. lU, p. 367. 



DR LEDIT DE NANTES. 133 

infinies choses que l'on dict qui ne sont point, Jusques-là qu'il est venu 
ung homme me demander sy on l'eroit deux Eglises à Paris, l'une de 
Catholicques, l'autre de Huguenots. Je prens bien leur advis, et si on 
m'en donne qui soient bons, je les croy; si j'ay une autre opinion, je 
la change. Mais il fault l'aire cesser tous faux bruits : il ne fault plus 
Taire de distinction de Catholicques et Huguenots, mais il lault que 
tous soient bons Françoys, et que les Catholicques convertissent les 
Huguenots par exemple de bonne vie : mais il ne faut pas donner occa- 
sion aux mauvais bruitz qui couvrent par tout le Royaume. Vous en 
estes cause : car à faute d'avoir promptement vérifié l'Edict, on dict 
en divers lieux, que c'est l'Edict de janvier. Et c'est la couleur de 
piété des Jésuites qui ont corrompu cest assassin, qui par le conseil 
du Jésuite de Lorraine est venu naguères pour me tuer. Vous serez la 
cause de ma mort sy vous ne m'obéissez; car ces Catholicques Jésuites 
feront croire que mon Edict contient ce qui n'y est pas. Je sçay que 
les Catholicques font le plus grand nombre en cest Estât; mais ils ne 
sont rien, et ne peuvent estre que par moy. J'ay ung dessein dès long- 
temps, et désire l'exécuter : c'est de réformer l'Eglise. Je ne le puis 
faire sans la paix : il n'est pas possible de convertir les Huguenotz par 
violence. Je suis Roy berger qui ne veux respandre le sang de mes 
brebis, mais les rassembler avec douceur d'ung Roy et non par force 
d'ung Tyran. Je veux donner ordre que les Ecclésiastiques soient de 
bonne vie. J'ay donné à ceste fin des bénéfices à quelques-uns de mes 
serviteurs, à ce qu'ils nourrissent leurs enfants pour les rendre capa- 
bles des charges de l'Eglise. Vous empeschez mes desseins par les 
troubles que vous entretenez en l'Estat par vostre opiniastreté. J'avoy 
seul emporté de saut de remuer parmi ceux de la Relligion prétendue 
réformée. Lorsque je me réunis à Tours avecq le feu Roy, nul ne sça- 
voit plus quel chemin il falloit prendre pour remuer. Vous avez par 
vos refus donné occasion aux Huguenotz de me demander permission 
de s'assembler. Cela leur a faict recognoistre ce qu'ils peuvent. Sy 
vous donniez de l'argent aux Huguenotz vous ne feriez tant pour euK 
comme vous avez faict. Quand on fesoit des Edicts contre ceux de la 
Relligion, lorsque j'estoye aveceulx, je fesoy des caprioles : je disoy : 
Loué soyt Dieu! car tantost nous aurons quatre mille hommes, tantost 
six mille hommes, et nous les trouvions enfin : car ceux qui estoient 
désespérez auparavant, estoient contrainctz de se réunir. Il y a vingt 
et cincq ans que je commandoy au parti de ceux de la Relligion. Je 



I3i VÉRIFICATION ET ENRf CISTKEMTNT 

sçay qui vouloit la guerre et qui la paix. Je cogiioy ceux qui laisoieat 
la guerre pour la Relligion Catholicque, ceux qui pour rarabition, 
ceux qui pour la faction, et ceux n'avoyent envie que de voler. Parmy 
ceux de la Relligion, il y en a eu de toutes sortes aussy bien que 
parmy les Catholicques. J'ay bien eu de la peine à faire obéyr les Hu- 
guenotz. Le feu Roy ayant beaucoup à souffrir en son Estât, j'ay tou- 
jours voulu la paix. J'ay toujours esté bon patriote, dont M. de Bel- 
lièvre est bon tesmoing, ayant traicté avecq moy quant je vouloy la 
paix, et avecq moy, M. de Lanoue et autres. Blacons et ses semblables 
qui vouloient la guerre, nous appeloient les chiens muets. Il faut que 
je vous face un conte de ceux de la Relligion qui me vindrent trouver 
à Rouen. Je ne les nonimeray poinct en cette compaignie. L'un des 
deux me fist ung grand discours sur le faict de la Relligion, et sur ce 
qu'il disoit avoir tout abandonné pour avoir sa conscience libre, et 
qu'il vouloit myeux quitter le monde que de blesser son àme; après 
qu'il eust dist tout ce qu'il vouloit, je commençay à dire : Messieurs, 
n'en croyez rien; il se retourna vers moy et me dict : Sire, pourquoy? 
et je luy fis responce que c'estoit de luy de qui j'entendois parler, et 
qu'il ne falloit pas croire ce qu'il disoit, parce qu'à toutes les fois qu'il 
y avoit eu des Edicts contre ceux de la Relligion, il estoit allé à la 
messe, et s'il n'y en avoit assez d'une il en oyoit deux. Quant à l'autre qui 
me vint faire un pareil discours sur la Relligion et cas de coascience, 
je luy dis : Vous sçavez bien qu'estes un voleur, un larron, un traistre, 
bien que vous fussiez de mon Conseil, et je vous en chasseray {disant 
cela Sa Majesté mist la main sur le bras de M. le chancelier (i), vous 
ne cognoissés pas les maux de mon Estât, non plus que les biens sy 
bien que je les sçay : je cognoy toutes les maladies qui y sont, et puis 
dire sans vanterye que je les cognoy mieux que tous les Roys qui ont 
esté devant moy ne les ont sceu, et en scay aussy les remèdes, car les 
lieux où j'ay esté me les ont appris : ce que je n'eusse peu si bien 
sçavoir sans l'expérience que j'en ay eu. J'ay désiré faire deux maria- 
ges, l'un de ma sœur; je l'ay faict; l'antre de la France avecq la paix. 
Ce dernier n'a peu estre que par la paix, et la paix ne sera ferme que 
mon Edict estant vérilié. Le refus que mes autres Parlemens ont faict 
de vérifier la déclaration de l'an 94- a esté cause que les lluguenotz 

(1) M. de Belliôvre. Cette apostrophe parait bi'ii dure et peu vraisemblable. 
Quoique Henri IV eût des saillies et des boutades très vives, cette version sem- 
ble au moins exagérée. 



DE l'f.PIT OE NANTES, 1 3M 

ont demandé à Chastellerault plus qii^ils n'avoieiit faict auparavant. 
Les principaux qui s'y sont trouvez^ et qui vouloient le bien;, me de- 
mandoient qu'il y eust des Conseillers en Parlement, mais la pluralité 
des \oix l'a emporté des mutins, des brouillons, comme en vostre 
Compaigiiie quand le plus de voix l'emporte sur la meilleure opinion. 
Ma justice est mon bon droict : je sauveray toujours bien TEstat estant 
gaucher. 11 est vray que j'auray plus de peine, mais je le sauveray 
pourtant, et mieux que vous, et sy j'ay un filz, je suis bien asseuré 
qu'il sera Roy; mais ceux d'entre vous qui sont Présidens, Conseillers, 
et autres Officiers en mon Parlement ne sont pas asseiirez que leurs 
enfants le seront après eux. Quand je fis la déclaration pour le regard 
des Officiers en l'an I11I«XIIII (94), je vous avoy promis (1) que je ne 
mettioy point de Conseillers ne autres Officiers en ma Cour de Parle- 
ment autres que Catbolicques. Le refus de vérifier cette déclaration 
à Bourdeaux et ailleurs, a faict demander qu'il y ayt des Conseillers 
de la Relligion aux Parlemens. Je l'ay accordé pour la nécessité de 
mes affaires. Je pensoy que par le moyen des suppressions je remé- 
dieroy au mal qui vient en mon Royaulme par le nombre effréné des 
Officiers. La nécessité qui est la loy du temps me faict ores dire une 
chose, ore l'autre. Je ne veux mettre que le nombre porté par mon 
Edict au Parlement, mes affaires me portant là. Je ne veux aussi 
mettre aux villes où il y a peu de Catbolicques des Lieutenans Géné- 
raulx, ne de mes Procureurs. Ce que je vous diz est d'autant que le 
bien de mes affaires le requiert : ainsy je veux mettre des Officiers 
Catholicques aux villes que tiennent ceux de la Relligion, et pour 
exemple j'ay commencé à Nismes où j'ay mis ung Viguier Catholicque 
nonobstant que ceux de la Relligion prétendue Réformée en eussent 
offert XV cens escus plus que le Catholicque, et de cela M. le Connes- 
table est bon tcsmoing. Dites à ceux de mon Parlement, et non à mon 
Parlement, mais à chacun à l'aureille, ce que je vous dis de mon inten- 
tion touchant le nombre des Conseillers. J'ayme mon Parlement de 
Paris par-dessus tous autres, car il n'est corrompu par argent, et en 

(1) Ainsi encore le Roi avait déclaré aux députés du Parlement de Rouen, en 
1597 : « Je vous jure et promectz que jamais je ne pourveoiray aux Kstats des 
Courlz de Parlement, de Lieutenants Géiiéraulx des BaillYs, ou Présidentz des 
Prijsidiaulx, aucunes personnes qui ne soient de la Relligion Caltiolique, Aposto- 
lique et Romaine, et vous donnant cette asseurance, opposez-vous-y vertueuse- 
ment, s'il arrivoit que je y feuss» circonvenu.» Floquet, Ilist. du Pari, de Norman- 
die, t. IV, p. 100, 143. 



436 VÉRIFICATION ET ENREGISTREMENT 

la pluspart des autres la justice se vend (i), et qui donne deux cens 
escus l'emporte sur celuy qui donne moins^ je le sçay. J'ay autrefois 
aydé à boursiller, parce que cela me servoit à mes desseins particu- 
liers. Puisque j'ay ceste bonne opinion de vous, vérifiez mon Edict. 
J'ay à vous adviser que vos longueurs ont donné subject de remue- 
mens estranges, car on a osé faire des processions contre l'Edict à 
Tours^ au Mans et ailleurs, pour inspirer les juges à reculer l'Edict. 
Cela ne s'est faicfc que par mauvaise conspiration. Empeschez que de 
telles choses n'arrivent plus. Je l'ay dict à mes gens, afin qu'ils y ap- 
portent ce qu'ils doivent sur leurs charges; il me faut souffrir qu'on 
me crée de l'envie pour ce que j'ay accordé à ceux de la Relligion; 
car c'est bien mon Edict, mais ce n'est en effect que l'Edict du défunct 
Roy, que vous avez veu et qu'avez vérifié par qiiattre fois : faites-en 
une fin selon ma volonté. » 

Ce propos finy, Sa Majesté fut suppliée par M. le Chancelier et par 
M. de Bellièvre faire entendre à ceux qu'il avait appelés du Parlement, 
ce que Sa Majesté avait commandé touchant le faict advenu à Cler- 
numt en Auvergne, ou elle envoyait M. Myron, Conseiller, pour tenir 
la justice au lieu des officiers qu'elle avoit inierdict. Sur quoi M. le 
Procureur-Génércd aiant pjris la parolle pour les excuser, Sa Majesté 
répartit : Ils sont de vostre pays, il ne vous est pas séant d'en par- 
ler. 

A quoi ledict Procureur-Génércd aiant répcn-ty que ceux de Cler- 
mont avoient esté ses fidèles serviteurs, le Roy dict que ce n'estoit 
assez d'avoir bien servi toute sa vie, si après on tuoit ou fesoit tuer 
son Roy : car celuy qui fesoit ainsy estoit autant coupable que celuy 
qui toute sa vie avoit esté ennemy. 

[Use trouve à la Bibliothèque de VUniversité d'Utreclit une traduction hollan- 
daise de cette pièce, intitulée : Discours du Roy de Franco aux députés du Parle- 
mont, du 16 février 1599.] 

(1) F. aussi ces paroles dans l'Hisl. du Pari, de Normandie de M. Floquet, t. IV, 
p. 201. — Son texte porte « deux mille escus » au lieu de « deux cens escus. » 



DE l'ÉDIT de NANTES. 137 

III. 

Lettre de Henri TV à Mess''s les Pasteurs du Consistoire 
de La Rochelle. 

(Diaire ou Journal du Pasteur Merlin. Bibliothèque de La Rochelle.) 
DU 7 MARS 1599. 

Mess"^ j'ay advisé de dépescher vers les maire, eschevins et habi- 
tans de ma ville de la Rochelle, pour leur faire entendre le soin que 
j'ay pris pour la vérification de l'édict que j'ay faict en faveur de ceux 
de la religion prétendue réformée, et ce qui s'est passé en cela, le S' de 
Coudre, présent porteur, lequel a esté présent partout; et particuliè- 
rement vers vous, pour la créance que j'ay que vous pouvés beaucoup 
disposer un chascun à l'exécution d'iceluy, les asseurant que comme je 
leur ay accordé qu'il n'y a rien esté obmis pour faire en sorte que ceulx 
de nostre Royaulme, tant d'une que d'aultre religion, vivent en paix 
et repos (comme je sçay que l'on fait courir desbruicts tout au con- 
traire ); que je feray en sorte qu'il sera inviolablement observé et exé- 
cuté, de façon que l'on cognoistra que je n'ay rien tant à cœur que 
l'accomplissement d'iceluy et de mes paroles, ainsy que plus particu- 
lièrement j'ay recommandé au dict S"" de Coudre de vous faire entendre 
de ma part : sur la suffisance duquel me remettant, je vous prieray de 
le croire , et Dieu vous avoir en sa garde. Ce vii° de mars, l'an 1599. 

HENRY. 



IV. 

Responce du Roy à Messieurs les Députez de Bourdeaulx , 
Messieurs le second Président Chessac et les conseillers 
Jessac et aultres , faicte à St-Gerniain-en-Laye , le 4" de 
novembre l'an 4599, et à Messieurs les députez de Thou- 
louze, le même jour. 

(Archives de la Province d'itrecht.) 

[Cette pièce paraît avoir été jointe à la dépèche d'Aerssen du 9 décembre 1599. 
F. ci-dessus, p. 37. Elle se trouve aussi, avec un texte plus correct que nous 
avons mis à profit, à la Bibl. Imp. Fonds Fontette, portef. VI, pièce 17.] 

Le Boy se jouant et s'esgayant avecq ses petits enfants en la grande 



4 38 VKIIIFICATION ET ENREGISTREMENT 

salle du chasteau de St-Germain , et voyant de l'autre conté en ladicte 
salle messiews les Députez, laissant ses enfants, les va accoster disant : 

Ne trouvez poinct estrange de me veoir ainsy foUastrer avecq ces 
petits enfants. Je sçay faire le fol et aussy le saige : je scay faire les en- 
fants et aussi défaire les hommes. Je viens de faire le fol avecq mes 
enfants, je m'en vay maintenant faire le saige avecq vous et vous 
donner audience. 

Estant entré en une chambre avecq Monsieur le Chancelier et Mon- 
sieur le Maréchal d'Omano, Lieutenant pour le Roy en Guyenne, et 
Messieurs les Députez seulement, et ayant ouy le S' Président Chessac 
qui porta la parolle et harangua cinq quarts d'heure, le Roy respondant 
dict : 

Monsieur de Chessac, non-seulement vous ne m'avez poinct ennuyé 
par trop grande longueur, ains plutost je vous ay trouvé coiut, tant 
j'ay prins de plaisir en vostre bien dire. Car il faut que je confesse 
en vostre présence que je n'ouy jamais mieux dire. Mais je voudrois 
que le corps respondict au vcstement. Car je voy bien que vos maximes 
et propositions sont les mesmes ou semblables, qu'estoyent celles que 
fîst jadiz le feu cardinal de Lorraine au feu Roy en la ville de Lyons, 
j retournant de Poloigne, tendantes à remuement d'Estat. Nous avons 
obtenu la paix tant désirée. Dieu mercy, laquelle nous couste trop pour 
la commettre en troubles. Je la veux continuer et chastier exemplai- 
rement ceux qui y voudroient apporter altération. Je suis vostre Roy 
légitime, vostre chef. Mon Royaume en est le corps. Vous avés cet 
honneur d'en estre membres. C'est afaire du chef de commander au 
corps, et aux membres d'obéyr, et d'y apporter la chair, le sang, les 
osettoutce qui en despend. Vous dites que vostre Parlement se trouve 
seul(l), qui en ce Royaume est demeuré en l'obéissance de son Roy, 
et partant que ne debvez avoir pire condition que les parlements de 
Paris et de Rouen, qui durant le desbordement et orage de la Ligue 
se sont desvoyez. Certes ce vous a été beaucoup d'heur. Mais après 
Dieu, il en f;mt rendre louange non à vous autres (2), qui n'avez eu faute 
de mauvaise volonté pour remuer mesnage comme les autres ; mais à 

(1) Floquet, Hist. du Pari, de Normandie, t. III, p. 't\!\. «Deux parlements 
seulement surent demeuier purs : celui de Bretagne et celui de Guyenne.» 
(-2) V. deThou, L. XCVII (A. 1589). 



DE l'édit de nantfs. 139 

feu Monsieur le Marcschal de Matignon (1) , qui vous tenant la bride 
courte, vous en a empesché. — H y a longtemps qu'estant seulement 
Roy de Navarre, je cognoissois dès lors bien avant vos maladies, mais 
n'avoye les remèdes en main pour les y appliquer. Maintenant que je 
suis Hoy de France, je les cognois encores mieux, et ay les moyens en 
main pour y remédier, et en faire repentir ceux qui voudront s'oppo- 
ser à mes commandements. J'ay faict un Edict, je veux qu il soit exé- 
cuté, et quoy qu'il en soit, veux estrc obéy (2). Bien vous en prendra, 
si le faites. Mon Chancelier vous dira plus à pleyn ce qui est de ma 
volonté. 

Le Roy parlant à Messieurs les Députez de Thoulouze, atixqvels ii 
donna audience au mesmejour, entité autres choses il leur dit en colère : 

C'est chose estrange que vous ne pouvez cacher vos mauvaises 
volontez. J'aperçoy bien que vous avez encores de l'Espaignol dans le 
ventre (3). Et qui donc voudroit croire que ceux qui ont exposé leurs 
vies, biens, estais et honneurs pour la deffense et conservation de ce 
Royaume, seront indignes des charges honorables etpubliqucs, comme 
ligueurs perfides et dignes qu'on leur courre sus et qu'on les bannisse 
du Royaume. Mais ceux qui ont employé le verd et le secpour perdre 
cest Estât, seroient (à vostre dire ) bons Françoys, dignes et capables 
de charges! Je ne suis aveugle : je voy clair. Je veux que ceux de la 
religion vivent en paix en mon Royaume, et soyent capables d'entrer 
aux charges ; non pas pour ce qu'ilz sont de la Religion, mais d'autant 
qu'iîz ont esté lîdelles serviteurs et à moy et à la Couronne de France. 
Je veux estre obéy, et que mon Edict soit publié et exécuté par tout 
mon Royaume, il est temps, que nous tous, saoulez de la guerre, de- 
venions saiges à noz despens. 

(1) Jacques Goyon, deujfième du nom, Seigneur de Matignon, comte de Tori- 
gny, prince de Mortagne. Il mourut à Bordeaux au mois de juillet 1597. Méin. 
Journ. de Pierre de l'Estoile [éd. Petilot), p. 208. Marguerite de Valois l'appelle 
« un dangereux et fin Normand , un brouillon malicieux. » (Mura., p. 150, 153. 
A. 1578.)" 

(f) Voir les extraits des dépêches d'Aerssen, datées de Paris le 22 février, d'Or- 
léans le 6 juillet, et de Blois le 15 août 1599. 

(3) Floquet, t. III, p. 557. « Dos conseillers du Pariement de Toulouse, vaincus 
d'impatience, ou meus de je ne sais quelle légèreté et inconstance, avaient échangé 
la toge contre la cuirasse, assez indiscrètement (dit La Roche-Flavyn , leur collè- 
gue); il y en avait eu de blessés aux assauts des villes, et plusieurs même péri- 
rent au siège de Villemur. » 



LETTRES ET POESIES DE CATHERINE DE N&VÂRRE 

DCCHESSE DE BAR 

AVEC DEUX LETTRES DE THÉODORE DE HÈZE. 

(1598- 1G03.> 

Dix pièces inédiles. 

M. Jules Bonnet, qui a déjà enrichi notre Recueil de si précieuses communi- 
cations, nous a fait parvenir ces nouveaux trésors d'une rare valeur. C'est un 
vrai bonheur pour nous et pour nos lecteurs que la publication de tels docu- 
ments, et M. Bonnet doit en jouir tout le premier, car c'est faire des heureux 
que de dérouler de semblables archives. Nous lui sommes vivement reconnais- 
sants de son fraternel et actif concours, et, suivant le langage d'autrefois, nous 
l'en « remercions bien fort. » 

A M. le Président de la Sociélé de l'f/isfoire du. Protestantisme 
français. 

Clareos, 12 juillet IS.'iS. 

Monsieur, 

Vous avez inauguré le cours de vos publications par une belle lettre de 
Tliéodore de Bèze à Henri IV, devenue le point de départ d'une série de 
documents d'un haut intérêt toucliant l'abjuration de ce prince et la politi- 
que du parti réformé. 

Je voudrais attirer aujourdhui l'attention de vos lecteiu's sur une figure 
historique trop oubliée, (jui console l'âme des faiblesses de Henri IV, reniant 
tristement sa foi pour un trône. A côté de ce prince, personniHcation écla- 
tante de la grâce et de la légèreté française, les regards aiment à s'arrêter 
sur Catherine de Navarre, sa sœur, figure humble et douce, mêlée aux der- 
niers orages du XVI^ siècle, et qui sut allier dans une courte vie, aux talents 
les plus distingués, cette dignité morale sans laquelle il n'y a pas de véri- 
table grandeur (I). 

Née à Paris le 9 février L^oH , élevée par sa pieuse mère Jeanne d'Albret 
dans les croyances de la Réforme, qu'elle dut abjurer à la Saint-Harthélemy, 
Catherine de Bourbon recouvra sa foi avec sa liberté, partagea les vicissi- 
tudes de la fortune de son frère, déplora son abjuration, et demeura fidèle 
jusqu'à la mort au culte qu'il avait trahi. L^nie, le 31 janvier i;i99, par les 
calculs de la politique, au duc de Rar, lils du duc de Lorraine, elle déploya 
dans une cour catholique le plus noble caractère, et sut mériter le respect 
de princes qui professaient une autre foi, et qui ne se montrèrent pas tou- 
jours tolérants pour la sienne. 

(1) La vie de cette princesse a été l'objet d'une étude intéressante, intitulée ; 
Catherine de Navarre, histoire de la Réforme, 1520-1604, par Ernest Alby. 2 vol. 
in-8. Paris, ISliO. Voir le Semeur Au 24 octobre de la même année. 



LETTRES BT POESIES DE CATHERINE DE .NAVARRE. 141 

On devine, en lisant la correspondance de Catherine de INavarre, ce qu'elle 
dut souffrir dans cette cour des princes lorrains, ce qu'elle avait souffert 
déjà dans la cour de son propre frère. Ses lettres, et surtout ses poésies;, 
nous initient aux épreuves de sa destinée , à l'un de ces drames intimes de 
l'âme qui n'étaient pas rares au XVie siècle, et dans lesquels la foi, luttant 
contre les affections de la terre, sortait victorieuse du coml)at, mais non sans 
douleurs (i). 

Tel est, ce me semble, l'intérêt qui sattache aux documents inédits que 
je vous transmets, et que je dois à une gracieuse communication de M. le 
colonel Henri Troucliin , à Genève. Ce sont des lettres de Catlierine de Na- 
varre à Tliéodore de Bèze, écrites de 1598 à 1605; ce sont des fragments 
poétiques que l'on ne peut lire sans émotion. C'est que les vers de Catherine 
de Navarre ne sont pas un jeu stérile de l'esprit: ils sont nés dans l'afflic- 
tion et les larmes; ils nous apportent la révélation de luttes et de souffrances 
morales inséparables des siècles de foi, et dont les siècles de doute ne per- 
dent pas entièrement le secret. 

Les épreuves de la sœur de Henri IV ne devaient cesser qu'avec sa vie. — 
« J'ay esté infiniment édifié, é(;rivait son dernier ministre, de la piété, zèle 
et constance qui reluisent en ceste princesse, en ayant fait preuve suffisante 
dans sa dernière maladie, en laquelle elle s'est vue à la veille de la mort, au 
jugement du médecin et par sa propre confession, soustenue de la vertu 
d'en hault, et sentant en son âme l'arre de son adoption au nombre des 
eslus, de telle résolution que les plus contraires ont recomjnu et confessé 
qu'il y ovoit en elle une force céleste et une certitude surpassant toute 
opinion et raison 1mmaine{1)...^> Ce fut au milieu de Ces luttes, prolon- 
gées jusqu'à son dernier soupir, mais adoucies par les glorieuses certitudes 
de sa foi, que s'éteignit, le 13 février I60i, la noble sœur de Henri IV, la 
digne fille de Jeanne d'Albret. 

On ne lira pas, nous l'espérons, sans un pieux intérêt les documents (lui 
se rapportent aux dernières années de la vie de cette princesse. La voix du 
passé, que nous interrogeons dans l'histoire, n'est jamais plus digne d'être 
écoutée que lorsqu'elle nous apporte un témoignage consolant et un exemple. 

Veuillez agréer, 3Ionsieur, l'expression de mon affectueux dévouement. 

Jules Bonnet. 

(1) C'es^t la pensée si bien exprimée en ces beaux vers d'un cantique : 
« Prenant la croix pour arme et l'Agneau pour Sauveur, 
« Je triomphe à genoux , et sors de cette lutte 
« Vainqueur, mais tout meurtri, tout meurtri, mais vainqueur. » 

[Chants ctirétiens, 102.) 

(a) Le niinisire Yoiand à Théodore de 13èze. Collection Dupuy. Vol. 103. Lettre 
inédite du 20 mars 1603. 



142 LETTRES ET POESIES 

I. 
A llousieur de Besze. 

(Originale. Siguatuie autographe.) 

Monsieur de Besze, le désir que j'ay non-seulement de persévérer 
en la saincte congnoissance où j'ay esté eslevée dès mon bas aage en 
l'Eglise de Dieu, mais aussy que tous les gens de bien et fidèles de la 
dite Eglise sachent et s'asseurent qu'avec la grâce de Dieu je ne chan- 
geray jamais ceste belle résolution, j'ay bien voulu vous escrire mesme 
par une si bonne commodité comme à celuy que je tiens des plus an- 
ciens amis et serviteurs de nostre maison, et aux prières de qui je dé- 
sire me recommander, car je tiens qu'elles me prouffiteront en ce 
temps mesme où les efforts du monde ont le plus de a igueur pour tra- 
verser le repos de ceux qui craingnent Dieu. Vous debvez croire que 
j'en ay ma part à bon escient, et en tant de sortes que j'ay bien besom 
de l'assistance de l'esprit qui n'abandonne point ceux qui espèrent en 
luy. Parmy mes douleurs, je m'esbats quelquefois à parler à Dieu avec 
ma plume, non en vers si bien faits comme ceux qui font profession 
de longue main de bien escrire, mais chrestiennement pour ma con- 
solation, comme vous verrez par ceux que je vous envoyé pour en 
estrejuge et modérateur de ce qui s'y peult trouvera redire, vous 
priant de toute mon affection d'y passer librement la plume et me 
tesmoigner en cela ce que j'espère de vostre bonne amitié, et croire 
qu'en tout aultre endroict je vous rendray preuve de la mienne, avec 
autant de volonté que j'en ay à prier Dieu qu'il veuille. Monsieur de 
Besze, vous mainctenir sous sa saincte garde. De Fontambre, le 

26* jour de janvier 1598. Vostre bien affectionnée amye, 

Cathérinb» 

II. 
Sounets et stances faîcts par lladaïue. 

(Copie.) 

SONNET. 

Dieu tu as promis, par ta bonté divine, 
D'ayder aux affligés qui ont recours à toy. 
Mon cœur est plein d'ennuy, Père^ console-moy. 
Fay-moy sentir Teirect de ta faveur bénigne. 



DE CATHERINE DE NAVARRE. 143 

Je sçay que mes péchés appèlent ma ruine. 
Je sçay que tous les jours je transgresse ta loy. 
Que je ne te sers pas ainsi comme je doy. 
Que mon esprit mondain de pardon est indigne. 

Hélas! je recongnoy que je t'ay irrité. 

En cent et cent façons, dont j'ay bien mérité 

Ce rude chastiment pour punir mon offense. 

Mon péché me desplaist; pardonne-moy, Seigneur, 
Regarde à ta promesse et non à mon erreur. 
J'espère en ta bonté, non en mon innocence. 

AUTRE SONNET. 

Dieu qui daignes garder dans tes sacrés vaisseaux 
Les tièdes pleurs de ceux que tu congnois tidelles. 
Et qui les garentis des mains les plus cruelles. 
De ceux qui pour ton nom leur trament mille maux. 
De ton œil de pitié regarde mes travaux. 

Donne quelque relasche à mes peines mortelles. 
Puisqu'il te plaist. Seigneur, que je les souffre telles. 
Donne force à mon cœur contre tous ces assaux. 
Et que les pleurs, les cris, les soupirs que mon âme 
Enfante en sa douleur croissent plus fort ta flamme. 

Que ton zèle non feinct allumé dedans moy. 
Chasse les vanités de ma prompte jeunesse. 
Et par ton Sainct Esprit instruy-moy en adresse. 
Afin que pour jamais je chemine en ta loy. 

AUTRE SONNET. 

Père doulx et bénin qui congnois toutes choses, 
A mes yeux pleins de pleurs ne ferme pas tes yeux. 
Regarde mes ennuis du plus haut de tes cieux. 
Et à mes tristes crix n'ayes l'oreille close. 

Dieu sur ta bonté du tout je me repose. 
D'un cœur humilié je t'adresse mes vœux. 
Fais-moy, ô Tout-Puissaut, vouloir ce que tu veux. 
Et que ta saincte loy pour but je me propose. 



144 LETTRES ET POESIES 

Veuilles donc^ Eternel, de mon àme arracher 
Toutes les passions qui te pourroient fascher; 
Renge tous mes désirs soubs ta volonté saincte. 

Que les pleisirs mondains ne puissent rien sur moy. 
Les biens ny les grandeurs n'esbranlent point ma foy. 
Mais que mon plus cher soin soit de vivre en ta crainte. 



Dieu, je n'en puis plus, la douleur qui m'accable 
Me fait crier à toy, sois-moy donc secoiirable. 
Modère, s'il te plaist, la douleur que je sens. 
Arrache de mes os ceste fièvre cruelle 
Dont l'ardente chaleur dessèche ma moelle. 
Et par des songes vains esgare tous mes sens. 

Mille tristes peasers \iennent tous à l'envie 
Essayer de troubler ma faible fantasie. 
Le triste désespoir chemine avecques eux, 
Et tout ce que mon mal de mémoire me laisse 
Ne sert que d'augmenter la douleur qui me presse. 
Rendant mes maux passés présens devant mes yeux. 

Mes yeux sont obscurcis, ma couleur est ternie. 
Sur ma bouche on ne voit nulle couleur de vie. 

Mes cheveux ont perdu leur lustre et leur splendeur. 
Quelquesfois, mais en vain, de parler je m'essaye 
Pour te dire mon mal, mais ma langue s'égaye. 
Et ne peut prononcer un mot de ma douleur. 

D'esprit donc et de cœur à toi, Père, je crie. 
Qui tiens entre tes mains et la mort et la vie, 
Qui donnes la santé, qui donnes les douleurs. 
S'il te plaist, ô Seigneur, que la mort me délivre 
Des maux que je ressens, je suis preste à te suivre. 
Mais si tu ne le veux, oste-moy ces douleurs. 

Ha! je congnoy desjà (jue mon Dieu m'a ouye. 
Je sens que ma douleur est un peu allentie. 



DE CATHERINE DE NAVARRE. 145 

Le feu qui me brusloit modère son ardeur. 
Unique médecin parachève ton œuvre; 
Fay que dans peu de jours ma santé je recœuvre; 
Lors sans fin d'un tel bien te loueray, Seigueur. 

AUTRES STANCES. 

Pardonne-moy, Seigneur, tout sainct, tout débonnaire. 
Si j'ay par trop cédé à des mondains appâts. 
Hélas ! je fay le mal lequel je ne veux pas. 
Et ne fay pas le bien que je désire faire (1). 

Mon esprit trop bouillant guidé par ma jeunesse. 

S'est laissé emporter après la vanité. 

Au lieu de s'eslever vers ta Divinité, 

Et admirer les faicts de ta grande sagesse. 

Ma langue qui debvoit publier ta puissance. 
Et l'honneur que de toy je reçoy tous les jours, 
Est bègue, quand il faut entrer en ces discours. 
Et prompte et babillarde après la médisance. 

Mon oreille. Seigneur, n'est-elle pas coulpable. 
Qui debvoit escouter ta saincte vérité 
Et y prendre plaisir, tant ingrate a esté. 
Tarde à ouyr ta loy, et ouverte à la fable? 

Que diray-je, mon Dieu, de mes yeu.\ inlidelles. 
Qui au heu de jetter leur regard dans les cieux. 
D'où leur vient leur salut, aveuglés aiment mieux 
Les arrester icy sur des beautés mortelles? 

{l) On reconnait ici le verset de saint Paul (Ep. aux Rom., ch. VIII, v. 15), que 
Racine a traduit ainsi dans ses « Plaintes d'un chrétien sur les contrariétés qu'il 
« éprouve au dedans de lui-même» : 

« Hl'1;is! en guerre avec moi-uiéme, 
« Où pourrai -je trouver la paix? 
« Je veux et n'accomplis jamais. 
« Je veux; mais (6 misère extrême! ) 
« Je ne fuis pas le bien que j'aime, 
« El je fais le mal que je huis. » 
On a souvent cité les célèbres hémistiches d'Ovide qui rendent exactement la 
même pensée : 

« Video meliora proboque, 
« Détériora sequor. » 

II) 



146 LETTRES ET POESIES 

Mes mains ne font pas mieux s'amusans à escrirC;, 
Au lieu de ta louange un discours inventé. 
Lorsque joinctes debvoient prier ta Majesté 
D'approcher ta pitié et reculer ton ire. 

Alors qu'il faut aller escouter ta parole. 
Mes pieds sont engourdis et vont le petit pas; 
Mais s'il faut aller veoir quelques mondains esbats. 
Au lieu de cheminer, il semble que je vole. 

Mon cœur est endormi en sa vaine pensée, 
Et ne médite pas au bien que tu luy fais; 
Il les met en oubli ; mais où sont les parfaicts 
De qui ta Majesté n'ait esté offensée? 

Mais reçoy-moy, Seigneur, d'un œil doux et propice. 
Puisque je recongnoy mes péchés devant toy. 
Regarde à ton cher Fils sacrifié pour moy. 
Qui prenant n\es péchés, me vest de sa justice. 

III. 

A Mailame sœur tSii ISoy. 

(Minute originale, corrigée de la main de Théodore de Bèze.) 

Madame, 
Si les lettres desquelles il vous a pieu m'honorer, et qu'on n'a point 
voulu exposer au hasard des chemins, m'eussent esté plus tost ren- 
dues, à Dieu ne plaise que j'eusse esté si tardif à vous en faire la deue 
recongnoissance. C'est ce que je fais maintenant rendant grâces à Dieu 
(comme font aussy avec moy toutes les Eglises de ces quartiers et de 
beaucou[) plus loin) de ceste tant grande et spéciale grâce qu'il vous 
a faite parmy ceste tant rude tempeste qui en a tant al)batu de ceux 
mesmes qu'on pensoit estre des plus fermes, que Dieu a ueille relever, 
et tant esbranlé d'autres, que Dieu vueille bien raffermir; grcàce d'au- 
tant plus précieuse qu'elle nous mène plus hault que tout ce qu'on 
sçauroit ni avoir ni souhaiter en ce monde, et d'autant plus admirable 
qu'elle est plus rare, surtout entre ceux qui estans nés ou devenus 
grands icy-bas, le plus souvent s'arrestent tellement à ce qui leuv est 
donné, qu'ils en oublient le droict usage et le donneur. Loue soit donc- 
(pies infiniment ce grand Dieu vivant qui vous a si puissamment sous- 



DE CATHERINE DE NAVARRE. 147 

tenue en tels et si longs assaux^ esquels nul ne peut ignorer que n'ayez 
esté et ne soyez encores très asprement combattue à droicte et à gau- 
che, et au dehors et au dedans. Que reste-t-il plus doncques, sinon 
qu'ayant si bien commencé et tant avancé, vous espériez, en ce qui 
vous reste de combats, en celuy qui ne laisse jamais son œuvre im- 
parfaict, ne pouvant ni sa puissance diminuer, ni sa volonté aucune- 
ment changer. Et si estant entrée si jeune et si foible en ceste lice, 
vous vous estes portée par la grâce d'iceluy tant courageusement, que 
pouvons-nous espérer pour l'avenir estant devenue si guerrière? Con- 
tinuez donc. Madame, par Ici force de l'Eternel en ceste saincte réso- 
lution, et pour cest effect voiez son contentement et ce que je vous en 
puis dire, c'est que puisque nostre bon Dieu et père en vous délivrant 
de ce nialheureux apostat, en la personne duquel l'ennemy de nostre 
salut et l'autheur de tous scandales vous avoit assaillie de si près, vous 
pourvoit maintenant de tels personnages d'eslite auxquels ne défault 
la science ni l'instruction nécessaire ni la diligence, vous assister de 
tous enseignemens nécessaires, ne vous défaillant aussi l'expérience 
de toutes sortes d'exemples par lesquels dès le berceau, par manière 
de dire, vous avez passé, vous soiez de plus en plus soingneuse de 
donner bonne audience à tous bons conseils et exhortations ordinaires 
et extraordinaires des serviteurs de Dieu pour vostre salut, avec prières 
assiduelles en toutes vos actions, ce que vous enseignera et dictera 
vostre conscience tant bien instruicte en ce qui plaist ou desplaist à 
Dieu, et tenant ce chemin parmy tous destroicts sans fleschir à droicte 
ou à gauche, ne doutez nullement qu'autant de combats qui vous se- 
ront dressés, et auxquels vous vous devez infailliblement préparer, ne 
soyent autant de victoires dont les anges desjà s'csjouissent là-haut, 
et auxquelles toutes les vrayes Eglises d'icy-bas près et loin s'atten- 
dent, vous pouvant asseurer que maintenant elles ont leur esprit tendu 
sur vous en ce hault théâtre auquel Dieu vous a eslevé pour reluyre 
tant plus loin, rendans grâces à Dieu du passé, et le prians incessam- 
ment pour vostre persévérance à l'advenir. 

Au reste. Madame, quant à ce tant grand honneur que vous me 
laites, ne daignant pas seulement vous souvenir de moy, mais m'ho- 
norer de vos lettres tant bénignes, que vous puis-je offrir, sinon et la 
personne et tout ce qui gist en un si petit et bas serviteur. Tant s'en 
fault qu'il veuille défaillir en ce que requérez de luy, et qui vous est 
naturellement deu par luy, à savoir ses prières ardentes et continuel- 



4 4g LKTTRES ET POESIES 

les envers Dieu, qui vous sont desjà et seront tant qu'il vivra comme 
vouées et dédiées, autant et de très bon cueur en présente de tout cest 
Estât, Eglise et escole qui se recommandent très humblement à vostre 
souvenance pour les aider envers Sa Majesté, la bienveillance de la- 
quelle, après Dieu, est leur espérance d'icy-bas en leurs très grandes 
difficultés. Et quant à ceste prétieuse poésie de laquelle il vous a 
pieu aussi m'honorer, jusques à m'en déférer le jugement, quoique 
j'en soye du tout incapable, je vous diray franchement. Madame, et 
sans flatterie, y adjoignant mesme l'advis de tous ceux auxquels je l'ay 
communiquée, qu'ainsi que d'un costé ce nous est un incroyable plai- 
sir de voir rené et resuscité en vous ce beau don que Dieu avoit départi 
desjà aux deux Koines de très haute et très prétieuse mémoire, vos 
ayeule et mère (1), aussi lisant et relisant vos beaux vers, j'en ay receu 
un très grand contentement, et quant au subject qui tesmoigne de 
quel esprit cela vous a esté dicté, et quant aux mots et manières de 
parler correspondantes à la matière, sans estre fardées n'y enflées, et 
quant à la suitte et liaison de tout le discours. Ce néantmoins je vous 
diray aussy rondement ce bien peu que j'y ay remarqué, selon nostre 
petit jugement. Premièrement donc le dernier vers du troisième son- 
net me semble un peu rude, et se pouvoir addoucir si, au lieu de mats 
que mon plus cher soin, vous escrivez mais que mon soin plus clier. Au 
dernier vers de la quatrième des premières stances en ces mots : Mais 
si tu ne le veux pas, je croy ce mot de pas y a esté adjousté par la 
faulte de celuy qui l'a transcript, n'y estant nécessaire, et allongeant 
le vers d'une syllabe superflue. Tiercement au premier quadrain des 
secondes stances, je trouveroy meilleur d'escrire : Et ne foy pas le 
bien que je voudroi/ bien faire. Et au dernier du quatriesme quadram 
au(iuel ourr est fait monosyllabe, contre l'usage de la langue qui le 
fait tousjours dissyllabe, au lieu de Sou7^de à ouyr ta parole, j'aimeroy 
mieux dire Trop sourde à ta jjarole. 

Voilà, Madame, ce que j'ay pu observer en ceste vostre poésie, en 
l'exercice de laquelle si vous continuez, vostre esprit en recevra con- 

(1) Marguerite de Valois, ?œur do François 1", et Jeanne d'Albrct, sa fille, 
reines de Navarre. Les talents poétiques de Marguerite boni connus; ceux de 
Jeanne d'Albret le sont moins. Le Laboureur rapporte, en ses Mémoii'cs, le qna.- 
train suivant, qu'elle improvisa, en 1566, dans une visite à limprimerie des 
Estienne : 

a Art singulier, dMcy aux derniers ans, 
« Représentez aux enfants de ma race, 
« Que jav suivi des craigiians-D;ou la trace, 
(( Afin qu'ils soient les mesmos pas snivans. » 



DE CATHERINE DE NAVARRE. 149 

solatioii, s'eslevant par manière de dire plus haut et plus dévotieuse- 
ment vers le ciel par une telle manière d'escrire qui a cela de sou 
naturel; et oultre cela vous ouvrirez l'esprit et la bouche <le ceux 
auxquels vous en ferez part pour estre édifiés et esmeus à prier Dieu 
pour vous et avecques vous, au lieu que de piéça et encores aujour- 
d'huy ce tant précieux don est si vilainement pollué et profané. Et 
pour ce que peult-estre. Madame, vous attendez quelque chose de 
moy correspondante à ce tant précieux thrésor duquel vous m'avez 
honoré, il me desplaît grandement que la disposition de mon esprit 
auquel il ne re>>te que bien peu de la veyne qui ne fut jamais guières 
abondante, ni de ma santé grandement affaiblie depuis peu de temps, 
ne me permet aucunement d'estre regardé de vos yeux. Ce néant- 
moins pour ce qu'encores m'avient-il quelquefois de parler à mon Dieu 
en ceste manière d'escriie, selon la mesure qu'il m'en reste, j'ay ad- 
joint icy, Madame, un petit discours qui vous tesmoignera tellement 
quellement quelles sont maintenant toutes mes pensées, en attendant 
que je puisse bien tost arriver à ce port tant désiré, priant l'Éternel 
qu'il luy plaise parachever son œuvre en vous, comme en son instru- 
ment d'eslite, pour faire reluire sa force souveraine et sa clémence in- 
finie tant en vous qu'en toute son Eghse, par vostre très rare et très 
précieux exemple, à sa gloire, à vostre salut, et au soulagement de 
tous les siens. (1598.) 

IV. 
A SIoii$iieur de Besze (!)• 

(Copie.) 

Monsieur de Besze, ayant trouvé la commodité de ce porteur, je 
ne l'ay voulu laisser passer sans vous mander des nouvelles de ma 
santé qui est bonne grâces à Dieu. Pour celle de la conscience elle est 
tousjours semblable, faisant profession de la mesme religion, en la- 
quelle j'ay esté nourrie dès le berceau, si ce n'est avec la mesme li- 
berté que je faisois à Paris, pour le moins est-ce avec la résolution 
toute pareille d'y vivre et mourir, moyennant la grâce de Dieu , ce 
que je vous prie croire, et en asseurer les gens de bien. Au reste, je 
suis la plus contente et heureuse du monde de vivre parmi ces princes 

Cl) Cette lettre a été publiée par Bretschneider, d'après une copie conservée à 
Gotha. Elle est comprise dans le recueil intitulé : Johannis Ca/vini, T/iPod. liezœ, 
aliûfuoique i/lius /Pli hnuiiniun Lifterw, Iu-8. I.oipsig', 1815. 



150 LETTRES ET POÛSÏES 

qui m'honorent extrêmement quelque constance qu'ils voyent en nioy 
de persévérer en la religion. En quoy je vous prie m'assister de vos 
sainctes prières, comme de ma part je supplie le Créateur qu'il vous 
donne, monsieur de Besze, santé heureuse et longue vie. De Nancy ie 
23 de juillet 1599. Vostre affectionnée et bonne amye 

Catherine. 

V. 
A Madaïue «iœur du Iloy. 

(Copie.) 

Madame, "Vostre excellence me fera cest honneur de croire, s'il luy 
plaist, que selon mon devoir, je la porte en continuelle souvenance 
devant la face du Seigneur nostre bon Dieu et père, luy rendant grâces 
de ce qu'il luy plaist faii-e ceste faveur à la France , ou plus tost à 
toute la vraye Eglise Catholique et près et loin, de voir en vostre per- 
sonne un si remarquable exemple de piété , tesmoingnée d'un si vray 
zèle de sa gloire, avec toute occasion d'espérer qu'il parachèvera son 
œuvre, si heureusement commencé et avancé en vous. Si est-ce que 
ce m'a esté un comme infiny plaisir d'entendre par la vostre du 23 du 
passé, de laquelle il a pieu à V. E. m'honorer, les très heureuses nou- 
velles tant en général de vostre heureux estât, comme spécialement 
ceste tant remarquable constance, continuée ou plus tost accrue jus- 
ques icy par la grande faveur d'iceluy. Ce qu'avant entendu je n'ay 
failly de faire part d'une si heureuse nouvelle, non-seulement à toutes 
les Eglises de ces quartiers, de Suisse et du pays des Grisons, mais 
aussy jusques aux plus loingtaines, lesquelles j'ose m'asseurer en au- 
ront receu très grand contentement, ce qui les esmouvra sans double 
à redoubler les prières assiduellcs euvei's le Seigneur, pour vostre 
prospérité, à ce que de plus en plus on congnoissc par tous remar- 
quables effects , que le Seigneur par sa saincte grâce vous a eslevé 
entr<^ toutes les princesses du monde, pour estre son instrument d'é- 
lite pour l'advancement de sa gloire en la très illustre maison quil luy 
a pieu honorer de vostre présence. Il reste donc maintenant. Madame, 
qu'après telles et si bonnes espreuves de sa grande faveur spéciale 
envers vous, et vous voyant assister des prières très ardentes de tant 
de milliers de personnes, vous preniez aussy courage de plus en plus, 
pour estre des premières entre ceux que l'Apostro appelle flambeaux 
resplendissans au monde (Phil. 11, 15), et semblable à ces heureuses 



DE CATItERllNF. DE NAVARRE. iM 

vierges attendans devant de l'époux pour estre receues aux nopces 
devant que la porte soit close. (Mattli. XXV, 10). Au reste. Madame, 
estans les affaires de la Religion en telle incertitude , et entr'aultres 
cest estât avant besoing aultaut et peult-estre plus que jamais d'estre 
assisté des prières et de la faveur de tous ceux qui aiment vrayement 
le Seigneur et sa saincte vérité, et ne doubtant point que V. E. ne 
nous ait desjà en sa souvenance, je prendray la hardiesse de supplier 
V. E. de n'espargner pour nous en toutes occurrences sa faveur et 
crédit envers S. M. , desjà de sa grâce très bien affectionné envers 
nous, mais ayant besoin parmy tant de difficultés d'estre quelquefois 
advertie de penser et de pourveoir à ses vrayement très petits voy- 
sins, mais tant affectionnés à S. M., que j'ose bien luy en souhailter 
plusieurs d'aussy pure et sincère volonté^ qui sera l'endroict. 

Madame, auquel après avoir offert à V. E. tout très Iiumble service, 
je supplierayle Tout-Puissant et tout bon et nostre unique Sauheur, 
qu'il luy plaise par sa très grande et spéciale clémence conserver et 
bénir de plus en plus en tout et partout V. É. en toute prospérité, 
avec multiplication de ses plus grandes bénédictions. De Genève , ce 
21 d^aoust, ancien stile, 1 599. 

VI. 
A llonsieur de Besze. 

(Origin^ile. Signature autographe.) 

Monsieur de Besze, il y a quelque temps que l'on me donna advis 
de demander au Roy mon seigneur et frère quelques pierreries qui 
avoient esté baillées par Sa Majesté à feu monsieur de Clairvaut pour 
engager à Genève, lesquelles ont esté du depuis dégaigées et mises en 
vos mains pour les garder (1). Je n'en ay pas voulu parler auparavant 
vous en avoir adverty et prié bien fort, ainsy que je fais par ceste-cy, 
de me mander ce qui en est, afin que je m'y gouverne suivant vostre 
advis. J'ay esté bien aise de trouver la commodité de ceste honneste 
femme, veusve du feu Du Val Guiaut, l'ung de mes varlets de cham- 
bre qui s'en va par delà. Je luy ay donné charge de vous rendre celle- 

(1) Rapprocher ce détail des renscigneirients que nous avait déjà donnés sur 
sur ce point M. E. de Fréville {Bull., t. I, p. 330). A cette occasion, il rendait 
au caractère de Catherine de Navarre le témoignage qui lui est si bien dû et 
nous promettait une communication qui, pour être devancée par celle de M. J. Bon- 
net, n'en sera que plus vivement désirée. 



1a2 LETTRES ET POÉSIES 

cy, et en retirer response de vous pour me la porter, ou me la faire 
tenir seuremeiit. Je vous en prie de rechef, et de croire que ce m'est 
ung grand contentement d'entendre souvent de vos bonnes nouvelles. 
J'ay eu, depuis que je suis en ce pays, beaucoup de sensations et 
d'assaultz, mais Dieu m'a tousjours d'aultant plus fortifiée. J'espère 
qu'il me fera la grâce de parachever ma course pour sa gloire et pour 
mon salut. Je l'en supplie, et me recommande à vos bonnes prières, 
et à celles de l'Eglise, priant Dieu, monsieur de Besze, vous avoir en 
sa saincte garde. De Nancy, ce 15 d'octobre 1599. 

Yostie bien alfectionnée amye 
Catherine. 

VII. 
Ail luêiue. 

(Originale. Sigoature autographe.) 

Monsieur de Besze, j'ai receu vostre lettre du XVI^e de janvier par 
laquelle vous me mandez (jue vous ne faisiez que de recevoir une des 
miennes du 15 octobre de l'an passé, et que vous aviez satisfaict au 
subject d'icelle pour une autre occasion, m'ayant escrit et envoyé des 
mémoires fort amples sur son subject auparavant que seavoir mon 
intention. Je vous diray là-dessus que je trouve bien estrange que celle 
qui s'estoit chargée de ma dicte lettre ne la vous ait rendue ou fait 
tenir plustost, et pour le regard de vostre précédente et des mé- 
moires, je ne les ay point receuz, de sorte que je demeure aussy peu 
informée de cest affaire qu'auparavant, qui me fait vous prier bien 
fort de me mander, à la première occasion, ce que vous avez es mains, 
et comment on le pourra obtenir du Roy, moyennant la descharge 
que vous désirez bonne et valable. Et ne doublez pas que je ne m'y 
emploie plus pour vostre contentement que pour le mien particulier. 
J'ay esté fort aise d'entendre de vos bonnes nouvelles par vostre lettre 
et par ce porteur. Je prie Dieu de tout mon cœur qu'elles continuent 
longuement de bien en mieux , et vous ])rie d'avoir tousjours souve- 
nance de moy en vos bonnes prières. J'ay esté jusques icy beaucoup 
assaillie et en diverses façons, mais Dieu m'a fait la grâce de résister 
et de surmonter toutes les difficultés qui se sont présentées, et j'espère 
que par la mesme grâce, j'acheveray le cours de ceste vie en la pro- 
fession et service de vray Dieu et de sa vrayc Religion, lequel je sup- 



DE CATHERINE DE NAVARKE. 153 

plie^ monsieur de Besze, vous avoir en sa saincte protection et sauve- 
garde. De Nancy, ce '20'n« de l'ebvrier 1600. C'est 

Vostre affectionnée amye 
Catherine. 

VIII. 
Au même. 

(Originale. Signature et post-scriptum autographes.) 

Monsieur de Besze, je voul remercie bien fort de la bonne souve- 
nance que vous avez de moy, et des sainctes admonitions que vous me 
donnez par vos lettres^ mesme par la dernière que vous m'avez escrite. 
Je vous prie de continuer quand les occasions s'en offriront, car oultre 
l'obligation et consolation que m'apportent vos lettres, je suis fort aise 
d'entendre souvent de vos bonnes nouvelles. Quant aux miennes, elles 
seroient assez bonnes, grâces à Dieu, si ce n'estoit que la trop longue 
absence de monsieur mon mary me cause \mg ennuy presqu'insup- 
portable. En ceste affliction j'ay recours à Dieu qui me fournit de la 
constance pour la supporter, non pas toutes fois sans beaucoup de res- 
santimentde ma trop juste douleur. Par sa saincte grâce j'ay surmonté 
jusqu'icy beaucoup de difficultés. J'espère qu'il ne m'abandonnera 
point, mais qu'en me conduisant tousjours par sa bonté, il me fera para- 
chever ceste course au milieu de son Eglise à son honneur et gloire et 
à mon salut. Je l'en supplie continuellement, et vous prie bien fort de 
joindre tousjours pour cet effect vos bonnes prières aux miennes, et 
croire que je suis tousjours fort désireuse de vostre bien et contante- 
ment, lequel je prie Dieu vouloir accroistre en toutes sortes, et vous 
donner, monsieur de Besze, en parfaicte santé une très longue vie. 
De Bar le Duc, le 24* jour de septembre 1600. C'est 

Vostre bien affectionnée amye 

Catherine. 

Je me recommande tousjours à vos prières, car j'ay bien besoin de 
l'assistance de Dieu en mes ennuis. Je viens présantemant de commu- 
nyquer à la sainte Cène. Dieu me face la grâce de le bien servir, jus- 
ques au dernier soupir de ma vie. 



b 



154 LETTRES lîT POFSIF.S PR r.\THrRINTt; HE NAVARHt 

IX. 
Ati même. 

(Copie.) 

Monsieur de Besze^ vous me faictes beaucoup de plaisir de me dé- 
partir continuellement vos bonnes et saiiites exhortations. Je vous en 
remercie de bien boii cœur, et vous prie bien fort de croire qu'elles me 
sont fort utiles et profitables^, et qu'outre la consolation que j'en reçoy, 
j'ay beaucoup de contentement à considérer vostre sainct zèle et cou- 
rage au service de Dieu , et vostre affectionnée volonté envers moy, 
laquelle je vous prie de me continuer. J'ay tant importuné mon Dieu 
de mes prières qu'enfin il m'a ramené monsieur mon mary sain et gail- 
lard;, dont je le loue et le remercie de tout mon cœur. Monsieur mon 
mary me prornet tout bon traictenient, et m'asseure fort en sa parolle 
car il est prince de très bonne foy, et croy cecy pour certain que les 
prières des gens de bien m'ayderont tousjours, comme elles ont fait, 
à obtenir de Dieu tout ce qui me sera nécessaire. Je me recommande 
aux vostres, et vous prie de ne m'y oublier point. J'escris à messieurs 
de vostre seigneurie, et les prie de m'assister de l'ung de leurs pasteurs 
pour me venir trouver au commancement du moys de mars prochain , 
et vous prie aussy de les induyre à cela, ce que je m'asseure que vous 
ferez, et en ceste créance, je finiray celle-cy, priant Dieu, monsieur de 
Besze, qu'd vous ayt en sa saincte garde. De Nancy, le 15** jour de 
décembre 1600. C'est Vostre affectionnée amye 

Catherine. 

X. 
Au même. 

(Origiuale. Signature autogiaphe.) 

Monsieur de Besze, j'ay receu beaucoup de plaisir d'entendre de vos 
bonnes nouvelles par la lettre que vous m'avez escrite, et de consola- 
tion de me voir tousjours conservée au souvenir de vos bonnes prières. 
Continuez, je vous prie, à m'escrire et prier Dieu pour moy. Je sçay 
que les prières des gens de bien ont beaucoup d'efficace devant luy. 
J'en ressens ordinairement les effects dont les obligations croissent, et 
le subject de le louer. Je suis icy. Dieu merey, avec tout le repos que 
je sçaurois désirer, attendant la jouissance d'un bien que les médecins 



LES ANCIENNES ACADEMIES PROTESTANTES. \r>Vt 

et les apareiices, mais plus la bonté de Dieu me promettent , c'est la 
venue d'un enfant dont lesdits médecins m'asseurent que je suis en- 
ceinte. S'il a pieu à Dieu me faire ceste grâce, j'espère qu'il parachè- 
vera. Je vous ay bien voulu mander ceste nouvelle, affin que comme 
l'un de mes bons amys vous participiez à ma joye, et m'aidiez de vos 
prières. Au demeurant je vous prie de me recommander à vos confrères, 
et les asseurez de mon affection envers eux, et de ma résolution en la 
profession de la vérité. En ceste volonté je finis celle-cy priant Dieu 
qu'il luy plaise vous avoir, monsieur de Besze, en sa saincte protection 
et sauvegarde. De Nancy, le vi« de décembre 1603. C'est 

Votre affectionnée amye, 
Catherine. 

Au dos : A Monsieur de Besze, ministre de la parolle de Dieu en 
l'Eelise deGenesve. 



LES ANCIENNES ACADÉilES PROTESTAf^TES. 

(Suite de la Notice de M. le prof. Mich. Nicolas sur les Académiet proteitantes en France avant 
la révocation de l'Edit de Nanles.) 

Nous avons reçu, mais tardivement, quelques lignes plus précises que l'auteur 
désirait substituer au passage de la première partie concernant l'Académie d'Oc- 
thez (p. 48, 1. 5), d'après des renseignements qu'il venait d'obtenir de M. le pas- 
teur Lourde-Roclieblave [Bull., t. 1, p. 302). Les voici : 

La fondation de l'Académie du Béarn précéda celle de toutes les autres. 
Elle fut instituée à Orthez en 1566, par Jeanne d'Alliret. .Mais son existence 
fut souvent interrompue par des suspensions plus ou moins longues, et elle 
fut détinitivement détruite en 1620. Ainsi elle avait disparu au moment où 
le mouvement théologique prit dans les Académies françaises son plus grand 
développement, et les théologiens qui y enseignèrent n'eurent à lutter que 
contre l'Eglise catholique. Celle de Sedan mérite bien plus de fixer l'attention. 



II. OkGANISATION DES ACADEMIES PROTESTANTES EN FRANCE, 

Les académies protestantes existaient depuis assez longtemps, ré- 
gies chacune par des règlements particuliers, quand, au synode natio- 
nal tenu à Gap en 1603, on sentit la convenance de les soumettre à 
un régime uniforme. On chargea, en conséquence, une commission. 



456 LES ANCIENNES ACADEMIES PROTESTANTES. 

composée de Soiiis, Bcraud, (iiraud^ Ferrier et Chauiiei", de préparer 
un projet de règlement. Il paraît que cette commission ne rem})lit pas 
le mandat qui lui avait été confié; du moins il n'est parlé de leur tra- 
vail dans aucun des synodes nationaux suivants, et à celui qui fut 
tenu à Privas en 1612, on reprit ce sujet, et on ordonna aux conseils 
académiques de dresser un modèle de règlement des exercices acadé- 
miques et de la conduite des académies, chacun selon qu'il le juge- 
rait plus expédient, et de l'apporter au prochain synode national, où 
l'on ferait sur ces mémoires et ces projets un règlement général. En 
effet, au synode suivant, tenu àTonneins en 161V, les règlements 
laits pour les académies furent lus et approuvés, et les synodes, pro- 
vinciaux, les colloques, les consistoires et les conseils académiques 
furent exhortés de veiller à leur observation. Six ans plus tard, il en 
fut fait une révision complète au synode national d'Alais. 

D'après ces règlements, chaque académie était placée sous la direc- 
tion de deux conseils, l'un appelé ordinaire, présidé par le recteur et 
composé des pasteurs de la ville, des professeurs publics (1) et du ré- 
gent de la première classe du collège; l'autre désigné sous le nom 
d'extraordinaire, et composé des pasteurs, des professeurs publics et 
de quelques-uns des princijjaux membres de l'Eglise, nommés par le 
conseil de la ville là où l'autorité municipale était entre les mains 
d'hommes faisant profession de la la religion réformée, et par le con- 
sistoire là où les protestants ne formaient pas la majorité et étaient 
plus ou moins opprimés (2). Ce dernier conseil nommait lui-même son 
président. Le premier formait ce que nous appellerions aujourd'hui la 
section permanente, et s'occupait des affaires courantes. L'autre, qui 
n'était convoqué que dans des circonstances graves et sur la demande 
du conseil ordinaire, avait pour attributions : 1° d'élire les régents des 
collèges et de proposer au synode provincial les professeurs publics; 
2° de censurer et de suspendre les uns et les autres, de déposer les ré- 
gents et de proposer au synode la suspension des professeurs publics, 
et 3" d'administrer les subsides accordés par les synodes nationaux 
pour l'entretien de l'académie. Le recteur était élu par le conseil 

(1) Les professeurs des académies étaient appelés professeurs publics, tandis 
que les maîtres des collèges n'avaient que le litre de régents. 

(2) Le synode national tenu à Saint-Maixeat en 1609 avait arrêté que les 
conseils académiques ne seraient composés que de pasteurs et d'anciens, à la no- 
mination du synode provincial. Cette disposition fut changée par le synode natio- 
nal d'Alais et remplacée par celle que nous rapportons. 



I 



LES ANCIENNES ACADEMIES l'KOTESTANÏES. 157 

extraordinaire parmi les professeurs publics et les pasteurs; il était 
nomme pour un an au moins, et il était rééligible. 

Chaque école de théologie avait deux professeurs de théologie, dont 
un exposait ce qu'on appelait alors les loci communes (dogmatique) et 
l'autre expliquait l'Ecriture sainte (1), un professeur d'hébreu, deux 
professeurs de philosophie et un professeur de langue grecque. Ces six 
professeurs formaient deux divisions : l'une, composée des deux pro- 
fesseurs de théologie et de celui d'hébreu, comprenait l'enseignement 
proprement dit de la théologie; le cours d'étude y était de trois ans; 
l'autre, composée des deux professeurs de philosophie et du professeur 
de grec, était comme une faculté des lettres, dans laquelle on se pré- 
parait pendant deux ans aux études théologiques. Les élèves ne pas- 
saient d'une division dans l'autre qu'après avoir subi un examen cpii 
leur valait le titre de maître es arts, et dans les certificats qu'on leur 
délivrait à leur sortie de l'académie, il était fait mention non-seule- 
ment de leurs progrès en théologie, mais encore de leurs connaissances 
en philosophie et en belles-lettres. 

En 1623, le synode national tenu à Charenton, considérant la pau- 
vreté des Eglises et la nécessité d'une stricte économie dans la distri- 
bution des deniers accordés par la loi, supprima les chaires de langue 
grecque, comme étant de peu d'utilité. On ne fut pas longtemps sans 
revenir de cette erreur Trois ans après, le synode national tenu à 
Castres reconnut la nécessité de l'étude approfondie d'une langue dont 
la connaissance est indispensable pour l'intelligence du Nouveau Tes- 
tament et des Pères de l'Eglise d'Orient. On décida, en conséquence, 
de rétablir son enseignement dans les académies, et, pour le rattacher 
de plus près aux études théologiques, on recommanda aux professeurs 
d'expliquer à leurs élèves les traités les plus élégants des Pères. Mais 
comme les ressources financières étaient loin d'avoir augmenté, il fut 
impossible de donner suite à cette décision, et l'enseignement de la 
langue grecque resta supprimé de fait. Il ne fut rétabli momentané- 
ment que là où quelque protestant pieux et savant s'offrit volontaire- 
ment pour le donner sans rétribution; c'est ce qui eut lieu, par 
exemple, en 16i5, àSaumur, où un gentilhomme, dont on ne rap- 

(1) Au synode national d'Alais, on décida quo, si Ton i ion vait pourvoir à l'en- 
tretien de trois profcsseur» de tliéologie, rexplicalioii do rtlcrituro sainte serait 
répartie entre deux a'enlreeux, dont l'un s'occuiierait de rAucii'ii Testament et 
Tautre du Nouveau. Ce vœu ne fut jamais réalisé; les académies Unirent au con- 
traire par n'avoir qu'un seul professeur de théologie. 



15JÇ LES ANCIENNES ACADEMIES PROTESTAISTES. 

porte pas le nom, proposa d'enseigner cette langue sans qu'il en coûtât 
rien aux Eglises. Cependant, pour remplir autant que possible cette 
regrettable lacune dans le cours des études, on ordonna aux régents de 
première et de seconde dans les collèges d'apporter le plus grand soin 
à l'enseignement du grec. 

Le mode de nomination des professeurs varia quelque peu , selon les 
circonstances. D'après la discipline des Eglises réformées de France, 
le synode de la province où se trouvait l'académie à pourvoir désignait 
les candidats à la chaire vacante. Le synode national tenu à Charen- 
ton en 1631 ajouta que ce serait sur la présentation du conseil ex- 
traordinaire de l'académie que le synode provincial dresserait. cette 
liste (1). Ces candidats se présentaient devant un jury nommé à cet 
effet, et subissaient un examen composé de leçons sur des textes de 
l'Ancien et du Nouveau Testament en leur langue originale, et de la 
soutenance d'une thèse dont le sujet était probablement donné par les 
juges. Il nous reste plusieurs de ces thèses; elles nous donnent une 
idée favorable, non-seulement des connaissances de leurs auteurs, 
mais encore de l'étendue et de la valeur des épreuves auxquelles 
étaient soumis les aspirants aux chaires de professeur. Nous en cite- 
rons deux; elles suffiront pour faire connaître en général ce qu'était 
cette partie du concours. L'une est celle d'Etienne Gaussen, désigné 
pour candidat à une chaire de théologie à Saumur, en J665, par le 
synode provincial de l'Anjou. Elle traite De Verbo Dei, et elle est ter- 
minée par huit propositions de théologie sur lesquelles devait aussi 
porter la discussion , et par cet avertissement, que l'auteur est prêt à 
répondre à toutes les questions qui pourraient lui être adressées sur 
tous les autres points de la religion chrétienne. Le jury devant lequel 
elle fut soutenue se composait, en outre des professeurs de l'académie, 
de pasteuis délégués d'Angers, de Tours, du Mans et de (juelques 
églises voisines (^2). L'autre est d'Antoine Ferez (Peresius), désigné, en 
1674, parle synode provincial du Haut-Languedoc, pour candidat à 
une chaireut dès lors faire un appel aux églises. Le synode national tenu à 
Charenton en 1631 arrêta qu'à partir du mois d'octobre de cette 
même année, la cinquième partie de toutes les charités, qui avait été 
jusqu'alors affectée à l'entretien des étudiants , servirait désormais à 
soutenir les professeurs aussi bien que les élèves, et en même temps il 
fixa la somme pour laquelle devait contribuer chaque province. Mais 
soit que l'attachement à la religion eût faibli, soit que les églises ne 
pussent pas réellement réunir les fonds nécessaires, il y eut beaucoup 
de retard dans le payement de ces contributions. Le synode national 
tenu à Alençon en 1637 fit un appel plus pressant à la charité et à la 
piété des protestants français. Il représenta que l'instruction de la 
jeunesse et le soutien des écoles dans les lieux où elles sont établies, 
étant d'une absolue nécessité pour l'existence même des églises, pour 
la célébration du culte refigieux et pour le ministère et la propagation 
de la vraie doctrine, tous les fidèles étaient obligés, par la grande part 
qu'Us doivent prendre à ce qui regarde la gloire de Dieu , l'amour de 
la vérité et leur commune édification, de consacrer, chacun dans la 
mesure de ses moyens, quelque offrande pour l'entretien des acadé- 
mies et des collèges. 11 fut enjoint en même temps à tous les synodes 
provinciaux , aux colloques et aux consistoires , d'avoir recours aux 
expédients les plus propres pour recueillir les sommes aux(iuelles leurs 
églises respectives étaient taxées. Malgré ces recommandations et 
malgré toutes les mesures prises pour recueillir les contributions, elles 
baissèrent au lien d'augmenter; la plupart des provinces étaient en 
retard pour leur payement, et, quelques années avant la révocation de 



LES ANCIENNES ACADEMIES PROTESTANTES. 163 

l'Édit de Nantes, il arriva souvent que les professeurs ne reçurent plus 
aucune rétribution. Plusieurs d'entre eux furent dans la cruelle né- 
cessité d'abandonner leur poste : à Montauban, Charles Garissole, 
qui possédait une assez belle aisance, put seul continuer l'exercice de 
ses fonctions, « mû, est-il dit, par son zèle pour le règne de Dieu, et 
sans espérance d'aucune récompense temporelle (1). » 

Les étudiants, futurs conducteurs des églises, ne furent pas moins 
que les professeurs l'objet de la sollicitude des synodes nationaux. Ces 
assemblées prirent constamment toutes les mesures nécessaires pour 
leur entretien, leur instruction et leur moralité. 

Il fut pourvu à l'entretien de ceux qui appartenaient à des familles 
peu aisées au moyen de dons volontaires que les synodes nationaux 
provoquèrent plus d'une fois , par une partie des deniers octroyés par 
le roi et par la cinquième partie des annonces mises à part dans cette 
intention. Les colloques et les synodes provinciaux conféraient ces 
secours. Toutes choses égales d'ailleurs, les fils des pasteurs avaient 
la préférence. On ne pouvait prétendre à ces dons qu'après avoir 
achevé ses humanités et fait son cours de philosophie. Mais on fit une 
exception en faveur des enfants des pasteurs; les synodes provinciaux 
et les colloques pouvaient, à leur discrétion, leur accorder des secours 
sans avoir à tenir compte de leur âge et de leur degré d'instruction. 

Les proposants qui avaient fait leurs études aux frais d'une égUse 
particulière ou d'une province étaient tenus de se consacrer au ser- 
vice de cette église ou de cette province ; s'ils s'y refusaient, ils devaient 
rembourser les avances qui leur avaient été faites. Cependant, quand 
on n'avait pas besoin de leurs services dans ceslocahtés, ou encore 
quand on ne leur donnait pas de fonctions à remplir , ils pouvaient, 
avec l'autorisation du synode provincial, du colloque ou du consistoire, 
et à leur refus, au bout d'un certain temps d'attente, accepter une 
vocation dans une autre province. 

Les jeunes gens qui, après avoir fait leurs études avec des secours 
accordés par des églises, renonçaient à l'exercice du ministère, devaient 
aussi restituer les sommes qu'ils avaient reçues, et, pour assurer cette 
restitution , le synode national réuni à La Rochelle en 1607 arrêta 
qu'on n'accorderait des secours pour les études qu'à ceux qui pren- 
draient l'engagement de les rembourser dans le cas qu'ils renonce- 

(1) Aymon, Synodfi notion., t' II, p. 106. 



164 LES ANCIENNF.S A' ADKMIES PROTESTANTES. 

raient à l'exercice du ministère , ou ([ui auraient de bons répondants 
pour les sommes qui leur seraient avancées. Cette mesure reçut une 
nouvelle sanction au synode national tenu à Charenton en 1623. 

Non-seidement on pourvut par ces subsides à l'entretien des jeunes 
gens dans les écoles de théologie, mais encore on veilla avec soin à ce 
qu'ils ne fussent pas livrés à l'avidité des habitants des lieux oi^i étaient 
placées les académies. En 1617, des plaintes ayant été i)ortées par plu- 
sieurs personnes^ au synode national réuni à Vitré, sur le prix élevé 
des pensions des élèves de l'académie de Saumur , ]nix excessif (}ui 
empêchait des pères de famille d'envoyer leurs enfants à cet établisse- 
ment, l'assemblée chargea Rivet, La Musse et La Pelletière de voir le 
conseil académique de cette ville en retournant dans leurs églises, de 
lui communiquer les nipports qui avaient été faits et de lui donner à 
entendre que, s'il ne prenait pas des mesures efficaces pour que les 
pensions fussent plus modérées, le prochain synode national se verrait 
obligé de transférer cette académie dans un lieu où les étudiants pus- 
sent vivre d'une manière plus économique. 

Les jeunes gens qui se destinaient au ministère évangélique pouvaient 
aller étudier indifïéremment et à leur choix à Die, à Montauban, a 
Nîmes, à Orthez, à Saumur, à Sedan et à Genève. Quant à ceux qui 
étaient entretenus par une province ou une église, ils ne pouvaient fré- 
quenter une académie sans avoir fait part de leur intention au colloque 
ou au consistoire qui leur accordait des secours, et ils ne pouvaient se 
rendre dans une académie étrangère sans une autorisation expresse du 
synode provincial , qui fixait le lieu et la durée de leur séjour. Cette 
autorisation était même nécessaire à ceux qui ne recevaient aucun 
secours. Le gouvernement, qui cherchait à restreindre de plus en plus 
les libertés des protestants, linit par voir de mauvais œil les études 
faites à l'étranger. 11 donnait pour raison de son mécontentement que 
dans des états républicains tels que Genève, la Suisse, la Hollande, 
ou tournant à la république comme l'Angleterre , on inspirait aux fu- 
turs pasteurs des églises de France des sentiments d'aversion pour la 
monarchie. Le commissaire du roi au synode national tenu à Charen- 
ton en 1645 s'appuya sur ce motif pour demander, au nom du roi, qu'on 
insérât dans la discipline ecclésiasti(iue un article pour exclure des 
chaires des églises protestantes françaises tout proposant ayant étudié 
à l'étranger. La même demanle fut faite au synode national réuni à 
Loudun en 1650. L'une et l'autre de ces assemblées sentirent le danger 



LES ANCIKINNES ACADEMIES PROTESTANTES. \(u) 

d'une mesure qui aurait eu pour effet de priver la France de pasteurs 
ayant fait des études régulières, si l'on venait à supprimer les acadé- 
mies dans l'intérieur du royaume^ et elles refusèrent avec courage de 
se rendre aux exigences du gouvernement. 

Ce qui concernait les études excitait plus vivement encore l'intérêt 
et la vigilance des synodes nationaux. Les soins qu'ils apportèrent au 
choix des professeurs et les règlements qu'ils firent pour les académies 
en sont des preuves suffisantes. Nous avons déjà dit que les cours des 
écoles de théologie formaient deux divisions, une de philosophie et 
l'autre de théologie proprement dite, qu'à chacune d'elles étaient 
attachés trois professeurs , et que la durée des cours était de deux ans 
pour celle de philosophie et de trois pour celle de théologie. Nous 
ajouterons que les deux professeurs de phUosophie et celui de langue 
grecque donnaient des leçons tous les jours, et que les deux professeurs 
de théologie et celui d'hébreu seulement quatre par semaine. Dans 
l'une et dans l'autre des deux divisions, on s'assurait des progrès et 
dans tous les cas du travail des étudiants par des examens qui furent 
tantôt annuels et tantôt trimestriels. Le résultat de l'examen de chaque 
élève était communiqué au synode de sa province. 

En outre des leçons auxquelles ils étaient tenus d'assister avec assi- 
duité et qui fermaient le champ des examens, les étudiants étaient 
obligés à d'autres travaux, dont les principaux étaient des exercices de 
prédication et des discussions sur des points scientifiques. Pour ce qui 
est des exercices de prédication, le synode national réuni à Saint- 
MaLxent en 1609 remit à la prudence des conseils académiques de 
juger du temps auquel les élèves devaient être admis à faire des pro- 
positions, après leur entrée en théologie , sans s'astreindre à aucune 
époque fixe, attendu la diversité des esprits et des progrès des étu- 
diants. Le synode national tenu à Alais en 1620 décida que les pasteurs 
des vifies où étaient établies les académies présideraient ces exercices 
tour à tour avec les professeurs, et cette mesure, qui pouvait avoir son 
utdité, fut consacrée de nouveau par le synode national réuni à Cha- 
renton en 1645. Quelque intérêt qu'on put donner à la prédication, il 
paraît qu'on attachait une plus grande importance aux exercices de 
discussion. Ainsi le voulaient les besoins du moment. A une époque où 
il n'était pas rare de voir s'engager entre des pasteurs protestants et 
des membres du clergé catholique des conférences publi([ues sur les 
points controversés entre les deux Eglises, il était nécessaire de (hinner 



b 



|0(i LUS ANOIEMNES ACADIÎMIES FROTESTAXTES. 

aux futurs conducteurs des églises une certaine habileté dans la discus- 
sion des matières théologiqdes. Tel était le but des fréquents exercices 
de cette nature qui avaient lieu dans les académies. « Les professeurs 
de théologie, est-il dit dans les règlements de l'académie de Montau- 
ban, instruiront leurs écoliers, non-seulement en propositions tant en 
latin qu'en françois, mais aussi par disputes de quinze en quinze jours, 
ou au plus long de mois en mois. » 11 en était de même dans les autres 
académies, et le synode national tenu à Alais en 1620 inséra des dis- 
positions analogues dans la révision qu'il fit des règlements. C'est à cet 
usage que nous devons les nombreuses thèses qui nous restent des 
professeurs de Saumur , de Sedan et de Montauban , thèses qui 
furent écrites pour servir de thèmes à la discussion des élèves et qui 
sont aujourd'hui d'importants documents pour l'histoire de la théologie 
parmi les protestants français du XVIP siècle. Un étudiant choisi par 
les autres pour préteur était chargé du soin d'avertir à l'avance cha- 
cun d'eux des exercices auxquels il devait prendre part. Il est pro- 
bable que c'était aussi ce préteur qui veillait à ce que la lecture dans 
les temples, avant la prédication, fût faite par les proposants les plus 
avancés. C'était un devoir que les synodes nationaux leur avaient im- 
posé j ceux qui se refusaient à le remplir étaient censurés par le conseil 
académique et par le consistoire. 

Pour aider les étudiants dans leurs travaux, le synode national tenu 
à Gap en 1603 exhorta les académies à avoir une bibliothèque com- 
mune. 11 paraît que celle de Saunmr avait recueilli une très belle col- 
lection de livres; celles de Montauban et de Nimes ne mirent pas le 
même empressement à se procurer ces indispensables instruments des 
travaux de l'esprit; peut-être avaient-elles été arrêtées par le manque 
d'argent. Quoi qu'il en soit, le synode national tenu à Castres en 1626 
eut besoin de leur rappeler les intentions des synodes précédents sur 
ce sujet. 

Enfin on avait pris les plus grandes précautions pour garantir la mo- 
ralité des étudiants. On ne les recevait dans les académies qu'autanè 
qu'ils apportaient des certificats valables de leurs églises sur leurs 
bonnes mœurs, et on veillait soigneusement sur leur conduite pendant 
le courant de leurs études, il semble ne s'être glissé quelque désordre 
parmi la jeunesse des écoles qu'une seule fois; du moins on ne trouve 
des plaintes sur ce sujet que dans les actes du synode de Loudun; mais 
aussi ces plaintes furent unanimes et portèrent également sur toutes 



PRÉPARATIFS DE LA UÉVOCATION DE l'ÉDIT DE NANTES. 107 

les académies. L'assemblée prit des mesures énergiques ; elle ne se 
borna pas à exhorter sérieusement les professeurs des écoles et les con- 
sistoires des lieux où elles étaient établies de redoubler d'attention et. 
de vigilance : elle envoya dans chacune des académies deux pasteurs 
et deux anciens pour réformer tous les abus, reprendre les jeunes gens 
et les amener à de meilleurs sentiments. Elle fit plus encore : elle 
arrêta que désormais les synodes provinciaux auxquels était confié le 
soin des universités et dans le ressort desquels elles étaient placées , 
enverraient chaque année des pasteurs pour les inspecter et s'assurer 
des progrès et de la bonne conduite des élèves. La profonde émotion 
que causa en ICGO la nouvelle de ces désordres, la rigueur et la promp- 
titude avec laquelle on les arrêta, tout ce que nous connaissons d'ail- 
leurs de l'histoire de ces écoles, nous prouvent que ce fut là une excep- 
tion qui n'avait pas eu d'antécédents et qui ne fut suivie d'aucune 
autre crise semblable. 

Telle était, prise dans son ensemble, l'organisation des anciennes 
académies protestantes. Nous croyons superflu d'en faire ressortir les 
mérites et les défauts; nos lecteurs nous oat devancé dans ce jugement. 
Nous nous bornerons à faire remarquer qu'il reste de nombreuses traces 
de ce régime dans nos facultés actuelles de théologie, et que les di- 
verses lacunes qu'on a pu y apercevoir ont été heureusement remplies. 
C'est ainsi qu'on a réahsé le vœu du synode national d'Alais, qui de- 
mandait que l'explication des livres saints fût confiée à deux profes- 
seurs chargés l'un del'xlncien et l'autredu Nouveau Testament, et qu'on 
a pourvu à l'enseignement de l'histoire, dont l'absence dans nos an- 
ciennes écoles de théologie devait avoir de fâcheux résultats et ne peut 
s'expliquer que par le dogmatisme dominant à cette époque. 



PRÉPARATIFS DE LA BÉVQCATIOH DE LEDIT DE HAHTES. 

INTERDICTION AUX DAMES DE LA RELIGION d'ASSISTER LEURS CORELIGION- 
NAIRES. — RECHERCHE DÉGUISÉE DU NOMBRE DES RÉFORMÉS. 

(1G82.) 
Deux letti-es inédites de Coibert. 

Les édits et les mesures vexatoh'es qui ont accompli ;'i l'avance et en déiail 
la révocation de l'Edit de Nantes sont en quantité. Nous les passerons en 



MjS préparatifs pf. La révocation hv. l'édit pf naxtfs. 

revue dans lours sources oflicielles et dans leurs applications diverses, et 
nous ferons de même pour l'exécution et les suites de l'Edit révoeatoire. 
C'est ainsi que nous donnions, dans le dernier Cahier, les ordres de 
Louis XIV relatifs à la famille de Caumonl La Force (p. 6i), deux pièces 
constatant la violence faite à un père oblit;é d'entretenir sa fille dans un 
couvent, et la procédure ouverte à un lit de mort par un procès-verbal ec- 
clésiastique (p. 76). 

On va lire deux lettres de Colbert (I) : l'une faisant connaître à La Reynie 
que le roi entend interdire aux dames protestantes toute assemblée de cha- 
rité; l'autre adressée à trois intendants à qui le roi donne ordre de recher- 
cher, sans qu'il y paroisse, le nombre de ceux de la R. P. R. dans leurs 
généralités. Ce sont deux lettres de la main: c'est le nom qu'on donnart aux 
dépêches qui émanaient du secrétaire d'Etat et n'étaient signées que de lui. 

L 
Lettre de la main à M. de La Reynîe. 

A St-Germain le 23* mars 1682. 

Le Roy ayant esté informé que Madame d'Herval et 
Madame de Monginot font une assemblée de dames de la 
R. P. R. pour assister les pauvres de ladite Religion, Sa 
Majesté m'a ordonné de vous en donner advis et de vous 
dire que son intention est que vous empeschiez ces sortes 
d'assemblées qui ne doivent pas estre tolérées. 

Sa Majesté m'a aussy ordonné de m'informer de vous si 
le nommé La Forcade, ouvrier en pierreries, travaille dans 
le temple au préjudice de Tarrest qui a esté donné pour 
empescher les orfèvres et autres ouvriers d'y travailler. 

Je suis, etc. 

IL 
iMtre de la main à M. de Menars. 

A St-Germain le 31' mai^s 1682. 
Le Roy désirant estre informé du nombre de gens de la 

(1) Ou de son fils M. de Seignelav, qui signait aussi Colbert, et qui fut secré- 
taire d'Etat en survivance de son père depuis 1673. On voit par la correspondance 
qu'il traitait les diverses affaires ressortissant au cabinet du roi, notamment de 
celles concernant les protestants. 



RÉVOCATION DE l'ÉDIT DE NANTES. 109 

H. P. R. qui sont dans chacune des villes et lieux de voslre 
département, Sa Majesté m'a ordonné de vous escrire que 
son intention est que vous en fassiez un mémoire exact sur 
lequel vous marquerez en mesme temps le nombre des catho- 
liques, et vous observerez s'il vous plaist que Sa Ma'" ne veut 
pas que ceste recherche paroisse estre faite par son ordre, 
ainsy vous devez la faire comme n'ayant autre veuë que celle 
de satisfaire vostre curiosité. 
Je suis, etc. 

[Pareille lettre à MM. de Besons 
et Le Vayer.] 
(Reg. Secr.) 



REVOCATION DE LEDIT DE NANTES. 

PIÈCES RELATIVES A PHILIPPE MESNARD , S"" d'AÏR , PASTEUR DE SAINTES , 
NOMMÉ PAR LA REINE DE -DANEMARK PASTEUR A COPENHAGUE. — LETTRE 
d'un HUGUENOT DE PARIS. 

(168J:.1686.) 

M. A. des Mesnards, de Saintes, a conservé, parmi ses archives de famille, 
divers papiers relatifs à Plnlippe Mesnard , S'' d'Aïr, marié avec une fille d'un 
de ses ancêtres, qui était pasteur de l'église de Saintes à l'époque de la ré- 
vocation de l'Édit de Nantes. Il a bien voulu en donner connaissance à 
M. J. de Clervaux, son beau-frère, qui a pris soin de nous les communiquer. 

La première se rapporte à une saisie de meubles occasionnée par une ab- 
sence du pasteur dont il s'agit. Un édit du mois d'août 1669 avait fait très 
expresses inhibitions à tous les sujets du Roy, de quelque qualité et con- 
dition qu'ils fussent, de se retirer du royaume, à peine de confiscation de 
corps et de biens. Il suffisait d'être signalé comme absent de chez soi pour 
donner lieu à une procédure de saisie. C'est sans doute par application de 
cet édit que l'on avait envoyé l'huissier au domicile de Mesnard, et que les 
meubles de son beau-frère, chez qui il demeurait , avaient été saisis, nonob- 
stant revendication. Mesnard s'étant représenté et ayant purgé le décret 
de prise de corps (on s'était donc bien pressé d'incriminer son voyage!), 
le frère de son beau-frère, Jacques Guenon, avocat au Parlement, « sup- 
plie humblement Monseigneur le commissaire de lui faire la grâce et la 
faveur » de lui rendre son bien. — Ce qu'il y a de curieux, c'est qu'une 



170 UKVOc.vrioN dk i/fniT de nantes. 

(léclaralion du 18 mai IG82 avait renouvelé, mais seulement aux gens 
de mer et de métier de la R. P. Ji., la déiVuse do quitlci' la France, à 
peine des galères perpétuelles et d'amende arbitraire , — ce qui semblait 
indiquer qu'on tenait moins aux autres, aux ministres notamment; et, 
comme le document est de février 1685, il semble que l'on ait été alors 
bien singulièrement vigilant et empressé à garder un de ces pasteurs, que 
l'on devait, l'année d'après, chasser hors du royaume et pourchasser au 
dedans. En elTet, on sait que, pendant que l'arlicle 10 de l'édit révocatoire 
réitérait les tî'ès expresses défenses de sortir du pays, à peine de galères, 
l'article 4 enjoignait à tous ministres de ladite R. P. R. d'en sortir dans 
les quinze jours, si mieux ils n'aimaient se convertir ou subir la même peine. 

Les deux pièces suivanles nous apprennent quelle fut alors la résolution 
de Philippe Mesnard. Il s'éloigna, cette fois, sans retour. Il quitta son 

troupeau, sa famille, sa patrie , et nous voyons par une commission en 

règle que la reine de Danemark l'avail accueilli et nommé pasteur « auprès de 
sa personne, et pour être l'un de ceux de l'Eglise réformée de Copenhague 
établie par le roi son époux. » Cette commission est du l^r décembre 1683 ; 
l'édit de révocation était du 20 octobre. Donc il n'avait pas perdu de temps. 
— Un certificat de l'ambassadeur de France, du 19 avril 1689, constate ces 
faits, nous ne savons dans quel but. 

Enlin, la (juatrième pièce est une lettre d'un protestant de Taris, qui doit 
être, comme l'indique 31. de Clervaux, le cousin du pasteur, par la très bonne 
raison qu'il lui donne cette qualification en parlant de lui. Elle contient divers 
détails intéressants et qui montrent quelle était la situation au l^r mars 
1686. 

I. 

Ifieqiiêle à fia «ïc iiialii îevi>e d'aisie saîsûe «le meubles pratiquée 
pour cau<i>c d'altj^euce d'nii protestant. 

[ Sur papier au timbre de la Géuéralité, ] 

Monseigneur Du Vigier, Conseiller du Roy en sa Cour de parle- 
ment (le Guyenne^ Commissaire par elle député. 

Supplie huinhlenient Jacques Guerion (1), advocat au Parlement, 
disant qu'en conséquence du décret de prise de corps par vous décerné 
à l'opcontre de PJiilippe Mesnard, ministre de ceux de la religion 
prétendue Réformée! de Saintes, à raison de son absence, le sieur B.., 
huissier ayant procédé par saisie... étant dans la maison du S"" Etienne 

(1) Ce Jacques Guenon était frère de M. Guenon de Lalour et le chef des Gue- 
non de Saint-Seiirin, dont sont descendus par les femmes les Beauchainp de Sain- 



RÉVOCATION DF. l'f.DIT DE NAISTES. 171 

Guenon, où demeuroit le dit Mesnard, quoy qu'ils ne luy appartinssent 
pas, mais bien au dit Sieur Etienne Guenon, le dit S' Jacques Guenon 
s'en rendit volontairement dépositaire, suivant l'exploit qui en fut 
fait et qui en contient l'état et la consistence, et comme le dit Mesnard 
s'est depuis représenté et a purgé le dit décret en se mettant en état, 
et a rendu son audition, le suppliant a recours à votre justice pour 
avoir la main-levée et la décharge des dits meubles. 

Ce considéré. Monseigneur, il vous plaira de vos grâces faire main- 
levée des dits meubles en faveur du dit S' Etienne Guenon, et en 
conséquence décharger le suppliant de la représentation des dits 
meubles. Et ferez bien. — Signé : Ghenon. 

Soit fait comme il est requis par Messire Jacques Guenon, advocat, 
attendu la représentation du dit Mesnard, accusé et en conséquence 
faisons main-levée au suppliant des dits meubles saisis et le deschar- 
geons du déport d'iceux. Fait à Xainles par nous Jean du Vigier, 
Commissaire député par la Cour, le 7'^°"^ febvrier 1684. — Signé: 
Du Vicier, commissaire. 

II. 
COMMISSION. 

Nous Charlotte - Amélie , par la grâce de Dieu , reyne de 
Dannemark et Norvègue, des Vandales et des Goths, duchesse 
de Stésuicq, née Landgrave de Hesse , duchesse d'Holstein, 
Stormarn et Dithmars , princesse de Hirsfeld , comtesse d'Ol- 
dembourg et d'Elnienhorst Cœleneinbogen , diez Ricgenhain , 
Nidda et Rechaucnbourg ; 

Déclarons et certifions par ces présentes, signées de notre 
main et scellées du cachet de nos armes, qu'ayant esté informé 
de la bonne conduite, saine doctrine et autres qualités de 
S'' Philipe Mesnard , cy- devant ministre du S^-Evangile en 
France, à Saintes, Nous l'avons apellé pour servir en cette qua- 
lité auprès de nous, et que, s'y estant rendu suivant nos or- 
dres, nous l'avons receu et estably, recevons et establissons par 
ces présentes, pour servir auprès de notre personne en la sus 
dite qualité, et eu outre chargé du soin et couduitle de l'Eglise 



172 RKVOCATION nP, l'kDIT de NANTES, 

réformée establic en cette ville par l'autorité du Roy, notre 
époux, pour en estre l'un des pasteurs, suivant les usages, 
règles et coutumes des Eglises réformées; 

Ordonnant à tous ceux à qu'il appartiendra de le recon- 
nestre pour tel et le prenant pour cet effet en notre protection 
royalle. 

Fait à Copenhague le premier décembre 1685. 

Signé: CHARLOTTE-AMÉLIE. 

Avec paraphe et plus bas .... et scellé du grand sceau de 
cire rouge. 

Collatioiiné à l'original rendu au dit S^ Mesnard, à Copenhague, 

le 19 avril 1G89, 

Par nioy secrétaire de l'ambassade extraordinaire de France en 

Dannemark, 

Signé : Penim. 

III 

Certificat. 



K 



lous Hyacinthe Guillaume FouUé, chevalier, seigneur de Doix et 
d'Escouay, marquis de Prunevaux et de Martangis, grand bailly de 
Nivernais et gouverneur de Si-Pierre-le-Moustier, conseiller du Roy 
en ses conseils, maistre des Requestes ordinaire de son hostel, et son 
embassadeur extraordinaire en Dannemark. 

Certiffions à tous qu'il apartiendra que le sieur Philipe Mesnard, 
cy-devant ministre de la Relligion P. R. à Saintes, est en cette ville où 
il sert actuellement en la dite ([ualité de ministre près Sa Majesté 
la Reyne de Dannemark depuis l'année 1685, suivant la Commission 
quyluy en a esté expédiée, et qu'il nous a représanté en datte du pre- 
mier décembre de la dite année 1G85, (ju'il est sorty du royaume de 
France. 

En foy de quoy, nous avons signé le présent certificat, fait contre- 
signer par notre secrétaire ordinaire et à iceluy apposer le seel de nos 
armes. 

A Copenhague le 19 avril 1689. 

Signé : Foillé de Martangis. 

Et i)lus bas : /*«r Monseigneur, Penim. 



RÉVOCATION DE LEDITDK NAMES. 173 

IV. 
Copie d'une lettre adressée à M. fâueiion TaÎKiié, à il»aiiifes (1). 

A Paris, le 1'^' may 1686. 

J'avois jusques à présent eu quelque espérance cravoir un passeport 
pour les bardes de mon cousin d'Aïr (2) pource que l'on me l'avoit ainsy 
fait entandre^ mais Monsieur l'envoyé de Dannemark me fit dire avant 
yer que l'on luy a refusé et que le Roy n'en veut plus acorder, pour 
qui ny pourquoy que ce soit ; il est mesme à craindre que ce que ces 
Messieurs ont en France soit perdu pour eux. 

On poursuit en ce pays à toute outrance ce qui reste de huguenots 
et on observe ceux qui ne sont pas bons Catholiques. Monsieur le duc 
de La Force est dans un couvant. Messieurs de Bougy et de Théobon, 
qui ont esté arrestés sur les frontières, ont fait comme les autres. Ma- 
dame de Théobon n'a pas voulu changer • on la mène dans un cou- 
vant. Messieurs de Thors et d'Aunay toujours à la Bastille et il n'y a 
pas d'aparance qu'ils en sortent sy tost atandu leur obstination. Tous 
les enfants de M. de Thors sont Catholiques et le roy les a fort bien re- 
çus. Je vous envoyé une lettre qui sera de vieille datte estant venue 
par un homme qui a esté fort long tems en chemin. Il y a quelques 
jours que je n'ai resu de nouvelles de M"" de Baubuisson (3), il est resté à 
Amsterdam pandant un voyage qu'a fait M' le prince à la campagne ; 
il a toujours de belles espérances, mais je ne say à quoy elles abouti- 
ront; je ne say sy il sera plus heureux en ce pays là qu'en celuy cy. 
Nostre famille est en assés bonne santé. Ma comère est toute preste 
d'acoucher. Mandés-moy des nouvelles de chez vous et ce que font 
vos dames. Je vous salue très humblement. Monsieur mon cher amy, 
et je suis à vous plus que personne du monde. 

(1) Elle est sans signature, mais sans doute d'un M. Mesnard de Paris, cousin 
du ministre de Saintes, M. Mesnard, sieur d'Air (M. Guenon de Latour était 
beau-père de ce dernier). 

(2) Philippe Mesnard était seigneur d'Air. 11 avait épousé la fille de M. Etienne 
Guenon de Latour. Ses meubles étaient chez ce dernier, parce que c'était chez lui 
qu'il demeurait avec sa femme. 

(3) M.deBeaubuisson était lefils aine de M. Guenon de Latour. 



174; RÉVOCATION I)K l'ÉDIT DE NANTES. 

TÉMOIGNAGE INVOLONTAIRE 

RENDU AUX PROTESTANTS PAR LE MARQUIS DE SEIGNELAY ET LE C0AD3UTEUR 

DE ROUEN. 

(novembre et décembre 1685.) 

Deux pièces inédites. 

Ce n'est pas (l'aujourd'liui que l'Église romaine appelle à son secours 
toutes les ressources de la décoration théâtrale et de la uuisiipie à grand 
orchestre, en un mot qu'elle transforme le sanctuaire en Opéra; et ce n'est 
pas d'aujourd'hui non plus que les protestants voient avec répulsion et tris- 
tesse ces grossiers appâts renouvelés du paganisme. On peut le dire à l'hon- 
neur de ceux-ci, et une plume non suspecte va nous le certifier: c'est celle 
du ministre de Louis XIV se plaignant, par ordre du roi, de lïmpudeur 
avec laquelle les théatins faisaient chanter un véritable opéra en guise de dé- 
votion aux âmes du purgatoire, et mettaient tout en œuvre pour attirer la 
foule, comme de vrais charlatans, ce qui ne faisait qu'éloigner encore da- 
vantage les religionnaires. La révocation de l'Édit de Nantes venait d'être 
prononcée; le temple de Charenton était démoli depuis quinze jours seule- 
ment. 

Une autre lettre de la même époque montre ce qu'étaient, de l'aveu du 
coadjuteur de Rouen, les confréries du bon vieux temps. Le prélat se plaint 
de ce que le scandale de leurs débauches « fait obstacle aux conversions. » 
Fallait-il donc ce motif pour lui ouvrir les yeux? 

Il est certes curieux, en présence de tels faits, de voir les sectateurs d'un 
culte, exempt au moins de ce genre d'abus, qualillés de prétendus réformés 
et traités en peuple conquis. Il n'est pas moins curieux de voir le secré- 
taire d'État de Seignelay appeler esloignement de la religion l'aversion 
que les protestants ressentent pour les pompes prétendues chrétiennes de 
l'Église de Rome. 

L 

A M. V Archevêque de Paris. 

Du 6* novembre 1685. A Fontainebleau. 
Monsieur, 
On s'est plaint au Roy que les Théatins, sous prétexte d'une 
dévotion aux âmes du Purgatoire, faisoient chanter un véri- 
table opéra dans leur église, où le monde se rend à dessein 
d'entendre la musiijiio ; que la i)orlc en est gardée par deux 
Suisses ; qu'on y loue les chaises dix sols ; qu'à tous les 
changemens qui se font et à tout ce qu'on trouve moyen de 



RÉVOCATION DE l'ÉDIT DE NANTES. 175 

mettre à cette dévotion , on fait des affiches comme à une 
nouvelle représentation. Sur quoy Sa Majesté m'ordonne de 
vous escrire pour sçavoir de vous s'il y a quelque fondement 
à cette plainte, et pour vous dire que, dans le mouvement 
où sont les religionnaires pour leur conversion, il seroit peut- 
être à propos d'éviter ces sortes de représentations publi- 
ques que vous sçavez leur faire de la peine, et qui peuvent 
augmenter l'esloignement qu'ils ont de la religion. 

[Les tliéatins, importés d'Italie par Mazarin, s'établirent, en 1642, sur le 
quai qui prit leur nom. Le roi plaça lui-même la croix sur le portail de leur 
maison en 1648. Mazarin leur légua 300,000 livres pour construire une nou- 
velle cliapelle ; ils l'entreprirent dans de telles proportions que cet argent ne 
suffit pas et que le J)àtiment ne put être achevé qu'avec le produit d'une lo- 
terie accordée par le roi en 1714. Le couvent des théatins fut supprimé 
en 1790, vendu comme propriété nationale le 19 frimaire an Yl, et, en 1800, 
l'église fut convertie en salle de spectacle, puis un Café des Moïses s'y in- 
stalla en octobre 1815. On la démolit en 1822. L'emplacement de la com- 
munauté des théatins est occupé aujourd'hui par les maisons n"^ 15 à 21 bis 
du quai que la commune de Paris débaptisa dès le 4 mai 1791, pour substi- 
tuer à son ancien nom celui de Voltaire, qui lui est demeuré. ] 

II. 
A M. de Chasteauneuf. 

11 décembre 1685. 
Monsieur, 
M. le Coadjuteur de Roiien escrit qu'un des principaux 
obstacles qu'il a trouvé tians la conversion des Prétendus 
Réformez a esté le scandale causé par des confréries de Roiien 
dans lesquelles ceux qui deviennent maistres de ces confré- 
ries sont obligez de fiùre tous les ans des dépenses considé- 
rables pour des festins qui ne sont que des occasions d'yvro- 
gnerie, et dont cependant ils ne peuvent se dispenser, parce 
qu'ils ne sçauroient sans cela parvenir aux charges de la 
ville. Le Roy ir^ordonne de vous en envoyer ce mémoire, 
afin qu'il vous plaise en escrire à l'Intendant pour avoir son 
advis, et trouver les moyens de suppritner les confréries. 

Reg. Secr. 



ÉTAT CIVIL DES PROTESTANTS DU DÉSERT. 

I. REQUESTE A FIN d'iNHUMATION ET PERMIS u'iNHKMER CONFORMÉMENT A 
LA DÉCLARATION DU ROY DE 1736. — II. ACTE DE NOTORIÉTÉ CONSTATANT 
LE BAPTÊME CATHOLIQUE d'uNE PROTESTANTE, POUR ÉTABLIR SA NAIS- 
SANCE. — III. CERTIFICAT DE BÉNÉDICTION NUPTIALE DONNÉE AU DÉSERT. 

(1Î4:1-1Ç80.) 

Papiers de la famille de Dangcau. 

On lira, sans nul doute, avec beaucoup d'intérêt, la communication suivante, 
qui fournit de remarquables exemples du régime infligé à nos pères jusqu'à l'édit 
de 1787, et qui confirme ce que nous avons dit ailleurs de la constance de cer- 
taines branches des grandes familles protestantes, demeurées /ic/è/e^ri^oM*. /a cro«>. 
{V.Bull, t. I, p. 233.) 

Par une coïncidence particulière, ces documents sont relatifs aune naissance, 
à un mariage et cà un décès, ces trois phases de la vie civile, et montrent quelle 
était, dans ces trois cas, la condition faite aux protestants vis-à-vis du clergé 
catholique, maître et dépositaire de l'état civil. 

Ainsi que le rem;trque notre correspondant, la pièce relative à l'inhumation de 
son aïeul doit être rapprochée de celle que nous avons récemment publiée, et 
comme nous le disons plus haut (p. Il9j elles montrent toutes deux, dans une 
formule différente, l'application de l'article 13 de la déclaration de 1736. A Paris, 
le commissaire au Châtelet reçoit la requête des parents et en dresse procès-ver- 
bal, qu'il communique au procureur du roi, pour avoir ses conclusions, et au 
lieutenant général de police, qui rend ordonnance portant autorisation d'inhumer; 
puis il constate l'exécution et délivre copie du tout. En province, en Guyenne, 
ce sont les parents eux-mêmes qui adressent une supplique au juge, lequel répond, 
et le greffier délivre expédition. Dans celte dernière pièce, il n'est fait aucune 
mention de la religion du défunt; on allègue seulement le refus de sépulture ec- 
clésiastique de la part du curé de la paroisse; tandis que dans l'autre la défunte 
est déclarée morte dans les sentiments de la R. P. fi., ce qui motive explicitement 
l'autorisation. On voit aussi qu'à Paris, le procureur du roi et le lieutenant de 
police déterminent le Ueu de l'inhumation, et enjoignent de la faire secrètement, 
nuitamment, sans éclat ni scandale. En Guyenne, il est permis au requérant de 
faire procéder à la sépulture purement et simplement, où bon lui semblera, en se 
conformant à la déclaration. 

C'est un fait curieux que, tandis que cette déclaration prévoyait ainsi le refus 
de sépulture ecclésiastique et donnait un moyeu d'y pourvoir et de constater les 
décès des religionnaires, leurs naissances demeuraient ou à l'aventure ou soumises 
à l'intervention forcée du clergé catholique, et il était difiicile, comme le dit notre 
correspondant, d'empêcher que les enfants ne fussent ainsi enrégimentés par le 
baptême de l'Eglise romaine. Ainsi, quoique la législation partît de ce point 
qu'il n'y avait plus de protestants en France, elle admettait qu'il en mourait; 
mais, en même temps, elle n'admettait point qu'il en nnquît. Il fallait donc que 
l'enfant né de parents réformés passât sous la fourche caudine du baptême ro- 



ÉTAT CIVIL DES IMVOTESTAMS DU DESEKT. 177 

inaiii (1), ou, s'il pouvait échappei' aux yeux de l'argus, qu'il lût simplement 
inscrit sur les feuillets des livres de famille (F. Bull. 1. 1, p. 117), et qu'il restât 
privé de titre authentique constatant sa naissance. On voit, au reste, par la pièce 
qui nous est communiquée, qu'on pouvait même avoir reçu ce baptême sans pour 
cela avoir été inscrit au registre baptismal. 

Quant aux mariages, il va sans dire qu'il n'y avait pour les réformés que la 
bénédiction pastorale au Désert, qui les constitua si longtemps, devant les tribu- 
naux^ en état d'union illégitime, el lit déclarer leurs enfants bâtards, jusqu'à ce 
que la conscience de la magistrature et celle du pays se fut soulevée, entendant 
enfin le cri de la nature ut le cri de la vraie religion, qui protestaient contre ces 
abominables mensonges d'une législation tout à la fois hypocrite et impie. En- 
core fallut -il trente ans de luttes contre la résistance du clergé. Les démonstrations 
et les efforts des Joly de Fleury (1752), des Turgot (1754), des Rippert de Mon- 
telar (1755), des Servan (1766), des Gilbert des Voisins (1767), et de bien d'au- 
tres, ne devaient prévaloir qu'en 1787, à la veille d'une révolution qui fut comme 
l'anniversaire séculaire et le contre-coup de la révocation de l'Edit de Nantes. 

A M. le Président de la Société de l'Histoire du Protestantisme français . 

Saiut-Mihiel (Meuse) , 10 juillet 1833. 

Monsieur le président , 

J'ai l'honneur de mettre à votre dispositiun les copies textuelles et litté- 
rales de trois actes conservés dans mes archives de famille. Elles prouvent 
que plusieurs membres de la famille de Dangeau n'abjurèrent pas le protes- 
tantisme au XVIIe siècle, et que, si ([uelques-uns se réfugièrent à l'étranger, 
comme l'indiqx de la présente paroisse, que la 
dite Elizabet est fille légitime et naturelle de feu noble Pierre Dangeau 
et de demoiselle IzabeauVerniol; qu'elle naquit au lieu de Grausses, 
présente paroisse, vers l'année mil sept cens quarante-un, et qu'elle 
feut baptisée par feu S'' Pierre Combes, alors curé de la dite paroisse. 
En foy de quoy avons signé avec le parrein de la dite demoiselle, non 
ledit Miane, pour ne savoir, de ce requis. 
Laurenque, le 20 septembre 1780. 

Signé : Meinvielle, curé de la susdite paroisse. 
RoLSSEL, parrein de la. dite demoiselle. 

III. 

Certificat de bénédiction nuptiale donnée au Désert à sieur 
Chaudurié et demoiselle Marie de Dan-eau le 31 octobre 
1762. 

AnL>, Mnu'^lrç du Sauit Evangdc., soussijaic, certifions a tous ceux 



F.XKflIITION- T,r MINM-ATRF. FRANÇOIS ROr.lIKTTK. 1 H ! 

qu'il appartiendra, que le trente-uuième octol>rc mil sept cent soixante- 
deux, fut béni par nous selon la forme ordinaire de nos Eglises pro- 
testantes et réformées, sans qu'il nous soit apparu aucun empêche- 
ment civil ni canonique, après plusieurs publications, le mariage de 
S"" Pierre Chaudurié, fils légitime de Isaac Cliaudurié et de demoiselle 
Catherine Lassaboire, habitants du village de Vesoux et de Lauren- 
que, jurisdiction de Gavaudun en Âgénois, avec Mademoiselle Marie 
Dangeau, tll'.e légitime de S"" Pierre Dangeau et de demoiselle Eliza- 
beth Vergnol, habitant de Grosse, susditte paroisse, en présence de 
plusieurs fidèles et notamment des siein-s Joseph Delbosens, Jacques 
Raut, Antoine Labié et Jean Frontin, ainsi qu'il appert par notre re- 
gistre. En foi de quoi, j'expédie le présent certificat, ce troisième fé- 
vrier mil sept cent soixante-trois. 

Signé : P»otTiTox, pasteur. 



EXÉCUTION DU ilHISTRE FRANÇOIS ROCHETTE 

ET DES TROIS GENTILSHOMMES VERRIERS 

A TOULOUSE, LE 19 FÉVRIER 

1Î62. 

A M. Ch. Recul, Président de la Société de l'Histoire du Protestantisme 

français. 

Genève, 16 juillet 1853. 

Monsieur, 

La relation ci-jointe a été trouvée par mon parent, M. le pasteur Weber, 
dans les papiers du colonel Collet, officier suisse au service anglais, qui 
est mort il y a plus de quarante ans, et dont la mère était Candolle, d'une 
branche éteinte de ma famille. 

Je ne puis expliquer les deux lettres, avec une espèce de chiffre, qui se 
trouvent à la lin de l'original. Probablement le rédacteur était un habitant 
de Toulouse qui craignait de se faire connaître , et qui écrivait à quelque 
parent ou ami du ministre Rochetle. Ce (jui l'indique, c'est le fait (pie l'on 
s'étend beaucoup plus sur tout ce (jui concerne Rochette, tandis que les 
trois gentilshommes exécutés avec lui ne sont pas même nommés. Du 
reste, la relation porte en elle-même un cachet de vérité. Je l'ai copiée exac- 
tement, avec l'iMiliographe de l'époque. Si je ne me trompe, l'exécution de 



182 EXfT.HTÎON nr MI>'ISTRIÎ FfiAXCOIS ROCHF.TTK 

ces quatre malheureux protestants eut lieu la même année que l'affaire 
de Calas. Veuillez le vérifier, car je n'ai pas sous la main les ouvrages 
nécessaires pour cela , et je plie ma lettre au moment de partir pour un 
voyage. 
J'ai l'honneur d'être, Monsieur, votre très dévoué serviteur. 

Alpii. de Candolle. 

Nous avions déjà reçu une ancienne copie de cette même relation que 
M. de Candolle a bien voulu nous communiquer ; elle nous avait été adressée 
par M. le pasteur J. Dombre, de Castres. Mais le texte en est moins exact 
et ne porte point l'espèce de monogramme ou de signature en deux initia- 
les qui termine le manuscrit que nous allons reproduire. 

M. Ch. Coquerel a eu aussi à sa disposition une copie de ce récit : il l'a 
analysé et mentionné, avec d'autres papiers de Paul Rabaut (liv. IV, ch. II. 
V. t. lî, p. 2189). Court de Gébelin a consacré à ce sinistre épisode de l'his- 
toire du protestantisme la 22" de ses Lettres toulousaines , et les détails 
qu'il donne furent extraits par lui d'une minute originale écrite de la main 
des prisonniers. Ces divers documents ont servi à M. N. Peyrat pour le 
ch. V, liv. XI, de son Histoire des Pasteurs du Désert. 

François Rochefte, natif de Vialas, dans les hautes Cévennes, avait été 
consacré au saint ministère, à son retour du séminaire de Lausanne, le 28 
janvier 1760. Après un apostolat de vingt mois et à l'âge de vingt-six ans, 
il fut le dernier ministre martijr. — Rien de moins attendu, de plus futile, 
de plus lamentable que les circonstances qui devaient amener son arrestation 
et celle de ses infortunés compagnons, et les rendre justiciables du parle- 
ment de Toulouse, c'est-à-dire les traîner à la mort. Les cruels édits de 
Louis XIV et la déclaration de 1724 dormaient depuis une dizaine d'années, 
depuis la capture et le supplice du pasteur Teissier (1) dit Lafage ('1754), 
lorsque le 14 septembre 17Gf un hasard malheureux, un pur accident, fait 
saisir François Rochctte à Caussade; des malentendus, de fausses rumeurs 
s'ensuivent, et une terreur panique s'empare de la population. On court aux 
armes, on se prépare à une attaque imaginaire. Les trois frères de Grenier, 
gentilshommes verriers (2) du comté de Foix, qui se trouvaient à Montau- 
ban, apprenant cette incarcération et ce tumulte, accourent en toute hâte 
pour assister leur pasteur et ami. Ils sont eux-mêmes poursuivis avant 
d'être arrivés à Caussade, lapidés, pour ainsi dire, et jetés en prison. Ce- 

(1) Il en a étéquostion ci-dossiis, p. 80. 

(2) On sait qu'après la noblosse d'église, d'épée , de robe, de clocher, venait 
rhumble noblesse de verre (celle que donnait la fabrication du verre), qui, placée 
entre les hautes et les basses classes, tenait de l'aristocratie par l'instruction vX la 
politesse, et du peujile par le travail , la piété el les mœurs patriarcales. (Nap. 
Peyrat.) Henri, Jean et Jean de Grenier étaient sieurs de Commcl, de Sarradon et 
de Lourmade. 



KT DES TROIS ftENTH.SHOMJlES VEBniF.RS. î 83 

pendant on s'aperçoit que « tout cet émoi n'était «lue le rêve d'une frénésie 
inquiète;» on relâche ie Ki septembre le plus grand nombre des prisonniers 
qu'on avait faits, mais ou retient captifs Rochetle, deux guides arrêtés avec 
lui, Yiala et Balès, les nommés Donnadieu, Yiguier, Mourcou, Lanique, un 
paysan de Bouys, et enfin les trois frères Grenier. On les transfère à Cahors, 
et, peu de jours après, à Montauban. Ainsi, alors même que le rêve s'est 
évanoui, il laisse subsister après lui la pitoyable matière d'un procès criminel 
dans lequel la magistrature toulousaine se distinguera une fois de plus : 
ceux qui n'ont été que le prétexte d'un accès soudain de stupide exaltation 
vont demeurer les victimes de l'aveugle fanatisme du parlement. Pressentant 
une funeste issue, les églises et les pasteurs étaient consternés ; ils fatiguent 
en vain de leurs suppliques les intendants, les gouverneurs du Languedoc, 
les ministres, le roi lui-même. Paul Rabaut adresse en vain des pétitions 
touchantes à la princesse, 3Iarie-Adélaïde , fille aînée de Louis XV et de 
Marie Leczinska; au duc de Richelieu, au duc de Fitz-James. Le fatal drame 
se déroule, la justice (la justice!) suit son cours. Le grand prévôt de Mon- 
tauban commençait une « fulminante instruction; » le parlement évoque 
l'affaire et la lui enlève comme une proie lui appartenant (6 octobre et 38 
novembre). Au commencement de l'année suivante les accusés sont transfé- 
rés à Toulouse, où dès lors se parfait avec activité , à la diligence du pro- 
cureur Riquet de Bonrepos, la procédure extraordinaire dont ils étaient 
jugés dignes. On ne pouvait croire cependant que la vérité ne fût pas la plus 
forte et que les juges ne fussent pas désarmés par l'innocence. Il n'y avait 
pas, en effet, l'ombre d'un grief sérieux, pas le moindre acte soit d'agression, 
soit même de légitime défense de la part des trois gentilshommes. Quant à 
Rochette, il avait été arrêté de rencontre, comme simple particulier, sans 
cause et hors des cas de la loi, n'ayant fait de fonctions de son ministère 
(ju'en chambre close , non en assemblée publi(iue. Tels sont les principaux 
coupables : quelles charges pouvaient peser sur les autres? On espérait donc 
beaucoup, parmi les églises, de cette justification si évidente que présentait 
le mémoire collectif adressé au premier président. En même temps, on se 
persuadait, dans le public, qu'il était impossible à la cour de persister dans 
les vieux errements et de se refuser à reconnaître , avec les administrations 
de provinces, avec le gouvernement du roi, l'inutilité de tant d'arrêts suc- 
cessifs, de tant de châtiments, de tant de supplices... Qu'on juge de la slu- 
' peur des églises et du public, lorsque le 18 février 17G3 fut rendu l'arrêt 
suivant : 



ARREST 



18/<- EXr.ri'TION DV MINMSTRF, FRANOOIS ROnHETTF 

ARREST DE LA COUR DE PARLEMENT 

Condamnant le nommé Rochelle , Prédicant , à être pendu, et 
les trois Frères Grenier , genlilshommes verriers , à être 
décapités (1). 

IjNTRE le Procureur Général du Roi, d'une part, Demandeur en 
excès, contre, etc.... 
Vei- les verbaux de capture, etc 

JLâ COUR, toute la Grand'Chambre assemblée : Vu ce qui résulte 
des Charges et Aveux, a déclaré et déclare ledit François Rochette at- 
teint et convaincu d'avoir foit les fonctions de Ministre de la Religion 
Prétendue Réformée, préclié, baptisé, fait la Cène et des Mariages dans 
des Assemblées désignées du nom de Désert, et d'avoir aussi encouru 
les Peines portées par les Déclarations du Roi, des premier Juillet 1G86 
et 24 Mai 1724, contre les Prédicans qui sont en France sans permission 
du Roi, et y font des Fonctions; comme aussi a déclaré et déclare les- 
dits Grenier, Frères, atteints et convaincus du crime de Sédition et 
Attroupement, avec port d'armes, pour enlever des Prisons de la Jus- 
tice Royale de Caussade, ledit Rocbette, Ministre, qui y étoit détenu, 
pour réparation de quoi, les a condamnés et condamne à être livrés es 
mains de ^Exécuteur de la Haute Justice, qui, ayant dépouillé ledit 
Rochette, tête, pieds nuds, en chemise, la Hard au col, ayant Ecri- 
teaux devant et derrière, portant ces mots : Ministre de la Beligion 
Prétendue Réformée , montera, tant ledit Rochette, que lesdits trois 
Grenier, Frères, sur le Chariot à ce destiné, les conduira devant la 
Porte principale de l'Eglise Samt-Etienne de cette Ville, où étanl, foi a 
descendre dudit Chariot ledit Rocheite, qui, étant à genoux, tenant 
en ses mains une torche de cire jaune, du poids de deux livres, lui fora 
faire Amende Honorable, et demander pardon à Dieu, au Roi et à la 
Justice de ses crimes et méfaits; et l'ayant lonionté sur ledit (Chariot, 
le» conduira à la petite Place du Salin, où, à une latence qui à cet effet 
y sera plaidée, ledit Roclietle sera pendu et étranglé, jiis(iu"à ce (pie 

(1) M. le pi' Ladevi"'Z(' nous en a roininuniqiK'' un oxein|ilairn ilii temps, semblalile 
ù relui cit(' |iai' C:li. Cni|U!rel, (ini rapiiorti; le dispositil' de lain'l. Nous avons 
]ici)sé qu'il PI rail iiilriessaiil dp le iviinxlnire ici, nvanl la pieee l'eiativeù \\^\l^- 
cnliou. 



KT PRS TROIS GF.ISTILSHOMMES VKURIF.HS. iSV> 

mort naturelle s'en ensuive; après quoi ledit Exécuteur fera monter sur 
un Echatraut, qui sera dressé à cet effet dans la même Place du Salin, 
lesdits trois Frères Grenier^ où il leur tranchera la tète ; sçavoir, à Gre- 
nier Commet, le premier; Grenier Sarradon le second, et Grenier Lour- 
made le dernier. Déclare, ladite Cour, les biens, tant dudit Rochette, 
que desdits Grenier Frères, acquis et confisqués au profit de qui il ap- 
partiendra, distraction faite de la troisième partie d'iceux, pour leurs 
femmes et enfans, si point en ont; condamne en outre ledit Rochette 
en cent sols d'amende envers le Roi ; comme aussi pour les cas résultans 
du Procès, a condamné et condamne lesdits Viguier et Yialla à servir 
le Roi, par force, sur ses Galères ; sçavoir, ledit Viguier pour le tems et 
terme de dix années, et ledit Vialla pour le tems et terme de six années, 
préalablement leur avoir été appliqué et imprimé sur l'épaule droite, par 
l'Exécuteur de la Haute Justice, avec un fer ardent, les trois lettres G AL, 
leur faisant inhibitions et défenses d'en sortir pendant ledit tems, à 
peine de la vie. Les condamne en outre, chacun en cent sols d'amende 
envers le Roi. Comme aussi a ladite Cour condamné et condamne ledit 
Donnadieu,au Bannissement de la Sénéchaussée de Toulouse et de celle 
de Montauban pour le tems et terme de cinq années, lui faisant inhibi- 
tions et défenses de rompre son Ban, à peine de la vie; le condamne 
en outre en cent sols /.l'amende envers le Roi. A condamné et condamne 
solidairement lesdits Rochette, Grenier frères, Viguier, Vialla et Donna- 
dieu aux dépens envers ceux qui les ont exposés, la taxe réservée; et 
pour faire mettre le présent Arrêt à exécution, a commis et commet 
Begué, Secrétaire de la Cour. A l'égard desdits l'Hospital et Borrel, 
ladite Cour a mis et les met hors de Cour et de Procès, les dépens 
compensés. A déchargé et décharge ledit Valés de l'accusation contre 
lui intentée, sans dépens, et a relaxé et relaxe lesdits Rudelle, d'Ab- 
badie et Mauran, de l'accusation contre eux intentée, sans dépens : 
Comme aussi a ordonné et ordonne que les nommés Sicard et Gardés, 
Pasteurs du Haut-Languedoc, Gabiac, Pasteur des Hautes-Sévènes , 
et Figuières, Ministres de la Comté de Foix, seront pris et saisis au 
Corps en la partie où ils seront trouvés dans le Royaume, conduits et 
emmenés sous bonne et sûre garde dans les Priions de la Conciergerie 
pour y ster à Droit; et ne pouvant être capturés, seront criés à fin de 
Ban ; leurs Biens saisis et annotés et régis par Commissaires de Jus- 
tice, suivant l'Oi'donnance, à la ddigence du Procureur Général du Roi. 
Ordonne ladite Cour, ((ue le présent Arrêt sera imprimé et nniché 



'<^'» FXKCITION PU MmtSTRT: FRANÇOIS ROCIIETTF 

par-tout 011 besoin sera, et Copies coUationnées d'icelui envoyées dans 
tous les Bailliages et Sénéchaussées du Ressort, pour y être aussi pu- 
blié et afliché à la diligence des Substituts du Procureur Général du Roi. 
Prononcé à Toulouse, en Parlement, le dix-huitième Février mil sept 
cens soixante-deux. Collationné, Espa^non, signé Moiuieur DE LAC- 
CARRY, Rapporteur. 

Le présent Arrêt a été exécuté, suivant sa forme et teneur, à la petite 
Place du Salin, en présence de Nous Gaspard Begué , Commissaire de 
la Cour, le dix-neuf Février mil sept cent soixante-deux , G. Begué , 
signé (i). 

RELATION 

Du martyre de i\î. François Rochelte , ministre du St Evan- 
gile, extraite d'une lettre datée de Toulouse, le 26 février 
1762. 

Il ne nous reste, Monsieur, qu'à gémir et à pleurer. Avant-hier, nos 
prisonniers furent jugés par les deux chambres, et hier exécutés; les 
trois gentilshommes eurent la tète tranchée , tous les quatre subirent 
la mort avec une constance et une allégresse admirables. Ils finirent 
comme des saints et des héros. Dès qu'on leur eut lu leur arrest , ils 
se regardèrent et dirent : hé bien il faut mourir; prions Dieu d'agréer 
le sacrifice que nous lui offrons. Le ministre fit une prière très-tou- 
chante, ils embrassèrent leurs deux camarades condamnés aux galères, 
ils félicitèrent ceux qui avoient été mis hors de cour, en un mot ils 
parurent pleins de l'Esprit de Dieu. Le sieur Belot, secrétaire du 
parquet, présent au premier spectacle, n'en parle point sans verser 
des larmes. Ils furent ensuite livrés aux quatre principaux curés que 
le procureur-général leur envoya; ils les écoutèrent encore moins 
qu'ils n'avoient écouté le S"" abbé de Contera, qui pendant trois mois 
avait été en prison leur offrir la vie, pourvu qu'ils se convertissent^ 
d'après les ordres de la partie publique. Mons»" Ilochotte les pria de 
les laisser mourir en paix et de ne pas troubler leurs derniers moments, 
en les remerciant pourtant de leur zèle. Un des curés leur dit qu'ils 
seroient damnés, le ministre leur répondit qu'ils alloient paraître de- 

(l) Sur cette même place du Salin, avait éié brùl.'; vif, le 10 septembre 1538, 
un martyr du même nom, Louis de Rochète, inquisiteur, qui avait embrassé la 
Hélorme. (F. lin/l., t. I, p. 35H, et ci-après, p. 212.) 



F.T r>F,S TROTS GE^ÎTILSHOMMFS VERRIERS. 187 

vant un juge plus juste qu'eux, devant celuy même qui avoit versé 
son sang pour les sauver; il exhortoit ses compagnons, les curés in- 
terroinpoient, il interrompoit à son tour les curés, et quand ceux-ci 
parloient de l'hérésie et du pouvoir donné à l'Eglise de remettre les 
péchés, le ministre leur rappeloit que la religion protestante étoit toute 
fondée sur la parole de Dieu et que les péchés ne sont remis que par 
la foy en la mort sanctifiante du Rédempteur. 

A l'heure du dîner, ils furent délivrés de ces prêtres; ils employèrent 
ce temps à prier, à louer Dieu, à s'encourager mutuellement; ils ne 
versèrent pas une larme, mais les sentinelles, les geôliers en versèrent 
en abondance , lorsque ces infortunés leur demandèrent pardon s'ils 
les avoient offensés en quelque chose, et les remerciant de l'affection 
avec laquelle ils les avoient servis. Le ministre voyant que le soldat 
du Guet était plus attendri que les autres, luy dit, mon ami n'êtes- 
vous pas prêt à mourir pour votre Roy, pourquoy donc me plaignez- 
vous de mourir pour Dieu. Les prêtres revinrent à une heure après 
midy, ils les prièrent en vain de se retirer; un d'eux leur dit, c'est 
pour votre salut (jue nous sommes icy; le plus jeune des gentils- 
hommes leur répondit, si vous étiez à Genève , prêt à mourir dans 
votre lit (car on n'y fait mourir personne pour cause de Religion), 
seriez-vous bien aise que quatre Ministres sous prétexte de zèle vinssent 
vous persécuter jusqu'à votre dernier soupir, ne faites donc point aux 
autres ce que vous ne voudriez pas qu'on vous fît. 

Les Prêtres armés chacun d'un crucifix, s'obstinèrent à les tour- 
menter de tems en tems, ils le leur présentoient; l'aîné des trois 
frères leur dit. Parlez-nous de Celuy qui est mort pour nos offenses et 
ressuscité pour notre justification; nous sommes prêts à vous écouter, 
mais n'y mêlez point vos superstitions. A deux heures sonnées, ils 
sortirent de prison, furent mis dans un chariot, où les quatre curés 
s'assirent avec eux, et conduits à la porte de l'Eglise cathédrale. 
A l'aspect de l'église le ministre crut qu'on vouloit l'y faire entrer, 
et l'y forcer de signer une abjuration, il ne voulut pas descendre du 
chariot, on luy dit que c'étoit pour faire amende honorable, à deman- 
der pardon à Dieu, au Roy, et à la Justice, d'avoir méchamment fait 
les fonctions de son ministère et contrevenu aux Ordonnances ; il ré- 
pondit, vous voyez que je ne m'étois pas tout à fait trompé, ce seroit 
faire abjuration, 11 refusa de descendre, on lui dit que ce n'étoit qu'une 
formalité, il répondit qu'il ne connaissoit point de formalité contre sa 



■188 Kxrr.i'TiON or mimstrt: François nor.HKTTE 

conscience; on le força de descendre, alors à genoux il dit,, Je de- 
mande pardon à Dieu de tous mes péchés, et je crois fermement en 
être lavé par le sang de Jésus-Christ, qui nous a tous rachetés à un 
grand prix; je n'ay point de pardon à demander au Roy, je l'ai tou- 
jours honoré comme l'oint du Seigneur, je l'ai toujours aimé comme 
le Père de la Patrie, j'ai toujours été bon et fidèle sujet et les juges 
m'en ont paru très convaincus, j'ai toujours prêché à mon ti'oupeau la 
patience, l'obéissance, la soumission, et mes sermons qu'on a en mains, 
sont renfermés en abrégé dans ces paroles. Craignez Dieu, honorez le 
Roy. Si j'ai contrevenu aux loix touchant les assemblées religieuses , 
c'est que Dieu m'ordonnoit d'y contrevenir, il faut obéir à Dieu plutôt 
qu'aux hommes. Quant à la Justice, je ne l'ai point offensée, et je prie 
Dieu de pardonner mes juges. Après beaucoup de contestations entre 
le Bourreau , le Greffier et luy, on n'en put arracher autre chose, et 
l'on s'en contenta, parce que l'on vit qu'il recommençoit à protester 
encore plus fortement contre l'amende honorable, au lieu de la faire 
aux termes de l'arrêt. Les trois gentilshommes n'y furent point con- 
damnés, parce qu'elle est incompatible avec la peine du décolement. 
Ensuite on les conduisit au lieu du supplice, le lieu extraordinaire, 
la place de Saint-George ; on choisit pourtant la place de la Monnoye, 
comme infiniment moins spacieuse, afin que ce martyr eût moins de 
spectateurs. Toutes les avenues furent occupées par des détachements 
de soldats; on craignoit, disoit-on, un enlèvement; si cela est on ne 
pouvoit le craindre que de la part des Catholiques, sur qui la condam- 
nation du sang innocent paraissait en efi'et faire une vive impression, 
car le petit nombre de familles protestantes qui sont dans cette ville, 
consternées de Farrest, étaient renfermées dans leur maison, et ne 
s'occupoient qu'à gémir et prier. Les fenêtres des maisons qui don- 
noient sur cette place furent louées très-chèrement; partout où les 
condamnés passoient ils étoient accueillis par des regrets et par des 
larmes; on eût dit que Toulouse étoit devenue une ville protestante ; 
on se demandoit quelle étoit la croyance de ces gens-là, et quand on 
les entendoit parler de Jésus-Christ et de sa passion, on étoit égale- 
ment surpris et affligé. Le curé de la paroisse de Taur ne put résister 
à ce que ce spectacle avoit de désolant, il se trouva mal, on l'emporta 
évanoui, un de ses vicaires vint prendre sa pince. Ce qui touchoit le 
plus,e'étoit l'inexprimable sérénité du ministre ; sa phisionomie pleine 
de douceur, de grâce et d'esprit, ses paroles remplies de confiance et 



El DES TUOIS GENTILSHOMMES VERKIEKS. 181) 

de fermeté, sa jeunesse, tout iutéiessoit pour luy, uiais surtout^ pour 
la certitude qu'on avoit qu'il ne périssoit que parce qu'il n'avoit pas 
voulu sauver sa vie par un mensonge, car son unique délit étant d'être 
Ministre^ et n'y ayant ni plainte_, ni signalement, ni décret, ni témoni 
contre luy, il n'avoit qu'à nier qu'il le fût, et il étoit sauvé , mais il 
aima mieux mourir que de nier sa qualité. 

Il fut exécuté le premier; il exhorta jusqu'à la fin ses compagnons; 
il entonna un verset du Ps. 118, La voicy l'heureuse journée, etc., et 
le bourreau le conjurant de mourir catholique, le ministre luy répon- 
dit : « Jugez quelle est la meilleure Religion , celle qui persécute ou 
celle qui est persécutée. » Il dit aussy qu'un de ses oncles et son 
grand-père étoient morts pour l'Evangile, et qu'il seroit le troisième 
martyr de sa famille. Des trois gentilshommes, deux le virent attacher 
au gibet avec une étonnante intrépidité , le troisième porta ses mains 
sur le visage pour ne pas voir un si horrible spectacle. Les Commis- 
saires du Parlement et les Députés des autres Cours baissoient les 
yeux; quelques-uns cachoient ou retenoient leurs pleurs. Ensuite les 
trois frères s'embrassèrent et recommandèrent leur âme à Dieu. Le 
plus jeune fut décapité le dernier, je ne sais par quelle raison. Les 
trois tètes furent emportées en trois coups. Tous les assistants retour- 
nèrent chez eux en silence, consternés, et pouvant à peine se per- 
suader qu'il y eût dans le inonde tant de courage et tant de cruauté. 



pTm 



Le souvenir de M. de Candulle ne l'a point trompé : c'est dix-huil jours 
après ces sanglants sacrifices, c'est le 9 mars 1762 que la chambre de la 
Tournelle, digne émule de la Grand'Chambre, prononça le fameux arrêt qui 
condamnait à la mort du parricide cet autre martyr, Jea.\ Calas. — Les ca- 
pitouls avaient entamé la procédure le 18 novembre 1761, après tout un 
mois employé par ces magistrats municipaux et par le clergé, les ordres re- 
ligieux, lès confréries, à exciter l'opinion pid)lique et à enflammer les ima- 
ginations. 



MÉLANGES. 

ItES DEUX ^lÉCiE^ I>f: Ij\ ROCIlELiliE:. 

2° SOUS LOUIS XIII. 

Le siège de 1573 avait eu les caractères d'une époque où la tradition che- 
valeresque ne s'était pas encore effacée. C'est de haute lutte que les capi- 
taines du duc d'Anjou avaient voulu réduire la ville rebelle. Prodigues de 
leur propre vie, ils avaient peu marchandé celle de leurs soldais. La fureur 
de l'attaque, l'énergie de la résistance, expliquent la nature et l'énormitè des 
pertes éprouvées par les deux partis, surtout par l'armée royale (1), en 
même temps qu'elles permettent de comprendre le résultat de l'entreprise. 
Cette manière de combattre laissait une chance à l'héroïsme, et cette chance 
avait été pour les Rochelais. Imiter le duc d'Anjou, c'était vouloir se heur- 
ter aux mêmes obstacles et s'exposer à échouer comme lui. Aussi Richelieu^ 
décidé à détruire en France le parti protestant, qu'il soutenait en Alle- 
magne, suivit-il dès l'abord une tout autre tactique. Pour ne rien laisser au 
hasard dans ce terrible jeu de la guerre, il changea le siège en blocus. Par 

(1) Voici, d'après les documents officiels recueillis par M. Genêt, la composi- 
tion et les pertes des deux armées. 
Le recense'.nent fait par Lanoue le 9 février porte : 

Compagnies urbaines 8 de 200 hommes. 1,GOO hommes. 

Grandes compagnies d'étrangers réfugiés. 5 120 — 600 

Petites compagnies d'étrangers réfugiés. 4 50 — 200 

Compagnie du maire, formée de tout le 
corpsdevilleet des principaux lial)itants. 1 » — 150 

Compagnie de cavalerie 1 » — 200 

Compagnie de gentilshommes et olïiciers. 1 » — 100 
Compagnie de pionniers 2 125 — 250 

Totaux. . . 22 compagnies . . 3,100 hommes. 

L'armée royale avait reçu à diverses reprises et avant les derniers assauts: 

Infanterie'. 27,000 hommes. 

Suisses 6,000 

Cavalerie 1,500 

Canonniers. 300 

Pionniers 3,000 

Charretiers conducteurs. . 600 

Troupes de marine 2,000 

Total. . . . 40,000 hommes. 

Les Rochelais eurent environ 1,300 bourgeois ou réfugiés tués, parmi lesquels 
il faut compter 28 pairs ou échevins. Le maire, Morisson, dont l'énergie et l'ac- 
tivité aidèrent si puissamment au salut de la patrie, mourut, peu de jours avant 
la levée du siège, des suites de ses fatigues. 

L'armée royale perdit en tout 22,000 hommes. Plus de 10,000 avaient péri sur 
la brèche ou dans diverses rencontres, et parmi eux on compte 200 olïiciers, 50 
capitaines dont le nom avait marqué dans les guerres précédentes, et 5 mestres 
de camp. 

On voit que les pertes durent être dans les deux partis presque proportion- 
nelles au nomltre, et que ce siège coûta la vie à peu près à la moitié de ceux 
qui y prirent part soit comme assiégeants soit comme assiégés. 



MELANGES. 191 

ses ordres, un fossé de six pieds de profondeur, de douze de largeur et de 
trois lieues de développement, fut creusé autour de La Rochelle, et vint dé- 
boucher des deux côtés à l'entrée de la baie. Derrière ce fossé s'éleva un 
parapet flanciué de dix-sept forts et d'un plus grand nombre de redoutes 
armées d'une formidable artillerie. Quarante mille hommes d'élite, com- 
mandés par les plus habiles généraux du royaume, campèrent en dehors de 
ces lignes, avec ordre de ne combattre que pour repousser les assiégés, et 
des châtiments sévères infligés aux plus ardents apprirent bientôt à l'armée 
que c'était là un ordre sérieux. Tranquille du côté de la terre, Richelieu 
s'occupa de la mer. L'anse au fond de laquelle était bâtie la ville séparait les 
deux extrémités de l'enceinte précédente par un canal d'environ quatorze 
cents mètres que les navires de La Rochelle franchissaient malgré le feu des 
batteries et des forts, que pouvaient tenter de traverser les Anglais, ces 
douteux alliés de la commune : Richelieu résolut de le barrer. Sous ses 
yeux, Clément Métézeau enfonça des pilotis, submergea des navires chargés 
de pierres, et éleva sur ces fondations une digue dont la hauteur dépassait 
celle des plus hautes marées. Un goulet de quekiues toises laissé au milieu 
fut défendu par deux petites jetées accessoires chargées de bouches à feu, 
par deux forts et par une triple enceinte de vaisseaux de guerre toujours 
prêts au combat, de poutres reliées par des anneaux de fer, et de navires à 
l'ancre dont les proues tournées vers le large et armées de longs éperons 
devaient arrêter les brûlots et \es foudroijaîits (1). Cela fait, Richelieu at- 
tendit avec la patience qu'inspire la certitude du succès. 

En effet, la chute de La Rochelle n'était plus qu'une question de temps. 
Ses habitants, séquestrés ainsi d'une manière absolue, eurent bientôt épuisé 
tout ce qu'ils possédaient de vivres. La famine devint horrible. Les détails 
transmis à ce sujet par divers témoins oculaires sont effroyables. Après 
avoir mangé les plus immondes animaux, après avoir essayé de rem- 
placer le blé par des os et du bois piles, la viande par du cuir et 
du parchemin, les Rochelais en vinrent à tromper leur faim avec du plâtre 
et des ardoises broyées. Plusieurs se nourrirent de cadavres, et l'on 
vit une femme mourir en dévorant son propre bras. Les morts tombés 
dans les rues y pourrissaient sans sépulture. Les vivants, couverts dhine 
peau noire et retirée que les os écorchaient, éprouvaient d'atroces dou- 
leurs au moindre contact. Vers les derniers temps du siège, il mourait jus- 
qu'à quatre cents personnes par jour. Aussi, lorsque après quatorze mois 
et seize jours de siège Louis XIII fit son entrée dans La Rochelle, il ne put 
retenir ses larmes à l'aspect de tant de souffrances, dont les preuves frap- 
paient ses yeux malgré les précautions prises pour lui en éviter le spec- 

(1) Espèces de mines flottantes, formées avec des navires maçonnés à l'inlé- 
rieur, que l'on pldçail près d'une digue pour la renverser par l'explosien. 



192 MÉLANGES. 

l;icle (1). 5,000 Rochelais st'Ulemenl le reçurent en criant yràee. Des 28,000 
habitants que la ville renfermait au commeneement du siège (2), 23,000 
étaient morts de faim ! (3) 

Une populalion entière atteint diflicilement ce degré d'héroïque constance, 
si elle n'est soutenue par un homme délite qui lui suulUe sa propre éner- 
gie; ici cet homme fut Jean Guiton. Issu d'une famille d'échevins, fils et 
petit-tlls de maires, ce célèbre Rochelais s'était d'abord exclusivement oc- 
cupé des soins exigés par son commerce et par une fortune (pielque peu 
embarrassée (4j-, mais, nommé amiral à l'âge de trente-neuf ans, il déploya 
tout à coup de véritables talents militaires et une indomptable fermeté. Pour 
son début, on le voit assaillir la flotte royale deux fois plus forte que la 
sienne, la mettre en fuite et lui prendre plusieurs navires. Plus tard, avec 
'3,000 hommes et 500 canons, il atlacjua le duc de Guise, dont les vaisseaux, 
plus forts et armés de canons d'un plus gros calibre, portaient '14,000 
hommes et 043 bouches à feu. Ce fut une bataille acharnée : 14,000 coups 
de canon furent tirés en deux heures, et les deux amiraux coururent les 
plus grands périls. La nuit vint interrompre cette lutte inégale. Au lieu 
d'en profiter pour fuir, Guiton et ses Rochelais l'estèrent en place, prêts à 
recommencer le lendemain. Au point du jour aniva la nouvelle (juc la paix 
était signée. Alors Guiton alla saluer le duc de Guise, et lui ofi'rit son éten- 
dard comme au représentant du roi de France. Guise le refusa, déclarant 
qu'il ne l'avait pas gagné au combat. Il embrassa Guiton, et dit aux capi- 
taines roclielais : << Vous estes de braves gens d'avoir ozé combattre si 
vaillamment; c'est à quoy je ne m'attendois pas, et estimois que, voyant 
une armée si puissante, vous deussiez vous retirer sans combattre. » — 
« Monseigneur, s'écria Guiton, jusqu'ici Dieu m'a faict cette grâce de n'a- 
voir jamais tourné le dos au combat, et je me fusse plustost perdu par le 
feu que de fuir. » 

Tel était l'honune que les Rochelais choisirent poiu'chef lorstpie, assiégés 
depuis neuf mois et déjà à bout de ressources, ils voulurent l'ailérmir leurs 
propres courages. 11 fallut un dévouement plus (pi'ordinaire pour accepter 
une pareille tâche, et l'on comprend les hésitations de Guiton; mais, une 

(1) I.a Rochelle se rendit le 29 octobre 1628, mais le roi ne rentra dans ses 
murs que le l»^"" novembre. Ces deux jours furent employés ;\ nettoyer les rues, 
à enterrer les cadavres et à distribuer des vivres à ce qui restait d'habitants. 

(2) Recensement officiel fait parle maire Jehan GoJeffroy. 

(3) Un millier de personnes moururent encore des suites de leur misère après 
la reddition de la place. Ainsi de la populalion primitive de La Roclielle il ne 
resta qu'enviion quatre mille àmcs. 

(4) Jean Guiton, dernier maire de l'an<ienne commune de Lu Rochelle, par 
P. -S. Caliot, ex-maire de la même ville, ;8i7. Dans ce travail, très curieux à plus 
ffun titre, l'auteur a reeunslruit, à l'aide des pièces originales eonservi-es à La 
Koclielle, r histoire entière de Guiton et de sa famille avant et après le siège de 
1628, histoire qui était coaJi'lélemenl oubliée. 



MELANGES. 1 93 

fois engagé, il ne laiblit pas un instant. Au milieu des scènes affreuses que 
nous avons rappelées, il montrait à ses concitoyens un front toujours calme, 
presque gai. Administration intérieure, défense de la place, négociations 
avec l'Angleterre et le roi, il faisait tout marcher de front. Le jour, il prési- 
dait les conseils, visitait les malades et consolait les mourants; la nuit, il 
faisait des rondes et commandait lui-même des patrouilles. Quelques ci- 
toyens égarés par le désespoir, comprenant bien que seul il prolongeait 
celte résistance désespérée, voulurent, à diverses reprises, le frapper de 
leurs poignards, et tentèrent d'incendier sa maison. Guiton, sans pitié pour 
les espions et les traîtres, se borna à faire mettre en prison ceux qui ne 
s'en prenaient qu'à lui, et redoubla d'efforts et de constance. Enfui, après 
avoir vu la flotte anglaise se montrer deux fois sans rien tenter, après avoir 
eu connaissance du traité par lequel ses infidèles alliés le livraient à Riche- 
lieu, voyant sa garnison rédmleii soixante quaforz-e Français et soixante- 
deux .inglais (I), Guiton crut avoir fait et obtenu de ses compatriotes tout 
ce qui était humainement possible. Alors il demanda le premier qu'on se 
rendit au roi, et, oubliant tout grief personnel, il alla tirer de prison un de 
ses plus constants ennemis, l'assesseur Raphaël Colin, et lui remit la garde 
de la ville, voulant faciliter ainsi la conclusion du Iraité. Les conditions en 
furent sévères. On laissa à ce qui restait de Rochelais la vie, les biens et la 
liberté de conscience ; mais tous les privilèges de la ville et les remparts 
qui la protégeaient durent tomber en même temps (2). Le maire et dix 
des principaux bourgeois furent d'abord exilés. Ils rentrèrent (juelque 
temps après, et Guiton servit dans la marine royale avec le titre de capi- 
taine. Il mourut h La Rochelle , âgé de soixante-neuf ans-, et fut enterré 
près du canal de La Verdière, là même où s'élevaient ces remparts qu'il 
défendit avec tant de constance, en face de ce fort Louis, cause ou prétexte 
des guerres où il s'illustra, en vue de cette digue qui décida la ruine de sa 
patrie (3). 
A l'exception de Colin et des (juelques co^npilateurs qui ont aveuglément 

(1) Au œmmpnceinent du sié^^e, la graii'son se composait de douze compa- 
gnies de bourgeois et de ci7iq à six cents Anglais auxiliaires. Nous avons vu plus 
haut que les compagnies urbaines étaient de 200 hommes. Sur 2,400 bour-Teois 
armés pour défendre leur ville, il en était donc mort environ a, 326. 

(2) Ces conditions, accordées par Richelieu, alors que toute prolongation de la 
résistance était rigoureusement impossible, précisent nettement le caractère de 
la lutte. Il est liien évident qu'elle était avant tout politique, au moins aux yeux 
des cnefs des deux |)artis. Si le cardinal avait obéi surtout à l'esprit catlioli:|ue A? 
son temps, il n'aurait pas laissé aix Koclielais leurs temples et leurs pasteurs. Si 
\e corps de ville avait mis l'intérêt de ses croyances religieuses avant chIii! des 
franchises municipales, il n'aurait pas pris contre la domination aniilaise ces 
précautions minutieuses et parfois oftensnnti.'S, qui seules peuvent expliquer ce 
que la cxuiduite de I5uckingham et de ses successeurs envers leurs alliés présente 
d'étrange et de peu généreux. 

(3) Jean Guiton, par P.-S. Callot. 

43 



iOi MELANGES. 

copié ses dires (1), tous les écrivains sont unanimes dans leurs apprécia- 
tions de Guiton. Catholiques ou protestants, prêtres ou laïques, tous ren- 
dent liommage à la grandeur de son caractère, à la générosité de son 
cœur (2). Aussi son nom est-il resté populaire à La Rochelle, où l'on montre 
encore la table de marbre que Guiton frappa de son poignard en prêtant 
le serment de résister; aussi voulut-on, en 4 841, lui élever une statue; 
mais le gouvernement d'alors refusa de ratitier ce vote du conseil municipal 
rochelais. 

Il est bien difficile d'explicjuer ce refus. Craignit-on d'avoir l'air de sanc- 
tionner une révolte? Ce motif serait mal fondé. Guiton et ses concitoyens 
n'étaient rien moins que des rebelles. Ils ne demandaient autre chose que 
l'exécution d'un contrat ratitié par une longue suite de rois, sanctionné par 
l'autorité des siècles, et que pour leur part ils avaient toujours lidèlement 
observé. Le manifeste publié avant le siège fut l'expression noble et parfois 
touchante de leurs sentiments (3). Ils adjuraient tous les souverains, princes 
ou républiques alliés de la couronne de France; ils rappelaient que les pre- 
miers ils avaient secoué le joug de l'Angleterre « pour ne pas être comme 
étrangers dans le sein de leur patrie; » mais leur ravir leurs libertés, 
c'était, disaient-ils, « les forcer avec violence dans le sein de l'Anglais. » 
Dans les plus dures extrémités, les actes de la commune rochelaise furent 
toujours d'accord avec son langage. Loin de se donner à l'Angleterre, elle 
rejeta toute idée d'annexion, et traita de puissance à puissance, se réser- 
vant tous les droits de souveraineté, et s'engageant seulement à ne jamais 
faire une paix séparée. Pendant le siège, les fleurs de lis furent respectueu- 
sement conservées sur les portes, et chaque jour, au plus fort même de la 
famine, on priait Dieu pour la vie du roi. En un mot, fidèles malgré leur 
lutte armée, les Rochelais ne cessèrent de mériter le reproche que leur 
adressaient leur? prétendus alliés d'outre-mer, d'avoir la fleur de lis em- 
preinte trop avant dans le cœur. l\Iais cette lidêlitè étail subordonnée à 
leur attachenieut pour leurs privilèges, et ceux-ci, inconciliables avec les 
progrès de la société, avec le mouvement de fusion qu'accélérait la main 
puissante de Richelieu, devaient fatalement périr. La Rochelle avait incon- 
testabhsment pour elle le droit ancien; le cardinal pouvait invocpier le droit 
nouvi au, et peut-être est-il permis de dire que dans ce sanglant conflit l'at- 
taque et la défense furent également légitimes. 

(1) Pour juger delà croyance que mérite cet auteur, il suffit de rappeler qu'il 
traite finitoii de lùclte. 

(2) l'endaiit le siège, des fanatiques offrirent h diverses reprises d'assassiner 
Richelieu. Guiton repoussa ces offres avec indignation, et fil consacrer ses relus 
par la parole du ministre Salbert. « Ce n'est pas une telle voie, disait-il, que Dieu 
veut prendre yiour notre délivrance; elle est trop odieuse.» 

(3) Histoire de La Roc/ielle, par Arcère. 



MÉLANGES. 495 

Ce n'est pas, nous aimons ;i le croire, en qualité de protestant que Guiton 
s'est vu refuser la statue que voulait lui élever sa ville natale. Nos lois et 
nos mœurs plus encore n'accepteraient pas une pareille raison. Est-ce 
comme républicain? est-ce comme représentant de la prétendue alliance qui, 
au dire de quelques personnes, existerait entre ces deux ordres d'idées ? 
Nous ne saurions repousser trop hautement une telle pensée. Etablir une 
solidarité quelconque entre les doctrines politiques et la foi religieuse, c'est 
méconnaître l'esprit même du christianisme, qui a si nettement distingué le 
royaume des cieux des royaumes de ce monde, Dieu de César. Pas plus que 
le catholicisme, le protestantisme n'est essenliellement républicain. Un coup 
d'oeil jeté sur la carte d'Europe, un souvenir des dernières années, suffisent 
pour prouver ce fait. Tous les grands Etats protestants sont des monarchies, 
et la couronne y est aussi solide sur la tête des souverains que dans les 
Etats les plus catholiques, qu'à Rome même. 

A. DE OUATREFAGES. 



liE ZKIiE CONVERTISSEUR OE Mme OE MAIXTE1\0]\. 

COMMENT ELLE CONVERTIT LE COMTE ET LE MARQUIS DE MURÇAY , AINSI QDE MADEMOI- 
SELLE DE MURÇAY (DEPUIS MADAME DE CAYLIIS), ET LEUR PERE, LE MARQUIS DE 
VILLETTE-MURÇAY. 

(1680-84.) 

La petite-fille de d'Aubigné a-t-elle eu une part directe et déterminante 
dans l'acte qui, en 1685, cassa formellement l'Edit de Nantes? C'est une 
(juestion que l'on ne considère pas encore comme positivement résolue. Mais 
qu'elle ait souhaité Vextinction de l'hérésie, comme on disait, qu'elle ait 
travaillé dès longtemps à des conversions jiarticulières et même approuvé 
l'acte de révocation une fois rendu, cela est établi par des faits constants. 
Nous aurons sans doute quelques exemples à produire de sa coopération 
aux suites de l'édit révocatoire, et peut-être de sa participation à cet édit 
même; en attendant, voici un échantillon, peu connu, mais bien digne de 
l'être, de son zèle convertisseur dans les années qui précédèrent (1). 

Philippe Le Valois, marquis de Villette-Murçay, était, par sa mère, petit- 
fils d'Agrippa d'Aubigné, comme Madame de Maintenon, qui était, par con- 
séquent, sa cousine-germaine. C'est elle qui l'avait présenté au ministre, 
M. de Seignelay, et l'avait ainsi fait entrer dans la marine, où il se distingua, 

(1) Nous extrayons ce qui suit des Notices plncc^es par M. Monmerqni^ en tête : 
10 des Mémoires du marquis de Vi/lette, qu'il a publiés, en 1844, pour la Société 
de l'histoire de France ; et 2» de l'édiiion qu'il avait donnée, en 1828, des Sowye- 
ni7-s de Madame de Caylus, dans le t. 66, 2^ série, de la collection Pelilot. M. Mon- 
merqué a du reste emprunté son récit à Madame de Caylus, et y a joint les docu- 
ments à l'appui. 



106 MELANGES. 

et devint successivoment elief d'escadre et lientennnt général des armées 
navales. « Profondément eonvaineiie, dit 31. ^îonmeniué, de la vérité ab- 
solue de sa foi religieuse, mue peut-être aussi par le regret de ce que l'ob- 
staele de la religion s'opposait à l'avancement des siens, 'Madame de Main- 
tenon ne cessait de former des vœux pour voir rentrer au sein de l'Eglise 
ceux de ses parents (pii professaient encore le culte dissident. Ses efforts, 
plusieurs fois réitérés, auprès de son cousin pour obtenir qu'il lui contiàl 
ses enfants étaient demeurés inutiles. Elle crut, dans une cause aussi sainte, 
pouvoir recourir à la ruse, et, mettant dans ses intérêts le marquis de Sei- 
gnelay, elle obtint pour Villetie un commandement qui devait l'éloigner de 
l'Europe pendant un temps assez considérable. » Pendant que celui-ci, parti 
de La Rochelle avec l'amiral d'Estrées, se dirigeait vers l'Américpu", Madame 
de Maintenon suivait en France l'exécution de son plan. Elle n'avait pas ciu 
devoir demandera Madame de Villelte de lui confier ses enfants : cette dame 
était catholique (1); sa cousine, craignant de la compromettre vis-à-vis de 
son mari, eut recours à des moyens détournés. Madame de Villette était 
venue passer quelques jours à iNiort, chez uiu^ de ses soeurs, nommée Ma- 
(h]w de Foiitmort (2). Celle-ci la pria, à son départ, de lui laisser sa fille 
jusqu'au lendemain; mais à peine Madame de Villelte avait-elle quitté Niort, 
que Madame de Fontmort partit pour Paris, emmenant avec elle Mademoi- 
selle de 3Iurçay (;i). D'un autre cùié, M. de Chasteau-Renault avait reçu 
l'ordre d'envoyer à Versailles le jeune comte de 3Iurçay, qui servait sur son 
escadre (4) ; le second fils, connu alors sous le nom de ¥. de Marmande, était 
aussi appelé à Paris. — Le fds aîné abjura le premier; à l'arrivée de sa sœur, 
il était déjà converti. On le voit par une lettre inédite de Madame de Main- 
tenon à Madame de Villette, dont nous citerons deux passages : 

« Ouoi(|ue je sois bien persuadée que vous me donnez votre fdle de bon 

" cœur, et (fue vous avez une grande joie de la ((mvcrsion de mon neveu, 

«je ne laisse pas de croire (pie vous avez besoin de consolatiou, et c'est 

" pour y contribuer qw je vous escris. ■> 

Madame de MaiiUenon donne ensuite des détails sur M. de Murcay, puis 

(1) M. de Villelte, alors officier dans l'armée de terre, avait épousé, le 31 juillet 
166-2 Marie de Gliâteauiieiif, fille de Gaspard de Ghàloauneiif, seigneur de Dillay 
et d'Ardin. 

(2) Souvenirs de Madame do Gaylus, Coll. Pc/tYo/, 2" série, t. 66, p. 373. 

(3) «Ma tante, accoutumée h changer de religion, dit Madame de Caylus, et 
« qui venait de se convertir pour la seconde ou la troisièuie fois...» 

(Vj 11 étiiit premier enseigne à l)ord de VHeureux, vaisseau de troisiéirie rang, 
(|ui lit partie de l'escadre de Du Quesne ) our la campagne de lC8()(vol. 48 de la 
Coll. munuscr. des Ordres du Roy, aux archives de la marine). — On voit qu'en 
1681, il est porté sur la liste des « officiers dont le Roy ne veut plus se ser\ir sur 
« ses vaisseaux. » (Vol. 50, p. 55.) 



MÉLANGES. 197 

elle'parle de M. de Saint -Hermine, de Mademoisi-lle de Mureay, alors âgée 
de moins de sept ans : 

« Je l'amenai avec moi . elle pleura un moment (puind elle se vit seule 
« dans mon carrosse; ensuite elle se mit à chanter. Elle a dit à son frère 
« qu'elle avoit pleuré en songeant que son père lui dit en partant que si elle 
" changeoit de religion et venoit à la cour sans lui, il ne la reverroit ja- 
« mais {])... 

« Que je vous plains, ma chère cousine, dans l'agitation où vous estes 
« entre un mari et des enfans; c'est avoir le cœur déchiré parles endroits 
« les plus tendres. Je le sens si fort pour ce que j'aime, que je comprends 
« mieux qu'une autre votre douleur. Consolez-vous en Dieu et dans mon 
« amitié. Je ne doute j);is que l'enlèvement de votre fille ne fasse l)ien du 
« bruit; je l'ai voulu ainsi pour vous tromper la première, ne craignant rien 
« plus que de vous commettre avec Monsieur votre mari... M. de Seignelay 
« m'a dit aujourd'hui (jue 31. de Villette seroit ici au mois de février. J'es- 
« père que la tendresse qu'il a toujours eue pour moi l'empêchera de s'em- 
« porter, et (|u'il démêlera bien, au milieu de sa colère, que tout ce ([ue j'ai 
« fait est une marque de l'amitié que j'ai pour mes proches (2). » 

Madame de 3Iaintenon en entrelient encore sa cousine dans une autre 
lettre déjà connue : 

<< Si vous aviez été de la même religion que î\îonsieur votre mari, je vous 
« aurois priée de m'envoyer votre tille, et j'aurois espéré autant de com- 
« plaisance qu'en ont eue Monsieur et Madame de La Laigne et 3îonsieur et 
« Madame de Caumont; mais j'ai eu peur que l'on ne vous^soupçonnàt d'a- 
« voir été bien aise de me la donner, et de quelque intelligence avec moi sur 
« la religion. Yoilà, ma chère cousine, ce qui m'a obligé de vous tromper, 
« et pourveu que M. de Villette ne soit pas mal content de vous, je me dé- 
fi meslerai bien du reste. J'espère qu'il ne prendra pas si sérieusement l'en- 
« lèvement de Mademoiselle de Murçay, et qu'il consentira qu'elle demeure 
<■ avec moi jusqu'à ce qu'elle soit en âge de dire sa volonté. Ne la plaignez 
« point ; elle se trouve fort bien ici, et je suis ravie de l'avoir; elle est jolie 
« et aimable, et le talent que j'ai pour l'éducation des enfans sera tout em- 
« ployé pour elle. Adieu, ma chère cousine, votre lettre me fait pitié, ou, 

(1) «Je pleurai d'abord beaucoup, dit de son côté Madame de Caylus; irais je 
(( troiivMÏ le lendemain la messe du Roi si belle, que je consentis à me faire ca- 
« tholique, à condition que je l'entendrois toui les jours, et que l'on me gâ- 
te ranliroit du fouet. C'est là toute la controverse qu'on employa, et la seule 
« aljjuratioii que je fis.» 

(2) Lettre inédile du 23 dérombre 1680, tirée des copies Mss. de iMadeinoiselle 
d'Aumale, qui avait été à Saint-Cyr secrélaitc de Madame do Maintenon. — 11 
existe de ces copies plusieurs exemplaires, soit dans la bibliothèque du séminaire 
de Versailles, soit dans celle de M. le duc de Nt ailles. La Beaumelle en avait eu 
communication à Saint-Cyr; mais dans son édition il a altéré les textes. 



lys MÉLANGES. 

« pour mieux dire, votre estât; mais entin vous êtes catholique, et il est im- 
« possible que, dans votre cœur, vous ne soyiez pas bien aise de voir vos 
« enfans dans le chemin où je les ai mis. Vostre flls ne servira plus en mer. 
" Je suis sensiblement toucliée d'affliger mes cousines par les marques lés 
« plus essentielles que je puisse leur donner de mon amitié; car, assuré- 
« ment, je songe à leur témoigner, dans la personne de leurs enfants, la re- 
« connaissance et la tendresse que j'ai pour elles, et que j'aurai tou- 
« jours , quoi qu'elles puissent faire , quand même elles viendroient à me 
« haïr (1). » 

31. de Villette revint, en effet, de sa campagne d'Amérique, au mois de 
mars 1681, et, apprenant que ses enfants avaient été conduits à la Cour 
à l'aide d'une tromperie, il entra en fureur contre sa cousine, à laquelle il 
adressa les reproches les plus violents. On n'a pas conservé ses lettres, 
mais on peut juger de leur amertume par la réponse de 3Iadarae de Main- 
tenon : 

« Je viens de recevoir deux lettres de vous, lui mande-t-elle, et je vois 
« avec douleur que la moins douce est la dernière. Cependant je ne m'en 
« plains point : avec tout autre que vous j'essuicrois de plus grandes ai- 
« greurs; je ne suis point trompée dans votre procédé, et, quoi qu'on ail 
« pu dire, j'ai soutenu que rien ne vous feroit enîporter contre moi. Je con- 
« nois votre tendresse et votre raison : c'est ce qu'il faut pour recevoir ce 
« que j'ai fait de la manière dont vous le recevez. Vous êtes trop juste pour 
« douter du motif qui m'a fait agir. Celui qui regarde Dieu est le premier, 
« mais s'il eût été seul, d'autres âmes étoienf aussi précieuses pour lui que 
« celles de vos enfants, et j'en auruis pu convertir qui m'auroient moins 
« coûté. C'est donc l'amitié que j'ai toute ma vie eue pour vous qui m'a 
« fait désirer avec ardeur de pouvoir faire quelque chose pour ce qui vous 
« est le plus cher. Je me suis servie de votre absence comme du seul temps 
« où j'en pouvois venir à bout; j'ai fait enlever votre fille par l'impatience de 
« l'avoir et de l'élever à mou gré; j'ai trompé et aftligé 3Iaùaine votre femme 
« pour qu'elle ne fût jamais soupçonnée par vous, comme elle l'auroit été 
« si je m'étois servie de tout autre moyen pour lui demander ma nièce. 
« Voilà, mon cher cousin, mes intentions, qui sont bonnes et droites, qui 
« ne peuvent être soupçonnées d'aucun intérêt, et que vous ne sauriez dés- 
» approuver dans le même temps qu'elles vous alfligent. Connue je vous 
« fais justice et que vos déplaisirs me touchent, faites-la-moi aussi, et re- 
« cevez avec tendresse la plus grande marciue qw je puisse vous donner de 
« la mienne, puisque je fâche celui (lue j'aime et ([ue j'estime, pour ser- 

(1) Lettre du 25 cK'cembre 1680, donnée par La Beaumelle, t. I, p. 270, mais 
rétablie sur la copie de Mademoiselle d'Auniiile. 



MELANGES, 199 

'< vir des enfants que je ne puis jamais (ant aimer que lui, et qui me per- 
<( (Iront avant (|ue je puisse eonnoître s'ils seront ingrats ou non (I).» 

M. de Villetle tinit par s'adoucir à l'égard de ses enfants (-2), mais les 
efforts de Madame de Maintenon pour l'amener à abjurer lui-même de- 
meurèrent longtemps inutiles. La religion de M. de Villette était un obstacle 
à toutes les démarches de sa cousine pour lui procurer de l'avancement : 
on peut voir, dans une note de M. Jal (3) , avec quelle dureté on traitait les 
officiers huguenots; on en sera moins surpris en voyant 3Iadame de Main- 
tenon écrire ce qui suit à son cousin : 

« J'ai donné votre lettre au Roy-, il vous estime autant que vous le pouvez 
" désirer, et vous pourriez bien le servir, si vous vouliez. Vous manquez à 
« Dieu, au Roy, à moy et à vos enfants par votre malheureuse fermeté; 
« je le prie de vous éclairer (4). " 

Déjà, dans une lettre précédente, Madame de Maintenon l'avait pressé 
de la manière la plus énergique de songer à une affaire si importante : 

'( Tout ce que vous me montrez de raisonnable dans toutes les occasions 
« augmente mon déplaisir de vous voir si propre à tant de choses , et exclu 
« de tout. Le bien que je fais à vos enfants ne me console point de celui 
« que je ne vous fais pas; je travaille à les faire honnêtes gens, sans espé- 
« rance de jouir jamais de leur mérite; et le vôtre, qui est à. peu près de 
'< même date que le mien, me seroit plus propre. Songez à une affaire si 
« importante, etc. Humiliez-vous devant Dieu et demandez-lui d'être éclairé; 
« convertissez-vous avec lui, et sur la mer, où vous ne serez point soup- 
« çonné de vous être laissé persuader par complaisance, enfin convertissez- 
« vous de quelque manière que ce soit. Je ne puis me consoler de votre 
« état, et je vois en cela que je vous aime plus que je ne le croyois en- 
« core (5). » 

Le marquis de Villette, sollicité par Madame de Maintenon, vaincu 
peut-être par l'argument qui entraîna la conversion de Turenne , n'était pas 
très éloigné de rentrer lui-même dans le sein de l'Eglise ; mais il craignait 
que l'on ne pensât qu'un motif d'intérêt avait pu l'y déterminer. Après avoir 
longtemps balancé, il finit par faire son abjuration, à une époque qu'il est 

(1) Lettre du 5 avril 1681, donnée par La Beauraelle, t. I, p. 273, rétablie sur 
la'copie de Mademoiselle d'Aumale. 

(2) « Comme Madame de Maintenon était soutenue de l'autorité du Roi, dit 
« Madame de Caylns, il fallut céder à la force. » 

(3) Note très instructive que nous reproduirons. 

(4) Lettre du IG juillet 168'», donnée par La l^.eaumclle, t. I, p. 290, rétablie sur 
la copie de Mademoiselle d'Aumale, p. 288 de ses Mss. 

(5) Lettre du 30 janvier 1683, donnée par La Beaumelle, p. 284, rétablie comme 
les précédentes. 



^200 MÉLANGES. 

diflicilc de préciser, mais qui est anlérieiire ^i 1687 (i;. Il fut eu effet promu 
au grade de chef d'escadre le )''" janvier 1(386, et dès le mois de septem- 
bre 1687, nouveau converti, il travaillait déjà à ramener les huguenots. On 
le voit en outre, au mois d'avril 1688, obtenir une grâce (jui ne lui aurait 
été vraisemblablement pas accordée s'il avait continué de professer la 
religion réformée. « Le Roi , dit Dangeau dans son journal , à la date du 
8 avril 1688, a donné mille écus d'augmentation à M. de Villette , chef d'es- 
cadre. » Ayant été présenté à Louis XIV après son abjuration , il lit au roi, 
qui l'en félicitait, celte réponse, que M. Auger trouve noble, que M, Mon- 
merqué dit empreinte de la franchise d'un marin, et que 3Iadame de Caylus 
trouve trop sèche : « Sire, c'est la seule occasion de ma vie où je n'aie pas 
eu pour objet de plaire à Votre 3Lijeslé (2). » 

Après la résistance (jue M. de Villette avait apportée à son changement 
de religion, on a quelque sujet d'être surpris que lui-même soit tombé , à 
l'égard de ses anciens coreligionnaires, dans des excès de zèle qui lui atti- 
rèrent des reproches de sa cousine. Elle lui écrivait : « Prenez garde à 
« toutes les atlaires dont vous vous chargez, car il seroil désagréable qu'elles 
« ne se trouvassent pas comme vous les avez proposées. M. de Seignelay a 
« persuadé au Roy que Mademoiselle de Saint-Laurent étoit sur le point 
« de faire sa réunion, et si elle part sans que cela soit fait, on en sera as- 
« surémeut mécontent. Ne vaudroit-il pas mieux la remettre aux Nouvelles 
" catholiques, et qu'elle s'en démeslàt comme il lui plairoit? Je vous advoue 
« que je n'aime point à me charger envers Dieu, ny devant le Roy, de tous 
« ces retardcmens de conversion, et que j'aurois aussi un chagrin de vous 
« voir déplaire quand vos intentions sont bonnes. On prétend aussi que 
« cette Mademoiselle de Boisragond n'escoule point, et qu'elle ne sera de 
« longtemps convertie; cela sera encore sur votre compte (3). » 

Depuis sa conversion, la faveur du marquis de Villette alla toujours en 
croissant ; il fut créé lieutenant général des armées navales par lettres du 
4" novembre 1689, et il exerça celte grande charge jusqu'à répocjue où 
n<jlre marine se réduisit à des arnu'menis en course, <jui lireut lort à nos 
ennemis sans contribuer beaucoup à la gloire de la France (4). Nommé com- 
mandeur de l'ordre de Saint-f.ouis , en 1697, il ne larda pas à en devenir 
graud'croix... 11 avait épousé en secondes noces, en 169:'), Marie Deschamps 

(1) Nous allons plus loin ((iie M. Moiinienjné : nous pensons qu'elle a dil avoir 
lieu vers le mois d'octobre 168o. Phicé alors entre l'abjuration et l'expatriation, 
Villette aura succombé au dernier moment. 

(2) Avger, Not. sur M. de Villelte, dans son édition des Lettres de Madame de 
ilaintenon , Paris, 1815, in-12, t. II; Monmeiqué, Not. sur Madame de Caylus, 
p. 339; Mndtime de Caylus, Souveiùvs, p. 37G. 

(3) Lettre de Madame de Maintenon du U septembre KiS?, doiinéi- [lar La Beau- 
meile, revue sur les copies de Mademoiselle d'Aumalç, p. 3io. 

(4) Mérn. de Villette, p. 140. 



MELANGES. 201 

de Marsilly, «belle personne de vingt ans, sans fortune,» qui avait été à 
Saint-Cyr et à laquelle le Roi et Madame de Maintenon portaient un vif inté- 
rêt (I). Il mourut à Paris en décembre 1707, âgé de 75 ans, et il eut avec 
Turenne cet autre point de ressemblance qu'à sa mort, au lieu d'un lieute- 
nant général de marine, on en créa deux : Du Casse , homme de mérite, et 
d'O, homme de faveur. On put dire aussi la monnaie de miette... « C'étoit, 
« dit Madame de Scudéry, un des meilleurs hommes que j'aye jamais connus; 
« j'espère que Dieu lui aura fait miséricorde. » Villetle avait perdu, en 1 692 
et 1707, ses deux tils, nés de son premier mariage. Il laissait un petit-fils, 
enfant de son tils aîné, la célèbre Madame de Caylus, et trois enfants du 
second lit. 

Nous n'ajouterons à toute cette histoire aucune réflexion ; la morale, si 
morale il y a, en est assez sensible. 



racontées par un abbé missionnaire. 

D'après l'indication du frère Léonard (V. Bull., t. I, p. 476), nous avons 
compulsé les « ^lémoires du comte de Vordac, » publiés en 1702 par l'abbé 
Cavard, et nous n'y avons pas trouvé le « trait historique de M. de Saint- 
Ruth ). auquel il renvoie ; le seul endroit où ce commandant est mentionné 
est quant à lui assez insigniliant. Mais, en revanche, ce passage mérite bien 
d'être reproduit à un autre titre , car, au lieu de ce que nous cherchions , 
nous avons rencontré une peinture des dragonnades tracée par ce prêtre de 
Languedoc, témoin oculaire et acolyte des dragons, qui écrivit ses propres 
souvenirs sous le nom du comte de Vordac , soi-disant lieutenant du régi- 
ment chargé d'appuyer militairement son œuvre de missionnaire. 11 se met 
lui-même en scène; il fait l'éloge de son éloquence et de ses manières, et 

(1) Madame de Caylus a vu la conversion de son père avec les yeux d'une tille, 
et ce qu'elle en dit coiilraste singulièrement avec la réalité, au moins pour ce qui 
est des résultats de cette conversion : « Mon père, après avoir résisté non-seule- 
<( ment aux bonlés, mais aux promesses du Roi , et avoir compté pour rien de 
« n'être pas fait chef d'escadre à son rang; après avoir résisté à l'éloquence de 
« M. de Meaux, qu'il ainirit naturelkment, s'embarqua de nouveau sur la mer, 
« et lit pendant cette campaî,'ne des réflexions qu'il n'avoit pas encore faites. 
« L'évangile de l'ivraie et du" bon grain lui parut alors clair contre le schisme. 
« Ainsi convaincu, mais ne voulant tirer de sa conversion aucun mérite pour sa 
« fortune, il fit :,. son retour son abjuration entre les mains de son curé, et per- 
te dit par là les récompenses temporelles qu'il en auroit pu attendre; si bien môme 
« qu'en venant après à la cour, le roi lui ayant fait l'honneur de lui parler avec 
« sa bonté ordinaire sur sa conversion, mou père répondit avec trop de séctie- 
« resse que c'étoit la seule occasion de sa vie oii il n'avoit point eu pour objet 
« de plaire à Sa Majesté.» On voit que Madame de Caylus n'écrit pas en lemnie 
mal convertie; cependant, en parlant de Mesdemoiselles de Saint-Hermine et de 
Caumont, qui avaient été livrées à Madame de Maintenon, elle dit que « la résis- 
<i tance de ces jeunes personnes fut infiniment glorieuse au calvinisme.» 



202 MÉLANGES. 

parle de l'amitié étroite qui le lie au comte de Vordac , jus(|u'à les rendre 
inséparables. Sainl-Rutli n'intervient (jue pour assister à une de ses prédi- 
cations, hù en faire compliment et lui recommander, au nom du roi, la dou- 
ceur. Le tableau qu'il présente gaiement des conversions par logement 
montre cependant quels ordres étaient donnés aux soldats, comment et 
« avec quel plaisir ils étaient exécutés. » C'est là peut-être ce que le frère 
Léonard avait en vue; et, au fait, c'est bien Saint-Ruth qui fait agir ses dragons, 
comme on va le voir, tandis (ju'il exhorte le missionnaire à la mansuétude. 
— Nous n'avons rien voulu supprimer du récit, pas même les considérations 
préliminaires : on y retrouve les banalités (jue comporte le sujet, les lieux 
communs que certains écrivains se passent traditionnellement de main en 
main, et en les lisant on se demande en vérité si l'auteur est sérieux, ou si 
son style ne cache pas une amère ironie. 

« Au commencement de l'automne (1685), nous reçûmes l'ordre d'aller aux 
Cévennes, où nous trouvâmes quelques autres régiments de dragons, qu'on 
y avoit envoyés pour tenir les Inigucnots dans le devoir. Ce fut en ce temps-là 
que le Roy révocjua les Edits de iNimes et de Nantes. Et par cette révocation 
tout exercice de la religion P. R. fut défendu en France. Le Roy avoit au- 
paravant sapé tous les fondements du calvinisme, faisant abattre plusieurs 
temples, cassant les chambres de l'Edit, excluant les huguenots des grands 
emitlois et des charges de ville , donnant de grosses pensions à ceux (|ui se 
convertissoient, condamnant à la mort ceux qui retomboient dans l'erreur, 
après l'avoir abjurée, et faisant prêcher partout la controverse, par un grand 
nombre de missionnaires. Le Roy s'étant par là frayé le chemin à la consom- 
mation de l'ouvrage, cassa enfin l'Edit de Nantes le 22" octobre de l'an 1685 
et bannit à jamais le calvinisme de ses Etats. Le règne du Roy avoit été 
jusques-là remarquable par plusieurs belles actions, et il a été très florissant 
depuis ce temps-là. Mais, à mon sens, la révocation de l'Edit de Nantes a 
été le chef-d'œuvre de ce Prince, et l'action la plus éclatante de son règne (i). 

« Le calvinisme avoit pris naissance sous François I*^"", en France, et i\ 
avoit troublé le règne de sept rois : François l^'", Henry II , François II , 
Charles IX, Henry III, Henry IV, Louis XIII , et avoit conduit souvent la 
monarchie françoise à deux doigts de sa perte. Tant que cette secte eût 
resté en France, on y auroit eu un levain de discorde, et une source éternelle 
de guerres civiles (2); et quand on ne considéreroit les choses ([ue par des 

(1) On voit que le préteadu comte de Vordac exprime et motive naïvement 
son enthousiasme. Pour nous borner à une seule observation , nous ferons re- 
marquer qu'il n'est jias très exact de dire que le règne du roi a été très florissant 
depuis la révocation; on convient généralement du contraire. 

(2) L'enthousiasme aveugle encore ici notre narrateur; car on a dit avec rai- 
son que, depuis la prise de l>a Roclielle et la paix de 1629, la Réforme, comme 
liarli politique, était morte en France, en sorte que, par sa date, la révocation 



«?% 



MÉLANGES. 203 

vues humaines, la réunion des calvinistes est l'effet d'une puissance absolue 
et d'une politique consommée {]). 

« D'abord après la révocation, on nous dispersa dans les Cévennes avec 
ordre d'aider les missionnaires, et de loger chez les huguenots, jusqu'à ce 
({u'ils eussent fait abjuration de leurs erreurs. Jamais ordre ne fut exécuté 
avec plus de plaisir. Nous envoyions dix, douze, ou quinze dragons dans une 
maison qui y faisoient grosse chère, jusqu'à ce que tous ceux de la maison 
se fussent convertis. Cette maison s'étant faite catholique, on alioit loger 
dans une autre, et partout c'étoit nouvelle aubaine (2). 

« Le peuple étoit riche dans les Cévennes , et nos dragons n'y firent pas 
mal leurs affaires durant deux ans. Nous parcourûmes de cette manière une 
partie du bas Languedoc, le Gévaudan, le Velay, le haut et le bas \ ivarais. 

« J'étois partout très content, et j'avois sujet de l'être. Je fis amitié avec 
plusieurs missionnaires, dont la plupart étoient très honnêtes gens ; je fis sur- 
tout une liaison particulière avec les abbés du Cheylar et de la Pérouse, et 
avec le père Lombard, jésuite suisse. Celui-ci me fit faire connaissance avec 
un jeune missionnaire, appelé monsieur Cavard, son ami intime. C'étoit un 
jeune ecclésiastique du Puy en Velay qui ne disoit pas encore la messe, n'en 
ayant pas l'âge, mais qui s'étoit déjà acquis beaucoup de réputation par son 
éloquence parmi les huguenots et les catholiques. Quand j'eus entendu ce 
jeune prédicateur, je cessai de m'étonner qu'il se fût rendu si fameux dans 
les Cévennes. Outre que c'étoit un homme des plus éloquents , il avoit dans 
ses discours et dans ses manières je ne sais quoi de touchant, à quoi il étoit 
impossible de résister. Nous liâmes ensemble une amitié si étroite, qu'elle 
passa en proverbe dans ce pays-là. Quand les ordres venolent pour les mis- 
sionnaires et pour les dragons de changer de demeure, nous faisions toujours 
en sorte d'avoir le même quartier, et nous devînmes inséparables. 

'< Dans ce temps-là monsieur de Saint-Ruth, commandant pour le Roy dans 
les Cévennes, nous fit avertir tous deux qu'il viendroit un certain dimanche à 
notre quartier. Nous donnâmes ordre aux religionnaires de sept ou liuit pa- 
roisses voisines de s'y rendre ce jour-là. Monsieur de oaint-Ruth étant venu, 

de l'Edit de Nantes «se trouve justement placée à l'époque de notre histoire où 
elle se comprend témoins.» F. aussi ci-dessus, p. 96. 

(1) Puissance absolue, oui, assurément; mais politique consomme'e, cela fait 
question pour d'autres que pour certains liommes d'Etat ou de plume, transcen- 
dants et ultramon tains. 

(2) Voir les détails donnés par M. Ch. Weiss, Hist. des Réf. nrot., t. I, pp. 82, 
84, et surtout t. II, p. 1 1 9, où se trouve rapporté le récit que fit lui-même des tor- 
ture? qu'il avait soiilïertes Jacob de Bve, consul hollandais à Nantes, pour son mal- 
heur naturalisé Français. — F. aussi" divers articles de la France protestante, no- 
tanmient celui d(^ Cahanel, dont la femme et les deux tilles se convei tirent, de 
guerre lasse, après avoir, pendant six semaines, hébergé jusqu'à quatre-vingt- 
dix-neuf cuirassiers, qui avaient fait un dégât extraordinaire dans la maison et 
sur les terres, est-il dit dans un Mémoire qu'on trouve aux papiers de La Reynie 
de la Bibliothèque impériale. 



:£ 



204 BIBLIOGRAPHIE. 

je le conduisis à l'église, et en sa présence monsieur Cavard fit sa prédication 
à cette multitude de religioniiaires assemblés. Ce commandant parut fort con- 
tent de la manière dont on s'y prenoit pour instruire ces peuples. A la lin du 
sermon, il nous marqua que c'étoit l'intention du Roy qu'on travaillât avec 
douceur à la réunion des religioniiaires, et me remercia publiquement d'une 
manière très obligeante de ce que j'avois sceu si bien ménager les esprits 
dans tous les cpiartiers où j'avois été, que je m'y étois attiré l'alTeclion et la 
contiance du peuple : il me chargea de continuer, et me promit qu'il auroit 
soin d'en rendre compte à Sa .Majesté. » 



BIBLIOGRAPHIE. 



Étude sur l'hlslolre de la Fraiiceet de la Hollande (1566-1636), par M. H. Ou- 
vré, ancien élève de l'Ecole normale. In-8" de 35o pages. Paris, A. Durand, 
1853. 

Benjamin Aubéry, sieur du Maurier, était petit-neveu de Jacques Aubéry, 
avocat au parlement sous Henri II, et céh lire pour avoir vengé sur le baron 
d'Oppède, par un plaidoyer éloquent, les vi(;times de Cabrières et de Mérin- 
dol. Jl fut successivement secrétaire de Du Plessis-Mornay, à vingt-trois ans, 
de 1589 à 1592; intendant du duc de Bouillon et son chargé d'afl'aires 
auprès de Henri IV, par-qui il était en même temps employé; contrôleur 
général dans l'administration financière de Sully; enlin ambassadeur en 
Hollande, de 1613 à 162i. Il avait laissé des Mémoires, qui se trouvent 
aujourd'hui en original à la bibliothèciue publiijue de Poitiers, et dont un 
représentant de la famille, le marquis d'Aubéry, a aussi conservé une copie. 
C'est d'après ces manuscrits, et en y joignant bon nombre de documents iné- 
dits, que M. Ouvré, professeur d'histoire à Poitiers, a rédigé un travail re- 
marquable, non-seulement comme biographie de Du ^laurier, mais comme 
étude de quelques-uns des faits de l'histoire du proleslantisme en France et 
en Hollande, sous les règnes de Henri IV et de Louis Mil. La querelle du 
duc de Bouillon, la politique française en Hollande, et la lutte du prince 
j\Iaurice et du grand pensiimuairc Barnevcld, sont les priiuipaux événements 
autour desquels il a classé tous les autres. Nous nous bornerons ici à quel- 
ques détails personnels à Du 3Iaurier; nous citerons c'C (jiie dit M. Ouvré 
de ses dernières années, et nous repioduiroiis les dernières pages de ses 
Mémoires. 

Le trait distinclif de la vie de Du Maurier est la modération et l'esprit de 



BIBLIOGRAPHrE. 205 

conduite. Il a toujours justifié les ternies du brevet de secrétaire ordinaire 
du roi de Navarre (ju'il avait reçu, le 23 octobre 1390, « en récompense de 
sa loyauté, preud'hommie, capacité, expérience et bonne diligence. » Le ca- 
ractère de son style, dit M. Ouvré, c'est « la clarté et la propriété; sa prose 
a comme un agrément tempéré et doux; elle est, pour tout dire, hoimète, 
saine et de bon lieu, ainsi que l'homme excellent dont elle offre la fidèle 
image. » Retiré de la politique active en avril 1621, il cultiva sans partage 
les lettres qu'il avait aimées toute sa vie. On lui doit l'impression du plai- 
doyer de son grand-oncle pour les victimes de Mérindol et de Cabrières. Il avait 
perdu, en 1620, sa première femme, qui lui laissait neuf enfants. En 1622, 
il avait épousé mademoiselle Renée de Jaucourt de Yillarnoul, soeur du 
gendre de Du Plessis-Mornay, et (pii devint une seconde mère pour sa nom- 
breuse famille. Il surveillait l'éducation de ses enfants, et c'est sur eux qu'à 
la fin de sa vie il consacra toutes ses pensées et tous ses soins. « Le journal 
qu'il avait commencé pour eux parmi les distractions de la politique, il l'a- 
chevait dans la paisible douceur d'une destinée accomplie. Ce modeste livre 
respire un calme et une honnêteté rarRs; c'est un appel touchant aux quali- 
tés qui font le bonheur des familles et la paix des États : le respect de l'au- 
torité, l'amour de la règle et du devoir, la modération dans les désirs, le 
culte de ce (pii élève l'homme , et au-dessus l'idée sans cesse présente de 
Dieu, de qui tout bien émane. '•Cœlesfem cogita,» c'était la devise qu'il avait 
choisie pour son château de la Fontaine. Il y fut en effet fidèle toute sa vie; 
sa foi est humble et résignée ; elle n'a ni àpreté ni emportement : le hugue- 
not disparaît presque sous le chrétien. 

" Au moment où il écrivait ses dernières pages, le calvinisme expirait comme 
parti politique. Richelieu venait de prendre La Rochelle, et parmi les pro- 
testants modérés, un grand nombre craignaient que la chute de cette ville 
n'entraînât la révocation de l'édit de Nantes. Du Maurier en prit occasion 
de rappeler à ses enfants les conseils de modération et de patience qu'il leur 
avait donnés, et de les résumer une dernière fois. 

" Premièrement, écrivait -il, je les exhorte de méditer à bon escient el 
" souvent les singulières grâces que Dieu a départies non-seulement en leur 
" donnant l'estre, mais aussi le bien estre; les ayant daigné faire naistre en 
" son Eglise, instruire en sa parole et rendre parliripans de ses pro- 

" messes Qu'ils lisent et méditent souvent la parole de Dieu, fuians 

«.comme un très dangereux escueil de s'embarasser en questions subtiles 
« et curieuses des théologiens, qui par leurs dissentions et controverses 
« ont beaucoup plus destruit qu'édifié le christianisme et la piété. Ceux qui 
" se plongent en tels gouffres s'y noyans le plus souvent eux-mesmes pour 
" bons nageurs qu'ils soient, et tirans leurs sectateurs en mesme danger. 
" C'est pourquoy sur cela je renvoyé mes enfans au conseil de St Paul, de 



206 BIBLIOGRAPHIE. 

sçavoir à sobriété, leur suffisant d'embrasser très simplement par foy un 
seul Jésus et iceluy crucifié. 

<< Qu'après le service de Dieu, suivant l'ordre qu'il a estably, leur pre- 
mier but soit de rendre tousjours au roy leur souverain une franche et 
volontaire obéissance, sans jamais varier ny sous quelque prétexte que ce 
soit, s'entremettre d'aucuns remuemens en son Estât ny ailleurs; ains 
que chacun d'eux en sa profession obéissant au commandement de Dieu 
serve affectionnement et fidellement son prince. Et s'il ne les employé, 
qu'au moins ils lui rendent ce devoir par vœux et prières pour la santé de 
sa personne, et prospérité de son règne, se ramentevans tousjours que la 
vraye religion est si chaste et sacrée qu'elle ne doit servir à faction ny 
quelconque mauvaise pratique, mais seulement à dévotion. 
« A quoy je les convie d'autant plus instamment que j'espère de sa jus- 
tice et clémence l'observalion des édits du feu roy son père d'inimorlelle 
mémoire, et siens, pour la liberté des consciences de ses sujets et jouis- 
sance des biens qui leur appartiennent. 

« Que si pour nos péchés et par quelques excès des hommes et du temps 
il en arrive autrement, qu'ils facent de nécessité veriu, se résolvans plus 
tost par amour à leur patrie d'en sortir, qu'en y demeurant aider à la 
ruyner, attendans patiemment une plus favorable saison quelqu'aufre part 
ailleurs où ils vacqueront à prier Dieu (pi'il fléchisse le cœur du roy pour 
leur redonner la mesme précédente liberté, employans cependant leur exil 
à tousjours apprendre quelque chose de bon, et mesmes à vivre de peu en 
bonne conscience. Au demeurant qu'ils n'oublient jamais et ne se ressou- 
viennent pas trop aussi que leur père fut honoré plusieurs années de la 
charge d'ambassadeur; affin qu'ils n'aient les courages trop bas en pareil 

estât s'ils y sont appelés, ny trop haut en moindre s'ils y sont réduits 

'< Pour leur conduite et conversation entre les hommes, d'autant qu'aprez 
la bonne conscience le bon renom doit estre nostre principal thrésor, 
qu'ils ayent pour maxime de ne s'accoster que de gens de mérite, savoir 
et probité, entre lesquels ils s'efforceront d'acquérir leurs supérieurs pour 
favorables, leurs égaux pour bienveillans et mesmes leurs inférieurs pour 

amys 

'( Et parce que de toutes les vertus cbrétiennes et civiles Dieu ny les 
honmies n'en ont pas de plus aggréable que l'humilité, je leur recom- 
mande qu'ils la prali(pient incessamment, tenant pour infaillible qu'elle 
leur attirera la bénédiction et les cœurs des gens de bien, mesme qu'ils 
seront tant plus estimés et loués par autruy que moins ils s'estimeront 

et loueront eux-mesmes 

« Qu'ils ayent un soin perpétuel de maistriser leurs langues à ce qu'elles 
« ne parlent à la volée de choses dont ils se pussent repentir Et si par 



BIBLIOGRAPHIE. 207 

« malheur il leur survient quelque dispute, qu'ils ne se laissent emporter 
« par précipitation à cholère ni vangeance aucune. La première transportant 
« l'homme hors de soy-mesme, et la seconde n'appartenant qu'à Dieu seul 

« qui se l'est réservée Quant aux procez, qu'ils les détestent, pour 

(( n'encourir cet odieux nom de chiquaneurs, et (ju'au contraire dépouillés 
" de passion et d'avarice ils ayent tousjours pour recommandée la detfini- 

« tion et pratique de justice Je les exhorte d'avoir en horreur outre ce 

" qu'ils savent estre deffendu par la loy de Dieu tous jeux de hazard, comme 
« de chartes et de dez, qui sont vrayes pestes de la vie et certaynes ruines 
« des maisons. Pareillement de ne se laisser piper aux souffleurs d'al- 
« chimie qui présumans et promettans témérairement de transmuer les 
« moindres métaux en de plus excellens, convertissent en rien tout ce qu'ils 
« peuvent attraper 

« Finalement je les adjure par l'amour que je leur porte et par le bien 
« qu'ils doivent vouloir à eux-raesmes de vivre tousjours entre eux en con- 
« corde et bonne intelligence, s'entr'appuyans et prestans la main pour se 
« défendre mutuellement et procurer par tous bons moyens le bien, avan- 

« cernent et repos les uns deâ autres Qu'ils se ressouviennent de la 

« belle similitude que 3Iicipsa mourant lit à ses enfans, affin que bien unis 
« ils fussent pareils aux flèches qui ne purent estre rompues tant qu'elles 
« furent bien jointes et liées ensemble. 

« Que s'il plaist à Dieu me faire trouver mon jour avant qu'ils soient tous 
« en aage de se pouvoir conduire eux-mesmes, que les plus aagés s'éver- 
« tuent de me représenter envers les plus jeunes par soin et cordialité, et 
« que les jeunes aussi croyent leurs bons conseils (t). » 

« Ce furent là ses derniers avis; il mourut en 1636, dans son château du 
Maurier, à l'càge de soixante-dix ans. Tous ses maîtres l'avaient précédé au 
tombeau, sauf Sully, qui achevait obscurément sa vie, enfermé dans ses sou- 
venirs. Comme lui. Du Maurier était incertain et inquiet à son dernier jour. 
Le duel des deux religions en Allemagne restait indécis; la victoire de la 
royauté n'était pas complète; la violence de Richelieu empêchait de distin- 
guer la suite, la grandeur, la nécessité de sou œuvre. C'est à lui, du reste, 
que Du 3Iaurier devait sa disgrâce ; ses amis, Grotius entre autres, étaient 
hostiles à l'impérieux cardinal. Après tout, il est bien difficile à un homme 
d'avoir l'intelligence complète du temps qui le suit. Protestant modéré, mais 
sincère, il craignait pour les siens la perle de cette liberté du culte si péni- 
blement conquise. Au milieu des guerres civiles, au service d'un ministère 
faible, il avait contracté une sorte de timidité qui l'empêchait d'apprécier à 
leur juste valeur la rapidité et la décision hardie du gouvernement qui lui 

(1) Ms. du niarq. d'Aubéry. Tout ce beau morceau manque dans le Ms. dç Poitiers. 



208 BIBLIOGRAPHIE. 

avait succcdé. Pourtant l'aurore du i^Tand siècle s'était levée; Richelieu re- 
joignait Henri IV; encore quel(|ues efforts, et la royauté est décidément 
maîtresse : Louis XIV peut venir. » 



DE QUEI^aUES AiVCIE-^» RÉPERTOIRES 

DES SOCRCES DE l'hISTOIRE DE LA RÉFORME EN FRANCE AU XVl* SIÈCLE. 

(1535-1550.) 

A M. le Président de la Société de V Histoire du Protestantisme 
français. 

Paiis, •.};! juillet 1853. 

Monsieur, 

Je ne crois pas que pour éclairer l'histoire, à réliide de laiiuclle votre 
Société se consacre avec un zèle si louable, il faille s'en tenir à explorer des 
manuscrits. Je le dis sans intention épigrammatique : il y a tels livres du 
seizième et du dix-septième siècle, et même du dix-huitième, qui sont tout 
aussi inconnus que des manuscrits, et qui néanmoins ont un plus grand in- 
térêt (1). Mais la pire condition est encore celle des livres que tout le monde 
est censé connaître et qui ne sont ouverts par personne, ou à peu près. La 
Réformation , qui doit tant à l'imprimerie , devrait bien essayer de rendre 
un public , au moins à ces derniers. 

J'ai l'honneur de vous proposer d'essayer d'abord la résurrection de quatre 
recueils jadis célèbres, à savoir : 

Les Preuves des libertés de l'Eglise gallicane (par Pierre Pithou et 
Pierre Du Puy). 

Les Ordonnances roi/aulx, depuis S. Louis jusqu'à Henri II , édit. 
de 1548, in-folio; 

Les Edicts et ordonnances de Fontanon , revus et augmentés par Ga- 
briel de Roche-Maillet, édit. de 1611; 

Lu grande Conférence des ordonnances , édit. de 1678. 

L'analyse de quelques-unes des pièces renfermées dans ces ouvrages 
prouvera, mieux que tdul ce que j'en pourrais dire, combien ils sont néces- 
saires aux protestants. 

(1) Nous sommes bien de cet avis, et nous l'avons exprimé dès le début. 
[V. BitlL, i I, p. 13.) Le travail d'exploration que nous propose M. d^ Fréville, 
et dont il va nous donner un excellent exemple, réalise une des parties essen- 
tielles de notre plan. 



BIBLIOGRAPHIE. 209 



I. 



1524 (1525 nouv. style), mars 20. — Arrêt du Parlement de Paris, 
rendu sur le rapport du premier président, Jean de Selve. Il est or- 
donné de publier de nouveau l'ordonnance de Louis XII, en date du 
9 mars 1510 (1511 nouv, style), concernant les blasphémateurs, et 
enjoint àTévèquede Paris de donner vicariat aux conseillers, Philippe 
Pot et André Verius, et aux docteurs en théologie, Guillaume du 
Chesne et Nicolas le Clerc, pour faire le procès aux Luthériens et 
autres hérétiques. 

Preuves des lih. de V Eglise gallicane, t. II, p. 1090, n*» 3. 

L'évocation de l'ordonnance contre les blasphémateurs , pour la punition 
des Luthériens, me paniît être une preuve qu'en mars 1525, l'autorité civile 
n'avait encore fait aucune loi contre ces derniers. 

IL 

1524- (1525 nouv. style) , mars 29. — Arrêt ordonnant aux arche- 
vêques de Lyon et de Reims, aux évêques de Meaux , d'Orléans, de 
Paris, de Chàlons , d'Amiens et d'Angers, aux chapitres de Sens et de 
Bourges, de donner vicariat aux conseillers, Jacques de la Barde et André 
Verius, et aux docteurs en théologie, Guillaume du Chesne et Nicolas 
le Clerc, « d'informer secrètement et de procéder contre ceux qui tiennent, 
publient et enseignent les hérésies, erreurs et doctrine de Luther. » 
Par le même arrêt, il est spécialement enjoint à l'évêque de Meaux de 
déléguer les conseillers et docteurs susnommés pour faire le procès à 
M'= Mathieu Saulnier et à M® Jacques Pouvan, du diocèse de Meaux, 
accusés d'hérésie et prisonniers en la Conciergerie du palais, à Paris. 
ht., no 4. 

Il faut rapprocher de ces deux arrêts la lettre-close de François F'', datée 
du 10 décembre 1533 et adressée à l'évêcjue de Finis {Bullet. de l'Hist. du 
Prot.fr., t. I, p. 437). On ne doute plus alors que cette lettre était un ordre 
de remettre aux mains du pouvoir royal , représenté par le Parlement , le 
droit d'exercer à Paris des poursuites contre les hérétiques. D'autre part, 
les deux arrêts que je viens d'analyser, et quehiues-uns de ceux qui suivent, 
témoignent de la résistance des évêipies à ce que les tribunaux ecclésiasti- 
ques fussent dépouillés de la seule juridiction qui leur restât. Enfin, le docu- 
ment que j'ai publié dans le Bulletin (t. I, p. 328 et suiv.) montre que, dans 
cette lutte, le chancelier légat, Antoine du Prat, fit de son mieux, tout arche- 
vêque de Sens qu'il était, pour seconder les vues du roi et du Parlement. 



1525, mai 17 ou 20. — Bref de Clénicnt VII, délivre à la requête de 
Louise de Savoye, comtesse d'Angoulême, régente de France, et adressé 
aux conseillers du Parlement de Paris. Le Pa|)e approuve la nomination 

li 



210 BIBLIOGRAPHIE. 

des conseillers et des docteurs en théologie , choisis par le Parlement 
pour être inquisiteurs de la Foi, et leur permet de travailler uucton- 
tate apostolica. 
Id., p. 1091, n» 5. — V. France protest, de MM. Haag, Pièces justif., n" 1. 

IV. 
1525 , juin. — Enregistrement du bref de Clément VII. 

/o?., ibid. 

V. 

1525, novembre 24. — Arrêt qui décide que les archevêques, 
évêques'et autres prélats du ressort seront contraints, chacun par la 
saisie de leur temporel, à consigner au greffe de la cour la somme d'ar- 
gent nécessaire pour faire le procès aux Luthériens et autres héréti- 
ques, découverts dans leurs diocèses. Si l'hérétique a des biens, l'é- 
vêque aura la faculté de poursuivre son remboursement auprès des 
commissaires royaux du séquestre. 

Id. p. 1092, no 6. 

VI. 

1525, novembre 29. — Arrêt par lequel il est enjoint àTévéque de 
Meaux de verser deux cents livres parisis au greffe de la cour, pour 
les frais du procès de Mathieu Saulnier et de Jacques Pouvan , sus- 
nommés. ( V. plus haut, n" il. ) 

Id., p. 1093, no 7. 

VII. 

1525, décembre k. — Certificat du greffier du Parlement, Séra- 
phiu du Tillet, déclarant que l'évèque de Meaux a versé deux cents 
livres parisis, aux fins susdites. 

Id., ibid. 

VIII. 

1525 (1526, nouv. style), janvier 8, — Arrêt par lequel, après 
avoir entendu les juges délégués sur le fait des hérésies, l'évèque d'A- 
miens est chargé de faire prendre l'accusé Louis Berguin, à condition 
d'informer la cour, des que Taccusé sera dans les prisons de l'évèque. 

Id., n» 8. 

C^est de l'infortuné Louis de Berquin qu'il est ici question. J'ai déjà eu 
l'occasion de parler de lui dans le Bulletin (t. I, p. 441, n° 29, et 446, 

n° 68). 

IX. 

1525 (1526, nouv. style), février 5. — Arrêt sur requête du pro- 
cureur o-énéral du roi et après avoir pris l'avis de la Faculté de théo- 
looie de' Paris, par lequel il est orcloimc « l\ lous ceux qui ont en leur 
possession les livres des Cantiques du Psautier, les Evangiles, Epistres 
de S. Paid et autres livres du \'ieil et Nouveau Testament, contenus 



BIBLIOGRAPHIE. 2I1 

en la Sainete Bible, qui ont esté de nouvel translatez de latin en fran- 
çois et imprimez; et aussi un livre imprimé, contenant aucunes Evan- 
giles et Epistres des Dimanches et aucunes solemnitez de Tan, avec 
certaines oraisons en françois (1), qu'ils en vuident leurs mains et les 
apportent, dans huit jours après la publication du présent arrest, c'est 
à sçavoir : ceux qui sont demeurans en la ville, prévosté et vicomte 
de Paris, au greffe civil de lad. Cour, et les résidans et demeurans 
aux autres lieux, es greffes des sénéchaussées, bailliages et prévostez 
dont ils sont, pour eslre séquestrez et gardez sous la main de justice 
par nianière de provision et jusques à ce que autrement en sera or- 
donné. Et seront faites inhibitions et défenses à tous imprimeurs do- 
resnavant de non imprimer aucuns des livres dessusd. en françois 
et, si aucuns en ont, de ne les exposer en vente, mais de les apporter 
ausd. greffes, sur peine de confiscation de leurs biens et bannissement 
de ce royaume. Et enjoint la Cour à tous officiers royaux, sur peine 
de suspension de leurs offices, de contraindre réaument et de fait 
ceux qui auront les livres susd, à en vuider leurs mains et les mettre 
esd. greffes respectivement, et de mulcter de grosses peines ceux qui 
en seront trouvez saisis led. temps passé. Et exhorte la Cour tous pré- 
lats d'ordonner et enjoindre à tous les curez et vicaires de leurs dio- 
cèses qu'ils défendent à leurs paroissiens, chacun jour de Dimanche, 
au prosne, de ne révoquer en doute la Foy catholique, par disputation 
ou autrement, et de n'alléguer ne enseigner lad. doctrine de Luther 
ne autres doctrines réprouvées et répugnantes à la doctrine catholi- 
que;.., et exhorte lad. Courlesd. prélats que, s'il se trouvé-aucuns con- 
trevenans , qu'ils leur fassent leur procès comme hérétiques ou très 
suspects d'hérésie. » 

Id., n» 9, 

Cette pièce contient évidemment le premier Index des livres luthériens et 
calvinistes prohibés en France, par ordre du Parlement et avec l'assentiment 
de la Sorbonne. Ainsi, personne ne s'étonnera de ce que j'en ai transcrit un 
long morceau. Le Parlement sentit très bien l'importance de la mesure, car 
il voulut que son arrêt fût publié, à son de trompe, par tous les carrefours 
des villes de Paris, Sens, Orléans, Auxerre, Meaux, Tours, Bourges, An- 
gers, Poitiers, Troyes, Lyon, Màcon, et enfin, ajoute-t-il, « partout où be- 
soin sera. » 



1525 (1526, nouv. style), février 5. — Arrêt qui condamne Tar- 
chevêque de Tours à verser au greffe du Parlement cent livres pari- 
sis, pour faire le procès d'un nommé M« Jean Papillon, accusé d'hé- 
résie, ci-devant détenu en la Conciergerie du palais et de présent 
prisonnier au couvent des Célestins de Paris. 

M., p, 1095, n" 10. 

(1) V. Bull, de VHist. duProt. fr., t. I, p. 448, n" 76. 



21^ BIBLlUGlUl'HIE. 



XI. 



1533 (1534, nouv. style), mars 5. — Arrêt, sur requête du procu- 
reur général du roi, par lequel il est fait commandement à l'évêque 
d'Orléans de donner vicariat aux conseillers , Jacques de la Barde et 
Nicolas Quclain, afin de faire le procès à M^ Pierre Denise, accusé d'hé- 
résie, et amené, par ordre de la Cour, de l'ofticialité d'Orléans en la 
Conciergerie du palais. 

kl., p. ]09C, n" 11. 

XII. 

1534, décembre 19. — Arrêt contre Etienne Angertau, accusé d'hé- 
résie et détenu en la Conciergerie du palais, pai' lequel led. Etienne 
est débouté du privilège de cléricature par lui réclamé, attendu qu'en 
contrevenant aux défenses faites et publiées de par la Cour, et en 
troublant par ses propositions erronées l'état |)ublic, il est criminel, 
« non-seulement de lèze-majesté divine, mais aussi taisiblement de 
lèze-majesté humaine. » 

kl., no 12. 

XIII. 

1534 (1535, nouv. style), janvier 19 ou 29. — « Ordonnance 
contre les imitateurs de la secte Luthérienne et receleurs d'iceulx. » 
Donné à Paris, etc. 

Cf. Ordonnances royaulx, fol. Ixxiij ; Grande confdtence des ordonnances, t. 1, 
{). 110. — V. France protest.. Pièces justif., w'^ IJl. 

XIV. 

1538, septembre 9. — Arrêt du Parlement de Toulouse, par lequel, 
\u le procès-verbal dressé tant par la Cour que par le vicaire de l'ar- 
chevêque, il est dit que frère Louis de Rocheto {nlias Rochète), inqui- 
siteur de la Foi, est déclaré déchu de la charge à lui commise par le 
roi et renvoyé devant l'archevêque ou sou Aicaire pour, avec les com- 
missaires déjà députés à cet eifet, par lad. Cour, procéder ainsi qu'il 
appartiendra. 

Prehves des lih. de l'Egl. rjallicane. t. II, p. 109G, n" 13. 

Il semble, d'après la teneur de cet arrêt et du suivant, que l'autorilé 
ecclésiastique avait conservé, en Languedoc, un peu plus de force ou de 
prestige que dans la plupart des provinces septentrionales. Du reste, j'ai 
déjà parlé du frère Louis de Rochète. {Ballet, de Nlisl. du Prot.fr., t. I, 
p. 358 et suiv.) — /'. aussi ci-dessus, p. I8G, itolc. 

XV. 

1538, septembre 10. — Arrêt du Pailement de Toulouse, par le- 
(piel, vu la sentence des juges susnommés, qui déclare hérétique frère 
Louis de Rocheto, religieux de l'ordre de S. Dominique, et qui le 
renvoyé au bras séculier, la Cour condanme led. de Rocheto à être 



HIBLIOGKAPHIK. ïi I 3 

délivré à rexécutcur de la haute justice, qui, après lui avoir lait faire 
le parcours accoutumé en la cité de Toulouse, l'amènera sur la place 
du Salin^ où il sera bridé vif. 
kl, ibid. 

XVI. 

1539, mai 9. — Ordonnance pour obvier à certaines assemblées 
illicites. Il est défendu aux hôtelliers de loger des gens inconnus et 
étrangers sans en avertir les officiers publics de la localité. Donné à 
Chastillon-sur-Loing, etc. 

Cf. Ordonnances royaulx, fol. xcix verso; Gr. conf. des ordonnances, t. III, p. 754- 
.l'ai cru devoir citer cette ordonnance de police, parce qu'elle me semble 
dirigée notamment contre les premiers ministres protestants, qui voyageaient 
beaucoup, comme l'on sait. 

XYIl. 

154-0, juin l^'-. — Ordonnance, dont le préambule rappelle les me- 
sures prises antérieurement pour arrêter la propagation du Luthéra- 
nisme. On avait lieu de penser, y est-il dit, que la sévérité des moyens 
employés avait anéanti les sectaires; mais, protégés par des person- 
nages puissants, ils reparaissent plus nombreux et plus zélés que ja- 
mais. C'est pourquoi le roi commet les juges royaux, quels qu'ils soient, 
pour procéder, toutes affaires cessantes et jusqu'à sentence définitive, 
contre les hérétiques et ceux qui les recèlent. Et néanmoins les juges 
ecclésiastiques continueront leurs recherches, etc. Donné- à Fontaine- 
bleau, etc. 

Cf. Ordonnances roijaulx, fol. cxxxix; Fontanoii, Edicts et ordonnances, t. IV, 
p. 246 ; Gr. conf. des ordonnances, t. I, p 110 et suiv. — France protest., Pièces 
justif., no V. 

XVllI. 

15i2, juillet l^^ — Arrêt contre les livres contenant des doctrines 
nouvelles et hérétiques, notamment contre l'Institution de la religion 
chrétienne de Calvin , et aussi touchant les librairies et imprimeries 
clandestines. Plus, le monitoire de l'inquisiteur de la Foi. décerné par 
ordre de la Cour, avec le mandement de l'oflicial de Paris, contre 
tous ceux qui soutiennent les hérétiques et (pii ont des livres ré- 
prouvés. 

Cf. Ordonnances roy aulx, fol. ccxl; Gr. conf. des ordonnances, t. I, p. 111, à 
la note, et t. II, p. 1084, à la note. 

C'est là l'ordonnance dont un exemplaire de l'édition originale appartient 
à M. Leroux de Lincy ; ordonnance qui se trouve ailleurs que dans le recueil 
de Rebuffe, quoi qu'en dise la Note ci-dessus reproduite {Bull., p. 108j. 
D'ailleurs, ce n'est pas une ordonnance, à bien dire, mais un arrêt. Le mot 
ordonnance avait, en réalité, au XYI^ siècle, un sens \)Uis général ipi'au 
jourd'hui. 



214 BIBLIOGRAPHIE. 



XIX. 



1542, août 30. — Ordonnance qui enjoint aux parlements et cours 
souveraines et aux prélats du royaume d'appliquer à la recherche et 
à la punition des Luthériens et hérétiques les édits précédemment 
publiés. Donné à Lyon^ etc. 

Cf. Ordonnances royaidx, fol. ccxxviii ; Fontanoii, Edicta et ordonnances, t. IV, 
p. 248; Gr. conf. des ordonnances, t. I, p. 114. 

XX. 

15i3, juillet 23. — Ordonnance par laquelle François l^^, prenant 
le titre de patron et protecteur de l'Eglise gallicane, charge les juges 
tant ecclésiastiques que laïques d'informer contre les hérétiques ; à 
charge, par les juges d'Eglise, lorsque l'hérésie sera manifeste, de 
renvoyer les laïques et les simples clercs devant le juge séculier, et, 
par les juges séculiers, dans le cas d'une peine moindre que la 
mort à prononcer contre des ecclésiastiques, de renvoyer les coupa- 
bles devant le juge d'Eglise, afin qu'il soit statué sur les privations de 
bénéfices. Donné à Paris, etc. 

Cf. Preuves des lib del'Egl. gallicane, t. II, p. 1098, n» 15; Gr. conf. des or- 
donnances, t. I, p. 114. 

Cette ordonnance fut C; registrée par le Parlement le 30 juillet de la même 
année; mais le préambule de l'édit du 19 novembre -1549 (ci-dessous, 
no XXIV), prétend qu'elle ne fut ni publiée ni vérillée, 

XXI. 

1546, octobre 4. — Arrêt confirmatif des procédures et du juge- 
ment du bailli de Meaux contre soixante bérétiques, nommés dans 
l'acte. — Supplices divers auxquels ces raalbeureux furent condam- 
nés. — Procession générale à Meaux, — Procès-verbal de l'exécution. 

Ordonnances royuulx, fol. ccxnx. — France prot., Pièces juslif., n'^ VI. 
C'est un véritable auto-da-fé. 

XXII. 

1546, octobre 5. — Arrêt contre Marc Moreau, de Troyes, prison- 
nier en la Conciergerie du palais, à Paris, par lequel, vu le procès fait 
parle lieutenant-criminel du bailliage de ïroyes, led. Moreau est 
condamné à être brûlé vif, à ïroyes, mais auparavant torturé, afin 
d'avoir révélation des adhérents à la secte luthérienne, que l'on su[)po- 
soit très nombreux à Troyes, à Sézanne et autres lieux voisins. Par le 
même arrêt, attendu que le roi et le Parlement sont conserva- 
teurs dans le royaume des décrets du concile de Latran, il est enjoint 
aux évêques, et notamment à l'évêque de ïroyes, de faire enquérir 
diligemment contre tous ceux qui sont suspects d'hérésie, conformé- 
ment à l'ordonnance du 23 juillet précitée. En outre, il est ordonné à 
tous les babitants de la ville et du diocèse de ïroyes d'apporter au 



BIBLIOGRAPHIE. 215 

greffe du bailliage, dans la huitaine après la publication du présent 
arrêt, toutes leurs Bibles ou autres livres coucernant la doctrine chré- 
tienne. 

Preuves des lib.de rEijl. gallkcme, t. II, p. 1100, n» 16. 

XXIII. 

1547^ août 26. — Arrêt permettant à Tévêque de Chartres, qui 
avait fait instruire, par son officiai, le procès d'un hérétique, d'appeler 
pour le jugement tels conseillers de la cour qu'il voudra. 

/(/., p. 1096, nù 14. 

XXIV. 

15i7, décembre 11. — Ordonnance qui défend d'imprimer, vendre 
ou puhher aucuns livres, concernant la Sainte Ecriture, sans avoir été 
visités et examinés par les docteurs de Sorbonne, et sans que le nom 
du commentateur y soit. Donné à Fontainebleau, etc. 

Cf. Fontaiion, Edicts et ordoimances, t. IV, p. 373 ; Gi\ conf. des ordonnances, 
t. II, p. 1084. 

J'ai omis l'ordonnance du 21 ou 28 décembre 15i1, qui défend d'imprimer 

aucun livre sans un privilège scellé du grand sceau , et qui réglemente le 

compagnonnage des ouvriers et apprentis imprimeurs ; cet édit, aussi bien 

que l'arrêt du grand conseil, en date du 11 septembre 154i, ne se rapporte 

pas plus aux livres protestants ([u'à tous autres. Les deux pièces se trouvent 

dans Fontanon (t. IV, p. 467 et suiv.) et dans la Gr. conf. des ordonnances 

(t. II, p. 1080 et suiv.). 

XXV. 

15i9, novembre 19. — Ordonnance de Henri II, par laquelle l'édit 
du 1<^'' jum 1540 est réformé et celui du 23 juillet 1543 confirmé, afin 
de stimuler les évêques à la poursuite des hérétiques. Les juges sécu- 
liers^ après information , décret de prise de corps et interrogatoires , 
renverront les accusés d'hérésie simple aux juges d'Eglise; mais là où, 
avec l'hérésie, il y aura scandale public, commotion populaire, sédi- 
tion ou autre crime emportant offense publique, dans tous ces cas, le 
procès sera fait par les juges d'Eglise et royaux, conjointement. Il est 
permis aux juges d'Eglise, dans les cas susdits, de faire saisir la per- 
sonne des accusés, sans autorisation préalable des juges séculiers, etc. 
Enfin le roi étabUt par cette ordonnance une chambre spéciale, dans 
le Parlement, chargée de procéder à l'expédition des affaires des hé- 
rétiques. Donné à Paris, etc. 

Cf. Preuves des lib. de l'Egl. anglicane, t. II, p. 1103, n" 18 ; Fontanon, Edicts 
et ordonnances, t. IV, p. 249; Gr. conf. des ordonnances, t. I, p. 111. — France 
prot., Pièces justif., n» VII. 

XXVI. 

1549, novembre 22 et 23. — Remontrances du Parlement au roi 
sur l'ordonnance précédente. 
Preuves des lib. de l'Egl. gallicane, t. Il, p. 1102, \V> 17. 



iHi BIBUOGRAI'HIE. 



XXVII. 



15i9, novembre 29. — Enregistrement de l'ordonnance du 19 no- 
vembre précédent, à condition que les juges d'Eglise ne pourront con- 
damner à une amende pécuniaire, pour crime d'hérésie, et ajouter 
dans leurs sentences la formule : Salva misericordia Domini. 

Cf. Preuves des lib. de l'Egl. gallicane, p. 1106, n» 18; Fontanon, Edicts et 
ordonnances, t. IV, p. 250 ; Gr. conf. des ordonnances, t. 1, p. ill. 

XXVIII. 

15i9 (1550 nouv. style), février 11. — Mandement du roi ordon- 
nant, en conséquence de l'édit précédent, que le parlement députe des 
commissaires qui, dans le cas de négligence des juges présidiaux, 
feront le procès aux suspects d'hérésie. Donné à Fontainebleau, etc. 

Cf. Fontanon, Edicts et ordonnances, t. IV, p. 231; Gr.conf. des ordonnances, 
t. I, p. 111. 

XXIX. 

1550, juin 22. — Ordonnance défmissant les pouAoirs accordés aux 
Inquisiteurs de la Foi, et notamment, à l'Inquisiteur-général, Mathu- 
rin Ory, de l'ordre des frères prêcheurs, etc. Donné à S. Germain-en- 
Laye, etc. 

Cf. Fontanon, Edicts et ordonnances, t. IV, p. 226; Gr. conf. des ordonnances, 
t. I,p. 111. 

Jl serait facile de multiplier ces analyses, si l'utilité on était sentie. Indépen- 
damment des ouvrages que j'ai indiquésen commençant, et qui ne sont pas épui- 
sés, on pourrait consulter les anciens recueils d'arrêts et de remontrances, 
imprimés et manuscrits, les manuscrits de Doat,etc. Pou.' moi, je m'arrête ici. 
Vous savez que, sur cette question de la Réforme, je me renferme volontiers 
dans les cinquante premières aimées du seizième siècle. Nous touchons 
d'ailleurs à l'édit de Cl):ilraid)riant (27 juin 1551), qui reprit, pour les résu- 
mer et les fortilier, la plupart des mesures antérieures (1). Cet édit, publié 
presque en même temps que l'ordonnance par laquelle Henri il défendait, 
sous peine de la vie, de faire passer de l'argent à Rome ou dans les autres 
lieux de l'obéissance du Pape, montra aux reliji,ionnaires, dit .Mézeray, « ce 
(lu'ils ont vu depuis, en toutes les occasions pareilles, qu'il n'est point de 
phis l'ude temps pour eux (pu- lorsijue la cour de France est brouillée ave»; 
celle de Rome. " 

Je vous prie d'ai^réer, ''.îunsieur, etc. 

E. DE Fréville. 

(1) V. France protest., Pirees jnslif., n" VIII, p. 17. 



BIBLIOGRAPHIE 217 

SBIiSTOaRE: Ë€(I.K)l»IA!l»Tiai. e 
des Eglises réformées de Frauce, de Théodore de Dèze. 

l'Édition originale de 1580 et lv réimpression de 1841. 
PROJET nUNE NOUVELLE ÉDITION. 

Nous avons, clans le dernier cahier de ce Bulletin (p. 100), publié un 
rapport officiel, où se trouvent dénoncées les défectuosités impardonnables 
qui déshonorent l'un des ouvrages les plus importants pour notre histoire : 
les Mémoires de Du Plessls-Mornay. 

Nous devons signaler un fait récent, plus grave et plus impardonnable 
encore, puisqu'il s'agit, non pas d'une édition première, mais de la 7'éim- 
pression d'un livre (|ui n'est rien moins que le plus précieux monument des 
annales de la France protestante. On comprend que nous voulons parler de 
V Histoire ecclésiastique attribuée à Théodore de Bèze, réimprimée à Lille 
il y a quelques années. Nous allons exposer ce qu'il importe que l'on sache 
à ce sujet, d'après une communication dont nous sommes redevables à 
M, le professeur Baum , qui a fait une étude approfondie de la (juestion. 

I. 

Trois ouvrages priucipaux, publiés au XVI' siècle, en dehors des limites 
et des allures des i\Iémoires ordinaires, sont comptés comme œuvres capi- 
tales, à titre û' histoires contemporaines du protestantisme français. 

C'est d'abord, en suivant l'ordre chronologique, celui qui a été attribué 
à François Hotman, à Théodore de Bèze et à Jean de Serres; et qui appar- 
tient réellement à ce dernier. Il est intitulé : Commentarîi de statu Reli- 
çiionis et Reipublicw in Gallia. Il comprend quinze livres en cinq parties, 
de trois livres chacune, qui ont paru de I.o70 à 1580, à Genève (les carac- 
tères et surtout les vignettes le prouvent), chez Eustache Vignon, in-S". Ils 
sont ordinairement réunis en deux volumes, contenant l'histoire de vingt 
années, à partir de la persécution de la rue Saint-Jaccjues, 1 1 septembre 
1557, jusqu'au cinquième édit de pacification publié à Paris le 1 i mai 1576. 
[F. la Bibl.hist. de la France du P. Lelong, éd. Fontette, n"^ 5813, 17809, 
18347.) 

Le second (troisième en date) est le Recueil des choses mémorables ave- 
nues en France sous te rèyne de Henri II, François II, Charles IX, 
Henry III et Henry // , depuis l'an M.D.XIJ'II jusques au commetice- 
ment de l'an M.D.XCIII. — On le désigne aussi sous le nom iV Histoire 
des cinq Rois (/'. Barbier, Dict. des anomjmes, n"' 7824 et 15574, et Bibl. 
hist. de ta Fr., n" 19713,) — La première édition parut en 1594; la se- 



218 BIBLIOGRAPHIE. 

londe, plus complèto, est do 1398, in-S" de. 79 i pp. — Cet ouvrage, qui 
contient une très grande quantité de faits, a été également attribué à Hotraan, 
à Bèze, à Jean de Serres, et on le donne communément à ce dernier; mais 
M. Baum a de sérieux motifs pour croire que le véritable auteur est Si- 
mon Goulard, de Senlis, ministre de Saint-Gervais, à Genève, et l'un des 
historiens polygraphes les plus féconds de son siècle. Nous avions nous- 
même remarqué que diverses parties de ce livre ont une grande conformité 
avec certaines pages d'un autre ouvrage de Goulard, les Mémoires de l Estât 
de France sous Charles IX, dont elles offrent parfois un résumé presque 
textuel. 

II. 

Enfin, le troisième ouvrage (second en date), et de beaucoup le plus im- 
portant, est celui qui demeure attribué à Théodore de Bèze, et dont nous 
transcrivons le titre en entier : 

Histoire ecclésiastique des Eglises réformées au Royaume de France, 
en laquelle est descrite au vray la renaissance et accroissement 
d'icelles depuis l'an MDXXI jusques en Vannée MDLXIII, leur 
reiglement ou discipline, synodes, persécutions tarif générales que 
particulières, noms et labeurs de ceux qui ont heureusement travaillé, 
villes et lieux oh elles ont esté dressées, avec le discours des pre- 
miers troubles ou guerres civiles, desquelles la vraye cause est aussi 
déclarée. 

Divisée en trois tomes, 
Ayans chasque tome leurs tables. 

Suit la célèbre vignette des trois soldats frappant sur une enclume, et à 
l'entour ces deux vers de Théodore de Bèze : 

Plus à me frapper on s'amuse 
Tant plus de marteaux on y use. 

Et au-dessous : De l' Imprimerie de Jean Ilemy. i Anvers (Genève), 
1580. 

Tel est le titre qui, tenant lieu d'annonce, selon la mode du temps, indi- 
que déjà en gros le contenu de l'ouvrage. Il comprend au delà des quarante 
premières années de l'histoire de la Réforme française; il donne, surtout 
dans le premier volume, l'origine des églises, et se distingue par là de tous 
les autres ouvrages de ce genre, lesquels ont négligé cette partie si essen- 
tielle et si intéressante de nos annales. (/'. Bihl. hisl. de la Fr., n" 5804.) 

En effet, il n'y a guère d'église tant soit peu importante dont l'écrivain 
ne rapporte les commencements, les progrès et l'histoire plus ou moins dé- 



BIBLIOGRAPHIE. "i» 

taillée; il n'y a guère de nom tani soit peu remarquable sur lequel il ne 
fournisse des renseignements instruetifs. — Le I'^'" volume va jusqu'à la pre- 
mière guerre civile, et les faits qu'il contient ne se trouvent dans aucun 
autre ouvrage. — Le II" et le I!I« volumes renferment le récit le plus cir- 
constancié et le plus complet cpii existe de tout ce qui s'est passé en France 
sous les rapports ecclésiastique, politique et même militaire, durant la pre- 
mière guerre civile. — Ce sont en grande partie des cahiers historiques ré- 
digés par ordre des Synodes nationaux ou provinciaux, ou des Colloques, 
sur les lieux mêmes, peu de temps après les événements. On peut donc dire 
que cet ouvrage est la base et le point de départ de toute étude historiipie 
sur les églises réformées de France, qu'elle seule peut faciliter et rendre 
fructueux le dépouillement de nos anciennes archives. Il n'y a pas de docu- 
ment relatif aux quarante premières années qui ne puisse y trouver une ex- 
plication suflisante. Tout y est vivant, par cela même que les histoires par- 
ticulières et locales y ont été admises avec le cliarme et l'individualité de la 
première rédaction des témoins oculaires : ce sont des tableaux, des épi- 
sodes, des discours, non pas llctifs ou apprêtés, mais sentis et réels, et 
susceptibles d'être comparés aux plus beaux modèles. On peut citer, entre 
bien d'autres endroits, les discours de Bèze, les chapitres de Montauban, 
de Montpellier, de Sisteron, la retraite des fidèles vers Grenoble, le siège 
d'Orléans. Pour la richesse des détails, aucun ouvrage historique protes- 
tant du XV1« siècle n'est aussi bien partagé ; Sléidan lui-même est peut-être 
supérieur par l'art de la composition, mais non par l'intérêt du sujet, le na- 
turel et la vivacité du récit. Deux des meilleurs historiens de notre pays, 
De Thon et Sismondi, ont reconnu l'extrême importance de cette source si 
originale et si abondante d'instruction et d'éditication. 

Avec tout ce mérite, l'ouvrage n'avait (ju'un défaut: l'excessive rareté des 
exemplaires complets de l'unique édition qui' en eût été faite (1); et cela 
étant, c'était un dessein bien louable, c'était rendre un éminent service, que 
d'en donner une édition nouvelle, mais à la condition d'en donner une copie 
correcte, exacte, sérieuse, en un mot. Cette condition a-t-elle été remplie à 
Lille en 1811 ? On va en juger. 

IIL 

« Tout mal vient d'ànerie , » a dit Montaigne. Est-ce d'ànerie, (;'est-à-dire 
d'ignorance, ou est-ce d'incurie et d'une inconcevable négligence qu'il faut 
accuser l'auteur de la prétendue réimpression de Lille? Quoiqu'il en soit, 

(1) Bien peu de bibliothèques en possèdent un exemplaire en état. On peut^ en 
rencontrer à des prix plus modérés : c'est une chance; mais telle personne qui en 
avait besoin n'a pu se le procurer, même en ofîhint de le payer 80 francs. 



'l'-lU 



BIBLIOGRAPHIE. 



au lien (lu liicu (pi'il pouvaii accomplir, il a fail un grand mal, cl mieux vau- 
(Irail cent fois (ju'il n'eût point mis la main à l'œuvre. 

En fait de lacunes^ la belle préface de Théodore de Bèze, de sept pages, 
a été omise; — toute une page, la 6S3e du tome II, manque absolument; — 
sans compter les omissions de mots, de lignes, de phrases et de membres de 
phrases. 

En fait d'alféraimis et de /misses traductions , les ains sont partout 
changés en ainsi; — les es en les ou des; — les trois vingts, six vingts, etc., 
en vingt-trois, vingt-six; — cuider est remplacé par vouloir; — à l'en- 
contTe par à l'égard, etc. ! ! 

Quant aux /««/es d'impression, non-seulement celles indiiiuéesdans l'édi- 
tion de 1680 sont religieusement conservées, mais elles sont augmentées de 
bon nombre de fautes additionnelles du fait du nouvel éditeur. 

Nous ne parlons pas de la substitution d'une orthographe entièrement 
moderne. Après ce qui précède, c'est une peccadille. 

En un mot, l'édition de Lille, en 3 vol. grand in-8° à deux colonnes, est 
une o'uvro tronquée, estroj)iée, déslionorée. C'est de la fausse monnaie in- 
troduite dans la circulation. Ceux qui l'ont accpiise, et qui croient posséder 
VHistoii^e ecclésiastique àe hèze, sont dans l'erreur : ils n'en ont que la mu- 
tilation. L'argent consacré par un généreux donateur à cette entreprise a été 
jeté par la fenêtre, ou plutôt il eut mieux valu l'y jeter en effet : car il n'a 
servi qu'à endormir et décevoir le commun des travailleurs, en faisant croire 
qu'une réimpression de première importance était chose réalisée, tandis qu'elle 
est à faire, ou, qui pis est, à refaire, les précédents de ce genre ayant pour 
résultat de décourager le public et d'ôter à un consciencieux éditeur les 
moyens d'action. 

fv. 

En sera-t-il ainsi? —Si la grande utilité, si la nécessité, malheureusement 
démontrée, de reprendre cette o'uvre, a suscité un ouvrier consciencieux, ne 
rencontrera-t-il pas parmi nous des approbateurs et des adhérents? ne 
sera-t-il pas encouragé, applaudi, secondé.' 

M. Baum s'est fait l'ouvrier de cette tâche excellente, d'abord malgré lui, 
ensuite volontairement et comme par devoir. Ayant eu besoin de connaître à 
fond l'Histoire ecclésiastique pour écrire sa Vie de Théodore de Bèze, et 
n'ayant pu s'en procurer un exemplaire de l'édition originale, il avait pris 
celle de Lille, dont il a eu bientôt constaté la valeur. C'est alors qu'il a eu 
la patience de se faire à lui-même un original irréprocliable, en collationnant, 
d'après l'exemplaire du séminaircdeSlrasbourg, page parpage, ligne par ligne, 
mot par mot, et en corrigeant, en complétant l( s lr(.is volumes. Tout en exécutant 
ce laborieux li'avail, il a pensé à lutiliser pour la préparation d'une édition 



BIBLIOGRAPHIE. 221 

nouvelle, vraiment digne de ce nom, et à cet etïet il a comparé la plupart des 
mémoires et histoires du temps, catholiques ou protestants, atin d'indiquer 
sommairement les conformités et les divergences. Il a formé un appendice 
de documents inédits, lettres, rapports, etc., qui servent d'éclaircissements 
et de pièces à l'appui. Il a joint des notes critiques, archéologiques, géogra- 
phiques, grammaticales. Une introduction et une boiuie table des matières 
compléteraient cette histoire classi(|ue des quarante premières années du 
protestantisme français. 

Telle est cette œuvre éminemment utile; elle est toute prête, en porte- 
feuille. 

L'édition de 1580, petit in-8°, est ainsi divisée : l'^'" vol ,901 pages; 2* vol., 
836 pag.; 3e vol., 480 pag. (I). L'édition nouvelle se composerait également 
de trois volumes grand in-S", dont le prix de souscription pourrait être tixé 
à 20 francs. 

Nous pensons en avoir dit assez pour appeler l'attention sur ce projet. Il 
appartiendrait sans doute aux amis de l'histoire du protestantisme français 
d'assurer, par un concours spécial et efficace, l'exécution, en France, du mo- 
nument historique dont nous venons d'indiquer le plan. — .\ous provoquons 
à ce sujet les communications, les observations, et surtout les adhésions 
de tous nos lecteurs. 



3« volume «le la FRANCE PROTE^TAl^TE de iltM. Haa^. 

(Ife PARTIE.) 

La première partie du tome III de la France protestante, qui a paru 
depuis quelque temps déjù, et dont nous avons extrait la Notice stir Calvin, 
contient les articles suivants : 

Brossier, martyr à Périgueux, en 1562. — de Souvignargnes. 

Brouart (Béroalde), ministre de Sancerre, — de Saint-Ghaptes. 

et son fils Béroalde de Verville. — de Flaiix. 

Brouaut (Jean), médecin et controver- — de Fontcouverte. 

siste. Brucys (de), apostat, poète dramatique. 

Brousson (Claude), avocat, ministre, Brugères (N. de), conseillera la chambre 

martyr. mi-partie de Castres. 

Bructiner (Nicolas), réformateur de Mul- Brugière, martyr, en 1547, à Issoire. 

house. Bruguier, ministreet professeur ù Nîmes. 

Bruet (de), capitaine gouverneur de Ton- Bruguière (MH" N. de), petite-nièce de 

neins. Bayle, belle-sœur de La Vaisse. 

Brueys de la Calmette. Brulo (Gaspard), professeur à Strasbourg. 

(t) Les trois tomes de l'édition de Lille ont, le premier 566, le duu.xiènic 512, et 
le troisième 328 pages. 



222 



BIBLIOGRAPHIE. 



Brun, famille de Provence. 

Brun (Et.), martyr en 1540. 

Brun (Jean), ministre. 

Bruneau, avocat à Gien. 

Bruneau (Marie des Loges) , femme il- 
lustre du 17e siècle. 

Brunel (Claude de), seign. deSt-Maurice. 

Brunet. dit Du Parc, fondateur de l'église 
de Limoges. 

Brunet de Castelpers, fam. du Rouergue. 

— de Lestelle. 

— de Beauville. 

Brunyer (Abel) , botaniste du 17* siècle. 
Bruslé, ou Bruly , avocat à Metz. 
Brutel de la Rivière, réfugié du Lan- 
guedoc. 
Bruys, réfugié du Maçonnais. 
Bucer (Martin), théologien. 
Buchlein (Paul), hébraïsant. 
Budos (de), famille du Languedoc. 
Buffet (Fr.), ministre à Metz. 
Bugnet (J.-B.), ministre à Calais. 
Buisson, famille noble du Rouergue. 
Buisson (de), id. du haut Vivarais. 
Bunel (Jacob), peintre d'histoire. 
Burgeat, famille de Vitry-le-Français. 
Buron, du Poitou, martyr en 15S7. 
Bury (Fréd.), peintre d'histoire. 
Bury (F.-Ch.), jurisconsulte. 
Busanton (David de). 
Bussière (Paul), anatomiste. 
Bustcnobis, pasteur du Béarn. 
Cabanis (Claude), cévenol. 
Cabiron (de), famille du [.anguedoc. 
Cabiche (de), secret, du prince de Condé. 
Cabrit (J.), de Lézan en Languedoc. 
Cacherat, ministre en Normandie. 
Cadollu (F. de). 
Caffarelli. 

Caffer, ministre à Foix. 
Cagnel, de Metz. 
Cagnon. 

Cahanel (Samson de), de St-LÔ. 
Caiget (Lucas), d'Alencon. 
Caillard, pasteur à DubUn. 



Caillaa (Guy) , martyr en 1562. 
Caille, ministre de Grenoble. 
Caillon, sieur de la Touche. 
Caillou, famille de réfugiés. 
Cailloué (Denis) , de Rouen. 
Cairon, ministre à Falaise. 
Calas (Jean) , martyr à Toulouse. 
Calignon (Soffrey de) , magistrat. 
Calvct, de Montauban. 
Calvière, famille de Languedoc. 

— de Sainte-Césaire. 

— de Saint-Cosme. 

— de Boucoiran. 
Calvin (Jean), réformateur. 
Cambis , famille du Languedoc. 

— d'Alais. 

— de Soustelle. 

— de Fons. 
Cambolive (Et.), de Montpellier. 
Cambon , député à l'Assemblée législat. 
Caméron (Jean), théologien. 
Campagnac. 

Campagne , réfugié. 

Campet (Pierre de). 

Campredon. 

Camps (N. de) , ministre. 

Canaye, sieur Du Fresne, magistrat. 

Candolle (de), famille de Provence. 

Capiton. 

Cappel, famille de ce nom. 

— du Tilloy. 

— de Moriambert. 

— du Luat. 
Carraccioli. 

Carbone] (de), secret, du roi, réfugié. 
Cardaillac, famille du Gévaudan. 

— de Saint-Cricq. 

— de Peyre. 

— de Marchastel. 

Cardel (Jean), de Tours, martyr en 1685. 

Cardel (Paul), sieur du Noyer, martyr. 

Carita (Pierre), de Metz. 

Caritat (Jean de), seigneur de Condorcet. 

Carie (Pierre) , général réfugié. 

Carlier-Cafatier. 



BIBLIOGRAPHIE. 223 

Carlot , du bas Languedoc. — de La Raserie. 

Carnus (Marthe) , de Montauban. Castelverdun , vicomte de Gaumont. 

Cai'oli (Pierre), de Rosay en Brie. Castet (de), seigneur de Miramont. 

Caron , père de Beaumarcliais. Catel (L.) , architecte et prof, à Berlin. 

Caron, de Cambrai, martyr. Catel (P.-F.) , réfugié. 

Caron (François), directeur général des Catelon, ou Catelan. 

établissem. franc. dans lamerd. Indes. Catinat, ou Morel. 

Carré (Jean) , ministre à Chàtellerault. Catteau-Callevil. 

Carrière, ditCorteis, pasteur du Désert. Catteville-Malderé. 

Carsuzan, ministre en Béarn. Caturce (Jean de) , martyr. 

Cartaud, pasteur à Bresol. Caulaincourt (de), de Picardie. 

Carton , sieur d'Ancourt. Caumont (famille de). 
Carvin (Jean) , de l'Artois. — de La Force. 

Casabone, du Béarn. — de Castelnaut. 

Casaubon (Isaac) , philologue. — de Montpouillan. 

Cassegrain, d'Etampes, ministre. — de Castelmoron. 

Castalion, ou Chateillon. — de Montbeton. 

Castanet , chef camisard. Causi (P.) , de Boissières. 

Castelpers. Causse (Jean) , réfugié. 

Castelverdun, famille du Quercy. Cautius (Ant.) 

— de Puycalvel. Caux (famille de). 

Une feuille de Pièces justificatives contient : la fin de la Liste géné- 
rale des pasteurs et des églises présentée au 17" synode national, tenu à 
Gap en octobre \ 603 ; — la Liste des députés généraux des églises pro- 
testantes de 4601 à 1679; — les Actes généraux du 18* synode national, 
tenu à La Roclielle en mars 1607; — ceux du 19° synode national, tenu à 
Saint-Maixent en mai 1609; — la déclaration donnée par Louis XIII, le 
22 mai 1610, en confirmation de l'Edit de Nantes; — les Actes généraux du 
20^ synode national, tenu à Privas en mai 1612. 

La liste des églises en 1603, par provinces et par colloques, a été, de la 
part de M3I. Haag, l'objet des plus consciencieuses investigations, comme 
celle des églises existant en France en 1562, à laquelle elle sert de suite et 
de correctif (^m//., t. I, p. 211). Pour faire comprendre la difiTicuIté et l'in- 
térêt de ce travail de restitution de documents ou de textes, nous rapportons 
ici la note instructive que les auteurs ont jointe à cette seconde liste : 

« En rendant compte , disent-ils , de l'ouvrage d'Aymon dans les Nou- 
velles de la Répuhl. des Lettres, Bernard exprimait le vœu que, s'il s'en 
faisait une autre édition, on choisît quelqu'un qui corrigeât avec soin les 
fautes qui s'étaient glissées dans les noms propres. Nous avons entrepris 
ce travail, en nous aidant non-seulement du Synodicon de Quick, mais en 
core de toutes les copies manuscrites des actes des synodes qui se conser- 
vent à la Bibliothèque nationale. Elles sont assez nombreuses, mais incom- 



:25i BIBLIOGRAI'HIK. 

plètes. Sans parler des vdkiiiies de la Collect. Dvputj cotés 187, 823, 469, 
100, qui contiennent des extraits des actes du premier synode nation;!^ 'le 
ceux de Montpellier en 1598, de Gap en 1G03, de La Rochelle en ': , i.i 
Privas en 1612, de Toniieins en 161 4, de Cliarenton en 1623 (plu- ..iplets. 
Fonds St-Magloire, n° 40, et en original, Swpplém. franc. ^ n° i216;, de 
Castres en 1626; sans parler non plus du vol. 1607 du Suppl. franc., qui 
renferme les actes du synode d'Alais en 1620, ni du vol. 1215 du Fonds St- 
Germ. franc., où l'on trouve ceux du synode de Loudun en 1659, ni euliii 
des vol. II et XI de la Collect. Conrart de l'Arsenal, où sont insérées des 
copies des synodes de Castres, de Cliarenton et de Loudun, nous avons col- 
lationné les tables données par Aymon avec les Mss Sf-3fagloire 36 et 37 
(synodes de 1559-1623); Fonds de Brienne 216, 217, 219 (synodes de 1559- 
1631); Fonds Sérilly 138, 139, Fonds de l'Oratoire 77, Svppl. franc. 
684, et avec St-Germ. franc. "2032 (copie des actes des synodes nationaux, 
faite par Du Vivier, secrétaire de Du Plessis-Mornay). Nous avons eu re- 
cours, en outre, au Dictionnaire A'ExpiUy, à l'atlas de Cassini, aux notes 
recueillies depuis des années pour notre publication, et le résultat de ce 
long et minutieux travail a été la correction d'au moins deix cents fautes. 
Peut-être n'avons-nous pas été toujours heureux; mais quand il faut recon- 
naître, par exemple, Lisy dans Bisn, Authon dans Anjou, Monlonet dans 
Moulons, Gensac dans Sansay, Eanse dans Coze, Soyons dans Sauroy, 
bien plus, Pif fonds dans Poizoji, f endemian dans Berdams, Chauny et 
Gercy dans Chauvieracy, etc., etc., chacun avouera qu'il est aisé de se 
tromper. Nous sommes donc sûr d'avance de l'indulgence de nos lecteurs 
pour les erreurs qui ont pu nous échapper. » 



lie manuscrît d'Atitoiiie Court. — Au moment où nous terminons le 
tirage de ce Cahier, notre collaborateur M. Eug. Haag, qui vient de consacrer quel- 
ques semaines à une tournée d'investigations historiques en Suisse, nous apporte 
une bien bonne nouvelle que nous nous empressons de consigner ici. C'est que 
YHistoire du Rcfuye à' Ani. Court, ce manuscrit que l'on regardait comme perdu, 
ne l'est point. Deux des portefeuilles de la volumineuse collection que possède la 
Bibliothèque de Genève constituent évidemment cet ouvrage tant regretté. Nous 
donnerons des détails sur cet intéressant sujet. (V. Bull., t. ï, pp. 133, 237.) 



Avis. — On nous écrit de bien des endroits que les travaux de la Société ne sont 
point assez connus; que lorsqu'ils viennent à l'être, c'est par un heureux mais tar- 
dif hasard, et l'on nous exprime le regret de n'en avoir pas eu plus tôt connais- 
sance. Ces reproches retombent sur nos amis lecteurs qui restent inaclifs. Nou\' 
leur renouvelons les rerommundaiions faites des le délmt et /^appelées ci-desius, 
p.l. 



PariE.-lnip. (leCII. MKYRUEIS il Coin 



SOCIÉTÉ DE L'HISTOIRE 



PROTESTANTISME FRANÇAIS. 



€€>rbe:!SE*omi>ai«ci:. 



OBSEnVATIONS ET COMMUNICATIONS RELATIVES A DES DOCUMENTS PUBLIES. — 
RÉPONSES A DES DEMANDES DE RECHERCHES ET NOUVEAUX APPELS. — AVIS . 
DIVERS. 

BSaMMscrîts «î'Ant. Court et fie Court de Clébelîn, conservés à ^''^ 
la fiSiblâotlaCQue de €<Jen«ve. — Mîstoire des égalises iirotestautes^ '"'^ 

après la révocation de l'iîdît de liantes (1685-90). • 

M. Eue;. Haag donne, dans la note qu'on va lire, les détails que nous 
avons promis sur les manuscrits de Genève, parmi lesquels se trouve ce tra- 
vail liistorique d'Ant. Court que l'on considérait comme perdu, d'après le 
dire de M. de Végobre et de M. Ch. Coquerel, et au sujet duquel nous avions 
provoqué les recherches dès le début de notre publication {Bull., I, p. 62). 
Si, comme cela paraît bien évident, l'ouvrage dont nous avons, sur ces té- 
moignages, déploré la perte , n'est autre que celui dont on nous avait déjà 
parlé en passant, et que M. Haag a trouvé sommeillant à sa place ordinaire, 
dans l'armoire genevoise, c'est un nouvel exemple des erreurs auxquelles est 
exposé l'auteur qui ne peut voir les choses par lui-même. Nul doute que si 
M. Ch. Coquerel avait pu faire une seule fois le voyage de Genève, il n'eût 
reconnu lui-même l'heureuse inexactitude des souvenirs du bon M. de Végo- 
bre et des autres renseignem.ents qu'on lui avait procurés à cet égard. 
(r. VHist. des cgi. du Désert, t. II, pp. 603 à 608.) 

« La volumineuse collection des « papiers Court » comprend cent-seize 
volumes reliés, un cahier assez épais, deux paquets de pièces non classées 
et un carton rempli de papiers ayant appartenu à Court de Gébelin, carton 
découvert, par M. Bungener, chez une famille qui l'a cédé avec empresse- 
ment à la Bibliothèque publique de Genève. 

« Le temps m'a manqué pour étudier, avec l'attention nécessaire toute 
celte riche colhîclion ; mais j'ai lu au moins avec beaucoup de soin les cinq 
ou six volumes que l'ancien bibliothécaire, M. Chastel, m'avait signalés 
comme les plus importants , et j'en ai parcouru plus de vingt autres. — Grâce 
à l'obligeance du bibliothécaire actuel, M. Privât, qui a mis à me fournir 
tous les renseignements (pie je lui ai demandés, et ù faciliter mes recherches 

1853. ^'" 5 BT C. sKPTtJiBnp. et or.Tonu 1b 



:22(» CORRESPONDANOK. 

autant qu'il dépendait de lui, un empressement et une bienveillance , que 
j'ai retrouvés du reste à Lausanne, à Berne, à Strasbourg, partout où je 
me suis arrête (bons procédés dont je suis d'autant plus reconnaissant 
qu'on ne rencontre pas toujours ces qualités au même degré chez les conser- 
vateurs des bibliûtlîèques de Paris, à quelques honorables exceptions près), 
grâce, dis-je, à M. Privât et au soin qu'il a pris de réunir et de classer 
toutes les lettres adressées à ses prédécesseurs concernant la Bibliothèque, 
j'ai obtenu des renseignements tout à fait certains sur la manière dont la 
Bibliothèque de Genève est entrée en possession de ces nombreux manu- 
scrits. 

« Dans la séance des directeurs de la Bibliothèque, tenue le 19 mars 
47Sa, c'est-à-dire dix mois après la mort de Court de Gébeiin, il fut proposé 
« d'acquérir ceux des manuscrits de feu M. Court père, qui se sont trouvés 
dans l'hoirie de M. Court de Gébeiin son lils. Comme ces manuscrits 
contiennent beaucoup de choses relatives à l'histoire des églises réformées 
de France, l'avis fut de consacrer la somme de 15 louis dor à cette acqui- 
sition. » Assistaient à cette séance Binet, Scholarque, de Lescale, Vernet, 
Perdriau, Sarrasin, Diodati, Sénebier, de Lubières, de Tournes. 

« La sœur de Court de Gébeiin, son uni(|uc héritière, s'empressa d'ac- 
cepter l'offre des directeurs de la Bibliothèque, comme le prouve le reçu 
ci-joint, daté du 1«'juin 17S5: 

« Je soussigné ai reçu de M. le pasteur de Lescale , en sa qualité de rec- 
<c leur de l'académie de Genève, quinze louis neufs, que Messieurs les direc- 
» leurs de la Bibliothèque publique de cette ville ont bien voulu me donner 
« pour acquérir, à ladite Bibliothèque, la propriété des divers livres, mé- 
« moires et manuscrits relatifs j)rincipalement aux protestants de France et 
« provenant de feu mon père et de feu mon rrxiiUE, lesiiuels livres, mémoires 
<( et manuscrits avoient été mis en dépôt par mon dit frère et par l'entremise 
» de M. de Végobre dans ladite Bibliothèque, à laquelle je m'engage de faire 
« parvenir, s'il m'est possible, lea deux volumes que mon frère relira à 
« Paris, ainsi que ceux qui peuvent être restés entre les mains de M. Char- 
/« les de Lois, à qui mon frère avoit contié tous ses eifets en (luittant Lau- 
« saune. En foi de quoi j'ai signé, à Genève le 1«>'- juin 17S5. 

« PAULiyE SOUER. 

« J'approuve ce que dessus authoiisant ma femme. ETiE^yE solier. » 

« De ces deux pièces, d'une authenticité incontestable, il résulte qu'a 
plusieurs égards les souvenirs de M. de Végobre le trompaient, lors(j[u'il 
répondit à M. Charles Coquerel : «Je me rappelle que mon père écrivit à cette 
c< époqm^ à Paris en demandant qu'on mil à part et qu'on gardât cette Histoire 
« des Protestants fc'est-à-dire les deux volumes dont il est (jueslion dans le 



CORRESPONDANCE. 



"•^-IT 



« reçu de Pauline Solier). Peut-être mon père ne lit- il pas assez d'instances 
<< dans sa demande et ne put-il pas réunir une somme sulTisante pour se faire 
« adjuger ce manuscrit. Quoi qu'il en soit, ses ordres arrivèrent trop tard à 
« Paris, ou bien ils furent mal exécutés. Et il reçut pour réponse des admi- 
« nistrateurs de l'hoirie, que l'ouvrage en question avait été vendu dans une 
« masse d'autres manuscrits, et qu'on ne pouvait plus trouver sa trace, ni 
« savoir dans quelles mains il était tombé. Mon père insista cependant et fut 
« en état de proposer quelques sommes honnêtes pour le ravoir, mais tous 
« ses soins ont été vains. » 

« Les souvenirs de M. de Végobre le trompaient, dis-je, évidemment, 
car cette Histoire des Protestants n'est point du tout perdue ; et on a 
vraiment lieu de s'étonner que pas un de nos amis de Genève ne nous en 
ait signalé l'existence au premier appel du Bulletin. M. Ch.-L. Frossard 
seul y a répondu, avec M. Lourde-Uocheblave, Le premier nous a fait con- 
naître une liasse de 219 pièces manuscrites relatives aux églises protes- 
tantes, lettres, actes, mémoires, d'une valeur historique plus ou moins 
réelle; le second a découvert, dans un grenier, au milieu de beaucoup d'au- 
tres papiers, quelques lettres de Court de Gébelin. Je ne doute pas qu'on 
ne retrouve un très grand nombre de lettres, de notes, voire même de mé- 
moires de cet homme célèbre , qui avait une surprenante facilité pour écrire 
et qui écrivait tout, comme l'a dit un de ses biographes; niais .je doute 
que ce qu'on retrouvera éclaire d'une lumière nouvelle l'histoire du protes- 
tantisme en France, si je dois en juger par ce que renferme le carton dont 
la bibliothèque de Genève doit l'acquisition à M. Bungener. Des ébauches 
d'un cours de religion, l'esquisse d'un plan d'éducation publique, un plan 
raisonné d'ordonnances ecclésiastiques, un traité du mariage, une partie 
considérable des matériaux recueillis pour le Monde primitif, (luclques 
dissertations «sur les géants dont parle la Bible,» «sur Nemrod, le 
hardi chasseur devant Dieu,» voilà ce qu'on y trouve, et franchement on 
ne peut considérer ces ébauches comme des sources où l'histoire doive 
puiser, si ce n'est l'histoire littéraire ou plutôt la biographie. Je ne vois 
rien là de bien précieux, et si les manuscrits de Gébelin, qu'on estime 
perdus, n'offraient pas un plus grand intérêt, je ne pense pas qu'on puisse 
en beaucoup regretter la perte. 

« Au reste , je suis presque persuadé que rien de ce qui avait réellement 
(pielque valeur parmi ses papiers, n'a été vendu à l'enchère, comme l'a dit 
M. de Végobre. On remarquera, en effet, qu'il est (juestion, dans l'acte 
signé par Pauline Solier, des livres, mémoires et manuscrits provenant de 
son père et de son Jrère. Je le répète, je n'ai pas eu le loisir de lire toute 
la collection; ce serait sans doute un travail fort utile, mais qui exigerait 
au moins trois mois, et je ne pouvais disposer d'un temps aussi long. Il 



228 CORRESPONDAN'CE. 

faut donc que je me borne à donner, d'après le catalogue de la Bibliothèqu*; 
de Genève, un aperçu de ce qu'elle contient. 

On y trouve d'abord la Correspondance entière de Court, surtout 
avec les pasteurs du Désert, correspondance dont M. Dumont, biblio- 
thécaire à Lausanne, possède, en un gros volume in-foL, un résumé 
parfaitement bien fait par Court lui-même pour les années 1720 ;i 
4732 (1). Je l'ai lue en entier, sans me laisser rebuter par l'ennui d'une 
pareille lecture , et j'y ai recueilli çà et là un petit nombre de faits d'un 
intérêt réel. C'est dans cette volumineuse correspondance que j'ai appris 
que Court avait conçu le projet, vers 1732, d'écrire une Suite à V His- 
toire de la révocation de l'Edit de Nantes par Benoît, sous le titre 
di' Histoire des églises depuis la Révocation. Son intention était donc de 
décrire l'état non-seulement des églises du Refuge, mais aussi des églises 
du Désert, et c'est là précisément ce qui lit qu'il rencontra une grande op- 
position. Il avait consulté sur son projet Deausobre, Superville, Roques, 
et beaucoup d'autres pasteurs réfugiés. Quelques-uns applaudirent à son 
dessein , la plupart lui représentèrent qu'il y avait à craindre d'éveiller l'at- 
tention du gouvernement français et d'attirer de plus violentes persécutions 
sur leurs coreligionnaires restés en France. Qu'ils eussent tort ou raison, 
Court abandonna son entreprise lorsqu'il avait déjà composé deux volumes 
embrassant l'histoire des églises réformées françaises depuis 1685 à 1690. 
C'est de ces deux volumes que le Bulletin regrettait si vivement la perte. 
Or, ils font partie de la collection de Court, sous le titre tV Histoire des 
Eglises réformées, 2 vol. in-i». (Collect. de Court, n°28). Ce qui m'a frappé 
dans ce travail , c'est que Court fait rarement usage de documents inédits. 
Il puise dans Benoît, dans les Lettres pastorales de Jurieu, et dans les 
relations que quelques-uns de nos martyrs ont publiées de leurs souffrances; 
ce sont là ses principales sources. Je ne pense donc pas (jue l'iiisloire tirât 
grand prollt de la publication de ces deux volumes (2). Son Histoire des 

(1) Ce volume fiisait évidemment partie de ceux qui étaient restés entre les 
mains de M. de Lois. Mais en quel nomljre? 

(2) J'y ai cependant appris que l'auteur anonyme des Lettres d\'xltortation et 
de consolation sur les soufj'nmces de ces derniers temps (La Haye, 1704, in-12) 
est ce même Bériniïhen , de la constance duquel une phrase de Benoit m'avait 
lait douter {V. l'arltcle de la France protestante). Je saisis avec empressement cette 
occasion de lui rendre la justice qui lui est si bien due. Après avoir été promené 
pendant plusieurs mois de prison en prison, rien n'ébranlant sa fermeté, il fut 
ciilin tiré du château de Loches et embarqué pour la Hollande. Ses Lettres sont 
pleines d'une résignation et d'une piété exemplaires, d'une science théologique 
et surtout d'une connaissance des textes bibliques rares même chez un théolo- 
gien ; mais on y remarque aussi de fréquents accès de cette maladie apocalypti- 
que oui travaillait Jurieu et que critiquait Bayie. Puisque nous sommes sur ce 
sujet,' j'ajouterai que Théodore de Béringhen avait cpialre sœurs, savoir : Marie, 
qui épousa François Le Coq; Susanne, duchesse de La Force; Elisabeth, femme 
de Pascal Le Coq de Sainl-Germain; et Françoise. Toutes quatre sortirent de 
France. Au contraire, son frère, Frédéric de liéringhen, seigneur de Langarzcau, 



CORRESPONDANCE. 2^9 

minisli^es de France est presque entièrement extraite des Actes des synodes 
nationaux par Aymon. Son Histoire des Martyrs présente également très peu 
de faits nouveaux. Un autre volume offre une liste des galériens plus com- 
plète que celles qui ont été publiées. Je n'ai rien à dire du manuscrit de son 
Histoire des Camisards, l'ouvrage imprimé est assez connu, ni des pièces 
sur lesquelles il l'a composée. Je passerai aussi sous silence une traduction 
française des Mémoires de Cavalier. A côté figurent des 3Iémoires sur les 
démêlés de deux ministres du Poitou avec quelques séminaristes , le récit 
du voyage fait par Court dans le Languedoc, en 1744, au sujet du pasteur 
Boyer, un Traité sur les assemblées , que je crois inédit , des Mémoires, 
des Extraits, des Mélanges, un Cours de théologie , des Commentaires, des 
Traités de controverse, des Sermons, des Traductions, une Morale en latin 
et en français, le Journal de Calvisson et les Mémoires de Boyer, que je n'ai 
pas eu le temps de lire, à mon grand regret, Prxlectiones de auctoribus 
/a/zms, une immense quantité enfin de papiers de famille, de mélanges, de 
brouillons, etc., etc. En résumé, si l'on voulait tirer de cette vaste collection 
seulement ce qu'il y a de vraiment intéressant pour l'histoire, et d'inédit, 
et le réunir en volumes, je crois qu'on pourrait en former une dizaine tout 
au plus. » EuG. Haag. 

P. S. —Cette note était déjà sous presse, lorsqu'un article publié par la Semaine 
religieuse, de Genève, et qui vient d'être reproduit par YUriion, de Bruxelles, et 
les Archives du Christianisme ^ est arrivé à notre connaissance, et nous a tort 
étonnés. On y lit « qu'une découverte du plus haut prix pour l'histoire des Eglises 
« réformées vient d'être faite par M. Eug. Haag, etc.; qu'il a retrouvé de la ma- 
« nière la plus inespérée, le manuscrit inédit de la gTAMe^ Histoire du Refuge 
« d'Ant. Court, etc.» Ces paroles eu disent infiniment trop. M. Haag est loin de 
prétendre à Vexcès d'honneur qu'on veut bien lui faire, il le déclare formellement, 
et ne s'attribue d'autre mérite, en cette affaire, que celui bien facile d'avoir 
constaté, par un examen attentif, l'identité des deux volumes manuscrits con- 
servés à Genève, parmi les papiers de Court, avec l'ouvrage inédit que l'on avait 
cru perdu. Mais les volumes dont il s'agit n'étaient point inconnus du tout : 
M3\I. A. Sayous et Ch. Weiss nous en avaient parlé, pour les avoir vus et parcou- 
rus, et tous deux les citent dans leurs récents travaux. Le premier les mentionne 
sous le titre de : « Histoire manuscrite des Eglises réformées, » ou encore de : « Mé- 
« moires inédits pour servir à l'histoire des Eglises réformées de France et de 
« leur dispersion depuis la révocation de l'Edit de Nantes » [Hist. de la Litt. franc. 
■ à l'étranger, 1. 1, pp. 304 et 313) ; le second les indique sous l'intitulé général de : 
« Manuscrits d'Ant. Court» {Hist. des réfugiés protest., t. H, pp. 288 et 293). 

Restait la question de savoir si ces deux volumes spécialement désignés ne se 
trouveraient pas être précisément l'ouvrage qu'on avait signalé comme n'existant 

se convertit à la Révocation. Les le/^re.? citées plus haut nous apprennent que la 
femme de Théodore abjura également la religion protestante, et resta en France 
avec sa fille, Elisabeth-Marie. 



230 COURESPONDANCE. 

plus. M. Haag s'est borné à éclaircir, comme on vient de le voir, ce point inté- 
ressant, et il y est parvenu d'une manière assurément très concluante. Mais n'est-il 
pas regrettable que cet heureux éclaircissement n'ait pas été proJuit plus tôt, alor.s 
surtout que nous avions appelé sur ce sujet l'attention de nos amis de Genève? 
N'est-il pas singulier qu'un homme de lettres parisien ait dû faire lui-même le 
voyage pour savoir à quoi s'en tenir, et y a-t-il lieu de présenter comme une 
grande découverte inattendue la solution d'un problème aussi simple? Qu'il nous 
soit permis d'adresser à cet égard un reproche amical à qui de droit... 

Que si par hasard on s'était mépris sur le sens et la portée de l'annonce contenue 
à la fin du dernier Bulletin (ce qui ne nous semble pas possible), l'exposé circon- 
stancié que M. Haag a pris soin de nous donner aujourd'hui du résultat de ses 
observations ne laisse rien à désirer. Il montre notamment que l'ouvrage inédit 
et inachevé de Court n'a pas autant d'importance qu'on l'avait pensé; que son 
champ est fort restreint, puisqu'il ne comprend que l'histoire des églises réformées 
françaises, de 1685 à 1690; que c'est plutôt un résumé fait d'après les publications 
contemporaines, qu'un écrit vraiment original et personnel; en un mot, qu'il 
laissait intact le vaste et beau sujet que vient de traiter M. Ch. Weiss, et qu"il ne 
saurait aucunement entrer en comparaison avec VHistoire des Réfugiés, ainsi que 
les Archives du Christianisme ont cru pouvoir le dire. 



Bataille de "Verg^n en Péri^ord. — MSesiiande de documents. 

Nous avons reçu et nous nous empressons d'insérer la lettre suivante. 
Elle a le mérite de poser très nettement une question locale, relative à un 
événement qui est demeuré à l'arrière-plan de l'histoire protestante , mais 
qui a failli être d'un grand intérêt national, puisqu'il s'agit d'une bataille de 
l'issue de laquelle ont pu dépendre un moment les destinées de la Réforme 
en France. Nous connaissons de M. Dessalles un livre publié en 1847, sur 
le Périgord, de 1362 à 44.30 (1), et qui se distingue par la meilleure méthode 
et la plus saine critique historiques. Espérons qu'il poursuivra bientôt jus- 
qu'aux XVI^ et XVII'^ siècles cette excellente monographie : nous y sommes 
grandement intéressés pour ce qui concerne les annales huguenotes d'une 
province importante. Les recherches qu'il provoque sur la bataille de Vergn 
nous donnent à penser que telle est bien son intention; puisse-t-il re- 
cevoir de quelqu'un de nos lecteurs les renseignements qu'il désire sur ce 
point. 

J M. le Président de la Société de l'Histoire du Protestantis77ie français. 

Paris, le 24 août 1853. 

Monsieur le Président, 
C'est une heureuse et féconde pensée que celle qui a présidé à la forma- 

(1) Périgueux et les deux derniers Comtes de Périgord, ou Histoire des querelles 
de crtte ville avec Archambaud V et Archambaud VI. Un vol. iu-S" de 349 pages 
t;t 1 \ \ de Preuve*. 



CORUESPONDANOE. 231 

tion de la Société de l'Histoire du Protestantisme français, et à la publi- 
cation d'un Bulletin périodique, au moyen duquel les membres de cette 
association sont régulièrement informés de tout ce qui peut éveiller leur 
sympathie, exciter leur intérêt, et donner de l'élan à leur zèle. Les résultats 
déjà obtenus en sont la preuve incontestable , et ceux qui ne peuvent man- 
quer de se réaliser, par la suite , contribueront successivement à rendre de 
plus en plus éclatante la vérité de cette assertion. 

Parmi les nombreux avantages inhérents à ce Bulletin, l'un des princi- 
paux, sinon le plus important, au point de vue de l'histoire, c'est de fournir, 
à un moment donné, le moyen d'attirer l'attention, d'un bout à l'autre de la 
France, sur une question, sur un des événements qui touchent au protes- 
tantisme et demandent des éclaircissements, des commentaires, des investi- 
gations propres à les faire enfin apparaître sous leur véritable point de vue, 
ou laissent à désirer que des documents inconnus jusqu'à ce moment, vien- 
nent les éclairer d'un jour nouveau , en dissipant les obscurités dans les- 
«luelles ils sont encore plongés. 

Telle est, par exemple, la bataille de Fergn, gagnée par le maréchal de 
Montluc sur Symphorien de Durt'ort, seigneur de Duras, en 1562!; bataille 
qui, sans avoir la célébrité de celles de Dreux, de Jarnac, de Moncontour, 
eut cependant une portée immense, puisqu'il n'est pas douteux que, si elle 
avait été gagnée par les protestants, la France entière devenait protestante. 
Ce qui n'empêche pas que l'incurie de nos historiens, à l'endroit de cette ba- 
taille, a été des plus complètes, et que nous n'en connaissons absolument 
que ce qu'en a dit le maréchal dans ses Comynentaires; c'est-à-dire que 
nous ne possédons sur ce grand événement que des* détails racontés au 
point de vue catholique , par un des ac'teurs les plus passionnés du grand 
drame du XVI'' siècle , écrivant longtemps après l'époque dont il s'occu- 
pait, et racontant, de mémoire, en raison des impressions qui lui étaient 
restées, 

Fergn, qu'on écrit mal à propos Vercjt, aujourd'hui chef-lieu de canton 
du département de la Dordogne, est une petite localité fort ancienne, située 
presque au centre de l'ancien Périgord, ayant dans son voisinage des bois 
assez considérables connus vulgairement sous le nom de forêt de Fergn. 
C'est dans cette forêt que se livra cette bataille. 

Depuis longtemps je m'occupe d'une histoire du Périgord, province 
sur laquelle on n'a encore écrit rien d'ensemble qu'on puisse considérer 
comme un travail sérieux, En travailleur essentiellement désireux d'être 
exact et fidèle, j'ai dû tout naturellement chercher à éclaircir ce point im- 
portant de nos annales périgourdines , si intimement liées aux annales de la 
France. .l'ai donc étudié avec le plus grand soin le récit de Montluc, sur les 
lieux mômes, et, malgré le grand désir «lue j'avais de le comprendre et toute 



232 COKUESl'ONDANCE. 

la bonne volonlé (|ue j'ai \m y mettre, je n'ai pas encore trouvé le moyen de 
concilier ce qu'il dit avec les faits matériels, tels qu'ils résultent de la confi- 
guration des lieux, des accidents du sol, de la situation des localités dont 
il parle, des circonstances qui se rattachent à sa marche, depuis son entrée 
au Périgord, pour se mettre à la poursuite de Duras, jusqu'au moment de la 
bataille, dont la description même n'est pas exempte d'obscurités. De tout 
le récit de Montluc, le seul fait sur lequel il ne peut pas s'élever de doute, 
c'est qu'il gagna cette bataille. Le reste n'est qu'un amalgame de souvenirs 
confus, racontés à vol d'oiseau, ne méritant que très peu de confiance et 
tout à fait impropres à donner une idée tant soit peu exacte de la manière 
dont s'apprêta et s'accomplit la déconfiture de l'armée protestante dans cette 
solennelle rencontre. 

Le but que je me propose vous étant connu, après les explications que je 
viens de vous donner, vous n'aurez pas de peine à comprendre sans doute 
combien j'éprouve de regret à manquer des éléments propres à faire con- 
naître et apprécier exactement ce mémorable événement, et combien je serais 
heureux de retrouver des documents qui me fourniraient les moyens de 
concentrer la lumière sur ce point si obscur et pourtant si grave de notre 
histoire. 

Je ne sais si, à travers les agitations et les violences dont la religion fut 
si longtemps le prétexte en France, (juelques documents de cette espèce au- 
ront pu échapper h la destruction, toujours si active durant les époques de 
troubles ; mais, s'il en est encore qui subsistent, j'ose espérer qu'il me suf- 
fira d'en avoir signalé la grande importance pour que ceux entre les mains 
desquels ils pourraient se trouver s'empressent de les faire sortir de l'oubli. 
C'est dans cet espoir. Monsieur le président, que j'ai rédigé et que je vous 
adresse cette lettre , vous priant de vouloir bien linsérer dans un de vos 
plus prochains numéros, afin que l'appel soit entendu de tous ceux qui ai- 
ment la vérité. 

.l'ai l'honneur, etc. L. Dessalles, 

Membre de ia Société ('es Antiquaires de France , 
atlacbé à la seclioii liistoiique des Archives de l'Empire, 



IBvpodfilles du consistoire fie l'ancienne t'is^lise réformée «le 
Rouen. — Sceau de ce consistoire. 

M. E. de Fréville a acheté à Paris, il y a quehjue temps, chez un bouqui- 
niste, cinq volumes qui ont appartenu à la bibliotlùupie du consistoire de 
l'église réformée de Rouen au XVII« siècle. C'est une collection des Germa- 
nicarum rerum veteres scripiores, publiée à Francfort en 1600, 1607, etc., 



COKRIiSrONDANCE. 



233 



iii-folio. Ils sont cotés G lo à 17. La première feuille ou litre des numéros 
13 et 14 porte cette mention, écrite à la main : 

Ecclesiœ Reformatœ 

Rothomagensis 

Donum 

/)"' Joannis Tôt il 

Le titre du numéro 1S porte une mention semblable, mais avec îe nom 
d'un autre donateur : D"' Pétri Daussi. 

A côté de ces indications, il en est une autre (lui constate par qui et pour 
qui le consistoire de Rouen se vit dépouiller de la légitime propriété de ces 
livres. La voici : 

Ex dono Ludovici magni. 

Collegii Rotomag. Soc. Jcsu. 

{Don de Louis le Grand. Collège des Jésuites de Rouen.) 

Nous avons déjà vu et nous verrons toutes sortes d'exemples de ces 
échanges de bons oflices entre Sa 3îajesté très chrétienne et les instigateurs 
de la persécution des protestants. Sa BLajesté s'appropriait les biens de ses 
sujets (car tel était son bon plaisir) , et les adjugeait à ses amés et féaux 
les très humbles serviteurs dudit plaisir, messieurs de l'épiscopat, du clergé 
et des ordres religieux de toute robe et de toute dénomination. Bossuet lui- 
même, dès le mois qui suit l'Edit révocatoire, sollicite et obtient les maté- 
riaux du temple de Morcerf , près Meaux. Chacun jette son dévolu sur les 
biens, qui des consistoires, qui des fugitifs, et se les fait attribuer. C'est, 
d'une part, un sauve qui peut général, de l'autre, un pillage légal : mais à 
ce prix , l'ordre , c'est-à-dire l'unité catholique , devra régner dans le 

royaume Oui donc a dit que 

Louis XIV avait été le premier des 
révolutionnaires et des socialistes 
modernes.?' 

Les cinq volumes (jui nous ont 
été communiqués portent sur leurs 
plats, des deux côtés, l'empreinte 
dorée d'un sceau que nous avons 
jugé intéressant de reproduire, com- 
me étant celui de l'église réformée 
de Rouen. Servait-il à marquer au- 
tre chose que les livres de sa biblio- 
tliè(|uc? C'est ce que nous ne sau- 
rions dire. Le cliché ci-contre en 
est un fac-similé très exact. 




231 COnRESFONDANCE. 

Cette empreinte représente, comme on le voit, l'arche de Noé voguant sur 
les tlots. La forme de la nef est à remarquer : c'est un vaisseau rond ou na- 
vire de transport. Sur la crête du toit est la colombe avec le rameau d'oli- 
vier, symbole du retour de la paix sur la terre. 



Bernard Palissj. — ISiat actuel de quelques endroits qu'il a 

décrits. 

On aime à voir l'admiration pour les grands hommes se traduire en re- 
cherches et en observations studieuses, alors surtout qu'il s'agit d'un homme 
comme Palissy, dont la biographie, malheureusement si incomplète, excite 
tant de sympathie et de curiosité. La lettre suivante répond à ce sentiment, 
en nous faisant revenir sur les traces du bon Bernard, et reconnaître quel- 
ques-unes des localités qu'il a décrites. Nous avions annoncé l'intention de 
continuer les extraits de Palissy accompagnés de quelques notes, qui ont été 
publiés dans les deux premiers cahiers du Bulletin ( 1. 1 , pp. 23 et 83). Si 
la disposition de nos matériaux le permet, nous donnerons prochainement 
cette suite , avec les informations nouvelles que nous n'avons pas néglige 
de recueillir sur l'humble et illustre potier de Saintes. 

A M. le Président de la Société de V Histoire du Protestantisme 
français. 

Castel-Sarrasin , 23 septembre 1853 

Monsieur, 

J'ai lu avec le plus vif intérêt, dans le Bulletin de la Société de l'Histoire 
du Protestantisme français, votre touchante notice sur mon compatriote 
Bernard Palissy, le potier de Saintes. — Permettez-moi d'entrer ici dans 
quelques nouveaux détails sur cet homme célèbre, sur sa naissance et sur 
quelques circonstances de sa vie, durant son séjour à Saintes, rappelées 
dans ses naïves narrations. 

On savait bien que le pieux et zélé réformateur, que le père de la chimie 
moderne, l'inventeur des rustiques figulines était né dans l'Agenois, mais 
jusqu'à notre temps, ses biographes avaient ignoré le nom du lieu qui 
l'avait vu naître, et que nous avons le premier fait connaître dans notre 
Mémoire sur quelques antiquités de la ville d\lgen, inséré dans le 2^ vo- 
lume du Recueil de la Société des antiquaires de France. Il résulte, 3Ion- 
sieur, des renseignements pris et des recherches faites par nous à ce sujet, 
de concert avec feu notre regrettable confrère et ami le naturaliste agenais 
Saint-Amans , que le bonhomme Bernard, comme le nommaient ses con- 
temporains, naquit près du château et dans la paroisse de Biron, partie du 
département actuel de la Dordogne, confrontant à celui de Lot-et-Garonne 
et à l'arrondissement de Villeneuve , et compris dans l'ancien diocèse d'Agen 



CORRESPONDANCE. 235 

(avant la nouvelle circonscription diocésaine). Il existe encore aux environs 
de Biron une famille de Palissy, appartenant , comme les parents de notre 
potier de Saintes, à la classe des simples et modestes agriculteurs , et un 
lieu qu'on nomme la Tuilerie de Palissy. Il y a quelques années que deux 
touristes agenais, parcourant le département de la Dordogne, s'arrêtèrent 
dans une maison voisine du lieu que nous venons de signaler, et où on leur 
montra deux grands plats en émail hlmic, qu'ils reconnurent être l'ouvrage 
de Bernard, qui y avait figuré, comme sur plusieurs autres de sa compo- 
sition, des serpents, des grenouilles, des fruits, etc. Ces deux morceaux 
furent acquis par M. le comte de Villeneuve-Bargemont, ancien préfet de 
Lot-et-Garonne. Faujas de Saint-Fond, dans l'édition annotée et commentée 
qu'il a donnée en 1777 (1) des œuvres complètes de Palissy, etit profité avec 
empressement de ces renseignements sur l'origine et le lieu de la naissance 
de son auteur, s'ils eussent été recueillis et connus à cette époque. 

Lorsque j'habitais Saintes, je me suis souvent plu à parcourir, mon Pa- 
lissy à la main, les parties de cette ville et les lieux qui l'avoisinent, théâtre 
habituel des promenades et des méditations de mon illustre compatriote , 
méditations artistiques, scientifiques, religieuses, souvent bien tristes dans 
ses jours trop fréquents de découragement, mais aussi quelquefois em- 
preintes de douces rêveries de satisfaction et de joie alternatives et décrites 
par lui d'une manière si naïve et si attrayante; que de fois. Monsieur, 
j'ai parcouru avec un religieux attachement la rue qu'il habitait et qui porte 
son nom; sur les bords de sa chère Charente, au faubourg dit des Roches, 
où plusieurs potiers de terre grossière ont encore leurs usines , bien dégé 
nérées de celle de leur célèbre devancier, dans ces mêmes lieux et peut-être 
sur le même que j'eusse bien désiré reconnaître et saluer, mais sur lequel 
la tradition est muette. Modeste et l'on peut dire pauvre demeure, si l'on 
en croit ses propres récits, et qu'aux grands courroux et clameurs de sa 
femme et des commères ses voisines, il démolissait en partie et découvrait, 
afin de se procurer le bois nécessaire à la cuite des premiers essais in- 
fructueux de ses émaux!! Malheureux homme de génie que ses imbéciles 
voisins prenaient pour un fou , et que désolaient à la fois leur stupides mé- 
pris et ses espérances déçues... mais bientôt Dieu lui venait en aide; 
l'espoir de voir prospérer une œuvre plus sainte, plus sublime, également 
ébauchée par lui dans son ingrate ville d'adoption , ranimait ses forces et 
son courage , d'autres joies rentraient dans son cœur, lorsque promenant 
solitairement ses ennuis sur les bords du fleuve qui en était le confident, 
il entendait, sous certaines aubarées voisines, des chœurs de jeunes filles 
chanter les louanges de Dieu dans ces cantiques sacrés, nouvellement tra- 

(1) Un vol. in-4''. Paris, chez Ruault, dédié à Benj. Franklin, ainsi qu'on l'a 
rappelé. {Bull., t. I, p. 24, note.) 



236 CORRESPONDANCE. 

duils on vers français par le poêle Clément Marot, au lieu de chansons pro- 
fanes, presque toujours libres et souvent voisines de la licence que, dans 
CCS mêmes lieux, ces pieuses cantatrices avaient précédemment sur les 
lèvres! Heureux changement dû en grande pnrtie aux prédications et aux 
exhortations du saint et sublime bonhomme. En souvenir de ce fait et en 
mémoire de Palissy, j'aimais à parcourir ces mêmes aubarées, qui avaient 
reçu leur nom des saules ou aubiers (1) plantés en abondance dans ce terrain 
aquatique. Aujourd'hui , comme du temps de Palissy, les saules qui peu- 
plaient ce rivage sont encore debout; mais, hélas! les chants ont cessé!! 
ceux au moins qui ravissaient d'aise le bon potier. 

Dans le cahier que j'ai déjà cité de votre Bulletin , vous rappelez encore , 
Monsieur, la relation attachante des persécutions du frère Robin , de son 
incarcération dans les prisons de l'officialité, à l'évêché de Saintes, de 
son zèle et de son dévouement empressés, mais inutiles, en faveur de 
ses frères d'infortune , souffrant pour la même cause , et de sa fuite noc- 
turne qu'il ne put leur rendre commune. J'ai encore eu la curiosité de 
visiter les lieux ici décrits par le narrateur, et d'y suivre toutes les cir- 
constances de l'évasion du prisonnier, que l'état de ces mêmes lieux qui n'a 
pas changé sensiblement, permet toujours de reconnaître: la tour du palais 
épiscopal où étaient renfermés les chiens qui devaient aboyer en cas de 
tentative d'évasion de la part des détenus , mais que Robin fit taire avec 
du pain, emplacement solide, leur servant de geôle, et oîi Robin parvint 
cependant à faire une trouée après avoir limé ses fers; le jardin dudit palais 
avec lequel la cour en question , communiquait par une porte qui n'a pas 
cessé d'exister, et (lu'un mur qu'il escalada séparait d'une petite rue déserte 
qui n'est guère fréquentée de nos jours. Le frère prêcheur Robin s'y recon- 
naîtrait encore et son historien aussi. 

Il est constant que le nom de Bernard Palissy est intimement lié à l'his- 
toire delà réforme religieuse du XVI« siècle dans toute la Saintonge, en y 
comprenant les îles du littoral. I\falgré son état longtemps voisin de l'indi- 
gence, l'ardeur de la parole de Dieu et de son service qui l'embrasa, lui 
faisait parcourir successivement à pied et par tous les temps, en véritable 
apùtre, toutes les parties de ce vaste pays, naturaliste, géologue en même 
temps qu'évangéliseur et missionnaire (2). 

Mais je dois clore ici ces (juclques lignes consacrées à l'un des plus 
grands hommes du XYI'' siècle, de cette époque si riche et si féconde en 
génies extraordinaires, véritable Age de rénovation. Je n'ai voulu parler ici 
de maître Bernard le potier que durant son séjour en Saintonge ; il resterait 

(1) En latin, albamim, et en roman, alba. 

(2) D'Aubigné, dans sa table, l'indique comme ministre du saint Evangile, 
sans doute à titre de fondateur de la proiuière église prolestante de Saintes. 



CORRESPONDANCE. 237 

encore à peindre l'inventeiu- des rustiques figulines du roi Henri III et de 
Catherine de Médicis, de l'auteur des magnificences artistiques du château 
d'Ecouen,derhùle et, comme on l'appelait, du gouverneur des Thuilleries, 
mais surtout de VhomrnQ juste et fort, «^justum ac tenace m» d'Horace, 
que les cachots, les impérieuses injonctions de Sa Souveraineté, la menace 
des plus cruels supplices, l'aspect même du bûcher, ne pouvaient faire 
renier un seul moment sa foi, ne craigncmt rien des hommes, parce que, 
selon l'expression de Sénèque, il savait mourir.... 

Je saisis avec empressement , Monsieur, l'occasion que la notice du lUd- 
letin, sur mon concitoyen Palissy, m'a offerte de vous présenter l'assurance 
de ma haute considération et de mon dévouement. 

B"" CnAUDRic DE Crazannes, 

Ancien maître des reqiièt'-s au conseil d'Etat , de l'Institut 
de France et du Comité de la langue, de l'histoire el des 
arts, au ministère de l'Instruction publique. 



Siistc des ministres réfusfiés à Ejoudres après la Siaiut- 
Barthéleiny. 

A M. le Président de la Société de r Histoire du Protestantisme 
français. 

Paris, le 20 octobre 1853. 

Monsieur, 

Voici quelques petites notes concernant la liste de ministres réfugiés à 
Londres, après la Saint-Barthélemij , publiée dans le Bulletin. {F. ci- 
dessus, p. 2o.) Vous avez fait observer, avec raison, que la plupart des per- 
sonnes nommées dans cette liste appartenaient à la Normandie; c'est ce (jui 
me détermine à vous écrire, car il s'agit, pour moi, de compatriotes. 

Mon attention s'est portée d'abord sur Jnthoine de Ligues, ministre en 
sa maison des Anteux. 

11 y a tant d'exemples, au commencement de la Réforme, de grands sei- 
gneurs remplissant les fonctions de ministre dans leur propre château, que 
je ne m'arrête pas à cette circonstance. Ce qui me frappe, c'est le nom de 
ce personnage, parent, selon toute apparence, de David de Liques, gentil- 
homme picard, auteur de l'histoire de la vie de Du Plessis-Mornay et édi- . 
leur de ses mémoires. La famille de Liques, Licqnes ou Lisques était très 
ancienne, et illustre en Artois et en Picardie, notamment à Abbeville; elle 
portait bandé d'argent et d'azur de six pièces. Je n'ai pu, malheureusement, 
me procurer sa généalogie complète. Je ne doute point qu'il ne faille lire 
Jnthieux au lieu A' Juteux; mais il y a tant de localités ainsi appelées en 
Normandie, qu'on ne sait à laquelle s'arrêter. J'en connais une, les Authieux- 
lez-Buehy, où il y a encore un manoir féodal. Etait-ce là la maison d'Antoine 
de Liques? Je tâcherai de le savoir. 



238 CORRESPONDANCE. 

Je remarque ensuite Guillaume de Feucjueray, ministre de l'église de 
Lungueville (Paris?) — Guillawne du Feugueray ou du Feugueré (et non 
Feugeré, comme dit Moréri), en latin Feuguerseus, était d'une famille nor- 
mande, dont le fief, situé près du Bourg-Achard, dépendait de la seigneurie 
de Fréville. Après s'être réfugié à Londres, Guillaume passa en Hollande, où 
il enseigna la théologie dans l'université de Leyde. La bibliothèque de cette 
ville possède, et peut-être a reçu de l'auteur lui-même, les deux ouvrages de 
du Feugueray (1). Le premier a pour titre : Bertrami { aWas Ilotramni) 
presbijteri, de corpore et sanguine Christi, ad Carolum magnum impe- 
raiorem, cum commeniariis Guill. Feuguerœi. Lugd. Batav. 1379, in-8o; 
le second, Guilielmi Feuguerœi Rothomagensis opuscula, sive responsa 
ad qiiœstiones oujusdam inquisitoris Zelandiœ, de Ecclesix perpetuitate 
etnotis. Lugd. Batav. 1o79, in-8°. Du Feugueray rentra en France en 1379 
et y mourut vers l'an 1013. Meursius [Ath. Batav., L. 11) a fait la biogra- 
phie ou plutôt l'éloge de ce ministre. 

M. Eug. Haag a, je crois, grandement raison de ne pas prendre Longue- 
ville pour le pseudonyme de Paris; ne s'agirâit-il pas ici de Longueville-la- 
Giffart, bourg du pays de Caux? 

Enfin, à l'article de Mathieu Lartault, ministre de Bresoles, je propose- 
rais de conserver Lartault, qui est pour le moins tout aussi bon (lue Car- 
tault, et Bresoles, qui vaut mieux que Brésol. 11 existe, en France, deux 
bourgs du nom de Bressoles, l'un en Bourbonnais, l'autre en Bourgogne; 
tandis que Brésol n'a jamais été qu'une localité sans importance. De même 
pour Colombis, au(iuel vous proposez de substituer Colombières; je pré- 
fère Colomby, parce que ce nom s'éloigne moins de celui que donne le do- 
cument, et parce qu'il y a, en Normandie, deux paroisses appelées Co- 
lomby. y/«//ieM me paraît aussi devoir être Autheux\}\\xiîii que Juthou. Au 
seizième siècle, on disait Pont-Jidhou et Pont-Judemer, et, dans le pays, 
on le dit encore ; il n'y a que les très modernes dictionnaires de géographie 
où l'on trouve Juthou, ce qui, je pense, est une erreur. Jutheux est une 
paroisse de Picardie, près de Doullens, dont le nom ne diffère point de celui 
(lue donne le document, car tout le monde sait combien il est facile de pren- 
dre un n pour un u. 

Agréez, etc. E. de Fréville. 

Wun CONSEIL EXTRAORDINAIRE dcs Eglise» réformées eu 1736. 

m. H. Marchand, P= à Sommières(Gard), a appelé notre attention sur un 
point de l'histoire ecclêsiaslique des églises réformées, qui paraît avoir été 
généralement mis en oubli. U peut ne pas être inutile, à titre de renseigne- 

(1) Ttiéol., n" 368. 



CORRESPONDAXCE, 2-V;) 

ment, de faire connaître ce qu'on en sait. Il s'agit d'un corps établi sous le 
nom de Conseil extraordinaire par un arrêté du Synode des Cévennos, du 
26 avril 1726. Dans son Essai de 1838 sur la réorganisation de l'église ré- 
formée de France après la révocation de l'Edit de Nantes (1), au chapitre de 
la Centralisation des Eglises, 31. H. Marchand avait parlé de cette institu- 
tion nouvelle (p. 27), et M. Scipion Conibet, dans le supplément ajouté par 
lui au troisième volume de sa réimpression de i\Iézeray, p. 739 (2), en a 
aussi fait mention. Hors de là, il paraît qu'aucun de ceux qui ont écrit sur 
cette partie historique n'a relevé ce fait qui méritait, sans contredit, comme 
toute innovation, d'être enregistré. Il est vrai que bien d'autres points inté- 
ressants ont été ou passés sous silence, ou à peine effleurés, faute de docu- 
ments ou d'attention suffisante. 

« Après tout ce qui venait d'être organisé , depuis quelques années, par 
Court, aidé de Roger, Durand^ Corteiz, pour restaurer partout les commu- 
nautés de fidèles, il semblait, dit M. H. Marchand, qu'il n'y avait plus rien à 
faire pour le gouvernement de l'Eglise, que tout devait cheminer comme par 
le passé. Mais cette Eglise se trouvait dans des circonstances nouvelles; à 
chaque instant il se présentait des questions de la plus haute importance à 
résoudre, des déterminations à prendre... En présence d'un synode national 
dont la tenue, une fois par année, exige une multitude de .formalités. Il 
fallait évidemment une autre juridiction, dont la convocation fût prompte et 
facile, et qui put connaître des mêmes matières que le synode national; 
quitte ensuite à ce synode à sanctionner ses décrets. En conséquence, le 
Synode des Cévennes décida, le 26 avril 1726, la création d'un nouveau 
corps par un article ainsi conçu : « Il a été convenu et arrêté qu'on nomme- 
« roit des Anciens, choisis et experts, dans toutes les Eglises, et qu'ils s'as- 
« sembleroient en conseil toutes les fois qu'il s'agiroit de choses sérieuses 
« et importantes. » Quelques murmures s'élevèrent bien contre cette inno- 
vation, qui, vu son omnipotence, paraissait attentatoire aux droits des Syno- 
des ; mais elle prévalut et elle rendit bien des services à l'Eglise (Essai, etc., 
déjà cité, de 1 838, p. 26). 

« Corteiz (ajoute aujourd'hui notre correspondant), dont la part fut grande 
comme collaborateur de Court, ainsi que l'atteste la correspondance de ce 
dernier, Corteiz présida à la création du Conseil extraordinaire. Le 4 mai 
1726, Il écrit à Court une lettre longue et substantielle, comme il savait les 
écrire, dans laquelle, après avoir raconté une de ses belles et riches tour- 
nées missionnaires dans le rude pays de la Lozère, il lui dit : c Le 26 avril, 
je me trouvai rendu au synode des Cévennes, (lui se tint aux environs de 

(1) Il a été question de ce travail dans le Bulletin, 1. 1, p. C6, 

(2) Voir l'article suivant. 



240 CORRESPONDANCR. 

Saint-Giniey, » puis il lui donne connaissance de l'article qui vient d'être 
rapporté. Roger, du Dauphiné, n'approuva pas tout à fait cette institution. 
Dans une lettre du 4 avril '1727, il la trouve «contraire aux droits des Syno- 
des, )i et dans une autre du 3 juillet il se plaint « de ce qu'on n'a pas consulté 
et recueilli les voix dans un cas de cette nature. » Bientôt organisé, le Conseil 
entra en fonctions. Le 30 mai 1728, M. Duplan, gentilhomme d'Alais, député 
des Eglises à l'étranger, écrit à Court. « Il seroitbon que vous lissiez assem- 
bler au plus tôt le Conseil extraordinaire, pour voir si l'on approuve mon 
voyage d'Angleterre et de Hollande. » Mais c'est surtout !e pasteur Claris 
qui nous fournil à ce sujet un document digne d'être recueilli. Voici ce qu'il 
écrit dans une lettre du 10 novembre 1730 : « Il fut convenu qu'on assemble- 
rait le Conseil extraordinaire, \° pour faire le partage de nos églises en 
trois corps, Bas-Languedoc, Cévennes, Haut-Languedoc et Guyenne ; 2" pour 
affecter à chacun de ces corps les pasteurs et les prédicateurs, qui les de- 
vaient desservir, et cela jusqu'à ce que le Synode national en ait décidé au- 
trement; 3° pour déterminer si nous (Combes et Claris, qui avaient reçu 
l'imposition des mains à l'étranger, et dont la vocation était contestée), nous 
serions présentés dans une ou plusieurs assemblées de la même manière que 
MM. R. et B. furent présentés; car c'est là où la dispute s'était cantonnée. 
Ce qui fut résolu fut exécuté ; le Conseil fut assemblé dans les Cévennes, le 
28 octobre dernier. Le partage des églises fut fait comme il est indiqué ci- 
dessus. MM. Roux et Claris sont destinés pour le Bas-Languedoc, MM. Bo. 
et Com. pour les Cévennes. Le Haut-Languedoc et Guyenne doivent être 
desservis par ces quatre messieurs alternativement pendant trois mois cha- 
cun ; et cela jusqu'à l'arrivée de nouveaux pasteurs. Le Conseil fut d'avis que 
nous fussions présentés dans deux assemblées, l'une dans les Cévennes et 
l'autre dans le Bas-Languedoc, par 30I. R. et B., ce qui a été fait avec toute 
la tranquillité possible. Ces assemblées ont été nombreuses, particulière- 
ment celle des Cévennes. La paix est faite de ce côté-là. La vocation est 
confirmée. » 

« Ainsi, cette lettre de Claris nous montre bien le Conseil extraordinaire 
en activité, et indique quelles attributions if exerçait pour le bien des Egli- 
ses. Je m'estimerai heureux si ces renseignements , que j'avais en poite- 
feuille, les ayant autrefois tirés des manuscrits de Court, à Genève, peuvent 
être jugés aujourd'hui de quel(}ue prolit. » 

L'institution du Conseil extraordinaire de '172() fait naturellement pensev 
au Conseil général (jui avait été créé en juin 1594, sur l'invitation et d'a- 
près le plan de Du IMessis Jïornay. TJn règlement en vingt-huit articles fut 
délibéré par l'Assemblée qui se tint à Sainte-Foy, (jnelques jours après le 
synode national de Montauban. Le détail en est donné tout au long par 
d'Aubigné (iHsf. t. 111, p. 307). Ce Conseil général était chargé de défendre 



i:OUKKSFOMtAKCK. 241 

les intérêts de l'Eglise dans ses rapports avec le Gouvernement. « Ce fut, dit 
Benoît, sous sa direction que les affaires des réformés se rétablirent et qu'il, 
parut à leurs ennemis qu'il n'était pas si facile de les ruiner. » On sait que 
ce même Conseil, plus connu sous le nom d'Assemblée politique, parce qu'en 
effet les événements lui donnèrent ce caractère, siégea, avec autorisation 
du roi Henri I\ , à Saumur, à Loudun, à Vendôme et à Cliàtellerault. Sans 
lui, sans ses constantes démarches, l'Edit de Nantes n'eût peut-être pas été 
obtenu. 

(liouyenirs des réfugfîôs protestants tle France eu Argovîe. 

Un de nos correspondants de l'Alsace, qui nous avait déjà donné bien des 
preuves de son zèle, étant allé récemment en Suisse, a recueilli, dans le ci- 
metière de l'église paroissiale de Stauffenberg (!), canton d'Argovie, une 
épitaphe placée sur la tombe d'un de ces enfants des Réfugiés protestants de 
France que la révocation de l'Edit de Nantes dispersa dans le monde entier. 
En voici la copie littérale : 

X)an bcr fin- Hcligion iniîi vciius 6ottf« fôovt, 

iruii&, lltittrrlnnb unb fjab tïiv nirl)ts 9cecl)cttje& l)Ot, 

i^ot (ètilt itïesc Kueetatt l)iev cïl)(crl)t, 

3u ùifscn ®rt. 

{A celui qui, pour la religion et la pure Parole de Dieu, a compté pour 
rien amis , patrie, fortune , Dieu a élevé ici, en cet endroit, ce lieu de 
repos.) 

Au-dessus de cette touchante inscription est le nom du défunt : 

ETIENNE BRUTEL, NÉ EN 1683, MORT EN 1752. 

Et au-dessus sont gravées des armoiries, sur un écusson à quatre par- 
ties, surmonté d'un lion debout sur un casque (2). 

Ce doivent être les armoiries de Brutel, auxquelles ont sans doute été 
ajoutées celles de la seigneurie de Schaffhisheim , qu'il avait achetée et que 
l'un de ses descendants habite encore, tandis qu'une autre branche habite 
, Aarau. 11 paraît (jup le père d'Etienne Brutel avait a|iporté et continué à 
Schaffhisbcim l'industrie de la fabrication des soieries. Il était vraisemblable- 
ment du Languedoc et de la famille de Gédéon Brutel de La Rivière, conseil- 

(1) Au sommet d'une colline isolée, entre Lentzbourg et Aarau, 

(2) D'après la description qui nous en est donnée, elles paraissent pouvoir être 
traduites ainsi dans la kuiguu du blason : Ecartelé au premier d'un lion passant; 
au second et au troisième,\run ramier; au quatrième, de trois tlours (^ roses ou 
quintefeuillesïj. i;imior : un lion issant. 

1(j 



242 CORRESPONDANCE. 

1er du roi et receveur général des gabelles à Montpellier , qui se réfugia 
d'abord à Genève, puis à Lausanne, où le rejoignirent ses cimj lils e( sa tille 
cadette. {V. l'article de la France protestante.) Il y avait encore en Hollande, 
il y a quarante ans, des représentants du fils aîné, Jean Brutel de La Rivière, 
qui fut pasteur à Rotterdam, puisa Amsterdam, où il mourut en 1742, lais- 
sant deux fils et deux lilles. 

M. le pasteur Schmidt, de Stauffenberg, pensait que les descendants ac- 
tuels d'Etienne Brutel avaient conservé des papiers de famille du temps du 
refuge; mais, s'en étant informé, il a^appris qu'ils n'en possédaient aucun. 
M. Schmidt descend lui-même, par sa mère, d'une famille de réfugiés du 
Midi, du nom de Colei; il croit que quelques membres de cette famille sont 
rentrés en France et habitent Nîmes ou les environs ; il aimerait à en avoir 
des nouvelles. 11 possède un portrait de son aïeul maternel, au dos duquel 
on lit : Jean Colet, 1783. Notre correspondant a aussi rencontré dans les 
environs de Stauffenberg, à Schintznach, un artisan du nom de Pascalin, qui 
descend d'un réfugié échappé des premiers massacres du Dauphiné; il a en- 
core un certificat de naissance, sur lequel sont apposés des noms de per- 
sonnes de Crest, \alei]ce et Chabeuil (Drôme). 

Nous ne pouvons qu'engager tous nos amis à nous transmettre ainsi les 
remarques qu'ils sont à même de faire dans leurs excursions prochaines ou 
lointaines, dans l'Ancien ou le Nouveau Monde. Combien d'observations, 
toujours intéressantes, souvent importantes et précieuses, pourraient nous 
être adressées de tant de contrées où nos ancêtres ont reçu l'hospitalité et 
laissé de durables souvenirs! Nous pouvons, hélas! leur appliquer le vers 
du poëte latin : 

Quae regio in terris nostri non plena laboi'is! 

Est-il un point du globe oii nous n'ayons sou/fer II 



Régine de Henri III, par lîézcray, rpéiïité avec une Introduc- 
tion et une €'Out&uuation , par II. i»c. Coniltet. 

Dans une communication qui précède (p. 239), on cite un ouvrage au sujet 
diique Inous avons commis une omission involontaire qu'un autre correspon- 
dant nous a signalée, et que nous avons à cœur de réparer. 11 s'agit de l'édi- 
tion, donnée il y a quelques années par M. Scipion Combet, de l'Histoire de 
France sotts le règne de Henri III, de Mézeray, « avec des Notes , une 
« Introduction jusqu'à ce règne, et une Continuation depuis l'avénemcnt 
" de Henri IV jusqu'au Concordat de l'an X, qui en fout une histoire com- 
« plète et détaillée de l'Eglise réformée de France. » Cet ouvrage est en 
trois volumes in-8", imprimés à Alais, de 1844 à 18iC, e( ces volumes n'on] 
pas moins de 560, G 12 et 824 pages très pleines; V Introduction en a 101 , 



CORRESPONDANCE. 243 

et la Continuation 339 d'un texte plus serré encore. Entre les trois tomes 
sont réparties plusieurs gravures et trois cartes : celle de la France sous 
Henri 111, celle des Pays-Bas et des Açores, et un plan de Paris, pour l'in- 
telligence des barricades et du siège de Paris. 

On voit que cette réimpression d'une des parties les plus remarquables de 
l'œuvre de Mézeray est un ouvrage important par les soins qu'y a donnés 
l'éditeur, et, pour ainsi dire, nouveau par les annotations détaillées qu'il y 
a jointes. L'Introduction et la Continuation auraient pu former à elles seules 
un livre à part, et le tout, ayant précédé la publication du volume de M. de 
Félice et de la France protestante^ constituait véritablement un travail très 
méritoire et qui manquait alors à nos coreligionnaires. L'éditeur, M. Combet, 
n'écouta que son admiration pour Mézeray, le meilleur et le plus indépen- 
dant des historiens dont la France s'honore; il voulut le faire servir à mieux 
faire connaître et à populariser l'histoire des réformés français, et, au prix 
de bien des recherches et de bien des sacrifices, il accomplit la lourde 
et hasardeuse entreprise à laquelle il s'était dévoué. Ses efforts ont-ils été 
appréciés? Ses peines ont-elles été payées? Non. Si nous voulions l'expli- 
quer, nous trouverions sans nul doute que les conditions matérielles et les 
circonstances générales dans lesquelles s'est réalisée cette opération furent 
pour beaucoup dans ce résultat ; nous nous bornons à constater ce fait mal- 
heureux, que la vente du livre n'a pas répondu, tant s'en faut, à l'attente et 
aux sacrifices personnels de l'auteur. Ses trois volumes ont passé comme 
inaperçus, ils n'ont guère été connus en dehors d'une certaine sphère, et 
c'est ainsi que, faute de les avoir sous la main, nous avons omis d'en parler, 
alors que nous aurions dû assurément les citer comme un des travaux les 
plus louables qui aient été effectués, en ces dernières années, dans le champ 
de l'histoire du protestantisme français. (V. BulL, l, p. 502.) 

Même aujourd'hui que d'autres travaux historiques sont publiés ou en voie 
de l'être, le Règne de Henri III, de Mézeray, ainsi que les deux Suppléments 
de M. Combet, conservent un intérêt spécial et méritent de figurer dans nos 
bibliothèques. La Continuation, embrassant la période de 1389 à 1802, con- 
tient un nombre considérable de renseignements instructifs sur l'histoire 
des protestants de France au XVIl^ et au XVill*' siècles. On ne comprend 
même pas comment M. Combet, pasteur à Saint-Hilaire-de-Lavit (Lozère), a 
pu, loin d'une grande ville, se procurer tant de documents qu'il a dû mettre 
à contribution. — L'ouvrage est désormais en dépôt à la librairie Cherbuliez 
et aux autres librairies protestantes. 



DOCUMENTS INÉDITS ET ORIGINAUX. 



LETTRE D: LUTHEB A L'ÉLECTEUR DE SAXE 

CO>XER.\A.\T LE VOVAGL QIE FRANÇOIS I'^'" AVAIT INVITÉ MÉLA.\CUTiIO.\ 
A FAIUE E.\ FRANCE 

1535. 

(Tratluctiou inédite.) 

A M. le Président de la Société de l'Histoire du Protestantisme 

français. 

Kulzeuhausen (Bas-Rhin) , 25 septembre 185J. 

En parcourant les lettres de Luther (1), je viens d'en rencontrer une (|ui 
me parait de nature à être admise dans votre excellent recueil, parce qu'elle 
se rapporte à l'histoire du protestantisme français. Elle dément de la ma- 
nière la plus formelle une assertion de Yarillas, bien des fois reproduite par 
d'autres écrivains c3tlio!i(}ues. Yarillas, dans son Histoire de l'hérésie (2), 
dit en parlant des démarches que François I"" iit à l'effet d'obtenir (pie 
Philippe ^lelanchthon vînt en France: « L'Electeur de Saxe ne délibéra pas 
" un instant sur la demande qu'on lui faisait, et il ne se contenta pas de 
" céder un homme dont il croyait avoir encore beaucoup aflaire. 11 l'exhorta, 
« de plus, à se mettre promptement en chemin. 3ials Luther, qui ne pou- 
« vait se passer de Mélanchthon, le retint longtemps sous prétexte de 
« concerter, ou, pour mieux dire, de polir avec lui son dernier ouvrage 
« contre les Anabaptistes. » (t. II, p. 322). 

Or il résulte, avec la dernière évidence, de la correspondance de Luther 
(lettres du 17 août, du 19 août, du 27 août, du h'' septembre^ et du '6 octo- 
bre 1o3o), que tout ce récit de Yarillas est une pure fiction. Ex une disce... 
plurima. Les deux réformat-eurs de Wittemberg désiraient vivement que le 
voyage en question eût lieu, mais l'Electeur, qui se défiait du Roi et de ses 
envoyés, s'y opposa. Luther adressa h l'Electeur (sans succès) la lettre 
suivante pour le prier de laisser partir 31élanclilhon. Je la traduis de l'alle- 
mand. 

A V Electeur de Saxe, Jean Frédéric. 

Grâce et paix vous soient données par le Père Céleste. Séré- 
nissime Prince, je conjure Votre Altesse de pernietlre à M" Phi- 
lippe de se rendre en France , sons la garde Dieu. Ce qui 

(1) Colicclioii de M. Do Welle : Luther's Briefc. o vol. Berlin, 1826. 

(2) Intiluli':^ : Histoire des révolutions nrricccx dans rEuroite en ututière de reli- 
gion. 6 vol. in-V, puljlii's cIh iGSGà 1U8'J. 



LETTRE DE LUTHER A L'ÉLECTEUa DE SAXE. 245 

m'émeut, ce sont les lamentations des pieuses gens qui ont avec 
peine échappé au bùclier, et la nouvelle qu'à la pensée de voir 
arriver M""" Philippe, le Roi a fait cesser les tueries (1). Si l'espoir 
de ces pauvres gens était déçu, leurs persécuteurs en pren- 
draient probablement occasion de recommencer leurs cruautés; 
c'est pourquoi j'estime que c'est un devoir pour M"' Philippe 
de leur apporter la consolation qu'il peut. Je ne parle pas de 
la singulière opinion que votre refus donnerait de Jious tous 
au Roi et aux siens, d'autant qu'après la promesse de M'" Phi- 
lippe, il vient d'écrire lui-même une si bonne lettre et de vous 
envoyer des députés. 

Je supplie Votre Altesse de laisser partir M"" Philippe pour 
trois mois, sous la garde de Dieu. Qui sait ce que Dieu voudra 
faire? Ses pensées sont toujours plus hautes et meilleures que 
les nôtres. Je serais vivement affligé que tant d'âmes pieuses, 
qui demandent avec gémissements l'arrivée de M'" Philippe et 
qui s'y attendent comme à une chose certaine , fussent trom- 
pées dans leur espoir. Que penseraient-elles de nous, d'ailleurs? 
Je vous supplie d'accorder à M"""' Philippe sa demande. Nous 
prions journellement pour Votre Altesse. Dieu veuille vous 
diriger et vous fortifier par son Saint Esprit ; afin que vous 
fassiez sa volonté toujours bonne ! Amen. 

17 août 1535. M.IRTIN LUTHER, D. 

Le 19 du même mois, Luther écrivit à son ami Just Jonas: « M''« Phi- 
« lippe a été appelé par le Roi de France et il désirerait se mettre en route. 
« Je partage son sentiment, mais il n'a pu obtenir l'autorisation de l'Elec- 
« leur. 11 est retourné à léna, tout indigné de ce refus. Je ne sais ce qu'il 
« en sera. » A. 3Iu.\tz, P*". 



11 importe de remarquer que Varillas, faisant, selon son habitude, grand 
étalage des sources qu'il prétend avoir consultées, dit dans son Avertissement 
(p. 4) : « Je me suis principalement adressé aux lettres des hérésiarques et 
« de leurs premiers disciples; et j'y ai rencontré des faits pour l'histoire 

(1) Dix-sept Jours après avoir 6crit à M'ianclithon, François P' avait fait pa- 
raître l'Eflit de CoucY (15 juillet 1535), «que l'on peut appeler un édit de tolé- 
rance, si l'oa considère les supplices qui avaient eu lieu.» {Crottet.) 



246 LETTRE DE LUTHER A l'ÉLECTEUR DE SAXE. 

« qui ne sont en aucun lieu... 11 ne faut que lire les lettres de Luther, de 
« Calvin, de Bèze, de Mélanchton, de Bucer et de Socin... « Voilà, certes, un 
flagrant délit de monsonge bien constaté. Nous sommes de cet avis : il ne 
faut que lire les lettres de Luther et autres réformateurs pour leur rendre 
justice... mais encore faut-il les lire, et on voit comment notre écrivain 
avait lu celles dont il parle. 

Ajoutons quelques mots encore, qui confirment et complètent l'intéres- 
sante communication de M. Muntz. Nous les empruntons à la Biographie 
universelle de Michaud qui n'est certainement suspecte de rien moins que 
de partialité pour les protestants. « Le roi, dit-elle à l'article Mélanchthon, 
« désirant la paix de l'Eglise, lui écrivit, en 1535 , pour l'inviter à une con- 
« férence pacifique avec les docteurs de Sorbonne (1); mais l'Electeur de 
«Saxe, d'une part, craignait de déplaire à l'Empereur, s'il permettait à 
« Mélanchthon d'aller en France; et les théologiens catholiques d'autre part, 
« redoutant les insinuations dangereuses du disciple de Luther sur l'esprit 
« du roi, firent échouer ce projet. » C'est surtout le cardinal de Tournon, 
archevêque de Bourges, qui s'employa activement pour conjurer le péril (2). 

On comprend qu'un historien aussi bien pensant que M. Varillas, qui 
prête à ses adversaires justement le contraire de leurs paroles et de leurs 
actes, méritait, comme ceux de son école, d'être honoré de hautes récom- 
penses. Nous avons rencontré naguère dans les registres du Secrétariat de 
la maison du roi Louis XIV, à la date du 9 décembre 1691, un « Brevet de 
« 1 ,200 livres de pension en faveur du Sieur de Varillas, en considération de 
« son application à l'histoire. » (Arch. E. 3377.) Au dire du Père Lelong, 
l'archevêque de Paris, de Harlay, lui en avait fait avoir une aussi de l'assem- 
blée du clergé de France. 

Depuis longtemps, et de son vivant même, Varillas fut convaincu par la 
critique, de plagiat et d'infidélité. Le Père Lelong dit qu'il révèle des secrets 
politiques tellement secrets qu'ils n'étaient pas même sus de ceux qui y eu- 
rent quelque part, et reconnaît qu'il est « décrédité, comme méritent de 
l'être ceux qui veulent en imposer au public. » On cite de lui une bévue asse2; 
fâcheuse pour un pensionnaire aussi appliqué à l'histoire : dans son his- 

(1) V. la lettre de François I", datée de Guise, le 28 juin 1535, et la réponse de 
Mélanchthon, en date du 5 des kal. de sept. 1535, ùan?, Florimond deRémond, 
liv. VII. Elles sont reproduites dans la Petite Chronique protest., de M. Crottet, 

(2) Quatre ver^ de Clément Marot montrent bien ce qu'en pensait alors l'opi- 
nion : 

« Je ne dis pas que Mélanchthoa 

« Ne déclare au Roy son advis ; 

« Mais de disputer vis-à-vis, 

« Nos maîtres n'y veulent entendre. » 
Eviter les controverses ouvertes et gagner du temps, telle fut, en effet, avec 
l'emploi du glaive et des bûchers, la politique du catholicisme »ux premiers temps 
de la Rétormation. 



LES TEMPLES DE l'ÉgLISE DE PARIS SOUS l'kdIT DE NANTES. 247 

toire de François h^\ il a confondu la maison de La Marche, en Bourgogne, 
avec celle de La Marck, en Flandre, et on conçoit aisément les suites d'une 
pareille méprise. Voilà pourtant un des auteurs à qui Bossuet, pour son" 
Histoire des Variations, a beaucoup emprunté , comme le remarquèrent les 
contemporains (F. Hist. des ouvr. des savants, août 1688). 



LES DEUX TEfïlPLES DE L'EGLISE REFQRRIËE DE PARIS 

sous L'ÉDIï de NANTES. 

I 

ANTÉCÉDENTS (13î5-ir,72-lo99). — LE TEMPLE D'AIÎLON (1599-1606). 

CASAl'BON. — l'eSTOILE. — SULLY, 

1° Antécédciifs. 

L'histoire des églises réformées de l'Ile-de-France, et spécialement de celle 
de Paris, est encore à faire. C'est une partie importante de l'histoire géné- 
rale du protestantisme français, et il serait difficile de la traiter d'une ma- 
nière suivie, tant les matériaux en sont dispersés et présentent de lacunes. 
Aussi bien, elle se résume principalement dans l'histoire épisodique et, pour 
ainsi dire, anecdotique de ses premiers martyrs, de ^es pasteurs, de ses 
temples, des événements qui s'accomplirent dans la capitale, touchant la re- 
ligion. Louis de Berquin (15^6-29), l'affaire dite des Placards (1534), Ves- 
trapade Aes six luthériens (1535), l'établissement d'un consistoire (1555), 
l'émeute contre une assemblée de la rue Saint-Jacques (1557), le chant des 
Psaumes au Pré-aux-Clercs , avec participation du roi de Navarre (1 558) , 
les prédications au Patriarche Saint-Marcel et fi Popincourt, le premier sy- 
node national tenu au faubourg Saint-Germain (1559), le procès et la mort 
héroïque du conseiller Anne Du Bourg (1560), le tumulte causé par les 
prêtres de Saint-Médard (1561), enfin, après le massacre de Vassy et le dé- 
part de Condé, la dévastation des prêches à la Porte Saint-Antoine et aux 
Fossés de la Porte Saint-Jacques, par le connétable de Montmorency, sur- 
nommé, pour cet exploit, le capitaine Brûle-Ban (1 562), — tels sont les traits 
les plus notables des annales de la Réforme à Paris, jusqu'aux sanglantes 
noces du fils de Jeanne d'Albret et à la nuit néfaste du 24 août 1572. C'est 
la première époque (1). 

(1) Nous avons reproduit un des documents importants qui se sont conservés 



248 LES TEMPLES DE l'ÉgLLSE DE PARIS 

La liste de ceux qui prêchèrent durant cette série d'années et tirent les 
fon<;tions du ministère évangélique est à peu près celle-ci : La Roche, Gérard 
Roussel, r.ourault, Bertault, Jean Le Maçon, dit La Rivière, fils d'un pro- 
cureur du roi d'Angers, Maeard, François Morel, dit de Collonges, qui pré- 
sida le synode de 1559, de Saules, Marlorat, Corrael, de Chandicu, Des 
Gallars, Malot, L'Anlnay de L'Estang, La Croix, Virel, de Lestre, Renard, 
La 31aisonneuve. 

Le temps écoulé jusqu'à l'édit de Nantes (1599) formerait la seconde pé- 
riode, si les guerres et les fureurs de la Ligue, qui remplissent vingt de ces 
années, n'excluaient toute idée de vie ecclésiastique régulière; c'est donc 
plutôt une éclipse qu'une phase de l'église protestante de Paris. Les tldèles 
durent vivre cachés ou combattre pour se défendre, et on aurait de la peine 
à signaler des faits qui marquent leur existence, en tant que communauté 
organisée. Les huguenots rentrèrent, il est vrai, dans la grand' ville , le 
22 mars 1594, avec leur ancien protecteur devenu leur roi; mais n'oublions 
pas qu'ils venaient de trouver dans la victoire même le sujet de leur plus 
amère douleur, et que la journée du retour dans Paris avait été précédée de 
celle de l'abjuration à Saint-Denis (15 juillet 1593). Cette défection fut, sans 
contredit, pour la cause de la Réforme en France, un coup plus funeste que 
la Saint-Barthélémy, et dont les conséquences, prochaines et lointaines, en 
frappant une partie de la nation, frappèrent peut-être plus qu'on ne pense 
la nation elle-même au cœur (1). Médiocrement rassurés par les bonnes pa- 
roles que le royal apostat avait données à Mantes, le 12 décembre 1593, aux 
députés de la religion, les protestants n'étaient pas alors en disposition de 
restaurer immédiatement leur église à Paris. Cela leur eût été d'ailleurs 

sur cette époque ; c'est le Règlement pour la distribution des aumônes aux pau- 
vres de l'Eglise réformée de Paris. (V. Bull., t. I, p. 255.) 

(1) Renvoyant sur cette question aux documents que nous avons déjà publiés 
et que nous nous proposons de compléter, nous nous bornerons ici à deux cita- 
tions, qui doivent donner ;\ réfléchir : 

« Un conseiller du grand Conseil, très grand catholique, ayant entendu la con- 
version du Roy, et comme il estoit retourné à la messe, encore qu'il eût toujours 
suivi et tenu le parti de Sa Majesté, dit néanmoins à celui qui le lui conloit : 
« Ah! monsieur mon ami, le Roy est perdu; il est tuable, à cette heure, où 
« au])aravant il ne Tcstoit \ias. » 

« IJn évéque, qui avoit semblablement toujours tenu son parti, dit à un mien 
ami sur celte conversion : « Je suis catholique de vie et de profession, et très fidèle 
« sujet et serviteur du Roy : vivrai et mourrai tel. Mais j'eusse trouvé bien aussi 
« bon et meilleur que le Roy fiit, demeuré en sa religion, que la changer comme 
« il a lait; car, en matière de conscience, il y a un Uieu lù-haul qui nous juge; 
K le respect duquel seul doit forcer les consciences des rois, non le respect des 
« royaumes et couronnes, et les forces des hommes. Je n'en attends que malheur.» 

Ces deux extraits de L'Estoile ne montrent-ils pas que tout le monde ne fut 
point aussi priïssant que M. d"0 sur le fait de la conversion de Henri IV ? L'évèque 
qui a prononcé les belles paroles qu'on vient de lire n'était-il pas un homme clair- 
voyant en môme temps qu'un honnête homme? Enfin, en présence de ces exem- 
ples, est-il démontré que le Bé irnais n'ait pu faire autrement que de suivre l'avis 
des moyenneursy et que la conciliation de la bonne politique et de la morale ait été 
chose impossible dans cette solennelle circonstance? 



sous L'ÉDIT de NANTES. 249 

difficile, l'eussent-ils voulu. La déclaration du roi pour la réduction de Paris 
(mars 1594}, portait qu'ils ne pourraient exercer leur culte, à moins de dix 
lieues de la ville. Sans doute, les édils d'Amboise (1362), de Paris (1568), 
de Saint-Germain-en-Laye (1570), de Boulogne (1573), de Poitiers (1577), 
et les lettres -patentes de juin 1580, contenaient la même clause prohibitive, 
ce qui n'avait pas empêché, ainsi que nous venons de l'indiquer, l'existence 
d'une véritable église parisienne : le fait avait été plus forf que les édits. 
Mais ici il s'agissait de reconstituer, de fonder à nouveau, et dans des cir- 
constances bien différentes, surtout quant aux persounes. Ce n'étaient déjà 
plus les fidèles des premiers temps : « Le voisinage de la cour avait, dit Be- 
noît, gâté une partie de la province de l'Ile-de-France ; et, soit par les pro- 
messes, soit par les bienfaits, on avoit obligé ceux de ce quartier-là à se 
contenter de l'édit de 1577, dont ensuite ils avaient pressé instamment la 
vérification (t. I, p. 124). » Cette conduite fut désavouée par le synode de 
Montauban (art. 15 des F. G.), comme contraire à la résolution de l'assem- 
blée de Mantes, où l'on avait obtenu la promesse d'un nouveau règlement 
qui amplifierait l'édit de 1.577. L'Assemblée générale de Sainte-Foy, qui se 
réunissait le mois suivant (juillet 1594), fut chargée d'aviser. On sait, ou 
plutôt on ne sait pas assez (car cette histoire de la négociation de l'Edit de 
Nantes est réellement bien mal connue), comment Henri IV chercha à éluder 
l'accomplissement de ses promesses réitérées, et tout ce qu'il fallut de fer- 
meté et de persistance à l'Assemblée pour qu'enfin, au bout de deux ans, 
des commissaires fussent nommés et que la négociation commençùt à deve- 
nir sérieuse. Les conférences, d'abord à Loudun et à Vendôme, puis à Sau- 
mur et à Cliàtellerault, traînèrent encore deux années et se compliquèrent 
des difficultés de la guerre avec l'Espagne. Il fallait pourtant en finir. L'Edit 
signé à Nantes, le 1 3 avril \ 598, « après trente-cinq ans de cruelles persé- 
" cutions, dix ans de bannissement par les états de la Ligue, huit du règne du 
« roy, quatre de poursuites (1). » Les quatre-vingt douze articles dont il se 
composait avaient bien été modifiés en plusieurs points essentiels avant la 
signature, et ils le furent encore pour la vérification, qui ne fut terminée 
que le 25 février de l'année suivante (2); néanmoins, de guerre lasse, on y 
souscrivit. « Les réformés de Paris et de la cour, dit encore Benoît, tirèrent 
le roi de peine par leur facilité (t. I, p. 275). 

Quelle était la condition particulière faite par l'Edit à ces derniers ? quel- 
que avantage leur était-il accordé? seraient-ils un peu mieux traités sous le 
règne de Henri de Navarre que sous celui du dernier Valois? Oui, en ce sens 

(1) Plaintes des Eglises, etc., publiées en 1597, analysées par Benoit. F. t. I, 
p. 218. 

(2) V. Bull., t. II, pp. 28 et, 128. Documents relatifs ;\ la vérilication et à l'en- 
registrement de l'Edit de Nantes. 



250 LES TEMPLF.S DE l'ÉGLISE DE PARIS 

quo l'article XIV « défendait très expressément à ceux de la religion de faire 
« aucun exercice de ladite religion en la cour et suite..., ni aussi en la ville 
« de Paris, ni à cinq lieues de ladite ville : toutefois, ceux de ladite religion 
« demeurant en ladite ville, et cinq lieues autour d'icelle, ne pouvant être 
« recherchés en leurs maisons, ni astreints à faire chose pour le regard de 
« leur religion contre leur conscience, en se comportant, au reste, selon 
« qu'il étoit contenu au présent Edit. « Il y avait donc progrès réel, lacon- 
, science étant déclarée libre et le lieu d'exercice du culte rapproché de 
J moitié (1). 

Ici commence la troisième époque de l'histoire que nous esquissons de 
l'Eglise de Paris, et nous allons la chercher maintenant dans les souvenirs 
relatifs aux deux localités où il lui fut donné d'établir successivement son 
temple sous l'empire de l'Edit de Nantes. Nous nous étions de longue main 
proposé d'étudier ce sujet, et nous avions recueilli divers documents à cet 
etTet, lorsque dernièrement, par une heureuse rencontre, nous fûmes mis en 
rapport avec une personne qui, dans un but un peu différent, s'occupait de 
recherches analogues aux nôtres. C'était M. ftlarly-Laveaux, dont on a pu lire 
la spirituelle et intéressante notice sur « Charenton au XVII" siècle, » dans 
le feuilleton du Moniteur universel des 6 et 8 août. Fils de l'honorable 
maire de Charenton, ancien élève de l'école des Chartes, attaché à la Biblio- 
thèque Impériale, M. Marty-Laveaux était mieux placé qu'aucun autre pour 
écrire cette monographie, dont il avait depuis longtemps réuni les élé- 
ments. Nous nous sommes empressé de lui communiquer ce que nous pou- 
vions avoir de renseignements propres à figurer dans son cadre; il a bien 
voulu, de son côté, mettre à notre service ceux qu'il possédait, et nous ai- 
mons à reconnaître que c'est nous qui avons gagné à l'échange. Mais avant 
Charenton, nous avons à exposer d'abord ce qui concerne Ablon, premier 
lieu d'exercice concédé aux réformés en exécution de l'Edit de Nantes et du 
XXXIII« des Articles secrets annexés à cet Edit^, le 2 mai 1598, en ces ter- 
mes : « Sera baillé à ceux de la religion un lieu pour la ville, prévôté et 
« vicomte de Paris, à cinq lieues pour le plus de ladite ville, aucjuel ils pour- 
« ront faire l'exercice public d'icelle. » 

3° Temple d' Ablon* 

Pour cette première partie de notre tAche, nous avons été réduit â nos 
investigations personnelles, et dès l'abord, nous nous sommes vu en pré- 

(1) La minute d'un des nombreux projets de conventions préliminaires pour la 
rédaction de l'Edit de Nantes, que nous avons trouvée parmi les Mss. Du I-uy 
(t. 618, p. 51), prouve que l'on marchanda cette clause des œiq lieues. On y avait 
d\al)ord écrit un article ainsi conçu ? « Le Roy accorde restablissement dudit exer- 
cice à six lieues de Paris pour le plus. » Le mot six est biffé, et ou a mis cinq au- 
dessus. 



sous l'ÉDIT de NANTES. 2ol 

sence d'une difficulté insoluble. Le temple de Charenton ayant succédé à 
celui d'Ablon , au bout de peu d'années , la mémoire de celui-ci en a été 
presque entièrement effacée et nous avons craint un instant de nous trouver 
tout à fait à court de dates précises et de documents. La science de tous 
les dictionnaires bistoriques et encyclopédiques, qui se répètent invariable- 
ment les uns les autres, se borne à nous apprendre, 1° qu'Ablon est un pe- 
tit village (1 ) situé tout à fait au bord de la Seine, sur la rive gauclie , à 
quatre lieues et demie en amont de Paris ; 2° que les Réformés y célébrè- 
rent autrefois leur culte. Mais nulle indication sur l'époque où cette célé- 
bration y eut lieu pour la première fois, sur l'acte qui l'autorisa, sur les 
incidents qui la signalèrent. Rien, absolument rien dans l'histoire de Corbeil, 
de Labarre, et dans les autres ouvrages spéciaux; pas davantage chez les 
auteurs protestants. Le seul abbé Lebeuf, dans son Histoire du diocèse de 
Paris, nous fournit quelques précieuses informations, malheureusement in- 
complètes. Il nous fait connaître que la seigneurie d'Ablon fut possédée, au 
XVI^ siècle, par Pierre Grassin, conseiller au Parlement, fondateur du col- 
lège de ce nom, lequel porta aussi quelque temps le nom de collège d'Ahlon\ 
puis, par Thierry et Laurent Grassin; enfin, en 1603, par François de Lau- 
beran, et ensuite par Maurice de Lauberan, son fils. Il nous donne égale- 
ment, seul de tant d'auteurs que nous avons consultés, la date de la dési- 
gnation qui fut faite de ce fief pour l'exercice du culte réformé. Elle eut 
lieu par lettres-patentes du U décembre 1599, dans lesquelles le roi se dé- 
clara haut justicier dudit fief. Mais il a omis, lui si soigneux de mentionner 
ses sources, de noter où il a relevé cette date qui , san's lui , nous échap- 
pait; et c'est en vain que nous avons demandé à tous les registres et car- 
tons, manuscrits et placards imprimés des Archives et de la Bibliothèque 
Impériales, l'original ou une copie quelconque desdites lettres-patentes, qui 
ne se trouvent, bien entendu , dans aucune des collections d'édits et or- 
donnances (2). Il n'en est pas moins certain que c'est bien vers la fin de 
1599 que le prêche d'Ablon dut être autorisé, et nous nous expliquons par- 
faitement que les lettres du roi n'aient pas été présentées au Parlement ; 
seulement nous eussions aimé à en produire le texte, s'il n'était demeuré 
pour nous introuvable. 
. Ce que dit l'abbé Lebeuf, relativement au propriétaire du fief d'Ablon, 

(1) Aujourd'hui commune du canton de Lonjumeau, arrondissement de Corbeil 
(Seine-ct-Oise). C'est la deuxième station du chemin de fer de Paris à Corbeil, à 
Orléans, etc. 

(2) Il n'est pas non plus dans la belle collection des Mss. de la Biblioth. 
Mazarine (27 vol.in-fol. cotés 1503 et 1304, A-N.,et indiqués par Fonlette n° 6264). 
Nous croyons bien avoir épuisé toutes les rechcrrhes. Mais un document ne 
se trouve souvent que là où il est absolument impossible d'imaginer qu'il puisse se 
rencontrer. Si quelque lecteur est assez heureux pour faire cette trouvaille, nous 
comptons sur son obligeance pour nous en donner avis. 



2o2 LES TEMPLES DE L EGLISE DE PARIS 

inéi'ifo iiûti'c attention. François de Lauberan, qu'il nomme, est incontesta- 
blement le sieur de Montigny, ministre de Paris, qui fut modérateur ad- 
joint du synode de Montpellier (lo98) et vivait encore sous Louis XIII, et 
dont le fils, ]\Iaurice de Lauberan, également sieur de Montigny, fut pasteur 
de l'église de la Norville (1) et figure, en cette qualité, comme député du 
colloque de l'Ile-de-France à deux synodes provinciaux, tenus à Cbarentonles 
25 avril 'l6o3et2mai IGoo [Arcli., T. 321). L'abbé Lebeuf ajoute qu'après 
Maurice de Lauberan, Suzanne de Lauberan porta la seigneurie d'Ablon à 
François de Morogues,'son mari. C'était là encore une famille protestante, 
et il est singulier que notre savant auteur n'en ait pas fait la remarque (2). 
En 1637, Maurice de Lauberan était pasteur au Plessis-Marly, et il paraît 
qu'il avait obtenu du synode provincial de l'Ile-de-France une dispense d'y 
résider habituellement, car nous voyons que les députés de cette église por- 
tèrent un appel de cette décision au synode national tenu à Alençon , au 
mois de mai, et la résidence du sieur de Montigny au Plessis fut déclarée 
obligatoire. «Cependant, est-il dit (ch. XIV, art. 5, ;^. Aymon, t. ii, 
p. 556) , son église fut priée de lui permettre de rester quatre mois chaque 
année, dans sa maison d\Ilbon, pour y vaquer à ses affaires particulières, 
pourvu qu'il ne discontinuât pas les exercices de son ministère. )> il es' 
bien évident que le domaine dont il est ici question n'est autre que celu 
d'Ablon, transformé en Albon par une de ces transpositions typographiques, 
qui fourmillent dans l'ouvrage d'Aymon. Passe encore pour Albon ; mais 
voici qui est plus fort. Dans. le Catalogue des pasteurs des églises réformées 
de France que donne Aymon (t. I, p. 306), d'après la liste présentée au sy- 
node d'Aleneon, on lit à l'article du colloque du pays chartrain, XV^ pro- 
vince , Ile-de-France , ces deux lignes : 

PASTEURS : ÉGLISES : 

645. Maurice de Lauberan i Le Plessis et 
C/!|6. Dablon de Montigny \ La Joroille. 

C'est-à-dire que d'un pasteur il en est fait deux, et que Maurice de 
Lauberan, seigneur d'Jblon, sieur de Monliguy, compte pour double, 
d'Ablon étant devenu Dablon, comme l'église de La Norville est devenue 
La Joroille. Déjà MM. Haag nous avaient produit de curieux éehantillons 
de Vexactilude du Recueil des Synodes (3) ; ajoutons-y celui-ci, et, tout en 

(1) Dans le Hurepoix, Ile-de-France, près de Chartres. 

(2) Isaac Bigot, siciir de Morogues, dont une sœur if'ponsa Louis Le Mercier, 
seigneur de Grigny et de La Norville. [France protest.) Le fief seigneurial d'Ablon 
fut vendu, le l's mai 1688, au président Le Pellclier, après lequel il est advenu à 
M. de Ségur, avec ta terre de Villeneuve-le-Uuv. 

(3) V. Bulletin, t. II, p. 224. France protestante. Pièces justif., p. 274. On peut 
dire que le Recueil des synodes nationaux, qui n'en est pas moins une précieuse 
compilation, est un des livres qui ont préparé le plus Ae tortures aux Saumaises 



sous LEDIT DK NANTES. 253 

faisant la part des difficultés de la publication entreprise par Aymon, sur 
des copies si souvent défectueuses, plaignons sincèrement ceux qui, venus 
après lui, ont à se reconnaître au milieu d'un pareil dédale, pire (lue celui 
des antiques métamorphoses! 

Il est donc bien démontré, et par l'assertion digne de foi de l'abbé Lebeuf 
et par Aymon, nonobstant ses étranges caprices orthographiques, (pie la 
terre d'Ablon était es mains protestantes dès le commencement du XVII" 
sièiile, et que l'exercice du culte put y être établi légalement en décembre 
1599. De quelle nature fut cet établissement? c'est ce que le silence absolu 
des auteurs et la pénurie des documents ne nous permettent pas de dire. 

Nous en sommes réduit aux conjectures ; niais il est, certes, aisé d'ima- 
giner que le nouvel état de choses devait laisser beaucoup à désirer. C'éiait, 
à coup sûr, un régime peu commode que l'obligation de faire ainsi en toute 
saison, un trajet de cinq lieues, ou de quatre lieues et demie, pour assister 
au culte public; et, bien qu'on fût déjà arrivé à une époque de relâchement, 
il fallait encore un grand fonds de ferveur et de zèle chez les réformés de Paris 
pour surmonter les difficultés matérielles d'une telle situation. Qu'on y songe 
en etfet : cette distance que nous franchissions, en voiture, il y a quelques 
années, en une couple d'heures, et aujourd'hui, grâce à la vapeui', en vingt 
ou vingt-cinq minutes, il fallait alors presque une demi-journée pour la 
parcourir par le coche de terre ou par le coche d'eau, et, suivant le temps 
et la saison, ce n'était pas un voyage sans accidents, ni une navigation sans 
périls. Aussi, est-il fort naturel que dans le Cahier de plaintes et remons- 
trances pour ceux de la religion, présenté au Roy, en 1601, par M. d'O- 
denoud, leur député (1), nous lisions un article 61*= ainsi conçu: 

M Et pour ce que les habitans de la ville de Paris et des environs 
faisant profession et ayant l'exercice de la R. P. 11. au lieu d'Ablon, 
estant contraincts d'y faire porter leurs enfants pour estre baptisés, 
les exposent en apparent danger de mort, tant pour la longueur et in- 

fulurs. Le Sijnodicon, que Qiiick avait publié à Londres en 1692, et qu'il déclare 
avoir collationiié sur cinq manuscrits ditïéieuts, n'est pas iilus correct, tant s'en 
tant. Toutes ces erreurs, que personne n'avait, jusqu'à M. Eug. Haag-, pris soin de 
constater, ont été acceptées aveuglément non-seuleincnl par /.nt. Court dans sou 
Histoire des pasteurs conservée aux IMss. de Genève, mais encore par Itabaul le 
\ii\.mti, dans V Annuaire ou Répertoire ecclésiastique \}\yh\\& par lui en 1807. Ablon 
y est aussi changé en Alhon, p. 237. C'est ainsi que s'étaient perpétuées jusqu'ici 
d'inexplicables confusions qui cominenceTit à s'éclaircir. Espérons que l'œuvre si 
utile d'une carte et d'une statistique rétrospective de la France protestante devien- 
dra enfin chose possible et réalisable. 

(1) Ces Plaintes avaient déjà été présentées au Roi une première fois par 
MM. Charnier et de Maravat, députés du synode national qui avait été tenu à Ger- 
geau Hu mois de mai de celte même année 1601 ( V. l'art. 32 des F. I^. de ce synode). 
C'est ce qui est constaté sur l'original de ce document inédit, que nous avons 
trouvé aux Archives de l'Empire (K. 107. n" 20), Nous avons l'intention de le pu- 
blier en entier. 



254 LES TEMPLES DE l'ÉGLISE DE PARIS 

commodité du chemin que à cause des grandes froidures de Tliyver et 
chaleurs de l'esté , dont il est advenu que plusieurs desdits enfants^ 
jusques au nombre de quarante^ ont esté l'byver passé misérablement 
esteints et suffoqués, et que d'ailleurs les hommes sexagénaires^ fem- 
mes grosses, petits enfants et les valétudinaires sont privés dudit exer- 
cice, est Sa Majesté suppliée d'incliner paternellement aux très hum- 
bles remontrances qui luy ont esté faites par l'Eglise de Paris, oc- 
troyant ledit exercice en quelque lieu plus proche et' commode aux 
susdites personnes. » 

La réponse du Roy en son Conseil, datée du -18 septembre et signée 
BelUèvre, fut celle-ci : 

« Ne peut être rien changé en VEdict. » 

11 fallut donc attendre une autre occasion pour reproduire la requête, et se 
résigner, en attendant, à subir encore tous les inconvénients auxquels on 
était exposé. Cela dura plusieurs années, pendant lesquelles les épreuves ne 
manquèrent pas aux malheureux religionnaires. On va en juger par les do- 
cuments qui suivent et dont nous sommes bien heureux d'avoir pu profiter 
ici. Le premier est d'une valeur toute particulière ; il nous fait connaître, 
d'une manière saisissante et par le menu la dure existence de nos pères et 
nous montre combien ils eurent besoin du secours d'en haut pour rester 
fermes dans leur foi au milieu de tant de vicissitudes et de misères. Ce do- 
cument, c'est le Journal domestique que tenait un des hommes les plus sa- 
vants et les meilleurs de cette époque : nous avons nommé Isaac Casaubon. 
Un autre témoignage contemporain nous fournit de curieux détails et des 
éléments de comparaison, d'autant plus intéressants que l'auteur est un 
honnête homme et n'appartient point à la Réforme : c'est Pierre de l'Estoile. 
Enfin, parmi ceux de la R. P. R. qui se rendaient à Ablon, était un illustre 
personnage qui a laissé de volumineux et célèbres Mémoires; nous voulons 
parler de aïonseigneur Maximilien de Réthune, duc de Sully, de qui on di- 
sait qu'il était de deux paroisses à la fois, savoir, celle du prêche et celle 
du curé. On conçoit d'ailleurs que, dans ses OEconomies royales et loyales 
servitudes^ le souvenir d' Ablon tient une bien petite place. Toutefois, si petite 
qu'elle est, nous y avons trouvé un trait caractéristique, par lequel nous 
terminerons ces notes que nous avons rassemblées, non sans peine, sur ce 
premier chapitre de l'histoire de l'Eglise de Paris sous l'Edit de Nantes. 

Pendant cette période, les pasteurs de l'Eglise réformée de Paris sont 
François de Lauberan de Montigny, de La Paye, Du Moulin l'aîné, Couet, 
Samuel Durand. 



sous l'ÉDIT de NANTES. 25o 

3" Ephéniérîdes de Casarabou. 

Quelques mots d'abord sur Casaubon et sur (;e précieux Journal de sa 
vie, conservé jusqu'à nous et récemment publié sous le titre d'Ephéniérides. 

Le nom de Casaubon est synonyme d'érudition et rappelle le grand hellé- 
niste, à qui les plus savants ont décerné le titre de prince de la science, et 
que le chroniqueur Cayet proclame l'un des ornements des lettres hu- 
maines de son temps (1). Mais, hors de là, que sait-on généralement de lui? 
Ou l'on ignore totalement sa vie et son caractère, ou l'idée qu'on s'en fait, 
d'après certains livres, est fausse et l'on méconnaît un des hommes les 
plus dignes d'estime et de sympathie. Ainsi, BenoU(t. ï, p. 349.) nous le re- 
présente, à la date de 1600, comme « un esprit i'oible et chancelant que 
« l'évêque Du Perron avoit gagné par ses cajoleries;... dont on ne sauroit 
« dire si sa persévérance dans la religion réformée fut bien sincère. » Et 
M. de Félice, adoptant cette manière de voir, le dépeint comme un homme 
qui, « tout occupé de manuscrits grecs et latins, affectait une grande indiffé- 
« rence pour les matières de foi (p. 28 i). « C'est là une appréciation profon- 
dément injuste, et une de ces erreurs traditionnelles qui attestent l'incerti- 
tude des jugements humains. L'un des derniers biographes de Casaubon, 
M. Ch. INisard (2), a raison de dire hautement qu'il fut calorimié, et (cela 
est triste à avouer) plus encore par ses coreligionnaires que par les catho- 
liques. D'une nature essentiellement modérée, consciencieux jusqu'à en être 
timoré, il n'a pu épouser les passions de ses amis et s'est vu en butte 
aux soupçons des uns et des autres. « Alors qu'un homme se trouve jeté 
« entre deux partis extrêmes, si la modération n'est pas tout à fait un crime, 
« ditM. Nisard, c'est unefaute qui ne demeure point impunie, soit qu'elle en- 
« traîne la perte du repos, soit qu'elle emporte celle même de la considération. 
« Casaubon en fit la triste expérience, lors de son séjour à Paris. Là, tous 
« ceux pour qui le protestantisme et le catholicisme étaient des partis avant 
« que d'être des croyances, pensant qu'ils pouvaient disposer de lui comme 
« de leur chose, taxaient, les uns sa résistance de lâcheté, les autres ses 
« scrupules de penchant à l'apostasie. A Genève, on ne le ménageait pas 

« davantage » Mais, ajoute le même auteur, ceux qui savaient « estimer 

« la modération comme une des marques principales de l'honnêteté du cœur, 

« rencontrant cette vertu dans Casaubon, l'aimèrent et le respectèrent » 

Oui, c'est bien cela, l'honnêteté du cœur, une sincère piété, un grand 

(1) Joseph Scaliger, que ses contemporains ont appelé lui-même un océan de 
science, disait que Casaubon était le plus savant homme do son époque, et que pour 
lui, Scaliger, il n'avait que l'instinct des choses, tandis que Casaubon en avait la 
doctrine. 

(1) Le Triumvirat littéraire au XVI° siècle (Juste Lipse, J.-J. Scaliger et Is. Ca- 
saubon). Paris, 1852, in-8". 



256 LES TEMPLES DE l'ÉGLISE DE PAIUS 

amour de la vérité existaient à un rare degré cliez Casaubon, et si, comme 
le dit la France Protestante, il n'avait pas suffi, pour en être convaincu, de 
lire sa correspondance imprimée depuis longtemps, ses Ephémérides seraient 
venues donner à cet égard toute satisfaction. 

Nous avons déjà dit un mot de ce livre sorti des presses de l'Université 
d'Oxford, en 1850, et édité, en deux forts volumes in-8", par M. J. Russell, 
d'après le manuscrit original conservé dans la bibliothèque de la cathédrale 
de Cantorbéry (1). Ce sont les notes, les réflexions, que Casaubon mit cha- 
que jour par écrit, durant dix-sept années, c'est-à-dire du mois de février 
1597, au mois de juillet 161i; sauf une lacune de trois ans et demi, soit 
de janvier 1604 à août 1607, le cahier qui contient cette période ayant été 
perdu. Appelé par Henri IV, en 1599, pour occuper au Collège de France 
une chaire (que les jésuites surent l'empêcher d'obtenir), Casaubon vint ha- 
biter Paris en mars 1600. Nous avons extrait une suite de passages de son 
Journal, à dater de cette époque, ayant rapport à l'exercice du culte à 
Ablou; nous avons seulement omis ceux qui ne contenaient que des répéti- 
tions. Comme Casaubon était aussi assidu qu'il lui était possible, ces men- 
tions sont presque hebdomadaires. Rien ne saurait valoir ces pages de l'in- 
timité; rien n'est plus touchant que cet examen de conscience (luotidien, 
que cette naïve conversation de Casaubon avec lui même et avec Dieu ; au- 
cune narration historique n'aurait l'intérêt de ces mille particularités saisies 
au passage, qui nous retracent sous de si vives couleurs la précaire 
existence des fidèles de Paris et les labeurs du pèlcrinagequi leur était, cha- 
que dimanche, imposé. Nous n'entrons pas ici dans plus de détails, aimant 
mieux joindre quelques notes au texte, ou plutôt à notre version, car nous 
avons dû traduire le tout du latin et parfois du grec (2). Nous avons indiqué 
par des guillemets les phrases ou membres de phrases qui sont en cette 
dernière langue. 

Voici donc maintenant les feuilles que nous avons comme détachées de 
ces véritables Confidences de famille, écrites au jour le jour (3). 

(1) Bulletin, t. I, p. 6. — Almeloveen, qui publia en 1709, à Rulterùam, une 
Vie de Casaubon en tête de la nouvelle édition de ses Letfn-a, connaissait le Ms. des 
Ephémérides, dont il cite quelques fragments. M. Cli. Nisard parait n'avoir pas 
eu h sa disposition la pujjlication de M. J. llussell ; il n'indique parmi ses sources 
que le travail d'Almeloveen. 

(2) Casaubon, suivant l'usage des savants de son siècle, passe continuellement 
d'une langue à l'autre. 

(3) Nous rappelons au lecteur que le calendrier des Romains, suivi par Casau- 
bon, divise le mois en kalendes, nones et ides. Les kalendes ?,oni le premier jour 
de chaque mois, les nr/nes tombent le 5 ou le 7, et les ides le 13 ou le 15. On dit : 
« le quatrième, le troisième, le second jour drs ides, des nones, des kalendes, c'est- 
à-dire ai;a«< les ideS, les nones, les kalendes, » comptant ainsi d'une manière in- 
verse de la nôtre, et paitant du jour antérieur le plus reculé pour arriver au jour 
même des kalendes, des nones ou des ides de cha(jiie mois. 



sous L'ÉDIT de iSANltS. 257 

Extraits des Ephémérides de Casaubon. 

( Traduction iDédite. ) 

7 des kalendes d'avril 1600. — Ce jour a été perdu pour mes tra- 
vaux, mais cette perte m'a été un gain, car je suis allé à xVblon, où 
j'ai assisté au service divin de notre communion, et j'ai rendu grâces 
àDieupour ce grand bienfait. Conserve, ô Dieu, cette église, et les 
miens, et moi-même. 

[Puis il ajoute en français: ] « Ai despendu (dépensé) àAbelon {sic} 
environ 3 testons. » 

Page 238. 

4 des noues d'avril 1600. — Je te rends grâces, ô Dieu, de ce que 
tu nous as donné de feire heureusement le voyage que nous avions 
projeté hier. Nous avons cependant beaucoup souffert du temps allreux 
qu'il a fait, battus par le vent qui n'a pas cessé, avec la neige et 
la grêle tombant « sans interruption, » tandis qu'une boue profonde 
empêchait les chevaux de marcher. Mais qu'est-ce que cela ? « Cela 
vaut-il la peine d'être rapporté, à côté du bien incomparable dont tu 
nous as fait jouir? »... 

1>. 2i0. 

16 des kal. de mai 1600. — Aujourd'hui dimanche, je n'ai pas as- 
sisté au service divin, malheureux que je suis. Maisrj'ai employé une 
partie de la journée à lire, pour mon édification, le livre écrit par 
Monsieur Du Plessis sur la Cène et la Messe ; j'ai même passé avec ce 
grand homme une bonne partie du jour (1). Que Dieu nous le con- 
serve ainsi que ceux qui lui ressemblent.... 

p. 244. 

(Absence d'une semaine. Voyage à Fontainebleau.) 

Veille des ides de mai 1600. — Nous sommes partis avec Monsieur 
le président Canaie (2) pour la sainte assemblée. A toi, grand Dieu 
plein de bonté, soient honneur et gloire. Amen. 

p. 262. 

(1) Cette lecture de l'ouvrage de Du Plessis Mornay et celte entrevue méritent 
d'être remarquées, aussi lùenque les termes par lesquels Casaubon manifeste ici 
l'opinion qu'il avait de ce grand liomme. Car c'est précisément le dimanche sui- 
vant (S" j. av. les kal. de mai) qu'il reçut la lettre du roi Henri IV, l'invitant à. 
se rendre à Fontainebleau, i»our y être l'un des juges de la célèbre controverse 
qui eut lieu à cette époque, entre Mornay et l'évc^ue d'Evreux, Duperron. Nous 
nous proposons de faire de cet important épisode des Ephémérides une étude à 
part. 

(2) Pliilippe Canaye, sieur Du Fresne, né en laol, mort en 1610, président ré- 

17 



258 LES TEMPLES DE l'ÉGLISE DE PARIS 

11 des kal. de juin IGOO. — Tu m'as aujourd'hui, ô Dieu, accordé 
un grand bienfait, dont je te rends grâces... Combien il en est qui, 
malgré leur ardent désir, n'ont pu aujourd'hui célébrer la mémoire 
de la passion de Jésus-Christ ton Fils unique, béni aux siècles des 
siècles... Tu m'as fait cette grâce, ô Dieu saint. Nous avons célébré la 
Pentecôte dans le bourg voisin de Paris, et nous avons été grande- 
ment réjouis du concours d'un nombre considérable de fidèles. Nous y 
sommes allés par eau, sans peine et à peu de frais; nous sommes re- 
venus avec Monsieur SofTrey de Calignon (1), chancelier de Navarre, 
homme pleiri de piété, d'honneur et de savoir. temps bien employé, 
que celui passé avec un pareil homme ! Donne-moi, ô Seigneur, de 
« vivre avec » de tels hommes, et de pouvoir imiter leur zèle et leur 
sagesse.... 

p. 204. 

5 des kal. de juin 1600. — Ce matin, car nous sommes à diman- 
che, je voulais partir pour lé prêche; mais, d'une part, le mauvais 
temps, de l'autre, quelques affaires assez désagréables m'en ont em- 
pêché et c( m'ont fait rebrousser chemin. » J'ai consacré quelques 
heures à des méditations religieuses et j'ai conversé avec des amis 
très attachés à l'église romaine. Voici le résumé de notre entretien. 

formé de la chambre mi-partie de Castres. Nous le voyons ici accompagner au 
temple son vieil ami ; mais déjà il médite d'abjurer, il est converti dans son 
cœur; encore quelques mois, il renoncera à sa ifoi pour prix de l'ambassade de 
Venise, et cherchera même à séduire Casaubon et à l'entraîner dans sa chute. On 
trouvera un peu plus loin la protestation énergique de celui-ci, et l'expression 
du blâme que sa conscience inrlignée inflige à l'apostat. — V. l'article de la France 
protestante, t. 111, p. 181. JM. Haag dénie à Ganaye le litre (ï/tonnéte homme, que 
lui accorde la Biographie univei-sellé, et lui reconnaît la qualité d'habile diplo- 
mate, que cette même Bio/jrophie lui dénie. « Quoique tous les partis, dit-il, aient 
abusé tour a tour du mot d'honnête, au point qu'on ne sait plus trop quelle si- 
gniiicalion y attacher, nous ne pouvons croire que cette épithète s'applique dans 
son vrai sens à un hypocrite qui se lait le tenant d'une cause qu'il est résolu 
de trahir. Quant aux talents diplomatiques de Ganaye... il a toujours réussi dans 
ses négociations... Pour nous donc, il lut un diplomate habile et un ambitieux 
peu scrupuleux sur les moyens de parvenir. » 

(1) Soft'rey de Calignon, né en 1550, mort en 1606, président de la chambre 
de l'Ëdil du parlemenl de Grenoble, puis chancelier de Navarre. Catholiques et 
protestants sont unanimes dans l'éloge qu'ils l'ont de lui. L'Esloile dit qu'il était 
excellent en tout. D'Aubigné le loue comme un des plus grands esprits de sou 
temps. De Thou, son ami, professait pour lui la plus haute estime. «Ajoutons, 
dit M. Haag, qu'à celte époque de honteuses apostasies, il resta inébranlable dans 
sa foi, et que Henri IV essaya vainement de le séduire par la promesse de la si- 
marre de Chancelier de France. » V. son niticle dans la Fr. prot. — Calignon 
contribua beaucoup à obtenir la translation dû lieu d'nxercice de l'église j'éformée 
de Pans, d'Ablon à Chaienlon. Le temple y fut ouvert le 27 août 1606; il mou- 
rut le mois suivant. — « En ce mois de septembre, dit L'Estoile, mourut M. de 
Golignon en la religion en laquelle il avoit vescu; et iist une heureuse lin, estant 
mon en réputation d'un des plus hommes^e bien de ce siècle. » 



sous l'ÉDIT de NANTES. 259 

Il est vrai, certain, évident , qu'aujourd'hui dans l'église romaine (ce 
sont eux qui parlaient ainsi de leur propre église) beaucoup de vices 
dominent, et principalement l'amour des femmes. Les choses sont à 
ce point que « l'adultère » a non-seulement cessé d'être honteux, 
mais qu'il est même ouvertement pratiqué et avec honneur. Les évê- 
ques et le clergé tout entier voient cela; ils le voient et n'en sont point 
scandalisés. Bien plus, ils suivent l'exemple commun. Bien plus, ils 
donnent eux-mêmes l'exemple. On cita des faits, des faits sûrs, nom- 
breux. Cela fait mal d'y penser.. Je t'invoque, ô Dieu saint : porte re- 
mède aux maux de ton église et aux miens, Père plein de clémence. 

p. 271. 

(Absence de dix semaines, du 3 des kal. de juin au 3 des ides de septembre, 
pendant lesquelles Casaubon fait un voyage à Lyon.) 

4 des ides de septembre 1600 (lendemain de son arrivée). — Nous 
avons été à la sainte assemblée qui se réunit dans le bourg près Paris. 
Nous y avons vu Monsieur Du Moulin (1), pieux « ministre » de Dieu, 
et le gentilhomme luonsieur de Lumeau (2), à qui nous nous sommes 
ouvert sur un sujet des plus sérieux pour nous. Que Dieu nous assiste 
dans nos entreprises. 

p. 297. 

15 des ktd. d'oct, 1600. — Je m'étais disposé de bon m.atin à pren- 
dre le bateau pour me rendre au temple ; mais lorsq.ue je suis arrivé 
au port, j'ai appris qu'aucun bateau ne partait aujourd'hui. Il m'en 
coûte d'être privé d'un si grand bien. Mais, ô Dieu, mets dans mon 
cœur la vraie piété et y « grave profondément ta sagesse. » Amen. 

p. 299. 

8 des kal. d'oct. 1600. — En nous levant, nous nous sommes dis- 
posés à aller à Ablon, « Dieu voulant , » afin d'assister à la sainte 
« assemblée. » Nous y sommes allés en etf et :.Dieu nous a fait cette 
grâce. A lui soit honneur et gloire. Amen. 

p. 300. 

Ides d'oct. 1600. — Nous avons consacré ce jour au Seigneur et à 
l'ouïe de sa sainte Parole. Malgré un temps affreux, nous avons été 

(1) C'est le célèbre Pierre Du Moulin, qui avait été nommé pasteur de l'Eglise 
de Paris en lo99. 

(2) Probablement d'une famille de La Rochelle. Il y avait alors en l'Eglise de 
cette ville un pasteur de ce nom, Samuel de Loummeau. Nous avons sous les 
yeux une lettre à lui adressée, en décembre 1605, par J. Damoiilin le père, mi- 
nistre d'Orléans, qui écrit son nom Lliomiaeau. Mais on sait combien, pour no- 
tre tourment, forthographe des noms propres était alors variable. 



260 LKS TEMPLES DE l' EGLISE DE PARIS 

jusques à Ablon, et nous y avons entendu Monsieur Montiguy qui a 
nrèché deux fois. « Grâces soient à Dieu, n 

^ V. 305. 

Nones de nov. 1600. — Nous avons été à pied à Ablon et nous en 
somme!! revenus de même, non sans une grande fatigue. Pour com- 
ble, nous avons trouvé à la maison un sujet de chagrin. Mais ce n'é- 
tait pas bien sérieux. « Que Dieu tourne cela et toutes choses à notre 
bien ! » Père céleste, preuLl sous ta « sauvegarde » ma mère, ma 
femme, mes enfants, et moi-même et tous les miens. Amen. 



p. 310. 



Veille des ides de nov. IGOO. — Ce jour m'appelait à Ablon. Par- 
donne, ô Dieu, et fais que la piété soit dans mon cœur et dans celui 
des miens. Sauve-nous, « ô Sauveur, « sauve ma mère, ma femme, 
mes enfants, moi-même et toute notre maison par Jésus-Christ, notre 
Seigneur et ton Saint-Esprit. Amen. 

13 des kal. de décembre 1600. — Il nous faut donc. Seigneur, 
passer encore ce jour, qui t'est consacré, sans entendre ta sainte Pa- 
role? vie qui n'en est pas une! (0 vitam non vitam ! ) Diverses 
causes nous ont empêché de nous lendre à Ablon. Permets, ô Dieu, 
que nous puissions y aller plus fré(|uemment et (pie nous te servions 
avec une âme pure, tandis que nous sommes sur cette terre. Donne à 
ma mère, à ma femme, à mes enfants, à moi-même et à tous mes 
proches et à tous ceux qui se rattachent à moi, de persévérer dans la 
pratique de la vraie foi. J'ai passé ce jour à la maison et dans mon 
cabinet, mais sans satisfaction, relisant par nécessité des travaux an- 
térieurement achevés et essayant de les polir. Mais, ô vanité de l'é- 
tude, lorsque nous avons abandonné la méditation de ta Parole, ô 
EteinelDieu! 

Qdes M.dedéc. 1600. — Voici le troisième dimanche que nous 
sommes privés d'entendre la Parole de Dieu. Cruelles conjonctures! 
Nous avions eu l'intention et, pour ainsi dire, arrêté la résolution de 
porter à Ablon notre petite fille, pour (lu'cllc y fût purifiée par l'eau du 
salut. Tu sais, ô Dieu! comment j'ai été forcé de renoncer à ce projet. 
Mais déjà, grâce à toi, ma femme est un peu mieux. La chose est remise 
au premier « jour du Seigneur, )^ et ne soullVii-a pas, je l'espère, de 
nouveau retard. Fais qu'il en soit ainsi, ô notre Père, et prends, je 



sous i.'édit t>f. n.vntf,?. 261 

t'en conjure, sous ta sauvegarde, cette petite enfant « qui n'est pas 

encore éclairée des lumières de la foi ; » conserve de même ma mère, 

ma femme, mes enfants, moi-même et tous « les miens. Je t'nivoque, 

ô Père, par Jésus-Christ et par le Saint-Esprit. zVmen. » 

p. 3i:j. 

k des nonesde déc. 1600. — Misérable condition que la nôtre ici- 
bas! J'étais heureux d'avoir vu ma femme, après ses couches, se lever 
et déjà sortir. J'espérais donc enfin faire avec elle aujourd'hui ou 
demain le voyage d'Ablon tant de fois différé, et je m'en faisais une 
grande fête, hisensé que j'étais! Tu en as décidé autrement, ô Père 
céleste ; tu as jugé convenable et bon de l'affliger d'une grave ma- 
ladie. Voici, ô Père, nous sommes en ta main, et elle, et moi, et nos 
enfants. Que ta volonté soit faite, ô Père. Amen. — J'ai donné cette 
journée à ma femme; des amis m'en ont pris une partie ; le peu qui 
restait a été pour l'étude. Mais, ô Dieu, tu vois la langueur de mon 
âme. Je t'appelle à mon aide et au secours des miens. Amen. 

p. 314. 

3 des noues de déc. 1600. — 11 est enfin venu le jour où nous por- 
tons à Ablon et présentons au baptême notre petite fille dernière née. 
Nous nous y rendons, mon Dieu, confiants dans ton aide. Conduis- 
nous, dans l'aller et dans le retour, je t'en supplie. Conserve ma 
femme retenue au lit par cette grave maladie et rends-lui sa santé 
d'autrefois. — J'écrivis ces lignes au départ; en revenant, j'ajoute 
celles-ci. Tu as bien voulu, ô notre bon Père, que noire petite fille 
fût reçue dans ton Eglise, et que nous lui donnassions le nom 
A' Anne (1) : Je t'en rends grâces avec une profonde reconnaissance. 
Fais maintenant, ô Dieu saint, que, par la miséricorde de ton « Fils 
unique, » notre Seigneur et la puissance de ton Saint-Esprit, la vertu 
du sacrement lui soit communiquée non pas seulement en parole, 
mais en réalité. Tu m'as aussi accordé ce grand bienfait, ô Père excel- 

- (1) C'est le douzième enfant, sur seize, dont un écrit de la main de Casaubon 
nous a conservé les noms. Voici l'intitulé de cette note, qui est à Londres, au 
Musée hril. (366, 67 Burney Mss.), et la mention concernant cette naissance : 

«S'ensuivent les nativités des enfans qu'il a pieu à nostre Dieu donner tant à 
« moy qu'à ma femme Florence Estiennc. 

« Le jeudv 2- de novembre 1600, est née, par la grâce de Dieu, dans ceste 

« ville de Paris, "la fille qu'il luy a pieu nous donner. Laquelle, avec ses (reres et 
« sœurs, père et mère ont consacrée, de toute leur affection et dévotion, au ser- 
« vice et à la gloire du Seigneur. EHe a esté baptisée à Hablon, en l'église de 
« Paris, et a esté nommée par Mons' Josias Mercerus (Mercier) et Mad""" Camille 
« (de Morell, sa tante, Anne. 0£w -/«piî (Grâces soient à Dieu).» 



262 LES TEMPLES DE l'ÉGUSE DE PARIS 

lent, de trouver ma femme un peu mieux au retour. J'espère que 
bientôt nous pourrons, elle et moi et nos enfants, aller de nouveau te 
rendre des grâces spéciales de ce que tu lui auras rendu la santé. 
Ainsi soit-il, mon Dieu, conserve et protége-nous tous. Amen. 

p. 3U. 

4 des ides de déc. 1600. — C'est aujourd'hui dimanche, et j'ai eu 
grand désir d'aller à Ablon : mais hélas! je n'ai eu que le désir. J'ai 
donné ce jour à l'étude, aux amis, « à rien. » (Studia, amici, ta /jL-ooi-j). 
Sois avec nous, ô Père céleste. 

p. 315. 

9 des kal. dejanv\ 1601 {décembre 1600). — J'avais projeté d'aller 
à Ablon aujourd'hui. Dieu voulant, afin d'entendre la Parole de Dieu, 
et de participer à la Cène du Seigneur; mais j'ai encore éprouvé en 
cette occasion que l'homme « propose » et que c'est Dieu qui « dis- 
pose. » J'ai été contraint de rester à la maison, tant par suite d'un 
temps détestable qu'à cause de la maladie de ma femme. Permets, 
ô Dieu éternel, que dimanche prochain mon espérance de ce jour se 
réalise pour moi et pour ma femme. Je t'en supplie par ton Fils. 
Amen. 

p. 317. 

3 des kal. dejanv. 1601 {ov ont-dernier jour de décembre 1600). — 
C'est aujourd'hui le jour du Sabbat, et celui de demain est consacré à 
la commémoration de la Nativité du Christ Sauveur. Je me dis- 
pose à partir pour Ablon avec ma femme et une partie de ma fa- 
mille. Dieu veuille, dans sa bonté, nous accorder la grâce de jouir 
avec reconnaissance de ce divin bienfait çt de revenir d' Ablon sains 
et saufs, et sans que ma femme ni moi en soyons incommodés. Car il 
fait un froid extrême, qui m'effraye, non sans raison. Mais « avec le 
secours de Dieu , ce qui paraît le plus impossible devient possible. » 
Sois-nous donc en aide, ô mon Dieu. Amen. 

p. 317- 

Veille des kal. dejanv. ( d^ jour de l'an 1600). — Seigneur Dieu^ 
Père plein de bonté, Maître plein de clémence, quelles grâces te ren- 
drai-je en ce jour? Voici que cette année qui finit est signalée pour 
moi par un de tes bienfaits. J'étais parti hier très inquiet sur la santé 
de ma femme. Mais il n'eût pas été possible d'obtenir d'elle de renon- 
cer à s'approcher de la communion « de tes saints mystères » : sa 
piété lui en faisait un devoir impérieux. Nous sommes donc allés à 



sous l'ÉDIT de NANTES. 263 

Ablon, malgré la rigueur extraordinaire delà saison. Nous en sommes 
revenus sains et saufs^ ma femme et moi, par l'effet de ta miséri- 
corde, qui nous a « gardés ».... Mais que fais-je, m'arrêtant à consi- 
dérer un jour entre tous? Dans ma vie entière, si je l'examine avec 
attention, je ne trouve aucun jour qui ne soit signalé par quelqu'un 
de tes bienfaits, ô mon Dieu. Sans chercher plus loin en arrière, cette 
année même qui s'achève, combien de témoignages évidents de ta 
bonté ne m'a-t-elle pas fait voir? Quelle situation était la mienne, 
lorsqu'à LyoUj, dans la maison d'un ami bien dévoué sans contredit, 
mais enfin sous un toit étranger, je préparais l'édition d'un travail 
qui me causait tant de peines? Quelles furent alors, bon Dieu, mes 
inquiétudes! Tu sais, toi qui sais tout, ce qui causait alors mon 
anxiété. Et si maintenant je rappelle ce qui m'est arrivé cette année, 
par ta volonté. Tu m'as donné d'achever enfin un ouvrage commencé 
depuis si longtemps (1). Tu as permis qu'il fût apprécié des savants et 
qu'il me fit connaître du Roi lui-même. Je passe sous silence tes 
autres bienfaits envers moi et les miens : il ne m'appartient point de 
les énumérer... Donne-nous, ô Dieu, un cœur reconnaissant; qui 
garde le souvenir de tant de bontés^ qui ne regarde qu'à toi, ne 
tende que vers toi.... 

p. 318. 

19 des kal. de févr. 1601. -^ J'ai donné à l'étudq d«s saintes lettres 
ce jour consacré au Seigneur. Mais combien j'eusse préféré aller à 
Ablon. Des visites d'amis ont aussi fait tort à mon travail. A toi, mon 
Dieu, honneur et gloire. 

' ^ p. 325. 

hdeskaL de févr. 1601. — J'ai été aujourd'hui à Ablon, par un 

assez mauvais temps. Mais Dieu m'a« accompagné : à lui soient iion- 

neur et gloire. 

® p. 32sr. 

6 des kal. de mars 1601. — Aujourd'hui je pars avec Monsieur le 
président De Thon, pour aller à sa campagne (2), et je profiterai de 

(1) C'est sa helleéàïUon à" Athénée, qui lui fit le plus grand honneur. 

(2) Il nomme un peu plus loin cette campagne de rillustre historien : c'est 
Villebon, village du doyenné de Châteaufort, aune demi-lieue de Palaiseau et à 
quatre lieues de Paris. J. -A. DeThou était baron de Meslay, seigneur dHémery 
et de Villebon. Quclquo temps auparavant, la veille des kal. d'octobre, Casaiibon 
dit qu'il avait été conduit par M. Rapin chez M. le président De Thou, au château 
« d'Augervillicrs. » — C'est de ce même côté que se trouvait la maison de campî^- 
gne du chancelier de l'Hôpital, à Vignai, près d'Etampes. On sait qu'il y était re- 
tiré lors de la Saint-Barthélémy. 



204 LES TEMPLES DE l'ÉGLISF. DE PARIS 

cette circonstance;, « s'il plaît ;i [)ieu, » pour aller dimanche à Ablon, 
qui n'est pas loin de sa demeure (1). Veille, ô Dieu, pendant mon 
absence, sur ma femme et -mes enfants.... Amen 

(Les trois lignes qui suivent sont en français et de la main de sa femme (2).) 

6 des hal. de mars. — Ce Jourdhuit Monsieur Casaubon a esté 
absent, que Dieu veuille garder et moi et les nostres avec lui. Âmen. 



p. ;i3rj 



15 des hal. d'avril 1601. —A ma grande douleur, je n'ai pu encore 
aller à Ablon aujourd'hui. Souverain Maître des cieux, conduis-nous 
dans tes voies, moi et les miens. Amen. 

p. 339. 

Kalendes d'avril 1601. — Dieu m'a fait la grâce de permettre que 
je commençasse ce mois en entendant sa Parole. J'ai été à Ablon, 
et à mon retour j'ai reçu des visites d'amis, ces ennemis de mon 
travail. Enfin j'ai pu donner quelque temps à Chrysostome. L'élo- 
quence vraiment divine de ce grand homme me plaît singulièrement. 
J'ai remarqué entre autres cette parole : « L'âme qui recherche les 
hommes et la gloire ne verra point le royaume des deux. » profonde 
parole, que je te conjure , ô Dieu , de graver ineffaçablement dans 
mon esprit. Amen. 

17 des kal. de mai 1601. — Nous sommes allés à Ablon aujour- 
d'hui, moi, ma femme, ma fille et presque toute la famille. A 
Dieu très grand et très bon soient honneur et gloire « aux siècles 
des siècles. » Amen. 

p. 344. 

iO des kal. de mm' 1601.— De retour d' Ablon, j'écris ces lignes 
afin de te rendre grâces, ô Père, de ce que tu m'as donné à moi et à 
ma femme de participer à la sainte Cène instituée par ton Fils Jésus- 
Christ. Nous avons ressenti, elle et moi, une joie incroyable de ce 
bienfait. Quel plus grand bonheur peut arriver à un chrétien que de 
contracter cette alliance avec le Fils de Dieu et de recevoir ce gage 
certain de son salut éternel? Mais, ô Dieu « trois fois saint, » fais que 
ce bien ne tourne pas contre nous, à cause de nos péchés et de 
« l'ingratitude » qui est en nous. Affermis-nous, moi et les miens, 

(1) On voit par son journal du surlendemain qu'il se plaint de n'avoir pu exé- 
cuter ce projet. 

(2) Florence Estieniie. fille du oC'lèbre imprimeur HeniCy Estienne. 



sous l'ÉPIT de NANTES. ^Cd 

dans la vraie foi. Donne-nous la constance et l'énergie nécessaires 
pour tenir bon dans toutes les épreuves. Fais que nous tirions profit 
des tristes exemples que nous voyons chaque jour. De ce nombre est 
celui qu'aurait donné tout récemment Cavaron(l), d'après ce que j'ai 
appris en sortant du temple. Puisse cette nouvelle être controuvée , 
et un scandale si grand n'être pas arrivé dans l'église de Dieu par vm 
de ses membres et de ses pasteurs les plus distingués. Mais je n'ai 
d'ailleurs que trop de sujets de tristesse. Que dire de mon vieil ami, 
de Philippe du Fresne Canaie? Lui qui vient de renoncer à la vérité 
qu'il a connue et professée pendant tant d'années, pour.... (2). Tu 
sais, ô Dieu, « toi qui sondes les cœurs, » combien cet événement 
m'a affligé, et parce qu'à mes yeux cet homme a outragé ta majesté, 
et parce que notre amitié bien connue a fait croire à bien des gens 
que je ne manquerais pas de suivre bientôt l'exemple de sa perfidie 
envers toi. Mais la terre « se sera ouverte béante pour m'engloutir, » 
avant que j'abandonne un « iota » de la vérité telle que je la con- 
nais. Aussi, dès que j'ai eu appris que c'en était fait de Canaie, je 
n'ai pas décousu , mais bien brisé la vieille amitié qui m'attachait à 
lui. Voici près d'un mois déjà que -je ne l'ai plus vu, et je ne me 
soucie pas désormais de le revoir. C'est toi qui mas donné ces dispo- 
sitions, ô unique Auteur de tout bien, Dieu « trois fois saint. » 
Fais que moi et les miens nous persévérions dans" cette volonté.... 
Amen (3). 

^ ' p. 34i5. 

7 des ides de moi 1601.— Nous sommes allés à Ablon, afin d'y 
célébrer le jeûne pour nos péchés individuels et pour ceux de l'église 
entière.... C'est à grand'peine que nous sommes venus à bout de 
notre expédition, à travers mille difficultés. Nous nous sommes abs- 

(1) Nous cherchons vainement à qui peut s'appliquer ce nom. 

(2) Voici le texte énergique de la fin de cette phrase : Ad vomitum h r).>i/t6)v 
reversus. Ce qui voudrait dire, si nous ne nous trompons : Pour reprendre, le 
■malheureux! ces inêmes erreurs qu'il avait (vomies) rejet ces. 

(3) On lit dans le Journal de L'Estoile : «Vers la fin de ce mois (mai 1601), a 
été donnée au public la traduction française de deux lettres lalmes. La première, 
de M. Isaac Casaubon, écrite au synode de Gergeau, dans laquelle il détruit lo 
bruit qui avoit couru qu'il avoit suivi l'exemple du sieur de Canaye, qui avoit 
abjuré la Religion : assurant le synode qu'il n'est pas si malheureusement in- 
struit en la Religion qu'à faute de connoître la vérité il se laisse emporter à cha- 
que point de doctrine. La seconde est une réponse du synode à cette même 
lettre...» (P. 325, éd. de 1837). V. également, dans les actes de ce synode, un 
article relatif à ces lettres. Le Journal de Casaubon atteste la sincérité de sa pro- 
testation. 



266 LES TEMPLES DE l' EGLISE DE PARIS 

tenus de manger et de boire, mais le mauvais temps nous a empêchés 
d'entendre les trois sermons, comme nous l'avions espéré. Le bateau 
qui nous portait marcha lentement , et non sans courir quelque dan- 
ger par suite de la violence du vent. Nous avions entendu le premier, 
puis le second discours, et nous écoutions le troisième, lorsqu'une 
grande pluie survint (nous étions en plein air), nous dispersa et nous 
obligea de remonter dans le bateau. Là, « étant passablement mouil- 
lés, » nous nous sommes mis à lire, pour passer le temps, le com- 
mentaire de Primasius sur l'Apocalypse. Dieu éternel, je t'en conjure, 
délivre l'église de Paris de ces inconvénients, ou, si ta sagesse décide 
autrement, donne-nous la force de supporter ces incommodités ou 
môme de plus grandes encore, par la miséricorde de ton Fils Jésus- 
Christ.... Amen. 

p. 348. 

3 de& ides de mai 1601. — Je suis parti hier avec M. le président 
de Thou pour Villebon, et j'en suis revenu aujourd'hui, ayant en 
cela employé assez bien mon temps; mais ce qui est mal, c'est 
que ni moi ni aucun des miens n'avons été à Ablon aujourd'hui ... 

p. 330. 

13 des kol. de juin 1601. — Je vais à Ablon aujourd'hui, « s'il plaît 
à Dieu. » — J'y suis allé en effet et j'en suis revenu sain et sauf. 
Pourtant, en écrivant ces lignes, je me ressens du temps affreux qu'il 
a fait; j'y étais allé à pied.... 

p. 331. 

6 des kal. de juin 1601. — J'ai été empêché d'aller à Ablon, d'abord 
par l'état de ma santé, puis par des lettres à écrire à Genève, les- 
quelles m'ont pris presque toute la journée. J'eusse bien préféré pou- 
voir étudier. Fais, ô Père, que je puisse employer autrement ma vie. 

p. 352. 

3 des noues de Juin 1601. — J'écris ces mots au moment de partir 
pour Ablon; Dieu veuille favoriser ce voyage, dans lequel ma femme 
et mes enfants m'accompagnent. Amen. — Nous sommes revenus 
sains et saufs, malgré une chaleur excessive, et nous t'en rendons 
grâces, 6 Père. 

p. 353, 

k des ides de juin 1601. — C'était aujourd'hui «dimanche,» et 
jour extraordinaire à cause de la fête de « Pentecôte.» Et cependant, 
diverses causes nous ont empêchés d'p^Uer à Ablou.... 

?. 354. 



sous l'ÉDIT de NANTES. 267 

15 des kal. de juillet 1601, — Que Dieu nous protège : j'écris ces 
mots, au moment de partir pour Ablon, non sans inquiétude pour ma 
femme qui, étant grosse, craint les secousses de la voiture; mais il 
fallait absolument y aller, et nous n'avons pas d'autre moyen.... — 
Nous avons fait le voyage et nous voici de retour, sans accident.... 

p. 355 

^des kal. de juillet. — Ne pouvant aller à Ablon, malgré mon vif 
désir, j'ai nourri mon âme par la lecture des saintes Ecritures, et je 
me suis efforcé de la relever, car elle était tout abattue (1).... 

p. 336. 

11 des kal. d'août 1601. — jour heureux! Nous ne sommes pas 
allés à Ablon aujourd'hui; mais moi , ma femme et ma fille, nous 
avons, dans le palais même du Roi, entendu prêcher le ministre de 
Madame (2). A Dieu soient honneur et gloire. Amen. 

p. 361. 

Nones d'août 1601. — Hélas! je n'ai pu aller à Ablon ; je n'ai pu 
toucher son livre : j'ai reçu de mauvaises nouvelles de Genève, et 
quant aux affaires privées, et quant à la chose publique. J'ai été 
presque tout le jour avec mon ami monsieur De Thou (3).... 

p. 364. 

Veille des ides d'août 1601. — Les médecins m'ont empêché d'aller 
à Ablon à cause de ma chute récente (4) . Je crois cependant que leur 
crainte n'est pas fondée. . . 

P, 366. 

9 des kal. de sept. 1601. — Le matin au service divin, à Paris, dans 
la demeure de la sœur du Roi. C'était le jour fameux de la fête de 
Saint-Barthélémy. J'aimais à me rappeler la fureur de ceux qui, il y 

(1) Il y a ici une belle page de réflexions, k la suite d'une lecture de quelques 
chapitres de Jérémie sur l'aveuglement du peuple juif. Gasaubon tire du châtiment 
exemplaire de ce peuple la leçon des nations et des individus. 

(2) Madame Catherine de Navarre , duchesse de Bar, sœur do Henri IV. 
(F. Bull., I, 330, et II, 140.) D'après une note de l'éditeur des Ephémérides, la 
ministre de Madame dont il est ici cjuestion, serait le trop célèbre Gayet; mais 
c'est une erreur évidente. Gayet, qui avait donné à la princesse son éducation 
rçjligieuse, fut choisi par elle, en 1584, pour être son ministre, et elle l'amena à 
Paris en 1593. Sa conduite équivoque ayant bientôt amené sa déposition par le 
synode provincial de l'Ile de France, sur la plainte de Catherine elle-même, il se 
hâta d'abjurer, le 9 novembre 1595. (F. son article dans la sixième livraison de la 
France protest.) Ce n'est donc pas de Gayet qu'il s'agit, mais de l'un ou l'autre des 
ministres ordinaires de la duchesse, La Paye, Feugueray, Richer de la Serizaie, ou 
Fr. Lauberan de Montigny, dont nous avons parlé ci-dessus, p, 252, et dont le 
nom sera tout à l'heure cité par Gasaubon. 

(3) Le président De Thou avait perdu sa femme la veille. 

(4) Accident qu'il avait éprouvé pendant l'avant-dernière nuit, et dont il fait 
un récit détaillé, plein de naïveté et d'une admirable élégance de style. 



268 LES TEMPLES PF l'ÉGLISE PE PAKIS 

a aujourd'hui \ingt-neuf ans, ont tenté, ô Dieu, de détruire tes fidèles 
par l'assassinat. Tu as trompé les desseins de ces hommes, que dis-je, 
de ces bêtes féroces. A toi honneur, louange et gloire dans Téternité. 
Amen. 

p. 367. 

4 rfe.s nones de sept. 1601. — Nous avions projeté d'aller à Ablon et 
d'assister à la sainte assemblée, où nous conviait la cène du Seigneur 
qu'on a coutume d'y célébrer en ce jour. Mais comme il n'y avait pas 
place pour moi dans la voiture de Monsieur De Thou, j'ai laissé aller 
ma femme avec ma fille Philippa et la nourrice qui a emporté son 
nourrisson, et je suis resté. J'ai employé mon temps avec bonheur à 
la lecture des Pères.... 

p. 3C9. 

3 des ides d'oct. 1601. — J'écris ces mots en revenant d'Ablon, ac- 
cablé de fatigue, parce que j'ai été malheureusement forcé de revenir 
à pied. quelle vie pénible, et qu'il est dur de ne pouvoir accomplir 
librement les devoirs de la piété ! Accorde, o Dieu, « la liberté de ta 
Parole. » Amen. 

p. 375. 

4 des nones de nov. 1601. — La matinée a été consacrée à de pieuses 
occupations. Nous avons assisté au prêche qui se fait dans le palais du 
Roi... Entre autres machinations sataniques à l'aide desquelles on cher- 
che à ébranler la foi de Madame, la sœur de notre grand Roi, on lui 
avait affirmé que j'étais sur le point de renoncer à la vraie religion, J'ai 
donc cru de mon devoir (alors surtout que le ministre de cette prin- 
cesse, digne et savant homme, le jugeait nécessaire) de lui déclarer 
la vérité. J'ai donc été la voir, et sans fard et sans déguisement je 
lui ai fait connaître très explicitement mes convictions sur la vraie 
religion et sur le dissentiment qui existe entre nous et les prélats de 
l'église romaine. J'ai confondu par l'exposé des faits ceux qui ont 
l'impudence de prétendre que j'éprouve des doutes sur la véritable 
foi et que ma croyance est cliancelante : ô Dieu, « toi qui connais les 
cœurs, « tu sais qu'il n'en a rien été jusqu'à ce jour, grâce à ta béné- 
diction. Fais donc que je persévère, que je vive et meure pour toi; 
fais-moi cette grâce à moi et aux miens, je le demande de toutes les 
forces de mon âme, je t'en supplie, je t'en conjure avec larmes, par 
le mérite de notre Seigneur Jésus-Christ. Amen. Amen (1). 

p. 378. 

(t) C'est à cette époque q\ie Henri IV exigea de sa sœiiv, pour la quatrième ou 



sous LEDIT DE NAMES. 269 

3 des ides de nov. 1(301. — Je suis allé aujourd'hui au prêche,, avec 
bien de la peine ^ mais enfin j'y suis allé... 

p. 380. 

4. des nones de déc. 1001. — J'ai passé une bonne journée : j'ai en- 
tendu la sainte Parole au Louvre même. Feugeray (1), ministre de 
Madame^ sœur du Roi, a prêché. Dieu plein de bonté, conserve 
cette princesse, conserve le Roi, et tous les fidèles, et moi et les 
miens. Amen. 

p. 383. 

5 des ides de déc. 1601. — Cela va bien. J'ai entendu la sainte Pa- 
role dans le palais du Roi. Grâces t'en soient rendues, ô Dieu... 

p. 383. 

17 des kcd. de Janv. [déc. 1601). — Nous étions allés au Louvre, 
pour y assister à la célébration du culte, la présence de Madame nous 
procurant ce bienfait. Mais l'entrée nous en a été fermée; je ne sais si 
c'est à cause de la maladie du Roi (2). Accorde-lui, ô Dieu, avec 

la cinquième fois, d'assister à des conférences entre des thpologfiens catholiques et 
protestants Sully {Liv. X) parle d'une première controverse, à laquelle il assista, 
entre le doct. Duval et le ministre Tilenns, en 1599, an'éricnrement au mariage 
avec le duc de Bar, mais sans résultat. En novembre de cette même année 1599, 
un autre débat eut lieu à Nancy entre le jésuite Cùinmolet et le capucin Esprit vl 
les ministres J. Couet et De Lossedit La Touche. Madame finit en déclarant, le 
1" déc, qu'elle persistait dans sa convi tion {Lelong, w 6205), et elle écrivit à Du 
Plessis-Mornay qu'en cette circonstance elle avait appris encores à estre plus tiu- 
(juenote que jésuite. En décembre 1601, nouvelle tentative [Suppl. à L'Estoile). 
Catherine se résigna à la volonté du roi; elle laissa s"évertîit;r les champions 
du contraire parti, mais ne fit aucune concession et déclara, les larmes aux yeux, 
que « si sa religion était préjudiciable aux Etats du duc de Lorraine, elle était 
« prête à s'en retourner en Béarn. » C'est en Lorraine qu'elle retourna. A son 
voyage de l'année suivante, nouvel assaut, sans plus de succès. Enfin, en 1603, 
son dévot mari alla à Rome, vint à bout plus aisément du pape, obtint des 
dispenses, et retourna avec elle à Nancy, où elle devait mourir, le 13 février 
1604. « Elle avait été, comme dit Benoît, persécutée de conférences jusques à 
la mort. » Le Grain rapporte un bon mot de Henri IV qui, assurément, fai't plus 
d'honneur au caractère de Catherine qu'au cœur du roi : « Adressez-vous à ma 
« sœur, 1) répoiidit-ilaux protestants qui lui soumettaient une demande, « car 
« votre état est tombé en quenouille. « 

(1) « Concionante Fergerello, qui sororis Régis nostri agit ministrum. » Il est 
clair que c'est encore un nom mal lu, probablement Feuguerceo, Feugueray {V. 
ci-dessus, p. 238). 

("2) Cette mesure s'explique apparemment parles nouveaux efforts que tentait 
alors le roi pour la conversion de sa sœur. Déjà, six ans auparavant, Catherine 
avait eu de grandes difficultés au sujet de l'exercice public du culte réformé dans 
ses appartements du Louvre. 11 avait été célébré pour la première fois au château 
de Saint-Germaiu-en-Laye, le dimanche 28 aoiit 1594, et peu de temps après au 
Louvre même. Sept à huit cents personnes y assistaient d'ordinaire. Mais le jour 
de Pâques 1595, le capitaine des gardes, Châteauvieux, eut ordre du Roi de re- 
pousser tous ceux qui viendraient pour ouïr le prêche, à l'exceplion des olliciers or- 
dinaires de la maison de sa sœur et du duc de Bouillon. Le culte fut cependant 
repris bientôt après, malgré une émeute de femme.s, qui parcoururent les rues 
«en se plaignant des prêchfs qu'on taisait au logis de Madame. » 



270 LES TEMPLES DE L EGLISE DE PAULS 

largesse ;, toutes tes prospérités, en cette vie et « dans la vie à 
venir... » 

p. 384. 

8 des ides de fanv-. 1602. — Je raconterai, ô Seigneur, tes miséri- 
cordes. Et c'est pour moi un devoir, car c'est un si grand bienfait et 
une source de si grands biens d'avoir -été admis à la participation du 
« saint mystère » de ta sainte cène! A cette grande faveur qui m'est 
commune avec tous mes frères dans la foi, tu as ajouté une marque 
particulière de ta bonté pour moi et les miens. Nous étions dans le 
carrosse de Monsieur De Thou, moi, ma fille Philippa et mon dernier 
né, qui devait être baptisé, ainsi que le reste de la famille et mon 
neveu Pierre Gbabanay (1). Il arriva, je ne sais comment, que Pierre, 
qui était assis avec Philippa à l'une des portes de la voiture , déplaça 
la banquette transversale qui sert de siège, sans doute afin de la mieux 
poser et de l'afTermir. Comme il était occupé à cela, voilà qu'il perd 
tout à coup l'équilibre , et lui et Philippa tombent dans une boue pro- 
fonde, à notre grande frayeur à tous, mais sans qu'ils se soient fait 
le moindre mal, et certes on ne comprend pas comment ils n'ont pas 
été atteints et écrasés par la roue de derrière. Quant à nous, qui en 
avons été témoins, nous n'en revenons pas de notre étonneraent, ou 
pour mieux dire , nous devons reconnaître qu'ils ont été « préservés 
de ce péril par la puissance divine. » Je te rends donc grâces, ô Dieu, 
et te supplie de graver profondément dans nos cœurs ce témoignage 
signalé de ta bonté... En ce jour aussi notre dernier né a été purilic 
par l'eau du salut, et a reçu le nom de Paul, de son parrain. Mon- 
sieur SolFrey de Calignon, homme éminent par sa piété, sa science 
et son rang, car il est chancelier de Navarre. La marraine a été 
Madame de Chanlinan, sœur de « la défunte» femme de Monsieur 
DeThou(2). 

p. 302. 

(1) Fils de sa sœur aînée, Sarah Casaubon,qui avait épousé Pierre Chabanay. 
Elle avait deux autres enlants, Isaac et Charles. Casaubon reçut la nouvelle de 
la mort de celte sœur bientôt après , et il exprima en termes bien touchants, 
dans son journal du 4 des kal. de lévrier, la profonde douleur que lui cause cette 
perte. Pierre Chabanay tomba lui-même maUide après un court intervalle , et 
mourut le 17 dts kal. de mai. Ou lira à cette date le passage relatif à cette 
nouvelle ut dure épreuve. 

(2) Voici l'extrait de la pièce déjà citée, qui concerne cet enfant : « Le jeudy 28'^ 
« décembre 1601, peu devant 6 heures du matin, est né icy à Paris, le ti-eizièmeen- 
« tant que Dieu nous a donné, qui à ce coup nous a faict naislre ung lils, coamie 
« il semble assez vif et vigoureux. A luy en soit l'honneur, la gloire e. la louange 
« deûe, tant à présent qu'à jamais. Nous le supplions, père et mère, très humble- 
« ment, que comme il est à luy, il le veuille aussy se l'approprier, et rendre un 



sous l'edit de nawtes. 271 

7 des ides de Janvier 1602. — N'ayant pu consacrer ce jour à l'ouïe 
de la Parole de Dieu^ j'en ai employé une grande partie à la lecture 
des saints Pères... 

p. 395. 

6 des kal. de février 1602. — Grâces te soient rendues^ Seigneur, 
de ce qu'aujourd'hui je suis allé à Ablon et en suis revenu « à pied, 
sans m'en trouver incommodé (1).... » 

p. 396. 

4 des ides de févr. 1602. — Nous ne sommes pas heureux ! Ce jour 
nous appelait à Ablon, et le temps n'était pas contraire. Pourtant 
mille empêchements sont cause qu'aucun de nous n'y est allé... Mais, 
ô Dieu plein de bonté, ne laisse pas s'affaiblir en nous le zèle avec 
lequel nous avons peut-être jusqu'ici suivi ton culte et écouté ta Pa- 
role. Fais plutôt que ces difficultés mêmes accroissent notre ardeur 
et notre constant besoin de te servir. Je te prie encore, « ô Dieu 
plein de compassion, » je te supplie de consoler ma mère ("2), de 
lui venir en aide, ainsi qu'à moi et aux miens qui m'entourent. Amen. 

p. 400. 

5 des nones de mars 1602. — Aujourd'hui nous sommes allés à 
Ablon, moi, ma femme, ma fille et une partie de la famille, et quoique 
nous ayons eu à souffrir du vent et du froid, nous sommes pourtant 
revenus sains et saufs, grâce à Dieu.... 

p. 411. 

6 des ides de mars 1602. — Ma femme est allée à Ablon et elle en 
est revenue « sans accident »... 

p. 412. 

9 des kal. d'avril 1602. — Nous étions sortis, moi, ma femme et 
Philippa, pour aller à Ablon. Dieu en a décidé autrement : nous n'a- 
vons pu trouver place dans le bateau, qui était déjà trois fois plein. 
Pardonne, ô Dieu, et assiste-nous. Amen. 

Pt413. 

7 d'eè ides d'avril 1602. — Nous voici prêts, ô Père céleste, moi et 

« jour serviteur non inutile. Il a esté baptisé à Habion, ce dimanche, jour de Cène, 
« 7 de janvier 1602, présenté par Mons'^ de Calignon, cliancelier de Navarre, et 
« Madame de Chaulinan, desquels il a été nommé Paul. » 

(1) Ces derniers mots sont en grec : ivi , redivi , î%'^ 7zr,ij.xTMJ s'xwv nôox. — 
C'était parler trop tôt, car le lendemain le pauvre Casaubon écrit : « 5 des kal. de 
février. — Quoique je me sois ressenti de la course d'hier, et que j'en lusse tout 
languissant, j'ai cependant fait mou devoir. Tu vois, ô Dieu! quelles sont mes 
difficultés (TTwsTTsvoy.ojpûO/xai). Sois-iimi en aide. Amen.» 

(2) De la mort récente de sa sœur. — La mère de Casaubon habitait Genève. 



21^1 LES TEMPLES DE l'ÉGLISE DE PARIS 

ma femme, à aller recevoir en ce jour, si tu le permets, lu commu- 
nion du corps de ton saint Fils... Nous avons éprouvé une indicible 
joie à l'ouïe de ta Parole et au chant des Psaumes. Heureux ceux qui 
ont en eux la source d'une si grande jouissance. Grâces soient à toi. 
Seigneur. . . , 

p. 41S. 

17 des kal. de mai 1602. — Il est juste et bon, ô Père, que ta vo- 
lonté s'accomplisse, comme elle s'est accomplie aujourd'hui, lorsque 
tu as appelé à toi Pierre Chabanay, le tils de ma défunte et bienheu- 
reuse sœur (1).... Le dimanche avant Pâques, qu'on appelle ^oio- des 

m 

Rameaux, nous sommes allés à Ablon, moi et ma femme et notre 
neveu, ainsi que le domestique, tous en bateau, excepté ce dernier. 
Comme nous avions éprouvé un froid extrême pendant le voyage, 
j'en avais conçu une grande inquiétude, moins pour moi et pour notre 
pauvre Pierre, que pour la santé de ma femme « bien-aimée. » Tu 
nous a conservés, ô Seignem", elle et moi. Mais tu as permis, comme 
nous l'avons vu, que cette journée fût pour Pierre une cause de mort. 
Car à peine était-il de retour à la maison, qu'il commença à sentir 
une vive soulFrance, et bientôt, après avoir mangé quelque chose, il 
se coucha. La maladie ne fit qu'augmenter jusqu'à cejourd'hui. Rien 
n'a été omis de ce qui était propre à procurer une guérison; deux des 
meilleurs médecins ont visité le malade tous les jours; tous les re- 
mèdes prescrits ont été administrés avec soin. Mais, ô Dieu, tu en 
avais décidé autrement, et, voulant appeler cet excellent et pieux 
jeune homme dans une vie meilleure, tu lui as commandé de renon- 
cer à celle-ci, A toi, ô Dieu, soient honneur et gloire « aux siècles des 
siècles. » Nous avons, nous qui restons, la consolation de penser que 
ce bon jeune homme a, durant toute sa vie, et particulièrement pen- 
dant le temps de sa maladie, donné des preuves d'une remarquable 
piété... Pendant quelques jours, la violence de la fièvre le faisait dé- 
lirer; mais toutes les fois qu'on lui lisait la Parole de Dieu, ou qu'on 
priait, ou que Monsieur Du Muulhi (2), pasteur de cette église, lui 
parlait, autant de fois, comme s'il eût eu toute sa connaissance, il 
goûtait le calme, il répondait, il écoutait et mêlait ses prières à nos 

(1) T/jî ,w.KxapiTioo« sororis. 11 esl à remarquer que Casaubon, cliaque fois qu'il 
parle dis personnes décédées, aiuie à se servir de ce mot grec, qui signiiic tout à 
la fois défunt et heureux. 

i2) 11 y a dans le texte Moninius, mais nous pensons qu'il est lautif, et qu'il 
iàùi hve'MoHnma- (Du Moulin), ou Montignius i^Montigny). 



&OUS l'ÉHIT de AAMtï». "-Il 3 

vœux. Il a montré d'une manière frappante et qui ne sortira pas de 
ma mémoire, ce qu'est une àine pieuse. C'est pourquoi je te rends 
grâces, ô Dieu, Père des miséricordes. Cette constance d'une àme 
« animée de l'esprit de Dieu » (SeoTryeûTT^j)^ ne s'est pas démentie jus- 
qu'au dernier souffle que, moi priant Dieu et ma femme étant pré- 
sente, il a rendu avec tant de calme, de tranquillité et de douceur, 
que je ne puis douter de son bonheur actuel. Dieu, dai[2;iie étendre 
ta protection sur ce qui reste de notre maison et nous conserver avec 
ta bonté accoutumée. Console ma mère, cette seconde mère « du 
défunt» (toj /ioczaciroj ) j à qui cette mort va causer une si grande 
douleur. Tu connais, ô Dieu clément, toutes les afflictions qui ont déjà, 
éprouvé cette femme si excellente. Aie pitié d'elle, toi qui seul peux 
la consoler, ainsi que son père... xVpporte aussi tes consolations à ma 
femme, qui a rempli auprès du jeune liomme les devoirs d'une mère, 
et qui maintenant pleure amèrement sa perte, relève sa piété, affermis 
sa santé, réjouis son àme. Elle et moi, ô Dieu, nous avons bien des 
causes de sollicitude. Le « soin de notre famflle, porté à l'excès, » et 
l'amour de nos enfants, nous tourmentent : nous les remettons pour- 
tant, nous les contions volontiers à ta garde, et nous-mêmes avec 
eux, ô Père « miséricordieux. » assiste-nous, toi qui as promis que 
tu serais toujours en aide à ceux qui t'invoqueraient et mettraient 
leur confiance en toi. 

p. 418. 

3 des ides de moi 1602. — Hélas... aucun de nous n'a été à Ablon 
aujourd'hui; nous avons bien essaye, mais au port il faisait trop de 

vent... 

p. k-ii. 

'ii des ides d'oo/'H 1602. — ODieu, pardonne et sois indulgent pour 
nous. Aucun de nous n'a été aujourd'hui à Ablon. Tu en sais les 
raisons. Mais il n'y aurait point pour nous de bonnes raisons, si nous 
étions ce que nous devrions être. fais que nous le devenions. Sei- 
gneur. Amen. 

p. /<3G. 

d des kal. de sept. 1602. — ...C'est avec bonheur, ù Dieu, que 
j'ai repassé aujourd'hui dans mon esprit les événements dont ce mal- 
heureux pays fut le théâtre, il y a ce même jour trente années. Toute 
|a France fut arrosée du sang de tes fidèles. A quoi cela a-t-il servi? 
Ta bonté nous a entièrement rétablis. A toi donc, ô Dieu, soient 

1^ 



274 LES TEMPLES DE l'ÉGLISE DE l'AKIS 

louange, honneur et gloire, ainsi qu'à Jésus-Christ, notre Seigneur, et 
à ton Saint-Esprit. Amen. 



p. 437. 



18 des kal. de janvier {déc. 1602). — Cejourd'hui dimanche, lîélas! 
je n'ai point quitté la ville. Je l'aurais voulu, mais cela ne m'a pas 
été possible : il a fait un temps détestable; ma femme a passé une 
plus mauvaise nuit (1) ; enfin, je n'avais aucun moyen de transport. 
Je suis donc resté à la maison, et j'ai consacré une partie de la jour- 
née à la lecture des Homélies de Chrysostome : puisse cette lecture 
n'avoir pas été sans fruit ! Père, regarde d'un œil favorable ma 
maison languissante j console ma bonne mère; rends la santé à ma 
chère femme; donne à nos enfants de vivre dans ta crainte et de se 
nourrir de la piété et de toutes les vertus, de manière à porter tou- 
jours des fruits dignes d'une telle éducation (ut fructus dignos tali 
educatione semper edant); donne à moi-même, à ma sœur, à tous les 
miens, de te servir avec une àme pure et de tout notre cœur, donne- 
nous de placer en toi seul toute notre espérance. Amen. 



p. HO. 



11 des kal. de janvier {déc. 1602). — Encore aujourd'hui nous 
n'avons pas été à Ablon, à notre grande douleur : mais nous irons 
bientôt et souvent, si tu le veux ainsi, ô Dieu tout-puissant, et si tu 
le permets. — J'ai vu le Roi aujourd'hui; il m'a reçu, comme tou- 
jours, avec une extrême bonté ( humanissimè) . Bénis ce prince, ô 
Eternel Dieu, et nous, ton peuple confié à ses soins, et cette maison... 
Àmen. „ ,^^ 

p. 450. 

k des kal. de janvier {déc. 1602). -- Que Dieu nous soit en aide : 
nous devons aller a Ablon aujourd'hui, avec mon neveu Isaac, fils de 
ma sœur, et une partie de la famille.... — Nous y avons été et nous 
voilà de retour, non sans avoir éprouvé le secours de la protection 
divine. Je revenais en carrosse avec nobles dames. Madame de Crice- 
bant et Madame de Mantaleon (2) :.le cocher ne connaissait pas bien 
le chemin. Il arriva que la solennité de ce jour se prolongea plus qu'à 
l'ordinaire, et sur ces entrefaites la nuit survint. Par suite de ces 
deux inconvénients, l'obscurité et rinexpcrience du cocher, nous au- 

(1) Elle venait d'être gravement malade. 

(2) Nous n'avons pas de renseignements sur ces deux noms; le -premier nous 
a toui l'air d'être estropié. 



sous l'ÉDIT de NANTES. 275 

rions été précipités dans la rivière, si la main de Dieu ne nous eût 
sauvés; un des chevaux faillit y périr, et nous le retirâmes avec 
grand'peine, déjà presque noyé. Nous sommes arrivés enfin, très tard 
dans la nuit, « ayant beaucoup souffert de l'eau et de la route. » 
Grâces soient à toi, ô Dieu, qui nous as assistés.., 

p. 451, 

Nones de janvier 1603, — Heureux jour, je l'espère! Je vais à 
Ablon entendre ta Parole, ô Dieu! et nourrir mon âme du pain de vie. 
J'aurais souhaité que ma femme y tut avec moi; mais, pardonne, « ô 
Sauveur ! » puisqu'elle en est empêchée par l'état de sa sauté. J'irai 
donc seul, et je te rendrai grâces du fond de mon cœur pour la protec- 
tion dont tu as couvert Genève (1), — Mais, hélas! il faut « y renoncer.» 
Ce Constant, qui, hier, avait promis de nous louer un cheval, nous a 
manqué de parole {inconstans fait). J'en suis centriste et courroucé. 
Pardonne, ô Dieu! et accorde-nous, « pour entendre ta Parole, des 
temps plus favorables. » Exauce -nous pour la gloire de ton nom, 
l'édification de ton église et le salut des fidèles. Amen. 

r. -459. 

7 des Ml. de février 1603. — Je vais à Abion, ô Dieu Sauveur! pro- 
tége-nous. — Tu nous as en effet pi'otégés. Père plein de miséricorde, 
car j'ai fait le trajet à pied, aller et retour, bien fatigué, il est vrai, 
mais sans en être autrement incommodé, je l'espère. Gloire à toi, 
sainte Trinité, aux sièclesdes siècUis. Amen. 

p. 461. 

17 des kal. d'avril 1603. — Je suis attristé. Comment ne le serais- 
je point, après aveir passé à la maison le jour du Seigneur. Encore 
n'est-ce pas à la maison, mais dans la boue de ce Paris que je suis 

(1) C'est l'affaire dite de V Escalade, second coup de main préparé par le duc de 
Savoie contre Genève, pendant l'été de 1602, et exécuté dans la nuit du 11 au 12 
décembre. Théodore de Bèze, malgré son grand âge, voulut en cette circonstance 
remonter en chaire, pour rendre grâces, et il lit chanter le psaume CXXIV : 
On peut bien dire, Israël, maintenant : 
Si le Seigneur pour nous n'eût point été, etc. 

Les Genevois écrivirent à M. de la Guiche, gouverneur de Lyon, pour lui faire 
connaître cette outrageuse violation du traité do paix conclu entre le duc de Sa- 
voie et Henri IV, dans lequel leur ville était garantie, et la «délivrance miracu- 
leuse de leur Dieu. » Le bruit courut à Paris de la prise de Genève, et, comme dit 
Spon, il était plus vraisemblalile que le contraire. Lorsque le roi eut été inlormc 
de la vérité par M. de la Guiche, il écrivit à Messieurs de Genève une belle lettre 
de félicitations et d'assurances de sa bonne amitié. Cette lettre est datée du 8 jan- 
vier 1003, et la mention de Gasaubon qui motive cette note est du 5 (nones de 
janvier). 

Nous savons que M. le Pr. Gaborcl, de Genève, prépare sur ce célèbre épisode 
de l'histoire de son pays, une publication appuyée de nouveaux do'cuments. 



>276 LES lEJIl'LUS UE L ÉGLISF. ))I: l'AKIS 

resté, occupé d'un travail, qui nrcn tleviciit par cela même odiouN. 
Telles sont les joies des hommes : elles donnent plus d'amer aloèsque 
de doux miel. Fais, ô Père céleste, que nous les méprisions pour re- 
garder à toi. Amen. 

5 des hal. de mai 1603. — J'ai consacré une grande partie de ce 
jour de dimanche à la lecture des auteurs ecclésiastiques. Mais j'ai 
éprouvé une grande douleur en apprenant le funeste accident arrivé à 

Monsieur M (1). Cet homme, plein de science et de mérite, était 

pasteur de l'Eglise de Dieu qui se recueille à Saumur. Il était venu à 
Paris pour une affaire particvdière, et il vint me voir il y a quatre 
jours, car nous étions d'anciennes connaissances. vanité de l'espé- 
rance humaine! Etant allé le lendemain voir Monsieur Bunel, peintre 
du Roi (2), et homme excellent, il monta, sans y faire assez d'at- 
tention, sur un échafaud élevé par les ouvriers qui travaillent au 
Louvre, et, une planche s'étant rompue, il tomba, et mourut iuniié- 
diatement sur le coup même. On a remarciué qu'en regardant les 
compositions du maître habile chez' qui il se trouvait, cet homme 
pieux, comme s'il eut pressenti que sa dernière heure allait sonner, 
lit, au sujet de plusieurs de ces compositions, des remarques pleines 
de profondeur, et conversa avec les personnes présentes sur divers 
points, et particulièrement sur le mépris de la mort et la soif d"une 
vie meilleure. Que Dieu vienne en aide à sa famille, et surtout à l'Eglise 
qui a perdu cet homme éminent, dont la mort fait dans son sein un si 
grand vide. Que notre Père et « Sauveur » nous conduise tous et nous 
conserve dans toutes les heures, dans tous les moments de notre vie. 
Amen. 

p. 479. 

(1) « Machesei » porte le texte. C'est encore un nom qui nous parnît déli- 
guré; il ne ressemble à aucun de ceux des pasteurs de Saumur que nous con- 
naissons. 

(2) Jacob Biincl , peintre d'hisloire, no on lôbS, qui fut frr,s renomma de sou 
temps, et dont la réputation est restée fort au-despous do son nu'iilo. H paraît qu'il 
(■■lait de Tours , quoique Blois le revendique aussi, ^i!^non, son contemporain, 
l'appelle « le plus grand peintre ijui lût en Europe.» Henri IV le nomma sou 
peintre à la mort de Dubreuil, en nov. 1G02. 11 avait S(\journ(5 en Espagne ei 
contribué, par ordre de Philippe II, à la décoration de l'Escnrial. 11 lit beau- 
coup de peintures au Louvre, à Fontainebleau, dans beaucoup d'églises de Paris; 
mais celles qu'il avait exécutées avec Dubreuil à la prlile galerie (celle dite au- 
iourd'liui (VApollon, et qui vient d'être restaurée), périrent par l'incendie q li 
consuma ce b<à liment en 1660; et ses ouvrages étant fi IVesque, auront ainsi dis- 
paru sous le badigeon , la truelle et le marteau. Nous ne savons si l'on par- 
viendrait aujourd'hui à trouver, en France du moins, un seul échantillon des 
œuvres de Bunel. La catholique Espagne aurait elle mieux conservé la mémoire du 
peintre huguenot'.' 



soLTS L'ÉniT DE ^:A^;■rl•s. 277 

13 (les kal. d'ooiil 1G03. — J'ai été à Ablon^ j'en suis revenu. 
« (jràces soient à* Dieu! » J'ai vu baptiser un catéchumène, Indien de 
naissance, après qu'il eut rendu raison de sa foi... 

p. 506. 

^des kal. d'août 1603. — Ma femme a été à Ablon, et a entendu 
Monsieur Couet (1)... Queîvj-ai et « ineffable » contentement de l'àme 
elle en a rapporté. Pour moi, retenu par je ne sais quelles occupa- 
tions, je n'ai point passé ce jour ainsi que je l'aurais voulu. Aie pitié 
de mai, ô Dieu! et sois véritablement « mon conseil et mon guide ». 
Amen. 

p. 507. 

3 des nones d'août 1603. — J'ai entendu prêcher Monsieur 

Couet, digne ministre de la parole de Dieu, riche de science, j'en- 
tends « de cette science qui est la vraie. » Il a développé ce texte de 
saint Matthieu, XV, 10 : « Et ayant appelé le peuple, il leur dit : 
Ecoutez, et comprenez ceci : ce n'est pas ce qui entre dans la bouche 
(jai souille l'homme; mais ce qui sort de la bouche, etc. » Il nous a 
parlé des divers surnoms du Christ, et surtout de ceux de Conseiller 
(consiliarius) et de « ]'erbe » {/\àyo:) ; puis il a exposé d'une manière 
très instructive ce que c'est que « entendre n et que « comprendre », et 
il a montré que dans l'Eglise romaine (papale, pontificiâ) ces deux 
actions, entendre et comprendre, n'occupent guère de place; enfin il a 
expliqué le sens de ce précepte qui est expliqué dans les Actes, à l'en- 
droit où une grande nappe (linteum) apparaît à Pierre dans sa pri- 
son (2). Que dire de plus de rexcellence de ce sermon? Le temps 
qu'il a duré m'a paru bien court... (3). 

p. 308. 

9 des kal. de sept. 1603. — Nous allons à Ablon, moi, ma femme et 
une partie de la famille, et nous te prions, ô Eternel Dieu ! de nous pré- 

(1) Ici et plus loin le texte porte Chouelum. Ce doit être Couetum. 

(2) V. Actes X, 11 et XI, 5. «J'eus une vision : je vis descendre du ciel un 
vaisseau , conime une grande nappe liée par les quatre coins, et qui vint Jus- 
qu'à moi. » 

(3) Le Journal de L'Estoile nous apprend que le surlendemain, jour des nones 
d'août, c'est-à-dire 5 de ce mois, Madame Catherine étant arrivée à Paris, le 
culte réformé fut célébré le jour suivant chez elle. Casaubon n'en fut sans doute 
pas informé; il n'en dit rien à la date du 8 des ides, qui répond au 6 aoiU. «Le 
mardi 3 aoust (1603), dit L'Estoile, Madame la duchesse de Bar, sœur du Roy, 
arriva de Lorraine à Paris, où dès le lendemain fit prêcher publiquement et à 
huis ouverts, en son holel, près des Filles R(^penties, combien que le bruit fût 
partout que le Ruy ne le vouloit point, et qu'il l'avoit expressément défendu. Ce 
fait, elle partit l'après-midi, pour aller trouver le Roy son frère àSaint-Germain- 
eii-Lave,» (P. 3a3, éd. de 1837.) 



278 LES TKMPLES DE L EGLISE DE PARIS 

server de toute espèce « de maux »;, par ton Fils unique, Jésus-Christ, le 
Sauveur du monde : daigne nous communiquer ton Saint-Esi)rit, afin 
qu'il nous dirige « vers la connaissance et. la pratique de tout bien ». 
Amen. — Nous voici de retour, et nous te rendons grâces, ô Dieu! 
avec un cœur reconnaissant; nous le devons d'autciit plus que l'évé- 
nement de ce jour nous avertit, moi et les miens, de nous remettre à 
ta Providence céleste tous les jours et les instants de notre vie. Fré- 
geville (1) était un galant homme, sa vie Ta montré, aussi bien que sa 
dernière action; mais il n'avait pas toujours la plénitude de sa raison. 
lia souvent, dans le domaine des lettres, entrepris des travaux au- 
dessus de ses forces. C'est ainsi qu'il avait écrit et publié un ouvrage 
de chronologie dirigé contre le grand, Scaliger (2) ; il était occupé en 
dernier heu, et depuis bien des années, de la conversion des Juifs. L'an 
passé, plein de l'espoir de réussir dans son dessein, il partit pour les 
pays où il y a des Juifs. Il alla donc à Francfort, et aussi, je crois, à 
Venise, afin d'y prêcher le Christ. C'était sans doute une noble tâche, 
mais qui n'aboutit point. Il me dit souvent, je m'en souviens, que ses 
efforts avaient été stériles, parce qu'il n'avait trouvé personne parmi 
les Juifs qui eût la volonté ou qui fût en état de débattre avec lui les 
questions théologiques. De retour à Paris, après ce voyage, l'excellent 
homme, toujours poursuivant son idée, avait résolu de traduire les 
livres du Nouveau Testament en hébreu, se promettant des merveilles 
de cette translation, dès qu'elle serait une fois entre les mains des 
Juifs. Il m'en parla, m'ayant rencontré il y a six semaines. Aujour- 

(1) Notre texte l'appelle Frigenilla. C'est encore un nom mal lu, mais qu'il 
est au moins i'acile de rétablir. La bibliothèque du temple de l'Oratoire possède 
un exemplaire de la Chronologie de J. de Fjégeville, de la maison de Gant, 
natif de Réalmont en Albigeois, contenant la fjénérnle durée du monde, démons- 
trce par la Parole de Dieu. Paris, 1582, in-4". C'est bien là l'ouvrage dont parle 
Casaubon. Il paraîtrait que Frégeville était une espèce d'éccrvelé. Le synode pro- 
vincial l'avait suspendu de la cène, et le synode national de Sairito-Foy, de 
1578, en censurant ses écrits, confirma cette décision et ordonna de l'excom- 
munier s'il persistait à répandre ses erreurs et ses folies par la parole ou i'im- 

' pression (Art. 15 des Faits part.). Les jugements de la noblesse citent la famille 
Juges do Frégeville, et on trouva un Paîil de Juges, conseiller à Castres. 

(2) Casaubon eut toute sa vie pour Scaliger une admiration et une amitié 
sans bornes, que celui-ci lui rendit, autant que cela était compatible avec son 
caract^^re si différent de l'abandon naïf de Casaubon. « Ces deux grands hommes, 
dit Guy-Patin, s'entr'écrivaient toutes les semaines;» mais jamais ils ne se 
virent, les visites projetées .ayant toujours rencontré quelque empêchement. Le 
ajournai de Casaubon, dépositaire de ses secrètes pensées, montre mieux qu'on 
îl'a dit, « qu'il vénérait Scaliger comme un père, dont la science était à la fois 
%)0<irlui un modèle incomparable et une émulation de tous les instants.» Aussi 
Imalhcur au téméraire qui osait, comme Frégeville, marcher sur les brisées du 

■^'maître divin de la science. Quel qu'il fût, il était d'avance condamné. 



sous l'ÉDIT PE NANTES. 279 

d'hui même, il nous en entretenait, plein de joie et d'espérance, dans 
le bateau qui conduisait. à Ablon, suivant la coutume, une partie de 
notre Eglise, lorsqu'une mort inopinée, et en dehors du cours naturel 
des choses, l'enleva soudain, au milieu de ses grands projets. Arrivé 
au bourg de Choisi (i), il qaitta le grand bateau, et il monta dans une 
barque pour descendre à terre. Une femme sauta dans cette même 
barque, et fut cause qu'elle chavira et que ceux qui s'y trouvaient tom- 
bèrent dans la rivière, « la tête la première. » Frégeville fut du nom- 
bre. Cependant tous furent sauvés; lui seul échoua véritablement au 
port et échangea contre une vie meilleure cette vie de souffrances. 
Donne-nous, ô Dieu! de profiter de ce triste exemple pour la gloire 
de ton nom et pour notre salut. 

p. 512. 

4 des nones de nov. 1603. — Je pars pour Ablon, le cœur gai et 
content. Je te prie, « ô Sauveur ! » de nous prendre « sous ta sainte 
garde, » moi et les miens. —Je suis revenu avec la satisfaction d'avoir 
entendu Monsieur Montigny, pasteur de cette église, qui a prêché fidè- 
lement et doctement la parole de Dieu... 

p. 521. 

5 des kal. de janvier (décembre 1604). — Nous n'avons pas été à 
Ablon aujourd'hui, quoiqtie la célébration de la sainte Cène du Sei- 
gneur nous y appelât. Contraints de remettre à « dimanche » pro- 
chain, nous avons employé plusieurs heures à lc^ lecture des Pères. 
Bénis ces études et toute cette mienne maison, ô Dieu « trois fois 
saint. » Oh ! couvre nos péchés par les mérites de Jésus-Christ, ton Fils 
notre Seigneur, et dirige-nous par ton Saint-Esprit. Amen. 

p. 528. 



3° ePournal de 'ïi'Estoile. 

Les nombreux fragments ùViDlaire de Casaubon, qu'on vient de lire, 
sont comme une esquisse de l'Eglise de Paris, tracée par un de ses membres 
fidèles, et ils prouvent surabondamment que Casaubon, le grand érudit, 
était en même temps un vrai chrétien, humble d'esprit, simple de cœur. 
Ses éphémérides réalisent pour nous cette maison de verre, qu'un sage païen 
voulait se bâtir: il s'y montre tel qu'il était, digne de l'affection et du res- 

(1) Choisy-le-Roi , bourg sur la rive droite de la Seine, à deux lieues S.-E. do 
Paris. Aujourd'hui commune du dôpartemenl de Seine-et-Oise, et première sta- 
tion du chemin de Ibr de l^aris à Gorbeil et à Orlcans, à 10 kil. 



-2X0 IK^ TKMPLKS DE l'ÉGLISE DE PARIS 

pecldcb gens de biens. Avec lui, nous venons d'assister aux scènes d'in- 
térieur, aux mille incidents, aux mille difficultés de la vie religieuse des 
lidètes de Paris, condamnés au pèlerinage d'Ablon. Nous allons maintenant 
cliercher la chroniciue, pour ainsi dire extérieure, de cette époijue, disns 
les tablettes quotidiennes de L'Estoile, ce spectateur désintéressé, qui nous 
a légué un si précieux recueil de nouvelles et d'observations de toutes 
sortes. La première mention que nous y trouvions, au sujet d'Ablon, est 
seulement du 29 septembre 1602, et concerne le baptême d'un 111s de Sully 
qui y fut célébré ce jour-là; la dernière est du 18 septembre 1605, de façon 
que ce journal ne comble guère la lacune que nous avons rencontrée dans 
celui de Casaubon ; mais nous pouvions considérer comme de bonne prise 
pour notre sujet tous les endroits où il était question de faits de religion , 
et cela nous conduit jusqu'au 15 juillet 1606, c'est-à-dire jusqu'au change- 
ment du lieu d'exercice. Du reste, les deux écrits se font contraste l'un à 
l'autre, et par le ton et par la nature des détails qu'ils renferment : c'est 
même en ce sens qu'ils se complètent d'une manière très instructive. 

Extraits du Journal de VEstoile. 

Le dimanche 29 de ce mois {septembre 1602), fut baptisé à Ablon le 
fils de M. de Rosny, duquel fut compère avec madame la princesse 
(l'Orange M. de Saint-Germain (1), qui faisoiticy les affaires de ceux de 
la religion. 

^ p. 338. 

Le dimanche 26 (janvier 1603), un carme fit profession de la reli- 
gion et ietta son froc aux orties à Ablon. 

" *■ p. 344. 

Le dimanche 16 (février 1603), ne se trouvèrent estant au presche 
à Ablon, à cause du mauvais temps qu'il faisoit, que trente personnes 
seulement , dont encore le ministre , qui estoit Du Moulin , faisoit le 
trentième. 

p. 344. 

Le dimanche 23 (févr. 1603), le fils de M. Du Couldrai, conseiller en 
la Cour, qui estoit de la religion, fut baptisé à Paris au faubourg Saint- 
(icrmain ; auquel baptesme assistèrent jusques à cent personnes. 
Sa Majesté leur ayant permis de s'assembler pour cet effect jusques à' 
vingt ou vingt-cinq personnes seulement, sur la plainte et le rapport 
qu'on luy avoit fait que plusieurs enfans qu'on portoit baptiser à 

(1) Député général des Eglises, nommé en 1601 par l'assemblée générale de 
Sainte-Foy. 



sous l'ÉPIT IIE NANTES. 281 

Abloii , mouroient sans baptesme , à cause du long et mauvais che- 
min. 

p. 344 

Le mardy 1" de ce mois {avril 1603), dernière fête de Pasques, le 
cordelier portugais qui avoit presché le carême à Saint-Jacques-de-la- 
Boucherie, y prescha le purgatoire ce jour, où une partie de la pa- 
roisse d'Ablon se trouva. Entre autres passages et autorités qu'il allé- 
gua pour le prouver, il cita un passage de Luther, qu'il lut tout haut 
en chaire dans un tome des œuvres dudit Luther, que M. l'abbé de Ti- 
ron lui avoit preste. Deux ou trois jours durant, il en avoit presché où 
M. de Rosni s'estoit trouvé qui dit qu'il n'avoit rien ouï de luy sur cet 
article que choses fort communes et vulgaires : ce qui ayant été rap- 
porté audit cordelier, il dit qu'il en prescberoit encore le mardy; mais 
qu'il leur en donneroit un tel coup, que jamais ils n'en guériroient : 
lequel coup toutefois ceux d'Ablon ne trouvèrent tant mauvais et mor- 
tel qu'il l'avoit crié. 

p. 347. 

Le samedy dernier du mois {may 1603), on donna un petit discours 
nouveau et nouvellement imprimé du ministre Du Moulin contre le 
purgatoire, intitulé : Eaux de Siloë , pour esieindre le feu du purga- 
toire, contre les raisons d'un cordelier portugais qui-a presché le pur- 
gatoire, le carême dernier, à Saint-Jacques-de-la-Boucherie. 

p. 350. 

Ze mois suivant {juin 1603), les docteurs Duval et Cayet publièrent 
pour la probation du purgatoire contre les Eaux de Siloij, du ministre 
Du Moulin, deux écrits, l'un intitulé Feu d'Hélie, qui étoit de notre 
maître Duval; et l'autre Fournaise ardente, de notre maître Cayet; 
laquelle, soit qu'elle fût trop échauffée ou autrement, fut rejetée de 
messieurs nos maîtres, comme infestée d'hérésie, prônée parles curés 
du commandement de Tévêque de Paris, qui la censura : laquelle cen- 
sure ceux de la religion ayant découverte, firent imprimer en un pla- 
card, par P. Lebret, que on appeloit l'imprimeur d'Ablon, où il en 
porta quantité, dont il eût bonne dépêche, et les vendoit et crioit à 
l'entrée du prêche, comme font les contrcporteurs de Paris leurs ba- 
gatelles et denrées aux avenues du palais. 

V. 352. 

Le dimanche 13 {juillet 1603) un cordelier du couvent de cette ville, 
nommé Boucher, fort ignorant, et pour lequel il fallut que le ministre 



282 LES TEMPLES DE l'ÉGLISE DE PARIS 

Couet parlât, jeta son froc aux orties à Ablon et fit profession de la , 
"Religion. 

° p. 353. 

Le dimanche 20 {juillet 1603), il y eut un juif baptisé à Ablon, qui 
était âgé de trente-cinq ans ou environ. 

° p. 353. 

Le dimanche 10 {août iGO^), Madame, à la prière du roy son frère, 
assista au sermon du Père Cottoz, jésuite, qu'il fit ce jour àSaint-Ger- 
main-en-Laye, à onze heures du matin; et prêcha l'Évangile du Sama- 
ritain, où, interprétant ce surplus dont il est fait mention audit pas- 
sage, dit que c'étoit le trésor des indulgences du pape et les œuvres 
de supérérogation qu'il en tiroit. Ce que Madame fit confuterVaprès- 
dînée même par son ministre Du Moulin, auquel elle enchargea de 
prêcher cette même Évangile. Ce qu'il fit. 

* p. 354. 

Le dimanche, 24 de ce mois, un nommé Fréqueille (i) passant l'eau 
à Choisi pour aller prêcher à Ablon, chut dans la rivière et se noya. 
11 le fallut porter à Ablon pour l'enterrer, parce que ceux de Choisy, à 
cause de la Religion, lui refusèrent la terre pour sépulture. ïl était 
homme de bien, fidèle et loyal à toute épreuve, qui étoit cause que je 
l'aimois : il avoit aussi beaucoup de bonnes lettres. 

p. 356. 

Le jeudi 15 {sept. 1603), un cordelier du couvent de Paris, nommé 
Boucher, qui, le dimanche 13 du mois de juin précédent, avoit fait 
profession de la Religion à Ablon, reprit l'habit dans les cordeliers de 
Paris, après qu'on lui eut fait faire une abjuration publique de sa faute, 
fait amende honorable, la torche au poing, et donné la discipline de 
Saint-François tout du long. ^ ^^^ 

Le dimanche 7 {déc. 1603), y eut un capucin du tout ignorant et de 
peu d'esprit (ainsi disoient ceux quil'avoient connu) qui se rendit à 
Ablon. Il était gentilhomme. ^ ^^^ 

Le dimanche 11 (janv. 1604), la fille de madame de Rosni fut ma- 
riée au prêche, à Ablon, avec M. de La Boulaye, gouverneur de Fon- 
tenay-le-Comte,fiis du feu sieur de La Boulaye, auquel le feu roy avoit 
donné en garde le feu cardinal de Bourbon, que la Ligue, depuis, ap 
pela Charles, X" du nom, roy de France. Le festin en fut magnifique, 

(1) C'est encore le nom de Frégeville estropié. {V. ci-dessus, p. 278.) 



sots l'ÉDIT de NANTES. 283 

par M. de Rosni en son hôtel à Paiis, le dimanche, où Leurs Majestés 
se trouvèrent, 

P . 360 . 

Le dimanche 22 (févr. 1604) , un jeune cordelier du couvent de Paris, 
nommé Bugnet, tenu pour habile homme entre eux, quitta le froc et 
l'habit, et se rendit à Ablon, où il fit, ce jour, publique abjuration de 
son ordre et religion, et profession de la leur. Il tira, avant que partir, 
une attestation de son supérieur, comme il s'est toujours bien et hon- 
nêtement gouverné et sans reproche, et donnant à entendre qu'il vou- 
loit aller parler quelque part; et ainsi les trompa, comme un cordelier 
même de là-dedans me conta. Il étoit d'un esprit vif et gaillard, comme 
témoigne un sien petit livret intitulé Antipéristase, imprimé à Paris, 
in-16, par A. Dubreuil, composé par lui peu auparavant son défroque- 
ment, qu'un mien ami me donna. Le discours est fort joli, et le langage 
affecté ; où il a mis son nom, ayant possible pensé qu'un traité d'amou- 
rettes s'accordoit mal avec la profession de cordelier. 

p. 363. 

Le vendredi/ 12 {mars 1604), M. l'archevêque d'Aix (1), docte 
prélat et vrai torrent d'éloquence, prêchant le carême à Saint-André, 
scandalisa fort la paroisse d' Ablon, pour avoir dit qu'en y allant 
on chantoit de vilaines et sales chansons, et audit Ablon aussi (2), 
et que ce n'était que toute abomination de leur fait; ce qui fut trouvé 
plus mauvais de lui que d'un autre, parce qu'on disoit qu'il savoit 
bien les chansons qu'on y chantoit, et qu'en ayant été autrefois, il 
ne pouvoit ignorer ce qui s'y faisoit. Même le roy, parlant un 
jour de luy, avoit dit que s'il y eût eu des évêchés du côté de ceux 
de la Religion, qu'il eût été évêque d' Ablon; mais qu'il n'y en avoit 
point. 

p. 365. 

Le dimanche 11 {avril 1604), jour de Pâques flories, monseigneur le 
marquis de Rosni, estant au prêche à Ablon, fit le pain béni à Saint- 
Paul, où on donna quatre écus au cierge et quatre à l'œuvre. On disoit 
qu'il étoit de deux paroisses fort différentes, et éloignées l'une de 
l'autre. — Il donna aussi trente écus pour la quête du cordelier por- 
tugais à Saint-Paul, qu'il alloit ouïr souvent; et disoit-on qu'on lui 

(1) Paul Hiirault de l'Hôpital, petit-fils, par sa mère, de l'illustre chancelier, 
et bien peu digne héritier d'un si beau nom. 

(2) C'est des Psaumes de Marot que le prélat parlait avec cette irrévérence. 



28-i irS TKMl'LES DE l'ÉGLISE DK PARIS 

avoit bien fait jusques à quatre cens écus, qui étoit plus de profit qu'on 
n'eût scu tirer de ses sermons en quarante ans. 

p. 3G7. 

La dimanche1% {nov. 1604), qui étoit le lendemain de Noël, un Turo. 
âgé de quarante ans ou environ, fut baptisé à Ablon et tenu par M. de 
Rosni^quile nomma de son nom Maxhnilien. Ceux qui y estoicnt disent 
que ledit Turc fit en cette assemblée une fort belle et ample confes- 
sion de foi. 

P, 381. 

Le dimanche \^ {févr. 1605), M. de Rohan épousa à Ablon la fille 
de M. de Rosni. Etant mariée on lui mit aussitost audit Ablon la cou- 
ronne ducale sur la tête et lui bailla lors le manteau ducal; et fut en 
cet équipage conduite à Paris par un bon nombre de seigneurs et gen- 
tilsbommes, auxquels M. de Rosni avoit donné à dîner audit château 
d'Ablon. 

p. 333. 

Le dimanche 29 {mai 1605), jour de la Pentecôte, un cordelier du 
couvent de Paris, nommé Bertrand Davignon, jetta le froc aux orties, 
et fit profession de la religion à Ablon. 

Le dimanche 18 {sept. 1605), fut dès le matin affiché à la porte Saint- 
Victor, et autres endroits de la ville de Paris, un séditieux placard , 
imprimé contre ceuxd'Ablon ; dont ilyeut grand trouble et murmures, 
parce qu'il fut suivi de deux meurtres (fut à dessein ou autrement), 
à sçavoir d'un nommé Robert , demeurant au faubourg St-Germain , 
qui se mêloit de louer des chambres; lequel, revenant d'Ablon avec un 
sien fils, fat attaqué et tué sur la place par un soldat des gardes de la 
compagnie de Sahite-Colombe, et ledit soldat tué tout à l'heure par le 
fils du dit Robert, outré de juste douleur de voir son pauvre père 
mort. Ledit placard contenait ce qui s'en suit : 

« On fait sçavoir à tous écoliers, grammairiens, artiens, et autres 
« adolescens illustres étudians en nostre Université lutétienne, qu'ils 
« aient à se trouver aujourd'hui /30S^p'anc?mm sur le bord de la Seine, 
« cum fustihus et armis, pour là s'opposer m tempore opportuno aux 
« insolences de la maudite secte huguenote et abloniste; faisant def- 
« fense à tous prévôts^ lieutenans et autres, d'empêcher ceci, sur peine 
« d'encourir l'ire de Dieu et du peuple chrétien et oatholique, etc. » 

p. 388. 

En cet an 1605, y eut à Paris une grande assemblée de messieurs 



sous LÉDU UE NAMES. 285 

du clergé (1), qui se tint, sous la pei mission de Sa Majesté, au couvent 
des Augustins; en laquelle se firent de belles propositions, peu ou 
point de résolution_, de faste prou, de profit peu, de dépense beaucoup. 

, Le vin et la bonne chère qui y présidoient causèrent, entre les prési- 
dens et prélats de ladite assemblée, de grands débats et altercations 
sur le fait de leurs préséances, principalement entre nnessieurs les ar- 

Iclievcques de Sens et de Lyon, l'un vieil et l'autre jeune, qui l'em- 
porta toutefois dessus le vieil. Et enfin la décision de cette matière, 
comme des autres traitées en cette assemblée, se termina pour la 
))lupart en coups de poing, qui tombèrent sur ceux môme qui n'en 
pouvoient mais. Un docte homme de notre temps^ en con)posa [des] 
vers qui furent divulgués partout. 

p. 39-2. 

Sw la fin de ce mois (fév. 1G06), se voyoit à Paris un livre d'un jé- 
suite nommé Mariana, lequel se vendoit publiquement, encore qu'en 
termes exprès il approuvât l'assassinat du feu roi, et en louât le 
meurtrier 

p. 394. 

Le dimanc//e 1 juillet (i606), j'ay [donné] à mon cousin Edouard 
Mole... le Traité de rFglisede M. Du Plessis, relié in-S^ en parchemin, 
sous promesse qu'il m'a faite de ne le point brusler, mais le lire. 

p. 301. 

Le samedi 15 (juillet 1600), M. de Gréban m'a preste ung escrit à la 
main, contenant cinq fteuillets, fait par le ministre de Montigni, pour 
la confirmation en la religion d'un quidam que le curé de Saint-Sau- 
veur taschoit de réunir à la religion catholique romaine. 

p. 402 



4:" 3B6moirefS de flinlly. 

« Sully, dit Benoît, n'était pas difticlle sur la religion. » En effet, l'Estoilo 
vient de nous montrer comment, allant à Ablon, il avait, l'art de concilier 
Genève et Rome, et de s'accommoder aux rites de l'un et de l'autre culte. 
De même, il avait su rester huguenot, tout en conseillant au roi son maître 
d'abjurer, et en lui fournissant l'argument décisif. On comprend que la fran- 
diise de cette conduite ait paru fort douteuse et que l'on se soit demandé 

(1) Cette assemblée fat présiûL'e pnr François, cardinal de Joyon?c, archevêque 
de Rouen, primat de Normandie. Elle était composée de neuf archevêques, dix- 
huit évoques et trente- deux abbi's du second ordre. 



i>86 LES TEMPLES DE L EGLISE DE PARIS 

si ce n'était pas un pur calcul. Incontestablement Sully n'eut pas la foi et 
l'ardeur des du Plessis l^Iornay, des d'Aubigné, des La Noue; mais les 
choses humaines veulent être jugées humainement. Si l'ami du Béarnais se 
trompa en certaines conjonctures, s'il eut des vues particulières (jue nous 
ne pouvons approuver, s'il fut, en un mot, un huguenot à manche large, 
il faut reconnaître cependant qu'il ne dépassa pas non plus certaines bornes, 
qu'il rendit de réels- services à la cause de ses coreligionnaires, (}u'il ne 
céda point aux flatteries des évêques et du pape, qui le convoitaient pour 
leur parti, ni même aux pressantes sollicitations de Henri IV, et ne se laissa 
point éblouir par les offres les plus brillantes. Oublier tout cela, ne lui en 
savoir aucun gré, ce serait excès de rigueur, summum jus. Faisons donc 
la triste part des erreurs et des faiblesses, que l'homme d'Etat, qui n'en est 
pas moins homme, envisage trop souvent comme des nécessités, et croyons 
que Sully parlait sérieusement, lorsqu'il déclarait que « quand il aurait à 
" changer de religion , il le feroit par science et par connaissance de cause 
« et non par ambition , avarice ny vanité. » Encore une chose que nous au- 
rions tort d'oublier, c'est que sa persistance à demeurer parmi ceux de la 
religion le plaça souvent dans une situation assez embarrassante, et que sa fa- 
cilité à faire bon visage aux deux cultes à la fois lui valut, des deux côtés, en 
plus d'une occasion, des traits mordants, des épigrammes fort acérées contre 
lesquels il tint bon néanmoins. C'est ce qui arriva, par exemple, dans une 
circonstance importante où ses voyages à Ablon lui furent rappelés d'une 
manière excessivement piquante. Il nous a semblé que hî narré, très piquant 
aussi, qu'il en fait, se rattachait à notre sujet, et nous nous en sommes 
emparé, d'autant mieux que ce passage des Econoînies royales est, comme 
nous l'avons dit , le seul où nous ayons trouvé une mention relative à 
Ablon (1). 

C'était en 1603, Une grande affaire était alors sur le tapis. Les jésuites, 
depuis l'arrêt du Parlement qui, à la suite de l'attentat de Jean Chàtel, 
les avait bannis du royaume (décembre 1594), n'avaient cessé de poiu-- 
suivre leur rétablissement (2). Ils n'avaient négligé aucun moyen d'arriver 
à leiu- fins, et le roi avait promis, mais il ne trouvait pas si aisé de tenir sa 
promesse, et il était à bout d'ajournements. Le nonce du pape, les révérends 
pères Ignace, Mayo, Cotlon, Armand et Alexandre le circonvenaient et le 

(1) Sully avait sa maison ou sou château à Ablon, et on a vu tout à l'heure, par 
les extraits de L'Estoiie, qu'il y traita grande compagnie au mariage de M. de 
Rohan avec sa tille. Mais nous n'avons pu ol^tenir aucuns renseignements sur 
celle résidence. 

(2) Tous ceux qui avaient conservé « quelque diminutif de semence espagno- 
«lique et ligueuse dans la lanlaisie, dit Sully, sollicitcient conlinuellemenl pour 
«le rétablissement des Jésuites, la publication du concile de Tienle, la réjec- 
« lion de ceux qu'ils nommaient liérétiqucs des grandes charges du Roy et du 
« Royaume...» 



sous l'ÉDIT DK NANTES. 287 

serraient de près; on tenait encore en réserve le père Gonthier, « impé- 
tueux et bruyant comme un tonnerre. » Maître La Varennc les secondait 
en auxiliaire dévoué, qui comptait sur eux pour avancer ses enfants aux 
plus hautes dignités, voire au cardinalat, comme il advint. Ainsi hàlin 
en brèche, le roi se décida à donner ordre au Connétable d'assembler cbez 
lui un Conseil composé de MM. le chancelier de Bellièvre, de Chàteau- 
neuf, de Pontcarré, de Villeroy, de Maisse, le président de Thou , de 
Calignon , Jeannin , Brùlard de Sillery, de "Vie et de Comartin , pour en- 
tendre , par la bouche de La Varenne , les propositions de la Société , les 
examiner, en délibérer et lui en faire rapport. Sa Majesté , jugeant bien (jue 
Sully serait fort aise de ne point faire partie de cette réunion , l'avait d'a- 
bord et à dessein laissé de côté. Mais M. de Sillery, « fin et cauteleux 
esprit, » affecta de s'étonner de l'absence de M. de Sully dans ce Conseil , 
représenta au roi qu'on ne saurait se passer de lui , que son concours était 
absolument nécessaire , et fit tant et si bien que le roi finit par céder et par 
dire qu'il en serait. Sully fut aussitôt averti de tout ceci par Loseray, pre- 
mier-valet de chambre de Sa Majesté. Le but de Sillery sautait aux yeux: 
soit que le conseil fût favorable, soit qu'il lut contraire à la demande des 
jésuites, il y avait de l'odieux à recueillir immanquablement, et Sully, élant 
du Conseil, en prendrait sa bonne part, si même il ne le portait tout entier. 
On se réunit donc chez le Connétable. Mais lorsqu'il s'agit d'ouvrir la 
délibération et d'opiner, ce fut à qui ne parlerait d'abord. Alors Bellièvre, 
Villeroy et Sillery tournèrent leurs regards vers Sully, et Sillery dit que 
l'honneur d'opiner le premier lui appartenait, comme à* celui du conseil 
qui était le plus expérimenté dans les affaires et le mieux informé des vo- 
lontés du roi. Sully, qui était « desjà un peu esmu et demi en colère de 
« tels artifices , >> au lieu de payer ce compliment aigre doux en monnaie de 
courtisan, voulut répondre droit à la pensée de Sillery, et le fit en ces 
termes : 

« Monsieur^ je ne désire en aucune façon interrompre ni changer 
l'ordre accoutumé du Conseil, et partant suis-je d'avis que vous opiniez 
en vostre rang et moy au mien. Car aussi bien, quand j'aurois parlé le 
premier, si n'en auriez-vous pas tiré les avantages que vous vous estes 
peut-estre imaginé, tant à cause des charités que je sçais bien que l'on 
m'a prestées sur ce sujet, que de la religion que je professe, laquelle 
feroit interpréter aux esprits malicieux tout ce que j'en pourrois dire 
ou à malveillance ou à cautelle, artifice que je laisse pour ceux qui s'y 
délectent, me gardant bien de rien déterminer en mon opinion sans 
avoir auparavant consulté mon oracle.» — «Ace que je vois, monsieur 
(répliqua Sillery avec son ris jaune), il nous faudra donc attendre, pour 



288 LES lEm'LEs UE l'iîglise de pauis, Etc. 

sçavoir vostre advis, que vous ayez tait un \oyage sur les rivages de la 
Seine à quatre lieues d'icy (voulant désigner Ablon).» — «Monsieur, lui 
répartit aussitôt Sully, vostre énigme est fort facile à deviner, et, pour 
y satisfaire, je vous dirai qu'en matière de religion nuls honnnes ne 
sont mes oracles, mais la seule Parole de Dieu, non plus qu'en aiïaires 
politiques et d'estat je n'en ay point d'autres que la voix et la volonté 
du Roy, de laquelle je veux estre particulièrement informé avant que 
de rien conclure sur une affaire de telle importance et sujette à va- 
riété d'accidens, voire qui peut estre suivie de grands inconvénients, 
sans apparence de beaucoup d'advantages en la précipitation d'icelle. » 

« J'estime (repartit alors le Connestable, appliquant tout bonnement 

au Conseil ce que Sully venoit de dire pour son particulier), j'estime 
que l'advis de M. de Rosny sera le plus sûr de tous, et que nous ne 
sçaurions mieux faire que de sçavoir précisément les intentions du Roy 
avant que de rien conclure , voire niesme que nous devons prier Sa 
Majesté d'estre présente à nos délibérations... (1) » 

On voit que le dii;ne Coniiétalile s'empressait de saisir le premier prétexte 
qui se présentait pour faire jouer au Conseil , le rôle d'un docile instrument 
du bon plaisir du roi. 

M. de Villeroy, qui avait ses visées, fit observer (pie Sa 3Fajesîé, ayani à 
faire révoquer un arrêt du Parlement, avait sans doute voulu s'éclairer et se 
fortifier des sages avis de celte assen!l)lée, et que la proposition du Conné- 
table irait à rencontre de son dessein. 

Mais M. de Tliou, branlant la tète, dit alors (jue « si telle estoit la vo- 
lonté du Roi, et qu'il désirât réellement s'exempter de l)làrae, voire de repen- 
tance et peut-être de dommage et dangers en sa personne et son estât , il 
pouvoit renvoyer les requestes, offres et propositions de la Société au Par- 
lement et l'en laisser faire... » 

« Il se passa encore plusieurs autres discours là-dessus, dit Sully (car 
chacun en voulut dire son mot), lesquels se terminèrent en une résolution 
d'en parler au Roy, avant <ine d'opiner davantage, tellement que ne s'estant 
rien fait ce matin [je relournay] à l'Arsenal.» 

Après cette curieuse séance (à lant iV autres pareille'.), nous ne savons si 
des délibérations plus sérieuses eurenl lieu. — Quant au résultat final, il n'est 
que trop connu : au mois de septembre, le roi signait l'édit portant le réta- 
blissement des jésuites en France , et le 2 janvier '160i, il forçai!, le Parlement 
de Paris à l'enregistrer. 

'!) GEconomies royales, cli. XXX. Edit. orig., in-lol. niix trois YVV verts, 
t. 11, p. 192. 



LETTRE INEDITE D'IS&AC CASAUBON 

A SON BEAr-FIlÈKE PÉRILLAU- 
1603. 

M. B. Fillon, de Fontenay-Vendée, a bien voulu nous communiquer l'ori- 
ginal (autographe signé) de la lettre que nous allons publier. Elle confirme 
ce que nous avons dit plus haut (p. 25b) de Casaubon; elle est touchante 
par les sentiments qui y sont exprimés, et les quelques lignes du Post-Scrip- 
tum relatives à Théodore de Bèzc oiiVent beaucoup d'intérêt. Casaubon 
avait été très frappé de la belle vieillesse du Réformateur qu'il venait de 
voir à Genève. Le jour même de son arrivée dans cette ville (1 2 juin 1603), 
il écrivait dans son Journal : « J'ai trouvé tous les miens en bonne santé, 
« et j'ai reçu d'eux tous l'accueil le plus affectueux ainsi que des hommes 
« vertueux de cette cité, particulièrement du vénérable vieillard M. de Bèze, 
« dont la verte vieillesse nous a singulièrement étonnés et réjouis, ma 
« femme et moi. » Six jours après, nous voyons qu'il dîne chez Bèze, avec 
sa femme et son grand ami Pinauld : « Bon Dieu, écrit-il, quel homme! 
« quelle piété! quel savoir! homme véritablement grand, véritablement 
« plein de l'amour de Dieu {verè Qio-yô.rt) et spécialement béni de Dieu! 
« Entre autres choses, j'ai surtout admiré un phénomène bien remarquable 
« de sa mémoire : tandis que l'âge lui a fait perdre presque totalement le 
« souvenir des choses du monde, jamais, lorsqu'il parle des saintes lettres 
« et de théologie, on ne croirait entendre un homme parvenu à une aussi 
« extrême vieillesse {i^yjxTorhpw) , mais bien un homme dans toute la 
« force des années. Toute sa vie, tous ses discours se rapportent à Dieu ; 
« il loue constamment la bonté et la grandeur de Dieu; il lui adresse con- 
te starament ses prières, et en quels termes ! avec quelle ferveur ! avec quelle 
« abondance! Je ne puis m'empêcher de m'écrier : bienheureux vieil- 
« lard!... {Ephémérides, pp. 491, 494). » 

En lisant ce dernier passage, rappelons-nous que Casaubon écrivait ici 
pour lui seul. 11 exprime la même admiration dans ses lettres à ses amis, 
mais avec plus de retenue ; en sorte que le témoignage qu'il a rendu à Bèze, 
dans le secret et l'effusion de son cœur, surpasse encore celui (pi'il lui ren- 
dait devant les hommes. Ses Ephémérides ne devaient pas voir le jour : 
c'est donc une voix de la tombe qui, après deux siècles et demi, vient dé- 
poser en faveur du compagnon d'œuvre et du successeur de Calvin. 

Voici encore un rapprochement très intéressant. On lit dans le Journal 
de L'Esloile (p. 357), à la date du 25 août 1603 : «En ce temps M. Casau- 
« bon, revenu de son voyage de Daupliiné, ayant passé par Genève, me 
« conta (lu'il y avait vu M. de Bèze, âgé pour le présent de quatre-vingt- 

19 



290 LETTRE INÉOITF. p'iSAAC CASAUBON 

« cinq ans, et qu'ayant longtemps communiqué avoc lui, il n'y avoit aperçu 
(' aucune diminution d'esprit et de mémoire, pour le regard de sa tliéologie 
« et des bonnes lettres; mais, pour les affaires du monde, qu'il en avoit 
« perdu du tout la mémoire et la connoissance; demandoit à tout le monde 
« comment se porte la reine d'Angleterre (I); ne lui avoit jamais pu per- 
« suader d'écrire au roi d'Angleterre, disant qu'il étoit mort au monde, et 
.< qu'il lui falloit songer de mourir et non d'écrire aux rois et aux reines. » 
Ainsi, la note de L'Estoile concorde parfaitement avec celles qui précèdent 
et avec la lettre qu'on va lire. Nous remarquons seulement que si le bon 
vieillard refusait d'écrire au roi d'Angleterre, il faisait cependant exception 
pour le roi de France; car, à la date du 25 juillet, Casaubon, de retour à 
Paris depuis douze jours, nous apprend « qu'il est allé rendre visite à Sa 
« i\Iajesté, et lui a remis une lettre du vénérable M. de lièze.» Il avait un faible 
pour le Béarnais ; il savait gré au roi de France de ses bonnes dispositions 
envers Genève et de sa bienveillance pour lui-même ; les faits accomplis de- 
puis plusieurs années et notamment lEdit de Nantes lui avaient fait oublier 
peu à peu l'abjuration... Mais nous aurons lieu de revenir sur ce point en 
publiant deux lettres inédites de Bèze à Henri IV. Voici celle de Casaubon 
que nous devons à l'obligeance de M. Fillon. 
La suscription au dos porte : 

A Monsieur mon très cher frère , 

Monsieur Perillau, 

fidèle ministre de la parolle de Dieu, 

A risle Bouchard. 

Monsieur, montres cher frère, j'ay esté longtems en peine de 
scavoir nouvelles de vostre estât , ne sçachant ni de vostre mariage, 
si l'avez consommé, ni de vostre mariage spirituel, si y avez encores 
consenti. Car je sçavoisque en estiez sollicite. J'ay donc este très aise 
d'avoir par vos dernières entendu qu'aviez passé outre et en l'un et 
en l'autre point. Puis donc qu'ainsi est, je prie Dieu de tout mon 
cœur que et le corporel et le spirituel mariage vous succèdent à vostre 
e;rand bien et contentement : et que Fun serve à l'autre pour vous f;i- 
cililer le moien de servir à la gloire de nostre Seigneur. Je sçai que 
c'est vostre désir; je me confie aussi que il vous en fera la grâce. Je 
désirerois que il se présentât quelque bonne occasion pour voyager 
par delà, afin de vous voir et ma très chère sœur vostre femme; aussi 
pour vous dire Fincroiable contentement que j'ai eu au voiagc qu'ai 

(1) La reine Elisabeth était morte le 4 avril de cette même annûo 1603. 



A SON BEAf-FRKRE PÉRILLAU. 291 

fait en Dauphiné et Genève, où nous avons esté moi et ma femme 
(jueiques deux mois. Ma bonne mère se porte bien selon Taage et ses 
ennuis. Elle vous envoie un million de recommandations du meilleur de 
son cœur, aiant esté fort aise d'ouïr les nouvelles de vous que je lui 
dis. Ce ne feut sans jetter larmes ex recordatione veferum amicitiarum 
et rerum prœteritarum (1) . J'ai vouleu la colloquer à Genève : mais elle 
n'a vouleu. Je lui ai achepté une maison au lieu de Bourdeaux, et ai 
fait mon possible, voire pardessus mes forces, pour l'oster d'appré- 
hension pour l'adoucir. Car c'est son mal ou plus tost de la vieillesse. 
Dieu merci elle est maintenant in re satis lautâ (2), pour une personne 
qui se soucie si peu de soi que elle fait. Les moiens assez bons que mon 
feu père lui avoit laissez sont pour la plupart esvanouis par la fraude 
de certains qui nous ont trompé. Mais loué soit Dieu qui m'a fait la 
grâce de réparer toutes ces bresches, et me donne le grand con- 
tentement de pouvoir faire acte de fils à ma mère. Je vous escris ceci 
par ce que je sçai combien vous l'aimez et combien vous avez honoré 
mon père ibv p.»y.t/.piTov (3). Dieu nous face la grâce et aux nostres de 
conserver en nous le zèle et piété qu'ont eu ceux desquels et vous et 
moi sommes sortis. Tenez moi à jamais. 
Monsieur mon très cher frère , 

Vostre très humble et affectionné serviteur, 
A Paris ce 15« sept. 1603. Is. Ca^acbon. 

[Ce qui suit est en post-scriptum et à la marge.] 

J'ai veu à Genève mes anciens amis et sur tous Monsieur de Bèze , 
rare exemple d'une vieillesse omnibus nurfferis beoiœ (4j. Il ne pense 
plus à rien qu'à Dieu et aux choses cœlestes : in cœteris obliviosus, in 
literis ad miraculum usque iJ.jr,iJ.oviy.bi (5). Dieu le conserve en tout cest 
estât. Je crois que celui que me recommandez par les vostres vous fera 
entendre ce que lui ai dit de la puissance qu'aviez sur moi en toutes 
choses. 

Ma femme a désiré que je adjoutasse à la présente ses très affection- 
nées recommandations, tant à vous que à M''^ vostre femme. Elle m'a 

(1) Au souvenir des vieilles anaitiés et des choses passées. 

(2) Dans une assez bonne situation. 

(3) Le défunt. V. ci-dessus, p. 272, note 1. 

(4) Heureuse de tout point. 

(5) Oublieux pour tout le reste, gardant une mémoire merveilleuse pour ce qui 
est des lettres. 



202 JOURNAL DU VOYAGE DE DANIEL CHAMIER 

aussi dit avoir une scedule de dix ou douze oscuS;, qui vous sont deus 
par M. ServinàGen[ève]. Que si il vous plaistlui envoier une procure 
en blanc pour les faire retirer, on taschera à faire que ceste petite 
partie ne vous soit pas perdue. Le plus tost sera le meilleur, car le bon 
Servin s'en va au safran (.s/c), et peut-estre n'a-il mérité de vous que 
lui quittiez. Advisez ce que voulez que on face dudit papier. 



JOURNAL INÉDIT DU VOYAGE DE RI. DANIEL CHAMIER A PARIS 

I:T a LA COUR DK HENRI IV 
EN 1607. 

Nous avons mentionné {Bull. 1. 1, p. 20) une Notice en anglais sur Daniel 
Charnier et ses descendants, qui nous avait été offerte l'an dernier par 
31. Henry Cliamier, l'aîné ùes héritiers de ce nom. 31. fl. Charnier, qui a ré- 
sidé pendant trente-cinq années dans l'Inde, où il a occupé en dernier lieu 
les hautes fonctions de Secrétaire en chef et de 3r-nibre du gouvernement, 
jusqu'en 1848, conserve avec un zèle pieux tout ce qui se rattache aux sou- 
venirs de sa famille. Ayant, dès le principe, adhéré à notre œuvre {Ibid., 
p. 19; et étant entré en relation avec nous, il a bien voulu nous communi- 
quer des papiers d'un grand intérêt, au nombre desquels se trouve le pré- 
cieux manuscrit que nous publions aujourd'hui. 

C'est une copie, en 32 pages in-folio, du Journal, que Daniel Charnier écri- 
vit de son voyage auprès de Henri IV, en 1607. L'original paraît s'être perdu. 
Sur le premier feuillet sont tracées, de la main de ,lean Chamier, père de 
31. Henry Chamier, ces lignes que nous traduisons de l'anglais : 

Pour être soigneusement gardé et déposé, après ma mort, entre les 
mains du Rév^ J .- W. Macker, gui en féru, la remise aux héritiers et 
descendants de la famille Cliamier. î20 murs 1829. 

JEAy CHAMIER tl). 

Nous avons accompagné le texte de ce .loiirttal de notes et de rapprocîie- 

(1) .Ican Cliamier, Esq., nû m 175'», mort li; 23 révrier 1831, après avoir ûté 
Secrétaire en eliel et .Membre du Conseil de la l'iésidenee de INladra?. I.e nom do 
la famille était Des Champs, d'nne ancienne et noIiK; lamille de protestants du 
Périgord, alliée à celles de Théodore de Be/.c et de 'rroiicliin, l't (pu a lonrni plu- 
sieurs minisires do rHvangilc. Son père était le troisième' lils du pastenr .Jean 
Des (Champs, de Bergerac, réfugié à Genève lors de la révocation de l'Edit de 
Nantes, (pn lut lui-même pasicur de réghse française de Londres en I7'i9, et 
iîpousa Judith Charnier, huinellc était A sa mort, en 1801, dernière héritière en 
ligue directe de ce nom célehie. Mais .lean DesChamiis, son fils, avait, cfmfor- 
niémeut aux dernières volontés de son oncle, maternel Anthony Chamier, obtenu, 
le 20 oclobre 1780, une autorisation royale pour j.rendre k l'avenir le i\um de 



A VARIS KT A LA CUtR DE HEN1U IV. "293 

niriiîs (jui en feront ressortir îniit l'inlérèt. Nous donnerons ici qnehiues dé- 
(aiis snr la personne même de Daniel Charnier et sur les circonstances dans 
les(iiielles il fut appelé à se rendre à Paris. 

Daniel Charnier a joué un grand rôle parmi ses contemporains. Bayle 
manifeste plus que de l'étonnement de voir que sa vie n'a pas été écrite. " U 
n'y a au monde que les Français, dit-il, qui soient capables d'une telle négli- 
gence. » Le blâme en retombe particulièrement sur les coreligionnaires de 
Chamier, et il faut reconnaître qu'il est mérité, nul n'ayant déployé au ser- 
vice de la cause protestante plus de fermeté et de dévouement que l'illustre 
ministre et professeur de ^lontauban. Né en 1565, et d'abord attaché suc- 
cessivement à plusieurs églises, il avait remplacé de bonne heure son 
père, comme pasteur de ^îontéHmar, en Dauphiné, et c'est à ce titre qu'il 
fut député par la province, en lo96, au synode national de Saumur et 
à l'assemblée politique de Loudun. Déjà en lo94, le synode national de Mon- 
tauban l'avait désigné au nombre des ministres qui seraient chargés de sou- 
tenir les controverses avec les docteurs de l'Eglise romaine. En 1397, 
lorsque l'assemblée de Loudun fut transférée à Vendôme, à Saumur, puis à 
Chàtellerault, pendant la durée des négociations relatives à l'Edit de Nantes, 
Ciiamier prit à ces négociations une part active et importante (I.). 11 fut un des 
(jiialre députés qui reçurent l'Edit, après sa signature, des mains des(;om- 
missaires du Roi, en avril 1598 (2), et nous voyons par l'article 12 des Actes 
généraux du synode de Montpellier, qu'à ce synode, tenu au mois de juin 
suivant, ce furent lui et Brunier qui apportèrent les lettres de l'Assemblée et 
l'Edit, " faisant entendre en même temps que tout ce qui était nécessaire 
n'avait pas été ohtcnn, faute d'une bonne union et intelligence. » En 1600 
et IGôl , il soutint des disputes théologiques avec les jésuites Cotlon et Gaul- 
tier. Au mois de mai de cette même année, il fut député au synode national 
de Gergeau, quU'envoya avec De Maravat présenter au Roi des remontrances 

Charnier, qui est aujourd'hui porté \iar s^es fils et petits-fils, parmi lesquels nous 
avons déjà signalé le Hév. William Cliaraier, ministre de l'église anglicane à 
Paris. 

MM. Emile et Anthony Des Champs, littérateurs distingués, sont cousins 
i«sns do germains de M. Henry Chamier et de ses frères. Ils descendent de Gabriel 
Des Champs, tils aîné du pasteur réfugié, qui rentra de bonne heure en France 
et fut contrôleur des actes à Rouen. 
- La devise des Chamier est remarquable ; elle rappelle noblement les circonstan- 
ces qui forcèrent leurs ancêtres à s'exp;ilrier et à chercher uu rel'uge là où leur 
conscience pût être libre : aperto viverk voto. 

(1) Quelques auteurs vont jusqu'à le représenter comme le re</«cto<r de l'Fldit. 
C'est là une grossière erreur, de la façon du sieur Varillas. Il prétend (]ue Cha- 
mier « avoit eu la commission de dresser l'Edit. qu'ily avoit employé trois mois 
« entiers et s'étoit vanté de n'avoir rien oublié de ce qui servoit à l'allermisse- 
« ment de sa secte.» (Préface de VHist. de Vhérésie.) Bayle a reproduit cette as- 
sertion; mais on voit qu'elle lui paraissait suspecte. 

(2) Du moins, si l'on peut ajouter foi à une pièce rapportée par Soulier dans 
son Histoire du Calvinisme (p. 319), et sur l'authenticité de laquelle nous con- 
cevons des doutes que nous exposerons ailleurs. 



204 JOURNAL DU VOYAGE DE DAMlîL CUAMIER 

et demander pour rassemblée de Saumuf la permission de conlinuer ses 
Iravuux. Henri IV iic voulut point l'accorder, mais il autorisa la eonvocalion 
d'une autre assemblée à Sainie-Foy. Charnier en fit partie et s'y distingua 
encore. En 1603, il représenta de nouveau sa province au synode national di' 
Gap, dont il fut élu modérateur, et qui souleva la grosse question de t. An- 
téchrist, en ajoutant à l'article XXXI de la Confession de foi, ce fameux pa- 
ragraphe au sujet duquel on fit tant de bruit et on excita tant de colères (1). 
Les décisions de ce synode furent d'ailleurs pleines de sagesse. 

Le Synode national de La Rochelle, tenu en mars 1607, était appelé à 
nommer six personnes, sur lesquelles le Roi devait en choisir deux pour 
remplacer La Noue et Du Cros, qui avaient été nommés en 1605, sur la pré- 
sentation de l'assemblée de Chàtellerault. Mais au lieu de dresser cette liste 
de six, le Synode prétendit que ses membres n'y étaient pas autorisés par 
leur mandat, et il nomma simplement Villarnoul et Mirande. Benoit dit que 
Chamier fut chargé de faire agréer au Roi cette double nomination et que, 
" après six mois de séjour, il se morfondait, n'ayant pu encore obtenir 
« J'honneur de lui parler. Sa personne, ajoute-t-il, n'était pas agréable, parce 
« qu'il était de ces fous du Synode, que le Roi n'aimait pas, de ces têtes 
« dures que rien ne (léchit, de ces cœurs inaccessibles aux craintes et aux 
" espérances, qui sont les plus fortes machines de la cour.» Le Journal que 
nous allons reproduire semble contredire le récit de Benoit. En eflet, il 
n'en résulte nullement que Charnier eût été chargé de la mission qu'il lui 
attribue, et on y apprend que le principal objet de son voyage était l'érec- 
tion d'un collège à ftlontélimar, et (lu'il avait été député en Cour non par le 
Synode national, mais par les Eglises du Dauphiné. 

Cette affaire du collège de 31ontélimar paraît avoir été laborieuse entre 
toutes. Dès lo97, dans les Plaintes des Eglises réformées de France sur 
les violences qui leur sont faites, etc., on représentait, nous dit Benoit, 
que divers Parlements, « même après plusieurs jussions, avaient refusé de 
« vérilier les patentes accordées pour l'établissement de collèges, et on rap- 
« portait l'audace du Parlement de Grenoble, qui n'avait même pas daigné 
« répondre à la seconde jussion pour l'érection d'un collège à Montélimar. • 
Dans un ■< Cahier de remontrances des députés des Eglises sur (juelques 
'< plaintes qui leur sont faites des contraventions à l'Edit de Pacification, - 
cahier portant la date du i juillet 1603, et que nous croyons inédit, nous 
avons encore trouvé un article XX« ainsi conçu : 

« Supplient aussi Voslre Majesté de faire jt)uir les habitans de vostre 
. ville du Montélimar de la concession que Vostre Majesté leur fit, en 
« l'an 1593, de l'établissement d'un collège et université aux arts audit 

(1) Nous le reproduisons ci-aiirès, i'. 305. 



A PARIS ET A LA COUR DE HENRI IV. 295 

« Montélimar et enjoindre très expressément à la Cour et Parlement de 
« Grenoble de vérifier les dites Lettres dans trois mois, sans y appeler autres • 
« parties que les habitans dudit Jïontélimar qui seuls y ont intérest, et autre- 
« ment et en cas de retfus ou délay (.-onmie par le passé, qu'il plaise à Vostre 
« Majesté commander au premier Conseiller de vostre Conseil d'Estat, ou 
« Maistre des Requesîes trouvé sur les lieux, d'establir et dresser ledit 
« collège en l'imposition accordée pour l'entreténement d'icelluy. » {.Irch. 
imp. K407n°34.) 

Henri IV fit expédier de nouvelles lettres de jussion, avec ordre au 
Parlement de les vérifier dans les trois mois; nous ne savons si ce fut avec 
plus de succès. L'année suivante, le synode provincial décida « que le collège 
« deraeureroit établi dans la ville de Die » ; puis, le 20 juin 1607, il le trans- 
féra à Monlélimar comme lieu plus commode, et Daniel Charnier en fut 
nommé recteur (1). On voit dans le Facfum rédigé en 1684 par le prêtre 
Soulier, et publié par lui dans son Histoire du Calinnisme (p. 632), le parti 
que le clergé catholique lira plus tard contre l'académie de Die de ces muta- 
tions successives, dont il avait été lui-même le principal artisan, parles 
oppositions et les entraves de toutes sortes qu'il avait suscitées. Si l'on peut 
croire la version de Soulier, la question qui s'éleva alors fut celle de savoir 
si le collège avait pu être valablement transféré à Montélimar. « D'une part, 
dit le Facium, les catholiques de celte ville s'opposaient à la translation. 
De l'autre, les prétendus Réformés de Die soutenaient que la décision syno- 
dale du 28 octobre \ 604 devait être maintenue et que le collège devait rester 
à Die. Cette contestation fut évoquée au conseil, le 4 2 septembre 1 607 » (2). 
Quoi qu'il en soit, nous voici parvenus à l'époque où se place le voyage de 
Daniel Chamier. Nous allons le laisser s'acheminer à petites journées vers 
Fontainebleau où le Roi se trouvait alors, et nous le suivrons pas à pas, 
afin d'éclairer par nos commentaires, autant que cela nous a été possible, 
les scènes et les personnages qu'il va nous faire passer en revue. 

Mais nous plaçons ici, avant tout, le portrait de Chamier, encore jeune, 
gravé d'après un tableau du teiiips qui se trouve à Londres, dans la Biblio- 
thèque dite /?'• IfUliams Library. Nous avons constaté que le département 

(1) Nous ne connaissons pas le texte même des délib'rations de ce synode. Si 
' quelqu'un de nos lecteurs du Danphhié le possède, nous le prions de nous le 

procurer. Nous faisons la même demande pour tous les documents qui seraient 
relatifs à celte affaire du collège de Die ou de Montélirnar. Nous avons lieu de 
croire qu'il en existe encore da'ns cette dernière ville, parmi lys archives de la 
municipalité ou du conseil presbytéral. 

(2) Disons pourtant ici, pour comiiléter les renseignements qui précèdent, (jne 
l'an et du Conseil, rendu le 13 mai 1608, décida la contestation en laveur de 
ceux de Die. Le collège fut donc ét.ibli définitivement dans cette dernière ville. 
Comme on le verra plus loin, Charnier avait quitté Paris depuis deux mois (IG 
mars) lorsque cet arrêt intervint. 11 ne pouvait abandonner son église de Mon- 
télimar; il lut remplacé comme recteur par l'Ecossais Sharpius. 



290 .tol'knal du voyage de danmel chamieu 

des Estampes de la liibliotlièque imiiériale ne possède pas de portrait gravé 
de l'illustre professeur de Montauban. Peut-être n'en existe-t-il point. 




DAI^IEL CII.WIIER 

Nii EN DAUI'IUXK liN 1565 

lllMSiRK DE l"i;i;L1SE P.ÊEOUMÉE de MONTÉLIMAIi , EN 15!)i 

l'KOJESSEUr. DE THÉOLOGIE A L'ACADÉMIE DE MONTAlliAN , EN 1612 

TUÉ AU SIÈGE DE CETTE VILLE ,f LE 17 OCT. 1G'21 



« Il fut autant regretté de ses coreligionnaires, dit 
Scipion Diipleix, que s'ils avaient perdu une des 
meilleures places de sûreté \qu' ils tinssent en France. i> 



A PARIS KT A I.A COUR DE HENRI IV. ^97 

(M. Henry Charnier, ayant fait faire à Londres une gravure sur acier eu 
taille-douce du portrait ci-dessus, et ayant mis cette planche à notre disposition, 
nous avons eu recours à un procédé nouveau qui a reçu de son inventeur, 
M. Gillot, le nom de Paniconoç/raphie , et, au lieu d'une gravure sur bois ou d'un 
cliché ordinaire, nous avons ainsi obtenu un report de taille-douce sur zinc en 
relief, susceptible de passer fous la presse typographique. Encore une conquête 
de l'art ajoutée autant d'autres! Gravures sur acier, sur cuivre, etc., et même litho- 
graphies peuvent être maintenant transformées en reliefs, du jour au lendemain, 
et imprimées typographiquement comme une composition ou un cliché ordinaires.) 

A Tararo_, pour la coucliéc de moi et de mon homme, cinquante 
sols 2 l. 10 s. 

Pour les relais depuis Tarare jusqu'à Rouane, qui sont quatre, à 
quarante-un sols pour relais, font huit livres quatre sols. . 8 1. 4 s. 

A Rouane, attendant un bateau , pour la dînée et la soupée, avec 
le déjeuné au matin, trois livres cinq sols 31. 5 s. 

5'' nov. 1607. — Je partis de Rouane le lundi [5] novembre, et, mar- 
chant jour et nuit, parvînmes à Brear le mercredi bon matin, ayant 
despandu en tout, tant pour le bateau que pour la .dépense, treize 
livres dix sols 13 1. 10 s. 

A Brear, pour le relais jusqu'à Montargis, qui son' quatre, etpayay 
douze sols six deniers par cheval, et 17 s. G d. pour les guides, avec 
le montoir et l'estrenne à Rrear, revenant le tout à quarante-huit sols 
six deniers 2 1. 8 s. 6 d. 

Et pour la dînée, trente-cinq sols 11.15s. 

Mes trois autres relais, à quarante-un sols par relais, font six livres 
trois sols 1. 3 s. 

A Montargis, pour le soupe, cinquante sols 2 1.10 s. 

Et pour quatre relais jusqu'à la Chapellc-!a-Reine, à quarante-un 
sols, six livres trois sols G 1. 3 s. 

A la Chapelle-la-Reine, n'y ayant point de relais, fallu prendre la 
poste jusqu'à Fontamcbleau, deux livres onze sols . . . 21. 11 s. 

8'' nov. — Anisi j'arrivai à Fontaine1)leau le jeudi huitième novem- 
bre, et logeai au Grand Cerf, où je fis marché avec l'hôte de la cham- 
bre à quarante sols par jour, oii demeurâmes vivant à mes pièces, et 
en eus pour les trois premiers repas, pour deux écus . . . .6 1. 

D*- 710V. — Le vendredi matin, je me présentai à M. le maréchal de 



fî98 JOURNAL DU VOYAGE DE DANIEL CIIAMIEH 

Bouillon (1 ) avec un blanc signé rempli, et lui ayant exposé l'occasion 
de ma venue, il me promit d'"en parler au Roy; et me commanda de là, 
de venir à son dîné sçavoir la réponse, qui fut en un mot que je m'a- 
dressasse à M. Du Fresne (2). 

Vers lequel tout soudain je me transportai et lui rendis toutes les 
lettres que j'avais au Roy; lesquelles liies, il m'ouït sommairement et 
promit d'en parler au Roy, me commandant au reste de dresser un 
cahier pour ce qui concernoit le collège, m'assurant qu'on observeroit 
l'Edit. 

lO*" nov. — Le samedi matin, je présentai le cahier au dit S'' Du 
Fresne, qui le reçut, et me demanda que c'est qu'il y avoit pour mou 
particulier. Je lui répondis que je n'en sçavois que les termes géné- 
raux; que le Roy étoit courroucé, qu'il m'appeloit mutin et séditieux, 
ce qui m'étoit d'autant plus aigre; que cela m'ôtoit le moyen de me 
justifier, car les accusations ainsi générales ne peuvent être purgées 
que par une protestation générale; que je désirois d'avoir la commo- 
dité de parler au Roy et le supplier de donner lieu à ma justification. 
11 me dit que S. M. étoit d'un naturel fort ployable à clémence, et 
qu'elle ne fauldroit point à m'écouter. 

L'après-dîné, M. de Gazes (3) me dit que le Roy dînant 
chez M. Zaïnet (4), avoit entretenu M>* de Bouillon et de La 

(1) Henri de La Tour, vicomte de Tuvenne, duc de BouiUon, mart^chal de 
France, était, mallieureusement, depuis la convers?ion de Henri IV, le chef poli- 
tique des huguenots. 

(2) Du Fresne Canaye. (F. la note ci-dessus, p. 257.) Canaye était alors revenu 
de son anribassade à Venise. 

(3) C'est sans doute Jean Dupuy, sieur de Gazes, de la famille de Guyenne, 
gentilhomme ordinaire du roi. 

(4) Sélwstien Zamet, de Lucqucs, venu en France avec Catherine de Môdicis, 
en qualité de cordonnier, n'a nullement tenu compte du vieux proverbe qui dit 
que cordonnier ne doit regarder p/us haut que la semelle. Il chaussa si fort à sou 
gré le roi Henri HI (à qui il ne pouvait d'ailleurs manquer de pl.iire par son 
esprit d'intrigue et sa conscience italienne) , qu'il s'empara de sa laveur et de 
celle de toute la cour, fut naturalisé Français en 1581, et parvint en assez peu 
de temps à une immense fortune, commencée par les petits prolits du métier et 
par quelques intérêts dans la ferme du sel. Déjà en 1589 on voit le roi donner 
sur lui au duc d'Epernon une traite de 300,000 écus. Ami de Mayenne pendant la 
Ligue, il servit Henri IV eu s'entremettant pour la trêve de juillet 1593, et se main- 
tint dès lors avec lui sur un pied de crédit et bientôt de familiarité qui ne lui 
laissa plus rien à désirer. Sa maison et sa bourse devinrent celles du roi, tous 
deux y trouvant leur compte, cela va sans dire. H hébergeait la cour, il tenait 
table ouverte. C'est chez lui qu'était descendue Gabrieile d'Estrées, lorsqu'elle 
mourut. C'est chez lui que descendit la reine Marie de Médicis, en arrivant à 
Paris, ses apparte-nents du Louvre n'étant pas prêts. C'est chez lui enfin que 
Henri IV réunit, en 1600, le conseil avec qui il voulut examiner de nouveau s'il 
lalldit recevoir en France le Concile de Trente (qui par parenthèse n'y fut jamais 
admis). Zamet était devenu si pccunieux, qu'au mariage d'une de ses filles avec 



A PARIS ET A LA COUR DE HEMU IV. 209 

Force (d) touchant moy; qu'il l'avoit même apellé en lui deman- 
dant s'il m'avoit vù^ et ayant répondu qu'oui^ il lui dit qu'il sçavoit 
que j'étois un mutin; mais que si^ en parlant à lui, je lui disois parole 
qui le fàchàt, il me mettroit en lieu où je ne pensois pas. 

Le même jour Maynar (2) me vint trouver, me disant avoir charge 
de M. de BuUion (3) de s'enquérir si j'étois arrivé, et me demander si 
il seroit besoin pour mon particulier qu'il vînt à la cour. Je répondis 
que je lui envoyerois les lettres que j'avois à lui du Connestable de 
Lesdiguières (4), sur lesquelles il pourroit juger de ce qu'il demandoit : 
car, quant à moi, je n'en sçavois que dire, n'ayant rien aprins de clair 
de mes affaires. De fait, je lui écrivis en ce sens-là. 

Le Pioy fut à la chasse, et je vis M. de Blacon et les trois fils de 
M. de Gouv[ernet] (5-G). 

un homme de qualité, il se fit qun lifier de « Seigneur de dix-sept cent mille écu^. n 
Il prit ensuite les titres de baron de Mui'at et de Billy, conseiller du roi en ses 
conseil:-, gouverneur de Fontainebleau, etc. Son influence ne pouvait que se per- 
pétuer avec la régence de Marie de Médicis. 11 mourut en 1614, âgé de 62 ans. 
Un de ses fils fut évéque, duc de Langres et pair de France; l'autre, brave oifi- 
cier de l'armée royale, fut blessé au siège même de Montauban où Charnier 
fut tué. 

(1) Les Mémoires du maréchal de La Force (liv. 1, ch 7), et ses lettres de cette 
époque montrent qu'en effet il fut avec la cour à Fontainebleau, depuis la mi-octo- 
bre jusqu'à la fin de novembre 1C07. (V„ Mémoires authentiques de J-N. de 
Caurnont, duc de La Force, et de ses deux fils, les marquis de Montpouillan et de 
Castehiaut, 1. 1, pp. 196, 461.) Ces précieux Mémoires, en 4 vol., mis en ordre et 
accompagnés d'une introduction et de nombreux documents inédits, ont élé pu- 
bliés en 1843, par M. le marquis Ed. de La Grange, alors député, aujourd'hui séna- 
teur. En acquittant ainsi une dette de famille (Madame la marquise de La Grange 
est née de La Force), l'honorable éditeur a rendu à l'histoire de France, et par- 
ticulièrement à celle du protestantisme français, un éminent service. 

(2) Peut-être M. Mesnard, conseiller en la cour, dont parle L'Estoile {Journal 
de Henri IV, au 10 féviier 1607). 

(3) Claude de BuUion, plus tard surintendant des finances, était alors maître 
des requêtes. Il fut, en 1611, envoyé avec le conseiller d'Etat de Boisson, en qua- 
lité de commissaire, à l'assemblée de Saumur. 

(4) Avant le nom il y a dans le texte, en interligne, du connétable. Nous ne 
pouvions admettre cette addition, qui est une erreur évidente : Lesdiguières 
ne fut connétable qu'en 1622. De 1393 à 1614, c'était Henri, duc de Montmorency. 
Le manuscrit original portait sans doute ici un mot mal écrit; mais à coup sûr 
ce ne pouvait être celui de connétable. L'auteur de notre cojne a mal déchiffré 
ou, suppléé ce mot, et l'a accolé au nom de Lesdiguières, sans songer à l'ana- 
chronisme. Nous avons dit que cette copie paraît être de la main peu exerci'e d'un 
enlant. Nous avons cru un instant que le mot connétable avait été substitué à 
celui de maréchal, mais Lesdiguières ne devint maréchal qu'en 1608. 

(3-6) La Forêt, seigneur de Blacons, en Dauphiné, prit les armes dès la première 
guerre de religion, servit avec distinction sous Des Adrets, le seconda vigoureuse- 
ment avec le capitaine Gondorcot, à la prise de Lyon (1S62), lut gouverneur de 
la ville pendant quelqut! temps, et l'un des otages et des négocialeiu's pourla trêve 
conclue vers la fin de l'année avec Nemours. Il fut ensuite un des plus braves ca- 
pitaines de Lesdiguières, en Provence, s'empara d'Orange en 15S6, s'y installa 
comme gouverneur pour le parti huguenot, et lorsqu'il fallut, en 1604, rendre 
cette place au prince Philippe de Nassau, qui était catholique, Blacons lit long- 



^00 JOURNAL DU VOYAGE DE DAMEL CHAMIEU 

11*" nov. — Le dimanche au malin^ je fus voir M. de liouilloii, qui 
me dit que le Roy disoit que M. le Connétable avoit à se plaindre 
de moy, dont je lui dis la vérité (1); et de là je fus vers M. Du Fresne, 
qui me dit qu'il n'avoit point encore parlé de moy au Roy. Puis je 
trouvai M. de La Force^ à ([ui je rendis les lettres des pasteurs, et il 
m'entretint assez sur les propos que je dcvois tenir au Roy. Après cela 
nous nous en allâmes à la cour. 

L'après-dîné je fus voir M. Du Fresne^ qui me dit a\oir parlé au 
Roy, et pour mon fait me dit (jue le Roy parleroit à moy, et que je me 
trouvasse le lendemain matin à son pourmenoir, que je recevrois tout 
contentement. 

Quant au collège, qu'il l'avoit remis au conseil, étant besoin d'ouïr 
partie; et comme je lui dis que nous ne demandions que l'Edit, il le 
prit et lut l'article 38'', au lieu que dans le cabier j'avais marqué le 
27'', et dit qu'il ne fallait pas douter que le Roy ne voulût qu'il fût 
observé. 

Le même jour je fis compte avec l'hôte et trou\ai avoir despandu, 
pour le jeudi, vendredi et samedi, douze livres en dépense de bouche, 
et non compris le loyer de la chambre. 

temps des difficiillés, tant parce que ce prince était catholique que parce que le 
roi, dit Sully, s'y prit mal, d'ahonl avec Plaçons, en lui dépêchant Lesdiguières, 
son adversaire yjcrsonnel, qui eût été bien aise de lui faire de la remise de son 
youvcrnemet)t une huinilialion. 

Notre copie porte Couvreur. Ce doit être Gourernet. — René de L.i Tour 
du Pin Gouvernct. un des meilleurs lieutenants du inave Ch. Du Puy de Mont- 
brun, et ensuite de Lesdiguières. Nommé maréchal de camp en 1591, chauibellan 
du roi do Navarre, il devint, après Tavénemeut de Henri au tronc, conseiller 
d'Ktal, commandant du Bas-Drmphiné, et gouverneur de Die, Mévouillon, Mon- 
télimar, elc. — Celte famille est restée protestante jus(iu"après la révocation de 
riidit de Nantes; on trouve son nom dans le refuge de Brandebourg, 

(1) On lit dans une leltre de Villeroy ;\ Sully, datée de Fontainebleau, le II 
novembre 1607 : «Comme j'éeiis présentement à M. le Chancelier par le com- 
mandement du Roy, une escnpailc que l'on lui a fait entendre avoir esté faite par 
le ministre ChamieV envers M. le Contestable, passant à Montélimar, dont il vous 
informern, S. M. m'a donné charge aussi devons adresser un autre advis, qui est 
encore jilus important et digne de blâme et de répréhension que la faute dudit 
Chaminr, etc. » — Trois jours après ( l 't novembre), Villeroy écrit encore à Sully : 
« ,1'ay fait voir ce malin au Hoy ce que vous m'avez ('Trit sur les advis que je vous 
ay donnés par son commandement, tant des emportements du ministre Cliam'er 
que des lettres que l'on prétend avoir esté escrites par ceux de La Rochelle eu 
Angleterre, pour avoir le ministre Malvin ; de quoyje vous assenre que S. M, est 
demeurée très contente, et m'a commandé de vous faire savoir que i;a esté le mi- 
nistre rrime-Rose qui a poih' lesdites lettres en Angleterre, et qui à soinetour 
l'a dit à Sa Majesté. Il a sur cela obtenu de S. .M. permission de retourner à Ror- 
deanx pour y exercer le ministère, et a fort entretenu S. M., laquelle n'a encore 
oiiy ledit Chamier, ayant employé k la chasse ces deux jours de temps. » — Entin, 
Villeroy écrit encore a Sully le lendemain, 15 novembre: «M. de Bullion vous 
dira toutes nouvelles, tant de Chamier que l'advis de La Rochelle, etc. » {Œco)i. 
fioy., t. II, ch. 15.— F. aussi les Mém. de Sully, par l'abbé de Lécluse, liv. XXIV,) 



A PARIS ET A LA COUR DE HENRI IV. 301 

Le même jour fut fait marché avec mon hôte de la dépense de inoy 
seul, à 22 s. 6 d. pour repas, qui font 45 s. par jour, non comprise la 
dépense de mon homme. 

12« 7Î0V. — Le lundi, j'attendis le Roy à son sortir, et le suivis long- 
temps par les allées sans pouvoir parler à lui : enfin même lui fis dire 
par M. le duc d'Espernon (1) que je désirois me présenter à lui : mais 
il me renvoya à une autre fois. 

J'achetai deux rabats, qui coûtèrent 22 s. 

13e noy^ — Le mardi matin il monta à cheval pour aller dîner aux 
champs et recevoir le Connétable. 

Et ce même jour arriva M. de La Noiie (2), à qui tout soudain le Roy 
parla de moy et de ce que M. le connétable lui avait rapporté, que 
j'avois dit en me servant du mot de Papistes; et, en étant repris, le Roy 
les apellera comme il voudra, mais je les apellerai ainsi. Le Roy lui 
dit aussi qu'il ne vouloit point de collège au Montelimar. 

14.'' nov. — Le lendemain, mercredi au matin, arriva M. de Bulhon, 
avec lequel je devisai long-temps, et il fut résolu que je ne me pré- 
senterois point à parler au Roy qu'il ne l'eût vu auparavant. Aussi 
bien le Roy partit assez matin pour aller au Pressoir (3) et de là à la 
chasse, d'où il ne revint qu'il ne fut tard, et toutefois il avoit dit à 
M. d'Espernon qu'il parleroit à moy, seulement que je me présentasse. 

15e nov. — Au matin , je fis compte avec l'hoste du €erf pour sept 
jours, et lui payai trente-cinq livres, en tout 351. 

Outre douze sols tous les jours, que je baillai à mon homme, qui font 
pour quatre jours 21.8 s. 

■4 

(1) Jean-Louis de Nogaret de La Valette , duc d'Espernon , fut avec le duc 
d'Anjou au siège de La Rochelle, en 1573, s'attacha ensuite pour quelque temps 
au parti du rot de Navarre, qu'il quitta pour la cour de Henri l!l, dont il fut un 
des favoris. Il abusa de son crédit de toute manière, et se fit disgracier et exiler 
à Loches, en 1588. Pendant la Ligue, il se montra l'un des plus hostiles au roi. 
Henri IV lui pardonna ces tristes antécédents et le fit gouverneur de Provence. 
Il fut bientôt obligé de le remplacer par Guise, qui dut livrer bataille pour lui 
faire céder la i)lace. Henri eut encore la faiblesse de le nommer gouverneur du 
Limousin et de le maintenir dans ses bonnes grâces. 11 était dans le carrosse du 
roi, lorsque Ravaillac accomplit son assassinat, et l'on sait qu'il ne s'est jamais 
Javô de certains soupçons de complicité de ce crime. 

(2) Odet de La Noue, fils du brave et loyal François de La Noue, dit Bras-de- 
Fer, qui avait été également regretté des protestants et des catholiques. 11 lut 
nommé par le roi député général'des églises réformées pour l'ordre de la noblesse, 
sur la liste de trois personnes proposées par l'Assemblée de Cliâtellerault, en 1005. 

(3) Le Pressoir, qui existe encore, est un pavillon dépendant du château de Fun- 
tainebleau, à une demi-lieue environ, du côté de ïhomeiy. C'était dans l'ori- 
jfine le Pressoir royal, til la cour y allait fréquemment se promener. 



;î02 JOURNAL DU VOYAGE DE DAMEL CIIAMIEU 

Le jeudi, it parla au Roy sur le tard, et ayant commandement du 
Roy de s'en retourner le lendemain à Paris porter quelque dépêche au 
Chancelier (1) et à Mons»' de Rosni, il supplia S. M. de nie dépêcher 
auparavant, et il me commanda de me présenter le lendemain à son 
lever. 

iQ*- nov. — Le vendredi donc, de bon matin, je fus trouver ledit 
S'' de BuUion , qui me mena en la première chambre et me dit d'at- 
tendre qu'il vînt; ce qu'ayant fait, enfin le Roy sortit, et il me dit que 
le Roy lui a\ oit dit qu'il ne pouvoit pour lors parler à moy, à cause 
aue M. le Connétable étoit présent, et qu'il ne vouloit pas qu'il s'y 
trouvât quand il me parleroit. 

Le Roy s'en alla à la chasse au loup ; M. de BulUon et M. de La 
Noue partirent pour aller à Paris. 

M. de Bullion me dit aussy que le Roy sembloit être adouci, et ([ue, 
parlant à M. Du Fresne du collège, il avoit dit que la chose étoit assez 
claire. 

47« nov. — Le samedi bon matin, je fus h la chambre de M. de 
Loménie (2), qui me dit que le Roy devait prendre médecine ce ma- 
tin; tellement que je ne pouvois parler à luy, toutefois que j'attendisse 
en l'antichambre. 

Etant en l'antichambre, arriva M. Du Laurens (3), qui me demanda 

(1) Nicolas Brulart de Sillery, un des politiques les pins habiles de son temps, 
fut d'abord négociateur pour Henri III, puis ambassadeur de Henri IV en Suisse, 
président au Parlement en février 1897, et plénipotentiaire pour la paix de Ver- 
vins. Ce lut lui qui traita à Rome l'affaire du divorce et du second mariage du 
roi. Ses succès lui valurent les sceaux en mars 1603, ainsi que la dignité de 
chancelier de Navarre. 11 devint enfin chancelier de France en 1607, à la retraite 
du vieux Pomponne de Bellievre, et mourut le 3 avril 1608. Il fut souvent en 
mésinlellisence avec Sully, cjui, avec lui, se tenait toujours sur ses gardes. Bien 
doué par la nature , il n'avait presque pas étudié , et l'on connaît le mot de 
Henri IV sur « son Chancelier qui ne savait pas le latin et son Connétable qui 
ne savait ni lire ni écrire.» 

(2) Antoine de Loménie, seigneur de la Ville-aux- Clercs, fils de TJartin de 
Loméaie, seigneur de Versailles, qui fut tué i\ la Sainl-Barthélemy, comme zélé 
huguenot et dévoué au roi de Nivarre. Henri IV le nomma ambassadeur à Lon- 
dres, et ensuite secrétaire d'Etat, ministre de sa maison. 11 remplit ses fonctions 
de telle manière, qu'on l'appelait Vhomme de bien. C'est lui qui rassembla avec 
grand soin cette précieuse coUeciion de documents )nsj. coucernant les affaires 
du royaume, que Pierre Du Puy rangea en .^40 voUimeo et enrichit de 19 antres, 
et qui passa plus lard, par les soins de C.olbert, dans la bibliothèque du roi, où, 
sous le nom de Fonds de Brienne, elle constitue une des parties importarites de 
notre .grand trésor historique. 

(3) André Du Laurens, de Montpellier, où il occupait une chaire, fut appelé à 
la cour en 1600, comme médecin ordinaire du roi, devint en IG03 premier mé- 
decin de la reine, et en 1606 premier médecin du roi, au décos de iMarcscot. Il 
mourut le 16 août 1609. D'après L'Estoile, les exigence.-; de son service auraient 
abrégé sa vie, surtout «les veilles qu'il lui falloit soulfrir près le lloy, lequel, 



A PARIS ET A LA COUR DE IIRNRI IV, 303 

(les nouvelles de M. Claude (1), et me dit qu'il alioit éveiller le Roy 
pour luy faire prendre sa médecine. 

18e nov. — Le dimanche matin je baillai à mon hôtesse quatre livres 
et demie pour trois jours de la chambre seulement et dix sols de 
bois 51. 

Et pour ma bouche trouvé avoir despandu deux écus d'or^ qui font 
sept livres 7 1. 

Je prins une chambre chez M. Collet, chirurgien du Roy. 

Et m'en allai prêcher à Bois-le-Roy (2), d'où, comme je fus de re- 
tour, le Roy fut allé à la chasse du sanglier. 

iQ'^nov. — Le lundi au matin, allant voir M. de Loménie,je le 
trouvai sorti pour aller au Cabinet, et peu après le Roy s'en alla au 
Pressoir fort matin. 

Le bruit courut que M''^ le Chancelier et de Sully arriveroient en 
ce même jour ou le lendemain. Et j'étois bien aise de rendre audit 
sieur de Sully les lettres que j'avois à luy [remettre] avant que de 
parler au Roy. 

Le même jour M. Maynar me rendit des lettres de M. de Bullion, 
désirant sçavoir si j'avois été expédié, et je parlai à M. de Loménie, 
qui me dit de me trouver au retour du Roy de la chasse, mais cela 
fut trop tard. 

20*^ nov. — Le mardi au matin, je trouvai M. de Loménie, qui me 
dit de me tenir à rantichambre. Après y avoir été jusqu'à onze heu- 
res, il me fit dire que le Roy ne pouvoit lors parler à moy, mais (juc 
ce seroit à une heure du jour. 

Je me trouvai donc au diner du Roy, qui fut près de deux heures 
après midi, lequel achevé, le Roy se retira à la chambre de la Reine ; 
j'attendis toutefois jusqu'à ce que M. de Loménie me fit dire que je ne 
pouvois rien faire pour ce jour; que le lendemain donc je me trou- 
vasse au lever du Roy. 

21e nov. — Le mercredi matin, ayant manqué M. de Loménie, je 

quand il ne pouvoit reposer, envoyoit quérir ledit Du Laurens pour lui venir lire, 
et le faisoit souvent relever en plein niinuicî. » 

(1) Rien ne nous indiquequel peut être ce M. Claude. Est-ce quelque person- 
nage que l'on ne dés:g-nait que pai- son pi^'nom, ou bien serait-ce François Claude, 
ministie à Montbaziilac , puis à, la Sauvetat, et père du célèbre pasteur .lean 
Claude? 

(2) Le temple de Bois-le-Roy, pr.js Fontainebleau, subsista jusqu'en 1682. [Jn 
arrêt du conseil d'Ktat du 6 juillet de cette année, ordonna sa déiaoiiUon, et in- 
terdit rexercice du culte de la R. [K R. au dit lieu. 



.301 JOURNAL nu VOYAGE T)E DAN'IEL CIIAMIER 

m'en allai au logis de M. Du Fresne, qui me promit de parler au Roy 
pour moy^, et que j'attendisse en l'antichambre. 

Enfin, sortant, me dit que le lioy parlcroit à moy au sortir de son 
diner. à la gallerie. 

Je me trouvai donc au dîné du Roy, sur la fin duquel le cardinal 
Du Perron (1) arriva, qui fut reçu du Roy avec grandes caresses. 

Comme le Roy se retiroit avec ledit cardinal, je lui fis la révérence; 
il me dit par deux fois : Je parlerai à vous tantôt; et se tournant vers 
le cardinal, lui dit un peu bas : Voilà le plus mauvais de tous les mi-' 
nistres. 

Le morne jour arriva M. le duc de Sully (2). 

22e yioy, — Le jeudi au matin, le Roy étant sorti pour aller au ca- 
nal, me fit apeller, et j'étois chez M. de Sully, sans avoir pu parler à 
luy. 

Je trouvai le Roy accompagné de M. de La Force, lequel il quitta 
soudain qu'il me vit, et je lui dis être devant S. M. de la part des 
églises du Dauphiné. Premièrement, pour le remercier de la favorable 
réponse qu'il lui avoit plu faire à M. de La Coloinbière (3) sur les affaires 
d'Orange (4), dont elles étoient merveilleusement contentes, et su- 

(1) Jacques Davy Du Perron, de lamille réfugiée en Suisse pour cause de roli- 
gion, fils d'un ministre de Berne. Il vint en France et comprit que pour servir sou 
ambition il fallait entrer dans ri-^yiise romaine et dans l'état ecclésiastique. Sc^î 
complaisances pour Gabrielle d'Estrées, au moins autant que ses talents, lui ga- 
gnèrent les bonnes grâces de Henri IV, qui le lit évèque d'Evreux en 1591. Il 
s'employa dès lors activement pour la conclusion des troubles, pour l'abjurati: n 
du roi, pour .son absolution par le pape. Habile compère de Henri, il entraîna Du 
Plessis iMornay dans le tra(juenard de la conlérence de Fontainebleau, vu il devait 
remporter un triomphe assuré et mériter le chapeau de cardinal, qu'il n'obtint 
pourtant qu'en 1603, grâce à de nouvelles complaisances. Suivant L'Estoile, on le 
lui avait fait espérer dès 1595, cl on tint par là son zèle en haleine durant plu- 
sieurs années. C'était un beau et infatigable parleur, expert en ménagements, 
très choyé du roi, tout en servant le pape, et du pape, tout en servant le roi. / 

(i.) On voit par les Mémoires de Sully que le roi lui avait écrit, le 18 novendjre, 
de venir k Fontainebleau « avec le Chancelier, pour deu.\ ou trois jours au jilus. n 
Il piraît que celui-ci ne put partir avec Sully, et n'arriva que le surlendemain, 
23 novemijre. 

(3) Marc de Vulson, sieur de la Colombière, natif du Dauphiné, commença par 
le métier des armes, fut ensuite conseiller à la chambre de l'Edit de Grenoble, 
puis vint â Paris, où il acheta une charge de gentilhomme ordinaire du roi. La 
lamille de Vulson était originaire d'Ecosse, et il parait (|ue son nom était dans 
le principe Wutson ou Wilson. — M. de Vulson était à l'Assemblée de Loudun, 
et lut chargé: d'apporter au synode national de Saumur 'S juin 1396) les lettres (t 
propositions de cette Assemblée. ( V. art. 24 des 1'. g.) 

Cl) Blacons avait lini par rendre, l'année précédente, la place d'0:ange, le roi 
étant inliM'venu d'une manière décisive, à l'occasion du mariage du prince Phi- 
lippe de Nassau avec .Mademoiselle do Bourbon, fille du prince de Condé , p.re- 
mière princesse du sang, qui devait se conclure bientôt après à Fontainebleau. 
Ce mariage célébré, le prince s'était rendu dans sa principauté avec sa jeune 



A PARIS ET A LA fîOUR DE HKNIII IV. 30?) 

plioient s. M. de vouloir au plutôt dépêcher le gentilhomme qu'elle avait 
promis^ à ce que M. le Prince, informé de sa volonté, donnât du repos à 
ses sujets. Secondement, pour la suplier de leur accorder l'établisse- 
ment du collège à Montelimar, et trouver bon que son conseil y pour- 
vût. Pour au troisième, que j 'et ois aux pieds de S. M., sur les avis que 
j'avois eu que les malins m'avoient mis bien avant dans sa malgràce 
par des calomnies, desquelles je ne savois encore rien de particulier; 
pourtant je supliois S. M. de croire que Dieu m'avoit fait la grâce de 
sçavoir ce qu'on doit aux Roys, et particulièrement de sçavoir com- 
bien les églises dévoient à S. M. par-dessus tous les autres Roys. 

Le Roy répondit que pour le premier, il envoyeroit le'plùtôt qu'il 
pourroit un gentilhomme au Prince, pour l'informer de sa volonté, à 
laquelle il n'auroit garde de contrevenir. Pour le second, qu'à la 
vérité il n'avoit point trouvé propre de mettre le collège à Monteli- 
mar, mais qu'il verroit ce que son conseil lui en diroit. Et le Roy fai- 
sant brève pause, je dis que nous ne demandions que suivant la teneur 
de son Edit; et il répliqua qu'il feroit que son Edit fût accompli, et 
qu'il avoit fait connoître que sa volonté étoit non-seulement de l'ob- 
server, mais aussi d'y ajouter. 

Quant au troisième point, qu'à la vérité on lui avoit fait mil raports 
de moy, comme d'un homme violent, mutin et séditieux; que je m'op- 
posois à la souveraineté et à la personne des Roys; qu'en toutes les 
assemblées, comme de Gap, de Chatelerau[lt] et ailleurs, je m'étois 
montré tel et avois prins toujours toutes commissions, si bien que s'il 
y avoit un chat à foueter, il falloit que je le fisse (1). Qu'il le trouvoit 

épouse. « Les ministres et consistoires des églises réform(5es d'Orange et de Conr- 
tliezon, dit l'iiistorien De La Pise, ne le cédèrent pas aux autres en respect et en 
Tobéissance qu'ils lui devaient. » Le 25 avril 1607, eut lieu un renouvellement pu- 
blic des privilèges et libellés du pays, et le 23 août suivant fut rendu V Edit de 
paix, au sujet duquel il y eut un lit de justice. Mais il parait que néanmoins on 
n'était pas satisfait, puisque l'on avait recours à l'intervention du roi pour obtenir 
du repos. 

.(1) Charnier, il faut le rappeler ici, avait été député au synode de Saumur 
(juin 1596), et à l'Assemblée de Loudun ; Tannée suivante, il prit une part active 
aux travaux de la même Assemblée tianstcrée à Vendôme, puis à Sauunu', et enfin 
àChàtellerault;il fut député au synode national de Montpellier ( 26 mai 1598), où il 
apporta des lettres de TAsseniblée de Châtellerault, avec l'Edit de Nantes; il fut 
l'un des deux secrétaires du synode national de Gergeau (9 mai 1601) ; président de 
celui de Gap (1'' octobre 1603) , qui délibéra le fameux article 31 sur VAntéclirist. 
Enfin, il eut un rôle important dans l'Assemblée de ChcUelIcrault de juillet 1605. 
Sully, qui y assistait pour le roi, dit bien que les «députés du Daupliiné» s'ani- 
mèrent beaucoup et réclamèrent à grands cris la présence de Du Plessis Mornay, 
qui n'était point député, et il se fait honneur do la résistance opposée par lui à 
cette prétention. 

Nous devons rappeler ici en quels termes était conçu l'article sur l'^M^^cAm^; 

20 



306 .lOURNAL DU VOYAGE DE DANIEL CHAMIER 

étrange de moy, car il avoit connu mon père à la suite de M. de 
Saint-Roman ( I ) , qui n'étoit point de telle humeur, qu'elle étoit 
aussi messéante à un ministre ; et que si je continuois, il me feroit 
chasser de son royaume, non point comme ministre, mais comme 
françois, et qu'il s'estimoit être Roy des ministres, des prêtres et des 
évêques. 

Je répondis que j'avois eu l'honneur d'avoir été souvent employé 
par les églises, mais jamais en chose qui fût contre son service, et que 
je m'étois acquitté fidèlement desdites charges, et que j'en rendroishon 
compte non-seulement à ceux qui m'avoient délégué, mais aussi à 
S. M., quand il lui plairoit, et n'avois point peur d'être trouvé avoir 
desservi S. M. 

Qu'à la vérité j'avois parlé quelquefois assez hardiment à des Grands 
(et le Roy dit : Ouy, ouy) , comme au cardinal de (2), à l'ar- 
chevêque d'Embrun (3), mais que ce n'étoit que dans des conférences 
pour la Religion, esquelles eux ne se rendoient parties, et que je ne 
croyois pas que S. M. m'imputât cela à crime. Aussi me dit-il que ce 
n'étoit pas cela. Puis continuant, je dis que M. le maréchal de Rouillon 
m' avoit dit que S. M. étoit malcontente de quelques propos que j'avois 

« Et puisque l'évêque de Rome s'étant dressé une monarchie dans la chrétienté en 
s'attribuant une domination sur toutes les églises et les pasteurs, s'est élevé jus- 
qu'à se faire nommer Dieu, à vouloir être adoré, à se vanter d'avoir toute-puis- 
sance en ciel et en terre, à disposer de toutes choses ecclésiastiques, à décider des 
articles de foi, à autoriser et interpréter à son plaisir les Ecritures, ù faire trafic 
des âuies, à dispenser des vœux et sermens, à ordonner de nojveaux services à 
Dieu , et, pour le regard de la police, à fouler aux pieds l'auturilé légitime des 
magistrats, en ôtant, donnant et changeant les royaumes : nous crovons et main- 
tenons que c'est proprement l'Antéchrist et le fils de perdition, prédit dans la 
Parole de Dieu sous l'emblème de la paillarde vêtue d'écarlate, assise sur les sept 
montagnes delà grande cité, qui avoit son rogne sur les rois de la terre; et nous 
nous attendons que le Seigneur le déconfisant par l'esprit de sa bouche, le dé- 
truise linalemenl par la clarté de son avènement, comme il l'a promis et déjà 
commencé de faire. » 

f 1) M. de Saint-Romain, parrain de Daniel Chamier. Ce gentilhomme avait été 
archevêque d'Aix, et l'un des sept prélats que le pape avait cités devant l'Inquisi- 
tion, en même temps que le cardinal Odet de Chùtillon, en 1363, comme suspects 
d'hérésie. Ayant embrassé le métier des armes avec la religion réformée, il fut 
"énéral df s huguenots dans le midi de la France, et, si nous ne nous trompons, 
gouverneur de Nîmes. 

(2) Le manuscrit porte Bondis. C'est vraisemblablement Sourdis, ou plutôt en- 
core GoMf/i qu'il faut lire; car il n'y avait pas de cardinal de Bondis. Le cardinal 
de Sourdis était François d'Escoublean, archevêque de L'ordeaux, pronm en 1598. 
Le cardinal Pierre de'Condy, tils du maréchal de Retz, était évèriue de Paris. Il 
seconda Vincent de Paule dans ses preiriiôres entreprises de charité, à lasollicita-- 
tion de son frère, le général des Galères, lequel eut pour fils le fameux coadju- 
teur de Retz. 

(3) C'était, depuis l'an 1600, Honoré Du Laurens, frère du premier médecin 
du roi. 



A PARIS ET A LA COUR RE IIENKI IV. 'JOT 

tenus à M. le Connétable. 11 me dit qu'ouy. Puis je dis que je supliois 
S. M. de trouver bon que je lui en fisse le récit. 

Ce fut sur la sortie du pare, où il y avoit de grandes boueS;, telle- 
ment qu'il me dit : Et bien, nous en parlerons au jardin, et demanda 
son eheval(l). ,1e le suivis, mais à l'entrée du jardin, M. de La Force 
revint à moy et me dit que le Roy lui avoit dit que le propos qu'il 
avoit commencé avec moy étoit long, qu'il se trouvait un peu incom- 
modé en sa santé, tellement qu'il désiroit ne mettre point pied à terre; 
pour ainsi qu'il me renvoyoit à une autre fois. 

L'après dîné, comme le Roy sortit pour aller à la chasse, je me tins 
au bas des degrés qui descendent de la salle des Gardes à la basse 
cour de la Fontaine (2); il me vit et me cria : Monsieur Chamier, le 
père Coton (3) vous a reconnu aussitôt qu'il vous a vu (c'étoit au dîné 

(1) Il n'est pas défendu au lecteur de penser que Sa Majesté en avait assez pour 
le moment, et qu'elle eut au moins autant de peur du récit où notre brave pas- 
teur voulait l'engager que des grandes boues de son parc. Elle s'esquiva comme 
elle savait si bien le faire quand elle n'était pas d'huirieur à écouter les gens. 

(2) Elle est entre la cour du Donjon ou Ova/e et celle du Cheval blanc. Les de- 
grés dont il est parié ici sont sans doute l'escalier à double rampe'qui s'y trouve, 
au renfoncement de la façade. 

(3) Pierre Cotton, de Néronde en Forez, «grand théologien, assure le Supplé- 
ment à L'Estoile, mais encore plus grand courtisan.» Reçu Jésuite en 11585, après 
avoir étudié à Milan et à Romo. Lesdiguières, qui l'avait connu et goûté à Gre- 
noble, parla de lui à Henri IV,. qui le lit venir, le prit en a.ffection et l'adopta 
pour confesseur. Il ouvrit ainsi la liste des Jésuites confesseurs des rois de France, 
dans laquelle figure son trop célèbre petit-neveu, le père De La Chaise. — Prê- 
chant devant le roi sur le Saint Sacrement, le dimanche l"' juin 1603, «il renou- 
vela, dit l'aiileur que nous venons de citer, l'opinion du pape Innocent, qu'une 
souris (mangeant l'hostie) mange le vrai corps de Dieu. Au reste, il réfuta si 
modestement les opinions de ceux de la Religion sur cet article, que chacun en 
était étonné. « Nos adversaires, disait-il, quant à li religion, et non pas autre- 
« ment; appela Calvin monsieur, «qui étoit le premier, ainsi qu'on disoit, de 
sa profession qui l'avoit tant honoré. Au sortir du sermon , S. M. demanda à 
M. do Rosni ce qu'il luy en sembloit; lequel lit réponse que ce n'étoit que babil 
que tout son sermon. » — « Le dimanche 91 (déc. 1603), le père Cotton, dit le même 
chroniqueur, prêcha dans la grande église de Notre-Dame de Paris, où le roi, la 
reine, les pruices, les princesses et toute la cour se trouvèrent. Son sermon fut du 
courtisan, car pour gratifier le roi (duquel lui et toute sa Société avoient à faire), 
il prêcha qu'il étoit meilleur et plus saint de payer les tailles cjue de donner l'au- 
mône; que l'un étoit un conseil et l'autre un commandement. Ce qu'il a depuis 
rcprèché souvent.» Pour bien comprendre la pariinthôse, il faut se rappeler que 
la grande affaire du rétablissement légal des Jésuites en France était pendante 
devant le Parlement. Ces échantillons de la prédication du père Cotton et celui 
que nous avons cité plus haut (p. 282) justifient amplement son talent de cour- 
tisan, mais à un moindre degré son mérite de théologien. — Sully, qui n'était pas 
ami du Jésuite et qui eut de grands démêlés avec lui, rapporte de lui des traits 
caractéristiques (années 1604 et 1605). — Comme on le pense bien, le nom du 
révérend père donna lieu à une foule de brocards et de quolibets. L'Estoile cite, 
à la date du 23 janvier 1604, ce quatrain, qui circula alors : 



« Autant que le Roy fait de pas, 
« Le père Cotton l'accompagne ; 



308 JOURNAL DU VOYAGE DE DANIEL CHAMIER 

du Roy)j et dit qu'il vous a écrit fort honnêtement. — Ouy, Sire^ aussi 
ai-je à lui. — Il dit qu'il vous veut accoster, quand il vous verra; 
soyez sage. 

Au partir, comme j'entrois dans la basse cour ovale (1 ), je rencontrai 
Coton, qui me salua fort doucement, et moy lui. Puis fîmes quelques 
tours en ladite basse cour. Et bien (me dit-il), comment vont vos 
affaires? — Fort bien répondis-jc. — Avez-vous parlé au Roy? — Ouy. 
— Comment l'avez-vous trouvé? — Comme un père. — Je ne luy ai ja- 
mais parlé de vous qu'en bien. — Je le crois. Et ensuite me témoigna 
beaucoup d'affection, disant que ce que nous avions écrit l'un con- 
tre l'autre, c'étoit ayant tous deux un bon but et pour la gloire de 
Dieu, étant d'accord de la majeure, mais non de la mineure. Sur quoy 

je lui dis qu'il nous fit raison du livre de (2), qui est si mauvais et 

séditieux, autrement nous suplieriuns le Roy ou de le faire supprimer, 
ou de ne trouver pas mauvais que nous le traitassions comme il méri- 
toit. Il répondit qu'il n'étoit pas d'avis de parler de le supprimer, mais 
bien d'y répondre par bonnes raisons; me demanda si je travaillois 
fort contre Bellarmin, et si j'en' étois fort avant. Je dis que j'étois 
marry d'en être si détourné; toutefois, que j'espérois d'achever bientôt 
le second tome. Alors je prie Dieu, dit-il, qu'il vous fasse la grâce, en 

« Mais le bon Roy ne songe pas 
« Que le lui cotion vient d'Espagne.» 
D'autres vers qui couraient en 1610 se terminaient ainsi : 
« Nostre bon Roy, par grand'merveille. 
« De Coton se bouclie l'oreille. » 

Les pages du roi, en vrais ('■coliers qu'ils étaient, lui appliquaient un des cris 
de Pans, et murmuraient lorsqu'il venait à passer : Vieille laine, vieil coton ; cq 
qui en fit fouetter quelques-uns, et fut cause d'un incident assez grave (pu ntillit 
coi'iler la vie au confesseur royal. — « Jamais homme, dit Renoît, n'a eu si par- 
faitement l'esprit jésuite.» U avait auprès du roi, en cas de néi'essité, un puissant 
appui dans son ami le favori Fouquet La 'V'arenne, ancien cuisinier de Madame 
Catherine, et maître intrigant, qui s'employa activement dans toutes les aflaires 
que la Compagnie eut alors à Paris, à Metz, à La Flèche, à Poitiers, etc. Tous 
deux se soutinrent sous Marie de Médicis, l'im aidant l'autre. 

Chamier, comme personnage influent du parti huguenot, était de la part des 
Jésuites l'objet d'atleiilions particulières. Il était bien connu du Père (Motion, avec 
qui il avait eu autrefois, à Nîmes, une conférence « dont chacun, dit Renoit, 
s'était vanté, suivant l'ordinaire, d'avoir eu tout l'avantage.» Cependant les 
écrivains catholiques assurent que ce n'est pas le Jésuite qui s'était monlni le 
plus habile dialecticien, et que le ministre, par une solide argumentation, l'avait 
contraint de se tirer d'affaire au moyen des arlitice: oratoires. 

(1) Dite aussi Cour de l'Ovale ou du Donjou Elle est longue et étroite, et située 
dans la partie la i)lus ancienne du château. Les appartements du roi étaient dans 
les biUiments qui l'enclosent. La grande arche ou Porte-Dmip/iitie ïyitcoaslrinle 
sous Henri IV, à l'occasion de la naissance de Louis XllL 

(21 te nom a malheureusement été laissé en blanc dans le manuscrit. 



A PAUIS ET A LA COLK UK HEMU IV. 309 

y travaillant,, de trouver la vérité. Ainsi soit-il^ lui répondis-je. Il me 
demanda si j'avois vu un livre de 31. Dumoulin, De V Eucharistie. Je 
dis que non, mais que j'en avois ouï parler, et espérois de le voir à 
Paris. Vous y trouverez, dit-il, beaucoup de choses mal alléguées, je 
ne sçaurois vous en rien dire. Puis me parla de la réponse qui y a été 
faite, qu'il disoit être bien dressée. Je répliquai ne sçavoir ce qui en 
étoit. Et là-dessus un gentilhomme goûteux demandant à le saluer, il 
print congé de moy, disant que nous nous verrions bien encore. 

Le même jour, j'avois parlé à M. de Sully comme il s'allait 
mettre à table pour son dîner. Il me recueillit fort humainement et 
m'entretint assez longtemps, tant en sa sale que depuis en son cabi- 
net, et me discourut de mes affaires, et comme je devois me com- 
porter envers le Roy; qu'il ne se faloit point roidir contre luy, mais 
céder, même confesser l'avoir offensé, encor qu'il n'en fût rien: 
Se jeta puis sur le propos des affaires générales des Eglises, disant 
qu'aux assemblées on se comportoit mal, et prenant le Roy à contre- 
poil et se roidissant sur des choses qui dépendoient purement de 
S. M.; que si on le prenoit autrement, non-seulement oii feroit ob- 
server l'Edit, mais aussi on obtiendroit beaucoup d'avantage. 

Enfin me mit sur les discours qui couroient, qu'il vouloit se révol- 
ter (1) : Sur quoi je le pressai et lui représentai les bruits qui en couroient 
et ce que j'avois fraîchement aprins à la Cour. Il me dit qu'il avoit été 
sondé de toutes ftiçons, mais qu'il étoit fort résolu et qu'il sçavoit 
bien le bruit qui couroit et ce qu'on disoit de quelques emplois et 
mariages, mais que cela ne l'ébranleroit point; some (2), que si on ne 
lui faisoit voir une Bible nouvelle et un Testament nouveau dont jamais 
on n'eut ouis parler, il ne changeroit point sa profession. 

23" nov. — Le vendredi, je dînai chez M. de Sully et lui recom- 
mandai le collège de Montélimar. Il me dit que nous devions laisser 
cela à la discrétion du Roy. Je répliquai que cela étoit contenu en 
l'Edit. Alors il répondit que nous nous munissions de bonnes raisons, 
car quand on lui bailloit une bonne cause en main, il la sçavoit bien 
débattre. Pendant le dîné, il disputa fort contre des Papistes de la 
prédestination, et fort doctement. 

(1) Il semble que ce devrait être se convertir, à moins que cette expression, 
si la copie est fidèle , ne lut prise dans le môme sens. Nous sommes porté à le 
croire. 

(2) Sans doute pour en somme, ou somme toute. 



310 JOURNAL BU VOYAGE DE DANIEL CHAMIER 

Le même jour arriva M. le Chancelier, auquel pourtant je ne pus 
parler. 

2i'' nov. — Le samedi matin je parlai à M. le Chancelier, qui traita 
avec moy assez doucement, me reprocha pourtant les choses qui 
s'étoient passées à Gap, au reste m'assura qu'on ne nous retran- 
cheroit rien de l'Ed'it, mais qu'on le nous feroit pleinement ob- 
server. 

25e nov. — Le dimanche , je prêchai. 

26» nov. — Le lundi, je fus vers M. le Chancelier, qui, me voyant 
entre lès autres, me tendit la main, demandant si je voulois quelque 
chose; et je lui dis que nous voulions suplier S. M. de continuer à 
MM. de Lesdiguières et de St- André (1) la commission pour l'exécu- 
tion d'e l'É'dit, qui, en plusieurs endroits du Daùphiné, n'avoit point 
été faite. Il répondit : Cela est juste ; baillez la requête à M Bullion, 
et je vous ï'accorderai. 

Le même jour fut le duel des sieurs Zamet et Ridessans, auquel 
Ridessans fut tué (2) . 

27e noy. — Le mardi matin, M. de La Force parla au Roy pour 
moy et me rapporta que le Roy trouvoit bon que je l'allasse attendre 
à Paris (3). 

MM. le Chancelier et de Sully partirent. Je fus voir M. de Sully, 
auquel je demandai s'il étoit vainqueur. H me répondit qu'il ne se 
souciait de tels efforts ; que le Roy s'étoit un peu mis en colère, mais 
qu'il s'apfiiseroit; qu'il sçavoit ce que c'étoit que de religion, et qu'à 
cela il ne falloit point lui opposer ni grandeurs, ni richesses, bref que 

(1) Le roi avait nommé dans chaque province deux commissaires chargés de 
présider à l'exécution de l'Kdit de Nantes, l'un catholique, qui avait le pas, l'autre 
rélbrmé. Pour le Daùphiné, c'étaient Lesdiguières, protestant, et Saint-André, 
catholique. 

(S^i Nous n'avons trouvé aucunes indx'ations sur ce duel. L'un des deux ad- 
versaires était sans doute le lils du financier {V. note ci-dessus, p. 298), Jean Zamet, 
qui était capitaine des gardes et gentilhomme do la chambre du roi. 

(3) A celte circonstance se rapporte vraisenibahlement ce passage des Mémoires 
du marquis de Ciisteluaut. Aixueilli avec méfiance lorsqu'il se lendiî à Montau- 
bau, en juillet 1621, le duc de La Force se souvint, dit-il, «qu'il y avoit là iin 
« pasteur, nommé monsieur Chamier, qui lui avoit de grandes obiigaliuns, ayant 
« été jadis contraint de se rendre auprès du Roi Henri le Grand; car, par de faux 
« donnés à entendre, on l'avoit rendu criminel auprès de Sa Majesté; monsieur 
« de La Force fit si bien que, quoique monsieur de Bouillon s'y lut manqué, 
« qu'il aida à sa justification, fit sa paix et le fit remettre en liberté.» Le mar- 
quis raconte ensuite conmient son père, ayant été trouver M. Chamier, 1 éclaira 
sur la sincérité de son dévouement à la cause, et obtipt son aidf. et son appui 
pour dissiper les pré'vcnlioiis des conseils et de la population de Montauban. 
(Mém. déjà cités, t. IV, [>. 169.) 



A PARIS ET A LA COUR DE HENRI IV. 311 

je ne le verrois jamais autre, enfin me commanda de l'aller voir à 
Paris. 

Et eus despandu seulement en ma nourriture ou en bois, depuis le 
dimanche IS^ jusqu'au dit mardi 27^^ qui sont, en tout dix jours, la 
somme de six écus d'or, qui font vingt une livres . . . . 21 1. 

/^em je prêtai à un soldat de Grignan (1), revenant de Flandre, 
trente sols, il se disoit fils de l'hôtesse de l'Ecu de France. 

Item pour la chambre, néant. 

28« nov. — Le mercredi, je voulus partir, mais je ne pus avoir de 
chevaux, ni à louage à cause de ma valise, ni de la poste à cause de 
quelques seigneurs qui venoient. Partant je logeai pour ce soir chez 
maître Valentin , brodeur. 

29e nov. — Le jeudi, je partis et vins à Paris en poste à trois che- 
vaux, ayant l'ait six postes, despandu seize livres un sol. 

A Paris, je logeai à la rue St-Honoré, au Croissant-d'Or, et y de- 
meurai tout ce jour, en sortis le lendemain , payant 45 sols. 

30*^ nov. — Et le vendredi, je me logeai avec M. Chalais (2), en 

la même rue , aux Trois-Serins-Verds, à six écus le mois pour la 

chambre. 

DÉCEMBRE. 

!"■ c/ec. — Le samedi fut employé à visiter MM. les pasteurs et 
Me.deChâtillon (3). 

(1) Grignan, aujourd'hui chef-lieu de canton de l'arrondissement de Montéli- 
mar; célèbre par son magnifique château et par le souvenir de la fille de Madame 
de Sévigné. Walter Scott, qui n'était pas un voyageur ordinaire, qui ne se con- 
tentait pas de suivre les grandes routes et d'aller où va tout le monde, voulut 
visiter les ruines de Grignan. 11 dit quelque part dans ses Mémoires, que ce l'ut 
une journée bien i mployie, et engage ceux qui voudront laire une course intéres- 
sante à imiter son exemple. Non-seulement Grignan, mais bien d'autres localités 
de cette contrée offrent en etfet un champ d'excursions trop négligé. On ren- 
contre dans cette partie de la Drôme nombre de sites ayant un caractère pitto- 
resque et original, d'antiquités remarquables, de souvenirs historiques du XVI'' siè- 
cle. Nous en parlons pa- expérience. 

(-2) Nous ignorons quel peut être ce \I. Chalais. Serait-ce le maître de la garde- 
robe qui, en "l 626, tua en duel Pongibaud, neveu du maréchal deSchomberg? — 
Il y eut un Chalas député général à l'assemblée de La Rochelle de 1621 : est-ce 
ce nom qu'il faut lire? 

(3) Il s'agit probablement ici de Marguerite d'Ailly de Péquigny. Elle avait 
épousé, en 1581, François de Goligny, seigneur do Chastillon, quatrième lils de 
l'Amiral, qui soutint dignement l'honneur du nom paternel, et mourut en 1591, 
à l'âge de 30 ans. L'histoire a conservé de celte d:inie un trait de bravoure anti- 
que. « En l'absence de son mari, en 1590, dit VdFrance protestante, le capitaine 
Salart, gouverneur de Montargis pour la Ligue, avait surpris Chàtillon ; ùéjk 
ses troupes pénétraient dans la basse-cour du château, lorsque Marguerite, .se 
mettant à la tète de ses domestiques et de quelques soldats, les attaque, les re- 
pousse et fait même leur capitaine prisonnier. » — Une autre dame de Chàtillon 



312 JOLKNAL DU VOVACi: liK DAMEL CIIAMIER 

2'' dcc. — I.c dimanche fûmes au prêche à Charenton, et, je parlai 
à M. d'Anbigné (1), et despandu six sols. 

3«" c?ec. — Le lundi j'achetai une paire de souliers quarante-huit 
sols. 

Item les Actes du Concile de Trente, dix sols. 

Et baillai à Jacques quatre sizains pour ses affaires. 

4« déc. — Le mardi j'achetai des étoffes pour un pourpoint et haut 
de chausses^ qui me coûtèrent trente livres onze sols trois deniers. 

Item achetai Acta concilii Constant inopoUtani (piarti, quatre livres. 

S»" déc. — Le mercredi^ nous sortîmes des Serins-Yerds et allâmes 
loger à la rue du Four, chez un tonnelier. 

Comptâmes avoir despandu en cinq jours trois livres quatorze sols 
trois deniers pour la dépence, et vingt-cinq sols pour la chambre, 
qui fait en tout quatre livres dix-neuf sols trois deniers. 

6'' déc. — Le jeudi j'achetai Variœ lectiones ,ûx tome%, avec Fplstohf 
Blcscnses et Procopii historia gi-œcè et Imperatorum statuta et rescripta, 
qui coûtèrent trente livres 301. 

vivait peut-être encore en 1607. C'était la veuve du (Vère ahié de rAmiral, Odet 
deChàtilloii, cardinal, qui avait épousé, en 1564, Elisai)etli de Hauteville. Elle 
avait au Parlement, en 1605, un procès relatif à la succession de son mari, lequel 
ne fut terminé qu'eu 160G, par un arrêt de mise hors de cour. Elle aurait été âgée 
alors d'environ quatre-vingts ans.— D'Aubigné parle aussi, dans ses Mémoires, de 
Madame de Ctiàtillon , qui l'emmèue diner chez elle avec Du Moulin , après le 
prêche. C'est évidemment la même; mais il ne fait pas connaître qui elle était. 
(1) Théodore Agrippa d'Aubigné viv lit retiré d uis son gouvernement de Maille- 
zais, où il s'occupait de .ses travaux historiques et littéraires. Il ne venait à la 
cour qu'en passant. On va le voir quitter Paris le 15 du mois qui suit. Ce fut le 
dernier voyage qu'il y ht, sous le règne de Henri IV, et il eu a relaté les parti- 
cularités dans ses Mémoires. «Trois ans avant la mort du roi mon maître, dit-il, 
« je fis encore un voyage à Paris, et en y arrivant j'allai descendre au logis du 
« ministre M. Du Moulin, où je trouvai deux autres ministres, MM. Charnier ei 
« Durand, avec quelques autres pasteurs des églises, lesquels, sitôt qu'ils m'eu- 
« rent salué, me dirent tous qu'on ne iiarloit par la ville que de l'accord des deux 
« religions... » {V. éd. de 17-29, p. \V1. et éd. de 1731, p. 156.) Il racoute ensuite 
comment, s'étant ohêrt pour déjouer l'intrigue de leurs adversaires et ayant été 
approuvé de Charnier et des auiies, il alla ""trouver le roi, qui le renvoya à Du 
Perron. «Je m'y achemiuai à l'instant, et cet éminentissime me reçut avec des 
(( caresses et des cajoleries qui, par leur nouveauté, marquaient un dessein con- 

« certé de me séduire » Les compliments finis et le cardinal étant entré en 

matière, D'Aubigné fit sa proposition, qui consistait ù «réduire toutes les contro- 
« verses aux règles qui se trouveroicnt avoir été observées dans les quatre pre- 
c( micrs siècles de l'Eglise, » proposilion ;\ laquelle le prélat lit mine d'accé'der, 
mais qui le contentait si peu (|ue l'alVairc en demeura Icà, au grand dépit du roi, 
qui s'était flatté de voir ses évêques et ses jésuites mener à l)onne fin leur entre- 
prise. Aussi voulut-il faire mettre à la Bastille, sinon faire mourir, cP- « brouillon » 
de D'Aidjigné, «A qui l'on trouveroit as?ez de quoi l'aire son procès.» Au dire de 
Sully, la chambre tut i)réparée, et le fidèle serviteur n'échappa à cette criminelle 
fantaisie qu'eu allant trouver le monarque et en lui faisant une demande de pen- 
sion pour SCS services passés, qui lui fut accordée avec surprise et empressement, 
et le remit en grâce et amitié. 



A PARIS ET A LA COL'R DE HENRI IV. 313 

Item Serurii de Sacrificio avec les réponses de Hensius etScaliger, 
quarante sols 40 s. 

1^ déc. — Le vendredi . rien. 

8*" déc. — Samedi^ nous comptâmes et trouvâmes avoir despendu 
à raison de douze sols par jour^ la somme de trente-six sols. . 36 s. 

9*^ déc. — Le dimanche, je prêchai à Gharenton et despendu cinq 
sols. 

10'^' déc. — Lundi, je fus voir M. de Sully. 

11" déc. — Mardi, j'achetai trois paires de lunettes pour ma mère 
et pour moy, deux avec un étui pour seize sols; deux rabats, seize 
sols; un étui, quarante-huit sols; un canivet, cinq sols; Chronologia 
Sethi Calvisii, trois livres quinze sols; Eunapius, trente-cinq sols; un 
quarteron de plumes, cinq sols 10 1. 5 s. 

12»^ déc. — Mercredi, je fus averti de faire à l'avance distribuer le 
procès du collège pour avoir un Commissaire favorable, lequel M. de 
Bullion trouva bon. 

13'" déc. — Jeudi, je fus bon matin parler à M. de Pradel (1), qui 
me promit de dresser une requête pour présenter à M. le Chancelier, 
et ayant vu toutes mes pièces, dit que le fait étoit clair. 

Jeudi, je baillai à M. de La Noiie ma requête pour présenter à 
M. le Chancelier, tendant aux fins d'obtenir un commissaire. 

J'achetai Villegaignon de E ucharistia 6 s. 

Vega de E ucharistia 8 s. 

On^Q\\Q%contm Cetsum 4 1. 

Et payai la façon de mes habits, 4 livres 10 sols, plus onze sols de 
fournitures. 

14e (icc^ — Vendredi. 

15" déc. — Samedi, j'achetai une paire de pantoufles de chambre , 
14 sols 14 s. 

Item une chemisette 3 1. 10 s. 

16" déc. — Dimanche. 

17" déc. — Lundi. 

(1) Nous manquons d'informations sur M. de Pradc). Tant que la France pro- 
testante ne sera point achevée et pourvue d'une bonne table de noms, on aura bien 
de la peine il se procurer des renseignements sur une nmltitude de noms protes- 
tants ; on consume en recherches un temps considérable, et trop souvent eu pure 
perte. 



3iA JOURNAL DU VOYAGE DE DANIEL CHAMIER 

18*^ déc. — Mardi, je dînai avec M. du Moulin (1), qui nie donna son 
livre sur l'Epître de Grégoire Nyssenus. 

J'achetai Concilwm Rhemensc 12 s. 

19'' rfec. — Le mercredi, je dînai chez M. BuUion, qui me donna 
l'histoire de M. de , in-folio , en deux tomes. 

20'"c?ec. — Le jeudi J'allai voir dîner le Roy, et l'après dîné j'ache- 
tai un rahat et une paire de manchettes 12 s. 

Hem un chapeau ^i- L 

21e déc. — Vendredi. 

22e (/ec. — Samedi, je vis M. de Voguedemar (2), qui avait eu les 
nouvelles de la mort de sa feumne. 

23" (î/c'e. — Le dimanche, nous fûmes à Charenton, l'aire la cène, 
avec un temps fort mauvais, à cause de la neige, glace et vent; au 
retour, étant à Saint-Ântoine-des-Champs (3), je tomhai et me grevai 
le pied tellement qu'il me fallut entrer au coche de M", de Chàtillon , 
et tenir chambre tout le lundi et mardi. 

24e et 25<'c?(?e. — Lundi et mardi. 

26e f/ec. — Mercredi, nous fîmes le compte de tout ce que nous 
avions despendu on notre logis, depuis le 8e déc. jusques au 25e, pour 
le regard de la dépense de bouche, qui se trouva monter onze livres 
G sols 7 li2 d., et pour le louage de la chambre, depuis le 5e jusqu'au 
25e inclusivement , 3 livres 6 sols, qui font en tout li livres 12 sols 
71i2d. 

J'apprhis que les sieurs de l'Eguille et Ibot (4) étoient arrivés dès le 
lundi auparavant. 

27« déc. — Le jeudi, M. du Pradel fit tant qu'on trouva la requête 
que j'avois présentée, dès le 15e ju mois, pour avoir un commissaire 
rapporteur, bupielle fut rendue apointée, et fallu bailler (piatre quarts 
d'écus au greffier. M. de Bullion étoit commis comme je désirois, et 
M. Du Pradel se chargea de la faire enregistrer. 

28e d^c. — Vendredi, je fus voir le Roy à son dîné, qui fut entre- 
tenu par le Procureur général. 

(1) Pierre IXi Moulin, le célèbre ministre de Charenton, qui fut ensuite profes- 
seur à rAcadémie de Sedan, Tauteur redouté de tani de pamphlets et de traités 
de controverse, du Bouclier de la foi, de YAnatomic de la Messe, etc. 

(2) On trouve un député de ce nom à une assemblée politique de Grenoble. 

(3') Ce doit être le petit hameau du nom de Saint-Antoine, qui lait aujourd'hui 
partie de la commune de Montrcuil -sous-Bois, canton de Vincennes. 
(4) Point de renseignements sur ces deux noms. 



A PARIS ET A LA COUR DE HENRI IV. 31?» 

28e déc. — Samedi, j'achetai deux paires de manchetes 4- s. et un 
cadenat 3 s., et partis l'après-dîné pour aller à Grigni (1). 
30^ déc. — Dimanche. 
31e déc. — Fûmes de retour le lundi. 

JANVIER 1608. 

Mardi, premier jour de l'année 1608, dînâmes chez M. du Pradel. 
M. Dumoulin me donna son Apologie (2), et j'achetai De Eucharis- 
tia 3 s. 

'2^janv. — Mercredi, j'achetai le 6'ft/ec7asme du cardinal de s (3), 

six sols 6 s. 

Et Cyrillus contra Anthropomorphitas 25 s. 

3*^ janv. — .leudi. 

kejanv. — Vendredi, j'achetai Turtiani de EucJioristia. . 16 s. 

h^jo.nv. — Samedi, j'achetai Coé7/e<erti( contre Dumoulin. 35 s. 

Et Augustiniis Triumphus 5 1. 

6'^janv. — Dimanche. 

'^ejanv. — Lundi, j'achetai des boutons et du passemetit pour mon 
manteau "^ 1- 

S<^janv. — Mardi, pour racoutrer mon manteau. . . 1 1. 15 s. 

Et pour Y Exploit d'Aimoinus [?] . . 20 s. 

9^ janv. — Mercredi, pour deux paires chaussons. ... 6 s. 

10^ janv. — Jeudi, pour trois mouchoirs 15 s. 

Et pour des caleçons 35 s. 

ii^ janv. —Vendredi, M. Du Gros (4) m'avertit que le jour aupa- 

(1) Aujourd'hui commune du canton de Longjumeau, arrondissem. de Corbeil 
(Seine-et-Oise). 

(2) « Le samedi 15 (septembre 1607 ', dit L'Estoile, j'ay acheté V Apologie pour la 
Cène, faite par le min'stre Du Moulin, imprimée depuis peu de temps in-8", dont 
beaucoup d'hommes doctes font estât, mais principalement tous ceux do la Reli- 
gion, qui me l'ont fait acheter sans envie que j'en eusse, me desiiant d'y pouvoir 
trouver ce que je cherche et qu'on doit surtout rechercher en cesle matière, qui 
est la vérité, et non la subtilité. » 

(3) Ici encore la copie porte Bondis, mais une main étrangère et moderne a 
ajouté au crayon, en interligne, Sourdis. Nous pensons pourtant que c'est plutôt 
Gondi. 11 semble naturel qu'étant dans le diocèse de l'évoque de Paris, Gondi, 
ce soit le catéchisme de ce prélat que Chamier achète. 

(4) Charles Du Gros, avocat au Pariement de Grenoble, fut député, en 1605, 
arAssembleepohtiquedeChatellcrar.il, et nommé député général, en même 
temps que I a Noue, par le roi, à la suite de celte Assendiiée, e^t sur la liste de 
trois noms qu'elle avait présentés pour le Tiers Etal. A l'expiration de sa charge, 
le roi lui conféra de.? lettres de noblesse, et le nomma, l'année suivante, président 
au Parlement de Grenoble. 11 continua à prendre une part active et dévouée aux 
aiïaires de la religion. Envoyé, en 1622, à Montpellier pour y calmer les esprits 



316 JOURNAL nu VOÏAeE DE DANIEL CHAMIEIl 

ravant le Roy avoit parlé à lui et à M. de La Noue de moy avec des 
mauvais termes^ qu'en venant à la cour, je n'étois point devenu sage, 
et que j'avois dit que, quand le Roy ne permettroit point l'assemblée 
aux églises, on ne laisseroit pas de la tenir. Item, que j'avois voulu 
persuader M. de Lesdiguières de mettre hors des garnisons tous les sol- 
dats papistes. Je répliquay que j'étois en la ville, et que S. M. pour- 
roit s'en éclaircir. Le Roy répondit que je ne le nierois point; mais 
que, comme j'étois plein d'arguties, je les rabillerois de quelque façon. 
Sur cela fut arrêté que le S'' Du Gros au lendemain diroit au Roy 
qu'il m'en avoit parlé, et que je supliois S. M. de me vouloir ouïr. 

J'en parlai aussi à M. de Bullion, qui me promit que le jour ne se 
passeroit pas qu'il n'en parlât au Roy. 

J'achetai Barlaami monacJd Logistica , . 30 s. 

Keckeiinanni 12 s. 

Defensio Christophoi^i Sacrobosci 13s. 

l'2'^janv. — Le lundi au matin, je vis M. de Bullion, qui me dit 
avoir parlé au Roy de moy, et qu'il m'avoit parlé de ce qui étoit de 
l'assemblée : mais bien des garnisons comme M. de Lesdiguières luy 
en avoit écrit. 

Je vis aussi M. d'Aire (1), qui me dit que le Roy lui avoit parlé de moy 
en ce qui concernoit les garnisons; il me dit aussi que on parloit d'une 
conférence plus que jamais : que le Roy même lui en avoit parlé, et 
qu'il avoit dit au Roy que c'étoit un dessein grand, beau et digne d'un 
Roy tel que luy : mais qu'il faloit y procéder sans finesse; car les 
voyes de renard, outre qu'elles étoient indignes d'un tel Roy, ne fe- 
roient qu'aigrir les affaires. Et le Roy répondant qu'il falloit bien 
commencer par quelque bout, il répliqua que des mains si grandes 
que les siennes lèveroient toute la pierre; qu'on parloit de remettre 
l'Eglise en l'état qu'elle étoit aux quatre premiers siècles. A quoy il 
répondit que nous y consentirions, jwurvu que ceux de l'autre partie 
signassent les premiers : car, encore qu'il y put avoir quelque intérêt 

et les disposera négocier, il fut honteusement assassiné par quelques misérables 
du parti exalté, qui ne voulaient admettre aucune proposition de paix.— Son fils, 
conseiller à la chambre mi-partie, périt également assassiné dans une émeute i\ 
Valence, quelques années après. [V. la France protest. Article encore inédit.) 

(1) Sans doute 1\1. Vc'vc'f/ice d'Aire. C'était Philipp-; de Gospéan ou Cospeau, 
consacré le 18 février 1607. Chargé de prononcer l'oraison funèbre de Henri IV, 
le jour où son corps fut apporté à Notre-Dame, il la fit, dit L'Estoile, «avec 
apparat, hoc est beaucoup de monstre et peu de rapport; loua le Roy et les Jé- 
suites, et prcchi el jiuuco eu Espagnol, disuit-oii, duquel il a le visage, lu garbe 
(l'orgueil) et la contenance.» 



A PARIS ET A LA COUa DE HENRI IV. 317 

pour nous, tant y a que le leur y étoit si grand, qu'il n'y avoit pas ap- 
parence qu'ils y pussent être amenés. 

Que le cardinal Du Perron lui en avoit aussi parlé, et qu'en luy 
disant que le Pape n'y consentiroit jamais à cause de son autorité, le 
cardinal répondit, en lui serrant les doigts, que, si la cour de Rome 
ne le vouloit pas, on le feroit par deçà contre son gré. 

Que de toutes ces choses, il lalloit faire son profit et se tenir prêts 
pour n'être pas surpris. 

En après, je parlai au Roy, auquel je dis ce que MM. de La Noiie et 
Du Gros m'avoient dit que S. M. étoit courroucée contre moy pour 
quelques rapports qu'on lui avoit f;dt de moy. A quoy il repartit qu'il 
étoit vrai qu'on luy en avoit fait, et que je sçavois bien qu'ils n'étoient 
pas faux. Je répliquai qu'il m'avoit marqué deux points : l'un, de l'as- 
semblée ; à quoy il me dit qu'il n'étoit pas bien assuré de celui-là, et 
je protestai n'en avoir jamais parlé. Pour l'autre, des garnisons, il dit 
que M. de Lesdiguières lui en avoit écrit, et je dis qu'il étoit vrai que 
j'en avois par deux fois parlé au dit S'" de Lesdiguières, mais toujours 
ayant charge et n'étant pas seul. Sur quoy il me dit que nous ne de- 
vions pas nous mêler de cela, mais de prier Dieu, et lui laisser dispo- 
ser des garnisons. Je répliquai que son Edit nous avoit donné les dites 
places en garde : sur quoy il dit que c'étoit à lui d'interpréter ses 
Edits aussi bien que de les faire, et qu'il ne faloit point se défier de 
lui comme des autres Rois. Je dis que ce n'étoit pas de lui que nous 
nous défiions, mais de ceux de contraire religion : et il insista qu'il ne 
faloit pas nourrir telles divisions, et qu'il étoit à craindre que nous 
n'en voulussions faire autant que ceux de Hollande. — Hollande, Sire, 
répondis-je, jamais une telle méchanceté ne vint en notre cœur. — Cela 
est bon, dit-il, mais de l'un on vient à l'autre; soyez sage! Et il me 
laissa. 

Ce même iour, y SichelSii H inemari Epistolœ 32 s. 

Les neuf premiei's livres d'EucVide H s. 

iS'^janv. — Le dimanche, je vis M. le maréchal de Bouillon, à qui 
je dis les propos que j'avois eus avec le Roy. De quoy il dit n'avoir 
point oui parler. Et me dit que quant aux nouvelles, ([u'il y avoit ap- 
parence de guerre en Allemagne pour la Religion; d'autant que les 
princes protestants se plaignoient que la paix de Passau étoit rompue 
en toutes ses clauses, les Ecclésiastiques demandant et obtenant de 



3î8 JOURNAL DU VOYAGE UE DANIEL CHAMIER 

l'Empereur d'être remis en la possession de leurs biens, même avec 
compte des fruits perçus. Qu'il y a une ville sur le Rhin (1) en laquelle 
l'Evêque voulut faire la procession par tous les lieux célèbres de la 
ville, au lieu qu'on n'avoit accoutumé de passer qu'en certaines pe- 
tites ruelles; mais le Magistrat eu étant averti, s'en alla prendre la 
procession et la conduire lui-même par les ruelles accoutumées, fai- 
sant emprisonner trois des principaux ([ui avoient consenti à telle 
nouveauté. L'Evêque en faisant plainte à l'Empereur, il y avoit le Duc 
de Bavière qui déclara que si la ville ne se départoit de tel empêche- 
ment et ne désavouoit le conseil qui en avoit été tenu, elle seroit dans 
vingt -quatre heures mise au ban de l'Empire. La ville obéit, et fut par 
le dit Duc déclaré que la ville ne seroit point mise au ban, mais que 
l'Empereur vouloit qu'on lui livrât trois des principaux du conseil, ce 
qui fut fait, et cela jusques au 23 nov. dernier. Sur quoi le duc de Vit- 
temberg est intervenu, qui se plaint de ce que l'exécution du ban qui 
lui appartenait comme gouverneur du Cercle de Souabe, avoit été 
commise à un autre. Que cela sert pour faire voir que les Luthériens 
cherchoient l'union avec ceux de notre confession. 

Que les Hongrois ont publié un manifeste par lequel ils se dépar- 
toient de toute union et amitié avec les Allemands et protestoient de 
ne les vouloir jamais reconnoître pour amis. 

Qu'en Flandre on a publié un écrit que le Roy a vu, dans lequel il 
est parlé des Rois de France, d'Angleterre et d'Espagne en ces termes : 
que celui d'Angleterre est représenté pour le plus grand Pioy qui soit, 
et chef de ceux de la Religion eu quelque lieu qu'ils soient. Que le 
Roy d'Espagne est d'un frêle naturel, qui n'est maintenu que par les 
vertus et la mémoire de son père. Que celui de France est un lion, 
mais lassé et de qui les griffes sont émoussées. 

Qu'en Italie, les affaires des Yénétiens contre le Pape s'écbaufToient, 
(ju'ils ont prins prisonnier celui qui était leur ambassadeur auprès du 
Roy, pour ce qu'il fré(iuentoit tant le Nonce du Pape que l'ambassa- 
deur d'Espagne, et avoit demandé au Pape un évêché sans le scu de la 
seigneurie; qu'on croit qu'il étoit déjà décapité. 

Que s'enquérant à certain perspuiiage, non de notre Religion, mais 
même prêtre, pourquoi i\L de Béthunc avoit dit qu'il falloit attendre 

(1) Il y a ici à la marge Donaverde. C'est Donawert ou Dunuitwerth {Dona- 
verda, Danubu insula), en Bavière. Au lieu du Rliin, il faudrait donc lire Danube, 



A PARIS ET A Là COUR DE HENRI IV. 310 

le mois de maV;, et qu'on verroit bien des choses, il avoit dit que c'é- 
toit parce qu'en ce temps-là on espéroit que M. D. R. S. (1) serviroit 
pour manier l'assemblée. 

ik*^ janv. — Lundi, je priai M. Du Pradel de se présenter pour moi, 
et achetai Gosselini algebra 6 s. 3 d. 

Yh*^ janv. — Le mardi, M. d'Aubigné partit, et j'achetai Liturgica 
Jansani ['?] 20 s. 

16% 17*, 18* et iQ^janv. —Mercredi, jeudi, vendredi, samedi. 

20''janv. — Dimanche, je prêchai à Charenton. 

2iejanv. — Lundi, ceux de Die vinrent, ou pour eux, Bertrand 
Beausire (2) et Du Gros. 

J'achetai Hersonis Buscheri exercitationeum 20 s. 

22« et 23* janv. — Mardi, mercredi. 

2k^ janv. — Jeudi, M. de Saint- Auban (3) me dit que le Roy avoit 
dit à Cotton que j'étois un séditieux, et que Cotton lui avoit répondu 
que j'étois habile homme et docte. Et le Roy répliqua qu'on étoit su- 
jet à être trompé. 

Item que M. de Verdun (i) (que j'avais prié de ce faire), disant au 
Roy que j'étois marri que par des rapporis je fusse en sa malgràce, 
le Roy répondit qu'il étoit vrai, et que j'étois un séditieux. Lui repar- 
tant que s'il plaisoità S. M. m'écouter, je lui donnerois contentemeut, 
S. M. répliqua : m'en répondez-vous? Et lui, disant qu'oui, le Roy lui 
promit de lui donner heure pour parler à moy à fonds. 

25"' et 26» janv. — Vendredi, samedi. 

2^7^ janv. — Dimanche, M. de Bullion me donna entrée chez M. le 
Chancelier, à qui je me plaignis de ce que le Roy étoit toujours cour- 
roucé contre moy, et lui en dis les particularités. A ({uoy il répondit 
(jue c'étoit peu de chose, et que je ne devois point croire que le Roy 
fût en colère, seulement que je continuasse d'être homme de bien, et 
([ue je n'eusse point de peur du reste. 

(1) Ces initiales d'^signent apparemment Monsieur De Rohan Soubise. Agé alors 
de viiiyt-huit ans, HeiTri de Kohan avait épousé, en 1605, Marguerite de Bétlmne, 
fille de Sully et fervente huguenote, et était colonel des Suisses et des Grisons. Il 
attirait dès lors les regards du parti réformé. 

(2) Manque de renseignements sur ce nom. 

(3) .lacques Pape, seigneur de Saint-Aub:m (on Alban), de la famille du célèbre 
Guy-Pape, un des principaux cai)itaines des premières guerres de religion, dans 
le Midi, sjUS Des Adrets, et ensuite tous Cli. Du Puy Montbrun. 

(4) Sans doute Nicolas de Verdun, alors premier président au Parlement de 
Toulouse (plus tard, en 1616, au Parlement de Paris), à moins qu'il ne s'agisse 
de M, Véoéque de Verdun, Mais la première conjecture nous parait plus plausible. 



.^20 LES ANCIENNES ACADÉMIES PRO■rE^;TA^■TES. 

2S''Janv. — Le lundis M. le Cliancelier parla de moy k M. Du Cyo<,, 
et dit que le Roy seroit bien aise de me connaître homme de bien, 
mais que je ne devois pas toujours dire tout ce qui étoit vrai; que 
j'eusse aussi bien fait de nier au Roy que j'eusse parlé à M. de Lesdi- 
guières des garnisons. 

J'achetai Belcarii Matt. Galeni de Missà. liichurdi Smifhœi 

de cœlibatu. Peltani de Purgatoiio 50 s. 

Molinœi de reliquiis [?] 8 s. 

Theodori Presbyteri hagoge [?] . Anastasii libelli [?] . . . • 4 s. 

Nisseni orationes duœ. Pétri Mkhaëlis de Eucharistia. . . 23 s. 

Evangelium secundum Matlieum hehraïch, de Séb. Munster. IG s. 

29% 30% "ài^jam. — Mardi, mercredi, jeudi. 

{Lafinauprorhain Ca/iier.) 

On a pu déjà apprécier combien ce Journal de Charnier est intéressant et im- 
portant pour notre histoire, par les nombreux détails qu'il fournit, par les rap- 
prochements auxquels il donne lieu. On assiste à ses entrevues avec le roi, avec 
Sully, avec le père Gotlon ; on les voit, on les entend, on est de la partie. Ce 
qui eht aussi fort curieux et inslructii', c'est le côté familier, l'itinéraire, la liste 
des dépenses de notre auteur, celle des acquisitions qu'il fait pour sa bibliothèque. 
Les titres d'ouvrages ont été la plupart défigurés dans le Als., qui est, nous l'a- 
vons dit, une copie défectueuse et déjà fort ancienne. Nous avons essayé de les 
rétablir, avec le bon concours de M. le P' Verny, mais sans surcharger le texte 
d'éclaircissements bibliographiques: c'était bien assez de nos annotations histo- 
riques. 



LES ANCIENNES ÂCADÉlYiiES PROTESTANTES. 

(Fin de la Notice de M. le prof. Micli. Nicolas sur les Académies 2>roteslantes en Fiance avant 
la révocation de l'Edit de Nantes.) 

Un de nos correspondants de Vaucluse nous ayant exprimé le regret de n'avoir 
point trouvé, dans la première partie du travail si utile de M. Nicolas, une men- 
tion relative à l'ancienne Université d'Orange, nous avons fait part de ce regret 
à l'auteur, et voici sa réponse : « J'ai eu peut-être tort de ne pas parler de l'Uni- 
versité d'Orange. Mais cette école semble avoir été peu fréquentée par les protes- 
tants français. Les synodes nationaux ne lui accordaient point de subsides; Orange 
n'appartenait pas d'ailleurs à la France. Je crois qu'il y aura lieu d'en parlera 
propos des collèges, et je tâcherai de revenir plus tard sur ce sujet et de donner un 
tableau général de ce qu'ont fait nos pères pour l'instruction de leurs enfants. » 

III. APERÇU DES TENDANCES DIVERSES DES ANCIENNES ACADEMIES 

PROTESTANTES. 

Les anciennes académies protestantes françaises ne marchèrent pas 



LES ANCIENNES ACADEMIES PROTESTANTES. 3^1 

toutes dans la même direction. Chacmie eut son esprit propre et re- 
présenta une des manières de penser des protestants du XVI1'= siècle en 
fait de religion. Celles d'Ortliez, de Montpellier, de Die et de Nîmes ne 
prirent pas une part aussi considérable que celles de Saumur, de Se- 
dan et de Montauban, aux discussions théologiques de cette époque. 
Considérées sous ce rapport^ ces écoles pourraient être rangées en 
deux classes; mais il est des traits plus particuliers qui les distinguent 
les unes des autres, et c'est par là que nous croyons devoir les carac- 
tériser. 

On ne peut guère s'arrêter à ce qui concerne les académies de Mont- 
pellier et d'Orthez. Elles cessèrent d'exister précisément au moment 
où les théologiens français allaient se partager sur les points les plus 
importants de la théologie. Au point de vue théologique, leur histoire 
ne présente qu'un médiocre intérêt. Celle de Montpellier suivit en 
général l'impulsion donnée par celle de Nîmes. Elle eut cependant, 
dans sa courte existence , quelques professeurs de mérite , tels 
que Gigord, qui présida, en 1614, le synode national de Tonneins, 
et Michel le Faucheur, auteur de deux volumes de sermons et 
d'un Traité de la Cène (Genève, 1G35, in-8"), et plus tard pasteur à 
Paris. 

L'académie d'Orthez peut se glorifier de Lambert- Daneau, qui y 
enseigna de 1582 à 159i. C'était un rigide calviniste, aussi ennemi 
des luthériens, dont il combattit les doctrines particulières dans de 
nombreux écrits, que des catholiques, contre lesquels il publia quel- 
ques traités de controverse. Ses ouvrages, estimés pendant longtemps, 
commençaient à tomber dans l'oubli, quand en 1626, le synode na- 
tional de Castres chargea son fds d'en faire une nouvelle édition aux 
frais des églises protestantes de France (1). De tous les autres profes- 
seurs d'Orthez, le seul qui ait acquis quelque célébrité est Paul Char- 
les, qui assista aux derniers moments de cette académie, et qui, en 
1626, fut appelé à une chaire de théologie à Montauban. Il laissa en 
mourant (1619) une exphcation inachevée du cathéchisme de Calvin, 
qui fut complétée et publiée par son collègue, Antoine Garissoles, et 
dans laquelle sont exposés, quoique avec assez de modération, les prin- 
cipes calvinistes. Peut-on conclure de là que l'orthodoxie de Daneau 

(1) Aymon, Synod. nation. , t. II , p. 389. On peut consulter, sur Lambert 
Daneau, les Mémoires pour servir à f histoire des hommes illustres dans la répu- 
blique des lettres, par Niceron, t. XXVII, p. 23-35. 

21 



322 LES ANCIENNES ACADÉMIES PROTESTANTES. 

s'était maintenue à Oithez^ c'est ce que^, dans l'absence de tout autre 
document, il nous est impossible de décider. 

L'académie de Die, sans avoir jamais jeté un bien vil" éclat, eut 
parmi ses professeurs quelques écrivains dont le nom mérite l'honneur 
de passer à la postérité. Ce furent Etienne Blanc et l'écossais Jean 
Sharp, dans la première moitié du XVIP siècle, et Antoine Crégut 
dans la seconde. En outre de vers latins en l'honneur de son collègue 
Sharp, on a du premier, qui était professeur d'hébreu, des Tliesœ de 
providentiel Dei, 1648. Le second a laissé quatre ouvrages, dont le 
principal intitulé : Symphoria prophetarum et aposiolorum (Genevae, 
1625, "2 vol. in-l"), avait pour but d'exphquer les oppositions existant 
entre divers passages de l'A. et du N. T. (1). Les trois autres sont des 
écrits de controverse. Antoine Crégut, plus connu que les deux précé- 
dents, était pasteur à Montélimart, quand une Apologie pour le décret 
du synode national de Charenton, qu'il publia en 1650, appela sur lui 
l'attention et le fit nommer, cette même année, professeur de théolo- 
gie à Die. C'était, à en juger par ses écrits, un homme d'un esprit 
conciliant, ami de la paix et éloigné des exagérations dogmatiques de 
son temps. C'est ce qu'on voit surtout dans un de ses écrits inti- 
tulé Syncretismus, et destiné à rapprocher dans une commune union 
les différents partis qui divisaient le protestantime (2). 

Les faits que nous venons de rapporter nous indiquent déjà que le 
ton général de l'académie de Die n'était pas très dogmatique. On sait 
d'un autre côté que, dans cette école, on s'efforçait plutôt de former 
de bons pasteurs que d'aigres théologiens, et qu'on y donnait pour le 
moins autant d'importance à la pratique (ju'à la science. C'est sous ce 
jom- que nous la représente tout ce qui en est dit dans les actes des 
synodes nationaux. Les étudiants y étaient surveillés avec plus de soins 
que dans les autres académies; leur éducation littéraire et religieuse y 
était l'objet d'une plus rigide attention, et leurs progrès étaient stimu- 
lés et récompensés par des prix décernés publiquement. Les synodes 
nationaux louèrent plusieurs fois cette école comme un modèle à imi- 
ter (3). 

(1) Cet ouvrage a eu trois autres éditions à Genève, eu 1639, 1033 et 1G70. 

(2) J. Melletus, qui poursuivait en Allemagne, avecJ. Durteus, ce même pro- 
jet''(le conciliation, inséra cet ouvrage dans sa collection.: Sijndromum irenkum 
(llanov., 1664, in-4".) 

(3) Aymon, Synod. nation., t. II, p. 790. 



LES AJiCIENNES ACADEMIES PROTESTANTES. 323 

L'académie de Nîmes nous offre un autre tableau. Parmi ses pro- 
fesseurs les plus connus, on rencontre des humanistes, des philoso- 
phes, des historiens, et fort peu de théologiens proprement dits; ceux 
du moins auxquels peut convenir ce titre^ Pierre Viret, Turretin, 
Claude, n'y enseignèrent que fort peu de temps et, pour ainsi dire, 
en passant. La culture des lettres profanes fleurit plus dans cette école 
que celle des lettres sacrées. Il ne pouvait guère en être autrement. 
Quand^ en 1561, on créa à Nimes un enseignement théologique, il y 
avait déjà dans cette ville des antécédents qui devaient nécessaire- 
ment exercer sur lui une influence décisive. Son collège des arts, une 
des premières écoles où l'on ait ressuscité en France l'étude des lettres 
anciennes, avait eu et avait encore pour professeurs des hommes d'un 
mérite incontestable. Claude Baduel, Guillaume Bigot, Ferand de Bez, 
Thomas Dempster et plusieurs autres y avaient implanté des goûts 
et des habitudes qui ne pouvaient pas céder facilement à d'autres 
goûts et à des habitudes nouvelles. Telle était la réputation littéraire 
de cette ville et de son collège des arts au XYI« siècle et au commen- 
cement du XVII*^, que J.-J. Scaliger prétendait que s'il avait eu le 
choix de s'établir dans quelque lieu, il aurait planté son bourdon à 
Nîmes (1), et que Casaubon y avait accepté la place de principal, 
quand des sollicitations plus puissantes l'entraînèrent d'un autre 
côté (2). Ces traditions littéraires pouvaient d'autant moins s'effacer 
qu'il y eut à Nîmes, pendant le XVL' siècle et le XYII», un grand 
nombre d'hommes faisant de la culture des lettres leur principale oc- 
cupation et exerçant par leur position une action très prononcée sm* 
son académie. Tels furent, entre autres, l'érudit Poldo d'Albenas, le 
médecin Pistori, le savant Claude Guiraud, qui entretenait à la fois des 
relations suivies avec Descartes et avec Gassendi, le jurisconsulte 
Rullmann, qui fut presque constamment à 1 1 tète des affaires protes- 
tantes dans le Bas-Languedoc, l'antiquaire Guiran, conseiller au pré- 
. sidial. Tous ces personnages professaient le protestantisme et la plu- 
part firent partie du consistoire de Nîmes. 

Ce mouvement littéraire aurait pu cependant produire d'heureux 
effets sur la culture des sciences théologiques, soit en les poussant 
dans une voie philosophique, soit en leur donnant une tendance pra- 

(1) Sculigerana, p. 284. 

(2) Méiiard, Histoire de la ville de ISlmes , t. V, p. 833. 



324 LES ANCIENNES ACADEMIES PROTESTANTES. 

tique, soit surtout en les débarrassant de l'esprit de subtilité et d'ar- 
gutie qui les dominait à cette époque. Malheureusement au XVII*' siè- 
cle, le protestantisme se trouvait à Nîmes sous une influence qui ne 
pouvait que paralyser la vie scientifique. Au moment que la réforme 
éclata, un grand nombre de fiimilles considérables de cette ville et des 
environs se rangèrent de son côté et combattirent vaillamment pour 
elle pendant la seconde moitié du XVI^ siècle; mais quand à une époque 
de troubles succéda une époque de calme, pendant laquelle on n'avait 
plus qu'à lutter contre le mauvais vouloir du gouvernement, cette gé- 
néreuse ardeur s'éteignit, et les descendants des anciens meneurs du 
parti protestant dans le Bas-Languedoc se préoccupèrent pour le 
moins autant de leurs intérêts privés que de la prospérité de la reli- 
gion. Leur position au milieu des populations protestantes, qui les re- 
gardaient toujours comme leurs chefs, servit simplement à la plupart 
d'entre eux de facile moyen de se faire valoir auprès du gouverne- 
ment comme des personnages avec lesquels il fallait compter, et de se 
ménager, selon les circonstances, quelque retraite avantageuse, en 
traitant à de bonnes conditions. Les événements postérieurs montrè- 
rent le cas qu'il fallait faire de leurs convictions religieuses. Même 
avant la révocation de l'édit de Nantes, plusieurs avaient passé au 
catholicisme, et quand, en 1683, les dragons de Barbezières vinrent à 
Nîmes pour s'emparer de Claude Brousson et de pasteurs de son parti, 
ce fut le baron de Saint-Cosme, président du consistoire, qui alla de 
nuit les attendre sur la route pour les introduire dans la ville. Sous le 
spécieux prétexte de sagesse et de modération, ces hommes retenaient 
le mouvement protestant. Les esprits honnêtes étaient gagnés par 
leurs belles maximes de prudence, et, cédant à leur influence éner- 
vante, ils prêchaient des principes qui les faisaient accuser d'un secret 
penchant pour laconununion romaine. L'accusation était injuste sans 
doute, mais elle avait quelque apparence de raison. C'est ainsi que 
Jean de Serres, qui caressait l'idée d'une fusion des catholi(iucs et des 
protestants, fut soupçonné de trahison. La droiture bien connue du 
beau caractère de Samuel Petit, qui était pour la soumission absolue 
au pouvoir persécuteur, ne suffit même pas i)Our le garantir de la dé- 
fiance des protestants zélés. D'autres étaient bien aises d'avoir une ex- 
cuse, pour s'en servir dans l'occasion. Aussi il n'est aucune académie 
qui ait donné de si fréquents scandales d'apostasie. 11 nous suffit ici 



LES ANCIENNES ACAOÉMHS VUOTESTANTES. 3'2o 

de citer les noms de Jérémie Février, qui, après avoir agite les églises 
de ses attaques exagérées contre le pape, finit par vendre sa plume à 
Richelieu; de Jean Cotelier, son successeur dans la chaire de théo- 
logie, de Philippe Codurc, qui abandonna, dans sa vieillesse, le pro- 
testantisme, et qui crut faire l'apologie de son changement et engager 
ses anciens coreligionnaires à le suivre, en publiant un Traité de 
l'obéissance des chrétiens envers leurs magistrats et princes souverains 
(Paris, 16?t5, in-4"). 

Cette désastreuse influence est d'autant plus à déplorer, qu'un grand 
nombre de ceux qui enseignèrent dans cette académie étaient au 
fond des savants d'un mérite réel, et qu'elle les détourna plus ou 
moins des études théologiques. Jean de Serres dont nous venons de 
parler publia, il est vrai, quelques écrits de controverse; mais c'est 
moins par ces écrits qu'il est connu que par ses divers ouvrages his- 
toriques, et surtout par ses traductions latines de Platon. Derodon 
peut aussi prendre place parmi les controversistes; mais il est plus 
célèbre comme philosophe que comme théologien. On peut en dire 
autant de Jean de Croï, qui est surtout un érudit, et de Samuel 
Petit, qui fut à la fois un humaniste, un philosophe et un orientaliste, 
et qui, dans les diverses branches qu'il cultiva, a laissé des travaux 
dont la science moderne tient encore compte. 

L'académie de Saumur, la plus considérable des écoles protestantes 
du XVIIe siècle , est aussi celle qui exerça l'influence la plus marquée 
sur les opinions religieuses des pasteurs français de cette époque. Elle 
renversa en France le calvinisme, qu'elle remplaça par des doctrines 
fort voisines de celles des Arminiens, et elle ouvrit à la théologie 
une voie nouvelle, plus scientifique et débarrassée des préoccupa- 
tions dogmatiques qui, jusqu'alors, avaient dominé tous les travaux 
théologiques. Quand on cherche les causes de cette tendance de 
l'école de Saumur, on ne peut s'empêcher d'en rapporter quelque 
part à Duplessis-Mornay, son zélé protecteur. Cet homme, qui réunit 
le sens pratique de l'homme d'état à la conscience délicate du chré- 
tien, montra, dans tous les événements auxquels il fut mêlé, une 
largeur d'intelligence qui contraste singulièrement avec les vues 
étroites de son temps. Déplorant les discussions qui troublaient le pro- 
testantisme, il ne cessa de prêcher la concorde et de répéter l'utile 
conseil de laisser de côté les questions sans importance réelle qui 



326 LES ANCIENNES ACADEMIES PROTESTANTES. 

divisaient les esprits. Ce fut probablement pour donner à cette idée 
une plus grande plublicité qu'il fit paraître, en 1609;, un petit traité 
De la mesure de la foi , traité fort rare, que nous n'avons pu voir et 
qui était destiné, dit-on, à montrer que les protestants pouvaient et 
devaient rester unis, tout en différant sur quelques points secondaires 
de doctrine. Duplessis-Mornay estimait la science; il avait beaucoup 
étudié lui-même, et il avait fait l'expérience des dangers d'une demi- 
connaissance. Aussi un de ses principaux soins fut d'engager con- 
stamment l'académie de Saumur d'appeler dans son sein des hommes 
d'un talent éprouvé. 

C'est surtout avec Caraéron que cette école prit un nouvel essor. 
Ce théologien, né en Ecosse et venu en France en IGOO, était un 
honmie d'une rare indépendance de pensée. Le côté faible des doc- 
trines reçues de son temps ne lui avait pas échappé, et il avait conçu 
une réforme assez radicale des confessions de loi protestantes; il ne 
cachait à ses amis m ses vues ni ses désirs (1); mais il connaissait 
assez ses contemporains pour ne pas les croire murs pour des chan- 
gements dont il remettait la réalisation aux âges suivants. 11 réussit 
toutefois à imprimer fortement son esprit d'examen et de libres re- 
cherches à l'académie de Saumur, dans laquelle il enseigna la théo- 
logie de 1618 à 1621. Son œuvre fut continuée par Moïse Amyraut 
et par Louis Cappel, deux de ses disciples les plus distingués. Ils 
furent secondés dans leur lutte contre le dogmatisme orthodoxe de 
leur temps par leur collègue , Josué de la Place. 

En suivant l'impulsion donnée par Caméron, Moïse Amyraut essaya 
de concilier la doctrine de la prédestination, telle qu'on l'enseignait 
à Genève et que venait de la sanctionner le synode de Dordrecht, 
avec les sentiments de ceux qui aimaient à se représenter Dieu 
comme offrant les richesses de sa miséricorde atout le genre humain. 
Au fond, les vues du professeur de Saumur ne différaient guère de 
celles des Arminiens, quoique , par prudence sans doute, il ne voulut 
pas faire cause commune avec eux. Il soutenait en effet que Dieu n'a 
exclu aucun homme, par un décret absolu, du salut que procure la 
mort de Jésus-Christ, et qu'il l'accorde à quiconque persévère dans 
la foi au Sauveur. De son côté, Josué de la Place , rejetant l'opinion 
reçue que la transgression personnelle et actuelle du premier homme 

(1) Molinœi judicium de Amyraldi libro, p. 211. 



LES ANCIENNES ACADEMIES PROTESTANTES. 327 

est imputée à toute sa postérité, soutint que le péché originel n'est 
imputé aux hommes que d'une manière indirecte, c'est-à-dire que 
Dieu n'impute à chacun que sa corruption naturelle , tout en accor- 
dant que le penchant au mal est un triste héritage qu'Adam nous a 
transmis. Les travaux de Louis Cappel devaient avoir une influence 
plus grande encore, sinon dans le moment, du moins dans l'avenir. 
En montrant que l'Ancien Testament ne nous est pas parvenu entière- 
ment conforme à ce qu'il était dans le principe, que les caractères 
héhreux primitifs avaient été remplacés par l'écriture chalclaïque, 
vers l'époque du retour de la captivité de Babylone, que les Maso- 
rèthes, dans les premiers siècles de l'ère chrétienne, avaient surchargé 
le texte de points-voyelles et de divers signes, que, par la comparai- 
son du texte actuel avec les anciennes versions, on pouvait constater 
l'existence d'un assez grand nombre de variantes, il conduisait les 
esprits à conclure que la doctrine fondamentale de l'orthodoxie, la 
doctrine de l'inspiration littérale, n'a pas.de fondement solide, et 
qu'elle est contraire à une foule de faits bien étabhs. 

Les calvinistes rigides ne se méprirent pas sur la portée réelle de 
ces nouveautés, et tandis que les professeurs de Sedan, de Montau- 
ban et ceux de la Hollande les repoussaient de leurs leçons et dans 
leurs écrits, les théologiens de la Suisse lancèrent contre elles, en 
1675, le formulaire connu sous le nom de fo7-muhc co7isensus eccle- 
siarum helveticarum reformatarum. Toutes ces attaques furent vaines. 
Le Consensus , après avoir agité la Suisse, fut peu à peu abandonné, 
et en France les synodes nationaux ne voulurent jamais condamner 
d'une manière positive les professeurs de Saumur et jugèrent conve- 
nable d'ensevehr dans un perpétuel oubli toutes les querelles soule- 
vées à cette occasion (1). 

La supériorité de l'académie de Saumur ne s'éteignit pas avec 
Amyraut, Josué de la Place et Louis Cappel. Quelques-uns de leurs 
successeurs surent la maintenir. Parmi eux nous citerons Etienne 
Gaussen, qui succéda à Josué de la Place en 1655, et dont l'ensei- 
gnement paraît avoir eu une tendance philosophique assez décidée, 
à en juger du moins par son traité De utilitate philosophiœ ad theo- 
logiam (2), et Etienne de Brais, dont le commentaire sur l'Epîtrc 

(1) Aymon, Synod. nation., t. II, p. 571-576, 6r,3 et G64. 

(2) Les écrits d'Et. Gaussen ont étë réimprimés phisieurs fois en Hollande et 
en Allemagne, Jusqu'au milieu du siècle dernier. 



328 LUS ANCIENNE? ACADEMIES FROTESTANTES. 

aux Romains est mis par ^Ya!ch au-dessus de tous les ouvrages sem- 
blables publiés jusqu'au milieu du XVIIe siècle (1). 

Les académies de Sedan et de Montauban eurent , dans leur ten- 
dance générale, cpielques traits de ressemblance. Dans l'une et dans 
l'autre on s'attacha avant tout à conserver, à défendre la doctrine 
orthodoxe des églises protestantes et à combattre à outrance l'église 
catholique. Mais cette tendance ne fut pas produite à Sedan par les 
mêmes causes qu'à Montauban. 

Il n'est presque pas de professeurs de l'académie de Sedan qui 
n'aient laissé quelque livre de controverse. Plusieurs furent même 
d'une rare fécondité dans ce genre. Il suffit de citer Pierre Dumou- 
lin, qui enseigna à cette école de IG^O à 1658, et qui est auteur 
d'une trentaine d'ouvrages différents de controverse, dont quel- 
ques-uns sont encore réimprimés de nos jours. On connaît les nom- 
breux écrits de Samuel Desmarets contre l'église romaine (2). 
Jacques Cappel, dans ses Livrées de Babel (Sedan 1616, in-8"), réfute 
le livre dans lequel Jos. Ferrier, après son apostasie, combattit lui- 
même les thèses dans lesquelles il avait avancé que le pape est l'An- 
téchrist. Abr. Rambourt attaqua le culte catholique dans son Traité 
de V adoration des images (Sedan 1G35, in-8"). Enfin, pour nous borner 
aux savans les plus connus, nous citerons, parmi ces controversistes, 
Pierre Jurieu, qui était professeur à Sedan au moment que cette 
académie fut supprimée. 

La plupart de ces écrivains ne mirent pas moins de zèle à repousser 
les doctrines des professeurs de Sauniur. Ce fut Pierre Dumoulin qui 
les attaqua le premier, dans ses leçons et dans ses écrits, et qui appela 
sur elles l'attention du synode d'Alençon (3). Des Marets réfuta suc- 
cessivement Daillé {k) et Blondel, qui avaient adopté le système de 
l'universalisme hypothétique. Plus tard, P. Jurieu écrivit deux ouvra- 
ges contre les théories de Pajon et de Papin, théories qui étaient plus 
hardies c[ue celles des professeurs de Saumur, mais qui en étaient ce- 
pendant une conséquence. 

Ce fut Pierre Dumoulin qui entraîna l'académie de Sedan dans cette 

(1) Walcldi Biljliotli.tticolcxj., t. IV, p. GSo. 

(2) Sam. Des Marets enseigna à Sedan de 1625 à 1631. 

(3j A^mon, Synod.nntion., t. II, p. 571, 615-G19. 

(4) Daillé avait été professeur à Saïunur (de 1621 à 1626), avant delre iiasleur 
à Paris. 



LES ANCIENNES ACADEMIES PROTESTAMES. 329 

voie^ qu'elle suivit depuis 1620. Grand partisan des doctrines calvi- 
nistes, il devait assister avec André Rivet au synode de Dordrecht; il 
n'en fut empêché que par la défense expresse que le roi fit aux pas- 
teurs et aux professeurs du royaume de se rendre à cette assemblée; 
il ne se crut pas moins obligé de défendre des doctrines qu'il aurait 
sanctionnées, et il apporta dans cette discussion toute la raideur d'un 
caractère naturellement allier et incapable de supporter la contradic- 
tion. Pendant les vingt-huit ans de sa carrière académique, il eut le 
temps d'imprimer fortement à l'école de Sedan ses principes et ses 
vues. Les rapports qu'il avait avec les universités de la Hollande (1), 
rapports qu'après lui continuèrent plusieurs de ses successeurs, con- 
tribuèrent à y maintenir cet esprit et à y faire fleurir les doctrines cal- 
vinistes. 

La controverse avec l'église catholique et la défense de la confession 
de foi des églises réformées de France n'occupèrent pas moins les pro- 
fesseurs de Montauban que ceux de Sedan. C'est à un des théologiens 
qui y ont enseigné qu'est dû l'ouvrage le plus volumineux et le plus 
complet que possède la littérature protestante française sur les ma- 
tières controversées entre les deux églises. Nous voulons parler de 
Daniel Charnier, auteur de la Panstratria cathoUca (Genevœ 1626, 
h vol. in-fol. (2) . La réforme n'eut pas de plus vaillant champion que cet 
homme courageux, qui, après avoir consacré sa vie à sa défense, fut tué 
en 1621 par un boulet ennemi au moment où il exhortait sur les rem- 
parts les soldats qui n'avaient pas pu assister au culte public. Il faut 
placer à côté de lui son collègue Michel Béraut, cet autre ardent doc- 
teur de la cause protestante, pour laquelle il disputa à Mantes avec 
Duperron, qu'il vengea des attaques de l'évêque d'Evreux dans sa 
Briève et claire défense de la vocation des ministres de V Evangile (Mon- 
tauban 1598, in-8"), et dont il poursuivit le triomphe dans les syno- 
des, dans les assemblées politiques, par ses exhortations, par ses 
écrits et par la part active qu'il prit à toutes les tentatives faites par 
les protestants pour s'assurer la liberté de conscience. Après le siège 

(1) P. Dumoulin avait été professeur à Leyde, avant d'être appelé (1599) à 
Paris comme pasteur. 

(2) Les synodes nationaux tirent les frais de celte immense publication. Depuis, 
il s'en fit deux autres éditions, une à Francfort, en 1G27, et l'autre à Strasbourg, 
en 16"29. Fréd. Spanbeim fit un abrégé de cet ouvrage, sous le titre de : Chaniie- 
rus contractus (Genevcp, 1645, in-fol.) Daniel Charnier a laissé plusieurs autres écrits 
de controverse. 



330 LES ANCIENNES ACADEMIES PROTESTANTES. 

de 1626, l'académie de Montauban resta pendant assez longtemps 
dans une espèce de langueur. Nous n'y rencontrons de nouveau des 
professeurs de quelque mérite que vers le milieu du XYII-^ siècle. Elle 
reprit alors une nouvelle vie avec Jean Verdier, André Martel, Jean 
Claude, et quelques autres, et nous voyons la controverse reparaître 
dans la plupart des thèses de cette époque , ainsi que dans la 
Réponse à la méthode du cardinal de Richelieu par André Martel 
(1674, in-4".} 

Ce fut à Montauban que les professeurs de Saumur trouvèrent en 
France, après P. Dumoulin, leurs antagonistes les plus persistants. 
Antoine Garissoles, qui y enseigna de 1627 à 1650, et qui fit con- 
damner en 16V5, au synode national de Charenfon qu'il présida, les 
thèses de Josué de la Place sur l'imputation du péché d'Adam, com- 
posa, sur l'invitation de cette assemblée, un traité consacré à expli- 
quer et à défendre cette condamnation (l)qui, favorablement accueillie 
par quelques synodes provinciaux, lut accusée par d'autres de préci- 
pitation. Le professeur de Saumur, ayant attendu en vain pendant dix 
ans la convocation d'un synode national de\ant lequel il put se justi- 
fier, en appela au jugement public par une exposition suivie de sa 
doctrine dans son traité De iniputatione primi peccati Adœ (Salmerii 
1655, in-4"). Ses explications ne réduisirent pas au silence ses adver- 
saires; et tandis qu'André Rivet, Sam. Des Marets, Franc. Turretin 
et plusieurs autres écrivaient contre lui en Hollande et en Suisse, les 
professeurs de Montauban continuèrent à le combattre, soit dans leurs 
leçons, soit dans les thèses qu'ils faisaient soutenir à leurs élèves (2). 

H y eut, il est vrai, à Montauban quelques professeurs animés d'un 
esprit plus large et plus conciliant; ils trouvèrent un appui dans Ca- 
méron, qui enseigna pendant quelques mois à l'académie de cette ville. 
Mais les circonstances politiques et religieuses au milieu desquelles ils 
se trouvaient placés ne leur étaient pas favorables. Deux partis divi- 
saient cette ville : l'un, toujours prêt à résister les armes à ia main 

(1) Explicatio ne defensin decreti synoclici carentinicnsis de iniputatione primi 
peccati Adœ. (Montalbani, 1648. In-8".) 

(2) Ces thèses n'ont pas clé réunies ensemble comme relies de Saumur et de 
Sedan. Aussi ces opuscules sont devenus d'une rareté extrâme. La bibliothèque 
de la faculté de théoio^■ie protestante de Montauban en possède un nombre assez 
considérable. Cette collection, qui est loin d'être complète, renferme 18 thèses 
d'André Martel, 15 du Jean Verdier, 4 de Jean Goumiare, 2 d'Antoine Garissoles, 
1 d'Antoine Pérez et 1 de Théophile Arbussy. Ces deux dernières, ainsi qu'une 
des quatre de J. Gommare et une des dix-huit d'André Martel, sont les thèses 
qu'ils soutinrent pour leur examende professeur. 



LES ANCIENNES ACADEMIES PROTESTANTES. 331 

aux mesures hostiles du gouvernement, l'autre craignant qu'une op- 
position armée ne fût le signal de la destruction complète du protes- 
tantisme en France, et disposé à acheter par une entière soumission 
une tolérance équivoque. Ce dernier parti aurait volontiers accepté 
les doctrines de Saumur ; mais si, par la position des hommes qui le 
composaient, il avait de l'influence dans les conseils de la ville, il était 
trop ami de la paix pour se compromettre ouvertement pour elles. Au 
contraire, le parti opposé était formé d'hommes d'une foi plus ardente 
qu'éclairée, fortement attachés aux croyances reçues, pleins d'audace 
pour les soutenir , et regardant tout novateur en fait de doctrine 
comme un traître secret qui, après avoir renié la foi des premiers ré- 
formateurs, n'avait plus qu'un pas à faire pour passer avec le catho- 
licisme. xVu milieu de ce peuple toujours prêt à descendre sur la place 
publique et à courir aux armes pour défendre sa foi, la vie de quelques 
professeurs faisant cause commmie avec les modérés fut plusieurs fois 
menacée. En 1625, Pierre Olier fut sur le point d'être mis en pièces 
dans le temple même (1), et la même année, dans vme autre sédition, 
Caniéron fut tellement maltraité par une populace en fureur, qu'il 
mourut quelques mois après des suites de ses blessures. 

Dans un tel état de choses, l'orthodoxie seule pouvait se maintenir; 
mais l'attachement qu'on avait pour elle n'était pas le résultat d'un 
examen scientihque; il était produit par un sentiment d'opposition au 
catholicisme. Si l'on s'y déchaînait contre l'arminianisme et contre les 
doctrines de Saumur, c'était par crainte qu'un changement dans le 
dogme fît fléchir peu à peu les croyances réformées devant les enva- 
hissements toujours croissants de l'église catholique. La confession de 
foi calviniste était regardée comme une citadelle qu'il ne fallait pas 
abandonner, sous peine de périr. A Montauban plus qu'ailleurs domi- 
nait le vieux parti réformé. Le triomphe de 1621 exalta ses espérances; 
les revers qui ne tardèrent pas à fondre sur le protestantisme n'é- 
branlèrent pas de longtemps sa confiance en une politique devenue 
désastreuse, et s'il finit par ne plus compter sur une résistance im- 
possible, il ne cessa jamais de défendre avec la plus grande ardeur 
des doctrines qui étaient pour lui le fondement des églises protes- 
tantes. 

(1) Hidoiredu Querci, t. If, p. 215-217. 



332 PRÉPARATIFS DE LA REVOCATION 

Quelque incomplet que soit l'aperçu que nous venons de présenter 
des tendances théologiques de nos anciennes académies^, il peut suffire 
pour donner une idée de leur importance et pour éveiller le désir de 
faire sortir leur histoire d'un injuste oubli. Il n'est pas nécessaire de 
faire remarquer que, par l'étendue et la profondeur de leurs travaux, les 
théologiens protestants français du XVII« siècle ont droit à une large 
place dans les annales de la théologie, et que c'est à quelques-uns 
d'entre eux que revient la gloire d'avoir arraché les sciences reli- 
gieuses à l'étroit dogmatisme sous lequel elles étaient menacées de 
périr. Ce n'est cependant pas assez; on n'estimerait pas à leur juste 
valeur les services qu'ils ont rendus, si on se bornait à ne considérer 
que l'action qu'ils exercèrent sur leurs contemporains. Il ne faut pas 
oublier que c'est de ces académies que sortirent les Basnage, les Beau- 
sobre, les Desvignoles, les Lenfant, et tous les autres théologiens fran- 
çais que la révocation de l'Edit de Nantes dispersa en Hollande, en 
Suisse, en Angleterre et en Allemagne, et qui éveillèrent dans quel- 
ques-unes de ces contrées une nouvelle vie scientifique, en y répan- 
dant les trésors de leurs connaissances. Par eux, l'influence des maî- 
tres qui les avaient formés franchit les limites de la France et celles 
du XVIIe siècle. Elle s'étendit sur toute l'Europe protestante; elle 
durait encore presque au moment qui vit naître la théologie alle- 
mande. 



PRÉPARATIFS DE LA RÉVOCATION DE LEDIT DE MNTES. 

MESIIIES PRISES POl'R LA CONVERSION DES OFFICIERS DE L ARMEE DE MER 
ET DES MATELOTS APPARTENANT A LA R. P. R. 

1G80. 

Docunienls originaux. 

M. .lal, historiograplic delà marine, a enrichi de notes spéciales l'édilion 
des Mémoires du marquis de VHletfe, due à M. Monmorqué, où nous avons 
déjà trouvé la matière d'un emprunt très intéressant (/". ci-dessus, p. 1!).-i). 
Ces notes sont, pour la plupart, des extraits des divers Efats de la marine 
et des Recueils manuscrits des ordres du Roi, conservés aux archives du 
ministère. M. .lal les a soigneusement compulsés et a rapproché les Instruc- 
tions rédigées par Colbert ou son Dis Seignelay, et approuvées par Louis XIV, 
des correspondances des amiraux rendant compte de leur exécution. C'est une 



DE l'ÉMT BE NANTES. 333 

note de ce genre que nous avons annoncé l'intention de reproduire {Ibid., 
note 3) et que nous allons publier. 

Nous donnons d'abord la dernière moitié d'une lettre du vice-amiral 
comte d'Estrées, qui en est le point de départ, et qui a le mérite de mon- 
trer parfaitement , par un aveu dépouillé d'arlitice , dans quel esprit on 
obtempérait, ou même on allait au-devant des désirs de Louis XIV, lors- 
qu'il eut déclaré que son bon plaisir était d'extirper l'hérésie. A voir d'Es- 
trées parler de la conversion des matelots, en dirait-on pas qu'il est ques- 
tion de ynoraliser les équipages ou de christianiser des païens?., tandis 
qu'il s'agit en réalité de contraindre à l'exil ou à l'hypocrisie de la religion 
officielle (1) des gens qui formaient précisément, au témoignage de leurs 
chefs, la partie la plus saine et la meilleure de l'armée de mer : le tout (il en 
convient ingénuement) , pour complaire à Sa Majesté et faire sa cour au 
ministre! (2) 

Le Comte iVEstrées au marquis de Seignelay. 

De La Rochelle, ce IG" avril 1680. 

... Vous me confirmez, Monsieur, dans la résolution que 
j'ay prise de m'appliquer fortement, cette campagne, à la con- 
version des matelots. Rien ne seroit plus important au service 
du Roy et plus utile à la marine ; j'advoue que je n'y suis pas 
moins excité par ces raisons, et parce que je crois que ces soins- 
là ne vous seront point désagréables, que par le zèle que tout 
le monde doit avoir pour sa religion. Je n'oubliray cependant 
dans tout le reste aucune des choses que vous estimez nécessai- 
res au service de Sa Majesté, ou que je penseray vous pouvoir 
plaire. Je vous supplie très humblement de croire que vous ne 
sauriez honorer personne de vostre bienveillance et protection 
qui en soit plus digne, par les sentimens sincères de respect et 
de reconnoissance que j'ay pour vos bontés et celles de mon- 
sieur votre père, puisque vous estes les seuls ministres de qui 
j'en aye reçu en ma vie des témoignages et des effects. 

Je suis avec toutes sortes de passion et de respect. Monsieur, 
vostre très humble et très obéissant serviteur. 

Le Comte D'ESTRÉES. 

(1) En d'autres termes, de pervertir et de démoraliser... 

(2) Il fut fait maréchal de France en 1681 , et fut le premier maréchal nommé 
dans la marine. 



.'{34 PRÉPARATIFS DE LA RÉVOCATION 

Voici niainlenant la note de M. Jal : 

On ne trouve pas dans la Collection des ordres du Roy, vol, 48 et 49, la 
dépêche à laquelle répond ce paragraphe de la lettre du comte d'Eslrées; 
mais ces volumes font très bien connaître quelles étaient les dispositions du 
Roi à l'égard des protestants. On lit, par exemple (p. 19.3 v" du tome 49), 
une circulaire aux intendants des ports, dans laquelle se remarquent ces 
passages : 

14 avril 1G80. 

« S. M. m'ordonne aussy de vous dire qu'Elle a résolu d'oster petit 
à petit du corps de la marine tous ceux de la R. P. R., et première- 
ment;, à l'égard des commissaires. Elle donnera des ordres pour oster 
ceux qui restent de cette religion. A l'égard des écrivains, Elle veut 
ciue vous me fassiez sçavoir s'il n'y en a aucun d'huguenot dans ledit 
port de mer, et que vous cessiez de les employer aussytost que vous 
aurez reçu cette lettre... S. M. a résolu, à l'égard des officiers, d'en- 
voyer à par le moyen del'évesque, un ecclésiastique habile et ca- 
pable d'instruire ceux qui voudront bien se mettre en estât de con- 
noistre les erreurs dans lesquelles ils sont engagez, et vous pourrez, 
lorsque cet ecclésiastique sera arrivé, faire entendre tout doucement 
à ceux desdits officiers qui sont de la religion, que S. M. veut, bien en- 
core patienter quelque temps, pour voir s'ils voudront se servir du se- 
cours qu'Elle veut bien leur donner pour les instruire dans la religion 
catholique; mais qu'après cela son intention n'est pas de se servir 
d'eux, s'ils continuent dans leur erreur... Ne manquez pas de m'en- 
voyer une liste exacte de tous les officiciers de marine de la R. P. R. 
(jui sont dans le département de » 

Dos lettres de Seignelay aux évoques de Saintes et de Léon (14 avril), au 
sujet des instructions à faire faire aux officiers protestants par des ecdé- 
siasti(|ucs, que ces prélats sont chargés de désigner, se lisent pp. 1 19 et 
201 du vol. 49. 

A la date du 19 mai, le ministre écrivait à U. de Seliil, intendant de la 
marine à Brest : 

« Si quelqu'un d'eux (les officiers de la religion réformée), par opi- 
niastreté refuse de proffitcr de cette grâce, et d'assister aux conféren- 
ces qui seront tenues pour cet effet, il a ordre d'en advertir S. M., et 
(|ue ce sera par ceux-là qu'Elle commencera à exécuter ce qu'Elle leur 
a fait scavoir et à les oster de la marine, et il ne doit pas manquer de 



DE l'ÉDIT de NANTES. 333 

rendre compte de ce qui se passera sur ce sujet, et de faire sçavoir 
principalement si le sieur Forant assistera à ces conférences. » 

Forant était un vieux capitaine de vaisseau de la promotion de 1655, qui 
résistait à toutes les injonctions de la Cour sur la question de conscience. 
Sa résistance ne fut pas punie d'abord d'une destitution, mais d'un chan- 
gement de département. On lit, en effet (p. 221, vol. 48, des Ordres du 
Roy), une lettre de Seignelay, du 5 juin 1680, où l'on remarque ce passage : 

« Ce n'est pas d'aujourd'huy que S. M. a lieu de se plaindre de la 
mauvaise conduite du sieur Forant, et de son opiniastretc remplie 
d'emportement sur ce qui regarde la religion; ledit sieur de Seiïil ne 
devoit pas souffrir que cet officier respondist ainsy qu'il a fait pour 
tous ceux qui sont de sa religion à Brest, et pour luy apprendre à 
estre plus sage une autre fois, et luy faire porter son zèle indiscret 
dans des lieux plus éloignez^ Elle luy envoyé ordre de partir pour 
Toulon aussytost qu'il l'aura reçu^ et Elle ne veut pas qu'il soit em- 
ployé à Tadvenir dans les r^viies dudit port de Brest (1). » 

Nous ne savons pas si Forant, qui était capitaine de 1655, se convertit, 
ou si le Roi se lassa de vouloir l'y contraindre, mais nous le trouvons à la 
tête des capitaines de vaisseaux sur l'état de 1685, et chef d'escadre sur 
t;elui de 1686 (2). 

Dans une lettre adressée à l'intendant de Rocliefort, le W juin 1680 
(p. 230 v° vol. 48), on lit cette phrase curieuse • 

« S. M. lui recommande de s'appliquer toujours à la conversion des 
officiers de marine, et Elle trouvera bon qu'il fasse connoistre au pu- 
blic qu'Elle fera donner des emplois dans ce corps à ceux qui feront 
abjuration de leurbérésie, pourveu qu'ils soient gentilshommes. » 

A la même date, Seignelay écrivait à 31. de Seiiil (p. 235 v" même vol.) : 

« Elle veut encore (S. M.) que ledit sieur de Seiiil s'informe particu- 
lièrement si les prières catholiques, la messe et les autres exercices de 
la religion, se font publiquement et à haute voix, dans la poupe, aux 

(1) Dans une dépèche des 6-10 septembre 1681 à Seignelay, Du Quesne écrivait : 
« Et comment, Monseigneur, laissez-vous rouiller Forant, qui est des meilleurs 
u manœuvriers et soldais? Quand donc le ferez-vous servir qu'en la vigueur de 
« Lon âge?...» 

(2) Il faut croire que le roi ne se lassa pas, car le pauvre Forant finit par suc- 
comber. M. Jal nous a appris, il y a quelques jours, que, dans le cours des recher- 
ches qu'il a laites depuis le temps où il écrivait ces lignes, il avait trouve la preuve 
que Forant n'était devenu chef d'escadre qu'après sa conversion. 



336 PRÉPARATIFS DE LA RÉVOCATION DE l'ÉIHT DE NANTES. 

jours et heures qu'ils se doivent faire, et si les capitaines n'y appor- 
tent aucun empeschement, et qu'il fasse sçavoir aussy en quelle ma- 
nière se font les prières des prétendus réformez, s'ils se retirent à l'a- 
vant et entre deux ponts, et s'ils observent de les faire à voix basse et 
sans être entendus. » 

Une lettre adressée à M. de Vouvré, intendant de Toulon, à la date du 
2G juin 1680 (p. 241, vol. 481, porte ce qui suit : 

« S. M. veut bien donner encore trois mois au sieur Goffin pour se 
convertir, mais, ce temps expiré. Elle iuy fera oster son employ s'il 
continue dans sa religion. » 

Le 24 juin, Seignelay ordonne à de Seuil de faire savoir « quand les sieurs 
de la Mothe et de Rys feront abjuration de leur hérésie (p. 231 v" 
vol. 48). » De la Mothe était capitaine de vaisseau de 1668. De Rys était 
lieutenant de 1G76. On trouve encore La Mothe sur l'état de 1683; il dis- 
paraît en 1685. Quand à de Rys ou de Ry, il ne disparaît de la liste des lieu- 
tenants qu'en 1690. Probablement tous deux avaient Uni par se rendre. 

En mai 1680, le Roi avait voulu effrayer les protestants par un exemple, 
et Seignelay avait écrit de sa main le billet suivant à Du Rivau-Huet, lieu- 
tenant de vaisseau de la promotion de 1 670 : 

« Le Roy n'ayant pas esté informé que vous estiez de la religion 
prétendue réformée, lorsqu'il vous a donné le commandement des 
quatre pinasses qu'il a fait armer à Rayonne, et l'ayant appris du de- 
puis, il m'a ordonné de vous dire que vous ayez à remettre au sieur 
Roux (capitaine de frégate légère, de 16G7) la pinasse que vous avez 
présentement, l'intention de S. M. n'estant pas que vous restiez plus 
longtemps dans le commandement de ces quatre bastimens. » 

Cet acte de sévérité dessilla les yeux de Rivau-Huet; rar, dans l'état de 
1683, on le voit p(trlé parmi les capitaines de vaisseau de la promoliun de 
1682 (p. 198, vol. 48). 

Les (thoses avaiint été poussées moîns avant, en 1679. Ainsi, on lit 
(p. 9 V" vol. n. Ordres du Roy), dans une lettre adressée à Denuiyn, le 
6 janvier : 

(( Je suis bien aise de vous dire qu'il m'a paru beaucoup d'aniniosité 
de vostre part sur tout ce qui s'est passé au sujet dudit de la Favolière, 
et que vous devez observer en général sur les gens de la religion, tc^ 
qu'il est, de régler un ])eu vostre zèle, parce que dans cette occasion 



llli.MULlllur> 1)1 ilLUrtE DE SAÎMf.-tuV. 337 

et dans plusieurs autres qui ont paru devant le Roy, S. M. a trouvé 
qu'il n'estoit pas tousjours accompagné de la discrétion nécessaire. » 

Un mois après (p. 89, même vol.), Seignelay écrivait à l'évêque de Sain- 
tes, au sujet des matelots prolestanls : 

« S. M. m'ordonne de vous escrire qu'elle pourra contribuer à la 
dépense qui sera nécessaire pour convertir ces hérétiques^ soit en en- 
voyant des missionnaires dans les paroisses, soit en leur faisant quel- 
ques gratifications » 

On voit que presque toutes ces tracasseries et ces mesures d'exclusion, 
à l'égard des marins protestants, sont de l'année 1680. C'est pourtant en 
cette même année 1680, que l'un des plus illustres officiers delà marine 
française, — un protestant, mais dont Louis XIV trouvait les services bons 
catholiques^ — le lieutenant-général Abraham Du Ouesne, était nommé au 
commandement de l'escadre de la Méditerranée, recevait le 8 juin ses lettres 
de créance et ses instructions, et partait pour une de ses plus glorieuses 
campagnes (celle contre les corsaires de Tripoli), qui devait être bientôt 
suivie de deux autres expéditions rendues non moins célèbres par les bom- 
bardements d'Alger et de Gênes! 



OÉKIOLITIOH DU TEIÏIPLE DE SAIHTEFOY. 

1683. 

(Document inédit et Notice historique sur la fondation de l'pfçlise réformée de celte ville.) 

M. le pasteur Mercat, de La Roiiuille (Gironde) , nous a transmis la notice et 
le document très intéressants qu'on va lire, sur l'église de Sainte-Foy et sur la 
démolition de son temple. 

Aymon De La Voye, originaire de la Picardie, arrivé secrètement de Ge- 
nève dans la ville de Sainte-Foy, vers l'an 1541, y prêcha le premier les doc- 
trines du pur Evangile (F. Crespin, Hist. des Martyrs, liv. III, p. 121). 
S'étant ménagé quelque intelligence auprès des habitants, et peut-être aussi 
muni de lettres de recommandation pour quelques partisans secrets des 
nouvelles doctrines (nouvelles à force d'oubli!). De La Voye se mit en rela- 
tion plus fréquente avec eux. Ses entretiens leur plurent; ils l'écoutèrent 
bientôt avec bienveillance et goûtèrent fortement les enseignements qu'il 
leur donnait. Mais comme la prudence exigeait de commencer une œuvre 
de celte nature avec toute la réserve possible, afin de ne pas exaspérer la 
jalousie et la haine du clergé. De La Vove réunit ses premiers disciples dans 

22 



338 DÉMOLITION DU TEMPLE DE SAINTE-FOY. 

une cave ([u'on montre encore à Sainte-Foy. Là fut contenue en germe toute 
l'Eglise de cette ville, et celle des nombreuses provinces environnantes. Les 
prédications de De La Voye furent tellement liénies dans ce sanctuaire im- 
provisé et le nombre de ses auditeurs devint si grand , qu'il se vit forcé, 
au risque de se faire connaître de ses ennemis, d'abandonner la cave où se 
tenaient les assemblées et de prendre un local plus vaste. 

Bientôt, malgré toute la prudence qu'on mit à tenir secrets les lieux de 
réunion, ces assemblées fréquentes, nombreuses, ne purent, surtout dans 
une petite localité, échapper à la surveillance active du clergé. A peine en 
eut-il été instruit, qu'il dénonça en toute hâte à l'autorité ecclésiastique, 
des doctrines si étranges pour l'époque et surtout en si grande opposition 
avec celles de l'Eglise romaine. Non content de cette première démarche, il 
s'adressa au bras séculier, et la cour souveraine de Bordeaux, lança immé- 
diatement une prise de corps contre le courageux De La Voye. Un huissier 
fut, en effet, envoyé à Sainte-Foy, vers la fin de loil, pour se saisir de lui. 
De La Voye en fut informé, et il aurait eu le temps de se soustraire à l'exé- 
cution de l'arrêt. Quelques-uns de ses amis le lui conseillèrent fortement, 
mais il en fut indigné et protesta qu'il voulait courageusement mourir à son 
poste : « J'aimerois mieux n'avoir jamais esté né que de commettre telle 
« lascheté, car ce n'est point l'office d'un bon pasteur de s'enfuir quand il 
« voit venir le danger, comme dit Notre-Seigneur : ains doit demeurer, afin 
« que les brebis ne soyent égarées. {Crespin^ p. 121.) » 

Sur ces entrefaites, l'huissier chargé de conduire le courageux apôtre de 
la Réforme à la barre du parlement arriva dans Sainte-Foy. Il y était déjà 
depuis trois jours; pendant ce temps, De La Voye continue ses prédications 
et résume en trois sermons toute la doctrine « (|u'il avoit preschée et pour 
« laquelle il estoit prest d'exposer raille vies, si tant en avoit. Desquelles pa- 
« rôles, avec son innocence en zèle, plusieurs furent esraeus. — Comment? 
« 11 est cause que nous nous sommes retirez des jeux et des tournois, et 
« que plusieurs se sont retirez des méchancetez qu'ils avoient accoustumé 
(c de faire (ibid., pag. 122). » 

Aussi, au moment où De La Voye, chargé de liens, traversait la ville 
comme un malfaiteur, les habitants se portèrent en foule sur la route pour 
le délivrer par la force ; mais le fidèle pasteur leur dit : « Cessez, mes frères 
« et amis, n'empêchez mon martyre; la volonté de Dieu est telle que je souf- 
" fre pour lui, à laquelle il ne faut résister {ibid., pag. 122). » 

Conduit à Bordeaux, (;omme un vil malfaiteur, De La Voye fut jeté dans 
un cachot obscur et infect, d'où il ne sortit, après neuf mois de souffrances 
et de tortures morales, que pour monter sur le bûcher. 

Ce fidèle serviteur de Dieu fut, en effet, brûlé vif à Bordeaux, le 21 
août 1542. 



DÉMOLITION DU TEMPLE DE SAINTE-FOT. 330 

Franchissons maintenant nn siècle entier. Nous allons voir tonilier le tem- 
ple de cette même Eglise, que le martyr De La Voyc avait ainsi définitive- 
ment fondée ; nous allons le voir tomber sous les coups de ceux qui avaient 
allumé le bûcher du 21 août !o42. Voici le Procès-verbal entièrement iné- 
dit, rédigé par le curé même de Sainte-Foy, qui fut tout ensemble témoin 
et acteur dans toute cette « pieuse cérémonie. » 

AD PERPETUAM REI MEMORIAM. 

JL'an mil six cent Imitante trois et le vingt deuxième juillet, 
nous, curé soussigné, sommes allez avec une belle et nom- 
breuse procession , depuis l'église paroissiale de la présente 
ville jusqu'aux masures du temple de ceux de la R. P. R. de 
ladite ville, oi^i estant arrivez, nous avons béni une croix qui a 
esté posée sur un pilier dudit temple réservé pour cet objet. 
Ensuite de laquelle bénédiction, le père Marcellin Desbois, re- 
celé [sk)^ a fait un beau sermon sur lesdites masures. Après 
quoy, nous sommes retournez en procession à ladite église, 
en chantant un Te Deum et VExaudiat , où , estant arrivez , 
nous avons fini toute cette pieuse cérémonie par une messe 
haute pour rendre grâce à Dieu d'avoir délivré cette ville de 
l'exercice de l'hérésie par la démolition dudit temple, laquelle 
l'on commença le 19'' jour du présent mois et finit le 21^ 

L'arrêt de la démolition fut donné par le Parlement de 
Guienne, séant à La Réole, le 2" du mois de juin dernier, au 
rapport de M. de Mirât, sur l'information faite par M. Duvi- 
gier, conseiller au Parlement, qui a assisté à la cérémonie et 
fait faire la démolition des contraventions des huguenots aux 
Edits et Déclarations du Roy. 

Signé : ANDRAULT, curé de Sainte-Foy. 

Il n'est pas sanç utilité de rappeler ici que Sainte-Foy est aujourd'hui un 
des points où le protestantisme français a le plus de vie. Il y compte plusieurs 
églises, et y manifeste sa foi par les œuvres. 



MEUflQIRE AU REVËRËiiD PERE DE U CHAISE 

COATRE LES PROTESTANTS DE PARIS 
ET LETTRE DU MARQUIS DE SEIGNELAV A LA REYNIE, LIEUTENANT DE POLICE 

1684. 

Documents inédits. 

M le pasteur Vaurigaud, de Nantes, nous avait communiqué, il y a déjà 
queUiue temps, une de ces pièces honteuses qui fourmillent dans les dossiers 
des affaires concernant les protestants, sous Louis XIV : une dénonciation 
au révérend père de La Chaise. Nous avons rencontré, depuis peu, un docu- 
ment qui complète à merveille la communication de M. Vaurigaud. C'est 
une dépêche du marquis de Seignelay au lieutenant de police La Reynie, 
conçue en ces termes : 

A M. de La Reynie. 

A Versailles, le 30 septembre 1684. 

Monsieur, le sieur de Saint-Thont [?] ayant donné advis de 
trois maisons à Paris où Ton donne retraite aux pauvres de la 
R. P. R. , le Roy m'a ordonné de vous escrire de voir sur cela 
le père de La Chaise , afin qu'il vous indique ledit sieur de 
Saint-Thont, et que vous vous serviez de luy à ce que vous ju- 
gerez à propos pour l'exécution des ordres que vous avez receus 
sur ce sujet. 

Je suis, etc. 

On va voir que <"ette lettre, rapprochée du mémoire tpii suit, en précise par- 
failement l'origine et la date. Ce mémoire se trouve, d'ailleurs, parmi les pa- 
piers de La Reynie, dans le tome l^'du Fonds Saint-Germain (suppl. franc., 
791, 1), aux manuscrits de la Bibliothèque Impériale. La lettre fait partie 
des registres du Secrétariat aux archives impériales. Le nom du délateur y 
ost écrit Salnl-Thont; il est évident que c'est une simple erreur d'or- 
thographe. 

Mémoire pour servir au Très Révérend Père Confesseur 
du Roy. 

« Sa Révérence est très humblement supliée de se souvenir d'informer 
S. 31. que le sieur de Saint- Thoin a relire un jeune gentilhomme huguenot. 



MÉMOIRE AU UÉV. P. DE LA CHAISE. • 341 

âgé de quinze ans, des mains de ses parents pour achever de l'instruire dans 
notre religion, et le mettre en état de faire abjuration de son hérésie et 
d'en recevoir l'absolution. 

« Sa Rf^" se souviendra pareilhement, s'il luy plaist, que le dit sieur de 
Saint-Thoin a hii Ihoneur de luy dire que, dans les fréquentes conférences 
qu'il a avec ce jeune homme, il a appris que les huguenots ont plusieurs 
maisons en divers endroits de Paris, qu'ils font servir d'hôpitaux pour les 
malades de leur religion, et qu'il y a vii de ces malades, avant (pte de 
mourir, demander avec de grands empreçements un prestre pour les absou- 
dre de leur hérésie, ce qui leur fû refusé par ceux qui ont le soing de les 
servir, qui pour sen dispencer, disoient à tous ceux de l'un et de l'autre 
sexe de leur religion (pii visitent ses hôpitaux, que ces malades étoient dans 
un délire, quoique cela ne fù pas, et les ont laissé mourir dans cet état. 

« Il en a même vii un de ces malades qui, ne pouvant obtenir par ces 
instantes prières, un prestre pour labsoudre, élever lune de ces mains vers 
le ciel et mourir dans cette posture de laquelle les anciens (pii lasistoient à 
la mort, non plus que ceux qui y estoient presants ne purent remettre son 
bras dans sa posture naturelle. Ce qui les obligea de garder ce corps pen- 
dant trois jours pour tacher, par tout tes sortes d'elïorts, de luy faire bes- 
ser le bras (1). 

« Cette conduitte, si contraire aux lois divines et humaines, et si direc- 
tement oposée aux ordonnances et déclarations du roy, demande de votre 
R'^'^ d'en arrester le cours. Pour y parvenir, le sieur de Saint-Thoin propose, 
sous le bon plaisir de S. M., deux moyens inman(iuables : le premier, (pie 
les maisons qui servent d'hôpitaux seront razées, les matériaux avec tous 
les meubles qui si trouveront, confisqués, et le produit (jui en reviendra 
employé à la conversion de ceux de cette religion que l'on y aura disposés, 
et à l'égard de ceux qui ont loués ces maisons des propriétaires, condamnés 
de payer les amendes ordonnées par S. j\I., comme ayant contrevenu aux 
déclarations du roy, qui deffende de s'assembler ailheurs que dans leur 
temple. Le deuxième, que celuy ou celle qui sont comme les directeurs de 
cest sortes d'hôpitaux, seront arrestés prisonniers et etroittement gardés 
pour savoir le nom de ceux qui se sont servis du leur pour faire bailli de ces 
maisons, et ensuitte condamnés à une peine infamante, telle (pi'il plaira 
à S. M- 

« Ces deux moyens conduiront immanquablement à ces. deux choses : la 
première, que personne ne voudra louer sa maison aux huguenots pour ser- 
vir d'hôpitaux, pour n'avoir pas le chagrin de la voir démolir, par concé- 
quent, les malades de cette religion seront contraints de c(î faire porter 

(t) FI y a en marge : « Le ministre Claude y ét-iii présent.» 



342 PLACET AU ROY POUR MAhIE TESTU. 

dans nos hôpitaux, où ils se convertiront, n'ayans ni ministre ni ancien qui 
les encourage à mourir dans leurs damnablos opir.ions. La seconde, que par 
l'emprisonnement de cette sorte de directeurs d'hôpitaux, qui sont gens de 
néant, l'on saura le nom des ministres qui ont effectivement loué ces maisions 
pour en faire des hôpitaux et lieux d'assemblées si sévèrement deffendues 
par S. M , et par la punition corporelle qui sera faite à cette sorte de direc- 
teurs, les ministres n'en trouveront jamais qui si veuille exposer après ces 
exemples. D'où l'on peut conclure que si les ministres sont accusés d'avoir 
loué ces maisons pour en faire des hôpitaux, c'est le moyen de les interdire, 
de les bannir, et de leur faire souffrir telle peine qu'il plaira à S. M. Cette 
dernière réflexion peut avoir de plus grandes suittes pour le bien de l'Eglise. 

« 3Iais comme cet affaire demande beaucoup de précaution, telle que le 
sieur de Saint-Thoin a déjà prise et qu'il continue, pour reconnoistre les 
lieux que ce jeune homme luy a indiqués, l'un desquels est dans la rue des 
Fossés de M. le Prince et qui répond dans la rue Saint-André-des-Arts, vis 
à vis et proche la porte de Bussy ; un autre dans la rue du Sabot, fauxbourg 
Saint-Germain, et qui répond dans celle de (1), près la Charité; il suplie 
très humblement S. 1>Î. de luy en laiser le soing et la conduitte, et de luy 
accorder le pouvoir de prendre tels commissaires du Châtelet qu'il avisera 
pour l'exécution de la chose, et pour dresser tous les procez verbaux qu'il 
sera nécessaire avec deffences, de par S. M-, aux geôliers de la prison où 
l'un mettra ceux on celles qu'on arrestera qui sont gens de néant, mais des 
plus zélés huguenots, de ne les laiser parier à personne, sous telles peines 
qu'il plaira à S. M. d'ordonner. 

« C'est par ces moyens (ju'on détruira insensiblement les huguenots dans 
Paris, que Dieu en sera plus glorilié, l'intention du roy satisfaite et le zèle 
de Votre R'^'^ accomplis, et qu'elle sera comblée d'une infinité de benëdicfions 
par ceux qui auront receu leur salut par son ministère. » 



PUCEÎ AU ROY POUR fHARIE TESTU 

VErVE DE riERUr MARTEL, AGKK DE 78 ANS, PRISONNIÈRE A AMIENS. 

1G8Î. 

( Inédit.) 

Marie Teslu, veuve de P'wrrc Marlcl, aagée de 78 ans, pri- 
sonnière es prisons de la Conciergerie de votre ville d'Amiens, 
supplie en toute humilité Votre Majesté d'ordonner sa sortie 

(1) l.n mot est en Ijla'.ic dans le Ms. 



PLACET Al) ROI POUR MARIE TESTU. 343 

hors des dites prisons, attendu qu'elle ne croit pas estre cou- 
pable , veu que yéritablement elle a abjuré sou hérésie à An- 
ger-ville, pays de Caux, où elle demeuroit à cause des soldats 
qu'elle aToit en sa maison. Mais lorsqu'elle a signé , elle n'a 
sceu ce qu'elle faisoit, et ils ne luy ont donné autre chose à 
entendre sinon qu'il falloit signer, et qu'à l'instant ils se re- 
tireroient. Depuis quoy, ses enfans l'ayant persuadée de les 
suivre, ce qu'elle a fait tant par affection maternelle que parce 
qu'elle ne pouvoit subsister à son âge sans leur assistance, elle 
a une seconde fois abjuré avec sesdits enfans dans la Concier- 
gerie d'Amiens, où ils ont esté arrestés. Ses dits enfans ayant 
esté élargis, elle y a esté retenue, où elle est dans un fort pi- 
toyable estât. Mais, par la grâce de Dieu, elle professe dans les 
règles la Religion catholique, apostolique et romaine, — ainsy 
qu'il a esté certifié à monsieur Chauvelin, votre commissaire, 
départi en la province de Picardie par les pères Jésuites du 
collège de votre ville d'Amiens, qui lui ont donné toutes les 
instructions qu'elle a souhaitées, et elle continuera ses vœux et 
prières pour la continuation de la prospérité en-santé de Votre 
Majesté. 

A Amiens, ce 23'" juillet 1687. 

(M. 6-73.) 
' Nous nous bornerons à appeler l'attention du lecteur sur ces naïves pa- 
roles du placer qui précède : vu que véritablement elle a abjuré... à cause 
des soldats qu'elle avoit en sa maison... Lorsqu'elle a signé, elle n'a su ce 
qu'elle faisait... 1.1 il s'agit d'une pauvre malheureuse vieille femme de 
78 ans. Et comme elle ne peut subsister sans l'assistance de ses enfants, 
qui, à ce qu'il paraît, n'avaient pas abjuré, on l'incarcère de nouveau avec 
*ux ! Puis on élargit ceux-ci, mais elle, on la retient. La voilà contrainte 
derechef de se déclarer catholique romaine dans les règles, d'en prendre à 
témoin le commissaire et les pères Jésuites, le tout pour obtenir un peu de 
répit et le droit de mourir hors de prison ! La pauvre femme l'a-t-elle ob- 
tenu ? Nous l'ignorons, car la pièce ne porte aucune note. 

Sa Majesté a peut-être répondu par un Néant à la requête, ou peut-être 
la mort a rendu toute réponse inutile!... Les faits de ce genre se comptent 
par milliers, ou plutôt ils ne se comptent pas. Dieu seul a pu les énumérer. 



UNE RAZZIA DE CEHTILSHOlUliilES 

ET DE pa!;tu;ulili;s dk la i;. i>. k. 

168Î. 

( Inédit. ) 

Le i août 1687 mérite de figurer avec une croix d'honneur dans les fastes 
de la justice du grand Roi et du grand siècle. La révolution de l'Edit de 
Nantes était accomplie depuis près de deux ans; tout ce que le royaume de 
saint Louis renfermait naguère d'hérétiques s'était converti comme par en- 
chantement, et il ne devait plus y avoir de protestants en France, comme 
chacun sait. Il y en avait pourtant encore, et beaucoup : on pourrait pres- 
que dire qu'il n'y en avait jamais eu tant. Les prisons d'Etat, les châteaux 
de Sa Majesté et les couvents des deux sexes, ces prisons particulières qui 
s'ouvrirent alors de toutes parts avec un si grand empressement, regor- 
geaient de malheureux nouveaux convertis (on sait ce (jue ce mot signi- 
fiait), arrachés à leurs familles, et de familles entières dispersées çà et là. 
Et non-seulement ces prisons étaient pleines , mais chaque jour y ajoutait 
de nouvelles recrues. 

Yoici le bulletin des incarcérations ordonnées le 4 août IG87. Ce dut être 
un des beaux jours du règne, car la fournée est brillante. Plusieurs des 
noms qu'on va lire donneraient lieu à d'intéressantes mentions, si la place et 
le temps ne nous manquaient. Nous joignons à la série des ordres du 
4 août le modèle des billets d'envoi adressés aux commandants des châ- 
teaux royaux, et un ordre de transfèrement du lendemain qui s'y rapporte, 
afin que le tableau de cette razzia à l'intérieur du royaume, au XV11<" siè- 
cle, soit ici au complet. 

Colbert, Marquis de Seignelaij^ Secrélaire (TElat , 
au Commandant du château d'Angers. 

A Versailles, le 4 aoust 1687. 
Le Roy envoyé au château d'Angers les S'"' de Montginot, de Ver- 
deille et de Romeron, qui sont des gens opiniâtres dans la religion pré- 
tendue réformée. Sa Maj" veut qu'ils soient soigneusement gardés sans 
avoir communication ensemble ny avec personne du dehors, si ce n'est 
avecM^Tevesque d'Angers, ou les ecclésiastiques ([u'il voudra leur en- 
voyer. Ils doivent payer leur dépense, et s'ils veulent des valets, il faut 
que vous leur en donniez d'anciens catholiques-, de la bonne conduite 
desquels vous soyez assuré. Que s'ils en veulent faire venir de Paris, 
vous prendrez la peine de m'en envoyer un mémoire, afin qu'avant de 



CNF. R'KZZiA DE GENTILSHOMMES DE LA R. P. R. 345 

les leur envoyer Je fasse examiner s'ils sont de la qualité dont ils doi- 
xent estre. 

— Pareils billets ont esté escrits aux comniandans des châteaux de 
Loches, de St-Malo, d'x\ngoulesme, d'iVmienS;, de Montreuil et de 
Nantes. 

Dw4 aoiist 1687. 

A Versailles. 
ORDRES BU ROY pour transférer du château de la Bastille en 
celui d'Angers les S^» de Montginot (1)^ de Verdeille et de Romeron. 

Autres pour transférer dud. château de la Bastille en celui de Lo- 
ches^ les S''^ de Béringhen, de Saint Jean, Â.nionnet, de Briguy, Ca- 
hans et le maniuis de Cagny. 

Auti^es pour transférer les S''^ Le Cocq, Focart et de Monteil, des 
couvents où ils sont détenus à Paris au château de Saint-Malo. 

Autres pour transférer les S'* Virasel, Masclary, Moricette et Ger- 
vaise, des couvents où ils sont détenus à Paris au château d'Angou- 
lesme. 

Autres pour transférer à la citadelle d'Amiens la de Le Cocq, la d^^e 
de La Fontaine, la de Amonnet, la d^ Brunier et la d'ie d'Orignac. 

Autres pour transférer la dUeDury^, l'aisnée, la d''^ Manyer, puisnée, 
et la d'ie Morissette, de la maison des Nouvelles catholiques de Paris à 
la citadelle de Montreuil . 

Autres pour transférer les d'i^s Manyer, cadette, Jacquinot, de St- 
Surin, Guignard, de La Roque, Le Juge, Dury, cadette, et Manyer, 
l'aisnée, à la citadelle de Montreuil. 

Du 5 aoust 1687, à Versailles. 

ORDRE DU ROY pour transférer la d« de Marronay, de la 
R-. P. R., du couvent des filles de Ste-Marie, de Loudun^ au château 
de Loches. 

(Reg. Secr.) 

(1) On se rappelle que Madame de Monginot est nommée dans la lettre de Sei- 
gnelay à La Reynie, rapportée ci-dessus, p. 168, en date du 23 mars 1682. Elle 
était de ces dames de la R. P. R. coupables de se réunir pour assister les pauvres 
de leur religion. Son mari devait être pour le moins complice dn crime, et on 
n'est pas surpris de le voir embastillé, cinq ans plus tard, iiomme opimûti-e. 



EXHUIÏiÂTIQN DE RIÂD&niE DE ffiONTGORiRIERY 

Sril LA RÉQUISITION DE l'ÉVKQUE DE COUTAÎVCES. 
1G90. 

(Note historique et documents inédits.) 

S'il est un moment ici-bas où l'égalité se fasse bien sentir à tous les hom- 
mes et domine toutes leurs vaines conventions sociales, c'est à coup sûr ce- 
lui où nous arrivons tous et qui s'appelle Vartide de la mort. La mort ne 
connaît point les distinctions; elle « frappe du même pied l'humble toit et 
« le superbe palais. » 

Le pauvre en sa cabane, où le chaume le couvre. 

Est sujet à ses lois; 
Et la garde qui veille aux barrières du Louvre 

N'en défend pas nos Rois. 

« La poudre retourne à la poudre, la terre reprend la terre, et l'esprit de 
l'homme retourne à Dieu qui l'a donné ! » Telle est la solennelle déclaration 
de l'Evangile, et le pasteur la renouvelle sur chaque fosse ouverte qui va 
recevoir le corps d'un protestant, en quelque lieu que cette fosse ait été 
creusée. N'est-ce pas ce qu'auraient fait les premiers chrétiens, s'ils avaient 
eu " un lieu où reposer leur tête, » ou n'est-ce pas ce qu'ils faisaient, loi-s- 
que l'intolérance des pontifes du paganisme le leur permettait? (1) 

L'Eglise romaine, après s'être emparée de l'individu dans tous les actes de 
la vie (notamment par la confession auriculaire, et en ajoutant au baptême 
et à la communion cinq autres sacrements), n'a pas voulu qu'il lui échappât 
dans la mort. Elle a donc institué Vextrême onction, elle a béni le sol des- 
tiné aux sépultures de ses fidèles, afin qu'ils fussent inhumés en terre sainte, 
à l'exclusion de tous autres. De là, il est résulté qu'il lui a fallu monter la 
garde autour de ses cimetières, pour empêcher qu'un péager ou un gentil 
vint y prendre place à côté de (juclqu'un des siens et souiller de sa dépouille 
le « champ de pourriture » catholique. De là enfin, est née aussi pour l'Eglise 
romaine l'obligation de chasser de ce dernier asile, lui appartenant en propre 
en vertu de sa main-mise ecclésiastique, tout ce qui n'avait pas passé par 
les fourches caudines du dernier sacrement, en d'autres termes, de rouvrir 
les tondjes, anciennes ou récentes, d'exhumer les cadavres des impies, de 
les jeter à la voirie, ou bien de les reléguer dans un emplacement réservé à 
ceux qu'elle ignore ou qu'elle repousse : les enfants morts sans le sacrement 

Cl) On sait que dans les premiers temps, les chrétiens, obligés de se cacher et 
de' déguiser leurs tombeaux, avaient coutume d'y graver, en signe de reconnais- 
sance' ta ligure d'un poisson, ou d'v inscrire le mot grec lyjjùi (poisson), dont les 
cinq lettres'formaient les initiales de celte phrase : Jésus-Christ, Fi/s de Dieu, 
Sauveur, 



EXHUMATION D'u^E DAME PROTESTANTE AU XV11<" SIECLE. 34T 

du baptême, les suicidés, les duellistes, les criminels et... .les hérétiques (1). 

Ce chapitre des exhumations est un des plus affligeants de l'histoire des 
Eglises réformées. Benoît cite plusieurs des affaires de cette nature : l'odieux 
qui s'y attache n'a pas empêché malheureusement qu'elles ne fussent en 
grand nombre. 

Après une sortie au siège de Rouen, quelques réformés ayant été enterrés 
confusément avec les catholiques tués ^ans la même occasion, les survivants 
de ceux-ci tirent déterrer les réformés et abandonnèrent leurs corps à la 
merci des bêtes fauves. En 1591, le parlement de Bordeaux donne un arrêt 
qui autorise à déterrer les corps des réformés, qui avaient été enterrés de- 
puis quinze ans dans les cimetières" catholiques ou dans les églises. Flori- 
mond de Rémond, l'historien, présidant un jour comme plus ancien conseiller, 
et ordonnant par un arrêt l'exhumation d'un enfant, y ajoute que tous les 
corps des réformés, enterrés depuis dix ans dans les cimetières des catho- 
liques seraient déterrés. — « On se plaignait, en 1597, que des personnes 
« qui étaient mortes avec quelques marques d'être réformées, n'ayant pu 
« avoir sépulture à cause de cela dans les cimetières des catholiques, on fai- 
« sait procès à leurs parents pour les avoir fait enterrer dans les cimetières 
« des réformés. » On citait surtout k cet égard d'incroyables actes de fana- 
tisme commis par le curé de Saint-Etienne deFurens. — Ce fut un des points 
les plus difficiles à régler, lors de l'Edit de Nantes. Les réformés, « quoy- 
' qu'ils iie fussent pas entêtés du vain préjugé qu'un n^orceau de terre est 
« plus saint qu'un autre, demandaient qu'il n'y eût pour les deux cultes que 
« les mêmes cimetières. » Ils ne voulaient pas admettre une différence de 
sépulture qui les marquait alors dune tache odieuse. Si l'on permettait aux 
catholiques, « toujours zélés jusqu'à la fureur contre ce qu'ils prennent pour 
« liérésie, » de porter leur haine à l'égard des réformés plus loin que la 
mort, comment espérer de faire vivre en paix les uns avec les autres? 
Pouvait-on vouloir rien de commun pendaiit la vie avec ceux ù qui 
on refuse l'honneur d'une sépulture commune?... Pouvait-on fréquen- 
ter sans liorreur des gens dont on se persuade (jue les corps morts 
profanent le lieu où on les enterre? Mais on fit si bien de l'autre côté, que 
l'article 46 de l'Edit, d'abord rédigé dans un sens explicite pour l'avenir, 
finit par être complètement changé et ne décida plus rien que pour le passé, 
c'est-à-dire que cet article statua « qu'il ne serait fait aucune recherche, in- 
novation ou poursuite, » siir les faits acc(împlis. Il est vrai (pi'on y revint 
ensuite et qu'on y rétablit les premières dispositions, mais seulement d'une 

(1) Avec les exigences du canon catholique, on le voit, 

« La mort a des rigueurs à nulle autre pareilles,» 
et le seuil des cimclières bénis courrait grand risque de n'être franchi que par 
un assez petit nonabre li'iUis, si tes principes absolus et inliuiriains n'étaient tem- 
pérés par mille accommodements de temps, de lieux et de personnes. 



348 KXHUMATION d'uNE DAME PROTESTANTE 

manière tacile. « Quand il fallut venir à délivrer des places aux réformés, 
« à frais communs, les comnuuiautcs ne furent pas si fâcheuses que le 
« clergé. Comme elles étaient ruinées par les longues guerres, elles aimèrent 
« mieux partager avec les réformés les cimetières anciens que de faire la 
« dépense d'en acheter de nouveaux. » Les commissaires de l'Edit fu'ent les 
partages. Nonobstant, les chicanes, les vexations et les violences allèrent 
leur train. A Lyon, le chevalier du guet s'obstinait à escorter et protéger de 
force les convois des protestants, afin d'en tirer des salaires excessifs. A Au- 
benas, le marquis de Montlaur appuyait et excitait au besoin les entreprises 
des jésuites. L'Official d'Angers, l'évêqued'Alby, le cardinal de Sourdis, ar- 
chevêque de Bordeaux, faisaient déterrer des corps de réformés inhumés 
depuis cinq ou six années (1). Ce dernier, « l'homme le plus emporté et le 
« plus étourdi de son temps, et (jui s'embarrassait de toutes sortes d'af- 
faires avec le moins de réflexion, » ordonna l'exhumation des restes de la 
dame de La Roulye, (jui reposait depuis dix-huit ans dans l'église de Pon- 
tems, et les « fit jetter sur le grand chemin. » Aussi trouvons-nous, dans le 
Cahier présenté au Roy en /IGOG, un article 15, où ce fait est relaté, d'après 
l'enquèle du sénéchal de Guyenne, et par lequel article on supplie Sa Majesté 
de « mulcter les auteurs de telles inhumanités de châtiment condigne, » de 
casser semblables arrêts et mandements, et empêcher que les réformés puis 
sent être à l'avenir troublés de la sorte. La réponse du Roy en son Conseil, 
datée du 19 août 1606, confirma les défenses portées par l'article 45 {arl. 
secr. ) de l'Edit de Nantes , et enjoignit « très expressément de pourvoir 
promptement ceux de la R. P. R. de lieux de sépidture, conformément aux 
articles iS et 29 de l'Edit, à peine de mil livics d'amende. » 11 y eut alors 
un peu de trêve; mais cela dura tout au plus jusqu'à la mort de Henri IV. 
Nous voyons des faits de tracasserie, d'agression, de violation de sépultu- 
res, entre autres, en 1612, en 1618, en 1619, en 1625, en 1626, -en 1659 
et années suivantes. Mais c'est surtout lorsque le Roi eut jeté le masque 
et montré <i découvert son intention d'en finir partout et à tout prix avec 
l'hydre de l'hérésie, c'est lorsque l'heure du coup de grâce fut proche, que 
V orthodoxie se donna carrière. Lorscpu' l'arrêt du 6 juin 1685 eut, avec 
un suprême dédain de fout droit, ruiné l'église de Caen, le peuple de cette 
ville l'exécuta â sa manière : au son des fanibours et aux fanfares des trom- 
pettes, (jui accompagnèrent la démolition du tenq)le, il déterra les morts du 
cimetière voisin, « exerça mille indignités sur leurs os, joua à la boule 
avec les têtes, >> enfin s'abandonna à tous ses sauvages instincts qu'on avait 
réveillés et excités. — Le 9 juillet suivant, sur la demande du clergé, un 
arrêt du Conseil condamna les réformés à délaisser leurs cimetières dans 

(1) Par roflieial d'Angers, le corps de damoiseflo Marie Le Verrier; par l'évêque 
(l'Alltv, celiii de Simon Charbal, lahonr^nr du MnznLTO de Lnrnaude. 



Al Wl!'" SIÈCLE. ;M\) 

(ouïes les localités où l'exercice du culte avait été interdit, leur donnant 
pour ce délaissement, un délai de six mois; aussitôt, on s'empare de ces 
cimetières, même dans les lieux où l'interdiction n'était pas encore pronon- 
cée, on s'y livre à tous les excès, on ouvre les tombes; on jette les osse- 
ments, même des corps entiers dans les rivières; on les traîne aux voiries. 
« Ce n'est pas seulement le peuple qui agit : » les juges, les personnes de 
qualité, les meilleurs bourgeois autorisent cette fureur par leur présence et 
par leurs commandements, ou y participent par leur comiivence. » — On croit 
peut-être que la mesure était comble et qu'il n'était pas possible d'y rien 
ajouter : On se trompe. La Déclaration du 29 avril 1 6S9 ajouta une horreur 
de plus à tant d'horreurs; ce qui n'avait apparu jusque-là que comme un cri- 
minel déportement de la populace en démence, devint l'effet d'une dispo- 
sition légale. Le Roi se félicitant dans le préambule de Vheureux succès 
de ses soins, et se plaignant seulement qu'aucuns refusaient dans leurs 
maladies de recevoir les sacrements, ordonna (pie ceux qui recouvreraient 
la santé seraient condamnés aux galères, et que ceux, qui viendraient à 
mourir seraient, après le procès fait à leur cadavres, traînés sur la clmje 
et jetés à la voirie. On vit alors d'épouvantables scènes; on vit jusqu'à des 
cadavres de femmes et de vieillards traînés judiciairement par des villes, 
jetés à la voirie, à peine recouverts d'un peu de terre, et quelquefois en- 
core leurs lambeaux déterrés par des forcenés, attachés par eux aux gibets 
publics ou laissés en proie aux chiens et aux loups!... 

Ces abominables extrémités, où l'on avait été conduit par le système, 
lassèrent pourtant les bourreaux. Le Roi et les ministres furent eux-mêmes 
effrayés de leurs œuvres, ils reculèrent, et des instructions secrètes furent ex- 
pédiées pour que la Déclaration ne fût plus exécutée à la lettre et restât seu- 
lement comme épouvantai!. Mais on ne pouvait renoncer aux exhumations 
des corps de ceux qui seraient reconnus n'être pas morts en odeur de sain- 
teté; les canons le voulaient ainsi. Boileau aurait pu avec raison et sans 
exagération écrire ainsi son fameux vers : 

Exitume tout plutôt : c'est l'esprit de l'Eglise ! 

Les documents (ju'on va lire forment le dossier d'une de ces affaires (['exhu- 
mations canoniques de l'année 1G90. Il s'agissait de Madame de Montgom- 
mery, ensevelie depuis un an, et que l'évéque de Coutances avait entrepris 
de déposséder de sa tombe, comme morte sans confession. La première 
pièce est un placet du marquis de Courtomer, frère de la défunte, de- 
mandant un ordre pour empêcher l'évoque d'accomplir son dessein. Chose 
digne de remarque, ce placet porte au dos ces deux mots : A Châteanneuf, 
que nous avons constaté être de la main même de Louis XIV. La seconde 
pièce est une lettre de l'intendant Foucault, qui déclare que il/. L'évéque de 



350 EXHUMATION ij'uNE DAME PROTESTANTE 

Coutances s' est vu dans l'obligation de requérir rexhumation, annonce que 
M. le Chancelier vient de lui enjoindre d'y faire procéder, et ajoute qu'il 
estime M. de Courtomer bien heureux de ce que le Roi lui a fait la grâce 
de trouver bon que l'exhumation, étant inévitable, s'exécutât sur la nuit, 
sans bruit et sans éclat. La lettre du chancelier Boucherat est jointe. Enfin 
viennent les explications de l'Evêque qui met naturellement toute la faute 
et tout le scandale sur le compte de M. de Courtomer, et se plaint de ce que 
celui-ci a « rejeté sur lui l'ordre que S. M. avait donné, » comme si ce 
n'était point lui qui, à tort ou à raison, eût requis cet ordre, d'après le pro- 
pre dire de l'intendant. 'Quant à lui, il n'a pas eu la moindre passion en 
cette affaire ; « il a plu au Roy de donner le premier ordre, » et « il n'y a 
pas un mot de vrai » dans le placet de « ce prétendu ancien catholique, » 
qui « est tout seul dans ce qu'il dit. » Oui, seul... avec M. l'Intendant. 
Il aurait pu faire exécuter l'ordre depuis longtemps ; il a montré toute la 
patience possible. M. de Courtomer devrait être pénétré des bontés qu'il a 
reçues de sa pai-t et de celle du Roi. En vérité, M. de Courtomer est bien 
ingrat! 

A if ROY. 

Sire, le marquis de Courtomer remontre très-humblement 
à Votre Majesté, que la dame de Montgommery, sa sœur, 
mourut subitement il y a près d'un an ; qu'en tombant dans 
la foiblesse dont elle ne revint pas, elle demanda un confes- 
seur. Quelques jours auparavant, elle avoit demandé une 
permission de manger gras pendant le caresme, à cause de 
ses incommodités. Au préjudice de ces marques de piété et 
de soumission à l'Eglise, M. l'Evesque de Coutances entre- 
prend aujourd'huy de faire exhumer son corps, qui est 
enterré dans l'Eglise du lieu où elle est morte, et où elle 
demeuroit ordinairement. Ce spectacle. Sire; seroit si triste 
et si douloureux pour tous ceux de sa famille, qu'ils espèrent 
de la bonté et de la charité de Votre Majesté, qu'elle leur 
épargnera ce déplaisir, et qu'au lieu de l'ordre rigoureux que 
M. l'Evesque de Coutances a surpris. Votre Majesté arrestera 
ses desseins et s'attirera des vœux contiimels pour la santé 
et pour la gloire de sa personne royalle. 



AU XVI1« SIÈCLE. 3ol 

L'IntendoMt de la généralité de Caen, au Secrétaire d'Etat 
de Châteauneuf. 

J'avais fait entendre aux parens de feue Mn^^ de Montgommery sui- 
vant l'ordre qu'il vous a plu m'en donner, que l'intention du Roy 
estoit que le corps de la dite dame fust exbumé la nuit et sans bruit 
hors l'Eglise où il a esté enterré par des Laïques, le Curé ayant re- 
fusé de le faire, sur ce que la dite dame avoit vescu et estoit morte 
sans donner les marques de religion que l'Eglise Romaine demande, 
ce qui a mis M'' l'Evesque de Coutances dans l'obligation de requérir 
que ce corps fût tiré de l'Eglise qui est polluée et qu'il est obligé d'in- 
terdire. J'ay reçeu. Monsieur, une lettre de M'' le Chancelier depuis 
4 jours, dont la copie est cy-jointe, qui m'enjoint de faire exécuter 
l'ordre que vous m'avez envoyé et j'avois pris des mesures pour son 
exécution, lorsque j'ay reçeu la lettre que vous m'avez fait l'honneur 
de m'escrire avec copie du placet que M'" de Courtomer a présenté au 
Roy. Il debvoit. Monsieur, estre bien satisfait de la grâce que S. M. 
luy a faicte de trouver bon que cette exhumation qui est inévitable se 
fasse sans bruit, la seule opposition de la famille de la dite défunte 
pouvant causer un esclat qu'elle peut empescher en donnant les 
mains et mesme les facilités à l'exécution des ordres que j'ay reçeus. 

je suis, etc. signé : FOUCAULT. 

Caen, ce 20- nov. 1690. 



Copie d'une lettre du Chancelier Boucherat à l'Intendant Foucault, 
annexée à la précédente. 

A Versailles, ce 9 nov. 1690. 
Monsieur, vous avez esté informé il y a cinq ou six mois de ce qui s'es- 
toit passé lors de la mort de M™*' de Montgommery, et (]ue les ofliciers de 
Coutances n'avoient pas fait leur devoir en souffrant que ceste dame mal 
convertie n'ayant, depuis sa conversion, donné aucune marque de piété, et 
n'ayant mesme voulu recevoir ses sacremens, ni faire aucun acte de Catho- 
lique en mourant, ces ofliciers n'ont pas empesclié qu'elle fût enterrée dans 
l'Eglise Cathédrale, dont Sa M"^ ayant esté informée, auroit ordonné qu'elle 
fût exhumée et mise dans un lieu particulier, et néantmoins que cette exhu- 
mation se fit sur la nuit sans bruit ni esclat; quoy que cet ordre fût donné 
dont vous avez esté aussy. informé i)our 1*' faire exécuter, on a advis que 



352 EXHUMATION u'uNE UAMK PROIESTAMIE 

celte exhumation n'avoit esté faite, et que W de Courtomer l'avoil empes- 
clié, et mesme qu'il vouloit se plaindre de M'" l'Evesque, dont vous connais- 
sez la modération, la sagesse et la piété. Comme c'est une chose qui a deue 
estre exécutée, et qui est d'exemple, il est de \ostre sagesse et de votre 
prudence de faire exécuter cet ordre avec toute la discrétion possible sur la 
nuit, et sans bruit, atin que l'Eglise ne reçoive pas un corps d'une personne 
qui n'a point voulu faire d'action de bon catholique depuis son abjuration, ni 
reconnaître d'Eglise. 
Je suis, etc. Signé boucherai. 



LÉvêque de Coûtâmes au Secrétaire d'État de Châteauneuf. 

Monsieur, 
J'ay reçeu la lettre que vous m'avez fait l'honneur de m'escrire 
avec le placet que M' le marquis de Courtomer a donné au Roy 
et la lettre du père Bordes à M'' l'arehevesque de Paris, et en mesme 
temps, par le mesme ordinaire, je reçus un ordre de W Foucault, In- 
tendant de cette province, pour faire exécuter Içs ordres qui avoient 
esté donnés dès le mois d'avril dernier. J'ay bien veu. Monsieur, que 
le retardement de l'exécution n'est venu que de M'" de Courtomer. 
Comme l'ordre portoit que l'on obligeast la famille à l'exécuter pour 
le faire plus doucement et avec moins de scandale, ils ont toujours 
difTéré, et lorsqu'ils ont veu (jue M' l'Intendant, ennuyé de tous ces 
délays, vouloit tout de bon le faire exécuter, ils ont crû devoir présen- 
ter ce placet pour rejeter sur moy l'ordre que S. M. avait donné. 
J'aurai pu. Monsieur, faire exécuter l'ordre que m'envoyoit M»' l'In- 
tendant puisque votre lettre ne disoit rien de contraire et qu'elle me 
disoit seulement que je visse avec luy si le contenu au [)lacet estoit 
véritable, et qu'il n'y a pas un mot de vray, comme M' l'Intendant 
connoist aussy bien que moi. Mais, Monsieur, j'ay esté bien aise de 
donner encore cette marque du peu de passion que j'ay en cette af- 
faù-e, en surseoyant l'exécution de cet ordre, jusqu'à ce que j'eusse 
rendu compte de l'état des choses. On a veu. Monsieur, que tout ce 
que M'' de Courtomer dit dans son placet n'estoit point véritable, 
quand il a plù au Roy de donner le premier ordre. Ce prétendu ancien 
catholique est tout seul dans ce qu'il dit. Il a eu grand tort de n'en- 
voyer pas quérir le curé de M">« de Montgommery qui n'estoit qu'à 



AU XVIl^ SIECLE. X>o 

cinquante pas de son chasteau^ si elle avoit demandé un prestre. Cela 
n'a pas été fait, le curé en a rendu témoignage dans l'information qui 
fut faite lors et qui a été veue lors de l'ordre du Roy. Le longtemps 
que cela est passé ne \ient que de l'éloignement et des fuittes de M' de 
Courtomer. Au reste, Monsieur, tout est favorable pour l'Eglise^ et 
qu'il seroit bien dur de continuer de faire les fonctions dans une église 
profanée. En faisant ester ce corps la nuit et sans bruit, ce spectacle 
fascheux qui fait tant de peine à M»' de Courtomer ne paroistra pas, 
et ainsy les règles de l'Eglise seront sacrées et cela ne fera nul éclat 
si M>' de Courtomer ne le fait luy-mesme. Je ne répondrai rien à toute 
la méchante volonté que M'' de Courtomer m'impute, ma conscience 
et ma conduitte me justifient assez. La première, me rend témoignage 
que je n'ay nulle passion d'avoir de l'a\ ersion icy pour sa famille que 
je ne connois presque pas, et ma conduitte montre à tout le monde 
que je n'en ay pas puisque j'ay laissé encore tout le tems qu'il y a 
sans presser l'exécution de cet ordre donné dès le mois d'avril dernier, 
et que ce qui a esté fait, l'a esté dans mon absence. J'estois à Paris 
pour les atîaires de ma famille quand M'"*^ de Montgommery mourut. 
En voilà trop pour ma justification. J'ay cru pourtant que je le devois 
pour faire voir la vérité, et que vous ne le trouverez pas mauvais, 
puisque vous me faites l'honneur de me croire. 

Je suis, etc. Signé : CHARLES FRANÇOIS 

Ev. de Coutances. 

De Coutances, ce 21 nov. 1690. 

(M. 672.) 

Nous aurons occasion de citer d'autres cas d'exhumations postérieures à 
1690, et de suivre cetti" question dans le cours du X\'III'= siècle ; car c'est un 
des principes les plus immuables de l'Eglise romainf que celiu qui l'empêche 
de tolérer qu'un étranger quelconque repose en paix dans une terre con- 
sacrée par elle au bénélice de ses seuls enfants. Aussi, nos descendants, 
qui étudieront à leur tour l'histoire du protesiantisme français au dix-neu- 
vième siècle, y trouveront sans nul doute de curieux exemples de celte in- 
tolérance constitutionnelle et tradilionnelle. 11 n'en saurait être autrement. 
Sint nt sunf mit non sint. 



23 



UNE llflPORTAKTE AFFAIRE DU GRAND RÈGNE. 

1693. 

Vous -vous moquez. 

— Je ne me moque point. » 
(Moi.iÈnE, le Mi!!anthrope.^ 
(Inédit.) 

On va voir comment il arriva, le 6 lévrier 1693, que le Roy ayant été in- 
formé directement tie la conversion d'un invalide catholique au protestan 
tisme, l'affaire parut tellement importantI': que tous les ressorts du gou 
vernenient turent incontinent, et sans doute toutes affaires cessantes, mis en 
activité. Le même jour le secrétaire d'Etat Pontchartrain écrit au lieute- 
nant de police, La Reyiùe, et à Barbezieux, ministre de la guerre, à qui il 
mande de prendre les ordres de Sa Majesté pour l'arrestation de l'inculpé. 

Ne dirait-on pas (ju'il y va, non du salut d'une âme, mais du salut de 
l'Etat !' La monarchie de Louis XIV mise en péril parce (lu'un pensionnaire 
de l'Hôtel des Invalides s'est fait protestant! Il est vrai que la date rend la 
chose au moins fort inattendue. 

A M. de Barbezieux. 

6 février 1693. 
Le Roy a eu advis certain qu'un Invalide nommé la Fortune de 
Tilladet qui est actuellement à l'hostel des Invalides, s'est donné du 
mouvement et a pris des mesures avec un séducteur qui est à Paris, 
pour se faire instruire en la R. P. R. et se pervertir. Sur quoy Sa Ma- 
jesté m'ordonne de vous escrire de prendre son ordre pour faire 
mettre en prison cet Invalide et tascher de seavoir de luy les raisons 
qui l'ont porté à se vouloir faire Protestant, quelles personnes l'ont 
sollicité pour cela, et à ([ui il i este adressé. Je suis, etc. 

A M. de La Reynie. 

Diidit jour. 
J'ay rendu compte au Roy du mémoire que vous m'avez envoyé au 
sujet du nommé Roger, et comme vous jugez qu'il n'y a quant à pré- 
sent rien à faire qu'à arrester l'Invalide qu'il a perverty et à seavoir 
de luy ce qui s'est passé en cette occasion. Sa Majesté a donné pour 
cela ses ordres à M»" de Barbezieux, J'attendray de vos nouvelles sm- 
l'éclaircissement que vous prendrez dans la suitte de cette affaire qui 
paroit inqtortantc. -le suis, etc. 

CReg. Secr.) 



DEUX SONNETS SUR LA RIORT DE CLAUDE BRQUSSDN 

EXKCLTfc: A MONTPELLIER, LE 4 NOVEMBRE 1698. 

Le plus célèbre des martyrs de cette époque, celui 
qui a laissé les plus longs souvenirs d'admiration et de 
douleur dans le cœur des populations protestantes, fut 
Claude Broiisson. De Félice, p. 429. 

La vie et ht murl di' Claude Brousson, qui ouvrent, pour ainsi dire, les 
annales du désert protestant au XYIb" siècle, sont demeurées au nombre de 
ses plus grands exemples et de ses plus magnifiques pages. Elles ont été . 
résumées, l'an dernier, dans une excellente petite esquisse, par M. le pas- 
teur A. lîori-el, deNiines(l). Tout récemment, M. H. -S. Baynes, dont nous 
avons fait connaître un précédent ouvrage relatif à l'iiistoire du protisslaii- 
tisme français {Bail. t. I, p. 216), a publié à Londres l'étude biograi)hique 
qu'il avait annoncée, et dont s_es JJltnesses in Sackdotk n'étaient que Tin- 
troduction (2). 11 a donné pour premier titre, à cette fie de Brousson, celui 
de l'Eoangéliste du désert i[ue l'avocat au parlement de Toulouse, devenu 
apôtre des fidèles de Nîmes et martyr de l'Eglise réformée de France, a, en 
effet, si glorieusement mérité de porter, comme ayant otfert, dans ses tra- 
vaux et dans son trépas, le type accompli du serviteur de l'Evangile. Dès le 
premier feuillet, se lit cette heureuse parole de Brousson lui-même, et qui 
est bien l'épigraphe du livre : « Quand Dieu permet que ses ministres meu- 
rent pour l'Evangile, ils prêchent du fond de leur tombe plus fortement 
encore que durant leur vie. » M. Baynes a eu à sa disposition, entre autres 
sources originales et authentiques, une notice inédite qui fait partie des 
cinquante biographies de protestants français, écrites vers 1700, par J. 
Quick^ l'auteur du Sijnodicon et déposées dans la Bibliothèque du docteur 
Williams, où se trouve le portrait de Daniel Charnier,- reproduit ci-dessus, 
p. 296. Nous reviendrons sur ce précieux lot de inannscrits inédits dont on 
nous a promis de nous enrichir. Ouick avait connu personnellement Brous- 
son, il écrivit très peu de temps après sa mort; et suivant ce qu'il dit, il 
« n'a pu retracer la vie de cette excellent homme de Dieu,- sans faire en même 
« temps comme un précis de l'histoire des martyrs (;î). » On comprend l'in- 

(1) Biographie de Claude Brousson, pasteur de Nîmes ù l'époqve des assem- 
blées du Désert, de 1683 à 1698, suivie de la liste de tous les pasteurs qui ont 
desservi l'église de Nîmes depuis sa fondation. Broch. in-12 de 48 pages. Nîmes, 
Garve, éditeur-libraire, 1852. 

(2) T/te evanqelist of the Désert; Life of Cl. Brousson, sometiine advocate of 
Parliamenl at Toulouse in the reign of Louis XIV, aflerwards a protestant rninister 
and martyr. From original and authcntic records. Un vol. in-12 do .\vi-38-2 p. 
Londres, HaiLilton and C". Paris, Clierbuliez. 1853. 

(3) Les Isaac Vidal, les Fulcran Rey, Meyrueis, Granseille, Mercier, Esclopier, 
David Mazel, Emm. Dalgues, Guill. Bertezène, François Vivens, Olivier Souve- 
rain, Dumas, Quet, Bonnemère, Papus, Bernard Saint-Paul. Du Pian, Guyon, 
PaulColognac, La Porte, Henri Guérin, Peyrol, Rxjman, 'te. 



356 DEUX. SONNETS SUR LA MGHT 

térêt que doit avoir une telle biographie. Le travail, dans lequel i\I. Baynes 
a fondu ce document avec les autres qu'il a consultés, est divisé en quatorze 
chapitres, embrassant : La jeunesse de Brousson et ses débuts au parlement. 
Sa retraite en Suisse, Sa mission en Allemagne et en Hollande, Son séjour 
à Lausanne, Son ministère au Désert, Son retour à Lausanne, L'organisa- 
tion qu'il donne aux Assemblées, Ses lettres aux confesseurs de la foi en 
France et ses prédications. Son voyage à Londres, Son ministère à La Haye 
et ses publications, Son retour au Déserf, Ses démarches lors de la Paix de 
Riswick, Son rôle dans la résistance au redoublement de persécutions, La 
capture et le couronnement de cette noble existence d'abnégation et de dé- 
vouement par le martyre. Le dernier chapitre contient une note bibliographi- 
que sur les écrits de Brousson ; un aperçu relatif au dernier de ses collègues, 
Roman; une réfutation de diverses calomnies accréditées par des écrivains 
hostiles; enfin, un document inédit, (jue nous devions à l'obligeance de 
M. le pasteur Borrel et que nous avions eu la satisfaction de communiquer 
à l'auteur, sur sa demande. C'est une proclamation de l'intendant de Mont- 
pellier, Lamoignon de Basville, en date du 26 novembre 1691 , mettant à prix 
pour deux mille livres chacunes, les tètes de Brousson et de Vivens. A la 
suite, se trouve leur signalement. 

Nous aurons recours plus d'une fois à ces deux études biographiciues de 
MM. Borrel et Baynes, que nous recommandons vivement à nos lecteurs. 
Elles ne sont pas, du reste, les seules qui aient été consacrées à Brousson 
en ces derniers temps. 11 faut y joindre l'important article de 13 pages qui a 
paru dans le dernier demi-volume de la France protestante (t. III, p. 23), 
Cette mention, qui nous ramène ù notre zélé collaborateur, M. Eug. Haag, 
est ici d'autant plus à sa place que les documents, relatifs à Brousson, qui 
vont suivre, nous viennent de lui. C'est à Genève et dans les papiers de 
Court, dont il nous a entretenus ci-dessus, p. 225, qu'il a trouvé deux 
morceaux de poésie d'une grande beauté sur la mort de l'Evangélisle du 
Désert. On peut dire que le poêle a été dignement inspiré et que de pareils 
sonnets sont rares. 11 paraît (ju'au second, un vers a été omis dans le ma- 
nuscrit que M. Haag a copié. 

SONNET 

SUR LA MORT DE CLAUDE BROUSSON. 
(Mss, de Court, n> 39.) 

Aller où l'on voyoit les supplices ouverts, 
Pour ceux qui l'ont refus d'culiiérer à TiJole; 
Y prêcher Jésus-Christ et sa Sainte Parole, 
Pour tirer les mortels du chemin des enfers; 



DE CLAUDE BROUSSON. 357 

Y consoler Sion, qui gémit dans les fers, 
Et, malgré l'enocmi qui l'Eglise désole, 

Y dresser au Sauveur une céleste école. 
Dont la voix retentit jusque dans les déserts ; 

Arborer dans le camp, où Satan a son règne, 
De ce divin Sauveur la glorieuse enseigne, 

Y vaincre, y triompher d'une auguste façon ; 

Aller d'un air riant affronter le supplice. 
Le soufl'rir pour celui qui fut notre justice, 
C'est la vie et la mort de l'illustre Brousson. 

AUTRE, 

Enfin Brousson est mort, et de sa courte vie 
Il a fait un échange avec l'éternité! 
Son âme, de tous maux pleinement affranchie. 
Repose au vrai séjour de la félicité ! 



Il est mort pour la vérité. 
Que son sort est digne d'envie 
Et digne d'être récité ! 

Pasteurs, dont il fut le confrère, 
Que d'honneur pour le caractère 
Dont le ciel vous a revêtus ! 

Pour éterniser sa mémoire, 

Aspirez à la même gloire, 

Et pour la mériter, imitez ses vertus. 



ENLEVEniENTS DE JEUNES PROTESTANTES 

EN LANGUEDOC, EN POITOU ET EN GUYENNE. 
1696-1098. 

I. 

Le rapt était en grand nsage dans les diocèses du royaume tout catholi- 
que de Louis XIV; il devint même autorisé et légal. On enlevait le plus 
qu'on pouvait les enfants des réformés ou des nouveaux conrertis suspects, 
dont le nombre était grand, et on les enfermait en lieu d'édification, dans 
les couvents. La fin sanctifiait le moyen. Puisque les âmes de ces pauvres 
enfants périssaient, l'ardente charité du clergé n'eKigeait-elle pas impérieu- 
sement (pi'il les sauvât à tout prix de la perdition P L'évèque d'Alais obéit 
sans doute à ces grands devoirs de sa charge pastorale, lorsque après avoir 
ravi à un vieux militaire estropié d'Anduze sa tille, et l'avoir instruite et fait 
communier, il se refusa encore à la lui rendre de trois aimées. La charité 
épiscopale était pourtant en défaut sur un point, car la néophyte n'était pas 
gardée et entretenue gratuitement, et sa conversion coûtait cher au pauvre 
père, si cher (|u'il ne put supporicr cette dépense et s'adressa au Roy en 
faisant valoir ses services, dont il avait droit d'attendre un autre prix. Voici 
sa lettre au ministre de S. M. 

La suscription porte : 

A M. le marquis de Chaslcauneuf, ministre et secrétaire d' Etat. 

En Cour. 

A Anduze, ce 23 février 169G. 

Monseigneur, 
ïl y a environ trois mois que j'ay pris la liberté de vous 
escrire et vous demander par grâce de faire en sorte qu'il 
me soit rendu justice, au subjot de ma fille que Monsieur 
d'Alais (1) a fait mettre dans un couvent, sous prétexte, Mon- 
seigneur, qu'elle n'alloit pas aux instructions, quoiqu'elle en 
soit dispensée, estant dans l'âge de quinze années. Mais h 
j)rcsent, il n'est plus question de cela, puisqu'on l'a faite 
confesser et communier. Après quoy. Monseigneur, j'ay été 
voir Monsieur d'Alais et le prier de vouloir faire sortir ma 

(1) L'éviMiuo d'Alais. 



ENLÈVEMENTS DE JEUNES PROTESTANTES. '■^h'r) 

fille. Il m'a répondu qu'il n'estoit pas temps de trois années. 
Je m'adresse encore à vous, Monseigneur, pour qu'on me la 
mette en liberté, ne pouvant supporter la dépense qu'elle me 
fait à cause des grandes charges qu'il me faut payer, ayant 
fort peu de bien et une famille à entretenir, et moy qui suis 
estropié et achevé de vieillesse, ayant servi le Roy l'espace de 
trente années sans discontinuer, et fus estropié en Portugal. 
Et je ne laissay pas, Monseigneur, de servir après la paix de 
Portugal, en France, ayant commandé une compagnie au 
Régiment de Normandie l'espace de dix ans. C'est la prière. 
Monseigneur, que vous fait celuy qui est et sera avec toute 
sorte de respect et de soumission. 

Monseigneur, vostre très humble et très obéissant serviteur, 

BRUNEL. 

(M. 673.) 

Il paraît, par l'absence de toute mention , que cette lettre n'aurait été 
suivie d'aucune réponse. 

TI. 

Les deux pièces qui suivent font connaître un autre t'ait de la même na- 
ture. Seulement au lieu d'une jeune fille de quinze ans, il s'agit d'une ché- 
tive enfant de cinq ans et quelques mois, arrachée le 19 février 1698, des 
bras d'une mère désolée, par un hoqueton de l'intendant de Bernage. La 
lettre du pauvre père est navrante. Si le ministre Châteauneuf avait des en- 
trailles, il a dû se sentir remué. Nous ignorons la réponse faite au sup- 
pliant, et même s'il a reçu une réponse. 

A Monseigneur de Chasteauneiifj ministre et secrétaire d' Estai. 

A La Rochefoucaud, ce 13 mars 1698. 

Monseigneur, 
Je prends encore une fois la liberté d'adresser à votre 
Grandeur le placet ci-joint, pour réclamer votre bonté et la 
ustice du Roy, au sujet de l'enlèvement que l'on m'a fait 
depuis quelques jours de ma tille au^ée, âgée seulement de 
cinq ans et quelques mois, son âge encore tendre ne j)ermet 
pas de la priver des soins de sa mère, qui se fond en larmes 



3fiO ENLÈVEMENTS DE JErNES PROTESTANTES. 

(iopuis cet enlèvement. La sensibilité. Monseigneur, que les 
pères et mères ont ])our ces chères plantes ne vous est pas 
inconnue, et vous seriez touché de nostre état si je vous le 
pouvois dépeindre aussi pitoyable et douloureux qu'il est. 
Appaisez, Monseigneur, par votre justice, l'accablement qui 
nous presse, nous prierons Dieu qu'il répande sur votre 
Grandeur ses plus précieuses bénédictions, étant avec un pro- 
fond respect, 

Monseigneur, 

Votre très humble et très obéissant serviteur, 

PASQUET. 

PLACET. 

Monseigneur, 
Pierre Pasquet, advocat, habitant de la Rochefoucaud, 
remontre très humblement à votre Grandeur, que le dix- 
neuf février de la présente année 1698, un hoqueton de 
Monsieur de Bernay, intendant de la généralité de Limoges, 
assisté d'un archer, furent dans la maison du suppliant et luy 
enlevèrent Marie Pasquet, sa fille, âgée seulement de cinq 
ans et quelques mois, laquelle ils ont conduite dans l'hôpital 
de Rufîect, par l'ordre de mondit sieur l'intendant, et comme 
le jeune enfant est fort infirme et hors de raison, il est à 
craindre. Monseigneur, qu'estant privée des soins de sa mèrtî 
elle ne tombe dans une langueur qui luy pourroit causer la 
mort. C'est pourquoy le suppliant à recours à votre bonté 
pour obtenir de la justice de Sa Majesté, que le jeune enfant 
luy soit rendu et il priera Dieu pour votre prospérité. 

VASQVET. 

(M. 672.) 

III. 

Nous n'assurorions pas que les enlèvements d'enfants et leur détention 
dans les maisons des conimunautés religieuses aient toujours été oeeasion- 
nés \)ar un zèle cnniplelenient désintéressé, et cjue certains appéiils moins 



ENLÈVEMENTS DE JEUNE 5 PROTESTANTES. 36 ( 

relevés n'aient point guidé les convertisseurs dans l'application des rigueurs 
salutaires. On serait même ienté de croire que les frais d'entretien, mis à 
la cliarge des parents ou prélevés sur leurs revenus, au prolit des commu- 
nautés qui recevaient ces pensionnaires, entraient le plus souvent en grande 
considération ; et h voir la multitude de ces pieuses incarcérations, on doit 
conclure que les huguenots des classes riclies ou aisées étaient mis comme 
en coupe réglée. La spéculation fui évidemment assez profitable aux caisses 
des établissements monastiques. Nous avons publié ci-dessus (p. 77) une 
quittance relative à un petit payement de ce genre. 

Dans la lettre suivante, l'évèque de Montauban demande la protection du 
ministre, [\I. de Chàleauneuf, pour obtenir une chose très prudente et très 
nécessaire, qui est de faire enlever et mettre dans un couvent à Bordeaux 
une demoiselle de quatorze ans, la petite fille de ce David de Caumont, ba- 
ron de 3Iontbeton, dont nous avons parlé (Y. ci-dessus, p. 76). Le prélat a 
soin de faire connaître que cette demoiselle est une riche héritière, qu'elle 
doit avoir un jour cent mille écus de bien, et que sa mère et sa grand'mère, 
très huguenotes, songent à la marier bientôt avec un mauvais converti. 
Comme elle réside alternativement dans des propriétés qui sont du ressort 
de trois intendances, il a déjà pris toutes ses mesures pour qu'elle ne puisse 
échapper; il a fait goûter sa proposition aux trois intendants, (jui n'atten- 
dent que des ordres pour s'assurer de la jeune tille. Qui veut la fin veut le 
moyen. Ces mots, Bon à Bordeaux, (pi'on lit au dos de la pièce, indiquent 
(jue les ordres durent être en effet donnés. 

Vévêque de Monlauban à M. le marquis de Chàleauneuf y 
ministre secrétaire (F Etat. 

De Montauban, ce 20 juin [1698]. 

Monsieur, 
Je suis obligé de vous rendre conte [sic) de ce que je juge 
nécessaire pour la religion dans mon diocèse, et d'implorftr 
vostre protection dans les occasions qui se présentent. H y a 
une demoiselle de quatorze ans qui est entre les mains d'une 
mère et d'une grand'mère très huguenotes. Elle est petite-fillc 
d'un baron de Montbcton, qui avoit esté connu de vous, 
Monsieur, et qui est mort protestant comme il avoit vécu. Cet 
enfant dont j'ay l'honneur de vous parler, aura un jour cent 
mille écus de ])ien. Son père est dans les pays étrangers, et 



362 BÉPONSE DE J.-J. ROUSSEAU 

je sçay que la mère île cette demoiselle songe à la marier bien- 
tost avec un mauvais converti. Elle est tantost à Montauban, 
tanlost à Monlbeton, terre qu'elle a dans mon diocèse, du 
département du Languedoc, et tantost à Nérac dans l'inten- 
dance de Bordeaux. Je crois. Monsieur, qu'il sera nécessaire 
de faire mettre cette fille dans un couvent et d'envoyer des 
ordres de Sa Majesté aux trois intendants de ces généralités 
afin que l'on s'en assure incessamment. Elle s'appelle 
Mademoiselle de Caumont, et je crois qu'un couvent à Bor- 
deaux , seroit plus convenable que partout ailleurs , parce 
qu'elle y seroit plus éloignée de sa mère, et de plus elle a 
dans cette ville-là des parents bons catlioliques qui pourroient 
veiller à sa conduite. J'ay conféré de vive voix ou par écrit 
sur cela, avec M. de Bàville, M. de Bezons et M. de la Hous- 
saye, et ils sont tous persuadés que la proposition que j'ay 
l'bonneur de vous faire, Monsieur, est très prudente et très 
nécessaire. Je suis avec tout le respect possible, 
Monsieur, 

Votre très humble et très obéissant serviteur, 

HENRI, évéque de Montauban (1). 
(M. 672.) 



REPONSE DE J. J. ROUSSEAU A PAUL RABAUT 

AU SIMET DE l'RANroiS HOCllEÏTE ET UES TUOIS GENTILSlIOiLMES VERHIERS. 

1761. 

A roccasioii (U's (lociuiienls (lUi' coiilonait notre (h'iiiicr caliier (p. 181 à 
189) sur le procès et rcxéeiitioii du niiuistre lioelielle el des trois j^enlils- 
hommes verriers, M. le pasteur Nap. Peyrat nous a signalé une lettre de 
.I.-.I. Rousseau, relative à eette allaire ei (\\\\ a de riniportanee. lîien (ju'elle 

(1) Henri de Nesniond avait succédé, on 1G87, à Jean-Bapliste Micliel, passé à 
l'arrlirvèché de Tonlonse. On voit qu'il suivait les traces de son prédécesseur i\ l'é- 
gard de cette malheuieuse fandlle de Caunionl de Montbeton. 11 devait aussi être 
récompensé par l'archevêché do Toulouse ou 1719. 



i 



A PAUL RABAUT. 



363 



Suit inipriméo dans sa con'espùiulaïK.e générale, elle est demeurée jus- 
qu'ici à peu près inaperçue. Cli. Coquerel n'en parle pas, et M. Peyrat ne la 
connaît lui-même que depuis (ju'il a publié son livre. « Il est vrai, nous 
écrit-il, que le destinataire, Paul Rabaut, dont le nom n'aurait pas manqué 
d'attirer l'attention, est désigné seulement par l'initiale R Mais les allu- 
sions qu'elle contient, expliquées par la concordance des dates, ne lais- 
sent aucune espèce de doute sur les circonstances qui l'ont motivée. Ces 
circonstances, rappelons-les. Le U septembre 1761, le minisire Rochette 
fut arrêté près de Montauban. Le lendemain, les trois frères verriers de 
Gabre firent une tentative pour le délivrer des prisons de Caussade et fu- 
rent eux-mêmes pris dans le combat. Le 20 octobre, tous ces captifs étaient 
transférés dans les prisons de Toulouse pour y être jugés. C'est deux jours 
après cette dernière circonstance que Jean-Jacques reçoit à Montmorency 
une lettre de Paul Rabaut ; le pasteur veut l'intéresser aux infortunes des 
protestants de France. Rousseau répond d'une manière évasive; sa lettre est 
contrainte et sèche: il ne connaît presque pas, dit-il, M. de ]\Ialesherbes (1); 
il n'est pas en bon prédicament auprès des ministres, et les amis de ta vé- 
rité ne sont pas bien venus dans les cours. L'affaire de Calas était pendante 
en même temps. Quel sujet pour l'éloquence de Jean-Jacques! Calas, Ro- 
chette, les héroïques verriers des Pyrénées, les églises du Désert ! Rousseau 
devenait l'orateur d'un peuple opprimé. 11 se laissa dérober une partie de 
cette gloire par Voltaire. Jean-Jacques était un tribun rêveur et solitaire ; la 
multitude ne lui allait pas; l'agitation populaire l'effrayait. Le forum de ses 
pensées, c'étaient les bois de Montmorency; hors de là, son génie n'était à 
l'aise que dans les cités antiques, les républiques mortes, Alhônes, Sparte, 
Rome, mal entrevues à travers les muiges du passé. Au surplus, Rousseau 
ne trahit que sa gloire; il n'eût pas sauvé les martyrs de Toulouse.... » 

J.-J. Rousseau à Monsieur 11 

Montmorency, le 24 octobre 1701. 
Votre lettre. Monsieur, du 30 septembre, ayant passé par Genève, 
c'est-à-dire ayant traversé deux fois la France, ne m'est parvenue 
(]u'avant-liier. J'y ai vu, avec une douleur mêlée d'indignation, les 
traitements affreux que souffrent nos malheureux frères dans le pays 
où vous êtes, et qui m'étonnent d'autant plus que l'intérêt du gouver- 
nement serait, ce me semble, de les laisser en repos du moins quant 

(1) Or, il est à remarquer qu'avant et après cotte lettre h Rabaut, on trouve 
dans la correspondance de Rousseau sept lettres adressées par lui à Malesherbes, 
pour des intérêts personnels : trois en novembre 1760, deux en janvier et février 
17fi1, deux eu fi'viicr et mai 1702. 



304 RÉPONSK DE .I.-J. ROUSSEAl" A PAUL RABAUT. 

à présent. Je comprends bien que les furieux qui les oppriment con- 
sultent bien plus leur humeur sanguinaire que l'intérêt du gouverne- 
ment; mais j'ai pourtant quelque peine à croire qu'ils se portassent à 
ce point de cruauté si la conduite de nos frères n'y donnait pas quel- 
que prétexte. Je sens combien il est dur de se voir sans cesse à la 
merci d'un peuple cruel, sans appui, sans ressource, et sans avoir 
même la consolation d'entendre en paix la Parole de Dieu. Mais ce- 
pendant, Monsieur, cette même Parole de Dieu est formelle sur le de- 
voir d'obéir aux lois des princes. La défense de s'assembler est incon- 
testablement dans leurs droits; et, après tout, ces assemblées n'étant 
pas de l'essence du christianisme, on peut s'en abstenir sans renoncer 
à sa foi. L'entreprise d'enlever un homme des mains de la justice ou 
de ses ministres, fût-il même injustement détenu, est encore une ré- 
bellion qu'on ne peut justifier, et que les puissances sont toujours en 
droit de punir. Je comprends qu'il y a des vexations si dures qu'elles 
lassent même la patience des justes. Cependant qui veut être chrétien 
doit apprendre à souffrir, et tout homme doit avoir une conduite 
conséquente à sa doctrine. Ces objections peuvent être mauvaises, 
mais toutefois si on me les faisait, je ne vois pas trop ce que j'aurais h 
répliquer. Malheureusement je ne suis pas dans le cas d'en courir le 

risque. Je suis très peu connu de M , et je ne le suis même que 

par quelque tort qu'il a eu jadis avec moi, ce qui ne le disposerait pas 
favorablement pour ce que j'aurais à lui dire; car, comme vous devez 
savoir, quelquefois l'offensé pardonne, mais l'offenseur ne pardonne 
jamais. Je ne suis pas eu meilleur prédicament auprès des ministres ; 
et quand j'ai eu à demander à quelqu'un d'eux non des grâces, je 
n'en demande point, mais la justice la plus claire et la plus due, je 
n'ai pas même obtenu de réponse. Je ne ferais, par un zèle indiscret, 
que gâter la cause pour laquelle je voudrais m'intéresser. Les amis de 
la vérité ne sont pas bien venus dans les cours, et ne doivent pas s'at- 
tendre à l'être. Chacun a sa vocation sur la terre; la mienne est de 
dire au public des vérités dures, mais utiles; je tâche de la remplir 
sans m'embarrasser du mal ([ue m'en veulent les méchants, et qu'ils 
me font quand ils peuvent. J'ai prêché l'humanité, la douceur, la tolé- 
rance, autant qu'il a dépendu de moi ; ce n'est pas ma faute si l'on ne 
m'a pas écouté, du reste je me suis fait une loi de m'en tenir toujours 
au^ vérités générales: je ne fais ni libelles ni satires; je n'attaque 



LETTRE INÉDITE DE COURT DE GÉBELIN. 3(.i5 

point un homme^ mais les hommes; ni une action, mais un vice. Je 
ne saurais. Monsieur, aller au delà. 

Vous avez pris un meilleur expédient en écrivant à M... Il est fort 
ami de **% et se ferait certainement écouter s'il lui parlait pour nos 
frères; mais je doute qu'il mette un grand zèle à sa recommandation: 
mon cher Monsieur, la volonté lui manque, à moi le pouvoir ; et ce- 
pendant le juste pâtit. Je vois par votre lettre que vous avez, ainsi que 
moi, appris à souffrir à l'école de la pauvreté. Hélas! elle nous fait 
compatir aux malheurs des autres; mais elle nous met hors d'état de 
les soulager. Bonjour, Monsieur, je vous salue de tout mon cœur. 



inimit;d)le La Fontaine, te voilà imité ! Tu avais pris la nature sur le 
fait : la nature te rend témoignage. Bonjour, monsieur ; je vous salue de 
tout mon cœur. Voilà hien ton « Rat qui s'est retiré du monde! » 

Mes amis, dit le solitaire, 
Les choses d'ici-bas ne me regardent plus : 

En quoi peut un pauvre reclus 

Vous assister? Que peut-il faire 
Que de prier le ciel qu'il vous aide en ceci ? 
J'espère qu'il aura de vous quelque souci. 

Ayant parlé de cette sorte, 

Le nouveau saint ferma sa porte. 

La Fontaine, il est vrai, nous prévient qu'il n'a eu garde de désigner par 
son rat un moine, mais bien un dervis (un moine étant toujours présumé 
charitable), et ici il ne s'agit point d'un dervis, mais d'un philosophe, au 
génie chagrin et malade. Ce qui prouve, une fois encore, que l'habit ne fait 
pas le dervis, et que la philosopliie ne fait pas non plus toujours l'homme 
secourable, courageux, dévoué. 



LETTRE INEDITE DE COURT DE GEBELIN 

A M. vmAL, Avocat, membre du coivsistoire de l'église réf. d'orthez. 

Nous recevons la communication suivante de M. Lourde-Rocheblave, 
P. à Orthez. La pièce très intéressante qui en fait, l'objet est tirée de 
cette correspondance dont nous avons déjà parlé. (Bull. I, 238). « Il n'y a 
pas de date, nous dit M. L. Uocheblave, mais d'autres lettres prouvent (|uo 



3t)t> LEllr.K IMiuilt ut COLIU Dli GtbtLlA. 

celle-ci est d'avril HTS. Elle est, au reste, de la main inèiiie de Gébelin. 
C'est sa réponse à nne lettre par laquelle >l. Vidal annonçait que les 
assemblées religieuses étaient interdites au Béarn, les pasteurs Journet, 
Bertezène et Marsoo, les tidéles Marsoo père et Claverie décrétés de prises 
de corps ; les premiers, pour avoir officié, les seconds pour avoir prêté 
leurs granges. M. Vidal demande conseil. Les réformés du pays, étourdis 
de cette recrudescence inattendue de rigueurs, paraissent hésiter sur la 
conduite (lu'ils doivent tenir et être disposés à suspendre leurs assemblées 
pour témoigner de leur déférence aux volontés de la cour. La réponse de 
Gébelin me paraît très remarcjuable. » 

Elle est très remarquable, en effet, de fond et de forme; elle révèle dans 
tout son jour la force de caractère, l'admirable énergie de cet homme qui 
a si bien mérité du protestantisme français. 11 avait raison, plus encore 
peut-être qu'il ne croyait, en disant que les assemblées religieuses des 
Réformés n'avaient jamais cessé. Tous les documens officiels que nous 
avons explorés nous en ont fourni la preuve, et nous les produisons. 
Quelles belles paroles tpu^ celles-ci : C'est aux protestants de voir « s'ils 
« veulent être privés de toute instruction. Je ne puis donner le courage 
« nécessaire pour des choses (jui peuvent exposer et où la volonté seule et 
« le sentiment intérieur doivent diriger ! » Et quelle généreuse hyperbole : 
« Que si les protestants étaient assez lâches pour abandonner leurs assem- 
« blées, la Cour (elle-même) devrait faire l'impossible pour les y ramener. " 
Si nous ne le savions déjà par tant de témoignages et de grands résul- 
tats, nous apprendrions ici, par cette seule lettre, quelle intluence a dû 
exercer le digne lils d'Antoine Court, quels exemples de zèle et d'activité 
nos pères ont reçus de lui. Oh! il se trompait : il a dû avoir le pouvoir de 
donner souvent le courage nécessaire et de relever des esprits prêts à 
défaillir. 

 M. Vidal, à Orlliez. 

Monsieur et digue auii^ 
Vous verrez par l'incluse ce que j'ai déjà fait auprès des ministres à 
l'occasion des ordres donnés contre votre province. Je ne cesse de 
dire, dans toutes les requêtes que j'ai eu occasion de dresser^ cet hy- 
ver, que les protestants ont toujours lait des assemblées, qu'ils ne 
cesseront d'en faire; que ce serait un très grand malheur qu'ils ces- 
sassent d'eu faire, tandis qu'il ne peut résulter aucun mal qu'ils en 
fassent. C'est à eux à voir s'ils croient devoir me soutenir par leur 
conduite, si leurs granges étant scellées, ils veulent faire des as- 
semblées à côté, dans d'autres ou à découvert, ou s'ils veulent 



MISSION POUR LA CUiWERSlUN UFS PKO IMS I ANTS, 367 

être privés de toute instruction. Je ne puis donner le courage né- 
cessaire pour des choses qui peuvent exposer et où la volonté seule 
et le sentiment intérieur doivent diriger. Tout ce que je sais, c'est que 
si les protestants veulent se réunir à TEglise catholi([ue^ ils n'ont qu'à 
cesser toute assemblée, tandis que s'ils déclarent ne pouvoir cesser 
leurs assemblées par tels ou tels motifs, et que leurs détracteurs mé- 
riteroient punition pour avoir surpris la religion du Roi, la Cour y au- 
roit certainement égard. On ajouteroit combien il est fâcheux que les 
protestants n'ayent pas même l'existence civile ; qu'on les traite 
comme des étrangers, plutôt comme des ennemis; qu'ils ne voyant 
que foudres et que glaives, tandis qu'ils devroient espérer protection 
et justice ; que les rois n'ont jamais rien h craindre en laissant aux 
hommes rendre à Dieu ce qu'ils croient lui devoir, surtout un roi de 
France qui a dans sa main toute la puissance de l'Etat. Que si les pro- 
testants étoient assez lâches pour abandonner leurs assemblées, la 
Cour devroit faire l'impossible pour les y ramener. 

Vous pourriez adresser une requête au Roi, sous couvert de M. Âme- 
lot, ministre et secrétaire du Roi, et recommandée en particuher à 
M. Sylvestre, premier commis en son département, en lui écrivant 
un mot poui- qu'il s'intéresse à la chose : c'est un excellent homme 
qui pense bien. 11 faudroit aussi engager M. l'intendant à agir, et, s'il 
est ici, m'écrire uu mot pour m'autoriser à le voir. 

Je souhaite fort qu'à l'arrivée de ma lettre, toutes ces précautions 
se trouvent inutiles. Ou ne peut être avec plus de dévouement 
votre, etc. 



SUBSIDES ACCORDÉS PAR LOUIS XVI EH 1783 

POUR DES MISSIONNAIRES TRAVAILLANT A LA CONVERSION DES PROTESTANTS 

DU BAS-POITOU. 

(Docuraeul iaédit, oornm. par M. C.-A. Ralilenbeck.) 

Savail-on que le roi Louis XVI, continuant l'œuvre pie de son aioul 
Louis XIV, soldait encore sur sa cassetle, en -1783, des missions dans le 
Bas-Poitou pour la conversion des hérétiques? C'est ce qui est établi par 
l'Ordonnance de compion^ qu'on va lire; elle fait partit! de la collection 
d'autographes de M. C.-A. Rahlenbcck, consul du roi de Saxe à Bruxelles, 
qui a bien voulu nous en donner communication. Il serait curieux de 



368 MÉLANGES. 

savoir comment les tardifs missionnaires gagnaient leur argent; mais c'est 
peut-être trop de curiosité.... Toujours est-il que, — un siècle après la 
révocation de l'Edit de Nantes, soixante ans après l'atroce déclaration de 
1724, quatre ans avant l'édit de restitution de l'état civil aux protestants, — 
à la veille enfin de la proclamation des grands principes de 1789, — l'infor- 
tuné monarque, héritier du péché traditionnel, signait, le 1" janvier 1783, 
en guise d'étrennes, au sieur, Evèquc de Luçon, un Boîi sur son trésoi' 
royal, alors si piteusement obéré. 

ORDONNANCE DE COMPTANT. 

Garde de mon trésor royal, M'' Joseph Micault d'Har- 
velay, payez comptant au S'' Evêque de Luçon la somme 
de quatre cents livres pour aider à la subsistance des 
missionnaires du Bas-Poitou, qui travaillent à la conver- 
sion des Protestants, et ce pour la présente année. 

Fait à Versailles, le p"^ janvier 1785. 

LOUIS. 

Bon LOUIS. (Sign. aul.) Contresigné : AMELOT. 



MÉLANGES. 

SUB LE PROTEST AI^TISME DAIVS LE DIOCÈSE DE GAP, 

ÉCBITE PAR TROIS OU QUATRE CAPUCINS. 

La substance du morceau suivant est fidèlement extraite d'une précieuse chro 
niquii léguée par les pères Capucins de Gap, et, bien que le morceau ne soit pas 
purement historique, il peut contribuer, ainsi que nous le dit Tauteur, à éclairer 
quelques points encore assez obscurs de la vie de l^arel. Il nous montre aussi les 
bons mornes peints par cux-mémcs. Car cette notice est, nous le répétons après 
nous en être assuré, un exact résumé de la chronique gapençaise. Notre collabora- 
teur s'est seulement bien pénétré de l'esprit de son texte, il en a accentué les in- 
tentions et les mérites, en un mot, il a su l'aire passer dans sa rédaction toute la 
vie et la couleur de l'original. Nous ajouterons qu'il n'est pas protestant. 

La chronique ne s'arrête point, comme notre extrait, à 1658. Mais passé cette date, 
elle cesse d'avoir pour nous le même intérêt. Conçoit-on, par exemple, que la ré- 
vocation de riidit de Nantes s'y trouve mentionnée sans la moindre réflexion ? Quel 



MÉLAiNGlis. 3t)9 

est donc ce mystère, et d'où pouvait provenir un tel changemenent chez les bons 
Pères? On va voir, d'après leurs antécédents, combien i! fallait que déjà ils fussent 
dégénérés pour demeurer silencieux au sein du triomphe, et ne pas donner cours 
à leurs sentiments. 

La liste de convertis qui termine la uolice est copiée littéralement sur le manu- 
scrit, ainsi que les observations, dont quelques-unes ne manquent point de naïveté, 
entre autres celles A'une feimneca couche et du vieillard de 80 ans. 

LES ANNJLES DES CAPUCINS. 

Les moines sont aujourd'hui en grande vénération et je m'en réjouis. Ce 
sont gens fort utiles à l'état, et un pays doit être satisfait de nourrir une 
trentaine d'ordres religieux qui attirent sur lui les bénédictions célestes. 
Ayons donc des moines, mes très chers frères, ayons beaucoup de moines, 
et le Seigneur nous sera faYora!)le. 

Los hommes pieux ont toujours pensé que si la France a été longtemps si 
cruellement éprouvée, c'est en punition du crime de ces impies qui ont jeté 
bas les couvents à l'origine de notre grande révolution. Ils ont raison et 
nous devons partager leur joie en voyant tlotter dans nos villes la sainte 
robe des Capucins : c'est la marque certaine que la patrie est sauvée, 

11 est prouvé que toute contrée qui possède des moines est éminemment 
lieureuse : quelle belle histoire sera donc celle de Gap, si jamais elle est 
écrite. Au 'I7« siècle, dans cette ville de 4,000 habitants, florissaient quatre 
couvents et plus, si nous comprenons ceux qui s'élevaient aux environs. 
Ces quatre maisons de justes trouvèrent grâce devant le Seigneur, et la cité 
fut épargnée. En effet, si nous mettons à part deux siècles à peu près de 
luttes intestines entre les habitants et les évêques, seigneurs de Gap, au 
sujet des libertés municipales: plus soixante années de guerres religieuses ; 
plus quelques massacres, une peste, plusieurs incendies, deux ou trois in- 
vasions ennemies, etc., à part ces légers accidents, nous voyons que le 
pays de Gap a toujours joui d'un calme et d'un bonheur parfaits. Il est ce- 
cependant une circonstance qu'on ne s'explique pas très bien, c'est la nais- 
sance dans le diocèse de deux personnages des plus marijuants dans l'histoire 
du protestantisme, Guillaume Farel et J.esdiguiéres. Le Malin n'aurait-il pas 
voulu rassendjler tendes ses forces eu présence d'une cité si pieusement 
défendue? Je le crois. Quoi qu'il en soit, la vie de ces deux hommes active- 
ment mêlée à celle de leur patrie, donne à l'histoire du Gapençais un intérêt 
puissant. Les Pères Capucins de Gap, avec cette intelligence, celte sagacité 
qui distinguent leur ordre, ont parfaitement compris le rôle de ces deux il • 
lustres protestants, et ils ont raconté quelques-unes de leurs actions avec 
la plume et l'impartialité du regrettable père Loriquet. 

Aussi c'est avec bonheur (jue je signale ces vénérables moines aux hislo- 

ii 



370 MÉLANGES. 

riens futurs du calhoUcisme. Ils ont prié, ils ont prrilié, ils ont écrit, ils ont 
remporté d'éclatantes victoires; cent fois leur éloquence a dompté l'hérésie, 
cent fois ils l'ont à jamais détruite, et ces grands conquérants ont transmis 
à la postérité le récit de quelques-uns de leurs exploits pour la plus grande 
gloire de Dieu et l'exemple des moines à venir. Nous avons d'eux un ma- 
nuscrit plein d'élégance et de politesse, connu sous le nom d'Annale des 
Capucins. C'est dans ce livre, au milieu d'une foule de renseignements sur la 
construction du couvent, les réparations des murailles, l'acliaf, l'échange 
des terrains, le trépas toujours édifiant de plusieurs des bons pères, que j'ai 
pu découvrir certains lambeaux d'une histoire plus intéressante pour nous, 
et suivre pendant quelque temps la marche de la Réforme. Ne cherchez pas 
dans cet ouvrage l'élégance du style, l'élévation de la pensée, la foi seule y 
règne; l'humilité des bons Pères leur fait dédaigner les vains et frivoles or- 
nements : ayez un cœur simple et vous comprendrez. Ne nous plaignons pas 
non plus de l'extrême crédulité qui éclate en certains endroits: ces moines 
vivent séparés du monde; ce qu'ils savent, ils l'ont appris du frère portier 
qui le tient lui-même de quelques vieilles matrones avec lesquelles il a de- 
visé le soir des nouvelles de la ville et des joies du paradis. 

C'est donc avec un profond sentiment de vénération que je prends dans 
ce manuscrit tous les passages relatifs au protestantisme. Je ne fais que je- 
ter un fil entre les différentes narrations et les traduire quelque peu en fran- 
çais. Je compte sur l'approbation des gens pieux. Ils verront que les catho- 
liques n'ont jamais cessé d'être victorieux, bien qu'en aient dit les suppôts 
de Satan, que les hérétiques, par la permission do Dieu, ont toujours été 
confondus; que les premiers ont constamment marché dans le chemin de la 
justice, et (jue, pour les récompenser, le ciel fit en leur faveur des miracles. 
Qui laissent de bien loin leur Salette après eux (1). 

Ici commence Vhisloire du protestantisme dans le diocèse 
de Gap. 

D'autres expliqueront ce qu'est le protestantisme; l'homme de Dieu ne 
saurait pénétrer dans le sentier du blasphème et de l'impiété: qu'il vous 
suffise de savoir que cette hérésie est la plus infernale qui ait encore paru 
depuis l'origine des siècles. Tellement infernale, en effet, que ce ne sont pas 
seuU'ment les hommes (jui la repoussent avec horreur, mais aussi les ani- 
maux, comme nous le montre visiblenuMit un miracle arrivé à Gap et raconté 

(1) On se souvient de ce miracle de Salrftp, dont le diocèse de Gap a été, en ^es 
derniers temps, honoré et édifié. Il éclipsait ceux de Lorette, do saint Janvier et 
du Tyrol. Mais il a été récemment effacé par celui de V'aucluse, que les débats du 
tribunal correctionnel d'Apt ont ré\ù\6 urbi et oi'bi Le numéro prochain est impa- 
tiemment all'.iidu ; on calcule qu'il ne saurait beaucoup larder à éclater. 



MELANGES. 371 

à nous-niênu' par niaitre Chérubin Rambaud, not;iire, i[n\ l'a appris de té- 
moins oculaires. 

^ Le 23, mars de l'année 1536, jeudi saint, arrivèrent à Gap plus de 10,000 
lansquenets commandés par le duc de Wittemberg, U plupart luthériens. 
Ces maudits mangèrent de la viande ce jour-là, et même le lendemain, ven- 
dredi saint, mais leurs restes ayant été Jetés aux chiens dans plusieurs mai- 
sons, ils n'en voulurent point manger. N'était-ce pas là un avertissenu>i!t du 
ciel pour encourager les liommes à demeurer termes dans la loi, à n'avoir 
aucune communication avec les orgueilleux révoltés? Malheureusement cet 
avertissement n'enipècha point plusieurs brebis de s'écarter du troupeau 
pour courir au précipice. 

Vers l'année 1530 les nouvelles inventions du Déinou avaient commencé 
à, se répandre dans le pays de Gap. Il y avait alors, dans un hameau situé à 
environ deux lieues de la ville et encore aujourd'hui appelé les Fareaux, un 
petit propriétaire, appelé Guillaume Farel. Cet homme qui était d'une igno- 
rance extrême se mit soudain à prêcher la Bible en français aux laboureurs 
et vignerons, en expliquant le saint Livre à sa façon, et semant les premiers 
germes de l'hérésie. Les paysans, trop peu éclairés pour discerner son er- 
reur et sa malice l'écoutèrent avidement, et il devint si audacieux qu'il con- 
voqua des assemblées aux portes de la ville, tout près du couvent des Cor- 
deliers, dans un moulin à blé. Les auditeurs devenant plus nombreux, il 
s'enhardit jusqu'à prêcher en ville, au centre de Gap, proche la place Saint- 
Etienne. Alors le parlement de Grenoble averti, désira (sic) faire brûler 
Farel comme hérétique, et donna des ordres en conséquence à Messire Be- 
noît Olliet de Montjeu, vi-bailli de Gap, très zélé catholiciue. Ce magistrat 
empressé d'obéir, se trouva malheureusement retardé, parce que le procu- 
reur chargé d'instruire le procès, ét-il lui-même imbu des nouvelles doctri- 
nes et refusa d'agir. Ce que voyant, M. le vi-bailli constitua un nouveau 
procureur, fervent catholique, puis se faisant assister de deux grcftiers non 
suspects, il marcha dtoit au temple où Farel dogmatisait alors au peuple. Il 
heurte à la porte, on refuse d'ouvrir, les magistrats pénètrent de vive force 
dans le temple. Farel n'avait pas discontinué ses Discours au peuple, il est 
trouvé avec le crime à la main, saisi et conduit en prison. L'instruction du 
procès commença, mais le prétendu réformateur ne devait point pérjr sur \e. 
bûcher. Les hérétiques, qui se trouvaieni dans Gap en assez grand nombre, 
tirent évader Farel pendant la nuit, et le descendirent avec des cordes par 
les murailles de la ville. On sait (lu'il se retira à Genève, où, avec Pierre 
Viret, il prêcha l'hérésie. C'est lui qui arrêta Calvin revenant d'Italie, et le 
pressa de demeurer dans celte ville pour y enseigner sa théologie. Farel 
mourut en 1ot'5, ayant été malheureusciiicnl trop zélé à répandre son poison 
d'hérésie dans les villes et-les châteaux cpi'il visita. 



37i .MELANGICS. 

Pourquoi l'aut il ({u'avant do mourir il soil revenu dans noire ville pour y 
causer le plus grand des scandales qui aient affligé nos cœurs! Nous avon; 
vu messire Gabriel de Clermont, évêque de Gap, assister à ses sermons avec 
la fouie, et, oubliant ces belles paroles de saint Pierre: Etiamsl omnes te 
negaverinl, ego non te negabo, (1) ce rejeton de la noble tige de Clermont, 
après avoir siégé quelques années à la chaire épiscopale de Gap, abandonna 
le saint Siège, se fit hérétique, et entraîna par son mauvais exemple une 
grande partie des ecclésiastiques et des séculiers qui lui étaient soumis, tant 
à Gap qu'à Tallard et dans les environs. 

En ce moment (1561), on se battait partout pour la religion ; des partis de 
catholiques et de protestants tenaient la campagne, brûlant les villages et 
les châteaux. Dans une expédition, la jeunesse de Gap, commandée par un 
vaillant chanoine, nommé Lapalu, fut taillée en pièces par un homme qui de- 
vint célèbre depuis, le seigneur des Diguières. Vers la même époque, la tra • 
bison livrait aux hérétiques le château de Labàiie-Neuve si cher à notre 
nouvel évêque, Paparin de Chaumont, (jui travaillait avec ardeur à maintenir 
dans la foi les habitants de son diocèse. Enfin, en 1 577, il y eut dans Gap une 
émeute suscitée par les protestants de la ville, pendant que Lesdiguières 
l'assiégeait au dehors. L'évêque, blessé d'un coup de feu au genou, n'eut 
que le temps de prendre la fuite ; il sortit de Gap à la tête de 500 catholi- 
ques, au moment où les Réformés y pénétraient (3 janvier). Ceux-ci restè- 
rent maîtres de la ville jusqu'en 1581. Ces quelques années furent très 
fatales au diocèse; tout le Gapençais, à l'exception de Tallard, tomba au 
pouvoir des hérétiques; le palais épiscopal, la cathédrale furent complète 
ment détruits, les revenus des ecclésiaslitiues conlisqués. Le duc de Mayenne 
vint enfin en septembre 1581 remettre Gap sous l'obéissance du roi et d'' 
l'évêque, mais à peine était-il parti que les protestants reprirent les armes et 
recommencèrent leurs exactions. Un billet anonyme avertit l'évêque, que 
plusieurs personnages, entre autres Lesdiguières, avaient projet(' de l'assassi- 
ner; le prélat reprit une seconde fois le chemin de l'exil, en s'échappant la 
nuit par un trou où les eaux de la ville s'écoulent i)ar la porte Colombe, il 
se retira dans un petit village nommé La Baume, l'unique asile qu'il eut 
alors dans tout son diocèse, n'ayant pour tout revenu que les dîmes de la 
paroisse, et composant pour se consoler un livre de paraphrases sur les 
psaumes de David. De 1581 à 158!), il resta confiné dans ce village. Mais Gap 
ne demeura pas pendant tout ce temps au pouvoir des protestants. Les deux 
parties s'y battaient fréquemment et avec des chances diverses: vers 1589 
les Kéformés chassés de Gap revinrent avec un corps d'armée commandé 
par Lesdiguières. Gap fut assiégé, pris et rançonné à 10,000 livres. La paix fut 

(l) Qihiucl bien uiémo luUo les autres te runicrciient, moi, je ne te renierai point. 



MÉLANGES, 'H 3 

alors conclue et 1 evêque put rentrer en ville. Toutes les autorités de la cité 
allèrent le visiter et le complimenter. Le ministre protestant fut du nombre 
et présenta ses devoirs à jionseigneur; en témoignant sa joie de voir enlin 
la bonne intelligence partout, et disant que Gap devait se trouver bien heu- 
reux de voir ses deux pasteurs réunis. Ces mots résonnèrent mal à l'oreille 
du prélat, il s'indigna de voir ce petit ministre s'égaler à lui (pii était son 
maître, et comme il était robuste, d'une riche taille et bien proportionné, il 
saisit cet insolent au travers du corps elle jeta par la fenêtre. Cela produi- 
sit en ville un fort bon effet, et l'évèque s'enfuit de nouveau à La Baume. 11 
ne devait plus revoir Gap. Dans un voyage qu'il fit au centre de la France, 
il trouva un gentilhomme berrichon qui lui raconta qu'il s'acconnnoderait 
assez d'un évèché : Messire Paparin de Chaumont lui vendit le sien, et c'est 
ainsi que M. Salomon du Serre, bon militaire, devint évêque de Gap. Il prit 
immédiatement possession, seulement il trouva les 200 cures de son diocèse 
occupées par les hérétiques. Il n'en voulut pas moins faire sa visite pasto- 
rale, organisa une petite armée, se mit en route, livra plusieurs petits com- 
bats, et s'arrêta dans 'tous les villages pour dire la messe à la barbe (sic) des 
protestants (t601). 

Nous laissons maintenant les aventures guerrières pour entrer dans une 
époque moins sanglante mais non moins glorieuse aux catholiques.. De 
grandes calamités menaçaient le pays. Un bruit, malheureusement trop 
fondé, se répandait : il s'agissait de la tenue d'un synode protestant dans la 
ville de Gap. Grande fut l'émotion des fidèles. L'évêquê chercha à conjurer 
l'orage, il n'y réussit point, mais Dieu, en ce moment de péril, daigna jeter 
sur son peuple un regard compatissant, et le rassurer par un merveilleux 
prodige. Le Père Michel Ange, capucin, prêcha le carême de l'année 1603. 
De toutes parts les chrétiens accouraient à sa parole, et quoiqu'il fît grand 
froid et que la terre fût couverte de neige, quelques-un^enaient pieds nus. 
On conçoit la rage des protestants à la vue de ces gens pieds nus dans la 
neige. Une femme hérétique qui demeurait près du couvent des Cordeliers 
se distinguait surtout par ses emportements. Voyant l'extrême dévotion 
d'une procession arrêtée devant sa porte et respirant un peu au moment 
. d'entrer en ville : « Et puis vous direz, s'écria-t-elle, qu'un Capucin n'est pas 
un sorcier et un magicien! Et ne voyez-vous pas comme il fait venir tout ce 
pauvre monde avec un temps si rude et mauvais ! » Quelques gens simples 
qui l'entendaient, trouvaient qu'elle parlait bien, mais le ciel en jugea autre- 
ment, car à 'peine eut-elle prononcé ces détestables paroles, qu'un cocj lui 
sauta'sur la tête, lui arracha les cheveux, lui égratigna tout le visage, et lui 
allait infailliblement crever les yeux si les catholiques, pleins de charité, ne 
l'eussent débarrassée du terrible animal. Ce miracle augmenta s'il était pos- 
sible la dévotion des fidèles et confondit une fois <!(> plus les héréii(pu^s. 



31A MÉLANGES. 

Maintenant le synode pouvnil s'ouvrir; la ville avait désormais un p,rige ('cla- 
tani de la protection divine. 

L'assemblée s'est réunie en octobre 1603 sons la présidence de Daniel 
Cbamier, ministre de Montélimart. Nous ne rapporterons point les téné- 
breuses questions qui s'y agitèrent ; on sait seulement (jne la révolte et le 
blasphème y furent portés au comble, an point qu'on proposa de déclarer 
que le pape était i'anleclirist. Monseigneur Salomon du Serre, en présence 
d'un tel scandale, déploya toutes ses forces; mais comme le clergé de Gap 
n'olfrait pas dans ce moment de grands orateurs, il fit venir d'Avignon le R. 
P. Bruno, minime, grand controversiste, et le nourrit à se's dépens pendajit 
toute la durée du synode. Il manda aussi M. Fenouillat, bon prédicateur, 
qui devint ensuite évéqiie de Montpellier. Ainsi renforcé, le prélat ne crai- 
gnit plus de commencer la lutte. Le Père Bruno prêchait à la cathédrale deux 
fois le jour, il allait même parfois, tant son zèle était vif, juscpi'à élever la 
voix dans le temple protestant, pour réfuter victorieusement les arguments 
des hérétiques contre la sainte religion catholique. Comme les autres prédi- 
cateurs n'agissaient pas moins vigoureusement, il arriva que certains des 
membres du synode se convertirent. D'ailleurs l'aspect de la ville deVait 
épouvanter les réformés. Le Saint Sacrement était exposé dans toutes le^ 
églises de Gap; tous les villages du diocèse y venaient (in prdcessi'on eh fai- 
sant retentir les airs de cantiques sacrés, surtout dans le voisinage du tem- 
ple, en sorte que les liérétiques pâlissaietit, croyant entendre la trompette 
de Jéricho. Enfin ce synode qu'on a cherché à rendre remarquable dans 
l'histoire religieuse de la France se termina par une vraie déroute: ies' mi- 
nistres épouvantés s'enfuirent à la lïûte d'une ville si pieuse et si visible- 
ment protégée du ciel. 

Mais plus les hérétiques étaient confondus, plus ils s'enhardissaient dans 
le mal. L(^ vénérable père Michel Ange fut grossièrement insulté par plusieurs 
b.abitants, et un jolir un autre père faillit être tué A la porte Saint-Arey par 
le gouverneur de la ville, M; Du Villard, hérétique obstiné, qui allait jusiju'à 
menacer d'arracher la croix du couvent des capucins. Celle famiile Du Vil- 
lard était bien sûrement dévouée aux feux de l'enfer. 

iMadame Du Villard assemble un jour quelques femmes, va comme pour 
visiter cette croix, et se met à rire et k se moquer, disant que c'était une 
arbalète, mais suivant le mot d'un homme pieux, cette arbalète tira un dard 
(jui la niaripia visible'ment. La nuit d'après cette dame, étant couchée, fut 
travaillée d'un cours de ventre (jui l'obligea à se lever promptement sans 
attendre la lumière, et comme elle marchait avec précipitation' lîans les 
ténèbres, elle heurta contre une fenêtre ouverte cpii la blessa cruellement 
tout le long du visage. Elle fut si surprise et étourdie du coup, que vou- 
laid se baisser, elle reneontra le dossier d'une chaise qui la blessa égale- 



MÉLANGES. 3".^» 

uifiit au visage, mais en Iravors. Cela lui fit sur la figure une croix qu'ellr 
porta plus de trois mois sans oser sortir de sa maison. Les catholiques 
remercièrent le ciel de ce nouveau miracle, criant que c*ëtait le clitàliment 
du crime de cette dame, et le peuple l'appelait en la gaussant, madame l'Ar- 
balète. Ce prodigieux événement n'abaissa en rien l'orgueil de M. le gou- 
verneur. Il avait une liaine profonde contre les capucins, parce qu'il voyait 
en eux des envoyés de Dieu destinés à extirper l'hérésie : aussi s'opposait- 
il de toutes ses forces k ce que les bons pères fussent logés ('omme ils le 
désiraient. Ils voulaient élever en dehors de la ville un couvent convenable, 
acheter des terres, s'entourer de jardins pour prier plus dévotement. M. Du 
Villard mettait obstacle à la réalisation de ces vœux modestes. Les moines 
adressèrent donc leur requête au gouverneur du Dauphiné qui leur donna 
raison et admonesta sévèrement le gouverneur de Gap. Depuis ce moment, 
l'hérétique, revenu h de meilleurs sentiments ne manqua pas de saluer fort 
civilement les pères capucins, chaque fois qu'il les rencontrait. 

Cette victoire fut suivie d'une autre non moins éclatante remportée sur le 
chef même des protestants de Gap. En cette année 160i, le père Anselme 
offrit la controverse à Pront^t, ministre de la ville. Il est inutile de dire que 
celui-ci fut complètement battu. Cependant un sieur Martinelly, conseiller 
hérétique au Parlement de Grenoble, avisant le père Marcel qui se tenait 
dans un coin sans dire une parole, crut qu'il aurait bon marché de ce moine 
et l'attaqua vigoureusement. Mais ce père Marcel était un homme plein de 
doctrine et de lumières, et il le repoussa avec tant de force et en même 
temps de douceur, que le conseiller déclara qu'il n'avait jamais vu un 
homme aussi savant. 11 l'invita à le venir visiter à Grenoble et à descendre 
chez lui, l'assurant qu'il ne perdrait pas sa peine. Une maladie empêcha le 
père Marcel de se rendre à cette invitation avant l'année suivante, mais en 
arrivant, il trouva que Satan lui avait joué un fort mauvais tour en faisant 
mourir M. Martinelly. 

Tant de défaites, les terreurs qu'ils avaient éprouvées durant l'assemblée 
de 1603, n'avaient point abattu l'audace des protestants. En 1618, ils con- 
voquèrent un nouveau synode national qui devait se tenir à Gap, après Pâ- 
ques. 1! s'y trouva 85 ministres des plus fameux et autant d'anciens : parmi 
eux, on comptait 45 ou 30 prêtres ou religieux apostats. Il vint des dépu- 
tés de L» Rochelle qui furent accueillis avec respect, cette ville étant con- 
sidérée comme la capitale du protestantisme en France. La pi'emière visite 
des ministres fut pour M. de ]\îontorsier, gouverneur héréliciue de la cita- 
delle de Puymore, bâtie par Lesdiguières, sur une montagne qui domine 
Gap. Le gouverneur les reçut parfaitement, et comme il savait quelqiu^ 
chose des projets des catholiques d,e Gap, il avertit ses coreligionnaires de 
traiter secrètement toutes leurs aftiures : « Surtout, leur dit-il, gardez-vous 



370 .MLLAr.OEi.' 

des pieds deschaux, et piini ip.ilemc ni lUi pèiv L'F.nipegat. » Pi»r pieds des- 
cliaux, il nommai L Jivcc mt'itiis les capucins. Ouant à L'Empci^at (mot patois 
qui signifie l emplâtre), c'était tout simplement le père Marcel, lequel avait 
une grosse fluxion, et portait un emplâtre sur la tète. Les ministres, avertis, 
fermèrent donc leurs portes aux étrangers : ils ne s'inquiétèrent ni des 
prières des quarante heures ordonnées par l'évcque, tomme pour conjurer 
un malheur pidjlic, ni de l'exposition du saint Sacrement, ni des i)roces- 
sions, ni des chants de douleur de l'église cathoii(iue : ils crurent èlre chez 
eux et commencèrent leurs travaux. 

Mais le vénérable clergé de Gap avait plus d'un tour dans son sac, comme 
nous Talions voir. Il y avait alors en ville un ex-prêtre italien, il signor 
Francesco Turri, qui se posait en martyr et aflichail un grand zèle pour la 
religion prétendue réformée. Les ministres l'admirent au synode. Toute- 
fois le père Marcel avait eu le soin de le reconvertir secrètement au catho- 
licisme, et comme chacun sert Dieu à sa manière, il l'avait nommé espion 
de l'église catholique. Le jour, le respectable Italien assistait, prenait part 
au synode; la nuit, il venait rapporter au père Marcel ce (jui s'était passé 
dans la journée. Le lendemain, le rusé capucin publiait en chaire tout ce 
qu'il avait appris, et réfutait si doctement les hérétiques, que ceux-ci, saisis 
d'étonnement, ne savaient que répondre. Ils furent obligés de se séparer la 
honte sur le visage et avec tant de confusion, que deux moines les eussent 
mis en déroule sans combat. Ainsi les catholiques furent noblement vic- 
torieux, tandis que les ministres, devenus la risée de tous, jurèrent bien de 
ne plus tenir de synode à Gap, tant qu'il y aurait des pères capucins dans 
la ville : ces moines, disaient-ils, étaient vraiment des sorciers (|ui devi- 
naient leurs actions les plus secrètes. Ils les prenaient d'ailleurs pour des 
gens fort savants, grâce à uiie petite supercherie dont s'étaient avisés les 
bons pères. Etrangers à la ville, les protestants voulaient en visiter toutes 
les curiosités parmi lescjuclles on comptait le couvent et le jardin des capu- 
cins. Voyant cela, un des moines, le père iMaximin, jadis avocat, prit la 
place du portier, et quand arrivaient les visiteurs, il leur parlait latin et en- 
gageait incontinent une controverse. Les ministres ne savaient que penser, 
et s'écriaient en parlanf, (jue dans ce couvent, tous, jus((u'au portier, par- 
laient latin. 

Avant de (juitler Gap, certains des réformés eurent encore à subir une 
humiliation d'un autre genre. [!n liôlelier catholi(|ue, sachant d'avance (|u'il 
«levait loger plusietu's héiéliques, se prépara à les recevoir et à les caresser 
suivant leurs mérites, il fit prendre quantité de pies, les pluma, les fit ma- 
riner et les servit aux ministres et anciens qui mangeaient chez lui, en leur 
disant que c'étaient des pigeons du Dauphiué. Les convives leur trouvèrent 
un goût très friand. Le synode dissous. e( eux sur leui' d('pai'l, ils payèrent 



MÉLANGES. 377 

fort bien leur hùte en lui léiiioignant leur satisfaotion de la bonne chère 
qu'ils avaient faite chez lui. L'hùte les remercia beaucoup de leur libéralité 
et leur proposa le coup de l'étrier. Quand ils eurent bu : " Que croyez-vous 
avoir mangé chez moi, dit l'aubergiste? — Des pigeons fort bons. — Au 
contraire, reprit-il, vous n'avez mangé que des pies bien dures et maigres.» 
Et il se moqua d'eux en pleine rue. Les hérétiques partirent sans mot dire, 
et lui se retira satisfait de leur avoir fait cette confusion profitable. 

Depuis ce moment, les protestants ne jouèrent plus un grand rùle dans 
ce pays si fatal pour eux. En 1621 et 1622, pendant la dernière guerre re- 
ligieuse, ils pensèrent à se révolter dans le diocèse, mais la conduite cpura- 
geuse de l'évèque de Gap les tint en respect. Le prélat, loin de se décon- 
certer, équipa les catholiques, prépara des dépôts d'armes et de provisions, 
et, dans les jours d'alarmes, armé de toutes pièces, montant un fier cour- 
sier, il se mettait à la tête des fidèles serviteurs de Dieu et du roi, et faisait 
en bon ordre le tour de la ville. Et cela, il le fit, non pas une fois, mais 
toutes fois qu'il le jugeait nécessaire. C'est là le dernier incident à signaler 
dans l'histoire des réformés. Protégés par nos rois, ils ont dès lors vécu 
paisiblement. Aujourd'hui (1658), cette ville, que le malheur des guerres 
avait peuplée d'une quantité de ceux de la Religion, en compte encore de 
trois à quatre cents, qui y ont bâti un temple vers la porte Colombe, et y 
entretiennent un ministre et un diacre avec le libre exercice de leur culte. 

Jléréliques converlis et reçus à la foi catholique . apostolique et 
romaine par les pères capucins du couvent de Gap. 

3Ia(lame du Faure, grandement savante à la controverse et fort obstinée 

(1603). 
M™* de Serre, mère de M?"" de Gap. 
j^I'"*' de Serre, belle-sœur de M"'" de Gap. 
T^jme (ig Pontis. 

M. de Manteyer, de la maison du Faure. 
M. de la Villette, conseigneur de Veynes. 
M. Moustiers, beau-fils de M. Reynier. 
31. Charles Philibert, seigneur de Charance. 
M"« de Saint-Lazer. 

M. Jean Paulet, qui avait vu commencer l'hérésie. 
M. de Bellevue. 

3Iessire François Turri, prêtre augustin, apostat, hérétique. 
31 habitants de Saint-Laurent-du-Cros et 1 femme en couche en sa maison. 
Les habitants de deux paroisses à la fois, venus aux 40 heures, à Gap. 
M. Jacques Falquin. 



^TR MÉLANGES. 

15 personnes et plusieurs familles entières (1630). 

M^' Crezzi (le Cliarance (1639). 

François Marchand, d'Orcières. 

M. Alexandi'e Pellat, menuisier. 

31. Daniel Castellan, notaire (1642). 

M'"« Magdeleine Bartliolomé, femme de M. Claude Souchon. 

1 homme de 80 ans et confessé. 

1 femme veuve, de Rihiers (1641). 

M. Paul Gay, de Veynes, sa femme, leur fille Anne (1656). 

Anne Siméaut, du Yillard-de la Plaine, en Champsaut (1656). 

Magdelaine Meynières, habitant à Gap (1656), 10 mai. 

Paul Fayolle, de la Piarre (1656). 

Claire Faure, de Serres (1657). 

Claude Simon, de Val Drôme, Judith Courrant, sa femme, Arnaud, Thomas 

et Jeanne, leurs enfants, à Yentavon (1637). 
Jérémie Biaise, de Veynes (1657). 
Magdelaine Bruno, de Saint-Bonnet (1658). 
Pierre Brut, de Cherges, âgé de 18 ans (1658). 
Chuide Chevalier, du Champsaut (1659). 
Anne Pérégrine, de Saint-Julien (1659). 
Pierre Viel, de La Roche, âgé de 20 ans (1659). 
Marguerite Héraud, de Gap (1659). 
Scipion 3Iavin, de Jarjayes, 20 ans (1659). 
Baptiste Nicolas (1663). 
Marguerite Brochière, de La Roche (-1663). 
Jaccjues Chevalier, de Rambaud (1664). 
Jacques Brun, de Saint-Laurent (1664). 
Joseph Aymar Dauphin, de Saint-Laurent (1664). 
Daniel Espitalier, d'Ancelles (1674). 
Jean et Pierre Auherl, frères, natifs de Saint-Julien, enfants de Guy Aubert 

(1674). 
Daniel 3Iessein, de Genève, philosophe (1674). 
Henri d'Hérons, tils de Jacijues et d'Elizabeth Belle, né dans la Seigneurie 

de Montbéliard, fit abjuration du luthéranisme en 1719. 
Louis Duchêne, fils de Jean et de Perrotte de Praisa, né A Craffein, dans le 

canton de Berne (1709). 
George Fougle, de la Haute-Saxe, du village de Chenestot, fils de Mans 

Fougle et de Marianne, a abjuré le luthéranisme (1710). Il était soldat 

dans le régiment d'Egrigni. 
Claude Lombard, fils de Claude et de Jeanne Charouse de Lauriol en Dau 

phiné, sous-lieutenant dans le régiment de Monthéson (1710). 



MÉLANGES. 379 

Le sieur Ouden, bourgeois de la paroisse de Saint-Laurent, en Cliamp- 
saul (1725). 

Cii. Ch. 



i\"©TE!S ^JLM t.'Ai\CIEÎ¥]VS3 fi':CJE>B«E ÎSKF^IiailîE DE PARIi» 

ET SUR LA LISTE DE SES PASTEURS. 

Le présent Cahier était déjù aux deux tiers eomposé, lorsque nous avons 
reçu de notre zélé correspondant, M. A. Crottet, un travail dont la pre- 
mière partie sera ici d'autant plus à sa place, qu'il vient compléter, par ses 
détails, l'article de cette même livraison relatif à /16/on, et les Notes du 
journal de Dan. Charnier. 

A M. le Président de la Société de l'Histoire du Protestantisme français. 

Yverdon, le 20 octobre 1853. 

Monsieur le Président, 

En réponse à l'appel que vous adressez aux lecteurs du Bulletin (F. ci-dessus, 
p. 15), j'ai l'honneur de vous transmettre, en abrégé, quelques notes recueillies 
sur l'église de Paris. Vous y trouverez, outre l'éclaircissement que vous réclamez, 
divers renseignements relatifs à l'histoire du temple de Charenton, à ses pastenrs 
et à la dispersion des fidèles qui s'y réunissaient. On accueillera, je pense, avec 
plaisir celte liste annotée des pasteurs de Paris. Je la crois assez complète. 

Veuillez agréer, etc. A. Crottet, pasteur. 

Commencements de l'Eglise réformée de Paris. 

Dès l'aurore de la Réformation, Paris a renfermé dans son sein des sec- 
tateurs de l'Evangile, i\m ne tardèrent pas à être poursuivis avec acharne- 
ment. Maître Jaw^ues Pauvant ou Pavannes, un homme connu sous le nom de 
l'ermite de Livry, en 1525, Louis de Berquin, en 'lo^Q, payèrent de leur 
vie leur attachement à la Parole de Dieu. Ces cruelles exécutions n'arrê- 
tèrent pas les progrès de la réforme et « la secte damnahle des faux héré- 
« tiques luthériens et leuîs sectateurs ( 1 ), » signalée par Noël Beda ou Bedier 
«lan.s son apologie o(^yers«s damhsHnos lufheranos (2), comptait assez de 
partisans, en 1329, pour former, comme le rapporte Hèze, une église qui 
avait pour pasteur La Roche auquel se joignirent plus tard Gérard Roussel 
et Courault. Cette petite église s'entourait de mystère. « Nous avons estes 
« longtemps cachez, en nos maisons privées, aux bois et aux cavernes et 

(1) Ce sont les propres termes du titre d'un livre imprimé à Paris, avec pri- 
vilège, l'an 1328. Voyez notre Chronique proteslante du XVI'' siècle, ch.]\l, p. 59,. 

(4) Le catalogue de la Bibliothèque impériale, Manuscrits français, n" 8, liistoiro 
de l'rance-ecclésiastiquc. Théologie, ch. X, 118, menlionne aussi un manuscrit 
'curieux. Il porte le litre suivant : Minutie de la fatale destinée et dernier période 
du monde y contre les luthériens, traduit du latin et composé au monastère de 
Cronvillier, en 1531. 



380 MÉLANGES, 

1 nous a souvent la nuit couverts aux cachettes, » est-il écrit dans rhisloire 
manuscrile des martyrs de l'Ei^lise de Paris, qui se trouve à la biblio- 
thèque impériale. Des avertisseurs indiquaient aux tidèles les lieux de réu- 
nions, et le maître de la maison qui avait ordinairement deux issues, se 
tenait au dehors pour faire le guet. Malgré ces précautions, les persécuteurs 
parvenaient toujours à saisir quelques victimes. Ce fut le cas, en 153.3, 
d'Alexandre Canus dit Du 3Ioulin, et de maître Jean Pointet, médecin, qui 
Xut brûlé vif après avoir eu la langue coupée. 

Le zèle de l'Eglise de Paris ne fut point abattu par cela. Elle se montra 
active à propager les doctrines évangéliques et à attaquer les superstitions. 
Des placards contre la messe furent répandus avec profusion, le 19 octobre 
1534, dans les rues de la capitale, et l'un d'eux fut même afïi(-hé à la porte 
de la chambre de François !•='■. Cet acte audacieux fut cruellement puni. 
Le lieutenant criminel .lean Morin, se mit à la recherche des réformés avec 
l'habileté qu'on lui reconnaissait, et ramena en triomphe de nombreux pri 
sonniers. Six de ces derniers furent brûlés, le 21 janvier I."i3.5, avec des 
circonstances atroces, pendant que le roi assistait à une magnilique pro- 
cession. Ces martyres furent suivis de ceux de Barthélémy Milon, de Ni- 
colas Valeton, de .ïean de Bourg, d'Etienne de La Forge avec lequel Calvin 
avait été lié, d'une maîtresse d'école nommée La Catelle, d'Antoine Poille, 
et de Claude le Peintre. 

Une pareille persécution étai( bien propre à refroidir le zèle des réfor- 
més. Il n'en fut rien cependant; les brochures et les livres de controverse 
continuèrent à être répandus, et le parlement <le Paris se vit obligé, en 
1542, de défendre avec vigueur de vendre les ouvrages censurés par la 
Sorbonne, ordonnant aux curés de les rechercher et de dénoncer ceux (jui 
paraîtraient suspects sous peine d'excommunication. Chaque année, pour 
ainsi dire, fournit alors à Paris son contingent de martyrs. François Bri- 
bard, secrétaire de Jean de Bellay, cardinal et évêque de cette ville, en 1 543 ; 
Pierre Bougrain et Guillaume Hunon en 1544; Jean Chapot, colporteur, 
dénoncé par Jean André, libraire du palais et agent actif de la persécution 
en 1546; Jean Michel, ancien moine; Léonard du Pré en 1517; Sainctiu 
Nivet en 1548, condamnés à mort par Pierre Lizet, premier président du 
parlement de Paris et par son successeur Gilles Maillard, périrent courageu- 
sement dans les tlammes. En 1549, un pauvre couturier fut brûlé vif dans 
la me Saint-Antoine, sous les yeux de Henri II et de sa maîtresse Diane de 
Poitiers; trois autres infortunés éprouvèrent le même sort dans la même 
jouiiiée. Léonard Galimard, Florent Vénot, Etienne Peloquin, en 1550; 
Thomas de Saiul-l'aul en 1.")51 ; Nicolas INail en 1553, furent également ré- 
duits en cendres dans cette ville ([ue Bèze appelle « sanguinaire et meur- 
M irièir entre toutes celles du monde. " Sa vaste étendue permettait cepen- 



MKLANGKS 381 

daut aux réformés d'y vivre plus en sûreté que dans les villes de provinc-^ 
où les parlements exerçaient la même barbarie. Us y accoururent de toutes 
parts et formèrent bientôt un troupeau considérable qui choisit pour son 
pasteur Jean le 3Iaçon plus connu sous le nom de La Rivière. L'Eglise 
acheva de se consolider en établissant au mois de septembre 1.555 u;i 
consistoire composé de quelques anciens ou surveillants et de quelques 
diacres. Ce fut au Pré-aux-Clercs, dans la maison d'un genlilhomme du 
Maine, nommé le sieur de La Perrière, que s'opéra cette importante organi- 
sation. Dès ce moment l'Église de Paris devint, après celle de Genève, le 
foyer le plus actif de la propagande évangélique dans le royaume, et elle 
prit un tel accroissement qu'elle se vit dans la nécessité de demander de 
nouveaux ministres. 

Les réformés de cette grande ville n'avaient point encore de lieux fixes 
d'assemblées. Les pasteurs réunissaient les fidèles sur divers points de la 
capitale, tantôt dans la rue du Coq près du Louvre, dans la maison de 
Pierre du Nolier, quelquefois à la Croix verte, près du Louvre. Malgré les 
précautions que l'on prenait pour rendre ces assemblées secrètes, elles 
étaient souvent découvertes et c'est ce qui arriva en parliculier le 4 sep- 
tembre 1557 à celle qui se tint dans une maison de la rue Saint-Jacques, 
située en face du collège Du Plessis et derrière la Sorbonne. Trois à quatre 
cents personnes, qui avaient voulu participer à la sainte cène, y furent sur- 
prises de nuit par une multitude fanatisée. Bon nombre de gentilshommes 
se frayèrent un passage l'épée à la main ; quelques-uns furent saisis et gar- 
rottés et cent vingt ou cent quarante femmes, appartenant à de bonnes mai- 
sons, furent indignement outragées et renfermées dans les cachots du 
Chàtelet. Voici quel fut le sort de quelques-uns des captifs. Le 27 septembre 
Nicolas Clinet, vieillard de soixante ans et l'un des anciens de l'Eglise de 
Paris, Taurin Gravelle, avocat au parlement, furent brûlés vifs sur la place 
Maubert. La damoiselle de Luns, leur compagne d'infortune, fut étranglée 
après avoir été flamboyée aux pieds et au visage. Puis vint le tour de Nico- 
las de Cène, de Pierre Gabant, de François Nebezier, de Frédéric d'Anville, de 
Nicolas du Rousseau, d'Archambaut et d'autres personnages dont les noms 
n'ont pas été conservés. L'intervention des cantons suisses suspendit ces 
rigueurs, elles démarches du duc de Wurtemberg et d'autres princes alle- 
mands sauvèrent la vie aux autres prisonniers. 

Cette protection inattendue ne fit qu'augmenter le courage des réformés 
de Paris. Ils professèrent ouvertement leur attachement aux vérités de 
l'Evangile et ne craignirent même pas de faire entendre sur l'une des pro- 
menades les plus fréquentées, le Pré-aux-Clercs, le chant des psaumes 
traduits récemment par le poëte Clément Marot. Mais ils furent bientôt 
convaincus que le terme de leurs souffrances n'était pas encore arrivii. 



382 MELANGES. 

François De Coligny, sieur d'Andelot, un des grands personnages qui 
avaient endjrassé la réforme, fut jeté en prison. Geoflroy Guérin fut brûlé 
sur la place Flaubert. Jean Morel mourut en prison après une longue capti- 
vité; son corps fut déterré et consumé le 17 février l'àbS. Ces supplices 
furent suivis de ceux de Jean Barbeville et de Pierre (Chenet. 
[.Mais ce fut inutilement que les ennemis des réformés, excités par un 
clergé fanatique ^ cherchèrent à arrêter les progrès de l'Evangile. |Au 
moment même où la persécution avait atteint son plus haut degré de 
fureur, lorsque les feux s'étaient allumés de toutes parts pour consumer les 
hérétiques , et que des mercuriales sévères s'apprêtaient à sévir contre 
les juges que l'on soupçonnait de se porter trop mollement vis-à-vis des 
réformés, ceux-ci tinrent leur premier synode où furent rédigées la confes- 
sion de foi et la discipline ecclésiastique. Le 23 mai 1559, les députés des 
églises, présidés par François de Morel, l'un des pasteurs de Paris, se 
réunirent au faubourg Saint-Germain où demeuraient un grand nombre de 
réformés, ce qui le faisait appeler par les catholiques une petite Genève. Ce 
fut probablement dans la rue des Marais, près du Pré-aux-Clercs, que se tini 
ce premier concile des églises réformées de France. C'était là, en etfet, que 
se trouvait l'habitation d'un nomme Le Vicomte, << qui retiroit coutumière- 
« ment, » dit Bèze^ « les allans et venans de la religion et principalement 
« ceux qui venoienl de Genève et d'Allemagne, en la maisoîi duipiel aussi 
« se faisoyent souvent de grandes assemblées. • 

Pendant que les pasteurs réformés s'occupaient des intérêts généraux de 
l'Eglise, la persécution suivait son cours. Cinq conseillers du parlement 
lurent incarcérés, et un colporteur, nommé Nicolas Hailon, fut brûlé. La 
mort tragique de Henri II, ([ui porta au pouvoir les Guise, ne (it (lu'ompirer 
la triste situation des réformés. Une4iste des ministres, des anciens et des 
personnages les plus considérables de l'Eglise de i'aris, ayant été livrée par 
lui traître au président Saint-André et au docteur de Sorbonne De Monchi 
ou Demochares, le lieutenant criminel du Chàlelet reçut l'ordre de juger 
sans appel ceux qui seraient amenés devant lui. Les curés elles vicaires de 
la capitale prononcèrent l'excommunication contre ceux qui connaîtraient 
des luthériens et ne les dénonceraienl pas. Les demeunis des réformés, en 
particulier celles du Vicomte et celle de l'avocat Boulard, située place 
J\laubert, au quartier des Tourncilcs, furent fouillées et pillées. Leurs 
assemblées secrètes devinrent l'objet de calomnies infàuies et le nombre 
des victimes fut plus grand que jamais. Faisons connaître le nom de (pu'I- 
quos-uns de ces martyrs. Nicolas Guenon, Marin Marie, colporteurs, sont 
exécutés le 2 août 1559. Marguerite de La Riche, surnommée la dame de 
La Caille pai'ct' (jue la maison qu'elle habitait sur le mont Saint-Jean portait 
l'enseigne d'une caille, subit le même supplice le 19. Quchpies jours après 



MÉLANGES. 383 

c'esl le tour d'un jeune homme dont le nom est resté inconnu. Le 23 on 
brûle à petit feu Adrien d'Aussi dit Douliancourt ; le "24, Gilles-le -Court, 
étudiant au collège de la Merci, ^lartin Rousseau, Philippe Parmentier; 
le 26, Pierre Malet; le 15 novembre, Pierre Arondeau; en décembre, Jean 
Geoffroy, demeurant en la rue de la ^lortellerie ; le 23 décembre, sur la 
place de Saint-.Iean-en-Grève, l'illustre et courageux Anne Dubourg, puis 
André Coiffier, Jean Isabeau, et Jean Judel, avertisseur de l'Eglise de Paris. 
La conspiration d'Amboise suspendit un peu les fureurs de la chambre 
ardente du parlement de Paris, et les réformés que la perspective de sup- 
plices affreux n'avait pu abattre, ne craignirent pas de tenir en lo60, deux 
assemblées de cent vingt à cent quarante personnes dans la chambre même 
de la chancellerie du Palais, et peu de jours après à la tour carrée. Cette 
dernière fut découverte, et le président Le ^laître ou Magistri s'apprêtait à 
faire de nombreuses captures lorsque les réformés réussirent à s'échapper 
par une porte dérobée. Les Guise aui'aient sans doute persévéré dans la 
voie de rigueur où ils étaient entrés, si la mort de François II n'était sur- 
venue. L'alliance qu'ils formèrent avec le connétable de Montmorency et le 
maréchal de Saint-André, connue sous le nom de triumvirat, ne put empê- 
cher que Catherine de 3Iédicis (pu redoutait leur ambition ne se rapprochât 
par politique des réformés, déjà très nombreux et puissants dans le royaume, 
et ne permît à leurs ministres d'entrer en lutte avec les docteurs catho- 
liques au colloque de Poissy. Quoiijue cette assemblée n'amenât aucun 
résultat pour la réunion des deux églises, elle contribua aux progrès de la 
réforme, et les fidèles persécutés qui avaient dû maintes fois défendre par 
des apologues leurs réunions contre les calomnies de leurs adversaires, 
s'empressèrent de sortir de leurs retraites secrètes. A Paris, deux services 
réguliers furent établis, l'un hors de la porte Saint-Antoine, au lieu appelé 
Popincourt ; l'autre au faubourg Saint-3Iarcel, au lieu dit le Patriarche. 
Le 26 décembre 1563, une assemblée nombreuse réunie dans ce dernier 
endroit fut troublée par la malice des prêtres de l'église voisine de SaiiU- 
Médard, qui mirent en branle toutes leurs cloches pour empêcher d'en- 
tendre la prédication du ministre Malot. L'édit de janvier 1562 permit aux 
réformés de Paris de conliimer leur culte hors de la ville et cet ordre de 
choses dura jusqu'au massacre de Vassy. Depuis cette époque jusqu'à l'Ldil 
de Nantes, l'Eglise de Paris subit toutes les vicissitudes des autres églises 
de France. Elle fut obligée pendant les troubles de dérober son existence 
à la fureur de ses ennemis, et ses pasteurs durent souvent prendre la luite 
-pour sauver leur vie. Voici la liste de ces derniers, telle qu'il nous a été 
possible de la former au moyen de documents épars. Elle présente sans 
doute quelques lacunes. . 'i-^': t 

La Rochk. Théodore Bèze dit eu termes positifs (pi'il ét;iii en 1.529 à la 



384 .MtLAiNGtS. 

tête de l'Eglise de Paris, Nous ne possédons aucun autre renseignementi 
sur ce personnage. 

GÉRARD Roussel. Prédicateur de la reine ^larguerite de Navarre et plus 
tard évêque d'Oleron, réformateur du Béarn. Nous avons fait connaître dans 
notre Chronique protestante la part qu'il a prise à la fondation de l'Eglise 
de Paris. M. Ch.Schnudt, professeur à la faculté de théologie de Strasbourg 
a publié, en 1845, une intéressante notice sur lui. 

CouRAULT. D'abord moine de l'ordre des Auguslins. Il quitte Paris en 
1535 et se réfugie à Bàle. Quoique âgé et aveugle, il se rend à Genève au- 
près de Calvin pour partager ses travaux. Meurt pasteur à Orbe, dans le 
pays de Yaud, le 4 octobre 1538. 

Jean le Maço.n. Il est plus connu sous le nom de La Rivière. Il était fils 
d'un procureur royal à Angers, homme très riche mais très hostile à la ré- 
forme. Il avait étudié à Genève et à Lausanne. Il porte aussi le nom de Lau- 
nay ou l'Aunay. « A leur arrivée en France, dit Florimond de Rémond (li- 
« vre 7, page 921) en parlant des ministres de cette époijue, ils changeoient 
« de noms et de livrée. Ainsi l'Ange Virmili se lit nommer Pierre Martyr; 
« Jacques de Coq, Juste Jonas; Jean le Maçon, premier ministre de 
« se nomma La Rivière: Jean de Pleurs le convertit en Espoir; Clermont, 
« premier ministre de La Rochelle prit le nom de La Fontaine; Tremblert 
« pour ctluy de Roches; La Roche-Chandicu, celuy de Sadeel; Colomiès, 
« celuy de Barelles ; de Gay, celuy de La Pierre qui se l'aisoit aussi appeler 
(' Boisnormand; Charles d'Albiac, celuy de Plessis; André des Masures qui 
« se lit nommer La Place. De mesme lit le grand Théodore de Bèze à son 
« arrivée à Genève lequel conduisoit sa Candide, se doniioit le nom de Thie- 
" haut de May, nom d'une belle rencontre. » Ces pseudonymes étaient 
adoptés pour déjouer les recherches des persécuteurs. 

Macar. Macarius. Septembre 1558. « Le (|uinzième jour de septembre, 
" par l'advis des Frères (jui cstoient tous lors assiMublés, après avoir prié 
" Dieu, fut résolu que nostre frère, Monsieur >lacar, seroil mandé pour re- 
« tourner icy faire sa charge, et au lieu d'icelny fut eleu M^ François de 
« Morel pour aller administrer la Parole de Dieu, leciuel de Morel estoit un 
« des ministres de l'Evangile de ceste ville. » Macar était l'un des huit 
pasteurs de Genève en 1546. Le Registre de la compagnie des ministres de 
Genève duquel nous avons extrait le passage ci-dessus, contient (année 
1560, page 173) des détails intéressants sur les souffrances et la mort de ce 
prédicateur de la réforme. 

François de Morel. 3Iorellanus. Juillet 1557. « On attend Monsieur de 
« Coulonge lequel estoit par trop découvert à Paris où il l'aisoit office de 
" |tasleur et (jui avoit pris congé de ceste église. » Registre de la conqni- 



i\lÉLA^GES. 3y.> 

gnie des Pasteurs de Genève. Il est aussi connu sous le nom de Coulonge. 
La bibliothèque de Genève possède plusieurs lettres de ce pasteur. 11 était 
en 1561 ministre de la duchesse de Ferrare. 

CouMEL. Mars loo7. " Luudy ([uinzième mars, Maistre Gaspart, mari de 
« la niepce de .Monsieur Guillaume Farel, passant par icy, est parti pour 
« aller à Paris secourir l'assemblée qui y est grande par la grâce de Dieu. » 
Gaspard Cormel avait d'abord été ministre à Neuc'hàtel. 11 porte aussi le 
nom de Fleury. L'Eglise de Paris le céda à d'Audelot pour prêcher la ré- 
forme en Bretagne et sur les bords de la Loire. 

De Saules. Juillet \'6'61. « Mons. de Saules part pour Paris de son bon 
« gré. » Registre de la compagnie des Pasteurs de Genève. 11 assista au 
colloque de Poissy < t devint le ministre de Jeanne d'Albret. Le synode na- 
tional de Nimes le contirma dans cette qualité en 1572 et celui de La Ro- 
chelle le désigna pour répondre par ses écrits aux adversaires de la 
réforme. 

Marlorat. 15 Juillet 1559. " 3îaistre Auguste ^larlorat fut éleu pour 
« Paris. » Registre de la compagnie des Pasteurs de Genève. Marlorat dit 
Pasquier, né à Bar-le-Duc, ancien moine et théologien distingué. 11 avait 
prêché la réforme à Bourges et fut nommé en mars 1549, pasteur à Crissier, 
près de Lausanne, et plus tard à Vevey. Il assista au colloque de Poissy. 
Les prières qui se ti'ouvent après chaque psaume dans l'édition de 1566 som 
de lui. Il quitta Paris en 1561 et devint pasteur à Rouen où i! mourut 
martyr. 

Ces premiers pasteurs, comme on vient de le voir, ne résidaient pas tou- 
jours à Paris. Une lettre de Paris en date du 11 février 1567, adressée à Cal- 
vin par le ministre Prévost, originaire de cette ville, nous fait connaître les 
motifs de ces fréquents changcnu'nts. " Ceux de nostiT Eglise, écrit-il, 
" m'ont remonstré le besoin qu'ils ont d'cstrc promplement secourus et 
« aidés d'un ministre d'autant qu'ils en ont troys qui sont la plus part du 
« temps conmie inutiles à cause qu'ils sont trop remarquez et congnus. S'il 
« se pouvoit faire que 3Ions. de Coulonge y vint pour un temps, ils s'en 
« sentiroient fort tenus et obligez, outre les bénéfices qu'ils ont receu con ■ 
« tinuellement de vous tous. » Manuscrits de la bibliothèque de Genève. 

Chandiei-. (Antoine de la Roche] lils de Guy de la Roche et de Claude 
Chabot. Son père était issu de l'illuslre famille des barons de Chandieu dans 
le Forez, dont il est parlé dans l'histoire de France, et sa mère possédait le 
château de Chabot dans le Maçonnais où il naciuiten 1534. Il embrassa d'a- 
bord la carrière du droit, mais ayant eu de bonne heure des rapports avec 
les réformateurs et le ministre de Coulonge, il renonça à la jurisprudence 
pour étudier la théologie, il lut reçu pasicurdi- Paris à l'âge de vingt ans, et 

25 



38(> MKLANGES. 

c'est alors qu'il adopta les pseudonymes de Gamaricl et de Sadeel, deux 
mots qui en hébreux signifient champ de Dieu. Le zèle qu'il déploya dans 
la première année de son ministère mit sa vie en danger. 11 se retira à Ge- 
nève, mais il lui tarda bientôt d'aller reprendre son poste. « INostre bon frère, 
« aïonsieur de la Roche, écrit Calvin (lettre du 5 Janvier 1556 à nos très 
chers seigneurs et frères les ministres, diacres et anciens de l'Eglise de 
Paris) « nous a promis de retourner en brief, pour travailler aussi vaillam- 
« ment que jamais. » Nous le retrouvons en effet à Paris, en 1557, occupé 
activement à l'œuvre de la réforme. Il y fait paraître une apologie en faveur 
des assemblées nocturnes, objet d'infâmes calomnies de la part des adver- 
saires. Surpris dans sa demeure et renfermé au Châtelet, le roi de Navarre 
le délivre et l'arrache de son autorité privée des mains de ceux qui le gar- 
daient. En 1562, il préside à Orléans le troisième synode national. Vers 1570 
il enseigne gratuitement la théologie à Lausanne. En 1571 il se trouve au 
synode de La Rochelle, et son nom ligure sur l'une des trois copies de la 
confession de foi dont une, en parchemin, est déposée aux archives de la ville 
de Genève. En 1572 il échappe au massacre de la Saint-Barthélemi, se retire 
à Genève et adresse une lettre au clergé de Zurich sous le nom de Théo- 
psaltes (Chant-Dieu), pour implorer sa charité en faveur de ses frères réfu- 
giés. En 1578 le synode de Sainte-Foy le reconnaît comme l'un des quatre 
ministres les mieux versés en affaires ecclésiastiques et les plus propres à 
travailler à une confession de foi uniforme pour les églises réformées de 
France et de l'étranger. En 1583 le synode de Vitré l'engage à se rendre en 
Allemagne pour amener ce résultat désiré. Il ne paraît pas cependant qu'il 
ait effectué ce voyage. Ce qui est certain, c'est qu'il était à cette époque à 
Genève et qu'il remplissait les fonctions de pasteur dans l'église de cette 
ville. A la demande du roi de Navarre, celle-ci lui accorda l'autorisation de 
devenir le ministre de ce prince. 11 se trouva auprès de Henri IV à la ba- 
taille de Coutras où il lit la prière après (|ue les troupes eurent chanté le 
psaume 118. De retour à Genève, il reprit sa charge pour laquelle il ne vou- 
lut jamais recevoir de salaire, et mourut en 1591. On trouve un de Chan- 
dieu, pasteur îi Oloron et à Dijon en 1617. Des descendants de Chandieu 
habitent encore le canton de Vaud. 

Antoine de Chandieu a publié un grand nombre d'ouvrages. Le plus inté- 
ressant à consulter pour l'Eglise de Paris est le suivant: Histoire des persé- 
cutions et des mart;/rs de l'Eylise de Paris depuis Van \o'ù'i jusgu'au régne 
de Charles IX, par A. Gamariel, 15()'5. Pour sa vie et ses écrits on peut 
lire Melchior Adam, et De vi/û Antonii Sndeelis ctscripfis, Episfola Lectii 
jurisconsultus et senatoris geiieveiisis ad archiepisropum Cantuariensem, 
Gen. 1597. Antonii Sadeelis Chandœi nuhilissiml viri opéra theologica, 
Gen. 1593. 



MÉLANGES. 387 

Des Gallards. G«illarius. Il était déjà ministre de l'Eglise de Genève en 
1545. En 1548 il composa un traité sur les Reliques. En looT il fut envoyé 
à Paris, mais il y resta peu de temps et revint à Genève. En 1 b60 il réorga- 
nise l'église française de Londres, dissipée sous le règne cruel de la reine 
Marie. Sa mission accomplie, il revient à Genève et quitte de nouveau cette 
ville pour assister au colloque de Poissy. En I060 il est pasteur à Orléans; 
la même année il préside le synode national de Paris, et en 1o71 il se trouve 
au synode de La Rochelle où il signe la confession de foi. Les Registres de 
la compagnie des Pasteurs (pages 459, 160, 161 et 162, années 1559 et 
1560) contiennent plusieurs lettres de ce pasteur. 

Jeax }Lvlot. 11 avait été vicaire à Paris de la paroisse de Saint- And ré - 
des-Arts. lilinistre de l'église de cette ville, en 1561. Il prêchait ordinaire- 
ment au Patriarche. Il devint ministre de l'amiral de Coligny, qui le céda 
pour quelque temps à l'église de Metz. 

Alexandre de l'Esta.ng; Gaudion de l'Estang. L'église de Poitiers le 
prêta à l'église de Paris en 1561. Il prêchait ordinairement à Popincourt. 
Secrétaire du synode de La Rochelle, en 1551. En 1581, il était pasteur à 
Coué, en Poitou, et il remplit de nouveau les fonctions de secrétaire au se- 
cond synode de La Rochelle, qui se tint la même année. 

De La Croix. A Cruce. Nous ne possédons aucun renseignement sur ce 
pasteur. Nous savons seulement qu'il assista au second synode national de 
Paris, en 1565, comme député de l'église de cette ville. Peut-être est-il l'un 
des hls de Jean le Comte de La Croix, gentilhomme, origîliaire de Picardie, 
qui prêcha la réforme dans le pays de Vaud, et qui avait, à sa mort (1572), 
trois fils ministres. ( Ruchat , Histoire de la Réformation de la Suisse, 
tome III, p. 132.) 

Pierre Viret, 30 décembre 1561. « On prête Pierre Viret à l'église de 
« Paris, où l'on espère qu'il fera beaucoup de fruit et contribuera à convertir 
« le parlement. » De Grenus, fragments biographiques et historiques, année 
1561. Voyez, sur ce réformateur, notre Chronique protestante, p. 274 (1). 

De Lestre. Modérateur au synode national de Vertueil, en 1567; député 
au synode national de Nîmes, en 1572. Désigné par le Synode national de 
Sainte-Foy, en 1578, comme l'un des quatre ministres les mieux versés 
dans les affaires ecclésiastiques. 

HiiGTES DE Renard, dict de Saint-Martin. Député par l'église de Paris 
au synode national de Sainte-Foy, en 1578. 

De La Maisonneuve. Député au synode national de Figeac, en 1579. 

(1) Contrairement à l'avis de M. Crottot, nous sommes porté à croire, avec 
M. Eug. Haag, que le nom de ce pa-'^tonr de Paris était Vircl, et que ce n'est 
point le mèrne que le rél'onnateur Pierre Viret. 



388 MF.L\M,KS. 

Antoine de La Paye. 11 paraît avoir été cédé par l'église de Genève à celle 
de Taris. Modérateur du synode national de Figeac, en 1579. Modérateur 
du synode national de Gergeau, en IfiOl. Lorscpiela duchesse de Bar, sœur 
du roi Henri IV, se trouvait à la cour, les pasteurs de Paris venaient y pré 
cher. Antoine de la Paye eut cet honneur, comme nous l'apprend Florimond 
de Rémond, dans son langage satyrique. {Histoire de l'Hérésie, liv. VIII, 
page 100.) « Le ministre de La Paye, à Paris, ne s'est jamais présenté chez 
« .Madame, sœur du roi Henri IIII, pour prescher, qu'avec l'espée au costé, 
« (juekiuefois en manteau bleu ou violet, avec pourpoinct et chausses de 
« chamois jaune. » Pour de plus amples détails, on peut consulter l'ouvrage 
suivant : De vitâ et obitu AnfoniiFagi, minlstri genevensls, 1606. 

François de Laiberan de Montigni. Modérateur adjoint du synode de 
:\lontpcllier (1598), qui le charge de répondre à l'ouvrage suivant : Remons- 
trance chrestienne et très utile à la noblesse de France qui ne veut point 
de la religion catholique, par Pierre-Victor Palma Cayet. Paris, \'69o. 
Député au second synode national de La Rochelle (1607). Il était encore pas- 
teur de Paris en 1620. Maurice de Lauberan d'Aibon de Montigni, peut-être 
son fds ou son parent, était pasteur de l'église du Plessis, dans le colloque 
du pays Chartrain. Le synode d'Alençon autorisa cette église à accorder à 
ce dernier la permission de passer quatre mois, chaque année, dans son do- 
maine d'Aibon, pour y vaquer à ses affaires, sans toutefois le dispenser de 
remplir ses fonctions pastorales (1). 

Pierre du Moulin. Plusieurs personnages de ce nom figurent dans l'his- 
toire des églises réformées de France. Deux lettres de Farel, datées d'Ai- 
gle et adressées à Bucer et à Capiton, mentionnent un Guillaume Molanus 
(Du Moulin) comme un agent actif de la réforme dans le pays de Vaud. En 
1o29, il était ministre à Noville, dans le district d'Aigle. On lit dans les 
registres manuscrits de la Compagnie des pasteurs de Genève, qu'un Claude 
l>u Moulin fut envoyé, en loGO, à Fontenay-le-Comle. Il y resta jusqu'à la 
Saint-Barlhélemy et se réfugia à Londres. Un autre Du Moulin assista, en 
i:r/l,au synode de La Rochelle comme député du Poitou, et y signa la 
( (UiCession de foi. Eiiliu, un Cyrus Du Moulin était pasteur à Chàteaudun, 
en 1637. Pierre Du Moulin, le plus célèbre de tous et celui qui nous occupe 
ici était lils de maistre .loaeliiin Du Moulin, ministre à Orléans. Il naquit 
le 8 octobre 1568, au château de Buxi, où son père s'était rendu peiuiant 
les troubles , pour se mettre sous la protection de Duplessis-.Mornay. Il lit 
ses premières étiules à Sedan, les continua en Angleterre, et fut nommé 
professeur de philosophie à Leyde. Il y resta (pudiques années, et vint à 
Paris, où il ne tarda pas à se distinguer. L'habileté avec huiuelle il sou- 

(1) Voir, ponr tout le contenu de cet alinéa , les éclaircissemonts que nous 
avons donnés ci-dessus, p. 252. 



MÉLANGKS. 389 

tint, en lo9S, la cause de la réforme dans les conférences qui eurent lieu à 
l'occasion du mariage de la sœur d'Henri IV avec le duc de Bar, lui gagna 
la faveur de cette princesse. Il fut nommé pasteur de Paris l'année suivante. 
Comme, par un arrangement volontaire, les ministres de cette ville servaient 
tour à tour de chapelain à la duchesse de Bar lorsqu'elle se trouvait à la 
cour, celle-ci prit l'hal)itude de faire ses voyages à l'époque où Du ^loulin 
devait remplir cette fonction, afin de pouvoir l'emmener avec elle et le faire 
prêcher dans les divers lieux où elle s'arrêtait. Cette haute distinction lui 
attira la haine et les persécutions des catholiques. Du Moulin fut I)ientcit 
mêlé aux affaires les plus importantes des réformés. 11 fut désigné par le 
synode national de Privas (1612), où il remplit la charge de modérateur- 
adjoint, comme l'un des pasteurs qui devaient accompagner les députés à la 
cour. Le synode de Vitré (1617) le chargea de préparer, de concert avec 
Rivet, Chauve et Chamier, un plan de réunion des églises protestantes. Il 
fut nommé modérateur du synode d'Alais (1620). Au retour de ce synode, 
il fut obligé de quitter brustiuement le royaume. Une lettre, adressée par 
lui à Jacques I'''", roi d'Angleterre, dans laquelle il le suppliait de devenir 
le protecteur des églises de France, menacées dans leur existence par le 
cardinal de Richelieu, fut envoyée à Louis XIII par le duc de Buckingham; 
sa vie fut en danger : il se retira à Sedan. Il y remplit les fonctions de pas- 
teur et de professeur jusqu'à la fin de sa vie. Il mourut le 10 mars '1638, 
à l'âge de quatre-vingt-dix ans. Un de ses fils lui succéda en qualité de pas- 
teur; Pierre Du Aloulin a composé un grand nombre d'ouvrages de contro- 
verse, de théologie et d'édification : Bouclier de la foi, .Inatomie de la 
Messe, Du Combat chrétien, etc. Son fils aîné, du même nom que lui, est 
l'auteur du Traité de la paix de l'âme, dont M. Cambon, pasteur à Maren- 
nes, a publié une nouvelle édition en 1840. Pour de plus amples détails, on 
peut consulter les écrits suivants: Vita Pétri Molinœi, ministri carentonis. 
Cette vie est imprimée à la page 697*^ du recueil intitulé : Vitœ selectorum 
aliquot virorum, publié par les soins de Jean Bâtes. Londini, 1682, in-i. 
La Légende dorée de Pierre Du Moulin, contenant l'histoire de sa vie et 
de ses écrits. Paris, 16il, in-8, et le Récit des dernières heures de P. Du 
Moulin. Sedan, 1638, in-8. {Suite.) 



UTVE PAGE DE L.'HI!itT01RE AE L.A V1L.I.E D'Elir.illIE.% (1). 

k la veille de ce XVI« siècle, si grand par les arts et par les siit-nces, mais 
plus grand encore par le génie de la renaissance chrétienne, le comté et la 
ville d'Enghien passèrent, en conséquence du mariage de Marie de Saint-Pol, 

(1) Petite ville situéo dans la proviurc tle Hainaut, ou Belgique. 



.190 MÉLANGES. 

di» la iiiaison de Luxembourg, avec François de Bourbon, aux ancêtres du 
populaire et chevaleres(iue Henri IV. Charles-Ouint régnait en(;ore lorsque 
les habitants d'Enghien accueillirent la réforme avec une faveur égale à celle 
que montra leur seigneur Antoine de Bourbon, roi de Navarre, et, chose 
qui n'a pas, croyons-nous, été relevée jusqu'à ce ]our, ils devancèrent, par 
cet élan spontané, les autres villes du pays wallon. Leur position était ex- 
ceptionnelle. Il leur fut donné, jusqu'au moment de l'inslilution du Conseil 
des troubles, si justement surnommé le Tribunal de sang, de pouvoir exer- 
cer librement et publiquement le culte régénéré. I\Iais Philippe II ne mettait 
aucun de ses droits régaliens en oubli, lorsqu'il s'agissait du salut du ca- 
tholicisme romain, et il lit, en sa (}ualilé de seigneur suzerain, instrumenter 
contre les luthériens ou les calvinistes du comté et chasser les minisires de 
l'Evangile par ses soldats. 

Ces persécutions, sur lesquelles nous avons des renseignements authen- 
tiques, durèrent au delà de dix ans, parce que les bourgeois, qui avaient 
pris le chemin de l'étranger à la première apparence du danger, étaient peu 
à peu rentrés dans leurs foyers, ne pouvant résister davantage à cette allrac- 
(ion du sol natal qui a, comme l'on sait, tant d'empire sur l'âme des Belges. 
A mesure (jue l'on retrouvait ainsi les coupables, que déjà l'on désespérait 
de pouvoir atteindre, on s'empressait de les melire en jugement et de les 
dépouiller du peu qu'ils pouvaient avoir. 

Il restait encore quatre cents réformés à Enghien, à la veille de la Sainl- 
Barthélemy, et, deux ans plus tard, au mois d'août '1574, on n'en comptait 
plus un seul. C'est Henri Gilles, bailli de la ville et principal officier du roi, 
qui nous l'apprend. Nous le laissons parler, sans rien changer ni au 
style ni à l'orthographe de ses rapports, que nous empnmtons au regis- 
tre du Conseil des (roubles (n" 57) conservé aux archives du royaume, à 
Bruxelles. 

" Liste et déci.auation des fugitifs de la ville et terre d'Enghien, pour 
« cause (les tronljles passez, lesquels se sont retournez audict Enghien, et 
« eulx présentez au sieur Henry Gilles, bailly et officier de la dite ville et 
« (erre d'Enghien, durant le terme de (rois mois, poui' ce préfixez pour 
« eulx povôir jouyr du fruict du pai-don et grâce à eulx promis par le Boy 
« catholique, nostre sire, les noms et surnoms desquels sen suyvent : 

« Bautuolome de Cautère, le 26« joui- du mois de juing 'lo7l, (pu fut 
« le propre jour de son arrivemeni:, s'est présentez au dict sieur Henry 
« Gilles, bailly d'Enghien, luy ayant déclarez qu'il venoil pour joyr et user 
« dudit pardon et grâce, lequel se ti(Mit en la dicte vilh^ et s'y conduict et 
« gouv(M'ne bien et honestenuMil, sans jus(pu's ici avoir eu quel(iue pente 
« à retour. 



MÉLANGES. 391 

« Jehan Cools, tappissior, ayant esié alisou! pour cause des troubles ■ 
« s'est présentez au sieur lieiiry Gilles, bailly d'Engfiien, pour joyr dudit 
« pardon accordez par le Roy catholique, nostre sire, le 13« jour de sep- 
« tenibre ^o^i, lequel est demeurant présentement en la ville d'Eni;;liien, et 
« lequel se conduict et gouverne bien et honestement , selon (jue tenu 
« estoit. 

.. JossE DE CorssENERE, fils de feu Jehan, s'est présentez au sieur Henry 
<( Gilles, bailly d'Enghien , pour joyr dudit pardon à cause de son absence 
« pour les dits troubles derniers, le 1 S^ jour de Juillet \ 574, tiers jours après . 
« son arrivement, lequel est demoranten la dite ville d'Enghieii soy gouver- 
« nant bien et honnesteraent sans avoir entendu le contraire. 

« Pierre Zeghers, fils de Gilles, ayant tenu résidence à Bruxelles, s'est 
« présentez audit sieur Henry Gilles, le dernier jour de Juing l57i,pour 
« prouffiter dudit pardon , lequel se tient présentement en la dite ville 
« d'Enghien et se conduit et gouverne bien et honestement, hantant les 
« églizes et le saint service divin. 

» La veuve Sanders de JVIarchinelle, s'estant réfugiée en la ville d'Anvers, 
« s'est présentée au sieur Bailly d'Enghien pour jouyr dudit pardon , le 28<= 
« jour de Juing 157i, la([uelle est retournée demorer en la ville d'Anvers, là 
« où que auparavant et durant lesdits troubles elle s'esloit tenue. » 

D'autres personnes suspectées d'hérésie s'étaient également présentées au 
bailli d'Enghien pour faire acte de réconciliation ; mais, lorsqu'elles apprirent 
que le curé propriétaire de la ville, Thiéri Planen, et un subdélégué de 
l'archevêque de Cambrai, devaient les examiner et juger si leur repentir était 
vrai et leur conversion sincère , elles trouvèrent plus prudent de s'éloigner 
secrètement. 

Dusausset, greffier du bailliage, donna sous la date du 5 octobre -1574, 
connaissance de ces faits au Conseil des troubles siégeant à Bruxelles, et 
demanda de nouvelles instructions. On lui ordonna bientôt de classer en 
trois catégories les rebelles fugitifs, ceux qui avaient été repris et tous ceux 
qui pourraient encore se présenter, afin que l'on sût tout d'al)ord le degré 
.de rigueur avec lequel il faudrait les traiter. 

Nous poursuivons notre lecture et nous trouvons une liste de « ceulx quy 
« sont famez avoir estez après les ministres, donnez argent pour y aller, 
« prestez gens de leur maison ou cheval à ces lins. » En tout vingt-sept 
personnes, dont un prêtre romain, cinq tapissiers, un drapier, un meunier, 
un apothicaire et plusieurs marcliands. 

La seconde liste porte l'intitulé suivant : <> Ceulx (|uy ont estez reciuérans 
« d'avoir la presche en la grande esglize d'Enghien, ayant présentez leur 
« requeste au magistrat, et sans avoir voluz en départir, estoient des pie- 



302 MELANGES. 

• mires aposliili'z s\ir iciUi'. » I.e i^ivftier rapporifin- avoue qu.^ les trente- 
deux personnes de celte catégorie, dont huit sont en prison, « appartiennent 
X à la plus saine et relevée partie de ceulx de la religion au dicl Enghien, où 
« se nionstraient aux assemblées (piatre cens personnes plus ou moins. » 

La troisième liste contient les noms de : « Ceulx qui notoirement sont 
«. famez d'avoir assistez ou favorisez à rompre les églizes d'Enghien et 
" alviron. » Mais étaient-ce bien des iconoclastes que ces impotents, ces 
misérables et ces pauvres fenunes (jui la composent ? Si nous ne nous trom- 
pons, l'on a tout bonnement réuni dans cette dernière catégorie de coupa- 
bles , tous ceux (pii ne pouvaient trouver place dans l'une des listes 
précédentes. On va en juger; voici le documeni dans son entier : 

« Adrien Bernards , conduict sur une brouette estant iiiq)Otent, pri- 

soiniier. 
« Claes de Muldere dict Barquaers, tappissier. 
" Claes de Muldere, estriguier, prisonnier. 
« Jehan et Jeremlas Daelman, marchands, absents. 
« Troilics ScJio/, marchand, a estez exécutez. 
« Lomôer/ SY'/to/, absent. 
« Josué, homme à marier. 
<( Jehan Overdaet, marchand, trépassé (soy estant faict sépullurer à la 

nouvelle religion). 
« Jehan Zeghers, catherisez, absent (de mort à marc(i au devant) (1). 
« Adrien Ois, absent. 
« Pieter Tierentayns , absent. 
« Claes de Pouchain dit de Schildere , absent. 
« Jehan Larchler, tappissier. 

« Claes Brasseur, jeusne homme trespassez à Hrnxclles. 
« Pieter Persoons, absent. 

« Franchoys de Lansenoit, jeusne homme, absent. 
» Gilles Zeghers , marchand de thoilles , absent. 
« Josse Van der Bicsf. 
'( Mathieu Boonaerd. 
« Guillaume Schilders, tellier, ai)senl. 

" La femme Sanders de Marrinelle, |)risonnlère avec son marit. 
(( La femme Jacques Verrier, le dict Jacques Veriier absent. 
« Gérard, fils de la censière deScbibbercq, prisonnier. 
« La femme de Pierre Huard, paingtre. 

(I) Il paraîtrait, d'aiirès cette mention, que l'on marquait les héri^tiques desti- 
nés à réchafaucl cl au bùclier comme, de nos jours, l'on fait des moutons dési- 
j?n!''S pour l'alialtoir. 



( 



BIBLIO&RAPHIE. 393 

« Josse cFAssonneiHlle, jeusiie homme, abseiit. 

" Claes f'atïdarcammen, boiilmiiiier, faicl prisonnier. » 

Que tlevinl la ville d'Enghien, quand le proteslantisme en eut ainsi été 
extirpé ? Sans doute, elle en éprouva les effets les plus heureux et eut beau- 
coup à se féliciter de son retour à l'ortliodoxie romaine ? Hélas ! tel n'est pas 
précisément le résultat que nous avons à constater. Tout au contraire, 
Enghien fut désormais frappée d'une rapide décadence. La vie morale et ma- 
térielle sembla l'avoir quittée. Son commerce de tapis, naguère si tlorissant, 
languit et tomba peu à peu, pour s'éteindre complètement dans les premières 
années du siècle suivant. C'est chose digne de remanjue, que chatiue victoire 
du catholicisme romain dans nos contrées est un nouvel échec pour notre 
industrie. A Anvers comme à Enghien, à Bruxelles, à Gand, à Bruges, à 
Tournay, nous voyons les bons maîtres et les bons ouvriers, (jue les bour- 
reaux n'ont pu atteindre, chercher refuge à l'étranger. 

C.-A. Rahle.nbeck. 

Bruxelles, 18 août 185B. 



BIBLIOGRAPHIE. 



liA COKREfiiPO:\»A:V€l<: DE CALiVlIV 

RECUEILLIE ET PUBLIEE POUR LA PREMIÈRE FOIS PAR M. JULES BONNET. 

Dans sa séance du 6 avril 18 46, le Comité historique des monuments écrits, 
établi près le ininistcre de l'Instruction publique depuis 1834, et qui doit son 
existence à M. Guizot, reçut de M. Jules Bonnet la proposition de publier dans le 
Recueil de documents inédits du gouvernement, une collection de Lettres ma- 
nuscrites de Calvin, d'après ie dépôt qui en existe à Genève en 2 vol. in-folio. (1) 
M. Mignet, président du Comité, déclara que M. Bonnet était, à son avis, 
très capable d'exécuter ce projet et qu'il conviendrait de l'en charger, en lui 
donnant mission de joindre aux lettres de Genève, celles qui pourraient être 
recueillies à Berne, à Zurich, à Lausanne, a Strasbourg, au British Muséum de 
Londres, peut-être même à Edimbourg. 

Tel fut le point de départ du beau travail entrepris par M. J. Bonnet, à 
qui nous devrons eniin ce jirécieux monument de la Correspondance de Calvin. 

A la séance du 3 mai 1847, M. Mignet ayant de nouveau fait ressortir tout l'in- 

(1) Page 322 des Extraits des procès-verbaux du Comité historique des monu- 
ments écrits^ depuis son origine jusqu'à lu réorganisation en septembre 1848, 
publiés en 1850, par M. de La Villegille, secrétaire du dit Comité. Par ordre du 
gouvernement, à l'Imprimerie nationale. 



394 BIBLIOGRAPHIE. 

térêt que méritait la proposition de M. Bonnet, fut expressément invité par le 
Comité à insister auprès du ministre pour que le dessein de publier les lettres 
historiques et littéraires de Calvin, i'ùt adopté et sérieusement poursuivi. Nous 
voyons, par le procès- verbal de la séance du 24 janvier 1848, que le ministre qui 
avait d'abord hésité à autoriser la publication, s'était enfin résolu à donner les 
ordres nécessaires pour la mise à exécution du recueil approuvé par le Comité et 
que MM. Mignet et P. Lacroix avaient été désignés en qualité de commissaires 
pour la surveillance de ce travail qu'ils devaient maintenir dans les conditions 
d'une œuvre historique, littéraire, et non théologique. 

Le 2 décembre 1850, le Comité s'enquiert du résultat des explorations de 
M. Bonnet, et déclare qu'il est très disposé à consacrer deux volumes à la publi- 
cation qu'il prépare, ^i les documents réunis et transcrits par lui comportent 
cette étendue. A la séance du 6 janvier 1851, M. Mignet donna des renseigne- 
ments, desquels il résulte que les lettres recueillies jusqu'alors par M. Bonnet 
sont au nombre de 497, dont 307 écrites en latin et 190 en français. Il indique 
par plusieurs exemples l'importance et le haut intérêt de cette correspondance, qui 
commença en 1524, lorsque Calvin était encore sur les bancs de l'Université, et ne 
se clôt que sur son lit de mort en 1564. Enfin, il conclut que le manu.scrit, aug- 
menté de l'introduction historique, de la préface, des sommaires et des notes 
nécessaires, impose le devoir d'accorder à la publication deux volumes de 600 
pages environ chacun. MM. Taillandier, Hauréau et P. Lacroix appuient cette 
conclusion. M. le marquis de Pastoret est d'avis que la publication des lettres 
de Calvin n'ofï're pas assez d'utilité et affirme qu'un seul volume sera suffisant. 
A la séance du 3 février suivant. M, Mignet fait un nouveau rapport, au nom de la 
commission qui, aîtendu la réduction du fonds affecté par le gouvernement 
aux travaux historiques et vu k possibilité de réserver un certain nombre de 
lettres latines, s'est déterminé à ne plus proposer qu'un volume. Une décision 
est iinalement prise dans ce sens. 

Nous ne trouvons plus de mention relative à cette affaire jusqu'au 24 jan- 
vier 1853. Une grande métamorphose s'est accomplie dans cet intervalle. Le 
Comité historique est devenu la 2""- section du Comité général dit de la Langue, 
de l'Histoire et des Arts de la France, institué par décret de 1852, et présidé 
par M. le marquis de Pastoret. Nous voyons que le susdit jour 24 janvier, cette 
Section propose de renoncer à la pul)lication du volume de la Correspondance 
de Calvin précédemment arrêtée, et de remettre le manuscrit à l'éditeur, con- 
formément à une demande que celui-ci avait adressée anciennement. Enfin, le 
7 février 1853, le Comité, en séance générale, confirme la proposition d'aban- 
donner à M. Jules Bonnet son manuscrit, pour la publication être faite par lui, 
s'il lui convient, en dehors de la collection des documents inédits imprimés aux 
frais de l'Etat. 

Il a convenu en effet à M. Bonnet, livré à lui-même, d'achever sans aucun 
délai la réalisation d'une œuvre que nous attendions avec une vive impatience, 
et bientôt enfin la première série de la Correspondance du grand réformateiu- 
va voir le jour. (Ju'ajouterions-nous aux excellentes lignes qui suivent et dans 
lesquelles l'éditeur présente lui-même sa publication au public d'une manière 



I 



I 



' BIBLIOGRAPHIE. 395 

si propre à en l'aire apprécier les conditions et la valeur? Nous avons seulement 
voulu retracer ici les "diverses phases par lesquelles l'entreprise avait passé. 
L'intérêt qui s'y attache ne peut qu'en être accru, et il est bien juste do garder 
le souvenir du constant appui qu'elle a rencontré chez quelques personnes, parmi 
lesquelles nous sommes heureux de compter en première ligne l'éminent historien 
M. Mignet. 

liETTRES nK JEAM CAIiVIIV 

recueillies sur les manuscrits originaux, avec une Introduetion et des 
Notes bisloriques 

Par Jules Bonnet. Première série : Lettres françaises. 2 forts vol. in-8", édités par 
Ch. Meyrueiset C<-. — Prix : 12 fr., réduit à 10 fr. pour les Souscripteurs. 

Peu de jours avant sa moi't, clans un de ses derniers entretiens, Calvin 
montrant à Théodore de Hèze ses meubles les plus précieux, c'est-à-dire les 
manuscrits de sa bibliothèque et les archives de la vaste Correspondance 
qu'il avait entretenue avec les plus illustres personnages de son temps, de- 
manda que ces documents fussent recueillis après sa mort , et qu'un choix 
de ses Lettres , fait par la main de ses amis , fût offert aux Églises réfor- 
mées comme un témoignage de la sollicitude et de l'attachement de leur 
fondateur. 

Ce vœu du Réforma! eur mourant, gravé dans le cœur de ses disciples, 
Jean de Budé, Laurent de Normandie, Charles de Jonvilliers, Théodore de 
Bèze , n'obtint cependant qu'une réalisation tardive et imparfaite entre leurs 
mains. Trois siècles sont presque entièrement écoulés, et malgré le respect 
qui s'attache au nom révéré de Calvin, malgré les nombreux travaux consa- 
crés à sa mémoire par d'éminents écrivains français et étrangers , le vœu du 
Réformateur restait méconnu; les documents précieux de sa Correspondance 
demeuraient oubliés dans la poussière des bibliothèques et des archives qui 
restituent pour la première fois aujourd'hui cetinestin)able trésor à l'histoire. 

Le Recueil dont on annonce la prochaine publication est le fruit de cinq 
années d'études et d'explorations assidues dans les bibliothèques de la 
France, de l'Allemagne et de la Suisse. Chargé par le gouvernement français 
d'une mission scientifique qui lui a permis de rassembler les premiers maté- 
riaux d'une Correspondance dispersée dans presque toute l'Europe, soutenu 
dans ses recherches par les plus hautes et les plus bienveillantes synqiatliies, 
l'auteur de cette publication n'a rien épargné pour compléler une collection 
(jui doit répandre tant de lumières sur l'histoire de la grande révolution 
religieuse du XVI*^ siècle. 

La Correspondance de Calvin commence dès sa jeiuiesse, en 1!)2S, et ne 
se termine que sur son lit de mort , par de touclianls adieux adressés à 
Farel, au mois de mai liiGi. Elle embrasse donc toutes les phases de sa vie, 



39G BIBLIOGRAPHIE. 

depuis l'obscur écolier de Bourges et de Paris, se dérobant par l'exil au 
bûcher, jusqu'au Réformateur triomphant (lui peut mourir puisiju'il a vu son 
œuvre accomplie. Rien n'égale l'intérêt de cette Correspondaiioe , où se re- 
flètent, dans une série de docuinenls aussi variés ipie sincères, une époque 
et une vie d'une saisissante grandeur; où les effusions familières de l'amitié 
se mêlent aux graves entretiens de la science, et aux inspirations élevées de 
la foi. De son lit de souffrances et de labeurs continuels, Calvin suit d'un œil 
attentif le drame de la Réforme, dont il marque les triomphes et les revers 
dans tous les états de l'Europe II exhorte le jeune roi d'Angleterre, Edouard 
YI, et la noble sœur de François I", Marguerite de Valois; il écrit à Luther 
et à Mélanchthon, inspire Knox, anime Coligny, Condé, Jeanne d'Albret, 
la duchesse de Ferrare. Le même homme, usé par les veilles et la maladie, 
mais s'élevant par l'énergie de l'âme au-dessus des défaillances du corps, 
terrasse le parti des Libertins, pose les fondements de la grandeur de Ge- 
nève, affermit les églises étrangères, fortifie les martyrs, dicte aux princes 
protestants les conseils de la politique la plus prévoyante et la plus habile, 
négocie, combat, enseigne, prie , et laisse échapper avec son dernier soupir 
de grandes paroles que la postérité recueille comme le testament politique 
et religieux de sa vie. 

Ces traits suffisent sans doute à faire apprécier l'intérêt qui s'attache à la 
Correspondance du Réformateur, monument également imposant de l'histoire 
et de la littérature de la France au XVP siècle. Formé à la double école de 
l'antiquité profane et sacrée, de l'Église et du monde, Calvin écrit en latin 
comme un contemporain de Cicéron et de Sénèque; en français, comme un 
des maîtres les plus accomplis de cette langue («ui lui doit ses plus beaux 
traits avant Montaigne ; comme le précurseur et le modèle de cette grande 
école du XVII« siècle, qui ne l'a combattu qu'en lui empruntant ses propres 
armes, et ne l'a point surpassé par la hauteur de la pensée et la majesté 
sévère du style. Les Lettres françaises de Calvin, dignes sauirs de l'immor- 
telle préface de V Institution chrétienne, offrent d'admirables pages que la 
France ignore, et que le génie a marquées du sceau le plus glorieux. Elles 
devaient à ce titre composer un recueil distinct. Détachées de la Correspon- 
dance latine du Réformateur, qui sera l'objet d'une publication séparée 
(seconde série), elles formeront un monument également précieux . pour 
l'éloquence et pour la foi , pour les amis des lettres et pour «'eux de la 

religion. 

Paris, le 1" octobre 1853. 



BllJLlÛGKAnilE. 397 

DE li*XIVFI<VE!V€E DE lilTTHER SVtt E'ÉDITCATIOM DIT PEUPI^i: 

Par Ad. Sch/EFFer, licencié ès-leltres et en théologie. 
ln-8" de xTi-259 p. Strasbourg et Paris, 1853. Treuttel et Wiirtz. Prix : 4 fr. 

Dans le tal)leau (jue Cli. Yillers a tracé à grands traits, de Vesprif et de 
l'i7ifluence de la Réformation de Luther (V. Bull. I, 33 i), on ne trouve 
qu'une vue générale des résultats de l'œuvre du Réformateur, par rapport 
au progrès des lumières. L'auteur établit que , « par son action directe et 
« par sa réaction, la commotion religieuse opérée par Luther entraîna les 
■< nations européennes en avant dans la carrière des connaissances et de la 
« culture intellectuelle. » C'est ce que d'Alembert avait déjà reconnu en ces 
termes : « Le milieu du XVL- siècle a vu changer rapidement la religion et le 
« système d'une grande partie de l'Europe ; les nouveaux dogmes des réfor- 
« mateurs, soutenus d'une part et combattus de l'autre avec cette chaleur 
« que les intérêts de Dieu, bien ou mal entendus, peuvent seuls inspirer aux 
(( liommes, ont également forcé leurs partisans et leur adversaires à s'in- 
« struire; l'émulation, animée par ce grand motif, a multiplié les connaissances 
<' en tout genre; et la lumière, née du sein de l'erreur et du trouble, s'est 
« répandue sur les objets mêmes qui paraissaient les plus étrangers à ces 
« disputes. » 

M. Ad. Schsetfer a voulu sortir de ces généralités; il s'est propos(' d'étu- 
dier d'une manière spéciale et détaillée ce que Luther a fait pour l'ef/wcoi/ow 
di(r peuple. Ce sujet si important et si difficile, qui n'avait été, jusqu'ici, 
qu'indiqué par les uns et effleuré, pour ainsi dire, par les autres, M. Schaefïer 
l'a traité d'une façon très satisfaisante, au double point de vue de l'analyse 
et de l'ensemble. Il a fait un bon et utile travail, d'un intérêt tout à la fois 
historique et actuel, et nous l'en félicitons sincèrement. 

Après avoir exposé son plan et passé en revue les antécédents et les sour- 
ces, il commence par examiner ce que doit être l'éducation d'un peuple et ce 
qu'elle avait été jusqu'au XVI" siècle. Puis, il rappelle les circonstances dans 
lesquelles Luther entreprit la réforme de l'éducation du peuple; il dégage et 
apprécie les idées pédagogiques du grand homme ; il en montre l'applica- 
tion : 1" dans la création d'écoles; V dans les livres (Catéchismes, traduc- 
tions de la Bible, Cantiques, Sermons et ouvrages d'édilicalion); 3" dans le 
culte. La part des coopérateurs de Luther ne pouvait être oubliée : un 
chapitre est consacré à Mélanchtlion, Rugenhagen, Jonas, Myconius, Osian- 
der, Brentz, Agricola, Rliegius. Un autre, qui toiu;he à l'iiistoinî du protes- 
tantisme français, est intitulé : Calvin et Zwingle. La dernière partie est 
un coup d'œil sur l'état de l'éducation du peuple en Allemagne, à la mort de 
Luther el pendant la seconde moitié du siècle. C'est là (ju'en nous niunlrant 



398 BIBLIOGRAPHIE. 

les abus qui s'introduisirent alors dans les écoles , dans les livres , dans le 
culte, et les principales causes qui vinrent neutraliser l'influence pédagogique 
de Luther (en un mot, la sultstitution de la lettre à l'esprit, du stérile for- 
malisme au souffle viviliaut), notre auteur t'ait d'autant mieux ressortir la 
grandeur du maître et la réalité de son sentiment chrétien. Oui, la fidélité 
de Luther éclate dans l'infidélité même de ses successeurs, et cette conclu- 
sion est vraie, que le Réformateur a rendu à l'éducation des services im- 
menses, qu'il s'est acquis des droits impérissables à la reconnaissance de la 
postérité. « Instruisez le peuple , a-t-il dit , et surtout prenez à cœur son 
développement religieux ! créez un peuple chrétien ! » Tel fut le sens et le 
terme de sa pédagogi((ue : en est-il un plus élevé ? Les génies modernes en 
ont-ils signalé un qui lui soit supérieur ? S'agit-il encore aujourd'hui d'autre 
chose que de réaliser ce grand type d'éducation et de l'approprier aux be- 
soins du temps? 

Dans son chapitre Calvin et Ztvingle, 31. Schaeffer a simplement voulu 
montrer en passant que tous les grands hommes de la Réforme « ont admi- 
" rablement saisi l'essence du christianisme, (pii est, avant tout, le patrimoine 
« des pauvres et des délaissés (p. 214), et (jue les grands principes de 
« l'Évangile restauré donnèrent partout lieu aux mêmes conséquences, 
'( aux mêmes transformations dans le domaine pédagogique. Calvin et Fro- 
« ment à Genève, Farel à Neuchàtel, Viret à Lausanne, tous ces défenseurs 
« des piêmes vérités que Luther propagea en Allemagne, poursuivirent avec; 
« ard.'ur le même but (pii se résume en ces mots : // faut créer un peuple 
« chrétien (p. 208). » 

Une note de ce même chapitre mérite d'être citée ici : « Nous nous em- 
<( pressons, dit M. Schœffer, de saisir cette occasion pour déclarer (pie c'est 
« avec joie que nous saluons la naissance de la Société de l 'Histoire du 
« Protestantisme français, dont le but est de recueillir tous les documents 
" inédits et imprimés cpii inlêi'essenl l'histoire des Eglises prolestantes de 
« langue française; elle ne man(|U('ra pas, nous eu avons la conviction, de 
" fournir la preuve qu'en France aussi le proteslanlisiue a défendu de toules 
« ses forces la cause sacrée de l'éducation du peuple. » 

Ceci est un avis et un apiiel a (pii de droit. On ne peut lire sans fruit le 
volume <iui contient cet appel; nous le recommandons;^ nos amis.... et sur- 
tout à nos adversaires, à tous ceux (pii ont des yeux pourrie point voir. 

DU ROIii: QUE I>K CliKRClK CATIIOIiTQVK DE VRAIVCK 

a joué dans la rt'vocaiioii de T^Ulit de Naniets. 

Par AuG. I.iÈVRE. Brochure lie Gl ijayes iii-8". Slrnsboiirg, 1853. 
Voilà un litre cpii pose lu'llemeul une grave question, souvent déplacée, 



BIBLIOGRAPHIE. 309 

souvent éludée. Elle valait la peine d'être examinée de près ; nous pouvons 
ajouter, sans crainte d'être démenti; qu'elle est traitée de la manière la plus 
nette et la plus concluante. 

« La Révocation, dit 31. Lièvre, n'est point un coup d'état formé et 
« exécuté en quelques semaines ; mais c'est un dessein formé et exécuté de 
« longue main, une œuvre patiemment poursuivie pendant un (juart de 
« siècle.... Ce sont ces quatre ou cinq cents déclarations et arrêts du : 
« Conseil, rendus depuis 1665 jusqu'en 1685 et après même cette époque ; 
'< (L'abbé de Caveirac s'est donné le plaisir d'en faire le compte), et qui an- 1 
« nulent une à une les dispositions de l'Editde Henri IV. » Partant de là, notre 
auteur établit qu'il y eut plus d'un coupable. « Il y eut, dit-il, des/cmfeiirs 
« du crime, ce furent les évêques, un instn/ment, ce fut le roi, et un 
'( complice, ce fut l'opinion. Le clergé lit les lois contre les protestants, le 
« roi les signa, l'opinion publique les ratifia par son silence, son indifférence 
« ou même par ses applaudissements. » Pour justifier la première de ces 
assertions, il appelle en témoignage, qui?... le clergé lui-même. Il n'a qu'à 
ouvrir le recueil de preuves qui est intitulé : Jetés, Titres et Mémoires du 
clergé de France, publiés par son ordre en 12 vol. in-4". « Ce sont, y lit- 
« on (page 1125 du t. I), ce sont les remontrances des évêques qui ont 
« donné lieu à une grande partie des règlements qui ont été faits depuis. 
« // y en a qui n'ont pas été publiés aussitôt, les circonstances ne le 
'i permettant point; mais l>e roi les a donnés dans la suite. On remar- 

« QUERA SUR CES RÈGLEMENTS LA CONFORMITÉ DES REMONTRANCES DU CLERGÉ 

« AVEC CE QUI A ÉTÉ ORDONNÉ. » C'cst ce couseil quc M. Lièvre a mis en 
pratique. 

Aujourd'hui, ainsi qu'il le fait observer, on n'est plus de cette naïveté ou 
•de cette franchise. On nie les choses avec d'autant plus d'assurance, qu'elles 
sont plus incontestables, sans s'embarrasser d'ailleurs le moins du monde des 
aveux d'un autre temps. Après tout, n'a-t-on pas pour dernière ressource cet 
axiome du droit criminel : « Qu'il ne faut pas croire celui qui confesse 
sa propre turpitude ? » Revendiquer l'honneur d'avoir extirpé l'hérésie, 
s'en enorgueillir, c'était bon avant 1787, et tant que l'on considéra l'hérésie 
comme morte et enterrée ! Mais lorsiju'elle eut repris le droit de cité, en 
dépit des efforts désespérés de l'abbé Bonneau, déguisé en ministre pa- 
triote (I), le langage devait changer. Il changea en effet. Sauf parfois 
quelques écarts d'un courage indiscipliné, nous voyons désormais les lils 
des Croisés rejeter d'un commun accord sur la royauté seule tout le mal de 
la Révocation (si mal il y eut), et sur Louvois les dragonnades (si tant est 
que les dragonnades aient existé!) Quanta l'Eglise elle est totalement 
désintéressée dans l'événement; le Saint-Père ne l'a point approuvé; bien 
plus les évêques de France en ont gémi. Qui en douterait? 

Cependant les faits de la veille ne cliangent pas avec les intérêts et le 

(1) Discou7-s à lire au Conseil du Roy jiur un ministre patriote, sur le projet 
d'accorder l'état civil aux protestants. 1787. 



4UU B1BI.I(H,RAI'HIK. 

langage du lendemain, surloul lorsqu'on a pris soin de les graver soi- 
même en caractères ineffaçables. Ils sont là, ces monuments do la conduite 
du clergé de France; ces cahiers qu'il présentait au roi, pour lui suggérer 
le pieux dessein de réimir tous ses sujets dans un même culte, pour lui 
indiquer <■■ des remèdes vigoureux, » pour lui rappeler qu'il avait « juré 
« solennellement, en la cérémonie de son sacre, d'employer toute son auto- 
« rite à la d(^struction de l'hérésie, ' pour préparer les esprits « aux 
" rigueurs salutaires, » aux « moyens extérieurs de faire rentrer dans la 
" voie du salut. » Ils sont là ces mémoires des prêtres syndics du clergé, 
des Soulier, des Lefèvre, du jésuite Meynier ; ces suppliques des assemblées 
générales du clergé, qui se traduisent littéralement en autant d'arrêts d'ex- 
clusion, de suppression, de condamnation, d'extermination. Elle subsiste 
aussi cette correspondance des prélats , dont la lecture faisait frémir 
Rulliières, et dont on a vu quelques échantillons dans les lettres de Mes- 
sieurs de Valence, de Montpellier, de Mirepoix, de Lodève, que nous avons 
publiées (t. I, p. 102, 165). Enfin nous avons sous les yeux la barangue de 
ce même évêque de Valence, qui s'extasie sur les résultats obtenus sans 
VIOLENCE ET SANS ARMES- ct cettc autrc barauguc, du 21 juillet 1685, 
dans laquelle Messire Nicolas Colbert, coadjuteur de Rouen, remercie 
Sa Majesté de l'état glorieux où elle se plaît à replacer l'Eglise catholique de 
France, la loue de ses triomphes non sancjlants sur l'hérésie, et la félicite, 
en propres termes, de dompter l'esprit des hérétiqies en gagnant leur 
ccœrR, de combattre leur endurcissement par ses bienfaits, de les faire 
rentrer dans le sein de l'église par un chemin SE'^IÉ DE FLEï RS !... 

Pour couronner l'ieuvre, rappellerons-nous encore ici Vhosainia entonné 
par l'aigle de Meaux sur la tombe du chancelier Le Tellier? C'en était donc 
fait ! Le protestantisme n'existait plus de nom en France. Le clergé n'avait 
plus à compter avec- cet importun rival, (pi'il avait enfin terrassé. Oui : mais 
il allait avoir à compter avec un autre adversaire, la philosophie, (pii lui 
fera bientôt payer cher ses triomphes et lui prouvera qu'il a marché dans 
les ténèbres et sacrifié aux faux dieux. Le protestantisme au contraire, 
courbé pendant un siècle et plus sous le vent de l'adversité, se relèvera, 
reprendra possession de ce sol français qu'il est si bien fait pour féconder 
un jour; il iiHUilnra encore la force du faible et la victoire du vaincu 
que la foi n'abandonne point, il i»ourra redire ces belles paroles du vieux 
dialogue du XVI'" sièc'le, écrit après la Sainl-Barlhélemy : Chose admirable, 
(pie le monde ve recoç/noisf point.... Ces huguenots perdent toujours 
leurs batailles, et toutefuis oblienuent la rirtoire de leur cavse,... 
tellement qu'on les ponrroit dire vainqueurs, alors qu'ils ont été vaincus, 
(Réveille-matin de François, 1574.) 



l'.Ti:-.- hiip. rli' CM. Mr.VRUF.IS el Cmiip., me Saiiil-Bi iiuil . 7. — 1Sd3. 



» 
SOCIÉTÉ DE L'HISTOIRE 



PROTESTANTT-SME FRANÇAIS. 



AVIS GKMKïBAIi. 



PLUSIEURS TÉMOIGNAGES EN FAVEUR DE L'oEUVRE HISTORIQUE. ÉTAT DE LA 
SOCIÉTÉ A LA FIN DE DECEMBRE 1853. — LA FRANCE PROTESTANTE. OBSER- 
VATIONS SUR DES OBSERVATIONS. JUGEMENT DU JOURNAL DES SAVANTS. 

Par une note insérée au Recueil officiel de ses actes , le Directoire du 
Consistoire supérieur de la Confession d'Augsbourg, siégeant à Strasl)ourg, 
vient de recommander ;\ ses administrés l'œuvre de la Société de V Histoire 
du Protestantisme français , qu'il reconnaît « éminemment utile aux inté- 
« rets et à la gloire de l'Eglise protestante. » Jl déclare que « les Bulletins 
« de la Société, si pleins d'enseignements, seront parfaitement placés dans 
« les bibliothèques des églises, » et il engage en conséquence les Consistoi- 
res et Conseils presbytéraux à s'y intéresser, 

Nous enregistrons avec satisfaction cet honorable témoignage, qui réjouira 
les amis de nos travaux, et nous avons l'espoir qu'il portera ses fruits. 

A quelques jours d'intervalle, nous avons reçu deux lettres, dont il nous 
paraît opportun de donner ici des extraits. L'une émane d'un pasteur d'une 
paroisse réformée du Midi ; l'autre, d'un pasteur d'une paroisse de la Con- 
fession d'Augsbourg, en Alsace. Elles montrent que l'œuvre historique est 
également et de plus en plus appréciée dans les deux communions et à deux 
points de la province fort distants l'un de l'autre. Voici ce que nous écrit le 
premier : 

« Comme tous nos coreligionnaires, j'ai vu avec un vrai bonheur la for- 
mation delà Société Historique... Je ne pense pas qu'il existe un seul pro- 
testant, quelle que soit sa dénomination, qui ne s'en soit sincèrement félicité. 
Tant de concours empressés qui vous sont déjà venus, ou qui vous viennent 
sans doute encore de toutes parts, montrent combien on goiite cette œuvre 
excellente. Elle s'inspire, au point de vue de la foi, de deux sentiments éga- 
lement précieux : d'idjord du pieux besoin d'élever à la mémoire de nos 
pères un monunu'nt durable, qui révèle ce qu'ils furent en constance et en 
activité chrétiennes; et ensuite de cet autre besoin non moins senti, surtout 
à une époque d'ajiaiblissemenl et de doute comme la nôtre, de regarder sou 

1853. B"' 7 ET 8. NOVBMBRB BT DBCEMBBa. jCO 



402 AVIS GÉNÉRAL. 

vent aux exemples qu'ils nous ont laissés, afin d'y trouver le sujet d'une 
honte et d'une émulation salutaires... Par le direct et puissant intérêt de 
ses matériaux, le Bulletin doit avoir place dans les archives de tous nos 
Conseils preshytéraux , aussi bien quB dans les bibliothèques des lidèles et 
de tous les pasteurs... Si je juge des autres par moi-même, chaque numéro 
fait toujours vivement désirer le numéro prochain... Vous provociuez, par 
des appels réitérés, nos investigations particulières; vous demandez une 
pierre de chaque portion du champ commun. Ce n'«st là que de la plus 
exacte justice. Il faut que chacun seconde des effurts qui ont déjà donné et 
qui promettent de si heureux résultats... Pour ce qui dépend de moi...» 
(Suivent des détails sur les recherches que notre correspondant a commen- 
cées et qu'il se propose de continuer.) 

« 11 est inutile, nous écrit notre correspondant de la Confession d'Augs- 
bourg, de venir, après tant d'autres, exprimer pour l'œuvre de la Société 
Historique une sympathie que doivent éprouver tous les membres éclairés 
de la grande famille protestante. J'aime à croire que l'accueil fait à cette 
Société ne laisse rien à désirer. Cependant , si l'on consulte la liste des 
membres et souscripteurs, il semble que ceux qui ont exprimé leur adhé- 
sion et leurs vœux n'ont pas rais, pour la plupart, tout le zèle qu'ils auraient 
dû employer à faire connaître, comprendre, apprécier, à soutenir, en un mot, 
et à propager une œuvre aussi réellement fructueuse. Parmi les membres 
déjà inscrits sur cette liste, n'y en aurait-il pas plusieurs qui, avec une cer- 
taine attention et un peu de bon vouloir, pourraient et devraient recruter 
autour d'eux un certain nombre d'autres membres? J'espère que l'utilité des 
travaux de la Société sera de jour en jour mieux sentie, car les services 
qu'elle est appelée à rendre sont grands et dignes de tixer l'attention de tous 
ceux de nos coreligionnaires qui ont l'avantage de jouir des privilèges de 
l'instruction. Le Bulletin ne présente pas seulement un grand intérêt histo- 
rique; il contient aussi de hautes leg)ns morales, et offre la matière d'une 
précieuse édilicalion...» (Suit l'annonce d'une nouvelle adhésion et d'un 
envoi de documents recueillis dans les archives d'une famille du pays.) 

On voit que si l'opinion de nos deux correspondants est la même à l'é- 
gard de l'œuvre de la Société, l'un est pourtant plus optimiste que l'autre. 
11 croit volontiers (jue tout est à souhait, que l'on a de toutes parts répondu 
avec un empressement unanime à nos appels successifs. Il lui semble impos- 
sible que tout le monde n'ait pas pensé et agi comme lui. L'autre n'a pas la 
même confiance; il voit cpie le noiidjri' de ceux (pii (Uit compris et qui agissent 
est bien faible en comparaison de ce qu'il devrait être, el il trouve cpie ceux-là 
même n'ont pas encore fait tout ce qu'il dépendait d'eux de faire en faveur 
de l'fr'uvre. Nous sonuues bien ol)ligés de convenir (jue ce dernier a parfai- 
tement raison. La liste de nos membres et souscripteurs atteint à peine au 



AVIS GENERAL. 403 

chiffre de 1,250. Ou'esl-ce qu'un pareil chiffre, pour une œuvre qui a déjà 
tenu, on veut bien le reconnaître, plus qu'elle n'avait promis; qui n'est pas 
seulement d'instruction historique , mais d'édification morale et religieuse ; 
qui en même temps s'adresse à tous et qui peut dire à tous les protestants, 
et même à un grand nombre de leurs frères catholiques : C'est de vous qu'il 
s'agit. Vestra res agitur! Qu'est-ce, enfui, qu'un pareil chiffre, lorsque 
ayant tout fait pour mettre l'œuvre à laportée de tous, on a dû nécessaire- 
ment compter sur la coopération de tons pour la faire pleinement réussir?... 
Les conditions sans lesquelles notre entreprise ne peut recevoir tout le dé- 
veloppement qu'elle exige, sont loin d'être remplies; elle ne possède pas en- 
core les moyens d'action qui lui sont indispensables pour prospérer, et 
c'est aux plus intelligents et aux plus diligents d'entre ses amis qu'il appar- 
tient de les lui faire acquérir. Nous nous joignons donc à notre correspon- 
dant d'Alsace et à plusieurs autres, tels que M. Rangier {Bull., 1. 1, p. 1-18), 
pour gourmander tant de retardataires qui ne sont pas encore venus à 
nous, et tant d'adhérents ({ui applaudissent sincèrement à nos efforts, mais 
dont la foi ne se montre pas assez agissante. 



I\Ialheureusoment, il est une autre œuvre de grande importance qui accuse 
aussi, d'une triste manière, la négligence et la froideur de nos amis. Nous 
voulons parler de la France protestante. Malgré les avis bien des fois répé- 
tés au sujet de cet ouvrage, dont la continuation, reprise il y a dix-huit niois^ 
sous les auspices de notre Société naissante, se poursuit depuis lors avec un 
zèle infatigable; malgré les explications dans lesquelles nous sommes en- 
trés à plusieurs reprises, on parait navoir pas suflisamment compris l'intérêt 
qui s'attache à ce grand travail ; on ne se montre pas assez soucieux d'en 
prendre connaissance et d'en profiter. Mais il y a plus (et nous ne pouvons 
à cet égard dissimuler le sentiment que nous éprouvons, et qui est plus que 
de l'étonnement), mi ou deux des anciens souscripteurs ont osé se plaindre 
de ce que la France protestante est trop consciencieuse et devient trop 
riche! Le croirait-on? L'éditeur, M. Cherbuliez , a reçu, de qui il devait 
le moins l'attendre, une lettre ainsi conçue : « Le livre de M3L Haag, très 
« savant sans doute, est tellement étendu, tellement minutieux, (}u'il me- 
« nace d'aller trop loin. Il entre dans des détails qui , à force d'être abon- 
« dants, perdent leur intérêt ; il parle de gens entièrement inconnus et qui 
« méritent de l'être; d'autres, qui n'ont d'autre titre que celui de protestant, 
« qui ne suffit cependant pas pour aller à la postérité. Il est à regretter que 
« dans un travail si estimable, si conscieiuieux, il n'ait pu être fait un choix, 
« et que l'ouvrage soit étouffé sous un luxe d'érudition. » 

Ainsi, voilà la récompense dont on \>ay(î les labeurs et les sacrifices que 



404 AVIS GÉNÉRAL. 

301. Haag se sont imposés depuis près de (juiiize années ! Voilà comme on 
seconde l'éditeur éclairé qui a su apprécier leur travail, qui en a pris à son 
compte la publication, et qui n'a point voulu mesurer mesquinement l'espace 
à cet inestimable réperloire historique, véritable monument élevé au pro- 
testantisme français, et l'une des œuvres qui l'honorent le plus aux yeux 
du monde intelligent de nos jours! On se demande, en vérité, si de telles 
observations sont sérieuses, et pourtant on ne saurait admettre qu'elles ne 
le soient pas et qu'elles recouvrent simplement un prétexte à désabonne- 
ment. Mais alors, que dire de ces esprits à courte vue qui, dans une affaire 
comme celle de l'histoire des protestants de France, ne sont préoccupés que 
d'une chose... la longueur de l'ouvrage? qui s'alarment de ce qu'un travail 
est trop estimable, trop consciencieux, trop complet? Nous ne parlons pas 
de ceux qui, ne jugeant point par eux-mêmes, mais habitués à jurer sur la 
parole d'autrui , font mauvaise mine à tout ce qui ne se présente point à eux 
avec telle ou telle recommandation, telle ou telle estampille; ni de ceux qui 
ne savent point s'élever au-dessus de quekpies divergences de vues; ni, à 
plus forte raison, de ceux qui s'abstiennent par principe, disent-ils, de tout 
ouvrage paraissant par volumes ou livraisons, tant ils ont peur de n'en pas 
voir la fin , et qui (pour le dire en passant) contribuent ainsi eux-mêmes à 
empêcher de naître ou de s'achever ces sortes d'ouvrages de longue haleine, 
qui ne peuvent se publier autrement que par parties successives. Il y a en- 
core ceux (lui s'abstieiment par incurie , par apathie , qui ne motivent pas 
leur abstention et dont on peut dire, hélas ! qu'ils ont des yeux pour ne point 
lire ! ils ne sont que trop nombreux , mais de ceux-là non plus nous ne par- 
lons pas ici. Nous voulons seulement examiner ce que vaut cette incroyable 
assertion d'un protestant qui trouve le cadre de la France protestante Irop 
étendu et sa moisson trop riche. 

Relisez donc, lui dirons-nous, le prospectus que MM. Haag nous donnèrent 
en 1846. Etait-il question de refaire simplement le Mmée des protestants 
célèbres, ou telle autre biographie abrégée ou partielle ? de se borner à telle 
ou telle époque historique ? Nullement. Abordant pour la première fois , et 
avec un bien louable courage, la grande tâche devant laquelle tant d'autres 
auraient reculé, les deux frères déclaraient que « Toiis les protestants fran- 
çais, dont l'histoire a conservé le souvenir à quelque titre que ce soit, 
auraient place dans leur ouvrage, » « Nous chercherons, ajoutaient- ils, 
ceux qui ont péri à la Saint-Barthélémy, dans les dragonnades; ceux 
qui ont afjjuré, soit par conviction, soit à la suite de promesses ou de 
menaces; ceux qui se sont exilés. Nous suivro7is même ces derniers sur 
la terre étrangère, et, en tant que les renseignetnents ne nous manque- 
ront pas, nous ferons connaître ceux de leurs descendants qui sr sont 
fait remarquer par leurs travaux ou par le rôle qu'ils ont joué... » Voilà 



AVIS GENERAL. 



4or) 



le programme nécessaire que les auteurs s'étaient tracé, et qu'ils ont suivi 
avec autant de discernement que de résolution. Si ce programme , excellent 
en soi, les a conduits plus loin que sans doute ils ne prétendaient aller, si le 
nombre des protestants, « qui se sont fait un nom dans l'histoire, » se trouve 
eftectivement, et grâce à leurs incessantes recherches, de beaucoup plus con- 
sidérable qu'ils ne l'auraient cru : en bonne conscience, êtes-vous fondé à 
leur faire un crime du succès inattendu de leurs investigations , et de leur 
fidélité à leurs engagements ? Y a-t-il ombre de justice et de vérité à les 
accuser « d'érudition et de minutie, » alors que, se conformant à leur plan, ils 
donnent un article ou une mention à tout protestant ayant souffert pour sa 
religion, ayant publié quelque écrit ou enregistré son nom dans l'histoire à 
un titre quelconque ? IN'est-ce pas le propre d'un bon dictionnaire biogra- 
phique, de contenir le plus possible de renseignements sur ces noms restés 
obscurs jusqu'alors, mais qu'on a d'autant plus intérêt à connaître qu'ils ont 
été plus longtemps laissés de côté (1 ) ? Le reproche d'abondance à cet égard est 
donc précisément un éloge. Ah ! que nous comprenons mieux cette parole 
d'un pasteur disant naguère devant nous : « Je voudrais avoir les moyens 
de souscrire à dix, à vingt exemplaires d'un tel ouvrage ; d'abord, afin d'aider 
dignement à sa publication, ensuite afin d'en distribuer dix-neuf exemplaires 
et d'aider dignement aussi à sa propagation. » 

On voudra bien accepter en bonne part ces observations apologétiques et 
en excuser la vivacité. Tous ceux qui reçoivent et qui lisent la France pro ■ 
testante s'y associeront sans doute ; chacun doit avoir reconnu l'indispen- 
sable utilité de ce grand travail , et le mérite croissant qui se fait sentir 
dans chaque nouvelle partie successivement publiée , grâce au zèle soutenu 
des auteurs. Mais ce qu'il faut de constance et d'abnégation pour venir à 
bout d'une pareille tâche , nul ne le comprend peut-être comme nous , qui 
suivons de près et assidûment la marche de l'œuvre; aussi avons-nous for- 
tement à cœur de voir reconnaître, comme il convient , le service si impor- 
tant que nous rendent ceux qui s'y sont dévoués. Au reste, si nous avons 
à déplorer l'absence de concours et le jugement erroné de quekiues-uns, 
nous avons aussi à nous réjouir de l'accueil que d'autres font à l'd'uvre de 
I\IM. Haag. Voici en quels termes une des autorités de la haute crilîiiue lit- 
téraire, \& Journal des savants, en a rendu compte dans le cahier d'octobre 
dernier. Alors que des protestants s'en montrent si mauvais appréciateurs, 

(1) Sans qu'il soit nécessaire de descendre jusqu'à des noms de roture, croirail- 
on, par exemple, que la Biogra/Jrie universelle de Micliaud passe romplélement 
sous silence Claude de la Trémoille, prince de Tarente, qui a Joué un si grand 
rôle sous Henri IV, dans les aiiaires des protestants, et que l'on ne sait où trouver 
des renseignements sur ce nom lorsqu'on en a besoin. Nous en avons fait récem- 
ment l'épreuve. Si cela arrive pour un personnage aussi illustre, qu'est-ce donc 
pour tant de noms plus humbles, mais qui ont bien leur inléiêt à un moment 
donné? 



40(» ' AVIS GÉNÉRAL. 

il est bon de faire voir ce qu'en pensent les catholiques qui mettent en pre- 
mière ligne les intérêts de la vérité historique : 

'< L'histoire des protestants français qui se sont distingués par leurs 
actions ou leurs écrits, occupe une très petite place dans nos diction- 
naires biographiques. Pour écrire cette histoire, il ne s'agissait pas seu- 
lement de compléter ou de reclitier des notices déjà faites, il fallait cher- 
cher dans les dépôts publics et dans les archives des familles, les éléments 
d'un travail complètement nouveau : telle est la tâche que MM. Haag 
avaient entreprise avant les événements de 1848,61 qu'ils ont reprise 
avec autant d'ardeur que de succès. Leur livre est une œuvre protestante, 
et ce n'est pas à ce point de vue que nous le recommanderons, bien qu'on 
doive généralement louer la modération de leur polémique religieuse; 
mais c'est en même temps une œuvre historique considérable, qui, en fai- 
sant revivre un très grand nombre d'hommes oubliés, met en lumière des 
documents dont personne , jusqu'ici, n'avait fait usage. A ce titre, la 
France protestante nous paraît mériter toute l'attention des érudits. Pour 
donner une idée des résultats obtenus par les auteurs, il suffira de remar- 
quer qu'on trouvait à peine, dans nos biographies, trois cents noms épars 
de personnages protestants, tandis que >Di. Haag en ont rassemblé près 
de dix mille. La partie bibliographique est traitée avec un grand soin, et 
les pièces justificatives, placées à la fin de chaque volume, sous une pagi- 
nation particulière, tormeront un recueil d'un incontestable intérêt pour 
l'histoire. » 

P\approchons de cet article du Journal des Savants ([uelqucs lignes qui 
prouvent que la critique protestante avait, dès l'apparition du premier vo- 
lume, et en connaissance de cause, exprimé les mêmes sentiments sur le tra- 
vail de ]\DI. Haag: -La France protestante^ disait la Réformation au 
<( XIX'' siècle {n° du 29 avril 1817), est une œuvre d'un grand mérite et 
" d'un grand intérêt. L'érudition en est aussi exacte que minutieuse. La 
« forme même du livre a ses avantages spéciaux, et rien no pouvait tenir 
« lieu jusqu'ici de ce dictionnaire biographique; il est telle partie de l'his- 
« toire de l'Eglise réformée qui ne pouvait guère être écrite d'une autre ma- 
« nière. Tel est le cas, par exemple, pour la première moitié du XVI^ siècle; 
« à cette époque, l'intérêt se concentre principalement sur les universités et 
« les grands théologiens de la France, et le récit de leurs travaux entre 
" ditlicilement dans la trame d'un ré<'it historique. » — «Les auteurs de 
« cet ouvrage, disaient les Jrchives du Christianisme (n" du 26 décembre 
« 18iG), essayent d'accomplir pour la France le rijle de ce puritain (jui re- 
« cherchait pieusement sur les vieilles tombes de l'Angleterre les noms à 
« demi effacés des martyrs ; nous aimons h les remercier publiquement du 
« zèle et de la science (ju'ils déploient dans l'accomplissement de cette noble 



CORRESPONDANCE. 407 

« et utile tilclie... Ils lom revivre à nos yeux jusqu'aux plus iuinibles noms, 
« par l'heureux effet d'une science aussi scrupuleuse que patiente et fidèle... 
« Il swait très fâcheux, il serait honteux pour le protestantisme français, 
« qu'une pareille entreprise échouât faute d'être suffisamment soutenue. 
« Non-seulement donc nous conseillons et recommandons de nouveau à 
« nos lecteurs, mais 7ious leur mettons sur la conscience de s'y abonner. » 

Nous sommes, quant à nous, parfaitement tranquilles sur le placement 
des quatre ou cinq cents exemplaires de l'ouvrage qui peuvent rester dispo- 
nibles. Nous savons que sa place est marquée dans toutes les bibliothèques 
publiques, dans tous les grands établissements d'instruction, qui attendent 
l'achèvement d'une publication pour se la procurer; nous ne doutons même 
pas qu'une seconde édition ne devienne nécessaire, aussitôt que l'impression 
de la première sera terminée. Mais nous voudrions que les yeux de ceux 
qui sommeillent encore s'ouvrissent plus tôt que plus tard, et que l'exemple 
d'une intelligente sympathie ne manquât pas là surtout d'oii il doit venir. 

La fm du tome llï qui vient de paraître, et dont on trouvera plus loin 
l'index, confirme pleinement les favorables témoignages (jui précèdent. 
Le tome IV est déjà sous presse et avance rapidement. Nous saisissons 
cette occasion de rappeler aux lecteurs que MM. Haag ont, dès le début 
de leur entreprise, demandé à tous nos coreligionnaires de vouloir 
bien leur transmettre tous documents et informations propres à leur venir 
en aide. Trop peu de personnes ont répondu à cet appel ou y répondent en 
temps utile. Déjà il est arrivé qu'on a envoyé des renseig'nements complé- 
mentaires trop tard, comme si l'on eût ignoré qu'un article devait être con- 
sacré à tel nom et à telle famille. Nous stimulons, à ce sujet au.ssi, la paresse 
de beaucoup de nos amis, et nous les avertissons que la lettre D est sur le 
point d'être terminée. 



OBSERVATIONS ET COMMUNICATIONS RELATIVES A DES DOCUMENTS PUBLIES. — 
RÉPONSES A DES DEMANDES DE RECHERCHES ET NOUVEAUX APPELS. — AVIS 
DIVERS. 

Communication «le l<ord Saînt-Cicrmans à M. Clnîr.ot. — M»s. 
français protestants conserYés à la Bibliothèque Marsli, à 
Dublin.— Fonds provenant rtu pasteur réfugié El. Boulicreau. 

Le comte de Sainl-Germans, Lord-Lieutemu.t (Yice-Roi) d'Irlande, a écrit 
(14 septembre 1853) à M. Guizot, président honoraire de la Société, pour 
lui faire connaître (pi'il existe des manuscrits relatifs aux églises réformées 
de France , dans une Bibliothèque publlciue de Dublin portant le nom de 
l'archevêque Marsh. Lord Saint-Germans, sachant que notre Société avait 



■^«08 r.oriRr.Si'ONDANOE. 

pour objet de rechercher tout ce (lui peut contribuer à échiirer l'histoire du 
protestaiiiisnie l'raiiçais, a pensé que nous recevrions avec plaisir celle indi- 
cation, et que nous jugerions peut-être utile de publier quelques-uns des 
documents qu'elle concerne. Il a bien voulu, dans celte vue, s'assurer du 
consentement des i^ardiens (trustées) de la Bibliolluuiue Marsh, et il p.ousa 
fait l'honneur de nous adresser, par l'entremise de _M. Guizot, une note sur 
les manuscrits français protestants conservés dans cette Bibliothèciue, En 
voici la traduction : 

« Le révérend Elias Bouhereau, ministre français réfugié, a été le premier 
bibliothécaire et chargé de cette fonction parle fondateur lui-même. Il légua 
à la Bibliothèque sa collection particulière de livres imprimés, qui était pré- 
cieuse, et y déposa aussi un certain nombre de papiers manuscrits, consistant 
en pièces et documents relatifs à l'église réformée de La Rochelle, avec la- 
(juelle il avait été antérieurement en rapport. 

<- Ces papiers ont été, à une époque comparativement récente (vers 182G), 
liés en treize paquets séparés, couverts d'enveloppes bleues et étiquetés 
simplement : Papiers, — Parchemins, — Imprimés, — Manuscrits , — 
sans qu'on ait rien ajouté pour donner une idée de ce que contenaient ces 
papiers, parchemins, etc. Le tout fut entassé dans une malle, placée en lieu 
de sûreté, dans un cabinet de la Bibliothèque. 

« En ouvrant les paquets , le rédacteur de cette note a reconnu (pie les 
pai)iers qu'ils renferment sont de diverses sortes et concernent diverses ma- 
tières. La correspondance particulière de Bouhereau , de sa famille , de ses 
amis, y tient une grande place ; une partie de cette correspondance offre de 
l'inlérèl; une autre est sans valeur. C'est au milieu de ces séries de lettres 
ipie se trouvent, confusénient mêlés, les documents imprimés et manuscrits 
(pii ont trait aux églises réformées de France. 

« Les papiers relatifs W ces églises comprennent : 1" des actes originaux 
de diverses assemblées et de divers synodes; 2" des documents relatifs aux 
gages des ministres; 3" des pièces relatives aux lieux de culte et au cinu'- 
tière de La Uochelle. On y trouve en outre une série de papiers inq)rimés, 
arrêts, proclamations, etc., ronqilis de maïuiscrit et fournissant des rensei- 
gnements sur diverses phases de cette période agitée qui aboutit à la révo- 
cation de l'Edit de Nantes. Beaucoup des documents originaux ont grande- 
ment souffert de l'Iunuidité, mais évidemment avant le temps où ils ont été 
apportés dans la Grande-Bretagne. 

« Parmi les documeiUs originaux se rencontrent les suivants : 

« Du 14 février IBTS. Procuration, par le synode national convoqué à Sainte- 
Foy, désignant des députés à une coiderence protestante ù Francfort. — 
Original sur parchemin, 



connESPOMiANi;E. 400 

« Du 24 may 159 1 . Procès-verbal de ce qui s'est passé à Montaubau entre le 

Roy de Navarre et les députés protestants. 
« De 1593. Articles sur le changement de religion de Henry IV. 
•< Du 9 déc. 1593. Actes de l'assemblée des députés des églises réformées de 

France ù Nantes. — Original, signatures autographes. 
« Du 18 juillet '1594. Actes de l'assemblée, etc., tenue à Sainte-Foy. 
« De '160 t. Actes de l'assemblée de Sainte-Foy. 
« Du -15 octobre 1601. Instructions de deux députés envoyés par l'assemblée 

au Roy. 
« De 1 609. Plaintes des églises réformées adressées au Roy. 
« Du 29 août '1611. Règles générales pour la convocation de l'assemblée de 

La Rochelle. 
« De 1613. Assemblée de La Rochelle. 

« D'avril 1623. Copie des plaintes adressées au Roy, au sujet des contraven- 
tions à l'Edit. Du synode de Sainlonge et Angoulème (".') 
« Du 26 avril 1623, Synode assemblé à Jarnac. (Adoption du synode de 

Dordrecht.) 
« Principes de la foy chrestienne. Dix pages, sans date, mais probablement 

de 1620 à 1630. 
.< De may 1665. Arrêt du conseil d'Etat pour la visite des malades de la 

R. P. R. par les curés des lieux et autres ecclésiastiques, assistés des 

magistrats. 

« Ron nombre de documents du genre de ce dernier montrent l'animosité 
qui allait croissant contre ceux de la R. P. R. On y voit, par exemple, les 
médecins et chirurgiens catholiques romains travailler à faire interdire la 
pratique de leur art à leurs confrères protestants. Le présidial de la pro- 
vince agrée cette mesure oppressive ; mais la Cour suprême de Paris, sta- 
tuant sur l'appel, casse la décision des juges provinciaux. 

" 1676-1677. Mémoires sur les affaires de religion. 

<v Pétition au Roy de France par ses sujets protestants. Sans dale, mais 

écrite vers 1680. 
« Mémoire sur la déclaration du Roy, du 20 fév. 1680. 
« Harangue au Roy (d'Angleterre), faite par 31. Lombard, ministre de l'église 

française de Savoye (à Londres), le 19 octobre 1681. « C'est, Sire, tme 

« sainte colonie de protestants de France...» 
« Requête de M. de Noailles, gouverneur de Languedoc, en 1682. » 

11 appartenait à M. Guizot de remercier directement lord Saint-Germans 
de cette communication pleine d'intérêt; nous le prions, à notre tour, d'en 
agéer tous nos remcrcîments. Nous comptons, pour mettre à profit ses utiles 
informations, sur le concours de notre honorable correspondant de Dublin, 



410 CORRESPONDANCE. 

M le prof. AbeltshausiM-, rhanoine de Saint-Patrico, avec qui nos lecteurs 
onl déjà fait (•onnaissance, par l'intermédiaire de M. l'archevêque Whately. 
(nul/., 1. 1, p. 135.) 

L'existence d'un dépôt de papiers relatifs au protestantisme français dans 
la Bibliothèque 3Iarsh était sans doute tout à fait inconfiue chez nous. On 
ignorait également qu'Elie Bouhereau eût été attaché à cette Bibliothèque 
par son fondateur, comme premier bibliothécaire. Ce renseignement eût été 
précieux pour M. llaag, lorsqu'il rédigea l'article de ce pasteur (au t. 11 de 
la France protestante , p. 421), et l'aurait peut-être mis sur la voie de 
certaines lumières qui lui ont fait défaut. Après avoir parlé des persécutions 
que Bouhereau avait eu à subir après la révocation de lEdit, « il passa, dit- 
il, avec sa famille en Angleterre. Mylord Galloway (Ruvigny) l'allacha à son 
service, en qualité de secrétaire. On ignore l'époque où il mourut ; une lettre 
de lui, sur un passage diflicile de Justin, insérée dans le t. II de la Bihlio- 
tlù-que ancienne et moderne., nous apprend seulement qu'il vivait à Dublin 
en 1714. » 11 était très lié avec Conrart, l'un des fondateurs et le premier 
secrétaire de l'Académie française. 3Î. Haag dit que, contrairement à l'opi- 
nion reçue, Bouhereau, qui portait, comme son père, le pasteur de La Ro 
chelle, le prénom d'Elie, n'avait pas, comme lui, embrassé la carrière ecclé- 
siastique; mais il avait étudié la médecine à Orange, où il avait pris le grade 
de docteur en 1667, et il exerça l'art de guérir à La Rochelle, tout en culti- 
vant aussi les belles-lettres. 

Les papiers mentionnés par aperçu dans la note transmise par Lord Saint- 
Gei'mans, n'ont pas tous la même valeur. Il y en a ([ui sont imprimés, tels 
<pu' Tarrêt du conseil du 12 mai 1665 (il figure parmi les pièces justilicalives 
de Benoit, t. V, p. 10); il en est d'autres qui se trouvent dans les collec- 
tioiis de Mss. de nos Bibliothèques publiques de Paris, (juclques actes de 
synodes ou d'assemblées, par exemple. î\Iais les deux pièces de 1593, celles 
d'avril 1623, la pétition et le mémoire de 1680, la harangue du ministre 
Lombard de 1681, nous paraissent de nature à attirer particulièrement l'at- 
tention, sans compter tout ce qui peut être compris d'intéressant dans les 
correspondances et autres liasses de papiers qu'on ne peut désigner nomi- 
nativement. Les vieux manuscrits et les vieux bouquins sont, eux aussi, de 

Ces (jens qu'il ne faut pas juger sur l'apparence. 
C'est en les dépouillant avec attention et avec suite, qu'on apprend à les con- 
naître et à les apprécier. 



CORRESPONDANCE. 411 

Registres de l'éslî«e «le ï^a Ferté-sous-»! ouarre. Quelques souyc- 
uirs proiestaiits «In pays «le Brie. 

A M, le Président de la Société de l'Histoire du Protestantisme 
français. 

Meaiix, le 23 novembre 1853. 

Monsieur , 

Los documents dignes d'intérêt et relatifs aux Eglises de la Brie sont 
rares. La persécution continue qui suivit la révocation de l'Edit, et le temps, 
ont fait disparaître même les registres ; et c'est tout au plus si , par le moyen 
des vestiges qui en restent, on peut avoir quelques renseignements positifs 
sur les localités où furent les Eglises, sur les principales familles et sur les 
pasteurs (1). Les pièces et les notes que j'ai recueillies çà et là ne sauraient 
former une chronique suivie : c'est pour cela que je crois devoir me borner à 
vous communiquer le peu que j'ai découvert au sujet de l'Eglise de La Ferté- 
sous-Jouarre. 

La ville de La Ferté-sous-Jouarre, ou autrement dite La Ferté-ao-Col , ou 
La Ferté-sur-3Larnc , située h ^20 kil. de Meaux , sur la route d'Allemagne, 
compte à peu près 3,500 âmes. Il est probable qu'il y a deux siècles , sa po- 
pulation était moins considérable. Quoi qu'il en soit , d'après une tradition 
assez généralement répandue, en 1634, il n'y avait que quatre ménages ca- 
tholiques; l'immense majorité était de la religion réformée; en un mot, 
c'était une petite cité protestante. Si cette tradition est fondée, et je crois 
qu'elle l'est, c'est aux mesures systématiques prises par Louis XIV, depuis 
le milieu du X\II« siècle jusqu'en 168:3, qu'il faut attribuer la grande dimi- 
nution des protestants dans cette localité; à tel point que, quelques années 
avant cette dernière époque, à en juger par les registres que nous avons 
retrouvés, ils ne pouvaient guère être évalués à plus d'un tiers ou d'un 
quart de la population totale. Déjà bien des familles ou nobles, ou riches, ou 
aisées , avaient gagné la terre d'exil , puisqu'il n'y en a pas moins de douze 
cents qui aient émigré de la Brie , dans ce temps et plus tard; et le menu 
peuple, abandonné à lui-même, acheté ou contraint, était en grande partie 
rentré dans l'Eglise romaine. 

Les neuf registres qui me sont tombés sous la main dans les archives de 
la mairie de La Ferté , et que le maire de cette ville m'a volontiers permis 
de consulter, comprennent neuf années, du 24 janvier 1676 au 8 oc- 

(1) Beaucoup d'églises s'étaient dessaisies, antcrieuremcnl à la Revocation, do 
leurs plus anciens registres, et les avaient produits connue pièces justificatives 
dans les divers procès qu'on leur avait intentés au sujet de l'exercice du culte 
réformé; elles n'en purent obtenir la restitution et furent ainsi mises dans l'em- 
barras de se défendre contre des attaques ultérieures. (Vest ainsi que l)ou noin- 
bre de ces registres se trouvent aujourd'hui dans les dossiers conservés aux Arclii- 
ves de rEmpire, et qu'il doit yen avoir encore dans d'autres dépôts. Il est ainsi 
prouvé que les plaintes rapportées par IKnolt étaient complètement fondées. {Red.) 



M2 CORUESPONDANr.E. 

tobre 1G85. Chacun de ces registres porte en tête : « Actes. Génkralité de 
Paris, avec la marque de Six deniers par quart de feuille. Puis cet inti- 
tulé : 

« Registres des baptêmes, mariages et sépultures de ceux de la religion 
« prétendue réformée qui ont leur exercice dans cette ville de La Ferté-au- 
« Col, ou autrement dite, sous Jouarre, pour servir pendant la présente 
« année '1676, contenant six feuillets blancs paraphés par nous Pierre de 
« Vrillac, advocat au parlement et bailly de Ladite Ferté; suivant commis- 
« sion à nous adressée par l'ordonnance de M'' le Prévôt de Paris ou de 
« Monsieur son lieutenant civil, en date du samedi 23 novembre 1675. 

« Fait ce 4 janvier 1676. Signé : DE VRILLAC (i). {Gratis.) » 

A la fin de chaque registre, on lit : « Apporté et mis au Greffe par maître 
« François Le Sueur, ministre de la religion prétendue réformée. 
« Ce i février 1677 (pour l'an 1676). Signé : F. LE SUEUR. » 

Chacun de ces registres contient de 40 à 42 actes , ce qui constitue une 
population protestante d'à peu près 800 à ] ,000 âmes. 

Ces registres nous font connaître quelques familles protestantes nobles, 
soit de La Ferté, soit des communes environnantes. 

C'est ainsi que, dans celui de 1676, se trouve l'acte de décès de messire 
Philippe Corneille de Fleury, de Culan, chevalier seigneur de Bréat. Ce sei- 
gneur, inhumé à La Ferté , était mort à Sainl-Cyr, commune à deux lieues 
de celte ville. Les protestants de Saint-Cyr avaient un cimetière où ce sei- 
gneur n'avait pas voulu être enterré. 

On y rencontre aussi un De Monceaux^ docteur en médecine; — un 
maître Simon Poussin, procureur au bailliage; — un Jean Leclère, seigneur 
de Virly, avocat au Parlement, parrain d'un enfant du ministre François Le 
Sueur, baptisé le 23 mars 1677; — un Luillier, seigneur de Chalandos, 
chevalier. Chalandos est une localité à trois lieues de La Ferté. Le seigneur 
de ce lieu avait dans sa maison un oratoire où , selon l'expression du re- 
gistre, se recueillait l'Eglise. Le ministre de cette Eglise de Chalendos était 
M. Sacrelaire , dit maître Pierre Saci'elaire, décédé en 1 681 , à l'âge de 46 ans, 
et inhumé à La Ferté; — un nussire Jacques de Baquet, chevalier, sei- 
gneur de Mollien, parrain d'une hlle de François Le Sueur, ministre, 
baptisée le 13 février 1776; —un Jacques de rril/ac, sieur de Riard, père 
de mademoiselle Charlotte de Vrillac, dame François Le Sueur. 

La famille Le Sueur était noble et alliée à la famille de Vrillac ; c'est ce qui 
résulte de l'acte de baptême que voici : 

(,1) Nous connaissons un imprimé de 30 pages in-8", intitulé : Epistre envoyée 
par le sieur de Vrillac, advocat au Parlement de Paris, au sieur de Vrillac son 
lière, sur le sujet de sa conversion. Elle est datée de Sedan, le 'i aoust 1021, 



CORRESPONDANCE . 413 

« Aujourd'hui jeudi , treizième février 1676, a esté baptisée Cliarloite Ca- 
« tlierine Le Sueur, fille de maître François Le Sueur, ministre , demeurant 
« en cette ville, et de demoiselle Charlotte de Vrillac, ses père et mère; de 
« laquelle messire Jacques de Baquet, chevalier, seigneur de Mollien, a esté 
« parrain, et demoiselle Catherine de Besset, femme de Jacques de Vrillac, 
« sieur de Riard , la marraine, qui ont dit que cet enfant est né ce matin et 
« ont sine : 

« C. DE BESSET. — JACQUES DE BAQUET-MOLLIEN. —F. LE SUEUR.» 

On trouve encore dans le registre de 1676, un de Renoncoitrt , dont un 
enfant baptisé en 1678. 

Il ne reste presque aucune trace de la succession des pasteurs de LaFerté, 
si ce n'est en ce qui concerne I\1M. Le Sueur père et fils. On doit conclure 
de l'inspection des registres que maître Jean Le Sueur n'exerçait plus le 
saint ministère depuis 1676, à cause de son âge; car ces registres sont tous 
signés par François Le Sueur, en sa qualité de ministre de l'église de La 
Ferté. 

La famille Le Sueur, originaire de la Brie , était nombreuse. Le ministre 
François Le Sueur émigra avec tous les siens après la Révocation, et nous 
n'avons pu savoir ce qui leur advint, ni où ils se retirèrent. Quant à Maître 
Jean Le Sueur père , l'auteur de Y Histoire de l'Eglise et de l'Empire, il 
eut le bonheur de quitter ce monde avant cette année d'afflictions, qui dis- 
persa ses enfants et tant d'autres innocents par tout l'univers. 

Voici l'acte de décès de Maître Jean Le Sueur, l'historien, qu'on paraît 
avoir confondu avec le ministre François, son fils, qui quitta la France : 

« Le même jour, jeudi 23 janvier 1681, a esté enterré le corps de deffunct 
« Maître Jean Le Sueur, ministre en ce lieu et y demeurant, et à cet enter- 
« renient ont assisté Maître François Le Sueur, son fils, aussi ministre en 
'( ce lieu, et Maître Pierre de Vrillac, advocat au Parlement, demeurant à 
« ladite Ferté , qui ont dit que ce dit défunt estoit âgé de 78 ans ou envi- 
« ron, et ont sine. « Signé : LE SUEUR.» 

Il résulte encore de l'examen de ces registres , que les i)etits groupes de 
protestants disséminés dans les environs de La Ferté possédaient des lieux 
de sépulture. 11 y en avait un à Saint-Cyr, un autre h Bézu. Il y en avait 
encore à Montreuîl-aux-Lions , à Mortcerf , ù Saint-Denis-lès-Rebais, etc. 
Celui de Saint-Denis-lès-Reb;iis appartient encore à l'église protestante de 
cette commune. Le temple est situé à peu près au centre de ce terrain, dont 
une partie sert encore aujourd'hui de cimetière. Le cimetière de LaFerté ap- 
partient pareillement encore aux protestants, moyennant une redevance an- 
nuelle de 5 francs, que le protestant qui en jouit doit payer à la commission 
des hospices. Je transcris ici deux actes (jui se rapportent à ce dernier ter- 



414; CORRESPONDANCE. 

rain, devenu maintenant un jardin, et ({ui teront voir par quelle sorte de 
transaction il est demeuré jusqu'à nos jours la propriété de l'église réfor- 
mée (I). Voici le premier de ces actes : 

« Je donne et lègue à l'Hôtel-Dieu de cette ville de La Ferté, dix livres 
« quinz sous de rente, à recevoir du nommé Thibaut, de Courcelles-sous- 

« Jouarre, et sept livres d'autre rente à recevoir de (illisible), demeu- 

« rant au Marteroy, faubourg de Jouarre, en considération de ce (jue le 
« cimetière situé à Laferté, proche le Jeu-de-Paume, a ser\i à enterrer ceux 
« de la religion prétendue réformée, et ceux qui par la suite pourraient y 
« être enterrés, des nouveaux convertis. » 

La personne qui usait de cette voie indirecte pour léguer ce cimetière aux 
protestants était 3Iarie Thérial , veuve d'Auguste Varnier. Ce premier acte, 
du 11 novembre 1746, ayant paru insuftisant, il en fut rédigé un autre, à la 
date du 1 6 du même mois, même année : 

« La testatrice a déclaré qu'en s'expliquant avec plus d'étendue sur le 
« legs de dix-sept livres de rente qu'elle a fait en faveur dudit Hùtel-Dieu, 
« qu'il sera pour en jouir après son décès, pour mêmes considérations ex- 
« pliquées audit testament , et encore à l'égard du terrain qui a servi de 
» cimetière aux protestants avant la révocation de l'Edit de Kantes, les nou- 
« veaux convertis et les descendants des anciens protestants seront préférés 
« à chaque bail à loyer qui s'en fera, de s'en rendre locataires, à l'exclusion 
« de tous autres, par le S'' administrateur dudit Hôtel-Dieu, de l'avis des 
« officiers du bureau , lequel loyer ne pourra excéder cinq livres par an , 
« attendu le peu de contenance du terrain et ancien cimetière, à présent en 
« friche et sans culture, sinon ledit legs deviendra caduc et comme non 
„ fait. — Extrait ainsi requis par les membres de l'administration de rhospic(^ 
« de La Ferté-sur-Marne, cy-devant Hôtel-Dieu , du notaire public établi et 
« résidant à La Ferté, auparavant La Ferté-au-Col, soussigné, ayant les mi- 
« nutes de l'exercice de W Simon Couroy, son ayeul, qui a reçu les a(;tes. 
« — Cejourd'hui quartidi, quatre frimaire an 10 de la République, étant, 
« ancien style, le 28 novembre 1801. » 

Le locataire de ce terrain est encore aujourd'hui un protestant de La Ferté, 
moyennant 5 fr. par an. 

On voyait encore dans cet ancien cimetière, il y a un demi-siècle, le 
tombeau d'une jeune personne de la famille des ducs de La Force. A ce qu'il 
paraît, cette famille possédait plusieurs seigneuries dans le pays. 

Permettez-moi <le terminer en vous donnant quelques versets de Cantiques 

(î) J'ai omis une remarque assez importante, qui ressort de la teneur de ces 
registres : c'est que, dès 1C85, les baptêmes ne s'administraient plus qu'en vertu 
d'un ordre du roi, du 19 mai 1C83. 



CORRESPONDANCE. 4 1 5 

que j'ai recueillis de la bouche d'une vieille et respectable huguenole de 
Meaux, qui est encore de ce monde. 

Cantique contre le carême. 

Ne crains donc pas de manger en carême 
De toute chair, en toute saison même. 
Car le manger l'àme ne souille pas, 
Quand on prend bien sobrement son repas. 
Mais il te fout toujours rendre louanges 
Au Tout-Puissant pour le bien que tu manges. 

Autre axiome protestant contre la confession. 

Ne va donc plus te confesser au prêtre, 
Cela déplaît à Jésus, ce grand Maître. 
Tu sais fort bien que le prophète a fait 
Confession de lout son grand forfait , 
Et même aussi le bon pulilicain même 
S'est confessé à ce grand Dieu suprême. 

Cantique funèbre. 

Mettons ce corps au monument, 
Déclarons-le chrétiennement, 
Et confessons la vérité. 
Il doit un jour ressusciter; 
De la terre il était produit, 
En terre il faut qu'il soit remis; 
Et glorieux il renaîtra, 
Quand la trompette sonnera. 

Couplet d'une chanson populaire, ou satire contre les apostats. 

On leur promet des rentes 
El quelque peu de bien 
A l'un une pistole, 
A l'autre six écus. 
On les met sur le rôle 
Du livre des abus. 

A mesure que je découvrirai quelques documents nouveaux et intéres- 
sants, je ne manquerai pas, Monsieur le Président, de vous les transmettre 
pour ce précieux Bulletin de notre histoire protestante, qui doit être entre 
les mains de tout chrétien évangéliipie ayant gardé quekiue seiilinunt de la 
piété et des soutfrances de ses i)éres. GAi.-LAUEvi;zE, P'. 



LISTE DBS MEMBRES ET SOUSCRIPTEURS DE LA SOCIÉTÉ. 

(Suite.) 



MM. 
lliil. IiAKTH,24, r. d'AnpouIème-Temple. Paris. 
115-2. HoLLEz, P. lloquccoiirbe. (Tarn). 
11.^3. Db Noir dh Cambon (Arth.) , à Cambon. 

(Tarn). 

1154. CuMENGE (Ch.). Roquecourbe (Tarn). 

1155. Bonnet (J.-J.)- Id. id. 
11.56. Hugues, P. Celle (Hanovre). 

1157. SKDLOCK(J.),rév.Boiilogne-sur-Mer(Pa8- 
de-Calais). 

1158. Bavies (Evan), rév. Pichmond (Angl.). 
11.59. MoRiN (Mlle Math.). Dieu-le-Fit (Drôme). 
1160. Berger-Levraclt fils (Os.). Strasbourg 

(Bas-Rhin). 
H61. NÈYE (Emile) , à Lou-vain (Belgique). 
116-.'. Gr