(navigation image)
Home American Libraries | Canadian Libraries | Universal Library | Community Texts | Project Gutenberg | Biodiversity Heritage Library | Children's Library | Additional Collections
Search: Advanced Search
Anonymous User (login or join us)
Upload
See other formats

Full text of "Bulletin de la Société de Géographie"

^.?:?r 



fi 



BULLETIN 



DE LA 



SOCIETE DE GEOGRIPHIE. 



QuBtrienie S^rie. 
TOME III. 



COMMISSION CENTRAL!:. 



COMPOSITION DU UURF.AD. 

(Eleclioii (111 23 Janvier iS'ii. 



President. M. GuioifixtiT. 

T^ice-Presideiits. MM. Jomard j-t Daussy. 
Secretaire general. M. de i.a RoQLtiiE. 



Section de Corre.spondance. 



MM. A. d'AbUaJie. MM. Meissas." 

Bajol. C. Moreaii. 

Callier. Noel-Desvergers. 

Coclielet. D'Orhi^'iiy. 

D'Avezac. I'oulain de Rossay. 

Lafond. Texier. 



Lebas. 



Section de Publication. 



MM. Albert Montemonl. MM. A. Maury. 

CorlanibiTt. de Santarem. 

de Froberville. Sedillol. 

Gay. Tcniaux-Compans. 

Itiil)erl des Molleleltes. Walckenaer. 

Section de Coniptabilite. 

MM. EJ. de Brimont. MM. de Lovenstern. 

Isambert, Thoniassy. 
Jacobs. 

Comite charge de la redaction et de la publication du Bulletin. 

MM. de la Rdqiietle, secretaire i^i'iieral MM. Daussy. 

de la Conimissiou centrale, re- Sedillol. 

dactcur en chef. de rroberville. 

Malte-Bnin, sccrelaire aJjoiut. Cortambert. 



M. Meignen, iiotaire, tresorier de la Societc, rue Saint-Honore , 870. 
M. Noirot, agent general el bibliolliecaire de la Sorietc, rue de TUniver- 
fiie, 13. 



BULLETIN 



DE LA 



r r 



SOCFETE DE GEOGRAPHIE 

M. DE LA ROQUETTE 

SECRETAIRE GENERAL DE LA COMMISSION CBNTRALE 
RMacteur en cbef 



QUATRI^ME SfiRIE. — TOME TROISlfeME 

ANNfiE 1852 
JANVIER — JUIN. 






PARIS, 
CHEZ ARTHUS-BERTRANl), 

LIBUAIRE DE LA SOCI^T^ DE GEOGRAPHIE, 

RU> BAUTEPEniLLE, K" a3. 

1852. 



HURFAU DE LA SOClfiTf: 

(EtEGTIONS DU 11 AVRir. 1851.) 



Priiidfnt. M. le coiitre-ainiral Mathiec, directeur general dti depot de 

la inai'iDe. 

„ , , I MM. CoNSTAWT Pbevost, mcnibre de I'Acadeniic des sciences. 
Vice-Presuleiils. ,. „ 

I r HANcois Delessert. 

i MM. JIeissas. 

I Isidore Low6^9TERI(. 

Scof^ltilff, M. Sinii.i.oT. 

Lisle des presidents honnraires de la Societe depiiis son origine. 

MM. MM. MM. 

De L.\rLACE, J.-B. Eyries. Do Las CAsts. 

De Pastoret. l.,'ai)ui'al de Kiomt. Villemaiic. 

De Chateaubriand. Dumont d'Urvili.e. Cunin (Iridaine. 

Cmabhui. dk Voi.vic. Dhc4j^s. I/amimI Uoussiw. 

I'lECQLEY. De MoNTALivET. L'umiral do Mackau. 

Ar.EX. Dt HiiMBOLDT. De Barante. Le vice-ainiral Hai.gan. 

Chabroi. de Croxjsol.- Le general Pelet. Walckenaer. 

CUVIER. GuiZOT. Moi.E. 

Hyde de Nkuville. De Salvandt. Jomard. 

De DouDEAVvif.i.E. Tupis<er. 

Correspondants etrangers dans Vordre de lew nomination. 
MM. MM. 

H. S. Tanker, a Philadelphie. Le doctenr Kriegk, a Fiamfoit. 

\V. WooDBRiDGE, a BosluH. Adolplie Frman, a Berlin. 

Le It-col. Edward .Sabine, a t.ondres. Le durtHur \\ atpaus , a Goeltinjue. 

Le doeleiir I'.eini;an(jm, a Berlin, Le ooloiibl .Tackson , ,i Londres. 

Le ducteur Kicharcson, a I.ondres. Lepi iMccDEGALiTZiN.aSlPetersbourg. 

Le prolessiiir Rafn, a Copenliague. Ferdinand de Luca, a Naples. 

AiKSWoKTH, a Edimljourg. Le docleiii- Baudffi, a Tni in. 

Lc colonel Long, a Lonisville. Ky. Le ponoral Semino, a 1 eheraii. 

Lcrapitaine Macorochie, a Sydney. le lient.-rol. Fr. CoEr.Lo, a Madrid. 

Lc conseiller de Mackdo, a Lisljonne. Le prcifcSieur Munch, a Cliiisliaiiia. 

Le professenr Karl RiTTER, a Berlin. Le gi'ii. .Viln'rl de la MARMr)RA, aTiiiiu. 

Le cap. John Washington, a Londres. FnlijiMicr Fresnei., a Mossonl. 

P. DE Angelis , a Bnenos-Ayres. Ch. Schefer, a Conslanlinople. 

Correspondants perpetuels dans Vordre de leur nomination. 

MM. MM. 

Le capit. sir J. FRAni(x.i|i, a Londres. Le rapitaiiie G. Race. 

Lf capitaine Gra-ah, ,i Copenliagne. Le capit. James Clark Ross, a Londres. 

Le capit^iue w Juhn Ross, a Londies. Li- doctiur I eichardt. 



PAKIS. - IMPniJltl'.IH lit 1. MilillNET, 
rue Mit'lion, 2. 



BULLETIN 



DE L\ 



SOCIETE DE GEOGRAPHIE. 

JANVIER 1852. 

lieiiioireii^ 
HoUeeis, Doeuiiientii origlnauiL^ etc 



DE 

LA DISPOSITION GfeOGRAPHIQUE DES LIEUX 

SDR 

LA SURFACE DU GLOBE, 

ET DE 

SON mFLllENCE SUR L'HISTOIRE DE L'HUMANITfe, 

PAR 

CHARLES BITTER. 

Dissertation liie a I'Acadeinie des sciences de B^rliil 
le i" avril i85o. 

EXTRAIT TRADIHT DE l'aLI.EMAMD. 



Le litre meme du nouveau travail de M. Charles Riltcr 
en indique .sunfisamment I'objcl. L'illuslre geographe 
cherche a coiistater le rapport intime existant enlie 
les difl'e^rentes parties de notre planfete, qui semblciil 
assemblees au hasard. La determination aslronomi(pie 
des lieux, la geodesie, rhypsom^lrie, la m6t6orologie, 



( 6) 
la plijsique, s'uccordeiit pour reveler cette profonde 
harmonie; la masse dcs conlinenls qui segroupenl dans 
rh^misphere septentrional, el qui conlrastcnt avec la 
vaste etendue des mers anlarctiques, n'a-t-elle pas dii 
causer la preponderance du nord? L'allongement des 
terres en forme de cones tourn^s vers ces mers, comme 
I'a remarque M. de Humboldt; les polnles sud des con- 
tinents plus articulees que les poinles nord ; I'existence 
d'un espace maritime, ou tant d'iles sent dispers6es , 
n'ont-ils pas eu une influence directe sur le plus ou 
moins grand d^veloppement d'activit^ de loutes les 
forces vitales ? 

« Parmi les dispositions exl^rieures des surfaces de 
notre plan^te, ajoute M. Charles Ritter, il ne faut pas 
seulement remarquer I'immensile du cercle forme par 
les mers, mais encore le cercle de feu qui se raanifeste 
par des groupes de volcans sujets a des Eruptions p6- 
riodiques. 

» Un des premiers naluralistes de notre si^cle a d6- 
monlre I'existence de ce cercle, qui s'arrondit autour 
du bassin de I'ocean Pacifiquc, ne suit qu'en parlie la 
vasle ceinture des cotes, d'aboi'd le long de I'Amerique 
occidentale, puis dans le nord de I'Asie, tandis que, 
vers le sud-est, ce continent ofTrc de longues rangees 
d'lles paralleles au rivage, et qui, divergeant lout a 
coup, s'enfoncent dans les profondeurs de la mer du 
Sud. Le cercle menlionn6 ne repose done qu'k mollis 
sur la partie solide de la lerre, et embrasse en outre, 
au milieu de I'ocean oriental, ces milliers d'llols, sou- 
Iev6s par des forces internes, ces nombreux groupes 
d'iles basalliques qui se dressent hors dos eaux, re- 
connaissables a la formation analogue de leurs mon- 



( ' ) 

tagnes , mais bleu ctlTaihlis dans leur aclivltu sons- 
marine. Siir le bord occidenlal de I'Ameiique , la 
chalne des Cordillercs, longue de pres de mllle lieiu s 
gdographiques (1), n'est elle-meme qu'une fraction 
de cet anneau ; et sur celte grande epine dorsale du 
nouveau monde, Alexandre de Humboldt a compte de 
cinquante a soixante cral^res en activite, sans faire 
mention de tant d'aiitres qui sont encore inexplor^s. 
A I'ouest du Grand Ocean, cette ligne de feu se divise 
en de nombreux paralleles. ainsi que Leopold de Buck 
I'a deraontre, et se contourne , sur de longs groupes 
d'iles montagneusos, autour des coles de la Nouvelle- 
Hollande et de I'Asie orientale. Ces lies, dont les axes 
de longueur paralleles se dirigent dans le sens du 
nord-ouest, oifrent invariablement le meme aspect ot 
les memes formations; leur ligne volcanique, bifur- 
qu6e vers les Moluques, presente dans sa longueur de 
mille lieues, et toujours sur ses rives orientalcs, plus 
de quatre-vingts gouffres de feu qui font trembler la 
terre depuis I'lle jumelle de la Nouvelle-Z<^lande jus- 
qu'au nord des Philippines. C'est la que le cercle se 
recourbe vers le nord , en suivant les groupes du Ja- 
j)on, dos Kouriles , du Kamtscbatka, des lies Aleou- 
tiennes el d'Ounalascbka, donl les cinquante volcans 
sont en parlie marilimes, comme ceux des lies de 
rOcean, en partie alignes sur le continent auiericain. 
Enfin , le cercle se ratlache au nord des Cordilleres 
par le volcan dc Sainl-Elie et son voisin , le gigan- 
lesque Cerro de Buen -Tempo. Ce n'est done pas a 
tort que nous donnons a cet immense anneau de plus 

^i) C'est la lieue de ao au degre. 



(« ) 

(le (Iciix ceiils volcans sans cesse en action le nolil do 
ccrcle de feu. 

» .NYanmoins colte couronne de volcans reste ouvcrte 
vers lo Slid, landis fine, vers Ic pole, la sdpardlion ded 
conlinenls de I'ancien et du nouveau tnonde n'a aiica- 
nenienl empeche la ligne de jonclion de se Conlinuef 
sous la inei". II est vral que les continents se rappi'6- 
client an dotroit de Beliring jusqu'ii la distance de 
quelques lieures; el Cela m6nie pourrait nous faire 
admetlro uno contemporandite d'origine enlre ccllc 
couronne de feit qui jaillit de rablme des inei'S ct los 
vastes plaines conlinentalcs qu'elle soul^Ve au dcla. 
Ce qui senibierait confirnier cette idee, c'est pl'cicls^'- 
uienl Ic phdiiouiene negatil' de cette grande lacune dd 
mille lieues geographiques qui s'^lend de la pointe sud 
du cap Horn jusqu'a celle de la Tasmanio, oii la cein- 
lure de volcans cesse, et avec elle la foruie conlinert' 
tale. A partir de ces deux points eXtrftines, commence 
un Vaste ocean presque complelement vitlc d'lles et 
bien plus gt'and que la iner polyn^sienne comprise 
dans le cercle des volcans. La grande tone ^quatoriale 
dds lies, pcncliee dans la direction de I'^cliplique, 
s'avartcc des Philippines Vers le sud-est h ttavers un 
grand nomhre de groUpes serres les uiis conlre les 
autres jusqu'h la solitaire ile du Piques j Comme une 
nouvelle vuie laclee , elle aniu:e la mer azuree du Sud : 
une autre ligne j)aralRle, niais bien plus faible, part 
de rarchipel du Japon et s'en va finir au voicail colossal 
des lies Sandwich. A toutcs ces richesses dU cercle 
volcanique , I'oc^an du sud u'oppose dans sa region 
mcritlionale qu'une extreme pauvrete de fori»es insu- 
laires bien connues des niarins. Le navigateur antarc- 



(9) 
lique n'a pu , dans tout rh^inisphfere qui s'elend au 
sud de la grande lacune, d^couvrir que de simples 
6cueils isol6s, a peine dignes du nom d'iles, tels que 
ceux d'Alexandre I" et de Paul I", sauf toutefois la 
terre de Victoria et sa crete de volcans reconnus paf 
James Ross. Dans I'immense espace de la mer du Sud 
que James Weddel travefsa en 1822, aucune terre ne 
fut signalee. II en est de meme dans la mer des Indes, 
entre la terre de la Nouvelle-HoUande et le sud-est de 
rAlViquc; car Kerguelen, Saint-Paul, et Amsterdam , 
sont a peine dignes du nom d'6cueils , et les lies ju- 
iilelles de Mauince et de Bourbon sont parfaitement 
Isoldes. Dans I'ocean Atlantique, a pai't les r^cifs de la 
terre de Sandwich et le groupe du Shetland meri* 
dional , on ne voit au midi de I'equateur que des lies 
tres-distantes les unes des autres, la Trinite, Sainte- 
Hel^ne, TiVscension , qui surgissent des mers les plus 
profondes qu'on ait encore mesurees; car le premier 
sondagc de Ross donne 14 550 pieds anglais, c'est-a- 
dire la hauleur du Mont-Blanc, et le second indique 
une profondeur de 27 600 pieds. 

» C'est au nord de T^quateur seulement, aux anti- 
podes des lies de la mer du Sud, que des groupes plus 
nombreux, mais cependant solitaires et volcaniques, 
s'elevent au-dessus de la surface maritime : telles sont 
les Canaries, les Agores, les Feroer, peut-6tre meme 
rislande,qu'il vaut pourtantmieux compter au n ombre 
des lies du cercle polaire; de mealc, ainsi que le lait 
observer James Ross, au nord. Tile de Jean Mayen; au 
sud, le volcan Er6be, haul de 12 000 pieds, rcgagnent 
par leur nouvelle activity et par leurs formations in- 



( 10) 
cessaiiles le leiraln que le vaslo espace des mei's a fait 
perdre a la surface des continents. 

» La force de soulevenient de la matiere en fusion, 
qui en dehors du cercle dc fou ne s'est manifestec que 
par de rares, mais d'aulant plus vastcs centres d'erup- 
tions dresses au-dessus des profondeurs de I'Ocean, de- 
rail autrefois dt^pioyer une puissance bien plus grande 
dans le bassin tout enlier de la mer du Sud ; car, outre 
les lies qui s'elevent hors des eaux, d'autres lies, res- 
ides invisibles, se sont soulevees par milliers sur le 
fond gonfle de la mer, et se sont approcliees de la sur- 
face sous forme de has fonds, d'ecueils, de recifs, ou 
les polypes et les madrepores fondent leurs colonies, 
quand I'ondulation des flots le leur permet. Ainsi la 
force interne, dislribuee sous tous ces milliers de 
points a la fois, semble 6tre bien impuissanle pour 
d'lever au-dessus de la surface des mers ce continent 
invisible dont une suite de sondagcs n'a pu encore de- 
terminer jusqu'a present I'^tendue. 

» Celte action, appliquee a de vastos espaces et non 
pas seulement a des points isoles, se uiontre partout 
en dehors du cercle volcanique dans le soulevenient 
de I'ancien et du nouveau raonde ; leurs plus hauts 
plateaux continus et leurs chahies les plus allieres 
s'entassent autour de I'anneau des volcans, tandis que 
du cote oppose, vers I'interieur des terres , s'elendent 
les grandes depressions qui, dans les deux mondcs, 
sc (lirigent toutes \ers le nord , le nord-oucst , I'ouest, 
le nord-est, ainsi que vers I'ocean Atlantique et les 
latitudes arctiques de notre plan^te , evidemment 
parce que la force interne, en dimiuuant peu a peu 



( 11 ) 

son 6lan, pouvalt d'autant inieux reserver son action 
pour soulever du cote de cette region polaire des terras 
basses, horizontales, et parfailement unies. G'est ainsi 
qu'a ^te cre6 le contrasle entre la formation conli- 
nenlale et les formations insulaires , et que le progres 
dans I'histoire du pass6 et de I'avenir a 616 rendu pos- 
sible. 

» A I'ouest de la rang^e des volcans de I'Oc^anie , 
dont aucun ne se reproduit sur le continent qui s'etend 
en face, on remarque la vaste depression de la Nou- 
velle-HoUande, masse enorme que la force interne, si 
active dans le bassin de la mer du Sud, n'a pu soulever 
plus haut ; meme le detroit si peu profond et si riche 
en coraux, qui separe ce continent de la Nouvelle- 
Guinee , n'a pu etre hausse au-dessus de la mer, ou 
bien a 6t6 replong^ sous les vagues. 

» Celte depression du continent austral se poursuit 
aussi vers le nord-ouest entre la Carpentarie et le sud 
de Malacca, au moyen de I'isthme de la Sonde, perc6 
de si nombreux detroits. Au dela, sur le continent 
niSme de I'Asie, s'etendent les basses terres de I'lnde 
au dela du Gange , du Tonkin , de la Chine orienlale , 
jusqu'a ce qu'enfin la premiere muraille du grand 
plateau central asiatique 6leve, vis-a-vis des volcans du 
Japon , sur les cotes escarp^es de Leao-Tong et de la 
Cor6e, une barri^re infranchissable. 

» Un ph^nomene analogue se montre dans les deux 
Am^riques ; la aussi toutes les grandes depressions 
commencent immediatement en dega de I'anneau 
volcaniqwe des Cordilleres et des plateaux eleves , 
mais etroits et allonges, que cette chaine soul^ve sur 
son epine dorsale. Analogic remarquable ; da,ns \'\m- 



( 12 ) 

iiiense espaco des plaines Ho I'Ain^rique orientale 
n'npparalt pas un seul volcan , pas pins que sur le 
continent de rAuslralie, et la pentc des gt-andes de- 
pressions et (111 syst^me des fleuves descend des bords 
exl^rieurs du cercle de feu qui , dans celt6 parlie du 
monde, se conl'ond enti^rement avec la grande cein- 
ture terrestre. Quant aux bords intdrieurs du cercle 
volcanique , ils se pr^cipitent vers le bassin de la mer 
du Sud , landis que de I'autre c6t& les depressions 
continentales, parseinees c^ et Ih de groupes inf(irieurs 
de inontagnes, s'abaissent el s'aplalissent de terrasse 
en terrasse vers l6 grand oc^an Allantique. 

» Quel spectacle plus admirable que celte analogie 
des deux nouveaux mondes, de I'Oc^anle el de I'Aine- 
rique , dans leiirs soul^vements el leui'd d(§pressionS 
par rapport au cercle de feu insulaire et continental , 
qui des profondes fissures de son foyer de chalour 
refond et soul^vo les lerres environantes I 

» Dans I'ancien continent, on voit se reproduirc la 
mt'ine loi g^n^rale dans la constitution analogue des 
soul^vemenls, des abaissemonts et des depressions; 
mais cette loi est modifiee par la forme articulee dcs 
presqu'iles meridionales et par I'j^loignemenl du cercle 
volcanique, qui se replie tout a coup vers le sud-6sl 
du Grand Ocean ; apres cette separation , la grande 
ceinlure des cotes suit les contours de la Chine in^- 
ridionale, des deux Indes, de I'Arabie, de lEthiopic, 
de I'Alrique, en face d'^ Madagascar, dl va se terminer 
au cap de lJonne-Esp(^rance, 

)) II sorait instructif d'appliquer A Tensomblc du 
continent ce qii'Alexandro de Humboldt a proiive en 
ce qui cdncerne le plateau rhomboidal du centre de 



( ^3 ) 
I'Asie , car le ph^nom^ne parliculier dont il parle se 
retrouve partout comnio loi invariable : la diagonale 
qui traverse ce plateau central du sud-ouest au nord- 
QSt, et le divise en deux moilies trjangulaires, le Thibet 
et la Mongolie, est en m6me temps I'axe du grand sou- 
levenient entre les puissants colosses qui se dressent 
au sud-est, et la depression generale du nord-ouest. 
Le plus grand renfleraent s'elfeve jusqu'a l/i 000 pieds 
dans le haut Thibet, el les somraels de I'Hiiualaya 
alteignept jusqu'a la hauteur absolue de 20 000 el de 
25 000 pieds. La muraille escarp6e qui domine les 
vasles plainea du sud de la Chine et des deux hides, 
etendues a ses pieds, parail alleindre a de plus grandes 
hauteurs encore et depassor toutes les autres chahies 
du globe. Bien que des mesures directes ne le demon- 
trent pas encore, cependant rel6vation loujours crois- 
sante des souimets vers Test semblerait I'indjquer. 
Ainsi dans le Sikkim , le Kintschin-dschinga, auquel 
le colonel Waugh et Hooker ont, par leur derniere 
Evaluation, donne la hauteqr de 26438 pieds parisiens, 
s'eleve encore plus haut que le Dschawahir, le Dhawa- 
laghiri et le Tscbamalari, et par^i les monts de I'Hi- 
ijialaya toumes vers le sud-egt, ce g^anl pprait avoir 
beaucoup de fr^res. 

» Au dela de I'axe diagonal du grand plateau central 
asialique , la, ou la MongoUe s'abaisse vers le nord- 
ouest, I'ancien nionde tout enlier descend de terrasse 
en terrasse, par de larges degres, jusqu'a la mer Gla- 
ciale, au nord de j'Europe et de la Siberie, 

» La lisiere raeridionale du plateau de Gobi, au- 
dessus de Peking, est de 8 000 pieds plus elev6e 
que la surface de la mer; n^ais, d'apr^s le nivelle- 



( 14 ) 

raent dcs acatlcmiciens russes , la penle descend vers 
le nord-ouest par des gradations successives de 5 000, 
A 000, 3 400 el 2Z|00 picds, jusqu'au niveau du lac de 
Baikal, et plus has encore jusqu'au lac Dsaisang, aux 
sources de I'lrtisch, a 1 000 pieds do hauteur absolue. 
Puis celte depression , s'elendant sur toute la largeur 
de I'ancien continent, s'abaisse peu a peu vers I'ouest 
jusqu'aux cavites , mieux connues deja, de la mer 
d'Aral et de la mer Caspienne ( — 72 | pieds); a To- 
bolsk, elle n'a plus que 100 pieds d'elevation au-dessus 
de la mer; un peu plus loin, au milieu de I'h^misph^re 
continental, elle se reunit avec les grandes plaines de 
I'Europe, entre la mer Noire, la mer' Caspienne et la 
mer Baltique, et enfin va rejoindre le cercle polaire, 
que forment autour de la zone arclique les terres gla- 
cises et parfaitement semblables du nord de I'Europe 
et de I'Am^rique. 

» La meme loi qui a souleve a pic de colossales mon- 
tagnes tout autour de la grande ceinture de cotes, et 
d^prime les continents dans la direction opposee vers 
I'interieur de I'hemisph^re continental, se repute dans 
les formations de plateaux continus ou isoles, et suit 
toujours la direction du grand cercle. Elle nous fait 
ainsi conclure, de I'analogle des ph^nomenes, a I'ana- 
logie des causes actives et productrices. La direction 
normale de I'axe de soulevement du plateau central 
de I'Asie est absolument la meme que celle de tous 
les renflements du globe, et tous les plateaux suivent 
la mfeme direction a travers les continents; de facon 
que celle diagonale particuli^re du plateau asialique 
semble altester la loi universelle des soulevements de 
I'^corce terrestre ; mais cette direction g^n^rale des 



( ^^) 

plateaux n'est point la mOme que celle des chalnes rie 
inontagnes, souvent diam^tralement oppos^es, dont le 
cours est indique par les dechirures des vallees inter- 
m^diaires, et qu'Elie de Beaumont a classics dans leur 
oidre geologique et chronologique. 

» Dans le plateau persique, la haute muraille du 
Bdoutchistan se dresse vers le sud est aux environs de 
Kh6lat, jusqu'a la hauteur considerable de 8000 pieds; 
raais le sol s'abaisse vers le nord-ouest, et n'a plus a 
Ispahan que la moitie de cette elevation; a Teheran, 
que 3 700; a Cora, que 2 000 pieds; plus loin, vers la 
Bucharie et la mer d'Aral, il descend encore plus 
rapidement, et au sud de la mer Caspienne, il se pr6- 
cipite tout a coup au-dessous du niveau de I'Ocean. 
Le plateau du D6can s'^leve a Utacanund , dans le 
Nilgherri, pr^s du cap Comorin, jusqu'a 9 000 pieds; 
puis il descend par le Mysore, le Malwa et le Mewar, 
jusqu'au Vindhyan et aux plaines du Scinde, et ren- 
contre enfin vers le nord labarriferede I'Himalaya. C'est 
egalement dans le Netsched (pays ^leve), a Tangle sud- 
est de I'Hadramaut, de I'Oman et de I'Y^men, que le 
plateau de I'Arabie atteint sa plus grande elevation, les 
nionts de I'Encens, a Makalla, s'^levant a 5000 pieds; 
le Djebel-Ashdar, dans le pays d'Oman, a 6 000 ; Djebel- 
Taas, au-dessus de Taas , a 7 000, d'apres Bolta. Mais 
a Sanaa, plus au nord, ce plateau compte tout au plus 
h 000 pieds ; aux environs de la Mecque, a Taif, 3 000 ; 
et vers Bahrain, sur les cotes du golte Persique, vers 
le Schat el-Arab et les plaines de la M6sopotaniie , le 
pays tout entier n'est plus qu'une vaste depression. Le 
groupe m6me du Sinai suit la loi g^neralc, bien qu'il 
s't^l6ve sur nne langue de lene enire deux gollos de la 



( 16 ) 
mer Rouge, el bien que son plateau septeoliional soil 
a peine inclique. Lui aussi pr^sente du cot^ de la mev 
Rouge sa pente la plus haute et la plus escarpee, de la 
meme uianiere que le grand soulevomenl des plateaux 
de I'Afrique, dout la crete doniinante est lournee vers 
le Grand Ocean Indien : dans les niontagnes Neigeuses, 
le plateau uionte a 10 000 pieds pr^s des sources de 
rOrange; a (3 000 au moins , a Touest de Mouibaza, 
aussi haut que dans les montagnes Neigeuses, ainsi 
queRebnianu Fa recemment decouvert; dans la liaute 
Abyssinie, a Schoah {C/ioa), pr^s d'Angolalla , le sol 
$e renfle, d'apres Harris, jusqu'a 9 i\ 10 000 pieds; a 
7 000, d'apres Ruppel , dans I'Abyssinie du nord , a 
Gondar; a 13 000 dans le Schamen [Seinen]. Comuie 
on le sail, TAfrique s'abaisse au nord vers le desert 
de Sahara, et par Tinterra^diaire de la grande vallc^i.' 
du Nil, vers la plus vasle depression, que comblc en 
partie la Mediterranee , oii debouchent les vasles 
plaines de I'Europe orientale el de la mer Noire , de 
la lueiue maniere que les plaines de I'Europe cenlrale 
debouchent dans la mer Baltique el dans la mer du 
Nord. 

» Le syst^me des montagnes paralleles au meridien 
interronipt seul cet all'aissemenl gdneral du nord-ouest 
des continents, et les trois grandes chaines de I'Oural, 
dea Alpes Scandinaves et des All»Sghanys , qui appar- 
liennent toules trois aux latitudes septentrionales, par- 
lagenl les vastes plaines du nord en lerritoires le plus 
souvent parsemds de lacs. D'aulres chaines isolces, et 
parfailcment dislinctes, qui se dirigenl de Test a I'ouest, 
comme le Caucase, les Karpalhes, les Alpes, les Pyr»i- 
n^es, se sent d^velopp6es d'une maniere plus ind^- 



(17) 

pendante de cet organisme compacle, auqnel n'^laienl 
soumis que les renflements montagneux du bord des 
plateaux ; ces chaines forment a elles seules , surtout 
vers I'ouest , si decoupe, de I'ancien continent, des 
syslemes particuliers et individuels, qui sont le carac- 
I6re distinclif de I'Europe. » 

M. Ritter fait ensuile observer que I'opposition , 
devenue bistorique, do I'Orient el de I'Occident, s'ex- 
plique par la situation respective des diverses parties 
du nionde , mais que la civilisation a du modifier 
profondement I'influence de la disposition geogra- 
phique des lieux; el il trace un briliant tableau des 
decouvertes qui sont venues successivement iniprimer 
aux esprits une nouvelle direction; puis il passe en revue 
les grandes divisions de I'univers, I'Asie , I'Afrique , 
I'Europe, I'Ara^rique , les iles qui s'y rattachent, et 
teroiine ainsi : 

« Le nord de I'Asie devait , au commencement des 
siecles, demander le principe de sa civilisation au pla- 
teau central d'oii coulaient ses grands fleuves, et c'est 
ausside luqu'il ai'CQusesbabitants, jusqu'a cequ'enfin 
le progr^s de I'Europe orientale, sa voisine , I'ait en- 
vahi; car les richesses melalliques du syst^me de I'Oural 
font decette cbaine unc medialrice, de barriere qu'elle 
(3lait. Les rapports du groupement des trois anciennes 
parties du monde autour de laMediterranee, quibaigne 
leurs rivages interieurs, ont determine la marche qu'a 
suivie le developpement du sud de I'Europe; mais ce 
n'^tait la qu'une action temporaire, contre laquelle, 
dans les derniers temps, il y a eu reaction. 

» Chaque parlie du globe lient originairement de sa 
forme el de sa position, sa fonclion parliculiere dans 
III. lANviEn. 2. 2 



( '18 ) 
la uitirclie de I'liuinanil^, comme ^l^nient de I'orga- 
nisiue terreslre. 

» L'Asie a dii choisir ses propres cotes, c'est-a-dire 
ses riches articulations du sud et dc I'ost, pour theatre 
de son develojipemenl progressif; aussi les Indes sont- 
elles restees pendant de longs siecles un centre vivant 
d'attraclion, 

» La constitution si riche des Irois presqu'iles civi- 
lisees de I'Asie du sud, c'est-a-dire des deux Indes el 
de I'Arabie, se reproduit sur une plus j)etite echolle 
au sud de i'Europe, dans les trois I'orinalions, diffe- 
rentes il est vrai, uiais cependant peninsulaires, de 
rilalie au milieu , de I'Espagne et de la Grece aux 
deux coles : seulement ces presqu'iles ne sont plus 
dans la proximite tropicale de I'equateur, mais a 20 de- 
gres de latitude plus haut, dans la zone temperee; 
voila pourquoi leurs fouctions devaient aboutir a de 
lout autres effels dans un autre cercle de pays, de 
peuples et d'idees. 

» Ces deux groupes])6ninsulaires de I'Asie el de I'Eu- 
rope, lous les deux composes de trois presqu'iles large- 
ment pourvues de ressources nalurelles el de forces in- 
tuiligentcs, oilrent les plus grandes richesscs de la 
terre. C'esl par eux, c'est par leurs articulations el 
ie facile developpemenl de leur vie interieure et exte- 
rieure que I'Asie, dans la zone toi-ride, el I'Europe, 
dans la zone temperee , ont pu fonder la civilisation 
liumainc ; de mfime, I'Amdirique du nord et la Tasma- 
nie, I'une vers la zone arctique, I'autre vers la zone an- 
larctique, ont a accomplir dans la suite des temps une 
ceuvrequine sera pas longtcmps un mystore, car d(^ja 
nous voyons percer les germes dc leur avonir. 



(19 ) 

» Ainsi ties a present nous pouvons pr^voir la pre- 
ponderance future du jeune continent de TAm^rique 
dent I'expansion est vraiment gigantesque; deja nous 
pouvons lire en traits bien marques comment la con- 
figuration de la partie m^ridionale, de FAm^riquc du 
nord surlout, doit remporter sur celles despresqu'iles 
du sud de I'Europe et de I'Asie; mais ce triomphe 
n'apparailra avec 6clat que du jour ou le continent 
du midi aura, comme son voisin du nord, appi'is a eta- 
blir I'equilibre dans les progrfes de la civilisalion et de 
la culture. En effet, les p6ninsules de I'Asie s'avancent, 
en partie du moins, dans I'ocean Indien, vide d'ilos el 
d'hommes ; les presqu'iles de I'Europe n'ont en face 
que les contrees, inhospitalieres ou difliciles a con- 
qu^rir, de la Liljye, de I'Algerie, de la Mauritanie. 
Les regions m^ridionales de i'Auj^rique du nord (Caro- 
line, Georgie, Floride , Louisiane, Texas, Mexique, 
Caiifornie) s'avancent vers des rives lout aussi beanies 
(le la nature , et par dela vers le continent tropical 
et sous - tropical ; de meme que, dans les anciens 
temps, I'Asie plus civilisee vojait I'Europe a son cou- 
cbant grandir de plus en plus, de meme I'Amerique 
du nord voit un monde nouveau se lever au midi. 
Aussi n'y a-t-il pas a douter qu'a I'avenir, le groupe 
mediateur des Antilles ne reunisse bien plus les deux 
continents qu'il ne I'a fait jusqu'ici. 

» La constitution physique du globe a refuse a I'Ame- 
rique le privilege que I'ancien monde a possede, pen- 
dant les siecles d'autrefois, de d^velopper, de I'Orient 
a rOccident, a travers des contrees et des temperatures 
analogues , les phases toujours nouvelles de son deve- 
loppement historique ; mais le nouveau continent a 



( 20 ) 

regu en revanclie, dans sa direction principale dii nord 
au sud , la facility d'un j)iogr^s plus rapide. 

» La suiahondancc do ricliesscs que la ^iluation 
g^ograpliique procure a tant de lieux du globe ne peut 
etre conimuniquee qu'avec le temps aux pays plus 
pauvres ou encore en friclie. 

» Dans quelle mesurc le progres de la civilisation 
terrestro peut-il ainener cette egalisation des richesses? 
Nous Tapprcnons par les conlrastes dc I'liistolre an- 
cienne el moderne, el d'une nianiere Lien plus frap- 
pante encore, par la contemplation de cette vie nou- 
velle que les elements de la civilisation europeenne 
ont fait gei'mer, par le moyen de la navigation , sur 
les rivages des continents les plus eloignes et sur les 
groupes du monde oceanique. 

))D'un autre c6t6, la haule perfectibility qui se ma- 
nifesle dans la mise en cEuvre de tous les elements de 
civilisation, r^pandus sur la surface solide des divers 
continents, nous laisse a peine encore un doule sur la 
possibilile de transformer la nature ])ar I'induslrie, 
pour la rendre apte a de nouvelles fonctions dans 
I'histoire du genre humain. » 



( 21 ) 
EXPEDITION DANS L'AFRIQLE CENTRALE, 

Tn*DUiT DK l'anolais 
PAR M. DE LA ROQUETTE. 

sriTB (1). 

M. le docteur Barlh a icrit de Kouka, 1" septeinbre 
1851, la lettre suivante au docteur Beke : 

Mon cher monsieur, 

Nous ne somnies pas encore jiarlis , mais il semhlc 
maintenant que lout est pret pour noire rldipart, les 
Arabes s'etant procur*^ des chevaux et des provisions. 
Dans huit jours, s'il plait a Dieu , nous aurons hiisse 
derriere nous cette villa, ou la fievre allaque on ce 
moment les elrangers, conime les naturels. Je dois dire 
que je suis tres-affail)li ; mais, grace au (lie!, je suis 
n^anmoins en etat d'agir et de me mouvoir. Apres 
avoir mis en ordre raon journal depuis cette place jus- 
qu'a Yola, j'ai fait une csquisse de la route, ct essaye 
de placer sur une meme feuille tous mes itineraires 
traversantia contree, jusqu'ici inconnue, cn\ve\eS/iarf 
(Chary) et le Ktvarn (Kouara). J'ai pu corriger, sous 
plusicurs rapports, cts routes que j'avais cu le plaisir 
de vous communiquer, etj'ai recueilli encore plusieurs 
autres r^nseignements sur de nouvelles voies de com- 
munication. La position de Yacoha est pour moi un 
point de difficulty, et je nc doute pas que cette place 
n'ait6te portee beaucoup trop loin au sud; mais je n'ai 

(l) Voyez le Bulletin de la Socie'te de geographie, decenibre i85t, 
4* sei., t. H, p. .{09-413. 



( '^2 ) 

lien change a eel oL^aid. Si I'houiiDe qui se cliartj;e de 
celte lettre retarde son dt^part cl reste ici encore Irois 
ou qualre jours de plus, j'ospere envoyer ma carte en 
Angleterre par la m6me occasion. Cependant, comme 
cela n'est pas tres-siir, parce que je ne suis pas toujours 
en elat de travailler, je vous adresse ici les positions 
des points les plus imporlants de ma route. 

Tola, 8° 2' lat. N., 13" 5' longit. E. de Greenwich (10» 
Ab'de Paris). 

Le Taepe, ou point de jonction des deux rivieres , 
S* I'i'lat. N., ilx' 37' longil: E. de G. (12^ 17' de P.). 

Uba, place frontiere du nord de I'Adamawa, 9° 45' 
lat. N., U'-riongit. E. deG. (11" 41' de P.). 

Uje-Kasoukkoula, 11" 20' lal. N., 15" 17' longit. E. 
deG. (12''57'deP.). 

J'ai maintenant lant de points sur le Benoue, qu'on 
peul tracer tout le cours de cette riviere presque avec 
uno complete certitude. L'opinion de W. Alien a ce 
sujot me semble presque incroyablc. II ne coule pas 
Ic plus petit ruisseau de Yacoba au Benoue; et quanl 
au petit cours d'eau observe par Lander, au nord de 
ce qu'il appolle Dungoura, il [>rend une direction lout 
a fait oppos^e. 

Mais il n'est pas necessaire pour moi d'iusister sur 
celte opinion djmise, en opposition a ce qui a ete i^labli, 
par un vojageur I'istingue par son esprit Ingenicux et 
observaleur. Je Iracerai le cours de cette iinportantc 
riviere de TAdamawa, avec ses principaux Iributuires. 
Je fais en m6me temps de grands progres dans mes 
rechercbes sur la conlree siluee entre le Chary 1 1 le 
JNil, et j'ai deja reuni un reseau de routes s'elendanl 
presque au sud de I'equateur. 



( '^:^ ) 

Quant a la route que nous sommes au moment de 
prendre, nous suivrons celle de Mourzouk jusqu'au 
puits de Kachifeiy ; puis nous nous dulgerons au nord- 
est, immediatemenl apres avoir {.\\\\\\.k. Ingaegimi, vlUe 
situee a I'extremite nord-ouest du lac. Nos stations de 
la en avant sont ; Maiijat, Bir Nefasa, Bir She-rifa (Che- 
rifa), Bir el-Hosha^ el Hamir, Bir Hadnj, Birel-'Halesh, 
Bir ben-Mussebi, Bir Sn/i, Kederi, Dira, Birfo, Agae., 
Tarro-u-Karro, Udanga, Yaio el-Kebir; et, non loin de 
la , Yaio el-Svir : un voyage de trois journees dans le 
Borgon conduit le voyageur a Lenger, appele par les 
Arabes Beled el-Amian. G'est la route moyenne enti'e 
la route supt^jrieure de Bir Kachifery el une route basse 
j)ar le Kanem, qui conduit par Turra, Balaia, Berri, 
Kaskaiva, Talgiii, Fn/i, etc. 

J'ai ote tellement occup^ des contr^es du sud , que 
j'ai entiferement neglige de vous envoyer mes routes a 
Matv des deux cotes du lac. S'il plait a Dleu. nous 
serons bionlot en (^tat de faire mieux connaitre le 
Kanem, contree qui, dans les anciens temps, avail tanl 
d'iraportance, lorsque Enjimie etait la celebre capitale 
de ce puissant royaume , dont le Bornou n'est qu'un 
rejeton. 

Ce dont nous manquons, ce sont des subsides consi- 
derables ; car en ce moment notre situation financierc 
nous cause de Tinquietude et meme les plus grandes 
difllcultes (1). 

(i) Voyez a la suite, d.uis ce ineme numero du Bulletin, le proces- 
vei'bal (111 3 Janvier. 



( 2/i ) 

VOYAGE 1)E DOM IGNACE KNOBLECIIER 

SUR LE HALT FLEUVE BLANC (1). 

(Article communique par M. Jomard.) 

Pendant I'annee 184G, Gregoirc XVI congut le projet 
lie porter la foi catholique dans I'Afrique centrale, et 
il toiirna les yeux du c6t6 de la region du Nil supe- 
rieur : ce n'est que sous le pontifical dc Pie IX que ce 
projet rc(;ut un commencement d'ex^cution. Le reve- 
rend dom Ignace Knoblecher, de Laybach, fut charg6 
de cetle mission, ct il regut, a cotte occasion, le tilre de 
missionnaire apostolique, vicaire general de I'Afrique 
centrale. II se rendit d'abord en Syrie, et parcourut le 
mont Liban et la Palestine. Ensuite il passa en figyptc, 
se munit de bons instruments, et partit pour visiter 
Phiiae et la Nubie, Ouady el-Kenous, Batn el-Hadjar, 
Dar-Sokol, Mabas et Dongola. 

Le 26 Janvier 18Zi8, il 6tait a Ambukol. De la il se 
rendit a Bayouda et a El-Khartoum, oil il se livra a 
des observations suivies pendant assez longtemps. 

Enfin , le 13 novembre , il quitta Khartoum, pour 
reraonter le fleuve Blanc. II accompagnait une expe- 
dition (igyptienne, moiti6 commer^ante et moitie mi- 
lilaire. Apres avoir visile les Scliillouks, les Dinkas, les 
Kyks, les lleliabs, les Bor, les Zhir et les Bary, il ar- 
riva, au milieu de Janvier 1850, au lieu de Logwek, 
par la latitude de h" 9' nord : il avail eu roccasion 

(l) Voyez les coinniunications failes par M. de la Roquetle a l.i 
seance de la Commission centrale (111 - niais i 85 1, et les observations 
de M. Ant. d'Abbadie dans ic meme Bulletin dc mars i85i, 4* seric, 
t. I, p. 237 ft suiv. 



( -^5 ) 
d'examiner Nierkany, Belenyan, el aulres lieux voi- 
sins, en parlie visiles et mentionn^s par notre com- 
patriote d'Arnaud. 

Dom Knoblecher n'a donne jusqu'ici que peu de 
details sur son voyage; mais on est assured qu'il a re- 
cueilli d'inl^ressants documents sur les peuplades du 
haul Nil Blanc, sur les Zhir, les Bary et les autres na- 
tions, comme aussi sur les v^g^taux de ces regions 
Iropicales. L'objet principal de sa mission 6tant d'y 
r(!!pant]re la foi, il s'est occupe activement des moyens 
d'^vang^liser les indigenes, ce qui parail presenter 
moins de difficult^ que la ou la langue des Arabes et 
la religion mahometane sont etablies. II a en conse- 
quence propose de faire de Khartoum le centre de la 
mission : d'apres son avis, on a du y etablir des ^colcs. 
Cette circonstance me semble expliquer, en partie 
du moins, la mesure qu'a prise le vice -roi acluel 
d'figyple , el qui a »^tonne tout le monde : I'envoi re- 
cent, a Rbarloum, du cheykh Refah-Bey, le directeur 
de I'ecole des langues et de traduction, etablie au Gaire 
depuis vingt ans. En eflet, Refah-Bey a ete charge 
d'ouvrir a Khartoum des (^coles musulmanes. 

Je ferai suivre ces courtes lignes sur le voyage de 
dom Ignace Knoblecher par le relev^ de dix-huit de ses 
observations de latitude et de longitude, failes sur les 
bords du Nil superieur en des points principaux : le 
nombre tie celles qu'il a I'aites est plus considerable; 
on lui doit aussi cent quatrc-vingt-huit observations du 
thermomelre et neuf observations de la temperature 
du fleuve, execut^es du 13 novembre 1849 au 17 Janvier 
1850; le minimum du th(!rmometre a ele observe, le 
11 d^cembre a sepl heuros du malin, a savoir + 15", 7; 



( 26 ) 

lo m^me jour, k quatre heures apr^s-inidi , il ^tait 
a 57°. Le maximum a eu lieu le 19 novemhre; le Iher- 
mom^tre , a quatre heures, marquait 39". Toutes les 
observations ont el6 failes k I'Dmhre et au thermo- 
mfetre centigrade. 

D'apr^s les fragments de carle que j'ai regus de la 
part du savant voyageur, j'ai lieu de croire qu'il a dQ 
faire des rclev^s dcs Lords du fleuve le long de son 
cours, ce qui permetlra de comparer ce relev^ avec 
le travail important et tr^s-etcndu qu'a fait M. d'Ar- 
naud (1). Ccs fragments sont relatifs aux environs du 
mont Logwek, deja reprosentes dans la carte de notre 
compatrioto, c'est-a-dire le mont Belenynn, le mont 
Kerek, le mont Lu-lury, le mont Nyerkani, le mont 
Nyamour (des Dinkas), le mont Rego, le mont Belen- 
ghin, les lieux d'^//^«/r, Gondokoro, Goumho, etc. 

JoMAUD. 

EXTRAIT DKS OBSERVATIONS. 
DATES. LIEUX. I.ATIT. LONOIT. EST *. 

Lei3nov.i849 Depart de Kliartoum .... i5°33'27" ag".*)!' i" 

Le 17 Posit, des Aiabes Hassanicli. i4 4^ 24 29 37 4' 

Le 19 Les negres Snhillouks. ... i3 33 29 29 37 5l 

Le 23 Bakkara el Diiika 12 21 53 29 4^ 5o 

Le28 lledesSchillouks 9 44 36 a8 26 4i 

» M' iSyamour, Dlnka (granil). » » « 29 28 « 

Le 2 decembre. Malaka ( SL-liillouk ) 9 27 29 27 37 57 

Le 5 Les Nouer's 92455 26 4 ^9 

Le 1 1 Les Kyks 7184^ 26 37 3o 

(1) Les fraf;mentsauraientete publics dans le Bulletin, s'ils n'avaii-iit 
pas ete inallieureusement egare's par le graveur. 

* II est (JiHicile ile devincr quel est le mi'iidieii a pailir duqucl le pure Kiioble- 
clicr a coinpic ses longitudes. Eu efiel, la luiigiliidc connue <le K.liailoum isl de .'iO* 
17' 50" a Porienl de Paris. (Cailliaiid, Fcyagc a Me'roe, I. 111.) Ici 011 lioiive 29° 5(V 
l"i or, on lie cuunait aucua observatoire place a 0* 26' 29" a Tett du me'iidicn dc 
Paria. 



( 27 ) 

UATES. LIEUX. LATIT. LONGIT. EST. 

LeaS LesHeliab 6* a 4' 56" q6°38' 5" 

Le 28 Les Heliab et Bor 6 6 56 26 4' 53 

Le 3o Les Bor 5 54 56 26 43 ii 

Le3i Les Bor et Zhir 5 49 6 26 '43 4? 

Lei"janv.i85o Les Zhir 5 45 4^ 26 43 Sy 

Leg LesBary 5 4 '^ 26 33 23 

» Mont Nyerkani 5 » » 26* >• » 

Le 14 MontBelenyan 4 36 34 26 24 n 

Le 1 7 Mont Logwek 4 9 " 26 * » » 

• Le chift'rc rond de 26o, rapporle sans autre indication, annonce assez que I'ob- 
servalion n'esl qu'uoe simple eslime; ce nombre n'esl pas porle'sur le tableau et ne 
figure que sur le plan ; il diitere d'ailleurs considc'rablement de Teslime de M, d^Ar- 
nauil. 

OBSEnVATlONS DE M. ANTOINE D'ABBADIfi. 

II est tres-possible que cetle diffe'rence de 26' 29" proviennc , soil d'une obser- 
vation vicieuse, soil de quelque erreur dans la reduction des distances lunaires, que 
nous croyons avoir e'te cmploye'es a determiner ces longitudes. II semble que M. Call- 
liaud n'uit pas public ses ubservalions originates, niais seulemeut leurs re'sultats, et 
Ic reverend pere Knoblecher parail en avoir agi de meme , ce qui est toujours re- 
gretlable; car, en principc , il est difficile d'aftirmer que la longitude de Khartoum 
tlounee par M. Cailliaud soil meilleure que celle que lui assigne le savant mission- 
naire, Dans tous les cas, celle difference ou erreur de 26' 29" est bien loin de sufTire 
puur le'coucilier la parlie haute du (leuve avec celle de M. d'Arnaud; el si les raemcs 
noms ne s'y trouvaient, on serail lente de croire que ce dernier voyageur aurait re- 
moule' uue liviere differcnte, car ses longitudes soul plus oricutales de trots degre's 
que celltfs de M, d'Aruaud, et I'azimut mo; en du flcuve, entre 5 et 9 degre's do lati- 
tude , indiquerait anjourd'hui un conrs dirige' vers le nord-e^t , landis que M. d'Ai- 
naud dirigeail ces memes eaux vers le nord-ouest. II suffit d'avoir sigoale' ces singu- 
lieies differences, et sans insisler sur les directions moyenues donnees par les 
relcvemenls fails a la buussole, nous a'^sure-t-on , duranl toulc la navigation. Nous 
nous contcnlerons de fairc observer que le cours du haul Nil Blanc, selon doni Rno- 
lilechcr, est plus conforme a celui qui fut prcftrd par d'Auville. Le moot Kcuia , 
Iriis eloigne' vers Test, n'aurait alors rien a faire avec les sources de ce fleuve. La 
discieiunice remarquable que nous signalons serait eclaircie si dom Kooljlecher et 
M. d'Aruaud publialent dans noire Bulletin, ou ailleurs, leurs observations origi- 
nates, II est facheux que les fragments de carte donl il est parle' dans la communi- 
cation ci-dessus aient ele' egares ; s'ils avaient pu etre publics, on aurait vu si dom 
Kniiblecherfaitcouler la riviere versle nord-ouest ou vers le nurd-est, dans In parlie 
qui s'elend enUe les 4!- et 9« paralleles de latitude. 



( "28 ) 
SUR LA TOPOGIIAIMIIE 

DES 

GLACIERS DE LA CHAINE DES ALPES. 

COMMl'!<ICATI0N FlITB A LA SOCIETE DE CioGnAPIIIE 

PAR M. AD. SCHLAGINTWEIT. 



Les glaciers sc trouvent generalemcnt r^unis en 
groupes plus on inoins considerables autour des points 
culminants de la chalne des Alpes. Depuis M. de Saus- 
sure, on les divise en glaciers de premier et de second 
ordre, d'apres Icur etendue et leur formation plus ou 
moins reguliere. Les glaciers, on le sail, ne consti- 
tuent pas un phcnoniene parliculier aux Alpes; ils se 
relrouvent dans beaucoup d'aulres cbaines (^lev^es, 
coaime en Norvegc, au Spilzberg et aussi dans I'llima- 
laya, d'apres les observations reoentes de M. Stracbey. 
La temperature, la quanlite des pluies et des nelges, et 
la structure des vallees, forment les principes esscn- 
tiels de leur existence et de leur developpement. Dans 
une valleo des Alpes remplie par un glacier, il faut 
disllngucr le glacier proprement dit ( de glace com- 
pacte ) et les grands cirques de weVr', formes d'une 
neige grenuc. Cepcndaiit la glace ct les neigcs adberent 
forlement enlre elles, et la transition de I'une a I'aulre 
de ces matiires est presque insensible. L'inclinaison 
des glaciers, comparativemenl a celle des pentes envi- 
ronnantes, est faible ; on ne I'dvalue en raoyenne, pour 
les glaciers les i)lus reguliers de premier ordre, que de 
3 a 7 degr^s de leur exlr6miie inferieure a leur exlrd- 
luite superieure , aux creles des montagnes , oil ils 



( 29 ) 

prennent leur origine. Les pai'ois des niontagnes en- 
vironnantes sontortlinairemenl recoiivertes tie couches 
de neigc et de glace, bien moins epaisses, beaucoup 
plus inclinees, et neltement separees d'aillcurs du 
cirque de net^e du glacier par de profondes et longues 
fentes ou crevasses, designees aussi sous le nora de 
primayes. Cliaquc glacier se compose ensuite de divers 
afiluents, s^pares les uns des aulres par les moraines, 
ou depots naturels de pierres roulees et entrainees par 
les neiges. 

Dans les Alpes suisses, le glacier d'Aletsch , situ6 
dans le canton de Berne, est celui qui atteint la plus 
grande longueur (20 kilometres, y compris les cirques 
de neve). La liniite inf^rieure des glaciers correspond 
ordinairement a une hauteur de 4 000 a 6 000 pieds 
de Paris. Si, pour le Grindelwald, elle descend jusqu'a 
2 989 pieds, ce fait remarquable ne peut n^anmoins 
elre consider^ que comme une rare exception. 

Nos observations personnelles en 18/i7 et 18^8 se 
sont particulierement dirigees sur le glacier de la 
Pasterze [Pasterzengletscher], qui s'elend au pied du 
grand Glockner, en Carinthie, et sur le groupe des 
glaciers de I'Octzthal, en Tyrol. Nous sommesdonc en 
6lat de donner ici quelques details sur les dimensions 
de ces glaciers. La plupart des chiffres qui indiquent 
ces mesures ont dte obtenus par des precedes trigo- 
nom^triques. lis ont servi de base pour le trac6 des 
deux cartes jointes au compte rendu de nos explora- 
tions relatives a la structure physique et au mouve- 
ment journalier de ces glaciers. 



( 30 ) 

I. Glacier de la Pasterze. 
a. Dimensions longitudinales. 

Metres. 

Longueur du cirque de neve h 032 

— du glacier proprement dit, a partir 
du cirque de nhe jusqu'a rextrdmil6 inle- 
rieure 5 /|10 

Longueur du glacier dans loute son 6lendue. . 9 ZiOO 

b. Dimensions transversa les. 

Maximum de largeur du cirque de neue. ... Zi J 10 
Largeur du glacier a sa sorlie du cirque de 

«eW (ligne A de la carte) 806 

Largeur moyenne du glacier pr^s de la Jolian- 

nisLiilte (ligne B de la carte) 201 

c. Elevation au-ctvssus du niveau de la mcr. 

Hauteur du cirque de neve au passage des ca- 

\\\t& 6.i\es cles Morts [Todtenlcecher]. . . . 3 358,9 
Exlremite inf^rieure du glacier 1950,5 

d. Inclinaison. 

En combinant la mesure des longueurs avec cello 
des hauteurs au-dessus du niveau de la nier, on arrive 
aux r^sultats suivants : 

Pegriis. 

Inclinaison moyenne du cirque de neve. ... 8" 30' 
— du glacier proprement dit du point 
ouilsortdu cirque de /(cVt' ju"^qu';i la ligne B, 
sur une longueur de 1 853 melres 8" » 

Inclinaison, a parlir de la ligne B, jusqu'a la 

partie la plus reguli^re du glacier 2° 15' 



( 31 ) 
II. Glaciers de VOetzthal. 

Ce groupe de nomlireiix glaciers est situ6 dans le 
grand massif de I'Oetzthal, partie la plus importante 
de la cliaine cristalline et centrale du Tyrol. Voici 
I'indicalion de quelques-unes des dimensions princi- 
pales : 

Metres. 

Grand glacier de Gurgl ; longueur entiere ... 8 820 

Glacier du Hintereis; id 8 260 

— de Vernagt;id., enl8i7etl8Zi8. ... 5 GIO 

Ce glacier est tres-remarquable par les oscillations 
d'j sa marclie. Dans le cours des dei'niers siecles, il a, 
a plusieurs reprises, considerablement augmenle de 
volume et de longueur, pour revenir iteralivement a 
ses anciennes proportions. En 18/|7, il avail atteint le 
maximum de son developpement, tandis qu'en 1823, 
a I'epoque ou les officiei's de I'etat-major aulrichien 
firent ie love de leur belle carle, il ne pr^sentait qu'une 
longueur de A 000 metres. La largeur du glacier, dans 
sa partie la plus reguli^re, 6tait de 996 metres en 
18/i7. 



SUR LES HOMiMES A QUEUE. 



II a et6 plusieurs fois question, dans les seances de 
la Commission centrale de la Societe de geographic, 
de I'existonce prelendue, en Afrique , d'une race 



( 32 ) 
d'homnies donl la colonne vert^brale so piolongerail 
en un appendice carlilagineux ayant fnrnic de queue, 
existence que M. du Couret. voyagciir fran^ais dans la 
meme partie du monde, annoncait coinme certaine, 
sans toutefois jusllfier son assertion. Depuis, M. Rochet 
d'Hericouii, autre voyageur Iranijais (en Abyssinie), 
declarait le 23 novembre J8/i9, a la Sociefe oricntale, 
non pas qu'il eut -vu des individus possesseurs d'un 
prolongement caudal , mais qu'il en avail entendu 
parler sur les lieux a beaucoup dc personnes. 

Bicn avant eux, plusieurs anciens voyageurs avaient 
6crit dans le meuic sens, el en 1G77, un HoUandais 
nomme Jean Struys, homuie, il est vrai , fori credule 
el consid6r6 comme peu veridique, assurait avoir vu 
un iudividu ayant « une queue longuc de plus d'un 
pied, etc. » 

On avail lout a fait oublie ks liommes a queue, 
lorsque, dans la seance de la Commission cenlrale du 
h juillel 1851, M. Francis de Caslelnau, connu par 
d'importanls voyages et une longue residence en Am6- 
rique , a remis cette question sur le tapis, en faisant 
connaltre qu'il semblait r^suller de ses frc^quentes 
conversations avec des noirs d'Haoussa et de I'Ada- 
mawa, interroges par lui a Bahia, qu'il existe r^elle- 
raent, dans un pays situe au sud-ouest du lac Tchad, 
une nation sauvage appel6e Niam-Niam dont lous les 
individus seraient pourvus d'une queue nalurelle. 
M. de Caslelnau communiqua a ce sujet une note qui 
a 6t6 inser6e au Bulletin (1), et qu'il a developp^e en- 
suilc dans une brochure pObliee egalement en 1851 

(i) Voye/. le Bullitiii tl*- juillet iB.'ii, 4' sr'iic, t. 11, j». 25, 77. 



(33 ) 

sous ce litre : Renseignements sur r Afiiqae cenlrale el 
surune nation d'hoinmes a queue quis'f troiwerait, cVapres 
les rapports des negres du Soudan, exclaves a Bahia. 

Le secretaire general de la Commission centrale a 
cru devoir rappeler Ics faits prect^dents, aujourd'iiui 
que la memo question se represente devant la Society. 
Dans la stance de la Commission cenlrale du 9 Jan- 
vier 1852, M. de Paravey a depose sur le bureau deux 
caiques tires de I'Encyclopedie chinoise et de I'Ency- 
clop^die japonnaise, et qui olTrent des hommes a queue. 
« Dans I'un des caiques, dil M. Paravey, les clieveux 
semblent crepus et courts; dans I'autre, les clieveux 
sont longs. Les queues sont assez longues et velues; 
mais dans le Pen-tsao-kang-niou (livre de I'hommeJ 
on dit que les peuples de cette nature ont des queues 
de tortue, c'est-a-dire non velues. 

» Dans le Chan-hay-king, tres-ancien livre chinois , 
mele de fables, ce peuple a queue est aussi indiqu6 
et nomme Po-Jin, et ici le nom Po est ecrit sous la 
clef du cliien , au lieu d'etre 6crit sous la clef de 
I'homme, comrae dans les deux encyclop6dies cities 
ci-dessus. Dans ces encyclopedies, lo nom de ces 
peuples est Kiao-po^ nom qu'on peut traduire par 
esclaves lies, enchaines, sens de Kiao. On les met a 
1500 lis, ou 150 lieues, du royaume de Yong-Tchang, 
et au sud de ce pays : on dit qu'ils creusent un trou 
dans le sable, pour y placer leur queue, quand ils 
veulent s'asseoir, et Ton ajoute qu'ils raeurent si on 
coupe cette queue. 

» Tout ceci semblerait en partie d'accord avec ce que 
les negres du Bresil ont affirme a iVI. de Castelnau ; et 
si cevoyageur avail eie mieux informe, il eiit pu citer 

ni. JANVIER. 3. 3 



( Id 
horhiiiitiiiii, qui , liien a\ant liii, a cit^ en Afriqiie les 
JMaiii-IMatn, on nnilnDpdphfipes ;i queiio, el qui les 
met aussi pnlrc I'Abyssinie et Je goll'e de Benin (1). 
M. (le Pnravey se reserve do puhlior im mc^moiro plus 
devclopp^ sur une race, qui sorait plus qu'a iiioilie 
d(^truile, qui scmblerait avoir exisle dans le suil dc 
I'Asle, k Foruiosu el a Manille , el qui a donne lieu, 
poiit-elrc, a ce que nous cilent les anciens deslles des 
Saiyies. 

» 11. de Paravey espere pouvnir monlror aussi , a 
Tuide des livres consorv(}s on Chine, I'origine indiennc 
des Abyssiiis nuliiens a longs clieveux , des Fellahs de 
rE^yjUe, des Fellalahs on Filanrs de I'Afrique cenlraio 
et du pays d'llaoussa. » 

« M. d'Abhadie dit que cetle communicalion lui en 
rappelle une qu'il a ro<;ue pcu dp lemps avant son de- 
part do Gonilar pour lEurope. Ellc lui .a ^le faile par 
Ridana-Maryau) , ulaqa ou cure dune petite t^glise du 
Gojjani, sa terre nalale. Cel bomme, fort inslruil 
pour un Abyssin, iie paraissait avoir aucun penchant 
pour le Mierveilleux , et ne racontait de sfs longs 
voyages qu'un seul fait extraordinaire, I'exislence des 
homuies ayant une queue, qu'il coniparail a celle de la 
chevre. Les boiumes qui en seraient pourvus viennent 

(i) M. de Castelnau n'a point manifesle la pretention d'avoir p'te 
le premier a parler des hoinmes a queue b^iLitant TAfriqur, et il n'a 
pas voiilii lion plus ciler lous les voyajreurs qui en ont fait mcnlion ; 
il n'a en ([u'un hnt unique, relui de faire ronnaitre les rapports d'un 
{5r.iiid iioMilne d'p>rl;ivps ne{>res (jn'il a mnsnlip.s snr les IN'iam- 
Niam. 

n I, R, 



( 35 ) 
chaque ann^e a la foire de Berberah, ville situ^e lelle- 
ment pres d'Aden, qu'on peul esperer de faire porter 
bienlot une invesligalkm soignee sur un fait aussi 
anornial; car, si ccs horauies caciieiil soigueuseiiient 
leur appentlice, par la uiodcslie nalureile a ions les 
lithiopiens, leurs voisins, Jes Comal {S6mn/is), doivent 
en savoir quelque cho.e, et il sera lacile, a Aden meme, 
de connailre leurs sentiments a cet egard. Quoi qu'il 
en soit, nous Iranscrivons toule la cunmiunicalion de 
k. Miiryani , afin de faire voir que, saul' en une seuie 
assertion, ii n'y a rien d'extravaganl dans son recit. 

» SelonralarjaRidana-Maryam: « Je suisalle au Caire 
la premiere fois par Aliu-Amba, llarar, iieiberali, 
Mokba el la mer Rouge. Nous mimes 26 jours de Aliu- 
Amba a Harar, et noire caravane comprenait 7 jabo, 
dils cliel's de caravane ici, et ayanl ciiacun 500 mar- 
chands armes sous lui. La tele el \d queue de la cara- 
vane se composaient de gens amies seulement, lous 
les bagages elant au centre. Les Gallas rende.it lorl 
dangereuse celte route, qui est prtsque lout enliere en 
Quaila (pays bas et elouil'ant de ciiaieur), 

» Harar a 2 500 maisons, la plupart en branciiages; 
mais il y a aussi quelques maisons en pierro. Le ter- 
riloire autom' de la ville n'est pas plus grand que du 
Magac, presTadda, jusqu'a Walaka, pres Gondar. Les 
ruisseaux abondent dans ce petit terriloire, et vont se 
perdre dans les sables, du cote de Test, chez les Haba- 
rawal. Tout est planl6 en cal'e el en wars, qui sert a 
leindre la peau en jauiie, et est Ires-recberche dans 
lout le sud de I'Arabie. J'achetai a Harar du wars pour 
50 talaris, et le revendis pour 120 talaris a Mokha, 



( 36) 
Mfeme les Gallas Yto ciiltivent un pen de caf^. Harar 
poss^dc environ cent pid'ces fl'artillerie, toules de tres- 
petit calibre, et beaiicoup de fusiliers. Le chef, qui 
porte le litre d'amir (6myr), ne commando que dans 
la ville, et les cultures suhurbaines sonl abandonnees 
chaque soir, de peur des Gallas, qui du reste ne cher- 
client que les hommes, et ne detruisent pas les plan- 
tations. Ces Gallas font souvent la paix, qu'ils respec- 
tent parfois deux ol tiois ans de suite. 

» A quinze journ6es au sud du Ilarar est un pays 
dont j'ai oubli6 le nom el oil tous les bommes ont une 
queue longue d'une palme, couverte de poil, et situee 
imni^diatemenl au-dessus do I'aiius. Les femmes de 
ce pays sont belles et sans queue. Cetle peuplade a 
un teint ou fuligineux ou noir, et possede boaucoup de 
vaches et de moutons, raais peu de chameaux. Un de- 
sert sans eau la sd'pare de Harar. J'ai vu une quinzaine 
de ces gens a Bcrberah, et je suis bien sur que la 
queue est naturelle ; mais je ne I'ai pas touchee de mes 
mains. 

« Je livre cette hisloire avec loule la reserve qui 
doit accueillir I'assertion unique d'un Africain. Dans 
cette contr6e lenebreuse, un premier dire est une in- 
dication; une deuxi^me, si elle est idenlique, est une 
confn mation ; une troisi6me du meme genre est une 
verification } et il est dangereux de croire en Afrique 
le rcnseignement d'un scul temoin. En attendant 
qu'on puisse confirmer I'existence des hommes a 
queue , je racontcrai une tradition universelle en 
fitbiupie, qui place pres de celle conlr^e un pays ou 
tous les males sont des cbiens ayant des femmes pour 



( ^7 ) 
conipagnes. En Tigiay, a Gondai- et en Gojjam, on 
pla^ait ce pays du cote du sud ; en Kainbal-e et en 
Kaffa, on le mettait au nord ; chez les Gallas, on ne m'a 
pas indique Ja direction. Ces chiens gardent leurs va- 
ches; leurs fenmies tirent le lait et preparenl leurs 
aliments. Cost loujours un voyageur (^gare qui a ra- 
cont6 ce qu'il a vu de cet etrange pays. 

» Une tradition bien elablie repose tonjours sur un 
fait plus ou moins defigure par le temps et la distance, 
etl'on congoit d'ailleurs qu'on ait compart a des cbiens 
des hommes pourvus d'un appendice caudal. Je n'ai 
jamais entendu attribuer cette queue a la mysterieuse 
tribu des Gnamgnani, dont le vrai site est encore in- 
connu, bien qu'on le place toujours a I'ouest du Dar- 
four. On les accuse toujours d'etre naturellement an- 
thropophages , et un European etabli au Caire m'a 
assur^ qu'une jeune esclavo Gnamgnam devora dans 
cette ville le nourrisson qu'on lui avail confie , et dit 
pour toute excuse que la chair humaine 6tait prefe- 
rable a toute autre. La meme assertion m'a ete con- 
firmee par Chadiy, chef des gens de Sawakin etablis a 
Djiddah, et dont je dois la connaissunce au z^le com- 
plaisant de M. Fresnel, aloi's consul de France dans 
cette ville celebre. » 



( 38 • 
ROUTliS I'AU BATliAlJX A VAPELR , 

ETABI, lES, PnOPOSEES liT EN PIIOIETS 

DANS L'OCIUN INOIEN (1). 

xriADriT UK l'a>clais 
PAR M. l)E LA ROQl'ETTE. 



UOUTES ^TABLIES. 

I. Route (le la malle entre V Angleterre et la Chine. 

La plus ancienne ligne de bateaux a vapeur, etablie 
pour Ics comnninicalions avec I'oodan Intlien, est cellc 
qui porle les malles luensuolles enlre lAiiglelerre et 
la Chine, touchant a Pinang et. a Singapore, et qui, 
di'puis sa creation en 1845, a ele dans les mains de la 
Compagnie orientalc {Peninsular and Oriental steam 
navigation Company). Un bateau a vapeur part de 
Southampton le 20 de chaque mois, avec des malles 

't) Dans un mi'moire He M. Charles de Kerliallet, capitnine de frc- 
fjate, que li-s Annates liydrogmpliiques viennent de fairc paraitre sous 
le litre de Couiicti'Vations genSrales sur toceun Inclien, cet ofjicier dis- 
tingue denit dune inauii'ic concise et (jijncrale les vents, les coiirants 
el ia nnvigiitioii de cet ocean. L'une di-s trois cartes qui acccmna- 
gnent li; nn'moirc, intimlt'e Carle (les routes Jc I'ocenn Iiidien, forme, 
avec le toxle qui le conceriie, le comiilenient de la notice que nous 
donnons ici, el qui e.^t extraile du Jounutl of I lie Indian Aicliii/elago. 
L'auteiir indique, en effet, dans son mc'uioire et trace sur sa c.irte les 
routes a prendie [loiir nttcindre, a paiiir du cap de Bonne-Esperance, 
, avec des navires a voiles, les cotes de llmle et de la Chine. Nous y ren- 
voyons nos lecli-urs. 

M. dt; Ki-rhallet a d( j.'i decril dans lui autre memoire, (pie le iiienie 
rccueil a pultiic', les routes a t'aire poui se rendre d'Eiirope au cap de 
HonneEsperance. D. I,. I\, 



( M) ) 
pesanles el de petits Lallols pour Alexandrie, en toii- 
chant a Gibraltar et a Mulle; on embarqiie a cette 
derniere place la malle supplomentaire , qui quilte 
Loiidres le 111 du mois, et se rend par la France h 
Marseilles, et de la a Malle par baleau a vapeur. Puis, 
d'Alexandrie la malic est poiti^e a Iravers Tisllime 
jusqu'a Suez, ou un bateau h vapeur de la Compagnie 
orienlale attend son arrivee. Ce baleau se dirige sur 
Calcutta; mais il louche a Aden et a Coylan, ou les 
malles et les voyageurs en destination pour la Chine 
et pour Tarchipel Indien passent sur un bateau a va- 
peur appartenant aussi a la Compagnie orienlale. Ce 
bateau, apres avoir alleint Bombay, se remet en route 
assez a temjis pour rencontrer a Pointe de Galles ie 
bateau a vapeur des mers exlcrioiu-cs, qui se rend a 
Hong-Kong, en touclianl a Pinang et a Singapore. Le 
voyage de retour suit les monies directions en sens in- 
serse. Quoiqiie les malles en Ire Suez et Ilong-Kong 
soient aussi Iransportees par deux lignes distinctes de 
bateaux a vapeiu-, telle a 6le n^anmoins la perfection 
de lour mise en reuvre, nu'elles peuvent etre consld6- 
rees comme une seule gran !e ligne, dont les branches 
accessoires, elablies ou proposees, ^e dirigent sur les 
possessions hoUandaises et esp.agnoles dans rarchipel, 
sur TAustraiie, et enfm sur les ports septenlrionaux de 
la Chine. 

La portion de cette gratide ligne, qui traverse les 
mers de I'archipel Indien, a une longueur d'cnviron 
2000 millos(3 220 kilometres) (1). La premiere parlie, 

(i) J'ai pense que le mille tlont 1 aiiteiir de I'aitlcle orij'iiial a fait 
mention etai( le ilatnte-iiiilc iles Aiu'lais, Pf;al, romnie on le sail , 
a I 6o9"',3i. P. L. R. 



( A') ) 

cnlre Pinang et Singapore, Iraverso le delroit de Ma- 
lacca, ou la uavigalion n'est jamais inlenonipue par 
des lempetes ; et en r^glant oonvenablomenl le dejiart 
des bateaux a vapem- de chaque point de relache, on 
peut franchir de jour les parties dangereuses dudetroit. 
La route de la malle entre Singapore et Hong-Rong 
traverse directement la nier de Chine par Poulo-Sapata, 
et comnie les bateaux a vapeur ont a lulter conlre la 
mousson, il n'y a que de puissanls navires qui soicnt 
employes ])our ce service. Les bateaux a vapeur de 
cette ligne marchent comparativement avec lenteur, a 
I'exception du Singapore, maintenant a son premier 
voyage; mais ils sont construils si solidement, qu'ils 
n'ont encore eprouve aucun accident grave. 

Les bateaux a vapeur, avec la malic anglaise qui part 
le 2/i du mois, arrivcnt a Singapore au commence- 
ment du second mois suivant, quelquefois le 12, mais 
generalemenl Ic /i ou le 5, et mfeme plus tot, puisque 
la malle du 2Zi mai est arrivee, d'Angleterre a Singa- 
pore, dans la matinee du 1" juillet, c'est-a-diro en 
trente-huit jours. Le bateau a vapeur revenant de 
Hong-Kong arriva dans la soiree du meme jour, don- 
nant aiiisl les moyens de r^pondre presque inslantane- 
ment aux lettres revues d'Europe ; et ce fait se renou- 
volle pendant la periodc bisannuelle dans laquello les 
bateaux a vapeur (juittent la Chine sept jours plus tot 
que le reste de I'annee. A cet 6gard, Singapore jouit 
de grands avantages, car il n'est pas possible, meme 
avec unc accelt^ratlon noiivelle dans la marche des 
bateaux a vajieur, que ses habitants puissent corres- 
pondre plus prompleinent avec I'Europe par la malic 
de retour. 



, 



( Al ) 

Dans le mois de juin de la pr^senle ann^e, la Com- 
pagnie orientale a ^tabli, entre Calcutta et Hong-Kong, 
une ligne reguli^re de bateaux a vapeur, dent le de- 
part doit avoir lieu vers le 12 du mois, et I'arrivee a 
Singapore vers le 20. Cette ligne a d;te etablie princi- 
palement pour transporter en Chine I'opium vendu 
aux ench^res mensuelles de la Compagnie des Indps 
orientales. Le r^sultat de la premiere campagne du 
mois de juin fut de nature a salist'aire les esp^rances 
les plus hardies, le Fret de I'opium seul ayant produit 
un gain considerable tous frais payes. Aujourd'hui que 
les derniers incendies de navires dans les ports do Cal- 
cutta et de Bombay ont decide les assureurs a ne pas 
repondre des risques que courent les batiments equi- 
pes par les marins du p«ys, les bateaux a vapeur re- 
cueilleront tous les profits du transit entre I'lnde et la 
Chine, et les communications deviendront hebdoma- 
daires et peut-etre plus fr^quentes encode (1). 

II. Route de la malle de Singapore a Java et a Macassar. 

Bientot apr^s I'elablissement des nialles mensuelles 
entre I'Anglelerre et Hong-Kong, le gouvernement des 
Indes neerlandaises a otabll un bateau a vapeur qui 
transporte la malle et des passagers de Batavia, et 
rencontre le bateau a vapeur de Hong-Kong a Singa- 
pore ; les nouvelles d'Europe sont distribuees dans 
rile de Java au moyen des routes de postes organis6es 
d'une extr^mile de Tile a I'aulre. Depuis le mois de 

(l) Depuis que ceci a tte ecrit, les ilcux bateaux a vapeur employes 
sur cette ligue, iErin et le Pacha, se sunt reiicouties avcc taut ile 
violence ilans le tielroit de Malacca, que le dernier a coule bas ini- 
inediatetnent, tt que I'Eriii a lailli eprouver le nieme sort. 



( A2 ) 
mai dernier, la malic ijollaiulaise esl tiansporlee pur 
un bateau a vapeiir apparleiiant a une associalion, 
fondee a Java sous le nom do Coinpagnie dcs bateaux 
a vapeiir de I'liule iteerlandaise. Ce iiaviie quilte Singa- 
pore vingt-quatre lieurcs apres larrivi^e de la malle 
d'Europe, ct se rend a Balavia par les detroits de Illiio 
elBanca, en touchanl sur sa route a la residence de 
Rliio et a Minto , capilale de Banca. De Batavia, le 
bateau a vapeiir se rend a Samarang el a Soural)aya, 
capitale oricntale de Java, ou les malles pour Macassar 
sonl remises a un bateau du gouvernement, qui les 
porte a Celebes. Les bateaux a vapeur de la Com|)a- 
gnie N. J. S. altendent I'arrivee du bailment de Ma- 
cassar, el conlinuent ensuite leur voyage de relour, 
toucliant aux memes lieux , et abordent a Singapore 
assez a temps pour profiler des nialles do relour i)ar 
les bateaux a vapeur de la Compagnie orientale venant 
de Cbine. Ainsi une ligne reguliere mensuelle de com- 
munication par bateaux a vapeur est elablie a un |)oinl 
^loign(J de moins de 700 milles du continent de I'Au- 
stralie, et seulemenlde 2700 milles de la bale Moreton, 
sur la cole orientate du conlinenl, ou il existe une 
communication leguliere par baleaux a vapeur avec 
Sjdney et la lerre de Van-Dieuien. 

III. Route de la rnaUe eiitre Hong-Kong et Manille. 

Le gouvernemeul espagnol des Pliilippines a olu 
dans I'usage de depeclier un petit batiment de guerre 
a vapeur partanl de Manille pour rencontrer les malles 
de Singapore, loutes les foisqu'une transmission rapido 
de d6p6cbes pour la mere patrie a <il6 jugoe neces- 
saire; mais comme la communicalion par ce canid est 



( ll^ ) 

qiielquefois interrompue pentlanl deux ou trois tnois 
consecutifs , on ne pent pas appeler cela une Ii2;ne 
r^"uU6roinent etaMie. Une association a 6l6 derniere- 
ment form(!!e a Manille pour cntrelenir une comrnu- 
nicalion par la vapeur avec Honu;-Kong au moyen d'un 
navire qui avail ^16 envoye a Sydney pour 6lre vendu, 
et qui a et6 achet6 a cet effet. Comma la distance 
entre les deux places est d'un peu plus de 600 millcs, 
ce seul navire sera suflisant pour entretenir une com- 
municalion mensuelle et reguli^re. 

ROUTES PROPOSfcES. 

I. Entre Sydney et Singapore par le detroil de Torres. 

Le premier pas pour ouvrir un service de malle 
entre I'Angleterre et les colonies auslraliennes , par 
la voie de I'lnde, a etc fait en 1843. Le docteur Ni- 
cholson , alors membrc pour le port Phillip, et main- 
tenant orateur du conseil de la Nouvellc -Galles du 
Sud, proposa la formation d'un comile pour examiner 
la possibilite d'ouvrir une route par terre jusqu'a 
Port-Essinglon, ^tablissement sur la cote nord , cre6 
en 1838 el abandonne en 1849. Le comite, apres avoir 
pris toules les informations possibles, approuva le 
orojet, el le conseil vota les fonds necessaires pour 
renvoi d'une expedition exploralrice chargee de tra- 
cer Ja route; mais ie gouverneur de la Nouvelle-Galles 
ilu Sud 1 efusa de donner sa sanction avant d'en avoir 
rdf^re au gouvernemcnt de la m^re [latrie. Neanmoins 
les colons, qui avaienl pris feu a ce projel, mecontents 
de ce delai, (iront entre eux dcs souscriplions pour 
preparer une expedition, laquelle, sous la direction du 



( AA ) 
docleur Leicliluirdt, vo)ageur alleiiuind, alleignit Poil- 
Essington, ot reconniil qu'aucunes difficultos ne s'op- 
posaienl a I'ouverture immediate d'une route do poste 
a la partie extreme scptcnlrionale du continent. Mais 
avant le relour de I'expedilion a Sydney en 1846, il 
surgit a Londres, sous de favorables auspices, un [)rojet 
de communication directe de la malle par la vapeur el 
la voie de I'lnde, qui detoui'na I'allenlion des colons 
de la voie de terre ; un comite du conseil l^gislatif de 
la Nouvelle-Galles du Sud, ayanlM. E. Deas Thomson, 
secretaire colonial, pour president, en raison de I'ac- 
cord unanime du coniit6, se prononga en favcur de 
la route par le detroit de Torres, el le conseil l(^gisla- 
tif vola une somme annuellc de 6 000 livres sterling 
(150 000 francs environ) pour faciliter le service de 
cette route par la vapeur. Cette decision n'etait pas de 
nature a etre acceptee par les autres colonies ; I'Au- 
stralie mcridionale tavorisait la route par le cap Leewen 
ou le cap de Bonne-Esp6rance , qui lui donnerait la 
priorite pour la reception des malles, et la Nouvelle- 
Z^lande donnait la preference a la route de I'ocean 
Pacifique par la voie de Panama. Comme ces deux 
colonies avaienl un nombre consid^ralilc dodefenscurs 
influents dans la mere pali'ie, la question de la com- 
munication par la vapeur avec I'Auslraiie devint une 
veritable pomme de discorde entre les colonies rivales 
et les compagnies de la navigation par la vapeui\ 
Comme ces dernieres suivront probablement leurs 
vues particulitjres lorsqu'elles auront appris la decou- 
verte des mines d'or en Australie, on aura des occa- 
sions d'acqu«^rir une experience pratique sur le choix 
a faire entre les differentes routes; ainsi, il n'esl point 



( l^'^ ) 

n^cessaire de disculer, quant a present, celte ques- 
tion. 

Le projet originaire de la communication par la va- 
peur avec rAuslralie, pax' la voie du detroit de Torres, 
comprenait Batavia et Sourabaya, dans la direction de 
la route; mais il n'etait pas alors gdineralement connu 
que le gouvernement neerlandais voyait avec un tr^s- 
vif deplaisir I'inlrusion d'etrangers, au moyen de la 
vapeur, dans I'arcliipe] Indien (1). La route directe, et 
qui sera sans doute adoptee, traverse le passage Cari- 
mata, vers le nord ; puis se dirige, des lies situees a Test 
de Java, vers le delroit de Torres, directement du c6t6 
est-sud-est, route qu'on peut suivre sans interruption 

(ii Voiti ce que dit a ce sujet Temminck dans son Coup d'ail 
general sur les possessions neerlandaises dans I'lnde arcltipelagitjue, 
ouvrage compile sur des documents officiels, et recommande publi- 
quement pour servir de guide aux personnes occupant un postc dans 
les possessions indiennes de la Hollande, oii Ion trouve le passage 
significatif suivant : 

• II n'est, nous regrettons d'etre oblige de le dire, que irop bien 
avere que le commer9ant anglais est rarenient satisfait; notre gou- 
vernement, quels que soient les sacrifices qu'il puisse faire aux pre- 
tentions du commerce de la Grande-Bretagne dans nos Indes, lie 
parviendra point a contenter le desir immodere de I'industrie an- 
glaise a etendre de plus en plus les debouches qu'il faut necessai- 
rement au produit colossal de ses fabriques; cette ne'cessiti; d'ex- 
porter I'excedant e'normement disproportionne aus besoins de la 
consommation, et dont le chiffre s'accumule de jour en jour dune 
maniere effrayante, pousse le commerce a insister sans cesse aupres 
du pouvoir pour que des debouches nouveaux lui soient ouverts. 
Ces elameurs incessantes conduisent le gouvernement britannique 
a ;ibuser de la suprematie qu'il exerce sur les mers, par I'emploi de 
moyens contraires aux droits des nations, seulement dans le but de 
SiUisfaire aux exigences du commeice anglais. 

» Bienlot ses pre'tenlion.s ne se bornerotit plus a radmission de son 



( A*l ) 

tie mill conime de jour. Si on a besoin d'un d^pdt de 
charbon , on peut en rormer un a Larantuka ou dans 
quelque aulre des ^lablissemenls porlii;>ais pirs do 
Timor, qui so liouveiil sur la route el sont cxaclemenl 
a moilie cheuiiii enlre Singapore el Ic delroil de 
Torres. Mais conime la distance enlre Singapore ct le 
cap }oik est seulement de 2500 niiiles (A 000 kilonie- 
tres), et qu'aujourd'liui on ne se sort uniquement pour 
la route que de bateaux a vapeur de premiere classe , 
il n'esl pas nticessaire de disculer la question de depots 
imniediats de charbon. 

Ainsi qu'on la elabii ci-dessus, la route entre Sin- 
gapore et I'entree occidenlale du d^troit de Torres 
pcul etre suivie avec surete aussi bien pendant la nuil 

pavilion clans les ports qui lui soul ouveits tiaiis les iles piincijj.iles 
de iios ai<!liij)els, ou ileja il cxeixe hs suprematie, ii fauilra au com- 
merce des concessions plus elendues [lOur ^atisfaire son ainbilion 
demesuree. 11 insistera sur unc posses^ion britannique au centre dc 
nos archipels; peul-iitrc la politiijue aiiylaise eu nounil-elle le desir, 
par I'espoir euiis, et donl <icja il a tie l.iit inenlion par la presse pe- 
riodique, nolamuient de former une ligne de bateaux a vapeur enlre 
Singapore et la parlie septeulrionale de I'Aiistralie; a cetie fin, on 
inediie peut-iitre une violation des trailer, semblable a celle de la 
prise de Laboan et de relablisseiiient a Singapore. Mais nous nvons 
I'espoir que la Hoiiande se tiendra pour avt-i lie par les lecons d'uiie 
exiieiience tlierernent achelec; sa muiine dans I'arcliipel sera dore- 
navant asscz nonibreuse pour ((ue, par sa presence ei par ses di'inon- 
slralions, elle puisse rendre moins facile loule siiolialion quelconque 
au ccTitre de nos possessions iuterlropicales, que le premier des de- 
voirs du pavilion necrlaiiilais est de garanlir lonire toute alleinte, en 
ce qu'il est appele a prolegcr 1 licriiajje le plus preci<ux ct le plus ne- 
cessaire an bien-elre de la nation, heritage tiansmis pr.r nos ance- 
tres, et dont ceux-ci out ar(|uis la possession par leur perseve- 
rance, ainsi qu'au prix de leur rourageux devouement. » (Vol. FlI, 
p. 3o.) 



( 47 ) 

que pendaiU le jour; inais, en Jipjirochant du d^troit 
de Torres, il est necessaire de prendre de grandes 
precaulions. Le leve recent de feu le capitaine Owen- 
Slnnley, du navire de la marine brilannique Rattles- 
nake , a trace le sondage dans le detroit de VEn- 
(leavoitr [i] avec une exacdlude qui permet de doubler 
les lies Booby et Red-lValUs, et de passer le detroit 
de I'Endeavour, en ^vitant les bancs de sable. La 
distance de I'entr^e occidenlale au cap York est de 
35 milles (50 kilometres). Le point recommande par 
le conseil l<^gislalif de la Nouvelle-Galles du Sud, pour 
un 6lablissement et un depot, est Port - Albany , a 
5 milles a Test du cap York. La distance de Port- 
Albany au phare de Tile Raine, plac6 sur la barre extd- 
rieure des r^cifs , est de 1'20 milles (193 kilometres) 
par le passage du milieu, et il resle a examitier si uno 
route plus directe r^duirait verital)lement la distance a 
100 millis; on saura si un navire a vapeur d'une vltesse 
moderee, quittant le d^pdt a la chute du jour et allanl 
a toule vapeur, peul en sorlir avanl la nuil et entrer en 
pleine mer, en evitant les recifs. Le comile de la navi- 
gation a vapeur de 18/i(i recommantlait le passage in- 
ttWieiir le long de la cote nord-est de I'Australie , en 
dedans de la barri^re des r6cifs; niais on ignorait a 
celle epoque qu'on emploierait une classe de navires 
a vapeur aussi grands que ceux dont on doit se servir. 
Lorsque le passage interieur sera indique avec des 

(l) Ce nom a etc longtemps donne a tort, snr les cartes onglnises, 
au detroit de Torres; on le restreiiit niaiiilenant a un detroit sccon- 
daire sitiie rntre la cote la plus voisine, a roiiost du cap York, et mi 
ilot an sud des iles Windorave et du Prince de Calles, 

U. L. B. 



( 48 ) 
signaiix tl ilos phart-s , il esl liors ilc clonic (jiril de- 
viendra le passage pr^tt^re ; niais jusquo-la il sera plus 
siir de continuer la route en dehors des rdcifs. Les llots 
de corail sont moins dangcreux on jiloino uier que 
dans des eaux parfaitement calmes. En plcine mer, 
Icur posilion est generalenicnt signaloe par des bri- 
sanls, et si un navire louche sur un ile ces r^cils, il est 
bientot releve par la mer, et la vie des Equipages est 
preserv^e. Cost ainsi que presque lous les navires qui 
ont ete jetes sur la barricre exterieure existent encore, 
el pourront continuer leur service, jusqu'a ce qu'ils suc- 
conibent aux ravages du temps. Mais , dans le passage 
interieur, le cas est dilTerent. Lu les recifs se cachent 
sous la surface de la mer, sans que rien indique leur 
existence, a I'exception d'une l^gere decoloration de 
I'eau au-dessus, qui ne pent nieme 6tre apercue (jue 
par un temps clair, et dans cerlaines positions a I'^gard 
du soleil. Comme les cotes des r6cifs, semblables a des 
murailles, s'elevent d'une mani^re abruple dans les 
eaux profondes, le plomb de la sonde ne donne aucun 
avertissement, et la presence du danger n'est signalee 
que lorsque le vaisseau vient se briser sur le rccif, et, 
Irois fois sur qualre, il rebondit avec tant de force et 
de rapidity, que les passagers ont a peine le temps de 
monter sur le pont (1). Knlre le cap York et la baie 
Moreton, les vents sontfavorables a la navigation pen- 
dant une partle de Tannic ; entre la baie Moreton et 
Sydney, ou deux petits bateaux a vapeur font un service 
regulier. 

(i) Tel ful le cas, pour I'Hrroine, a son passage de Sydney a I'ort- 
Essinj'ton en avril i84'). L'autour dc cette notice eul a regielter, dans 
ce deplorable evenetnent, la perte de son frere unique. 



( A9) 

II. Aux colonies de V Australie par la vote du 

cap Lee u win. 

La route occidentale , proposee par Jes colonies 
rndridionales, borde seulement la partie sud-ouest de 
I'archipel. La route de Singapore au detroit de la 
Sonde est identique avec celle qui suit la ligne des 
bateaux a vapeur de Balavia. De la pointe de Java a 
Freemantle, port principal de I'Australie occidentale, 
la premiere station propos6e, la course est, presque au 
sud-sud-est, de 1700 milles (2 700 kilometres). Les 
navires a vapeur de la premiere classe pourront Stre 
employes sur cette ligne, en raison de la mousson du 
sud-est; au mois de decembre , Janvier et fevrier, 
lorsque la mousson de I'ouest domine dans le sud de 
Java, des ouragans survlennent en mer entre cette ile 
et le cap nord-ouest de I'Australie. Les decouvertes r6- 
centes, relatives a la loi des tempdtes, metlent les ba- 
teaux a vapeur en 6tat, avec des precautions ordinaires, 
d'eviter les tourbillons. La saison d'biver, sur la cole 
occidentale de I'Australie, correspond a la saison d'6te 
d'Europe. Pendant cette periode, les vents de I'ouest 
soufflent sur la cote, ce qui rend le passage le long de 
cette cote assez desagreable. La seule partie de la route 
dans laquelle les puissants navires a vapeur I'encon- 
trent des difficultes se trouve pros de la cote, entre le 
cap Leeuwin et la pointe d'Eatrecasteaux. Dans ce 
voisinage, les vents tournenl soudainement du nord- 
ouest au sud-ouest, et causent souvent de grands 
malheurs. Je n'ai point le desir d'exagerer les dan- 
gers de ce cap; mais ayant reside dans ces parages 

III. JANVlEll. li. k 



( 50 ) 
pciulunt line saisoii iriiiver loul eiilieie, et ayanl plus 
d'une lois tiprouve des tcrnpetes au large, je pense 
qu'il est convcMable d'enregislrer celte opinion pour 
ceux qui paricnt avec legerete des pt^rils qu'oflVe ce 
cap. Dii detroit du lioi-Georges, I'un des incillours 
porls de rAusUalie , a Adcltnde, le passage d'aller et 
dc relour peul etre lail sans griiiide dillicull«i on totile 
saison . altendu que les navires a \apftur sent en elat 
de lutter conlie la force du vent, en se tenant on de- 
dans de la grande crique de rAuslralie, ou les vents 
(i'ouesl perdent une grande partie de lour violence. 
Lorsque les colons du niidi auronl appris quo leurs 
veritables inlerels reposent sur le developpenicnt le 
plus eleodu des communicalions par terre, une route 
de posle pour des malles et des passagers sera ouverte 
enlro la bale de Shark el le detroit du Roi-Georges, les 
seuls ports aisement abordables de I'Australie occiilen- 
tale. Les dangers de la cote inlerinediaire peuvent etre 
alors eviies, et la route occidenlale sera preferee des 
voyageurs. 

ROUTES EN PROJETS. 

I. Entre Singapore et Manille. 

On a d^ja fait connaJtre dans la premiere partie de 
cet essai que le gouvernement espagnol des Philippines 
est dans I'usage d'envoyor un bateau A vapeur do Ma- 
uillc, pour rencoutrer les malles a Singapore, toules 
les lois qu'on a quelquc depeche iniportanto a coni- 
inuniquer au aiinislere de la mere palrie, des succ^s 
brillants a annuncer contre les pirates, etc. Les malles 
espagnoles sont apportees de Gibraltar par les bateaux 



{ 51 ) 
a vapeur de la Gompagnie orientale, sous la garde d'un 
agent du bureau de la poste. Pcu de passagers, exceple 
de hauls fonclioniiaires, arrivent ou parlent par le ba- 
teau a vapeur espagnol. Los autres se rendent de leur 
mieux aSingaj)ore, ou en parlent par des navires a 
voile; et s'il ne se presente ])as d'occasion, ils pren- 
nent la voie d'Hong-Kong. Conime lout cliangement 
de iiiinislere en Espagne entraiue le cbangeuient coni- 
plet des foucliuunaires , le transit des passagers est 
considerable, et deviendrait beaucoup plus conside- 
rable encore si une comniunicalion directe etait elablie 
entre Singapore el iManille. Lcs bateaux a vapeur em- 
ployes sur cette ligne passeraient le long des cotes de 
Borneo et de Palawan, ou ils seraient mis a couverl 
par les r^cit's qui existent au sein de la mer de Chine, 
et des navires d'une puissance moilie moins grande, 
que ceux qu'on einploie aiaintenant pour la route 
directe jusqu'a Hong-Kong, seraienl sullisanls. C'elait 
la route qu'on avail originairement en vue, lorsquoa 
proposa d elendre jusqu'en Cliiae la communication 
par la vapeur, el lorsque la ligne biinensuelie de Suez 
sera elablie, on adoptera ctrtainemenl cette roule. La 
distance de Singapore a Labuan est du 7/i0 niilies 
(1 190 kilometres); de Labuan a Manilie, 6A0 (103U ki- 
lometres); et de Manilie a Hong-Kong, 020 (1000 ki- 
lometres) : en tout, 2000 milles (3 220 kilometres). 
Coinme la roue directe a la mer de Chine, de Singapore 
u Uong-Kong, est de moins de 1 500 milles (2Zi60 kilo- 
metres), la question a decider est de savoir si les avan- 
tages de I'ouverture dune communication mensuelle 
avec Labuan et Manilie sont assez considerables pour 
conlre-balancer les iuconvenients dune plus grande 



( 52 ) 
distance ii parcourir. Si les goiiverncments espagnol et 
anglais calculaient le nionlant des ddpenses faites pour 
envoyer des malles a Manille et a Labuan par dos vais- 
seaux du gouverneniont , on trouverait piobablcment 
qu'elles depassent grandemeiit le nionlanl de celles 
pour lesqueiles la C.oinpagnie orientale, ou toute autre 
Compagnie de bateaux a vapeur, enlreprendrait una 
ligne uiensuelle el reguli^rc se dirigeant sur la Chine 
en passant par ccs ports. 

II. Dn (letroit de Torres a Singapore d'un cote, el 
a Manille et Hong-Kong de r autre. 



La ligne de navires a vapeur a elablir entre Singa- 
pore et la Nouvelle-Galles du Sud sora soutenue, a 
cause de la necessile d'une communication entre les 
colonies et la mere patrie , et pourra en consequence 
etre appelee la ligne impdriale ou nalionale. Les co- 
lons eux-memes demandent d'autres lignes de cbm- 
municalion, et comme ils seront bientot en position 
de supporter la d^pense , on les verra s'^tablir. Pour 
arriver a quelque cliose de definitif en ce qui concerne 
les routes que ces lignes suivront, il est n^cessaire de 
passer en revue les relations commerciales de ces co- 
lonies avec les aulres pays. Jusqu'a une epoque tres- 
r^cente, les seules exportations de la Nouvelle-Galles 
du Sud el de la Terre de Van-Diemen , qui fournis- 
saient aux colons le moyen de se procurer les articles 
proiluits ou manufactures de I'etranger, conslslaient 
en laine, suit", peaux, conies, et huile de baleine. La 
mere patrie titail le principal et certainemenl presque 
le seul marche pour ces productions, el, comme con- 



( 53) 
sequence naturellc, tous les articles pvodults ou nia- 
nufaclures d'Europe demandes par les colons etaient 
importes de la Grande-Bretagne. Mais les colons de- 
vaient chercher ailleurs les produits tropicaux (qui 
leur manquaient), specialeraent les thes et les sucres, 
consommes par eux, en qualitesinfinimentsup^rieures 
a celles de tout autre peuple du monde, proportion- 
nellement au chiffre respectil'des populations. Les th6s 
6taient importes direclement de la Chine; les sucres 
Etaient tires dans I'origine de Calcutta et de I'Ue Mau- 
rice; mais comme les produits de ces deux places 
dlaient alors proteges par un droit elev6 sur les sucres 
Strangers a I'int^rieur, les colonies etaient compara- 
tivement negligees ; et lorsqu'un grand flot d'emigrants 
vint en 1837, et pendant les trols annees suivantes, 
augmenter la consommation du sucre , ils eurent a 
s'adresser au monde entler pour s'approvisionner. Les 
producteurs des ^tablissements anglais preferaient le 
marche de la mere palrie , ou leurs denrees etaient 
protegees; aussi les colons eurent-ils a chercher ce 
dont ils avalent besoio dans les possessions etrangeres. 
Les marchands de Java et des Philippines, ou la pro- 
duction du Sucre avait pris recemment un accroisse- 
ment considerable , entrferent avec ardeur dans un 
commerce qui etait extremement avantageux; les co- 
ions, qui avaient chez eux de nombreuses raffineries 
de sucre, demandaient seulement les qualites les plus 
communes, (jui ne pouvaient etre transportees en Eu- 
rope, a cause du taux eleve du fret. Plusieurs navires 
furent construits a Java expressement pour ce com- 
merce, les reglements concernant le fisc et les revenus 
etablis dans I'ile porlaient prejudice a la navigation 



( 5A ) 
tie transporl par les l)aliments anglais, et tout sem- 
blait devoir favorisor ce nouvean commerce , lorsqn'il 
fut coupi dans sa racine par la mise en vigueur d'un 
ancien ordrc du Conseil , qui declarait illegal tout 
Iransport, dans les colonies anglaises, d'autres produits 
que ccux de la mere patrie. Le commerce du sucre se 
concentra alors dans les Philippines, d'oii les produits 
6taient port^s dans la Nouvelle-Galles du Sud par des 
navires anglais. Des tenlatives ont 6(6 faites occasion- 
nellcnient pour dtablir des relations de commerce avec 
Singapore et d'autres places , mais toujours sans 
succt;s. 

Los marchands de Sydney ont toujours trouv^ a 
Manillc plus d'avantages que partout ailleurs par le 
monopole qu'ils y ont constamment exerc^ avec leurs 
capitaux a la main ; mais lorsque les producteurs des 
Pliilijipincs auront cu le temps d'accrollre leurs plan- 
tations, les affaires prendronl un autre aspect. Les 
Philippines fournissent aux colons tous les aulies pro- 
duits tropicaux dont ils ont bosoin , a I'exception du 
the ; un jour ellos etendront plus loin leurs rapports 
conimorciaux. Quand une seconde ligne ou une ligne 
biniensuelle sera d'tablie par le d^troit de Torres, on 
peut s'allendre a ce qu'elh^ diiigera son cours a tra- 
vers les Moluques, en touchant a Amboine el Ternate 
et a Labuan, d'ou des navires a vapeur auxiliaires se 
rcndront a Singapore d'un cole, et de I'autre a Ma- 
nille el en Chine. La distance a Singapore par cette 
route sera allongee dr 400 niilies (640 kilometres); 
mais on n'l^pargnera pas moiiis do 800 milles (1 280 ki- 
lometres) sur la route jus(|u'a Manille, et environ 
] 000 milles (1 600 kilom6lrcs) sur celle pour la Chine. 



( ^^ ) 

II est possible que le goiivernoment liollandals ohjccte 
qii'on s'interpose dans ses transactions avec les Molu- 
qucs; mais les temps de protection, soil pour les An- 
glais, soil pour les strangers, sont passes, et ceux qui 
rcstent obstinement stationnaires dans le meine sen- 
tier risquent d'etre rudement jet^s de c6t6. 

III. Route de Carpentarie. 

Le projet originaire d'ouvrir une communication 
avec rinde et la mere patrie, au moyen d'une route 
de poste de Sydney a I'entree du golfe de Carpentarie, 
qui avait 6te suspendu dopuis 18Z|6, a 6le remissurle 
tapis par le journal de Singapore [Free press neivspaper) 
vers la fin de I'annee derniore , a une 6poque ou les 
partisans de la communication par la vapeur, par la 
\oie de I'lnde, etaient tomb^s ''ans le plus profond de- 
couragement par suite de I'opposilion apparente de la 
Compagnie des Indes orienlales, et par la retraite de 
la Compagnie orientale en ce qui regarde la route re- 
commandee par les colons et sanclionnee par I'ami- 
raule; laissant les partisans de la route de Panama 
maitres du terrain , les journaux les plus influents de 
Calcutta eux-m6mes etaient assez aveugl^s sur les vrais 
interets de I'lnde anglaise, au point de vue commercial 
et politique, pour se joindre a la reclamation en faveur 
de la navigation a la vapeur pour I'Auslralie par la voio 
de Panama. Mais les dernieres informations de Sydney 
font revivre le projet de route de Carpentarie. Les 
colons de I'Australie different par leur situation des 
Anglais de I'lnde, dont le principal objet est de se re- 
lirer dans la mere patrie avec les richesses qu'ils ont 



( 56 ) 
acciiuiul^es. Les protniers, au coiilraire, placent leurs 
ppnrgnes dans los speculations locales, el derniere- 
nient les associations, lormees pour I'amelioration des 
communications interieures qui ont tant d'effet sur le 
devLlopjiement des ressourcesd'une nouvelle conlree, 
ont ^te hautement favoris^es par ceux qui ont des ca- 
pitaux a placer. 



(57 ) 

JLiial^iscfi, Extraits d'ouTragcs, 
lielaiiges, etc. 



LE CHILI ET LES ARAUCANS, 

PAR 

M. EDMOND DE GINOUX. 
PKEMIER ARTICLE. 

M. de Ginoux a fait inserer dans la Politique nouvelle, 
au mois de juillet dernier, sur les sauvages de I'Arau- 
canie, une s^rie d'articles qui offrent un vif int^rSt. 
Nos lecfeurs nous sauront gr6 de leur faire connaltre 
par quelques extraits cette publication, qui revile chez 
I'auteur un esprit d'observation remarquable et le 
talent d'un ecrivain distingue. M. de Ginoux etait a 
Santiago au mois de fevrier 18Zi9; il se joignit, avec 
quelques amis, a un jeune cacique de I'Araucanie 
soumise (1) , qu'un int^rfit de Iribu avail amene au- 
pr^s du g^n^ral Bulnes , president de la r^publique, 
et qui se disposalt a regagner son pays ; il s'agissait de 
faire quatre cents lieues a cheval et de traverser le 
Chili du nord au sud dans loute sa longueur, en I re- 
prise bardie qui n'eflVaya point notre voyageur, et 

(l) On doniie ce iiom a deux lisieres elioites qui bordent I'Arau- 
canie, I'uiie au uord, I'autre au sud, mais qui sont, de fait, indepen- 
dantes; ces habitants entretiiinnent seukinent des relations d'atnilie 
avec le {jouveinenient du Chili. 



(58 ) 

qui devait 6tre pour lui I'occasion des reinarqiies lea 
plus insfructives et do descriptions saisissantes. 

Le Chili ne possedant pas uno carle (1) exacte de 
son territoire, une description rapide de la configura- 
tion physique des contrees comprises enlre la capilale 
et Valdivia, les grandes Andes el I'ocean Pacifique, ne 
peut manquer d'avoir pour les gdographes I'int^ret 
d'une nouveaut^. 

La ville de Santiago est assise au fond d'un tr^s- 
beau bassin , silu6 enlre la Corilillere des Andes et la 
Cordillere de la cole, Ce bassin commence , a vingl- 
cinq lieues au nord , au pied de la njonlagiie de Clia- 
cabuco , poinl celubre dans les fastes de I'ind^pen- 
dance chilienne par une victoire reniport6e en 1817 
sur les forces espagnoles. Le volcan d'Aconcagua, au 
bas duquol la riviere de Quillola prend sa source, 
s'^I^To a peu de distance au nord-esl de Chacabnco. 

A parlir de celle derni6re locality, le bassin, qu'on 
suit constammenl pour arriver au del^ du pays des 
Araucans , coupe du nord au siid la partie meridio- 
nale du Chili, sans en excepler I'Araucanie elle-meme. 
Creuse entre d'immenses monlagnes, courant paral- 
Idlemenl du nord au sud, en abaissant toulefois peu 



(i) M. Gay, f]ui a re'siile longtemps au Chili, se propose ile piiblier 
incessatnment une carte generale de ce pays; il a cleja fait paraitre 
en espngnol dix-huit volumes de son grand ouvrage intitule Historia 
fisica y polilica de Chile, scgnn dociimenlos ndquiriffos en esla fcjniblica 
durante doce at'ios de rcsideiicia en ella. Paris, l844 et i852. Ci t ou- 
vrage sera accompagne d'un Alias de aSo planches in-folio, compre- 
iiant un grand noniljre d'objfits d'hisloire nalurelle, des carles de 
cliacune dos provinces, d'une carte generale, et enfin de cinquante- 
cin(| vues du Chili et de i Araucanie. 



( 59) 
a peu leurs letes , il est borcl6 a Test par la chalne 
des Ancles, a I'ouest par la Cordillere dite de la Cote. 

La Coi-diliere de la Cote est forin^e de groiipes 
arrondis , pen Aleves en coinparaison des masses de 
gauche ou de Test. La cliaine des Andes, aux flancs 
escarpes, sillonnds en tout sens de precipices ^pouvan- 
tabl^s , aux cretes aigues et hachees , presente a une 
certaine hauteur des lignes de s^atification apparte- 
nanl a diverses epoques grologiques ; viennent ensuite 
les neiges eternelles. Au-dessus des neiges , brillenl, 
comme d'enormes phares semes sur un rivage rempli 
d'ecueils, les volcans qui couronnent avec majest6 
cette merveilleuse charpente de la terre , la reine des 
montagnes. 

Le hassin interm^diaire est un fond plat , acci- 
dente de coUines verdoyantes, de cones basaltiques 
aux teintes sombres , et traverse dans loules les direc- 
tions par une multitude de cours d'eau qui fertilisent 
un sol d'une quality rare. Si les Chiliens savaient cul- 
liver conVenablement ces terres , la bande interme- 
diaire et plate dont il est question serait, dans une 
proportion giganlesque, plus belle, plus riche que 
notre Touraine, que la Limagne d'Auvergne et la valine 
de Gresivaudan. Aujourd'hui elle ressemble plus aux 
pampas de la republique Argentine qu'a la terre 
nourriciere d'un peuple qui se pretend avance en ci- 
vilisation. 

A la latitude de Santiago, la Cordillere de la Cole, 
couverte de verdure en autoinne, en hiveret au prln- 
temps, nc d^passe pas 1200 metres d'el^valion au- 
dessus du niveau de la mer, tandis que les Andes pro- 
jellenl leurs tetes charg^es de neige et de volcans a 



( ^^0 ) 

pr^s de 5 000 lu^lres. Lc premier grand torrent a ciler, 
depuis Chocabuco , est le Mapoclio , qui conloiirne la 
capitale du Cliili. Aprils avoir pris Tune de ses deux 
sources dans la monlagne a Test de Chacabuco, I'autre 
dans le Cerro de Porlillo, il descend en desordre du 
nord-est au sud-ouest, et va se jeter dans le Maypu, a 
quelques lieues au sud-ouest de Santiago. 

Le Maypu est un joli fleuve qui prend sa source a ia 
base du volcan de San-Jose, et dont ies eaux roulent 
de Test a I'ouest jusqu'a la mer. Son nom, glorieux 
dans Ies annales des guerres de I'independance, ovcille 
dans tous Ies coeurs chiliens Ies sentiments du patrio- 
tisme le plus profond, Ce fut sur le bord de ce fleuve 
que, dans la journee du 5 avrill818, cut lieu la fameuse 
balaille engagee par Ics indepcndants coalis^s conlre 
Ies Espagnols, et dont le resultat fut le trioinphe defi- 
nitif de la cause republicaine. 

De ce point, on d^couvre, en amont du Maypu, un 
de ces systemes aeriens inventus par le genie des indi- 
genes pour le passage des rivieres. Selon loute vrai- 
semblance, ces macbines, fort simples au Cbili, com- 
pliqu^es au Perou , ont fourni I'idee m^re de nos 
ponls suspendus , si perfectionn^s en Europe. Le ma- 
nege a^rien organise sur le Maypu est construit a un 
itranglement du fleuve, cause par deux rocbes fermes 
formant un d6fil6 assez elroil ; il consiste en de fortes 
cordes de cuir, solidement arr^tees, tendues d'une rive 
k I'autre au-dessus de I'ablme, et portant suspendii un 
grand panier de cuir. Le voyageur s'assied dans le 
panier, et, au moyen d'un va-et-vient qu'il fait jouer 
avec Ies bras, il arrive sur la ri" opposee. Au Cbili, 
il en existe de moins exigus, sur lesquuls peuvent pas- 



( Gl ) 
ser les b^tes de somnie. Pkisieurs cables en cuir, roidls 
borizontalement, supportent un tablier en planches et 
en poau de bceiif, large d'un metre environ ; ce tablier, 
bien cousu aux cables de support, est en outre main- 
tenu , autant que possible, a I'dtat horizontal, et non 
mobile, par des cordes d'elaie d^crivant une courbe 
au dessus de lui. 

Dans la saison des pluies et a I'^poque de la fonte 
des neiges dans les Cordill^res , les gues ^tant impra- 
ticables, les voyageurs a cheval sont dans I'obligation 
(le se detourner de la route directe pour aller passer 
par un de ces derniers ponls; les hommes a pied se 
risquent en tout temps a I'exercice acrobatique du 
panier de cuir. Sous la domination des Incas, un poste 
de gardiens etait inslalle a chaque extremite de ces 
voies perilleuses; les gardiens avaient pour fonctions 
de veiller a la surete des materiaux, et de preter gra- 
tuitement leur assistance aux vieillards, aux femmes, 
aux infirmes. 

L'hislolre pittoresque des ponls suspendus serait 
un travail interessant a ^crire. Les cocoliers, de 
soixante a quatre-vingts pieds de longueur, jeles cole 
a cote sur les petites rivieres de Tahiti et des autres 
lies de rOc6anie , donneraient le point de depart; 
les ponls indiens du Chili viendraient ensuite. Le 
troisieme tableau presenterait les merveilleux ponls 
de roseaux cre^s sur I'Apurimac par les empereurs 
p6ruviens. Deux de ces chefs-d'ceuvre de la conception 
humaine subsistanl intacts, il est ais6 de les etudier; 
enfin, translormant les tressos de roseaux et de joncs 
en faisceaux de fils de fer, on obtiendrait nos magni- 
fiques ponts suspendus. Le perfectionnement de ces 



chemins lagers, enjambanl (le larges coins d'eau, ost 
du an genie de noire siecle; uiais il est juste d'accor- 
der le luerite de Kur invention aux Indiens de I'Aiue- 
lique du Sud, qui en I'aisaient usage pres de mille ans 
avant nous. 

A la lin du premiei- jour, la petite caravane chei- 
chail uu abri dans une pauvre cabane en branchagcs, 
dresseeconlre un niaiuelon de la Cordill^re de la Cote; 
la, les deux Cordilleres, brusquement rapprochecs, 
etranglent le bassin inlennediaiie. Ce lieu est nomin6 
Angostura de Payne. Une fois dans I'liolellerie, on nc 
pouvait, sans une vive compassion, tourner les regards 
sur les quaire coins de cclle deiueure d'une fauiille 
condamnee a la plus aUVeuse niisere. Dejeles pnr I'ac- 
lion du vent ou par des tremblements de terre , les 
arbresnoueux, auxquels s'appuyaient les brancbagcs 
foriuant luurailles, avaient considerablement perdu la 
perpendiculaire, si jamais ils I'avaient gardee ; la ca- 
bane, enlraiuee en enlier par leur mouvement, incli- 
nail sur le tlanc gaucbe, el menagait de loaiber. La 
toilure, persiilee de trous, donuaillibre issue a la lu- 
tniere, a la pluie, au vent, a la poussiero. Le sol 6tait 
sans plancber, la porle sans del'eiise. NuUe part on ne 
voyait un uieuble, une table, un siege; des peaux de 
bceul, etendues sur de I'berbe sfeche, remplagaient les 
lils , cbose inconnue a ces malheiireux desberites du 
ueccssaire, el a un pelil leu, flambant en liberie au 
centre de I'unique piece de I'habilaiion, cuisaient, dans 
un vieux pot ebrecbe, quelques regimes de mais, pain 
quotidien de la lamille. 

L'Angoslura de Payne , oil Ton couche , est une 
gorge assez courle , llanquee de monies surbaisses. Ce 



( 63 ) 
passage franclii , on debouclie dans la vaste plaine de 
Rancagua. A la sortie de rAngoslura, les Cordilleres 
se relirent rapidement , et le l)assin s'evase pour 
prendre bienlot line largeiir de 12 a 13 lieues. La 
plaine de Rancagua , tristement memorable dans I'his- 
toire des guerres du Chili, se lermine, 25 lieues plus 
au sud , a une inuraille naturelle qui ferme entiere- 
ment le bassin. Rancagua, ville insignifianto , triste , 
morle , arrier^e , mal balie , est assist; a peu pros a 
egale distance eutre Pavne et la muraille de Regolemo, 
sur le bord du rio Cacliapual, torrent impetueux qui 
roule sans frein, de Test a I'ouest, jusqu'a la rencontre 
du rio Rapol, auquel il mele ses eaux redoutables. 
Le rio Rapel tire sa source du pied du volcan de Tin- 
guririca , et se jette dans la mer pr^s du cap de Topo- 
cahna, Lorsqu'on parcourt la belle plaine de Ranca- 
gua, on ne pent s'empecber de remarquer le contraste 
curieux qui exisle entre la vegetation du penchant 
occidental des Andes et celle du versant oriental des 
montagnes de la cote. Sur les premieres, au-dessous 
des neiges perpetuelles, en touchant presqu'a la ligne 
ou les v^gelaux expirent , on observe , detachee en 
vert sombre , une bande serree d'arbres resineux 
essentlellement du domaine des regions australes ; 
sur les secondes montagnes, au contraire, se montrent 
les palmiers et les cactus, indices caracleristiques du 
voisinage des tropiques. Ainsi , a queiques lieues de 
distance , sur la meme latitude , on trouve d'un cdt6 
le froid des poles, de I'autre les chaleurs des contrees 
sans hiver. 

La muraille naturelle qui coupe au sud la plaine 
de Rancagua a du etre sans nul doute un isthuie qui 



( Oi ) 
unissail les deux chalnes , alois que la mer occupait 
le fond du bassin inlerm^diaire. Ce barrage , appelt^ 
Angostura de Regolemo , est le soul, de Charabuco a 
Cliilo6, qui ferine tout a fait riminense vallee que 
longe la route. Au nord , il regarde le village de 
Rt-ngo, amas de chellves maisonuelles enfoncees dans 
un l)ois d'arbres fruitlers ; au sud , il protege San- 
Fernando, petite bourgade batie sur le rio Rapel. 

Iimn6dialement aprfes I'Angostura do Regolemo , le 
bassin se developpe de nouveau, et sa largeur devient 
plus considerable qu'auparavant. Sur une etendue 
d'en\iron 50 lieues de France, cest-a-dire jusqu'au 
rio Maule , le terrain plat que Ton parcourt est cul- 
live en partie el d'un aspect riant ; il porte un asscz 
grand nomine de fermes ou haciendas, des baineaux , 
des villages dont quclques-uns, entre autres Curico et 
Talca , sont decor^s du nom de ville. 

Talca est a 100 lieues de Santiago, et nos voyageurs 
avaient mis cinq jours pour franchir celte distance; ils 
se trouvaient au milieu d'une conlr(!!e fertile, arros6e 
par beaucoup de ruisseaux , surtout par lo Maule, 
riviere profondc et navigable. Talca parait destin6e a 
acquerir plus de prosperite que les autres villes de 
I'interieur du Chili ; par le Maule , les forets de la 
Cordillere de la Cote peuvenl 6tre exploilees lucra- 
tivement, et deja il se fait par cette voie , du dedans 
au dehors, un commerce tr^s-suivi de cer^ales , de 
fromages, de laines. La riviere, dont les eaux se 
perdent dans le Grand Ocean, a Porl-Conslilucion , 
prend naissance sous I'imposant Descabezado , mon- 
lagne haute de six mille uietrcs , devant laquelle 
celles qui iui font face, a I'ouest, ne sont plus que des 



( 65 ) 
^l^vations sans importance. En revanche, ces derniires 
sont riches en /ai>aderos , ou mines d'or. 

Au sud du Maule, sur une longueur de 50 lieues, 
la plaine, qui va toujours s'elargissant, n'est qu'un 
desert , pareil de tout point aux vastes pampas de la 
r^publique Argentine. Ici, plus d'arbres, plus de vege- 
tation vigoureuse , mais seulement des broussailles 
^parses sur un sol mar^cageux. On voit qu'aucun elre 
humain n'a jamais pass^ par la. Les villages ont cess6 
de se montrer, et si de loin en loin apparaissent quel- 
ques ranches, ces demeures respirent la plus affreuse 
mis&re. La vilie de Chilian, avec ses modestes vergers, 
ses paturages, sa jolie riviere, rompt enfin I'affli- 
geante monotonie de la pampa. 

Pour enrichir ce desert , il faudrait uniquement le 
travail de I'homme. Les pluies, dit-on, sont trop con- 
linuelles pour que tous les efforts ne soient pas de- 
penses en pure perte. II serait facile de remedier a 
cet inconvenient; les pluies sont caust^es surtout par 
le voisinago des ^paisses forets qui , a droite et a 
gauche, tapissent les monlagnes. Si Ton detruisait ces 
forets inutiles, inexploitables pour la plupart, les pluies 
diminueraient. Ce n'est pas la qualite du sol qui peut 
d^courager; ce n'est pas non plus le froid de cette 
zone; car si les arbres entasses sur le flanc des Andes 
et sur la Cordillere de I'ouest sont de ceux qui se 
plaisent dans les latitudes aux hivers rigoureux , les 
palmiers de I'anlique Chilian et les orangers de la 
petite valine d'Ytata , attestent suffisamment que la 
temperature du fond du bassin est fort douce. 

En longeant cette triste pampa, on laisse a sa gauche, 
vers le 30« degre de latitude, lo volcan de Chilian. On 

III. JANVIER. 5. 5 



( 66 ) 

coupe alors la ligne d'un nouveau volcan , celui d'An- 
tuco. de 3 000 metres de hauleur, au bas duqiiel com- 
mence a couler la riviere de la Lnja. 

La Laja, Niagara du Chili, apres elre sortie d'un 
lac ouvert au pied du volcan d'Aniuco, serpen le sur 
un lit de laves en s'avan^ant vers I'ouest. Au milieu 
du Lasbin , la terre fait dcl'aut subitement, ot la riviere 
se precipile en une cascade ^cuineuso dans un abime 
proloud. Ce saul de la Laja est lecoiid en souvenirs et 
en inspiralions poetiqnes. Temoin de uiaintes courses 
hardies de la part des Indiens contre les Espagnols , 
de combats acharn^s, d'exploits laracux, il occupe a 
lui seul une des grandes pages de I'hisloire de la con- 
quete. Au fond de I'abime, enlre deux rives bordees 
de lauriers et (le inyrtcs, la Laja poursuit une mnrche 
lente, tranquille , jusqu'a la rencontre du Biobio, 
ou elle finit. Avant sa jonction avec le Biobio, elle 
recoit le rio Claro, qui descend du nord au sud, en 
arrosanl les vigncs de Yuinbel el de San-Cristobal. 

A Test de la calaracte, le volcan d'Aniuco, aux 
penles blanches de neiges, a la cime noire, lance dans 
I'air ses ^ternelles flammes el vomit des torrents de 
laves. Du Lord du cralere, on decouvre un ponorama 
grandiose, etendu, vari^ ; a Test, la Cordillere de Pi- 
chachen, patrie des Indiens Pehuenches; au nord, 
les Cordilleres de Chilian et de Talca; a I'ouest, la 
Laja, dont les eaux, contrariees d'abord par des amas 
de scories, vont fertiliser les jardins d'Aniuco, puis 
les tcrres de Tucapel, la Nueva, village adosse a des 
fordts vierges, et pres duquel gisent des ruincs aujour- 
d'bui sans nom , qui bordent I'enlree du dtiserl. Plus 
loin , toujours a I'ouesl, le saut de la Laja. Apr^s quoi. 



( 67 ) 

Tceil se repose sur Vlsla de la Laja, vaste plaine verte, 
comprise enlre la Laja, le Biobio el d'autres rivieres. 
Au sud, le regard eaibrasse a la I'ois le colossal Cerro- 
Belludo, les champs de las Canturas, ceux de ios An- 
geles, de Sauta-Barbara, enfin I'Araucanie. 

Au pied du volcan d'Antuco, sur la marge meme 
du lac, passe le chemin qui permet de communiquer 
d'un versant a I'autre de la chalne des Andes. Decou- 
verl, il y a quaranle ans environ, par le general Cruz, 
dans I'exp^dition de Buenos-Ayres, ce chemin, trac6 
par les Pehuenches, donnail carriere a leurs excur- 
sions devastatrices entre les villages voisins, dont ils 
elaient la lerreur. Le sabot de leurs chevaux a laisse 
de forles empreintes sur les nappes de laves qui, bien 
que non relVoidies et non solidifi^es, n'arrelaienl pas 
leurs courses barbares. Le meme chemin, grace a une 
paix consenlie par le^ caciques Pehuenches, est Ire- 
quente maintenanl par les Chiliens d'Antuco, de Tu- 
capel, de Ios Angeles, qui vont chercher du sel gemme 
dans les salines de la pente orientale des Andes. 

A peu de distance du Cerro de Pichachen, a Test du 
volcan d'Antuco, dans la petite valine du Mancol , on 
trouve d'excellentes eaux ihermales, Le rio iviaucol, 
grossi du rio Tucuman , se mele au rio de Nanguen, 
lequel porte le tribut de ses eaux on ne salt ou, en 
Patagonie. 

Les salines, les eaux thermales, les vallees des 
Andes, apparliennent aux Pehuenches, ludiens no- 
mades, pasteurs guerriers, vivant sous des lentes. 
Leur existence en temps de paix est simple comme la 
nature; ils ne travaillent pas ; la chair des troupeaux 
fait leur hourriture; la depouille du mouton, laine et 



( (^8 ) 
cuir, leur sert de vetement et de lit. Deux journ^es 
de marche sufllsent a ces sauvages pour fondre sur 
Anluco; de la, en une etape, ils peuventvenir ravager 
les campagnes de Vlsla de la Laja^ et semer la d«isola- 
tion jusqu'aux porles de Chilian et de Nacimiento. 

Le pays situ6 a I'ouesl du saut de la Laja n'est pas 
moins inlerossant que celui de Test. Derri^re Yumbel, 
qui fut jadis une forteresse conslamment d^truite par 
les Araucans, constamment relevde par les Espagnols, 
aujourd'liui pauvre village sorli des vieilles ruines, les 
premieres hauteurs que Ton gravit, nues, rougeatres, 
rappellent les mornes ddsoles de Valparaiso ; mais a 
mesure qu'on s'avance vers la raer, des vignes, des 
bois, des habitations, animent le paysage. Dans cette 
parlie de la Cordillere existaient les plus belles mines 
d'or, exploitees sous I'administration du conqueranl 
Valdivia. La aussi se dressent Rere , autrefois riche 
d'une cloche d'or ; Gualqui , Floridas , bourgades 
comptees au nombre des futures villes du Chili. Bientot 
apres, on arrive a la large embouchure du Biobio. Ce 
fleuve coule du sud-est au noi'd-ouest, en se promenant 
avec nonchalance a travers le bassin encaiss^ dans les 
Cordilleres. Sur le cole nord dc son embouchure, deux 
bales, frequenlees par les gros navires, se creusent 
dans lesterres; I'une est nomraee bale de San -Vicente; 
la seconde, feraiee par le lourd promonloire de Gual- 
pen et I'ile de Quiriquina, estle magnifique raouillage 
de Talcahuano. La petite ville de Talcahuano, batie au 
sud-ouest de la baie, sur une langue rocheuse, regarde 
au sud-est les ruines de I'infortunde capitale du nom 
de Penco, qui ful I'orgueil des conqu<iraiits. Ln pauvre 
fortin, avec son lion de Caslille, vcille encore, mais 



( 69 ) 

piteusement, sux les mines de la fiere cite, et quelques 
families de pecheurs , blotties sous les decombi'es, 
remplacent a cette heure les riches Espagnols qui 
avaient sculple leurs blasons sur de soraptueux hotels. 
Maltrait^e a diverses reprises par les Araucans, plu- 
sieurs fois renvers^e par des Iremblemenls de terre, 
Penco dut a la fin etre compl^tement abandonnee. La 
population a transporte ses p6nates a trois lieues de la 
mer, et elle a conslruit Concepcion, ville de vingt 
mille araes a present, et capitale de province. Quoique 
dechir^e, elle aussi, par plusieurs tremblemenls de 
terre, notamment le 20 fevrier 1835, cette ville semble 
avoir oubli6 ses d^sastres et rever un brillant avenir. 

Nos voyageurs avaient fait cent lieues de plus en 
neuf jours, sur lesquels il y avait a relrancher vingt- 
quatre heures de repos a Talca et quarante-huit au 
volcan d'Antuco : c'elait aller bien lentement, au dire 
des Chiliens, habitues a devorer trente de leurs lieues 
dans chaque course du soleil au-dessus de riiorizon. 
Le lendemain, la caravane passait le Biobio, et, saluant 
de loin I'Araucanie, defllait devant les maisons de Col- 
cura. Les environs de ce village renferment des mines 
de houille, exploil^es d'une mani^re deplorable, et ne 
rendant encore qu'un combustible maigre, pyrileux, 
impropre au chauflFage des chaudieres. Au dela de Col- 
cura, le chemin gravit la montagne d'yVndalican, sur 
laquelle, en I'annee 1554 on 1555, le fameux cacique 
Caupolican tailla en pieces les troupes du general de 
Villagran, lorsque ce dernier, a la nouvelle de I'exter- 
mination des Espagnols dans la plainc du vieux Tu- 
capel , voulut aller venger la mort du heros Valdivia. 
De I'Andalican, on descend dans une vallee arros^e 



( 70) 
par Ic Carampangue; onsuite le cliemin court direc- 
tement vers la forteresse d'Arauco, sitii^e au pied de la 
rnonlagne de Colocolo. 

Aujourd'liui , le Biobio n'cst plus la limite qui s6- 
pare les Araucans indt^pendants de la republique du 
Ciiili; le petit espace couipris enlre rembouchurc 
du (leuve et Araiico est au pouvoir des Chiliens. Les 
torres ind^pendanles ont acluellement pour frontieres : 
au nord, la ligne determinee par la montagne de Co- 
locolo et les maisonnettes grises de Nacimienlo, de los 
Angeles, de Sanla-Barbara ; a Test, la ciine des Andes, 
jaionneo par les volcans d'Antuco, de Villarica , de 
liuenaluie; a louest, la cote de I'Ocean jusqu'aux 
miuailles de Valdivia; au sud , la riviere de Valdivia. 
Ces terres enibrassent une superficie de 4 degres cartas 
ou 2 500 de nos lieues carrees. 

Dans un prochain article, nous suivrons M. Edmond 
de Ginoux au centre meme de I'Araucanie. 

S^DILLOT. 



( 7'1 ) 
DAMAS. SES HABITANTS ET SES ENVIRONS. 

EXTRAIT DU VOYAGE EN SYRIE 

DE 

M. LE COMTE CHARLES DE PARDIEU 

PAR 

M. DE LA ROQUETTE (1). 

Damas, antique capitale de la Syrie (2), presque 
aussi ancienne que le monde (3), suivant M. le comle 
Ch. de Pardiou, auquol nous emprunlons ces informa- 
tions, est aujourd'lmi la ville la plus considerable de la 
Turquie d'Asie, le chef-lieu d'lin pachalik, et en outre 
la residence du semskier de Syrie. Conquise dans les 
premiers temps de I'etablissement de Tislamisme par 
le calife Omar, elle devint la ville principale et la resi- 
dence des califes Ommiades, ses successeurs, et elle est 
consideree depuis comme une ville sainte entre toutes 
apr^s la Mecque, ce qui explique I'intolerance des ha- 
bitants, qui regardent comme une souillure la presence 
des infulMes dans ses murs. Depuis le changement in- 
troduit dans les mceurs par Ibrahim-Pacha, et que les 
pachas turcs ont cherche a maintenir, lorsque la Tur- 
quie est rentree en possession de la Syrie, la crainte 
arrele I'dTet du fanalisme et de la mechancete des 

(i) La relation du voyage de M. le comle de Pardieu a ete publiee 
dans la Revue de I'Onent. 

(2) Les Arabes I'appellent encore el-Scham, capitale de Bahr el- 
Schain, ou de la Syrie. 

(3) Elle est du moini d'une tres- haute antiquite, puisqu'il en est 
parte dans la Genese. D. L. R. 



{ 72 ) 
habitants de Domas ; ils n'osent du moins I'exercer 
contre les Chretiens d4rangers, centre les Francs, qui 
peuvent enlrer dans cette ville comme ils veulent, de 
meme que dans toutes les aulres villes de I'Orient, 
tandis qu'autrefois un chr^lien n'aurait os6 se ha- 
sarder a y penetrer a cheval ; il fallail qu'il uiit pied 
a terre. 

Toutefois les Damasiens n'uscnt pas de la lu^me to- 
lerance pour les rayas, qu'ils insultent toutes les I'ois 
que I'occasion s'en prt^sente. Notre voyageur en cite le 
fait suivanl : « Les enfants, comme partout, sont les 
plus ardents. J'en vis, un jour, plusieurs qui raallrai- 
laient un pauvre petit Chretien qui se sauvait en criant. 
Je me chargeai de la justice distributive. Je delivrai 
mon pauvre petit coreligionnaire, et je tirai les oreilles 
aux jeunesmahometans, qui decamperent vite. Jadis, 
pour ce simple fait, on se serait attire toule la ville 
sur les bras. 

»Damasrenrernie environ 1 50 OOU habitants (d'aulres 
hii en donnent 200 000), parmi lesquels 15 000 ca- 
tholiques, 5 000 schismatiques et 2 000 juifs. Les rues 
sont gt^neralement ^Iroiles, sales, tortueuses, mal pa- 
yees ou pas pavees du tout, comme dans toute la Tur- 
quie. Lorsqu'il a plu, elles sont tellement boueuses, 
qu'on ne peul marcher sans enfoncer dans la fange ; 
aussi les habitants, dans ce cas, sont obliges de se ser- 
vir d'esp^ce d'^chasses, formt^es d'une semelle de bois, 
supportee par deux planchetles de plus de 6 pouces 
de haut. Ces chaussures scrvcnt aussi, dans I'interieur 
de la maison, aux fcnmies qui no veulent pas poser 
leurs babouches sur la terre ou sur le marbre froid : 
c'est comme les sabots de nos paysannes. 



( 73 ) 
)) II y a cependant quelques belles rues, principale- 
ment dans le quartier lure, ou elles sont larges, payees 
et assez propres. Quelques-unes, plantees d'ai^bres et 
garnies de boutiques, rappellent un peu nos boulevards. 
Dans le quartier franc, il y a une belle rue pavee en 
dalles , comme nos trottoirs. Ce sonl les franciscains 
qui ont fait cet embellissementdevant leur couvent. Le 
gouverneur, tout en reconnaissant que c'etait d'un tres- 
bon exemple pour la ville , a fait payer aux religieux 
une forte amende, pour s'etre arroge un droit qu'ils 
n'avaient pas. Une des rues, la rue Droite, traverse la 
ville d'un bout a I'autre, depuis la porte Orientale : c'est 
la que nous demeurions. Les maisons sont en briques, 
ou en bois reconvert de boue, quelquefois cr6pies a la 
chaux; elles ont ext^rieurement un aspect assez mise- 
rable. II y en a cependant quelques-unes en pierres 
peintes avec des raies rouges et blanches : ce sont sur- 
tout celles du quartier lure et les edifices publics. On 
est etonn6 du luxe qui regne dans I'interieur de ces 
maisons d'un aspect si mesquin. 

» J'en visitai plusieurs des plus belles, parmi celles 
des Chretiens et des juifs; ces derniers, qui ont beau- 
coup d'argent, sont Ir^s-bien loges... On entre dans la 
maison de raon ami le docteur Amstein, qui voulut 
bien nous donner I'hospilalil^, par une petite porte 
qui donne sur un couloir obscur, et Ton arrive dans 
une belle cour, pav^e en marbrc , au milieu de la- 
quelle un jet d'eau alimente une vasque octogone en 
marbre blanc. Cette cour 6lait ornee de toutes sortes 
d'arbres fruitiers et aulres, et de fleurs. Des plantes 
grimpantes raontaient jusque sur la terrasse, et lais- 
saient pendre d'enormes grappes de graines. Au fond 



(74) 

se troiive un vestibule ouvert, garni de niches et d'6ta- 
gores, avec des peinlures rouges, jaunes, noires.bleues, 
reprt^senlant tant bicn que mal dos arbres, des fleurs, 
des luaisons, des inosquees. Un divan regne aulour de 
ce vestibule pav6 en marbre, et que Ton occupe dans 
VM. De ohaque cold s'ouvrent des porles peinles, 
garnies de portieres en lissus brodds d'arabesques, qui 
donnent entree aux appartements. Le salon est pave en 
marbre, et rafraichi par un jet d'eau qui tombe dans 
une vasque en tnarbre blanc. Des divans r^gnenl au- 
tour d'une petite eslrade en bois, elev6e de 2 pieds 
au-dessus du sol, et couvertc de nattes el de tapis. On 
depose ses babouclies ou souliers au pied de I'estrade, 
pour ne pas salir les tapis. Les murs sont peinls en 
paysages et decoris, comuie lo veslibule , de niches a 
formes moresques, d'6lag6res, de boiseries sculptees, 
peinles, dorees, et d'arabesques. La maison , n'ayant 
qu'un dtage assez elevd , I'appartement monte jus- 
qu'en haul, divise vers le milieu de sa liauleur par une 
corniche moresque. Le plafond est soutenu par des 
poulresde peupliernonequarri; les poutresetles latles 
sont peintes et dories. 

» La disposition de la maison dont on vient de don- 
ner la description est la meme pour loutes celles des 
personnes aisles. La difference consiste dans le nom- 
bre des cours et des appartements, dans 1 'elegance des 
sculptures et des peinlures, dans la richesse des mar- 
bres ct des dorures. II y a des arabesques et des orne- 
menls dans le slyle des Maures, el d'une grande deli- 
catesso. Les divans sont aussi couverts d'etoffes plus 
ou moins riches, et les tapis sont plus ou moins pr6- 
cieux. 



( 75 ) 

» Les bazars de Damas sont tr^s-beaux, quoique ce- 
pendant je les trouve inf^rieurs a ceux de Constanti- 
nople. Ce sont de longues rues voulees, entre deux 
rangs de boutiques. Ces boutiques sont des tables, sur 
lesqnelles le marcliand est accroupi, la pipe a la bou- 
che. Les marcliandises sont sur des rayons derriere 
lui, ou pendues autour de son ^choppe. Le soir, lors- 
qu'il s'en va, il n'a qu'a abaisser sur la boutique un 
couvercle, qu'il ferme avoc un cadenas. Les raarchands 
arrivent ordlnairement tard, partentde bonne lieure, 
el ferment leurs boutiques a la moindre occasion, Ces 
bazars sont richement fournis, ct divis^s par esp^ces 
de maiThandises, ici les ^toffes, la les selles, plus loin 
les raeubles, etc. 

)) II faut remarquer que tout ce qui est beau est tir6 
d'Europe. Les belles eloffes de soie brocliees d'or vien- 
nent dc Lyon; les mousselines, percales, draps, de 
Suisse, de France, ou d'Angleterre, etc. II y a encore 
des marcliandises apportees par les caravanes de Bag- 
dad ou de Bassora, dont Damas n'est plus que I'entre- 
pot. L'industrie dans la ville est presque nulle ; on y 
fait beaucoup de soieries, mais grossierement travail- 
I6es. Quant aux lames do Damas, il y a longtemps 
qu'il n'en est plus question. 

» Dans le bazar se trouve un des plus beaux kham 
d'Orient : c'est une vaste enceinte circulaire, dont la 
voute se compose de plusieurs coupoles soulenues par 
des colonnes. On voit, en outre, une fontaine et un 
bassin en marbre blanc. Les murs sont ornes de mar- 
bres et de peintures; les marcliandises sont rangees 
dans des magasins au rez-de-chaussee. Dans une ga- 



( 76 ) 

lerie supeiieure, qui fait le tour de I'enceinte, sont Ics 
chambres des negociants. 

» La grande mosquee , edifice niagnifique qu'on dit 
avoir 6t6 autrefois une eglise sous I'invocalion de 
saint Jean-Bapliste, est entour^e par les bazars, sur 
lesqucls s'ouvrent les portes, de raaniere qu'on peut 
la regarder de loin ; quant a I'entree, elle est interdite 
aux giaours ou infideles, sous quelque pretexle que ce 
soit. Les porles de celle mosquee, situ^e au milieu 
d'une cour enlour^e d'un portique corinthien ires- 
orne, sont en bronze et decor^es de dessins en relief. 
Dans la cour se trouvent de trfes-belles fontaines. 

» Prfes d'une des portes de la mosquee , on voit le 
caf<^ le plus renommd de Damns, frc^quente par les gens 
riches, et qui n'esl cependant qu'une saWe pen propre, 
avec son divan, sur lequel s'accroupissenl les consom- 
maieurs, a moins qu'ils ne preferent s'asseoir dehors, 
devant une gerbe tl'eau qui lombe dans uno asscz jolie 
vasque de marbre blanc. Le caf6, le chibouque et le 
narguileh y jouent un grand role. On n'y voit rien de 
bien feerique. 

» Au bout de la rue Droite, a I'ouest, pres du quartier 
turc , est une belle place appelcie le March6 aux Che- 
vaux, ressemblant k un champ de foire, et renl'ermant 
beaucoup de boutiques. Le chateau n'en est pas loin ; 
il occupe un grand espace, est entoure de murs flanqiK^s 
de quelques lours, le tout en mines: c'etait la citadellc: 
il sertde caserne. La ville est divis^e en quartiers, fer- 
m6s tous les soirs par de grosses portes : ceux des Turcs 
sont les plus beaux et les plus propres ; ceux des juifs 
sont d'une salele extreme. 



( 77 ) 
» Outre les couvenls grecs, il y a a Damas plusieurs 
ordres latins, des peres franciscains de laTerre Sainte, 
des capucins, des lazaristes : cos derniers ne sont que 
deux, avec unfrere lai, tous Frangais, et possedant une 
assez jolie ^glise attenante a leur maison. Us ont , 
parmi les enfants syriens, de nombreux 6l^ves, aux- 
quels ils apprennent specialement la langue frangaise. 
» On montre au boul de la rue Droite, pres de laporte 
d'Orient ou de Saint-Paul, la maison d'Ananie, dans 
laquelle Paul, aveugle, fut conduit, recouvra la vue, et 
fut baptise. Plus loin, hors de la ville, est I'endroit oil 
il fut frappe de la lumiere celeste, au moment oil il 
marchait contre les chr^tiens, avant de se convertir et 
de devenir I'apotre des chretiens. 

» La partie inferieure des murs de la ville est an- 
cienne et construite en enormes pierres ; le reste est 
moderne et bati , comme la plupart des maisons, en 
terre melee de paille el de pierres, sechee et recou- 
verte de chaux. Ces murs, crdineles , tombent deja en 
ruine , comme tout ce qui avoisine la porte d'Orient. 
» Aux envii'ons de Damas, il y a de ravissanles pro- 
menades, au milieu de tous ces jardins, de toutes ces 
eaux cristallines, de toutes ces prairies, qui s'etendent 
dans un rayon de pr^s de 2 lieues , et qui sont semes 
de kiosques , lieux de repos pour les habitants de 
la cit6. Toutes ces eaux sont fournies par la Barrada 
et par quelques autres rivieres. Elles sont divisees par 
des canaux nombreux et conduites a travers tous les 
jardins, ainsi que dans toutes les maisons, oii elles 
alimenlent ces fonlaines qui rafraichissent les cours 
et les appartements. Ces eaux se rejoignent a la sortie 
de la ville, et la Barrada va se perdre a quelques lieues 



( 78) 
de la dans le lac Bahr el-Merdj, auquel on ne connatt 
pas d'issuo. De noinbreux villages entourent ces ver- 
gers , qui me rappelaieiil la huerta de Murcie , en 
Espagne. Lcs habitants riches el les consuls ont, prin- 
cipalemenl dans la niontagne, de jolies raaisons de 
campagne, dans lesquelles ils se retirent pendant la 
saison des chaleurs. 

)) Des indivldus de loutes les parlies de I'Asie se rcn- 
denl a Dauias, dont les rues sont encombrees par une 
I'oule qui se fail reruarquer par une grande varit^le de 
costumes. Les hahitanls portent une robe serree par 
une ceinturo, el, jnu-dessus, un cafelan garni de four- 
rures; le turban est Ires-volumineuA. Les chr6liens el 
les juifs sonl encore forcds de porter des couleurs 
noires ou foncees, landis que les musulmans adopkMit 
les nuances les plus tranchantes... Lcs pretres Chre- 
tiens roulenl aulour de Itur tele un luiban bleu fonce, 
en anneaux superposes, de manicre a lui donner Ja 
forme d'une large roue. Lcs rajas n'ont guere qu'un 
fichu uoue aulour d'un turbonsch. 

n Les Bedouins du desert sont vetus de Ja chemise 
blanche, par-dessus laquelle ils portent une pcau de 
mouton ou un abba de laine. Us soul coiff^s d'un Jiou/'- 
/ie/i sale, serre par une corde de poil de chameau. Ils 
ont en general de njuuvaises figures. A cheval, on porte 
un maschlah ou manleau, espece de sac en laine, 
I'endu par devanl, ouvcrl aux deux coins pour le pas- 
sage des bras, el ornc de broderies en laine, en sole ou 
en or. Ce vetement resscmble a une chasuble. 

)) Quant aux femmes, loules, meme les chreliennes, 
sonl couvertcs de voiles blancs de la tele aux pieds, et 
ressemblent ainsi a des fanlomes. Un fichu de mous- 



( 79) 
seline leur masque enti^reinenl la figure. Aucune 
n'oserait sortir sans cela; elle rlsquerait de se faire in- 
sulter. II est done difficile de savoir si elles sont jolies. 
En rentrant chez elles, elles se ddpouillent lie leurs 
voiles blancs et de leurs hotlines jaunes, et restent 
dans leur costume d'interieur, qui consiste , couune 
dans tout I'Orient, en un large panlalon, sur lequel 
elles meltent une robe fenuue sur la poitrine et en 
l)as sur les coles, Les manches, ouvertes et pendantes, 
sont garnies de pellts boulons, de broderies et de dea- 
telles. La poitrine est couverte par un fichu lorsqu'il 
fait froid; quant au corset, on sait qu'il est inconnu 
dans le Levant. La robe est serree a la taille par un 
cachemire, dans lequel les dames passent leurs mains, 
comme nous dans nos poches. Par-dessus la robe, 
elles portent une veste longue brodee en drap, en ve- 
lours ou en sole garnie de fourrures, et sont chaussees 
de babouches brodees. Leur coiffure se compose d'un 
tarbousch garni d'un fichu, orne quelquei'ois de perles 
ou de pierreries. Les cheveux, tresses en potites nalles 
fines, descendent par derriere. 

» Les I'emmesdeDamas on t la peau blanche, de beaux 
yeux, etsont Ires-gracieuses; lesjuives, en particulier, 
sont jolies, onl une tres-belle peau et surtout beau- 
coup de i'rakheur. Les vetements de celles que j'ai 
vues etaienl de riches etofles broch^es d'or, mais mal 
ajustees et sans gout, et toutes leurs perles, leurs dia- 
mants, leurs pierreries, tout leur ecrin enfin, etaient 
accroches au hasard sur leurs tarbouschs, sur leurs 
cajetans, sur leurs robes, extreuiement ouvertes; car 
elles ne savent pas laisser deviner. Leurs sourcils sont 
ras6s de nianiere a ne laisser qu'une ligne noire tres- 



( 80 ) 
mince. Malgr6 leur beaul^, ces juives faisaient , sous 
leur brillant costume , I'effet de poup^es peinlos et 
doi'ees. 

» La monnaie de France, toujours recue a Damas, 
change de valeur dans presque loutes Ics villes; la 
pi6ce de 20 IVancs, qui vaul au Cuire 82 piastres, en 
vaut 85 a Jerusalem, 88 a Bayrouth, el 90 a Damas. 
Dans cette derniere ville, la pi^ce de 5 francs vaut 
22 piastres , et la piece turque de 20 piastres en 
\aul 21. 



VOYAGE 

DE 

LA BAYONNJISE SUR LES COTES DE CHINE 

ET 

DANS LE GRAND OCEAN, 



M. JURIEN DE LA. GRAVl^RE, 

CapitaiDe de vaisseau. 

ILE urSPARUE DANS LES CAROLINES. 



La ReiMie des Deiix-Mondes contient un article de 
M. le capitaine de vaisseau Jurien de la Gravi^re sur 
son voyage aux cotes de Chine en 18^8, D6ja plusieurs 
aulres articles avaienl ete donnas dans los livraisons 
du 1" septembrc, 15 octobre et 1" dcccmbre 1851; 
ils ni(^ritent tous d'etre lus altenlivcmcnt, conime pre- 
senlant les r^suitats d'une campognc des plus iiit^res- 
santes. Celui dont nous parlons aujourd'luii est inti- 
tule : les Mariannes et les Louchou. II comprend le recit 
de la navigation de la Bayonnaise depuis avril IS/iS 



( 81 ) 
jusqu'au mois de Janvier 18Z|9. Dans cet inlervalle, co 
batiment visita les iles Mariannes et les Louchou, re- 
vint a Manille, de la a Macao, puis, api'^s avoir longe 
I'ile Formose, il vint moniller, le 21 Janvier 18h9, a 
I'entree de Yang-tze-Riang. 

Nous avons remarque dans ce recit un fail qui ne 
nous parait pas avoir 6le signale jusqu'a ce jour, et 
c'esl pour cela que nous croyons devoir le citcr ici. On 
a souvent parie d'iles nouvelles fornixes par le Iravail 
des polypiers, sur lequel les sables viennenl s'accu- 
muler, et ou quelques cocoliers , en croissant, conso- 
lident le sol. Mais ici il s'agit d'une lie disparue. 

M. Jurien rencontra dans les Mariannes des insu- 
laires des Carolines qui etaient venus se r^fugier a 
Guam apres la disparition de I'lle qu'ils habitaient. 
Voici comment il rapporte ce fait : 

« Les iles dont nos Carolins nous apprirent les noms 
sont marquees sur nos cartes du d6p6t de la marine a 
peu pr^s dans I'ordre suivant : Ulie, Elat et Satahoual. 
C'est au milieu de ce groupe que s'elevait jadis, comme 
une coupe de corail, I'ile qu'ils avaient ete contrainls 
d'abandonner. « II s'est fait un trou dans notre iie, » 
rd!p6taient avec douleur ces Troyens de I'Oc^anie, pen- 
dant qu'ils essayaient de satisfaire de leur mieux notre 
impitoyable curiosite; « la mer a p^netre par cette 
breche, et nous avons du nous refugier au haut de nos 
cocotiers. » Cjette ile submergec, cette pleiade perdue, 
s'est-elle done afTaissee sur elle-m6me apr^s un de ces 
tremblemenls de terra qui ebranlenl si souvent les 
archipels de la Polynesie? ou bien , comme le disent 
les Carolins, un niorceau de la barriere qui entourait 
I'esp^ce de bassin place au-dessous du niveau de la 

HI. JANVII'R. i5. t) 



(82 ) 

mcr s'osl-il en efl'oi dcroiile ? C'csl l;'i ce qu'il nous fut 
impossible declaiicir ; mais il nst certain que cello lie 
line lois envaliie par les flols, ne fiil-ce qu'a la suite 
d'un ouragan , la corruption cles sources d'eau douce 
dul snffire pour la rcndre inliabilable et pour obligor 
les Carolins a chercher vers le nord un sol niieux af 
fernai et un asile moins precaire. » 

Le recit do Al. Jurien presente a la fois un vif intc^rdt 
par la uiani^re donl il raconte los observations qu'il a 
pu Faire sur les pays qu'il a visitds, et une grande uti- 
lilo pour les marins, qui } trouveront des rensoignc- 
menls precieux sur la navigation de ces parages. 

D— Y. 



SUR 

LtMlGRATION DES FERMIEUS HOLLANDAIS 

ou 
BOERS DE LA COLONIE ANGLAISE 

DO 

CAP DK BON>'E-ESPERA]SCE. 

Nous avons fait connaltre dans les BnUetins de f6- 
▼rier 1838 el de fi^vricr ISZiO le fail Ires-romarquable 
de I'emigration des fermiers hollandais ou Boers qui , 
blesses de la conduile dcs Anglais envers eux, ab'an- 
donneront en 1835 la colonic du Cap, pour aller 
former hors de la domination anglaise un Etat indd- 
pendant. Nous avons danstes deux numeros donno le 
r6cil de leurs premieres tenlatives d'clablisscmcnl au 
Port-Natal, el de I'opposition qu'ils avaienl trouvcio de 
la |«art dos Anglais. Nous avions toujours clierchi' a 



( 83 ) 

connaltre le r<^sullal de ce fail si rare d'lino emigralion 
nationale. Un article (1) fort inl^ressant, que nous 
trouvons dans la Revite des Deux -Mondes, 185"2, 2° li- 
vraison, nous apprend ce qui s'est passe a ce sujet jus- 
qu'en 1851. Sans nous arreler au point de vue t!e I'au- 
leur de cet article, qui est de comparer le mode et les 
succ^s de notre domination en Algerie avec le systeme 
suivi par le gouvernement anglais au cap de Bonne- 
Esp^rance, nous nous occuperons seulemenl de ce qui 
pent nous instruire sur le sort des Hollandais qui cher- 
cliaient a se soustraire a la domination anglaise. Nous 
avons vu precedemment que les Boers etaient venus 
s'6tablir au Port-Natal, el qu'une expedition anglaise 
avail ^te envoyee en 1839 pour s'emparer de ce point ; 
cependant cette position ful bientot ahandonnee, et 
les Boers crurent pouvoir se declarer independants 
sous le tilre de Republique de Port-Natalia ; mais on 
congoit facilement que le gouverneur du Cap ne pou- 
vait laisser ainsi s'etablir aupres de lui une colonie qui 
fCit bientot devenue une rivale dangereuse ; une nou- 
velle expedition fut done envoyee en 1842 pour prendre 
definilivemenl possession de Port-Natal ct forcer les 
Boers a rcconnaltre la suzerainele de I'Angleterre. 
Pour leur adoucir autant que possible le joug qu'on 
leur imposail, et tout en les regardant comme des su- 
jels rebelles, on leur garantissait cependant les pro- 
priet^s qu'ils avaient acquises ; on leur assurait pro- 
lection conlro leurs ennemis, les Zoulous, et, ce qui 
etait bien plus, on leur permettait de conserver les 
institutions civiles et Padministralion int^rieure qu'ils 
s'elaient dormees. 

(i) Get article est intitule : le Cap ioui la domination anulatse, par 
M, Xavier Raiipond. 



(84) 

Toules ces concessions ne purent cependant , aiix 
yeux de tous, compenser la perle de leui" independance 
qu'ils avaient preleiidii acquerir en quiltanl le terri- 
loire anglais; la j)lupart rejet^icnt les iernies d'lin 
traits qui avant tout les obligeait a se reconnallre sujels 
anglais. Tres-j)eii de ceux qui avant 18ii2 n'avaient jias 
encore transporte leurs families el leurs troupeaux a 
Port-Nalal s'y sont elablis depuis, el un certain nombrc 
de ceux qui I'avaienl d^ju fait ont repassti les monts 
Qualtamba, pour renlrer dans le desert el sur la terre 
libre; el comme un bill de 1835 avail ^lendu la juri- 
diction des tribunaux du Cap jusqu'au 25' degr6 de la- 
titude, la plus grande partie dVnlre eux, une dizaine 
(le mille ames, coniptant plus de deux mille bommes 
en 6tat de porter les arnies , ont rejnis le cbemin de 
I'exil el sonl alles s'^tablir enlre Ic 25" el le 22' degr6 
de latitude, oil ils errent aujourd'hui avec leurs trou- 
peaux, sans qu'on saclie bien pr(5cisement quelle a 6te 
leur fortune et leur hisloire dans celle nouvelle migra- 
lion. Separes aujourd'bui de la colonic par une bande 
de terrain large de plus de 150 lieues, ils ecbappent a 
I'allenlion publique, qui, distraite par d'autres 6vene- 
ments, s'occupe peu de leur destinee. 

Les Boers emigres viennent. cependant de rompre 
tout a coup le silence, et d'une maniere qui fait hon- 
neur a leur generosity. L'insurrection de la Cafrerie 
anglaise a mis en 6moi toute la race noire du sud de 
I'Afrique ; I'agilalion s'est propagde jusque cbez les 
tribus qui errent dans le voisinage des camps bollan- 
dais. Au fond de leur exil, les Boers ont appris que, 
parmi les populations qui bordentla frontiere nord do 
Natal, il se tramait de sinistres projcls conlre cette co- 
lonic laiss^e presque sans defense el composee en 



( 85 ) 

parlie de gens de leur race. A.lors leiir conseil s'est as- 
semble, et, en son noin, A. W. PrcEtorius, qui est lou- 
jours reste leur chef niilitaire, a fait savoir aux tribus 
suspect^es que, si elles commettaient aucun acte 
d'lioslilite centre Port-Natal, il irait leur en deinander 
satisfaction a la tete d'un delacliement. D — y. 



NOTE 

StJR UNE VUE COLORIZE, SOUS FORME DE PANORAMA, 

DU CANAL PROPOSE 

POUR LA JONCTION DE LOGMAN ATLANTIQUE 

ET 

DE LA MER PACIFIQUE, 

PAR M. SQUIER (1). 

En presentant a la Societe de g^ographie cetle Vue 
de la conlree situ^e enlre le lac Managua et le port de 
Realejo, M. Squier fait observer que la vue a etc prise 
du somniet d'une pelile coUine , a peu de distance au 
sud-ouest de la ville de Leon, siluee au centre d'une 
grande plaine portant le m6me nom. « De cette emi- 
nence, dit-il , I'ocean Pacifique et le port de Realejo, 
dloignds de 27 milles, sont dislinclement visibles; le 
lac, eloigne de 16 milles, serait egalement visible sans 
]es forets qui existent entre les deux points; mais on 
peut parfaiteraent distinguer les iles qu'il contient. » 
La contree comprise dans cet essai de panorama a, en 
longueur, une etendue de !ib milles; et comme il est 

(i) Voyez les articles insere's dansle Bulletin de i85i, 4' serie, t. I, 
p. 2495 279 et 4"i) et 1. 11, p. 235, etc. 



( 86 ) 

fail d'apris nature, et que les lieux sont peints avec une 
extr^iue exactitude, M. Squler pense qn'il n'a auciiiie 
exj)lication a donner a ce sujel. La contrive offie aux 
yeux I'apparence d'une plaine vaste el tres-fertile , et 
on a reconnu que la plus grande ^Uvation au-dessus du 
niveau du lac, sur la ligne du canal propose, ne depasse 
pas f)/l pleds, Icsquels ajoules a 156 pieds, hauteur de- 
terminee du lac, donnent 21 pieds pour la plus grande 
elevation au-dessus du niveau de la mer. Ce point, Ic 
plus 6iev6, est a environ 2 niilles du lae, et de la la des- 
cente est graduelle et imperceptihle jusqu'a la mer. 

« Les personnes accoutumees a ratmosjjh^re bru- 
meuse de I'Angleterre et de la majeure parlie du con- 
tinent, ajoute M. Squier, comprcodront dKficilemenl 
(ju'on puissc voir distinclement toutes les parties de 
celle vaste plaine, telles qu'eiles sont ici representees. 
Tout ce qu'on peut dire, c'esl que sous ce rapport, 
ainsi que sous lous les aulres , on a imite exactement 
la nature. 

» Les volcans represent^s dans le dessin , quoique 
paraissant oJTrir une chaine continue s'^tendant du lac 
au golfe de Fonseca , sont en reality deux cones d^ta- 
ch^s, formes de leurs propres depots. Entre leurs 
bases, la plaine n'est point interrompue, et au dela 
se trouve uno autre plaine appel^e Llano del Conejo 
(plaine du lapin), qui s'etend, en largeur, depuis les 
volcans jusqu'aux plateaux 6lev6s de Mata, Polpa, et 
on longueur, depuis le lac jusqu'au golfe de Fonseca, 
Cette plaine correspond g6n6ralement avec celle de 
L^on , except^ que scs sommels, dans les parties les 
plus elevees, ont seulcment Zi5 pieds au-dessus du 
niveau du lac. Dans plus de la uioitie d^ sa longueur, 



( 87 ) 
elle esl travorsee par VEstero-Real, cours d'eau remonle 
par la inar^e et d'une grande profondeur, qui s'etend 
depuis le golfe de Fonseca, dans la direction du lac. 
C'est dans celte plaine , au raoyen de cet Estero, que 
le canal propose pour des navires doit 6tre construit , 
non que la ligne au port de Reaiejo, sur laquelle il a 
el6 tant ^crit, soit impralicable, mais parce qu'elle est 
plus courte et est termin^e par le port, sans contredit 
le plus vaste ot le plus beau de la cote d'Amerique, sur 
la mer Pacifique, celui de San-Francisco seul excepte. 

)) Et maintenant, qu'il me soit perinis de corriger 
une erreur qui exlste sur toutes les cartes de Nicaragua, 
que j'ai vues , ceile d'un large cours d'eau ou riviere, 
appele Rio Tosta, a partir du port de Reaiejo. II n'exisle 
pas de riviere portanl ce nom, et il n'y a pas de cours 
d'eau considerable coulant dans le port de Reaiejo. Le 
plus grand est un petit cours d'eau insuffisant pour faire 
flotler un canot, except^ pendant une courte distance, 
au moment de la maree. II est appele Rio Telica ou 
Quesalgaqite. Leon est aussi g6neralemenl, sinon lou- 
jours, repr^senle comme place sur une elevation ou 
Diontagne; e'est une erreur provenant probablcment 
d'une mauvaise traduction du mot espagnoi munte, qui 
signifie champs, ou champs eleves, avec des halliers, 
mais non monlagnes ou collines. 

» Le lac de Managua a, sur toutes les cartes que j'ai 
vues, une 6tendue trop petite. Sa plus grande longueur 
lie peut elre beaucoup moins de 50 milles, et sa lar- 
geur, de 30 a 35. Je pense que la superficie de ce lac, 
comparee a celle du lac Nicaragua, est exaclement 
donnee dans la carte que j'ai eu I'honneur de mettre 
oe soir sous les yeux de la Societe, et qui contienl 



( 88 ) 
(outes les infornialions qu'il m'a ele possible de re- 
ciieillir, pendant inon sejour dans ce pays, sur les 
Iraits caracl^risliques de cct islhme si interessant, spe- 
cialement en ce qui concerne le canal propose enlre 
les deux oceans. » 



COMPTE RENDU, 

PAR 

LE PRESIDENT DE LA COMMISSION CENTRA LE, 

SCR 

L'ENVOI DES GRAINES DE LA CHINE. 

Messieurs, 

Le consul de France a Shanghai et a Ning-po, 

menibre de la Socield de geographic, lui a adresse, 

pour 6tre cxpi^rimentees a diverses latitudes , en 

France el en Algerie, un certain nombre de graines 

de la Chine. Plusieurs de cos veg^laux, s'ils venaient 

a s'acclimaler sur noire territoire, seraienl une pr6- 

cieuse acquisition pour I'industrie, pour Tagricullure, 

pour riiorticulture , pour I'economie domeslique, et 

la Sociele acquerrait par la unnouveau litre a Teslime 

generale. Ce serait accomplir un de ses voeux les plus 

chers, puisqu'elle a offert un prix aux voyageurs pour 

rimportation des substances utiles a I'economie, aux 

arts, a I'agricullure. Pen<!(tre dc I'imporlance de eel 

objet, voire president n'a neglige aucun soin, aucune 

peine pour rempiir la mission donlvous I'aviez charge. 

II a commence par s'eiiquerir aupres des ministircs 

de I'instruction publique, du commerce et dc la guerre, 

des Socieles, des jardins, et dc tous les etablisseraimts 



( 89 ) 
constitu6s, en France et en Alg^rie , pour I'accU- 
malation des plantes exotiques. Una liste d'environ 
quarante elablissements choisis a ^t6 forniee ; qualre 
soci^tes agricoles de I'Algerie etablies a Alger, Bone, 
Phillppeville et Oran en faisaient partie; M. le mi- 
nistre de la guerre a bien voulu comprendre dans 
renvoi le jardin d'acclimatation de Biscara, province 
de Constantine.la pepini^re centraledugouvernement 
a Alger, et les p^pinieres secondalres. Environ qua- 
rante lettres ont 616 6crites, en consequence de la liste 
de distribution, aux Elablissements, aux Societ^s et k 
plusieurs prefets. 

Le ministre du commerce a seconde aussi la Soci^te 
en faisant passer sans frais les graines a leur desti- 
nation dans un grand norabre de localites; les autres 
Soci^tes ont fait pi'endre ici les graines qui leur Etaient 
destinees. Toutes a peu pres ont accuse recej)tion ; 
elles ont lemoigne a la Societe de geographic une vive 
reconnaissance pour ces envois , et ont ecrit dans des 
lermes qui garantissent, de leur part, une attention 
toute parliculiere et les soins les plus empresses pour 
rensemencement et la culture des plantes de la Chine. 
Elles s'engagent a faire connaitre les rcsultats qu'elJes 
auront oblenus, et on a lieu d'esperer quelques succes, 
sur un point ou sur I'aulre de I'echelle climaterique 
de la France, puisque M. Itier, le voyageur en Chine, 
celui a qui vous avez accorde une m^daille juslement 
nieritee, a fait reussir chez nous quatre v6getaux de la 
Chine : le lo-md (Cannabis gigantea), le tsing-ma [Cor- 
chorus textilis), le cho-nia, sjero des Japonais (Urtica 
nivea), en fin le lin de la Chine. 

Toutes ces planles ont reussi ; deja menic elles ont 
fourni des recoltes asscz impovt^ntes : on peut les re- 



( f>o ) 

garder coujiiie naturalisees; files ont flemi, fruclifie 
el rapporte des graines qui ont parfailemeiit inari. Le 
tsiug-ind, I'uije d'elles, promet de fournir ce fil d'une 
extreme it^miiie, doiil se compose la batiste de Canton, 
supericiire en finesse a tuulcs les planles textiles cuHi- 
vees en Europe. Ces experiences ont ete faites eu i8A9 
et 1850, et ont ete conlinuees. Le lo-tnd a atleint jus- 
qu'a 5 ai<-!lres el demi a Marseille ot a Perpigaun , et 
5 metres a llonlpellier, avec 4 a centimetres de cir- 
conf^rence; a Marseille, la circonference a alteiut 
26 centimetres. Cinquante cenliarcs ont rapportd \h ki- 
logrammes de graines, etc.; mais je reviens aux graines 
procurees par M. de Montigny. 

II serait infiniment trop long de citer le contenu des 
leltres ecriles par les etablissements en reponse a 
celles de la Societe. Je me bornerai a quolques exem- 
ples : le tableau ci-joint suppleera au reste. 

M. Jurie, conseiller a la cour d'appel de Lyon, pre- 
sident de la Society d'horticulture du Rhojie, ecrit: 
« Les progresque I'horticullure a fails depuis quelques 
» annees dans notre departenient ; le succ^s qu'a ob- 
» tenu I'ecole pratique que notre conseil general a 
» institute; I'habilete, le z6le el Tintelligenceque mon- 
» treat nos liorticulteurs, amateurs ou praticiens, me 
» donnent la coiifiance que les essais qu'ils vont tenter 
» avec les elements nouveaux (jue vous leur procurez, 
» repoadront aux esperances de ceux qui s'ellorceat 
» d'introduire de nouvelles richesses surle solde notre 
» palrie. » 

Le comice agricole de Toulon se felicite de voir, au 
nombre des graines, utie belle esp6ce de conil'ere, 
le Ciyptomerin japonica ; il ajoule : « Le comice recevra 
» loujours avec bonlieur des missions semblables a 



{ i>l ) 

» cellesqut! vous voulez bien lui confier. Inleresse aux 
» progres de la science agricolc, il mcttra tous ses 
» soins a vous seconder, dans son liunible sphere, 
)) dans vos efforts genereux pour doter le pays de nou- 
» velles rlchesses veg^tales. » 

Le directeur de la pepini^re d'Angers : « J'airegu 
» cette Douvelle avee joie, persuade que les richesses 
» qu'on vous envoie auront le plus lieureux vesultat 
» pournotre l)elie France, attendu le rapjjort quiexiste 
)) entre le nord de la Chine el noire pays pour le climat 
» tempere. II serait a desirer qu'on eut ailleurs la 
» pensee gen^reuse que vous avez. J'ai maintes t'ois 
» soUicit^ qu'on 6lobllt sur cinq ou six points de .1^ 
» France une succursale d'essais d'acclimatation poor 
» Ics vegelaux, qui sont muUiplies et abondanls su 
» Jardin des Plantes. J'ai pense que, par ce moyen, il 
)) se revelerait peut-etre des produits utiles qui restent 
» ignores. Le climat de Paris n'etant pas favorable a la 
» vegetation des arbres a feuilles persistanles, il est 
» done urgent de tenter des essais en diverses regions 
» climaleriques du pays. » 

Le doyen de la faculty des sciences de Montpellier, 
professeur di,' botanique, a deja fait seuier une parlie 
des graines; il suivra , dans leuv d^veloppenaent , les 
plantes qui en proviendront, et nous fera part du r^- 
sultat de ses observations. Tout le inonde connait la 
reputation du jardin de Montpellier sous cc rapport ^t 
les beaux succes qu'y A obten.u3 le professeur Delile, 
menibre de I'lnstitutd'I^lgypte (lecemment enlcve aux 
sciences et a ses aujis), pour raccljinatation des \§g^- 
laux cle rOrient. 

Enfui, le secretaire de la Sociele d'horliculture de 
Paris nous ecrit eji ces ternies : (j Jie yieps, ay jiom jie 



(92) 

)) la Sociele d'horticiilture vous offrir de sinceres reuier- 
» cimcnls pour la precieuse collection de graines de 
» Chine que vous avez bien voulu lui faire remellre de 
» la part de votre savante compagnie. Nous vous prions 
» en meme temps d'exprimer nos sentiments de grali- 
» tude au donateur, M. de Montigny, voire honorable 
» collegue, qui, au milieu des graves inl6rels confies a 
» ses soins, sait leur d^rober quelques instants pour 
» les consaci-er a I'^tude des sciences, et dote son pays 
» des richesses veg^tales de la contree loinlaine ou I'ont 
» appel6 les devoirs de sa haute mission. » 

Vingt autres lettres semblables t^moignent de la re- 
connaissance des ^tablissements que nous venons do 
doter et de Tempresseraent qu'ils meltront a nous 
faire part des resultats de leurs soins. 

Selon le vcbu de M. de Montigny, les graines se trou- 
venl distribuees dans vingt -sept d^partemonts, siir 
presque toute I'^chelle climalerique de la France, et 
dans huit a dix localil^s de TAlgerie. 

II est difficile do douter que toutes les experiences, 
faites simultanement en Algerie et en France, ne con- 
duisent promptement a de bons resultats, a la pro- 
duction de vegetaux utiles : la Societe aura alors a so 
f^liciter de n'y etre pas reslee ^trangere. Aprfes tout, 
messieurs, notre science n'a pas seulement pour objel 
de decrire le globe; elle a aussi pour mission de le faire 
connallre dans la vue d'augmenler la richesse nationale. 

Je rappellerai mainlenant que les vingt-lrois especes 

de graines cnvoy(!tes parM. de Montigny comprennenl 

des v^g^taux d'une utilite (ividenle. Parmi les planles 

textiles, je cilerai trois cspe( es de clianvre du Leao-long 

(Mandchourie) et du Chan-tong (Haimen), le coton de 

Kiang-nan ; parmi les planles tinctoriales, trois especes 



( 93 ) 
d'lndigo du Kiang-si, du Chan-tong et du Kiangnan ; 
parmi les cereales, deux esp^ces de riz du Hai-men; 
parnii les plantcs potageres, deux especes de chou, dont 
I'un atteint le poidsd'environ liO livres; deux pasteques 
du Kiang-nan, une grande aubergine de Tche-fou-pan, 
deux especes de melon et de potiron, et aussi le saye, 
grand lubercule du Kiang-nan, du gout de la pouime 
de lerre ; parmi les fruits, la peche du Shang-liai et une 
espece de pamplemousse, de grosseur extraordinaire; 
parmi les grands v^gelaux, un arbre du Tch^-kiang, a 
larges fcuilles, et le Ctjptomeria du Japon. 

On a eu ^gard dans la distribution, autant que pos- 
sible, a la situation de chacune des provinces de la 
Chine, soil quant a la latitude, soit quant a la position 
maritime ou medilcrranee. 

On aurait desire pouvoir adresser, en meme temps 
que les graines, des instructions oudes conseils surles 
semis et sur la culture. M. de Montigny n'en a point 
fourni et Ton n'a pu que recommander les methodes 
suivies par M.Itier, puisqu'elles ont eu de bons r^sultats. 

Tel est le compte succinct que j'avais a vous rendre, 
messieurs, des d-marches n^cessitees par I'agreable 
mission que vous avez regue de notre collegue, le con- 
sul de France a Shang-hai et a Ning-po. 

Les pieces de la correspondance sont d^posees sur 
le bureau. Jomard. 

Le 2 Janvier 1862. 

N. B. Un petit nombre d'^tablissements n'ont pas 
fait prendre les graines qui leur sont destinies; les 
paquets sont prets a remettre ou a expedier, selon la 
demande des interess6s. 



( yi ) 



fiouvelles geo;8;rai»hic|iie<s. 



EDROPK. 



SOPERFICIE ET POPULATION DE LA NORV^GE, o'APRiS LE DERNIER 
RECENSEMENT, AU 31 DECEMBRE 18/45. 



Ak(!rshtiu5 . 
Smaalebiieiie 
Hedemark . 
Chri>«Bniii< c,„is,i,ns . 



STIFTS 

ml 
CRAKDES 
PaEFEC- 
TURES. 



AMTS 

ou 

PBEFECTORES. 



Buskerud. 



Jarlsl)erg et 
Laui vi° . . 



Bralsberg. 



' Nedenas el 
Cbrislinn- 1 Robygdelogel . 



sand. . 



BCrgeii . 



Trondbjcm 



FOGnERIES 



DISTRICTS RL'BAUX. 



'Aker el Foiloiig 

Nedre Romci ike 

Uvie Runicnke 

Mossc 

Idde el Mjrker 

Rukkeatiid 

SulOei el OJ.,1 

lisieidal , 

ilt'deilliilk 

Tolhen 

Giidbiaiidailul 

Vulder.Laiid cl Hi'idthind 

Ringeiige el Hallingilal. 
) Nuniniedal el Sandsver . 

I Buskerud 

/ Jul I bei g 

} Lii.iivig 

Hanilde 

Nedre-Telh-mnik . . . ! 

OvrcTellcmaik 

Nedeliws 

Rolijgdelagel 



U C i_ Hi 



4 S20 

I idi 

7 792 

7 85C 

4 o52 
672 

4 064 

5 488 



^ Lister et Mandal 
Vstavanger, . . . 
' SOndre-Bergenhaus 

(NordreBergenbaus 
Romsdal 

fSOndrc-Trondbjem 
ITordre-TrondFijein 
Noi'dlaod 



Mandal 



j l.isler 

J Jiedereii el Dalerne , 
J Kjljike ....... 

^OudliiJidlandelHardan 



Finmnik , 



I 

( Finmaii 



/ .^uiiuiioiaiuiineiiiaruan 
j Nurdbordtund et Bossc 
.- Ytli e el I lull e Sogii. . 
j Noid el SandiTjuid . 

^ &OiidniOie 

1 K'iiiisdul 

} Noi diiiore 

/Orke el Guldal . . ] 
1 Slriiidc el Sselbo . '. 

I Fos 

) Stoi- el Vcrdal. . . '. 

) Indero 

J Numdal .' 

f Helgelnnd 

I Jiall.ii 

I Lofoten el Veslciaal 
) Seiijen ct TionisO . . 

j All,n 

( Hiimmcifest 

I Osl-Fiiimark 



ge 



) 

j 1 562 
2 65G 
4 368 
a 072 

I 4 !>',i 
!>408 
6 624 
H O03 



(20fi 



f;60 



92 7U5 






109 432 
75 422 
87 IIS 

J 02 730 

83 918 

63 070 

72 891 

55 932 
61918 
78 210 
M6 989 
77978 

81 314 
89 329 
68 570 
05 til 2 

43938 

1328 471 






( 95j 



VILLES »E NORVEGE RANGEES SUIVANT L'iMI>ORTANCE BE LECR POPULATION. 



I'opul. 

Chiisliaiiia .... 51 703 

Bergen 23 5i!t 

Tiondhiem .... U 778 

Slnviiiiger 8 646 

Dranimen 8 ri76 

Chnstiansanii. . . S 349 

Freder.ksh;iia . . 5 790 

Koiigsberg .... i i^G 

Moss 4 0-2o 

Limivik 4 012 

Skien S 677 

Arcudal 3 56-2 



Popul. 

Christiaiisiind. . , 5 i6r> 

KrageiOe 2 740 

Fredeiikstad ... 2716 

Maiidal -ioO/i 

ToiislJL-ig 2 245 



l^orsgruiid. . . 
TiomsO. . . . 
Osleri iesOer . 

nOiaa'! 

liolmebti and . 
Flekkef|oid. . 
Pievig .... 



2 214 
2011 
2 008 
1 856 
1 708 
1 610 
1 455 



Popul. 

Drobak i 550 

Sarpsborg 1 525 



Ekersiind . 
Svelvik .... 

Molde 

Aalesund . , . 
Faisiiiul. . , , 
Hammerfest. . 
Lillehamnier. 

Vad.sO 

Bcdo 

Vardo 



1 251 

1 201 

1 185 

I 157 

1 095 

927 

695 

588 

258 

193 



OBSERVATIONS. 

Nous avons pnblie pn 1 843, dans le Bulletin de la Soci^te de g^ogra- 
pkie (i), le tableau de la superJicie et de ia population du royaume de 
Norvige, et celui de la population de scs principales villes, d'apres le re- 
censeriu'nt de I'annee i835. Nous donnons aujourd'hui ces memes iiifor- 
mations, puisees dans le dernier recensement olticiel de I'annee 1 845 (?.j, 
en faisant reniarqner que la population totale, qui n'etait en 1 835 que de 
I 194827 habitants, s'est elevee en 18 15 a I 328 47 1) e' a ainsi augmente, 
en dix ans, de 11,18 pour 100. 

La population de toutes les villes a augmente dans des proportions 
tres-diFfeienles, a I'exception d'une seule, Porsgrund, qui avail en 1 835 
2218 habitants, et en i845 2 2i4; difference insignifiante. Celles dont 
I'augnientation relative a ete la plus considerable sont : 

Lille-Hammer, qui a augmente de 175,62 pour 100. 

Aalesund 140,04 

HainnieifesI 137,08 

Nous avons cru devoir citer toutes les villrs du NordlanJ el du Fininark, 
parte qu'elles y sont rares, quoiqu'il en exlste dans d'aulres provinces qui 
n'ont point ete mentionnees, bien que leur population lul plus elevee. 

Le nombre des habitants des trois villes les plus peuplees de la Norvejje, 
Christiania, Bergen et Troudhjem (Drontheim), a augmente, savuir : 

Dans la premiere, de 37,12 pour 100. 

— seconde 3,02 

*— Iroisieme 19,38 

D. L. R. 

(1) 2e Serie, I. XX, p. 5 et suiv. 

(2) Les recensemeuls sont fails eu Nurvcgc luus les dix luis. 



(96 ) 
AFHIQrE. 

Kgyi'te. — Monuments DicouviiRTs pau M. Mariutte. 

EXTRAIT DUNK MCTTRE DE M. REMN, CHANCIiLIEU DU 

COKSULAT DE FRANCli \V CaIRE, ECRITE A M. JoMARD I.E 

4 JANVIER 1851. — 11 y a quelqucs jours seulement que 
mes occupations in'ont permis de laire une excursion 
a Abousyr, pour voir M. Marielte; il s'cst etabli tout u 
fait la dans le desert, et il y a elev6 une niaison en bri- 
ques crues, afin de se j>r^server des intemp6ries de la 
saison et de surveiller ainsi de plus pr^s ses travaux, 
suspendus pour ce moment par ordro du vice-roi, 
mais dont les resultals, sans colle precaution, auraient 
pu, comme vous le savez bien , etre I'objet de vols et 
de d^tournements de la pari des A raises. Une grande 
parlie des monuments les plus importanls sont encore 
sous le sable , mais au moins personne nc peut les 
enlever, et il Taut esp^rer que le r^sultal des negocia- 
tions pendanles am^nera le vice-roi i\ faire don de la 
plus grande partie des objets a la France. 

Vous aurez probablemenl appris la dccouverte des 
souterrains pharaoniques, ou se trouvaient vingt-huit 
immenses sarcopliages, sepultures desdiffi^rents boeufs 
sacres (1). Ces souterrains magnifiquos, quo j'ai par- 
couruSj auraient, dit-on, etc viol(is par Cambjse, et, 
depuis lors, personne ne les aurait plus visites. II en 
reste encore d'aulres, que M. Mariette connait; il en 
a vu I'enlree : ce sont les souterrains ptolemaiques; il 
n'attend que i'aulorisation du vice-roi et des fonds de 
France pour recommencer les travaux, etc. 

(i) On rapporte que la plus grande parlie des sarcopliages sont 
depouivus d'hieroglyphes. J — d. 



( 97 ) 

AMtolQUE. 

Chili. — Ses divisions administratives et sa popu- 
lation. — Le Chili ( Chile), dont le nora vient, suivant 
Lastarria (1), du mot tchili, qui, dans la langue an- 
cienne des Peruviens, signifie iieige, et dout les Incas 
du P^rou avaient fait une province de leur empire, fut 
envahi pour la premiere fois en 1535 par les Espagnols 
sous les ordres d'Almagro. Ce pays, devenu une r6- 
publique independanle depuis la victoire decisive de 
Maypu , que ses habitants, soutenus par quelques 
Buenos-Ayriens, remporterent sur les troupes royales, 
le 5 avril 1818, est encore assez peu connu, m6me en 
Ainerique. II n'en sera pas longtemps ainsi , il faut 
I'esp^rer, apr^s la conclusion du grand ouvrage , en 
langue espagnole , que M. Claude Gay public sous les 
auspices du gouvernement du Chili, conlr6e dans la- 
quelle il a tail un sejour de douze ann6es, et dont il a 
explore loutes les parties en geographe, en g^ologue 
el en naturaliste (2). C'est dans les informations qu'il 
a bien voulu nous fournir que nous avons puise les faits 
exposes clans le tableau ci-apres. 

On sait que la Cordillere des Andes, cette immense 
chalne de pyramides elevees par la nature comme une 
barriere contre les vents et la mer, et le signe caracte- 
ristique le plus saillant du nouveau raonde, s'etend sur 
toute la longueur de I'Amerique, dans la partie occi- 
dentale. Vers le tropique du Capricorne , elle est ac- 
compagn6e a I'ouest d'une autre chaine de montagnes 

(i) Voyez Lastarria, Geogmfia, article Chile. 
(2) Voyez ci-dessu3 I'article do M. de Ginoux sur le Chili, p. 5". 
III. JANTIP.R. 7. 7 



(98 ) 
Leaiicoup moins 6lev6es, d'une formation gt^ologique 
toule differenle, el qui, la suivant parallelemenl clans 
une elendue de 20 degres, donne lieu a une li-6s- 
longue vallee interrompue, vers le nord, par de nom- 
breux rameaux lateraux , qui la rendenl presquo 
uieconnaissable , niais prolongee cnsuile sans inlcr- 
ruplion depuis Chacabuco (33°) jusqu'a Cliiloe (42°). 
Cette valine de six a huit lieues de largeur, el aiianl 
loiijours en diminuanl de bauteur depuis son origine, 
ou elle alleinl 2300 pieds, jusqu'a Reloncavi , oil elle 
va finir sur le rivage, est la portion la plus imporlante 
du terriloire de la republique du Cbili ; c'ost hi , en 
effel, que Ton Irouve concentree presque toule la po- 
pulation et que sont situees les principales villes et 
les grandes lermes qui font la ricbcssc du pays. C'esl 
aussi dans cette vallee et sur les terres lateralcs com- 
prises enlre le 37* el le 40' degr6 de laliUide que se 
trouve I'Araucanie , dont la pbysionomie est absolu- 
menl la meme que celle des pays voisins babites par 
les Cbiliens. 

((Line cole, deux cbalnes de monlagnes, donx de 
Cordill^res, el unepampa inlerm^diaire, lelle est, » dit 
Doineiko dans son Arnucania, imprimec a Santiago en 
J8A5, ft la configuration exl^rieure du terriloire jn- 
dien. » 

Les limiles du Chill sont : au nord, la republique de 
Bolivia, dont le grand desert d'Atacama la separe; a 
I'esl, la rdpublique Argentine ou de la Plata, donl elle 
esl separee par les baules Cordill^res dos Andes; et 
enlin au sud el a I'ouest, par roc(ian Pacilique. 



PROVINCES. 



La Seiena, 

IMupel. . . 

Conuimbo. . { Comh-^vhu 

^ Ovallc. . . 

Elqui . . , 



Gopiapo. • . 



DEPARTEM. 



Copiapo, 
Vallenar. 
Freirina. 



Aconcagua,. 



r Sou-Felipe 
Los AnJes. 
Putaendo . 
I.igua. , . 
Petorca. . 

•Val 



Valpara 



Santiago. 



Colchagua. 



^Talca . 



Muule. 



/"Valparaiso 
iso.. I Qi'illola. . 

/Sanliiigo, . 
\ Mrllipilla. 



Concepcion. 



Valdivia. 



Chiloe. 



Rai 

La VicLori 

' San-Fcrnando 
' Caiipolican 
Ciirico. . . 

;Talca . . . 
! Molina . . 



^ Cauqnenes 
Linares . 
Parval. . 

, Sau-Cai lo 
' Quiiiiiue 
^Bilbao, . 

^Concepcion 
Talcahnano 
Laul jrn. , 
Laja. . . . 
I^Pi c. . . . 
Chilian . , 
Puchacay , 

/Valdivia. . 
j La Union . 



r San-Carlos 
Carelmapu 
Chacao . 

1 C;iIhnco. 

Oalcaliue 

Qiienac . 
I Qiiinchao 

Caslru. . 

Le Mny . 
^Chonchy. 



(99 ) 



POPULATION DES 
de'iiail. prov. 



H o43) 

10 846 ! 27 783 
5 594J 



13 199 

14 746 
10 231 
26 977 

8 50G 



73 669 



VILLES PBINCIPALES. 



Francisco de la Selva 

Vallciiar 

Freirina 



20 695 \ 
28 246 / 
12 477 I 92 83! 
81 

42; 



8 48 
23 04! 



50 OOO ) 

44 200 !l06 134 

11 954) 



97 786 



97 786 \ 
30 493 L,7 
72 3W ( -" 



637 



17 010 



51 793 -J 

50 672 167 418 

64 931 j 



40 305 \ 
20 405 I 

54 633 \ 
23 101 j 
14 791 f 

i6i I 
W7\ 

541 y 



28 86i 

18 83 

9 34 



60 710 



129 626 



La Serena . 
Illapel. . . . 
Conibarbala. 
Ovalle. . . 
Elqui .... 



San-Felipe . 

Sitnta-ilosa. . 
Putaendo , . 
SanAniouio. 
Petorca . . . 



8 000 
5 000 
3 000 

9 OOo' 
2 OdO 
1 000 
1 (100 

1 000 

8 000 

2 000 
:iOO 

I 000 
J 500 



Valparaiso 50 000 

Quillola I 8 000 

Casablanca I 2 000 

i 

SANTIAGO I 80 000; 

Mellipilla j 1 5U0 

R;incagna i 3 OllO 

San-Bernardo 50U, 



San-Fernando 

Rengo ..... 
Gurico 



Talc a. 
Molina. 



6 958 
2 22fl 

7 850 
7 939 

15 386 
44 484 
20 163 



8 860 



104 989 



8 860 



43 832 




1 023 487 1023 487 



Cauquenes 

Linares . . . 
Parral. , . , 
San-Carlos. . 
Qiiirihue . . 
Bilbao. . . . 



Concepcion. . . . 
Talcahnano .... 
Sanla Jiian'a. ... 

Los Angeles 

San-I.uis Gonza»a 

Chilian 

La Florida ... 



Valdivia . 
La Union . 
Oiorno. , , 



San-Carlos. 



3 000 
1 800 
3 000 

oOOO 
800 

5 000 
8ilO 
50IJ 

1 500' 
800 

2 im 

I 
8 000 
2 000 

800 
1 500 

50O 
4 000 

1 200 

2 000 

300' 
1 000 

3 500 



( 100 ) 

OBSERVATIONS. 

II n'est pas inutile de faire observer que le Chili s'etend, au nord, 
jusqu'au Paposo, ferme situee presque au milieu du desert, par 24° 
3o' ou 2f)° de latitude; qu'au sud de Cliiloe le terrain, jusqu'au cap 
Horn, n'est habite f|ue par des Indiens; qu'au detroit de Magellan, 
pres le port Famine, il existe une petite colonie cliilienne d'une tren- 
taine de families, fondee en i843, ayant pour chef un gouverneur, 
et portanl le nom de Colonie de Maqellan ; et enfin, que la republique 
de la Plata proteste eontre I'occupalion de cette colonie par les Chi- 
lens, attendu qu'elle est situee a lest des Cordilleras. 

Le recensement d'apres lequel Ics populations soiit donnees, dans 
le tableau d'autre part, a eie fait en i832, mais d'une maniere tres- 
imparfaile, vu la graude dispersion des habitants el IVsprit de de- 
fiance qui les anime; aussi, sauf Santiago, capitate de la province de 
ce nom et de tout le Chili, oii les recherches ont ete plus faciles, on 
peut hardiment augmenter ces chiffres d'un quart , peut-etre meme 
d'un tiers. En outre, depuis i832, la population s'cst considerable- 
ment augmentee. Dans cette population ne sont point compris les 
Araucans et quelques autres tribus iridiennes independantes, qui peu- 
vent s'elever en totalite de 60 a 1 00 000 environ. 

Presque tous les geographcs, meme les plus modernes, divisent le 
Chili en huit provinces seulement, savoir : Cotfiiimbo, Aconcagua, 
Santiayo, Colchagua, Maule, Concepcion, yaldivia et Chiloe, a I'ex- 
c.eption de M. Eugene BaIbi, qui, dans ses Nuovi elementi di Geo- 
tjrafia, Turin, i852, lui en accorde neut. Tous flxcn^ arbitrairement 
sa superficie : les uns, a 170000; les autres, a 175000 milles carres 
anglais ; d'autres, enfin, a 44° 000 kilometres carres, ou bien a 337 000, 
y compris I'Araucanie, et a 325 000 sans I'Araueanie. Les differences 
)ie sont pas moins considerables cu ce qui conccrne la population. 

La premiere ville de la colonne des villes est la capitale de la pro- 
vince. Quant a la population des villes, je dois faire observer qu'elle 
est loin d'etre exa(;te, et c'est par ce motif que nous I'avons appele'e 
population approximative ; les chiffres donnes n'ont d'autre but que 
celui de faire apprecier I'importance relative de chacune de ces villes. 
La province de Chiloe n'a guerc que des habitations isolees. 



( 101 ) 



Actes tic la Soeiete. 

Proces-verbaux iBes seances, Oiivrases 
offerls, etc. 



PRiSIDENCE DE M. JOMARD. 



Proces-7>erbal de la seance chi 9 jnni'ier 1852. 

Le proems -vei'bal de la derniere seance est lu et 
adopts. 

Le ministre de I'instruclion publique r^pond, le 
30 decembre, a la lettre que le president de la Com- 
mission centrale lui avail ^crite le 30 du mois prece- 
dent. II est favorablement dispose pour la Societe de 
geogi-apbie, et feia tout ce qui depend ra de lui pour 
encourager ses travaux. 

Le president annonce , a celte occasion, qu'il a fait 
auprfes des niinislres de la marine, de la guerre, ties 
affaires ^Irangeres , et du commerce , des demarcbes 
semblables, et il a lieu d'esperer qu'elles seronl bien 
accueillies. 

M. le general Morin rappelle au secretaire genera] 
de la Commission cenlrale, par sa lettre du 20 de- 
cembre, celle qu'il lui avail ^crite le 8 fcvrier prece- 
dent, pour lui transmettre les 13" cl 14* livraisons de 
la Nouvelle Carte de France, et le prie d'on signer un 
r^c^piss6, pour 6lre joint aux pieces de comptabilite. 
En Iransmettant , le 28 decembre, a M. le g^n^ra! 
Morin, le rdc^pisse qu'il a demand^, le secretaire ge- 



( 102 ) 

neral a cru devoir lul faire observer que, le 8 f^vrier, 
il avait accuse reception des doiix livraisons ci-dessus 
m3nlionn(5es, et offert a M. le dirccteiir du d^pot de la 
guerre les remerciments dc la Soci^te de geographie. 

M. le president de la Commission centrale donne 
connaissance d'une leltre ocrite de Londres par 
M. Ahsbel -Smith , ancien charge d'affaires du Texas 
a Paris et a Londres, et menibre de la Soci^t^ , au 
sujet du meat biscuit, ou biscuit de viande, et de la 
medaille qui a 6le d^cern^e, lors de V Exposition iini- 
i'erselle, a I'inventeur de celte substance alimcnlairo 
propre a etre port^e facilemont en voyage. 

Par une lettre dalce de Saint -Petersbourg , 18 = 
30 octobre 1851, M. Longuinod'annonce au secretaire 
general qu'une absence dc plus de six mois I'a etn- 
peche de repondre aux demandes que celui-ci lui avait 
faites les 14 mars et 23 juin. II regrette de ne pouvoir 
lui envoyer en cc moment la traduction des articles 
liiihlies en languc russe par M. Blaremberg; mais il 
aura soin de le tenir au courant des travaux du conseil 
de la Soci^tc imperiale russe dc geographie. 

Le secretaire gc^neral communique la liste des ou- 
vrages offerts a la Societe, en ialsant observer que les 
editeurs du Litermy World, de New- York, ont omis de 
faire parvenir le n" 249 de ce journal; il sera r(?!clam6. 

M. le chevalier de Paravey, pr«^senl a la seance, de- 
pose sur le bureau deux caiques tires de \ Encyclopedic 
chinoise et de V Encyclopedic japonaise, et repri^sentant 
des hommes a queue, Apres avoir rappele ce qui a ete 
ecrit a ce sujet par M. de Castelnau, et avant lui par 
d'autres voyageurs, M. de Paravey soumet a la Com- 
mission quelques observations sur cette singuliere race 



( 103 ) 

d'homines, donl ii seinble aclmetti'c I'existence, en 
clonnant cles informations siir les differentes contrees 
ou die a die et est encore otablie. A catte occasion , 
M. Anloine d'Abbadie soumet a la Commission quel- 
ques observations, et fait connaltre I'opinion repandue 
en Abyssinie sur les hommes a queue et surquoielle 
se fonde. MM. de Paravey et d'Abbadie sont invites a 
r^diger leurs observations par ^crit et a les transmettre 
au comile du Bulletin. 

Le secretaire general, redacteur en cbef du Bulletin^ 
annonce a la Commission que I'^tat de la sant6 de 
M. Alfred Maury, secretaire -adjoint, et membre du 
comile du journal de la Sociele, ne lul permet pas de 
se livrer a des travaux continus; il propose en conse- 
quence, et d'accord avec M. A. Maury, de nommer a sa 
place M.V. A. Malte-Brun,deja avantageusemenl connu 
de la Societe, et dont il croit inutile, par consequent, 
de faire connaitre les litres : il I'a deja cboisi pour un 
des collaboiatcurs dans la redaction du Bulletin, d'ac- 
cord avec MM. Daussy et Sedillot. Celte proposition est 
mise aux voix et adoptee. 

Le meme communique a la Commission les nou- 
velles officielles recues en Anglotcrro sur I'expedilion 
dans I'Afiique centrale. La dorniere du docteur Bartb, 
qui les contient, est dat^e de Kouka, 21 aout, et est 
post^rieure, par consequent, de dix jours aux com- 
munications dont il a ete donne connaissance a la 
Commission dans sa seance du 21 novembre dernier. 
A cette (ipoque, le savant voyageur faisait des prepa- 
ralifs pour se rendre dans Ic Borgmi (1). 

(i) Voyez l« /?u//e(i;i lie (lecetnbre i85i, 4" sihie, t. 11, p. 4<J9- 



( 10/1 ) 

Apres celle lecture, M. Jomard prend la parole el 
explique le motif qui a fail donner par Burckhardt ce 
noni de Borgou au Ouaday. Le Borgou est un pays 
dislinct , au iiord du Ouaday, et dont la tribu des Te- 
bous (Tibboo ou Touboii), la plus voisine, lire son nom: 
on les appelle Toubon-Borgou pour les dislinguer des 
Toubou-Towkman et des T ouboii- Rechdd . Ces tri])us, 
qui occupent le desert entre le Ouaday et Audjelah, 
sont le plus souvent en guerre ; elles arretent les voya- 
geurs jusqu'a intercepter les caravanes qui se rendeni 
a Benghazy, ou bien elles les ranconnent en leur ca- 
chant les puits. Si M. Barth revenait a la Mediterran6e 
par cette voie, il nous ferait connailrc un pays presque 
enti^rement ignore, et sur lequel on n'a d'autres no- 
tions que ce qu'en a dit le clieykh Mohammed el -Tounsy 
dans le Voyage au Ouaday, recomment public (1). 

La Commission centrale, ayant arrele que le renou- 
vellement des membres de son bureau aurait lieu dans 
sa prochaine seance du 29 Janvier, M. Noirot , agent 
de la Society, est invite a informer de cette decision les 
differents membres de la Commission. 

PB^SIDENCE DE MM. JOMARD ET CUIGNIAUT. 

Proces- verbal de la seance du 23 jatwier 1852. 

Lc proems -verbal de la derni^re stance est lu et 
adopts. 

M. Poulain de Bossay, membrc de la Commission 



(i) Vojez le Bulletin de tle'ctinliic i85i, 4' si-rie, I, II, p. 4oq ct 
suiv. 



( 105 ) 
centrale, annonce, par sa lettre du 23 Janvier, que son 
^tat de nialadie rerapfechera de prendre part aux tra- 
vaux de la Commission ; il en temoigne lous ses re- 
grets. 

M. Araed^e Moure , medecin fran^ais en ce mo- 
ment, demande, par sa lettre du 2 octobre, 6crite de 
Cuyaba, capitale de la province de Mato-Grosso, dans 
le Br^sil , que le litre de correspondant de la Soci^l^ 
soil accords a M. Auguste Leverger, president de la 
province, represente par lui comme un savant aussi 
modeste qu'erudit; etil ofTrederesoudre les questions 
qui pourraient lui etre adresst^es sur le pays qu'il ha- 
bile. En rdpondant a M. A. Moure, on lui fera con- 
nailre les dispositions du reglement de la Society, et 
on I'invitera a nous communiquer officieusement les 
informations qu'il a pu ou pourra recueillir sur la pro- 
vince du Br^sil qu'il habile, etc. 

M. E. G. Squior, savant americain , ancien charg6 
d'affaires des Elats-Unis dans le Nicaragua, offre a la 
Societe plusieurs cartes descriplives de cet Etat, accom- 
pagnees d'un extrail de ses observations a son sujet. II 
annonce, par sa lettre datee de Paris le 20 Janvier cou- 
rant, qu'il serait charm^ d'apprendre que la Societe a 
juge convenable de faire usage de ces documents. 

M. Jomard fait connaitre que , s'6tant adrc sse au 
R. Ignace Knoblecher, pour avoir quelques details sur 
son voyage au Nil Blanc superieur, par I'interm^diaire 
d'un de ses compatrioles, il en a re^u quelques docu- 
ments dont il donne communication. II en a ri'dige un 
extrait dont 11 donne lecture, et il met ensuile sous les 
yeux de la Commission des fragments de cartes rela- 
tives aux environs du mont Logwek. Sur la demande 



( 106 ) 

de M. d'Abbadie exprimant le desir qu'on public oes 
dcssins, M. Joinard annonce qu'il reinollra en inSnie 
lemps les details dossincs par noire compalriote 
M. d'Arnaud velatifs aux localiles voisinos. 

Le secretaire general donno lecture de la lisle des 
ouvrages oflorts. 

M. Jomard , prtltsident de la Commission ccntralc , 
donne lecture d'un compte rendu relatif i\ la distribu- 
tion des graines envoy^es de Chine par M. do Montigny, 
consul de France h Shang-Hai, et depose sur le bureau 
toute la correspondance qui a iile tenue a cette occa- 
sion , ainsi i]ue les rec(^pisses des presidents des So- 
ci6tes d'horliculture, des directeurs des pt^pinicres, 
ferines-mod^ies et jardin d'acclimatalion. — Renvoi 
au comite du Bulletin. 

M. Jomard communique une lellro de M. Belin , 
chancelier du consulat du Caire, en dale du h Janvier 
conrant, annoncant la decouverl(>, par M. Mariette , 
aupr^s du S(^rapeum, a Memphis, do souterrains pha- 
raoniques, ou Ton a irouve vingt-huit sarcophages gi- 
gantesques destines a recevoir les boeufs sacr^s. 

M. le secretaire g^n^ral annonce la perte que la So- 
ci6l6 vient de faire dans la personne de M. le colonel 
Poinsett, qui vient de mourir aux fitats-Unis. C'etail 
un des correspondants les plus inslruils, les plus z(M6s 
et los plus gen^reux, el la Sociele iui doit, entre autros 
hoinmagcs, celui du bel ouvrage du lieutenant Wilkes, 
olTert derni6rement par Iui. M. do la Roquolte, so pro- 
posant de consacrer une notice a la niemoire de ce 
correspondant distingu^ , reunit des inat(^riaux a cet 
on'ot. 

On precede au scrutin pour le renouvellomenl du 



( 107 ) 

bureau de la Commission rentrale; les membres dont 
les noms suivent ont et6 elus pour I'annee 1852 : 

President : M. Guigniaut. 
Vice-presidents : MM. Jomard et Daussy. 
Secretaire general : M. de la Uoquette. 

M. Guigniaut, nouveau president de la Commission 
centrale, adresse ses remerclments a I'assembldie; il 
fera tout ce qui dependra de lui pour activer les tra- 
vaux de la Soci^te, auxquels il contribuera personnel- 
lement. M. Guigniaut olFre ensuile a M. Jomard , son 
pr^decesseur, les lemoignages dc reconnaissance de la 
Socicile, pour le zele qu'il a montr6 pendant I'annee 
qui vient de s'^couler. 

Sur la proposition du secretaire general de nommer 
les membres de la Commission centrale cbarges de 
prononcer sur le prix annuel, il est decide que cette 
nomination sera faite dans la prochaine seance. 

Sur la proposition du secretaire g^n^ral, M. V. -A. 
Malte-Brun , deja nomme secretaire adjoint, est ^lu 
membre adjoint de la Commission centrale ; et 
MM. Pierre-Elienne Daussy, employe au depot de la 
marine, et Louis -Hyacinlbe Hecquard, oRicier de 
spahis, sont nonim'^s membres de la Soci^le sur la 
presentation, le premier de l\M. Daussy et Jomard, 
et le second, de MM. Gamier et Antoine d'Abbadie. 

M. E.-G. Squier, ancien represenlant des l5ltats-Unis 
d'Ameriquc dans le Nicaragua , auteur de plusieurs 
ouvrages estinies, et enlre autrcs du Serpent-Symbol, 
des /Intiqnites du Mississipi, de deux volumes sur le Ni- 
caragua, etc., dont il a fait bommage a la Societe, est 
prt^sent a la seance. II met sous les yeux de la Com- 



( 108 ) 
mission cenlrale, sur la Jomande qui lui est faite par 
le president, iine Vue colorize, sous forme de pano- 
rama, de la contree situce enlre Ic lac Managua et Ic 
port de Realejo, sur la ligne du canal interoct'-anique 
proposee pour la jonction de I'oc^an Allantique el du 
Grand Oc^an (oc6an Pacifique). En pr^sentant cc pa- 
norama , M. Squier donne des explications pleines 
d'interet sur le mode suivi pour sa construction ct sur 
les conlrdes qu'il represenle. II est pri6 de vouloir bien 
remettre a ce sujet une note pour le comite du Buf- 
letin. ( \ oyez plus haut aux Extraits d'ouvrages, Me- 
langes, etc.) 

M. de la Roquette communique de nouvcaux rensei- 
gnements sur les progres de I'exploralion de I'Afrique 
centralo. Us seront inseres dans le Bulletin. 

M. Antoine d'Abliadie enlretient la Commission 
centrale des voyages eflectu^s dans I'Afiique occiden- 
tale par M. Hecquard ; et cet officicr, present a la 
seance, complete ces informations par les details in- 
teressants dans lesquels il entre lui-meme. II est prie 
de vouloir bien r^diger une note pour le comite du 
Bullelin. 

Le secretaire general, redacteur en chef du bulletin, 
annonce a la Commission centrale qu'il vient de s'ad- 
joindre un nouvcau coUaborateur, M. Coitambert, 
dont la Commission connalt le zele el le lalent; 
M. le president le f^licite de cette acquisition. 



( 109 ) 
OUVRAGES OFFERTS 

DANS LES STANCES DES 9 ET 23 JANVIER 1852. 



TITRES. 



DONATEUBS. 



EUROPE. 



ouvnACEs. 



Atlanie annesso... (Atlas annexe au Journal tie 
statistique). l" et second tiiniestre. i B3g. Com- 
merce exterieur de la Sicile en 1 887 et i838. 
N°' 10 et I I. 2 caliiers oLloi)g<, broches. 

Giornale di Statistica... (Journal de statistique, 
compile par les employes de la direction cen 
trale de statistique de la Sicile. N°' 17 et 18. 
Palerme, 1 844-1 846). 2 broch. in-8". 

Tavola de' niovimenti... (Tableau des mouve- 
ments de la population sicilienne pendant 
I'annee i84i)- Bioch. in-8°. 

Tavola de' Circondarj... (Table des arrondisse- 
ments existants au 1" Janvier i85o). Br. in-8' 

Genni statistic! suUa popolazione Palermilana... 
(Indications statistiques sur la jjopulation de 
la viile de Palerme, publiees par Frederico 
Cacioppo. Palerme, l832 ). I vol. in -I a, 
broche. 

Tavola statistica... (Tables statistiques de la po- 
pulation de Palerme pour les annees iSSy, 
1 838, 1841, 184a). 3 feuilles in-fol. 

AMfeRIQUE. 

OBVnAGES. 

Inleroceanic canal... (Le canal interoceanique, 
Broch. in-8° de 33 pages, extraite d'un ouvrage 
en 2 volumes in -8° intitule : Nicaragua; its 
people, scenery, tnonuments and proposed inter- 
oceanic canal, par M. E.-G. Squier, ancien 
charge d'affaires des Etats-Unis pres des r^- 
publiques de I'Amerique centrale). New-York 
et Londres, 1 85 1. 



MM. 



Baron Cacio 



ppo. 



Idem, 

Idem. 

Idem . 
Idem. 

Idem. 



Squie 



( 110 ) 



m 



TITBES. 



CARTES. 

Map of Nicaragua... (Carle tie Nicaragua, iiidi- 
quant ses divisions ilepartementales et les routes 
de coiiiniunitaiion projelee.s entre les deux 
oce'ans). i85l. I fcuille. 

Map of tlie river... (Carte de la riviere de Saint- 
Jean de Nicaragua). i85i. I feuiile. 

Map and sections... (Carte et sections dn canal 
lie Tipiiapa, contenant les Inus Managua et 
Nicaragu.T ; et la I'laine de Leon, ou section de 
Nicaragua, entre le lao Managua et le golfe 
de Fonseca). i849- ' ft'uille. 

MELANGES. 

Considerazioni intorno... (Conside'ralions sur le 
moyen <ie determiner la deviation locale du 
fil a ploinl) et I'erreur quelle iiUroduit dans le 
mercure de la l.ititude astrononiir|ue et de 
I'azimul, par C.isiniir Schiavoni, ingcnieur du 
Bureau royal lopographiquc). Naples, l8,5i. 

Du pays priniilif des vers a soie, et du lieu du 
retablissement de la civilisation apres Ic de- 
lu{{e, par le chevalier de Paravey. TJroeh. de 
7 pages in-8°. 

Des ossements liumains et des ouviages de main 
d'liomine enfiiuis dans les roclies et les cou- 
ches de la terre, pour servlr a r'clairer les i ap- 
ports de {'arclieolcgie et de la gcologie; par 
M. Alfred Maury. Paris, i852. Broch. in-8". 

M^MOIRES DES S0CIETE5 SAVANTES ET JOUnNAUX. 

Fraitfais. 

Annates du commerce exterieur. Octobre i85t. 

Nouvelles annates des voyages. Octobre -no - 
vembre i 85 I . 

Bevue coloniale. Novembre et decembre i85i. 

Journal des missions evangeliqnes. Dee. iS.ll. 

Annalcs de la propagation d(^ la foi. Janvier i fiFil. 

Bulletin de la Sociele centrale d'agiiculture du 
departeuient de la Seine-lnferieure, t. IV, 
a' cah. Rouen, i85l. bi-8*. I 

Bevue de I'Orient. Octobre i85l. I 

Journal d'education populaire. Novembre i85i. 



DONATEURS. 



MM. 
Squier. 

Idem. 
Idem. 



FreJ. Schiavoni. 



Chev. de Paravev. 



Alfred Maury. 



Ministre du comm. 
Les editeurs. 

Minist^re dela mar. 

Les editeurs. 

Idem. 

Soc. ccntr. d'agric. 

de la 

Seine-Inferieuie. 

Les editeurs. 

Idem. 



( 111 ) 



TITRES. 



DONATEURS. 



Anglais. 

The churcli missionary intelligencer. N"' d'oc- 
tobre, novembre, decembre i85l, et Janvier 

1 852. In-P)0. Londres. 

Busses. 

Memoires de TAcademie des sciences de Saint- 
I'etersbourf;, sciences malhematiques et phy- 
siques, t. IV, 3' et 4° livr. Saint-Petersbonrfj, 
1849 et l85o. -i vol. in-4°. 

Memoires presentes a I'Acndeniie imperiale des 
sciences de Sainl-Petersbourf; par divers sa- 
vants et lus dans ses assemblees, t. VI, 4*^, 5* 
et 6' livr. Saint-Petersbourg, 1849 et i85i. 

2 vol. in-4°. 

lleciieil des actes des se'ances publiqncs de I'Aca- 
deinie imperiale des sciences de Saint-Peters- 
boiirjj, tenner le 28 decembre 1847 ^' ^9 ^^' 
ceinbre 1 848. Saint-Petersbodrg. 1849 i vol. 
in-4". 

Bulletin de la classe historico-pbilologique de 
I'Academie imperiale des sciences de S;iint- 
Petersboutg, t. VI, 1849; t- VII, i85o;t. VIII, 
1 85 1. Saint-Pe'tersbourg. 3 vol. in-4°. 

Allemaiids. 

Monatsberichl... (Journal mensucl des actes de 
la Societe pour la cnnnaissance du globe de 
Berlin, re'dige par le doclcur T. E. Gumpieclu. 
Nouvelle serie. VIII' volume. Mai i85o-i85l, 
avec 5 planches lithographiees, i vol. in-8° de 
xxii-320 pages. Berlin, i85i. 

Ame'iicains. 

The literary World. N°' 25o, aSi. i5 et 22 no- 
vembre i85i. (Manque le n° 2^g.) New-York. 
ln-4°. 

Bresiliens. 

Revisla trimensal... (Revue trimestrielle d'histoire 
et de geographle. 2'' serie, n°' 1 a 17 (1846- 
i85o), plus i3 numeros complementaires des 
annees anterieures. Rio-Janeiro. 



MM. 

Les editeurs. 



Acad, des sciences 

de 
Saint - Petersbourg. 

Idem. 



Id€ 



Soc. ge'ographique 
de Berlin. 



Les editeurs. 



Idem. 



I 



I 



• trtf/ViS 



*'"'SeHeJiu//flm dL-Janvicr]8.i2 







Dil.th7brrvs L^ r 'Vv 




tf<ni/Huiff Orimiah da Mrridim tie Pivi^. ^j 



/,/M,/ 



y^iHv'i^ tt^ Gcofp-aphip 






1?tlM Cocas ■ 



"CJbA 



V'Srrif BalMm iej„„,^jgi2 

ST- 











-iP^^ 



AV ^ T R A Z, 1 



^ Maihias ■ 



Jiet.dp7brrfs C- r^'^ 




>9 



CJinJ-Oura 




^...r^^deTut 



vet nuns-niari rO 



TdEJM 



YELL F, U O I, 



CARTE ROVTIEUE 



''w«Jy' 



Thrre d^ ^ui/tt 



des Pnqucbois a Vapeur '^ - '';i^ ^rth. ne la Kcrhetvhe 



--/ traoers 



Hoiiie.^ e/ipnyet. 






fi'" 



£££ 




I.Kim, ftitr^Mjift^s 
I.<if fan '--f 



JMh.deFmwifUPmin r.ifuron fi 



BULLETIN 



DE t\ 



SOCIETE DE GEOGRAPHIE. 

FfiVRIER 1852. 

lleiiioireis, 
Moticeis, Documents originaiix, etc. 



DE 

L'EXPLORATION DU MISSISSIPI, 

ET EN PARTICULIER 

DE LA 

DECOUVERTE DES SOURCES DE CE FLEUVE, 

DAI'IIKS M. II. Sr.llOOLCnAFr, 

PAR M. DE LA ROQUETTE. 



n paralt resulter, do.s documenls archeologiquos pu- 
blies par M. Ternaiix-Compans, que Pamphile Narvaez, 
contemporain et rival do Cortis, clicrcliant a former 
un (itablissement siir la cole occidentale de laFJorlde, 
ful le premier Europeen qui apercut le Mississipi, et on 
d^couvril rernboucliure au mois de novembro 1527. 
D'aulres, cependant, altribuent cette decouverte a Fer- 
nan 1 de Soto, qui aurail alteint en 15i i Ics rives de ce 
grand fleuve, auquel les Espagnols donnerenl le nom 
de Sniiit-Esprit, que les Indiens appelaient Chncagua, 
el qui coulait, suivant eux, non loin de la ville de 

in. FivRIER. 1. 8 



( 114 ) 

Chiscn (Qufzqii/z, suivant Viedma), pros do la(]iiolle il 
avail une largeur d'unc lleiie ol iine profondeiir de 
vingt ])rasses. 

Fernand de Solo tlescendit plus lard lo Mississipi 
jusqu'a son confluent avcc la riviere Rouge. Apr6s sa 
mort, arrivee en 1552, ses compagnons, poursuivis 
par les Indicns, arnv6rent, en suivant le cours do ce 
fleuve, a son embouchure, dans le golfe du Mcxique. 

Plus d'un siecle s'ecoula sans qu'on puisse citer de 
nouvelles explorations du Mississipi. Les Francais du 
Canada avaient bien appris des indigenes tju'au voisi- 
noge des grands lacs 6taicnt les sources d'un grand 
fleuve qui coulait vers le sud a travers de superbcs 
forets; mais ce ne fut qu'en 1673 que deux mission- 
naires de cette nation, Jolyel ct Marquette, partis de 
Quebec, le descendirent jusqu'au confluent de I'Ar- 
kansas. Plus tard (1(582), un autre Francais, La Salle, 
qu'accompagnait le missionnuire recollet Louis Hen- 
nepin, le parcourut presque tout entier, et iuiposa au 
pays qu'il avail visile le noni do Louisiaiie : le fleuve a 
longlemps porle celui do Saint-Louis. Presque a la 
nieme epoque, le ])aron de la Hontan, donl Schoolcraft 
altribue par erreur les ti'avaux au moine delVoque 
Gueudcvillc, qui n'a pas visitd; I'Anu^rique, vit Ic 
Michillimackinac, gagna le Mississipi par le Wisconsin, 
ct le descendit ensuite jusqu'a I'Oliio (i). 

(i) Charlevoix considcre comme une ficiion unc partie au moins 
tics voyages ile la Hontan, dont Eyries, bon juge rn ccUe maticre, 
defend les travaus. C'est a partir seulement de ce qui concerne le 
missionuaire francais, que nous avons traduit, en I'abregoant quel- 
quefois, une notice de Selioolcraft, insi'ice dans un ouviage du plus 
haut interet, dont le savant americain a reuni et prepare les mate'- 



( 115 ) 

Lc jesuite Charlevoix, qui parcourut la contr^e dans 
une visite g^nerale des missions IVancaises , passa en 
1720, par la route de rillinois, des lacs au Mississipi, 
qu'il dcsccndit a son tour jusqu'a son cmboucliure. II 
fit des observations judicieuses et utiles surles scenes 
ct Ics sujets qui s'oflVaient a sa vue, et temoigna, rela- 
tivement a la fameuse operation des mines du Mis- 
souri, des doutes qui malheureusement ne se realise- 
renl que trop vite. 

Lorsque , par le traite de 1763, le Canada eut ete 
abandonne a I'Angleterre , plusieurs avenluriers do 
cette nation entrerent dans le vaste champ d'explora- 
lions vers les regions de I'ouest. Carver fut le seul, dans 
le noniljre de ceux qui nous sont connus par leurs pu- 
blications, qui poussa ses voyages jusqu'au Mississipi 
superieur. Les travaux de ce voyageur n'ont peut-elro 
pas etc apprecies a leur juste valeur. II avail forme 
Taudacieux dessein de traverser le continent jusqu'aux 
rivagtis de I'ocean Pacifique, ce qu'il croyait pouvoir 
executer en suivant les chahies qui dominent le Missis- 
sipi. II alleignit le Michiliimackinac dans I'et^ de 1766, 
et, poursuivant son chemin, arriva le 3 septembre a la 
haic Verte (Green-Bay), et, par I'ancienne route fran- 
gaise, des vallees du Fox et du Wisconsin, a Prairie 
du Chien. A cet endroit, les h'afiquants avec lesquels 

riaux, sous la direction du Bureau des affaires indiennes, et qui a ete 
publie sous ce lilie : Historical and statistical iitfonnalion respecliiiti 
the hiitory, condition and prospects of the Indian tribes of the United- 
States. Pliiladelpliio, 1 85 1 La Societe de geographre doit I'exeniplaire 
qui ni'a servi a la bienveillance de M. L. Lea, commissaire pnur les 
affaires indiennes; il en sera rendu prochainement un compte detaille 
dans le Bulletin. D. L. B. 



( 116 ) 

il avail voyag6 prircnt lours postcs d'hiver. II achela 
alors un canot , et , avec deux iiommes , un Cana- 
dien ct un M(mawk, rcmonla la rivit're, alteignil Ics 
chules du Sainl-Aiiloinc le 17 novembre, ct s'cileva au- 
dessus dc ce point jusqu'a la riviere Saint-Francois, 
point qu'Hennepin avail alleint du temps de La Salle. 
Ce ful le torme de son voyage. II n'etendit done point 
ie chainp des decouvertes vers le nord, dans celte direc- 
tion , quoique son exploration post(5rieure du Saint- 
Pierre el des rives seplculrionales du lac Supdrieur 
place son nom parmi ceux qui ont recule les frontiferes 
de lageographie de I'Amerique (1). 

Carver avail mal juge les difficultds d'unc entreprise 
aussi serieuse que celle d'un voyage parterre a Iravers 
le continent, ou les moyens dont il pouvait disposer 
pour son accompllssement, probablement les deux 
objets; car nous le trouvons, au mois de juillet de 
I'annee suivante, naviguant sur le lac Superieur. II se 
rendil peu apr^s a Londres pour soumeltre son plan 
au gouvernement; niais il ne put le faire adopter. Les 
libraires n'accueillirenl pas sa relation avec plus dc 
faveur : on I'accusait en ellet, avec quelque raison, 
de s'etre monlre souvent peu judicieux , et d'avoir 
copie ce qu'il disail des nicciirs et des coutumos des 
Indiens dans les ouvrages de Cbarlevoix, d'Adair, de 
la Uonlan, etc., sans i'aire connaitre les sources dc ses 
eniprunts. Carver, d^sesp6r6, mourut a Londres dans 
la dernicre niisere. II est le seul voyageur venant des 
colonies anglaises qui se soil aventurd' dans la region 

(l) II p.'iiaitrait ce[)endant qu'il ii'a pas remoiitc le Mississipi plm 
haut que Ic Pere Hennepin, et que peut-etrc il n'est pas allc a I'ouest 
plus loin que la Hontan. D. L. R. 



( 117 ) 

du haul Mississipi , ct le noin (.{'Oregon, dont I'origine 
est incertaine , parait pour la premiere fois dans la 
relation de ses voyages. G'est aussi probablement a lui 
qu'il faut remonter pour le noni, sans doute mal inler- 
pr6te , de riviere de Rum, important cours d'eau pre- 
nant sa source dans un grand lac appele Mille-Lac 
par les Frangais, situe a I'oLiest do I'extr^mite du lac 
Superieur. Ce cours d'eau entre sur lo cote gauclie ou 
oriental du Mississipi, au-dessus des chutes du Saint- 
Antoine. 

L'expedilion de Pike vient ensuite dans I'ordre des 
decouverles. L'acquisition de la Louisiane, faite en 
1803, avait rendu ce pays un objet d'un juste int^rdt 
pour le gouvernement des Etats-Unis pour la fixation 
de son extreme limite. Lcs instructions necessaires 
pour explorer la grande riviere de I'ouest, appelc^e 
maintenant Columbia, s'etendant jusqu'a I'ocean Paci- 
fique, furenl confiees au general Wilkinson et execu- 
t^es par Lewis et Clark. Le lieutenant Pike , dont on 
avait fait choix pour remonter el decrire le Mississipi 
jusqu'a sa source, quitta Saint-Louis le 9 aout 1805, 
deux mois beaucoup trop tard pour pouvoir atteindre 
la source du fleuve avant la saison du froid le plus 
intense. Aux cliutes du Saint- Antoine, qu'il vit le 
26 septembre, il reconnut que, dans un inlervalle de 
260 poles [1300 metres (I)], Ic niveau de la riviere 
s'abaissait de 58 pieds; une chute prt^sentait une dif- 
ference perpendiculaire de 16 pieds et demi. Passant 
le Saint-Francois, point le plus extreme atteint par ses 
pr^dccesseurs en decouverte, Pike poussa avec la phis 

(i) Le/)o/e = 5™,3. 



( 118 ) 

grancle clifficult6 ses bateaux par-dcssus de nombreux 
rapides en franchissant les chutes du Painted-Rock, 
distance de 233 milles et demi au-dessus des chutes 
du Saint-Antoine, et 600 au-dessus de la jonction du 
Wisconsin, d'a|)r6s ses estimations personncllcs faites 
jour par jour (1): ce hit le 16 oclobrc qu'il atleignit ce 
point. A ce moment, le temps vint a changer; il lomba 
bcaucoup de ncige , les rivieres lurent prises par les 
glaces, ct la temperature de I'cau baissa tellement, 
qu'il devinl beaucoup trop pi^nible de continuer a 
trainer les bateaux par dessus des rapides. Pike se de- 
termina alors a conslruire dans cet endroit un petit 
campement pour y laisser les bagages les plus pesanls 
et une partie de ses compagnons, sous la direction 
d'un ofTicier, et a poursuivre sa route a pied. 

Le 10 decembre, muni de provisions, produits de la 
chasse, et de tralneaux transportables a bras, il prit 
avec lui une partie de ses horames, et marcha en 
avant. II atteignit le lac Snndy le 8 Janvier 1806, et le 
lac Leech le 1" f^vrier suivant. Les cours d'eau , les 
lacs et les savanes sc trouv6rent forlcment pris par 
les glaces, ce qui fut tr^s-avantageux pour les progres 
de son cxpddilion, en lui permettant de s'avancer 
dans le pays par une route directe. La neige , qui 
avail commence a tonibcr vers le milieu d'octobro , 
paralt s'filrc 6lendue egalement sur la surface de la 
contree, et Ton n'cut point a sc plaindro de son epais- 
seur, parce qu'elle permellait de pousser les trai- 
ncaux. Pike trouva les factcurs de la Compagnie du 
Nord-Ouest en possession de tout le pavs. lis avaicnl 

(i) Pike's, exped.. Append., part, i, p. 2G. 



( 119 ) 

forme des etablisscmenls pros clu lac Sandy et du lac 
Leech, el faisaient un commerce considerable au moyen 
de cent neuf commis, interpretcs et canotiers, outre 
leurs families. Par leur intermediaire, deux cent ti-ente- 
trois balles de fourrures et de pellelories etalent expor- 
tdes annuellement, et les droits sur les mai'chandises 
apportees de ce cote dans les btats-Unis s'dlevaient 
annuellement a une somme assez considerable. Pike 
fut traite avec les plus grands egards par les agents 
etablis au lac Sandy et au lac Leech. Le 12 fevrier, les 
facteurs de ce dernier poste se rendirent avec lui , 
dans des traineaux tires par des chiens, au lac Upper- 
Red- Cedar, distance estimee a 30 milles. II y passa 
la nuit, et, le jour snivant, il retourna au lac Leech, 
ou il arriva le 14. Ce fut le terme de son explora- 
tion. 

L'exp^dition de Pike nous a donne les premieres no- 
tions Kur cette portion reculee de ce qu'on appelait 
alors liaute Louisiane, sur sa topographic generale et 
sur ses ressources. A son retour, il ecrivit au general 
Wilkinson : qu'll avait voyage a pied I'espace de sept 
cent milles; que six mois sur neuf, landis qu'il se trou- 
vait dans la contr^e au-dessus des chutes du Saint- 
Antoine, la neige couvrait le terrain, ce qui aurait 
empeche de faire des observations minutieuses sur 
I'histoire nalurelle, s'il eut ete competent dans cette 
branche des connaissances humaines, et que le froid 
<^lait souvent si rigoureux, que I'encre gelait dans sa 
plume, landis qu'il prenait des notes. Pike a fait des 
observations de latitude a I'embouchurc de la riviere 
Turtle, sur le lac Upper-Red- Cedar, qu'il place au hi" 
42' 40", quoiqu'il ne soil reellement qu'au hi" 25' 23", 



{ 120 ) 

ainsi que M. Nicolet I'a calcul(^ plus lard, un I8/16. 11 
parle do ce lac « comme de la source superieuic (upptii 
source] du Mississipi, » et rcmarque, au sujcl du lac 
/.eec/i, que «celul-ci csl coiisidere conuiie la source 
principale, quoique ia branche winnipeque soil navi- 
gable a uiie j)lus t;ran(le distance (1). 

Des geograpbes consid^rent comme la source d'unc 
riviere la branche qui the ses eaux du point le plus 
^loigne de son embouchure. Sous ce rapport, ni le 
lac Leech, qui est neanmoins la masse d'eau la plus 
considerable de ce plateau; ni le lac Lppcr -Red- 
Cedar, qui n'est qu'une simple expansion du Mis- 
sissipi, ne peuvcnt en aucune facon , d'apres nos in- 
formations acluelles, etre rcgardes comme la source 
de ce culebre cours d'eau (2). Mais Ics employes de la 
Compagnie du Nord -Quest, (jui se inonlraicnt fort 
empresses envers le lieutenant Pike, et facilitaicnl ses 
moindrcs recherches d'exploralion du lac Sandy aw lac 
Leech et au lac Upper-Red- Cedar, so born^renl a hii 
fournir toules les informations qu'il dumandail (sans 
aller au-devant de ses questions) ct sans essayer 
d'agrandir volontairement le ccrcle de ses connais- 
sanccs sur les trails generaux, topograpbiqucs el sla- 
tistiques du jiays. Que ce soil la politique ou tout autre 
motif qui leur dictat cette conduitc reservee, il est cer- 
tain que ces agents d'unc puissance (itrangere ne mi- 

(1) Exped. de Pike, Append., port. 1, ji. 5G. I'liiladclpliic, t'-Ait. 
(le 1810. 

{7.) II ii'eit pas t(nij(nns f.K.ilt' di; d('(eriiiiii( r i|uellr I'sl l.i hiiinclic 
d'uiit; riviere qu'on duit a(ipeler sa source : f'esi line qucslinn ((un- 
plexe pour la sululioii de lafjuelle il n'exisle p is de rej;|i." bien pre- 
cise. U. L. H. 



( 121 ) 

rent point sous ses yeux ce que des hommes intelli- 
gents conime ils I'^taient devaient cei'tainement avoir 
connu, c'est-a-dire le point ou les points d'ou cette 
riviere tirait ses premieres eaux. lis lui indiquerent 
comnie d;lant la source la plus reculee le Portage Turtle 
(Turtle-Portage), plateau excedant peu ZiO railles, au 
nord des rivages nord-est du lac Upper-Red-Cedar . En 
meuic temps, ils partageaienl I'opinion de M. Thomp- 
son , astronome employe autrefois par la Compagnic 
du Nord-Ouest, que la limite nalionalc, tracdse a I'oucst 
du lac des Bois, couperait le Mississipi; ancienne idee, 
fondee sur les esquisses de la carte de Mitchell, dont 
il parait qu'on faisait usage a I'epoque du traite defi- 
nitif de 1783; mais le lieutenant Pike n'^lait pas dis- 
pose a adopter cette opinion , bien qu'il ignorat que 
les eaux du Mississipi propre s'epanchent dans le lac 
Upper-Red- Cedar, a son extremite ouest , en partant 
d'une hauteur qu'on sail etre maintenant a un degre 
entler au sud de ce point, et par un chenal donl la 
longueur n'est gu^i^e au-dessous de 200 milles. 

Le 18 fevrier 1806, Pike quilla le lac Leech, pour 
cfFectuer son i-etour; et le 5 mars suivant, il rejoignil 
ses compagnons dans le camp fortifi^ de Pine-Creek, 
au-dessous de la riviere E//c, sur les rives occidentales 
du Mississipi. La riviere, commengant a devenir navi- 
gable le h avril, le 7 du meme niois il put mettre a la 
voile, en descendant le coui's d'eau dans sa plus grande 
pirogue; il fut pousse en avant par le courant avec 
une velocite extraordinaire, attcignit Prairie du Chien 
le 18 avril, et relourna Jinalement a Sainl-Louis le 30, 
apr^s une absence de huit inois et vingt-deux jours, 



( 122 ) 

dont il avail passe la plus grande parlic au-dessus dcs 
chutes du Saint-Anloine. 

A parlir de cetto excursion , I'esprit de decouvcrlo 
sc ralenllt ])cndant douze annics. Dans Ics coiDmeii- 
cemcnls de 1820, le-gcneral Lewis Cass, cliel" du pou- 
voii" ex^culif du terriloirc de Michigan, adressa au gou- 
vcrnement un in6raoire pour jiroposer de continuer 
les d^couvertes a parlir du point oil on ies avail lais- 
s6es. line expedition ful, en consequence, organisce 
dans le printemps de cetle annoe ; clle devait 6tcndrc 
ses investigations sur I'liisloire naturelle etsur les res- 
sources du pays, aussi hien que sur la topographic et 
sur I'etat de la population indiennc. EUe traversa la 
s^rie des lacs superieurs, en suivit les rivages, et con- 
sacra une allcnlion sp^ciale aux mines de cuivre cxis- 
tant sur les hords du lac Supericur. Quittant ce lac a 
son extr^inite occidentale, cllc rcmonla la rivi6re Saint- 
Louis jusqu'au point ou elle cesse d'fitre navigahle, fit 
une excursion par lerre en traversant le plateau qui 
s6pare celte riviere de la vallee du Mississipi, et attei- 
gnit les eaux de ce fleuve au lac Sandy. La on trouva 
le fort de la Compagnie du Nord-Ouest, mentionne 
par le lieutenant Pike; mais, dans Tinlervallc, ce fort 
etail sorti depuis qua Ire ans des mains de cetle Com- 
j)agnie , ayant ele achet6 en 1816, ainsi que tons los 
aulres posies de celte contrce, par M. Jcan-Jacoh Astor. 
Cehii-ci voulait former une nouvollc sociele en parti- 
cipation , sous le nom de Comj)agnie ani(^ricainc de 
fourrures; mais une loi du Congr^s dc la meine anneo 
ayant intcrdit toute affaire de celte nature aux com- 
merganls (Strangers, Astor fit des d6n)arches pour ob- 



( 128 ) 

tenir que des citoyons americains coiivrissent I'entre- 
prise de leurs noms : elles reslerent sans succfes pendanl 
plusieiirs annees. En faisant flotter pour la seconde 
fois son pavilion national dans ces I'egions reculees, et 
en cliercliant a etablir une paix permanente cntre les 
tribus indiennes des Sioux et des Chippewas, le gou- 
vernement americain acquit un grand credit aupres 
des aborigenes. C'est de ce moment que sa suprematie 
sur eux fut incontestee. 

Le gouverneur Cass, qui conduisait cette expedition, 
se determina a faire du posle du lac Sandy le depot de 
ses provisions encombrantes , a y laisser son escorle 
militaire, avec une parlie de ses canotiers frangais, et' 
a s'avanccr, avec de legers canots et une troupe choisie, 
pour remonter la riviere. Considerant le lac Sandy 
comrae son point de depart, il etait maintenant a une 
distance estimee d'environ 200 milles au-dessus de 
I'endroit ou Pike avait passe I'hiver do 1805-1806. On 
etait au mois de juiilet; le pays offrait I'aspect de la 
saison d'et^, avec ses lacs innombrables , ses savanes, 
et ses terres a riz; et Ton devait esp^rer que les eaux 
des plateaux seraient suffisanles pour permettre de na- 
viguer jusqu'a leur source la plus reculee. 

La troupe d'^lite choisie pour remonter les cours 
d'eau s'embarqua, le 17 juiilet, au lac Sandy, dans des 
canots d'uno capacity convenable. Apres deux jours 
d'une heureuse navigation , on atteignil les chutes de 
Pitc/wgania, ainsi appelees par les Chippewas, a cause 
du portage qu'il est necossaire do faire a un coudc de 
lerrc forme par le passage de la riviere a Iravers une 
formation de roc quartzeux sablonneux. A cet endroil, 
la riviere est tres-resserr^e ; elle se conlourne graduel- 



( 12/1 ) 

lement dans son chenal, et s'^lanco avec rapidite eten 
6curaant, sans chute loulefois, mais en formanl nean- 
raoins une barre qui interrompt la navigation. C'est 
au-dessus de cc point que se trouvc le niveau du lac 
Leech, dont Ic plateau cmnprend de vastes savanes, 
des champs de riz, et dcs lacs, sur lesquels on pout na" 
\ip;ucr en canot la plus grando parlie dc la saison. On 
passa la fourche du lac Leech Ic troisiuinc jour, apres 
avoir quitt(^ le lac Sandy . Le jour suivant , on entra 
dans le petit lac ^^'innipcc, et ensuilo dans la riviferc, 
qu'on suivit jusqu'au lac Upper- Red- Cedar, ou I'expti- 
dition penetra Ic 21 aoAt. On cainpa sur le c6l6 occi- 
dental de I'enibouchure de la riviere Turtle : ce fut la 
le terme de leur voyage. A leur retour, nos voyageurs 
desccndirentle Mississipi, dans la direction des chutes 
du Saint-Antoine jusqu'a rcmbouchure du Wisconsin, 
et suivircnt cnsuile Ics valines dc celte riviere ol du 
Fox, jusqu'a la bale Vcrte, a Chicago ol aux lacs, dont 
les rives furcnt lopographiqucnionl lov6es. 

Dans cetto secondc expedition , faile par ordre du 
gouvernoinent pour determiner les sources du Missis- 
sipi , le chenal ful d'abord reconnu a partir du cam- 
pement de Pike, aux chutes du Painted-Rock, jusqu'au 
lac Upper-Bed-Cedar, ou lac Cass, qu'il no faut pas 
confondre avec un autre lac Bed- Cedar, situo au- 
dessous du lac Sandy. Les bords dcs lacs Huron , 
Michigan et Sup^ricur, furcnt topographiqucmonl rc- 
lcv(5s par le capitainc Douglas, ollicicr-iugonieur dc 
TAcadouiic de IFcst- Point, ainsi quo los valleos des 
rivi6res Saint-Louis et Savannah, qui formcnt le lieu 
de communication ontre le lac Supericur el le lac 
Sandy, du haul Mississipi. Cette excursion servil a 



( 125 ) 

faire reconnailre la slruclure geologique et min^rale 
du bassin clii lac Siipcricur, et desvastes plaines dilii- 
viales reposant sur la roche pi^iinilive ou volcanique, 
vers la source du Mississipi, ainsi que les larges aretes 
au nord des grands calcaires carboniferes et magn«^- 
siens du bassin de ce fleuve. 

Les geographes continuaient de croire que la source 
du Mississipi n'etait pas encore bien fix6e. Les bandes 
de Cbippewas des bords du lac Cass representaient 
cetle riviere comme se rendant dans le lac vers son 
exlremite sud-ouest, et y versant un volume d'eau peu 
inferieur en largeur a sa sortie de ce meme lac ; ils la 
decrivaient comme s'epaiichant successivement dans 
de nombreux lacs, et ofl'rant beaucoup de chutes et 
plusieurs rapides ; ils affirmaient enfm que son origine 
actuelle 6tait une nappe d'eau appelee par les Fran- 
gais lac la Biche, ou Elk-Lake, situe au milieu d'une 
cliaine de coUines qui separent ses eaux de celles qui 
coulent au nord dans le gi-and bassin du lac Winnipec 
de la baie d'Hndson. 

En 1823, les Etats-lJnis r^solurent de terminer 
cette exploration de lours domaines septentrionaux. 
Le major S. H, Long, de I'armee americaine, enlra en 
consequence dans la riviere Saint-Pierre, qu'il re- 
monta ; puis dans la riviere P«.ouge du Nord [Red-Rii>er 
of the North), qu'il descendit jusqu'a son embouchure 
dans le grand lac Winnipec j il cotoya ensuite les rives 
m6ridionales de ce lac jusqu'au lac des Bois, ct de la 
il se rcndit au Sault Sainte-Marie par le lac liain/, ou 
de la Pluic, et atteignit le fort "William, sur les rives 
scptenlrionales du lac Superieur. line longue ligne de 



( 126 ) 

Tcxlrfime fronti^re nord de I'tinion dlait done ainsi 
ouvertc el d^crite. 

Ln ^]. Beltrami, qui s'^tait attache a I'expedition dii 
major Lonp:, la quitta a l'eta])lissemcnt ^cossais de 
lord Selkirk, vers Forl-Douglas, on Kildunnan, sur la 
riviere Rouge, et se rendit ensuite dans le lac de ce 
nom , et do la, par la route ordinaire dcs trafiquanls, 
a travers le plateau du portage Turtle, k la riviere du 
raeme nom; puis il descendit ce cours d'eau , et p6- 
netra dans le lac Cass a I'endroit memo ou I'expe- 
dilion de 1820 avail termine ses explorations. M. Bel- 
trami , dont I'ouvrage est sans aucune valeur sous 
beaucoup do rapports, et rempli de descriptions aux- 
quelles on no pent guere ajoulor I'oi , doit etro nean- 
moins considere comme le premier ecrivain qui ait 
decrit la route do la riviere Turlle. II nomme Julia 
un lac a la lete de cetie riviere, apparemmenl j)our 
pouvoir ap[)eler celle-ci la source Julienne du Missis- 
sipi. 

Pendant les huit annees suivantes, les affaires sur 
cctte fronii^re tiprouv^rent des complications. En 1831 , 
le gouvernernenl chargea M. Schoolcraft de visitor les 
tribus des Chippewas et des Sioux, occupant le bassin 
de la vallee du haul Mississipi, alin de mettro un teriiie 
a leurs querelles conlinuelles, qui venaient de se rc- 
nouveler rdcemment , ct do rolablir la paix sur les 
frontieres. On lui donna une escorto mililaire, com- 
mand(ie par le lieutenant R. Clary. « Je quiltai, dil 
Sclioolcraft, le bassin du lac Sup6rienr a Chegoiniegon, 
ou In Pointe, et remontai la riviere appel^e Mushkego 
par les indigenes et Mmwais par les Francais, jus- 



( 127 ) 
qu'au point oil clle est separee des eaux coulant clans 
la riviere Mississipi. La nionloe elait dilFicile et les 
eaux basses. Par unc s6rie de portages et de lacs qui se 
succedent alternalivenient, je Iransportai mes bagages 
et les canots au JSamakdgon, brancbe du Sainte-Croix, 
et descendis cc dernier cours d'eau jusqu'a la riviere 
Jaune [Yellow -lU^er). L'etat de guerre qui existail 
entre les Chippewas et les Sioux ine forga de re- 
monter le Sainte-Croix el le Namakagon ; et, en quit- 
lant les bords de cette derni^re riviere , de traverser 
le portage jusqn'au lac Ottowa, I'une des sources de 
la riviere Chippewa. Je descendis ensuite le passage 
de cc lac au lac Chetcic , source du Red-Cedar^ ou 
Folle-Ai>oine, branche de la Chippewa, et suivis cetle 
brancbe jusqu'a la Chippewa elle-meme et au Mis- 
sissipi. Je remonlai ensuite ce dernier jusqu'a I'em- 
bouchure du Wisconsin, puis je retournai par les 
vallees du Wisconsin et du Fox a la baie Verte, a Mi- 
chilliniackinac et a Sainte -Marie. » On explora dans 
le cours de celte expedition les vallees du Maskigo, le 
Namakdgon, le Sainte-Croijc superieur, le Chippewa et 
le Folle-Ai'oine. 

L'aiineo suivaiite, les Sauks el los Foxes (Renards) 
commencerent, sous la conduite de Black-Hawk (Fau- 
con-Noir), des hoslilit^s coiilre Jes Ltals-Unis par le 
meurlre de M. Saint -Vrain, leur agent, et en tombant 
a I'improviste sur les Am^ricains. Celte rupture, in- 
connue au commencement de I'annee , mais sur la- 
quelle le gouvernement avail seuloment concu des 
soupcons , fournit de nouveaux molifs pour continuer 
les efforts commences I'annee prec^denle, afin de con- 
server la paix entre les tribus septentrionales. Un me- 



( 128 ) 
decin-naturaliste (feu le doctciir Douglas Houghton ), 
faisait partie de rexpt'dition , oscortde par un pclil 
delachemcnt d'iiifanlcrie sous le commandemenl du 
lieutenant James Allen, qui fut charge de la topogra- 
phie; et Ton fournit un nonihre convenable do guides, 
d'inlerpri'tes et de canoliers canadiens necessaire pour 
de semblables operations. D'apres les instructions don- 
nees en vertu d'un acta recent du Congres, les meui- 
bres de I'expedition devaient fairc connailre leur opi- 
nion sur les amendements a introduirc dans les lois 
r^gularisatiices du commerce et des communications 
internationales sur les fronti^res, ainsi que sur I'^tal 
actuel et I'avenir des tribus, sur leur nombre et leur 
situation , enfm sur la statisUque du pays en general. 
Se dirigeanl au nord, vers les sources du Mississipi, 
par le bassin du lac Superieur et de la riviere Saint- 
Louis, I'expedition atteignit, le 9 juilletl832, le point 
extreme des decouvertes anl^rieures du lieutenant Pike 
et du general Cass, c'esl-a-dirc lo lac Upper- Red- Cedar, 
ou lac Cass, ayant parcouru en cinq jours toute la dis- 
tance depuis Ic poste de commerce du lac Sandy. On 
trouva que le Mississipi avail a Tissue de ce lac, d'apres 
les mesures qui I'urent prises, 172 pieds do large ct 
une prolondeur evaluee a 8 pieds. On a fait observer 
precedemment que cette largeur etait de 318 pieds au 
confluent du lac Sandy. 

On ne peut donner qu'approximativement par de 
simples estimations le volume coraparatif des caux 
d'une rivifere , si Ton ne mesure pas avec une grande 
precision les diffdrenles profondeurs de son chenal; 
mais, quelles qu'elles soient, do semblables approxi- 
mations augmentent, du moins, nos connaissances sur 



( 129 ) 

le volume relalif des conrs d'eaii eloignes et mal ex- 
plores. Si les informations dont nons venons de parler 
sonl eonsiderees sous cc poinl dc vuc, dies anaihliront 
I'opinion eaiise par lo lieulenanl Pike, quo c'est la 
branche du lac Leech qui iournit la plus grande masse 
d'eau, quoique le lac Itasca, appele par lui la branche 
IVinnipique, amene ses eaux du point le plus eloigne. 
11 est deraontre que le lac Leech, avec le volume entier 
de I'eau que lui apportent onzc Iributaires, entre son 
embouchure et le lac Sandy, n'a point double celui 
qui est determine par la largour. 

« Je fis camper ma troupe et 6tablis mon depot sur 
une grande lie situee au centre du lac, oil les Indiens 
ont des jardins et cullivent du mais depuis la periode 
connue la plus reculee. Ayant trouve ici le dernier 
village des Chippewas, en remontant le Mississipi, ou 
entre ce fleuve et le lac Rouge [Red-Lake], au nord de 
scs sources, et termine nies Iravaux olTiciels, je resolus 
de suivre la riviere, en cherchanl a alleindre sa source. 
II ful reconnu qu'il y avail suffisamment d'eau pour 
naviguer; mais les rapides m'ayant ^te represenl6s 
commc Ires-nombreux et comme tout a fait impra- 
licables pour les canots d'une grande dimension , 
dont je faisais usage , je m'en procurai quelques-uns 
plus pelils, lels que ceux dont les Indiens so servent 
pour la chasse. Je m'inslallai dans un de ces bateaux, 
et chacune des qualre personnes qui m'accompa- 
gnaient en ayant pris un autre, nous nous disposames 
le matin suivant a remonter, munis de carles indiennes 
d'ecorce [with Indian maps oj bark) et des guides in- 
diens. Ayant precedemment decrit cetle excursion en 
detail dans un ouvrage public en 183/i, et accompagnii 
in. FivRiEn. 2. 9 



( »30 ) 
de cnrtes (1), il sufllra de dire scnlement ici que nos 
efTorls furent couronnos par Ic siicces. Nous croyons 
cepcndant devoir joindre line csqiiise a noire nar- 
ration , afin qu'on puisse la siiivro avec facilile (2). 

» Jc quittai le caiupeiuent de I'lle a quatre heures 
du matin, le 10 juillet, dans cinq pelils canots de 
chasse, ayant cliacun un Indien et un Canadien a son 
avant et a son arriere; le tout dirig^ par le chef du vil- 
lage, Ozawimdib, ou la Tete-Jaune. Je pris ce chef dans 
mon canot. Le lieutenant Allen avait dans le sien la 
boussole et les autres instruments qui nous avaient 616 
confi^s par le d^parlement lopographique. Le docteur 
Houghton mit sa pressc a plantes derri^re lui; M. John- 
ston, mon interprete, el Ic reverend M. Boutwell, mis- 
sionnaire, occupaient chacun dcs canots dislincls. 11 
fallaitcertaincnicnlderadrcsso, mcme pour un honnnc 
pratique, pour s'asseoir dans un b&liuient si diflicile a 
gouverner et dans un espace aussi exigu. Nous niar- 
chames en avant avec rapidity loules les fois que I'eau 
nous le permit. Une heure de travail a la rame nous 
amena pr6s de i'extr^mile du lac, oii , pour eviter le 
cours tres-sinueux de l^riviere, nous fhnes un portage 
de 50 yards(3) depuis les Lords du lac jusqu'a la rivi6re 
au-dessus. Nous pussames, dans une courte distance, 

(i) Narrative of an expedition throiigli ihc ujijitr Misiissipi to Itdsca 
Lake. New -York, Harpers, i 83.}. 

Un an avant la publication Je cetfe relation, noire excellent et si 
regrettable confrere, le savant el hiborieux Warden, avait annonce 
I'exiiloralion de Schoolcraft dans le Bulletin de i833, I. XIX, ]>. 45. 

D. L. 15. 

(a) Voyez la petite carte a la fin dti Bulletin. D. L. R. 

(3)Leyard = o'«,9i438 D. L. M. 



( 131 ) 

deux petits lacs, qui sont des expansions de la riviere, 
et renconlrames do nombreux et difficiles rapides, au- 
dessus du quelques-uns desquels les hommes trainferent 
nos canots. En paiiie de cellc mani^re, et en parlie a 
force de rames, nous avancaines petit a petit, et at- 
ieignimes enfm le plateau du Peinidjiguinaitg, ou lac 
Cioss- Water, a une distance evalu6e a A5 milles au- 
dessus du lac Cass, Ceci fut le premier essai. 

» Le lac Cross -Water, appele par les Francais Tra- 
verse^ est, sous toua les aspects, une charmante nappe 
d'eau limpide de 10 a 12 milles de long; il est situe 
sur le nieme plateau que le lac Turtle, si longtemps 
et si impropremont consider^ comme la source du 
Mississipi. L'elevation du Cross -Water, ou Pennidji- 
gumaiig, a et6 d^terminee , par les observations baro- 
nietriques de Nicolet, a 52 pieds au-dessus du lac 
Cass. C'est un point qui doit etre note dans la lopo- 
grapbie de ce courant d'eau, comme sa plus extreme 
extension de latitude nord; loutes ses eaux au-dessus 
de ce lac provenant de sources au sud et au sud-ouest 
de ce paraliele. Son point le plus meridional est place, 
dans les tables de M. Nicolai, au 1x1" 28' h<o" de lati- 
tude. 

» A un demi-mille au-dessus, nous entrames dans 
un lac auquel le nom de Washington-Irving fut donne. 
Ce lac pourrait etre consid^r^ comme une reexpansion 
du CrossJFater, s'il n'en elait pas separepar un chenal 
ou detroit de peu de largeur, ayant un courant per- 
ceptible. A environ h milles plus haut, le Mississipi est 
marque par la jonction de ses premieres branches, 
deux desquelles prennent leur source sur les plateaux 
elevt^s de la ligne du partage des eaux [des hauteurs des 



( 132 ) 
terres (4)]. La branche da c6l6 droit, ou la plus consi- 
derable, sort (111 lac Itasca. Je pris I'aulre branche, ou 
la source Planlagenel, paroe qu'elle a moins de rapides 
el de plus pelilcs chutes a sunuonter. On reconnut 
bienlot qu'elle se versait dans un petit lac appele ]\Iar- 
(juette, et, un peu phis haul, dans un autre lac nomm6 
la Salle. Quelques milles au-dcssus du dernier, nous 
entramc'S dans I'expansion la plus considerable du 
Kuhbekaning^ a la tete duquel nous campanies , a unc 
heure assez avaucee , par une petite pluio , au milieu 
d'une foret de sapins et de Larix, auxquels des mousses 
epaisses suspendues a toutes les branches donnaient 
un aspect sopulcral. 

J) Lc lendemain matin , de bonne heure , nous quit- 
liimes ce trisle campement, lorsque le brouillard se 
lul dissipc, et suivimes un chenal ires-tortueux, dans 
lequel le cours d'eau continue sa route, a Iravers des 
savanes, avec un couranl a peine perceptible. Ces ter- 
rains, remplis de fondrieres, etaient Strolls el hordes 
d'une foret de pins gris rabougris et de tamaracks I'es- 
tonnes de mousses. Des pieces infoi'mes d'aunes et de 
saules couvraienl les rives. La vegi^lation avail un ca- 
ract6re alpeslrc Nous troublions frequemment le 
repos des oiseaux aqualiques j)endant noire passage, 
el obscrvions des daims sur le rivage; I'un de ces der- 
niers Tut tire par Ozawnndib. Le cours d'eau semblait 
travcx'ser un pays desole. Vers le soir, nous passames 
le Aaisva, ou la Riviere du Serpent i\ tete cuivrde 
[ Copper- headed' snake liiver)^ Iribulaire qui s'y jelte, 

(i) Ces mots hauteurs des terres soiit n'pc-tes plusieurs fois en fran- 
rais et en italu|Ur (l.uis I'orijjiiial. D. L. l\. 



( 133 ) 

sur la rive gauche ; bientot api'os, nous renconlrames 
des rapides et quelques chutes moins considerables. 
Le guide s'arrfita au pied d'une haule colHne de cail- 
loux roules et de sable, au haut de larjuelle nous grim- 
pames; les canols et les bagagcs nous suivirenl. Nous 
fimes ux\ portage a iravers une peninsule, et glissames 
de nouveau sur le cours d'eau au-dessus des chutes, 
oil nous campames, fatigues par les petits incidents 
d'une longue journee. 

» Le troisienie jour de noire voyage, nous arrivames 
de bonne heure au lac Assowa (1), que nous passamcs 
a la rame en vingt minutes. En atteignant sa tele , 
Ozawimdih poussa mon canot dans une entree mare- 
cageuse, couverte de lis d'elang et d'autres pi antes 
aqualiques. II le fit avancer aussi loin que possible vers 
le terrain sec, et s'arreta. Nous avions atteint le point 
extreme de cette branche ; nous ^tions dans un veri- 
table marais. La commence \q portage du lac Itasca, 
a travers la hauteur des terres. Aucun endroit dans toute 
notre route ne nous causa un travail aussi penible ; 
nous avions continuellement a gravir des collines ou a 
plonger dans des ravins. G^ologiquement parlant, cette 
elevation consiste en collines du groupe diluvial ou de 
blocs erraliques, disposes en cretes uiamelonnees, au- 
dessus desquelles des pins d'especes diffcrentes etaienl 
disperses. Les dt^pressions ou les profondeurs enlre 
ceux-ci ont servi de lieu de d^pot pour les matieres 
v6g(^talcs accumul^es. Le fond de ces ravins est quel- 
quefois mai'ecagcux; plus souvent, il est coupe par de 
petits lacs ou etangs. Les pins sont couverts de moussi; 

(i) II })orle sur la carte le noin d'Assawa. D. L. I!. 



( 13A ) 
griso parasite ; nous vimes des pigeons de passage ot 
uno ou deux especes de la famille du faucon : c'eluit 
une journ^G chaude de juiliet; nos intrepides cano- 
liers interrompirent plusieurs fois leur t5cUe pendant 
la route, que nous fimes en Ireize repos ou (jpugUl- 
jhvunun, coninie Ics Chippewas Ics appcllont, ce qui, 
en cstiraant la distance actucllo , donne a cetle ^Ic^va- 
lion une largeur d'environ 6 milles. Nous Irouvtinies la 
fraise mure; de frequentes traces de daims rouges, ou 
daims communs de Virginie, furent apercues, ct nous 
reconnuuies des preuves 6videntes de Taction de I'Occan 
dans les pierres usies par le frollenient ct dans les 
cailloux des deux especes de rocs primaires ct s^dimen- 
taires. II semblerait que les oceans soplentrionaux ont 
du couvrir autrefois cette region. Nous passions evideui- 
nicnt sur un terrain forme de couches siiccessives de 
detritus vegetaux, et (juoiqu'une espece do sable marin 
couvrlt les hauteurs, il etait Evident, d'apres les petits 
lacs ct les nombreuses sources, qu'il existail au-des- 
sous, a une profondeur peu considera])le , une base 
alumineuse. J'nttachais beaucoup Irop d'inl6ret a voir 
la source d'une riviere si cel6bre pour m'arreter, et 
comme les bagages que j'avais avec raoi ne so compo- 
saient guere que d'une lunette [spy-glass] et d'un porte- 
feuille, je pus avancer rapidement, et, le 13 juillct, 
j'arrivai heureuscment an terme de ma course. Le 
temps etait clair ct calme, et le lac s'^tendait comme 
un miroir aussi loin (|ue la vue pouvait se porter, en*- 
fcrme dans un bassin couronne de collines pittores- 
ques; I'aspcct en 6tait tout a fait agresto , quelques 
ormes et d'autrcs arbrcs bordaient le rivage. Aussilot 
que les bagages et les canols furent arrives, nous nous 



( 135 ) 

cmbarquames, et , apr^s avoir navigiie (juelqucs in- 
stants sur le lac, nous allames camper clans une lie 
situee presque an centre, ou se reunissaient las deux 
bras dont il se compose. 

» Le lac Itasca doit entierement son origine a des 
sources ol a de petits ruisseaux d'une eau liuipide, 
vcnant des (il^vations sablonneuses qui I'environnent. 
D'apres deux estimations de distances, qui ont ete pu- 
bli^es , ce lac peut etre plac6 a 3 025 milles du golfe 
du Mexique ; son eltivation au-dessus de I'ocean Atlan- 
tique fut evaluee dans le temps a 1 A90 pieds, en pre- 
nant pour base ma precedentc estimation de la bauteur 
du lac Cass, faite pendant I'expedition de 1820, et 
fixee a 1 330 pieds, et I'^levation du lac Itasca au-dessus 
du lac Cass cstim(!ie a 160 pieds. 

» yVyant termine les observations necessaires relati- 
vement au lac Itasca , recueilli des specimens de tout 
ce qui ]iouvait interesser I'bistoire naturelle, je m'em- 
barquai, en effectuant mon retour par I'une des bran- 
ches de ce lac, et, on pen de jours, sans s^rieux acci- 
dent, je rejoignis mon campement au lac Cass. Le 
lieutenant J. Allen, qui a fourni les elements de la 
carte jointe a cette notice, evalue la distance a 290 mil- 
les, dont 125 en remontant le Plantagenet, et 165 en 
descendant la branche de I'ltasca (1). 

B Tout ce qui concerne I'bistoire naturelle de ce lac 
fut iaisse dans les mains du docteur Hougbton, dont 
la mort recente, en faisant I'examen geologiquc du lac 

(i) La route suivie par M. Schoolcraft est indiqaee sur In pciiie 
carte ilressee pnr M S. Eastman, officier tic rarinte des Elats-Unis , 
d'apres les doniiees de M. Alien; nous la joignons a ce numero. 

D. L. R. 



( 136 ) 
Sup^ricur, a, nous le craiqnons, prive lo puhlic do 
hcaucoup d'observations preciouses. II a signale, on Ire 
autres plantcs de I'ilc, dcs Microstylis ophiog, lossoides, 
Physalis ianceo/ala, et ties Silciie niitinhinn ; on trouva 
aussi rormc, le pin, I'cpinelte rouge [Lnt-i.c aniericana) , 
ainsi que le cerisier sauvagc; je vainassai du rivage le 
pelit Planorbis canipamilatus. Nous rcncontraines quel- 
ques debris, restes d'un fcstin fait anciennement dans 
un canipenicnt indien abandonne : ce furent les seuls 
indices qui nous apprirenl que le lac etait poissonneux ; 
il y avail aussi des ecailles d'une esp^ce de grandc 
tortue. Nous vimes une jolic bfite fauve se d^salteranl 
sur les bords du lac, dont I'cau pure, profondo el 
froide, laissait apercevoir, a la profondeur de plusieurs 
nieds, un fond clair, plein de cailloux et sabloniicux. 
D'aprfes les observations lopograpbiques du lieutenant 
Allen, sa plus grande longueur est de 7 miiles. » 

Qualrc anneos plus lard, savoir en 1836, M. J. J. Ni- 
colet \isita ce lac d'apres les instructions du Bureau 
lopograpbique des Ltals-Unis, a la lete duquel est 
place le colonel J. J. Abert. II ratteignil le 29 aout, 
el nous lui devons plusieurs renseignements scicnti- 
fiques imporlants, parmi lesquels nous citerons la lati- 
tude de rile, qu'il place au hi' 13' 35", ot la bauleur 
du point le plus eleve de Hauteur des terres qui ail ele 
mesur6, et qu'il evalue a 130 picds au-dessus du lac. 
Son rapport, comniuniqu6 apres sa mort au Congr^s 
par le colonel Abert, est un document d'une grande 
importance. Suivanl dcs observations barotnetriques 
faites par lui, I'altilude extreme du lac Itasca, au- 
dessus du golfe du Mexique.ostdc \ bib pieds. Le m6me 
observateur a Irouvc que le point le plus cleve de la 



( 137 ) 

Hauteur des terres est de 1 680 pieds au-dessus du golfe, 
altitude tres-peu considerable , si nous la consid^rons 
comme I'^levation continentale entre les Indes occiden- 
lales et les mers septenlrionales. 



VOYAGES 
DES DOCTEURS RRAPF ET REBMANN 

DANS 

L'AFRIQUE ORIENTALE. 



Dans le Bulletin du mois de septcmbre 1850, 3° sei'ie, 
t. XIV, p. 2/iO, j'ai consacr6 quelques lignes aux tra- 
vaux d'exploration de I'Afrique orienlale, dus au doc- 
teur Rebmann, I'un des missionnaires les plus zeles el 
les plus intruils, qui pen6tra, au niois d'avril 1848, 
dans lo Rilema, et decouvrit la montagne de Kiliman- 
jaro, couverte de neige perpdtuelle, par environ 3 de- 
gr^s et quelques minutes de latitude sud et 30° 25' de 
longitude est de Greenwich (28° 5' E. de Paris), u 
75 lieues a I'ouest de Rabbai-M'pia , station des mis- 
sionnaires, sur la cote orienlale d'Afrique. J'annongai 
en meme temps que le reverend docteur Krapf, non 
moins zel6 que le docteur Reljmann (1), apr^s avoir 
visits rUsambara, situ6 au sud-ouest de la station, avail 

(i) Le docteur Krapf avait fjuitte Aden, venanl d'Abyssinic, le 
1 1 novembre l843, pour s'etahlir sur la cote orientale d'Afrique. Au 
mois de juin 1846, le docteur Rebmann vint le rejoin Jre a la station 
de M'pia, pres de Montbaz. Ce fut peu apres qu'ils commencerenl 
leurs explorations les plus importantes. 



{ 138 ) 

accompli, ilans les niois de novcmbro et deccnabrc 
18/(9, un voyage p^rillciix dans I'lJcamba {Oukamhn), 
a 100 millcs au nord-ouest dc Rabbai-M'pia ; qu'il 
paraissait avoir fait des dc^scouverles tres-iraporlantcs el 
confirm^ celles de M. Rebmann, dout jc me proposais 
de rendre corapte dans un procbain Bulletin, alnsi que 
de la carte dressee pour rintelligcncc de ces dccou- 
vcrtes. Lorsque je falsais cettc promesse, la relation do 
I'cxploralion du doclciir Krapf n'cHait pas encore on- 
ti^rement publiee. Quoiqu'clle ne le soil pas encore 
compl^lement , pour ne jioint laisser exister unc trop 
longue lacune , nous donnerons procbainement an 
moins une analyse de ce qui aura paru sur le voyage 
de ce missionnaire depuis les premiers jours de no- 
vembre 1849 jusqu'en 1851, qu'il a continue le cours 
de ses explorations ct de ses decouvertes. 

Voici, en attendant, quelques informations nouvcllcs 
communiqu^es par M. Anloine d'Abbadic. 

De la. Roquette. 

Le Church Missionary Intelligencer, pour le mois dc 
fevrier 1852, vient de nous apporter des nouvellcs in- 
l(^ressantes du reverend docteur Krapf, I'un des plus 
bardis pionniers dans les decouvertes africaines. Sa 
lottre, qui est du 7 octobre 1851, a die dctruite en 
grande partie par une fatality singulifere, le feu I'ayant 
accidentellcmenl consumde en partie dans Aden. 
M. Rebmann n'a pu eteindre I'inccntlie a lemps, el il 
a du envoycr celle precicuse Icttre dans un miserable 
6tat de mutilalion qui cxplique , jusqu'a un certain 
point, les quelques incertitudes qu'eprouvcront les 
gdograpbes apres avoir parcouru le r6cit suivant. 



( 139 ) 

Parti de la mission anylicanc elablio a Rabbai- 
M'pia, M. Krapf, apr^s avoir franchi la mont(ie tie 
200 pieds qui conduit au plateau de Teita, parvint au 
torrent Woi, qui se jelte dans le Tzavo. Cette derniore 
riviere parait avoir sa source dans la montagne nei- 
geuse dite Kiliraandjai-o, el so joint un peu plus bas a 
la riviere Adi, qui s'appelle Sabaki dans le bas de son 
cours, el se joint a I'ocean Indien dans la baie de Me- 
linde. La petite caravane ne tarda pas a elre attaquee 
par les Aendi, peuplade qui habile la contree basse de 
Bura. Apres avoir traverse I'Adi , les voyageurs attei- 
gnirenl la plaine de Yata , elev^e de 1 800 pieds, 
M. Krapf, etant alorsdans le paysd'Oukamba, s'avan^a^ 
en trois journees de route, jusqu'a Kitui, afin d'y voir 
le chefKivoi, et d'aller avec lui visiter la riviere Dana, 
qui est encore a Irois journees au nord de Kitui. Le 
Dana a sa source dans le mont Kenia, deja signale 
dans nos cartes comme une haute montagne, et sur 
lequel M. Krapf nous a appris que la neige sejourne 
cternellement. Apres un mois de ces delais toujours 
inevitables dans I'interieur de I'Afrique, M. Krapf che- 
raina vers le Dana, qui se jelte dans I'ocean Indien, 
entre le 2" et 3' degre de latitude sud , sous le nom 
d'Ozi(l). Notre hardi missionnaire etait accompagne de 
Kivoi, qui, par maliieur, n'avail avec lui qu'une petite 
escorte de cinquante personnes. Les voyageurs furent 
attaqu^s par des brigands dans un endroit boise et 
dangereux. Kivoi fut lue, avec plusieurs des siens, et 

(i) Celte riviere est identii|ue, scion M. Krapf, avec le Quiliinaiicy, 
mot qui sifjniHe cau ile mrjnlarjHe. {Voyez f^ocabulaiiv de six lanrjues 
de I'Aj'rifjue orieiilaic^ par J. L. Krapf. Tubiii{»up, i860.) A. A. 



( lao ) 

Rl. Krapf, se Irouvant tout soul dans ce pays inconnu, 
parvint noanmoins a altcindrc le Lord dc la large ri- 
viere pres de I'endroil oii de grands rochcrs elevi^s do 
6 a 10 picds facilitcraienl dans Tavonir la construction 
d'un pont. C'est en ce point que s'dlove une haute 
colline, dans la contr6c de Mbe, apparemment sur In 
rive gauche du Dana. Forc6 de s'en rctourner a Iravers 
un pays desert, sans nourrilurc aucune, ct sans autre 
provision d'eau que celle qu'il avait rccueillie dans le 
canon de son fusil ct dans I'etui de sa lunette, M. Krapf 
cut le honheur de parvenir, a la nuit tombante, au 
pied du uiont Kcnso. La, il coupa de I'hcrhe seche , 
pourse garantir contre les vents froids, et dorniit une 
heure ou deux sous un arbrc. A son r^veil, une colline 
voisine etant entouree de feu , le courageux voyagcur 
put s'orientcr : il evita autant qu'il ^tait en lui la plaine 
nue de Kcnse , et, vers le milieu du jour, il quitla la 
montagne, pour atteindro le lit sabloiuicux ct desseclie 
d'une riviere ou les cris des singes le guidcrent a un 
trou contenant de I'eau cxccllente. Dieu ne I'avait pas 
abandonnc sur cette tcrre , car il ne tarda pas a ren- 
contrer deux mcmbros do sa caravanc dispersce, un 
homme et une femrae. Celle-ci (les femines sont tou- 
jours charitables ! ) donna au voyageur de la chair d'une 
vache sauvage, et il cut un peu de force pour continuer 
sa route. Au point du jour, les trois aventuiners s'aper- 
covant qu'ils alhiicnt Irop vers Test, quitlcrcnt cetle 
direction pour le sud-esl, et, a huil lieures du matin, 
ils rencontr6rcnt cnlin deux indigenes qui aliaient a 
Liu, dans le pays d'Uukambani. Les malheurs de I'in- 
fortunc missionnaire n'elaient pas fmis quand il eul 



( IH ) 

alleini le premier hameau Kikamba(l), car les parents 
de Kivoi voulalenl venger sa mort dans le sang de 
I'Europ^en. M. Krapf crut devoir s'enfuir nuitamment 
des mains d'un parent de Kivoi qui le tenait prison- 
nier. Apr^s avoir erre deux jours ot deux nuils parmi 
les broussailles du desert, il parvint a Yata. De la il 
descendit a Kikumbuliu ; puis, apres avoir fait un de- 
tour pour eviter les brigands de la tribu Aendi, il 
reussit a alleindre heureusement la station de Rabbai- 
M'pia. II avail fait a pied une route qui, vu les detours, 
ne saurail etre raoindre de 360 milles geographiques. 

(i) On aura remarque dans le recit du docteur Krapf que le mot 
Kikainba est employe presque conime synonyme du mot Ukambani 
qui le precede. II est bon de donner aux lecteuis une explication a 
cet e'gard. Dans les langues euiope'ennes, le nom adjectif qui designe 
le peuple ou la langue se forme du mot substantif indiquant le pays, 
avec une terminaison ou syllabe auxiliaire mise a la fin du mot. C'est 
ainsi que du nom France on forme I'adjectif Francah. Dans les lan- 
(jues d'alllteration, qui paraissent etre parlees dans toute I'Afrique 
australe, on emploie bien quelquefois une syllabe suflixe, comme ui 
dans Ukambani, mais on use aussi et surtout d'une syllabe pretixe; et 
un voyageur comme M Krapf, qui park' la langue du pays, se sent 
porle a faire prevaloir cette regie afiicaine quand il a besoin de citer 
un mot indigene, meme en ecrivant en anglais. Dans le mot qui nous 
oecupe, A'rt»i6aseraitdoncla racine; Ouliamba ou Oukainbani, lenom 
du pays; K'thamba, celui de la langue; et Wakamba, celuidu peuple. 
II est d'ailleurs a remarquer que ce nom de Kamba de'signe aussi un 
pays a I'est des Yamma, par environ 7° de latitude nord ct 36" de 
longitude orii-ntaie. Celte contree est ye'neialement appelee Kambate, 
d'apres les Abyssins, qui ne savaient pas que le ta final de Katnbata 
est employe comme artiile par les indigenes de ce pays. En disant 
Kambata, ccux-ci expriment la meme idee qu'un Francais rendrait 
par le Kamba, absolument conune dans les expressions illalie, la 
France. 

Antoike d'Abbadie. 



( 1A2 ) 
Au milieu des lacunes de la leltre de M. Krapf, on 
a reussi a saisir le passage suivant : 

« D'abord la riviere Dana, qui tournc aulour de la 
contiee Kikuyu, et va a la grandc nier. La seconde 
grande riviere , parlant du Ndurkenia ( montagne 
blanche), est le Tunibiri, qui coule a Iravcrs le pays 
Wakuafi, et atteinl aussi la grande n^er (ocean In- 
dien). » 

Malgre les lacunes, il reste assez de toxte pour coni- 
prendro la conviclion de M. Krapf, que la riviere im- 
mense qui se diverse vers le nord-est d'un lac situiL' au 
pied du Kenia est idenlique avcc le Bahr cl-Abiad , 
fleuve Blanc, ou vrai Nil. 

Dans une autre leltre dc M. Krapf, communiquee 
par le r^v^rend M. Barlh, on remarque aussi les pas- 
sages suivants : « La riviere Dana est a 180 heures de 
route de Rabbai , savoir : 90 bcuros de Uabbai a Ki- 
kumbuliu, 110 a Yata, 140 a Kivoi, et 34 au dela. Lin 
marchand de Lembu , conlree situee a deux journees 
de route au nord-est du Dana, apprit a M. Krapf qu'au 
pied de la montagne neigeiise Ndurkenia, ou Keretila, 
etait un lac qui donne naissance au Dana, au Tumbiri 
et au Nsaraddi ; que Ic Dana et le Tumbiri se d^versent 
dans I'ocean Indien , mais que le Nsaraddi dirigc son 
coui's vers un lac encore plus grand, appelc Baringo, 
donl on ne pourrait attoindre I'exlr^mite qu'apres un 
voyage de bien des journees; qu'il y a cinq journees do 
route de Uemba a Kirenia, et de la ncuf journ<!;cs jus- 
qu'a Baringo, mot qui signifie grande mer. Maintc- 
nant, dit M. Krapf, nous avons presque la certitutio 
qu'il faut cUercher les sources du Nil dans le lac Ndur- 



( m ) 

kenia, duquel s'^coule le Nsaraddi, ce dernier coulant 
a Iravers Bariiigo. 

En retournant vers la cole, M. Krapf eut a souffrir 
bien des miseres : il eut les mains et les pieds remplis 
d'epines ; il voyagea pendant deux jours et deux nuifs 
de suite, et ne dut son salut qu'a la charite des parents 
de Kivoi, ceux-ci paraissant ne lui en avoir pas voulu 
de sa fuite nocturne. De Kikunibuliu a Rabbai-M'pia, 
il fit neuf journ^es de marcbe forc^e, en evitant la 
route battue et en se frayant un cliemin a travers un 
desert des plus bois^s, le long du pays des Gallas, afin 
d'^chapper aux brigands de Bura. On n'aura pas de 
peine a le croire, quand il affinne qu'a son relour a 
Rabbai, il pouvait a peine se lenir sur ses jambes. 

Je me permellrai de faire deux remarques sur le 

r<^cit interessant qu'on vient de lire. M. Krapf estime a 

550 milles la distance de Rabbai an point du Dana 

qu'il a visite. D'aulre part, il dit expressement que 

le parcours total est de 180 beures de marche. Ce 

serait done 3,05 milles geographiques par lieure, ce 

qui me semble exag^re. En attendant qu'on ait etabli 

par la comparaison soignee de nombreux itinc^raires 

quelle est la marcbe moyenne d'un voyageur pitjslon 

dans un pays accidente, jc me bornerai a citer le 

r^sultat obtcnu par M. Dusgale sur la marcbe des 

cbameaux en Ai'rique. Le capitaine Lyons a parcouru 

1085 milles en 523 beures, ou 2,075 milles par heure; 

M. Cailliaud a francbi 887 milles en ASO beures, ou 

2,06 par beure , tous deux sur des cbemins peu acci- 

dentes, ou les sinuosites augmenlent la distance par- 

courue de l/i. Dans les pays montagneux, on estime 

gendsralement cet accroissement comme egal a 1//|. 



( lU ) 

Je n'ai pas encore realise mon intention de deduire 
(Ic la somme de foiis mes ilineraires en I^llhiopie la 
valeur moyenne d'unc hcure de marche ; niais des 
resultats partiels ni'ont fait voir qu'un parcours de 
plus de 2 milles a I'heure est an moins douteux, 
lorsqu'on cherclie le residtat d'une ligne droite on 
l^gerement brisee, et lorsqu'on chcniine avec vingt- 
cinq ou trente personnes. Plus la caravane est nom- 
breuse, plus la marche se ralentit. M. Krajji'n'a voyage 
seul que la ou il dit expressdraent qu'il faisait des de- 
tours ; il semble d'ailleurs avoir toujours voyage a pied. 
D'apres toules ces considerations, il paraitrait dilllcile 
d'adnieltre qu'il ait fait plus de 2 milles a I'lieure, et si 
Ton retranchc des 360 milles ainsi obtenus un quart 
pour les sinuositt!;s, on trouvera que le point extreme 
de sa belle reconnaissance n'cst qu'a 270 milles de 
I'ocean Indicn. C'esl d'ailleurs la distance admise dans 
I'esquisse insercc au Church Missionaif Intelligencer 
(vol. I, p. 38i). 

II est loujours raalais6 de juger un voyageur sur ses 
Icttres, qui sont prosque toujours ecrites pour annoncer 
les fails saillants, et qui taisent nalurellement celle 
foule d'accessoires sans lesquels un g^ographe a le 
droit de meltre en doute tout fait qui est en contra- 
diction manifosle avec ce que Ton connalt de la clima- 
lologic. Je me garderai bien de dire que M. Krapf a 
fonde sa com'iction, quant aux lieux des sources du Nil, 
sur le temoignage isole du marcband de liembu ; le 
z6l6 voyageur alleraand doit avoir eu sans doute un de- 
tail de distances, de noms de lieux, ct surtout de tti- 
moignages ind^pendants, avant de s'etre permis autre 
chose qu'une simjile opinion a eel egard. 11 n'y a pas 



( l/i5 ) 

d'impossll)illte physique a ce qu'un coins treau, parli 
de la tr6s-haule inontagne de Renla , aille sc joindre 
ii la riviere qui coule par ]e niont f.ogwek , choz les 
Barri,et qu'on lient communt'incnt pour liiffluenl 
principal du Nil; mais I'opinion opposee s'etayc do 
plus d'un argument. L'incerlitude qui regne encore sur 
la longitude du mont Kenia ne permet neanmoins pas 
de placer celte sonimile beaucoup a Fouest du 33* de- 
gre de longitude, c'cst-a-dire a environ sept degres a 
Test du mont Logwek , ce qui impliqne une distance 
considerable. La latitude du mont Kcnia est par en- 
viron un degre au sud de I'equateur. Done, la riviere 
qui aurait sa source au mont Kenia devrait, avant 
d'alteindre le mont Logwek, couler vers le nord-ouest, 
ct dom Knoblecher nous apprend expressement qu'elle 
vient du sud-ouest, ce qui est iino contradiction evi- 
dente. On sait d'ailleurs que ce dernier voyageur parle 
d'une direction quil a vue, landis que iM. Krapf en 
indique une autre d'aprfes des oui-dire. De plus, la 
comparaison des sources du Balagaz , du Takaze et de 
I'Abbay en Aliyssinie, montre que les sources les plus 
^lev^es sont loin de fournir les rivieres les plus consi- 
dtirables. Dans I'Afrique oricnlale, il n'osl done nulle- 
ment imperieux de s'adresser a une monlagne trfes- 
haulc pour y cheicher les sources d'un grand fleuve. 
Enfin , cc qui domine puissamment toutes ces conside- 
rations, c'est Tobjeclion mise en avant par d'Anville, 
rcproduitc par M. Ayrton dans le Journal de la Societe 
de geographic de Loiidres, et qui n'a pas encore etc 
mfeme efileuree par les admiraleurs les plus passionnes 
de I'origine auslrale du Nil, Cette objection porte que 
les crues de ce fleuve, ayant lieu pendant I'^td boreal , 
III. FivniF.R. 3. 10 



( 146 ) 

doivenl fitre aliment(^es par dcs piciios qui loinljcnl 
clans la paiiie seplenliionale dc la zone torride alVi- 
caine. Si, conlrc Ics probabililes acluclles, un gros al- 
fluent du Nil avail sa source au sud de I'equateur, ce 
Iributaire ne saiirait s'arroger Ic droit d'fitre regarde 
comme I'afllueiit jirincipal , a moins loulefois que des 
observations nouvelleset precises ne viennenl plus tard 
nous apprendre, qu'en d^pit de toutes celles qui nous 
sont connues, les grandes pluies de I'liemisphore au- 
stral, pres de I'equateur, coincident exactement, quant 
a leur 6poque , avec celles qui lonibent par 7 et 8* de 
latitude septentrionale. 

Antoine d'Abbadie. 

Paris, 22 feviier i852. 



EXPEDITION DANS L'AFRIQLE CENTRALE, 

TRADUIT DE l'aNCI.AIS 

PAR M. DE LA llOQUETTE. 
SUITE (1). 



M. Augustus Pelermann, auquel on doit tant de ren- 
seignemenls sur cette expedition, nous ap])rend , par 
une lellre portant la dale du 20 Janvier dernier, in- 
s^r^e dans \! Athenceum, que des subsides viennent 
d'etre envoy^s aux docteurs Barlh et Ovcrvvog pour les 
inetlre en <^tat d'enlrepremlre la parti e imporlanto de 
leur excursion de Bornou aux rivages de I'oc^an 
Indien. 

(i) Voyezle Bulletin (lej.iiivier iSAl, 4* se'rie, t HI, p. si-ali. 



( 1A7 ) 

Presque imuiediatement apres avoir recu les inlti- 
ressantes relalions du voyage clii docleiir Barth dans 
I'Adainawa, et de I'exploraiion du iac Tcliad et des iles 
Bidduma par le docleur Oveiweg, lord Palinerston a 
accorde liberalemenl a la mission nne nouvelle somme 
de 800 livres sterling ( un pen plus de 20 000 francs). 
Des instructions ont ete adressees en meme temps par 
le Foreign- Office au capitaine Homerton, agent anglais 
a Zanzibar, pour qu'il ait a lournir tout ce dont les 
voyageurs pourraient avoir besoin aussitot qu'ils feront 
leur apparition sur la cole. En outre, la demande faite 
par le docteur Overweg de certaines marchandises an- 
glaises a ele accueillie, et une somme de 65 livres ster- 
ling (1650 francs) a ete alloueo a cet offet. Les mar- 
chandises ont d6ja ete choisies avec soin et achetees 
apr^s la note specifique envoyee par le docteur Over- 
weg, et elles sont maintenant en route pour I'Afrique. 

Les voyageurs verront ainsi leurs voeux realises de la 
maniere la plus encourageante, et ils poursuivront avec 
une nouvelle vigueur leur perilleuse entreprise, qui 
promet les plus importanls resultats. 

II ne sera peut-etre pas sans int^ret de faire bri^ve- 
menl mention des articles de commerce demandes 
principalement par les nations de I'int^rieur de I'Afri- 
que. Les voyageurs, a leur depart d'Europc, avaient 
emporte avec eux quelques marchandises anglaises 
bien choisies; mais, arrives a Tripoli, ils furent obliges 
d'y ajouter une quantite considerable de marchandises 
de quaiite inferieure de Nuremberg, de Trieste, et 
meme de Tripoli; et ils employerent de la meme ma- 
niere les subsides qui leur furent subsequemment 
envoyes. II en resulla un grand desavantage, car les 



( 1A8) 

voyageiirs rcconnurcnl que Ics divorses Iribus qu'ils 
eiirent occasion de visiter connaissaicnt parfaitemenl 
Ics dilTcrcnles cspi^ces de marchandises d'Europo , et 
qu^/es pre/eraient immriahleinenl les marchandises an- 
glaises a tonics Ics tint res. De plus, ellcs s'attendaicnt a 
recevoir des marchandises anglaiscs de vojageurs re- 
pr^sentants dii gouveruement anglais. 

La nolc du docleur Overweg indique diffiircnles es- 
peces de quincaillerie et de coutelleric, plusiours dou- 
zaines de rasoirs, plusieurs milliers d'aiguilles (cent 
mille aiguilles emporlees par les voyageurs avaient et6 
plac(!!es), des ciseaux, des canifs , des pistolcts, des 
haches, des compas et des thermom6lres, des boltes a 
niusique, des soieries, un grand nombre de petits nii- 
roirs dans de fortes caisses d'etain, des bagues en ar- 
gent, et autres menus articles. 

Plus los marchandises sent fortes et solides, plus 
ellcs sonl eslimecs par les naturcls, qui preferent aussi 
a I'or les bagues ou autres articles fails en quelquc cs- 
pfece que ce soit de melal blanc. 

On espere quo les marchandises choisies soigneuse- 
menl el envoyecs seronl d'unc grande ulilite pour les 
voyageurs dans leur exploration des contrees situecs 
enlre le bassin du lac Tchad el la cole de Zanz.ibar, 
ou I'argent monnayc scrail dc peu ou point d'usage. 
C'est probablement la derniilsre communication que 
nous recevrons dc nos amis en Europe pr^alablemcnl 
a ce qu'ils s'cnfonccnt dans les d^scrls tout a fail in- 
connus de rinlerieur de I'Afrique. 



( U9 ) 

iliia];fi§eis, GiLtraitts d'oii^rages, 
Alelaiiges , etc. 



LE CHILI ET LES ARAUCANS. 

PAR 

M. EDMOiND DE GINOUX. 
DEUXliiME ARTICLE (1). 

La configuration de I'Araucanie , cette contree si 
pen connue, et dont le noni apparalt a peine sur nos 
cartes geographiques, presente les memos reliefs que 
le Chili; le bassin inlermediaire, tres-vaste mainte- 
nanl et d'une pente fort douce, poursuit sa marche du 
nord au sud, en longeant, a Test, les grandes Andes, 
et a I'ouest, la Cordill6re de la cote. Une quantitc de 
jolies rivitires sillonnent les plaines de I'Araucanie; les 
principales sont : le Carampangue , I'Araquete , le 
Llembu, le Paycavi, le Llcrillen, le Tirua ou Cauten, 
le Budi, le Tolten, et le Queulc, D'autres cours d'cau 
d'une moindre importance descendent aussi des mon- 
tagnes et se promenent dans le bassin ; niais leurs 
nortis sont ignores : on sait seuloment que la plupart 
de ces grands ruisseaux se ri^unissent au Biobio, au 
Cauten , et au Tollen. Ces Irois rivieres sont navi- 
gables. 

Les parlies basses du pays, liabiteespar dessauvages 

(i) Voycz Ic Bulletin tic janvicr iSSa, 4° scrie, t. Ilf, p. Sy. 



( 150 ) 
farouches, soiit crime ricliesse cxlraordiiiairo , cl los 
soins que les Araucans prodiguent a I'agriciilture font 
honte a Icurs voisins du Cliili. Siir les deux ligiics de 
montagnes, la vegetalion est incroyablement belle, 
\igoLireuse, \ariec. L'arbre le plus commun (il efface 
presquc tous les autres ) est un helre colossal , Ic 
Feigns Dombeyi de Mirbel, Fagiis aiistralis de Pocppig. 
Get arbre, dans les Andes, alteint au dela de 80 pieds 
de hauteur; son tronc , raboleux, ujais reuiarquablo- 
menl droit, est sans branches jusqu'a la moitie de son 
elevation : au dire do Poeppig , il egale en qualile les 
meillcurs bois de rAuitiriquc du Nord, A cole do ce 
ch6ne , il faut ranger immediatement le Rauli des In- 
dians, Fagus procera de Poeppig; et , aussitot apr^s, 
un laurier aux rameaux d'un vert fonco , fort elegant 
dans sa coupe, nomme Laurelia ammatic/i par Jus., 
Laurelia denlala par Bert. Les Indiens lirent de cet 
arbre une r^sine qui, brulee, repand une odeur plus 
delicate que celle de I'encens. Viennent ensuite : le 
pittoresque lingue, aux branches ^lastiques, Laiiriis 
lirigue de Hook ; le gracieux Peunio, coquetleuienl 
charge de baies rouges; puis une multitude d'especes 
de myrles, diversifiees par Jeurs formes, leurs dimen- 
sions, I'arrangemont des feuilles el des fleurs ; la 
Luma, Escalloiiia Thirsoidea, dont la fleur blanche et 
rdcoi-ce rosee conlrastent avec le veil pur de ses pelites 
feuilles, tapisse a profusion les rives de tous les cours 
d'eau. 

Au pied, conime al'aljri de la vegdlatlon puissanlc, 
croissent humblemont des myriacles d'arbusles et de 
planles fragiles qui seinblent avoir bcsoin de so senlir 
prot(iges. La abonde un coudricr dont la feuille , 



( 151 ) 

niiancee de plusieurs teintes, iippellc ratteulion; pres 
de liii foisonne un cannelier, Ic Driinis chilensis, re- 
marquable par la disposition syinetrique de ses ra- 
raeaux tendus horizonlalement , surtout par le jet si 
fin, si elance de sa tige flexible. Partout, dans ces v6- 
getaux, la copigue, la plus adorable des plantes grim- 
pantcs, agite ses clochettes d'un angeJslique incainat, 
landis qu'a la base, au plus fourre de ces masses de 
verdure, vierges de reptiles et d'insectes venimeux, les 
pales fougeres , et une infinite d'autres plantes, trou- 
vent encore a disputer leur part d'air et de lumiere. 

Pour completer cette trop rapide esquisse de la 
richesse des Cordillferes , priiicipalement do celle 
d'Ai'auco, il soffit d'ajouter que, n'iuiporte par quel 
point on essaye de pen^trer dans ces forets ou arbres, 
arbustes , plantes, berbes, lianes , se trouvent con- 
fondus, entrelaces de mille mani^res, cette surabon- 
dance de vegetation n'olTre qu'un chaos inextricable. 
Si toul ce qui est tendre, faible, rampe sur le sol, 
s'etouffe entre les grosses racines, envahit les [rones 
solides ou s'accroche au moindre appui, les grandes 
lianes, a leur tour, s'elancent orgueilleusemenl jusqu'a 
la cime des arbres, et, des pointes les plus elev^es, elles 
retorabent a regret vers la terre. Ici ce sont les souplcs 
Boques, que Ton prendrait pour les cables d'un na- 
vire; la, n)ultipliees a I'exces, se niontrent les C4oli- 
gues, qui font ressembler les forets a d'inimaginables 
chevelures cmbrouillees par le vent. Les nalurels de 
I'Araucanie taillentleurs lances redoutables clans celle 
graminee. 

Derri^re les forets priniilives, au couronnement des 
raontagnes de la cote et a la region supcrieurc de la 



( 152 ) 

zone subondine, on voit s'^tagor, comme dernier mot 
des prodigalilcs do la nature, de jnassives guirlandcs 
de ces sapins gigantcsqiies et celubrcs connus sous lo 
nom d' Araiicaria. Get arbro, cher aux Intlicns, t'deve 
a cent pieds dans I'air son tronc robuste, toujours aussi 
droit, aussi uni que le grand mat d'un vaisscau. Sa 
tele, en forme d'hemisphcre, perpclucllomenl secouee 
par la brise , rend un biull luguln-e, semblable a la 
voix prelee aux fantomes; mais, si des csprils resident 
dans ces arbres, il faut convenir qu'ils sont bienfai- 
sanls, car Ics longues branches fourchues de ces sa- 
pins, pareillos a d'iinmonses bras termines chacun par 
une main ouverte, portent enlre leurs dernieres rami- 
fications un I'ruit nutrilif, pain ordinaire des Arau- 
cans. 

Telle est la magnificence du manleau de verdure 

deploye sur les montagnos qui encadrent longitudina- 

lement I'Araucanic depuis lo Biobio jusqu'a Valdivia. 

II y a plus encore que cctle superbe beauts a conteni- 

pler : la providence parait avoir voulu mettre ces terros 

a I'abri de loule conquete. Du cold de la mcr, deux 

ceinlurcs continues dc forels font comme des rem- 

parts inaltaquables; au nord et au sud , le bassin est 

defendu par des rivieres; a I'oucsl, los Andes en in- 

terdisent rapprocbe : le voyageur, cependant, peul 

parcourir les diverscs parlies dc I'Araucanic sinon 

commodemenl , du moins avec securild. Les deux 

principales voies de communicalion, raaigres senliers 

traces par le pied des chevaux, bordent laleralemoul 

le territoire; elies sont appeldes, I'une Cliemin de la 

Cole, I'aulre Cliemin de la Pampa. 

La plus curieuse de ces voies sauvages conduit a 



( 153 ) 
Arauco, nom bien trompeur, et qui rappelle une 
grave inexactitude commise par les g^ograplies d'Eu- 
rope. Balbi pretend que, de toutes les villas fondees 
par les Espagnols en Araucanie, une seule , Arauco, 
est demeur^e en la possession des Indlens. Or, c'est 
diam^tralement le contraire. Les sept villes creees par 
les Espagnols sur ces terrcs ont et6 rashes presque 
aussitot apres leur naissance , et les lieux ou elles 
existaient ne sauraient etre disputes aux indigenes. 
Arauco est le seul des petits centres de population 
organises jadis au sud du Biobio qui soit reste au gou- 
vernement chilien. 

Cetle ancienne forteresse, tour a tour occupee par 
les Espagnols et paries Araucans, protege une ville en 
esp6rance, assise au fond d'une jolie baie. Arauco, 
theatre de tant de combats furieux, restera a jamais 
c^lebre par le souvenir des exploits guerriers do Cau- 
polican, de Lautare et de I'intrepide Colocolo. Dans 
un coin obscur de la citadelle, on montre un gros lion 
dc Castille, taille dans un bloc de pierre. II y a deux 
si^cles el demi, lorsque les Espagnols le hiss6rent sur 
la grande porte d'entree, ce lion inspira aux Araucans 
la terreur et le respect. 

La contree que Ton traverse, apres avoir quitte 
Arauco, est richement accidentee de haules collines 
vertes, de vallees riantes, de cours d'cau frais et lim- 
pides, le tout distribue avec une admirable harmonic 
a la base de la Cordillfere de la Cote. De distance en 
distance, derriere une buttc, ou bleu au fond d'un 
ravin, parfois aussi au milieu d'un bouquet d'arbres 
isole dans les plaines de gauche , une petite colonne 



{ 1B4 ) 

defumee, loulantcnlourde spirale, (rahit uncdctueure 
iiulienne. 

Les Araucans n'ont jamais v^cu en families grou- 
pies, en foyers reunis, en soci«^le enfin ; jamais ils 
n'ont eu une ville , un village , un hameau. Tous ics 
centres de population Aleves jadis sur leur lerriloire 
elaient oxclusivemonl du fait des Espagnols. Tantot 
vainqueurs, lantol battus, mais jamais clecourages, les 
Espagnols, dans leurs jours de triomphc , se halaieiil 
de balir un fort sur chaque portion de terre passag(^- 
rement conquise. A I'interieur, ou sous les niurs de ce 
fort, ils petrissaient quelques maisons de terre, et ils 
d^coraient le tout du nom de ville et de chef-lieu d'une 
province. De cette fagon, ils etaient parvenus a cou- 
struire, dans I'Araucanic, sept villcs, parmi lesquelles 
les plus notables etaient I'luiperial et Villarica. L'lm- 
perial 6tait appelee a devenir la capitale du gouverne- 
ment du Chili : or, les sept villes ont ete detruites par 
les Araucans, et quelques-unes, qui ont ele roedifiecs 
deux ou trois fois, ont aussi ete deux ou trois fois rcn- 
versees par les Indiens. II ne reste pas une seule de 
celles qui furnnt assises sur une portion du territoire 
nomme aujourd'hui Araucanie independanle. 

CiCS Indiens nc con^oivent pas que Ion puisse vivre 
cote a cote, d'une vie presque commune. Ils ne sup- 
porteraient pas plus deux habitations attcnanlesqu'ils 
ne consentiraient a se grouper plusieurs ensemble sur 
un lieu decouvert; la sociabilite n'est ])oint dans 
leur caracterc. Le pays est divise en tribus distincti-s, 
inviolables , cl chaquo Iribu est coupee en aulant do 
pelils liefs qu'elle comple do families. Le soin de tout 



( 156 ) 
individu a se tenir isole recllement chez soi , comple- 
lement a I'abri de tout regard etranger, est pousse si 
loin, que du seuil d'une habitation on doit n'en pas 
apercevoir une seconde , fut-ce celle d'un fr^re, d'un 
oncle, d'un fils. Ces demeures sont cacUees les unes 
aux aulres par dns bois, ou encore par des accidents 
de terrain scrupuleusenient etiidies. Lne armee d'in- 
vasion a repousser, une junto, une orgie an sujet de 
quelque grand evenement, sont les seulescirconstances 
capables de faire sorlir ces bommes de leurs sombres 
retrailes et de les rassembler momenlan^ment. 

Jadis, comnie aujourd'liui , I'Araucanie etait parta- 
gee en un grand nombre de tribus. Chaque tribu etait 
gouvern^e, coiTime aujourd'hui encore, parun cacique 
ou chef de famille noble, dont I'autorite se transmet- 
tait par droit naturel et en ligne directe a ses enfants 
males. Mais, au-dessus des caciques, venaient les to~ 
quis et les ulmenes , sortes de souverains politiques et 
religieux, elus par les assemblees des nobles. Les to- 
quis et les ulmenes veillaient aux interets generaux et 
commandaient les armees ; grace a eux, la nation 
n'avait qu'une volonte et njarchait avec un ensemble 
admirable. Un danger exterieur menacait-il le terri- 
toire, des coureurs, envoyes dans chaque direction, 
pour informer les caciques du peril commun, leur 
faisaient connaitre les ordres du gouvernement su- 
preme, et aiissitotles chel's de tribu meltaientsur pied 
leur contingent de guerriers , et , guides par des feux 
allumes la nuit aux cimes des montagnes, ils savaient a 
quel pohit ils devaienl se reunir, de quel cote venait 
I'cnnemi ; s'il fallait marcher en avant, a droite ou 4 
gauche. Maintenant les dignites de toqui et d'ulm^ne 



( 156 ) 

n'exislent plus; il ne reste plus que ies caciques ordi- 
naires, et cet 6lat de clioses est la cause premiere dc 
raffaiblissement de la nation. Tout cacique est maltre 
absolu dans son district; nul ne relive d'un autre. Le 
pays, en consequence , est morcele en une multitude 
de pelilcs principautes indopcndantes, ct, par suite 
des jalousies, des disaccords personnels entrc Ies divers 
chefs, Ies interets de la nation sont abandonnes au 
caprice des ivinements. 

Nos voyageui'S devaient I'cclamer I'hospitalite d'un 
cacique de Tucapel, aucjuel ils itaient recomraandis ; 
mais que de precautions a prendre ! Les habitations, 
en Araucanie, doivent eli*e sacrees pour quiconque n'a 
pas, par droit de naissance, le privilege d'y pcnetrer. La 
moindre violation d'un senil peut attirer la mort sur 
la personne du coupable; u table, on est servi par les 
fcmmes du cacique ; leur parlcr, les regarder meme 
est une ofiense grave faito au proprietaire du logis. 
Les cases des Araucans n'ofl'rent qu'une seule piece 
de rez-de-chaussee , dont une partie est consacrie au 
foyer, aux soins et aux Iravaux du manage; I'aulre 
sert de dortoir commun. Lorsque des etrangers sont 
admis a passer la nuit dans ces tristes demeures, les 
femmes veillent etfilent de la laine, immobiles et silen- 
cieuses comrae des statues. Leur esclavage est le plus 
barbare que I'homme ait jamais invente. La cuenca , 
c'est-a-dire I'enclos de I'habilation, est leur univcrs; 
rien du dehors ne doit les intercsser; aucune relation 
de voisinage ne leur est permise. A I'inlorieur, une loi 
inllexiblc les fait rampcr devant leur maltre et dicle 
leurs actions, leurs gestes, leurs paroles. 

M. de Ginoux quitle bientot le cacique du Tucapel 



(157 ) 

pour aller assisler aux fun^railles d'un chef voisin ; il 
so diiige vers le rio Cudico, en traversanl des plaines 
riantcs. Du rio Cudico au rio Tiiua, le chemin esca- 
lade, puis redescendun bras de la Cordillere, a iravers 
des terres profondement boueuses ; puis, au sortir 
d'une epaisse foret, se dt^veloppe la vallee de Tirua. 

(( Si nous n'avions pas 6t6 prevenus, dit notre voya- 
geur, du sjjectacle qui nous y attendait, nous aurions 
hesite a nous approcher, pendant la nuit, de la sc6ne 
fantasliquc que nous dominions du pied de la Cordil- 
lere. A peu de distance , sur notre gauche , la valine , 
illuminee dc torches, semblait Stre envahie par un 
debordement de legions infernales. Dans un cercle 
immense, formed par des lignes de feux fixes, on voyait 
passer, repasser, courir, se croiser en toos sens , des 
ombres noires perchees sur des chevaux noirs, et lais- 
sant apres chacune d'elles uue large Irahiee de flamme ; 
du sein de cette arm^e dialiolique, des cris, qui n'ont 
point de nom dans notre langue, faisaient freniir les 
^chos des montagnes, et, pareilles a des spectres gigan- 
tesques, les silhouettes des grands arbres, animeespar 
les mouvements des flammes, avaient I'air d'applaudir 
a ces jeux infernaux. 

» On preludail aux funerailles d'un cacique, qui 
exigent toujours un temps fort long ; tandis qu'on s'en 
occupe, le corps du defunt repose sur un lit de parade 
construit en fortes lianes dans I'interieur de sa case, 
et, a partir du jour du deces, les femmes se meltent a 
tisserdes velementsde luxe pour en habillcr le cadavre. 
Les proches parents s'empressent de rassembler ou de 
fabriquer assez de chicha , liqueur qu'ils pr^ferent , 
pour en offrir en abondancc aux Irois ou quatre cents 



( 15« ) 
convies reconnus digncs, par leur rang, dc prondro 
part a la lete des funeraillcs; ils amasscnt du hlo, clii 
rnais , des farincs, des IVuils, lout ce (|ui , dans une 
telle ciiconstance , uierile d'etre dislrihue a plusieurs 
centaines de voisins , el, prcnant dc cliacune de ces 
choses une iaible [portion, ils en eniplissent un ccr- 
cueil en forme de pirogue, taiile dans un Ironcd'arbre. 
Ce cercueil doit suivre dans la fosse celui destine a 
rccevoir le corps du noble, afin que I'esprit de ce chef 
ne manque pas de nourriture dans I'aulre monde. 

)) II n'esl pas rare, avant de proceder aux cere- 
monies de rinbumation, que Ton allende pendant 
deux ou trois mois la bonne saison de la cbiclia, prin- 
cipal encens des funerailles, egalenicnt agreable aux 
dieux et aux liommes, devanl servir a faire les liba- 
tions exig^es. Durant ce long espace de temps, !e ca- 
davre se decompose en paix sur son lit de parade, et 
la faraille est lenue de vivre dans ce milieu empoi- 
sonn6. 

» Un peu a droile, sous nos pieds, la case du cbel', 
adoss6e a une colline verle, poinlant dans la vallee, re- 
gardait un vaste terrain plat , champ et jn-airie du richo 
doniaine, d^l'endu par une ceinture de bois; tout ce 
terrain etait entoure de feux que des Indiens alimen- 
laieiit, etl 'espace libre, eclaire encore par des hommos 
atheval, porlanldes torches, n'^tait plus qu'une arenc 
ou se deroulait un spectacle etrange. La, trois ou qualrc 
cents nobles cavaliers, nus, ivres, el la lance au poing, 
s'abondonnaient presque enfurieux aux extravagances 
les plusdangereuses; ccux-ci se priicipilaienl au grand 
galop dans des courses perilleuses , ceux-la lutlaienl 
de force et d'adresse, d'autres s'acharnaient a des si- 



( 159 ) 

mulacres de combals assoz souvent fnnestes a quel- 
ques-uns des cliampions. Paifois aussl cette arniee dc 
sauvages se massait a une oxtr^mile du terrain, puis, 
au bruit des tronipelfes de guerre, au hennissement 
des chevaux, ils partaient venire a lerre, et , en defilant 
devant la case du inort, ils faisaient retentir les mon- 
tagnes de cris affreux, qui glacaient le sang dans nos 
veines. Ges Indiens ne resseniblaient plus a des honi- 
nies, mais a de veritables diiaions : exaltes par I'ivresse, 
surexcites en menie temps par Tainbition de mettre 
en evidence leur adresse a manier un cheval ou les 
arnies de guerre, ils se ruaient , tete baissee, dans ces 
exercices effrayants, leur gloirc durant la paix , parce 
qu'ils retracent leurs prouesses dans les balailles 
r^elles. 

» La fete avait commence la veille, elledevait finir le 
lendemain par I'enterrement du cacique dont on ce- 
lebrait la puissance cl la bravoure. Les deux journ^es 
^coulees avaient ete remplies exclusivement par des 
banquets ou I'ivresse elait de rigueur, et par des dis- 
cours a la louange du chef Irepasse. Les deux nuits 
avaient et6 consacrees aux courses, aux lultes guer- 
rieres et au culle des chichas enivranls. L'esprit du 
cacique devait cerlainement etre salisfait; car si le 
nonibre des nobles Araucans accourus a la celebration 
des funerailies elait considerable, si le gaspillage dc la 
prodigieuse quantite de vivres el de cbicha mise a la 
disposition des convi^s atteslait qu'il avait ete largement 
fait honneur a la munificence de la famille, ii etail 
impossible aussi de glorifier avcc plus de frenesie 
qu'on n'en avait d6ploye pendant deux nuits les males 
verlus d'un beros. Le lendemain , les nobles Araucans, 



( 1(J0 ) 

reveilles par I'^clal des liompellcs, avaient tanl l)ion 
que mal repris leur aplomb, el deja ils se jetaient 
comnie des alTaines sur des ni(tnccaux de vivros et 
d'outres pleinesdc cliiclia, que des Indiens aclievalent 
de d^poser a unc petite distance de la case. L'orgie 
recommengait , et jamais chez les sauvages des aulres 
parlies de I'Amerique, ni cliez ceux de 1 'Oceanic, on 
nc vit I'exemple d'une pareille gloutonnerie. Entre 
neuf et dix heures, des orateurs, jjarents du cacique 
defunt, parcoururent la I'oule. L'ignoble festin fut 
suspendu, et tous les nobles convives se porterent pre- 
cipilamnient devant la case, ou ils se pelotonnerent a 
droite et a gauche de la porte, en laissant un passage 
libre. Bienlot parul le corps du cacique, porl6 triom- 
plialcmcnt par des chefs a I'air supcrbe , fiers sans 
doute d'avoir ele choisis pour cette haute fondion. Le 
cadavre, revetu des riches vetements que lui avaiont 
fabriques les femmes, 6tait couche dans la latale pi- 
rogue, creusee expr^s pour lui servlr de cercueil. 11 
aurait ele difficile d'appliquer un age quelconque au 
xnasque decompose dc ce chef : les cheveux , noirs et 
abondanls, temoignaient seuls que le cacique avail 
elu moissonne avanl I'epoque de la vieillcsse. Lne cer- 
lainc pompe presidait a sa sortie du foyer domestique, 
salute })ar le retenlissemenl des Irompetlos ct par des 
cris barbares. Le cortege marchail lenlement, et tan- 
dis qu'il s'acheniinait vers la tombe ouverle , les en- 
fants du niort, second^s par des personnages qui me 
semblaient devoir elre les pretres du fc^tichisme des 
Araucans, se demenaicnt a acconiplir des pratiques 
superstitieuses, dent le but dlait d'cmpeclicr I'ame ou 
I'esprit du defunt de s'en retourner a la case. 



( 161 ) 

)) Sur les Lords de la fosse, Jes jonglories des pretres, 
imitees par les fils du cacique, redoublercnt de vio- 
lence ; a leur tour, les autres parents repandirenl de 
la chicha dans la tombe. On descendit ensiiite la pi- 
rogue du mort, puis celle conlenant les niets prt^par^s, 
les grains, les fruits, les semences qui devaient nourrir 
le noble chef dans I'autre monde et le mettre a meme 
de mener la-bas une vie dc delices ; enfin , on d^posa 
a cote des pirogues, avec tous les objets chers au ca- 
cique, sa chueca, espece de jeu de crosse fort en usage 
en Araucanie ; sa lance , ses laqiu's, autres amies de 
guerre; son manteau de fourrure, ses eperons; en un 
mot, tout ce que Ton supposait avoir ele pr^cieux k 
un homme de son rang et de son caractere. Apres ces 
diverses cert^monies, la masse des assistants salua une 
derni^re fois le mort de cris terribles, de discours af- 
freux a entendre, et des folies les plus exlravaganles 
que puissent inspirer a des centaines d'individus de 
cetle Irempe un fanatisme grossier uni au delire de 
I'ivresse. Des pellet^es de terre tombferent dans la fosse, 
Ic trou se combla; la fete des funerailles (!;tait ter- 
nain^e. » 

Les juntes politiquos , les assomblees g^norales , 
n'importe le motif qui les provoque , reproduisent les 
scenes deplorables que nous venons de ^'crire. Le 
sujet de la deliberation se discule invariablement au 
milieu d'une ai)ominable orgie, a laquelle loutefois 
ne sont admis que les hommes, les femmes elant 
rigoureusement exclues de toutes les reunions , de 
toutes les fetes , de tous les jeux. D'ordinaire , les 
assemblies ont lieu dans une plaine, et loujours elles 
atlirent un concours consid6ral>le d'Indiens, nobles 
in. F/:vniF.R. h. 11 



( 102 ) 
ou non. Sur lo priiicip;il cniplacomcnt , on construit 
a Ja hale cles liultes do brancliages, destinies a reccvoir 
les provisions, a abriter Ics caciques et les meinljrcs 
des families ])rivilL^giees ; le peiiple dort a la belle 
utoile, il sell les chefs, il ecoute , il joiie , il mange, 
il boit a loisir, niais il n'a pas voix di'diberalive. Le 
banquet, app&l le plus ri^el de ces assemblees , com- 
mence d^s le debut de la reunion , et ne cesse que 
lorsqu'elle est dissoutc, c'est-a-dire le troisieme ou le 
qualrieme jour. Les heures non employees a discourir 
ou a manger sont remplies par des exercices a cheval, 
par des jeux de diverses sortes particuliers A I'Arau- 
canie, et enfin par des danses pitoyables, indignes do 
ce peuplo lier et belliqueux. 

Les Araucans, encore livr(^s aux suporstilions paicn- 
nes, personnilient, dans Apo ot Pillan, les deux prin- 
cipes du bien et du mal. Apo, ne jjouvant jiroduire que 
le bien, ils jugenl inutile de I'adorcr, et ils ne lui ren- 
dent aucune espoce de culte ; au conlraire d'Apo el de 
toule la serie bienfaisante , le dieu Pillan , el les aulres 
genies du mal, ne cessant pas d'engendror des calami- 
les communes ou particuliercs, physiques ou morales, 
ils ont un culte , des hommages, des sacrllicos ofl'orls 
dans le but de d^sarnier lour colore, de dtilournor 
leurs cou[^ A I't^poquc des gucrres avcc lesEspagnols, 
la veille des grandes balaillcs surloul, on immolait 
des prisonniers a la Mori et a la Vengeance, princi- 
pales diviniles implor6es dans ces moments criliqucs. 
Grace a la paix avec la republique chiliennc , cos pra- 
tiques barbares ne se renouvollcnt plus. L'Araucan 
est cruel dans I'occasion , uiais il nest pas leroce par 
goul, el si di^moralise qu'il soil devant la puissance 



( 163 ) 
(le Pillan , les orgies constiluenl presquo en enliei" lo 
cultc qu'il liii offre aujoud'hui. 

Les pretres do ce feticliisme sont des augurcs qui , 
dans I'esprit du people, ontle don d'interprcter les 
tremblements de lerre , les fortes eru]-)hons volca- 
niques, les vents furieux , les orages, les trombes, les 
eclipses, et aussi I'apparition de certains animaux. 
Ces pretendus devins , inslrunients non avoues des 
caciques , cxerccnl un pouvoir incroyable sur les 
masses , el secondent puissamment les projets des 
cbefs politlqiies. Par leurs jongleries, les Indiens, 
habitues a trembler au seul nom de Pillan , sont en- 
tretenus dans une superstition telle que , eux si intre- 
pides au combat, ils freraissent lorsqu'ils rencontrent 
un lizard , un bibou, une cbouette, annonce de mau- 
vais presages. 

En temps de paix, I'fndien de ce pays-ci est afl'able, 
hospitaller, fidele a ses engagements, attache au point 
d'honneur; il sail discerner le bien d'avec le mal , le 
juste d'avec I'injusti;, la probite d'avec la fourberie , 
la gen^rosite d'avec la bassesse. Ses manieres et son 
humeur sont douces , presque cultivees, quant aux 
dehors du nioins. Soumis a ses chel's , grave , serieux, 
penseur, il est aussi , par une singuliere contradiction, 
nonchalant, goulu , ivrogne, joueur. Chez lui, tout 
est pousse a I'extreme; d'un sentiment ou d'un etat 
quelconque , il passe au sentiment ou a I'^lat diame- 
Iralement contraire avec une promptitude incroyable. 
Pour peu qu'un mobile I'eicite, du calme le plus 
prol'ond, de i'impassibilile la plus reelle, il arrive sou- 
daineuient au comble de la i'ureur. 

En temps de guerre, I'Araucan n'est plus le meme 



( 16/1 ) 

indlviflu. Tonics sos niauvaiscs passions sont dechai- 
nees alors , ct il n'c'coute que les j^ires instincts. La 
liaine , la ciuaute, la vengeance, sont les sentiments 
que son cceur nourrit avec predilection ; il devient 
sans pilic poui' les etres faibles ou desarin^s, inca- 
pable d'un clan de g^nerositii pour les vaincus , les 
malheureux prisonniers, les femmes, les cnfants. Mais 
si , taut que durenl les guerres , il se montre I'urieux, 
implacable , sanguinaire , il faut reconnaitrc qu'il 
retournc avec joie aux babitudes de sa vie ])aisible d^s 
que riieiue du repos a sonn6. Plus encore que les 
combats ou brille sa valeur, il aime sa tranquille re- 
Iraite , son harem , les juntes, les sorcicrs , le jou. Pen 
enclin a cntretenir un proci^s , a prolonger un diffe- 
rcnd, il d(^daigne les longs discours, ainsi que le ju- 
gcment des bommes , et lout de suite il en appelle a 
la decision du sort. La chueca (crosse avec laquelle 
on cbasse une boule vers un but donnd) constllue 
en Araucanie le syslemc judiciaire, ct decide souvo- 
raincment de toute contestation. 

Pour sortir du pays, deux routes s'ofl'renl au voya- 
geur. L'unc court sur la lignc de Test au pied des 
grandcs Andes : c'cst le mellleur, le plus facile; on le 
nomme cbemin de la Pampa. L'aulre,celui de I'ouest, 
que dcvait prendre M. de Ginoux , lo plus direct el le 
plus piltoresque , est le cbemin de la Cote. Du rio 
Tirua au fleuve Cautcn , Ic Rio -Imperial des Espa- 
gnols, le cbemin est ditcstable; il se prolonge sur une 
i'tendue de 60 kilometres environ , mesure prise A vol 
d'oiscau ; le senlier, espece d'ecbelle faile par en tallies 
sur Ic dos de la Cordillc^re de la Cote, monle, descend, 
remonle ct redescend toujours avec une roidcur telle. 



( 165 ) 

que les chevaux araucans seuls peuvent s*y engager : 
en France , nous prendrions les chamois pour ternie 
de comparaison. Ce sentier poursuit ses penibles 
zigzags en se trainant sur une roche gllssante et au 
bord de precipices affreux. En bien des endroits, cet 
epouvantable cscalier laisse juste au cheval la largeur 
de son sabot; la bete alors est dans I'obligation de 
marcher en croisant les jambes, et son instinct la 
pousse a incliner le corps du cote opposed au precipice, 
comme si le vide immense ouvert sous elle I'attirait 
vers I'abime. 

Quand on est arrive au sommet de la Cordillere, on 
n'a encore derriere soi que la moitie de ce trajet dan- 
gereux, qui exige deux journ^es de marche. Un nouvel 
obstacle arreta un instant nos voyageurs. Sur le che- 
min gisait la carcasse d'un cheval abandonn^, sans 
doute la veille, par un acteur de la Irisle fete de Tirua, 
et en I'air, au-dessus des gigantesques araucarias , 
planaient, en tourbillonnant , des troupes de magni- 
fiques condors. Le vol majestueux de ces redoutables 
oiseaux, leurs cris de rage, les menaces que lancaient 
ieurs yeux de sang , et la marche lente , p6nible de la 
colonne a travers la foret suspend ue au front du pre- 
cipice, tout cela composait un tableau qui aurait fait 
deborder en inspirations sublimes Tamo d'un poete. 

Brise par les rudcs travaux des deux journees que 
necessite I'escalade de la Cordillere, Ton repose agrea- 
blemcnt sa pensee lorsqu'on descend vers les riches 
campagnes que fertilise le beau fleuve de I'lmperial. 
Non loin de I'embouchurc de ce fleuve, dans un site 
charmant, dorment depuis trois siecles les mines de 
la ville de ce nom. La puissance de I'empereur 



Charles-Qiiinl , patron de cettc cite , no I'a pas di- 
fenrlue contre la fureur dcs Araucons ; I'linpc'iial 
clevait etre la capilale dii gouvernemcnt du Chili , ol 
elle n'a vecu que peu de jours. Au sud dcs Irihus de 
Caulcn , les plainos de Budi on de Golem, ct celles do 
Token , prescntenl la infime richcssc (jue Ics cam- 
pagnes de I'laiperiai. Dela on aperroil Ic volcan ile Vil- 
larica , que les Indiens supposent elre la dcmeurc de 
Pillan , et I'on altcint hientot le rio Quoule , a un 
point ou commence un nouvcau casse-cou , moins 
perilleux cependant que celui do Tirua. II faul alors 
reprendrc la file un a un , et guider ses monlures. Le 
mauvais passage se continue sur un cspacc de dix a 
douze lieues, a iravers une haute montagne coupc^e de 
ravins dont le fond est tellement houeux , que parfois 
les chevaux s'y enloncent jusqu'au poilrail. Cette Cor- 
dill^re I'ranchio , le rio duces apparait, et dorrierc 
lui on apercoit la ville de Valdivia , lerme du voyage. 
Lorsqu'on prend le cherain de la Parapa, on passe 
dans lo voisinage des ruines d'Angol el de Purcn; a la 
sortie de I'lsla de La Laja, sur la rive droite du Biobio, 
on entre dans les plaincs oii les Espagnols biitirent ces 
deux villes. Puren est aujourd'luii la ri^sidence d'un 
des plus audacieux caciques. Ce chef doit ses litres de 
noblesse, non a sa naissance, mais a sa bravoure el a 
ses vieilles cruautes. Pvbs de lui vivent des tribus bar- 
bares et vaillantes, parmi Icsqueiles, au dire de la re- 
nomuK^e, il est un cacique, Payiunial, descendant des 
plus ancicns chefs, qui conimande a sept cents guer- 
riers, et qui posst'dc dc tres-grandes richcsses. A ces 
Iriinis indomjitablos, touchent celles de Cholchol , 
inquieles el turbulenles; puis celles dc Boroa. Les In- 



( 167 ) 

clieus de Boroa sont vantes on Araucanie pour la beautu 
de leur visage. En continuant vers le sud, on visile les 
Araiicans de Maquegiia , ensuite ceux de Viilarico. 
L'hisloire rapporte qu'a rapproche de I'armee espa- 
gnole, leslndiensde Villarica cacherent soigneusement 
Tor qu'ils avaient amasse ; mais cette precaulion ne fit 
qu'attirer sur eux de plus gi^andes atrocites. Le rio 
Tolten sortd'un lac ouvert sur leur lerritoire, a la base 
du volcan de Pillan. A|)res ces tribus, viennent celles 
de Peiecauchin et de Petufquen. 

Au dela de Valdivia , vlllc chilienne, adossee aux 
tcrres independantes, resident les Cuncos et les Iluil- 
liches, peuplades aux mceurs douccs, qui se refusent 
a avoir des relations avec les Araucans , qu'ils ont 
toujours considert^s comme leurs ennemis naturels. A 
r^poqiie des guerros de la conquete, les Cuncos et les 
HuilJiclics consentirent a oublier momentanement 
leur ininiiti(^ pour leurs voisins, et, a I'appel do ceux-ci, 
ils march^rent contre les troupes castillanes. Cespetits 
pcuples prirent une part tr^s active a la destruction 
des sept vlUes. 

II n'est pas sans importance pour la gcographie de 
faire observer que la distribution du terrain en deux 
cbaines de niontagnes et en un bassin intermediaire 
se poursuit, vers le sud, assez loin dans la mer. Depuls 
Chacabuco, la Gordillere de la Cote, les Grandcs Andes 
et le fond du bassin Intermediaire ont graduellement 
abaisse , les unes leurs tetes, I'aulre son niveau, sans 
toutefois cbangerleur direction nord et sud. vVrrives a 
la haulcur du Zi2°degre de latitude, un peu au-dessous 
du parallele qui passerait par le volcan de Calbuco ou 
d'Osorno, la Gordillere de la CiOteet le bassin plongent 



( 1«8 ) 

tout a coup sous la mer, landis que , prolongeani sa 
marche, la chainedes Andes, ties-amoiruhie, va senier 
encore les volcans de Chaypira, du Corcovado, do Yan- 
teles, regions riches en mines d'or, pour aller mourir 
a son tour dans le detroit de Magellan, a la prosqu'llc 
de Port-Famine. Mais, en cxaminant los lieux avec 
attention , on est force de reconnaltre que les iles de 
Chiloe, les archipels de los Chonos, etc., no sont que 
les cimes du prolongement dcs montagnes de la cote 
qui remontent a Cliacabuco, et que le bassin compris 
entrc cos Cordilleres et les Grandos Andes so continue, 
sous la mer, dans lo golfe de Reloncavi, Ic canal d'Au- 
cud, les detroits du Corcovado, do los (Ihonos , etc. 
Ces portions de I'ancien continent ont dil elre submer- 
gdes lors du dernier surgissement de la chaine des 
Andes, a I'epoque goologique a laqucUe il convient de 
rapporlor le deluge de la Gen^se. 

Parti de Santiago le 16 fovrier 18/17, M. de Ginoux 
entrait a Valdivia le 13 mars, apros vingl-cinq jours do 
voyage; cinq jours apr^s, il s'embarquait pour Valpa- 
raiso, et le recit de celle excursion, dont nous n'avons 
fait ressortir que les traits principaux, sera, nous n'en 
doutons pas, accueilli du public avec faveur. 

SliDM.LOT. 



( 169 ) 
VOYAGE DANS LE SUD DE LA BOLIVIE, 

PAR 

M. H.-A. \VEDF3ELL, 

Ancien Voyugeur-Natiiraliste dii Museum J'hisluire iialuiclle, 
clc, elc, elc. (I). 



Nous avons d^ja fail connaiti'e aux lecteurs du Bul- 
letin le voyage de M. Weddcil par Textrait, public dans 
ce journal, d'un inleressant chapitre que le savant ct 
consciencieux voyageur a consacre a la descriplion du 
Gi-and- Chaco (2). En citant quelques autres passages, 
nous avons cherch6 a fixer raltention sur un ouvrage 
qui, dans un mince volume, renferme sur des pays 
mal connus des informations exactes et precises qu'on 
ne trouve pas souvent dans de gros in -quartos. Aujour- 
d'hui que M. Wcddcll est de retour d'une contr^e qu'il 
vienl d'oxplorer pour la seconde fois, et qu'il va pu- 
blier la relation de son nouveau voyage, nous croyons 
utile d'indiqucr au moins les traits principaux de sa 
premiere excursion dans la Bolivie. 

Parti de France en avril 18A3, M. Weddell , attache 
comme medecin a I'expedition scientifique de M. de 
Castelnau dans I'Amerique tlu Sud, accompagna pen- 
dant plus de deux ans ce voyageur dans ses longues 
courses a travers les forets et les deserts et sur les 
fleuves de I'empire hr^silien. Se Irouvant le 2/i mai 

(l) La relation de ce voyage, lire'e a part a un petit nombre d'excni- 
plaires, a ete jointe a V Expedition dans les parties centrales de I'Ame'- 
rique du Sud, de M. Francis de Castelnau, dont eiie forme le 6* vo- 
lume. 

(a) Bulletin de fe'vricr i85i, 4* seiie, 1. 1, p. 122. 



( 170 ) 

18/15 clans iin petit village de la province brdsilieniio 
(le Matto-Grosso, siluee sur le Rio-Paraguay, a une 
distance a pen pres dgale des deux oceans, M. Wcddell, 
([ui ne perdait point de vue la mission particuli6rc 
qii'il avail recue de notre Museum d'liisloire naturelle, 
et curieux de visiter des regions oil aucun naturalislc 
n'avait encore penelre , se separa de M. de Caslelnau. 
Apres avoir visits Ics forels a Ipt^scacuanha, qui con- 
stituent une des principalcs richesses de cette partio dc 
I'empire du Bresil, M. AVoddeJl so dirigea vers la fron- 
tifere de la r^publiquc de Bolivic, qu'il passa le 29 aoiil 
de la nieme annee. 11 ne voit, pour aiiisi dire, qu'cn 
passant la province de Chiquitos, si bion etudiee juir 
M. Alcide d'Orbigny. II dticrit en pen do mots, quoique 
avec exactitude, le Curuciici, coleopttiie du genre Py- 
rop/iorus, vrai joyau vivant, que la coquettcrie des 
jeunes fiUes de Santa-Caaiz de la Sierra a mis a profit 
pour se or^er des parures charmantes, et dont ellcs 
lornient des guirlandes luniineuscs. Lc 13 octobre, il 
traverse le Rio-Grande, qui di^crit, comme Ion sail, 
un vaste coudo avant d'enlrer dans la jnovince de Cbi- 
quitos et de se reunir, vers le nord, au Rio-Beni. Le Ih, 
il enire a Santa-Cruz de la Sierra, qu'il ne tarde pas a 
quitter. Traversant ensuite quelques bourgades peu-. 
pl^es par les Indians Chiriguanos, il arrive h Gutierrez 
(2 decembre), r<icemment <^rigee en capitale de la 
province bolivienne de la Cordillera, et silu(^e dans 
une prairie marecageuse. Le mais, le manioc et le riz, 
constituent le fond de la nourriture v(^g6tale des habi- 
tants de cette province, ou Ton cultive ^galemont la 
patate, le mani , le bananier et la canne a sucre. Elle 
est divis<!!e en deux cantons : celui de Piray, au nord, 



( 171 ) 

etcelul do Gutierrez, au siul, cliacun d'eux renfcrmatit 
un grand nombre de hauieaiix, dans lesquols sont dis- 
simines Ics habitants. Aiix environs de Gutierrez, se 
trouve le lac Opahusti, lequel, au dire des nalurels, 
occupe la plai e d'un village consiilerable, qui, un 
jour, s'enfonca subitenient (1). Comme on prelendait 
aussi que des iles enchantees [Ceri-itos), que le pied 
d'aucun etre humain n'avail foulees, se trouvaient au 
centre du lac, M. Weddel! , dans son desir de tout 
connailre et de rompre le charnic, se rcndit sur les 
lieux , accorapagne d'un grand nombre d'liabitanls 
de la vallee de Limonzito, qui se grossit d'un corps de 
fenrimes de tout age, d^sireuses , disaient-elles, d'as- 
sisler au moins de leurs prieres au succes de I'ev^ne- 
rnenl; mais a peine fut-il question de retirer \es pon- 
chos, les bottes, et aulres vfetements, que les bons 
[Jmotizi!c7ws se relirerent un a un jusqu'au dernier, 
laissanl M. Weddell seul pour aflVonter les esprits des 
cerritos. II traversa le lac partie a la nage et partie erl 
iTiarchant sur un linion noir comme de I'cncre, parti- 
culi^rement doux au toucher, ayant de la boue jusqu'a 
mi-corps. Lorsqu'il mitpied a terre, il s'apercut qu'au 
lieu de Irois iles dont on supposait que cet archipel 
olait compose, il y en avail quatre. II avait done, sans 
s'en douler, d^couvcrt une terre inconnue a laquelle 
il pouvail donner son nom, si la fantaisie lui en avait 
pris. La plus grandc de cos iles elait couverte de vege- 
tation; mais il n'y vit aucun arbre en fleur. Sur le bord 
meme de I'eau , charg<ie de 7 pour 100 de parties sa- 

(i) C'csl a cause de cclic circonstance, preteiid-on, que le lac recut 
If! nom iVOpiihusu, '|ui si;;iiifi(;rait, en lannue giiarani, tout dhparut. 



(172) 

lines, il rcinarqua que les pierres ctaienl couvertes 
d'une iTiali^re violaceo qui lui parul 6trc de nalurc 
vogetale ; il en emporla phisieurs pour sa colleclion. 

Le 12 decembrc, M. WeildcU pril congd- de Gulierrcz 
el de ses i)ales iiabitanls, pour se dirigcr vers la pro- 
vince d'Azero. Sauces, sa capilaio, tire son nom du 
grand nombre de saulcs [soaces, en espagnol ), qui sc 
renconlrcnt aux environs; ellc a des maisons assez 
bien construites et couvorles en tuilcs. La Cordill6re 
de Illinchnpa, situee a trois lieues au nord-cst de cette 
villc , presentc un intdret parliculier, en ce qu'olle 
forme la lignc du partage des eaux du Rio-Grande cl 
de celles du Parabiti. A Sauces, M. Wcddoll vit pour la 
premiere fois la coca, feuille dessdcliee d'un arbrisseau 
que les Indiens macbent, el dont on se sert pour faire 
une espi^cc de the. II y resta quelqucs jours, pour at- 
tendre une escorte, et se reiulit ensuito a Pomnbaniba. 
Cette capitate de la province de Toraina a des maisons 
assez bien alignees , dont los toils sonl couvorls en 
tuiles comme ceux de Sauces, el, de plus que celle-ci, 
plusieurs de ses rues sonl pav^es. Elevee d'environ 
2 600 metres au-dessus du niveau de la mer, Poma- 
bamba passe pour avoir une population de 700 ames; 
la temperature moycnne de I'annee est, a peu do cliose 
pr6s, de 14 degr^s cenligrades, et Ton y parle le qid- 
chua, bien plutot que Tespagnol. La cliarrue dont on 
se sert dans cette conlrcic, et presque universellomenl 
dans les ci-devant colonies espagnoles de TAmericjuc, 
consiste en un grand crochet de bois, garni d'une 
pointe de fer, et I'ien de plus; ce sont des bceufs que 
Ton y allele. 

De Pomabamba, M. Weddcll, api'es avoir pass6 a gue 



( 173 ) 

le Pilcomayo a environ hO ou 50 lieues de sa source, 
se dirigea vers Cenli , jolie vlllc, capitale de la pro- 
vince du meine noni , dent la population est 6valuee a 
1 100 auies; on donne a la province un pen moins de 
40 000 habitants, dont 6 000 Indiens. C'est dans les 
environs qu'un Iroupeau de Llamas, dont la patrie 
venerable est la Puna, frappa pour la premiere fois son 
attention. 

Chaque habitation de Tarija , placee au fond d'une 
vallee que M. Weddell vit apres avoir quitte Centi , 
seniblc sortir d'un petit massif de verdure. De son 
centre s'el6vent les tours de briques de deux eglises ; 
les toils des maisons sont presque plats et compl^te- 
mcnt reconverts de terre. Quelques-uns seulement sont 
orn^s sur leurs bords d'un mince lisere de tuiles. Les 
rues sont bien alignees et assez bien pav^es, et des 
ri^verberes sont suspendus a des distances r^guliferes. 
Tarija, dont la population ne depasse pas 4000 times, 
est du petit nombre des villes boliviennes dans les- 
quelles I'elemcnt indien est en grande minorite. 
Fondee en 1574 par les jesuites, ils en avaient fait le 
chef-lieu general de leurs missions, qui etaient, a la fin 
du xviii* siecle , au nombre de vingl et une, et comp- 
taient 16 571 habitants. Celte ville, placee sur les con- 
fins de la Republique Argentine, dont elle a longtemps 
dependu, pent etre consideree, sous le rapport de ses 
mceurs et de ses coutumes, comme faisant encore 
partie de ce pays. C'est en 1826 qu'elle en fut violem- 
ment s^paree, pour etre unic a la Bolivie; elle est au- 
jourd'hui la capitale de la province du raemc nom. Un 
usage, que M. Weddell considere comme propre a Ta- 
rija, ou du moins qu'il n'avait encore remarqu6 dans 



( 17/i ) 
aiicune autre ville do rAmcriquc , est celui qu'onl Ics 
fomtiios de se farder; il vout I'aire allusion a colles dcs 
classes eleveos, car prcsque partoul lo lard est em- 
ploye dans certains rangs du has pi.uple. Cclle coii- 
tume est porlee si loin dans (juckjucs families, que 
Ton pourrait dire qu'il s'y troiivc dos femmes dont 
on n'a jamais vu la couleur naturellc. II y a a Tarlja 
une congregation de peres franciscains qui , par la 
pureld de leurs mceurs el par les services qu'ils ont 
rendus a la \illc, out su s'attlrcr le respect de toutes 
les classes de la society ; leur bibliotlieque ne renfcrmc 
pas moins de ({uatre mille volumes, la plupart traitanl 
de sujets religieux ; il y en a cependanl un certain 
nombre sur la geographic, I'histoiro, etc. 

De Tarija, M. Weddell sc rendil par San -Luis el Vil- 
larodrigo a la fronti^re meridionale de la Bolivie, d'oii 
il s'aventura dans le Grand- CJiaco. Apres cclle excur- 
sion, notre voyageur revint a Tarija, a Cenli, et, de 
la, gagna Chuquisaca, lermo do son exploration dans 
lo sud (le la Bolivie. II y arriva le 19 aoAl 1841. 

Nous ajouterons que M. Weddell a consacre un cha- 
pitrc fori intdressant do sa relation a I'histoirc cles 
Missions, creees par les religieux de Tarija , dont il a 
puis6 la plupart des elements dans un recueil de do- 
cuments publics en 1836 par don Pedro dc Angelis, 
I'un de nos corrcspondants elrangers, dout nous rc- 
grellons tous que le silence se jirolonge un pcu Irop. 
Si ces lignes tombent sous ses ycux , nous esperons 
qui! essay era de se juslifier sans doute. Mais nous 
devons lui declarer que nous n'acceptons sa juslifu a- 
lion qu'accompagn(ie d'un bon article pour le Bulletin. 

De la RoQUjiTTj:. 



( 175 ) 

NOTICE 
SUR LES NOIRS DE LA COTE DE KROO 

(AFf.IQUE OCCIDENTALE) (1), 

PAR 

M. CONNELLY (2). 

II y a deux cents ou deux cent cinquante ans, 
quelques tribus de Bushmen, du nom de Claho , 
etablis a 2 ou 300 milles dans rinterieui", vinrent , 
en descendant Ja riviere Pauvie [Poor river), se fixer 
pres de la baie , ou ils apprirent a connailre le sel. 
D'aulres tribus de I'interieur vinrent avec leurs chefs 
respectlfs se reunir aux premiers et se fondre en un 
seul gouvernemcnt, comprenant cinq villes, sous les 
noms de Liltle-Kroo, Settra-Kroo, Kroo-Bar, Nana- 
Kroo et Kbig-jyUV s-Towii. Du temps de la Iraile, ccs 
tribus aidaienl les n^griers portugais. Ils pretendent 
que, par suite d'un comprorais enlre eux et les negriers 
portugais ou aulres, ils devaienl elre exempts de I'cs- 

(1) C'est une depemlance de la rote Jcs Graines, ou de Mal;){»uelte, 
pies la republique dc Liberia. Le pays de Kroo, ou Ivrou, s'elend jus- 
qu'aiipres de la rivirie Saiicjuiuy au nonl (5" 12' laiit.^, et jusr|u";i 
Badoti, au sud. u Les hoinmes du Kiou, dit M. le capilaiiie de Kei- 
li.illet [Manuel dc la navi<j(ilion u la cote occideiitale d'AfrijUc^^ soiit 
inlelligpiit-i, d'un uatuie! Joiix, obeissants, et Ues-piopres , par leui- 
liabiuuJe du travail des embarcations, lenr connaissance de la cote, 
leur Iiabilete a franchir les bar.res et L s brisant.<, aux loiainunications 
si difficiles a e'tablir sur celte eote , qui en est yaniie dans toute son 
eteiidue. Ce sout les meilleur;; travailleiirs de toute la cote d'Afrique, 
sans en excepler les Yoloffs du Seii('(ia!. >i D. L. U. 

(2) Cette interessante notice, dont I'auteur est -NL Connelly, ttiis- 
sionnaire americain, a ele inseree dai1s YAtiti- Slavery reporter^ et tra- 
duite dans la Rcvi'.c rolo)iiale, d'oii nous I'avons extraite. D. L. It. 



( 176) 

clavagc , et portaient comme signe de reconnaissance 
line marque noire sur le front et le ncz. Cette coulume 
exisle encore cliez eux. II est egaleincnt exact qu'ils ne 
se vendent pas comme esclaves. Quant a leur nom do 
Kroomen , il jiasse pour n'etre qu'une corruption de 
Crewmen ( homrae d'equipage), nom qu'ils auraient 
regu a cause de leur frequent emploi a bord des navires 
qui visitenl la cote d'Afrique. La polygamic est tros- 
repandue parmi eux, et I'esclavage y est en vigueur : 
loutefois leurs esclaves appartiennent tous a d'autres 
peuplades et ne sont jamais vendus aux Strangers ni 
meme en dehors de la triliu. Leurs habitations sent 
de forme carree, conslruiles en picux revelus de bam- 
bous tresses, avec un toit'couvert de feuilles. Le plan- 
cher est form6 de bambou Ircsse, 6lev6 sur des pieux 
de 18 pouces; la portc et le plafond qui supportc leur 
grenicr ont si pen do hauteur, qu'un adulte nc peul 
y entrer debout. II y a d'ordinaire, dans chaquc case, 
trois clxambres separees par des cloisons de bambou 
trcssd. Le foyer est construit en terre glaise , dans un 
coin de la chambre, ou se Irouve I'unique fenelre qui 
laisso penetrcr le jour et sorlir la fumee. La fumee, du 
reste, en penetrant dans le grenier par les inlerslices 
du bambou, preserve Ic riz des atlaqucs des insectes, 
qui autremeut Ic devoi'eraient. 

Leur ameublement consislc presque uniquement en 
quelques ustcnsllos de cuisine. Le parquet leur lient 
lieu do lit, de tabic et de chaises; ils ont pour oreiller 
un moiccau de bois rond. Une piece d'etollc roul6e 
aulour des reins forme leur vctement. Leur culle con- 
sislc dans une contemplation superslilieuse de la nou- 
vclle lune; une fcle est cdiebrc^c le premier jour de la 



( 177 ) 

lune par les chefs, qui font une promenade de devo- 
tion dans un fourr^ appel(i le Bois dn Diable. lis met- 
tent leur con fiance dans la protection des amulettes et 
des gris-gris. Ce peuple altribue la mort et la maladie 
a des sortileges, et ils s'adi-essent a leurs docteurs pour 
savoir quelle est la personne qui par sortilege est cause 
de ces maux. Les reponses de ces docteurs sont accueil- 
lies comme infaillibles. La personne designee par eiix 
comma coupable de sorcellerie est arret^e par le 
guerrier-roi, et condamnee a I'epreuve du sassy-ivood. 
L'^corce de ce bois est un narcotique puissant dont 
l'accus6 est contraint de boire une forte decoction. 
Apres avoir bu, il se promfene de long en large, en 
s'ecriant : « Suis-je un sorcier? suis-je un sorcier ? » 
pendant qu'un des executeurs le suit , en disant : 
« Vous etes un sorcier, vous etes un sorcier. » Cette 
c^remonie dure jusqu'a ce qii'il ait rejete le poison 
et alors son innocence est prochunee ; mais si la dose 
agil comme purgatif , on declare le malheureux cou- 
pable, et on le contraint de boii^e de nouvelles doses de 
la decoction et de subir d'autres mauvais traitemenls 
qui entrainent bientot la mort. Quand I'innocence est 
proclamee, c'est une grande joie et un grand trioinphe 
parmi les amis de I'accus^, qui pai'courent la ville en 
chanlant, en dansant, en lirant des coups de fusil : le 
raagicien rend a ceux qui ont eu recours a lui I'argent 
qu'il a regu. Nous eslimons que cette malheureuse su- 
perstition du sassy-ivood cause chaque annee la mort 
de milliers d'Africains. 

Dans les tribus qui se sonl r^unies pour former la 
nation des Kroomen , il est probable que, dans I'ori- 
gine, le gouvcrnement <Hait })alriarcal ; aujourd'hui, 

III. Fi;VRlER. 5. 12 



( ^78 ) 
^'est line olij. archie qui so perpelue d'elleraSme, bien 
qu'un des chelsait le litre do roi et un autre celui de 
gouverneur. Les chefs sont au noaibre de douze a 
quinze ; ils portent comme signe d'autorite un anneau 
de I'er a la juuibe. La dignile de roi est huriidilaire; 
i'office de gouverneur est donne a une faniille pour des 
services anciens rendus par ies ancelres dans la con- 
quete du pays. Le guerrier-roi est elu pour un lenaps 
indefini par les chefs; il est general des troupes, qu'il 
commande en teuips de guerre , ct charge de faire 
arreter et executer ceux qui sonl condamnes a boire le 
sass/-i\'ood. Celte charge est fort rccherchee, car celui 
qui en est I'evetu a droit a une retribution assez large 
pour chaque arresLation. Outre ces hauls dignilairos et 
leurs assistants , il y a encore six ou huit chefs qu'on 
appelle les hornmes du palabre ; ceux-ci , reunis aux 
autres rois et gouverneurs, fonnent lo couseil de la 
nation. Chacune des trihus, dout la reunion lonne le 
people des Rroomen , a son roi, et le roi supreme est 
pris a tour de role dans chacune des families royales. 
Les lois de ce people sonl un corps de coulunies Irans- 
mises par la tradition , Inlerprelees el appliquees par 
le conseil general , qui rend a I'occasion des lois sp6- 
ciales, le plus souvent sugg6r»!!es ou diclees par le doc- 
teur ou magicien. Ces lois sonl imparfailcs , incoh6- 
rentes et injustes. Si queique objct se perd, et qu'un 
Kroonian soil accuse de I'avoir derobe, I'accus^ est 
contraint a boire le sassy-wood pour prouver son inno- 
cence. 

Les motifs dirigeants chez. les Kroomen sont la sen- 
suality et la vanil6. Les hommos employes a la naviga- 
tion sur la cote, ou romme facleurs .i terro, sont indus- 



( 179 ) 

trieux et actifs; dans leurs villages et sur les plantations, 
lis demeurent oisifs, les femnies seules s'occupent des 
travaux. Les lioiiimos consti'iiisenl les cases et defri- 
chenl les tei'ies ; les lemmes font les semailles, surveil- 
lent, cultivent, uioissonnent et battent le riz; elles 
coupent et apportent le bois et font tout le Iravail a 
i'int^rienr. II est rare qu'elles mangent avec les 
hommes ; la favorite, on premiere femme, est senle 
exempte de cette exclusion : c'est elle qui surveille la 
caisson des aliments et en goute la premiere avant que 
le mari y touciie. La polygamie est une cause constante 
de jalousies et de querelles entre les femmes. Toutes 
les femmes legitimes sont achetees pendant qu'elles 
sonl enfanls, et remises a leurs maris quand elles ont 
alteint I'age nubile. 

Les femmes agees et incapables d'autre travail s'oc- 
cupent avec assiduite a faire du sel par Tebullition de 
I'eau de mer. C'est uii de leurs principaux articles de 
traite avec les tribus de I'int^rieur. Les chefs des fa- 
milies influentes ont sous leur direction des jeunes 
gens (parmi lesquels on comptc souvent des hommes 
de trente uu quarante ans), et ils agissent avec eux 
comme des luteurs avec des pupilies. Ces jeunes gens 
se rc^pandent sur differents points de la cote de Sierra- 
Leone au cap Coast, et meme a Fernando -Po, par 
groupesdedix ou douze, qui choisissent un d'entre eux 
comme chef : c'est lui qui fait les engagements pour 
tous. Apr^s avoir amasse le plus d'argent qu'ils peu- 
venl par leur travail dans une periode de temps de six 
raois a deux ou irois ans, ils reviennenl dans leur pays. 
Leurs Economies sont alors disLiibuees a leurs families 
par leurs tuteurs. qui doivent aussi acheter des femmes 



( 180) 

pour chacun de cos jeunes gens dus que, par son lra« 
vail, il en a nic^rit^ une. On juge chez les Kroomen de 
I'importaiice d'un homme d'apr^s le noinbre de ses 
femmes et la rlchesse de ses troupeaux de bcEufs : c'est 
en bestiaux, en effel, que consisle la principale richesse 
de cette nation. 

La mission presbyt^rienne clicz les Kroomen a deja 
hull annees d'existence. Celle mission a loujours eu 
comme annexe une 6cole oii les enfanls sonl nourris, 
vetus el inslruils gratuilement. Pendant trois ans , 
I'dcole a compte , en moyenne , environ 60 dcoliers ; 
mais, depuis cinq ans, elle est en decadence, et n'en 
a plus que 25. Trois cents enfants environ ont appris, 
grace a ces lemons, a lire intelligiblement , plusieui's a 
^crlre , et tous ont ^te instruits des doctrines de la re- 
ligion cbriHienne. Un petit noinbre s'est livre a I'etude 
de quelques sciences; un nombre bien plus grand n'a 
pu rien apprendre, qu'a 6peler ou ua6me a connaltre 
I'alphabet. 



NOTE SUR LE MAROC. 



11 est pen de pays sur lesquels on ait 6crit plus de 
volumes que sur le Maroc, et, il faut bien Ic dire, il 
en est pcu sur lesquels nous soyons moins ^clair(5s. 
Independammenl de ce que nous ont laiss6 Polybe, 
Strabon , Mila, Pline, Plolomee, etc., etc., sur cette 
contree mysl6rieuse, nous possedons vingt-neuf ou- 
vrages d'auleurs arabes, deux cent cinquante-buit 
d'aulcurs europeens, des cartes, des plans, des vues 



( 181 ) 

par milliers. Nous possi^clons en outre I'excollent tra- 
vail de M. Renou, travail qui fait partie des Etudes de 
la commission scientifique d'Alger ; mais la lumiere 
est loin d'etre complete. 

Cast surtout par voie d'analogie avec ce que nous 
savons de nos possessions algeriennes, et nous sommes 
loin encore de connaitre compl^teraent ce magnifique 
pays, que nous pouvons soupgonner ce qu'est en r6a- 
lil6 le Maroc. On sait, par exeniple, que ce vaste em- 
pire a une superficie de 5 775 myriametres carres, 
ce qui fait un pays plus grand que la France, dont la 
superficie n'est que de 5 300 myriametres. Mais quel 
est le chiCfre de la population qui couvre cette immense 
etendue ? Ici nous retombons dans les evaluations. Le 
voyageur Jackson estimait ce chiffre a 15 millions ; 
mais c'est la une exageration puerile, et en tenant 
compte de ce que nous voyons en Algerie, il n'est pas 
permis d'evaluer la population du Maroc a plus de 
6 millions d'habitants. 

Cette population se divise, comme dans le pays du 
nord de I'Afrique, en Berb^res, Arabes, Maures, juifs 
et negres, et dans des proportions a peu pres iden- 
tiques. Les Berberes, anciens maltres du sol, dont ils 
furent deposs^des par les Arabes, occupent presque 
exclusivement la zone montagneuse qui traverse le 
Maroc du sud-ouest au nord-est. 

Les montagnes du Rif, plus rapprochdes de la cole, 
et qui sont un contre-fort de la grande chaine centrale, 
sont babit^es par des tribus indomptees, dont nous 
connaissons a peine les noras, et encore ne les avons- 
nous appris que par les recits de Jean L6on I'Ai'ricain, 
qui datent de trois siecles. 



{ 182 ) 

Cc que nous connaissons le iiiieux, ce sont les 
grandes plaines qui fornient la seconde zone, oil se 
trouvent les principales villes marocaines, telles que 
Ouchda, Taza, Ouezzan , Mekn^s, Fez, Maroc , et les 
villes du littoral de I'Ocean. 

Tout a fait au sud , se trouve la contr^e monta- 
gneuse de Gazoula, oil se tiennent les grands marches 
d'^change pour les tribus du sud. Tout cc que nous 
savnns de ce inysl^rieux pays, c'esl qu'il possfede des 
vallees ot des plaines fertiles, de grands lacs navigables, 
des forels magnifiques, des cours d'eau poissonneux. 
Mais cette contr^e, comme la plupart de celles qui 
formenl I'empire du Maroc, n'est soumise que nomi- 
nalement. Et en voici la preuve : la superficie de I'em- 
pire, avons-nous dit , est de 5 775 myriamdtres carr^s, ||| 
2 500 a peine consenlent a payer I'impot, et encore 
on cnmprend dans ce cbifTre le Rif et plusieurs tribus, 
comme les Chaonia, qui ne payent les taxes que lors- 
qu'elles y sont conti^aintes par la voi^ des armes et 
des razzias ; le reste 6chappe a toute colonisation. 

Le Maroc se divise, comme notre Alg^rie, en Tell el 
en Sahara. Le Tell marocain a une longueur d'environ 
75 myriametres; il en a 30 ci hO de largeur, et sa su- 
perficie est de 3 225 myriametres carr^s, ce qui fait 
une ^tendue double, ou peu s'en faut , de celle de notre 
Tell algerien. Le Sahara marocain est d'une ^tenduc 
h peu pr^s ^gale a celle du Sahara algerien. Ce puis- 
sant element do richesse agricole est a peine exploits. 
On cultive autour des villes seulement quclques le- 
gumes et quelques fruits. La canne h sucre a 4t^ cul- 
tiv^e autrefois dans les provinces de I'ouosl, et cette 
culture avail couipletemenl rt^ussi. Les forels sont g^- 



( 183 ) 

n^ralement pourviies d'essences variees qui acqui^rent 
de magnifiques d^veloppements. 

Ce pays doit a la hauteur de ses montagnes et a I'uni- 
formite de la pente gen^rale les cours d'eau les plus 
considerables que possfede le nord de I'Afrique. Nous 
cjterons le Miouia, le Loukkos , I'Ouarra , le Sbou , 
]'Omm-er-R'hia , le Bouragraz, qui arrosent les pro- 
vinces septentrionales, et le Guir, le Ziz et I'Ouad- 
Draa, qui pourraient, si Ton savait utiliserleur cours, 
f^conder les provinces m^ridionales. Les ricliesses mi- 
n^rales sent peu connues ^ mais faut-il s'en etonner 
quand , apres vingt-deux ans d'occupation , nous ne 
connaissons pas encore toutes celles que renfenne le 
sol algerien, soumis a notre domination? Quelques 
mines decuivre sontgrossierementexploil^es, dememe 
que les montagnards du Rif exploitent du minerai 
de fer, pres de la riviere Miouia; mais ces industries 
rudimentaires sufTisent a indiquer quels tresors la 
science moderne saurait tirer des flancs de ces mon- 
tagnes inexplor^es. 

Quant aux villes principales, Tanger, Fez, Maroc, 
Tetouan , etc. , etc. , elles peuvenl etre I'objet de mono- 
grapliies interessantes, et elles ont 6te plus d'une fois 
decrites avec soin par les vovageiirs du siecle dernier 
et par les consuls qui y resident : c'est a ces seules 
villes que s'est longtemps bornee la connaissance geo- 
graphique que nous avons cue do I'empire du Maroc. 

{Extrait (Viin article dc la Revue orientale d6 1852, par 
M. Louis Jonrdan.) 



( m ) 

rVonvelle^ geo$r»{ilii(|iies. 



ASIE. 

Le PuNJAun (Pundjab), or pays des Sihks (Sikhs). — 
Le Punjaub, plus connu en Europe sous le (ilre de 
royaumc dc Lahore, el tout r^cemment annexe aux 
possessions anglaises de I'lndo, tire son nom des cinq 
fleuves qui le sillonnent ou limitent dans leurs par- 
cours : ces fleuves principaux di\isent le Penjaub en 
cinq zones, de la forme d'un secteur, connu sous le 
nom de Doabs. Born6 au nord-ouest par I'lndus el au 
sud-est par le Sutleje, le Punjaub proprement dit 
figure assez exactement un ti'iangle dont le sommet est 
plac6 a Milhencote, a la jonction de ces deux fleuves, 
la base etant form^e au nord-est par les chaines de 
vastes montagnes appartenant a I'llimalaya, ou Cau- 
casc hindou. Pechawcr et la D^jarat, conquis sur les 
AfTgbans, sont les seules provinces qui appartiennent 
aux Sihks, au dcla de I'lndus, en dehors du triangle 
dont on vient de parler. 

Le climat, la nature du sol, et le caractere du pays, 
varient infiniment dans celle vaste contree, qui s'etend 
dcpuis les dd'serls bridants du Scinde jusqu'aux mon- 
tagnes neigcuscs dc I'Aflghanistan et du Cachemire. 
Le Punjaub contient unc j)opulatlon dc cinq millions 
d'habilants, qui rendent un revenu annuel d'environ 
trente-cinq millions de notre monnaie ; les fleuves qui 
le travcrsent sont, pour la plupail, navigables a qucl- 
ques centaines de milles au-dessus dc Icur point de 
jonction, ct relenduc do la navigalion inl(5rieurc atteint 
environ 670 licues. 



( 185 ) 

La secle des Sihks fut fonclee par un gooroo, ou pro- 
ph^le , du nom de Nanae , qui florissait vers la fin du 
xv° siecle de notre bve. La religion de ce peuple consis- 
tait, a I'origine, dans un pur deisme : les Sihks croyaient 
a la transmigration des ames, et consideraient la vache 
comme un animal sacr6 ; aujourd'hui encore ils font 
usage de tousles aliments solides ou liquides, sauf la 
chair de boeuf. La liberie de renoncer a leur caste , 
I'admission des proselyles, et le devoir religieux de se 
consacrer au metier des armes, distinguent suffisam- 
ment ce peuple des autres Hindous. Les Sihks se per- 
mettent a I'occasion les plus grossi^res debauches, et 
professent pour les mahomctans la haine la plus inv6- 
teree ; leur livre sacre porte le nom de Griinht; leur cri 
de guerre est : Victoire au gooroo!!! 

Vers la fm du xviii* siecle , le Punjaub fut ravage a 
plusieurs reprises par les incursions des montagnards 
alDFghans , jusqu'au moment oil une confederation des 
principaux chefs des tribus sihkes mit un terme pas- 
sager aux soudaines agressions de leurs farouches voi- 
sins. Neanmoins le pays des cinq fleuves ne commenga 
a figurer dans les annales de I'lndoustan que sous son 
dernier souverain , le fameux Runjet-Singh , fils d'un 
chef d'un rang 6lev(^. 

Runjet-Singh laissa a sa mort, arrivee en juillet 1839, 
au debut de la premiere campagne d'Affghanislan, une 
grande renomm^e de talents, de bonheur et d'immo- 
ralit(!!. C'^tait ce prince qui avail extorque au shah 
Soojah, alors sous sa protection, le fameux fvooh-I- 
Moor, ou montagne de lumiore, le plus beau et le plus 
c^l^bx-e diamant du monde entier, lombe depuis au 
pouvoir des Anglais. 



( 186 ) 

All comuienceiiient de 1848, la r^volte d'un des 
principaux chefs sihks, alors gouverneur de Mooltan , 
amena line insurrection gon^rale centre les Anglais. 
Apres une liitte sanglante, signal<^e par les batalllos de 
Chillianwallah el de Goojrat, el la prise de Mooltan, 
les Sihks diirent ceder sur tous les points aux forces 
imposantes que la Compagnie avail mises en cam- 
pagne. Une proclamation du mois de mars 18Z|9 a 
annonc6 aux peuples de I'lnde la conqufile definitive 
du Punjaul) et son annexion aux possessions britan- 
niques. 

[Extrait d'unc notice de M. Richild Gfwel, enseigiie de 
vaissenii, inseree dans la Revue de I'Orient, de I'Al- 
gerie, et des colonies.) 



AFRIQUE. :|j 

Abyssinie. — INouvELLES DE M. Theophile Lefebvre , 
LIEUTENANT DE VAissEAU, — Unc lellrc de M. Plowden , 
consul anglais a Gondar, arrivee a Paris le 20 ou 27 aout 
1851, el qui paralt avoir 616 6crite au mois d'avril pre- 
cedent, fait connaitre que M. Th. Lefebvre , dont la 
famille n'a pas re^u de nouvelles depuis trois ans, se 
trouvail a celle 6poque en Abyssinie. M. Antoine d'Ab- 
badie avail vu aMugawa, en septembre ou oclobre 1848, 
ce voyageur dislingu6, auquol la Sociele g^ographique 
a accorde une mddaille d'or en 18Zi7, 



{ 187 ) 

AM^RIQUE. 
Etats-Ums. — Tehritoire u'Utah (1). — Divisions 

ADMINISTRATIVES ET POPULATION d'aPrLS I,E DERMER RE- 
CENSEMENT DE 1850 (2). 

Comtes. Population. 

Davis I 1 34 

Great-Salt-Lake 6 i5[; 

Iron 36o 

San-Peter 365 

Toorle , i52 

Utah 2 000 

Weber i 186 

Total , , 354 

On pense que, depuis le dernier recensement , la 
population a augment^ de 3 a 4 000 individus. 
D'apres le meine recensement, le nombre des 

Maisons d'liabitation etait de , 2822 

Families . 2 83o 

Ferines cultivees 026 

Manufactures, doni leproduit est evaiue a 5oo dol- 
lars 16 

(1) Voyez le Bulletin d'octobre-novembre, 4' serie, t. II, p. ayS. 
(a) Communique par M. Squier. 



( 188 ) 



H 




K 




■< 




> 




** 




O 




v> 




m 




H 




•« 




V) 




Ol 




■< 




u 




O 




^ 


• 


w 


u 


>] 


a 


w 


S 


o 


H 


O 


O 

o 


tn 




H 


es 


?; 


3 


u 


U 


a 


^ 


u 


{^ 






?-. 




a) 
o 
Ed 


Q 


as 


i-t 
H 


2 




U 




tc 


m 


>ij 


U9 


£ 




Q 


o 


rn 


H 


u 


> 


J 


■< 


ys 


^ 


'U 


O 


b: 


in 


a< 


oo 


■< 


•n 






a 


s: 


^ 


M 


tn 






^ 


D 


O 


1 


H 


en 


<: 


H 


.9 


-< 


s 


H 


a. 


'U 


o 




e< 


t/1 










H 


(A 


I-) 


:3 






u 


05 


<J 


U 


K 


U 


< 


■< 


H 


B. 


es 


O 


S 


e 


» 


CS 


^ 


a< 


•J 


ca 




H 




O 




e 




o 








H 




•< 




«a 




D 




a< 






O CUico coo C'^+'-iro^o o « cvri 

cc — r^o—ooi^ococ^ 3 — coo 
r^ — ccc 1-- ',o •■£> .-i -o C".n n p< 1^ eo 





o 


„ 


rO 


OO 


fO 


00 rn 


(Tl 


„ 


.-O 


v-r 


„ 


M 


o 


c 


c 


— 


C". 




m 


C-.ro 


ro 




cs 




^o 


t^-o 




Ol 


t^ 


'•^ 


r^ 


ro 


— 


ro 


fi 


^^ 


r^ 


n 


n 


-• 


(N 


CI 


CN 


1 - 


f* 


00 


CN 


r^ 


ts 


VC 


ta 


'-0 


en 


00 


M ro 


Ol 


IM 


t^ 


1 


^ 


rj 


■^ 


^ 


^ 


vrro 




ro 


■« 


rt 


fS 


f1 


« 


p« 


V 


r^. 


« 


" 




•- 























CO oo fs Ci — ro "^^^ fO lO d fO oo in in 

in — 'Oror^oo 000 D^coooo dfO Ci 

^- r^o -o^^fiio^^raoco'.o o o o 

O to oo tc vf r;— a — —ro^"* 





(£> 


50 


XI 


oc 


t£> 


~^ 


uo -JO 


C 


lO 


t^ 


1^ 


c 


PI r^ 


u 


O 


« 


ro 


C. 


l^^-l- 


t^ C)ro 


C-vrl- 


w 


00 


- o 


l^ 


■^ 


l^ 


rs 




«5 


_ lO VO 


C 


n 


t^vr}- 


V> 


\ 2S 


m 


00 


rJ 


ro 


<^ 


O) r^^* 


CI 


n 


ro 


— 


^^vJ-tO 




e\ 





w 


^a- 


PI 






•M 




— 


•■ 


n 






-" 


— 


























fO 


V— 


in 





cs 


- 


n 


!..0 


00 


00 


M 


. 


t^ 


o 


r^-^ 


to 


^ 


V-- 


^^ 


C 


lO 


c 


o 


t^ 


^ 


>o 


ro 


t^ 1.0 


Pi 


n 


lO 


^1- 


ro 


LO 


PI 


o 


r^ro 


1 ' 


o 


•O (^ 


ro 


r> 


fl 


V!- 


01 


M 


00 


o ^a- 


M 


1 


c- 


CTl'^rO 


— 














n 







ov 


t^^T 


l^ 


o 


oo 


O 





'"-r 


n 




00 


cc 


mm 


ro 


»-o 


o 


~T 


B« 


•M 


M 


§ 


~a- 


a 


<o 


C5 


r^ CT 


ro 


c\ 


50 


1^ 


00 


o 


2 


to 


•■3- 




ro 


lO 


ro 


r^oo 




o 


r> 


CI 


Pl 












•^ 




M 


o 


ro 


OO 






oo 






o 


§ 


ro 


tn 


n 


ro 






OS 






tf> 


— 


rt 


lo 


O 






~^ 






fO 


\ = 


ro 
ro 


PI 


ro 


CO 






ro 






«£ 



■ • 



LO - vrj. f^v:j.vS-vr}-rO rO V-J-Vj- PI - v^v^ 

vrj M PI PI i.o — r< uo — Lo Pi PI 

- ~ r^vj-oo r^ a>'o lo m - lo t^ o O 
r* ro lO PI PI v^ — ro ^ n v:3" — to ro 

O t^oo ro r» o to PI <0 - C.ro n r^«0 
t^ t^ r^ t^ C500 r^ C-. t^oo t^ r^» oo r- 



- t-^ O ro O 
^-J-ro ro o 



O C-. Oi O O 00 
ro ro ~^ ro ** 



r^ O 



- ro PI m - Ml-^ 



I »^ 1^ c 

PI VO rO 



^a-LA 'O -" O ~5»-ro O rO 00 r^ — Oiirt ~^^ 
i^ i^ t^ t^ c~.oo t^ 05 r^ 1^ r>. r^ r^oo r>. 



O Cro ro 3v:l-aoorO O^^nro O O 
^^ p:piroi^»^P5 rOPiro 

~pi r^ r- — r^v-o — t^ Oiro rc Oi'-O pO >rt 
v^io - ei ui "<l-ro ro m lo »=r*;r ^3- 

O CiOPi 0~. OlOoo r< pioo — noo O 
^*ro ro ~* P< PO v^ro ^a-^*ro ^*rO ro ^jT 



H — a) 



0) XI 

o 5 = ^ = 

>. _ re o 2 



■ • -^ C 

o 



's ! 



— — a; ^ 









g 



.^ :j O _ C = 






I g = • 



—J >-> -^ ■— -^ flj > t- 



SJ-S - 3 =■= u n— => '--a o^ 

Z2.sxZ'J£:v:«^x>a-w"JZ 



( 189 } 



^o «3 00 oo to o ro 
lo c; t^ cN CI o « 

O CN o O oo ro r» 
fO fO fO CO CN cs n 



O " O r^ Olt-O !£i 
O O O to ^-1- — <ri 
o ^ »-n o GO io o 

O O O 



CNCsesncicNrin 



o - o - to o 
o ^* o lo m o 
o ro o CO '>o ^ 

O 00 oo t 



o 






— 


to 


O fO 


Ol 


M ^*lO n 


cs oo 


« 


o ^a- 


O ro 00 — « G^ t^uo 


to to 






O ro OO OO 


- 


i^ 


o - 






■* 


r^ts - 


VI- 


to ro O) O 


•- n to 


r^ CN 


CO I ~ O t^ OiVO (^ 


to •- 





O ^ O Vj- 


<a O) O ui 


OSLO 


n 


M M 


vs-n-oto wtoooro 


r^ — 










" " " 


" 


" 


'^ 


^" »«N BM 


M 


O-.-fl- 


a o 




- vl--^ 


cs — 


v^ 


OO 


o ^*io to ro to r^ r^ 




<a 








O 00 oo 


IM 


Oi 


^1- 


00 r^fo r^ tN to to c^ 


v^ 








~=r 1^00 


M to 




t^ 


- Ovi-orotooooo 


to 


oys 


- «o 




- to fO 


fi M 


fO 


05 


o r-. n >- 00 to fl 


n 










M 11 


"■ 










« 




«3 




va-v-- « 


n ^ 




CO 


r^to to « ►- — 


oo 










tC - CT 


fi oo 




(S 






U") 




o 




fi 05 r^Ml-io 




lo 


- r^ to Oi M r^ 


r< 


' 




M 




to fO « 


- 00 




t^ 


t>.vt. M „ 


C^ 






in 




>0 t-^ro 


Oi 






D Lo r^ o m 


oo 






fO 




oo to - 


to 






t^»o v^ vo -• 


to 






r^ 




oo t^tO 








r^ d to 00 to 


t^ 






Ol 




fO n M 


r^ 






to ro 


Vf 






r^ 




t^ 


f^ 








IJO 






en 




vo 


t^ 








to 






lO 




vd- 


<o 








to 






W5 




o 


ro 








^ 



Ol 



»*to 



- Ol 



O ro 
00 r^ 



to M 



t^to 

~!rio 



Oj Ol 
t^oo 



VI* Ol t^^^to -*-.5j- r) 
f< - fl ro « « ~9- 



O to v)-oo « Ol r^oo 
to -> •• ro -" -" M 



to VI- ro in 
t^ r-* r^oo 



O ro 

01 OlOO 



Ol Olvt- 



ro 



to to to 



•^ r^ vi- 
es cs cs 



ro Ol r^ 

ro 






00 
O 



o 

00 



oo o 



- Ol r^to 
ui " CI ro 



t^ - 
r^ t^ 



t-^oo 



O to ro 
vl-to 



O to ro oo 
vl-ro tfl to 



O ci O O oo 



Ol t^co 

lo <r> 



cOr*Ortot^t^ — 
t^ r^ t^oo t^oo oo oo 



>^ to O 
V3-V3- 

to O CO 
to vf 

CI fi ro 



ro Ol r^ 
>- »«-vt- 



vo to oo 
t^oo to 



t^to 

- VJ- 



00 oo 
ro 



ro M 
vc(.v3- 



t-^ O 

" o 
ro 

ro VI- 



O vl-00 O 



O OO to to 
vs-vl-to 



vj-to - vfto - ro ~* 
^* ro cs ro vj- 



Mcicidrooroci 
v^vj-v^v^v^ro vtro 



O Ol o 
ro to 



00 to r^ 

- vrio 



Oiro O 
vr.-^^ vo 

to Ol i^ 

VI- 



- - Ol CO to VI- 
vs-vi-ro vfno VI- 



O 
vj- 



C ^ O 

* S S 

QJ TO flj 



V 

■c.2 



<u ^ 
•c S 



a 



3 S 

o is 






■^ a -^ s-c c 



S 

C J2 



a .S 



o uT 

fA O 



= 3 



s 

<u o 



c a 



s " c 

u r3 



<* 0) J) ^' 1-5 



o i 



r; 1-1 •- 






ts 



■ V 



S_: S o 



CO L. 

C5 ^ 



._ ^ aj > 



' n o j:- 



01 ^ 
O 3 C 

- « c 



^ s s -^ 



•s C 



= • to 

^ '-' O 



= 55-5 



te 



Si ■ t£ , 

re 1) « 0^'S tB reJSn.t; 



( 190 ) 



u 


< 


Cd 


o 


u 


o 


c 


c 




o 

H 
1 




y5 


-< 


c: 


^ 








u 


s^ 


Ot4 


en 




vr, 




P 


tn 


en 

H 




E-i 


en 

P3 


en 


O 


H 


o 


C 






•J 


w 


n 


■w 




H 


en 





Ci] 

»^ 
el 


o 




nJ 


b. 




b. 


en 


O 


D 


en 


C 


u 


>J 


a 


U 




P 


b: 


c 


< 


U3 




Q 




p 


u 


H 


>1 




■< 


O 


c 


9^. 




O 


o 


>; 


<1 










w 


en 


U 








s-i 



■ J . -; " 












5 -•=-:=• E 



"is 



' i _3 j; — w 3; > 



* w -it .r -3 r -u «' ^ - tj = ii -r -3 = "^ = — a - 3 - 



(5^ -^ i.*? I*: 

I- -r -T -ri 
X X> X 30 



;^ « »^ 1^ IC C" O »^ IC 
Xdoa/Xocccx<xso 



f^ o o :s CO i.-^ ti 
-j« •** Ti -^ -^ I': i.'5 

Oft X X X <x> x>ca 



O -w o 
— 51 1.*: 



1-^ Ql 



Si 

o 



X ffi t* ^ r- ■-■'3 



•* -* *»f r^ 
i.T r?t ©I <!?< 

o o :.•; t- 

rt *'i IC Ci 

Oi Q O — 



-«^ X -^ ^ o 

CI -^ rt Gi o\ 

C-. o — ■* — 

SI *.^ ■* "^ 

r* -^ r- t; **^ 



•*t-X •^-TirjiO^.* 

CM •« -T •* «4 

I* ic lo — r: n <c r- ■«•< 

ei '^ CI -T -^ ■* ^ 



0)0 



rM |/; «. Ol -^ to 

CJ o c; o -Ti 5* 



To 



cgo^^ ^*r o g==>tc <=r»o<=> •-'' 0103 oxxjor^g 



52K 


gs 


..0 


2§--5 


■^ li ?. ? 


5i 


1*: «i f?i 


« r^ -«r 


ss 


g 


ic ix — 

C5C-. — 


-..■: Qi -^t •<? 
C-. — 001 


01 


r- ;r -^ 



W W en 

O H W 

a -w a 

- ® S 

H "-J 

-a ^ ca 

►J y 3 

-<^.& 

t: ;::> (A 

O £•« 

2 M U 

ca ?. c 

■< 





S^IS^S 


g = 


oo;=-o.- 


2 5? 


X C5 t* ri * 

M SI rC -^ Gl 



C: O — 91 1.1 ■* O O ■* :n Ti 
•<T ■*- -* 51 i-o I": ^ -p- ■* -c 



ic « It o '^ 3 o I':: -* c> 

•O -^ G» » 



X c 'fc^ c- * X ■—■ ©I — If: o 01 o --5 r- — -^ ;.': o o r- 
•* ;.* XT tr -o i.^ I'D 51 r: '.i: — ci c; c: x x -O r: i.5 '^ O 

■* •* 10 ^ •* i'5 -^ •* «t •*'■ ■* -fl* ^ I*? 51 15 51 ^ 5t IC 10 



s 


a 


en 


cr 






bl 








& 





W £ 

« 

3 3 






5 ^ 



^1) (B 



oi 5z OP 



ft) ^ 
E J, 



. c* 



^ C 3 



L 






' .-3 ea 

. o.— 

■ E t 
•^ U 






■ S - u 



= = 



^' .0 '^ ;3 "3 ■ 

o •*- :: ■ - 3 



i:2Q 



ru^j^- 3 



« - = S r >»,= " 



« - — • L) — 

t^ CO li 

■<-«l a 



ca ec u u 'J I 



5^2 



3 n 

1^ 



CO a O — 



• . "3 ;z 

:« Si 



3 J3 • 



i 4) ab 



ej p> !>• u< u. Eb &• 



S >* u « 

> "r il ^ .S" 

3 r^ 3 3 3 i; 

-2^ 5 2^ 3 ; 3 st.y s . 
- - -3 - 2 T~ >- = ►< = 



i 

i 



( 191 ) 











^^ 






Bq 






^ 






^^H 


MM 












H. 




B_ 


^ 






^ 




^m 










S 


c — • 
2 3 =r 

J5 1 B -J 




3. i.^ 


-= a « >->■•. 

2 = 2 _i i^'a 
O £"c u 2 y 

•oj 3 u a -r 






3 


iZ 










Is 




.2. [1, * CQ '^ 




"^(^3 s 






5° 






o 


s 




^ 






V 


M 
























■ J 


ffi ;d ci o 






^- — 


,^ 




o 10 r- to 30 CO CO 




lO TJ 10 


SlESg § 




'^ 


«f «t rn 






io so 






■*T -jf -* *»r (o vr •<■ 




«+< 10 -fl- 


d 


00 0000 00 






00 00 oo 




00 GO 00 00 00 00 00 




00 00 00 


00 00 00 x 00 




-« — ^ 








"^ 




■^ "" "^ *^ "^ *^ ^ 




^ *" ^ 


"" — "^ ^ "^ 












iO r- s-i 






a. 










oo 


•^ — 


r^ 




ro'r- 10* — 


CO vf 




1- C-C5 -^ O -^ ■* 




r- 00 -* -* 00 00 r- 


— r- -^ 




■* 


«l lO 


o* 




■^ W5 10 -* '? 




SI n io ©1 kO 




tO lO ©1 SI -r^ T- -* 


iO ©1 ©1 




ft 


eo 10 


tr 




0i CO O -^0 O 00 




o o'e^ ©1 o — ©» 




O ©I 1.0 lO ;0 SO ©1 


coco to 




•^ 


•^ ei 


1.0 




SI — -T lO 






SI Gl — 10 10 ©1 




•^ ;o ©I ©1 »o 


©1 




10 


^ o 


o 




10 O 91 ri O 10 




■O ©1 (0 — T^ Ci 00 




iO ■<* ;o — 30 --0 h- 


SS £ 




« 


— Ci 


o 




Cjoei — 


O lO 




O SI o o o - o 




— ©1 en — o> C5 c 






■* 


^" 




*• ^^ ^ 






*■ ^ •*« — ^ ^ 




-M -P- -^ *** 


^* •»■ 












-o r-, -ji 






X 










•fl" 


Or- 


10 




Cl'lO nVi^i o 




10 ? :0 O CO O O 




10 ■* O O ■«* -«f lO 


r^ »o 




« 


Gi 






-*■ 10 lO 


©1 




Q.-«r 10 10 lo 




■^ -^ ao S.0 ©1 


©1 




■^ 


<D -Tl 


1- 




CI CO =0 iO O X 




C5 B*-^ ©1 C5 — < ©1 




o ©1 so m -* •* © 


:o CO 10 




s-i 




lO 




W(M ^ 


«* -^ 




•^ n iO -^ 




-^ ©1 •<* 10 -<■ 


•^ ^ 




^ 


95 t^ 


CO 




— r- O r^ r- o 




HD O* — 00 lO h- CO 




©1 ©1 ©1 Ol lO 10 IT 


h- r- !0 




o 


O O 


Ol 




Ci Cl '^i — 


00 10 




■Oi ©1 O C5 O — O 




-f- ©1 c^ O Ci c: C 


C5 




"^ 


"^ 






^" — < 






^ "^ ^ -- ^ 




— — ^ ^ 














lO^CO 
















w o ©1 r^ ic 


r- 




CO so co" o" to -.n 




OO ©1 ©1 O "* o o 




« O O to CO CO ©1 


00 ■— ©I r- 






(M ^3 — 


■<* 




•^ *o lO 


to -^ 




■«r -^ ©1 10 to 




lO lO *^ -^ -^ ST 


-r^ 10 so so 10 10 




so Vft lO 00 t-t 


^ 




lo o '-0 c; C5 •* 




O *«l« CO iO ©' so — ' 




t^ 00 SO 10 ©1 ©» CO 


S2g"=^ 






ei G-i 


i.0 




OI 10 "^ 5 




•^ lo ©1 SI 10 -V •«a< 




•^ -* •«»« iO so ^ 




« 


w -J a; - 


OO 




»- 05 *«)" ©1 


ni r^ 




o ao iO c: — ©I lo 




©1 r-. -^ lo •<* -* c 


SI ©1 Tl 05 X 




•^ 


SI to -^ »* 






•* •« io io •* ;r 




©1 10 ©1 ©1 ©1 10 lO 




■<r lO ■*©?-*■* -^ 


■^ ©1 -^ -^ *■ ©1 




• 




'5 
P 






























1? 


























00 




i "^^ w 


u 




'~' 4; 












OJ 


aj rr — 






4J^--. 






a 




V 


^ 




3 i? = ^ 


-. = 




.S a ^^ 












a 


3 — v-^ 






3 CO 






3 




3 


'3 


■^ 


?w - - 


3^ 




a o*.- 












C" 


='W 




■3^.5-3-- 


. ^.?^ 


O" 




p 


-0 « -5 - 






s 




•= £ S a S a 




^^ 2 Sf? S £ 


r- « ^ • H 


CO 


w 






is* 
^ w 


3 






(5 ^^-o M ^'" 


'O — 3 '3 . 


-a 

4J 


*~^ 


= * = ^ 


' 3 




.= 2. « 


c 




-3 1 ■* — «^ V 




V= = a 


|_W 3 r 




n 
.U 


S" 3 5" " 


J" 












'S'S:^^ i 


? — oc 3 3 ,- 


S 


C3 


3 S3 - 


^ 




?- i 


5 




« C -^ W — 1J 




o =- " ? 


■a; 




T > 3 L 


3 




^ 3 s^ 


o 




M^ = :i a > 






"D 




■ ~ a 


c^ 


a: 




^11 


1 




ra-^ c-M A3 
H 'O sc H o; 2 




a 



Z 




*j 
















, 






« 


4) a; 










■3 . . . 

a" -jj • 






o 

c 


^5 












S 






1 


> »-■ 

a; 


■- 








u 








4 


^ 


e 


So. • 






.2 

*3 


rt 












a 






. a 


J. a 








c 


ja > 










C 
a 


^J2 • 
i: 3 • 

3 o ' 
^ " ' 

-3~ • 








u 












u 








. 'a 













a 






4, 

)_ 

E 


, 




. c 


*4) 

5 

i 












4J 


d 

-a 
= 




•5=0 

a ij 

OB i 










a 

S 

•I 


= 2 
2-0 

^ aj 

.1.- 

•o ^ 
— -^ 


. c 
o 

• a 
•3 


a 

a 
I. 

t 


• 

o 


4) 


aj ao 3 

a 3 o 

^ = c 

C 0) o c 

.0-2 i i 




£ 

a 


-3 


u 

a 


c 
« 


c 


c 

c 


^ o • 


"3 

s 

.-3 

a; 

CJ 


a 


•2- 

•Si £ 


. "s - 
• ?^ 

(i, a "5 

.ax 


Ji-3 53 
ill 

? 5 - 




> 


N* 

3 
- a 

A 


W 

3 

e2 




k. M L. j- 

a a a* t 


a. 


23 






a 


uvsCl^aaaa 

!3 rs n f3 ra .T 

W 73 CO ^3 V3 « 


> 




rljlll 


*4 






^^ 




^~ 






** 






^ 






^^™ 


^ 












^ 




■" 


■" 






"^ 


■ ' 


me 






"■^ 





( 192 ) 

itctes cle la Society. 

Proces-verliaiix tlvs seances, Oiivrnges 
oiTeets, etc. 



PRiSIDENCE DE M. GuiCNIAUT. 



P races •'iierbal de la seance, clu 6 fevrier 1852. 

Le jiroc^s- verbal cle la derni^rc seance est lu et 
adoptti. 

M. le ministre de la marine annonce au prdsident de 
la Commission centrale, par sa lettre du 2/i Janvier 
courant, que, dans le but de favoriser aulant qu'il 
depend de lui un ^tablissement utile a la science geo- 
grapbique et bydrograpbique tout a la fois, il a d6cid6 
que la marine souscrirait a soixante nouveaux abonne- 
mcnls du Bulletin de la Societe de geograpJde. 

M. le ministre de I'inl^rieur, de I'agriculture et du 
commerce, tout en rendant pleine justice aux efforts 
de la Society de g^ograpbie pour venir en aide au d^- 
veloppement des ^cbanges de la France avec les pays 
Strangers, et a ses litres a la bienvcillance du gouver- 
nemenl, temoigne, par sa lettre du 2 fevrier, au pre- 
sident de la Commission centrale , scs regrets que la 
situation de son budget ne permelte pas d'accorder 
actuellement de subvention. II ne pcrdra pas de vue la 
demande qui lui a etc faite, et sera beureux de Tac- 
cueillir ulterieurement, etc. 

M. le ministre do la guerre Iransmct, avec sa lettre 
du k fevrier, au president de la Commission centrale, 
des renseignemenls sur les grainesdc Cbine cnvoy^es 
par M. de Monligny, consul de France k Sbang-Hay, 
pour 6lre semees en Alg(irie. II fera connailre succes- 



( 193 ) 

pour 6tre semees en Alg^rie. II fei'a connailre succes- 
sivenient les observations auxquelles pourronl donner 
lieu les cultures entreprises ; el, en adressant des re- 
mercimenls a la Societe, il la prie de vouloir bien con- 
linuer son concours a son departemenl. 

M. Ricbard, mem])re de I'lnslitut, directeur du jar- 
din botanique de la FucuHe de medecine, accuse re- 
ception, par sa lellre du 27 Janvier, du paquel de 
graines de la Cbine , adress^es par le president de la 
Commission centrale , pour I'etablissement de la Fa- 
culte. II espere que plusieurs des plantes y r^ussiront. 

M. Hecquart, officier de spabis, elu recemment 
raembre de la Soci^le , transmet au president de la 
Commission centrale, avec sa lettre datee de Paris, le 
6 fevrier courant, une analyse sommaire du voyage qu'il 
vient de faire dans I'inlerieur de I'Afrique. Si la Societe 
le desire , il compl^lera ce travail, en comrauniquant 
plus lard ses notes au fur et a mesure qu'elles auront 
et6 mises en ordre , et y joindra une esquisse de carte. 
Celle proposition est accept^e avec reconnaissance. 

M. Tougard, pr<^sident de la Societe centrale d'agri- 
culture du departeftient de la Seine-Inferieure, re- 
mercie la Societe, par sa lettre du 29 Janvier, pour 
I'envoi qui lui a el6 fait de graines provenant de la 
Chine, adressees par M. de Monligny. II tiendra au 
courant des essais qui vont etre tentcs. 

Le secretaire du cornice agricole de Toulon ecrit, 
sous la dale du 22 Janvier, une lettre seniblable a la 
precedente, et I'accompagne de quelques observations 
faites sur un certain nombre de graines par M. Robert, 
chef des cultures d'essai. II ajoule qu'il croit devoir 
formuler le vceu que la Societe de geographic, qui a des 
m. FivRiER. 6. 13 



( m ) 

repr^senlanls sur lous les |)oinls clu globe, veuille bien 
appeler rattcnlion de ses corrospondanls sur I'envoi 
dc gralnes d'aibrcs, surtoiit de la grandc famille des 
conijeres, donl on n'a pu encore multiplier sufllsam- 
ment les belles especes am^ricaines. La Societe rt^pon- 
<]rait ainsi a un besoin du pays, ou s'agile inuUleraent 
depuis de si longues ann^es I'importanle question du 
reboisement dos montagnes, el ni( Itrait |)roi)ablemenl 
6 in§ine dc la resoudre prntiquemcnl. 

M. le docteur A. Bacbe, surinlendant du Coasts 
Survey, 6crit de Washington, le 13 Janvier 1851 , pour 
accuser i'^ceplion des leltres que le secreilaire general 
de la Commission centrale lui a ^crites les 25 octobre 
el 3 decembre, ainsi que des IhiUetins qui les accompa- 
gnaienl. 11 annoncele prochain envoi de quelques docu- 
ments qu'il olFre a la Soci^t^, el de son rapport annuel. 

M. de la Roquelte donne communication d'un docu- 
ment que vienl dc lui iransmcllre M. Squier sur les 
divisions adminislralives el la jjopulalion du territoire 
d'Utah. 

Le secretaire g^n(!;ral lit la lisle des onvragcs olTeris 
i\ la Soci6l<i. 

La proposition de nommer M. Frank libraire de la 
Societe, concurremmcnt avcc Al. Arthus-Berlrand, €st 
wnvoy^e a la section decomplabililo, qui devra se r<iu- 
nir, ct presenter son rapport dans la prochaine sdance. 

La Commission centrale proc6de a I'^lection des 
membres de la Commission sp6ciale du concours au 
prix annuel pour la ddcouverlc la |)lus importaute en 
gd'Ographic faite dans Tannine 1840. MM. Daussy, Jo- 
niard, d'Avezac, Antoine d'Abbadie ot Guigniaut, sont 
nomm^s, el devront se r6unir le plus tot possible pour 
choisir un rapporteur. 



( 195 ) 

M. rle laRoquelte fail uno communication sur l*ex- 
pedition nnglaisc qui explore en ce moment I'Afrique 
centrale. 

MM. L. A. Richy et le major Giordano, de Naples, 
sent elus membres de la Socidste de g^ograpliie, sur la 
presentation, savoir : lo premier, de MM. Jomard et 
Garnier; etle second, deMM. de Froberville et Jomard. 

Proves- verbal de la seance dn 20 fevrier 1852. 

Lc proces-verbal de laderniere seance est lu et adoplc. 

Le ministre de la guerre annoncc , par sa lellre du 
9 f^vrier, que, par une decision de ce jour, il a arrfite 
qu'il serait pris pour le compte de la direction des 
affaires d'Algerie quatre abonnements au Bulletin 
mensuel de la Societe de geograpliie. 11 regrette que 
I'absence au budget d(! la guerre de tout credit special 
pour souscriptions , et I'extrfeme limite dcs fonds dont 
il peut disposer pour cet objet ue lui permettent pas 
de prendre aux publications de la Societe, dont il ap- 
precie toute Fimportance , un aussi grand nombre 
d'abonnements qu'il I'eut desired. 

M. le ministre des alTaires etrangeres ecrit au pre- 
sident de la Commission centrale, sous la date du 9 fe- 
vrier, pour lui l6moigner ses regrets de I'impossibilite 
oil il se Irouve de donner a la Societe de geographic 
une preuve de I'interet qu'il prend au succ^s de ses 
travaux ; mais les lois des finances , en reduisant les cre- 
dits accordes a son deparlemenl, au-dessous desbesoins 
rigoureux de son service special, lui ont ote les moyens 
d'accorder a cetle Societe une allocation p^cuniaire ou 
de prendre des souscriptions au journal qu'elle jjuhlie. 

M. le ministre de I'instruction publique inlorme le 
president de la Commission centrale, par sa lettre du 



( 196 ) 

16 f^vrier, qu'afin de Idmoigner a la Sociele de geo- 
grapliie sa toule sympalhie pour ses ulilos Iravaux, il a 
donne dcs ordres jioiir que son dc^parteinenl continue 
pendant I'annee ISoS la souscription aux cinquantc 
exemplaires du journal de la Societe qui avait ele phs 
I'annee derniere. II regrelle de ne pouvoir accordei' 
en ce moment une subvention plus considi^rable. 

M. Bajot fait connaltre au president de la Commis- 
sion centrale (9 fevrierj tous les regrets qu'il eprouve 
de ce que son 6loignement de Paris I'oblige a cesser de 
faire partie de la Commission cenlrale de la Societe de 
g^ograpliie, dont il a et^ un dcs membrcs fondateurs. 

M. Dussicux ccrit de Versailles, sous la dale du 17 i6- 
vrier, pour annoncer que ses occuj)alions mullipliees 
comme professeur d'histoire a Saint-Cyr, et I'impossi- 
bilite oil il se trouve de venir prendre part aux travaux 
de la Society, le forcent, a son grand regret, de don- 
ner sa demission de membre de la Commission cen- 
trale et de la Societe de geographic. 

Par une letlre dative de iMont-de-Marsan , 9 fdvrier 
1852, M. le prt-fet des Landes accuse reception des 
Ictlresque le president de la Commission centrale lui 
a (jcrites pour lui annoncer un envoi de graines de 
Clune,destineesa la Societe d'agricullure de son depar- 
tement. Ces graines ne lui sonl pas encore parvenues. 

M. Juric, president do la Sociele d'horticulture de 
Lyon, anuonce (7 f^vrier ) qu'il a charge M. A. Ma- 
theron, n^gociant, de reliier K; paqucl de graines de la 
Chine, deslinees a celtc Societe, et d'en donner un re<;u. 

M. J. Lefebvre, capilaine de frtigate, ccrit de Brest, 
sous la date du 11 fevrier, au secretaire g(^neral de la 
Commission centrale , pour annoncer que Ic lieutenant 
dc vaisseau TheophUc Lefebvre, son Irere, aiiquel la 



( 107 ) 
Socielt!! de g^ogiaphie a decern^ une m^daille d'or en 
18/17, a cesse depuis trois ans de donner dcs nouvelles 
a sa famille, el loules les d-marches qui ont ete failes 
pour oblenir des renseignements sur son sort ont jus- 
qu'ici ete vaines. II prie le secretaire general de lui 
dire si la Sociele de geograpliie a et6 plus lieureuse. 

M. de la Roquette a fail connaitre a M. le capitaine 
J. Lefehvre les demarches failes par lui et leur resullal. 
( Voir aux Nouvelles geographiques.) 

M. Joseph de Barbosa-Canaes transmet au secre- 
taire general de la Commission centrale, avec sa letlre 
dalee de Lisbonne, le 2 decembre 1851, un m^moire 
sur la ville de Soure, et quelques autres documents en 
langue porlugaise. Ces documents seront examines, 

M. Bache, surintendanl du Coast-Survey, des Etals- 
Unis, envoie a la Sociele quelques documents geogra- 
phiques. ( Voir aux Ouvrnges offerts. ] 

M. Jomard communique, do la part de M. le capi- 
taine Laliier, uiie carle du Golfo-Dulce (Costa-Rica). 
M. Uaussy est prie d'en rendre compte. 

Le secretaire general lit la lisle des ouvrages ofTerts , 
jiarmi lesquels on remarque la premiere livraison de 
I'Atlas du Voyage de M. Francis de Castelnau ; les deux 
premiferes livraisons de I'Atlas du f^oyage de M. Tre- 
maux, et une nouvelle t^idition des Elements de geogra- 
pliie, publics recemment a Turin par M. Eugene Balbi, 
dont M. Guigniaut se propose de rendre compte. 

M. A. d'Abbadie lit une notice sur Ic Voyage du doc- 
tcnr Ji rap f dans U Jfrique orientale. 

M. Jomard communique, de la part de M. de La 
Pylaie, mcmbre de la Sociele, une note relative a la 
situation du Pagus-Nauerus, maison de campagno du 
poele Ausone a Bordeaux. 



( 198 ) 
OUVRAGES OFFERTS 

DANS LliS STANCES DES 6 ET 20 piVRIER 1852. 



TITHES. 



BONATEDRS. 



AFRIQUE. 



PLANCHES. 



Voyage au Soudan oriental et dans rAfiujue scp- 
tenlrionale pendant les annees i847 et 1848, 
par M. I'ierre Tieiiiaux. i" el 2' liviaison. 
Iii-fol. Paris, 1802. 

AMtolQUE. 

OtVrAGES. 

The Coast-Survey of the United-States. Wash- 
ington, i85 I. 

Notices of the Western-Coast of the United- 
States, United-Stales Coasl-Survey, A. D.Bache, 
surin ten dent. Revised edition. Washington. De- 
cembre i85i. 

Extracts from ihe report of the superintendent of 
the Coast-Survey, in relation to Liglit-Ilouses, 
Beacons, Buoys, etc., in execution of the acts 
of congress, approved sept. 28 i85o, and 
march. 3, i85i. Washington, i85i. 

FLANCIIES. 

Expedition dans les parties centrales de I'Ame- 
rique du Sud , de Rio-Janeiro a Lima, et de 
Lima au I'ara, par Francis de Castehiau. 



1" hvr. Paris, 



852. 
MELANGES. 



M^MOlnES IlES SOCIETIES SAVANTICS ET JOl'IlNAUX. 

Franfais. 

Precis analytlque des travaux de r.\cadi'mie des 
sciences, helles-Ieltres et arts de Rouen, pen- 
dant I'annec i85o. l vol. in-8". Rouen, i85o. 



MM. 

Treinatix. 



Le professeur 

A. Bache. 

Idem. 



iJem. 



Dc Castclnau. 



i 



Acad, des sciences, 

helles-letlres et arts 

de Roucti. 



( 199 ) 



TITRES. 



DONATEURS, 



Extrait des travaux de la Societe centrale d'agri- 

culture du departement de la Seine-Iiiferieure. 

4° trimestre de I'annee i85i. 
Bulletin de la Sociele centrale d'horticulture du 

departement de la Seine-Inferieure, t. IV, 3' et 

4* cahiers. 
Revue coloniale, 2' serie. Janvier. Paris, iSSa. 

Revue de rOrient. Noveiubre et decembre i85i; 

Janvier i852. Paris. 
Nouvelles annales des voyages, etc. Decembre 

I 85 1. Paris. 
Journal des missions evangeliques. Janvier i852. 

Palis. 
Bulletin de la Socie'te geologique de France 

(feuilles 1 a '}). 3 novembre i85t. 
Journal asiatique, 4'' serie, t. XVIII. Juillet a de- 
cembre i85i. Paris. 
Letires retrospectives sur la marine, par M. Bajot. 

N" 5. Paris, 1 852. 
Journal d'eduealion populaire. Decembre i85i. 

Puis. 
L'lnvcsligateur, journal de I'lnstitut historique. 

Octobre, novembre et decembre i85i. Paris. 

Anglais. 

Original papers read before the Syro-Egyplian 
Society of London. Vol. I, part. 1 et 11. Lon- 
dres, 1845 el i85o. 

The journal of tbe Indian Archipelago... (Jour- 
nal de rarcliipel indien et de I'Asie orien- 
tale). Js"" de mai 1848, mars, avril et octobre 
i85i. 

The Church missionary intelligencer, a monthly 
journal on missionary inforaiation... N° 2, 
vol. 111. Fevrier i853. 

Allemands. 

Zeitschrift der Deutschen morgenlandischen Ge- 
sellschaft... (Journal de la Societe orientate 
d'Allemagne), 6* vol., i" cab. Leipzig, i852. 



MM. 

Soc. d'agriculture 

de la 

Seine-Inferieure. 

Soc. d'horticulture 

de la 

Seine-Inferieure. 

Ministre 

de la marine. 

Les editeurs. 

Idem. 

Idem. 

Idem. 

Idem. 

Idem. 

Idem. 

Idem. 



Idem. 
Idem. 

Idem. 



Ide 



•200 j 



■htues. 



Ameiicaiiis. 

'Ilio Literary world. A journal of American and 
foreign literature, science, and ait. rs"' ^49, 
252, 253, 254 (8 et 29 novemlirc, 6 et i3 dc- 
ceiiibre 1 85i). 

DIVERS. 

Kuovi clenientl di geogralia sa;>,f;io d'una descri- 
zjone {>cner:de della terra di Adriano Balbi ed 
Eugenio I'allii, seconda ediziono sola appro- 
vata degli antori. 1 vol. in-12. Torino, l852. 

Moise, poeme en vin{;t-(|ualrc chants, par Ana- 
tole de Monlesquiou, t. I et II. Paris, i85o. 
2 vol. in-8°. 

Notice sur les cartes {>e'ogiapl)iques, extraite de 
I'Rncyclopedie du dix-neuvieme sieclc. Rrocli. 



DON.\TliURS. 



MM. 

Les editenrs. 



.\diien Balbi. 



A. de M 



ontesquiou. 



Joinard. 



Lti Hgne ponehice it ^iipie In rmili' 
.nripfi- par J/'.' Srhi^ou-r-n/y 




i.^j. lii^ {■roifmphif 



i-""Si-i-i.- /in //,.,,„ ,/,. Av.„.v ,.^•. 



Ltih'ifnP poncfiict' iiiiii^ie ta ronf,' 
1 .rifh'h' p(tf Mi' iSchifPi 'era/). 




fS %i 



^OT-^T^i^ 



'"'yt.7n>n,.t/n„>„fi 



Unqilude Otrnh-r !.,/.■ du Mvfiiei> ,h- /:„■/. 



f>rv.*fe fir .*' Kashtiait dt ■ I nntw ./< .r/>N/.. -/ > 



BULLETIN 



DE LA 



SOCIETE DE GEOGRAPHIE. 

MARS 1852. 

lleiuoircjs, 
Motice^, Docuuieiitii originanx, etc. 



APERCU 
D'UiN VOYAGE DANS LE NORD DE LA BOLIVIE 

ET 

DANS LES PARTIES VOISINES DU PEROU, 

PAR M. WEDDELL (1). 

Partis de Southampton le 17 f^vrier (1851), sur le 
lialeau a vapeur des Indes occidentales, nous longions, 
le 15 mars, la cote de la Nouvelle-Grenade, en vue de 
la Cordillere , encore si peu connue, de Santa-Maria. 
11 est difficile d'imaginer quelque chose de plus admi- 
ral)le que le profil de cetle chalne neigeuse, qui serable 
s'dilancer de I'Ocean, et dont I'ceil embrasse, par con- 
sequent, toute la grandeur. Les villes de Santa- Marta 
et de Carthagene ne nous arret^rent que quelques 

(i) M. Weddell a fait ce voyage en compafjnie de M, Ch. Borniche, 
avocat a la cour d'appel de Paris, et de M, Martial de Heirypon, 
ingenieur civil. 

HI. MARS. 1. 14 



( 202 ) 

licurcs. Enfin, le IS mars, on nous doljarqua au sale 
village de Chagros , a renli^e de la pelile riviere que 
nous allions remonler, pour gagner le cold oppose de 
I'islhme de Panama. 

Le chemin de for, qu'une Compagnie americaine 
construit en ce moment pour relier les deux oceans, 
elait bien peu avanc6 ; les maladies, des desertions sans 
nombre, augmentaient encore les difllcultes naturelles 
de celle enlreprise. On critiquait beaucoup la Com- 
pagnie pour ne pas avoir commence les Iravaux j)ar 
I'extremite Paci/ique du chemin oil le sol esl moins 
niarecageux, el, par consequent, moins malsain. 

On sait que, pendant la saison scche, le Rio-Cba- 
gres n'est navigable que jusqu'a Gorgona, c'esl-a-dire 
pendant I'espace de vingt lieues environ; le reste du 
Irajet se fail a dos de mulet, et il est de beaucoup le 
plus penible durant les pluies; aussi eut-il ete a de- 
sirer que Ion subslituut tout d'abord u cetlo parlie du 
chemin une voie lacilement pralicable en tout temps. 

La roule qui traverse Fislbme a San-Juan de Nica- 
ragua, ou Grey -Town, fait aujourd'hui une rude con- 
currence a cello de Chagres. Je crois qu'elle finirail 
par lui etre prelerde, si les choses reslaient dans leur 
etat actuel, surlout si, comme on so le propose, on 
venait a faire un chemin de planches entre le lac de 
Nicaragua et Virgin-Bay, 

A I'epoque de noire passage, on avail repris en 
consideration le jjrojet cle faire communiqucr los deux 
raers au luoyen d'un canal (1) qui relierait le llio- 

(i)Quel<|ues cartes iiuliqucnt coinuie exislant deja un canal dtr 
cette iiatuie; inais il n'l-ii est rien, aiiiiji que dcpuis longlenips I'a dit 
M. de HiiiiilioMt. 



( 203 ) 
Alrato a quelqu'un des affluents de I'oc^an Paclfique. 
Deux plans fixent en ce moment ratlention. 

Dans le premier, la communication aurait lieu par 
Ics rivieres suivantes : 

1° Rio-Atralo (il se jette dans le golfe de Darien); 

2" Rio-Quibdo (affluent du Rio-Atrato); 

3° Rio-San-Pablo (affluent du precedent); 

4° Rio de San-Juan ( il tombe dans I'oc^an Paci- 
fique); 

5" Un canal qui relierait le San-Pablo au San-Juan. 

Dans le deuxieme projet, on aurait en vue de joindre, 
par un canal qui n'aurait que six lieues de longueur, 
la Laie de Cupica, dans I'ocean Pacifique, au Rio- 
Napipi, affluent de I'Atralo. Cette derniere voie semble 
6tre, sous beaucoup de rapporls, supcrieure a I'aulre, 
lant pour sa grande brievet^ qu'a cause de la diQi- 
cul_t(^ qu'on eprouverait, dansl'autre, a aborder le Rio- 
San-Juan , par suite des bancs de sable qui en mas- 
quent I'embouchure. La baie de Cupica est ti 135 niilles 
de Panama, et lormerail un port excellent. 

Nous quitlames Panama, pour le Perou, ie 23 mars. 
Dans I'apres-midi du jour suivant, nous elions ^i 
I'ancre devant San-Buenaventura, port franc de la 
Nouvelle-Grenade, oil s'embarquenl tout Tor el le pla- 
line qui se recueillent dans les alluvions de la province 
de Ghoco. 

On va de San-Buenaventura a Santa-Fe de Bogota 
en vingt et un jours, dont les trois premiers se passont 
sur le Rio-Dagua, que Ton remonte jusqu'a un eadroit 
appclt^ las Juntas. Du ])ort (|ue Ton a etabli sur cette 
riviere, un cliemin passable mene, en deux jours, a 
Cali ; puis un autre, un peu moins bon , conduit en 



( 20/i ) 
qualrc jours h Carlago. Pour passer de la a Ibague , 
il faut Iravcrser los monlagnes el les forcls (]c Quindiu, 
oil la circulation est loin d'^lic facile. Enfin , apres 
cinq autres jours de marche sur une route conipara- 
tivement bonne , a travers la vallee de la Magdalena , 
on est rendu a sa destination. 

Apr^s San-Buenaventura, nous vimes successivcment 
Guayaquil, Payla, Lambayeque, Huanchaco (port du 
Truxillo), et Casma. 

Le h avril, nous jelames I'ancre dans la rade de 
Callao. Un excellent chemin de fer fail communiquer 
ce port florissant avec Lima, capitale de la r<ipublique 
du Perou. On parcourt en une demi-heure la distance 
qui separe les deux endroils. Notre station a Lima fut 
un pcu plus longue que dans les autros points de I'os- 
cale ; nous en primes conge, le 10 avril, et nous abor- 
dames, le Ih, a Arica, apres avoir visile en passant les 
pelits ports de Pisco et d'Yslay. A partir de ce point, 
noire voyage allait se conlinuer par lerre jusqu'A la 
ville de La Paz, en Bolivie. 

Arica est a J/i lieues de Tacna. Un desert de sable 
en pente douce separe les deux points; loule cclte 
ri^gion est presque complelcment depourvue de vege- 
tation spontanee, cl il ne sera possi])le d'y etablir des 
cultures qua la condition d'y amoner de I'eau. A cet 
eflet, on s'occupe a Arica, depuis plusieurs annees, 
du creusement dun puits artt^sien ; mais jiisqu'ici rien 
n'a indique que Ton approchat du but desire. 

Tacna, niieux parlag6 que son port, est enlour^ d'un 
cadre de verdure. L'eau qui sert a I'arrosemcnt de cette 
charmantc oasis vient d'unc pclile riviire qui descend 
de la Cordill^ro do Tacora, dont on voit, au loin. 



( 205 ) 

s'elevor les grands pics blatKs. Pas line goullc clii 
ruisseau pricicux n'esl perdue. Lo climal Icmpero de 
celle partie du Perou y permet la prodiiclion <le la 
plupart dcs fruits do la France. Dans les fermes qui 
s'y renconlrent, on cultive surlout des legumes et des 
fruits; rnais une grande partie de chacune d'elles est 
semee de luzerne qui sert, avec la paille de mais, a la 
nourriture des nouibrcuses troupes dc mules qui arri- 
venl journelleinent de I'int^rieur. 

II y a frc^quenunent des trerablemenls de terrc a 
Tacna; aussi la plupart de ses maisons sont-elles de 
bois ou de terre ; leurs toils sent de planches recou- 
vertes d'une couche de boue. 

Le 23 avril, nous parlimes pour La Paz. 

Notre route devait passer au milieu des pics neigeux 
donl j'ai deja parle. Tout le sol, jusqu'au pied des 
montognes, etait couvert de pierres I'oulees : on pou- 
vait croire que quelque courant nionstrueux vcnait 
de ravager ce pays. Ca et la apparaissaient une plante 
grasse et quelques arbrisseaux appartcnant a la tribu 
des Eupatoires. Nous ne tardames pas a nous trouver 
au pied de la chaine qui est connue sous le noni dc 
Cordillere lillorale; nous suivimes, en la gravisssanf, 
le ravin au fond duqucl coule la riviere dc Tacna. 

Le petit village de Paica est situe au milieu de ces 
montagnes, a une hauteur de 2 950 metres au-dessus 
du niveau dc la mer. Nous y ressenlimcs un assez fort 
trcmblement de terre. La vegetation y est encore assez 
vigoureuse. Les Solanees frulescentcs y abondcnl; mais 
on n'y rencontre aucun arbre. 

Accoutum6s a I'alr plus dense des plaines , nous 
coramen^auies a ^prouver, en respirant, celte angoisse 



( 206 ) 

parliculiere a laquelle les habitants du pays donnent 
le nom de soroche. Nos mules, quoique plus habituecs 
que nous, etaient au moins aussi uial ;'i leur aise. A 
une (Jl^vation considerable au-dessiis de Paica, nous 
rcncontrSines, sur une crcte dc lamontagnc, un de 
CCS monticules de pierres que les Indicns y amassent, 
et qui sonl si communs au Perou ; nous crilmcs que 
nous (^tions arrives a la passe principale de la Cordil- 
l^re , mais il s'en fallait beaucoup. Plus loin, tous les 
ruisseaux se montr^rent couverts d'une couche dc 
glace; trois ou quatre plantes : un Baccharis, un Se- 
negon, un Bolax, consliluaient a peu pres toute la 
vegetation. 

Bientol un nouveau monticule de pierres nous avcrtil 
que nous 6tions arrives a I'un des points culminants de 
notre route : a la passe de Gualillos. De vastes plaines 
presquc nues se montr6renl a nos regards, plaines 
glacees qui portent Ic nom dc Punas, et que les vigo- 
gnes seules babilent. Plusieurs Gramin^os, parmi les- 
quelles se faisaient remarquor les toufTcs grisatrcs du 
Deyeuxia i-igidn, y croissent en compagnie d'un Bnc- 
charis resineux appele Tola. Get arbrisseau, vrai type 
de plantes sociales, est aussi abondant dans cette r<i- 
gion que le sont les bruyeros dans nos landes. Les 
mules et les baudels mangent avec [)laisir le Deyeuxia, 
ou pasto-brabo, comme on TappcUe dans le pays; mais 
les vigognes prdlerent los herbes plus bassos, qui Tor- 
ment le gazon le jilus fin de la Puna, on pastito. 

II y avait autrefois, le croirait-on? un village sur ces 
hauteurs : le village de Tacora, Ses habitants furent 
obliges dc I'abandonner. Nous passames une nuit sur 
ses ruines. La nuit qui suivit celle-lji, nous lumes 



( 207 ) 

obliges dc couchci' en plein air a un niveau a peu pres 
semblable, et nous fumes cnterres clans la neige qui 
etait tombee sur nous pendant noire sommeil. Le 
point ou nous fumes ainsi traitcs porte le noin de 
Hospicio ; pres de la, coule, entrc deux montagnes de 
roche, le Rio-Maure, qui marque la limite entre le 
Pdrou etla Bolivie. Le terrain s'eleve doucement de la 
rive opposee jusqu'au point culminant de la route, 
connue sous le nom de Apacheta de Chulunquaiani. 
La passe est a li 600 metres au-dessus du niveau de 
la mer. 

En laissant derriere nous ce point eleve, nous allions 
gagner (sans cependant quitter les Punas) des regions 
moins inbospilalieres. Quelques estancias (fermes a 
bestiaux) se monlrerent, et nous vimes des troupeaux 
de moutons et d'alpacas sur les gazons veloutes qui 
tapissaient le fond des ravins; puis nous arrivames au 
petit village de Santiago, et, un peu plus loin, a celui 
de San-Andres : villages d'Indiens Aymaras, aux buttes 
de boue, couvertes d'un cbaumc noirci. A peu de dis- 
tance de la derniere de ces localites, notre route coupa 
la direction du curieux canal naturel qui fait commu- 
niquer le lac deTiticaca avec celui de Aullagas, et qui 
porte le nom de Desaguadero. 

Nous apercumes I'lllimani, lorsquc nous eumes 
alteint I'entree de la grande plaine appelee Pampa de 
Biacha, ou se Irouve un assez gros bourg du meme 
nom. 

A I'extremitd de cette plaine, on aperooit, comme 
par encbanlemcnt, la villc de La Paz. Elle est au fond 
d'une vaste cavite, qui est un (ilargissement du ravin 
ou coule la riviere qui I'alimentc. L'lUimani s'eleve, a 



( 20S ) 

droito, au-clossus de toiites les autres nionlagno.s de la 
Cordill6re; il scmble 6lre Ic genie de I'imniense chaos 
qui est venu si subitement s'offrir aux yeux du voya- 
geui\ On parvient au pied de la descente par un che- 
min taille de tonics pieces dans une berge qui n'a pas 
moins de ZiOO metres de hauteur, et qui est lout a fail 
perpendiculaire dans beaucoup de poinls. Elle est en- 
li^rement formee de depots alluviaux. 

La villa de La Paz est trop connue aujourd'hui du 
monde savant pour que je croie necessaire d'entrer 
ici dans des details a son sujet. Le sejour que nous y 
flmcs fut employ^, en partie, a Texploralion des allu- 
vions de la partie superieure de la riviere de Chuquia- 
guillo, sur le compte desquelles il courail les hisloires 
les plus merveilleuses; nous preparamcs ensuite le 
voyage que nous comptions faire au districl aurif^re 
de Tipuani. C'elait la le but principal de noire expe- 
dition. Je rappellerai en passant que ce fut dans la 
riviere de Chuquiaguillo que Ton decouvrit la fauieuse 
pepite qui se trouve au mus^e de Madrid. L'or que Ton 
rencontre dans ceite riviere est d'un jaune trcs-pale, 
etant allie a une quantity considerable d'argcnt; aussi 
se vend-il a un bon tiers de moins cjue cclui qui est 
apporle de Tipuani. 

Vers le milieu du mois d'aoiit, nous nous mimes en 
roule pour Sorata, petite viilc situee k 30 lioucs de La 
Paz, el a moitie chemiu environ enlrc cclle ville ct les 
mines vers Icsquelles nous nous dirigions. Di's quo 
nous fumes sortis du ravin, nous chemiiiames, dans 
une Puna presquc unic, vers le grand pic neigeux de 
Ancohuma, auUemenl tht lilampo, siluc au nordnord- 
ouest de la ville que nous venions do laisser en arri^re. 



[ 209 ) 

Le bourg de Penas, ainsi nomme a cause des rochers 
a pic qui I'avoisinent, est a 13 lieues de La Paz; nous 
le passames sans y entrer. La position d'Achacache , 
capitale de la province d'Omasuyos, 6tait marquee par 
la presence d'un immense cone de grfes rouge qui ap- 
paraissait dans le loinlain. 

La monotonie du pays que nous traversions n'etait 
rompue que jar quclques fermes indiennes , clair- 
semees sur sa surface. Pas un arbre nc se presentait 
pour egayer la scene. Des touffes d'une herbe roide, et 
jaunie par la gelee, donnait a I'immense ^tendue qu'elle 
couvrait une teinte uniforme. Voila la vegetation de 
ces tristes campagnes. Le troisieme jour, nous pumes 
apercevoir, du sommetdes premiers echelons que nous 
eumes a gravir pour nous rapprocher de la Cordillere, 
une partie du contour de la Mediterranee peruvienne^ 
avec ses grands ilots noii's. ficlair^es par le soleil, ses 
eaux etaient bleues comnie celles d'une mer tropicale. 
Quelques points cultives continuaicnt a se montrer 
dans les plaines abritees; mais a mesure que, de pla- 
teau en plateau, nous arrivions a des climats moins 
temperes, et que nous approchions du sommet de la 
chaine qui separe la plaine d'Achacache de I'entree 
de la vallec d'liilubaya, les I'crmes devinrent de plus 
en plus rares. La table terminale ne nous presenla 
plus qu'une grande surface deserlo , balayee par un 
souffle glacial. 

Bienlot noire vue put plonger du cote de la valleo; 
mais les nuagcs en reinplissaient toules les profon- 
dcurs. 

Notre senlier paraissait colic, couinic uu long fil, a 
une de berges de rimmense ravin qui elail sous nos 



( 210 ) 

pieds, ct donl le fond 6tait occujxi par le Rio-Hilabaya, 
petit affluent du Rio de Sorata. Nous descendimes ra- 
pidenicnt, le froiJ devenanl moins aigu a chaque nou- 
veau pas que nous faisions. 

Bienlot les cultures reparurent, les arbrisseaux, les 
arbustes , et enfin uieme quelques arbres. Nous ne 
lardamcs pas a arriver au village de Ililabaya, habile 
presque entierement par des Indiens Ayinaras. 

Apr^s avoir double une petite Crete de la niontagne, 
nous nous trouvaraes dans la vallee de Sorala. Le grand 
pic d'lUanipo etait en face de nous, et nous aperctiraes 
a notre gauche, sur une sorte de terrasse, a peu de 
distance au-dessus du torrent, la ville de Soi'ata elle- 
meme , avec ses maisons blanches et ses toits de tuile. 
EUe est comme perdue au milieu du vaste reseau de 
raontagnes qui I'entoure de toutes parts. 

Le chemin de La Paz a Sorala est Ircs-bon. II s'en 
faut beaucoup qu'il en soil de nieuie des /lO lieues qu'il 
restail a parcourir pour arriver k Tipuani. Je n'hesile 
pas a affirmcr que cetle route est une des plus abonii- 
nables du raonde. Les mulcts qui font le trajet ne 
peuvent porter qu'un poids de 60 a 70 kilogrammes, 
encore esl-il quelques points oil il est necessaire de les 
decharger, pour qu'ils puissent avancer. En general, il 
est preferable de se servir d'horames pour le transport 
des bagagcs. Un Indien porte assez facilement une 
charge de 30 a 35 kilogrammes. 

Les voyageurs emm^nent, lorsqu'ils le peuvent, des 
animaux de selle ( il en est de specialemenl dresses a 
faire ce trajet); mais ils ont soin de descendre de leur 
monture dans les mauvais endroits {fos malos pnsos). 

La ville de Sorata est a environ 2 700 metres au- 



( 211 ) 

dessus dii niveau de la mer; son climat est agreable- 
ment tempere, et il est repute tres-sain. Sa popula- 
tion est d'environ i 200 ames ; celle du canton est de 
3 000 ames; et celle do la ])rovince de Larecaja, dont 
Sorata est la capitale, est estimee a 35 ou hO milles. Les 
autres cantons de Laracaja sont : Sorata , Hilabaya , 
Timusi 5 Combaya , Cliuchulaya , Conzata , Mapiri , 
Chinijo, Yani, Ananea, Tacacoma, Linata, Challana, 
Songo, Tipuani, Guanay et Quiabaya. 

La montee de Sorata a la Crete de la Cordillfere 
est d'abord facile; le sol y est presque nu; quelques 
arbusles en composent toute la vegetation. Plus haul, 
nous traversaraes des laillis assez epais , qui rest^rent 
en arri^re , a leur tour, pour faire place a une vege- 
tation de plus en plus basse. 

Nous atleignimes, enfin, la region des Graminees. 
Surpris par un brouillard epais et par la nuit, dans 
cotle phase de noire marche , nous faillimes nous 
perdre, et ce fut par miracle que nous reusshnes u 
gagner les ruines d'une petite ferme indienne nommee 
Lacatia, ou nous devions couclier. 

Toutes les montagnes au-dessus de notre gite etaient 
couverles de neige. Une piante ligneuse, a feuilles glu- 
tineuses, fetides, le Senecio adenotrichius, se voyait en- 
core dans ces regions; elle nous accompagna jusqu'au 
point le plus 6leve de la route, c'est-a-dire a une plus 
grande elevation, peul-etre, que ne Test le plus liaut 
point du chemin de Tacna. 

La Crete passee, une descente roide, mais facile, 
nous conduisit sur les bords d'un ruisseau qui descen- 
dait des neiges voisines : c'etait le Rio -Tipuani. A 
partir de ce point, nous ne devions le quitter qu'en 



( 21-2 ) 

arrivant a son cn)boiicluire. Toulos Ics j)artios dc la 
niontagnc que nous avons vues ei decouveit pendant 
cc trajet sont foiui^cs de scliistes pliylladiques. 

Notre scconde journee de marche nous mcna a un 
petit hanieau appele Tusuaya, ramassis de hulles aux 
murs de scliistes noircis par I'liuniidil^ el aux toils de 
chauinc plus noirs encore. Les eaux du Tipuani , qui 
avaient grossi par I'addition do plusieurs affluents , 
avaient pris une teinte laiteuse. Les torrents ne sc co- 
lorent, en general, que lorsqu'ils sont en crue. Dans 
ces circonslances, ilscharrient loujours quelques par- 
licules du sol qu'ils traversent, el en prennent la 
nuance. On dil alors qu'il y a cxjwnjada. Quaiid la 
crue est Ires-consid^rable , elle porte Ic nom de ai>e- 
iiida. 

En nous eloignant de Tusuaya, dont la hauteur au- 
dessus de la incr est a peu pr6s la naeme que ccUe de 
La Paz, nous gagnions graduellcmenl un climat plus 
duux. Aux Buddleia vinrent bienlot se joindrc dcs 
Bamlious, des Polygalees arboresccntes, el quelques 
Gaultherias. Les taillis devenaient plus epais, et les 
branches des arbustcs se chargeaient de Tillandsias, 
d'Orchidees, el d'autres plantes epiphytes. Enfin, pa- 
rurent les grandes forels. Lc clicmin, qui s'etait niontre 
passable jusque-la, commenc^a alors a prendre quel- 
qucs-uns de ces caracteres qui lui out donne en Bo- 
livie un renom piesque proverbial. Les plus mauvais 
morceaux de la route consistent en escaliers irregu- 
liers, formes de pierrcs talqueuses et glissantes. Les 
dogrcs on sont souvent si eleves, que si, en les descen- 
dant, les animaux ne sont pas bien rctenus, ils courent 
lc risque de passer par-dessus le bord d'un precipice 



( 213 ) 

et de roulcr an fond du ravin. Un des points qui inspi- 
rent le plus de craintes aux voyageurs qui sc confient 
a ce sentier, est celui qui porte le nom de Qiiilapituni. 
La niontagney esttaillee apicjusqu'a su base, et c'est 
sur la face verlicaie du roc, ou il decril une diagonale, 
que le chemin est sculple. Au has de ce roclier, passe 
le principal affluent du Tipuani, le Rio-Quilapituni , 
sur lequel on a jete un pont tres-pilloresque. Parmi 
les autrcs affluents, les seuls qui meritent une mention 
speciale sont : le Rio de Tora, ou il y a un bureau de 
peage, et le Rio de Yabia, 

A six lieues du village de Tipuani se trouve Sexploi- 
tation de Romanplaya, que nous visitames en passant. 
La couche de sable aurifere, ou venero, se rencontre, 
la, a pres de 20 metres au-dessous dc la surface de la 
plage de la riviere. Pour y arriver, on a creuse un 
large puits jnsqu'au plan de roc sur lequel repose le 
'venero, et, du fond de ce puits, on a creuse une serie 
de galcries horizontales, ou frontones, dans I'opaisseur 
du sable aurifere. La lerre retiree dans cette operation 
est celle qu'on lave pour en extralre le md'lal. On 
donne au genre de travail que jc viens de decrire le 
nom de labor de banqueria, a cause des grands blocs 
de rocher, ou bnncos, qui se rencontrent au-dessus du 
plan, dans la parlie de la riviere ou les Iravaux en 
question s'executenl. 

En nous rapprochanl de Tipuani, les forets dispa- 
rurent presque compi^tement , dans certains points, 
pour faire place a de verts gazons semes d'aibusles 
en fleurs ou de quelques arbres isoles. On aj)pelle les 
lieux ainsi caracterises des pajonales. lis rappeilent 
assez exactement les Campos-gemis du Bresil, a cela 



( 21Zi ) 

prt's quo le terrain y est bicn pliisin^gal qu'il ne Test 
dans ces dcrniers. 

Un solcil brulant dardait sur nous ses rayons pen- 
dant que nous Iraversions ces endroils decouverts, et 
nous faisait apprccier davantage los bosquets qui so 
presenlaient encore de loin en loin. Ce sont les ana- 
logues des capoes des Bresiliens. 

Le village de Tipuani se montra enfin. II occupo la 
rive droile de la rivi6i'e, dans un point ou le ravin se 
dilate, de maniere i\ former une espece d'ampoule. 
Au-dessus et au-dessous de reiargissement de la vallee, 
la riviere se Irouve resserree dans des gorges trfes- 
etroitos, appelees encanadas. C'etail la seconde visile 
que je faisais a cc lieu remarquable. Je trouvai, cette 
fois, le village un peu plus grand, luais aussi sale et 
aussi malsain qu'au])aravant. De grandes (laques d'eau 
couvertes d'une ccunie verle, accumulee a la place 
d'anciens diggings, en occupent I'entree : foyers con- 
tinuels des fievres qui d^solent cette conlree. 

Les maisons de Tipuani, au nonibre de cinquanle 
a soixanle, sont en troncs de paliniers places dubout 
et cote a cote ; leurs toits sont fails avec les feuilles des 
rafemes arbres. Des orangers, des cafeyers, et quelques 
cacaoyers , forniaient autour des babitations des ver- 
gers dont on aurait pu envicr la possession, si la boue 
qui couvrait le sol n'en eut presque defendu la jouis- 
sance a d'autres qu'aux pores, qui se vaulraient a leur 
ombre. 

Tipuani doit son existence aux Ir^sors qui enrichis- 
sent son sol. Que ceux-ci s'epuisent, et il rentrera dans 
le n6ant. La d^couverle, par les Espagnols, du sile qu'il 
occupe parail renionler a I'annee 1535, A celle ^poque, 



( 215 ) 

le corregltlor fie Sorata Iraversa Ja Cordillere, et pe- 
nelra jusque-la. Pr^s cio Irois miile Indiens etaient 
occupes au lavage des sables. 

line Cojnpagnie portugaise exploitait les plages de 
Tipuani a I'epoque de la grande insurrection indienne 
de 1780, et avail ainass6, dit-on, un capital immense, 
qui pdrit avec elle. 

Les etudes que nous avons faites dans cette region 
nous ont permis d'aflirmer que , toute proportion 
gardee, elle est plus riche que les districts auriferes 
les plus vantes de la Galifornie ou de I'Australie. L'or 
que Ton y rencontre est, ainsi que je I'ai d^ja dit, de 
la plus grande puret6 ; il est sous forme de petites p6- 
pites aplaties, plus ou moins ellipliques ou ovalaires, 
t du poids de 5 a 15 centigrammes chacune. 

J'ai dejii parle de I'un des modes d'exploitation en 
usage dans cettc vallee : de celui qui porte le nom de 
banqueria. II en est encore deux principaux, qui sont : 
1" le trabajo dejalda (travail de montagne); 2" le tra^ 
bajo de plaja (travail de plage). 

Le travail de montagne, ou dQfalda, a pour but de 
retirer l'or qui se rencontre diss6mine dans les sedi- 
ments des berges [Jaldas) de la vallee. Pour y arriver, 
on amene subitement, sur les monceaux de terre que 
Ton a prealablement remues avec la pioclie ou la pince, 
une masse considerable d'eau qui entraiue, en un clin 
d'ceil, toutes les parties legeres du sol, sous forme de 
boue, et qui fait meme rouler les plus grosses pierres 
a une distance considerai)le, tandis que l'or reste , 
pour ainsi dire , sur place. Cetle operation porte le 
nom de cocheo. II est Evident qu'elle ne pent elre pra- 
tiquee que sur un sol situe en dessus du niveau de la 



( ^16 ) 
riviere, puisque c'est vers ellc quo doivent se pr6ci- 
piter toules les raalieres suspendues par la cocha. 

Le travail de playa diCFere de celui de bcmqueria par 
sa plus grande siiuplicile. II est en usage dans les 
plages ou la strata aurif6re, ou venero, est a une faible 
profondeur (6 a 8 metres). II consiste a decouvrir 
celle-ci par un terrassement a ciel ouvert, et i\ en laver 
le sable par les moyens ordinaires. 

Nous avions trouve si detestable le cliemin qui nous 
avait conduit a Tipuani, que nous resolumes d'en clier- 
cher un autre pour etlectuer noire relour. Diverses rai- 
sons nous engagerent a fixer notre clioix sur la voie du 
Rio de Coroico. Quelques mots sur la distribution g^- 
n^rale des rivieres de cette parlie de la Bolivie peuvent 
trouver place ici. 

Le Rio de Sorala, apr^s avoir recu celui do Ililabaya, 
se dirige vers le nord-ouest , en longeant le c6t6 occi- 
dental de la Cordillere. Apres quelques lieues de cours, 
il regoit un affluent qui vient du nord, du cote de Mo- 
comoco, et se coutle aussitot a Test j)our traverser la 
chalne des Andes. II prcnd d(^s lors le nom dc Rio-Ma- 
piri. C'est dans cette riviere que se jetle le Rio -Tipuani, 
a huit lieues environ au-dessus du village que j'ai d6- 
crit. Dans Tangle que torment les deux cours en se 
reunissant, se trouve siluee la Mission de Guanay. Au- 
dcssous de ce point, Ic Mapiri porte le nom de Rio de 
Guanay. 11 rcQoil a droite, a uno centaine de metres 
au-dessous de la Mission, le Rio de Cliallana, qui vient 
du sud-ouest; et, a une demi-lieue au dela, le Rio de 
Coroico, qui vient de la province de Yungas. Le Rio- 
Beni, formci par la jonclion du Rio de La Paz et de 
I'Ayopaya, se reunit au Mapiii a deux journ«ies de na- 



( 217 ) 

vigatlon, au-dessous du confluent du Coroico. Le tronc 
commun conserve ensuite le nom de Beni jusqu'a sa 
reunion avec le Rio de Madeira. 

Tous ces cours d'eau sont navigables, jusqu'a une 
certaine hauteur, pour les embarcations connues sous 
le nom de balsas. Ce sont des radeaux termines en 
pointe relevee en avant, faits avec les troncs juxtapos(^s, 
et cloues ensemble, de sept arbres a bois tres-l6ger, 
appartenant a la famille dcs Bombac^es. On appelle 
respece Palo de balsa. 

Ce fut sur un de ces vehicules que nous descendimes 
le torrent de Tipuani, jusqu'a la Mission de Guanay 
dont il a 616 question plus haut. 

La navigation n'est pas sans danger, et, quoiqu'elle 
ne dure, en moyenne, que quatre a cinq heures, on a 
le temps" d'y eprouver bien des emotions. Mais que 
de compensations au fr^missement involontaire occa- 
sionne par le passage des vial pasos, dans le spectacle 
des admirables points de vue qui se presenlent a tout 
moment! Lanc6e avec la rapidity de I'eclair au sein 
des rapides, la balsa semble devoir se briser inevita- 
blement, ou, pour le moins, se renverser sur les 
rochers qui so monlrent a tout instant sur son pas- 
sage; mais, au moment critique, les iongues perches 
de barabou des balseros la font ddvior de sa course 
perilleuse. Elle s'elance alors de plus belle dans celte 
voie de naufragcs, loujours imminenls, mais touiours 
evites. 

Pres de Guanay, la riviere s'dlargit, et elle y deCrifc 

un coude assez brusque, pour aller se rdunir au Ma- 

piri. La Mission s'eleve sur une jolic esplanade, dans 

I'espoce de p^ninsule qui exisle a la jonclion des deux 

III. MAi\s. 2. 45 



( 218) 

rivieres. Scs inaisons, qui eiitoiircnt pour la plupart 
une grandc place, a unc des exlr^mites de laquelle se 
trouvent I'liabitatiou du curt!; el Toglise, sont loutes 
construites en bambous el recouvertes , connne cellcs 
dc Tipuani, d'un chaume de feuilles de palmier. 

La populalion de Guanay est d'cnviron 300 aines. 
Elle consisle presque uniquement en Indiens Lecos, 
nation qui occupail autrefois, a ce qu'il paralt, une 
des plages de Tipuani et les rives de Mapiri. Ses meni- 
bres I'urenl catechises, en ISOZi , par un religieux du 
couvenl de Nuestra-Seuora de Ocopo, qui les dislribua 
dans les Missions de Guanay el de Mapiri, fondees a 
leur intention. Pius lard, la nation emigre ful reunie 
dans le premier de ces villages. Pendant noire s6jour 
dans cette localile, nous vimes arriver une balsa de la 
partie inferieure de la riviere; elle etait charg<ie d'ln- 
diens de la nation des Mozetenes. Celle-ci occupe trois 
Missions, silu^es sur le Piio-B^ni , au-dessus du con- 
fluent du Pvio de Guanay ou Mapiri. La premiere, 
appel^e Muchanes, fondee en 1725, est a 4 lieues au- 
dessus de lenibouchure de la riviere. Santa-Ana , la 
seconde , est a cinq journoes de navigation au-dessus 
du Muchanes. Magdalcnas, enfin , j>e tiouve a 5 lieues 
plus haul que la Mission precedente, a IVMubouchure 
du Piio-Ayopaya, qui descend des parties elevees du 
departeinent de Cochabaniba. La population des trois 
Missions est d'environ 1 350 habitants. 

Oulre les Indiens dont je vicns de parler, nous en 
vlmes encore a Guanay, qui venaienl des villages dc 
Tumopasa ct d'YsianKis, dans la province de Caupo- 
lican. Us appartenaienl a la nation Tacana. 

T oules ces peuplades parlent des langues particu- 



( 219 ) 

litres, bicn clisVinclos de celles qui sonl en usage dans 
la province de Moxos. Elles n'ont meme tie commun, 
entre elles, qu'un point que je signalerai en passant : 
c'est I'usage qui y esl fait d'une numeration quinaire. 
Cette numeralion date-t-elie de Tepoque de la forma- 
tion de leur langue , ou y a-t-elle ete introduite par 
les missionnaires? C'est ce que je n'ai pu constaler; 
mais la derniere supposition me parait elre la plus 
vraiseniblable. 

La physionomie des Locos est bien dilferente de 
celle des Indiens Aymaras et Quichuas, des liautes 
terres de la Bolivie. Us ont le teint plus clair, le front 
plus eleve, le nez moins 6pate; leur boucbe, quoique 
grande , est bicn faite et sourlante. La plupart d'entre 
eux portent, aujourd'liui, les cheveux courts et partag6s 
sur le cole. La taille des hommes est en general assez 
^lev6e ; ils sont d'une force et d'une agilite pcu com- 
munes. Le costume des deux sexes consiste en une 
grande cliemisc sans manches, appelee talle, en tout 
semblable au (ijjoi des Missions de Mojos et de CUi- 
quitos. L'arc est encore d'un usage frequent chez eux; 
mais ce n'est guere que pour la peche; ils le rempla- 
cent par le fusil dans toules les aulres circonstances 
oil des amies leur sont n^cessaires. 

Ce ne fut pas sans peine que nous nous procurames 
les ladeaux et les Indiens dont nous avions besoin pour 
remonler le Coroico. Cependant tout ful pret le 18 sep- 
lembre, et nous fimes nos adieux a la Mission. 

En arrivant a I'embouchure du Coroico, nous nous 
aper^umes qu'une des quatre balsas que nous avions 
cmmenecs manquait de stabilite, et nous fumes obliges 
d'y faire ajouler des troncs suppU'^mentairos. Ln lar- 



( 220 ) 

geiir du Coroko a son embouchure n'(5lail gu^re que 
le tiers de celle du Mapiii. Les plages dcs deux rivieres 
^taient couvertes d'une grandc nappe de ccs grami- 
nees geanles, qui portent le noni do Gynerium sngil- 
ta/e. Les tiges de ces vegetaux Elegants entrent dans la 
construction de toutcs les habitations du pays; j'cn ai 
parl6 sous le nom de Bambous. 

Nos reparations elant termini^es, nous nous rcmimes 
en route. On avait fixe solidcinent au bee de chacune 
de nos balsas deux cordes-lianes tres-resistantes. Ellcs 
avaicnt 8 a 10 metres de longueur. Deux Indiens y 
claient alleles et tralnaicnt la hnha le long de la berge 
de la riviere; pendant qu'un troisi(!;nie , resle a bord , 
renipt'chait d'accoster, en se servant d'une longue 
perche. Quand la nature du rivage ne permeltait pas 
I'usage des cordes , c'otaient les perches seules qui 
fonctionnaienl. 

Les premiers jours de notre navigation furent com- 
parativement faciles; les rapides , quoique tr^s-fre- 
quents, n'avaicnt rien d'clTrayant. Les rives dlaient 
couvertes de rochers noirs ct arrondis, polls par I'ac- 
lion de I'eau; une foret impenetrable les encadrait de 
sa sombre verdure. Le qualrieme jour, nous passames 
I'embouchure dune petite riviere appcl(5e Caranavi. A 
parlir de cc point, les obstacles auginenlerenl. Les 
rapides etaient si nombreux, qu'il ne se passait guure 
cinq minutes sans que nous en rcncoutrassions au 
moins un. Dans quelqucs-uns d'entre eux, la rivi6re 
faisait une chute tolalo de 2 ou 3 metres. 

Pour fairc passer nos balsas par-dessus les rochers 
qui Torment cos calaracles, il fallut plusieurs fois les 
soolcvcr a force de bras. Nos ombarcalions so pen- 



( 221 ) 

chaient lellenient paifois, que c'eluil miracle qu'elles 
ne se renvcrsassent pas plus souvcnt. Cet accidenl nous 
arriva Irois fois; mais la dexterile de nos Indiens etaiL 
telle, que nous n'eumes, en aucun cas, a ddplorcr de 
partes serieuses. 

Depuis que nous elions enlres dans la region des 
grands rapides, les monlagnes presenlaient a I'ceil un 
aspect, different de celui qu'elles avaient plus bas ; 
beaucoup d'entre elles etaient laillces a pic et encais- 
saient dtroitenient la riviere. Lcurs flancs etaient cou- 
verts de grands Tillandsiasetd'autres v^gotaux a forme 
pittoresque , ou feslonnes de lianes, sur lesquelles 
jouaient des bandes d'^cureuils. Puis , dans leurs re- 
coins les plus sombres, etaient perches des coqs de 
I'oclie qui s'envolaicnl a notre approche, en sillonnant 
I'air comnie des traits de fou. 

Neuf jours apres notre depart dc Guanay, nous 
abordames au pied de la montagne sur laquellc est 
batie la ville de Goroico, chef-lieu de la riche province 
de Yungas. Nous y entranies le 27 septembrc , et en 
reparlimes le 1" octobre. 

Le cliemin que nous allions prendre pour repasser 
la Gordillere est aussi bon que celui que nous avions 
parcouru jusque-lu est mauvais. II suit, a pcu pres 
partout, la direction du Rio de Goroico, et a coute, 
dit-on, au gouverncment boli\ion, unc somme de 
300 000 piastres. Plusieurs mules ciiargees peuvent y 
marcher de front dans les endroils les plus diilicilos. 
Le voyageur s'y croisc a tout moment avec des cara- 
\'anes qui portent au dehors les produits des fortilcs 
vallees de Yungas. 

J'ajoutcrai que je ne connais aucunc passe des 



( 222 ) 

Andes ou le pavsage ait un aussi reniarq liable cachet 
de grandeur. 

Aprcs une course sinucusc au milieu de raille mer- 
veilles nalurelles , nous arrivauies a un petit village 
nouiuie Chaiila-Pampa, ramassis de cabanes et de ban- 
gars ou st'journent, au nioins une nuit, les troupes 
d'anes et de mulcts qui sortent des Yungas ou qui s'y 
dirigent. La grande vt^getation y cesse j celle des ar- 
busles y commence; plus haut encore, ceux-ci dispa- 
raissent , el Ion ne voit plus qu'un sol nu , seine de 
blocs de granit. 

Dans ces lieux desoles, on trouvc cependant quel- 
ques habitations , parmi Icsquelles est une csp^ce 
d'hotel, ou tnmbo, appel6 Cluicura, oil se vendent, a 
prix d'or, les objets do premiere nocessitc^. Bicn plus 
haut encore, non loin au-dessous du niveau des neiges 
perp6tuelles , se trouve un autre tambo, que Ton dis- 
tingue par le nom de Cbucura-chica. Nous y passames 
la nuit du 3 octobre, et nous rentrames, le lendemain, 
a La Paz. 

Notre mission elanl terminee, nous ne pensamcs 
plus qu'a regagner I'Europe. Je mis au plus vile en 
ordre les collections d'histoire naturelle que j'avais 
formees depuis mon arriv6e en Bolivie, el je partis 
pour la cole par le chcmin de Puno ct d'Arequipa. 11 y 
a sur cetle route une ligne de posies, dont je prolilai. 
filablie par les Kspagnols pour raciiiter les commu- 
nications enlre les cliefs-licux de leurs vices-royautes, 
on a continue, lant l)ien que mal, a I'eutrelenir; mais 
il s'en faut beaucoup qu'elle soil parfaite. 

Les inaisons de poste sont dislantes I'une de I'autre 
de 3 h 6 lieues environ , et les mules ou les chcvaux 



( 223 ) 

que I'on y loue se payent a raison d'uii real (60 cen- 
times) par lieue. Un Indien , decore du tilre de pos- 
tilion, auqucl on paye un medio (30 centimes) par 
lieue, accompagne les animaux loui^s d'une maison 
de poste a une autre , et prend soin de ceux qui sont 
charges. Ces hommes ont une telle habitude du me- 
tier qu'ils font que, quel que soit le train que Ton 
aille, ils ne re?tent jamais en arriere; et, ce qu'il y a 
de plus singulier, c'est qu'ils ne paraissent jamais 
s'essouffler, tandis que, dans ce meme pays, un Euro- 
p6en peut a peine courir dix pas sans 6tre oblige de 
s'arrSler. 

En sortant du ravin de La Paz, je me dirigeai dans 
la direction du grand lac de Titicaca , a travers une 
puna pierreuse el nue. Quelques cbamps cultivi^s y 
apparaissaient ga et la , mais sans verdure. D'innom- 
brables tas de pierres , disperses de tous cotes , tdmoi- 
gnaient des peines que s'dtaient donnees les Indiens 
pour chercher h tirer quelque chose de leur terre in- 
grale. 

Apres que j'eus passe le petit village de Laja, les 
pierres cesserent de se montrer ; elles etaient cacht^es, 
sans doute, par un d^pot plus recent. Quelques col- 
lines s'^levaient abruplement du plan uni de la 
Pajiipa. 

II n'est pas possible de douter que cette plaine n'ait 
forme, a une epoque assez peu recul^e, le bassin d'un 
lac qui se conlinuail avec celui qui existe actuellement 
un peu plus au nord. 

Une chaine dc coUines, cssenliellement composees 
de gr^s d'un rouge pale, separe la Pampa de Laja 
d'une autre plaine tout a fait semblable, a une des 



( 22/1 ) 

exlr^mil^s do laquellc se Irouvent Ics cel^bres riiines 
dcTiaguanaco. Celles-ci sont siluecs sur une eminence 
tr^s-niarquee. En y arrelant mon allenlion, j'ai pense 
que ce lieu devait foi-nicr, durant une ccrtaine periodo, 
une petite ile ; s'il en ctait ainsi a I'epoque ou les edi- 
fices dont on voit les ruines out ele dlcvos, on s'expli- 
querait peut-etre plus facilcmcnt comment les pierres 
colossales qui les constituent y furent transportees. 

Plusieurs autres eminences do la plains dc Tiagua- 
naco portent a leur base des traces non equivoques 
de Taction d'une nappe d'eau qui les aurail battues 
pendant longtcmps. 

Qualre lieues separcnt Tiaguanaco des rives du lac 
actuel dc Titicaca, ou il y a un village nppcle Guaqui. 
Enlre ces deux points, le sol est convert, sur une 
grande ^tendue, d'une couche de gravier, et porte les 
marques les plus ^videntes d'avoir etc occupe par les 
eaux a une epoquc comparalivement tros-peu reculee. 

En quittant Guaqui, jc suivis les bords du lac qui 
decrit, de ce cote, un grand angle, et j'arrivai, apr^s 
une marche de quatre lieues, au canal du Desaguadero, 
qui, comme on le sait, forme, en ce point, la limite dc 
la Bolivie. Un pont do bateaux, a cliaque extremito 
duquol il y a une douane el un bureau de peage , fait 
communiquer los deux rives. Jo pris conge, en le Ira- 
versanl, de la Ropublique Bolivioniie, ct j'abordai celle 
du Perou. 

Les monlagncs au milieu dcsquelles jo dirigcai ma 
course, apres avoir passe le petit village dc Zepita , 
sont d'origine volcaniquo. Elles forment un groupc 
remarquablc, qui m'a scmJjlo clrc un dos centres prin- 
cipaux du grand soulevement qui a du s'operor dans 



( 225 ) 

celte parlie de rAmdrique post^rieuremenl a la fur- 
mation des Andes; ce soul^vement parait avoir combl(^ 
une immense vallee qui separait, avant celte epoquc, 
la GordillSre interieure de la cliaine littorale. 

Le district que je traversais forme partie du d6par- 
teraent de Puno. II etait autrefois un des plus floris- 
sants du Perou ; sa decadence a suivi I'expulsion des 
jesuites, auxquels on en doit surtoul la civilisation. II 
suffit de Jeter les yeux sur les nonibrcuscs eglises ou 
ruines qui s'el^vent encore comrae des colosses au- 
dessus des chaumes enfumes des villages d'a present, 
pour avoir une idee des cliangements survenus dans la 
constitution de ce pays. Juli etait anciennement la ca- 
pitale du departement, et Test encore de la province 
la plus peuplee, qui est celle de Cliucuito. De la plu- 
part de ses maisons, il ne reste que les murs; il en est 
de m§me de cellcs du village de Pomata, que je tra- 
versai le mfime jour, de Hilabc, de Acora, et nieme de 
Chucuito, qui n'est ^loigne c[ue de quatre lieues de 
Puno, capitale actuelle du departement du memc 
nom. 

Entre le Desaguadero et Pomata , la route traverse 
la base de la p^ninsule de Copa-Cabana. Elle se rap- 
proclie ensuite des rives du lac, et continue de les 
suivre jusqu'a Puno. Le sol d'une grande partie des 
plaines que j'y parcoiiriis consisle en une terrc allu- 
vialc d'unc extreme ferlilite. On y cultlvc la pomme de 
terrc. Forge, I'lJlkico, les fevcs de marais, et I'Oca ou 
Oxalis tubcrosa. Eos seuls fruits que Ton ait r^ussi a 
y faire murir dans quelqucs endroits abrites sont la 
cerise ct la IVaise. Un fait curieux a signaler, c'est que 
le mais, qui ne miirit son grain dans aucun des points 



( 226 ) 

quo je viens de nommer, donne uu produil lr6s-estiine 
dans plusieurs des iles du Jac qui sont au infinie ni- 
veau. 

Au dela de Chucuito, la route contourne une grande 
bale, au pied de montagnes de gres ou de roches vol- 
caniques auxquelles I'action de I'eau a donn^ les 
formes les plus bizarrcs, et elle aboutit enfin a Puno. 

Presse par le temps, je me vis dans I'obligalion 
d'abandonner le projet que j'avais form6 de passer 
quelques jours dans cette ville intc^ressuiite sous tant 
de rapports; je me lialai de partir pour Arequipa, 
ou j'arrivai le 2/i octobre, et, le 2 novembre, je m'era- 
barquai pour I'Europe. 



LES OASIS DU SAHARA ALGKRIEN. 



Lorsqu'cn 1830 la France planta son drapeau sur 
les murs d'iVlger, et dclivra I'Europe cbretienne du 
joug hontcux que quelques forbans faisaient poser sur 
le commerce de la Mediterranoe , nos connaissances 
g^ographiques sur I'Algerie n'^taient guere plus 6tcn- 
dues que celles que nous avons aujourd'hui sur le Ma- 
roc. On connaissait assez mal les cdtes redoulees des 
Elats barbaresques ; on avait par les consuls cl les rela- 
tions assez rares d'inlr6pidcs touristes quelques d(itails 
sur les grandes villes maritimes d'AIgcr, d'Oran, dc 
Bone; on savail que dans I'interieur, par dela les pre- 
uiiorcs cbaines jusqu'alors infranchissables dc I'Atlas, 
il exislait quelques cites importantcs : Constantino, 
I'ancienne capitale de Jugurlha; Titteri, oil r^sidait un 



( 227 ) 

bey; TIemcen, ville mllitaire. Lc Suedois Restelius, lo 
Danois Scliavv, I'Anglais Bruce et le Frangais Desfon- 
taines, disaient dans leurs relations tout ce que Ton 
savait de I'Algerie, 

Gependant les Romains avaient parfaitement connu 
ce pays; ils I'avaient couvert d'un reseau de grandes 
routes, reliant enlre elles les colonies qu'ils avaient 
etablies jusqu'a 80 lieues dans I'interieur des terres. 
Si Ton en juge par les ruines des nombreuses cit^s qui 
couvrent le versant septentrional de i'Aures, ils avaient 
fini par s'etablir fortement dans ce pays ; mais I'inva- 
sion arabe, le fanatisine musulman , I'indolence des 
Turcs , avaient a I'envi plonge dans la nuit de I'oubli 
et du n^ant touts trace conserv^e de celle antique civi- 
lisation. 

11 a done I'allu que, dans I'espace de vingt-deux ans, 
la France reconquit patiemment, et pour ainsi dire 
lieue par lieue , a la science geographique , I'entiere 
connaissance de cette belle contree. Aujourd'liui , 
grace aux int^ressants travaux de MM. Dureau de la 
Malle, d'Avezac, Graberg de Hemso, et surtout a ceux 
de M. Prax et des officiers de notre savant corps d'etal- 
major, a la lete desquels nous citerons avec justice 
MM. Daumas, Carette, Renou, nous avons vu les liniites 
de nos connaissances geograpbiques reculees jusqu'au 
dela du grand Atlas, et ie desert de Sahara n'a meme 
pas arrete nos intrepides exploraleuri. Les limites de 
I'Algerie vers le sud doivent cependant depasser les 
dernieres cimes de I'Allas; car, a I'entree du Sahara, 
on rencontre unc ligne de six oasis, senlinelies avan- 
cees de la civilisation, liecs par leurs int^rets commer- 
ciaux et leurs besoins les plus imp^rieux avec I'Al- 



( 228 ) 

gerie ; cllos en depeiulenl naturcllement , el cllcs 
pourront clrc appclcos dans un avenir prochain a 
servir d'clapes cominercialcs entrc I'Algeiie el Ic pays 
des noirs, car clles sont plus voisines de Tounboktou 
que loules les aulres oasis africaines. Les oasis du 
Sahara algerien sont peuplees par des Iribus plus in- 
lelligcnles et plus aplcs a recevoir les enseigncinenls 
dc la civilisation que les Arabes du Tell. Elles cultivent 
avec habilcle le palmier, occupeut des villes entourees 
de remparts, et ont un gouvei'neinent regulicr, form6 
en grande partie par I'election. Ellos ont amcne a un 
certain point de perfectionnement plusiours brandies 
de leurs manufactures indigenes, et, au moycn do 
leurs caravanes, elles ont clabli de vastes relations 
de commerce avec les districts du nord et du centre dc 
I'Afrique. Ces oasis sont separees Tunc de I'aulre par 
des bandes dc sable parseniecs dc planles ct d'ar- 
busles qui ne peuvcnt servir qu'a la nourrilurc des 
iroupeaux. Chacune d'elles presente un groupe anim6 
de villes et de villages; chaque village est enloure 
d'une quanlild d'arbres a fruit. La s'el^ve Ic palmier, 
Ic plus beau, le plus gracieux de tous ces arbres, qui 
fournit chaque annee une ample r^colte de dattcs, cc 
qui avail valu au Sahara algerien le nom dc Belad-el^ 
Djerid, ou pays des dalles; le grenadier, le figuier, 
I'abricotier, Ic peclier, la vigne , croisscnt a cole dc 
lui , et mOlent leur ombre a la sienne. Quclquefois 
on rencontre pres dc ces lies dc verdure des bns-fonds 
qui, en hiver, sc reinplissent d'eau salic, et, en <ito , 
olTrent unc plaine aride, dessechcie, couverte d'une 
couche de sel facile a exploiter : cc sont les Sebkhas. 
D'aulres fois encore , c'est unc zone monlagneusc he- 



( 229 ) 

riss^e de poinles de roches ou de monlagnes de sable. 

Les six oasis que nous allons successivement visiter 
sent, en allanl de Test vers I'ouesl : I'Ouad-Souf (uieri- 
dien de Philippeville), I'Ouad-Rir etTemacin (nieridien 
de Djidjeli), TOuard-gla (uieridien de Bougie), I'Ouad- 
M'zab (meridien d'Alger), enfin Toasis de Oulad-Sidi- 
C4heikh (meridien d'Oran). 

L'Ouad-Souf est la plus voisine de la fronliere de 
Tunis; ellc comprend le Ziban , qui est au sud de 
Constanline. 

Le Ziban se compose de Irente-liuit villes ou villages 
occup^s par 18 tribus, formant ensemble une popu- 
lation d'cnviron lOOOOOames. Biskara ou Biskra est le 
chef-lieu politique de cettt: oasis : c'est un poste avanc6 
des FranQais dans le desert, qui y tiennent garnison au 
fort Saint-Germain, destine u prot^ger I'oasis centre 
les incursions des Arabcs de I'Aur^s. Laville, dont les 
maisons sont conslruiles en briques sech6es au soleil, 
renferme environ 2 500 habitants. Sidi-Okba est la 
meti'opole religieuse. Cetle dernierc ville est arrosee 
par un ruisseau appele Oudd-Braz, la riviere da com- 
bat, qui descend des monts Aures, pour se jeler dans 
rOuad-el-Djedi. Les autres villes sont : To/ga , Liana, 
Farfar, Zadcha ou Zaatcha, qui tenta , rnais en vain, 
de rtlssister a nos armes, et Bonchagronn; les princi- 
pales tribus sont celles des OnJad-Zeian, des Sahdri, 
des Ouldd-Saci, et des Oaldd-Harkat. Cctle oasis est 
partag^e en Zab du nord , du sud , de Test , de I'ouest, 
et est environnee par les terres des parcours des tri- 
bus nomades, qui apparliennent a la province de 

Constanline. 
VOudd-Soiif, oasis siluee au sud- est de la pr^cti- 



( 230 ) 

denle, sur la fronti6ro la plus orlcnlale de I'Algc^ric, 

presente un tout autre caract^re : die est perdue au 

milieu d'un labyrinlhe do monlagnes de sable, qui 

absorbent iminediatcment conime autant d'^ponges 

les pluics les plus abondanles. M. Caretle les compare 

a de hautes et larges dunes. 11 est hors de doute que 

la mer en a jadis baignc le pied , ainsi que le t^moi- 

gnent les nombreusos coquilles marines que Ton y 

rencontre. Les replis do ce lahyrintlie recfelenl liuit 

petitos villes ou villages dont les habilallons, couvertcs 

de domes pointus, presenlent exaclement Timago de 

ruches; ellcs sont entourees de jardins et de paluiiers 

qui produisent les plus belles daltos du Sahara. El- 

Oudd^ Ezgoiim, TarzouH, Behiina et Goumar, sont les 

principales de ces villes. El-Ouad, la capitale de I'oasis, 

commerce avec Tunis par Nella ct Rairouan , el lui 

envoie ses dattes si eslimecs a Paris sous le nom de 

dattes de Tunis; mais il serait plus naturel qu'elle 

exportat ses produits par Biskara, Constantino el Phi- 

lippeville. Une route part aussi de cetle ville, pour 

penetrer dans le pays des noirs en traversant Gha- 

damcs. Ghat et Aghades, les grandes oasis du desert. 

Parmi les tribus qui habitent I'Ouad-Souf, nous cile- 

rons : les OulddMansoury les El-Djebirdt, les Oiddd- 

Hamza et les El-Gouaul. Sa population est evalude a 

environ AO 000 habitants. La situation do cette oasis 

impose a ses habitants une servitude p^nible : le vent, 

qui denude la cime des coUincs, en chasse les sables 

dans les villages construils a lour plod ; aussi voit-on 

les Souafa occupes du matin au soir a d^blayor lours 

cours et leurs jardins, pour Eloigner I'invasion qui les 

menace sans cesse. 



( 231 ) 

A qualrc journ^es a I'oiiest de I'oasis d'Ouad-Souf 
se trouvc celle de Oudd-Rir, qui est bien plus 6lendue : 
elle occupc un vaste bassin dont quelques parties sont 
envahies par des eaux slixgnanles.Tuggurt ou Tongourt, 
capilale de celte oasis, est balie au milieu d'une plaine 
l^g^rement ondulee; au sud et a Test sont ses jardins 
et ses bois de dattiers. L'espace occup6 par la ville 
figure a peu pres un cercle, au sud duquel est la Kas- 
bab ou cbateau du cheikb. Elle est entouree par une 
muraille baule de 3 a Zi metres, et defendue par un 
foss6 de 10 metres de largeur ; on y penetre par deux 
portes, la portedu Pecker, Bdb-el-Khoukha, au sud-est, 
et la porte de Sidi-Abd-es-Salam. II existe une Iroi- 
si^me porte appelee Bdb-el-Ghdder (la porte de la tra- 
bison); elle appartient a la Rasbah, et ne s'ouvre ha- 
bituellement que pour le cbeikb : c'estpar cette porte 
qu'entrent ses fiancees; c'est par cette meme porte 
que sortent les criminels condamn^s a mort. 

Les maisons de Tuggurt, balies de lerre et de moel- 
lons, n'ont qu'un etage, beaucoup meme n'ont qu'un 
rez-dc-cbaussee. La ville possede vingt mosquees, et un 
bazar ou Ton vend la laine, la gomrae, les bonnets 
rouges, les kbaiks et les dattes. Les hommes cultivent 
leurs dattiers el font le commerce, tandis que les 
femmes fabriquenl des lissus de laine et de soie. La 
population de la ville est d'environ 3 000 babitants de 
races differentes : les Beni-Mounour ont le teint noir; 
\es Med/haria ont loule la pbysionomie desJuifs, dont 
ils ont conserve la langue. 

La ville de Tuggurt est un des points les plus impor- 
tanls sous le rapport de I'avcnir commercial du Sahara 
alg^rien ; elle exerce sur les autres oasis une certaine 



( 23i> ) 

supr^malle : c'cst en ofTet une des ]>rinclpales dtnpes 
du desert. Elle communique avec Philippeville et Con- 
stantine, parEl-M'gheir, Biskara etBatna; avec Toun- 
boklou , Agliadfes , Glial et rAfrirjuc ccntralc , par 
Ghardeia, Timimoun et Insalah. Pcul-etre la France 
tirera-t-elle un jour parti des ressources qu'oflViraicnt 
a son commerce cos differenios voles do communica- 
tion qu'elle ignorait naguero, en faisant dc Tuggurt 
un march6 important ou les caravanos viendraient 
s'approvisionncr des articles ciu'opeens , en ^change 
des denr^es de I'inlerieur de I'Afrique (1). 

Aux environs de Tuggurt sc trouvent de nombreux 
villages : nous cilerons ceux de Beni-Icouacl, deNezla, 
de Ba-Jllouch; leur population monlc i environ 16 ou 
17 000 habitants. Plus au nord et sur la route du Zi- 
ban , Meggariii Moggiir, Sidi-Rached et Ourlana. Les 
principales Iribus qui habllent celtc oasis sont les 
Oiddd-bcn-Djellab, les Ouldd-Moidat, les El-Freit et 
les Ouralin, 

Les oasis dc Te.mncin etdo Onnrcgla sont au sud de 
I'oasis d'Oiiad-Piir. La premiere a pour chef-lieu EU 
Giiecer, petite villc entouree de quelques villages, 
parmi lesquels nous nommerons El-Koudia, El-Aouar 
et Gong; ils sont habites par les tribus des Saul-Oiddd- 
Jmer et des Ouldd-Seiah. La secondc, sur I'extrfime 
limite du desert, est a 20 lieues au sud de la prece- 
dente; la route qui y conduit longe une chaine dc col- 
lines elevi^cs nommees .Ivcg-ed-Dein , ainsi que I'an- 
cienne oasis d'Aioun-Bordad , que les devastations 

(i) Voyez, ilans la Rcnic de I'Oricnl ct dc l\Hijerie, les remanjua- 
bles Me'moires ilc M. Prax, ct la CarW des routes commciciules de 
CAlgerie cni puys des noiis, par Ic niemc. 



( 233 ) 

des Touarlks ou Touaregs, ces pillards du desert, ont 
fail abandonner. Avant d'entrer sur les terros oii re- 
parait la vegetation , on passe VOudd-el-Jzal , qui pa- 
ralt 6tre Ic principal cours d'eau de la contree. L'oa- 
sis d'Ouar^gla pr^senle, comme celle d'Ouad-Souf, 
un terrain fort accident^ ; on y trouve quelques col- 
lines ^levees, qui, dans le ddsert, peuvent passer pour 
des inontagnes ; quelques - unes sont couverles de 
ruines, teraoignages muetsd'une ancienne civilisation. 
OuaregJa, qui donne son nom a I'oasis, est une ville 
importante par sa position a I'entree du desert; elle 
commerce avec Insalah , capilale du Touat. N'gotica, 
Ba-Mendil et Rouicat sont des villages ou Ton tisse la 
laine en khaiks et couvertures. Cette oasis est peupl^e 
par les Sa'id-Atba et les Mekhadina ; sa population 
peut monter a 10 000 habitants. 

Dans ces differenles oasis, I'eau est fournie par de 
veritables puils artesiens; leur ouverture est g^nera- 
lemont large et carr^e, elle est protegee par un coffrage 
en bois de palmier. Aprfes les avoir creuses jusqu'a 
une moycnne profondeur, on arrive a une couche 
semblable a I'ardoise , qui couvre et comprime la 
nappe d'eau. Lc percement de celte derniere couche 
est une operation diflficile et qui exige de grandes pre- 
cautions. Avant de descendre dans le puits pour 
rompre le diaphragme, I'ouvrier est attache a la cein- 
ture par une corde ; plusicurs honimes tiennent I'extr^- 
mit6 oppos^e. A peine a-t-il brisd d'un coup de pioche 
I'obslacle qui s'opposc a I'ascension de la colonne 
d'eau, qu'il faut s'empresser de le relirer, car I'eau 
monte avec une cffrayante vilesso, franchit les bords 
du puits el se repand alentour. On la dirige alors 

111. MA1\S. 3. K) 



( -23/, ) 

;clans (les canaux disposes a ravance pour la recovoir; 
a parlir de cc moment, elle ne cesse de couler; ce- 
pendanl on a vu des puits qui, apres quelques ann6es 
de service, s'arrelent tout a coup, et dont le niveau sc 
mainlient au-dessous du sol; cetle interruption subite 
entraine alors la ruine du village et des plantations 
qu'il desservait (1). 

L'oasis de Oudd-M'zab est a I'ouest de la precedente; 
elle est herissee de montagncs prcsque nues et com- 
plelement arides, donl les plus imporlantes, connucs 
sous le nom do Djebel-Mazcdj, la scparenl, vers le 
nord-ouesl , du plateau de Feiudli. Dans les vallees 
que Torment ces monlagnes s'elevent, au milieu des 
palmiers, huit pelites villes babitees par la population 
la plus active et la plus commercante de loule I'Alge- 
rie ; dies comptenl environ AO 000 iimes, et n'ont pas 
moins de 3 000 negocianls elablis sur les difl'erents 
points du Tell. Les vallees ou se irouvenl les villes son I 
Iraversees Y)Vt.\:VOudd-lS'sa, VOudd-M'zab, qui donne 
son nom a l'oasis, VOudd-JMethli el VOudd-el-Touiet. 
Mais ces torrents, qui dans la saison des pluies sent 
fori redoutables, laissent, a cause de la rapidite des 
pentes, leurs lils completement a sec pendant I'el^ ; 
les babitants sont alurs reduits a I'eau de puits, qui 
est bonne el abondante. La capitale de l'oasis est Ghar- 
deia ; c'est une ville de 12 000 amcs, situee sur les 
bords de lOuad-iMzab, cntre trois montagnes isol^es. 
Son importance commerciale est tr6s-grandc; elle 
communique, par Timimoun , avec Insalub , et de celte 
ville avec les grandes villes du pays des noirs. Qu'une 
caravane aussi nonibreuse, aussi cbargee , aussi inal- 
lendue qu'elle puisse elre, arrive a Gbardeia; en quol- 

fi) V\.enon^ Description de I'AlgMe. 



( 235 ) 

ques heures, elle a effectu^ le placement ties ses mar- 
chandises et fait son chargement pour le rotoiir. Les 
aiitres villes iniportanles de I'oasis sont : Mlika, la ville 
sainle des Beni-M'zab; Bou-Noicra, Giiernm, Berrian et 
Metlili. La tribu des Beni-Mzab qui peuple ces villes 
se fractionne en Chaamba, Beni-Helal , Oiddd-Ainer et 
Ouldd-Iahia, 11 est probable que le sol de cetle oasis 
et de celle de Tuggurt , qui en forme presque la conti- 
nuation, ne se Irouvequ'a unefaible hauteur au-dessus 
de la Mediterranee, 

Au nordde I'oasis de Beni-M'zab, lorsqu'on afranclii 
les derniercs pentes du plateau de Feidali, on ren- 
contre quelques montagnes arides et isoleos, puis on 
descend vers I'oasis des Ksour, que traverse, de I'ouest 
a Test , rOuad-Djellal ; ses villes principales sont £/- 
Jghoudt (1) et A'in-Madhy . La description de celte der- 
iiifere ville pourra donner une idee de ces villes de I'in- 
terieur de I'Afrique qui ont a protiger leur commerce, 
et contre les Arabes du desert, et centre les tribus 
des oasis voisines. 

Batie sur un rocher, au milieu d'une plaine aride, 
A'in-Madhy est a 67 lieues de Mascara; ellc est envi- 
ronnee de jardins plant^s de grands arbres qui cachent 
tellenient la ville, qu'en dehors de ces jardins on 
n'apercoit que les terrasses les plus elevees et le liaut 
des forts. Au nord-ouest de la ville, coule un petit 
ruisscau appele Quad- A'in- M adhy , qui prend sa source 
dans les montagnes que les Arabes noniment Djebel- 
Ainer, ou Djebel~Ainout\ et qui se pcrd a quelques 
lieues de la dans les sables. Lorsque la ville soutient 

(i) Voir au Bulletin de fevrier, p. laa, un coinpte rendu de I'es- 
pedition de Lagliou.u (El-Agliouaf ) failo rn i844 P'T' ^- 1'" geiu'ral 
Marey. 



( 1>36 ) 

un si(^ge conire quelques Irilnis, les assiogoanls no 
manquent pas do ddtourncr co ruissoau ; les habilanls 
sont alors roduits a la sculo cau dc quelques puils qui 
sont dans son enceinte. Ain-Madhy est petite ; elle ren- 
ferme environ 300 uiaisons et 2 000 habitants. Ses for- 
tifications consistent en une chemise Ires-forle en pierre 
de taille et enduitc d'un recouvremcnt en b^ton. La 
hauteur inoyennc de cetle muraille est de 7 a 8 me- 
tres, et son epaisseur est assez grande pour que quatre 
chevaux puissent, dil-on, y galopcr de front; elle est 
flanquee de 12 forts faisant saillie de /i metres. En 
dehors de I'enceinte principale, s'etendent cinq ou six 
autres murailles qui sc font face el qui separenl les 
jardins dc la ville. Ces murailles, hautes dc 5 a 6 
metres et epaisses seulement d'un demi-metrc, sont 
balies en moellons a morlier de chaux. 

Ain-Madhy a Irois porlcs : une a I'ouest, une au sud 
el une i Test; les deux premieres sont masquees par 
des travaux avances, et flanqu^es de tours qui en de- 
fendeiit I'approche; la troisieme communique seule- 
ment avec les jardins. La ville est perc6e de deux rues 
principals : I'une, qui communique de la porte do 
I'ouest a cellc du sud , traverse une petite place qui 
forme a peu pr6s le centre de la ville; I'aulre fait le 
tour de la muraille et la separc des habitations : a 
celle-ci aboutissent un grand nombre de ruelles. La 
Kasbah, residence habituelle du marabout qui gou- 
verne Ain-Madhy, est situee pres de la porte du sud ; 
elle est entouree de murailles crenelles, et renferme 
un puils et lous les magasins du marabout. 

Suivant les Arabcs, la forme gen^rale d'Ain-Madiiy 
est cclle d'un ceuf d'autruche, donl la pointe est diri- 
gee vers la porte du sud. 



(237 ) 

Ce qui donno de rimporlance a Ain-Madhj , c'est sa 
situation dans le desert, a quinze journees de marclie 
do louts villc; c'est rinfluence qu'clle exerce au loin 
sur les Iribus qui rentourent; c'est enfin qu'elle est le 
passage oblige des caravanes qui vont dans I'interieur 
de I'Afrique. Les habitants, composes d'Arabes, de 
quelques families juives et d'esclaves negres, ne vivent 
que de commerce ; cliaque maison est un entrepot ou 
les Arabes du dehors mctlent en siuete leurs recoltes. 
La population de I'oasis des Ksour est de 10 000 habi- 
tants. 

Au nord de I'oasis des Rsour, entre les plateaux du 
Sersou, ou du haut Ghelif, de Sidi-J'ica et de la chaine 
du Djebel-Amour et du Sahari, se trouve le bassin des 
lacs sal^s du Hodna et de Zarez; on n'y rencontre pas 
de ville importante , a I'exception toutefois de Bou- 
Sada, situee au sud de Chott-es-Sa'idn ; elle fait un 
assez grand commerce avec les oasis. Le reste de la 
contree forme les terres de parcours des Iribus du sud 
de Tilleri, et est aussi occupe par la grande tribu des 
Ouldd'Na'il. 

La derniere des oasis du Sahara algcrien qui doit 
nous occuper, et la scule que Ton rencontre dans la 
province d'Oran, c'est celle des Ouldd-Sidi-Cheikh ; 
?lle est situee a 30 lieues de la derniere limitc du Tell, 
au dela du petit desert d' Angad, sur le revers mei'i- 
dional du Djebel-Amour. Les Iribus qui I'occupent se 
sont montrees plus hostlles a la domination francaise 
que celles des oasis pr6cedentes. Ses piincipales villos 
sont; El-Ahied-Sidl-Cheikh, qui parait elro la capitale; 
Bizinay Rassoid^ Bou-SenigJioun-ChelUUa, et Ai'n-SeJ'a ; 
elles font un commerce h'6s-actif avec le Maroc, et sont 



( 238 ) 

en rapport avec Tounboktou et le pays des noirs par 
I'oasis marocaine de Figuig. 

Tclles sonl les oasis qui seniblent litnilerrAIg^rie au 
sucl ; il y a a peine quelques annees, leur existence 6tait 
ignorec; en rapports journaliers avec les provinces et 
les grandes villes du nord, avec lesquelles elles ^clian' 
gent leiirs laines brutes et leurs dattes contre les grains 
necessaires a lenr subsislance , elles pourraient servir 
d'entrepot et d'inlermediaires a un commerce aclif 
avec le Soudan. Aujourd'hui I'interieur de I'Afrique se 
trouve approvisionn^ par le Maroc, Tunis, Tripoli , et 
I'Egypte, a I'exclusion de I'Algdiie. II serait cependant 
facile d'etablir des relations commcrciales suivies avec 
Oran, Alger, Philippeville, par El-Aghouat, Tuggurt, 
et El-Ouad ; la France trouverait un nouvel ^coulement 
pour ses tissus de soie, de laine, de colon, son eorail, 
ses verroteries, ses essences, et divers lagers articles; 
elle recevrait en echange la poudre d'or, I'ivoire, les 
plumes d'Aulruclies, et les denrees qu'elle ne recoit 
aujourd'hui que de seconde main, et Ton pourrait voir 
une society de marchands porter pacifiquement la do- 
mination et I'influence frangaise jusqu'aux bords du 
Niger. On pourrait memc ctablir d'imporlantes com- 
munications avec notre colonic du Senegal par Bis- 
kara, Timimoun, Bel-Abbas (ville au centre du desert)* 
Chinguieti (ville de I'oasis d'Adrtlr, au nord du Sene- 
gal ), et Saint-Louis. Qu'il nous soit done permis d'es- 
p^rer que le gouvcrnemenl, jaloux de tout ce qui peut 
contribucr a la grandeur do la France, s'occupera dans 
un avenir procliain de la question du connnorce de 
I'Alg^rie avec le pays des noirs par les oasis du Sahara 
algcrien. V. A. MALXJi-BRUiv. 



( 239 ) 
PLACE DE LA GfiOGRAPHIE 

DANS 

LA CLASSIFICATION DES CONNAISSAISCES HUMAINES(i). 



Rien de plus commun que de voir la geographic mal 
classes parmi les aulres connaissances humaines : dans 
les catalogues, dans les tables encyclopediques, dans 
les sections des soci^tes savantes, elle est rangee tanlot 
parmi les sciences hisloriques, lantot parmi les sciences 
sociales, ou dans les sciences physiques, ou dans les 
sciences matliematiques. Essayons de mettre quelque 
ordre dans cette confusion , et de chercher la vraie 
place de cette noble ^tude. Remontons, pour cela, a 
I'ensemble des travaux varies auxquols se livre I'espece 
humaine; et qu'on nous permette d'en presenter un 
tableau rapide, sans que nous ayons assurement la 
pi'^tention d'entrer dans une classification rivale de 
celles des Bacon et des Ampere. Nous serons aussi 
simple que possible , et nous conserverons le langage 
usuel dans cette distribution, ou Ton est trop souvent 
porte a introduire un savant n^ologisme. 

Demandons-nous d'abord d'oii proviennent les tra- 
vaux des liommes. L'iiomnie peut filre consid^re sous 
un double caractere : le physique et le moral. De la 
deux sortes de besoins : ceux du corps et ceux de I'auie, 
les hc?,o\ns physiques et les besoins morau.v ou spiriduels. 
De la sont n6s successivement les arts, destines a re- 
pondre immediatement a ces deux series de besoins; 

(i) Voyez Bulletin, i845, 3'' serie, I. ill, p. 388, Classification des 
collections ethnographiques, par M. Joiiiard. 



( 2A0 ) 

— le commerce, qui I'ait circuler on ccliangcr |)arini 
Ics lionniios les procluils dcs ails; — cnlin, les sciences, 
qui eclaireut les arls et le commerce. 

Les arts se sent nalurellemenl divises en deux series : 
les uns pour les besoins physiques : ce sont los arls 
materiels ; les auti'es pour les besoins moraux et spiri- 
luels : ce sont les beaux-arts, auxquels se joignenl les 
belles-lettres, 

Le commerce s'exerce sur deux grandes divisions de 
produits : ]es prodia'ts naturels et \gs produits fabriqnes. 

Les sciences, a leur tour, comprennent trois divi- 
sions : les sciences physiques, qui ont pour objetle monde 
materiel; — les sciences morales, qui onl Irait particu- 
licrement a I'esprit humain ; — eufin les sciences qui, 
s'appujant, d'un^ part, sur la description ou les ri- 
chesses de la nature, et, de I'autre, sur les Iravaux et 
riiistoire de I'liuraanite, tiennent a la fois aux connais- 
sances physiques et aux connaissanecs morales : ce 
sont cellcs que nous appellerons sciences physico-mo- 
rales, et que , dans le tableau des connaissances hu- 
maines , nous placerons entre les sciences physiques 
et les sciences morales, parce qu'elles sont une tran- 
sition des unes aux aulres. 

Voici connnenl il nous semblc que chacune de ces 
grandes sections pourrait elre partagie : 



.1. ARTS. 

1. ARTS MATERIELS 

Agrii.'uliiire 

a. Anrs rnornts a LALiMEnxAiinn 



/ Agrii.'ulliir 
i Ilorticnltu 
1 Cliassc. 

j I'fc lie. 

I Soil! lies Iroupcnu 



X. 

^Boulai){;erie, elc. 



( 2/il 



b. Arts pnopnEs a i.'habillemest 

EX A LA PAIilinE. 



Arts phopres au logement et a 

l'^COKOMIE nOMESTIQl'E. 



d. Arts phopres a la defehse. 



Arts PBcrnES ai'x commiinica- 

riONS DE LA PF.Ns6e. 



/. Arts pbopres aux 
transports. 



'. Arts propres a la mescre du 

TEMPS, DU POIDS ET DE l'eSPACE. 



h. Arts propres a guerir. 



Arts propres a la fabricatios 

DES instruments UTILES AUX AU- 

tres arts. 



'Filage. 
I Tiss.T{;e. 

Alt lUi lailltur. 
' Chnpellerie. 
V Bijouterie, etc. 

Maconnerie. 

Cliarpeuterie. 

Seirurerie. 

Peinture en batiment. 

Fabrication des vase». 

Orfevrerie, etc. 
( Guerre. 

} Art des furlifications. 
(Fabrication des amies. 
(• Langagp. 
) Ecriiure. 
I Lecture. 
\ Telegraphic. 
/ Fonts et chausse'es. 
1 Navigation. 
I Carrosserie. 
I Cliarronneric, etc. 

Calculfi). . 

Horlofjerie. 

Fabrication des instruments de 
piecision et d'optiqiie. 

Fabrication des poids, des me- 
sures et des monnaies. 

Geodesic. 

Aipentage. 

/Mcdecine. 

\ Cliirurgic. 

\ Pharmacie. 

\ At t veterinaire. 
/Me'tallurgie. 
I Travail des carrieres. 
I Art dc forger. 

Coutellerie. 

Quincailleric. 

F\djri( ation des macliincs. 

Fabrication des produits chimi- 
fjiies. 

k Fabrication du papier, etc. 



(I) On a soiivenl disculu sui- \a disllmlion rjiril faut faire eulre un art ct uiie 
science. Ne pcut-ou pas diie (iiie I'art est lelalif a la prnliijiie, et la science u la 
Iheorie ? Nous repiilous ijuc I'arl uous paiail rc'ponilre immeilintement a un Ijesuiii, 
ct (|ue la sciejice sell a e'clairci- I'arl. Cost aiiiii que nous meltons Ic calcul painii 
les oris, el I'aiilhmeliqne parmi les sciences; par la menie raisoB , uous classons la 
mcdecina dans les ails, et lu palLologle, la plijiioloijie, etc., daus Jcs scieuccs. 



( 2/j2 ) 



n. Arts gbaphiqces. 



2. BSAUX-ART8 ET BELLES-LETTRES. 

/Callifjraphie. 

Dessin. 

Peinture. 
1 Sculpture. 
' Architecture. 

Gravure. 

Plastique. 

Cnrto{;i'aphie. 

Typographic. 

Lithographic. 

Photographie. 
'Style. 

Potsie. 

Art oratoire. 

Declamation. 

Critique. 
,Poleini(|ue. 
(Chant. 

I Musique instrumentale. 
' Danse. 

Art tnimique. 

Gymnastique. 

E'^criine. 
■ Equitation, etc. 



b. Anxs LiTTEnAiBBS. 



«. Abts mcsicaux. 



d. Abts choregravhiques, 

CTMBASriQDES, ETC. 



B. COMMEl'.CE, 
1. COMMERCE DES PRODUITS NATURELS. 

Cereales. 



\ 



„ ■ \ Cereales. 

a. Pboduits pbopbes k l alimbntation. < ,. .. 

{ rruits, etc. 

» ( Peaux. 

h. Pboduits pbopbes a l habillemest, etc. J ,^ . ' 

j Polls, etc. 

2. COMMERCE DES PRODUFTS FABRIQUES. 

rPain. 
a. Pboduits pbopbes a l'alimentatios. \ Comestibles divers pre- 

\ pares, etc. 
, r. ' ( Tissus. 

fc. PbODI'ITS PBOPBES A LIIABILLEMENT, ETC. J „ _ ., ,i; ,„„ o,„ 

I Ornements divers, etc. 

C. SCIENCES. 

1. SCIENCES PHYSIQUES. 

Astronomie. 
Geometric. 
I. SclE^CES mathematiques. ^ Arithmetique. 

Alfiebre. 
Mecanique. 



k 



( m ) 



h. Sciences industbielles. 



c. Sciences naturelles. 



Technologic, etc. 

Physique. 

Chiniie. 

AimtomiB. 

Patholo,nie. 

Physiologie. 
iThe'rapeutique. 

Pharmaceutique. 
iHyj^iene. 

Meteorologie. 
IZoologie. 
iBotanique. 

Geologic. 

Mineralogie. 
• Cosmographie. 



SCIENCES PHYSICO-MORALES. 



a. Sciences geogbaphiques. 



h. Sciences economiques. 



(Geographie. 
Ethnogiapliie. 
j Topographic. 
IStatistique. 
/"Economic politique. 
' Economic rurale. 
( Economic industrielle. 



3. SCIENCES MORALES. 



a. Sciences hisxobiques. 



6 Sciences reugieuses. 



c. Sciences PHiLosoPHiQUEs. 



d. Sciences sociales. 



e. Sciences dvj langage. 



(Histoire. 
Chronologic. 
^ Biographic. 
yArchcologie. 
( Theologic. 
j My t ho logic. 

if Philosophic. 
I Morale. 
) Meiaphysique. 
Logique. 
Eslhetique. 
Pedagogic. 
'Politique. 
I Jurisprudence. 
I Legislation. 
^Administration. 
'Granimaire. 
Rlietorique. 
Linguistique. 
Litte'iature. 
•■Philologie. 



La geographie, melange de descriptions piiysiques. 



( '2!i!i ) 

poliliqucs ol morales, vient done, suivant nous, se 
placer a la lele des sciences physico-morales, cntic Ics 
sciences nalurelles, d'un cote, el les sciences econo- 
miques et liisloriques, dc I'aulre. 

Nous croons une section si)ecialc pour les sciences 
geographiques, car la description de la Torre et de scs 
habitants, embrassant des choses acluelles plus encore 
que des choses passees, ne pent etre comprise dans les 
sciences historiques; on ne doit pas la renfermer non 
plus dans les sciences sociales, car elle n'a pas pour 
but que la classification des peuples et des Etats; ce 
n'est pas davantage une des sciences nalurelles, puis- 
qu'elle n'a point pour objet unique de d6criro Total 
nalurel de la surface du globe, quoique ce soit un de 
ses plus importants travaux. Les sciences geographi- 
ques ont done lour propriety, lour valeur et leur place 
propres et independantes, commc les sciences histo- 
riques ont les leurs, et elles sont, avec les sciences 
economiqucs, la transition entre les sciences physi- 
ques el les sciences morales. Outre la geographic pro- 
prement dite, chargce de la description generale de 
la Terre sous lous scs raj)porls, nous y renfernions 
rethnographie, qui ^ludie specialement les hommes 
dans leur filiation, leurs races, leurs langues; — la 
topographic, qui d^cril les lieux avec detail; — la sta- 
tislique, qui enumore et compare les I'orces et les ri- 
chesses des divisions poliliques. Quant aux arts qui 
re^oivent leurs lumiercs des sciences geographiques 
ou qui s'y raltachent plus ou moins directement, nous 
les avons places dans les sections d'arls auxquels ils 
appartiennenl : ainsi , la cartographic , clans les arts 
graphiques ; la geodesic , dans les arts propres a la 



( nb ] 

mesure de I'espace. La cosmographle, qui d'abord 
pourrail paraitre la compagne inseparable de la geo- 
graphic, nous a semble cependant devoir 6tre rang^e 
dans les sciences naturelles, et non dans les sciences 
g^ographiques; elle n'embrasse rien, en eflfet , qui ne 
soil du domaine unique de la nature; elle n'est elle- 
meme qu'une description large et g^nerale de la na- 
ture ; elle nous a paru assez differer de I'astronomie, 
pour ne pas elre placee, conime celle-ci , dans les 
sciences mathematiques; elle examine I'univers dans 
son ensemble, dans sa pittoresque magnificence, et 
non avec les details savants et precis, meles de calculs 
multiplies et minutieux, qui sont le propre de I'astro- 
nomie. 

Telles sont les I'emarques que nous a suggerees I'in- 
certilude oii nous voyons flotfer les meilleurs esprits 
eux-memes quand il s'agit de classer la geographic. 
Nous serions hcureux que la place que nous lui as- 
signons, et que celte distribution g^nerale des travaux 
des hommes, fussent approuv^es du monde savant, et 
particuli^rement de nos honorabics confreres de la 
Societe de geographic, dont nous appelons, du reste, 
la critique ^clairee sur ce sujet pliilosophique. 

E. CoRTAMBERT. 



( ne ) 

LETTRE DE M. ANTOINE D'ABBADIE 

A M. LE SECRETAIRE GENERAL 

DE 

LA SOCIETY; DE G^OGRAPHIE. 



Vous me demandez, inon chei^ conlVire, de moltre 
par ecrit les remarques que j'ai faitos sur la comnui- 
nication int(5ressaule de M. Cortamberl. J'avais clu, 
comino lui, tres-frappe de la position anormale assi- 
gnee a la geograpliie dans nos meilleurs catalogues. 
Malheureusement il existe peu d'harinonie dans les 
differcntes classifications proposees pour I'ensemble 
des connaissances humaines. Avant tout, il faudrait 
une melhode ou du moins un syst^me g^n^ralcment 
adopto el qui put servir de point dc depart; mais les 
grands savants semblent dedaigner les soins de classe- 
iiient d'une bibliollieque , soins si ^l^nientaires , mais 
si faslidieux. Les Linn(^e et les Jussieu ont porte leurs 
pas ailleurs. ISeanmoins, quand on a lu le plan de 
Debure, ordinaircment suivi en France; celui de la 
bibliolheque du Conseil d'ttat, et de plusieurs aulres 
novateurs ; quand on b^sile a se plonger tout d'abord 
in medias res, comme un bibliolbecairc de mes amis 
qui commence par les encyclopedies, il ne resle qu'a 
d^clai'er qu'une methode est encore i\ I'aire , et que si 
elle porte ce cachet de siinplicite et d'c^vidence qui ca- 
ract^rise tout progr^s r^el, elle ne devra ces avantagos 
qu'a une science 6lev(^c, appuyoe sur dc longues me- 
ditations. 

Je suis loin dc pr^tendrc mieux faire que notre es- 



( m ) 

limable collogue; mais je propose mes doutes avec 
celle liardiesse que lout critique assume sans de- 
uiander pardon de mal recompenser de profondes 
etudes et des recherclies penlbles. Veuillez done m'ac- 
corder le b^n^fice de ma francbise, el me permettre, 
sans examiner toute la classification de M. Cortambert, 
de meltre en question la conviction ou il parait 6tre 
que, dans I'bistoire de I'humanile, les arts ont precede 
les sciences. Avant de songer a I'agricuiture, les peu- 
ples pasteurs ont fait de la lilterature en fables ; le soin 
de leurs herbages a provoque des discussions de juris- 
prudence et de politique longtemps avant qu'ils n'aienl 
song6 a sculpter une boulette ou a tisser la toile de 
leurs tentes. Si on suit le meme ordre d'idees, la plu- 
part des penseurs croiront aussi que les beaux-arts 
ont suivi les sciences morales, et que Fart de la guerre 
a precede la premiere idee de la chimie. 

Ces remarques sont faites d'apr^s I'opinion qu'une 
classification des sciences devrait etre concue selon 
I'ordre naturel oil elles se sont ddsveloppees; mais cette 
opinion est peut-6tre contestable, et il faudrait avant 
tout s'entendre sur le principe a suivre. En attendant 
qu'on Tarrfile , faisons ressortir I'embarras de bien 
classer la geographic , et ne craignons pas d'agrandir 
encore celle difficult^, si bien comprise par M. Gor- 
tambert. 

La geographic n'existe peut-etre pas sans le secours 
de plusieurs sciences connexes dout on s'etonne de la 
voir separde dans une classification methodique. Ainsi 
la cosmographie, I'aslronomle, la g^od^sie, la phy- 
sique, la m^leoroiogie, la geologic, et toutes les sciences 
naturelles, sonl de son domaine tout aussi bien que la 



( 'i/i8 ) 

topographic el la slalisliquc. L'elhnographie , science 
essenliellement geographique, ne saurait renier I'al- 
liance de la plulologie. Une guograpUie serait bien 
maigre si elle ne disait rien de ragricullurc et du com- 
merce. Je demanderai surlout ou ii faut placer les 
voyages : ils formenl nne division iraportante dans 
toutes les bibliolh^ques; ils tiennent a la chronologic, 
a Tarchdologie, etc., etc., et Torment le plus souvent 
une sorte d'encyclopedie donl le lien commun est cs* 
sentiellement une l)iographie. Ne pourrait-on pas re- 
noncer a faire de I'histoire une classe a part? Chaque 
science, chaque ait meme, a la sienne; car I'expos^ 
complet d'unc connaissance humainc consisterait en 
trois divisions : theorie, pratique et histoire. On dcrira 
aussi bien I'histoire de la chapellerie, de la carrosserie, 
que celle de Tastronomie ou de la cartographic. Ou 
rangera-t-on un ouvrage essenliellement complexe qui 
serait intituld; Histoire de la geogrnphie? 

En definitive, et sans oser proposer un systemc, je 
rappellerai que loule classification lineaire esl neces- 
sairemcnl incomplete; car la parole ne proc^de que 
par lignes droites, tandis que toutes les connaissances 
humaines se tiennent selon des rapports cubiques ou 
tout au moins superficielles. Bornons-nous a ces dei'- 
nitres, en reconnaissant que la geographic se classe le 
raieux, comme une carte, ou telle region louche plus 
ou moins aux pays contigus. 

Toutefois, si la science doil applaudir a une classifi- 
cation bien faile, en une seule ligne ou en colonnes 
paralU'les, on aime mieux, dans la pratique, un arran- 
gement clair, arliliciel si Ton voul, raais ou Ton s'orienlc 
sans h^siter. Dans eel ordre d'id^cs, ie conservateur 



( m ) 

d'une blbllotlieqiie, apr^s avoir fait un grand nombre 
de subdivisions, les disposerait par ordre alpbab^- 
tique, el cette niethodc. si pen pbilosophique, ne serait 
probablement pas la plus confuse (1). 

Antoine d'Abbadie. 



SUR 

LA NATION DES CHEROREES, 

TRAnrir de l'anglais 
FAR M. DE LA ROQURTTE. 

« Je profile de mes premiers instants de loisir pour 
remplir la promesse queje vous ai faite de vous donner 
une esquisse sur la condition generale et les j)rogr^s 
extraordinaircs fails dans la carriferc de la civilisation 
par ce peuple aussi romarquable qu'inleressant, pro- 
gr^s qui n'ont de paralleles dans I'hisloire d'aucune 
autre nation. 

)) II y a trente ans que j'eus occasion de passer 
quelque temps parmi eux. Leur condition generale 
differait alors fort peu de cello dos autres tribus in- 
dienncs. Us vivaient presque tons dans de petils vil- 
lages indiens, dans de miserables luittes, et subsis- 
laient presque uniquement dos produits peu abondants 
de la cbasse. On pent a peine dire que I'agriculture 

(i) C'est preciseinenl Ic parti qu'a piis il y a longteinps le conser- 
viiteur lie la Bibliollieque nalionale, depai'lemeiit des cartes geogra- 
pliiques. ( Voyez {'Encyclopedic du dix-neuvieiue siiclc, article Cahtes 
GEOonAPniQiiEs, et un ecrit intitule : De la Collection (feograpliique, 
creee ii la Biblotlieque natinxalf. P.iiis, 1848.) J — d. 

MI. MAns, !i. 17 



( 250 ) 

exislal parmi eux. A un petit nombre d'exceplions 
pr6s, il n'y avait point tlo cullivaleurs ; mais quelqiies 
rares pieces de lerre elaient semees en grains, princi- 
palementparlesfemmesindienncs; les homines elaient 
generolemenl ignorants, indolents et adonnes a I'ivro- 
gnerie. II 6tait tres-pen coinmun de trouverun Indien 
qui put parler ou coniprendre I'anglais, tandis qu'ils 
ont niaintenant un gouvernement rdgulierement orga- 
nist, avec des departements legislalif, excicutif et judi- 
ciaire, une constitution (icrite, presquc calquee sur 
celle des btats-Unis; des 6glises, des ecoles, des hotels, 
des magasins, et qu'ils peuvent sous tous les rapports 
6lre compares avec lous les Etats que j'ai visites. 

» La population de la nation des Cherokces peut 
fetre evaluee de 17 a 18 000 individus, non compris 
1 Shk n^gres esclaves et 64 libres. J'ai extrait d'un rc- 
censeuient recent les donn^es statistiqucs suivanles : 
Les Cherokces ont 27 6coles publiques, 38 c^glises, 
65 boutiques de forgerons , III nioulins arnoudro, 
10 moulins a scier, 2 moulins a tan, et de belles sa- 
lines, lis poss6(lenl 5 770 chevaux, 28705 l^les de be- 
tail, 35 832 cochons, 233 mulcts et anes. 

» Ce recensement comprenait seuloment Ics Che- 
rokces emigrants, ou ccux qui ont quiUe lour pays de- 
puis 1835. Ceux tpii ont emigri^ anlerieurcment a cetlc 
6poque sont cerlaineinent beaucoup plus nombreux. 
Mais aucune table genc^rale nc peut donner une id(ie des 
progros faits par cette peuplade encore si r^cemment a 
I'dlat barbare. Leurs maisons sont ordinairemcnl con- 
struites en troncs de bois et couvertes avec des laltes; 
elles onl des cheminees en pierre, et sont proprement 
tenues ; h s fermes sont en bon ordre, et t^moignent de 



( 251 ) 

rinduslrie do, coiix qui les habilent. lis ont compl^te- 
ment renonc^ a la vie de chasseur, ainsi qu'a I'ancien 
costume indien. Je passai trois semaines paniil eux, 
el pendant ce temps, sur un millier d'indivldus que je 
vis, je n'en trouvai pas un seul qui me fournit un 
exemple contraire; et ce qu'il y a de plus fort, je 
n'aperQus pas un seul Indien convert de haillons, sale 
ou ivre. Les lois de temperance sont exlremement se- 
v^res. On considere comme une offense capitale de 
posseder des liqueurs fortes; soutenues par I'opinion 
publique, ces lois ont enlierement extirpt^ I'ivrognerie, 
ce vice si pernicicux partout, mais plus sp^cialement 
parmi les Indiens. 

» La nation est divis^e en huit districts judiciaires et 
d'olection, avec des juges de circuit et d'appel. Les 
maisons ou siegent les tribunaux sont construites en 
i)onnes briques, et la justice y est rendue, sous lous les 
rapports, aussi bien que dans les Llals-Unis. Chaque 
district envoie Irois membres a la Chambre basse et 
deux a la Chambre haute. La legislature 6tait en ses- 
sion lorsque je m'y trouvai, et je n'ai jamais vu les 
affaires traitees avec plus de dignity et de promptitude. 
Le president du comitd (S6nat) et I'oraleur [speaker] 
du conseil entcndent les deux langues, et traduisent les 
discours des membres. S'ils sont prononces en anglais, 
ils le r6p6tent en cherokee, et vice versa. Le St^nal, ou 
comit6 , se compose de seize membres, tous clioisis 
parmi les hommes les plus respectables, et ayanl la 
tournure la plus distinguee. Les deux principaux ora- 
teurs [debntors] titaient M, W. P. Ross, gradue du col- 
lege Princeton, el M. James Kell. M. Ross est un orateur 
s'^non^ant avec grace et clarte , et montrant aulanl 



( 252 ) 
tie capncitt; qu'un aiirail pu lmi liouver clans auoiin lUs 
corps tlont j'ai ele incnibre. .M. Kell ne possode piis 
)es meiiics avanlagos sous le rapport de i't^dncalion , 
mais il est a tous egards un liomnie remarquable. Son 
aspect est extraordinairemenl frappanl. 11 a la pliysio- 
nouiie d'un homme de talent cl dc caractero, et son 
costunic, ainsi que ses manieres , paraissont prouver 
qu'il a surnionle les desavanlages du manque d'edu- 
calion. Tous les deux ont le caracterc le plus pur et le 
plus 6lev6, tant dans la vie publique que dans la vie 
privee, et ils scmblenl deslint^s a rendre les plus im- 
portanls services a leur pays et a leur nation. 

» L'honiiue qui figure en prennerc lignc dans la 
Chanibre basse est sans conlredit M. Pott ; par sa 
clarle, sa perspioacite et la force do ses raisonnenienls, 
il occuperait ccrlaineinenl uue place remarquable 
dans quelquc legislature dc nos Elals que ce soil. 
Apres lui vient raon vieil ami Six Killer, Cherokee pur 
sang. Je ne pouvais pas comprendre son langage, mais 
je n'ai rien vu de comparable a son organe , a ses 
gesles, a sa lenue, et, plus que lout cola, a I'enlhou- 
siasme avec lequel il s'cxprimait. J'ai entendu Keo- 
kuck et d'autres celebres oraleurs indicns ; mais au- 
cun ne ma plu autanl que Six Killer. 

» Los ccoles sunt toutcs entrelonues aux depens de la 
nation. Outre Irois au moins qui existent dans cliaque 
district, il y en a deux principales pr^s de Talcquah, 
capitale de la nation. Lorsque vous elcs arrive a six 
millos environ de la ville, ajnes avoir traverse une 
conlrec allVeuse et tres-peu pcupl^e, vous apercevez a 
une ilislance de deux ou trois millos, el au milieu d'une 
vasle prairie, deux splendides bSliuienls, el ne pouvcz 



( 253 ) 
relenir unc exclamalion dc surprise en falsaiit re- 
flexion que vous vous trouve/ rlans un pays habile par 
deslndlcns. Lebaliment principal a qualre-vingtspicds 
de diametre , avec deux ailes, cliacune de quaranle 
pieds, entOLirees d'unc bcUc colonnade; Ic tout con- 
struit d'un style plein de gout. L'une de ces institu- 
tions est exclusivemenl destinee a I'educationdes fillos. 
Chacune est dispos^e pour cent Aleves, qui y restent 
quatrc ans. Vingt-cinq sortent annuellement ct le 
meme nombre est admis, en sorte qu'il en n^stc iou- 
jours cent, tous eleves auxfrais de la nation. J'assistai 
au service religieux dans la chapclle dc I'ecole des 
lilies, el entendis un excellent sermon. II ^tait reelle- 
ment fort inl6rcssant de voir ces fillcs indiennes, mo- 
destes, bien vetues et d'une excellentc tenue, se pr6- 
parant a devenir Ics malrones futures de leur pays. Ces 
ccoles, ct la pliq)art des autres principales ameliora- 
tions, sent dues a John Ross, et ces ecoles, celles des 
filles surtout, doivent etre cities ]iarmi ce qui fait le 
plus d'honneur a son patriolisme et a son intelligence. 
C'est, tn eflet, principalement sur I'inslruction, I'edu- 
cation et la verlu des femmcs, qu'un peuple doit baser 
sa vertuet son b onheur. 

)) Lorsque je rappelais a mon souvenir ce qu'elait, il 
y avait a peine trente ans, la nation des Cherokees, et 
que je voyais ce qu'clle est maintenant : alors gros- 
si^re, barbare et plongee dans la ilebauche, aujour- 
d'hui alfable , bien clevee, religieuse el civilisee , il 
semblait vraiment qu'un pouvoir plus qu'humain eul 
accompli ces prodigcs ; mais c'est seulement une 
preuve de tout ce que peut faire un homme doue d'une 
haute intelligence , anime par un patriolisme fervent 



( 25i ) 

cl desinlercsse. Fcii I\!. Callioun avail coulunie Je dire 
que « c'^tait un grand liomme qui avail fonde une fa- 
mille. » Si ce n'est pas a M. Ross seul qu'on doit allri- 
buer tout ce qui s'esl fail dc bien chez les Clun-okces , 
iJ faut du moins reconnallre qu'il a donn6 I'impulsion. 

)) Je ne dois pas omellre de dire ici quelques mols 
clu Cadmus indien. 11 existe dans le dialecte cherokeo 
beaucoup de mots et de sons qui nc peuvcnt pas etrc 
exprimes par les caraclei'es d'aucun alphabet connu. 
De la la necessity d'un nouvcau, qui fut invente par un 
Indien, dont le noin est, je ciois, Guest. C'est cer- 
lainemenl I'acle le plus rcmarquable de rintelligence 
de ce peuple, acle si cxlraordinaire , qu'on a mis en 
question, si le premier alphabet etait I'ouvragc de 
I'liomme ou le rosultatdc I'inspiration. J'avoue, quant 
amoi, que je penche pour cette derniere hypolh^se. 
Des Cherukces, pleins d'inteliigence, et ayant requ de 
I'education, m'ont assure que cet alphabet 6tait par- 
fail rclativement a son ajij)lication au langage de ce 
peuple. Le journal hebdomadaire , public a Tn/ef/ua/i, 
est imprimd a moiti^ dans ce nouveau caractire. 

» Le nom de Talequnh, donne a la capilale, 6tail 
celui d'une ancieuno villc, siluilse sur la riviere Holslon, 
dans le Tennessee, conslruito sur remplacemcnt d'un 
fort cel^bre, appele ordinaircmcnt Tellico. Celtc an- 
cienne ville etait un lieu de refuge dans lequel I'au- 
teur d'un crime, quelque atroce qu'il flit, etait com- 
pletemenl en silrelti s'il parvenail a Tatleindre : c'esl 
une nouvelle preuve a ajouter k beaucoup d'aulres, 
particuli6rement parmi les Iribus des parlies les plus 
occidenlales , de I'origine hobraiquc des Indiens de 
rAmorique. Je ne connais aucun autre exemple de la 



( 255 ) 

meme espece paiini uos tribus indiennes. On peut 
ajouter foi a celui-ci, dont le souvenir est conserve 
par line tradition fondee sur des preuves ayant quelque 
authenticite. 

» John Ross, dont j'ai d^ja parle, aujourd'hui prin- 
cipal chef de la nation cherokee, avec un modeste 
Iraitement de hOO dollars (2 200 fr. environ), est un 
homme qui, sans avoir re^u une education liberale, est 
neanmoins ecrivain elegant, et peut etre plac6 au pre- 
mier rang par sa rare intelligence, son Anergic et son 
indomptable courage. II a epouse en secondes noces 
une demoiselle Stapler, du Dehiware, el reside a quatre 
milles environ de Talecjiiah, dans une vaste et confor- 
table maison, conslruite en hois, dont il fait les hon- 
neurs avec autant d'aisance que de dignite et de cor- 
diality. Lewis Ross, son unique frere, est un Irfes-riche 
marchand, dont I'etablissement egale celui de quelque 
particulier que ce soit aux Etats-Cnis. » 



( 256 ) 

.titaljNCS. K*trai<« «r«uvragcs. 
^lelaiigeis, etc. 



CONSIDERATIONS 

SUB 

LA GtOGRAPIIIE BOTANIQLE ET PHYSIQUE 

LA RUSSIK SEPTENTRIONALE, 

r.\U M. ALIUED MAI'RY. 

PREMIKR ARTICLE. 

Un savant professcur dc boUuiiquc a I'LJniversile 
imperialc do Saint -Madimlr, do Kiev, M. E. R. de 
Tiautvetler, a public en 1850 un intf^ressant resume 
des travaux de gdograjilHC liolaniquo donl la Russic a 
ete I'objel (1). Peu de conlrees, par I'^tenduc de leur 
tcrriloire, la variety de leur climat, les differences de 
conditions topograpliiques, so pretent mieux que cet 
empire a dcs recbei'cbcs comparatives sur la geogra- 
pbic des planles ; ct en faisanl connaitre au ])ublic 
francais I'opusculc siibslanliel de M. dc TrautvcUer, 
j'anrai ainsi une occasion de motlrc ce memo public 
au courant du progres que cette science a fait dans ces 
dernieres annces. 11 suQit de jeter les yeux sur les 
comptes rendus que M. A. Grisebacli fait paraltre an- 

(i) E. R. von'riaulNcller, Die PJlnnzen(jto.jraphhchc'n f'crhitllnisse 
des Europiiischen Husilands (Berlin, i860). II ii'a piiii eix ore <]Uf deux 
fascicules, coinprenant la parlie eeptentiiunalr. 



(257) 

nuclleinenl (1) jiour se convaincie que la geogiaphie 
hotanique est aujourd'liui cuhivec avec unc grande 
ardeiir, surlout an dela du Rliin. II in'oul ete diflicile 
d'analyser en iin article tons les rapporls do M. Grise- 
bacli, car ces rapporls nc sont eiix-memes que des 
analyses. Le travail de M. de Trautvelter me fournira, 
je lo repele , I'occasion d'cntretenir Ic lectcur de cer- 
tains fails de geographic physique, exposes dans les 
rapports du professeur de Gcetlingue. 

On a souvent, dans I'etude de la g(!*ograpliie phy- 
sique de la Russie, tente d'adopter pour cc pays un 
syslfeme de divisions naturelles, fonde sur les rapporls 
climatologiques ou les productions du sol. Ces essais 
ont ^te aussi i-nutiles qu'impuissanls, parce qu'en r^a- 
lit6 la Russie n'offre pas de divisions topographiques 
qui puissent cadrcr avec les lignes represenlant, soil la 
temperature, soil les limitos de vt^gotation de telle ou 
lolle csp^ce; et Ton comprcnd que, de loutes les divi- 
sions adoptcics jusqu'ici , aucune n'ail satisfait com- 
plelement aux donnees qu'on s'etait posees. 

La division la plus naturelle est encore celle qui 
partage la Russie en trois regions : 1° la mcridionale, 
comprise entre la frontiere de I'empire et le 50' degr6 
de latitude nord ; 2" la moyenne, allant du 50° degre 
au 57"; .3" la seplentrionale, allanldu 57= a la frontiere 
du nord. 

C'est, en ell'ot, celle qu'adopte I'ukase de l78Zi, el 
quo Georgi a suivic dans sa description g^ogrnpliico- 
pliysique de I'cmpirc de Russie, en la niodifianl loute- 



(l) A. Grisoljacli, Bcriclit iibcr die Lcistuiujcii in tier Pflaiizcvgeo- 
graphic (Berlin, Nicoiai, 18441848). 



{ 258 ) 

fois et en la raincnant a cettc aiilio quadripartite: 
1° zone meridionale, coinrnc la precedente ; 2° zone 
temper^c, du 51" degre au 57*=; 3° zone froide, du 
58* degr^ au 67"; A" zone arcliquc, ou hyperbor^enne, 
du 67" degrt^ a rexlremite de la frontiere nord. 

Brincken a adopte une division analogue, en pr^ci- 
sant seulcment davanlage les caracteres de chaque 
zone. Ledebour divise la Russie cisouralienne en six 
zones : arctique, septentrionaley vioyenne, allant de la 
limile septentrionale du chdne a celle de la vigne ; me- 
ridionale, Criniee, Caucase. 

Le conite Cancrin a abandonnd les paralleles, et les 
lignes de tempera lures conime principes de divisions ; 
il se guide sur les productions du sol, el obtient ainsi 
les huit zones suivantes : 1° zone glaciale, la Nouvclle- 
Zcmble {Novaia-Zemlia) et la partie nord du cercle de 
Kola ; 2" zone du Lichen Ra/igijeriniis, des buissons, ou 
arbres rabougris, bornee au sud par les lignes oii ap- 
paraisscnt le pin et le m^leze ; 3" zone des f"or6ts el du 
b^tail, ou se montrent les grands coniferes; 4° zone 
agricole, caracterisee par la culture de I'orge, les vaslcs 
forets et les belles prairies, limitee au sud par le 63' pa- 
rallele nord; 5" zone du seigle et du lin, se terminant 
environ au 51' parallele ; 6° zone du fromenl et des ar- 
bres I'ruitiers, qui finil au AS' parallele ; 7° zone du mais 
et de la vigne, comprenant la Bessarabie, la Nouvelle- 
Russie, le pays des Cosaques du Don, le cei'cle d'As- 
trakan et du Caucase ; 8' zone de I'olivier, de I'industrie 
s^ricicole el de la cannc a sucrc (Russie transcauca- 
sique). 

M. de MeyendorfT adopte le meme syst^me de divi- 
sion ; mais il tient compte des hauteurs des plateaux, 



( 259 ) 

ce qui le conduit a cinq regions : 1° le versant haltique; 
2" celui de la mer Blanche, born6 par une chaine de 
collines qui unit les Valdai a I'Oural ; 3° le plateau 
moyen ; A" le versant meridional de la ligne meridio- 
nale du plateau moyen; 5" les steppes. Chacuno de 
ces divisions naturelles est assez caract^ris^e par des 
productions et unc industrie particulieres. 

Blasius fonde sa division tripartite sur Tadmission 
de ce fait , que les fronti^res meridionales de VJlnus 
incana, et la liraite seplentrionale des arbres fruiliers, 
forment les lignes de division naturelle de la Russie 
d'Europe. 

Arsenieff comple huit regions, qu'il fixe d'api-es les 
differences de climat el de sol. Le comte Keyserling 
ne reconnait que trois zones : nord-ouest, moyenne et 
meridionale. D'autres autours admettent dix groupes, 
ou encore cinq regions : 1" celle des Toundras ; 2" celle 
des forels; 3" celle de I'industrie manufacturifere et 
metallurgique; A" celle des terres arables noires; 5° celle 
des prairies. 

Dans la division par groupes, on ne tient gu^re 
comple que des conditions choregraphiques; dans la 
derniere , au contraire, on a perdu de vue celles qui 
licnnent a la constitution du sol. 

II est difficile de prononcor sur celui des deux sys- 
Iferaes de division qui est a preferer, systemes dans 
lesquels rentrent les divers essais de circonscriptions 
physiques qui viennent d'etre cites; ou plutot il faut 
convenir qu'aucun ne satisfait au but qu'on se pro- 
pose, el que, dans I'un et I'aulre, il y a une trop grande 
part faite au factice, au conventionnel. La Russie d'Eu- 
rope est, conime on sail, une vaste plaine, n'offrant 



( 200 ) 

que (les difleronces hypsoiU(^ti'iques Ires-leg^ics, qu'on 
indique sur les carles, nials qui no sont pas scnsibles 
en r^alit6 sur le terrain. Les souls caracl6res qui dif- 
f^rencienl nolablomcnt les divcrses regions de la 
Russie sont lires dc la constilulion geognostique ; mais 
de tels caracteres ne sont pas sufiTisamment appa- 
renls pour servir de point de depart a un systeme do 
circonscription physique. Co n'est qu'indiroclement, 
par les influences que ccs dinoronces conslitutives du 
sol exercent sur Ic regno vegetal, visible a tous, quo 
Ton pent juger des dilTerences physiques qu'ofrrc la 
Russie dans scs diverses parties. Celui qui parcourt ce 
vaste pays, ne saura pas ^valuer au premier coup d'ajil 
la difference des niveaux, juger des differentes natures 
de terrains, mais il distinguera tout de suite les Toun- 
dms du nord et les Steppes du sud dos districts fores- 
tiers du centre, ct, entre ceux-ci, il ne confonlra pas, 
memo quand I'hiver derobe tons les autres caracteres 
apparenls du sol, les sombres forots dc conifercs sep- 
fentrionales avec les vianls bois formes des arbres a 
feuilies caduques du niidi. La goographie bolaniquc, 
voila done quelle est la base d'une bonne chorographic 
de la Russie, el c'est ce qui fait de I'essai de M. dc 
Trautvetter tout aulanl un travail d'une importance 
geographiquo, que d'une importance botanique. 

La goographie zoologique nesaurait olVrir los memcs 
avantoges. Les faunes n'ont pas duns Icur distribution 
la m6me fixil6 que les (lores. Suivanlles saisons, les an- 
n^es, idles ou telles especes animates s'avancenl plus 
ou moins vers lo sud ou vers le nortl; leur habilat n'est 
pas allaclie inlimcmenl au sol comiuc Test celui dos 
plantes. Lesvegolaux lient, aucontraire, les conditions 



( 2oi ) 
g^ognosllques et cliniatologiques; car ils subissent leur 
double influence : ligncs isotbermes, isolbtjres, isochi- 
mfenes, d'une part; lignes d'affleurement des dift'6- 
rentes I'ocbcs et strates de I'autre, fonnent comme 
leurs deux axes de coordonnecs. Les plantes repr^- 
sentent la niarche des uncs et des autres, et, comuic 
lous les caracteres pbysiques n'onl pas la meme im- 
portance dans la cii'conscription physique d'un pays, 
ces v^g^taux mesurenl pvecisement le mieux I'in- 
fluence de ceux qui jouent le plus grand role. Dans 
un pays de temperature sensiblement egale, ils se nio- 
d^lcnt sur la nature du sol, el sur un sol d'une mfime 
constitution, ils varient avec le climat. 

Mais les v(5gelaux n'ont pas eux-memes, comnie in- 
dicateurs dans un sysleme de division d'un pays, et la 
Russie on particulier, une ^gale importance. Les 
plantes cultivees, que I'industrie de I'bomme parvient 
souvent a faire reussir dans des climats et des sols 
pour lesquels elles ne sont pas n6es, ne fournissent 
pas des caracteres aussi surs que les plantes sylvestres 
et les especes agrestes. Si telle ou telle culture peut 
souvent servir comme d't^cbello climatologique, elle 
n'est proprc a fournir un caractere geographique que 
lorsqu'elle est particuiierc , speciale a lei caractere, 
a telle conlree. Au contraire, les especes agrestes, sur- 
tout celles qui vivent en societe , rcpresentent fidele- 
ment la pbysionomie naturelle d'un pays, et, enlrc 
toutes, les especes arborescenles fournissent les carac- 
teres les |)lus surs, les plus IVappanls. Cela est vrai 
surlout pour la Russie d'Europe , ou la vegetalion fo- 
resti^re joue un si grand role. Certaines esseacos ne 
viennent que dans des cantons (lelermines; les coni- 



( -262 ) 

f^res , Its nmentac^es , les autres families jigneuses , 
ont leurs fionli^res fixes, qui (h^coupenl le sol en pro- 
vinces nalurclles. Quand les especes ne suffisent pas (^ 
dilli rencier les districls , les vari^tes peuvent servir de 
moyens de division physique. Ainsi , en rdsuni6, on 
pent dire que la gf^ographie botanique en general , et 
la v6g6tation arborescente en particulier, sont les bases 
d'une bonne division physique de la Fuissie. 

De tous les conif^res , Ic pin commun ( Piniis syl' 
vestris, L.) est celui qui occupe en Riissie I'aire la plus 
6lendue. Sa limile se]>lenlrionale s'arrfete , d'apres 
Vahlenberg, a Enonlekis, et, selon Wirzen {En. pi of'fic. 
Fennice, j). 78), ellc courl de Paloyoensun a la source 
de rivalaioki, ou elle coincide avec la limite seplen- 
Irionale du Picea vulgoHs. D'Enonlekis, Vahlenberg 
pi'olonge la ligne frontiere du Pinits syhestris le long 
du Baskoioti jusqu'au lac Pelsikoiaur, et le long du 
Neudamyski jusqu'au Pasvigfiord, Mais Fellniann [Bull. 
des tiat. de Moscou, t. HI, p. 328) porte cctte ligne un 
peu plus au nord, la faisant suivre la cote seplentrio- 
nale de la presqu'ile de Kola, jusqu'au golfe du meme 
nom, puis rentrer ensuile plus au sud; si bien que 
Boehlling retrouve celle espece sur la cote orienlale 
de la presqu'ile de Kola, en lace de I'ile Sosnovelz. 
Sur la coto orientale de la mer Blanche, celle essence 
atteint jusqu'a Mezen, et voit sa limite se conlondre 
avec celle du Larix sibirica. 

Ruprecbl a observd [Fl. Samoj., p. IG) que, dans le 
pays des Samoiedes, c'est le Piced obovata qui constilue 
I'essence doniinante des forfils, tandis que c'est le 
Pinussylvestris a I'ouest, et le Larix sibirica a Test. Dans 
I'Oural, la limite du Pin syhesire redescend jusqu'au 



( 263 ) 

6/i* degr^ tie laliluile nord , limile dont cct arbre ne 
s'(^loigne gu^re a iin degr6 pr^s, dans la Siberie, saiif 
sur les bords da Jenissei, oii M. de Middendorff [Reise, 
t. II, p. 169) I'a rencontre jusqu'au 66° degre. 

Dans les plaines de la Russie d'Europe , le Ptnus 
sylvestris d^passe de beaucoup dans son aire, vers le 
sud, la fronti^re meridionale du Picea vulgaris, quoi- 
qu'a parlir de cette ligne il s'eclaircisse de plus en plus 
el finisse par ne plus se rencontrer qu'a I'etat isol^, 
dans les vallees des grands cours d'eau de la Russie 
meridionale; il suit cependant ces valines jusqu'aux 
steppes, mais il manque, au conlraire, completeraenl 
dans les regions qui les separent; en sorte que I'exlreme 
frontiere du Pin sjh>estre se confond au sud avec celle 
de la v(^gelation arborescente, et forme la limile sep- 
tentrionale des steppes de la Russie meridionale. 

Si Ton lire une ligne passant par le sud de la Vo- 
Ihynie , coupant le gouvernement de Kiev dans la di- 
rection sud-ouest (car le Pin sylveslre remonte le long 
de Dnieper jusqu'a Krioukoff), et celui de Poltava au 
nord, traverse TUkraine par Izioum et rembouchure 
de la Borovenka; puis, se relevant dans le gouverne- 
ment de Voronej jusqu'a la hauteur du chef-lieu de 
cette province, sur la rive gauche du Don, repiongeant 
au sud sur la rive droite , et atteignant les cercles de 
Bobroff et de Pavlovsk, ou se I'enconlre lagrande foret 
de ChipolT; puis, redescendant le long du Khoper, 
pour aller couper le gouvernement de Saratoff dans 
son milieu; remontant enfin dans le gouvernement 
d'Orenbourg, ou Pallas, on n'a pas rencontre cet arbre 
au sud de Borsk, sur la Samara, on obtient aiiisi la 
frontiere sud du Pinus sylveslris. 



( --^^i ) 

A I'oucsl de la Russie , eel arbrc tienl sa llniito 
moins seplcnlrionalc : ainsi, il sc rcnconlrc en Tran- 
sylvanie, en Galicio, on Silosie , en Piusse. A I'csl de 
Ternpire , il redescend jusqu'au lac Baikal ct a la 
Daourie. 

Le Pinus cembra occupe en Russie une aire bien 
plus restreinle que I'essence precedenle, ct s'arrete 
surloutaune fronli^re beaucoup moins septenlrionale. 
Si dans I'Oural il allcinl aussi le 6Zi° latil. nord , on 
ne le trouve, par conlre, ni dans le gouvernemonl d'Ar- 
kbangclsk, ni dans ceux de \ ialka , de Kazan. Dans 
celui de Vologda, le Piiuis cenihra n'ap|)aralt que dans 
la vallt^e, a I'ouesl de la Petchora. Au sud, eel arbre 
disparait de la parlie nord du gouvernonient d'Oren- 
bourg, oil il descend par la cbaine de I'Oural, qu'il 
sorre de pros dans le gouverncment de Perm. 

Au dcla de I'Oural, Ic Picca cembra pr6senle Ic 
memo pbenomene (|uc le Piccd syh'estris, ct e'l un degr<i 
plus prouonce; sa lignc fronli^re redescend jusqu'a 
la Daourie et au lac Baikal, landis que le long du Je- 
nissei, il se montre encore par le 08° 30' lalil. nord. 

De memo, a I'oucst do la Russie, le Picen cembra sc 
rapprocbo de la zone Icmpdree cbaude, et on le Irouve 
dans Ics Carpallies et la Transylvanie. 

La delcrmination de I'airc cxacte liu Picca vulgaris 
oflre quelqucs diniculles, car la pluparl des auteurs ne 
I'ont point distingue du sapin de Siberic, le Picea obo- 
vafa de Ledebour. Deux Tails cepcndant peuvcnl elre 
consideres comrae sufTisamment etablis : c'est d'abord 
que Ic Picca vulgaris no s'clend pas jusqu'a I'Oural, 
el que plus on s'eleve vers le nord, plus sa frontierc 
orienlale s'eloigne de cctle cluilne; c'osl ensuile que 



4 



( 265 ) 

la limlte occitlcnlale du Picea ohovaln se rapproche 
beaucoup do la liniite orienlalo du Picea -vulgaris, les 
deux espt'ces ne croissant a c6t6 I'une dc 1 'autre que 
dans un espace fort resserr6. 

En cffet. les botanistes qui ont explore Test de la 
Russie ont observe^ que le sapin s'avance beaucoup plus 
verslenord que le pin. Ainsi Boebllingk arcncontr^ des 
individus de la premiere (sspece, hauls, il est vrai , a 
peine de 2 pleds, a I'enibouchure du Ponoi, tandis que 
les pins ne se monlrent qu'a I'ile Sosnovelz. Schrenk, 
dans le pays des Saoioiedes, a trouve de meme le pin 
venant mourir au sud des lignes de sapin. A Touest de 
la Russie, le contraire a lieu; landis, par exemple , 
que le Picea vulgaris n'arrive pas jusqu'a Enaretrask, 
le Picea sylvestris s'eleve jusqu'au lac Petsekoyaur. Cela 
tient a ce que I'espeee de sapin n'est pas la meme dans 
les deux regions, le Picea de la Siberie septentrionale 
appartenant a la varitite obovata. 

Le Picea vulgaris parait avoir pour fronli^re orien- 
tale une ligne qui coupe la partie est de la presqu'ile 
de Kola, el qui va joindre le confluent de la Viatka et 
de la Rama. La limite meridionale nous est donnee 
par une ligne qui traverse le nord de la Volbynie et du 
gouvernement de Tchernigon, la frontifere meridionale 
du gouvernement dc Kalouga, le nord de cekii de Ria- 
zan, et qui laisse au nord le gouvernement de Kazan, 
ou le sapin abonde. 

A I'ouesl de la Russie, le Picea vulgaiis peuple lea 
gouvernemenls de Grodno, de Lithuanie , de Cour- 
lande, I'ile d'Oesel, la Finlande, et, par la Pologne, va 
gagner la Transylvanie el la Silesie. 

Le Picea, ou Abies obovata, forme, apres le boulcaii 
ni, M.\ns. 5. 18 



( 260 ) 

binnc, le dernier rcpr(^spntant do la v^gelalion arliores- 
ccnle dans le nord. A I'ouest , la ligne fronti^ro court 
de rcntiboucliure dii Ponoi a la prcsqu'lle de Kanin , 
oil Ics nionls Cheninkliovski , situ^s par 67" 25' Inlit. 
Bord, sont ombrages par cc sapin de Siberie. Ruprecht 
nous apprcnd que sa ligne deliniitalive a Test passe 
par Omoul , sur I'lndega et Pustosersk , puis se replie 
jusqu'au cercle polaire dans le voisinage de I'Oural , 
redescend ensuite , comme les autres conif^res, jus- 
qu'au 6/1° parallele, pour remonler plus au nord dans 
la Russie d'Asie. Ledebour I'a rencontr6, en effet, dans 
I'Altai; Middendorir, par 69" 1/2 de latit., sur le Je- 
nissei, et Turczaninoft', au lac Baikal el en Daourie. 

Le Lnrix sihirica manque compl^temenl sur le ver- 
sant occidental de I'Oural, et la limitc septenlrionale 
de ce conitere ne paralt pas I'rancliir les bords occi- 
denlaux de la mer Blancbe. Middendorll' a rencontr6 
le Larix sihirica au Jenissei jusqu'au OG" degrd, point 
qui paralt etre le plus septentrional qu'atteigne celle 
essence. 

La frontiere occidentale du T^ar-iv sihirica court au 
nord de Kargopol, dans le gouvernement d'Olonetz, a 
la mer Blancbe, et, au sud, du gouvernement de Kos- 
lron)a, ou ellc cmbrasse les cercles de la parlie occi- 
dentale, savoir, ccux de KologrilF, MakarieiT et Var- 
navin , au gouvernement de iNijnei -Novogorod. On 
rencontre encore, quoiquc en peu d'abondanco, le 
Larix dt'nommt!; dans les corcles situes sur la rive 
gaucbe du Volga , Balaklui , SemenolT, MakariclF et 
Vasil. Plus au sud , cet arbre a enti6rement disparu. 

En tirant une ligne du gouvernement de Nijnei-No- 
vogorod a celui de Vialka, on obtient la fronti^re md- 



( 267 ) 

rklionale de celte essence. Arrive a Sarapoul, sur la 
Kama, celte ligne descend au sud, va couper le gouver- 
nement d'Orenbourg, en passant par Sterlilamak, sur 
la Bielaia, et atleint FOural par le bh" lalit. 

En somine, le Larix sibirica occupe en dc^a de 
rOural, tant au nord qu'au sud, une aire beaucoup 
plus resserr^e que le Picea obot'ata, tandis qu'a I'ouest 
c'csl le contraire qui se produit. 

\J Abies sibiricn s'^leve peu au nord; on nc le ren- 
contre ni en Finlande ni dans le pays des Samoi^des, et 
il ne parait pas remonter au dela du cercle de Vologda, 
dans le gouvernement du meme noni ; en marchant 
vers rOural , il se tient cependant moins bas en lati- 
tude, puisqu'on le signale au nord du gouvernement 
de Perm , dans le cercle de Tcherdin , sur les bords 
de la Kolva. 

Le capitaine Dlatowski repr^sente la limite occiden- 
lale du sapin blanc de Silesie par une ligne parlant 
du cercle de Vologda , dans le gouvernement du meme 
nom, et se dirigeanl vers les dislx'icts orienlaux du 
gouvernement de Kostroma , envoyant ses points les 
plus avances dans les cercles de MakariefT et de Var- 
navin, et comprenant tout celui de Vettouga, oil le 
sapin blanc abonde. Celte ligne de vegetation redes- 
cend par lo gouvernement de Kazan , el va joindre 
I'Oural par celui d'Orenbourg. Au dcla de cette ( liaine, 
cet arbre gagne le lac Baikal et la Daouric. 

L'if [Taxus baccata, L.) n'appartient qu'a la Russie 
occidentale. II se prdsente dans les lies d'vVland el 
d'Oesel, en face, sur la cote de Livonic i\ Pernau, et sur 
quelques points de la Courlande. La ligne de vegetation 
de eel arbre redescend ensuile par la Pologne , par le 



( 268 ) 

gouvcrnement de Grodno el la woiwodled'ALigustowo, 
et vient s'arreler aux Carpalhes, laissanl dc cole la 
Llllmanie, les gouvernenienls de Volliynie, de Podolie, 
do Kiev, ct ne reparaissant que dans laCriinee, le Cau- 
case, sur le versant nord de ccUe montagne jusqu'au 
Terek, scion Guldcnstadt , et jusqu'u la Kouma, solon 
M. de Brincken. 

MM. Palze, E. Meyer el Elkan, dans lour Flore de 
Prtisse , representcnt la fronlierc seplcntrionale du 
hfilrc [Fagus syhatica) par unc ligne allanl d'Edini- 
bourg, par la Norvegc m^ridionale, le Skanie el le 
Smaland , a la mer d'AzolT, ct au milieu de la Cas- 
pienne , coupant la Russio dans la direction sudoslj 
M. de Traulvelter reporle davanlage cette ligne fron- 
liere a I'ouest; il la fait passer par Kiinigsbcrg, la Po- 
logno orienlale et I'oucst de la \ olhynic. En effct, 
Waga, dans la Flore polonaise, place le lielre dans les 
provinces de Gracovie, Sandomir, Lublin, Masovie, 
Plock el Kalisch. Au sud, le helre reparall dans les 
forets qui couvrent les liauleurs de la Tauride et du 
Caucase. M. de Brincken nous dil qu'il peuple les forets 
comprises enlrecetle montagne, le Terek el le Kouban, 
el qu'il remonle jusqu'a la foret de Stavropol. 

Le charme [Carpinus belidus,h.) ne sc montre gu^re 
plus au nord que la Gourlande, dans sa jiartie sud- 
ouesl, oil il conslitue unc essence de la foret dcRulzau. 
Rare dans le gouvernemenl de \\'ilna, il abonde da- 
vanlage dans celui de Grodno; il peuple la cdiebre 
foret de Bielowieza, el compose en parlie les forets de 
Pologne. On le rencontre Ires-frequemnienl en Vo- 
Ibynie et en Podolie, dans le gouvernement de Tchcr- 
nigoff, dans Ic nord de celui de Rberson, dans cclui 



( 209 ) 
de Poltava; niais 11 njaiiquc chins ceux de Roiirsk, do 
Tamboff, tandis qu'il reparait dans cclui dc Voronej. 
Du Dniestr au Jaik, le long dc la fronliere seplcnlrlo- 
nale des sleppes, cetle essence n'occupe qu'unc aire 
fort resserrec; mais elle descend asscz avant le long 
des grands fleuves qui coupent cette region, d^passe 
m6me les steppes, et reparait ensuite en masse dans la 
Criaiee ct la Caucasie. 

h'Acer pseudoplatanus s'etend des Carpathes par la 
Pologne, les gouvernements de Kiev, Poltava, Voronej 
et Penza, et disparait a Test dans celui de Saratoff, 
compris, dans le sens latitudinal, enlre les steppes et 
les 5Zi et 55°. 

\J Acer cnmpeslre s'avance plus au nord. Rare en 
Pologne, et manquant complotement en Lithuanie, il 
s'eleve jusque dans les forets situees au sud de I'Oka , 
mais redescend dans le sens de la longitude orientale 
dans le gouvernement de Penza. 

L'Acer tataricum est etranger a toutes les provinces 
orientales delaRussle, a la Pologne, a la Lithuanie. Dc 
lallongrie, delaSyrmie, delaCroatieetdelaGalicic, les 
seules contrees de I'Europo centrale occidentale ou on 
le rencontre, cette essence gagne la Podolle, entre la 
frontiere nord et sud de laquelle 11 so tient exactement 
confine, puis 11 remonle de la dans le gouvernement 
de Moscou, a Mahnich , dans le gouvernement de 
Vlalka, prenant a peu pres pour sa limlte nord la luulte 
sud du Picea vulgaris, et pour fiontierc meridlonale, 
la fronliere soptentrlonale des stoppcs. 

La vegetation du bouleau nain [Belala nana, L.j est 
representee par une bande partant du cap Nord , 
comprise enlrc la mcr Arctique et la fronliere septen- 



( ^70 ) 

triuuale du charme {Carpmus betalus), les gouvemc- 
nienls de Wilna et de Moscou, le lacTcluichloma, dans 
le gouvernement de Roslronia et rOuiija ; puis celle 
zone se terniine au voisinage de I'Oural; celte essence 
ne se renconlrant plus dans lo gouvernement de Kazan 
el de Viatka. 

Je viens d'analyser, d'apres IM. dc Trautvelter, Ic 
tableau de la vegetation des principalcs essences d'ar- 
bres (le la llussie ; en couibinanl ensemble les lignes 
de vegelalion de ces diverses esp6ces, et plus particu- 
lierenient des coniteres, on oblienl quatie regions 
naturelles : 1° une au noid, la Russie septenlrionale , 
ou region des Joiindras ; 2" une a I'ouest, la Russie 
occidenlale , ou region du sa[)in d'Europe; 3° une a 
Test, la Russie orientale, ou region des conlferes de 
Siberie ; /i" une au sud , la Russie meridionale , ou re- 
gion des arbres non coniferes , appelcis par les AUc- 
inands Laubholzer, par opposition aux premiers, qu'ils 
nomment Nadelholzer, c'est-a-dire, mot a mot, arbres 
a feuilles aciculairos, arbres a feuilles larges. 

Premiere nfeciON. — liussie septcntrionale. 

Ce qui caract^rise la premiere des zones que M. de 
Trautvelter a ^lablies, c'est le manque absolu de loutc 
vegetation arborescente. Dc vastes dtonduos, oii le sol 
n'est convert que de mousses et de licbens, la re- 
couvrent : c'est ce que Ton appelle les loimdras. Les 
Totindras sont I'image de la ilcsolation el de la mort. 
Lorsque le froid s6vit avec rigueur, le sol se crevasse, 
il s'y forme de profondes fondriercs; I'cau , contenue 
dans les enirailles de la lorrc, sort par ces ouverlures, 
56 repand au deliors en fumant, et sc Iransforme im- 



( -271 ) 

m^diatement en glace (1). A peine y decouvro-t-on 
Qa et la quclques representanls des phanerogames ar- 
borescents de nos climats, r^duits aux proportions les 
plus rabougries, cachant sous le sol leur faible tige 
j)our la preserver de la rigueur du climat. Cette succes- 
sion de deserts glacis correspond, a I'ouest, a la rivifere 
Kola, ou au lac Imandra, Sa fronti^re meridionale 
passe au nord de I'embouchure du Ponoi , sur la cote 
occidentale de la iner Blanche, et du Mezen, sur la cote 
Giienlale , et descend vers I'Oural un peu au sud du 
confluent de la Petchora et de I'Ouza. Cette limite n'est 
pas cependant absolue, et de veritables Toundras s'of- 
frent quelquefois plus au sud , de ineme que ga et la la 
vegetation arborescente depasse cette ligne fronlifere et 
remonte en certains points de la zone septentrionale. 
Boeiitlingk signale, par exemple, un bouquet de bou- 
leaux de 20 a 25 pieds de haul, au nord de Kola, sur 
la presqu'ile des Pecheurs, presque par 69" 7' latitude 
nord. Ruprecht a rencontre a la |)resqu'lle Kanin, dans 
les vallees du mont Chemakhovski, sous le 67° 30' latit. 
nord, un petit bois de Picea ohovala, essence qui s'ob- 
serve a Poustozersk, sur la Petchora, et qui boise tout 
le cours inferieur de I'Ouza. 

Les veritables Toundras n'apparaissent, au reste, qu'a 
lest de la nier Blanche. Dans la Laponie russe, ce qui 
y correspond n'est reellement qu'une region subal- 
pine, en prenant cette epithete dansie sens de Wahlen- 
berg; niais entre la mer Glaciale et le cercle polaire 
jusqu'a Poustozersk, et de cette ville a I'Oural, par 
64° latit., les solitudes septentrionales se presentent 

{i) Voyez (le Wrangell, Le Nordde la Sibe'rie, trad, franjaise, (. II, 
p. 343. 



( 27:> ) 
dans loule leur Uisle vorile. A pailir cic h'l, los Toiini/ras 
s'dlcntlcnl jusquc dans TAiiji^iiijue. Tantut pierrcux el 
couiplelement arides, lanlot sees et simpleinenl con- 
verts de lichens, parfois l^nerement liumides ot avant 
alors pour vegetation le Poljtrichiim (li, ou plus hu- 
inidcs, el donnant naissance au Sphagnum; enfin , 
souvcnt d'unc apparence moins apre, et revetuc 
d'une couche do vegetation que composent des Jon- 
eses, des Graminees, dcs Cyperacecs, los Toundras 
varicnt suivanl la nature du sol el sa composition geo- 
gnostiquc. Tantot c'esl la foriiialion ncplunienne qui 
domine : on a alors la zone que Rupreclit appelle alpine, 
et ou le Louloau s'oflro encore a I'cHat uain ; tanlol la 
formation hypogeue pretlouiine : c'ost la zone arctique 
du nieme auteur, oii les arbres ont tolalcment disparu. 
Enfin, on pcul distingucr la zone tout a fait polairc, la 
region de la mer Glaclalo, qui s'offic avec dcs carac- 
teres propres. 

Ruprecht a specialemcnt etudie la derni^rc de cos 
regions, et nous a fouini los elements do sa geogra- 
phic botanique. 11 y a trouvc cinquante-trois especes 
d'alguos, donl vingl-qualre sc rencontrenl dans d'au- 
tres ri^glons, el sur lesquelles vingl-cinq apparliennent 
a la partie oucst do la zone do la mer Glaciale, a la 
Laponic russc , el qualre aux cotes de la Nouvclle- 
Zemble. A Test de cettc lie, les algucs marilimes de- 
viennenl graduellement plus rares. Les especes qui 
persistent le plus, el ollrenl |)ar consequent dans celle 
zone une aire plus etendue, sont : Ic Fucus vcsicu/osns , 

(l) Voyczlecuiiciix (iiljican (|ue IMiM.dc IMiildciidorlT ctTiatitvctler 
donnciit ilc la Touiulia do Taiinour, ilaiis le pays ties baiiiuiccles (aj). 
Griscbach, Berichtfur 1847, [>■ 34-) 



( 273 ) 
le Laminavia aacdinrina, Ic Dcsiiiarcsdn (icnlenta. Sur 
la cote cle hi Nouvelle-Zemblc , il y a une floro toule 
speciale, representee par le Sphacehuia heteroiCcma , le 
Calithamnion plwna, le Bangia laminarice, el le Du- 
montia lepechinii . 

La flore des algues cle la Laponio norvegienne a, sur 
les bords memes de la mer Glaclale, d'assez nombreux 
representants, tols que X Himanthalia lorea, le Deles- 
serea sanguinea, le Chondrus inammilosiis , V Haljmenia 
rubescens. Deux causes agissent comme elements mo- 
dificateurs sur la flore boreale de la Russie : la profon- 
deur de la nier et la temperature. On no possode mal- 
heureusemenl aucun sondage bien precis pour la mer 
Glaciale; ce que Ion a reconnu, c'est qu'en general 
cetle mer est peu profonde. A Test de la route de I'ilc 
Vaigatz , la profondeur est faible; elle augmcnte en- 
suite assoz nolablement vers Test, mais diminue en 
s'elevanl au nord. Les sondages executes montrent 
que cetle profondeur varie enlre 84 el 1Z|7 pieds. 

Boehtlingk a observd a Kola la lemperature de la 
mer, cclle de I'almospliere variant do 16 a 18° Reau- 
mur, et il a Irouve de 8 a 10°. Ruprecht donne pour la 
temperature de I'eau sur la cole de Laponie, du 1" au 
19 aout, de -i- 5° I R. a 8° I R. ; el dans la bale de 
Matotchkin, du 'Ik au 30 juillet, de -H 3 a + h" R. 

D'apres Ru|)rechl et Wahlen])erg, la haute mer sur 
la cole de La])onic ne g6le pas meme dans le fort de 
I'hiver. Au goU'e de Kola , en Janvier el fevrier, la mer 
so couvre de glace a une distance d<> 20 a 25 vverstes 
de la cole; mais cela n'a pas lieu duranl les hivcrs 
doux, el, des Ic mois de mai, la baic est libre de glaces. 
La mer g^le, au conlraire, regulierejnenl sur la cote 



( 274 ) 

orienlale de Ja Russie, sur les coles clu pays dcs Sa- 
inoiedes et de la NouvoUe-Zemhle , et mfeme, dans les 
hivors ligoureux , la route de Vaigalz se preiid. 

II faut encore tenir compte de la quantity de sel et 
des debris calcaires contenus dans les eaux. Marcet, 
Franklin et Parry ont trouvo 39 a 40 parties de sel 
pour 1 000 parlies d'eau ; et Mlddendorfl" compte cent 
soixanle-lreize esp^ces de mollusques. 

Daos la zone alpine , les plantes apparaissent au- 
dessus du niveau du sol , phanerogames coninie cryp- 
togames; aucune tourbiere, par consequent , puisque 
mousses, lichens, gramin^es, y offrent a peine des liges. 
Parmi les vegetaux qui subsistent a cet etat presque 
embryonnaire , dominent les renonculacees, les saxi- 
iragees et les graminees. Les plus ch(itifs repr^sentants 
de la flore arborescenle y sont complelement absents, 
et Ton y cherche en vain le Betida nana, le Junijjertis 
comniimis, V Empetnan myrnni, meme a I'^lal de sous- 
arbrisseaux. Les bruy^res meme font dtifaut. Des es- 
paces elendus sont entierement d^pourvus de plantes, 
lesquellos ne se rencontrenl que sur les rochers des 
Toiindras. La zone alpine comprend encore dans ses 
limiles les iles de la Nouvelle-Zemble et de Vaigatz, de 
Kalgouef, et les roches du nord do I'Oural. D'apr^s de 
Baer et Ruprecht, la Nouvelle-Zemble et le pays des 
Samoiedes presenlcnt cent cincjuante-deux especes ; 
mais c'est u peine si Ton peul donner le nom de pha- 
nerogames a ces plantes, puisque les liges les plus ele- 
vees n'atteignent pas 6 pouces, et que la Uryas octope- 
lata est la seule planle sociale qu'on rencontre dans la 
Nouvelle-Zemble ; les especes herbac^es qui represen- 
tenl le genre Sa/ix, le Salix polaris, le Salix reticulata, 



( 275 ) 
le Salix lanata, sont des vegetaux pour ainsi dire mi- 
croscopiques ; le premier n'etant qu'une sorte de 
mousse, le second ne depassant pas Iv a 5 pouces, el le 
troisieme alteignanl a peine une palme {spanne). En 
revanche, la vegetation souterraine prend un d^velop- 
pement qu'on ne rencontrerait pas sous un sol moins 
glace. La derniere espece citee , par exemple , pousse 
des rhizomes de 12 pieds de long, et I'epaisseur de ces 
tiges souterraines est de 1 a 2 pouces. 

Dans les contrees ou la rigueur de la temperature 
s'oppose a la croissance des plantes, c'est le sein meme 
de la terre qui se charge do fournir aux vegetaux le 
calorique que I'atmospherc leur reluse. Walilenberg 
a montre que, dans les regions polaires, la temperature 
moyenne du sol depasse celle de I'air; aussi M, RupfTer 
a-t-il remarque [f^oyage dans rOurnl , ^. 307) que, 
sous ces paralleles eleves, les periodes de vegetation 
se reglent autant sur les periodes de temperature du 
sol que sur celles de I'air. Au centre de la Russie, la 
vegetation du printemps se d(^veloppe un peu plustard 
qu'en Allemagne, mais la recolte se Fail a peu pres a 
la meme ^poque dans les deux pays, c'est-a-dire au 
mois de juillet. Quand on s'avance ensuite verslenord, 
et quand on depasse les latitudes dont la moyenne de 
I'air est 0", on voit les recoltes retarder jusqu'au mois 
d'aout; et enfm, avant que I'agriculture disjiaraisse en- 
tierement, jusqu'au mois de septeudjre; ce qui montre 
que I'epoque de la r^colle, qui coincide ordinairement 
avec celle de la plus haute temperature de I'air, marche 
dans le nord vers I'epoque oil la temperature du sol 
atteint son maximum. 

La Nouvelle-Zemble, au dire de M. de Baer, offre tout 



( 276 ) 
a fiiit Ta-spccl dcs Al])cs, au dola dc la llinile des ncigcs 
perpetucUos. Presquc loutcs Ics planles dc la Laponio 
que Wahlenberg a rcnconlrees au soniniel dc cos 
inontagncs, lo Rnnnnciilus nh>alis, le SaxiJ'raga niimlis, 
sc represenlenl dans les plaines de la Nouvelle-Zeaiblo. 
ftlais la pkipart de ccs planles, meinc les mousses, no 
Irouvent pas dans celle ile hyperborocnne unc clialeur 
sufljsanle pour arriver a maturite el donner des graincs; 
quelqucs-unes ne fleurissent niemc pas. Cost lo vent 
qui jelle sur la cole ces graines, qui se sonl develop- 
p6es sous un ciel moins apre , el ces habitanls du 
r^gne vegetal, couinic ceux du regne animal, no sont 
que dcs individus de passage, qui no hanlenl cello 
lerie que durant la saison prinlaniere. 

La floie du pays dcs Sanioiedes est un peu moins 
pauvie; cllc rcnferme des cspeces absolument incon- 
nues a la Nouvelle-Zemble, mais qui s'avancent jusqu'i'i 
I'ile de Kalgouef. 

La flore dc cello derniere ile est un Inlerm^diaire 
cnlrc cello de la Nouvelle-Zemble el du nord de I'Oural; 
olle sell commc de liaison entie la region du bouleau 
nain el du genevrier ct celle ou lout arbie a disparu. 
Mais I'aspect, la nature gencrale de la vegetation du 
pays des Samoiedes est la meme, ainsi que la consti- 
tution geognoslique, qui resle idenlique de I'Oural aux 
lies dc Vaigatz el de la Nouvelle-Zemble. Tous ces pays 
sont monlagneux. A Kalgouef, le Dorochkina altcinl 
420 pieds ; le Seikaviiu, hlQ; el les Gubiiti-Gori, 580. 
A la Nouvelle-Zemble, la cliaine de Milioucliefl" alleinl 
une allllude de 3 '20/i,G pieds anglais, el Liitke a mesurc 
a la baio de Malolclikin des cimes baules dc plus do 
200 pieds. Au nord do I'Oural , I'Obdorski s'eleve a 



i 



( 277 ) 

5 286 pleds; et entre le G8 et le 69" latit. nord, a I'est 
de la chalne, le Sedabai esl encore haul de 800 pieds, 
landis qu'a I'ouest le Padajagoi mesure 1 475 pieds, et, 
sous le cerclc polaire, le massif du Gaito, 4190 pieds. 

A la Nouvelle-Zenible, ce n'est qu'a la fin de juillet 
que la neige disparait des plaincs; mais pour pcu que 
le vent ail amoncele les neiges , on voit des glaciers 
subsislcr, meme durant la saison chaude, au niveau de 
la mer. Au nord de I'ile, les coles sont perpetuellement 
gel^es. C'est qu'on effet la temperature s'abaisse, au 
point qu'a la baie des Rocliers, par 70° 37' latit. nord, 
la temperature moyenne de I'annee est de — 7°, 56 R. 
(— 9%Z|5 cent.), et a la baie do Malolchkin, par 73" 19', 
de — 6%69 R. (— 8",37 cent.) . Pour ces deux locaIil6s, 
la moyenne d'observations de quatre ans ne doane pas 
un seul mois de I'annee dans lequcl il n'ait au moins 
gele une fois. 

La region du bouleau nain oflre une couclie veg^tale 
6paisse , quoique fort peu elevee et loialoment de- 
pourvue d'arbres et arbrisseaux ou arbustes. On voit 
d6ja apparaitre quelques Ericac^es, telles que le Le- 
dum, la Callitna et VJndromeda, qui accompagnent le 
bouleau nain. 

Cette zone embrasse les parties du gouvernement 
d'Arkhangelsk , qui s'etend au nord de la frontiere 
m^ridionale de la region des Tonndras, donnee plus 
haul, a I'exception cependant des versants rocheux de 
rOural septentrional et des lies, el s't'tend de I'ouest a 
Test de la mer Blanche jusqu'a I'Oural, et, dans la 
direction est-nord de la fronliere mtiridionale, de la 
region des Toundras a la mer Glaciale. 

Rupi'echl, dans son grand travail intitule^ : Flora 



( 278 ) 

Snmo'iedorum cisiira/e/isiii/n, remarqiie que la flore do 
cette zone esl tres-pauvre en esp^ces. On n'en conipte 
pas plus de deux cent neuf , appartenant a la division 
des phanerogames, c'est-a-dire cinqtiante-sept seule- 
inent de plus que dans la zone jir^cedentc. Sur ces 
deux cent ncut" especes, cent dix-scpt appartiennenl 
egalement a celte dernicre zone, laquellc en conipte 
trente-cinq, qui manquent absolument a la zone du 
bouleau nain. Cette zone a son tour en compte quatre- 
vingt-douze, qu'on cherche vainement dans la zone 
alj)ine. 

La vegetation de la zone du bouleau nain r^pond a 
peu pr^s a celle des J/pes injerieures de Wahlenberg. 
On y rencontre des especes qui inanquenl aux haules 
regions alpines de la Laponie, telles que Ic Cornus 
siiecica, V EpUobiuin palustre, le Solidago 'virgaurea, le 
Trihentalis europea , le Cirsiuin heterophyllum , VAn- 
tJioxanthum odoratum. 

Les especes sous - arborescentes sont representees 
par le Ribes nigrum, qui n'atteint pas en Laponie la 
liniite extreme de la vegetation, niais s'avance jusqu'a 
Sodankyla, et a Test de la nier Blancbe redescend, u 
une latitude moins boreale; le Calluna^iulgaris, qu'on 
rencontre dans la partie inferieure du cercle de Kola, 
et qui disparait vers I'Oural; le Ledum paluslre, qui 
d^passe en Laponie le 70" lalit., et, a Test de la mer 
Blanche, s'avance jusqu'a la Rambalnitza; le Juniperus 
communis, var., nana, qui se rencontre dans toute la 
presqu'ile de Kola, s'offrc a I'ile Kalgouef, et remoiilc 
sur les bords du Jenissei jusqu'a 200 metres au-dessous 
de Touroukhansk. 

La zone du bouleau nain est en general assez basse : 



( 279 ) 

c'est une plaine qui s'eUve seulemcnt, a Test, auX 
aborcis de I'Onral septentrional. Dans la presqu'lle de 
Kola, on rencontre quelques mamelons assez 6leves. 
D'apr^s Murchison, le terrain jurassique doinine dans 
celte zone, sauf a I'ouest de la Petchora, oti apparais- 
sent le syst^me silurien el devonien et quelques for- 
mations houilleres ou lertiaires. Mais, altitude comme 
composition g^ognostique paraissent exercer peu d'in- 
fluence sur la flore des divers cantons de cette zone. 

(Z,a suite a un prochain numero.) 



( 2S0 ) 



EUROl'E. 
D£COUVIiRTE DUN ANCIEN ITIMiRAIRE DE GadLs A RoMR. 

— On vient de faire, i\ quelquc distance de Rome, une 
d^couverle de geographie ancicnne des plus curicuses 
aides plus inattenducs. On no connaissait gu6re jusqu'a 
present d'autres* tables itindraires antiques que I'itin^- 
raire d'Antonin , la table de Pcutingor, ritinerairc de 
Bordeaux A Jerusalem, et quelques autres fragments. 
En voici un nouveau, partiel il est vrai , mais plus 
aulhcntique peut-etre que tous les autres. C'est un 
milliaire , ou toules les distances sont soigneusement 
gravees sur des vases d'argent, de manierc u servir de 
correctif ou de conlrole aux cliiflrcs de Tilineraire 
d'Antonin. Voici le fait : 11 exisle une source d'eaux 
min^rales aux bains de Sicarello, pres de Bracciano 
(I'ancienne Arcenum), bourg de la Coniarca, a 7 lieues 
el demie de Rome; le lac Bracciano [Sabalinns lacus] 
en est pcu cloigne. Cetle source, qui parait corres- 
pondrc aux Jqiice apollinares, elait jadis un lieu de pele- 
rinage lr6s-frequente par les maladcs qui s'y rendaient 
de toutes les parlies de I'empire remain. Les voyageurs 
offraient a la divinile de la source des e.v voto, c'est-a- 
dire divers ouvrages travaillis, de toute espece. II nous 
a ele donne, uit le journal romain du niois dernier {la 
Civitta cato/ica) , den retircr des bronzes, des monnaies 
de tous les temps, Vces riicic, comme Vces si^/uttani, des 
figures et des objets antiques en argent, elc, nolam- 
ment Irois vases du plus baul inleret. Ces vases sont de 
forme cslindrique ; on y a grave les noms de toules les 



( 281 ) 

stations du chcmin qui conduit de Cadix a Rome, avec 

le cliiffre des intervalles qui les s^parent. Independam- 

ment des chiiTres qui expriment les nombres des milles 

entre une station et I'autre, il y a un r(isuni6 du 

nombrc total des milles de la route. Voici la disposi- 

lion de ces petits monuments itineraires, que le savant 

pero Marchi, auleur de I'article, compai'e a des homes 

inilliaireSy dont ils ont en effet la forme. Cliaque vase 

est orne en haul d'une cimaise, el, en bas, d'une base 

sur laquelle est inscril le releve du nombre des milles. 

Quatre petites colonneltes en divisent la superficie, 

d'ou il resulte quatre espaces, sur lesquels sonl grav(§s 

lesnoms des mansions avecleurs distances. Le nombre 

des mansions n'est pas le mfime sur les trois vases : sur 

le premier, on en compte lO/i; sur le deuxieme, 105; 

sur le troisieme, 107. Le nombre total des milles est de 

18/iO ctde 18Zi2; Ic nombre moyen pour chaque inler- 

valle est done de dix-sept milles ct demi environ. C'esl 

le 22 Janvier dernier que les vases d'argenl en question 

onLete observes, pour la premiere fois, a la suite des 

fouillcs faites pres de la source ; on les a depuis exposes 

au college romain. Les peres du college se proposent 

de les publier soigneusement, pour en faire jouir le plus 

promptement possible le monde savant, a qui appar- 

lienl, disent-ils, celle pr(5cieuse decouverle. lis cioient 

que ces vases sont post^x'ieurs a I'ilineraire d'Antonin, 

et que, d'ailleurs , ainsi que celui-ci et I'itincraire de 

Bordeaux a Jerusalem, ils ont une commune origine, 

savoir le milliaire dore d'Augusle. Nous donnerons 

suite aux remarques que cette dC'couvcrle doit nalurel- 

lement sugg6rer. 

JoMAIiD. 

III. M.vr.s. (3. 19 



( '28-2 ) 



Gnh.CF. [Hellas). — PoruF.ATioN, i)'apr}:s i.e DiciiNiF.n nE- 

CENSEMENT DU GOUVERNEMEKT CREC, PLBLII^: DANS LA GA- 
ZETTE OFFICIELLE (1). 



KOMAIICHIES. 

1. Attique et Beolie. . . 

2. Eubee 

3. Plilliiolidi' ct I'lioclde. 
4- Arnrnanie el Elolie . 
/i- Ai"(;oliile el Coiiiitliie. 
C. Ailiaie et Elide. . . . 

7. Arcadie 

8. Messenie 

9. Laconie 

10. Cycla<les 



Tola 



Soil, pour I'Hellade. . 

— le Peloponese 

— les lies . . . 



rOPlLAT. 
88273 

64 8n8 

80 (;()3 

98 o(io 

106 iG?. 

116757 

1 18 40' 

97957 
86899 

137 856 



CIIEFS-LIEUX(2). 

Ail)enes. 

r.halcis. 

Ampliissa. 

Mis^oluTiplii 

Naiiplie. 

Pall as. 

Tripolitza. 

Kyparissia. 

Spaite. 

Syra. 




AFRIQUE. 

l)i':cotvEnTi-s dans i.'Afrique AtsTriALE. — Do nou- 
velles cl6coiivortes ont el6 faites dans rAfrique nu-ri- 
dionalc par MM. D. Livingston ol Cotton OsAvell. Ccs 
voyageiirs ont p^n6lre au dela du lac N'gami jiisqu'a 

(I) Exiiail dc la Gazelle d'Aiigsboing, du li mors 1852. — Nonscspc'ions iloiinci 
hiciilul, enpuisant directemcnt dans les sources olTicielles, la )jopulatiun des dillc- 
reDles provinces du royanme de Grcce el de ses priucipales villcs, ainsi que la su- 
perOcicdece roynumc, qirAdrien Guibert livtlin- , tlam son Dictioiiiiiiire ge'ogrn- 
phii/iie et .itdlislique, ^ 47 015 000 slremmn, ou 4 761 .'iOO heclaves, 

ilonl 31 596 000 sliemmn pour la Moree, 
19 498 000 — pour la Livadic, 
6721000 — pour les lies. 

U. I.. R. 

^i) Les noms des chefs-lieux ne lonl pn« indiques dons la Gazette d'Aiig.tboiirg. 



J 



( 288 ) 

'17° 27' (le latitude snd. Apr^s avoir traverse le lit 
clii Zouga, les voyageurs chemin^rent droit au nord a 
travers un pays vempli de soincos el pies des rivieres 
Mababe el Tcbol)^. Celle-ci avail iine iargcur de hO a 
50 metres et un courant rapide. Sa profondeur el ait 
de li a 5 metres. La mouclie dite Tsetse, si dangereuse 
pour le belaii, abondait dans ce pays. La riviere Ta- 
munakle comn^unique parfois avec ie Tcliobe, de 
sorte que , dans les annees pluvieuses, des canots 
peuvent se rendre d'une de ces rivieres a I'autre, etLon 
passe ainsi de la grande riviere Sikola au lac N'gami. 
M, Livingston arriva enfin au rcndez-vous de Sebi- 
toane, le puissant cbef du pays. Ce cbef retourna avec 
lui jusqu'a ses bagages, sous IS" 20' de latitude sud , 
lomba malade, et mourut, emportant avec lui les re- 
grets de tous les voyageurs. Ceux-ci allerent ensuile a 
Secbeke, sur la riviere Borotse, laquelle, u la fin d'une 
saison Ires-s^clie , avail de 300 a 500 metres de large 
el un grand volume d'eau. Celte riviere vient d'un 
lieu 6loigne dans le nord, et paralt etre une continua- 
tion du Zainbeze. Le pays est tr^s-peuple, et ses 
babitanls parlent differents dialectes du selcbouane 
melanges avec d'aulres idiomes. En 1850, pour la 
premiere fois, la Iraite des noirs alleignit ce pays; car 
des trafiquants, partis de la cole occidenlale, y avaient 
ecbange une grande quantile d'esclaves contre des 
produils de manufacture anglaise. 

La relation qui pr6c5de, et qui est exlraite des jour- 
naux anglais, donne, malgre son laconisme, de nou- 
velles et precieuses notions sur une des parlies les 
moins connues de I'Afrique int^rieure. 

Antoine d'Abbadie, 



( 28/i ) 
.%c*<cs fie la ftoele(4^». 

Proces-v«'rl»n"« «les seances, Oiivrnges 
ofTei'lSi, etc. 

COMPTE r.ENDU DLS RliCETTLS LT DES DEFENSES, EFFECTUfeES 

RECliTTES. 



DESIGNATION 
iIi'S clnipili'cs 
de la HECETTE. 



NATURE DES RECETTES. 



5 I. PioduU 01 di- I 
nail e des nice^- ' 
lious 

\ 11. Pniiluil cxlr. 
TdfS ri'cciilioiis. . 

5 111. PioUiil lies 
liulil;c;iUons. . . 



1 I Proits d'enlrcc el de di- 

I plome 

9 1 (■ Aniicecoiirantc 

Culis^it 



4i 



U- <, .£ ^* 



U Z — 

f" 'i « 

H = « 



I' Aniicecoiirantc' 
. < Aniiccs piccrd. 
(^ — uiilicip. 

ulisat. une fois piiyues.. 

/ dii Uullclm. . . . 

enlc ! do Mrnioii cs. , . 

( dc Cailcs . . . . 



Arn'ragcs de rentes sin 
IT.lat 



5 IV. Rcctlles di- 
vcrscs .... 



JV. SiiMeduconi- 
plu pi cccdcllt . . 



IG 



Allocalion dc M. le iiii- 

nistie de I'inslr. |iiildii[. 
Allocalion do M. le iiii- 

llistrc de la marine. . . 
Allocatiiiii de M. le nii- 

iiistre de 
Allocaliiin de M. le mi 

nistre dc 

Reccltcs imineviies . . . 
Divers 



Totaux des rccettes. 



Reliqiint en caissc an 
51 decemlire ISKl). . . . 



Tolaiix de la recette et 
dii reliqiiiit en caisse, . . 



400 1. 
4 000 . 

r,oo » 

coo .) 

iOO » 

■20 .. 

c:>o 50 

2-280 » 



tiO 



8 480 50 



712 52 



r;oo V 

58IG > 
540 .. 

noo » 

I G(i2 05 

HI • 



CG8 50 

2 2S0 II 

B ■ 
I l> 






a 
z 



502 



J 002 05 



58 



100 



115 « 

20 .. 



9G23 55 



712 52 



195 02 10 512 07 



50 ., 



1 432 05 285 



COMPAR.VISON : 

Ln leceltc presunice ctail tie c) i()3 oa 

La recclto effectin'c osl dp io342 07 

11 y a aiifjiiientalioii .lo rtC(;ttR do. . . 1 i^p o.*) 
iif:sri.TAr cjtMlnAi. et sihaiio w 3i hkck.muhf. iS.Ii 

1/1 riicctle tiil:ile tl:iiit de loS.Js 07 

Et la defense totalc I'laiil di; 1002a 70 

II restP rn c.Tiise .niiilif joiir 3lQ 37 



( -285 ) 

rOUn LA SOClEl£ DE CtUGKAPllIE, PI.MjAM I.'A.N.NtE 1S51. 



L) F. P E N S E S. 



DESIGNATION 
dc5 cliapitres 
dc lu DEFENSE. 



NATURE DES DErENSES. 



S I. Persoimel. . . ' 2 
\ 5 
I 



4 



§ n. Frais do logo- 
menl 



§ III. Frais de bu- 
I call 



S IV. Malciicl . 



Ag.'iit. 



Trailcmeiit , . . 
Droilsderecelte 
Tiavaux cxlr. . 



Loycr 

Coiili ibulions. . , 

Clia(ifl"iii;e 

Eclairage 

Service dcs i>allc5 



§ V. ruljlicjlio;is.r' 20 ' 



Df'iioHsn; divcrscs . . , . 
Ports do lutlix's et affraii- 

clri^SL-nirnls 

Inrprcssiuii d'avis, ciicu- 

laiie«, etc 

Eiilrclien dii nioJiilicr. , 

Toi t de livrcs 

cl joiirnaux . 

Affranchisse - 

Ijiljliolli. •' nirnl dc livr. 

j Aclialdclivr. . 

f elc 

; Frais de rel, . 



All icrc ( iiov. \ 
cidcc. 18i'J). ( 

Impress., pa- i 
pit'l', etc. , . J 

Purl el affraii- | 
chissenreiits. 

Grav. de cart, 
>^Tiragedecart 



^Bulletin. 



)Memoir, 



JVI. Placcrtieuldc 
capitaux 

§ VII. De'penses 
gcnerales . . . . 



' Impress., pa- 
pier 

Port ct affiaii- 

ciiissements. 

Giav, de carl. 

^Tiragedecart. 



Achat dc rent. si:r I'Etal. 

Prix aiiiuiel 

Dcpcnscs iniprevues, . , 



Total lie la depcnsc. .. 9 192 35 



I 201) » 

ICO » 

200 >. 

1000 . 

112 .'>o 

100 >i 

1 '(0 )i 

IliO « 

110 >. 

20 » 

hO » 

120 " 

40 >. 






iOOO 



200 » 
500 » 
oOO ). 



J) 
40 .) 

20 .. 

oOO » 

220 t 
bO r, 



w - — 
tfs "i: 1." 

UJ _ -- 

R - ^ 


i 200 .1 


107 » 


200 . 


I Olio . 


10!) 05 


1,j9 00 


130 90 


100 I 


1G9 25 


.-.2 5o 


50 B 


80 . 


. Gi So 


• A 


B B 


I^jO b 


4 GS8 Go 


lot 111 


4Si 70 


450 90 


lo )) 


)) » 


B B 


80 50 


289 70 


21 G 8S 


42 95 



B » 

7 I 

B 1 

» » 

B » 

)) n 

)> J) 

> B 

59 25 

12 i; 



B » 

B « 



088 Go 



loO 90 



15 n 

> » 

» I) 
CO 50 



> > 

» B 



3 riO 

.1 40 
04 



)> n 

B 1) 

II « 



48 81 I 
15 50! 



n r> 
40 > 
I) » 

10 30 

3 1.^ 

7 o;> 



10 022 70 1018 70 



188 55; 



COMPARAISON : 



La de'pense pre'sumc'e clait lie 9 '9' ^5 

La clipense effectiiee est de 10022 yo 



II y a au^;men!atiui) de dqiense de . . 83o 35 

Pari?, mars 185J. 

Le py^sideiil de la seitioii de vomptabiliic, 
Dai on UK JiniMOM. 



( 286 ) 
RAPPORT SLiR LA VITRIFICATION 

DES 

COMPTES DES RECETTES ET DES DEFENSES 

DE 

LA SOCitTt DE GfiOGRAPHIE 

PEsnANT l'asnee I 85 I, 

paESE?iTli 

A LA COMMISSION CENTRALE (SEANCE DU 19 MARS), 

PAR 

M. LE KAROiS DE BRIMOIST, 

President de la section dc cumptabiliU'. 



Messieurs ; 

Organe de voire commission charg^c d'cxaminer les 
comples des recettcs ct des dupenses de la Sociele de 
geographic pendant I'annee 1851, jo vais avoir I'lion- 
ncur do vous soumettre le r^siiltat de cet exainon, 

RECETTE. 

La recelte presumec ctait portce an budget de 1851 
pour une sorame de 9li)3 fr. 02 cent., y compris le 
reliquat actif du compte de 1850, monlant a 712 fr. 
52 cent. Elle s'esl elevec a I0 3/|2 IV. 07 cent. Diffe- 
rence en plus, 1 1/|9 fr. 05 cent. Cet exc^danl porlc 
principalement sur deux articles que je vais examiner 
succcssivcmenl. 

Art. 2. (Colisations.) Cet article prescnte une aug- 
mentation dc 392 fr. , provonanl en partie de la renlree 
dc colisations arrierees. 

Art. 6. Get article, relalif a la vente des Bulletins, 
prcsenle la difference la plus notable. Evalue a 600 fr. 



{ 287 ) 

dans le butlgel, il est monte a 1602 fr. 0.) cent., c'est- 
a-dli'e a 1 002 fr, 05 cent, en plus, ce qui provient en 
presque totalite d'un certain nombre d'exeuiplaires 
de la nouvelle serie de noire Bulletin pris par le mi- 
nistere de rinslruction publique a titre d'encourage' 
ment. 

Les aulres articles de la recette ont subi quelques 
diminutions, notaminent celui qui concerne la vente 
desnum^ros, cartes, etc. Coinme je compte, dans le 
r6sum6g6n6ral, faire a cetegard quelques observations, 
je ne m'etends pas davantage en ce moment sur ce 
sujet. 

En definitive. 

La recette effectuee est de io342 07 

La recette presiimc'e etait de 9 '93 02 

DifFerence en plus i i49 o5 

D^PENSE. 

Les trois premiers articles, relalifs au personnel, 
n'ont point eprouve de modifications. 

Divers articles compris dans les frais de loge- 
inent ont fourni quelques diminutions sans impor- 
tance. 

Quant a ceux compris dans le paragraphe 3, inti- 
tule Frais de bureau, ils ont pour la plupart depasst^ les 
previsions du budget, nolainmcnt I'arl. 9 : Depenses 
di\'erses, et I'art. 10 : Ports de letlres, pnquets et a/fran- 
chisseme/its; et a celte occasion je I'erai remarquer que 
la majeure parlic de cello derni^ro depensc a etc 
supportt^e geni^reusenient par M. de la Roquetle, secre- 
taire general dc la Commission centrale. Sans cela, la 



( 28S ) 
soiumc voice pour 1851 caicl6 bion ceiiaiiiemcDt cjiiin- 
liiploe, comnie on jionrr.'i Ic voir par unc nolo inser(!'o 
(Jans Je dossier des comptes de I'exercicc 1851. 

Les previsions pour I'imprcssion du Biillelin onl cte 
d^passd'es de 688 fr. 65 cenl., et celles pour la gravure 
et le lirage des cartes, de 150 fr, 90 cent. 

Get excedant provient, d'une part, dit dt^veloppe- 
ment qu'a recu Ja nouvellc serie du BttHetin de la 
Sociele, cl de la resolution (jui a die prise par la Com- 
mission cenlralc d'enricliir le plus possible nos publi- 
cations d'une serie de carles nouvelles ou peu connues, 
dans I'inleret des voyageurs, des comnierganls , et 
enfin de tous ccux qui jircnncnlinlerct aux progres des 
sciences geograjihiqucs. 

Dne seule cotisation tie 300 IV. a cl(i verice cclle 
annee par un membie. Gctte somnic a ele placee en 
rentes sur I'Elat, el a augnienle de 15 fr. Ic cliillVe des 
rentes que possede la Socidle de geographic, et qui est 
acluellement de 670 fr. 

Quant aux autrcs articles, les augnienlalions ou di- 
minulions sont si minimcs, qu'il csl inutile de s'y 
arreler. 

En resultal. 

La ticpense cft'ectuee a ele do 10022 70 

La depense presiimce ctait de g lya 35 

Excedant 83o 35 

IIA LANCE ; 

La recetle lotdic i)ijur i85i a ('ti! de ii)34'->- 07 

Ya la depense, de 10022 70 

Coiisei|iieiiimtiii d leslr eii caissc <i icpoi Icr au 

budget de l852 3i;) ■^7 



( ?89 ) 

Tels sont, messieurs, los rcsullals de la vc^rification 
du complc du Iresorier. Si Ics depenses ont el6 com- 
jjarativcment elevecs , Jos ameliorations ohtenues ont 
largeinent compense ce surcrolt de charges. Pormeltez- 
jmoi maintenant , puisque vous m'avez fait I'lionneur 
de me nommer president de la section de comptabi- 
lite, d'accomplir ma tache enlierement. 

J'ai pense qu'il etait dc mon devoir de vous rendre 
un comple exact des ressources actuelles de la Societe, 
et pour vous meltrc a meme de bien fairc ressorlir sa 
vtlsritable position fmanci^re, je veux la comparer a 
celle des annees qui ont suivi sa fondation , et exami- 
ner a I'aide des ces rapprochements I'etat oil elle se 
Irouve acluellement. 

Le tableau ci- contra (1) des recettes et des de- 
penses de 1851, etabli sur les comples du Iresorier, 
compare aux budgets des ann6es pr«^c6dentes, sera la 
preuve la plus convaincante qu'il y a beaucoup a faire 
pour rendre a la Societe rimportance qu'elle avait 
dans le passe. 

(i) Cc tableau a tile donnc en i85o par M. le sccie'laire general de 
la Commission centiale; je i'ai complete jusqu'cn i85i. 



( 290 ) 



RESUME DES COMPTES DES RECETTES ET DES DEPENSES DEPUIS 
L'ORICINE DE la SOCIl^T^ DE G^OGRAPIIIE JUSQU'A 1851. 



En examinanten efl'el les chifTrcs de ce tableau, el en 
comporant ks ann^cs qui oDt suivi la fondalion de la 
Societe, el notanimonl de 1S22 a 1830, avec les an- 
uees posloricures, on voit qu'il y a unc diiniaulion de 
recetle sensible, souvenl de plus de luoili^. 



S2 








RESTE 




1 


■u 


BECETTES. 


DfPENSES. 


ea 


OBSERVATIONS. 




s 








cAisse 






i8a2 


10740 


II 


3 847 53 


6892 47 


5000 fr. Ju lestanl en cui«sc onl 
ele places cu lenlcs 5 p. 100 sur 
I'Elat. 


\ 


1823 


17 362 


47 


6044 17 


II 3 1 8 3o 


iiUOUfr. Jo. 




1824 


16 23o 


3o 


5549 90 


10680 40 


7 OOO fr. ilo. 




l8:!5 


24 107 


40 


14417 21 


9^9" '9 


6 000 IV. do. 




1826 


1 6 652 


09 


i5527 19 


I 124 92 


11 y avail douc, en 18-26, 23000 f. 




182- 


16971 


92 


16 168 69 


8o3 23 


places cu rentes siii- I'Elat. 




1828 


.7m5 


33 


16868 o5 


247 28 






1829 


14702 


53 


18795 75 


906 78 


F.ii 1829, uu cncoiiiagenienl de 




i83o 
i83i 


1 5 900 
i3 )5o 


21 

81 


.4395 45 
12 955 80 


I 5o4 76 
195 01 


8 523 fr. ilonne' a M. Caillie' a 
rcJiiil le funds de 'iS 000 fr. o 
14 475 fr. 




i832 


10618 


3i 


10248 o3 


070 28 


Capilal reduil do noiivcau, en 




1 833 


9^11 


78 


8 348 65 


I 329 i3 


1852, i 13OO0 fr. 




1834 


12 198 


78 


10 761 I) 


I 437 78 


Lc due dOrlcaiis donne 2 000 f r . 


1 


i835 


12 63 1 


73 


10643 77 


I 987 96 


achat de 100 fr. .k- rente 5 p. lUO 


f 


i836 


ID 126 


42 


9908 5i 


"163 61 


ayaiil covilo 2 120 f c . 60 c. 

Le lapilal place est douc, en 
1834, de 15 000 fr. 




183; 


10 01 1 


61 


1 1 9i5 24 


Exccd de dcp. 


Pour couvrir le delicit de 1 fl03 fr. 




i838 


8755 
II 286 


32 


8729 42 


25 90 


63 c.ona vendu 100 f. de u-nle. 




i83q 


20 


10 353 95 


932 25 


qui out prodiiil 2 182 fr. 25 c 
R.liqiial, 278 fr. 62 c. Restc . 
600 fr. de rente. 




1840 


1 1 3oo 


25 


10 694 61 


6o5 64 




.84. 


10 725 


39 


9 23 1 42 


' 493 97 






1842 


10612 


57 


8492 87 


2 1 19 70 






1843 


1 2 659 


75 


10 524 65 


2 i35 10 






I1844 


1 2 29.5 


» 


i3 235 4o 


59 60 






1845 


8628 


60 


8495 85 


132 75 






i84fi 


9198 


20 


8 857 ^0 


340 qo 




t 


■847 


10 107 


70 


9978 89 


1 o38 81 




^ 


1848 


6796 


81 


6590 i5 


206 ()6 




1 


.849 


6 468 


5i 


6431 06 


37 45 




1 


i85o 


9872 


04 


9 '59 52 


712 52 




1 


i85i 


10 342 


07 


10022 70 


319 37 


















1 



( 291 ) 

Ceci s'explique par la rlisparition d'mie grande 
l)arlie du personnel de la Society, qui comptait dans 
son sein un grand nombre de notabilites scienlifiques 
ct de noms illuslres, d^sireux a celte epoque de pro- 
teger celte Society naissanle , et de developper en 
France I'etude des connaisances geographiques. La 
faible cotisation que chaque niembre avait a verser 
annuellemenl suffisait pour jModuire un tonds capable 
de payer les depenses occasionnees par la publication 
du BiiUetln et des Menioires de la Soci^te, coinine 
aussi de distribuer des encouragements aux voya- 
geurs, ce qui n'a pu se faire depuis 1834, comme on 
le voit par le tableau imprime en tete du Bulletin de 
I'annee 1851, etc. 

Pendant les dix premieres annees, le nombre des 
membres s'elevait en moyenne a 250. Depuis celte 
epocfue, il a 6le toujours en dirainuant. Ainsi , de 
1830 a 18A4, il atteint a p(.ine le chiffre de 180, et, je 
dois le dire en passant, lieaucoup deja ne payaient 
plus exaclement leurs colisalions. Do 18/14 a 1850, on 
comptait environ 200 meiubres. 

Cbarge alafin de 1850deprd!siderlasecliondecomp- 
tabililede laSociele, j'aidii, en ^lablissant les couiptes 
sur des bases nouvelles, afin de le mettre en rapport avec 
le budget deja modifie anl^rieuremenl par le secretaire 
general de la Commission centrale, verifier I'exaclitude 
de la lisle officielle des membres composant la Societe 
de g^ograpbic. Je n'ai point larde a m'apercevoir que 
les cblllVes indiques etaient exageres. J'ai voulu, avant 
d'y apporter quelques modilicalions, I'aire uu dernier 
appel ei de Irop nombreux retardataires; plusieurs ont 
acquilte leur arri^re, d'autres onl rel'us^ de satisfaire 



( -292 ) 

aiix cngogcmenls (|iic la Sociili impose; ils donenl 
done elre consklercs coiudio iiemissionna'ues. 11 rc- 
sulte de cc Iravail que: la Sociele iic complo |,lus dans 
son sein, au 1" janvicr 1852, que 162 nienibros, donl 
134 payaat exacleaienl lour colisalion , ce qui rcpri- 
senlc une somnie do /lOOO h\ cn\iron, destines aux dis- 
penses de son Bulletin. 

En rosume, nous voyons par le labloau qui precede 
que les recetles elTecluecs, do 1 822 a 1830, 

S'elev.iieni anniu-llemeiil cu inoyeniic a 18000 fr. 

Et nu'cn l85l elles n'oiit atlciiit que \c cliiflre ile . loooo 
Environ, donl il f.iiit deiluire uric somme dc. ... i 280 

donnee exceplionnellenicnt par M, le niinlslre de I'in- 
slruclion publique, ce qui olFre en realile une dilFe- 
rence norniale annuellc d'environ lOOOOfr, sur les re- 
cetles produilcs par ie verseiuent des colisalions. 

De memo, si je compare les vcntes du UullcUa cl des 
Memoires eft'ecluies dans los premieres annees d'cxis- 
tence de la Societe, je trouve une notable difference. 
II y a\ait annuellcmcnl un produit variant entre 3 cl 
h 000 fr., landls (jue de nos jours la venlc de nos 
recucils alleint a peine en moyenne la somme dc 
1 000 a 1 200 fr. , encore faul-il comprendre dans 
cellc somme, el j'cn ai parle dcSja plus haul, le pro- 
duit d'un certain nombre d'cxcmplaircs que le mi- 
nistrc de rinstiuction publique a fail prendre cctte 
annee a litre de subvention. 

Je saisirai avec empressemonl cello occasion dc rc- 
mcrcier ce ininistre, au nom de la Commission cen- 
Irale , de cet encouragement qu'il a bien voulu ac- 
cordor a la Societe de gdograpliie, de continuer pour 



( 293 ) 

I'ann^e 1852. II est a regreller que les autres ministres 
ses collogues n'aient pas agi de meme clans I'int^ret 
de notre Soclete ; nous aurions pu ainsl , en augmen- 
tant nos recettes d'une maniere sensible, joindre k 
notre Bulletin un plus grand nombre de cartes geogra- 
phiques, de la plus baute utilile pour noire commerce. 
Je termine cet expose en faisant un appel serieux a 
la bienveillance du gouvernement. Je ne doute pas que 
le prince eclaire entre les mains duquel se trouvent 
actuellement les deslinees de la France , et que nous 
avons I'bonneur de compter parmi les membres de la 
Soci^le de geograpbie , nc cberche par tous les moyens 
possibles a rendre son ancienne splendeur a notre 
Compagnie, quand il aura connu sa position finan- 
ciere actuoUe et les efforts de quelques membres, amis 
fiddles et desinleresses de la science geograpbique. II 
apprd'cicra, j'en suis certain d'avance, les services im- 
menses qu'elle peut rendre, et il voudra en faire une 
rivale serieuse des Societes geograpbiques d'Angleterre 
et de Russie , fillcs cadcltos de la Societe de Paris, si 
puissantcs par leur organisation ct par les encourage- 
ments p^cuniaires qu'ellesrccoiventdeleursgouverne- 
ments et de quelques particuliers (1). 

(i) Les larges souscriptions de? itiembies iKs tleiix jiai leiiicnts et des 
riciies [jioprietnires et coiiitnercaiils, ties officieis (jeneranx et autres, 
soutiennent surtout la premiere de ccs societes, a laquelle sir Georges 
Slaunton,paiexempIe,souscrit pour plus de Sooofr. pnran.EnRussie, 
le gouvernement impe'ria! a mis on i85n al,i disposition de la Socie'te 
(jcograpliiqne de Saint Petersliourf; nne somniede 3oooo loubles pour 
aider a mener a bonne fin une cntreprise qu'elle avait commencce, et 
en une seule anne'e deux mendjres de cette Sociele, MM. Golonbkoff 
et le comte Tschnpsky, ont duniu'-, I'un 200000, I'ande 100 000 fr. 



( 29/i ) 

Qu'il me soil permis en ce niomcnl d'indiqucr tout 
d'abord un moyen facile d'augmenler la fortune de la 
Sociclo. II consisterait a lui acheter les coliecUons 
noiubreuses de Bulletins (i) el de Menioires qui exis- 
tent en depot dans sa bibliollieque , et d'en dolor les 
elablissements publics do nos villes niarilinaes, ou une 
jeunesse studieuse et les armalours, Irop peu verses 
gendiraleinenl dans les sciences geograpbiqucs, vien- 
draienl puiser des venseignenients precieux sur la 
civilisation, les moeurs el les coutumes des nations oil 
les porle leur commerce maiilinie, comme aussi sur 
la nature des raarchandises qu'ils pourraient y trans- 
porter. II existe de ces scries d'etablissements a Lon- 
dres, aSaint-Petersbourg, et generalemcnt danstoules 
les villes maritimes importanles que le genie do ces 
nations a su creer et faire prosperer. Pourquoi la 
France ne marcbcrail-clle pas sur leurs traces? 

Outre le profit immedial que la Societe retircrail 
de cetle acquisition faile par un gouvernement eclaire, '\ 
et qui serait peu couteuse en definitive, ces collections 
interessanles, repandues dans les villes maritimes, 
auraient un avantage precieux, celui de donner une 
plus grande notoriete a la Societe de geograpbie , et 
d'exciter ainsi cbez un grand nombre de personncs 
le d6sir d'en faire partie. Le Bulletin deviendrait alors 
un nouvel objel de recettes; car il est a croire qu'au 
prix modique fixe pour cliaque volume, beaucoup 
de personnes voudraienl en avoir la collection com- 
plete. 

(i) II se iroiive en magasin environ 5oooo nume'ros dn Bulletin, 
formanl pres de 3ooo volume* eomplets. 



( 295 ) 

Je lerniine , mossieurs, en vous prianl de bien votis 
penetrer tie I'^lat acluel de notre Socielo. Ainsi que 
vous avez pu en juger par ce coniple rendu , elle est 
loin d'alteindre le degre de prosperite des premieres 
annees de sa fondalion ; niais, cependant, liatons- 
nous de constater que le tableau des recettes et des 
d^penses depuis son origine offre , pour les dernieres 
ann(^es, une leg^re amelioration; aussi pouvons-nous 
esp^rer de voir celte amelioration faire des progr^s et 
d'fiti'e en etat de tenir les lecteurs de notre journal au 
courant de tous les progr^s de la science a laquelle 
nous nous sommes consacres, et de publier de jour en 
jour un plus grand nombre de cartes , si le gouverne- 
nienl nous accorde les encouragements que nous lui 
demandons, s'il dispose en noire faveur, par exemple, 
pour le local de la Soci^te, do I'un des nombreux bail- 
ments qui sonl en ce moment sans emploi, et si cbacun 
de nos collogues i-edouble d'efforls pour assurer I'avan- 
cement de la science geograpbique et le d^veloppemenl 
progressif du commerce maritime de la France. 

Le president de la section de comptabilite. 

Baron dk Brimont. 



( 296 ) 



BUDGET DES RECETTES ET DES DfiPENSES A FAIRE PAR 



RECETTES. 



DCSIC NATION 

des chnpilres 
tie la RECETTE. 



I. PruJiiil oidtnaire 
lies iL'cepUous. . . 



NATUBE DES RECETTES 



Aiilli'u coul&nlc. 
2 I Colisalioiis. ^ Anne'cs pirced. . 
" ' — ■■ulicip. 



II. P 
des rc'c 



I I 

utiuil extr, i ^ ) Dlplonic; 

'eptioiis. , . i fj ) Colisalious unc fuis payees, , , 

' P.ud.nldespu-f - v^,„ 

dicutious 1 ^1 



de nnlleliiis. , 
de Mt'imiires . 
de Cartes. . • 



IV. RecrllBi d.vor 
iei 



Arrcragcs dc iciilcs sur I'Elal. 



/10\ Allocation de M. le niiriistie de 
I I'in^truclion pii|jli<|ue . . . , 

11 i Allucaliun de M. le niinistie de 
f la niaiitie 

12 ^ Alloialioii de M. le ministic 
ds 

15 ^Allocation ilc M. le niinistje 
(le 



\ 14 Kecctles ini|)tevues. 
\ \'S Diveis 



5 V Suldeducompte 
precedent 



10 



Totaii 



4 0P0 9 



iOO « 
500 > 

GOO » 

300 I 

20 . 

C30 !.0 



2 280 . 

SO » 

» I) 



5 816 » 

K40 .. 

56 u 

500 » 
500 > 

1 602 05 
87 » 



G68 ^0 

1 280 . 
» » 



» » 
■ > 



u u i: 

S B. 



8 ^80 SO 9 629 SS 



Relicjiiat eii caissc au 51 decen.ljre IISI 



Total de la rocetle prevue pour I8.'>2. 



4 000 > 

SOO > 

56 * 

400 I 

500 1 

900 « 

100 » 

50 . 

676 . 



600 » 
840 » 



8 4S2 



519 57 



8 771 57| 



( 297 ) 



LA S0CI£TE DE GfiOGRAPHIE PENDANT L'aNN£e 1852. 



DEFENSES. 



DESIGNATION 

(les chiipitres 
de la DEFENSE. 



§ I. Peraaniicl. 



5 II. Frais de loge-J g 
ment ) -j 

8 
I 

S III. Frais de bu- ( 9 

reau i 10 

\ 11 



'S IV. Male'riel. 



NATUBE DES DEFENSES. 



Agent, 



Trailoment 

Travails extiaordiii. 
Droits de rccelle, . . 



Loyer 

Conlriliulions. . , 

Chuiiffiige 

Eclaiiage 

Service des salles. 



5 V, Publications. 



S VI. Placement de 
capiUiix 

$ VII. Dcpenses ge- 
nerates 



De'penses Jiverses 

Ports de lellres ct iiirr;uiibiss. . 
Impress. d"avls, circulaires, etc. 

Entretien du mobilier 

/ Port de livr. , ionrn.. 
) AttVancbis5.de livr.. 
i Acbat de livr., etc. . 
VFruis de reliure. . . 



( Impress., pap., etc. 
J Gniviire de curies, . 
\ Tirage de ciirtes. . , 
(.Port el affrauchiss. . 



fBiblioth. 



, BiiUetiu. 



Memoir. 



25 Achat de rentes sur I'Elat. 



["Impress., pap., etc.. 
) Gruvirre de cartes. . 
\ Tiiuge (Jc cartes. . , 
[,Porl et all'ranchiss. . 



Prix annuel 

Depenses imprevucs . 



Totaux. 






1 200 » 
200 >. 
160 » 

1 000 n 
112 25 
IGO » 
140 D 
100 » 

no j> 
20 » 
50 » 

120 » 
40 » 



l.-iO » 

4 0O0 » 
500 » 
500 .. 
2U0 » 



40 » 
20 « 



500 B 



220 
50 



a 0) _; 

w "2 JO 
z 2 1° 



9 192 25 



1 200 
200 
1G7 

1 000 
109 05 
159 60 
130 96 

100 » 

169 2,'. 
32 35 
39 

80 
6'. 83 



150 >i 

i 688 63 
484 70 
450 90 

151 19 

15 » 

» fi 
80 50 
» u 

289 70 

916 83 
42 95 



10 022 70 



z J- 

u 



I 200 
200 
167 

1000 
110 
160 
150 
100 

U>0 

100 

40 

200 
60 



150 > 

2 600 » 
400 » 
400 » 
150 » 



300 

1 000 
60 



8 667 



La recette presumee elant de 8771 87 

El la depense de 8 667 » 



La difference serait de loi 3- 



lU. MAIiS. 7. 



20 



( -298 ) 
SOCIlfcr^ DE GI<:OGRAPHIE. 



MOUVEMENT DES COTISATIO.NS l?fE FOIS PAYEES 
ET DES PLACEMENTS DE CAPITAUX. 



Recette aiUerieuremeni a i85i, 
— pendant I'annee i85i. 



Total des capitaus encaisse's 

PLACEMENT EK RENTES. 

G6i fr. de rentes 5 p. lOO acquises anieiieu 

rement a i85i 

I 5 fr. de rentes 5 p. lOO acqviises pendant 
lannee i85i 



G76 fr. de rentes. 

Exeedant de la recette sur la depense . 



NOMBRF. 

de 
COTISATIONS 




14 ai)0 >' 
3o() • 



1 4 5oo » 



14 160 1.5) 

■4 449 85 

70; 



.89 



5o 1 5 



MOUVEMENT DES ENTRIES ET DES SORTIES DES MEMBRES. 

An 31 d^cembie 1850, les meinbres niainlenus stir les listes offi- 
cicllcs comme dcvaiit contribcer aux dL^penses de 1851 s'61evaienl 
ail nonibre de 142, dont 

i34 membres payant cotisation annuelle '341 ./ 

8 membres a vie 8 ) 

1^5 receptions du i" Janvier au 3l de'cembre l85l sent mon 

tees a 

En plus, un nouveau membre a vie 



A deduire pour cause de deces, demissions et radiations. . . . 

]je nombre des membres inscrits sur les registres, au 3i Jan- 
vier iSSa, est de 

Kn plus, 3o correspondants elrangers 



1 54 

23 



l32 

3o 



iGs 



Le president de la section de comptabilil^, 
BaronDE Brimost. 



( 299 ) 



PniSIDENCli Dli M. JOMARD, V1CE-Pr£sIDEIST, 

EN l'abSENCE DU PRESIDENT. 



Proces-'verhal de la seance dii 5 Diars 1852. 

Le proems -verbal de la derniere seance est lu et 
adopts. 

M. le ministre de la guerre annonce, par une lettre 
en date du 28 fevrier, adress^e au president de la 
Commission centrale, I'envoi d'un exemplaire du ta- 
bleau de la situation des elablissements frangais en 
Alg^rie pendant les annt^es 18Zi6 a 18/19. 

M. le secretaire-adjoint lit la liste des ouvrages of- 
fer ts. 

M. Hecquard met sous les yeux de I'assembl^e la 
carte de son voyage dans la Sen^gambie; il pr^sento 
quelques considerations relativement a certaines er- 
reurs de M. Mollien, relatives aux sources du Sene- 
gal , qu'il a relev6es, et il donne, de plus, des expli- 
cations sur les points de contact de sa route avec celle 
de Caillie. On demande qu'il soit mis un tirage de cette 
carte a la disposition de la Societe pour le Bulletin. 
M. Hecquard est pri^ d'y joindre son itin^raire, 

M. Jomard, vice-president, annonce que la commis- 
sion du concours au prix annuel s'est r^unie, et qu'elle 
fei'a son rapport a la procliaine seance. 

Le m6me membre annonce que , d'accord avec le 
president de la Commission centrale, M. I'amiral Ma- 
tUieu, president de la Societe, a fixe au 2 avril pro- 
chain la premiere seance gen^rale annuelle. 

M. Cortamberl prcsenlc un tableau general indi- 



( 300 ) 

quant la classification raisonni^e de toules les sciences 
liumaines; il se propose surlout d'assigner a la g6o- 
graphic la place qui lui convient. On devrait, selon lui, 
la placer dans la classe des sciences pliysico-morales. 
Lcs developpements que donne I'lionorable meiubre a 
I'appui de son travail sont 6coules avec interel. Plu- 
sieurs membres (MM. Jomard, Maury, Daussy et Ant. 
d'Abbadie) font quelques obsei'vations a ce sujet. 

M. Ant. d'AI)badie, a propos d'un travail qu'il prti- 
pare, demande les avis des membres de la Societe sur 
cetle question : A cjuel signe reconnait-on, en remon- 
tant une rlvi6rc, quelle est sa continuation , on quel 
est son conlluent? MM. Jomard, Cortambert, Daussy, 
Maury, Isambert et V.-A. Malte-Brun prcnnent part a 
la discussion qui s'engage a ce sujol. II en r6sulte qu'il 
n'y a pas encore de regie definitive, etque Ton doit tenir 
compte du volume des eaux, de leur couleur, de la ra- 
pidity el de la longueur du cours, de la cdtiliguration 
g(^ognoslique clu pays, du nom donn6 par les naturcls, 
etc., etc., etc. 

Sur la demande de M. le secretaire gd-n^ral, la Com- 
mission centrale decide que Ton enverra, k V Institution 
Smithsonienne, de Philadelpliie , la quatri<^mc s^rie de 
la collection du Bulletin de la Soci^td. 

Proces- verbal de la seance du 19 mars 1852. 

Le proc6s -verbal de la dernit;rc seance est lu el 
adopt6. 

Le secretaire de la Societe philosophique amtiricaine 
pour la propagation des connaissailces utiles dcrit do 
Pliiladelphie, 15 levricr 1852, |)our accuser rdceplion 



( 301 ) 

des tomes XII, XIII el XIV du Bitlletin de la Socit^le do 
g^ograpliie, 3° serio. 

M. Ant. d'Abbadie ecrit, sous la dale da 19 mars, 
pour proposer I'admission au nombre des membres 
de la Soci^t^ de M""" Alexandre Kerr, dame anglaise, 
auteur de plusieurs ouvrages, et connue par son amour 
pour les sciences et les belles-lellres. ( Voir a la fin du 
Proces-'verbal.) 

M. le prince Emmanuel Galitzin fait hommage a la 
Society d'un voyage en Finlande, qu'il vient de publier 
a Paris. 

M. Hecquard adrcsse au president de la Commission 
cenlrale (mars) quelques informations sur son voyage 
en Afrique ; elles seront joinles a celles que eel officier 
a d^ja transmises sur le meme sujet. 

Le secretaire general propose d'otlrir a la Smithso- 
nian Institution, de Philadelphie , a laquello la Societc 
de g^ographie doit un si grand nombre de precieux 
ouvrages, la troisi^me s^rie du Bulletin. Deja on a de- 
cide dans une precddente stance que la quatri^me 
serie serail envoy^e a la meme Institution. Cette pro- 
position est adoptee. 

Le secretaire g(in^ral donne lecture de la lisle des 
ouvrages offerls. 

M. Jomard , vice-pr6sident de la Commission cen- 
trale, presenle, comme rapporteur de la commission 
sur le concours au prix annuel pour la d^couverte la 
plus imporlante en g^ograpbie, un resum^ de cc raj)- 
port, qui doit etre lu a I'assemblee generale , dont la 
tenue est fixee au vendredi 2 aviil (1). 

(l) La coinniissioii tin jui\ ;ininu'l f>t coiiipose'e de MM. Djussy, 
•I'Avczac, Giiij'jiiiaiU, Aiit. d'AliLadic cl Juiiiard, lajipoiteur. 



( 302 ) 

M. cle la Roquette, secretaire ginoral, lit uiie notice 
succincle, traduite cle I'anglais par M. Ant. il'Abbatlic, 
sur les nouvelles decouvertes faites par MM. Livingston 
et Cotton Osvvell dans I'Afrique australe , au dela du 
lac N'gami. 

M. le baron de Brimont, prdsidenl de la section de 
comptahilite, prisente le Inulgct de 1852, cl fait son 
rapport sur les comptes de 1851. Ces documents se- 
ront, aux termes du rfeglement, pr6senlos a rassemblee 
generale, et imprimes, suivant I'usage, dans le Bulletin. 

M. Jomard lit une notice sur la decouverte rdcem- 
mcnt faile de Irois vases d'argent sur Icsquels soiit 
graves des ilineraires de Gades a Pionie. 

Le meme niembre entrctientlaComiuissloii centralc 
dos fouillcs faites en Egypte dans des mines el des de- 
couvertes qui en ont ele le r^sultat. 

M. Ferry soumet a la Commission deux instruments 
donl il est I'inventeur, cl doul I'un est unc boussolc. 

M'"° Alexandre Kerr est re^uc membre de la Societe 
sur la presentation de MM. Ant. d'Abbadie et Jomard. 



( 303) 
OUVRAGES OFFEUTS 

DANS I.liS SliANCES DES 5 ET 19 MARS 1852. 



TITRES. 



DONATEURS. 



EUROPE. 



OCVnAGES. 



La Finlande; notes recueillies en 1848 pendant 
une excursion de Saint-Pe'tersbourg a Torneo, 
par le prince Emmanuel Gnlitzin. Tom. I et II. 
Paris, i852. 2 vol. in-8°, avec une carte. 

Les Sciences historiques et yeographifjues envi- 
sa^ees dans leur mouvement actuel cliez les 
dift'erents peaples de I'Europe. F!lsr|uisse par 
Vivien de Saint-Martin. Paris, i85i. BrocJi. 
in- 8°. 

ASIE. 

OUVnAGE. 

Sur les Khazars, par Vivien de Saint-Martin. 
Paris, 1 85 1. Broch. in-8«. 

A Geographical description of certain ports of 
the Southeast Coast of Arabia... (Description 
geographique ile certaines portions de la cote 
sud-est d'Arahie, avec un court essai sur la 
geograpliie comparative de toute cette rote, par 
H. J. Carter, esq. Singapore). Broch. in-8". 

AFRIQUK. 

Tableau de la situation des etablissements fran- 
cais enAlge'iie, 1846, 1847, 1848, 1849. ' ^°'- 
in-4'' avec cartes. 

OUVRAGES. 

Rapport sur un ouvrage d'exploration dans I'in- 
terieur de I'Afrique, par M. Hecquard, sous- 
lieutenant de spahis. Br. in-8°, avec une carte. 

MELANGES. 

MEMOIRES DES SOCIETES SAVANTES ET JOURNAUX. 

Francois. 

Nouvelles annales des voyages. Janvier i85a. 
Journal des missions evangeliques. Fevrier i852. 



Le prince 
Emmanuel Galitziu. 



Vivien 
de Saint-Martin. 



Idem. 
Idem. 



Ministere 
de la guerre. 

llecguard. 



Les editeurs. 
Idem. 



( 30/1 ) 



TimES. 



DONATI'.URS. 



Hcvue coloninle. Foviier i85'j. 

Aiinales ilu conitni'ire PMoiieur. Nov. I 85 1. 

lievuc (le rOiictit. Fcvrier iSSa. 

.lournal irrddciilioii popiilaire. J^invicr l85'i. 

Revue oiientale ct il'Aljji'rie. Janvier ft tcvricr 

1852 ln-8°. Paris, i852. 
Archives des iriissions scientifiques el litleraires. 

Janvier a aoiit i85l. Paris. 
Revue de rinslruclion [)ublique. 26 fcviier l852. 

Anqlais. 

Journal ofllie Rotubay branch of ihe royal Asiatic 
Society... (Journal <le la Societe asiati(|ue de 
Bombay), n°' i, 2, 4, 7, 8, 9, 10, 1 1, l3, 14. 

The Church Missionary Intelligencer. Mars i852. 
Londrcs. Grand in-8". 

Amciicains. 

The Literary world (leMonde littcraire). N" 257, 
3 Janvier 1852; 258, 10 Janvier ibSa; 25f), 
17 Janvier i852; 260, 24 ja'iviiM- i852. 

Proceedincs of the American, philosophical So- 
ciety... (Actes dt; la Societe philosophitjnc aiiie- 
ricaiiic). N" 45, avril-decenibrc i85o; 4(', Jan- 
vier a juillet i85i . 

IJIVEllS. 

■Report from the select committee on Ordnance 
Survey ( Scolland )... (Rap|)ort du Comile sur 
le leve de I'Imos^c). 

A school .\tlas of physical {;eoj;raphy... ( .Ulas 
sc(daire dc {jeograpliie physif|uc). 

A .school Atlas of general and descriptive geo- 
graphy... (Atlas scolaire de {;eographie gene- 
rale et descriptive). 

Hisloire de la vie d'lliouen -Tlisang ot de ses 
voyages dans I'liule eiitre les annees (i2()et645 
de notre ere. 

Prcuves de r.intiijue science ipi'ont posscdc'c Ics 
pcnples a ccritmc hierof!lyphi(pic et antedilu- 
vienuc. Rroch. in-8". Paris. 



MM. 

I.cs e<llleurs. 

Minisltire du comin. 

Les cditeui s. 

Idem. 

Idem. 

Ministeie de I'inslr, 

publiquc. 

Idem. 



edileur 



l.le 



Mem. 



Societe philosopli. 

ainericaine 

dc Philadtilphie. 



A. K. Jolinston. 

Idem. 
Idem. 

SianislflS Julicn. 

Chev. de Paravey. 



"■ X-n- r.ul/.tiji ./r .//«/>■ /,'/.;i' 




^'^A'. 



^^^^-^K/i^ jjsnmHJKi/ms 



I E 




/// 



Suri^'if *■/*' i't'i'i/iiii'liif 




i.ili,.,l,-/.:,uiy„,.„„„ ,, M,m» 



BULLETIN 



DE LA 



SOCIETE DE GEOGRAPHIE. 



AVRIL 1852. 



ASSEMBLfiE GENERALE DU 2 AVRIL 1852 (i). 



DISCOURS 

PHONONCE 



PAR M. LE CONTRE-AMIRAL MATHIEU. 

Directeur general du depot de la mnrinc, 
Pre'sident de la Socie'te. 



Messirurs, 

C'est avec une confusion extreme que je succ^de ici 
a I'illustre M. Dumas , et que je viens occuper ce 
fauteuil sur lequel un savant seul devrait s'asseoir. 

Mais, messieurs, en me choisissant pour 6tre voire 
president , vous avez voulu , sans aucun doule , donner 

(l) Le Compte rendu des recettes et des depenses de la Societe pen- 
dant I'annee 1 85 I , le Rapport sur la verijication du compte des recettes 
et des depenses ci-dessus, le Budget des recettes et des depenses a f aire 
par la Sociifte pendant I'annee i852, et le releve du Mouvement des 
colisations une fois payees et des placements des capilaux, ainsi que 
\' Apercu du voyacfe dans le nord de la Dollvie et dans les parties voisines 
du Perou, par M. Weddcll, communiques a I'assemblee gcnerale, sont 
iinpriuits dans le Bulletin de mars, p. 201 , a84, 298. 

111. AVIUL. 1. 21 



( 306 ) 

un tuinoignage do bionvoillanrc ct dc considoralloii 
au corps de la marine militaire el a celui dos ing(5- 
nieurs-hydrographcs , a la tete duqiiel j'ai I'lionneur 
d'elre place. 

A ce double tilre, j'ai accepts avec une vivo et res- 
peclueuse reconnaissance I'honorable position a la- 
quelle vous ni'appeliez, certain que je trouverais en 
vous I'indulgente bont6 dont j'ai besoin. 

Aiusi que vous I'a dit M. Dumas dans voire dcrnidre 
seance annuelle , la geograpbie , la navigation el lliy- 
drograpliie sont sceurs; elles se prelent un mulncl 
appui. Grace a leur concours eclairc , les dilTerentes 
parlies du globe se relient enlre cllos ; loutes les 
brandies des sciences s'enricbissenl do leurs utiles 
decouvertes, et le commerce , cette source fdconde do 
la grandeur et de la prosperity des Etats, dans les 
renseignements exacts qu'il y puise, ci dans la rapi- 
dit(^ de scs communications, en recoit de precieux 
developpements. 

Tout ce qui peul contribuer a agrandir ce domaine 
du bien public, a le perloctionner, no saurait done 
nous otre indiirerent, et alors combien no dois-je pas 
approcier d'olre a la I6te d'unc Societe qui j)0ursuit 
un tel but et qui comple dans son sein lant de savants 
illuslres, lant de ciloyens distingues! 

Vous pouvez done vous reposcr, messieurs, sur le 
devoucment de voire president aux inlerels do la 
Society de goograpbie, sur son aflection etson respect 
pour cbacun de vous. En retour, j'ose vous demander 
cello sympalbie , celle conliance , cette amitie qui 
rendonl lior rUoinme qui cu osl I'objet. 



( '^^'7 ) 
rapport' 

sua 

LE CONCOlJRS POUR LE PRIX ANNUEL 

(voyages de 1849) (1). 

Messijeurs, 

L'ann^e pour laquelle voire Commission du pr/.f 
annuel a un rapport a vous faire est I'annee 18/i9; en 
d'atilres termes, les voyages qui peuvent coneourir a 
ce prix sont ceux qui ont et6 effectues, ou qui ont ^te 
termines pendant le cours de ceile annee. Vous savez 
doja, par le dernier rapport, que plusieurs interes- 
sautes decouverles, en Afrique principalement, dntent 
de cetle p^riode. Avant d'exposer sous vos yeux les 
resultats de ces excursions, nous parlerons d'abord 
de celles qui ont ele accomplies dans les autres con- 
trees du globe : les plus dignes d'attenlion sont les 
explorations faitos en Asie. 

D'intrej)ides voyageurs anglais se sont elevt^ss dans 
I'Himalaya a de grandes hauteurs, a des points oil on 
n'^tait pas encore parvenu , et ils ont decouvert de 
nouvelles passes a travers ces montagnes gigantesques. 
On sail quo le gouvernement des Indes orienlales a 
ordonne, il y a quelques annees, une serie d'explo- 
ralions au nord de rilimalaya. Le docteur Charles 
Thompson , le lieutenant Slrachey, du corps des inge- 
nieurs du Bengale, le capitaine Cunningham, du meme 



(i) Commissaires : MM. Guigniaut, D<»ussy, ci'Avi^/.ac, Antoine 
d'Abliadie, pi JoiiiKid, rapporteur. 



( 308 ) 

corps, sc sont paitagt'; celle pj^nlhle mission. L'annde 
dcrniero, nous avons fail connailre Ics principaux rt!;- 
siiltalsobtenus par cliacun d'eux. Partis dc Simla dans 
diverses directions, ils se son I diriges : le premier, vers 
Karakorum, los vallees dc Nubra et de Schayok, puis 
vers Kachemyr ; le second, vers lo Sampoo, les grands 
lacs de Cho-Lagan (on tso-Mapham) et Cho-Mapan 
(ou Iso-Lanak), cele])res dans les l^gendes sacrees des 
Indous, sources du Sulloj, el 6lev^s de 15 000 pieds 
anglais ; le troisi^me devait se porter vers Rhotan , 
Lassa et la Chine. 

Le docleur Tliompson a campu d'abord a 15 500 
pieds de hauteur, a la passe de Sassar, et plus loin, a 
une sommite de plus de 18 600 ])ieds ; les pics neigeux 
qu'il a vus n'ont pas moins de 2/i 000 pieds. Ces excur- 
sions se rapportent a I'annee 18/|8; mais I'annciie sui- 
vanle, le docleur Hooker, savant naturaliste, a di^cou- 
vert un nouveau passage au Thibet, a Donkiah-lah. 

Le docleur Thompson n'avait pas trouve de vegeta- 
tion, uicme de cryplogamcs a la passe de Karakorum, 
ni a 500 pieds plus bas; mais Ic docleur Hooker a 
trouvd a 19 000 pieds de hauleur, plusicurs lichens, et 
particuliercment un lichen d'une brillantc coulcur 
orangee, Lecanera miniata, planle qui avail et6 observee 
dans les Alpes scandinaves ct, parlui-meme, a I'ile 
Cockburn , par 64° sud , rapprochement digne d'atlen- 
tion. Le passage qu'il a d^couvert dans Test de la 
chaine est a 23 000 pieds de hauteur. Le point cul- 
minant de ce c6t6 est a plus de 28 000 jiicds d'c^dva- 
lion. On doit au voyageur une csquissc rjui a scrvi a 
M. Polermann (en m6ino lcmj)s que des observations 
de MM. Waugb, Campbell, (ironimolin et Hodgson), 



( 309 ) 

a tracer line ])etile carlo de Sikhiin. On v voil rjuo la 
sominile dont nous venons de parler a 28177 pieds 
(mesure trigonometrique), sous le nom de Kunchin- 
Jinga (1). La passe de Lachoong, lalitude 27° 55' nord, 
longitude 86° 27' est de Greenwich, atteinte par le 
docleur, a J 9 000 pieds de hauleur; la sommite de 
Donkiah-lah, qui est voisine , a 23175 pieds (mesure 
trigonometrique). La limite dcs nciges perpetuelles, 
du cote de Test, est a 17 000 pieds (2); au Kunchiu- 
Jinga et a I'ouest, die est bien plus has, c'est-a-dire 
k \h 700 et a Ih 500 pieds, quoique ces divers points 
soient sur le meme versanl meridional. 

C'esl de cette partie de I'Himalaya, voisine du Ne- 
paul , du Boolan et du Thibet et conliguii au terri- 
toire britannique, que descendent Ics rivi-ei'es de Tara- 
bur et de Teesta. Le docteur a fait la de nombreuses 
observations sur les glaciers et sur la direction dcs 
montagnes neigeuses. Jointes aux reciierches si cu- 
rieuses de M. R. Slrachey sur la geographie physique 
des provinces de Kumaon et Garhwal, et d'autres 
contr^es de I'Himalaya, elles jeltent un grand jour sur 
des questions qui interessent a un haut degre les geo- 
graphes, les physicicns ct les geologues; ellcs em- 
brassent, savolr : les montagnes, cols et vallees, les 
plaines et plateaux, les lacs et sources de I'lndus, du 
Sutlej, du Gange el tUi Bralmia-putra ; la nature ties 
terrains des ditlerentes formations, les roches erup- 
lives ct les fossiles divers; la meleorologie : glaciers, 

(i) On eciit aussi Kancliin, Kiiulian, ct KniulinliiJinrja. 

(2) Etanta cette hauteur, le docleur avail cniiuncncu un pitlorcsque 
panorama de la chaiiie ct de tons ses sites iiiiposant!i, lorstju'uue teiii- 
pete d« neige vint arreter son ouviage. 



( si<» ) 

liinites des neiges perpctiielles el liinites cle la v^gi^ta- 
tion ; Ics productions vegelales et la zoologie, enCin 
I'clhnologie, les races et le Inngage des hahilanls. 
Toutes ces observations dc MM. Strachey et Hooker 
m6rilent d'etre mentionnees de la mani^ro la plus 
honorable, qiiand m6me on ne liendrait compte que 
des fatigues et des perils surmonliis par les voyagears. 
L'Arabie a efe parcourue ou travors6e en diilerents 
endroits depuis I'annee 1817 par Badia, par les offi- 
cicrs francais de I'armee il'Ibrahim Pacha, par le ca- 
])ilaine Sadlier, 1819, par M. Arnaud et d'autrcs; ce 
dernier a pu penetrer en Yemen jusqu'a Mareb , I'an- 
cienne Mariaba (ou la ville de Saba); une parlie de 
I'Arabie Pdtree a 6te visitde par plusieurs voyageurs, 
enlre autres par M. Leon Delabordo ; plus tard M. BoHa 
a fait {'ascension du mont Gharcb; le INodjd, I'Asyr 
ont el6 explores ainsi que I'Hedjaz. Les voyageurs an- 
glais AVelsted , Haines, Cruttenden , ont releve les cotes 
fie I'Arabie meridionale , penetre dans I'inl^rieur do 
rOman , etc.; mais il reslait a visiter une vasle region 
de I'Arabie septenlrionale , comprise entre les 27° el 
31" paralleles et entre les SA" et /|2' meridiens a I'orienl 
do Paris, au nord du Nedjd, c'est-a-dire depuis I'Eu- 
phrale jusqu'a la nier Morle. Get espace a etc traverse 
dans toule son etendue par M. Ic docteur Georges Au- 
gustus Wallin, Finlandais (d'Helsingfors). Lorsde son 
dernier voyage, il est parlidu Caire au coinmcncemcnl 
de 18Zi8, il Iraversa la peninsule de Sinai, visita Tor, 
el-Gl»arm et Muweilah; bicnvenu des Iribus arabes, 
avec lesquelles son genre dc vie tout oriental et sa 
parfaitc connaissance do la langue le niellaient en 
rapport inlluio, il parvint a traverser tout rintorvalle 



( .'ill ) 

qui separe ie goll'c (ie I'Akaba clu hasbiii ilc I'Euphralo. 
II arriva ensuite a Hail, an nord de la province de Kasiiii 
(du Nedjd), pays montagneux , nomine Djebel-Cuain- 
mar. De la, se dirigeant au nord, il parvint hctireu- 
sement a Meclied-ali. A Bagdad , il est entre en relation 
avec Ie c6lel)re colonel Rawlinson, consul d'Angleterre, 
qui a fait connaitre les excursions du dpcteur, et ses 
heureuses dispositions pour les voyages d'Arabie ; il a 
dii continuer ses peregrinations sous les auspices du 
gouverneoient anglais et de la Cooipagnie des Indes. 

La route du docleur Wallin , dans la partie la plus 
meridionale (vers Ie 27' degre de latitude), est peu 
eloignce de celles des troupes 6gyptiennes et du caj^i- 
taine Sadlier, qui ont deja procurii de bonnes notions 
sur ces conlrees (1); mais en remontant vers Hail, 
cette route ajoute a nos connaissances, et la carle de 
la peninsule arabique s'eni'ichira des observations du 
docteur Wallin. Sa relation est plcine de details topo - 
graphiques sur Tebouk, Teima , Djebel , Hail, etc. 
Tebouk se trouve sur sa carte plus eloign^ de la mer 
Rouge que sur nos carles actucUes ; on sait que c'est 
la que Mabomet reraporta une vicloire celebre I'an 
630 de notre ere. Teima , suivanl Ie voyageur, quoique 
dans un lieu bas, appartient au Nedjd , et il en doniie 
une raison philologique assez plausible. Hail (Ie meiiie 
lieu que El-Haeyl) est a environ mille pieds au-dcssus 

(i) Hail, Ivhalbar, Teima, Hguraiuiit dtji'i sui nos caitis, Tebouk 
aussi, mais trop ;i i'ouest. ( Voyez Ie Voya{5e du capitaine Sadlier, la 
Notice {;('o;;ia|)liiriuo sur I'Ar.ilji.; cciUiale, avec la Carte du INedjd 
(i823), et la Carte de I'zWaljic, etc., dressee pour rintellifjence de 
I'liisloire de TEgypte sous Mohammed- Aly el des marches des troupes 
egyplieinies, 1807.) 



( 312 ) 

de la plaino, el silu(i cnlre deux montagnes grani- 
liques fameuses, nomm6es Aga (ou Aja) el Selina, oii 
la Irihu de Tay so refiigia apr^s I'inondalion de I'Ye- 
men. Sur la carte dii docteur ^^allin, entre Hail el le 
niidi de la mcr Morte, an lie grand e lignc de sa route(l), 
ot a moilie clieinin, on doil signaler pour sa configu- 
ration un district isole au milieu du doserl , du nom 
de Jal-Algawf, entoure de montagnes de toutes parts, et 
qui correspond au district nomine Djof dans Ics cartes 
actuelles. La relation du voyageur est riche en obser- 
vations des mceurs, des usages, des habitudes, et il y 
fait preuve d'erudition ; partoul il cite les auteurs 
arabes, en comparant leur texte aux traditions encore 
vivanles et aux lieux qu'il a visit^s en observateur at- 
lenlil" et judicieux. On avail attribue aux Soubout a 
cause de leur noni , unc origine juive, et on les croyait 
attaches, encore aujourd'hui, aux pratiques du ju- 
daisme. Apres avoir etudi^ leurs coulumes, et les avoir 
interroges, il s'est convaincu qu'il n'en etait rien , 
que le nom de leur tribu d6rivait de celui des Soubei- 
lan , et que rien ne les distinguait des aulres, si ce 
n'est I'usage d'une cloche attach^e au maltre-pilier de 
la tenle; cetle cloche serl seulement de signal pour 
faire rentrer, au couclier du soleil , les cliameaux et 
les Iroupeaux qui sonl a la palure. Dans les villes et 
villages , le docleur a voulu s'assurer si quelques uns 
professaient une autre relipion que I'lslam ; nuUe 
part il n'a Irouv^ de Iribus ni d'individus attaches en 
secret a une croyance particulicjre ; mais bcaucoup 

(i) La description deceUt; li(»iie dc roule iiian<|ue dans la relation 
qui nous est connue. 



{ 313 ) 

d'enlre eux, livi'^s h uno vie extremeinent simple et 
rdduits a une sorte de pauvrel^, sonl dans iin grand 
^lat d'ignorance et pen zel6s pour les pratiques reli- 
gieuses. Le docteur fait reiuarquer au sujet des Wa- 
habys, qu'on a eu tort de les regarder comme ayanl 
cree une croyance absolument nouvelle ; ce sont, 
suivant M. Wallin, de purs reformateurs et non pas 
des heretiques, et ils professent \eritablement le rite 
de Hanbaly. Enfin, pendant le cours de son voyage, 
le docteur, ne negligeant rien de ce qui pouvait avoir 
de I'inldiret, a remarque et copie quelques inscriptions 
antiques, gravees sur les rochcrs, a Wadi-Uweinid , a 
Wadi-Gubla et dans le defde de Darb-albekra , du 
pays de Harra ; elles rappellent un peu les inscriptions 
sinaitiques et aussi I'ancien pheniclen. Tel est le court 
resume des obsei'vations failes par le savant voyageur 
fmlandais et le resultat de I'etude de sa carte (1). 

Mainlenant, si francbissant un grand espace , nous 
passons de I'Asie au grand Ocean, I'altenlion se fixe 
un moment sur la Nouvelle -Z6lande , a cause des 
excursions de MM. Tbom. Brunner, Stokes et Mltcbell, 
dans la grande ilo du sud. Le premier de ces voyageurs, 
danslaparlie septentrionale et occidentale de I'ile, s'est 
6leve jusqu'a de hautes montagnes couvertes de neiges. 
Les seconds ont explort^ la partle orientale et septen- 
trionale , depuis Nelson jusqu'au port Victoria ou 
Cooper. M. Brunner a determine le cours de deux 
rivieres principales, depuis leurs sources jusqu'a leurs 
embouchures , et 11 a decouvert de grands lacs. Son 



(i ) II est a reyrctler (|ue reue carle lie rciireriiie (|u'iiiie jietitc jniriie 
des lieux cites dans la relation. 



( -^iA ) 

voyagf a duio pendant plus de dix-liuil luois; il a 
soufl'iMl de grandcs diflicult^s et cssuye des fatigues 
infinies, mais sans qu'il ait jamais on ricn c'l redonter 
des nalit's. Le residlat final do ces excursions est (|ue 
le sol de cette parlie de I'ile est iinpropre on peu favo- 
rable a la colonisation. 

Les deux rivieres dont nous venons de parler sont 
la I'iviere Grey ou Mavvhera, et la riviere Buller ou 
Kawatiri. La premiere sort d'une monlagne neigeuse 
appelee Kaimatau, au /iS" degre de lalitudo sud au 
nord-esl ; au sud-ouest est le lac Coleridge ; la seconde 
riviere sort d'une autre montagne neigeuse, siluee au 
62* degre, source d'un troisieme lac ; une autre riviere 
sort aussi du pied de la montagne , mais court dans 
un sens oppose. 

M. Brunner a otudie soigneusoment le sol et ses 
pi'oduclions, notamment Ics racines et Ics autrcs sub- 
stances vegelales dont lesnalurels s'alimenlent, el dont 
lui-meuio a du faire un frequent usage au milieu des 
plus grandes privations. II reste encore bien des desi- 
derata dans la geographic do I'ile , mais on no pout 
douter qu'avant peu ces lacunesne soient remplies. 

Si les" travaux d'hydrograpbie pouvaient etre compris 
ilans I'examen jauquel s'est livree la Commission , 
elle n'aurail pas manque de vous signaler les o[)era- 
tions ordonnees par I'amirautc^ anglaise et par noire 
ministere dc la marine, Iravaux (|u'iidmire le mondo 
entier et qui, aux services cminenls qu'ils rendent a la 
navigation el au commerce, ajoutent le merile scien- 
llfiquc et les merveilleux soins donnes a la publica- 
tion. Cet exemplc commence u etrc suivi par la jeune 
Amorique, oil existe aussi une administration de Coaal- 



4 



( 315 ) 

Siiivc)-, qui a deja tail executer des reconnaissances 
livclrographiques sur une grande ^chelle. A defaut 
d'liiio recompense pour ces imjiorlantes observations, 
que leurs auteurs ou los savants qui ies dirigent recoi- 
venl ici le lenooignage de la gratitude des amis des 
sciences, et de lous ceux qui s'interessent a la prospt^rit^ 
du commerce. li appartient a toutes Ies nations mari- 
linics de uiarclier dans celte voie, ouverte par la 
France el la Grande -Bretagne. 

Puisque le nom de I'Auierique a t;t6 prononce , 
Ton nc sauralt passer sous silence Ies recherches 
g^ographiques et ethnographiques faites par M. George 
Squier, d'abord dans la vall(!!e du Mississipi et sur Ies 
rives du Scioto et de I'Ohio, puis dans le Nicaragua. 
Ce savant infatigable a port^ ses recherches sur tous 
Ies points de geographic et d'archeologie quipouvaient 
inleresser. Dou6 d'une egale ardeur pour robservation 
el pour I'etude, il a rapporte de ses voyages de pre- 
cieux mat^riaux dont la Society smithsonienne de 
Washington a reconnu Timporlance en Ies publiant 
a ses I'rais d'une maniere splendide. 

Nous arrivons a I'Afrique, objet constant, surlout 
depuis soixante annees, de lallenlion et de la curiosile 
generales. On I'a dit tant de fois que ce serait tombor 
dans un lieu commun, si Ton repelait que ce continent, 
le plus voisin de I'Europe, est aussi le moins coniui 
de tous. On a ele plus loin, en allant jusqu'a pretendre 
que I'anliquite I'a mieux connu que Ies modernes 
au slecle dernier; mais si cola a pu jamais elro vrai , 
il n'est plus permis aujourd'hui d'avancer une pareille 
assertion. Les voyages de Bruce a Test , cekii de 
Browne lendanl vers le centre, ceux deMungo-Park 



( 316 ) 
a roccidciit , el \'uv^l antics non moiiis linpoitanU 
accomplis depuis ccs cel6brcs cxploraleurs, ont cliange 
completemcnl Ic raj>porl d'olencluc cnlre les notions 
anciennes et los connaissances acluelles. AUaquec par 
lOLis les poiiiLs, do lous les coles a la fois, la penin- 
sule d'Afriqiio nc peut inanquoi" lie nous r6v^lor 
bicntot les mysleres les plus caches de sa ])ailie con- 
Irale. On sail assez quelle sensation a produlte clans 
le niondc savant I'exploralion liardie et memorable 
de Clappcrton , Denhani d Oiulncy, partis de la cole 
nord en 182/i , et parvenus, jusqu'au inont .Mendefy 
au sud , jusqu'a Sakkatou au sud-ouest. Depuis ce 
jour, comiTse avanl , on n'a cessc de multiplier les 
expeditions olficielles , les excursions isolees , les 
voyages patroness par les Soci6l6s savantes. On a pene- 
tre par le sud en partant du cap do Bonne-Esperance 
jusqu'au 24'' degre de latitude sud el plus loin encore ; 
par le sud-ouosl jusqu'a Yaouri sur lo Quorra ; par le 
Nil jusqu'au /|° degr6 de lalilude sud. On a fait la 
dOiCouvertc de plusieurs grands lacs, et, chose inal- 
tendue, en venanl par Test, par la mer des Indes, on a 
d^couvert des montagnes couverles do neiges porp6- 
tuelles. Enfin , vers le centre du continent africain , 
Ton a depasse la liniile qu'avail atleinle Ic major 
Denham, et un Europcion a pu se baigner dans les eaux 
qui vonl, de ces points Aleves, se rendrc dans le Quorra, 
et dans la mer do Guinde ; mais dans ce tableau des 
ddcouvertes recentes , nous n'avons a considerer ici 
que les voyages continues ou tormines pendant 
I'ann^e 18Z|9. 

On devra bcaucouj) aux mlssionnaires pour les pio- 
gr^s que vient dc laire la geographic de TAlVique, 



( 317 ) 

D^ja lis ont fait leiirs preuves Hans presque toutes les 
contr^es; leurs decouveites recentes tdmoignent aulant 
de leur zele , de leur instruction et de leur habilet6 
que de leur courage et de leur d^vouement pour la 
sainle cause qu'ils poursuivent. Le r(^verend David 
Livingston, etabli depuis longtemps a la station de 
Kolobeng, par 25 degres de latitude sud et environ 
23 degres et demi de longitude est de Paris (a 900 milles 
de la baie d'Algoa), avail entendu parler d'un grand 
lac, situe vers le nord a une grande distance, et au dela 
de ce qu'on appelle le desert. En 18/i8, une caravane de 
Griquas essaya de traverser cet espace en ligne directe, 
pour aller a la recherclie de I'ivoire; inais le manque 
d'eau fit (!;cbouer I'entreprise. L'ann^e suivante, M. Li- 
vingston resolut de tenter I'aventure; des gens de Ba- 
louani, tribu voisine du lac, vinrent, de la part de leur 
chef, I'inviter a lui rendre visite. Sur ces enlrefaites, 
deux gentlemen, MM. W. Oswell et Mungo Murray, 
arriverent expres d'Angleterre pour s'associcr a son 
voyage. La route directe etant impraticable pour des 
chariots, il partit de Kolobeng, avec ses compagnons, 
sous la conduite d'autres guides, le 1"' juin 18/|9, se 
dirigeant par le pays des Bamanguato, a Test. La cara- 
vane complait beaucoup de nalifs, 80 bcEufs et 20 che- 
vaux. La premiere partie du voyage, a Iravers le desert, 
suivant les directions est, nord et nord-ouesl, a exige 
une marche de 300 milles, pleine de fatigues et de pri- 
vations, surtout sous le rapport du manque d'eau. Le 
pays est sablonneux, excessivemeut aride ; la popula- 
tion est aussi d'une extreme misere , que rcOete leur 
constitution [)hysiquc; en ellet, il n'y en a peut-tilre 
pas de plus grSle et de plus chetive. Toiitefois le pays 



( Uh ) 

n'ost pcis dopourvu d'arbres, ni niume cle verdure; ce 
qu'il y a de singulior, c'ost que Ics anirnaux, quoique 
prives d'cau, y vivenl ct prosperenl beaucoup; I'elan 
surtout y devient tr^s-gras, et nieme dnorme, et com- 
parable a un boeuf, tandis que I'espece bumaine, qui 
vit principalement de racines, reste miserable et de- 
cbarn^e ; en un mot, c'est un conlraste absolu. Le l)uft]c 
abonde, le rhinoceros est rare. M. Livingston signalo 
une petite plante, qui n'a que quelques pouces hors de 
terre et porte, a un pied au-dessous du sol, une racino 
grosse conime la Idle d'un enfant, de nature spon- 
gieuse, etpleiue d'une eau fralche el pure. Le 4 juilict, 
la caravane atteignil Bakurulsi, environ par 21' 22' 
sud (1) , et une magnifique riviere appeJie Zoiiga, large, 
en ce point, de 30 metres, el, plus loin, de 100 metres, 
se dirigeant a I'esl vers la mer des Indes. L'eau en est 
douce, limpide , el Ires-froide, el semblable a l'eau 
de neige iondue. Le voyageur confirme cette analogic 
par le fait que la crue de ia riviere a lieu au commen- 
cement de la saison cbaude. En etl'et, le Zouga s'est 
accru de Irois pieds en juillet et aoul; or, la saison 
s^che dure do mai a octobre: c'est aussi en octobrc 
que la riviere, ayanl atleint son maximum d'elevation, 
commence a baisser. Les liabilauls ignorenl la cause 
de son accroisseuieul p^riodique, mais ils disent que 
ce n'esl pas la phiie; ils ajoutent qu'il y a un chef au 
pays cle Mazzakwa, Ires-eloigne dans le nord , qui, 
cbaque annee, sacrilie un hoinme el le pr^cipite dans 
la inviere, laquclle alors commence a s'(ilever. D'apres 

(i) Les latituiles ont ete observees a Taide d'un exctllent sext.ini, 
et les hauteurs, ;"i I'aidc du thiTnioinelrp barninetrique de Newinauii. 



( 319 ) 

Tohservalion faile a co. point du Zouga, avec I'inslrir 
nienl de Newmaun , Ic lieu est a plus do 2 000 pieds 
anglais de hauleur absolue (M. Oswell dit 2 856). Les 
habitants difl'erent enliereaient des Becliuanas par le 
leint coaime par le langage; ils s'appellent homines 
( par excellence ) ( Bayeiye ) , et ils nomment les 
B^chuanas esclat'es (Bakoba). On remarque I'alkire 
Tranche et male de cos lioinmes; ieurs barques ne sont 
autre chose que le canot primitif , un tronc d'arbre 
creuse. Le voyageur observa en ce lieu des arbres 
giganlcsques , des varieles de Baobabs qui ont 76 
pieds de tour a 3 pieds de lerre , et d'autres arbres 
d'une grande beaute , avec des fruits nouveaux pour 
lui , en lie auircs un IVuit d'un pied de long, gros de 
3 pouces, donl la graine est bonne aussi a manger. 
A I'invcrse des autres rivieres, le Zouga s'accroit en 
largeur, en remontant vers sa source; non loin flu lac 
il est large de 100 metres et plus; le point le plus 
elev6 de son cours observe est par environ 20 degres 
latitude sud. On arriva au lac Ngami a la fin de 
juillel, chez les Batouanis, a 300 metres de Bakurutsi : 
celait I'extremite nord-est du lac ; celui-ci est tlirige 
a pen pres du nord-nord-est au sud-sud-ouesl. Son 
(Ctendue est grande, et, dit-on , de 70 milles de lon- 
gueur (d'autres disent 50 seuleraeut , deux jours et 
demi dc marche) ; il remplit tout I'horizon et I'eau 
s'elend a perle de vue. Une grande riviere, semblable 
au Zouga, le Teoge, s'y jelte a I'extremite nord-ouesl et 
le rejoint a un autre lac superieur, situ6 a 150 milles 
g^ographicjues plus au nord. Ce deinier fait ouvre un 
vaste et nouveau champ aux recberches, aux observa- 
tions de loule cspece , comnie il inspira au mission- 



( 320 ) 

naiie un enlhousiasuio et iin espoir sans homes pour 
I'objet de sa mission. 

Avant le lac Ngami, le Zouga regoit une grandc 
riviere et aussilot sa largeur s'accrolt considerable- 
ment (1); it acquiert en ni6inc lemps une grande pro- 
fondeur ; il nourrit des hippopotames et des croco- 
diles. Un radeau fut construit par M. Livingston pour 
traverser la riviere sur un point ou elle n'a que 50 k 
60 metres, mais le bois en elait trop pesant, et il coula 
siir-le-champ ; il fallail songer a un autre moyen. 
M. Livingston pensa d'abord a gagner la rive gauche k 
la nage, mais il reflochil qu'un etal de nudity complet 
n'elait pas le costume le plus convenable a un ministre 
de rtvangile pour apparaitre aux yeux des nalifs; sans 
parler de la chance d'etre saisi au passage par un alli- 
gator. 11 fallut ajourner u I'annee suivantc I'explora- 
tion de la rive gauche du Zouga : ce qui a eu lieu en 
partle. 

Maturellenient on doit desirer, pour le complement 
d'une si interessante dciicouverte, que le cours infi^rieur 
du Zouga, a partir de Bakurcitsi , ou les voyageurs I'ont 
rencontre, soil suivi et explore tout enlier jusqu'ii son 
embouchure dans I'Ocean indien, ou dans un autre 
fleuve a])oulissant a ccllc mer. C'etait aussi le projet 
de M. Livingston et du caj)itaine Frank Vardon (de 
I'armee de Madras) de completer ainsi I'exploration 
de celte grande riviere, que M. Oswcll suppose tomber 
dans le Limpopo. M. Oswell se proposail aussi de s'as- 
surer si Ton pouvait gagner par I'interieur les etablisse- 

(i) Scconde visile dc M. Livingston au lac iSgami en i85o. Seloii 
M. Oswell, cette largeur vaiicrait Piitiv 200 et 5oo yardj (i8,J et 
457 metres). 



( Si^'l ) 
merits portugais sur Ic Zanibezo. L'expL'rlence acquise 
dans ce premier voyage, si rempli d'obslacles el de diffi- 
cultes a cause des bois inextricables et dcs sables qui 
sont a francliir, facilitera l)eaucoup, sans mil doiite , 
les excursions sul)Sequenles. 

Les Batouanis n'ont pas de communication direcle 
avec les ^tablissemenls portugais; mais S6b6toane, le 
grand chef, qui vit a 200 milles au nord du lac, dans 
une ile placec sur un aifluenl du Tamunakle, com- 
munique avec eux par I'interm^diaire d'une autre 
tribu. 

Apres ce recit succinct des decouvertes de MM. Li- 
vingston, Oswell cl Murray dans I'Afrique m^ridionale, 
nous n'avons plus a considerer que les autres voyages 
accomplis jaar MM. Rebmann et Krapf, du memo C(Me 
de la ligne equinoxiale, et qui ont un inleret plus grand 
encore, parce que le theatre de ces excursions est plus 
rapproche de r(5quateur, c'est-a-dire peu dloign^ de 
ces regions mysterieuses , oii Ton croit aperccvoir la 
I6te du bassin superieur du Nil. Ainsi que nous I'avons 
dit , les rivitres al'ricaines qui s'^coulent dans la mer 
des Indes, bien que presque inconnues au dela de leur 
embouchure, ont semble des longtemps etre une vole 
de decouvertes toute naturelle et meme plus facile, 
par la raison qu'il n'y avail en quelque sorte qu'a les 
remonter pour penilrer tres-loin dans I'intirieur. II 
y a bien des annees que M. de Beaufort voulait pai til- 
des limites du Senegal, arriver au Loflili, cl le des- 
cendre jusqu'a son embouchuie, pcndanl qu'un autre 
vovageur reraonterait le fleuve el viendrait a sa ren- 
centre. On a renoncti a ces projels gigantesques ot 
presque fabulcux; mais, ce qui (itait possible, on I'a 
Ml. Avnii.. 2. 22 



( .^25 ) 

liMit^, el cninme i! anivo souvenl , nii lion do ce qn'on 
vuulail allciiulre.. on a Irouve ce qu'on lie clieroliait 
pas, plus inome que ce qu'on s'altendait a trouver. 

La mission du reverend J. Rebmann el clu reverend 
docleur Krapf est stalionnee a Rabbai-Mpia, non loin 
de Mouibas ( h degres sud); elle a commence en iShli. 
Le premier quitta la station le 27 avril 18Zi8, se por- 
tant au pays de Jagga, en se dirigeant au nord-ouest; 
il etait accompagne par neuf liommcs. II traverse 
d'abord une parlie du pays montiieux de Taila, ou est 
une grande montagne appelec Boora, et il arrive a Bo- 
guda apres de grandcs fatigues, le guide s'^tant Ironipe 
de I'oute. Le cbeniin est herisse de buissons epais ot 
epineux, et rendu diflicile par les incursions cl les 
depredations des <jallas, vrai fleau des tribus de Test. 
Nous entrons dans ces dt^lails que I'interet et I'inipor- 
tance de la decouverte rendenl necessaires et feroni 
excuser. 

La montagne de Boora se compose de plusieurs 
lignes paralleles, dirigees nord el sud; il laihit Irois 
jours pour les iVancliir I'une apres I'aulre : le sol est 
convert de bananiers el de cannes a sucre. Rien do plus 
pilloresque que celte contree, c'esl la nature des pays 
montagneux dans touie sa magnificence : ce beau 
spcclacle rappelait a iM. Rebmann les montagnes et les 
vallous du Jura, tant I'air elait pur et Taspccl deli- 
cieux; cependant I'air des valiees, malgre le soloil 
convert, ^lait plus chaud qu'en Europe. « J'elais, dil 
)) Ic voyageur, dans I'Al'rique orientale, a pen de dis- 
» lance de I'equaleur, ct je raarchais a iravers les mon- 
» lagnes ct les valleos de Taita, aussi libre, aussi tran- 
)) quille que sur leshauleiirsdu Jura.» Arrive au village 



( 323 ) 

tie Miisagnombe , il distribua ses presents a plusieurs 
chel's, principaleinent au clief Miuina. On liii parlait 
clepuis longteuips d'une rnonlagne tr6s-grancle, exces- 
sivement clevee, dans le pays de Jagga, a cinq journees 
a I'ouest de Taila ; el comme il domandait a s'y rendre, 
le guide, qui iic voulait pas se risquer a une si grande 
hauteur, se Lorna a lui niontrer le nionl Tare, a 
18 lieues au sud , et le naont Ugono, a 20 lieues au 
sud-oucst ; au pied de celui-ci est le lac Ibe , qu'un 
houime de la caravane put dislinguer a I'ceil nu, a 
celte diblance. 11 continua n^annioins d'aller en avant 
avec six Taitas, liavei'sant d'epais el inextiicables Luis- 
sous el plusieurs rivieres; la nuit relenlissait du rugis- 
seinent des hyenes. On arriva le 10 du mois a un lieu 
oil les naturals ont I'habitude de pratiquer de grands 
irous ou pieges converts, dans lesquels viennent se 
prendre les elephants el les autres aniniaux , comme 
dans le Ouaday et d'autres contrees de I'Afrique inte- 
lieure. On vit, pendant la marche, de grandes troupes 
de zebres, des girafes et des rhinoceros. Ce dernier 
animal esl celui que les natifs redoutent le plus; des 
qu'ils rapergoivent, ils courent se rel'ugier sur uu 
arbre. Au nord-est se dessinait le mont Ongolia aussi 
elev6 que le Boora. G'esl la qu'cst le pays de Lkamba 
(Wakamha), liniite du pays des Gallas et des Taila. 
De la , les montagnes de Jagga s'apergoivent pins 
distinctement , s'elevant par degres jusqu'a des hau- 
teurs ininienses. Le 11, vers dix heures, il apergut, 
sur la grande monlagne, des sommets d'une blan- 
cheur reniarquable, qu'il crut d'abord, ainsi que son 
guide, etre un nuage blanc; mais a peine avaient-i!s 
fait quelques pas , que cettc explication cessa de les 



( ?>n ) 

salisfalre, cl ]e P'oide, quoiqiic ne connaissanl pas cet 
objet l/Innc, snpposa que c'cHait commo qiielquo chose 
de froid (coldness); I'csprit de M. r\el)iiiann fut fiapp(^ 
comine par un eclair; il songea aussilotace 7>icil hole 
de V Europe, comme il I'appclle, si connu sous le nom 
de neige [the most del ightj'iil I'ecognition took place in my 
mind of nnold ivell-knoivn pAiropean guest called snoiv). 
Alors aussi s'expliqucrcnl a scs youx les etranges his- 
loiros qu'il avail souvcnl cnlenducs sur la inontagne 
d'or et d'argeiit du Jagga , inaccessible, scion les lia- 
bilants, a cause des mauvais esprils qui en ddfendent 
I'approclie. « Ccs dihnons, disent-ils, onl Uui Leau- 
» coup de gens qui avaient voulu la gravir. » Ces contcs 
devenaient intelligibles pour lui , puisque rextreme 
froid qui regne dans ces liautcs regions devait , en elTct, 
saisir, glacer et tuer de pauvres gens a denii nus. Le re- 
verend ne manqua pas d'expliquer a ses compagnons 
de voyage la nature de cclle chose blanche qu'il avail 
cru d'abord filre sans nom parmi eux ; dcpuis, M. Krapf 
a connu ce nom, qui est Kibo, lequcl sc confond avec 
le mot qui signifie enu. G'est done une id6c fondee sur 
la nature de la neige qui I'a fait denommcr par les 
habitants, et ceux-ci n'ignorent pas que los rivieres 
en decoulcnt. II n'en resulte pas moins que la crainlc 
et la superstition ont delournci les nalurels de fairc 
I'ascension du Kilimandjaro (Kiliman-dja-aro, c'cst le 
nom de la monhigne). Ce nom signifie la montngne de 
la grandeur (Kiliman ou Kiriman, veut dire mon- 
tagne) (1). On raconte qu'un puissant roi , lo p6rc du 
roi acluel de Madjamo, pays Ic plus a i'oucst du Jagga, 

(i) Killina-(1o-innii-.l (inonln'fne ilc rcau), il'oii le lltuve Quili- 



tnanrc. 



( •'^ss ) 

envoya une sorte d'ambassade au mont Kiliiiiandjaro, 
pour examiner sur place la nature de cette etrnngc 
chose qui couronne la montagnc; lous perircnt, liors 
un seul liomme qui en revint, pour raconter le sort 
de ses compagnons; il avail les mains ct les pieds 
geles. Lc mont Kilimandjaro a la tele ordinairement 
enveloppee dans les nuages. 

Les montogncs de Taila ont de /i a 6 000 pieds d'el<i- 
vation ; le plus haul pic s'appelle Vcrdiga ; les mon- 
tagnes s'adoucissent par degres en allant vers I'Duest, 
pour se relever ensuite brusquement aux monts glaces 
de Jagga. Le reverend Rebmann francliit cnsuile lc 
Loomi , apres quoi il vit des arbres de la plus grande 
beaute, un sol d'une vegetation luxuriante, « un et6 
perpeluel, dit M. Rebmann, a une journee seulemenl 
de i'eternel hiver. » Ce Loomi parait se confondre plus 
loin, dans le sud, avec le Louffic, tombant dans la mer 
des Indes par 5" 1/2 sud. Le Goila, traverse par le voya- 
geur, est une autre belle riviere, encore plus grande 
que le Loomi, el qui va lc rejoindre; I'eau en est tres- 
froide, ce qui prouvc assez que sa source n'est pas autre 
chose que la neige fondue ; puis vient une vaste plaine 
sans aucun etre humain ; les montagnes seulement 
sont habitues, chacune par une tribu distincte. Cello 
de Kilcma donna i'hospitalile aux voyageurs, le roi les 
accucillit amicalement , le reverend lui oEfrit son ca- 
deau , ct un moulon ful tue en signe d'amilie. Le 25. 
mai, M. Rebmann gravit une sommitc d'environ 2 000 
pieds de haul, d'ou Ton avail la pcrspeclive la plus 
etenduc, jusqu'a une distance de plusicurs juurnees 
aumidi; la, dil-on, est un ancien chateau ruine, oii il 
resle des debris de canon , el qui duil avoir appartenu 



( a^rt ) 

aux Portugal?, II y a d'ailleurs, dans le pays de Jagga, 
cliez les Madjame, tribu aborigine, tradition d'un ('-ta- 
blissemcnt portugais, qui existait il y a deux slides. 
On voit encore an chateau de Mombas line inscription 
porlugaise de 1639, rpii fait mention d'un roi fait tri- 
bu laire dans les temps anciens. 

Pendant lout son sejour au Jagga, M. Relimann eul 
occasion d'observer, soil le sol , soit les habitudes dos 
nalifs. Les monlagnes de Jagga et celles dXgono sent 
riches en fer ; les habitants ont coutume de pricr pour 
leurs parents d^funts, ils diposent sur lour tombe (In 
lait, du riz, du vin de palme : les Jaggas sont uno 
race belle et forte. lis font un fr6quenl usage dcs 
bains, lis ont une certaine Industrie et travaillent avcc 
adrosse ; les femmes font do la brodcrie, Los Jaggas 
sont plus civilises que les aulres peuplades ; I'auloril*^ 
(hi Mangi (ou roi) y est phis grande qu'aillours. On 
ne se marie qu'avec sa permission. Los Iravaux do 
lagriculture sont Ic lot des femmes, aussi bien que le 
soin du menage. 

I,a distance en ligne droite de Mombas au piod de 

la monlagne de neige est dc 75 liouos. Au retour, 

M. Rebmann a mis ill jours pour revenir a la station : 

jiarti le 29 mai, il etail rentr6 le 11 juin a Rabbai-Mpio. 

Quelques semainos apr6s (juillct 18^9), ledocleur 

Krapf parlit de la slation pour rCsanibara, pays 

, monlagncux au sudouosl, et aulour duquol parail 

circuler la rivid^re do Lodic , continuation du Loomi ; 

ce voyage a de rinld-ret, mais le sulvant, du memo 

(locteur Krapf, remporlc de beaucoup, parce qu'il 

conhrmc pleinement I'exislence de la montagne do 

noige, du Kilimandjaro, qu'on avait quehpie temps 



( 327 ) 
inise en doute. II se dirigoa sur Madjame , le point le 
plus occidental de Jogga , an sud de la montagno. On 
marciia dans des vallees de 1 500 a 2 000 pieds de 
profondcur, au fond desquelles coulent, pendant la 
saison de la secheresse (ce qui est a noter) , des torrents 
perpetuels, enlretenus par la fonte des neiges. En un 
seul jour, on traversa douze rivieres; enfin , on arriva 
a 3 niilles du pied de la montagne. II fut facile 
alors de I'examiner plus en detail que n'avait pu lo 
faire M. Rebmann; elle se partage en deux sonimit^s, 
distantes de 10 a 12 niilles : celle de Test est la phis 
basse el se tcrmine par plusieurs pics; celle de I'oucsl 
est considerablement plus elevee, sous la forine d'un 
dome immense : c'est elle qu'il faut appeler proprc- 
ment la montagne neigcuse. L'intervalle qui Ics separe 
ressemble a un dos de selle , et ne parait pas con.'-orver 
la neige. 

C'est dans ce voyage que M. Krapf a fait la dt^cou- 
verle d'une autre montagne de neige encore plus 
^tendue, plus elev6e , et beaucoup plus a I'ouest, le 
mont K^nia(l) ( la montagne Blanche], situ6 par 1 degre 
environ de latitude sud ; il en sort le fleuvo Dana, qui 
\ient aboutir a Melinde , lieu colebre dans I'bisloire 
des voyages, mais aujourd'hui sans un seul babitanl. 
On assure qu'a I'ouest et non loin du mont Kenia , il 
existe un volcan allume. Au nord, est un lac. 

Au niois de septembre , M. Uebmann faisail tics 
pr^paralifs pour ailer jusqu'au pays d'Llniameci, situe, 
(lit-on, a 150 on 200 heures de Jagga ; mais ce voyage 
n'a pu s'effectuer, les Gallas el les Wakuafi , toujours 

(i) Aussi a)>|)c'le NcUukenia et Kiiem.^. 



( 328 ) 

en guerre, iufobliint la route crLkauiboni ot porluiil par- 
tout le incurlre el le j)i]l:igo. On paile aussi d'un tres- 
grand lac, beaucoup pins a I'Duest encore, cekii d'Ljnia- 
meci, lout a fait distinct du lac Njassi, et navigable. 

Par des nouvellcs posterieures , on a su que le 
guide da docleui' Krapf lui a assure avoir vu a Uscri, 
dans le Jagga, dcs liommes d'uno Ires-courte stature 
(3 pieds et 1/2 a h pieds do hauteur), qu'il appelle 
Wabilikinio , et que le docteur assiuiile aux Doko ou 
pyguiees , dont on lui avait purle dans le Choa ; ila 
venaient a Uscri du nord-ouest, pour troquer du fer 
centre des verroterics : ces nains ont une epaisse cheve- 
lure pendante sur leurs epaulcs. 

Elant a Lkaniba , a /lOO milles au nord-ouest de 
Mon:>bas, dans I'inlerieur, le docteur Krapf a eli par- 
faitement lequ des habitants ; un chef lui a nieme pro- 
pose do le conduire a 300 milles encore plus loin , a 
Kikuyu , a Mbe et a Liimba , aiais il faut savoir que la 
route a parlir de la rner est pleine de perils. Lors dc 
son second voyage, M. Krapf n'ost revenu a la station, 
sain et sauf, qu'apres avoir couru niille dangers et 
cssuyc un combat meurtrier, ou le roi avec qui il 
cheminait fut tue a ses cotes, enfin, apr6s avoir cruelle 
iiient souflert de la faim et de la soif , sans parlor des 
b6les fcroces, qui abondent dans le pays. Telles sont 
les dillicultesqui arretent les missionnaires dans I'ac- 
com])lissement de leurs entrepriscs el dout la science 
nc saurait trop leur tenir coniple; car les decouverles 
donl clle leur est redevablc sonl souvent payees dc 
leur vie. lis uc se boruLnt pas a eclaircr la geographic, 
ils rccucilli nt cnccre de precieux materiaux pour 
I'etude des laiigucs, dcs idiomes, et c'est hcureu:e- 



( 329 ) 

ment une des n^cessites de leur mission, puisqa'il 
leur faut se inellre immedialcment en rapport avec 
les habitants. On doit a M. Krapf , seulement dans ce 
dernier voyage, un vocabulaire Kihiau , et un vocabu- 
laire Kilima. 

La Dana , qui descend du lac plac^ an pied da mont 
Kenia, parait elre le meme fleuve que cclui qui aboutil 
a la mer des Indes sous le nom d'Ozi ; on pourrait done, 
en remontant celui-ci, arriver directeaient dans I'inte- 
rieur du Iiaut du pays, et eviter bien des perils ct des 
obstacles. Outre la Dana, il sort du lac deux autres 
rivieres dont le Nsaraddi , qu'on dit tomber aussi dans 
un autre lac nomme Baringo, encore jilus grand, 
long do j)lusieurs journees : ce mot de Baringo , veut 
dire grande mer. 

II resulte des calculs approximalifs que Ton a fails 
pour determiner la hauleur du Kilimandjaro , que la 
sommile est a environ 20 000 pieds anglais d'altitude, 
Iq liunte des neiges perpetuelles a cettc latitude elanl 
d'a peu pres 17 000 pieds. Ce meme caicul doit s'appli- 
quer au mont Kenia comme un minimum jusqu'a ce 
qu'on ait observe a I'aide d'inslruments. 

En lerminant ccs opercus des voyages en Afrique 
executes en 18/|9, il nous reste a nommer le baron 
Midler, de Stuttgard, naturalisle,qui ne s'est pas borne 
a recueillir des observations d'ijlstoire naturelle, mais 
qui s'est occupe aussi des races humaines en observa- 
teur altentif. II a parcouru les rives du liaut Mil Blanc 
avanl le reverend dom Rnobleclier, dont le voyage sera 
menlionne a I'd'jioque du procliain concours, ainsi que 
les decouverles de feu Ricliardion et de MM. Bartli el 
Overwek, qui ont cu un giand rclenlissenienl. 



( Ui) ) 

Tel est Ic tableau succinct que nous ;ivions a ineltro 
sous vos ycux pour Ic concouis dc ciUto annec. Les 
excursions !es plus importantcs sont cclles do MM. Li- 
vingston , Osweil, Robinann et Kropf en Afrique, el cle 
M. G. Wallin en Aral)ie. La Commission du prix an- 
nuel les a jiig(ies dignes de noire grande m^daille 
d'argent; ellc accorde des mentions honorables a 
MM. Thomj)son, Cunningham, Hooker ol Strachcy, 
pourleurs voyages dans rinde; a MM. Thomas Brnnner 
et Stokes, pour leurs voyages dans la Nouvelle Zelande, 
el a M. Georges Squier, pour ses voyages archdolo- 
giques, nolammenl dans I'Etat de Nicaragua. 

La Soci^le frangaise de geographic, fid6le au plan 
de son institution , aimcra loujours a recompenser It- 
courage tt le d6vouemenl dcs voyageurs sans distinc- 
tion de nalionalile, pcrsuadee que ravancement dcs 
connaissances dans un pays quelconque tourne au 
profit de I'humanite tout entiere. Aussx esp6re-t-elle 
que son zele et ses efforts pour los progros des decou- 
verles el des Etudes geographiques , efforts gencireuse- 
ment continues depuis plus do ironle ans , a IraviMs 
bien des obstacles, seront cnfin apprecies dans noire 
palrie comme ils lo sont au dehors; qu'ils lui cunci- 
lieront la bienveillance et la protection du gouvernc- 
ment; enlin , qu'ils appolleronl dans ses rangs tons 
ceux qui prcnncnl inl^ret au develop|)ement dos rela- 
tions I'ommercialos, a raccroissement ile la richoss'' 
publiquo el a I'lionnour du num frangais. 

JoMAnn, rapporteur. 



( ^531 > 

NOTICE NI&CROLOGIQUE 

sun I 

M. DIJ BOIS DE MONTPERREIJX, 

Coriespondaiil perpe'liiel de la Suciete <le gecgiaiihie. 

PAR M. DE LA ROQUETTE, 

Sccrc'laire general. 

I.DK A LA STANCE GENERALE DU 2 AVRII, I 85a. 

Messieurs, 

J'avais annonce, dans le rapport quo j'ai eu I'hon- 
neui- de presenter a voire derniere assembl^e g^nerale, 
que je consacrerais line notice necrologique sp^ciale 
a la uiemoire d'un de vos plus regrettables corrospon- 
danls perpetuels, M. Du Bois de Monti'.erreux. 

C'est ce devoir que je viens remplir aujourd'luii. 

Fred(^ric Du Bois de Montperreux, n6 le 28 mai 1798, 
dans le village Suisse de Moliers-Travers, oil son pere 
avait un ^lablisseinent de commerce, passa les pre- 
mieres annees de son cnlance a la campagne. Ayant 
perdu de bonne beurc son pere, qui s'eiait rendu en 
France, ou il avait ele appele pour occuper un emploi, 
le jeune Du Bois se trouva avec un second frere el deux 
sceurs remis a la direction de sa mere , i'emme douee 
d'une baulc capaclUs A dix ans, il enlra dans I'instilut 
de M. Cbanel, a Saint-Aubin , village peu eloign^ do 
Neuchatel; et il continua ensuite ses etudes dans le 
coli(^ge de cettc ville; il y monlra une grande aptitude 
et beaucoup de zele pour le travail; aussi I'ut-il lou- 
jours place aux premiers rangs. 

Sa pliilosopbie terminee sous un maltre qui le d6- 
tourna de la cairiere th^ologique a laquelle il desirail 



( 332 ) 

d'obord sc vouer, Du Bois dc Monlj^crreux passa deux 
ans coniino mailre-adjoint dans unc pension de Saint- 
Gall. 11 en sortit nialade au mois de fdvrior 1819; 
a peine letabli, il partil la nieme annee pour la Cour- 
lande, et enlra a Mlltau, dans la uiaison de M. Ferdi- 
nand de Ropp, en qualile de pr^ccpteur des enfants 
de cet honorable gonliliiomme, cliez lequel il tiouva 
une riche biblioth^que et unc belle collection de ta- 
bleaux et de marbres des meilleurs maltres, ressource 
precieusc pour un jeune liomme passionne pour les 
arts et avidc de s'inslruirc. Apres deux ans de sejour a 
Miltau, Du Bois, qui ne s'y croyait pas asscz occup^ , 
fut place par M. Ferdinand de llopp chez son frere 
Theodore, residanl, avec unc Ires-nonibreuse fauiille, 
dans sa lerre de Pokroy, en Lilhuanic. La bibliolheque 
de la maison etait Ires -considerable ct surtout abon- 
dammcnt pourvue d'ouvrages sur I'archilcclure, que 
Du Bois s'auiusa d'abord a parcourir, et qu'il etudiu 
ensuite avec un zelc opinialre. Longtemps abandoon^e 
par scs proprietaires, la lerre de Pokroy manquail dc 
batinienls, memo des plus indispensables; lout clait 
dans le plus uiblc delabrcment. Apres avoir pris une 
connaissance exacte des lieux, rarchilecle improvise 
tra^a d'une main bardie les plans de lous les cliango- 
menls qui lui paraissaient necessaires. II veillait a Icur 
execution, Iravaillait souvcnt dc ses mains, pour in- 
struirc et diriger des ouvriers pcu experimenles ; il 
s'occupa meme de la crt^ation d'un grand jardin , et 
bientot la propriclc pril un aspect complolemcnt dif- 
ferent : la valcur en fut prodigicusemont augmenleo. 

En quittant, en 1829, la Lilhuanie, apres y avoir se- 
journe pendant buil ans, Du Bois de Montpcrreux visila 



( 333 ) 

la Podolie ct la Volhynio, loujours observant, eludiant 
el recueiliant des nialerlaux. En J 829, il acconipagna 
a I'Liniversile de Berlin un jeune polonais, Alexandre 
Razlborowsky, dont la direclion lui avail ele confi(5e, 
et, deux ans aprcs (1831) , il fit avec son eleve un voyage 
en Suede, en Danemark, et, plus tard, sur les Lords 
du Rhin. Ce ful pendant son s^jour dans la capitale de 
la Prusse qu'il publia, sous les auspices de M. Leopold 
de Bucb , qui lui avail voue un veritable allacliement, 
un opuscule intitule : Conchyliologie fossile , ou Apercii 
geognostique des formations du plateau volhyni-podolieiiy 
accompagn(^ de huit planclies lilliograpbiees et d'une 
carte des localites oii il avail observe. Get ouvrage, 
publie en 1831, et place fort haul dans I'opinion des 
bommes corapetenls, tanl pour la juslesse des vues 
que pour Texactitude des dessins, executes par I'auteur 
lui-meme, fonda sa reputation comme geologue. 

Au mois d'aout 1831 , Du Bois de iMontperreux 
revint en Podolie, ou il s'arrela encore se])t a buit 
mois, pour explorer les rives du Dnieper. 11 executa 
pendant cette excursion une quanlite de plans, de 
carles, do coupes de terrain, de vues piltoresques, 
vraiment incroyable; ils auraicnt sufli pour occuper 
la vie enliere d'un bomme moins beureusement dou6 
que lui. 11 s'allacbail parliculierement aux nombreux 
monuments epars dans ces vastes contrees, restes 
d'une civilisation d^cbue , et qui lui servaient de 
jalons pour d^couvrir les traces des migrations des 
peuples dont il s'etalt impose la tacbe de retrouver les 
origincs, a tlefaul d'aulres traditions. Quelques amis, 
qui ont eu le bonbeur de I'accoinpagner, claienl lou- 
jours surpris do la prodigieusc adivilt!', de I'elendue 



( :^3/i ) 

el de la varidlij de ses connaissances. Lc r6gne V(^g6tal 
aussi avail une pari dans scs synipalliies , et la hola- 
nique iui doit phislciirs ddcouveries inl(;rcssanles. 

Au piinlemps de 1832, il explora la Crimcic, d'oii 
un vaisseau russe le porta dans les provinces Iranscau- 
casiennes. Ce fut alors qu'il comnaenca le grand voyage 
qui a principaleinenl elabli sa reputation , et auqutl 
furenl consacr^es les annees 1832 a 183/|. La pUipart 
du temps, Du Bois de Moiilperreux n'avail pour coni- 
pagnons que quelques guides; born^ a ses ressourcos 
personnelles, il n'elait soutcnu que par I'energie de 
son caraclere. II s'elait piesenlc aux fronli^res des 
htats russes seul, obscur, inconnu el sans autre litre 
a la bienveillance que la ferme resolution manifeslee 
par Iui de consacrer lous ses moments a des rccher- 
ches qui pussent un jour fitre utiles a la science; le 
souverain eclaire de ce vasle empii^e I'encouragea et fit 
loniber loutes les enlraves qui auraient pu arreler ses 
premiers pas. Parti de Sevastopol au mois de mai 1832, 
Du Bois de Montperreux employa irois annees a visiter 
la Crimee, I'Lkraine, la Nouvelle-Russie , et toules 
ces contr^es jadis si celebres qui portent les noms 
de Caucasic, d'Abkhasie, de G^orgie, d'lmt^reli, d'Ar- 
m^nie. Circonscrivant la haute cbalne du Caucase , 
ce grand centre de tanl de ph^nomenes bistoriques et 
geologlques, il jjarcourut ses valines, etudia I'antique 
Kolklie, ou Georgien , pres des sources du Phase et 
du Cyrus, et descendit dans les vasles bassins ou ce 
peuple a concentre ses monuments, ses capitales ; 
puis il penelra dans TArmcnie, au dela des hautes 
montagnes qui la separcnl de la G^orgie, et au pied 
de eel Ararat , loujours n)ysl6rieusemenl couronne de 



( 335 ) 
neigos rl do glacos, Suivant ensuito In rours do I'im- 
pc'tueiix Amxc, celte limite de I'enipire d'Alexandre, 
jusqu'aux larges plaines de la mer Caspienne, il coupa 
le Caucase par sa ligne ceulrale, pour i-entrer dans ces 
steppes immenses, vasles palurages, vastes champs de 
bataille, grandes routes de tant de peuples divers qui, 
sorlis de I'Asie comme un torrent, ont 6te refoules vers 
Je nord parriaiposanl obstacle du Caucase, sans pou- 
voir le franchir. Les canipenients et Ics tomboaux des 
Scythes, des Sarniales, des Goths, des Slaves, des Va- 
regues, fixerent particulierement son attention, et il 
salua en passant la presqu'ile Taurique, grand marche 
de la Grece antique, qui recele encore tant de tr6- 
sors, dont noire savant voyageur a decouvert, d(!!cril 
et dessine une partie, en tra^ant I'histoire et les mi- 
grations sucoessives des anciens et des nouveaux ha- 
bitants. 

A peine eut-il tevmine ce voyage si interessanl a 
lant de titres, qu'il alia passer I'hiver en Lithuanie 
chez M. Theodore de Ropp, son patron et son ami; 
puis il rcvint, I'annee suivante, a Berlin, ou, comme 
lors de son premier sejour, il suivit plusieurs cours 
et froqnenla les nombreux savanis que renfernio celte 
capilale, cherchant jusqu'au dernier moment a aug- 
menler la masse de scs connaissances, qu'il ne Irou- 
vait jamais assez elendues, pour entreprcndre la 
redaction de I'ouvrage dont il venail de reunir les prin- 
cipaux materiaux. C4'est en 1836 qu'il retourna duns sa 
patiie. 

Pendant le sejour qu'il fit plus tard en France, Du 
Bois de Montp( rreux soumil a la Sociel^ de geographie 
phisieurs menioires sur los races caucasiennos, sur 



( 330 ) 

quelqnes points d'arclioologic cl do pt^ographie an- 
cienno (1), el enfin Ics nianusciils cic son exploration 
de la Crinide, du Caucase et de rArnK^nic , alnsi quo 
Ics planches et les cartes qu'il se proposait d'y joindre. 
line commission , composee de MM. Walckenaer, Jo- 
mard , Eyries, de la Renaudieic cl Roiix de Rocliclic, 
aj)preciant , par Torgane dc ce dernier, nomrae rap- 
porteur, Ic merltc dcs immenscs travaux du savant 
neucliatclois sur les regions situi^cs au nord et a Toriont 
dc la mer Noire, qu'il avail examinees et decriles sous 
tous les rapporls qui pouvaient allirer FaUcnlion du 
g6ogi'aj)lic, du gdologue, dc riiislorien, de I'antiquaire, 
de I'arlistc et de Fobscrvaleur, diiclda qu'il Femporlait 
sur lous ceux qui s'etaicnt jirescnles au concours, et 
lui adjugea le grand prix annuel de 181^8. 

Avant la publication dc son voyage (2), M. Du Bois 
de Montperreux avail elc nommd adminislrateur du 
Musec de Neuclialol, el charge plus specialemonl de la 
partie olhnographique el numismalique de cet dtablis- 
semcnt. En 18/il, il ful elu professeur d'arch^ologie a 
rAcademie de cette ville, place qu'il occupa jusqu'en 
lS/i8; a cclle 6poque, il ful, a la suite de boulevcrse- 
mcnls poliliqucs, brusquemenl destituc, ainsi que lous 
ses collegues (3). 

(i) Ce ilernicr nii'moire av;iit ulc ili'jh snuniis j).ir lui avcc plus Je 
doveloppeiDcnis a l'Acaik'n)io dcs inscripiions ct belles-lettres. 

(a) Cette puljlication a ole faite a I'aris de i83c) a I 843, en 6 vol. 
in-S", sous le litre de Voyage auloiir du Caucase, chez Ics Tclierkessei 
et les Abkases, en Colchide, en Georjie, en Aimeine et en Ctimde. Les 
planches ct Ics cartes dn {jrand atlas in-fol. qui raccompapne, el <pii 
est dedie a rcrnpcr(Ui- dc lUissir, onl etc lilliographiees a Neuchatel. 

(3) M. Uu )!«is de Montperreux avait jtriuiitiveiuent fait don a 



( 337 ) 

Rentri^ dans la vie pi'ivee, clonl personne plus que liii 
n'^tail capable d'ajiprecier les douceurs et d'einployer 
utilenient les loisirs, Du Bois de Monlperreux, qui avail 
Spouse en 1839 la veuve d'un de ses parents, madame 
Ther^se Du Bois, nee Montandon, prepara, sous le litre 
i\''Jiitiquites neuchdteloi.ses , un important travail, dont 
il s'occupait depuis 18/|3, et qui devait enibrasser les 
monuments des premiers ages de I'histoire de Neu- 
chalel , jusques et y compris les comtcs de I'ancienne 
maison de ce nom. Malheureusement, aux agitations 
morales vint sc joindre le ressenlimcnt d'une fifevre 
intermittente qu'il avail gagnee dans la Transcaucasie, 
et les remedes heroiques employes pour le soulager 
port6ront une grande atteinte a son robuste tempera- 
ment. Quoique le mal qui le minait sourdement, et 
auquel il fmit par succomber, ne valenlit en rien son 
activity, et qu'il eut presque jusqu'a ses derniers mo- 
ments la plume ou le crayon a la main , il ne put 
mener completement a fin I'oeuvre qu'il voulait con- 
sacrer a I'histoire ancienne de sa patrie (1). II cessa 

I'Academie de Neuchatel Jes belles collections recueillies par lui dans 
le coui's de ses voyajjes; mais a la suppression de cette Academie en 
1848, il reporta ses dons, devenus sans objet, a la ville de Zuiicli, oil 
il avail des relations fort intimes avec divers savanis, et dans lo but 
d'etre encore utile a sa patriu au cas oil une Uiiiversite federale vien- 
drait a s'y ctablir. 

(1) Les nornbreuses plancbes de cet ouvrage, toutcs dessinees de la 
main de M. de Montperreux, etaient terminees a sa mort; il restait a 
rediger le texte, pour Iccjuel il n'avait laisse que des notes imparfaites, 
(jue M. Sandoz Roliin, ancien president du canton de Neuehalel, a 
bien voulu sc cliai{;er de rediger et dc completer. La premiere partie 
de I'ouvraje de M. Du Bois, formant un volume in-4", a ete publie'e 
a Zurich en i852 par les soins et aux frais iIc la Socirtc d't'mulation 

III. Avnn.. 3. '2Z 



( 338 ) 
de vivre le 7 mai 1850, dans sa rc^siilence do Peseux, 
pr6s dc Ncuchulel, ne laissanl a sa fcnime el u la jeune 
fille qu'elle avait eue do son premier manage, et que 
Du Bois cherissait comme son propre enfant, qu'une 
modeste fortune, mais aussi le souvenir d'un noble 

■palriotiqiie de Neuchatel, dissoute depuis 1 848. Elle porte le litre de : 
Antiqnites de Ntuchatel, est piecedee d'une Notice sur M. Du Bois^ 
i-t conipreud Go planches relatives au Bourg, a la Coliegiale, et an 
Chateau de NL-uchatel. La seconde partie lenfermera les antiqtuli's 
celtiques et romaines, avec iin Atlas bistorique pour la Suisse ro- 
niaiide;et la iroisienie olfrira les sceaux , les nicdailles, et les mon- 
naies de Neucliaiel , dessines par M. Du Bois avec une rare perfer- 
tioii. Les planches gravees de la premiere [lartie laisscnt bcaucoup a 
desirer quant a leur execution. 

Outre les ouvrages deja cites dans la Notice, on doit a M. Du Bois 
de Montperreux les opuscules suivants : 

1. Geognosthche Bemerkungen ilber Lithaucn, inscre dans le t. V] 
des Ardnv fixr mineralogie, geognosie, du docteur Karstcn. Berlin, 
I 83o. In-8". 

2. Excursion aux raptdes de I'Araxc, dans les Nouvclles anniilcs 
des voyages. Paris, l836. 

3. Lettrcs sur les princ.ipaux ■phdnotnenes (jeologiqucs da Caucase el 
de la Crimc'e, adressees a M. Elie de BeaunionI, Paris, 9 mai i 887, el 
inserees dans le Bulletin de la Sociele gi^ologique de France, r(''uiiii)ii 
extraordinaire a Alencon, sepleniLre 1837, avec une pl.inclie. 

4. Des Tunndus, des Forls, des Ulardelles, et des Hemparts de la 
Russie occidentale, en trois articles, insert's dans V.hinuuire det voyages 
el de la geocjraphie. Paris, Hide, i8/|5, 1846 et 1847- 

5. Le Chateau de Pounir, I'-pisode de 1 liisloire de Lit iiuanie, iii-,i'i(' 
dans la Hevue Suisse, nuniero de septendjre 1846. 

6. La Bataille de Grandson, insere dans le Mittlteiluiigni iler /ii- 
rischen antiquarischen Gesellschaft ; t. H. 

Et quelques manuscrils sur la collcgiale de Payerne et sur leglise tie 
Pioniaiii-Moticrs, (pii seront publies probal)l.;rnent, avec les dessins 
(lui l( s acconipajjncnt, ilans la seconde partie des nionunienis dc 
Keucliatel. 



(339 ) 

ccEur, d'un esprit distingue, avec la repulalinn d'uii 
savant honorable. La Societe des beaux-arts lui avail 
decerne une m^daille, et il etait en meme temps cor- 
respondant perpetuel de notre Societe, menibre de la 
Soci6t6 geographique de Londres, ainsi que de plu- 
sieurs autres societes savantes. 

« Rarement, » dit en parlant de M. Du Bois de Mont- 
perreux un juge competent, M. Brosset, meinbre de 
I'Academie des sciences de Saint-Petersbourg, « rare- 
ment un exploraleur de contrees lointaines reunit en 
lui tant de moyens de succes. Habitue a manier le 
crayon du dessinaleur, le marteau du geologue, les 
instruments precis du topographe, amateur urudit de 
numismatique et d'antiquit^s , ayant i'espril nourrl 
par une vaste lecture, observateur attentif et eclaire de 
toute espece de faits, et sacbant donner a son style le 
coloris d'une imagination ardentc, il n'est pas t^ton- 
nant que son livre (1) forme une sorte d'encyclopedio 
caucasienne qui pourra etre surpassee dans quelques 
parties, niais qui sera difTicilcmenl egalee dans I'en- 
semble. Quant aux monuments georgiens qu'il a si 
bien decrits, dit le meme savant, Du Bois de Montper- 
reux est le premier qui en ait releve les inscriptions, 
car, avant lui, un prejuge re^u en niait n^enie I'exis- 
tence. J'ai pu personnellement , ajoute M. Brosset, 
profiter des indications de M. Du Bois et en verifier sur 
place I'exactitude. » 

D'un esprit juste, dune intelligence superieure et 
d'un caract^re pers^verant, Du Bois de Montperreux, 
qu'aucun obstacle n'arrelait, a parcouru sa carriere 
scientifique au milieu de fatigues incessantes, d'elVorls 

(j) Voyaqe nulour du Caitcuse, elc, etc. 



( 3/,0 ) 

et de veilles. Douo d'uno rare modesllo, d'lino extreme 
bienveillance, on poui'i'ait dire d'une singuliore l)on- 
liomie, jamais ii ne soupconnait le mal. Rondant lou- 
jours justice au moindre meritc de ceux qu'il aurnit pu 
considerer comme ses rivaux, il s'efTacait en loule occa- 
sion, et ne raontra en aucune circonstance d'autre am- 
bition que celle du bien ; aussi n'eul-il pas un seul d6- 
Iracteur, tandis qu'il s'^tait concilie Tcstime ct Tamiti^ 
des Humboldt, des Leopold de Buch, des Llic de Beau- 
mont, dcs Brossel, dos Meycndorf, etc., on pourrait 
dire de toutes les personnes on (^tat do I'apprecier qui 
I'avaicnt connu (1). 

Tel etait, messieurs, le savanl, I'liomme cslimablo, 
dont j'ai essaye de vous rappeler le souvenir, el dont la 
perte a laiss^ un grand vido dans les rangs de vos cor- 
respondants pcrpeluels. 



ISOUVELLES DU HAUT FLEUVE BLANC, 

commuisiqu£es par m. A^T. d'abbadie. 

M. Vaudey, consul de Sardaignc a Kharloum, vient 
de ra'envoyer des nouvelles interessantcs du haul fleuve 

(i) M. Ic professeur Charles Godet et M. Brosset, <[ue j'ai doji cite', 
ont public, le premier a Neuchatel, ou il I'l.iit inspecteur des etudes du 
college avant 18/(8, et le second a Saint-Pet ersbour^j, des notices ne- 
crologitfues sur M. Du Bois de Montpeneiix; j'ai d('j,\ iudiquc celle 
qui est en tele ile I'ouvrage postliuiiie du savant iicucliatcldis; j'en 
connais unu quatrieme qui a paiu on allemaiid, a Zuiiidi (i8j2),san3 
nom d'auteur, comme la precedcnte. Les renseignements quej'ai puises 
dans CCS notices, dans la relation du Voyaije antour du Caucase, etc., 
et ceux qui m'ont ete communiques par mailame veuve Uu Bois de 
Monipeireux, par M. Louis Coulon fiU, ci par M. de Sandoz Rollin, 
ni'oni servi a n'di{;er celle (|ue je donne ici. 



( 3H ) 
Blanc, sur leqiiel M. Brtin Rollel a naviguo au commen- 
cement de I'annee derniere. D'api-^s ce voyageur, Ics 
barques ordinairement employees sur ce fleuve ne 
peuvent aller en amont de Bellenia, ville ou s'est 6tabli 
Ic missionnaire dom Angelo Vinco. M. Rollet a suivi la 
meme branche que le savant dom Ignace Knobleclier, 
la memo encore dont I'existence fut revelee au monde 
savant en ISZiS par le voyage de M. d'Arnaud. On sait 
d6ja que Ic fleuve Blanc a trfes-peu de pente d^s le 
11° degre de latitude nord. Ses caux sonl presque 
stagnantes a partir de ce point jusqu'au 7= degr^ de 
latitude, ct c'est dans cet espace de plus de 300 milles 
g^ographiques que le fleuve recelc, au milieu de ses 
meandres , des fievres terribles que redoutent les 
plus bardis voyageurs. Heureux ceux a qui un vent 
propicc permet de francbir promplement ces tristes 
marais! Ea attendant qu'on applique la vapeur a 
I'exploralion de ce fleuve encore si peu connu , je me 
bornerai a mettre en relief I'assertion si remarquable 
deM.Vaudey, que les expeditions faites jusqu'ici n'ont 
jamais remonle qu'un seul des aflluents qu'elles ren- 
contrent, et qu'il existe plusieurs do ces Iributaires 
dont les noms memes sont encore un mystfero pour la 
science. 

Une leltrc de M. Rollet, dont je dois la communica- 
tion au zelo do M. Vaudey, ajoute encore des details 
inleressants sur le fleuve Blanc : 

« Bellenia est une ville siluee sous li" 30' (1) de lati- 
tude nord, au sud des montagnes des Berrs, Nigello, 
I'un des cbefs indigenes qui prenait les barques des 

(l) Selon la Icllrc do iM. IioIIlI. 



( 3/i2 ) 

Europ^ens ])our cles maisons que rinondatioii aurait 
(letachees dcs rives du floiivc, Nigello a accompagne 
MM. Lafargue ct Rollcl jusqu'a Khartoum; hi, il a pris 
Ics chevaux pour dcs z^brcs et les chameaux pour des 
girofes. » 

MM. Lafargue ct Rollct ont nou6 des relations avcc 
les Berrs, les Lok^s, les Mekedos et les Ouguars. Les 
Irois prcnii(ires peuplades se trouvent depuis trois jus- 
qu'a Imit journ^es de route a Test de Bellcnia. La der- 
niere tribu, qui est tr^s-considerable, liabite les bords 
du fleuve, au sud de Lokaya; ensuite viennent les Pou- 
londj , pres des calaractcs situ^es a buit journ^es au 
sud de I'ilc de Djanfar. Au dcla de ces cataractes, Ic 
fleuve fait d'abord un coude au sud-cst; puis, arrive 
eidrc 3 et 2° 30' de latitude nord , il se dirige a I'est- 
iior<l-ost vers les monlagnes des Gallas, d'oii viennent 
deux rivieres qui se raelent a lui, entre le 6° et 7* degre 
dc latitude nord. Le fleuve fait ainsi une prcsqu'ile , 
large de vingt-cinq journeos de marcbe, ou 150 lieues, 
ct situec par environ 5° de lalilude. Les Lokfes et les 
Berrs rencontront le fleuve, soit qu'ils se dirigent au 
sud-esl de leur pays, soit qu'ils aillenl vers le nordest, 
cote j)ar lequel ils sont souvent en guerre avcc leurs 
voisins les Galla;=. Au dire des Berrs, le Nil recevrait 
encore, vers le 3" degre de latitude nord, un autre af- 
fluent qui parait venir de Test. Les Blidos vivont entre 
cet afiluenl et la rive gauche du fleuve. lis sont en rap- 
port avec des niarchands blancs, qui portent la barbo 
el qui ont des cheveux longs ct lisses. Cos marchands 
viennent chaque annde de I'ouest pour acheter chez 
les Blidos de I'ivoire que ceux-ci vont cheiclier juscjue 
chez les Barri. Ces niarchands se diseut issus dc gens 



( Uo ) 

blancs coinine nous, ayant des ai'ines a feu, et qui les 
ont al)andonnt^s dans un pays entoure de inontagnes, 
a deux niois de la. Outre leur lance et leur bouclier, 
ils portent des sabres d'Allemagne a deux tranchants : 
leurs maisons sont baties en briques cuites, et ils con- 
naissent I'ecrlture. Les marcbandises qu'ils portent 
chez les Barri consistent principalement en porcc- 
laines ou coquillages dits Cauri, et en bracelets do 
jaiton , dont nos voyageurs Europ^ens ont vu plusieurs 
ecbanlillons. Les Barri se rendent chez les Blidos en 
vingt-cinq journ^es de marclie , dans la direction du 
sud-est. Le pays qu'ils iravcrsent est accidente et coupe 
par des canaux aboutissant au fleuve, qu'ils passent 
a la nage. Les Barri portent de I'ivoire chez les Blidos, 
qui font parvenir cette denree aux marchands blancs; 
ceux-ci les vondent a des Irafiquanls rouges, qui com- 
rnuniquent diroclenient avec les coniptoirs situes sur 
I'ocean Indien. Le vieux Laoutor, oncle de Nigollo, et 
fr^re de Lagou, roi des Berrs, raconle que ces mar- 
cbands blancs venaient cbaque an nee, du temps de son 
pfere, acheter do I'ivoire chez los Barri, qui mirenl fin 
aces relations en egorgeant toutc la caravane pendant 
son somrneil. Lorsde I'arrivee des premiers Turcsct des 
Europeans chez les Barri , ces pcuplcs crurent naive- 
ment que les nouveaux-venus (^taienl les membres de 
la caravane rcssuscilee, qui venait lirer vengeance de cc 
massacre conimis depuis plus de quatre vingts aiis. 

Quand les Barri ont tue un lion , ils le briilcnt 
d'abord, puis jettent ses cendres aux vents, alin de 
I'empecher dc prendre sa premiere forme. Leurs jon- 
gleurs pretendent lire dans I'avenir au moyen de signes 
qu'ils Iracenl sur des tablettes. 



( 3/iA ) 

M. Rollol a ap|)ris rcxislence d'un cours d'eau qui, 
d'un poinl situe au siul de la calaraclc de Djanfar, 
coule parallclcinent a trois journees de distance de la 
rive occidenlale du flcuve jusqu'aii Din, dont ronibou- 
chure esl par 7° dc Jatilude nord. Afin de visiter ce 
canal, M. Rollcl laissa la barque aBouigu, avcc M. La- 
fargue , ct parlit, lui seplieme, avec le noninie Dout, 
chef des villages Reks qu'il avail a traverser. Get 
honinic clait aussi parent du roi des Loots, chez lequel 
M. RoUel devait se rendrc. Malheureusement les indi- 
genes prirent ce dernier pour un magicien, lui firent 
subir plus dune avanie , et, nialgrd les efforts de son 
guide, il crut prudent de retourner sur ses pas. Un 
desert large de deux journees et inleste de lions le se- 
parail encore des Loots. 

La terre des Barri est accidentee, arrosee par des 
rivieres aux mille m^andres, et propre a toute esp^ce 
de culture. L'air est tres-sain, et ce premier jugement 
des voyagcurs esl confirme par les formes atbleliques 
des habitants, par le grand nombre de vieillards, et 
par la Irayeur manifeslee par Nigello lorsqu'il vit la 
mortality qui regne habituellemenl a Khartoum. Les 
Barri ne savent pas se scrvir de leurs bceufs comnie 
beles de charge : les ancs ct m6rae les chovaux sont 
inconnus chez eux. M. RoUct allribue, el apparemment 
avcc raison , une parlic de ranli<[uc prosperile de 
Meroe aux relations commercialcs que ce pays aurait 
entretenues avec le haul fleuve Blanc. 

Aux renscigncmcnls ci-dessus il faut ajoulcr ccux 
qiiisuivenl et qui furciil communiques anion frero par 
M. Lafarguo dans le comuiencoment de cette annce. 



( 3/i5 ) 

« J'ai inteiroge Suleyman-Aba-Zaitl , qui seivit dc 
pilote a dom Rnoblechcr. Ce Nubicn a dit que la crue 
du fleuve a la mi-janvier, chcz les Barri, elait impos- 
sible, et qu'elle n'avait pas eu lieu ; que I'expediliou 
qu'il dirigeait esl revenue aprfes que les barques ont 
donne sur un banc de sable ; que le fleuve ne passe 
pas entre les deux monlagnes citees par dom Knoble- 
cher, mais a I'ouest de ces montagnes ; qu'a Test le 
terrain est boursoufle par des montagnes qui conli- 
nuent vers la haute Ethiopie, et qu'a Touest s'etendent 
d'immenses plaines , au milieu desquelles s'el^vent 
de loin en loin des collines isolees, qui ne depassent 
pas 3 ou 400 metres de haut. » 

Comme la reconnaissance du haut fleuve Blanc, 
entamee d'une manii^re si brillante par M. d'Arnaud 
(voyez le Bulletin, 18Zi3, t. XIX, p. 90 et suiv,), resle 
encore enveloppee de beaucoup d'incertiludes, il n'est 
pas sans interet de resumer ici tout cc qu'on en sail : 

En amont de Khartoum, le fleuve parait avoir peu 
de pentc dans sapartiereconnue. II s'epanouiten larges 
nappes jusqu'au lac Nu, et recoil trois affluents : le So- 
bat, dont le cours superieur n'est encore elabli que 
par conjecture; le Bahr-Keilak, dont I'embouchure 
seule est connue; etenfinTaffluent, jusqu'ici innomme, 
dont nous devons la connaissance a M. Lafargue. (Voyez 
le Bulletin, 1850, t. XIII, p. 293-29/i.) Au-dessus du 
lac Nu, les nombreux affluents du fleuve sont a peine 
indiques; nous ne connaissons ni leurs lieux d'origiue, 
meme approximallvement , ni leurs noms, sauf celui 
du Iribulaire do rive gauche appeld Din , mot qu'on 
pouvait prendre, sur la carte de M. d'Arnaud, pour 
un nom de lieu ct non pour celui d'uuy vivipre, En- 



( 3/iO ) 

core la rolalion (jue nous donnoiis iic tlil-clle pus 
bien clairemenl si le Din est un affluent on un bras <lu 
fleuvc. Cellc cicrnierc supposition est bien admissible 
dans une contr^e ou les nombreux meandres du Nil 
6tablissenl combien sa pente y doit fitre faible. 

Un des points les plus saillanls des renseignemcnts 
de M. \ audcy est I'indicalion de deux affluents de 
rive droile, dont les embouchures seraient dans lo pays 
occupe par les Bliorr ou Thului, deux peupladcs qui 
sont connues des chasseurs du Gudru. On ne doit pas 
s'6lonner que la presence de ces embouchures ait 
"echappe aux investigations de M. d'Arnautl. En effct, 
rien ne fait soupconner I'adjonction d'un nouveau 
couranl d'eau dans un pays plat, a moins (]u'on 
n'tilablisso soigneusemenl le d^bit du flouve par des 
mesures reiterc^es de distance en distance. D'aillcurs 
la v6g(italion obstrue et cache des rives plates dans un 
pays inalsain el pcu habile. Jusqu'ici les voyagcurs sc 
sonl prcsque toujours avancos par eau, et les barques 
ne naviguent pas dans des flaqucs cpanchees sur des 
bcrges mal d^finies, quo Ton ne saurait ainsi dtudier 
ni par terre ni par eau. Les g^ographos ne doivcnl 
done pas juger avec trop de s6verit(!; les voyageurs qui, 
bornos au parcours du courant ])rincipal , et gen6s 
dans leurs rcnscignemenls par lo nian-iiue do bons 
inlerproles, sc sont vus obliges do taire jusqu'ici lo 
detail de tons les afilucnts secondaires. 

En Europe , on se pr<^occupo pen de ces investiga- 
tions si p^nibles et si m6riloiros. On n'insisle pas asscz 
sur la n6ccssit(i do bien etablir, d'apres h; volume 
rclalit' des eaux , quel est rafllucjnt dont le bassin est 
le plus (ilendu, ou qui, nourri par des pluies plus Ir^- 



( 3^7 ) 

quentes ct desscrvant par consequent uu pays plus 
liclic , a Ic t'roit d'etre choisi cornmc afiluent princi- 
pal. On accepte lacitement ( n cctte qualite le cours 
d'cau suivi en 18Z|3 par M. d'Arnaud. Celle maniere 
d'identifier le fleuve Blanc est peut-elre fondee en 
raison , mais elle est certainement d^nuee de preuves, 
vu le dedale d'aflliients indiques de toutes parts. 

C'est encore pen si Ton elait born6 a loutes ces 
incertitudes ; malgre la precision du langage usil<^ par 
les vojageurs europeens , et qui leur donne un si 
grand avautage sur les descriptions vagues des an- 
ciens , quelqucs personnes renduos defiantes par les 
Cdntradictions des voyageurs modernes ont mieux aime 
s'appuyer sur les dires de Ptolemee que de chercher 
a concilier ou du moins a peser les assertions des divers 
explorateurs qui ont suivi les pas de M. d'Arnaud. Ce 
dernier dit que I'affluent principal vient de Test, entre 
les 3* ct h" degres de latitude nord. M. Werne , qui 
I'accompagnait, affirmc au contrairc que le courant 
d'cau principal vient du sud, Coinme ces deux voya- 
geurs se renseignaient par interpretes, on pent h^siter 
enlrc leurs t^inoignages. M. Thibaut, que j'ai vu au 
Cairo, confirmait I'opinion do M. d'Arnaud, et M. La- 
fargue a eniis plus tard le meme avis. (Voir Btdletin, 
18/iO, t. XllI, p. 296.) Dom Rnoblecher a commu- 
niqu(§ au monde savant unc assertion tres-dilTerenle et 
I'ort digne d'examen , parce que ce zele niissionnaire 
avail appris la langue de ces Barri, qui lui disaient 
que le Nil vient du sud , et non du sud-ouest seule- 
nient, ainsi que loutes les ohserimtions de doni Knoble- 
clier lendenl a le faire croire. Les assertions de ce 
dernier nous semblont d'un si grand poids , que nous 



{ 3/i8 ) 

voudrions cioirc qu'il s'cst engagi clans un autre af- 
flucnl que celul qui vicndrait dc I'est, selon les der- 
nieies informations de MM. Vaudey, Lafarguc et 
Rollet. Car los renseignemenls de ces trois voyageurs 
ne se bornent pas a de s6ches informations; ils sont 
appuyds de details, de noms de peuplcs, ct d'uno 
remarque importantc sur la situation peninsulaire 
des Barri. 

L'annonce d'un aflluenl de rive droite venant des 
monlagnes des Gallas ct sc nielant au fleuve entre les 
C' ct 7' paiallelcs est tout a fait neuve. Jusqu'a quel 
point ce jiouvel adluent pcut-il se confondrc avec le 
tribulaire innomme revel6 par M. Lafargue (voyez 
le Bulletin, 1850, t. XIII, p. 293), ct sur Icqucl on a 
navigue jusqu'a environ 6° 30' de latitude? Nous nous 
contcnterons de poser cette question, car il est lou- 
jours dangercux de meler des hypotheses a des faits. 

Terminons cependant ces remarques par un rap- 
prochement pcrmis. Les marchands hiancs, commer- 
^ants qui se rendent chez les peuplcs voisins pour 
trafiqucr, ne seraient-ils pas ces raemcs trafiquanls 
nommes Gala par les Mace, Mekan, ou Suro ? La des- 
cription faile par ces derniers m'avait induit a rap- 
porter a la race Arabe ces Gala, au teint clair, portant 
barbe, et qu'il ne faut pas confondrc avec les Galla. 
Cette identification, si die clait bien 6lablie, relicrait 
les renseignements geographiqucs donnds par les Suro 
avec ceux que les Barri nous ont fournis, grace au 
z6le de M. Vaudey. Conime ces notions jeltcnt de I'in- 
tdrfit sur unc des contrives les nioins connues dc 
I'Afrique, je transcris I'cxlrait suivant des conversa- 
tions de Nalle, fcmme du pays Mekan, reduitc en 



( 3/i9 ) 

esclavage a iin age avance , et que j'ai vue chez son 
maltre clans Inarya. 

Saka, 1 3 Janvier 1846. 

Selon Nalle, « les Bayti et les Gala parlent la meme 
langue. Ces derniers portent im petit nombre de tasses 
a caf6 chez les Mekan, dont les fenimes riches attachent 
chacune leur tasse au haul de leur bras droit en allant 
faire leurs visites, afin de boire avec distinction le caf6 
qu'on leur sert. Les Kirim et les Mala habitent la rive 
gauche du Paco et parlent la meine langue que le Me- 
kan ; leur teint est taym, c'est-a-dire fuiigineux, mais 
non noir. lis sont pour la plupart petits, bien qu'il y 
ait parfois parmi eux des gens de taille elevee; mais ils 
n'atteignent jamais celle de l'",75 (1), et ils ont des 
cheveux blancs sans grandir davantage. J'en ai vu ainsi 
hauls seulementdel'",50.Cependantilssontvigoureux 
et se battent bien. Les Bayti sont rouges (2) comme 
vous et de laille ordinaire. lis ont la barbe epaisse et 
des moustaches ; il en est de meme des Gala, lis portent 
un turban, une lance, un bouclier large d'unc coudde 
et un long poignard. lis ont des hvres en sautoir sur 
leurs corps et ils en font porter a leurs esclaves. Les 
Bayli me vendirent pour une piece d'argent une ba- 
guette d'etain qui m'a servi a faire des bracelets. Dans 
mon pays, on invoque la protection de mauie; on at- 

(i) L'ambassadeur de Gobo a la cour d'Inaria disait i°,3. Je pris 
ces deux mesures sur les tallies des enfants Gallas, fjni etaient com- 
pares aux Kirim. 

(s) Nalle m'appelait aussi loiii/f, car le mot ipii signiHe btunc n'est 
applique en Ftliiopie qu'a cenx qui sont decoloie's j)ar la lepre 
blanche. 



( 350 ) 

taclie dc grancles cloches aux vaches; on aclitile aiix 
Gala dii zinc, dc I'dtain et de I'argent. » 

Plusieurs autres details que je sujiprimc montrent 
que les Mekan sont plus riches et plus industrieux que 
les habitants du Raffa, avee lesquels ils sont d'ailleui's 
toujours en guerre. 

Selon Kasim , interpr^te du roi d'Inarya, ales 
Gala ont un roi, sont musulmans, et trafiqucnt avcc 
los Suro (Mekan), qui sont chretiens. II y a, dit-on , 
dix journdes de route de Curcurra au pays des Gala. » 
Celle distance fut conlirmee par le messager de Gobo. 
Dans mon esquisse publi^e en 18/|9 (voye/. Bulletin^ 
j8Zi9, t. XII), j'ai place les Ising et les Mokan dans 
la fourclie formee par deux grandes rivieres : c'cst la 
position assignee aujourd'hui aux Blidos, qui cux aussi 
ont des relations commerciales avec un peuple au teint 
blanc et portant barbe. Quand on connaitra le noni 
que se donnent les Blidos , on saura posilivenient s'il 
faut les identifier avec la nation dite Ising par les 
Suro, Kaba par les Kafacco, et Gaba par les Se, ou 
Gimira. On saura aussi si les Mekcdos cites par 
M. RoUet sont differcnts des Mekan : ce dernier noni 
est celui que se donnent les Suro. 

L'esquisse qui accompagne cetle notice est trac(^e 
principalement d'apres le rccit de M. RoUet, qui a fail, 
avec M. Lalargue, deux voyages sur le haut lleuve Blanc. 
L'embouchure do I'afiluentde rive gauche, aupres des 
Blitlo, est indiqu(i par M. RoUel conuBe 6lant par en- 
viron 3° de latitude el 58° de longitude comptee de I'ile 
de l''er, ou 37° 30' a Test du meridien de Paris, ce qui 
donnerait au haut fleuve Blanc une etenduc conside- 



( 351 ) 

rable, meme si I'on adoptail les longitudes plus orien- 
tales cle M. d'Arnaud. 

L'absence de details ne permet pas de suivre M.RoUet 
dans Ic calcul de sa longitude; on est done reduit aux 
suppositions : voici celles que j'ai faites : 

M. d'Arnaud place rile Jeanlier par 29° lo' E. de Paris. 

Ajoulant aS joiirnees a 20 niilles par jour, 

on aura 8 20 



Ce qui (lonne pour longitude du confluent 

desP.lldos 37" 3o' E. de Paris. 

Mais on ne saurait prendre plus de 16 milles comnie 
valeur d'une journee moycnne de route en Afrique. 
On aura ainsi /iOO milles; et si Ton soustrait 17i, ou 
100 milles pour les sinuosit^s de la route, il restera 
soulemcnt 5 degres dc longitude environ , ce qui 
mellrait tout au plus le confluent ])ar 34" 10' de lon- 
gitude orientale, comptee du meridien de Paris. S'il v 
a de I'exageration dans cetle eslime, elle ne sera pas 
du moins trop falljle, car le pays est accidente, il y a 
de nombreux canaux a traverser a la nage, le detail 
des lieiix de couchee n'est pas donne, ct enfin, dans un 
pays voisin , celui des Mekan, Nalle m'a dit expressd- 
menl que les journees de route sont moins longues de 
moiti6 que celles des hauls plateaux, ou un sol com- 
parativement uni et rafraichi par des vents permet au 
voyageur de faire des Iraites beaucoup plus longues. 

Je n'ai pas tract^ les embouchures des deux rivieres, 
qui se joindraient au courant principal entre (5 et 7" 
de latitude et pres du 29= meridien. En efTet, lour pre- 
sence s'accorde mal avec I'aflluent innomm6 de M. La- 
largue, sur lecjuel on a navigutS (>t qu'il a etc par con- 



( 352 ) 
sequfinl impossible d'omeltro. D'aillours, I'cxplication 
(le M. Rollet n'ela>nl pas assez precise , on pourrait, a 
la rigucur, supposer que ces deux Iributaires sent dans 
les environs dc Walanio el fort loin des Bor ct Tliului. 
Mais alors, en supposant que le confluent des Blidos est 
bien plac6, il faudrail admcllre que le fleuve coule pa- 
rall^lement a I'Lma, ct par consequent a Test du lac 
Abbala. Or, je n'ai jamais oui parler d'un grand cours 
d'eau do ce cole-ia. Pour laisscr toule latitude aux 
syslemes , je transcris ici textucllement le passage de 
M. Rollet, qui cite a son tour iinc lettre du rt^vercnd 
p^re Angelo Vinco, dalee dc Bcllcnia, 11 avril 1851 : 
« La m(^me Icttrc de dom Angelo vous fera con- 

nailre que nous avons iiout^ des relations coni- 

merciales avec los nouvellcs tribus, cellos des Berrs, 
des Lok6s, des Mekedos et des Ouguars, qui ne s'elaient 
jamais monlrees aux pr»^cedenles expeditions. Lestrois 
premieres se trouvent depuis trois journ^es jusqu'a 
huit a Test de Bellonia. La derni^re , qui est lr6s-con- 
sidiirable, habile les bords du fleuve, au sud de Lokaia. 
Ensuite viennenl les Paloudjs, pres des calaracles si- 
tuecs a huit jours sud de I'ile Djanfere. Au dcla de ces 
calaracles, le Nil fail d'abord un coude au sud-est; 
j)uis, arriv6 entre le 3" et le 2° 30' do latitude nord, il 
retourne directenient a I'est-nord-cst, vers les monla- 
gnes des Gallas ct du royaumc d'Adel, d'ou viennent 
deux rivieres, probablement connues, qui se mSlent a 
lui cnlre le 7° et le 6* degre de latitude nord. II fait ainsi 
une presqu'ile de la forme d'un fer-a-cheval, large de 
vingl-cinq journ^es de marche, sous la latitude des 
Berrs, soil de 150 lieues environ. » 

L'esquisse ci-jointe monUc combien le trac^ du 



(B53) 

tleiive Blanc do rlom Knoblecher s'eloigne do celui do 
M. d'Arnaud. Ln sotde pcrsonne qui ait examine Ics oh- 
sorvotlons astronomiques de ce dernier m'a dit qu'un 
calcul rigourcux mcUrail ses positions un pen plus a 
Test qu'ellcs ne le sont dans la carte. Ceci aiigmente- 
rait encore la discordance entre les deux voyageurs. II 
est plus que jamais desirable de publier leurs obser- 
vations originalcs; et si leurs calculs sont exacis, le 
monde savant ne sera content que lorsqu'un voyageur 
aura mis fin a lous nos doules, en faisant une obser- 
vation precise de longitude; par exemple, en deter- 
minant, a Bellenla on dans les environs, lo moment 
exact d'une occultalion d'etoile par la lune. Les explo- 
rateurs a venir auront aussi a preciser I'origine de 
I'affluent oi-iental de M. Lafargue, et a s'enquerlr si Ic 
Din est un tribulaire independant du fleuve, ou sira- 
plemenl une de ses branches anastomosdes. 

Antoine d'Abbadie. 



SUR LES NtGRES YAMBO. 



Les Gallas connaissent sous le nom de Yambo une 
tribu negre qui leur est contigue, qii'ils distinguent 
des negres Kamo, Aguli, Bonga et Masango, et qui 
est, comme ceux-ci, etablie a I'ouest des plateaux ha- 
biles par les Gallas. D'apres I'assertioti d'un Yambo 
qui m'apprit que, dans sa langue, on ne I'appelail 
pas Yambo, mais bien Bor, et aussi par suite d'autres 
raisons exposccs ailleurs (voyez Bulletin, 18Zi9, t. XH, 
p. 156), j'avais cru pouvoir identifier les Yambo avec 
les Heliabs, Bhorr, Tluilui et Dinka, (ft\\, selon M. d'Ar- 
ni. AVRii.. /i. 2/| 



( 35/| ) 

naud, pailonl loiis la meme langue. (.lommej'al rc- 
cueilli un ticlianlillon de la iangiic des Yambo, j'ai 
voulu la comparer avec ccUe des Dinka , pcuir 6laver 
nies conclusions d'une prcuve de plus, U. Joiuard a 
Lien voulu deferer a ma prifere , en demandant a 
M. d'Arnaud les echantillons des trois langues qui sui- 
vent. En les Iranscrivant, je mels en regard les niois 
correspondants de la langue des Yambo : 



finn^ais. beiT. dinkn. chilouk. \anibo. autre ilialpcte > 

nu gaelok . . . touk akie arhcio, . . ncliem 

dcuj mari-k . . . law ariavv ario . . , . alio 

liois michala . . Uiak adak ad^go . , . ailago 

qualre nioiiwan . . wan angnnou. . . . angjiio. . . aiigupiiu 

ciiKj tiumkaiuit. . dicke . . . . aliilerhe, , . , aliiyo,. . , 

six lniu(|iiel . . ditem. . . . abirkiel . . . . aliikalo . . oliisalii 

se|>t lioiiiio . . . Jeraw. . . . abiziaw . . . . ubiiio . . . al)iiio 

huil gudik. . . . douhel . . . abidak aliiddago. . abidago 

nciif beau. . . . ilawan. . . . abigunou . . . abingauii. . abingnano 

liix I"ik le:"' apieraw. . . . afar. . . . apar 

oiue pukgiiclok. tea aniok . . apiero oia kiel. apar kiisi.,!,. 

douze ouiaw. . . . ap;ii kuiiu 

treize lea diak. . . ap.,,. k,„|..,g,, 

langue nindep . . . licp Icse leb 

lail lail tihid kiac cak .... 

nei haumei. . . houm . . . . ouun urn ammo 

b.iiijoiir timelau. . . badamloiii . niopol . . . 

bonne nuit . . . Jolo .... logloche. . . ouardoki. . . . loia nii-nii 

elcphaiil tome. . , . aeon loohk llec .... 

dent d rlci'lianl. kolelatami. toumglacon. lukliek (denl, lielo kulu 



Dans les ecbantillons Berr, Dinka et Chilouk, j'ai 
suivi rortliograpbe de M. d'Arnaud. Dans los mots 
Yanibo qui m'onl eti fournis a de longs intorvallos 
par deux personnes diff^rentes , la lettrc c. indique le 
son corresjiondanl a noire tch; c est le mdme son avec 
un claquemcnt. Le premier Yambo qui m'a renseigne 
employait un son qui m'etail nouveau ct qui partici- 
pail si bien aux sons de qualre lellrcs diCfcSrcntos, que 
j'ai Iraduit le mot fran^ais rnat'n par ceno, seno, keno 
et tetio. 

I/acccnl lonlque est forlemcnl accuse par lesYambo: 
lour Innguo Ik-i^ ;"i relic dos (lliilouk, mais avec di-s 



( 355 ) 

difl'^rences nssoz fortes pour qu'on n'ose ridentilier j 
car les innls qui exprlment dix et onze ne coincidenl 
pas asscz pour un nieme idiomc. Le mot leb ou lieb res- 
seinble au Uep (linka. La deuxieinc qiiinte est forniee 
de la premiere, plus un aflixe, systeme qui indique la 
numeration par cinq, et que je regarde comine I'un 
des caract^res de ces langues que j'ai nommees kami- 
tiques. 

D'apr^s les rants Barri et Dinka , ces deux langues 
pavaissent dislinctcs de 35 idiomes ^Ihiopiens. dont 
j'ai recucilli des echantillons. 

En rapprocliant la langue du Yambo ou Jambo de 
celle des Cliiluk, je n'ai nullement la pensee d'identi- 
fier ces deux peuples, et cela par les raisons suivanles : 

1° Haro, messager de Walaga , qui me rcnseignait 
dans Inarya, faisait ainsi I'enumeralion des negres 
qu'il connaissait comme parlant des langues difTe- 
rentes : Chiluk, Komo , Yambo , Aguto, Masongo, 
Gabatu , Bonga, Donga; il faisait done une distinciion 
enlre les Cbiluk et Yambo. 

2° Les Yambo se battent avec leurs voisins Gallas 
de Sayo ; or, on sait que les Chiluk nc s'^tendcnl pas 
a Test de I'lle Donab, ou la rive droite du fleuve Blanc 
est occupee par les Dinka. 

3° Les ressemblances entre les echantillons ci-dessus 
des langues Chiluk et Yambo ne sont pas assez 
grandes pour qu'on doive en conclure I'identite de ces 
deux langues. 

Quant a I'ile Lakku , situee dans le fleuve nouimc 
Bago par les Gallas, fleuve qui recoit, selon cux, le 
Gojab el le Baro, ccttG lie ne saurait nullement oire 
dans le cours il'eau qu'on regarde g^ntiralement 



( 35(5 ) 

coninie le flonvo Blanc , si I'on ailopto lo lrac6 Ac ce 
fleuve d'opr^s les lalitiides dc dom Kuohlochor. Dans 
cc dernier cas, il faudra , pour (^taljlir I'ilo Lakku , ad- 
moltre I'existence d'un errand afllLiont oriental qui 
couleraif, en parlic dii nioins, cnlre les 30° cl 31* d(^- 
gr6s de longitude est dc Paris. 

Antoine d'Abbadie. 



( '^07 ) 

lleiuoires, 
Moticc^, Dociiiuciilis oi*ig;lnaiix, etc. 



NOTES SUR UN VOYAGE 

DA^S 

L'INTERIEUR DE L'AFRIQUE. 

PAR M. HECQUARD, 

Officier de spaliis. 



Depuis longlemps, les Europeens ont cherche avec 
ardeur a soulever le voile qui couvre encore la myst(^- 
rieuse Afrique. L'amour de rhumanite, le desir d'aug- 
nienter nos connaissances g^ogra])hiques, I'espoir de 
faire jouir des populations encore barbares des bien- 
faits de la civilisation , le besoin d'augmenter les res- 
sources de noire industrie, concoururent a aliinenter 
cet esprit de decouverte. 

Penetr6 de ces idees nobles et genereuses, et aspi- 
rant a donner un nouvel essor au commerce du S(^- 
ndgal, le gouvernemcnt francais fit plusieurs tentatives 
pour ouvrir une route enlre Saint-Louis, Segou et les 
nombreux centres de populations places sur les bords 
du Niger. G'cst dans ce but que partit M. Anne Raf- 
fenel; I'insucces de son voyage, qui doit etre attribue 
aux difiicultes insurmontables qu'il rencontra chezles 
Bambaras du Kaarta, ne devait pas discourager le gou 
ternenient, ni les amis do la science et du piogies. 

^i) ConimuiiHjU!,' a I'assemblee generale ilu 2 aviil i852, 



( 358 ) 

M. Aiigusle Bouet, lieulenanl tie vaisseiiu , lit, on 
18ii9, I'cxploration de la riviere dc Graiul-Bassam ; ic 
basanl sur les renseignemenls que lui avnient donnes 
les Banibaras , qui viennent de Tinl^ricur conimerccr 
dans ce pays, eel officier pensa ct ecrivit que la riviere 
d'Akba semblait etre un aflluenl ou, pour mieux dire, 
un des noinbreux d^versoirs du Niger. Cette lij polbesc 
])arul digne d'etre verifiee. Quel avenir, en elFet, pour 
notre coniploir de Grand-Bassani si Ton parvenait a 
oonduire par celte riviere nos marcbandises sur les 
ricbes et populeux marcbes de Segou, Djcnne, etc.! 

Je fus done cbarge par le gouverneur, M. Baudin, 
et par le commandant, M. Bouet-Willaumoz, de cher- 
cbcr la route, soupgonn^e plulot qu'indiquec, par 
M. Augusle Bouet. En meme temjjs, une partie des 
instructions faites pour M. RalFenel par la Societe de 
geograpbic me fut remise ; elles me prescrivaient de 
ni'assurer de I'existence des montagnes Kong, portees 
sur toules les cartes, et de tracer I'ilinerairc que sui- 
vcnt les colporteurs qui viennent de I'Afrique inte- 
rieure commercer avec les elablissemcnts du bas de 
la cote. 

M. le commandant Bouei-Willaumez me conduisil 
a Grand-Bassam , oil nous arrivcimes le 20 novembre 
1850, et il traita aussitot avec des guides Bambaras, 
(jui s'engagerent, moyennant une somme do 7 500 IV. 
payable a leur relour, et une autre de 2 500 iV. |)our 
les frais du voyage, a me conduire a Segou par la route 
indlqu^c plus baut. lis avaiont promis de partir sans 
retard; mais, lorsque M. Bouet se fut eloigne , ils me 
reuiirent de jour en jour, tnc faisant voyager avec eux 
dans les villag<'8 qui bordenl les rivierea d'Ebri^ el de 



( 359 ) 

Balo, tanlol tons le [)relexle de rccouvitn- tic I'dr (|ul 
leur elait du, lanlol soiiscelui d'y clierchci" dt\s caplifs 
leur appaiienant, ct sans Icsquols ils ne pouvaient 
partir. 

Ce ne fut qu'au milieu de levrier. qu'a l)out d'ex[)6- 
dients et dans la crainte d'un cliatiraent s'ils uion- 
Iraient leiu' inauvaise volonte , ils se d^ciderent a se 
mettre en route. Le 20 du meme mois, nous nous em- 
harquames a bord de la goelette le Marigot, qui nous 
conduisit jusqu'a un barrage situ6 a trois lieues d'Akba, 
infranchissaljle en cette saison. Le chef de ce village 
nous fit un excellent accueil, et oflTrit de nous prater 
des pirogues pour remonter jusqu'a la plus pro- 
chaine station. -I'acceptai, et je me disposals a partir 
aussitot; mais mes guides pretexterent des affaires, 
et il fallut sejourner. Je profitai de ce nouveau retard 
pour aller visiter Yacasse, grand \illage sltue a six 
lieues environ du point oil nous nous Irouvions. 

A mon relour, je nc retrouvai plus mes guides; ils 
avaient disparu , et je restai seul avec mon noir el un 
vieillard de leur nation , qu'ils avaient laisse pour 
m'avertir, ct qui me dticlara qu'ils avaient renonce a 
me conduire, ne voulant pas s'exposer aiix represailles 
des blancs, dans le cas oil je viendrais a succomber aux 
latigues du voyage. 

Alterre, mais non decourage, j'employai aupres di- 
ce vieillard tous les moyens en mon pouvoir pour I'en- 
gager a faire ce voyage seul avec mui. Menaces, pre- 
sents, promesses, lout fut inutile; le roi d'Akba lui- 
infime, que j'avais Irouve si bien dispose pour moi. 
avail change d'avis, et exigeait une permission d'Auia- 
lifon, roi d'Alaihi. Voyanl tous mes efforts sans effel. 



( m) ) 

jc fus done coiilraini, Ic diisespoir dans ranie, a ruvcnlr 
en j)irogucs a Grand-Bassam, avec Jacques, mon fidelo 
con)pagnon, De Ja je regagnai SaiiU-Louis, oii 11 ful 
decide par MM. Baiidln et Bouet-A\ illauincz que je 
contlnuerais nion exploration, en prenanl pour point 
de depart noire poste deSedliioii, d'ou jc devais gagncr 
le Foula-Dialon, y voir I'almami, et obtonir de lui le 
passage pour me rendre a S^gou. 

Le 1" juln 1850, le cutler r Ecureuil m\i a la voile; 
le lendemain a deux heures de I'apres-mldl, 11 lalssalt 
touiberl'ancre devanlSainle-MarleBalliurst (Gamble), 
oil j'avals a prendre du gros corall. J'y fus accuellli, 
par M. le gouverneur anglais Macdonel, de la maniere 
la plus gracleuse. 

Le 5, je qulltal Salnte-Marie, et, apres une naviga- 
tion de qiiarante heures, nous moulllaines devanl Ca- 
rabane, petit comptolr francais, oil nous avons un r6- 
sidcnl. Nous y reslames un instant, et, le S juln a 
inlnuit, nous avions attelnt le poste de Sedhlou. 

Je debarqual le lendemain, et m'occupal aussilot 
d'organiser mon voyage. Avant de parlir de Saint- 
Louis, j'avais passe un marche avec un peulh de Mus- 
sina, qui devalt me condulre a Segou, et qui disait con- 
nallre lous les chel's des contrees que nous devious 
traverser. A peine arrive a Sedhlou, je reconnus que 
cet homme, appele Amadou, nous avalt tiompes, et 
je dus chcrclier un autre guide. 

Tous mes preparatifs termines, jc qiilllai Sedhlou 
le 13 juln : quolque conlrarie par une lornadc, j'ar- 
rlvai a Diannah le lendemain a dix heures du matin. 
A peine debarque, bravant les rayons biillants d'un 
soleil d'hivernage, je mc rendis chez Ic chvf d.; ce vil- 



lyge , qui prend Ic tide d'almanii. D'apr6s ce qui 
m'avait et6 dit a Sedhiou , je devais Irouver chez lui 
aide et protection, el, grace a son influence, traverser 
sans danger le Cabou. Un long palabre, dans lequel 
lout le monde parla sans ordre, me fit voir que je ne 
devais pas avoir une foi trop vive dans les promesses 
qu'il me fit, apres avoir regu le cadeau que je lui ap- 
portais, et je pris le parli d'aller voir un chef voisin , 
appele Bakary-Koye, peulli du Fouta-Dialon, qui ^tait 
venu fonder un village sur le territoire du Brasson. 

Le 16 juin, a sept heures du matin, je me dirigeai 
done sur Kolibentan , eloigne environ de deux lieues 
de Diannah. J'y arrival a neuf heures quaranle-cinq 
minutes. Silue dans une clairiere , ce village a une 
double enceinte de palissades et un fosse d'un metre 
et deuii de large : il est consider^ dans le pays comme 
imprenable. Bakary-Koye, averti de mon arriv^e, vint 
au devant de moi, et me promit qu'aussitot qu'il se 
serait entendu avec le chef de Diannah, il m'aiderait 
autant qu'il serait en son pouvoir. 

Le 19, nous eumes un grand palabre avec I'almami 
de Diannah, dans lequel il fut convenu que chacun 
des deux chefs me fournirait un guide, et que nous 
partirions deux jours apres. 

J'elais plein d'allegresse; mon voyage s'annon^ait 
sous les plus heureux auspices. Un moment suflit pour 
lout remettre en question : la veille du depart arriva 
un homme du Fouta-Dialon nous annon^ant que la 
guerre existait dans le Cabou, ou il avait ele pille el 
devalise. Les craintes de Bakary-Koye s'eveillerent ; 
en me communiquanl cetle nouvelle, il me ddclaia 
qu'il ue pouvait plus me faire parlir, sans ra'exposer 



( ^m ) 

a 6tt'c assassiiie, ainsi que los guiclos qu'il iiie domic- 
rail; (lu'il n'y avail qu'un inojcn : c'olail d'eiivojer 
(leinaudcr a rahnami du Foula-Dialon uiic escorle 
assez lorto j)our me |n"ot6ger. J'iiisistai vainemcnt; il 
fut inebraulablo, et je fus ainsi I'orct! de depecher un 
envoye a Timbo, que je ne croyais pas 6trc aussi 
eloigne. 

Laissant Jacques a Koiibenlaii, jo fi-aucbis a pied la 
distance qui separe ce villa.e du poslc francais, et, 
piofilant du sejour force que j'y lis, je visilai lo bas du 
flfcuve, unc paitie de la riviere Saint-Gr^goirc, el elu- 
diai avec le plus grand soin les mceurs et I'organisation 
politique dos nombreuses peuplades qui bordcnt ce 
fleuve. Dans un travail plus 6tendu, j'aurai I'honncur 
de vous coniniuniquer les observations que j''ai lailes, 
les nombreux renseigncments qui ni'onl ete donnes 
par les Europeens liabitanl le pays, parmi lesquels je 
dois citer MM. Bocande et Jules Kapcl. 

Le 25 juillel, ayant i'intenlion de remonler la Caza- 
luance jusqu'au point oii elle cesso d'etre navigalile, 
je in'embarquai sur la clialoupe du poste. Arrive a Ko- 
libentan , j'y passai quelques jours , pendant lesquels 
je fus temoin d'un pillage, el assislai, sans pouvoir 
rerapecber, a la mutilation de deux prisonniers de 
guerre, auxquels on coupa les orellles et les poignels, 
et qu'on renvoya a leur village apres leur avoir altacho 
au cou ces troncons sanglants. 

Les eaux elant encore trop basses, je lus oblige de 
m'arrfeter a dix milles au-dessus de Kolibenlan; niais 
j'y recueillis des renseigncments precis sur les villages 
qui bordent cette riviere, sur son cours, el I'endroil on 
elle prend sa source. En revenanl, nnus I'Omes assaillis 



[ 303 ) 

|Kii' line violenle lornade, qui fit cliaviror la cluiloupo. 
Lc lleiive (itant Ir^s-large en cet endroit, j'eus beaucoup 
de peine a gagner la rive a la nage. Ayanleu, pendant 
le tiajet, le nialheur do perdre mon jianlalon et aies 
soldiers, que j'avais attaches sui^ma tele, je dus gagner, 
en chemise et pieds nus, par una pluie baltante, eu 
traversant d'iminenses rizi^res couvertes d'eau, Maaia- 
konno, eloigne de trois lieues de la, ou je trouvai un 
chalan au moyen duquel nous pumes relever la cha- 
loupe; el, le 13 aout , j'arrivai a Sedhiou , en proie a 
une fi^vre violenle. 

Ma sanle s'f^lanl anielioree , ne voyanl pas revenir 
riiomme que j'avais envoy^ a Talnianii du Foula- 
Dialon , je me decidai a modifier mon itineraire. Deux 
chcmins s'offraient : par I'un , en traversant la Sene- 
ganibie porlugaise, je pouvais me rendre a Geba , et 
prendre la route suivie j)ar MoUien ; par I'autre, en 
gagnant Falalenda, comploir anglais sur la Gamble, je 
devais renconlrer quelques caravanes operant leur re- 
tour dans le Fouta-Dialon. La premiere etail la plus 
courte, mais la moins interessanle; par la seconde, 
j'evitais, en le tournant, le theatre de la guerre, et 
je pouvais \isiter I'espace compris enlre la Gamble 
el le Rio-Grande, qui n'avait jamais ele parcouru 
par les Europeens. Je me delerminai pour ce dernier 
parli. 

Je comptais partir le 8 seplembre ; les pluies lorren- 
ticlles qui tomberent sans inlerru|)lion me relinrent 
jusqu'au 16. 

Abandonne une fois encore par mon guide, pour le 
remplacer, je pris I'ancien alcali dii ])()ste, hornme du 
Fouta-Toro, qui me fit les plus belles promesses, ainsi 



( 304 ) 

que lous ceux (juo j'avais eu3; il ne les tint pas, el 
m'abandonnu dans le Diagara. 

Tout en voulant faire ces notes le plus completes 
possible, il ni'est impossible de raconter jour par jour 
mes marcbes dans I'interieur : ce sera I'objet d'uu 
ouvragc que jc prepare. Je rappellerai seulemenl les 
circonslances les plus importantes de mon voyage. 

Le pays qui separe Sedblou de la Gamble est unc 
vaste plaine couverle, tanlot de for6ts impenetrables 
ou a peu pres, tanlot de vasles raarais dans lesquels les 
habitants plantenl du riz; au milieu s'filevcnt quelques 
collines de basalle courant dans le sens de ces deux 
rivieres. 

Le 18 septembre , j'arrivai a Diembali, village situ6 
a un niillc environ de la I'ivierc Saint-Gregoiro, que 
nousdcvions traverser; la pirogue nc s'y trouvantpas, 
je me di^cidai a altendre au lendemain , et profilai de 
cc con Ire-temps pour examiner le cours de cetle ri- 
viere. Marchant a I'est-sud-est, j'arrivai a sept heurcs 
el demic du soir a Taba , dernier village , situe sur les 
bords de ce cours d'eau , qui n'a la que U metres de 
largeur; son fond y est encore de 2 metres au milieu 
du lit. Je d(^sirais remonter jusqu'a sa source ; j'en I'us 
emp6ch(i par les naturels, qui me dirent qu'il serait 
impossible de le faire a ce momenl de I'annee, les 
cbemins elant couverls d'eau. Les rcnscigncmcuts 
qu'ils me donnercnl furent du resle les memcs que 
ecus que j'avais recueillis. Le Saint-Grcgoire prend , 
d'apres eux, sa source dans un grand marais presque 
a sec pendant I'etc, a une journee de pirogue, c'csl- 
a-dire environ six lieues est de Taba. 

Le lendemain, a six heures, j'etais dc retour a Diem- 



( 3G5 ) 

ball, d'ou jc parlis anssitot pour traverser la riviere, 
qui, dans la saison sfeche, a environ 25 a 30 mfetres de 
largeur et 3 de profondeur. Le 21 septembre, a une 
heure de I'aprfes-niidi , nous fimes balle sur I'empla- 
cement de Cabada, village bru!6 par les Yolas. Pres de 
la Ton me monlra le marigot de Bintam, qui n'est plus 
qu'un ruisseau, tellement a sec pendant les clialeurs, 
que les habitants de Cabada elaient obliges d'y creuser 
des puits : ce ruisseau coulait la de I'ouest a Test. 

Ainsi se confirmait ce qu'avait suppose et ^crit avant 
moi M. Bocande dans un memoire qu'il eut I'honneur 
de remetlre a votre savante Societe, que le marigot de 
Bintam et la riviere Soncodou (Saint-Gr^goire) ^taient 
deux cours d'eau bien distincts , et ne formaient pas, 
comme I'indiquenl toutes los cartes anciennes, un pas- 
sage entre la Gambie et la Cazamance. Se basant sur 
ce que I'embouchure du marigot de Bintam se trouve 
presque vis-a-vis de celle de la riviere Saint-Gregoire, 
sur ce que le courant de lous deux va du nord au sud, 
les anciens geograpbes durenl penser que ces deux 
cours d'eau n'en formaient qu'un. Je crois cependant 
qu'ils ont ete induils en erreur, car il r^sulte pour moi 
la certitude que ces cours d'eau sont bien distincts et 
qu'ils coui'ent parallelement ; et pour que Brue ait fait 
par eau le trajet entre la Cazamance et la Gambie 
( ainsi que I'ecrit le p6re Labat ) , il fallait qu'il existat 
alors quelques marigots joignant entre eux ces deux 
cours d'eau, marigots qui, d'apr^s les rapports des 
naturels et des pecheurs qui fiequentent la riviere 
Saint-Gregoiro , n'existenl plus aujourd'luii. 

Le 22, j'arrivai a Souboundou -Diagara , village de 
peulbs pastcurs , sitae a /j ou 5 lieuos de la Gambi<>, 



( -m ) 

el linbilc' |iar ilfs peiilhs dii Ditiiar. Si pri^s do nolro 
coiiiptoir d'Albr^da, jo me dt'cidai a y descondro, 
pour iJie procurer quplques provisions et des mar- 
chandises pour faire des cadcaux aux chefs. J'clais 
de retour le 17 octobre. Apr^s unc visite au roi, a qui 
jo donnai un fusil a deux coups, jo mc mis en route 
le 19, et , par des chemins couverts d'oau , dans les- 
quels j'enfoncais quolqucfois jusqu'aux genoux , je 
gagnai Domasansan , ou M. Thomas Lafeuillee , trai- 
tant anglais, ne a Goroe, mil a ma disposition une 
ombarcation qui me conduisit jusqu'a Nyaniga, village 
situe sur lo marigot dc ce nom, d'oii jo gagnai par 
terre Dhiendhienbonre, petit village de trailants man- 
dingues, oti j'arrivai le 29 a trois b.eures et deraie. Ce 
village est silu6 vis-a vis I'ile Makarty. Le commandant 
anglais, M. Eaton, ayant appris mon arrivee, m'en- 
voya une embarcation , et m'invita a venir loger au 
fori, oil je trouvai le plus doux accueil ; les soins du 
docteur Thompson m'y gu^riront d'une fievre qui de- 
puis Domasansan ne me laissait aucun repos. Tous les 
negociants anglais furcnt tres-bienvcillants pour moi; 
et, le 12, quoique faible encore, je m'enibarquai sur 
un cotre apparlenont a M. Richard Loyd, qui me trans- 
])orta jusqu'a Fatalcnda, ou Ic naviro mouillait, le 23, 
a huit heures du matin, apr6s douze jours d'une pe- 
nible navigation. J'en partis le 2 decembre, acconi- 
pagne par un traitanl mandinguc appele Carum-Dabo, 
qui me conduisit jusqu'a Mam'', ou nous arriscunos a 
trois heures et domic, la, cet hommo me recommanda 
a un de ses amis seur6, chef de Serrugia, qui me donna 
un guide pour m'accoinpagner jusqu'a Timbo. 

Lell decembre, nous Iraversames, h huit houros de 



( 367 ) 

marcho do I'lMidroit ou elle prond sa source, la rivi^iH' 
Ba-Geba (riviero do Geha), dont les rives sont oxcessi- 
vcment escarp(^es et Ic lit encombre d'arbres qui em- 
p^cbent d'y naviguer; elle court de Test a I'ouest, et 
separe le Rangai du Pourada. Nous fumes ce jour-la 
arreles par un individu a qui je dus faire un cadeau 
assez considerable ])our obtenir le passage. 

Le 1/i d^cembre, j'^tais a Kank^t^fa , residence du 
roi du Paquesi, apjiele Vlansa-Bakar [mansa, roi), qui 
me recut tres-bien, et rne donna un bonime pour 
ni'accompagner jusqu'au Piio-Grande, sur les bords 
duquel nous etions le 17. Cette riviere, appel^e Roli 
par les Peulhs, Ba-Kabou (riviere du Gabou) par 
les Mandingues , coule a I'ouest, et a, a I'endroit ou 
nous la joigninics, plus de 150 metres de large el 
au moins 5 metres de profondeur au milieu du lit. 
Gourant entre deux rives a pic d'une bauteur de 
1 metre au moins, elle est tres-rapide; des arbres 
magnifiques, parmi lesquels on remarque des benlan- 
niers , des cailadrats et des taba , croissent sur ses 
bords. En voyant ce grand fleuve, au moyen duquel 
on pourrait si facilement exploiter I'iannense com- 
merce du Foula-Dialon, du Gabou, et des nombreuses 
peuplades mandingues qui babitent sur ses bords , je 
regreltais vivement qu'un peuple actif ne vint pas le 
sillonner et y introduire lout a la fois la civilisation el 
et les produils europeens. 

J'ai conserve au Koli le nom de Rio-Grande, que lui 
a donne M. Mollien. Les dires des naturcls out ce- 
pendanl jete a cet cgard des doutes dans mon esprit. 
Les marchands mandingues m'onten elTel assure qu'cn 
suivanl lo Koli, on ;ii'rivo a un r<)m|)loir povlugai'; qu'ils 



( 368 ) 

appellenl Ba-Geha (/?«, riviere; Geha), du noni do la 
riviere sur lequel il est silud. Si cette assertion elait 
londdc, ce cours d'eau serait done un dcs afllnenls du 
Rio-Geba. D'apres eux, il serait barr^, a deux jours de 
pirogue (30 milles environ) de Kade, par des rochers 
couverts dans la saison des pluies. 

Le meme jour, a sept lieures et demie du soir, nous 
arrivames a Kade, encombre par la suite d'un chef du 
Fouta-Dialon : nous n'aurions pu y irouvcr de loge- 
nient, si le chef lui-ni6me ne nous eiit fait preparer 
une cave, d'ou il nous faisait sortir le lendemain soir, 
pour nous devaliser de lout ce que nous posst^dions. 
Apres ce pillage , j'obtins dc ce chef, qui plus tard 
paya de sa tote cette trahison , I'aulorisation de con- 
linuer ma route. Six jours apres , notis couchames 
a Dombia, grand village tiapy, ou nous apprlmes 
qu'Amadi-Ouri , frere de Leo-Boudou , qui vcnait dc 
nous piller, 6tait a peu de distance avec une arni^e 
allant dans le Cabou. Je Irenibhii alors de me voir 
enlever le peu de marchandises qui me restait; mais 
J'en fus quilte pour la peur, et ce chef, quo nous re- 
joignimes a Kambala , petit village situe au pied des 
montagnes de ce nom, me fit un excellent accueil et 
ne voulut n)6mc pas , lorsqu'il sut que j'allais chez 
I'ahnami, rcccvoir le petit cadeau que jc lui olTrais. 
J'appris aupris de lui que le pretendant Ibrahini- 
Seuris se Irouvait a Labbe, ou il rassemblail une arra^e 
pour aller combatlrc son cousin I'almami Omar, et je 
fus oblige de changer encore une fois de route, pour 
ne pas tomber cntre ses mains. 

Continuant dc marcher au sud-onest jusqu'a Dara, 
quillant, le 1" Janvier, tout chemin baltu, je me jetai 



( 369 ) 

dans les monlagnes du Bauves, pour aller chercher la 
X'oule suivie par les caiavanes qui vonl de Kakandy 
(Rio-Nunez) a Timbo; mais, au milieu d'un pays inha- 
bite, nos provisions furent bienlot epuisees. Nous 
eilmes alors a souflrir d'un mal plus terrible que tous 
ceux que nous avions affronl^s jusqu'a ce jour : nous 
fumes exposes a mourir de faim, ce qui serait arrive 
si a de longs intervalles nous n'avions pas rencontre 
quelques gardiens de troupeaux qui parlag^rent le peu 
qu'ils avaient avec nous. 

Nous pumes ainsi alleindre la route de Kakandy, 
sur laquelle nous nous Irouvames le 6 Janvier. Nous 
primes alors la direction est-nord-est, renconlrant a 
chaque instant des caravanes qui se rendaient aux ela- 
blissemenls europeens du Rio-Nunez et du Rio-Pango. 
Ce meme jour, nous passames le Dolonqui, riviere 
large de 50 a 60 metres et profonde de 1 metre au plus 
dans celte saison. Ses rives sont taill^es a pic, dans una 
roclie poreuse , apre au toucher, d'une couleur noi- 
ratre. Dans les endroits ou le courant est rapide, ces 
rochers, au milieu desquels la riviere s'est creuse un 
lit, sont polls et excessivement glissants, ce qui rend 
le passage Ires-difficile pour les hommes charges. C'esl 
cetle riviere que Caillie, dans son Voyage, appelle Do- 
lonqua, qu'il dit avoir passee plusieurs fois; le ruisseau 
qu'il nomme Bengala est un des afflueiits de ce cours 
d'eau, souvent confondu avec le Dolonqui, qui n'est 
lui-meme que le Rio-Pungo : car Ics habitants donnent 
indiQeremment au Dolonqui le nom de Bengala (du 
nom du comptoir europ^eii silui sur le Rio-Pungo) et 
celui de Caporo, du mol Rio-Pungo, qu'ils prononcent 
mal. 

III. Avnii.. 5. 25 



( 370) 

A parlir de ce polnl , nous suivinies a peu pix-s la 
mfeme route que Caillit^, rencontranl tous les cours 
d'eau qu'il a indiques. Le 10 Janvier, nous couchauies 
a Bounia, ou ce voyageur avail sejourne; el le lendo- 
main, 11 Janvier, nous arrivuaies sur le Lord du Ko- 
koula, qui forme, a I'endroit ou nous le passames, dc 
nombreuses cataractes et une chute d'eau d'un elfcl 
tuagique, au-dossous de laquelle dut passer Cailiie, 
qui niarcliait au sud-sud-est , alin d'evitcr Timbo , 
landis que nous I'aisions le sud. Gette chute d'eau s'ap- 
pelle dans le pays Kanibadaga. 

Le 12, nous arrivames a Broualtapu. Nous n'6tions 
plus qu'a quelqucs jours de marche dc Tinibo, el je 
comptais me reposer en ce lieu, ou la vegetation luxu- 
rianle des orangers et des citronniers nous prometlail 
des rarraichissenienls dont nous avions le plus grand 
besoin ; inais un nouveau desappoinlement nous y 
attendail. L'almami Ibrahim, cousin d'Oxnar, qui avait 
suscil^ une guerre civile centre ce dernier, (ilait a une 
journ6e de marche de Bi'oualtape, et s'avangait dans 
I'interieur pour livrer bataille a son comp^titeur. Le 
lendemain , il devail depasser le lieu oCi nous 6tions , 
el s'arreler a Kebale. Quelques-uns de ses hommes 
de confiance, qui «ilaient dans le village a recruler 
des partisans, I'averlirent du sejour que nous y fai- 
sions; et, le lendemain, il envoyait a Broualtaj)6 un 
de ses cousins, qu'il i'aisait accompagner de cent 
hommes arm6s, avec ordre de m'amener morl ou vif. 

En prc^sence de I'ordre que me communiqua I'cn- 
voy^, et des dispositions des chefs de Broualtap^, qui 
mouraient de peur de se compromeltre, toute hesita- 
tion elail inutile. Je partis done Ic soir m6me, accoiii- 



( 371 ) 

pagnti de mon guide pculli, laissant Jacques au lieu 
que je quittais, avec mes bagages el un des porteurs, 
qui avail la fi^vre depuis la veille. 

Le lendemain, Jacques me rejoignail a Diouria, d'oii 
nous parllines pour aller relrouver Ibrahim a Kebaie. 
Je vis, ce jour-la, le pr^lendant pendant un instant; 
le lendemain, il m'emmena avec lui a Foucoumba , 
ville ou Ton sacre les almamis el ou se liennent les 
grandes assemblees politiques. Le 18, j'assislai au cou- 
ronnement d'lbrahim, qui partit le lendemain pour 
aller livrer bataille a I'almami Omar. Avanl son de- 
part, il eut soin de me di^pouiller du peu qui me res- 
lait, ne rae laissant que mes [)apiers, mon fusil a 
piston donl il ne pouvait pas se sei vir, mon sabre, el 
le fusil anglais de Jacques, mauvaise arme qu'il trouva 
Irop lourde. II ne donna aucun ordrc pour que des 
vivres nous fussenl fournis; de sorte que, n'ayantplus 
rien pour en acbeler, il y avail trois jours que nous 
n'avions mange, lorsque, heureusementpour nous, au 
moment ou je sorlais de la mosqu^e, dans laquelle je 
venais de faire la pri^re u la facon des musulmans, le 
vieux tamsir s'etant aperc^u que la faim me tourmenlait 
m'eminenu cbcz lui pour nianger, eloblintdescroyanls 
de nous donner ce qui elait necessaire a noire subsis- 
lance. 

Le vendredi, 24 Janvier, I'almami Omar, apres un 
combat de quelques heures , mil en fuite I'armee 
d'lbrahim , qui, voyant la tournure que prenaient ses 
affaires, envoya I'ordre u celui qui commandail en son 
nom a Foucoumba de me raetlre a morl; il ne voulait 
pas que je pussc communiquer a I'almami le message 
du gouverneur. iMon hole, qui revenait de la bataille, 



( 372 ) 
ot qui avail enlomlu donner eel oixlre, m'on aveilil. 
Je passai une parlie de la nuil dans unc grande per- 
plexity. Nous avions barricade la porle , nos armes 
6taienl charg6es, et nous etions, Jacques el nioi, bien 
decides a vendre cherement noire vie. Vers luinuit, 
on vint nous appeler ct frapper u noire porle. Je pensai 
que notre derniere heure elait venue. 11 n'en 6tait 
rien; nous ellons, au conlraire, sauv6s : ceux qui 
nous appelaient venaient nous annoncer qu'un parenl 
de I'almanii Omar venait d'arriver, avec cinquante ca- 
valiers qu'il envoyait pour nous prot^ger; ils nous 
apprirent en nienie lem])S quo ralniami lui-meine 
allail vcnir a Foucoumba pour y lenir une assemblee 
de lous les chefs. 

En effel, I'almami arriva le 5 levrier a onze heures 
et deinie du niatln. Je sorlis pour aller a sa rencontre. 
Aussitot qu'il m'apercut il mit pied a terre. J'en fis 
aulant de mon c6l6. II s'approcha vivemcnt de raoi , 
m'aborda d'un air noble et empresse, et, apr^s m'avoir 
serr6 la main, m'assura qu'il olait heureux de me voir, 
qu'il savait lout ce que j'avais souffert, ct qu'il fcrait 
tous ses eilorts pour me le faire oublier. II remonla 
ensuite a clieval, me donnant un de ses hommes de 
confiance pour m'accompagner, el ajoutant qu'il m'in- 
diquerait plus tard I'heure a laquelle il pourrail me 
recevoir. 

J'avais retrouve, dans la suite de I'almami, Amadou- 
Laminc, Ic peulh que j'avais envoys dc Kolibcntan. II 
me dit que I'almami elait persuade que j'avais entre- 
pris ce voyage pour kii personnellement; que cc pro- 
c(ide avail flatti^ san amour-j)ropre d'une maniere ex- 
traordinaire; que je ne devais pas le delromper, sous 



( 373 ) 

peine tie me voir refuser la permission d'aller a Segoii, 
J'entrai dans cet ordre d'idoes. J'avais ecrit au com- 
mandant de Bakel de m'envoyer quelques marchan- 
dises a Timbo et une lettre dans laquelle le gouverneur, 
pr^textant des affaires subites, lui demaiiderait de me 
faire conduire a Segou. Je me decidai a altendre. 

Le soir, je suivis I'almami. II fiit excellent pour moi, 
et me combla de prevenances de toute espece. J'etais 
atteint d'une dyssenterie tresforte , et il vint, bravant 
1 'etiquette qui lui defend d'aller chez les elrangers, me 
visiter chaque jour dans ma case, et, pendant toute la 
duree de ma maladie, il cnvoya trois fois par jour sa- 
voir des nouvcUes de ma sanle. 

Le h mars, ma sante s'elait amelioree. L'almami 
m'engagea a I'accompagner a Timbo. J'acceptai, ct , 
le 9, nous entramcs dans sa capilale , ou il me donna 
pour logcment une habitation charmante qu'occiipenl 
les almamis lorsqu'ils viennent a Timbo, avant d'etre 
sacres. Le 17 mars, les affaires pour lesquellos il avail 
rassemlde les chefs etanl termin^es , nous partimos 
pour une de ses maisons de campagne, appelee Sou- 
coutouro. A six heures quaranle-cinq minutes du 
matin, nous nous mimes en route. A onze heures, 
nous etions sur les bords du Senegal , appele par les 
peulhs Maio-Balcio, et Bafing par les Mandinguos (ces 
deux mots signifient riviere noire). II est en cet endroit 
large dc 100 metres environ; son lit est obslrue par 
des rochcrs qui pcrmellcnt de le passer a gu6 dans la 
saison sechc. Un pcu plus has, il est coupe en deux 
par une petite ilc. Au-dessus , il est Ues-profond et 
court ouest-nord-ouest dans un lit dont les bords sont 
a pic. Le fond est un gros sable. Sur les roches se trou- 



( :^7/i ) 

vent les nierncs huitres nacrees qu'on voit a Bakel (Se- 
negal). Les caimans ot les hippopotanios y sont en 
grande quantite. A deux lieues dc la, son coins est 
nord-nord-est, et ilarroselepicd degrandesmontagnes 
qui le dessinent au loin. A midi, nous dtions install(is 
a Soucoulouro. 

Le temps que je passai la fut le plus heureux de men 
voyage. Au milieu de ces pays inconnus et que Ton 
representc comme sauvages , j'(!!lais I'ohjet dos alton- 
lions les plus delicates et d'un omprcsscment qui ne sc 
dementit jamais. Chaque soir, I'almanii Omar me 
mandait pres de lui ; nous nous cnlretenlons, dans de 
longucs causeries, de la France, de sa puissance, et 
surtoul de la mani^re dont les blancs font la guerre. Je 
profilai dc ccs bonnes dispositions pour oblcnir de lui 
la promessc qu'll emploierait tous ses elTorts pour fa- 
voriscr notre commerce et diriger sur Bakcl ou Sedhiou 
les caravanes qui traversent son pays. 

J'attcndais toujours avec impatience riiomme que 
j'avais demande a Bake! ; je parlai souvent a I'almami 
de mon desir d'aller a Segou, et je finis par oblenir de 
lui la promesse qu'il mc donnerait une oscorte pour 
rae conduire sur le tcrriloire du roi de ce pays, avec 
lequel il cnlrcticnt des relations amicales , si le gou- 
verncur lui en teinoignail le desir. 

L'almami lomba malade. Seul je fus admis a le voir, 
nialgrc; I'usage qui interdil I'entrtio de sa case pendant 
sau)aludic a lout ce qui I'enloure.excepte a ses fommes. 
Je commenQais a desesperer dc voir arrivcr des nou- 
velles. Voulant motlre le lemps a profit, j'allai visiter 
les sources du Senegal. L'almami me donna un guide 
el une escorto, et, le 2 avril, jc partis a cinq licujes tlu 



( 375) 
malln. A une heure de rapres-muli, iiouselions arrives 
a DoLibel, ou nous passames la nuit chez le chef du 
village. Le lendemain, apres avoir traverse Bouria, 
nous arrivames, a dix heures quarante-cinq minutes 
du matin, aPoredaka, village situe au pied d'une mon- 
tagne. Le h, a six heures du matin, nous quitlames cc 
lieu. Nous dirigeant au sud, nous Iraversames d'abord 
une montagne; puis, apres en avoir gravi une secondo 
du noin de Dabala, nous vhnes un petit bois excessi- 
vement touffu, a I'extremite duquel etait une sorto de 
bassin nalurel dont I'eau s'^coulait par un petit mis- 
seau dans un second, puis dans un troisi^me situe un 
peu plus has, d'ou elle sortait avec beaucoup de foi'co, 
rencontrant presque aussitot des rochers granitiques 
qu'elle franchit en formant cascade, puis s'ecoule au 
sud-est : c'elait, me dit-on, la source du Senegal. 

Je me disposais a retourner sur mcs pas, lorsqu'on 
me demanda si, pendant que j'en etais pres, jo voulais 
voir aussi la source du Tene. Surpris de cette propo- 
sition, qui derangcait tout ce que j'avaislu, j'acccptai, 
et Ton me fit tourner la montagne do Dalaba , le ter- 
rain s'elevant sensiblement; sur le cote oppose a celiii 
oil est situee la source du Senegal, on me montra un 
ruisseau, large d'environ 2 mitres, jaillissant d'lin 
rocher de granit, d'oii il coule a I'ouost. Je niani- 
I'estal mon 6tonnement a inon guide; mais il m'as- 
sura qu'il ne se h'ompail pas. D'apres cela , Mollicn 
aurait ele induit en erreur, ce qui ne serait pas eton- 
nant, d'abord parce que elant oblige de se caidier, 
il ne put controler ce que lui dit le soul guide qu'il 
avail, ensuite parce que le lieu cju'il d^signe comme la 
source du Tone m'a etc indique a moi coninie cclle de 



( •'^/<> ) 

la riviere Boie, qui se jeltc dons le Teiiti (Fal^ine), ct 
il scrail possible que I'hommc qui I'indiqua a Mollion 
se flit Irorape sans Ic vouloir. Je crois, du resle , que 
plus lard je pourral Ic prouvcr, lorsque, ines mat6- 
riaux arrives, je reconslruirai ie cours de la partie su- 
pericurc de cette riviere. 

Cetle excursion finie, nous rovinmes a Porc^daka, oii 
nous couchames, ct, le lendemain , nous reprimcs la 
route de Soucoulouro, que nous atteignlmes le avril 
a niidi. L'almami allait beaucoup mieux; Ic 9, il sortit 
pour la premiere fois , ct , le 11, jc I'accompagnai a 
Tsain , puis a Sembakoum et a Counlat. Pour faire ce 
voyage, il me fit cadeau d'un Ires-joll cheval, 

Le 7 mai, nous etions de rctour a Soucoutouro. Ne 
voyanl pas arriver I'homme que j'attcndais de Bakel, 
les pluies commencant a tombcr, je demandai a I'al- 
niami la permission de parlir. 11 me pria de ne pas me 
mettre en route avant que son cousin eiit fait sa sou- 
mission , et (I'allcr pros de lui avcc son frere pour 
m'assurcr s'il etait sincere dans les offrcs qu'il lui 
faisail. J'acceplai cette mission, ct j'cus le bonhourde 
lui annoncer qu'Ibraliun consentalt a renonccr aux 
drolls qu'il croyait avoir, a la scule condition d'avoir 
la vie sauve. Le 6 juln, jour de salam, nous nous i-en- 
dlmes a la mosqucc de Tiinbo. La, en presence dcs 
anclens ct des princlpaux chefs, Ibrahim, suivl des plus 
influents d'entre ses partisans, renon^a a loiile preten- 
tion au pouvoir, et jura sur le Coran fidclitc a l'almami 
Omar. 

Apr^s cette cer^monie, ralmanii s'occupa des pr^- 
paralifs de mon depart , chnisit la route du Bondou, 
comn)C clanl la plus siire, ct me donna deux de scs 



( 377 ) 

parents pour m'accompagner et reniellre une leltre au 
gouverneur. Nous partimes le 25 juin a sept heures et 
demie. Mes adieux avec I'almami excil^rent respecli- 
vement notre sensibilite ; il m'avait temoigne nne 
affection que jc lui rendais bien. II me fit promettre 
de revenir aupr^s de lui, me jura qu'il serait toujours 
I'ami desFrancais, et que toute sa vie il protegei'ait 
de tout son pouvoir leurs personnes et leur commerce. 
A liuit heures et demie, nous traversames le Bafing en 
pirogue : il y avail alors 5 pieds d'eau a I'endroit ou 
nous I'avions passe a gue en avril. Nous primes la di- 
rection ouest-nord-ouest. Nous cheminames sans in- 
cident remarquable jusqu'au 3 juillet, jour ou nous 
arrivames a Lab6, seconde ville du Foula-Dialon. 

Obliges de rester la deux jours, pour donner le temps 
au chef de nous prt^parer des provisions, j'en profitai 
pour aller visiter Mouminla, montagne tres-elev^e qui 
separe la province de Lab6 de celle de Timbi, dont la 
cime, disait-on, etait couverte de neige. Je n'en trouvai 
pas, peut-6lre a cause de la saison dans laquelle nous 
^tions; mais je remarqnai qu'elle etait presque entie- 
rement composee de pierres magnetiques d'une grandc 
puissance, dont j'ai rapporte des echantillons. Nous 
quittamos Labe le 6 juillet. Le 8 nous etlons a Toulou, 
oil je fis arretor la caravane, pour aller voir les mon- 
lagnes de Bade, dans lesquelles se trouvent la Gamble 
et le Rio -Grande. Cos fleuves sont appelds par Ics 
peulhs : le premier, Dinah , et le second , Coumba , 
dans son cours sup^rieur, et Maio-Koli (riviere de 
Roll), dans sa partie interleure. Cette excursion ^tait 
linle a deux heures, ct le lendeuiain nous nous re- 
miines en route. 



( 378 ) 

Le III juillet, nous couchAnies a Mali, oii Mollien se- 
journa lors de son voyage : depuis Courhari, j'avais fait 
a peu pi'^s la nifiaie route que lui ; je la perdis cepen- 
dant de I'autre cot^ des montagnes du Tangut^, que je 
dus passer par le meme cheinin qu'il avail pris. J'y 
cherchai vaincnient la source donl il parle; je n'y vis 
aucun cours d'oau. Je crois qu'il a dil elro induit en 
erreur; car, d'apr^s ce voyageur, la riviere qui pren- 
drail sa source dans les montagnes du Tangue se jel- 
terait dans lo Rio-Grande, et serail connue sous le nom 
de Coumba. Or, nous avons vu que ce nom est celui 
qu'on donne au Rio -Grande dans sa partie supe- 
rieure ; car, en nous montrant sa source, les natu- 
rals nous dirent bien : Ore Coumba inato ; Maio-KoU 
ac Coiinihn goto, c'est-a-dire la tele de la Coumba 
est la; la riviere de Roli et la Coumba ne font qu'un. 
A partir du Tangue , nous ne trouvames que Nadel 
oil ait pass6 IMollien ; puis, dans le Bondou, Mara- 
raacila. 

De I'autro c6t6 du Tangue, nous rcneontrames les 
populations decimees par la famine; les sauterellcs 
avaient devor^ toutes les r^coltes , et les habitants no 
pouvaient plus soutenir leur existence ([u'au moycn 
d'herbes et de racines. A compter de ce jour, j'eus 
horriblemont a souffrir dc la faiui ; plusieurs fois nous 
restames deux jours sans manger. A ces privations 
vinrent se joindre d'autrcs souflraiices. Mcs souliers 
ne pouvant plus me rendrc aucun service, j'avais dil , 
depuis mon depart de Timbo, me servir des sandales 
du pays. Peu habitue a ce genre de chaussure , mes 
pieds furent bicntot en sang et tout meurtris; mais 
I'espoir de rcvoir la France soutenail mon courage el 



{ 379 ) 

me doiinajt des forces pour supporter loutes iiics dou- 
Icurs sans mo plaindro, 

Le lundi 28 juillet, oyant traverse lo Niocolo, nous 
dilmes passer dans une pirogue la Garaljie, que nous 
suivions depuis trois jours. Sur I'autre rive, laissant 
Dentilia a Test el le Badon a I'ouest, nous nous trou^^ 
vames dans de grandes forfits inhabilees aujourd'liui , 
dans lesquellcs nous voyageames deux jours. Enfin, le 
30 au soir, nous pumes attelndre Mamakonno, toujours 
lourrnenles par la faim; car, depuis les bords de la 
Gamble, notre nourriture n'avait consist^ qu'en quel- 
ques racines ct fruits sauvages que nous rencontrions 
ca ct la. 

Mamakono est le liou de residence du perc de la 
femme de ralmami qui voyageait avec nous. II est 
riche par ses mines d'or et par I'ivoire, provenant des 
nombreux elephants qu'on tue aux environs. Nous 
comptions nous y refaire et y oublier les horribles 
privations de la route. On nous avail dit que I'abon- 
dance y regnait. Nous fumes cruellement desappoin- 
tes : la disette avail envahi le village a la suite d'un 
siege qu'il avail soutenu contre des gens de Bambouk, 
et il restait, a ces malheurcux, a peine assez de grain 
pour ensemenccr Icurs champs. Cependanl nous y re- 
sumes un bon accueil. Le chef me hi cadeau de deux 
bceufs que devora la caravane. Quanl a moi , grace a 
la protection d'Ariadna, femme de I'almami , je pus 
faire deux legers repas avec le grain qu'on nomme 
Jogne dans le pays. 

Nous parlimes de Mamakonno le 1" aoilt , n'ayant 
pour toute provision qu'un jeune chevrcau destine a 
servir pendant Irois jours a la nourriture de tout lo 



( 380 ) 

monde, c'esl-a-dire d'une vinglaine d'houimes com- 
posanlla caravane. Celto faible ressource ful absorbee 
en un seul repas. Nous rcstamcs pendant ces Iro'is jours 
sans manger el sans rien rencontrer. Ileureusement 
que nous pumes enfin atleindre Maramacita. La, nos 
souffrances ^taient finies, nous ^lions dans le Bondou, 
ou r^gnail line abondance bien n^cessaire au rdlablls- 
seraent de nos forces. Le lendemain, siki- de nc pas 6tre 
inquiel^ dans un pays ou tous les chefs rae connais- 
saient, je pris les devants avec mon fidele noir, et fis en 
trois jours ce qui en demande ordinairenient six aux 
noirs qui suivent celte route; et j'arrivai le 6 aotit a 
buit licures du soir; le bon accueil que je re^us de 
M. Welire, commandant du fort, et lo bonheur de re- 
voir mes compatriolcs, me fircnl bienlot oubllcr mes 
fatigues et mes souffrances. De la je me rendis a Bakel, 
ou, grace a MM. Key, commandant, et Zeller, gerant 
de la Compagnie, je pus reprendre les habits euro- 
peens. Le 8 septembre, je m'embarquai sur le bateau 
a vapeur dc I'Etal le Basilic, pour retourner a Saint- 
Louis, oil j'arrivai dans la nuit du 10 au 11 du m^mo 
mois. 

Si mon voyage n'a pas eu des resultats aussi com- 
plcts que je rcsp(^rais, s'il m'a ete impossible dc ga- 
gncr Scgou el d'cxplorer le centre dc I'Afrique, ainsi 
que j'en avais le fcrme dosir, permettcz-mol de croire 
que mon cntreprise ne sera pas tout a fait infruc- 
tueuse. 11 m'a etc donne de visiter quelques contr6es 
inconnues ; j'ai st'-journ^ asscz longlemps duns le 
Fouta-Dialon pour en otudicr hi geographic, ainsi que 
les mceurs et I'organisation politique de ses habitants. 
Avec les nombreux cchantillons mindralogiques et 



( 381 ) 
g^ologiques que je rapporte , les liommes sp^claux 
pourront, sinon reconstruiie , dii moins donner une 
juste idee du sol de ces riches pays; j'ai enfin trac(§ la 
route a une expedition nouvelJe, qui pourra aujour- 
d'hui, je le crois du moins, arriver facilement a Segou 
et mSme a Torabouctou, avec la protection de I'al- 
mami, allie du roi de ce pays et parent d'Abdoulaye- 
Schir, chef du Massina, maltre aujourd'hui de Tora- 
bouctou. 

Dans le croquis que je joins a cet expos^ sommaire 
de mon voyage, on remarquera que, d'apr^s men 
estime, les sources du Senegal se trouvent placees a 
10" 16' nord et 13" 19' ouest, tandis que M. MoUien les 
indique par 10" 6' nord et 13" 35' ouest. Nous diffe- 
rons davanlage sur remplacement des sources de la 
Gamble, qu'il met par 10" 36' nord et 14" 37' ouest, 
tandis que je I'ai Irouve (toujours d'apres mon estime) 
par 11° 2li' nord et 13° 36' ouest. A I'appul de ces ob- 
servations , je joins une copie de mon ilineraire , qui 
pourra servir a contrdler le trace que j'ai fait. 



ROUTE D ALLER. 

De Mandina marclie 9 inilles a TO. pourine rendie 

iSalikene 10 N. E. 

Sankouta 10 N. E. 

Diembati i5 E. S. E., puis 3 a I'E. 

Taba 00 

Dumbati li N. IN.O. 

Hiviure Saiiit-Gregoiie . . i N. N. O. 

Kareiilaba Soukontlougou 1 N. JN. E. 

Diannab 4 E. ; S. E. 

BaVeiibab 4 N. E. 



( 382 ) 

DelaSauJa marclie 8 inilles au N. E. p. me rendre 

a Marigot (le Bintam .... a N. E. 

5 N.O. 

Seuo-Baildi 4^ N.O. 

Souboundou-Diagara. . . g E. 

Diapiiia 3 E. N. E. 

Baylde oo 

N'dianiga 6 E. 

Ps'guuder 6 E. 

Nianniaubeta i6^ E.^S.E. 

Kassan 4 E. 

Pallam fi S. E. 

Kataba 3 S.^S.E. 

• Diannah 3 S. 7S.E. 

Makarty o 

Fatatenda 3 S. 

Coulari 4 S- 

Sicecounda I 7 E. 

Badari 7 S. 

Marigot deBadari .... i^ S. 

Mane 7 S. 

Toubinto 2 S. 

Serrugia 5 S. O. 

Grand Foulacunda . ... 3 S. O. 

Petit marigot 3 S. S. E. 

Ore'kinguai 1 1 S. O. 

Riviere Badienbah .... 2 S. E. 

Manato 9 S. E. 

Outoumba 8 S. E. 

Ma'io-DVaoube ...... 4 S. E. j S. 

Cob-Sale I E. 

Mamacunda 5 S. E. 

Kantefa 6 S.E. 

Kambene -6 S. E. 

Riviere du Mana 6 S. E. 

Sare-Diaobe 2 S.E. 

Kamb^re 7 ^' 

Kag^necounda 8 S. S. E, 



( 383 ) 

DeKoli inarche 6 inilles an S. pour merenilip 

aKade 7 S.S. O. 

Cours d'eau n E. 

Kissara 8 S. 

Kankody 3 S. 

Paiiacon 3 S, 

I'aiiacoudie 1 S. 

3 E. 

3 S.O. 

Doinbia 7 S.O. 

i\ S.E. 

I S.iS.O. 

KaniL.ila 4 S.jS.O. 

Sareibe 4 S. E. 

Kalaqui 4 E. 

3 S. 

6 S.E.iS. 

Riviere Dara 2 S.E. 

Daia 8 S. 

8 S.O. 

Tineton 3 S.O. 

Tan^'uiiata 5 S. 

Neterel-Toude 6 S.O. 

Medina 5 S. 

7 S.E. 

3 S. 

Toumane 4 S.O. 

6 S.E. 

2 N. 

7 E. 

5i S.E. 

Bengalan 8 E. S. N. 

12 E.N.E. 

Dolonqui 6 N.E. 

20 E.iS.E. 

5 E.S.E. 

4 s. 

Kak.iba 18 E.iS.E. 



DeM'be:i 

a 

Bouiiia 

Kokoulo 

Lenie'te 

Broualtape 

Diouria 

Donato • 

Foucouinba 

Sankarlal 

PoiiJaka 

Bourin 

Douljel 

Titnbo 

BaGng 

Soucoutouro 

Tsai'ii 

Countat 

TsaVn a Sembnkoinu . . 



( 38/i ) 

. luarclie 3 mill, a I'E.^S.E. p. me renii. 
5 
5 

7 

3i 
6 
G 

2 

8 
3 



C 
3 

4 



ID 

6 
o 
(i 



S.E. 


S. 


s. 


s. 


E.iS.E. 


E.iS.E. 


E.iS.E. 


S.E. 


S.O. 


S. 


S.E. 


S.E.iS. 


S. S. E. 


E.-iS.E. 


E. 


S. E. i E. 


E.S.E. 


N.iN.E. 



ROUTE DE RETOLR. 



De Soucoutouro . . maiche 7 iiiilles au N.O. pour me rendre 

a Herico 3 N.O. 

Henio-Torode. . 7 O.iN.O. 

Pian 4 O.iN.O. 

Gongore 8 N.^N.O. 

2 N.IN.E. 

Niango G N.S.E, 

Riviere Be're. . . 2 N.S.E. 

Quc'liguia. ... 2 N.jN.E. 

Tene s N.IN.E. 

Kouloum .... 3 N.iN.E. 

6 ' N.N.E. 

3 N.E. 

Sefour 6 N.N.O 

>i'gali (riviere). 2 N.N.O. 



( 385 ) 

De I»J'galli. . . i . . Tiiarche 5 milles an N. N. O. pour me rendre 

a Nassi 3 N. O. 

Dumbele .... 5 N. O. 

Labe '22 O. jS. O. 

Mouminia. ... 6 N. v N. O. 

Toiintourou. . . 4 N. O. 

Montague Bade. lo O.N.O. 

Toulou 4 N.O. 

Toumongirou. . 5 O. N. O. 

Bandeia y O. N. O. 

Oieliti 3 O.N.O. 

Boudou-Bouini. 5 N.jN.O. 

Doiihole I N. 

Jeleta ..,:.. .I N. 

Caube I N.N. 

Caube supeiieur 5 N.N. 

Bondou-Ollandt?. a N.N. 

Mali 4 N. 

La Kanta .... 4 N.O. 

Missira 3 N.O. 

LaDiia 6 N.N.O. 

Nadelle a N. E. 

Malalcouillc. . . a N. 

Nangatara. ... .'> N.jN.O. 

Idell lo N.iN.O. 

Guidougoutata , 6 N. O. 

Less-Maio. ... 6 O.^N.O. 

Sene'couta. ... 6 O.iN.O. 

Syllacunda ... 5 O. 

BinguillaV. ... I N.O. 

La Gamble ... 34 N.O. 

6 N.K. 

Maraakono ... 3 N.O. 

-2 N. 

S..-koto 33 N.iN.O. 

Counda 4 N. 

Maramasita. . . 5 N. 

Sama 3 N. 

in. .wRii.. 6. 26 



De Niosonco . 
•iTaifa . . . 
Leve. . . . 
Coussau. . 
Dara. . . . 
MaianguVcou 
Fenin .... 
Sainacono. . 
Tieriio-Mali. 
Sumljouiilaka 
Debou. . . . 
Senoudcbou. 



( 386 ) 

marclu'; 3 inilles au N. S. O. pour iiif iciulre 



(i 
3 

3 

a 

2 

9 

a 

3 
5 
3 



N.S.O. 

N.E. 

N.E. 

N.E. 

N. 

N. 

N. 

N.S.E. 

E.iN.R. 

N. 



NOTE SLR LA ROUTE DU DARFOIJR, 



M. AN'l'OINE U'ABBAUIE. 



Browne est le premier qui nous ail donnc des no- 
tions un peu exactes sur le Dail'our. Longtemps apres 
j'ai essaye de faire de ce pays une stalistique (voir 
Bulletin, 18Z|2, I. XVIII ) intcrroinpuc bienlol par le 
I'el'us de celui qui me renseignait. Malgre la relation de 
Mohammed el-Tounsy, dont nous devons la publica- 
tion aux soins de J\l. Jomard el surtoul a ceux de M. le 
docleur Perron, on peut afiirmer que nos connais- 
sanccs sur le Darfour sont encore imparlaitcs, et I'ex- 
trait suivant d'une lellre qui m'a He adressee par 
M. Vaudey ne sera pas denue d'interet. 

« Craignant I'ambition envahissante du fameux Mo- 
bammed-Aly, vice-roi d"Egyple , le sultan du Darfour 
a d(il'endu di;s 1820 I'entr^e de ses ttats a aucun indi- 
vidu de race blanche. Si ndanmoins I'un d'eux parvient 



( 387 ) 

a entrer au Darfoui', il est bien regu el bien Irait^ , a 
condition de n'en plus sortir. En oulre, le sultan paye 
de lenips en temps un tribut a la Porte Oltomane, afin 
que celle-ci le protege conlre les vues ambilieuses de 
TEgypte. Enfin il a defendu sous peine de mort I'en- 
tree dans ses filals par la province de Dongolah, De ce 
c6l6-la, en clTet, il n'y a que douze journeesde marche 
du Nil a Kobbeh, ville ou r^sida Browne et ou sejour- 
nent encore les caravanes. II y a d'ailleurs Irois fois de 
I'eau dans le trajet, ct la vegetation spontanee de ce 
desert fournirait abondamment a la nourriture des 
chameaux indispensables a une expedition envahis- 
sante et dont la charge complete est d'cnviron 300 ki- 
logrammes. 

)) Depuis la conquele du Soudan par I'Egypte, ce 
pays ne communique avec le Darfour que par le desert 
de Selimeb, ou Ton s'engage en partant de Sioul. Les 
caravanes emploient au moins deux mois a traverser 
ce desert, et le tiers des chameaux meurt en route, 
quoiqu'on les charge de 100 kilogrammes seulement. 
Mais ils doivent en outre porter leur nourriture en eau 
el en grain, car ce desert est presque parloul aride. 
Ces difficultes materieltes font qu'on ne retire du Dar- 
iour que des esclaves, de I'ivoire et de Tor. Le trans- 
port du natron, de la gomme, etc., serait trop couteux 
par une route choisie , pour elre la moins pralicable. 
Chaque caravane qui la parcourt perd plusiours de ses 
esclaves el le tiers au moins de ses chameaux, soil par 
la fatigue, soil par les privations de toute espece. Les 
rafemes raisons empechent qu'on ne porle au Darfour 
beaucoup de produits manufactures en Europe, et leur 
prix est ainsi tellemont elevt^ , que les grands du ptjys 



( 388 ) 

sonl seuls ;"> en fuire usage. La cessation dii commerce 
avec le Darfour a poit6 un coup funesle a la province 
de Dongolali, qui a vu disparaitre sur son terriloire des 
villages enliers dont les dalles el les toiles ne sonl plus 
achelt^es par les caravanes. Les prix sonl ainsi des- 
cendus a 2 fr. los 100 kilogrammes de dalles et a 1 fr. 
50 c. les 15 metres de loile pesant plus d'un kilo- 
gramme. 



LETTRE DE M. ROLLl^ AU CONSUL D'AUTRICIIE 

( DU SENNAll ) , 

E.N DATE DE GABTODJl ( KHARTOUM ), LE 20 JUILLET 18S!, 

COMMUNIQUEE PAR M. VADDEY, CONSUL DE SAKDAIGi\E AD SENXAR, 
ET EXTRAITE D'UiNE LETTRE DE M. D'AR.\ACD, 

OAMIETTE, LE 20 F^VniER 185-2. 

« Le retour de nos barques a resolu un pro- 

bl^me qui int^resse la navigalion et le commerce sur 
le fleuve Blanc. Avec trois fusils chacune et quelques 
Arabcs, nos barques ont traverse loutes les peuplades 
nfegi-es, ccbelonnees jusqu'a li° 30' lalil. nord, oil les 
expeditions lurques n'ont ose penelrcr qu'avec des 
forces considerables. Les deux voyages que j'ai fails 
avec M. Lafargue, cl riiospilalile que doni Angelo 
Vinco, mon ami, a Irouvee cliez les Berrs, toul me 
prouve que les sources du fleuve Blanc ne sont plus 
inaccessibles aux savants et aux industricls de TKurope. 
Dom Angelo Vinco nous apprend d'abord, parsa letlre 
du 11 avril, datee de Belonia, qu'il est olahli dans celte 
ville, situee sous h° 30' lalil. nord (I), au pied des 

(l) II ) a ici line eiipiir : l/i'-li-iila est par J" f) i ' 5". l)'An>*i;o. 



( 389 ) 

raontagnes des Berrs, dont il a recii raccuell le plus 
amical, parce qu'un des chefs les jdIus influents de ces 
pays est devenu pour lui el nos gens un hole et un 
ami qui les protege et les acconipagne dans toutes les 
courses qu'ils font. Vous devinez, monsieur le consul, 
que cet ami c'est le niemc Niguello dont je vous ai 
plusieurs fois parle, et qui, dans mon premier voyage, 
a voulu me suivre a Gartoum, pour voir le pays d'ou 
venaient les fruils, le vin , les objets d'art quo je lui 
avais donnes , et surlout les conteries et nos maisons 
flottantes que I'inondalion avait, disait-il, detachees 
de la rive et entrainait jusqu'a nous, c'est-i-dire nos 
barques , dont il ne comprenait pas encore le m6ca- 
nisme. Pour faire le voyage avec lout le confortable dA 
a un homme de sa consideration , il avait amen6 avec 
lui deux de scs femmes et quelques domestiques ; mais 
cetle famille, ou plutot sa valeur, avait excite la cupi- 
dite des barques liirques, qui me I'avaient cnlev6 : c'est 
a peine si j'ai pu oblenir, a Gartoum, qu'il reslat libre, 
et flit envoye I'annee suivante dans son pays. Malgr6 
le ddsenchantement que Niguello a clu eprouver entre 
les mains des Turcs, qui, pour I'^loigner de nous, 
i'avaient interne a Ouelad-Medine , ou ils I'ont laisse 
manquer de lout, eel homme est devenu dans sa tribu 
le facteur des blancs, qui ont toujours trouve chez lui 
une grande quantity d'ivoire. Les recits qu'il a fails, a 
son retour, sur son voyage, ont lellement excite I'imagi- 
naliun de ses semblables, que nombre d'ejilre eux ont 
voulu venir visiter a leur tour la villo des blancs, ou 
les boutiques elaicnl remplies de conteries ou venote- 
ries, de toiles de loutes coulours, etc., etc., et dont les 
habitants marchaienl monies sur des zfebres (anes ou 



{ M)0 ) 

chcvaux) el sur des girafes (chameaiix). Malheurcuse- 
menl I'esclavage est vonu mettre fin a ccs beaux reves. 
Ces vdvageurs ing^nus, qu'on aura'it dd accueillir et 
favoriscr de loules mani^res, furent vcndiis oii fails 
soldals a leur aniv^c a Garlomn, el auciin de ces der- 
niors n'a revu son pays, exceple Sado, que j'ai pu ra- 
cheler. Ainsi les Turcs onl niieux aim6 profiler do 
qiielques csclaves, et passer pour anthropophages aux 
yeux de ces sauvages, dont ils ont trompc la bonne foi. 
Neanraoins le voyage de Niguello a 6te avanlageux 
pour nous, qu'il a appris a dislinguer des Turcs dont 
il connait la cupiditc et la uiauvaise foi; ct ces fautos, 
en regard de nos bons procedos, nous ont laisse I'avan- 
tage chez ce peuple , et la manit^re donl ils nous onl 
accueillis en est la mcilleure preuvc. 
. » La letlre de dom Angelo vous fera connaitre aussi 
que nous avons noue des relations commerciales avec 
dc nouvelles tribus, celles des Benj, des Lakes, des 
Mekedo et des Jtiguars, qui ne s'etaient jamais mon- 
trees aux precedenles expeditions. Les trois premieres 
so Irouvent depuis trois journees jusqu'a huit a I'osl 
^e Belenia. La derni^re , qui est trfes-consid6rable , 
habite les bords du fleuve, au sud dc Lokaia; ensuite 
viennent les Po/oudjs, pres des cataractes situees a huit 
journees au sud dc I'ile de Jamker (*/V). Au dela de 
ces cataractes, le Nil fait d'aboid un coude au sud-ost; 
puis, arrive onlre le 3° degre et 2" 30' de lalit. nord, il 
rctourne directemenl a I'est-nord-est, vers les monta- 
gnes des Gallas et du royaume d'Adcl, d'ou viennent 
deux rivifercs, probablement les mfimes qui so inelent 
a lui cntre lo 7" el lo 0° degr^ de latit. nord, d'ou r6- 
sulle une presqu'ile de la forme d'un fer a chcval, large 



( •'^^1 ) 

cle vingl-cinti journces tie marche sous la latitude des 
Bens, soil de 150 lieues environ. Les Lokes el les Berry 
renconlronl le flcuvo, soil qu'ils se dirigent au siid-est 
de leur pays, soil, au nord-cst, chez les Gallas, Icurs 
voisins, avec lesquels ils sont souvent en guerre. Au 
dire des Berry, le Nil recevrail encore, vers le 3* degre 
de latit. nord et le 58" de longit. est de I'lle de Fer, 
un autre affluent qui pourrait venir de Zinzibar. Enlre 
eel affluent et la rive gauche, sont les Blido^ gens chez 
lesquels dom Angelo se propose de se rendre. C'cst la 
que nous pourrons connailre les vraies montagnes d'ou 
part le Nil. Nous y renconlrerons probablement des 
commerQants chez lesquels nous trouverons des no- 
tions du plus haul inleret sur leur pays et sur la route 
qu'ils suivenl pour arriver si pros des sources que nous 
cherchons. 

» Ces niarchands sont blancs, la barbe et les chevcux 
longs et lisses, lels qu'on en trou\e dans les contrees 
de I'Abyssinie oil lesPortugais ont sejourne longlemps. 

Us viennent chaque annee de S (I) chez les Blido 

pour aclieler de I'ivoire, que ccux-ci vont chercher jus- 
que chez les Barry. Ils se disent issus de blancs, ayant 
des amies a feu , et qui les ont abandonn^s dans un 
pays entoure de montagnes, a deux mois de 1^. Oulre 
la lance et le bouclier, ils portent encore des sabres a 
deux Iranchants, que les negres ne coiinaissent pas. 
Leurs maisons, disenl-ils, sont balies de briques crues; 
ils ont une ecriture , du papier, que les Barry coin- 
parent aux nolres ; leurs marchandises s'echangenl 
conlre des cauries, des bracelets de laiton, dont nous 

(i j Ce niol dc la lettic copies par M. irAiiKiud est illisible. 



( 392 ) 

avons VII plusieurs ochanlillons cliez les fabricants dc 
cetle derniere trlbu, qui les tenaient de ces blaiics. 
Or ces articles sont inconnus des populations rivc- 
raincs que nous avons rencontrees, et aucune expe- 
dition lurque n'en a jamais porte (1). 

)) Les Barry vent chez les Blido en vingt-cinq jours 
dans la direction sud-est. Le pays qu'ils traversent est 
accident^ el coupe par des canaux aboulissant au 
fleuve; comme ils n'ont pas de bateaux, ils traversent 
le fleuve a la nage et tirent a eux, au moyen de cordes, 
les dents d'tSl^phanl, qu'ils portent chez les Blido. Ces 
blancs ne communiquenl pas direclenient avec les 
coaiploirs du littoral de la iner, ou ils se procuronl 
des amies a feu ; mais ils savent que leur ivoiie est 
vendu aux blancs, possesseurs dc ces armes, par des 
marchands qui les ach6tenl d'eux. 

» D'apres une tradition que j'ai Irouvee chez les 
Berrs, il paraitrait que ces etraiigers seraient vcnus 
autrefois chez eux. Le vieux Laoulol , oncle de notre 
ami Niguello et frere du roi Lacono, que M. d'Arnaud 
a connu, m'a raconte que, du temps dc son pfere , il 
arrivait chaque an, par la rive gauche, une caravane 
de marchands de cettc coulcur, pour acheter de I'ivoire, 
ol qu'une nuit ils Font egorgee pendant lour sommeil, 
au pied de la monlagnc, ou est situe le village de Be- 
lenia. 11 ajoulail que la vUe de la premiere exp6di- 

(i) i< J'ai, en effet, rencontre chez les naturels, a la premiere expe- 
dilion,(]epuis les Kequesjusque chez les Berrs, un assezbon nombrc 
II (le bracelets de 1 lilon el cuivre rouge, auxi[uels ils allaclient lieau- 
" coup dc prix, et nous en avons rapporte une rpiinzuine; ils disaienl 
» les tenir de naiurels venaiit de I'ouest poui' le cuivre rouge, et de 
» Test pour Ic laitoii. • l)'An.>Aiu. 



( 393 ) 

lion (1) avail fori cffiaye lous ceux qui connaissaient 
ce fait, crojanl, d'apres la m^tenipsycose qu ils ont 
recue des blhiopiens, que nous reiirenons nos formes 
apres un laps dc temps plus ou molus long. Ils s'etaient 
iu)agine que nous n'etions rien moins que ces memes 
(inies qu'ils avaient assassin^es dcpuis pres de qunlre- 
vingls annees. 

)) Ils ont des pretres jongleurs qui font des signes 
cabalisliques el croient lire dans I'avenir; les naturels 
les croient et assurent qu'ils ne se trompent jamais sur 
la morl de quelqu'un ou Tissue d'un combat. Par ana- 
logic, ils sont ten les de nous altribuer les memes pou- 
voirs; aussi avons-nous cu quelquefois a souffrlr cliez 
ce peuple lorsqu'il arrivait quelque evenement facheux, 

qu'on n'a pas manque de nous atlribucr » 

( Conuminique par 31. Joniard. ) 



HEMARQUIiS Sl'R LE DOCUMENT QUI PRiciiDE. 

Les details que donne M. Rollet des voyages qu'il a 
fails avec M. Lafargue, el les notions qu'il tienl de dom 
Angelo Vinco (lequel residait a Belenia au mois d'avrll 
1851), jettent (juelque jour, enlremele d'un peu d'obs- 
curil(!i, sur la question toujours pendante de la direc- 
tion du Balir el-Abiad , au sud du 4" degre nord. On 
n'est pas tout a fait fixe sur la vraie longitude du point 
extreme atteint par M. d'Arnaud; mais, quelle qu'elle 
soil, il est toujours tres-imporlant de connatlre quelles 
sonl les dernieres notions sur le cours ult^rieur du Nil 

(i) Celle de M. irArniiiid, ou relii: de Stlim Biniliachi. ( Voir Bul- 
letin de I 840, I. II, p. 5 {, et I B.^J, I. H, p. ') el suiv.) 



( 3i>/i ) 

i\u dela de ce poinl. Sans s'attaclier an r^cit iiicomplcl 
de dom Ignacc Knoblecher, ni a la longiliido d'environ 
26° qu'il parait assigner au poinl en queslion , il est 
bon de savoir ce que pense a I'egard de cette direction 
dom Angelo, qui fut son coiupagnun de voyage, et qui, 
lui, est resle sur les lieux. Or nousvoyons, dans la 
lettre ci-dessus, qu'on a appris des Berrs que , vers Ic 
3° degre de latitude nord (laissons la longitude de 
c6l6), Ic fleuve recevrait un aftluent qui pourrail venir 
de Zanzibar (c'est-a-dire du c6t6 qui regarde Zanziljar, 
on ne pourrail Tenlendre aulrement). Ce n'est la qu'un 
recit des indigenes, une vague presomplion ; niais dom 
Angelo se propose de se rendre en personne chez les 
Blido. Or la lettre ci-dessus nous donne la position des 
Blido. « Les Barry vont chez les Blido en vingt-cinq 
)) jours dans la direction du sud-esl (1). » On ne peut 
supposer moins de quinze milles g^ograpbiques par 
journeo , et Ton pourrail admellre beaucoup plus. 
Maintenant que la position des Barry change en lon- 
gitude, qu'on les place un peu plus a Test, ou mSnie 
beaucoup plus a I'ouest (comme cola r^sultcrait des 
assertions de doui Knoblecher), I'afilucnt dc dom An- 
gelo (suppose le renseigneinent exact) viendrait ton- 
jours des environs de requalciu'. Mahitcnant, cst-ce la 
le principal affluent, est-cc celui qu'il faut qualifier dc; 
tfile du Nil? ('.'est la uno autre question ; il n'en scroit 
pas moins, dans le cas contraire , une d^pendance du 
bassin du ISil. Cette id6e n'est encore sans doute qu'une 
bypolh^se, et appelle grandement une confirmation ; 
mais elle est du moins tr^s-simple , nullement com- 

(i) Les Barry habitent sui les rives du Nil Blaiic, sous le 5"= jiaial- 
lele nord. 



( 305 ) 

pli([uoe , facile a salsir el facile a verifier. Voili pour- 
(juoi lions I'avons isolee du reste : le premier qui par- 
lira dii 3" parallelc nord devra suivre raffltient indique, 
s'il existe , et, sans le quitter, le remonter jusqu'a sa 
source, ou aiix environs; car il est ais6 de deviner 
qu'iiiic telle source, placee si loin, doit habiler un lieu 
bien eleve. Reste la (juestion de la longitude par 58" 
est de Ferro : je ne saurais I'eclaircir quant a present. 

II faut faire remarquer que le document prec«^dent 
renferme une indication qui est d'accord avec I'opi- 
nion de dom Angelo. Les Blido tirenl I'lvoire des 
Barry (qui aussi le leur portent), et ils I'echangent 
centre des armes a feu, aux mains de certains mar- 
cliands dits hlancs, qui Irafiquent avec les blancs du 
littoral de la mer ( des Indes ) . Cela ne peut s'cntendre 
que des ancions comptoirs portugais. Or, quiconque 
aura lu avec attention les relations si curieuses des 
voyages du reverend doctciir Krapf, non loin de I'equa- 
leur, y trouvera une singuliere corrcspondance avec ce 
qui precede. 

L'adluent du 3° degri, signale, je pense pour la pre- 
miere fois, n'empeche nullement qu'il y en ait encore 
d'aulres aparlir du /["degro, tels que ceux que M. d'Ar- 
naud a indiques sur sa carte par des amorces vers I'est 
et le sud ; mais, ne sacliant rien de neuf sur ce point, 
on ne peut en rien dire de plus quant a pr(^sent, si ce 
n'est, peut-6tre , que nous avons conslamment con- 
seille depuis dix ans, au futur chef de la nouvelle ex- 
pedition , d'avoir assez de monde et d'observateurs 
capablcs, pour que tons les nj fluents soient remontes 
el decrils, non seulement les derniers, mais tous ceux 
qui [)rec^dcnt, el donl on n'a vu que les embouchures, 



( 396 ) 

el encore uniquement d'une partie. Tout lecleur aura 
remarqiie un passage de la lettre qui vient en confir- 
mation (le ropinion du savant voyageur en Abyssinie, 
M. Anloine d'Abbadie, savoir, que, vers 2* 45' dc lati- 
tude nord , le Nil retourne dircctcnienl a I'est-nord- 
esl, vers Ics niontagnes des Gallas. Ce fait n'a ricn 
d'impossiblc , ni d'invraiseiublable , ct il n'exclut pas 
d'ailleurs d'autres aflluenls venant d'une region plus 
meridionale. Enfin, quelle que soil la solution d<ifini- 
live que recevra la question de la maitresse source du 
fleuve Blanc, noire compatriote aura toujours la gloire 
d'avoir d^couvert et determine malhemaliqucment, 
dans le pays d'tnarea, la source d'une riviere qui ap- 
partient au bassin du Nil. 

II y aurait encore a relever plus d'un point dans I'in- 
teressanle lettre de iM. RoUet, mais qu'il est plus sage 
d'oniettie, et je prefere terminer ces couites remar- 
qucs en rappelant une reflexion d^ja faite, savoir qu'on 
approclie lous les jours davanlage de la solution du 
problenie ct de la decouverte de la verity. J'ajouterai 
seulemenl un mot de la lettre d'envoi de M. d'Arnaud, 
qui peint bien sa droilure et sa modestie : u Mon but, 
» dit-il, n'a jamais eii que d'etre utile, et la verilc 

» seule peul I'etre » 

JoMAnD. 



( r>97 ) 



Analysed; GiLtraitii d'ouvrag^es^ 
illelang^es , etc. 



DBS CHAINES DE HAUTEURS 

DONT EST SILLONNfi LE SOL FINLANDAIS 

ET 

DES DIVERS SYSTfe.MES D'EAUX 

AUIQUELS ELLES DONNENT NAISSANCE, 

M. LE PRINCE EMMANUEL GALlTZIN(0. 



La Finlande est couple dans plusieurs sens par des 
exhaussements granitiques en parlie converts de sable 
caillouteux, de glaise et d'une mince couche de terre 
v^g^tale. lis formenl des chaines qu'enlourent de vastes 
lacs et des marecages etendus. Ces exhaussements 
s'abaissent peu a peu , du cote du nord , vers I'ocean 
Glacial, tandis qu'au conlraire, vers le midi, ils se ter- 
minent brusquement aux rivages du golfe de Finlande. 
Les plus Aleves d'entre eux n'ont pas plus de 1 ,200 pieds 
au-dessus du niveau de la mer. lis sont, d'ailleurs, si 
extraordinairement ramifies , que le pays, d'un bout 

(i) Ell attendant le compte rendu, qui ne tardera pas ;i paraide 
dans le Bulletin, de I'interessante relation du Voyage en Finlande 
que M. le prince Emmanuel Galilzin vient de publier a Paris, il nous 
a paru utile d'en detacher le morcoau t'oi t curieux consacre pai' lui it 
rorographie et a I'liydrographie de cette vasle province russp. 

D. L. R. 



( 398 ) 

al'autre, en est pour ainsi tilre couvert. La profondeur 
des vallees n'a nulle part plus de 600 pieds. 

De ces diflei-entes cluiines roclieuses, la principale, 
par I'etendue de pays qu'elle traverse, est celle a la- 
quelle on donne le noni de Maanselsk. Peu elevee en 
g^ndral , il est des endroits ou elle s'abaisse au point 
de se confondre avec la plaine. De grands lacs et de 
spacieux niari^cages s'eiendent a sa base ; aillcurs, I'cau 
est remplacde par des forels epaisses et moussues. Le 
Maanselsk a son point de d»5parl pres des sources de 
la riviere Tanaelf, aux confins du Finmark norvogion 
et de la Laponie finlandaise , par 68" i 2 de latitude. 
Coupant la Laponie finlandaise dans la direction de 
Test, il atteint presque jusqu'a la limile du gouvcrne- 
ment d'Arkhangel ; la il tourne vers le sud, et, conti- 
nuant a suivre une ligne briseo, s^pare ce gouvernement 
de la province d'Uleaborg. Dans Tangle sud-est que 
forme le trac6 de cette province , sous le 6h' parall6le , 
la chaine tourne au sud-ouest, et , variant entrc cette 
direction etccUede I'ouestet du sud, elle va se terminer 
au midi do Christineslad , A petite distance du golfe. 
Vers son extremito , elle separe I'Ostro-Bolhnie dc la 
Carelie, du Savolaks, du Tavaslland et du Satakunda. 

Ln premier rameau part du Maanselsk, par 63" iO' dc 
latitude, de I'endroit oij se rencontrcnt les lignes de 
delimitation des trois provinces d'Uleaborg, de Kuopio 
et de Vasa. Ce rameau incline d'abord vers le sud-est, 
puis il se dirlge vers le sud pour traverser la pailie du 
pays ou se Irouvent les villesde Kuopio, (le Sainl-Micliols 
et de \iborg, et s'en aller conlourner par I'ouesl des 
eaux dependantes du Saima. La et au sud de ce grand 
lac, il se parlage en deux branches : I'une des branches 



( 399 ) 

pique au midi, k I'ost dii cours da Kymmene, et se 
teniiine non loin du defile de Manlylaks, a I'ouesl de 
Frechiksham; I'aulre bratiche varie dans sa direction 
entre Test et Ic nord-est, passe presdeWillniansti'and, 
interrompue par la coupure au fond de laquelle roule 
la Vuoksa, et aboutit a Serdobol. 

Un second rameau part du Maanselsk par 60" 50' de 
latitude, et prend sa direction vers le sud. II penelre 
dans la province de Vasa et traverse une partie du Sa- 
takunda et du Tavaslland. Ce rameau forme ligne de 
partage entre deux grands reservoirs d'eau, dont I'un 
se deverse par le Kymmene dans le golfe de Finlande, 
et I'aulre par le Kumo dans le golfe de Bothnie. 

Un rameau lateral, ind^pendant des deux rameaux 
que nous venons de decrire , part du Maanselsk par 
61° de lalit. Celuici se dirige a Test, suit les bords 
m^ridionaux du lac Peine jusqu'au Kymmene, et de 
la gagne "Willmanstrand. Pass^ cette ville, il suit une 
ligne contourn^e qui varie entre le sud , le sud-ouest 
el I'ouesl. Poussant de la plusieurs rameaux plus pe- 
tils vers le golfe de Finlande , il finit par incliner au 
nord-ouest, oii, s'abaissanl de plus en plus, il dispa- 
rait a proximite du golfe de Bothnie, pr^s de la ville 
de Biorneborg. 

Les differents rameaux dont se compose la cbalne 
du Maanselsk parlagent les eaux de la Finlande en cinq 
syst^mes : le premier systeme a son 6coulement dans 
I'ocdian Boreal, le second et le troisifeme dans I e golfe 
de Bothnie, le quatrieme dans le golfe de Finlande, le 
cinquieme dans le Ladoga. 



( /lOO ) 

1* SYSTkME DK I.A LAPONIE BOnfiAI.E. 

Le syst^me de la Laponie boreale a pour limiles une 
chaine de hauleuis qui prennent Icur dii'cction prin- 
cipale vers le sud ; il s'ccoule vers le nord. Le lac Enare, 
principal reservoir de ce syst6nie, devcrse sos eaux 
dans Ja riviere Patsiioki, dans le gouvernement d'Ar- 
khangel et non loin des bords meridionaux du golfo 
de Varanger (Varanger-Fiord) ; le Palsiioki les porte 
ensuile jusque dans la baie de Pasvig. Le cours d'eau 
le j)lus considerable de ce sysleme dibouche dans le 
Tana-Fiord en Norvege. 

2" SYSTkME OSTRO-BOTHNIEN. 

Ce syst^me, qui embrasse la presque lotaliti de la 
Laponie , verse ses eaux dans le golfe de Bothnie : la 
chaine du Maanselsk I'encaisse du cole du nord, du 
cote de Test ct du c6t6 du sud. Passons en revue les 
principaux cours d'eau qui lui servent d'artt;res. La 
Tornea est une riviere considerable qui prend sa source 
dans le Lappmark de Torneo, apparlcnant a la Su^de ; 
quaiid elle a Iranchi la fronliere dos possessions sue- 
doises , elle regoit le Muonio , puis s'en va gagner le 
fond du golfe. La riviere Keniioki sort d'un petit lac 
plac6 au centre d'un nceud de nionlagncs. L'Ll^o est 
la plus Importante des rivieres du systeme sous le rap- 
port commercial ; dans le lac Ul^o d'ou elle sort, vien- 
nent converger une infinite de petites arteres , ayant 
toutes leur point de depart dans la chaine du Maan- 
selsk. Le Kyroioki est le plus considerable des cours 
d'eau de I'Oslro-Bolhnie mthidionale, Celte riviere 



( ^01 ) 

coule dans la direction du nord-r.uesl et va gagnt r le 
golfe un pen au-dessus de Vasa. 

3' SYSTtiME UU SATAKUNDA. 

Les eaux du systeiue du Satakunda, autrement dit 
tie Biomehorg , sont, comme celles du pr^c^dent, cir- 
conscrites de Irois col^s, au nord, a Test et au sud, par 
les exliaussements du Maanselsk. Le sysl^me a son 
point de d«^partpar 63° 50' de latit. dans le nord du Sa- 
lakunda , a la limile de lOslro-Bothnie. Apres avoir 
forni6 le vaste lac d'Elseri, il traverse une multitude 
de lacs moins importants, en partie par le moyen de 
rivieres, en partie aussi par de simples canaux. De ces 
amas d'eaux, le plus digne d'alteniion est le lac Toe- 
vesi, qui, apres avoir recu vers le nord-est Jes eaux da 
lac Keiivansclka, s'en va joindre le lac Ruovesi, la ou 
convergent les lignes de delimitation des provinces de 
Vasa, d'Abo et de Tavastheus, Plus loin, le syst^me re- 
goit de nouveaux tributs que d'aulres lacs lui fournis- 
sent : ainsi renforc^es, ses eaux vont joindre le lac 
Nasiarvi. Ce dernier lac , apr^s avoir forme une cata- 
racte pres de la ville de Tamerfors , porte ses eaux 
dans le lac Pyaiavi ou Lac sacre ; il sert do reservoir 
central a tous les lacs et canaux qui sont disperses aux 
environs. Plus loin encore les eaux du systeme de 
Biorneborg formenl dans Icur marche les lacs impor- 
tants de Vanaia, de Langelmavesi, de Roine et de Ma- 
lasvesi, et vont se r^unir au grand lac de Raiitunselka. 
A partir de ce point, elles conlinucnt a s'ecouler par 
des art^res sans nombre vers la limito des provinces 
d'Abo et de Tavastheus, ct gagnenl ainsi le lacPujeicrvi 
par son cxlr^mite sud. Co lac, a son toui-, deverse ses 
ni. uRii,, 7. 27 



( /|02 ) 

eaiix , consid^rablemcnt accrues ])ar divers aflluonts 
venant tlu norcl, dans la riviere Nokioi qui se jetle dans 
le lac Kulovosi. C'est dans ce lac quo le Kuiuo prond 
sa source ; cetle importante riviere absorbc dans son 
cours les petilcs rivieres laterales qui vont s'y reunir. 
Enoulre, cent soixante et onze lacs s'y ecoulent. Aprus 
avoir d^crit un arc de cercle et avoir iVanclii des rapides 
forniidables et noinbreux , le Kunio finit par gagner 
le golfe, a une distance de 30 verstes doBiorucborg (1). 

ll° SYSTliMli DU TAVASTLAND. 

Le syst^ine du Tavastland, autrement dit de In I'iti- 
lande centrale, a pour commun rc^ceplacle le grand lac 
Paijane, qui, avec los lagunes qu'il forme, se doploie 
dans une ctonduc de 180 verstes dc longueur siir 25 
verstes de largeur maximum : il est dleve de 253 picds 
au-dessus du niveau de la mer. C'est du nord , de la 
partie du Tavastland qui niainlenanl se trouve englo- 
bee dans le gouvernement de Vasa, que lui vienuenl 
par plusieurs arieres les eaux qui I'approvisionnenl. 
Elles prennent leurs sources par 63° 31' de latit., dans 
un groupe monlagnuux silue a la liiuite <Iu gouverne- 
ment d'Ult^aborg. Au sortir de ce lac, les eaux du sys- 
l^me rcncontrenl sur leur cbcmin des vallees larges 
el profondes qu'elles rcmplissent de rnaniere a former 

(i) Jl convient d'observer, comiiit; remar(|ue {jeiierale, que les eaii\ 
qui, traversant I'Ostro-Bothnie, vont debouchpr dans Ic golfe de 
Boilinie, torment plus ou inoins des rivieres part'aitement disiinctes 
les uiies des autres. Au coiitraire, leb eaux de la I'iniande uieridionale 
composent de vasles ajjyioineralions effecluant leur ecouieinent ven 
le ;;oire de Finlande par I'entremise d'une surcession de lacs de foiiiie 
all<)ii{»i'e, r<Mmi< par ileii ciiuaux. 



( m ) 

de nouveaux lacs , donl plusieurs sont tris grands. 
PariTii eux, 11 convient de ciler le lac Kolimajarvi, qui 
a 30 vorsles de long , et celui de Keilele, qui en a pros 
de 80 : le lac Keitele est en communication avec le lac 
Kivijarvi, silue a I'ouest du precedent et qui lui-meme 
a 50 verstes de longueur. Les deversements de tous ces 
lacs, dont lo produit se trouve continuellement accru 
par de nombreux affluents lat6raux , prennent leur 
cours vers le sud, ou ils rencontrenl, en le traversant, 
le lac Haapavesi, pour gagner ensuile le lac Peine. 
Celui-ci, qui sert de reservoir commun aux eaux du 
lac Pualavesi et de plusieurs autres de dimensions 
moindres, ainsi qu'a celles du lac Vesijarvi, situ6 plus 
au sud, abandonne sonexcedant a la riviere Kalkisome, 
qui le jiorte ensuile au lac Piudtsalene. C'est dans ce 
dernier lac que la riviere Jirango prend sa source ; elle 
debouclie, apr^s un cours peu etendu, dans le lac Kon- 
nevesi : ies eaux qui en sortent vont se r^unir au Kyni- 
mene. Ainsi grossie, celte importanle riviere traverse, 
dans la direction de Test, une foule de lacs de gran- 
deurs varices. En ariivant sur les confins des gouver- 
nements de Nyland et de Viborg, elle lournc du c6l6 
du sud , et, apres avoir franchi des ressauts formida- 
bles, parmi lesquels la cataracte d'Hogslois tient le 
premier rang , debouche par cinq bias dans le golfe 
de Finlande. 

5° SYSTkME DB LA FINLAND!; ORIENTALE. 

Les eaux du systeme de la Finlande orientate, au- 
trement dit dii Savolaks de Carclie, ont aussi leur point 
de depart dans les replis du Maanselsk, a I'endroit oil 
la chaJne s^paro la Kaianie , c'est-a-dire la region 



( hOli ) 

crienliilo tlu gouvernomenl cl'Lloaborg, ilu Savolaks el 
de la Carelie. ElU-s I'ormciit, (J6s lo ilebut, deux gran- 
des tiiieres, I'une occidentalc et I'autre orlentale. 

L'arlere occidcnlale , apros etre partlc do Q>!i° W do 
lalit. , proud son coins dii coto dii siid a tiavcrs le Sa- 
volaks, en parseinanl lo pays dun nouibre prodigicux 
de lacs et de lagunes. Parnii cos lacs, plusiours nieri- 
lent par leurs proportions une mention parliculicre. 
Nous citerons rOrivesi qui a 30 verstes de longueur, 
puis le Maaniakavcsi qui on a 50, puis enfin Ic Kalla- 
vesi au bord duquel se Irouvo limporlante villc de Kuo- 
pio. Le Rallavesi, du cole du nord, regoit les eaux sur- 
abondantes du lac Jiirusvosi , et, du c6t6 du sud-est, 
celles des lacs Suvasvesi et Jiiojarvi. A parlir de la, les 
eaux du sysleme, on continuant de couler du cole du 
sud, s'en vont former de nouveaux lacs. Bienlot, ren- 
lorcfies par un grand nonibre do tributaires, elles se 
precipitent vers I'itroit defile de Verkaiis, en forcenl 
le passage ot y formenl une cataracle remarquable a 
lous egards : la masse d'eau qui s'en ecbappe forme 
les lacs Aimisvesi , llaapavesi ol Haukivesi , ainsi que 
la riviere Haapavesi; celte riviere, lout pros de la ville 
de Neuschlolt , debouchc dans lo lac fMldasvesi. 

L'arlere orienlale du systeme , qui, elle aussi, vient 
aboulir au lac Piblasvcsi, a son point de depart en 
(lar^lie par 63° 58' de latil. Parmi les nombreux lacs 
qu'ellc forme dans sa course, nous citerons lo lac Pie- 
lisjarvi, dont la longueur, avec les lagunes qui s'y rat- 
lachcnt, d^passe 100 verslos, ot le lacOrivesi qui s'd- 
lend en longueur dans un ospaco de 70 vorsles. Les 
masses d'eau qu'onlriiiiic cctlo arlore , constamnionl 
accrues par un grand nonibro de liilmlairos lat^raux, 



( Zi05 ) 

Iraversenlla paitie de la Carelie iiicluse dans le gou- 
vernement de Kuopio, pour gagner, en defuiilive, le 
lac Pililasvesi deja cite, qui s'etend en forme de cein- 
luro aulour de la ville de Neuscblott. 

A parlirde celte ville, les eaux dusystfeniecontinuent 
leur marclic progressive vers le sud, presque loujonrs 
par I'entremisc de lacs de forme tres-allongee , ralla- 
clies enlre eux par des canaux sinueux , pour aller 
s'epandre dans le gouvernement dc Viborg el y former 
le Saima. Ce vasle amas d'eau a environ 50 verstes de 
longueur; il prend vers le sudlenom de lac Lappavesi, 
pour s'en aller baigner les remparts de la forteresse de 
Wilmanstrand. Nous avons deja eu occasion de dire 
ailleurs que les eaux du Saima avaienl pour deboucbi^ 
le cours torrentueux de la Vuoksa. C'est a six verstes 
du point de depart de cctle riviere que se trouve le 
rcssaut, devenu celebre, d'Imatra. Au dela de la cata- 
racle, la Vuoksa continue de coulcr dans la direction 
du sud-est, puis elle tourne au nord et ensuite a Test. 
Ce n'estqu'apres avoir fourni un Irajet de 170 verstes. 
toujours conlrariee par des rapides nombreux, qu'elle 
gagne pardeuxbras, un pcu au-dessous de Keksholm, 
I'immense reservoir du Ladoga (1). 

niVltRES QUI KE si; nATTACHEN'T A AUCUN S\STkME 

d'eaux. 

Les differents sysl^mcs d'eaux que nous venons 
d'enumerer ombrassent, comme on I'a pu voii", I'cten- 
due enlicrc du pays. Pour completer celte nomencla- 
lure, il ne reste plus qu'a nommer un petit nombre dc 

(l) La lon^jiieiir ilu Ijaclo;;;! c»t tic 17S verslei; sa laryeiir est de 
io5 verstes. 



( /|06 ) 

rivieres, doiil Ic cours ne se rattuche a auciiii des sys- 
Ifenies siisdits. L'Auraioki debouche dans la Balliquo, 
aiiprt'S de la ville d'Aho. Lo Kario debouche dans uno 
baio de forme allong^e que forme Ic golfe de Finlande, 
non loin de la ville d'Ekenas. La Vanda coule aupros 
de Tancien Helsingfors. La Borga , pres de la ville de 
ce nom. Le Raiaioki enfin , qui coule a la limile occi- 
dentale du gouvernement de Viborg, a servi pendant 
pr6s de trois siecles , de 1323 a 1617, a separcr Ics 
possessions russes des possessions suedoises. 



( A07 ) 



COMT^S. 



ASGLETEKRiJ. 



M'nUilesex ■ 

Surrey 

Rem 

Sussex 

Hamp {'2) 

Berk 

Hertford 

Burkingham 

Oxford 

Noilliamplou 

Hiintiiig'loi). ..... 

lieilford 

Cambritigc 

Essex 

Suliblk 

Norfolk 

Wilt 

Dorset 

Devon 

CoriiwiiU . 

Somerset 

Gloucester 

Heref!)r(l 

Shrop(4) 

Slad'ord . 

Worcester 

Warwick. ...... 

Leicester 

Rutlaiul 

Liuculii 

Nottingham 

Derliy 

Chester 

Lancaster 

York-West-Riding. . 
~ E. — . . 
— N. — . . 

Durham 

Northumberland. . . 

Cumberland 

Westmorland 

Monmouth 



PROVINCE DE GALLES 



'Denbigh . . . 

Montgomery. 
I Carnarvon . . 

Flint 

Anglesey, . . 
^ Rlerionelh . , 



I i'urdigau, . 
eckuock . 
, Radnor. . . 



SUPERFICIE 

des 

COMTES 



en m.r. 

any I. (J) 



en kit. 



!3 / Glamorgan. . , . 
-^ L Carniai then . . . 
£ 1 Pemljt uke .... 

^ Brec 

ri; \ Rndi 



Pci'sonnes vnyiigpaiUsur 
les chemitis de fer el 
catiiiux pendant la nuit 
du an 7 |nin t841 



Totaitx gc'ncranx. 



281 
gl4 
4Go 
464 
5"i6 
747 
605 
731 
745 
9B8 
r.48 

4r>5 

(J8fi 

5-28 

bliil 

OlG 

186 

ic-2 

491 

410 

553 

125 

!)74 

406 

I9!t 

677 

987 

819 

20. 

710 

777 

080 

010 

809 

659 

211 

113 

043 

812 

500 

725 

519 



728 
2110 
5 795 

795 
5 980 

1 956 
1 568 
1 946 

1 051 

2 508 
913 

I 12: 

1 7ti6 
5 959 

4 065 

5 225 
5 07j 

2 955 

4: 

5 655 

4 021 
2 915 
2 524 

5 64: 

5 lfi7 

1 755 

2 538 
2 122 

527 
7 227 
2 014 
2 798 
2 617 

4 687 

6 856 

5 295 
3416 

2 704 
4 694 

3 S86 
1 879 
I 545 



50 210 



751 

982 
775 
509 
402 
691 

822 
9-26 
375 
726 
751 
455 



8 123 



58 555 



150 0i4 



1 895 

2 545 
2 007 

800 
1 041 

1 790 

2 129 
2 599 
\ 489 
I 881 
1 895 
1 178 



Jl Oi 



POPULATION 

des 

COMTES 



CM 1841. 



1 583 918 
587 058 
531 291 
302 460 
352 548 
190 372 
162 594 
158 248 
103 216 
199 208 
53 363 
1 12 378 
169 658 
520 811 
314 681 
505 124 
242 772 
167 876 
557 270 
345 521 
448 795 
395 555 
96 315 
241 683 
5-28 867 
250 587 
40!) 158 
2-20 504 
25 151 
350 2-26 
270 751 
259 791 
568 400 
1 698 609 
1 176 514 
221 570 
1 86 226 
526 045 
266 020 
178 058 
36 609 
151 021 



14 991 606 



92 05G 
7! I 756 
86 755 
40 798 
58 106 
50 715 

178 050 
89 559 
78 557 
96 0;)2 
55 420 
31 776 

1)17^26 



5 016 



en 1851. 



151 087 15 911 148 



1 893 710 
684 803 
619 207 
339 428 
402 055 
199 154 
175 965 
1 45 G70 
170 -286 
215 784 
60 520 
1-29 789 
191 856 
3i5 9l6 
353 991 

455 803 
241 003 
177 597 
572 207 
336 662 

456 257 
419 473 

99 112 

245 019 

650 50S 

258 7G2 

479 979 

254 958 

24 272 

400 266 

294 458 

260 707 

423 458 

2 065 915 

1 559 902 

254 181 

194 624 
411 552 
o03 535 

195 487 
58 580 

177 165 



(5) 



CHEFS-LIEUX 

des 

COMTES, 



16 911 112 



96 820 
77 129 
94 6G8 
4 1 055 
45 248 
51 242 

240 152 
94 663 
84 436 

97 667 
59 162 
31 416 



1 OH 656 



17 9-22 768(6] 



Lonilrcs, 

Guilfoiil. 

M.iidslunc. 

Lewes. 

Siuilliamplon. 

Keadiuj;. 

Heilford. 

Bnekinghani, 

Oxford. 

Norliianiplon. 

HinUinf;don. 

Be.ir.iiJ. 

Canil)iidj;c. 

Ch.-lnisfoid. 

Ipswich. 

Norwich. 

Salishm-y. 

Dorchesler, 

E.felcr. 

I.aunceslon. 

Tannlon, 

Gloucester. 

Hcrerurd. 

•Shi e\v!.}niry. 

Slairuid. 

WoiTcslcr. 

Wai wick. 

Leiec^ler. 

Oakham. 

LiuLuIn. 

NMllingham. 

De, l,y. 

Chesler. 

Lancaster, 

York. 

Durham. 

Alnwick, 
Carlisle. 
Appleby. 

Monmoull). 



Denbigh. 

Moiilgonieiy. 

Carnarvon, 

riinl. 

lieaumaris. 

Dolgelly. 

Cardiir. 

C II inarthen. 

I'diiiiroke. 

('ardigan, 

Brecon. 

Prcstcifiu, 





( 


/lOS 


) 










£C05! 






sL'ptr.nciE 


POPl'LATION 


1 
VILLES ' 




COMT^S. 


COMTES 


des 
COMTES 


cliols-Ueux 

dui 






en ni. 
allg.c. 


en kil. 
curr. 


en 1841. 


eu 1851. 


COMTES. 




COMTKS MfcnlD10^&L'X. 










1 




Onmfiies 


279 


725 


72 850 


78 057 


Dumfries. 




Kirkcu()b>igh( 


815 


2 111 


41 119 


45 510 


KiiliPiidhrighl. 






413 
1 Oil 

154 

2-.-2 
1 271 

994 


1 147 

2 699 
599 

001 
5 292 
2 574 


59 195 
104 556 

15 740 
155 072 

44 290 
426 972 


45 255 
189 280 
l(i 576 
159 64 
44 925 
552 1 1 4 


\\ i^tuwn. 

Ayr. 

Rollicsaj. 

lUufveV/. 

Dumbarlon. 

Glasgow. 




1 Avr 




Mule 












1 Lar.uik 




Stirling 


55-2 
1-24 


1 578 
5-21 


82 057 

ofi «72 


85 720 
50 0^1 4 


Stirlini;. 
Mnlilhsiiw. 




Linliiligrnv 




F.dinl.nrgll 


5«7 


1 0(1-2 


2-25 454 


258 824 


Edinhiii'gl). 




i Pecblc-J 


547 
200 
720 
470 
291 


899 

689 

1 880 

I 255 

754 


10 499 

7 990 

40 0-25 

54 458 

55 886 


10 582 

9 7' 17 
51 r.7ll 
50 287 
36 .596 


Pc-liL'S. 

Selkiik. 

Jedljuig. 

Lander. 

Haddlugloil. 




1 Selkiik 








Berwick 




1 Haddin'ilun 




! J-iff. . 


521 

84 
55 


I 349 
218 
157 


140 140 

8 765 

19 155 


153 011 

8 915 

22 985 


Cijpiir. 

Kinross. 

Clackmannan. 








Clackmiiniian 




COMrtS SEfTEWTRlOADI. 














Pertli 


2 861 

978 

1 954 


7 418 
2 555 
1 039 

5 009 


157 457 

170 455 

55 075 

192 587 


159 216 

174 751 

51 743 

214 6.58 


Penh. 
Dundee, 
Hcrvie. 
Aberdeen. 












AbiTilcen 




BaiiiV. 


655 


1 059 


49 679 


55 955 


n.niff. 




Kljjin 


472 

197 

3 845 


1 222 

510 

9 959 

7 848 
7 505 


55 012 
9 217 

97 799 
97 57 1 
78 6X5 


58 671 
9 960 
96 528 
88 507 
82 025 


Klgin. 

Nairn. 

Inverness, 

Itivorury. 

Cromarty. 




1 Nuirn 








Aigvll 


3 050 

2 897 




Ros^ et Ciomaiiv 




Sulliei land 


1 905 


4 9-29 


24 782 


25 771 


Dor nock. 




Ciiitliness 


744 
859 


1 927 

2 175 


56 545 
61 065 


58 512 
62 313 


Wick, 
Kirkwall. 




Oikucy {Orcatles) el Shel- 
latiJ 


1 

1 




29 774 


77 Mb 


2 620 184 


2 870 784 • 






VILLES PRINC. 



CailuW, . . 

Dlll>liM . . . 

' Alhy .... 

Naas 

.KiUlaic. . . 
I Kilkenny . . 
( I'llilipjluwil. 

King's (Juioi) J Biir 

VTcillamore . 

Longford . . 

N.'w-Ross. . 

Emiiscorlhy. 



KilJaie. 
Kilkenny 



O 



u 

Q 

z 

fiS 



Lougfortl. 

I Louth . , 
f Mealh 



Weslmealli 

Wexfoid. . 
i Wicklow. . 



I Droslie.Ia. . 
> Dundalk . . 



Tiini 



Queen's (Je la j Poi t.irlingtun 
reine). • • . f Maiyljoruugli 
j Mullingai. . 



[ Alhlone. . 
I Wcxroi.l . 
j W.cklow . 
( AikloW. . 



/Clare Ennis. . . . 

' Col k . . . . 

B.Tiidon . . . 

Kin^ale. . . 

Yonglial. . . 

Fernioy. , . 

Mallow. . . 

Tialec. . . . 

Killiirney . . 

Dingle. . . . 

Limeiick . . 

Clonmel . . 

Cashel . . . 

Tipperaiy. . 
("an" on-.Suir 

Kiiscrea. . . 

Walcifurd . , ) , . 

(. Lism- re. . . 



Cork . . . 

Kerry. , . 
I Limerick. 

Tipperary 



/Antiim. 



Armagh. 

Cavali . 

1 Dunegal 



/ Belfast . . . 

; Carricfeigtis 

' j Anil ini . . . 

\ Lisliiirn. , . 



^ y Down. 



Fermniiagh. 

' Londonderry 

Monaghan . 

Tyrone . . . 



'Galway. 

Leilrion 



c 

\ Mayo 

/ R'iscumnioii . 

Vsi'S" 



Ainiugh. . 

Cavan. . . 

Rallyshannou 

Lifford . . . 

Newry . . . 

Dowiipalrick 

Donagliadee. 
I EnniskiUcu. 
( Londonilcriy 
\ Coleiaine. , 
I Monaghan . 

Oniagh ... 

Diingannon. 

Galway, , . 
Tuani. . , . 
Hallinasloe . 
Cailick-on-bll 
Caftlebar. . 
Rosconimon. 
Sliso .... 



r S " 
fc * . 

3 -5 '^ 



214 
2>l 

oG9 

4G9 

4'iO 

209 
173 

nC7 
oGl 

486 

744 
1 G38 



].0 



12 

C04 

867 
410 

G05 



28.-. 

478 

1 061 



544 

4i0 
479 
280 
724 

I 546 

40U 



1 



541 
5S6 



Tolaux gene'iaitx. 



18 05: 



roPULATlO.N 

des 

COMTES 



eulS41. 



86 228 
572 77,3 

114 488 
202 420 
1/(6 837 

1 15 491 

128 240 
183 828 
155 950 

141 300 

202 033 
126 143 



1 973 731 



286 394 
834 118 

293 880 
330 029 

435 553 
196 187 



2 396 161 



300 875 



232 393 
243 158 

29G 448 



oGl 4i6 

156 481 
222 17 'i 
200 442 
312 956 



2 38G 373 



440 198 

155 2!)7 
388 887 
233 591 
180 S8G 



en 1851, 



6S 15 
402 356 

96 627 

160 217 

112 875 

83 198 

107 921 
130 706 
109 747 

107 510 

180 170 
99 287 



1 G67 771 



212 720 

63" 637 

238 241 
256 887 

323 829 
162 503 



I 831 817 



358 50: 



196 420 
174 303 

234 288 



517 778 

113 978 
191 744 
143 410 
251 805 



2 004 289 



352 826 

1 1 1 808 
271716 
173 798 
158 7U9 

I Oil or 



6 515 794 



rOPULATlON 

de rpielcpics 

villes piincip. 

en 1841 eu 1851 



233 726 



16 201 



80 720 



23 216 



17 275 



254 850 



16 876 



86 485 



26 667 



24 697 



( AlO ) 

^OTES liT OBSEBVATIONS SUR l.KS TROIS TAULEAUX 
QUI PRickUENT, 

(I) J'ui piiise mes informations, siir l;i iHipulutioii dc la Graiide-Biclagnc (Anglc- 
terrc, pays de Galles el Ecossf), dans Ic Census oj Great Biilain, 1851 (tableaux de 
population prescntes au\ deux chanibies da parlement;. Qucml a la populaliou de 
rirlande, n'ajanl pu me procurer les labUaux oiricieis , j'ai consulle Ic relcve' qui 
en a tile fait dons lu Gazette d'Jiigsbouig. 

En ce qui ti.ncerne la superficic des Irois Royaumcs-Uuis, j'ai adoplc Ics cvalua- 
lions polices dans Touvrage de M. WjKl, Notes to nccnmpany .W. H^ylrls model of 
the earth, l-oiidre;, 1851. 

Quelquis vurialions cxislaiil enlre lei slalisliqnes relativenienl a la superfiiie, jc 
crois devoir (aire observer que, daiirei Spackmauii (Tab!, stiilislii/., p. 115), cite 
par M. dc Rcden {Statislique comparee ties grn/ules puissances ile I'Eiirope, I. I, 

p. 8): 

Mill.r. tiiigl. Kit. rarr. 

LAngletcrre auiail 50 387 loO 502 

Priiicipaule de Galles 7 «3 t!) -J'll 

Ecosse et iles Sa 167 83 313 

Irlande 31 874 82 55* 

Pel iles iles de la Manchc. . . . 352 839 

Totaux 122 185 316 459 



M. M'Culloch ii'evalue la niemc superCcie lerritorialc qu'j 110 924 milles carrcs 

anglais ; savoir : 

Mill.cair. Kil.carr. 

Pour rAugklerre et les petites iles adjacentcs. . . 50 587 130 502 

— la principautede Galles 7 42:; 19 231 

— I'Ecosse 30 238 7S 31G 

_ I'Irlande 51 874 82 554 

Totaux 119 924 310 603 



Ou sail que Ic mille anglais est e'gnl a I 609 metres. 

Je rcgreltc de n'avoir pu Irouver jusqu'a ce moment la population (iliicielle com- 
parative des principalesviUcs du Royaume-Uni en 1801, 1811, 1821, 1831, 1S4I, 1851, 
au moins pour ces deux dernicres anuees. 

(i) he Hampshire, ou comle de Hanip, est cKiilcmcnl appcle' comtc do Hants, ou 
de Southaniplon. 

(3) Le comte de Shrop porte au^si Ic nom de Salop. 

(4) Les pcrsonnes voyageanl snr les chemins de fer pendant la noil du dimaiic be 

30 mars (1851) out etc complees dans les lioux oii cllcs sonl arrivees le lundi nialin ; 
un petit nombre, qui n'avaieul point termine leur voy.ige Ic lundi niallu ilc bonne 
hcure, ont etc complees a Loudres a lu station dc EaslonSijiiare. 

(5) M. Wyld fait observer, dans Touvragc deja cite', que les sopeiliiics donnec; 
dans le tableau relatif a I'h laiule, qnoiquc compilees d'apres des documents olTicie Is 
par M. Mac-Grcgor, soul piobablemeiil crronecs. U peuse qu'on a liii I'airc usage de 
millet iriandais; qu'alurs, si Ton deduit les pctil» lacs et les cours d'ean, on uc sera 
pas Ires-eloigncde la vcrile, et que la superficie actuelle de I'lilande est d'environ 

31 202 milles carres anglais (80 813 kil.). Nous avons dit, dans une note precedentc, 
que la superficie de ce royaumc ctait cvalnce par Spackmann cl par M'Cullo (h '" 
31 874 milles carrcs anglais (82 554 kil.). 



( ^lll ) 



RESUJlfi GENERAL COMPAKATIF DE LA POPULATION EN 



1801 



1811 



18-21 



1851 



1841 



1851 StiperHc. 
en kil.c. 



Angl.iM |irinc. 

.leGalles... 8802536 10IC40GS H99!)9-2 15896707 15914148 1792-2768 151087 

Kcosse 16084-:0 I80o86i 20915-21 27,64586 26-20184 2870784 77815 

liluiuk- « » 68018-27 7767401 81751-24 6515794 80815 



Tolal gtnc.al. . . 20895-280 24028584 2670:i456 -27509546 5090IS 



lltl;Al'm)LATlo^ et proportion entre i,es deux sexes 

DANS LE ROYAUME-UNI EN 



1841 



1851 



Hommes. Femmes. Tolal. Hommes. Fenimes. Tolal. 



Ansl. cipiliicip. 

deGalles. . . . 7 777 586 

Ecosse 1-241 86-2 

Irlaude 4 019 576 



8156562 13914148 8762588 9160180 17922768 
1578 5-2-2 2 6-20 184 1565 6-22 I 507 162 2 870 784 
4155 548 8175 124 5176 727 5 559 067 6 515 794* 



13 059 024 15 670 432 26 709 456 13 302 957 14 006 409 27 509 546 



II laut ajoiilcr, en ce qui conceine la Grande-Rre- 
lagne, pour la populalinn des i!es dans Ics niers 
'ja'onappaWe en Xiig\eleire Brilisli seas . . . . 



66511 



76 405 142 916 



13369 448 14082814 27 452-262 



El, de plus, pour la partie de raimee de lene, de 
l;i murine loyale, el des marins des batinients de 
commerce apparleoaiil a la Graiide-Bietagrie, 
mais hors du pays, a I'epufpie dii rcccnscmeiil. . 



267 604 



167 604 



13537 052 14082814 27619866 



Le Blackwood Magazine fail ohservir i]uc le decroissomenl de la populalioii de 
I Irlaude, qui e'lail lombee de 1841 a 1851 a 1 658 530, quelqiie e'norme qu'il soil, est 
liien plus considerable encore sil'on compare I'annee 1846, oil la population depassail 
telle de 1841, avec 1831; car cc scrail alors unc diniiuulion de 1 863102. 

D. L. B. 



( /Il2 ) 

.%e<e?ii fie la Moeletc. 

Froces-vt'i'lfniix ties Mennceix, Ouvrases 
ofTerls, etc. 



Proces- verbal de Vassemhlee "i^neralc du 2 iwrd 1852. 



O" 



La Societe de geographie a lenu son assemblee ge- 
nerate annuellc le vendredi 2 avril 1852, dans le local 
do la Societe d'encouragement pour rindustrie nalio- 
nale , sous la presidenco do M. le contre-amiral 
Mathieu, dii'ccteur general du depot de la marine, 

iM. le president ouvre la seance par un discours 
ccoute avec un vif interet. Apros avoir rcnierci^ la 
Sociel(5i dc I'iionneur qu'cllo lui a fait en I'appelant a 
succtider a I'illustre M. Dumas, il ajoute que la Sociole 
a voulu sans doute honorer dans sa personne la ma- 
rine militaire etle corps des ingenieurs hydrographes, 
a la I6te desquels il est plac6. 

M. le secretaire lit le procfes-vcrhal de la derni^re 
assemblee general e, ct donnc communication de la 
lisle des cartes el ouvrages ofTerts a la Societd ct d(5- 
pos^s sur lo bureau. 

II doniie ensuite lecture des letlrcs suivantes : 

M. Francois Dclessert, I'un desmembresdu bureau 
de rassemblcc g^nerale, t^raoigne ses regrets de ne 
pouvoir assisler a la stance. 

M. le secretaire de la Socielc royalc de Londres 
accuse reception, par sa letlre du 15 fevrier, du Bid- 
letindela Soci'efr de gengrnp/na, I. I", li' seric. 

M. le secretaire de la Societe asiatiquc du Bengale 



( M3 ) 

accuse reception, par sa leltre dalee tlu 17 novembre 
4851. du I. XIV, 3-= serie dii Bulletin. 

M. le prince Emmanuel Galitzin adresse a la So- 
ciete (Paris 31 mars) la premiere partie d'une notice 
qu'il vient de rediger d'apres des documenls officiels 
sur les voyages autour du monde executes par les 
navigateurs russes; il transmettra plus tard la seconde 
partie de ce travail. 

M. Jomard, vice-president de la commission ccn- 
trale, fait ensuite , au nom d'une commission dont il 
est rapporteur, composee de MM. Antoine d'Abbadie, 
d'Avezac, Daussy, Guigniaut et de lui, un rapport sur 
le concours au prix annuel pour la decouverte la plus 
imporlanle en geographic, faite dans le cours de 
I'annee 18Z|9. Apres avoir passe en revue les princi- 
paux voyages ex6cut(5s pendant ladile annee en Asie, 
Afrique, Amerique et Ocdianie, le rapporteur annonce 
que la commission du concours a pense que les explo- 
rations les plus imporlantes sont celles de M\]. Living- 
ston, Oswell, Rebmann, et Krapf en Afrique, et de 
M. G. Wallin en Arabic, et que chacun de ces voya- 
geurs a ete en consequence juge digne de la grande 
m^daille d'argent. II ajoute que la commission accorde 
en oulre des mentions honorablcs a MM. Thompson, 
Cunningham, Hooker el Strachey pour leurs ouvrages 
dans rinde ; a MM. Thomas Bruner et Stokes pour leur 
exploration de la Nouvclle-Zelande, et a M, Squier 
pour ses voyages archt^ologiques , notamment dans 
I'Ktat de Nicaragua. 

M. de la Roquelte, secretaire general de la commis- 
sion centrale, lit one notice necrologique qu'il a con- 
sacr^e ^ la memoire de M. Frederic Du Bois de Mont- 



( h\lx ) 
perrenx, corresponclant perp^luel do la Socicle de 
geographic, inort au mois de mai 1850, a peine &ge 
de cinquante-deux ans, qui avail obleiui la grandc 
niedaille d'or de I'ann^e 1838 pour son Foyage au- 
tour clu Caiicase, en Colchide, en Gi'orgie, en Armenie el 
en Critnee, 

Aprfes cetle lecture, M. Antoine il'Abbadio enlre- 
tient I'assembli^e des d^couverles rdcentes qui viennent 
d'etre faitos sur le haul fleuve Blanc, el coniniuniquees 
par M. Vaudey, consul de Sardaigne a Khartoum , <'l 
qui auraient pour resultat d'etablir qu'il existerail on 
amonldu O'degre dc latitude plusieurs affluents du Nil 
Blanc, dont les noms sent pour la plupart inconnus; 
que les Barri sont enserres cntre deux de ces affluents, 
venant tous deux de I'esl; el cnlin qu'il faudrait cher- 
cher de ce c6t6 la source du fleuve Blanc. 

M. Hecquard, officier de spahis, fail connaltre ce 
qu'il a observe de plus remarquable pendant les ex- 
cursions faites par lui dans i'Afrique occidentale et 
contrale, ou il avail ^16 charge d'une mission par 
le gouverneur du S6n6gal. 

M. le docteur Weddell, deja connu par le grand 
voyage qu'il a fail dans I'Amerique ui(iriclionale avec 
M. Francis de Caslelnau, et par unc inloressante ex- 
cursion dana le sud de la Bolivie, don I le Bulletin a 
j)ublie plusieurs fragments, communique un ajjorgu 
du nouveau voyage qu'il vient de faire dans la parlie 
septentrionale de celte r^publique. II a su, malgrii 
i'heure avancec, captiver ratlention de ses audilours. 

En I'absence de M. le baron de Brimont, president 
do la section de comptabilile, le secretaire general de 
la commission centrale depose surle bureau le comjite 



( A45 ) 

rendu des recetlos cl dvs dipeuses de In SocicHi^ pen- 
dant I'ann^e 1851, le rapport fait ])ar M. de Brimont 
comnie organe de ladite section sur cg compte rendu, 
le budget de i'exercicc 1852, et une note sur le mou- 
venienl des cotisations unc fois payees et des place- 
ments des capitaux de la Soci^te. 

L'assemblee avail a proceder a I'election de trois 
membres tie la Commission centrale, et au renouvelle- 
ment de son bureau. Elle a noninie aux trois places 
vacantes dans la commission centrale, MM. V.-A. Make- 
Brun, dcja membre-adjoint, Ferry et Gamier, et 6lii 
membres du bureau pour I'annee 1852 : 

n ' ■ J . ( M- le contre-arniral Mathieu, directeur 

f resident. . . .1 

( general du d^pot de la marine. 

/M. Daussy, hydrographe en chef de la 

I marine. 
Fice-presidentsl ,,, , i • . ■ ^ i 

j IVJ. Isambert, membre de la Gourde 

\^ cassation. 

c , , (M. des Vergers. 

ocriitateurs. . .1 _ , 

(M. le capitaine G. Lafond. 
Secretaire. . . . I M. Gortambert. 



PRJiSlDENCE DE M. DAUSSY, VICE-PRESIDENT. 

Proces-verbal de la seance du 16 ai'ril 1852. 

Le proces-verbal de la derni^re stance est lu el 
adopts. 

M. de la Roquetle, secretaire general, donne lecture 
du proces-verbal de la derniere assembl^e g6n6rale. 
(Voir p. /|12.) 



( 41(5 ) 

M. Riviere p^re, proprielaire a Mauzti siir le Mignon, 
annonce, par sa leltre du 9 avril, qu'il vientde se rendre 
acqu(^ieur de la maison ou naquit le voj ageui' frangais 
Rone Caillc, et il propose a la Socielc de coder cet 
immeuble dont le prlx ne depasserait pas 3 000 francs, 
ou 15(1 francs do renle perpeluolle. 

Malgre son doslr de rendre iin nouvcl liommago a 
la ini^moire do Rone CallH(!!, la Soclole n'ayant [)oint 
de fends qu'clle puisse employer a une semblable 
acquisiliou, il sera ropondu a M. Rivi6ro, qu'ellc re- 
grelte do ne pouvoir accepter roflre qn'jl vcul bien lui 
faire. 

M. Itier, voyageur en Chine, donnc quelques in- 
formations sur Ics resullats el la naturalisation dos 
plantes textiles de Chine a Montpollier; et M. Jomard 
fait honunage a la Soci(5te, au noni de ce voyageur, 
de plusiours cxemplairos do la brochure j)ublieo a ce 
sujet. 

Le secretaire general lit la liste des ouvrages of- 
ferls. 

Le meuie rappelle la proposition qu'il a faite a la 
derni6rc seance, d'autoriser rechango du Bulletin de 
la Soci^te avec la Reuiie orientale et algerienne. L'exa- 
nien qu'il a fait des premiers num(^ros de cette revue, 
d'apr<^s I'invitation de M. le president de la Counnis- 
sion centralo, lui pcrmet d'annoncer que ce recueil 
oITre beaucoup d'inlorol. La Commission centralo au- 
torise I'ochange. 

M. Jomard communique des uouvollos qu'il vienl 
de reccvoir de M. d'Aruaud. ( Voyez ci-dessus, p. 388.) 

Le mome membre donne lecture du fragment d'une 
letUo do M, Uullel, ocrilc do Gartourn [l\/iar(oum]vii\ 



( hi7 ) 
consul d'Aulriclie (du Sennar), le 20 juillet 1851, 
comuiuniqueo par M. Vaudey, consul de Sardaigne 
dans la mfime contree, et contenant des informations 
curieuses sur le Nil Blanc. — Renvoy6 au comit^ du 
Bulletin . 

M. Antoine d'Abbadie fait observer qu'il a deja 
donn6 a I'assembl^e g^nerale, dans sa seance du 
2 avril dernier, les rnfiraes renseignements que M. Jo- 
mard met sous les yeux de la Commission, et qu'il a 
puis^scommeluidans laletlrede M. RoUet, dontils ont 
da tous deux la communication a M. Vaudey. 

M. Thomassy lit le comple rendu fait par lui du 
voyage au Waday (Ouaday) du Cheyk Moiiammed- 
Ibn-Omar el-Tounsy, traduitde I'arabepar iVI. le doc- 
teur Perron et public a Paris en 1851 par M. Jomard, 
qui I'a fait preceder d'une preface. — Renvoi au 
comile du Bulletin. 

M. d'Abbadie communique des renseignements 
qu'il vient de recevoir sur le Darfour. II est prie de 
r^diger unc note a co sujet pour Ic Ballelin. 



lu. Aviur.. S. 2K 



( A18 ) 
01 VR AGES OFFEUTS 

DA.WS I.KS Si!:ANCES DE L'ASSEMBLlili ct.NtRALE UU 2 l.T Df. 
L\ COMMISSION CEKTnALE I)U 16 AVRIL 1852. 



— ♦ 




TITRES. 


DONATEURS. 


EUROPE. 




OUVRACES. 


MM. 


Pilote fran9ais. Instnictions nautiques (paitie 


Depot (Ic la marine. 


(les cotes septentiionales de France, comprise 




autre le pliare ties Hoauxde Brehal et Ic phare 




«lu cap de la Hafjue), rediyees par M. de Givry, 




I vol. in-4°. 1 85 1 . 




Description de I'archipel des Acores, par M. Ker- 


Idem, 


hallet.Bro.h. in-8°. l85l. 




Annuaire des marees des cotes de France pour 


Idem. 


I'annee i852. i vol. in-32. 





CARTES IIVDROGBAPHIQUES. 

Carte des iles Acores, n° 1266. i85l. 
Mer mediterranee : C6tes d'ltalie; Tarente, Co- 
trone, Gallipoli, n° 1972. iSSi. 
_ Port d'Otrante (golfe de Venise), n° 1273. 

.QC. 

.85 




Ideni, 
Idem. 

Idem. 

Idem. 
Fdrni. 

Idem. 

Idem. 

Idem. 
Idem. 

Idem. 
Idem. 
Idem. 
Idem. 
Idem. 

Ideiu. 



( 419 ) 



TITnES. 



DONATEURS. 



Mer iiietliteiT.inee : Canal I.emo (golfe de Venise), 
no 1286. I 85 1. 

— Port Venula (golfc de Venise), n° 1287.185 1. 

— Port Aufjnslo (lie Lossini), n° 1288. i85i. 

— Port Be{;Ujilia (ile Melada), n° 1289. i85i. 

— Port Ti)jei(ile Grossa), n" 1290. l85l. 
Carte de la incr Adiiatique, 1" et 2* feuilles, 

n°' i3oi-i3o2. i85o-i85i. 
Carle des atterrapes des coles meridionales de 

France, n° i3o3. i85i. 
Carle de la mer d'Irlande, n° i3o4. l85l. 
Caite des golfes de Venice et de Trieste. Ports 

de Venise et de Trieste, n" i3o5. l85l. 
Carte gene'rale de la Me'dilerranee. a" feuille , 

n" 1 265. 1 85 1. 

ASIE. 

OUVRAGES. 

Instructions iiautiques snr la mer de Chine, I vol. 
in-4", par J. Horsburp,!), Iraduit parM. !e Pre- 
dour, '3' edit. Darondean et Reille, i85i. 

Considerations ge'nerales sur roceanlndien,pour 
(■aire suite a celles sur I'ocean Atlantinue, 
par M. de Kerhallet. Broih. in-8°. i85i. 

Ha|)port sur la campagne de la corvette la 
Bayonnaise dans les niers <le Chine, par 
M. Jurien de La{»raviere. Broth. in-B". i85i. 

De la Ciiiine consideree an point de vue du de- 
houche qu'eile pent olfi ir a I'indiisti ie vilicole. 
Montpellier, t849- Broch. in-8°, par M. liier. 

CAIITES IIYDRUGRAPUIQUES. 

Carte de la mer de Chine , t '" feuille. Cote ine'ri- 
dionale de Cochinciiine, n" 1271, l85l. 

Carte dii goife de Smyrne et de ses abords. En- 
tree du port de Longone. Entree dupoit Olivier, 
no I 292. i85i. 

Golfe de Smyrne, n° 1293. t85i. 

AFBIQUE. 

OrVIlACF.S. 

Manuel cIb Ih navignlion a I.i cole iMcidiiitale 
il'-Vhiipu. Ilideli, in-K'. 



M.M. 

Depot de la marine. 

klem. 
Idem. 
Idem. 
Idem. 
Idem. 



Idem. 

Idem. 
Idem. 

Idem. 



Idem. 

Idem. 

Mem. 

J. Iiier. 

Depot de la m.uine. 
Idem. 

Idem. 



( /|20 ) 



TITKES. 



DONATEUnS. 



MM. 



Instiuciions nautii|ui;s sur les rotes oecidentales 
d'AFrique, coinpiises enlre le detroit de Gi- 
braltar et le golt'e de Benin, tiaduit de I'an- 
jdais par M. Daiondeau. Uioch. ln-8°. l85l. 

Description de I'nrcliipel des Canaries et de I'ar- 
.Iiipcl des lies ili> cap Vert, par M. de Ker- 
hallet. Brocli. 111-8". i85i. 

Du commerce fiancais a la cote occidentale 
d'Afrique, par M. Jules Itier. Ikoch, iiv8°. 
Marseille, i847- 

C\BTES HYDROOnAPBlQUES. 

Carte de I'ife d'Abd-el-Kowri; iiiouillage a la 

cote sud d'Abd-el-Kouri, n" 1297. 'S.')l. 
Mouillage de Meurka, 11° 1268. i85i. 
Mouillnge de Braoua, n" 1269. C6te»d'Afrique. 

Carte du fleuve Ca/.amaiice jusqu'ii I't'lablisse- 

inentZin{;hincli'or (cote occidentale d'At'rique). 

Plan de Temboucliure du fleuve de Caza- 

manche, n° 1270. i85i. 
Plan du port d'Atnbavaranou ou baie Rifjny 

(cote nord-estde Madagascar), n''i29[ i85i. 
CartedesllesSalv,if;es(c6leoccidenlaled'Afrique), 

n° I 2g4- '85 1. 

Plan du muuillage de Saint-I.&uis ou de Guet- 
IN'Dar et de la bane du Heuve du Senegal 
(cote occidentale d'AfriqueJ, n° 1295. l85i. 

('.ours du fleuve du Senegal depuisPodor jusqu'a 
son einboutliuie, 11° 1296. i85i. 

Plan de I'ile et du port de Morabaze (cole orien- 
tate d'AtVique), n" 1797. i85i. 

Mouillage de Ouarilieikli (cote orientale d'Afri- 
i|ue), n° I 298. 1 85 1. 

Plan du mouillage du port et de la ville de 
Bizerte, n° 1299. i85i. 

Plan lies mouillages de Slora etde Pliilippeville, 
u" i3o6. i85i. 

Plan du mouillage de Collo, n" 1 3oR. i8.')2. 

AMi:r.iQUi:. 

OfVr.AC.ES. 

Instructions naulifpies sur Ics cotes 01 icii talcs (lc| 
rAuieriqiie <lii Slid, <(jinprises tniie l.i I'lal.i clj 



Depot de la marine. 



Id( 



J. Itier. 



Depot de la marine. 

Iilcin. 
Idem. 

Idenk. 



Idem. 
Idem. 
Idem. 

Idem. 
lden\. 
Idem. 

Idem. 

Idem. 

Iden>. 

|iltrn>. 



( A21 ) 



TITHES. 



DONATliURS. 



le detroil de Magellan, par M le capitaineFitz 
Roy, traJuit de raii{;lais par M. de Coriolis 
BrocI). in-8". i85i. 

Instructions nautiques pour naviyuer sur les cotes 
dcs Guyanes, par M Tardy de Montravel. Br. 
in-8°. i85i. 

Appendice a I'instruction aiifjlaise pour le pas- 
sage du detroit de Magellan, par M. Mauge de 
I'Etang. Broch. in-S". l85l. 

Tableau general des phares et fan:uix des cotes 
orientales de rAnieriqiie du Nord. liroch. in-8°. 
i85i. 

Expedition dans les parties centrales de I'Anie- 
rique du Sud, de Rio de Janeiro a Lima et de 
Lima au Para; ilineraires et coupes geotogi- 
ques, 2' livr.; par M. Fiancis de Castelnau. 
Paris, 1 85a. 

CARTES HVDnOOIlAPIIIQllEi. 

Carte des canaux de la Providence et de Ba- 
hain:i, n° 1260. l85l. 

Carte d'une partie dcs cotes orientales de I'Aine- 
riqiie nieridionale, depuis I'embouchure du 
Rio de la Plata (35° de latitude sud) jusqu'au 
45° 5o' de latitude ine'ridionale, n" 1262. 1 85 1 . 

Carte des coles de la Palagonie, depuis le detroit 
de Magellan (53" de latitude sud), jusqu'au 
44° de latitude uieridioiiale, n» 126). i85l. 

(]arte particuliere de la cote sud-ouest d'Aine- 
rique, partie comprise entre les iies Evange- 
listas, a I'entree du detroit de Magellan, el le 
golfe de Penas, n° 1307. i85l. 

OCEAN IE. 

OUVUAGES. 



MM. 

Dep6t de la marine. 

Idem. 



Idem. 



Idc 



Francis 
de Castelnau. 



Depot de la marine. 
Idem. 

Idem. 
Idem. 



id et da 



I'Oce 



le 



Voyage au pole sud et dans I Uceanie sur les 
corvettes I' Astrolabe et la Ze'le'e, par M. Du- 
iiiont d'Urville; hydrograpliie, t. II. 1 vol. 

.11-8". i85i. 

CAnXES HYUIieXJUAI'IIIQUES. 

I'Uii de la cole oecidenlalc de Taiti, de l'aj)ectc 
a Piniaavia, 11" 1 •.>6i . 1 85 1. 



Ide 



Ide 



( 422 ) 



TITIVES. 



DONATEUnS. 



Carte generale de I'ocean Pacitique, n" 1264- 

l85l. 
Plan de I'ile 'I'aliuata (ilos Marquises), Plan ile 

laltaie dt> Vaitaliu, n° i3oo. i85i. 

MELANGES. 
MEMOIBES DES SOCIETES SATANTES ET JOUnKAUX. 

Fran pa is. 

Seances el travanx de I'Academin de Reims, n° Q. 
Builelin de laSociete industrielle d'Anjjers, a'ser., 

2* vol i8r>i . 
Extrail des seances de la Socipte d'anricullure et 

de cominiMce de C:ien. Anne'e l85l . 
Rulleltn de la Societe j'eologique de France, 

feuilles 5-io (3 nov. l85i — 12 janv. iSSa ). 
Journal d't'ducaiion populaire. Fcvuer i852. 
Annales de la propnyalion de la toi. Mars i852. 

Anglais. 

Pliilosophical transactions... (Transactions pbi- 
losopliiques de la Societe royale de Londres 
pour I'annee i85i, part. 11). Londres, i85i. 
1 vol. in-4". 

Proceedinjjs... (Actes de la Societe royale de 
Londies). Mai i85o. N» 76. 

l^isle des menibres. 

Espagnoh. 

Meniorias... (Mi'inoires <le I'Academie royalc des 
sciences de M.idrid, .'i' ser., sciences naturelles, 
1. 1, part. II. I vol. in-4")- Madrid, 1 8,') 1 . 

R(>-;unien... ( Ilcsuine iles actes de lAcadiiniie 
royale des sciences de MaJiid de l85o a I 85 1, 
lirocli. in-i8 de 55 pages. 

DIVERS. 



MM. 

i)ep6t de la marine. 

Idem. 



Acad, de Reims. 
Societe industrielle 

d'Anf;ers. 
Societe d'agr et dc 

cotnin. de Caen. 
Societe geologiquc. 

Les editeurs. 
Idem. 



Societe royale 
de Londres. 



Idem. 
Idem. 



A(M(I. des sciciK cs 
• It .Mi.drid. 



Idc 



Mini.-li I' 



I'roces (lis Tenipliers, t. II, iS.Jl, pnlilii' p.ir 

M. Miclielel (cidleclion des documents inedils dc I iii>lr. puMi'pir 
Mir I'liislnii c (Ir 1' r.iiii i'). I 



( /i23 ) 



TITRES. 



DONATEURS. 



Gcofjraplue complete et universelle, nouvelle 
edition, par V.-A. Mjlte-Briin (fils), proFes- 
spiii- (i'histoiie et ile geogiaphie an college Sta- 
nisl.is, t. I-V, grand 111-8°. Paris, 1862. 

Memoir of the European colonization of Ame- 
rican , in anle- histoiic times, par D. C. A. 
Zesterniann, de Leipsi;;, avec des observations 
par G. fv S(|uier. Avill l85i (from the Pio- 
ceedings of the American ethnological So- 
ciety). 

Voyage autonr dii munde, execute pendant les 
annees 1 836 et 1837, snr la corvette /a Boju'fe, 
par M. Vaillant, capitaine de vaisseau : his- 
Toire naturelle, zoologie, par MM. Kydoux et 
Souleyet, ly* livr. ; bolanique, i \'^ et i5' livr. 

Des avaiitages de I'irrigation souterraine, par 
M. Jules Itier. Broch. in-8". Montpellier, 1 849. 

De la naturalisation en France et en Algerie de 
plusieurs planles textiles originaires de la 
Chine, et de I'application des procedes chinois 
a la preparalion de filasses, par M. Jules Itier. 
Broch. in-8". Monlpellier, i85i. 



MM. 
A. Malte-Brun. 



Jomard. 



Depot de la niarim 

J. Itier. 
Idem. 



PaH-~- 



;u! 



^■uir/i^itf ^ ■'n'ifntftftit 



■. lU..\.t.» .i l,^/ /.v 



titi/,, hnMi j: 







v.soiiss/'; 

.III 

IIAl T ILKlAKIil.VM 

SrlcHl li-s l-i-lisi-it^llrllltrils 4-1 

ll'SollM'I'VnIilHIS .ll 

.M.|VAlH.Mll<l.lllltlM<.l.,l.l.'.lu'l 

c't.lr.M.MJ.alui'^llri'l llollrl 

P... .. A>Til IBS; 



!<"' 




/ .ii^/iliitlf Kit t/n] ^6rii/ifri Ja f\iri^ 



/./A ,/<- A\,-v"-""" ' ""■■■" ' 



: I. A MAUIM. 



^''"."' Xc'ru' ; IUt/h-/in ,/ . tt>r,7 /S. 




l.if):':ih- Ciali'i 



I \li;MI 111, I V |;|,M I, ( llldMU I,, \M,( , m I ii|\I> VI II in 111 M 1.1 MI\|nII\1 HI. I \ MM'.IM 




BULLETIN 



DE LA 



SOCIETE DE GEOGRAPHIE. 



MAI 1852. 



llciiioireii, 
IVoticei^^ Docuiueuts origiiiaiix, etc. 



AFRIQUE ORIENT ALE. 



NOTES SLR LES VA-NGINDO. 



M. EUGEiNE DE FROBERVlLT,E. 



L 

Geogr.iphie du Ku-Ngindo. — Etendue dii pays. — Montajjnes. — 
Rivieres. — Climat. — Vegetaux ; animaux. 



Les Va-Ngindo occiipent, a environ 50 lieues de la 
cote orientals! d'Afriquc, la contrce siluee entre le 
fleuve de Lum/na, au sud, ct celiii du Luegu, aii nord. 
lis sont limitrophes : a lest, des Ua-Muetra el des 
A-Mnko)ide; — a I'ouest, des A-Nindiai des Fa-Diaon ; 
— au nord, des J-Matunibi et des Ua-fJma ; — au sud, 
des A-Makiui. — La plus grandc longueur de leur ter- 
ni. MAI. i. 29 



( 420 ) 

ritoire, en allant dc I'csl a I'ouesl, est d'environ dix 
journoes do marche, ce qu'on peul evaluer a prcs de 
GO lieues. 

On ne voit, nullepart dans ce pays, de chalne, ni A 
proprement parler dc hautes montagncs ; on cite ce- 
])endant les sommots de Nlh/ign , de Ai^iirugue ct dc 
iX/aiiigiia chez les Va-Ngindo occidentaux; el Ton dit 
que certains cantons sont coupes de ravins escarpos et 
de masses de rochers parmi lesquels on Iroiive dcs ca- 
\ ernes prolondes. 

Le sol ne renferme pas de mines mcitailirercs; du 
moins les Va-Ngindo n'en exploilenl - ils pas, bicn 
qii'iis connaissent les prociides de la fonle du fer pour 
les avoir \u pratiquer chez Icurs voisins de I'oucsl et 
du sud. 

Des forets impenetrables couvrint unc parlic du 
pays, ct de nombreux cours d'oau, que leiu' rapidilc 
ou Tincgalile do leur prol'ondeur rendenl inuavigablos. 
fcrlilisent les lerres cultivees principalementen millel, 
en riz ct en ccrlaines cspeccs de baricots. Aucune des 
rivieres ne roulent dans leurs sables ces parcelles dc 
m«ilaux precieux, objet dun commerce considerable 
chez les peuples du bassin du fleuve Zembedzi. Les 
principaux cours d'eau du terriloire des Va-Ngindo 
sont : le Lukimua, grand torrent, qui n'a des eaux 
prolondes qu'apres les fortes pluies de I'^t^, et qui 
aboulil au Lumina; — le Liikohe, — le Luhusi-lukiiru 
(c'est-a-dire la grande riviere), — le Dziiga, affluents 
du Lukimua; — le ISainbua, — Luluwu, — le Lugoiii- 
bukua, — le Luku/esi. 

11 nc parail pas exister de villages considerables dans 
ce pays; chaquc I'amille vit independanle et isolee au 



( /i27 ) 

milieu des terres qu'elle cultive, se divisant desqu'elle 
devient trop nombreuse, et se tenant sur un pied de 
mefiance sinon d'hoslilite envers ses voisins. 

Tiois saisons parlagont irr^gulierement I'annee : 
Tune, seche et mediocremenl chaude, cominence en 
septembre el linit en Janvier ; la seconde, qui est la 
saison des orages, des ondees torrenlielles et des cha- 
leursetouflfantes, dure jusqu'en mai ; enfinia troisi^nie, 
pendant laquelle r6gnent une petite pluie fine el des 
brises legeres, termine I'annee. 

Les orages, pendant les mois de fevrier et de mars, 
sont d'une grande violence, et il ne so passe pas 
d'annee sans que la foudre ne tombe sur quelque ha- 
meau. La grele est un meteore uioins frequent; niais 
les Va-Ngindo en citenl des averses dent les grelons, 
gros comnie des ceufs de pigeon, font parfois p6rir les 
jeunes aniraaux et detruisent entierement certaines 
recoltes. 

Parmi les vegelaux qui croissent dans le pays, et qui 
sont du restc communs aux contrees voisines, je uien- 
tionnerai : 

Arbres et arbrisseaux. - Lc inunhoro et le nhekera, 
arbres sacres, au pied desquels on depose lafarine au- 
guralc. 

Lo miingu-inuhdi , dont on adminislro comine 
6preuve ou ordeal I'^corce vc^neneuse aux personnes 
accusces de sorcelleric. 

Le siingu, grand arbre dont la s6ve sert a empoison- 
ner les filches. 

Le kihegua, dont I'^corce pilee dans un mortier, 
fournit un vernis impermeable dont on enduit la vais- 
selle en jonc tresse. 



I A28 ) 

Le ndi'onibo, — Ic mtsiengn, — lo ndii-geia [ficus tere- 
hmtci), donl les ecorces fibrcuscs seivenl a faire des 
cordes et des filets pour la chasse. 

Le tondzie, cotoniiier. 

Lo ni/iiii'ii { jaiiibosn vulgaris) qui sert a la tointure 
des etolles. 

Lc nijiindi/u/nbi, arbrc a bois dur dont on fait des 
uiortiers et des oreillers ou coussins. 

Le ninahe, esp6ce de bambou. 

Le iniduiigu [iiini'inda], donl les fouilles se mangent 
en pelage, ressource precicuse en temps de diselte. (Le 
jioui de inu/iiiigu signifie le bon g^nie, la Providence.) 

Le iniikuasu , tamarinier. 

Le kurakida, obeiiicr. 

Lc ui/jhigiie, autre arbro a c(Eur noir dont on fait 
des cbevilles pour los ouvragcs de menuiserie , et des 
pointcs de Hecbcs pour la cbasso aux oiseaux. 

Lo iniisaiir/ariisi, qui produit la gomme copale, 

Le b'dikd, ricin, dont I'liuile sert egalement comuie 
cosm6li(]uo ct conime assaisonnement dans los luets. 

Le inthndo [takarnaka), 

Le nilapa, baobab. 

Le vulava [^jlacourtia Ramontchi). 

Le linghmho, bananier. 

Le inupapuiiii, papayer. 

Le dundihire, espece de citronnier; — lo nihemba 
{Icea sambucina); — \& maraud zh he [kirganelia]; lo 
mava [harotiga), donl les fouilles aromatiques sont 
employees dans les bains de vapeur. 

LiANES. — ^ Le riiiithmo, donl la racinc est reconi- 
nuindto dans les maladies de poitiino. 

Lo (aiiibu/i, ou botcl , dont on niacbo la fouiiio avec 



( /i20 j 

tlu tabac ol tie la chaux, a I'lnstar cic Unis les pcuplcs 
de I'ocean Indien. 

Le Jiithle , dont los racines rouriiissent un (il excel- 
lent. 

Le mirimdu-iinihiilxad, donl les liges rampantes sont 
tellement enlacees que les betes fauves s'y prennent 
conime dans des filets. 

Plantes. — Le Uhhnht [arum colocasia). 

Le biinibe, moulaide. 

Le lihiiimii-H , esp^ce de gros oignons, employes 
centre I'bydropisie. 

Le makoio, espece do chanvro, que Ton fume en 
guise de tabac, et (pii cause suuvent une ivresse sem- 
blable a de la demence. 

Le hihhnii et le Inkiwl, herbes donl on couvre les 
huttes en guise de chaumc. 

Le inallhipe [paniciim maxiinnin) . 

Le makangaga, graminee donl les feuilles sonl Ires 
coupantes. 

Le mnpemba, millet; — le u/e/it, espece de legumi- 
neuse a graine rouge ; — le inpiinga, riz, base de la 
nourrilure des Va-Ngindo, qui cultivent aussi le se- 
rame, le mais [rnapcniba-inangh] (1), et diverses especes 
de dolies, de haricots et de cucurbitacees. 

Les buoga, nom generique des champignons dont 
les Va-Ngindo savcnl distinguer les varietes veneneuses. 

Parmi les animaux qui vivent dans le Ku-Ngindo, 
on menlionne : Les singes {kitumbi), — les macaques 

(l) Le rnaVs est exotique a rAliir|ue, couinie I'indique, son nom : 
millet de la met; c'est-a-diie des pays d'oiitre-mer, dans la plu|)ait des 
Ijngues ostro-negres. Eu siihaili et en lima, sa provenance de I'lude 
est flairetnent sigiialee par le nom de mah'ntdi, mllnndi. 



( 430 ) 

{mallpa), — la chaiive-souris {kinima), — Ics roiissclles 
[mnndziri), — la nuisaraignc {lihiinibandlra) , — Ic ralol 
(^Ijfu^e), — le chien domestiquc ( mhitn), — Ic chacal 
[limen), — la hyene {lituniingu) , — le lion {lilumha), 

— le leopard {hihin>i), — le chal {kilunginn), le rat 
{likiile) , — la souris [kinangu) , et un grand nombrc 
d'aulres rongeurs , — une especo de herisson [tavara), 

— Ic pore epic [fllno e\ kinhngu), — lo Ilevre {kipetsa), 

— le sanglier {ligwiive), — le rhinoceros a deux cornes 
[hera), — I'liippopolaine [domonde) , — I'^lephant 
[dembo], — ieztjbre {/ipiuida), — un grand nombre d'cs- 
peces d'anlilopes, et particulierenient le gnou [IhiikIzii), 

— le cabri [bidd), — le uiouton [butt), — le bullle 
[ndziati), Ic bceuf {gumbc, Iresrare dans le pays), — 
[dusieurs especes de grands serpents (terine generique : 
/i/ioka, qui signific d6mon, mauvais genie), parmi les- 
quels le boa [lihhto), — le crocodile [libainba ), — le 
canieleon [luhlu), — la torluc de lerre [kbtigue], la 
sangsiie [hiinde). 

Paruii Ics insectes : les grosses termites [bamba el 
giimbi), dont les fourmiliercs sont haules corame les 
bullcs des indigenes, — les scolopendrcs {gerenehiia)^ 

— les scorpions [kipUili), — les inousliques [dzendzema) , 

— les sautorelles devastalrices {maparahai-a), dont les 
Va-Ngindo lont une sorte de confiture. 

Parmi les oiseaux : le tsatsengua sacre, — la poule 
d'eau [kihunanri). — le canard sauvage {/iimtn), — 
la pintade {kduga), — la poule domeslique {giikn), et 
un grand nombre d'oiseaux de proie, enlrc autres le 
vautour [nnmueve). 

Les rivieres sont tr6s-poissonneuses, mais on n'y 
p6chc pas dc grands poissons. (Poisson, terme gene- 



( 431 ) 

I'ique : hoinba; — anguille, giuiga , — (^crcvisses, ^a/i- 
gahanga; — crabes, likara; — coquillages, goivinhe). 



11. 

Type des Va-Ngiiido. — Leur langue. — Leurs facultes iniiHec- 
tuelles. — Superstitions; coutumes caracteristif|ues. — Tiadition^ 
relifjieuses. — Culte : la farine augurale; I'invocation pour la 
pluie. 



La race ngindo, an point de vue ethnographique, 
tait partie de la grande famille des peuples de I'A- 
frique orientale au sud de I'^quateur, fatnille a la- 
quelle j'ai propose de donncr le nom A'Ostro-Negres, et 
dont on pent ranger les types en quatre groupes prin- 
cipaux : 

Le premier, ayant le caracl^re du Ntigre pur, dans 
sa classique laideur; 

Le second, se rapprocliant dii type predominant 
chez les Cafres et les Bechuana ; 

Le troisieuie, tr6s-analogue a celui des Nfegres ocea- 
niens ; 

Le quatri6ine, ou le caraclere de ia race s6mitique 
se raontre avec ime grande Evidence (1). 

Sous le rapport linguistique, I'idiome ngindo, par 
son vocabulairo et par sa syntaxe, se rattache intime- 

(i) La question Lrethnologie historique relative a I'originc dc oe 
dernier type a c'tc traitee ilans un memoire prosente a TAcademie 
des sciences, en meme temps que les mDulaf;es sur nature exe'cutes 
par I'autf'ur anx ilts Boui Ijon et Maurice. Lc tome XVIII des Comptes 
renchis, scante du aG I'cvrier 1849, '^" renfermo unc analyse succiucte, 
et le tonic XXX, seance du 3 juin i85(J, contient le rapport de la 
commission noinmcc par I'Academie, et composee de MM. Serres , 



( /i32 ) 

mcnt non-seulement aux aulres idiomes ostro-n^greo, 
mais a loules les langues connues de I'Afiique mdri- 
dionalc et do I'Afriquo occidentale, qui ont, coinme 
on le salt, uue construction grainmalicale fondee sur 
I'emploi do prefixes euphoniquciuent ropeles dans le 
cours d'une phrase (1). Le tableau synoptiquo annex^ 
a cctte note donne le resultat auqucl ont conduit les 
coniparaisons philologiques dont cette f'amille de lan- 
gues a (ite I'objet. 

Lintelligence des Va-Ngindo, conime celle de tous 
les peoples de I'Afrique orienlale, paralt m^diocre- 
nienl developpce ; mais die n'est que paresseuse ou 
engourdie. Lorsqu'ils sont places dans un njilieu d'edu- 
cation moins barbare, — chcz les Arabes de Zanzibar 
ou des lies Comores, par exeinplc , — lours facultes 
s'eveillenl rapideuicnt et les mettent inlellectuellement 
au niveau de tout le nionde. 

Le tissage du colon, la fabrication des lances, des 
arcs et des fleclies, celle de la jiolerie el de divers 
instruments de musique, la construction depieges in- 
g(5nieux pour les betes fauves, la sculpture do moublcs 
et de figures en bois, les compositions musicales et 
les longues histoires racontees aux veillees allestent 
qu'ils ont de I'induslrio, do riniaginalion, et, jusqu'a 
un certain degro, du gout pour los arts. 

Flourens ot Dupeney. Co r.ijuioit, du ;i la jilniiio df M. Scires, uc 
louche (ju'a la paitie anthropologiquc du mrinoiie precito, dont il 
approuve les coupes ct divisions; it reserve la tlieschistorique, coninie 
n'etant pas du rossori de rAcadeuiie des sciences. 

(l) Voir, dans les Proci's-verhciiix ties seances de la Socie't^ d'histoire 
naturellc de Maurice (8 fc'vrier i 8.j4i p- ^4"7o)i V-'hirilyse (/'uh travail 
de M. Eugene de Froberville sur les laiu/ucs et les race? de V .Ifriijur 
orienlale. 



( /js;? ) 

Le Mu-Ngindo est sensuel, independant de caractfere, 
hospitaller, ni mediant, ni cruel. Je ne le crois ni 
courageux, ni belliqueiix ; car, tandis que les guerres 
generales sont rares et durent peu, les querelles et les 
vengeances furtives enlre tribus n'ont jamais de terme. 
Le vol parait a peu prea inconnu chez ce peuple. 

Les superstitions les plus grossiferes et les plus ab- 
surdes enchainent la volonte des Va-Ngindo et dirigent 
la plupart de leurs actions. Une s(^rie interminable de 
prohibitions, d'augures et de charmes exerce &ur leur 
esprit I'empire le plus despolique. 

L'heredite del'oncle au neveu par la ligne feminine, 
I'horreur de I'inceste et de I'adullere, le devoir de 
venger un parent assassin^, I'interdiclion de certains 
aliments consid^res comme impurs, sont des traits 
saillanls de leurs coutumes et de leurs moeurs. 

La connaissance des croyances, des traditions reli- 
gieuses et des coutumes est donnee aux jeunes gens 
par une cspece de pretre ou de savant, nomme a nhiago, 
durant la retraite a laquelle on soumet les garcons a 
I'epoque de leur circoncision, et les fdles au moment 
de leur mariage. Ces instructions constituent loute 
I'education morale de la jeunesse. Je les rapporte dans 
les pages suivantes, lelles qu'elles m'ont 6le naivement 
racontees par un vieux Mu-Ngindo, aussi remaiquable 
par son intarissable memoire que par I'etendue de son 
intelligence. 

« C'cst Mulungu qui a I'ait toute chose, et il est dans 
» tout cc qui est beau et bien. II demeure dans le 
» ciel au soleil levant, oil il vit au milieu des bonnes 
)) ames et dos bons genies. Jusqu'au moment oil la 



( Zi3/i ) 

B terre ful faito, Mahoka (1) errait dans I'cspaoc sans 
» pouvoir se reposer. — Au commencement, Miiliingu 
» fut louche de la niisere de Mahoka, il lui dil : « Vencz 
» demeurer chez moi, nous Iravaillerons ensemble et 
B nous parlagerons les fruits de nos travaux. » Mahbka 
» y consent. Mulimgu avail sem6 un champ dc rnillol. 
» Lorsquc les epis furunt murs, il dil a Malibka : « Fai- 
» sons la recolle. » Mulimgu cueillil ks grains, qu'il 
» jeta sur la lerro , ou ils crurcnt abondamment. Ma- 
» hoka nc recolta que la paille inutile. — Mulimgu dit 
» a Mahoka : (( Faisons du miel ; cc sera bon poui' les 
)) hommes. » II crea I'abeille; Mahoka fil la gu6pe. — 
» Mulimgu dit a Mahoka : « Faisons un animal qui 
» garde les maisons des pauvres gens sans famille. » II 
» fit le chlcn ; Mahoka fit le cliacal. — Mtdiujgu voyanl 
» alors I'csprit dc contradiction de Mahoka, le chassa 
» do choz lui en le maudissant. » 



(( Dans cc temps-la, Mulimgu parcourait la tcrrc ct 
» visilail les hommes. Un jour, sept hommes, nommes 
» Nasandc , Kumb^nda , Kungumuali , Aimaniai" , 
» Nzovera, Kimbimga, ot Kipcicro, voyageaicnt en ca - 
» ravane (2). Kipeiere mourut subitoment. Tandis 



(i) Ce moi, liicn (iiriniliquant iino individualitc', nsl toujours prc- 
tciite sous la forme du pluriel quand il s'appliqiic ;iu principe ft a 
rautenr du inal. Li-hoka, qui est la forme du sin(julicr, signifio iiii 
demon suhaltcrne, iin ctre malfaisant crce ou inspire par Ic {;eiiic 
supreme du mal Mahoka. Le mot r|ui si;;nific serpent differe peu dr 
ccux-ci : au singulicr, lihibka ; au pluriel, makibka. Ce rapproclic- 
ment peul se faire dans presque toules les l;ui(;ues oslronej^res. 

(2) Voici la signiHcatiou de ces noms : Nasandcy enclumc jA'um- 



( /i35 ) 

» que ses compagnons se desolaient a I'ecart, survicnt 
» un etranger qui, apprenanl la cause de leur cha- 
» grin, leur dit de se consoler; car il sait le secret de 
» rcssusciter les niorts. S'approchant du cadavre , il 
» Ic frotle d'un onguenl , et Kipeiere revient a la vie. 
» Pleins d'adniiralion pour le savanl elranger, les sept 
» voyageurs I'invitent a faire route avec eux ; il y con- 
» sent ; mais il marchc silcncieusement a I'ecart. On 
» traversait un pays aride : la soif va faire perir les 
» voyageurs ; ils diiliberent de quel cote il faut aller 
» chercher une source. Ciiacun a un avis different; ou 
» se dispute , on va en venir aux coups. L'etranger 
» s'approche et leur dil de se baisser : unc fonlaine 
wjaillit a leurs piods. — On continue le voyage. Le 
)) lendemain , nouveau peril : la faim se fait seutir. 
» L'etranger vient encore sauver les voyageurs : il leur 
» niontre au detour du chemin un repas excellent sur 
» lequel les affames se jettent avec avidite. Apres avoir 
» bien bu ot bien mange , les sept compagnons refle- 
» chissent a la puissance de I'honinie qui les accom- 
)) pagne sans se meler a eux. — II va nous r^duire en 
» esclavage , disent-ils ; il faut le tuer ! — Kinbunga 
» sc charge d'execuler le crime. 11 se place Iraitreuse- 
» mcnt derri^re l'etranger, et lui enfonce sa lance 
)) dans le dos. La viclime pousse un soupir, leve les 
» bras et s'envole vers le ciel : c'etait Mulungu. Saisis 
)) d'effroi, les meurlriers se jeltcnl la face contrc torre 
)) et invoquent leur pardon. La voix de Mulungu, qui 
» vibrc comme le lonnerre, apres les avoir terrifies, 

brnda, le |)liisjemic Jes tils, le liciijarnin ile la fatnille; Kiiiinumunli, 
nom il'une liacie odoriferante; Aimanuii", lierbe; A'^r/idi/ciYi, clanieuij ; 
Kinbunga, Ic vent; Kipeiere, iioni d'une des especes de rassades. 



( A3(i ) 

» pardonuo a six d'entre eux : le seplieme, Kiiibiinga, 
» ineurtfrapp^ par la foudre. Son aine devint Ic vent; 
» pour expier son crime , il parcourt la plaine , les 
)) montagnes ct les eaux, c.l nc Irouve jamais do repos. 
» — Depuis ce lemps, les liommes no voienl plus Mu- 
)) liingu parini eux. Mulungu (^coute encore leurs 
» prieres, fail murir Icuis rdcoltes et los protege contre 
» la malice de Malioka; mais il nc se hasnrde plus au 
» milieu de celle race ingrate et perverse. » 



« Les ames des liommes bons {milhn^n; au singulier, 
» mhng/i) vont dans Ic ciul, a I'oricnt, ou est la demeure 
» de Muiiingu. Les ames dos meclianls deviennent des 
» Milioka, ct rcstent sur la terre oii, lantot ils prennent 
» la forme d'animaux laids ou nialfaisants ; tantot, in- 
» visibles , ils soulevent des tourbillons de poussiere, 
» conduisent les nuees de sauterellcs ddvastatrices , 
« ecartent de I'horizon les nuages charges de pluie , 
» entrent dans le corps des fous et des malades , cas- 
» sent les ustensiles de menage , president enfin a lout 
» cc qui est mauvais, laid ou bele. Si une femrae ac- 
» couclie de deux jiimeaux ou d'un enfant contrefait, 
» c'esl un liiioka qui I'a voulu ; si die est toule sa vie 
» slerllc , c'est encore Foeuvrc du malin : Dieu I'avait 
» faite pour (lu'elle consul; Mnlioka lui a ilonne des 
» enlrailles d'liomme. Si votre pied lieurte une pierre 
» ou une racine d'arbrc, c'est (ju'un lilioka s'y est 
» blolti ilessous ; si vous vous ctranglez on mangeant, 
» c'est (|u'uM lilioka se met on travers dans votre 
» gorge. II est dilliclle do so preserver des male/ices 
») des milioka. La stricte observance des couluiues 
» nalionales peul jusqu'a un certain point meltre a 



( A37 ) 
» I'abri des grands niallieurs t'omenles par ces m6- 
)) chants esprits ; mais on est, ijiiol que Ton fasse, lou- 
)) jours expos6 a leurs espiegleries. Les mihokas sont 
» inalheuroux ; ils n'ont d'autre abri que le feuillago 
» agite des arbres , deux excepl»^s: le niiinhoro et le 
» nhekera, qui sont consacres a Muliingu. » 



Le culte des Va-Ngindo parait se reduire a deux 
actes d'invocatlon augurale. 

Le premier, qui s'appelle kneiula kti-v}kirn rnbbpe/iii, 
c'esl-a-dire aller disposer la farine; ou ku-popeira mu- 
liingu, c'est-a-dire, litleralement, enfariner Midungu, 
consiste a broyer avec des pri^caulions partlculieres 
de proprete une certaine quanllte de millet, d'ul^hi , 
ou de rizj a verser la farine qu'on en oblient dans un 
petit panier plat consacr^ a cet usage [kiheneko tsa 
mbbpei], de fagon a ce qu'elle forme un cone aigu, et 
a la deposer Ic soir au pied et a I'orienl d'un mimhoro 
ou d'un nhekera en disant: wMulungu, eh! si vous ne 
voulez pas que j'enlreprenne telle chose, faites-le-moi 
savoir en eparpillanl cette farine, et j'obeirai a voire 
volonle. » Le lendemain, on visile le depot de farine, 
el, d'apres cet examen , on execute le projet qu'on a 
forme ou Ton y renonce. — Cel acte se repete a chaque 
circonstance que le MuNgindo consid^re comme im- 
portante dans sa vie, telle que la chasse a I'clephant 
el au buille , la plantation ct la recolte du millet, de 
I'ulehi et du riz, les voyages lointains, etc. 

Le second acte [uglnibe un iiln, c'est-a-dire I'arak ou 
tafia de la pluie) a pour objot de conjurer I'inlluence 
funeste de Mahoka , lorsqu'clle se manifesle par des 



( /i38 ) 

sechercsses deslruclivcs de la gorinination ot de la 
vegelalion dos grains. Ce sont Ics chefs ct Ics vicillards 
qui rondionnent dans celte ceronionie. lis sc rendenl 
en procession a la riviere voisine en tenant dans leurs 
mains des vases remplis d'arak, et en chantant les pa- 
roles suivantes : 

Miiti-hiim v(jiituse! 
Juoide viiha mucjiindal 

c'est-a-dirc : Vous enlendez que nous pleurons ! Se- 
cheresse, sorlez des campagnes! 

Arrives au bord de la riviere , les chefs et les vicil- 
lards se depouillent de leurs vetemenls , puis ils des- 
cendenl dans I'eau, et y versenl I'arak en criant et en 
chantant jusqu'a ce que la pluie tombc, ce (jiii a lou- 
jours lieu, diseut les Va-Ngindo , si la ceremonie est 
faite conformeraenl aux coutunies antiques. L'ondee 
oblenue , la |)rocession revicnl au luuneau en chan- 
tant surle meme air : 

Tu tiuliio nupiri (juitu! 

c'esl-a-dire : Nous revenons avec noire conlcnlemenl! 



III. 

Gouverncincnt ties tiibus nc'inilu. — l>e Tsinnicne, on c!u;f, ci I'as- 
scniblec puLlique. — Repression des ciinies cl delits. — l.';ulnl- 
teie chez les Va-Ngindi). — \l Aliilltm, on avocal nit'diatenr. — 
Son intervention oonciliante. — Details sni- ie (linido-lulnuMUi on 
vendetta ties Va-iNgindo. 



Les Va-Ngindo sont divis^s en tribus trfes-peu nom- 
breuses, vivant sous I'autoril^ prt^caire de petits chefs 



( /i39 ) 

[tsimuene an khimnene) iiulependaiitslcs unsdes auties, 
et s'alliant raremenl cnlrc eux, par suite d'anciennes 
lioslilites. La forme originairement patriarcale de leur 
gOLiverneinent a perdu presque entieremcnt ce carac- 
tere par I'introduction d'nn element eminemment re- 
pul)licain : la participation de tons les membres de la 
communaut6 a la discussion des projets concus par le 
tsimu^ne. Ce chef est her^ditaire par primogeniture 
dans la ligne ft^minine collalt^rale, c'esl-a-dire qu'il 
succ6de au fri^re de sa mere. Bien que g^ncralement 
respected, sos privilt^ges sont presque nuls, et son pou- 
voir est borne par I'esprit d'independance individuclle 
qui est tr^s-prononce chez ces tribus, el qui les poussc 
souvent a se fraclionner en nouvcUes conimunaules, 
sans liens ct sans force, des qu'il surgit parmi elles un 
germe de meconlentement , soil contre le chef, soil 
cntre parliculiers. 

Le tsimu^ne est charge du jugcment el de la repres- 
sion des crimes ct debts ordinaires ; mais le plus sou- 
vent il reunit pour eel objet une assemblee ou toul le 
monde a le droit de donner son avis. Les peines 
infligees suivant la gravite des cas sont I'amende. les 
coups, la mise aux ceps et la reprimande publique ; 
mais le condamne peut toujours rachcter la peine au 
moyen d'une indemnite envers la partie plaignante. 
Le meurtre est puni de morl, a moins f[ue les proches 
parents de la victime ne prefferent accepter le prix du 
sang , ou envoyer vendre le coupable comme esclave 
surla cote. La femme surprise en flagrant delit d'adul- 
lere est quelquefois mise a mort par son mari ; mais 
generalementcelui-ci se contcnte de la vendre comme 
esclave avec son dernier enfant s'il est encore a la 



( ii/iO ) 
manielle ; son complice n'oluient jamais grace de la 
vie. Les Va-Ngindo considerent radullere coinme le 
plus grave des attentats ; ils le poursuivcnl avec uu 
acharnement ellV^ne , et neaninoins rien n'cst plus 
frequent cliez eux. 

Un personnage r^ellement influent dans la societe 
Dgindo est Vakitara, esp6ce d'avocat m^diateur qui se 
charge d'apalser les querelles j)riv6es ou publiques. 
L'akilaia n'est pas un fonctionnaiie, bien que son in- 
tervention ait loujours une gravite officielle. C'est un 
simple particulier que son experience, son eloquence, 
son caraclere serieux et conciliant recomniandent au- 
pres de ceux qui out des reclamations a exercer. — 
Lorsque I'akitara am^nc une reconciliation enlie les 
deux parlies , elle s'opihc de la manifere suivante , ce 
qui s'appellc deina liii^o/ii (aclloii de couper le cou) : 
I'un des adversaires tient les palles, I'aulre la tete 
d'une poule ; I'akitara , place entro eux, apres avoir 
prononce quelques paroles qui constalent le rappro- 
cliemenl des parties, coupe le cou de la poule ; puis la 
bete, sur-lc-cbamp mise au pot, est servie aux deux 
adversaires dans un repas qui scelle leur raccommo- 
dement. 

Si les elTorts du mediateur ont (ichoue devanl Ten- 
telement des parlies, il se retire, el laisse la vengeance 
de I'olTense s'exercer par le meurtre furlif, soit de son 
ennemi, soit d'un membre de la tribu dont celui-ci fail 
partie , soit enfin d'une personne elrangere a cette 
Iribu, ce qui donne naissancc a d'intcrminablcs re- 
prt^sailles de tribu h. tribu. 

Quelques details sent n^cessaires a I'explicalion dc 
cette singuliei'e cspece dc vendetta [guii((o-luhnlinn), 



( hh\ ) 
guerre furtive a la i'acon cles voleurs) (lonl I'absurdile 
passe toulc croyance. — Je prends coniinc exemplc 
un cas de vol. — Lin hornme onlcvo uii calui dans un 
hamcau voisin. Le proprielaire, apies avoir pris quel- 
ques informations , cnvoic I'akitara deniander au ra- 
visseur : 1° la restitution de I'aniinal vole ; 2° une forte 
indemnity. Si celui-ci refuse de satisfaire a ces de- 
mandes, I'akilara declare la tribu solidaiie du crime, 
et tache d'obtenir d'ellc ce que !c voleur refuse d'ac- 
cordor. L'assembleo publiqiie, r^unie par le tsimuene, 
d^libere alors et se prononce : ou elle force le coupable 
a rendre le cabri el a payer rindemnil6, ou elle livre 
le voleur au vole qui le vend a son profit aux mar- 
chands d'esclaves; on, eniiu, elle refuse absolument 
d'entrer en accommodement, Dans ce dernier cas, le 
vole s'ettorce de lier sa propre famille a sa cause ; s'il 
y reussit, la guerre est declar^e entre les deux tribus, 
et ne cesse qu'apres la dispersion de I'une ou de 
I'autre. Si ToUcnse ne parvient pas a persuader a sa 
famille de prendre fait el cause pour lui, il va roder 
autour du hameau de son ennemi, et se fail justice en 
tuant le voleur ou un de ses parents ; mais le plus sou- 
venl toule la Iribu est sur ses gardes depuis la ddsclara- 
tion faite par I'akitara , et personne ne se laisse sur- 
prendre. Commc il faut ccpendanl que sa vengeance 
s'exerce, I'oCfense, pour n'etre pas la risee de sa tribu, 
se dirige alors furtivement vers un autre liameau, et 
perce de sa fleche le premier babilant qu il rencontre 
a I'ecart; puis, en se relirant, il laisse tomber sur le 
chemin des rameaux et des feuilles qui permettront a 
la famille de I'assassine de suivre les traces du meur- 
trier. « J'ai tue voire frerc , dira cclui-ci a Takitara 
in. M,\i. 2. 30 



{ hill ) 

envoj(i pour demaiidcr reparalion du criine; j'ai lii6 
voire fr^re, parce que celui qui m'avail offense s'e.sl d6- 
loljeania vengeance. Si vous i\\ei ducceur, allezniellro 
a uiort comme il Ic tnerilc celui que j'ai poursuivi en 
vain. » Et il donne al'akitara une pioclic pctur indiquer 
qu'il Taut aplanir le cheuiin (jui conduil au village de 
I'offenseur. La Iribu a laquelle appmlienl la viclimo 
ne se conlenle pas, comme on le jirevoit, dc cetle 
raison syniliolique ; elle exige la t6le du nieurlrier, 
A, ne I'ohlenant pas, clle agit comrae il I'a fait: le 
plus proche parent de I'assassine se charge do pour- 
suivre et de luer soit son ennemi, soil un innocent de 
quclque autre Iribu. Dcs hameaux eloigp.es sc voicnl 
ainsi engage s par le nicurlre inopine dun de lours 
habitants dans une querelle donl ils ignorent souvent 
le prc'XDicr luolil'. — Si i'assassine ne laissc que d(> 
jeunes neveux, leur mere rappelle do toinps en temps 
a I'aind d'cnlre eux qu'il aura un jour a lavor le sang 
de leur oncK-, et c'est un devoir (ju'il accomplil des 
qu'il alleinl I'age de raison. II cherche alors a ren- 
contrer le meurtrier, et si celui-ci dchappe a sa ven- 
geance, il ajoule un nouvel anneau a la cliaine de ces 
crimes ordonnes par une falale coulume, en I'rappani 
une viclime elrang^re au demeld originaire. C'est 
ainsi que loule si;curite est bannie de la icrre des Va- 
Mgindo. Souvenl un grand nombre d'annees sc passe ; 
I'auleur de rotlense premiere a oublie sa faute ; il 
ignore menie qu'une foule d'innocenls Font pay6c de 
leur vie, lorsqu'une fl^ciie decochde par une main 
inconnue vienl I'alleindre a son lour. — I'arl'ois, mais 
cela est rare, grace aux efforts des tsimuene et d'aki- 
lara habilcs, plusieurs tribus decimees par le gondo- 



( /i/i3 ) 

luhiiimu s'unissent pour chalier la tribu a loquellc 
appartient le premier auleur tie ces sanglanles iiosti- 
lites. La paix se conclut alors ; niais la tranquillite 
dont le pays jouit n'est jamais complete ni assur^e. 
La mefiance avec laquelle chaque tribu s'isole de ses 
voisins el Ics observe monire que les ressenliments 
vivent toujours clans les cceurs, et n'attendent qu'une 
occasion pour ^clater de nouveau. 

La vendetta ngindo conserve, dans un grand nombre 
d'autres cas , son caractere primilif d'acte expiatoire 
du sang repandu. Par exemple, lorsqu'un voyageur a 
peri par accident en traversant le territoire d'une tribu 
^trang^re, lorsqu'un homme a 6t^ tu6 en faisant la 
guerre au service d'un tsimuene etranger, ses nevcux 
sonl censes ignorer comment les fails se sont passes ; 
un d'entre eux est lenu de venger leur oncle en luant 
ou le tsimufene ou un membre de la Iribu au milieu 
de laquelle la mort a eu lieu. A d^faut de ceux-ci, il 
devra sacrifier un homme apparlenanl a un? autre 
tribu. 

( La suite a un prochain numero.) 



( hlili ) 



VOYAGES ADTOUR DU MONDE 
NAVIGATELRS RUSSES. 

NOTICE 
FAH M. LE PRINCE EMMANUEL GAIJTZIN, 

CorrespoiiUuiil eli';ingei tie lu SolIuIc du g>:ogrj|>liif (Ij. 



PREMIERE PARTIE (1803-1824). 

KRUSENSTEnN ET MSIANSKY (1803-1806). 

AuU'cfois loules Ics couiniunications cnlre les colo- 
nies russes do I'Ameriquo el la luelropole avaient lieu 
par la voio d'Okliolsk, en traversant la Siberic, ce qui 
enlralnait do grands dclais et dcs diiTicultos sans 
nombrc. Frappo de ces inconv(inicnls, M. dc Krusen- 
stcrn proposa d'approvisionner a I'avenir ces elablis- 
semcnls au nioyen de navires partant du port de 
Kronslwl. Ce projct ayant ete adopt(!i, on decida d'ex- 
pedier celte premiere fois, a litre d'essai, le vaisseau 
Nadejda, sous le commandement de M. de Krusen- 
slern hii-menie, et le vaisseau Neva, sous celui de 
M. Lisiansky. Oulre Ic ravilailloniont des colonies de 
rAni6rique, ces navires devaient transporter le per- 
sonnel dc I'ambassade, qui etail sur le point dc parlir 
pour le Japon, dans le dessein d'y nouer des rappoi'ts 
conimerciaux. 

Le depart des deux balimenls eul lieu deKronslad, Ic 
26 juin 1803. Apres avoir relache ensemble k Copen- 
hague, ils se separ^rent, au sorlir du Callegat, pour 

(i) CeUe notice esl uii abreye du travail sur la iiiatii'iu (|ui a ule 
iiiiblie recemtnent par Ics soiiis de ratniiaule de Sainl-l'etersbour{j. 



( /iZio ) 

nc se rejoiiuli'c (juc pros des coles d'Anglotorre. M. le 
chambellan ResanofT, charge de se rendie an Japon en 
qualile d'ambassadeur, profita dc la rencontre d'lin 
bailment anglais pour gagner dlreclement Londres, oii 
ses instructions I'appclaicnt, tandis que MM. de Kru- 
senstern et Lisiansky franchissaient le Pas-de-Calais, 
el allaient mouiller dans la rade de Falmouth. Le 
26 septembre, M. Rcsanofi" arriva de Londres, et s'em- 
barcjua aussilot siir la Nadejda. Le 8 octobre , on re- 
lacha a Santa-Cruz. Le 25 du meme mois, apros avoir 
pass6 la ligno , les deux l)atiments se rapprocherent 
des cotes de TAmerique meridionale , pour continuer 
ales suivre , dans le but d'en gagner I'exlremlte. Le 
1" ddcembre , ils se trouverenl a la hauteur du cap 
Frio; puis ils all^rent jeler I'ancre pres tie I'ile Sainte- 
Catherine. 

Le cap Horn ful doubk^ sans grandes difficulles, le 
3 Janvier i80Z|. Bienlol apr^s, de violenls coups do 
vent s^par^rent les deux batiments. Le 2/i avril, M. de 
Krusenstern alteignit le port d'Anna-Maria, dans I'ile 
de Nouka-Hiva, oii il ne tarda pas a etre rejoint par 
la Neva. Le commandant s'y livra a un grand nombre 
d'operatlons de relevement, et fit la decouverte d'une 
anse, a laquellc il donna le nom flc bale TchitchagofT. 
De Nouka-Hiva, les doux navircs firent route, do con- 
serve , vers les iles Sandwich. A parlir de ces ilcs, ou 
Ton fit relache, M. Lisiansky se s^para de M, de Kru- 
senstern : le premier fit route directenicnt vers I'ile 
Kadiak (Amerique russe), et le second, vers le Kamt- 
schatka. 

En parlanl dcs iles Sandwich , M. dc Krusenstern 
tint le cap enlre les routes qu'avaient suivies tour a lour 



( lihd ) 

Cook et Clarke. Arnvci au 36° parailole, il eiilrej)rit 
de recherclier Ja pretondue Irrro indiquee a I'csl tlu 
Japon sur d'unciennes carles espagnolcs; niais co lul 
en vain qu'il affronla dans ce bul des brumes epaisses; 
ses reclitrches n'aboulircnl a aucun r^suitat. ArrivOe 
au Kamtschatka , /a Nndejila dul siibir un radoub g6- 
n^ral dans Ic port de Pelropavlovsky. Cclle operation 
achevee , le batiment reprit la incr le 27 ;iout, el se 
dirigea vers le Japon. Des bourrasques continucllos 
Taccompagnerenl jus(|u'au 3 sej)tembre ; le 20 du 
rnfime mois, il essuya une tempele violentc a proxi- 
mity des coles japonaises. On sail d'ailleurs que I'ani- 
bassade ne fut pas accueillie par le gouvernemcnt ja- 
ponais, et qu'apr^s une allenle de cinq inois, force lul 
a M. Pn^sanoff de se rembarquor, pour s'eloigner d6fi- 
nilivemenl des cotes inbospilalieres du Japon. 

M. tie Krusenslern quilta le port de Nangasaki lo 
5 avril, et, traversanl le canal de Coree , il deboucha 
dans la raer du Japon ; son intention 6tait ti'oxplorcr 
ce bassin. Le 28avril, on niit a Tancie sur la cole nord 
de I'ile Malsmai, dans une anse nouvellonient decou- 
vcrle, qui rcQut le noni de bale Rouniiantsofl". Chemin 
faisanl, la position de plusieurs lies avail ete soigneu- 
sement dotermin^e. Plus loin, la Nndejda penetra dans 
le d^troit de La Perousc ; mais de grandes masses do 
glace que Ton rencontra le 15 mai, dans le voisinage 
du cap Patience, forc^rent d'abandonner Ics rcclior- 
ches couimencees , pour faire route vers le Kamt- 
scbalka. Tandis qu'il longeait la clialnc des Kouriles, 
M. tic Krusenslern decouvril, le 18 mai, un gionpe de 
petites lies. Ce no fut pas sans de grandes difliculbis 
et beaucoup de perils qu'il vint a bout de s'ouvrir un 



( hlxi ) 

passage dans I'Ocean. II y parvint cependant, et qualre 
jours a])r^s il mil de nouveau a Tancre dans le port de 
Petropavlovsky. M. Rosanoff y doscendit a terre. Geci 
fail, la Nadcjda remit on uier pour tenter une excur- 
sion a reinboucliure de TAmour ; le 7 juiilel, le bati- 
ment doubla le cap Patience , et s'avanga ensuite vers 
I'embouchure de la riviere. En cc dernier endroit, 
M. Krusenstern eut soin, entre autres choses, de veri- 
fier les observations failes par La Perouse ; apr^s quoi, 
il lui faJlut retourner au Kanitschatka pour la derniere 
fois. 

Le moment de songer a revenir en Europe elail 
arriv6; mais, avanl d'entreprendre une longue naviga- 
tion, il etail necessaire de I'aire au batiment plusieurs 
reparations urgentes. Ceci entraina des delais, de ma- 
niere que le depart ne put avoir lieu que le 23 sep- 
tembre. M. de Krusenstern parlit pour Canton , avec 
Fesp^rance d'y etre rejoinl par la Neva. Le 25 octobre, 
la mousson se fit sentir dans le voisinage du tropique 
du Cancel- , ce qui permit d'avancer rapidemenl : a sa 
laveur, le batiment p^netra dans la mer de la Chine le 
6 novembre, et, deux jours apres , il atterrit a Macao. 
Le 27 du mois, la Neva rejoignit, charg6e de pelle- 
teries. Le depart de Wampoa eut lieu le 29 Janvier. Le£ 
deux navires repasserent I'equateur pour la troisi^me 
fois le 12 fevrier. Le 21, ils entr^rent dans I'ocean In- 
dien, et se dirigerent vers le cap de Bonne-Esp^rance. 
Le 15 mars, ils pass^rent le tropique du Gapricorne. 
Bienlot un coup de vent les separa, ce qui fit que M. de 
Krusenstern arriva seal a SainleHdilfene le 21 avril. N'y 
ayant pas x'encontre la Neva, il renonga a I'atlendre, 
et fit voile vers I'Europe. Le 10 mai, il traversa pour la 



( liliS ) 
qualriemo fois I'equaleur. A jiarlir de cc poinl, nous 
nc sulvrons plus le navigateur dans sa course, et nous 
nous bornerons a dire qu'il effeclua son relour definilif 
dans Ic port de Kronslad le 7 aoill 1806. 

Retournons a M. Lisiansky, qui, comme on I'a vu , 
s'6lait s6pare de M. de Rrusenslern aux iles Sandwich, 
pour se rendre dans TAmerique russe. La iVewi ef- 
fcctua heureusement cette traversec , et rnit a I'ancre, 
le 1" juillet 180/1, dans la rade de Saint-Paul, de I'ile 
de Kadiak. Le commandant du balinient ayant ajipris 
que les Koloches avaient devaste le village de Novuia- 
Arkhanghelsk (Nouvelle-Arkhangel), et que le gouver- 
neur, M. Baranoff, etait assieg6 par eux dans I'ilo de 
Sitka, fit aussitot ses dispositions pour lui porter se- 
cours. Grace a cette cooperation, le fort fut degag^, et 
des otages furent pris parmi les Koloches. L'afTaire 
ainsi reglee, /a l\ei>a retourna a Kadiak, ou le batiment 
fut de rctour le 16 novcmbrc. M. Lisiansky, qui devait 
embarqucr les pcUetcries de la Compagnie, se Irouva 
dans la nc^cessitd de passer Thiver sur place ; il Ic mit 
a profit pour cxecuter un grand nonibre d'operations 
dc rel^venienl. 

La Nei'a quitta lo golfe de Silka le 20 aout 1805, 
pour gagner Canton , y rclrouvcr (si fairo sc pouvait) 
M. de Kt uscnslern , ot puis cflectucr son relour en 
Europe. M. Lisiansky cut soin pendant cette navigation 
de passer par I'endroit ou, en 1 786, lo capitaine Porllak 
avail aper^u des indices de lerre. Toutefois il ne rcn- 
conU-a rien dans I'endroit design^ , ct des venis va- 
riables continuant a conlrariir la marchc du naviro , 
il sc decida aj'airc route vers les Mariannes. Le 3 oc- 
tobrc , le buliaienl touiba sur un rccif dc corail, a 



( hh9 ) 

proximite d'unc tcire basse, a laquolle le comman- 
dant donna son nom. II fallut beaucoup d'efforts pour 
venir a boul de se dtlsgager, a ce point que ce fut seu- 
lement le 7 octobrc que Ton put remetlre a ]a voile. 
L'ile est situee par 26° 2' 48" de latitude nord, et 193» 
42' 30" de longitude a I'ouest de Greenwich (163° 57' 6" 
est de Paris). Quatre jours apres, M. Lisiansky eut la 
bonne fortune de decouvrir une autre terre, bordee de 
r^cifs, a laquelle il donna le nom d'ile Krusenstern : 
celle-ci est situee par 22° 15' nord de latitude, et 175" 
37' de longitude ouest (177° 57' de Paris). 

En se rendant des Mariannes a Formose , /a Nei>a 
essuya un ouragan terrible. Au plus fort de ce tvphon, 
le batiment penchait a un tel point, que la mer en la- 
vait le pont jusqu'au pied des mats. Beaucoup de pel- 
leteries furent avariees pendant cetle lempete, et la 
Neun fut gra'vement endommag^e. Le 16 novemhre, 
M. Lisiansky p^netra dans la mer de la Chine, ou il se 
I'eunit, le 26 du mois, a M. de Krusenstern. 

Nous Savons que, de Canton, /a Nch'a navigua de con- 
serve avec la Nade/da, et qu'un coup de vent les separa 
le 3 avril 1806. A jiartir de ce jour, M. Lisiansky con- 
tinua seul sa navigation, qui n'offrit plus d'incident 
remarquable. Le 20 avril, il doubla le cap de Bonne- 
Esperance, et de la il gagna Portsmouth. La traversee 
de Canlon dans ce port avail ete execulee en cent qua- 
rante-deux jours. Enhn, le 24juillet de I'annee 1806, 
il ramena son navire dans le port de Kronstad. 

Le voyage de circumnavigation de MM. de Kru- 
senstern et Lisiansky a ceci de remarqMal)lo , quo ce 
fut le premier voyage aulour du monde accompli par 
des marins russes. 



( bbO ) 

GAGEMEISTER (1806-1807). 

A peine le vaisseau /a Nei>n etait-il revcnu a Kronstad, 
dc retoiirde la campagno que nous veiions d'csquisscr, 
que I'ordre fut donn^ de Ic motlre en 6tat de reprendrc 
la aicr; M. Gageineisler, lioutonanl do marine, fut do- 
signo pour Ic coininandci. II s'aglssail dc Iransporlcr 
un chargeuient d'oLjels necessaiies aux ctahlissoinL-iils 
russes dc rAnidrique. 

Tous les preparatifs d'arniement olant aclioves ct 
le chargemenl mis a bord , lo navirc mil a la voile le 
20 octobre 1806. II se rendit d'abord a Copenliague, 
oil il avail a prendre clivers apparaux destines aux \nx- 
Uments de la Compagnic. Pour eviter la lencontrc dos 
croiseurs, M. Gagcmeisler cut soin de gouverner do 
maniere a faire le tour des lies Britanniques, sans p6- 
nelrer dans la Manclic. Ensuitc il mil le cap a Test, 
el fit route vers Ic cap de Bonne -Esperanco, qui I'lit 
double sans difliculte. De la il oingla vers la tcrre de 
Van-I)i6mcn ; puis il s'approcba dc I'Auslralie, ct mil 
a I'ancre dans Port-Jackson. CVelail le premier bcUi- 
ment russe qui y faisait a|)parition. 

De Port- Jackson M. Gagcmeisler conlinua sa roule, 
traversa I'^quateur pour la seconde I'ois le 1"' aoill, ct 
mil le ca]i sur I'lle Sitka. Le 13 seplembre, il amenait 
son baliment dans Ic port de Novaia -Arkhangelsk 
( Nouvelle-Arkliaiigel ) , ainsi nomme depuis la recon- 
struction dc Iclablisscment, a la suilc des depredations 
des Koloches. A[)rcs avoir d^barque une parlic dc son 
chargement , le commandant conduisit la iSeva dans 
I'lle de Kadiak. Elle y passa I'liivcr, cl cc ne ful que 
I'annee suivante qu'cllc repril la mcr, pour rcvcnir A 



( 451 ) 

Sitka. Ensuite elle visila les iles Sandwich, etse rendit 
a Pelropavlovski-Porl. Ici se tertnine ce que nous avions 
a (liro tie celte navigation. M. Gagcmeistcr quilla le 
batiment, et parlit, pour rclourner a P^tersbourg par 
terre, cu travcrsant Okhotsk et Irkoutsk. Quant a la 
Aet'rt,elle dcraeura dans Ics niers de rAuaerique russe, 
oil clle continua a naviguer jusqu'enl813. Cette raeme 
annec, la I\ei^a, qui se trouvait alors sous le comman- 
dcment de M. le lieutenant de marine Padouchkine, 
donna, par une erreur d'estime, sur un recif voisin de 
la cote nord-ouest de I'Amerique, sous le 67° parallele, 
oil ce vaisseau se perdit. 

GOLOVNINE (1807-1809). 

A Fopoque oil il s'etait agi d'exp^dier le vaisseau /a 
Neva au Kamtschalka , sous le commandement de 
M. Gagemeisler, on avait juge a propos de lui adjoindre 
un batinient destine a I'escorter. Le sloop de guerre la 
Diane fut dd^sign^ pour ce service, avec mission d'ex6- 
cuter dilTerents relevemenls geographiques dans les 
mers de I'Ami'riquc russo. M. le lieutenant Golovnine, 
officier tres-experimente, recut le commandement du 
sloop. Cependant la Neva, qui avait conserve son ar- 
mcment depuis son retour, put etre prete bien plus lot 
qu'un baliment neuf qu'il s'agissait de disposer con- 
venablemenl pour une lougue caaipagne : il en resulta 
que la Nih>a parlit la premiere, et que la Diane dut se 
preparer a naviguer separement. 

M. Golovnine mil a ia voile de Kronstad le "25 juillet 
1807. Lorsqu'il entra dans le Sund , les Anglais assi6- 
gcaient en ce moment Copenhague. Apres une courte 
relachc, la Diane p6n6tra dans le Kattegat, pour debou- 



( A 52 ) 

clier bientot apies clans la mer d'Allemagnc. Ici le sloop 
cssiiya line rude icmpele; toutefois il sen lira sans 
de graves avaries, ct put arriver a Portsmouth quarantc- 
trois jours apr^s son depart de Russia. DifTerenls objels 
destines au batinient, qui avaient el6 comrnandes a 
Londres, tarderent beaucouj) a arriver, ce qui for(;a 
le commandant de demeurer a Portsmouth pendant 
pr^s de deux mois. Des que ces objels curcnt etc 
erabarques, /« Diane ]e\n I'ancre ; elle fit son entree 
le 1" novembre dans TAllanliquc. D'abord le vent 
favorlsa la marclie du balimciit ; mais au deia du 
AS' paralk'le, ilcessa d'etre favorable. Le 15 novembre, 
le sloop aborda a I'ile Porto-Sanlo ; de la il fit route 
vers I'ilo San-Antonio. Lo 20 novembre, il Iraversa 
I'equateur. Desirants'assurer de I'existence pretendue 
de rile de I'Ascension, M. Golovnine passa lout pr^s 
de I'endroil ou elle dtait reputoe cxister; mais il ne put 
la voir. De ce point, il conlinua sa route vers I'ile 
Sainte-Calliorine, oii il aborda pour se procurer des 
vivres. 

Son ravitaiilement achcve , M. Golovnine quitta I'ile 
le 19 Janvier, et lit voile vers I'extremlte sud de I'Ame- 
riquc. Le 12 fcvrier, il coupa le meridien du cap Horn : 
tout jiisque-la semhlait presager une hcureuse fin a 
son voyage, quand lout a coup des vents violents s'd'lc- 
v6rent. Pendant jilus de quinze jours , il lutta inutile- 
menl conlre cux. S'apercevant endn de I'inutilitti de 
ses elTorls, il pril le parti de modifier son ilin^raire, 
ct, virant de bord, il se porta du cote du cap de Bonnc- 
Esporance. Des lompeles contiiuielies raccompagne- 
rent dans cdle navigation jiisqu'a Tile dc Tristan- 
d'Acunha; plus loin, le temps dcvint moins mauvais. 



( /i53 ) 
II en r^sulta qu'il put atteiiulre le cap le 21 avril ; le 
baliuient y niit a I'ancre dans Sinison-Bay. L'objet que 
se proposait M. Golovnine etalt de se procurer quel- 
ques vivres frais; mais au lieu des secours qu'il esp6- 
rait, ce furent des conlrarietes qu'il rencontra : on lui 
signifia la defense de qiiilter le port jusqu'a ce qu'on 
eut eu le lemps de demander des ordres a son sujet en 
Angleterre. 

Treize mois s'ecoulerenl dans une attente d'autant 
plus cruelle qu'il y avait lueme insuffisance de vivres 
pour I'equipage. M. Golovnine, ayant proteste contre 
la violence qu'on lui faisait , el ne recevant point de 
reponse favorable, prit, en dt^sespoir de cause, le parli 
de tenter de s'echappci- a tout prix. En consequence, 
le 15 mai 1800, au soir, les deux cables qui retenaient 
la Diane furent coup6s , et, favorise par le vent, le 
sloop s'avanga vers I'entree de la baie. II ne fut pas 
poursuivi, et bientot apres I'equipage ayant replace ses 
voiles, qui avaient ete enlevees, il s'avanga dans la di- 
rection du sud. Cctte route continua a elre suivie 
jusquo sous le 40° parallele, ou Ton mil le cap a Test. 
Le 7 juin, la Diane doubla la pointe meridionale de la 
terre de Van-Di6mon. Une lempete furieuse, que le 
batiment essuya bienlot apres, relarda sa niarcbe, et 
fut cause qu'il ne put aborder Tarcliipel des Nouvelles- 
Hebrides que le 25 juin : M, Golovnine y relacha dans 
le port Resolution, de I'ile de Tana. 

Le sloop quilla I'ancrage le 31 du mois, et fit voile 
vers le nord. Le !x aoul, il passa en vue de I'ile Tukopia ; 
puis, apres avoir traverse I'equateur par 191° 30' de 
longitude orienlale de Greenwicb (170' 50' 2Zi"ouest de 
Paris), il continua dans la menie direction jusqu'au 



( 454 ) 
10' degrd de lalilude. De cc point, le commandanl 
mancEuvra de maniore a couper rarchipcl des Caro- 
lines, pour s'avancer ensuile directement vers le Kani- 
Ischalka. La Iraverseo fut lieurcuse ; le 25 septouibro, 
il p6n6trait dans Polropavlovsky-Port, deux ans et doux 
jours apres son depart de Rronslad. 

Pendant I'automne de celle njeme ann^e , M. Go- 
lovnine fit une course a Novaia-Arkhangclsk , pour, 
immediatemcnl aprtjs, rclourncr au Kaintschalka. II 
continua a y sojourner pendant I'annee 1810 lout cn- 
tit;re. Au commcnceinenl de 181 J, d'apres des ordres 
arrives de Saint-P^lersbourg, il parlit de nouveau siir 
/a Diane, pour operer le rci^venient d'une parlie des 
lies Kouriles et Chantar, et de la cole avoisinanlc. 
Tandis qu'il 6lait en train de remplir celle mission 
scientitique, se trouvant dans I'ilc Kounatira , il y fut 
surpris ])ar un parli de Japonais enibusquos, el fait 
prisonnier avec ceux qui I'accompagnaient (1). 

LAZAREFF (1813-1816). 

Le vaisscau le Soiwarqjf (batimcnt de grande di- 
mension , ayant pres de 100 pieds de quille ) ful de- 
signe en 1813 par I'aulorite maritime pour operer le 
transport d'objets de ravitaillcnient aux ^lablissenients 
vusses de I'Amerique. M. le lieutenant do marine 
Lazareir, qui en avail reQu le connnandement, quitta 
la rade de Kronstad le 9 octobre de la meme annee. 
Sans nous arreter a d(^crire le debut de celle naviga- 

(i) Apres eire reste deux ans et deini en captivite, Golovnine put 
enfin retonnier dans sa patiie au mois d'octobre i8i4, pa'" suite d'un 
echanye avec Tequipafje d'un naviie japonais (|ue le capitaine Iticord, 
son second, avail enleve a I'abordage. 



( /|55 ) 
lion, qui n'ollrit aucun incident porliculier, nous, 
nous hornerons a dire que /e 6'o«('«/-o^' alleignit Rio- 
Janeiro le 22 avril 18U. 

M. LazareiTquilta les coles du Bresil le 23 niai, pour 
se dirigcr vers le cap de Boiine-Esperance. f.e 12 juin, 
II passa en vue de I'ile Diego-Alvarez, ct le 20 du 
nieme mois, il coupa le meridien du cap. Arrive dans 
I'Ocean Indien, il s'y niaintinl enlre le l\0^ et le lill" pa- 
rallele. Le 1" aout , il doubla I'exlreuiite sud ouesl 
de la terre de Van-Di^mcn. Douze jours apres, il con- 
duisit son batinienl dans la rade de Port-Jackson. La 
il fallut reparer diflerenles avaries et se pourvoir de 
vivres frais. Ces soins accomplis, /e Soiwarofj remit a 
la voile le 3 septenihre. Le 15 du nienie mois, se 
trouvant par 30° 12' de latitude sud, nos navigateurs 
6prouverent un singulier accident, cjui pendant quel- 
ques secondes repandit I'inquietude a bord : le navire 
avancait sur une mer unie, quand un tressaillement 
subit se fit senlir. (kt incident, qui n'eut pas de suite 
faclieuse , a ete altribu^ au passage par-dessus une 
baleine endormie. Cela est d'autant plus probable, 
qu'on voyait un grand nombre de baleines se jouer 
aulour du bailment. 

Lc 28 seplcmbre, M. Lazareff , qui se trouvait alors 
par 3 3° de latitude sufI et 196" et demi de longitude 
(Idl** 9' 36" est dc Paris), eut la bonne fortune de d^- 
couvrir un groupe d'iles compose de cinq lies de corail 
cnllercment descries. Celle qui s'avance le plus du c6l<^ 
du sud estsitueepar 130° 13' de latitude et 163°31'de 
longitude occidenlale dc Greenwich (165° 51' 24" de 
Paris). Le groupe enlier s'etend du nord-est au sud- 
ouest, et occupe un espace de 9 milles. M. Lazareff leur 



( !ib6 ) 

donna le nom crilcsSouvaioll' ; c'tHait cclni dii baliincnl 
qu'il nionlait. 

L'equaleur fut traversti lo 10 octohre. A parlir de cb I 
inslanl, le niaiuais temps se clcclara, el les rafales sui- 
virent nos navigaleurs juscju'a leur arrivee a Novaia- 
Arkliangolbk, le 18 novembre. 

Pendanl le corns de Tanuee J815, M. Lazarell vistla 
tour a tour les iles Saint-Paul et Saint-Georges dans la 
mer de Beering. De retour a Sitka , il dul songer a 
operer son retour en Russie. Ln chargenienl do pelle- 
teries apparienant a la Gonijiagnie Amerieaine fut mis 
a Lord du SoiwaroJJ', ainsi que difltlircnts objcls dcs- 
liii^s a etre iransportes a Lima. Ces preparatifs achc- 
v6s, M. La/arert" quilla TAmerique vusse le 23 juillel 
1816, et lit vuilc pour la Californie. Ajires avoir em- 
barque des vivres a San-Francisco, il leva rancre, et 
mil le cap au sud pour longer les coles am6ricainos. 
Cbemin faisant , il determina la situation des iles 
Sainle-Berlhe et Sokora. Le 23 seplembre , il relacba 
dans I'lle des Cocos pour y regler la marchc de ses 
chronom6tres. Arrive pr^s des coles de la Colombie , 
il descendit de nouveau a terre , et passa quatre jours 
dans le village espagnol de Santa-Rosa , qui est situ6 
tout pres de I'^quateiu'. Le n octobre, le Soiwaroff 
penetra dans I'liemispbere autral, oil bicnlot apres le 
vent du sud se mil a souffler, ce qui contraria sa 
marclie. Ce ne ful qu'apr^s avoir lenu le cap au sud- 
ouest pendant un mois, el que le vent eut change, que 
M. Lazareir put gouverner a Test. Le 25 novembre , il 
rait a I'ancre a Callao, qui, comme on sail, serl de port 
A la ville de Lima. 

Des affaires a regler pour le compte de la Compagnie 



( /l57 ) 
Am^ricaine retinrenl le balimenl a Lima jusqu'a la 
mi-fevrier tie I'ann^e suivante. M. LazarefT mil ce de- 
lai a profit pour opirer plusicuis relevemeiils , et il 
detei'mina entre autres la latitude de Gallao au moyen 
d'un grand iionibre de dislances lunaires; celte lati- 
tude est, suivant lui, de 77° 5' 15" a I'ouest. Avant de 
quitter Lima, le SouvarofJ vQcnl plusieurs objets d'an- 
tiquites dont le vice-roi dt^sirait iaire liommage a la 
cour imperiale. 

En s'en retournant, M. LazarefT eul a lutler conlre 
de terribles ouragans dans les parages du cap Horn. 
Plus tard , il alia relacher pr6s des coles du Br^sil, 
dans I'ile Fernando del Norte. 11 traversa I'equateur le 
27 avril, ct alteignit Portsmouth le 6 join suivant. Trois 
semaines de repos y furent accord^es a I'equipage; 
aprts quoi le baliment reprit la mer, pour gagner 
Kronstad, ou leSoia'aroffhxi de retourle 25juilletl816. 
(Lrt suite a lui prochain nuniero.) 



LETTRE DU DOGTEUR KRAPF 

REVEREND C. W. ISENBERG, A BOMBAY, 

SUR l'afrique oriektale, 

PUBLIEE DANS LE 

BOMBAY CHURCH MIHSIONARV RECORD, 

nil MOIS DE DElF.MBRE I 85 1, 

TKADUIT DE L'ANGLAIS 

PAR M. DE LA ROQUETTE. 



I' habb;ii-Mpia, i*"' octobre i85i. 

)) Par la misericorde de Dieu, il m'est pcrmis de vous 
adresser ces lignes quelques jours apres Uion relour 

III. UAI. 3. 31 



( /i58 ) 

d'un voyage aussi dangercux que penible clans ITikam- 
hani... Aprils la inort inatlcndue de noire cher frere 
Pfefferle , je me demandai si je no devais pas me 
rendre de suite dans I'Usambara , ou, comme cela 
avail He originairoment le d^sir du comile , dans 
I'Lkanibani , pour y etablir une station provisoire. Je 
nae determinai a prendre ce dernier parti , qui me 
parul plus conforrac aux instructions iram^diates de 
notre comite, ct quittai en consequence Rabbai-Mpia 
aussitot apr^s la saison des pluies. J'aurais pris volou- 
tiers avec moi I'un de nos ouvriers, mais aucun d'cux 
n'etait assez bien portant pour supporter les fatigues 
du voyage. C'est pourquoi je fus oblige de me mettre 
en route sans compagnon, commn jc I'avais dcja fait 
lors de mon autre expedition dansTAfrique orienlale. » 

Le docteur Krapt" raconte ici comment il a Hi atta- 
que une premiere lois par des voleurs pres de la ri- 
viere Tzavo, et continue en ces termes : 

« Nous n'^tions pas encore sorlis de la forfel que le 
cri : « Les Aendi ! les Aendi ! » vinl de nouveau frappcr 
nos oreilies ; mais c'etait une i'ausse alcrte : les Wa- 
kambas reconnurent bientot qu'elle avail Hi causae 
par I'approcbe de la grande caravane Wakaniba, que 
les honimes du Ririama et du Toruma altcndaient 
dans le Maungu. Nous recommenQames la fusillade 
tant bien que nial; mais trois de ces AVakambas ac- 
coururent a Iravers la forfil en criant : « iNous ne 
sommes pas mendas (ennemis), mais Wakainbas et 
amis 1 » Nous fitmes Irop beureux de pouvoir arreter 
notre miserable fusillade, et accueillimes ces bommes 
amicalement. La caravane se dirigeait vers la cote de 
Mombas, ou ellc portait trois ou qualre cents dents 



( 459 ) 

d'c^l^phants. La Providence nous avail done preserves 
encore une fois dun grand danger. Nous alleignimes 
bientot apres les bords du Tzavo , dont les eaux fral- 
ches ^taient une heureuse rencontre pour des voya- 
geurs alteres comme nous. C'^lait, depuis deux jours 
que nous avions quitle le Woi, la premiere riviere qui 
se trouvat sur notre route. Le Tzavo sort du lac de ce 
nom, que Ton dit situe au pied du mont Kilimanjaro. 
Je cherchai a tirer de nos Wakambas quelques rensei- 
gnements utiles ; je leur demandai, entre autres choses, 
ce qu'ils savaient des Wabilikimo ou nains, que Ton 
dil habiler le centre de FAtrique. Ln Mkaniba m'as- 
sura qu'ayant beaucoup voyag6 dans sa jeunesse a une 
grande uibtance au nord-est de I'Lkambani, il y avait 
vu beaucoup de nains au dos voute, dont les janibes 
6taient comparativement longues et le buste court. 
Les Wakaaibas ne comprenaient pas leur langage. 
Afin de s'attirer I'amiti^ de ces nains, ils leur don- 
naient des anneaux de cuivre. Pour chacun de ces 
anneaux , les nains leur remeltaient un sac de cuir 
rempli de uiiel. Le teriitoire qu'ils habitent est plus 
eloign^ de I'Llkambani que ce dernier pays ne Test de 
Mombas. J'avais beaucoup entendu parler autrefois 
de gens qui avaient des queues. Le Mkamba lue dit 
qu'il y avait du vrai dans cette assertion; car il existait, 
a i'ouesl du Jagga, des tribus qui porlaient des queues 
de vacbes comme oi'nement. » 

Le paragrajibe suivant traite du s6jour que le doc- 
leur Rrapt" lit dans le liameau de Rivoi, en attendant 
ce cbef, qui devait raccompagner jusqu'a la Dana. 

« Danslamaison de Kivoi, je lislacoiinaissance d'un 
marcband de I'Dembu, pays diloign^ de la riviere Dana 



( h&O ) 

de deuxjournt^cs vers le nord. Get homme avail beau- 
coup voyage , ct etail par consequent en 6lal do mc 
donner des renseignemenls precieux. II aic dit que le 
Ndurkenia ou Kirenia, conime I'appcllent les Wakua- 
fis et les habitants de I'lJembu, 6tait a cinq jo urnees 
de niarche de ce dernier pays. Quant a la substance 
blanche (neige) qui se trouve au soramel de la mon- 
lagne , on lui donnait le noui de kirira dans la langue 
kikuafi. A partir de la Ndurkenia, les eaux coulent dans 
un lac sitae au nord-est de la montagnc neigeuse de 
Kenia. C'est de ce lac que sortenl la Dana, le Tumbiri 
et le Nsaraddi (1). La derniere de ces rivieres se dirige 
au nord-est, et se jette dans un autre lac beaiicoup 
plus grand appel6 Baringo. Ce lac, suivant men infor- 
mateur, n'avait point de fui, et on pouvail y naviguer 
pendant cent jours sans voir son exlremil6, et de I'une 
des rives il etalt tout aussi impossible de distinguer la 
rive opposee. La riviere Tumbiri, medit-il, traverse 
le pnys des Wakuafis de Kibia, pour se rendre a la mer. 
Celle riviere doit etre idenlique, soit avec I'Osi, soit 
avec le Jub (2). Cos details ne laissent aucun doule sur 
les sources du INil; elles se trouvent dans le lac du 
Ndurkenia, ou de la montagnc Blanche, qui alimente 
par consequent les plus grands cours d'eau de 1' Afriquc 
orientale, la Dana, le Jub et le Nil (3). 

» Apres avoir passe quelques jours avec Kivoi, je le 



(i) Un lac a trois deversoirs seniii un Lien rare phenonienc. 

A. d'A. 
(2) On iclenlitie en general le .Tub avec le VVebi-Ganana des gonial. 

A. d'A. 
(3j Si le lac Haringo est si grand, il doit lurnn'r un hassin ;i part 
tout a fait distinct ct du Nil ct du Jub, A. n'A. 



( Zit5l ) 
priai dc m'accompagner jusqu'a la Dana, piiisqu'il 
avait le projet de s'y rendre avec quejques lial)itaiils 
de rUembu et du Mbe , aiiisi que sos chasseurs d'ele- 
phants. II ine le promit; mais il s'ecoula un mois en- 
tier avant que je pusse mc rnettve en route. Je mis ce 
temps a profit, el prechai I'fivangile a un grand nombre 
de Wakambas qui vinrent mc voir, et a quinze hommes 
qui arriverent du Mbe en caravane, et que les sujets dn 
Kivoi massacrerent bientot apres, ainsi quo vous lo 
verrez bientot. Notre depart pour la Dana fut enfin 
decide. Kivoi quitta sa muzi, ou ville, avec vingt-six 
hommes environ , auxquels s'cn joignirent cnsuite 
vingt-cinq aiitres. Au bout de quatre heures , nous at- 
teignimes les limitos du territoire habile. Les Wa- 
kambas de Kitui s'etendcnt jusqu'au mont Kidimul , 
que je gravis ; il a environ 1 200 pieds de haul, et de 
son sommel je pouvais voir presque tout le territoire 
d'Ukambani ; en sorte que je connais niaintenant 
beaucoup mieux qu'autrefois la residence de chacune 
des tribus Wakambas. Une carte exacte, que je join- 
drai a mon journal, le montrera. Nous nous enga- 
geames cnsuite dans un veritable desert, qui avait ete 
habile jadis par les sauvages Wakuafis , et dont ils 
furent chasses, d'abord par les Wakambas, et ensuito 
par les Masals. Lc quatrieme jour apres notre depart 
du mont Kidiinui, nous atteignimos la Dana. A Test, 
s'etendaient devant nous les montagnes du Mb6 et dc 
rUembu; a I'ouest , nous ddscouvrions les cimes ele- 
v6es des monts Kikuyu, dont le Ndurkenia est le point 
le plus eleve et le plus lointain ; mais cclte dcrniere 
montagne etant couronnee de nuages, il me fut impos- 
sible de la voir on ce moment d'lme maniere dislincte. 



( A62 ) 

Nous venions a peine cle suivre h c6t6 cle la Dana, pen- 
dant I'espace do /i milles environ, iine plaino fertile, 
que nous vimes soudaincnieut un grand nombre 
d'liommes venant de diflerents coles el se dirigeant sur 
nous. Kivoi s'ccria aussitot que c'etaient des voleurs, ct 
nie pria de tirer un coup do I'usil ; lui-inenie, donnant 
I'exemple, dechargea Ic sien sans plus larder. II clait du 
pelit nombre des Wakambas qui |)oss6daienl un tusil ; 
celui qu'il portail lui avail ele donne par le gouverneur 
du Mouibas. Lc bruit du fusil nc parut pas faire une 
grande impression sur cos voleurs ; car ils ne lardferenl 
pas a se rapprocher tout a fail de nous. Kivoi donna 
ordre a ses gens de se former en bataiile, taiulis qu'il 
se pla(;^ait lul-mfime enlre eux et I'ennemi , alin de 
tenter une conciliation. Ti'ois hommes s'elanl delaclies 
des rangs des voleurs pour se rapprocher encore de 
nous, Kivoi leur adrcssa la parole; il leur apprit qu'il 
etait le cel6brc Kavori (Kivoi), etc. A ce nom , les 
voleurs parurent saisis de crainle ; car Kivoi ^tait 
connu au loin comme un raagicien dont la puissance 
allait jusqu'a faire pleuvoir lorsqu'il le voulait. Ils 
6taient du Kikuju ct du Mbd , et la fumee de I'herbe 
que Kivoi avail fait brQler pendant lout noire voyage, 
selon son habitude, avail attire leur attention. A ce 
signe, ils avaient reconnu que des Wakambas ajipro- 
chaient. Apr^s une longue conversation , pendant la- 
quelle ils examin^rent atlentivement nos bagages, ces 
Irois homuies rejoignircnt leurs compagnons. Nous 
nous mimes en marchc, et ils nous suivirent. Au mo- 
ment oil nous enliumes dans la forfit , qui s'elend 
jusqu'a la riviere, cinq d'enlre eux environ coururent 
se placer a la tfite de noire caravane, afin de nous in- 



( Zi63 ) 

diquer le chemin qu'il fallait suivre pour gagner la 
riviere. Mais, quelques instants apres, ils retourn^rent 
subileinent sur leurs pas, pouss6rent un grand cri , et 
commenc^rent a nous lancer leurs fleches empoison- 
n6es. J'^lais en avant avec le gi'os des Uembus, tandis 
que Kivoi et rhomme qui portait mon lit et mes autres 
effels marchaient parderriere. Les voleurs ^taient en- 
viron cent trente, et notre petite troupe comptait cin- 
quante hommes tout au plus. Les assaillants entou- 
rerent Kivoi, et se mirent a tirer leurs filches conlre 
les "Wakambas. Aussitot que ceux d'entre les Wakam- 
bas qui etalent avec moi en avant s'apercurent du 
danger, ils jeterent leurs charges , et prirent la fuite ; 
je restai seul , et les filches tonibaient de tous cotes 
autour de moi. J'imitai bienlot mes compagnons les 
Wakambas et les Uembus , el me jetai a leur suite 
dans le fourre. Mais, tout en courant, je rencontrai un 
foss6 un peu large et tres-profond ; m'^lant elanc6 
pour le franchir, je manquai le bord oppose, et lombai 
au fond. Je me fis mal aux reins, et la crosse de mon 
fusil a deux coups fut bris^e dans cette chute ; mais 
aussi j'echappai par la aux regards do I'ennemi. 
Lorsque je sortis du fosse , il me fut impossible de 
decouvrir un seul de nos hommes; ils s'^taient refu- 
gies dans les bois environnants. Mais, en avan^ant, 
j'atteignis un point de la foret qui etait moins garni 
d'arbres, et vis, a envii'on trois cents pas de distance, 
un certain nombre d'individus dans lesquels je crus 
reconnaltre nos fuyards. Je les examinai avec mon 
telescope, et, a mon grand elTroi, j 'acquis bientot la 
conviction que c'^taient les ennemis qui s'eloignaient, 
emporlant en triomphe le bulin sur leur dos. Je me 



( IM ) 

halai aussilot de rentrcr dans la forcl; mais j'y fis 
la rencontre; de deux gros rhinoceros, animaux Ires- 
nombrcux pr^s de la Dana ct dans le desert que nous 
avions traverse. A peine avais-je fait qiielques pas pour 
les eviler, qu'ils disparurcnt dans la foret. Apres avoir 
erre quclque leinps soul an hasard , je m'assis au pied 
d'un arbre , et me mis a reflechir sur ce que j'avais a 
faire dans celte triste circonstance... J'avais besoin de 
prendre un peu de nourriture et j'etais Ires altere ; car 
nous n'avions ni bu ni mange depuis le milieu du jour 
precedent; I'eau etant venue ci raanquer, nous n'avions 
d'espoir que dans notre prompte arrivec a la riviere 
Dana. Quant a moi , je r^solus de ne point retourncr 
sur mes pas avant d'avoir vu celte riviere et goiitc do 
ses eaux. Mais cette resolution, je dois le dire, me fut 
plulot inspiree par unc soif ardenio que par une cu- 
riosile scientifiquc. Quant a la nourriture, je n'avais 
absolument rlen sur moi; carmon domcslique portait 
loutes mes affaires, ct je I'nvais complelement perdu 
de vue au milieu do la bagarre et pendant ma fuitc. 
En consequence, je me recommandai a Dieu..., et me 
mis a courir de mon micux dans la direction de la 
Dana. Je distinguai enlin la surface de ses eaux a tra- 
vers les buissons. Arrive au bord do la riviire, je pris 
r^tui de mon telescope , et m'cn servis pour 6tancher 
la soif qui me devorait. L'eau de la Dana etait aussi 
froide que oelle de la Tzavo, a laquelle clle resscm- 
blait. Apr^s avoir sulFisamment bu , je romplis d'eau 
les deux canons de mon fusil , el les bonc:hai de mon 
mieux; je consacrai au meme usage I'^lui de mon 
telescope , ct j'aurais pu en faire autanl de ma poire 
a poudre, mais jc n'y songcai pas. J'examinai celte 



( h(3b ) 

riviere, que je desirais voir clepuis si longtcmps; elle 
pouvait avoir en cet endroit 150 yards do large, et 6 
a 7 pieds de profondeur. 11 pleuvait prdcisement en 
ce momenl sur le Ndurkenia. II y a, dit-on, ordi- 
nairement assez d'eau dans la Dana pour qu'une per- 
sonne adulte en ait jusqu'au cou. Je remarquai dans 
cette riviere de grands rochers , lesquels , s'ils 6taient 
reunis par de longucs poutres, pourraient aisement 
servir de pont ; ils etaient assez ^loignes I'un de I'autre 
pour donner passage a une barque. Le courant paralt 
assez rapide ; il ne Test cependant pas, et I'eau coule 
sans aucun bruit. Les deux rives elevees de la riviere 
sont garnies de grands arbres sauvages. Justement en 
face de moi, je distinguai une haute montagne situee 
dans le Mbe ou Mberrc. Je ne vis point d'habitants. Au 
reste, j'aux'ais ete fort peu satisfait d'en rencontrer; 
car les voleurs Etaient, a ce que m'avait dit Kivol, du 
Mbe meme. Aussi me parut-il prudent de me cacher 
dans les buissons, et d'attendre, pour me remettre en 
route, quo lo soleil fut couch^. Lorsque la nuit fut 
venue, je partis sans savoir au juste le cherain que je 
devais prendre. La nuit otait tres-sombro , ct j'enten- 
dais de tons cotes los ci'is effrayants dcs betes fauves. 
Dans cette situation, je pensai a Mungo-Park, qui avail 
et6 expose aux memos dangers dans I'Afrique occidon- 
tale ; mais il avail son cheval , tandis quo moi , depuis 
cent quatre-vingls heures que nous avions quilt(^ Uab- 
bai , je n'avais pas cessc do cheminer a pied. Jo me 
remis en route aussi bien que je pus, en foulant des 
branches lonibdes et des pierres , quoique cependant 
il m'arrivut plus d'uno fois, en traversant une herbc 
haute el toulTue, qui m'empechait d'avanccr, d'etre 



( 466 ) 

tellement accabl6 de fatigue et inond6 de sueur, que je 
fus sur le point de me laisser lomber a terra. Mais je 
compris que rimmobilite n'atn^liorerait pas ma posi- 
tion, etqu'il fallail aller en avant. Je continual done k 
marcher; mais la faim et la soif, qui me lourmen- 
laient, ^taient devenues inlolerables. L'eau fillrail a 
travors la boile de mon telescope, ct les ronces et les 
buissons que j'accrochais en passant enlevaient parfois 
les bouchons qui fermaient les canons de mon fusil ; 
en sorte que l'eau qu'ils contenaient se perdait peu a 
peu. Cependant, vers minuit, il en restait encore assez 
pour m'en humecter la languo , quoique la poudre 
lui donnat une saveur d6sagr6able. A ce moment, 
j'arrivai ainsi au pied d'une montagne que je connais- 
sais, et qui servit a m'orienler. fipuis^ de fatigue, je 
m'(^tendis par lerre, et m'endormis, bien que j'enten- 
disse de tous c6t6s les rugissements dcs liyenes. Lors- 
que je m'^veillai, j'apergus a ma gauche une monlagnc 
envelopp^e de flammes. Get incendie provenait sans 
doute des feux que Kivoi avait fail allumer sur son 
passage, Je me dirigeai de ce cote , et me Irouvai 
bientot dans la bonne route ; mais il me fut impossible 
de marcher plus longtemps, et je- m'6tendis de nouveau 
sur le sol, tout a fait epuise. Pour me garantir du vent 
du sud qui soufilail par moments, el qui 6tail tr^s-vif, 
je ramassai une grande quanlite d'herbes, et m'en 
^tanl couvert, je m'endormis au pied d'un arbre. En 
me r^veillant, je voulus apaiser la faitn et la soif qui 
me lourmenlaionl, et cherchai des racines; mais ce 
fut en vain. Lorsque le jour parut, je renconlrai 
dans la foret quatre rhinoceros ; ils prirent la fuite k 
mon approche. Je continual a marcher au milieu des 



( 467) 

jungles (1), et ne m'aventurai pas a prendre la plains, 
dans la crainte d'y rencontrer les voleurs. Vers le mi- 
lieu du jour, etant ddvore de soif , j'entrai dans le lit 
sablonneux d'une inviere ; mais elle 6tait maintenant 
a sec, Bientot apr^s, j'entendis les cris que poussaient 
des singes ; je me dirigeai de ce c6t6, pensant y trouver 
de I'eau , et je ne me trompais pas; j'en decouvris 
dans un creux au milieu du lit de la riviere. Je calmai 
nia soif, lout en remercianl le Seigneur d'avoir eu pitie 
de moi. Pour avoir une plus grande provision d'eau, 
j'en remplis ma poire k poudre, dont je vidai le contenu 
dans mon mouchoir. Mais comment apaiser ma faim ? 
J'essayai de manger de la poudre et des pousses d'un 
arbre que je ne connaissais pas; mais cet aliment ne 
tarda pas a me causer de vives douleurs d'cstomac. 
Je gravis alors une montagne, et y trouvai un parent 
de Kivoi, qui avail aussi pris la fuite avec sa femme. II 
me donna environ 2 onces de viande el autanl de 
cassada. Celle nourrilure devait me suflire jusqu'au 
moment ou nous aurions gagn6 la partie habitue de 
rUkambani. Je ne m'elais pas allendu a ceci. Je mar- 
chai maintenant nuit et jour dans la compagnie du 
Mkamba , souffrant de la faim , de la soif, el du froid , 
jusqu'au premier village Rikaml^a, qui s'offrit a nous; 
il appartenait a un jiarent de Kivoi. J'y appris que 
mon domestiqiie, un Mnika, et beaucoup de Wakam- 
bas, etaient de relour, mais que Kivoi el un grand 
nombre d'aulres Wakambas avaient peri. Aussilot que 
la nouvelle de la mort de Kivoi se fut repandue dans 

(i) Ce mot indien est employt; par les Ancjlais pour designer un 
endioit desert einpeire par les buissons et par toute la riche vege- 
tation des tropiques. A. d'A. 



f /ltt8 ) 

son village, les inarchands du iMbc, dont j'ai parle plus 
haul, furenl massacres par sa famille. II inc fiit rap- 
porte que cellc-ci me deslinait le inemc sort, puree 
que jo n'avais pas peri avec Kivoi. » 

Dans le passage suivant, le docteur Krapl" parie dcs 
Wakambas, et presente quelques observations sur lour 
caractcrc. 

« Kivoi avail cxprinid I'intention de se rendre sur la 
cote Tannic suivante, et il avail jM'omis a cette occa- 
sion de prendre avec lui (piinze Suaheli, qu'il desti- 
nail a lu'v batir une inaison, ear jc dcvais vivre aupr^s 
de lui, ct non a Yata. Mais ses parents, bien loin de 
tenir coinptc de cette promesse , nic l^nioignerent 
une grande indifference. lis ne me I'ournirent mCme 
pas de vivres en quantite suffisante, et me prierent de 
leur donner le pen d'effets qu'on ni'avait laisses... 

» Les Wanikas sont un pcu moins desordonnds dans 
leurs habitudes que les Wakambas, que j'ai appris 
sufiisamment a connailre maintenanU lis sont adonnes 
a I'ivrognerio, vindicatifs, Irfes-irascibles, terriblement 
sensuels, ct, en outre, voleurs, traitres , menteurs 
6hontes el pusillanimes. A Yata , les anciens furent 
obliges de d^lendre par une loi, aux hommos ivres , 
de venir me rendre visile, sous peine de se voir saisir 
une chevrc. (Le docteur Krapf donne ici sur leur im- 
moralild dcs details que nous croyons devoir suppri- 

mer.) En un mot, leur depravalion est deplorable 

Lorsque jc pris cong6 des anciens, ils se remplircnt la 
bouche d'eau et ni'en aspergerent; puis ils me sou- 
haiterent loules les jiros|ieriles possiijles, et expritno- 
rent le desir d'obtenir bientol ile la pluie. Je vous prie 
de croirc que si ma mission n'a point eu de succds. 



{ liQ9 ) 

ce n'est point a cause de la nation wakamba , qui 
aurait au conlraire voulu me retonir, mais qu'elle 
manqua a cause des gens que j'avais avec moi. Je 
connais maintenant les precautions qu'il faudrait 
prendre : il conviendrait d'envoyer quelques Suahelis 
et Wanikas pour construire une liabilation conve- 
nable , car il est impossilde de loger dans une hutte 

wakamba, et aussi de vivre en plein air Je con- 

seillerais aussi a un missionnaire d'amener avec lui 
une famille de Kinikas (1) pour le servir, afin de ne 
point d^pendre des Wakambas. 

» De Yata , nous nous rendinies a Rikumbuliu , ou 
nous achetames des provisions pour la route et des 
calebasses pour porter de I'eau. Cela fait, nous par- 
limes, et, afin d'eviler les voleurs Aendis, nous nous 
dirigeames a travers les forels les plus epaisses du pays 
des Galla. A Rabbai-Mpia, que nous atleignimes aprfes 
avoir marche pendant cinq fortes journ^es depuis notre 
depart de Rikumbuliu, on avail annonce noire raorl. 
Nous eumes h endurer, pendanl notre longue excur- 
sion, la faim el la soif; et au lerme de mon voyage, je 
souffrais tellemenl des pieds, qu'il m'aurait et6 impos- 
sible de marcber plus longtcmps. Nos dignes freres de 
Rabbai se joignirent a moi, et nous rendimes lous 
grace au Seigneur, qui ne m'avait point abandonne 
pendant cette exploration, qui avail dure pres de trois 
mois. 

» Quant a mes travaux et voyages projet»is, voici 
quelles sont mes intentions : Je resterai a Rabbai-Mpia 
jusqu'au retour de M. Rebmann. Nous nous consulte- 

(i) L'orij',in;il angliiis porte Kinikas. Ne serait-ce pas Wanikas qxxil 
faudrait? D. L. R. 



( 470 ) 
rons ensuite sur le projet d'ctablir a Kadiaro une nou- 
velle slalion. Kadiaro n'est quh trois ou qualre jours 
de inarche d'ici, et il esl silue sur la route qui conduil 
dans I'Lsambara, le Jagga et I'Lkauibani. Ce dernier 
pays me parail elre trop eloigne, et le chemin qu'il 
Taut suivre pour y arriver esl trop dangereux ; je crois 
done qu'il faut renoncer pour le moment a y fonder 
une mission. II conviendrait aussi d'envoyer ici de 
nouveaux I'reres, donl deux pour I'Lkambani ; lorsque, 
apres avoir v6cu un an environ au milieu des Wakauibas 
du littoral, ils en connaitront a fond les mceurs et la 
langue, on-j^ourra les envoyer chez les Wakambas de 
I'int^rieur. II nous faut necessairement posseder pour 
base d'opdralion Teita avant de nous rendre dans 
rUsambara ou dans le Jagga. » 






( /471 ) 

itiialyses, Kx trails d'ouvrages, 
Melanges, etc. 



LE OUADAY. 

RAPPORT SUR LE VOYAGE 

DU 

CHKYKH MOHAWMED-IBN-OMAR EL-TOUNSY (1), 

PAK 

M. R. THOMASSY. 



Les questions de geographie africaine ont acquis 
depuis un demi-siecle le privilege de susciter les plus 
indoraptables curiosit^s, de provoquer tous les genres 
de d^vouemenl. Le continent, oh elles signalent lant 
de lacunes a remplir, est le plus voisin de I'Europe, 
foyer de la civilisation chrt^tienne; et il est, au nord, 
baign^ par notre Mediterranee, rendez-vous des plus 
grands int^rets du monde. C'est ce qui explique Tim- 
portance et le noinbre des travaux sur I'Afrique sep- 
tenlrionale et 1 'insatiable desir d'en connaitre tous les 
abords, d'en franchir les barrieres redoutees, d'en 
p^petrer les regions mysterieuses. De la aussi tant de 
martyrs de la science, jaloux de leguer lours itin6- 

(i) Vojage au Ouaday, par le cheykh Mohamraed-Ibn-Omar el- 
Tounsy, traduit par le docteur Perron et publie par M. Jomard; ou- 
vra{;e precede d'une preface de ce dernier, et accompagne de cartes 
et de planches. 

A Paris, chez Artlms-Bertrand, libraire de la Societe de geogra* 
phie, rue Hautefeuille, 5i. — Duprat, lihraire de I'lnstitut, etc. 



( 'l^'i ) 

raires etleurs decouvorlos, meme Ics plus incompletes, 
a ceux qui plus heuroux les suiviont dans la in6ine 
cai'riere, et pourionl un jour profiler d'uno experience 
pay^e si cher. 

Pour avanccr la carte gen6ralc de i'Afrique, ou les 
voyageurs de I'Europe n'ont encore fixe que des points 
isol^s, trace que des lignes ^parses, nous pouvons en- 
core nous aider des voyageurs indigenes. Ceux-ci nia- 
ncEuvrent, en eCfet, sur leur propre terrain, et, en 
depit de leurs pr^juges, ils peuvent y recueillir des 
notions prccieuses , indispensables uienie pour nos 
travaux. C'esl a ce point de vue que les Arabes de- 
vienncnt d'iinporlauts auxiliaires, tout en restant nos 
constants rivaux d'iulluence coiumcrciale , ol, en re- 
ligion, nos irreconciliables contradicteurs. Mais si de 
la contradiction jaillil la kunierc , n'csl-co pas de la 
coniparaison (:es recits clirdliens et musuhnans que 
doivent aussi jaillir a Leaucoup d'egards les plus vives 
claries .ur les questions alricaines? 

Goncentrer ces claries, les metlre a la porlec de 
tous: tel estmainlonantie service que viennentde nous 
rendre M. le doclcur Perron et M. Joniard, en publiant 
le Voyage au Ouaday du cheykh Mohan] ined-lbn- 
Omar el-Tounsy, I'auleur deja connu du Voyage au 
Uaijbuv. 

Ce precedent ou^rage, Iraduit aussi par M. Perron et 
public' par M. J oiuiard, que la France s'honore de Irouver 
en tele de toules les reclierchcs sur lAlrique, est Irop 
bien apprecie des g^ograplies pour en laire ici I'elogo 
a propos du Voyage an (Juaddy, W'oublions pas loulo- 
I016 la liaison logique de ces deux publications, la 
premiere n'etunl que rinliocluclioii dc la secouJe, 



( hn ) 

comme celle-ci le sera des futures investigations dans 
le Soudan oriental, dont le Ouaday et le DaiTour for- 
ment la portion influente et directricc. 

Dans rensemble do I'Afrique septenlrionaio, quelle 
est maintenant rimportance, soil inlrlnseque, soit re- 
lative du Ouaday? Telle est la premiere question a 
examiner, d'apres la relation du voyageur niusulman. 

Dans I'immense trapeze compi'is enlre les parall^les 
du Maroc et de I'Egypte au nord, de la S(^ndgambie et 
de I'Abyssinio au sud, se trouvent trois zones bien dis 
tinctes pour le geograpbe : 

La zone dominee par les puissances barbaresques, 
et si bien connue par soii bisloire, son commerce et 
son contact avec la M^diterranee; 

La zone int^ricure tlu Soudan, ou Nigritie, a demi 
civilisee par I'islamisme, qui en a fait sa conquete, et 
seulement entrevue par quelques voyageurs cbretiens: 
celle-ci comprcnd le Ouaday, et reclamera de notre 
part une attention particuli^re ; 

Enfin , la zone voisine de I'equateur, ou les races 
noires et encore paiennes, protegees sans doute par 
des contre-forts naturels, se defendent contre les mu- 
subnans cbasseurs d'csclaves. Lh sont les Fertyt, les 
Djena-Kh6rab, et les N^gres independants, qui s'etcn- 
dent jusqu'a la Guinee septenlrionale. 

Cette derniere zone, inabordee jusqu'a ce jour par 
les Europ6ens, est celle du Soudan idolatre. Elle oc- 
cupe les regions equinoxiales, et tout fait supposer que 
les races noires y vivent a I'etat de populations com- 
pactes. C'est, en ellet, ce qui rosulte de I'exp^dition 
^gyptienno, qui, aprtjs avoir remonte le cours du Babr 
el-Abyad jusquau h" l\'l' , a trouve au .sud du Sennar 
III. MAI. /i. 32 



( i7/, ) 

lout le bassin du Nil occupc par des peuplades denses 
etnomln'cuses. D'un autre cole, sous la infime latitude, 
au sud du Kordol'an, du Darfour et du Ouaday, el a 
partir du 9"degro, Ic cliejkU el-Tounsy nous signale, 
a son tour, d'innombrables Iribus idolalres peuplant 
des contr^es sans limites. 

Quant a la Nigritie musulmane, qui nous est un peu 
mieux connuc , le Sennar, le Kordol'an , le Darfour et 
rOuaday en forinent la parlie orientale. 

Au dela et au centre, se Irouvent les Baghuirmeh, 
le Bornou , I'Adiguiz. 

Enfin, a I'occident, TAfnau, le Dar-Tounbouclou et 
le Dar-Mclla, ancien royaume dc Mclli, menlionn^ 
par les premieres navigations chr6tiennes aux coles 
occidentales de I'Afrique. 

Ainsi done, en tout dix contrecs principales. 

Telles sont, du moins, les divisions que noire voya- 
geur musulman trace de la Nigrilie, el qui sont assez 
confornies a I'elat present de nos connaissances (1). 
Maintenanl, parmi ces dix conlrees , il s'ogil de nous 
laire une idee aussi jusie que possible do I'Ouaday, en 
TtHudianl d'apres la relation hislorique et commer- 
ciale, niais fort peu g^ograpbique, que nous en donnc 
le cheykh iVlobainmed el-Tounsy. 

Et d'abord, pour comprendre rimportance de toutes 

(i; 11 faiil toutet'ois ilonner a let ensemble les deux exlremite'.s na- 
lurelles (lui le c ompliteiit : TAbyssinie, avec le pays des Galla et la 
refrion a I'csl iln Nil lilane d'un cole'; et, de I'aulro, la Sr'nejjaiubic, 
le haul Djoliha avec lout le pays a I'ouest de Djenne. ("est entip ces 
deux extremes que se placent les trois precedeiites divisions du Sou- 
dan : oiJcnlal, cenlral, et occidental. 



( A75 ) 

nouvelles notions sur I'Ouaday, il suffira tie rappeler 
ce que notre Eminent collegue, M. Jomard, a et^ I'un 
des premiei's a dire au monde savant : « C'est entre le 
bassin du Nil et celiii du lac Tchad, d'un colt!;, el de 
I'autre cote entre le lac Tchad et Tombouctou , que 
sont les nceuds piincipaux de la geographic de TAfrique 
septentrionale. » Or, I'Ouaday nous dounera la solu- 
tion du premier de ces problemes. On sait bien , par 
exeinple, que son voisin , le Darfour, est une d6pen- 
dance du bassin du Nil, ou ses grandes eaux foriuent 
I'affluent signals par M. d'Arnaud vers le 9* degr6 de la- 
titude nord. Mais en est-il de nieme de I'Ouaday ? et ce 
nouveau pays ne depend-il pas plulot du bassin du lac 
Tchad ? En second lieu, que sont les regions nomm^es 
Ferlyt, Dj6na-Kherah, etc. , au sud de I'Ouaday, ou les 
chasseurs d'esclaves penetrent en ligne droite cinq 
niois durant, jusqu'a 6lre arrel^s par un ileuve, ou lac 
interieur? Et cette vaste surface d'eau, est-ce le Nil, 
ou bien un de ses affluents ? Toutes questions susciteos 
par les souvenirs du cheykh el-Tuunsy, mais oil nous 
somnies loin de trouver une rejionse satisfaisanle. Avec 
lui, en effet, nous seniblons toujours voyager en plaine, 
comnie si le cheval ou le chamcau I'avaient dispense 
de remarquer qu'il gravissait parl'ois des hauteurs. II 
est done impossible de se figurer le relief du sol ou se 
passent les 6v6nements^ qu'il raconte , ni d'entrevoir 
nettement aucune ligne culminanle determinant le 
partage des eaux. 

Le cheykh, pourtanl, dans son Voyage au Dnrfour, 
nous a pail6 d'unc chaine de moutagnc allant du nord 
au sud, et qui a permis a M. Jomard de placer ce pays 
dans les d6pendances du bassin (hi Nil. Or I'Ouaday, 



( A7G ) 
qui recoil a I'ouest les ^coulemenls de cette chaine, 
enlre aulres la riviere d'lro, n'apparlient-il pas a un 
syslerne plus occidental, el par suite au bassin du lac 
Tchad ? Telle est la question qu'il est permis de poser, 
mais non encore de resoudre ; car « la direction, I'im- 
» portancc , Tissue finale dos eaux qui circulcnt dans 
)) rOuaday ut aux environs, restcront un prohlomo jus- 
» qu'aux futures decouverles des Europecns qui sau- 
» ront y penetrer inunis d' instruments. » C4'est faute de 
cos moyens d'oliservalion que nous no connaissons 
])as luieux la veritable position geograpbique du Oua- 
day, ni la distance precise do sa capitale, Ouarah, a 
Kobeyb , Tunc des capilales du Darfour. La position 
exacte de cette derniere nous est donnee par Browne, 
qui I'a fix^e a 1/1° 11' de latitude nord et a 25° hS' de lon- 
gitude a Test de I'observatoire de Paris. Or, de Kobeyb 
a Ouarah, la distance, faute d'obscrvations math^- 
maliques , pouvait etie determin^e au moyen des iti- 
neraires do caravanes ; inais los journees de marche 
resultant des diverses relations varient tant , quant a 
leur nombrc ot quant a la inanifere de les appr^cier, 
que M. Joniard a du rcnoncer par cette voie i tout 
calcul, meme approximalif, sur la position du Ouaday 
et de sa capitale. Quani au docteur Perron, il place ie 
Ouarah vers le 13° degre de latitude, et vers le 21° ou 
22° de longitude, mais sans fonder son opinion sur 
aucune Evaluation precise; sa topographie du Ouaday 
n'c^tant d'ailleurs qu'un simple essai de carle. 

Sous le rapport vrainienl geograpbique, la relation 
du cbe}kb el-Tounsy n'ajoute done rien de positif a 
nos connaissanccs surlo Soudan oriental. Aussi, quand 
les cartes modcrnes presenlenl Ouarah surle parallele 



( A77 ) 

de Kobeyli, et le Ouaday on gt^ineral sous la lalitude du 
Darfour, du Kordofan et du Sennar, on doit savoir la 
confiance trfes limitee qu'elles meritcnt. 

En attendant que la gdographie mathematique pe- 
nelre dans le Ouaday, contentons-nous de savoir que, 
du nord au sud, sa longueur est d'environ trente jour- 
nees de caravane , et sa largeur, de I'esl a I'ouest, de 
vingt journees. De nombreuxcours d'eau le Iraversent, 
dont le plus meridional et le plus considerable, I'lro, 
parait se jeter dans lo fleuve Scharry, s'il ne se pcrd 
pas dans les sables du desert. Quant a la population du 
Ouaday, elle est plus nonibreuse, plus riche , surtout 
plus brave et plus hospitaliere que celle du Darfour ; et 
c'esld'elle, par monienls, (jue dependent les destinecs 
du Soudan oriental : la conquSte du Baguiruieh par 
Saboiin , sultan des Ouadayens, en sera bientot la 
preuve evidente. 

Au surplus, le noni de Ouaday, que nous avons 
jusqu'a present donn6 a cette conlree , parce qu'il est 
le plus repandu dans le Soudan , n'est pas le seul 
qu'elle porte. Ses propres habitants I'appellent de 
preffirence Dar-Seleih ou pays de Saleh , nom du foii- 
dateur de la dynastie regnante qui fut aussi leur pre- 
mier legislateur religieux. 

« Saleh, descendant des anciens Abbassides , etait 
» un habile jurisconsulto et Ires d^vot, retire dans 
» I'Hedjaz. Des ulemas du Sennar, I'ayant connu dans 
» leur pelerinage a la Mecque, s'attacherent a lui d'in- 
» time amitie, et I'engagerenl a les suivre dans leur 
» pays ; mais Saleh ne sej'ourna que pou de temps 
» dans le Sennar. 11 y rencontra tanl de liberlinage ct 
» de debauche , que sa susceplibilitc de conscience 



1 



( A78 ) 
» s'efTaroucha , et il s'enfuit, passant de contr^e en 
» contrde jusqiie dans le Ouaday. II s'y fixa parmi les 
» habitants du niont ab-Senoiln qui ^talent idol&tres, 
» et la il remplissait scrupuleusoment ses devoirs de 
» religion , priani , jeunant, faisant le zikr (1) souvenl 
» a lui seul, et recitanl le Goran. — Pourquoi fais-tu 
» toutes ces choses? lui deuiandail-on fr6queninient. 
» — Pour rendre honimage a Dieu. — Qu'esl-ce done 
» que Dieu ? Et Saleh salisfaisait la curiosite de lous 
» ces idolatres avec autant d'a-propos qu'il en avail 
)) mis a la provoqucr. Les habitants d'ab-Senotfkn, el 
» ensuile tout le Ouaday, finirent par embrasser I'isla- 
» misme , choisissant Saleh pour chef rcligicux et 
» politique. Le pieux sultan leva Tiinpot sacre sur les 
» riches pour subvenir aux bcsoins des pauvres , ct 
» passant ensuite r!u jeune et de la priere a la guerre 
)) sainle, il convertit par les amies toutes les tribus 
» ouadayennes qui ne professaient pas Tunil*^ de 
» Dieu. » 

Cerlaines traditions locales feraient supposer encore 
que le Darfour et le Rordofan se convertireut de la 
meme maniere et en m6me tomps, c'est-a-dire vers la 
premiere moiti6 du xvn" si^cle. L'islainismo, que Ton 
croil beaucoup trop stationnaire , aurait done fait la 
conquele du Soudan oriental depuis environ deux cents 
ans , juste vers I'^poque oil, a I'aulre exlremite de 
I'Afiiqiie, le Maroc retrempait son vieux fanatisnie 
sous I'aulorite d'une nouvelledynastie arabe. L'n autre 
^branlenient general , rappel6 par M. Jomard , et 
beaucouj) plus recont , a de nouveau prouv6 tout co 

( i) Ceremonial de priires pmliqu^par les derviches tourneurs. 



{ 579 ) 

qui reste de force et d'expansion dans la soci6t6 mu- 
sulmane. Les Foullah s'en sont fails les r^forniateurs 
et les missionnaires armes dans loute la Nigrille occi- 
dentale , tandis que les Wahabiles reveillaient en 
Arabic I'ardeur des guerres de religion , cl que le 
sultan du Ouaday, Saboun , faisail la conquete du 
Baguirmeh au nom de la morale du Goran outiagee 
par un souverain incestueux. Tant d'indices d'effer- 
vescence rellgieuse indiquenl une vitality bien loin en-> 
core de s'eteindrc et memo de s'affaibllr. Aussi n'ajou- 
terons-nous qu'une remarque siir la maniere dont le 
premier sultan du Ouaday y introduisit I'islamisme : 
ce fnl par le spectacle de la prifere et de la mortifica- 
tion que Saleh frappa I'imagination des Ouadayens 
idolatres; ce fut par I'intervention d'un code religieux 
et d'une morale ecrite qu'il epura et fixa du meme 
coup leur etat social. 

C'est pr^cisement par ces memes vertus, par ces 
mSmes proc^des, eprouv^s d'ailleurs depuis dix-huit 
siecles, que les sauvages de I'Oc^anie se convertissent 
de nos jours au cbristianisme el so laissent pen(^trer 
par la civilisation. Que manquerait-il done a celte 
derni^re pour s'introduire egalement en Afrique,pour 
planter sa tenle la ou I'islamisme n'a point encore 
mis le pied, c'est-a-dire dans le Soudan idolatre ? Ce 
qui lui manque sous celte zone torride, ce ne sont point 
sans doule des chrelions priant ct jeunant coinme le 
musulman Saleh, mais bien plutot des missionnaires 
de race noire ou mulatre , comme les premiers evan- 
g^listes de I'Abyssinic , dont les traces se reconnais- 
senl encore aux debris disperses de la chretientd orien- 
lale. M. Jomard a rappel6 divers t^moignages toucliant 



{ 480 ) 

quelques-uns de ccs dtlibiis qui exisleraient encore au 
Slid des monts Kiimri et au noid de la cole de Gui- 
nee (1); cc sont des triljus qui irapparlienncnt en 
tout cas ni a I'idolalrie ni a I'islamisnie , et qui sem- 
blent d'originc chreliennc. Mais, quoi qu'il en soil de 
lour culte et nifime de lour existence, il est evident 
que, pour y inU-oduire ou y rajeunir nos croyances, 
il faudrait nous creer des niissionnaires a Tusago 
de I'Afrique cenlrale, en les recrulant, s'il Ic faut, 
parmi les osclaves emancipes de nos colonies. Origi- 
naires de la Nigritic on nieme temps que Francais el 
Chretiens par rcducalion, ceux-ci rontreraient avec 
moins de peine dans lour patrie |)riniilive , et y fonc- 
tionneraient beaucoup niieux que des Europeens dans 
I'ceuvre jusqu'ici avort^e de la propagation chretienne. 
Ces r6flexions-la ne sont pas sans doule de la giogra- 
phie ; mais, realis^cs , elles fourniraienl ie moyen 
d'en faire plus lard, el de la mclllcure ; car chacun 
sail les progr^s que la science doit aux travaux, memo 
les plus modesles, ainsi qu'a la piete de nos mission- 
naires. 

Dans la perspective decette eventualild si desirable, 
nous no saurions Irop (iludior I'etal moral do la Ni- 
grille idolalre. Le cheykli ol-Tounsy nous la repre- 
sonle morcelee en tribus ct sous-tribus vraimenl in- 
nombrables, mais impuissanlcs, malgre leur suporio- 
rile num^riquc, a se defendre conlre les niusulman«. 

Ceux-ci, coDinie un anneaii jele an milieu iVtm dcseii, 
lie fornwnt qn'iinr horde an milieu de popiihitions noin- 
b reuses : cc qui, pourtanl, no les empocho pas d'avoir 

(i) Voir pngC'j Lxviii i-\. l.xxill dn royaga uu Ouadny. 



{ liM ) 

la haute main sur ces masses sauvages et de les do- 
miner. 

« Ce fait, dit noire voyageur, s'explique par Tesprlt 
» de corps et de conlVaternite qui unit les Soudaniens 
» musulnians. Les peuplades idolalres, au contraire, 
» divis^es d'inlerets, sans accord entre elles, ne s'en- 
» Ir'aidenl jamais. Bien plus, chaque station est hos- 
» tile aux stations qui I'avoisinent; et quand I'ennemi 
)) vient tomber sur un village, I'attaque, en cnleve les 
» femmes et les enfants, le village voisin regarde d'un 
)) ceil indiil^rent, et ne cherche point a conjurer I'orage. 
)) Aussi, (les que I'ennemi en a fini avec une station, 
» va-t-il s'adresser a une autre, et il la traite comme la 
» priced ente sous les yeux des villages les plus rap- 
)) procWs , qui demeurent encore spectateurs tran- 
» quilles du malheur de leurs frercs. Si ces idolatres 
» savaient se r6unir conlre leurs agresseurs, aucun des 
» fitats musulmans du Soudan n'oserait les attaquer. » 
(Page 274.) 

Ces attaques foriennes et ouadayennes p^netrent le 
plus souvent dans I'inlerieur, a des distances dc trois 
mois de niarclie, d'ou elles revicnnent ensuilc apres 
un parcours de six mois, chassant dcvant elles des 
troupeaux d'esclaves dont les trois quarts perissent de 
misere, le reste 6tant destine aux marches de la IMigri- 
lie musulmane el des puissances barbaresques. 

« Les Ferlyt, ajoute noire voyageur, n'ont aucune 
» religion ; quand ils sont roduits en esclavage, ils ac- 
» ceptenl la religion dc ceux dont ils sont devcuus la 
)) i^ropriete. » En d'auhes lermcs, ces peuplades in- 
cultcs appartiennent corps et ame au premier occu- 



( /i82 ) 

]iant : double niolif de rcgretter que notre civilisation 
ne puisso les aborder et les confjuf^iir I 

Quant a I'islamisine , on sail qu'il autorisc en prin- 
cipe lour esclavage, et qu'en fait, il les consid^re 
comme sa proie. Favorise par le voisinage, il les as- 
servit et les converlit du metne coup, sans que le pro- 
selylisuio chretien essaie encore de lui disjiuler ces 
tribus alVicaines , « doul \o. sol est pourlanl si fertile, 
» et chez qui la purele de I'air est si romarquable. » 

Ainsi , la ferlilile et la salubritc^ du climat convient 
encore I'Europe a se devouer a raflVancbissemcnt des 
negres idolalios , et a fonder a eel ellet des ^tablis- 
seinents dans I'interieur do I'AIVique. 

Pareilles entreprises sans doule passionnent de plus 
en plus les missionnaiies de rEvangilo ; mais, pour 
preparer avec succds celte redemption des races noires, 
on n'en saurail Irop bien etudior los diHicuit^s, qui ne 
ne se bornent pas a la Nigritie musuiniane. Cclle-ci, 
en elVet, loin d'etre seide coupable de I'oppression des 
idolutres, y est excit^e par les puissances barbares- 
ques, qui lui demandent sans ccsse d'approvisionner 
lours uiarchi^s d'esclaves. Parfois meme des avenlu- 
riers du nord, traversant par bandes araiees les vastes 
deserts du Soudan, vont directeraent a la chasse des 
noirs, pour n'avoir point ci les acheter de seconde 
main. Cette communaut6 d'int^ret, joinle au fana- 
tisme des noiivoaux ronverlis, apianit tous les obsta- 
cles devanl les niissionnaires de rislamisuie, et elle 
cenluplerail, |iar le memo motif, la difliculle des mis- 
sions cbriticnnes, si celles-ci ne pr^feraicnt pas les 
regions du sud pour s'inlroduire et s'^tablir en Afrique. 



( 483 ) 

Ce qu'il faut clone signaler ici, ce qui fait la force 
interieure de rislamisme cliez ies noirs et lincompa- 
rable superiority de ses moyens d'action , c'est I'inti- 
niite et I'aisance des relations de la Nigritic niusui- 
inane avec Ies puissances barbaresques du nord. 

Voyez d'abord leurs communications par caravane, 
qui nous semblent entravees de mille difTicultes. 
Eh bien ! el ies s'operent ot se raconlenl en Afrique 
conime la chose la plus simple du monde , sans plus 
li'embarras que des matoiots feraient , par exemple , 
de leurs traversees de I'Ocean. Ainsi , noire cheykh 
Mohammed el-Tounsy quitte en 1792 sa ville natale, et 
de Tunis se rend au Caire pour joindre son pere Omar, 
qui elait dt^ja parli pour le Soudan. Le jeune Moham- 
med, croyant le trouver dans le Darfour, a Tendelty, 
s'y rend aussitot; mais son pere n'y elait deja plus; 
il etail dans I'Ouaday, oil son savoir et son m^rite lui 
avaient concilie I'estime du sultan. Grace au credit 
dont le pero avail joui dans ces deux contr6es du Sou- 
dan oriental, le fils y sejourna dix ann^es, en attendant 
d'aller rejoindre son pfere , d6ja retourne a Tunis par 
la route du Fezzan et de Tripoli. Le vnila done a son 
tour sur la meme route , voiturant, lui aussi , des es- 
claves , plumes d'autruche , et autres pacotilles de la 
Nigritie. Cheminfaisant, il 6prouve chcz Ies Tibbous et 
Ies Fezzanais des aveiUures qui nous initient aux ha- 
bitudes fiscales du desert, et a une sorte de droit des 
gens prolecteur des associations voyageuses. II arrive 
enfin a Tunis, ou son pere , lui trouvant une ceinture 
de voyage fort lourde, la vide et en garde tout I'argent, 
Le pere Omar, se rappelant alors le Ouaday oil Ton 
fait de bonnes affaires, et oil il a d'ailleurs laiss^ une 



( A84 ) 

partie de ses biciis et dc sa t'amillc , I'orme bientot le 
piojet d'y retourner. Son fils a beau lui representer et 
son age avance et les fatigues d'un loinlain voyage , le 
vieillard se met en route avec des presenls pour le 
sultan Saboun. Deux ans apres, la nouvelle de la mort 
d'Omar parvient a son lils. Celui-cisc rend inim^dia- 
tement a Tripoli, pour traverser une fois de phis la 
region cUi desert; mais il arrive trop lard, la caravans 
etait parlie. Enibarque dans uiie st'condo caravane, il 
renconlre a moitie chemin , cnUn; les Tibbous cl les 
Fczzannais, son oncle Zarrouk rclournaul du Ouaday 
avec toiiles ses richessos. Les deux caravanes s'arrelent 
ensemble vingt-quatre beures. Enfin, le jeune Moham- 
med el-Tounsy abandonne la sienno, prend cello de 
son oncle, ct il revient a Tunis, apres nous avoir donne 
la preuve la plus evidcnle des correspondancos regu- 
li^res el faciles qui unissenl loutes les regions de 
I'Afrique musulmane. 

Un autre detail cxpliquera mainlcnant ces relations : 
c'est la coumiunaut(!! de loi religieubC ct civile, et, par 
suite, tic jurisprudence comnierciale, qui fait accepter 
dans le Fezzan, cl j usque dans le Ouaday et le Darfour, 
les decisions des ulemas dc Tunis ou de Tripoli , et rc- 
ciproqucment par ceux-ci, les pieces Icgalisees par 
les grands jugos du Ouaday (I). Rappclons, enfin, que 
le pere de notre voyageur, Omar el-Tounsy, bicn que 
de Tunis , fut nomnie vizir du Ouatlaj par Ic sultan 

(i) Voir, a la page 22 1 du Voynije, 1 cinploi (ju'nii cIn'iiF, ori{',iiiairc 
(leFcz, Ahiiinil ('l-i'"acy, fit dans lo Ouaday duyi/foiui/i "U ronsiiltatioii 
juriilinuo, nii'il avail ohtenue de> ulpnias do Tripoli ;el, a la pape Sg.i, 
la rijconiiaissance par le tribunnl de Mourzouk des pieces Icgalisees 
par le cachet du grand cadi du Ouaday. 



( 485 ) 

Saboun, qui liii donna pour successeur un habitant cie 
Fez, Adnicd el-Facy (1). 

Pourquoi celte liaule opinion des musulmans du 
nordPParce que le Soudan se consid^re lui-menie 
comme unc d^pendance coloniaie des puissances bar- 
baresques. Aussi ces gouvernements y excrcent-ils, 
soil au nom du sullan de Constantinople, soil de 
celui du Mai'oc , non-seulement I'influence resultant 
d'echanges commerciaux , mais encore la suprematie 
morale et la juridiction religieuse de veritables m6- 
tropoles. 

On comprend en tous les cas les facilites que les 
musulmans ont a voyager et commercer en Afrique. 
Unis par des liens de fraternite et de droit coinniun , 
ils s'aident et s'eclairent enlre eux, landis que I'explo- 
rateur chr^tien ne peut s'y avcnturer qu'isol6ment, et 
a Tencontre de raille obstacles de la part des honimes 
et de la nature. 

C'est done le moment de rappeler I'avis que M. le 
docteur Perron adresse, de la ville du Caire, aux Euro- 
peens tenths de se livrer a I'exploration de la Nigritie, 
en prenant poiir base d'operation I'AlVique septen- 
trionalc. 

(( Qui n'aura pas, leur dit-il, le vialique de la langue 
» arabe , la langue sacr^e des Musulmans , qui ne se 
» rc^soudra pas a se musulinanisei- comme moyen de 
» sauf-conduit, qui ne se d^cidera pas a se donner les 
)) apparences de credulite, de croyances, de sauvagerie 
» menie des musulmans du Soudan , ne doit pas son- 
» ger a se netlre en route; qu'il reste chcz lui. M6me 
)) les derniers voyages, ceux du major Denham au 

(i) Pn«e Qi4 tie la /}e/ntio/( du clicykli el-'l'ounsy. 



( /i86 ) 

» Maudarah, sont minces en r^sultats. On voyage nial 
» avec des liahits rouges anglais. II faut la blouse du 
» Forien, dii Ouadayen pour courir dans Ic Darlour cl 
» le Ouaday ; il laiit se brunir le leint jusqii'au bronze 
)) fonc6 pour ne pas choquer trop rudemenl I'ujil 
» d'homuies noirs comme du charbon ; il Caul s^jour- 
)) ner quclques saisons de suile a Kobeib, a Tendelly, 
» a Ouarah, pour s'y lier avec des nalurels du pays, 
)) avec des niarcbands, dps negriers , des cbasseurs 
» d'esclaves ; il faut tout cela, ot par consequcnl, il 
» faut sauter a.pieds joints sur nombre de iios ripo- 
» gnances curopeennes ( n'en deplaise a qui que ce 
» soil), si vous voulez suivre un voyagour indig6ne, un 
» expedilioniiaire ou chasseur aux esclaves jusqu'aux 
)) liuiites sud peut-etre des Ferlyt, jusque peul-otre au 
» dela des Djenakherab idolatres ; si, enfin , vous 
)) voulez savoir ou sont les extreuiit^s nierldionales du 
» Soudan, ce que sont el ou sont ccs monts de Counir 
» que Ton appelle monts de la Lime... Et puis, il y a a 
)) chercher les nioyens d'ed'acer de dessus de la terre 
» ces voies de souilrances et de honles par lesquelles 
» on traino chaque annee tanl de milliers d'esclaves , 
» c'est-a-dire lant de chair huniaine a vendre sur les 
» inarches, ou bien a laisser morte en [)ature aux betes 
)) feroces des deserts. » 

Quel but, d'ailleurs , plus cluelien que celui des 
savants editeurs du l^oyage an Ouuddy? et quelle ne 
serait pas la force de la civilisation contre la barbaric 
musulmaiie, si jamais nos missionnaires parvenaient 
a r^unir contre cette barbaric les peuplades innom- 
brables, mais si divisees de I'equateur? Limite vers le 
sud en n>6me ten)ps que penelr6 au nord par ri">gyple 



( /i87 ) 

et I'Alg^ne, rislauiisme se Irouvetait pris enlre deux 
feux, et I'aclivite chrelienne ressaisirait en Afrique les 
meillcures chances de I'avenir. Quanta present, I'isla- 
mismc y regne sans partage , et , cliaque annee , il y 
fait d'innombrables proselytes : c'cst jiar millions que 
ses missionnaires armes y comptent les nouveaux sec- 
tateuis de Mahomet. 

L'hisloiie recente des Foullah ne laisse aucun doule 
sur ces progres, digne pendant de I'exemple fouini, 11 
y a deux tic^cles, par la conversion du Kordofan , du 
Darfour et du Ouaday (1). Soustraits a rinfluenco de 
la Nigritie idolatre, ces trois pays furenl incorpores 
sans relour a la Nigritie musulniane , et par la mis en 
relation avec tout I'interieur du Soudan jusqu'aux 
bonis de la Mediterran^e et a ceux de I'Atlantique. La 
religion nouvelle y devint aussitot le v^hicule du com- 
niei'co ; et depuis que I'islamisme a p^netre dans la 
Senegambie , celle-ci est devenue le point de depart 
d'une autre route, Iraversanl I'Afrique de part en part, 
et conduisant d'ouest en est les marchands ct les p6lo- 
rins qui se rendcnt a la Mecque. 

M. Fresnel nous a donne (2) un de ces itineraires 
parlant de Fouta-Toro dans la Senegambie , et apres 
deux cent vingl et une journees de caravane venant 
ahoutir a Obeid, capilale de Kordofan. Les pelerins , 
parlis de Fouta-Toro , arrivent d'abord a Goinbo 
(Comba), liniile , selon eux, des Elals iributaires de 
noire colonic du St^ndg^; de la, suivani par S6go 
la rive gauche du Niger, ils le traversent a Logoro, el 

( i) I'dur la ilatc tie ictte conversion, Voir la page yS de la Relation 
(III i-licykh el-Tonnsy. 

(2) Ihdletin de la Soriete de cjeographie, septenibri! i 85o. 



( /|S8 ) 

par sa rive droile , apr6s quatre-vingl-douze joiirn^es 
de marche , ils arrivent a un point ou le fleuvc, qui 
courait an sud, revient a I'esl, d'apres le i-ecit du cara- 
vaniste, et laisserait ainsi dans le doute s'il se rend au 
golfe de Benin ou vers le lac Tchad. 

De Sakkatou , capilaie du Haoussa, ou regne le 
deuxieme successeur du sultan Bello , les p&lerins, 
apr6s quarantc et une autres journees , se rendent a 
Angornou , pres du lac Tchad , qui lui-nifime a sept 
journees de longueur. Continuant leur route par Lo- 
goun, dependance de Bornou ; par Mo6to, capitale du 
Baghermeh; par Wara, capitale du Ouaday; par Ko- 
beyli, capitale mercantile du Darfour, et Tcndelty, qui 
en est la residence imperiale, ils arrivent en quatrc- 
vingt-huit autres jours a Ob6id, capitale du Kordofan, 
aprfjs avoir parcouru en ligne droite onze ou douze 
cents lieues, que les sinuosites du cheinin peuvent 
porter a quinze ou seize cents, ce qui, divise par deux 
cent vingt et une journt^es , donnerait environ sept 
lieues par etape moyenne de caravane. 

Telle est une des voies suivies par les pfelerins et par 
les marchands de la Senegambie, qui, pour se rendre 
a la Mecque , suivcnt, enlre le 15" et le 10' degrc de 
latitude, les inarches situes sur les confins de la Nigritie 
niusulmane et de la Nigritie idolatre. 

A cctte voic paraliele a I'equateur, il nous laut 
ioindrc inainienant une voie pcrpendiculaire passant 
par le Ouaday. Celle-ci a ite indiquee par des voya- 
geurs aiusulmans a M. Fresnel ; ct le recit du Cheykh 
el-Tounsy a ))erniis a M. Joniard de I'^tudier sous un 
nouveau jour. Je veux parler de la route partant de la 
Cyrenaique, et aboulissant a Wara, capitale du Oua- 



I 



( /i80 ) 

day, siluee , d'apres I'esliine des caravanistes musul- 
inans, sur la meridienne de Benghazi et mfeme un peu 
plus a I'ouest, ce qui deplacerail la position da lac 
Tchad, et oldigerait a refaire nos cartes de I'interieur 
du Soudan. 

En attendant qu'on ait ^ciairci ce point g^ographique, 
^ludions la question commerciale qui s'y rattache ; et 
d'abordrevenonssurrimportance generale du Ouaday. 

Nous Savons deja que, sous le sultan Saboun , cet 
Etal fit la conquete du Baghirnieh. II s'est depuis lors 
etendu a I'ouesl, jusqu'au lac Tchad, par I'occupation 
du Kaniim , et, plus r^cemment, son influence a eti 
prouvee ]iar I'expedilion contie le Bornou. Celle-ci a 
eu lieu en 18Zi5 (1). L'arm^e des Ouadayens, presque 
uniquement coniposee de cavalerie, Irainait un bagage 
immense et quelques pieces de campagne. Le sultan 
sch^rif la commandait, et apr^s etre passed par le lac 
Fittre et par Modto, capitale du Baghirmeh, il travei'sa 
le fleuve Scharry sur de grands bateaux ; et en soixante- 
trois journ^es de marche, il arriva a Logoun. Ayant 
aloi's mis en d^route les Bornouans, il fit la conqu6le 
de tout leur royaume ; et bien qu'il ne put la conserver 
apres I'evacuation de scs troupes, il y fit sentir n^an- 
moins le role dominateur du Ouaday sur les regions a 
Test et au sud du lac Tchad. 

Avec un Etat aussi preponderant, la politique afri- 
caine se pose naturellement celte question : Comment 
el par quelle voie se mettre en relation avec lui? Or le 
sultan du Ouaday nous en indique le moyen parl'in- 

(i) Memoire de M. Fresnel sur le WcJay, Bulletin de la Societd dt 
qeocjraphie, septembre i85o. 

HI. MAI. 5. i)3 



( h90 ) 

fluence qu'il exorce egalement sur la route des cara- 
vanes de Tripoli et de la Cyr6naique. Et d'abord il la 
fait senlir d'une inani^re indirecle, mais pourtant de- 
cisive, jusque chez les Tibbous, (jui se parlagent avec 
les Fezzanais la protection de celle grande voic coui- 
mcrciale. 

Ainsi , par les Arabes Mohamid , qu'il peul lancer a 
volonl6 conlre les premiers, il oblige leur sullan a se 
rendre responsable de toutes les perles occasionn^es 
chez lui aux voyageuis. La s6curit6 des caravanes y est 
done parfaite , et c'esl pour les I'ecevoir sur les bords 
de la M^diterranee qu'il avail 6iabU un agent commer- 
cial a Benghazi, princi|)ale ^chello do la Cyrenaique. 

La est le c6t6 tout nouveau et le plus abordable du 
Oiiaday ; et c'est par la que, des I'annee 1809, celte 
region a ^te pour la premiere t'ois miso on rapport 
direct avec la Mediterran(^e. 

Le sultan Saboun, ce Mohammed-Ali du DSr-Seleih, 
voulut alors 6cbanger directement avec Tunis et Tri- 
poli les marchandises que ses predecesseurs livraient 
aux Fozzanais ; cherchant, en d'autres termes, a sup- 
primer ces courtiers du desert, pour economiser leur 
courtage et s'approprier le gain de ces interm^diaires 
parasites, il expedia par la route ordinaire du Fezzan 
une caravane marchande destin^e tout enliere a Tri- 
poli. Les Fezzanais, qui avaienll'habitude d'acheler en 
bloc les cargaisons du passage pour les revendre en- 
suite dans le Magreb, iurent surpris de 1 innovation du 
sultan Sabodn, et n'admirent pas qu'elle tut pour eux 
un progrfes economicpie. Ne pouvant done acheler les 
esclaves qu'on ret'usait de leur vendro, ils en retinrent 
une partie corame ran^on ; ce que nous appelons vo- 



( A91 ) 

lonliers pillage chez les nomad es afrlcains, en le nom- 
manl en Europe droit de transit. Eh Lien ! c'est ce 
droit inusile de transit qui irrilaprolondemenlSaljoun, 
ct le porta a s'ouvrlr une route directe sur la Mediler- 
ranee. 

Guide par les indications d'un Bedouin, voisin du 
Barcali, qui s'etait egare dans le deserl et avait et^ re- 
cueilli auOuaday, il dirigea une premiere caravane sur 
Djalau et Audjelah, et de la sur Dome et Benghazi, 
Celle expedition commerciale, qui renionte a I'annee 
1809, ayanl pleinement r(^ussi, d'autres la suivirenl 
et se renouvelerent en 1814, 1815, 1818, el plus tard 
aprfes la niort de Sahouu en 1832, 1837, 18/iO, 1843 
el 1846. Cos derniers et precieux details ne se trouvont 
pas dans la relation du cheykh; niais ils ont 6l6 decou- 
verts , gr&ce aux indications que M. Jomaid y avait 
lues avant qu'elle fut publiee, et grace a la mission 
que re^ut notre savant orientaUste, M. Fresnel, envoys 
a cet effet dans la Cyrenaique. 

C'est a celui-ci qu'on doit I'hisloire des caravanes 
en question, lesquelles ne laissent plus aucun doute 
sur les communications directes du littoral de la 
M^diterrande avec le Ouatlay (1) : une route d'environ 
ciuquanle-sept journ^es de marche, a travers un ar- 
chipel d'oasis facile a parcourir pour quiconque se 
mellra bien au courant des moeurs al'ricaines. 

Que r6sulterail-il maintenant de cetle nouvelle com- 
munication ouverte sur I'inlerieur de I'Alrique ? 

L'ancienne route du Fezzan a 6te jusqu'a ce jour 

(i) Memoire de M. Fresnel sur le Waday, dans le Bulletin de la So- 
ei^te de geographic de 1 85o. 



( /i92 ) 

exploil6e par les Anglais, qui s'appuient volonliers sur 
Tripoli; uiais la voie qui part de Benghazi une fois 
d^couverte , tousles avantages semblcnt appartenir a 
cetle dernifere, qui nous rapproche beaucoup plus vite 
du Ouaday. Ce sorait done a la France a clioisir a son 
tour celle-ci, comme I'itin^raire naturel de ses futures 
relations avcc le Soudan oriental. 

Cette alternative d'ailleurs n'existe ])as, et, pour 
elle , c'est bien plutot une niicessile, puisque la route 
du Kordofan, que les voyageurs suivaient de prefe- 
rence, est actuellement ferm6e. On sait, en eCFet, que 
I'occupatiou de ce pays par les troupes egypliennes a 
mis le Darfour dans un elat de mefiance et d'liostilite 
permanente envers I'ligypte , el I'a i-endu , sous peine 
de niort ou de caplivilti, lout a fait inabordable du cote 
de rOrienl. II ne resterait done plus que les routes du 
nord , parmi lesquelles le che\kli el-Tounsy nous a 
signalc la plus direele et la plus facile. Celle-ci, des- 
tinee a rclier lancienne et feconde Cyrenaique a I'in- 
terieur du Soudan , est une porte de plus ouvcrte aux 
speculations du commerce, comme a lous les devoue- 
menls civilisateurs; et il faut esp^rer que le gouverne- 
ment fran^ais n'abandonnera pas a d'autres nations 
I'honncur d'y envoyer les premiers missionnaires de 
la science. Ce but est digne de lui, comme tant d'au- 
tres, chaque jour plus envids, et lous con^us a la meme 
source, au souvenir iuspiralcur d'une heroiquc et 16- 
conde croisade. 

C'est depuis I'expedition frangaise en ifegypte, et plus 
recemmcnt depuis noire conquele de I'Algerie, que 
les investigations sur le continent africain ont acquis 
ce haul degr6 d'importance. L'Alg6rie tend deja la 



< 1 

'J 



( 593 ) 

main a notre colouie du Senegal, si voisine du Nii^er; 
et une fois nos a\ant-postes s'y reliant par caravanes, 
qui les erapecliera d'attaquer ensuite les citadelles 
myst^rieuses des Soudans musulman et idoIulrePLa 
France a done iin noble but a atteindre , une mission 
vraiment providentielle a remplir en Afrique. Dieu 
veuille qu'elle n'y fasse point d^faut ! 



LES CINQ PORTS DE LA CHINE 

OUVEBTS 

AU COMMERCE STRANGER (i), 

PAR 

M. DE L\ UOQUETTE. 



(( Un des articles les plus importants du traite de 
Nankin [IShll-ll^) est celui qui fixe les cinq ports com- 
merciaux. Lorsqu'on les choisit , nous olions encore 
fort peu au fait de I'etat du pays sous le rapport topo- 
grapbiquo. Le port de Canton etait le seul qui nous fut 
connu ; ceux de Ningpo et A' Juioy ^taient d^sign^s 
dans les instructions du gouvernement comme ayant 
et6 ouverls autrefois au commerce europeen; mais on 
y mentionnait aussi Shnnghne ( Chang -liai) et Foo- 
chowfoo, qui otaient enlierement nouveaux pour nous. 
Le port de Slianghae, qui avail du moins el(i visile, 

(i) (jet article a ete oxtrait, par les redactcnrs de \' Alhenwuni, de 
I'ouvrage intitule : China cluriiii/ the war and xincc the peace, recem- 
meiit publie a Loiulres par sir John Davis, charge de la mission an- 
glaise en Chine pendant les cini| ou six dernicres annees qui ont siiivi 
la pais entre cet empire et I'Anffleterre. D. L. R, 



{ im ) 

s'est trouv6 etre par l'ev6nement un tr^s-heureux 
choix. Quant a Foo-cliow-foo ( Fou-tcheou-fou ), sur 
lequol on n'avail aucune donn^e pratique , il se re- 
commanclailpnr sa posilion g^ographique relalivenient 
aux dislricts qui fournissent le Ih^ noir. Mais une 
experience de plus de sept ann^es a prouv6 qu'on 
s'elait completement tronip6 a son sujet. 

» En passant ces ports successivernenl en revue, on 
commengant par le sud , sous Ic rapport des inconve- 
nients et des avantages qu'ils presentent , on est con- 
duit aux remarques sulvantes : 1° La situation du port 
de Canton le rendaitdans I'origine fort peu convcnahle 
pour un commerce avec I'Europe, et le gouvernement 
chinois I'avait ouvert aux dlrangers uniqucmont parcc 
qu'il se Irouve le plus eloigne de P6kin. Son (^Inigne- 
ment des provinces qui produisent le th6 , la liaule 
temperature de son climat, peu favorable et au tem- 
perament des Anglais et a la consommation des pro- 
duils de leurs manufacturis , lout enfin, a I'exception 
des avantages que son port offrait n in navigation, 
fait nattre des objections contre un tel ]>()rt , qu'on 
n'avait adopts que parce qu'il n'y en avail point 
d'autres ou il fut permis de so rcndre. Le commerce 
qu'on y faisail , quoique considerable, avail etc en 
quelque mani^re force ; mais par suite de I'irapor- 
lance qu'il avail prise, el du long espace de temps que 
cet elat de clioses avail dure, il ne devenail pas pos- 
sible dele transporter ailleurs subitement ; tout chan- 
gement de cette nature ne saurait s'efTectuer qu'a la 
longue et avec le concours de I'experience. Quoique 
la riviere de Canton soil d'une navigation facile, il faut 
reconnaltre cependant que le port a toujonrs presenie 



( A95 ) 

et pr^sentera toujours de grands d^savantages. Le 
commerce des Anglais avec la Chine s'y fait plus avan- 
lageusement le long de leurs navires, et la profondeur 
de I'eau ne permet a la majeure partie d'enlre eux de 
se rapprocher de la ville que d'environ 8 milles. A 
Chang -hai, au contraire, les batiinents sont ancr^s 
pr6s des magasins de la station anglaise , et a Amoy, 
en face de la ville. Ce sont la des avantages de la plus 
haute importance. 2" Le plus grand des inconvenients 
que presente le port d'Amoy, c'est la pauvret(^ com- 
parative des habitants et le peu d'etendue de son 
commerce ; mais cet etat de choses peut fitre modifi^ 
par suite du developpement de nos relations commer- 
cinles elles-mftmes. Les ofliciers du gouverneraent 
chinois etaient d'abord fori mal disposes, et ils tente- 
rent d'y 6tablir des monopoles et de pers^cuter les 
natlonaux qui avaient engage des affaires avec nous; 
n)ais ces obstacles ne tarderent pas a 6tre heureuse- 
ment surmonte?. Les progr^s commerciaux de ce port 
ont 6t6 peut-etre retard^s en quelque sorle par le 
voisinage et la vivalit^ des stations des navires faisant 
le trafic de I'opinm, etablis a Chincheiv et a Chimmo ; 
mais les avantages du port d'Amoy, qui offre tant de 
siiretd et est d'un acces si facile, doivent militer en faveur 
de ce port, qui d'ailleurs a 616 longtemps I'un des 
marches, pour le detroit de Malaca , des produits des 
lies Malaies. 3° Le port de Foo-chow-foo (Fou-tcheou- 
fou) a 6t6 d^signe d'apres des donn^es beaucoup 
moins certaines sur la localile qu'aucun des nouveaux 
ports. L'exploralion soigneuse de la riviere , faite par 
le capitaine Collinson , a prouve qu'elle 6tait d^favo- 
rable, sinon dangereuse, et il y exisle le meme des- 



( 490 ) 

a\antage qu'a Canton, qu'aiiciin navire, quel quo soil 
son lonnago, ne peul s'approclier de la ville qu'a une 
distance d'environ 8 milles. La Proserpine, bateau a 
vapeuf en fer lirant seulenienl 5 piedsd'eau, rcsta 
echouee pendant deuxheures en descendant la riviere; 
et le Spiteful ful loUeinent endomaiage , qu'il dut se 
rendre a Bombay pour s'y faire reparer. Le Min est 
rempli de rochers cl de has-fonds; le reflux court 
8 nceuds a I'lieure, et la dilFerence de niveau y est de 
18 pieds d'une mar^e a I'aulre. Du reste , les beautes 
pittoresques de celle riviere sont aussi remarquables 
que son insignifiance comme voie commerciale ; en 
quelques parlies, elle ressemble extreniemont au Fvhin. 
Aux desavantages nalurels de ce port il convient 
d'ajouler les intrigues hostilcs du gouverneur de la 
province, Lew-Yunko, donl j'ai d^ja parle. 4° Ningpo 
est assez bien situe quruil a la facilile de Facets , se 
Irouvanl a environ 11 a 12 uiilles en atnont de la 
riviere, dejiuis son entree a 6Vi/«<?/t(?ii' justju'au con- 
fluent de deux cours d'cau venant, I'un au nord de 
Tsekee, el I'aulre de Foong/uva, au sud. Le consulat 
anglais a m dtabli dans une niaison de campagnc 
appaitenanl autrefois a un riche proprii^taire, situce 
sur les bords de la riviere, qui csl nioins large que la 
Tamise a Fulham, eten face du cole oriental tie la ville. 
Malgr6 les excellentes dispositions de la population de 
Ningpoo (Ning-po) et les belles soies que le pays fournit, 
ce port a et6 couqilelement ec]ips6 par le tres-grand 
voisinage et les avantagcs infiniment superieurs du 
nouveau |)orl |)lus septentrional dont je vais parler. 
5° Shnnghae (Sbankhay). Quoique les bailments mar- 
chands eprouvent queUjue didicullc a s'approcher de 



( ^97 ) 

I'exterieur de son port, ils peuvent cepenclant jeter 
I'ancre en face de la ville. L'emplacement accorde ici 
au commerce anglais esl Ir^s-avantageux; il comprend 
plus de cent acres de terrain propre a des construc- 
tions. C'est un espace aere et aux abords faciles, a un 
mille environ do la ville, au point ou une branche de 
la riviere conduit a Soocbow, et forme un angle avec 
le cours d'eau principal. Beaucoup de demandes ont 
m faites pour un entrepot des prod aits des manufac- 
tures de coton de la Grande-Bretagne, aussi bien que 
de soies brutes ou ^crues, pour les I'etours. Le com- 
merce du the y a pris egalement un d^veloppemenl 
considerable, et tout porte a croire que cette place 
fmira par supplanler Canton, ou le prix de ce dernier 
article sera toujours plus eleve, en raison de I'eloigne- 
ment des points d'ou on le tire par voie de terre. C'est 
a un excellent ofllcier cbinois, I'intendant de Shanghne^ 
et aux judicieuses dispositions du consul anglais qui 
y reside, qu'on doit allribuer en grandc partie les pro- 
grfes fails dans ce port important. » 



( 498 ) 
DISCOURS PRONONCt PAR M. JOMARD 

AllX 

OBSEQUES DE M. WALCKElNAER, 

29 AVRiL 1852. 

Messikurs, 
La Soci6l6 fie geogrophie, ainsi quo la science objet 
de sestravaux, fait aujourd'hui une grande perle dans 
la personne du haron Walckonaer. Tonics les parties 
(le la science lui etaienl familieres au inome degr6 ; la 
g(iograplue ancicnne el la geogi-apliie sacr^e, la geo- 
graphic niodeinc, la geographio du moycn &ge, la 
slalistiqiie, la topograpliie, la connaissance des races, 
enfin cclle de la lene 6tudiee sons le rapport de sos 
habitants, de ses productions, de ses cliniats divers, 
et des lois qui rdgissent le monde physique. Comme 
il 6tait sorti de la grande 6cole creee en 179/i, il en 
porta les principos et I'csprit de m^thodo, dans cette 
etude de predilection coinme dans Ions ses travaux, 
etil contribua, avec le baron de Humbloldl, avecMalte- 
Brun et d'autres hommes d'elite, a faire envisager la 
science sous un nouveau jour, sous un aspect d'en- 
seinble, je veux dire d'un point de vue tres 6leve. II 
n'en etail pas moins dou^ d'un esprit eminemment 
analytique : il aimait a pen^lrer dans les details in- 
limes des questions. Patient, sagace, travailleur infali- 
gable, pourvu d'une rare organisation, il est venu a 
bout de niener de front et d'accomplir beaucoup d'en- 
treprises, dont chacune aurait pu occuper un hoinme 
tout enlier. Peu de savants ont eu une vie plus labo- 
rieuse et plus remplie, peu ont possede une critique 



( li99 ) 

plus juclicieuse que celle qu'il a d^ployee en plusieurs 
de ses Merits, rappelant ainsi un noin cher a la lilt^ra- 
lure ancienne. 

II n'apparlient pas a I'oi'gane de la Society de geo- 
graphie de parler des travaux si varies qui ont occupe 
sa vie, et ce n'est pas d'ailleurs dans celte trisle en- 
ceinte qu'on peut payer le juste tribut qui lui est dd ; 
mais on peut du moins citer ses principales produc- 
tions geograpliiques, celles (jui doivent, a I'egal des 
aulres, le recomniander ei la post^rite. Lorsque John 
Pinkerton eut fait paraitre sa grande geographic , 
M. Walckenaer se joignit au geomelre Lacroix pour 
on donner uiie edition frangaise ; il sut I'enrichir 
d'une foule de notions precieuses d'histoire naturelle, 
science dans laquelle il n'6tait pas moins vers6. Le 
premier, il publia I'ouvrage in^dit, et presque enti^re- 
ment ignor^ de I'lrlandais Dicuil, Le Monde maritime 
et la Cosmologie suivirent de pr^s CGiie ^^i\.\on princeps . 
Les Recherches sitr Vinterienr de V Ajrique ont rappel^ et 
fixe I'attention sur ce continent mysl^rieux, et n'ont 
pas ete sans influence sur les efforts multiplies, tenths 
depuispour declarer le voile qui en cache le centre a 
nos yeux. 

Dans sa grande Histoire generale des voyages, mal- 
heureusemeut inachevee, il consacra plus de vingt vo- 
lumes a ce meme sujet, qui a le privilege d'attirer les 
regards de I'Europe civilisee, parce que, placee en face 
el conime a la porle de la Grt!ce et de I'llalie, de la 
France et de I'Espagne, I'Afrique serable defier ccs na- 
tions savanlcs, et provoqucr les expeditions de decou- 
verles, punissaiit, trop souvent, helas ! les voyageurs 
aventureux, de leur insatiable curiosite. Mais le mo- 



( 500 ) 

ment n'est pas loin oii, grace aux travaux des savanls, 
au courage des exploralcuis, le voile sera enfin arra- 
che, el M. Walckenaer aura la gloirc d'y avoir con- 
tribu^. 

Son dernier grand ou\rage est la Geographic des 
Gaules. Quelques lacunes, quelques imperfections de 
detail, n'otent rien au mc^rile de celte production sa- 
vante, dont de recenles ddcouvertes faisaient sentir le 
besoin, et qui, si elle n'a pas effac6 I'tEuvre de D'An- 
ville, sera loujours consult^c, ainsi que les cartes an- 
cienne et physique de la France qui I'accompagnent, 
par tons ccux qui veulont 6tudier a fond I'histoire de 
notre patrie, et la constitution physique du terriloire 
frangais. Toutes ces productions assurenta M. Walcke- 
naer unc des premieres places parnii nos plus savants 
geographes, a cote des Guillaume Uelisle, des D'An- 
ville, des Barbie Du Bocage et des Gossellin. La mort 
est venue inlerrompre des Iravaux qui auraient ajoule 
a sa rdpulalion europeenne, et creer un grand vide 
parmi les savants, parini les gens de lettres, surlout 
dans le sein de la Societi^ de geogra[)liie, dont il elait 
un des premiers fondateurs, comme il en laisse un 
bien douloureux j^arnii les slens, parmi ses amis, et 
parmi lous ceux que reunissait aulour de lui son alla- 
bilitd. 

La Biblioth6que nationalo nc fait pas une perte 
moins sensible que la Societe de g(^ograplii(! ; clle 
aura de la peine a rctrouver un liommc aussi prolond 
dans la science qu'il repr^senlait. 



( 501 ) 
NOUVELLE NOTE DE M. DE PARAVEY 

sun 
LES NIAM-NIAMS. 



Le chevalier de Paravcy, ayant el6 visiter la galerie 
zoologique du capitaine Huguet, pr^s la barriere de 
rfitoile, y a questionn^ un des deux n^gres du centre 
de I'Afrique qui soignent les animaux f^roces, et a su 
de celui des deux qui parle le frangais assez bien, que 
les Niaiii-Niams, ou negres a queue el anthropophages, 
lui ^taient bien connus. II ne dit pas en avoir vu par 
lui-meme, mais il a chante a M. de Paravey une chan- 
son afiicaine , sur ces IViam-Aiams, chanson dent on 
pourrail avoir par lui, et le texte et la traduction. 

A regard de la position de ce peuple, negre a queue, 
M. de Paravey a constate qu'on la mot dans les limiles 
du sud, et dans des pays de monts et de forets, ou ils 
vivent, dit-on, sur des arbres et comme dans des nids. 

Or, c'est precls^ment la position et le site que les 
negres einmenes au Bresil en csclavage, el qu'a inter- 
rogesM.Castelnau, assignentaux Niam-ISiams a queue, 
du sud -est du Soudan. 



( 502 ) 
EUROPE. — IVonvelles gcograpliicines. 



H 

B 
C 



H 
H 



•J 



cs 



O 

oo 



w _ 

H 
CO ~ 



o 

< w 

^« 

J !2 
o e 

o s 

B. 
-5 J 

h5 

W p. 

^ w 

.J 

U CO 
U B 
O £■ 

C 

>J 

n 
c 

H 

a 

■< 

o 

e: 

D 



u 

CO 



"» X 3C (O ■» 5 



= fl s 



a; .-3 — 



llll^ 



^ ^ .- ^ r. ^ ■^ ^ 



= o ^ o 

S S s~.= £ 
£3 ^ s V :^ V 

O < < K « t- 



S < U i« H H 



•aOSIA-OHd 
NOIitindOd 



— X r- 

C- 3 i.O 
X r: 1^ 



3 --T ^ 



X X '.2 >%) 1^ ©' '-O SI 
X •«• O I- t^ I' ^ «'3 

1-: 51 o - -• — o ■.- 



O t- X » — X 

o cc :a ~ rt o 
K -c I* I' r^ — 

tTi « 91 -^ X O 

r* ic o ;« — r: 
ff) — — •- 



-«■ X r; ~ £ i; 
-» 1-: o — -T X 
I-. -<r - -!■ - X 



E . 
u I — 



? ^ 



w ° 



o r^ <N 
C-. ^ X 
ic «? lO 

■« rt X 
o r^ X 



r- r- h- 

©1 It o 
G» — -p- 



JD i.":! 51 -,o X X •* o 
-«f r- o — . -r- It c". i.^ 



s.-^ r: »'3 ci n\ ic 

— . •■: o — It X. 

C. o — . ~- — oc 



o o c. o j; i:* 
<:£ c I- o It rr 

C O i.t it r- •* 



o "**■ r- 

i-t -^ It 



— -^ o 

3C X 10 
O It It 



©1 rt ■«¥ CO ;.t -^ ti 1^ 

QC m 00 I- -T o -^t «* 



s X s.t •<- c: ;t 



• ^ ^ It »- Gl ^ It 



O 

r- 

X 



X « X It •* '-0 

r- rt ti — c 
;c -fl" it C- -^ -^T 



O 

©I 



s 


^N 


s 


S 




1*^ 


10 


-* 


s 


10 


OD 


m 




X 




"S 




Gl 


1<3 




J= 













*S3jc.nu 
•uiiuoa 

-S3JI1A 



c — 

s = 






CD ©< ■* ^ i'^ *2 
t^ :o CO ^ t^ 00 



^ ei •»• <N -v ©I e» ei ^ ©I •- ©I ^ ■* ©» it ©» — e» ■*- e» ©1 -^ i.* ■* ■*?' 

, ^ , ^ . , • . ^ . 

' ' ' * • . • • . J ■ • ^ ■ -^ cJ , >. . . . 

• ' 3 V -' « ' ^-2 ' a^ .^ "2 ' * ■ ^ - *^ . 2 •« . -r 

^Sj "== £i2£'2Sg-' ^--gg-S „••-■= = ? 

?;=£ S?1 2^5 ££5-=! I. =l|-.2£ ixj-ig 






( 503 ) 



Cj >n r- a 

Q& *- <:& o 
r- ^ o ci 



-* X L-^ 

GO c. i1 
I- -^ iC 



— -^ X C^ o 
1^ c; — r- •*s' 

CO so O t- Ci 



o t^ ^^ 
©* .O vo 

CD 00 i.'? 



— Cj'*'^* aj'*5'0 jft9iei — -^-i '*i«i^ 










00 -<n r- 10 

o t- o i-i 

■r- C-.' — O 

ic ©^ o — 

ic r- -^ «o 

CI •- 



It -* I- o •-'^ 
in rN CD T^t *■ 
t^ r^ t- i^ Xi 



00 O 'N 10 
iO C5 a: w 
O 00 iO CD 



t?l C5 *- O CD 

00 O C: CD ro 
o o cr. ■=? t^ 

CI o <* -^ o 
©1 l*: fcC -^ -er 



CD 00 — 
— O i-O 



10 Qt '-O 

o r-. 1.0 

1^ -* --C 



— -<0 CD c: O 
h- — r- CD r- 

CD I- t- O O 



00 r- o 

©I -D V.O 
It X i.O 



O ** CD '*C 10 10 f* 10 



l'3 



O 
O 



11 SI 10 = 


fM ^ — 


— ©1 10 10 ©1 


to .^ ^ 


• • »■ S 


!l« 







6c J t: = 
2 " — 5 



n — ^ 
ZOO. 



a 



a 



a. 

o 

0. 



^ o 



fe5 



.a. 



.2 ii « "■' 

C3 - C5 U 
•** L^ Ci N 

« .^- S 

i2 m J! ;o 
? ^^ ' 



cn 3 

U — 



- s 



5" 0.-2 ft "5 i 
X , - i .2 s 



= 5 p ■* - 



..J3 . 



— ■<* o 

- -* » i: - 

" - o 3 

= '= ^ - s. 



3 QJ Gl ^ "^ 

-rr fc- »> 00 -r 

o -^ O I- T3 



JB ** 3 



N OJ C5 



- S^s 5 
» = -S ? ^ 

« i, 0.0. ^, 

" O 2 "'i^ 

« r S K QJ 

'3 — ■- ~ o 
S „ g »■ " 

^ 3 a 

— rt 



.S"^ » 



- - £^ 5 

- 3 I. =' -^ 

- u — . aj - 
n "I ^ u n 
^ j_ o o ts 

2 = -« = 

- o aj 9 « 
ii - u J „ 
0,^ i .. ^ 

■; = s2 ■• 

O HE'S cog 

"^ ^s -- 



So 



U3 

" 1 

o . 

= Q 



— Ji o. -^ 



- - S 



D ^ 



M #* 





0) 


E . 


■5« 


£;2 


==m 










oi 


_. "o 












d = 


c-o- 


cr aJ 


Si J 




.. o< 








3 r« 



3 ° S 









^•3 =^ S S 






^ i li "? s 



ja p 2; « •■ 

■ £ §«-.2i g 

~ =■— " S J5 

t. =; n a) C 

t* am - "i 

° .= 0.' = 2. 

."o - a 
-3 -r- — -3 



E «< 


u 


3 


Eo 


E 


u 






V 


u Ci 




•t 



o. ^ 



1o 



s;--=§^ 



s u 
O :^ 






( 50/1 ) 

ASIE. 
JaPON. — IlES PRliTENDUES ofecOUVERTES UNTRR I.E 

Japon et les ILES LiEou-KiEou. — Lc joumal su^dois 
Post och Inrikes Tidningar contenait dans son numero 
du 7 avril 1852 I'annonce suivanle, dont la plupart 
des jouniaux francais ont public la substance en la d6- 
naturanl un peu, 

« Le chef du d^parlement de la marine vient de re- 
cevoir du capitaine J. T. Lubock la lettre suivante , 
6crite de Golherabourg : 

)) Je soussigne , capilaine du Irois-niats AntUope ^ 
appartenanl a la maison Gronwall el conipagnie, de 
cetle ville, ai I'honneur de donner avis, qu'en navi- 
guanl de Hong-Kong a San-Francisco, j'ai d^couvert 
dans la mer du Japon, entre les iles Loo-Choo (Lieou- 
Kieou, sans doute) el le Japon, Irois iles qui n'6taienl 
point marquees sur les cartes marines pour 18/17. Ces 
Iles sonl situecs par 28 el 29 degres de latitude nord, 
et 128 et 130 degres de longitude est, et ont 6l6 porlt^os 
par nioi sur nies cartes sous le nom A' iles du Prince- 
Oscar. 



Gotembourg, i853. 



» Signe : J. T. Lubeck. » 



En supposant que la longitude est celle de Green- 
wich, il n'est pas douleux que les iles dont parle le ca- 
pilaine Lubeck sonl les iles Ou-Sima, C/eopdtre, cic, 
plac6es sur la carte n" 117/1 du d^pot de la marine, 
dress^e par M. de la Roche-Poncie , ingenieur-hydro- 
graphe, d'apr^s sespropres obser\ aliens faites enl8A6. 
Ces iles sonl siluees entre les 28" et 29" degrds de la- 
titude nord, el entre les 1250 /jO' et 127* 40' de longi- 
tude orientale de Paris. 



( 505 ; 

L'lle Ou-Sinia a d^jt'i tloniie lieu ;i une note ins6r6e 
dans le lonie V, p. 95, des Anmiles hfdrographiques ; 
elle a 6l.e vue en 18/i9 par la fregale h Preeble, dont le 
capitaine, ainsl que celui de I Ant Hope, avait cru a lort 
faire une decouverte. 

Ces observations nous ont ole luuinies au Depot dc 
la marine, et elles figureronl dans le prochain numero 
des Jnnales hydrograpIiUptes . 



AMfiHIQUE. 



NOUVELLE SoCIJiXi GiOGRAPHIQUK ET STATISTIQUE , 

FONDLE Aux firATS-llNis. — Les joumaux americains 
annoncent qu'une nouvelle Soci^te gdographique et 
statistique vient d'etre fondle a New-York. Dans la 
reunion qui a eu lieu dans cette vilie le 9 octobre 1851, 
on a adopts une constitution et complete I'organisa- 
tion de la Societe, M. Henri Grinnell, connu par les 
ddmarches qu'il a faites pour parvenir k la diicouverte 
du capitaine Franklin, a et(^ ^lii pr(!!sident; MM. Joshua 
Leavitt , Henry E. Picrreponl, Archibald Russell et 
Freeman Hunt, vice-])residenls ; Charles Cougdon, 
Irdisorier; Charles A. Dan, secri^tairc-rapporleur, etc. 



III. MAI. 6. 



( 500 ) 

Acieis «le la ^oeteK". 

ProceM-verbaiix ilea seances, Oiivrageii 
olTeris, etc. 



PnAsiUENCK DE M. GUICNIAUT. 



Proces-7'crbal de la seance tin 7 nuii 1852, 

Le proct'S- verbal de la derniere seance est In e.t 
adopts. 

M. Antoine d'Abbadie met sous les yeux de la Com- 
mission ccnlrale une esquisse du cours du Nil, rcpre- 
^ienlant les dilTerentcs opinions emises au sujot du 
cours su])tnieur de ce grand fleuve, par MM. d'Ar- 
naud, Knoblocbcr, Becke el lui. II est prid de voidoif 
bien compltler cclle esquisse. 

M. Rulherford-Alcock, consul general d'Anglelerre 
a Sliang-liai (Cbine), ecrit de eelte ville sous la date 
du IQjanvier 1852, pour remercier la Sociel^ di; I'avoir 
admis au noinbrc de ses membres ; il saisira avec em- 
]iressement toutcs les occasions qui sc presonleront 
pour communiquer Ic Iribul de ses eludes sur les 
vaslcs conUecs de la Cliine, el annonce qu'il a cliargi!! 
M. Woodliead (1, James Saint-Adelphi), son agent a 
Londres, d'acquiller sa colisalion annuellc. 

M. le secretaire de la Socield pbilolechnique (Paris), 
adresse, avec sa lettrc du 2 niai courant, qualrc bii- 
lels pour assisler a la seance publique du 9. 

M. Paul Autran, secrclaire perpetuel de I'Acadeniio 
des sciences de Marseille, annonce dans une lellre 



( 507 ) 
parliculi^re adresst^e le 17 avrll an secretaire general 
rle la Coiiimisslon centrale, qii'il a regu le nuuiero du 
BnUetin d'aout-septembre 1851, que ce dernier avail 
envoye a I'Academie, et qu'il en rendra coinpte dans 
I'line des stances. 

M. le directeur des colonies annonce an secretaire 
gi^neral, sous la dale du 6 niai, en reponse a une de- 
mande que celui-ci lui avail adressee, qu'il a autorise 
le graveur de la carte de M. Ilecquart, voyageur en 
Afrique, a s'entendre avec M. de la Roquelte et a tirer 
pour la Socicte tel nombre d'exeniplaires que le secre- 
taire g^n^ral d^sirera. 

M. Francisco Coello, correspondant de la Society 
a Madx'id, fait homtuage do sept nouvelles cartes de 
son atlas d'Espagne ; et dans une letlre particuli^re, 
qu'il ecrit au secretaire genex'al sous la date du 15 avril, 
il annonce divers Iravaux qu'il se propose de sou- 
mettre a la Societe. 

iM. W. Milutine, secretaire de la Soci^tt^ g^ogra- 
phique iinperiale deRussie, transnietde Saint-P^ters- 
bourg, avec sa lettre du 8 mars (1852), un oxemplaire 
du rapport public (en langue russe) par cette Soci(^t6 
et sous sa direction, sur les observations faites pen- 
dant I'eclipse du soleii du Kijuillct 1851. 

M. Vander Maelen envoie de Bruxclles, avec sa 
lettre du 10 avril, un extraitdu dernier travail ofTiciel 
sur la statislique de la Belgique que le secretaire ge- 
neral de la Commission centrale lui avail demande. 

M. Ferry fHippolyte) annonce au secretaire g^n^ral, 
par sa lettre datee de Joigny, 6 mai courant, que les 
documents que celui-ci lui avail remis sur la Cali- 
I'ornie, et dont il si'a pu s'occupor plus tot, sont aujour- 



( 508 ) 

criuil un pen iinciens; il ne los perdra pas de vue 
lorsqu'on en roccvra de plus rocents. Quanl au compte 
rendu dos lellres de M. Tabbe Brasseur sur le Mcxique 
et les origines aniericaincs, qu'il avail aussi promis do 
faire, il pense qu'il convienl d'attcndre que I'autcur ait 
Icrmine son ceuvre. 

Le secretaire donne lecture do la listo des ouvrages 
offerls a la Sociele. 

M. Joniartl depose sur le bureau le discours pro- 
nonce par lui aux obseques de M. le baron Walcke- 
naer, d^ccde a Paris ic 27 avril 1852. Le secretaire 
general lit ce discours, dont I'insertion au Bulletin est 
adoptee Sur la deniande de M. d'Abbadie. A cetle oc- 
casion, M. Corlambert oITrc de rediger une notice bio- 
j^rapbique sur le savant collogue que la Sociele \ient 
de perdre, et propose de faire des deuiarcbes pour 
obtenir de la famille de M. le baron Walckenaer le 
portrait de ce savant confrere, alin de I'exposcr dans le 
local des seances dc la Societe. 

Ces deux propositions sonl adoptees. 

M. Jomard annonce qu'il a fait passer les quatro 
medaillcs destinees a IIM. Livingston, Osvvell, Reb- 
mann el Krapf, par I'intermediaire des rjidacteurs du 
Church niisxioiKiij Intelligencer, et celle de M. le doc- 
leur Wallin , Finlandais, par M. le prince Emmanuel 
Galitzin. Quanl aux diploracs porlant mention bono- 
rablc, ils out elo adress6s a M. le secretaire de la So- 
ciele rojale geograpbique de Loudres. 

Le meme meinbrc appelle raltenliou de la Societe 
sur une nouvclle voie de communication en Ire le golfe 
du Mexique et le grand Ocean, que le gouvernemcnl 
uiexicain paralt prciferer a la voic de rislbmc de Te- 



.'! 



( 500 ) 

luianlopoc. Elle parlirait do la \'ora-Cruz, irait au lac 
Cliapala ; tlo la on suivrait la riviere Mcscala jiisqu'a 
San-BIaz, oii ellc porlc Ic nom do Rio San Yago. Lc but 
serait de se rapprucher do Mazallan et de San-Fran- 
cisco, beaucoLip plus que par Tohuantepec, Nicaragua, 
Cosla-Rica ot Panama. 

Le memo proj)ose de nomnicr a la prochaino 
stance, a Tune des places vacantes de membres cor- 
respondants, M. Paul Chaix, professeur de Geneve, bien 
connu de la Socidtd , a laquellc il a envoye quelques- 
uns de ses ouvrages. M. de la Roquclte appuie forte- 
monl la proposition de son collogue. Depuis quolques 
anneos, M. Paul Cbaix a bien voulu etre son corres- 
pondant oflicieux, et lui fournir d'excellentes ini'orma- 
lions dont il s'est empresse d'enrichir le Bulletin. 

M. d'Avezac ayant offerl a la Soci^le, et depose sur 
le bureau , un exemplaire d'un ouvrage qu'il vicnl de 
publior sur fitliicus, M. Thomassy propose de faire un 
rapporl sur ce travail imporlanl. Cetle oiTre est agrei^o 
par la commission. 

Le secretaire general donne lecture de la traduction 
d'une lettrc ecrile par lo doclcur Krapf au reverend 
C. W. Isenberg de Rabbai-Mnia , l""' octobre 1851, et 
inseree dans le Bombay church tnissioiiary Report du 
niois de decembre dernier. 

M, le chevalier de Paravey lit uiio note sur les Niam- 
Niams. 

M. do la Roquette donne lecture d'un article pu- 
blic dans le Journal ties Debuts, d'apr^s une correspon- 
dance de Gothembourg, d'ou il semblerait rt^sulter que 
deux lies non encore port(5cs sur les carles on I ^ie d6- 
couvertes par M. Lubqck, capilaine d'un navire sue- 



( oil) ) 
rlols, ••iilio lo Japon cl Ics ilcs Loo-Choo i^ Liooii-Kiooii) 
ot qn'il a oppclecs iles tin Prince Oscar. 

II resiiltc, des expllcalions donneos par M. Daussy 
([MO toutes Ics cartes du Depot do la marine font hum 
lion dcpuis longteuips des iles dont la reconlc decou 
vcrlc est annoncee, etc. 



1- 



}■ races- I'dbdl lie la seniice rln 21 iiuii '1S5"2. 



Le pr<>CL's-vcil):>l de la derniere seance est In d 
adopt e. 

M. le professeiir Paul Chaix, de Geneve, ecril au 
secretaire general de la Commission centrale, sous la 
date (111 l|^ai, pour le prier de le presenter comme 
candidal a la place de membre correspondant de la 
Soceitt^ dont on lui apprend aujourd'hui meme la va- 
cance. II annonce en m6me temps, que pour satisfaire 
au desir que M. de la Uoquelle lui a temoigne d'operer 
un cchange ontre le Bulletin de la Societe de geogra- 
nlde ct la l)iblintltei[iie nnii'erselle de Genefe, il offre a la 
Societe Texomplaire de ce recueil qu'il rcQoit comme 
collaborateur. 

M. le major Fridoliuo Giordano, directeur du bu- 
reau lopograpliiquc de Naples, annonce, par sa Keltic 
(icrite de Naples, sous la date du 8 inai, qu'il vienl 
d'envoyer a la Societe, par rinlermediaire du consul 
des Deux-Siciles a Marseille , la carle de la Mcditer- 
ranee, Arcliipcl, mer Noire el mer d'Azol", enSfeuiiles; 
les 12 feuilles de la Carte ilcs environs de Naples, a 
reehelle du 1/25000''; et enlin la premiere feuille de 
la grande Carte lopograpbiquc inililaire du loyauinc. 
;'( I'echelle du 1/80000'. 11 enverra successivcmcnl les 



( 511 ) 

aulros carles (jui stM'ont publiees par Ic buieau tlonl 
il a la direction. 

Dcs remerclmenls seront adresses a M. Giordano, 
aussilot quo Ics cartes annonc^es par lui seront par- 
venues. 

M. Eugene de Froboiviile Iransniet de Naples, au 
secretaire g^nih-al de la counnission cenlrale, avec sa 
leltre (parliculiere) du 12 inai, des notes sur les Va- 
Ngindo, peuplade de I'Afiique occldentale; cette no- 
tice est remise au comil6 du Bulletin, ainsi que la carte 
manuscrite et !o tableau synoptiquc qui I'acconi- 
pagnent. 

M. W. de Milutine, secretaire de la Societe geogra- 
phique imperiale de Russie, envoie au secrt^taire ge- 
neral, avec sa leltie de Saint-P^tersbourg du 9 avril 
dernier, la preini6re livraison du Bulletin, public (en 
russe) par cette Society pour I'annee 4852. 

D'apres le desir tenioigne par M. Cortambcrt et 
par d'aulres menibres de la commission cenlrale, de 
posseder un portrait de M. le baron Walckenaer, I'un 
des fondateurs de la Sociele qui a eu le maUieur de le 
pordre le 27 avril dernier, M. Jomard a fait aupresde 
la famille du d^lunt des d-marches qui onl ele bien 
accueillies. 

M. Jomard annonce qu'un projet relatifa I'etablissc- 
menl d'un point de depart uniforrae pour les obser- 
vations astronomiquos et meleoro]ogi(jues , provoqui!; 
par les gouverneinenls de France, d'Angleterre el des 
Elats-Lnis, vienl d'etre prescnle a I'Academie des 
sciences. 

Le sccrclairc general lit la lisle dcs ouvragcs ol- 
lerts. 



( 51-2 ) 

M, Paul CliaJx, proresseiir clc Geneve, esl 6lii a 
runanimilc nienil)re corrcspondanl dc la Sociele. 

M. lie la Uoqiiello annoncc qu'une Socielii gdogra- 
phiquc vient d'elre fondiic a New -York. ( \ oir aux 
Noiu'elles geoi^rfipliiques.) II a dcmande aux lilals-Lnis 
des inforniations sur celte iiouvelle inslilulion , ot 
s'emprcsscia de les coininiinlquer a la Commission 
cenlrale aussilol qii'olles liii sciont parvenus, 

M. Alfred IMaiiry fail connallre les rcnseigncmenls 
parvenus a Paris sur les rosultats des fouilles failes par 
le consul frangais, M. Place, sur le terriloire do I'an- 
cienncBabylonie, elnotammenlaKliorsabad. M. Place, 
devan^anl la commission scicntifiquc que le gouverne- 
raent frangais a envoyee dans ce pays, a fait explorer 
avee le plus grand suoces les lieux fouilles jadis par 
M. Botla. Une longue galeric, unc colleclion de vases, 
de nombreux cylindres, ont 6te d^couverts. Le Louvre 
va bicntol recevoir un premier envoi des anliquites 
decouverles dans ces fouilles inliressantes. 

M. Edmond Ansard, profosseur d'hisloire el de 
geograpliie au college de Saumur, est nomme membrc 
de la Socielo sur la pr(^sentalion de MM. Jomard ot 
Mallc-Brun. 



( &13 ) 
OUVRAGES OFFERTS 

DANS LJiS Si5aNCES HUS 7 ET 21 MAI 1852. 



TITRKS. 



DONATEtRS. 



EUROPE. 




OUVBAGKS. 


MM. 


Notice snr les .Tltitudes dii Mont-Rlanc et du 
Mont-Rose, deleiiiiiiiees pai- des inc^ures ba- 
romelriqucs ct {jcodesiqiies. (Extrait de VAii- 
nuaire nieteo}oln(/tque de la France, aniiee 
i85i.) Rioch. in-8" de. 36 pac^es. 


Le coniniandaiit 
Uelcros. 


CARTES. 




Province de Castellon de la !'Iana (Atlas de Es- 
jjana y sus posesiones de ullraiiiar). i feuille 
grand-monde. |852. 

— Logrofio — t85i. 

— Gt-rona. — i85l. 

— hlas Baleaies. — i85i. 


Lieutenant -colonel 
Francisco Coc-lli>. 

Iden). 
Mem. 
Idem. 


.\FRIQLE. 




CABTIiS. 




hlas Y presidios en la casta septentrional de 
Africa -Islas del f;olFo de Guinea, en la oosia 
occideiilai. i feuille grand-monde. i85o. 


Idem. 


AM^RIQUE. 




CAnTES. 




Isla de I'uerto-Rico. i feuille {jrandnionde. i85i. 
— Cuba. — _ 


Idem. 
Idem. 


ITINERAIRES, PLA^S ET COL'PKS. 




Expedition dans les parties centrales de I'Anie- 
rique du Sud , de Rio-Janeiro a Lima, et de 
I>ima an Para, par Francis de Gastelnau. 
4'livi. Paris, i85a. 


Francis 
de Castelnai». 



( 51/1 ) 



TITHES. 



DONATEURS. 



ASIE. — Al UIQUK. — AMl-aiQUE. 

ODVIUGES. 

Tableaux de population, <le culture, de com- 
merce et lie navijj.ilion, formant, pour I'annee 
1848, la suite des tableaux insere's dans les 
Notices statisliques sur It-s i.olonies franraises. 
I vol. in-8". Paris, fevr. iSaa. 

Ml^LAKGES. 

MEMOinES DliS SOCIETES SAVANTES ET JOUBNAUX. 

Francais. 

Nouvelles annates des voyages. Fevrier et mars 

i852. 
Bevue de rOrient. Avril I 852. 
Journal des missions evanjjeliques. Avril l852. 
Annales de la propajjation de la foi. Mai i8.')2. 
Annales du commerce esterieur. Janvier et Fevr. 

i852. 
Revue coloniale. 2* serie. Avril et mai i852. 
Journal d'educaiion populaire. Mars et avril 

1862. 
Histoire de I'Academie de Marseille depuis sa 

fonddtlon en 1726 jusqu'en i836, par J. B. 

Lautard. 3 vol. in-8°. Marseille, 1826, 1829, 

1843. 
Memoires de I'Academie des sciences, belles let- 

tres et arts de Marseille. Annees 184(1, 1847; 

Marseille, 1848. Annees 1848, 1849, iSSo; 

Marseille, i85l. 2 vol. in-S". 
Se'ance publifpie del' Academic royali'des sciences, 

belles-lettres et arts de Marieille, du G sep- 

tembre 1846. 
Travaux de I'Academie des sciences de lleims. 

4* trimeslre. l85l. 

Annlais. 

'Hie cliurcli missionary Intelligencer. Avril et mai 

1 852. Londres. 
Journal of the Indian an liipelayo... ( Juuiiial de 



MM. 

Minisire 
de la marine. 



Les editeurs. 

Idem. 

Idem. 

Idem. 

Minist. du comm. 

et de I'interieur. 

Ministre de la mar. 

Les editeurs. 

Acad, des sciences 
de Marseille. 



Idem. 

Idem. 
Acad, de Ucims. 

Les eiliicur>. 
Idem. 



( 515 ) 



TITHES. 



DONATEURS. 



rarchipelliidieii). Novemljieet deceinbre i85i ; 
Janvier 1 85a. Singapore. 

Riisses. 

liappnrt sur !es observations fai(es pendant 
I'eL'lipse de soleil dii i6 joillet i85i, sous la 
direction de laSocietej^eograpliicjuede Kussie, 
et )nibli(' par elie en lan(;ue russe. Hroih. in-S", 
avpc planclies. 

Ameiicains. 

Tlie Literary \voriil... ( le ^fon(le litteiaire ) , 
n"" 261, 262, 263, a64, 271 (3i Janvier, 7, 14 
ct 21 fevrier, loavril I 862). 

niVERS. 

tlbiciH et les ouvragps co.smo{;rapliir|ues intitules 
de ce noin, snivi d'un Appendice par M. d'Ave- 
zae. I vol. in-4°. Paris, i852. 

Tables auxiliaires pour le calcul des differences 
de niveau donnees par des hauteurs baronie- 
triques, calculees d'apres la formule complete 
de Laplace, niises dans un nouvel ordre et 
elendues. Broch. in-8° de 26 pages. Neuchatel, 
1846. 

Tables pour facililer le calcul des surfaces sur 
ri-llipsoide terrestre, calculees pour des qua- 
drilateres de 1', 10', 20', 3o', i^, 5'' et 10'', en 
latilutde el en longitude, depuis I'cquateur jus- 
f|u'au pole (i 840), extrait de I'Annuaire mete'o- 
rologique de la I'Vance, aiinue (i85o). Broch. 
in-8" de iG pa{;es. 

Perlezione sul progresso rurale nel i85o... (Dis- 
cours sur les progres de I'agriculture en i85o, 
lu la dixienie annee du Cours de physique ap- 
l>lique a I'aijriculture et a I'economie domes- 
tique). (Extrait du Repertoire d'a{;ricullure et 
des sciences economiques et industrielles.) Va- 
rallo, I 852. Broch. in-12 de 32 pages. 

Sur les trenddeuienis de teire el sur les inouve- 
incnls du sol. (I'^xtiait du CDnqilc rendu des 



MM. 

Les editeurs. 



Soc. {jeoj^raphique 
de Russie. 



Lps editeurs. 



D'Avezac. 



Le commandant 
Delcros. 



Idem. 



Le ])rofcsspin- 
Barufti. 



Ant. il'Abbndie. 



( 51<3 ) 



TITHES. 



seances de rAcademic dcs sciences.) Rrocli 
in-8° d'line pag<'- i852. 
Ptlite {!;('o{5ia|)lile inoderiic a I'lisafje des ucoles 
primaires. i vol. in-Jia. Paris. 



CAHTKS. 



Alias historiqne el ceORmphique, ancien et tno 
deine, dresse pour I'usape des colleges, etc., 
par Felix ct Ed. Aiisarl 



1 vol. in-4°. { re]. 



DON.VTliURS. 



MM. 

Ant. d'Abl)adie. 

Ed. Ansait. 



Ideti 



ERRATA. 



D.Tns quelqiie* exeinplaires du Bulletin d'avril iSSa, p. 4'7» "" '* 
mis ;i tort, en pailai.l <le la letde de M. RuUct, que MM. d'Abbadie 
et Jomard en ont du ions deux la coninmnicalion ^ M. Vaudey, tandis 
que celui-ci Pa seulemcnt communiquce a M. d'Abbadie : c'est de 
M. d'Ainaud quo M. Jouiard a re^u la c.pie do la nieme lettie qui lui 
eft pai venue. ^ 



*"" irrir /l,i//.-ti„ ,/,//,„ /S.>;. 




:!6' 




, ll^Axa 



'/r. 






sKhi'vini - niii/ii 






Quiloa 

Q (Khiiuu) 






^ 



1 



I-./,/,' ./(' {n'lymphi 




i.ith.ih-ltuuUuni lul.'l (th»'t;.ani,'0\ 




'^ Incfujuant if- 



I. A PMiK.SrK A.\AIA>(;iQlF. 
VKS /.A.VOlfiS 

UK L'AKniC^lTE AD^KIDIOXALK, 

Parj\P'l'ht<iriioih''Frobcrvi//c 
1851 



.So 



Jhtlt-^t' tit- (r'fl't/fU/'/ll, 



•* '^' Xru' /hi/J.fin Jr .//,// tSM . 



T J 



-'0 

1 



^ t/funu/o 





r. J. 



Ka^hn 



,^^^/hiimo _^_ 



f'o/ti/o 
. Iiitfohl 
/itru/iif/ii 
( Liuiifiiivi' inula ) 




Siihui 
^\ Miirma 



r\__ ^ ~ '%" 



^^^ 



Kaxtmhe 



ScndnC 






ify 



Dattuiiii 



rsiiiinlio '^V"^ — ~/ 

Ituriit* \ VTAonbo 

I Niitnibunr ' \ \ 



til l/f f.i^lftHI. 



(lToH<-ntols) 



^W.i^^-ittiitmf/u'.v /oriinvti'iin ^mit txm/uw 

titvuttvi/tt iafatni/ii' Ostrt»-X*-girr. 
OVW///it////«//miv/«w/ i'luihiu'ti fttiwiJii 







I, A i-MiK.yTK a:<m.iu;iqvk 
m:s /..lyt-iKs 

l)K L'AKKiylK MKHIDIONAM'; 
1851 



Lt-r^UnJc t¥tt9i/a/€' Ifu J&ititfn t/f /hris. 



I 

y 



.,/,■ K,i,/,;m >.. '•■ I 'l'lK,iiiuni 



BULLETIN 



DE LA 



SOCIETE DE GEOGRAPHIE, 



JUlN 1852. 



llciuoires, 
Molices, Docuiiieiitjs originaiix, etc. 



TRIBUS DE NKGRES Bl-GAYELRS 

AU ISORD DE LA CAFHKRIK, 
, M, liUGkNJi DE FROBKRVII.I.E (1). 

« Parmi les Niambana que j'ai question n^s a Teflel 
de composer luon vocabulaire compare ilcs langues 
ostro-negres, j'en i-cncontrai un clont la prononcialion 
chevrotanle et comma delraquee ofTrait unc parlicula- 
rite curieuse. II inlroiluisait confusement au milieu de 
tous les mols de sa langue (2) la sjllabe sit (cliil). Ainsi 
le mot 

Niambana tievenait dans sa bonclie Nia-sil-ainbana. 

Iniritna (viaiiile) inia-sil-nma. 

KuetU'le (dunnir) kuetle-^il-ele. 

Tuliuni {dahoh) tuhu-sil-imi. 

Kuf(imba [marc]ici) laifa-sil-aniba. 

Nlbko (tete) nlo-s'il-oko 

Enompfu (riez) eiio-iiloiii|)rii. 

(i) Extrait ties Notes sur les races ostro-ui(/res. 
(2) Le niambana est, parmi les idiomes osli-o-ne{;i'e*, un de reux 
dont les formes se rapprocbent le plus du cal'ie. 

III. JOIN. 1. 85 



( 518) 
» Je crus d'abord que cet homuie i'lait aflligo tl'un 
vice naliirel de prononciation , et j'allais le ronvoycr 
coniuic loul u ri\il iuipropre au luil que je nic j)roj)o- 
sais, lorsque je m'aperciis qu'il ])ouvail, quoiquc a^cc 
difliculhS aiticuler les mots sans y introduire le l)izaire 
crement dout je viens de parler. Je me rappelai alors 
un passage de la relation du voyage de MM. Arijousset 
et Daumas au nord-est de la colonic da ca|) do Honnc- 
Esp^rance, dans lequel il est dit (s que cerlaines trlhus 
» cafrcs a nez incisd, a dents limees en poinlo (mon 
Nianibana ]iresentait ces caractrres ), avaiont recii 
d'auUes CalVes plus nn^ridlonaiix le surnora de begues 
(p. 357). » De]iuis, j'ai souvenl remarqiie chez d'autres 
Niamhana cette sorte de rude begayement qui m'avait 
frappe dans la bouclie de mon premier informalour; 
la syllahe intercalee difTerait suivant les tribus ou ne se 
nianifeslait pas aussi reguli^rcment , mais le i)rincipe 
6tait le mfime. A la sonority pr6s, on ne saurait niieux 
comparer la pronunciation maladroile , bollcusc (I 
cbancelanlc do ces n^gres, qu'a celle des enfants qui 
begayent leurs premiers discours. Le sobricpiel par 
lequel leurs congeneres du sud les di^signent csl, en 
ce sens, paifaitement applique. II m'a scmhlo qu'en 
inlercalant plus ou nioins systeaialiquemont luie syl- 
labe de fantaisie au milieu de cliaquc mol, ils nu I'ai- 
saienl qu'obeir au bcsoin de mellro de temps en temps 
dans lour parole commc des points de rcpeii,' euplio- 
niqucs ou leur organe aliurj venail en passant se rccon- 
nailre el se rafFermir (\]. » 



(i) L'inseriiuii voluiUaire dune ou <1(' jilLisieurs syllalics d.ins les 
iitots est, on le sait, uiio lut'lhoilc dont iios ecoliers se seivfiit li.ibi- 
liiellement pour reiidre leurs discours ininteiliyibles aux iiuditcurs 
non iiiilies. M. Anloinc d'Abbadie in'npprend quo rclfc csjicre d'.)i{;ol 



( 519 ) 
NOTES SIJR L'lLE DE IIAI - NAN. 

M. Guillemin, de la Sociele des missions 6lrang6res, 
communique, dans une lellre ecrite de Hont^-Kong , 
on Chine, le 20 mai 1851 (1), quelques infoimalions 
foiiinies par le p6rc Mailfait, missionnairo apos- 
tolique, sur I'ile de Hai-nan, ou 11 vient de mouiir, 
a peine age de Irenle-cinq ans. Ces Informalions ont 
parii ofl'rir de rinlerfit; elles servironl a completer et a 
I ectifier celles qui ont eti publides il y a plus de vingt- 
cinq ans dans ce Bulletin ("i). 

« L'ile d' Hai-nan, situee an midi de la province de 
<2"('//^^- ^o«^ ( Kouang- toung) , dil M. Guillemin, est 
une des plus grandes, des plus peupit^es et des plus 
rurieusos de I'Asie. Elle ne comple pas moins de 
Koixante lieues de long sur quaranle de large, et envi- 

e>t employe tlans le iiienie but par les BuliLMiiieiis d'Eiirope, it niissi 
|i;ir li-s Abyssins, qui appellent zahaza cette manieJi! <li' di^jjiiiser la 
biii;;iie aniaiififia ; la syllabe iiilercalec par ceux-ci parait etre ba. Je 
niL" suis assure que ines Niambana bredouiliaieiil et interralaient leiir 
syllai)e dans les mots satis y eiileiidie malice. (lelte clieville syllaljique 
m'a |uiru avoir pour but, non d.: defijjurer leur parole, iiiais an con- 
tiaire d'en raUaciier lant bien que mat Liisenible la cliarpente dislo- 
(pieo. II serait difficile d'assigncr une cause prc'cisi' a la ditCurinile de 
leur [)roiionciatiou, d'aulant plus etraiijje dans ceUe i('j;iou de 
i'Afrique, que tous les OsIro-iic';>res et les neuF dixieuies des Iribus 
niambana ellus-meraes ont I'oreille dclieale et sensible au supreme 
dejTre et font le plus grand cas il'une elocution facile et sonore. Une 
nervositc anormale el une conformation iniparf.iite des organes de la 
parole jouent certainement ici un r6le licrcdilaire, que Ton ne pent 
meconnailre apres avoir cnteiidu un certain nombre de ces negres. 

(i) Annales de la profaijation de la foi, i852, n° i4o, p. 4o el 
suiv. 

(2) Note sur tile de Ildi-nan, etc., etc., par M. Je la Koquette 
[Bulletin de lu Sociele de ijeogniphic, i8>7, i" serie, t. VII, p. ail). 



( 520 ) 

ron deux millions d'habitanls. La parlie baignee par 
la merest liabllee par desCljinois ; rinlerieur se Iroiive 
occupe par dos sauvages nommes Laos ou Loies , qui 
siiivent pour regie les instincts de la nature, n'a\ant 
qu'une simple butle pour se logor, Tare pour se d6- 
fendre ct pourvoir aux bcsoins de la vie. Ces bommes, 
du reste, sonl d'une laideur remarquable claugmen- 
tent encore leur dillormit^ nalurelle par le bariolage 
dont ils sillonncnt leurs joues. II y avail autrefois un 
grand nouibre ile chriiiens dans I'ile; mais les pers<i- 
culions qui s'eleverent sous Kang'hi ei sessucccsseurs, 
I'abandon auquel , a diflerentcs epoques, ils lurent 
laisses, en dimiiuiirent considerablement lecbilFre, 
jusqu'a ce qu'enfin la Providence cboisil un apotre qui 
devail en recueillir les debris, et ouvrir parnii eux une 
nouvelle voie aux progr^s de I'Kvangile. 

» Parti de Hong-Koni^ le 2 mars 1850, M. Maill'ait ar- 
rivait quinze jours aprcs au rivage qu'il avait tant desire 
[Ha'i-nan]. \}i\ autre missionnaire, M. Duponl.qui con- 
naissail la langue et qui avail un calecbiste du pays, 
devait I'inlroduire. C'cst lui qui alia a la decouverte des 
cbrt^-licns, tandis que M. Mailfail, blotti au fond de sa 
barque, altendait avec anxiete Tissue de cctlc demarcbe. 
Trois jours apr^s, M. Duponl revinl aupres de son con- 
frere, et put lui annonccr que quelques lidelcs consen- 
laienl a le recevoir. Alors, a la faveur des lenebres, on 
relira le jcune missionnaire de sa barque, et on le con- 
duisit dans la pelilo cbreliente de Soh-tsai, a six lieues 
de la mer. Quelque temps apres, ne Irouvanl pas assez 
de s^curile dans ce lieu, il se rendit dans la cliretiente (1) 

(l) C'est le iioin Joiiric j)ar Ics tnissioniiaircs cnilioliqucs aux pa- 
roisses ou lucaliti's iLiiis lesquclles sc liouvfiit t-Uiblics ties reunions 
de chr^tien<. 



(621 ) 

de Siang-lo, qui dcvint dt-s lors sa residenco Iiabituelle 
et le cenlre de ses courses apostoliques. Mais deja 
M. Dupont avail accompli sa mission ; il rlil un dernier 
adieu h son confrere, qu'il ne devait plus revoir, et re- 
joignit le poste que la Providence lui avail marque aur 
un autre point de la province. 

« C'etait sansdouto beaucouppour noire jeune niis- 
sionnaire d'avoir mis le pied sur son ile ; mais c'etait 
peu de chose en comparaison des autres dilTicuItc^s ((ui 
lui reslaienl a vaincre. II failait se faire accepter par 
un peupie dont il connaissait a peine la langue, et 
aupres duquel on avait su nous rcpresonter comme 
dcs hommcs qui venaient uniquemenl dans ce pays 
pour s'cnrichir atix depens des indigenes. M. Maillait, 
par sa prudence, sa douceur, et surtout par sa con- 
fiance sans bornes on cclui qui I'envoyait, surinonla 
lous ces obstacles,.. Muni d'un chapfau de paille donl 
I'ampleur equivaut a cellc de nos parapluies, apres 
s'etre jauni la figure, les mains et les jambcs, pour se 
rendre plus semblable aux gens du pays, il parlit pour 
son excursion evangelique » 

Suivent les details sur les lieureux resullals obtenus 
par M. Mailfait, a Siaiig-lo ot dans les deux paroisses 
de Faseii et de Po-ao ; puis il ajoute : 

« II (le perc Mailfail) avail terminii les lonclions de 
son ministere a i'o-ao, et il n'elait plus qu'a Irois lieuos 
de Kin-tea, lorsqu'il lui pril cnvie d'aller visiter I'an- 
cien cimeticre clirelien, situe a cole de cellc capitalo de 
I'ile (1). II parlit en Kieoulcoti, ou chaise a porlcurs, 

(l) Le nom de Kiu-lcn ne se tioiivc point [Kule il.iiis l.i lisle (lei 
villes tie I'llc de Hai-nan, ilotiiiec, a l.i siiilc de I i [)a{;e lil de mo note 
deja citee, d'aprcs le Koiiatig -Toiiiig - tchi, ou description Iiistoiicpio 
de la province de Canton. Suivant cctte description, la capitale de 



( 5-22 ) 

afiii d'cviter loule ronconlrc cles paiens. » « J'avais for* 
)) Innuiit recoinmaiuli a mcs guides, cllt-il , do s'eloi- 
» gnor dc la ville, ou se trouvait, assiire-l-on, uno gar- 
)) nison dc dix mille homines; inais ne voilii-t-il pas 
» qu'aii momcnl oCi jo m'y atlendais Ic inoins, nous vc- 
)) nous debouclier au pied tnfinic de la tour du gouvcr- 
» ncur. Celte nioprisc de la pari de mcs gens me fit 
» observer plusiciirs clioses que jo u'aurais pas vues 
J) sans cela. La lour, assez dlcvee , est balie de piorres 
» dc l.'iille ; elle a buit (itagcs superposes les uns sur Ics 
wauhcs, avt'C uno diminution d'epaisseur a cliaque 
» cordon. Au Iroisiemo etagc, sc Iroiivait une senlinclle 
» ou pclit mandarin en habit blanc, ipii, du haut dc sa 
)) vigie, regarda passer nion A ieu-tcon ; je lo lorgnai (^ga- 
» Icment du fond de ma liti6re, el jc continuai mon 
)) chcmin. Non loin de la tour, on rencontre une pa- 
)) godc dediee au pere des dicux du pays; a rinlerlour 
» est un grand dicn en bronze avec un ventre moiis- 
)) irueux, assis dans un large IV.uteuil dc in6ine niclal. 
» Comnie mcs porteurs marcliaienl rapiilement , je 
)) n'eiis pas le Icmps d'en voir davanlage. Je conlournai 
» Test de la villo , qui ne ni'a pas paru fosi grandc, ct 
» j'arrlvai au lieu (pio je chcrcliais. La commence uno 
» plaine immense, loule couvcrle de lombeaux : elle 
» s'elend dc rexlreniilc de !\in-tc(i jusrju'.'i Kni-knoii, 
» c'esl-a-dire sur un cspace dc deux lieues. Rien de 
w plus imposant que cetle tcrrc a pcrte de viie, ou se 
» irotivrnt accuniules les morts do plusieurs si^clos. 
» Je lis plusieurs milles cliinois (i) au milieu dc ces 
» debris de gd'nerations bumainos, pour decouvrir le 

rill! (I'lliii'-naii <!Tnil Kion(j-lcUci)ii /on, (t niiiMit iiiii' pnpiil.ilion dc 

Io3 oSg liabitanti. I/aMin Grosicr ra|i|icllf Kit nn-Trhcnu. — D. L. K. 

(i) C'-est sill? tli)Uic Ic //, fjiic M. tlr McjMiij;iiy iip|)(.llc aiissj millc 



( 523 ) 

» lieu quiservait autrefois de sepulture aux Chretiens. 
)) Arrive a une assez vaste enceinle, oil Ton n'enterrc 
» plus, je reconnus bicnlol rjuo c'etait la I'ancien citno- 
» liere de nos fr^res. J'y Irouvai une cinquanlaine de 
» pierres tumulaires, qui, n'etant plus soutenues, sont 
» lombees au niveau du sol : elles datent toutes de 
» cent cinqiiante a deux cents ans. Au centre se dia- 
» lii'.guent Irois monuments plus reinarquables quo 
» les auU-es; co sont les lombeaux dc Irois jesuilcs : 
)) Jean Forget, Francais , inort en 1661; Stanislas 
» Forreo, Ilalien, en 1681 ; Joachim Cornes, en 1686. 
)) A pen de distance de ces monuments , on en re- 
» marque deux autres qui paraissent (^galement erig(''s 
» a la memoire dc quelques missionnaires : les carac- 
» teres en sont effaces, mais je croirais assez volontiers 
» que I'lin est le tomlieau de Benoit de Mathos, pro- 
)i mier apolre de I'ile, et I'autre celui de Francois de 
» V6gns, Porlugais, qui sont morts, le premier en 1651 , 
)j et le deuxieme en 1659. Pliisieurs pierres soul doji'i 
» usees par le temps; mais la forme de la croix, 
» profondement creusee, reste loujours pour ser- 
» \ir lie caractere distinctif a la tombe chretienne. 
» Aulour dc prcsque toutos ces croix, on lit celle 
» inscription : Lehcn kao ching hooii, vnrce rcligioiiis 
■))S(iciniti signiiin (1). Grace au respect des Cliinois 
» pour les lurabcatix, aucune main profane n'y a 
» touclid. Seul, a gcnoux au milieu de cetle plaine im- 
)i mensc, je dis un De prnfnmUs pour tous nos freres 
)) qui reposeiit en ce lir-ii : c'etait peul-&tre le premier 
)) rju'ils recevaient depuis cinquanlo ans. Jc m'eu 

I liiiiois, etf|u'il c'value a jjS inel res. ( Voir B/t//t(i« dc scplfiiiLfe i85o, 
r. XIV, p. ii6.} D. I,. R. 

{I) Signc sacrd de la vraie iilijjion. 



( 524 ) 

)) relouinai lo ctjeur bicn Irisle, en me ilcmandanl ce 
» (|u'(-Haienl dcvenus les descendants do tons ces niorls, 
» ct jo pris a I'inslanl la resolution d'envoyor un cati- 
» chisle |)our s'assurer s'il en reslail encore quelqiies 
» vestiges. II est bien a craindro qu'on no Irouve plus 
» que des souvenirs a la place des nomhreux clireliens 
» qui peuplaient autrefois celle ville. » 

« Apres ceile visile au ciuietierc de Kin-ten, iM. Mail- 

fait se rendit a Aorta- nan, a Siotn- tout cl dans plu- 

sieurs aulres chrelienles, dislribuant parloutla [larolc 

sainlc el le pain de vie ; puis , Ic 2/i juin , ffilc de saint 

Jean-Baptiste, il dtait de retour a Siang-to, salisfail du 

r^sultal de scs fatigues apostoliques. « J'arrive de mes 

)) courses, dit-il; j'ai confesse tout nion mondc el remis 

» chaque chose sur un meilleur pied. Des ulceres me 

» sont vcnus aux jambcs; j'en atlribuc la cause aux 

» chaleurs et a la mauvaise eau que nous buvons. Cost, 

» du resle, unc infirmit6 dont pcrsonne ici n'est exempt: 

» la moindre egratignure suflit pour former une plaie. 

» J'ai paje mon tribut, et j'esp^re en 6lrc qultte pour 

» le moment. J'ai rencontre dans mes excursions plu- 

» sieurs pctitcs curiosit^s dont je vous fais pari. Ainsi 

)) j'ai vu les corbeaux a cravatc blanche, el les merles 

)) bleus aux oreilles jauncs, dont parlent les anciens 

» jt^suitcs. J'ai aussi romarque des abeilles rajecs de 

» bleu , cl do grosses gu6pes, qui viennenl fixer leurs 

)) alveoles sur one simple fcuille d'arbre. Ici tous les 

» groupes d'hnbitalions sont caches au milieu d'arbres 

» fruitiers; les ananas servent de haies aux jardins; il 

» y a des li-tchi, des mangues, des bananes, des cocos, 

)) des papayers, et quanlite d'aulres fruils inconnus en 

)) Europe, el qui soutiendraienl facilement la compa- 

» raison avcc les votres. Quant a nos insulaircs, ils tra- 



( 525 ) 

» vaillent a pen pres qualre mois de rannec ; a la cin- 
)) quieuio lune pour seiner leriz, et a la septi^me pour 
» le recolter ; a la liuitieme pour le seiner de uouveau, 
» et a la dixieine pour faire la seconde moisson ; le 
)) reste du temps, its se reposent et dorment. Les en- 
» fanls sont occupes a garder les bufiles. Grace a la 
)) siinplicit(!! et surtout a la pauvret^ de raes neophytes, 
» ils se conservent assez bons chr^tiens. » 

))Jusque-l^ tout avail prosp(^r6 sous les pas du 
missionnaire ; mais le temps des dpreuves arrivait...)> 

II fut persecute, puis arrete; il venait enfin d'etre 
rendu a la liberie, et s'occupait de la construclion 
d'une petite chapelle h Siang-to, lorsque I'occasion se 
presenla de realiser, en partie du moins, le grand 
projel auquel il pensait constamment, celui de porter 
Ic flambeau de la foi parmi les sauvages, qui habi- 
tent I'interieur de File. D^ja, au jour de I'Assomplion, 
un bon marchand chinois, qui fait lo commerce avec 
cescontrees, elail venurecevoir le baptemeavec safille. 
II connaissait un chef de ces peuplades, et s'offrait vo- 
lontiersa porter tous les messages dont on voudraitbien 
le charger. Le missionnaire lui confia quelques cadeaux 
destines a gagner les bonnes graces du prince : c'ctaient 
des trailes de religion, deux couleaux, deux paires de 
ciseaux, des epingles, des boutons luisants, une image 
de Notre Seigneur ct une medaille de la tres-sainte 
Vierge. Sa majesle sauvage fit bientot savoir a notre 
confrere qu'elle agrdsait ses presents, ct qu'elle eludiait 
avec fii'deur ses livres de religion. 

Encouragf!! par ce premier succes, M. Mailfait se 
mil liii-meme en route pour tenter une excursion 
parnii les sauvages. 



( 526 ) 

(( Je paiiis, ecrivil-il a I'un cle ses confreres, accoin- 
» pagn6 cle deux guides. Je me chaussai de sandalcs de 
» paille, c'l, le parapUiio snr I'c^paule, je in'aclieininai 
» vers ce nouveau ])ajs, conlrefaisant I'lnsulaire de 
» mon mieux, afin de n'felre pas reoonnu. Lc deuxifeiiie 
» jour de inarche, au matin, j'nrrivai aux preini6res 
)) monlagncs des Loics ou sauvages. Enfant des Ar- 
» dennes, vous pouvez jugcr si mon cceur a Iressailli 
» en voyant ces belles futaies qui me rappelaienl celles 
» ou j'avais autrefois Vecu. Combicn j'aurais d^sirci 
» vous avoir pr^s de nloi au milieu dc ces forets im- 
» menses, ou les arbres tombent de v(5tustc les uns sur 
» les aulres! Malbeurcusement on y ronconlre une 
» quantity de pctites sangsues qui vous grimpont par 
» les jambes, et qui vont jusque sur le dos y prali- 
» quer de largcs saignecs, sans I'ordonnance de la fa- 
» cuke. Puis, ce sont des ravins, des ruisseaux, des 
» rivieres qui s'opposent a votre passage; il faul alors 
» en tenter le gue en ayant del'cau jusqu'a la ceinluro, 
» ou I)ien atlendre que le torrent se soitecoule; car, 
» en ce lieu, il u'y a point de barques. Je tiaversai 
)) une dcrnifere for^t d'environ quatre lieues d'rtendue, 
» ct j'arrivai a un viillon enclave entrc des niontagnes, 
» ou des Chinois sont venus s'etablir. A TexIrcWnit^ de 
)) la gorge sc trouve Len-nioui, le marchc central. II 
» peut y avoir dans les environs une centainc de pe- 
)) tits liamcaux, perdus dans les broussailles et sur les 
» monis; de lieue en lieiie, on rencontre des baraques 
» en paille qui servcnt d'hotelleries ; j'y passai Irois 
» nulls, disputant quelquc pen de place aux poulcs, 
» aux pores ct aux voyageurs qui vicnncnt y cbercber 
» un abri. Le quatrienie jour, j'allai m'installcr dans 



( 527 ) 
» line loge en lierbe, oii je savais qu'un paien mon- 
» trait quelques dispositions a recc\oir le bapleme. 
» 11 me donna une tranche hospitalite dans sa case, et 
» de la j'envoyal mes gens a la decouveite. Les pre- 
» inlcrs jours je n'avais pas grande esperance; enfin 
» un saniedi, apres avoir conjure Marie d'avoir egard 
» a nion long voyage, que j'avais cntrepris unlque- 
» ment pour la gloire de son divin Fils, jo dis la messe ; 
» el, pendant neuf jours, je recilai rollice de la Iri'S- 
» sainte Virrgo : Irois honiuies aussilol ni'arriverent. 
» I. a Saint Francois-Xavler ni'en ainenad'autres ; enfin 
» Irois jounes gens vinrent nie prier tl'aller leur cnsei- 
» gner la sainte doctrine. Je me rendis dans leur vil- 
» lage; je nie logeai dans leur case, et j'y passai la fole 
» de riinmaculee- Conception. On vint me voir en 
» foule, quolque co lul le temps de la moisson ; chaque 
» soir, jusqu'au milieu de la nuil, mes guides cateclii- 
n saieut. Second^ par leur zele , j'eus le bonheur 
» d'administrcr le bapleme a onze personnes; un 
» grand nombre d'autres se pre[)arenl a recevoir la 
)) m6me grace, a la premiere visile que je ferai dans 
» ccsmonliignes. \in gend-ral, ce sontdcsgcns simples, 
» dont linduslrio se borne a savoir couper les arbres 
» de la I'oret, cultiver quelques rizieres et garder Icurs 
» bceufs. Du resle, ils sont laids a faire peur. Accou- 
» iresd'une petite culotte presqu'a jour, la peau rouge 
» commc des ecrevisses, bs jambes tacbetees par les 
» morsures des sangsucs, un petit panier a la ceinliire 
» dans lequel ils |)ortcnl lour coutelas, ils inspirentdu 
» premier aliord une certaine crainte; mais le fond du 
» cceur est pacilique. 

» Le bourg de Lca-nwitl , qui est a une lieue plus 



( 558 ) 

» loin, est un bazar oii affluent Jes sauvages de tons 
» les costumes el de toiites les trihus. La vous voyez le 
)) Nnou-tong, qui porte les cheveux roules sur le haul 
» du front; le Kac-tniaon. dent la lule est armee dc 
)) deux crocs de bambou en forme do cornes : le Bam- 
» miaou , avec son arbalelc ; le Doa-siain et le Foie- 
» siarii, qui n'ont qu'un petit morceau de toile pour 
» se couvrir. Du lieu ou j'babitais, je suis all^ a la d6- 
» couverte sur le haut d'uii pic pour rcconnailro lo 
» pays et le b^nir. A perte de vue, s'etendonl des mon- 
» tagnes couvertes de forfits si epaisses, que mon vieux 
» catecbistc y a marcbe plusieurs jours sans pouvoir 
» d^couvrir le cicl. Dans cos gorges, sonl dissemin^es 
» les Iribus des sauvages, divis^s en petils groupes do 
)) qiiinze a vingt families. Leurs malsons ne consistent 
)) qu'en un toil de paille, soutenu par qualre pieux 
» d'arbrcs a betel, et envlronne d'une cloison do bam- 
)) bous; quelques-uns mcMne, comme les Doa-siam et 
» les Foie-siam , babilent des creux de rocliers, et 
» m^nent unc vie erranle. Chaque tribu est gouvernee 
)) par un Fang-koun, ou procureur, qui a des soldats a 
)) sa soldo pour gardcr I'entr^e des montagnes conlre 
» I'invasion des Cbinois. Voila done que j'altaque le 
» pays des sauvages de trois cotes : par le Li~hone- 
)) koiiai, oil un catecbiste est alle annonccr I'Evangile ; 
» par le sud, pros de Bam-tsiou, ou deux villages 
» s'(5branlent pour recevoir la bonne nouvelle ; et par 
» le cbemin que je viens moi-m6mo d'ouvrir. Le pre- 
» mier coup est porle; la lente de la foi est dressee ; 
)) prioz la bonne mere de la remplir. » 

» Aprd'S cetlo juciniere excursion parmi los sau- 
vages, M. Maillail revint au wilieu de ses bien-aimes 



( 529 ) 

Chretiens a Siang-to, pour leur prficher le Jubilt^; puis 
il repaitit pour uiie nouvelle expcdillon, qui devait 
fitre la derni^re de ses courses aposloliques. II se diri- 
goadu c6l6 du goife du Tung-King, comptanty Irouver 
quelques families chretiennes, depuislongtemps aban- 

donnees. Son esperance nc fut pas vaine Co I'ut 

apres avoir passe quelques jours dans une niaison de 
neophytes, qui dopuis soixanle-dix ans ^taient venus 
se fixer dans les bois pour y cultiver quelques rizi^res, 
ot s'fitre egar6 dans les landes, a la recherche d'une 
autre famille qui demeurait vers la cote occidenlale, 
qu'il arriva, au milieu de la nuit, accable de faim et 
de fatigue, a la cabane d'un ancien chr^tien, qui de- 

puis vingt-neuf ans n'avait pas rencontre de pretre 

A la suite d'une autre course qu'il fit a pied, peu de 
jours aprfes, pour aller au secours d'un moribond qui 
I'avait fait appeler et qui demeurait a quinze lieues de 
sa residence, il fut attaque d'une fiuvre violenle a la- 
quelleilsuccomba le 31 mars, dans la trente-cinqui^mo 
annee de son age. 

)) On pent juger de la douleur que causa la mort du 
p^re Mailfait parmi les chreliens de I'ile par I'ainiction 
que conservaienl encore ici les courriers qui nous ap- 
porterent cctte triste nouvelle. En se pr^senlant dcvant 
notre Supdrieur, qui leur demandait avec empresse- 
ment si le Missionnaire allait mioux, ils ne repondi- 
rent rien ; mais, se prosternant la face contra terre, 
Irois fois ils la frapperent de leur front; puis ils s'^crid- 
rent, en pleurant : uLe P^re est mort! » 



( 530 ) 

itiialyiscs, Exti*ai<« «1'oiivragcs, 
lil^laiiseM, etc. 



RAPPORT 

sun 
LE VOYAGK ^UX SAINTS LIEUX DE Mgh MISL1\ (1 , 

Lu (laiis la seance tlu /( juiii i852 

PAR 

M. COUTAMBKRT. 
RiESSinURS, 

Vous m'avez chargti de vous presenter iine analyse 
de I'ouvrago de Mgr Mislln , intilule les Saints l.ieitx ; 
je viens m'ncquilter de celle laclie, avec d'aiilant plus 
d'einpressemeiil qiioj'ai trninr beaucoup dc plaisir ot 
d'inl^rel a lire iino relation consciencieuse, instruclive 
et iininemmenl propre a jeler iin noiiveau jour sur 
celte rc^gion sacree qui ful le lierceaii de nohe religion, 
et qui est reside jusipra present si inyslerieuse encore 
sur bien des points, malgre tant de vovagps. 

Mgr IMislin est un rcspeclable ecciesiaslique, qui a 
le titre d'abbe mitre de Sainle-Marie de Deg, en 
Hongrle; ne en Suisse, attacbe a rAulriche par ses 
fonctions pastorales, il 6crit cepcndant le francais a\oc 
elegance; il a uneprofonde erudition bibliquc, dont il 
fait abondanoment profiler le leclijur; il a consulle et 

(l) Les Saints Lieux. Pelerlnage a JdriisaUni. cii puisnnt par i Au- 
triche, la UoiK/rir, la Slavouiey les juov'iiicfs Juuitljifiui. s, Conslaiitl- 
nople, lArchipel, le Libati, la Syiie, Alexandrie, Malte, la Sicile et 
Marseille; par M{jr Mislin, abbe mitre ib; Saime-Maric de Deg, en 
Hongrie, caincrier secret de S. S. Pie IX, etc. Paris, i85i . a vul iii-8°. 
Guyot freres. 



( 531 ) 
appreci^ les relations des nombroux autetirs qui Font 
pi<5c6cle clans la peinlure dc? la Paleslinc; il les cite, il 
les criliqiie an besoin : il connait a fond les descriptions 
dc Vcdney, du marechal Marmonl, de Cljateaubriand, 
de Eurckbardt, de Maundrell , de NiebLdn% de MM. de 
Laiuartine, Jules David, Poujoulat, Schubert, Scbultz, 
Lynch, Russeggei', du jiere de Geramb. de I'abbe Ma- 
rili , dc niadame de Gasparin ; rexploralion si I'e- 
conde de MM. Robinson et Smith; ii fail de frcVjucnts 
emprunls a Quaresmius , qui, dans le xvu'^ siecle , 
a deja si bien eclairci un grand noaibre de points dilFi- 
ciles de la geographic et de Fhistoirc du la Judoe. II 
ne pouvait pas connailre les excursions si fructueuses 
que noire savant compatrioie, M. de Saulcy, a publiees 
recennnenl. 

Mgr Mislin est parti de Viennc en 18/|8, au milieu 
de la tourmenle revolutionnaire qui agitait I'Europe, 
et en compagnie du venerable <5veque Pompallier, dont 
vous connaisscz les missions courageuscs dans I'Ocea- 
nie; il descend le Danube, et jelle, en passant, un 
coup d'ceil inleressant sur plusieurs villes de la Hon- 
grie , de rEsclavonie et de la Servie : Piesbourg, 
Comorn , Gran, Bude, Pesth , Neusatz, Semlin , Bel- 
grade; il decrit la magnificence du passage qu'ofl're 
le fleuve lors;ju'il est resserr^ entre les Carpalhes et 
les derniers rameaux du Balkan, et cetle celebre 
Porte de Fer, ou le couranl rapide roule ses eaux sur 
nn plateau de rocher I'espace de plus de 7 000 pieds. 

II voil, en Turquie, Yiddin , Nicopol, lloustchouk, 
Giurgevo , Brahilov, Galatz, et entre dans la mer 
Noire par la bouche de Salina. Notre voyageur arrive 
enfin a Constai\linople , sur laquelle il donne des 



( 532 ) 

ilclails int^rcssanls; il parle des frequenls incendies, 
Irouve les Turcs hienveillants , mais nt^j^lif^/^s ot indo- 
lonls, Inuc la loKhance de ce poui)le pour h.'S divcrses 
religions, ct s'etond avcc complaisance sup les ecoles 
clinUiennes dont on a permis r6tabrisseinent a Pera, A 
Galata ct a Bebek ; mais ii n'uime pas les Juifs , cl il les 
aUaqueavec une \ivacit6 peul-6tre un peu tropardente. 
II navigue siir la mer de Marmara, ct rap|)elle I'lii- 
l^ret qui se rattachc aux villes de la cote asiatique de 
ce pellt et magnifique hassiii : Cbalcedoine, Nicode- 
mie , Mcee , donl les noms sunt, a divers titrcs , chers 
au clergii calliolique; Cjzique, Lampsaque, plus con- 
nucs dans I'liisloire des Grecs et des Romains. 11 passe 
les Dardanelles, menlionne les onze clialeaux forts 
qui les defendent, six en Europe, cinq en Asie , 
munis de monceaux do boulets de marbrc qu'on a 
formes des colonnes d'Alexandria-Troas. II a naturel- 
lement un souvenir pour Troie ; 11 visite Ten«^dos, cetle 
ancienne Insula du'es opitni, aujourd'hui si pauvre; Md- 
lelin, cetle voluplueuse Lesbos de I'antiquiti, maiute- 
nant silencieuse et desolee; Smyrnc, au port magni- 
fique, a I'aspecl delicieux, a I'interieur disgracieux, ci la 
population cosmopolite, etrangementmOlee de Turcs, 
de Grecs, de Juiis, d'Armeniens, de Francs; ville si 
aniinee ct si riclie par son conunerce, uialgre tous ses 
mallieurs, ses incendies, ses tromblemcnls de Icrre, 
ses pesles. Mgr Mislin passe a Kbio, qui, blen que dti- 
solee par les Turcs, est encore ft^conde en vins oxccl- 
lents, en terebentbine , en mastic; il parle d'Epbese, 
qui I'int^resse moins par son ancien et cdil^bre temple 
que par le souvenir de saint Paul et celui de saint Jean ; 
cet illustre 6vangeliste y est mort, et c'esl a cause de 



( 533 ) 

lui quo reniplacenient acluel de la villo s'appelle Aia- 
Soulouk (Saint-Tlieologien ). Bientot on venconti'e 
Samos, qui rappelle a la fois le culte de Junon, Py- 
Ihagore, Anacreon, Ht^roclote, Polycrate et saint Paul; 
INicaria , qui est I'ancienne Icaria ; Pathmos, ou saint 
Jean, exile, ecrivit I'Apocalypso; I'anlique Milet, celte 
reine des colonies grecques de I'Asie Mineure, qui, au 
temps de Strabon, ^tait au bord de la mer, et se Irouve 
aujoui'd'hui assez loin dans I'intdrieur ; la presqu'iie de 
Boudroun, ou brillait autrefois Halicai'nasse, et pr^s 
de laquelle sont repanduesde nombi-euses petites lies 
piltoresques; Cos, qui rappelle Hippocrate et encore 
saint Paul, dont presque loute I'Asie Mineure atleste 
les travaux apostoliques; Rhodes, pleine de souvenirs 
Chretiens, et dont la ville , peupl^e de 10 000 auies, 
futpour ainsi dire le plus int^ressant musee du nioyen 
age, et couronna son histoire par I'heroique defense 
des Chevaliers. On aborde en Chypre , a Larnaca , 
I'ancienne Cithium, ainsi noramee, dit-on, du pctil- 
fils de Japhet, Cethini, dont le nom est meme donne, 
dans la Bible , a I'ile enti^i'e , ile si vantee jadis par sa 
beaute, et aujourd'hui abandonn^e , ravagee paries 
fi^vres, les ophthahnies, la l^pre; elle corapte 100 000 
habitants, dont 60 000 Grecs. 

Enfin, Mgr Mislin touche celte lerre de Syrie qui est 
I'objetde scs voeux; il apercoit le Liban, aux sommcls 
resplondissants , et qui parait devoir son nom au mot 
h^breu Idban , etre blanc. C'est a Beyrouth qu'il 
aborde : cette ville 6tait la Beryle des Grecs, mais elle 
avail d'abord porl^ le nom de Gen's, a cause de Gir- 
gasi, cinquicnie fils de Canaan; elle dovint line colo- 
nie de Sidon, t^uis une colonic romaine sous Auguste, 
III. JUiN. 2. 3t) 



( 6SA ) 

qui lui donna le noin tie sa fiUe el I'appela Julia Fe/ij . 
Quo de souvenirs se pressenl en ce lieu, dans I'hisloire 
d'Horode-le-Grand , d'Herode-Agri[>pa . de Vespasien, 
de Flavius Josephe ; dans celle de Baudouin I", qui , 
par parenlh^se , tiia d'une lorfil de pins voisine ses 
machines de guerre, ce qui prouve qu'elle ne fut pas 
planlee par lemir Fakreddin , coninie plusieurs au- 
teurs I'ont avance ; dans I'hisloire enfin de Saladin , 
qui en fit la capilale musuhnane de la Syrie! Elle 
lomba ensuile sous la doniinalion des Druses, el ful la 
residence de I'^mir Fakreddin , qui y pdrit en defen- 
dant ses Etals contre le sultan Amurath IV. Quoique 
sa rade soit peu silre, Beyrouth est, apr^s Smyrne, la 
place de commerce la plus imporlanle de la cote 
ollomane de I'Asie; elle a 30 000 habitants, donl 
12 000 musulmans, 12 000 Grecs schlsmaliques , le 
reste catholiques, Maroniles ct Arm^niens. 

Au sujet de la population variee de Beyrouth, 
Mgr Mislin jelte un coup d'oeil general sur les habi- 
tants de la Syrie, cette terre extraordinaire, qui, d^s 
I'origine des soci^t^s , fut le champ de balaille de lant 
de conqueranls, la terre promise de lant d'exil^s; au- 
jourd'hui, c'est un melange do Juifs, do Persans, de 
Giecs, de Francs, d'Arabes, de Maroniles, de Melualis, 
de Druses, de Samarilains, de Kedemac^s, de Kal- 
l)iehs, de Yezidis, de Turcs, de Kurdes, qui composent 
un total d'onviron 2 millions ct demi d'habilanls. 

L'autcur donne des details assez etendus sur les 
Druses el les i\laronites ; sans essayer de les repro- 
duire , je dirai seulement que les fenimes druses 
mariees el les femmes maroniles de distioclion out 
pour ornemcnl principal ime sorle de corne I'orm^e 



( 535 ) 

d'un tube en cuivre, souvenl en argenl , allache au 
haul de la l6te ; un voile blanc et leger s'accroclie au 
sommet, et se clivise, en descendant, de chaque c6l6 
de la figure. Mgi Mislin prefere beaucoup les Maroniles 
aux Druses, et il se sent probablenient entraine da- 
vantage a les aiiner a cause de leur religion, qui est le 
catholicisme ; il les d6peint comme bons, simples, 
liospilaliers, Tort attaches a leur foi.mais il avoue leur 
profonde ignorance. Cette petite nation cbrelienne a 
dil se former peu a peu par des |)roscrits qui, a I'epo- 
que oil Heraclius perdit la Syrie, avaient chcrch^ dans 
les montagnes du Liban un refuge contre los cruault!!S 
de I'armt^e de Chosro^s. Vers la fin du vii« si^cle, I'lus- 
lorien Tlieophane les montre deja assez nombreux. 
Un solitaire appele Maron , appele des bords de 
rOronte pour etre <!!veque de Botris, ville situee au 
pied du Liban , entre Tripoli et Biblos, rendit de si 
grands services a I'Eglise, qu'il fut 6leve a la dignile de 
patriarche du Liban; il fixa sa residence a Ranobin, 
ou un monast^re avait it6 fonde par Theodoso-le- 
Grand; de ce personnage est done venu le noni donne 
a cetle popidation. Les Maronites participerent bril- 
lainnient aux entreprisos descroises; lil>res alors, ils 
sont retombes depuis sous le joiig musulman, mais 
avec une sorte d'organisation propre, presque tou- 
jours sous le gouvernement de la famillo Clienah, qui 
est originaire de la Mecque, selon Burckliardt. De nos 
jours, I'emir Bdchir, issu de cette i'amille, avait pousse 
a bout les montagnards, qui se soulev^rent contre lui; 
mais, par ses redoutables severites, il niaintint son 
pouvoir. Lorsqu'en 1832, Ibrabim- Pacha conquit la 
Syria, il desaruia les Maronites et les obligea a payer 



( 536 ) 

de lourds impots ; ccpendanl, une insurrection ayant 
eclale parini les fellahs et les Bedouins du Haouran , 
en 1838 , il envoya des arraes aux Mavonilcs pour 
I'aider a com primer la revolto. Mai recompenses de 
leur zele, ils s'insurgcnt a leur tour, en ISliO , ainsi 
que les Druses et les Metualis, contre Meh^met-Ali et 
I'eniir Becbir, et, soutenuspar les allies de la Porte, les 
Autrichiens et les Anglais , ils 6crasent les troupes 
egyptiennes. Bechir quitta son palaisde Deir el-Kamar, 
avec loule sa famille, et se dirigea sur Saida, pour se 
livrer au commandant de la flotte anglaise. 

L'origine des Druses ne date que du xi" si^cle. Un 
im]iosteur, Hakem, de la race des Fathimites , s'etant 
fait adorer comme un dieu, ses seclaleurs, persecutes 
par son successeur, s'enfuirenl d'Egvple et vinrcnt 
chcrcher un asile dans le Lihan ; ils prii ent le nom de 
leur chef Druzi. Leur religion est un melange bizarre 
de christianisme et de mahometisme ; ils n'ont pas 
d(^ temple, mais ils tiennent des assemblees secretes 
toutes les Irenle nuils; ils sont (iers , trisles et 
sombres, mais excellents soldats et Ires-liospitaliers. 

iMgr Mislin quitta Beyrouth, admirant ses gracieux 
environs el rappelant que les Orientaux la comparent 
a une charmante sultane , accoudee sur un coussin 
vert et les yeux tourn^s vers les flots, dans une reveuse 
indolence. II fait une excursion dans le Liban , et ne 
pout se lasscr de coutempleV I'aspect jiiltoresquc de 
ces moulagiies, oii la nature est grandiose, mais ou 
Lrillenl aussi les merveilles de la culture et du soin 
d'un peuple patient, laborieux et Chretien; elles sont 
couronnees 9a el la de couvents et d'^glises maronites, 
dont beaucoup ont 616 elev6s par la nuinificcnce de la 



( 537 ) 

France. Les plushautes ciines dii Libaii ot dc I'Anti- 
Liban, d'aprfes M. Russeggor, n'atteignent pas la ligne 
des neiges eternelles, qui, sous cette latitude, est a 
10 000 pieds ; le Sannin, qui est le Sanir cle TEci'lture, 
n'a que 6 800 pieds; le Makmol , 8 800; le Djohel- 
Cheikli, 9 500. Les chemins sont, de toutes paiis, 
impraticables sur le Liban , et les Maronitcs ne ticn- 
nent nullement a les ameliorer, parce qu'une position 
inaccessible est pour eux un gage de liberie, Nos voya- 
geurs sont partout, dans ces montagnes bospitalieres, 
obliges de subir les parfums , le cafe et le chibouk , 
dont mainte fois sans doute ils pr6fereraient etre pri- 
v^s; ils s'arretent a Gliosta, oil ils visilent plusieurs 
membres de la famille de I'^mir Becbir; ils passent au 
couvent de Bzommar, situe dans une position magni- 
fique, et residence du patriarche armenion calholique, 
qui a sous ses ordres deux evfiques dioc^sains et 
12 000 fiddles, epars en Cilicie, en Syrie, en Mesopo- 
tamie ; — a Raifun , ou il y a un ^tablissement de la- 
zarisles; — a Miruba, oil reside I'archeveque d'Helio- 
polis (Baalbek), lis voient le Nahr-Saib (riviere de 
miel), le Nabr-el-Leben (riviere de lait), et le mont 
Sannin, oil se trouvent des mines de houille et de fer. 
Apros avoir parcouru le Kesrouan, ils entrent dans la 
province de Djourd , et se trouvent chez les Melualis 
ou M6tarv(^lis, peuplade nuisulniane, aux uioeurs dui'es 
et inhospitalieres , qui lire son nom de ce qu'elle est 
de la secte d'Ali, et qui est particuli^renient fixee dans 
le nord du Liban , dans I'Anti -Liban , et onlre Baal- 
bek et Tyr. Ils rencontrent ensuite, pour la premiere 
fois, des Bedouins, et Mgr ftlislin les Irouve bien tels 
que Mahomet lui-ni^mc les a designes, les plus opium- 



( 538 ) 

tres des infideles : ils n'ont ni pretres, ni inosqu^es ; 
ils ne se soumeltent pas a la loi du jeilne el ne font 
pas le pfelerinage de la Mccque ; toujours arines, sol- 
dais ct bergers a la fois, d'uno extreme sobriete, in^- 
piisant los fellahs et les fenimiS, Tiers de leur oiiglne, 
de leur liberie, de leur solilude, le brigandage est 
pour eiix un art, un besoin, une passion. Nos pfelerins 
s'arr6lent a Diuian, chez le patriarche maronite, qui 
prend le litre depalriarche d'Antioche. Pr6s dela, au- 
dessns de ce qu'on appelle la valine des Saints, ou la 
Radicba , sont les faineux cedres, formanl une petite 
forel appuyee sur un plateau qu'entourent , vers 
I'orient, I'enceinte demi-circulaire des dernieres cimes 
du Makmel, el, au couchant, des I'oches a pic qui des- 
cendenl dans la vallee des Saints; ils sont dissemines 
sur une dizaiiie de manielons, et se Irouvenl a 6 000 
piods au-dessus du niveau de !a mer; on n'en compte 
plus que douze vieux, de ceux qui ont dii voir le r6gne 
de Salomon, el ils sont groupes sur deux monticules; 
il V a deux si^cles que Quai-esmius en coraplait encore 
vingl Irois ; deux d'entre eux ont AS pieds de circonf6- 
rence; leur liauteur peul etre dc 60 pieds. Les aulres 
c(^dres , au nombre de Irois cent soixante-deux , sont 
evidcmmenl beaucoup plus jeunes, et appartiennenl 
a diirerenles 6poques; ce sont des arbres d'une belle 
venue, aussi hauls que les vieux cedres, niais d'un 
diametre beaucoup moindre. C'est la seule localile du 
Liban ou il y ail encore des ct'dres de cette espfece. 

Non loin de la, a une altitude de 4 450 pieds, est 
liden, gros village de 3 000 ames en (^le, et reduit, en 
hiver, a une \iiiglaine d'liommes, charges d'oler la 
neige qui ^craserait les maisons ; c'est un si^ge ^pis- 






( 539 ) 

copal dt's Maronilcs; il y a en lout nouf eveques pour 
cette population, (jui s'eleve a 300 000 ai.es. 

Kanobin , qui tire son nom de coenobiuin , est le 
couvent par excellence clans le Liban. Bali par Tlieo- 
dose-le-Grand , il devint la residence de Maron , et, 
aprds lui, de tous les patriarches maronites ; ce n'esl 
qu'un grand couvent, et non une ville. 

Mgr Mislin , apres avoir visits tous ces lieux , sur le 
versant occidental du Liban, passe sur le versant 
oriental, et, au lieu des coteaux verdojanls et bien 
cidlives, des nombreuses babitalions et de la vie de 
I'aulre cote, il nc trouve plus qu'une region aride, 
blanche et inhabitee. II apergoit I'Anti-Liban, que les 
Arabes appellent El-Charq (la montagne de Test); il 
contemple de loin les ruines de Balbek, qui font sur 
lui une impression ind^finissable , mais oil ses guides 
refusent de le conduire, par crainte du cholera, qu'on 
pretend regner danscelle parlie de la Syrie. II s'arrfele 
au lac Liamoni ou Jammuneh, qui olTre un fond en 
partie dessechd, ou s'engouffre un fdet d'eau et ou 
sonl quelques ruines. Celle eau serait-elle, comme 
quelques-uns le supposent, la source du Nahr-Ibra- 
iiim, c'est-a-dire de la riviere Adonis, qu'on voit 
sourdre abondamment sur le flanc occidental du Li- 
ban? Ces ruines appartiendraient-elles a I'ancienne 
Aphec ou Aphaca, ou Ton voyait le temple de V^nus 
Aphacite, etpres de laquelle se livra une bataille enlre 
Achab et Benadad ? 

En quiltant le Li!)an, Mgr Mislin fait connailre I'etat 
politique actuel de cetle remarquable region , qui 
lorme, nqn un district ordinaire de I'un des paclialics 
de la Syrie, mais une division distincte, partag^e entre 



( o/iO ) 
doiix ktiiinacans ou lleiitonanls, I'un pour Ics Druses, 
Taulre pour les Maronilcs. La rcsltlcnce actucUe do 
I'emir cles iMaroniles Cbl Bokfaja. Leur patriarche de- 
mcurc, comnie nous avoiis dit, a Kanobin ; cependant, 
eu liiver, il reside au palais do BLkorlc. La capitalo des 
Druses est D6ir el-Kamar (Ic couvenl de laLune), qui 
lombc en ruines. 

En revenant vers Beyrouth, Mgr Mislin traverse, sur 
la liniitc meridionalc du Kesrouan , lo Nahr cl-Relb 
(riviere du Chien), traduction prcsquo littcrale de 
I'ancien nom du Lycus, flouve du Loup. Des stalactites 
et des ossemcnts fossiles romarquables se voienl a la 
source de cctte riviere, et, a son embouchure, est une 
route clroite, resle de la voie Antoninc, qui, sous le 
nom de defde de B^ryte, est devenue colebre du temps 
des croisades, par le passage de Baudouin I". Enlin , 
il arrive au Nahr -Beyrouth, le Magoras des anciens , 
A I'embouchure duquel, dans la mauvaise saison , les 
vaisseauxstationn^s devant Beyrouth viennentchercher 
un mouillage moins dangereux que celui de la rade. 

Mgr Mislin sort de nouveau de Beyrouth , et celte 
fois c'est pour se rendre dans la Palestine , objet defi- 
nitif de son pelorinage; il suit Ic bord de la Mediter- 
ranec , car la cole est la grande route do la Syrie ; a 
trois lieues et demie au sud de la \iilc, il Irouve des 
ruines, qui sont probablcmcnt celles de LeonlopoUs. II 
franchil le Nahr el-Kadi, le Tamyras des anciens, qui, 
de m6me que prcsque toutes les rivieres de Syrie, est 
arr6t6 a son embouchure par urn' barrc de sable; il 
veil le Ras-Nebbi-Jon^'S ( le cri]) du prophete Jonas), 
pr6s duquel doivcnt se trouvcr les ruines de Porphy- 
rion. Cc n'cst pas loin de la non plus qu'est Djoun , 



( 5H ) 

lieu dcvenu celebre pai le sejoiir de lady Stanhope. 

On rencontre ensuite Sidon , que, malgr6 sa situation 

enPh^nicic, on pent appeler la premiere ville de la 

Terre-Sainte ; car, clans le partage que fit Josue do la 

lerre de Canaan, clle echut a la tribu d'Aser. Illustre 

dans I'antiquite par son commerce et de nombreux 

^v^nements, celle cite joue aussi un role interessanl 

dans rinstoire du christianisme; Jesus-Clirist et saint 

Paul y sejourn^rent ; il y avail un grand nombre de 

Sidoniens parmi les disciples du Sauveur. Prise, 

reprise, delruile ct rebatie du temps des croisades, 

elle n'a aujouid'hui, sous le noni de Saida ou Seide, 

que 7 000 habitants, presente un triste assemblage 

de maisons basses, blanches, a terrasses tr^s-rap- 

prochees, et ne possede qu'un mauvais port comble 

par les sables, comme tons ccux qu'on rencontre entre 

Saint-Jean d'Acre el Beyrouth; enfin il n'y a meme 

pas de traces respectables d'antiquiles , si ce n'est 

quelques futs de colonnes bris^es ; elle est du moins 

renommee par ses bananes, les meilleures de Syrie. 

Sarepta, si connue par la veuve du temps d'Elie, n'a 

laisse que des restes presque insignifiants ; son nom 

parait venir de snrapli, qui en hebreu veut dive fondre, 

parce que les Sidoniens y faisaient fabriquer le verre ; 

pendant les croisades , c'^lait un siege episcopal , et on 

I'appelait chateau de Gerez; lespoetes ont chante jadis 

le vin de ses coteaux; aujourd'hui cette cote est d'une 

extreme aridite ; il est vrai qu'a una petite distance, 

le village de Sarfond est au milieu d'une petite foret 

d'oliviers. Un peu avant d'arriver a I'emplacement de 

Sarepta, Mgr Mislin avait remarque les grottes d'Ad- 

noun , qui lui ont paru avoir servi de sepultures aux 



( 542 ) 

habitants de celle ville : sont-ce les groUes indiqu^es 
sur loules les anciennes carles de la Palestine sous le 
nom de Manra Sidoniorum (caverne des Sidoniensj? 
Des ruines qui se montrenl ensuile sont peuletre celles 
d'Ornithopolis ou Ornilhon, qui elait, d'apr^s Stra- 
bon , a egale distance de Tyr et de Sidon , par conse- 
quent entre Sarepla et Tyr; Pline, de son c6t6 , place 
Ornitbon ontre Sidon et Sarepta. On traverse le Nahr- 
Kasmieh , qui est le Leonles des anciens, el qu'on a 
coutume d'appeler aussi le faux Eleutheros, pour le 
distingucr du vrai Eleutberos , aujourd'hui Nahr-el- 
Kebir, qui se jelle dans la tner au nord de Tripoli; 
cependant, pourquoi ne pas supposer que I'Eleutberos 
identique avec le Leontes est veritable aussi? 11 peul 
y avoir eu deux Eleutberos. II esl fait mention deux 
fois dune riviere de ce nom clans le preuiier Livre de% 
Machabees : on ne peul guere vouloir parler a'.ors que 
d'un fleuve place vers les liiuites de la Judee, el non 
d'un fleuve aussi eloigne vers le nord que rEleutberos 
de Strabon et de Pline. A la quatri^me croisade , les 
Chretiens remporl^rent , pres du Nahr-Kasmieh, une ^ 
vicloire eclatante. La vallee de Bkaa, d'ou vient cette 
riviere, ofl're les plus beaux sites. 

Tvr, I'antiqiie f-l opulente melropole de la Plieni- 
cie, a pour testes de sa splendeur une porte ebr^ch^e. 
des rues nolres et pleines de d^combres, quelques 
colonnes brisees , de faibles traces de mnrs dVn- 
ceinte ; I'ancienne Tyr, Palae-Tyros, a meme disparu 
tout entiere; on sailqu'elle fulrebalie dans une lie aprcs 
sa destruction par Nabuchodonosor; qu'Alexandre 
ruina encore la nouvelle ville; mais elle se relevasous 
les successeurs de ce conquerant; elle fut r^duile en 



I 



( 543 ) 

cendres par Niger, en I'anlSS, parce qii'elle avail pro- 
clame Severe. Elle clevint c^lebre clans I'histoire du 
cliristianisme; I'eglise de Tyr etait la premiere de 
rOrient, apres Jerusalem, el I'archeveque avail qua- 
torze eveclies dans sa d^pendance. Les Sarrasins et les 
crois^s se dispiiterenl avec acharnement cette ville, 
qui tomba enfin, en 1291, entre les mains des musul- 
mans; elle ne s'est pas reJevee depuis, et ce n'est au- 
jourd'hui qu'une esp^ce de tombeau, sous le nom de 
Sour. On y compte a peine 2 000 habitanls, dent 
1 000 Turcs el Melualis, 800 Grecs scliismatiques et 
200 Maronites. L'ancienne cathedrale, a laquelle se 
rattache le souvenir de I'archeveque Guillaume de 
Tyr, un des plus judicieux hlstoriens des croisades, 
esl a moitie cachee sous les debris. 

A une lieue et demie de Sour, sont des reservoirs 
niagnifiques connus sous les noms de Ras el-Ain et de 
puitsde Salomon, etconstruitspour Iransporterdel'eau 
a l'ancienne Tyr, puis a la nouvelle, par un aqueduc. 
Bienlol apr^s s'offrent les restes du fort de Thozon, 
connu par lemallieureuxsi^ge qu'en firent les croises. 

Le cap Blanc (Ras el-Abiad) termine au sud la 
plaine de Tyr; il ofTre un passage 6troit et difficile, 
qui a el6, dit-on, creuse par Alexandre. Le fort de 
Scanderium, dont Templacement est pres de la, rap- 
pelle le nom de ce conquerant. On passe au cap Na- 
kora , qu'on appelait autrefois I'Echelle de Tyr. On 
laisse a gauche le monl Saron, que les auteurs arabes 
appellent Karouba, probablement a cause des carou- 
biers dont il 6tait couvert ; les chevaliers teuloniques 
eurent sur ses principales cimes Irois lorteresses : Cas- 
trum-Lamberti , Indi, et Mons-Fortis. On arrive au 



( bhh ) 

monticule do Zil) , siirmonl6 d'un pelil nomine de 
maisons : c'est lout ce qui rcsle de I'antiquc ville pli6- 
nicienne d'Achzil). On rencontre la d^licieuse petite 
oasis d'EI-Esmorich, et Saint-Jean d'Acre, Tantiquc 
Ptolemais, so presentc pen de lemi)s apies ; mais le 
cholera, qui ravage cette ville, empeclie Mgr Mislin d'y 
entrer; il se contente d'observer la plaine qui porlc 
son nom et s'6tend I'espace de 7 lieues du nord au 
sud, depuis le mont Savon jusqu'au mont Carmel ; 
plaine trfes-fertile, qui pourrait etre florissante, et qui 
est miserable et d^serte ; on y remarque ga et lu de 
petits palmiers, arbre aujourd'hui assez rare en Pales- 
tine. 

Pour se rendre au mont Carmel, on trouve le B6lus, 
si c6l6bre parce qu'on pretend que le sahle de son 
lit servil a faire le premier verre ; son nom actucl 
parait elre Nahr-Naman ; les auteurs arabes du moyen 
age I'appellenl Nalir- AUalou. On passe ensuile le 
Nahr-Mokalla ou Nabr-Haifa, I'ancien Cison, si connu 
dans I'ficriture par la victoire de D^bora sur I'arm^e 
de Jabin , roi des Canan^ens. A son emboucbure , au 
fond d'unc vaste baic , est Caipba, trisle bourgade 
aujourd'hui, siege d'un 6v6che pendant les croisadcs, 
et donncc a Tancr6de par Godci'roi de Bouillon, 

On arrive enfm au mont Carmel, d'un aspect ma- 
jestueux, quoiquc eleve seulemont de "2 000 pieds ; il 
court du sud-esl au nord-ouest, I'espace de cinq lieues, 
et se termine dans la mer par un promontoire remar- 
quable, a I'exlremite duquel est situe le c^iebre cou- 
vent des Carmes, a une hauteur de 582 pieds. Avec 
ces religieux, les seuls habitants du Carmel sont 
des Druses disscmintis dans les vallees , quclques M- 



( 5Z,5 ) 
douins et iin grand nombre de chacals. On I'appelle 
quelquefois le Carmel de la mer, pour le distinguer 
d'un autre Carmel moins connu dont il estparle dans 
le premier Lh>re des Rois, et qui se Irouve au sud de 
Jerusalem. De tout temps, il fut v6nere comme un 
mont sacr6, meme chez les paiens : Py thagore s'y rendit 
a un temple; Vespasien y alia consulter le pretre Ba- 
silide. Dans I'Lcriture, il est toujours peint comme 
un lieu de d^lices et de gloire ; tlie et lilisee s'y reti- 
rerent, et, pour les imitersans doute, depieux ermites 
vinrent, des le premier siecle de I'ere chr^tienne, s'eta- 
blir dans les grottes nombreuses dont il est perce ; 
ce n'est qu'au xii° siecle qu'ils furenl rC'unis en com- 
munaul6. En 1821, Abdaliah, pacha d'Acre, detruisit 
I'eglise et le convent, et batit un palais avee les mat6- 
riaux. Mais, depuis, le monastere a 616 reconslruit 
sur une immense echelle, par les soins du frere Jean- 
Bapliste de Frascati, aide de nombreuses souscrip- 
lions. C'esl a la fois un couvent, une 6glise, une 
holellerie, une forteresse et un lazaret. La maison du 
Carmel avait 6te converlie en bopital pour les blesses 
et les pestifer6s francais, apres le siege de Saint-Jean 
d'Acre par Bonaparte, et ce fut la que le premier 
consul vint faire cette visile si c^lebre aux malheureux 
soldats, pour relever leur courage. Apres la retraite 
des Frangais, les Turcs massacr^rent lous nos infor- 
tun6s compatrioles, et laisstirent epars sur la raonta- 
gne leurs ossemenls, que les Cannes ont ensuile re- 
cueillis et ensevelis. Quolque d<ipouillee en grande 
partie des forels, des vignes et des cultures qui I'or- 
naient autrel'ois, cette monlagne conserve des restes 
de son ancienne l)eaule; des urbros en couroimenl le 



( 5/ib ) 

sommet, et les tlancs en sont tapiss^s cle plantes odo- 
rif^rantes, avoc Icsquelles Ics religioiix font une liqueur 
medicinale estimee. 

Conlinuuns a suivre le bord de la uior avec MgrMis- 
liD, et nous renconlrons, a 3 lieues de Caiplia, ce defile 
des Chemins Klroits, oii pass^rent les crois6s apr^s la 
prise de Ptol(^mais; puis des ruines nomnK^es Athlit, 
sur une petite presqu'iie el a cotti d'un port : c'est un 
monceau de decombres, qui paralt i^pondre au Syca- 
minuin de Slrabon , au Magdalel de Josue et au Fort 
des Pelerins des Templiers; ensuile nous voyons Tan- 
toura, village et petit port, corrospondaut a i'ancipnne 
Dor, qui fut la caj)itale d'uiie des contrcies du Cjanaan, 
et sans doute une forteressc considerable, puisqu'An- 
tiochus Sid^tes I'assiegea avec une arinee de 130 000 
homines. Nous Iranchissons la riviere Koradje (I'an- 
cien Kers6os), puis la Zerka , I'ancienne riviere Cro- 
codilon, qui ne paralt cepondant avoir jamais noiirri 
de crocodiles, a cause du peu de volume de I'eau , et 
vers laquelle Richard (]oeiir-de-Lion rcmporta une bril- 
lante victoire sur Saiadin. Nous parvenons a Cesaree, 
jadis si importante , aujourd'hui arnas desert de co- 
lonnes de granit brisecs, de blocs de marbre, de frag- 
ments de poiphyre, de debris de temples el de palais, 
de tours renversees et d'un amphitheatre coaible. Ce 
fut d'abord un simple fort, nomme Tour de Straton; 
H^rode en (it une ville , qu'il noinma Cesaree, on 
I'bonneur d'Augusle, ot il y etablil un port niogni- 
fique ; elle fut a|)pel<^e Colonia Flavia lorsque Ves- 
pasien lui accorda les privileges do colonie romaine, 
et elle devint la capitale do loute la Palestine apr^s la 
ruine de Jerusalem. Los souvenirs du centurion Cor- 



(5Zi7 ) 

n^lius, de saint Philippe, de saint Paul, lies crois^s, 
surlout ceux do saint Louis, reniplissent aussi Ce- 
sar6e. A une lieue de la, est una masse d'eau, longue 
et encaissee comme un fleuve, qui est probablemenl 
I'dlang de C^sar^e dont parlent les auteurs du moyen 
age, el au bord duqtiel les crois^s camperent sous 
Richard, On voit ensuite des montagnes couvertes de 
petits arbres, d'un as[)ect sinistre, et asile de voleurs; 
c'est peut-filre la foret d'Arsur des chroniques du 
moyen age ; et non loin de la devait se Irouver la for- 
teresse d'Arsur, assieg^e par les croises. 

Pr6s de celte partie de la cote s'etond la plaine de 
Saron, qui pourrait iiourrir 30 000 habitants, et qui 
n'ollre que quelques tentes de Bedouins, quelques 
troupeaux de ch^vi^es et quelques oliviers t^pars. On 
ne voit plus de traces de la riche ville de Saron, et 
Ton cherche vainemeul aussi celles de plusieursautrcs 
places de cette partie de la Judee : Antipalris, Aphe- 
rima, Helon, Baalsalisa, la Tour d'Aphec. Nos voya- 
geurs Iraversent I'El Haddor, riviere nommd'e Roche- 
talie par les croises, et pros de laquelle les Sarrasins 
furent defaits. Pres du village d'Ali-Ben-Ilarami , sont 
des ruines qui appartiennent probablement a I'an- 
cienne Apollonia. Le Nahr-Ugeh, que Ton x^encontre 
ensuite, est le torrent de Gaas de I'licriture. Bienlot 
apr^s on arrive a Jaffa, la Jopp<i des anciens, la Japhe 
des croises, plac^e sur un rocher qui s'avance dans la 
mer, avcc un petit port cnsabl6, des murailles crene- 
lees, surmontt^es de quelques petits canons, un inl^- 
rieur miserable, et uno population qui s'el^ve a peine 
a (5000 habitants; mais ellc a des bosquets d'orangers, 
des palmiers el les plus beaux jardins de la Palesline. 



( 548 ) 

Que (1ft souvenirs aussi sf pressenl dans I'histoiro de 
cette antique cil^, depuis No^, qui, dil-on, y conslruisit 
I'arche, et depuis Androm^dc, qui y fut enchainee a un 
rochcr, jusqu'a Jonas, aux Machabees, a saint Pierre, 
a Vespasien, et depuis saint Louis jusqu'a Bonaparte ! 
Mgr Mislin quitte a Jalla la route du rivage, et rentre 
dans I'interieur, pour se rendre a Jerusalem. II ren- 
contre d'abord la lour des Quarante Martyrs, an- 
cienne 6glise, consacree sans doule aux solduts de 
la 12* legion, martyrises sur I'^tang sale de Sebaste; 
puis Ranila, petite ville de 3 000 habitants, qui parait 
^tre I'ancienne Arin)alliie, connue par une balaille 
funeste aux clirelicns, sous Baudouin I"''^, et par les 
combats que s'y livrerent Uichard et Saladin. 11 passe 
vers les mines de Lydda, citee dans I'histoire de saint 
Pierre, ou existait une cd'lebre ^glise 6levde a saint 
George, sous Constanlin; — vers I'emplacement de 
Modin , ou demeurait Matalhias , perc des Macha- 
bees ; — vers celui de Thamna, ou Juda, fds de Jacob, 
rencontra sa belle-fdle Thaniar, et ou Samson se maria; 
— a Lalroun, lieu presume du s(^jour du bon larron de 
TEvangile; — au Beer-Ayoub (puits de Job) , appel6 
dans I'Ecriture fontaine de NeplUoa. II visile I'empla- 
cement de Nicopolis, appclt^ aussi Emmaiis, mais non 
rEmmaiis mentionne par saint Luc, et qui etait plus 
pres de Jerusalem. A mesure qu'il avance dans ce 
pays aux souvenirs sacres, notre voyageur est de plus 
en plusfraj>pedela tristesse etde la depopulation d'une 
conlree autrefois si animee ; il calcule que, du temps 
de David, la Palestine devait avoir au moins 6 500 000 
habitants, tandis qu'aujourd'luii on y en compte vingt- 
qualre fois moins. II voit Kirialh el-Enab (la ville du 



( 5/iO ) 

Raisin), residence du ]a famllle longtemps si redoutee 
d'Abou-Gosch, au brigandage de laquelle M^hemet- 
Ali a mis fin; — ensuile les ruines d'uiie eglise que les 
Chretiens appelient Saint- Jeremie , et qui paralt re- 
pondre a I'eniplacement de Cariathlarim ou Kiriath- 
Jearim (la ville des Forels), patrie du prophete Uri, 
fils de Sem^i, et du prophete Zacharie. Le village de 
Saint-Samuel, qu'on rencontre ensuite, a ete appel(i 
ainsi parce qu'il repond au Sophim de la Bible, patrie 
du prophete Samuel ; on le nomme aussi dans I'anti- 
quit6 Rama ou Ramalhaim. A moitie chemin entre 
Saint-Samuel el Jerusalem, est un amas de ruines, 
avec quelques maisons de fellahs; c'est I'Emmaus de 
I'Evangile de saint Luc. 

On traverse la valine du Ter^binthe, une des plus 
rianles de la Palestine, et celebre par la victoire de 
David sur Goliath; puis Ton arrive enfin a Jerusalem. 
Nous ne voulons pas decrire, avec Mgr Mislin , cette 
illustre cite, tant de fois depeinte ; mais I'impression 
g^ndirale que fait sur chaque voyageur I'aspect d'un 
lieu si int^ressant, si riche en grands souvenirs, est 
pr^cieuse a recueillir, et nous laisserons parler ici le 
savant p^lerin dans son pieux enlhousiasme : 

« J'etais au milieu d'une plaine nue et pierreuse; 
mes compagnons s'elaient ddicouverls et se tenaient 
immobiles et silencieux ; je vis sur une montagne quel- 
ques edifices d'une eclatante blancheur : c'etait le mont 
des Oliviers; et bientot apr^s , des murs creneles, des 

domes, des tours : c'etait Jt^rusalem ct je sentis 

couler mes larmes. 

» En arrivant a Jerusalem par Jafl'a, on ne rencontre 
au dehors de la ville aucunjardin, aucuue habitation; 
III. JuiN. 3. 37 



( 550 ) 

rien ne s6|)are la ville de Sion du desert qui I'envi- 
ronn(?. On la voil apparaltre tout a coup, dix minutes 
avant d'y entrer, avec scs creneaux , ses coupoles, ses 
murailles, ses tours; tout cela a une teinte gris^lre 
comine les vallees, les monlagnes, coninie le pays 
tout entier. Je remarquai que I'ensenible de la ville, 
de sesmurs et de ses moniiinents a un air de dignitt\ 
qui mo fit un vif plaisir, et je me dis : elle est belle 
encore dans sa desolation. Mon imagination etait lel- 
lement t'rapp^e qu'il me semblait dislinguer coiilme 
une image de la ville sainte dans les vapeurs blancbes 
qui voilaieiil legerement une partie du ciel, et je voyais 
a la fois la cite de David sur la colline de Sion, el 
une Jerusalem nouvelle, resplendissante de clarte, qui 
descendait du ciel, ■venant de Dieii. 

)) Jerusalem ne ressemble a aucune autre ville; ce 
u'est pas une place forle , comme nous en voyons en 
Europe; ce n'est pas une ruine antique, noircie, ou 
couverte de lierres; c'est mcins encore une cil6 mo- 
derne, agil6e et bruyanle; c'est une enceinte vaste et 
lugubre, enlour^e de debris et de monumenls fun^- 
raires ; aucun bruit ne sort de ses murs, aucun etre 
vivant ne parcourt les senliers pierrcuxde ses valines, 
les oiseaux du ciel se taiscnt, le torrent du Cidron est 
sans eau , les piscines sont dessech^es, les rochers 
d'alentour sont brisks, les coUines sont des monceaux 
de sable, la lerre est comme brOl^e el couverte de 
cendres, les animaux des champs n'y trouvent point 
de palure, la mort et la douleur babilent seules ceite 
profonde solitude. » 

Nous ne suivrons pas I'autenr dans ses descriptions 
tie lout ce que la religion ventre dans l;i iil«^ sainte; 



(551 ) 

notis rappellerons seulement avec lui que le Golgotlia 
ou Calvaire est maintenant coinpris dans la ville , a 
I'ouest, et que les maisons qui le couvrent ne per- 
inettent pas de parcourir dans loute son elendue ce 
qu'on appello la Voie douloureuse ou le Chemin de la 
Croix. La ville a eu successivement Irois enceintes, 
dont la premiere et la deuxi^me, celle de David et de 
Salomon , et celle des rois Joatlian , fizechias et Ma- 
nassas, embrasserent les monls de Sioii*, de Moria et 
d'Acra, tandis que la troisieme, celle d'Herode-Agrippa, 
s'^lendait beaucoup plus au nonl, et comprenait aussi 
le mont Bezetha, que renceinte actuelle ne contient 
plus depuis longtemps. Jerusalem est conmie sur une 
presqu'ile, entouree du Cedron, a Test, de la vallee de 
Gehenna, au sud, et de celle du Gihoii, a I'ouest. Les 
rues sont 6troites, souvent voulees et obscures, tou- 
jours sales et en grande partie d^sertcsj les maisons 
abut basses , carries, presque sans ouvertures sur le 
devant, couvertes de terrasses, non tout a fait plates 
cependant, mais surmontees d'un petit dome ; le pave 
est exlremement glissant ; des chiehs ei*rent de toules 
parts; beaucoup de mendiants sollicitent la charity 
des passanls ; les relations commerciales sont fort 
entravees par la diversity des religions, puisqu'il n'y 
a que quatre jours d'afl'nires, le vendredi , le samedi 
et le dimanche etant choraes successivement par les 
mahometans, les juifs et les chreliens. 

Autour de la ville, on trouve , a I'ouest, I* piscine 
sup^rireure ou Birkel-el-Mamillali (lafontaine des 
Serpents); vers le nord-est, le reservoir a])pele Birkel 
el-Hirdjeh, et celui qu'on nomme Birket-Hammam- 
Sitti-Mariam (bains de Sainle-Marie); a Tesi, comme 



( 552 ) 

nous I'avons dlt , le C^dt'on , torrent presque loujours 
dessecht", dont Ic nom vient de I'h^jjreu Cddor (obscii- 
rile), parce qu'il coule dans des lieux profonds et 
obsciirs; il y parcourl la vallce de Josaphat et y baigne 
le village de Gelbsemani ou El-Djeinaniieh, au-dessous 
duquel la vallee so retrecit el finit par n'avoir plus que 
la largeur du torrent lui-meme. A Test de cetle valine, 
s'elove le mont des Oliviers, divis6 en trois sommols : 
celui du milieu, qui est la montagne des Oliviers pro- 
prcmcntdile, haute de 2 556 pieds ; celui du nord , 
qu'on a appele Viri-Galila^i, et celui du sud, nomm6 la 
montagne du Scandalo, parce que ce fut la que Salo- 
mon fit clever des temples aux idoles. II y a encore sur 
la montagne des Oliviers luiit des arbres auxquels elle 
doit son nom ; ils sont 6normes , et c'est probablement 
sous leur ombrage que le Christ s'est arrets. Le village 
de Zeiloun est au plus haul point de la montagne ; 
c'est sur un escarpement, un peu a Test de cet endroit, 
que Ton jouit du plus beau panorama peut-6tre de 
toute la Jud(^o : a Test, la mer Morlc , resplendissante 
au soleil comme un m^tai en fusion ; par dela celto 
mer, le mont N6bo et la chaine qui s'y ratlache; plus 
pres, sur la gauche, la verdure du Jourdain ; au nord, 
les monls d'Lphraim ; a I'ouest , Jt^rusalem. L'an- 
cienneBelhpliage, pres et a I'csl du mont des Oliviers, 
n'offre aucun vestige aujourd'hui ; Belhanie, dtisign6e 
mainlenant sous le nom d'El Aziriieh , offrc encore 
une vinglaine de maisons. 

Au sud-esl de Jtirusalem , on voit la fontaine de la 
Sainle-Vierge (Ain-um-elDerai, I'ancienne source du 
Dragon), et celle de Siloe, communiquant enlre elles 
par un canal souterrain, et qui pr<isentent un curieux 



( 553 ) 

phenoin^ne d'iiitevmittence ; un pen plus loin, sont la 
piscine de Siiod et la Fontaine de Rogel ; au sud-ouesl, 
on voit la piscine Inierieure ou Nouvelle, et, pves de la, 
les resles de I'aqueduc de Ponce- Pilale , qui amenait 
I'eau des etangs de Salomon (a 3 lieues de Jerusalem) 
jusque dans le Temple. 

La vallee de Gehenna ou des Enfanls d'Hennon, dont 
le fond s'appelait Topheth, est, comme on sail, au sud 
de la ville ; elle etait en grando pai'tie consaciee aux 
sepultures, et les Juifs se servirent de son nom pour 
signifier la tristesse, I'enfer. La monlagne du Mauvais- 
Conseil, qui rappelle le conseil tenu dans la maison de 
Caiphe, I'avoisinc au midi. 

Mgr Mislin n'a pasmanqut! d'entreprendre le voyage 
de Bethlehem. La route qui y conduit est belle, et passe 
par la valine de Raphaim ou des Geants, si celebre dans 
rficrilure; vers le puits des Trois Rois, qui se rapporte 
a I'histoire des Mages, et vers le tombeau de Rachel. 

Bethlehem est agr^ablement placee sur une colline 
et entouree d'oliviers. La grolte de la Nativite est une 
caverne nalurelle, longue de quinze pas, large decinq. 
Saintellel^ne, mere de Constantin, I'a renfermce dans 
une belle eglise , dont les niahometans emploient au- 
jourd'hui la nef comme un bazar, et dont le chceur 
sert d'eglise aux Grecs et aux Armeniens ; la chapelle 
Sainte-Catherine , qui est attenante , appartient aux 
catholiques ; on descend dans la grotte v(ineree par le 
chceur des Grecs, etMgr Mislin regrellc vivcm^nt qu'un 
lieu si saint ne soil pas au pouvoir de I'Eglisc latinc ; 
cependant les catholiques ont une autre grotte pre- 
cieuse tout pr6s du lieu de la Nativity : c'est celle ou le 
Sauvcur fut place dans la creche el adore par les 



( 554 ) 
Mages et les bergers. II faut remarquer en passant 
qu'un grand nombre de demeures, non-seuleinent a 
Bellilehem, mais dans toulc la Palestine, sonl des grottes 
taillees dans les rocliers, pour garanlir les habitants, 
soil centre lapluie, soit meme centre la neige dans 
les lieux Aleves. Bethlehem est a une altitude de 
2538 pieds, c*est-a-dire a 59 pieds plus haut que Je- 
rusalem. Elle coniple 3 000 bahitants, donl 1500 ca- 
tholiques, 1000 Grecs , une centaine d'Armeniens et 
quelques Arabes. Son nom signifie maison de pain; on 
I'appclait aussi Ephrata, /er/iV/Ve. 

Mgr Mislin, continuant sa route au sud , va visiter 
Hebron, et, chemin faisant, il remarque ce jardin 
ferini^ (Hortus conc/unis) qui faisait les delices de Sa- 
lomon, et qui est un petit ilot de verdure au milieu 
d'un paysage de pierre; — d'immenses reservoirs, que 
les Arabes appellent El Burak, et qui sont les anciens 
etangs cle Salomon ; — Bezek,ou ser^coltait le meilleur 
vin de la Palestine, quoique aujourd'hui il n'y ait plus 
de vignes ; — Beit-Djibrin ( maison de Gabriel ) , belles 
ruincs, qui sont probablement celles d'Eleutberopolis 
ou Betograba ; — ensuile d'autres mines qui paraissent 
appartenir a Bclhsour de V llistoire des Machabees, la 
meme sans doule que cetle Belhar qui fut le dernier 
asilc des Juifs sous le regne d'Adrien. Hebron , situ6e 
en amphitheatre sur une colline de 2 8^2 pieds d'alti- 
lude, a I'aspect lo plus d^solc; elle compte cependant 
encore 5 000 habitants, tous musulmans, except^ 
/lOO Juifs. Cetlc ville, pleine des souvenirs des premiers 
patriarches et de David , est, comme on salt, une des 
pllis anciennes du monde ; elle s'appelait aussi Ca- 
riath-Arb6, ville d'Arbe, du nom du fils d'Enac, qui en 



( 655 ) 
flit le fondateur; or Enac donna son nom aux geants 
Enacites, qui habitaient encore Hebron quand Josue 
en fa Ja conquete. Les Arabes I'appellent El Clialtl 
fville de I'Ami, c'est-a-dire de Dieu). Au iv" siecle, 
sainle Helene ^leva une eglise sur la double caverne 
qui renferme les tombeaux des patriarches. Du temps 
des croisades, on en fit un6v6ch6 sous le nom de Saint- 
Abraham, 

La vallee de Mambr^, au nord-ouest d'H^bron, est 
ornee de pistachiers , d'oliviers, de vignes, et J'on y 
remarque un beau chene qui s'^leve , dit-on,a la 
place de celui donl il est question dans I'histoire 
d'Abraham, Non loin de la est I'eraplacement de la 
forteresse de Dobir, ou Cariath-Sepher , prise par 
Othoniel. C'esl pres d'Hebron enfin que commence le 
desert d'Engaddi, ainsi nomme d'une petie oasis, En- 
gaddi, la fontaine du Bouc, dont differe peu le nom 
arabe actuol, Ain-Djeddi (fontaine de la Cbevre); c'ost 
pres d'Hebron aussi que s'6lfeve cet autre mont Carmel, 
moins celebre que celui de la cote ; on voit encore 
quelques restes des antiques forets du ddsert de Zin, 
illustrees par I'alliance de David et de Jonathas. 
Mgr Mislin, revenant vers le nord, et suivant une route 
plus voisine de la mer Morte , va visiter celte caverne 
fameuse de Thecua, d'Engaddi ou d'Odollam , ou se 
r^fugia David : les voyageurs I'appellent le Labyrinthe, 
et les Arabes El-Maama (la Cacbette). Pr^s de la sont 
les resles dc la ville d'Odollam ou Adullam, meu- 
lionnee plusieurs I'ois dans la Bible ; et ceux de 
Thecua, celte forteresse du desert, (jui fut habitec 
par les prophetes Amos et Habacuc. 

Ce qu'on apj)elle aujourd'hui la montagne des 



( 556 ) 

Francs, en arabe El Fareitlis (le petit Paiadis), repond 
a Tancienne forteresse d'Hcrodiuni, qui est probahle- 
ment la Belhacara de I'Lcriture, el qu'il ne faut pas 
confonclrc avec une autre Herodium , situ^e de I'autre 
c6te de la nier Morte, vers le mont N(^bo : F^lixFabri, 
au XV siecle, en parle sous le nom de Belhulie. La val- 
ine do Bdnediclion , ou Ton sail que Josapliat rdunit 
les Israelites pour benir le Seigneur d'avoir sauve son 
peuple des Ammonites, s'elend cntrc la monlagne des 
Francs et la raer 3Iorte. 

Mgr Mislin fait une excursion a I'Duest de Bethlebem, 
dans le desert de Saint -Jean. A trois lieues de Beth- 
lebem, on arrive a la grotle de Saint-Jean-Baptisle : 
c'est la que vecut longtemps le Precurseur, se nour- 
rissant de miel, de sauterelles, et sans doute aussi de 
caroubes , pnisque ce fruit se nomnie encore pain de 
Saint-Jean. Pres de la est le village de Saint-Jean-de 
la-Montagne (en arabe Ain-Karim), ou il y a un cou- 
vent de Franciscains. 

Revenu a Jerusalem, Mgr Mislin dirige une explo- 
ration vers le Jourdain : il signale d'abord un village 
mine qui est probablement Baluirini, ou David fut at- 
taqu6 par Semei ; — ensuite la valine des Acacias, qui 
est peut-6tre la valine de Sittim, et qui doit son nom ac- 
tuel ade tr^s-beaux acacias gomraiers qui Tombragent; 
— enfin Templacemenl d'Adomiuitn, au milieu d'un 
paysage affreux et d'un canton infesle de voleurs. Plu- 
sicurs /nitres, c'est-adire des reunions d'crniitagcs, ont 
autrefois jjeupl^ ce canton sau\age, oil commence Ic 
desert de la Quarantaine, illustrd par le sejour du Sau- 
veur. L'Ouady-Kelt, qu'on y rencontre, est probable- 
ment le torrent de CaritU de la Bible. La rauntagno 



( 557 ) 

de la Quarantaino, appelee Djebel Kourountoul par 
lesArabes, terminele deserl; on y voit de nombreiises 
cellules qu'onl habil^es des anachoretes des premiers 
siecles du cbristianisme. A un quart de lieue de la 
montagne , est la Fontaine d'filisee (Ain- Sultan en 
arabe), entouree d'agr^ables bocages de jujubiers, de 
palmiers, de mirobolans, de cypres, et de cbalefs (zuk- 
kum) , avecles fruils desquels on fait I'buile medicinale 
de Jericho ; on y voit aussi ce fruit qu'on appolle com- 
munement pomme de Sodome , fruit ti'ompeur, tres- 
beau au dehors, mais dont le sue est niortel. Quant 
aux rosiers si celebres de Jericho, Mgr Mislin n'en a 
point vu ; ce qu'on ajipeile aujourd'hui rose de Jericho 
ou j^rose hygrometrique [anastatica hierochuntina) 
est une plante de la famille des conifercs , qui croit 
dans quelques localites sabionucuscs de la Syrie et 
de I'Arabie, et que Ton cherche vainement pr^s de 
Jericho. 

Le miserable village de Rieha , a une lieue de la 
niontagne de la Quarantaine , est tout ce qui reste de 
I'ancienne Jericho : c'est une cinquanlaine de cabanes 
entourees de haies de nopal etde branches d'arbustes 
dpineux, qui les protegent contre Ics chacals et les 
leopards. Le batiment principal qu'on y remarque est 
ce qu'on appelle la Tour ou le Chateau, et c'est autour 
de cet edifice que la ville rebatie par H^rode et Adrien 
devait etre groupee ; I'ancienne Jericho , celle des 
Cananeens, s'otendait plus particuliercment dans la 
direction de la Fontaine d'Elisee. Toule la plaine voi- 
sine est appelee ElGhor par les Arabes; il y r^gne 
une chaleur suffocantc. De Rieha jusqu'au Jourdain , 
celte plaine s'abaisse graducllement de 57/1 pieds; on 



( 558 ) 

trouvesur la route beaucoup d'^rosionsqui l^molgnent 
de ces anciens debortleineiits donl il est parlt^ dans 
rtcriture. Galgala , ou les Iliibreux , conduits par 
Josue, pass5rent le Joui'dain, n'a lalss4 auciine trace ; 
c'est vers le lieu de ce passage que Mgr Mislin a vu Ic 
fleuve ; il I'a trouvd d'environ soixanle pas de largeur 
et peu profond, mais c'^lail a I'epoque des basses eaux. 
Le Jourdain , appele Yarden par les Hebreux , est 
noranie aujourd'bui El Lrdoun ou Cbariat-el-Kebir 
(grand fleuve) par les Arabes; il se forme de trois 
petits cours d'eau descendus de I'Anti-Liban , et pro- 
duitbientolle lac de Houle ou de M^rom, a une demi- 
lieue au-dessous duquel est le pont en basalte connu 
sous le nom de pont de Jacob; c'est au sud de ce pont 
que commence la fameuse depression de la vallee de 
ce fleuve, avant son entree clans lo lac de Tiberiade ; 
^en sorlant de ce lac, il est fort large, mais peu pro- 
fond; il se retr^cit ensuite, et forme d'innombrables 
sinuosites. 

La difference de niveau du lac de Tiberiade et de la 
mer Morte est de 716 pieds; les sources du Jourdain 
sont a plus de 800 pieds au-dossus de la Mediterran^e, 
et spp embouchure a 13/11 pieds au-dessous, cc qui 
donne pour la pente lotale 21 41 pieds. Des roseaux 
{nrundn donax) en garnissent les rivages, et sont le 
repalrc des onces et des cbacals. La navigation en est 
fort difficile, et les riverains d'ailleurs n'en font aucun 
qsage. En 1847, J\L Molyneux, oflicier anglais, le des- 
cendit; M. Lynch, qui y 111 en 1S/|8 un si memorable 
voyage avec deux bateaux en fer conslruitsen Amc-rique, 
eslime a 200 milles anglais la longueur du couranl entre 
les deux mers , en tenant cotnpte des dolours. Ce cpq- 



{ 559 ) 

rageux explorateur a fait deux fois le tour de la met 
Morle. Nous ne rappellerons pas la description de 
celte etrange uiasse d'eau , prolongee a perte de vue 
entre deux inurailles de naontagnes, s^parees I'une de 
I'autre de cinq a six lieues ; mais , comme un auleur 
c^iebre a dit que I'aspect n'en est ni trisle ni funfebre, 
il est utile de faire remarquer que Mgr Mislin a trouve 
les bords arides el nus, couverts d'une bordure de sel, 
blancs, calcines, exposes a une chaleur de fournaise, a 
une forte odeur de soufre , et inspirant la tristesse et 
le dugout. S'etant baign6 dans cette nier, il vit que le 
corps y est porte facilemenl sans doute par Teffet de 
la grande pesanteur specifique de I'eau, mais que la 
natation y est presque impossible parce que les pieds 
s'elevent au deiiors, et que le nageur, sans point d'ap- 
pui sufiisant, n'est pas maitre de ses uiouvements, et 
se trouve soulev6 et ballotle a droite et a gauche .: il 
gouta malgre lui de cettc eau , et la trouva horribie- 
ment amere et nauseabonde; il en eut la langue et le 
palais comme brules. La raer Morte est appelee mer 
de Sel dans la Gcnese, mer du Desert dans le Deut^ro- 
nome, raer Orlentale dans Joel, lac Asphaltite par les 
Remains et les Grecs , mer Maudlte ou uior du Diable 
au moyen age, lac de Lot (Babr-Lout) par les Arabes. 
L'extrdme degre de salure qu'on y remarque paralt 
etre la principale cause de I'absence des etres ani- 
mes dans son sein, et Ton atlribue cetle salure extraor- 
dinaire au voisinage des monlagnes formees de grand? 
blocs de sel, a I'^norme dej)ression du niveau de cetle 
raer el a la haute temperature qui en riSsulte. Que deve- 
nait I'eau du Jourdain avant I'existence de cette raer 
qui a abime sous ges flots une valine fertile, cinq vjlles 



( 560 ) 

etunenombreuse population ? Mgr Mislin lend a croire 
qu'ello se rendait dans la mer Rouge, et M. Anderson 
dit que Ic lit du fleuve, jusqu'au golfe d'Akaba , ne 
saurait etie nieconnu; cettc opinion est combattue 
par M. Russegger ; mais les affaissoinents et Ics sou- 
Ifevements de terrain que la geologie expiique ne 
peuvent-ils pas laisser un champ tr^s-lil)re aux hypo- 
theses? Nous renvoyons d'ailleurs, pour la description 
de cette nier, a rinleressanle monographie qu'en a 
donnee notre savant collogue , M. Isambert, dans le 
Bulletin de ftivrier et mars 1850, au sujet de I'ouvrage 
de M. Montague et du voyage de M. Lynch. 

Mgr Mislin est all6 visiter le curieux monasl^re grec 
de Saint-Sabas, sur Ic C^dron , a 5 lieues de la mer 
Morte et a 2 lieues de Jerusalem; il s'6leve en gradins 
sur des rochers qui dominent lo torrent, et doit sa 
fondalion a saint Sabas, qui, dans le v° siecle , riunit 
autour de lui un si grand nombre d'anachor^tes, que 
ce desert en elait tout peupli; Quaresmius dit qu'il y 
en avait 10 000 dans les antres des rochers, et !\ 000 
dans le monast^re seulement. 

Mgr Mislin a pris ensuite la route du nord pour re- 
venir a Beyrouth par Tinterieur de la Judt'C. Parlout 
s'y offrenl des chemins Strolls, inipralicablcs pour des 
chars, mais seulement propres aux chameaux et aux 
chovaux; et cepcndant il y avait autrefois i)lusieurs 
routes pav(^es, connnc on en voit encore des traces a 
Htibron el sur les rives du Jourdain. 

Sur le chetnin do Jerusalem a Naplouse, on ren- 
contre remplacemenl d'Anatlioth, palrie de Jcrdmie; 
celui de Gal)oa, palrie de Saiil ; et Ram, qui est une 
ancienne Ramaj mais quelle Rama? ce nom est tr^s- 



( 501 ) 

vague, car il signifie siinpleraent hauteur. El Bir est 
B^^rolh, ville des Gabaonites; le village de Mukmas 
reniplace sans doule Machmas; on passe vers rerapla- 
cement de Bethel, appelee d'abord Loaz (amandier) el 
plus lard Bethaven ; un peu a Test, 6tait Hai ou Haiath, 
ou Abraham dressa sa tente. On voit le village de 
Djufna (I'ancienne Gophna), entour^ d'une valloe ver- 
doyante. On laisse plus loin Silo, si connue dans I'his- 
toire de I'arche sainte et de Samuel; et Ton decouvre 
dans une heureuse situation Naplouse , rancienne Si- 
chem ou Sichar, qui fut le sejour de Jacob et la capi- 
tale du royaume de Jeroboam ; on montre encore le 
puits de Jacob ou de la Samaritaine, et le torabeau de 
Joseph; Vespasien en fit une colonie romaine, sous le 
nom de Flavia Neapolis, et de la le nom moderne de 
la ville. On y couipte encoi'e 8 ou 10 mille habitants, 
parmi lesquels se trouvent quelques descendants di- 
rects des Samaritains, vivant isol^s dans un misei'able 
quartier, et dont le chef prend le tilre de pretre- 
levite. 

Samarie, qu'on rencontre peu apr^s, s'appelait plus 
exactement Someron, d'apres Semer, maitre du terri- 
toire de qui Amri acheta I'emplacement ou il batil la 
capilale du royaume d'Israel. Elle ne sc compose au- 
jourd'hui que de ruines considerables, entre autres 
des temples et des palais d'Herode, qui I'appela S6- 
baste en I'honneur d'Auguste. Sanour ou Santorri est 
consid6ree comme identique avoc la B^thulie de Ju- 
dith. La bourgade de Djennin rappelle les noms an- 
ciens de Ginea, Nais , Ginum, Giliui ou Djemni, qui 
paraissent tous designer un meme endroit. 

La plainc d'Esdrelon s'olTre ensuilc : c'est la plus 



{ 562 ) 

vtiste et la plus cdl^bre de la Palestine, npr^s celle du 
Juurdain. Le monl Herinoii s'elf;ve au centre ot la 
divi.se en deux versanls, qui envoient leurs eaux d'une 
part dans la Medileiranei?, de Taulre dans le Joui- 
dain ; le niontThabor ia borde au nord. Elle Tut aussi 
appelee dans I'anliquite j)laine de Jezrael , le Grand 
Champ, campa^ne d'Esdrela, plaine de Mageddo , an 
nioyen age plaine de Sabas, d aujourd'liui les Arabes 
la nomment Merdj-ibn-Amer. C'eslpres du village de 
Fouli ou Fuleli, sur la parlie occidenlale du mont 
Hermon, que se livra, en 1799, la bataille dite du Tha- 
bor; elc'est presde la aussi que s't-levaillelortde Faba, 
bati par les Templiers. 11 ne faut pas cont'ondro, bien 
enlendu, ce luonl llormon , que les Arabes appeilenl 
Djebel Duy, avec le Grand llermon (Djebel Cheikb ), 
qui apparlienl a I'Anli-Liban, a Test des sources du 
Jourdain. Quant au montTliabor, appele Itabyrion et 
Atabyrion par les anciens Grecs, Djebel INour ou Djebel 
Tor par les Arabes modernes, c'est une des plus belles 
monlagnes de la Syrie , quoiqu'il n'ail que 1 755 pieds 
d'altilude; de son soinmet on jouit d'une vue admi- 
rable sur la Judee presque emigre, el peu de points 
offrent autant de souvenirs ; c'est sur son sommct, ou 
sur le Cison, qui coulo a ses pieds, que Debora el 
Barac illustrerent leur valenr ; el la tradition place en 
ce lieu la tranfiguralion du Sauveur. U y avail, avanl 
J6sus-Christ, une ville de Tbabor sur celle montagne; 
plusieurs ^glises chretiennes, aujourd'liui rain6es, y 
I'urent elevees dans les premiers siedes de noire ere. 

Mazareth, en arabe En-jNazara, autrefois Medina- 
Abiad (ville Blanche), inconnuo avanl J^sus-Christ, 
mais si celebre dopuis le siijour du Sauveur el de la 



( 56? ) 

Vierge, est bati§ irr^gulifeiement et eh gfadins, sur 
une colline et clans uii bassin elev^, tout entoure de 
monlagnes, et orne tie vignes, de grenadiers, d'oliviors, 
de nopals; elle a 3 000 habilanls, dont 1000 calho- 
liques, des riles latin et maronite. Les batiments les 
plus remarquablessont les cou vents d6s Franciscainsot 
des Grecs. Sainte Hel^ne y avail fait b&tir une magnifi- 
quebasilique.ruineeaujourd'hui.D'apr^sUnecroyance 
commune en Italie, la raaison de la Vierge fut rairacu- 
leusement Iransporlee, au xiii" sifecle , sur la cole de 
Dalmatie, pres de Fiume, puis dans un bois de lau- 
riers pr^s de Recanati, puis sur une montagne voisine, 
enfin a Lorette, oii depuis 600 ans on accourt de 
toutes parts pour la ven^rer. 

En se rendant de Nazareth au lac de Tiberiade, on 
rencontre le mont et la plaine d'Hittin , ou Ids Chre- 
tiens perdirent en 1185 la vraie croix, la possession 
de la Jud^e el la liberie de leur roi, Gui de Lusignan. 
Le lac de Tiberiade ou de Gen^sareth, connu aussi 
sous le nom de mer de Galilee ou de Cin^roth , se 
presetite ci la vue du voyageur sous I'aspect le plus 
d^licieux , dans un bassin evidemment volcanique , 
entour^ de hautes et belles monlagnes; il a 5 lieues 
de longueur, deux de largeur, et se trouve a 625 pieds 
au-dessous de la Mt^diterranee. L'eau en est limpide, 
douce el agr^able a boire, commc celle du Jourdain, 
et les poissons y abondent. Mais que sont devenues 
le9 populations nombreuses qui se pressaient sur ses 
rives, les quinze viiles qui I'entouraient , les barques 
qui la sillonnaient ? Tout est silence et mort aujour- 
d'hui dans cette region charmante. 

La ville de Tiberiade, en arabe Tabai-iyya , est en- 



( 564 ) 

core cnsevelie sous les decombres amoncelc^s par le 
trembloment do tcrre de 1837. Butic par Herode- 
Antipas, qui en fit sa capitale et lui donna le nom de 
I'enipereur Tib6re , elle resta la melropole de la Ga- 
lilc^e jusqu'au rfegne d'H^rode-Agrippa II, qui lui pr6- 
f^ra S6plioris ; apres la deslruclion de Jerusalem par 
Titus, les plus savants docleurs juifs vinrenty fonder 
une 6colecelebro d'ou sorlil le lexte talmudique. L'an- 
cienne ville s'6lendail au sud de la ville actuellc, entre 
le lac et les montagnes, el a laisse des ruines conside- 
rables. Les eaux lliermales de Tiberiade sont a quel- 
que distance de la, dans un lieu qui a port^ le nom 
d'Emalb, et aussi celui d'Emmaiis, nom si commun 
sans doute, parce qu'il dolt indlquer des sources ther- 
males (du mot cliammatli, bains cbauds). 

Magdala (aujourd'hui El-Medjdel), vers I'extremit^ 
nord-ouest du lac, dtait la propriete de cette c6l6bre 
Marie qu'on a surnomni(^e, d'aprfes cet endroit, Marie- 
Magdeleinc. 

Dans le voisinagc, on voit la montagne ou Jesus- 
Christ fit la multiplication des pains ; ot le lieu oii Ton 
pense que lut pronouce Ic sermon sur la montagne. 
Sefarieh, pauvre village, est I'ancienne Sephoris , qui 
tut appelee Dio-C6saree par llerode-Antipas ; Cana, 
illustree par le premier miracle du Sauveur, est une 
bourgade de 800 habitants, qui a conserve son nom. 
El Meched repond a Goth ou Gcthophar, patrie de 
Jonas, et celebre par la bataille de 1187, entre les Sar- 
rasins et les Templiers. 

Mgr Mislin, apres avoir traverse les montagnes de 
Zabulon, se rclrouva sur cette cote de la Mediterran^e 
qu'il avail deju visilee, et, de rclour a Beyrouth, il 



( 565 ) 

s'emliarqua pour I'Hgyple, d'oi'i 11 ne tarda pas a re- 
venir en Occident. 

Tel est en resume celinteressant voyage, qui esl une 
des plus completes explorations qu'on ait failes depuis 
longlenips en Palestine ; I'auteur porte dans I'observa- 
tion des lieux un esprit de sage critique, une sagacit6 
savante, qui rendent les plus grands services a la geo- 
graphie; il d^peint hien les moeurs ; il raconte I'his- 
toire d'une maniere lumineuse, et sait rallacher aux 
lieux qu'il visite un grand nombre do fails qui dimi- 
nuent I'aridile de la nomenclature. 11 est facheux qu'il 
n'aitpas joint une carte de la Palestine a son ouvrage, 
qui est, du reste, accompagn^ de plusieurs plans de 
Jerusalem. 



COMPTE RENDU 

DE DEUX ATLAS CLASSIQUES ( EN ANGLAIS ) 
DE 

GtOGRAPHJE PHYSIQUE ET DE GEOGRAPHIE G]£lNb:RALE 

UE M. A. KEITH JOHNSTON, 

PAK 

M. SfeDILLOT. 



Nous avons rendu un compte trfes-favorable du 
grand atlas physique de M. Keith Johnston dans le 
Bulletin de la Soci6t6 de geographic (1851, tome II, 
page 328), et nous regrettons de ne pouvoir dire le 
nifime bien des nouvelles publications qui lui sonl 
dues. En reduisant sous un petit format, pour I'usage 
des ecoles, ces belles cartes qui piesenlciil un taljleau 
III. juiN. h. 38 



{ 5(ia ) 

si'parfait des merveillcs tie la ilatur."', rauiour s'osl 
condamn^ a inodifier profondemcnt son premier tra- 
vail, et a reprotluire une esqulsse souvciit confuse des 
phenomenes qui se manifestcnt sur la surface emigre 
du globe. Des cinq carles consacr^es par M. Jolinslortj 
dans son premier ouvrage, a la meleorologie, Irois iseu- 
lemcnt sont conservees, celles qui troilent des ligneS 
isotlierlnes, des venls constants ou periodiques> dc la 
dislriljution des pluies et des neii^s. Aux dix carles 
concernaiit la geologic , se Irouvent subsliluues Bept 
pelites cartes qui represenlent les montagnes, pla- 
teaux, plaines et vallees de I'Europe, de I'Asie, de 
i'Afrique, des deux Am^riques, des lies Brilanniqaes, 
avec un tableau synoptique des volcans et des princi- 
paux treinbleineuls de terre. Pour I'hydrologie, nous 
n'avons plus que trois cartes au lieu de six, deux indi- 
quanlles couranls oceaniques et le systeme des grands 
lleuves de la teiTC, el une nouvelle qui ollre la confi- 
guration des lacs el des mers inlerieures de I'Asie. 
Enfin, sur les neuf cartes dont se coniposait la partie 
pliylologique et zoologique du premier alias, qualre 
seulenieiil subsislent, I'une pour les vegetaux, I'autre 
pour les auimaux, la troisieme pour les races hu- 
maiues, la qualrieme enlin, monlrant les divisions du 
globe sous le jjoint de vue des croyances rcligieuscs. 
La Ironlispive fail conuailre les divers eiemenls de 
la carlngiapliiu et de la geograpliie physique. 

Le bccond alias, publi6 par M. Keith Johnston, a 
I'usage des ecoles, conlienl \ingt-deux carles : douze 
pour TEurope, trois pour I'A&ie, une pour I'Afrique el 
['yJiabce, cinq pour I'Anierique el I'Auslralie. La 
Erance est divisee en provinces, el Ton est lout &urpris 



I 



( 567) 

de rencontrer rAunis, la Guyenne, le Langiiedoc, le 
Comtat (Venaissin), etc. Nous avions cru un instant 
que M. Johnston nous reportait a I'ann^e 1789, mais 
le nom des departemenls est indique en tout petits 
caracteres, ct il ne manque en r^alite que leur delimi- 
tation. 

Un index, qui nous a paru fort complet, donne la 
longitude ct la latitude des principales places du 
monde; seulcment I'editeur no cite point les aulorites 
sur lesqueiles il s'est appuye pour ce travail. 

Malgi"*^ les observations qui precedent, nous recun- 
naissons toutefois que les deux atlas de M. Keith John- 
ston seronl ulilenient places entre les mains des jeunes 
gens studieux. 



( 568 ) 



NOTES SUR LES DIFF^RESCES EXISTAST DAJIS DIVERSES CARTES Di; 
I.'aMKRIQDE CENTRALE SUR LES LATITUDES DE LA RIVlfeRE DE SA.X- 
JLAN DE NICARAGUA, PAR M. LE CAPITAINE GABRIEL LAFOND, 



DtSlCNATlON r)ES CARTES. 



CarlP de la cote dii Mexique , 
d'uprcs les nouvelles cartes es- 
pa|iioles, publipe en ISi." par 
ordie da roi , an deput general 
de la marine de France 

Carle de la Colomliie, par Bnie , 
18-25, d'apres les observalions 
de M. de Hiiniboldl el des navi- 
galeiiis esp.ignols 

Carte des Aulille';, par le meme 
nine, 1 85-2 , dedit-e a rinslilnt 
de France 

Giaudc carle, du nieinc Brue, 
gravee eii 1853 ( ceuvre pos- 
lliiime ] 

Carle de Gusta-Rica et dcs Elats 
de Nicaragna , levee en 1828 el 
1829 par MM. Rouhaud et De- 
marlray, gravee en 18r)2 .... 

Carte du lac de Nicaragua, pour 
servir a rmlcUigence du projet 
de jouclioii de Uocean Atlanti- 
que au Pacilique, par un canal 
a vaisseaux, 1832 

Carle de sir E. B. Baruelt, officiei 
de la marine anglaise, publie'e 
en 1844 par ordre de I'umiraule 
anglaise. . 

Carte dc la riviere de San-Juan 
de Nicaiagua, |iar Squiei-, 1851. 

Carle faile suns la direction du 
capilainu general Lafund , chez 
Kubiquct . i'uris , 1851 , d'aprcs 
les indications suivanles: l°pour 
la cole ouest, dc Ph. Hauza, i-n 
1794, avec cnrrectiun par E. Bel- 
cher en 1857, el L. J. Wood en 
184S;!2* pour la coleesl, <lu com- 
mandanl liarnell. 183'j; 5' Pa- 
nama . du cumnian<lant Lelcher 
en 1837, el du commandant de 
Rosaniel en 181U; 4° Guile de 
Nicoya , par le nieme , 1854; 
5' Qiiilio, par le lieulenanl S. 
Wood, 1848; 6» Gulfo- Dulce , 
par Louis Chcrou , I8.'i0; 7* des 
avis de MM. Datissy, bydrogra- 
phe en chef; de Vincendon- l>u- 
niouliii, ingi-nieur hydrographe 
de la marine franf.ii$e; el de 
Jomard, conservaleur des carles 
a la Ui)>liotbcque iiationale ; 
8° enlin , des cartes de MM. les 
rapit. lines S. Lallier et Goluni- 
bel. I85i 



NOMS DES AUTEUR.^. 



Ministere de |j maiine, 1823. 



Brue, 1823 

Brue, 1832 

Brue,l853(oeuvreposlhume). 

Rouhaud et Demarlray, 1832. 
Iluerne de Pommcreuse,1832, 



E. B. Barnell, 1841. 
Squicr, 18S1 . . . . 



(^up. G. LafoBd, coniul |e'n, 
de Cusla-Ricu, 1851 ct 1852. 



LAT. INBIQU^E 



H* 40" 



It 


04 


It 


04 


11 


SO 


It 


00 


tl 


30 


tl 


00 



It 08 

It OS 

It 08 
10 SS 



« (. c 



ll'OO' 



It 05 

It 00 

10 S6 
to 58 



II 08 10 86 



{ 869 ) 

0BSBIIVAT10>S SUR LB TABLEAU CI-COHTR].. 

La carte n° i de la C6te du Mexique est d'unc exactiliule dou- 
teuse. 

Celle n° 5, de MM. Rouliaud et Deniartray, pniait avoir cte diesse'e, 
8ur une plus jiande e'chelle, d'apies les cartes de Nirarafjua et de 
Costa-Rica, par M. Joachim Rousseau; ou bien celles-ci d'apres la 
carte de MM. Rouhaud et Deniartray, {'annee n'elant pas indiquee 
sur celles de M. Joachim Rousseau. II est evideut, a la siniplu vue, 
que I'une a servi de modele a I'autre. 

La carte n* 7, de M. E. B. Barnett, parait d'une exactitude incon- 
testable et superieure i toutes les autres cartes. 11 est a croire qu« 
c'est celle sur laquelle il faut s'en rapporter le plus. 

Celle n" 8, de M. Squier, sur une grande e'chelle, presente de grands 
developpements et semble aussi d'une plus rigoureuse exactitude que 
les autres. Le parcours des sondes y est indique avec de niinutieux 
details, et la ligne suivie et marquee tout le long du Heuve demontre 
<|ue I'auteur a explore avec soin et exactitude. Tout y est parfaitc- 
nient trace; mais il est une importante observation a faire sur le tra- 
vail de M. Squier. II est le seul qui ait porle la sortie du flcuve du 
lac de Nicaragua a io"> 55', et son embouchure dans I'ocean Ailan- 
tique a 10" 58'. Toutes les autres cartes ct rnappemondes poiteot a 
t 1° et plus dans le lac; et toutes, egalement, niarquent rendjouchure 
dans I'Atlantique gene'ralement plus bas que dans le lac. (Voir le 
tableau ci-contre.) 

C'est un point a verifier et a determiner dc maniere a ne plus laisser 
de doules. 

Je crois devoir appeler I'attention des navigateurs, des voyageurs 
et des hydrographes sur cette importante question, qui se ratlache 
aux etudes du passage des deux oceans par le lac de Nicaragua, 



( 570 ) 



u 




>J 


.■^ 






« 


~ 










1 


ry^ 


^ 




s 




Uj 




Q 


s 


t/1 


o 


u 


c 


o 


t-^ 



W 00 



u 



Oft 



o ~E 



O 3 



M 


H 


■^ 


«« 


•fl 


4-^ 


fr 




1. 


s 


O 


rt 


b 


^ 


a. 


bf) 


Ed 




e 


M 


■^ 


'4) 




-3 


« 


" 


C 
i; 


& 


3 




^M 


«> 


u 




> 


> 

o 


S 


•< 


s- 


e 


H 


x 


2 


K 








3 






n 




O 


Cu 




■< 


lO 






oo 










CA 


_^ 




> 


F 




1 






Ui 


-a 




a. 


») 




O 







b; 


-] 




O 






u 





s 




C C .*!.-', ts CO t^ r^ 1^1.'; r^ ^*~3- 05 C~. 






C OO o~. i^tO lo C-. C-.^T'O cc c ro to o 






s i 


O Lo CO fi « ~3- 1-^ c.fo ^*30 o r^ - vo 




o 




kOM-^r— cscs — — — — — — — "^ 




a« 




vy 




- 




D 








6 ' ' ' 

c« . • • 






b3 


CI .- . re . . • 






2 








U 

a 






™ct->-CCr:oOr:a<-— C-C! 






Z;::jt/j<:.i-ccjCJUc:w'w-<r- 








/ i 1 


- c^UT ccoro N 0<0 C"^5D (N '-O 








/ 1- 


O: <yi'-0 (J'.'-O to ^ 30 n v-r c :^ i^ (n ~g- 








OrorOfO — — cs — rt««nco — c» 








\ t 


CO 






3 ' 


c^ n ^^"vi- n»-0 « O — t^« CiCiwoO 


CO 






S < J 


v^ — O — *:— roc— ^^'O ^^ cr<ro cs 


r^ 








— Ooovl-c-jv^v^ooo -oioro - r^ 


00 






i / 1 


WLOiOOO C — O^OrOOO — ^ — CN CN 


o 




;s 


1 ^^ 


oo r^io ro m CO -*^5l-~3-co fO ro ro CO « 


to 




1 ° 




to 




J 


ro G^e^w rJro — C:l^ C;"-S C^'^ t-^^-* 


oo 




^ 


O C. C.20 3^ !-i oo C5 IS ~3-LO i-^ r^ r; o 


c. 




p 


\ ■** "* 


O - - w - ro coo 1-^00 - oo ro ^1- 


oo 




1 o 


j t "3 


r^ro « ro t^^^vo -xi 'O :« oO oc i^ t^ m 


ov 




B, 


i ^ ' 


t^ - CO I-CC t^ (Ti - ■■£> 0".^3- C-. O - 


o 






m '^ 


t^ t^io CO ~srcO ^-rco ^a-co CT CO c^ CO « 


CO 




i 






to 


- 






V3- o O O vO ^T C-.Mf PI O ~^^*00 LO lO 


PI 






c^ *j' 


l^ l^vrf v.* ^rf 'O t^^4- Gl c« D r*^; G^ O c< 


to 






CI - 00 1^ S n uo -o C. c^co ^^CO c: Ci 


CI 






, o-i 


00 c< oo t^^» - ^!j m -^ i^ ^*«3 to so 


CI 








CO r^- M o^-o^Ji-o -00 o oui^-ri^ 


— 






(O lo Mt->o ^5r"cococo c^ fico PI « "" 


Pi 










to 




1 /• 




c^ to oo - o to t^to oo CO - CO - »!r t^ 


CO 




•, A 




- ^TT^-rto vo CO - 00 t-^^!*-w^ - oc CO c 


to 




! S 


•SOJJBJ 


Oiro .-; ro i^ CT,'.-; i^ r-^vg-.-o to oo l.- o 


to 






M]rnilO||Tj 


to vo CO C to to t^tO lO 1.0 V5f. ^, c- -o 


PI 
00 




•,ai3*p nn 


O = C C^a-n O O'O l-CL- Z '-■^. ^ 


c 




g 1 


O lO CT oo CO CS C t^ t^OO to ^T-vg- O CO 


o 




sf 


09 ap 


C5SCIO OJ-" O 02P1 Oiirt m CO 00 C5 Oi 


"■ 




"^ 


•JJCD-(|1U1 


-- fO«-"«-'"»-- •- 


7 


' 












i) ' ' « u 






I 










=;.t • -^.S; 














"^ ■= ■ ■ § 'a 




























■ c S • • ^i s 














?^ s ■ • • • ■ fe i • • c^ i 














-a---. •»;••.. 












/•?;■= ■ • • • ^ ^ ^ • ?: s S 








U 

u 

3 

> 

s 

a< 

u 

o 


c 


o'$'4 ■ ■ ■= ^ 1 § i ■' .1 1 -1 

• "i /i^ .^ • • « E -2 -S ■« • -1 ■£ 'i 

-S H? S-^'-s «; =: P „ S S S 

' «-n':: S c: o « re~ re- — -a^ 


>• 

r 

c 








ZHc-=.;:sU^E-r-'wUU^<<< 






o 


- ri CO ^a-in to l^co ff; - Pi CO vi-Vrt 








9.tviiJ lip viap U9 s9Duino.(j 





( 571 ) 



« O — lO OS C5 CN 

r^ t^-^ CO o ^T t-> 

^O o~.in - - (-1 - 



C a «J c • 

i: 'S 5 fu o 

aj M ™ =i3 i; 

~ « ^ .h o 

a. S 'J o ;^ 



•5. 1 

re C 
ft, re 

1. re 



CO CN CN M CC "- r: 



^* c 



00 ^^ " t^^-r C5 IN 

00 00 doo - o - 
r^Mi- Oi - CO 00 in 

GO Cl Gi"0 r^ « C7i 
r^''<s- r^ro ro 00 r^ 

^*rO ro « tN — — 



r<0 
CO 



O 



vn 10 r^co ^-^ cii-o 
ro "^ CO r^Lo - c^ 
vo ITS Ci r^io to CI 
fO O Ci 1-^rc 00 'O 

~ii-fo n « cs — — 



- vj-o 
fO 00 o 
f) r — <rco 

O CO 00 CN 

v^ c^ n « 



|-^ rj — CJ 






O 



r~>co 

00 LT) 






00 CO 

CO CO 

Oi o 
o - 
CO o 



10 

CO 



c^ 10 
o in 

« 00 

- ^^ 

10 - 



in r^ C 1^' 
^a-^* 05-0 
- o o-j in 



f< CO 

in o 
in ^*v^co CO CO CO 



CO 
00 
C7i 



CO CO 

'O 00 

'-a o^ 
00 « 



c o o o c c-^ o 

O 00 00 v^^>* o o 

in >* ri w O^ o c^ 



00 



o o 

-■ CO 



C 4) 






C "3 

— ^j ,- i.-^ O c^ c? 

~ j; « .- o u ™ 

ii. S O O Z H U 

- a CO ^*in to c-^ 



•aiiois 
■9.1VHJ np vjsp nv 



q a. a, 



r~ 


3 


OJ 


re 


rr 


•r 


a; 


U 


i) 





J3 


S 






> 


> 









Oh C 



H I C WIB ^»gM 



in 

'O 



CO 

00 



to 

CO 

to 

to 
^^ 

to 

OS 

o 



to 






c c 






00 — 

-. 3 
o >^ 

00 
=^ '^- 7 

„ c/> Qj re 
a -o ~ 
o <u 



g 

o 



01 



5.2 ■" 

C w O) 

^ re t- 

S — .2 
- re 00 

_ "" iJ 









QJ 



Oh 



OJ ' 



to 



00 



II 



in 

00 



_3 

M tj »> 

3 JC OJ I' 

re — _e 'a> 

t/) W5 G q; 

c c: "HJ - 



'^ S ^ 

.« ^ '■^ 

11 --30^ 

■V -^ ^ ^ 3 

M C "> 

= 0) -3 2 c- 

re -Q S ™ 



to S 



« 



-a 

a; 



T, -c 2 ^ -2 
— o c ^ r= 

^ .« 5 - > 









a. 



O) 0) 



( 072 ) 

Expedition sciE>Tii-inrK franqaise IiN Orient. — 
L'ne com te letlre, ecrile do Bagdad, 20 avril 1852, par 
M. Oppert, jc'une savant alloinand attache a I'expe- 
dilion scientifique que le gouverneiiient IVangais a en- 
voyee pour coutinuer les d(icouverles comiuencees par 
M. Eolla, donne I'ilineralre suivant de I'expedition : 

29 deceinbie l85l. . Depart tie Reyrout. 
5 Janvier I 852. . . Depart d'Alexandielte, apres une nouvelle qua- 
rantaine. 
Du 10 au 19 Janvier. SejouraAlep. 

25 — Arriv('e h Biredjik , sui I'liupliralo. JJoiivelle 

quarantaine. 

28 — l'assaf;e de i'Eiiplirato. 

29 — Depart de ISiredjik. 

1*' fevricr Arrivee a Severek. Arret du hull jmirs par suite 

de pluies contimielles. 

8 — De'part de Severek. 

Dti laau 17 Sejour a Diarbekir. 

18 Depart de Diarbekir pour Mossoul, par Mardie, 

Nisihie, Gezireli et Omar. 

1" mars Arrivee a Mossoul. 

Du i" nil "i^ Scjour a Mossoul. 

22 Depait [Jour Baf^dad sur des radeaux d'outres. 

27 Arrivee a Bagdad. 

Plusicurs circonslanccs facheuses sont vciuies arreter 
les travaux do rcxpodilion. Le firman du scliah de 
Perse .se faisait atlendre; le pays ctait cii ploine r6- 
volle; les lehelles mena^aient serieusemenl Bagdad 
et assi^geaicnt meme celle de Hillali, desolee par la 
famine. Pour comblc dc malheur, la ville dc Babylone 
elait inondee par le debordemenl des oaux. 

D. L. 11. 



( 573 ) 

VFIUQUE. 

Parmi les coiuuuinicalions lailes a la Soci^te geo- 
grapliiquc de Londres dans sa seance dii 26 avril der- 
nier, il en est deux qui m^ritont de fixer particuliere- 
ment I'altention des geographes. 

La premiere est relative a I'Afrique auslrale ; la se- 
conde concerne I'Afrique occidentale (1). 

AFRIQUE AUSTRALE. 

M. Francis Gallon, nouvellement arrive descontrees 
sud-ouest de I'Afrique, presenle un expose sommaire 
de son exploration. 11 a traverse Ics vastes conlrees 
qui s'elendent, depuis le point extreme atteint par sir 
James Alexander, presque jusqu'a la riviere Nourse , 
au nord; et a Test, jusqu'au 21° degre de longitude, ou 
a peu de distance de ce cole du lac N'gami. Les nom- 
breuses observations aslronomiques faites par M. Gal- 
ton, et dont I'exactitude a ete v^rifiee solgneusement 
au bureau hydrographique de I'amiraule, augmenlent 
infmimont la valeur de ces explorations. 

UnSuedois, M. Anderson, qui accompagnait M. Gal- 
ton, est reste en Afrique, et se propose de pen^trer 
plus avant dans le pays, dans la direction du nord et 
de Test. II pense que deux rivieres sortent du c6l6 oc- 
cidental du lac N'gami; que Tune de ces rivieres est 
coniparativement peu considerable, uiais que I'autre, 
ou la plus seplentrionale, doit elre iniportante et 
forme le grand cours d'cau qui borne au sud les eta- 

(i) Communique a la Commission cmtrale de la Societe de geo- 
fjraphie dans sa seance du .\ juin I 852. I>. L. R. 



( 374 ) 

blissements portugais dans le Beiigucla {Bengnila), et 
dont le Ciianen^ est une des branches. 

AFRIQUE OCCIDENTALE. 

Dans un memoire lu par M. Mac Leod, lieutenant 
de la marine royale, eel oflicier ayant propose de re- 
naonter le Niger, ct de descendre ensuite, si oela 6tait 
pratitaljle, la riviere Gambie, une commission nonimee 
par le president, crul devoir, apr6s dc soigneuses in- 
vestigations, presenter sur les questions qui lui dtaienl 
soumiscs un rapport dont voici a peu pr6s la substauce. 

Dans un contrat i-ecemment conclu pour le trans- 
port des malles entre I'Angleterre el la cote d'Afrique, 
il existe une clause d'apr^s laquelle le contractant de 
cc service est tenu d'envoyer un pelit navire a vapcur 
a h^lice, pour remonter I'une des rivieres d'Afrique, 
dans le double but de faire des decouvertes ct de com- 
mercer, sous la condition de n'exiger des passagcrs 
que h shillings par mille. Le comile pense que Ton 
pourrait combiner la condition imposee dans le conlrat 
ci-dessus avec la proposition du lieutenant Ulac-Legd. 
Celui-ci a deja servi ])endant sij^ ans sgr la cole pccl- 
dentale d'Afrique ; il a etudid avec le plus grand soip 
la question , el sa proposition a tie favorablement ac- 
cueiljie par les autorilds les pigs respeclableg. M. Mac 
Gregor Laird (1) fait observer a co sujet qijc re:i6culipn 
de ce plan <5tal)lil qu'il n'y a poinl dc doule que ce plan 
pe soit parfailement praticable sous le rapport rq(^ca- 
nique. Son contrat avec ramirautd Toblige a faire 
choix d'un bon navire, tr^s-bicn equipe, et a I'envoyer 

(i) C'eat sans doute le contractant. D. L. B. 



{ 575 ) 
pour remontor I'une des rivieres navigables de la c6le 
occidentale cl'Afrique. Ce batiment poiirrait prendre 
sur son pont le l;aleau a vapeur en fer propose par le 
lieutenant Mac Leod, et qui doit avoir 50 pieds de long, 
8 de large, 3 pieds 6 pouces de profondeur, 2 pieds de 
tirant d'eau , et une puissance de 8 chevaux, avec une 
vitcsse de 8 a 9 milles a riieure. Ce bateau pourrait 
elre complelement termine moyennant une depense 
de 900 a 950 livres sterling. 11 serait conslruit de telle 
sorte que les pieces d'avant et d'arri^re pourraientetre 
chargees dans lo compartinient du centre. Les cylin- 
dres et la chaudiere seraient renfermes dans une merae 
caisse , de maniere a pouvoir etrc facilement embar- 
ques sur le bateau lorsqu'il serait mis a I'eau et r6uni 
a I'helice. 

L'introduction de la quinine et d'autres substances 
medicales dans le traitement des fi^vres d'Afrique a 
grandeujent diminue la mortalite <!ans ce pays, en 
sorle que, dans les rivieres ou Ton va chercher Vhuile 
de Palme, et ou la fievre emportait souvent autrefois 
lout I'equipage d'un batiment, on n'y perd pas aujourr 
d'hui comparativement plus d'bomraes que dans les 
Indes oricntales. L'^poque actuclle est particuliere- 
ment favorable pour essayer de pen^trer en Afrique 
parle Niger. D'apr^s les derniers rapports, il paraitque 
la traite a entierement cesse dans les golfes de Benin et 
de Biafra. L't^migration d'un grand nombre d'Africains 
affrancbis et parlant anglais, de Sierra-Leone, dans 
leur pays natal, qui borde le Niger ou qui n'en est pas 
eloign^! , comme, par exemple, d'Abeo-ku-ta, doit 
exciter fortement a entreprendrc I'exploration ull6- 
rieure de ce grand debouclie de I'Afrique. Les natu- 



( S76 ) 
rels ne tarcleraieiil probableinent pas a appr^cicr les 
avantagesqu'ils pourraient lirer d'un commerce regu- 
lier avec I'Anglcterre; et I'introiluction de I'li^Iice met- 
trail les bateaux a vapeur en etat d'etre dirigds, avec 
leur provision de charbon et leurs cargalsons, direcle- 
ment a reinbouchure du fleuve , ainsi qii'avec leurs 
equipages, en bon etat de sanl6, sans avoir et6 allecles 
par le climat. Les navigateurs qui ont eu a employer 
sur des rivifcres des bateaux a vapeur a I'ond plat con- 
naissontlesdirficult^s pratiques qui ont disparu depuis 
rintroduclion de la macbine a helice. Le lieu'tenant 
Mac Leod propose de remonter la riviere au moment 
de la crue des eaux, afin d'echapper aux miasmes qui 
s'en exbalenl lorsqu'elle est basse. Le consul Becroft a 
deju atteint la ville de Zever, situde a plus de 600 milles 
au-dessus de I'emljouchure de la riviere. 

La Sociele a d6ja appele I'attention de la Chauibre 
de commerce de Mancbester, sur la possibilite d'ou- 
vrir des relations commorciales avec I'Afrique cenlrale, 
par la voie de Zambese [Zainhe.i) , ct le moment est ar- 
rive de remonler nou-seulement le Niger, mais tous 
les fleuves de I'Afrique orientale et occidentale. 

D. L. R. 



( 577 ) 

.%cle«8 de la Socl^l^. 

Proeea-verbaiix ties seances, Oiivrages 
oflerfs, etc. 



PnisiDENCE DE M. GuiGNIAUT. 



Proces-v6rbal de la seance dii h juin 1852. 

Le proems -verbal de la dernifere seance est la et 
adopts. 

M. Eugene de Froberviile envoie au secretaire ge- 
neral, avec son billet date de Naples, 24 mai, une note 
sur les tribus des negres b^gayeiirs au nord de la 
Cafrerie. 

M. Benedetto Marzolla annonce dans la lettre qii'il 
ecrit de Naples , sous la date du 27 avril, que le pre- 
mier envoi des cartes qu'il a fait a la Societe se com- 
posait de quarante-quatre au lieu de quaranle-deux 
seulement indiqu^es dans le Bulletin. II en transmet 
aujourd'hui six auties. (Voir aux Outrages et Cartes 
ojferts.) 

M. Paul Chaix remercie la Soci6t6 de son admission 
comme correspondant Stranger. (Lettre parliculi^re 
dat^e de Geneve, 1'' juin. ) 

Le secretaire de la Societe geograpbique de Londres 
adresse le rapport fail a la r(!!union annuelle du ik mai 
dernier, par le conseil de cette Societe sur son elat 
int^rieur, etc. Le secretaire g^ric^ral de la Commission 
cenlrale fait remarquer que, parmi les correspondanis 



( 578 ) 
recemmenl nommi-s [^ar la Socit'-lo gi^ogrnpliique ilo 
Loudres, liguie Isl. ie prince Eiuiunniiel (Kililzin, quo 
la Societe de geograpliie a i'liouneur dc coiupler de- 
puis louglomps au noiiibre de ses uieuibres corres- 
poudanb etranyeis. 

M. Joniard couiuiunique une lettre ecrile de Con- 
slauliuople le 15 mai dernier par M. Vattier de Bour- 
vilie, drogman de la legation Irangaise, relative a uno 
recente decouverte qudii vicnt de I'aire a Sehouff, 
quatre iarsak de Schuster, sud de la Perse. Ce sunt des 
constructions imiucases des colounes uionolilliei. en 
marbre dune hauteur Considerable dont les chaj)i- 
teaux sont ornes de letes d'animaux; dies sont au 
nonibre de trente-tix : non loin de la sont Ireule-six 
aulres piedestaux. Quelques-unes de ces colonnes soni 
couverles d'iuscriptions syriennes et chaldeennes. On 
a Irouve aussi quantite de luedailies couiiques, dont 
I'une est de I'annee 105 de I'hegire ( ). ties 

details sont tires de la gazelle persane du 2 redget I'itJS 
(21 avril 1852). 

Le secretaire gen^i'ai donne lecture de la lisle ties 
ouvrages oliels. 

M. le general Auvray el Al. le docleur Boudin sont 
noninies uiembrcs de la Societe sur la presentation de 
MM. Guigniaut et Joniard. 

M. de la Koqueltc Tail connailre i la Commission 
cenlrale deux communications taltes a la Soci^te geo- 
graphiquc de Londres, dans sa stance du 26 avril, la 
premiere relative a une exploration de M. Francis 
Gallon dans la partie sud-ouesl de lAlrique, el la se- 
conde a uu projet concu par M. Mac Leoii, olhcier de 
la marine royale, de renionter le iNiger et de descendre 



( 579 ) 

ensuite la Gainbie si cela est praticable. Renvoi au 
coinit^ du Bulletin. ( Voir ce Bulletin, p. 57Zi.) 

M. Cottarnbert lit un rapport sur I'ouvrage de 
Mgr Mislin, intitule : Les saints lienx. P^leriiiage ti H^ 
rusalem, publie a Paris en 1851. Renvoi au comity dli 
Bulletin. (Voir ce Bulletin, ]). 5oO.) 

M. Anloine d'Abbadie demande, a I'occasion des 
crues du Nil, s'il ne serait pas possible d'obtenir dil 
gduverntnnent egyplien la publication des observa- 
tions de nilometrc qui ont pu etre faites jusqu'a ce 
jour, et il prie M. Jomard de vouloir bien iaire a ce 
sujet quelques demarches auprds du gouvernement 
egyplien. 

Proces-verhal de la seance du IS juin 1852. 

Le proces -verbal de la derniere seance est lu et 
adopte. 

M. le major Fridolino Giordano reraercie laSociete, 
par sa lettre dalee de Maples, Zi juin 1852, de I'avoir 
admis au nombre de ses membres, et fait horamage 
des nouvelles cartes. ( Voir aux Oui^rages offerts.) 

M. de la Roquette communique a la Commission 
I'extrait d'une lettre que M. Oppert, jeune savant 
attache a la mission Irangaise en Orient , ecrit de 
Bagdad , sous la date du 20 avril dernier, el qui con- 
tient, outre I'itineraire de I'expdidition depuis Beyrouth, 
quelques informations sur les Iravaux de la mission. 

MM. les membres du bureau de I'inslilut historique 
adressent a la Soci^le plusieurs lettres d'invitation 
pour assister a la seance annuelle de cette compagnie. 

Le secretaire general donne lecture de la lisle des 
ouvrages olTerls. 



( 68.i) ) 

M. Gabriel Lafoml, consul p^niiral de la r^piihlique 
do Nicarap.ua, atlresse do Piiris, avpc sa ietlre du 
16 juin, des Notes sur les Inlitudos et les longitudes 
(lonnees par les diflereutcsjCiuleLS.connuesAla. source 
et a rembouchure de la riviere Saint -Jean de Nica- 
ragua. (Renvojl6 au comit6 du BuUetin.) 

M. Thomassy entrelieul la Coinmission des ricliesses 
g^ographiques que renf'erment les galeries du Vatican. 
U est p.vie de remettre une note d^taill^e au comite du 

UulleUn. ,,u j .,<!iy*) J ,r?3i ,, r.xinfv-^H 

M. Sanis, prdfesS6ui* d&^^o^aphie au college Louis- 
le-Graiid, est elu uieujbre de la Soci^t^ sur la presen- 
tation dp. MM. Guisniaul et Joiuard. 

mJibsM sit- 



.»o. 



,%dhia9'^ c ^01 



.illr;,'. 



''iA^^.z.■ A 



(tC-JSi 



,IU« liki 



( 581 ) 
OUVRAGES OFFERTS 

DINS LES Sl^ANCES DES A ET 18 JUIN 1852. 



TITRES. 



EUROPg. 



CIBTES. 



Provincia di Noto. Napoli, i852. i feuille. 
Provincia di Calabria citeriore. JSapoli, i85i. 

I feuille. 
Provincia di Messina. Napoli, i85i. I fenille. 
Provincia di Rasilicata. Napoli, i85i. i feuille. 
Provincia di Calania. Napoli, i85i. I feuille. 
Carta topojjrahca ed idrofjrafica dei contorni di 

Napoli, 12 fenilles. 
Carta redotia del mare Mediterraneo. Napoli, 

1845. 3feuilles. 

ASIE. 

OUVRAGES. 

Voyage dans I'archipel Indien, par M. V. Fonta- 
nier. 1 vol. in-8° de 820 pages. Paris, i852. 

AMliRIQDE. 

OUVnAGES. 

A series of charts with sailing directions, embra- 
cing surveys of tbeFarallones... State of Cali- 
fornia, by Cadwaladei- Ringffold, commander. 
Broch. in-4° de 44 papes. Washington, i85i. 

Statistics of American railroads... ( Statistique 
des chemins de fer ame'ricains, par J. C. G. 
Kennedy, du bureau de reccnsement des Etats- 
Unis. Broch. in-8° de 6 pages. Washinptou, 
i85i.) 

CARTES. 

General chart embracing surveys of the Faral- 
loncs entrance, to the bay of San-Fraucisco, 



UONATEURS. 



MM. 

MarzoIIa. 
Idem. 

Idem. 
Idem. 
Idem. 
Bureau topo{»raph. 
de Naples. 
Idem. 



V. Fontaoier. 



111. JUIN. 5. 



39 



( 582 ) 



.enuaTAWoci 



TITRES. 



.eaari 



•I'M i . 

hays of San-FiaAiusco and ban 
ofGa^rtines an4 Siiisun loy, ; 



P.il)lo strailf!, 
.Tiui die. Sacra- 
inenlo anil .Snn-JoaqUm rivets- to l\\v i.iU«s ut 
Sacramc-iiio anil iSaii-Joatiniii (Cilifornia), by, 
Cailwalailer Ringiotd^eoiumaiHleiv V.iSjlKavy, 
l85o. J 

Chart of the Farallines and entrance to llie bay 
of San-Fran(i=co' (California), by Cadwalailer 
Miii(;{;olil, i85o. 

Chan (if the hay of San-Pablo straiis of Cat- - 
.|Uines and (iart of ibo bay of San-Fraii- 
t i<<o (Califoinia|, l)y Cadvvalader Hinycold, 

■^"iS^iaf^r^" '- -^ 1"^^ i;>.,.- ■,.<■ ■■ .-.■ --^ ^ ■ 

Chart of Sttisiin and Vidlejo hays with thi^ con- 
Huenix of the rivers SacriiiaeDlo and ^fan- 
Joaciuin (Cdifoniia), by Cadwalader lUngyol.l, 
iSSo. ■"■ |--."o ■ •■ .^:-::.. 

Chart of the Sacramento river from SuinMi ti'y 
lo the American rivi r California, by Cudw.i- 
huler, l85o. 

Nuova California. Napoli, i85i. i feuille. 

MELANGES. 
MtMOlBKS DES SOClETlis SAVAKTES ET JOIIINAIX. 

Franca is. 

Archives ties missions scicntitiiines el iiili laiies. 

9*^ ct lo" cahiers. Septeinbre el octoiirc i 8 "j i . 

I'aris, i852. 
Nouvelles annales des \oyages. Avrii el m.ii 

l852. 
Jonrnal des missions evau{^oliques. Mai i852. 
Journal d'l'ducaiion |)o|iulaire. Miii 1 852, 
Hevui- do l'Oricnt,de rAl(',tric H dts colonies. 

Mai l852. 
r.evue oiienlale et al{;erienne, t. II. Mai iG.''>2. 

I'aris. 
Annales du commerce i.xleritur, n" 57G a r)83. 

Mars I 852. 
L'hivihliiV'lenr, journal <\c I'lnstitnt histori(|iie 

Avrill852. 



DONATKUnS. 



MM. 

in «iip3(lioi((lifT 
11.1)?. ?,9f) 20virfoiA 
'Mil — 101/ jr.l, 
iiil 9iip4il)nil(lit{ 






Maizolla. 



Ministere 

de rinsirut'lion 

publii|tie. 

Les edileui s. 

hlem. 
Iileni. 
Idem. 

Idem. 

Minislere 
de I'interieur. 
Le.s edileurs. 



|E§M 



■,K^"'A ! 



ITITRES. 



:&iiii'-_ I 



DONATEURS. 



{ Suisses. 



rf. T 



! iC'iT ■ 



<<[.?• hctr, o'Mii'j 

niI)liollie()Me universelle de Geneve.Ycd au^uiii , irir. ^swl Chai3ff„ 
Airhivcs lies scienres pliysiqive»'e63nnJu««l}3M«i L-rrch imi; oJria.'H 

Janvier — nini iSfn. ■ ••■' 'i^bOj riitip/;oL-in;f 
l!il)li()tlirc|iie universelle tl^Gene%fe. Janvier— 

iiuii 1862. 

. ,;flj iuU i)2 SI3(lCiin9 bur, itlJi I 



U06 olrismEioeg 

.028 J 
J.'fiifi'-I sHj lo nsfO 

i'l biiB a-jrtixip 
Soc geographique 

Gouvern«;i9e*jt 

.o»"",8a ,'!9[)f.( 
'qeW .fiirtioii/uC) ufouK 



The seareli for Franklin .. by Anj^uslus Peter- 
tnann. London i85a. Brooh. in»8f de 24 P^ges 
et I cai te. 

Report of the conneil... ( Rapport du conseil de 
la Societe {i[eoj*raphique <le Londres sur I'etat 
de cette Socie'le, hi a la reunion anuuclle du 
24 mai i85a). 

Observations made at the magnetical and meteo- 
rological observatory. Vol. II. London, i85a. 
I vol. in-4°. - 



MM. 



8WJainiM 

f(oit'iff?li'f«('( h' 

•Jiiobl 
.insbl 



-•IU'9jib?l «9j 



li.fH J a 



=$■•£ 



■ ' ■''•itqa^ .etsiilso »oi( f3 JQ 
.££3 J ^ehs'i 
•jfsnnfi eailsri/oW 
.c58i 
,)(jG/» anoigKinit gob iBmaot 

. • 'ufioq noijeai/bn'b iBniool 

.«9inoio3 aafa Ja snaglA'l ab ^jriai^O'l ah aovaa 

ia • Tjr Tf . , . '=^^' '"* 

•scdi icM .n .1 ,3ftH3.iagt6 is affjnano 90,9;! 

.£82 G O^a •"« ,-«U9ii:jJjt9 aa-ismftfoa wb aalsmiA 

. ■ . ■■ .£28i gisM 

l.-^opiioJaid u,Jn!>nVl ob fnn-.iioi ,i"a";.'}H<i''nrj 



( 58/1 ) 

TABLE DES MATIERES 

DANS LE TOME III DE LA W SERIE. 

seat jjavft e !?^T ^- ^'^^' > 

(Janvier a juin i852.) 
lual'Wlih 

MEMOIHES, NOTICES, DOCUMENTS OUIGINAI'X, ETC. 

Dc la disposition geographique Jes lieuxsurlasurfacedufiTobe 

et de son influence sur rhisioire de I'liumauile , par Charles 

Ritten .li jra) ,^sii4i!wi;'K • • • ^ 

Expedition dans I'Afrique centralc, traduit (Ic I'anylais par M. de 

la Roquettc — Suite 21 146 

Voyage de dom Igoace Knobleclier sur Ic liaut flenve Blanc. — 
Communique par M. Jomard. — OUservations de M. Anloine 

d'Abbadie ^4 

Sur la topoyiaphie des glaciers de la rliaine dcs Alpts — Com- 
munication faiie a la Societc de geographic par M. Ad. Scbla- 

6'nlweit ..,j^ .,. ^ 

Sur Ic3 bommes a (jueue. — Introduclion par M. de la Roquelte. 

Notes de MM. de Paravey elAntoiiie d'Abbadie. ..... 3i 

Routes par bateaux a vapeur, etablies, proposees, et en projet 

dans I'ocean Indien , Iraduit de I'anglais par ISI. de la Ro- 

38 

quelle 

De I'Exploralion du Mississipi, el en partirulierde la deconvcrle 
des sources de ce fleuve,d'apies M.ll. Schoolcrati, pa. M. dc 
laRoquette "'^ 

Voyages des doctcurs Krapf et Rebmami dans I'Afrique orien- 

tale^parMM.de la Roquelteet Anloine d'Abbadie I 3; 

Expedition dans I'Afrique centrale, deBftl. les docleiirs B.irih 
et 0,VF*v?C' '"'^"" '^^ ranglaispar'M. dela'Roquetie. — 

Suite. '. . . . ■ ■ •■"■''■ ■ ■ ■ ■■ ■ ■ ■ '''^ 
Apercu d'un voyage dans le nord de la Rolivie et dans les par- 
ties voisines duPerou, par M. Weddeli aoi 



.(MP) 

Les Oasis du Sahara al{^''iiin,,4)ar^X.jy_^;^^A^Mjj^tej}iu n. ; . .. . 326 
Place de la Gcoj^injiiiie dans la classificalion des coniiaissaiices 

hmnainps, par M. Coi laiiiijcrt i- , ^i-f. n- . .,., . . 239 

Lellre tie M. Ant. <i Aliliadie an secittairc jjciicral de la Soc'n lit 

de {jeojfiaphie au sujet de I'arlicle precedent aJJG 

Sur la nation des Cherokees, Iraduit de i'anglais par M. de la 

r> f 'T <■? T ^ ' "y ?J1' f"\ 'i' ' • t 'y <'-- I ■ i , 

lioqwette .-i v^^. ,' .' -t .- t '.■.•. i . »;.„', .■ . ,: * 'S49 

ASSEMBLES cIlSfellAL^'DU 2 AVP.IL 1852 

Discours prononce par M. le contreramiral Matliieu, direcieur 

{jeneral du depot de la marine, president de la Socielg ., J . . 3u5 

Rajiport jur le concours pour le prix annuel (voyajjes de 1849)5 

par M. Jomard, rapporteur i^obg flQui2«fjl*iij bI ^>)7 

Notice nc'crologique sur M. Du Bois de Montperreux, corres- 
pondant perpetucl de la Sociele de geographie, par M, d? la , 
Eonuette, secretaire general de la Conimission eentrale. . i,'> ,3ill 

Nouvelles du liaut fleuve Blanc, couimuuiquees par M. Antoiiie.,1 
d'ALbadie. . . ."'i \'''i''.^l 'i'"^. >i"'i:>^li4'-iij<i a^isuyi £rjaJ>9iia-.;<.yr34o 

Sur les ncgres Yambo ( AMtpie), par M. Anioi'iie d'Abbadie . , :. 335 
(Pour les auties coninuiiiications taites ;\ las-endjlue geue- , 
rale, voir la note page SSy.) ,i,'5oqoj sA -,f,^ 

MiimoinES, notices, cocuhents originaux, etc. 

Notes sur un voyage dans Tintericur de l'Afri(|uc, parTM. IIic- '' 

_^ . , , . '-■ ■■ -■•i'iiitji.i c' - ' rty- 
quai t, orticicr de spahis ,. ''■'7 

Note sur la route du Darfour, par M. Antoine d'ALbadie . . . . 3S6 

Lettrc de M. Rollc an consul d'Autriclie du Sennar, comniuni- 
quee par M. Vaudty, consul de Sardaigne au Sennar, et ex- 
traite d'une lettre de M d'Arnaud a M. Jomard 388 

Reinarques sur le document qui precede, par M. Jornaid. . . . 3yo 

Notes sur les Va-Nf;\ndo ( Afritiue orientale) , par M. Eugi'-ne de 

Eroberville /[iS 

Notices sur ies voyages autour du niondedcs navlgaleurs russcs, 
par M. Ic prince Emmanuel Galitzin, corrcspondant de la So- 
ciete degeograpliie (premiere partie; . i . ........ A ^f\^ 

Lettre tlu docteur Krapf sur son cNploralion de rAlVr'qne oHcn- 

tale, iraduite de I'anjdais par M. de la Rofiuelte. . ., . .- '.'". ASl 

Tribus de negrcb bc'gayrurs au uciid,;Lle^!^^^afijjii^ j^c^M^de^^ 



i'-i 



( 5^6 ) 

Fiohervill" •••tiHj litya QC.iil ,1411617 

He tie Hiii-n3n-<aii<S($mWui('ri«iWe'jJ3ivMfilo'la RA^iieitevoa slk'vifaij 

^NAL^-^iiiS, EXt'tlMTS oVtlX'rt AC^tS , Mirr.ANCES'; Etc;!"^ 

. ' ■ ■ . ■ - . - . - . .'..!.,, ..X.' M 

l.f Cii<li et les Aiaucnns. pnrrM. Edinoud il^Giiioux.exlr^iit par 

M. Sgdillot... .,.,, f-. J ... .,-.,..,... Si tia 

./ , . '.....iKjul iltijA ,A .!/■ sL al/.ijiiu;; 'j:i,.((;tjuj;! 'j1i • * 

Dainns, ses lialiiiaiits, et ses eiivirims. — Exirnit <lii voyanf; ea 
Syriede.M. )e romte Charts Je JParJieu, par Si. tie la Ro- 

Yoyage de la Bajonnalse sur les rotes (leCliincet (Inns 1p Grant! 
Ocean, par M. Juricn de la Graviere, oapilaiiie de vaifseau, 
extrait par M. Danssy. 80 

Sur remigratioTi <le« fennnie'rs'lirtllA'n<?ai>,'!t)ii £o«^, «]« In caa^oi'i'-A 
loiiie anglaisfi du».c.aj» 'de BfWne-^E.spt'ranoe. ^— Extrait pap~'' 
M. Daossy. l'^^'? i-*""."'! >i K'-i'-:' .''. 82 

Note sxir un panorama du canal propose? pour In jonction de 1 
i'oc^an Atlanliipie cl de la nier Pacifi(|ne, ])ar M. Stpiier, tra- 
diiit par M. de la Rnqnette 85 

Compte rendn snr I'envoi de graine.f de la Cltiiif*, fnil par 
M. deMontigny, consul de France a Shank-Hai, par M. Jo- 
inarctj-.''l'*^"?-V. Vi';--^'.' »-i.'=?itj»T.i<.ri'C.oj ; «lui-> ■■..! 88 

Voyage dans le sud de la Bolivio, par M. H. A. Weddell, an-- 
cien voyageuj^natiiraliste d« Mu.seuiu d'histuire naturelle. — ^lul 
Compte rendu par M. de la Roquetle . idy 

Notice stu* les noirs de la cote de Kroo (Krou) (Afrique occiden— .aiiA 
tale), ]iar M. Connelly, inl.ssionnaire americaii). — Commu- 
nique' par M. d« la Roquette 17.S 

Note sur le Maroc. — Communique par M. de la Roquelte. . l8<> 

Considerations snr la fjeograpliie Lotanique et physique de lapur-iA. 
Russie Sep ten Irion ale, p.Tr M. Alfred Maury.' (Premier article). 'if.'iG 

Dcs chaines dts hauteurs dont est s'llonne le sol Rnlandais ct 
des divie'ts systemcs d'eaux auxquels clle.s donnent nai^sance, f 
par M. Je prince l'"mmn««el Galit7iiwi>. :jJ''JJOci ti.t. islj.c'l aau^Q? 

I,e Ouadfiy. Rapport .sur le voyn(i;e du elieykli'Mbliaihined-Ibiiriii/ < 
Omar el-Tounsy, p.Tr M. R. TlioMKi.s.«y , . . . ..u^j^ji 

Le* Ciri*f Jiofts dc la Cliinciouvcrie nu t>ommcit;p e'traiigcr, tia>)ijili 

^"duitde l'an{;lai$ par M. do la Hoqucttc . . . .-Jli-xufiCkli.iil uL 'J{^?> 

Disi.'ourx prfinoiire' p.-ip(yi'.'Jntn.trd »ux obstirjuiwido-Mi' HValrJip, ,./• . 



{ m. ) 

nacr, le 2g avril i852. -..fjliv-fgf;, 4*)^ 

Nouvelle note Ae M; <le' PUraicy snr les ISi.im Niains. , ,. rt,V\ •; > 50ji 
Rapport siu- le vavafie aui Suiuts Lieux de ftlgr MisUn. par 

M. Cortambert . . 53o 

^ . ■' "i^'.'V .Uf'-'iiO v') hqon\h'i\ ,M,7rq. ^-ir.-iKf. lA }:■! Jo iii;!3 •>, ! 

Compte rendu tie deux atlas cTassiques de {jfeftgrapTiie physique 

et de geographic generale de RT. A. KeilL Johnstoiij pa'f' ' 

M. Sedillot . . • / 565 

-, '•■ ' j.-cc'^' '''•'! r ii.iifjisTi ')lj E4)Jit:i{;) siiiSQ-) si .linnU ."^.liy'i 

Notes surles ditterenceS existant dan.s diverses cartes del Ame- i 

lique centrale sur Fes latitudes de la' riviere 'de Sa'n-Jba'ii de '' 

-,. •...; .' J .; i^i Y ' i. J tiajfi.'.) oUs-jJaT f ai ■!.;:; "vsi,;! no to^ i>\ ab 3;it»Bj/ 
JSicaragua, par le capitaine GaDrierLatoiid . . .\ " S08 

;••■::■':'' : 111 .Ifi tea f aBh^O 

NOtVELLES OEOUllAPinOUES^ ,, 

EiiRoPG. — Supeiiicie e;t populatiuii de la ISorvegft, A'?li*5^ite'i -suS 
dernier receiisemeiH, au 3l dece^brc l845, 94; T^Jf|<?fift"5f.,io! 

igverte d'uii aiicien itineraire de Gades h Itoaie, commuijic^upj m 
par M. Joiiiard, 280; — Divisions adiiiiiiislrativcs et popiila-- gjofS 
tion dii royauuiL- de Grece, 282; — SupeiHcie et populaiiyrt ,(,'J 

■ri^du Uoyauine-Uuide laGraude liretagueelde rirlai}de,d'api(es juf, 
le dernier recensement officiel, 407 ; — Su|)erficjedu rpylajunM^q^^Q^ 
de Belgique,d'apres M. le docteur Jules Carlier, et sa popnia- }■/[ 
tion au 3j dei:eii)ljie i8jo,d'apios le dernier iecenseinertt,s/ij 
oi'liciel, 5o2; — Division administrative, superficie et p<>pUr^^gyg,Y' 
lation du royauuie des Deux-Siciles. — Communiqu^ ,pi»r j.j,^ 

ycM. Benedetto Marzolla ; nn^nfi-r'sfiniiiii^O 

AsiE. — Le Panjaub, ou pays des Sihks, 1 84 ; — lies pret-endi^S;,Tii;,^<i 
decouveries enire le Japoii el les ilcs Lieou-Kieou , 5o4 ; pr^-,;r,;i 
Itine'raire de la commission scieniiHepie envoyee en OiieriJtifnin 
par le gouvernetnent francais. .;M;i.!i*r,.o«.*— . T(y?f«i« sj niK al^JI 

Ai'iiiQCR. — Monuments decouveits par-M. Marietle , gG j ,.TT7;,ig„o^ 
Nouvelles de M. 'I'heopliile Lel'ebvre, lieutenant de vaisseaMt.-oi|' 
1 86; — Nouvelles .decouveries faites dans I'Afrique central<;!,j^ e-jf? 
par MM. Livingston el Cotton Oswell, 282 ; — Coniniuniia> .ji> 
lions I'aites a la Sofiete de geograpbie <le Londies sur les ;,;(. 
exploitations de M. Fr.Tncis Gallon d.ins I'Afiique australe,:,Q 3J 
et sur une pro|iosiliun du lienti-nirnt M'' Leudpourund e$per;niO 
dilion dans r.M'rique oceident.ile, iraiUiit de i Anglai$,'|M|ii3 ;,3,| 
M. lie la Ko(iuelle ...,...; .f^iioSyS 

AMtr.iQUE. — Di\isions admiuisti'ali.v-e.s el pupitlatiou du CUili,, , ,;,ii7 



( 588 ) 

97 ; — Divisions administrativrs et population ilu terriloire 
d'Utah ( EtaLs-Uiiis), i85; — Population des principalcs 
villes des litats-Unis, d'apres les difft'rents recensements offi- 
ciels, avec leur latitude el leur longitude, 186; — Latitude et 
longitude de quelques localites des Etats-Unis et du Mexi(|ue, 
190; — Nouvelle Societe geo^jraphique et statistique fondee 
a New-York ( Klats-Uuis) 5o5 

ACTES DE LV SOCIETE. 

ComptR rendu des recettes et des dt'penses effectuees pendant 

Tannce l85l par la Socirte' de geojjraphie 584 

Rapport sur la veriticalion des comptes des recettes et des de- 
penses de la Societe de geograpliie pendant I'annee i85i, 
par M. le baron de Briinont, president de la section de comp- 

tahilite 28G 

Budget des receties ct des depenses de la Societe de geographic 

pendant I'annee 1 852 296 

Mouvement des cotisations une fois payees et des placements 

decapitaux 2<}8 

Proces-verbaux des seances de la Commission centraie, 102, 

'905 2991 4' 5, 5oG 577 

Proces-verbal de rassemhiee generale du 2 avril i852 4'^ 

Ouvrages offerts a la Socie'te, 1 10, 197, 3o3, 4 '8, 5i3 58 1 

Errata Si 6 

Table des matieres 584 

CARTES. 

Carte routiere des paquebots a vapeur a travers I'archipel Indien. 38 

Carte des sources du Mississipi ii3 

Csrte du nord de la Bolivie ct des parties voisines du Perou. . 201 

Esqnisse du liant fleuve Ul.inc 3^0 

Croquis d'une pnrtie de I'Afrique ocridentale 357 

Esquisse des pays situes cntre les fleuvesde Luvuma et deLufizi 
(Afrique orientate), d'apres les relations des indigenes; par 

M. Eugene dfi Froherviiie (He de Friince, 1847) 4'5 

Tableau synoptiijue indiqiiant la parentc analyiique des Un- 
gues de I'Afrique meridionale, par M. Eugene de Froberville. 4*5 



I 

I 



i 

1