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Full text of "Bulletin de la Société Imperiale Zoologique d'Acclimatation"

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BULLETIN 

MENSUEL 

DE LA SOCIETE IMPEUTALE 

ZOOLOGTOT^K 

DACCL1.MATATI,).\ 



PXRIS. — IMPRIMEKIE DE h. MARTmET, RUE MIGNON, 2. 



BULLETIN 

DE LA SOClfiTfi IMPfiRIALE 

ZOOLOGIQUE 

D'ACCLIMATATION 

FONDfiE LE 10 FfiVRIER 1856. 



TOME QUATRIEME. 




PARIS 



A LA LIBRAIRIE DE VICTOR MASSON, 

PLACE DE L'£C0LE-DE-m£dEC1NE, 

ET AU SifiGE DE LA SOClfiTfi, 

HdTBL LAURAOUAIS, RUE DE ULLE, 19. 



1857 



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^,^^^^f.J^ fTAT 



SOCI^TE IMPERIALE ZOOLOGIQUE D'ACCLLMATATION. 

ORGANISATION POUR l'aNNEE 1857. 



S. M. L'EMPEREIR, protecleiir. 



BUREAU DE LA SOCI^Tl 

MM. Isidore GEOFFI\OY SAIM'-IJILAIUE, president. 
Le prince Marc de BEAUVAU, , 
DROUYN DE LHUYS. | 

Antolne PASSY, vice-prhidents. 

RICHARD ((In Cantal), ' 

Le comle d'l^:iM*«t.VIESNIL, secretaire giniral. 

Auguste DUMERilv, secretaire, des seances. 

E. DUPIN, secretaire pour la correspondence a I'intirieur, 

GAIMAKD, secrMaire pour la correspondance a I'etranger. 

GUfiRIN-MfiNEVILLE, secretaire duConseil. 

Paul BLACQUE, tresorier. 

COSSON, archiviste. 



CONSEIL D'ADHINISTRATION. 

liES Membiies DC Blreau et mm. 



Jules DELON, 
POMME, 
SAULNIER, 
E. TASTET, 



De OUATREFAGES, 
RUFFIER, 
Le baron SfiGUIE!'., 
Le comle de SIM^TY. 
Con<>i4*iIlcrN lihres. 



FrM. JACQUEMAI'iT, 
AIOQUIN-TANDON, 
Le marquis de SELVE, 
Jacques VALSERRES. 



MM. le marquis AMELOT, le comle de COUESSIN, le baron de PONTALBA. 



DELEGUES DU CONSEIL EN FRANCE. 



A Bordeaux, 


MM. 


BAZIN. 


A \ancy. 


MM. 


MONNIER. 


A Caen, 




LE PRESIRE. 


A Poitiers, 




HOLLARD. 


A Cernay, 




A. ZURCHER. 


A Rouen, 




POUCHET. 


A Lyon, 




LECOQ. 


A Toulon, 




AGUILLON 


A Marseille, 




Ant. HESSE. 


A Toulouse, 




JOLY. 


A Mulhouse, 




Fr^d. ZCBER. 


A Wesserlinij, 




SACC. 



DELEGDES DU CONSEIL A L'ETRANGER. 



MM. 

A Alexandrie (^gjpte), SABATIER. 
A Calcutta, PIDDINGTON. 

A Florence, le priace A. de DfiMIDOFF. 
A Geneve, GOSSE. 

A Lausanne^ CHAVANNES. 

A iMndres, Mil C 11 ELL. 

A Madrid, GUAKLLS. 

A Milan, Ch. BROT. 

T. IV, — F^vrier 1857. 



MM. 
A Neuchatel, CARBONMER. 

A Philadelphie, Th. WILSON. 
A Rio-Janeiro, De CAPANEMA. 
A St-Petersbourff , BRANDT. 
A Sidney {k\K\a\:<:], MAC ATiTUUR. 
A Turin, Ic ch«.ilicr BARUFFl. 
A Vienne, AREN.STEIN, 



VI 



SOCIETE IMPEUIALE ZOOLOGIQUE d'aCGLIMATATION. 



SECTIONS. 



1" Section. — iMAMMiriiREs. 

MM. 
RICHARD (duCantal), d^legue du 

Conseil et president. 
Fr. DAVIN, vice-president. 
DARE6TE, secretaire. 
A. GEOFFROY S-^-mhAlRE.v.-.sec. 

2* Section. — Oiskaux. 
(Aiiculture.) 

Le Cte d'EPREM ESN IL , deleg. du Cons. 
BERlUEIi-FONTAIN'E , president. 
Le comte de SINETY, vice-presid. 
DAVELOUIS, secretaire. 
BVBERT-BRIERRE, vice-secretaire. 



3* Section. — Poissons, Crustaces, 
Ann^lides, Molldsques. 
MM. (Pisciculture.) 
P ASSY, deleg. du Cons, et president. 
MILLET, vice-president. 
LOBLIGKOIS, secretaire. 
Ch. WALLUT, vice-secretaire. 

W Section. — Insectes. 
(S^ncicullure el Apiculture.) 

Le Pcede BEAUVAU, deleg. duCons. 
GUERIN-M Ei\ E V 1 LLE , president. 
BIGOT, vice-president. 
L. SOU BE IRAN, secretaire. 
J. PEUROT, vice-secretaire. 



&• Section. — Vegetaux. 



MM. 



DROUYN DE LHUYS, deleg. du Cons. 
MOQUIN-TANDON, president. 
J. VALSERRES, vice-president. 



MM. 
Le Baion LE GUAY, secretaire. 

J. MICHON, vice-secretaire. 



COMMISSION F£RMAN£NT£ D£ L'ALGERIE. 

MM. RICHARD (du Cantal), president; le g^n^rai DAUMAS, president 
honoraire; BAUDENS, le prince Marc de BEALVAU, BIGOT, CARLIER, 
CHATIN , COSSON , DARKSTE, DAVIN, DELON , DUVAL, FOCILLON, 
le barou GARBfi , GUERIN -MfiNEViLLE, le comte de JONQUl^RES, 
LOBLIGEOIS, J. MICIION, MILLET, de NABAT, PAYER, PEUT, de 
QUATREPAGES, UEYNOSO, TASTET, VALSERRES, de VILLENEUVE- 
FLAYOSC, el A. GEOFFROY SAINT-HILAIRE, secretaire. 



COMMISSION PERMAN£NT£ D£S COLONIES ET DE L'ETRANGER. 

MM. A. PASSY, president: de QUATREFAGES, vice-president ; le 
marquis AMELOT, AUBUY-LIXOMTE , DEBRAUZ, J. CLOQUET, le 
comte DESBASSAYNS DE RlCllHMONT, DROUYN DE LHUYS, FAUG^RE, 
GAIMARD, JOMARD, LifiNARD p^re, MALAVOIS, MENNET-POsSOZ, 
MESTRO, PAYER, PECOUL, Famiral PENAUD, POEY, RAMON DE LA 
SAGRA, TASTET, TAUNAY, de TCHIHATCHEF, YVAN, et MONET, 
secritaire. 

~ Les deh'gu^s coloniaux , et los ministros, charges d'afiiiires el consuls 
strangers, qui residonl a Paris, ct qui .sonl meuibres de la Socit^le, foul (Je 
droit parlie de la Commission des Colonics et deTElranger. 



LISTE DEvS SOCIETES AFJ ILIEES I:T AGREGEES 

A LA 

iSOCI^Ti; I9fPi:RIALE ZOOLOGIQUE D'ACCLIMATATION 

ET DR SBS COMITES REGIUNAUX (1). 



SOCIETES AFFIUEES 

ET COMITES Ri::G|ONAUX FRANgAlS. 

La Sociiri ZOOLOGIQUE d'acclimatation poor la region DES ALPES ' 
(Soci^t^ zoologique des Alpes), a Grenoble. 

La SOCI^Ti R^GIONALE D'ACCLIMATATION POUR LA ZONE DU NORD-EST, 

h Nancy. 
La Socii^T^ DU Jardin zoologique de Marseille. 

LE COMIT^ regional de LA SOCI^T^ IMP^RIALE D'ACCLIMATATION A 

Bordeaux. 
•^ '' SOCIETES AFFILI^ES 

ET COMITES REGION AUX ETR ANGERS. 

Le Comit^ d'acclimatation pour L'ficYPTE, h Alexandrie (2). 
La Soci^te d'acphmatation pquR le poy^ume de Pr^sse [Acclimati- 
satio7is Verein fUr die Koniglich Preussischen Staaten), a Berlin. 

SOCIETES AGREGEES FUANCAISES. 

(Suile.) 

Le CoMiCE agricole de Toulon. 

La Soci^te dY.mulation, d'agriculture, sciences, lettres et arts DU 

D^PARTEMENT DE l'AIN, k Bourg. 

(1) Le litre de SocifeXES affiliees est specialement reserv6 aux Soci6tes fon- 
dles dans le but d'appliquer a une region detenninee les principes poses par la 
Sociotc impcriale d'acclimatation. 

Le litre de SocifeTfes AGRKCtES est donn6 a des Soci^tes scienlifiques, agricoles, 
induslrielles ou de bien public , qui font entrer dans le cercle de le^^s travaux 
I'application des principes poses par la Sociele. 

(Pour les Socieles a(lili6es et agregees, voyez le Reglement (revise par le Conseil 
d'Etal), chapilre II {HuUetin, t. II, p. xetxi). 

Le litre de Cohit^ i>f. la Suciete inp^riale d'acclimatation est accord^ a des 
reunions locales de membres de la Society, di-sireux de concourir plus activement, 
et par des efforts communs, au but de la Sociele. 

Les Comites d'acclimatation jouissenl de lous les avanlages attribu^s par le 
Reglement aux Socieles affiliees. 

(2) Deux aulres Comites egypliens sent projeles, I'un au Caire, I'autre a Kar- 
Ihoum, dans le Soudan. 

Huit Comiles coloniaux ont ete inslitu6s dans les diverses Colonies francaises, 
par les ordres de S. Exc. le Ministre de la marine, et par les soins de M. Mestro, 
directeurdes Colonies. 



Vin SOCIETE 1MP^RI\LE ZOOLOGIQUE D ACCLIMATATION. 

La Societe d'agriculture de Verdun (\leuse). 

La Societe d'agricultuke, belles-lettres, sciences et arts de Poitiers 

(Vienne). 
La Socii'TE protectrice des animaux, c» Lyon (Rhdne). 
La SociiSt^ d'agriculture du departement des Bouches-dd-Rh6ne , 

a Marseille (Bouchcs-du Rh6ne). 
Le Comice agricole d'Aubigny-sur-Nerre (Cher). 
La Societe d'agriculture, arts et commerce du di5partement de la 

Charente, h Angoulfime (Charenle). 
La Society d'agriculture d' Alger. 

La Societil d'agriculture et de statistique de Roanne (Loire). 
La Socii^TE d'agriculture, sciences, arts et belles-lettres de l'Eure, 

a Evreux. 
La Societe d'agriculture du Puy-de-D6me, a Clermont-Ferrand. 
La Society des sciences naturelles et archeologiques de la Credse, 

k Gu^ret. 
La SocifiTE d'horticulture de la Gironde, a Bordeaux. 
La Societe d'agriculture, sciences, arts et commerce de la Hacte- 

LoiRE, au Puy. 



SOCIETES AGREGEES ETRANGERES. 

La Society d'ctilit^ publiqde de Ladsanne (Suisse). 

La Societe agricole d'expertise mdtuelle de Lausanne (Suisse). 

L'AssociATiON AGRAiRE DES fiiATS Sardes (Associazioue agraria degli 

Stati Sardi), h Turin. 
La Soci^t^ D'lficoNOMiE RDRALE DE LA CdTE (cantou de Vaud) (Suisse). 
L'AcAD^MiE ROTALE D'AGRICULTURE DE TURIN {Reale Accademiu d'agricol- 

tura di Torino). 
La Societe du Cercle litteraire de Lausanne (Suisse). 
La Classe d'agriculture di^: la Society des arts de Geneve (Suisse), 
La Section d'industrie et d'agriculture de l'Isstitut genevois 

(Suisse). 

La SOCIEli IMPERIALS ET ROYALE d'aGRICULTURE DE ViENNE (JHe kai- 

serliehe konigliche Landwirthschafts-Gesellschaft in Wien), 



UKIXIEMR LISTE SUPPLEMENTAIRE 

DES MEMBRES 
UK LA SOCIETE IMPKRIALE ZOOLOGIQUE D'ACCLIMATATION. 



Membres admisdu 4 avril 1856 au 6 mars 1857 (1). 



AMERIQUE. 

Br«8il. 

S. M. i/£mp£Reur don Pedro II. 

EUROPE. 

France. 

S. A. 1. le prince NAPOLff.orf. 

Angleterre. 

S. A. R. le prince Albert. 

Prusse, 

S. A. R. le prince Frederic <;uillaume. 

S. A. le prince Charles-Antoine de Hohenzollern-Sigmaringen, h Dus- 

seidorf. 
S. A. S. le prince Alfred de Salm Uefferscheid-Dyck, au chateau de 

Dyck, pr^s Neuss. 

Wurtciuberg. 
S. A K. le due Paul-Guillaume de Wuhtemberg, k iMergentlieim. 

ORIENT. 
S. A. le prince Abdcl-Halim-Pacha. 

S. A. AllMED-l'ACHA. 

S. A. le prince Ismail-Pacha, a Alexandrie. 

Slam. 

S. M. LE PREMIER Itol DE SlAM, 

S. M. LE deuxiI:me Roi de Siah. 

(I) Pour les membres antdrieurcment admis, voyez la Lisle g^nerale des 
menU)i-es, t. II, p. xxiii a xlvii, et la Premiere lisle supplementaire , t. Ill, 
p. xna xix. 



X SOCIETE IMPERIALE ZOOLOGIQUE D ACCLIMATATION. 

MM. 

Abdouhou-Scleyman-Pacha (S. E. ), general de division de rarm^e d'figypte, 
grand officier de la Legion d'honneur, grand officier de I'ordre du 
Medjidi^, h Alexandrie (figyple). 

Abria , doyen de la Faculty des Sciences de Bordeaux, a Bordeaux. 

Ai.BiGNAG (le vicomte Gaston d'), propri(5taire, a Sorgiies (Vaucluse). 

Albufera le due d'), membre du Corps l^gislalif, h I'aris. 

Allard (Jules), propri^iaire, h Paris. 

Archinto (S. E. le comte Joseph), conseiller intlme de S. M. T. R. Ap., h 
Milan (Lombardie). 

Arene, proprielaire, a Paris. 

Arenstein (ledocleur), professeur, h Vienne (Autriche). 

Artin, bey de 1" classe (S. E.), ex-ministre des affaires dtrangferesd'^gypte, 
commandeur de I'ordre imperial de la Legion d'honneur et des ordresde 
Grugoire le Grand, de I'Aigle rouge de Prusse et de Sainte-Anne de Kussie, 
grand cordon de Naples , iftikar, membre de la Soci^t^ de geographic et 
de la Society asiatique de France, h Alexandrie. 

AssiER DE Muntferrier, propri^taire, a Bordeaux (Gironde). 

Adbe (le docteur), membre des Soci^l^s eniomologiques de Paris, Londres 
et Stettin, et de la Society impdriale et centrale d'horticnlture, a Paris. 

Adbry-Lecomte (Charles-Eugfene),aide-commissaire de la marine, ex-charg^ 
du service administratif au Gabon, charge du classement des produits h 
I'Exposition permanente des colonies, a Paris. 

Audubon (V. G.), naturaliste, <i New-York. 

Atmar-Bression, h Paris. 

Azam (le docleur), a Bordeaux (Gironde). 

Baguer y Ribas (Jacques), consul g^n^ral d'Espagne en Egypte, comman- 
deur des Ordres royaux de Charles III d'Espagne et dii Sauveur de Grfece, 
chevalier de I'ordre d'fsabelle la Catholique, & Alexandrie (figypte). 

Baptissier, vice-consul de France h Suez (figypte). 

Barckhausen, n^gociant, a Bordeaux (Gironde). 

Baring (Francis), membre du Parlement anglais, a Paris. 

Barrot (Odilon), membre de I'lnstilut, ancien president du conseil des 
minislres, ci Paris. 

Bataille (Victor), natur<'ilisie,negocianf, propridtaire, i\ Cayenne (Guyane). 

Bauchart (Auguste), maire et propri^taire , k Origny -Sainte-Benoiste 
(Aisne). 

Bauchart (Virgile)', membre du Conseil g^ni^ral de Tagriculture h Mont- 
piaisir-Courjumelli'. par Origny-Ste-Benoisle (Aisiie). 

Baude ( Pierre-J<icque>-Klplieg<'), ingeiiieiir des ponts el chauss^es, k 
['aris. 

Beaude (le docieur). membre du Conseil de salubrite publique de la Seine, 
k I'aris. 

Bellier-Montrose, propri^taire, h Pile de la Reunion et h Paris. 



LISTE 8UPPLEMENTA1HE DES MEMBRES. XI 

Benoit-Champy (Gabriel), licenci^ fcs letlres , attach^ au miDisl^re des 

affaires ^trang(>re8, h Paris. 
Bertiiier-Bizt (le comte de), membre du Conseil g^n^ral de la Ni^vre, 

h Paris. 
Beurges (ie comte Gaston de), propridtalre, k Paris. 
Bezier fAdolphe), ing(?nieur civil, h Pontoise (Seine-el-Oise). 
BiAN (Louis), manufaciurier, h SeiUheim (Uaul-Rhin). 
Blanco Encalada (I'amiral) , envoy<5 extraordinaire et ministre pl^nipo- 

tentiaire du Chili, ci Paris. 
BONDY (le comte de), ancien pr^fet, ancien pair de France, & Paris. 
BoNNEFis (le docleur), k Bordeaux (Gironde). 
BoRDERiEDX (P. C. de), h Paris. 
BORROMEO (le comte FrM^ric), h Milan (Lombardle). 
Bosquet (le mar^chal), s«5nateur, ct Paris. 
BoucHfi DE ViTRAY (Ic docteur), h Bordeaux (Gironde). 
BoucuEREAO (H.-G.),c» Bordeaux (Gironde). 
BouGAREL, propri^taire au chateau du Pare, k Moulins (Allier). 
BODLET (Henri), propri^taire, h Paris. 
BouREUiLLE (de), inspecteur g^n^ral des mines, secretaire g^n^ral da 

minisl^re de I'agriculture , du commerce et des travaux publics , k 

Paris. 
BouRLiER (Charles), pharmacien aide-major k I'hdpital militaire du Gros- 

Caillou, k Paris. 
BouRSiER DE LA RivifeRE, cousul de France en Californie {Honoraire.) 
BouRViLLE (Henri de), agent des Messageries imp^riales et de la Compagnie 

de I'isihme de Suez, au Caire (figypte). 
Bower, (John Jacques), a Baltimore (£tats-Unis). 
Brambilla (Jean-Baptiste), banquier, a Milan (Lombardie). 
Brakdt fS. E.), conseiller d'f.tat actuel, membre de TAcad^mie imp^riale 

des sciences et directeur du Mus^^e d'histoire naturelle de Saint-P^ters- 

bourg iRussie). 
Brierre, receveur particulier des douanes, k Notre-Dame-de-Riez , par 

Saint-<lill<s (Vendue). 
Browne (Peter A.), k Philadelphie (fiials-Unis). 
BoREAU (le docteur), de Nanles, ci Paris. 
Calenge, propri^laire, ct Paris. 
CAMBACERfcs (S. E. le duc de), grand maltre des c^rdmonies de S. M. I'Em- 

pereur. k Paris. 
CAMBACf.Rfes (le comte Louis de!, auditeur au Conseil d'fitat, k Paris. 
Cap, membre correspondant de rAcaddmie impdriale de mddecine , k 

Parii. 
CvRBONNiER (Paul), Ji iNeuchatel (Suisse). 
Cassin (lolin. Esq ), membre de I'Acad^mie des sciences de Philadelphie 

(Etais-Unis). 



XII SOCIl^TE IMPl&RIALE ZOOLOGIQUE d'aCCLIMATATION, 

Cast^ja (le marquis de), proprietaire, h Paris. 

Castillo-Dinajara (I.eandro de), de Rio-Janeiro (Br^sil), h Paris. 

Cfes-CAUPENNE (Alfred de), proprietaire, h la Safia, province de Gonsiantine 
(Algeria). 

Chalus (le comte de), au chateau de Bigny, pr^s Chateauneuf (Cher). 

Chaponay (le marquis de). propri(5taire, h Paris. 

Chaudruc, proprietaire, h Bordeaux (Gironde). 

Chauvassaigne, proprietaire, h Clermont-Fcrrant (Puy-de-D6me). 

Chipilli (de), achipilly, pr^s Bray (Somme). 

Clerici (Georges de), propri(^laire,a Milan (Lombardie). 

Cloqdet (Jules), membre de I'lnstitut, professeur k I'ecole de m^decine, a 
Paris. 

Clot-Bey (S. E.), docteur en m^decine et en chirurgie, inspecteur du 
service medical civil et militairc d'Egypte, president du Conseil de sant^, 
membre de I'Acad^mie imp^riale de m^decine de Paris, membre de I'A- 
cad^mie royale des sciences de Naples, president honoraire de la Societ(5 
d'acclimatation des Alpes, commandeur de la Legion d'lionneur, a Alexan- 
drle (Egyple). 

CoEFFiER, proprietaire, h Versailles (Seine-et-Dise). 

Collenot (fimile), proprietaire, h Semur (C6te-d'0r). 

CoLDCCi (Jean), ciiancelier du vice-consulat de Naples, au Caire (figypte). 

CORBiN, proprietaire, au chateau de Morfontaine (Orne). 

CODLON (Auguste de), a Neuchatel (Suisse). 

CODTUN, negociant, a Bordeaux (Gironde). 

Cdignead (le docteur), a Bordeaux (Gironde). 

CuMenge (Hugues-Anacharsis), proprietaire, h Castres (Tarn). 

CuRiONi (Francois), proprietaire, a Milan (Lombardie). 

Daban, capitaine au long cours, a Bordeaux (Gironde). 

Damoisy (Eustaclie), proprietaire, a Pleineselve, pr^s Hibemont (Aisne). 

Dapples (fidouard), proprietaire, a Lausanne (Suisse). 

Darblay, depute au Corps legislatif, president du Cornice agricole de Seine- 
et-Oise, a Paris. 

Darblay aine, membre de la Societe imperiale d'agriculture, a Paris. 

Oauban (Charles), proprietaire, a Compuat (Aveyron). 

Debrauz, conseiller de S. M. TEmpereurd'Autriche, a Paris. 

Delbetz, agriculteur, ancien eieve de Grignon, membre de plusieurs socie- 
te.s agricoles, a Paris. 

Delchet (Augu.ste), a Paris, 

Dervieux l^douard), agent des services raarilimes des Messageries impe- 
riales, a Alexandrie (figypte). 

Desjardins (Camille), a Paris. 

Desmaisons - DupALLAN ( le docteur), au Bouscat, prfes Bordf^aux (Gi- 
ronde). 

DoNNET (S. Em. Mgr le cardinal}, archevfique de Bordeaux. 



LISTE SUPPL^iMENTAIRE DES MEMBRES. XIU 

Drut (A.), secretaire des comraandements de S. A. I. le prince J^rdme- 

Napol(5on, h Paris. 
DuBHEUiL (Ferdinand), ancien sous-prdfet, directeur du Ciieplei dans le di- 

partement de Tarn-et-Garoiine, a Monlauban (Tarn-ei-Garonne). 
Ducoux, ancien membrc de rassembt^e nationale, u Blois (Loir-et-Cher). 
DUFFOUR-DuBERGiER, propri^taire, i Bordeaux (dironde;. 
DUFOCR (Edouard), propridlaire, a Saint-Qiienlin (Aisne). 
DUFOUR (I'Mlix), propridtaire, id. id. • ■ 

DcFRESNE, propridtaire, ci Bordeaux (Gironde). 
Dupuis, professeur d'hisloire naturelle appliqude a ragricuiture, h I'dcole 

rdgionalede Grignon, membre correspondant de I'Acaddinle royale d'agri- 

cuUurede Turin, i Paris. 
DuRAND (E.), membre de PAcaddmie des sciences de Phiiadelphie (fitats- 

Unis). 
Ddrfort (le comte de), propridtaire, au chateau de Villereau, prf^s iNeuville- 

aux-Bois (Loirei). 
DussART (Gil.), ancien prdfel, a Paris. 
fiLiE DE Beaumont , sdnaieur , secretaire perpdtuei de I'Acaddmie des 

sciences, inspecteur gdndral des mines, professeur au College de France, 

II Paris. 
EscAYRAC de Lauture (le comle Henri d'), membre de la Socidtd de Gdo- 

graphie, commandant Pexpddilion k la recherche des sources du Ml, 

k Paris. 
Fabre (Louis), directeur de la ferme module du ddpartement de Vaucluse, 

directeur agronomique du personnel ddpartemental duGlieptel, h Paris. 
Faur£, pharmacien, a Bordeaux (Gironde.) 

Fazy (James), president du Gonseil d'fitat du canton de Genfeve (Suisse). 
Ferreira Lagos (Manuel), officier au bureau du minist^re des affaires dtran- 

g^res, h. Uio de Janeiro (Brdsil). 
Figari (le di)Cteur), membre de I'Acaddmie royale de Turin, de Pacaddmie 

d'agriculture, des ordres des Saints Maurice et Lazare, Saint-Sylvestre, 

Saint-Stanislas de Pologne, au Caire (Egypte). 
Figuier (Louis), docteur fis sciences et en medecine, agrdge a Pdcole supd- 

rieure de pharmacie de Paris, rddacleur du bulletin scientiflque de la 

Presse, k Paris. 
Fleurieu (le comte Ernest de), propridtsiire d'une ferme dcole en Algdrie, 

au chateau de Laye, pres Saint-Georges de Bennins (llhdne). 
FoACiER, membre du Gonseil general du ddpartement de PYonne, au cha- 
teau de Serbonne, prfis Pont-sur-Yonne (Yonnej. 
FoucAULT, propridtaire, h Paris. 
FoucoD, ancien officier de marine, rddacteur en chef du journal La Science, 

h Paris. 
Gaalon DE Barzay (de), propridtaire a Paris. 
Gaimard (I'aul), mddecin de la marine impdriale, un des naluralisles des 



XIV SOCIETE IMP^RrALE ZOOLOGIQUE d'aCCLIMATATION. 

expeditions autour du monde de VUranie et de VAstrolabe, ancien pre- 
sident de la Commission scieniifique du Nord, i Paris. 
Gallard (le comte de), a Paris. 
Gau (Alexandre), secretaire inlime de la legation de Prusse, k Washington 

(Etals-Unis). 
Gavazzi (figide), proprietaire et negociant h Milan (Lombardie). 
Gnecchi (Joseph), ingenieur, k Milan (Lombardie). 
GONTiER p^re (Laurent-FranQois) horticulteur, ci Montrouge (Seine). 
Gramont (le due de), ministre pienipotentiaire de France, ci Turin (Pie- 

mont) (Honoraire). 
Gras (Scipion), ingenieur en chef des mines, k Paris. 
Greffulhe (le comte de), proprietaire, k Paris. 
Grellod, proprietaire et maire k Verriftre, prfes Sceaux (Seine-et-Oise), 

et a Paris. 
Gu^RiN (Eugfene), attache au ministfere de I'agricuUure, k Paris. 
Gdernon de Ranville (le comte), ancien ministre de I'instruction publique, 

;\ Ranville, prfes Caen (Calvados). 
GcESTiER (Daniel), a Bordeaux (Gironde). 
GuiLHON (Pabbe), cure de Dompnac (Ard^che). 
Havard (£mile), grainier-horticulleur, a Paris. 

Hervooet. agent de change, k Bordeaux (Gironde). ' 

HiBERT, proprietaire k la Frayfere, pr^s Cannes (Var). 
Hubert-Brierre, proprietaire a Paris. 

Humboldt (S. E. Alexandre de), conseiller intime actuel et charabellan de 
S. M. le Roi de Prusse, I'un des hnitassocies etrangers de I'Academie des 
sciences, de Plnslitut de France, ci Berlin {Honoraire). 
Jacini (Elienne), ci Milan (Lombardie). 
Jamet (Eugene), proprietaire, ancien directeur des Archives de la couronne, 

au chateau de Couzieres, k Veigue (Indre-et-Loire). 
Jamin (Leon-I^aurent), arboriculteur, a I'aris. 
Jamonieres (le baron des), au chateau des Jamoniftres, Ji Saint-l'hilibert- 

du-Grand-Lieu (Loire-lnferieure). 
Janz6 (le baron de), a Paris. 
Javal pfere, menibre du Conseil general de ragriculture, du commerce et 

des travaux publics, a Paris. 
Javal (Leopold), banquier, niembre du Conseil general de la Gironde, 

a Paris. 
Johnston (Nathaniel), \\ Bordeaux (Gironde). 
JozEAU, proprietaire, k Paris. 
Kaufmann (Krnest), vice-president de la Societe d'acclimatation pour les 

filats royaux de Prusse et son deiegue, a Paris. 
Keller (Albert de), proprietaire et negociant a Milan (Lombardie). 
Kercado (le comte de), proprietaire k Bordeaux (Gironde). 
Koenig-Bey (S. E. Mathieu-Auguste), secretaire des commandements de 



LISTE SCPPL^MENTAIRE DES MEMBRES. IV 

S. A. le vice-roi d'fegypte, chevalier de la Ldglon d'honneur, officier de 

I'ordre de Leopold et de la Couronne de fer, commandeur du Medjldl^ er 

du Nicham, h Alexandrie (figypte). 
KOHN (Francjois), direcieur du d^p6t des semences de la Socl^ttf imp^rlale 

libre d'agriculture, i Saint-Piiiersbourg. 
La BRCGUifcuE (Ivan de), propri^laire k Uzfes (Gard). 
La Fresnaye (le baron de), au chateau de La Fresnaye, prfes Falaise (Cal- 
vados). 
Lainel, ancien membre du Gonseil g^n^ral des manufactures, h Paris. ' ' 
Lambrecht (F.), a Paris, '* 

Langlais (A. de), vice-president du Cornice agricolede Sarzeau, de la SocWt^ 

d'agriculture de Vannes, directeur du Cheptel, h Sarzeau (Morbihan). 
Laperlier (liaurent), oflBcier d'adminislraiion de la guerre, propri^talre 

en Alg^rie, h Paris. 
Lareimy (le baron de), h Paris. • ^^' 

La Roche-Aymon (le comte de), propri^taire, k Paris. ' 

Larrey (le baron), chirurgien ordinaire de S. M. I'limpereur, m^dechi en 

chef et professeur de clinique au Val-de-GrSce, membre de TAcaddmle 

imp^riale de m^decine, i Paris. 
Lausanne (Gustave de), au cbftteau de Porzantrez, prfes Moriaix (Finis- 

tftre). 
Ladtour-M^zeray, pr^fet du d^parteraent d'Alger, Ji Alger. 
Laville, propri^taire Ji Paris. , i.i.iJA ' 

Lawrence (Geo.-N.), naturaliste k New- York. 
L^ADTAUO (le vicomte de), propri^taire an chateau de Buzagny, prfes PoH' 

toise (Seine-el-Oise). 
Leblanc, m^decin v^l^rinaire, membre de I'Acad^mie imp^riale de mt'de- 

cine et de la Soci^t^ imp^riale et centrale de niMecine v^t^rinaire, k 

Paris. 
Lecaros (Don Juan), propri^taire a Madrid (Espagne). • '"" 

Leferme (Paul), ing^nieur despontset chauss^es, k Monfleur (Calvados). 
LEP&VRE-DURUFLi, s^uateur, ancien ministre de Tagriculture et du com- 
merce, k Paris. 
Legris de Lassallk, membre du Conseil g^n^ral de la Gironde, propri^- 

taire et maire k Cauiarsac (Gironde). 
Lejeune, mMecin vt^l^riuaire du gouvernement, membre de la Commission 

provinciale d'agriculture du Luxembourg beige, dei^gu^ du Luxembourg 

k TExposilion d'agricuUure, k Arlon (Belgique). 
Lemicuey, propri<itaire-horiiculieur k Villiers-la-Garenne , commune de 

Neiiiliy (Seine). 
Le Play (F.), conseiller dKlat, iageaieur en chef des mines, commissaire 

gen»5ral du gouvernement k rEx|)osiiion universclle de 1855, proprit5caire 

k Ligourev pres Limoges (llaule-Vienne), a Paris. 
L£QU£SNE (Sainl-Amandj, proprieiaire, u Paris. '' i 



XVI SOCIETY IMPERIALE ZOOLOGIQUE d'aCCLIMATATION. 

Leven, ^tudiant en niedecine, k Paris. 

LiAZARD (Alphonse), propri^taire-agriculteur au chateau de Tr^quet, JiGu^- 

ni(5n^e (Loire-InfSrieiire). 
Linant-Bey de Bellefond (S. E.), bey de piemi&re classe , directeur g^ng- 

ral des ponts et chaussfies en Egypte, chevalier de la Legion d'hon- 

neur, elc, a Alexandrie (Egyple). 
Lyghounes (Jean-Wonidas), ing^nieur au service de S. A. le Vice-roi d'fi- 

gypte, a Alexandrie (Egypte). 
Magne, professeur d'agricultiire et d'hygifene h I'Ecole imp^rlale v^t^rinaire 

d'Alfort,Ji Alfort (Seine). 
Magnin (de), proprl^taire a Dieulefit (Dr6me). 
Magnoncourt (de), ancien d^piit(5, h Paris. 
Mall, examinateiw a I'Ecole polylechniqne, professeur h I'l^^cole imp^riale 

d'application d'artillerie et du genie, a Metz (Moselle). 
Mancilla (leg^n^ral), de la r^publique Argentine, h Paris. 
Manteuffel (S. E. iVl. dej, nainistre des affaires »5trang6res de Prusse, h 

Berlin. 
Maret (ain^), entrepreneur de maconnerie, proprWtaire h Brueil, pr^s 

Meulan, h Paris. 
Marlio (Henri-Ch.), propri(?taire, a Verrey, prfes Flavigny (C6te-d'0r). 
Martin-Joly (Louis;, horticuiteur-p^pini^riste, Ji Nice (Pi^mont). 
Maupoint (le docteur C), directeur du Moniteur du Calvados, h Caen. 
IVlAUREL (M.), ancien vepr^senlant, proprietaire a Vence (Var). 
Mege (Louis), au chateau de Kerserho, pres Morlaix (Finislfere). 

Mellt (Jean), de I'Engadine, canton des Grisons (Suisse), proprietaire h 
Milan (Lonibardie). 

Melzi D'ERXL(le comte de),propri<^,iaire a Milan (Lombardie). 

Mertzdorf (Charles, manufacturier a Thann (Haut-Rhin). 

MiAiLHE (Jean-Baptiste), capilaine en retraite, ci Bordeaux (Gironde). 

MoiTESSiER, h Paris. ' 

MOLiNEs-MAHON (le docteur Marc de), h Paris. 

MoNDENARD DE UoQUELAURE (Ic comte Henri de), h Bordeaux (Gironde). 

MONDEViLLE (de), a Paris. 

MONDOLFO (S^bastien), proprietaire h Milan (Lombardie). 

MONDRAGON (Ic coHitc de), a Paris. ■ 

MONTESQUiou (le comte Thierry de), proprietaire, a Paris. 

MoNTESQUiou-LABOULBfewE (Louis-Antoinc de), h Agen (Lot-et-Garonne). 

MONTESSUY (S. E. le comte de), ministre de France h Francfort (Allemagne). 

Mora (le chevalier J. de), a Moulins (Allier). 

Morel (Charles), vice president de la Society impdriale et centrale d'horti- 
culture, h Saint-Mande (Seine). 

MORiLLOT, ancien ei^ve de TEcole polytechnique, 5 Paris. 

Morteaux (fidouard de), proprietaire a la Basiidc de Serou, prf-s Foix 
(Ariege). 



LISTE SUPPL^MENTAIRE DES MEMBRES. 0^ 'dMi 

Morris (le g^n^ral de division), commandant la cavalerie de la Garde imp6 

riale, 5 Paris. 
MouLiNS (Charles des) , pr(5sident de la Soci^l^ linn^enne, k Bordeanx 

(GIronde). 
Mdli.ois (I'abb^), chapelain de S. M. I'Empereur, h Paris. 
Navry (dc), S i'aris. 
NiCARD (Pol), proprit'taire, 5 Paris. 

Oldecop (Yvan), ci Bordeaux (Gironde). o/i 

Olozabal (Juan-Antonio d'), a Yrun, province de Guipuszcoa (Rspagnei. 
Orgoni (le g^n^ral d'), envoyede rKmpereur des Birmans, a Paris. 
PaIva (S. E. le baron de), envoys extraordinaire et ministre pl^nipoten- 

tiaire de Portugal, a Paris. 
Pasqdier (Fr^d^ric du), k NeuchStel (Suisse). 
Pastr£, banquier, a Alexandrie (Egypie). 
Patxot (Adolplie), consul de la rdpublique Argentine, a Gibraltar 

(Espagne). 
Perdrizet, 5 Paris. 
Petit de Beadverger (le baron), d^put^ de Seine-et-Marne au Corps l^gis- 

latif, h Paris. 
PiCARD (Cbarles), president de la chambre de rx)mmerce de Saint-Quentin 

(Aisne). 
PiERELAS (lecomte de), propri(5taire, h Nice (Pi^noont). 
PiORRY (le docteur), mMecin a Phdpital de la Piti^, professeur k la 

Faculty de m^decine, membre de TAcad^mie imp^riale de m^decine, ii 

Paris. 
Place (Victor), consul de France h Bucharest (Valachie). 
Plaisance (le ducde), h Paris. 

Plantier du Pombai. (le chevalier Paul), propri^taire h Lisbonne (Por- 
tugal). 
Plataret, manufaclurier, a Paris. 
PONTi (Antoine), propri^taire, h Milan (Lorabardie). 
Pontoi (ie marquis de), a Paris. 

PORRO (le marquis Louis), propri^iaire, a Milan (Lombardie). 
POCGNY (Ernest), proprietaire, a Doulaincourt (liautc-Marne). 
Preaux (le comte Charles de), a Paris. 
Provost (Marie-Auguste), proprietaire, a Villeminard , prfes Vignoux-sur- 

Barengon (Cher). 
PRILLIEUX (fedouard), a Paris. 
Proost de i,a Girohniere (le docteur), ancien colon aux Philippines, 

k Paris. 
PuYSEGUR (le comte de), a Paris. 
IlECSS (le gen(5ral Prim, comte de), a Madrid (Espagne). 
lUciiARD (le docteur Gustave), licenci^ es sciences, cliiruri^icn el bolanlsle 

de Pexp^dition a la recherche des sources du Nil, a Paris. 

T. IV. — Fevrier 18t>"7. '' 



XVIII SOCIIETE IMPERIALE ZOOLOGIQUE D ACCLIMATATION. 

RicHEBOURG, ing^riieur-opticien, successeur de I'ing^nieur Chevalier, pho- 

tographe, h Paris. 
RiCHEMONT (le baron Edgar de), k Paris. ' 

RoccAGiOviNE (le marquis de), h Paris. 
Roger - Duval , propri^taire au chateau de la Rochelle, prfes Caen 

(Calvados). 
Roget (Louis), banquier, ci Genfeve (Suisse). 
Rothschild (le baron Gustave de), h Paris. 
Rothschild (le baron Salomon de) id. 
Rouen des Mallets (le baron), ancien pr^fet, propri^taire, k Taverny- 

Saint-Leu (Seine-et-Oise). 
RODGEMONT (de), ing^nieur des ponts et chaussdes, h Alger. 
RouGiER (ledocteur Charles), h Bordeaux (Gironde). 
O'Ryan DE AcuNA (Daniel), proprit^taiie, h Madrid (Espagne). 
Sabatikr ( R^mond) , consul g^n^ral, charge d'affaires de France, commandeur 
de la Legion d'honneur, president du Comity d'acclimatation d'Alexandrie, 
h Alexandrie (Egypte). 
8ABL0N (de), membre du Conseil g^n^ral de la Loire, h Bourg-Argental 

(Loire). 
Sabrand, manufaclurier, ci Paris. 
Sacc (Henri), k Colombier, canton de NeuchStel (Suisse). 
Saillet (Edmond), k Paris. 
Sainte-Annk (de), k Paris. 

8aiht-Remy (le comte de), propridtaire, k Caen (Calvados). 
Saint-Victor (Gabriel de), propri^taire d'une ferme modfele en Alg^rie, au 

chateau de Ronno, pr^s Amplepuis (Rhdne). 
Sakakini (£mile), au Caire (Egypte). 
Sakakini (Joseph), id. 
Sakakini (Maximos), id. 

Salicis (Eiigfene), officier comptable k rh6pital militaire, k Toulon (Var). 
San Giacomo (le prince), Ji Paris. I 

Sanseverino (le comte Faitstino), a Milan (Lombardie). 't 

Sardou (lean-Jacques), propri^taire au Cannet, prfes Cannes (Var). ' 

Sarramea (le docteur), k Bordeaux (Gironde). 

Saulty (de), au chateau de Baville, par Saint-Ch^ron (Seine-et-Oise). 
Satjnier (Charles-Edouard), propri^taire k Lagny (Seine-et-Manie). 
SCHAEUFFELE, pharmacicn, docteur fes sciences, agr^ge a Ncole siip^rieure 

de pharmacie de Strasbourg, a Paris. 
SCHEURER (Auguste) manufactuHer, k Thann (Haut-Rhin). 
Schlossberger (Edmond), nc^gociant, a New -York (Etats-Unis). 
SiCHEL, dpcteur en m<5decine et en philosophie, a Paris. 
Siebold (le docteur Von), a Bonn (Prusse rh(5nane) {Honoraire). 
SiNETY (le comle Alphonse de), membre du Conseil general du Var, k 
Esparron (Var) et a Paris. 



yr,: LISTE ^LPPLKMENTAIRE DES MEHBRES. >|'>r);> 101 

SouBEiRAN (le docteur L^on), licenci^ hs sciences naturelles, professeur 

m/irigi de I'^cple de pharipacie de Paris. 
gf^pf^AN-^EY \S. £.), minuilie des affaires (^trang^res d'Egypte, au Caire, 

(^gypte). 

§:^fY^l< (S- E. 0>r^U^n de), conseUler d'lillat actuel, ^ Saint - P^tert- 

bpi^rg {lionoraire). 
Stourdza (S. a. le prince de), ancien hospodar de la iMoldavie, ^ Pacuj. 
SuQUET, directeuf--|;^vant 4^ }^^ ^^ '^ SQfi^t^ ^oologique de Mj^rsitiUp 

(Bouches-du-Rh6ne). 
Tascher (Maurice de), propri«5taire, h Tiiauvenay (Cher). 
Taverna (le comte Joseph), propri(5taire, a Milan (Lombardie). 
Teyssier DES Faroes, propri^taire au chAteau de Beaulieu, prfes Jouy-le- 

Chdtel (Seine-et-Marne) et a I'aris. 
Thenard (le baron), merabre de I'lnstitut, ancien pair de France et vice- 
president du Conseil sup^rieur de I'instruction publique, <» Paris. 
TissoN (Eugene), i I'aris. 
Trenqualye [\e baron de), consul honoraire, ciiancelier de la legation im- 

p^rialede France en Chine, k Macao (Chine). 
Tricoche, ancien pr»5fet, h Paris. 
TuRATi (Hercule), propri^taire, a Milan (Lombardie). 
Uhrlaub (Edw.), consul de S. M. le roi de Hanovre, ci Baltimore (fitats- 

Unis). 
Ulcoq (le docteur), propri^taire, membre de la Soci^l^ d'agriculture de 

File Maurice, a Port-Louis (ile Maurice). 
Ulrich (Guillaurae), banquier, h Alilan (Lorabardk). 
Uruguay (S. E. le vicomte de T), ancien envoys extraordinaire etministre 

pl^nipotentiaire de S. M. I'Empereur du Br^sil en France, a llio-de- 

Janeiro. 
Van den Steen (le baron) au chateau de Vadestein et Ommeren, pr^sGor- 

cum (Pays-Bas). 
Vare.nnes (des), ancien maitre dcs requites, propridtaire, a Paris. 
V^rette (Jean-Baptisie-Edouard), principal du college de Chateau-Thierry 

(Aisne). 
Veykr ((Justave), propri^iaire, i Blidah (Alg^rie). 
ViLLENEUVE (Junius), citoyen bresilien, propri^taire des chateaux de Wir- 

temberga Neuilly etde Bezons (Seine-et-Oiso), a Paris. 
ViscONTi (le marquis de), 5 Milan (Lombardie). et h Paris. 
ViscoisTiNi (Hercule), propri^taire, h Milan (Lombardie). 
VouGY (le vic(4mte de), direcleur g^n^ral des lignes i^l^graphiques, a 

Paris. 
Vroil (Jules de), propri^taire, au chateau de Roquincourt (Marne),eta 

Paris. •■ 

Wilson (le docteur Th.-B.), membre de TAcad^mie des sciences de Phlla- 

dolphie (£tats-Unis). 



XX SOCIETY IMPERIALE ZOOLOGIQUE D /VCCLIMATATION. 

WiNANS (Thomas), proprielaire, Ji Baltimore (iltats-Unis). 

Z^ki-Bey, attache an secretariat des commandements de S. A. le Vice-roi 

d'fi^ypte, chevalier del'ordre imperial de S. M. Frangois-Joseph, ^ Alexan- 

drie (£gyple). 
Zdlfikar-Pacha (S. E.), intendant g^ndral des finances, bey leyrbey, 

commandeur du Midjidid et de TOrdre imperial de S. M. FranQOis- 

Joseph. 
Zdrcher (GharJes), manufacturier, h Gernay (Haut-Rhin). 



PREMIERE SMCB MUm AS5iUEllE 



SOCIETfi IMPERIALE ZOOLOGIQUE D'ACCLIMATATION. 



PROGES-VERBAL. 



Cette seance a ete tenue a I'HOtel do ville, le 10 fevrier 1857, 
troisieme anniversaire de la fondation de la Societe. 

S. A.I. Mgr le prince Napoleon, que la Societe a I'honneur 
de compter au nombredeses membres, etLL.Exc. M.Rouber, 
Ministre de I'agriculture. du commerce et des travaux publics, 
et M. Rouland, Ministre de I'instruction publique et descultes, 
assistaient a la seance, et avaient bien voulu prendre place au 
bureau ou siegeaient aussi, avec M. Is. Geoffrey Saint-Hilaire, 
president, MM. le prince de Beauvau et A. Passy, vice-pre- 
sidents, le comte d'Epremesnil, secretaire general, Aug. Du- 
meril, Dupin et Guerin-Meneville, secretaires, de Quatrefages 
et le baron Soguier, membres du Conseil. 

S. Ex. le marechal Vaillant, Ministre de la guerre, qui 
assistait aussi a la seance, et pour lequel un fauteuil avait ete 
reserve au bureau , avait voulu prendre place sur I'estrade 
parmi les membres de la Societe dont il fait partie presque 
depuis son origine. 

Sur I'estrade, se trouvaient aussi places le Conseil, les Presi- 
dents, Vice-Presidents et Secretaires des sections, la Commission 
des recompenses, un grand nombre de membres de la Societe, et 
plusieurs etrangcrs parmi lesquels on distinguait LL. AA. SS. 
les princes de Reuss et le prince de Croie. 

La disposition de la salle avait ete conliee aux soins de 
MM. E. Dupin et Frederic Jacquemart, membres du Conseil, et 
un autre conseiller, M. Ic marquis de Selve, avait bien voulu 
se cbarger d'en faire les bonneurs avec Taidc de plusieurs 
conmiissaires qu'il avait desigues a cet eilet. 



XXII SOClfiTl^. IMP^RIALE ZOOLOGIQUK D ACCLIMATATION. 

— La Seance d. ete butferte par uh discoiirs de M. GeolTroy 
Saint-Hilaire, president. 

— M. Aug. Dumeril, secretaire des seances, a presente un 
Rapport sur les travaux de la Societe pendant Fannee 1856. 

— Itt. de Quatrefages, m'embre du Cohseil, a lu une Notice 
sur les Yaks et les Chevres d'Angora importes en Prance 
depuis la fondation de la Societe. 

— M. Passy, vice-president, a donne lecture d'une Notice 
relative aux encouragements que la Societe a resolu d'accorder 
aux tentatives d'acclimatation, en proposant des prix pour 
des SiljetS sp^ciaux, dont suit la liste : 

lu PRIX EXTRAORDINAffiES PROPOSES PAR LA SOCIETE (i). 

I; Introduction dans les montagnes de TEurope on de I'Alg^rie d'utt. 
troiipeau d'Alpacas {Auchenia paco) de race pure. 

Ce troupeau devra so composer au minimum de 3 males et de 9 feraelles. 
lyj , Prix. — Une medaillede 2000 francs. '> 

H. Domestication complete, application a Pagriciilture, ou emploi dans lesi 
villes,de rHt^mione {Equus hemionus) ou du Dauw (E. Burchellii). 
Prix. — Une raedaille de i 000 francs. 

III. Domestication et multiplication d'une grande espfece deKangurou (Ma- 

cropus (jiganteus,M. fuliginosus, ou autre esp^ce de meme taille.) 

Prix. — Une m^daille de 1000 francs. 

IV. Introduction et domestication du Drom^e (Casoar de la Nouvelle- 

Hollande, Dromaius Novce Hollandice), ou du Nandou (Autruchc 
d'Am^rique, Rhea americana). 

Prix. — Une medaille de i 500 francs. 

V. Domestication de la grande Outarde {Otis tarda). < 

Prix. — Une medaille de 1000 francs. 

Xi) Pour les concours annuels de la Societe, voyez le Chapitre X de son Regle- 
ment [Bullelin, t. Ill, p. v), reglement dont Tarticle 97 est ainsi congu : 

Art. 97. - Les resultats que la Societe prend en consideration et qu'elle 
recompense, s'il y a lieu, sont de trois ordres : 

1" Introduction d'especes, races ou varietes utiles, soit d'animaux, soit de 
vegetaux. 

2° Acclimatation, domestication, propagation, amelioration d'especes, races 
ou varii'tes animates ou vegetales, soit susceptibles d'empiois utiles, soit meme 
■' «implement .icci ssoires ou d'ai;rement. 

3" Emploi agricole, imJuslriel, medicinal ou autre, d'animaux ou vegetaux 
recemmeril iiitroiluits, acclimiiles ou propages, ou de leurs prodiiits. 

(Le reglement des concours annuels est dislribue au siege de la Societe, a toules 
les personnes qui en foal la demande a M. I'agenl general de la Societe.) 



.w.PROC£:S-VERBAL DE LA STANCE PUBLIQUS. XXIII 

VL Introrliiclion et acclimatation d'un nouveau gibier pris dans la clasM 
dcs Oiseaux. 

Sont cxceplces let ospeces qui pourraient ravager Im cultures. 
Prix. — line inedaille de 500 francs. 

VII. Introduction d'un Poisson alimentaire dans les eaux douces ou sau" 
Qicktres de I'Algtfrie. -^ 

Pnix. — Une medaille de 500 frants. 

YIII. AcciimatatioD accomplie d'une Qouvelle esp^ce de Ver k soie, produi- 
sant de la soie bonne i filer. 

Prix. — Une medaille de 1000 francs. 

IX. Acclimatation en Europe ou en Algeria d'uo Insecte producteur de 
cfre, autre que TAbeille. 

Prix. — Une inedaille de 500 francs. 

X. Creation de nouvelles vari«5t^s d'Ignames de la Chine (JHoscorea h<P- 

tatas), sap^rieures k celles qu'on poss^de d^cl, et aot^mment plilt 
faciles 2i cultiver. , , •, > i ?.„,,,,, 

Prix. — Une medaille de 500 francs. 

XI. introduction, culture et acclimatation du Quinquina dan.'i le midida 
U-. I'Europe oU dans une des Colonies europdennes. 

Prix. — Une medaille de 1 500 francs. 

N, B. Ln Soci^t< se reserve, s'il y a lieu, de d<5cerner des seconds prixoo 
d'accorder des encouragements. 

— M. le comte d'Epremesnil, secretaire general, presente 
le Rapport sur les travaux de la Commission des recompenses (1 ^ ; 
puis il a et^ precede h la distribution des m6dailles, menlions 
honorables et recomper.ies pecuniaires. 

La Societe a decide, en premier lieu, qu'une adresse serait 
envoyee a S. M. la Reine d'Espagne, comme t'MTioignago de la 
reconnaissance de la Societe pour la haute protection accordee 
par Sa Majesle aux diflerenls essais d'acciimatation entrepris 
dans ses Etats. 

, Les recompenses docernees cette annee sont : 

1' Ouat'"e til res de membres honoraires. 

2" Deux grandes m^dailies d'or, recompenses hors classe. 

(1) Cette Commission ^UAi compos^e : 

Metnbres de droit. Le President et le SecrAtnire j»eneral. 

Membrex ^ ux par leConseil. — MM. Augusta Dumeril, Frederic Jacquemart, 
Passy et Jacques Valserres. 

Men^nes el'is par ic'^ ci'-q wclinnx. — MM. Bi^ot, le docteur Citouippe, Dareste, 
le baron Le Guay, el Polel-Lecouteux. 



XXIV SOCIETY IMP^RIALE ZOOLOGIQUE d'aCCLIMATATION. 

3° Vingt-quatre mMailles d'argent, m^dailles de premifere classe. 
U° Vingt-sept mMailles de bronze, m^dailles de seconde classe. 
5° Vingt-trois mentions honorables. 
6° Trois recompenses pecuniaires. 

Les litres de membres honoraires out ete conteres a : 

MM. BouRsiER DE LA RiviKRE, Consul de France en Californie. 

Le due de Gramont, minislre pl^nipotentiaire de France ci Turin. 

Le docieur Von Siebold, h Bonn (Prusse). 
S. Exc. Chretien de Steven, a Saint-Pc^tersbourg. 

La premiere grande medaille d'or, hors classe, a ete decernee 
auMiNisTEREDE laGlei{RE. Cette medaille devait^tre remise au 
Minislre le lendemain de la seance, au nom de la Sociele, par 
M. le Prt'sident el deux aulres membres du Bureau; mais 
S.Exc. le marechal Vaillanl, Minislre de la guerre, a voulu re- 
cevoir, a la seance m6me, des mains de M. le President, la 
premiere grande medaille d'or attribuee au deparlement place 
sous sa baute direction. 

La seconde grande medaille d'or a ete decernee a M. Aubry- 
Lecomte, ancien aide-commissaire de la marine au Gabon, qui 
aeu riionneur de la recevoir des mains de S. A. L le prince 
Napoleon. 

(Pour les aulres recompenses accordees par la Sociele, voyez 
ci-apres le Rapport de M. le comle d'Epremesnil.) ; 

Parmi les laureats, presque tons ceux qui babitent Paris ou 
ses environs, el plusieurs habitants des departements eloignes, 
sont venus recevoir les recompenses qui leuravaient ete attri- 
buees, el qui ont ele remises par S. Exc. le Minislre de Tin-* 
slruclion publique aux fonctionnaires ressortissant a son 
deparlement, par S. Exc. le Minislre de I'agriculture et du 
commerce aux industriels el aux agriculteurs, el par M. le 
President aux aulres laureats. 

Le Secretaire des stances, 

Aug. Dumeril. 

Le Conseil a arrcite que loules les pieces lues dans la seance 
publique du 10 seraienl irnprimees in extenso dans le Bulleti?i, 
el placees en t6te du volume en cours d'impression. 



.i ' ' ' DISCOUKS DUUVEMTURE. * ^.> XXV 

DISCOURS D'OUVERTURE 

Par in. b. GEOFFROY SAIKT-HILAIBE, 

PnfelDBNT DB LA SOCIBTE, 



Monseigneur, Messieurs, 

La Societe imperiale zoologique d'AccIinmtation entre au- 
jourd'hui dans la quatrieme annee de son existence. Le 10 fe- 
vrier 1854, ses membres fondateurs s'etaient reunis dans une 
modeste enceinte et comme en famille, pour se constituer et 
commencer leurs travaux ; elle vient, pour la premiere fois, en 
apporter les resultats au public ami des sciences et du progres. 
Pour la premiere fois aussi, elle va distribuer ses recompenses 
aux savants, aux agriculteurs, aux praticiens qui, en Europe 
et hors de I'Europe, ont repondu a son appel par d'utiles expe- 
riences et plusieurs deja par d'incontestables succ^s. Tel est 
le double but de cette reunion, dans laquelle mes coUegues ont 
voulu que je prisse le premier la parole, pour retracer Forigine 
et le but de notre Societe. D'ou sommes-nous venus? Oil ten- 
dons-nous ? Quelle oeuvre voulons-nous accomplir ? J'essaierai 
de le dire en peu de mots. 

Chaque climat a ses productions •, chaque region ses especes 
animalei et vegetales. Mais la nature les y a-t-elle invincible- 
ment attachees ? A-t-elle pose des lois qui leur interdisent de 
franchir les limites de leur patrie originelle ? Sont-elles com- 
parables a ces Hots de la nier condamnes a venir briser eter- 
nellement, au pied des monies rochers, leur force brute, leur 
violence inutile ? Dieu leur a-t-il dit, a elles aussi : Vous vien- 
drez jusqu'ici •, vous n'irez pas plus loin ! 

Jetons les yeux autour de nous, et nous lirons partout la 
m6me reponse. 

Parmi les Vegetaux, le Ble, la Vigne, la Pomme de terre et 
une foule d'autres sont-ils des presents de notre sol? Non, le 
Ble et la Vigne nous sont venus de TOrient, la Pomme de terra 



XIT! SOClfiTfi IMP^RIALE 7W)L0GIQUE tf'ACCLlM AT AXIOM. 

d'Amerique ; plantes acclimatees en Europe, les deux premieres 
de temps immemorial, Tautre au xvi* si^cle, et maintenant 
plus multipliees chez nous, [jarce qu'elles y sont plus utiles, 
qu'aucune d% <^\\^ qiie lA nAtlli^e y av^it ^la^ees. Immenses 
Lienfaits, ettels, au jugenientdes anciens, qu'ils ne pouvaient 
venir que de mains divines ! Ceres , Triptoleme, Bacchus , 
avaient leurs places dans rOlympe : dieux de la paix a cote 
des dieux de la guerre, et les plus cbers, sinon les plus craints. 
Pieux enthousiasme, ardente reconnaissance delajeune huma- 
nite, avec lesquels contraste tristement la froide et oublieQse 
indiff<^rence des generations modernes. Qu'un conquerant ait 
ajoute une province a son empire il y a vingt siecles, et nous sa- 
vons tous son nom : savons-nous aussi bien que Hawkins et 
Drake ont fait la pacifique conqu^te de la plante que Parmen- 
tier a depuis cultivee et repandue ? Pourtant, si ce conquerant 
est un heros, Hawkins, Drake, Parmenlier, sont les bienfaiteurs 
du genre humain. j^ 

INos animaux les plus utiles ne sont pas plus que nos vege- 
taux alimentaires, originaires du sol dont ils forment aujour- 
d'hui U principale richesse. Le Cheval et I'Ane, le Boeuf, le 
Mouton et la Chevre, le Chien et le Chat, la Poule, le Faisan, 
le Paon, la Pintade, et n'oublions pas le plus petit, niais non 
le moins important de nos animaux domestiques, ie Ver a sole, 
sont des dons de I'Asie ou de I'Afrique : les uns, et les plus 
precieux, obtenus dans la haute antiquite; les autres acquis 
aux temps des guerres grecques ou de la domination romaine. 
Dans les tewps modernes, pons avons du a FAmerique le Co- 
baie, le Dindon et deux Oiseaux d'eau. Tellement que des 
quatre grandes parties du monde, celle qui a le moins enrichi 
I'Kurope, c'est I'Europe elle-meme. Nos animaux domesliques 
sont ndtres, non par droit de naissance, maispar droit de con- 
qu6te. L'homme a commande et la nature a obei. 

Mais l'homme avait-il assez commande ? la nature avait- 
elle assez obei? On a semble le croire, et j\ii du autrefois 
repondre, et m6me a plusieurs reprises, a ceux qui disaient : 

Nos especes domesliques suffisent a tous nos besoins : le 
Gbevai etle Bowif nous donnent leur force; le Boiuf, le Pore, 



DISC0UR8 D OUVEKTURK. VXVU 

le Moutori et la volaille leur chair; la Vache et la Ch6vre leur 
lait ; la Poule ses oeufs ^ la Brebis sa laine ; le Ver tlu mOrier 
sa soie : pour([uoi done de nouvelles conqu6tes? Nous soiDHieg 
assez riches : reposons-nous sur iios richesses ! 

J'ai fait Tinventaire de ces pretendues richesseSi el voici ce 
quej'ai trouve : dans la nature, cent quarante miile espies 
animates au moins; etsur ces innomhrabies especes, quaranle- 
trois seulement au pouvoir de Thonime ! Et encore, sur ces 
quarante-trois, dix manquent a la France! On cite de ieli 
chiflres, on ne les conimente pas. Disons-le done hardi- 
ment : il ne nous reste pas seulement a glaner sur les pas des 
generations anterieures ; de riches moissons sont eneor« 
debout. 

L'objectron que je viens de rappeler n'est-elle que fausse ? 
Je ne craindrai pas de lui faire un autre reproche : j'oserai 
la dire egoiste, presque inipie. N'avons-nous pas u tenir 
compte des besoins loujours nouveaux que cree I'accroisse- 
nient conlinu de la population, qu'amene le flot toujours mon- 
tant de la civilisation ? Et celte parole : Reposons-nous sur nos 
richesses ! ne se ramene-t-elle pas en derniere analyse a eell^ 
ci : Nos peres ont beaucoup fait pour nous> nefaisons rien pour 
nos fds. 

Dieu a fait Thomme roi des trois R^gnes ; des trois grands 
royaumes de la nature, disaient nos peres. Pensee aussi juste 
que feconde, mais si elle est bien comprise. L'homnie ne regne 
sur la nature qu'a la condition de se l'6tre asservie par le tra- 
vail, de Tavoir vaincue, de la vaincre sans cesse. L'homme n'est 
le maitre que decequ'il a conquis, dece quMl conquiert chaque 
jour; tellement qu'il ne saurait s'arr^ter sans reculer; et s'il 
etait jamais possible qu'il voulut se reposer sur ce tr^Qie d'ou il 
domine la creation tout entiere, il n'y demeurerait pas 5 le second 
jour de son repos si'rait le premier de sa decbeance. a Tu tra- 
yailleras^ et ton labeur sera grand » : divine parole qui n'est 
pas seulement applicable a chacun de nous, mais aux peuples 
coMime aux hoiiinies, a la Societe. a rhumaiiite tout entiere. 

Ne nous arrfiloiis done pas plus dau> la possession de la na- 
ture vivante, qu'a cote de nous, les geologues, les physicien^ 



XXVIH S0ClfiT6 IMP^RIALE ZOOLOGIQUE d'aCCLIMATATION. 

les chimistes, les industriels, dans celle, si ardemment pour- 
suivie, de la nature inanimee. L'industrie aussi est riche •, son 
empire est immense deja : la voyons-nous moins empressee a 
en reculer les li mites? a explorer le globe sur toute sa surface 
et jusque dansses plus secretes profondeurs? Non, plus elle en 
a obtenu, plus elle lui deraande, et plus elle en obtient; car 
elle a maintenant contre lui toutes les ressources dont Tont 
armee ses victoires anterieures : tous ces metaux, toutes ces 
roches, tous ces combustibles, qu'elle s'est successivement ap- 
propries •, toutes ces forces qu'elle a su faire jaillir de la combi- 
naison de ces elements et du jeu reciproque de ces corps; 
toutes ces merveilles par lesquelles le genie des Watt, des 
Volta, des (Ersted, des Ampere etde leurs successeurs, semble 
avoir pris a tache de realiser tous les r^ves de nos peres, toutes 
les fictions de I'Orient ! Hien n'est impossible a la nature, disait 
Pline. Rien n'est impossible a la science, mot d'Arago, il y a 
vingt ans, et de nous tous, depuis que nous voyons tous ce que 
I'illustre physician' commen^ait a voir ou ce qu'il pressentait: 
la nature partout vaincue; la vapeur entrainant des popula- 
tions enlieres, avec la rapidite de Tancien telegraphe, sur notre 
sol nivele, sur nos fleuves, et jusque sur TOcean qui ne separe 
plus les peuples, mais bien plutot les reunit j lalumiere devenue 
pour nous peintre et graveur, le plus delicat, le plus fidele des 
peintres, le plus prompt, le plus exact des graveurs-, I'electricite 
esclave plus soumise encore, Proteeauxmille formes, et m6me, 
est-ceassez dire? Elle grave, sculpte, et dore; compose et de- 
compose les corps-, elle meut nos machines; elle eclaire nos 
nuits de la seule lumiere que n'efface pas celle du soleil; elle 
porte notre pensee le long de ses fils mysterieux, avec cette 
vitesse de la foudre, qu'on peut bien calculer, mais qu on ne 
saurait ni exprimer ni m6me concevoir. Qu'est-ce, pres d'elle, 
que le vol de I'aigle, I'elan du boulet a la sortie du canon, la 
course elle-m6me de la terre dans son orbite? le repos, I'im- 
mobilite ! 

Nous n'avons sans doute a atlendre de telles merveilles ni 
de Tagriculture ni de I'acclimatation : mais il n'est pas neces- 
saire qu'un progres soit un prodige pour 6tre un bienfait. Je le 



DISCOURS D OUVERTURE. XXIX 

disais recemment (1), et je rappellerai ici cette veriteque nul 
n'a conteslee : A chaque science, a chaque art, sa mission, 
et pour ainsi dire sa fonction sociale 5 et celle de Thistoire 
naturelle et de ses applications n'est pas la moins irnportante. 
Ce n'est pas sans motifs que, dans la Genese, Abel et Cain, 
p^res de I'agriculture, sont antcrieurs a Tubalcain. pere des 
arts mecaniques, comme dans rOlynipe mytliologique, Ceres, 
deesse des nioissons, precede Vulcain et Mercure, dieux des 
arts et du commerce. Avant les arts mecaniques, physiques, 
chimiques, aux(juels se rapportent la construction, Tarrange- 
ment de nos demeures, et nos voies de transport et de com- 
munication, avaient dOi venir les arts agricoles auxquels il 
appartient essentiellement de nous alimenter et de nousv6tir: 
ceux de tons par consequent dont Taction sur nous est la plus 
immediate et la plus intime, comme la plus continue ou la plus 
souvent repetee. Les progres des autres arts entretiennent le 
mouvement social et pour ainsi dire la vie des peuples; mais, 
avant tout, de ceux des arts agricoles dependent la sante et la 
vie des hommes. Et c'est pourquoi en agriculture il n'y a pas 
de petit progres. « Celui, dit Voltaire, qui fait croitre deux 
brins d'herbe ou il n'en croissait qu'un, rend service al'Etat.» 
Comment ce qui estvrai de I'agriculture. ne le serait-il pas 
de sa branche la plus nouvelle, et peut-6tre la plus feconde, 
Tacclimatation? Et ici, m6me, serait-ce assez de rej)eter le 
mot de Voltaire? L'acclimatation, la domestication d'une espece 
animale ou vegetale utile, ne profite-t-elle qu'au pays qui I'a 
re^ue le premier des mains de la science? et au temps ou I'ac- 
climatation a ete obtenue ? Est-ce un progres local et tempo- 
raire? ou destine a etendre au loin son heureuse influence, 
et a se perpetuer dans Tavenir? C'est demander si le premier 
qui a dompte le Cheval, nourri le Ver a soie, seme le Ble, a bien 
merite d'un peuple et d'un siecle, ou de tous les peuples et de 
tous les si^cles ? si la Pomme de terre cultivee d'abord en Vir- 
ginie, vers 1580, est sortie de ce pays ; si son acclimatation a 
ete un bienfait pour quelqugs hommes ou envers Thumanite ? 

(1) Lettres sur les substances alimentaires^ et particuli^rement sur la 
viande de Cheval. Paris, ln-12, 1856. 



IXX SOCIETlS IMPERIALE ZOOLOGIQL'E d'aCCLIMATATION. 

Et puisque de Parmenlier a M. IMontigny la transition est 
oaturelle, si naturelleque votre pensee s'est deja portee sur lui 
et sur les dons quMls nous a fails, voyezcequi arrive deja pour 
rigname et le Sorgho : tout recemment importees en France, 
a peine sorties des cultures de MM. Decaisne, Pepin, Paillet, 
Vilmorin, Robert et Hardy, la nouvelle Pomme de terre, la 
nouvelle Canne a Sucre ont de toute part franchi nos fronticres : 
la Chine les avait donnees a la France^ la France les a donnees 
a I'Europe ; elle va les donner a I'Am^rique. 

Introduire, multiplier une plante utile; domestiquer, accli- 
Hiater un nouvel animal auxiliaire, alimentaire, industriel, 
e'est done bien meriter, non des siens, mais de tous ; et apres le 
present, de Tavenir, puisqu'il s'agitici de richesses destinees a 
86 reproduire sans cesse, et par la m^me, non pas seulement 
a se conserver , mais a s'accroitre de si^cle en si^cle. i 

Yoila ce qu'ont compris, messieurs, eclaires par les preceptes 
de Buflbn, par I'exemple de Daubenton, les premiers fonda- 
teurs de la Societe d'acclimatation : M. le comte d'Epremesnil, 
M. Richard (du Cantal), et plusieurs autres de nos devoues 
confreres ; et voila ce qui , dans la premiere et humble 
reunion d'oii la Societe est sortie, leur donnait deja, en leur 
fBUvre future, une confiance que le suce^s n'a pas seulement 
justifiee; il Va depassee. Nous voulons fonder, disions-nous, 
une association , non-seulement de savants, de naturalistes, 
d'agriculteurs, mais d'hommes eclaires et d'amis du bien pu- 
blic, en France et dans tous les pays civilises ; association jus- 
qu'a ce jour sans exemple, comme I'cEuvre qu elle est destinee a 
accomplir, etquin^estrien moinsquel'echange, entre toutesles 
parties du globe, de leurs productions utiles, de leurs richesses 
naturelles, par le concours de tous, et a Tavantage de tous. 

Tel fut, il y a trois ans, et tel est encore notre programme 5 
telles furent les premieres paroles prononcees dans la Societe 
naissanle. Ai-je besoin de dire qu'elles ont ele entendues? Tout 
ce que nous avions espere s'est reaUse, et aussi ce que nous 
n'osions prevoir. INous avions vc^lu fonder, en m^me temps 
qu'une association de science et de pratique scienlifiquc, une 
oeuvre de devouement et de bien public ; nous avons dii noqs 



DISCOUnS B OUVERtiiP,* ■«?! " (I «w xnxi 

feliciter, mais non nous elonner de voir bientdt sur notre liste, 
k cote (les plus beaux noms de la science fran(;ai9e, ceux de 
ees hommes genereux qu'on trouve partout on il y a du bien a 
jfcire : les De Metz , les Rainneville, les Saiidoz, les Delessert, 
les La Rochefoucauld ; noms veneres qui n'honorent pas seule- 
ment, qui semblent consacrer les institutions qui ont le droit 
de s'en parer. 

fK Nous devions aussi compter sur le concours des chefs de Vt- 
gricuUure et de I'industrie fran^aise; il ne nous a pas fait de- 
faut, et la Societe a pu bientdt etendre ses essais de culture a 
la plupart de nos departements, et confier ses laines et ses soies 
auxplus habiles manufacturiers de Paris, de I'Alsace, de toute 
la France. 

Mais, a ces adhesions esperees et prevues, il s'en est ajoute 
un grand nombre d'autres sur lesquelles nous n'avions nul 
droit de compter. Parcourez les longues listes de la Societe, 
et vous verrez que la poesie et les arts y associent leurs plus 
hautes illustrations a celles de la science. Et ce n'est plus seu- 
lement a I'lnstitut que des naturalistes ont I'honneur d'avoir 
pour collogues, avec des chimistes tels que MM. Thenard , 
Dumas, Pelouze, et des geologues tels que M. Elie de Beau- 
iBont-, avec des agricuUeurs tels que M. de Gasparin, et des 
medecins tels que MM. Rayer et Cloquet: avec des savants 
diversement illustres tels que MM. Chasles, Jomard, Seguier, 
le mareehal Vaillant , des orateurs comme MM. Odilon Barrot 
et Dupin, des litterateurs comme MM. Saint-Marc Girardin et 
liCgouve, des peintres comme Horace Vernet, des composi- 
teurs coninie Halevy, des poetes comme Lamartine. 

Est-il necessaire d'ajouter que le Gouvernement a donne a la 
Societe son appui le plus bionveillant? Non ; mais si je me bor- 
nais a ces mots, je ne serais pas seulement par trop incomplet, 
je manquerais a la reconnaissance que ressent la Societe, et je 
tiens au moins a en deposer Thommage sur des tombes recem- 
ment fei-mees. Je puis ne pas dire iri, je ne dirai pas tout ce 
qu'onl fait pour nous, et presque des Torigine de la Societe 
M. Drouyn de Lhuys au minist^re des affaires etrangeres et ^ 
la guerre M. le mareehal Vaillant : notre reconnaissance saura 



XXXII SOCI^TE IMPERIALE ZOOLOGIQUE d'aCCLIMATATION. 

d'ailleurs se temoigner sous d'autres formes, et plus eloquem- 
mentque je ne saurais rexprimer ici (1). Je me tais done sur 
tous les services rendus a la Societe par ces deux Ministres, 
comme sur tout ce qu'ont fait pour elle, en France aussi, M. le 
general Daumas et M. Mestro, et dans cette Afrique qu'il rend 
chaque jour plus fran^aise, un autre membre illustre de la 
Societe, le marechal Randon. Mais comment ne pas rappeler 
que M. Ducos, Ministre de la marine, mettait a la disposition 
de la Societe, des la premiere semaine de son existence, un 
batiment a vapeur de I'Etat pour achever le transport du trou- 
peau d'Yaks de M. de Montigny, arr6te aux Acores par le 
naufrage du bfitiment qui I'avait amene de Chine ? Et comment 
ne pas ajouter qu'a Varrivee de ce precieux troupeau, la Societe 
en recevait la moitie de M. Fortoul, Ministre de I'instruction 
publique, et pouvait, grace a lui, commencer sa premifere 
grande experience d'acclimatation, celle dont un de nos plus 
eminents confreres vous fera bientotl'interessante bistoire? 

Tous cesfaits, messieurs, se rapportent a la premiere annee 
de la Societe ; et elle entrait a peine dans la seconde, qu^elle 
recevait encore de plus hauls temoignages, les plus hauts dont 
puisse 6tre honoree une Societe scientifique francaisc. Sur le 
rapport du Ministre eclaire qui preside aux progres de notre 
agriculture, et dont la haute bienveillance envers notre associa- 
tion se temoigne trop bien en ce moment m6me pour que j'aie 
besoin de vous la dire (2), le Conseil d'Etat declarait etablisse- 
ment d'utilite publique la Societe presque naissante encore •, 
et, dans la m^me semaine, I'Empereur, en relevant au rang 
de Societe imperiale, voulait bien se faire inscrire lui-m6me, 
en t6te de sa liste, comme membre protecteur. 

(1) Dans la m6me stance, la premifere grande m^daille (ror (hors classe) 
a €l& d^cern^e au Minist^rede la guerre, et remise par le President a S. Exc. 
le marechal Vaillant, au milieu des tt^moignages de la plus vive sympathie de 
I'assembl^e tout eniiere (voyez le Proc^s-verbal, page xxiv). Et peu de jours 
apres, le 20 f^vrier, M. Drouyn de Lhuys a et^ ^lu vice-prdsident de la Society 
ii la presque unanimity des suffrages (299 sur 30Zj). Des membres de presque 
tous les fitats de TEurope, usant du droit que leur conf^re le Mglement, 
avaient envoys leurs votes sous pli cachet<5, et ont concouru h cette Election. 

(2) Voy. p. XXI. 1^ 



XXXIII 

La Societe ii'a pas <He nioins heureuse en dehors du pays oil 
elle a pris iiaissance, ou elle a son siege et la plupart de ses 
membres, auquel elle doit les premiers fruits de ses travaux. Ici 
encore nos previsions les plus hardies ont ete depassees. Deux 
^tats deTEurope, la Russie et la Suisse, avaient seulsdes repre- 
sentants parmi les fondateurs de la Societe : le prince A. de De- 
midoff et M. Sacc. A la suite de ces deux noms eminents, une 
foule d'autressont bientot venus s'inscrire, et non pas d'Europe 
seulenient, mais de toutes les parties du monde civilise. On 
nous avait taxes de presomption lorsque nous disions, posant un 
principe dont nous laissions le developpement a I'avenir : La 
Societe d'acclinriatation, eminemment frangaise, nationale, de- 
vra6tre un jour, deplus, internationale, universelle. Eh bien! 
elle n'a plus a le devenir : elle Test. En moins de trois ans, la 
Societe d'acclimatation a pris pied par tout le monde : dans tous 
les Etats de I'Europe, un seul excepte^ dans neuf Empires ou 
Royaumes asiatiques ; en Australie, et dans douze colonies ou 
Etats americains. Dans le plus vaste de ceux-ci, le Rresil, le Sou- 
verain lui-m6me a voulu honorer de son imperial nom une liste 
oij brillaient deja les noms de S. A. I. le prince Napoleon, de 
LL. AA. RR. le prince de Savoie-Carignan et le due Paul-Guil- 
laume de Wurtemberg , de LL. AA. les princes Charles Bona- 
parte, de Hohenzollern, de Salm-Dyck, et de tous les princes de 
la maisonregnante d'Egypte; ou I'extr^me Orient etaitlui-m6me 
represente par deux de ses Souverains, les Rois de Siam ; et oil 
vous deviez bientot inscrire ceux de deux princes royaux, vers 
lesquelsvonl,en ce moment m6me, lestemoignages devotre gra- 
titude : le prince Frederic-Guillaume de Prusse, et en dernier 
lieu, et comme couronnement de cette liste peut-6tre unique, 
le prince Albert d'Angleterre. Et que ce Prince auguste me 
permette de le dire ici : nous avions ose compter sur son ap- 
pui, comme, en France, sur celui du prince Napoleon. Ce n'est 
pas par un concours fortuit de circonstances que notre Societe 
est nee au lendemain de I'Exposition universelle de Londres, a 
la veille de I'Exposition universelle de Paris ; ces f6tes solen- 
nellesdeTindustrie, vraimentdignes de laGrande-Bretagne, de 
la France et du xix' siecle ; luttes pacifiques entre tous les peu- 

T. IV.~Fevri«r i85T. C 



iXXlV SOCIETE IMPERIALE ZOOLOGIQUE d'aCCLIMATATION. , , . 

, . ; : ^rtQ 

pies civilises et profitables a tous, car la defaite y etait \im^rj^". r 

le^oii-, dt oil les vaincus eux-m6mes applau'dissaient au vairf- 

queur, lorsqu'il recevait, de mains royales. une palme defcer- 

tiee par Felile intellectuelle de TEurope... Mais je m'arrSte 

ici ; je ne saurais louer, et j'ose a peine remercier si pr^s de 

tnoi (1). 

Je serai plus a Taise pour dire ce que nous devons a d'au- 
tres temoignages de lasympathie qu'inspire partout la Societe. 
Sur un grand nombre de points, elle n'a pas seulement at compter 
§ur les efforts isoles de ses membres, et sur I'appui des gou- 
ternements : a la Societe comme a un centre commun se sont 
tattachees plus de trente associations qui, a ses 1200 membre^, 
iBssurent le concours indirect de plusieurs milliers d'autres. ,r 
Parmi ccs associations, les unes, comme a Grenoble qui a pris 
ici une genereuse initiative, comme a Nancy, a Berlin (bientdt 
fl, Moscou,a Saint-Petersbourg, a Cayenne, a Rio-Janeiro), sont 
des Societes d'acclimatation, lilies de la n6tre dont elles appli- 
quetit et etendent les vues. D'autres se sont constituees comme 
comites de notre Socicite! elle-m^me, a Bordeaux, dans nos 
colonies, a Alexandrie d'Egypte ; et une autre doit 6tre etablie, 
genereux projet du prince Halim, membre de la Societe, k 
Khartoum dans le Soudan, a mille lieues au sud d' Alexandrie, 
aux derniers confins de la civilisation musulmane. 

Telle est, messieurs, la Societe d'Acclimatation ainsi que Tout 
faite trois annees d'efforts, association sans exemple peut-6tre 
d'hommes de tous les pays et de toutes les classes reunis paf 
une pensee commune; bu I'agriculteur, le commercant, I'in- 
dustriel, Thomme de science, siegent a cote des chefs de Tad- 
ministration, des princes de TEglise, des grands dignitaires d^ 
I'armee et de la marine 5 ou concourent a la m6me ceuvre la 
main qui dirige la charrue, la main qui tient la plume, la main 
qui porte Tepee, la main qui porte le sceptre. 

(1) On a vu (page xxi) que iVl. le President avail I'lionneiir d'etre placi 
prfes de S. A. I. le prince Napoleon, au moment ou il pronor.cail ce dis- 
cours. Pi, 



"i 



i.lt^ 



ttAPPORT 9l'R LES TRAVAU* tin LA SOC16t6. Wtt 



RAPPORT xj 

SUR LES TRAVAUX ^* 

'A 

im LA SOCIETK IMPERIALE ZOOLOGIQUE D'ACGLIMATATIONti* 

PENDANT l'ANN(::E 1856, 



Par n. Aagnste DUMl^BIL, 

Secretaire ties tuances. 



Monseigneur, Messieurs, 

Appele par le Conseil d'ad ministration a vous rendre compte 
des travaux de la Societe pendant I'annee qui vient de s'ecou-. 
ler, je dois louL d'abord me feliciter de la taclie qui m'est im- 
posee, en raison de Timportance des progres accomplis deju 
dans la voie que nous pareourons d'un conimun accord. 

Voire Secretaire, osant esperer en la bienveillance de ee 
nombreux et brillant auditoire, est beureux d'avoir a vous ap- 
porler de nouvelles preuves de I'entrainement avec lequel est, 
acceptee la pensee fecoude qui a donne naissanee a notre assQ-,. 
ciation. Cette pensee, on ne saurait trap le repeter, se rattache 
d'une fa^on si intime a celle de Tamelioration du bien-^lre 
general, qu'il n^y a pas lieu de s'etonner dt', TaGcueil qui hii. 
est fait de touto part. 

Augmenter partout oii cela est possible le nombre des ani- 
niaux et des vegetaux destines a servir a ralimentation ou a 
doter i'industrie de precieux produils, et importer dans les 
pays qui ne les possedent point en( ore des races animales dont 
les services peuvent 6tre utilises, n'esl-ce pas se proposer le 
plus noble but? Aucun doute a cet egard n'est permis en pre- 
sence de Tappui que le Chef de I'Etat daigne atcorder a nos 
travaux et decelui que nous trouvons dans les cotirs etrangeres. 
N'est-co pas, en outre, nne puissante approbation que Taug- 
mentation constante et si rapide de nos membr( s recrutes dans 
les classes les plus eclairees, oil Ton est toujoui s sur de trouver 
un prompt et loyal concours lorsqa'on fait appel a des senti- 
ments nobles ot genereux. ' t 



XXXVI SOCl^TE IMP^RIALE ZOOLOGIQUE d'aCCLIMATATION. 

Quels encouragements, d'ailleurs, n avons-nous pas reQUS 
depuis Tepoque encore si recente ou notre savant President, 
appuye sur les fortes convictions de quelques zeles partisans 
de ses vues elevees sur T indispensable necessite d'augmenter 
autour de nous le nombre des animaux utiles, a pose les pre- 
mieres bases de notre Societe ? II vient de vous exposer, dans 
son eloquente et chaleureuse allocution , les succ^s de notre 
oeuvre a peine commencee, et il vous a rappele, en termes 
vivement sentis, combien nous devons etre heureux et fiers de 
la haute protection dont on daigne seconder nos efforts. Vous 
me permettrez done, messieurs, en presence des auditeurs de- 
vant lesquels j'airhonneur de porter la parole, de ne pas insister 
davantage sur les sentiments de gratitude dont nous sommes 
tous si vivement penetres. 

C'est avec joie que nous devons signaler I'extension remar- 
quable du cerclede nos travaux. Leur utilite, on peut I'affirmer, 
est appreciee sur presque toutes les parties du globe, puisque 
nous comptons des confreres dans la plupart des Etats de I'Eu- 
rope, sur divers points de I'Afrique, sur le continent indien, 
en Australie et dans les deux Ameriques (1). La liste deja si 
longue de nos adherents s'augmente chaque jour, et nous avons 
eu la vive satisfaction de recevoir de frequents temoignages de 
sympathie de la part de plus de vingt associations scientifiques 
ou agricoles des departements, qui se sont rattachees a nous 
par le titre de Societes agregees. D'autres reunions d'hommes 
frappes de I'importance du but que nous cherchons a atteindre 
ont voulu s'unir a notre oeuvre par des liens plus intimes, et 
s'etant constituees sur des Statuts analogues aux notres, elles 
portent la denomination expressive de Societes affiliees (2). 

(1) Pays Strangers, hors d'Europe, ou la Soci^t^ possede des membres : 
Asie (empire des Birmans, Chine, Japon, Indoustaii, Perse, royaume de Siam, 
Syrie, Tonquin). Afrique (Egypie, colonic da Cap de Bonne -Esperance, ile 
Maurice). Ain^rique (republique Argentine, Bresil, Chili, Colombie, Cuba, 
Etats-Unis, Nouvelle-Grenade, Mexique, Paraguay, Pdrou, Uruguay). 
Oceanic (Australie, Java). La Societe a, en outre, des membres dans la plu^ 
part des colonies francaises. 

(2) 22 Socidids agrdgdes ainsi rdparties : ih en France, 6 en Suisse et 
3 CQ Pi^moat. k Soci^t^s affiliees : '6 ea France et 1 eo Prusse. 



RAPPORT SUR LES TRAVAUX DE LA SOCI6t6. XXIVIl 

Ce n'est pas seulement en France, au reste, que ces pr6- 
cieuses adhesions nous sont donnees, nous les avons revues 
egalement du royaume de Prusse, ou une Societe animec des 
monies sentiments que celle de Paris vient de se fonder a Ber- 
lin, apres avoir sollicite et obtenu de vous, par acclamation, 
le litre de Societe affiliee. 

Enfin, dans certaineslocalites, le devouement d'hommes qui 
se sont donne pour mission de contribuer a la realisation de 
nos projets aura les plus heureuses consequences, car des Co- 
mites regionaux s'y sont recemment institues. Nommer Khar- 
toum dans le Soudan, ou le prince Halim a forme le projet 
d'en fonder un, et Alexandrie, ou les premiers personnages 
du gouvernement egyptien ont pris I'initiative de cette heu- 
reuse creation ; puis Bordeaux, ou S. Exc. Monseigneur le 
cardinal-archev^que Donnet et M. le Prefet de la Gironde 
ont bien voulu accepter la direction de travaux auxiliaires 
desndtres-, nommer, dis-je, ces trois centres d'action, n'est-ce 
pas annoncer tout ce que nous sommes en droit d'attendre 
de la favorable situation de nos Comites? Elle nous rendra 
plus facile Tacquisition des richesses des diverses parties 
du monde qui renferment tant d'especes dont I'introduc- 
tion dans notre pays pent et doit 6tre tentee. Nos colonies 
nous viendront egalement en aide, grace a la bienveillance de 
S. Exc. M. le Ministre de la marine, qui a cree dix Comites 
destines a regulariser nos relations avec ces contrees lointaines 
{Bullet., t. Ill, p. \hh). 

A ces secours si utiles, il faut joindre ceux que nous assure 
le concours des divers agents consulaires dontle zele est sou- 
tenu par Tapprobation de S. Exc. M. le Ministre des affaires 
etrangeres, comme il I'avait ete d'abord par I'active interven- 
tion de son predecesseur, noire honorable confrere M. Drouyn 
de Lhuys. Nous avons aussi des remerciments a adresser a divers 
voyageurs (jui, sur le point d'enlreprendre de loinlnines excur- 
sions, ont offert leurs services avec empressemenl, et ont re^u 
des instructions redigees par des Commissions speciales. 

Parmi ces bienveillants partisans de nos esperances et de nos 
travaux, il en est deux auxquels nous devons ici une mention 



SdlLVin SOGJETE JMl'^RIALE ZUULOGIQUE u'aCCLIMATATION. 

particuliere. Je veux parler de Fun de nos vice-presidents, 
M. le docteur Richard (dii Caiital), eL de M. Albert Geoffroy 
^aint-Hilaire, qui , charges d'une mission importanle par la 
Commission permanente de TAlgerie et des Colonies, se sont 
|,ransportes, depuis plus d'un mois deja , sur notre territoire 
africain. Animes uniquement de I'amour de la science et du vif 
desir de hater la marche de notre Societe vers un but dont ils 
comprennent Vimmense utilite, ils veulent etudier les res- 
sources de cette contree. Ils se proposent d'en examiner avec 
le plus grand soin, au point de vue de racclimatation, les pro- 
ductions animales, en cherchant en m^me temps a apprecier 
le role que ce pays peut etre appele a jouer comme lieu d'in- 
troduction ])0ur des especes auxquelles les conditions clima- 
teriques de la France ne sauraient 6tre imposees tout d'abord 
sans danger. Dans cette circonstance, messieurs, nous avons 
encore a offrir a S. Exc. M. le rainistre de la guerre et a M. le 
Marechal Randon, gouverneur general de nos possessions alge- 
riennes, I'expression de notre profonde reconnaissance a Foc- 
casion de Faide promise pour cette mission, qui durera pres 
d'une demi-annee, et dont nos zeles confreres ont deja eprouve 
les heureux elTets. 

En presence de tant d' efforts vers un m6me but , celui de 
Facclimatation d'especes utiles a Fhomme, si imperieusement 
reclamee par I'accroissement des populations, ainsi que par 
Finsuffisance des produils aliaientaires et de ceux dont Fin- 
dustrie pourrait repandre Fusage, vous ne serez point etonn^s, 
messieurs, que la Societe ait de norabreuses recompenses a 
ilecerner. 

Or, parmi les travaux importants de cette annee, je dois 
i)iter ceux de la Commission chargee d'etudier dans tons ses 
details cette question des recompenses, et par suite de proposer 
au Conseil des articles additionnels a nos reglemenls. Vous avez 
tous conserve le souvenir du rapport remarquable et si plein de 
lucidite que vous a iu notre President, qui s'etait charge de la 
difficile mission d(> formuler les resolutions arr^tees au sein de 
la Commission. Depuis plus d'un mois, celle a qui vous avez 
confie le soin d'examiner les pieces de ce concours tout nou- 



RIPPORT SUR LES TRAVAUX DE Li SOCll^.Tifc. \XXl% 

veau, si propre a favoriser les essais serieux et utiles, s'est fre- 
quemment reunie. Ses propositions, adoptees par le Conseil, 
vous seront, dans un moment, exposees par M. le Secretaire 
general. 

Une autre Commission, chargee par vous d'etudier, a notre 
point de vue, divers produits de I'Exposition universelle de 
1855, vous a presente une serie de rapports oii se trouve un 
vaste catalogue des principaux objets dontl'acclimatation et la 
propagation ont paru devoir 6tre plus specialement designees 
a vos efforts (1). 

A la suite de cette admirable lutte des industries de toutes les 
parties du monde, de nombreux dons ont ete re^us de MM. le» 
Commissaires des gouvernements etrangers. M. Guerin- 
Meneville, en vous faisant, dans un rapport, une enumeration 
methodique de ces presents, a surtout insiste sur leur im- 
portance comme materiaux de la collection d'histoire natureU^ 
appliquee deja fort riche que nous possedons, et dont une petite 
partie est renfermee dans les vitrines de la salle de nos reyir 
jjions habituelles (Bulletin, t. Ill, p. 12). .^', 

, ^\ ^n pcint de vue plus special, M. Dareste vous a entrctenu, 
k I'occasion des dons de I'exposition australienne (Bulleiin, 
t. Ill, p. 57), des ressources que ce riche pays peut fournir pour 
des tentatives d'acclimatation en Europe, a cause de I'analogie 
des climals de certaines regions de TAustralie comparees a 
ritalie, a I'Espagne et au midi de la France. C'est surtout de 
la terre de Van-Diemen et des parties les plus meridionales de 
la Nouvelle-Zelande qu'on peut recevoir des productions vege- 
tales et animales tres precieuses pour nous, et dont il est per- 
mis d'esperer la facile propagation sur notre propre territoire. 

Sous ce rapport, nous avons deja plus que des esperances, 
c^r les soins les plus attentifs apportes par MM. Chatin, Mo- 
quin-Tandon, Paillet et Lhomme a la culture du remarquable 
Igname de la Nouvelle-Zelande, que la Societe a regu de 

(4) Introflactiou k ces rapports par M. Lobligeois, secretaire de la Com- 
missioa gdiii^rale, t. (II, p. 100. — Rapport de la Sous-Coir mission charg^'* 
de Texaiuen des mieis et descires (M. |5igot, rapporieur), t. Ill, p. 101. — 
Rapport sur les iiuiles et les vjas (M. Dareste, rapporteur), t. Ill, p. 235. 



XL S0C1]^T]6 IMPlfiRIALE ZOOLOGIQUE d'aCCLIMATATION. 

M. Pidtlington et qui etait completement inconnu en Europe, 
demontrenL qu'il sem digne de prendre un rang eleve parmi 
les utiles produits alimenlaires fournis par les Dioscorees. 

Cette source de richesses pour notre agriculture semble, au 
reste, devoir s'accroitre prochainement et de la fagon la plus 
heureuse, grace aux nouveaux temoignages du zele infatigable 
deM. de Montigny et de savive sollicitudepour lesinter6ts de 
la Societe. 

Charge par le gouvernement, comme on le sait, d'une mis- 
sion extraordinaire dans le royaume de Siam et en Cochin- 
chine, notre ardent et habile confrere a deja fourni d'eclatantes 
preuves de son desir de faire servir d'une fa^on efficace a 
Tavancement de nos travaux la haute position qu'il doit a la 
confiance du Souverain. Nousavons dejaregu de lui deux dou- 
zaines environ de differents tubercules feculeux qui, nous dit-il, 
sont la providence des Siamois et doivent devenir pour nous une 
ressource assureecontre la famine. II est inutile, messieurs, de 
vous dire avec quelles precautions minutieuses la culture de 
ces plantes sera entreprise a Alger sous Tintelligente direction 
de M. Hardy, et plus pres de nous par ceux de nos confreres 
dont I'experience est un siir garant des efforts qu'ils feront 
pour ne rien negliger en vue d'un succes que nous devons ap- 
peler de tons nos voeux. 

Comment, en presence de la maladie qui atteint avec tant de 
violence le tubercule dont I'usage populaire est du a notre 
illustre Parmentier, ne souhaiterions-nous pas ardemment la 
multiplication sur notre sol de vegetaux destines a en devenir 
les utiles succedanes ! 

La plus connue jusqu'a ce jour parmi ces plantes a fecule, 
rigname de la Chine {Dioscorea batatas)^ commence, grace a 
la perseverance d'un grand nombre de nos confreres, et parti- 
culierement de M. Paillet, a prendre place parmi les vegetaux 
dont la culture, etablie des maintenant sur de vastes propor- 
tions par M. Remont dans les departements de Seine-et-Oise, 
delaDr6meetdesLandes(5M//e^, t. Ill, p. 577), deviendra 
sans doute usuelle dans un temps peu eloigne. On peut consi- 
derer comme devant contribuer a hater ce resultat la possession 



RAPPORT SUR LES TRAVAUX DE LA S0C1£t£. XLI 

toute recente des graines que M. Hardy vient d'obtenir k Al- 
ger, et qui, jusqu'a ce jour, nous etaient inconnues. Elles per- 
mettront, ainsi que le fait observer noire confrere, de modifier 
par des semis repetes la facheuse tendance de cette racine a 
pivoter profondement, ce qui en rendra plus facile Temploi 
agricole. 

A la suite de ces Dioscorees, il faut citer diverges plantes 
dont on vous a rappele les proprietes alimentaires. Tels sont 
le Cerfeuil bulbeux (Chcerophyllum bulbosum), le Zetout 
d'Algerie {Iris juncea), et TEpinard de Goree, sur lesquels 
votre attention a ete fixee par MM. Sacc, de Ces-Caupenne et 
Sicard {Bulletins, t. Ill, p. 352, A56 et 265). Mais, parmi 
les vegetaux dont la conqu6te est entreprise, c'est de la pre- 
cieuse Canne a sucre, ou Sorgho du nord de la Chine {Holcus 
saccharatus)^ qu'on vous a le plus souvent entretenus. Utilisee 
non-seulement pour la production du sucre et de I'alcool, elle 
I'a ete par M. d'lvernois, puis par d'autres, comme plante four- 
rag6reexcellente,dont les bestiaux se nourrissent avec avidite. 
De plus, les recherches de M.le docteur Sicard lui ont demontre 
la possibilite defabriquer avec cette gigantesque graminee un 
papier fort resistant et d'en obtenir un grand nombre de ma- 
ti^res colorantes tres varices. Les essais de culture ont eu lieu 
non-seulement en Algerie et en Provence, mais m6me aux en- 
virons de Paris, ou les resultats n'ont pas ete moins satisfai- 
sants. Des documents nombreux sur ce sujet sont consignes 
dans le troisieme volume de nos Bulletins^ et seront lus avec 
inter^t par ceux qui voudront connaitre, d'apr^s leurs propres 
tentatives, les avantages que le Sorgho pent ofl'rir aux cultiva- 
teurs. On saura bient6t quels sont ceux qu'il faut attendre du 
Riz sec des provinces septentrionales de la Chine. Par les soins 
de M. Tastet, qui a deja mis un grand zele a faire parvenir en 
France d'autres plantes de ce pays, la Societe va en recevoir 
de notables quantites, qui completeront la provision recemment 
envoyee par M. de Monligny. 

Outre les vegetaux d'origine chinoise, la Societe a ete mise 
en possession, par les soins obligeants de M. Mestro, I'un do 
ses membres et directeur des Colonies au ministere de la ma- 



XLII SOCIHSTlfe IMPERIALE ZOOLOGIQUE d'aCCLIMATITION. 

fine, de nombreuses semences et racines des Antilles, qui out 
ete placees dans les conditions les plus favorables pour qu'on 
pilten obtenir la reproduction [Bulletin^ t. Ill, p. hhQ>). 

M. Koenig-bey, membre tres actif de notre Comite d'Alexaa- 
drie, a fait present de plantes d'Afrique et de graines de Jav*. 
On en a regu de Tile Maurice par MM. Lienard pere et fils,,;c 

Tousles details qui precedent, etquelques autres que le de- 
feat de temps me force a passer sous silence, vous montrent, 
wessleurs, la multiplicite de nps travaux relatifs a I'introduotion 
des vegetaux etrangers. Vous ne devez done pas 6tre sqrpris 
que le Conseil, comprenant toute I'importance de ces travaux, 
m6me au point de vue de I'acclimatation des races animalea^ 
ait decide que la Commission permanente des vegetaux devien- 
drait, ainsi que les autres subdivisions de la Societe, une sec- 
tion particuliere. II n'en maintient pas moins, et avec le plus 
grand soin, les elements de son programme, primitivementre- 
dige pour Tetude speciale de questions dfi zoologie. 

Ces questions ont ete, pendant cette derniere annee, varices 
fit nombreuses. 

Relativement a Teducation des Insectes producteurs de la 
soie, les etudes se sont poursuivies avec zele sur un grand 
nombre de points. Si, pour les Vers a soie sauvages du ChiSpp 
{Bombyx on Saturnia Pernyi et Mylitta), tres exactem-ept 
observes dans leur developpement comme dans leurs m^ta^oof^ 
phases par M. Chavannes {Bullet. ^ t. Ill, p. 1A5), et dont de 
nouveaux envois nous sioot promis, le succes, presque assure, 
i\ est vrai, n'est cependant pas encore completement obtenu, il 
li'efl est pas de m6me du Ver k soie du Ricin {Bombyx Cyn- 
thia). Aux beureuses educations poursuivies a Alger, aipsi 
qu'i Valence, en Espagne, par MM. Hardy et Robiliard penda|:*t 
Tannic 1855, il faut aJQut^er aujourd'hui celles qui sont entre- 
prises en Sicile et en Portugal par les soins de M. le barop 
Ancaet de M. le chevalier Plantier du Pombal. Rientot, grace 
aux nombreuses reproductions obtenues dans les salles de la 
menagerie des Reptiles au Museum d'histoire naturelle de 
Paris par M. Vallee, des envois de graines ont pu 6tre faits en 
Prusse a notre Societe affiliee, et en Egypte, ou notre Comite pie 



HAPFURT SVK LB8 TRAVAUX HE LA SOCIKTfc. XLIIi 

negligera rien pour mettre le mieux possible a profit les heiir 
reuses coiuiitions climateriques de cette contree. 

Je ne dois pas omettre de rappeier <jue I'attention des 6le- 
veurs est fixee sur la necessite de chercher des succedaiies au 
Bipiri) a cause du tort que les gelees font trop souvent a cet ali- 
ruent par excellence de la precieuse chenille du papillon indiea 
dont il s'agit. Aussi doit-on considerer comma fort important* 
les essais heureux faits par MM. Chavannes et Vallee dans ]» 
but de reniplacer cette plantc par les feuilles de la laitue et du 
chardon a foulon. Par Temploi exclusif de ce chardon, au 
Museum, cinq generations dejase son t succede. 

Une autre tentative, qui se raltache a la prec^dente, est duo 
4 notre confrere M. Guerin-Meneville, toujours si preoacupe 
des interSts et du progres de la sericiculture : je veux parler 
du ralentissement considerable quMl est parvenu i apporter 
4ans ia succession des metamorphoses de ce Bombyj^, en i^ain- 
tenant dans leurs cocons pendant sept mois des chrysalides 
dont le passage a I'etat d'insectes parfaits doit 6tre evite a 
I'epoque de I'aanee ou manque le Ricin. Transformer cet heijp 
reux resultaten une pratique habituelie, ce serait, comme vous 
le voyez, messieurs, assurer parmi nous I'acclimatation d'un 
Lepidoptere fort remarquable par les sept ou huit educations 
qui peuvent en 6tre faites dans une annee, et phez lequel, pa*" 
consequent, larapidite habituelie etnormale du developpeaient 
est en rapport avec I'ax'tivite ppn interrompue de la vege- 
tation sous un climat plus doux que h n6tre. 

Je dois enfin rappelei* comme notable progres au poipt de v^b 
industriel, que M. H. Schlumberger est parvenu a fder la soie 
des cocons du Ver du ch6ne et de ceux du Ver du charme tje i» 
jLpuisiane, dontM. Blanchard a suivi avecun soin particulier jes 
metamorphoses. La section du brin a Tune des extremite* des 
cpcoBS s'opposant au devidagc, il a ete necessaire de decMrer 
jBt de carder I'enveioppe soyeuse de la chrysalide. Neanmoins 
les qualitcs reniarqiiables de cette sole ainsi obtenue ne lais- 
sent aucun doute sur rcmploi utile que pourront en faire les 
fahricants d'etofTcs. BientOt, sans doute, il sera possible de 
leur livrer egalemenl avec avautage la soie du Bpmbyx du ricin 



XLIV SOCI^Tfi IMP^RIALE ZOOLOGIQUE d'aCCLIMATATION. 

ainsi preparee par cet hal)i1e filateur. On verra done alors dis- 
paraitre un des obstacles les plus serieux a Vusage de soies qui, ^ 
malgre leur inferiorite relative, n'en devront pas moins 6tre 
recherchees par I'industrie. 

Tous ces resultats dont je viens de vous presenter une rapide 
Enumeration sont assez satisfaisants pour encourager dans leurs 
travaux ceux qui s'efforcent d'augmenter la production de la 
soie, etsurtout de prevenirles facheuses consequences despertes 
considerables que les contrees sericicoles subissent depuis quel- 
ques annees. Aussi la reconnaissance de notre Societe est-elle 
enti^renient acquise aux bommes devoues dont je vous ai rap- 
pele sommairement les travaux, et a ceux qui cbercbent soit a 
ameliorer la race du Ver k soie du murier, soit a remplacer nos 
races abatardies ou malades par de la graine nouvelle de races 
pures de la Chine. 

Notre Bulletin a mentionne avee soin toutes ces utiles et 
serieuses tentatives. 

Ce recueil periodique vous a egalement fait connaitre la re- 
ponse pleine de nombreux et interessants details que la Com- 
mission de I'Algerie a envoyee par I'organe de son rapporteur, 
M. Focillon, aux questions relatives au Corail que nous avail 
adressees S. Exc. M. le Ministre de la guerre {Bulletin, t. II, 
p. 177, et le Rapport, t. Ill, p. 213). 

Dans sa sollicitude pour les inter^ts de notre colonic afri- 
Caine, et par suite, de la France, M. le marechal Vaillant avait 
fait a notre Societe I'honneur de la consulter en lui adressant 
un savant travail ou il a discute toutes les questions qui se rat- 
tachent a ce sujet. On ne saurait done douter que le rapport 
dont il s'agit ne soit pris en serieuse consideration lorsque 
I' Administration de la guerre realisera son genereux projet de 
raviver Tindustrie de la p6che des Coraux. 

Toujours preoccupee de I'amelioration du bien-^tre de nos 
colons et des populations indigenes, cette Administration, sur 
la demande de notre President, a saisi les autorites locales de 
nos possessions africaines d'une question tres grave relative- 
ttient aux ressources alimentaires que cette contree pent offrir. 
II s'agit de la rarete singuli^re des Poissons dans les eaux 



RAPPORT SUR LES TRAVAUX DE LA SOCI^T^. XLV 

douces ou saumatres de I'Algerie, et de la possibilite de leur 
apporter par les procedes de la pisciculture une richesse qui 
leur a uianque presque completement jusqu'a ce jour. Les 
renseignements obtenus sont favorables, et font naitre Tespoir 
que dans un temps plus ou moins rapproche I'introduction d'un 
certain nombre de nos especes ou d'especes etrangeres, selon 
le vceu exprime dans notre programme de recompenses a de- 
cerner, donnera aux p6ches de I'Algerie Vimportance qu'elles 
n'ont point encore, et qu'on est en droit d'en attendre. 

Celles dela France continuent a subir les heureuses conse- 
quences de I'introduction dans plusieurs rivieres d'especes 
utiles qui ne s'y rencontraient pas. Je ne puis que rappeler ici 
la perseverance des louables efforts de MM. Coste, Millet, Pou- 
chet, le baron de Tocqueville et le marquis de Vibraye pour 
le repeuplement de nos eaux. Je dois une mention aux essais 
entrepris et menes abonne fin, malgre de grandesdifficultes, sur 
les proprietes siberiennes de M. le prince A. de Demidoff, par 
M. Pierre Malischeff {Bulletin, t. Ill, p. 583). 

La facheuse diminution du nombre des Poissons sur certaines 
cotes de nos mers a provoque de serieuses tentatives. Les com- 
munications de M. Millet vous ont fait connaitre les travaux de 
pisciculture marine executes dans le bassin d'Arcachon. Celles 
du Comice agricole de Toulon et de M. Garnier-Savatier ont 
signale une entreprise du m6me genre, mais moins vaste, sur 
le liltoral de la Mediterranee. M. Derbes, enfin, vous a enu- 
mere les ressources offertes a ce point de vue par le departe- 
mentdesBouches-du-Rhone, non-seulement pour les poissons, 
mais pour les Crustaces et pour les MoUusques alimentaires, 
tels que les Huitres et les Monies. Esperons done, messieurs, 
en presence de cette precieuse manifestation de progr^s vers un 
but si utile, voir s'augmenter rapidement l' exploitation des 
eaux qu'on est parvenu aujourd'hui, sur tant de points, a en- 
semencer, suivant Theureuse expression de notre cel^bre agri- 
culteur Olivier de Serres {Bulletin, t. ill, p. 22, 77, 223). 

Je nepuis finir I'historique des travaux relatifs al'accroisse- 
ment de nos ricbesses fluviatiies et marines, sans vous informer 
des genereux efforts de M. Lienard p^re, habitant de Tile Mau- 



ILTI SOCIIST^ IMPISRIALE ZOOLOGIQL'E d'acclimatation. 
rice, pour I'introduction en Europe de Tun des poissons les 
plus celebres par les qualites excellentes de sa chair, le Gou- 
rami {Osphromenus olfax) que les habitants de cette ile ont 
recu depuis iongtemps deja des eaux deuces de Tlnde. Je dois, 
en outre, vous rappeler Tinteressante notice sur les reservoirs 
d'eaudemer, ou Aquaria, que M. leVicomte de Valmer vous a 
presentee dans le but de vous signaler I'utilite de ces bassins 
pour I'etude des inceurs des poissons qu'ils renferment {Bulle- 
tin, p. 281); 

M'occupant maintenant d'animaux dont I'introduction ou 
Vacclimatation parmi nous n'est plus uniquernent destinee a aug- 
isenter nos ressourees alihientaires, j'ai a vous parler des oi- 
seaux qui ont ete, cette annee, Fobjet de Vattention particu- 
liere de la Societe. 

Elle a tres favorablement accueilli les renseignements precis 
et puises aux meilleures sources que M. le docteur Gosse lui a 
fournissurlavaleurniarchandedespluinesd'Autruched'Afrique, 
sur I'inferiorite de la France dans ce genre de commerce, qui 
est greve de droits considerables, dont I'Angleterre est aflran- 
chie, et enfin sur la possibilite de domestiquer ce grand oiseau 
dans notre colonie algerienne, et d'y aeclimater TAutruche 
d'Amerique ou Nandou. Les ceufs, si remarquables par leur 
Tolume comme par la finesse de leur saveur, la graisse et la 
ehair, sont des produits qui ajouteraient plus de prix encore a 
ces acquisitions. Un questionnaire detaille relatif aux deux es- 
p^ees, dresse par les soins de notre confrere, traduit en espa- 
gnol, et repandu par M. Ramon de la Sngra dans les diverses 
provinces de FAmerique du Sud, a deja provofjue des reponses 
de la part de M. Graells, le directeur du musee de Madrid et 
de la part des bureaux arabes des diverses provinces de FAl- 
gerie ou S. Exc. M. le Ministre de la guerre s'<^tait empresse de 
le faire parvenir. Ces reponses, et celles qu'on attend encore, 
formeront un ensemble de documents propres a jeteif le plus 
grand jour, soit surFinopportunite des tentatives dont il s'agit, 
soit plutot, comme il y a lieu de le penser, sur les avantages 
reels qu'elles pourraient offrir {Bulletin, t. Ill, 290, 525, 565; 
t. IV, 21). t»* 



RAPPORT sua LES TRAVAUX DH LA 80ClBTi. ILTII 

La raretedes oiseauxvivanta I'etatde liberie, et constituant, 
sous la denomination de gibier, un aliment aussi sain qu'agrea- 
i)le, a preoecui)e quelques-uns de nos confreres. On doit done 
viyement desirer avec eux Tintroduction dans notre pays d'es* 
p^ces etrang^res, raais surtout la multiplication de celles que 
nouspossedons deja, et de la Perdiix en parliculier. Aussi taut- 
il, en citant les anciennes communications de M. I'abbe AUary 
Bur ce sujet, ne pas perdre de Yue la possibilite de soumettre a 
une sorte de domesticite la Perdrix rouge bartavelle (Perdix 
Saxatilis), comme M. Lortet nous Va rappele, en fassemblant 
difforents faits qui demontreftt qu'elle pent 6tre facilement ap- 
priToisee {Bulletin^ t. Ill, p. 12A). t«(MJ<«ti 'n^irr-*- u- ^Jhh*';t^ / 
. L'enrichissement de nos basses-cOurs ^t egtilement I'objet 
d'une serieuse attention. L'un de nos premiers soins, lors do 
Vouverture dei notre oisellerie modele, sera de la peupler des 
types les plus purs et les plus estimes de nos races de Galli- 
naces et de Palmipkles. L' envoi de Poules, I'une de Varna et 
I'aUtre de Bulgarie, par les soins de M. le docteur Yvan, qui 
les tient de Nouh-Bey-Efendi, nous montre tout ce qu'il faut 
attendre d'emprunts nouveaux ades pays etrangers pour I'aug- 
mentation du nombre des oiseayx alinientaires encore insufli- 
sanU en raison des besoins de la consommation. yM'vj 

A un tout autre point de vue, on doit s'associer aux rues 
genereuses de ceux qui desirent transporter aux Antilles Foi- 
seau connu sous le nom de Secretaire ou de Serpentaire {Ser- 
pentarius reptilivorus)^ et «)ui^ faisant eontinuellement une 
guerre arharnee aux serpents, contribuerait a delivrer les 
habitants de nos colonies de la redoutable espece venimeuse 
connue sous le nom de Fer-de-lance {Bothrops lanceolatus), 
Vun des plus lerribles fleaux de leur pays. Les details circon- 
stancies que vous a transmis, sur les moeurs et sur le genre de 
vie de cet oiseau, M. Jules Yerreaux, qui I'a pendant vingt ans 
etudie au cap de Bonne-Esperance, ne laissent gu^re de doutes 
sur les succes de son inlroducliou aux Antilles, dans Tlnde et 
en Algcrie, ou il detruirait les reptiles, dont il fait sa .liourrii 
ture habiluelle {Bullet., t. Ill, p. 208). m-* v, >n1'e'M»r 

Relativement aux travaux qui concernent les Mammiferes, la 



XLVIII SOClfiTfi IMPfiRULE ZOOLOGIQUE d'aCCLIMATATION. 

Societe a lieu dese feliciter plus que jamais des succes qu'elle 
obtient avec les esp^ces dont elle a deja tenteracclimatation. 
Je dois cependant 6tre bref sur ce sujet, car il appartient a 
notre savant confrere, M. de Quatrefages, de vous entretenir 
specialement des Yaks et des Chevres d'Angora, nos conqu6tes 
lea plus precieuses. 

II en est une autre de la plus haute importance que compte 
entreprendre S. M. I'Empereur du Bresil, qui a daigne nous 
autoriser a placer son nom en t^te de la liste de nos membres. 
II s'agit du Dromadaire, dont la structure est si admirablement 
appropriee aux exigences et aux difficultes de la vie du desert. 
Ce robuste et sobre animal rendrait d'immenses services dans 
les regions sablonneuses de ce vaste empire, si, comme on 
Fespere, il pouvait y 6tre acclimate. Notre Societe, consultee 
par le gouvernement de S. M. Don Pedro, et desireuse de justi- 
fier cette haute marque de confiance, puisera en grande partie 
les elements de sa reponse dans le rapport dont MM. Richard 
(du Cantal) et Albert Geoffroy-Saint-Hilaire doivent recueillir 
les materiaux en Algerie, avec le concours eclaire de M. le ge- 
neral Jusuf et de M, Bernis, veterinaire principal de nos armees. 

Differentes questions relatives a I'amelioration du betail de 
cette colonic ont ete soulevees devant vous cette annee, Mes- 
sieurs, et vous ont une fois de plus montre I'ardente solHcitude 
de S. Exc. M. le Ministre de la guerre pour ceriche pays, oil 
la charrue doit, apr^s I'epee, selon les expressions du marechal 
Bugeaud, assurer a jamais notre puissance. Or, comme les pro- 
gr^s de I'agriculture sont etroitement lies a ceux de I'eleve des 
bestiaux, vous ne serez point surpris que I'administration de la 
guerre ait genereusement mis a notre disposition les fondsne- 
cessaires pour favoriser introduction sur le sol africain d'une 
racedeboeufs d'Egypte, dite race beMdi^ qui, suivantles obser- 
vations de M. de Montigny, parait offrir, pour le succes de cette 
tentative, les plus heureuses conditions. 

La remarquable race bovine de Bazas, dans le departement 
dela Gironde, conservee pure de temps immemorial dans cette 
localite, et connue sous le nom de race bazadaise^ semble ega- 
lement promettre a V Algerie, comme M. de Lacoste a cherche 



RAPPORT SUR LES TRAVAUX DE LA SOCII^.T^. XLIX 

a vousle demontrer dans une iiitcressante Notice, un excellent 
auxiliaire pour les travaux agrirolcs [Bullet., t. Ill, p. 329). 
Le BcDuf bazadais est en effet, d'apres M. Dupont, qui I'a de 
son C(He etiidie avec le plus grand soin, un bocuf de travail 
robuste ot infatiguble. * 

L'Egypte, qui nous a deja fourni une Cbevre exceliente lai- 
ti^re, pourra sans doute donner a nos colons d'autres Rumi- 
nants, dont la chair abondante et de bonne qualite apportora de 
nouvelles ressources a Valimentation. C'est ce desir de voir 
s'accroitre les quanlites encore insuffisantes de viande de bou- 
cberiesur notre territoire algerien, quia motive les recherches 
pleines d'enseignements utiles sur la race ovine indigene que 
M. Bernis vous a soumises, afin de vous demontrer I'utilite des 
ameliorations que cette race peut recevoir par suite de croise- 
ments sagement combines [Bullet., t. II, p. 597, et t. Ill, 
p. 65 et 103). 

Ce m6me membre, mettant utilement a profit ses vastes con- 
naissances dans son art, vous a montre tout ce quil est possible 
de faire pour deter la colonie de chevaux propres aux divers 
usages auxquels est destine ce noble animal , que rend plus 
precieux encore, dans cette con tree, le melange du sang 
arabe [Bullet., t. HI, p. 321, 369 et /i65). 

Tel est, Messieurs, le resume des principales questions agi- 
tees devant vous pendant Vannee 1856. En voyant ainsi mar- 
cher de front des travaux si divers en apparence, mais qui 
tendent tous vers le plus noble but, I'amelioration du sort de 
I'homme, vous ne devez point 6tre etonnes de Tessor qu'elle 
prend cliaque jour. Au milieu de tant de travailleurs devoues 
qui marchent ensemble, en s'eclairant mutuellement les uns 
les autres, la mort a malheureusement fait cette atmee quel- 
ques vides. Nous avons perdu M. Marcel Atger, avocat, M. le 
marquis du Bouchet et M. Alfred du 3Ieril, ancien magistral. 
Sorti jeune du parquet, ou il tenait un rang distingue, il s'oc- 
cupait depuis longtemps de travaux agricoles avec un succes 
qui lui merita, pendant plusieurs annees, les honneurs de la 
presidence de la Societe d'horticulturc de Caen (1). A ces 

(1) Le tome I de nos Bulletins (page 345) renferme I'extrait d'une Notice 
T. IV. — F6vrier 1857. rf 



L SOCIlfeTE IMPIJIRIALE ZOOLOGIQUE D*ACCLIMATATION. 

noms il faut joindre ceux de M. Philemon Fouquet, de M. le 
baron Friddani, de M. Jules Haime, jeune et savant natura*? 
liste, qu'une longue et cruelle nialadie a tenu eloigne pendant 
pr^s d'une annee de nos travaux, auxquels ses connaissances 
etendues et varices lui permettaient de prendre une part active 
et toujours utile (1). Citons encore un habile cultivateur, 
M. Lanchere, M. Henri de Leautaud, M. Adrien Leve et M. Nell 
de Breaute, inembre correspondant de TAcademie des sciences 
de Paris. Enfin , la mort a atteint dans les contrees les plus 
lointaines, au milieu de ses perilleuses fonctions, un de nos 
piembres honoraires, Monseigneur Maresca, eveque de Solen, 
vicaire apostolique du Kiang-nam , Tun des chefs de ces har- 
dis et genereux missionnaires qui meurent heureux si leur foi 
triomphe, et qui aiment, au milieu de leurs rudes travaux et 
de leurs penibles epreuves, a servir les inter^ts de la patrie 
absente (2). 

ilc M. du Meril, qui offre cet int^rfit particulier qu'elle exposait dfes iShli 
quelques-unes des id^es expiim^es dix ans plus tard dans le programme 
de nos travaux. 

(1) Un remarquable rapport de M. Haime, sur la proposition si favora- 
blement accueillie, d'ouvrir une souscriplion au sein de uotre Soci^t^ en 
/aveur de la famille du p^cheur, est ins^r^ dans nos Bulletins, t. II, p. lOZi, 
et Ton trouve dans le tome I, page 2i5, une Note savante sur I'^tat de la 
culture chez les anciens Romains. 

(2) Nos Bulletins contiennent de nombreuses preuves des services que 
nous rendent MM. les Missionnaires en Chine, et de notre vive reconnais- 
sance pour leurs dons. 



9tflTr 



NOTICE SUR LKS YAKS El LES CHfeVRES d'aNGORA. II 

Jfl 

NOTICE il» 

■J 
SUR LES YAKS ET h¥.S CHEVRES D' ANGORA u» 

IMPORTfiS EN FRANCE 
DEPDIS LA FONDATION DE LA SOCI^lfi 

Par n. A. de QUATREFA«ES. 



.J.; Messieurs, 

Itorsqu'un homme a entrepris une tache difficile et longue, 
jl est boil qu'aux divers points de sa carriere il jette de temps a 
nutre nn regard en arricre et se resume pour ainsi dire a lui- 
m^me le resultat de ses efforts. Dans cette revue retrospective 
il puise des enseignements de tout genre, des lemons, deg 
encouragements. Mais, si cette espece de revision est utile a 
i'homme isole, elle est bien plus necessaire encore a une 60- 
ciete, 6tre coUectil', occupee de mille travaux, ou ne saurait 
exjster la iii6me unite de pensees, et ou cliaque jour une serie 
d'idees est interrompue ou croisee par quelque chose de nou- 
yeau ! Cette reflexion m'est venue quaiid mes confreres ont 
bien voulu m'engager a prendre la parole aujourd'hui. II m'a 
gemble que vous seriez bien aises dc mesurer I'etendue de 
quelques-unes des voies nouvelles ouvertes par vous : j'ai pense 
que peut-6tre je rapprendrais a plusieurs ce qu'ils ont con - 
tribue a faire. Voila pourquoi je viens vous dire quelques mots 
des Yaks et des Chevres d'Angora. ^ „ ... 

Au moment ou la Societe d'acclimatation se formait, il y a 
trois ans a peine, les naturalistes parlaient, par oui-dire seu- 
lement, d'un animal fort curieux, entrevu des le xiii« si^cle 
par le grand voyageur du moyen age, Marco Polo ; retrouve, 
pour ainsi dire, il n'y a pas cent ans, par Gmelin et par Pallas, 
et mentionne depuis par les rares Europeens qui ont franchi 
les flancs de THimalaya. A en croire ces divers temoignages, 
le Yak etait ponr les habitants du Thibet, pour les plateaux 



LII S0C11&T6 IMPERULE ZOOLOGIQUE d'aCCLIMATATION. 

glaces de la haute Asie, ce que le chameau est pour I'Arabe 
et les deserts brulants de I'Afrique. II donnait a la fois du lait, 
de la laine et de la chair •, il servait de monture, de b6te de 
trait et de h6te de somme ; enfin, sa queue, ornee de polls longs 
et soyeux, devenait tantot un objet de luxe, tantot le signe du 
conimandement. 

Voila, messieurs, ce que Ton trouvait raconte dans tous les 
livres d'histoire naturelle; mais Vanimal objet de ces recits 
n'en restait pas moins en quelque sorte a I'etat de mythe. II 
manquait dans toutes les collections, et le Museum de Paris 
lui-m6me n'en possedait qu'une queue et un crane en fort mau- 
vais etat. Vous jugerez combien etait grande la penurie de no- 
tions precises sur le Yak, quand je vous aurai dit que notre 
honorable President, M. Isidore GeoflVoy, depuis si longtemps 
preoccupe de la grande pensee de I'acclimatation , ecrivant 
I'ouvrage ou il a developpe ses vues a cet egard, croyait devoir 
garder a son sujet la plus grande reserve, et renvoyait a une 
epoque ou on le connaitrait mieux I'acquisition d'un animal 
d'une utilite si evidente. 

Tel etait I'etat de la question, lorsqu^un homme dont vous 
avez tous apprecie I'ardente initiative, M. de Montigny, alors 
consul de France a Chang- Hai, entendit parler du Yak et des 
services rendus par lui aux Thibet,ains. Aussitot, et sans s'ar- 
T^ter aux difficultes de I'entreprise, il prit des mesures pour 
s'en procurer. Ces difficultes etaient reelies. Du haul Thibet aux 
cotes orientales de la Chine, la route est longue, les differences 
de climat considerables. Les fatigues du voyage, le change- 
ment de milieu etaient d'autant plus a redouter que, jusque- 
la, le Yak semblait ne pouvoir s'acclimater hors de ses monta- 
gnes natales. II ne pent m6me, assure M. dc 3lontigny, 
prosperer et vivre sur les versants indiens de THimalaya ; ce qui 
explique comment notre intrepide et malheureux Jacquemont 
n'en a pas rencontre un seul pendant tout son voyage. Etpour- 
tant les Yaks demandes par notre confrere arriverent a bon 
port, le dos toutpele, il estvrai, parce qu'ilsavaient transporte a 
travers la Chine entiere les conducteurs et les bagages, mais 
d'ailleurs en pleine sante. Pendant quatre annees ils vecurent 



NOTICE SUR LES YAKS ET LES CBEVRES D ANGORA. LIII 

a Chang-Hal et se reproduisirent. lis avaient eu realite subi 
une premiere acclimatalion. 

Restait a les conduire en France, car iM. de Montigny n'a- 
vait pas travaille en vue de son inter6t personnel. Ce qu'il vou- 
lait, c'etait doter son pays d'une especedomestirjuenouvelle et 
utile. Or, pour atteindre ce but, les Yaks avaient a faire une 
traversee par mer dont vous connaissez Tetendue 5 ils devaient 
supporter pendant des rnois entiers les clialeurs du tropique, 
et couper deux fois Tequateur. L'epreuve etait rude. Elle fut 
subie victorieusement. iMulgre des retards imprevus el un relache 
force aux Agores, le troupeau embanjue en Cliine parvint 
heureuseiuent en France, et plus tard au Jardin des Plantes, 
au mois d'avril 185/1. 

Je vieus de proijon<'er le mot de troupeau : c'est qu'en effet 
M. de Won igiiy av;iit opere siu* une echelle exceptionnelle. II 
ameiiait en France douzo Yaks taut males que femelles el de 
divers ages. Les principales races et varietes de I'espece etaient 
en outre representees dans ce choix d'individus, car on en 
coniptait trois blancs et pourvus de cornes, cinq egalement 
blancs, mais sans cornes, enfin quatre noirs egalement sans 
cornes. 

Pour tirer de ces richesses le meilleur parti possible, il fal- 
lait les diviser et tenter Tacclimatation sur plusieurs points a la 
fois. Le Ministre de Tinstruction publique, M. Fortoul, voulut 
bien suivre dans cette repartition les indications serieusement 
niotivees que lui transmit le Conseil de la Societe. En conse- 
quence, les trois Yaks de race blanche et cornue furent places 
au Museum, dans la menagerie fondee par Geoffroy Saint- 
Hilaire pere, etque dirigeaujourd'hui M. Geoll'roy Saint-Hilaire 
Ills. Les cinq individus de race blanche et sans cornes furent 
attribues a la Societe d' acclimatalion 5 les quatre individus de 
race noire furent envoyes directement a notre confrere, M. le 
comte de Morny, dans TAllier, et au Cornice agricole de Bar- 
celonnette, dans le departement des Basses-Alpes. Geux dont 
la Societe pouvait disposer furent confies, au nombrede trois, 
a M. Cuenot de la Malecote, proprietaire dans le departement 
du Doubs. M. Jobez, proprietaire dans le Jura, se chargea des 



LiV SOCIETE IMPI&RIALE ZOOLOGIQUE d'aCCLIMATATION. 

deux autres. Une partie de ces animaux a ete remise depuis 
fdrs/avec rassentiment de la Societe et par les soins de la So- 
ciete d'acclimatation de Grenoble, aiix religieux de la Grande- 
Chartreuse, qui ont accepte avec empressement la taclie d'ac- 
climater ces animaux utiles. 

Vous comprenez, messieurs, avec quelle soUicitudela Societe 
asuivi les resultats de cette (juintuple experience. Hatons-nous 
de dire qu'ils ont depasse toutes nos esperances. Les douze 
Yaks amenes par M. de Montigny sont tous vivants et en bonne 
sante. Deja ils ont donne dix jeunes veaux ou genisses, dont 
un seul estmort. Le troupeau entier compte done aujourd'hui 
vingt et une t6tes : il s'est presque double en moins de troi3 
dns. II a fait plus, si Von tient compte de I'age des individuS 
primitifs, parmi lesquels sept seulement avaient depasse dix- 
huit mois, et par consequent etaient aptes a se reproduire. 

Je ne puis, messieurs, entrer ici dans le detail de ces divers 
essais. Je vous dirai seulement quelques mots de ce qui s'est 
passe au Jardin des Plantes. La, de m6me qu'a Chang-Hai, les 
Yaks, ces enfants du Thibet, se sont trouves comtne chez eux. 
Les changements de regime et de climat n'ont en rien affecte 
leur sante. Leur multiplication, favorisee sans doute par des 
soins exceptionnellement eclaires, s'est effectuee de la maniere 
la plus rapide. Nous avons vu que Tetablissement avait re^u 
un taureau et deux vaches, trois individus en tout. Aujour- 
d'hui, il en possede huit. Ainsi cinq jeunes Yaks sont nes a la 
menagerie; et, chose bien remarquable, nous en sommes ici k ^ 
la seconde generation indigene. Le 13 septembre dernier, uri 
jeune male est ne d'une femelle qui elle-m6me avait vu le jour 
au Jardin des Plantes, le lA mars 1855, et par consequent 
n'avait pas encore atteintses dix-huitmois. 

En presence de ces faits, messieurs, on cesse de se deman- 
der si I'acclimatation du Yak est possible. On peut des a pre- 
sent la cohsiderer comme effectuee. II ne nous reste plus qu'a 
multipher cet animal. Mais alors surgissent d'autres problemes. 
Quel r6le ce nouveau venu prendra-t-il dans notre economic 
domestique? J'ai vu quelques agronomes sourire h cette ques- 
tion. De nos jours I'agriculture proscrit de plus en plus, et avec 



NOTICE SLR LES YAKS ET LKS CH^VRKS d' ANGORA. LV 

raison, les l>6tes a deux fins. Elle en est arrivee a comprendre, 
comme I'a fait depuis longtemps I'industrie, que la division du 
travail est, dans le monde materiel comme dans le mondo phy- 
siologique, la grande loi du perfeclionnement. Aussi quelques 
personnes semblent ne pouvoir croire a I'utilite d'un animal 
qui, chez lui, est a la fois Bocuf, Cheval et Mouton. 

A ces douteurs, nous repondrons : Oui, a c6te de vos races 
perfectionnees et dans vos grandes exploitations, on ne voit 
pas encore oh serait la place du Yak. Mais ces races n'ont pas 
toujours existe •, vous avez fagonne le Cheval, le Boeuf, le Mou- 
ton, a raison m6me de vos besoins. Pourquoi n^en serait-il pas 
de m6me du Yak? Le journ'est pas loin peut-6tre oil il comp- 
tera, lui aussi, ses races a laine, ses races a lait, ses races de 
boucherie. A c(He de vos vastes fermes se trouvent des pro- 
prietes bien restreintes. Peut-6tre le Yak est-il destine a deve- 
nir le Boeuf des petites fortunes, comme TAne est dejale Cheval 
du pauvre. Sa rusticite native, le peu de nourriture qu'il con- 
somme, semblent d^s a present lui assigner ce r6le. Peut-6tre 
n'habitera-t-il jamais les prairies de la Normandie ou les 
champs de la Limagne, mais sur les ballons des Vosges, sur nos 
hautes Cevennes, dans les Alpes, dans les Pyrenees, il ira brouter 
I'herbe courte qui pousse jusque sous la neige, comme il le fait 
dans son pays natal. Peut-^tre, enfin, n'est-ce pas a la France 
qu'il estappele a rendreles plus grands services. Peut-6treses 
plus nombreux troupeaux emigreront-ils versleNord. — S'ilen 
est ainsi, qu'importe? Ce ne serait pas la premiere fois que la 
Prance aurait fait a ses depens des experiences utiles a d'au- 
tres, et plCit au ciel que son initiative ne lui eilt jamais coClte 
plus cher que Tacclimataticn des Yaks! 

Je viens, messieurs, de vous parler d'une espece jusqu'a ce 
jour etrangere a la France et a I'Europe : j'ai maintenant a 
vous dire quelques mots d'une race qui comptait deja sur notre 
sol de nombreuses socurs, et des essais commences par la So-r 
ciele pour acclimater la Chevre d'Angora. '^'t^.q 

Des notre premiere seance, le 40 fevrier iSbh, un de nos 
confreres, M. Sacc, prol'esseur a la Faculte des sciences de 
Neuchalel, appelait Tattention de la Societe sur rimportance 



LVI SOClJilTjfi IMPERIALE ZOOLOGIQUE d'aCCLIMATATION. 

extreme de cette race. Le 24 mars de la m^me annee, M. Ramon 
de la Sagra faisait au nom de la commission, nominee pour 
etudier celte qucslion, un rapport detaille et fort remar- 
quable (1). De ce travail il resultait que, des le dernier siecle, 
de nombreuses tentatives avaient ete faites pour acclimater 
cette Chevre-mouton, si Ton peut s'exprimer ainsi, non-seule- 
ment en France, mais encore en Espagne, en Italic et en Suede. 
Partout les resultats avaient ete ou completement negatifs ou 
tres douteux. Cependant M. dela Tour d'Aigues, president de 
laSociete royale d'agriculture, declarait en 1787 que les Che- 
vres d'Angora, plusrustiques et plus sobres meme quenos races 
indigenes, s^etaient parfaitement accommodees du climat et 
des paturages de notre chaine du Leberon. 

En presence d'une indication aussi precise, la Societe d'ac- 
climatation ne pouvait besiter. Elle devait loutfaire pour doter 
la France d'un animal qui fournit une matiere textile jouant 
un role considerable sur les grands marches, et qui par sa 
nature semblait propre a prendre place dans cette industrie et 
cette culture du pauvre, auxqueiles songent trop rarementpeut- 
■ 6tre les apotres et les disciples des methodes perfectionnees. 
Elle devait agir en grand et sur plusieurs points, afin que 
I'epreuve fiit cette fois decisive. Mais surtout elle ne devait 
s'avancer qu'avec prudence et apres s'^tre entouree de tons 
les renseignements les plus propres a assurer le succes. 

Nous pouvons le dire en toute assurance, sur aucun de ces 
points la Societe n'a failli a sa mission. Une veritable enqu6te 
s'ouvrit sur la Chevre d'Angora. Aux travaux de MM. Sacc 
et Ramon de la Sagra vinrent se joindre bientot ceux de 
MM. Rartbelemy-Lapommeraye, Bourgeois, Amanton, Pierre 
de TchihatcheiT, etc. M. le baron Rousseau, consul de France 
a Brousse, recueillit sur place des documents qui, coordonnes 
par M. le general Daumas, ont pris dans notre Bulletin une 
place des plus lionorables. Ainsi eclairee, la Societe decida 
I'acquisition a ses frais d'un troupeau de ZiO t6tes. 37 autres 

(1) La Commission etait compos^e de MM. Ganeau, Lefour, Piicherau, 
Richard (duCanlal), Sacc, Valsenes et Ramon de la Sagra, rapporleur. 



NOTICE SUR LES YAKS ET LES CHl^VRES d'aNGORA. LVII 

furent demundees par diverses Societes correspondantes ou affi- 
liees de lanotre, et par MM. Le Prestre, Sacc ct le marquis de 
Selve, qui voulurent, ti leurs risques et perils personnels, 6tre 
pour quelque chose dans cette grande experience. .| 

Cette decision etait a peine prise, lorsque la Societe apprit 
qu'un auxiliaire bien inattendu lui venait en aide. Retire a 
Brousse au sortir de sa captivite, le redou table agitateur de 
I'Algerie, aujourd'hui notre confrere, Abd-el-Kader, se rappe- 
lait sans iiaine des ennemis qui I'avaient combattu loyalement; 
il gardait un souvenir reconnaissant a ceux qui avaient rendu 
hommage en sa personne au courage malheureux. Parmi ces 
derniers il devait mettre au premier rang le Ministre de la 
guerre, M. le marechal Vaillant, que la Societe s'est bien des 
fois felicitee de compter parmi ses membres. Voulant lui en- 
voyer un souvenir, Vemir tombe n'offrait au marechal de France 
ni riches etoffes, ni armes deprix; avec un tact remarquable, il 
lui adressait des animaux a la fois rares et utiles, et lui faisait 
cadeau d'un petit troupeau de Ch^vres d' Angora. Le Ministre 
eClt pu en disposer directement : il prefera s'en remettre a la 
Societe, qui se vit ainsi d'emblee, et sans frais, proprietaire de 
quatre boucs et de onze chevres (1). 

EUe ne renon^a pas pour cela a ses premiers projets. Grace 
au puissant concours denos confreres, MM.le marechal Vaillant, 
Ducos, Ministre de la marine, et Drouyn de Lhuys , ministre 
des affaires etrangeres, concours qui ne nous a jamais fait de- 
faut, les achats s'effectuaient en Asie Mineure sous la surveil- 
lance de nos consuls ; le troupeau, arrive a Constantinople, y 
recevait tous les soins necessaires, montait gratuitement dans 
un des navires de I'Etat, et arrivait enfin a Marseille le h juillet 
1855, n'ayant perdu dans la Iraversee qu'urie seule Chevre, 
morte par accident. Ainsi, a partir de cette epoque, et par les 
soins de la Societe, il a ete reparti sur divers points de la 
France 91 Chevres d' Angora dont 15 males et 76 femelles. 
L'Algerie, vous le comprenez d'avance, na pas ete oubliee dans 
cette distribution de nos richesses. Aujourd'hui presque toutes 

(1) Ce petit troupeau arriva h Marseille, le 10 Janvier 1855, 



LVIII SOCIl^T^ IMPI^RIALE ZOOLOGIQUE d'aCCLIMATATION. 

hos grahdes chaines des montagnes, TAtlas, les Alpes, le Jura, 
les Vosges, le Cantal, ont regu quelques-uns de ces nouveaux 
botes. D'autres essais se poursuivent aux environs de Paris et 
dans !e Museum, a Caen, a Nancy, a Toulon, a Marseille. 
Enfin, la ville de Toulouse a re^u directement de la princesse 
Belgiojoso deux individus ramenes par elle de ces lointains 
voyages qu'clle sail faire et raconter. 

Je voudrais, messieurs, pouvoir vous dire des Chevres d' An- 
gora ce que je vous ai dit des Yaks; mais d'lme part les der- 
niers rapports, qui doivent 6tre transmis a la Societe en vertu 
de nos reglements, ne sont pas encore tous arrives •, et d'autre 
part Texperience, commencee il y a vingt mois a peine, ne se 
pr6te encore a aucune conclusion definitive. Toutefois elle nous 
afourni dejades enseignements, e^tnous permetdes esperanceS. 

Depuis la distribution, il nous est mort en tout dix-sept b^tes. 
Cette mortaiite serait effrayante si elle s'etait montree sous 
I'empire des conditions ordinaires ; mais dans ce nombre figu- 
rent deux jeunes chevreaux niorts presque en naissant, et Ufi 
jiutre qui a ete mange par les loups. Deux boucs adultes oflt 
peri par suite de precautions exagerees prises pour assurer leur 
sante (1). Enfin une epizootic qui, frappant les Chevres indi- 
genes, ne pouvait epargner cette race etrangere, entre pour 
pr^s de moitie dans le chifFre de nos pertes. L'annee derniere 
presque toutes les Chevres ont peri dans le Cantal ; et, chez 
M. Garrouste seul, nous avons eu sept b6tes de mortes sur buit 
qui avaient ete confiees a ses soins, sans qu'il y ait le moindre 
reproche a adresser a notre honorable confrere. Peut-^tre eus- 
sions-nous eu adeplorer une perte aussi grande dans les Vosges, 
OiLl s^vissait une affection analogue a celle qui a desole le Cantal; 
mais en presence du danger la Societe d'acclimalation de Nancy 
a retire nos Cbevres de ce foyer d'infection, et conserve ainsi 
presque intacte cette partde notre troupeau. Nos confreres ont 
fn^me cru remarquer dans cette circonstance que la Ch^vre 

(1) Us avaient (51(5 tenus h ratable et nourris d'herbes vertes. Les Chevres 
qu'on laissait aller au paturage, qui respiraient le grand air et faisaient de 
Texercice, se portent bien. 



NUTICK SUR LES YAKS ET LES CHtlVRES D^ANGOKA. LIX 

(I'Angora resistait mieux que la Chivre commune a I'influence 
epid^mique, circonstance qui tient peut-6tre aux soins spe- 
ciaux dontelle estl'objet, peut-6tre aussi a sa nature propre. 

Jusqu'ici, en effet, tout senible annoncer (|ue M. de la Tour 
d'Aigues etait dans le vrai quand il signalait cette race comme 
plus robuste et plus rustique que les nCtres. Ce fait ressort d6 
plusieurs des rapports qui nous sont parvenus, surtoUt de celui 
que nous devons d M. Hardy, I'habile et zele directeur de la 
pepiniere d'Alger. Apr^s avoir lu ce rapport, M. le marechal 
Randon, gouverneur general de I'Algerie, n'a pas hesitea de* 
clarer, par une lettre itiseree dans nos Bulletins, que la Ch^vre 
d'Angora serait, pour cette terre dejd si ricbe, unfe richesse d6 
plus. 

Au reste, si nous avons fait des pertes, elles ont ^te plus qU6 
compensees. Deja il nous est ne vingt-six chevreaux ou cb6- 
vrettes actuelleitient bien portants. En outre, lin grand nombro 
de Chevres sont pres de mettre bas. Ces enfants de notre sol 
auront-ils des descendants? Nous pouvons hardiment affirmer 
que oui. Mais a la troisieme, a la quatrieme generation, ces 
Angoras indigenes auront-ils conserve cette laine soyeuse et 
brillante que nous voudrions voir se produire cbez nous ? La 
est la veritable questioh. A celle-la I'avenir seul peut repondre. 
Toutefois nous poc^vons deja constater que les individus im- 
portes, ainsi que leurs enfants, ne presentent encore auCUti 
symptdme de degenerescence, tandis que dans certains essuis 
d'acclirnatation tentes en Turquie, cette degenerescence ^tait 
deja tres prononcee au bout de quebjUes mois. Voici d'ailleurs 
un fait plus encourageant peut-(^lre. Dans les descendants cent 
fois metis des Chevres de M. de la Tour d'Aigues, on reconnMt 
encore les traces du sang d' Angora, malgre un abandon com- 
plet et les croiseuients les plus propres a effacer jusqu'auxddr- 
nitres traces de leur origine. Notre sol, notre climat, ne sont 
done pas essentiellement contraires a la race d' Angora. Ayons 
done bon espoir. Si I'ennemi se montre, si nous voyons la laine 
denos Chevres perdre tant soit peu de ses qualites, combaltons 
avec toutes les armes que la science moderne met a notre dispo- 
sition. Ayons recours tantot a la multiplication de la race pure. 



LX SOCl^TlS IMPERIALE ZOOLOGIQUE d'aCCLIMATATION. 

tantot au croisement; various le regime alimentaireet I'liabitat ; 
faisons passer nos b6tes de I'etable au grand air ; utilisons jus- 
qu'aux rigueurs de Thiver et aux chaleurs de Fete, et certaine- 
ment, plus heureux que Colbert, nous ne serons pas condamnes 
aattendre qu'un autre Daubenton viennedansun siecle accli- 
mater cette Chevre-merinos. 

Vous le voyez, messieurs, aujourd'hui comme naguere, je ne 
crains pas de vous parler de difficultes, et par consequent de 
perseverance. Acclimater une espece, ce n'est rien moins que 
changer un ordre de choses etabli des Torigine du monde. Accli- 
mater une race, cen^est rien moins quMmiter ou contiimer dans 
un certain milieu Taction d'un milieu tout different. Dans les 
deux cas, il faut combattre des forces naturelles, des agents 
souventinconnus encore, etdont Taction iiicessante nese revele 
que par ses efl'ets. Dans les deux cas, par consequent, les diffi- 
cultes sontd'autantplus grandes que, d'ordinaire, ilest impos- 
sible de les prevoir a Tavance. 

II m'est d'autant plus doux, messieurs, d'avoira constater quo 
nos courages peuvent des a present s'appuyer sur autre chose 
quesur des donnees qui, pour 6tre rationnelles, n^en etaient pas 
moins theoriques. L' experience, cette pierre de touche infail- 
lible> a commence a parler, et elle se prononce en notre faveur. 
Voila deja une espece et une race nouvelles, a demi conquises 
par vous, et cela dans le court espace de trois annees. II y a la 
legage assure de nouveauxetserieux succes. Perseverons done: 
si des obstacles imprevus se dressent sous nos pas, attaquons- 
les avec tenacite ^ si quelques insucces nous attendent, n'en 
soyons point abattus. Perseverons toujours, et nous serons vain- 
queurs dans la lutte que nous avons entreprise centre la nature 
elle-m^me^ 



U;^... i..» , 



NOTICE RELATIVE AUX ENCOURAGEMENTS. Ua 

SUR LES ''* 

PRIX EXTRAORDINAIRES PROPOSES PAR LA SOCIETY 

Par M. PASST, 

Vice-President de )a Soci^t^. 



Messieurs, 

La Socicte d'acclimatation a ete fondee pour animer et cen- 
traliser des travaux qui etaient poursuivis isolement et aux- 
fjuels mantiuaient des encouragements et une direction scien- 
tifique. 

Par ses importations , ses recherches, ses correspondances, 
par les efforts individuels de ses membres , notre Societe a 
donne des exemples feconds, bientCt imites dans toutes les 
parties du monde. 

En m6me temps elle a compris, par I'empressement que Ton 
metlait a venir a elle, qu'elle devait manifester sa reconnais- 
sance a ceux qui Tavaient secondee le plus efficacement. 

Les medailles, les encouragements que vous decernez au* 
jourdMiui devaient 6tre le prelude des primes que nous avons 
resolu d'offrir desormais d de nouvelles entreprises d'acclima- 
tation d'animaux et de vegetaux utiles. 

Vous allez entendre Texpose des actes que nous avons pu 
connaitre et juger, et vous allez applaudir aux efforts genereux 
et aux succes pratiques des hommes associes a la haute mis- 
sion que nous nous sommes donnee, et dont Vextension et le 
retentissement sont dus au zele de tous les membres de cette 
Societe, et a Vimpulsion active et eclairee de notre illustre Pre- 
sident. 

Plus forls et plus liardis par le concours qui nous est pr^te, 
par le cbaleureux assentiment dont Texpression et la preuve 



ITS 

LXIl S0CI6t:^ IMPfiRIALE ZOOLOGIQUE D ACCLIMATATION. 

nous arrivent de toutes parts, nous avons done etendu nos vues 
et notre action. 

L'etat de nos finances nous permettant de provoquer de nou- 
velles et plus energiques tentatives, de chercher des resultats 
plus certains, plus positifs et plus fructueux, nous avons de- 
cide qu'il serait propose des primes elevees pour racclima- 
tation sur une plus grande echelle, et nous declarons en ni6me 
temps vers quels buts definis 11 convient de diriger le zele et 
I'intelligence de ceux qui nous comprennent et nous suivent. 

Nous sommes certains que notre appel sera entendu, et que 
des points les plus eloignes du globe on y repondra. 

II faut beaucoup de persistance, de soinsintelligents et jour- 
naliers, de resolution et de courage, pour doter un pays de 
productions exotiques. Ce sont de tels efforls que nous de*- 
mandons, que nous rencontrerons et que nous voulons recom- 
penser. 

Vous remarquerez que ce n'est pas pour la France seule que 
pous provoquons de telles entreprises. 

jVNous desirous que chaque pays echange les productions pri- 
vilegiees que la nature lui a departies contre celles des pays les 
plus eloignes. 

Nous nous estimerons done tres heureux, si des Tannee pro- 
chaine nous pouvons declarer devant vous que plusieurs des 
prix extraordinaires que nous offrons out ete obtenus. 

L'approbation que vous donnerez alors a ces travaux bien- 
faisants sera une autre et plus eclatante recompense pour ceux 
qui les auront accomplis, et deviendra la fonction reelle de 
DOtre oeuvre. 

Et notre patrie sera fiere d'etre le mobile du bien qui sera 
fait en son nom dans toutes les patries. 

(Pour les prix extraordinaires proposes par la Societe, voyez 
le proces-verbal, p. vi et vii.) 






* RAPPORT DE LA COMMISSIOJS DES Rl^COMPENSES. LXIIl 

. RAPPORT T 

' AU NOM DE LA COMMISSION DRS Rl'COMPENSES .^ 

P*r M. le comte d'llPRillllESIVIL, 

'^h ^i *i \^'.^^'^> Secretaire g^n^ral de la Soci^t^. 



Messieurs, 

Au bout de trois ans ecoules clepuis la fondation de la So- 
ci^te, nous venons vous dire les noms de ceux qui ont le mieux 
contrihue k son oeuvre et merite sa reconnaissance. 

Vous trouverez une variete bien remarquable dans les posi- 
tions sociales, les professions et les nationalites des laureats ; 
vous serez aussi touches de cette belle application de nos sta- 
tuts, qui nous prescrivent de recompenser non-seulement lei 
services rendus a notre pays, mais encore les services rendus 
aux pays etrangers par leurs nationaux, 

Quelques mots doivent vous rnettre au courant des opera- 
tions de la Commission instituee des recompenses, dont la tache 
etait plus difficile cette annee qu'elle ne le sera plus tard ; en 
effet, outre qu'elle devait statuer sur un espace de trois annees, 
elle devait aussi etablir les precedents pour les travaux des 
Commissions futures, et quelquefois le defaut de renseigne- 
ments precis I'a privee de proclamer certains noms qui eussent 
figure sur la liste avec honneur. 

La Societe decerne six esp^ces de recompenses : 

1° Le titre de membre honoraire •, 

2° La grande medailie d'or, medaille hors classe 5 

3° Les medailles d'argent, medailles de 1" classe; 

h° Les medailles de bronze, medailles de 2* classe j '" 

6° Les mentions honorables ; 

6' Les recompenses pecuniaires. 

Ces divers lemoignages de notre reconnaissance ont et^ 
affectes aux litres suivants dans chaque section : 

Premierp. categoric. — Introduction. 



LXIV SOCI6t6 IMPlfiRIALE ZOOLOGIQUE d'aCCLIMATATION. 

Deuxieme categoric. — Acclimatation et propagation. 

Troisieme categoric. — Emploi agricole ou indiistrid. 

Trois bases principales ont ete adoptees par la Commission : 

1° L'objet du concours ne devait pas 6tre anterieur au 10 fe- 
vrier 185/i. 

2° La Societe devait avoir ete saisie par un travail, une 
lettre, une note, directement ou indirectement, avant le l"de- 
cembre 1856 (terme fixe par le Reglement). 

3° Un sentiment de deference pour notre premier corps sa- 
vant a fait placer en dehors et au-dessus du concours MM. les 
membres et les correspondants de I'lnstitut ; cette mesure ne 
s'etend pas toutefois aux medailles hors classe. Un sentiment 
de m6me nature a provoque la m6me decision a I'egard de nos 
membres bonoraires. 

Voici, messieurs, les noms dont notre liste de recompenses 
se trouve ainsi privee : 

Membres et Correspondants de I'lnstitut. Membres bonoraires de la Socie'te. 

MM. CosTE, MM. le cbevalier Baruffi, 

Decaisne, le general Daumas, 

Le Prince A. de Demidoff, De Montigny, 

"" Milne Edwards, Piddington. 

POUCHET. 

Enfin la Commission a pense que, la Societe ne croyant pas 
devoir accepter des medailles ou d'autres distinctions pour elle- 
mCme, ne devait admettre au concours que les membres des 
autres Societes etnon les Societes elles-m6mes. Nous n'avons 
done pu inscrire sur la liste de nos recompenses, malgre les 
services qu'elles ont rendus, les Societes dont les noms suivent : 

Les Societes d'acclimatalion de Grenoble et de Nancy ; 

La Societe allemande pour I'eleve des Gallinaces [Huhnero^ 
logischer Verein) a Goerlitz, dont les titres nous avaient ete 
signales par notre Societe affiliee de Berlin ; 

Et le Cornice agricole de Toulon. 

Avant de proceder a la proclamation des recompenses, nous 
devons, messieurs, vous faire connaitre une decision de la 
Commission, a laquelle le Conseil s'est unanimement associe. 

S. M. la Reine d'Espagne, suivant les tradi lions de sa Cou- 



RAPPORT DE LA COMMISSION DES RECOMPENSES. LXV 

ronne , a tente de nombreuses acclimatations dans son 
royaume : les Kangurous, les. Gazelles, dilTerentes varietes 
d'Antilopes, lesDromadaires, lesCasoars, et beaucoup d'autres 
especes animalesetvege tales, ont ete introduits ou acclimates 
par ses ordres, et hi plupart de ces essais ont ete lieureux. 

Sa Majeste est done sans contredit la personne qui a rendu le 
plus de services en Espagne, peut-6tre en Europe, al'acclima- 
tation. La Societe ne pouvait faire de sa medaille d'or hors 
classe un emploi plus juste et plus desirable qu'en cette occa- 
sion, mais elle a pense qu'une adresse exprimerait mieux les 
sentiments de profond respect et de reconnaissance dont elle 
est animee pour S. M. la Reine d'Espagne. 

TITRES DE MEMBRES HONORAIRES. 

La Societe a decerne quatretitres de membres honoraires. 

1** A M. le due DE Gramont, ministre plenipotentiaire de 
France pres la cour de Turin. 

Constamment anime des meilleurs sentiments a I'egard de 
notre association, M. le due de Gramont, alors due de Guiche, 
s'est empresse de faire parvenir en Prance et en Algerie des 
graines et des cocons vivants du Bombyx Cynthia. Aussitdt 
apres les belles et decisives experiences de MM. Baruffi, Savi et 
Griseri, il a accompagne cet envoi de notes detaillees sur les 
avantages du nouveau Ver a sole, et doit 6tre regarde comme 
ayanteu une part considerable a son acclimatation. Sans lui, 
en efi'et, le Bombyx Cynthia, conserve en France par les soins 
de la Societe, et en Algerie par les ordres de S. Exc. M. le ma- 
rechal Vaillant, ministre de la guerre, et sous I'habile direction 
de M. Hardy, eCit ete perdu. M. le due de Gramont nous a 
rendu encore de nombreux et utiles services pour les vegetaux. 
La Societe a voulu lui exprimer sa gratitude par sa plus honou- 
rable distinction. 

2' A S. Ex. Chretien de Steven, conseiller d'Etatactuel en 
Russie. 

Les titres deM.de Steven ont ^te I'objet de Vattention se- 
rieusede la Commission, d'autant plus qu'ils etaientenvoyesel 

T. IV. — Fevrier 1857. 9 



LXVI SOCI^Tl-: IMPERIALE ZOOLOGIQUE d'aCCLIMATATION. 

appuyespar I'Academie imperiale des sciences de Saint-Pelers- 
bourg. Nous n'avons pas hesite a recompenser, par le titre de 
membre honoraire, les iiombreux et importants services ren- 
dus par M. de Steven a son pays, dans I'ordre d'idees qui nous 
occupe. 

La Societe, liee par ses reglements, n'a pu avoir egard aux 
introductions anterieures a 185A; son attention s'est done portee 
sur la propagation et racclimatation. 

La Crimee doit a M. de Steven, outre I'Indigotier, un grand 
nombre de nouvelles Vignes et d'arbustes d'ornement, rap- 
portes de ses nombreux voyages. La Societe a ete heureuse 
d'appliquer ici ses statuts, qui lui commandent de recom- 
penser le bien partout oii il est fait. 

3° A M. le docteur Von Siebold, a Bonn (Prusse rhenane). 

Les litres de M. de Siebold, appuyes par M. Nees d'Esen- 
beck, I'illustre president de la Societe allemande des Curieux 
de la nature, etaient de ceux qui n'ont pas besoin d'etre 
signales. Envoye pour reconnaitre le Japon , cette terre 
promise des naturalistes , si rigoureusement interdite jus- 
que-la aux recherches des savants, M. de Siebold sut, par 
une beureuse et bienfaisante adresse, ouvrir ces portes fer- 
raees et gardees par le fanatisme religieux. II crea dans le 
domaine de Dezima une Ecole de medecine et de chirurgie oh 
les Japonais desireux de se vouer a Tart de guerir etaient ad- 
mis. Ainsi mis en rapport par ses disciples avec Vinterieur du 
pays, M. de Siebold put, grace a ses nombreux travaux pen- 
dant sept annees de sejour a Dezima, fournir les elements im- 
portants d'une Faune et d'une Flore de ce pays. 

L'Europe lui doit I'introduction de nombreux vegetaux : les 
Palates douces, diverses especes de Riz et une quantite consi- 
derable de plan les d'ornements , parmi lesquelles la Pceonia 
arborea et le Lilium lancifolium, 

Des litres si nombreux et si importants justifient, mes- 
sieurs, la distinction dont M. de Siebold est I'objet. 

h° A M. BouRSUiu DE LA Riviere, vice-consul de France en 
Californie. 



ftAPPORt'DE L.\ COMMISSION DES RECOMPENSES. LXVl'l 

Vovageur inialigable, M. Boursier de la Riviere a toujours 
servi avec ardeur les intertMs de la science en ee qui louche 
I'introduction d'espk'os nouvelles. ll a enrichi la sylviculture 
et rhorliculture d\m grand nonibro de vegetaux, dout plu- 
sieurs out une veritable valeiir • des Conif^res nombreux, parmi 
lesquels le Pinus Sabinianaei le Seqitoiagigantea;des arbres 
utiles pour Tindustrie. des arbustes d'ornement, ont ete iiitro- 
duits par lui, et la Societe doit a sa generosite un grand nombre 
degraines. 

Pr^t a partir de nouveau pour la Californie, M. Boursier a 
demande de nouvelles instructions a notre honorable Presi- 
dent-, un z61e si perseverant, des services rendus si reels, 
devaient 6lre dignement recompenses. 

Telles sont, messieurs, les ([uatre personnes qui nous ont 
paru meriter le titre de membre honoraire, reserve expresse- 
ment par nos staluts aux voyngeurs et aux residents a 1'^ 
tranger. 

MKDAILLES d'oR MORS CLASSE. 

La Societe a cru devoir decerner cette annee, pour des ser* 
vices exceptionnels, deux medailles d'or bors classe. 

Une de ces medailles nous a ete ofl'erle par S. Exc. M. le Mi-^ 
njstre de I'agriculture, qui a bien voulu, par ce nouveau temoi- 
gnage de sa bienveillance, rehausser le prix de nos recompenses. 

Les membres fondateurs de la Societe ont deinftnde au Oon- 
seil I'autorisation de donner la seconde. ;>i;, !-.:>,• 

Premiere medaille (Tor hors classe, au MiNisiiiRE de la 
Guerre. 

Nous sommes heureux d'avoir pu decerner notre premiere 
tnedaille d'or hors classe au Ministere de la Guerre. Ses droits 
a notre reconnaissance en France et en Algerie sont de ceux 
qu'il suffit d'enoncer pour les faire valoir. En France, S. Exc. 
M. le marechal Vaillant, ministre de la guerre, que nous 
sommes hers de compter parmi les membres de cette Societe, 
nous a enrichis du premier troupeau de Cbevres d'Angora, et 
son nom restera attache a cette importante aeclimatation. 

En Algerie, nous devons aux soins incessants de son admi- 



LXVm SOCIETE IMPERIALE ZOOLOGIQUE d'aCCLIMATATION 

nistration, rintroductiori de plusieurs especes d'animaux, des 
Chevres d' Angora entre autres, ainsi que la creation et I'en- 
tretien de la magnifique Pepiniere centrale d' Alger. 

Le Jardin d'essai , confie a la direction si intelligente de 
M. Hardy, nous interesse particulierement, et nous y trouvons 
de nombreuses et utiles fonqu6tes : le Tabac^ le Coton, le Mic- 
rier, le Manioc, les Ignames de la Chine et de la Nouvelle- 
Zelande, plantes alimentaires du plus grand avenir; le Figuier 
de Barbaric, V Eupatorium tinctorium , donnant , dit-on , 
une teinture plus belle que I'lndigo •, le Bambou noir, employe 
en Chine pour la fabrication des meubles legers, et qui com- 
mence a se repandre dans le midi et le centre de la 
France, etc. > 

Les details ne nous sont pas permis dans ce resume rapide ; 
mais, nousle repetons, la Societe a ete heureuse de decerner 
sa plus haute recompense a des titres si considerables, pro- 
duits par une administration si haut placee et si eclairee. 

La Societe a decern^ sa deuxieme medaille d'or hors classe 
aM. Aubry-Lecomte. 

De nombreuses considerations et de I'ordre le plus eleve de- 
signaient M. Aubry-Lecomte aux suffrages de la Societe. En 
efl'et, notre honorable confrere a enrichi, par d'incessants tra- 
vaux, au risque de sa sante et de sa vie, unpays desherite, n'of- 
frant jadis a ses habitants et aux voyageurs que le sort ou le 
devoir amenaient a sa cote qu'une retraite inhospitaliere et 
privee des choses les plus necessaires a la vie ; je veux parler 
du Gabon. Ce pays doit a M. Aubry-Lecomte de nombreuses 
introductions et acclimatations : la creation d'un troupeau de 
Boeufs, qu'il s'est procure dans le Royaume de Benin, et un 
grand nombre de plantes alimentaires. 

Les services rendus au Gabon par M. Aubry-Lecomte peu- 
vent se diviser en deux classes. Dans la premiere, nous range- 
rons les cultures destinees au bien-6tre propre de la Colonic : 
telles sont celles du Cafe, du Cacao, de la Vanille, de la 
Cannelle, de I'Arbre a pain et de beaucoup d'autres vegetaux. 
Dans la seconde, nous parlerons des cultures afl'ectees pour 



RAPPORT DE LA COMMISSION DES Rl^:COMPENSES. LX\X 

ainsi dire aiix etrangers : je veux parler des Legumes d'Eu- 
ropeciuiont tousreussi, hormis la Poninie de terre. Dans les 
deux classes, une egale reconnaissance est ac(|uise de la part 
des indigenes et de la part des voyageurs a M. Aubry-Lecomte, 
au bienfaiteur de cette contree, jadis si pauvre, et maintenant, 
grace a lui, riche et hospitaliere. , '• 

Notre jeune Societe ne pouvait 6tre la premiere a recom- 
penser de si importants travaux, tant de devouement aux inte- 
r6ts del'liumanite. M. Aubry-Lecomte a re?u deja la decora- 
tion de la Legion d'honneur et la medaille de I" classe a I'Ex- 
posilion universeile. Notre medaille d'or hors classe doit 6tre 
pour lui une preuve eclatante de la reconnaissance et de Fes- 
time de la Societe. 

PREMIERE SECTION. — MAMMIFERES. 

INTRODUCTION ET ACCLIMATATION. 
MMaiiles de premiere classe. 

Premiere. — AM. le professeur Sacc, delegue de la Societe 
a Vesserling (Haut-Rhin). 

Anime du zele le plus ardent pour nos travaux , M. le pro- 
fesseur Sacc n'a cesse de nous rendre les plus importants ser- 
vices de tous les genres. On doit a son intelligente et chaleu- 
reuse initiative Tachat du premier troupeau de Chevres d'An- 
gora. Depuis il a prodigue ses soins, et aux Chevres d'Angora 
qui lui avaient ete conPiees, et aux Chevres de Nubie. Ses ser- 
vices ne sont pas moindres dans la section des vegetaux : nous 
lui devons la propagation du Chervi et du Cerfeuil bulbeux. 

Deuxieme. — AM. Florent Prevost, a Paris. 

Devoue depuis de longues annees a la cause de Tacclima- 
tation, M. Florent Prevost lui a rendu de grands services dans 
la theorie et dans la pratique. Sa part considerable dans les 
heureuses experiences sur THemione et le Lama, faites par 
notre honorable President au Museum, les essais qui lui sont 
propres sur Tacclimalalion du Casoar, lerecommandaientpar- 
ticulieremenl a I'altention de la Societe. 



LXX SOCIETE IMPERIALE ZOOLOGIQUE d'aCCLIMATATION. 

Troisieme. — A M. Le Presthe, dcMegue de la Societe a Caen. 

Un jardin consacre aux etudes sur raceliiuatation et ou sc 
poursuivent avec succes de nombreuses experiences, un zele 
infatigable pour les questions qui nous interessent, tels sont 
les titres de M. Le Prestre, que la Societe a voulu recornpenser, 

Quatrieme. — A M. le baron de Pontalba, a Paris. 

Place dans les plus belles conditions pour reussir, M. de Pon- 
talba a bien merite de la Societe par ses essais beureux de 
metissage d'Hemiones et par ses essais en pisciculture. 

lUMallles de deaxl^me classe. 

Premiere. — A MM. Cuenot, a Besan^on ; Jobez, a Syam 
(Jura) ; et Bouteille, a Grenoble. 

Pour les soins zeles et intelligents donnes par ces messieurs 
aux Yaks et aux Chevres d' Angora confies a leur direction. 

Deuxieme. — A M. de Liron d'Airoles, a la Civeliere, pres 
Nantes. 

Pour I'introduction de nouvelles especes porcines et de nou- 
veaux Gallinaces. 

Troisieme. — A M. le marquis de Selve, a Paris. 
Pour ses essais utiles sur les Chevres d' Angora. 

Mentions honorables. 

Premiere. — A M. Montaurin, sous-prefet a Barceionnette, 
maintenant a Altkirch. 

Deuxieme. — A M. Marozeau, a Wesserling (Haut-Rhin). 
Pour les soins donnes par ces messieurs a Tacclimatation, 
Tun des Yaks, I'autre de la Chevre d' Angora. 

APPLICATION INDUSTRIELLE. 
MMaille de premiere classe. 

A M. Fred. Davin, de Paris, qui , en traitant par \epeigne- 
carde, de son invention, les laines des Merinos Graux de 



KAFPOKT DE LA GUMMiSSlON DES H^COMPEMSES. LXXf 

iMauchamp, a donnu une grande place dans Tindustrie a la 
laine soyeuse de la precieuse race creee par notre confrere 
M. Graux de Mauchamp. 

Mentions taonorablec. 

Premiere. — AM. Albin Gros, a Wesserling (Haut-Rhin). 

Deuxieme. — A M. le docteur Millot, a Mello (Oise). 
Pour des essais utiles de filature. 

DEUXIEME SECTION. — OISEAUX. 

INTRODUCTION ET ACCLIMATATION. 
MMallles de premiere classe. 

Premiere. — AM. Saulnier, a Paris. . . ' . , 

A tente de nombreuses acclimatations d'Oiseaux utiles et 
d'ornement. Occupe de son oeuvre depuis de longues annees, il 
a poursuivi le succes avec une volonte perseverante et I'a 
presque toujours obtenu. Les Cygnes noirs, I'Oie d'Egypte, le 
Canard mandarin , le Canard tadorne, les Colins de Californie, 
ont ete les objets de ses etudes et ont produit dansses volieres 
plusieurs generations. C'est a ses soins indiistrieux que nous 
devons la reproduction et la multiplication vraiment remar- 
quable de la charmante Perruche ondulee. 

Deuxieme. — A M. Coepfier, a Versailles. 

A consacre de nombreuses annees a des essais sur les Oiseaux 
les plus varies. Rappelons d'abord qu'il a obtenu le premier 
en France la reproduction du beau Canard de la Caroline. Les 
Tinamous, les Rhynchotes, les Colins, nouvelles especes de 
gibier, ont reussi chez lui de maniere a faire bien augurer de 
I'avenir. .^hi«««o' 

Troisieme. — AM. Thompson, a Londres. 
M. Thompson a obtenu au Jardin zoologique de Londres de 
tres beaux resultats d'acclimatation, et principalement a pro- 



LXXII SOCIETY IMPERIALE ZOOLOGIQUE d'aCCL1MA.TATI0N. 

pos des Gouras, dont il regarde I'acquisition a nos contrees 
comme certaine. 

Quatrieme. — AM. Pomme, a Paris. 

Les essais importants de notre honorable confrere sur les 
Hoccos et les Marails, couronnes pour ces derniers d'un plein 
sueces, recommandaient ses travaux a la Societe. Beaucoup 
d^autres especes d'Oiseaux ont ete I'objet de ses etudes •, t6t ou 
tard nous lui devrons quelque nouyelle conqu6te. 

Cinquieme. — AM. Delon, a Paris. 

Voue plus particulierementaux Oiseaux d'ornement, M. De- 
lon a vu presque toujours ses efforts recompenses par le sueces. 
Les Cardinaux, les Paroares, les Bengalis, les Cordons bleus et 
autres especes de petite taille ont ete Tobjet de ses soins et lui 
ontdonne plusieurs generations. II a obtenu le premier la re- 
production d'une jolie Perruche, la Perruche Edwards. On se 
souvient encore de sa note pleine de details interessants sur la 
Perruche ondulee. La Societe lui doit aussi des remerciments 
pour son utile cooperation a I'education du Ver a sole du 
ch6ne. 

Medallles de denxlAme classe. 

Premiere. — A M. Bouvenot, a Versailles. 

Pour Televe de differentes especes de Gallinaces de chasse 
et de basse-cour. 

Deuxieme. — AM. Ruffier, a Paris. 

Pour la reproduction de plusieurs especes d'Oiseaux d'eau. 

Troisieme. — A Nouh-Bey-Effendi. 

Pour Televe de Gallinaces en Turquie et I'envoi en France 
de deux especes de Poules. 

Mention honorable. 

M. I'abbe Allary, cure de Bosny-sur-Seine. 
Pour un tres interessant travail sur Televe des Perdrix et 
des Cailles en domeslicito. 



RAPPORT DE LA COMMISSION DES RECOMPENSES. LXXTII 

TROISIEME SECTION. -POISSONS. 

1° PISCICULTURE. 
HMallle de premiere elas»e. 

A M. Millet, a Paris. 

Voue depuis iongtemps a la question du repeuplement des 
cours d'eau de la France, M. Millet n'a cesse de conlribuer a 
son avancement soit parde belles experiences de pisciculture, 
suivies avec un zele infatigable dans toutes les parties de la 
France, soit par des ecrits theoriques destines a eclairer le 
public sur la pauvrete toujours croissante de nos cours d'eau 
et sur les moyens d'y remedier par la conservation et le repeu- 
plement. La Societe devait a ses nombreux succ^s la medaille 
de 1" classe. 

MMallles de denxl«me classe. 

Premiere. — AM. le marquis de Vibraye, a Paris. 
Pour ses belles experiences de pisciculture 

Deuxieme. — AM. Malischeff, a Nijne-Taguilsk (Russie). 
A fait dans son pays, en Siberie, de tres interessants tra- 
vaux et dans des conditions d'une difficulte exceptionnelle. 

Troisieme. — A M. le baron de Tocqueville, a Paris. 

Quatrieme. — AM. Wallut, a Paris. 
Pour leurs experiences de pisciculture. 

Mentions lionorables. 

Premiere. — AM. Garnier-Savatier, a Marans (Charente- 
Inferieure). 

Pour ses essais sur la pisciculture marine. 

Deuxieme. — A M. Caillaud, a Saint-Sornain (Vendee). 
Pour ses travaux importants de pisciculture. 



LXXIV SOCiBTE IMFERIALE Z00U>G1Q11K U ACCLIMATAl'ION. 

2" HIRUDICULTURE. . 
Mention honorable. 

A MM. Saint-Li^on, a Paris, et Brauwers, a Alger. 

Pour leurs etudes sur les Sailgsues, en France et en Algerie. 



too 

.V8 fK)8 



f QUATRIEME SECTION. — INSECTES. 

1° INTRODUCTION ET AGCLIMATATION. 

'' M^dallles de premiere classe. 

<) - 

premiere. — A M. Guerin-Meneville, a Paris. 

La Societe n'a pu recompenser tous les travaux de M. Gue- 
rin-MeneYillc,le chef de nossericieulteurs. Laplupart, portant 
sur des especesanciennes, echappaient a notre action; ellen'a 
pu avoir egard qu'aux essais tentes avec tant de zele sur des 
especes nouvelles, essais qui nous pertnettront sans doute plus 
tard de donner a notre honorable confrere un plus haut temoi- 
gnage de notfe reconnaissance. 

Deuxieme. — AM. Chavannes, a Lausanne (Suisse). 

Grace a des soins multiplies et les mieux entendus, M. Cha- 
vannes a obtenu Tacclimatation maintenant tres avancee d'une 
espece de Ver a soie du chfene. 

Troisieme. — AM. Ghiseri, a Turin. 

A puissamnientcontribue a la reussite des belles experiences 
faites a Turin sur le Bombyx Cynthia, dont I'Academie royale 
d'agriculture de Turin lui avait specialement confie la direction. 

Quatrieme, — A M, le barOn Francois Anca, a Palerme 
(Sicile). 

La Sicile doit a M. le baron Anca de nombreuses introduc- 
tions et acclimatations de Vers a soie et aussi de vegetaux. 

Cinquieme. — AM. Vallee, a Paris. 

A bien merite de la Societe en soignant avec un z^le et une 



HAPPOKT DE LA COMMISSION DES RiOOIIiitEllSES. LXXY 

Industrie au-dessus de tout eloge I'acclimatation du Bombyx 
Cynthia etde plusieurs autres esp^ces de Vers a sole. On lui 
doit d' avoir decouvert la possibilite de nourrir le Bombyx Cyn- 
thia avec les feuilles>de Chardon a foulon. Ses educations 
ainsi faites sont arrivees Alaoin(fui6me generation. 

M«dallles de denxlime claste. A 

Premiere. — AM. Robillvrd, a Valence (Espagne). 
Pour I'introduction et Tacclimatation du Ver a soie du ricin, 
en Espagne, a Taide des oeufs que la Societe lui avait confies. 

Deuxieme. — AM. Blanch ard, k Paris. 

M. Blanchard, dont le nom est attache a d'importants tra- 
vaux anatomiques, nous a signale trois insectes de TAmerique 
du Nord producteurs de la soie, et meritant a ce titre d'etre 
introduits en Europe. Grace aux. ordres de notre honorable 
confrere M. Drouyn de Lhuys et aux soins de M. Roger, con- 
sul a laNouvelle-Orleans, la Societe a pu soumettre ces insectes 
a d'interessantes experiences. 

Troisieme. — AM. TAi«TfiT, a Paris. 

A puissamment contribue a I'introduction du Ver a soie du 
nord de la Chine- II a aussi rendu d'importants services pour 
les vegetaux, notamment pour I'introduction du Rizsec. 

Quatrieme. — AM. Le Long, a Paris. 
A procure a la Societe une espece remarquable de Vers k 
soie du Bresil. On lui doit aussi plusieurs vegetaux. 

Cinquieme. — AM. Roger, consul a la Nouvelle-Orleans. 

Nous a fait parvenir de nombreuses graines de trois especes 
de Vers a soie de I'Amerique du Nord, signalees par M. Blan- 
chard, avec un zele dont la Societe a voulu le remercier ici. 

2" APPLICATION INDUSTRIELLE. 
M^dallle de premiere classe. 

A M. Henri Schlumbergek, a Guebviller (Haut-Rhin). 

II a bien voulu employer, en faveur des travaux de la Societe, 



LXXVI SOCIl^TE IMPl^RIALE ZOOLOGIQUE d'aCCLIMATATION. 

son habile experience et ses belles machines en filant ies soies 
de differentes especes de Vers a soie noiiveaux, et aussi des 
poils de Ch^vres d' Angora et dTaks. 

Mentions taonorables. 

A MM. Bashford, a Surdah (Bengale) ; 

le docteur Peyxoto, a Rio-de-Janeiro (Bresil); 

I'abbe Salvaire, missionnaire apostolique en Chine ; 

Verani, a Nice (Piemont) ; 

Baron Angelo Anca, a Palerme (Sicile) ; 

Daniel KoECHLiN, a Mulhouse (Haut-Rhin); 
-;; M"" de SusiNi, a Sartene (Corse). 

Pour d'interessants Iravaux sur differentes especes de Vers 
a soie. 

CINQUIEME SECTION. — VEGETAUX. 

1° INTRODUCTION ET ACCLIMATATION. 
M^dallles de premttre elasse. 

La Societe a decerne sa premiere medaille de 1" classe a 
M. Hardy, directeur de la Pepiniere centrale d' Alger. 

Place par le Ministre de la guerre a la I6te de ce magnifique 
etablissement et du precieux Jartlin d'essai, M. Hardy a su Ies 
faire prosperer tons deux par son intelligente administration. 
II a contribue au succes de beaucoup de nouvelles acclimata- 
tions vegetales en Algerie, et nous ne devons pas oublier de 
mentionner, parmi ses titres, la conservation due a ses soins 
du Bombyx Cynthia. 

Deuxieme. — A M. de Hartwis, conseiller de College, en 
Russie. 

La Crimee doit a M. de Hartwis, digne continuateur de M. de 
Steven, et signale comme lui a la Societe par TAcademie impe- 
riale de Saint-Petersbourg, de nombreuses introductions cu 
acclimatations de vegetaux utiles et d'ornement, parmi lesquels 



RAPPORT DE LA COMMISSION DES RECOMPENSES. LXXVH 

un grand nombre d'arbres fruitiers et I'lndigotier, dont il a 
beaucoup encourage la culture. 

Troisieme. — AM. Paillet, a Paris. 

S'est consacre avec succes, le premier apres MM. Decaisne 
et Pepin, a la propagation de I'lgname de la Chine et de la 
Nouvelle-Zelande •, il a compris Tavenir de ces plantes alimen- 
taires, et la Societe a voulu lui donner un temoignage de son 
estime. 

MMallles de denxieme classe. 

Premiere. — A M. le docteur Chatin, a Paris. 
Pourses experiences surles Ignames de la Nouvelle-Zelande, 
qu'il a beureusement multiplies. 

Deuxieme. — A S. Exc. Koenig-Bey, Secretaire des comman- 
dements de Son Altesse le vice-roi d'Egypte. 

Pour diverses cultures en Egypte, et I'envoi a la Societe 
de plantes de Tinterieur de I'Afrique et de Riz de Java. 

Troisieme. — A M. le docteur Liautaud. 

Pour I'introduction de diverses varietes de The en Algerie. 

Qiiatrieme. — AM. Lienard, a Tile Maurice. 
Pour diverses cultures a Tile Maurice, et I'envoi de graines 
precieuses a la Societe. 

Cinquieme. — AM. Henri Lhomme, a Paris. 
Pour la culture de Tlgname de la Nouvelle-Zelande, sods la 
direction de M. Moquin-Tandon. 

2° application agricole. 

Mtdallles de premiere classe. 

Premiere. — AM. Remont, a Versailles. 
M. Remont a le premier propage Vlgname sur une vaste 
ecbelle. C'est pjar hectares qu'il faut mesurer ses cultures a 



LXXVIII SOCI^Ti IMPlfeRIALE ZOOLOGIQUE d'aCCLIMATATION. 

Versailles, dans la Drome, dans les Landes, pour lesquelles 
rigname deviendra, nous I'esperons, une veritable richesse. 

Deuxieme. — A M. le marquis Ridolfi, a Florence. 
f>; M. le marquis Ridolfi a rendu de nombreux et veritables 
services a son pays, en y introduisant un grand nombre de ve- 
gc^taux utiles , plusieurs especes remarquables de Coniferes, 
une espece de Patale douce, et surtout le Trette, maintenant 
tres repandu en Toscane, et le Sorgho, dont M. Ridolfi tire 
d' excellent alcool. 

Troisieme. — A M. Ivoy, a Geneste, prfes Bordeaux (Gironde). 
Pour I'introduction dans les Landes, sur une vaste echelle, 
d'arbres exotiques et de Conif^res nouveaux. 

M£dallles de deaxlAme classe. 

'i Premiere. — AM. SALVAGNOLt, a Florence. 

Pour rintroduclion en Toscane de differentes cultures ini- 
portantes, parmi lesquelles le Sulla deMalte,plante fourragere, 
le Sorgho, et nombre d'especes de Vignes et d'arbres fruitiers. 

Deuxieme. —AM. Simoni, k Florence. 

M. Simoni a opere en Toscane, dans de vastes proportions, 
la culture de Coniferes, regardes jusqu'alors dans ce pays comme 
arbres d'ornement, tels que les Laricios, maintenant tres nom- 
breux dans certaines for6ts de Toscane ; sesessais se sont aussi 
portes sur diverses especes de Ch6nes, de Legumes et d'herbes 
potageres. 

Troisieme. — AM. d'lvERNOis, a Hyeres (Var). 
Pour ses belles cultures du Sorgho, dans le departement du 
Var, et Temploi de cette plante comme recolte fourragere. 

Quatrieme. — AM. Flatow, a Berlin. 

Pour la propagation de la culture du Houblon en Posnanie. 

3° APPLICATION INDUSTRIKLLE. 
M^dallle de premiere classe. 

^ A M. le docteur Sicard, a Marseille. 



RAPPORT DE LA COMMISSION DlW RI^fiOMPEHSRS. LXXfX 

Pour Ips diflerentes matieres tinctoriales et alcooliques qu'il 
aobtenues du Sorgho, et pour ses essais de fabrication de papier 
tentes avec cette plante. ...'HUmi 

MMaille de deiultaie claue* 

A M. Fremy, a Paris. 

Ce celebre chimiste, aucjuel on devait dej4 une analyse im- 
portante de I'lgname de la Chine et la constatation d'une sub- 
stance azotee dans cette racine, a bien voulu se charger d'ana- 
lyser plusieurs huiles animales et vegetales nouvelles dont il a 
fait connaitre les proprietes et les (jualites au point de vue 
industriel. 
•J . . , ' 

Mentions lionorables. 

MM. Parlatore, a Florence. — Pourde nombreuses introduc- 
tions et acclimatations de vegetaux dans son pays. 

FuNKE, a Dyck (Prusse rhenane). — Pour la culture de 
rigname en AUemagne, daris les propriete de S. A. S. 
le prince de Salni-Dyck. 

Denis, a Hyeres (Var). — Acclimatation de plusieurs 
arbres exotiques a Hyeres. 

Victor Chatel. — Pour la propagation d'une variete inte- 
ressante de Ponime de terre, dite de Siberie. 

Brierre, a Notre-Dame-de-Riez (Vendee). — Pour la 
propagation de Tlgname de Chine dans le departement 
de la Vendee. 

Aguillon, a Toulon (Var). — Pour la culture de diverses 
plantes nouvelles dans le Midi. 

G. de Lausanne, au chateau de Porzantrez (Finistere). — 
Pour de semblables services rendus en Bretagne. 

Recompenses p«cnnlalres. 
PREMIERE SECTION. — MAMMIFERES. 

M. BiRRON, recompense pecuniaire de 100 francs pour les 



LXXX SOCIETE IMPERIALE ZOOLOGIQUE D ACCLIMATATION. 

soins excellents qu'il donne, depuis de longues annees, a divers 
Manmiiferes, et en particulier aux Lamas du Museum d'histoire 
naturelle. 

TROISIEME SECTION, — PISCICULTURE. 

M. Baudier, garde de la gare de Choisy, recompense de 
100 francs. M. Baudier etant decede, la recompense qu'il a 
meritee sera remise a sa veuve, qui a continue ses travaux. 

CINQUIEME SECTION. — V^Gl^TAUX. 

M. Choplin, contre-maitre de M. Bemont, a Versailles, 
recompense de 100 francs pour les soins intelligents donnes a 
la culture de I'lgname de Chine. 



BULLETIN 

MENSUEL 

DE LA SOGZETE IMPERIALE 

ZOOLOGIQUE 

D'ACCLIMATATION 

Fondle le 10 F^vrier i8a4. 

I. TRAVAUX DES MEHBRES DE LA SOGIETl 



NOTE 
SUR LE TAPIR MAIPOURI DE LA GUYANE 

Par M. Victor BATAILLE, 

Proprietairc , negociant et naturaliste, a Cayenne. 



(Stance du 26 d^cembre 1856.) 

Buffon donne sur le Tapir, dans son Histoire naturelle, d'a- 
pres divers voyageurs, des renseignements que rautorite du 
grand naturaliste a fait generalemenl accepter et reproduire, 
niais qui ne sont pas tous exacts, et j'ai pense que la Societe 
imperiale d'Acclimatation en accueillerait volontiers la rectifi- 
cation, d'apres ies faits que j'ai ele mis a in6me do constater 
par un sejour de vingt ans a Cayenne et par mes voyagt>s dans 
Ies diverses parties de la Guyane, 

Plusieurs des voyageurs cites par Buflbn disent qu'on se 
procure le Tapir par Ies Indiens, mais qu'on ne pent tirer que 
pen de parti de cet animal, parce que sa chair n'est pas de 
bonne qualite : « Sa viande est grossi^re et d'un goiU des- 
agreable », dit entre autres Barere dans son Histoire naturelle 
de la France equinoxiale. 

Cette assertion serait de nature a detourner Ies voyageurs 
ou Ies personnes (|ui resident en Amerique d'envoyer en Europe 
cet animal, dont cependant I'introduction a ete a plusieurs 

T. IV. —Janvier 1857. 1 



2 SOCIETE IMPERIALE ZOOLOGIQUE D'aCCLIMATATION. 

reprises indiquee comme utile, notaminent, des le xviii' siecie, 
parDaubenton, et, de nos jours, par M. Is. Geoffroy Saint-Hilaire. 

Je puis^ paf tna propre experience , rflssurer contrfe ces 
craintes.'J'ai souvent mange de la chair de cet animal. Sans 
6tre delicate et de premiere finesse, elle est bonne et n'a rien 
de desagreable au gout. Aussi a-t-elle pris, depuis 1848, une 
place assez importante dans I'alimcntation de la colonic, par- 
ticulierement de la classe ouvri^re. Avant 1848, on le chassait 
peu •, les Indiens seuls se livraient a cette chasse, parce que les 
Europeens et les esclaves etaient occupes a d'autres travaux. 
Depuis I'emancipation, la chasse se fait au contraire tres acti- 
vement, avec succes, et non pas seulement chez les Indiens, 
mais a proximite de la ville, dans les environs de laquelle I'a- 
nimal n'est nuUement rare. J'en ai vu tuer, et ni6nie tres fre- 
queminent, a une et deux heues de la ville. II n'y a pas de 
semaine oii Ton n'enapporte deux ou trois qui sont depeces et 
vendus au detail, comme la viande de boucherie. Le prix est 
de 4 fr. l\0 le kilog. (^ette consommation ofl're un veritable 
avantage pour la colonic, (.ivi-nife ; 

Un faitremarquable des habitudes de ces animaux est quele 
jeune, du sexe masculin, suit sa mere et ne la quitte que lors- 
quMl est parvenu a Fetat adulte et a pu la saillir. Cette circon- 
stance fait que les chasseurs, lorsqu'ils tuent la mere, obtien- 
nent facilement le jeune male. 

Les jeunes femelles, au contraire, se separent de leurs meres 
des qu'elles n'ont plus besoin de leurs soins. 

De Laborde dit que le Tapir de I'Amerique meridionale pese 
jusqu'a 500 livres. II y a dans ce nombre un peu d'exagera- 
tion ; mais le Tapir n'en est pas moins, comme le dit de La- 
borde, le plus volumineux des quadrupedes de la Guyane. 

Ces details, que je completerai ulterieurement, m'ont paru 
avoir quelque opportunite au moment oij, par mes soins, un 
Tapir va arriver en France, ou deja j'ai envoye un assez grand 
nombre d'animaux propres a Tacclimatation, et particuliere- 
ment des Hoccos et des Penelopes (1). 

(1) Les animaux que j'ai envoyes, et qui malheureusement ne sont pas 
tous arrives vivants, sont les suivants : 

10 agoutis ; 1 paca ; 1 p^cari ; 3 hoccos ; h p^n^lopes ; 1 canard. 



CHEVRES. 



ESSAl SUR LES CHfiVftli!S 



Par M. SACC, 

Profesieur i la Faculte des sciences de Neuchfttel (Suitta), 
Velegu6 de la Society a Wesserling'. 



SUITE (I). 



f 



CHilVRES DOMESTIQUES. 

. Comme toUS les animaux attaches a rhomme, la Oh^vl'e 
domestique presente une foule de varietes, parini lesquellts 
on distingue quatre types assei bien marques pour quMl soil 
facile de led separer d'avee cette multitude de varietes nees 
sous Tinlluence des croisements, des climats, de ralimenta- 
tion ou d'autres cotiditions aussi puissantes que variees. 

Le premier type comprend la Chevre commune; le second, 
la Chevre d'Angora; le troisieme, la Chevre de Nubie, et le 
quatrieme, la Chevre de Cachenure ou du Thibet. Autour de 
chacun de ces types se groupent une foule de varietes ne6s sails 
doute, essenliellement, des croisements, et qu'il imports d'eti 
separer en tenant bien comple des caracteres speciaux a cha- 
cun d'eux, et que nous allons exposer. 

La Chevre commune a le nez aplati, les mamelles accbii- 
plees et longues ^ le scrotum du bouc est entier. Le poil, plus 
ou moins long, est assez raide, et couvre, en hiver seulement, 
une laine courte et line-, les cornes sent arquees en arriere, 
et jamais lordues sur elles-m6mes. Le bouc a, pendant toute 
I'annee, une odeur aussi desagreable que forte. 

La Chevre dC Any or a difl'ere de la Chevre commune en ce 
que ses mamelles sont hemispheriques, que la laine depasse 
beaucoup le poil primaire, qu'elle couvre et cache totalemeni, 

(1) Pout' la premi^f^ partie de ce travail, voyez les ouni^ros de novvJinbi';, 
pages 513 5 b2k, et d<^cembre, pages 561 h b%U. 



ll SOCIETE IMPEUIALE ZOOLOGIQI E d'aCCLIMATATION. 

et que ses comes sont plus ou inoins arquees sar les cotes de 
lat6te, aplaties et tordues sur elles-m^mes. L'odeur du bouc 
ue se developpe qu'a Tepoque du rut, en automne ; elle n'est 
jamais aussi fetideque celle du bouc commun. 

La Chevre de Juida , encore mal connue , se rapproche 
beaucoup de celle d'Angora , donl elle pourrait bien n'^tre 
qu'une variete naine. 

La Chevre de Nubie diftere totalement de ses congeneres 
par son chanfrein fortement brusque, sa machoire inferieure 
proeminente, ses niamelles et son scrotum profondement divi- 
ses en deux lobes. Le bouc n'a jamais d'odeur. 

La Chevre de Cachemire differe de la Chevre commune par 
ses mamelles bemispheriques, ses cornes toutes droites ou 
divergentes, et plus ou moins tordues sur elles-memes. Le 
poil primaire, fort allonge, porte en hiver, a sa base, une laine 
plus fine, plus longue et plus abondante que celle de la Chevre 
commune •, c'est avec elle qu'on fabrique les precieux cache- 
mires, si justement recberches par les dames. 

Reprenant en detail Tbistoire de cbacun de ces types, occu- 
pons-nous d'abord des sous-varietes de la Chevre commune ^ 
elles ont trait a la taille, au pelage, aux cornes et aux ma- 
melles. Les plus grandes Chfevres habitent les montagnes fer- 
tiles de I'Aragon, des Alpes et de la presqulle scandinave; c^est 
dans le haut Valais, autour du glacier d'Aletsch , qu'on ren- 
contre les plus beaux exemplaires de ces races de forte taille. 
Cette Chevre du Valais est de moitie environ plus grande que 
la Chevre commune ; tout le corps est convert de longs polls 
blancs qui descendent jusques a terre •, ceux du poignet s'al- 
longent m^me sur le sabot, de maniere a le derober totale- 
ment a la vue. La t6te et le cou seulement sont du plus beau 
noir de jais, ce qui permet aux bergers de les retrouver sans 
peine au milieu des neiges qui entourent leurs paturages d'ete, 
et les y surprennent souvent a la fm de cette saison. Les petits 
naissent converts d'un poil frise qui, s'allongeant avec I'age, 
devient bientot ondoyant comme celui des adultes. 

Les Chevres naines, qu'on expedie frequemment d'Egypte, 
ne sont gu6re plus grandes que de forts chats ; la taille des 



CHt:VKKS. 5 

boucs, beaucoup plus graiide que celle ties Chevres, se rup- 
proclie (leja do celle des Chevres communes. 

Le pelage est plus ou moins long, quehjuefois tres court, ce 
qui est le cas chez les belles Chevres d'Appenzell, dont la repu- 
tation d'excellentes laitieres est devenue, avec raison , euro- 
peenne. Quoique la teinte du pelage olTre toutes les nuances 
possibles de noir, de blanc et de brun, cependant le fauve y 
domine en general, plus ou moins m6le de brun fonce. Les 
Chevres des petits cantons, celles du Tyrol, sont fauve fonce, 
avec la t6te noire et une raie de ni6me couleur qui s'etend 
depuis la nuque jusqu'a la queue, tout le long du dos. 

La forme des cornes des Chevres ne varie pas ; mais elles 
man(|uent a beaucoup de sous-varietes, tandis (jue chez d'au- 
tres, elles semultiplient. Dansle troupeau communal du village 
de Gorgier, pres de Neuchatel , en Suisse , on trouvc beau- 
coup de Chevres a quatre cornes, que leurs proprietaires as- 
surent 6tre meilleures laitieres que les individus adeux cornes. 

La paire de cornes supplementaires est placee en arriere des 
cornes ordinaires; elle est generalement plus courte et plus 
grt^.le que Tautre. 

Les mamelles, enlin, sont plus ou moins allongees, plus ou 
moins velues, plus ou moins cbarnues ; elles ne presentent 
jamais que deux trayons developpes. 

Chose etrange, et qui prouve combien les facultes lactiferes 
sont developpees cliez la Chevre domeslique, il arrive que des 
boucs fournissent du lait. Nous avons vu, il y a quelques an- 
nees, uii de ces boucs laitiers dans le grand-duche de Hesse- 
Darmstadt, pres de Giessen ; le pis, place au-devant du scrotum, 
fournissait un lait aussi bon qu'abondant, et dont I'analyse 
chimique a demontre que la composition etait identique avec 
celui des Chevres. Ce bouc, age de quatre ans, avail d'ailleurs 
autour de lui une nombreuse progeniture, a laquelle il avait 
en partie aussi servi de nourrice. 

Le lait des Chevres communes possede un gout de bouc 
d'autant plus prononce qu'elles sont tenues moins proprement; 
avec des soins, on Tevite d'autant plus facilcment que le pelage 
est plus court. 



6 SOCIETE IMPERIALE ZOOLOGIQUE d'aCCLIMATATION . 

Comme nous indiquerons, aux generalites sue les soins, les 
caract^res des Chevres bonnes laiti^res, nous passerons main- 
tenant a I'etude des autres Chevres domestiques. 

La Chdvre cC Angora est de grandeur moyenne \ ses oreilles 
sont droites ou pendantes. Les cornes, aplaties chez le male, 
sont tordues sur elles-m^mes et divergentes ; celles de la fe- 
melle sont courtes, rugueuses, arrondies et fortement recour- 
bees en crochet en arriere ; elles portent aulant de noeuds 
horizontaux que ranimal a d'annees. Le poll primaire est court, 
couche sur la peau, blanc ou jaune clair; le poil secondaire, 
ou laine qui le depasse, s'allonge en boucles ondoyantes qui 
atteignent jusqu'a 80 centimetres de long, et sont toujours du 
plus beau blanc. Celle admirable race n'existe pure qu'a An- 
gora, oil on lui donne les plus grands soins, parce qu'elle est 
la source d'enormes gains. Tournefort, qui le premier a parle 
avec detail de la Chevre d'Angora, dans son Voyage en Orient, 
le fait dans les termes suivants : « On nourrit les plus belles 
» Chevres du monde danslacampagne d'Angora. Elles eblouis- 
» sent par leur blancheur, et leur poil, qui est aussi fin que de 
» la soie, frise naturellement par tresses de 8 ou 9 pouces de 
» long, est la nuUiere de plusieurs belles etoffes, et surtout 
» du camelot (1), maisonne permetguere de transporter cetle 
.» toison sans la filer, parce que les gens du pays y gagnent 
» leur vie. II semble que Strabon ait parle de ces belles Che- 
'> vres : « Aux environs de la riviere Halys, dit-il, on nourrit 
» des Moutons dont la laine est fort epaisse et fort douce, et, 
» de plus, il y a des Chevres qui ne se trouvent nulle part 
» aiileurs. » Quoi qu'il en soit, ces belles Chevres ne se trou- 
- v^nt aujourd'hui qu'a quatre ou cinq journees d'Angora et 
5D de Beibazar; leurs portees degenerent quand on les trans- 
» porte plus loin. Le fil de Chevre se vend depuis h livres jus- 
v> qu'a 12 et 15 Toque (2) ; il y en a meme de 20 et 25 ecus ; 
y tnais ce dernier ne sert qu'a fabriquer le camelot destine au 

(1) Le camelot ^tait tin tissu l^ger semblable aux dloffes dites depo«7 de 
chevre^ avec lesqiielles on fait les gilets d'^l^ ; il etait ct^lebre par son eclat 
aulant que par sa dur(5e. 

(2) L'oque vaut un kilogramme. 



GHtVRES. 7 

» serail du grand seigneur. Les ouvriers d'Angora emploient 
» le fil do Ch^vre pur dans leurs camelots, tandis qu'a Bruxelles, 
» et je ne sais pour quelle raison, on est oblige d'y m6ler de 

» la laine Toutce quartier est secet pele; les Chfevresn'y 

» broutont que des brins d'herbes, et c'est peut-6tre, comme 
» le remarque Busb^que, ee qui contribue a conserver la beaute 
» de leur toison, qui se perd quand elles changent de climat et 
» de paturage. Les bergers de Beibazar et d'Angora les pei- 
» gnent souvent etles lavent dans les ruisseaux. » 

Avec Tournefort, tous les auteurs qui I'ont copie s'accor- 
dent a declarer que la Ch^vre d'Angora s'abatardit lorsqu'on 
la transporte hors de son pays natal, ce qui est facile a croire 
quand on tient compte des soins dont on I'y entoure, et qu'elle 
pent fort bien ne pas trouver ailleurs. Ne voyons-nous pas, 
tout pr^s de nous, les vaches de Schwytz deperir dans les 
etabies de la France centrale, ou elles ne retrouvent pas la 
nourriture succulente qu'elles rencontraicnt dans les gras pa- 
turages des Alpes ; elles s'habituent fort bien cependant au 
climat alsacien , parce qu'on leur donne en abondance des 
fourrages cboisis. 

La Chevre d'Angora ne sera pas plus difficile a naturaliser 
que ne Tont ete les autres animaux domestiques ; il faut seu- 
lement, pour y reussir, du bon sens et de la patience. M. de 
Tchihatchefl' a expose, dans le Bulletin de la Societe d'Accli- 
matation pour 1855, I'bistoire de la Chevre d'Angora, etiidiee 
sur place ^ on y trouvera unefoule de details instructifs. 

Les descriptions des voyageurs, I'enorme consommation des 
poils d'Angora, appelerent sur ces beaux animaux I'atlention 
des agriculteurs philanthropes, qui en firent venir de pelits 
troupeaux, dans le courant du siecle passe. La plus celebre de 
ces importations est due au president de la Tour d'Aigues, 
qui publia sur elle, en 1787, un memoire dont nous allotis re- 
produire les passages les plus interessants : 

a La tonte se fait a la fin de mars- si le ciseau n'enlevait 
» pas la toison, elle toniberait bientpt d'elle m6me ; celle du 
^ dos i^e detache la premiere ; puis vient, peu a peu , celle des 
» autres parties du corps. 



8 SOCIETli IMPERIALE ZOOLOGIQUE d'aCCLIMATATION. 

» La chair des Chevres d'Aiigora vaut mieux que celle des 
» Moiitons, et on la prefere a toute autre dans les ports de la 
» Mediterranee. 

» Une tradition constante affirme que les Chevres d'Angora 
» ne sont pas originaires de eette ville ; mais qu'elles y ont ete 
» amenees du centre de I'Asie. 

» Je nourrissais mes Chevres dans la chaine du Leberon, 
» au pied des Alpes, et quoiqu'elles n'y re^ussent aucun soin 
» special , elles s'y sont constamment soutenues en bonne 
» sante, et s'accommodaient aussi bien du climat que du patu- 
» rage. Je n'ai point remarque qu'elles fussent sujettes a au- 
» cune maladie; ces animaux ont cependant un moment a 
» redouter, celui de leur arrivee, a cause du changement de 
» climat. Je perdis de ces b6tes a I'entree du premier hiver, 
» lorsque, en sortant de la bergerie pour les conduire aux 
» champs, elles furent surprises par le vent appele mistral, qui 
» amene un froid vif et penetrant. Dans ce cas, elles tombent et 
» meurent sur-le-champ, si on ne se hate de les rechauffer. Les 
» boucs, les chevreaux nes dans le pays, et les Chevres accli- 
» matees, ne sont plus sujettes a cet accident. Cette espece de 
» Chevres est constante^ et, quoiqu'elles procreent avec les 
» notres, Ton ne doit pas esperer pouvoir jamais les multiplier 
» par le croisement des races, parce que le vice de la mere ne 
» s'efface jamais. Si quelques individus approchent plus ou 
» moins de la race du pere, leur poil sera toujours plus court 
» et trop grossier pour pouvoir 6lre travaille (1). 

» Le poil des Chevres d'Angora, celui du moins qu'on uti- 
» lise, est constamment blanc*, quelquefois, et surtoutchez les 
» femelles, le poil court qui recouvre immediatement la peau 
B en tons temps est de couleur ventre de biche ^ il ne varie ni 

(1) INous avons vainement essays d'ope^rer avec un Bouc Angora, et des 
Brebis, le croisement qui r^ussit si facilement quand on y emploie le Bouc 
commun. Six Brebis communes, d'ages diffdrents, couvertes ci plusieuis re- 
prises, par un Bouc Angora, n'ont rien produit. Le meme Bouc allid aux 
Chevres communes du troupeau de Vesserling adonn^, par centre, de 
superbes metis a longs poils ondoyanls, mais grossiers comme ceux de leurs 
mferes, et tous de sexe raasculin. 



CHEVRES. 9 

» en ete ni en hiver ; inais la toison qui le recouvre, et qui de- 
» vient si longue dans le courant de I'annee, est toujours du 
B plus beau blanc. 

» Les Idiflerenles parties de la toison donnent differentes 
» qualites de poil, conmie dans les Moutons^ aussi en fait-on 
» un triage exact avant de la travailler. • .. 

» Les tils valent depuis 40 ecus Toque, dont le poids est 
» d'un peu plus de 2 livres, jusqu'a 8 livres Toque (i). 

» Comme la toison enticre renferme deux qualites de poil, il 
» faut les separer. Le premier est beau et soyeux : c'est celui 
» que Ton recherche ; tandis que Tautre, court et terne, n'est 
» bon a rien. C'est avec les peignes qu'on separe ces deux sortes 
» de poils. II y a deux de ces instruments qu'on emploie suc- 
» cessivement, Tun etant plus fin (jue Tautre. On jette d'abord 
» le poil sur le premier peigne compose de deux rangs de dents 
» coniques; chaque dent a h 1/2 pouces de haut sur 1 1/2 ligne 
» de diam^tre a sa base; Tespace qui separe les dents est d'en- 
» viron 1 1/2 ligne; Tintervalle entre les deux rangees de 
» dents est de 8 lignes, et comme il y en a 36 par rangee, le 
J) peigne est long d'environ 7 1/2 pouces. Oe peigne est fixe 
» par deux ecrous, sur un banc inchne; la peigneuse, assise, 
» le place devant elle en jetant, par un mouvement circuiaire 
» des deux mains, le poil de Chevre qu'elle enfonce jusqu'au 
» has dn peigne, et saisissant par les deux c6tes les exlremites 
» de la poignee qu'elle tient, elle en separe les poils longs et 
» utiles, recommen^ant cette operation jusqu'a ce qu'elle voie 
» que toute la bourre est restee dans le peigne. De ce peigne, 
» la matiere passe au second, ou elle revolt le dernier degre de 
» perfection. Les proportions de celui-ci sont aussi de 7 1/2 
» pouces de longueur; Tecartement des deux rangees de dents 
» est de 8 1/2 lignes ; Teloignement des dents n'est que d'une 
» ligne, et leur hauteur de 3 pouces 7 lignes, ce qui acheve de 
» retenir tous les poils trop courts pour pouvoir 6tre files. 
» Chaque poignee de poils etant peignee, on les aplatit, les 

(1) Actuellement, les fil^s d'Angora que les Anglais fournissent aux tis- 
sages franQais valent de 10 h 21 fr. le kilog., suivanl leur finesse, et la toi- 
son brute se paye 6 fr. ci 6 fr. 50 le kilog. a Londres. 



10 SOCIETE IMPl^RIALE ZOOLOGIQUE d'aCCLIMATATION. 

» pose les unes sur les autres dans des boites, apres en avoir 
» ramasse et serre les bouts, pour qu'elles restent toujours 
» separees, jusqu'a ee qu'on en charge les quenouilles. Les 
» quenouilles sont montees sur des pieds que la lileuse, assise, 
» place devant elle ; leur forme superieure est celle d'une 
» cloche renversee, afin de procurer le plus de surface possible 
» et d'assurer ainsi Tunion constanle du nombre de poils que 
» la fileuse doit employer selon leur qualite, ce qui donne re- 
ft galite du fil. 

> Alors on prend assez de ces plaques sorties des mains des 
» peigneuses pour en entourer la quenouille d'une epaisseur 
» de 2 ou 3 lignes ; on serre et on arrtHe le tout avec une 
» bande tres souple de maroquin, garnie a son extremite d'un 
» cordon de soie auquel on suspend une piece de monnaie, ce 
» qui suffit pour rassujettir. 

» Ce poil, quand on Temploie, doit 6tre mouille non avec de 
» I'eau, mais avec de la salive, (pii seule (1) est propre a cet 
» usage , parce qu'elle I'assouplit ; aussi la fileuse humecte 
» dans sa bouche la partie qu'elle veut filer et commence a gar- 
» nir son fuseau ; une courte aiguillee de fil lui fournit le 
» moyen de saisir le premier poil. 

» Le fuseau doit 6tre parfaitement rond, et, par consequent, 
» tourne avec attention. On a eu soin d'y faire, a la pointe su- 
» perieure, un pas de vis allonge et creuse dans le bois, ou Ton 
» place le fil pourl'arrSter et le rapprocher du centre. Quand 
» on commence a filer, on ajoute a Textremite inferieure, 
» comme a tout autre fuseau, une petite bouie que Ton ote 
» lorsque le fuseau, suffisamment charge de fil, est assez lourd 
» pour conserver son mouvement. 

» Si Ton veut former des echeveaux, on devide le fil sur une 
» planche longue de 22 pouces et munie d'une ouverture qui 
» permette de la saisir avec la main, A ses deux extremites, on 
» ne conserve que trois angles saillants, et on abat le quatrieme 
» afin de pouvoir retirer facilement I'echeveau des qu'il est fixe 

(1) II parait qu'en Anglclerre c'est avec du petit lait ou de I'eaii faible- 
nient sucr^e qu'on humecte les poils d'Angora avant de les soumettre au 
filage m^canique. 



CHEVRES. 11 

» et propane. Pojir rela, etavant de r6ter de dessus le devidoir, 
» il iaut I'assouplir et en 6ter le tors; on sait que cette ma- 
» tiere conserve tonjoiirs beaucoup de roideur et perd diffici- 
» lenient les plis qa'elle a une fois contractes, surtout lors- 
» (ju'elle est convertie en etoffe. C'est cela qui oblige les fileuses 
» a ne tordre le fil que le moins possible; mais, comme il est 
» necessaire qu'il le soit assez pour supporter le fuseau, on ne 
» peut diminuer le tors qu'apr^s I'avoir mis sur le devidoir, ce 
» qui s'opere par un allongement force el qui en separe les 
» contours. Pour y parvenir, on commence par mettre le de- 
B vidoir et son fil dans I'eau ; celle des rivieres est la meilleure. 
» Quand le fil est bien imbibe, on dresse entre Fecheveau et 
» le devidoir quatre petites planches qui tiennent le fil eleve 
» et tr^s tendu ; on le laisse secher en cet etat au soleil, oi\ il 
» devient aussi moelleux que soyeux. Pour 6ter I'echeveau du 
» devidoir, on abaisse les quatre planchettes et on le retire du 
» c6te de Tangle obtus ; on le plie sur sa longueur et on en 
» forme des mateaux circulaires que Ton noue avec des cor- 
» dons rouges ; c'est en cet etat qu'on les livre aux marchands 
» et aux manufacturiers. 

» J'ai observe que la bourre de la toison est tr^s sujette aux 
» insectes ; aussi ne peut-on la conserver, dans les pays 
» chauds, que dans des sacs de maroquin d'Angora. Je crois 
» qu'a cet egard le cuir de Russie est preferable : I'huile de 
» bouleau qu'on emploie a sa fabrication ayant une odeur en- 
» core plus forte que celle avec laquelle on prepare ce maro- 
» quin. elle doit Hre plus nuisible aux insectes. 

» Quant a la quantite de poll que peuvent fournir ces ani- 
» maux, Pun portant I'autre on peut Pevaluer a quatre livres 
» de fil. La toison des boucsentiers en a donne beaucoup plus, 
» mais elle est plus grossiere; la Chevre en donne moins, mais 
B elle est tres fine ; celle du bouc coupe reunit la finesse a I'a- 
» bondance. Ainsi, en ne fabriquant que du fil assez commun, 
» c'est-a-dire a 4 francs la livre, chaque b^te rapportera an- 
» nuollement , en maliere premiere ou en main-d'ocuvre , 
» 12 francs, somme assez considerable, surtout quand on la 
» compare au produit des Chevres d'Europe, evalue annuelle- 



■j", 



i'2 SOCIETE IMPERIALE ZOOLOGIQUE d'aCCLJMATATION. 

» ment a h livres, en comptant, outre le poll, le produit du 
» chevreau, le lait et le fumier, ce qui se trouve egalement dans 
» la race d'Angora. Celte Chevre a veritablement les mamelles 
» plus petites, mais elle donne autant de lait (|ue celles du 
» pays quand elle est rassemblee en troupeaux et tenue sur les 
» montagnes, 

» Si ces animaux etaient assez abondants pour qu'on pClt en 
» vendre les vieux males coupes, le produit en serait conside- 
» rable, puisque j'en ai vendu deux vieux 69 livres, ce qui 
» donne, pour cbaque animal, 34 livres 10 sols; il est vrai 
» qu'ils etaient tres gras. 

» On a vu a Paris, il y a quelques annees, beaucoup de 
» manchons faits avec les peaux entieres des Chevres d'An- 
» gopa. 

» Les Chevres d'Angora se repandent en France ; il y a deja 
» plusieurs annees que M. de 3Ieslay, president de la Chambre 
» des Comptes de Paris, en eleva avec succes dans sa terre de 
» Meslay, au pays chartrain. 

» Lorsque le Roi etablit sa ferme de Rambouillet et qu'il la 
» peupla de bestiaux precieux, il ordonna qu'on y eClt une cer- 
» taine quantite de Chevres d'Angora. Ces animaux , depuis 
» plus do six ans, s'y multiplient et donnent des produits qui 
» passent entre les mains des amateurs, Je puis attester que 
» rien n'est plus facile que d'elever et de nourrir cette espece 
B de betail; on les conduit aux champs avec les beliers, et on 
» les nourrit comnie eux en hiver. On a soin de leur eviter les 
» grands froids. Les Chevres Angora de Rambouillet parquent 
» en ete avec les b6tes a laine, dans la m6me enceinte. Elles 
» sont pour la plupart blanches; il y en a quebjues-unes seule- 
» ment dont le poil est gris-violct. Jusqu'ici les manufacturiers 
» n'ont pas paru faire usage du poil d'Angora cru de la France; 
» mais dans la suite ils le rechercheront, comme on voit les 
» fabricanls de drap rechercher la laine de nos troupeaux de 
» race espagnole, depuis qu'ils ont moins de facilite pour en 
» tirer de I'Espagne. » 

La notice precedente donne sur la certitude de la reussite 
de I'acclimatation des Angoras, ainsi que sur le travail de leurs 



CR^VRKS. 13 

toisons, des details si intoressants et si complets, qu'il n'y a 
pas grand'chose a ajouter, sauf, pour ce qui concerne la na- 
ture iTK>rne de la laine et ses usages, dont nous allons cher- 
cher a donner une idee aussi nelte que possible. 

L'Angora a Taspecl, le toucher et Teclat de la soie dont il 
ne poss^de pas la souplesse •, on Temploie a confectionner les 
tissus legers dits en poll de chevre^ et surtout les beaux ve- 
lours d' Utrecht, qui en consomment pour 6 millions de francs 
chaque annee. Moins chaud que la laine, I'Angora a sur elle 
Tavantage de ne pas se feutrer, en sorte que les etolTes qu'on 
en tisse sont inusables et toujours brillantes ; elles ne prennent 
pas la poussi^re, non plus que les taches, ce qui en rend I'u- 
sage bien precieux pour les ameublements. L'Angora se teint 
avec la plus grande facilite; il est la seule fibre textile qui 
prenne egalement bien les couleurs destinees a tous les tissus. 
La roideur de TAngora ne permet gu^re de I'employer seul 
dans la confection des habillements ; mais quand on I'associe 
pour cela a la laine ou a la soie, il en prend la souplesse, tout 
en leur communiquant son nerf et son eclat, ce qui en fait des 
tissus excellents sous tous les rapports. 

Les tapis de pieds en peaux d'Angoras valent mieux que 
tous les autres, parce qu'ils ne se feutrent jamais et qu'ils ont 
un moelleux, une elasticite et un eclat qui n'appartiennent a 
aucune autre toison. 

C'est essentiellement le travail de M. de la Tour d'Aigues 
qui a engage la Societe d'Acclimatation a tirer d'Angora quel- 
ques-unes de ces precieuses Chevres, sur lesquelles on a fait 
les remarques suivantes : 

La taille de ces animaux varie beaucoup, puisque les uns 
sont (Kun tiers, et davantage m(>ine, plus grands que les au- 
tres ; une Chevre de petite race pesait 27 kilog., tandis qu'une 
autre, de grande race, atteignait 36 kilog. Les or 'illes, assez 
longues, sont droites ou pendanles, et le poil soyeux, plus ou 
moins fin •, il est d'autant plus fin, que le poil est plus frise et 
moins ondoyant. Les Chevres a laine tres fine ont aussi les 
jambes et le front couverts d'une laine courte et frisee, ce qui 
n'arrive jamais aux Chevres dont la laine est ondoyante, moins 



Ill SOCIETK IMP^RIALE ZOOLOGIQliE D ACCLlMATATlOiN. 

fine et si longue que les brins en atteignent souvent, sur les 
flancs, 66 centimetres de long. 

Les Chevres d'Angora sont de pauvres laitieres ; elles four- 
nissent rarement un demi-litre de lait par jour, et encore 
n'est-ce que pendant trois ou quatre mois au plus apres le 
part; mais ce lait est excellent; il est sans gout prononce et 
excessivement gras. 

Le rut commence au mois d'octobre, et les petits naissent 
de mars en avril, en sorte que la gestation ne doit dater quo 
du commencement de novembre, puisqu'elle est de cinq mois. 
Les Chevres ne font qu'un seul petit a la fois. 

La toison commence a se detacher en mai ; elle repousse deja 
vers la fin de juin^ on la coupe en avril. Les Chevres donnent 
environ 2 kilog. de laine, et les hours 3 ou A. Apres la tonte, 
les Angoras redoutent beaucoup le iVoid; aussi fait-on bien d^ 
les tenir chaudement, jusqu'a ce que leur toison commence a 
repousser. 

Les Chevres d'Angora sont plus faciles a nourrir que celles 
d'Europe; elles ont bon appetit et mangent la paille et les bran* 
chages de sapin aussi volontiers que le loin ^ elles s'engrais- 
sent aussi facilement que les Moutons, ce qu'indique sulfisam' 
ment leur peau mince, mobile et souple. Les Chevres pesentde 
30a 40 kilog., tandis que les bones atteignent un poids double, 
et m6me triple •, leur ration de production est de 1 1/2 a 2 kilog. 
de bon foin, en moyenne. Deux chevreaux de sept mois, nes 
en mai 1856, pesaient au 1" d^cembre, le bouc 20 kilog., et 
la chevrette 15 kilog., a jeun, ce qui prouve a la fois combien 
leur developpement est rapide et leur force assimilatrice 
grande. 

Les laines d' Angoras sont si recherchees actuellement pour 
la confection des eloffes legeres, et surtout des veloufs, qu'il 
est urgent de les multiplier en Europe; mais on ne pourra le 
faire avec avantage que dans les pays ou les terres sont a un 
assez has prix pour que Televe de Moutons y soil avantageuse. 
]La laine d'Angora vaut brute 6 fr. le kilog., et comme chaque 
Chevre en donne 2 kilog., son produit annuel est de 12 fr., c6 
qui est loin de payer sa nourriture dans les pays froids, oii 



CHEVHES. 15 

cette Chevre doit 6tie tenue a I'etable pendant presque toute 
Taiinee. Les essais que nous poursuivons depuis trois ans nous 
ayant coiivaincu que les Chevres d'Angora pouvaient devenir 
bonnes laitieres, la question de leur rapport pent changer 
beaucoup de face, et il est a esperer que le jour n'est pas loin 
ou le produit essentiel des Angoras sera le lait , et oil leur 
laine sera un revenu accessoire d'autant plus lucratif qu'il 
constituera un benefice presque net. Des que TEurope posse- 
dera des troupeaux d' Angoras assez nombreux pour alimenter 
des manul'actures, on verra s'elever des filatures qui feront a 
celles d'Angleterre une concurrence d'autant plus avantageuse 
qu'elles auront la niatiere premiere d'une fa^on plus reguliere, 
et sans doute aussi d'une bien meilleure qualite. L'industrie 
entiere de la filature du poil Angora est a creer sur le conti- 
nent; aussi ne pouvons-nous point appeler assez vivement sur 
elle Tattention des industriels, puisqu'il s'agit de nous procu- 
rer de nouvelles ressources et d'echapper au ruineux monopole 
que les Anglais exercent depuis si longtemps aux depens des 
tissages frau^'ais et hoUandais. 

Les Chevres d'Angora sont plus robustes que celles d'Europe; 
elles craignent moins le froid sec , mais plus encore qu'elles 
rhumidite. Les palurages humides leur donnent la pourriture; 
aussi ne doit-on jamais les sorlir par la pluie, ni les fourrager 
avec des herbes humides. Lorsqu'elles auront ete mouillees, on 
les essuiera soigneusement avec un bouchon de paille, et on 
leur evitera les courants d'air en les enfermant a la bergerie^ 
afin de les garantir des refroidissements, qui sont excessive-- 
ment dangereux pour ces superbes animaux. 

Leur caractere est doux, mais mou et paresseux; elles sont 
plus faciles a conduire que les Chevres communes; elles n'ont 
aucune odeur, et celle du bouc n'est sensible que pendant les 
trois mois du rut, sans jamais etre bien forte. 

Quand on considere tons les avantages presentes par la 
Chevre d'Angora, on s'etonne et s'effraye avec raison de I'in* 
succes constant de ses diverses importations. En examinant 
de pres les conditions dans lesquelles ces essais de naturalisa- 
tion out eu lieu, il est facile de decouvrir la cause de leur non- 



16 SOCIETY IMP^RIALE ZOOLOGIQUE d'aCCLIMATATION. 

reussite. C'est la rudesse et rhumidite du climat de la Suede 
qui adetruitle troupeau d'Alstroemer ; c'est la Revolution qui 
a aneanti celui de la Tour d'Aigues ; c'est enfin la concurrence 
des Merinos qui a fait oublier et abandonner celui de Ram- 
bouillet. C'est a tort que les Merinos ont fait negliger les An- 
goras, dont la laine, encore plus abondante que la leur, pos- 
sede la longueur, le nerf etTeclat qui lui manquent ; les tissus 
dont la chaine serait en Angora, et la trame en Merinos, ne 
laisseraient rien a desirer sous aucun rapport. Les Angoras va- 
lent mieux aussi que les Moutons anglais a laine longue, parce 
que leur laine est plus fine, plus abondante, et surtout plus 
brillante •, puis aussi parce qu'elles sont beaucoup plusro- 
bustes, quoique tout aussi aptes a prendre la graisse ; enfin, et 
bien que peu abondant, le lait des Angoras doit aussi entrer 
en ligne de compte, surtout si, comme quelques essais le font 
penser, on parvient a en augmenter la quantite. 

Comme la Chevre d'Angora est le type des Chevres a laine, 
celle de Nubie est le type des Chevres a lait. Cette espece, 
connue aussi sous le nom de Chevre d'Egypte ou de la Haute- 
Egypte, presente beaucoup de varietes dues a son croisement 
avec le3 Chevres commune, naine et membrine •, nous en avons 
donne plus haut tons les caracteres zoologiques, auxquels il 
n'y a plus a ajouter que quelques details. 

Quand elle est de race bien pure, la Chevre de Nubie est de 
moitie plus grande que la Chevre commune ; son chanfrein 
busque se releve au-dessous du front pour former une emi- 
nence conique, puis s'enfonce vers le museau de maniere a 
laisser les narines dans une expece d'excavalion, au-dessus 
de laquelle s' eleven t les dents de la machoire inferieure, qui 
depasse beaucoup la machoire superieure. Les oreilles sont 
longues, plates, assez larges et pendantes, ou bien courtes, 
droites et coupees en biseau ^ la barbe est nulle. La femelle n'a 
pas de comes ; celles du male sont plates, courtes, couchees 
sur le derrierede la t6te, tordues sur elles-memes, une seule fois 
de dedans en dehors. Les mamelles et le scrotum sont profon- 
dement fendus, de maniere a former deux lobes bien distincts ; 
les mamelons ne sont pas places, comme chez toutes les autres 



CHEVRES. 17 

especes, a la pointe de la mamelle, maissur le cAte exterieur, 
en bas et au niveau du sol, ce (|ui a necessite sans doute I'al- 
longement de la machoire inferieyre chez cette espece, dont 
les jeunes n'auraient pas pu le saisir, dans le cas ou les deux 
machoires eussent ete d'egale longueur. 

La Chevre de Nubie n'a jamais d'odeur, m6me a Tepoque 
du rut, qui se presente durant toute I'annee ; elle est maigre, 
efflanquee et batie si legerement que beaucoup de personnes 
la prennent, au premier coup d'oeil, pour un petit cheval ; les 
yeux sont tres gros et places a fleur de t6te. Le pelage est 
presque toujours forme de poils brun fonce ou noirs, tres longs 
etassez fins. 

Cette espece est , apr^s le Lapin et le Pore, celui des ani- 
maux domestiques dont la multiplication est la plus rapide. 
Nous avons vu une de ces Chevres mettre bas onze petits en 
im an, savoir : deux fois 4 et une fois 3 5 une seule des portees 
elait a terme. En general, les Chevres de Nubie mettent bas 
deux fois par an etfont 3 petits chaque fois. 

Les enormes mamelles coniques de cetle precieuse espece 
remplissent totalement Tespace compris entre les jambes de 
derri^re, trainent jusqn'a terre et emp6chent I'animal de mar- 
cher quand elles sont pleines. Chaque Chevre donne 10 a 
12 litres de lait par jour, rarement moins de h ^ le lait est ex- 
cellent sous tous les rapports, et plus gras que celui des Chevres 
indigenes. 

Les Chevres de Nubie sont les plus douces et les plus tran- 
•l^uilles de I'espece: elles ne sont pas coureuses et n'exigent pas 
une nourriture delicate. II est a regretter qu'elles soient telle- 
ment frileuses qu'elles ne supportent pas le moindre froid; 
nous les avons cependant conservees sans peine dans des eta- 
bles bien chaudes, avec la precaution de les couvrir avec un 
tapis de laine grossiere et de ne les abreuver qu'avec de Teau 
tiede. Le moindre refroidissement provoque chez la Chevre de 
Nubie un avorlement presque immediat. II est bieti essentiel 
de tenir ces animaux pendant toute Tannee au foin, parce que 
rherbe verle leur cause une diarrhee qui est presque toujours 
mortelle. 

T. IV. — Janvier 1857. 2 



18 SOCIETE IMPfiRlALE ZOOLOGIQUE d'aCCLIMATATION. 

Comme producteur de lait, la Chevre de Nubie, beaucoup 
plus economique que la Vache, merite d'6tre substituee par- 
tout a la Chevre commune, et peut-6tre m6me a la Vache, dans 
les pays chauds, ainsi que dans les terrains arides et sees. 
Cette espece sera, pour I'alimentation humaine, une conqu^te 
aussi heureuse que Vest celle de la Chevre d'Angora pour I'in- 
dustrie. 

En terminant, nous nous empressons d'annoncer a nos lec- 
teurs que M. Noel Suquet, I'habile et zele directeur du Jardin 
zoologique de Marseille, a fait venir de Nubie quatre Boucs et 
huit Chevres de race pure, dont les descendants lui permettront 
de repandre promptement cette precieuse race partout oij on 
la desirera. 

La Chevre du Thibet presente deux varietes appelees tant6t 
Chevre du Thibet, tan tot Chevre de Cachemire, et qui ne sont 
evidemment qu'une variete de la race pure qui, repandue dans 
toute TAsie centrale, doit s'y presenter sans doute avec une 
multitude de varietes. 

La face pure du Thibet est grande •, elle mesure 66 centi- 
metres de hauteur au garrot; son nez est un peu arque, ses 
cornes aplaties sont droites, noires, un peu divergentes a I'ex- 
trenlite, surtout chez les boucs. Les oreilles sont larges, pla- 
tes et pendantes. Le poil primaire est tr^s long, soyeux, bril- 
lant, generalement blanc, quelquefois brun clair ; il se divise 
sur le dos pour retomber sur les flancs en larges nappes on- 
doyantes; au-dessous de lui ^t developpe, en automne, une 
laine tres serree, assez abondante, d'une finesse et d'un moel- 
leux vraiment admirables. Le pis est hemispherique, conmie 
celui de la Brebis ; cette espece n'a pas d'odeur, m6me a I'e- 
poque du rut. 

C'est avec la laine de ces Chevres qu'on fabrique les fameux 
chales appeles cachemires et qui , au commencement de ce 
siecle , etohnerent I'Europe par leur eclat, leur souplesse et 
Surtout leur delicieux toucher- ils valaient alors jusqu'a 10 et 
12000 fr., et comme leur preparation est aussi longue que dis- 
pendieuse, le prix n'a pas change ; aussi la consommation 
a-t-elle tellement diminue, qu'on a renonce a les fabriquer en 



.rt" CHEVRES. ■^r.ir^H-y 1© 

Kurope, ce qui explique Tabandon des Chevres du Thibet, si 
cliaudement accueillies en France en 18J9. 

Importees en nombre considerable sous le patronage de 
Charles X, ies Chevres du Thibet I'urent distribuees a beaucoup 
de personnes, ({u'elles eblouirent, fascinerent d'abord par leur 
aspect vraiment inajestueux. 

Plus tard on s'aper^ut (ju'elles ne donnaient qu'un demi-litt'e 
de lait, et jamais plus de 180 grammes de duvet, assez difficile 
a extraire, ce qui ne couvrait pas Ies Irais d'entretien, et ce qui 
en tit abandonner la multiplication, au point (ju'on ne Ies ren- 
contre plus guere a I'etat de purete que dans le beau et riche 
domaine prive de S. M. le Koi de Wurtemberg, qui s'est plu a 
y reunir presque toutes Ies races d'animaux domestiques. 

Le lait des Chevres du Thibet est plus riche en principeK 
nutritils que celui des Chevres communes, ainsi que le prou- 
-vent Ies analyses suivantes : ' 

Chiyre du Thibet. Chevre d'Europe. 

Beurre . 9 6 

Fromage 35 'i'd ifn^ >;'*i» 

Sucre de lait ZlO 27 

Extrait gommeux et salin. 11 6 

Eaa 905 928 , ' 

J. ^f*?J 

1000 1000 

II seraitdonc utile de reprendre reducation de cette Gheyre, 
uniquement pour developper ses iacultes lactiferes. 

La laine commence a pousser au mois d'octobre et continue 
a croitre jusqu'au printemps, oil elle se detache d'elle-m^me 
dans le courant d'avril ; il est rare que ces animaux la conser- 
vent plus longtemps dans notre climat. On enleve la laine au 
moyen de peignes dont Ies dents, suttisamment ecartees vont 
chercher le duvet, au travers despoils, jusque sur la peau. 
Les peignes sont fixes a un nianche de 10 a 12 centimetres de 
long, qui en facilite beaucoup I'usage. La recolte dure de six 
a huit jours au plus. II n'y a pas d'autre moyen de separer les 
polls d'avec la laine, que de les enlever des dents du peigne, 
et de trier cnsuite, a la main, lous ceux ([ui lui ont eebappe 
d'abord. 



50 SOCIETK IMPEUIALE ZOOLOGIQUE d'aCCLIMATATION. 

La grande perte qu'on eprouve sur la laine avant de la filer 
provient du dechet au peignage. On execute le peignage en 
etirant la laine a travers les dents de peignes, prealablement 
chauffes, pour en separer la poussiere , ainsi que les corps 
etrangers : on perd alors de 70 a 78 pour 100 du poids initial 
de la laine, qui se reduit a '24 et m6me 22 pour 100 par le tis- 
sage. II taut A20 grammes de duvet bien nettoye pour tisser 
1 metre 120 millimetres ; soit une aune de cachemire de 
SAO millimetres, ou 3/4 d'aune de large, pesant 195 grammes. 
Lors m6me que ce produit serait encore plus faible, il merite- 
rait cependant d'etre pris en consideration, parce qu'il ne fait 
concurrence a aucun autre, et que si on arrive jamais a faire 
donner du lait en abondance a ces Chevres, elles fourniront 
une nouvelle source de richesse aux industriels , en m6me 
temps qu'aux agriculteurs. 

Ces Chevres donnent en moyenne 90 a 120 grammes de du- 
vet brut quand elles sont blanches; les Chevres brunes en 
fournissent jusqu'a 180 grammes, mais il est moins fin. La laine 
des boucs est plus frisee, plus elastique, mais moins fine que 
celle des Chevres. En general, la finesse de la laine diminue a 
mesure que I'animal avance en age. 

Les Chevres dont la tete est petite, les cornes droites et croi- 
seesaleur extremite, les oreilles largeset pendantes, sont celles 
qui donnent la laine la plus abondante, la plus longue, la plus 
brillante, la plus fine etla plus elastique. Comme elles se pren- 
nent facilement par leurs longues cornes dans les barreaux des 
rateliers, on lait bien de les scier, et on devra s'attacher a en 
propager les individus sans cornes. 

Les Chevres du Thibet sont plus robustes et plus faciles a 
nourrir que celles d'Europe; elles craignent seulement beau- 
coup les bourgeons et les glands du ch6ne, qui leur causent 
une inflammation d'estomac, a laquelle la Chevre commune 
est aussi sujette, et qui devient facilement mortelle. 

Cette espece fait en general deux petits a la fois ; elle est 
douce, quoique vive et fort gaie. 

II faut un bouc pour 30 Chevres. 

(La suite prochainement.) 



AUTRUCHE d'aFRIQUE. T "TI •■'• 2t 

DES M(EURS ET DES HABITUDES DE L'ADTRUCllE. 



EXTRAIT DUN MEMOIRE SUR L'AUTRUCHE D'AFRIQUE 

LU A LA SOClfeTfi 

DANS LES SEANCES DES 1" ET 15 F^VRIER, ET 14 MARS 1856, 

Par n. le docteur L.-A. GOSSE, 

D^egiie de la Soci^t^, a Gendve. 



L'Autruche est un oiseau doiix, pacifique, et plutot timide; 
aussi n'attaque-t-elle jamais les autres animaux. Cependant, a 
I'epoque du rut, le male a des acces de violence qui sont a 
redouter de ceux qui s^en approchent sans precautions. Si le 
bee n'est pas a craindre, non plus que les tuberosites des os 
des ailes, les coups de pied lances soil en avant, soit de 
c6te, ne sont pas egalement innocents. M. Edouard Verreaux 
a vu un negre tue d'un coup de pied dans la poi trine •, et, ce 
qu'il y ade remarquable, c'est que les Autruches qu'il elevait 
paraissaienl avoir plus d'antipalhie pour les negres que pour 
les blancs. La violence de ces coups de pied, et Tadresse avec 
laquelle les males les appliquent, leur permettent de s'en servir 
comnie de defense contre les b6tes sauvages. Aussi sont-ce les 
Autruches males qui font la garde de nuit aupres de la nichee 
et qui la defendent avec courage et devouement ^ les femelles, 
plus timides, plus inoffensives, se contentent de prendre la 
fuite. 

Get oiseau ne brille pas par I'intelligence, ce qui est en har- 
monie avec la pelitesse et la conformation de son cerveau ; 
mais il selaisse guider par ses sens et ses instincts, ne manque 
pas de prevoyance dans certains cas, et est particulierement 
tres vigilant. 

Le sens de la vue est surtout developpe et lui ^onne I'avan- 



22 SOCIETE IMPERIALE ZOOLOGIQUE DACCLIMATATION. 

tage de faire bonne sentinelle dans le desert ; il nous permettra 
plus tard de diriger I'education de ranimal dans un but 
utilitaire. II paraitrait m6me que Vorganisation de Toeil facilite 
a cet oiseau la chasse des insectes crepusculaires (1). 

Tons les auteurs s'accordent a dire que sa vue, treslongue, 
s'etend m^me a la distance de pres de deux lieues, de maniere 
que I'Autrucbe aper^oit rennemi longtemps avant qu'il puisse 
se doutei' de sa presence. 

L'ouie est egalement tr^s fine, et elle distingue tr^s facile- 
ment les appels qu'on peul lui faire a distance. 

Le gout et fodorat sont les plus faibles de ses sens. 

L'instinct qui predomine cliez I'Autrucbe est celui de I'ali- 
nientation et nous fournit un excellent moyen de la dompter et 
de la dornestiquer. La voracite qu'on lui I'eprocbe est en partie 
la consequence de la vie quelle mene dans le desert. Appelee 
a vivre, tantot dans I'abondance, pendant lasaison des pluies, 
tantot dans lapenlirie. a I'epoque de la secheresse, et pouvant 
s'engraisser rapidement, elle en profite pour faire des provi- 
sions de graisse qui lui serviront a supporter des jeunes pro- 
longes ; et, d'autre part, elle parvient a se nourrir de substances 
que rejeltent tous les autres animaux. 

' Elle est classee parmi les frugivores; et, en effet, les vege- 
tftux font la base de sa nourriture ^ mais elle est aussi omni- 
vore, et la disposition de ses estomacs prouvequ'elle est capable 
'de dig^rerles substances les plus dures, les plus coriaces, les 
plus inattaquables par les sues gastriques ordinaires. L'berbe 
' est sa nourriture favorite, et elle en trouve une pature abon- 
dante apres la pluie, dans quelques parties du desert; les fruits 



(1) Lesorbites occupent les 2/3 du volume de la tfite, entie le bee d'un 

c6te, et de Tautre le cerveau ou les organes de ronie. 

Le globe de Tceil n'est pas spli^rique, mais la corn^e opaque est aplatie 

d'avant en arrifrejetla cornee transparente fait seule une saillie cont'id^rable. 
Le diamfelre transversal de la cornee opaque est de hi millim. 
Son diamMre antero-poslc^rieur de 23 — 

Le diamfetre transverse de la corn(5e transparente de 17 
La saillie de la cornee transparente de 8 — 

Le diam^tre du nerf optique a pr^s de 3 1/2 a A — 



-;. , AlITRUCHE d'aFKIQUE. 2$ 

sucres, les dattes, les graines de cereales el de legumineuses 
ont pour elle beaucoup d'attrait; mais les fruits sees et durs, 
les I'euilles et les bourgeons d'arbustes amers et epineux, frai§ 
ou sees, des portions d'ecorce ou de bois, ne lui repugnent pas. 
Richardson a vu un troupeau d'Autruches se nourrir de la 
gomme du Mimosa (1). 

Elle mange aussi toute espece d'insectes, de larves, des 
lezards, des serpents, des grenouilles, des coquillages terres- 
tres, des debris de viande et m6me des os. Lichtenstein men- 
tionnequ'une des raisons qui altachent les Autruches aux Quag- 
gas, e'est qu'elles reeueillent, dans les excrements de ces 
derniers, de gros coleopteres (de la famille des bousiers) dont 
elles sont tres friandes (0. C, t. II, p. 341). Dans I'etat de cap- 
tivite, on les voit reeueillir jusqu'a leurs crottins desseches. Et 
pour faciliter la trituration des aliments, ou pour apaiser la 
sensation penible de la faim (2) , elles avalent des pierres et 
des metaux quand elles en trouvent. 

Des anecdotes relatives a ce genre de gloutonnerie sont citees 
par tons les auteurs (3). ^.;,^ vW.f'te ^ ♦' i 

Chez les fermiers du Cap, on les a vues avaler de petits pou- 
lets tout entiers (4), et MM. Verreaux m'ont raconte qu'une 
de leurs Autruches avait ingurgite en m^me temps un gros 
raorceau de savon et un bougeoir en cuivre. Le bougeoir fut 
rejete quelque temps apres ; mais deja il etait completement 
tordu et aplati. 

On se rappelle aussi la mesaventure recente d'un habitant de 
Saint-Quentin , dans une exhibition d'Autruches , et qui , 
quoique averti de I'habitude qu'a cet oiseau de happer les obr 



(1) Narrative of a mission to central Africa, t. I, p. 149. 

(3) G'est par la raSine raison que certaines tribus de PAm^rique mangent 
de I'argile dans les temps de diseile. 

(3) Warren, Philosophical transactions, n<» 39Zi; Ramby, id., n° 381 ; 
Wallisnieri (0. C), Memoires de Vancienne AcadSmie des sciences de Paris 
pour servir a I'histoire des animaux, part. 2, p. 120 ; Lac^pMe et Ciivier, 
Menagerie nationale, p. 2 ; Daumas, Chevaux du Sahara, p. 276, etc. 

{!\) British Cyclopedia of natural history, by Charles Partington, t. Ill, 
p. 366, 3 vol. in-8'. London, 1837. ^^ 



2/l SOCIETE IMPEKULE ZOOLOGIQLE d'aCCLIMATATION. 

jets brillants, s'etait approche impruclemment de I'une d'elles, 
en etalant sur sa poitrine une belle chaine en or. En un din 
d'oeil, il vit disparaitre et chaine et montre dans I'oesophage de 
Taniinal glouton, et paya bien cher son etourderie, malgre ses 
reclamations devant les tribunaux. 

La nourriture des jeunes Autruches, qui, au moment de I'e- 
closion, sont de lagrosseiir d'unepoule ordinaire, est presque 
enlierement animale. Ainsi que je Tai fait observer precedem- 
ment, les oeufs conserves en debors du nid pourraient en faire 
partie; mais ce sont surtout des insectes et de petils reptiles 
qui leur conviennent •, aussi leur font-elles la cbasse aussitot 
apres leur naissance. Elevees dans la captivite, elles sont faciles 
a nourrir, avec du pain, de la viande hacbee, des graines, des 
legumes, etc, et s'accommodent de presque tout. La glouton- 
nerie est leur defaut, aussi bien qu'a un age plus avance, et il 
faut se garder d'y ceder imprudemment , en leur donnant a 
manger trop a la fois (Notre). 

Au reste, il ne faut pas croire que les Autrucbes apprivoisees 
ou captives aient besoin d'autant de nourriture qu'on s'ima- 
gine, et surtout elies sont des plus economiques a nourrir 
quand elles peuvent paturer. 

Du temps de M. Cuvier, la ration des Autruches du Jardin 
des Planles de Paris etait par jour de 4 livres d'orge, 1 livre 
de pain et environ 10 t^tes de laitue ; actuellement on ne leur 
donnejournalierement,lorsqu'elles sont renfermees, que 1 litre 
d'orge et 500 grammes de pain •, les curieux completent ce 
regime dans les beaux jours, ou elles sortent de Tenclos. 
Lorsque I'berbe pousse, on en fauche pour la leur donner, et, 
malgre ce petit ordinaire, elles engraissent si promptement 
qu'il en est resulte quelquefois un etat maladif. 

Dans le Jardin zoologique d'Anvers, on leur donne 1 1/2 ki- 
logr. de nourriture par jour, et ete et hiver de la verdure ^ ce 
regime leur va parfaitement. 

MM. Verreaux, au Cap, ne donnaienta leurs Autruches que 
1 1/2 litre d'orge, independamment des feuilles et des glands 
qu'elles ramassaient sous des chines, et de I'berbe rare qu'elles 
broutaient dans I'enceinte. 



ACTRUCHK u'aFRIQUK. 26 

D'autre part, elles peuvent supporter des jeClnes plus pro- 
longes qu'aucun autre animal. 

line Autruche du Jaidin des Plantes, fjui avait avale 500 gram, 
do clous, resta parlaitement bien portanle et vigoureuse pen- 
dant trente-quatre jours, quoiqu'elle n'eCltpris dans cetinter- 
valle aucune espece de nourriture quelconque, et elle n'a pas 
succombe a Tinanition, puisqu'elle etait encore grasse a sa 
mort, mais bien a la presence dans Vestomac de cette masse 
enorme de corps etrangers, qui, cependant, avaient ete corro- 
des et appointes sous Taction des secretions gastriques (1). 

Quant a la boisson, on est aussi pen d'accord sur la quantite 
qui leur est necessaire. 

D'anciens auteurs avaient m6meavance qu'elles nebuvdient 
pas, mais le fait a ete controverse par la plupart des ecrivains 
modernes. '* ' * -^ 

Licbtenstein (0. C.) nous apprend que dans les deserts du 
Cap, on voit aboutir aux sources des sentiers battus, traces en 
ligne droite par les Autruches qui y vont boire. 

M. Edouard Verreaux a vu lui-m6me des Autruches venir 
s'abreuver dans la Riviere des Elephants. 

M. Jules Verreaux pense que, lorsque les Autruches resi- 
dent dans les paturages, dies peuvent se passer plus facile- 
ment de boire, vu que les herbes sont penetrees chaque nuit 
d'une humidite excessive, par suite de la rosee. 

Dans les deserts sablonneux, au nord de I'equateur, ou les 
conditions locales sont un pen differentes , elles ne boiraient 
que tons les cinq jours, lorsqu'il y a de I'eau {Chevaux du Sa- 
hara), et quelquefois elles seraient obligees de faire plusieurs 
journees de marche a la rencontre de I'eau. Aussi eprouvent- 
elles une sorte de joie folle, d'agitation febrile, a I'approche 
d'un orage, et elles s'elancent du c6te oil brillent les eclairs. 
\}n^ observation analogue avait ete faite au Cap, lors deschan- 
gements de temps. Dans ces moments, les Autruches captives 
devenaient si etourdies, et couraient avec tant de violence, 

(1) Voyezla Notice de M. Emmanuel Uousseau. dans le Recueildes tra- 
vaux de la Societe medicale du departement d'Indre-et-Loire, *i* el 3* tri- 
mesire de IS/iS. 1 broch. ia-8, Tours, p. 65. 



2(3 SOGIETE IMPERIALE ZOOLOGIQUE d'aCCLIMATATION. 

qu'ellesne s'apercevaient pas des obstacles qui se presentaient 
sur leur passage, et m6me allaient se buter coiitre les murs 
blanchis de I'enceinte, au risque de se casser la t6te ou les 
jambes. 

Cuvier est dispose a croire, d'apres certains indices, qu'elles 
aiment parfois a se baigner. 

Les Autruches du Jardin des Plantes de Paris boivent sou- 
vent en ete pres de 2 litres d'eau par jour, en hiver elles boi- 
vent un peu moins ; mais la captivite, ou le elimat, peuvent 
avoir influe sur cette habitude (1). 

La saison des amours, avons-nous dit, occupe une place im- 
portante dans la vie de I'Autrucbe. Le male, a cetfe epoque, 
eprouve une veritable fi^vre; sa circulation est activee, et la 
peau de son cou et des cuisses prend une teinte rosee tres vive. 
II est tres lascif et coche souvent sa femelle plusieurs fois 
dans la journe^e. C'est vraisemblablement cette raison qui avait 
engage les anciens Grecs a le comparer au Moineau , bien 
connu par sa lascivite, et ce qui leur faisait donner le nom de 
Grands Moineaux. 

La femelle est moins ardente ; aussi le general Daumas rap- 
porte (|ue « la femelle se fait beaucoup prier ; le male, furieux 
de passion , la poursuit quelquefois pendant quatre ou cinq 
jours; il ne boit pas, ne mange pas, et pousse sans cesse des 
gemissements (2). Enfin, quand la femelle est a bout de resis- 

1 (I) Arlstote, parlant des animaux qui s^journent dans les deserts de la 
Libye, fait au contraire robservation « qu'en hiver ce besoin se fait phis 
sentir chez enx qu'en ^t^ », el il ajoule : « Comme dans le pays qu'ils ha- 
bitent, il ne tombe pas de pluie en ^te, ils. sont accoutumes ^ ne pas boire 
dans cette saison. » [Histoire des animaux, traduct. franc, par M. Camus, 
t. I, p. 525 ; k vol. in-Zi. Paris, 1783.) 

(2) Dans le rut, le mSle pousse des rugissements et non des gemisse- 
ments. 

Ce cri rauque et guttural, qui s'acconipagne d'une dilatation considerable 
du haut du cou, est tellement semblable ci celui du Lion, quoique plus faible, 
que M. Renier, du .lardin des Plantes, y a etetrompe plusieurs fois de nuit. 

Backhouse affirme aussi qu'il n'y a que des oreilles habituees qui puissent 
facilement I'en distinguer, et meme les Hottentots qui Taccompagnaient en 
etaient parfois la dupe (0. C, p. 452). 



.mtfArf AUTRUCHU UAFRIQUU. 27 

tance, elle se place dcins la m6me position que quand elle couve, 
et le male moiite dessus. » {Chevaux du Sahara, p. 276.) 

Dans I'etat de captivite, la lemelle, lie pouvant fuir au loin, 
est obligee de ceder promptement ; de la des inconveiiients que 
nous signalerons plus tard, et peut-^tre una raison de la non- 
fecondation des oeufs. 

J'ai fait mention ailleurs de quelques-unes des habitudes de 
I'Autruche a I'epoque de la ponte et de Tincubation, je ii'y re- 
vieiidrai pas, et ferai seulement observer que si, dans Tetatde 
captivite, elles peuvent s'accoupler et pondre des ojufs, tout 
aussi bien que dans I'etat sauvage, elles n'y ont jamais fait de 
nid jusqu'a present et n'ont jamais couve. Peut-6tre en sera- 
t-il autrement si elles doivent se doinestiquer ; car cette apti- 
tude a couver est un des principaux c^racteres qui distingi^ent 
Toiseau domestique de I'oiseau simpleinent apprivoise. , i\ 

Nous avons dit que les oeufs pondus en captivite cbez M. Gr^- 
ual, a Montpeliier. ont ete reconnus feconds par M. Moquin- 
Tandon, et il est vraisemblable qu'il en serait de m^me de ceux 
pondus en Algerie. II paraitrait (|ue les choses ne se passent 
pas ainsi dans des latitudes plus septentrionales ; du moins les 
ceufs pondus sous le climat de Paris ou d'Anvers ne doivent 
pas avoir ete fecondes, si Ton en juge par les observations de 
M. Isidore Geoffroy Saint-Hilaire. 

La force de TAutruche parait 6lre Ires grande, surtoutcelle 
du male, du moins d'apr^s les quelques essais qu'on en a fails. 
La vitesse de sa course est non moins proverbiale que sa vora- 
cite et ses facuUes digestives. 

Adanson, dont le temoignage ne pent 6tre suspect, raconte, 
au su jet de sa force, Tanecdote suivante (1) : 

« Le nu^me jour deux Autruches, qu'on elevait depuis pres 
de deux ans dans ce comptoir (a Podor), me donnerent un 
spectacle qui est trop rare poqr ne pas meriter d'etre rapporte. 
Cesoiseaux gigantesques, que je n'avais aper^usqu'en passant 
dans los canipagnes brulees et sablonneuses de la gauche ,^u 

(1) Voyage au Senegal de 1749 k 1753, Ilistoire naturelle du Senegal 
(Coquillages), p. 48; 1 vol. in-4. Paris, 1757,^ ,-i4.^^i w; -•.' r^ i « 



28 SOCIETE IMPERIALE ZOOLOGIQUE d'aCCLIMATATION. 

Niger, je les vis la tout a mon aise. Quoique jeunes encore, ces 
Autruches egalaienl a peu pr^s la taille des plus grosses. Elles 
etaient si privees, que deux pelits noirs monterent ensemble 
la plus grande des deux ; celle-ci n'eut pas plutot senti ce 
poids, qu'elle se mit a courir de toutes ses forces et leur fit 
faire plusieurs fois le tour du village, sans qu'il fut possible de 
Farr^ter autrement qu'en lui barrant le passage. Cet exercice 
me plut tant que je voulus le faire repeter-, et, pour essayer 
leurs forces, je fis monter un negre de taille sur la plus petite 
et deux autres sur la plus grosse. Cette charge ne parut pas dis- 
proportionnee a leur vigueur ; d'abord elles trotterent a un petit 
galop des plus serres; ensuite iorsqu'on les eut excitees, elles 
etendirent leurs ailes, comme pour prendre le vent, et s'aban- 
donnerent a une telle vitesse qu' elles semblaient perdre terre. 
II n'est sans doute personne qui n'ait vu courir une perdrix et 
qui ne sache qu'il n'est pas d'homme capable de la suivre a la 
course, et on pense bien que si elle avait le pas plus grand, sa 
vitesse seraitconsiderablement augmentee. L'Autruche marche 
comme les perdrix, a ces deux avantages, et je suis persuade que 
celles-ci eussent laisse bien loin derriere elles les plus fiers 
chevaux anglais qu'on eilt mis a leurs trousses. II est vrai 
qu'elles ne fourniraient pas une course aussi longue qu'eux ; 
mais, a coup sur, elles pourraient Texecuter plus prompte- 
ment. J'ai ete plusieurs fois temoin de ce spectacle, qui doit 
donner une idee de la force prodigieuse de I'Autruche, eL faire 
connaitre de quel usage elle pourrait 6tre, si Ton trouvaitle 
moyen de la maitriser et de Tinstruire comme on dresse un 
cheval. » 

La plus grande de ces Autruches aurait done porte 120 kiiog. 
au moins, sans que sa course en fut g^nee. Le m6me auleur 
revient sur ce fait dans son Cours d'histoire naturelle, tome 11, 
page 367, lorsqu'il dit : « Cet oiseau est extr6mement fort ; 
» on peut en juger par Texperience dont j'ai rendu compte 
,» dans les relations de mon Voyage au Senegal^ p. 48, et qui 
» nous apprend qu'une jeune Autruche de deux ans et domes- 
» tique, c'est-a-dire qui n'a point pris toute la force que donne 
» I'age et la liberie, peut devancer le cheval le plus prompt. 



AUTRUCHE d'aFRIQUE. 2# 

» quoi(jue cliargee du poids de deux homnies de taille, c'est-a- 
» dire de 300 livres au inoiiis. 

» Elle a done plus de force a proportion que le cheval, qui 
» passe pour un des plus forts animaux parmi les quadru- 
» pedes. » 

M. Notre, qui habite a Paris, rue du Caire, m'apprend de 
son c6te que lorsqu'il demeurait, en 1819, a Marseille, ayant 
vingt ans et pesant environ 60 kilog., il avait monte une Au- 
truche male d'Egypte, de grande taille, dans la campagne 
d'un negoriant, et qu'elle lui avait fait faire une course si 
etourdissante , qu'il s'en souvient encore aujourd'hui avec 
effroi ; heureusement qu'il avait embrasse etroitement le cou 
de I'aniinal et qu'il finit par s'arr6ter dans des broussailles. 
On defendit a Tavenir de nionter cette Autruche, de crainte 
d'accident. ^ 

Cette faculte qu'a TAutruche de porter des poids aussi dis- 
proportionnes avec le volume de son corps, tient sans doute a 
un pbenomene physiologique qui lui est commun avec les 
oiseaux qui s'elevent dans Tair, savoir : que non-seuleraent la 
plupart des os sont vides et en communication directe avec les 
poumons, mais que I'oiseau peut aussi, a volonte, remplir d'air 
chaud plusieurs reservoirs membraneux qui se trouvent places 
aupr^s des ailes, sous le ventre et autour des cuisses, veri- 
tables aerostats qui allegent le poids supporte par les jambes (1). 
Quand elle n'est pas a la course ou qu'elle n'est pas excitee, 
ces sacs ne se gonflent pas, et par consequent 1' Autruche ne 
peut pas supporter un poids si considerable. C'est ce qui expli- 
que les contradictions dans lesquelles sont tombes certains 
observateurs. M. Edouard Verreaux , quoique ayant monte 
une forte Autruche captive dans son hangar, me disait 
« quelle avait peine a le porter. » Et I'Arabe du general 
Daumas, en lui rapportant « qu'il n'est pas rare de voir, a 
quel([ue distance du douar, mettre un enfant fatigue sur le dos 
d'une Autruche, qui se dirige avec son fardeau droit sur la 

(1) Voyez Claude Perrault.O. C, p. 1Z|5. Voyez aussi Sappey, i?ec/ierc/ie« 
sur I'appareil respiratoire des oiseaux, p. 28, US et Z|9, 1 broch. in-Zi. Pa- 
ris, 1W7. ' '"- ' " ' " ■ 



30 SOCIETE IMPISRIALE ZOOLOGIQUE d'aCCLIMATATION. 

tente, » ajoutait : « Mais elle ne porterait pas uii poids plus 
lourd, un homme pas exemple : elle Ic jetterait a terre d'lm 
coup d'aile. » [Chevaux du Sahara, p. 278.) 

Quant a la vitesse, tous les narrateurs s'accordent a dire que 
I'Autruche n^est surpassee par aucun autre animal, et qu'on ne 
parvient a la forcer qil'en usant de stratagfemes et en profitant 
des circuits et des crochets qu'elle fait, surtout dans la saison 
oil elle niche; car cette saison etant la plus chaude, les chas- 
seurs ont remarque qu'elle etait alors moins agile et plus vite 
iFatiguee. 

Xenophon en avaitdeja fait I'experience dans son expedition 
avec Cyrus. Voici ce qu'il dit (1) : 

• a II passa dela en Arabic, ayant TEuphrate h. sa droite, et 
fit en cinq jours trente-cinq parasanges dans un pays desert uni 
comme la men. et convert d'absinthe: sMl y croit d'autres 
plantes en cannes, elles softt toutes odoriferantes et afoma- 
tiques •, mais il n'y a point d'arbres. On y trouve toutes sortes 
d'animaux, grand nombre d'Anes sauvages, beaucoup d'Au- 
truches (Moineaux de la grande espece), des Outardes et des 
Gazelles. Les cavaliers donnaient quelquefois la chasse ^ ces 
animaux. Les Anes, lorsqu'on les poursuivait, prenaient les 
devants a la course et s'arr^taient : car ils courent beaucoup 
plus vite que le cheval', et derechef, quand s'approchaient les 
chevaux, ils faisaient la m6me chose. Et il n'y avait pas moyen 
de les prendre, a moins que les cavaliers, en s'espacant, neles 
chassassent avec des relais de chevaux. La chair de ceux que 
Ton prit ressemblait a celle du cerf, mais elle ^tait plus deli- 
cate. Pour I'Autruche, personne n'en prit ; car les cavaliers 
qui en poursuivirent y renoncerent bienlot. En effet, elles s'e- 
loignaient beaucoup en fuyant a la course, a Taide de leurs 
pieds, et se soulevent avec leurs ailes, dont elles se servaient 
en guise de voiles. » 

Jannequin tient le m6me langage. « Etalons done ses pro- 
prietes, dit-il, puis nous verrons de quelle fa^on les Negres, 

(1) Cyropedie, liv. 1, chap. V, § 2, 3, et iMuvres completes de Xeno- 
'pfton, traduites en franqals par J.-B. Gail, p. 438, t. III. Paris, fructidof . 
an VII. 



AUTRUCHE d'aFRIQL'E. 'S4 

les Maures. Turcs et Barbares proc^dent a la cljasse de cet 
oyseau , qui, (juoicju'il aye des ailes, ne saiirait s'en servir 
pour voler, a causo de la trop grande pesanleur, mais bien 
pour courir avec tant de vitesse, que ne pouvant y mettre le 
vent dedans, il n'y a point de cerf, pour si vite qu'il soit, qui 
puisse I'egaler a la course. » (0. C, chap, xxiv, p. 167.) 

On se rend facilement compte de cette agilite, en conside- 
rant la disposition de ses jambes, dont chacun des pas mesurfe 
au moins un metre, et sur lesquelles TetTort de toutes les puis- 
sances musculaires vient se concentrer. 

Lorsque TAutruche est en pleine course, son cou est obli- 
quement tendu en avant, et ses ailes s'agitent en m^me temps 
que les sacs aeriens se gonflent, de mani^re qu'elant suspen- 
due pour ainsi dire entre I'air et la terre, T^quilibre est paf- 
faitement maintenu, et qu'il ne se manifeste point de balance- 
ment d'un cote a I'autre, quoique sa marclie soit une espece 
d'amble. L'impulsion de Tune ou de I'autre des ailes facilite 
aussi les conversions brusques et frequentes qu'opere I'Au- 
Iruche a droileou a gauche, pour echapper a ceux qui la pour- 
suivent. 

J'ai cherche a apprecier numeriquement la vitesse de sa 
course, en la comparant a celle du cheval arabe mont6, et 
M. Prisse-d'Avennes m'eri a fourni les moyens (1). II dit que 
dans une course qui eut lieu a Alger, en 185A, et 06 fut adjuge 
un prix imperial, un des chevaux parcourut Tespace de 28 ki- 
lometres en 69 minutes 16 secondes. Or, on pent admettre 
sans exageration qu'une Autruche n'eiit pas mis tout a fait le 
m6me temps pour arriver au but 5 nous comptons pour elle 
59 minutes 10 secondes. 

Elle aurait done parcouru, en une heure, 28 kilometres 
394 metres, et comme, suivant certains auteurs (2), ce n'est 
qu'au bout de 8 a 10 heures d'une course pareille qu'elle sue- 

(1) Des diverses races chevalines de VOrient, extrait de la Bevue ron- 
temporaine. Tirage h part, 1 broch. in-8, p. Ii3. Paris 186Z|. 

(2) IXctionnaire universel d'histoire naturelle, par Charles d'Orbigny 
et de Lafresnaye, t, II, p. 366 ; 2 vol. Paris, 1843. Article Autruche. 



82 SOCIETE IMP^RULE ZOOLOGIQUE d'aCCLIMATATION. 

combe sous la fatigue, elle franchirait dans ce court espace de 
temps de 227 a 281 kilometres. 

D'autre part, le general Daumas nous informe (1) que, pour 
forcer une Autruche, cinq chasseurs s'associent et disposent 
leurs chevaux a la distance d'une lieue (4 kilometres) les uns 
des autres, de maniere a etablir cinq relais, et que ce n'est ce- 
pendant que le cinquieme cavalier qui parvient a la joindre. 
Or, un cheval arabe de race parcourant h kilometres en 8 a 
10 minutes, les quatre premiers chevaux auraient done par- 
couru 16 kilometres en 32 minutes environ, et T Autruche dans 
un espace de temps encore moindre. 

:. On conQoit qu'avec une pareille vitesse, celui qui les monte, 
sans avoir pris peu a peu Thabitude, soit comme suffoque, 
faute de pouvoir reprendre haleine et qu'il eprouve la sen- 
sation de ne pas toucher terre ; c'est ce qui arrivait a 
M. Notre. 

La plupart des auteurs soutiennent que les Autruches sont 
indisciplinables, et qu'on trouvera difficilement le moyen de les 
guider. 

Buffon, en particulier, est de cette opinion (2). « Toutcela 
prouve, dit-il, que ces animaux, sans 6tre absolument farou- 
ches, sont neanmoins d'une nature retive, et que si on peutles 
apprivoiser jusqu'a se laisser mener en troupeaux, revenir au 
bercail et m^me a soufirir qu'on les monte, il est difficile et 
peut-6tre impossible de les reduire a la main du cavalier, a 
sentir ses demandes, compr^ndre ses volontes et s'y soumettre. 
L'Arabe qui a dompte le cheval et subjugue le chameau, n'a 
pu encore maitriser entierement TAutruche : cependant , jus- 
que-la on ne pourra tirer parti de sa vitesse etde sa force, car 
la force d'un domestique indocile se tourne presque toujours 
contre son mailre. » 

Le jugement porte par ce naturaliste distingue, vrai pent 
6tre lorsqu'il s'agit des Autruches adultes simplement appri- 
voisees, pourrait, ce me semble, 6tre modifie a la suite d'une 

"4'- (1) Moeurset coutumes de I'Algerie, p. 6Zi, 1 vol. in-8. Paris, 1853. 
(2) Hist. not. des oiseaux, t. I, p. Z|Zi6. 



AUTRUCHK d'aFRIQUE. 33 

domestication plus avancee et d'une education reguliere des 
jeunes Autruches. 

Parnii les preuves en faveur de ce resultat , I'episode sui- 
vant du voyage de Richardson me paralt devoir 6tre signale. 
« line Autruche, raconte-t-il, prise a Seenawan, fut amenee ici 
et presentee au Rais. Son Excellence promit de me la donner, 
si je revenais du Soudan par la voie de Ghadames. C'etait un 
jeune oiseau qui nous amusait beaucoup; il parcourait les 
rues et ramassait toutes choses, comme un chiffonnier. Les 
gens du peuple cherchaient a le faire coucher au commande- 
nient, I'un criait : Kaed (couche-toi ! ) 5 1'autre repetait kaed, et 
a la fin I'oiseau, etourdi et stupefait, se coucha.» {Travels in 
the great desert of Sahara, t. I, p. 360.) 

D'autres voyageurs anglais dans I'Afrique meridionale recon- 
naissent quo les Autruches sont dociles a la voix de leur maitre 
et d'une agreable familiarite. 

Quant aux moyens materiels deparvenir a les guider, j'a- 
vais pense de suite que les organes de la vue chez I'Autruche 
devaient nous offrir le plus de ressources, parce qu'ils etaient 
la boussole de toute son existence. L'idee me parut assez ra- 
tionnelle, mais elle etait loin d'etre neuve^ car on m'appritplus 
tard qu'elle avait deja germe dans I'imagination de I'auteur 
(Fun roman populaire, le Robinson Suisse. 

Cela ne m'a pas emp^che de rechercher si la pratique repon- 
dait a la theorie. 

Deja, lorsque nous pesames I'Autruche femelle du Jardin des 
Plantes, nous n'avions reussi a I'arr^ter qu'en lui bouchant 
les deux yeux ; il s'agissait maintenant de savoir si, en bou- 
chant I'un ou I'autre des yeux, Tanimal se dirigerait dans un 
sens oppose. Grace a Vaide de M. Perrot (Edmond), membre 
de notre Societe, de M. Auguste Lantz, preparateur de zoolo- 
gie au Museum, et de M. Renier, je parvins a fixer alternati- 
vement sur les yeux un opercule de caoutchouc. Le resultat 
ropondit completement a mon attente, autant du moins que le 
permetlaient I'elroitesse et la forme de I'enclos, et Toiseau 
n'eut pas Vair d'etre incommode de cette espece d'oeill^re. 

T. IV. — Janvier 1857. 3 



3A SOCIETE IMPEUIALE ZOOLOGIQUE u'.VCCLlMATATION. 

II me parait done proiivoqu'on possede un moyen simple et 
facile de guider rAutruche. 

Au reste I'emploi des Autruches comme monture ti'est pas 
une invention nouvelle. 

Les indigenes de FAfrique en ont souvent profite* Moore 
rapporte (1) que^ le 12 novembre 1731, il passa par Joar une 
Autruche chargee d'un liomme qui I'emmenait a Fatatenda, 
d'oii Connor, chef du Comptoir, Tenvoyait au gouverneur de 
Jatnesfort, sur la Gambie. 

La collection de Pinkerton represente aussi une Autruche 
montee par un negre adulte (2). 

L'histolre nous fait connaitre qud les empereurs remains 
faisaient figurer des Autruches montees dans les courses du 
Cirque pour amuser le peuple. 

Vopiscus nous dit qu'un certain tyran d'Egypte , nomme 
Firmin, les employait a son usage (3). 

Vallisnieri en cite un exemple qui se passait a Venise 
(0. c). 

Et de nos jours les directeurs d'hippodrotnes ont attire la 
foule par des exhibitions de ce genre. 

Mais ce qui distingue surtout I'Autruche, c'est son caractere 
eminemment sociable. A I'etat sauvage, elle vit ordinairement 
en famille ou en troupes ; les jeunes n'abandonnent pas leurs 
parents et restent avec eux jusqu'a I'age adulte. II paraitrait 
m6me que les rapports des sexes ne relachent pas les liens 
de famille. Si Ton doit en croire les Arabes : « Aussit6t I'union 
consommee, la femelle ne veut plus se separer du male ; ellfe 
nele quitte pas jusqu'a I'epoque oil les petits sont eleves. Les 
chevaux se battent pour les juments, les chameaux pour les 
chamelles-, jamais les Autruches males ne se livrent de com- 

(1) Histoire generale des voyages de i'abb^ Prevost, t. Ill, p. 8i. 

(2) Voyage to Senegal, cap. XVI, p. 619. 

^3) Flavii Vopisci Syracusii, in Firmum proconsul. Egyptiae, dans les 
Scriptores Historice romance latini veteres, t. II, p. Zi21 : 

« Firmum eumdem, inter crocodilos, unctum crocodilorum adipibus 
» natasse^ et elephantum rexisse, et hippopotamos edisse, et sedentem in- 
» gentibus struthionibus vectum esse et quasi volitasse, » 



ALTRLCHE h'aFRIQUE. 35 

bats a propos de leurs IVmelles. Les amours de chofjue couple 
sout respectes detous. » [Chevaux du Sahara^ p. 277.) 

Get instinct de sociabilite explique la communaute des nids, 
ainsi que la rencontre dans le desert de troupeaux composes 
quelquefois de 2 a 300 t6tes. 

Plusieurs relations de voyages dans I'intelrieur de I'Afrique 
font mention de troupes d'Autruches paissant famiiierertient 
au milieu des Girafes, des Gouaggas, des Zebt'es et des Anti- 
lopes (Richardson, Lichtenstein, Burchell). 

Gelles qui sont apprivoisees par les Arabes , non-seulertlent 
vivent sous la tente en compagnie des chiens et des cheyaux, 
maism^me les accompagnent a la chasse; 

« EUes sont fort gaies et folatrent arec les caraliers^ les 
chiens, etc. Passet-il un li^vre, tons leshommess'elancentasa 
jioursuite, TAutruehe s^emeut, se precipite du e6te ou se dirige la 
course et prend part a la chasse. » (C^ewawitrfw^aAaro) ps 878 1) 
La facilite avec laquelle les Autruches, jeunes et aduUes, 
•'attaehent a Thomme &st un autre trait saillant de ieur carac- 
•ikT^i et^ de tous temps, les habitants de I'AfricJue en ont pro- 
file pour accaparer ce bel oiseau. Claude Jannequin tioils 
•n donne une peittture animee dans son style naXf de I'^pflque 
^0. 6.{ chap, sxiv, pi 167) : « Parlant done; de sefe proprietee, 
^ue j'en ai ^u reconnoistre^ je diray que ce non volatil oySeau est 
extr^mement domestique, et si priye^ qu'etant eleve jeune 
hers defe forests et nourri parray (Juelque famille^ il fera aU|)res 
de ceux parmy lesquels il sera eleve^ ne plus ne moins qu'un 
petit chien barbet, autant de tours que voUs en vDudres faire 
a la promenade et m^me se rendra si familier, que lorsque 
roUs prendrez yostre repas (si yous luy donnez la liberie de 
vous approcher), il vous ostera la viande que vous porterez k 
vostre bouche sans vous faire aucun mal, se jouant autour de 
yous comme de jeunes singes^ faisanl mille tours et caval- 
cades, lournant dans sa course plus court que ne pourrait faire 
uncheval instruit dans le manege toute sa vie. » 

« 11 y a beaucoup d'Autruches dans le pays de Sennaar », dit 
Lapanouse (0< c.j t. IV, p. 103)^ « on en eleve dans les mai- 
sons comme on el^ve ailleurs U yolaille. * 



36 SOCIETE IMPERIALE ZOOLOGIQUE d'aCCLIMATATION. 

Bruc s'etait procure, en mai 1714, deux Autruches a Serin- 
pate ^ il fut tres surpris de les trouver apprivoisees en arrivant 
au fort Saint-Louis (1). 

Les fermiers des environs du Cap en elevent aussi, et les 
laissent paturer en liberie dans le voisinage, sans qu'elles 
essaient jamais de fuir dans le desert (2). 

Adanson soutient « qu'elles s'apprivoisent m6me sans soins, 
-par la seule habitude de voir les hommes, d'en recevoir de la 
bonne nourriture et de bons traitements (3). » 

Denos jours, on rencontre les Autruches sous les tentes des 
chefs arabes. Ce sont principalement les jeunes qui s'affec- 
tionnent a leurs maitres et a leur domicile. « Ces petites Au- 
truches s'apprivoisent aisement ^ elles jouent avec les enfants 
et dorment sous la tente^ dans les demenagements, elles sui- 
vent les chameaux •, il est sans exemple qu'une d'elle, ainsi 

elevee^ ait pris la fuite. » 

« Quand elle rencontre dans le douar un enfant ayant a sa 
main quelque chose a manger, elle le met doucement par 
-terre et cherche a lui enlever ce qu'il porte. » ( Chevaiix du 
Sahara^ p. 277.) 

M. Prisse-d'Avannes m'a dit avoir vu, en 1837, les Autruches 
privees de Khalil-Bey, gouverneur a Esne, se promener libre- 
ment dans la ville et les environs, visiter les marches et ren- 
trer chaque soir au palais. 

M. Le Picard, attache en 1809 au cabinet topographique im- 
perial et qui avait reside plusieurs annees au Senegal , avail 
ete temdin d'un fait semblable. 

El cet attachement de I'Autruche pour le lieu de sa naissance, 
ou plutot pour son domicile adoptif, s'accompagne d'un instinct 
bien remarquable, qui nous rappelle celui des pigeons voya- 
geurs. C'est-ii-dire qu'a travers les deserts sans bornes, et sans 
avoir besoin de boussole, elle retourne en ligne droite a son 
domicile, lorsqu'on Ten a eloignee. Cette circonstance curieuse 

(1) Histoire generals des voyages, t. II f, p. 608. 

(2) British Cyclopedia of natural History, t. Ill, p. 365. 

(3) Cours d'hist. nat,, 1. 1, p. 376. 



AtTRUciiK d'afrique. 37* 

nous est signalee par des voyageurs inoderiies (|ui out peneLre 
dans rinterieur de TAfrique et qui en ont ete temoins. 

L'instinct de la paternite n'est pas moins prononce. La plu- 
part des voyageurs nous racontent des traits qui indiquent une 
prevoyance remarquable, un attaclieinent tres grand des pa- 
rents, et surtout des males, pour leur progeniture. Si, pendant 
rincubation, ils sont surpris paries chasseurs, ils neeberchent 
pas a s'eloigner du nid, a fuir au loin en ligne directe pour se 
souslraire au danger, mais se bornent ii courir en cercle dans 
les environs, et cette circonstance permet aux cavaliers de 
s'emparer par la ruse des malheureux oiseaux. C'est le male 
qui, apr^s avoir couve toutes les nuits pour proteger efficace- 
ment les oeufs contre les animaux sauvages, s'occupe de leur 
eclosion, de la premiere nourriture. Les petits, aussitot seclies 
par le soleil, suivent leurs parents au paturage, et dans le nid 
viennent toujours se placer sous leurs ailes. « Les Arabes chas- 
sent les petits de rAutruche ; la methode est tres simple : une 
fois sur les traces et a peu de distance des Autruches, ils pous- 
sent des cris •, les petits epouvantes se refugient aupr^s de leur 
pfere etde leur mere, qui s'arr6tent, etles chasseurs viennent, 
en depit du male, les prendre sous leurs yeux. Le male (delim) 
est alors agite a I'exces, il manifeste la plus vive douleur. » 
{Chevaux du Sahara^ p. 277.) II ne craint pas quelquefois 
d'affronter les ravisseurs eux-m6mes en s'elangant sur eux au 
risque de sa vie, et si Ton parvient a s'en eraparer « et qu'on 
le saigne, surtout devant ses petits, il pousse des gemissements 
lamentables. » 

Enfin Texces de timidite qu'on leur a attribue pourrait bien 
n'^tre que la consequence de la chasse incessante qu'on leur a 
faite dans certaines contrees et de la frayeur qu'on inspire aux 
jeunes Autruches; car Richardson nous apprend qu'etant ar- 
rive, avec une caravane, sur le plateau d'Hamala, ou on ne les 
inquietait point, ils eurent, lei*' Janvier 1851, « le beau spec- 
tacle d'un troupeau de onze Autruches paissant tranquillement 
aupres d'eux, comme autant de brebis, et ne montrant aucune 
disposition a s'enfuir. » 



38 SOCIETE IMP^RIALE ZOOLOGIQUE d'aCCLIMATATION. 

SUR LA MALADIE DES VERS A SOIE, 

Par m. GUilRIN-IWilNEVILLG. 



DES V^RITABLES CAUSES 
DE L'EPIZOOTIP ACTUELLE DES VERS A SOi:^ 

ET MOYENS PRATIQUES 
D'EN ABR6tER OU D'EN ATTENUBR LES DANGEREUX EFFETS. 

Re^qnue 5ommaire dii Jourr)al d'observations faites dans la grande pulturet, 
en France et en Italie, des annees 1846 a 18S6. 

[Notice lite a la Soci^te imp&iale zoologique d'acclimatation le 26, el a I'Academie 
des sciences le 29 decembre 1856.) 



II est admis par tous les praticiens instruits que T^pizootie 
qui sevit sur nos Vers a soie et produit une si grande emotion 
dans tous les pays sericicoles, est le r^sultat de causes tr6s 
diverses dont Tensemble a amen^ une veritable degeneres-^ 
cence de ces precieux insectes domestiques, c'est-a-dire une 
plus grande aptitude de nos races a contractor des maladies 
^pidemiques sous I'influence d'un climat derange depuis quel-j 
ques annees. 

Ces causes principales sont: 

1" Le grand developpement de la culture des Vers a soie dans 
certaines contrees 5 

2" Le soi-disant perfectionnement de cetle culture dans bien 
des cas, au moyen d'educations hatees artificiellement par une 
sorte de culture forcee^ 

8° L'babitude de plus en plus repandue de nourrir ces 
insectes avec des feuilles de muriers greffes, plantes dans des 
terrains d' alluvion et trop riches, tailles trop souvent et donnant 
par consequent des feuilles grasses, aqueuses et moins nutri- 
tives ^ 

h" Celle de faire de grandes educations dans des locaux res- 
treints, mal aeres et insuffisants pour une bonne hygiene de ces 



VERS A SOIE. M 

animaux que Ton reunit en trop grand nombre dans les m6mes 
lieux ; 

b" Celle enfm de prendre pour reproducteurs des sujets pro- 
venant de ces educations, (jue I'on doit appeler rf<? produit, au 
lieu de les chercher dans des educations que Ton devrait faire 
specialementy^o?//- graines, et comparabies a ces cultures par- 
ticulieres de vegetaux, faites par les agriculteurs et les horti- 
culteurs, qui jA&nleniXeurs porte- graines isolement, dans des 
conditions diflerentes de celles ou lis mettent ces plantes lors- 
qu'elles ne sont pas destinees a la reproduction. 

Cependant, cette degenerescence n'aurait pas amene les resulr 
tats desastreux que Ton deplore aujourd'hui, si qne autre cause 
plus generale, et que j'ai determinee le premier en etudiant, 
depuis cinq ans, dans la grande culture, la maladie qui sevit sur 
les vegetaux, n'etait venue s'y joindre pour rendre presque 
universelle, et surtout epidemique, une maladie, la gattine, 
que j'ai toujours observee en cas isoles. 

II resulte deslongues etudes que j'ai faites sur ce grave sujet, 
soit pendant des missions qui m'ont ete donpees par S. E. te 
Ministre de Tagriculture, par TAcademie des sciences, par les 
Sooietes d'agriculture et de sericicuUure, soit avec mes propres 
ressources, qu'il est evident que Tepizootie de la gattine a ete 
produite chez nos Vers a sole, presque partout plus ou moins 
degeneres, par la m^rne perturbation climateriijue qui a rendu 
les vegetaux malades. Les ooufs de ces Vers a soie debiles out ete 
sollicites a un commencement de travail d'incubation par des 
elevations anormales et monientanees de temperature pendant 
I'hiver, pendant le temps ou ils doivent demeurer endormis 
comme les vegetaux denos climats, comme les marmottes, les 
loirs, etc., d'pii est resultee une aggravation de I'etat nialadif des 
Vers qui ensontprovenqs, Cette influence Hicheuse de conditions 
de temperature, qui provoquent avantle temps un commence- 
ment d'incubation interrompue et reprise une ou plusieurs fois, 
estetablie par une foule d'observations faites de tout temps (1). 

(1) Un denos sericiculteiirs les plus distingii^s, qui acrd^ une magnifique 
race de cocons jaunes par des soins bien entendus et sans aucun secret, 
M. d'Arbalestier, de Loriol (Drdme), h qui j'exposais, il y a deux ou trois 



hi) so<:in:Ti5: imi'Euialh: zoologique d'acclimatation. 
Kn elTet tons les sericicuUeurs reconnaissent que des graincs 
mal conservees, c'est-a-dire qui ont ete imprudemment expo- 
sees a une temperature assez elevee pour les mettre en incu- 
bation, pour les emouvoir, comme ils disent, donneront des 
Vers a soie maladifs, surtout lorsqu'on les place ensuite dans 
un lieu plus frais pour retarder leur eclosion. 

De plus, comme la meme cause, la m6nie perturbation dans 
le climat, a altere egalement la constitution des muriers, ces 
Vers a soie deja malades par eux-m^mes, nourris avec des 
feuilles malades, ont ete encore plus profondement aUeres dans 
leur constitution ; cequi s'estpropage et aggrave de generation 
en generation, surtout depuis quatre ou cinq ans que durent 
les perturbations climateriques. 

Cette determination si simple et si naturelle des causes qui 
ont amene I'epidemie au degre d'intensite ou elle est aujour- 
d'hui trouve de nombreuses preuves, sauf quelques exceptions, 
dans des faits de grande culture qu'il nVa ete possible d' ob- 
server par moi-m^me, ou que d'autres ont observes sans savoir 
s'en rendre compte, et je les ai consignes, a Fappui de mon 
explication des causes reelles de I'epidemie, dans plusieurs 
publications. II en resulte qu'en general la maladiedes muriers 
et des Vers a soie estmoins intense ou n'existe m6me pas dans 
certaines localites soustraites aux perturbations climateriques 
dont j'ai parle, par leur position topographique, par leur ele- 
vation, ou par leur situation plus au nord. C'est ainsi qu'on 

ans, le r^suliat de mes observations sur la cause de la maladie des vignes, 
des mtiners et des Vers a soie, me dit avoir remarqn^ que I'ann^e de ['ap- 
parition de la gaUine il ^tait survenu , pendant le mois de fevrier, une 
chaleur inusitee et extraordinaire qui mit en emotion toutes les graines 
dans les lieux ordinaires de leur hivernage, et fut suivie, dans le mois de 
mars, d'un froid vif et prolong^. II pense, avec raison, que cette circon- 
stance a avarie la graine et que cette avarie n'a fait que s'accroitre d'annee 
en ann^e sous des conditions analogues, ce qui, dit-il dans une r^cente 
notice, a donn^ aux Vers ci soie une maladie de famille. 

Je dois ajouter qu'il est Evident pour moi que cette cause de maladie epi- 
demique pour les Vers ci soie s'est ^lendue sur les insectes sauvages, car il 
est reconnu par beaucoup d'entomologistes que certains de ces insectes sont 
bieo moins abondants depuis deux ou trois ans. 



VKHS A SOIK. ■ '^Tlfv^- ^ 

doit expli(|uer la nioilleure leussite tie la plupart des edu- 
cations de Vers a soie dans certaines vallees orientees du 
nord au sud, telles (jue celles de la Durance et du Rh6ne, 
par exemple, parcourues Tliiver par des vents froids qui re- 
tiennent la vegetation pendant le temps ou elle doitdemeurer 
endorinie. C'est par la rn6me cause que certaines localites 
montngneuses et elevees du midi de la France se trouvent 
dans le m6me cas; et ce qui montre encore plus la justesse 
de ces vues, c'est qu'il est reconnu aujourd'hui que les educa- 
tions de Vers a soie faites dans le nord de la France, dans cer- 
taines parties elevees de la Suisse, en Allemagne, en Pologne, 
et jusqu'en Suede, n'ont presente jusqu'a present aucune trace 
de Tepidemie qui sevit avec d'autant plus d'intensite que I'on 
s'avance plus dans le midi de rEurope(l). 

Puisque les faits generaux sont d'accord avec ma theorie, 
qui n'en est, du reste, que la deduction, on doit les prendre 
pour guides dans les tentatives a faire pour assurer nos recoltes 
de cocons. Je persiste done a penser (jue les agriculteurs des 
pays oil sevit I'epizootie des Vers a soie, localites qui sont en 
m^me temps atteint«^s par I'epiphytie, ne doiventpas s'obstiner 
a faire leur graine et a elever les vers qui en proviendront. Ma 
pratique de ces dernieres annees m'a demontre que les Vers a 
soie provenanlde graines non encore atteintes par la maladie, 
eleves dans des localites infectees et avec des feuilles malades, 
donnent d'abord un resultat plus ou moins satisfaisant. Seule- 
ment, tant que durera I'epizootie, il faudra bien se garder de 
prendre ces cocons pour reproducteurs, car les papillons qui 
en proviennent m'ont toujours montre tons les signes d'une 
mauvaise sante, et n'ont generalement donne que des graines 
plus ou moins viciees. 

Tant que dureront les causes generales de Tepizootie, et 
peut-6tre assez longtemps apres qu'elles auront cesse de se 

[l)Cette espfece de loi naturelle s'appliqne aussi trfes bien 5 la maladie 
de la vigne, sauf quelques exceptions que Ton pourrait certainement s'ex- 
pliquer si i'on ^tudiait les localities ou elles se produisent comme je Tai fait 
pour celles oil il m'a ^t^ possible d'observer le pb^nom^ne dans la graade 
culture. 



42 SOCIETE IMPERIALE ZOOLOGIQUE d'aCCLIMATATION. 

produire, il sera necessaire que les educateurs de Vers a soie 
tachent de se procurer des graines faites dans des localites pla- 
c^es dans les conditions climateriques susceptibles de les sous- 
traire a ces facheuses influences, et surtout dans des pays plus 
froids que ceux dans lesquels on fera Veducalion. II fan t que 
ces localites soient cherchees et etudiees pendant la prochaine 
campagne sericicole, que de veritables educations de graine y 
soient faites, non-seulement dans des vues d'amelioration des 
races, mais avant tout pour avoir des graines saines qui, ele- 
vees dans des pays infectes, donneront, au moins la premiere 
ann^e, des recoltes bonnes ou passables. 

II y a la, pour les educateurs intelligents de ces localites 
privilegiees, une riche mine a exploiter pendant quelques 
anneesau moins, car i\ est certain qu'ils obtiendrontdesresul- 
tats tr^s avantageux de leurs recoltes de cocons converties en 
bonnes graines, et qu'en rendant un grand service a Tagricul- 
ture, ilsferontaussi une excellente affaire. 

En donnant aux gericiculteurs ces avis resultant d'une longue 
pratique, en leur enseignant dfes choses que d'autres consid^- 
reraient comme une methode, comme un secret susceptible 
d'etre brevete, je crois remplir simplement un devoir. 

J'ose esperer que mes confreres les agriculteurs, que les 
eleves qui suiyent mes cours gratuils de sericiculture faits 
chaque ann^e dans le midi en collaboration avec M. Eugene 
Robert, que les honorables educateurs de Vers a soie qui n'ont 
cesse de m'encourager dans mes rechercbes theoriques et pra- 
tiques et qui ont bien voulu en approuver les resultats, consi- 
dereront cps conseils comme un temoignage de ma vive grati- 
tude pour les nombreuses preuves de sympathie dont ils m'ont 
toujourshonore. 

Dans un prochain travail, j'exposerai ce que j'entpnds par 
des educations de graines. 






CULTURE DB L IGNAMB. M 

lettrb: 

SUR LA CULTURE DE L'IGNAME DE CHINE 

ET DE L'IGNAME DE U NOUVELLE-ZELANDE , 

ADRESS^E A M. LE PRESIDENT 

DE LA soci£t£ IMP^RIALE zoologiqde d'acclimatation 

Par M. PAILLET , 

Membra et horticulteur de la Soci^t^. 



(8danee du 12 d^cembre 1856.) 

Monsieur le President, 

J^ai riionneur de vous (jransmet^V^ Ip rpsulUt de m^g 4flF" 
nieres observations sur la culture du Liosogreg. Batatas (J), %{, 
Wn apergu sur |e^ dilTprents terrains qui pe^vent conyenir a 
cette plante. J'y joins un certain nombre de tubercules pr^T 
vpnant dp ma fepplte de cette annee. 

Les tubercules etiquetes n° 1 sont des racines de di]|.-hnit 
moi^ plftntpes d^ps un terrain laj^pyrq 4 la charr^e, d'une 
profondeur de 25 a 30 centimetres, terrj^in tfes sablonnei|| 
(et a sous'^ol compose de sile^ et 4^ sable siliceux). 

Les tubercule^ n" 2, doijt la forme differe sensibl§ment de 
cejle des premiers, et que je CFOjs ^ussj inferieurs en quali^e, 
sont egalement des plantations de dix-liqit mois, faites daps 
des terrains melanges copipie Ton ep trouye gener?ilemept dpns 
Paris. 

Vous trouyerez sops |e n^ 3 des tubercules de cli^j-bpit mpjg 
cult|yes dap^ un t^rraip sabionneux et argileux des epvirops 
de Paris ; ces racipes sont ajlongees et peu grosses, ce qui me 
fait supppspr qpe ce terrain n'est pas favorable au Dioscaic^fi 
Batatas. •• 

lies lubercMJps p" A. planter cette annep en trongons de 3 a 
h centipjptres pn terre ordipaire de Paris, dont une forte pro- 
ppftjon de terreau de feuillps, sol labpufe ^ 70 peptipjptre^ de 

(1) Pour les observations antdrieurement faites, voyez le Bulletin, 1856 
et 1856. 



44 SOCIETE IMPEKIALK ZOOLOGIQUE DACCLIMATATION. 

profondeur, ces tubercules, dis-je, se sont allonges et out ac- 
quis line grosseur satisfaisante. 

Ceux n° 5 provieiinent de hulbilles fails par boutures en 
pleine terre et en plein air; c'est le produit de trois ou quatre 
mois; j'ajouterai ici que la propagation sur couche est avan- 
tageuse, sans doute, pour obtenir une grande quantite, mais 
les plantes ainsi venues ne sont pas, a beaucoup pres, aussi 
rustiques que celles qui ont pousse en pleine terre. 

Voici maintenant quelques details sur le rendement, qui est 
assez variable. 

C'est le no 1, seme dans une terre sablonneuse et labouree 
a la charrue, qui a occasionne le moins de frais et qui a pro- 
duit le plus. En prenant pour base une superficie de 10 metres, 
le rendement a ete de 35 kilogrammes; I'arrachage a necessite 
six heures de travail. 

Le n° 2 a donne 30 kilogrammes et demande quinze heures 
de travail. 

Le n" 3 a donne 27 kilogrammes et dix-huit heures de 
travail. 

Le n° 4, plante cette annee en tron^ons, a donne 32 kilo- 
grammes et demande huit heures d'un travail tres minutieux, 
eu egard a la longueur qu'avaient atteinte les tubercules. 

Le n° 5, provenant de bulbilles places a 10 centimetres les 
uns des autres, a donne 15 kilogrammes seulement ; ici I'ar- 
rachage a ete tres facile. 

Le n° 6, bulbilles de trois ou quatre mois, a donne 800 bul- 
billes par metre carre. J'ai consacre a cette derniere plantation 
une surface de 250 metres •, je n'ai arrache que la moitie des 
plantes, et j'ai laisse le reste en terre, avec une bonne litiere de 
paille pour passer I'hiver. Je me propose de consacrer le pro- 
duit de cette reserve a celui des tubercules qui seront plantes 
au printemps. J'ai deja ete a m6me de remarquer que les ra- 
cines demeurees en terre poussaient un mois au moins avant 
celles conservees en cave ou dans le cellier. Je crois m6me 
qu'il serait avantageux de placer les semences dans un sillon 
pour les conserver fraiches pour le moment de la plantation. 

Au resume, le terrain sablonneux et peu profond est celui 



CULTURE DE l'iGNAME. 46 

qui me parait preferable pour la culture du Dioscorea. Tous 
les terrains ou la plante trouverait la iacilite de s'enfoncer, 
occasionneront toujours des frais tres dispendieux au moment 
de I'arrachage. Quant au mode de plantation, je crois qu'il 
faut modifier completement celui (|u'on a suivi jusqu'a ce jour, 
et je me propose d'employer a cet efl'et le mode suivant : pre- 
mierement, je ne planterai que dans un terrain laboure a la 
charrue, soit que je depose mes semences dans une raie, comme 
on fait pour les pommes de terre, soit que je les place dans un 
rayon que je creuserai de 10 centimetres de profondeur ; c'est, 
je crois, la seule melhode a la porteede la grande culture. En 
disposant les semences en ligne, a 8 ou 10 centimetres de dis- 
tance, elles seront convenablement aerees et I'arrachage en sera 
plus facile, les lignes ayant ete espacees de ZiO centimetres ; 
il suffira d'ouvrir une tranchee entre chaque double rang de 
lignes pour extraire les tubercules, et Ton ne sera pas alors 
expose a les briser, comme cela arrivait frequemment dans le 
mode de plantation employe jusqu'ici. 

J'ajouterai un mot sur Tlgname de la Nouvelle-Zelande, dont 
la Societe imperiale d'Acclimatation a bien voulu me confier un 
rhizome (1) •, la production n'a pas ete considerable : les pieds 
mis en pleine terre n'ont pas produit de forts bulbes ; ce que 
j^attribue a la mutilation que j'avais dCi faire subir a la souche 
qui m'avait ete remise. Le resultat de ma recolte est de 
90 bulbilles, dont j'ai I'honneur de vous soumettre une partie. 
Nul doute que ces bulbilles ne m'en donnenl, Tannee prochaine, 
de grandes quantites d'autres, qui permettront d'experimenter 
sur une plus vaste echelle la culture de cette nouvelle plante. 

(1) La Soci^t^ avail recu trois rhizomes de notre honorable confrere , 
M. Piddinglon,deCalcuUa;deuxont ^t^remisiMM. les professeurs Moquin- 
Tandon et Chatin ; la ^oci^t^ a bien voulu me conGer le troisi^me. JNouf 
avons eu tous trois le bonheur de r^ussir dans nos essais de multiplication. 

Deux autres rhizomes ont ^t^ envoy^s par M. Piddiiigton h la Soci^t^ 
d'acclimatation de Grenoble, et deux aussi ct 1' Academic royale d'agricul- 
lure de Turin. 

Ces sept rhizomes ^talent alors les seals conaus en Europe. 



46 SOCIETE IMPERIALE ZOOLOGIQUE d'aCCLIMATATION. 

II. TRAYAUX ADRES8ES 
ET COMMUNICATIONS FAITES A LA SOClfeTfi. 



SIJR La CULTtJRE DU RIZ A JAVA d) 

Par M. TEYSMAN, 

Colon dans I'ile de Sumatra. 

Traa<mit, kti ootbbre 1856, par S. E. KOBinO- 
membre de la Soci^te (2). 



ti n'y a que trois esp^ces principales de Riz : Oryza glu- 
tinosa ou Ketan, Oryza sativd ou Paddie, ^t Sawa, avec uhfe 
variele de Paddie Gerik. Celte derni^re tombe imiriediaternent 
de la tige apres la moisson. Outre ces especes principales, on 
compte plus de cent autres varietes, dont quelques-uhes sont 
cultivees dans des champs sees, mais la plupart dahS des terres 
arrosees. 

La temperature moyenne differe peu a Java, dans toutes les 
regions ou sur les diverses hauteurs. Le lliz pousse m^me a 
des hauteurs de 3,500 pieds au-dessus du niveau de la mer, 
ou, a six heures, avant le lever du soleil, le thermometre n'ln- 
dique que lO^R., tandis que dans la jourriee il morite jiisqu'a 
20°. fians les terres basses, situees le long des c6tes, le ttiz 
pousse egalement bien par une chaleur de20^ a SC* R. 5 les epis 
sont moins lourds, et le Riz rnurit plus vite qii^ dans I'inte- 
rieur, ou la maturite exige quelquefois plus de huit rilois. 

II n'y a ni penurie ni abondance d'ouvriers •, chaque cultiva- 
teur cultive ses champs. Cette culture se fait rarement paf lb 
thoyen des ouvrierS, et ti'dffre A\6ts que {Jeil de Jjfoflts. 

(1) SUr la culture dti Itiz, Voyfii dahs k BulleilH, t, II, le Mppofi de 
M. Tdstet, p. 217, 6t le M^moiifg Iradtili en partis dti l^fihcycldp^die chl- 
noise Cheoa-chi-tong-kao, par M. \leritens, p. 275. 

(2) Cette note ^tait jdinte a I'envoi de quatdfie varldt^S de Riz sec de iSva, 
offertes h la Soci^t^ par M. Kcenig-bey, qui fait essayer toutes ces varWt^s 
en Egypte, 



CULTURE DU RIZ. i7 

Comme seconde culture, on planU; dans (juelques cliainps 
du labac, du niais, plusieurs qualitesde ieves, des concombres, 
queltjues legumes, du Convolvulus Batatas^ etc. 

On ne trouve point a Java le Panicum Crista-galli, mais oh 
plante comnie seconde culture d'autres especes de Panica; oft 
attache peu de valeur a ce produiti 

Le rendement du Riz ne peut 6tre determine, parce qu'il 
depend de la qualite du Riz et de celle des terres^ le rende- 
ment de 80 a 100 est favorable^ bien que ce chiffre soit quel- 
quefois depasse : il m'est impossible maintenant d'etablir une 
eomparaison entre les differentes especes. 

L'epoque des semailles et de la plantation a Java n'est pils 
fixe, on se base sur les eaux : de sorte que I'ensemencenlent 
commence a la saison pluvieuse. 

On pourrait ecrire des volumes sur la culture du Riz sec. Je 
me bornerai a dire qu'on seme le Riz a de petits intervAllds 
dans les champs arroses, ou plutdt on fepand la Pnddie noh 
ecaleCj en tiges. Celle-ci, en poussant, forme une masse tr(5s 
compacte, qu'on arrache apres quarante ou cinquante joufs, 
et, par une temperature froide, au bout de soixante jours^ eh 
la debarrassant de toutela terre qui y estadherente. On etileve 
la moitie des feuilles ; les petites plantes sont mises en terre, 
trois ou quatre ensemble, a environ un pied de distance^ de 
sorte qu'aucune plante nemeure; ensuiteoh sarcle k plusieut^ 
reprises. La recolte se fait en coupant separement dhttqiie 
plante; on les lie ensuite en gerbes^ ct on les fait secheri La 
tige n'eXcede pas la longueur d'un demi-pied. Dafls les 
terrains unis et laboures, on seme la Paddie a la surface, 
dans des petits trous faits a I'aide d'un b^ton pointu. Sur les 
terrains inclines, on ne laboure point, on se borne a arracher 
les mauvaises herbes, et I'on s6me immediatement dans de 
petits trous. Gette operation se fait au commeiicemettt de la 
saison pluvieuse. 

On laboure les champs, les mauvaises herbes feotlt extif- 
pees; ensuite on passe la herse sur la terre jusqu'a ce (ju'elie 
soit devenue assez deliee pour pouvoir y planter facilemeni les 
jeunes plantes. 



hS SOCIETE IMPJERIALE ZOOLOGIQUE D ACCLIMATATION. 

La culture du Riz est la principale occupation de toute la 
population, cette cereale etant la base de leur nourriture. On 
le cultive aussi pour Texportation. Celte culture n'est pas 
lucrative pour les Europeens, parce que les Javanais ne 
tiennent pas compte du temps qu'ils donnent a leurs travaux. 

Les resultats ne peuvent 6tre compares avec ceux des autres 
cultures, parce qu'on ne peut semer autre chose dans les 
champs de Riz arroses, quand bien meme on les mettraita sec, 
ce qui ne serait pas praticable pour tous les champs. Cette cul- 
ture serait encore la plus avantageuse pour le Javanais, qui 
recolte chaque annee du m^me champ, et qui seme ensuite 
d'autres vegetaux. 

La quantited'eau pour Tarrosage depend de la seconde couche 
de terre. Un terrain sablonneux demande beaucoup plus d'eau 
qu'une terre marecageuse. On arrose autant que possible; 
Teau la plus maigre suffit encore a nourrir la plante. A cer- 
taines epoques, on fait ecouler I'eau, non-seulement pour que 
I'air agisse sur la terre, mais aussi pour tuer ou faire deloger 
les insectes aquatiques. L'eau pure d'une source suffit, mais 
I'eau chargee d'engrais en dissolution est preferable. 

Toutes les terres arrosees sont propres a la culture du Riz. 
Si les terres sont trop maigres, les produits seront peu abon- 
dants pendant les premieres annees ; mais en les arrosant sans 
cesse et en les fumant avec des matieres grasses, les recoltes 
s'amelioreront. 

L'ecoulement de l'eau est tres facile au moyen de petits 
reservoirs etablis horizontalement et entoures de petites 
digues. 

Le sel se trouve en assez grande abondance dans les terrains 
et dans Teau, pour qu'on puisse s'en passer comme engrais. 

Les instruments de labour sont tres simples, et consistent 
dans une charrue, une herse, une pioche assez large pour 
defoncer la terre la oil la charrue ne saurait fonctionner. Dans 
plusieurs terrains, surtout dans les terres marecageuses, on 
ne se sert que de la pioche. 

La transplantation des jeunes plantes reussit toujours et 
n'exigepas de grands soins. ^ 



' ' ' ' i i i^' CL'LTUUK I)U ItlZ. Il9 

On n'engraisse que dos terrains nouveaux etinaigres; une 
trop grande abondtince dVngrais est nuisible; des terres trop 
grasses prodiiisent des epis vides, car le nioindre vent ou la 
plus petite pluic renversent alors la plante et la font perir. 
Tout engrais est propre a cette culture. 

La comparaison des terres engraissees et de celles qui ne le 
sontpas peut se faire d'apres ce quej'ai dit plus haul. 

II n'y a que des vents de terre et des vents de iner a Java, 
qui, a I'exception de quelques vents briilants, ne sent pas nui- 
sibles a la floraison du Uiz. Un ciel convert et la pluie fine 
produisent, pendant la floraison, une espece d'insecte volant, 
d'une odeur tres desagreable (Balang-Snagbit), qui suce les 
grains et emp6cbe la fecondation. 

Les ouragans sont frequents a Java, surtout du c6te de 
I'ouest et de Test. Le vent d'ouest regne quand le Riz vient 
d'etre plante, et le vent d'est a la maturite. Le temps se refroi- 
dit bien vite sans que cela nuise a la culture du Riz. 

La gr6le tombe tres rarement, et le degat depend de la 
grosseur des grains. 

Le manque de recolte depend quelquefois de Tinsuffisance 
de I'eau, des vents sees et froids, d'un ciel convert, et de la 
pluie fine, du Balang-Sangbit, des bannetons et des ebenilles, 
qui rongent la tige ou les feuilles. On y remedie en faisant 
ecouler Teau. Les oiseaux peuvent 6tre d'une grande utilite en 
devorant ces insectes, qui pullulent dans des terres Irop grasses 
ou trop labourees. 



T. IV. — Janvier 1857. 



50 SOCIETE IMPERIALE ZOOLOGIQUE d'aCCLIMATATION. 

III. EXTRAIT DES PROCESVERBAUX 
DES SfiANCES GfiNfiRALES DE LA SOClfiTfi. 



SEANCE DU 9 JANVIER 1857. 
Presidence de M. GEOFFROTf Saint-Hilaire. 

— M. le President proclame les ijonis des membres nouvel- 
lement admis : 

. S. A. R. Monseigneur le prince Frederic -Guillaume de 
. Prusse, 

MM. Casteja (le marquis de), proprietaire a Paris. 
Gaimard (Paul), medecin de la Marine imperiale, un des 
naturalistes des expeditions autour du monde de VUra- 
nie et de Y Astrolabe, ancien President de la Commission 
scientifique du Nord, a Paris. 
; GoNTiER pere (Laurent-Frangois), liorticulteur, a Mont- 
rouge (Seine). 
Jamin (Jean-Laurent), arboriculteur, a Paris. 
jv Legris de Lasalle , membre du Conseil general de la 

Gironde, proprietaire et maire a Camarsac (Gironde). 
t Mall, professeur a rtcole de Metz (Moselle). 
; MoNTESQUiou (le comte Thierry de), proprietaire, a Paris. 
Morel (Charles), vice-president de la Societe imperiale 
et centrale d'horticulture de France, a Saint-Mande 
(Seine). 
Morris (le general de division), commandant de la cava- 

lerie de la Garde imperiale, a Paris. 
PiORRY (le docteur), medecin de Thopital de la Pitie, pro- 

fesseur a la Faculte de medecine, a Paris. 
PouGNY (Ernest), proprietaire a Doulaincourt (Haute- 

Marne) et a Paris. ^ 

RiCHEMONT (le baron Edgar de), a Paris. 

— Apres cette proclamation , M. Gueiin-Meneville, Secre- 
taire du Conseil, annonce le resultat des elections faites 
le 6 Janvier par les Sections pour leurs bureaux speciaux, 



PROCBS-VBRBAUX. SI 

aiiisi que pour iii Cummission ties recompenses, et le 7 Janvier 
par le Conseil, aiin de completer cette commission. 
1" Section. — Mammiferes. 
MM. 



Richard (du Cantal), president. 
Frederic Davin, vice-president. 



C. Darestb, secretaire. 

A. Geoffroy S'-Hilaire, vice-secret. 



M. Potel-Lecouteux, d^l^gue dans la Commission des recompenses. 
2' Section. — Oiseadx. 



MM. 

Berryer-Fontaine, president. 

Lp comte De Sinety, vice-president. 



MM. 

Davelouis, secretaire. 
Hubert-Brierre, vice-secretaire. 



M. Chouippe, delegue dans la Commission des recompenses. 
Section, ^-r Poissons, Annelides, Mollusques, Zoophytes. 



MM. ,. . 
A. Passy, pir^sident. 
Millet, vice-president. 



MM. 

Ch. LoBLiGEOis, secretaire. 
Ch. Wallut, vice-secretaire. 



M. Dareste, deiegue dans la Commission des recompenses, 
/i* Section. — Insectes.. 



MM. 

Gueuin-Meneville, president. 
Bigot, vice-president. 



MM. 

L. SouBEiRAN, secretaire. 
A. Perrot, vice-secretaire. 



M. Bigot, deiegue dans la Commission des recompenses. 
5*^ Section. — Vegetaux. 



MM. 
Le baron L. Le Guay, secretaire. 
Joseph MiCHON, vice-secretaire. 



MM. 

Le baron deMoNTGAUDRY, president. 
J. Valserres, vice-president. 

M. le baron Le Guay, deiegue dans la Commission des recompenses. 

Conseil. 

Deiegiies dans la Commission des recompenses : MM. A. Dum^ril, 

Frederic Jacquemart, Passy, Valserres. 

— M. F. Foucou, en remerciant deson admission, faitcon- 
naitre son desir de servir les inter^ts de la Societe pendant le 
temps qu'il sejournera en Algerie. 

— M. Armange aine, capitaine au long cours, a Nantes, 
offre des echantillons de graines qu'il a recemment revues de 
la Guyane. 

— M. Hardy transmet : I'des details sur ses premiers essais 
de culture du Caladiiim du Bresil, dont un tronQon lui avail 
ete envoye; 2° des graines de I'fgname de la Chine, avec une 
Note sur la mani^re d'en faire le semis, et 3° un Rapport sur 



52 SOCI^TE IMPEUIALE ZOOLOGIQUE d'aCCLIMATATION. 

la culture de rigname de la Nouvelle-Zelande, dont les resul- 
tats ont ete tres heureux. 

Des remerciments seront adresses a M. Hardy pour cette 
communicalion , et pour I'envoi des graines, depuis si long- 
temps desirees, de Tlgname de Chine. 

— La culture de I'lgiiame de la Nouvelle-Zelande est aussi 
I'objet d'une note de M. Moquiii-Tandon , communiquee par 
M. Chatin, qui I'annexera a son rapport lu dans une des seances 
precedentes. 

— A I'occasion de la presentation d'un rhizome tres volumi- 
neux de Tlgname obtenu par M. Fr. Jacquemart au moyen de 
bulbilles, et qu'on a sorti de terre au bout de dix-huit mois, 
M. le docteur Aube fait observer qu'il en a qui, provenant de 
fragments de tubercule, ont atteint un semblable volume au 
bout d'un an. II ajoute qu'on obtient des resultats d'autant 
meilleurs que ces fragments sont plus volumineux. 

— M. le general Zarco del Valle, president de 1' Academic 
royale des Sciences de Madrid , commandant superieur du 
genie en Espagne, et membre de la Societe, temoigne de son 
desir de favoriser dans son pays les travaux analogues aux 
notres, et annonce qu'il a remis a I'Academie les semences de 
riz sec de Java qui lui ont ete envoyees. Des essais de culture 
seront tentes aux environs de Seville par les soins de la Sec- 
tion des sciences naturelles de ce corps savant. 

— Notre confrere, M. le vicomte F. de Susini, president de 
la Societe d'agriculture de Sartene (Corse), soUicite un envoi 
de graines de Vers a soie du Ricin, de nombreux pieds de cette 
plante pouvant 6tre mis a su disposition. 

— S. Exc. M. le Ministre de la guerre, qui a fait distribuer 
enAlgerie un certain nombre d'exemplairesdu Questionnaire, 
joint au travail de M. le docteur Gosse sur I'Autruche d'Afri- 
que, transmet les informations recueilUes par quatre Bureaux 
arabesde la province d'Oran. Des que le travail des deux autres 
provinces lui sera parvenu, M. le Ministre nous I'adressera. 

— Ce m6me Questionnaire a ete, de la part de M. le Pro- 
fesseur Graells, de Madrid, Tohjetd'un travail etendu, ou sont 
contenues des reponses detaillees. M. le baron de Montgaudry 



rKOCES-VKRBAUX. 5$ 

doiuie lecture de la traduction faite par lui de ces documents 
relalifs aux Autruches qui vivent dans les pares du palais de 
Buen-Retiro. •! Jf ^^ 

— M. Saulnier annonce la mort del'unedes Pintades a joues 
bleues que la Societe lui a conliees. 

— M. le President depose sur le bureau la seconde partie 
du travail de M. le Professeur Sacc sur les Chevres d'Angora, 
et dont la lecture ne pout pas avoir lieu dans cette seance, en 
raison de I'abondance des materiaux. 

— Ces m6mes animaux ont ete etudies par noire nouveau 
confrere, M. Cb. Bourlier, qui lit un extrait des observations 
faites par lui pendant son sejour en Asie Mineure, oii il a 
explore un espace triangulaire, au S.-O. d'Angora, entre cette 
ville, Beybasar et Sivri-Hissar. Les faits lui paraissent opposes 
a I'introduction beureuse de la (Ibevre d'Angora dans I'Au- 
vergne, les Alpes et le Jura. L'Algerie au contraire, suivant 
lui, ofl're de nombreuses localites ou la naturalisation sera facile 
d^s le premier essai serieux. 

— M. Jobez, a qui la Societe a confie des Yaks, annonce do 
Siam , par Cbampagnole (Jura) , la naissance d'une femelle, 
qui a maintenant six semaines et dont I'etat de sante est tres 
satisfaisant. 

Sa lettre renferme des details sur la qualite de la laine et 
sur le produit que la mere fournit comme vache laitiere. Cette 
lettre est renvoyee a I'examen de la premiere Section, ainsi que 
le travail de M. Bourlier. 

— Un semblable renvoi a lieu pour une lettre de M. De- 
vienne, proprietaire d'une ferme a OUezy, pres Ham(Somme), 
et qui, desirant y tenter I'introduction de quelques Buffles, 
demande des renseignements sur Topportunite de cet essai. 

— M. de Capanema, en sa qualite de delegue a Rio-de- 
Janeiro, saisit la Societe d'un projet important du gouvernement 
imperial du Bresil, qui se dispose a y introduire des Droma- 
daires, regardes comme devant 6lre fort utiles dans les pro- 
vinces du Nord. C'est a la demande de M. le Ministre de 
I'interieur de son gouvernement, desireux d'obtenir I'appui de 
notre Societe, que notre confrere soUicite des reponses a une 



hh SOCIETE IMP^RIALE ZOOLOGIQUE d'aCCLIMATATION. 

serie de demandes nettement formulees que contient sa 
lettre. 

MM. Richard (du Cantal) et Albert Geoffroy Saint-Hilaire, 
qui viennent de partir, comme President et Secretaire adjoint 
de la Commission permanente de I'Algerie, pour notre colonie 
africaine, ont ete charges par le Conseil de rediger sur cette 
grave question, de concert avec nos confreres MM. le general 
Jusuf et Bernis, un rapport detaille, qui sera communique a la 
premiere Section et ensuite a la Societe, avant d'etre transmis 
au gouvernement bresilien. 

— M. V. Bataille, qui depuis vingt ans fait le commerce a 
la Guyane et y forme des collections d'histoire naturelle, ap- 
pelle Tatlention de la Societe sur I'importance que ce pays 
pent acquerir comme colonie, si Ton s'attache, ainsi qu'il I'a 
deja fait, a etablir des relations suivies avec les tribus de I'in- 
terieur, et particulierement avec les tribus des Tapuyas, qui 
contribuent pourbeaucoup alaprosperiteduBresil en y trans- 
portant les produits de leur industrie, consistant surtout dfins 
I' art de la salaison des produits abondants de leurs p6ches et 
dans I'education du betail. Cette education, ajout^ notre con- 
frere, poiirrait 6tre enlreprise sur la plus vaste echelle a la 
Guyane, ou il y a des savanes, ainsi que des paturages excel- 
lents et d'une tres grande etendue. II pense qu'il serait pos- 
sible, apres quatre ou cinq ans de travail, de produire assez 
de viande pour qu'elle p\it 6tre livree a la consommation au 
prix de 1 fr. a 1 fr. 20 c. le kilogr. 

• >i< i_ JVotre confrere, M. Leo d'Ounous, proprietaire a Saver- 
dun (Ariege)j lit une Note ayant pour but de faire connaitre 
les travaux entrepris depuis quelques annees dans ce departe- 
ment, et tendant vers le but que se propose notre Societe, dont 
initiative parait avoir contribu^ a soutenir le zele des diverses 
Societes de I'Ariege. 

— Notre confrere, M. Flury-Herard , banquier, informe 
qu'ayant ete choisi comme leur agent par les rois de Siam, il 
est pr6t a recevoii" et a leur transmettre leurs diplomes 

Le Secretaire des seances, 
*^"' Aug. Dumeril. 



FAITS DIVERS. 55 

lY. FAITS DIVERS £T EXTRAITS DE CORRESPONDANCE. 



Lettre de S. E. M. le Ministre des Affaires etrangeres du Bresil. 

La Soci^t^ avail ^1^ d^jS inform^e, par une lettre de son honorable d^]^gu^ 
h Rio-JaneIro, M. de Capanema, que S. M. I'Empereur du Bresil ^tait dis- 
pos^e h donncr h la Soci^t^ la plus haute niarqne de sa bienveillance et de 
son int^rftt, en honorant de son nom la liste des membres de la Soci^t^. 

La lettre officielle qui suit, est parvenue a M. le President de la Soci^t^ 
le 8 d^cembre 1856, et a ^t^ lue en assembl^e g^n^rale dans la stance qui 
a suivi (stance du 12). Le Conseil a pens^ que cette lettre devait fitre repro- 
duite intt^gralement dans le Bulletin, quoi qu'elle ait ^t^ d^jct analys^e dans 
le proces-verbal de la s&ince (t. Ill, p. 595). 

« Rio-Janeiro (minitt^ro des AfTaire* ^angdres), le 7 octobre 1856. 

» Monsieur, 

» J'ai riionneur de vous faire part que Sa iWajestd PEnapereur, mon auguste 
iSouverain, ayant reQU voire lettre du 20 juin dernier, adaign^ me charger 
d'y r^pondre en vous annonqant que, sensible au tdmolgnage de respect et 
tie haute consideration que, par voire illustre organe, lui offre la Soci^t^ 
ibiptJriale zoologique d'acclimalation, elle verra avecplaisir son nom impe- 
rial inscrit en tfile de la lisle d'une Society fondle sous de si heureux aus- 
J)ices, et dont rutilitt? est commune h loules les nations. 

» En vous faisant, Monsieur, cette agr^able communication de la part de 
Sa Maje&te I'Empereur, qui croit ainsi correspondre aux d^sirs manifestos par 
les membres de la Society d'acclimatation, je saisis avec empressement cette 
occasion pour vousoffrir les assurances de ma consideration trts distinguOe. 

» Jose-Maria da Silva Paranhos. » 

Cette lettre a eie entendue par la Societe tout enti^re avec une recon- 
naissance que le Conseil a eu I'honorable mission d'exprimer ci S. M. I'Em- 
pereur du Bresil , dans une adresse qui a ete signee de tons les membres 
du bureau et du Conseil. Cette adresse a eie Iransmise par M. I'envoye du 
Bresil k i*aris h S. E. J.-M. da Silva Paranhos, pour etre mise sous les yeux 
de Sa Majeste. 

On a vu plus haul (p. 53) que la Societe vient d'etre saisie, par ordre du 
gouvernement bresilien , d'une question qui interesse k un haul degre le 
Bresil : Tintroduction du Chameau dans les provinces seplentrionales decet 
empire. Celte importante question a ete aussii6t mise k i'etude en Algerie 
el en France. 

Lettre de M. de Montigny, envoye plenipotentifiire de France a Siam, 
membre honoraire de la SociSt4. 

[-a lettre suivanie ecrile de Siam, par M. de Montigny, envoye pienipo- 
tentiairedc France 5 Siam, et membre honoraire de la Societe, n'etail pas 
deslinde h ia publiciie, commc il sera facile de le voir: il etail seulement 
dans la pensee de M. de Montigny que M. le President communiquckt k la 



50 socii<:te impefualk zoologique d'acclimatation. 
Soci('t6 les fails importants que sa lettre fait connaltre : renlree des deux 
rots de Siam dans la Soci^t^ ; I'envol d'animatix et de veg(;taux pr^cieux de 
ce pays ; et rinserlion dans le traite,n^goci^ par M. de Montigny, de clauses 
trfes favorables aux sciences, et jusqu'i ce jour sans pr^cMenls. 

Mais plusieurs membres ont exprim^ le voeu que cette lettre fut lue tout 
enti^re ci la Soci^t6 ; et M. le President ayant cru pouvoir d^f^rer h ce vceu, 
un autre a ^t^ dmis. On a demand^ qu'elle fut ins^r^e dans le Bulletin, 
comme pouvani int^resser ses lecteurs, et comme <5tant de nature h ajouter 
a reslime eli la reconnaissance que portent a M. de Montigny tons les amis 
des sciences, de I'agriculture et du bien public. 

Conformdment 5 ce voeu d'un grand nombre de nos confreres, nous la 
reproduisons, en supprimant sculement quelques paragraphes relatifs Ji des 
mesures purement administratives qu'indique notre «5minent et d(5vou^ 
confrere : 

« Bangkok, ce 25 aout 1856. 

1) Monsieur le President et bien digne ami , 

» Me voici venir de nouveau, mais cette fois du fond de la capitale de Siam ; 
vous voyez que je n'oublie pas notre belle Soci^t^. Je vous adresse par le 
trois-mats siamois le Cruizer, capitaine James Walker, une caisse contenant 
six especes de tubercules et de palates que je crois toutes inconnues ; je n'en 
sais pas tous les noms, mais en voici lonjours trois. La Patate griffe de tigre : 
^elle affecte parfaitement la patie de cet animal, devient ^norme, et du che- 
velu, qui part du gros tubercule, s'^tendent dans toutes les directions d'au- 
tres tubercules rondsqui ressemblent, k s'y m^prendre, h nos pommes de 
terre jaunes ; son goiit est cehii de mon Dioscorea; sa feuille lui ressemble 
aussi un pen, mais sa tige, qui est grimpante, est plus forte et un peu t5pi- 
neuse. La Patate dent d'elephant : sa forme est celle de mon Dioscorea, 
mais sa tige et ses feuilles sonl beaucoup plus fortes et pas grimpanles. La 
Patate colonne : son nom vous en indique la forme. 

» Ces tubercules n'dtaient pas malheureusement, ii s'en faut de beaucoup, 
arrives a leur ^tat de maturity, et par consequent de d^veloppement, lors- 
que j'ai du les faire recueillir ; ils ont done besoin des soins les phis intelli- 
gents et ne pourront etre jug^s qu'apr^s une ou deux r^colles on France. 
Les forfits du Laos renferment encore une riche collection de tubercules 
f^culeux , qui servent de nourriture aux Laosiens. Un entre autres appel^ 
man-sao-pa, Patate a colonne des bois: il atteint une brasse et demie de 
longueur; sa forme est plate, d'environ quatre pouces de largeur sur un 
d'^paisseur. Un autre appel^ comme celui de Siam, man-nga-xang, Patate 
dent d'elephant: cciui-ci parait etre de la famille des arums; il alteini de 
tres grandes proportions, et offre une particularity assez singulifere : c'est de 
permettre aux indigfines d'en coupcr des branches suivant leurs besoins, 
sans I'arracherde terre et sansqu'il paraisseen souffrir. 

» Je n'ai pu me procurer encore des tubercules de ces differentes espfeces, 
les hommcs que j'ai envoyes au Laos, eloign^ de cinq jours d'ici, etant re- 
venus sans en rapporter, aprf-s dix-huit jours d'absence ; j'ai seulement 
quelques jeunes liges que j'ai plant^es avec soin dans les douze serres rem- 



.. ■■; •> 



FAITS DIVERS. 57 

plies d'aibrcs et de plantes dc toule esptce, que j'expMie par le Cruizer au 
mardclial comte liandon, goiiverneiir gt^nc^ral de rAlg(5rie ; vous voudrez bien 
vous adrcsser iminMiaieinent h monsieur le mar«5chal Vaillant, pour le 
prier de faire partlciper la Soci«5t(; h ceux de ces v($g^taux qui ont chance 
d'acclimatation en France, tels que bamboos, herbac(5es, etc. 

» Ayant termini ici mes n^gociations.et signc? ie 15 dece mois, jour de la 
f^te de S. M. PEinpereur, un trait«5 en vingt-quatre articles aussi utile 
qn'lionorable pour le pays, jc compte partir sous peu de jours pour le Cam- 
bOge et la Cochinchine ; suivez-moi de tous vos voeux dans ces missions, 
dont la derni^re n'est ni sans difficull^s, nimftme sans dangers. 

» J'ai cherch^ J» ne rien oublier dans men traits avec les souverains sla- 
mois ; le corps des savants que vous illustrez, mon clier Prdsldent, y a ses 
immunit^s. Tout savant, tel que naturaliste ou autre, voyageant pour le pro- 
gr^s des sciences, pourra aller partout dansle royaume de Siam, au Laos el 
au Cambdge, et les autorit^s siamoises lui devront tous les soins et bons 
offices de nature h. Taider dans Taccomplissement de sa mission. Si je ne 
me trompe, c'est la premiere fois, a molns de declaration de blocus dans une 
guerre maritime, que Ton stipule pour les savants; les nOtres peuvent d^s 
u present parcourir les vastes regions qui composent les royaumes de Slam, 
du Laos et du Gamboge, les plus riches en produits naturels et peut-6tre les 
moins connus du globe. 

» En parlant de produits naturels, je vous dirai, Monsieur le President, que 
leur recherche n'ost pas toujours sans perils, et qu'en vous aitrapant des 
Hydrophis et exp^rimentant ces dangereux reptiles, j'ai courule plus grand 
danger, puisque j'ai eu la maladresse de me faire mordre par un de ces re- 
doutables serpents, qui venait de tuer une poule par une seule morsure h 
la t^te. Le mercredi 2 juillet, h six heures du matin, sur le vapeur de guerre 
le Marceau, voulant m'assurer si Pammoniaque dtait un antidote contre le 
subtil venin des Hydrophis, j'en administrai a une poule que je venals de 
faire mordre, qui mourutn^anmoins immMiatement aprfcs; et pendant que 
j'exarainais, a Paide d'une loupe les dents de cet animal, que je tenais entre 
le pouce et Pindex de la main gauche, un voyageur s'^tant approchd pour 
regarder aussi avec ma loupe, la crainie qu'il ne filt mordu me fit quitter 
une seconde des yeux la t6te du serpent, et je me sentis mordre h la dernifere 
phalange de Pindex. 

» 11 n'y avait pas la sujei k plaisanterie, mon cher President : deux pauvrea 
poules venaient d'etre foudroydes par cette affreuse b6te. Je ne perdis ce- 
pendant nullement mon sang-froid, et,apr6s m'6tre ddbarrass^du serpent, 
je pressai vivement mon doigt et je comptai distinctement Irois filets san- 
guins qui, en se rejoignant, m'empechferent de constater le nombre des 
autres; je plongeai mon doigt dansde Pammoniaque pure, et j'absorbaf une 
quantit(5 «5norme dc ce liquidc coup6 avec de Peau, et pris beaucoup de caf^ 
noir tres fort; les chirurgiens s'emparerent ensuite de mon doigt et y lireut 
deux incisions profondes qu'ils briUtjreul avec du nitrate d'argent. 

» Quelques jours avant mon depart de Singapour, un malheureux Malais 
avait ete mordu par un Hydrophis, et, n'ayant <*te secouru qu'enviroa deux 




58 SOCIETE IMPERIALE ZOOLOGIQUE d'aCCLIMATATIOK. 

heures apres, il 6tait mort h Thftpital, an boul de vingt-qualre hemes : il 
avait ete mordu pr^cis^ment a la main gauche, mais entre le pouce et Tin- 
dex. J'avais done une chance pour moi et pouvais compter au moins sur 
vingl-quatre heures. J'avais exp^rimente quelquefois les sensations de la 
veilled'un combat, de la veille d'un duel, mais jamais cellesd'un condamn^ 
h mort : elles sont peu agreables, je puis vous I'assurer, snrtout dans la po- 
sition ou je me trouvais, devant me preoccuper de mes devoirs, faire appe- 
ler le commandant en chef, qui naviguait avec nous sur la Capricieuse, et 
le designer pour me reniplacer en cas de malheur, en lui confiant les pieins 
pouvoirs de Sa Majesty, afin qu'il put n^gocier a ma place; je songeais aussi 
h ma famille, que je laissais abandonn^e au milieu des mers indiennes, sur 
mi navire de guerre. 

» Pendant toute cette journ^e,qui fut excessivement p^pible pour moi, j'ai 
eu le courage de marcher constamment sur le pont du' navire et de com- 
battre ainsi les symptdmes ^tranges que j'^prouvais : des chaleurs, des 
sueurs froides, des tremblemenls nerveux, des naus^es, des douleurs aux 
extr^mit^s, etune propension h im engourdissement gdn^ral. Je continual h 
prendre du cafd etdu th6 trfes forts pendant toute cette journ^e, en consul- 
tant ma montre d'heure en heure ; mais le plus d^sagr^able effet que j'aie 
^prouv6 fut.sans contredit de voir une centaine de personnes ^tudier con- 
stamment ma physionomie. 

» Enfin je n'en suis pas mort, puisque je vous (5cris encore, et je vous ai 
meme pr^par^ une tr^s belle collection de serpents, dont beaucoup ci classer, 
selon toute probability. Depuis mon arriv^e ici, la leQon que j'ai reque ne m'a 
pas empech^ de vous en prendre un tr^s grand nombre de terrestres et des 
plus dangereux, de me faire piquer par un scorpion etdesouffrir cruellement^ 

» J'ai tenu toutes mes promesses, et j'ai d^jci , pour S. M. I'Empereur, 
quatre magnifiques fil^phants du plus bel ardoise , trf!S jeunes (ils ont six 
ans), d'environ six pieds de haut, dont trois mSles, avec d'assez jolis bouts 
d'ivoire, et une feraelle ; un ^norme Tapir, un Taureau et une belle Vache ci 
bosse ; une espfece de Taureau sauvage avec des cornes immenses et d'une 
force extraordinaire ; quatre Chevres blanches du Thibet, dont un Bouc ma- 
gnifique; deux enormes Orangs-Outangs; un superbe Casoar noir, de I'in- 
tdrieur de Borneo : il a au-dessous du bee deux membranes rouges et bleues 
de pres d'un pied de long ; sa tele est bleue et ses pattes me semblent deux 
fois plus grosses que celles de I'Autruche; plus yne foule d'autres animaux 
plus petits. Et Ton chasse en ce moment pour moi des Tigres royaux et une 
espece de Bceuf monstrueux (Jes foreisdu Laos. Get animal me paralt entifere- 
ment inconnu, et se rgpproche, dit-on, pour la grosseur, de I'Elephant. 

» Les quatre Elephants auront pris tout leur developpement dans sept ans; 
j'en ai vu ici de l/i et 15 pieds de hauteur, et dont chaque defense p6se 
60 livres. Yoilij, je I'espere, un bel envoi, et qui fera renaitre les plus beaux 
jours de vos menageries; mais il faut le faire arriver en France. 

)) Quant ci moi, vous me rendrez cette justice de voir que j'ai tenu mes 
promesses. 

» Ce n'estpas tout. En couvrant nos explorateurs naturalistes et nos aulres 



i? 



FAITS DIVEHS.. ■ - - • - 59 

voyageurs savants d'une protection par droit de traits, j'ai voulu acqu^rir 
u notre Soci(U(5 des inoyens d'aclion plus directs sur des pays aussi riches 
et aussi iiiconnus que Je Siam, Ic I-.aos et le GambAge, et j'ai en consequence, 
au noin du Conseil, propose le titre de membres de la Soci^t^ imp(^riale 
d'acclimatation, que vouspr^sidez si dignement, ci S. M. le premier !\oi de 
Siam,cl a S. M. le second \\o\ de Slam, dont vous trouveroz ci-joint leslon- 
gues lisles de noms. lis ont acceplc avcc plaisir, et je vous prle de leur en- 
voyer, par la plus prochaine occasion et par Tentremise du consul de France 
h Singapour, leurs brevets sur parcheinia et loul ce qui a paru de nos Bul- 
letins, etc. » C. DF, MONTIGNY. » 

I' P. S. — J'arrive de Ayudia et de Louvo, les deux anciennes capitales de 
ce royaume. Je voulais pousser k fond ma recherche de tubercules f^culeux, 
et je vous jelte, cher President, un long cri de victoire; car je vous exp^die, 
par le batiment qui porte ma premifere caisse, une nouvelle caisse contenant 
douze tubercules f^culeux et glutineux tout ct fail nouveaux : ils sont la pro- 
vidence des habitants de ces contr^es, et doivent devenir pour nous une 
ressourco assur^e contre la famine. 

» Adieu, cher el bien digne ami, je reviens tr^s fatigu^ de mon voyage, et 
n'ai que le temps de vous adresser ci-joint une note que j'ai r^dig^c sur la 
culture de ces pr^cieux v«5geiaux, et vous prie de ne pa? perdre une minute 
pour r^clamer ces deux caisses h Tagenl principal des paquebots des Messa- 
geries imp^riales a Marseille. » 

Les caisses annonc^es par M. de Montigny sont arriv^es dans le cours 4e 
d^cembre. Une Commission, pr^sid^e par M. Passy, et choisie parmi les 
membres du Conseil et parmi ceux de la cinqui^me Section, a ^t^ charg^e de 
prendre les mesures n^cessaires pour que tous les v^g^laux envoy^s par 
M. de Montigny reqoivent les meilleurs soins. 

— La Soci^te a recu presque au mfime moment de Chang-hai (Chine), 
par les soins de M. de Montigny, uu envoi considerable de graines de Sor^ 
glio, de Pois oleagineux et de Riz sec. Conformement aux intentions expri- 
m^es par M. de Montigny, le Conseil a decide : 

1* Qu'une par lie du Riz sec serait adress^e h MM. lesMinistres de I'Agri- 
culture et de la Guerre ; 

2" Qu'une autre partie serait mise h la disposition de MM. les Pr^fets des 
quaire-vingt-six depariements ; 

3" Que le reste du Kiz, les graines de Sorgho et les Pois oldagineux seraient 
disiribues, moyennant le simple remboursement d'une partie des frais de 
port (1 fr. par litre), aux membres de la Society et aux Soci^t^s aflaii^es et 
agr^g^es qui d^sireraient essayer la culture de ces plantes et en feraient la 
demaude avant le 20 f^vrier. 

Passe celte epoque, ce qui resterait serait distribu^ aux personnes etran- 
geres k iaSociete qui lui out adress^ ou lui adresseraient des demandes pour 
enlrer en participation de cet envoi. 

Get envoi est independanl de la commande de Uiz sec qui a ete faite dans 
I'inde el I'archipel Indien par M. Tastei, au nom de plusieurs membres qui 
se sont eniendus k cet effet. Ce Kiz est prochainement attendu. 



CO SOCIETE IMPERIALE ZOOLOGIQL'E d'aCCLIWATaTION 

Comite regional de la Societe imperiale zoologique d'acclimatation 
a Bordeaux. 

Siir la proposition de MM. les memlires de la Soci^l^ r^sidant i Bordeaux, 
transmis par le d(!l^giie de celtc ville, M. le professoiir Bazin, et siirle rap- 
port fait par M. le Prdsidenl au nom du Conseil, la Soci(!t<5, en asseniblee 
gt5n(5rale, a autoris^, dans la stance du 26 d^cembre 1856, r^tablissement 
?i Bordeaux d'un Comil(5 regional analogue a celui qui a deji el^ crd(5 i 
Alexandrie. Les cinq articles rdgleinentaires qui suivent , proposes par nos 
confreres de Bordeaux, ont Hi approuv^s a runanimltc?. 

1° Les membres de la Soci^le imperiale zoologique d'acclimatation r^si- 
dant a Bordeaux ou dans la banlieue sont autoris^s Ji prendre le litre de 
Comild regional de la Societe imp(?riale zoologique d'acclimatation a Bor- 
deaux. 

'J° Ce comil(5 est preside par le d^legu^ du Conseil de la Soci6l(5 zoologique 
d'acclimatation 5 Bordeaux. Les auires membres du bureau sont nomm^s 
par le Comity regional. 

3« Le Comity regional de la Societe imperiale zoologique d'acclimatation 
\ Bordeaux est autorise a accorder le litre d'Associ(5 dudit Comite r(5gional 
aux personnes qui voudront concourir a I'accomplisseiDent des vues utiles 
et pratiques de la Sociele imperiale zoologique d'acclimatation. 

h" Le Comitd regional de Bordeaux est autoris(5 a proposer au Conseil de 
la Soci^t^ imperiale zoologique d'acclimatation d'accorder des recompenses 
aux marins, capilaines, ou aux personnes qui se seronl disiingu(5es par leur 
zfele ci r^pondre aux vues de la Soci^l(5. 

5° La valeur de ces recompenses sera prelev^e sur le produil des colisa- 
lions rcQues par le Comity regional de Bordeaux. 

En execution de ce rfeglemeni, le Comity regional de Bordeaux vient de se 
constituer, et il est d^jJi compose de plus de vingl membres. Dans sa pre- 
miere stance, lenue a la Prefecture, il a ^lu son Bureau, qui est ainsi compost 
pour 1857 : 

President d'honneur : S. Em. Mgr le Cardinal Archevfique de Bordeaux. 
President honoraire : M. le Prdfel de la Gironde. 
President : M. Bazin, d^l^guc du Conseil de la Soci^l6 imperiale zoolo- 
gique d'acclimatation a Bordeaux. 
Vice-Presidents : MM. Dussumicr et Duffour-Dubergier. 
Secretaires : MM. Douillard de la Maliaudiere, et le docleur Cuigneau. 
Tr^sorier : M. Chaudruc. 

— La Socidtd tiendra sa premifere seance publique annuelle a I'hOlel de 
ville, le 10 f^vrier 1857, troisi^me anniversaire de sa fondation. 

Pour les extraits de correspondance et les fails divers, 

Le Secretaire du Conseil, 
Gui^;ri;<-Meneville. 



DROMADAIKE. 61 



I. TRAYAUX DES MEMBRES DE LA SOCIETE. 



RAPPORT 

FAIT A LA SOClfiTfi IMPfiRIALE ZOOLOGIQUE D'ACCUMATATION 

AC NOM DE LA PREHIJSRE SECTION 

SUR 

r/lNTRODUCTION PROJETEE DU DROMADAIRE AU BRESIL 

Par M. DARESTE, rapporteur. 



(Stance du 6 mars 1857.) 

Messieurs, 

Le gouvernementbresilien a forme, dans ces derniers temps, 
le projet d'inlrodiiiro le Dromadaire dans plusieurs de ses pro- 
vinces, el il a, dans ce hut, adresse a notre Societe une serie de 
questions par rentreinise de M. de Capanema, notre delegue 
u Uio-Janeiro. Une semblable experience, tentee par un gou- 
vernement avec loules les ressources dont il pent disposer, 
reunit, si elle est bien conduite, toutes les chances de succes. 
La premiere section ne pouvait done ne pas voir sans un vif in- 
ter6t cette tentative du gouvernement bresiiien, et elle a pens6 
quMI y avait lieu den entretenirla Societe, de lui indiquer la 
possibilite de I'experience et les avantagesqui devront en re- 
sulter poj^r les provinces qui feront cette acquisition. 

On sait qu'il existe deux ispeces de Chameaux : le Ghameau 
a deux bosses et le Chauieau a une bosse, ou, coinme Aristote 
les appelait deja, le Ghameau de Bactriane et le Ghameau 
d'Arabie^ (pie le premier occupe le centre de I'Asie, entre la mer 
d'Aral, la Siberie, le Tliibet et laGhine •, quele second se trouve 

T. IV. — Mars 1857. 5 



62 SOCIETY IMPEHIALE ZOOLOGlQUE d'aCCLIMATATION. 

en Perse, en Syrie , en Arable, en Egyple, dans VAfrique 
septentrionale et au Senegal. Or si Ton examine avec soin les 
conditions topographiques et cliniatologiques dans lesquelles 
vivent actuellement ces deux especes, on volt que, malgre 
de grandes differences de latitude et par suite de teuiperature, 
les pays qu'elles occupent presentent a certains egards une 
remarquable uniformite. En eifet , les cartes si curieuses de 
M. Berghaus, dans lesquelles ce savant geographe represente 
graphiquement les principaux faits de la distribution des pbe- 
nomenes meteorologiques et des 6tres organises a la surface du 
globe, nous apprennent que Thabitation actuelle de ces deux 
especes coincide d'une maniere tres exacte avec deux grandes 
regions qui occupent le centre de I'ancien monde, et qui sont 
caracterisees, au point de vue de la rneteorologie, par le manque 
presque absolu de pluie. Le sol en est forme de sables ou de 
rocbes appartenant aux formations tertiaires, et il est toujours 
d'une aridite extreme, sauf dans les rares localites ou les eaux 
souterraines, et tres exceptionnellement les rivieres, favorisent 
ledeveloppement d'une ricbe vegetation et permettent la cul- 
ture. La premiere de ces deux regions, comprenant le Sabara, 
les deserts de I'Egypte, de I'Arabie, de la Syrie et du plateau 
'de la Perse, est occupee par le Chameau a une bosse; la se- 
conde, comprenant les deserts de Gobi et de Shanio, est occupee 
parle Chameau a deux bosses. 

Une coincidence si remarquable enlre les habitations des 
deux especes de Chameaux et les regions sans pluie de Tancien 
Tnonde doit avoir sa raison d'etre. C'est qu'il n'est peut-6tre 
point, dans toute la classe des mammiferes, une seule espece 
dont I'organisation soit mieux en harnionie que celle du Cha- 
meau avec la secheresse etla sterilite du desert. 

Portant sur sa colonne verlebrale des magasins de nourri- 
ture, et dans son estomac des reservoirs ou I'eau se conserve 
pure et ou clle se produit peut-6tre, le Chameau est d'une 
sobriete que rien n'egale. Les recits des voyageurs sont una- 
nimes ace sujet; mais, quelque etranges qu'ils nous parais- 
sent, ils sont cependant bien au-dessous de la realite. — « J'ai 
presente au general Marey-Monge, dit le general Carbuccia, 



MOMADAIUE. 63 

(les Dromadaires qui n'avaient |)as mange depuis trois jours ni 
bu depuis trois mois, et qui ne paraissaient pas souffrir de 

cetle abstinence Aucun voyageur n'a ose affirmer que le 

Dromadaire ne bolt jamais pendant les deux derniers mois de 
I'aulomne, pendant I'liiver et pendant tout le prinlemps, et 
cependant tel est le fait extraordinaire dont cheque jour nous 

apporte une nouvellepreuve(i) Au commencement de Tele 

le Dromadaire boit ^ puis il reste quinze jours sans boire, puis 
treize, puis douze et enfin sept, en diminuant d'une unite suc- 
cessivement le nombre des jours d'abstinence; ensuite il boit 
tous les sept jours et rien que tons les sept jours, quelles que 
soient la chaleur et la fatigue de la marche. » ( Carbuccia. Du 
Dromodaire, p. 11.) On assure que plus loin, dans le Sud, il 
pent rester jusqu'a quinze jours sans boire; et il y a lieu de 
croire la-dessus les Arabes, car leurs dires sont unanimes sur 
ce point {ibid. p. 89). 

Capable de supporter pendant longtemps Tabstinence, le 
Chameau est egalement Tun des animaux les moins difficiles 
sur la nature de I'alimentation (2). Les vegetaux les plus li- 

(1) Les reservoirs stomacaux du Dromadaire ont ^t^ ddcrils par Daubenton 
au siecle dernier ; mais lours fonclions ne sont point encore parfaitement 
connues. Daubenlon ne les consid«5rait que comme des reservoirs ; tandis 
que, d'aprfes Cuvier, ce seraient aussi des organes de secretion. 

Quoi qu'il en soit, le fait d'eau se conservant pure dans I'esiomac d'an 
animal est tr^s curieux corame fait physiologique. Le general Carbuccia nous 
a donne h ce sujel d'inl(5ressants details, dans le curieux et remarquable 
ouvrage qu'il a public en 185J, sous ce titre : Du Dromadaire comme bete 
de somme et comme animal de guerre, p. 12. « Un Dromadaire etant mort 
par accident, le 10 decembre, dans la Mitidja, Fouverture en a ete faite en 
presence fte plusieurs officiers de Bordj el Arach : le reservoir d'eau pr^- 
sentail I'aspecl d'un melon, et en offrait loute la contexture. Jl contenait 
plus de quinze litres d'eau verditre, mais sans mauvais goiit. Les Arabes 
presents ayant affirrad qu'aprfes avoir d^pos^ trois jours cetle eau devenalt 
limpide et restait potable, rexp^rience en fut faite, et elle r^assit. » 11 est <lt 
disirer que I'analyse chimique nous edaire sur la nature de cetle eau. ^'oas 
signaions cttlc etude aux personnes qui auront occasion de dissequer des 
Uromadaires. 

(2) Les vegetaux qui servent principalement a la nourriture du Chameau 
sont les arbustes, sees et epineux, et aussi les plantes saiees qui croissent 



6A SOCIlfeT^ IMPfiRlALE ZOOLOGIQUE d'aCCLIMaTaTION. 

gneux, qui croissent dans le desert ou sur sa limite, paraissent 
6tre ceux qui lui conviennent le mieux. Aussi Irouve-t-il faci- 
lement a vivre dans des localites ou d'autres animaux, le che- 
val et le mulet, par exemple, souffriraient beaucoup et fini- 
raient par perir. De plus, park conformation de son pied, le 
Chameau peut plus facilement que toute autre espece marcher 
dans les sables et dans les terrains rocailleux, soit en plaine, 
soit en montagne; tandis que dans les terrains argileux et hu- 
mides il glisse et risque de se fracturer les jambes. 

Doue d'une organisation si merveilleusement appropriee aux 
conditions particulieres du sol et du climal du desert ; posse- 
dant, en outre, une taille eievee et une grande puissance mus- 
culaire qui lui permettent de porter de lourds fardeaux (1); 
enfin, s'il est interieur au cheval pour la vitesse, a Telephant 
pourle transport, superieur a ces deux animaux par I'avantage 
inappreciable qu'il possede de pouvoir, pendant un temps bien 
plus long, maintenir sa course, m6me avec des charges con- 
siderables , le Chameau etait appele a faire partie du petit 
nombre d' animaux qui sont devenus notre conqu6te, et a jouer 
un grand role dans notre histoire. Si Ton excepte les popula- 
tions qui tirent exclusivement de la chasse ou de la p6che leurs 
ressourCes alimentairos, populations que ce genre de vie con- 
damne indefiniment a Vetat sauvage, on voit que sur toute la 
terre habitee le developpement des societes humaines, I'ori- 
gine et, dans qne certaine mesure, le progres des civilisations 
se lient d'une maniere necessaire a I'eleve de certains animaux, 
a la culture de certaines plantes qui assurent a I'homme la 
nourriture et le v(Hcment, premiers besoins de son existence, 
et dont les premiers lui pr6tent lesecours de leurs forces pour 

dans le desert, principalement les chardons, les tamaiix et les acacias. II 
mange ires volontiers les noyaiix de dalles. A ce snjet, il est ir^s digne de 
remarqne, comme Ic fait observer M. Hilter dans la Geographie de I'Asie, 
que I'habilation du Chameau h une bosse coincide tres cxactement avec les 
pays ou croissent les da t tiers. 

(1) La charge du Chameau varle suivant les races et suivant la taille de 
Tanimal. Certaines races, en Perse et en %ypte, portent jusqu'a 500 kilo- 
grammes. La charge ordinaire est de 350. 



DROMADAlRE. 65 

I'aider a conquerir le mondo physique. Mais ces animaux do- 
mestiques, ces plantes cullivees, ne pouvaient 6tre egalement 
utiles, et par suite ne pouvaient 6lre employees indifferem- 
nient dans les conditions si diverses que forment a la surface 
de la terre les diversites innonibrables des climats et des sols. 
Aucun animal n'aurait pu remplacer le Chameau pour les po- 
pulations des deserts. Sans lui, ces regions n'auraient pu 6tre 
traversees que partiollemcnt et avec des difficultes incroya- 
bles. Mais cet animal, que les Arabes appellent depuis long- 
temps et avec raison le vaisseau du desert^ rend aux popu- 
lations des Oasis disseminees dans la mer de sable les m^mes 
services que les vaisseaux rendent aux populations des lies 
qui couvrent I'Ocean; et en m6me temps il les nourrit avec 
son lait et sa chair, les habille avec ses polls, les chauffe 
m^me avec ses excrements desseches, ressource inappreciable 
dans des contrees privees de tout autre combustible. A I'aide 
du Chameau, I'homme a pu alteindre ces Oasis qui seraient, 
pour la phipart, restees inabordables ; il a pu les cultiver, y 
former de petites societes, y etablir des communications regu- 
lieres et frequentcs avec les contrees qui forment la limite du 
desert et qui devaient lui fournir, au moins en partie les 
moyens d'existence. Aussi, des Tantiquite la plus reculee, trou- 
vons-nous cet animal a I'etat domestique, dans les populations 
du desert, et pouvons-nous dire avec tous les voyageurs et 
Buflbn, qui s'est fait leur echo, que cet animal est leur vraie 
richesse. 

L'emploi du Chameau a pu se modifier, et il se modifiera 
encore, par Teffet des progres de la civilisation et des nou- 
veaux besoins que ces progres entrainenl; mais tant qu'on 
n'aura pas trouve un animal plus completement approprie aux 
conditions de sol et de climat dans lesquelles il vit, le Cha- 
meau sera toujours dans le desert la base et, comme le disait 
Volney, le jo^^;«/des societes bumaines: et cette necessite de 
I'emploi du Chameau est tellement grande, tellement impe- 
rieuse, qu'elle a ete subie, non-seulement par les nations indi- 
genes, mais aussi par les nations etrangeres lorsqu'elles y ont 
penetre. Les peuples m6mes qui marchent en t6te de la civili- 



66 SOCIETY IMP^RIALE ZOOLOGIQUE d'aCCLIMATATION. 

sation, les Frangais et les Anglais, malgre les differences im- 
menses de leur genre de vie avec celui des populations de 
ces contrees, ont ete conduits, dans un grand nombre de cir- 
constances, a essayer Temploi d'un animal qui rend dans ces 
localites les plus grands services : les Anglais, depuis que la 
conqu^te des Indes les a mis en contact avec les peuples des 
regions montagneuses de I'interieur de TAsie; les Frangais, 
pendant la memorable expedition d'Egypte, a la fin du siecle 
dernier, et depuis que la conqu6te de I'Algerie a conduit nos 
armees dans le Sabara. Aussi dans I'lnde anglaise comme en 
Algerie, et aussi cbez les populations Indigenes qui n'ontpu se 
tenir entierement en dehors du mouvement general, de nom- 
breuses experiences ont ete faites pour mettre I'emploi du Cha- 
meau en rapport avec les besoins nouveaux qui se sont mani- 
festes, et des resultats interessants ont ete obtenus. Ces resultats 
meritent d'6tre exposes avec quelques details, car si nous con- 
naissons depuis longtenips les services que le Chameau rend a 
une civilisation naissante, nous nous figurons beaucoup moins 
ceux qu'il est appele a rendre a une civilisation tres avancee. 
Le Cbameau a ete de tons temps et sera toujours, dans le 
desert, Fanimal le plus utile pour les transpoits. II y a, sur 
beaucoup de points, remplace le mulet et le cbeval, et on ne 
prevoit pas qu'il puisse 6tre jamais remplace par aucun autre 
animal. Tout le mouvement commercial qui s'effectue dans ces 
regions se fait, depuis I'antiquite, a Taide du Chameau, et 
n'aurait jamais pu , sans lui , s'y developper completement. 
Lorsque I'invention de la navigation a vapeur eut inspire aux 
Anglais le projetde relier, par des services de paquebots etablis 
sur la Mediterranee et la mer Rouge, I'Angleterre avec ses 
possessions de I'lnde et de I'Australie, on etablit des services de 
Chameaux pour effecluer le transport des marcbandises d'A- 
lexandrie au Caire et du Caire a Suez; services qui deviendront 
inutiles, il est vrai, si, comme tout lefait esperer aujourd'bui, 
nous voyons s'etTectuer le percement de I'istbme de Suez. II en 
est des besoins de la guerre comme de ceux de la paix. Les ar- 
mees ne peuvent se mouvoir dans les deserts sans Femploi des 
Chameaux pour le transport des munitions et des bagages : 



DROMADAIRE. 67 

aussi sont-ils clans ce pays raccompagnement oblige de tout 
corps d'armee, ni6me quand il s'agit de troupes europeennes. 
Us ont transporle les bagages de I'armee du general Bona- 
parte , pendant I'expedition de Saint-Jean-d'Acre, dans les 
m^ines iocnlites oii vingt siecles auparavant ils avaient trans- 
ports les bagages de I'armee d' Alexandre. De nos jours ils 
ont dQ 6tre employes, et sur une tres grande echelle, par I'ar- 
mee anglaise lorsqu'elle a fait la guerre dans les regions de- 
sertes et montagneuses du Caboul et du Penjaub, et par les 
Russes, pendant leiir expedition centre Kbiva, au travers des 
steppes du Turkestan. Le celebre cbirurgien Larrey avait, 
pendant Texpedilion d'Egypte, cree des ambulances legeres a 
dos de Cbam^au. 

En Algerie, ou les Dromadaires sont si nombreux, I'emploi 
de ces animaux ne pouvait 6tre neglige. Aussi , des convois de 
Dromadaires faisaient constamment partie des colonnes expe- 
dilionnaires lorsqu'elles operaient dans le Sud. Dans le prin- 
cipe, ces animaux, loues ou mis en requisition, n'etaient con- 
duits que par des indigenes (1). En 1843, le marecbal Cugeaud, 
pour se soustraire aux exigences des conducteurs arabes et se 
rendrecompte du parti qu'on pouvait tirer de ce mode de trans- 
port, cbargea le general Marey-Monge d'organiser un equipage 
de Dromadaires. Cette experience fut accomplie sous les ordres 
de ce dernier, par le commandant Carbuccia, que la Societe 
s'honore d'avoir compte parmi ses membres, et qui plus tard, 
appele au commandement d'une brigade de I'armee d'Orient, 
a ete I'une des premieres victimes de la guerre. Le corps de 
cbameliers, organise et commande par le general Carbuccia, a 
accompagne le general Marey-Monge dans les deux expedi- 
tions deDjebel-Sabiraet de Laghouat(18/i3-18/iA), expeditions 
qui nous donnerent de si curieux renseignements sur le Sahara. 
Ce corps n'a eu qu'une existence passagere, par suite desdiffi- 
cultes de tout genre, resultant des preventions des ofliciers et 
des soldats, qui mettaient constamment obstacle a son recru- 

(1) D^jci, en 18Z|0, le ministre de la guerre avait fait ^tudier la question 
de Torganisation d'un corps de cbameliers, annexe au train des Equipages. 
(Carbuccia. Out;, dejd cite, pieces justiiicatives, p. 288.) 



08* SOCIETE IMPfil'.IVLK ZOOLOGIQL'E d'aCCLIMATATION. 

toment. Le general (>nrbuccia en a raconteriiistoire dans deux 
rapports pleiiis d'inter^t qu'i! avail adresses au gouverneur ge- 
neral de I'Algerie, et qu'll publia quel([ue temps avanl sa 
mort (1). II y demontre, par tine masse considerable de fails, 
qu'en Algerie le service des Dromadaires comme b6tes de 
somme, pour approvisionner les places tMoignees et pour suivre 
les expeditions, estbien preferable a celui des mulcts, qui ce- 
pendant aujourd'hui font presque tousles transports. Le mulet 
boit tous les jours et ne pent se passer d'orge- il s'epuise faci- 
lement, et quelques jours de marcbe diminuent considerable- 
mentsa force et sa vigueur. Aussi, la mortalite des mulcts est 
grande en Algerie; il s'y est fait en cinq aiis, de 1839 a 18/13, 
une consommalion de onze mille de ces animaux. La lecture 
attentive de ces rapports nous fait vivement regrelter que le 
Gouvernement n'ait point jusqu'a present donne suite au 
projet, couQu parle general Carbuccia, d'etablir definitivenient, 
dans le train des equipages mililaires, des compagnies auxi- 
liaires de chameliers. Nous devons esperer qu'il serarepris un 
jour, au grand profit de la France et de TAIgerie. 

Le transport des bagages a dos de Chameau conduisait 
naturellement a I'idee du transport de rarlillerie a Taide du 
m6me animal. 

Les motifs qui restreignent I'emploi du Cbeval dans les re- 
gions du desert, s'y retrouvent egalement pour son emploi dans 
I'artillerie. Les essais que Ton a fails a diverses reprises, et parti- 
culierement sous le regne de Fetb-Ali-Scbab et sous Tinspira- 
tion d'officiers fi-ancais envoyes par Napoleon, pour etablir en 
Perse une artillerie legere trainee par des chevaux et ayant 
une organisation comparable a la noire, ont toujours donne des 
resultats imparfaits dans des pays oil il faut emporler la nour- 
riture et I'eau necessaires pour les chevaux, et ou il n'existe 
point de routes. Aussi depuis I'invention de Fartillerie, des 
bords de Tlndus jusqu'aux cotes de la Mediterranee, le service 
de cette arme s'esl-il fait en grande partie au moins avec des 
Chameaux. C'etait a dos de Cliameaux (2) que Ton trans- 

(1) Voyez Touvrage d^ja cile du g^n(fral Carbuccia, passim. 

(2) OueJqucfois a''ssi, comme dans certaines parties de I'lnde, on em- 



DROMADAIRE. 69 

porlait rartillerie de campagne et m6me aussi rartillerie de 
siege. On con^oit du reste que cet etat de rartillerie de siege, 
bien (ju'imposo par les conditions m^mes des localites, ait eu de 
tout temps un obstacle a son emploi. Le voyageur Pietro della 
Valle, qui a sejourne en Orient, raconte un entretien curieux, 
auquel il assista, entre le scbah Abbas I" et le resident anglais 
a Ispahan. Le schah, montrant a ce dernier un enorme canon 
portugais pris a Ormuz, lui disait qu'il ne pouvait se servir 
d'une pareille artiJlerio , qui g^nerait considerablement la 
marcbe de son arnieo; que la superiorito des troupes persanes 
sur les troupes turques consistait principalement dans leur 
rapidile, etquo, pour assieger une villo, il preferait transpor- 
ter le metal a dos de Chanieau et fondre devant la ville assiegee 
les pieces dont il avait besoin. Cet usage singulier s'est con- 
serve jusqu'a nos jours. En 1838, les Persans ont fondu devant 
Herat les pieces dont ils avaient besoin pour ouvrir la brecbe. 
Quant a I'artillerie de campagne, elle efait constituee par de 
petites pieces transportees a dos de Cbameau, et que Ton as- 
sujettissait ensuite sur des atfuts de bois places a terre. Or, 
nous voyons que, partout ou le Dromadaire existe, cet usage 
s'est repaudu, et nous le voyons s'etendrc depuis Alger jusque 
dans rinde, ou il est vrai, dans certaines parties, I'elephant 
r^mpla^ait le Cbameau. Lorsque les Anglais ont fait la guerre 
dans le Caboul, sous les ordres du general Nott, ils ont trans- 
porte I'artillerie a dos de Cbameau, en plagant le canon sur 
un animal et laffutsur un autre-, et cette experience, conduite 
par le major Pew, a donne des resultats tres satisfaisants, 

Mais la manoeuvre de ces pieces a toujours presentedes len- 
teurs assez grandes; et, depuis le siecle dernier, les Afgbans 
ont resolu le probleme de I'artillerie a Dromadaire par une 
creation assez singuliere, mais qui, parfaitement adaptee aux 
localites, a toujours eu depuis celte epoque une place impor- 
lante dans I'armee persane. En 1722, les Afghans, commandes 
par leur roiMabmoud, etant en guerre avec les Persans, ima- 

ployait .'i ce service les Elephants et les biifllcs. Dans les troupes de la Compa- 
gnie anglaise des Indos, il y a encore actuellement uiie artillerie trainee 
par des boeufs, bullock artillery. 



70 sociETE imp6riale zoologique d'acclimatation. 
ginerent de fixer, au moyen d'un pivot moy)ile, sur la selle des 
Dromadaires, des fauconneaux assez analogues aux fusils a 
meche du xvi" siecle, et dont le calibre pouvait porter une 
poignee de balles, ou un houlet d'un petit volume. Chacune de 
ces pieces formait, avec son canonnier, la charge d'un Droma- 
daire. Pour faire une decharge, on faisait agenouiller I'animal 
et Ton mettait le feu. Les Afghans durent a cette innovation le 
gain de la bataille de Goul-Nabat (8 mars 1722). Elle ne tarda 
pas a ^tre adoptee par le celebre Tahmasb Kouli-Khan, qui 
apres avoir chasse les Afghans s'empara du tr6ne de Perse. 

Le corps des artilleurs a Dromadaire, ou comme on les ap- 
pelle, des Zemboureckchis ou Gu6pes, parce qu'ayant une tr^s 
grande rapidite do mouvement, ils sont charges d'inquieter 
et de harceler de mille cotes a la fois les armees ennemies, a 
depuis lors toujours existe en Perse, ou, par sa convenance 
avec la nature des localites, il a parfaitement remplace notre 
artillerielegere.il convenait d'autant mieux, quel'artillerie du 
Zembonreck ne necessite point, comme la notre, des etudes 
speciales, et.n'exige pour son service que les simples con- 
naissances du fusilier ordinaire. Elle etait d'ailleurs gene- 
ralement suffisante pour le siege de villes qui sont pour la 
plupart depourvues de fortifications regulieres, et dont on se 
contente de faire le blocus. Aussi cette artillerie a-t-elle tou* 
jours joue un grand role dans Thisloire militaire de la Perse 
et contribue puissamment aux succes de cette nation dans 
ses guerres avec les Afghans et avec les Turcs, quoique ces 
derniers aient possede une armee mieux organisee et des offi- 
ciers plus instruits. Le colonel Colombari, attache comme 
officier du genie au service militaire de la Perse et qui a 
public sur I'artillerie a Dromadaires un travail plein d'inte- 
r6t (1), lui altribue en grande partie la superiorite de la Perse 
sur la Turquie pendant les dernieres guerres : « Ces resultats, 
dit-il, etaient obtenus par des troupes mal armees et inferieures 
en nomhre a leurs ennemis, mais qui avaient I'avantage inap- 
preciable d'une extreme mobilite et d'un transport facile. La 

(1) Colombari. Les Zembourecks, artillerie de canipagne a Dromadaires, 
employee dans Varmee persane, Paris, 1853. 



DROMADAIRK. 71 

pi ij part de ces guerres etaient des surprises ou rarmee per- 
sane tombait inopinenient siir I'ennemi, alors que celui-ci etait 
accahle par la longueur des inarches, la chaleur ou le froid, 
dans un pays ou la chaleur du sol occasionne les transitions de 
temperature les plus completes. Aussi le Zembourecke%i-'\\ ap- 
pele a jouer chez eux un rcMe cssentiel •, c'est une institution 
purcment asiatique, speciale et propre a quelques regions de 
TAsie. C'est pour cela que nous la voyons se maintenir malgre 
ses defauts. qui du reste sont en grande partie reparables. » 
Aussi, si le corps des Zemboureckchis fut abandoune pendant 
quel([ue temps, au commencement de ce siecle, pour I'artillerie 
a cheval, organisee d'apr^s les conseils des officiers fran^ais, 
on n'a pas tarde a comprendre la necessite de le retablir ; et 
cette reorganisation a ete faite par Mirza-Abassi, grand visir du 
shah Mehemed, pere du shah qui regne aujourd'hui en Perse. 

L'emploi si utile du Chameau comme b6tc de somme a en- 
gage a chercher si TonYie pourrait Temployer egalement comme 
b^te de trait. Les essais qu'on a tentes dans cette voie ont ete 
beaucoup moins nombreux et n'ont donne que des resultats 
incomplets. Toutefois Texanien des faits nous donne lieu de 
croire que ce nouvel emploi meriterait d'etre essaye de nou- 
veau et que Ton pourrait tres probablement er» tirer parti. 
Su^tone et Lampride nous apprennent que Neron, et plus tard 
Heliogabale, montrerent aux Romainsdes voitures trainees par 
des Chameaux. Des essais faits sur une ires petite echelle, 
il est vrai, dans Tlnde anglaise il y a une vingtaine d'annees 
ne laissenl point de doute sur I'avantage de ce mode de trans- 
port. Nous voyons m6me, dans un travail public par la Societe 
asiatique du Bengale, que la Compagnie anglaise des bateaux 
a vapeur (jui font le service des transports maritimes de Suez a 
Calcutta, avait fait etudier rotablissement d'un service de 
voitures trainees par des Dromadaires pour transporter les 
voyageurs d'Alexandrie a Suez (1). II est vrai que ce projet 
fut abandonne ; mais tres probablement par suite du projet 

(1) Documents relative to the application of Camel draught to carriages 
by Grenlau, esq. secretary to the Bengal steam committee, dans Je JournoU 
if the Society of Bengal, 1839, avril. 



72 SOCIETK IMPERIALK ZOOLOIIQIJE d'aCCLIMATATION. 

d'etal)lissemeTit du cliemin de fer d'Alexandrie au Caire, et du 
Caire a Suez, projet qui a vequ deja un commencement d'exe- 
cution. Tout recemment le general Jusuf a donne a la popula- 
tion d'Alger le spectacle d'une caleche trainee par des Dro- 
madaires. 

Le grand visir Mirza-Abassi, dont nous avons deja parle, 
avant de reorganiser le corps des Zemboureckchis^ avait en- 
trepris d'atteler le Chameau aux pieces d'artillerie legere. 
Cette tentative n'a donne que des resultats insuffisants. Les 
Chameaux allaient bien pendant la marche en avant, mais ils 
nVffectuaient (ju'avec peine les conversions sur place neces- 
saires pour mettre les pieces en batterie. Toutefois cette expe- 
rience n'a pas ete cntierement inutile. Dans une expedition des 
Persans en Caramanie, les Chameaux ont pu trainer les pieces, 
et Ton n'a employe les chevaux que lorsqu'il a fallu nianceu- 
vrer en presence de Tennemi (1). 

Enfin le Chameau a ete aussi attele a la charrue. Cet emploi 
ne s'est jamais generalise, par la raison bien simple que les 
populations qui emploient le Chameau sont nomades et pas- 
torales, et non sedentaires et agricoles. Toutefois divers 
exemples nous prouvent que dans I'Arabie, sur les rives de 
rindus, en Espagne et aux Canaries, on a employe les Cha- 
meaux pour le labour. Seraient-ils, dans ce service, superieurs 
ou inferieurs aux boeufs ou aux chevaux ? C'est une question 
que nous ne pouvons resoudre actuellement, faute de docu- 
ments. II n'est pas Ires probable d'ailleurs que cet emploi des 
Dromadaires prenne jamais une tres grande importance. 

Enfin le Dromadaire a souvent servi de monture. Nous sa- 
vons, par les recits des voyageurs, qu'il existe dans I'espece de 
Chameau a deux bosses des races tres distinctes (2), dont les 

(1) Un projet analogue, mais qui ne ful pas mis a ex(5cution, avait ^t^, 
conQU par Conl(5 pendant I'expediiion d'figyple. Ce savant avait imaging 
d'augmenier la largeur des jantes des roues des canons, pour les emp^cher 
de s'enfoncer dans le sable. 

(*2) Malheureusement ces races n'ont jamais ^t(5 decrites par les natura- 
listes, et les notions que nous donnent les voyageurs sont trop incompletes 
pour que nous puissions decrire ces races avec quclque exactitude. 'J'out ce 
que nous avons pu voir dans ces documents, c'est que I'espfece de Chameau 



DROMADAinK. 73 

lines ont une conformation ({ui les rend plus particulierement 
aptes an service dos transports, tandis que les autres ont une 
conformation qui en fait des animaux coureurs par excellence. 
Gette diversite de races, races trapues et races sveltes, existait 
deja dans Tantiquite. Diodore parle deja d'une race de Cha- 
meaux plus sveltes et plus vites qu'il designe sous le nom de 
Chameaux coureurs {Dromas ou Dromadaire, Diod., xix, 37). 
Ces Droniadaires, dontla course rapide et infatigable (i) a fait 
depuis longtemps Tadmiration des hommes et donne lieu a des 
vitesses que la vapeur seule a surpassees pour le transport des 
hommes, se retrouvent sous divers noms dans loutes les re- 
gions qu'liabite aujourd'hui le Chameau a une bosse. On les 
appelle Dclul en Arable ; Jeldevesi en Turcjuie ; Schutturba ou 
Rewahich en Perse \ Heguin en Egypte ; Mehari dans le desert 
algerien. Nous igiiorons si ces animaux de course forment une 
m6me race, ou s'ils appartiennent a des races differentes ; ils 
sont encore tres pen connus. Les Mebaris du Sahara algerien, 
bien qu'ils aient etc decrits anciennement par Leon I'Africain, 
et dans le siecle dernier par le voyageur anglais Shaw, sont 
Testes inconnus, mdme depuis la conqu6te d'Alger jusqu'en 
\^lxh ; aussi les considerait-on comme des animaux fabuleux. 
Ce fut seulement rexpodilion du general Marey-Monge a La- 
ghouat qui fit connaitre les Mebaris du Sahara algerien, dont 
elle en ramena trois individus en Algeria. 
' La grande vitesse de ces animaux, vitesse qu'ils peuvertt 
. soutenir pendant plusieurs jours de suite, les a fait employer de- 
.puis longtemps pour les voyages et m6me aussi pour la guerre. 

<k une bosse, comme toiiles les espfeces foil anciennement domestiqu^es, 
conticnt des vaii^i(5s irfes diverscs pour la taille, la longueur et la finesse du 
poll, la couleur et la conformation g(5ndrale. I/dlnde dc ces variiites serait 
fort int(5ressanie, mais les cU'ments de cotle ^tude.nons manquent en 
grande parlie. 

(1) Nous voyons, d'aprfes divers documents, que le Drom;idaire coureur 
faitjusqu'i 50 et 60 lieues par jour, qnelquefois pendant plusieurs jours 
de suite. 

{La suite an prochain mimSro.) 



7h SOCIETY IMP^HIALE ZOOLOGIQLE d'aCCLIMATATION. 

SUR LES LAINES 

DE LA RACE MERINOS SOYEUSE DE MAUCHAMP, 

LETTRE ADRESS^E 
A M. LE PRESIDES! DE LA SOCI^TE IMPI'RIALE ZOOLOGIQUE D'ACCLIMATATION 

Par M. F. DAYllV. 



(Seance du 12 decembre 1856.) 

Monsieur le President, 

Le Bulletin de la Societe, du mois de septembre dernier, 
contient un rapport de notre confrere M. le doeteur Millot, de 
Mello, sur les laines de la race merinos soyeuse de Maucbamp. 

L'inventeur de celte belle race, M. Graux , cultivateur a 
Maucbamp, membre de la Societe, m'ecrit pour me prier de 
rectifier quelques erreurs auxquelles la lecture de la notice de 
M. Millot pent donner lieu, erreurs (jui seraientprejudiciables 
au developpement et a la propagation de la race soyeuse. 

M. Millot a fait ses observations sur la laine provenant des 
animaux eleves a la menagerie du Museum, et jesuis parfaite- 
ment d'aecord avec lui sur tout ce qu'il dit relativement a la 
douceur, au nerf, a ladensite des filaments de la laine soyeuse. 
Ses remarques sur la persistance du type soyeux, parlout ou 
Ton transporte les animaux, sont parfaitement d'aecord avec 
les faits 5 mais lorsqu'il parle de la taille de ces animaux, du 
volume des toisons, il juge d'apres celles qu'il a cues a sa dis- 
position, et il se trompe necessairement. En effet , M. Miilot 
n'a eu a sa disposition qu'une toison de belier en suint pesant 
3'', 500 et deux toisons de brebis pesant ensemble, aussi en 
suint, 3''/i00. Or, j'ai depuis trois ans traite pres de 3,000 
toisons de la race soyeuse pure, provenant du troupeau de 
M. Graux et du troupeau de la Bergerie imperiale de Ge- 



_ , LAINES DE MAUCHAMP. ,; , -; 75 

vrolles, et je puis affirmer que les toisons de brebis ne pesaient 
pas moins de 1'',700, lavees a dos etnon en suint\ quant aux 
Beliers, j'en ai eu des toisons (jui pesaient en suint jusqu'a 
6 kil., et dont la laine etait plus fine que celle des animaux du 
Museum (1) ; je puis m6me citer une toison pesant ()'',500, qui 
m'a ete remise par M. Bergerault, membre du Conseil general 
de la Vienne, possesseur de quelques animaux de la race 
soyeuse de Mauehamp. Eniin, a la derniere exposition des ani- 
maux reproducteurs, on a pu voir des Beliers soyeux pur 
sang, provenant de la Bergerie imperiale de Gevrolles, dont la 
taille ne le cedait en rien a celle de nos plus beaux Merinos, et 
queM. Lefevre, I'habile directeur de la Bergerie de Gevrolles, a 
vendus au prix de 1,000 francs chacun. Ce sont la des faits 
qu'il est de la plus baute importance de signaler, si on veut 
assurer Tavenir de la race merine soyeuse. 

Les animaux de cette race sont trapus et rustiques ; ils ont 
les jambescourtes, les epaules larges et arrondies, etsi ce der- 
nier caraclere parait contestable a un observateur inattentif, 
cela tient a ce que toujours la toison du Belier soyeux se par- 
tage en deux sur I'ecbine et relombe de cliaque cdte du corps, 
comme le poil sur le dos d'une Chevre, ce qui fait paraitre 
I'animal etroit; tandis que, cbez les Moutons ordinaires, la laine 
se tient perpendiculaire au corps, et fait ainsi paraitre I'animal 
plus gros et plus large qu'il n'est reellement. 

Ainsi, les animaux de la race Maucbamp sont ausceptibles 
d'acquerirde la taille ^ les faits le prouvent, et c'est d'ailleurs 
I'avis de Thomme le plus competent en cette maliere , de 
M. Yvart, inspecteur general des Bergeries imperiales. Mais, 
dira-t-on, est-il possible de grossir les animaux sans oter a la 
laine cette finesse, qui est une de ses qualiles? Gevrolles a 
grossi les animaux provenant du troupeau de M. Graux, et la 
laine a perdu un peu de sa finesse; mais ce n'est pas un mal, 
car la laine de Gevrolles est encore assez fine, et j'en ai obtenu 
des numeros de fils d'une vente plus couranle, d'un emploi plus 

(1) La laine soyeuse en suint m'a loujours rendu, apifes lavage h fond, 
environ 20 pour 100 de plus que les laines merinos ordinaires dans les 
mfiraes conditions. 



76 SOCl^TE IMPElllALE ZOOLOGIUUE d'aCCLIMATaTION. 

repandu que ceux que j'avais fails avec la laine du troupeau 
de M. Graux. Je dois dire encore que M. Graux, ayant obtenu 
dans son Iroupeau le degre de finesse qu'il devait atteindre, 
s'oceupe aujourd'hui d'augmenter la laille et le volume de la 
toison, afin de pioduire plus de viande et de pouvoir diminuer 
le prix dela laine; il est deja arrive a de fort beaux resultats, 
qu'il se propose de vous communiquer sous peu. 

J'ai repondu a deux des questions posees par men honorable 
confrere M. Millot a la fin de sa lettre, questions relatives Tune 
a la taille dcs aniinaux, lautre a la finesse et a la qualite de 
la laine de Mauchainp. J'aborde main tenant la derniere ques- 
tion posee par notre honorable confrere. « Quelles etoft'es et 
quels tissus peut-on confectionner avec les fils de la laine 
soyeuse? » Je regrette que M. Millot n'ait pas eu connaissance 
des tissus que j'ai exposes et dont j'aurais pu lui montrer des 
echantillons. On pent faire, avec la laine de 3fauchamp, tons 
les tissus oil Ton emploie le Gachemire, tous sans exception ; 
mais pour cela , et malgre I'opinion contraire de mon hono- 
rable confrere, je persiste a dire qu'on ne doit pas peigner la 
laine de Mauchamp. .Fai vu les fils obtenus par M. Millot avec 
cette laine peignee ; ils sont d'une grande purete et d'un tra- 
vail irreprochable ; le tissu fait avec ce fil est d'une regiilarite 
parfaite, mais il lui manque un peu de douceur etde moelleux, 
bien que la trame seule soit en laine soyeuse (la chaineest en 
sole). Dans mes premiers essais, j'avais aussi voulu peigner la 
laine de Mauchamp; mais ayant trouve au tissu quelque res- 
semblance avec les plus belles etoffes en poll de Chevre, j'ai dii 
chercher a conserver, dans la laine soyeuse, toute la partie 
douce et duveteuse, et c' est en faisant du peigne-carde que j'y 
suis parvenu; aussi mes tils et mes tissus ont-ils toute la dou- 
ceur du fil et du tissu de Gachemire. J'ai fait de cette maniere 
plusieurs milliers de kilogrammes de fil ; ce n'est point la un 
essai comparable aux experiences de laboraloire ; c'est une 
operation tout a fait industrielle. Eh bien, et j'insiste encore 
sur ce point, un des principaux merites de la laine soyeuse, 
c'est quelle pent produire, par un cardage bien fait, un fil 
parfaitement net, parfaitement regulier, ne contenant ni bou- 



LAINES 1>K MAUCHAMI*. 77 

tons iii jjirres (jamais je n'y ai troiive le moindre jarre), et cela 
sans (jiril soil nocessaire de faire epincer le riiban sortant des 
cardes. Et, en etTet, cettelainese compose surtoutde fdaments 
longs, lisses comnie des polls, et la partie duveteuse qui forme 
hlousse ne se roule pas an travail comnie la partie coiirte des 
laines merinos ordinaires, et par consequent ne pent donner 
lieu a des boutons. II y a done economic et avantage a carder 
seulement cette maliere. 

Les Ills (jue j'ai obtenus ainsi sa?is le moindre epincage, je 
le repete, elaient d'une grande finesse. J'ai pu faire un carde 
pur : 

de la cliaine n" 90 au kil. 

de la trame 190 — 

et de la demi-chaine 1 AO — 

Ces Ills etaient de bonne qualite sous tous les rapports. Un 
de nos confreres, M. Heusey-Deneirouse, s'en est servi pour 
i'abri([uer de fort beaux cliales qui ont etc Ires admires a la 
derniere exposition pour leur regularile et leur douceur. 
MM. Lavalard freres ont fait el font encore avec ces m6mes 
ills de fort belles bonneteries, d'une vente courante et rempla- 
(;ant les bonneteries de Cachemire. Moi-m6me, enfin, j'ai fait 
iabriquer et j'ai expose des tissus divers : merinos, mousse- 
lines, cachemires d'Ecosse, satins de Cbine, etc., et loutes ces 
etoffes etaient d'une regularite irreprocbable. Je joins ici, Mon- 
sieur le President, un echantillon de ce satin dit de Chine: c'est, 
de tous les tissus que je viens de nommer, celui (jui exige dans 
sa fabrication le fil le plus propre et le plus rogulier. Vous pou- 
vez juger, sur ce simple echantillon, de la douceur et de la 
nellete du fil. 

La laine soyeuse, on le voil, peut 6tre employee partout ou 
s'emploie le Cachemire, et le remplacer avantageusement. C'est 
cette ressendjlance qui m'avail porte k designer cette laine 
sous le nom de Cachemire indigene, denomination qui revele 
d'emblee les qualiles et les usages de cette matiere. Enfin pour 
conlirmer encore cette assertion a I'heure ou j'ecris, M. de 
Montagnac emploie la recolte de cette annee des troupeaux de 

T. IV. — Mars 1857. 6 



78 SOCllilTE IMPfiUIALE ZOOLOGIQUE d'aCCLIMATATION. 

Mauchamp et de Gevrolles a la fabricalioii de ces magnifiques 
tissiis a longs polls connus sous les noms d'Ourson, de Zibeline, 
de Chinchilla, etc., qui servent a faire les manteaux d'hiver 
des dames ^ la encore la laine soyeuse vient remplacer le Ca- 
chemire. 

Je crois avoir ainsi repondu amplement a la derniere ques- 
tion posee par M. Millot dans son menioire. 

Je regrette beaucoup en terminant qu'un savant rapport, qui 
vient d'etre adresse a Son Excellence Monsieur le Ministre de 
I'agriculture et du couimerce par M. Yvart n'ait pas encore 
ete livre a la publicite. M. Yvart, qui a encourage le develop- 
pement de la laine soyeuse depuis son origine, qui a introduit 
les animaux de cette race dans les Bergerics imperiales, et qui 
a suivi avec beaucoup de soin le travail de ces laines dans mes 
ateliers, etait plus capable que personne de trailer cette ques- 
tion, et son rapport viendrait confirmer avec autorile tous les 
fails que j'avance. 

Veuillez agreer, M. le President, etc. 

Frederic Davin. 



CONSERVATION DE8 E8PECE8 UTILES. ^ 

NOTE 

SUR LA DESTRUCTION PAR L'HOMME '^' ' 

■/ijii 

DE QllELQUES ESPtCES ANIMALES 
QDI LUI SONT UTILES. 

Par ra. H. OE JONQUlllRES-AIWTONELLE. 



(Stance du 6 f^vrier 1857.) 

Multiplier jusqu'aux derni^res lifnites dii possible les condi* ' 
tions de bien-6tre de notre domaine terrestre, forcer m6me paf 
une ingenieuse initiative, par une experimentation raisonnee, 
en un mot, par une genereuselulte de chaque jour, ces limites 
de reculer devant nous, c'est la, sans conlredit, le plus grand 
bienfait de la science pratique. 

En distinguant cetle mission entfe toutes, en se I'appro- 
priant, la Societe d'acclimatation en a compris la haute por- 
tee; et deja nous pouvons dire avec bonheur que ses impor- 
lants succes dans cette voie sont une garantie contre toute 
deiaillance. Ce que veut faire la Societe, c'est d^enrlchir nos 
climats d'especes animates ou vegetales relativement exoti- 
ques, lorsque celles-ci peuvent, en y prosperant, y apportei* 
uiie prosperite nouvelle ; c'est, done de gagner scientifiquement 
a riuimanile desauxiliaires jusqu'ici inconnus par elle. Corre- 
lalivement, et d'une inaniere rigoureusement correspondante, 
ce que la Societe doit iaire, c'est de prevenir rappauvrissement 
de nos climats d'especes indigenes ou acclimatees, de conser- 
ver ces especes utiles lorsque leur destruction doit etre une 
cause de ruine-, done, de garder ces bons auxiliaires de tout 
temps, lors(iue ceux-ci sont miserablement meconnus par ceux- 
la mCmes qui ne peuvent s'en passer. ' 

A ces causes done, il est temps, il est bien temps, de jeter un 



80 SOCIKTi: IMPEUIALE ZOOLOGlQUE d'aCCLIMATaTION. 

cri d'alarme; du reste, je ne veux point faire du sentiment 
et n'ai point ;i faire de la discussion dans un sujet ou un sim- 
ple compte rendu parle plus haut, plus peremptoirement que 
tout. Oil vont en ce moment toutes les chances de I'agricul- 
ture, certaines chances de I'industrie? Oil allons-nous nous- 
m6mes? Et, s'il nous est prouve que nous sommes sur une 
pentefatale, oii, quand et comment nous arreterons-nous? 

D^abord, I'histoire des precedentes annees nous montre des 
epidemics terribles, etranges, venant attaquer, a tour de role 
ou simultanement, presque toutes les cultures des champs et 
desjardins : leur cause est inconnue, peut-6tre n'a-t-elle pas 
ete envisagee sous son vrai jour; mais pen importe, pour le 
moment, la discussion des causes, les effets connus ont ete 
desastreux : ils peuvent se reproduire. Vient se joindre a celte 
histoire celle de Tannee derniere : seule, elle suffirait encore 
pour attrister profondement •, car c'est pour toute la France, 
ou pen s'en faut, la calami te des inondalions. 

Permettez-moi un mot sur un voyage d'oii j'arrive, le voyage 
le plus banal du monde, en dehors de nos grands centres d'in- 
dustrie et bien loin des pays d'enchantements, une simple 
tournee dans certaines contrees agricoles du Midi. La terre a 
bu une partie des eaux de I'inondation : le soleil a pompe le 
reste; comme dliabitude, les semailles d'biver sont ou vont 
6tre faites partout oil seuleinent la recolte de I'annee prece- 
dente a ete enlevee, sans que d'ailleurs la terre ait a garder 
de mauvaises conditions nouvelles pour plusieurs annees en- 
core : il ne court jusqu'ici aucun bruit facheux au sujet des 
anciennes epidemics; lentement, mais efficacement peut-6tre, 
des precautions sont prises contre les inondations futures : du 
malheur passe, entin, il ne doit plus 6tre question; et cepen- 
dant, ragricuUeur. proprietaire ou paysan, qu'importe? est 
triste, decourage, non pour hier, mais pour demain. Or, c'est 
une chose grave lorsque la melancolie s'empare de Thomme 
de la terre. Mais puisque, je le veux bien, il ne doit plus pen- 
ser aux pertes sans remission du passe, ni meme au retour de 
pareils sinislres, quelles done peuvent 6tre ces chances de I'a- 
venir auxquelles il pense? C'est le malheur infaillible, celui 



CONSERVATION DES KSPECES LTILESi 81 

qui vient sourdement, mais a coup sCir ^ c'cst rennemi dMiier, 
decuple en nombre aujourd'hui, (jui sera centuple demain; c'est 
Tarniee innombrable, insaisissable qui fait sou travail de des- 
truction parallele au travail de production, travail plus opi- 
iiiatre, plus persistant, plus multiple que celui de rhomme. 

Encore, s'il ne s'agissait que d'une plaie locale, eL par con- 
sequent restreinte, que d'un fleau imprevu, mais contre lef|uel 
une dure experience, une fois faite, tieridrait en garde, il suf- 
firaitde signaler le fait, el ce serail abuser que d'insister sur 
une exception-, s'il ne s'agissait, aussi, que de renouveler, 
de cbanger certaines cultures cheres a la routine, les impor- 
tations heureuses de la Societe d'acclimatation viendraient 
precisement comme palliaLif pour le present, comme succes 
pour I'avenir. Mais non, malheureusement non; tout lei pays 
de France et non point une seule de ses parties, tout le conti- 
nent et non point le seul pays de France, est tributaire de la 
hideuse invasion de barbares dont je viens dire aujourd'hui 
quelques mots. Ces considerations, du reste, ont ete dejci de 
ma part Tobjet d'une lettre que j'ai eu I'bonneur d'adresser a 
M. le President de la Societe, pendant mon sejour dans le 
Midi. 

Je sens que j'ai a m'excuser, ici m6me, de mon propre man- 
que de science, de mon experience bien peu approfondie ; et, 
plus justement je demeurerais au seul rang qui me revienne, 
si je ne savais avant tout que la bonne volonte est la meilleure 
remission d'une hasardeuse initiative. Et, du reste, je ne suis 
point I'interprete de mon opinion isolee, je ne suis point I'e- 
cho de nies impressions et de mes apprehensions personnelles 
en parlant aujourd'hui des apparences menacantes qui nous 
environnent detoutes parts. Les ennemis, nosennemis a tous, 
sont cbez nous; ils y ont pris demeure-, ils pullulent, et si 
nous n'y prenons garde, si nous n'organisons une defense vi- 
goureuse, immediate, efficace, ils seront plus forts que nous: 
c'est une guerre a entreprendre, une guerre raisonnee et im- 
placable : le nombre est contre nous. 

Les especes animales, vous le savez, sont beaucoup plus 
nombreuses que les vegetales, et la classe des insectes com- 



82 SOCIETE IMPERIALE ZOOLOGIQUE d'aCCLIMATATION. 

prend, a elle seule, un plus grand nombre d'especes que les 
autres sections du genre animal. Par instinct, ces insectes, 
tous tant qu'ils sont, et deja, d'apres Latreille et les clas- 
siques enumerations des ouvrages d'entomologie, on compte 
una multitude de families d'insectes; tous, par instinct, de- 
posentleurs oeufs, lesgermes de leur progeniture, dans le lieu 
qui presentera a leurs pareils, encore a naitre, une nourri- 
ture plus facile, plus a portee^ chaque produit de la terre a 
une espece particuliere et correspondante d'insecte, et sou- 
vent m6me un grand nombre de ces especes vivant de sa des- 
truction ^ parmi ces animaux microscopiques, on peut voir 
des individus plusieurs milliers de fois moindres que les 
moisissures, les byssus, qui sont, comme on sait, les plus pe- 
tites plantes connues. Et, ceci soit dit en parenthese, ne se- 
rait-ce pas la peut-6tre une induction nouvelle a appliquer 
a I'etude des epidemics recentes du regne vegetal (1)? Quoi 
qu'il en soit, ces especes, qui vivent uniquement de ce qui 
fait vivre I'homme, qui attaquent les produits de la terre en 
germe aussi bien qu'en fruit, ces destructeurs par excellence, 
sont-ils destructibles? L'homme, qui vit de leurs restes, est 
absolument incapable de lutter contre eux. On a beau passer 
certaines semences a la cbaux, tant pour en activer la ger- 
mination que pour les premunir contre Tatteinte des insectes, 
ce procede, si tant est qu'il ne soit dangereux en rien, est-il 
applicable a cbaque age des grains qui nourrissent I'homme? 

(1) Comme renseignemerils dignes de remarque, void deux fails d'expe- 
rience pratique : dans le Beaujolais, il y a une quinzaine d'annees, les vignes 
d(5p^rissaient rong^es par des clienilles de Pyrale ; le meilleur moyen de 
s'en d^faire fut de lacher des Poules dans les vignes. Dans ceUe conti^e 
vinicole et dans qiielques autres du Midi, les agriculleurs remarquaient 
jadis, a la belle saison, des Iroupes d'oiseaux envahissant les vignes et fai- 
sant sur les ceps un travail analogue ci celui du Pivert sur les chines : 
« G'^tait un bruit incessant r^pete et comparable a celui des Cigales , » dit 
un pralicien du Midi, qui se souvient d'avoir fait celte observation au temps 
ou les diverses maladies de la vigne ne se produisaieni pas. Et, d^plorant 
le depart, ind^fini peut-etre de ces oiseaux utiles, la m6me personne a con- 
statd douloureusement celui d'un fort grand nombre d'aulres varidl^s 
insectivores. 



CONSERVATION DES ESPfeCES UTILES. 83 

Est-il possible pour lous les prodiiits veg^taux? Non. Done, 
I'homme est sans defense conlre les insectes s'il est sans auxi- 
liaires : ils sont nos ennemis, eux, et lis ne nous craignent gu^re ; 
ils ne peuvent rendre compte qu'a leurs ennemis naturels, et 
ils en ont lieureusement. Car, si dans le systeme de la nature 
chaque produit vegetal a pour ennemies une ou plusieurs 
especes d'insectes, ces derniers ont affaire a une force equi- 
valente a la leur. celle des especes insectivores, et plus parti- 
culi^rement des oiseaux. Voila done les allies ou, comme on 
I'a dit fort judicieusement, les ouvriers de rhornme. 

Mais, avantde voir comment riiomme traiteses allies, voyons 
comment ses ennemis le traitent lui-m6me. Les jardins, les 
vergers, les champs, les pres, les for6ts, les edifices, les meu- 
bles, c'est la le domaine, la concpi^te des especes nuisibles, de 
ces mdcheurs ou broyeurs, de ces suceurs doiit les organes 
sont si parfaits, si energiques, dont Taction est si constante, 
dont le nombre si enorme devient de jour en jour plus anor- 
mal. Aussi presque toutes les ressources de Thomnie sont atta- 
quees par eux victorieusement : dans nos departements alpes- 
tres, la graine des epinards a ete, cette annee, completement 
et absolument detruite ; en plusieurs points de la France, les 
semences des cereales se trouvent infestees par les Vers; les 
vegetations, hors de terre, sont la proie des Hannetons, des 
Scarabees; dans la seule province de Prusse, — ecrit a notre 
illustre President le savant professeur Gloger, de Breslau, — 
pendant les derniers trois ou quatre ans, plus de 80,000 hec- 
tares de for6ts ont ete devastes par le Bombyx monacha ; les 
digues de la Hollande, les charpentes, les constructions navales 
de tons les pays sont interieurement minees par le Taret : on 
a fait, on fait encore, — et notamment au port de Toulon, — 
inille essais d'inventions nouvelles pour garantir les bois de ce 
Ver parasite : la meilleure solution etait deja dans les excel- 
lenls conseils de M. de Quatrefages •, le Termite (vulgaire- 
ment Fournii blanche) nous est arrive de I'lnde et de la 
Guyane, et maintenant il perce et devore le bois sec, les 
meubles, les papiers, les etofles. 

Ce sont la des exemples emouvanls, mais en bien petit 



Sll SOCIETI- IMPEIll.VLK, ZOOLOGIQUr: 1»'aCCLIM\TATI0N. 

ii()nil)re encore, eu egard aux iiicalculables ravages exerces 
par ces especes niiisililes siir tout, al)soUiment tout, ce (pii ap- 
partient a riiomme, sur les ohjets qui servent a sa iiourriture, 
a sa securite, a scs besoins jourualiers-, tout enfin ce qui con- 
stitue sa vie. Et Thomme, i'homme seul bien entendu, aban- 
donne a so.s propres moyens bumains, a ceux que lui doniient 
ses propres forces, m6me secondees de I'aide de Tart et de hi 
science, est inbabile a resister, incapable d'y suffire : il faut 
qu'il abandonne tout, qu'il devienne, — qui sait? — la proie 
vivante, lui, s'il continue a repudier les aides que la nature 
lui avait prodigues. 

C'est une verite naive et qui, pour naive qu'elle est, n'en est 
que plus incontestable ; la veritable armee de rhonime aux 
prises avec les insectes devorants et envabisseurs, c'est Tarmec 
des mangeurs d'insectes. Ces insectivores sont d'abord, parini 
les mammiferes, ces potits carnassiers aux dents lines conimc 
leHerisson, la Musaraigne, par exempie, el, d'autre part, les 
oiseaux, et surtout parmi eux les especes les plus legeres, les 
plus gracieuses, et, — disons-le avec regret, avec esperance 
aussi, — les plus repandues jadis dans nos climats. II semble 
que, pour se faire pardonner I'lionorabilite de leurs bons ser- 
vices, I'activite de leur collaboration avec rbomme, ces ani- 
maux insectivores aient voulu, h^s iins ne pas importuner le 
maitre par I'indiscretion de leur presence, les autres, au con- 
traire, le distraire par leur entrairi. Ainsi, considerons les pe- 
tits carnassiers destructeurs d'insectes : le Herisson, qui ne 
dispose (jue de moyens de defense passive et d'aucun nioyeri 
d'attaque francbe, vit loin du jour, loin du bruit , sous les 
pierres et dans les troncs d'arbres ; il attend la protection de 
la nuit : alors, c'est a I'abri de Tombre et sous la sauvegarde 
des accidents du terrain qu'il s'en va cbercbant lentement et 
silencieusement les insectes qui composent sa nourriture, 
les Mollusques a coquille et m6me les Souris, double tleau 
des jardins ; la Musaraigne, timide et rnyope, vivant soli- 
taire dans les troncs des vieux niurs ; especo de Souris cette 
fois, mais espece utile au in6mc titre (|ue le precedent. Eh 
bien! ces deux animaux, absolument dedaignes par I'homme, 



./.Ol, CONSERVATION DKS ItSPKCES UTILES. 85 

sont oontinuellomont, de la part des enfanls, I'ohjet d'amuse- 
iritMits barljares ou leur sensibiliu'; norveiise excossivement 
(hie, misc brutalement a Vepreuvo, fait a la fois leur douleur 
et la joie de leiirs jeunes bourreaux. 

Kt, parmi les oiseaux, quelles sont les especes plus specia- 
lement insectivores? Ce ne sont point, on le sait, les especes 
niixtes et informes des pays extremes •, co ne sont point les 
rapaces ou oiseaux de proie : non, elle n'est point triste a voir 
ou dangereuse arecevoir, cette population que ses habitudes ou 
ses migrations annuelles, bisannuelles ou irregulieres repan- 
daient si genereusenient dans nos cliuuils-, nos oiseaux insec- 
tivores, ce sont les travailleurs, les artistes, les bons et char- 
mantsenfantsdu soleil,comme on I'adit : THirondelle, contiante 
en la protection de riiomme, qui prend domicile, qui cherche 
abri dans ses demeures ; elle chasse les mille insectes de 
Tair, en detruil, cliaque ete, une quantite innombrable; le 
Rossignol, qui chante jour et nuit dans les bois pendant toute 
la belle saison ; le Rouge-gorge, familier au point de venir 
reclamer au foyer d'liiver une place ({ui lui serait due; le 
Merle, aux tribus nombreuses, remarquables par leur chant ou 
la variete de leur plumage ; toutes emigrant ou non I'hiver, 
toutes se nourrissant de Vers et d^nsecfes; la Bergeronnette, 
qui vient au printemps tenir compagnie aux travailleurs des 
champs, et par sa chasse aux parasites, fait une bonne part du 
travail ; la Queue-rousse, le Grasset, tons ces Bees-Fins qui 
nous viennent comme agrement, comme secours a Theure oii le 
pays semble renaitre et ou de mt^me Tarmee des destructeurs 
y pullule ; c'est encore le Vanneau qui seul pent venir a bout 
de decouvrir et de detruire le Taret et de remplir aisement 
cette mission de sauvegarde, comiiie I'Hirondelle sait le faire 
pour le Termite ; la Corneille, seculaire ennemie du Hanneton ^ 
le Pic, ou Pivert au chaperon rouge, qui, cramponne a I'ar- 
bre, Tausculte, pour aiiisi dire, alin de savoir s'il est malade 
d'une morsure interieure, fait sortir le Ver qui la produit et 
sauve la for6t. II serait oiseux de multiplier les citations, car 
ce serait a rinfini qu'il faudrait le faire si Ton voulait dire, tout 
au long, riiistoire des services (|ue rend tout naturellement a 



86 SOCIETE IMPEKIALE ZOOLOGIQUE d'aCCLIMATATION. 

Fhomme I'oiseau qui le protege, qui seul le delivre et seul peut 
le delivrer des insectes et des Mollusques malfaisants : Fourmis, 
Vers, Chenilles, Scarabees, Limagons, peuple terrible forme de 
cent peuples, et vivant uniquement aux depens du peuple de 
nos sembfables. 

Ces 6tres d'election, ces amis naturels, ces chasseurs d'en- 
nemis, a qui nous devons la tutelle de ce qui fait I'essence 
m6me de notre vie materielle, comment les traitons-nous? 
Toutes ces especes que je viens d'enumerer ont ete, sont en- 
core stupidement decimees par Thomme, Les sedentaires, on 
les pourchasse, on les traque de pays en pays jusqu'aux hmites 
d'une terre plus hospitahere, mieux inteUigente, sMl y en 
a-, quant a tous les autres, lors des migrations, lorsque, apres 
I'hiver, quittant les regions africaines, par exemple, pour venir 
nicher en France, leurs bandes s'abattent dans les departe- 
ments voisins de I'Espagne, presque toutes sont deja terrible- 
mentdiminuees, avant le temps m6me ouleur chasse pourrait, 
a la rigueur, procurer un accroissement ou un agrement de 
nourriture : dans les Pyrenees-Orientales, notamment en mars, 
avril, et jusqu'a la mi-mai, au moment de la remonte, la chasse 
au filet, autorisee, donne a chaque chasseur, dans une demi- 
journee, de quinze a vingt douzaines de petits oiseaux : triste 
r6ti, parce qu'alors ils sontmaigres-, triste produit, parce que 
chaque douzaine se vend trenteou quarante centimes toutau plus 
sur les marches. Si de ces oiseaux quelques-uns, plus heureux 
tout d'abord, parviennent a aller plus loin pour nicher, ils ont 
affaire aux enfants pillards et maraudeurs qui s'attaquent aux 
nids monies, auxnids pleins d'oeufs, et les aneantissent. On voit, 
dans la haute et basse Provence, de ces enfants rapporter ou 
briser soixante ou quatre-vingtsoeufs apres une seule journee de 
ce vagabondage. Etpuis le terrible moment, c'est septembre : 
c'est I'heureou commence partout la chasse au fusil, la chasse 
au tilet, la chasse au mircir, sans compter la chasse au piege 5 et 
cela dure quatre, cinqmois, quand cela ne dure pas toute Tan- 
nee. Enfin, a la saison des froids et de la neige, quand les re- 
col tes sont an grenier et que les insectes les y ont naturelle- 
ment suivies, voici ce qui arrive pour les oiseaux qui demeu- 



CONSERVATION DES ESPfeCES UTILES. 87 

rent : certains industriels font bouillir des graines avec de la 
noix. voniique, ou tout autre ingredient venimeux, repandent 
dans les champs Tappat ainsi prepare, et les petits oiseaux re- 
tardataires ou sedentaires viennent s'y enipoisonner eux- 
ni6mes. 

C'est par ce syst^me, on le comprend du reste, que cer- 
taines especes ont ete, ou paraissent 6tre coinpletement 
detruites ; que certaines aulres ne s'arr6tent plus dans un pays 
meurlrier, ingrat, imprudent surlout et inintelligent, si Ton 
veut : car chasse-t-on ainsi par utilite, par defense legitime, 
pour eviter dommage et pillage? Non : par celte chasse, dom- 
mage et pillage augmentent, comme nous venons de le voir, 
etprennent d'effrayantes proportions. Que deviendra I'agrictd- 
ture, et que deviendrons-nous alors? Si Ton fait cette chasse 
aux especes utiles, c'pst pourtant par pure apparence de 
plaisir, par mode. Nous sommes en France, le mot dit tout. 

He bien! cette mode changera, elle se perdra : il le faut, 
sous peinede ruine. On le sait deja, etfortbien : on I'a compris, 
et par raisonnement et, ce qui vaut mieux par experience. 
Faudra-l-il done longtemps pour en venir de la conviction a 
I'application , et si longtemps qu'il pourra bien 6tre trop tard? 

A rhonneur de plusieurs natioris nos voisines, diverses 
mesures generales ont deja ete prises chez elles pour certains 
faits particuliers : en Hongrie, on a rappele le Moineau, le 
Moineau lui-m6me, ce bouc emissaire de la statistique, pour un 
grain qu'il ne voluit plus, tant d'autres etaient piques! en 
Boh^me, on respecte le Pic, I'inspecteur, Tepurateur des for6ts ; 
on ne tue plus le Vanneau, on ne detruit plus ses oeufs, en 
Hollande ou le Taret minait les digues-, la Suisse abandonne 
le tir a I'oiseau ; I'Amerique du Nord protege le Sansonnet, 
I'Etourneau, « defenseur du mais; » pareillement, il est vrai 
et disons-le bien vite, dans les colonies frangaises de la nier 
des Indes, on n'attend que des oiseaux seuls la destruction des 
Sauterelles ; en Normandie, on laisse au Corbeau, au Martinet, 
le soin de purger les prairies des Scarabees et des Hannetons, 
rongeurs de racines; dans le departement des Basses-Alpes, le 
Conseil general a refuse de tout temps d'autoriser la chasse 



S8 SOCIETE IMP^RIALK ZOOLOGIQUE d'aCCLIMATATION. 

au filet, exemplo imprutlemment meconnu par les deparle- 
meiits liinitroplies. 

Voila bien, en s'abstenant meme d\in point devue pluseleve, 
des exemples de raison pratique : ces exemples sont des excep- 
tions : doit-on mollement s'en tenir a ces proverbiales confir- 
mations d'une regie dangereuse et absurde? Ici, je dirai de 
tout coeur , comme le professeur Gloger dans sa lettre deja 
citee : « Tous les efforts tendant a enip6cher les enormes 
j> degats commis parlesinsectes doivent 6tre internationaux... 
» Toute I'Europe doit y prendre part, et la Zoologie pratique 
» a aussi bien le droit (jue le devoir de combattre sans relache 
» pour que la protection des oiseaux utiles (car ceux-ci se 
» repandent sur un continent entier) devienne un article du 
» droit des peuples. » 

Comme savant, comme remontant Iqgiquement de I'effetaux 
causes naturelles, le professeur Gloger soutient, depuis six ou 
sept ans, dans les publications scientifiques de la Prusse, cette 
these de protection a offrir aux insectivores; ses efforts ont 
obtenu, du reste, du Ministre de Tinstruction publique de 
Prusse rinterdiction aux ecoles de faire des collections d'oeufs 
d'oiseaux. Au m6me litre que M. Gloger, notre honorable col- 
legue, M. le professeur Sacc, de Wesserling, qu'on est toujours 
stir de rencontrer a la t6te de toute inspiration genereuse et 
utile, M. le professeur Sacc ecrivait, dans le courant du mois 
dernier, pour appclerl'attention dela Societe sur la desastreuse 
chasse aux petits oiseaux, faite dans le midi de la France sur- 
tout, et par extension, pour recommander a la protection de la 
Societe d'acclimatationlesespeces utiles de tout temps etablies 
dans nos climals; et en m6me temps, il felicite la Societe de 
son entente necessaire et parfaite, du reste, avec la Societe 
jjrotectrice des animaux^ sur un sujet qui presente un inter6t 
commun aux deux Societes sous un point de vue particulier 
pour chacune. M. Sacc, comme M. Gloger, insiste sur la neces- 
site de prendre les mesures de protection sur Techelle la plus 
etendue possible; M. Daniel Koechlin, un de nos respectables 
coUegues, s'occupe aussi depuis longtemps de iravaux sur 
le m6me sujet; la Societe lui devra de nombreuses notes 



CONSERVATION DES ESPECES UTILES. 89 

interessantes par la riouveaute el le cliarme parliculier de ses 
appreciations. 

Et tie plus, dans une question absolument humanitaire. ils 
sont bienvenus pour la science pure, les excellents allies qui 
savent ajouter a des idees pratiques et utilitaires au fond la 
magie de la forme, la majeste de la rnise en scene, I'eclat ou 
rinter<itdes moindres details. Dans la cause que j'ai I'honneur 
de soutenir aujourd'hui, nous avons, dirai-je, des soutiens ou 
des precurseurs, tout le monde le salt, le public comme nous , 
dans M. Toussenel, un grand esprit^ dans M. Michelet, un 
grand coeur : leur voix est deja populaire, leurs lemons sont 
sympathiques; ellesle deviennent plus encore a cette occasion 
nouvelle, car il y a double attrait, double avantage a I'union 
du talent et du bien. 

Avoir I'esprit et le coeur de son c6te, que faut-il de ])lus en 
France, et m6nic partout, surtout lorsque aussi bien la raison 
vient en aide? II ne manque peut-6tre qu'un exemple, une 
initiative, un point de depart : pourquoi ne pasle donner? C'est, 
mieux qu'a quiconque, a la Societe d'acclimatation que revient 
la convenance et m6me Tobligation de le faire : interprete des 
ricliessesa venir, elle est gardienne decellesdu passe ; son role 
est d'etre rintermediaire reciproque enlre les dons de la 
nature et Taction de Tbomme, et cela pour la loi supreme, loi 
morale et materielle a la fois qui n'est, somme toute, que 
I'entente des deux parties en presence. 

La Societe d'acclimatation a le sentiment, elle aura la vo- 
lonte d'arr6ter un abus aussi profondement serieux dans son 
principe, aussi fatalement dangereux dans ses resultats, que la 
guerre faite par rhommefises auxiliaires naturels. 

Et maintenant, pour finir.^ si des hauteurs de la theorie 
nous descendons a la pratique, nous nous trouverons, je crois, 
en face de deux moyens lout au moins d*arr6ter la destruc- 
tion des especes utiles el notamment des oiseaux insectivores. 

L'un serait de bonne administration, etil ne nous appartient 
que de le signaler (c'est de provoquer de la part de I'autorile 
centrale une loi laissee jusqu'ici a des appreciations locales). 

L'autre est purement de bon sens, et nous ne saurions, sans 



90 SOCIETE IMPERIALE ZOOLOGIQLE d'aCCLIMATATION. 

nous faiie injure, decliner, en pareil cas, notre competence . ce 
dernier moyen, c'estd'agirsurl'esprit public par notre propre 
opinion et d'agirsurl'usage par notre propre exemple. L'expres- 
sion, la traduction de ce dernier moyen, ce serait, ceme semble, 
entre tous les interesses, gens de travail ou gens de loisir, ceux 
d'esprit, de coeur et de science avant tout(croyons bienque e'est 
la majorite), ce serait uneentente, une convention pour I'inter- 
diction de cette chasse aux insectivores chez eux, en com- 
mengant par se Tinlerdire a eux-m6mes. 

Cette interdiction n'est point une atteinte au droit, maisun 
rappel au devoir. 



IGNAME DE LA NOUVELLE-ZELANDK. 9l 

NOTE 
SUR LA CULTURE DE L'IGNAME 

DE LA NODVELLE-ZJfcLANDE, 
Par M A. CHATRV. 



(Stance du 26 d^cembre 1856.) 

Je viens rendre corapte a la Societe d'acclimatation des pre- 
miers resuUats que j'ai obtenus dans la culture de rigname 
dit delaNouvelle-Zelande. 

La Societe, qui accorde un si legitime inter^t a toutes les 
tentatives ayant pour objet I'accroissement et la variation des 
ressources alimentaires, n'a sans doute pas oublie que les trois 
tubercules dTgname qu'elle a re^us de Calcutta par les soins 
de M. le chevalier Barufti, president de I'Academie royale d'a- 
griculture de Turin, furent confies par elle a trois de ses mem- 
bres, MM. Moquin-Tandon, Paillet et moi. 

Sans qu'il y ait eu sur cet objet concert prealable, chacun 
de nous (et Von ne peut que s'en applaudir, puis(iue par la 
Texperience a ete tout d'abord plus complete) , chacun de 
nous, dis-je, adopta un mode diflerent pour la culture de 
rigname. 

M. Paillet divisa le lubercule en une centaine de petils 
fragments, a peu pres comme on le fait pour les gros et longs 
tubercules de Tlgname de Chine [Dioscorea Batatas^ Dne.) et de 
rigname de la Guadeloupe [Dioscorea alata, L.) ; et apres un 
certain nombre de semaines, dont les dernieres parurent un 
peu longues, il eut entin le bonheur de voir la plupart des 
fragments s'oeilletonner, puis donner une pousse. Notre ha- 
bile confrere a fait connaitre, dans la derniere seance, que le 



02 SOCIETE IMPfilUALE ZOOLOGIQUE d'aCCLIMATATION. 

tubercule contie u ses soins a produit 85 biilbilles ou tuber- 
cules, dont plusieurs de la grosseiir de petiles noix. 

M. Lbomme, jardinier chef de ia Faculte de medecine, plaga 
d'abord en pleine terre et seulement recouvert d'line cloche, 
comme on le fait avec succes pour beaucoup de phmtes de la 
Nouvelle-Zelande, Ic tubercule remis a M. Moquin-Taiidon. Mais 
la vegetation etant trop longtemps a paraitre, le tubercule fut 
passe en serre, ou peu apres il fournil des pousses vigourcuses. 

Quant a moi, laissant, comme M. Moquin-Tandon, la ques- 
tion de multiplication au second plan, je n'ai pas divise mon 
tubercule. Cependant, preoccupe de celle-ci, j'avais fait mettre 
rigname (auquel M. Pierre Gernelle, jardinier chef de I'Ecole 
de pharmacie, allait consacrer tons ses soins) dans une chaude 
serre a boutures, ou bientot une tige longue de pres d'un 
metre fut coupee a sa base et divisee en autant de trongons 
qu'elleportait defeuilles. Mais je m'etais trop bate. Les tissus 
de la pousse etaient imparfaitement organises et toutes les 
boutures fondirenl. Get insucces, tenant a une cause recon- 
nue, n'etait plus a craindre. 

^ Comme j'en avais la certitude par avance, I'un des oeilletons 
lateraux du tubercule mere, stationnaire jusque-la, s'allongea 
aussitot apres le retranchement de la premiere pousse, qu'il 
depassa parsa force et sa rapidite d^accroissement. 

Lorsque celte pousse nouvelle cut une longueur de pres 
d'un metre, je transportai, dans le but de moderer son deve- 
loppement et de donner aux tissus plus de consistance, TI- 
gname de la serre a boutures dans la serre temperee, ou il fut 
mis en pleine terre, le pot qui le contenait ayant (He brise avec 
assez de precaution pour que la vegetation ne subit aucun 
temps d'arret. La tige, tout en se fortifiant, alteignit une lon- 
gueur de plusieurs metres; je la coupai vers son milieu, em- 
portant ainsi. independamment des feuilles tres delicates de 
Textreme pousse, en quebjue sorte destinees a fondre au bou- 
lurage, six ou sept larges feuilles caudiformes-apiculees, assez 
fortement organisees pour que cbacune dut certaiiiement don- 
ner (avec le tion^on correspondant de la tige) une bouture re- 
sislante. 



IbNAMI-: 1)K LA NOUVELLE-ZI^XANUJ!;. 93 

Je pensai alors, dans I'inter^t surtout de I'lgname dont un 
tubercule m'avait ele confie, a un de nos confreres, M. Uemont 
de Versailles, I'liabile et entreprenant pepinieriste qui adonne 
a la culture de I'lgname de Chine une extension taxee de te- 
nierite partout ailleurs qu'a la Societe d'acclimatation. Ce 
n'est que par une circonstancc fortuile (jue M. Ueniont n'a- 
vait pas re^u Tun des trois lubercules envoycs par y\. Baruffi. 
Aussi ai-je cru alter au-devant des desirs de la Societe, en m^me 
temps (jue servir ses inter^ts, en confiant a ee zelo confrere 
une partie des bouturcs (jue je venais de separer de la plante 
mere. Je portai done a M. llemont, avec la sommite tendre de 
la pousse (cequi nelaitpas genereux, car elle etait condamnee 
a fondre), deux bonnes feuilles-boutures qu'il s'empressa de 
mettre a la place d'honneur, sur Tun des fourneaux de ses 
serres, et qu'il soigna si bien qu'elles ont produit, a la suite de 
poussees etde bouturages successifs, vi?igt tres jolis bulbilles 
ou tubercules, dont deux (ceux des premieres boutures) pres- 
que aussi gros que la nioitie d'un oeuf de poule. 

Si la Societe considere que c'est a une epoque fort avancee 
de I'annee (au commencement du mois d'aout) que j'ai remis 
deux boutures a M. Remont, elle verra quelles richesses lui 
apportera cet habile horticulteur a la fin de Tannee 1857, si 
elle lui demande d'appliquer ses procedes de multiplication 
aux vingt petits tubercules qu'il a tires en une tin de saison de 
deux seules boutures. 

Les boutures que je m'etais reservees donnerent bientdt 
apres des pousses propres au bouturage ^ les secondes boutures 
fournirent des produits d'une troisieme generation, en m6me 
temps que des premieres partait un bourgeon axillaire, dont 
chaque feuille fut bouturee a son tour. C'est ainsi que je suis 
arrive a obtenirsuccessivementcinquante lubercules, dont trois 
(repondant aux premieres boutures) de la grosseur d'un oeuf 
de pigeon. J'ai de plus trouve a la base de la plante mere deux 
lubercules, dont I'un, le plus gros, a le volume de la moitie 
d'un oeuf de poule. 

En resume, le tubercule que la Societe ni'avait confie a pro- 
duit (bien (jue sa conservation m'eiit preoccupe avant sa mul- 

T. IV. — Mars i8i>7. 7 



04 SOCIETE IMPEUIALE ZOOLOClQL'E D ACCLIMATaTIOiN. 

ti plication, et que par trop d'empressement j'eiisse perdu mes 
premieres boutures), tant chez M. Remont qu'a I'Ecole de phar- 
macie, soixante-douze tubercules d*un volume peu conside- 
rable, il est vrai, relativement aux tubercules meres regus de 
Calcutta, mais d'une organisation solide et qui semble assez 
parfaite pour que leur conservation jusqu'au printemps paraisse 
assuree. 

La plante mere, que j'ai dit avoir coupee vers le milieu de 
sa longueur, fut abandonnee a elle-m^me dans Fespoir qu'elle 
donnerait des tteurs sur lesquelles pourrait etre faite, avec plus 
de certitude que par les feuilles seules, la determination speci- 
fique de la plante (qui est d'ailleurs bien certainensent un Dios- 
corea). De I'aisselle de la feuille superieure partit une pousse 
qui, atteignant a une longueur de plus do 6 metres, produisit 
deux petiles bulbilles, mais ne fournit aucun rudiment de 
fleurs. Peut-6tre serons-nous plus heureux I'annee prochaine 
en laissant se developper regulierement quelques plantcs sans 
ies arreter par des bouturages. 

Ilserait sans doute encore premature de cbercher a connaitre 
I'avenir reserve a I'lgname de la Nouvelle-Zelando, dont la 
culture a du etre cette annee, et peut-6tre au moins une annee 
encore, pour assurer la multiplication sur une grande echelle, 
continee dans les serres. Prosperera-t-il en Afri(jue, en Corse 
et en Provence? S'avancera- t-il vers le centre de la France et 
de TEurope? C'est ce que nous saurons bientot. Ce qu'on pent 
dire aujourd'hui, c'est que sa richesse en principes alimen- 
taires, la forme arrondie de ses tubercules et leur formation 
pres la surface du sol, la possibilite de produire, comme cela a 
ete observe a la base de notre plante mere, un groupe de plu* 
sieurs tubercules et le poids de plusieurs livres auquel ces 
derniers peuvent atteindre indi(iuent ici une de ces especes pre- 
cieuses que nous devons vouloir faire entrer dans nos especes 
alimentaires. Les serres, nos provinces meridionales et les jar- 
dins prepareront la voie a la grande culture. 

Les lignes suivantes, que me transmet M. le professeur Mo- 
quin-Tandon, exposent les faits de culture se rapportant au 
tubercule qui lui a ete remis par la Societe. 



IGNAJJE Dt LA NOUVELLL-ZifcLANDE. i )l M»^ 05 

M Ce tubercule se Irouvait le plus gros ties trois. II presen- 
» lait line cliair ferme, line peaii presque lisse, roussatre et 
» sans laches. II elait parfaitement sain. 

» M. Lhonime, jardinier en clief de la Faculte de medecine, 
» mil en lorre ce lubercide sans le diviser. II le pla^a dans un 
» vase rernpli d'un melange de terre de bruyere, de terreau et 
» de terre IVanche. ■^'Hu\h Ui:Mn',< •» /it. I *tii: 

» Le tubercule ne presenta rien de I'fimarquable jusqu'a la 
» fin du mois d'octobre. A cette cpoijue, sept bourgeons com- 
» menc^rent a se developper. Lorsque ces bourgeons eurent 
» produit des jets de 15 centimetres environ, on en detacha 
» cinq. 

» Le tubercule, rcduit a deux jets, fut mis en pleine terra 
» (cette operation fut faite dans les premiers jours de juillet de 
» Tannee suivante). Les deux tiges se developpcrent vigoureu- 
» semenl. L'unc d'clles atleignit une longueur de 2 metres, et 
» I'autre celle de 2 metres 1/2 ; autour de la plante se lor- 
» merent cinq tubercules, un pen inegaux, dont le plus gros 
» offrait le volume d'un ODuf de poule. 

» Vers la fin d'octobre, on voulut arracher ces tubercules. 
» On les trouva torn ponrris. Le resullat cut sans doute ete 
» different dans un terrain plus sec et plus saljjonneux. 

» Les cinq pieds resultant du bouturage atteignirent la hau- 
B leurde 1 metre a 1 \J1 metre. lis sont restes en pot et pa- 
» raissent bien portants. J'essaverai, I'annee prochaine, deles 
» mellre en pleine terre, avec des conditions ditterentes de 
» celles qui n'ont pas produit un bon resultat Tannee pre- 
» sente. » 

Du mode de culture suivi a I'Ecole de medecine, mode qui 
avait evidemuient pour base moins la multiplication do la plante 
(jue Tappreciation immediate de sesproduils sous le climat de 
Paris, ressorlent ces trois fails importauts : 

1" L'Igname de la Nouvelle-Zelande vegete avec vigueur en 
pleine terre ; 

2° Les tubercules naissent par groupe au pied de la plante 
mere (fait deja observe sur I'lgname qui m'a ete confie) ; 

3° (les tubercules ont alleiul en pleine terre un volume 



96 SOCIETY IMPfiRIALE ZOOLOGIQUE d'aGCLIMATATION. 

notable, bien que la plante se soit mise tardivement a ve- 
geter. 

Quant a la pourriture qui a atteint les cinq tubercules de la 
plante exposee en pleine terre, elle parait 6tre uniquement due 
a I'etat presque continuellement pluvieux, cette annee, des mois 
de septembre etd'octobre, et a la maturation imparfaite de ces 
tubercules. Elle ne saurait done pas inspirer trop de craintes 
pour I'avenir; inais elle nous avertit que I'lgname de la Nou- 
velle-Zelande devra etre mis a vegeter des le premier prin- 
temps, pour qu'il ait le temps de murir ses tubercules ; elle 
indique aussi que les expositions cbaudes et, comme le pense 
M. Moquin-Tandon , les terrains sees et sablonneux devront 
6tre preferes. 

En somme , les observations auxquelles a donne lieu le 
tubercule confie a notre savant confrere me paraissent les plus 
instructives qui aient encore ete faites. 



.KOIT 



PROCES-VEHBAUX.JH^JIKI Ai'\r' 97 



II. EXTRAIT DES PROCfesVERBAUX 
DES SfiANCES GfiNfiRALES DE LA SOClfiTfi. 



SEANCE DU '23 JANVIER 1857. 
Pr^sidence de M. Geoffroy Saint-Hilaire. 

M. le President proclame les noms des membres nouvelle- 
ment admis : 

S. A. R. Ms*^ le prince Albert (d'Angleterre) . 
MM. Bellier-Montrose, proprietaire a I'tle de la Reunion et 
a Paris. '''''. 

CuMENGE (Hugues-Anacharsis), proprietaire a Castres 
(Tarn). 

Jamet (Eugene) , proprietaire, ancien Direeteur des Archi- 
ves de la Couronne, au chateau de (louzieres, a Veigne, 
par Montbazon (Indre-et-Loire). 

Laperlier (Laurent), officier principal d'administration 
de la guerre, proprietaire en Algerie, a Paris. 

Saillet (Edmond), a Paris. 

Vroil (Jules de), proprietaire, au chateau de Roquincourt 
(Marne) et a Paris. 

— Nos nouveaux confreres, MM. le docteur Desmaisons, 
Jamin etMall, adressent des remerciments pour leur admission 
dans la Societe. 

— M. Kaufmann annonce la recente agregation de six So- 
cietes allemandes a notre Societe affiliee de Berlin, et fait con- 
naitre Tinter^t que le Direeteur general des haras royaux de 
Prusse porte aux travaux de la Commission pern\anente de 
TAIgerie, et en particulier a ceux de nos confreres qui vien- 
nent de partir pour notre colonic. 

— M. le docteur Sicard fait hommage, i" d'une collection 
composee de 160 bocaux renfermaijt les produits qu'il a retires 



'W SOClilTlE IMP^RIALE ZOOLOGIQUE d'aCCLIMATATION. 

du Sorgho a sucre-, 2° d'un album contenant 90 des couleurs 
quMl en a extraites, et 3° des echantillons de paille et de papier 
du m^mevegetal. 

— M. d'Andreis, consul general de Sardaigne a Lyon et 
membre de la Societe, lui fait parvenir quelques graines de 
Katram {Crambe tartarica ou pannonica) recueillies dans les 
steppes de la Russie meridionale. Les pousses de cette cruci- 
fere, coupees au printenips, a la premiere apparition des bou- 
tons de fleurs, se vendent reunies en bottes sur les marches 
comme plantes alimentaires, analogues pour la saveur aux 
cboux-fleurs et aux brocolis. La lettre de M. d'Andreis, qui 
renferme differents details sur ce vegetal, est renvoyee a la 
cinquieme section, et des remerciments seront adresses a 
M. d'Andreis. 

— M. Gustave de Lauzanne transmet un rapport sur la cul- 
ture de diverses plantes qui lui avaient ele envoyees. 11 temoi- 
gne, en son nom et au nom de notre confrere M. Mege, le 
desir que des animaux soient confies a leurssoins. 

— Une note relative aux observations faites par M. le doc- 
leur Behr sur un ver a sole de Californie {Saturnia ceanothi 
Behr), dont des cocons ont ete expedies en Allemagne, est 
transmise par M. Kaufmann. 

— M. Baruffi, membre honoraire, annonce de Turin que 
M. Massa de Voghera, pres d'Alexandrie en Piemont, vient de 
fairedon a la Societe de 64 grammes d'excellente graine d'une 
belle variete de cocons deja connus de la Societe par un pre- 
sent de notre confrere, qui fait observer que les graines dont 
il s'agit ont une valeur pecuniaire assez 6levee (100 fr. environ). 

A cette occasion, M. Guerin-Meneville insiste sur Timpor- 
tance decet envoi; car, en raison de la penurie actuelle des 
graines venant de bonnes localites, on paye maintenant 3Q fr. 
ce qui en valait seulement 5 il y a quelques annees. ^iWwtt 

— Le m6me membre presente, de la part de M. Boutin, 
teinturier a Paris, des echantillons de sole Tussah (vers a sole 
du ch6ne, Bombyx mylitta et Pernyi) qu'il teint de toutes les 
couleurs pour des passeinentiers de Paris, ainsi que des bou- 
tons de gilet fabriques avec cette soie. Ces boutons ofl'rent 



/oir/T/r PROOFS- VERBAUX. 99 

un lustre tout a fait semblable a celui des boutons pour les- 
quels oil einploic la sole du Bombyx mori; inais ils sont d'un 
prix beaucoup moiris eleve, puis(|ue la sole Tussah se vend 
de 12 a 15 francs ie kilogramme, tandis que la soie ordinaire 
a une valeur de 60 a 80 francs. 

— M. le prince A. de DemidolV transmct, au nom de S. A. 
imperialo le prince Pierre d'Oldenbourg, president de la So- 
ciele imperiale libre econoniique de Saint-Petersbourg, des 
remerciments pour I'envoi de la collection de substances ani- 
males et vegetales fait a cette Sociele, (jui se propose d'ex- 
pedier, en ecbange, des produits de la Russie, et qui souhaite 
vivement, ainsi que Texprime son honorable president, entre- 
tenir avec nous des relations frequentes, dans le but de con- 
s'' courir d'un commun accord au progres des etudes que pour- 

suivent les deux associations. 

— Dans une seconde lettre, M. le prince de Demidoff re- 
mercie de I'attention accordee par la Societe, sur sa demande, 
aux travaux de pisciculture de M. Pierre Maliscbeff*. i 

— Notre confrere, M. Millet, presente, dans une communi- 
cation orale, un resume de ses propres experiences et de celles 
d'un certain nombre de pisciculteurs, ainsi que des resultats 
obtcnus jus(|u'ace jour dans diverseslentalivesderepeuplenient 
de nos cours d'eau. 

— La deuxieme section est cliargee de Texamen des faits 
contenus dans une lettre de M. Paul Tourette, d'Angoul6me, 
qui possede depuis une douzaine dannees des canards sauvages 
dont la reproduction a eu lieu chez lui, sans que les caracteres 
propres a ces oiseaux se soient alteres. 

— M. le marecbal Randon, gouverneur general deTAlgerie, 
ecrit pour tenioigner du vif inter6t qu'il prend a la mission 
contieopar la Societe a nos confreres MM. Richard (du Cantal) 
et Albert Geofl'roy Saint-Hilaire, et dont il augure, dit-il, le 
meilleur effet. Il donne en rn6me temps ['assurance que de 
vives recoiumandalions seront adressees a messieurs les com- 
mandants des territoires queles voyageurs desireront explorer, 
afin qu'il leur soit procure toutes les facilites necessaires pour 
Biener a bien leurs utiles recherches. 



100 SOCIETE IMPEIMALE ZOOLOGIQUE d'aCCLIM.VTATION. 

-« — Une lettre de ces deux confreres, datee d'Alger le 1 5 Jan- 
vier, informe de leur intention d'apporter tons leurs soins a 
I'etude qu'ils feront, avec MM. le general Jnsuf et Bernis, de 
la question importante snr lacjuelle le gouvernement hresilien 
a consulte la Societe, et qui est relative an desir manifeste par 
ce gouvernement de tenter, au Bresil, I'introduction du Droma- 
daire. Les avantages qui pourraient resulter de cette acclima- 
tation sont exposes par M. Ferdinand Denis, conservateur a 
la bibliotheque Sainte-Genevieve, avec de longs details aux- 
quels ses vastes connaissances sur Thistoire et la geographie 
de ce pays donnent une incontestable valeur. La note redigee 
par M. Denis, et dont I'original a ete adresse a nos confreres, 
est lue devant I'Assemblee. 

— Nos confreres, MM. J. Dausse, Lambot de Miraval , le 
professeur Sacc, le nriiirquis de Selve, Fernand de la Sizeranne, 
Cb. de Souance et Fr. Zuber adressent cliacun un re(;u des 
animaux qui leur ont ete confies par la Societe. Ces re^us sont 
faits sur des feuilles imprimees expediees par les soins du Con- 
seil et dont le verso porte les diverses dispositions reglemen- 
taires relatives au placement et a la surveillance des animaux 
qui sont la propriete de la Societe. A ces re^us, les depositaires 
ont joint leurs reponses a une serie de treize questions posees 
par le Conseil et inscrites en marge d'une feuille imprimee 
ayant pour titre : Programme d observations siir les animaux 
confies par la Societe. Ces reponses formeront plus tard, par 
leur reunion, un ensemble de documents tres propres a eclairer 
sur le cboix a faire des localites convenahles aux tentatives 
d'acclimatation. 

A ces pieces il est annexe deux rapports : Tun de M.F.de la 
Sizeranne, sur les moutons a grosse queue de Caramanie; 
I'autre de M. Sacc, sur les chevres d'Angora, et particuliere- 
ment sur les ressources precieuses que ces animaux peuvent 
fournirpar leur toison et par leur abondante production delait. 

— M. Lambot de Miraval adresse, pour le procbain tableau 
d'ecbanges qui doit 6tre insere au Bulletin, une liste des ani- 
maux qu'il demande et de ceux quMl pent offrir (p. 12/j). 

— Notre confrere, M. le docteur Menville de Ponsan, met 



PROCES-VKRBAUX. 101 

SOUS les yeux de I'Assemblee dos fragments d'ossements fossi- 
los, ainsi que des dents de Uinotherium. Ces objets de collec- 
tiou seront, avec Tassentiment du donateur, offerts par la So- 
ciete au Museum d'histoire naturelle.'l i; .t^ti ' .uiu. 

— II est donne lecture d'une Note sur la race bovine nor- 
mande sans cornes presentee par M. Dutrone, qui fait don a la 
Societe d'une vache de cette race. Des remerciments seront 
adresses a notre confrere. 



STANCE DU 6 FEVRIER 1857. 

Pr^sidence de M. Geoffroy Saint-Hilaire, puis de M. Passv. 

M. le President proclame les noms des membres nouvellement 
aduiis : 

S. Em. M*^ le cardinal Donnet, archev^que de Bordeaux. 
MM. Barchausen, negociant a Bordeaux. 

Benoit-Champy (Gabriel) , licencie es lettres, attache au 
ministere des afltures etrang^res, a Paris. 

BoRDERiEUX (P.-C. de), proprietaire au chateau de Fro- 
menville et a Paris. 

BoucHE DE ViTRAY (lo doctcur), a Bordeaux. 

CHiPiLLY(de), ancien niaire d' Amiens, aChipilly par Bray 
(Somme). 

CouTUN, negociant, a Bordeaux. 

Delchet (Auguste), a Paris. 

Desjardiiss (Camille), membre fondateur de la Societe 
d'histoire naturelle de Tile Maurice, a Paris. 

Dlffour-Dlbergier, proprietaire, a Bordeaux. 

LabruguiIire (Ivan de), proprietaire, a Uzes (Gard). 

Lainel, ancien membre du Conseil general des manufac- 
tures, a Paris. 

La Roche-Aymon (le comte de), proprietaire, a Paris. 

Lautour-Mezeray, prefet du departementd'Alger, a Alger. 

Laville, proprietaire, a Paris. 



102 SOCIETE IMPERIALE ZOOLOGIQUE d'aCCLIMATATION. 

Lecaros (Don Juan), proprietaire, a Madrid. 

LiiQUESNE (Saint-Amand), proprietaire, a Paris. 

Mahtin-Joly (Louis), horticulteur-pepinieriste, a Nice. 

MoNDEViLLE (de), a Paris. 

O'Ryan de Acuna (Daniel), a Madrid. 

PiEP.ELAS (le comte de), proprietaire, a Nice (Piemont). 
J Prim, comte deREUs (le general), a Madrid. 

Rothschild (le baron Gustave de), a Paris, 

Rothschild (le baron Salomon de), a Paris. 

RouGEMONT (de), ingenieur des ponts et chaussees, a Alger. 

Sarramea (le docteur), a Bordeaux. 

SiNETY (le comte Alphonse de), membre du Conseil gene- 
ral du Var, a Esparron (Var) et a Paris. 

Van den Steen (le baron Jacques-Didier-Gerard), au cha- 
teau de Wadestein et Ommeren pres Gorcum (Pays- 
Bas). 

— M. le professeur Bazin, delegue a Bordeaux, fait con- 
naitre, ainsi qu'il suit, la composition du bureau du Comite 
regional qui vient de se former dans cette ville ; President 
d'honiieur, S. Em. M^'". le cardinal-archev6que de Bordeaux; 
President honoraire, M. le Prefet de la Gironde; President, 
M. le professeur Bazin; Vice-presidents, MM. Dussumier et 
DufFour-Dubergier-, Secretaires, MM. Doullard de la Mahau- 
diere et le docteur Cuigneau; Tresorier, M. Chaudruc. 

— En reponse a une lettre de M. le President a M. le Prefet 
de la Gironde, par laquelle il lui exprimait la satisfaction de 
la Societe relativement a Thonneur qu'il a fait a notre Comite 
regional, en en acceptant la presidence honoraire, ce haut 
fonctionnaire annonce que tout son concours est acquis a notre 
oeuvre. 

— Nos nouveaux confreres, MM. Belliet-Montrose, Paul 
Gaimard, le general Morris, remercient de leur admission. 

— M. Ch. Calemard de Lafayette, President de la Societe 
d'agriculture, sciences, arts et commerce du Puy (Haute- 
Loiro), exprime le desir, au nom de cette Societe, qu'elle soit 
agregee a la notre. La lettre renfermant cette demande contient 



PROCi;S-VERBAUX. 103 

de longs details sur les avantages (jue le departement peut 
olVrir pour des tentatives d'acclimatalion, en raison de ses 
conditions climateriques. Elle est renvoyee au Conseil. 

— M. Kaufmann, delegue de la Societe d'acclimatation de 
Berlin, informe que quatre Societes agricoles allemandes 
viennent do lui 6tre agregees. Gette leltre sera renvoyee a la 
(lenxieme section, k cause d'une communication qu'elle reri- 
ferme et qui est relative a une Poule sauvage des Moluques. 

— • M. le prince A. de DeniidoH' adresse un tableau des 
mammiferes et des oiseaux qu'il desire et de ceux qu'il peut 
olTrir en echange. Ce tableau sera insere au prochain Bulletin. 
A cette occasion, le Secretaire rappelle que la proposition de 
faire connaitre ainsi les animaux a echanger avait ete faite, 
des le 15 juin 1855, par la deuxieme section, comme le constate 
une lettre ecrite a cette epoque, au nora de cette section , par 
son secretaire M. Davelouis. M. le President fixe I'attention sur 
Lb desir exprime par M. le prince de Demidoff que les posses- 
seursd'animaux, dans lebut de faciliter les echanges, en indi- 
quent, autant qu'ils le peuvent, la valeur approximative. 

— M. Fred. Jacquemart, rapporteur de la Commission de 
comptabilite, lit, au nom de cette Commission, un rapport sur 
I'etat des recettes et des depenses de la Societe pendant 
I'annee 1856. Sur les conclusions de ce rapport, I'Assemblee 
approuve les comptes de M. le Tresorier, a qui elle vote, ai 
I'unanimite, des remerciments. (Ce Rapport sera insere dans le 
Bulletin.) 

— Notre confrere, M. Paillart, envoie, au nom de M. le 
general de brigade Levaillant, des graines de cereales de la 
campagne de Rome, dont la culture lui semble 6tre appelee a 
fournir d'heureux resultats, en raison de la belle qualite de la 
paille fournie par ces Graminees. 

— M. Pepin fait parvenir a la Societe une Notice relative 
a la culture des plantes etrangeres entreprise par notre Vice- 
President M. A. Passy, dans sa propriete de Gisors (Eure). 

— M. Braguier, en adressant a la Societe un rapport sur les 
vegelaux qu'elle lui a confies, fait une nouvelle demande de 
plantes etd'animaux. :; ., , ; (;.,:•;!•■ ; '; .ji u 



104 SOCIETE lMI>l';itl.U,E ZOOLOGIQUE d'aCCLIMATATION. 

— M. Kaufmann ofl're, an iiom de la Sociele (Facclimala- 
tion de Berlin, les premiers ceufs de Bombijx cynthia fournis 
par les papillons provenant de I'envoi de graines fait par notre 
Societe a celle de Prusse, au mois d'octobre dernier. 

— Notre confrere, M. des Nouhes, annonce Teclosion dans 
leseaux de sa propriete dela Cacaudiere, canton de Pouzangue 
(Vendee), de 1850 oeufs de Saumon sur 2000 que Fetablisse- 
ment deHuningue lui avait envoyes. 

— S. Exc. le Ministre de la guerre, pour faire suite a son 
precedent envoi, adresse les reponses au Questionnaire sur 
I'Autruche recueillies par les soins de I'Administration dans le 
cercle de Tebessa (province de Constantine, en Algerie). 

— M. de Lacoste transniet de Bordeaux des details sur I'oi- 
sellerie de notre nouveau confrere M. le docteur Desmaisons. 

— M. le comte de Jonquieres lit un travail sur I'importance 
des oiseaux insectivores au point de vue des recoltes agricoles, 
et sur la necessite d'en empeclier la destruction (V. ci-dessus). 

— M. Alexandre, maire d'Arleuf pres Chateau-Chinon 
(Ni^vre), qui avait re^u en depot deux chevres de la Haute- 
Egypte, afin que leur acclimatation sur les montagnes du 
Morvan piit 6tre tentee, annonce la mort de ces deux animaux, 
par suite des derniers froids. lis avaient donne naissance a un 
male et a une femelle, qui ont bien resiste a I'abaissement de 
la temperature. Cette race, dit notre confrere, est fort appre- 
ciee des habitants du Morvan, pour qui la Chevre, ajoute-t-il, 
est presque un membre de la famille. Plusieurs femelles du 
pays ont ete couvertes par le bouc egyptien, et il tiendra la 
Societe au courant des resultats de ces essais de metissage. 

— M. le baron H. Aucapitaine adresse de Blidah un travail 
imprime ayant pour titre : Notice sur Radames {renseigne- 
ments indigenes)^ dans laquelle il est question d'un ruminant 
(le Begueur-el-Ouacb des Arabes) qui est, en raison des qua- 
lites excellentes de sa chair, Tobjet'd'un grand commerce 
dans les Oasis et los Kissours. II appelle Tattention de la 
Societe sur cet animal, dont il serait interessant, dit-il, de ten- 
ter rintroduction dans nos pays montagneux du centre de la 
France ou sur les Pyrenees, ou vit son congenere le Bouquetin. 



PROCi:S-VERBAUX. 105 

II cominuniquera, d^s qu il lo pourra, de plus amples rensei- 
gnements sur cette race. 

— M. Sacc, en faisant parvenii* des ecliantillons de laine de 
Chevrc d'Angoia, insiste sur les qualites excelleutes de la chair 
de cette Chevre, et sur les importantes introductions d'ani- 
maux du Senegal et du Gabon que le Gomite regional de 
Bordeaux pourra faciliter. 

II appclle en mOme temps I'attention de la Societe sur 
rinter6t qu'il y aurait a faire, en Algerie, quelques tentatives 
de culture de Tarbre qui produit la goniine adragante {Astra- 
gains cretica). 

— M. le docteur Ch. Aube lit une Note sur les inconvenients 
qui peuvent resulter du defaut de croisement dans la propaga- 
tion des especes animales. 

— II est donne lecture d'un travail sur le Cerfeuil bulbeux 
anieliore, par M. Laffiley, secretaire du Cornice agricole de 
Melun etde Foutainebleau. 

— M. Millet, en presentant a la Societe de la part de M. le 
comte de Kercado deux oeufs d'hybrides d'Oie de Chine, eleves 
au chateau de Lestonac, lit une Note sur ce sujet. 



STANCE DU 20 FEVRIER 1857. 

Pr^sidence de M. Geofvroy Saint-Hilaire. 

M. le President proclame les nonis des membres nouvellement 
admis ; 

MM. Agron DE Germigny, proprietaire a Auzoux, pres Saint- 

Germain-du-Plan (Sa6ne-et-Loire). 
Arenstein (le docteur), Commissaire general de TAu- 

triche a TExposition universelle agricole de 1856, 

a Vienne (Autriche). 
AzAM (le docteur), a Bordeaux (Gironde). 
Beaude (le docteur), membre du Conseil de salubrite de 

la Seine, a Paris. 
BoNNEFiN (le docteur), a Bordeaux. 



106 SOClETt: IMPERIALE ZOULoOIQUE d'aGCLIMaTaTION. 

BoKuoMEO (leconitc Frederic), a Milan (Lonibardie). 

BoucHEREAU (H.-X.), a Bordeaux. 

Brambilla ( Jean-Bap tiste), banquier, a Milan. 

Calenge, a Paris. 

Daban, rapitaine au long cours, a Bordeaux. 

Paur^, pharmacien, a Bordeaux. 

Gallard (le comte de), a Paris. 
I GuESHER (Daniel), a Bordeaux. 
^ Heryouet, agent de change, a Bordeaux. 

Johnston (Nathaniel), a Bordeaux. 

LAMBiiEcHT (F.), ti Paris. 
■" Lareinty (le baron de), a Paris. 

Laruey (le baron), chirurgien ordinaire de S. M. I'Em- 
pereur, medecin en chef et professeur de clinique au 
y, Val-de-Grace. 

'Ai fi niembre de I'Academie imperiale de medecine, a Paris. 

LiAZARD (Alphonse), proprietaire agriculteur, au chateau 
de Trequet, pres Guenienee (Loire-Inferieure). 

MoNuoLFO (Sebastien), proprietaire, a Milan. 

Mora (le chevalier J. de), a Moulins (Allier). 

Oldecop (Ivan), a Bordeaux. 

PoRRO (le marquis Louis), proprietaire, a Milan. 

PuYSEGUR (le cpnite de), a Paris. 

Uougier (le docteur Charles), a Bordeaux. 

Scheurer (Aug.), manufacturier, a Thann (Haut-Khin). 
/ SiCHEL, docteur en medecine et en philosophic, a Paris. 

Ulrich (Guillaurae), banquier, a Milan. 

-, — Apres la proclamation des noms de nos nouveaux con- 
freres, M. le President annonce a la Societe qu elle vient de 
faire une perte Ires regrettable, celle d'un de ses meinbres les 
plus devoues, M. ie baron de Montgaudry, Secretaire de la 
Societe pour I'etranger et President de la cinquieme section. 
M. de Montgaudry est decede, il y a deux jours, dans le depar- 
tement de la Moselle; la nouvelle de sa mort est survenue ce 
matin m6me. 

— II est donne lecture de deux lettres, I'une de S, Exc. le 



Ministre de I'instruction publique el des cultes, annon^ant l6 
projetqiril a depuis realise d'assisler a la seance publique du iO, 
et I'autrede S. Exc. le mareehal Vaillant, Ministre de la guerre, 
a Foccasion dc la medaille hors classe decernee a son minis- 
lere. « J'apprecie, comme je dois le faire, dit M. le Mareehal, 
la haute i'aveur dont le departement de la guerre est I'objet, et 
j'en suis profondement reconnaissant. C'est, ajoute-t-il, une 
grande et douce recompense de Tinter^t que nous avons mis k 
seconder vos nobles pensees et vos constants efforts dont le 
but est la richesse de notre pays et le bien-6tre de nos com- 
patriotes. » 

— Des lettres de remerciments, pour les recompenses qui 
leur out ete accordees, sont adressees de Grenoble par M. Bou- 
teille, de Wcsserling par MM. Albin Gros ot Sacc, de Londres 
par M. Thompson, et de Paris par MM. Pomme et F. Prevost. 
'J — MM. Agron de Germigny, le docleur baron Larrey, Louis 
Porro, E. de Rougemont, ingenieur des ponts etchaussees, et 
le docteur Sarramea, remercient de leur admission. 

— Notre confrere, M. Kaufmann, adresse la piece officielle 
relative a la delegation aupres de la Societe, dont I'a charge 
notre Societe affiliee des Etats royaux de Prusse. 

— M. le general Jusuf annonce qu'il facililera autant que 
possible I'accomplissement de la mission de MM. Richard (du 
Cantal) et Albert Geoffroy Saint-Hilaire, et la formation d'une 
Societe aftiliee dans la province d'Alger, dont il a le comman- 
dement militaire. 

— M. le docteur Karl Scherzer, membre de la Commission 
scientifique de Texpedition autour du monde que va entre- 
prendre la fregate autrichienne Novarra, demande des instruc- 
tions, dont la redaction est confine k MM. Dareste et J. Michon. 

— Des remercJments pour des envois de Riz sec sont adres- 
ses par S. Exc. le Ministre de I'agriculture, qui a pris des 
dispositions pour faire essayer la culture de cette plante dans 
(juelques-uns de nos departements meridionaux. 

— M. le prefet du Gers, en reclamant les deux litres de Riz 
sec destines, conformement au desir de M. de Montigny, a 
chacune des quatre-vingt-six prefectures de France, informe 



108 SOCIETE IMPERIVLE ZOOLOGIQUE d'aCCLIMATATION. 

qu'il a deja fait dans son departement des tehtalives de cul- 
ture pour celLe plante, ainsi que pour le Sorgho, et qu'il y a 
fait planter pres de qualre cent niille pieds de muriers, qui, 
presque tons, ont bien reussi. 

— Des demandes de Riz sec, de Sorgho sucre et de Pois 
oleagineux sont adressees par M. Bellier-Montrose, ([ui destine 
ces semences a Tile de la Reunion, ainsi que par M. le comte 
deKercado, qui, ayant cultive il y a quehjues annees avec suc- 
ces, dans ses landes de Bordeaux, le Chanvre de Piemont, 
mais dont il a perdu les graines par des circonstances inde- 
pendantes de sa volonte, appelle I'attention de la Societe sur 
I'utilite de cette culture. D'autres demandes de graines de 
Chine sont faites par MM. de Caumont, Constantin, Laurence 
fils, Th. Mauduyt, E.-J. Thayer, par la classe d'agriculture de 
la Societe des arts de Geneve, par M. de Boigue, qui manifeste 
en m6me temps le desir de recevoir dans sa ferme de la Nievre 
des Chevres d'Angora , et par M. Meillien. Ce dernier donne 
des details sur les succ^s obtenus par lui avec Tlgname de 
Chine, dont on pent esperer Tacclimatation en Lombardie, oii, 
sur la demande de notre delegue M. Brot, des quantites assez 
considerables ont ete envoyees et dislribuees aux vingt-cinq 
membres que nous avons maintenant dans ce pays. 

— Des essais de culture du Sorgho dans le departement 
d'Eure-et-Loir n'ayant pas completement reussi entre les 
mains de M. Poulain de Bossay, notre confrere soUicite un 
nouvel envoi de graines de celte plante, et il demande, en 
outre, des graines d'arbres verts. 

— M. Aguillon envoie de Toulon une liste de graines et 
d'oignons qu'il pent offrir a ceux de nos collegues qui expri- 
meraient le desir d'en recevoir. 

— M. Adalbert Pollak (de Prague) adresse a la Societe : un 
modele d'une balle de Houblon de Boh6nie provenant de Saaz, 
des echantillons de cette m6me plante cultivee a Posdelherg, 
egalement en Boh6me, ainsi que de Trelles rouges et blancs, 
de Bles, de Seigle et d'Orge de la meme provenance. 

— M. Flury-Herard annonce I'arrivee d'une caisse envoyee 
par M. de Montigny contenantd'enormes tubercules feculeux, 



-^ _ .,. IMIOCES-VERBAUX.^ ,, 109 

originaires des for^ts de Siam et du Laos. A cette letlre il est 
joint iin catalogue descriptif de ces douzc especes de Diosco- 
rees, coiiteiiant des details sur le mode de culture a em- 
ployer. 

— Notre confrere, M. Cliatin, a la demaiide de M. Ic Presi- 
dent, adresse unc liste d'especes oflicinales de vegetaux don- 
nant des produits imporlants et originaires de pays etrangers 
sur lesquels il pourrait 6tre fait des essais d'acclimatation ou 
de culture dans les Landes, en Corse, en Algerie ou dans nos 
diverses colonies. 

— M. Gustave de Lauzanne, en faisant parvenir Tannee 
1856-57 de la Flore des serres, appelle Tattention sur un ar- 
ticle contenu dans le numero de juillet de ce recueil, et ou il a 
consigne les resullats actuels de tentatives d'acclimatation 
d'arbres etrangers dans le departement du Finistere sur ses 
proprietes, entreprises en 1772 par son bisaieul. 

— II est donne lecture d'une Note sur TOIivier de Crimea 
redigee par M. 0. Tuyssuzian, d'apres ses propres observations. 

— M. de Luca depose sur le bureau un echantillon de Thuile 
de Pois oleagineux, dont il a obtenu pres de 15 pour 100, 
resultat (jui , comme le fait remarquer notre confrere, n'est 
pas sans importance. 

— M. de Beauvoys adresse a la Societe un Catalogue manu- 
scrit des ouvrages (jui traitent des Abeilles ; ce catalogue, qu'il 
a fait aussi complet que possible, comprend 281 numeros, 
dont 144 se rapportent a des ecrits qu'il a pu analyser. 

— Notre confrere, iM. Saulnier, informe la Societe qu'il pos- 
sede un Coq et une Poule Sonnerat ou Poule primitive, et 
qu'il la tiendra au courant des resultats que cette race pourra 
lui founiir. 

— M. Harle, possesseur d'une collection tres complete de 
races varices de Poules, temoigne le desir d'obtenir les Poules 
coc\\mc\\n\o\ses noire-mailiee, doree eibrune. ,, 

— M. Daelen, referendaire de Roldue, pres d'Aix-la-Cba- 
pelle, annonce a la Societe son projet de lui faire bommagede 
la race de Pigeons dits Pigeons claqueurs. (Renvoye a la se- 
conde section.) 

T. IV. — Mars 1857. 8 



110 SOCIETE IMl'EUI^LE ZOULOGIQUE DACCLIMATATION. 

— Des lettres de MM. Ch. do Buryat, Kientzy etGustave de 
Lauzanne relatives a des demandes et a des ot!'res d'oeufs et 
d'oiseaux sont renvoyees, ainsi que d'autres lettres ayant le 
meme objet, a une Commission composee do MM. le comte 
d'Epremesnil, president; Berrier-Fontaine, Chouippe, le comte 
de Sinety et Davelouis, secretaire. 

— M. V. Chatel lit un travail sur le role important que les 
Oiseaux remplissent relativement a I'agriculture, les uns comme 
destructeurs d'insfectes qui causent souvent de grands ravages, 
et les autres comme destructeurs de graines de plantes nuisi- 
bles aux recoltes. 

— A la suite de cette lecture, M.BIaiichardpresente des obser- 
vations sur les Chenilles qui atlaquentles Pommiers, et qui, pa- 
raissant en meme temps que les i'euilles, forment, aux mois de 
juillet et d'aout, des cocons en nombre immense qu'il est plus 
facile de detruire qu'il ne Test de debarrasser les arbres de ces 
chenilles, (;n raison de la multitude de ces dernieres. Confir- 
mant ainsi I'opinion emise par M. Chatel, comme par le Bureau 
d' agriculture d'Angers, il ajoute que Talternance dans les de- 
gats causes par certains insectes, dont les vegetaux n'otit pas 
a souffrir toutes les annees, peut s'expli(juer par I'etat de ma- 
ladie de ces insectes. Comme exemple, il cite les chenilles du 
Chou [Pierisbrassico'),(\\\\ quelquefois perissentpresque toutes 
(197 sur 200), parce (ju'elles sont attaquees par un Ichneumon, 
le Microgaster conglomeratus, loge dans I'interieur du corps 
de ces larves. 

— A cette occasion, M. Guerin-Meneville, appuyantles obser- 
vations deM.Blancliard,rappelle qu'il a depuis longlemps deja 
fixe I'attention des zoologistes sur ces alternances eh expli^ 
quant Finterruption, dans certaines annees, des efl'ets desas- 
treux dont il s'agit, et particulierement pour les Oliviers, qui 
sont presque tout a fait exempts des attaques de la Mouche 
{Ddcus olece) I'ann^e qui suit une forte invasion de ce dipl^re. 
Get arret, dit-il, est du a ce que les insectes dont on a d'ordi- 
naire a redouterles ravages, sont alors attaques par des para- 
sites, qui en ont eux-m6mes d'autres destines a limiter leur 
nombre. 



PhOCfeS-VEUBAUX. '^*'""' ;''*' ill 

De cette fa^on, les premiers parasites no delniisent pas com- 
pletenientles insectes dans les(jiielsilsvivenl,etdontles ravages 
peuvent de nouveau se produire. Cette sorte de loi agricole 
concemaut les alternances dans I'apparition des insectes nui- 
sibles, entrevue par Linnc, niais bicn demontree par les obser- 
vations qui precedent, est aujourd'hui universellement admise. 

— II est donne communication de la r^ponse faite par le 
cercte de Tcbessa (province de Constantine) au Questionnaire 
relatif a TAulrucbe. 

Apr^s cette lecture, M. Jules Duval rappelle une assertion 
iniporlante de M. Raffenel, qui dit que dans le haut pays voi- 
sin des sources du Senegal, ou il a ete prisonnier, les Autruches 
sont tout a fait domestiques. 

— M. le vicomte de La Hochefoucauld fait parvenir le tequ 
de deux Pores anglais et de deux Pores anglo-cliinois males et 
femelles, ijui lui ont ete confies, ainsi que ses reponses aux 
questions contenues dans le Programme d'observations remis a 
tous les membres qui ont, dans leurs proprietes, des animaux 
appartenant a la Societe. 

— i\I. F. de la Sizeramie annoncela naissance d'uh Agneau 
de la race ovine de Caramanie. 

— On re^oit de M.Sacc des echantillons de laines de Lama, 
filees avec succes par M. H. Schlumberger, el qui, d'apres Tavis 
de MM. dros p^re et tils, conviennent surtout a la bonneterie 
et aux etofl'es de Roubaix, en raison de leur moelleux, de leur 
souplesse et de leur force. II demande que la laine d' Alpaca qui 
sera recueillie au Museum cette annee soil adressee a ce fila^ 
teur, dans la prevision qu'elle pourra tres bien se pr(>ter au 
melange avec la laine de Clievre angora. 

— Une leitre de M. le baron H. Aucapitaine, qui appelle 
Tattenlion de la Societe sur I'etat d' abandon et de delabrement 
ou se trouve le tombeau du voyageur Victor Jacquemont, a 
Bombay, est renvoyeeau Conseil, qui examinera ce qui pour- 
ruit LHre fait a cet egard. 

— M. Alexandre Vattemare, direcleur-fondateur de I'Agence 
cenlrale des echanges internationaux, fait bommage d'une serie 
d'ouvrages publics aux Etats-Unis, et dont un certain nombre 



112 SOCI^T^ IMl'ERlALE ZOOLOGIQUE d'aCCLIMATaTION. 

traitent de sujets qui se rapportent a Tobjet de nos etudes. 

— On precede a Felectiondu Bureau et du tiers du Conseil. 
Les bulletins de vote sont remis a une Commission clioisie par 
le Conseil pour operer le depouillement immediat du scrutin. 

Le nombre des votants etait de 30A. (118 membres etaient 
presents, et 186 votes avaient ete envoyes sous pli cachele et 
contre-signe, ou dans des lettres adressees soit a M. le Presi- 
dent, soit a M. le Secretaire general, savoir : 65 de Paris, 88 
des departements et de I'Algerie, et 33 de I'Etranger.) 

Void comment les votes ont ete repartis : 

1<» Pour la presidence : M. Isidore Geoffroy Saint*Hilaire, 
301; M. Richard (du Cantal), 3. 

2° Pour les quatre vice-presidences : MM. A. Passy, 303 ; le 
prince Marc de Beauvau, 300; Drouyn de Lhuys, 299 ; Richard 
(du Cantal), 297. 

3» Pour les fonctions de Secretaire general : M. le comte 
d'Epremesnil, 301. 

h" Pour les fonctions de Secretaires : MM. E. Dupin, 303 5 
Guerin-Meneville, 299 ; Aug. Dumeril, 298 5 le baron de Mont- 
gaudry, 206 5 Paul Gaimard, 89. 

50 Pour les fonctions de Tresorier : M. Paul Blacque, 303. 

6° Pour les fonctions d'Archiviste, 31. Cosson, 301. 

7° Pour le Conseil : MM. Frederic Jacquemart, 303; le mar- 
quis de Selve, 301 ; Jacques Valserres, 297; Moquin-Tandon, 
295. 

En outre, un grand nombre de membres ont obtenu un 
moindre nombre de voix pour diverses fonctions. 

En consequence, sont elus pour Tannee 1857 : 

President : M. Isidore Geoffroy Saint-Hilaire. 
Vice-presidents : MM. le prince Marc de Beauvau, Drouyn 
de Lhuys, A. Passy et Richard (du Cantal). 

Secretaire general : M. le comte d'Epremesnil. 
Secretaires : MM. Guerin-Meneville pour le Conseil, Aug. 
Dumeril pour les seances, Dupin pour I'interieur, et Paul Gai- 
mard pour I'exterieur. Cette derniere election est declaree 
a Tunanimite valable par TAssemblee, les suffrages donnes a 
M. le baron de Montgaudry etant annules en raison du deces 



PROClfcS-VEHBAUX. H^^ 

(le notre confrere, survenu deux jours avant I'election, et an- 
nonco par M. le President au commencement de la seance. 

Tresorier : M. Paul Blacque. 

Archivist e : M. le docteur Cosson. 

Membres du Conseil : MM. Fred. Jacquemart , Moquin- 
Tandon, le marquis de Selve et Jacques Valserres. 



SEANCE DU 6 MARS 1857. 

Pr^sidence de M. Geoffrov Saint-Hilaire. 

M. le President proclame les noms des membres nouvelle- 
ment admis : 

MM. Albuf]6ra (le due d'), membre du Corps legislatif, a 

Paris. 
Allard (Jules), proprietaire, a Paris. 
AssiER DE MoNTFERRiER, proprlctairc, a Bordeaux. 
Beurges (le comte Gaston de), proprietaire, a Paris. 
BoNDY (le comte de), ancien prefet, ancienpair de France, 

a Paris. 
Gnecchi (Joseph), Ingenieur, a Milan. 
Greffulhe (le comte de), proprietaire, a Paris. 
Jamoni^res (le baron de), au chateau des Jamonieres, pres 

Saint-Philibert de Grand-Lieu (Loire-Inferieure). 
MrAiLHE (Jean-Baptiste), capitaineenretraite,a Bordeaux. 
MoNTDRAGON (Ic comte de), a Paris. 
Plaisance (le comte de), a Paris. 
Preaux (le comte de), a Paris. 
Prillieux (Edouard), a Paris. 
San-Giacomo (le prince), a Paris. 
TissoN (Eugene), a Paris. 
Veyer (Gustave), proprietaire, a Blidah (Algerie). 

— A I'occasion du proces-verbal de la seance precedente, 
ou est mentionne le travail de M. V. Chatel, relatif aux oiseaux 



IIA socie:t#. imperiale zoologique d'acclimatation. 
insectivores, et dans lequel ce membre tlit qu'il partage Topi- 
nion de ceux qui considerent I'ecoconage comme utile pour 
debarrasser les arbres desinsectes nuisibles, M. le docteur Aubo 
objecte que cette operation est sans utilite, puisque lorsqu'ou 
la pratique les chenilles ont deja exerce leurs ravages. M. Chatel 
repond que ,si elle est inutile pour les chenilles coconees, elle 
ne Test pas pour prevenir les pertes de Tannee suivante, la 
ponte des oeufs se trouvant ainsi emp6chee. 

— L'admission de \nSociete d' agriculture , sciences, arts et 
commerce du Puy (Haute-Loire) et de la Societe imperiale et 
royale d' agriculture, a Vienne (Autriche), comme Societes 
agregees de la notre, est mise aux voix et votee a Tunanimite. 

— Une deniande d'agregation adressee par la Societe d' agri- 
culture de D6le du Jura est renvoyee a I'examen du Conseil. 

— M. Kaufmann, delegue de notre Societe aftiliee de Berlin, 
annonce I'agregation a cette Societe de trois Societes alle- 
mandes. 

— Le Tresorier de S. A. R. le prince Albert informe la So- 
ciete qu'il a reQU du Prince des ordres pour qu'une somme de 
mille francs soit payee pour I'entree de S. A. R. dans la Societe. 

— M. le general Daumas informe qu'il s'est occupe de faire 
parvenir le plus promplement possible a MM. Hardy et Brauwers 
la medaille et la mention honorable que la Societe leur a de- 
cernees. 

— M. le due de Gramont (ci-devant due de Guiche), ministre 
plenipotentiaire de France en Sardaigne, adresse ses remerci- 
ments pour sa nomination de membre honoraire, et temoigne 
de son dcsir de faire servir encore aux inter^ts de la Societe 
les longues absences de France que ses fonctions commandent. 

— M. le prince A. de Demidoff annonce qu'il fera tenir, par 
les mains de M. le professeur Brandt, delegue de la Societe, a 
Saint-Petersbourg, le diplome destine a M. de Steven et la 
medaille de M. Hartwis. Quant a celle de M. Malischefl', il dit 
que cette transmission est pour lui une grande joie, et que 
cette recompense sera un evenement heureux, aussi bien qu'un 
immense mobile d'emulation dans ses proprietesde Russie. II se 
fera egaleraent, et avec empressement, Tintermediaire de la 



I 



,,, PROCfeS-VERBAUX. 116 

Societe aupres de MM. Ridolfi, Salvagnoli, Simoni et Parla- 
tore, nos laureats toscans. Enfiii, apres avoir rappele les ra- 
pides progres de la Societe, M. le prince de Demidofl' ajoute 
(|u'il ne faut pas trop se plaindre d'une epoque ou, sur Tappel 
d'une illustre renoinmee, lous les efforts se groupent avec un 
si louable empressement pour concourir a un but d'utilite 
scientilujue et pratique. 

— MM. Douche du Vitray et Jean de Mora remercient de 
leur admission. 

— M. le President annonce Tinstitution de nouveaux Dele- 
gues du Conseil dans des villes ou Ja Societe n'en possedait pas 
encore. Ce sont : MM. A. Zurclier a Cernay (Haut-Rhin), Car- 
bonnier a Neufchatel (Suisse), Piddington a Calcutta, ledoc- 
(eur Arenstein a Vienne, le prince de Demidoff a Florence. 
Les Delegues precedemment nomines ont ete maintenus pour 
('annee 1857. 

— M. le President annonce, en outre, que MM. Aubry-Le- 
comte, J. Cloquet, Debrauz, Drouyn de Lbuys et Gaimard ont 
ete nonimes par le Conseil nnembres de la Commission per- 
manente des colonies et de Fetranger, pour Tannee 1857. 

— M. Albert Geoffroy Saint-Hilaire, secretaire adjoint de la 
Commission permanente de TAlgerie, a ete nomme, dans la 
m6me seance du Conseil, Secretaire titulaire, en remplacement 
defeu M. le baron de Montgaudry. 

, — MM. Brot, Delegue de la Societe a Milan, Lambot-Mira- 
val, Monet et Sacc remercient des grairjesde Chine qu'ils ont 
regucs. 

— M. le President renvoie a la section des vegetaux des de- 
mandes de plantes adress^.es par M. le general Daumas et 
M. Vincent de Gourgas, ainsi (ju'une lettre de M. Van Mee- 
verde de Zwoll (Hollande), relative a des essais a faire de culture 
de the en Europe, et par laquelle il demande a 6tre charge de 
la direction de ces essais, en raison des connaissances prati- 
ques sur cette matiere qu'il a acquises, dit-il, pendant un long 
sejour a Java, ou cette plante est cultivee avec succes. 

— Un envoi (Tlgnames violets de Tile Maurice, ou lis sont 
connus sous le nom de Cambares Creoles, ainsi que d'oignons 



116 sociETi': iMi'j-iu.vLi-: zoologiqik d'acclimatation. 
et de graines de plantes utiles de l;i meine locality, est fail par 
MM. Lienard, qui raccompagnent d'une lettre contenaut des 
details relatifs a la culture de I'lgname. Des remerciments se- 
ront adresses h nos confreres. 

— II en sera egalenient adresse a i\I. Armange aine, capi- 
taine au long cours, qui expedie de Nantes 350 grammes de 
trois especes de Palmiste et d'un arbuste dit Bois-savon. 

— M. le prince Marc de Beauvau, en faisant parvenir de sa 
terredeSainte-Assise(Seine-et-Marne)destuberculesd'Ignames 
et des echantillons delafecule qui en a etc extraite, transmct 
une note de son jardinier, M. Fouchez, sur les resultats de la 
culture de cette plante. 

— M. Fred. Jacquemart fait deposer sur le bureau une 
caisse d'Ignames obtenus des bulbilles que la Societe lui avait 
confies. 

— On en regoit egalenient de la part de M. Cbevet, et, a la 
suite de quelques observations sur la provenance de ces rhi- 
zomes, M. le docteur Aube dit que I'lgnamc plante sert a nour- 
rir celui qui doit lui succeder, et qu'il doit, pour ce motif, 6tre 
laisse dans le sol. 

— M. Sacc envoie un rapport detaille sur la culture des 
graines remises a notre confrere, M. Marozeau. Ce rapport est 
suivi de propositions relatives aux travaux agricoles de la So- 
ciete, et qui sont renvoyees a I'examen du Conseil. 

— M. le docteur Turrel, secretaire du Comice agricole de 
Toulon, adresse une Note sur la Cerosie produite par le Sor- 
gho du nord de la Cliine, et dont M. Hardy a parle comme 
d'un produit imporiant. Tout en protestant de son respect et 
de sa sympalhie pour M. le Directeur du jardin d'essai d' Alger, 
dont il admire, dit-il, les perseverants travaux, M. Turrel in- 
siste sur ce point qu'il n'est pas demontre, suivant lui, que la 
Cerosie puisse, dans Tetat actuel de I'exploitation du Sorgho 
et en France, en etrc extraite economiquement. En raison des 
difficultes de la recolte de cette substance dans le court espace 
de temps (deux mois : octobre et novembre) qui, en France, 
doit^tre consacre aux manipulations necessaires pour obtenir 
I'alcool, il croit, jusqu'a demonstration du contraire, que c'est 



PROCES-VERBAUX. H7 

aux. depens do ce dernier produit, le plus important de tons, 
(|ne la Cerosie poiirra 6tre recueillie. 

— M. le doeteiir Sicar.I, dans une communication verbale, 
passe rapidement en revue toutes les questions qui se ratta- 
chent a Temploi des produits fournis par le Sorgho. II fixe snc- 
cessivement I'attention de TAssemblee sur le sucre qu'on en 
obtient, sur I'usage des jeunes tiges comme fourrage excellent, 
sur les diverses matieres colorantes qu'on peut en extraire et 
particulierement sur la farine de tres bonne qualite que donne 
le grain. Le but de noire confrere, ainsi qu'il le fait remar- 
quer, est de signaler , comme praticien livre avee ardeur a la 
recbercbedes avantagesque promet celle plante, Timportance 
extreme de son acclimatation sur notre sol. 11 repond ensuite 
a diverses questions faites par plusieurs de nos confreres. A 
M. Millet, qui demande si, dans Tetat actuel des choses, les 
frais de manipuhition ne sont pas trop considerables compara- 
tivenient a la valeur reelle des produits , il fait observer que 
cet inconvenient, a ce qu'il esp^re, disparaitra bient6t, car il 
s'occupe avee des constructeurs habiles de Tetablissement de 
machines propres a facililer efa simpbfier ces manipulations. 
A M. Cloquet, dont les tentatives de culture de Sorgho ont 
tres bien reussi aux environs de Toulon, niais qui se plaint 
des desastres que le mistral peut causer dans les plantations, 
M. Sicard repond que le m^me accident lui est arrive, mais 
que les suites n'en ont pas ete facheuses, attendu que les tiges 
n'ont pas tarde a se relever. 

— M. le comte de Galbert ne partage pas completement 
I'opinion de notre confrere sur Tutilite de I'emploi comme 
fourrage, la coupe, dit-il, ne permetlant pas a la tige de de- 
venir aussi belle qu'elle Test d'ordinaire, quand cette operation 
n'a pas ete praliquee. 

Relativement aux boissons que le Sorgho peut fournir, et 
dont M. Sicard a dil qiielques mots a propos du cidre qu'il a 
obtenu, M. de Galbert informe que, dans le departement de 
risere, il a tire six hectolitres de vin de bonne (jualite de la 
culture de deux ares. II a aussi fabrique du vin cuil et une sorte 
de conlitnre (jui sont Tun et I'autre d'une saveur agreable. 



118 SOCIETE IMPERIALE ZOOLOGIQUE d'aCCLIMATATION. 

— M. Bourgeois lit une Note siir les truffes d'Etampes, 
dans le but de provoquer, de la part de la Societe, des re- 
cherches destinees a fournir des renseignements positifs sur 
ce sujet. 

— M. Guerin-Meueville presente, de la part de M. Lamiral, 
associe de M. Payerne pour la propagation de procedes de 
navigation sous-marine de leur invention, une serie de pieces 
relatives a I'utilisation de ces procedes pour la p6che reglee 
du Corail, pour racclimatation sur nos cotes de I'Algerie des 
Eponges, et m6me pour la culture et la p6che des huitres ali- 
mentaires eiperlieres. Ces documents sont renvoyes par M. le 
President a la troisieme section. 

— Sur le desir qui en est exprime par M. Antoine, apicul- 
teur a Reims, les membres de la Societe residant dans cette 
ville ou dans les environs seront informes que, le 15 mars, 11 
retirera ses ruclies des silos oii elles sont enfouies depuis qua- 
tre mois. lis seront, en m6me temps, invites a vouloir bien as- 
sister a cette operation, afm qu'ils puissent adresser un rapport 
sur la pratique dont il s'agit, la seule, dit M. de Beauvoys dans 
une lettre ecrite a cette occasion, qui puisse sauver les petits 
ruchers de la douceur de nos hivers, laquelle est, depuis quel- 
ques annees, la grande cause de la destruction toujours crois- 
sante des Abeilles. 

— M. le comte de Galbert met sous les yeux de TAssemblee 
le plan d'un etablissement de pisciculture qu'il a fonde dans 
ses proprietes, a La Buisse, pres Grenoble, en 18/19, mais oii 
il n'a conunence a obtenir de veritables succes qu'en 185il. 
Les eaux fournies par des sources abondantes alimentent plu- 
sieurs bassins communicjuantlibrement ensemble, a volonte, et 
oil des retraites abriteesontetemenagees^ ils presentent, dans 
leur totalite, une contenance d'un hectare. lis sont destines, 
I'un aux poissons d'un an, un autre aux poissons de la deuxieme 
annee, et enfin, le troisieme devient la demeure definitive de 
ceux qui ont sejourne pendant un an dans ce deuxieme bassin. 
Une frayere artificielle est disposee dans un des reservoirs, 
mais c'est surtout au moyen de la fecondation artificielle que 
notre confrere obtient le plus grand nombre d'animaux. Ce 



.. ., ■ . PROCtlS-VERBAUX. 119 

sont les Iruites, en particulier, qu'il propage dansses eaux,et 
dontil obtient environ cent inille individus chaque annee. 

— II est donne lecture d'une Note adressee de Blidah par 
M. le baron H. Aucapitaine, et renfermant une description 
du nid d'Autruches dans le Sahara algerien. Elle est accompa- 
gnoe d'un dessin representant ce nid. 

— On renvoie a la deuxi^me section une lettre de M. Des 
Nouhes, qui demande des renseignemcnls sur les Colins. 

— Au noni de cette section, M. Davelouis, son Secretaire, 
^crit une lettre dans le but d' engager les membres qui la com- 
posent a vouloir hien apporter, avee le plus d'assiduite qu'il 
leur sera possible, leur concours, si necessaire dans la discus- 
sion des questions varices soumises a I'examen de la section. 

— M. Chagot, membre de la Societe, ecrit pour faire con- 
naltre la resolution qu'il a prise de fonder un prix de deux mille 
francs, pour la domestication de I'Autruche. La lettre de 
M. Chagot est renvoyee a la deuxienie section et au Conseil. 

— M. Dareste, au nom de la premiere section, lit un Rapport 
sur la question de I'introduction du Dromadaire au Bresil , portee 
devant la Societe par notre Delegue a Rio-de- Janeiro, M. de 
Capanema, au nom du gouvernement de S. M. I. Don Pedro II. 

A la suite de ce rapport, M. le docteur A. Thierry insiste 
sur un fait qui y est signale, mais dont I'importance, dit-il, 
merite heaucoup d'attention. II s'agit de la difference a etablir 
entre les Dromadaires porteurs et les coureurs. Ceux-ci, comme 
on le cite a I'occasion d'une excursion de Mehemet-Ali, peu- 
vent franchir en huit heures une distance de 180 kilometres 
sans boire et sans prendre de nourriture; mais c'est la un re- 
sultat dii surtout a I'education. D'apr^s les observations de ce 
m^me membre, le Rapport mentionnera les dangers que pre- 
sente, pour la sante et m6me pour la vie de ces animaux, 
I'epoque du rut, afin qu'on evite ce moment de I'annee pour 
operer leur transport au Bresil. 

Le Secretaire des seances ^ 
Aug. Dumeril. 



120 SOCIKTK IMI'KIU\Lr, ZOOLOGIQIE d'aCCLIMATATION. 



Seance du 23 Janvier 1857. 

Voyage en Scandinavie, en Laponie, au Spitzberg et aux F^roe, 
pendant les ann^es 18c8, 1839 el 18'iO, par M. Paul Gaimard (26 vol. in-S). 

Atlas du Voyage de M. P, Gaimard (73 livraisons in-folio). Offert par 
I'auteur. 

Le Nil Blanc et le Soudan, fiiudes sur I'Afrique centrale, nioeurs et 
coutumes des sauvages, par M. Brun-Rollet. 

Carte de la Colonisation de l'Algerie, par M. J. Duval (2 exera- 
plaires). Offerts par rauteur. 

CONGRES sciENTiFiQUE DE FRANCE, 22* session, tcnue au Puy, en sep- , 
tembre 1855 (2 vol.)- 

UECUEIL des TRAVAUX DE LA SOCIETl': LIBRE D'AGRICULTURE, SCIENCES 
ET BELLES-LETTRES DE l'Eure (3* serie, t. Ill, 185/l). 

L'IsTMO Di Suez, la Stazione telegrafico-elettrica di Cagliari, 
Ragionamento del T. G. Alberto della Marmora, senatore del Regno. Offert 
par M. Baruffi. 

CATALOGUli RAISONNfi SUR LA PLANTATION DES ARBRES FRUITIERS, par 

M. Jamin (2 brochures). Offert par I'auteur. 

Seance du 6 fevrier 1857. 

Cat^chisme D'AGRICULTURE, par M. A. Jourdier. Offert par I'auteur. 

Rapport annuel de la Societe industrielle de Mulhouse, fait a 
rAssembi^e g^n^rale du 26 d^cembre 1856, par M. Daniel Dolifus fils, 
secretaire. 

Bulletin de la Societe industrielle de Mulhouse, n° 135. 

Journal d'agriculture de la COte-d'Or (n"' 9 ei 10, 1856). 

Memorie della Societa agraria della provincia di Bologna (8* et 
9' volumes). 

De l'£migration edrop^enne, Institution de bienfaisance en Alg^rie, 
par M. J. Duval. Offert par I'auteur. 

De L'ASSIMILATION DOUANli:RE ENTRE L'ALG^RIE ET LA FRANCE, par 

le mfime. Offert par I'auteur. 

Bulletin du Comice agricole de l'arrondissement de Saint-Quen- 
TlN (Aisne). (T. V, annee 1856.) 

Bulletin de la Socikt^ d'horticulture de l'Aube (1856, W trim.). 

liltablissement d'horticulture. — Catalogue g^ni^ral et prix courant des 
V(?getaux disponibles dans les cultures de Louis Martin-Joly, horiiculteur 
p^pinieriste h Nice-Maritime (fitats-Sardes). 



BULLETliN BIBLiUGUAl'HIQLC. 121 

Catalogle dcs Vc5^(5taiix et dailies i livrer pendant la saison 1856-1857, 
dans les pc'piiiit'res de I'^tat en Algdrie. 

Catalogue des V^g^^taiix cultiv^s h la p^pinifere centrale du Gouverne- 
ment ci Alger. 

MeHORIAS ok la real ACADEMIA DE CIENCIAS U£ MADRID (t. ill et IV). 

Anndncio del eclipse anular y central que tendra iugar el 15 de marzo 
1858, par don Antonio Aguilar. 

Instructions pour le voyage a la recherche des sources du Nil 
Blanc, sous le coinmandement de M. d'Escayrac de Lauture. Offerl par 
M. le professeur Cloquet. 

Industrie des Soies (classe21), par M. Gu^rin-M^neville. 

Journal de la Socii£te d'horticulture du Bas-Rhin (t. II, n"' 9 et 10). 

Soci]£t£ philomatique de Paris (ann^e 1856). Extraiis des proc^s-ver- 
baux des stances pendant Taiin^e 1856. 

Flore des serres et des jardiivs de l'Europe, Journal g^ndral d'hor- 
ticulture (12 livraisons). 

Du SUCRE DE Jayre ou DE Palmier, par M. J.-L. Soubeiran. OtTertpar 
Pauteur. 

Une course aux iles d'Houat et d'HOedic (Morbihan), par le ni^me. 
OITerl par Tauteur. 

Seance du 20 fivrier 1857. 

Questions financi^res et d'^conomie politique, par H. Barault- 
Uoullon (du Loiret). 

Revue horticole oes BoucHES-ou-RndNE, Journal des travaux de la 
Soci^t^ d'horticulture de Marseille (Janvier 1857). 

Des BoissoNS fkrmentees kconomiques, par M. le docteur Gosse. 

Compagnie g^n^rale des Travaux agricoles par la Vapeur. — Notice sur 
LA PiocHEUSE A VAPEUR, et sur SOU application aux d^frichements, labours 
ei autres travaux agricoles. OITerte par M. Valserres. 

Article sur l'acclimatation des animaux, Iu devant la Soci^t^ impd- 
riale d'agriculturc de Moscou. Offert par M. Anatole BadanofT, de Moscou. 

The Journal of the New-York State Agricultural Society (Albai- 
ny, January 1857). 

Report of the Commissiokner of patents for 185/1 (Agriculture). 

Report of the Commission \er of patents for 185i (Arts and Manu- 
factures), (2' volume). 

Proceedings of the Academy of natural sciences of Philadelphia 
(de Janvier 1855 a mai 1856). 

NOUVELLES ANNALES DES VOYAGES, DE LA GeOGRAPHIE, DE l'HiSTOIRE ET 

DE l'Archeologie, par M. V.-A. Malte-Rrun (annde 1856). Offert par 
M. de la Roquelte. ...I-^ /a.;.::,: 



122 SOCIETY IMPERIALE ZOOLOGIQUE d'aCCLIMATATION. 

Situation. Maladies et Amelioration des races de Vers i oie, par 
M. Guerin-M^neville. Offort par I'auteur. 

BCLLETm DE LA SOCI^TJ^ DES SCI! IVCES NATURELLES ET ARCHI^OLOGIQUES 
DE LA CrEUSE (t. II). 

La Kabvlie, par M. le g^n^ral Daumas. Ollert par I'auteur. 

Troghilinarum endmeratio ex affinitate naturali reciproca pri- 
MUM DCCTA provisoria, aiictore Ludovico Reichenbach, Musei regii zoolo- 
gici el Horti botanici Dresdensis directore. 

Etablissements hippiqdes DE L'ALGfiRiE (Instructions). 

Alimentalioii publique. — De l'usage de la viande de Cheval dans la 
NODRRiTURE DE l'Uomme, par M. Ic doctcur Borie. Offert parraiiteur. 

Annales de la Societe d'agriculture, sciences, arts ET commerce 
DL Pdy (t. XIX, 18oZi). 

ANNALES de la SoCIETt^ d'EMULATION DU D^PARTEMfeNT DES VOSGES 

(t. IX, 1" oahler, 1855). 

Memoires DE l'AcadI^mie IMPERIALE DE Metz (ann^e 1855-1856). 

Society d'accli.matation du royadme de Prdsse, ci Berlin (les 3 pre- 
mieres publications). Offerles par M. L. Kaufmann. 

RecHerches scientifiques en Orient, entreprises par les ordres du 
Gouvernement, pendant les annees 1853-185/i, et publi^es sons les auspices 
du iVlinisl^re de TAgriculture, du Commerce et des Travaux publics, par 
M. Albert (laudry (parlie agricole). Offertes par I'auteur. 

COMITE regional DE LA SOCIETE IMPIvRIALE ZOOLOGIQUE D'ACCLIMATA- 

TiON A Bordeaux, compte rendu de la premiere seance. 

Note sur la culture et la propagation du Dioscorea japonica (Igname du 
Japon), par M. Pepin, chef des cultures au Museum d'hlstoire naturelle. 
Ofl'erte par Pauteur. 

iNouvELLEs OBSKRVATiOMs sur I'utilitc^ dc la conservation desoiseaux dans 
I'int^ret de Tagriculture, par M. V. Ghatcl. (Offert par I'auteur.) 

CoMPTE RENDU prescutc k la Socii^te Linneenne de Bordeaux, dans son 
assemblee g<?n(5rale du 6 septembre 185/i, au nom de la Commission charge 
d'^tudierla maladie de la vigne dans la Gironde en 1853, par M. Cuigneau. 

Note sur le Pilobohts crystallinus, par le m^me. 

Considerations sur le ddveloppement el I'utilit^ des cryptogames para- 
sites, par le mfime. 

Documents pour servir k I'etude de la maladie de la vigne, par le m6me. 
Ces quatre memoires ont ^t^ offerts par Tauteur. 

A POPULAR Guide to the Gardens of the Zoological Society of 
London, par M. Mitcliell. OfTertpar M. Moquiu-Tandon. 

Patent-reporteor 185^^). Washington, 185/i, 2 vol. in-fol. 

Meteorological obsekvations made at sundry Academifs of the 

State OF New- York, from 1826 lo 1850, by F.-B. Hough. Albany, 1855, 

1 vol. in-h. 
Treatise of practical Husbandry, by Watson. Albany, 1855, 1 vol. 

in-fol. 



./.OITAT/KLJBULLETIN BIBLIOGUAPHIQUE; ' -itaU' 12S 

The (InEAT Droogth of 1854 (Legislative agricoltcbal Meeting of 

JANUARY 25, 185;')). 

Address of W.-C. Rives at the Annual Exhibition op the NEw-YoRi 
State Agricultural Society (September '23, 1853). Albany, 1853. 

Annual Heport of the Trustees of the New-York State library; 
Albany, 1856. 

llEPORTS ON THE CONDITION OF THE STATE CABINET OF NATURAL HISTORY, 

1851-1856 (avec planches). 6 brochures. 

Catalogue of the Cabinet of Natural history of the State op New- 
York, Albany. 1853, 1 vol. in-fol. 

(Jeology of South-Carolina, by Tuomey. Columbia, 1848 (avec 
planches). (Ce rapport coniknt la faune de la Caroline du Sud.) 1 vol. in-4. 

Army Meteorological register from 1843 to 1854, by Thomas 
Law.son, Surgeon general. Washington, 1855 (avec cartes). 

Insects op Algiers from the Museum of natural history at Paris, 
by M.-D. Asa Fitch. 

Catalogue with references and descriptions of the insects col- 
lected AND arranged FOR THE STATE CABINET OF NATURAL HISTORY, by 
Asa Filcli, M.-D. 

The American currant moth (Abraxas? Uibearia), by Asa Fitch, M.-Di 

An Essay upon the Weat fly, by Asa Fitch. Albany, 1846. 

The Hessian fly, its history, character, transformations and 
HABITS, by Asa Fitch. Albany, 1847. 

Proceedings of the National Institute 1855 (comprenant des docu^ 
ments sur les sciences naturelles). 

Transactions of the Agricultural Societies of the State of Mas* 
sachusetts, 1850-51. Boston, 1851-52, 2 vol. in-fol. 

Transactions of the New- York State Agricultural Society pour 
1853. Albany, 1854, 1 vol. in-fol. 

Handlock, Manuel de la culture et de la fabrication du th^, par Jacobson, 
inspecteur de la culture du the. Batavia, 1843 (planches), 2 vol. in-fol. 

(Ces 19 ouvrages ont ^t^ ollerts au nom du Congrfes et de divers fitats de 
rUnion am^ricaine, conform^ment au syst^rae d'dchange international, par 
M. A. Vattemare.) 

La Soci6l6 reijoit les publications periodiques et les joumaux dont left 
litres suivent : 

Revue et Magasin de Zoologie pure el appliqu^e , par M. Gu^rin-Mene- 
villo. — Annales de TAgriculture franqaise. ~ L'Agriculteur praiicien. — 
Journal des Haras. — Le Drainage, iudicateur des ameliora lions agricolest 
— Revue coloniale. — Archives algoriennes. — Journal de rAcaddinie natio- 
nale. — Annales de la Soci^t^ universelle. — Le Moniteur des Cornices. — 
Cosmos. — L'Institut. — L'Utile et I'Agr^able. — Le Sud-Est, journal 



i'lli SOCIETE JMP^RIALE ZOOLOGlQlib) d'aCOLIM-VTATION. 

agricole et horlicole tie Grenoble. — Journal d'agriculture pratique etd'(5co- 
nomie rurale pour le Midi do la France. — Bulletin de la Soci^t^ vaudoise 
des sciences naturelles, — Bulletin de TAlg^rie et des Colonies. — llevuede 
rOrient, de TAlgerie et des Colonies, — Journal de rArchipel indien. — 
L'Aini des Champs de la Gironde. — Annales de la Soci(5i(5 d'horliculture de 
la Gironde. — llevue agricole et horticole du Gers. — L'llorticulteur fran- 
cais. — L'lUuslralion. — L'Anii des Sciences. — La .Science pour tons. — 
Le Moniteur de I'agriculture. — La Science. — La Revue des Cours publics. 
— La Mforme agricole. — La Colonisation. — Le Commerce s^ricicole. — 
La Presse Grayloise. — Le Journal de Pontarlier. — Le Bulletin d'Espalion. 



BULLETIN DES i:CII Al^IGES 

PROPOSES PAR LES MEMBRES DE LA SOCIETE IHPERIALE d'aCCLIMATATION. 







OFFERTS. 


DEMANDES. 






M. Chouippe, 


PoulesBrahma-pootra, anim. etceufs 








a Paris, 


— Cocliinchinoises jaunes, id. 

— — blanches, id. 

— Crevecoeur croise de cocliiii- 

cbine blanche, oeufs. 










— ombrees,ditesCoucou,grosse 

especes, oeufs. 

— Banlam argentees, animaux 

el oeufs. 

— Bantamdorees, anim. etceufs. 








M. Louis Mkge , 


Poules Brahina-pootra. 


Faisans dores. — Faisans argentes. 






au cliutenu de Ker- 


— Cocliinchinoises jaunes. 


— Canards de la Caroline. — 






serho, pres Morlaix 


— Crevecoeur. 


Can. siftlours. — Can. Mandarins. 






(Finislere). 


— Metis Brahma et Crevecoeur. 


— Poules de Bulgarie. — Poules 
de Varna. 






M. De Burgat , 




Poules de Cochinchine , ni. et f., 






a Dracy-le-Fort, pres 




ou des oeufs. 






Givry-sur-Orbyse 










(Saone-et-Loire). 










M. L. KfENTZY, 




Id. Id. 






a Wildenstein (Haut- 








Rhin). 










M.Lambot-Miraval, 


Chevres du Libau, 1 m., 1 f. 


Mouloiis do Karamanie, 1 ni. 






a Miraval , 


— de Nubie. 


Lamas, 1 m. et 1 f. 






pres Brignoles(Var). 




Kangurous, 1 m. et 1 f. 





DROMADAIUE. 125 



I. TRATAUX DES HEHBRES DE LA SOCIETE. 
RAPPORT 

FAIT A LA SOCIETE IMPERIALE ZOOLOGIQUE D'ACCUMATATION 
AU NOM DE LA PREMlilRE .«ECTION 



L'INTRODUCTION PROJETEE DU DROMADAIRE AU BRESIL 

Par M. DAREJiiTE, rapporteur. 



(Stance du 6 mars 1857.) 



SUITE {'). 



Les Arabes et les Persans ont, des Tantiqiiite, forme avec 
des (Miameaiix des corps d'une espece particuliere de cavalerie, 
et ils ont souvent dO a ces animaux leurs succcs dans la 
guerre (i). Get emploi du Chameau s'est perpetue jusqu'a nos 
jours. Lespeuples du Beloudchislan font la guerre aujourd'liui 
encore monies sur des Dromadaires, comme la faisaient leurs 
anc^tres, ainsi que nous I'apprend Diodore : « Les Dromadaires 
sont ordiiiairement niontes par deux archers qui se placent 
dos a dos, et dont Tun combat de face, tandis que I'autre, 

(1) Voir a ce siijel line notice tres int^ressanle de noire savant confrere, 
\\. Jomard, sur V Emploi des Chameaux d la guerre chez les anciens, notice 
imprim^e ;'i la suite de I'ouvrage dn general Carbuccia, ou se trouvent les 
principaux passages des auteurs de I'antiquil^ relalifs a I'emploi militaire 
des Chameaux. 

On voit dans cette notice que, d'aprfes II(^rodote, la d<5faite de rarm(5e de 
Crdsus par cello de Cyrus aurail ^ti! le rdsultat de I'effroi causd aux clievaux 
lydicnspar les Chameaux de I'arnK^e per.sane. II est fort carleux qu'une des 

(') Pour la premiere parlic de cc Rapport, vovm Ic numcro dc iiwr!«, page (51. 

T. IV. — Avril 1857. 9 



126 SOCIETY IMPERIALE ZOOLOGIQUE d'aCCLIMATATION. 

en cas de retraite, ecarte I'ennemi qui est a leur poursuite. » 
(II, 5A.) 

Les Romains, qui porterent si loin I'art de la guerre, avaient 
compris les avantages que des troupes ainsi monteespourraient 
avoir dans certaines contrees, et nous voyons, dans la Notitia 
dignitatum utriusque imperii^ qu'il existait en Egypte, du 
temps de I'empire romain, trois escadrons de corps montes a 
Dromadaires. Nous ne possedons malheureusement aucun de- 
tail sur ces corps etablis par les Romains. Mais nous savons 
que de nos jours, lors de la memorable expedition d'Egypte, 
le general Bonaparte, malgre les prevenlions de son etat-major, 
con^ut la pensee de creer dans I'armee fran^aise un regiment 
de Dromadaires. L'organisation de ce corps avait pour but non 
de faire concurrence a la cavalerie, mais de pouvoir transporter 
tres rapidement sur un point eloigne des soldats faisant le ser- 
vice de rinfanterie. Ce regiment, commande par le colonel Ca- 
valier, rendit les plus grands services. Pendant la m6me expe- 
dition, Desaix et Vadjudant general Boyer se servirent utilement 
des Chameaux pour transporter rapidement I'infanterie dans 
Texpedition de la Haute-Egypte. Nous n'insisterons point sur 
ces fails , qui sont dans la memoire de tous, et sur lesquels 
d'ailleurs M. Jomard, membrede I'lnstitut d'Egypte, a public 
tout recemment une Notice d'autant plus interessante qu'il 
pouvait parler comme temoin oculaire (1). 

Cet emploi du Chameau pour transporter tr^s rapidement 
des corps d'infanterie, ou du moins des corps devant faire un 
service analogue a cclui de I'infanterie, ne pouvait manquer 

victolres de Pierre le Grand, celle de Plescov, un an aprfes la batallle de Narva, 
ait m le r^suUat d'un stratageme analogue. Les chevaux de I'arm^e sue- 
doise furent effray^s par les Chameaux d'un corps de Calmoucks qui faisait 
parlie de I'arm^e russe. {Dictionn. geographique de Lamartiniere, art. Cal- 
mouck.) L'effroi des chevaux, quand iJs voient des Chameaux, n'est pas aussi 
g^n^ral qu'on le croyait dans Tantiquil^ ; mais il ne faut pas le nier corapl^- 
tement, avec certains auleurs : il est aitesid par des lemoignages rccenlset 
authenliques. 

(1) Jomard. Notice sur le regiment des Dromadaires a I'armee d' Orient. 
Cette notice est imprim^e, comme la pr^c*5dente, a la suite de I'ouvrage du 
g^n^ral Carbuccia. 



DROMADAIRE. 127 

d'appeler ratlenlion de notre armee de I'Algerie, d'autant plus 
quo les Arabes Tont souvent mis en usage coulre nous. La ra- 
pidite des marches d'Aljd-el-Kader tenait en grande parlie au 
soin (ju'il avail de I'aire monter son infanteiie reguiiere sur 
des Dromadaires. Le general Carbuecia [Ouvrage ddjd cit4) 
insisle avcc raison sur ces fails ; il demande rorganisation 
de corps de Dromadaires, analogues a celui de I'oxpedilion 
d'Egyple, et il montre que Temploi d'escadrons monies sur des 
Dromadaires deviendra indispensable le jour (1), et il n'est 
pas eloigne, ou la France voudra assurer sa dominalion dans 
le Sahara; car elle y sera conlrainte pour assurer sa domi- 
nation dans la region agricole du Tell, et pour renouer les 
relations commerciales qui exislaienl avant la concju^te entre 
Alger etTombouctou (2). 11 est evident que de grandes deslinees 
altendent la France dans cette parlie de I'Afrique; mais, d'apres 
le general Carbuecia , I'emploi des Dromadaires sera le seul 
moyen d'en obtenir raccomplissement. « II y a, dit le general 
Carbuecia, entre le Tell et le desert, une dependance reciproque \ 
de sorte que Ton peut aftirmer que c'est par la possession du 
desert que commencera la jouissance tranquille et paisible du 
Tell... De cette maniere on tiendra le Tell en echec... Si Ton 
veut I'Algerie, il faut la vouloir tout enti^re. Pour Tavoir tout 
entiere, il iaul occuper les plaines qui la limitent au Sud. Pour 

occuper ces plaines, il faut des corps monies a Dromadaire 

Uais la ne s'arr6lerail pas I'utilite du Dromadaire : son utilile 
capitale consisterait dans le monopole du commerce de I'inte- 
lieur de I'Afrique, qu'il ferait passer dans les mains de la 
France. 

(1) Une seiile experience a ^l^ entreprise en Algerie pour transporter 
Tinfanterie «i dos de Chameaii, pendant I'cxp^dition du Djebel-Sahri en 18/ja. 
Elle fut abandonnee aprfes cinq jours de marche. Les nciges el les pluies 
continueiles qui assaillirent la colonne exp^diiionnaire furenl tros nui^ibles 
anx Chameaux, qui ^talent, pour la plupart, ddji fatigues par un travail an- 
t^rieur. II en p<5rit un grand nombre, et I'on dut rfeerver au service des 
transports ceux qui survecurent. (Carbuecia. Outrage cite, p. 117 ot 137.) 

(2) C'est aussi I'opinion du gt^neral Jusuf (Voir sa bioclnue IJe la guerre 
en Afrique). Les passages oil il parle de I'emploi du Gliameau sont consign^s 
dans I'ouvrage du g(5ndral Carbuecia, p. x. 



128 SOCIETE IMPERIALE ZOOLOGIQUE d'aCCLIMaTATION. 

jn,)) Le jour n'est pas loiu ou une bonne politique aura fait 
comprendre au Gouvernement fran^'ais la neeessite de faire un 
appel au service des Dromadaires... II ne reste qu'a attendre 
Tepoque oii, en vertu des ordres du Gouvernement, on devra 
proceder a cette organisation, destinee a assurer la eonqu6te 
commerciale de TAfrique (1). » 

Le Chameau n'est pas utile seulement comme L6te de somme, 
ou de trait, ou comme monture. On sait que les populations du 
desert se nourrissent de sa chair et de son lait, qu'elles em- 
ploient ses polls pour la confection de leurs v6tements. Nous 
avons peu de chose a dire sur Vemploi alimentaire de la viande 
de Chameau : elle est salubre et parait assez semblable a celle 
du BoDuf. On la mange fraiche ou salee et dessechee. Quant a 
I'emploi des polls pour les v^tements, cette question est actuel- 
lement etudiee par un de nos premiers filateurs, notre confrere 
M. Davin. Les travaux de M. Davin forment I'objetd'une Note 
annexee au present rapport. 

Quand on reflechit a ces fails, qui nous montrent le role 
immense du Chameau dans I'existence des populations du de- 
sert, vouees indefiniment par la nature m6me du climat et du 
sol a la vie pastorale et nomade, et la neeessite ou se trouvent 
les peuples civilises lorsqu'ils penetrent dans ces contrees, de 
le substituer, en partie du moins, a leurs animaux domestiques •, 
quand, d'autre part, on voit que le Chameau se retrouve actuel- 
lement dans toutes les parties du monde ou de semblables 
populations existent, on est porte a croire qu'il en a toujours 
ete ainsi, et que la Providence I'a fait naitre partout ou ses 
services devaient 6tre d'une utilite si grande. L'examen atten- 
tif des faits nous prouve qu'il en est autrement et que le 
Chameau a une bosse et le Chameau a deux bosses ont I'un et 
I'autre une patrie originelle et restreinte, d'oii ils sont sortis 
a des epoques diverses pour occuper peu a peu les vastes re- 
gions qu'ils habitentaujourd'hui. Ce fait, tres singulier au pre- 
mier abord, a, dans la question qui nous est soumise, une im- 
portance capitale, et doit 6lre etudie avec soin. Nous nous 

(1) Carbuccia. Du Dromadaire, p. ih'2 et siiiv. 



DnOMAUAlKE. 129 

bornerons d'ailleurs a la premiere de ces deux especes, la seule 
qu'il soil question d'introduire au Bresil. 

L'espece de Chameau a une bosse n'est connue aujourd'hui 
nulle part a I'etat sauvage. Mais si les preuves directes nous 
font defaut, Thistoire nous fournit sur la patrie de cet animal 
des renseignements tres precis. 

Les Arabes donnent au Nedsched , ou plateau central de 
TArabie, le nom de mere des Chamemix {Om el Bel). Les do- 
cuments historiques que nous ont transmis les ecrivains de 
Tantiquite nous conduisent avec BulTon, puis avec Desmoulins 
et M. Hitter (1), a reconnaltre que la patrie primitive du Cha- 
meau a une bosse est I'Arabie, ou il existait encore a I'etat 
sauvage un si^cle avant Tere chretienne (2). 

De TArabie, le Chameau a une bosse s'estrepandu peu a peu 
dans la Palestine, la Syrie, la Perse et le nord-ouest de Tlnde. 
Dans toutes ces regions, nous trouvons le Chameau, des la plus 
haute antiquite, associe d'une maniere intime a la vie des 
peuples, et leur auxiliaire pendant la guerre comme pendant 
la paix. Mais, a c6le de ces fails attestes par tous les historiens, 
il est fort remarquable que, dans les auteurs de Tantiquite, il 
ne soil jamais question de Texistence de cet animal en Afrique, 
bien que la Grece et Rome aient eu des relations frequentes 
avec toutes les populations des regions septentrionales de cette 
partie du monde. Nous voyons d'ailleurs, par le temoignage 
de Strabon (XVII, 828) et de Dion Cassius, que les Maures se 
servaient de Chevaux pour voyager dans le desert, et qu'o- 
bligcs de transporter les provisions d'eau necessaires pour eux 

(1) Desmoulins. Sur la patrie du Chameau d une bosse et sur Vepoque de 
son introduction en Afrique ; dans les Memoires du Museum, t. X. — 
Ritier. Die geographische Verbreitung des Kameels in der alten Welt , 
travail trfes complet etdu plus grand int^rfit, publi(5 dans le 8* vol. de Tiin- 
porlunt ouvrage : Die Erdkunde von Asien. 

('2) Agatharchides, dans son Periple de la mer Rouge, et Strabon, d'a- 
pr^s Arl^miiloie (lib. xvi, cap. 77), menlionnent Pexislence de Chameaux 
sauvages choz les Banizomenes (les beni Djoudhdm , d'aprfes M. Ritter), 
sur les cOtes du golfe d'Oman. M. Ritter pense qu'il exisle peui-Slrc encore 
aiijourd'bui des Cliameaux sauvages dans cette pariie de PArabie, si peu 
visitee par les voyageurs modt'rnes. 



130 SOCIETY IMPERIALE ZOOLOGIQUE d'aCCLIMATATION. 

et pour leurs montures, ils etaieiit dans I'usage d'attacher des 
outres pleines d'eau sous le venire de ces animaux : conditions 
eminemment desavantageuses et que Von n'aurait point subies 
si Ton avait connu le Chameau. II parait done tres probable 
que le Chameau n'existait point alors en Afrique, a I'etat d'a- 
nimal domestique et generalement employe (1). 

Comment arriva-t-il que le Chameau, si necessaire aux po- 
pulations arabes, fut pendant si longtemps meconnu par les 
populations africaines, placees dans des conditions d'existence 
analogues. C'est que, pour penetrer en Afrique, il fallait tra- 
verser TEgypte, et que, dans la vallee du Nil, a laquelle le 
limon du fleuve donne, tous les ans, une fertilite exceptionnelle, 
vivait une nation adonnee aux travaux de I'agriculture, et qui 
semble avoir ete animee de sentiments d\antipathie profonde 
contre ses voisins adonnes a la vie pastorale, antipathic qui a 
toujours existe entre les peuples cultivateurs et les peuples pas- 
teurs etdont I'histoire de Cain et d'Abel, dans la Genese, nous 
presente le premier et Fun des plus remarquables exemples. 
Chose singuliere : I'eleve du betail et la culture des plantes, 
operations que les progres de Tagriculture tendent a allier de 
plus en plus, etqui sont, dans nos assolements perfectionnes, en 
quelque sorte, la condition Tune de Tautre, etaient complete- 
ment separees dans les premiers temps de Fexistence des peu- 
ples, etne se sont associees que fort tard. L'emploi des engrais 
a ete longtemps inconnu, et la culture s'est d'abord elablio 
dans les vallees de grands fleuves : le Nil, TEuphrate, le Sind et 

(1) 11 n'est question qu'tme seule fois desCliameaiix en Afrique avant le 
troisi('>me sif-cle de I'^re clir^n'enne. Les Commentaires de Cesar {De hello 
Africano, cap. 68) parieiil de 22 Chameaux ironv^sdans le camp do roi de 
Maiirilmie .liiha. Moiis ne poiivons pas (5vid<mmen) concliire de ce passage 
qui' le Cliamcau fut alors commnnement employt' dans le nord del' Afrique ; 
d'aiilant plus que les expeditions des i'.omains dans la Numidie avaient da 
les familiariser avec les animaux du pays, et que leurs (5ciivains ne parlent 
point de IVxIstence des Chameaux dans ce pays. Si d'ailleurs les Chameaux 
du roi Juba avaient ele emplityds ci la guerre, on en aurait irouvi?, dans le 
camp un bieti plus grand noinbre. Nous pouvons done supposer que ces ani- 
maux venaient 4'4?ie^,pl ,1»^ J,iib?i.les conservail comme uu objet de cu- 
riosity. 



„.^* UROMADAIKE. 131 

le Hoai)g-ho, qui, par leursdebordemenls, renouvellentchaque 
annee la forlilite du sol. Dans ces conditions ap^ricoles, Futilite 
du belail se reduisait au service de la cbarrue et a la production 
de la laine ; et pour ces usages, le Bceuf et le Mouton parais- 
saient preferables au Chameau. Aussi, malgre les nombreux 
contacts des Egyptiens et des Arabes. nialgre les guerres qui 
les mirent si souvent aux prises, malgre les frequentes inva- 
sions des peuples pasteurs en Egypte et leur domination sur ce 
pays, pendant une certaine duree, les anciens Egyptiens se 
refuserent toujours a placer le Cbarneau au nombre de leurs 
animaux doniestiques. Et cette aversion des Egyptiens pour le 
Cbarneau, comme pour tout ce qui tenait a la vie iiomade, 
existait encore dans les derniers temps de la domination 
romaine, comme le prouve un document fort curieux et en- 
core inedit dont je dois la connaissance a M. Egger, professeur 
a la Faculte des lettres. Dans un papyrus rapporte de Mem- 
pbis par M. Mariette, et que M. Egger a decbiffre en partie, 
papyrus qui date certainement de Tepoque de la domination 
romaine en Egypte (1), et tres probablement des derniers 
temps de cette domination, il est question d'une invasion de 
Sarrasins monies sur des Cbameaux, dans des termes qui 
montrent hien que Temploi du Chameau n'existait point alors 
en Egypte (2). 

Ce n'est guere que vers le up ou le iv« siecle de I'ere chre- 
tienne que Texistence du Chameau en Afrique, comme animal 
dom.estique, est attestee par des documents precis, Un passage 
d'Ammien Marcellin (XXVill, cap. 56) montre quele Chameau 
etait employe a Leptis (Tripoli) en 370. Plusieurs passages de 
Procope nous apprennent {De bello Vandalico, passim] que, 
pendant Tinvasion des Vandalesen Afrique sous Genseric, les 

(1) M. Egger a pii lire sur ce papyrus le mot latin prcepositus, sous la 
forme grecque de 7T?at7cc<TiTc;. 

(2) 11 parait que, dans Tantiquite, les peuples cnltivateurs des bords de 
TEuphrate et de Tlndus avaient, comme ics I^lgyptiens, une aversion pro- 
fonde pour leurs voisins nomades et pour le Cliameau, qui leur servait de 
monture. Aussi Temploi du Chameau dans ces contrives ne s'y cst-il cgale- 
ment (^tabli que par suite des conqu^tes des peuples nomades; les Ar«bes 
d'abord, puis les habitants de Tint^rieur de TAsie. 



132 SOCIETK IMl'KIU.VLE ZOOLOGiOL'K D ACCUMATaTION. 

Maures qui defendalent Tripoli se servaicnt de Chameaux pour 
la guerre. Ces fails prouveiit que, dans le iv" siecle de notre 
ere, les Chameaux avaient deja penetre en Afrique et elaient 
generalement employes dans les provinces qui correspondent 
a la regence de Tripoli. Comme Desmoulins le fait remarquer, 
cette introduction des Chameaux se fit, selon toute apparence, 
par les deserts de la Haute-Egypte, qui, plusieurs siecles avant 
la grande invasion mahometane, avail ete peu a peu envahie par 
des tribus arabes, Ires prohahlement a la suite de I'ouverlure 
d'une voie commerciale enlre Berenice, sur la mer Rouge, et 
Coptos, sur le iNil, voie qui ful ouverle par Plolemee Phila- 
delphe, et par laquelle des caravanes transportaient a dos de 
Chameau les marchandises de I'Arabie et de ITnde. 

Le Chameau existait done dans la Haute-Egypte et dans les 
contrees qui correspondent a la regence de Tripoli , lors([ue 
I'invasion des Arabes au vu" siecle, a la suite des predications 
de Mahomet, imposa la domination musulmane a toutes les 
contrees qui s'etendent des Pyrenees et des rives du Niger jus- 
qu'au Gange et aux frontieres de la Chine. L'emploi du Cha- 
meau contribua eflicacement a assurer aux Arabes la conqu^te 
d'une si grande etendue de Tancien monde ; et , comme on 
aurait pule prevoir, la domination arabe s'etabht d'autant plus 
facilement, que le pays conquis presentait au Chameau des 
conditions d'existence plus favorables. Ce fut seulement alors 
que le Chameau se multiplia dans le nord-ouest de I'Afrique, 
et que, pouvant rendre dans cette contree plus de services 
qu'aucun autre animal domestique, il ne tarda pas a devenir le 
compagnon le plus inseparable des peuples vaincus, comme il 
avait ete celui de leurs conquerants. 

Ces faits, que Ton a contestes (1), mais a tort, prouvent 
combien il est facile d'acclimater une espece etrangere, lors- 
qu'on la place dans des conditions analogues a celles qu'elle 
trouve dans son pays natal, et comment une espece domestique, 
ainsi introduite dans un pays qui ne la possedait pas, peut6tre 
appelee a rendre souventdes services signales, et m6me a de- 

(1) Quatremfere. Memoire sur Ophir. Dans les Memoires de VAcademie 
des inscriptions. 1845. i ,,>.i,:^»i;/^;iii . .-v ^>.-.>i >•---; j^ 



DROMAUAIUE. 133 

veiiir la premiere pour les peiiples qui font cette accjuisition. 
Maiscela lie veut pas ilire (jue remploi du Cliameau soil neoes- 
sairement borne aux regions on nous le voyons aujourd'hui. 
Trop d'exemples nous montrent comhieri rorganisation des 
aniinaux superieurs est flexible, combien elle est susceptible de 
se pr6ter aux conditions de climal les plus diverses, pour que 
nous devious regarder comme impossible I'acclimatation du 
Chameau en debors des regions avec lesquelles son organisa- 
tion presente une si remarquable barmonie. Toutefois il est 
evident que Tadaptation du Cbameau a des climats nouveaux 
doit presenter des difficulles plus ou moins nombreuses et plus 
ou moins grandes, difticultes que nous pouvons apprecier, 
dans une certaine mesure, par Tetude des circonstances pby- 
siologiques de la vie du Cbameau et par les essais d'acclimata- 
tion auxquels il a ete soumis a plusieurs reprises. 

I.e Cbameau s'accommode assez bien des temperatures les 
plus diverses. Nous ne dirons pas ici que le Cbameau a une 
bosse supporte en Afrique les temperatures les plus elevees, 
tandis que le Cbameau a deux bosses vit, en Siberie, dans le 
voisinage des neiges polaires, et traverse le lac Baikal sur la 
glace, parce que cela peut dependre de leurs diversites spe- 
cifiques. Mais des documents positifs nous apprennent, contrai- 
rement a ce que Ton pourrait croire, que le Cbameau a une 
bosse supporte impunement dans les montagnes de grandes 
variations de temperature. Je citerai, entre autres, le fait sui- 
vant rapporte par le colonel Colombari : « On voit d'immenses 
caravanes traverser les bautes montagnes de la Medie par les 
bivers les plus rigoureux, alors que le tbermometre centigrade 
marque 26° au-dessous de zero. La nuitilsse couchent sur la 
neige, et moyennant la precaution qu'on a de leur couvrir la 
t6te d'un capucbon de feutre, ils supportent tresbien Tenorme 
transition qui a lieu de vallons cbaulTes par le soleil aux mon- 
tagnes glacees qu'ils parcourent alternativement. » {Ouvr. dejd 
cite, p. 65.) 

Mais si le Chameau est peu sensible aux inttuences de la 
temperature, il est beaucoup plus sensible aux variations de 
I'bumidite atmospberique •, et, a ce point de vue, il nous pre- 



134 SOCI^T^ IMPIERIALE ZOOLOGIQUE d'aCCLIMATATION. 

sente des particularites curieuses. Indifferent a la grande cha- 
leur, lorsqu'elle s'accompagne d'une grande secheresse, la 
chaleur humide exerce sur lui une influence nuisible et sou- 
vent meurtriere. On pouvait le supposer d'abord, en voyant 
que les conquerants arabes el le Chameau, qui a ete le pre- 
mier auxiliaire de leurs conqu6tes, n'ont gu^re depasse les 
limites meridionales du desert, et qu'au dela de ces limites ils 
ne se sont point etablis d'une maniere durable. La, en efPet, dans 
le voisinage du tropique, le climat change completement, et la 
continuite des pluies pendant la moitie la plus chaude de I'an- 
nee, en chargeant Tatmosphere d'une quantite exceptionnelle 
d'humidite, produit pour le Cbameau des conditions d'existence 
tout a fait contraires a celles qu'il trouve dans le desert. Si 
toutefois Ton croyait devoir attribuer la limite meridionale de 
I'habitation du Chameau en Afrique a I'etat sauvage des popu-- 
lations negres qui occupent le centre de cette region, cette 
m6me explication ne saurait 6lre admise pour la peninsule 
indienne, ou le Chameau a ete souvent introduit par les conque- 
rants arabes, et plus tard par les conquerants mongols. Or, 
tandis qu'il existe, de temps immemorial, dans toute la region 
nord-ouest de I'lnde, region qui par sa secheresse rappelle 
I'Arabie et la Perse, il n'a jamais pu s'acclimater parfaitement 
ni dans la vallee du Gange, ni sur le plateau du Dekkan , oii 
cependant de nombreuses tentalives ont ete faites, et il n'a pas 
tarde a y degenerer. II n'existe point dans les parties orien- 
tates de rinde. Les Chameaux que Ton a essaye d'introduire 
a Java y ont peri sous I'influence des maladies de foie, si 
meurtrieres dans les regions intertropicales pour les animaux 
comme pour I'homme, surtout pendant la saison des pluies. 

Au contraire, le Chameau a pu s'acclimater dans les contrees 
situees au norddu desert, bien qu'il s'y trouve dans des con- 
ditions assez differentes de celles de son pays natal. Mais la 
quantite moyenne d'eau qui tombe annuellement dans ces re- 
gions est bien moindre que dans les regions intertropicales ; 
et, d'une autre part, les saisons ne s'y partagent point en une 
saison de secheresse et une saison de pluies continuelles. Aussi 
I'humidite de ces regions, tout en etant une condition defavo- 



DROMADAIRE. 135 

rable, n'est point un obstacle absolu a racclimalalion du Cha- 
meaii. On sail d'ailleiirs depuis longtemps que, d^une mani6re 
generale, les animaux el riioinnie lai-m6me s'acdiinatent plus 
facilement en allant du Midi au Nord que du Nord au Midi. Le 
Chameau nous fournit un exemple dece fait physiologique, d'au- 
tant plus HMTiarquablequ'on aThabitude do considerer cet ani- 
mal conime un animal des pays chauds : nous voyons qu'il 
n'a pu jusqu'a present 6tre acclimate dans les regions equato- 
Iriales, tandis qu'il s'babitue assez facilement aux climats tem- 
peres. Aussi des tentatives d'acclimatation, souvent suivies de 
succes, ont-elles ete faites dans la plupart des regions qui 
entourent la Mediterranee, et leur bistoire a, dans la question 
qui nous occupe, une trop grande importance, pour que nous ne 
devions pas les rapporter ici, d'autant plus que nous entendons 
souvent encore contester lapossibilite et I'utilite de Tacclimala- 
tion des animaux, et que nous pouvons repondre par des faits 
aux objections que Ton oppose encore aux experiences ten tees 
dans ce but. L'opinion de Buffon est ici d'une grande autorite. 
Apres avoir dit d'abord, dans son admirable bistoire du Cha- 
meau : a Cette nature de l animal ne se modi fie point ail- 
leurs^ et ne se prdte point a T influence du climat, etc., » il 
disait plus tard, dans ses Supplements, apres avoir modifie ses 
idees par des etudes incessantes : « Je suis persuade quo?i 
viendrait a bout d'etablir chez nous cette espece, que je 
regarde comme le plus utile des animaux. » L'examen 
des faits justifie completement cette seconde opinion de 
Buffon. 

Ainsi, un fait tres remarquable, mais sur lequel nous ne 
pouvons donner actueilement que des indications incompletes, 
c'est qu'il est, a plusieurs reprises, fait mention des Chameaux 
dans les livres qui nous racontent Tinvasionde Tempire romain 
par les Barbares, dans les v* et vi* siecles de notre ere. Les 
Wisigoths qui francbirent le Danube en 376, et qui defirent et 
tuerenl Tempereur Valens, deux ans apres, a la bataille d'An- 
drinople, avaient avec eux des Chameaux. Nous en avons la 
preuve par les figures d'une colonne elevee par Arcadius en 
Vhonneur de Theodose,qui representent des Chameaux por- 



136 SOCIKTE IMPEIVIALK ZOOLOGIQUE u'aCCLIMATATION. 

tant les idoles de ces peuples (1). D'aiilre part, des passages 
tres explicites de Gregcirc de Tours et de Fredegaire (2) nous 
attestent I'existence de Chameaux en France pendant Tepoque 
merovingienne, etnous expliquent pent- 6tre comment Temploi 
de v^tements fails de polls de Chameau etait frequent a cette 
epoque, surtout dans les monasteres, et comment le nom de 
camelut fut applique a certaines etotTes grossieres tres usitees 
pendant le moyen age. Mais d'ou venaient ces animaux? 
Avaient-ils suivi les Barbares durant leurslongues migrations? 
Ou bien avaient-ils ete introduits par les Romains eux-m6mes? 
Nous soumettons cette question curieuse aux recherches des 
savants qui s'occupent de cette par tie de notre histoire. 

* (1) 11 est lies probable que ces Chameaux n'appartenaient point aux 
Wisigoths, qui elaient alors chreiiens, mais i des peuples tartaves qui les 
avaient accompagii<5s dans leurs migrations. Ce qui peut le faire penser, 
c'est que nous retrouvons, d'apres Pallas, chez les Calmouks I'usage de 
porter les idoles et les objets sacr^s sur des Chameaux blancs qui n'ont pas 
d'autre emploi. 

(2) Gr(5goire de Tours. Histoire ecclesiastique des Francs, dans la col- 
lection des Mc'moires relatifs a I'histoire de France, de M. Guizot i « Les 
g^n^raux du roi Gontran avaient entendu dire que Gondowald «5tait arr^t6 
sur les bords de la Garonne, avec une grande multitude de troupes, et 
qu'ils retenaient les tresors de Rigonthe. Alors prdcipitant leur poursuite, 
ils traversferent la Garonne 5 la nage avec leurs clievaux, mais perdirent 
quelques soldais qui se noy^rent dans le fleuve. Arrives h. I'autre bord, ils 
cherchferent Gondowald, et trouvfcrent des Chameaux charges d'or et d'ar- 
gent, et deschevaux fatigues qu'on avail laiss^s dans les champs. » (Lib. vii, 
cap. 35.) 

Fredegaire. Chroniques : « Brunehaul ayant die amen(^-e en presence de 
Clotaire, enflammd de haine conlre elle, il lui imputa la mort de dix rois 

francs L'ayant ensuite tourmentde pendant irois jours par divers sup- 

plices, il la fit conduire k travers toute Tarmee, assise sur un Chameau... » 

[La suite au prochain num^ro.) 



CilEVRUS. 13' 



ESSAI SUR LES CHftVRES 



Par M. S.%CC, 

Profcucur a la Facultt- dcs sciences de Ncuchitel (Suiiie), 
Di\6gu6 de la Society k Wesserling. 



SUITE (1). 



SOINS. 



Un bon Bouc doit avoir les membres bien proportionnes, le 
cou court et gros, la t6te legere, les comes longues et fortes, 
ou mieux nuUes, les yeux gros et vifs, le poil doiix , luisant, 
les jambes lines et nerveuses, la demarche bardie quoifjue 
legere. Le Bouc doit 6tre ardent, gai, alerte, petulant, tres 
doux envers ses Cbevres, et toujours pr6t a les defendre. II ne 
doit pas commencer son service avant douze mois, ni le conti- 
nuer apres douze ans, parce qu'alors il devient lourd, et que 
son odeur oblige a le reformer; pour cela, on le coupe et I'en- 
graisse ensuite. 

La Chevre ne recevra pas le bouc avant un an, ni apr^s 
douze, parce qu'ellene donnerait que des descendants cbetifs. 
II faut, aulant que possible, avoir des Cbevres sans cornes, 
parce qu'ellessont plus douces, piusfacilesasoigner, etqu'elles 
ne se blessent pas entre ellcs. La t6te doit 6tre mince et allon- 
gee, ainsi que le cou ; les yeux gros, doux et vifs, les jambes 
fortes el legeres, le pis gros, allonge et flasque. Quand le pis 
estcbarnu et resistant, onpeut 6tre assure que la Chevre n'est 
pas unebonnelaiti^re. Lecaracteredoit6trealafoisgai etdoux. 
Le poil lin, doux et de couleur foncee, appartient generalement 
aux bonnes laitieres, de m^me aussi qu'une peau line, souple 
et bien detacbee des os. Les poiis allonges sont dil'iiciles a tenir 
propres', ils serventde retraite a lavermine, mais en echange 
ils preserventranimaldesrefroidissements : aussi fera-l-on bien 
d' avoir des Chevres a longs polls dans les pays froids, ainsi que 
dans ceux ou elles ne passent pas toule Tannee a I't'lable. 

(1) Voyez les r.um^ros de noir-Mnbre, d^cembrc et Janvier dernfer. 



138 S0CI^.T]6 IMPJ^RIALE ZOOLOGIQUE d'aCCLIMATATION. 

II faut eviter avec soin d'engraisser les Boucs et les Chevres 
destines a la reproduction, parce qu'on les rend steriles, et qu'en 
remplissant les niamelles de graisseon y tarit la secretion du lait. 

En general, on donne le Bouc aux Chevres depuis le mois 
de septembre jusqu'a celui de decembre : ce qui est une facheuse 
habitude, parce qu'on en diminue le lait durant presque tout 
rhiver. Comme les Chevres sonten chaleur pendant toute I'an- 
nee, il vaudrait infiniment mieux les faire sailiir de trois mois 
en trois mois, de maniere a en avoir constamment de fraiches, 
et ne conserver pour I'eleve que les Chevreaux nes au prin- 
temps. Quand les Chevres sont en rut, elles sont fort agitees, 
cessent de manger, b^lent constamment d'une voix enrouee, 
et agitent sans cesse la queue-, il s'ecoule de la vulve, qui est 
tres rouge, un fluide glaireux. La Chevre est pleine quand, lous 
ces indices ayant entierement disparu, elle repousse le Bouc. 

II est important que le Bouc descende d'une excellente 
Chevre laitiere, parce qu'il en transmetles qualites a ses descen- 
dants. Un Bouc suffit a cent Chevres et plus encore, s'il esl 
vigoureux; il faut eviter de lui laisser boire de I'eau froide, 
immediatement apres le saut , ce qui pourrait lui causer 
un grave refroidissement. Comme pendant le temps de la 
monte le Bouc ne mange guere que durant la nuit, il faut 
garnir son ratelier d'une nourriture abondante et choisie, lui 
donner de I'avoine salee, et tenir a sa portee de Teau tiede 
blanchie avec quelques poignees de farine. 

La Chevre porte cinq mois et met bas, au commencement 
du sixieme, un, deux, trois, et quelquefois aussi quatre petits, 
qu'elle soigne avec la plus tendre sollicitude. Pendant la gesta- 
tion, on traite les Chevres avec plus de douceur encore que 
d'habitude ; on leur donne des aliments plus faciles a digerer, 
et de I'eau en abondance. L'eau trop froide provoque facile- 
ment I'avortement des Chevres ; il sera alors prudent de la 
tiedir en y ajoutant un peu d'eau chaude. On cesse peu a peu 
de traire les Chevres, dans le courant du quatrieme mois, de 
maniere a les faire tarir au commencement du cinquieme. En 
Suisse, on trouve des Chevres qui ne tarissent point lorsqu'elles 
sont bien nourries, et donnent encore da lait la veille du part ; 



.,, i«i,n:u' CHKVRES. it^ 

nous en avons eu une qui, a cette epoque, fournissait encore 
iin bon demi-litre de lait par jour. 

Lorsqu'on s'aper(;oit, au gonflenient de la vulve, a la 
descente du ventre vers la partie inferieure du corps, et k 
rallluence du lait dans les mamelles, que la Chevre va mettre 
bas, on lui donne une litiere plus abondante, et on la surveille 
avec soin, afin de pouvoir I'aider en temps opportun si cela 
devient absolunient necessaire; car il vaut infiniment mieux, 
dans ce cas comme dans tant d'autres, laisser la nature agir 
seule, que de lui porter un secours maladroit ou intempestif. 
Si le part se prolonge et que la Chevre soit faible, on lui fait 
avaler un verre de vin cbaud ; si elle est forte, on lui donne de 
I'eau tiede blanchie avec de la farine, et au besoin, on la 
baigne pendant dix minutes dans un grand baquet plein d'eau 
tiede, apres quoi on I'essuie et la couvre avec un tapis de laine. 
Dans le cas ou le part se prolonge d^une maniere inquietante, 
cela vient d'une mauvaise position du foetus, et il faut avoir 
recours a un berger exerce ou, mieux encore, au veterinaire, 

Quelques heures ordinairement apr^s la naissance du petit, 
la mere se debarrasse des membranes qui Fenveloppaient et 
qu'on appelle delivre. Si, au bout de vingt-quatre heures, la 
Chevre ne s'est pas debarrassee du delivre, on cherche a le 
faire sortir en le tirant doucement en dehors. Comme toutes 
les femelles des animaux domestiques, la Chevre avale son 
delivre, ce qui est utilea sasante, bien que les paysans croient 
en general le contraire. 

Des que le Chevreau est ne, sa m^re le l^che et le debarrasse 
ainsi de la matiere glaireuse dont il est couvert; lorsqu'elle a 
fini, on lui donne de I'eau blanche tiede et salee, a laquelle on 
ajoute un verre de vin, quand elle est faible et tres fatiguee. A 
peine sur ses pieds, le nouveau-ne cherche le pis de sa mere, 
qu'il faut lui mettre dans labouche si, comme cela arrive sou* 
vent, il ne pent le saisir seul, ce qui est presque toujours le cas, 
(juand les mamelles sont tres rempliesde lait. Quand le pis est 
enloure de laine, comme celui des Angoras, on la coupe avec soin 
afind^emp6cher le petit d'en avaler des flocons et de lui faciliter 
la recherche de sa nourriture. Comme les Chevreaux sont pas- 



1/10 SOCI^TE IMPERIALE ZOOLOGIQUE d'aCCLIMATATION. 

sablement sonsibles au froid, on les garantit soigneusement des 
courants d'air, et on ne les fait sortir que par les beaux jours, 
apres le lever de la rosee, qui leur cause facilement la diarrhee. 
Rien ne fortiliant autant les Cbevreaux que le grand air, on 
fera bien de les eonduire dehors, toutesles fois que le temps le 
permettra, dans un enclosbien garni d'herbes tendres et abon- 
dantes. Des que le Chevreau commence a manger de Fherbe, 
c'est-a-dire a deux semaines, on lui retire peu a peu le lait du 
niatin, auquel on subslitue de I'eau blanche, et lesevre comple- 
tement au bout d'un mois, ou six semaines seulement, s'il est 
faible. Aussi longtemps que dure le sevrage, on donne aux Cbe- 
vreaux des herbages choisis, avec un peu de son sale et d'avoine 
ou d'orge concassees. Si pendant le cours de I'allaitement le 
Chevreau prend le devoiement , on Tarr^tera d'ordinaire en 
lui i'aisant prendre a jeun, soir et matin, une cuilleree a cafe 
d'extrait de rhubarbe obtenu enfaisantdigerer, pendant vingt- 
quatre hemes, a une douce chaleur, 30 grammes de rhubarbe 
pilee dans 250 grammes, soit 1/4 de litre de bon vin rouge. 
Si le mal persiste, on I'arr^te aussitot en ajoutant a une 
cuilleree d'extrait de rhubarbe deux goutles d'extrait d'opium ; 
on donne ce remede a jeun, et ne laisse teter le petit que deux 
heures apres. Quand les Cbevreaux se developpent mal, sont 
faibles et chetifs, on fait bien de leur faire avaler, chaque 
semaine, un oeuf frais, sans la coquille, jusqu'a ce qu'ils soient 
retablis. A six mois, on separe les Boucs d'avec les Chevrettes, 
et Ton coupe ceux qu'on ne conserve pas pour la reproduction. 
Les Chevres exigent une litiere douce, abondante et tres 
propre^ on I'evalue a 100 kilog. de bonne paille par t6te et 
par an; on la secoue chaque soir afin de la netloyer et de lui 
donner plus d'elasticite. Des que la litiere est sale, on la renou- 
velle, en ayant soin de ne pas I'enlever chaque fois, parco 
qu'elle ne serait pas suffisamment imbibee d'urine pour faire 
du bon fumier. En cte on enleve le fumier toutes les semaines, 
et en hiver tous les mois seulement. 

Au moins une fois la semaine, on peignera les Chevres a 
longs polls, et Ton nettoieraavec unebrosse rudecelles apoils 
ras; on lavera enm6me leinps leur pisetlein* nez avec de I'eau 



w 

m cHtvitEs. ihi 

licde, eton coiipera la corne des sabots si elle s'allongeait, ce 
((iii arrive quelciuefois. En ete, et par un jour Ires cliaud, on 
baigne les Chevres, ou les lave completement avec de I'eau 
tiede; puis on les netloieavec unbouchonde paillc eties iaisse 
se seclier a I'etable liors des couranls d'air, cl sur une bonne 
liliere de paille fraicbe ct propre. 

Commc les mourbes tourmentent beaucoup les Chevres, et 
que les taons leur font de larges plaies au piSj il est bon deles 
enduire de temps en temps avec de Tbuiie de colza, addition- 
nee de quelques gouttes d'huile de laurier, au moins sur les 
parties nues, ce qui force ces insectes a s'en eloigner. 

II faut eviter tout ce qui pent effrayer les Chevres et les 
traiter avec la plus grande douceur, les gratter souvent derriere 
les orcilles, ce qu'elles aiment beaucoup, et les caresser toutes 
les fois qu'on les approche. Grace a ces petils soins, on se les 
attache bien vite et Ton augmente considerabiement leurs pro- 
duits : ChSvreprivee, Chevre doubiee, est une verite dont il est 
facile de se convaincre. Du reste,il y a peu de sentiment plus 
doux que celui (ju'on eprouve en voyant un pauvre animal 
aussi innocent que la Chevre se presser doucement contre 
son maitre et lui lecher les mains, comme pour le remercier 
de la protection qu'il lui accorde. 

On trait les Chevres deux fois par jour, soir et matin, a six 
heures en general, pendant qu'elles prennent leur premier et 
leur dernier repas •, cctle operation doit se faire avec la plus 
grande douceur, pour ne pas blesser le pis, qui est trcs sensible. 
II estessentiel de bien vider le pis a chaque traite, afin d'eviter 
que le lail, y sejournant, n'y cause des obstructions toujours 
difficiles a guerir, et dont le moindre inconvenient est de dimi- 
nuer la quantite de lait. En Suisse, les Chevres donnent de un 
a cinq litres de lait par jour ; leur rapport est, en moyenne, de 
deux litres pendant toulerannee,quandellessont bien nourries. 

Les Chevres consomment de 8 a 12 kilogrammes de vert, «* 
equivalanta 2 ou 3 kilogrammes de bonfoin par jour, et sont 
alors en plein rapport-, qunnd elles ne regoivent (|ue kilo- 
grammes de vert ou 1 1/2 kilogramme de foin, elles se sou- 
tiennent, mais ne produisent plus; cest leur ration d'en- 

T. lY. — Avril 1857. 10 



i!l2 SOCIETE IMPERIALE ZOOLOGIQUE d'aCCLIMATATION. 

tretien , tandis que la precedente esl la ration de production. 

Les Chevreaux ne se developpent bien que lorsqu'ils reqoi- 
vent autant a manger que les Chevres laitieres; economiser 
sur leur nourriture, c'est s'exposer a avoir des animaux chetifs 
et debiles pour touteleur vie, et par consequent aussi de mau- 
vaises laitieres. 

^ La nourriture des Chevres ne devra jamais 6tre absolument 
seche, m6me en hiver, ou on y ajoute des racines coupees en 
tranches minces, et surtout du son sale et detrempe avec de 
I'eau chaude. On donne trois repas chaque jour, a six heures 
du matin, midi et six heures du soir, etl'on donneaboireseule- 
ment a midi et le soir : les Chevres n'ont jamais soif le matin; 
I'eau ne devra jamais 6tre glacee, afin d'eviter tout refroidisse- 
ment, qui occasionne facilement I'avortement et empeche d'ail- 
leurs beaucoup de Chevres de boire aussi abondamment 
qu'elles le feraient si I'eau etait moins froide. Les meilleures 
Chevres laitieres sont aussi celles qui boivent le plus. II est 
essentiel d' observer scrupuleusement les heures des repas, afin 
d'emp^cher les Chevres de bder et de s'agiter, ce qui diminue 
considerablement leur lait. 

La Chevre etant essentiellement un animal de montagne, il 
est surprenant qu'elle s' habitue aussi facilement a la vie de 
Tetable, qui lui convient sous tous les rapports, et ou elle ne 
contracte d' autre maladie que Tallongement des sabots, facile 
a prevenir, en lui donnant unelitiere toujours fraiche et seche. 
Nourries a Tetable, les Chevres donnent beaucoup plus de lait 
que lorsqu'on les conduit au palurage, ou elles s'agitent et se 
fatiguent sans trouver une nourriture aussi abondante; aussi 
fait-on bien de ne laisser paitre en liberte que les jeunes eleves, 
afin de les fortifier. Quant aux adultes, qui ont aussi besoin 
de grand air, on les laisse vaguer dans une enceinte close et 
bien seche, ou bien on les fait paturer pendant quelques 
semaines en automne, ce qui suffit pour leur rendre toute la 
vigueur que le sejour des etables tend a diminuer, d'autant 
plus qu'il est plus absoluetplus prolonge. Les aliments seront 
de la plus grandeproprete, parce que les Chevres rebutenttout 
ce qui est sali, gate ou moisi ; il est bon de les varier qnelque- 



CHKVRES. ikt 

fois, afinde souteiiir leur appelit etde leur ajouter du sel doni 
les Chevres sont demesureinent iriandes; il leur en faut 
500 grammes par mois , soil 6 kilogrammes par an, ([u'on leur 
adiiiinistre dans du son mouille ou bien repandu sur le fourrage 
a mesure qu'on le serre dans le lend. 

On ne passe point brusquement dela nourriture verte a la 
nourriture seche Glvice versa ; la transition se fait aussi insen- 
siblement que possible, afin de nienager la sante de I'animal; 
le mieux est, en ete, de melanger constamment le vert avec 
moitie de son poids de sec, ou bien, quand les Chevres vont au 
paturage, deleur donnerdu foin a Tetable. Les Chevres recher- 
chent les herbes delicates et succulentes ; elles aiment passion- 
nement les premieres branches de tous les arbres, m6me celles 
du ch6ne, qu'on doit cependant leur refuser, parco qu'elles 
leur causent une inflammation d'entrailles, dangereuse surtout 
pour les Chevres du Thibet, qui y succombent presque infailli- 
blement. Comme les Chevres preferent le feuillage des arbres 
a I'herbe, il est dangereux de les lachcr dans les jeunes for6ts 
ainsi que dans les vergers plantesde jeunes arbres, parce que, 
apres en avoir broute les feuilles, elles en rongent Tecorce, ce 
qui les fait perir. Les Chevres mangent volontiers les fanes de 
pommes de terre ^ mais elles leur causent la paralysie du train 
de derriere, qui dure aussi longtemps qu'on nedebarrasse pas 
leurs intestins de ce poison, en leur administrant un purgatif. 
Cet eflel ne se produit, du reste, que lorsque les fanes ont ete 
mangees en quantite considerable, et il n'est pas accompagne 
par d'autres accidents. 

Les feuilles et les bourgeons superllus de la vigne sont un 
des meilleurs aliments ([u'on puisse donner aux Chevres; aussi 
les voit-on pulluler dans les vignobles, oil la vigne fait presque 
tous les frais de la nourriture. Comme les Chevres craignent 
les herbes dures, on evitera de leur donner les foins coriaces 
recoltes dans des prairies humides; le meilleur est celui de 
trefle et de sainfoin, ainsi que le foin de graminees melangeavec 
un tiers environ de bon regain ; on pent leur donner aussi de 
temps en temps de la paille d'avoine avec du regain ^ pour 
yarier leur nourriture. j.^i.p -ii;; «; > - ? 

En hiver, on donne a chaque ChfeVfe line bonne poignee de 



illli SOCIETE IMPERIALE ZOOLOGIQUE d'aCCLIMATATION. 

son mcuille et sale, a laquelle on peut substituer aussi des 
tourteaux de noix,de pavots ou dc colza moulus tres fins-, on 
evite de leur en donner davanlage, dans la crainte de les 
engraisser, ce qui diminue leur lait et les rend steriles. 

Les fourrages-racines devront 6tre donnes coupes en tranches 
minces etsaupoudrees de sel ; les meilleurs sont les carottes et 
les topinambours ; on ne donne les pommes de terre que cuites, 
et on evite les betteraves parce qu'elles devoient facilement. 
. Lesb6les aTengrais, les jeunes eleves, les Boucs pendant la 
monte et les Chevres pleines resolvent, au moins une fois la 
semaine, quelquespoignees d'avoine enhiver, et d'orge en ete, 
ce qui les fortifie et contribue beaucoup a exciter leur appetit. 

II est essenliel de n'abreuver les Chevres qu'avec de I'eau 
propre et pure, qu'il faut laisser reposer avant de la leur 
donner pour qu'elle ne soitpas crue: nous avons deja vu qu'en 
hiver on la rechauffe. 

L'etable des Chevres doit 6tre seche, eclairee et bien aeree ; 
il faut cependant qu'en hiver on puisse la fermer hermetique- 
ment, de maniere que la gelee n'y penetre pas. La meil- 
leure exposition est celle du sud-est, et la plus mauvaise celle 
deVouest parce qu'elle est plus exposee a la pluie et au soleil 
couchant, qui rend Tair des etables etouffant pendant les nuits 
d'ete, et y appelle les mouches en si grande quantile que le 
betail en soulTre beaucoup. 

Chaque b6te adulte a besoin de li metres carres de surface 
pour 6tre a I'aise, il n'en fautguere moins pour les eleves qui 
ont besoin de plus de mouvement; la hauteur de l'etable sera 
de 3 a 4 metres 5 il faut que les ouvertures des portes et des 
fen6tres soient placees autant que possible vis-a-vis les unes 
des autres, afm qu'on puisse etablir des courants d'air, pour 
purifier Tatmosphere de l'etable loutes les fois ([ue cela sera 
necessaire. On peut recouvrir le sol avec des dalles; mais il 
vaut mieux legarnir de planches qui sont faciles a tenir propres 
et seches et qui donnent plus de chaleur aux b^tes couchees 
sur elles. II est indispensable d'adjoindre a l'etable une cour 
fermee ou mieux un hangar couvert, ou les Chevres puissent 
prendre I'air et s'ebattre quand le temps le permet. II vaut 
mieux laisser errer les Chevres dans l'etable que les attacher 



niais cette precaution est indispensable pour les plus turbu- 
lentes d'entre elles, qui blessont souvent leurs compngnes, de 
maniere a nietlre leur vie ou leurs produits en danger. 

Quand on acbete des Chevres, il y a quelques precautions 
generales a prendre : Tune des plus importantes est de ne pas 
perdre de vue les caracteres qui en font la perfection, et qu'on 
a deja dccrits. Vient ensuite I'age, qu'on ne connait avee cer- 
titude que par I'inspection des dents. 

LesChevreaux font assez connaitre a la simple vue, par leur 
developpement, leur age approximatif. Dedeuxmois a un an, 
les incisives sont plus ou moins decbaussees, surtout les deux 
medianes, qui souvent branlent deja. De douzeadix-huitmois, 
les incisives medianes tombent, et sont remplacees par deux 
larges dents d'adultes. De deux ans a deux ans et demi, les 
incisives niitoyennes tombent a leur tour, et sont remplacees 
par des dents larges; celles de lait sonttellement usees, qu'elles 
semblent appartenir a un autre animal. De trois ans a trois ans 
et demi, cbute des secondes mitoyennes, remplacees par deux 
larges dents. Quelquefois les canines tombent aussi ; les incisives 
medianes commencent as'user. De quatreansa quatre ans et 
demi, les canines d'adulte se montrent, les incisives medianes 
et les premieres niitoyennes sont fortement usees •, mais les 
secondes sont encore intactes. De cinq ans a cinq et demi, 
tcutes les dents sont plus ou moins fortement usees, sauf les 
canines, qui ne commencent a se deteriorer que pr^s de sept 
ans, oil elles se decbaussent et branlent, ce que font aussi un 
pen plus tard les incisives mitoyennes. Apressept ans,ildevient 
impossible de connaitre Tage des Chevres autrement que 
d'une maniere approximative, par I'usure plus ou moins forte 
de. toutes les dents et le nombre quMl en reste 5 mais cette 
connaissance est presque inutile, parce qu'a cet age les pro- 
duits des Chevres baissent deja et qu'il faut absolument les 
reformer a douze ans au plus tard. 

Enfm, il imporle de bien connaitre le regime auquel etaient 
soumises les Chevres, afin de ne pas le changer brusquement, 
ce qui exerce infailliblement une facheuse action sur leur 

sante. 

{La fin prochainetnent.) 



146 SOCIl&TE IMPEKIALE ZOOLOGIQUE d'aCCLIMATATION. 

Hi: 

SUR LES MO YENS 

PE 

^, R£G£NMER LES POMMES DE TERRE 

Par M. D'lVERIVOIIK. 



(Seance du 20 mars 1857.) 

g. Messieurs, 

:,, J'ai ete frappe, depuis plusieurs annees, de I'etat de dege- 
nerescence auqiiel parait 6tre arrivee la Pomme de terre dans 
les environs de Hyeres, departement du Var, oij je la cullive 
en grand. 

Cette plante n'y a pas ete atteinte par la maladie proprement 
dite; elle y a heureusement echappe jusqu'ici, grace, sans 
doute, a la precocite du climat, qui permet de faire la recolte 
des le mois de juin, epoque ou la maladie ne s'est pas encore 
m on tree. 

Neanmoins la Pomme de terre recoltee aux environs de 
Hyeres ne pent pas ^Ire regardee comme saine et vigoureuse. 
En eft'et, malgre tons les soins de la culture la mieux suivie, 
c'est a peine si, sur plusieurs hectares d'un sol favorable, Ton 
peut trouver un ou deux pieds portant une fleur chetive et 
qui ne produit pas toujours de la graine. 

Je crois que ce fait tres grave n'est pas particulier alaloca- 
lite, etqu'il semanifeste depuis plusieurs annees sous des lati- 
tudes tres differentes ; de telle sorte qu'on ne peut pas I'attri- 
buer a Vinfluence du climat de Hyeres, et qu'il faut bien lui 
reconnaitre un caractere general, ou qui, du moins, menace 
de le devenir. 

. D'ailleurs, en dehors m^me du fait particulier de perdre la 
aculte de produire de la graine, la Pomme de terre, tout le 



POMMES DE TEKKE. 147 

moiide le sail, n'est iiialheureusement plus ce quelle etait 
autrefois. Elle ira plus les quajites qui la rendaient si pre- 
cieuse , elle ne peut plus se conserver ; elle est, en un mot, 
considerablement degeneree. 

Or, lorsque nous voyons degenerer une plante qui se cultive 
sur plus d'un million d'hectares en France et fournit, ou du 
moins fournissait, lesixieme de la nourriture de ses habitants, 
il est du plus haul inter6t d'essayer d'y porter remede, et de 
chercher activement les nioyens de renouveler I'espece. 

Si j'osais exprimer ici une opinion sur les causes du mal, je 
les chercherais dans Thabitude tres anciennement prise qui 
existe depuis I'inlroduction de la Pomme de terre en Europe, 
de la reproduire par ses tubercules a Texclusion presque com- 
plete de ses graines. 

Cette mani^re tres facheuse d^agir a, jusqu'a un certain point, 
sa raison d'etre dans la pratique. 

En effet, la reproduction par la graine est lente et presque 
improductive la premiere annee ; car, chose bien importante a 
remarquer, la plante venue de graine, c'est-a-dire forte et 
vigoureuse, ne donne que peu de tubercules, qui sont petits, 
durs et d'un gout mediocre. Ces tubercules, mis en terre, en 
produisent de plus nombreux et meilleurs; mais ce n'est qu'a 
la Iroisieme annee qu'on peut compter sur une recolte normale 
pour Tabondance, la grosseur et le goiit des Pommes de terre. 

On comprend que les cultivateurs, toujours presses de pro- 
duire et de recolter, aient neglige ce moyen et se soient 
bornes a reproduire rapidement la plante par ses tubercules. 
Or, il ne faut pas oublier que les tubercules ne sont ni un 
fruit, ni une graine, ni une racine, mais simplement une agglo- 
meration de bourgeons avortes, dont le developpement m6me 
indique jusqu'a un certain point la faiblesse de Tindividu qui 
les produit. Aussi, en s'en servant comme uniques reproduc- 
teurs pendant quatre-vingts ans de suite, ne s'exposait-on pas 
d'une maniere presque certaine a voir diminuer peu a peu la 
force et la sante des plantes? 

Quoi qu'il en soit de cette expHcation, j'ai d'abord cherche, 
Messieurs, a regenerer la Pomme de terre par deux moyens : 



l/l8 SOCIETK IMl'I-IUALK ZOUI.OGIQL'E d'aCCLIMATATION. 

Le premier consisluit ;'i la reproduire par ses graines; niais 
je doisavouer que ce nioyen, Qn apparence si aise, ne m'a pas 
encore reussi. La difliculle de se procurer de bonne graine, de 
la faire lever et de cultiver pendant deux ans les tubercules 
obtenus, avant de pouvoir les jiiger, ne me permet pas encore 
de rendre compte de mes essais et de savoir meme si je puis 
en attendre de bons resultats. 

Mon second, nioyen a consiste a introduire cbez moi les 
especes de Pommes de terre reputees les meilleures. Ici encore, 
Messieurs, je dois dire que je n'ai pas reussi selon nies espe- 
rances; mais je n'entrerai a ce sujet dans aucun detail, car les 
difticultesquej'ai rencontrees tiennent surtout, je crois, al'ar- 
deur extreme du climat de Hyeres. tres peu favorable aux 
tubercules que je tirais du Nord ; et ces experiences n'ont des 
lors aucun inter^t general. 

Fatigue de ces insucces constants, j'ai enfin pense. Mes- 
sieurs, quele meilleur essai a tenter serait de me procurer des 
Pommes do terre venues du pays m6me ou elles croissent 
spontanement, et de m'en servir comme semences. Grace a 
Tobligeance d'un negociantde Marseille, j'ai pu mettre a exe- 
cution cette idee et faire venir de Sainte-Marthe d'Amerique 
(dans la Nouvelle-Grenade) un assez grand nombre de Pommes 
de terre qui sont arrivees chez moi en tres bon etat. 

Ces tubercules out ete mis en terre au mois de mars 
dernier. 

Je dois dire tout de suite que le printcmps qui a suivi cette 
plantation a ete, a Hyeres, deplorable pour la vegetation, et a 
presente une succession si constante de variations brusques de 
temperature, que toutes les plantes en out soufl'ert. Les Pommes 
de terre, enlre autres, ont ete fortement eprouvees, et leur pro- 
duit a ete plus que mediocre dans lout le pays. 

Eh bien, malgre ces circonstances exceptionnellement defa- 
vorables, mes Pommes de terre d'Amerique ont produit des 
plantes superbes , incomparablement plus vigoureuses que 
toutes celles que j'avais obtenues jusqu'alors, etleur rendement 
en tubercules a ete de plus de 12 pour 1, produit enorme dans 
une aussi mauvaise annee. 



• I'oMMKS d:-: terrk. 149 

Les tuberculos otaieiit tl'une grossetir au-dessus de la 
inoyenne, de Ires l)ello apparence et de bonne qualite. 

Je le repele, si Ton tientcompte descirconslancos atmosphe- 
riqucs qui ont etc excessivement det'avorable?, les Pommes de 
terre d'Amerique m'ont donne un resultat prodigieux. Les 
plantes auxqiielles ils ont donne naissance etaient, pour ainsi 
dire, regenerees et presentaient, dans un contraste des plus 
frappants, tous les caracteres de la force et dela sante a cote 
des plantes maigres et chetives produites par la semence 
recoltee dans le pays. 

J'ai conserve toutesles Ponimes de terre provenues de celles 
d'Amerique pour les semer^ elles sont en terre, etj'ai une 
extreme impatience de voir les resultats que donnera cette 
dcuxieme generation. 

Toutefois, je n'ai pas cru devoir les attendre pour porter ces 
faits a votre connaissance, Messieurs, et pour vous soumettre 
I'idee de continuer vous-m6mes ces essais d'une maniere plus 
generale et mieux entendue. 

Personne, je crois, ne peut contester Timmense utilite qu'il 
y aurait a regenerer la Pomme de terre. L'acclimatation de ce 
precieux tubercule avait ete une immense conqu6te. Cette con- 
qu6te est aujourd'hui menacee jusqu'a un certain point. La 
culture de la Pomme de terre a considerablement diminue 
parce que son produit ii'est plus certain ; aussi cette denree 
alimentaire, qui ctait autrefois la meilleur marche, a partout 
double et je pourrais dire triple de prix. N'est-il pas digne de 
I'attention de votre Societe, Messieurs, de chercber un remede 
a ce mal en provoquant, si j'ose me servir de cette expression, 
]a. reacclimatation de la Pomme de terre. 

Pcut-(Hre en tirant de nouveau cette precieuse plante des 
pays d'ou elle est originaire, et particulierement des hauts 
plateaux de la Cordillere des Andes, aux environs de Santa- 
Fe-de-Bogota, parviendra-t-on a lui redonner en Europe sa 
premiere force de production. Si la Societe jugeait ce but digne 
de ses preoccupations, elle serait, par ses nombreux corres- 
pondants qui la representent aujourd'bui sur tant de points 
differenls du globe, bien mieux placee pour reussir, que ne 



150 SOCIETE IMPJ&RIALE ZOOLOGIQUE d'aCCLIMATATION. 

I'etaient les voyageurs et les savants illustres mais isoles qui 
ont accompli les premiers racclimatation de la Pomme de 
terre. Peut-6tre m6me aujourd'hui que les lieux ou elle croit 
naturellement sont mieux connus, obtiendrait-on des varietes 
nouvelles, dignes d'6tre cuUivees en Europe. 

Enfin, permettez-moi d'ajouter, Messieurs, que ces expe- 
riences seraient peu coiiteuses. En effet, a Sainte-Marlhe 
d'Amerique, ou le climat trop briilant ne permet pas la culture 
de la Pomme de terre, on en trouve en abondance qui pro- 
viennent precisement des plateaux des Cordiileres, ou elles se 
produisent naturellement, et d'ou elles sontamenees a peu de 
frais en descendant la riviere la Magdeleine. Or, Sainte- 
Marthe a des relations commerciales frequentes avec le Havre 
et Bordeaux. Cette ville est d'ailleurs la residence d'un consul 
fran^ais. II serait done facile d'y faire faire un achat de 
Pommes de terre bien choisies, et de les faire transporter en 
France au prix ordinaire du fret (1). 

(1) Plusieurs membres ayanl donn6 leur approbation aux vues de 
M. d'lvernois, son travail a ^t^ renvoy^ au Conseii eta la Section des v^g^- 
taux. MM. Droiiyn de Liiiiys, d^l^gu^ comme vice-president de la ?oci^t^ 
prfes de la Section des v^getaux, Moquin-Tandon, president de la menie 
Section, et Cosson, membre du Conseii, ont el^ charges de preparer un 
ensemble de mesures en vue de r^aliser, sur une echelle suiiisamment 
grande, ['importation demand^e par M. dl^ernois. R. 



C0MPTABILITI6 DK LA SOClfiTlfe. 154 

RAPPORT 

FAIT AU NOH DE LA COMMISSION DE COMPTABILIT^ 

DE LA SOClfiTE ZOOLOGIQUE D' ACCOM AT ATION. 

Membres de la Commission : MM. Dupin, Ruffier, Tastbt, 
et Fr«d«rlc JACTQUEMART, rapportenr. 



(Stance du 6 fevrier 1857.) 

Messieurs, 

Votre Commission de comptabilite vient vous rendre compto 
des recettes et des depenses faites pendant I'annee 1856, et 
vous faire connaitre la situation financi^re de la Societe au 
1" Janvier 1857. 

Eile vous presentera en m6me temps un aper^u des recettes 
et des depenses probables pour I'annee 1857, afin que vous 
connaissiez a Tavance les ressources dont vous pourrez dispo- 
ser dans I'inter^t de votre oeuvre. 

• Votre Commission, apres avoir examine avec soin toutes les 
pieces de la comptabilite, a Irouve partout une regularite par- 
faite ; elle apprecie chaque annee davantage la marche suivie 
par M. le Tresorier, Celte marcho vous permet, en effet, de 
connaitre I'importance de cbaque espece de depenses, et les 
sommes employees pour chaque tentative d'acclimatation. 

Aussi votre Commission se plait-elle a vous proposer de vo- 
ter des remerciments a M. le Tresorier. 

Afin de rendre plus facile a saisir Tensemble de notre expose, 
nous vous indiqueronsd'abord les resultats principaux, et nous 
transcrirons, a la suite de ce Rapport, la copie detaillee des 
ecritures. 

11 y avail en caisse, au 31 d^cembre 1855 9,587 14 

Les recettes pendant I'annee 1856 ont m, conform^ment au 
tableau n» 1, de 32,730 88 

Au total, les sommes disponibles pendant Tannic 1856 ont 
donc^tdde ^2,318 20 



152 SOCIETE IMPKRIALE ZOOLOGIQUE u'aCCLIM.VTATION. 

Les dt'pcnsos de la Socielc! pendant colic m6mc annee se sont 
^lev^es, d'aprcs les dcriliues et le tableau n" 2, a. 20,5^8 21 

A celle somme il faul ajouter 5,4^2 58 

qui restent dus a divers, pour ddpenses faites pen- 
dant I'annee 1856 (tableau n" 3). 

Les d^penses, pendant 1856, se sont done ele- 
vees a un total de 25,990 79 25,990 79 

D'ou il reste en caisse, au 1" Janvier 1857 16,327 23 

Mais en outre il est dil a la Soci^te, d'apres le tableau a" h, 

une somme de 7,575 » 

pour int^rels echus et pour cotisations arri^r(5es, dont les Zi/5" 
appartiennent a Tannine 1856. Ces retards sont diis, pour une 
partie, ci Teloignement des membres, et par suite a la difficult^ 
de la perception. 

Si nous ne devons pas compter sur le recouvrement complet 
de cette somme, I'experience nous permet cependant d'^valuer, 
sans crainte d'erreur serieuse, les rentr^es probables h un mi- 
nimum de /!i,000 » 

Ce qui porte a 20,327 23 

net, la somme dont la Socl^te peut disposer au 1" Janvier 
1857, touies ses d^penses^tant payees. 

Un tel resultat, apres troisannees d'existence, est une preuve 
certaine de la vilalite de noire Societe, surtout si Ton tient 
compte de toutes les charges qui ont pese sur elle pendant cette 
premiere periode, des depenses importantes qui ont greve le 
present au profit de Favenir, et des sommes deja consacrees a 
des tentatives d'acclimatation. 

Aussi, pendant ces trois annees, vous avez depense : 

Pour votre Bulletin 20,710 » 

Pour voire installation dans Thdtel de la rue de Lille. . . . 6,/|23 50 

Pour la gravure de votre m<5daille 1,163 78 

Pour plusieurs tentatives d'acclimatations 8,000 » 

Savoir : 

Pour les Vers h soie de la Chine 811 60 

Et pour ceux d'Am^rique 113 90 

Pour les Yacks, dont vous poss^dez aujourd'hui 
8 individus 1,567 90 

Pour los Chevres d' Angora, les Ch(>vres d'fi- 
gypte et les Moutons karamanlis, representant 
aujourd'hui un ensemble de 87 tStes de b^tail . . 5,50i ZjO 

Pour graines, etc. • 



i 



C0MPTAB1LIT6 DE LA SOCI^IJ^:. 153 

Enfin la Soci«Md, avec le concours d'un grand nombre de ses 
membres, a eu la satisfaciion de ponvoir odrir i la famille mal- 

licuroiisc du c«5K!brc pOcbciir lleini im secoiiis de 2,G7G UZ 

et do donner aiasi un noble exemplc, en faisant une bonne 
action. 

Nous devons rappeler ici que le Conseil a pris des mcsures, 
au commencement de J856, pourrendre rimpiession du Bul- 
letin moins coQteuse, les publications et les distributions plus 
regulieres. Si cette derniere condition n'etait pas remplie, nous 
prions instamment Messieurs les membres qui auraient lieu do 
se plaindre, de vouloir bien faire connailre leurs griefs au 
Conseil. 

L'annee qui commence se presente sous des auspices plus 
favorables encore que celle qui finit 5 car vos recettes s'accroi- 
tront avec le nombre de vos membres, qui s'augmente chaque 
jour, et vous n'aurez pas a supporter, comme en 185(5, des 
frais considerables d'installation. 

Permettez nous, Messieurs, pour vous faire partager les 
esperances de votre Commission, de vous presenter en quel- 
ques cbiffres les recettes et les depenses probables de 1 857. 

AperQU des recettes. 

En caisse au 1" Janvier 1857 et recouvremenls a faire . . . 50,327 » 

1,000 souscriptions renoiivoldcy wir 1,160 25,000 » 

100 souscriptions nouvelles 3,500 » 

Allocation du Ministre de Tagriculture 1,800 » 



Total des recettes probables pour 1857 50,627 » 

AperQU des defenses. 

Loyer 3,000 » 

Bulletin 6,500 » 

Appoinlcmcnis 3,500 » 

Impiessions, limbics, combustibles et divers, 

10 pour 100 de plus qu'en 1856. . . 3,327 » 

Total des depenses pour 1857 16,327 » 16,327 » 

D'ou la difleionce eiitre les recettes (y compris Tencaisie 

acluel) et les depenses de rann(5e 1857 sera environ de . . . . 3/j,3J0 » 

A cette somme il faut ajouter les intertHs ii produire par 
votre reserve. 



15/i SOCIETE IMPERIALE ZOOLOGIQUE d'aCCLIMATATION. 

C'est-a-dire, Messieurs, que vous pourriez, dans Tannee 
1857, consacrer 35,000 francs a des ceuvres utiles, si la pru- 
dence ne vous faisait pas un devoir de conserver dans votre 
caisse un fonds de reserve. 

Les ressources financieres de votre Societe ont done acquis 
deja une importance reelle, qui vous permettra de faire beau- 
coup de choses utiles, et surtout d'en provoquer bien davan- 
tage encore par des encouragements judicieux. 

Maisces ressources, Messieurs, ne sont ni les seules, ni les 
plus grandes qui soient a la disposition de la Societe. 

Pour les connaitre toutes, pour se faire une juste idee de 
I'avenir reserve a notre entreprise, il faut jeter les yeux sur 
la liste des membres de la Societe, dont le nombre s'est accru 
et s'accroit chaque jour avec une rapidite peu commune, par 
des adhesions venues de toutes les parties du monde. Nous y 
voyons representes la science par ce qu'elle a de plus eleve et 
la pratique de plus eclaire, les arts et les lettres par ce qu'ils 
ont de plus illustre, Tindustrie et la propriete par les noms les 
plus respectables, Tadministration par ses fonctionnaires emi- 
nents ; la marine et la guerre par leurs dignitaires les plus 
honores. Tous pr6tent un concours si devoue a notre oeuvre, 
qu'il est permis de croire au triomphe de la belle pensee qui 
a donne naissance a notre Societe. 

A toutes ces chances favorables, Messieurs , nous devons 
ajouter le bienveillant appui de plusieurs princes souverains, 
qui n'ont pas dedaigne de se faire inscrire au nombre des 
membres de la Societe zoologique d'acdimatation. 



r 



VERS A SOIE. 155 

II. TRAYAUX ADRESS^S 
ET COMMUNICATIONS FAITES A LA SOCIETY. 



REx\IARQUES 

SUR LBS 

EXPfiRIENCES FAITES POUR AMfiLIORER L'ESPfeCE ACTUELLE 

DE YER A SOIE DU BENGALE 

Par M. J. BAHSFOBD, Esq., 

de Surdah (6eii);ale). Jj 



I 



(Stance du 12 d^cembre 1856.) 

Depuis pr^s de vingt ans j'ai consacre toute mon attention 
au devidage de la soie dans le Bengale, et j'ai cherche a pro- 
iduire un tilaussi fin, aussi parlait dans labobine et aussi bien 
*dapte aux usages de Findustrie europeenne que la soie fran- 
^ise ou italienne. Mes heureux succes m'ont merite la medaille 
de la Societe des arts, pour ma qualite comparativement supe- 
rieure sur les autres soies du Bengale, puisque aucune d'elles 
pendant plusieurs annees n'a approcbe la soie Surdah de 
plusieurs shellings la livre. Ma bobino a de beaucoup surpasse 
la Chine, etelle est arrivee trespres, dans les numeros les plus 
(ins, des moyennes d'ltalie et pour sa valeur et pour ses diffe- 
rents usages, comme on pourrait s'en convaincre dans les 
fabriques de Lyon ou d'Angleterre. Cependant je trouve que je 
suis encore tres loin des plus belles qualiles de France et 
d'ltalie^ et dans I'intention d'en approcher de plus pres, j'ai 
fait venir des oeufs des plus beaux cocons obtenus dans ces 
deux pays, afin de les greffer sur les differentes especes de Vers 
indigenes ou communs aujourd'bui au Bengale; je me suis 



156 SOCIETE IMPlb.IALE ZOOLOGIQLE d'aCCLIMATATION. 

aussi procure, dans le in6me hut une grande quanlite des meil- 
leures grairies de Chine, car les cocons chinois sont egalement 
superieurs a tout ce que nous avons au Bengale ; cependant la 
soie en est inferieure. 

Je desire faire connaitre le resuUat de mes efforts, dans 
I'espoir que d'autres pourront en profiler, et si je mepresente 
avec cette introduction, peut-6tre trop flatteuse pour moi, 
c'est pour montrer que les experiences ont ete faites par un 
homme pratique, qui a la direction de quarante filatures em- 
ployant quatre mille cinq cents hassins, et qui est ainsi le pre- 
mier interesse au succes de telles experiences et aux avantages 
qui peuvent resulter de la puhlicite de cesremarques. 

Pour mettre mes lecteurs a ni6me de comprendre parfaite- 
ment le sujet, je commencei'ai par dire que toutes nos races pro- 
duisant la soie a filer, dansle Bengale, nous donnent plusieurs 
recoltes de cocons pendant Tannee, excepte unc seule espece 
annuelle, d'origine iriconnueet quis'eteint rapidement. 

La principale espece est celle qu on a^^eWeDcssie, etcomme 
ce mot signifie/*«y/5, j'en conclus que cette espece est indigene. 
EUe fournit presque tous les cocons de la grande recolte de 
novemhre, ou la recolte qui se fait pendant la saison froide 
dansle Bengale, et donne la plus helle soie. Les cocons de cette 
espece sont petits et on Tappelle quelquefois Chota Poloo, 
Petit Ver. Dans quelques districts, on peut estimer le produit 
de la meilleure qualite a 10,500 cocons a pen pres, pour une 
livre de soie. Ce Ver reussit mieux dans les temps froids, et les 
cocons sont meilleurs que ceux de la recolte suivante-, mais il 
continue plus ou moins, dans les differentes regions, pendant 
toutel'annee. L'intervalle entre I'eclosion del'ceuf et I'acheve- 
ment du cocon est de trente-six jours environ, dans le temps 
froid;maisildiminuesensihlement, quandlachaleuraugmente. 

L'espece suivante, par ordre d'importance, est \q Madrassie ; 
comme ce mot signifie ne de la mer, dans lalangue du pays, 
j'en conclus que c'est une espece importce. On I'appelle quel- 
quefois Nyst7'a. EUe se reproduit toute Tannce, mais elle vit 
mieux dans la helle saison, depuis mais jusqu'a septemhre. 
Elle est tres rohuste el on I'eleve facilement et economique- 



vi:rs a soie. 167 

mcnt. Nous obtenons de celte espece une grancJo qiiantite de 
cocons (le la (jualile designee sous le iiom de March et Rainy 
Bunds. Lc produiten csl comparalivement meilleur que celui 
du Bessie, puisquc 10,000 environ des meilleurscocons donnent • 
une livre de soie. La fibre est moins forte et nioins brillante, 
cependant elle produit un tres beau fil, si on la devide avec 
soin. Cos Vers passent si rapidenient par leurs diflerents etats, 
que vingt-cinq jours sufiisentde I'eclosion de la graine au com- 
plet developpement du cocon. Nous avons done deux especes 
din'orentes de Vers a soie disposees par les soins de la Provi- 
dence pour nos diflerentes saisons. 

Celle (|ui vienl ensuile est le Bo?'o Poioo, ou en frangais 
Grand Ver. Elle est annuelle. Je n'en puis indiquer Torigine. 
Elle exislait, quand la Compagnie des Indes fit veiiir des oeufs 
italiens, qui bientcH perirent tous. Le Boro Poioo se trouve prin-^ 
cipalement aujourd'bui dans le district de Radnagore, et il 
produit boaucoup de soie March Bunds; mais il disparait rapi- 
demenl. 11 se trouvait autrefois dans d'autres districts; la soie 
qu'on en obtenait etait tres belle et d'un produit presque 
double des autres cocons. Mais apres de frequentes absencesde 
recoltes, des eclosions irregulieres et des frais d'education trop 
considerables, outre que cette espece n'est qu'annuelle, les 
habitants du pays I'ont prise en aversion, et je crains qu'elle 
ne soit bientOt aussi rare, en Radnagore, qu'elle Test aujour- 
d'bui dans les autres provinces. Le Radnagore cultive encore 
une autre espece appelee China : j'ignore d'ou lui vient ce 
nom, puis({u'en Chine les Vers sont annuels et que celui ci ne 
Test pas. La forme du cocon est tout a fait diflerente, et il est 
tres inferieur a celui de la Chine, et m^me au Bessie et au 
Madrassie. 

Je viens d'indiquer les meilleures especes de nos Vers a soie 
du Bengale : j'ai montre qu'il faut 10,000 do nos meilleurs 
cocons pour produire une livre de bonne soie ; en France, 2,500 
cocons produisent la m6me quanlite de soie. Cetle dispropor- 
tion enlre le produit des cocons du Bengale et ceux de I'Europe 
doit frapper tous nos lecteurs, et I'idee qui se presentera natu- 
rellement sera que, si lc Bengale pouvail produire des cocons 

T.IV. — Avril 1857. M 



158 SOCIETE IMPERIALE ZOOLOGIQUE d\\CCLIMATATION. 

egaux a ceux de France ou d'ltalie, la quanlite de Vers qu'il 
eleve maintenant pourrait presque suffire a Tapprovisionne- 
ment en soie de toute TEurope. 

Anime du desir d'ameliorer nos cocons, et ne pouvantdouter 
de la possibilite d'y parvenir, dans un pays si abondammenl 
fourni de muriers et de toute espece de facilites pcur I'educa- 
tion des Vers a soie, j'ai fait venir une grande quantite des 
meilleurs oeufs fran(jais, italiens et chinois, pour les grefPer sur 
nos races chetives du Bengale, qui naissent tous les mois. 

Je n'ai pas cherche a introduire une espece annuelle : car 
cette espece est destinee par la nature aux climats froids, qui 
ne font qu'une recolte de muriers dans Tannee, tandis que nos 
meilleurs milriers repoussent aussitot apres avoir ete tallies et 
nous donnent en cinq ou six semaines une recolte tres abon- 
dante. Dans un pays done qui est si richementet si continuiel- 
lement fourni de muriers, un Ver a soie annuel (qui, dans les 
meilleures circonstances , est toujours irregulier) n'est pas 
recherche et ne serait pas encourage par les habitants. J'ai 
done fait venir des oeufs annuels pour obtenir une recolte de 
cocons seulement, afm d'avoir les papillons pour les accoupler 
et les croiser avecnotre race mensuelle du Bengale et lui don- 
ner une nouvelle vigueur. Je vais maintenant expliquer Ift 
nature de mes experiences et leur resultat. 

Dans le mois de fevrier 1854, ]e regus par voie de terre 
une grande quantite d' oeufs des meilleurs Vers a soie fran^ais. 
lis avaient ete mal emballess, et cinq a six mille seulement 
furent bons ; quelques-uns commencerent a eclore quinze jours 
apres que la caisse fut ouvertepar 60 ou 70degres Fahrenheit, 
lis Continuerent a eclore tres irreguli^rement pendant trois 
mois environ par une temperature interieure de 100 degresa 
midi. 

Je traitai ces petits exactement comme ceux du pays, les 
nourrissant d'abord avec des feuilles de murier tendres et cou- 
pees tres fines, et leur donnant des feuilles plus grandes et plus 
vieilles, a mesurequ'ils augmentaient en grosseur et en force, 
lis mangerent et vinrent tr^s bien, montrant un temperament m 
meilleur et une nature plus robuste que nos Vers du pays. 



VERS A SOIE. 159 

Leiirs mues se firent a des intervalles de six a liuit jours pen- 
dant la saison froide ; mais elles devinrent plus rapprochees, 
avec I'elevation de la temperature. lis les supporterent tres 
bien, et il en perit peu jusqu'au moment de fder. La maladie 
qui attaque toujours nos Vers dupays, a cette epoque, en attei- 
gnit quelques-uns qui moururent. II est tres rare de les sau- 
ver de cette maladie, car nous n'avons aucun remede ; les fumi- 
gations dont on a fait ordinairement usage furent essayees, 
mais avec peu de succ^s. 

Le petit nombre de Vers bien portants des premieres eclo- 
sions, tres grands et tres forts comparativement a la race du 
pays, furent places poUr filer dans des cadres en nattes dont 
se servent les habitants dans leurs magnaneries ; car je desirais 
les habituer, d^s le commencement, aux coutumes les plus 
commodes de ce pays. lis donnercntdfe tresbons cocons, dont 
quelques-uns etaient tout d fait egaux en forme, en grandeur 
et en solidite aux echantillons que j'avais regus avec les oeufs. 
lis semblaient filer aussi facilement dans nos cadres en nattes 
que sur les balais de bruyeres en France, et ces cadres tien- 
nent tres peu de place et sont beaucoup plus commodes. 

J'ai ete tr^s content des cocons, et les habitants furent vrai- 
ment etonnes^ ils n'en avaient jamais vu de pareils. Les der- 
niers Vers, ayant a supporter une temperature tres elevee, ne 
reussirent pas aussi bien : I'irr^gularite de leurs eclosions fut 
tr(?s incommode. En consultant les rapports de la Compagnie 
des Indes sur ses experiences, j'ai trouve des observations 
semblables sur ses oeufs italiens (mais on ri'avait jamais essaye 
de les croiser et de les naturaliser comme je le fais). ApreS 
avoir reussi jusqu'a ce point avec les cocons, je laissai les pa- 
pillons sortir naturellement. Ayant oblenii des papillons males 
et des femelles de nos races Bessie et Madrassie, j'accouplai 
les males fran^ais avec les femelles du pays, et le^ males du 
pays avec les femelles fran(;aises. La disproportion dans leur 
grandeur etait immense ; neanmoins les oeufs furent pondus, et 
les deux accouplements donnerent egalement des oeufs d'une 
couleur jaumitre au moment de la ponte; mais, (rois jours 
apres, ceux de la femelle fran^aise et du male du Bengale pri- 



160 SOCIKTE IMPEIUALR ZOOLOGIQUE d'aCCLIMATaTION. 

rent une couleiir foncee et resterent sans eclore jusqu'a Van* 
nee suivante, passant par notre saison la plus ehaude, avec 
une temperature qui s'elevait souvent a 105 degres. Ce fut 
mon premier desappointement. Les oeufs du male fran(;ais et 
de la femelle du pays resterent jaunes jusqu'au septieme jour. 
J'y remarquai alors une tache foncee qui se ehangea rapide- 
ment en couleur d'ardoise, et ils furent tons eclos le dixieme 
jour. Les jeunes Vers etaieiit forts et bien porlants, ils man- 
geaient bien •, mais leurs mues furent plus rapides, et cct effet 
est dCi peut-6tre autant a I'elevation de la temperature qu'au 
changement opere dans leur nature. Ils furent attaques, quel- 
ques jours avant la montee, par la m6me maladie qui avait ele 
si fatale a quelques-uns des Vers de la premiere eclosion. lis 
filerent plus lentement dans le commencement ; les cocons 
etaient plus laches et moins fermes que les echantillons origi- 
naux. lis elaient tout aussi grands, mais changes de forme, 
etant tres ronds d'un bout et pointus de Tautre, sans la moindre 
contraclion au centre, et montrant beaucoup de ressemblance 
avec les cocons frangais, quoique la fibre fut plus grosse et plus 
forte. tVetait une grande amelioration sur la race du Bengale. 
L'intervalle de Teclosion de ces Vers jusqu'a la montee fut de 
trente-quatre jours. 

Je gardai tous les cocons pour en accoupler presque tons les 
papillons entre eux, pensant qu'un premier croisement sufii- 
rait et realiserait mon desir d'ameliorer notre race sans chan- 
o-er la nature de ses eclosions. Je fus ce))endant encore bien 
desappointe, car le troisieme jour tous les oeufs noircirent, et 
ils resterent ainsi jusqu'a I'annee suivante. 

Le petit nombre des papillons obtenus du premier croise- 
ment que je n'avais pas accouples enlre eux furent accouples 
avec les papillons indigenes, ce qui faisait un second croise- 
ment pour les males franqais. Les femelles du premier pro- 
duit croisees avec les males du pays donnerent les m6mes 
resullals que la premiere fois. J'obtinsreclosion des oeufs pro- 
venant de raccouplement des males du premier croisement 
avec les femelles du pays 5 mais les mauvais temps ne me per- 
mirent pas d'en perpetuer la famille, car je n'en obtins pas de 



VKUS A son:. fCf 

roc'ons, et lei tut lu lesultat de ines etlbrls duns cette premiere 
experience pour rannee 185Zi. i 

Je devidai (pielques-uns des cocons purs et des cocons croi- 
ses que j'avais eleves ; la soie en etait tout a fait egale a la 
meilleure soie fran^aise. Le meilleur cocon croise, quoique 
change de forme, donne un produit presque aussi bon et d'une 
fibre aussi solide que le cocon pur. 

Ce changement dans la forme n'dta rien a la qualite du pro- 
duit ni de la bobine, malgre I'opinion contraire que Ton a dans 
ce cas sur le continent. Comme je Tai deja fait observer, j'eus 
des oeufs chinois et italiens, et le resultat fut precisement le 
m6me qn'avec les ceufs fran^ais. On pourrase demander pour- 
quoi je fis venir des oeufs chinois, quand la soie de Chine est 
inferieure a la n6tre. Je repondrai que les cocons chinois, 
quoique petits, sontinfiniment superieurs a ceux de nosespeces 
Dessie et Madrassie, et qu'ils sont, dans mon opinion, capables 
de faire, lorsqu'ils sont bien soignes, une soie aussi fine et 
d'un aussi grand prix que la soie italienne. Ce qui rend la bo- 
bine chinoise inferieure en qualite, c'est ledefautde bons soins 
dans la filature. .,>.:, < 

Je recommen^ai en 1855 avec le premier croisement fran- 
?ais-italien el femelles chi noises sur nos races Madrassie et 
Dessie, et le second croisement male francais-ilalien et chinois 
sur nos femelles, qui etaient redevenues annuelles; et lorsque 
les ocufs commencjaient a eclore, dans le mois de Janvier 1855, 
je re^us encore une autre grande quantite d'oeufs frangais, qui 
eclosaient lorsqu'iis arriv^rent. lis etaienl en tres bon eta t, 
elant sorlis sur du drap et emballes a Taise. J'avais alors une 
si grande quanlite d'ceufs de dilYcrentes especes, qu'il elait tres 
difficile de les tenir a part les uns des aulres. Cependant on 
leur donna tons les soins possibles. L'eclosion de tons les croi- 
semenls continuait aussi irregulierement qu'avec la premiere 
importation •, et plusieurs mois s'ecoulerent avant qu'une seule 
serie eOt fini d'eclore. 

Les experiences de celte annee furent interrompues par une 
maladie que je fis, et qui m'obligea a aller passer quelques 
mois en Angleterre ; mais on obtiut beaucoup de cocons des 



162 SOGIETE IMPERIALE ZOOLOGIQUE d'aCCLIMATATION. 

differents croisements, dont les papillons s'accoiiplerent d'eux- 
mt>nies et dorinerent des oeufs qui devinrent noirs et resterent 
sans eclore jusqu'a I'annee suivante. Quelques-uns des fran- 
gais purs se conserverent purs, mais quelques autres fureiit 
croises sur les croisements de I'annee precedente, et le resul- 
tat fut inconnu jusqu'a Teclosion de I'annee suivante. II y eut 
tn^s peu de difference entre les cocons de ceux-ci et ceux de 
I'annee precedente. Le produit de la femelle de Chine gardait 
toujours sa couleur premiere blanche. Mais la forme se changea 
en pointe des deux bouts. Le cocon etait peut-6lre plus grand 
et la fibre paraissait aussi forte que celle du cocon producteur 
primitif. II en fut de m6me de la fibre de tous les autres croi- 
sements. L'annee 1855 fut tres defavorable aux experiences, 
et des milliers de Vers perirent. 

A mon retour de FEurope, je trouvai une assez grande quan- 
tite d' oeufs des differentes especes qui paraissaient bien por- 
tants, et j'ai continue mes experiences cette annee (1856) avec 
une nouvelle perseverance. Les oeufs commenc^rent a eclore 
dans les premiers jours de Janvier, mais aussi irregulierement 
qu'auparavant. II en naissait tous les jours une petite quantite, 
et Teclosion ne cessa pas avant le mois de mai. Les jeunes Vers 
furent tous bons ; ils mangerent et vinrent aussi bien que je 
pouvais le desirer, et les cocons que j'en obtins furent tres 
beaux. J'eus done encore I'occasion de les comparer avec les 
cocons frangais purs eleves par moi en m6me temps que les 
differents croisements. La difference etait en faveur des cocons 
purs ; mais les cocons croises etaient tres superieurs a ceux 
du Bengale, et ceux que je devidai dans la filature donnerent 
une tr^s belle soie et en quantite plus que double des cocons 
ordinaires du pays que nous devidions alors dans nos ateliers. 
Je supposai que j'avais telleraent reduit la nature originale 
par les croisements frequents que les Vers s'assimileraient 
maintenant dans leurs habitudes aux Vers du pays, et je ne les 
reduisis plus par de nouveaux croisements, mais je laissai les 
papillons s'accoupler entre eux. Mon etonnement fut done 
grand, lorsque je trouvai que la plupart des oeufs, trois jours 
apres avoir ete deposes, noircissaient deja, indiquant qu'ils 



VERS A SOIK. 163 

contenaieiit encore trop d'elemeiit IVangais. Quel(|ues-uns res-» 
tereiit uoirs et ils eclosaieiit dix jours apres. 

Je ne coiuprends pas comment on peut explicjuer ce caprice 
de la nature, par rapport au reste ; niais je ius encore plus 
surpris dans la suite. II faut natureilement attendre jusqu'a 
I'annce prochaine pour voir le resultat des oeufs nojrs ; mais 
ceux qui s'ouvrirent me donnerent Lien assez a faire pour le 
moment, et je les veillai et les soignai avec le plus granj 
interOt. 

Les jeunes Vers paraissaient bien portants, mangeaient et 
venaient bien ; le moment arrive, ils donnerent des cocons. 
Leur couleur blanche sulfit pour faire reconnaitre Telement 
chinois ; mais la qualite superieure de la fibre et la nuance 
plus claire de quelques-uns d'entre eux, avec moinsde filoselle 
que dans nos cocons ordinaires, denotait le croisement frann 
t;ais et italien. 

Je fus assez satisfait de cette recolte, et j'esperai que mes 
travaux avaient reussi •, je fus done bien surpris lorsque, apres 
I'accouplement, je vis plus de la moitie des nouveaux ceufs 
redevenir annuels, quoiqu'il y eiit eu nn changement complet 
dans leur nature ^ ay ant eclos en Janvier, ayant donne des co-t 
cons en fevrier, etant sortis al'epoque ordinaire, s'etant accou^ 
pies et ayant depose des oeufs qui elaient eclos dix jours apres, 
ils retombaient maintenant dans Jeur nature primitive pour 
n'eclore qu'au mois de Janvier procbain (1857). Ce fait me 
semble bien extraordinaire. J'oblins de ceux qui etaient eclos 
une autre recolte de bons cocons, et je distribuai leurs ceufs 
dans differentes parties de i'lnde. Chose etrange ! un grand 
nombre de ceux-ci reprirent le caractere de Vers annuels. Le 
petit nombre qui m'en resla fut , a cause du mauvais temps 
qu'il fit au moment de la montee, tres reduit en force et en 
qualite. lis me serviront a continuer mes experiences. Nous 
sommes maintenant au milieu des pluies : c'est la plus mau^ 
vaise saison pour les cocons ; cependant je les conserve tou-r 
jours, et je leur donne le plus grand soin. Ce qui en.resultera 
definitivement sera Tobjet d'une seconde communication. 

J'ai plusieursUvr^sd' ceufs de» tlJLfl'ereuls CToi semen Is ^ccmsej-r 



I6il S0Clf:7E I.MPKUIALE ZOOLOGIOIK !)' ACCLIMAT VTION. 

vant toLijours le caraclere dcs Vers annuels. Comme j'ai passe 
trois ans a essayer, mais iniililement, de greffer sur notreraco 
un element superieur pour la fortifier, je me sens decoiirage, 
et je serais bien heureux d'avoir Fopinion dcs naturalistes sur 
la possibilite d'atteindre le hut que j'ai en vue et Ics moyens 
a employer pour y parvenir. 

Je suis bien persuade qu'il est possible d'ameliorer nos Vers 
a soie du Bengale par un meilleur traitement, et je ne doute 
pas que ceux de I'Europe ne soient arrives a leur etat de per- 
fection actuelle par les soins et les educations. Les superbes 
cocons que j'ai vus a I'Exposition fran(:aise prouvent ce que 
I'art et une education soignee peuvent produire. On dit que les 
Vers a soie ont ete primitivementimportes de la Chine. J'ai vu 
dernierement des specimens des meilleurs cocons domestiques 
qu'on eleve maintenantdans ce pays, et les cocons ordinaires 
de TEurope sont plus que doubles en grosseur et pour le poids 
de la soie. Cela prouve clairement que le Ver a degenere dans 
son pays natal, ou bien que c'est rhabilite des Europeens qui 
a opere cet immense progres dans sa nature et dans sa consti- 
tution, et e'est ici, je crois, qu'est la veritable cause de perfec- 
tion. La difference essentielle du cocon est dans sa grosseur. 
La forme est a peu pres la m6me 5 je ne parle toutefois que des 
cocons de Chine blancs. 

* En Syrie, les cocons sont presque egaux aux cocons fran- 
^•ais pour la grosseur et la qualite, et comme le climat de la 
Syrie ne differe pas beaucoup de celui du Bengale, dans notre 
saison seche, je ne vois pas de raison pour que nous ne puis- 
sions produire d'aussi beaux cocons. Des croisements lents et 
repetes peuvent etre necessaires pour accompUr ce change- 
ment-, mais peu importe le travail que cela demanderait; I'im- 
mense amelioration dans la qualite et dans le produit, qui en 
resulterait sans aucun doute, dedommagerait amplement de la 
peine et de la depense, et comme cet avantage serait un bien 
public, le gouvernement et le public devraient encourager 
I'entreprise. 

Je suis pr6t a olfrir des oeufs a quiconque serait dispose a 
marcher dans cette voie : car plus les experiences seront dis- 



VKSS A SOIK 165 

persofs, phi? il y aura de clumces de succes. Jc lie suis pas cer- 
tain (jue les races de Vers a sole doniestiqiies actuellcs n'ont 
pas ete d'abord sauvages et nourries de loute autre feuille que 
celle du niiirier. Les for6ts de I'liide abondent en difierentes 
especes de Vers a soie se nourrissant de toutes sortes de 
feuilles. C'est le hasard peut-(>tre qui a conduit au choix du 
niLirier, et c'est certainement la nourriture la plus propre a 
donner une soie douce et facile a devider. 

Je n'ai pu faire d'experiences sur aucune esp6ce de Vers a 
soie