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Full text of "Bulletin de la Société de Géographie"

BULLETIN 



I>E LA 



S0C1ETE DE GEOGRAPH1E. 



Qusttrieme Serie. 

TOME XVI. 



LISTli i)E9 PRESIDENTS IIONORAHU.S ML L\ SOClETfi. 



MM. 
Marquis de Lathce. 
Marquis He Pastoret. 

V" de ClIATEAl Dnl\ND. 

C 1 '' Chabrol df. Voi.vic. 

ReCQ|:F.T. 

B° U Al.EX. DE IIUMEOr.DT. 

C" Chabrol de Grousol. 
Baron Georges Cuvier. 
B" Hyde de Neuville. 

DlIC cle DOUDEAUYIT.LE. 

J. B. Eyries. 

Le vice-amiral cle Bigny. 



MM. 
l,e ront.-amir. d'Urvii.i.e. 
Due Decazes. 
Comle de Muhtalivet. 

Baron de Barante. 

Le general baron Pelet. 

Guizot. 

De Salvandy. 

Baron Tcimnier. 

Baron de Las Gases. 

VfLT.EMAIJT. 

Cunin-Gridaine. 
L'amiral baron Roussin. 



MM. 
L'amiral baron de Mackau. 
Le vice-amiral Hai.gan. 
Baron Walckenaer. 
G ,c Mole. 

JOMARD. 

Dumas. 

Le contre-aniiral Matuiel. 
Le vice-amiral La Place. 
Hipj). Fortoul. 
Lefebvre DuRUFr.F. 

GuiGNIALT. 

Daussy. 



IISTE DES CORRESPOSDASTS ETRAXGERS DANS L'ORDRE DE LEIR IfOlfflATlOR. 



MM. 
H. S. Tanner, a Philadelphie. 

W. WOODRR1DGE, a Boston. 

Le general Edward Sabine, a Londres. 

Le doeleur J. Richardson, a Londres. 

Le professeur Rafn, a Copenhague. 

W. Ainsuorth, a I.ondres. 

Le colonel Long, a Louisville. Ky. 

Le capitaine Maconochie , a Sydney. 

Le conseiller de Mackdo, a Lishonne. 

Le professeur Karl Ritter, a Berlin. 

Le cap. John Washington, a Londres. 

P. de Angelis , a Biienos-Ayres. 

Le doctetir Kriegk, a Prancfort, 

Adolphe Erman, a Berlin. 

Le docteur \V»prAus, a Gocttiugue. 

Ferdinand de Luca, a Naples. 

Le doeleur Baruffi, a Turin. 

Le colonel Fr. Coello, a Madrid. 



MM. 
Le professeur Munch, a Cliiisliauia. 
Le gen. C" A. de la Marmora, a Tin in 
Le professeur Paul Cham, .i Geneve. 
J. S. Abert, colonel dts ingenieurs-to- 

pographes des Etats-Uuis. 
Le professeur Alex. Bacue, surinten- 

dant du Coasr-Snri'ey, auxElats-Unis. 
Lsrsius (Richard), de 1' Academic, des 

sciences de Berlin, a Berlin. 
De Martius, secret, perpet. del'Acad. 

des srienres de Baviere, a Munich. 
K.iEi>ERT(Henri), a Berlin. 

1'ETERMANN (AllgUSlUs), ;'l Collia. 

E. LamaNsky, a Sainl-Pelersliourg. 
Beaudoin, chef d'escadr. d'elat-major, 

en Algerie. 
Hermann Schlagentwiut, a Berliu. 



L1STE DES CORRESPOSDASTS STRANGERS Ql'I OXT OBTENl' LA GRANDE MEDAILIE. 

MM. MM. 

Le capit. sir J. Franklin, a Londres. Le capitaine K. Mac-Clure, a Londres 

Le capitaine Graab, a Copenhague. Le docteur Henri Barth. a Londres. 

Lc capitaine sir John Ross, a Londres. Lc rev. David Livingstone, a Londres. 

Le capitaine G. Back. Le docteur E. K. Kane. 
Le capit. James Clark Ross, a Londres. 



Paris, — Impi imei ic ilc L. MARTINET, 
i tie Mignon, 2. 



BULLETIN 



DK LA 



r r 



SOCIETE DE GEOGRAPHIE 

IlEDlGfi PAR LA SECTION DE PUBLICATION 
ET MM. ALFRED MAURY, 

SECRETAIRE GENERAL DE LA COMMISSION CENTRALE , 

ET 

V.- A. MALTE-BRUN, 

SECRETAIRE ADJOINT. 



QUATRlfcME SfiKIE. — TOME SElZlEME. 
ANNEE 1858. 

JU1LLET — DECEMBRE. 




PARIS, 



CHEZ ARTHUS-BERTRAA'D, 

L 1 B B A I R E D E LA SOCIETE D E GEOGR U'HIE , 

R1H HAUTEFEUIM.E.'K" 21. 

1858 



COMPOSITION DU BUREAU DE LA SOCIETY 
rofR 1857-1858. 



President. M. le ppneral Dachas, seuateur. 

I MM De I.A Koyi'kTI E. 

five-Presidents. \ „ 

I MM. I)K QUxTRtFAGES, de 1'Institiit. 

ScrutauuH. j KOLM...ET. 

Secretaire. M. Buis.sox. 



COMPOSITION DU BUREAU DE LA COMMISSION CENTRALIS 

rouii 1858. 

President. M. D'Avfzac. 

Vice-Presidents, MM. JuMARn el be Quatrefages, de t'lnstittlt. 

Secretaire gen irat. M. Allied Maiihy. de llnsl.tiit. 

Secretaire adjoint. M. V. A. Mai.te-Bhuw. 

Section dc Correspondance. 

MM. A. d'Abbadie, corr. de l'Institul. MM. Dc la Roqnetle. 
C" d'Esrayrac de Lauture. Ern Morin. 

A- de Froidefunds des Farges. Noel des Verger.', corr.de l'lnsl. 

E. de Fioberville. Renard. 

V. Oueriu D-- Sauley, de I'lnslilut. 

Gabriel Lafond. Paul in Talabol. 

Section de Publication. 

MM. Cortambert. MM. Lour maud. 

Daussy, de I'lnstitut Mamoy. 

k Demersay. Moiel-Fatio. 

Ernest Desjardins. Sedillol, 

Gu'gniaut, de i'lnstitut. Treniaux. 

Jacobs, Vivien de Saint-Martin. 

Section de Comptabilite. 

MM, Albert-Monlcmont. MM. Gamier. 

V. A. Barbie du Bocage. Lefebvre-Durufle. 

Alex, bouneatt. Poulain de Bovay. 

Arclriviste-bibliothecairc. 

M . . 

Tresorier de la Svciete. 

M. Meignen, notaire, rue Saint-Honore, 3 70. 

lMcmbres ad joints. 

MM. Boniilet. WM. Ferd. Fabrc. 

Buiis'M). V- Lejean. 

M. Noirot, agent dc !a Rociete, rut Christine, 3. 



BULLETIN 

DE LA 

SOClETE DE GEOGRAPHIE. 

3UILLET ET AOUT 1858. 

Memo! res 5 etc* 

NOTICE GfiOGRAPHIQUE 

SUR L'lLE DE MADAGASCAR, 

L'ile de Madagascar, que ses habitants appellent 
Mad6casse, Madegache ouMalgache, ne fut quevague- 
ment connue des anciens, et il n'est parvenu jusqu'a 
nous aucune relation detaillee ayant positivenient rap- 
port a elle. II est merae encore douteux que les noms 
de Memuthias dans Ptolem6e et de Cern6 clans Pline, 
dont parle Flacourt (1), lui aient 6t6 appliques. Les 
Arabes, qui parcoururent en tous sens la mer des Indes, 
ont euevidemmentconnaissancedecette vaste contr6e, • 
ils y ont meme fondd de nombreux comptoirs ; mais, 
les Merits qu'ils nous ont kisses sont, a son enclroit, 
6trangement obscurs, et rien ne prouve que l'ile Cam- 
balou de Massoudi, ou l'ile El-Andjebch du gGographe 
Edrisi, aient designed au x" et au xu^siecle, l'ile de 
Madagascar. Ces auteurs pouvaient bien ne la connaitre 

(1) Premi&re parlie, Description generate del'isle, chap, I". 



( 6 ) 

qu'imparfaitementjCarelleformaitausud-ouestlalimite 
du centre d'action commerciale des musulmans. Le 
seul voyageur europ£enqui, au moron age, ait pousse* 
ses excursions jusque dans ces parages, le celebre 
a enitien .Marco Polo, l'a nominee Madeigascar, nom que 
lui ont rendu les geographes modemes. II la regarde 
corame l'une des plus grandes lies du nionde, et rap- 
porte que de son temps les habitants, qui etaient 
Sarrasins, adoraient Mahomet et vivaient de mercan- 
dise et cVart. lis y faisaient un grand nnmnerce d'ivoire 
et en exportaient du bois de sandal ct de l'ambre. 
Voici, du reste, comment ce hardi voyageur s'exprime 
a son sujet (1) : « II ( les Arabes ) ont maintes mer- 
it candies et hi vienent maintes nes (navires) con (avec) 
» maintes mercandies, e ce sunt dras dore ede soiede 
» plosorsmaineres et de maintes autrescouses (choses) qe 
s noz ne voz conteron eci. E toutes les vendenl et can- 
»gent (changent) a les mercandies de l'isle.... e si voz 
» di que les nes ne puent (peuvent) aler ver midi a les 
» autres yslefor (plus loin) qe a ceste ysle et acelle de 
a Zanghibar, por ce que la mer hi cort (court) si ver 
» midi que a poine (peine) s'en poroient venir (pour- 
»raient revenir), e por ceste achaisonz (raison) ne i 
» vent (vonl) les nes. E si vos di que les nds qui i vie- 
» nent de Mabar (Malabar) , a ceste isle vienent en 
» v ingt jors, e quant elle hi tornct (retournent) a 
a Mabar poinent (peuvent) aler trois mois ct ce avent 
)> (cela arrive) por ce qe la corent (les courants) vait 

(1) Voyayes Je Marco Polo, tome I" du Recueit do Voyages et de 
Mimoires publid par la Socidtc de Giiograpliio de Paris, p. 233. 



(7 ) 
» (vont) toz jorzver midi, e ce avint (cela arrive) toutes 
» foies qe james ne cort (on ne court) en autre mai- 
» nere quever midi. » 

Depuis Marco Polo, jusqu'a l'epoque ou les Portugais 
Jongerent les cotes de 1' Afrique orientale pour se rendre 
aux Indes, aucnn europeen ne visita Madagascar. Ce 
fut seulement en J 506, neuf ans apres que Vasco de 
Gama cut double le cap de Bonne-Esperance, que la 
cote occidentale de cette ile fut reconnue par Ruy 
Pereira et Tristan d'Acunha, qui lui donnerent le 
nom d'ile Saint-Laurent, soit a cause de la fete de ce 
saint qui aurait eu lieu le jour meme de la decou- 
verte, soit pour faire honneur a Lorenzo d' Almeida, 
dont le pere Francois d' Almeida etait vice-roi des 
Indes. Quelque temps apres, Fernand Suarez visita la 
cote orientale de Saint-Laurent. Le roi de Portugal 
Emmanuel, curieux d'obtenirsur cette ile des rensei- 
gnements plus exacts que ceux recueillis par Tristan 
d'Acunha, et de verifier si cette vaste contree renfer- 
mait, comme on le lui avaitrapporte, des mines d'or et 
d' argent, fit partir de Lisbonne,le5 avril 1508, Diego 
Lopes de Siquei'ra avec mission de se renseigner sur 
les mines et les produits de tous genres que pouvait 
renfermer l'ile Saint-Laurent. Siquei'ra aborda la c6te 
orientale etla longea tout entiere; il y recueillit meme 
de malheureux Portugais naufrages. Mais desireux de 
se rendre le plus vite possible aux Indes, qui pour les 
navigateurs de cette epoque etaient le vrai pays de l'or, 
il se contentad'unexamen tout a fait superficiel, et, ne 
renconl rant pas ce qui faisait l'objet deses recherches, 
il continua sa route vers Cochin, oil il prit terre le 



( 8 ) 
21 avril 1509. L'annee suivante il partil <!u Portugal 
pour Saint-Laurent \me nonvelle expedition sous leg 
ordresde Juan Serrano, mais elle n'eut pas un meilleur 
succes, et ties tors les Portugais n'y aborderent que 
raremeiil pour y faire quelques marches sans impor- 
tance dont les esclaves etaient Particle principal. ID 
pen })lus tard les habitants ayant chasse* ou massacre 
les traitanls ou les pretres portugais, les relations de 
ces denhers avec Saint-Laurent eesserent complete* 
ment, et plus d'un siecle s'ecoula avant qu'une autre 
nation europeenneait songe a etablirdescomptoirssur 
les cotes de la grande ile africaine. Quelques naviga- 
teurs, et particulierement des Francais. se rendant aux 
hides, y debarquerent de loin en loin , mais aucun ne s'y 
arreta. 

L'ilede Madagascar est situee pres de la cote orien- 
tal de l'Airique dont elle est separee par le canal de 
Mozambique large de 85 lieues : elle s'etend en longueur 
entre 12° 12' et 25° 45' latitude sud, et en largeur 
entre hi 20' et 48° 50' longitude est. Elle mesure 
330 lieues du nord au sud et 135 lieues de l'estal'oueot 
dans sa plus grande traversed ; mais cette largeur est 
on ne pent plus variable : a la hauteur de la baie de 
Passandava, elle n'aque fifl a 50 lieues. Ellese termine 
memepresque en pointe dans sa partie septentrionale, 
au cap d'Ambre. On estimc 1' ensemble de ses cOtes a 
une Vendue de 850 lieues: sa superficie est d'environ 
25 000 lieues carrees, unpen moins que la France, qui 
en compte 27 000. 

Dans la partie nord du canal de Mozambique, noti 
loiivdc Madagascar, se Irouve Varcliipol des iles Co- 



(*) 
mores, dont l'une, Mayotte oil Mahore, est devenue 
possession francaise en J8M, et au nord de la grand* 
ile vers le 10 r de latitude sud, les Amirantes et les Sey- 
chelles ou Mahees. 

Madagascar est en outre entouree de plusieurs petites 
lies, parmilcsquelles on remarque, sur la cote est, Sainte- 
Marie, colonie francaise, et sur la cote ouest, Nossi- 
be et ses dependances, Nossi-Ommba, Nossi-Mitsiou, 
egalement en notre possession. Les iles Maurice et la 
Reunion, qui sont situees a Test de Madagascar, en sont 
distantes, la premiere de 100 lieues, laseconde de 150. 

Le chiffre auquel s'eleve la population de la grande 
ile africaine est reste a pen pres inconnu, en 1' absence 
de toute espece de statistique locale, et les voyageurs 
qui y ont penetre n'ont pu donner que des calculs 
approximates tres variables entre eux. CepGndant, en 
prenantla moyenne de leurs approximations, on arrive 
au chiffre de trois millions, qui pent etre regarde conune 
a peu pres exact (1). Si Ton compare ce chiffre a la 
surface oceupee. on verra qu'il est bien pen eleve; 

(1) W. Ellis [History of Madagascar, vol. I", chap, v, p, us), 
estime la population de 4 a 5 millions. 
Dans ce nombre. il corapte : 

Les Hovas, pour 7S0 00o 

Les Sakalaves, en y compreuanl les Bezonzons et les 

Antsianacs, pour J 200 000 

Les Beisilcos, pour 1 500 000 

Les lietaniroenes et les Betsimsaracs, pour l 000 000 



Total des habitants i 450 000 

Cette estimation pafatt exagdreV, d'apres les aulres voyageurs, les 
Betsildos surtout ne doivent pas Aire au?si nombreut. 



(10) 

cettc grande ile pourrait facilement nourrir 30 000 000 
d'habitants. 

Tons les vovageurs qui ont passe en vue de Mada- 
gascar, surtoul a I' est, pretendent que cette contree 
ressemble a une montagnede verdure. Kile est en effet 
parcourue danstoute sa longueur, du nord au sud, par 
une chatne de montagnes formant au centre d'iimnenses 
plateaux, et donl les contre-forts, allant sans cesse en 
s'abaissant de chaque c6te vers lamer, donnent nais- 
sance a une succession de plates-formes secondaires, 
couvertes de forets, qui, se trouvant ainsi atoutes les 
hauteurs, jouissent des temperatures les plus variees, 
et sont, par cela meme, susceptibles de recevoir les 
cultures de presque toutes les zones du globe. Entire 
chacun de ces contre-forts se developpent des vallees 
d'une fertilite remarquable. La bauteur des principales 
chaines n'a pas 6te mesuree d'une maniere satisfai- 
sante, mais on affirme que quelques pics du centre 
atteignent jusqu'a 2400 metres au-dessus du niveau de 
la nier. Trois rameaux principaux se detachent de la 
chalne centrale ; ce sont : dans la province la plus au 
nord. nominee [' Ankara, celui qui forme I'undes cotes 
de labaie d'Antongil ets'^tendjusqu'auvsapBaldridge; 
aii centre de Tile, celui qui porte les noms de monts 
Ankafatra et Ambohimiangara, qui entonrent la pro- 
vince d'Ankova; el enfin celui qui, sous lenom d'Am- 
bohitsmena, se separe de la chaine principale dans la 
province de Betsileo, et vient mourir aux environs de 
Fort-Dauphin. A l'est, les montagnes descendent rapi- 
dement vers la cote; leurs pentes sont abruptes, les 
plateaux secondaires sont retrtieis, A l'ouest, la degra- 



( 11 ) 

dation n'est pas aussi rapide ; les plateaux peuvent 
prendre un plus grand d6veloppement, et s'abaisser 
vers la mer d'une maniere inoins sensible. « On con- 
)) coit du reste facilement, dit a ce sujet Mace" Descartes, 
» l'un des historiens de Madagascar (1), qu'une region 
» aussi vaste doit offrir les aspects les plus varies, les 
» panoramas les plus grandioses. Yue de la mer, cette 
» ilemagnifique offre a l'ceildecelui qui arrive un vaste 
» amphitheatre de montagnes superposees, qui sont 
» comme les Echelons des chaines principales. Ces 6che- 
» Ions gigantesques forment unesorte d'escalier colos- 
)> sal de verdure, ou la pens6e 6merveill6e monte invo- 
)) lontairement de marche en marche, des bords clela 
» mer aux plateaux superieurs de l'ile, en passant par 
». toutes les nuances propres aux montagnes, depuis le 
» vert vif ou sombre de la vegetation jusqu'aux teintes 
» azur6es des sommets les plus eleves qui se confon- 
» dent avec le bleu fonce du ciel. » 

Ces montagnes donnent naissance a une infinite de 
ruisseaux et de rivieres qui d6versent leurs eaux soit 
dans l'ocean Indien, soit dans le canal de Mozambique. 
Or, les montagnes se trouvant plus eloignees delamer 
a 1' Occident qua l'orient, les rivieres de l'ouest attei- 
gnent une etendue bien plus considerable que celles 
de Test. Oncompte parcentaines les cours d'eaux qui, 
sur tout le developpement des cotes de Madagascar, 
se jettent directement dans la mer; mais la plupart, 
n'etant pas navigables, n'ont d'importance qu'au point 
de vue de rarrosage du pays. Un certain nombre seu- 

(1) Hist, et gc'ogr. da Madagascar, livre II, chap, i", p. 220. 



( 12 ) 
lemeut peuvent 6tre remontesf a d'assez grandes di.-s- 
tances par les pirogues des indigenes. 11 n'en existe 
aucun but la cuto orientals qui s lil capable de porter 
de plus fortes embarcationa. A l'ouest, au contraire, 
des bateaux pontes, iris que des boutres arabes, peu- 
vent penetrer dans l'interieur pendant plusieurs jour- 
nees, a partirde 1* embouchure des fleuves, qui ne sonl 
cepoiidant pas asset profondspour des bailments euro- 
peens construits en vuc dune oavigatioa surmer. Ces 
derniers trouveraient a operer leur chargement dans 
les magnifiques estuairea que quelques-uns decescours 
d'eau torment a leur embouchure. Parmi les princi- 
palis fleuves qui arrosent Madagascar, on peutciter, 
a l'ouest, en partant du cap d'Ambre pour se dinger 
vers le sud, la Soffia, qui sejette dans la baie de Ma- 
samba; la Betsibouka, grossie de la rivifere Ikoupa, 
dont 1' embouchure forme la magnifique baie de Bom- 
betok ; le Bali, au fond de la baie du meme nom ; l'Ou- 
nara, LaSizoubounghi, le Saint-Vincent ou Mangouki; 
la Feeregne, qui se jette au port Tolia; et. enfin 
I'Ongn'lahe, dont l'estuaire forme la baie de Saint-Au- 
gustin. Au sud, on remarque la Mandrera. En remon- 
tant du sud au nord, le long de la cote est, on trouve 
la Mananghara, le Mangourou, l'lvondrou, le Vouib6, 
le Manangourou, et laTingbate, qui sejette au fondde 
la grande baie d'Antongil. 

II existi 1 ausai a .Madagascar un certain nombre de 
lacs, dont quelques-uns tres t'tendus. Les plus remar- 
quables sontlelac Kinkouni, dans le Boueni, presde la 
riviere Mazarai ; lc lac Safe, dans le Milanza, province 
d'Ambongou j lc laclma, dans le Menace", pres la riviere 



( 13 ) 
Sizouboughi; lc lac Itosi, dans la province d'Ankova, et 

en fin les lacs Rahidranou et Nossi-Vola, dans le pays 
d'Antsianaka. On trouve encore sur la c6te est, et par- 
ticulierement dans le paysdes Bt'tanhnenes, une sene 
de lagunes pen distantes de la mer, qui forment pres- 
que entre elles un canal navigable parallele a la cOte. 
Ce sont : les lagunes Nossi-be, pr6s de la riviere Ivon- 
drou, qui, au dire de Leguevel de Lacombe, a huit 
lieues de tour *. la lagune Iranga, celle de Rassoua-be, 
qui, selon le ni§me voyageur, en a douze ou treize ; 
celle de Rassoua-Massaye, et une suite d'autres moins 
importantes (1). 

Ces lagunes, ainsi qu'im grand nombre de marais 
qui se trouvent dans les parties basses de l'ile, doivent 
leur existence a un phenomene qui se renouvelle cha- 
que annte pendant la saison des pluies. Les cotes de 
Madagascar, surtout a Test, sont extremement basses, 
et les nombreux cours d'eau qui les sillonnent ne trou- 
vantpas, entre lesderniers contre-forts des montagnes 
et la mer un 6coulement sul'tisant a l'epoque des hautes 
eaux , cI6bordent presque tous sur les pays environ- 
nants. Pendant la saison des pluies, les plus petits ruis- 
seaux se changent en torrents, et entrainent avec eux 
des masses de rochers, de detritus de vegetaux, d'ani- 
maux morts, de debris enfin de la nature vierge qui 
les environne. Toutes ces matieres viennent s'accu- 
muler aux embouchures, et forment des digues qui sc 
trouvent bientot consolidees et recouvertes d'une quan- 
tity de sable apportee par les vents de mer soufflant 

(1) Voyages & Madagascar et aux iles Cnmnre* C1823 a 1830;, 
Vul. I", chap. iv. 



( u ) 
presque constammenl sur la cote orientale. Ainsi 
prennenl naissance ces barrages qui Lnterdisent aux 
embarcations 1'entree des rivieres, etque les eaux ve- 
nues de l'interieur ne peuvent rompre qu'apres avoir 
inomli- toute la contree, lorsqu'elles ne trouvent plus 
d'autre ecoulement et qu'elles reviennent avec une 
force bien autrement puissante cjue cellc qui leur est 
habituelle. Mais, le canal n'est pas plutot perce et les 
eaux ecoulees, que la digue se reforme jusqu'a la saison 
suivantc, la riviere n'ayant plus la force de s'opposer 
a 1' effort combine des obstacles quelle entraine et des 
sables venus du large. 

On peut concevoir le danger d'un semblable etat de 
clioses ; car les eaux, en se retirant, laissent detreni- 
p6es les plaines immenses dans losquelles elles out 
sejourn(5 plusieurs mois, et le soleil des'tropiques ve- 
nant aider a la putrefaction des debris de tons genres, 
animaux (1) ou vegetaux, qui les recouvrent, en fait 
en pcu de temps de vastes foyers d'infection d'ou se 
degagent des niiasrnes pestilentiels. Telle est l'origine 
des Sevres mallieureusernent si connueset siredoutees 
de Madagascar, 

On comprendra cependant que ces lievres ne doi* 

(1) I.eguevel do Lacombe, Voyarje a Madagascar el aux Hes Co- 
mores, vol. I", chap, i, p. 7. « La saison des pluies otait passer: 
» cependant on voyait encore dans les iuarais des cadavres de boeufs ct 
» de moulons, dont la decomposition avancee rcpandait dans Pair del 
i) ruiasmes infects. Ces bestiaux avaicnt dte frappds par la fmidre ou 
» entratuds par les torrents que les pluies avaient subitoment forme's, 
'dusoramel dosmontagues ou ils eherchaienl quelques brins d'herbo 
» c"pargnes par la mousson. » 



( 15 ) 
vent pas sevir an meme degre" sur toutes les cotes de 
l'ile : ainsi, elles sont en general bien moins acraindre 
a l'ouest que clans la partie orientale. Les rivieres y 
coulant moins rapidement vers la mer, entrainent avec 
elles moins cle debris, et les courants maritimes qui, 
dans le canal de Mozambique, portent vers la cote, n'y 
accumulent pas une aussi grande quantite de sables 
que les vents qui soufllent de la mer sur la cote orien- 
tale. La province d' Ankara, partie nordde Madagascar, 
se trouvant elevee au-dessus du niveau de la mer, est 
a peu pres exempte de ce fl6au. II en est de meme de 
rint&ieur de l'ile, dont 1' altitude est beaucoup plus 
grande encore. La les causes cessant , les eflets ne 
peuvent avoir lieu. Certaines provinces du centre sont 
meme renomm^es pour leur salubrite, etl'airy devient 
d'une puretG telle, qu'il est rare d'en trouver d' aussi 
sain dans d'autres pays. Cette assertion est suffisam- 
ment prouvee par ce fait, que leurs habitants, lorsqu'ils 
descendent vers les cotes, sont aussi sujets aux fievres 
que les Europeens nouvellement debarqnes (1). 

Toutes les ibis qu'il a ete question de former des eta- 
blissements a Madagascar, on a objecte l'insalubrite du 
climat, et Ton a pretendu que les fievres empechaient 
toute espece de colonisation. Cela est vrai, du moins 
en partie, comme il vient d'etre demiontre ; mais, ce 
qu'on ignore en general, c'est qu'on peat y rem6dier 

(1) Documents sur I'histoire, la geographic el le commerce de la 
parlieoccutenlalede Madagascar, parlc capitainc dc corvette Guillaiu, 
2' partie. — Voyage fait a la c6te ouest de Madagascar en 18*2 et 
1813, chap, viii, p. 219. — Le Gentil, Voyage dans les mers de I'Inde, 
tome IV, i' partie, art. 9, p. 176. 



I 16 ) 

;iw'Z facilenient, etquela zone ou les utaiais exhalenl 
on sc dessechant cesmiasmes putrides, so borne a quol- 
quea Lieues de profondeur ft partir dea cdtes, huii on 
dix an plus, 

La Reunion, voisine de Madagascar, ctdont Ja lati- 
tude repond a celle du centre de celie lie, a ete de tout 
temps renommee pour sa salubrite, a tel point qu'a 
i'^poque de nos premiers etablissemonts sur les cotes 
de Madagascar, cllc servait tie depdt pour nosmalades, 
etl'histoire rapporte qn'ils y recouvraient prompte- 
ment la saute (1). « S'il fallail clever quelque part tin 
o temple a la sante physique, c'esl h la Reunion qui! 
') faudrait en determiner la place (2),» Or, la Reunion 
se Ironve absolument dans lea memes conditions Of 
temperature que Madagascar, sauf la zone Gtroite donl 
nous venons de parler. 

II est done a\m\ <>t o'osf 1' opinion de tons ceu\ qui 
out frequente ces lies, que ce que Ton dit de la Reu- 
nion, on pourrait le dire de Madagascar, debarrassee 
des causes morbidea qui aujourd'bui encore rendent 
dangereux le sejour sur sea cotes •. et la meilleure 
preuve de cette similitude de climat, e'est que les pro- 
duitsdeces deux lies sont identiquement les memos, h 
des hauteurs analogues. 

Tous les voyageura qui out sejourne a Madagascar 
s'accordent sur ce fait, qu'a l'instar des pays iucultes 

(1) Histoire dcslndcs orientates, par Souchu do Ilcunefurt, 2" par- 
lie, livrc I er , chap, ix, p. 307. 

(2) Victor Charter, Description des iles do Madagascar, la Reunioti 
el Maurice, p. 3i>, dans lj volume do VUnivers pittoresque, intitule : 
lies do VAfrtque. 



( 17 ) 

ou les maladies developpees pendant les commence- 
ments de 1' occupation se sont peu a pen affaiblies pour 
cesser ensuite, toute nation europeenne etablie dans 
cette iJe verrait les fiejres dirainuer peu a peu, puis 
disparaitre an fur et a mesure des progres dc la coloni- 
sation. En effet, en admettant que le defrichement 
commencat par le centre, par les plateaux eleves, pour 
descendrepeu a peu vers les cotes, les colons, en endi- 
guantles rivieres, en deboisant leurscours superieurs, 
en detruisant a leurs embouchures la luxuriante vege- 
tation des paletuviers, en conduisant enfin les eaux au 
moyen de canaux qui les empecheraient d'inonder les 
campagnes et les renniraient a un point donne pour 
forcer les barrels qui obstruent 1' entree des fleuves, arri- 
veraient, dans un temps beaucoup moins long qu'on ne 
le suppose, a faire disparaitre tous les germes dan- 
gereux, sans etre sensiblement frappes par le fleau (J). 
Les fievres de Madagascar ne sont pas en general 
aussi malfaisantes qu'on se plait a le dire, et le plus 

(1) « Vers 1808, racoute Desire Laverdant, trois crdoles actifs et 
» intelligents de Maurice, MM. Petizeau, Cornet et Fressangej propo- 
)) serent au gouverneur general Decaen de se charger du dessechement 
» des marais de ia c6te, depuis le cap dc Bel lone, au nord de Sainte- 
» Marie, jusqu'a la riviere Sena, a I'entrde du pays des Antatchimous, 
» lis demandaient mille csclaves qu'ils auraient gardes en proprie'te, 
» pour prix de leur travail, apres achevement compret. M. Petizeau, 
u aujourd'hui negotiant estime" de Port-Louis, m'a communique la 
» requete qu'il preseula au general Decaen, et plus tard a Sylvaiu 
» Roux, a uue epoquc ou I'acquisitiou des esclaves ctait un fait par- 
» fakement regulier. C'cut 6t6 la une belle operation industriclle, et 
>■ il est fort aregretlerque le projetn'ait pas dteadopte.» (Publications 
de la Soci^td maritime de Paris, Colonisation de Madagascar, p. 26.) 
XVI. JUJLLET ET AOUT. 2. 2 



( is ) 

souvenl ellesn'acquierent de gravit6quepar 1c manque 
de soins. Presque tous les Strangers qui out sejournS 
sur les cdtes de I'ile Malgache out ete atteints ;i plu- 
sieurs reprises par cette maladie, mais elle a presque 
toujours crdr en [it'ii do temps a un traitement ener- 
gique. 

Elles sont, sans aucun doute, un obstacle a la colo- 
nisation, mais la facility de leurgnerison prouvc sufli- 
samment que c'est un obstacle devant lequel on ne 
doit pas reculer. Cette opinion est professee par un 
grand nombre de personnes competentes, et elle se 
trouve forniulee par le corps constitue le plus a meine 
de discuter sur une pareille matiere, par le conseil 
colonial de Tile de la Reunion, clans une adresse envoyee 
en!8/i5 au roi Louis-Philippe. 

«La cause de ces (ievres peut etrefacileruent amoin- 
» drieouparalysee;lesforets abattues, lesterres deiri- 
» chees,l'ecoulement artificiel des eaux, rendraient les 
» cotes de Madagascar aussi saines que cellesde l'ile 
» Bourbon. Et d'ailleurs, est-ce que le genie de la 
» civilisation a jamais recule devant lafievre? L'insalu- 
» brite des Antilles est bien autrement meurlriere, et 
» vingt colonies remplissent le golfe duiUexique. Aucuik • 
» ile n'a atteint a un degr6 plus eleve de richesse que 
» Saint-Domingue avant sa fatale revolution, et cepen- 
» dant une peste redoutable semait incessamment la 
»mort parmi ses habitants. Cayenne et la Guyane 
» n'en restent pas fermees a notre industrie par cela 
»seul cfue la fievre y regne. Ces etablissements, au 
»contraire, se developpent chaquejour, el devant eux 
»s'ouvre le plus brillant avenir. Java, sous un climal 



)! 



( IS ) 

n f'uneste aux Enropeens, grandit sans mesure ; avec 
» Java, la Hollande se console de toutes ses pertes ct 
» raenie du dernembrement de la Belgique. Grace a 

l'admirable perseverance des Hollandais, Batavia est 
)) aujourd'hui le centre du commerce et de la civili- 
n sation dans l'archipel d'Asie. Pour aucun peuple du 
» monde l'insalubrite du climat n'a ete line cause de 
» decouragement et de retraite. Le genie de l'homme 
» s'attaque au climat lui-meme, et, par la perseverance 
» de ses efforts, par tine heurease combinaison de tra- 
» vaux, il parvientale modifier et a, l'assainir. Ainsiles 
» fievres endemiques, dans plnsieurs departements de 
» la France, et notamment dans le departcment de la 
» Charente-Inferieure , sont devenues plus rares ou 
j> ont dispart! sous l'influence des defrichements ou 
» des irrigations qui previennent la stagnation des 
» eaux, » 

Les maladies autres que les fievres sont fort rares a 
Madagascar; le petit nombre de celles qui s6vissent 
contre les habitants sont engendrees par la malproprete : 
les Europeens, grace a la science, les reduiraient aux 
memes proportions que dans les plus sains des pays 
tropicaux. La variole seule fait quelquefois de grands 
ravages parmi les Malgaches, etla reintroduction dcla 
vaccine, interdite depuis la mort de lladama, leurren- 
drait un grand service. 

II existe sur les cotes de Madagascar deux sai- 
sons bien distinctes : Tune la -saison s6che , l'autre la 
saison chaude et pluvieuse. Ces saisons varient suivant 
la configuration topographique de File. En general, la 
premiere commence en mai pour finir en octobrc, ct 



( 50) 

la seconde, appelee aussi bivernage, occupe les autres 

mois de 1'annee. Cependant, sur la cote orientate, el 

particolierciuent a file Sainte-Maric, les pluiesse font 

sentir plus longtemps que dans les autres parties de 

1" ile. Dans les mois dejanvier etde fevrier, c'est-a-dire 

pendant la saison pluvieuse, out lieu les plus fortes cha- 

leurs. Le thermometre centigrade monte a cette epoque 

sur la cote orientale a 37° J an milieu du jour, ct se 

maintient generalement, durant les autres parties de la 

journee, entre 31° et 33° ; pendant la nuit et le matin 

auleverdu soleil, il descend quelquefois a 21° etmerne 

a 20° (1). Tandis que cette cliaude temperature regne 

sur les cotes, grace a 1' elevation progressive du terrain, 

on jouit d'un climat tempere sur les plateaux interme- 

diaires, situes en bien des endroits a quelques lieues 

seulement de la mer, et les plateaux les plus elevesdu 

centre de l'ile out a supporter par moments de lagers 

frimas. 

«Sur la cote est de Madagascar et dans le canal 
» qui separe cette ile de la cote d'Ai'riquc, on trouve 
» des moussons (vents periodiquesjetablisd'une maniere 
)) reguliere. Sur la cote orientale, la mousson nord-est, 
)> variable au nord-nord-est, regne depuis le mois de 
» novembre jusqu'a celui d'avril. La mousson sud-est 
» souffle du mois d'avril au mois de novembre. Cette 
» derniere periode est l'epoque de la belle saison on de 
» la saison seche. 



(\) Notices Slalisliques sur les colonies francaises , iinprimees par 
ordre dc M. le vice-amiral baron Roussin, minislrc dc la marine e( 
des colonics : Madagascar, Mctcorolo^ic, chap. in. p. 25. 



( 21 ) 

» Gependant, dans la partie sud-est de Madagascar, 
» on ressent en general les vents de nord-est, qui, con- 
» tournant la cote, la prolongent jusqu'au cap Sainte- 
» Marie, et qui, dans l'ouest de ce cap et sur la cote 
» sud-ouest de Madagascar, tournent au sud-est et an 
)) sud, soufflant pendant toute l'annee, mais sans 
» remonter loin au nord le long de la cote ouest de 
» cette ile. 

» Dans le canal de Mozambique, et principalement 
» depuis le parallele de la baie de Sofala jusqu'a l'equa- 
» teur, la, mousson sud-ouest commence en avril et 
» finit en novembre. Cette mousson est l'6poque de la 
» belle saison. Les vents, a 1' entree du canal, sont en 
» g6n§ral du sud au sud-snd-ouest, prenant a l'ouest a 
» mesure que Ton s'eleve au nord, et ils se fondent 
» avec les vents de l'ouest-sud-ouest et de sud-ouest 
» qui existent a lameme £poque au nord de l'equateur. 
)) Pendant cette mousson a la partie nord du canal, les 
» vents varient du sud-ouest au sud-est et a l'est-sud- 
» est, et pres de l'extremit6 sud de Madagascar, ils 
» sont souvent grand frais, soufflant du sud-est et de 
» Test. Pres de la cote d'Afrique, les brises de terre 
» sont frequentes. Dans le milieu du canal les vents 
» sont plus reguliers, et ils suivent a peu pressadirec- 
» tion. 

)> Pendant les autres mois, c'est-a-dire de novembre 
» a avril, on trouve dans cette meme portion de mer, 
') jusqu'a 1' extremity nord de Madagascar, les vents 
» soufilant frais du nord-est, accompagnes do pluie et 
de bourrasques ; puis, entre cette ile et la pointe de 
i) Mozambifjue, et dans le sud jusqu'au tropique du 



( 25 ) 
i) Capricorne, on a, pendant ccttc mousson, les vents 
» variables du nord-6Bf au nord-ouest, en passant par 
» le nord, qui donnent du nianvais temps. C'est dans le 
)> canal de Mozambique l'epoque dc la saison phi- 
-) vieusc (1). 

n i. 'ile de Madagascar eprouve parfoia des ouragans, 
» mais ils n'exercent jamais leurs ravages sur une 
» grande etendue de territoire, et meritent a peine le 
it noin de rafales, si on les compare a ceux qui deso- 
» lent de temps a autre les lies Bourbon et Maurice. 
)) Les ouragans paraissent du reste moins a craindre 
)) dans le nord de Madagascar que dans les autres par- 
i) ties de nie(2).» 

Si Ton considere les courants maritimes qui traver- 
sent en tous sens la mer des Indes, on verra que l'ile 
de Madagascar se trouve comprise entre les deux bran- 
dies du grand courant equatorial, l'une sedirigeant au 
snd-ouest pour aller se joindre au courant des Aiguilles, 
au sud de Port-Natal, 1' autre se dirigeant a l'ouest- 
nord-ouest, passant au norddu cap d'Ambre, et rejoi- 
gnant, au nord des lies (loniores, le courant du canal 
dc Mozambique qui arrive du nord-est. C.es deux cou- 
rants reimis descendent le canal dc Mozambique, le 
long de la c6te d'Afrique, et prennent au sud de Port- 
Natal, unpen avant d'etre rejoints par la branche sud- 
onest du grand courant equatorial, le nom de courant 

(1) Ch. Philippe de Kerhallct, Considerations generates sur I' ocean 
Jndien, cbap. i, Venti gintraux, p. 6, ouvrage du Ddpoi de la marine. 

(2) Notices statisllques sur les colonies francaises, imprimees parordre 
de M. le vlce-amiral baron Roussin, ministro secretaire d'Etat de la 
marine et des colonies : Madagascar, chap, ill, Mdtforologle, p. 2,'i. 



( 23 ) 
des Aiguilles. Apr&s cette seconde reunion, ils contour- 
nentlecap de Bonne-Esperance et entrentdans l'oc^an 
Atlantique (1). 

Ces grands courants sont done la route toute tra- 
c6e pour ceux qui, de Madagascar, doivent retour- 
ner dans 1' ocean Atlantique ; et cette ile, par sa posi- 
tion, commande deux des principales routes du cap de 
Bonne-Esperance aux Indes : celle du canal de Mozam- 
bique, et celle qui, passant entre elle et la Reunion, 
force a reconnaitre le cap d'Ambre. 

Les courants principaux dontil vient d'etre question, 
tout en passant au nord et au sucl de Madagascar, ne 
l'entourent cependant pas immMiatement, et laissent 
entre eux et les cotes de cette ile un large espace ou 
regnent des courants secondaires. L' ensemble de ces 
courants rend facile la navigation autour de Mada- 
gascar. Ainsi, le navigateur qui, de la Reunion, veut 
se rendre a la cote occidentale de l'ile Malgache, se 
trouve conduit tout naturellement an cap Sainte-Marie 
par la branche sud-ouestdu grand courant equatorial. 
La il rencontre des courants secondaires qui, venant 
du sud, longent, en la remontant vers le nord, la cote 
ouest de l'ile, jusqu'a la hauteur de Nossi-be. Si, au 
contraire, le navigateur, parti de la Reunion, desire 
atterrir a la cdte orientale de Madagascar ou au cap 
d'Ambre, il y est pousse en droite ligne par les courants 
secondaires se dirigeant dans l'ouest et le nord-ouest. 

Les marges offrent une Elevation bien differente a 

(l)Ch. Philippe de Kerhallet, Considerations generates sur I'oce'an 
Inclien, ouvrage du DepAt de la marine, chap, n, Courants generaux, 
p. 86. 



( 24 ) 
M r : tandis que surla c6te orientale elles par- 

viennenl to >lus h un metre, stir la c6te occiden- 

tal elles montent de 2 a :'> metres (I). 

Un des principaux avantages que rile de Madagas- 
car oflrirail au\ Europeans qui viendraient y fonder 
unecoloriie, c'esl la quantity de baies quo forment ses 
ernes. En partani du rap d'Ambre el en descendant 
vers le sud, le long de la c6te orientale de la province 
<r Vnkara, on trouve, en premier lieu, la magnifique 
baie de Diego-Suarez ou d'Antombouc; ensuite, celle 
deRigny,leportLouquez, leportLeven, la baied'An- 
drava, la baie de Vohemar, puis la grande baie "d'An- 
tongil ou furent fond&s, en 177/i, les 6tablissements de 
Benyowski. Otto baie est situee, partie dans V Ankara, 
partie dans la province d'Antanvarasti, et elle com- 
prend la baie de Mananhara au nord du cap Bellone, 
lc port Choiseul et les havres de 1'ile Marosse. En 
continuant a suivre la cote orientale de Madagascar, 
au sud de la baie d' Intongil, on trouve : le port Tin- 
tingue, dan- I'Antanvarasti ; le port Louis, dans 1'ile 
Sainte-Marie ; le port deFoulpointe el la baie de Tama- 
tave, dans la province de Betsimisaraka, et enfin la 
baie de Sainte-Luce ou Mangafiata, dans la province 
<F \i.('-si. Sur la cdte meridionale de File, on remar- 
que : dans la mfeme province, la rade de Fort-Dau- 
phin, premier 6tablissemen1 des Francais; la baie des 
Gallons, dans la province d'Androui ; la baie d' \n- 

(i) Notices stalisliques sw les colonies franca imprime'es par 
ordrede M. lc vice-amiral baron Roussia, ministrc sccrdtairc d'Etat 
de la marine et des colonics : ' < •. chap, in, Mlllorol igie, 

p. 25. 



( 25 ) 
drahoum, le port Barrow etle port Crater, clans la pro- 
vince de Mahafali. En remontant vers le nord, le long 
de la cote ouest, on rencontre la baie de Saint- Angus 
tin, qui forme l'embonclinre de la riviere Ongn'lahe, 
limite du Mahafali et du Feeregne ; le port Tolia et la 
baie Murder, dans cette derniere province ; la baie Bali, 
snr la frontiere de l'Ambongou et du Boueni. Dans le 
Boueni, la baie Cagembi, la baie Boueni, la grande 
baie de Bombetok, foment rembouchure de la Betsi- 
bouka ; cellesdeMatzamba, de Mouramba, deNareenda, 
de Sanmalaza et de Radama ; la magnifique baie de 
Bavatoube ou baie Dalrymple du capitaine Owen, et la 
vaste baie de Passandava. Enfin, la rade d'Helleville, 
dans 1'ileNossi-be, et la baie d'Ambavanibe ou port de 
Liverpool, snr la cote occidentale de 1' Ankara. Outre 
ces ports, ces rades et ces baies, il existe sur les cotes 
de Madagascar un tres grand nombre de havres ou 
peuvent mouiller les batiments pontes de petites di- 
mensions. 

Ce simple enonce fait voir qu'il y a peu de pays 
an montle qui offre a. la navigation un plus grand 
nombre de points de refuge ; malheureusement ils ne 
soul pas egalement distribn.es sur toutes les cotes de 
l'lle. Si Ton tirait une ligne de Pile Sainte-Marie, sur 
la cote est, jusqu'au cap Saint-Andre, sur la cote 
ouest, on remarquerait que la plupart des grandes 
baies qui recommandent si particulierement Madagas- 
car aux marines europeennes se trouveraient situees 
an nordde cette ligne, tandis que presqne toutes celles 
qui sont placees au sud , non-seulement ne seraient 
d'aucun secours en temps de guerre, mais encore ne 



( 26 ) 

pourraiont protAger lea navires contre les eflbrts tic la 
temp6te dans les mauvaises saisons de l'annee. 

La fertility de l'ile de Madagascar n'est mise en 
question par personne ; et, comme il a 6te dit plus 
haut, elle r£unit les cultures des pays tempers a ceUes 
des pays tropieaux. On ne j)eut mieux donncr l'idee 
des richesses vegetales qui recouvrent le sol de cette 
grande ile, qu'en rappelant la lettre adress6e en 177.1 , 
par le c61ebre botaniste Commerson, a Lalande : ((Quel 
» admirable pays que Madagascar ! 11 meriterait seul, 
» non pas un observateur ambulant, mais des acad£- 
» mies entieres. C'esta Madagascar que je puis aimon- 
» cer aux naturalistcs quest la tcrre de promission 
» pour eux. C'est la que la nature semble s'etre retiree 
» comme dans un sanctuaire particulier pour travaillcr 
» sur d'autres modeles que ceux dont elle s'est servie 
» ailleurs : les formes les plus insolites, les plus mer- 
» \ eilleuses, s'y rencontrent a cbaque pas. Le Diosco- 
o ride du Nord (Linn6) y trouverait de quoi faire dix 
» editions de son Syst&me de la nature, et finirait par 
» convenir de bonne foi qu'on n'a souleve" qu'un coin 
» du voile qui la couvre. » 

Dans le nord de l'ile, le sol est noir, vigoureux et 
d'une grande fertility. Sa c6te orientale est sablon- 
neuse, surtout vers son centre, jusqu'a une ou deux 
lieues dans l'interieur: mais, an dela de cette zone 
aride, on rencontre la plus luxuriante vegetation, jus- 
qu'a. ce qu'on arrive aux premiers contre-forts des mon- 
tagnes, ou elle change d' aspect an fur et a, mesure 
qu'on s'eleve au-dessus des plaines basses de la cote. 
Ainsi, le voyageur europ6en qni. s'avancant vers le 



( 27 ) 

centre del'ile, laisse au-dessousde lui les cultures tro- 
picales, retrouve bientot la vegetation de son pays, et 
dans les epaisses forets qui recouvrent la plupart des 
plateaux rocailleux des provinces du centre, il peut 
reconnaitre certaines essences qui ne se rencontrent 
ordinairement que dans la zone temperee. Au sud de la 
cote orientate, vers Sainte-Luce, le terrain est mele de 
sable , mais il n'est pas pour cela improductif, et il 
reste toujours preferable a celui des environs du cap 
Sainte-Marie. Les alentours de Fort-Dauphin sont tres 
fertiles ; il en est de raeme de presque tous les pays qui 
s'etendent a l'ouest entre la mer et les montagnes. La 
province de Bou6ni, entre autres, peut, a cause de ses 
excellents paturages, passer pour la Nonnandie de la 
grando ile africaine. 

Le riz forme le fond de la nourriture des habitants 
de Madagascar ; on en compte dans cette ile jusqu'ii 
onze varies. Plusieurs de ces especes poussent pres- 
que sans culture dans les marais , ou sur le bord des 
rivieres, dans les plaines peu elevees; la, pour tout la- 
bour, les indigenes se contentent de faire piGtiner le 
terrain par un troupeau de bceufs, et cependant la re- 
colte donne quarante ou cinquante fois la quantite em- 
ployee pour les semences (1). Quelques autres especes 
au contrahe viennent sur les pentes des montagnes ou 
sur les plateaux qui les couronnent ; elles sont plus 
longues a pousser, leur rendement est un peu moins 
considerable, mais leur produit est de bien meillcure 

(1) Flacourt, Hist, de la grande isle de Madagascar, \" panic, 
cliap. xxxv, p. 3. 



( 28 ) 

quality el bien plus estime' dans le commerce. La 
provincedes B6tanimenes, surlacdte orientale, estpar- 
ticulieremenl remarquable, sous le rapport de la pro- 
duction du riz : il y est tout a fait sup&ieur. La quan- 
tity de riz produite par Tile do Madagascar est enorme, 
c'esl dans l'6tal actuel I'un des principaux elements de 
son comm rce : elle i n a fourni annuellemenl jusqu'a 
30 (ii)i) balles a file Maurice, etavant le regnede Rana- 
\a!o 1' exportation de cette denree s'elevait a pres de 
s 000 000 de livres. Au dire de Leguevel de Lacombe, 
dans la province d'Ankove, au centre de l'ile, un sac 
de riz pesant de 70 a 80 livres ne revient pas a un 
kiroubou (1 fr. 25 c. de notre monnaie). Si quelques 
routes pouvaient faciliter I'arrivee sur les cotes des 
produits de l'inteiieiir du pays, Madagascar serait l'un 
des marches de riz les plus considerables du nionde ; 
el Radama avait si bien compris 1'importance que ce 
trafic devail donner a son royaume, qu'il eniployait 
jusqu'a 1500 hommes a ouvrir des debouches pour 
mener jusqu'au port de Tamatave les riz de la province 
des Betanimenes (1). 

D'apresces renseignements on pent si 1 faire une idee 
de ce que deviendrait cette branche de transactions, si 
l'ile Malgache etaitau pouvoird'une nation europeenne : 
aiusi. par exemple, le commerce francais a achete, en 
L856, a leu anger, pour la consommation delaFrance 
seulement, 34685 830 francs de riz (2), sur lesquels 

(l) [jeguevel Je Lacombe, Vogages a Madagascar el aiu- lies Co- 
mores, Ionic II, chap in, p. 34. 

2 Valcurs actuellcs. Ccs chiffres sunt litis <lu tableau gdne>al du 
commerce dc la France avec scs colonics et les puissances gtrangeres 



( 29 ) 
19 901 200 fr. provenant de l'Angleterre ou des colo- 
nies anglaises, et cela lorsque Madagascar pourrait 
nous* en fournir vingtfois plus a desprix dix fois moins 
eleves. Parrai les cereales, le mai's doit occuper la pre- 
miere place apres le riz, il donne dans l'ile africaine 
d'abondants produits ; ensuite viennent : le froment, 
l'avoine, le gros millet, plusieurs especes d'orge, la 
racine de manioc, cette nourriture du pauvre dans les 
pays tropicaux ; les feves, qui se recoltent en grande 
quantity ; les pomines de terre, les patates, etenlin les 
ignames. Presque tous les legumes de notre Europe 
semblent se plaire a Madagascar comme a la Reunion, 
a Maurice et au Cap. Parmi les fruits, on remarque les 
bananes, les cocos, 1' ananas, que Flacourt nomine le 
roi des fruits; les figues, les peches, les mures, les 
grenades, et enfin les citrons et les oranges, qui sont 
dus aux Francais etablis autrefois a Fort-Dauphin. lis 
y planterent un vaste bois d'orangers etde citronniers, 
depuis lors en plein rapport. La vigne manque a Ma- 
dagascar, mais l'un des premiers soins des Europeens 
qui s'y etabliraient serait de l'y implanter, et tout fait 
croire quelle y donnerait de merveilleux fesultats. A 
laReunion, la vigne fournit deux recoltcs parannee, et 
la vigueur du sol lui permet de prendre un developpe- 
ment excessif qui ne nuit en rien, ni a la qualite, ni a 
la quantite de ses fruits (1). 

pendant l'annee 1856. (Publication do la Direction generate des 
douaues et des contributions iudirectes). 

(1) « La province d'Ankove est le seul cndroit dc 111c oil Ton trouvc 
» du raisin qui pourrait etre bon (malgrd I'altilude), si l'on attendait, 
» pour le cucillir, qu'il cut alteintsa nialurile ; mais les IIo\ ns le re- 



( 30 ) 

L'ile de Madagascar esl un vaste champ non encore 
exploits, on tea plus curieuses d6couvertes restent a 
fairedana toua les genres, mais surtout en botanique; 
el la science europeenne parviendrait sans doutea uti- 
lizer un grand nombre des lnxuriants vegetaux qui 
s'enlacvnt en tons sens clans ses foretsou surles pentes 
abruptea de aea montagnes, aussi bien que dans ses 
plaines, anx bonis fangeux de ses marais. Les quelques 
voyageurs instruits qui Font parcourne en ont donne 
la preuveen signalant a 1' attention dn monde, au mi- 
lieu de cette 11 ore .si multiple ct si variec, bien des 
plantes recherchees aujmird'lmi par l'indus|rie on la 
nn'decine. 

Parmi elles la Canne a sucre est celledontla culture 
est appelee an plus grand developpement. Flacourt dit 
qn' (i il y en a en (res grande abondance dans plusieurs 
)) provinces de Madagascar, dont on pourrait faire bien 
)) des sucres, mais il faudrait des Francais en grande 
» quantite qni le sceusscnt cuire. Los habitants s'en 
i) servent geulement a faire da vin tres fort, moras 
i) agreable (pie le vin demicl etqui n'est pas de garde, 
i) car au bout de trois jours il est meur (1). » 

On connaitles produits que donne cette plante dans 
la plupart de uos colonies, et particulierement a la 
Reunion, d'ou, en 1856, on a envoye, en France seu- 

» coltcnt loujours vert. Lcs vignes vieuncnt sans culture, et produi- 
» raient assezpour faire du vin ; mallieureusemenl Irs Uovas ne savent 
» en tirer aucun parti. » [I.rguevcl de Lacombe, Voyages a Mada- 
gascar et anx ties Comores, vol. 11, chap, in, p. 35) 

i HisL de la grande isle de Madagascar, 1" part., euap. nxvi, 
p. 120. 



( 31 ) 
lement, 47 020 381 kilogrammes de sucre. Ce chiffre 

61eve" prouve mieux que toute demonstration quels se- 
raient les r6sultats de cette culture, si, au lieu d'etre 
exploiter clans une petite ile, ou les terres sont appau- 
vries par un long usage, elle pouvait se developper 
librement snr un sol encore vierge, dans une contree 
presque grande comme la France. A la Reunion, la 
canne ne peut rester plus de trois ans en terre ; au dela 
de ce terme, elle languit. A Madagascar, au contraire, 
elle pourrait sejourner dix ans dans le sol sans que ses 
produits s'amoinclrissent ; des lors quede main-d'ceuvre 
6pargn6"e ! Le petit etablissement francais de Sainte- 
Marie, qui m6ritc a peine le nom de colonie, fournit 
deja 299 849 kilos de sucre ; qu'on juge, d'apres cela, 
de la production de la grande terre. Si elle etait occu- 
pee par nous, elle nous libererait des 33 millions de 
kilogrammes, pres de 30 millions de francs, que nous 
payons annuellement a l'etranger, et nous permettrait 
a notre tour d'en fournir a la moitie de FEurope. 

Le tabac reussit dans presque tons les terrains de 
Madagascar, et il est d'une qualite sup6rieurc : le gou- 
vernement francais trouverait la de grandes ressources. 
11 en est de m£me de nosfabriques d'6toffes, qui pour- 
raient s'y approvisionner d'indigo de la plus belle qua- 
lite qu'elles font venir aujourd'hui de 1'empire anglo- 
indien, auquel elles en ont demands, en 1856, pour 
pres de 12 millions de francs. Cette plante croit spon- 
tanement a Madagascar, et sur toute la cote d'Afrique, 
au dela du canal de Mozambique. 

Le cafe est devenu un objet de grande consommation 
en France ; nousenavons recti, en 1856, 23 222 436 kil. , 
qui se decomposent ainsi : etranger, 22 53£7/i7kil., 



( 32 ) 
repr6s nl ml une valeur actuelle de 34 097 950 francs; 
colonies francaises, 687689 kil., valant LA785A1 fr. 
I - chiOres n'onl pas besoin de commentaires. 

Parmi qos possessions, la Reunion est le lieu oil la 
culture du cafier s'esl developpee le plus en grand; le 
produit de eel arbuste y est de premiere qualite. Son 
exportation pour hi France s'elevait, en 4856, a 
788:207 francs. Cette culture a ete essavee a diverses 
epoques a Madagascar, et les resultats out toujours 
depasse l'attente ; si elle y etait entreprise sur une 
grande echelle, elle fonrnirait en pen de temps plus 
de cafe qu'il u'est necessaire pour notre consomma- 
tion. 

On rencontre encore a Madagascar une foule de pro- 
ductions qui out fait de tout temps la richesse du com- 
merce des Indes orienlales, et pour lesquelles l'Europe 
entiere a ete tour a tour tributairc des Arabes, de 1' Ita- 
lic du Portugal, de laHollande et de 1' Ingleterre. Ge 
sont : le poivre, l'aloes, le gingembre, le quinquina, le 
cubebe, la muscade, le clou de girolle, la cannelle, le 
copal, le caoutchouc, 1' opium et le the. 

Des colons europeens trouveraient en outre de la 
cochenille, des gommes et resines de toutes sortes, 
douze especes d'huile et de rorseillc. Parmi les vege,- 
taux textiles, le dianvre et le lin viennent parfaitement 
a Madagascar. Enfin, la plante dont le produit donne 
aujourd'hui une si grande alimentation au commerce 
maritime et aux fabriques de France et, d'Angleterre, 
la plante dont nous achetons annuellement pour 
4 50 millions de produits a i'ctranger, le coton, croll 
naturellciucnt danslile ai'ricaine, et les habitants savent 
le cultiver depuis l'origine des temps, 



(33) 

Parmi les proauits vegc-taux Ics plus remarquables 
de Madagascar, on ne doit pas oublier les bois d'une 
multitude d'essences differentes, propres, les unes a 
I'ebemsterie et a la teinture, les autres a la construc- 
tion terrestre ou maritime; ils forment d'immenses 
forets vierges qui parcourent l'ile dans toute son etendue 
et en un grand nombre de points, descendent jusqu'au 
bord de la mer dans les baies memes qui offrent les 
meilleurs refuges. Le superbe baobab, ce geant des 
tropiques, le bambou, le ravinala ou arbre du voya- " 
geur, parce que les aisselles de ses leuiiles contiennent 
une eau qui sert aetanclicrla soif, et le palmier, y dis- 
putent la place an bois de tek, d'ebene, d'aigle, de 
benjoin, et au cbrysopia qui s'elance verticalement a 
vingt metres de hauteur, et peut servir a mater les 
plus grands vaisseaux (1). Nulle part au monde la 
marine ne trouverait un pared cboix ; et on ne peut 
mieux faire connattre les ressources offertes par certains 
points des cotes de Madagascar aux constructions na- 
vales, qu'en rappelant 1' 6 venement arrive a Mahe de la 
Bourdonnais. Cet illustre marin, parti de File de France 
et surpris par une effroyable tempete, n'eut que le 
temps de gagner un point quelconque de la cote orien- 
tate de cette ile; la baie d'Antongil. Ea arrivant sur 
une plage inconmie, il desesperait presque deremettre 
en etat de prendre la mer, ses navires que l'ouragan 
avait avaries de toutes parts, lorsqu'il trouva a une 
lieue du rivage, pres de l'endroit oil le hasard 1' avait 

(1) History of Madagascar, by the rev. William Ellis, t. I", chap, n, 
page 35. 

XYI. JL'ILLET ET AOUT. 3. 3 



( u ) 

: aborder, ties bois de construction assets beaux cl 
on assez grande quantity pourr6parer en six semainea 
i vaisseaux de guerre qui iui restaient. ('. 

c cette Qotte a^U failUt an6antir la puissance an- 
glais dans les fades (1). 

Pour continuer le tableau des productions que l'in- 
dustrie et le commerce europ£en pourraient utiliser a 
Madagascar, il faut jeter uncoup dVilsurles animaux 
qui peuplent ses for&s, ses vallees ou ses plaines, sur 
les an iplii i des ou les poissons qui viventdans s< ss rivieres, 
ses tnarais ct les mers qui l'entourent. 

La faune de Madagascar contient presque autant de 
varietes qu'on on decouvre dans ses production i 
tales; cependanton n\ it marque presque aucun des 
animaux feroces ou nuisibles qui d£solent le continent 
africain. La uature en a exile le lion, le tigre, la hyene, 
le rhinoceros, l'edeqmant, 1'hippopotame el la pluparl 
des especes dangereuses de serpents ou d'insectes, 
comme si elle eut voulu i'aire de cette ile quelle avail 
d6ja rendue si fertile, I'lle fortunec des temps inodernes. 

L' animal qui ticnt le premier rang a Madagascar, 
est celui qu'on emploie a fouler le riz avec ses pieds; 
le boeuf est a la fois la nourriture et la base du com- 
merce des Malgaches ; un homme est plus ou moins 
riche, dans ce pays, suivant qu'il possede plus ou moins 
de bceufs. On compte, surtout dans le nord el dans la 
partie occidentals , d'innombrables troupeaux de ce 



ires de Mahe de la Bourdonnais, gouverneur des iles dc 
I', nre et de Bourbon, reCUeillis et ; ublids par son petit-Ills, pages 81 
h 85. 



( 35 ) 

bctail. Cependant, outre les bocufs domestiques que 
renferme Madagascar, on y irouve encore des boeufs 
sauvages, des bisons, ou, comme le dit Flacourt : 
«des boeufs qui ont de grosses louppes de graisse 
» sur le chignon dn col, de laquelle louppe Ton fond 
» la graisse pour manger au lien dc benrre. » La 
ohasse aux bisons est tres attrayante , mais en 
meme temps assez dangereuse, et elle occupe, avec 
celle du sangiier, les loisirs des chefs Malgaches. 
L'ile renferme deux especes de sangliers, 1'nne, la 
petite espece, est assez rare, l'autre, dont la taille se 
rapproche des sangliers d' Europe, est tres nombreuse, 
et les individus qui la composent sont excessivement 
sauvages. Ce sont ces derniers qui deviennent l'objet 
de la convoitise de tons les chasseurs indigenes. Ces 
animaux sesont multiplies a tel point, au milieu de la 
nature vierge de Madagascar, qu'ils font quelquefois 
par bandes, des invasions sur les parties cultivees et 
devastent en pen d'heures les plus belles plantations de 
riz. Aussi, ceux qui les poursuivent sont-ils en grand 
honneur, et les habitants s'empressent, dans les villages 
ou ils passent, de leur donner des becufs pour leur 
nourriture. Si cette chasse cessait, les sangliers devien- 
draient tin veritable Q^au pour le cultiyateur ; des chas- 
seurs europeens rendraient done, grace aux moyens de 
destruction qu'ils possedent, compares a la simple sa- 
gaieou lance, dontse servent les Malgaches, de grands 
services aux habitants (J). 

(1) Les sangliers de Madagascar etaicnl connus pour leur taille 
extraordinaire des le temps dc Marco Polo, car ce cclcbre voyageur 
raconte que le grand kau dc Tartaric ayant cuvoyc uu messager 



( 36 ) 

L'ilc renferme encore des montonsa grosses queues, 
telsqu'on les rencontre an Cap; des pores, des chats 
sauvagesen grande quantite, deschien'squi ressemblenl 
au\ renards d'Europe, maisdont l'ihstinct est bien loin 
d'egaler celui de nos diiens de chasse, des herissons, 
des ecureuils, des ratsmusques, des singes, descivettes, 
des makes on niakis quo Ton rencontre par milliers 
dans les forfets, ct dont la chair a lememe gout qu • celli 
du lievre. C'est an petit animal convert d'une epaisse 
fonrrure tachetee de gris, de blanc et de noir, qui res- 
semble ponr la disposition des laches a cellc de l'ber- 
minc. 11 y en a anssi de rousses dont la chair est pre- 
ferable a celle des grises, raais la plus grande de toutcs 
les makes est noire et blanche. «On trouve encore dans 
» quelques provinces un animal nomine tendrac; il est 
» gros comme un lapin domestique; ses formes et son 
» organisation ne different pas beaucoup de celles du 
)) lu'risson : il se met, au moisd'avril, dans un tron de 
)) deux on trois pieds de profondeur, on il reste dans 
» un etat de torpeur jusqu'en decembre. Quoiqu'il ne 
» prenne pas de nourriture pendant ce sommeil de 
» sept mois, il s'engraisse d'une maniere prodigieuse 
» et perd cette odeur insupportable et ce gout plus fort 
» que celui de venaison qu'on trouve a sa chair, quand 
» il est errant pendant l'hivernage (1). » 

La faunc ornithologique de Madagascar se distingue 

dans I'lle Malgache, celui-ci lui montra au rolour, comme un des 
pioduits les plus rcmarquublcs de file unc defense de sanglier « que 
)> peisse libres quatorze. u 

(I) Leguevel de Lacombe, Voyage a Madagascar el aux ilesComores, 
tome I", chap, v, p. 65. 



( 37 ) 
tie celle de bien d'autres contrees par la quantite 
d'especes et de varietes qu'elle renferme. Des perro- 
quets dont on trouve des representants dans tons les 
pays de la zone tropicale, des pies-grieches, des coli- 
bris, des merles, des ramiers verts, des veuves, des 
pigeons de differentes couleurs peuplent les domes de 
verdure de ses forets, tandis qu'au-dessous d'eux, le 
chasseur, rencontre, en. penetrant sous leurs frais 
ombrages, ou en longeant les bords des marais, des 
perdrix , des cailles , presque semblables aux notres 
de formes et de couleurs,. mais plus petites, des fai- 
sans, des becassines, des poides d'eau, des sarcelles, 
des canards sauvages, des outardes et des pintades. 
La volaille commune semble etre originaire de 1'ile 
africaine, car, c'est sans contredit, le pays dn nionde 
ou Ton en rencontre le plus ; elle s'y donne presque 
pour rien et sert aux petits echanges. II existe aussi 
dans celte contree une espece de chauve-souris grosse 
comme des chapons , dit Flacourt : il n'y a pas de 
meilleur manger ; contrairement a celles de nos climats, 
ellesne se nourrissent que de fruits. Apres leschauves- 
souris on peut citer les oiseaux indicateurs, qui servent 
a decouvrir les essaims d'abeilles sauvages. Aux bords 
des marais, on remarque egalement les aigrettes blan- 
' ches, oiseaux pecheurs , le heron , le flamant et le 
vouroun-saranoun, oiseau sacre chez les Malgaches, 
parce qu'il marque la presence du caiman. 

Parmi les oiseaux de proie, le plus remarquable est 
le vouroun-mahere , qui habite les montagnes du 
centre et que les indigenes regardent comme le sym- 
bole de la force. Radama l'avait pris pour enddeme et 



( 38 ) 

roulail fairc placer son image, entourge do brillants, 
suv la ■ ion qui] avail fondee a Finstar de la Le- 

gion d'honneur. 

Bur les rotes on trouve des alouettes etdes courlia, 
sortea d'oiseaux ausai dettcats que nos becasses et un 
pen plus gros; pour que leur chair ait toute sa saveur, 
il faut les tuer a la I'm de l'hivernage; ils sont alors 
uvs gras. Enfin, pour terminer cette nomenclature, 
on doit citer «l'oiseau qui, au dire de Michelet (1), 
» n'.esl plus qu'aile el dort sur l'orage,» l'oiseau don tie 
corps eal a peine groscomme cclui ducoq, qui eploye' 
mesure jusqu'a quatorze pieds d'envergure et qui peut 
d'nn coup d'aile franchir un ocean, la frigate enfin, 
oiseau corsaire, qui, ne sachant pas pecher, derobe 
aux f'ous la proie qu'ils viennent de saisir. 

Quoique la plus grande partie de (Madagascar soit 
situ6e entre les tropiques, cette ile, comme il a 6t6 dit 
plus haut, renferme fort pen d'insectes ou de reptiles 
nuisibles a l'homme, quelques scorpions et une sorte 
d'araignGe noire, grosse comme un petit crabe, sont 
seuls malfaisants ; la piqure de cette derniere, qui heu- 
reusement ne se rencontre que tres rarement, est quel- 
quefois mortellc. Les papillons de la grande ile afri- 
caine sont de toute beauts : e'est une des contrees ou 
ils atteignenl aux plus vives couleurs; mais rune des 
surprises les plus attrayantes que cette terre oflre aux 
yeux (In voyageur, ce sont les myriades de mooches 
phosphorescentes qui, la nuit, remplissent I'espace; ce 
spectacle est surtout curieux pendant les chaleurs de 

i VOiseau : If triomphede I'aile, p. 10. 



( 39 ) 
l'hivernage. Les sauterelles, ces ennemis de l'homme 
dans; les pays clmuds, font quelquefois invasion flans 
File, mais 1'excessive vari6te de temperature empeche 
que ce Jleaii sevisse a la fois sur une grande etendue 
de pays. 

Le ver a soie existe a Madagascaren nombre immense, 
et il y prend un developpement inusite clans nos cli- 
mats ; dans certaines parties de l'ile ses cocons, que 
Ton trouve suspendus a presque tous les arbres, attei- 
gnent , au dire de Leguevel , une grosseur prodi- 
gieuse (1). 

Les lezards et les camel£ons y sont egalement assez 
communs ; les ruisseaux sont remplis de sangsues. On 
remarque aussi a Madagascar un grand nombre de 
couleuvres etmeme de serpents, mais ces reptiles n'ont 
pas le moindre venin. M. Leguevel de Lacombe a tu6 
un de ces serpents (2), gros comme la cuisse d'un 
homme et long de J 6 pieds. L' animal le plus dange- 
renx qu'il y ait dans l'ile est le caiman, qui peuple un 
grand nombre de rivieres, de lacs et de marais. Les 
amphibies de cette espece y sont cependant bien moins 
a craindre qu'enEgypteou en Amerique, n'y 6tantpas 
lous 6galement feroces, et en general n'attaquant ja- 
mais l'homme pendant, le jour. Ces animaux s'annon- 

(1) Voyage a Madagascar et aux ilesComores, II' vol., chap, xvm, 
p. 210. Le Gentil, Voyage dans les mers de Vlnde, vol. IV, IV' partie, 
art. vi% p. 150, pretend en avoir vu de plus gros que le has de la 
cuisse d'un homme. 

(2) Voyage a Madagascar et aux iles Comores, 11° vol., chap v, 
p. 69. La peau de ce serpent a 6l6 apport^e en France et placed 
dans uu muse"e. 



( SO ) 

c< q1 par tine forte odeur de muse, et I'on peul facile- 
ment les attaquer el les tuer lorsqu'ils sortent des eau? 
et vViriidrn! sin- I'herbe pour dormin. M. Leguevel en 
a tu6 mi de l'i pieds de longueur (1). Le caiuian es1 
I'ennemi des animaux sauvages; cependant il attaque 
quelquefois les bceufs domestiques lorsqu'ils vont se 
desalterer. Malgre ses instincts Geroces, il n'en est pas 
mows sacr6 pour une partie des Malgaches, tandis que 
les autres le chassent aver ardeur. lis se servenl pour 
le prendre d'un 6m6riUon de bois tresdur, semblable 
pour la forme a ceux qu'on emploie sur Jes navires 
pom pecher les requins. Apres avoir pique un morceau 
de viande a l'une de ses extreinites, tandis qu'a l'autre 
es1 attached une longue corde que tiennent plusieurs 
d'entre eux, caches dans le voisinage, ils placent cet 
instrument aux endroits ou le caiman vient se reposer 
d 'habitude. Une Ibis que le monstre a englouti sa proie, 
il veut fuir, maisla resistance qu'il 6prouve Ten em- 
peche et il devientalors facile de le tuer. 

Les rivieres et les lacs de Madagascar renferment 
une grande quantite de poissons de tons genres, parmi 
lesquels onretrouve les especes les plus dedicates de 
notre hemisphere, telles que la carpe, l'anguille, le 
i m 1 1 let, etc. On cite aussi le gourami commeun poisson 
Ires delicat ; il est plat et devient plus grand que Jc 
turbol : s.i Ghair est ties blanche. \u\ embouchures des 
rivieres, on trouve une especc de vieille, semblable a 
celle d' Europe, mais qui, dans les eaux de Madagascar, 



(l) Voyage a Madog. el auoctles Comores, l tr vol., chap. v. p, 7i> 
ct suiv. 



( M ) 
devient monstrueuse ; elle approche comme taille des 
pkis gros marsouins et enleve quelquefois de petits 
eniauts. Sa chair est huileuse et degoutante. Lescoquil- 
lages et lespoissons nesont pas moms ahondarits dans 
les mers qui entourent l'ile africaine que dans les ri- 
vieres qui l'arrosent. Les cotes fonnnillent de crabes, de 
bancs d'huitres et de monies ; elles sont aussi hantees 
par le caret, espece de tortue de mer qui fournit la plus 
belle ecaille employee dans l'industrie.Un grand nombre 
de ces derniers viennent la nuit, a certaines epoques, 
enfonir leurs oeufs dans le sable a un pied environ de 
profondeur ; les Malgaches courent alors sur eux et les 
retournent surledos. L' animal, dans cetle position, ne 
peut plus bouger et est entitlement a la discretion de 
son vainqueur qui le tue pour lni enlever sa carapace. 
Le caret depose jusqu'a 30 on /|0 ceufs dans le meme 
trou, et quand ils 6closent, les petits sortent en foule 
et gagnent immediateinent la mer ; ils ne sont pas alors 
plus gros que des hannetons (1). Les habitants del'ile 
mangent la chair du caret, mais ce n'est pas un mets 
digne d'un palais europeen ; les autres tortues de mer, 
et il s'en trouve en quantite a Madagascar, sont bien 
preferables. II en est de memo pour les oeufs, ceux 
du caret ne sont pas mangeables. 

Les mers environnantes sont peuplees de poissons de 
toutes sortes. Certaines espfeces de nos climats s'y 
trouvent confondues avec d' autres appartenant exclu- 
sivement a la zone tropicale. Les Malgaches sont d'ex- 



(1) Leguevel de Lacorabe, Voyage a Madag. cl aux iles Comores, 
tonic l cr , chap, vi, p. 91 . 



( 42 ) 
cellents pecheurs, ct de toul temps lea navigateura onl 
trouve. sur la c6te est surtout, des cargaisons entieres 
de | -in''' qu'ils transportaient a Maurice et a 

la Reunion, oit dies servaienl a La nourriture des 
esclaves. C'est surtout pour s'emparer de la baleine, 
1' animal le plus remarquable de lafamio ichthyologique 
dea tners voisines (If .Madagascar, que Jos indigenes 
montrent leur intrepidity. Cette pGche, excellent 
ecol' 1 de marins, peut occuper dans ces parages one 
grande quantity d'individus et fournir au commerce des 
produits d'un debit toujours assure. Leur nombre est 
immense autour de la grande lie africaine, et Leguevel 
rapporte (1) que du rivage on en voit tressouvenl pas- 
ser suivies de leurs baleineaux. Ce sont ces derniers 
dent les Malgaches cherchent a s'emparer. Quoique 
excellents pecheurs, ils n'ont ni les agres, ni des ba- 
teaux assez forts pour se risquer a l'attaque de la ba- 
leine parvenue a sa grosseur moyenne, et ils se con- 
tentent de harponner sa progeniture. lis sont tres 
friands de la chair du baleineau, quoiqu'elle doive 
paraitre buileuse au gout. Ils pr6tendent que cette 
chair est un remede centre les maladies cutanees, et 
que la peau de ceux qui en ont mange un certain temps 
devient douce et luisante. Le harponneur de balei- 
neaux est tres honors et tres fete' a Madagascar. 

Cette ile, que les animauxqui l'habitent et les vege- 
taux quelle produit signalent deja a l'attention des 
Europeans, n'a pas un moins grand inleret pour eux, 
au point de vue des min6raux que son sol renfermc. 

(i) Toy el <;'<>• tiesVomores, I" vol., chap, vi, p. 90. 



( ft? ) 
Pays montagneux par excellence, le centre de Mada- 
gascar, ou Ton signalait autrefois plusieurs volcans 
aujourd'hui eieints, doit offrirunc grande variete. dans 
le genre mineralogique, niais malheureusement, il est 
reste jusqu'ici presque inconmi, et les recits de quel- 
ques voyageurs qui y ont penetre, ne peuvent donner, 
sur cette mati&re, que de legers apercus; ils se son! 
contentes de signaler certains metaux et de faire pre- 
sager la decouverte d'un bien plus grand nombre. 
Sur les routes memes qu'ils ont parcourues, quelque 
pen nombreuses qu'elles soient, ils ont reconnu la pre- 
sence de ces metaux aussi utiles au commerce qua, 
1'industrie, et ils ont meme pu s'apercevoir de la facilite 
qu'oiTrirait leur extraction. 

C'est ainsi qu'on a obtenu la certitude del' existence 
k Madagascar, de vastes depots d'etain, de cuivre, de 
plomb., de carburede ferou mine de plomb et clemer- 
cure , mais ces mineraux ne paraissent etre l'objet 
d'aucune exploitation de la part des indigenes. Souclm 
de Rennefort parle d'abondantes mines de salpetre (I). 
Le sol de Madagascar suinte le fer ; on y trouve ce 
metal repandu sur un grand nombre de points a la 
surface meme dusol. Flacourt, qui n'a visite que le sud 
et Test de File, cite neuf endroits ou, de son temps, les 
indigenes exploitaient des mines de fer ou d'acier (2). 
M. Leguevel de Lacombe, voyageur de notre epoque, 
qui a traverse Tile dans plusieurs directions, confirme 

(1) Histoire des Indes orientates, liv. II, chap, xxvn, p. 173, £dit. 
deLeyde, 1G88. 

(2) Flacourt, l re partie, chap, xxxvii, p. 146. Le Gentil, Voyage 
dans les mers de Vlnde, vol. IV, IV partie, art. vi, p. 152. 



( U ) 
I ■ dire du premier historien de Madagascar, en affir- 
mant qui! a rencontre" du fer presque a chaque pas. 
Selon lui, tantdl on marche sur unsoljonclie de mine- 
ral defer (1), tantdl le sable est abondanmient melange" 
de limaille du meme oi6tal, parmi lequel il ramassa 
des 6chantillons de sulfate de fer (2). 11 a meme visits 
plusieurs mines que les indigenes exploitent depuis un 
tern ; >s immeVmorial, notanirnent aupres de Tananarivo, 
capitale de I'Emirne (3), et sur les rives du Manam- 
boundre, sur la cute orientale (4). En somme, les pro- 
vinces <Hi le forest le plusabondant sont : le Betsileo, 
l'Ankova (5), et l'Antsianaka au centre, et le Menabe 
sur la cote occidentale ou les gltes les plus riches se 
irouvent entre le Sizouboungbi et la Mouroundava. Le 
fer de Madagascar est de premiere qualite; on dit meme 
qu'il ne le cede en rien a celui de Suede, le plus pur 
employe" dans l'industrie. 

On a signale" aussi l'oxyde de manganese comme un 
des produits de la grande ile malgache ; mats celui de 
tons, qui tient aujourd'lmi la premiere place, et qui 
rend, plus que tons les autres, la possession de Mada- 
gascar prepense pourtme grande nation europ6enne, 
celui qui esl devenu la clef de l'industrie et de la navi- 
gation, la houille, s'y trouve en grande quantity (6). 

(1) Legucvcl de Lacombe, I er vol., chap, xxxvn, p. 146. 

(2) Id., IV vol.; chap. i cr , p. 4. 

(3) Id., II" vol., chap, ill, p. 33. 
(i) Id., Ill vol., chap, xx, p. 237. 

5 History of WaAag., by the- rev. William Ellis, 1. 1", cliap.t", p. 7. 
(C History Of Madagascar, hy the rev. William Ellis, lomc V , 
chap, i", p. 6. 



( 45 ) 

Souchii de Rennefort est le premier voyageur qui ait 
signals 1' existence de la houille a Madagascar (1) et 
depuis lui, on en a trouve sur trois points dans FAn- 
kova, non loin de Tananarivou, dans le Milanza, pro- 
vince d'Ambongou, et enfin sur les rivages de la baiede 
Bavatoube. (Vest meme dans ce dernier endroit, ou il 
exploitait on lilon tres considerable de charbon dc terre, 
qu'est tombe le Francais, victime des derniers e>ene- 
ments dc Nossi-be. On trouve encore sur divers points 
de l'tle de vastes depots de bitume glutirieux et d'as- 
phalte (2), matiere que Ton rencontre frequemment 
dans les terrains houilliers. Les parties mar 6cageuses y 
reni'erment aussi un grand nombre de tourbieres d'une 
excessive profondeur. Enfin, on trouve sur les cotes, et 
particulierement a Test, de grandes quantites d'ambre 
gris, apportees sur le rivage par les vaguesde FOceaii. 
Fressange en signale meme des blocs pesant jusqu'a 
25 livres (3). 

Le produit mineral qui a frappe' le plus vivement les 
voyageurs qui ont penetre dans l'ile dc Madagascar est 
le cristal de roche (h). Cette matiere y est des plus 

(1) 1" panic, liv. 11, chap, xxvh, p. 173. Get auteur afllrmc 
meme tpi'il existe a Madagascar, non pas unc mine, mais des mines do 
Charbon. 

(2) Documents sur Vldsloir'e, la geographic et le commerce de la par- 
tie Occident ale de Madagascar, par M. Guillain, capilainc dc conelte, 
1I C partie, chap, xvn, p. 290. 

(3) Voyage a Madagascar, edite" dans les Annates des voyages, do 
la geographic et de Vhisloire, publiees par M. Malte Biun, tunic II, 
4" call., 1808. 

(i) La Terre et V Homme, par M. A. Maury, Geogr. mincrale, p. 1 67. 
— History of Madagascar, by thercv. WilliamEllis, tome I", chap, i ', 
page 5. 



( 46 ) 

i ; selon Fre ige'(l), alesbl 
, ii i parsemee >ont de la plus grande 

» be : I'on en trouve qui out, jusqu'a 20 pieds de 
» circonfer* Qi : les plu dit-il, sont cenx quo 

oj'ai mis dans les montagnes du Befoure frontie 
» orientale de la province d'An< me d'elles en 

: Ion que lc soleil y darde de 
» ra . lie brille d'un gra . at. La quantity de 

at Madagascar est couvert •. n'est que • 
«debris deces ax, et serait prop i Faire du tn 

» beau verre par sa grand .-.). 

Desmii >de elexisl n pres desc6tes{3). On trouve 
encore dan- l< montagnes, selon Flacourl et Renne- 
fort, dont les temi is ont etc confirmed par 

Voyag< urs plus modernes, ■! s i m6thystes, desto] 

marines, dujaspe, des opales, di ats 

et des rubis-balais (A), mais, toul c - pie'rres rai 
etprecieuses ne paraissent pas appartenir aux belles 
qualites recherchees par lc commerce. Suivant M. Al- 
fred Maury, on trouverait egalenient a Madagas< 
tourmalines, sorte d'emeraude d'un noir brunati 

Enfin, el pour dure la lis;.;' des metaux que i'iic 
africaine peut fournir aux Europeans, on doit eitei 
l'argen i t I' or. No. I ii 1' opinion contraire de 

(1) Voyage ck Madagascc d • < ages, t. Ii, l e cah., I! 

(2) Cc u 2 moiguagc est pleinement confirmd par M Leguevel de 
Lacombe, IT vol., chap. i cr , p. o. 

". History of Madagascar, by Iherev. William Ellis, chap, i , p. 7 . 
(•}) Flacourt, Hisl. de la grande He de Madagascar, chap, xxxvu. 
p, l is Souchu de Renncfort, !' ' part. liv. II, chap, xxvii, p. 17 i. 
La Tern > lie, p.- 11 6. 



( hi ) 

quelques ecrivains, il est a pen pres certain que, si ces 
rnatieres n'y sont pas en quantites considerables, on en 
trouve dumoins des vestiges sur plusienrs points, et il 
n'y aurait rien de surprenant a ce qu'une connaissance 
plus appfofondie de l'interieur amenat la decouverte 
de depots considerables de minerai. Malgre le dire de 
Flacottrt (1), peu d' accord en cela avec les indigenes, 
on a signale la presence de 1' argent dans la province 
Feeregne, sur la cote occidentale, et la riviere Manombo 
qui la traverse en roule, dit-on, des paillettes (2). 11 
existe dans la province d'Antsiauaka tin lac an milieu 
duquel est une lie dont le nom Nossi-Vola (ile d' ar- 
gent) semble indiquer la presence de ce metal. 

Les traditions malgaches aflirment qu'il existe des 
gisements auriferes dans plusienrs provinces, etce fait 
est continue, sans cependant que les endroits ou ils 
existent soient connus cles Europeens, par les paillettes 
que Ton trouve dans plusieurs rivieres , notammeni 
dans celle d'lvondrou, pres de Tamatave, et celle de 
Maboupa pres de Tintingue (3) . Flacourt disait, des 
1661 (4) : « II y a des mines d'or en cepaysd'Anossi, 
etpartoute cette terre au rapport des negres. » — uj'ai 
» appris que vers le nord de la riviere d'Yonghelahe, 
» (Ongn'labe), qui se jette dans la baie de Saint-Au- 

(1) Ilisl. de lagrande ile de Madagascar, V c partie, chap, xxxvu, 
page 171. 

(2) Documents sur la parlie occidentale de Madagascar, par le cap. 
Guillain, II e partie, chap, xyiv, p. 345. 

(3 Notices slalistiques sur les colonies francatses, publiees par le mi 
bisteredela marine, 1840, chap, n, p. 23. 
(4) l rc partie, chap, xxxvu, p, 1 i S . 



( 48 ) 
ustiu, il \ a mi pays ou Ton fouille de I'or, el j'ai 
tujours on'i dire, par les grands d' toiossi, que c'est 
vers ce pays-la qu'esl la source de I'or, ou bien il 
i'aui qui] \ i'ii ;iii cu partout, car il n'y a aucun grand 
n de cette terre qui n'en aitbeaucoup (I). » Souchu de 
Renneforf, qui se rendil a Madagascar en 1665, affirme 
que les habitants ont de I'or et de 1' argent (2). « On 
)) nc sail, dit-il, do que] endroit de chez eux ils tirent 
» cesmetaux : et ce pays etanl situe en parallele el en 
» hauteur a d'autres pays oil Ton a trouve de Tor, il 
» doit etre sans doute qu'il y en a. On no l'a poinl en- 
» core bien penetre ni fait des tentatives assez justes 
» pour decouvrir ses richesses. Les habitants qui 
» en cachent la source, ont voulu faire croire que ce 
» qui s'\ en rencontre a ete apporte par une flotte 
» d'Arabes qui s'en emparerent au commencement du 
)> xv° siecle (3). 

Leguevel raconte qu'il existe dans le Menabe, une 
montagne nominee Tangouri, volcan eteint, dont les 
habitants n'osent approcher, car ils la croienl gardee 
par un geant redoutable, ennemi des hommes, qui, de- 
puis des siecles reste dans son palais, couch6 sur des 
monceaux d'or qui lui servent de lit. Ce m6tal est si 
abondant, ditla tradition, sous les rochers de Tangouri 

(1) Polices slalisiiques, etc. I" partie, chap xv, p. 42. 

J Hisloire des hides orientates, I 10 partie. liv. II, chap. x\xvn, 
p. 173. 

(3) M. Mace" Descartes, liv. II, chap. 1", corrobore ainsi I'opinion 
de Rennefort : « Les chaines de l'Afriquc orientale qui sont paralleles 
ii ei (liine formation semblable a cellos de Madagascar, oflrent ce 

iiickiI ini'lc an cuivre et an for en tres grande abondance. » 



( 49 ) 
que souvent, pendant i'hivernage , les pechenrs de 
Ranou-Minti en trouvent des morceaux dans leurs fdcts. 
Si Ton parvenait a leohasser de son repaire, les Saka- 
laves pourraient disposer des richesses qui y sont en- 
fouies (1). Le voyageur francais ajoute (2) : « II est 
» certain que le mont Tangouri renferme des mines 
» d'or ; elles avaient 6te indiquees aux Anglais, et ce 
» fut dans 1'espoir de les reconnaitre que M. Hastie, 
» leur agent, engagea le roi Radama a faire la guerre 
» aux Sakalaves ; mais les Hovas ayant tHe" repousses 
» plusieurs fois par cette nation belliqueuse, les fecher- 
)) ches projetees n'ont pu etre eflectuees. » 

L' enumeration des animaux, des vegetaux et des 
mineraux de Madagascar a donne la mesure des expor- 
tations que pourrait fournir cette vaste contree, si soji 
sol etait convenablement exploite. Mais, pour avoir 
une id6e exacte de 1' ensemble des transactions qu'en- 
trainerait l'etablissement des Europeens dans cette ile, 
il faut examiner quel est son commerce interieur et 
quels sont les produits que les n^gociants etrangers 
pourraient y introduire avec avantage. 

« Les Malgaches, selon Flacourt (3), se contentent 
)) seulement de cultiver et ouvrager ce dont ils 
» ont besoin pour leur nourriture , leurs vetements, 
» leurs logements, meprisant le surplus, et estimant 

(1) Leguevel de Lacombe, Voyage a Madag. el aux iles Comores, 
II« vol., chap, xn, p. 120. 

(2) Meme auteur, idem, ibid., p. 127. 

(3) Histoire de la grande isle de Madagascar, 2° partie , 
cjaap. lxxxxi, p. 445: « Avantage que I'on peut tirerde l'etablissement 
des colonies a Madagascar pour la religion et le commerce. » 

XVI. JULLLET ET AOUT. l\. l\ 



( 50 ) 
. cette l'acon de vivre plus commode et plus heu- 
* reuse que I'abondance superflue de toutes choses. 
n Leur trafic se fait entre eux par echange. Ceux qui 
» out besoiri de coton sen vont chercher oil il y en a en 
» abundance, pour les clioses quils portent et condui- 
» sent avec eux, comme boeufs, vaches, riz, fer et ra- 
» cines d'ignames, echangeant ce qu'ils out en abon- 
» dance pour celles qui leur manquent, et les autres en 
» font dememe. » Depuisl'epoque oil ecrivait Flacourt, 
ie commerce interieur s'est peu developpe a Mada- 
gascar, ou la loi du plus fort exerce encore trop d' empire 
pour laisser le champ libre aux transactions particu- 
lieres. Mais cet historien n'est pas juste en refusant 
aux Malgaches 1' amour du commerce; c'est au con- 
traire une tendance tres developpee cbez eux : bien 
des faits individuels sont la pour le prouver, et, si 
jusqu'ici cette tendance n'a pas amene des resultats 
satisi'aisants, la faUte doit en etre impure a 1' ha- 
bitude qu'avaient autrefois les diverses tribus de guer- 
ro\ er entre elles, et plus tard, au joug honteux sou's 
lequel la nation des Hovas a reduit les autres peuplades 
de l'ile. dependant, malgr6 toutes ces causes contraires 
au developpement des transactions, a force de voir, 
depuis deux cents ans, les Europeens trafiquer sur 
leurs cotes, la partie la moins barbare de la population 
malgache a pris goiit a certains articles manufactures 
quelle ne peut se procurer que par des relations 
avec les etrangers. La counaissance de ces objets a 
meme penetre dans rinterieur, et ils sont devenus l'un 
des eleiui'iiK du commerce des indigenes entre eu*. 
Les Hovas, possesseurs aujourd'hui des trois quarts de 



( 51 ) 

l'lle, se sont fait les interm6diaires de toutes especes de 
transactions, et des lors ont eu int6ret a d6velopper 
chez leurs sujets le gout des objets de provenance eu- 
ropeenne. Ainsi, le negotiant etranger ne peut 6chan- 
ger sa cargaison que sur certains points, la ou se trou- 
vent des officiers hovas. C'est presque toujours ceux-ci 
qui deviennent les acquereurs, moyennant certains 
produits de l'lle, tels que du riz, des boeufs, des salai- 
sons, des cuirs, etc. ; les articles europeens une fois 
entre leurs mains, ils les revendent aux Malgaches, 
apres avoir fait la part du gouvernement central, au 
prix qu'il leur convient de fixer. On peut juger quelles 
entraves une semblable maniere d'agir apporte au 
commerce , grev6 encore par la reine d'un grand 
nombre de droits et de monopoles. 

« Les importations dans l'lle consistent en toiles 
» bleues ou blanches de l'lnde, mouchoirs, indiennes 
» et autres toiles imprim^es, de manufactures francaises 
» ou anglaises ; articles provenant des distilleries des 
)) iles Bourbon et Maurice, sel, savon, bijouterie com- 
» mune, verroterie et corail ouvre, quincaillerie et ver- 
» rerie, amies et munitions de guerre et de chasse, 
» marmites de fonte, poterie, faience; enfin, en une 
» petite quantite d' amies de luxe, d'habits, d'6paulettes, 
)) de galons, de soieries, etc. , destines aux Hovas (1). » 

Malgre ces nombreux produits recherch6s par les 
Malgaches, auxquels il faut encore ajouter des outils 



(1) Notices statist, sur les colonies francaises, imprini. par ordre de 
M. le vice-aioiral baroo Roussio, ministre secretaire d'Etat de la ma- 
rine et des colonies, 1840. cbap. i, Commerce, p. 47. 



( 52 ) 

de differentes sortes, des efi'ets a. usage, des papiers et 
gravures, desboltes a musiqae, des nattes tressees (1), 
les negociants Strangers sont forces de payer en piastres 
espagnoles a colonncs une partie des marchandises de 

retour. 

Parmi les branches de commerce autrefois exploitees 
a Madagascar, ilen est une dont l'exportation, aujour- 
d'hui interdite, avait acquis un immense developpe- 
ment : ce sont les esclaves, sorte de marchandise que 
cette ile fournissait en masse aux colonies de l'ile de 
France, de Bourbon et du Cap. 

Les deux produits qui, comme il a ete ditplus haut, 
tiennent aujourd'hm la premiere place dans l'exporta- 
tion, sont le riz et les bceufs. Depuis que l'ile de 
France et l'ile Bourbon ont vu s'accroitrc leurs popu- 
lations, c'est a Madagascar qu'ils ont demande les sub* 
sistances dont ces articles forment la base. Les boeufs 
s'exportaient de deux manieres, soit vivants, soit en 
salaisons. Les Malgaches de la cote orientale prepa- 
raient encore, pour la meme destination, de grandes 
quantitesdepoissons sales. Les autres produits de l'ile, 
n'etant pas largement exploites paries indigenes, n'ont 
jamais figure dans le commerce avec les Europeens 
que comme complement de cargaison. Les Arabes, 
qui sont etablis depuis des siecles sur la cote occiden- 
tale, ou ils possedaient jadis des comptoirs en relation 
avec tons les pays baignes par la mer des Ind.es, sont 
les seuls qui , parlant la langue du pays et etant en 

(I) Tail, general du commerce dc la France avec ses colonies et les 
j<uis$unres elrangeres, public par la Direction gpnerale des douaoes. 



( 53) 

quelque sorte meles aux populations indigenes, ont pu 
trouver et nieme accaparer un certain nombre ties ar- 
ticles de commerce qui ont 6te signales plus haut 
dans l'enumeration des produits de l'ile ; mais leur 
peu de ressources pecuniaires et la barbarie de leurs 
moyens de navigation les ont empeches de donner un 
grand developpement a leur trafic. A l'ouest, la par- 
tie de Madagascar qu'ils frequentent le plus, leurs 
transactions portent particulierement sur 1'ambre gris, 
la cire, i'ecaille de caret et la gomme corftd. Ce com- 
merce , peu important par lui-meme , ne se soutient 
que grace aux relations entretenues par ces Arabes 
avec ceux de leurs compatriotes 6tablis sur toute la 
cote d'Afrique audela du canal de Mozambique. 

Depuis un certain nombre d'annees, les Americains 
sont les seuls, parmi les nations civilisees, dont les na- 
vires de commerce frequentent de temps en temps la 
cote occidentale de l'ile Malgache. Ceux de leurs vais- 
seaux employes a la peche de la baleine dans les pa- 
rages environnants viennent quelquefois y faire de 
l'eau et y chercher des vivres (1); et le capitaine Guil- 
lain rapporte (2), en parlant de Majunga, dans la baie 
de Bombetok ; « que le peu de transactions qui s'operent 
» encore sur ce point sont entretenues par les besoins 
» de la consommation des provinces de l'interieur et par 
» les commandes du gouvernement et des principaux 
» habitants d'Imerne. Le commerce ext6rieur a lieu 

(1) Documents sur l'hist.,la geogr. etle commerce de la cdte ccciden- 
tale de Madag. , recueillis et redig^s par M. Guillaio, capitaine de cor- 
vette, 2" partie, chap, xxiv, p. 351. 

(2) Mem<? ouvrage, 2 C partie, chap, vn, p', 217. 



C 54 | 

i) principalement avec les Ammcains, et consiste pres- 
)) quo exclusivement dans les operations du comptoir 
» que ceux-ri entretiennent a Majunga depuis 1830. 
» Ce port est devenu une escale pom six ou sepi navires 
» de cette nation qui commercent annuellement avec 
» Zanzibar. L'agent americain de Majunga et celui de 
i> Zanzibar appartiennent a la meine maison , et les 
» mouvements des bailments sont combines de maniere 
» a lier les operations des deux comptoirs. Les charge- 
j) ments dcces navires sont assortis selon les besoins 
» des diverses places qu'ils visitent : ils se coniposent 
i) ordinairement de cotons ecrus et blancs, de coutel- 
)) lerie , etc. Chaque navire touche , en venant , ou a 
» la cote de Mozambique, ou a celle de Madagascar, de 
» sorte qu'annuellejuent trois ou quatre navires passent 
» ainsi charges a Majunga, ou. ils deposent une quan- 
» tite de ces marchandises proportioimee aux besoins 
» du comptoir. Les importations annnelles compren- 
i) nent, en moyenne, de 200 a 250 balles de coton 
n americain (hami), et de 20 a 30 caisses d'autres 
i) 6tofles, un millier de fusils et une certaine quantite 
» d'autres objets mentionn6s ci-dessus : le tout repr6- 
» sente une somme d' environ 16 000 piastres, prix de 
» faclure. Les exportations ne vont pas au dela de ce 
») chifl're *, elles consistent en peaux et suif : chaque 
» peau est payee une piastre. Tout 1* argent resultant 
)> des benefices de la vente est ordinairement porte a 
» Zanzibar, ou il est employe a 1' achat de l'ivoire, de 
a la resine copal et autres produits qir 1 prennent habi- 
B tuellement surce marche les na\ircs de la maison. » 
Les Anglais out ties peu de part au commerce de la 



( 55 ) 

c6te occidentale de 1'ile Malgache; quelques navires 
indiens partis de Surate ou de Bombay y abordent 
seuls, de loin en loin. Les Francais n'entretiennent 
malheurensement pas avec cette partie de l'ile des re- 
lations beaucoup plus suivies que les Anglais; quoique 
la possession de Mayotte et de Nossi-be les mette a 
meme d'etablir des comptoirs dont la prosperity serait 
assuree, car, outre le commerce de Madagascar, ils 
accapareraient en peu de temps celui de toute la cote 
orientale d'Afrique. 

Si le botaniste Commerson 6crivait autrefois, en pen- 
sant a sa science de predilection : « Quel admirable 
» pays que Madagascar ! >j On peut aujourd'hui ou la 
navigation et 1' Industrie europeenne ont fait tant de 
progres, s' eerier, avec plus de raison encore: Quel 
admirable entrepot que Madagascar ! Sa position 
unique au monde, les refuges qu'olfrent ses cotes, ses 
productions de tous genres, l'appellentauplus brillant 
avenir. Civilised par une nation europeenne, elle de- 
viendrait l'rnterm^diaire force de l'immense commerce 
d'6cliange qui a lieu entre l'Europe et 1' Am^rique orien- 
tale, avec la cote est de l'Afrique, avecl'Arabie, les ri- 
vages du golfe Persique et les cotes de la Perse; tous 
pays neufs ou les produits manufactures sont d'un d6bit 
certain et ou le negociant trouve de si avantageuses 
marchandises de retour. L'Indememe, contree presque 
entierement priv6e de m6taux, a laquelle elle fournirait 
en abondance ceux dont son sol est si prodigue, serait 
pour elle la source d'incalculables debouches. Enfin, 
comme il a et6 dit plus haut, la houille que Madagascar 
renferme en ferait en peu de temps le centre de lanavi- 



( B«) 
gation a vapour dans l'ocean Indien, du (lap al'Austra- 
lic, des terres australes an sud del'Asie; et Ies Anglais 
n'auraient plus besoiti, pour fournir le combustible a 
leurs nombreuses lignes de bateaux a vapeur, d'appor- 
ter annuellement, dans les ports situes au dela du cap 
de Bonne-Esperance, a 3000 lieues dc leur pays, pres 
de 700 000 tonnes dc charbon de terre. 

V.-A. Barbie du Bocage. 



CONSIDERATIONS HISTOIUQL'ES ET GF.OGRAPHIQUES 
SL'R 

LES LIMITES ET LA CIHCONSCRIPTION DU PARAGUAY 
Par M. le docteur Alfred Desiersay, 

Membre dela Commiisiou cenlrtlr. 

Lue» dans la seance du aout 1858. 

Un demi-siecle apres le second voyage au Rio de la 
Plata, de rinfortune Diaz de Solis, qui avait ouvert a 
l'Espagne l'acces de territoires immenses, etajoute un 
nouveau fleuron a sa glorieuse couronne americaine, 
la province du Paraguay s'etendait, en latitude, des 
sources du fleuve qui lui a donne son nom au detroit 
de Magellan; et de Test a l'ouest, depuis les fron- 
tieresde la Capitainie portugaise de San-Vicente et les 
rivages de l'ocean Atlantique, jusqu'aux premiers con- 
treforts de la cliaine des Andes (1). Ainsi, toute cette 

(1) Rayral cteud encore ccs limites en dounant pour frontieres an 
Paraguay : au nord, la riviere des Amazones ; au sud, la terre ma- 
gellani(]ue ; au levant, le I'.ro.sil ; au couchant, le Chili et le Perou. 
IJisloire philosopkique cl politique des etablissements des Europeans dam 
les deux Indes. I.a llaje, 1774, t. Ill, p. 317. 



( 57 j 

r6giondontla superficie, pour ainsi dire incommensu- 
rable, comprend de nos jours la Confederation argen- 
tine, la republique orientale de 1' Uruguay, la plus grande 
partie des provinces br6silieiines de Rio Grande du 
sud, de Saint-Paul et de Mato-Grosso, etles plaines de 
la Bolivie, etait alors 1* apanage d'uu seul gouverne- 
ment qui siegeait dans laville de l'Assomption. D'aussi 
vastes proportions expliquent et justifient le surnom de 
Geant des provinces des hides, que lui decerne un 6cri- 
vain de la Compagnie de Jesus (1). 

Le temps, qui change les destinees des empires, de- 
vait amener le fractionnement de ce royaume inlini. Du 
cote du nord et de Test, les Portugais de Cuyaba etde 
Saint-Paul s'emparent de la province de Guayra d'ou ils 
chassent les Missionnaires, etse rapprochent a grauds 
pas du Perou dont les richesses minerales excitent leur 
convoitise ; ducote du sud, ils etendent lenrs conquetes 
vers le lac de Los Pntos, et fondent bientot la colonie du 
Saint-Sacrement sur les bords du Rio de la Plata. 

D'autres causes qu'on pourrait appeler internes, et 
faciles a pressentir ; la rivalite des chefs jaloux de se 
rendre independants les unsdes autres; le desir natu- 
rel au Souverain d'imprimer une impulsion uniforme, 
plus directe, et des lors plus active a toutes les par- 
ties de ce grand corps, aiderent puissamment a sa dis- 
location. Ainsi, vers 15(30, Nuflo de Chaves fonde le 
gouvernement de Santa-Cruz de la Sierra, qu'il par- 
ti) [listoria del Paraguay, Rio de la Plata y Tucuman, por cl 
P. Guevara, p. 2, dans : C'oleccion de obras y documentos relativos a la 
hisloria anligua y modeitia de las provincias del Rio do la Plata, pu- 
blife par P. de Angela, Bucnos-Ajres, 183C, I. II. 



( 58 ) 

viont a soustraire k l'autorit6 centrale : en 1650, le 
cabinet de Madrid divise en deux la province du Para- 
guay, el Otablit h Buenos-Ayres un gouverneur qui 
recoit, en 1770, le litre el les hautes prerogatives de 
vice-roi (1), Des lors, les autorites de 1' Assumption 
passent sous les ordres de la Cite qu'elles avaient 
fondt'c. el dontelles avaient conserve la tutelle pen- 
dant mi siecle (2). 

Les celebres etalilissements fondes par les jesuites 
sur ce point de 1' Amerique eureni aussi leur part de 
ces vicissitudes. Detachees du Paraguay par Phi- 
lippe V (3) , reparties plus tard entre les dei;\ provinces 
en vertu d'une ordonnance de 1783, les fissions furent 
erigees eu un gouvernemept particulier et independant 
qui disparut bientot lui-meme dans la chute de la do- 
mination espagnole. 

Enfin, a la suite de longs demel^s et de negotiations 
intenninables, des trait£s intervinnnt entre deux puis- 
sances <pie le hasard avait placees cote a cote dans le 
nouveau monde conune dans 1'ancien, et qu'une anti- 
pathic seculaire et deraisonnable ne tarda pas a rendre 
ri vales au dela de 1'Atlantique connne en Europe. On lira 
plus loin Tbistorique de ces traites : quil nous suflise de 
dire ici que les deux derniers (k), declares avant leur 
mise a execution, sous pretexte d'obstacles et de diffi- 
cultes qu'on a\ait interet a declarer insurmontables, out 

(1) C^dule royale du 8 aout. 

f2)<".'est au Paraguay, ainsi reduit, que Ratnal (ouv. citf, 1. HI. 
p. 335 domic 1c nom de Paraguay particulier. 

(3) Cedules des 1 1 (Vvrier 1625 et 6 novembrc 1626. 
'4)Ceuide 17S0 et de 1777. 



( 59) 

6te impuissants aeteindre les rivalit6s des deuxm6tro- 
poles, rivalitfe dont le joug pese encore sur leurs colo- 
nies emancipees. Chose triste a penser, les rapports 
entre la nouvelle Republique du Paraguay et 1' Empire 
du Bresil sont devenus tels dans ces dernieres ann6es, 
qu'une rupture serieuse est a crainclre. A l'heure ou 
nous ecrivons ces lignes, cette querelle territoriale, dans 
laquelle seinblait s'etre concentree la liaine naturelle 
de deux peuples, se reveille aussi ardente que jamais 
chez leurs descendants : seul heritage qu'ils ne repu- 
dient pas ! un interet de mediocre importance survit 
souvent, a travers les generations, a toutes les formes 
de gouvernement que le hasard des revolutions ren- 
Yerse ou edifie (1) ! 

11 est peu de contrees, meine dans l'Am&rique men- 
dionale, dont les limites soient aussi incertaines que 
celles de la Bepublique du Paraguay. Voisine a la Ibis 
du Bresil, c'est-a-dire d'une ancienne colonie du Por- 
tugal, elle a herit6 des contestations encore pendantes 
entre les deux cours a l'epoque de son independance ; 
et depuis quelle s'est s6paree des provinces de la vice- 
royaute de Buenos-Ayres, aucun trait6 n'est venu, en 
reconnaissant sa nationalite , sanctionner les limites 
incertaines dans lesquelles elle se renferme, ou dont 
elle sort, toutes les Ibis que l'int6ret de sa securite ou 
les raisons de sa politique le lui commandent. 

G'est dire que son territoire se compose de deux 

(l) Cette appreciation u'a trait qu'a la delimitation territoriale ; je 
laisse eu dehors la questiou de uavigatioa et dc commerce, malgre la 
pluf evidenle counexite: celie-ci n'a jamais uue importance mediocre. 



( 60 ) 

parties : l'nne principale, essentielle, bornee a l'ouest 
par le Rio Paraguay, au sud eta Test par le Parana, qui 
recoit leseaux du prece'denl sous le 27 '24' de. Int., est 
separe'e du cote du nord, des possessions bresiliennes, 
par les rios Corrientes on A pa, el Yaguarey (I). Ces 
deux rivieres, neesdans la Sierra deSan-Jos£ oude Ma- 
racayu, sedirigent, la premiere k I'ouesl poursejeter 
dans le Rio Paraguay par 22° .V. et la seconde a Test, 
pour se joindre an Parana sous les 22° 26' de latitude. 
Cette maniere de voir, nous oe le dissimulerons pas, 
conibrme a I'esprit, sinon a la lettre des traites de 
L750 el 1777. el qui s'appuie snr les Instructions 
adressees ulteneUremem aux commissaires delimita- 
teurs par les cabinets de Madrid el de Lisbonne, n'a 
etc reconnue, durant longues annees, que par un 
accord tacite des parties interess6es, en l' absence d'une 
convention plus recente et moins obscure; non toute- 
foissans de vives protestations de la pan du Bresil, 
qui revendique, comme ligne de separation, en plein 
parlement. par la bouche de ses orateurs les plus ver- 
- - en cette matiere, les rios lpane et lgatimi (5). Le 



1 On Igurej ; rio Ivenheima des Porlngais. 

2' Discurso do senlutrJ. A. Pimenla Hueno, na sessaO do Senado 
de 26 de junho 1855.— Disons-le occasionnellement, le Br&il romptc 
a lYiranccr d'impradents amis qui le poussenl dansunevoie funeste, 
en I'excilanl a reculer encore les bornes de ses immeoses domaines, 
jusqu'au Rio Paraguay a I'ouesl . et jusqu'a la Plata du cote du sud, 
qu'ils considered comme des limites tracers par la nature, dans le but 
d'assurer son bomoge'ueite' lh tot. France «l Brosil, Paris 18:>7, p. t>3 ; 
Xayikb Etna, Les deur Ameriqws, p. 3). A rencontre de eette ma- 
mere de\oir, DOUSavons eiitendu des hommes d'Elat regrelter cette 



( til ) 

coursde cctte derniere riviere, parallele a l'Yaguarcy, 
se confoncl avec celui du Parana, par 23" 5(>' de lat., 
non loin do la grande cataracte [Snlto grancle) de ce 
fleuve parent de la mer. 

II y a plus : le president Lopez rejette a son tour 
le traite de 1777, en accusanl le gouvernement bresi- 
lien de 1' avoir dechirc en 1851, lors de ses negotia- 
tions ave'c l'etat oriental de I'Uruguay, et pretend recu- 
ler la frontiere de son pays jusqu'au Rio Blanco, situe" 
au nord de I'Apa. L' article de son journal, oil nous 

Vendue gigantesquo, hors dc toutc proportion avec la density dc la 
population (lo. Bre-sil possede .'i millions d'habitanls, diss^mine'a sur 
uno superlieie qni ogale douze fois eellc do la France !). Nous rompre- 
nons asscz lo pairiotismo — cot egolsme dos peuples — pour no pas 
donncr a une nation lo consoil de se mutilor : toatefois, qui pour- 
rait sou ten ir quo les efforts siaceres de I'Empire am^ricain, dans 
la voie du progres, ne seraienl pas plus efficaces s'il los concentrait 
sur uno surface rnoindrc, a 1'aide d'une administration pourvue des 
nioyens de contraliser les services, et d'imprimer aux affaires la 
direction qui n'arrive que ties affaiblie, de nos jours, aux fonotion- 
naires places a d'incroyables distances dc la capilalc! II faut plus 
dc troismois pour expldier uno depeohc de Rio de Janeiro, ii Cuyaba, 
chef-lieu de la province de Mato-Grosso Solliciter I'agrandissement 
du Br&il, e'est vonloir faire revivre les aspirations moaranies du 
fe'dCralisme; e'est oublier les causes des troubles qui sigualerent 
l'orageuse minority de dom Pedro II ; e'est aussi provoquer I'ardent 
antagonize do deux branches de la grande famillo latine, antagonismc 
qui s'offacera un jour, nous l'esperons, mais dont il nous paraitrait 
raisonnable de lenir plus de compte. La politique loyale et r^servde 
du jeune souverain et de ses conseillers est a nos yeux bien autre- 
ment profitable aux veritables intorets du pays, et nous \oyons avec 
plaisir ces visCes d'usurpations inutiles et ernbarrassantes, <5nergi- 
quemeut repousse>s dans des publications serni-officielles (Charles 
Reybald, le Bre'sil, 1856, Posl-Saiplum, p. 236, 1 . 



( 62) 

trouvons exposee cette pretention, omet de faire con- 
nattre de quels titres il entend l'appuyer (1). 

Ainsi n'lluito a rimmense delta circonscrit par les 
rios Paraguay, Parana, Yaguarej el Comentes, la n'-- 
publique fondle par If Docteur Francia a de superflcie 
10413 lieues carries de 5000 varus; soli 07/|0 lieues 
ranees de 25 an degree L'espace compris entre les 
rios \pa et Blanco est egal a 860 lieues carries espa- 
gnoles (2). 

Les dependanees, pour ainsi dire accessoires <lu Pa- 
raguay, comprennenl les territoires qu'il a revendi- 
qu6s de tout temps, dans les Missions de l'Entre-llios, 
et dans Ic Grand-Cliaco. 

Le Paraguay a des droits incontestables sur le (lliaco ; 
ce sont ceux doat il a herite de la metropole, et qu'il 
s'agit aujourd'hui de partager avec la Bolivie d'une 

(1 ) Semanario de avisos y conocimientus utiles, n" 109 du 23 j uin 
1855. En parlanl de la ligne de I'Apa, dans le disrours que nous ve- 
nous dc eiter, M. Pimcnta Bueuo ajoute : « Assim ]>'nnais poderia o 
» Partii/iuiu, posswr a linha do Apa. >< II s'en faut done beaucoup 
que Ton soil pres de s'entendre. 

(2) Ou 805 lieues de 25 au degrtf. II faut ajouter que, a uuc cer- 
taine opoque. le Paraguay ne s't'lendait pas jnsqu'au Parana dans la 
direction du Bad. Lore dc rejection de IYvccIip dc liuenos-Ayres, le 
district de Pedro Gonzales compris dans Tangle fornu' par la rt'uniou 
des deuv fleuves, lui fut attribue et conti* 4 aux soius du cure de la 
Ensentulu dc la \illc de Computes. L'exisleuce d'un large fleuve 
a franchir deYuplail les incon\cnicnts d'une inesurc dont on ne se 
rend pas bicn comptc. Malgre la decision des commissaires des deux 
eAeques, signe> le 8 juin 1727 a Candelaria (en verlu d'une cedule 
royale du 11 fc\rier 1721, qui prescrivait de lixcr les limites des 
deux juridictions eccllsiastiques, afin d'apaiser tous Irs differends), eo 
droit la quesliou resta peadante, mais le Paraguay fournissait une 



f 63 ) 

part, et la Confederation argentine de 1'autre. Or, 
quelle sera la part de chacun ? Suivant quelles don- 
nees proc6dera-t-on au partage ? 

Les pretentions de la Republique bolivienne ne nous 
sont pas connues. Celles de l'ancienne vice-royaute' de 
la Plata sont exposees dans un ouvrage habilement 
compile' par un ingenieur argentin, qui commence par 
faire a son pays la part dulion, en mettant tout d'abord 
hors de cause l'Etat dont nous discutons les droits 1 1). 
L'auteur divise le Chaco en trois sections, al'aide des 
rivieres qui le coupent diagonalement. II attribue sans 
hesiter la zone septentrionale a la Bolivie, et la zone 
nferidionale a la Confederation argentine. Quant a la 
region comprise entre les rivieres Pilcomayo et Ber- 
mejo, et intermediaire aux deux prec^dentes, ilia con- 
sidere comme pouvant scale fournir matiere a des n6go- 
ciations ulterieures entre ces deux puissances. 

Ce n'est pas ainsi, il s'en faut, que l'entend le presi- 
dent Lopez. Dans une carte dressee en 1854 , avec 
des documents fournis par le general Francisco Solano 
Lopez , son fds et son ministre plenipotentiaire a 

garde a Curupayti, et uu desservant a la parjisse de Pedro Gonzales. 

L"art. 4 du traite du 12 octobre 181 1 maintienl le statu quo daos 
les termes suivaots : ■ Debiendo en lo demas quedar tambien por 
« ahora los limites de esta provincia del Paraguay, en la furuia en que 
i< aetualmente se ballaa. » Le reglement de limites avec Corrientes, 
du I juillet 1841, avait tranche la question en reconnaissant comme 
dependance du Paraguay le territuire soumis a la juridictiou de la 
Villa del Pi ar (art. i"] : mais cette convention ayant ete abrogee, le 
priucipe L'li possidetis a fini par prevaloir. 

(\j Soticias hisloricas y descriplivas sobre el gran pais del Chaco y 
Rio Bermejo, por Jose Aeesales, 1 vol. in-8V Buenos-Ajres, 1S33. 



( 04 ) 

Paris, par M. Cortambert, secretaire general de la 
Sooiete de G6ographie, on trouve l' immense territoire 
qu'il reclame dans le Chaco, uettement circonscrit par 
une ligne droite, qui, de la pointe meridionale de l'ile 
Atajo, situeeau confluent des rios Paraguay et Parana, 
s'avance a l'ouest jusqu'au (>3" A5' de longitude. Arrive' 
la, le trac6 change brnsquenient de direction, et re- 
monte sans deviation du sud au nord, jusqu'au paral- 
lel de 20° 10' environ, pour s'infl6chir de nouveau a 
angle droit, et venir rejoindre le Rio Paraguay dont il 
cotoie le bord oriental, jusqu' a rembouchure du Rio 
Blanco. Le vaste espace circonscrit par cette serie de 
lignes droites et le cours du fleuve a Test, represente 
un parallelogramme qui n'a pas moins de 1(5 537 lieues 
carre-es de superficie, et comprend la presque totality 
des trois zones dont nous parlions tout a l'heure. On 
voit, par ce simple apercu, a quelle importance s'elevera 
la question de la delimitation des divers Etats sud-am6- 
ricains, et quelles pretentions contraires doivent les 
divisor, le jour ou ils entreprendront serieusement de 
la resoudre. 

Tout en reconnaissant au Paraguay d'incontestables 
droits a la souverainete partielledu Grand-Chaco, nous 
ignorons comment il entend justifier ses ambitieuses 
viseis. Par des traites? mais le roi d'Espagne, sans 
voisins de ce cote, ne s'est jamais preoccupe que fort 
accidcntellement du soin de limiter la juridiction de ses 
lieutenants sur des deserts infranchissables. 

Proposera-t-il de prendre pour base des negotiations, 
le principe Uil possidetis? Mais cet argument serait 
tout au plus valable pour l'etroite bande qui longe la 



( 65 ) 

rive occidentale du Paraguay, sur laquelle il a, de tout 
temps, fait acte d' occupation, et nelui vaudrait qu'un 
territoire de tres mediocre etendue , au lieu des 
16 537 lieues carrees qu'il reclame. 

A plusieurs reprises, en effet, les autorites espa- 
gnol^s etablirent des postes et des blockhaus dans le 
Chaco, pour contenir les hordes sauvages qui l'habi- 
tent, et defendre le Paraguay de leurs incursions. Le 
Docteur Francia et ses successeurs out complete cette 
ligne de defense. Deja, en 1792, le fort Bourbon (1) 
avait ete fonde dans un but politique et comme re- 
ponse aux etablissements portugais de Nova-Cohnbra 
et d' Albuquerque. Si, a ces actes de possession, on 
ajoute les voyages de decouverte diriges vers le Perou 
par les premiers Conquerants (Cotif/m'stru/ores), ceux 
que les missionnaires de la Compagniede Jesus entre- 
prirent par la voie des rivieres, pour relier leurs 6ta- 
blissements du Paraguay a ceux de Moxos et de Chi- 
quitos ; quelques Reductions presque aussitot detruites 
par les Indiens que fondees par les Espagnols ; et de 
recents essais de colonisation qui ne paraissent pas 
avoir reussi (2) ; on aura le sommaire de toutes les 
tentatives de domination dirigees vers une contree ou 
les indigenes ont su defendre* avec une indomptable 
energie, leur independance, et maintenir leur natio- 
nalite (3). 

(1) Ou Olimpo; lat. 21° 1' 26"; long. 60° 6'. 

(2) Nous voulons parler de la Nouvelle-Bordeaux, colonie fraiifaise 
^tablie aux aleutours du Quarlel del Cerrilo. 

(3J Nous trouvons cettc phrase dans un indmoire manuscrit, con- 
serve" a l'Assomption, et intitule Description de laprovincia del Para- 
XVI. JUILLET ET AOUT. 5. 5 



( «C ) 
Les droits du Paraguay a la squyerainete de quel- 

ques-unes des Missions de rEiure-Ki'^, droits que le 
president Lopez a soutenus, danscesdernieiv.-, ;uuk'es, 
avec opiniatrete (1) , ne nous paraissent pascontestables. 
A | ires le bannissement des Jt''>uii<'s, l'ordonnance de 
1783, rendue sur les propositions de 1). Francisco de 
Paulo y liueareli, gouverneur et capitaine general de 
Buenos-Awes , a\ait pourvu a 1' administration tan t 
civile (pie spirituelle ties Reductions Cuaranies, qui 
furent di\ ipees en cinq departements. Ceux de Santiago 
et de Candelaria, comprenant treize Pueblos, resterent 
dans les dependances du Paraguay. Get etat de choses 
dura jusqu'au 17 niai 1808. Une cedule royale reunit 
alors toutes les Missions en un gouvernement particu- 
lier, sous 1' administration du lieutenant-colonel 1). Ber- 
nardo de Velasco. Quelques annees plus tard (180(i), 
Velascu, devenu gouverneur du Paraguay, conserva ce 
double litre et ces doubles fonctions jusqu'a l'epoque 
del'Independance. 

11 i'aut le dire, dans l'etat d'obscurite et d'incerti- 
tude qui entoure de nos jours la delimitation de la 
plupart des Etats sud-americains, le Paraguay serait 



guay por el Capitan de fragata D. Juan F. Aguirre, comandante de 
la vuarta partida de demarcation de limites con Portugal : « Du 
» cold de roccidcut, cette province u'a point de froutieres ddtermiudes, 
» el comme elle ne possede aucun etablissemcnt dans le GranJ-Chaco, 
» on peut prendre pour limite actuelle, du eote de I'occideut, le rio 

Paraguay. » L'auteur ecrivait en 1788; son tcinoiguagc ne saurait 
done ctre entache de partialite. 

(1) Alantjieslo du 13 fevrier 1848. Journal El Parayuayu inde- 
pendiente, u" 73. 



( 67 ) 
admissible a discuter, ipso facto, ses droits a lasouve- 
rainete" du territqire en tier des Missions qu'il possedait 
a Fepoque de son emancipation. Mais il se borne a re- 
vendiquer le departement de Candelaria, situe, en par- 
tie, audela dn Parana; les trois PneOlosde ce departe- 
ment, situ 6s sur la rive droite du fleuve, lui apparte- 
nant sans contestation possible. 

Voila tout au moins ce que nous trouvons expose 
dans le manifestede son president, du 13fevrier I8/18; 
mais la carte pr6cit6e de M. Cortambert laisse voir 
bien clairement de plus grandes pretentions. 

En effet, si reprenantla ligne frontiere a Fextr6mit6 
m^ridionale de File Atajo, qui nous a servi de point 
de depart pour F etude des limites du Paraguay clans le 
Chaco, nous marchons vers Test, nous la voyons cotoyer 
la rive gauche du Parana jusqu'a la Tronqnera de Lo- 
reto, descendre ensuite presque verticalement du nord 
au sucl, le long de la lagune Ybera, jusqu'a la ren- 
contre du rio Aguapey. En cet endroit, le pointille" de 
la carte change ; les limites deviennent itwertos tgdavia y 
comme nous l'apprend la legende , et la ligne de de- 
marcation se bifurque. L'un des traces descend F Agua- 
pey jusqu'a sa jonction avec FUruguay, dont il remonte 
le cours suivant les stipulations du traite de 1777, 
pour rejoindre le Parana al'embouchure du rio Iguazu 
ou Curutiba. 

Le second trace remonte a son tour le cours de 
FAguapey, et se reunit au precedent a Forigine du 
rio San-Antonio Guazu , en se tenant a 6gale distance 
du Parana et de FUruguay. L'espacecompris entre ces 
deux derniers fleuves est evalu6 a 2300 lieues carries 
de 26 5 au degre\ 



(68] 

W6me en detalquant de cette somme les 480 lieues 
carries qui exprhiient l'6tendue du territoire situ6 a 
l'esl de la ligne qui joint les rios Peperi-Mini et San- 
Antonio-Mini, on voit que le gouvernement du Para- 
guay revendiquerait encore tout le territoire des Mis- 
sions, inoins les pueblos appartenant aujourd'hui au 
Bresil, et ceux de Yapeyti et de La Cruz. Or, ces pr6- 
tentions seraient en opposition fonnelle avec le mani- 
festedu 13 fevrier 18A8. 

Un savant voyageur suisse donne pour Unites au 
departement de Candelari'a, en latitude les 27° et 28°, 
et en longitude 57" 30' et 58" 30' (1 J. 

11 faut ajouter que, lors du partage des Missions 
entre les eveehes de Buenos-Ayres et de l'Assomption, 
en suite de la declaration des commissaires nommes 
par les deux prelats, signee le 8 juin 1727, il fut en- 
tendu que la . juridiction eccl^siastique du Paraguay com- 
prendrait, corame celle du pouvoir civil, les versants 
[las vertentes) du Parana, et la juridiction de Buenos- 
Ayres, ceux de 1' Uruguay. 

Des conventions diplomatiques viennent encore a 
l'appui des droits du Paraguay, etle traiteconclu entre 
le premier pouvoir issu de la Revolution et les envoyes 
argentins les reconnait formellement. Cette declaration 
positive et solennelle ne saurait etre infirmee par le 
d6cret du Directeur supreme des Provinces-Unies du 
Fiio de la Plata, qui fixe les limites des provinces de 
Gorrientes et d'Entre-Rios (2). 

(1) LeD'RKNGt:n, Heisenach Paraguay in den Jahren 1818 bis 1826. 
Aarnu, 183:., in-S", p. 1. 

(2) Art. i ilu tr.iito du 12 octobrc 181 1. — Decrct tin 10 scplriu- 
brrlSIl, rtu directour supreme Antonio de Posadas, approuvr par 



( 69 ) 

Depuis cette epoque, le Docteur Francia, loin de les 
laisser tomber en d6sh6rence, a toujours maintenuses 
droits sur un territoire qui couvrait 1' unique route ou- 
verte a son commerce avec le Bresil. II y eleva meme 
quelques travaux de defense, et dans ces dernieres an- 
nees, le president Lopez, sousle coup des menaces d'in- 
vasiondu general Rosas, le fitoccupermilitairement,en 
exposant dans un long manifeste les motifs de sa con- 
duite (1). Le Docteur Francia avait pris les memes pre- 
cautions strategiques en 1834, lors de ses d6mel6s avec 
la province de Corrientes. Disons cependant que cette 
occupation est tout a fait temporaire et peu s6rieuse, 
et qua l'approchedu danger, le gouvernement du Pa- 
raguay se hate de faire repasser le Parana a ses troupes, 
et aux populations emigres des provinces voisines. 

En fin, parmi les iles nombreuses que possede la 
R6publique dans le lit desfleuvesquil'enserrent, il en 
est deux dontnous dirons quelques mots ici, a cause de 
leur importance militaire, et parce qu'elles ont donne" 
lieu a des difficulty que nous ne croyons pas encore 
resolues. 

La premiere est File Atajo situee a 1' embouchure 
du Rio Paraguay ; la seconde File Apipe , dans le 
Parana (longitude moyenne 59"), vis-a-vis le Pueblo de 
San-Cosme. 

l'Assembl^e gen^rale couslituante des deux provinces, et insure" dans le 
Registro oficial del Gobemiode Corrientes, afio 1832, p. 26. — Traitd 
du 31 juillet 1841, entre les Consuls Lopez et Alonzo et le Gouver- 
neur de la proviuce de Corrientes, D. Pedro Ferre". National Cor- 
rentino du 23 aout de la m6me annde. 
(I) Manifesto du 10 juiu 1349. . 



( 70 ) 

En fait, cette double question dc propriete est tran- 
chee. Le president Lopes entretient stir 1'ile Atajo un 
posto charge deda reconnaissance des batiments qui 
doiventy atterrir et reeetnif des gardes abord, jusqu'a 
leur destination (1). 

L'ile Apipe, vivement revendiquee a plusieurs re- 
prises par la Confederation Argentine (2), n'a jamais 
et61e siege d'unetablissementiniliiaiic permanent. Elle 
est toujours inoccupee, niais le Docteur Francia n'y 
tolerait pas, de la part des habitants de Corrientes, 
l' extraction des magnifiquesbois do construction qu'elle 
produit, et dans une circonstance recente, le president 
Lopez a expulse ceux qui s'y 6taient etablis, en leur 
donnanttrois jours pour tout delai, avec menace d'em- 
ployer la force (3). A cela il faudrait ajouter que l'he- 
ritier du Dictateur avait signe, comme consul de la nou- 
ulle republique, ie reglement de limites du 18 juillet 
1841, qui concexlait (article 4) l'ile Apipe a la pro- 
vince de ('orrientes, si cette convention eut survecu au\ 
circonstances sous 1' empire desquelles elle avait ete 
negociee (4). 

(1) Decret du 2 jauvier 1846. Journal El Paraguayo independiente, 
n* 37. 

(2) Note du general Rosas au g£ne>al Urquiza du 12 mars 1846. — 
Message du general Rosas a la chambre des Represeutants de Buenos- 
Ayres, du 27 de'cenibre 1848. 

(3) Ordre adress6 au commandant militaire du d^partement de 
Santa-Kosa, le 1" mai 1848, et dat£ de San-Jose, sur la rive gauche 
du Parana, FJ PrPrag'tiOyo indcpendiente, n" 79. 

(4) Nous irouvons ccpcndaiil cette phrase dans le Monileur du 
. octobre 1853 : « On sail que telle lie... fait, d'apres le trailed cou- 

clu il v a bait uiois, partie de la province de ('.orrientes. » Nous iguo- 



(71 ) 

En recapitulant les chiffres epars dans cette longue 
discussion, on voit que l'Etat du Paraguay possede la 
superficie suivante : 

Territoire compris entre les rios Paraguay • 
et Parana. JO/113 

Territoire revendique dans le Grand-Chaco. 16 537 

Territoire revendique" entre le Parana et 
1' Uruguay. . 1 820 

Total 28 770 

lieues carrees de 5000 varas castillanes (1), soit 
26 935 lieues carries de 25 au degre : la France n'en 
a que 26 739. 



La lecture de ce Memoire par M. de la Roquette, en 
l'absence de i'auteur, a provoque de la part de M. le 
chevalier Da Silva, des observations qui ont 6t6 consi- 
gnees au proces-verbal de la seance : on les trouvera 
plus loin. 

II resulte de ces observations, que dans des confe- 
rences tenues a Rio de Janeiro en 1856, le Br6sil aurait 
concede la ligne-frontiere fonnee par les rios .4 pa et 
lgatimi, le Paraguay revendiquant toujours celle des 
rivieres Blanco et Igurey ou Ivinheima. J'ignorais la 

rons la teneur et la date precise de cet acte. Peut-etre s'agit-il ici du 
'traite conclu entre Lopez et le gdne>al Urquiza apres la chute de Rosas 
(1852). Cette negotiation qui avait pour base la reeonuaissance de la 
Natioualite paraguayenne, echoua par suite du refus de Buenos-Ayres 
de ratifier les pouvoirs du general, et de 1'erection de cette province 
en un Etat independant de la Gonf^d6iatiou Argentine. 

(1) Cette somme est extraite de la carte de M. Cortanibert. 



( 72 ) 
publicity donn6e aux protocoles de ces conferences, ce 
qui nr surprendra pas ceux qui savent combien il est 
difficile de se tenir aucourant des nouvelles transocea- 
oiques qui ne sont pas d'interel g&ieral. 

En l' absence de documents officiels, j'avais considere 
l'opinion emise parM. Pirnenta lUieno, en pleine assem- 
bled parlementaire, comme refletant,jusqu'aun certain 
point, celle de son gouvemement. ML Pirnenta Bueno, 
senateurde L* Empire, appele" a deux reprises a sieger 
dans les conseils du Spuverain, est un honune d'Etat 
considerable et justemenl estime. Comme Charge d'af- 
faires du Bresil a l'Assomption pendant plusieurs an- 
nees, il a fait une etude speciale de la question qu'il a 
traitee plus tard au sein du Senat. J'ai vecu avec lui 
dans la plusgrande intimite., etje puis dire que la fixa- 
tion des frontieres des deux pays etait pom - nous un 
inepuisable sujet de discussions amicales. Quoi qu'il en 
soit, on apprendra avec plaisir que le cabinet de Rio 
a fait preuve d'une moderation tres louable dans ces 
nouvelles et toujours infructueuses negotiations : le jour 
oit le president Lopez se montrera anime des memes 
sentiments, la question seculaire des Limites aura fait 
un pas decisif vers sa solution. 

Alfred Doiersay. 



( 73 ) 
MEMOIRE 

SUR QUELQUES POINTS DE GE0GRAPI11E ANCIENNE. 
Par M. A. L. Sardou. 



Les questions que je me propose d'examiner sont 
relatives a la geographie ancienne d'une petite partie 
de la Gaule Narbonnaise, la partie qui repond aujour- 
d'hui au sud de rarrondissement de Grasse, dans le 
departement du Var. 

Voici quelles sont ces questions : 

1° Ou etait situe le lieu que la Table de Peutinger 
et ritineraire d'Antonin designent par les mots adHor- 
rea; et subsidiairement, quelle etait la direction de la 
voie Aurelienne entre Antipolis et Forum Julii ? 

2' 1 Sur quel point de la cote se trouvait le port 
RJEgitna , que Polybe place dans le territoire des 
Oxybiens ? 

3° Quel est le nom moderne de la riviere Apro, Aprcs 
ou Apron, qui, au temoignage de Polybe, coulait non 
loin d'/Egitna? 

4° En quel lieu s'est livre, entre les Othoniens etles 
Vitelliens, le combat rapporte par Tacite, dans le livre II 
des Histoires ? 

1° Position frHORKEA. 

Voyons d'abord les distances donnees par la Table 
de Peutinger et l'ltineraire d'Antonin, 



( 7A ) 



T.ihle Itioe'raire Valenrt en 

<le Pcutinger. a'Antonin. kilometres (1). 



AnlipoH. 








Ad Horrea . . , 


. XII milles 


XII... 


, 17kil.77S 




, XVII » ... 


. XVIII., 


(25 185 

1 26 666 



Ainsi Horrea doit occuper un point situ6 a environ 
17 \ kilometres d'Antibes et a 25 ou 26 i kilometres de 
FHjus. Do plus, si Ton examine la Table dePeutinger 
(voir la carte n° 1), on reconnaitra que ce lieu devait 
6tre a quelque distance de la mer, au nord-est de Fr6- 
jus, et vers le nord-ouest d'Antibes. Je sais qu'on ne 
peut s'en rapporter a cette Table pour la position astro- 
nomique et 1' orientation des lieux : ce n'est point ce- 
pendant une raison pour en conclure quepasune seule 
indication de ce genre donnee par la Table, n'est exacte. 
Ici, par exemple , pourquoi refuserait-on d'admettre 
que Horrea n'etait point sur le bord meme de la c6te 
maritime, mais un peu dans l'int6rieur des terres, et 
vers le nord-ouest d'Antipolis (2)? 

Examinons maintenant les differentes opinions qui 
ont ete emises sur la position que Ton doit aujourd'hui 
assigner a ce lieu. 

D'apres son nom meme, Horrea devait 6tre, du 
moins a son origine, une reunion de magasins de ble, 
sans doute des greniers militaires, Horrea belli. 

Honor6 Bouclie [Chorographie de Provence) , compre- 

(1) Pour la reduction en kilometres, j'ai pris le rapport 1 mille 
romain == 4481'", 5. 

(2) De Cimiez (Cemenellum) au Var, la direction del a voie romaine 
est parfaiteraent indi(|uec sur la Table de Peutiuger. 



(75) 

nartt parfaitement que Horrea pouvait §tre le dep6t des 
grains recoltes Stir les plateaux foruiant la partie sep- 
tentrionale des bassins de la Siagne et du Loup (voir la 
carte n° 2), plateaux qui aujourd'hui encore sont fer- 
tiles en cereales, place ce lieu a Grasse meme. La dis- 
tance de Grasse a Antibes s'accorde bien avec celle 
d'Horrea a Antipolis, mais non avec celle d'Horrea a 
Forum Julii ; car de Grasse a Frejus, il y a au moins 
33 kilometres dans la plus courte direction du nord- 
est au sud-ouest, au lieu de 26 |- kilometres, maximum 
de distance donne par l'ltineraire d'Antonin. 

D'Anville, Papon, et quelques autres geographes ou 
historiens, croyant a tort que des greniers nnlitaires 
devaient necessairement se trouver dans un port de 
mer, ont place a Cannes l'ancien Horrea (1). Mais 
comme dans ce cas les distances de Cannes a Antibes, 
d'une part, et a Frejus, de l'autre, ne s'accordent plus 
avec celles qui sont donnees par l'ltineraire et par la 
Table, ils supposent une double erreur clans ces deux 
documents : ils enlevent done V milles a la distance 
d' Antipolis a Horrea, et ajoutent ces V milles a la dis- 
tance d'Horrea a Forum Julii, de cette maniere : 



Antipoli. 


Itine'raire 

J'Autonju. 


pioposees. 


Valeurs eu 
kilometres. 




. . XII milles. . . . 


VII 


10kil.370 




,. XVIII « .... 


XXIII. . 


34 074 



(1) Ignoraient-ils que le soldat romaiu, qui portait avec lui pour 
quelques jours de ble\ 6tait oblige" de renouveler souvent sa provision? 
Mais ils auraient pu rcmarquer au ruoins que la Table et I'ltiu6raire 
indiqueut plusieurs autres Horrea, dont l'uu, situe en Afrique, e^tait 



( 7(3 ) 

Da reste ces auteurs, comme on le voit, ne tiennent 
aucun compte des indications de la Table de Peutinger, 
quant a la position d'Horrea dans L'int&ieur desterres, 
et a la direction de la voie romaine depuis Antipolis 
jusqu'a ces greniers. 

MM. "NYalckenaer (Geographic des Gaules) et Fortia 
d' Urban (Recueii des itineraires ancieits) sont d'avis 
que; l'ancien Horren respond au village d' Auribeau, si- 
tue sur la gauche de la Siagne, a 7 kilometres environ 
au sud de Grasse. L' opinion de ces deux savants est la 
seule bonne : en ellet, le village d'Auribeau est place 1 
a quclque distance de la cote et un pen vers le nord- 
ouest d'Antibes, comme l'indiqne la Table de Peutin- 
ger; de plus il est a environ 18 kilometres d'Antibes 
et a 26 ~ kilometres au nord-est de Frejus. 

L'etymologie vient en outre a l'appui de cette opi- 
nion. Nous trouvons qu'au XHPsiecle le village d'Au- 
ribeau s'appelait Auribell : 

En los plans desotz Auribell, 
Arluc uomavan lo castell. 

(La Vida de sant Honor at, par R. l-'eraud.) 

Dans un denombrement fait l'an 1200, consent aux 
archives d' Aix et qui a 6t6 reproduit par Honore Bouche, 
ce lieu est nomm6 Cast mm de Auribelli. N'est-il pas 
evident que c'est la un reste du latin Horrea belli (1) ? 

fort loin de la mer, pies du Setif de nos jours ; et I'autrc dans une 
des provinces aetuelles de la Turquie d'Europe, eutre l'assarovitz 
Ct Sophia. 

(l)On pretend qu'Auribeau possedc encore une porte de construe- 
tiou romaine : je n'ai pu m'assiirer de ce fait. 



(77) 

La position d'Horrea etant ainsi d&erminee, il suit 
n6cessairement de la qu'a partir d'Antipolis, la voie 
Aurelienne s'eloignait de la cote, et que d'Horrea a 
Forum Julii, elle avait une direction sud-ouest a tra- 
vers les bois de Tanneron et de l'Esterel. Des inscrip- 
tions tunmlaires trouvees dans un champ au-dessous 
de Mougins, et dont l'une se voit encore sur un pilier 
exteneur de la chapelle de Notre-Dame-de-Vie, mar- 
quent peut-etre un des points de cette voie : on sait 
que les Romains etaient dans l'usage d' Clever des tom- 
beaux sur les routes. Quelques recherches sur les lieux 
pourraient faire retrouver d'autres points determinant 
la direction de cette voie. 

On ne saurait admettre que d'Auribeau a Fr6ju« la 
voie Aurelienne vint reprendre la cote maritime vers 
la Napoule, et la suivit a travers les hauts rochers 
dont la base est baignee par la Mediterran6e. La dis- 
tance d'Auribeau a Frejus suivant cette direction serait 
d' environ kO kilometres, ce qui d^passe de beaucoup 
les 26 ~ kilometres donnes par l'ltineraire d'Antonin. 
Que de difficultes d'ailleurs aurait presentees l'ex6cu- 
tion de cette voie ! Comme je l'ai dit, et comme l'in- 
dique la Table de Peutinger, la voie Aurelienne, a par- 
tir d'Auribeau, devait se diriger au sud-ouest; elle 
traversait en partie le bois de Tanneron et venait abou- 
tir a l'auberge de l'Esterel, ou Millin [Voyage dans les 
departements du Midi) assure avoir vu une borne mil- 
liaire renversee pres de la fontaine de l'auberge, et 
dont 1' inscription avait presque disparu. Probablement 
la voie suivait ensuite l'ancienne route royale marquee 
sur la carte de Cassini, et qui a 6te" abandonnee depuis 
quelques annees seulement. 



( 78 ) 

2° /'osition du port <7'.KciTNA: 3° Mont moderne <le la 
riviere APRON. 

Ces deux questions veulent etre traitees simulta- 
nement. 

Au rapport de Poh be - Egitna etait un port des Oxy- 
biens. Strabon ne donne pas le nom propre de ce port; 
ille designe siniplement par ces mots : «Le port Oxy- 
)) bien, ainsi appele des Ligures Oxybiens. » (Q&lStoj 

xot)oiipiEvoc Aipvr, eTTtovuuo; Ttov QquoittV Atyuwv. 

Avant d'inferroger Polybe, qui seul peutnous eclai- 
rer sur les deux questions qui nous occupent, il im- 
porte de savoir quelle etait la position des Oxybiens et 
de quelques autres tribus voisines. Je suivrai ici 
M. Walekenaer, qui d'ailleurs est d' accord sur ce point 
avec la plupart des erudits< 

La partie de la c6te comprise entre le revers orien- 
tal de 1'Esterel et le Var, etait occupee, dans le deuxieme 
siecle avant J.-C, par deux puissantes tribus ligures : 
les Oxybiens et les Deviates. Les Oxybiens cnnlinaient 
a l'ouest avec les Sueltri ou Sue/ten, qui avaientFrejus 
dans leur territoire et dont le nom parait s'etre conserve 
dans celui de Y list ere I (1) . Au nord des Oxybiens etaient 
les Ligau'ii, et a Test les Deeiates, qui s'eU'iidaient de- 
puis la colonie marseillaise d'Antipolis jusqu'au Var. 
Les Deeiates avaient pour capitale une ville que Pompo- 
nius Mela designe par ces mots Oppidum Deciatum (2), 

(1) C'cst aussi le sentiment de Papon. 

(2) Etienue de Byzance Pappelle siniplement Derietum : Aexnrrov, 
rce'Xi; tra/.iaj; on sait que la plupart des anciens geographes compre- 
naieutdans I'ltalie unu partie de la Gaulc Narbouuaise. A ce propos, 



( 79 ) 

et quel'oncroit etre Saint-Paul-de-Vence ou le village 
cle Cagnes (1). 

Au dela du Var, Marseille avait fonde une autre co- 
lonie : ISiccea, Nice. Cette colonie et celle d'Antipolis, 
souvent en guerre avec les Deciates et les Oxybiens, se 
trouvaient, Tan 155 avant J.-C, assiegees et vivement 
pressees par ces deux peuples. Marseille, impuissante 
a les defendre, demanda du secours a Rome, son alliee. 
Le senat romain decreta l'envoi de deputes charges 
d' employer la voie des negotiations pour obtenir des 
Ligures la reparation du mal qu'ils avaient fait atix 
deux colonies de Marseille. 

« Le senat , dit Polybe , avait designe pour cette 
» deputation Flaminius, Popilius Lenas et Lucius Pa- 
» pius. Ceux-ci naviguant avec les envoyes de Mar- 
» seille, aborderent a la ville d'/Egitna, dans le terri- 
» toire des Oxybiens (o' *a't ^Im^m ^zd ™v MaaaahnTcov, 

» wpofft^ov xriz O^uSiojv j£ci>f>«f xara 7to/.tv Ai'ycrvav) . Mais les 

» Ligures, ayant appris que ces Romains venaient leur 
» ordonner de lever le siege des deux villes, accouru- 

je ciois devoir signaler une erreur de M. Walckenaer. Ce savaut croit 
retrouver le nom des Oxybiens dans celui d'Oppio, petit village au 
nord-est de Grasse, et il ajoute : « Oppio peut tres bieu avoir 6t6 la 
» ville d'Oxybium mentionnee par Quadratus , cit^ par Etiennc de 
» Byzance. » Etienne de Byzance nomme , il est vrai, les Oxybiens 
d'apres Quadratus ; mais dans aucune partie de sou livre, il ne parle 
d'une ville du nom d'Oxybium. Voici le texte du seul passage ou il 
soit question des Oxybiens : G^uSici pipa Aipwv. Kcuacl x p*T6; Teaaa- 
pe; xai ^exarw Pawoux.ru Xuiap^ta?. 

(I) Un habitant du pays m'a assure que Ton de'eouvrit a Cagnes, 
en 1788, quelques monnaies romaines et plusieurs tombeaux autiquei. 
C'est uu fait a verifier. 



( 80 ) 
» rent pour s'opposer a feus debarquement. Ils trou- 
» verent Flaminius <l<'-ja a learre avec ses bagfeg^Sj et le 
» sommeient tout d" abort! do quitter Ieur pa\s; puis, 
» sur sou refus d'obeir, ils se mirent a pillei- ses efl'ets, 
» repousserent vinleniment et maltraitereut fort les 
» esclavcs et les valets qui voulurent empecher ce pil- 
»lage, blesserent Flaminius lui-meme defendant ses 
)) ^ens, tuerent deux de ses esclaves, et refoulerent les 
» autres Romains sur leur navire. Flaminius, coupant 

» les cables, se sauva a grand' peine 

» Le senat , informe de ces evenemcnts , ordonna 
» aussitot a Quintus Opimius, l'un des consuls, de par- 
» tir avec une annee pour aller combattre les Deciates 
i) et les Oxybiens. Quintus re-unit ses troupes a Plai- 
» sance, franchit les Apennins, et arriva cliez les Oxy- 
» biens, Ayant place son camp le long du fleuve Apron 

» (llTt/otrorrEOEU'ja; oz jrafdi tov Airpovot Trorotpov j '' atteildlt la 

» les ennemis, qu'il savait reunis et tout prets a com- 
» battre. Bientot il mena ses forces centre 'Egitna, ou 
» avaient ete insultes les deputes du people romain , 
h prit cette ville d'assaut, reduisit les habitants a l'es- 
» clavage, et envoya a Rome, charges de chaines, les 
)) auteurs de l'injure. Cela fait, il marcha aux ennemis. 

» Les Oxybiens, comprenant qu'ils n'avaient aucun 
» pardon a esperer pour leur eonduite criminelle en- 
)> vers les deputes, prirent une resolution desesperee : 
» excites par une rage aveugle, n' attendant meme pas 
» quatre millc Deciates qui devaient se joindre a eux, 
)) ils s'elancerent contre les Romains. Le consul, ainsi 
» attaque brusquement, fut d'abord etonne et inquict 
)> de l'audace et de la fureur des Barbares ; mais en 



(81 ) 

» homme qui a une grande experience joignait beau- 
)) coup de sagacite, il jugea bientot que c'etait la un 
» acte sans raison et inspire par le seul desespoir, et il 
» augura favorablement de Tissue da combat. 

)) II fit done sortir ses troupes du camp ; et apres une 
» allocution convenable, il les mena d'abord au pas 
i) ordinaire : puis s'elancant avec impetuosity, il rompt 
» sans peine les rangs des Oxybiens, en tue un grand 
» nombre et met les autres en fuite. Alors paraissent les 
» Deviates, qui, allies des Oxybiens, venaient partager 
» leurs perils : arrives apres le combat, ils arretent les 
» fuyards, et bientot ils fondent sur les Romains avec 
» une ardeur, une Anergic incroyable. Mais vaincus 
» dans ce combat, ils se soumettent bientot, eux et leur 
» cite, a laloi du vainqueur. » [Traduction nouvetle.) 

Tel est le recit de Polybe. 

Cluverius ( Cluvier) fait remarquer d'abord que 
Mgitna est le nom propre du port Oxybien mentionn6 
par Strabon ; puis il ajoute que cette ville s'appelle au- 
jourd'hui Cannes, non loin de la riviere nominee la 
Siagne, qui sans nul doute est l'ancien Aero de Po- 
lybe (1). Voici le passage de ce savant geographe : 
« Strabo, lib. 1111. Oxybium memorat portum, quod 
» oppidum Polybio, ut referunt Excerpta legationum, 
» proprio nomine dicitur Mgitna; et juxta hoc flumen 
» Aero. Oppidum id nunc vulgb vocatur Canes (sic) , 
» inter Forum Julii et Antipolim, ad intimum sinus 
» baud modici recessum positum : juxta quod amnis in 

(1) Cette riviere devait s'appeler Apro ou Apron, d'apres le Polybe 
deGronovius et celui de Didot. Probablemeot I'^dition sur laquelle a 
travailld Cluverius portait Axpr, v a au lieu deAwpova. 

XVI. JUILLET ET AOUT. 6. 6 



( 82 ) 
» sinuin effimditur vulgari votdbvld Siagne, hand dubie 
» antiquus ille Polybii Aero. » [Italia aniiqiia. Leyde 
1624. Elzevir.) 

I)' Anville, Papon et tous ceuxqni, contraircment anx 
indications de la Table de Peutinger et de l'ltinrraire 
(I Antonin, out voulu placer Horrea a Cannes, se sent 
vus necessairement obliges.de porter ai Hours .'Egitna, 
et l'ont mise an fond dn golfe Juan. Dans son Voyage 
littcrairc de Province, Papon pretend que cette ville se 
trouvait ainsi an-dessous du village de Mohgins; en la- 
tin Monginum, qui me parait derive^ dit-il, de Moris 
/Kgittia* (1). Quant kYdpresou Apron de Poly be, e'est 
suhant lui la riviere du Loup, pres du village de 
Cagnes. 

M. Walckedaer n'adopte ni 1' opinion de d'Anville et 
de Papon, sur la position d\ Egitna, ni celle de Cluve- 
rius. Voici ce qu'il (lit : « Lgitmtpolis, qui evidenmient 
» est le nierne lieu que celui designe par Slrabon sous 
» le nom deport ties Ojybiims, peut se placer a i\a- 
» ponle (2) ou a .Jgay, a l'entree du golfe de Na- 
» poule (3) . n 

On ne saurait nier qu'il y ait une grande ressem- 
blance de forme entre le mot Aapon/c et la fin du mot 

(1) Ou Moufjins, commeon I'appelle aujourd'hui. Ce village, placd au 
sonimct dune montagne de forme conique, est en effel flfisignd sous 
le nom de Mongins daus quelques livres des deruicrs siecles, et sur 
plusieurs auciennes cartes de Provence. Au rapport de Vincent Harra- 
lis de Salerne (chrdnologia Lerthensis), il s'est appeli aassi Villa vetus, 
denomination qui atteste sa haute antiquite. 

(2) Ou dit dans le pays et tous les gdographes disent la Xapoule. 

(3) Geograpliie anciennc des Gauies. Paris 183'J ; p. 182, tome I. 



(83) 

Egrtnapolis; mais Egitnapotis ne se trouve dans aucun 
auteur ancien. Polybe, le seul qui nous ait trarismis le 
nom propre du port des Oxybiens, 6crit deux fois le 
mot Mgtina, Afyrvav, sans le faire suivre du mot polls ; 
ce qu'il n'eiitprobablement pas manque de faire, si ce 
dernier mot eut et6 partie integrante d'un nom propre 
de ville, comme dans Aniipotis, Neapo/ls, Persepolls, 
Jthenopolls, etc. Ainsi, la seule preuve sur laquelle 
M. Walckenaer ait paru fonder son opinion, la preuve 
fournie par l'6tymologie, s'evanouit completement. 

Un fait incontestable, c'est que LaNapoule s'appelait 
autrefois Avenionetum ou Casi'rum Avenioneti ; celanous 
est d6montre par le denombrement de Tan 1200, d6ja 
cite\ et par la Chronologia Lervnensis de Vincent Bar- 
ralis : Neapolaolim Avenionetum, dit cet auteur. Papon 
soutient avoir vu dans les archives du chapitre de 
Grasse une charte de 1130 ou ce lieu est nomme Epu- 
lia; « et c'est siirement de la, dit-il, qu'il a tir6 son 
>1 nom moderne. » Dans ce cas, il aurait fallu qu Ave- 
nionetum eut repris son premier nom d'Epulia; mais 
Papon a neglig6 de prouver que cenom d'Epulia d6si- 
gnait effectivement le petit village appele" aujourd'hui 
la Napoule et non tout autre lieu. Cette preuve que 
Ton trouverait peut-etre encore dans les archives de 
Grasse, danscelles d'Aix ou dans les nombreux papiers 
du monastere de Lerins qui sont aujourd'hui a Dra- 
guignan, ne laisserait plus de doute sur l'origine du 
nom de la Napoule : on concoit en effet que le mot 
Epu/la, qui se prononcait Epoulla, a tres bien pu don- 
ner le nom moderne Napoule. Je dois aj outer que sui- 
vant quelques personnes, le nom de Neapola, comme 



( 81 ) 

l'ecrivent Vincent Barralis ct lcs auteurs du Gnllia 
Christiana, aurait ete (lonne a cc village par les sei- 
gneurs de \"ilU'iit'u\ o , qui acquirent ce fief dans le 
courant du xnr siecle ; mais ce n'est la qu'une simple 
conjecture. Ce qui a droll de surprendre, c'est que 
M. \\ alckenaer. dates la meme page fife son livre ou il 
parle d'Egitnapolis, semble adopter celte opinion, et^ 
se refute ainsi lui-meme, sans s'en apcrcevoir. 

Concluons : rien ne prouve qu'/Egitna tut situ£e a 
la Napoule ; encore moins peut-on la placer sur l'anse 
d'Agay, qui, de l'avcu meme de M. "\\ alckenaer, de- 
vait ap|)artenir au territoire des Suelteri, et que Ton 
recommit generalenient comme 1' emplacement de l'an- 
cienne Jtlicnopolis (I). 

J'ai dit que deux autres positions ont et^ assignees 
au port d\Egitna : 1'une a Cannes, 1'autre au golfe 
Juan. Voyons laquelle des deux est la plus probable. 

Je crois avec Papon que le nom de Mongins, aujour- 
d'hui Mongins, est une contraction de Mons Mgitkce, 
et que la situation de ce village peut servir a determi- 
ner celle d'.Egitna (2) ; mais je nc dirai pas avec lui 
que le port d'.Egitna, place au golfe Juan, se trouvait 



(1) Peut-etro a tort, car d'apres I'ordre suivi par Pomponius Mela, 
dans sa nomenclature des ports de la Gaule Narbonnaise, Athenopolis 
ucvait se trouver a l'ouest et non a I'est de Forum Julii. Agar/ est 
appeli 4 Agathon dans le recit du martj to de saint Porcaire, abbd de 
I.erinsen 730. (Voir Vinceut Barralis, Chronologia Lerincnsis.) 

(2) 1 est probable que les Oxybiens, dchappds ii la bataille qui sui- 
vit a prise d .lv.'itna, s'etablirent sur la montagae ou se trouvc Mou- 
gins; ncut-etrc aussi, .Eyitua et Mons &gitb& eiistaient-ils en memo 
temps. 



( 85 ) 
au-dessous de Mougins. Si Papon avait pris une con- 
naissance exactedes lieux, il aurait remarque que plu- 
sieurs chainons de hautes collines separent Mougins du 
golfe Juan, et rendent difficiles les communications 
entre ces deux points : s'il n'eut pas d6ja commis l'er- 
reur de placer Horrea a Cannes , il eut reconnu sans 
peine que cette derniere ville est bien effectivement 
au-dessous et en vue de Mougins, quelle communique 
facilement avec ce village, quelle en est plus pres que 
le golfe Juan, en fin qu'il est probable que les Oxybiens 
avaient choisi, pour y batir un oppicluu/, la colline ou 
se trouve aujourd'bui la partie vieille de la ville de 
Cannes et qui couvre le port du cote de l'ouest, plutot 
que la cote plate et unie du golfe Juan. Papon aurait 
done adopte l'opinion de Cluverius, qui dans ses nom- 
breux voyages avait pris une connaissance parfaite des 
localites, et non celle de d'Anville, qui n'etait jamais 
sorti de son cabinet. 

Papon n'a pas ete plus beureux lorsqu'il a avance 
que X Apron de Polybe 6tait le Loup d'aujourd'hui, ri- 
viere qui coule entre Antibes et Cagnes, e'est-a-dire 
en plein pays des D6ciates. 11 aurait done fallu qu'apres 
etre arriv6 chez les Oxybiens, Q. Opimius eut retro- 
grade jusqu'au milieu des Deciates arm6g et probable- 
men t toujours occupes avec les Oxybiens aux sieges de 
Nice et d' Antibes. Ainsi, ce consul, que Polybe nous 
donne comme un general de beaucoup d'experience, 
serait venu imprud eminent se placer entre les deux 
peuples qu'il voulait combattre ! D'ailleurs, d'apres 
l'auteur grec, tout se passa sur le territoire meme des 
Oxybiens : 1' Apron de Polybe ne peut done etre que la 



( 86 ) 

Siagne d'aujourd'hui, comme l'a tres bien jug6 Clu- 
verius. 

Nous pouvons tiivr (In rtVit dePolybe quolques con- 
siderations qui viennent a. l'appui du sentiment de ce 
savant geographe. Polybe nous laisse ignorer par 
quelle voie Q. Opimius se rendit chez les Oxybiens. 
Apres avoir lVanehi les Apennins, ce general traversa- 
t-il le Varet le pays bostile des Deviates; ou bien fit-il 
embarquer sa petite annee dans un des ports de la 
Ligurie italienne, et vint-il descendre sur le littoral des 
Oxybiens ? On ne peut h6siter longtemps entre ces deux 
hypotheses, si Ton considere que la seconde, plus con- 
forme au\ regies de la strat6gie, 6claircit singuliere- 
ment le r6cit de l'historien grec. Voici done ce qu'il y 
a de plus probable : le consul romain aborda un des 
points du golfe de la Napoule, pres de l'embouchure 
de la Siagne, ancien Apron ; il assit son camp sur la 
rive de ce petit fleuve et y attendit quelque temps les 
ennemis ; puis marchant sur /Egitna (Cannes), il s' em- 
para de cette ville et continua de s'avancer vers Test, 
du cote d'Antibes, pour faire lever aux Oxybiens le 
si6ge de cette ville. Ceux-cise porterent au-devant des 
Romains ; et sans attendre l'arrivee des Deciates, pro- 
bablement occup6s de leur cote au siege de Nice, ils 
engagerent le combat qui dut se donner sur la cote du 
golfe Juan. 

4° Champ de bataille (Vune action entre les Othoniens et 
les Viti'lliens, rapportee par Tacite, dans le livre II 
des Histoires. 

Voici la relation de Tacite : 
«Des courriers arrives en toute hate annoncerent a. 



( 87 ) 

)) Valens que la flotte d'Othon menacait la province de 
» Narbonne, qui avait reconnu Vitellius. En meme 
» temps les deputes des colonies imploraient du secours. 
» II leur envoya le prefet Julius Classicus avec deux 
» coliortes de Tongres, quatre compagnies a cheval du 
)) meine pays, et toute l'aile des Trevires. Une partie 
» de ces forces resterent a Frejus, de peur que si toutes 
» les troupes prenaient le chemin de terre , la flotte 
» voyant que la mer n'etait pas gardee, ne torabat sur 
» cette colonie (1). Douze compagnies de cavalerie et 
» 1' elite des cohortes allerent chercher l'ennemi. On y 
» ajouta une cohorte de Liguriens, depuis longtemps 
)) cantonnee dans le pays, et cinq cents Pannoniens qui 
» n'etaient pas encore sous le drapeau. Le combat ne 
» tarda pas a se livrer, et voici quelle en fut l'ordon- 
» nance. Lessoldats de marine, entremeles d'babitants 
» du pays, s'elevaient par echelons sur les collines qui 
» bordent la mer; les pretoriens garnissaient tout 
» l'espacequi s'etend du rivageau pied de ces collines; 
)) enfin, de la mer ou elle etait rangee en bataille, la 
» flotte semblait faire corps avec l'armee et presentait 
» le long de la plage un front menacant. Les Vitelliens, 
» inferieurs en infanterie, et dont la cavalerie faisaitla 
» principale force, placerent les Liguriens sur les hau- 
» teius voisines, et rangerent les cohortes en ordre 
» serre derriere les troupes a cheval. Les cavaliers de 
» Treves s'offrirent a l'ennemi sans precaution, et furent 
b recus en face par les vieux pretoriens, tandis que sur 

(1) Voili qui prouverait au besoin que la voie romaine entrc Fr^jui 
et Aotibes ue suivait pas le bord de la mer. 



( 88 ) 

» lenr flanc tombait une grole de pierrcs lancecs par 
» les gens du pays, aussi bons que dos soldats pour ce 
» genre de combat, et qui nicies aux troupes reguliercs 
» etanhnes paflavibtoire, montraieut, l>ra\osoukich«s, 
» line egale resolution. Les Vitcllicns chaiicelaient : la 
)> flotte mil la fetreui' a s<m nimble en-se portant sur 
» leurs derrieres. Enferniee de toute part, l'armeo en- 
» tiere cut peri, si l'obscurite de la nuit n'avait arrete 
» la poursuite des vainqueurs et convert la fuite des 
» vaincus. 

» Los Vitelliens, quoique battns , ne restercnt pas 
» en repos : ils appellent des secours et fondent sur 
» l'emiomi ({uc le succes rendait imprevoyant. Les sen- 
» tinelles furent egorgees, le camp force, l'alarmejetee 
» sur la flotte •, enfm, la frayeur se calmant pen a peu, 
j) l'armeo surprise occupa line hauteur voisine, d'ou elle 
» s'elanra bientot sur lcs agresserirs, Le carnage fut 
» horrible. Les prefets des cohortes de Tongres, apres 
» avoir longtemps soulenu lours troupes ebranlees, 
n periront accables do traits. Kt ce ne fut pas pour les 
» Olhoniens une victoire non sanglante. Quelques-uns 
» poursuivirent sans precaution : la cavalerie tourna 
» bride et les enveloppa. Ensuite, comme si Ton out 
» fait une trove pour se delivrcr des alarmes soudaines 
)) que se donnaient Tune a 1' autre la flotte et la cava- 
» lerie, les Vitellions so replierent sur Antibes, muni- 
» cipe de la Gaule Narbonnaise, les Othoniens sur Al- 
» bingaunum (4) bicn avant dans la Ligurie. » {Traduc- 
tion de Bttmoiij.) 

(1) Aujourd'hui Albenga, eotre Nice et G£ncs. 



( S9 ) 

Papon pretend que ce combat fut livre dans la plaine 
de Laval, entre Arluc (Saint-Cassien) et Cannes. II res- 
sort evidemment du recit de Taciteque 1' affaire n'a pu 
se passer en ce lieu. En effet, les Vitelliens, partis de 
Frejus, marchaient vers l'ltalic ; les Othoniens, s'avan- 
cant du cote oppose, leur barrerent le chemin en dis- 
posant leurs forces sur des collines voisines de la mer, 
ainsi que dans l'espace compris entre ccs collines et le 
rivage, le long duquel la flotte etait rangee. Apres leur 
defaite, les Vitelliens se replierent sur Antibes, c'est- 
h-dive firent un mouvement en arricre jusqu'a cette ville, 
etles Othoniens retournerent a Albenga; c'est ce que 
dit formellement le texte : « Vitelliani retro Antipolim 
» Narbonensis Callioc municipium, Othoniani Albingau- 
i) num interioris Ligurije revertere. » Or, si le combat 
sefut livre a l'ouest de Cannes, comment les Vitelliens, 
qui venant de Frejus n'avaient pas encore atteint An- 
tibes, auraient-ils pu retrograder jusqu'a cette derniere 
ville ? Je crois que Ton doit placer le lieu de cette action 
aux environs de Cagnes, entre Antibes et le Var. 

En resume, je pense que Ton peut considerer les faits 
suivants comme definitivement acquis a la geographie 
historique : 

1° Le village d'Auribeau, situ6 au sud de Grasse 
(Var), marque l'emplacement du lieu designe par les 
mots ad Horrca sur la Table de Peutinger et l'ltine- 
raire d'Antonin. Par suite, la voie Appienne, k partir 
d'Antipolis, s'ecartait de la c6te maritime et ne la tou- 
chait de nouveau qua Forum Julii. 

2° Le port de Cannes est celui qui est appele /Eg'itna 
par Polybe, et port ojcybien par Strabon. 



( so ) 

3° VJpro ou Apmn de Polybe est la Siagne d'au- 
jourd'lmi. 

h° Le double combat entre les Othoniens et les Vitel- 
liens, d6erit par Tacite dans le livre II des Wstoires, 
se livra entiv Antibes et Nice, 3UT lesrollines voisines 
du village de Cagnes et dans le petit espace de terrain 
compris entre ces collines et la mer. 

A. L. Sardou. 



NOTICE 

SUR LES CARTES DE l'aRCHIPEL CREC, LEVEES PAR LA 
MARINE ANGLA1SE, 

Par M. le professeur CHAIX, dp Geneve, 

MEMBRE CORRESPONDENT CI LA SOCIETE DE GEOC.RAPHIE. 



Sous le regne du grand Solyman, les Turcs domi- 
nerent sans partage dans 1'Archipel Grec. Mais, apres 
le temps des kbai'r-ed-diu et desTorghoud, 6taitvenu 
celui ou les champions de la chretiente" allaient pour- 
suivre la marine ottomane dans ses propres mers. 

L'bistoire de la marine an temps de Louis XIV nous 
montrc dans la biograpbie desTourville etdes Yivonne, 
que l'Arcbipel Grec et les mers voisines etaient fr6- 
quentes par les vaisseaux dc Venise et de l'ordrc de 
Saint-Jean de Jerusalem. Les cbevaliers de Malte 
etaient menie recus en amis par les babitants des lies 
grecques, plus meme que les peres et les maris ne 
l'auraient voulu. 



( oi ) 

Toutefois ces caravanes rep6t6es ne donnerent lieu a 
aucune exploration scientifique. Des travaux de ce 
genre avaient conduit les marins de l'Angleterre et de 
la France dans les parages de l'ocean Pacifique, et rien 
de semblable n'avait encore 6t6 fait pour les parages 
de l'lonie sem6s autrefois de colonies grecques. Les 
Europeens avaient complement cesse- depuis le temps 
des croisades de frequenter les cotes meridionales de 
l'Asie Mineure, et le despotisnie des Turcs avait tene- 
ment paralyse" ce beau pays que, malgre" le n ombre de 
ses ports et l'abondance du poisson, les habitants n'j 
poss^daient pas, sur un developpement de deux cents 
lieues de cotes, un seul bateau, fait a peine croyable 
et certifie ponrtant par l'amiral Beaufort. 

L'amiraute anglaise r^solut, en 1811, de combler 
cette lacune, et une fregate de 32 canons fut confi6e au 
capitaine, devenudepuisramiral sir Francis Beaufort(l), 
pour l'exploration scientifique de ces cotes. Le resultat 
des deux campagnes, de 1811 et 1812, fut la carte de 
toute la cote comprise entre les ruines de Telmissus et 
le fond du golfe d'Issus. Ces cartes furent accompa- 
gn^es de plans de details et de dessins destines a illus- 
trer la partie peut-etre la plus interessante de ces tra- 
vaux ; je veux parler de l'exploration arch6ologique 
des cites anciennes laissees par les Grecs et par les 
Romains. Le capitaine Beaufort vit, pour la premiere 
fois, sur un point de la cote qu'il juge avoir et6 Anti- 
phellus, une de ces inscriptions en caracteres lyciens 
que sir Charles Fellows a d£couvertes depuis en grand 



(1) Que les sciences out eu le malheur de perdre le 17 decembre 
i857. D. L. R. 



( N ) 

nomhre dans l'interieur du pays. Les ruines les plus 
imporlantrs furent celles de l'ancienne Side retruuvees 
dans l'ancienne Pamplnlie, avcc un theatre qui pre- 
scnte encore quarante-neuf rangs de sieges, et d'apres 
les supputations du capitaine Beaufort, assez de places 
pour recevoir de 13 000 a 15 000 spectateurs. Les nu- 
nes de l'ancienne Soli on Pompeiopolis, sur la c6te de 
Cilicie, olTrirent nn theatre moins beau que celui de 
Side, le bassin comble d'un port artificiel et une rue 
bordee de deux cents colonnes. La malveillance des 
Turcs init obstacle aux recherches archeologiques, et 
le capitaine Beaufort, grievement blesse, dut s' eloi- 
gner des cdtes de la Cilicie. Apres sa guerison, il en 
publia une description sous le titre de Kammania. 

L'amiraute anglaise ne tarda pas a reprendre sur un 
autre point de la Mediterranee les travaux liydrogra- 
phiques interrompus par lemalheursurvenua sir Fran- 
cis Beaufort. Le capitaine, inaintenant arniral Smyth, 
les dirigea pendant une dizaine d'annees. II determina 
la position astronomique des localitesresleeslongtemps 
incertaines. Ses etudes sur l'etat physique et sur l'ar- 
cheologie de cette region lui pennirent d'ajouter a ses 
travaux de geographie nautique des ouvrages d'un 
grand merite, tels que sa description de la Sidle e( des 
iles qui en dependent, un ouvrage analogue intitule : 
UFA at present de la Sardaigne, des rocueils d'observa- 
tions astronomiques, des memoiressur quelques points 
de geographie ancienne. Le capitaine Smyth renonca, 
en 182/i, a ses travaux hydrographiques, et, retire a 
l'Amiraute , il les complt'ta par la publication d'une 
carte generale de la plus grande partie de la mer 
Mediterran6e comprise entre le detroit de Gibraltar et 



( M ) 
l'entr6e de l'Archipel Grec, avec les cotes d'Afrique 
jusqu'au port d'Alexandrie en Egypte. II eut pour 
collaborateur, dans ce dernier travail, unjeune officier 
que son m6rite destinait a les continuer d'une maniere 
distinguee. 

M. Thomas Graves, n& en Irlande , apres avoir 
achev6 ses Etudes au college naval de Portsmouth et 
commence^ le service actif en 1816, connaissait deja les 
cotes de l'Amerique m6ridionale et de Terre-Neuve, 
lorsqu'il fut appelt:, en 1821, a servir dans la M^diter- 
ran6e sur 1' 'A '({venture, Commanded par le capitaine 
Smyth. II employa l'annee 182& a la compilation de la 
grande carte de cette mer, et il venait a peine de la 
mettreaux mains des graveurs, lorsqu'il recut l'ordre 
de suivre le capitaine Ring, mort amiral en 1856 (1), 
sur le meme vaisseau Jdventure, dans une expedition 
que l'Angleterre destinait a l'exploration de l'Amerique 
me>idionale. Les r£sultats de ce travail ont 6t6 publics 
par les capitaines Ring et Fitzroy, et par le D r Darwin. 
Ce voyage se termina vers la fin de 1830. A son retour, 
M. Graves fut charge de lever hydrographiquement la 
carte du lac Neagh en Irlande, de concert avec le colo- 
nel Colby qui dirigeait alors le travail de la carte de 
cette partie du Royaume-Uni. 

Pendant les cinq ann^es qu'avait dure" le voyage a la 
Terre de Feu, le gouvernement, pour continuer dans 
la M6diterran6e les travaux du capitaine Smyth, y avait 

(1) Voir une notice biographique sur ce marin, dans {'Address pro- 
nonc<?e par feu Pamiral Rcecliey a l'assemble'e g^ne'ralc de la Socidte" 
ge"ographique de Londres du 26 mai 1 850. — Journal of the R. G. S 
t. XXVI, p. chwiij. D. L. R. 



(Oft ) 

envoye le Mastiff sous les ordres du commandeur 
Richard COpeland et du lieutenant AN olfe ; mais lorsque 
ce dernier fut contraint par l'etat de sa sante de reve- 
nir en Angleterre, le coinmandeur Gopeland rccutpour 
coadjuteur le lieutenant Thomas Graves que ses tra- 
vaux anterieurs, sous la direction du capitaine Smyth, 
rendaient particulierement propre a se rendre utile sur 
un theatre qu'il alfectionnait specialement. Les deux offi- 
ciers mirent a la voile des cotes d' Angleterre, au commen- 
cement de Famine 1832, avec deux vaisseaux, le Beacon 
etle Mastiff, etresterentpend ant cinq ansdansl'Archi- 
pel de la Grece. lis rentn-rent en Angleterre en 183(5, 
et la sante detruite du commandeur Copeland 1'obli- 
gea de renoncer k des travaux dans lesquels il s'etait 
rendu clier a tous ceux qui avaient servi sous sesiordres. 
La direction superieure fut des lors devolue aii capi- 
taine Graves, tantot a borfl du Beacon, tantOt sur le 
Volage, et il fut encore pendant quatorze amines de 
plus le directcur responsaBle de cette grande em re- 
prise dans laquelle il cut pour collaborateurs princi- 
paux le capitaine Brock, le capitaine Spratt et lo lieu- 
tenant Leycester. Pendant les relaches indispensables, 
les navires etaient ramenes dans le port de Alalte ; mais 
sons le beau ciel de la Grece etdans ces mers si riches 
en ports et en abris, les interruptions e-taient rares et 
de courte duree. Hydrographe infaligable, le capitaine 
Graves a livr6 aux graveurs un nbinbre pfOdigietlx de 
cartes et de plans ; mais sa premiere education ne le 
rendait pas aussi apte a des travaux de redaction, et 
c'est a la plume de ses collaborateurs que Ton doit de 
bonnes ^tonographies de l'ile de Santorin, de Milo, des 



(95 ) 

cotes cle l'ancienne Doride, de la peninsule du Mont- 
Athos. Sa franchise lui avait fait stipuler avec 1' admi- 
nistration de l'amiraute' le droit de ne point faire un 
secret du r£sultat de ces travaux. Quelques personnes 
en ont abuse et un archeologue danois a fait paraitre 
une dissertation savante sur la Troade, bas6e sur une 
carte de ce pays qui n'6tait qu'une copie reduite de 
celle des hydrographes anglais, sans avouer ce dont 
il leur etait redevable. 

Us ont livre au service de la marine 42 grandes 
feuilles composant une carte generale nautique de l'Ar- 
chipel, 9 cartes partielles de quelques ilots parmi les- 
quels je remarque Elapho Nisi ou Cervi, ce port pour 
la possession duquel lord Palmerston a 6te sur le point 
de susciter une querelle a la nation grecque; et pour 
l'liydrographie de details, les plans de 70 ports. Je note 
comme sp6cialement interessants celui de Souda dans 
l'ile de Crete, qui, dans la guerre de l'independance, a 
si souvent trompe l'espoir des marins de la Grece en 
servant de refuge aux flottes 6gygtiennes et turques 
vaincues et poursuivies par eux ; deux plans de Smyrne, 
deCos, de Megalocastron, de Mytilene, de Tenedos, de 
la Canea, de Napoli de Romanie, de Tchesmeh celebre 
par la destruction de la flotte turque dans la guerre 
contre Catherine II, un grand plan detaille" de la ville 
de Rhodes et de ses ports. 

Je fus etonne, il y a onze ans, du choix fait par tous 
les gouvernements et par toutes les compagnies de ba- 
teaux a vapeur, de l'ile de Syra pour rendez-vous de 
ces bateaux dans les mers de 1' Orient. Le port n'est 
pas particulierement bon ; file est d'une aridite qui la 



(96) 

distingue d'un grand nombre d'autres, etla population, 
tres peu nombreuse a l'epoque oil Syra devint l'objet 
d'une preference si avantageuse, etaitpeuindustrieuse 
et ne s'etait fait remarquer que par son egoTsme dans 
la noble lutte pour l'independance nationale. Ayant 
temoigne au capitaine Graves mon etonnement tie ce 
que l'etape generale des vapeurs europeens n'eut pas et6 
de preference fixeedans l'ile de Paros, qui possede, au 
centre des Gyclades le port de Naoussa, que les Kusses, 
avec un discernement digne d'une nation plus mari- 
time, avaient su choisir dans la guerre de 1770, pour 
en faire leur arsenal, au milieu des mers possedees par 
leurs ennemis ; j'eus la satisfaction d' entendre cet 
habile marin, a merne, bien mieux que moi, de se pro- 
noncer sur lc merite de ces ports confirmer la superio- 
rite de Naoussa sur le port actuel de Syra. 

Les moindres dimensions des navires de l'antiquite 
permettaientaux cites de laGrece de faire le commerce 
et de creer une marine dans des bassins d'une faible 
etendue et d'une mediocre profondeur. On peut en 
juger par l'inspection des anciens ports de Phalere, de 
Munychie, d'Halycarnasse. 

Toutefois ces parages possedent encore un nombre 
infmi de ports excellents, meine pour les navires actuels, 
et Ton peat mettre an rang des meilleurs, comme au 
temps de Themistocle, le port du Pyree; le seal chan- 
gement qti'on ait a y signaler est dans la position de 
la ville ineme du Pyree, qui maintenant s'etend a Test 
du grand port, tandis que Ton doit aux hydrographes 
dont j'analyse les travaux, la connaissance et le trac6 
d'un mur de 1500 metres de longueur fond6 sur une 



(97 ) 

crete de collines an nord-ouest du grand port, de ma- 
niere a proteger, par une double enceinte, 1'ancien 
arsenal des Atheniens et a envelopper en outre une 
petite anse egalement propre aux constructions navales 
par sa forme et par sa profondeur. 

Avant de connaitre la decouverte de cette enceinte 
tout a fait excentrique aux autres murs qui protegeaient 
les ports atheniens, jene m'etais fait, jel'avoue, qu'une 
idee peu exacte de la position de leur arsenal, et j'y 
trouve en outre la confirmation de la veritable etendue 
des murailles elevees sous la direction de Themistocle. 
Tbucydide, avant d'entamer le recit de la guerre du 
Peloponese, dit que les Atheniens avaient a garder 
148 stades de murs, en outre de 60 stades qui ne recla- 
maient pas la meme vigilance, total 208 stades ou 
9 lieues a peu pres. Du reste, l'usage que les Grecs font 
du Pyre.e rappelle l'antiquite, en ce qu'ils y out elev6 
le tombeau del'amiral Miaoulis, l'un des heros deleur 
marine moderne, pr6s de l'emplacement de la sepul- 
ture de Themistocle. 

Rien ne pouvait mieux qu'une etude obliges des 
moindres local ites de la Grece maritime conduire a 
l'exhumation des antiquites de ce pays sous le rapport 
topographique. Nous lui devons la connaissance de 
l'isthme de Xerxes au Mont-Athos, du canal entrepris 
par ce roi sur une longueur d'un mille, et d'une ligne 
de murailles, d'une longueur 6gale, autrefois eleveesa 
un mille plus a l'ouest, pour completer la defense de 
cette belle peninsule. On a retrouve en entier les murs 
de l'ancienne Aptera, maintenant Paleocastron (en face 
de Souda) dans l'ile de Crete. lis n' avaient pas moins 

XVI. JUlT.f,ET ET AOUT. 7, 7 



( W ) 

de un mille et trois quarts de eirconfi tciico, malgre 
l'obscurite de eette ville. — Lee mines d'Epidaure en 
Argolide couronnenl une hauteur peninsulaire et escar- 
pee dans une enceinte de 1800 metres de tour. 

Delos a vu disparaltre sa splendeur avec son eulte, 
et le capitaine Graves n'y aretrome qu'une teto colos- 
sale d'Apollon et V emplacement d'un theatre et dun 
temple. Mais, but la cote opposee de Rhenee, situee 
en face de Delos, il signale I' existence d ? une multitude 
de tombea, de steles, et tie debris do colonnes et de 
sarcophages. C'6tait, en efl'et, dans cette ilc deserte de 
Rhenee ou Uhenea que les Deliens avaienl 6te forces 
de placer leur necropole, et que leurs feinmes allaient 
accoucher, car il n'etait ])as penuis d'etre inhume ni 
de naitre dans Tile consacree par la naissance du Dieu 
qui donne a tout la lumiere et la vie. 11 est impossible 
de se trouver dans la passe etroite qui separe ces deux 
iles sans se demander quel fut ^emplacement choisi 
par Nicias pour le franchir a la tete de la theorie 
athenienne, sur ce magnifique pont dor6 construit . par 
ses ordres, et l'imagination de l'helleniste s'6"garepres- 
que a regretter lepaganisme qui avait jete tant d' eclat 
sur des rivages maintenant arides et abandonnea. Le 
detroit dont la petite ile d' Hecate occupe le centre, 
a en tout nn tiers de mille de largeur ainsi partagB en 
deux bras. C'est done de ZiOO a 000 metres de longueur 
qua du avoir le pont dore de Nicias. 

Nulle part cette moisson de topographie archeolo- 
g'ufue n'a ete plus abondante que sur les cotes asia- 
tiques tie llonie et de la Carie. Les murs de Clares 
ont ete restaures par le connnandeur Copeland, ainsi 



( 99). 
qu'une partie des mines d'Ephese ; il les a explarees 
sur une circonference de quatre milles nautiques, et il 
a retrouve" plus de deux milles des anciennes murailles, 
deux theatres et un ancien stade. 

Je passe a une analyse succincte des travaux de son 
successeur, le capitaine Graves, sur la meme cote. 

J'aborde la description de deux villes plus illustres, 
Halicarnasse etSamos. La premiere s'61evait en amphi- 
theatre contre les pentes de cinq massifs de collines et 
couvrait une superficie de 2000 metres de longueur 9ur 
1000 metres de largeur, le quadruple de celle de Ge- 
neve restreinte a son enceinte inteneure et mGridio- 
nale. Au centre de la plaine s'eleve un mamelon avec 
une enceinte presque carree de 50 metres en tout sens 
qui peut avoir et6 la base du fameux mausolee. Des 
cryptes sepulcrales sont percees dans les hauteurs au 
nord-ouest de la ville, et un theatre y etait adosse. A 
l'ouest, au nord et au nord-ouest, la crete des collines 
porte une enceinte de murailles encore intactes de 
5700 metres, c'est-a-dire d'une lieue et un tiers de d6- 
veloppement, flanquees encore de 28 tours carries, et, 
pour completer la defense de leur opulente cite, les 
habitants d' Halicarnasse avaient encore profite d'une 
seconde chaine de collines placee a 700 metres en avant 
de leur mur continu pour en couronner la crete d'un 
mur ext^rieur de 2&00 metres, c'est-a-dire une demi- 
lieue de longueur. 

Samos n'atteignait pas tout a fait a la vaste etendue 
d' Halicarnasse, sa longueur 6tait de 1600 metres, et 
sa largeur de 900, le triple environ de ce qu'etait 
Geneve dans les limites indiquees ci-dessus. Au nord, 



( loe ) 

die etait protegee par one ligne <lc collinns escarpees 
de 747 pieds <!<■ hauteur, et cependant defendue par 
un mur hellenique de 14 pieds d'epaisseur ; a l'ouest 
un mur cyclopeen descendant tlu sommet de la colline 
(747 pieds) jusqu'au bord de la mer. Au nord-est 
la ville et le port etaient encore dc-mines par une col- 
line isolee couronnee d'une forteresse semblable a nne 
citadelle. dont les mars avaient egalemenl 14 pieds 
d'epaisseur et se rattachaient a 1' enceinte septentrio- 
nale par un second mur de construction cyclopeenne. Au 
sud-estde la ville etait le port protege par deux moles 
dont l'un n' avail pas moins de 500 metres de longueur : 
il se trouve actuellement sous l'eau, ayant ete renverse 
par Pericles qui detruisit ainsi d'un seul coup la puis- 
sance maritime de Samos. 

Parmi les iles volcaniques de l'arcliipel, il faut citer 
avant tout l'ile de Santorin ; mais ce magnifique cra- 
tere marin a ete decrit par le lieutenant Leycester, dans 
un memoire dont j'ai donne 1' analyse. — 11 n'est pas 
le seul ; les ingenieurs anglais indiquent 1' existence 
d'un cratere eteintau centre delapeninsulede Methana 
sur le golfe d'Egine. L'ilot de Nisero, l'ancienne Nisy- 
ros, au sud de Cos, est egalement forme dans son en- 
semble par un cratere de soulevement de 6 milles de 
tour dont l'interieur renferme des depots de soufre et 
deux crateres d'eruption bants de 2270 pieds au-dessus 
de la mer. 

Le nombre des sources thermales n'est cependant 
pas tres considerable, ni leur temperature elevee. II 
s' en trouve a Thermia (l'ancienne Cythnus) , en deux 
rndroits des Thermopyles, deux on trois aux environs 



( 101 ) 

de Smyrne, deux a l'ouest de Lebedos et deux pies des 
ruines d'Ery three en Ionie dont la temperature s'eleve 
seulement a 60" et 75° F. (30° et 2/r C.). 

Un autre phenomene de geographie physique est le 
comblement du golfe de Latmus, en Ionie, prodait par 
les atterrissements limoneux du Meandre, et quiaeloi- 
gne la mer de 10 rnilles du promontoire oil s'elevait 
Milet. L'ancienne Heraclee, situee autrefois, non pas a 
l'entree du golfe comme Milet, mais au fond, ne pre- 
sente plus que des ruines abandonnees a une distance 
plus grande encore de la mer. Ce golfe n'a cependant 
pas entierement disparu, parce que le Meandre ne se 
dechargeant pas au fond, mais a l'entree, a isol6 de la 
mer, sans le combler, un bassin de 8 milles de long 
(appele par les Turcs Baffi Deniz/i, et par les Grecs 
Bastarda Thalassa) rempli d'une eau saumatre et tres 
poissonneuse. Fidele a sa reputation, le Meandre se 
traine sur un cours tortueux de 40 milles entre son 
ancienne et sa nouvelle embouchure dont la distance 
directe n'est que de 10 milles nautiques. 

Ayant remarque dans mes entretiens avec le capi- 
taine Graves que parmi ses travaux archeologiques 
aucun souvenir ne lui etait plus agreable que celui de 
1' exploration des ruines des villes de Myndus et de 
Gnide, sur la cote de Doride, je demande la permis- 
sion de terminer par la cette nomenclature un peu 
aride. 

L' emplacement de l'ancienne Myndus, designee par 
les Turcs sous le nom barbare de Gumishlu, presente 
un bassin clos de 500 metres de longueur, profondeur 
inusitee pour les ports de l'ancienne Grece. Au uord- 



( W2 ) 

est s'elfeve un amphitheatre de collines, dont la crete 
bien continue se culmine a Test a la hauteur de 500 pieds, 
et, par ses deu\ extremity, se rattache au rivage. Sur 

le pourtour de cette defense naturelle, si complete et 
souvent escarpee, regne une muraille de 2000 metres, 
flanrpjee de grosses tours. En face de la ville, al'ouest, 
et pour clore ce port cr66 par la nature, s'eleve une 
peninsule dont une nouvelle enceinte de murs , de 
2000 metres, fait une acropole insulaire. Dans 1' en- 
ceinte aiusi tracee a la ville le capitaine Graves (1) are- 
connu les restes d'un stade, d'mi theatre, d'un temple 
et d'un portique indique- par les piedestaux de 52 co- 
lonnes. 

Les mines de la fameuse Cnide semblent, a beau- 
coup d'egards, n'etre que la repetition de celles de 
Myndus ; mais, si la crete des hauteurs qui 1'enve- 
loppent a la meme 6tendue, elle est plus escarpee, 
et son point culminant, 6lev6 de 933 pieds au lieu de 
500, etait couronn6 par une formidable acropole. Pour 
proteger a l'ouest la ville et le port , le promontoire 
Triopium forme une barriere plus haute (ZI05 pieds), 
plus escarp6e et deux fois plus longue que la peninsule 
dont le port de Myndus est cerne\ Les defenses artifi- 



(I) Le capitaine Thomas Graves, dont il a 6X6 ici souvent question, 
etait depuis trois ans suriutendant des ports de Malte, lorsqu'il tomba 
mort sous le couteau d'un matelot de cette ville, qui croyait, a tort, 
avoir a se plaindre de lui. Voir la notice biographique consacnte a cet 
ofticier distingue par sir Roderick .Murchisou, dans V Address qu'il a 
prononcee a l' assembled gencrale de la Socidtc ggographique de Lon- 
ilrcs. du 25 mai 18'>7. — Journal of the R. G. Society, t. XXVII, 
p. CVI1I. I). L. li. 



( 103 ) 
cielles de Cnide se qomposent de murailles dont le de- 
veloppement total n'etait pas de moins de (3800 metres, 
partiellement appuyees a des escarpements. 

La ville avait deux ports. Les mgenieurs anglais ont 
pu tracer en entier le pourtour du plus petit, qui 6tait 
destine aux triremes. II est entoure d'un portique, 
d'une agora, d'un temple d'ordre dorique et d'un autre 
ediiice decore de colonnes corinthiennes. On a retrouve 
plusieurs autres temples dans l'interieur de la ville, 
des bains, des portiques, quelques statues et jusqu'a 
trois theatres, dont le plus vaste, adosse aux montagnes 
rocheuses qui ceignent la ville an nord, n'a pas moins 
de 90 metres de diametre. Le nombre des edifices, 
mieux conserves a Cnide que dans les autres cit6s 
grecques de l'Asie Mineure, permet aussi d'y mieux 
tracer la direction des rues. Ces edifices y sont pour la 
plupart alignes en terrasses successives, vu la pente du 
terrain qui devait donner a Cnide autant qua Genes 
des droits au titre de supeibe. 

Les murailles de construction cyclop6enne ne se sont 
trouvees qu'en petit nombre parmi les monuments de 
1' .Vrcbipel grec ; il y en a des restes a l'est de Samos, 
dans file de Piscopi, l'ancienne Telos, qui est sur la 
cote de Carie au sud de Cnide. 



( 104 ) 
^'ouvelles et comiuiEEiic*a<ioBis. 



SLR LA. PIERRE CRAYEK, TROLYEE DANS UN TUMULUS 
AY1ERICA1N. 



On sait que la vallee de l'Oliio renferme un tr6s 
grand riombre de vestiges d'antiquitrs, monuments de 
1' existence d'une population qui a peri. La plupart sont 
des enceintes fortifiees (1) ; mais on a trouve aussi des 
tumuli ou tombeaux de diverses sortes, des autels et 
d'autres constructions. Les valines de Scioto et de 
Miami, les lieux appeles Circleville, Chillicothe, Ma- 
rietta, etc. , sont particulierement riches en antiques mo- 
numents ; Ton en cite un qui n'apas moinsde ZiCO pieds 
anglais d'etendue. L'un des sites les plus interessants 
est certainement lelieudit Grave-Creek, au-dessous de 
Wheeling; il reriferme entre autres un grand tumulus 
haut de 69 pieds anglais : e'est une butte de forme 
conique qui a 820 pieds de tour et un diametre de 
63 pieds a la base superieure ; le volume a 6t6 lvalue 
a 175 000 pieds cubes. Ce tumulus renfermait une 
chambre interieure dans laquelle s'est trouvee, avec 
un squelette humain, une pierre gravee, couverte de 
signes d'une forme particuliere. 

Cette inscription a et6, il y a vingt ans, dt:crite dans 
un livre de M. Vail, intitule : Les Jndicns de V Artierique 

(1) Voir le memoirs de M. Warden , I. 11, p. 372 des Meinviies dc 
In Sociclc dc Geotjmi'hic. 



( 105) 

da nord, et elle a 6te l'objet pour moi, en 1838, 1839 et 
18/15, de plusieurs notices (1) ou les caracteres dont il 
s'agitsont figures, et identifies avec une certaine ecriture 
usit6e dans l'interieur de l'Afrique. Ces memes signes 
ont et6 connus pour la premiere fois lors de 1' expedition 
des voyageurs anglais, en 1824 et annees suivantes. 
Le D r Oudney qui les a recueillis a El-Ghat, chez les 
Touareg, ne s' est pas borne a rapporter ces caracteres, 
qui sont au nombre de dix-neuf, et le plus souvent gra- 
ves sur des rochers ; mais il en a donne" la valeur alpha- 
betique d'apres les indigents. Vingt ans apres , un 
savant officier de notre armCe d' Afrique a trouve" , de son 
c6te% ces memes caracteres en usage parmi les tribus 
qui continent avec les possessions franoaises, et parmi 
celles qui viennent les visiter ; il a de plus fait con- 
naitre le nom que cette ecriture porte chez les natifs. 
Depuis encore, et independamment des signes graves 
sur les rochers, on a recueilli des inscriptions assez 
nombreuses, tracees sur des armes, des boucliers, des 
etoffes, des objets de vetement, et qui prouvent que 
1' ecriture tifinagli, qui a ete pratiquee depuis les temps 
recules, Test encore aujourd'hui. Enfin, M. le com- 

(1) Sur une pierre gravde, trouvee dans un ancien tumulus ame- 
ricain, et a cette occasion sur Pidiome Libyen. (Paris, Duprat, 18i5, 
avec gravures.) 

Des savants americains et europtfens s'cn sont aussi occupes. 
(Voir la Gazelle de Cincinnati et le New-York Advertiser, 1858, ou 
sont titers, cornnie ayant e"crit sur ce mouuinent curieux, le D' Town- 
send de Whciling, le D'Clemens, M. Tonilinson, le D p Schoolcraft, le 
D r Morton, en AmtSrique, et, en Europe, sir J. Alexander, a la Soci£t<$ 
geographiquc de Londres, le protesseur Rafn, a Copeuhaguc, M. Jo- 
inurd, a Paris.) 



( 106 ) 
mandant Hanotoau, apres avoir faittfoe 6tude serieusfl 
et approfondie de la langue berbfereel desea differents 
diftlectes, a aborde 1'interpn'tation des inscriptions 
dont il s'agit, et tout porte a croire, contre l'opinion 
vulgaire : 1° que la langue berbete a ete t-crite des 
loflgtemps el L'esl eneore de nos jours; 2° que la 
langue actuelle est l'antique idioine lil>\ que indique 
par Herodote et qui se parlait d'un bout a l'autre de 
l'Afrique septentrionale (1). 

Les remarques precedentes sur les caracteres dont 
il s'agit etaient necessairea pour eclaircir la question 
del' inscription de Grave-Creek. 11 taut savoir que, pos- 
teneuremenl a la publication des differentes notices 
sur cette inscription, il s'esl elev6 des doutes sur son 
authenticity, doutes que M. Hodgson, entre autres, et 
le docteur Schoolcraft ont partages. Dans ces derniers 
temps, M. Squier a ete jusqu'a regarder l'inscription 
comme apocryphe. 

L'inscription consiste en une pierre de forme ovale, 
qui a environ cinq centimetres sur cpiatre centimetres 
de haut, et sur laquelle sont gravees quatre lignes de 
caracteres africains parfaitement conserves (2) . 

On concoit les reserves qua fait naitre, dans l'es- 
prit des savants americains, la presence d'un texte 
libvque, dans un tumulus conunc celui qu'on voit 
Grave-Creek-Mound ; car des personnes irreflechies 
pourraient tircr de ce monument, unique peut-etre, 

(1) Voy. daus les Memoires de la Socitle de Geographic, t. IV, 
p. 129, mes observations sur les voeabulaires africains. 

(2) J'en poss6dc une empreinte dont jc suis redcvable au docteur 
Harlan. 



a 



( 107 ) 

des conclusions temeraires sur l'ancienne population 
ties habitants de la vallee de l'Ohio ; mais il n'y a pas 
lieu, selon nous, a tirer de telles consequences d'un 
fait isole, et, par exemple, d'imaginer que les Libyens 
ou les Carthagiuois aient peuple ou habite l'Amerique 
du nord. II suffit qu'un seal individu, porteur de la 
pierre en question, pousse par les vents alises, ait 
aborde sur ce continent, et qu'il ait ete enterre' avec 
ses armes, ses insignes, et tout ce qu'il portait avec 
lui, comme cela a et6 en usage en d'autres endroits. 
II serait plus que superflu de se perdre en conjectures 
sur un fait dont sans doute on ignorera toujours les 
circonstances. Une seule chose importe, c'est de bien 
etablir que la pierre en ecriture libyque de Grave-Greek- 
Mound a r6ellement ete" trouvee au fond d'un antique 
tumulus du pays ; il faut done, avant tout, connaitre 
l'etat actuel de 1' opinion parmi les savants americains. 
La question est done celle-ci : les doutes eleves il y a 
quelques ann6es ont-ils 6te" confirmed? existent-ils 
encore ? 

Ce point est le seul que je veuille examiner ici, et je 
renvoie pour le reste aux Notices cities plus haut. Or, 
la Societ6 ethnologique de New- York vient de s'en occu- 
per recemment d'une maniere tres suivie. M. Squier, 
dans son ouvrage sur les monuments aborigenes de la 
valine du Mississipi, avait ni6 la r^alite de la d^cou- 
verte de cette pierre ; mais M. le D r Wells de Hass, de 
la Virginie, clans une des dernieres stances de la So- 
ciete ethnologique, a demontre d'une maniere irrefra- 
gable rauthenticite de la pierre, et l'asseniblee, una- 
nimement, a trouve ses preuves convaincantes. Feu le 
D 1 ' Morton avait cm devoir infirmer ce monument ; il 



( 108 ) 

l'a neglige conirne etrauger a I'etude craniologique, 
sur laquelle est fnnde son systeme sur les races. Mais 
la discussion k laquelle s'est livre M. le D r de Hass, 
dans un memoire tres etendu et complet, a eclairci la 
question dr fail. L'auteur a montre la meprise de 
M. Squier ; celui-ci, present a la seance, s'est leve et a 
loyaleinent reconnu qu'il avait ete induit en erreur })ar 
le temoignage du D r Morton, ajoutant qu'il avait cru 
pouvoir sen rapporter a un savant aussi renomme. 11 
a dit qu'il s'estimait heureux, aujourd'hui, d'adiuettre 
les faits mis en lumiere par le I) r de Hass, et lui a fait 
voter des renierciments par la Societe ethnologique. 

M. Tomlinson, le proprietaire dulieu, qui lui-meme 
a trouve la pierre en fouillant l'interieur du tumulus, 
a donne d'ailleurs a M. de Hass les renseignemcnts les 
plus positifs sur le fait de la decouverte. 

Je ne dirai pas, avec la Gazette de Cincinnati, que 
les auteurs de systemes rejettent, purernent et simple- 
ment, les monuments qui pourraient inlirmer leurs con- 
clusions, et que ce motif a ete peut-etre celui du savant 
D r Morton ; mais il n'en est pas moins certain que la 
regie a observer, avant de tirer aucune conclusion dans 
un sens ni dans 1' autre, et meme avant tout, est de 
rechercher avec soin les preuves alleguees sur le fait 
meme d'une decouverte inattendue, et d'apprecier im- 
partialement les raisons qui doivent le faire admettre 
ou rejeter ; c'est ce qui n'a pas et6 fait au sujet de la 
pierre americaine decouverte a Grave-Creek, il y a 
vingt ans. Jomard. 

Juin I85«. 



( 109 ) 
DECOUVERTE 

DE MINES I)' OR DANS LA GUYANE VENEZUELIENNE, 
Par M. le D r L. Plassard, 

(Extruit d'line leltre de cc voyageur, communiquee por M. E. Cortambert.) 

M. le D r L. Plassard, medecin francais 6tabli a 
Ciudacl-Bolivar, a decouvert, en 1856, des mines d'or 
dans la Guyane v^nezuelienne, au sud de l'Or6noque 
inferieur, vers le Yuruari, qui appartient au bassin de 
Cuyuni. II vient d'y faire un nouveau voyage, dont il 
rend compte dans les termes suivants : 

« Je partis de Ciudad-Bolivar le 27 fevrier 1858; 

suivez , sur une carte, ma route jusqu'a la riviere 
Caroni ; un degi'6 et demi au-dessus de son embouchure, 
je traversal le village de Guri,peuple" d'Indiens et de 
quelques Espagnols. De la, me dirigeant au sud est, 
je rencontrai l'ancienne mission d'Avechica, ou je res- 
tai deux ou trois jours, pour reconnaitre les terrains 
environnants et les montagnes qui traversent cette 
mission vers lesud, surtout unemontagne fameuse par 
ses traditions, qu'on appelle Cerro del Truetio (mon- 
tagne de Tonnerre). Je trouvai de temps a autre, dans 
cette region, des traces de la meme formation quecelle 
du territoire des mines pr6cedemment decouvertes. 

» Nous nous embarquons dans une ^corce d'arbre, 
changee en canot, sur la riviere d'Avechica, et, tour a 
tour chassant, reconnaissant les terrains, visitant les 
Indiens sauvages, nous arrivons dans le Yuruan, que 
je remontai a quelque distance. Puis je redescendis 



( 110 ) 

jusqu'au Cuyuni ; apres avoir fait une excursion de qucl- 
ques lieues en remontant vers l'ouest-sud-ouest clans 
le Gaspon, je revins vers 1" est, etjepris Le Yuruari(l), 

a son embouchure dans le Yuruan; \k, nous livrant a 
des travaux d'llercule, mis comme des sauvages, 
tantot nous naviguons dans QOtre legere nacelle, tan- 
tut nous la portons sur nos epaules pour franchir des 
rapides formes par des rochers titaniques, an milieu 
desquels la riviere se divise e* mille filets infranchis- 
sables; nous arrivons enfin, tout noircispar le soleil et 
brises par la fatigue, au village de Tupoquen. 

» Certes, je voudrais m'arr&ter ct vous peindre les 
diverses sensations qui m'ont assailli pendant mon 
voyage; mais je me laisserais entrainer trop loin: un 
monde de forets inconnues a notre civilisation ; c.k et 
Ik des debris de tribus indiennes, dont quelques-unes 
olfrent k la vue les restes de races magniliques par leur 
couleur et leur stature ; sur les roches immenses du 
Yuruari, pres de son embouchure, des signes hierogly- 
phiques semblables a ceux qu'ont signales Humboldt 
et Schomburgk an Rio Negro, et traces par des popula- 
tions eteintes aujourd'hui ; enfin ces nuits passees au 
sein des forets desertes, le hamac snspendu entre deux 
arbres, dormant au chant de 1-oiseau de nuit des tro- 

piques et au rugissement du jaguar que de motifs 

de reflexions et de meditations ! 

» C'est pres de Tupoquen que sont les mines. Le 

(1) Cette riviere est nominee Yuruan, par errcur sans doutc. sur la 
carte du colonel Codazzi. Ce nom appartient a la riviere qui recoil le 
Yuruari. 



( 111 ) 

travail des mineurs consiste a oiivrir un trac6 de 10 
jusqu'a 25 pieds de profondeur et de 5 metres carres, 
en passant par des couches de terre vegetale, de quartz, 
de canapo (argile grossiere melee de cailloux de toutes 
sortes), pour arriver a 1' argile aurif ere, especede terre 
glaise melee de roches brisees, qu'on lave avec soin 
pour en retirer l'or qu'elle contient, an moyen d'une 
batea (selnle) . Mais ce travail n'est probablement pas 
le dernier resultat qu'on doive obtenir. Desmon voyage 
precedent, j'avais observe que les assises de quartz 
qui torment le noyau des monticules avoisinant les ra- 
vines ou on lave l'or, contiennentdes veines etdes par- 
ticules dece metal a l'etat visible, et je pensai des lors 
que l'exploitation cleces roches pourrait donner un bon 
produit. Cette annee je fis de nombreuses experiences 
et les resultats out meme depasse mon attente. ... » 

D 1 L. Plassard. 



NOUVELLE CARTE DES GAULES. 

S. M. 1'Empereur ayant concu l'heureuse idee de 
faire executor une carte des Gaules, ou se trouve donne, 
clans les plus grands details, l'etat de notre pays, de- 
puis la conquete de C6sar jusqu'aux derniers temps de 
la domination romaine, Son Exc, le ministre secretaire 
d'Etat au departement de 1' instruction publique et des 
cultes a rendu l'arrete suivant : 

Art. 1". Une commission est institute a 1'elTet de 
proceder a l'examen et a la classification des documents 
deja recueillis au ministere de rinstruction publique, 



( H8 ) 

et qui lui seront ulterieurement transmis pour la con- 
fection d'une carte des Gaules aux premiers siecles do 
l'ere chretienne. 
Art. 2. Sont Domm6smembresdecette Commission : 
MM. de Saulcy, membre de l'lnstitut, president; 
tmedee Thierry, membre de l'lnstitut j 
Guigniaut, membre de l'lnstitut ; 
N. deWailly, membre de l'lnstitut; 
V. Maury, membre de l'lnstitut; 
Blondel , colonel d'etat-major , directeur du 

Depot de la Guerre ; 
De Goynart (Ch. -Raymond) , chef d'escadron 

d'etat-major; 
Cheruel, inspecteur d'academie a Paris; 
A. Bertrand, professeur an lycee de Rennes ; 
Gustave Rouland, directeur du personnel et du 
secretariat general au ministere de l'instruc- 
tion publique. 
MM. Maury et Bertrand rempliront les fonctions de 
secretaires correspondants et de redacteurs des tra- 
vaux preparatoires. 

M. Gustave Rouland remplira celles de secretaire des 
seances de la commission. 

Vnr. 3. II sera rendu coinpte, chaque mois, au mi- 
nistre, du resultat des travaux de la comrnission. 
Fait a Paris, le 17 juillet 1858. 

Rouland. 

La Commission chargee de dresser la carte des 
Gaules, a ete installee par M. le ministre de Instruc- 
tion publique, le 16 aout dernier. Son Excellence lui 



( *i* ) 
a fait connaltre les vues de S. M. l'Empereur et lui a 
t.rac6 le plan de ses travaux. Dans cette premiere 
seance, la Commission a decide qu'elle s'occuperaitde 
la redaction de trois cartes : 1° nne carte des Gaules 
an temps de la conquete de Cesar ; 2° une carte des 
Gaules de Diocletien a Constantin ; 3° une carte de la 
France sous les Merovingiens. 

La meme commission a pris, des ce jour, les mesures 
necessaires pour entrer en relation avectoutesles soci6- 
t6s arch^ologiques de la France et des contrees rhe- 
nanes, et les savants qui se sont deja livr6s a des 
etudes sur divers points de la geographie ancienne de 
I' empire francais. 

Elle prie toutes les personnes qui voudront lui faire 
parvenir des renseignements, de les adresser au presi- 
dent de la commission, sous le couvert de Son Excel- 
lence le ministre de 1' Instruction publique. 

Dans la notice qui sera jointe aux cartes, la Com- 
mission fera connaitre le nom de chacun de ceux qui 
auront bien voulu lui preter leur concours et la part 
qu'ils auront prise a son ceuvre. ' 



XVI. JUILLET ET AOUT. 8. 8 



( 1U ) 
Actes tic la Societe. 

EXTRA1TS DES PROCfiS-VERBAOX DBS STANCES'. 



Seance du % juillet 1858. 

11 est donne lecture cle la correspondance : ML le 
colonel Nlondel, directeur du Depot de la guerre, 
adresse a la Societe, au uom du ministre, deux exejn- 
plaires de la 21' livraisou de la carle de France, dont 
un pour sa bibliotheque et l'autre pour M. le major 
Papen. L' Academie royale des sciences de Turin, la 
Societe orientale allemande et l'Observatoire physique 
central de Russie adressent la suite de leurs publica- 
tions et remercient la Societe del'envoi de son Bulletin. 

M. le secretaire communique la liste des ouvrages 
deposes sur le bureau. A cette liste il faut ajouter 
une nouvelle carte du canton de Zurich oll'erte par 
M. Malte-Brunau nom de M. Zicgler; le 3° volume de 
riiistoire des nations civilisees du Mexique de M. 1'abbe 
Brasseur de Bourbourg, et le protocole des conferen- 
ces sur la delimitation des Guyanes francaise et bre- 
silienne offert par M. le chevalier Da Silva. Des 
remerciments sont adresses aux donateurs. 

La Societe admet au nombre de ses membres M. le 
docteur Emile Isambert. Sont presentes comme candi- 
dats: M. Reclus (Jacques-Elisee) , par MM. Maury et 
Lejean ; M. Key (Emmanuel-Guillaume) , par MM. dela 
lloquette et Malte-Brun ; et M. de Cabanillas (Nicolas), 
par MM. Jomard el Gamier. 



( 115 ) 

M. d'Avezac annonce que M. Michel-Joseph Canale, 
de Genes, auteur d'lilie Histoire civile, commerciale et 
litteraire des Genois, dont il se prepare en ce moment 
une nouvelle edition a Florence, s'occupe aussi d'une 
Histoire des voyages, des iun>iga tears, des decouvertes 
maritimes et des anciennes cartes Jiydrographiques des 
Italiens, pour laquelle il a deja reuni et continue de 
rassembler le plus grand nombre possible de documents 
interessants. 

Dans le nombre se trouvent des temoignages con- 
temporains et des actes publics relatifs a la fameuse 
entreprise de Thedisio Doria avecHugolin Vivaldi, qui 
tenterent le voyage de l'lnde par 1' Ocean des le xm e sie- 
cle. Un passage des annales manuscrites de Jacques 
Doria, qui manque a 1' edition de Muratori, rapporte le 
fait avec precision a l'annee 1291. Dans un acte nota- 
rie se trouvent mentionn6es d' autre part deux galeres 
du meme Thedisio Doria, avec les noms significatifs de 
Sant Antonio et d' ' Allegrancia ; d'autres actes se rap- 
portent a Lanciloto Ma/ocello, le decouvreur de Lance- 
rote. 

M. Canale espere aussi retrouver la trace de la carte 
de Barthelemi Pareto, connue par un extrait donne par 
l'abbe Andres, et quiavait ete, de la partdeM. d'Ave- 
zac, l'objet de recherches infructueuses, longtemps 
poursuivies dans l'espoir d'en rattacher la publication 
complete a celle d'un autre document dont il avait en- 
tretenu la Societe a diverses fois, et en dernier lieu 
dans la seance du 19 noveuibre 18/17: c'est le pre- 
tendu ltinerariam asus maris, faisant partie des manus- 
crits legues a la ville de Genes par Federici, etqui con- 



( 116 ) 

tient trnis parties distinctes, dont line seule provient 
d'Antoniotto Uso di Mare et portc la date du 12decem- 
bre 1455. A la suite est un traits de geograpliie, que 
d'apresquelquesechantillons M. d'Avezac avaitreconnu 
pour Y Imago Mimdi d'Honore d'Autun ; niais la partie 
la plus interessante est un releve de legendes inscrites 
ou a mscrire snr une carte du monde telle qu'on les fai- 
sait au\ xiv etxV sieclos. Dans l'opinion deM. d'Ave- 
zac, c'est Bartheleini Pareto qui les avait recueillies 
pour en faire usage sur la carte qu'il ex^cuta en effet 
en Janvier 1455 ou 1456; la date de redaction en doit 
etre placee apres 1398 et avant 1405 soit en noinbre 
rond vers l'annee 1400. 

M. d'Avezac rappelle ces details pour constater la 
priorite de son travail sur ce document dans le cas oil 
il deviendrait l'objet d'une publication par l'erudit 
historien des navigations et decouvertes des Genois. 

M. Jomard declare qu'il a garde des conuuunications 
faites a ce sujet par M. d'Avezac un souvenir d'autant 
plus exact, que lui-meme s'6tait occupe particulierement 
du manuscrit envoye a la society par M. Graberg de 
Homso. 

M. d'Avezac communique un extrait du Journal du 
Havre, contenant la traduction du rapport du capitaine 
anglais Cubins sur la decouverte que ce inarin a faite 
recemment d'un groupe d'iles dans le sud de l'Oc6an 
Atlantique, sur la route babituellement suivie par les 
navires qui font le voyage de l'Australie. 

M. Jomard communique la decouverte faite par 
M. Dufour, attache au consulat de Tripoli, de plusieurs 
fragments d'antiquite qui lui onteteapportesdediiizt- 



( &> ) 

a Test de Tripoli. Ces fragments sontdes bas-reliefs de 
travail africain, repre\sentant une sorte de chasse; on 
y voit des charaeaux tralnant des chars a quatre roues 
et meme employes aulabourage, et different^ quadru- 
ples ; ils rappellent les frises que les Anglais, lors de 
leur voyage au lac Tchad, ont dessin^es surun monu- 
ment romain a Germa, l'ancienne Garama, et ou Ton 
voit aussi des chameaux figures, ainsi que les singulis- 
res sculptures recemment decouvertes clans l'interieur 
du pays par le D r Barth a Telisaghe. Comnie il s'est 
edeve" plusieurs opinions contradictoires sur la date de 
l'apparition du chameauen Afrique, M. Jomard pense 
que la comparaison des epoques de ces lieux ancienne- 
ment habites contribuera a fixer la date dont il s'agit. 

Le meme membre annonce que la carte tie Vile Perim 
faisant partie de la collection de l'Amiraute' britanni- 
que, rest6e manuscrite depuis fan 1802, parait avoir 
et6 publieel'annee derniere, attendu quelle figure dans 
le dernier catalogue de l'Amiraute' sans lesigne .VS. 

M. de la Roquette annonce qu'une deputation de la 
Society americaine geographique et statistique de New- 
York ayant appris les attaques port6es contre la vera- 
city du D r Kane, a 6t6 envoyee en Angleterre pour le 
justifier. Les observations qu'elle a soumises a la so- 
ciety geographique de Londres ont 6t6 parfaitement 
accueillies, et plusieurs membres ontpris la parole dans 
le meme sens. 

M. le chevalier Da Silva lit la suite de sa notice sur 
l'Oyapoc. 



( J 18 ) 
Sedrlke du 16 fuiliei 1858. 



II est donne lecture de la correspondance : 

M. le baron de Steinberg, en\o\edeHanovre, remer- 
cie la Societe de 1'eilvdi qu'eUe lui a fait, an noin de 
S. E\c. M. le marechal, ministre de la guerre, de la 
21 e livr.iisiin de la carte de France, destiuee a son 
cmnpatriote, M. le major Papen. 

M. Alfred Demersay 6crit a la Societe qu'elle a du 
apprendre, comnie lui, la mort de M. Aime Bonpland, 
dont la longue existence n'a 6t6 qu'une suite ininter- 
rompue de savantes peregrinations ; mais, les nouvel- 
listostransatlantiquesayant si souvent annouce la mort 
du compagnon de voyage de l'illustre de Humboldt, il 
no perd pas tout espoir d'rn lire encore le dementi 
dans les lettres cpi'il attend de la Plata. M. Deniersay 
ajoute que, malgre" son elnignement de la Societe, il 
ne reste pas etranger a ses tiavaux, ot qu'il se propose 
de lire dans la stance du 6 aoiit un coup d'ueil sur les 
limites et la circonscription du Paraguay. 

M. de la Roquette annonce qu'il resulte des com- 
niunications faites le 14 juin 1858, a la Society geogra- 
phique de Londres, par sir Roderick Murchison, qu'on 
preparait en cc moment aux Etats-Unis une nouvelle 
expedition destiuee pour les regions arctiques. 

Le meme membro informe la Commission rentrale 
qu'on lui a mande de Turin, sous la date du 20 juin 
1858, qu'une lettrede M. Brun-Rollet, 6critede Kbar- 
tum, y (.Hail parvemie pen dc jours auparavant. Si 



( "9 ) 
cette lettre ne contient aucune nouvellc importante 
pour la Geographic, elle dissipe clu moins les inquie- 
tudes que le silence prolonge de cet intrepide voyageur 
avait inspires sur son sort. 

AI. Lefebvre-Durufl6 ofl're a la Societe, au nom de 
l'auteur, M. J. de Cordova, to ouvrage ayant pour 
titre : Texas : Her Resources and her Public MeA; et il 
fait ressorlir l'interet des nombreux documents ren- 
ferm£s dans ce livre. Un discours du meme auteur sur 
le Texas est 6galement offert a la Society. 

M. Jouan, lieutenant de vaisseau, fait hommage 
d'une brochure sur 1' Archipel des Marquises, contenant 
1' expose de la situation actuelle de ces iles et des de- 
tails sur leur constitution physique et leurs produc- 
tions naturelles. 
Des remerciments sont adress£s aux donateurs. 
La Societe admet au hombfe de ses mernbres 
AIM. N. de Cabanillas, J. E. Reclus et E. G. Rey, pre- 
sented comme candidate dans la derniere stance. 

M. Jomard doune lecture d'une notice sur la pierre 
a inscription libyque de Grave-Creek, dans la valine 
de l'Ohio, dont on avait nie l'authenticite. — Renvoi 
au Bulletin. 

Le meme membre annonce que le conservateur du 
Musee de Lyon, M. Martin Daussigny, vient d'envoyer 
a l'Academie des Inscriptions et Relles-Lettres, le des- 
sin d'un pied romain a charniere, appartenant au Musee 
des le temps de M. Artaud • il est divise sur trois de ses 
cot6s, et sa longueur est de 29A millimetres. II sera 
fait to rapport a l'Academie sur ce pied comme sur 
celui dcla forct de Maulevrier. 



( 120 ) 

M. d'Avezac commence la lecture d'un Memoire sur 
les voyages d' Vmeric Yespuce an roniptede l'Espagne, 
et sur les mesures itineraires employees par les ma- 
rina espagnols et portugais des xv' et x\T siecles. 

M. Lejean lit un extrait traduit des Souvenirs de 
voyage en Turquie de Al. Railed {Suvettire de Calato- 
ria, etc., en langue moldave). Get extrait comprend la 
partie du voyage de Giurgevo a Choumla. 



Seance du 6 aout 1858. 



11 est donne lecture de la correspondance : 

MM. de Gabanillas et Elisee Reclus, admis dans la 
derniere stance, adressent leurs remerciments a la 
Societe et promettent de concourir a ses travaux. 

M. Alagnan, capitaine au long cours, est egalement 
admis dans la Society sur la proposition de M.M. Jo- 
mard et Gamier. II annonce qn'il est a la veille de 
mettre a execution divers projets de voyage qu'il me- 
dite depuis longtemps et sollicite son appui et le con- 
cours deses lumieres. M. Jomard ajoute que AI. Magnan 
se propose de penetrer dans l'interieur de l'Afrique par 
une voie inconnue jusqu'ici aux voyageurs qui l'ont 
precede. 

M. Gasteau, avocat, recoinmande a la Society, pour 
faire le voyage de l'Algerie au Senegal, Yousouf Ben 
Gallati, ne a Alger, et habitant Paris depuis plusieurs 
aimers, Get Arabe, dit-il, qui est cheriff, de la des- 
cendance du prophete Mahomet, commit parfaitement 



( 121 ) 

les mceurs et les usages des populations musulmanes, 
et il lui parait remplir toutes les conditions necessaires 
au succes de cette grande exploration. La Society saisit 
cette nouvelle occasion pour rappeler aux voyageurs 
qu'elle ne confie de mission a personne, et qu'elle re- 
serve sa recompense a celui qui aura le mieux rempli 
les conditions de son programme. II a et6 rtipondu dans 
ce sens a l'auteur de la demande. 

M. Alfred Demersay adresse a la Society les Consi- 
derations histotiqucs et geographiqu.es sur les limites 
du Paraguay, dont il lui aannonce 1' envoi dans sader- 
niere stance. 

M. de la Roquette en oflrant a la Society, au nom 
de M. John Brown, l'ouvrage de ce savant anglais, in- 
titule : The north-west passage and the search after sir 
John Franklin, annonce que sir Roderick Murchison, 
president de la Societe g^ographique de Londres, en a 
fait le plus grand 61oge dans son discours [address] de 
cloture du 24 mai dernier. M. J. Brown pense qu'en 
suivant a la lettre les instructions qu'il avait recues de 
l'amiraute, sir John Franklin, apres etre arrive a l'ile 
Beechey a du se dinger au sud-ouest de cette ile. On 
ne peut qu'attendre maintenant le r^sultat de la nou- 
velle expedition que lady Franklin a confiee aux soins 
du capitaine M' Clintock, dont une lettre commencee en 
mer le 29 juillet 1857 et terminee le 6 aout a la hau- 
teur d'Upernavik, a 6t6 jmbliee dans le Bulletin. 

Le meme membre communique une lettre qui lui a 
ete ecrite le 29 mai 1858 de New-York par M. Kelley, 
pour lui annoncerle prochain envoi du rapport adresse 
au gouvernement des Ktats-Unis par le chef de l'expe- 



( 122 ) 

dition qu'il avail charge dd verifier f exactitude de ses 

1<t6s pour rotablisscment projoted'nn canal interocea- 
nique sang echises par la voie des rivieres Atrato et 
Truandn. 

Le nii'-iiii' ammnce (pi'il rcsulle d'mi post-scriptum 
joint an rapport prtsente a la demiere reunion de la 
SbcieiGge^graphlojuedeLondres, quo lc colonel Andrew 
Scott Waugh a reconnu que l'elevation du Manga Par- 
bat ou Dagamur an imrd du C.achemire doit etrc eva- 
luee a '26629 pieds anglais au-dessus du niveau de la 
mer. Le /i c numero pour 1857, du Journal de la Societe 
asiaiique du Bengale, contient les details de cette decOU- 
verte. 

Le meme membre pfesente a la Societe" 1' analyse de- 
taill6e de la discussion qui aeu lieu a, la Societe geogra- 
phique dp Londresa 1' occasion des attaques du D r danois 
Rink, cootie l' exactitude de certains passages de la re- 
lation du voyage du I) 1 Kane atix regions arctiques. 
Ces attaques soni surtout relatives a l'existence d'unc 
mer ouverte qui se trouverait, suivant cette relation, au 
nord du Greenland, et a l'origine aifisi qii'a la forma- 
tion des glaciers du Greenland et principalement de 
celui que Kane appelle grand glacier de Humboldt. 
M. de la Roquette se propose d'entrer a ce sujet dans 
quelques developpeinehts. 

Enfin, M. de la Roquette depose sur le bureau plu- 
sienrs objots rnpportes par M me Kerr de ses voyages, 
et oflerts par elle a la Societe" : 1° un encrier persan ; 
2° un pnssp-papieren chened Abraham ; 3° une coupe 
en bituine de la mer Morte; /i° un timbre pour servir 
a toarqiiei'les pains a Mai-Sabaen Palestine. 



( 125 ) 

M. Cortambert lit l'extrait d'une lettre de M. le 
D r Plassard, m^decin francais e-tabli a Ciudad Bolivar 
dans la Guyane ven6zuelienne. M. Plassard rend compte 
d'une excursion qu'il vient de faire dans l'interieur de 
cette Guyane vers le Cuyuni et le Yuruari, pour y exa- 
miner de nouveau des mines d'or qu'il avait d^couvertes 
en 1856. 

LaSociete remarque avec regret, parmi les ouvrages 
qui lui sont oiTerts, une notice n^crologique sur M. le 
cliev. Benedetto Marzolla, de Naples, l'un de sesmem- 
bres les plus distingues par ses connaissances g6ogra- 
phiques. 

M. Constantin Sabir offre un exemplaire du Voyage 
de la mer Atlantique a /'ocean Pacifique par le nord- 
- ouest de la mer Glaciate, par le capitaine Laurent Fer- 
rer Maldonado. M. Sabir a fait cette acquisition en Ita- 
lie, dans le but de placer l'ouvrage dans la Bibliotheque 
de la Societe. La Commission centrale exprime au 
gen6reux donateur tous ses remerciments. . 

M. d'Avezac fait hommage, au nom de M. Le Gras, 
capitaine de fregate, des Instructions que cet officier 
vient de publier sur le detroit des Dardanelles, la mer 
de Marmara et le Bosphore. 

M. Jacobs presente les deux theses que son fils, 
M. Alfred Jacobs, vient de soutenir avec succes devant 
la Faculte des lettres de Paris, pour obtenir le grade de 
docteur : l'une est intitule : Gallia ab anonymo Ra- 
venna te descripta, et 1' autre : Geographic de Gregoire 
de Tours, le Pagus et I' 'administration en Gaule. 
M. A. Maury est prie" d'en rendre compte. — Des re- 
merciments sont adresses aux donateurs. 



( 124 ) 

M. de la Roquette donne lecture <!<> la notice do 
M. Alfred Demersay sur les liraites du Paraguay. — 
Renvoi au bulletin. 

M. le chevalier Da Silva presente qnelques observa- 
tions sur ce travail; il regrette que I'auteur n'ait pas 
eu connaissance des protocoles des conferences qui ont 
eu lieu a Rio de Janeiro en mars et avril 1856 sur les 
questions pendantes entre le Rresil et le Paraguay. On 
voit dans ces protocoles, publics la merae annee a Rio 
de Janeiro, que le gouvernement du Paraguay reclame 
pour sa frontiere sur le Parana la riviere d'lvinheitna, 
et sur le Paraguay le Rio Branca; et que le gouverne- 
ment br6silien reclame sur le Parana I'Jgatimi, et sur 
le Paraguay X Apa. Pour ce qui est du droit allegue 
par chacune des deux puissances, on voit aussi dans 
ces protocoles que le plenipotentiaire dn Paraguay, 
malgre son grand talent, a fere litteraleme'nt reduit au 
silence par la solidite de 1' argumentation du plenipo- 
tentiaire du Rresil, M. Jose Maria da Silva Paranhos, 
alors ministre des affaires etrangeres. (Voir page 71, 
la reponse de M. Demersay aux observations critiques 
de M. Da Silva.) 

Sur la demande de M. de la Roquette, les observa- 
tions faites par M. le chevalier Da Silva seront commu- 
niques a M. Demersay. 

Conformementau reglement de la Society, les stances 
de la commission centrale sont closes jusqu'au 15 oc- 
tobre prochain. 



( 125 ) 
OUVRAGES OFFERTS A LA SOCIETE. 

SEANCES DE JU1LLET ET AOUT 1858. 



EUROPE. 



Titres des outrages. Donateurs. 

Gallia ab anonymo Raveonate descripta e codd. mss. recognovitcom- 
mentariisque et tabula illustravit Alfred Jacobs scholae Charlarum 
dim alumnus, in Facilitate litterarum parisiensi doctor. Parisiis, 
1858. In 8\ M. A. Jacobs. 

Gcographie de Gre'goirc de Tours : le pagus et I'administratioD en 
Gaule, par Alfred Jacobs, archiviste pak 5 ographe, docteur 6s lettres. 
Paris 1858. In 8°. M. A. Jacobs. 

Instructions nautiques sur le diHroit des Dardanelles, la mer de Mar- 
mara et le Bosphore, suivies de considerations ge'ne'rales sur l'ar- 
chipel grec, par M. A. Le Gras, capitaine de fregate; 2* Edition. 
Paris 1858. In-8°. M. A. Lk Gras. 

APRIQUE. 

Travels and Discoveries in north and central Africa; being a journal 
of an expedition undertaken under the Auspices of H. B. M. S. go- 
vernment, iu the years 1849- 1 855, by Henry Barth. London, 1858, 
vol. IV et V. M. H. Barth. 

Esquisse de la Gcographie, de l'Ethnographie et de l'Histoire natu- 
relle d'une partie de I'Afrique australe inteYieure (du cours sup6- 
rieur du fleuve Orange au cours du Zambeze), par M. E. Cortara- 
bert. Paris 1858. Br. in-8°. M. Cortambebt. 

AMERIQUE. 
Texas : Her Resources and hrr Public Men. A companion for J. de 



( 126 ) 

Titres des ouvraget. Donateurs. 

Cordova's uew aud correct Map of the state of Texas, by J. de Cor- 
dova. Philadelphia, 1858. 1 vol. in-8°. — Lecture on Texas, by 
J. de Cordova. Br. in-8°, 1858. M. J. de Cordova. 

R6sum£ des voyages et explorations dans les rivieres de la Guyane, par 
le lieutenant de vaisseau Carpentier, capitaine de YOyapoc. Paris 

1857. Br. in-8° avec une carte. M. Carpentier. 

La Confederation argentine, par M. Alfred Marbais du Graty. Paris 

1858. 1 vol. in-8°. M. Marbais du Graty. 

REGIONS ARCTIQUES, OCEANIE. 

Voyage de la mer Atlantique a l'occan Pacifique, par le nord-ouest, 
dans la mer Glaciale, par le capitaine Laurent Ferrer Maldonado, 
I'an 158 ; , traduit d'un manuscrit espagnol, et suivi d'un discours 
qui en demontre ('authenticity et la veracile, par Charles Anioretti. 
Plaisance 1812, I vol. in-i°. M. C. Sabir. 

The nurth-wesi passage, and the plans for the search for sir John 
Franklin. A Review, by John Brown. London 1858, 1 vol iu-8°. 

M. J. Brown. 

Archipel des Marquises, par M. Jouan, lieuteuaut de vaisseau, 1858. 
Br. in-8°. — Notes sur la navigation de 1'archipcl des Marquises, 
par M. Jouan, 1858. Br. in-8°. M. Jouan. 

CARTES. 

Carte de France au l/80000 e , publidc au Dep6t de la Guerre: 
N°17", Saint-Etienne; N° 193, Villereal ; N° 250, Urdos; N°255, 
Perpiguan; N" 258, Ceret. 5 feuilles. Depot de la Gukrre. 

Atlas universel de geographic ancieune et moderne, par A. 11. Dufour, 
public par MM. Paulin el Le Chevalier : Mexique, Antilles et Cali- 
foruie, 1 feuille ; Monarchic prussienue, 1 feuille avec texte. 

MM. Paui.in et Le Chevalier. 



(127 ) 

OUVRAGES GENERAUX, MELANGES. 

Titres des ouvrages. Donaleurs. 

Compte rendu annuel adress6 a S. Ex. M. de Brock, ministre des Fi- 
nances, par le directeur de 1'Observatoire physique central de Russie, 
A. T. Kupfler, ann^e 1856. Br. in-4° supplement. M. Kcpffer. 

Catalogue chronologique des tremblements de terre ressentis dans les 
Iudes occideutales, de 1530 a 1858, par M. Andres Poey. Br. in-8°. 

— Appel aux mdt^orologistes, a propos d'une systematisation sub- 
jective des phenomeues physico-chimiques du globe vital, moral et 
social de l'humanite\ par M. Andres Poey. Br. in-8°. — Relacion 
de los trabajos fisicos y meteorologicos hechos por don Andres Poey 
tauto en la Habana como in Europa, redactada por don Ramon de 
laSagra, Paris 1858. Br. in-8°. M. A. Pof.v. 

Discours sur l'unite de I'espece humaine, par L. Hegewald, docteur, 
professeur au lyc^e imperial de Dijon. Dijon 1858. Br. in-8°. 

M. Hegewald. 

Biografia del cavaliere Benedetto Marzolla. Br. iu-8°. 

M. R. Marzolla. 

MEMOIRES DES ACADEMIES ET SOCIETES SAVANTES, 
RECUE1LS PERIODIQUES. 

Memorie della reale Accademia delle Scienze di Torino, t. XVII, Turin 
1858. — Bulletin de la classe historico-philologique de TAcad^mie 
imp^riale des sciences de Saint-P^tersbourg, t. XIV. — Compte 
rendu de I'Acaddmie imp6riale des sciences de Saint-Petersbourg, 
pour 1856, pas M. A. de Middendorff, secretaire perpeluel, in-8°. 

— Bulletin de la Society imp^riale de geographic de Russie, n os 1 
a 4 de 1858. — Mouatsbericht der Kon. Preuss. Akademie der 
Wissenschaften zu Berlin, septembre a dtfcembre 1857. — Zeit- 
schrift fiir Allgcmeine Erdkuude, avril et mai. — Zeitschrift der 
Deutschcn morgenlandischeu Gesellschaft, can. 1 et 2 de 1858. — 



( 128 ) 

Tities des ouvrages. Donateuis. 

Abhandlnngen fiir die Euade des Morgcnlandcs, etc , n u 3. Die 
GathAs des Zarathustra, \nn I)' Martin llau^'. — The church mis- 
sionary Intelligencer, N " de Terrier 1857 a juin 1858. - The jour- 
nal of the lndiau Archipelago and Eastern Asia, by J. R. Logan, 
vol. II, n° 2. — Journal of the Franklin Institute, by prof. John 
Frazer, juin et juillet. — Annales du commerce extdricur, inai et 
Juin. — Nouvelles annates des voyages, juin et juillet. — Revue 
coloniale, juillet. — Revue de I'Orient, de l'Algdric et des colo- 
nies, juillet. — Bulletin de la Soridtd geologique de France, juillet. 

— Anuuaire de la SociiHe nietdorologique de France, juillet. — 

— Bulletin de la SocicHe zoologique d'acclimalation. juin. — LTn- 
vestigaleur, journal de I'lnstilut historique, mai et juin. — Nou- 
vcau journal des connaissances utiles, juillet. — Annales de la pro- 
pagation de la foi, juillet. — Socidte des missions evangdliques, 
34* rapport. — Journal d'education populaire, juin. — L'Inglnieur, 
revue scientifique et critique des travaux publics et de Findustrie, 
juillet. - Anualesdc la SocitHd d'agricullure, arts et commerce du 
ddpartement de la Charente, novembre et decembre 1857. — 
L'Isthme de Suez, journal del'union des deux mers, N°'49, 50et5l. 
— L'Esperance, journal grec, N 0, 92 a 99. 



BULLETIN 



DE LA 



SOCIETE DE GEOGRAPHIE. 



SEPTEMISRE ET OCTOBRE 1858. 



k'Blloil'CS, etc*. 



LES VOYAGES D'AMERIC VESPUCE 

AU COMPTE DE LESPAGNE, 
ET LES MESURES ITINERAIRES 

EMPLOYEES PAR LES MARINS ESPAGNOLS ET PORTUGA1S DES XV'e ET XVI" SIECLES. 

Ponr faiie suite aux 
CONSIDERATIONS GEOGRAPHIQUES SUR L'lIISTOIRE DU I. Ill si I . 

Note preliminaire. 

Quand la Societe de Geographie de Paris eut recu 
l'liommage d'tm volume qui portait le titre d'H/sfoire 
generate du Bresil, et que malgre les objections qxie me 
dictait le sentiment d'.iuie insuffisance trop reelle, je 
dus me resigner a l'epineuse tache de lui rendre compte 
de ce livre, j'appliquai toute mon etude, comme ce 
m'etait un devoir de liaute convenance envers elle, h. 
lui offrir une analyse serieuse, en ce qui interesse 
la Geographie, de l'ouvrage remis en mes mains. 

Quelque defiance que j'eusse de mes forces, j'en 
avais sans doute trop presume encore. L'auteur lui- 

XVI. SEPTEMBRE ET OCTOBRE. 1. 9 



(150) 

meme a pris soin de le demontrer surabondamment 
devant vous, dans une Anqhse critique dont il a bion 
voulu honorer mon Rapport sur son oeuvre (1) : il ne 
saurait accepter aucune de* reserves, que je m'6tais 
avcnture a croire possibles, aux eloges merites par ce 
beau livre; et ses convictions out fait violence a sa 
modestie pour retablir, sur chacun des points on mes 
objections s'etaiciu imprudemment risquees, lajustesse 
irrefragable des resultats auxquels il s'etait arrfete. 
Le seul point sur le< fuel il a bien voulu reconnaitre du 

1 1) Voir le Bulletin de la Societe de Geographie, cahiers de mars et 
d'avri! 1858, et !e tirage a part qui en a ett 1 fait sous ee litre : « Exa- 
» men de quelques poitits de l'histoire g£ographique du Bresil, com- 
» prcnant des dclaireissements nouveaux sur le second voyage de 
» Vespuce, sur les explorations des cfites septentrioualcs du Bresil 
» par Hojeda et par Pinzon, sur I'ouvrage de Navarrete, sur la veri- 
» table ligne de demarcation de Tordcsillas, sur 1'Oyapoc ou Vincent 
i) Pinzon, sur le verilable point de vue oil doit se placer tout histo- 
» rien du Bresil, etc., ou Analyse critique du Rapport de 1/. d'Avezac 
« sur la recente Histoire generate du Bresil, par M. F. A. de Vadnhagen, 
» membre de llnstitut bistorique du Bresil et de la Societe de Geo- 
» graphic de Paris, des Academies royales des sciences de Lisbonne et 
n de Munich, de cellede l'histoire de Madrid, de llnstitut hisiorique 
» deBue'nos-Ayres, etc. »;br.iu-8°de 70 pages. — Avantcet ecrit doit 
£tre place un precedent opuscule servant de preparation a celui-ci, pu- 
blic aussi dans le Bulletin de la Society, cahiers de Janvier el de frvrier, 
et parcilleincnt tire" a part, sous cc titre : « Vespuce et son premier 
» voyage, ou Notice d'une decouverte et exploration primitive du golfe 
» du Mexique et desc6tes desEtats-Unisen 1497 et 1498, avec le tevte 
» dc trois notes importantes de la main de Colomb; par M. F. A. de 
ii Vabnhagen, membre de la Society de Geographie »; br. in-8" de 
31 pages imprirne'es et de 2 pages litbograpbie'es. — Tous les aliudas 
de. chacun de ces deux ccrils ciant numerous, la citation en est a la 
fois plus facile et plus prdcise, sans avoir a s'occuper de la pagination 



( 131 ) 

moins qu'il ne pourrait sans injustice garder un doute, 
c'esll'estimevraie, la sympathie reelle qu'il m'etait doux 
de professer, des avant de le connaitre, pour l'ardent in- 
vestigateur dont la vigueur juvenile se consacre avec tant 
de succes a 1' exploration des sources inconnuesou cachees 
de l'histoire et de la geographie du Nouveau Monde (1). 
Peut-etre, cependant, avec une telle certitude, et 
dispose conime il 1' assure a prendre dans le meilleur sens 
possible quelques expressions qui lui semblaient un peu 
vives, peut-etre (qu'il mepermette deliuen renouveler 
ici l'amical reproche) aurait-il dun'en point exag6rer la 
portee reelle, niles traduire par des expressions bien plus 
vives, que je n'ai garde d' accepter comme des equiva- 
lents : je n'ai ni attaque, ni accuse; je n'ai prononce nile 
mot (£ injustice m celui de jalousie; si je me suis permis 
dans une acception figuree le terme que les Vtheuiens 
appliquaient aux etrangetes de langage des habitants de 
Soles, ce n'est point avec l'idee qu'on y put accoler 

(1) Non-seulement cette disposition bienveillante et sympathique 
avait i\6 manifestement exprimee a diverses reprises (Considerations, 
pp. 3, 8, 26, 38, 143); elle dtait prouvee aussi par I'etendue meme 
du Rapport, et par le soin particulier aver lequel avaient ete rassem- 
ble's, non sans peine, les Merits anterieurs de M. de Varnhagen, pour 
les mettre en relief chaque fois que l'occasion se pre'senterait de les 
signaler. Peut-etre u'etait-ce point assez au gr£ de l'auteur : son 
Exatnen le donnerait a peuser, tant il prend la peine de relever comme 
reproches lesdnonciations les plus simples et les plus inoffensives. Pour 
nous, les indications de nature a rentrer dans I'objet destravaux de la 
Socidt^de Geographic (Considerations, pp. 2,61) devaient etre spdeia- 
lement reeueillies ; c'eUait un devoir de convenance : il n'y a point eu 
en cela uue « predilection marquee pour les incidents » (Wxamen, 
n* 37), mais appreciation serieuse de la missiou regae. 



( 1-2 ) 
eel 1 1 i (Yen-curs grossieres conime un synonyme ; et 
quand il m'est ;iiii\r de comparer a mi leger sommefl 
de I' esprit mi instant ou la perspicacity habit uelle de 
l'auteur me semblait lui faire defaut. lenom d'Homerene 
sullisait-il pas a faire pardomierriimocente epigramine? 
Je me garderai, pour ma part, de preter aucune 
intention desobligeante a de fugaees vestiges, saisis- 
sables en quelques endroits de son Exameri, d'unc vi- 
vacite plus incisive, qu'excuserait au besoin la chaleur 
de la lutte dans ces combats ou il proclame gracieuse- 
ment lui-meme qu'il n'y a ni vainqueur ni vaincu. 
Fort de cette assurance que des amies courtbises ne 
sauraient causer de blessures, je me laisse inciter a 
poursuivre la joute, et,a tenter de rend re a mon ad- 
versaire les coups qu'il a essaye de me porter. 

Je dois avant tout me hater de prendre acte d'un aveu 
que sa loyauten'a point marchande.— Le titre d'Histoire 
generate da Brdsil m'ayait inspire, sur la portee et les 
conditions d'une telle ceuvre, des idees auxquelles le 
livre ne me semblait repondre qua demi; et je devais 
naturellement, en signalantles lacunes, exprimer l'espoir 
qu'elles seraient ulterieurement remplies par l'habile 
et docte ecrivain, qui lui-meme donnait a pressentlr 
un remaniement medit6 pour une edition nouvelle. Un 
point de vue exclusif, celui de la eonquete portugaise, 
me paraissail d'ailleurs ne laisser a l'auteur qu'un 
horizon restreint, en disaccord aveclalargeurdusujet. 
Je n'ai plusbesoin demaintenir la j i istesse de ces obser- 
vations, apresla declaration formelle de l'auteur, quece 
point de vue exclusivement portugais est precisement 
celui qu'a bon escient il a detiberement choisi, le sujet 



( I 33 ) 

reel du livre qii'il a voulu faire etant express&nent YHis- 

toire de la civilisation du B resit par tea Porlugais (1). Des 
lors, les revolutions antiques du sol bresilien, i' appari- 
tion des premiers habitants, les lambeaux traditionnels 
de lhistQire indigene, les vagues lueurs de communica- 
tions oubli^es avecl'Ancien Monde, l'arrivee successive 
des aventuriersd'Europe, tous ces elements d'une His- 
toire generate du Bresil, a l'etude desquels ma curiosite 
se seraitcomplue, elle perd le droit de les reclamer des 
que 1' auteur efface lui-meme le titre ou elle croyait en 
avoir trouve la promesse ; et le nouveau frontispice 
annonce vient expliquer desormais a merveille et la 
mise en saillie de la figure de Cabral, et le dedain des 
races indigenes (2), et 1' exclusion hostile de tout eta- 
blissement europeen etranger a la nationality portugaise. 
Dans ces conditions nouvelles le champ de la dis- 
cussion est considerablement retreci ; et les questions 
specialement geographiques auxquelles j'avais plus 
particulierement circonscrit mon examen, conservent 
seules le droit de nous occuper : mais celles-la, notre 
docteet savant confrere les a fort agrandies par les con- 
siderations ingenieuses qu'il y a rattachees; et tout en 

(1) L'auteur rcpele jusqu'a cinq fois cet aveu dans son Examen, aux 
num6ros I, li ; 99, 122, et 12i. 

(2) Les doctrines de M. de Varnhagen sur ce point en parliculier, 
ont trouv<5, parmi ses compatriotes meraes, d't-loquents et chaleureux 
contradicteurs : nous ne pouvons passer sous silence la note pleine de 
verve ius^ree a ce sujet par M. Jean-Francois Lisboa, dans uu recent 
volume intitule : Jornal de Timon : Apontamentos noticias e observa- 
f.oes para servirem a historia do Maranhdu, Lisbonne 185S, in- 8" ; 
pp. 340 a 386. 



( 134) 
demeurant Fermemenl convaincU que ses conclusibns 
sont inadmissibles, nous ae saurions meconnaitre que sa 
critique, pleined' erudition el d'habilete,a introduil dans 
son argumentation quelques donn6es curieuses qu'ilest 
inteicssaiit de recueillir (J). 

Je m'appliquerai a rcnfermer dans l'exposition la 
plus breve possible et les hypotheses de notrc docte 
confrere et la refutation qu'elles paraissent provoquer. 

Cette refutation, au surplus, j'ai la conscience quelle 
se trouve par avance tout entiere dans le Rapport 
meme donl notre confrere a contests les conclusions, 
et qui renferme sur chaque point les teinoignages les 
plus imposants scrupuleusement signales et presque 
toujours litteralement trahscrits en leurs parties de- 
cisives. Mais l'espril dujuge veut qu'on lui epargne la 
fatigue de recherclier lui-meme les elements de sa de- 
cision, et je dois apporter a nouveau devant lui les 
arguments destines a le convaincre : je m'etTorcerai de 
borner au plus strict necessaire ce retour oblige aux 
choses deja elites. 

(1) Indopendamment de celles qui prendront naturellement place 
dans la discussion qui va suivre, nous signalerons ici, en passant, 1'idee 
6mise par VI. dc Varnhagen (Examen, n* 94 i que I'expedilion portu- 
gaise qui avail eu pour armaleur Christophe de llaro (voir nos Consi- 
derations,^], pp. 7S a 82) aurail pu avoir lieu en 1 506 a vec Jean de 
Lisboa et Vasco (jallego de Carvalho pour pilotes, coiiformenient a des 
indications qu'il avait prccedemiiient recueillies (Diario de Pero Lopes, 
aux notes, pp. 87 et 94) dans uu Resume historique, chronologique et 
poli iijue de la decouverte de I'Ameiique, eYrit en 1 7 SI par Alexandre 
de Gusman et reste' iuedit, ainsi que dans I' Histoire des hides, de 
Hebbera. (ne'e. II, lib. ix, cap. 10). 



(135) 

PREMIERE P ARTIE. 
LES VOYAGES ESPAGNOLS D' AMEBIC VESPUGE. 

SECTION PREMIERE 

Expose de la question. 

I. 

Une controverse prolonged avait occupe les erudits 
sur les titres respectifs de Christophe Colomb et 
d'Am6ric Vespuce aux honneurs de la decouverte de 
ce Nouveau Monde ou le genie du premier conduisit 
prophetiquement les caravelles castillanes, mais sur 
lequel, par un caprice de la renommee, s'est empreint 
a toujoursle nom da second. Genes et Florence, parries 
rivales de ces deux hommes, peuvent se disputer la 
gloired' avoir produit en l'un d'eux celui qui a r^vele a 
l'Univers 1' existence du continent jusqu'alors inconnu ; 
le Portugal, qui n' avait pas su accueillir les offres de 
Colomb, et qui plus tard rechercha les services de 
Vespuce, peut aussi tenter de d6guiser a ses propres 
yeux son ancienne faute en graiidissant Aineric aux 
depens de son devancier ; et l'enfant bresiiibn du Por- 
tugal est excusable, ace point de vue, de ses tendances 
specialement americauies (1). Mais dans 1' appreciation 
relative des merites des deux navigateurs, l'Espagne 

(1) Vihnhagen, Vespuce et son premier voyage, n° 3. 



( fafl ) 

qui les eut tousles deux a son service, pt pourlaquelle 
ils firent l'un et 1' autre les decouvertes gne Ton a ose 
niettre en balance, l'Espajgps est le meilleur jugc de la 
querelle; et la France, 1' Angleterre, l'Vllemagne, d6s- 
interesse.es de leur cote dans la question, sont dansdes 
conditions d' impartiality qui doivent donner autorite a 
leur verdict. 

L! expression la plus complete de ce verdict, e'est le 
beau livre d' Alexandre de Humboldt sur l'histoire de 
la geographic du ftouveau Continent ; et il semble que 
mdle solution dill'erente de celle qui y est donnee en 
termes formels, apres un examen magistral, sur les 
premiers voyages de Vespuce, ne saurait se produire 
aujourd' lmi sans une discussion approfondie des motifs 
developpes |)ar i'il lustre savant au soutien des conclu- 
sions qu'il a formulees. 

Le nouveau critique ne s'est point assujetti a ce 
difficile labeur : il s'est borne a exposer, avec une serie 
d'arguments plus ou moins concluanls, qu'il a decores 
du nom de preui'es, les theories (lorentines de Canovai 
et de Bartolozzi, habilement relives entre elles, et in- 
genieusement cornplete.es par des rapprochements d'une 
merveilleuse desinvolture. Voici comment elles se re- 
sument, en quelques mots. 

Vespuce a fait, au compte de l'Espagne , deux 
voyages : du premier il existe un seul recit, consigne 
dans une lettre ecrite de Lisbonne le lx septembrel50/| 
a Soderini. Du second voyage, il existe deux r6cits 
difficilement conciliables, l'un comprisaussi, commele 
precedent, dans la lettre a Soderini ; l'autre remplis- 
sant tout entiere une lettre ecrite de Seville leSjuillet 



( 137 ) 

1500 a Medicis (1). La lettre a Soderini a ete publiee 
du vivant de l'auteur ; la lettre a Medicis a ete raise au 
jour seulement en 1745 par Bandini : celle-ci a done 
moins d'autorite, sa divergence la rend suspecte, eten 
definitive il y a lieu de la rejeter (2). 

La lettre a Soderini, ainsi declaree seule -\alable, 
rapporte les deux voyages espagnols de Vespuce a des 
dates bien determinees, savoir : le premier, du 10 mai 
1497 au 18 octobre 1498; le second, du 10 mai 1499 
au 8 septembre 1500. 

Dans le pretnier, Vespuce, parti d'Espagne le lOmai 
1497, a navigue l'espace de mille lieues dans la direc- 
tion de l'ouest-sud-ouest, et s'est trouve, apres 37 jours 
de traversee, a la hauteur de 16° de latitude septen- 
trionale, par une longitude de 75° a l'ouest des Cana- 
ries, par consequent dans le golle de Honduras (3); de 
la, il a suivi au nord-ouest la cote du Yucatan pen- 
dant deux jours (4) ; puis il s'est avance jusqu'a un 
port presentant un aspect qui rappelait Venise, et au 
voisinage duquel on remarqua des iguanes : e'etait pro- 
bablement la Vera-Cruz (5) ; a 80 lieues de la il attei- 
gnait un autre port sous le tropique du Cancer, vrai- 

(1) Cette lettre estdounde par Bandini et Canovai sous la date du 
18 juillct ; mais le nianusciit de 1'abbe Fiacchi, d6clar6 plus correct 
par Napione [Eaamc critico, p. 27), olTre le quantieme du 8 juillet, ce 
qui vient fournir un exemple de plus de la surabondance tautive du 
chiffre 1 initial en divers nouibres transcrits des lettres de Vespuce. 

(2) Vaiinuagen, Examen, etc., n" 16, uote 1. 

(3) Idem, Vespuce et son premier voyage, u° 8. 

(4) Idem, Vespuce, n° 9. 

(5) Idem, Vespuce, u° 10. 



( 138 ) 

semblablement Tampico (I), dans tine province dont 
le nom, 6crit Lariab dans l'ancienne edition italienne, 
doit suivant toute apparence se lire Cariah .(2), deno- 
mination donnee aussi parun voyage connu, de Solis et 
Pin con. 

De ce port, Vespuce a fait encore vers le nord 
870 lieues; il est croyable qu'ilaremonte le Mississipi 
jusqu'a 150 lieues de rcmboiichure, et qu'il arriva a la 
fin d'avril lZiOSalapointedela Floride (3) ; il dut en- 
suite naviguer dans le canal de Bahama, et longer les 
coles des Etats Unis pendant plus de 30jours, ponr aller 
se radonber dans un portdugolfe de Saint-Laurent, au 
mois de juin (A); enfin, apres 37 jours de relache, ilva 
en 7 jours vers l'est-nord-est a l'ile Iti, probablefheiit 
Matha Itik ou Uataga Itik pres du cap Whittle, non loin 
du detroit de Belle-Isle (5), par leqnel il regagne 
1'Ocean pour revenir ancrer a Cadix en octobre J A98. 

Un voyage accompli a de telles dates et dans de tels 
parages, n'a pu avoir aucun rapport avec celni dans 
lequel Vespuce accompagnait Hojeda (6) : c'est done 
le second voyage de Vespuce qui doit coi'neider avec 
celui-ci; et les dates, en eflet, concordent parfaitement, 
aussi bien que les lieux visited, et meme certains faits 
determines du voyage (7) : on a de part et d' autre 

(1) Varnhages, Vespuce, n° 12. 
(2j Idem, Vespuce, n° 1 1. 

(3) Idem, Vespuce, n° 12. 

(4) Idem, Vespuce, n° 13. 

(5) Idem, Vespuce, a° 14. 

(6) Varnuagen, Examen, etc., u« 20. 

(7) Idem, Examen, a 22. 



( 130 ) 

6nonc6 la date de 1499; de part et d' autre on a suivi 
la cote vers le hord, et Ton a nomrne, ou designe d'une 
maniere recorfnaissable, File de la Marguerite et celle 
des Geants; de part et d' autre on a rencontre des 
perles; de part et d' autre, enfin, Ton est venu aboutir a 
Haiti. 

II est vrai qu'il y a de notables differences entre le 
r£cit de Vespuce et ce qu'on saitdu voyage deHojeda, 
quant a la route snivie, au point d'atterrage, al'6tendue 
des cotes parcourues, a l'6poque et aux circonstances 
duretour(l); maisces discordances viennent, enpartie 
du fait de Hojeda dont le temoignage aura et6 volon- 
tairement affect6 de reticences calculees (2) , en partie 
de la separation qui aura eu lieu entre Hojeda et Ves- 
puce avant le retour (3). 

Voila le systeme adopte par M. de Varnhagen sur les 
deux voyages tant contro verse's d'Anieric Vespuce au 
compte de l'Espagne : nous somnies ainsi renvoy6s 
bien loin, comuie on voit, de la solution que nous nous 
etions habitues a considerer comme si judicieuse et 
comme le dernier mot de 1' Erudition moderne sur cette 
question, r£sum6e de si baut par Alexandre de Hum- 
boldt en un rapprochement fundamental du premier 
voyage de Vespuce avec le premier voyage de Hojeda, 
et du second voyage de Vespuce avec le premier voyage 
de Pin con, ou peut-etre avec le voyage presque iden- 
tique de Lepe. 

Quelle vive lumiere s'est done faite ? Quels arguments 

(1) Varnhagen, Examen, n° 23. 

(2) Idem, Examen, n° 25. 

(3) Idem, Examen, n° 32. 



( 140 ) 

decisils out ete produits qui aient ainsi renverse de 
fond en comble twites |es objections radicales, jusqu'a, 
ce join- admises con t re l'autorit6 absoluc des recits de 
Vespuce? Nous le cberclions en vain. 
Examinons de plus pies. 



11. 



Les lettres de Vespuce a son patron l'opulent ambas- 
sadcur florentiii a la cour de France Laurent Ills de 
Pierre-Francois de Medicis, et apres la mort de celui-ci 
a son ancien condisciple le gonfalonier perpetuel de la 
Ilepublique Pierre Soderini, ont ete publiees a des dates 
fort diverses (1). Deux seulement furent imprimees du 
vivant de l'auteur. D'abord, l'une de celles a Medicis, 
dont 1' original italien n'a point encore 6t6 retrouve, et 
qui est relative au premier voyage portugais, parut en 
latin a Paris, des 1503 a ce qu'on suppose (2); elle 
n'oifre d' autre interet'dans la question actuelle que la 
mention des deux voyages espagnols anterieurs. Puis. 
en 1507, parut a Saint-Die, sousune adresse erron6e au 
roi desherite de Sicile et de Jerusalem llene Ild'Anjou 
due de Lorraine et de Bar, la traduction lutine, faite 
sur une traduction francaise, de la lettre a Soderini (3) , 
dont l'original italien existe aussi dans une ancienne 
edition sans date, a l'egard de laquelleil est malaise' de 

(1) Voir nos Considerations gc'ographirjues .w<r VHistoirc du Brcsil, 
Appendice, uole H, pp. 105 4 173. 

(2) Ibidem, p. Ki7, n» IV. 

(3) Ibidem, p. 172, n" V. 



( 141 ) 

decider si elle est ant6rieure ou posterieure a celle de 
Saint-Die" (1); les deux voyages espagnols, comme nous 
l'avons deja rapped, forment le sujet de la premiere 
moitie de cette longue lettre. 

Que, du vivant de Vespuce, il en fut, on non, par- 
venu quelque exemplaire en Espagne, il y a lieu de 
penserqu'elle fut, des lors, considered comme apocryphe 
ou comme tres inexactement imprim6e , par ceux qui 
honoraient de leur estime le cosmographe florentin et 
qui savaient a quoi s'en tenir sur la virile - des faits (2); 
mais elle deviut l'objet d'une appreciation tres severe 
des que Ton put soupconner que c'etait bien, dans tout 
son contexte, l'ceuvre reelle de Vespuce : M. de Varn- 
hagen, qui se borne a faire remonter a Herrera (3) 
1' opinion qui accusait et fletrissait Am6ric a raison des 
dates attributes dans cette relation a ses deux voyages 
espagnols, aurait trouv6 dans l'Histoire generate des 
Indes, de Las Casas, dont il est sans doute a portee de 

(1) Nolizia di una antica edizione ilaliana dei qualtro viaggi di 
Amerigo Vespucci, dans Napione, Del primo scopritore del continents 
del Nuovo Moudo, e dei pin antichi storici che ne scrissero, Florence 
1809, in 8"; pp. 107 a 115. — Voiraussi le meine Nahone, Fsame 
critico del primo viaggio di Amerigo Vespucci al Nuovo Hondo, Florence 
1811, in-8°; pp. 22, 23. 

(2) C'est aussi 1'opinion eiprimee dans le recent oiivragc de M. Oscar 
PiiscHEi. , Geschichte des Zeitallers der Entdeckungen, Stuttgart et 
Augsbourg 1858, in-8"; p. 109 : « Galtenin Spanien zu Lebzeilen und 
» kurz uach detn Tode des Amerigo seine beiden ersteu Reisesehil- 
» derungen, wenigstens iuBezug auf ihre Chronologie als apokryph, so 
« hat etwa 40Jahre nach Vespucci"s Tod zuerst Las Casas ihm absicht- 
» licher Falschung geziehen ». 

(3) Yarnhagen, Vespuce el son premier voyage, n° 6. 



( 1A2 ) 

consulter le manuscrit (1), et en tout cas (Inns les cita- 
tions qu'en a fades Alexandre de Humboldt dans la 
docte introduction qu'il a jointe en 1853 au memoire 
du docteur Gbillanv sur .Martin Bebaim (2), la preuve 
de ['indignation soulevee chez le vieil ami de Colouib 
par l'idee d'une fraude intentionnelle de la part du 
Florentin. 

t( J'ai fait d'abord mon possibles, dit Las Casas, 
« pour revoquer en doute qu'Americ ait volontairement 
» commis cette negation tacite de la priorite de l'Amiral 
» en cette decouverte, afin de se l'attribuer exclusive- 
» ment a lui-meme : c'est que je n'avais pas suflisam- 
» ment examine ce que depuis j'ai rccueilli des propres 
» ecrits d'Americ, et d'autres documents de ce temps 
» que je possMe ou que j'ai rencontres. Maintenant, 

(t) Navarrete, Yiagesy Desc\ibrimientos, tome I, p. Ixxj : «Detodas 
» las obras que dejo escritas rste prelado religioso, uinguna liay mas 
)> iinportantc que la Historia general de las Indies en tres volumenes, 
» que alcanzau hasta el a"o 1520, y se conservau originates manu- 
» scritos, los dos primcros eu la real Academia de la Historia, y el 
x tercero en la Bibliotheca real ». — M. Henri Tcrnaux-Compaus en 
posse'dait il y a viugt aus une eopie qui parait avoir passe' depuis long- 
temps a la Bibliotbeque royale de Berlin. — L'Academic de I'Histoire, 
a Madrid, eu projette la publication dans la belle collection qu'clle a 
eutreprise des bistoriens primitifs inediis du Nouveau Monde, dout il 
a paru quatre volumes dans le format grand in 4" de raisin, conlc- 
nant I'Histoire generale et naturelle des hides, d'OvitDo, editee par 
D. Jos6 Amador de i.os Rios. 

(2) Humboldt, Ueber die altesten Karten des Neuen Continent und den 
Namen Amerika, 12 pages, dans F. W. Gbillanv, Geschichte des 
Seefahrers Ritter Martin Behaim,nach dem'a testen vorhandenen I'rkun- 
den bearbeitet, Nuremberg 1853, grand iu-4° de colombier, a\ec 
5 carles; pp. 6, 7. 






( 143 ) 
» je dis qu'il yaeu de la part d'AmGric mensonge et 
» action mauvaise dans cetessaid' usurper contre toute 
» justice l'honneur dii a l'Amiral, trompant ainsi le 
» monde an dehors de l'Espagne, ou faute de gens qui 
» connussent la verity des choses, il n'yavait personne 
» pour le contredire et le redresser. Je ne concois pas 
» que' Ferdinand Colomb, qui a ma connaissance per- 
» sonnelle possede sa relation, n'ait pas ete" frappe du 
)) vol ainsi fait a son illustre pere par Americ Vespuce (1). > 
L'historien officiel des Indes occidentales, Herrera, 
partagea l'indignation de Las Casas, et Ion gtempsl' ap- 
preciation d'un ecrivain d'une telle autorite a ete con- 
sidGrGe comme decisive (2). Cependant Florence tenta 

(1) Las Casas, Hisloria general de las Indias, lib. I, cap. 164 : 
« En el capitulo 140 del libro I, trabage' de pouer por dudoso si el 
» Amerigo avia de industria negado lacitamente este descubrimieuto 
» primero aver sido hecbo por el Almirante, y aplicado ;i si solo, por- 
» que no avia mi.rado lo que despues eolegi de los niismos escritos 
» de'l AmeVigo con otras escripturas que de aquellos tienipos tengo y 
» he hallado. Por lo qual digo aver sido grand falsedad y maldad la 
■» de Ame'rigo queriendo usurpar contra justicia el honor devido al 
» Almiranle, y la prueva desia falsedad por esta manera y por el 

» inismo Amerigo quedara clariQcada engaiiando al raundo, corao 

» escrivia en latin y al rey Renato de N.ipoles y para fuera de Espafia, 
» y no avia, cubiertos los que enlouces esto sabian, quieu lo resistiese 
» y declarase. Marayillo me yo de D. Heruando Colon, hijo del mismo 
» Almirante, que sieudo persona de muy bueu iugenio y prudencia, y 
» teniendo en su poder las mismas navegacioues de Amerigo como lo 
» se" yo, no advirtio en este hurtoy usurpacion que Amerigo Vespucio 
» hizo ;i su muy ilustre padre ». — Voir Humboldt, ubi swpra, p. 7. 

(2) Hehrkua, histuriographe royal de Castille, et grand historiographe 
(cronista mayor) des Indes, a puise' son Histoire aux sources les plus 
autheutiques, el sonjugemeut a 6te suiviou coutirme^ parCbarlevoij, 
Robertsou, Tiraboschi, Muiioz, Navarrete, Washington-Irving. 



( 144 ) 

line reaction : Bandini, Canovai, Bartolozzi (1), pr6- 
sentercnt Vespuce oemme 1<' v6ridique, Je loyal, le glo- 
rieux eaiule de Colomb, et ne voulurent admettre aucune 
possibility non-sculement de fraude , mais inenie d'er- 
reur dans ses recits. L' esprit conciliant du genois Na- 
pione (2) essaya de montrer que, tout en reconnaissant 
dans les textes et les editions diverses qui nous sont 
parvenus de Vespuce, des discordances evidentes, des 
assertions dementies par les faits, et des incertitudes 
sur les chitfresde dates et de positions, il n'en resultait 
pas necessairement contre le navigateur florentin une 

(1) Bandini, Vita e leltere di Amerigo Vespucci, Florence 174'i, in-4°. 

— Canovai, Elogio d' America Vespucci con una disscrtazione 

giustificaliva di questo ce'ebre navigator e, Florence 1788, in-S°; reim- 
primd en 1798, etde nouveau, revu et modified, dans le volume public 
apres la mort de I'auteur sous le litre de Viaggi d'Amerigo Vespucci, 
Florence 1817, in-S°. — Bartolozzi, liiccrche istorico-critiche circa 
alle scoperte a" Amerigo Vespucci, con Vaggiunta di una relazione del 
medesimo fin ora inedita, Florence 1789, iu-8°. 

(2) Napione, Dellapalria di Cristoforo Colombo, Florence 1 808, in-8". 
Ge volume, publie par les soins du senateur et ancien ministre, le 
chevalier Clement- Oamien de Priocca, contient de nombreuses addi- 
tions, dues pour la plupart an noble edileur : a la suite de la Disser- 
tation initiate viennent deux lettres de Napione a celui ci .Sit la sco- 
perta del Nuovo Mundo, dont la deuxieme est spccialement consarree 
a I'examen de la relation de Vespuce; on y lit, p. 157 : « Essendo 
» sbagliale le date, non snrebbe cosa da fame meraviglia che senza 
» colpa del Vespucci fosse intervenuto quello che dice I'F.rrera, die 
» in quelle Kelazioni si sieno confusi uu viaggio di csso Vespucci coll' 
» altro, trasportando da questo a quello i fatti, » etc. — Napione a 
encore public* ulK'rieurenient deux autres errits sur le memc sujet ; 
d'abord son « ragionamento » Del primo scopritore del continente del 
Nuovo Mondo oil I'on trouve, p. 7 : << Io avrei desideralo di poter 
» quiudi trattar quello della difessa del Vespucci, dalla taccia dim- 



( 145 ) 

accusation de faussete intentionnelle, toute la fante en 
pouvant etre rejetee sur des erreurs de copie, de tra- 
duction, et d' impression, grossies et multipliers par le 
grand nombre de mains inhabiles ou inattentives qui 
y ont touche. 

Alexandre de Humboldt a fait davantage : adoptant 
le point de vue bienvcillant de Napione , il a cherche 
a faire rentrer pratiquement les recits de Vespuce,tout 
alteres ou imparfaits qu'ils sont , dans le cercle des 
applications reelles ; avec une speciality d' erudition, 
une habilete de critique, une suret6 de tact, que le 
monde est habitue" des longtemps a admirer en lui, 
1' eminent 6crivain, saisissant les traits caracteristiques 
de chacun des voyages du Florentin, leur a rendu une 
valeur certaine en les montrant conciliables avec les 
faits, mieux assures, des navigations espagnoles, aux- 
quelles il faut indispensablement les rattacher, sous 
peine de les laisser Hotter a toujours dans les vagues 
incertitudes de la fantaisie. Fortifiant de son adhesion 
motivee 1' assertion enonc6e de science certaine par 
Las Casas, etrep6t6e de conviction acquise parHerrera, 
il a constate l'identite du premier voyage de Vespuce 
avec celui de Hojeda ; et il a mis en parallele, avec un 

» postore », etc.; et p. 63 : « senzacolpa nessuna, ne pretesa, o 

» nializioso disegno per parte di Americo Vespucci » ; puis son Esame 
critico del primo viaggio di Americo Vespucci, ou I'on trouvc re'pdt^ 
(pp. 30, 31) :«.... e lutto questo seuza colpa uessuna di Americo 
uVespucci », etc. — On ne peut s'expliquer comment un homme dont 
les Cents sont empreints de la moderation qui Cut Pun des traits do- 
minauts de son caractere, a pu etre appeld ()'espuce, n» 8. notel) le 
passionnc Napione !... 

XVI. SEPTEMBRE ET OCTOBRE. 2. 10 



( 1/i6 ) 

egal bonlieur, le second voyage avec celui de Pincon 
on de Lepe (1). 

SECTION DECXIEME. 

Le premier voyage d'Americ Vespnee. 

ARTICLE PREMIER. 
Discussion de la date assignee a ce voyage- 

III. 

Pans tonte eontroverse, la verity d'un fait repose sur 
deux ordres d' arguments ; les uns destines a raffirrna- 
tion directe do fait nienie, les autres a la negation 
ab^olue des faits contraires. 

Entre les diverses impossibilites accumulees contre 
la date de 1L97 pour le premier voyage de Vespuce, il 
en est une que Humboldt (2) avait saisie dans les anno- 
tations de Munoz recueillies par Navarrete (3), et qu'il 
avait mise particulierement en relief comme radicale, 
a savoir : que Vespuce, prenant, a lamort du banquier 
florentin Juanoto Berardi, en d£cembre 1/|95, la suite 
de ses entreprises d'armement pour le compte du gou- 
vernement espagnol , et signant en consequence le 
12 janvier 1496 un recepiss6 de sommes a lui comptees 
par le tr6sorier Pinelo, continua de donner ses soins a 
cette operation jusqu'a l'expedition definitive de la 

(1) Humboldt, Geographic du Nouveau Continent, Ionic IV, pp. 192 
i 215, ct284 i 316; tome V, pp. 201 h 213. 

(2) Humboldt, Geographic du Nouveau Continent, tome IV, pp. 2C7, 
268: tome V, pp. 180, 181. — Idem, Aeltesle Karten,\). 8. — Peschel, 
leitalter der Entdcckungen, p. 408. 

(3) Navarrete, Viagesy Descubrimientos, tome III, p. 317. 



( 147 ) 
flotte sur laquelle Colomb partit de San Lucar le 
30 mai 1498. 

Un alibi aussi complet demontrerait irrefragablement 
a lui seul la faussete de la date attribuee an premier 
voyage de Vespuce dans les editions vulgates de la 
lettre a Soderini. Mais M. de Varnhagen (1), qui n'a 
point trouve dans l'enonciation de Navarrete une spe- 
cification aussi nette de la flotte a laquelle Americ avait 
consacre ses soins jusqu'au moment ou elle partit de 
San Liicar, objecte, avec une apparente raison, qu'il 
s'agissait probablement de navires autres que ceux de 
Colomb. II fait remarquer. en effet, que Berardi s'etait 
engage par un acte du 9 avril 1495 a fournir au gou- 
vernement espagnol douze navires en trois termes suc- 
cessifs ; que Vespuce, successeur de Berardi dans cet 
engagement, avait du suivre Tarmement de quatre 
navires correlatifs a l'un de ces termes; et que tres 
probablement ces quatre navires etaient ceux-la memes 
sur lesquels Americ serait parti de Cadix en 1497 pour 
le voyage tant conteste. 

L' objection est tres ingenieuse, mais n'est pas sans 
replique. Et d'abord, le voisinage de San Lucar et Cadix 
n'autorise pas entierement l'explication de In flotte partie 
de San Lucar par quatre navires partis de Cadix. Une 
verification directe, soit du registre ineme des depenses 
d'armement pour les Indes, signale par Navarrete (2) , 



(1) Varnhagen, Vespuce, n° 17. 

(2) « Libro 2° de los gastos de las Armadas de las Indias que existe 
» en la Contratacion de Sevilla, de doade lo cxtracto Munoz » (Navar- 
bete, ubi supra) . 



( 148) 

soit seuleraent des extraits qu'en a fait? Munoz ct qui 
sont a portee des investigations tie M. de Varnhagen, 
resoudrait peut-etre delmitiveinent la question; mais 
lcs elements de discussion dont nous sommes quant a 
present forces de nous contenter, ne permettent pas de 
conclusion aussi categorique. Berardi, nous le savons, 
s'etait oblige (1) a lburnir Irs quatre premiers navires 
des avril J Zi95 ; il y eut des retards, les navires n'etaient 
pas Hvr6s encore le 2 juin (2), et ils ne partirent enfin 
qu'au mois d"aoutsous les ordres de .lean Aguado (3). 
Le second convoi de quatre navires que la stipulation 
primitive declarait exigibles en juin (4), n'elait pas 
encore pret en novembre, et ils ne purent mettre a la 
voile qu'en Janvier 149(5, alors que Yespuce venait de 
prendre la suite des affaires de Berardi decede au mois 



(1) n E que Jo los dichos doce nnvios haya de dar 6 de los cualro 
» dellos aparejados para los poder cargar en ludo estc mes de abril 
» deste afio de noventa y cinco anos » (Asiento con Juanoto Berardi, 
du 9 avril 1495, dans NAVARttETE, tome II, p. 160). 

(2) Carta de los Reyes d Juanoto Berardi, du 2 juin 1495, dans 
Navarhkte, tome II, p. 178. 

(3) Nayarretk, tome II, p. 169 : Lcllre royale du 12 avril 1495: 
(i Acordamos que Juan Aguado nuestro repostero de capilla haya de 
» ir por eapitau de las cuatro carabelas que mandamus ir a las dicbas 
t Indias ». — Voir aussi, ibidem, la cedule royale a Berardi, du inline 
j our , — MuSoz, Historia del Nueio Mundo, Madrid 1793,in-4°; lib. V, 
n° 35, p. 244 : « Partio enGu Aguado por agoslo, ton cuatro cara- 
* belas », etc. 

(4) c Item: que en lo que toca a los otros ocho nau'os, los haya 
» de dar, los cuatro dellos en tin del mes de junio deste dicho afio, 6 
» deutro de otros quince dias que fuere rcqucrido » (Asiento con Be- 
rardi, du y avril, nbi supra). 



( lao ) 

de decembre precedent: on sait qn'une tempete surprit 
ces quatre caravelles a la sortie du port, et les jeta a 
la cote, une pres de Roda, deux pres de Gadix, et 1' autre 
pres de Tarifa (1) . 

Jusque-la nous sommes assez bien informes de la 
marche des armements concedes a la maison Berardi 
et continues par Vespuce ; mais depuis ce moment nous 
n'avons plus a notre disposition des donnees aussi 
explicites, et en attendant les lumieres nouvelles que 
nous aimons a esperer des investigations ulterieures de 
notre actif et docte confrere, force nous est de raisonner 
sur de simples probabilites ; et nous nous trouvons 
ainsi transports au milieu des difficultes d'une situation 
embarrassee, le gouvernement etant presse d'envoyer 
au ravitaillementde la colonie naissante (2) , et Vespuce 
qui devait fournir les navires ayant a pourvoir a la Ibis 
au radoub des quatre caravelles 6cbouees et a l'arme- 
ment des quatre autres que la stipulation primitive 
rendait exigibles depuis plusieurs mois (3). 

On satisfit aux premieres exigences de la situation 
en affretant trois autres navires qui furent mis sous le 
commandement de PieiTe-Alphonse Nino (Z») , et qui 

(1) Navarrete, tome III, p. 317. 

(2) « Segun la necesidad tionen los que estaa eu las Indias si luego 
» no son provcidos de mantenimientos, podr;i haber mucho inconve- 
» niente» {Lettre a Berardi, du 2juin 1495, dans Navarrete, tome II, 
p. 178). 

(3) « E los otros cuatro navios en el fin del mes de setiembre de 
» dicho a no, 6 deutro de otros quince dias que fuere requerido » 
(Asienlo du 9 avril, ubi supra). 

(4) MuSoz, lib VI, n" 1, p. 252 : « A la sazon estaban en la bahia 
)> tres caiabclas a punto de salir para la Espafiola con socorro de gente 



( 150 ) 

etaiont a la veille de lour depart quand Colomb rovo- 
iniii de son deuxieme voyage arriva lui-memea Cadi* 
le lljuin LA96. Presque aussitdl furenl proposes et 
agrees les dispositions a preDdre pour le troisiome 
voyage de 1' Imiral, el il I'm convenu que hint navires 
hii seraienl fbnrnis pour cette destination I) : n'est-U 
pas nature] de penser que ce forent les huil navires 
dont I'armemenl occupail alorsVespuce? el pourrait-on 
admettre que celui-ci se Cut trouvfi a portee de livrer 
en mai 1497 ses quatre derniers navires a un comman- 
dant reste 1 inconnu, sous les ofdres duquel il aurait ete 
autorise a s'ecabarquer lui-meme?et tout cela pendant 
que les d6penses pour les guerresde France et d'ltalie, 
et pour le double manage des Infants, detournaient (2) 

» y vituallas. Partieron el 17 de junio (1496) al mando de Per 
» Alonso Nino, piloto de la capitana ». 

(1) Fern. Colombo, Vilaefalli delC Ammiraglio, capLXim, p. 300 : 
« Poscia duuque rhe I'Aniroiraglio hebbe loro falta relatione. . voleva 
» tosto dar la volta ». — Herrbra, &6c. 1, lib. in. cap, ij ; p. 83 : 

« Propouia el Almirunte de descubrir muchaS proviueias y tierra 

il Br me Pidio ochO n.ivios, » etc. — W. Irvihg, Vie de Colomb, 

Paris t83f>, in-S°; li\. IX, chap, in : tome II, pp. 281, 282. 

(2) BtRNALDKz, Bisloria delosreyescatolicos.c&p. 131, dansNxvAR- 
rete, tome I. p. 1 -v x i i j : n K estmo desta vez el Almiranteen la cortc, 
» e en t'asiillae on Aragon, mas de nn a no, que con las guerras de 
» Pranria no lo podian despachar: 6 despues lioho licencia e flota 6 
» desparbo de Sus Altozas ». — Hkrhkra, ul>i supra, p. 84 : « Se 
» niandaron librar al Almirante seys cuentost 1135 000 fr.);et cap. ii, 
p. 97 : >• Comoesta^an lihrados los seys ruentos para el drspacho del 
» Almirante, gaataronse en olra cosa ». — Mijnoz, lib. VI, n" 3, 
» p. 25(5. — W. Irving, ubisupra, pp. 282 a 283. — Prescott, Fer- 
dinand and Isabella. I.oudrcs 1 854, in-18; part. II, chap, vm : 
tome 11. p. 122. 



( 161 ) 

les ressourcesdu tresor royal cle leur afl'ectation expresse 
au voyage de FAmiral ! II semble plus raisonnable de 
croire que L'argent qu'on ne pouvait consacrer a ['ex- 
pedition de Colomb n'aura pas davantage 6t6 employe 
a expedier le commandant encore ignore qui aurait pris 
a son bord l'armateur florentin : comme Colomb, Yes- 
puce aura attendu que les finances royales fussent en 
inesure de solder les depenses de l'armement, et il aura 
ainsi continue d'y donner ses soins jusqu'a ce qu'en 
definitive deux navires d'abord mis sous les ordres de 
Pierre Fernandez Coronel (1) , puis les six autres 
gardes sous le commandement direct de l'Amiral (2), 
fussent partis enfin de San-Lucar le 30 mai \ ZI98. 

Ainsi, dans l'6tat actuel de nos informations sur ce 
point, nous demeurons persuades, jusqu'a meilleur avis, 
que 1' interpretation clonnee par Alexandre de Hum- 
boldt aux indications de Navarre te sur les navires armes 
par les soins de Vespuce, est la plus rationnelle et doit 
etre maintenue taut qu'elle ne sera pas contredite par 
des documents precis. 

Un autre argument connexe a celui qui vient d'etre 

(1) Fern. Colombo, cap. lxiiii, p. 300 : « due navigli che furono 

» mandati inauzi cou soccorso; de' qualt era capitano un PietroFernan- 
w dez Coronel. Questipartirononel mese di Febrajo dell' anno 1498l 

(2) Anghiera (De rebus Oceanicis, dec. I, lib. vi, p. 69) ne distingue 
pas eutre le depart anticipe' de Coronel avec deux navires, et celui de 
Colomb avec les six autres : « Ex oppido Barrameda, Baetis ostio, a 
» Gadibus parum distanti, cum octo navibus onustis terlio Ualendas 
» junii (30 mai) anni octavi et uonagesimi Colonus dat vela ». — 
Fern. Colombo, cap. lxv, p. 302 : « a' 30 di maggio dell' anno 1498 
d fece vela cou sei navigli ». 



( 152 ) 

expose, et qui milite aussi avec une grande force contre 
la possibility d'uo voyage d'Americ Vespuce en 1/197, 
e'est la presence en Espagne, acette epoque, de Chris- 
tophe Colomb en pleinejouissance des privileges d'Ami- 
ral des lodes, expressement renouveles et sanction- 
nes (1) par des actes iteratifs de la i'aveur royale, 
en date du 23 avril 1497 : comment un voyage de 
decouvertes aurait-il jm etre entrepris alors, aquelques 
jours seulementde distance, en violation directe de ces 
memes privileges!... 

On objecte (2) que le 10 avril 149fi avait ete pro- 
mulguee une autorisation generale do faire, sous cer- 
taines conditions, des armements particuliers pour les 
lodes (3), et que cot acte ne fiit revoque" (/i) for- 
mellement que le 2 juin l/i97 apres le depart suppose 
de Vespuce. On pourrait meme alleguer des t£moi- 
gnages historiques qui vieodraieot ajouter, a la valeur 
incertaine d'une simple licence generale pour des expe- 
ditions evenUielles, l'autorite plus concluante d'une 
constatation e.xplicite d'expeditions, effectives : Des le 
11 juin 1495 Anghiera (5) mandait de Saragosse au 

(1) Confirmation de las mercedes y privilegios conccdidos al Almi- 
rante D. Cristobal Colon, du 23 avril 149V, dans Navarrete, tome II, 
pp. 191 a 196. 

(2) Varnhagen, Vespuce, u° 1G. 

(3 Heal provision tocante a los que deseaban ir a descubir nuevas 

tierras, du 10 avril 1495, dans Navarrete, tome II, pp. 165 a 168. 

(4) Provision real para que so guarden al Almiranle sus privilegios 
y mercedes, du 2 juin 1197, dans Navarrete, tome II, pp. 201, 202. 

(5) Opus epistolarum Petri Martyris, Amsterdam 1670, in-folio, 
p. 90 : Ep. clx, Bernardino Caravajalo cardinali : « Diversi Davium 
i) ductores ad divcrsa alterius hemisphsrii littora missisuut. Qua; re- 



( 153 ) 

cardinal Caravajal « que divers capitaines de navires 
avaient ete envoyes en divers parages de 1' autre he- 
misphere, et qu'il lui ferait connaitre a leur retourles 
nouvelles qu'ils rapporteraient » ; plus tard Andre Ber- 
naldez, le cure de Los Palacios, en son Histoire ties 
rots Catholiques (1), racontant le sejour de Colomb 
en Espagne pendant les preparatifs de son troisieme 
voyage, ajoute que « tandis qu'il etait encore a la cour, 
il se negocia, concerta, et accorda, a plusieurs autres 
capitaines qui en faisaient la demande, des licences 
pour aller a la decouverte, qu'ils y allerent en effet, et 
qu'ils decouvrirent diverses lies. » 

Corroboree par de tels temoignages, 1' objection peut 
paraitre formidable, et cependant elle n'est encore que 
specieuse. D'abord les navires mentionnes par Anghiera 
sont hors de cause puisqu'il s'agit, a leur egard, d'une 
date anterieure de deux annees au depart pretendu de 
Vespuce en 1/|97; et les licences enoncees dans Ber- 
naldez out leur application naturelle aux expeditions 
bien eonnues de Hojeda, de Guerra, de Pincon, de Lepe, 
qui suivirent celle de l'Ainiral, comme leurs licences 
avaient suivi les d6peches royales delivrees a celui-ci. 
Et quant a la licence generate du 10 avril 1ZI95, il est 
a observer que cette faculte eventuelle fut concedee au 
moment oil, sans nouvelles de Colomb, on agissait 

» portabunt, per me si vixero intelliges Ex Caesaraugusla in idus 

» junii (U95)«. 

(1) Beiinaldez, ut supra, daus Navarrete, tome I, p. lxviij : « E es- 
» tando £1 (el Almirante) en la corte, se negocio e concerto 6 se dio 
» licencia a. otros muclios capitanes que lo procuraron, para ir ;i des- 
i) cubrir; e fueron e descubrieron diversas islas ». 



( 154 ) 

ouvertement en provision du cas oil il anralt pen en 

mer (1), et quelle pourrait bien etre rested une lettre 
morte des I'arrivee des nouvelles de 1' \iniral apportees 
quelques jours apres par Antoine de Torres (2). En 
tout cas. an retour de V Amiral hii-meme en juin 1A96, 
l'accueil qu'il recnl de La Cour (3) semble garantir 
qu'il n'aurait desormais ete accorde &' exequatur a au- 
cune expedition privee, pendant tout le temps au moins 
on Antoine de Torres, ami de Colomb, denieura charge 
de la direction des affaires des Indes (4), que Fonseca 



(1) Ctfdule du 9 avril 1495, dans Navarrete, tonic It, p. 1G2 : « Te- 
» miendo que algo ha D os dispuesto del Almirantc de las Indias, 
» pues que ha laulo liempo que del uo sahemos, teuemos acordado de 
» enviar alia al comendadur Diego Carrillo », etc. — Voir aussi 
Peschel, Zeitallerder Entdeckungen, pp. 2GS, 269. 

(2 Bien qu'Auioine de Torres ncut pas encore remis ses leltres le 
16 avril (Navarrete, tome II p. 173), a la nouvelle de son arrived 
parveuue a la cour le 12, on s'eHait hAte, par nne cddule royale du 13, 
de sauvegarder les droits utiles de I'Amiral sur toutes les expeditions 
(Ibidem, p. 168) ; et le 5 mai [Ibidem, p. 170) Fonseca recevait I'ordrc 
d'ecrire a I'Amiral de rnaniere A dissiper tous les images survenus 
entre eux, et de tout faire pour le conteuter. — Prescott {Ferdinand 
and Isabella, pirt. It, chap, ix; tome II, p. 136) parlanl de la licence 
de 1 495, afllrme comme un fait llahli, que « no use was made of 
» this permission until some years later, in 1199 ». 

(3) Voir dans Navarrete (tome II, p. 179) la lettre eVrile A Christophe 
Colomb, en date d'Almazau le 12 jaillet 1496, par Ferdinand et Isa- 
belle, A la nouvelle de son retour; et tous les actes qui s'en sont 
suivis. 

(4) Herrera, dec. I, lib. lit, cap. ix, p. 98 : « el cuydado de la 

> provision de las cosas de las Indias se dio a Antonio de Torres, 

u y pidio madias roudicioncs que A los Keyes parecierou poco razo- 
• uablcs, y lobolvieroual obispo de Badajoz ». 



( 155 ) 

ne reprit, suivant la remarque de Robertson, qu'en 
septembre 1/107, quatre mois apres le depart suppose 
de Vespuce (1). 

Mais, au surplus, qu'a done a faire ici la licence g6n6- 
rale relative aux armements prive's ? Suivant les propres 
termes du r6cit de Vespuce, sa pr6tendue expedition 
de 1497, envoy6e par le roi Ferdinand de Castille (2), 
n'6tait point un de ces armements prives auxquels aurait 
pu s'appliquer l'autorisation 6" ventuelle du \ avril 1 Zi95. 

Revenons done a l'hypothese d'une expe'dition ofii- 
cielle. 

IV. 

M. de Varnhagen (3) a cm retrouver la trace d'un 
voyage, mal connu, de Pinzon et Solis, qui s'adapte- 
rait aux conditions de temps et de lieux de la premiere 
navigation de Vespuce ; et il en poursuit les vestiges 
dans les ecrits d'Anghiera, de Gomara, d'Oviedo, de 



(1) Robertson, Histoire de VAme'rique, Edition de M. de la Roquette, 
Paris 1848, in-18, liv. II, notes et ^claircissemrnls; tome I, p. 447. 
— Mais I'infnnt don Juan mourut en r^alite' le 6 octobre 1497, et 
non au mois de septembre : « Infaustus ille dies pridie nouarum octo- 
bris », dit Anghiera, epist. clxxhii, p. 104. 

(2) Vespuce, Leltre a Soderini, dans Bandim, pp. 3, 6 ; ou dans 
Canovai, pp. 26, 28 : « Di quattro viaggi che ho fatti in disco- 
» prire nuove terre, e dua per mando del re di Castiglia don Fer- 
» rando VI, per il gran golfo del mare Oceano verso l'occidente ». — 
« II re don Ferrando di Castiglia avendo a mandare quattro navi a 
» discoprire nuove terre verso l'occidente, fui eletto per Sua Altezza 
» che io fussi in essa flotta per aiutare a discoprire ». 

(3) Varnhagen, Vespuce et son premier voyage, a"' 28 a 36. 



( 156 ) 

Hen-era, et mk ne dans un «iutrc document ou il n'est 
question ni de Pinzon ni de Solis. 
Verifions tout cela. 

Anghiera (1), au X* livre de sa premiere Decade, 
dans l' epilogue ecrit en 1510 pour le comte deTendilla, 
termine ce morceau par la promesse de poursuivre son 
r£cit quand il en aura le loisir ; « car il aura a parler 
de l;t navigation de (lolomb en 1502 sur les cotes du 
continent qui est al'ouest de Cuba; ces cotes ont aussi 
6te parcour.ues, dit-on, par Vincent Yanez, un Jean Diaz 
Solis de Lebrija, etbien d'autres, dont il n'a pas encore 
les details ; si Dieu lui prete vie, il pourra examiner 
tout cela ([uelque jour ; pour le moment, salut » (2). — 
11 faut une bonne volonte bien robuste ))our trouver la 
qu' Anghiera ait eu l'idee de parler d'un voyage de 
Pincon et Solis autre que celui qu'ils avaientiait en ces 
memes parages posterieurement a celui de Colomb 
en 1502; d'autant plus que ce meme Anghiera, apr6s 
avoir recueilli de la propre bouche de Pincon le detail 



(1) VARNHAGEN,r<?sp!(ce,n°29 : « Anghiera.... nous appreud qu'on 
» disait que cctte ile avait ittja dtc visitcc par d'autres ». 

(2) Anguiera, de rebus Oceanicis, Dec. I, lib. x; pp. 119, 120 : 
<c Claudo igitor decadis perpendicnlarem epilogam; auimo tanien 
»explorandi colligendiqne cuncla particulatim, ut tnandaro Uteris ilia 
» queani quando per ocium licuerit. Colonus namque idem Almi- 
» rantus — pcrcurrit auuo mdii terram qua; oceidentem Cuba3ultiimim 
1 spectal anguluni — Percnrrisse quoque fenintur ea littora occiden- 
u talia Vincentius Agnez de quo supra, et Joannes quidam Dias Soli- 
ii sius uebrissensis, multique alii; quorum res uondiini bene didici. 
• Modo vivam, aliquaudo ilia vidcre licebit. Nunc Vale ». 



( 157 ) 

de ses voyages (1) raconte tout au long, ati VII C livre 
de sa deuxieme Decade (2) ecrite en 1514, ce meme 
voyage al'ouest de Cuba, en expliquant qu'il avait eu 
lieu l'annee qui preceda 1* expedition de Hojeda et 
Nicuesa (3), ce qui nous fait descendre jusqu'a 1507. 

Gomara (4), apres avoir mentionne le voyage de 
Colomb au goll'e de Higueras, ajoute : a Quelques-uns 
disent cependant cpie trois ans auparavant y etaient 
alles Vincent Yanez Pinzon et Jean Diez de Solis, qui 
furent de tres-grands decouvreurs » (5) . — A supposer 
que ce dire de quelques- uns eut la moindre valeur, les 
trois ans avant 1502 determineraient, pour le voyage 
en discussion, une date de 1499, et non celle de 1497 
qn'on veut retrouver. 

Oviedo (6) avait puise sans doute a la meme source 

(1) Anghiera, ibidem, Dec. I, lib. vn, p. 17C : « A Vineentio 

» Annez, naviura patrono, littorum omnium illorum perito quae- 

» cumque gesta sunt intellexi : nullusnamque ad curiam rediitunquam 
H qui non fuerit delectatus cl viva voce et scriptis mini quajcumque ipsi 
» didicisseut patcfacerc ». 

(2) Idem, ibidem, pp. 181 a 183. 

(3) Idem, ibidem, p. 181 : « Anno priore a discessu ducum NicuesaB 
» et t'ogedae ». — Lc depart de ceux-ci est raconte" au commencement 
de la seconde decade, immddiatemeut apres la mention de Pinion et 
Solis qui tcrminc la premiere decade. 

(4) Yarnhagen, Yespuce, n° 30. 

(5) Gomara, Hisloria de las Indicts, cap. lv, dans la collection des 
Historiadores primitives, de Barcia, tome II, p. 44 : « Descubrio Cris- 
» toval Colou 370 leguas de costa que ponen de Rio grande de Higue- 
» ras al Nombre de Dios, el afio de 1302; diccu empero alguuos que 
» tres aiios antes lo avian andado Vicente Yafiez Pincon y Juan Diez de 
» Soli's, que fueron grandisimos descubridores «. 

(6) Vakniiagen, Vespuce, n° 31. 



(458 ) 

un dire analogue, plus prononce encore ; c'est toujours 
clu golfe de Higueras qu'il 9'agit, de ce parage inter- 
m6diaire entre les decouvertes de Colomb en deck et 
les decouvertes de Pincon et Solis au dela: aQnelques- 
uns », dil Oviedo , « l'attribuent au premier amiral 
Cluistophe Colomb, disant que c'est lui qui l'a d6cou- 
vert : il n'en est point ainsi, car ce golfe de Higueras 
a fite" decouvert par les pilotes Vincent Yafiez Pinzon 
et Jean Diaz de Solis et Pierre de Ledesma, avec trois 
caravelles, avant que Vincent Yafiez decouvrit le fleuve 
Maranon et que Solis decouvrit le fleuve dela Plata rl).» 
Comme Oviedo enonce lui-meme (2) que Solis decou- 
vrit le fleuve de la Plata pour la premiere fois en 1512, 
1' anteriority de son voyage au Yucatan n'a point ici une 
signification chronologique bien pressante , et il seni- 
blerait un peu etrange que cette date de 1512 futmise 
en parallele avec celle du voyage de Pincon a 1' Vmazone, 
s'il s'agissait reellement ici de la premiere d6couverte 
des bouches de ce fleuve en 1500 ; et peut-etre serait- 

(1) Oviedo, Historia general y natural ilrlas Iridkts, Madrid 1851 
a 1855, grand iu-4°; lib. XXI, cap. xxvm; tome II, p 140 : « ... al- 
» gunos atnbuyen al Almirante primero don Cnstov.il C-tilon, diciendo 
» que 6\ lo descubrio. Y no cs asi : porque el golfo de Higueras lo 
» descubrieron los pilotos Vicente Yafiez Pincon e Johan Diaz de Solis 
» e Pedro de Ledesma, con tres caravebis, antes que el Vicente Yancz 
» descubriese el rio Maranon, ni que el Solis descubriese el rio de la 
» Plata )>. 

(2) Idem, ibidem, lib. XXI, cap. u; tome II, p. 114 : « Aqueste 
a grande rio de Paranm, que agora impropriameote Unman de la Plata, 
>» primero le decian el rio de Solis porque le descubrio el piloto Johan 
» Diaz de Solis.... assi que el descubriuiieuto fue ano de mill e qui- 
» nieutos y doce ». 



( 159 ) 

on mieux fondS a supposer que le parallelisme doit 
s'expliquer parune expedition ulterieure, dans laquelle 
une reconnaissance aurait ete poussee en amont sur le 
fleuve meme. 

Quoi qu'il en soit, le voyage de Pincon avec Solis et 
Ledesma au golfe de Higueras est trop explicitement 
designe pour n'y pas reconnaitre celui-la meme qui 
fait l'objet du dixieme chef d'enquete dans le proces 
en revindication , par Diegue Colomb, des titres et 
honneurs de son pere (1). Les t6moignages recueillis 
par le ministere public les 18 et 21 mars 1513, de la 
propre bouche de Ledesma et de Pincon, ne laissent 
aucun doute sur cette identite ; or 1' expedition en ques- 
tion est expressement declaree posterieure au voyage 
de Christoplie Colomb sur la cote de Veragua (2) : on ne 
peut clone fonder aucun argument solide sur 1' indication 
d'Oviedo, touchant l'ordre chronologique des deux 
decouvertes. 



(1) Navarrete, Yiages y Descubrimientos, tome III, pp. 558, 559. 

(2) Idem, ibidem. — II y a iuteret a teuir compte de l'ordre dans 
lequel se succedent les chefs d'enquete : au 2 e chef il s'agit du voyage 
de Colomb a Paria; aux 3' et4 e de celui de Guerra el Nino, declare" 
poste>icur; au 5 e chef, de l'expddition parallele (en ette tiompo) de 
Hojeda avec La Cosa et Vespuce; au 6% du voyage posterieur (despues 
desto) de Bastidas et La Cosa; au 7 c chef, du voyage de Pincon au cap 
Saint-Augustin ; au 8 C chef, du voyage de Lepe au meme cap, en suivant 
la c6te au sud jusqu'au lerme des decouvertes ; au 9 e chef, de la ddcou- 
verte postdrieure (despues desto) par Colomb, de la terre de Veragua; 
et enfin, au I0 e chef d'enquete, du voyage encore posterieur {despues 
desto) fait par Pingon et Solis au deli de ladite terre de Veragua, 

usqu'au terme des decouvertes. 



( 160 ) 

Quant a Hcrrcra (1), nous cbercbons vainement a 
comprcndre quel appui Ton s'est flatte de trauver, en 
favour du pretendu voyage de l/ii»7, dans quelques in- 
dications empruntees a son lextc, menie en les isolant 
du milieu qui en determine la veritable valeur. De fait, 
l'historien espagnol rappelant les soins personnels que 
le roi Ferdinand Je Catholique donnait au progres des 
decouvertes, raconte qu'il fitvenir de Lisbonne Americ 
Vespuce pour le prendre a son service (nous savons que 
ce fut au commencement de 1505), et s'occupa de 
determiner avec lui ce qu'il y avait adecouvrir; car, 
ajoute ici Herrera, « bien queplusieurs enssent navigue 
» vers le nord, sur les cotes des liaccalaos et du Labra- 
» dor, comme il y avait de ce cote peu d'apparence de 
)j ricbesse, on n'eut point de relation d'eux, non plus 
» que d'autres qui allerent du cote de Pari a, bormis 
» ceux dont nous avons fait mention » (2). Et plus 
loin, rappelant le dernier voyage de Colomb, il raconte 
aussitot, sous la rubrique marginale de l'annee 1506, 
le voyage au Yucatan de Pinron et Solis (3) ; et apres 

(1) Varnhagkn, Vespuce, n° 32. 

(2) IIerbkha, d(Vad. I, lib. vi, cap. xvj ; p. 2U : « Gran ruydado 

» tenia el Rey Calolico en embiar a descubrir y teniendo noli- 

» cia que Anierico Vespucio florentin.... era gran pilotn, le. truxo a su 
» servicio de Lisboa; vino a Seville, y se fue Iralando con dl lo que 
» avia de descubrir, porque auuque muchos aavegaron hacia el norte 
« costeaudo los Bacalaos y tierra del Labrador, como moslrava aquella 
)) parte poca riqueza, no buvo memoria dellos, ni aim de otros que 
» fueron por la parte de P;iria, salvo los que se ban refcrido ». 

(3) Idi:m, ibidem, cap. xvij ; p. 215 : « Sabidoen Castilla lo que avia 
j) descubirrto de Duevo el Almiraute, Juan Diaz deSolisy Vicente Yanez 
» Piuzou dcterminaron de yr a proseguir el caniiuo que dexava hecho». 



( 161 ) 

les avoir conduits au terme deleur exploration, il ajoute 
avec une parfaite justesse que mil n'ayant alors pour- 
suivi cette exploration, on n'en sut pas plus long jus- 
qu'a 1' expedition qui, de Cuba, alia plus tard decouvrir 
la Nouvelle. Espagne. (1); ce qui est con forme a l'his- 
toire, soit qu'il fasse allusion a l'entreprise de Francois 
Hernandez de Cordoba (2) en 1517, on a celle de Jean 
de Grijalva (3) en 1518. 

Ou trouver, dans tout cela, la moindre hesitation de 
la part de Herrera sur les dates relatives du dernier 
voyage de Colomb en 1502, et du voyage au Yucatan 
de Pin con et Solis, que reinitiation, comme le dit encore 
l'liistorien, poussait a tenter de depasser le terme des 
decouvertes de l'Ainiral (4). Vindication marginale 
de l'anneel506 est done en parfait accord avec la suc- 
cession des faits rapportes dans le texte. 

Mais on objecte, a ce propos, que la date de 1506 
est impossible, par la raison qu'en 1506 et 1 507 Pincon 
etait, aussi bien que Vespuce, retenu en Espagne par 
le soin d'autres armements (5). Avant de verifier la 

(1) Herrera, ibidem : « Bolvicron al norlcy descubrieron muclia parte 
» del reyno de Yucatan ; pcro comodespues no liuvo nadie que prosi- 
»> guiesc aquel dcscubriniicnto, no se supo mas hasta qucsc descubriu 
» todolo de Nueva Espana, desde laisla de Cuba. » 

(2) Oviedo, Historia general y natural de las Indias, iib. XVII, 
cap. in; tome I, pp. 497, 498. 

(3) Oviedo, ibidem, capp. vin a xviu; pp. 502 a 537. 

(i) Herrera, m&i supra, p. 215 : « Yestos descubridores principal, 
i) menle pretendian descubrir ticrra por emulacion del Almirante, y 
» pasar adelantc de lo que el avia descubicrto. » 

(5) Varbiiagen, Vespuce, n" 33. 

XVI. SEPTEMBRE ET OCTOBRE. 3. 11 



( 102 ) 
valeur reelle de cette objection, au soutien de la these 
d'uii voyage de Vespuceau Yucatan en I'i^". en com- 
pagnie de Pincon et Solis, ei bien assures que nous 
sommes deja que oi Vnuchiera, oi Gomara. ni Oviedo, 
ni Herrera, ne favorisent one telle supposition, abor- 
donsun dernier document allegu£ par notre ingenieux 
confrere comnie ties important en i'aveur de Vespuce 
et de son premier voyage (1). ('.'est im moreeau fort 
curieux. tire* par M. Ranke des anciennes archives de 
Venise, et qui a pour titie : « Gopie d'un fragment de 
» lettre de Jerome Vianello ecrile a la Seigneurie I de 
» Venise) en date de Burgos le 23 decembro 1500 » : 
le texte en a et6 publie par Alexandre de Humboldt (2) 
et reproduit par M. de Varnhagen ; il vaut bien la peine 

(1) Varnhagen, Vespuce, n° 34. 

(2) Humboldt, Geographie duNouveau Continent, tonic V, p. 157 '. 
« Copia de uno capitolo di leltere di Hironymo Vianello scrile a la 
i) Signoria, data a Burgos a di 23 dezembrc 1506. — El vennc qui do 
» na\ ilj de la India, dc la portimic del Re miosignor; li qual furono a 
» discoprir, patron Zuan Biscaino ct Almcrigo Fiorentino; li qual sono 
I. passati per ponente e garbino ligo 800 dila de la insula Spaguola, che 
» he de lc fozze dc Hercules Ugc 'J000 ; et hanno discoperta terra fcrma 
» chcchussijudichano, siclic lige 200 dila de la Spaguola Irovorno terra, 
» e p"r cosla scorsono lige 000 ; nc la qual cosla trovorno un flume largo 
» in bocca lige -iO, cfurono sopra il Cm me lige 150; nel qual sono molte 

' » isoiette habilate da Indiani. Vivono genrralmenle de pesei mirabilis- 
» simi, e vano nudi. Dopoi lornorono per la costa di delta terra lige GOO, 
w ondc se sconlrornoin una canoa de Indiani che a nostro modo 6 come 
» unocopcllo deuno pc/zo di legno. .. I.o archepiscopo i( rna a spazar 
- (lictodncapelanjcon8naviljcon iOO honiinimollo benfornili d'arme, 
» arligliarie, » etc. — Nous lisons sans trop de scrupule fozze (fauces 
llcrculis) au lieu dc forse; e vano nudi au lieu dc erano nudi; et cop- 
pello (toiineau, baquet) au lieu dc zoppello (boiteux). 



( 163 ) 

que nous le traduisions ici dans ses ternies essentiels. 
« II est arrive de l'lnde espagnole deux navires ayant 
» pour patrons Jean (de la Cosa) biscayen , et Americ 
» (Vespuce) ilorentin; lesquelssont alles a l'ouest-sud- 
» ouest jusqu'a 800 lieues au dela de Tile Espagnole, 
)> ce qui fait 2000 lieues a partir des colonnes d'Her- 
)) cule, et ils ont decouvert une terre ferme, autant 
» qu'ils en peuventjuger, ayant trouve terre a 200 lieues 
» de l'ile Espagnole, et ayant suivi la cote pendant 
» 600 lieues. Ils ont trouve sur cette c6te un fleuve 
» large de 40 lieues a son embouchure, qu'ils ont re- 
» monte jusqu'a 150 lieues, et dans lequel il y a beau- 
» coup de petites iles habitees par des Indiens qui se 
» nourrissent de poisson et vont tout nus. Ils sont ensuite 
» revenusparla cote de cette terre l'espacede 600 lieues, 
» et ont rencontre un canot indien, creuse dans un seul 

» tronc d'arbre L'Archeveque recommence a expe- 

» dier ces deux memes capitaines avec huit navires, 
» 400 hommes bien armes, de l'artillerie » , etc. 

M. de Varnhagen (1) se persuade que tout cela peut 
s'appliquer au premier voyage de Vespuce, et se rap- 
porter a l'annee 1497; que le grand fleuve ne peut etre 
que le Mississipi, que le terme des 600 lieues de cotes 
aboutit b Terre-Neuve, que les nouveaux preparatifs 
annonces ont probablement ete l'origine des expedi- 
tions de Hojeda, Pincon et Nino en 1/199 

Certainement tout est possible clans le champ de la 
fantaisie ; mais la critique est plus exigeante. Nous 
voulons bien croire que notre docte et ingenieux con- 

(1) Varnhagen, Vespuce el son premier voyage, n° 35. 



( m ) 

frere, qui se montre, en d'autres endroits, scrupuleux 
a ce point que les temoignages juridiqucs les plus expli- 
cates sont, a ses yeux (1), insuffisants pour demontrer 
la v6rite des fails directement attestcs par les decou- 
vreurs eux-memes (par exemple l'identite du cap ou 
aborda Vincent Pincon lc 26 Janvier 1500 avee celui 
qu'on a depuis nomine le cap Saint- Augustin) ; nous 
devons croire que cet esprit rigoureuseiuent circonspect 
dont nous aurons plus loin a signaler la niinulicusc 
exactitude (2), ne s'est pas determine a la legere dans 
ses appreciations actuelles; mais il nous pardonnera 
notre eblouissement au milieu de tant de choses. nou- 
velles, et notre hesitation a admettre, sur la simple au- 
torite de sa parole, que ce voyage qui vient do s'ell'ec- 
tuer a une date apparente de 150L5 , sur deux navires 
conimandes par les capitaines Vespuce et Jean de la 
Cosa, ne soit autre que le voyage caracterise dans la 
lettre aSoderini par la date de 1497, le nombre de quatre 
navires, et rembarquement a titre subalterne de l'ex- 
negociant florentin. 

11 est vrai que la date de 1506, et meme celle de 1 507, 
out ete declar6es impossibles pour un voyage soit de 
Vespuce soit de Pincon (3), et il en resulterait que 
1' indication de 1506 dans Herrera pour le voyage de 
Pincon et Solisau Yucatan, aussi bien que tkms la lettre 

(1) Vahniiagen, Examen dc quelques points, etc., n° 8 3G a iG. — 
Voir aussi n° 80, dernier alinea. 

(2) Voir ci-apres p. 293. 

(3) Humboldt, Geographic du Nouveau Continent, lomcV, pp i;,s 
a 1G7. 



( 165 ) 

<le Vianello pour le voyage de Vespuce et la Cosa a 
800 lieues au dela de Haiti, exigerait une double recti- 
fication. Mais serait-ce la un motif admissible pour 
substituer a cette date contestee la date bien autre- 
ment contestable de 1497? 

Verifions d'abord cette impossibility pretendue de 
1500 et 1507. 

Une serie de documents irrecusables nous permet 
de suivre depuis le 5 fevrier jusqu'au 5 juin 1505 pres- 
que tons les mouvements de Vespuce, deja associ6 de- 
puis le 17 mai avec Pineon pour les preparatds d'une 
expedition de decouvertes (1). Nous ne les voyons 
reparaitre l'un et 1' autre qu'au 23 aoiit et au 15 sep- 
tembre 1506, pour donner leur avis surla meme expe- 
dition, qu'ils declarent ne pouvoir etre prete a prendre 
la mer qu'en fevrier suivant (2); apres quoi il n'est 

(1) Lctlrede Clirislophe Colomb a son flls Diegue, dc Seville le 5 fe- 
vrier (dans Navarrete, tonic I, p. 351) : « Amerigo Vespuehi, porta- 
>> dor desla, el cual va alia llamado sobre cosas de uavegacion •>. — 
Navarrete, tome III, p 292 : Real cedula mandando day a America 
Ycspucio \2mil maravedispor ayuda de cosla, du 11 avril 1505. — 
Ibidem, pp. 292, 293 : Real carta de naluraleza a favor de Vespucio, 
du 21 avril 1505. — Ibidem, p. 302 : Cuademos dela cuenta y razon 
de la Tesoreria : « Eu 17 de mayo de 1505, por una carta mensagera 
» ;'i la villa de Palos, a Vicente Yafiez Pinzon, sobre razon de lo que 
a sc habia de consultar £ fablar con Amerigo e el dicho Vicente Yafiez 
» eu lo tocantc a la armada que se ha de facer por mandado de S. A. 
» por los susodichos ». — Ibidem : « Cartas para SS. AA. .. sobre 
)) razon dc lo platicado 6 razonado sobre la armada que S. A. quierc 
» maudar facer d Amerigo Florcntin e" Vicente Yafiez Pinzon.... 5 de 
» Junio ». 

(2) Navarrete, tome III, p. 294 : du 23 aout 1506 : « Hableis ;! 
i) Viceuti Ancs 6 ;i Amerigo para que digan si seni tiempo de partir 



( 166 ) 

plus question d'eux jusqu'a la fin de 1507 on memo 
an commencement de 1508, dans nn compteou figurent 
a la fois Jean de la Cosa , Vespuce, Pincon et Solis, 
comme ayant accompagne a la cour, on les deux pre- 
miers etaient mand6s ofliciellement, un envoi de 6000 
ducats d'or provenant des Indes (1), et sur lescraels 
il fut donne, a Vespuce et a La Cosa respectivement, 
uno indemnite de 6000 maravedis (13 1/3 ducats) pour 
les couvrir de lenrs frais (2) . 

Voilabien, ce semble, deux intervalles notables, Fun 
du 5 juin 1505 au 23 aoiit 1506, plus de 14 mois, — 
l'antre du 15 septembre 1506 an l er f6vrier 1508, plus 
de 16 mois encore, — dans chacun desquels il peut 
s'etre pass6 beaucoup de choses ; et quand on a vu 

u antes de invierno ». — Idem, tome II, pp. 317 a 319 : du 15 sep- 
tembre 1506 : Instruction para Amerigo Vespucci : « No habiendo de 
»> partir la dicha armada antes de hebrero, acordamos que vaya Ame- 
ii rigo ;i Su Alteza... » 

(1) Navarrete, tome III, p. Ill : Apunle de rea'.es cedillas </ Am4- 
rigo Yexpucio y Juan de la Cosa, sin expresarse las fechas; les dates 
anterieures vont jusqu'au 20 novembre 1507. — Idem, ibidem, p. 304 : 
« Ha de haber el dicho tesorero 2250 mil mrs. que los 8 de hebrero 
ii de 1508 afios se enviaron a*S. A. con Juan de la Cosa £ Amerigo 
» Vespuehe en 6 mil ducados de oro ». 

(2) Navarrete, tome III, p. 115 : Heal cedula mandundo pagar a 
Amerigo Vespucio 6 mil mrs. y a Juan de la Cosaigual cantidad por 
ayuda de sus costas en traer dc las Indias 6 mil ducados de oro, du 
14 mars 1508. — Voici en outre, ce nous semble, un article qui 
merite d'etre me'dite' et expliqud [ibidem, p. 304) : « Qucpago ;i \m6- 
» rigo Vespuehe 6 Diego Rodriguez de Grageda e - Estdban de Santa 
» Celay, maestres de las naos de S. A., 6 otras personas, por cosla 
„ de la hacienda que procedi<5 de la Armada de la Especeria este aiio 
» de ocho, 161392 mil mrs. e medio ». 






( 167 ) 

1' expedition de Diegne de Lepe en 1/199 s'accompliren 
six rnois (1), on doit se trouver a l'aise pour admettre 
qu'il s'en est pu faire de seinblables dans l'un ou 1' autre 
des intervalles de 14 et de 16mois que nous venons de 
signaler , soit de la part de Pincon avec Solis comnie 
le declarent et Pierre Martyr et Herrera, soit de la 
part de Vespuce avec Jean de la Cosa comme semble- 
raitle constater la lettre de Vianello. 

Cependant, tout n'est point, par cela seul, explique: 
le voyage de Vespuce avec Jean de la Cosa n'aura pu 
avoir lieu, dans les conditions cbronologiques ou il 
nous est possible de 1' admettre en ce qui concerne 
Am6ric, qu'autant que rien ne s'opposera a une solu- 
tion toute semblable en ce qui concerne La Cosa; dans 
l'etat incomplet de nos lumieres a ce sujet, il est bien 
diffiei'le de se former une opinion degagee de toute 
incertitude. Parmi les expeditions confines a Jean de la 
Cosa, si celle qu'il termina en 1506 avait commence" 
des 1504 comme on le croit connnunement (2), c'est 
probablement a celle de 1507 qu'il faudrait peut-etre 
se reporter : il avait alors deux caravelles, la Huelva 
qu'il commandait lui-meme, avec Martin de los Reyes 
pour pilote, et la Pinta dont le commandant aurait en 
ce cas et6 Vespuce, avec Jean Correa pour pilote (3). 

(1) De dlcembre U99(auplus tard)ajuiu 1500. — Voirei-apres§XI, 
pp. 233 a 237. 

(2) Humboldt, tome IV, p. 228, et tome V, pp. 163 a 166. 

(3) Humboldt, tome IV, p. 229, et tome V, p. 166. — Navarrete, 
tome III, p. 162 : « El baber salido La Cosa en cl mismoano de 1507 
» para las Itidias cou dos carabelas : la Huelva de que era pilolo Martin 
» de los Reyes, y la Pinta de que lo era Juan Correa ». 



( 168 ) 

Mais alors la date de la lettrede Vianello serait done 
en retard d'une annee? Bnrnons-nous h renvoyer a 
YJrt fie verifier Irs dales pour constater lYxistence 
d'nne maniere de compter les annecs qui permettrait 
de supposer que le 23 deceinbre 150(5 de L'italien Via- 
nello repondrait, sans erreur, an 23 decembre'1507 du 
calendrier vttlgaire (J). Et Ton trouvera tout naturel 
qn'au rctour de cette expedition, des ordres royaux 
(dont hous ignorons la date, niais qui sont indiques 
comme posterieurs dans tous les cas an 26 novembre 
1507) aient appele a la cour Vespuce et La Cosa, qui 
s'y aclieminerent le 8 fevrier 1508 avec 0000 ducats 
d'or rapportes des hides, et recurent le 2h mars sui- 
vant une gratification ou indemnity pource service (2). 

Nous inclinons beaucoup a preferer aussi, ))our le 
voyage de Pincon et Solis au Yucatan, le millesime de 
1507 implieitement enoncu par Anghiera (3), a celui 

(1) Art de verifier les dates, depuislanaissance de N.S., Paris 1 81 S, 
in- 8° ; tome I, p. 8 : Divers commencements de I'unne'e chez les Latins : 
« Plusieurs lacommcncaicnt 7 jours plus tot que nousetdonnoient pour 
» lei "jour de r , aune"ele25d£cenibrcqui est celui de la naissanceduSau- 
» vcur. D'autres rernontaient jusqu'au 2'i mars, jour desa conceplionet 
» dc son incarnation dans le sein dc la Vierge, conmiuncnient appele le 
» jour de I'Annonciation : en remontant ainsi ilsconnnen(;aienl I'annt'e 
» 9moiset 7 jours avant nous. II y en avait d'autres qui, conimcucnnt 
» aussi au 2'i mars pour le l cr de l'anne'e, dilTe'raicnl dans leur ma- 
» uiere de compter d'un an plein de ceux dont nous venous de parler. » 
— Ces trois modes constituent prexisement le style de Milau, le style 
dc Florence, et le style de Pise. Le Style d'Espagne ouvrait aussi Canncc 
a Noel : voir ibidem, pp. 24, 2u. 

(2) Voir ci-dessus, p. 1<>G, les notes 1 et 2. 

(3) Voir ei-dessus, p. 157, note 3. — M. de la Roquelte, dans son 






( 169 ) 

de 150(5 qui resulte simplement de la rubvique margi- 
nale sous laquelle est compris le recit de Herrera. On 
a pu remarquer en eil'et qne l'arniement qui se prepa- 
rait en 1506 au compte du gouverneinent espagnol, 
etait annonce ne devoir etre pret que pour fevrier 1507, 
et c'est des lors une probability que la suite naturelle 
de cet armement fut le double voyage des capitaines 
qui avaient 6te consulted sur les dispositions a prendre 
pour cet objet, Pin con d'un cote, Vespuce de 1' autre. 
Nous aurons l'avantage de rentier ainsi dans la serie 
des mois et des quantiemes dont M. de Varnhagen a 
ete si frappe, et de retrouver conune lui, sur la route 
de nos explorateurs , cette fin (Vavr.il inscrite sur les 
cartes du temps pour designer un cap decouvert ce 
jour- la (1). 



Jetons a notre tour un coup d'ceil sur ces cartes, 
qui paraissent avoir en eflet, en cette partie, une con- 
nexion intimeavec notre sujet. Bien qu'avrai dire elles 
n'eussent pas ete tout a fait etrangeres a nos etudes, 
nous remercions notre confrere d' avoir appele notre 
attention sur la signification qu' elles doivent inevita- 
blement avoir dans la question actuelle. 

M. de Varnhagen (2) en a employ^ trois au soutien 
de sa these : examinons-les aussi toutes les trois pour 

Edition annottfe dc Vllistoire de iAmerique de Roderston (liv. Ill; 
torn. I, p. 164) designe express(;ment daus une note cette dale deir.07. 

(1) Varnhagen, Vespuce et son premier voyage, a° 22, a la note. 

(2) Varnhagen, Vespuce, n<" 20, 21, 22. 



( 170 ) 
verifier si ellesdisent ou permettent de dire rien de 
favorable au i'ameux voyage que notrc ingenieux con- 
frere a si habilenient conduit du golfs de Honduras au 
detroit de Belle-Ile, en \ comprenant one excursion do 
150 lieues but le Alississipi, le tout accompli dans cette 
merveilleuse campagne de l/i97 ou Vespuce aurait eu 
pour compagnons La Cosa, Solis, et Phn;on ! Certes le 
voyage est magnifique paiTetendue immense des <!<•- 
convenes ; mais aussi quels homines que ceux ii qui il 
est donne de l'accomplir : les nautoniers audacieux 
Pincon et Solis en seront les guides hardis, le cosmo- 
graphe Americ Vespuce est avec eux pour en ecrire la 
relation, et 1' habile pilote Jean de la Cosa pour en 
dresser la carte!... 

Oh! recourons bien vite a cette carte precieuse, si le 
temps ne 1'apasdtJvoree,. Par un rare bonheur, ilexiste 
encore une grande mappemonde signee de Jean de la 
Cosa et datec du mois d'octobre 1500, au Port-Sainte- 
Marie (1) ; les explorations meme de cette annee 1500 

(1) On ea trouve le fac-simile eomplet dans le» Monuments de la 
Gdogruphie, de M. Jomard; la portion transatlantiqueen a 6te doniuV 
par M. do Humboldt en 1S37 pour accompaguer son Examen critique 
de Vkistoire dela Geographic du Xouveau Continent, puis en 1853 avec 
son niemoire Leber die iiltesten Karten des Neuen Continent. — Cetle 
carte est citeeentre les plus importances par Angiiieha, Dec. II. lit), i, 
p. 200 : « Ex omnibus commendatiores servant quas (navigatorias 
» nempe membranas) Joannes ille de la Gossa, Fogedffi comes.... edi- 
» derat, et gubemator alius navium nomine Andreas Morales ». — 
Baiitolozzi {Ricerehe istorico criliche, p. 50), traduisant ce passage 
d'Anghiera, a siugulicrement transform^ notre cartography, I'ogedw 
comes, compagnou de Ilojeda, en contedi Fogedo! 



( 171 ) 

y sont marquees, et le cap ou Pincon vint atterrir le 
26 Janvier 1500, y est indique avec tine legende qui 
rappellc son nom de Vincent Yanez et la date de 
M. II1I C XCIX. — Gardons-nous de prendre ce mille- 
sime pour une erreur, ce serait oublier que dans un 
comput alors tres usuel l'annee ne commencait qu'au 
25 mars. — Voila done sous nos yeux une carte parfaite- 
ment au courant des decouvertes faitesjusqu'asadate; 
si done Vespuce a fait en 1/497 le voyage qu'on lui 
attribue, surtout en la compagnie de notre cartographe, 
tons les resultats de ce memorable voyage y doivent 

etre consignee 

M. de Varnhagen (1) nous y fait remarquer d'abord 
Cuba, que Colomben l/i9Zi n'avait pas longee jusqu'au 
bout, et qui cependant est representee ici comme une 
ile parfaite; mais il faut bien reconnaitre que l'extre- 
mite occidentale est contournee de maniere a nous 
faire douter que le cartograpbe en ait eu quelque no- 
tion certaine, d'autant plus que la derniere indication 
precise qui y soit inscrite est justementle nom d'Evan- 
gelista (2) , impose par Colomb au terme de son explo- 
ration ; apres quoi cette longue terre est brusquement 
terminee par une coupure qui lui enleve une trentaine 
de lieues dans sa partie ouest : d'ou il faut conclure 
simplement que, sans connaitre les contours reels de 
cette grande ile, La Cosa suivait en ceci le temoignage 
du guide indien que Colomb avait pris sur les lieux le 



(1) Varnhagen, Vespuce, n° 20. 

(2) Fern. Colombo, cap. lvii, p. 230 : « Si accoslo all' Evange- 
« lista.... >> etc. — C'est l'lle de Pinos actuelle. 



( 172 ) 
10 juin 1/i9/i, lequel disse alPjimmimglio per cosa 
certa die Cuba em isoln (I) ; tandis que l'Amiral, sous 
l'empire de ses illusions geograpliiques, persistait a y 
voirune pcninsulc du continent d'Asie. Aussi ne laut- 
il point s'etonner de voir Anghiera 6crireeh 15DI que 
(i los explorateurs reeents de Paria (nous savons que La 
Cosa etait du nombre) admettent bien que cette der- 
niere terre fait partie du continent de l'lnde asiatique, 
mais nullement Cuba comme le suppose L'Amiral, et 
Von va meme jusqu'a pr6tendre avoir fait le tour de 
celle-ci : est-ce bien la verite, ou seulement line Enun- 
ciation hasardee par esprit de contradiction a lYgard 
de ce grand lionnne, le temps en decidera» (2). 

L'insularite de Cuba, affirmee des 'l/ii)/i, n'est done 
point, sur la carte de 1500, un argument bien con- 
cluant en faveurdu fameux voyage de 1497. Mais ce 
n'est qu'un detail, et sans doute la carte de La Cosa 
nous fournira d'autres preuves dont l'ensemble levera 
toutes nos incertitudes? Oui : cette carte momimentale 

ne permet nulle besitation pour la negative ab- 

solue. De la pointe du Yucatan voisine de Cuba dans 



(1) Fern. Colombo, cap. i.vi, pp. 228, 229. 

(2) Anghiera, Dec. I, lib. vi; p. "8 : « Haw terrain scilicet Paris] 
» qui postmodum accuratius ulilitalis causa invesligaruut, continen- 
» tem esse Indicum volunl, non autein Cubani uli Prefectns : ncque 
» enim desunt qui se circuisse Cabam audeant dicere. An btec ila 
» sint, an invidia t.inti imenti occasioncs qusranl in liunc viruni uon 
ii dijudico : tempos loquclur in quo vcrus judex invigilat. Sed quod 
» Paria sit vel non sit continens Priefectus non eonlendit : continen- 
ii tern esse arbilratur ». — Prwfeclus e'est l'Amiral, e'est Chrislophe 
Golomb. 



( 173 ) 

l'ouest, ile la pointe de la Floride plus voisine encore 
au nord, pas la moindre trace ; mais dans le nord, a 
partir d'un cap qui semble repondre au capCoddenos 
jours, et sur lequel flotte un pavilion caracteristique, 
une legende non moins significative [mar descubierta 
por Yugleses) nous apprend que cette mer appartient 
a d'autres decouvreurs ; plusieurs pavilions semblables 
jalonnent la cote, et les indications y deviennent plus 
precises et plus noinbreuses a mesure qu'on la remonte, 
jusqu'a ce qu'on atteigne le dernier pavilion, planteau 
cap d' Angleterre, (le sont done les resultats de 1' explo- 
ration anglaise de Cabot que La Cosa a consignee dans 
sa propre carte. Et Ton voulait nous faire croire que 
lui-meme venait de naviguer, de sejourner, de com- 
battre en ces parages!.... Non certes; s'il est une 
preuve concluante contre le voyage pretendu de La 
Cosa et Vespuce en !Zi07, e'est bien la carte de La Cosa 
de 1500. 

Voyons les autres. 

Notre docte confrere (1) cite en second lieu tdacelebre 
» carte Universalior cogniti orbis Tabula , publiee par 
» Ruysch en 1507, et qui accompagne aussile Ptolemee 
» de Rome de 1508. » — II nous faut d'abord bien re- 
connaitre la date de cette carte, qu'il nous est arrive a 
nous-meme (2) ainsi quW M. de Varnhagen de sup- 
poser publiee en 1507. On avait soupconne que l'alle- 
mand Jean Ruyscli (3) etait I'auteur anonyme de six 

(1) VAnNiiAGEN, Vespuce, n° 21. 

(2) Considerations geographiqu.es sur V Iftsloire du Bresil, p. l"i. 

(3) WALCKiiNAiin {Vic ile plusieurs personnages celcbres, Lnon 1830, 
in-8"; lomc I, i>. 339, article Ducking reproduit de la Biographic uni- 



( iW ) 

cartes modernes qui furent jointes aux 27 cartes an- 
cieonea de Ptol6mee (grav6es depuia trenta ans par 
Arnold Bucking) dans la belle edition donnco par le 
jnoine celestin Marcde Benevent et Jean Gotta de No- 
rone. au\ Irais d'Evangelifite Tossino de Brescia, et 
dont 1'iinpression i'ut terminer a Boirie le 8 septembre 
1507. Cette Edition para it avoir en ell'el \u le jour (1) 
en 1 507 ; mais les six cartes modernes qui s'y trouvaient 
annexes (Livonie , Espagne , France , Alleinagnc , 
Italie , Judee) ne comprenaient point X Universal ior 
coiiniti orbis Tabula ex recent ilnts confecta observa- 
tionibtts, reconnue de notre temps comnie un document 
des plus interessants pour l'histoire des decouvertes, 
depuis quelle a 6te signaled a ce titre par W alckenaer 
et par Humboldt (2). Ce fut settlement dans lecoursde 



verseVe lome VI, pp. 207, 208) constate que la grande carte de Boysch 
« ressemble pour la gravure aux six autrcs publiees pour la premiere 
ii fois en 1507, ce qui fait pr^sumer que Ruysch est aussi I'autcurdc 
» ces dernieres; mais son nom ne se trouve que sur le frontispice de 
» lYdition de 1508. :> 

(1) Raidel, Commentatio critico literaria deClaudii Ptokmwi Geo- 
graphia, Nuremberg 1737, in-i°; pp. 52, 53 : « Collatio binorum 
» divcrso anno insiguitorum exemplarium Vienna; a perillustri Du. 
» Ebnero institula me docuit. In prioris enim cdilionis anno 1507 
» exeusac frontispicio nee annus exprimitur nee figurae ista* exbibentur 
» qua; in posterioris editionis de anno 1508 titulo conspiciuntur. 
» Deiude in posterioris titulo Novm el Univcrsaliuris tabula cogniti orbis 
» a Johaune Rujscli inventa? fit mentio, qua; una cum scxaliis (abulis 
)- libro sit iuserta; in prioris vcro litulo ere non recensentur ». 

(2) La parlie occidentale en a 616 reproduce par IIcmboi.dt, en 1837 
dans sa Geographic d>< nouveau continent, eten 1853 dans ses Aelteslc 
Karten, en meme temps que la carle de La Cosa. — Walckenaer en 



( 175 ) 

i'annee 1508 qu'elle futajoutee au Ptolemee de Marc 
de Benevent et Jean Gotta, et il fut l'ait tout expres a 
cette occasion, pour ce meme volume , un nouveau 
frontispice contenant une mention formelle de la « Nova 
» et imiversalior cogniti orbis tabula a Jobanne lluyscb 
» Germano elaboratan , et portant la date «Anno vir- 
» ginei partus MDVIII. Rome» , au dos duquel est une 
dedicace datee elle-meme des ides [13] d'aout 1508 ; de 
plus, il fut ajoute un appendice de \!\ feuillets con- 
sacre k une Orbis nova Dexcn'pti'o de Marc de Bene- 
vent (1) , qui se refere en plusieurs endroits a la carte 
de Ruysch. 

Sur cette carte est figuree, directement a, 1'ouest de 
File Espagnole, une pointe de terre qu'au premier as- 
pect on pourrait prendre pour 1' extremity de Cuba ; et 

avait fait remarquer 1'intdret special des 1812 dans son article Bucking 
de la Biographie universellc. — Cette carte de Pallcmand Jean Ruysch, 
Juan Roxo aleman, est deja iuvoqude comme autorite' dans Ic parere 
des pilotes espagnols, du 31 mai 1524, imprime dans Navahrete, 
tome IV, p. 354. 

(1) Raidfx (ubi supra, p. 54, § 4) conjecture seulement, d'apresles 
dddicaces, que ce morceau est I'oeuvre de Marc de B6n6vent ; dans 
1'exemplaire de la Bibliotheque imp^riale de Paris il est express&nent 
intitule : Marci Bcncvcnlani monachi cwleslinm congregations mathe- 
matics Orbis nova descriptio. — On lit dans la dedicace a'Mariauo 
Alterio : « Postquam Evnngelista Tosinus librarius anno superiori 

» Geographiam CI. Ptolemaei formis cxcussit cum multa vir solli- 

» citus audiret de uovis Lusitauocuni navigatiouibus, semperque dili- 

» genter perquisivit quo una fieret universalis nmndi tabula qiuu 

» dum sollicite perquirebat factus est desiderii compos : beueficioenim 
» Joannis Ruiischi Germani viri geographi impressa est vel Universalis 
» Orbis tabula, » etc. 



( 176 ) 
coinme Ton salt que dans son voyage de 1/iVi/i, (lolomb, 
parti le 29 avril ilu cap Saint-Nicolas tie File Espa- 
gnole, longeait le lendemain la pointe orientate de 
Cuba (I) et atteignait le 1" mai la baie de Guania- 
naino, on serait bien tente de croire que la denomination 
de Cap tlclafin d' avril qui sc trouve inscrite a Tangle de 
cette terre le plus voisin de File Espagnole, designe en 
diet le cap oriental de File de Cuba, celui qu'on ap- 
pelle cap Maisy. 

11 n'en est rien cependant, et M. de Varnhagen fait 
observer avec raison que File de Cuba a ele oubliee 
sur la carte de Ruysch (2). Le Cap de flu d 1 avril n'est 
autre, suivant notre confrere, que la pointe de la Flo- 
ride!.... Mais avant d'aller si loin, il rcleve soigueuse- 
meut mi cap de Saint-Marc a l'extremite meridionale 
de la uouvelle terre , et il fait un rapprochement in- 
genieux de ce nom de Saint-Marc avec le quantieune 
du IS jnin, qui est precisement a un intcrvalle de 
37 jours (c'estle coiupte meme de Vespuce pour*a tra- 
verser) du 10 mai precedent, date initiale du voyage : 
le martyrologe compte en effet, parmi les saints fetes 
le 18 juin, les deux freres Marc et Marcellin, marty- 
rises a Rome au»m c siecle de notre ere, et conune 
Vespuce avait son oncle, George Antoine, religieux 
dominicain ail couvent de Saint-Marc evangelisle a 
Florence, il aura sans doute impose ce nom, qui de- 






(1) Fern. Colombo, cap. liii, p. 218 : « Quindi il martcdi a 29 del 
» niesc (cioe di Aprile)con buon tempo giunsc al porto di S. Nicolo, c 
» da qnesta luogo traverse all' isola di Cuba. » 

(2) Varmugen, Vapucc, n" 21, note I. 



( 177 ) 

vaitlui etre cher(l), au caj) ou il vint atterrir, l'un 
de ceux de la cote de Honduras dans l'hypothese de 
Bartolozzi (2) et de M. de Varnhagen. Une autre coin- 
cidence parait a notre confrere meriter peut-etre aussi 
d'etre remarquee : on sait que Pincon et Solis , dans 
leur voyage au Yucatan, donnerent le nom de grande 
baye de la Nativite au golfe meme de, Honduras ; or 
le 24 juin est justement , sur le calendrier, le jour de 
la nativite de saint Jean-Baptiste (3). 

Quelque curienx que soient ces rapprochements, il 
faut bien se resoudre a reconnaitre qu'un temoignage 
expres, recueilli par Anghiera de la bouche de Pincon, 
declare que la grande baye de la Nativite (4) , c'est-a- 
dire le golfe de Honduras dans son ensemble, deja tra- 
verse, au surplus, par Christophe Colomb , avait et6 
ainsi denomme en 1'honneTir du Christ, ce qui nous 
renvoie a la date du 25 decembre ; et le cap de Saint- 
Marc de la carte de Rnysch nous semble avoir eu pre- 
ferablement pour patron, entre tons les homonymes du 
martyrologe, l'evangeliste saint Marc, a qui l'Eglise a 
consacre le 25 avril, quantieme bien voisin de cette fin 
d'avril sur laquelle notre attention aete si fort eveillee. 

(1) Varnhagen, Vespuce, n° 21, note 2. 

(2) Ricercheislorico critiche circa alle scoperte d' Amerigo Vespucci, 
cap. xii, p. 69. 

(3) M. de Varnhagen ajoute en note : « On en voit la confirmation 
)> dans le C. Doffin de Abril » ; nous avouons humblement que notre 
esprit ne parvient pas a saisir la portee de cette rernarque. 

(4) Anghiera, Dec. II, lib. viu; p. 1 8-4 : « Sinumeum ab Almiranto 
» Colono pnmo repertuni, vocant Baiam Navitatis, quia Natalis Christi 
» die fucrit eum iugressus, pratereundo tainen, non perlustrando ». 

XVI. SEPTEMBRE ET OCTOBRE.ft. 12 



( 178 ) 
En definitive, ces indications de Cap do Saint-Marc 
et de Cap de fin d'Avril ne nous paraissent impliqner 
aucnne conclusion en favenr du merveilleux voyage de 
1 497; et il nous senible, sauf meilleur avis, que la carte 
de Ruysch, dont il est avere pour nous que la publi- 
cation n'a pas devance (1) l'annee J 508, ollVe proba- 
blenient en cette partie les renseignements qui avaient 
pu parvenir jusqu'a Rome sur la decouverte du Yuca- 
tan par Solis et Pincon en 1 507. Marc de Benevent, 
dans son texte explicatit', apres quelques mots sur File 
Espagnole, enonce en effet que les marins de Cadix 
ontnouvellement decouvert, sous le tropique du Cancer, 
une autre ile, dont la partie reconnue est cl'une etendue 
considerable (2). 

Notre docte confrere (3) signale en troisieme lieu 
« la celebre carte du Ptolemee de Strasbourg de 151 3 » 
qu'il croit « d'origine portugaise aussi bien que la map- 
» pemonde de Ruysch », et sur laquelle il se persuade 
qu'onvoit « la partie septentrionale du golfe[duMexique] 
» et surtout la Floride, parfaitement figurees » . 



(1) Dans cette carte meme, sur la Taprobane insula, se trouve 
inscrite cette mention : « Ad hanc Lusitani nautse navigarunt auno 
ii salulis mdvii. » 

(2) Mauci Beneveutani Orbis nova descriplio, cap. x : « Habet item 

» Oceanus insulani quamdam quani hodic SpagaoiaiD vocant Est 

n alia insula no\iter a Gaditanis inventa, nondum tamcn lota. Mira? 

. i. mini magnitudiiiis est ea pnrtio qua? innutuit sub tropicum 

» Cancri ... l'alct igiturtasc uota luijus insula; pars in longuni gradus 
« circiter 18, in latum 16 et sexia pais unius. » 

(3) VABNBAotN, Yespuce, n° 22. 



( 179 ) 

II y a beaucoup a dire la-dessus. 

Rappelons d'abord que cette nouvelle carte fait partie, 
avec dix-neuf autres, d'un supplement moderne ajoute 
aux vingt-sept cartes anciennes de Ptok'mee dans la 
splendide edition achev£e d'imprimer a Strasbourg le 
12 mars 15! 3 par Jean Schott, aux frais de Jacques 
Aeszler et Georges Uebelin, d'apres une version, latine 
nouvelle entreprise c!6s 1508 sous les auspices du due 
Rene de Lorraine, par Matbias Ringmann aide de Martin 
Waltzem idler, sur un manuscritgrec fourniparle comte 
Jean-Francois Pic de la Mirandole (1). Les vingt cartes 
modernes etaientl'ceuvre propre de Waltzem i'dler ; elles 
furent ult6rieurement, apres la mort de l'auteur, re~ 
duites a une 6cbelle amoindrie d'un cinquieme, et parfois 
alterees,pour orner, avec addition de trois autres cartes 
modernes, l'edition donn6e pareillement a Strasbourg 
le 12 mars 1522 par Jean Criininger : e'est. la seule- 
ment que l'auteur des grandes cartes de 1513 est ex- 
pressement nomme (2) . 

(1) Raidel (ubi supra, Cap. vn, § 6, pp. 55 a 57) a exactement 
ddent ce maguifique volume, dout le format depasse celui de toutes 
les autres editions de Ptolem^e. — Voir aussi Humboldt, Geographic 
du ISouveau Continent, tome IV, pp 108 a 111. — line lettre de Pic 
de la Mirandole, du 4 des calendes de Septembre [29 aout] 1508, et 
une autre de Lilio Gregorio Giraldi du 10 des calendes du meme mois 
[23 aout] fixeut la date rOlle de la preparation de cetle edition, date 
rappel^e d'ailleurs aiusi dans la dedicace : « Nobile hoc opus iuceptum, 
» licet quoruudam desidia ferine sopitum, a sexeunali sopore per uos 
» tandem excitatum est ». 

(2) Raidel, ubi supra, § 8, pp. 58, 59. — Humboldt, ubi supra, 
tome IV, pp. 116 a 120. — Uu avertissement special de Laurent Fries, 
mis eu tele des cartes, dit expressemeut : « Et ne nobis decor alteriui 



( 180) 

La reduction de 1;V2"2 scrvit encore pour les editions 
de Ptolemee donnees successhement par Bilibald 
Pirckeymherr en 1525 a Strasbourg, et par Michel 
Servet d'abord en 1535 a, Lyon, puis en 15/il a Vienne 
en P/auphine ; la derniere carte, reduite de la premiere 
de "YYaltzemidler, se distingue par le noni d'Amerique 
qui y a ett: insert, et par les initiales de Laurent Fries 
de Colmar, inscrites avec la date de 152*2 a la suite du 
litre, allonge en cette forme : «Orbis typus universalis 
» juxta hydrographoruin traditionem cxactissime de- 
» picta. 1522. L. F. »■ — Le litre de"\\ altzenudlers'arre- 
tait apres le mot traditionem. 

Dans une preface speciale, l'editeur dc 1 513 explique, 

en tete de son supplement, que la « charta marina ( 

» per admiralem quondam Serenissimi Portugaliai regis 
» Ferdinandi casteros denique lustratorcs verissimis 
» peregrinationibus lustrata » , avait ete liberalement 
remise a la gravure, avec certaines autres, par le due 
de Lorraine, avant sa mart, arrivee en 1508; et nous 
pensons avec Humboldt (1) que la Tabula tene novc, 
qui suit immexliatement la premiere, est comprise avec 
elle dans cet acte de liberalite. Or, commc il s'agit 
evidemment icidu roi Ferdinand le Catholique, qui ne 
regnait nullement en Portugal mais bien en Castille, 
que le litre d'Amiral du roi Ferdinand est tout specia- 
lement applicable a Christophe Colomb, et qu'enfin le 



i) clationeni inferre videatur, has talmlas e novo a Martiuo Ilacomylo 
» pie defunclo coustruotas et in iniuorem quam priiis unquaui fuerc 
» formam redactas esse notificanuis ». 
•j (I) IIuuboidt, ubi supra, tomi* IV, p. 109, ;i In note. 



( 181 ) 

nom meme de Colomb est express6ment inscrit sur la 

Tabula tare nove (1) , il faut bien reconnaitre que 
l'origine portugaise de ces cartes n'est point chose fort 
assuree. 

C'estpr6cis6mentsurcette Tabula terre noi>e, publiee 
en 1513 mais executed par Waltzem idler d'apres un 
dessin original de 1508, contemporain par consequent 
de la mappemonde de Ruysch, que M. de Varnhagen 
cherche un nouvel 6tai k son explication du proble- 
matique voyage de Vespuce. Nous nous empressons de 
reconnaitre avec lui que la terre qui y est figuree dans 
l'ouest du m£ridien de Cuba est bien la meme que celle 
qu'avait dessinee Ruysch immediatement a l'ouest de 
l'ile Espagnole : ce sontevidemment,de partet d'autre, 
des renseignements decoulant d'unememe source, dont 
les derivations s'epandaient a la fois a Rome et en Lor- 
raine , et gagnerent meme l'Allemagne, ainsi cpie le 
demontre le globe de Jean Schbner (2) termine le 
27 septembre 1520 a Bamberg, et sur lequel figurent 
lesmemes indications, avec des differences qui ne per- 
mettent pas de les considerer comnie copiees de Ruysch 
ou deWaltzemiiller(3). Schoner, aussi bien que Ruysch, 
se"pare en deux grandes iles les cotes decouvertes de la 
terre nouvelle. Mieux renseign6, ou plushardi, Waltze- 

(1) v Hjec terra cum ndjacentibus insulis inventa est per Colunibuin 
» Januenscm ex mandato regis Castellae ». 

(2) L'hemisphere nouveau de ce globe se tronve reproduit a la suite 
de celui de Dehaini dans sa belle publication de Ghillany, Geschichle 
des Seefahrers Riller Martin Behnim. 

(3) Sur le globe de Schoener, par exemple, figure un rio de Dim Diego 
qui ne se trouve sur I'une ui sur Tautre des deux cartes. 



( 182 ) 
miiller r^unit en un seul continent la terre meridionale 
reconnue jusqu'au golfe de Venezuela, avecla terre voi- 
sine de Cuba oil .M. de V;irnhagen voudrait retrouver 
laFloride,maisou nous ncsaurions voir, avec Alexandre 
de Humboldt (1), que la presqu'ile de Yucatan. 

Le cap de Saint-Mure n'y est plus design^, et la no- 
menclature differe; cependant on retrouve, a la pointe 
principale, le cap de I'm d' Avril; au bout de la cote 
en deca, le logo de lo/o devenu lacco dell odrn; et au 
bout de la c6te au dela, le cap Elecontii devenu cap 
deliiontir; on y voit en outre, un peu plus loin de ce cOte" , 
un cap del mar Uxiano, qui nous rappelle l'insciiption 
de Mar Oeeaaus placed dans la carte de La Cosa im- 
mediatement au nord de Cuba. Notre confrere pense 
que le nom de Hio de los Gartattos; inscrit a quelque 
distance au dela du cap principal, doit se lire Rio de 
Lagartos (Riviere aux Caimans), et nous acc^ptons 
d'autant plus volontiers cette lecon que e'estbien ainsi 
que nos cartes modemes appellent le fleuve du Yuca- 
tan qui se trouve a I'ggard du cap Catoche dans une 
position relative analogue; la carte de Ribero de 1529 
l'ecrit encore Rio de la Grntos. — Le nomde Rio de las 
Jl/nad/as, qui est au voisinage , pourrait etre signals' 
comme un souvenir des nombreux canots indigenes 
contre lesquels l'expedition de Pincon et Solis eut afaire 
usage de son artillerie (2). Peut-fitre meme encore le 
mot de Comello est-il une alteration sous laquelle se 



(1) Gtographio du Nouveau Continent, tome II, p. 6. 

(2) Anguiera, Dec. II, lib. vn, p. 182. 



( 183 ) 
laisserait deviner Je nom actuel de Com'/, entre le cap 
Catoche et le Rio de Lagartos. 

Mais pour d^couvrir dans la Tabu/n terre ftbv'6 de 1513, 
non une preuve , pas meme le moindre adminicule de 
preuve, disons mieux, pas le plus fugitif indice, la plus 
vague lueurd'un voyage autour de laFloride en 1497, 
il faut etre dou6 d'une richesse d'imagination devant 
laquelle est requite a se recuser notre faible intelligence. 



VI. 



Parmi toutes les preuves (Vime grand e' farce (1) invo- 
quees par notre confrere au soutien de sa these, nous 
venous de passer en reyjie les principales, et nous 
avons verifie que pas une ne r6siste a l'examen. Ses 
autres arguments, simples inductions fort aventurees, 
ont a peine besoin d'etre rappel6s. 

Colomb en 1502 dirigeant son exploration au-dessous 
de 16° N. parce que Vespuce aurait des 1497 remonte 
le littoral a partir de cette latitude (2) , ce peut etre une 
vue tres ing^nieuse pour la coordination conjecturale 
defaitsqui seraientdeja admis dans la se>ie des Veritas 
historiques; mais en quoi cela peut-il demontrer 1' exis- 
tence d'un fait conteste? 

La disproportion pretendue des recompenses accor- 
dees a Vespuce avec l'exigui'te' des services qu'il aurait 
rendus a l'Espagne s'il n'avait fait pour elle que le 



(1) Varnhagen, Vespuce, n° 15. 

(2) Idem, ibidem, a" 19. 



I 



( III ) 

voyage de 1A99 avcc Hojeda (1), c'est encore line de 
ces appreciations arbitraires auxqnelles il est facile 
d'opposer la consideration ties grave que Vespuce, 
rcntrant au service de l'Espagne avec le secret, comme 
on disait alors, des navigations des Pmtugais, etait un 
homnie utile a s'attacher, d'une habilete d'ailleurs tres 
digne de consideration pourle temps, etqu'en derniere 
analyse il ne lui fut attribue qu'unc remuneration con- 
enable des emplois effectifs auxquels il fut successive- 
ment appele : lc traitement annuel auquel il finit par 
atteindre ne depassaitguere 3600 francs de notre mon- 
naie, avec moitie en sus a titre d'indemnite. 

Le seul argument de quelque poids, en faveur de la 
date de 1/|97 adoptee par M. de\arnhagen, ce pouvait 
etre la declaration que fait Vespuce lui-meme dans sa 
lettre a Soderini, de sa venue en Espagne pour s'y livrer 
au coniTiierce, et de sa renonciation aux affaires au bout 
de quatre annees (2). On sait qu'il etait encore a Flo- 
rence (3) le 9 mars 1A92 ; mais on a la preuve aussi 

(1) Idem, ibidem, n" IS, 

(2) Idem, ibidem, n° 17. — Lellrc ii Soderini (dans Baedmi, p. 3; 
ou dans Canovai, pp. 27, 28) : « II motivo dclla venuta mia in qucsto 
» regno di Spagna fu per trattarc mercatanzie, e come seguissi iu 
u qnesto propositi circa di quattro auni,.. ... dclibcrai lasciarmi della 
» mcrcanzia. » 

(3) Bartolozzi, Bicerche, p. 93 : « Tredici lettere serine ad Ame- 
» rigo Vespuci in Firenze si conscrvano nei nostri archhi, che pro- 

x vano che Amerigo resto in quesia capitate fino all* anno 1492 

» L'ultima dclle sopra citate leltere che io 6 rilrovate, data del 
» 9 marzo 1-191, prova come dissi che egli era in Firenze nel 1 {92, 
i> percht e uotissimo die in quel tempo si couiiuciava Tanno del di 
i' 25 marzo, giornodfll' Incarnazione. » 



( 185 ) 

qu'il 6tait a Cadix (1) avec son compatriote Donat Nic- 
colini le 30 Janvier 1493 ; et des lors les quatre annees 
sembleraient devoir se compter au moins a partir de la 
fin de 1492, en sorte qu'elles se trouveraient accom- 
plies des 1496. dependant, il ne serait pas impossible 
qu' envoy 6 alors en Espagne poor le soin des affaires 
de la maison de M6dicis, il fut revenu bientot apres a 
Florence , Gventualite formellement enoncee (2) dans 
la lettre meme du 30 Janvier 1493; et comme on ne 
le voit reparaitre qu'en l'anntie 1495 atitre d' agent de 
la maison Berardi a Seville (3) , et qu'en definitive c'est 
seulement en decembre 1495, a la mort de Juanoto 
Berardi, qu'il prend a son compte la suite des affaires 
de cette maison, on peut a bon droit, ce nous semble, 
supposer que la est la veritable date de son entree effec- 
tive dans la carriere commerciale, et dans cette hypo- 
these, qui laisse d'ailleurs entierement sauve sa bonne 
foi, les quatre annees ne seront accomplies qu'en 1499, 
ce qui viendrait se concilier a souhait avec la date in- 
contestee du voyage en compagnie de Hojeda. 11 n'y a 
done point, dans l'enonciation pure et simple de ce 
terme de quatre annees, de suffisantes premisses pour 
une conclusion inevitable en faveur de la date de 1497: 
et dans le cas contraire, il subsisterait dans toute sa 
force, contre l'autorite d'une telle conclusion, l'objec- 

(1) Bandinf, pp. inv, xxxvj; lettre de Vespuce et Niroliui : « Di 
» Gennaio siamo a di 30, 1492 m : Cette date du style florentio 
repond au 30 Janvier 1 193 de notrecalendrier. 

(2) Ibidem, p. xxxv : « L'uni di noi dua, cioe o Donalo o Amerigo 
u fra brieve tempo potrebbe essere cbe passcranno a Firenzc ». 

(3) Navarretb, Viages y DescubrimienloS, tome III, p. 317. 



( 186 ) 
tion de Las Casas et de Hcrrera d'un c6te, de Napione 
et de Humboldt dc 1' autre, que par une fraude volon- 
taire ou par d'accidentelles erreurs les chiffres sont 
deplorablement fausses dans la lettre a Soderini. 

Si nous avons 6te le fidele interprete de la v6rit6 a 
la manifestation de laquelle est vouee notre etude, il 
ne pent rester un doute , dans aucun esprit impartial, 
sur ce premier point: que la date de 1497 attribute 
par l'erreur du hasard ou de la volonte" au premier 
voyage espagnol ou fut admis Vespuce , cette date qui 
eut fait d'Americ le precurseur de Colomb surle Nou- 
veau Continent, n' est appuyee d'aucune preuve reelle, 
d' aucun argument solide ; qu'elle est, au contraire, 
repoussee, non-seulement par le couunun conseutemcnt 
des historiens, mais par une impossibility sinon encore 
authentiquement etablie, bien voisine cependant, nous 
en avons la ferme confiance, d'une prochaine et com- 
plete demonstration. 

ARTICLE SECOND. 

Examen du thedtre d' exploration. 

VII. 

Apres avoir ecarte' les inductions chronologiques 
opposees par M. deVarnhagen au rapprochement admis 
par les historiens et les critiques les plus considerables, 
du premier voyage de Vespuce avec le premier voyage 
de Hojedd , nous avons a examiner la question , fort 
habilement presentee par notre confrere (1) , du theatre 

(1) Vabnhigew, Vespuce, n°» 8 & 1*. 



(187) 

d'exploration auquel doivent etre rapportees les indi- 
cations du navigateur florentin. 

Avant toutes choses, il nous faut restituer a leurs 
veritables sources les elements etrangers qui avaient 
6te ingenieusement introduits dans' la merveilleuse 
Odyssee Vespucienne, niais qui ne sauraient a aucun 
titre y etre maintenus. 

C'est d'abord le voyage de Vespuce lui-meme avec 
Jean de la Cosa, constate par la lettre de Jerome Via- 
nello, dont il nous faut faire un compte separe , puis- 
qu'il se rapporte a une 6poque posterieure de sept a 
huit annees (1); et ce retranchement fait disparaitre 
aussitot, avec tous ses tenants et aboutissants, 1' excur- 
sion de 1 50 lieues sur le Mississipi (2) , que notre confrere 
avait rattachee a sa brillante epopee. Ce n'est point ici 
le lieu d' examiner jusqu'aquel point lefleuvede 40 lieues 
d'embouchure designe parVianellopourrait etre expli- 
que par le Mississipi ; mais nous ne pouvons nous em- 
pecher de remarquer en passant, qu ; on ne saurait, sur 
des conjectures si freles, risquer un dementi formel a 
toute 1'histoire des decouvertes, qui fait visiter pour 
la premiere fois la Floride en 1512 par Jean Ponce de 
Leon (3), et les parages a l'ouest, jusqu'a la Veracruz, 
en 1519 par Alphonse Alvarez de Pineda envoye de la 
Jamai'que par le gouverneur Francois de Garay {h). 

Si nous osions nous hasarcler a opposer conjectures 
a conjectures, nous supposerions que nos deux explora- 

(1) Voir ci-dessus § IV, pp. 163 a 168 

(2) Varnhagen, Vespuce, n os 12 et 35. 

(3) Navarrete, Viages y descubrimienlos, tome III, pp. 50, 51. 

(4) Idsm, ibidem, pp. 64, 65. 



teurs avaient pu prendre terre vers le golfe dTraba, 
a 200 lieues dans le sud-oues't de l'Espagnole, ayant 
devant eiix 000 lieues de cotes jusqu'a l'Amazone. qui 
leur eat offert cette embouchure large de AO lieues, 
carai :teristique de leur grand fleuve, dans lequel ils 
effectuerent leur excursion de 150 lieues, pour refaire 
ensuite leurs 000 lieues le long de la cote en operant 
leur retour. Ou bien encore, leur traversed de 200 lieues 
a partir de l'Espagnole eut pu les conduire dans l'ouest 
sud-ouest vers le cap de Gracias a Dios, et les 000 lieues 
de cotes ensuite, a l'Orenoque, dont a la rigueur les 
bouches pourraient etre considerees dans leur ensemble 
depuis la Trinite jusqu'a la pointe Barima. Nous lais- 
sons a de plus hardis, a de plus savants que nous, la 
solution veritable duprobleme. Dansla question actuelle, 
il nous sulYit d'ecarter du premier voyage de Vespuce 
toute application quelconque de la lettre de Vianello. 

Nous avons a separer de nieme de toute immi.vtion 
aux navigations de Vespuce, le voyage fait en 1507, 
sur les cotes de Honduras et de Yucatan, par Pincon et 
Solis, dontrexplorationaurait besoin, pout-etre, d'une 
6tude plus detaillee qu'elle n'a ete" faite jnsqu'ici, a 
notre connaissance : on s'est borne g6n£ralement a 
r6peter le re"sume, fort exact d'ailleurs, qu'en a donne 
Herrera (1); mais l«'s trmoignages juridiques de Pinron 
et de Ledesma dans l'enqnete de 1513, les notes 
recueillies dans les Decades d'Anghiera d'apres les 
communications ecritcs ou verbales qu'il avait directe- 

(l) Uisioria de las Indias occidentaleSj dec. I, lib. vi, cap. xvij, 
p. 215. 



( 189 ) 

ment recues de Pincon, les indications meme consi- 
gnees dans la Somme geographiquc d'Enciso, enfin les 
delineations grapbiques, toutimpariaites qu'ellessoient, 
qu'offrent les cartes de Ruysch et de Waltzem tiller 
ainsi que lc globe de Scboner, fourniraient encore 
d' utiles elements a encadrer dans la relation sommaire 
de Herrera. Pour nous, une ou deux indications de 
detail ont seules de 1' importance dans le moment actuel : 
ce sont les denominations locales qui peuvent aider a 
apprticier la legitimite d'explication du problematique 
nom de Lariab par celui des montagnes de Carta ainsi 
que I'a propose notre confrere. 

Dans I' interpretation donnee par M. de Varnhagen a 
la designation de Vespuce, c'est aux parages de Tam- 
pico (1) que le navigateur Florentin aurait applique ce 
nom de Lariab : est-ce bien la que Pincon a decouvert 
ses montagnes de Caria? Voyons. 

Le pilote Pierre de Ledcsma (2), qui avait 6te du 
voyage de Solis et Pincon, declare que la decouverte 
qui en fut le resultat comprenait tout ce qui, au jour 
de sa deposition (18 mars 1513), etait connu au nord 
de Pile Guanaja, c'est-a-dire les terres de Cbabaca et 
Pintigron, jusqu'auterme de 23° \ de latitude. Enciso (3) , 

(1) Varxhagen, Vespuce, n os ll et 12. 

(2j NAVARnETE, tome III, p. 558 : « todo lo que hasta hoy esta 

» ganndo desde la isla de Guanaja hacia el norte ; e que estas tierrag 
» se Hainan Chabaoa e Pintigron; e que llegaron por la via del Norte 
» fasta 23 grados d medio. » 

(3) Suma de Geographia, feuillet signd h 6, verso : « Esta cl cabo 
» de las Figueras en x\j grados. Desdc aqui se bolvierou los descu- 
» bridores, quo no pussflrou mas. » 



( 100 ) 

qui n'avait encore, an moment on il reVligeait sa g£o- 
graphie (approuv^e par Charles-Quint en 1518 et im- 
priinee en 1510), rien appris de la nouvelle exploration 
de Francois Hernandez de Cordoba accomplie en 1517 
dans ces memes parages, nous oflre de son c6te des 
determinations applicables de meuie aux d^couvertes 
de 1507, dont il fixe le point extreme a 21", ajoutant 
expressement que « de \k sen retournerent les d£cou- 
» vreurs, sans aller plus avant». Les 21 de Enciso 
repr6sentent done les 23° 4 de l.edesma, qui respondent 
exactement a la mention du tropique du cancer dans la 
description de Marc de Benevent (J) : ce sont des diffe- 
rences de chifires auxquelles on ne peut attacher aucune 
importance lorsqu'on voit, a lanieme epoque, estimer, 
par exemple, la situation de l'ile Espagnole entre 22° 
et 27° de latitude (2), quand nous la placons aujour- 
d'hui entre 17° | et 20°. Tout ce qu'on peut cohclure 
de ces flottantes indications de latitude, combiners avec 
les distances et les conditions topographiques dont il 
serait imprudent de les isoler, e'est que i' expedition 
de 1507 avait reconnu l'extremite de la presqu'ile du 
Yucatan. 

Pincon (3) , expliquant k son tour sa propre decou- 

(1) Voir ci-dessus, p. 178, note 2. 

(2) Aisghiera, epist. clvi, Pomponio l.a?to : » Elcvalur... pnlus... 
» insularibus illis (gradus) unum el vigioli a mcridie, a scptcntrione 
» vero set et vigihti.... Compluti (Alcal.ii iv Idas' januarias 149."> ». 
— Le meme Aoghiera, dans le 3' li\rede sa l' c decade, ddfit en L501, 
donne 22" et27". — La carte de Ruysch exasere encore cette latitude. 

(3) Navarrete, tome 111, p 558 : « Toda la lierra que hasla hoy 
u esta descuuierta desde la isla de Guauaja fasta la proviucia do Ca- 



< 191 ) 

verte, expose en resume que cle l'tle de Guanaja il s'est 
avanc6 dans la grande baie de la Nativity, et que de la 
il a d6couvert les montagnes de Caria et les autres 
terres qui sont plus avant, c'est-a-dire les provinces 
de Camarona et de Chabaca et Pintigron. Or, si Cha- 
baca et Pintigron sont les dernieres terres, alors aper- 
cues, du Yucatan, si Camarona repond au milieu de la 
presqu'ile, ou la carte de Ribero, de 1529, inscrit en 
effet le noin de Camaron, il s'ensuivra lfecessairement 
que les montagnes de Caria devront etre placees, dans 
l'hypothese la plus favorable, an fond du golfe de 
Honduras, dans le voisinage de Belize. Comment des 
lors s'aventurer sans crainte (I) a identifier avec ces 
montagnes de Caria une terre de Lariab qu'on pretend 
asseoir aupres de Tampico, a plus de 350 lieues d'in- 
tervalle!... 

II n'est pas indifferent de remarquer, sur le globe 
de Schoner aussi bien que dans la reduction publiee 
en 1522 de la carte de Waltzemiiller, que le nom de 
Farias est inscrit sur les terres que M. de Yarnhagen 
considere comme correlatives, au moins en partie, au 
douteux Lariab de Vespuce. On sait deja que 1' edition 
latine des Qaatuor havigaiiones donnee en 1507 par 
Waltzemiiller lui-meme, offre ce nom de Parias au lieu 
de Lariab fourni par l'ancienne edition italienne qua 
reproduite Bandini ; on sait aussi que le manuscrit ita- 

» marona, yendo la costa de lucngo hacia el (norte) hasta la provin- 

» ci.i que se llama Chabaca e Piutigron e quo assimismo descu- 

» brieron la gran bahia de la Navidad, 6 que desde alii descubrio 

» este testigo las sierras de Caria 6 otras tierrasde raasadclante ». 
(1) VARNHAGtN, Vespuce, n» 12. 



( 192 ) 

lien d'Amoretti, cit6 par Napione fl), presentait do son 
cote Perias an lieu de Lariab. Laissant entiere la ques- 
tion d' application definitive du Lariab on /'arias de 
\ espuce a nne contr6e d6terminee, il est a observer que 
I'inscription de ce nom sur les terres d6couvertes par 
Pinron n'cst pas destitute de toute raison, puisque 
Anghiera nommant a son tour, d'apres les informations 
du navigateur lui-meme, les divers chefs de ces pays 
voisins de la baie de la Nativity, a savoir, Ckavacca, 
Pintiguan, et autres, les appelle les |)etits rois de 
Paria (2) : en sorte que, meme en transportant au 
pays des montagnes de Caria la denomination proble- 
matique de Lariab, on y retrouverait en nieme temps 
aussi 1' Equivalent Paria deja etabli sur d'autres 
donnees. 



VIII. 



Le propre recit de Vespuce, ainsi dt'gage' des ele- 
ments hi'terogenes qui y avaient ete imprudeminent 
rattach6s, offre-t-il intrinsequement des bases certaines 
pour determiner le theatre sur lequel a du s'accomplir 
ie premier voyage du navigateur florentin? C'est un 
point a examiner. 

(1) Esamc critico del prima viaggio di Amerigo Vespucci, p. 23. 

(2) Anghikra, Dec. II, lib. vn, p. 184 : « Ad Paris regulos redea* 
» mus. Ilos reperit Vinceplius Annex esse apnd Paricnses t;mquam 

» aunuus rectores vicorum Quorum uomioo liic insererc statui 

» ad tauiaj rci memoriam : chiacoaum Chiavaccham (chiaconos nam- 
» que suos optiniates uuo uoiuiue appellant}, chiaconum Piutigua- 
» num, m etc. 



< ttfc) 

De Cadix, 1* expedition oft il avait obtenu d'etre em- 
barque se rendit d'abord a la Grande Canarie, que la 
relation place sous une latitude de 27° A , a 280 lieues 
de Lisbonne, dans la direction du vent conipris entre 
le midi et le sud-ouest (1). L'ancien ancrage de la 
Grande Canarie, situe au sud-est de l'lle, est en effet, 
en faisant bonne mesure, vers les 27° | de latitude, 
dans le sud-sud-ouest de Lisbonne (2) : ceci est deja 
un indice satisfaisant en faveur de son exactitude, et 
sans nous preoccuper du rapport theorique admis par 
lui entre la lieue et le degre terrestre, nous pouvons 
des a present ^valuer la mesure r£elle de ses lieues 
effectives, en comparant les 280 lieues ici accuseds, 
avec Tare de grand cercle surlequel elles s'appliquent, 
et d'ou il ressort une valeur approximative de 23 lieues 
pour un degr6 (3) : e'est une base dont il estessentiel 
de prendre note. 

Des Canaries on se mit en route «pour 1' Occident 
» en prenant un quart du sud-ouest [cominciando 
» nostre navigazioiit pel ponante, pigliando una quarto. 
» di Libeccio) » . II regne quelque incertitude sur Tin- 
terpretation precise qu'il convient de donner a cette 

(1) Bandini, pp. 6,7 :« Partimmo del porlo di Calis diriltialle 

» isole Fortunate che oggi si dieono la Gran Canaria sopra le 

)' quali alza il polo del settentrionc fuora del loro orizonte 27 gradi 
i) e mezzo, e distanno da quesla citta di Lisbona 280 leghe per il 
n vento infra mezzodi e libeccio ». 

(2 Plus eiactement a 27° 45' N. et 17° 56' 0. de Paris, a 12" 12' 
de grand cercle au S. 20° 9' 0. de Lisbonne. 

(3) Plus exactement 22. 95. 

XYT. SEPTEMBRE ET OCTOBRE. 5. 13 



( 19/1 ) 

designation du rami) de vent : Bartolozzi comprcnd 
ouest quart sud-ouest (1) ; Canovai explitjue formelle- 
ment sud-ouest quart ouest (2) j M. de Varnhagen 
adopte ouest-sud-ouest (3). Entreces versions diverses 
quelle est la bonne? — La derniere n'est 6videmment 
qu'une approximation sans pretention a l'exactitude ; 
quant aux deux autres, elles semblent Iraduire avec 
une £gale fidelite un texte susceptible d'ainpliibologie; 
cependant, eu egard aux habitudes du langage tech- 
nique. 

Una qnarta di ponente verso libeccio pour 0. \ S.-O. 

Una fjimrta di libeccio verso ponente pour S.-O. \ 0. 
1' interpretation du professeur de mathematiques Ca- 
novai paraitrait mieux fondee que celle de Bartolozzi. 

Apres une traversed de 37 ou de 27 jours, on attei- 
gnit une terre ferme distante des Canaries et de l'an- 
cien monde habite\ de pres de mille lieues ; c'etait, 
suivant la remarque de Vespuce, «en dedans de la 
» zone torride, car on y trouva le pole elev6 de 16" au- 
n dessus de l'horizon, et les instalments indiquaient 
» 74° plus a l'ouest que les Canaries » (4). 



I (1) Bartolozzi, Ricerche, p. 68. 

(2) Canovai, Disserlazione giustificativa, pp. 324, 327. 

(3) Varnhagen, Vespuce, n° 8. 

(•4) Bandini, p. 7 : b K tanlo uavieammo die al capo di 37 giorni 
» fummo a tenere una terra che la giudicamnio essere terra ferma, la 
n quale dista delle isole di Canada piii aH'occidente a circa di mille 
» leghe fuora dcllo abitato, ilentro dclla torrida zona, | erche tro- 
» vammo il polo del scitentriono alzarc fuora del sno orizonte Kigradi, 
» c pin pecidentale clic le isole di Cauarin, secondo die inostravauo e 
u nostri instrunicnti 74 gradi ». 



( 105 } 

II se produit ici de nouvelles incertitudes. Cette la- 
titude de 1(5'' N pour le point d'atterrage, cette longi- 
tude de7/i"0. des Canaries, sont-ce bien la reellement 
les chiflres qu'a Merits Vespuce? 

II ne nous est pas permis de le croire quant a la 
longitude, ainsi que le demontreune verification facile, 
en refaisant les calculs de notre cosmographe d'apres 
ses propres theories, e'est-a-dire en adraettant avec 
lui que la circonference terrestre est de 6000 lieues, 
d'ou il suit que sa distance de mille lieues a p rtir des 
Canaries equivaudrait a 60° de grand cercle : avec cette 
longueur de route et la latitude de 16" N. pour le point 
d'arrivee, il est aise de reconnaitre que la direction 
suivie a du etre le sud 78" 57' ouest, presque l'ouest 
quart sud-ouest vrai, mais que la difference en longi- 
tude ne saurait depasser 63 ' 33' ; dans l'ordre de ses 
propres idees, Americ n'avait clone pu trouver ni ecrire 
ce chiffre cle longitude de 74°. 

Le chiffre de 16' pour la latitude d'arrivee n'est 
guere plus certain. Deja, en nombre d'endroits des 
lettres cle Vespuce, on a constate l'erreur cle lecture (1) 
qui a fait prendre tin signe de ponctuation prec^dant 
l'enonciation des nombres, pour le caractere numeral 1, 
de telle sorte qu'on a lu 15, 18, 15466, la ou il fallait 
lire 5,8, 5/i66, ainsi que l'a constate directement la 
collation intelligente des manuscrits, independamment 
des necessites de calcul qui le clemontraient pour cer- 



(1) Canovai, Dnserlasione, pp. 328, et 381 i> 383. — Napionr, 
Esame critico, p. 27. — IIcuboldt, Gcographie du Nouveau Conti- 
nent, tome IV. pp. 275, 276. 



( '190 ) 

tains nombres. Canovai [l] avait deja reconmi que 

la direction de la mute, telle qu'il la comprenait , 
devait condtdre a one latitude beaucoup plus basse 
que 16°, et il considerait comme certain que la veri- 
table lecou du manuserit original de Vespuce avait du 
§tre 0°. 

Calculous a n'otre tour la position ou dut atterrir 
1' expedition a bord de laquello etait uotrc Florentin, 
en deduisant de son propre recit les donnecs ])lus as- 
surecs qu'il est possible d'y decouvrir. Kt d'abord, les 
mille lieues de route ont unc valeur efTective facile a 
trouver daus le quatrieme tenne d'une proportion qui 
a pour premier element le rapport deja signale des 
280 lieues de distance entre Lisboune et l'aucrapesud- 
est de la Grande Ganarie, avec les 12° 12' de grand 
cercle qui mesurent ge^onomiquement cette distance : 
les mille lieues de la traversed an Nouveau Monde se 
resolvent done en 43 34'. 

Si Ton essayait d' employer cette distance avec la 
problematique latitude de 16° pour l'atterrage, on ar- 
riverait, par une direction sud 7/i" 21' ouest, a unc 
longitude de /i/i" h~' 0. des Canaries, aboutissant ainsi 
a quelques milles dans Test de Marie-Galante, a plus 
de i»00 lieues en deca du golfe de Honduras et meme 
du cap de Gracias a Dios qui le precede. 

En combinant au contraire la distance de A3" 3A' de 



I) Canovai, Disserlazione, pp. 327, 328. — « 16° n. Br., ein 
» vermuthlichcr Druckfehlcr stall 6" «, dit M. Peschki. dans un in- 
tdressant article sur Irs Neurre Schriflen iiber Amerigo Vespucci, 
ioseri 4 dans son journal bebdomadaire DasAusland du f> aoot I8r>8. 



( i?7 ) 

grand cercle avec la latitude de 6" preferee par Ca- 
novai, on trouve pour la direction le sud 60" 3' ouest, 
qui est bien dans le sud-ouest quart sud conforme- 
ment a 1' interpretation la plus plausible de la locution 
italienne employee par Vespuce; et quant a la longi- 
tude, elle est determined a 39' 1 42' a 1' ouest du point 
de depart, ce qui revient a 57° 18' a l'ouest de Paris, 
c'est-a-dire a une position intermediate entre les em- 
bouchures des rivieres de Marauni et de Surinam. Un 
telresultat, sans que nous pretendions lui attribuer 
une precision exclusive de toute tolerance en plus ou 
en moins, nous parait dans tous les cas decisif en fa- 
veur de la lecture et de 1' interpretation adoptees par 
Canovai en ce qui concerne le chiffre de la latitude 
d'arrivee et la direction de la route. 

II pourrait paraitre superflu de s'arreter davantage 
sur la question, qui semble d^sormais resolue, du veri- 
table theatre de la premiere exploration a laquelle prit 
part Vespuce. Cependant, comme on a era trouver 
dans les faits ulterieurs de cette campagne, des cir- 
constances applicables a de tout autres parages, il con- 
vient d'en faire la revue rapide ; ce nous sera d'ailleurs 
une occasion opportune de faire ressortir davantage 
l'ordonnance generate de la narration d'Americ, dans 
laquelle on n'a pas encore suffisamment pris garde qu'il 
revient a diverses fois sur le meme sujet, pour le con- 
siderer dans son ensemble a d' autres points de vue, en 
sorte que Ton a, un peu a l'etourdie, cousu bout a bout 
comme des fragments successifs d'une immense navi- 
gation, ce qu'il faut suj)erposer, comme renseigne- 



/ 

ments complementaires, surun premier sillage restreint 
a des bornes beaucoup plus raisonnabl s. 

En relevant soigneusement dans le recit tout ce qui 
constitue le canevas itineraire, on voit l'expedition 
poursui\ re sa route au nord-ouest en longeant la cote, 
qui aff'ectait pr6ci$6ment cette direction (1); apres de 
nombreusesescalesplusoumoinsprolongees sur divers 
points habites, on arrive enfin a une petite cite batie 
au milieu des eaux comme Venise (2), et il faudrait 
une bien mauvafee volonte* pour se refuser a la recon- 
naiuc dans cette Venec^tola qui figure dans la carte de 
Jean de la Cosa, et qui se retrouve sous la forme Veni- 
ciola [d6figur6e en Vencida par un copiste inattentif) 
dans la mappemonde de Uuyscb, e'est-a-dire la Vene- 
zuela de nos jours. 

De ce point on s'avanca en continuant de suivre la 



(1 ) Bandini, p. 8 : « E n.ivigammo per il maestrale, che cosi si cor- 
i) reva la cosla, sempre a yisla di terra ». 

(2) Bandini, pp. t8, 19 : « Accordammo <li partirci e andare pill 
i) innanzi, rostrg^iando di continue la terra, uella quale facemmo 
« tnolte sra'e e avemmo ragionamenli con molla gente, e al fine di 
» cerii giorni fumnio a teuere uno porto. ... dove trot ammo una po- 
» pola/ione fondata sopra I'aiqua come Vene/ia ». — Peschei., dans 
l'articleque uuus avopsrftl plus haul deson journal Das Auslatid, (lit a 
ce sujet : " Kaon man daruber strrilen ob Vespucci unter dem 6" oder 
u 16" n. Br. landete, ob man I'aria, I.ariab oder Caria lesen mUssc.ob 
» trotz Vespucci's behaapteter Enideckung im Golfe von Mexico es 
» moglicli war ilass Yucat.ni, Mexico und der mexicaoische (iolf nocb 
b #franzig Jahre den andern Sufahrern, die jede Winkel des Cari- 
» bisrtu-n (iolfes durclisurhlen, ciu Gcbcimnis bleiben konnte; aber 
a wodas Indianerddrf zu sucbensey, welches Venedig glicl), daruber 
u kauu keiu Zweifi-I obwalten... » etc. 



( m ) 

cote, jusqu'a un autre endroit, eloigne du precedent a 
80 lieues (1), et habile" par un peuple tres different de 
mceurs et de langage ; on fit des excursions dans les 
alentours; et comme ce fut probablement la le terme 
du voyage, le narrateur se met a faire une description 
g6ne>ale du pays (2) : e'est en terminant cet apercu 
d'ensemble qu'il donne un renseignementdont la ported 
nous semble avoir 6te fort exageree, et que nous croyons 
possible de traduire, sans faire violence au texte, de 
maniere a etre entendu comme le voici : « Cette terre 
i) est comprise dans la zone torride, (laquelle setrouve) 
)) tout contre ou au-dessous du parallele que le tropique 
» du Cancer decrit a l'endroit oil le pole s'eleve de 23° 
» au-dessus de l'horizon, a la fin du second climat » (3) ; 
e'est-a-dire que notre interpretation laisse a la zone 
torride meme sa borne bien connue au tropique, sans 
etendre virtuellement jusque-la un pays compris sim- 
plement dans cette zone. 

La relation revient ensuite a dire quelques mots du 
sejour de rexpedition en cet endroit (h), et termine ce 
sujet en ajoutant que de ce port s'effectua le depart, et 



(1) Bandini. p. 21 : « Andando di conlinuo a lunso della rosla 
« avemmo vista d'un' allra genie ehe poteva star discosto da questa 
» 80 leglie, e la trwammo niulto dilTerenle di lingua e di costunii ». 

(2) Bandim, pp. 21 a 27. 

(3) Bandini, p. 27 : « Questa terra sta dentro della (orrida zona, 
» giuntameiite o di basso del parallelo ehe deserive il tropiio di 
» Cancer dove alza il polo dell'orizonte 23 gradi, net fine del secoudo 
i) clima ». 

(4) Bandini, p. 27 : u Vennonci a vederc niolti popoli, .... e ci 
» chiamavano Carabi, die vuol dire uomini di gran savidoria ». 



( 200 ) 

que le nom du pays est Paria [\) , comme, a notre avis, 
out eu raison de lire ceux qui out pf6f6r6 cette lecon a 
celle de Lariab (que M. de Varnhagen hii-meme recon- 
nait fautive et voulait restituer en Carta), 

C'est encore une phrase recapitulative de l'ensemble 
du voyage, et s'appliquant it toute la cute de Paria, quo 
le narrateur e"crit inim6diatement apres ce nom, de 
maniere a resumer ainsi sa navigation : « Nous sui- 
a vhnes toujours la cote en vue de terre, si bien que 
i) nous la parcourumes pendant 870 lieues (en allant) 
» constaminent au nord-ouest, iaisant nombre d'escales, 
»> traitant avec beaucoup de gens , et recueillant sur 
» plusieurs points de Tor, mais en petite quantite, nous 
» tenant pour satisfaits de decouvrir le pays et d'ap- 
» prendre qu'il y avait de l'or » (2). 

En voila suffisaminent, ce nous semble, pour etablir 
d' une • maniere g6nerale que le theatre d' exploration 
auquel se rapportent les indications de Vespuce, s'eten- 
dait exclusivement le long des cotes septentrionales 
de l'Amerique du Sud , sur cette ligne flexueuse dont 
l'axe est dirige du sud-est au nord-ouest. Nous n'avons 
pas la pretention de tout controler, de tout expliquer, 
dans une relation qui a soule\6 tant de controverses : 

(1) Bakdiot, p. 27 : « Partiinmo di questo porto, e la provincia si 
» dice Lariab ». 

(2) Bandini, p. 27 : «E navigammo a lungo della costa sempre a 
» vista dclla icrra, tauto che corremmo d'essa 870 Icghe tuttavia 
j) verso il niaestrul>', faeendo per essa molte scale e trattando con 
» molta gcntc, e in molti luoghi riscaianimo oro, ma non molla 
» quautiia, chc assai faccniiuo ia discoprire la terra e di saperc chc 
n tenevtno oro ■. 



( 201 ) 

mais,au milieu d' inevitables incertitudes, il nous paralt 
comparalivement raisonnable d'admettre avec Navar- 
re te que 1' excellent port de carenage mentionne par le 
narrateur, 6tait dans les parages de Cumana (I), bien 
plutot que de Taller cbercher dans le golfe boreal de 
Saint-Laurent|2);etl'actedepiraterieexerceacentlieues 
de la au large, contre nne ile ou Ton se rendit en sept 
journees de route vers l'est-nord-est (3), nous parait 
aussi expliqu6 par 1' esprit de vengeance des popula- 
tions du littoral contre leurs oppresseurs habituels les 
Caralbes insulaires des petites Antilles, bien plus na- 
turellernent que si la scene etait transported par une 
fantaisie paradoxale chez les Eskiniaux du detroit de 
Belleile (4). 



1\. 



Nous nous abuserions fort s'il ne resultait des pages 
qui precedent une conviction in time que le premier 
voyage deVespuce ne s'est nullement accompli, comme 
on avait tente de le soutenir, dans des conditions de 



(1) Navaiirete, tome III, p. 234, a la note. 

(2) Varnhagen, Yespuce, n" 13. 

(3) Bandini, p. 29 : « E navigando sette giorni alia volta dpi maro 
» per il vcnto infra greeo e levante, al capo delli sette giorui riscon- 
» traninio nelle isole the eran molte. e alcune popolate e allre desertc, 
» e surgcmnio eou una di esse dove vedemmo molta geute, che la 
» chiamavano Iti ». — « Ein Insel Iti, (vermuthlichcr DruchfeMer 
» statt Haiti; •> dit M. Peschel dans I'artide cite de son journal hebdo- 
n madaire Das Ausland. 

I,i) Varnhagen, Yespuce, n° 14, a la note. 



( 202 ) 

temps et do lieu qui le rendraient inconciliahle avec la 
premiere expedition de decouvertes de Hojeda. Par 
inadvertance on parfraude les dates de la relation qne 
nous en avons sont entachees d'inexaetitude, et en de- 
finitive ce document . sujet a caution, n'a de valeur 
reelle que dans la mesure de ses concordances avec 
des temoignages plus certains. Ce serait done un sin- 
gulier renversemeBt des lois de la raison, que de pre- 
tendre infirmer, sur la foi d'une narration qui pr£sente 
si peu de garanties, l'autorite non-seulement des afllr- 
mations liistoriques les plus considerables, mais en- 
core des declarations recueillies avec toute la solennite 
des constatations juridiques. 

S'il ressort en eflet quelque point fondamental des 
temoignages de Hojeda dans l'enquete de 1513, e'est 
qu'il avait ete le premier qui fut alle, apres l'Amiral, 
faire des decouvertes au nom de l'Espagne (1), et qu'il 
avait alors en sa compagnie Jean de la Cosa, Amebic 
Vcspuce, et d'autres pilotes (2), panni lesquels nous 
pouvons nommer, outre Diegue Martin qu'il avait en- 



(1) Navarrete, tome III, p. Sil, myage AeNino: <• AI01170 de 
» II ijeda dice que lo sabe porque el >a lo habia descubierto e' \isto. 
» porque fue' el primer hombre que viuo a descuhrir n. — p. r>44, 
inyuye de Hojeda: « Ksle testigo es el dicbo Hojeda que vino .i descu- 
» brir, el primer hombre que vino a descobrir despues que el \lmi- 
u rante ». — p. 5HO : « Miguel de Toro (dice) que Hojeda Cue primer 
i) deseubridor despues del dicbo Alrniranle ». 

(2) Navarrktk, tome III, p. 54 i : « Alonso de Hojeda dice quo 

« en este viagc que estc dicho tosiigo hizo, tru o cousigo ;i Juau de la 
» Cosa piloto, e Moiigo V'espuche, e otros piloios ». 



( 203 ) 

core avec hii dans son deuxieme voyage (1), Barthe- 
lemi Roldan, qui fit ensuite partie de 1' expedition de 
JLepe (2). Si done la premiere navigation de Vespuce 
ne peut chronologiquement trouver sa place avant celle 
de Hojeda, il faut de toute necessite , pour conserver 
son rang, qu'elle vienne, par ce motif seul, se con- 
fondre avec celle-ci. Deja inevitable a ce point devue, 
la concordance est de plus confirmee par la similitude 
non douteuse du theatre d' exploration. 

Alphonse de Hojeda etait parti de Puerto Santa- 
Maria, suivi de tres pres par Christophe Guerra et 
Pierre-Alphonse Nino (3) qui mirent a la voile de la 
barre de Saltes. Nino avait ete le compagnon de l'Ami- 
ral dans la decouverte de Paria (4) ; Hojeda emmenait 
de son cote Barthelemi Roldan qui avait pareillement 

(1) Navarrete, tome III, p. 105 : Instructions d'AIphonse de Hojeda 
pour Pierre de Hujeda, son neveu (et non son frere comrae le dit par 
inadvertanee Pescuel, Zeitnller der Entdeckungen, p. 312, uote 1). 

(2) Navarrete. tome III. p. 588 : « J.icome Ginoves sabe que con 
* Hojeda Cue Barlolome" Roldan e Juan de la Cosa 6 Juan Vizcaino ». 

■ — « Juau de Jerez que Bartol iiiie Roldau torno con Diego do 

» Lepe cuando fue a descubrir la lietra Urme ». 

(3) Navarrete, tome III, p. 511 : « Nicolas Perez dice que al 

» tiempoque Cristobal Guerra y Pero Alonso Nino fuerou a descubrir, 
» este lestigo ibaasi mismo con la (lota de Hojeda e Juan de la Cosa 
M a descubiir, 6 partieron pnmero Hojeda 6 Juan de la Co*a del puerto 
» de Santa Maria, e" Pero Alonzo Nino e Ciistobal Guerra partieron 
» despues poco tienipo del Condado, c eu'rambas flotas fueron a bar- 
» lovento de Paria ». 

(4) Navarrete, tome III, p. 587 : « Alonso de Triana (sabe) que 
b despues fueron por aquellas partes (de Paria) Alonso Perez (Per 
» Alonso) Nino que fue en el descubrimiento por piloto del Almiraute ». 
— Voir aussi la deposition de Rodrigue de I3astidas, ibidem, p. 5i2. 



( 204 ) 

<M6 de co voyage (1), et il avait d'ailleurs eu commu- 
nication du rapport et de la carte que l'Aniiral lui- 
lneme en avait envoyes a la cour d'Espagne (2). Les 
deux expeditions, ainsi inspirees etguidees par lanou- 
velle decouverte de Coloinb, se dirigerent sans hesita- 
tion sur Paria, se precedant nnituellement runel'autre 
sur certains points, Hojedasurla cote (3), Nino al'ile 
Marguerite (A). Apres une fructueuse canipagne ou la 

(1) Navarrete, tome III, p. 587 : « Bartolome Roldan piloto (dice) 
» que fue coli el Almirante en el primer viage que se descubrieron las 
» Iudias, y en el que descubriu a Paria ». — Voir de plus les temoi- 
gnages d'Alonso de Triaua, de J.icomc^iuoves, de Fernando Perez, et 
dc Juau de Jerez. 

(2) Navarrete, tome 111, p. 587 : « Bernardo de Ibarra :.... este 
» testigo escrivio una carta que el Almirante escribiera al Key £ Reyna 
j) nueslros senores, haciendoles saber las perlas e cosas que habia 
» hallado, y les envio senalado con la diclia carta en una carta de 
» marear los rumbos cvientos por donde babia llegado a Paria; c\... 
» oy6 decir como por aquella carta se babian hecho otras, 6 por ellas 
» habian venido Pedro Alonso Nino c Hojeda e otros que despues hao 
» ido a aquellas partes ». — Cette lettre est celle qui est imprimee 
par Navariif.tk, tome I, pp. 242 a 264, ou la carle est mentionnee 
deux fois, pp. 253 et 264. — Hojeda lui-meme (ibidem, tome III, 
p. 539) depose : « que vio esle testigo la ligura que el dicho Almirante 
k al dicho tiempo envio a Castilla al Rey y Reyna nueslros senores, de 
» lo que babia descutrierto », 

(3) Navarrete, tome III, p. 541 : « Alonso de Hojeda dice.... quel 

w dicho Crislobal Guerra y Per Alonso Nino descubrieron la tierra 

» firine dende la boca del Dragu de Paria, toda la costa de tierra Grmc 
» fasta el Golfo de las Perlas, despues que este testigo lo habia ya 
» descubierlo ». 

(4) Navaurkte, tome II, p. 422 : « La isla Margarita que Cristobal 
« Guerra descubriu ». — Voir aussi, tome III, pp. 542 et.Si3, lei 
depositions de Rodrigue dc Bastidas et d'Andre dc Morale*. 



( 205 ) 

traite des perles avait et6 cles plus abond antes, Nino 
quittait Cumana le 8 des ides [6| de fevrier 1500 et 
ren trait en Espagne 61 jours apres, au commencement 
d'avril (1), peu de temps avant que rentrat a son tour 
1' expedition de Hojeda (2). 

En nous restreignant, quanta celle-ci, aux indica- 
tions fournies par les documents les plus authentiques, 
et en ecartant soigneusement les circonstances que 
l'onpourrait supposer empruntees de quelqne maniere 
que ce soit aux remits de Vespuce, nous pouvons con- 
stater que Hojeda, venu de Cadix aux Canaries a la 
tete de quatre navires (3), prit sa voie a partir de l'ile 
de Fer, pour aller atterrir a 200 lieues en deca du 
golfe de Paria (A); qu'il suivit la cote jusqu'a ce golfe, 

(1) Anghiera, Ddc. I. lib. viii, pp. 91, 93.— La datedel'annee 1500 
est par inadvertance appliqueea la relAchedu 1" novembrc precedent 
a Cauchicto, ce qui donnerait le mille'sinie de 1501 pour le depart du 
6 fe'vrier suivant, et pour I'arrivde en Espagne le 7 avril; tandis que 
la cellule royale qui ordoune rarreslatiou de Nino apres son retour 
(dans Navarrete, tome III, pp. 78 a 80; est date"e du 20 mai 1500. 

(2) Navaurete, tome 111, p. 541 : « Nicolas Pfircz.... dice que 

n Cristobal Guerra e" Per AlonsoNino fueronse a la Margarita 

» e" alii rescataron las perlas, 6 se volvieron a Castilla : e dende a 
ji pocos dias la (lota (de Hojeda) en que iba esle tesligo asimismo Cue" a 
» Castilla ». 

(3) Fern. Colombo, cap. uxxiv, p. 368 : « Giunse all' Isola ud' 
» Alfonso di Ogieda, che venia con quattro uavigli da scoprire ji. 

(4) Navarrete, tome 111, p. 543 : « Andre's de Morales sabe.... 

» que partieron de la isla del Hierro que es eu la isla de Canaria, J 
» fueron a dar en la tierra firnie en cima de la provincia de Paria.,.. 

» 6 discurrierou por la costa abajo a la dicha provinna de Paria 

» hasta el cabo de la Vela, el cual nonibre le pusieron los dicbos 
» Juan de la Casa 6 Hojeda ». — p. 544 : « Alonso de Hojeda 



( 206 ) 

oh il arriva quinze jours avant Nino et Guerra (1), 
mais qu'il le traversa sans s'y nireter (2), ressortant 
par la Bouche-dii-Diairnn (3), reconnaissant la Mar- 
guerite (A) et les ilots voisins, et ponrsuivaut la de- 
couverte de tout le littoral de terro ferine en visitant 
les ports auxquels il donna les noms significatifs de 
Aldea Vencida et de Puerto Frechado (5), File de Gi- 
gantes (6) , le golfe de Venecia (7) et son annexe le 

» descubri6 al mediodia la tierra firme e corri6 por ella ansi "00 leguas 

» hasta Pi'iria y en toda esla tierra fume 'J00 leyuas antes de 

» Paria, a etc. — Ovikdo. Hisloria general y natural, lit). Ill, cap. vm; 

tome 1, p 76 : « AIoqso de llo;cda vino .i deccobrir por la C'>sta 

» de tierra firme e trino su derrota a>rcconoccr dcha.xo del rio Mara- 
» fion eu la prdviDcia de Paria ». 

(1) Navarhkte, tome III, p. 541 : « Nicolas Perez.... dice que 

n Alonso de Hojeda Heg6 primero a la vista de la tierra de Paria ... i 
» que dcnde a quiuzc dias llegaron Cristobal Guerra C" Per Alonso 
» Nino », 

(2) Ibidem : « No descmbarearon allf, salvo passaron adclantc ». 

(3) Navarretr, tome III, p. 51 i : « Alonso de Hojeda.... sah<5 por 
» la boca del Drago ». 

(4) Ibidem : « E aojo la isla Margarita y la anduvo por tierra a pie - ». 

(5) Navarrete, tomelll.p 105 : Instructions pour Pierre de Hojeda : 
<t El puerto de la Codera que nosotros llamamos Aldia vencida...., 6 
« sigais fasta el puerto Frechado dondc me firieron cicrta gente ». — 
Sur la carte de Jean de la Cosa sont de'signe's le Puerto Ftechado ct 
une Aldea de turme (?; qui senible repondrca WMdea vencida. 

(6) Navarbete, tome III, p. 54 4 ; Hojeda • a Toda aquclla costa de 
» la tierra firme drsde los Frailes hasta en par de las islas de los 
m Gigantes ». — Andres dc Morales : « prosiguio Hojeda) por la dicha 
» costa de puerto eu puerto hasta la isla de los Gi^autcs ». 

(7) Ibidem; Hojeda : « El Golfo de Venecia que es en la tierra 
» firme. ...» — 11 IM'ait doubter, pour entrer dans le Colfe, le capde 
San Roman, qui dut cc nom, sans doute, au patron du jour de sa 
d^couverle, le 9 aoiit 1499. 



( 207 ) 

lac tie San-Bartholome- (1), enfin la province de Quin- 
quibacoa (2) avec le cap de la Vela (3j,les montagnes 
de Santa-Eufemia (h) appelees aujourd'hui de Sainte- 
Marthe, et le cap de l'lsleo (5), qu'on retrouve al'em- 
bouchure du Rio Magdalena. De la il opera son retour 



(1) Navarrete, tome III, p. 105 : « Yrequerid donde tomamos las 
>' India*, quese llama lago de San Bartolome" ». — Voir aussi pp. 106 
et 108. — C.e lac fnt probablement ainsi nomine parce qu'on s'y trou- 
vait le 24 aoilt 1490, le lendemain du jour oil Vespuce (juonce avoir 
faitsa fameuse observation de longitude. 

(2) Navaiirete, tome III, p. 34 4 : Hojeda : « y la provincia de 

i) Quinquibacoa e" desd6 las perlas hasta Quiuquibacoa ». — An- 
dre's de Morales : a 6 de alii discurrieron a la provincia de Qainqui- 
» bacoa hasta el cabo de la Vela ». 

(3) Navarrete, tome III, p. 544; Andrds de Morales, ut supra. — 
p. 559; Nicolas Perez : « Hojeda deseubrio desde la puutadel Drago 
» hasta la del cabo de la Vela ». — Voir aussi pp. 10", 10S. 

(4) Celte indication est fourniepar la carte de Jean de laCosa, lequel 
6tait, ne 1'oublious pas, le pilole de rexpdditiun. — Pescuel (Zeitalter 
der Eutdeckungen, pp. 314-315, a la note) a aussi relevg cette indi- 
cation, et il ajoute la remarque speViale que le jour de sainte Euph6- 
mie tombe le 16 septembre, ce qui lui semble mil iter contre le quan- 
tieme du 5 pour I'arriv^e a Haiti; mais ce quantieme est formellemeut 
£nonc£ par Ferdinand Colomb, et a eequ'il parait aussi par Las Casas, 
et il landrail supposer uneerreurde chiffre de leur part. Le quantieme 
du 25 au lieu du 5 semblerait laisser trop peu de temps pour I'arri- 
v£e de Fraugois Roldan a la rencontre de Hojeda des le 29. 

(5) Le Cabo del hleo est de'signd sur la carte de Ruysch sous la 
forme Lix Leo. La carte de La Cosa n'a aucun nom au dela des mon- 
tagnes de Sainte- Eupheniie, mais la forme dela c6le montreque lade- 
couverte a depasse ce point. Ovikdo (Historia general y natural, lib. Ill, 
cap. viii ; tome I, p. 76) le continue en disant que I'expeditiou de 
Hojeda « llego a tomar tierra ocho leguas eucima de donde agora esta 

» laproblacion de Santa Marta ». — Dans ses instructions i son ueveu 



( 208 ) 

stir l'llc Espagnole (1), oft il ab Tdait lc 5 septembre 
'J/|99. ay-ant fait, If long des cOtos do terre forme, one 
exploration de plus de 000 lieues (2) ; mais il no rentra 
en Castille, conuno nous l'avons deja di(, qde dans le 
rents do ranni'o suivante. pou de temps apres Nlnb et 
Ciuerrafpii etaient arrives en avril (3). 

jl parait certain oependant ipi'mi on plusieurs de 
ses navires n'attendirent point si tard pour regagner 

Pierre de Hojeda (dans Navatiretf, tome III, p. 10.'.) Alphonse de 
Hojcda, apres lui avoir dit qu'il l'attendrait quinze jours an lac San- 
Rartoloml, ajoulc : « Y si alii no me I'all.ircdes, idvos al cabo del 
n Isleo, » etc. 

(1) Cette arrivee lie Hojrda a Haiti le *> septembre 1499 est consta- 
ted par Fern. Colombo (cap. i.xxxiv, p. 3G9) et par des letlres de 
Francois Roldan et <le I'Amiral lui-memn, dont I.as Casas a rapports' 
des fragments, transcrits par Na.varuf.te (tome HI, p. 7, note 1). 

(2) C'est ce que Jean de la Gosa dedara a Francois Roldan, suivant 
que le rapporte celui-ci dans sa lettre a 1'Amiral [ubi supra) : « Yo 
» ove de ir a lascarabelas, y fallt^ en ellas a Juan Velazquez y a Juan 

v (de la Cosa) Vizcaino, el cnal dice que pasaron por luengo do 

f> costa GOO leguas, en que hallaron gente que peleaba tantos con tan- 
H tos con ellos, y hirieron veinte bombres y mataron uno ». 

;3) Ce ful seulement en fevrier 1500 que Hojcda quitta la partio 
du sud de Haiti pour se porter dans I'ouest, oil il fut suivi par Francois 
Roldan, qui I'obligea enfin a s'eloigner. Herrera (dec. I, lib. iv, 
capp. iij et iv), qui donne un recit plus dctailld que celui de Fern. 
Colomb [ubi sttpra), scmble enonrer que le depart definitif eut lieu a la 
ha de fevrier ir.OO; mats prut-etre y a-t-il confusion awe la date du 
depart simulc, en quittant Jacmel : cependant Nino ayant effectud 
son rclour, d'apres Anghiera (dec. I, lib. vm, p. 113), du fevrier au 
7 avril, et Hojcda I'ayant suivi dende <i pocosdias selon la deposition de 
Nicolas Perez, I'indioation de Herrcra pnurrait eirc exactc(voirci-dessus 
p. 20. 1 ) note i, et p. 20G note I). — La licence obtenue par Rodrigue 
de Dastidas pour le voyage qu'il lit avec Jeau de la Cosa. etanl du 



( 209 ) 

l'Espagne, puisque le pilote Barthelemi Roldan (1) y 
etait de retour assez a temps pour s'embarquer de 
nouveau dans 1' expedition de Diegue de Lepe (2), la- 
quelle prit la mer des le mois de decembre J 499. Rien 
ne nous semble contredire serieusement la supposition 
possible qu'Amenc Vespuce flit aussi revenu avec 
Barthelemi Roldan, et qu'il ait pu s' engager comme 
lui dans le voyage de Lepe. 

Le point de repere le plus saillant entre la naviga- 
tion racontee par Vespuce et celle qui fait l'objet des 
declarations de Hojeda, c'est celui auquel le souvenir 
du golfe et des lagunes de Venise out fait attacher le 

5juin 1500 (Navarrete, tome If, pp. 244 a 246), il parait probable 
que I'arrivee de celui-ci en Espagne avec Hojeda, dut prdcdder cette 
derniere date, puisque, au dire de Las Casas (Navarrete, tome HI, 
p. 25, note 5) Bastidas s'<Hait concerts avec lui. 

(1) Navarrete, tome III, p. 588 : « Jacome Ginovds sabe que con 

» Hojeda fue' Rartolome' Roldan ». — Juan de Jer^z que Barto- 

» lome Roldan torn6 con Diego de Lepe ». 

(2) Herrera (dec. I, lib. iv. capp vj et vij) fait partir Pincon en 
decembre 1499 et Lepe a la fin du m£me mois , mais nous savons que 
Pincon partit le 18 uovembre (voir nos Considerations, p. 70), ce qui 
semble devoir faire avancer d'autant le dCpai t de Lepe. — Malgre" 
qnelque obscurili 4 dans la determination de la force navale conserved 
par Hojeda a son arrived a Haiti, il parait rCsulter du rikit de ses que- 
relas avec Francois Roldan, quelle etait grandement rdduite, puisque 
('enlevement d'une chaloupe I'aurait mis dans un si grand enibarras. 
— S'il nous elait permis de nous laisser aller aux conjectures, nous 
supposerions que lesquatre caravelles dePexptklition de Hojeda cHaient 
respectivement conduites par Hojeda lui-mgnie, Jean de la Cosa, 
Bartbdlemi Roldan et Vespuce ; et que ces deui derniers se s^parerent 
de lui au moment ou 1'ou quittait la cdte ferme, a la fiu d'aoClt 1499. 

XVI. SEPTEMBRE ET OCTOBRE. (5. 14 



( 210 ) 

nom de Venezuela qui nes'estpluseffac6. Les 80 lieues 
comptees par Vespuce au dela de ce port s'appliquent 
d'uue mauiere on ne peut plus sa,tjsfaisan|e aux indi- 
cations geographiques de Hojeda; et les 200 lieues 
accusecs par celui-ei entrc son point d'atterrage et le 
golt'e de Paria, n'qffrent pas un accord moin- remar- 
quable avec le lieu oil le calcul nous a montre que 
venait aboutir la route de inille lieues au sud-ouest 
quart ouest, comptees par Vespuce a partir des 
Canaries. 

Ainsi Barthelemi de Las Casas le vieil historien 
contemporain, et Alexandre de Humboldt 1' eminent 
critique de notre temps, ont eu raison de poser en fait 
que le voyage pretendu de Vespuce au pays de Lariab 
en 1497 n'etait point autre que celui de Hojeda a la 
cote ferine de Paria en 1/199. La date de depart du 10 
ou du 20 mai 1497 dans la relation d'Americ Vespuce, 
doit done etre corrigee en cede du 10 ou du 20 mai 
1499; I'enonciatioh de 13 mois de mer 6coules au mo- 
ment oil s'achevait l'exploration de la cute (1), seres- 
titue aisenient en 3 mois par le retrancliement de ce 
parasite 1 initial tant de fois rencontre en superfeta- 
tion dans les nombres Merits par Vespuce ; et quant a la 
date du retour marquee au 15 octobre 1499 dans les 
Editions latines de ses Quatre navigations (2), nous la 
considererons, avec la lecon de Parias au lieu du fan- 



(1) Banimni, p. 27, ou Canovai, p. 40 : « Eravano gi;i stati tredici 
» mjBsi nel vinggio ». 

2) Navahrete, tome III. p. 21 1 : c< Deciiuo quinto Octobris die, 
» anno Domini mccocxcix w. — Voir Napio.ne, Esamc critico, p. 17. 



( 211 ) 

tastique Lariab, comme une preuve d'une meilleure 
lecture du manuscrit original. Et qu'on le remarque, 
cette date du 15 octobre 1/199 pour le retour de Ves- 
puce, ainsi enoncee par lui-meme en toutes lettres, est 
confirmee en meme temps par la necessite du retour 
de Barthelemi Roldan a une date analogue pour 
prendre part en decembre suivant a 1' expedition de 
Lepe. 

SECTION TROISIEME. 
Le second voyage d'Americ Vespuce. 

X. 

Apres avoir clemontre, comme nous croyons l'avoir 
fait, l'identite necessaire et effective du premier 
voyage de Vespuce avec le premier voyage de Hojeda, 
est-il besoin de demon trer encore qu'un rapproche- 
ment semblable ne pourrait etre soutenu a 1'egard du 
second voyage de notre Florentin ? — dependant , 
puisque notre docte confrere s'est cru autorise a adopter 
cette hypothese et a y persister (1) , force nous est de 
le suivre sur ce terrain, en prenant avec lui pour texte 
unique la lettre a Soderini , a l'exclusion de la lettre a 
Medicis (2). 

L' expedition oil s'embarqua Vespuce pour cette 
deuxieme navigation etait composee de trois navires — 
(Hojeda en avait quatre) — et partit de Cadix le 16 ou 

(1) Vabnhagen, Examen de quelques points de V.histoire geogra- 
phiqucdu Brisil, n°» 16 h 33. 

(2) Varnhageh, Examen, n" l(i, note 1. 



( 212 ) 
le 18 niai 1/|99, pourse rendre on droiture aux lies du 
Cap-Vert (1) ; olle passa en vue de la Grande Ca- 
narie (2), et Vint faire son eau et son bois a Tile de 
Fogo (3), d'ou olle prit ensuite sa route au sud-ouest 
pour le nouveaii monde (h). Apres une traverser de 
l\h jours sulvant l'6dition italienne (5) , de 19 jours 
d' apres la version latine (6), qui est evidemnient pre- 
ferable a cet egard, on arriva, le 27 juin (7), a 500 
(ou a 800) lieues des iles du Cap-Vert (8) , sur un 
point de la zone torride (9) oil la hauteur du pole 

(1) Bandini, p. 33; on Canovai, p. 70 : « Partimmo del porto di 
>; Calis tre na\i di conserva a di 16 di maggio 1499, e commincianimo 
» nostro camminoa' diritti allc isole del Cavo Verde ». 

(2) Ibidem : « Passando a vista della isola di Gran Canaria «. 

(3) Ibidem : « E tanto navigammo cbe fuinnio a teucre ad una 
i> isola che si dice 1'isola del l-'uoco ; e qui fatla nostra provisioned! 
» acqua e di legne... » 

(4) Ibidem : « Pigliammo nostra navigazione per il libeccio n. 

(5) Ibidem : « E in 44 giorni fuinnio a tenere ad una nuova terra, 
i) e la giudieamno essere terra fenna econtinua con la [cui] disoprasi 
» fa inenzioiie ». 

(6) Navakiikte, tome III, p. 242; ou Grtn^ls, Novus Orbis, p. 221 : 
■ Post cnavigatos xn dies, terrain quamdani novam tandem tcnui- 
« mus, » etc. — II est superflu de s'arreter a montrer comment les 
chiffres nx et suv out pu fetre pris Tun pour I' autre. 

(7) Bandini, p. 34 ; ou Canovai, p. 71 ; « 1'umnio ad essa a di 27 di 
i) (iiugno i). — Celte dale d'armec rend impossible le compte de 
4 4 jours pour la traversee. 

(8) Bandini, p. 33 : « Dista dalle dettc isolc per il \cnto libeccio 
n 800 leghe ». — Canovai, p. 7 1 : « 500 leghc » ; et la note 46, ibidem. 

(9) Bandini, p. 33 : « E siluata dentro della torrida zona e fuora 
» della linca eqoinoziale alia parte dell' austro, sopra la quale alza il 
» polo del meridione 8 gradi fuora d'ogni ciima. » — Canovai, p. 70 : 
a 5 gradi » ; et la note. — Voir aussi Bandini, p. 43, et Canovai, p. 79. 



(213) 

sucl accusait une latitude australe de 5° (ou de 8"). 
Ne trouyant pas ce lieu favorable pour y debarquer 
a cause du d6bordement des fieuves (1), on continua 
de naviguer une quarantaine de lieues le long des 
cotes, entre Test et le sud-est (2) ; mais il fallait lut- 
ter contre un courant, tres fort du sud-est au nord- 
ouest (3), et Ton prit le parti de changer sa route 
dans le menie sens (/j) : on retraversa done l'equa- 
teur, et Ton cingla si bien , qu'on arriva a un tres 
beau port, forme par une grande ile a l'entree d'une 
baie (5) ; on navigua encore l'espace de 80 lieues jus- 
qu'a une seconde baie (6), ou Ton s'arreta pendant 

(1) Bandini, p. 34 : « La qual terra trovammo essere tutta anne- 

» gata c piena di grandissimi fiumi e come dico, la trovammo 

» piena di grandissimi fiumi, c annegata pei grandissimi fiumi che 

trovammo e per le grandi acque che traevano i fiumi; non 

» trovammo iuogo che non fussi annegato ». 

(2) Ibidem : u Navicammo infra levante c scirocco, costeggiando di 
a coutiuovo la terra in spazio di 40 leghe ». 

(3) Ibidem : « Trovammo in questa costa que le corrente del mare 
» erano di tauta forza che non ci lasriavano navigare, e tutte corre- 
i) vano dallo scilocco al maestrale ». 

(4) Ibidem, p. 35 : « Accordammo tornare la navicazione alia parte 
» del maestrale ». 

(5) Ibidem : » E tanto navicammo a lungo del la terra, che fummo 
» a tencrc an bellissimo porto, il quale era causato da una grande 
» isola che stava all' entrata ». 

(6) NAVARnETE, tome 111, p. 249; ou GnvN.EUs, p. 222 : « Itaque 
b plaga ilia relicta, et secundum earn navigatisoctoginta circiterleucis, 
" stationem quamdam naviculis tutam reperimus; in quamiutroeun- 
«tcs.... » etc. — II y a en cet endroit une lacune dans les Edi- 
tions italicunes, ou on lit sculement : « Partimmo di qui, ed entram- 
» mo dentro nell' inscnata » ; cettc Iacuue, qui a 6chnppe a l'altention 



( stt ) 

17 jours (1); puis ou suivit de nouveau la c6te assez 
longtemps [molti giorni) et l'ou entra dans un autre 
port afm de Sparer une avarie a l'un des navires (2). 
On visita ensuite, a 15 (ou a 18) licues au large, une 
lie depourvue d'eau (3) , et plus loin une autre ile habited 
par un peuple de geants .(h). On prolongea encore la 
cote sans trouver a debarquer, a -cause de 1' opposition 
des naturels (5). On etait arrive a 15° de latitude sep- 

de M. dc Varnhagen (Examen, n° 27, note 3) d^montre que la ver- 
»ion franchise traduite en latin par Waltzemllller avait (He^ faite sur 
un texte italien plus complct que celui qui nous est parvenu, et don- 
neraitplusde prix a une collation exactc des manuscrits qui en peuveut 
exister, tels que celui que M. de Varnhagen (Post scriptum) a vu 
r^cemmenta Florence dans la bibliotheque Magliabecchi avec la date 
du 10 septembre 1504, et mieux encore celui que poss^dait a Rome 
en 1810, suivant Nafione (Esame critico, p. 25), le P. Antoine Amo- 
retti, parent de lYrudit biblioth<'>caire de l'Ambrosienne de Milan, ct 
qui offrait « molte variauti » et « divario soventi volte nelle date de' 
giorni, da quelle della stampa ». 

(1) Bandini, p. 38 : « Stenimo in questo porto 27 giorni ». — 
Canovai, p. 74 : « 17 giorni ». 

(2) Ibidem: « Partimmo di questo porto e navicamnio per la costa.... 
i) e al capo di molti giorni fummo a tenere in un porto a causa di 
» rimediare ad una dellc uostrc navi che faceva niolta acqua ». 

(3) Bandini, pp. 39, 40 : « Avenuno vista di un' isola cbe distava 

» nel mare 18 legne da terra Audammo per l'isola un di e mezzo 

» senza che inai trovassimo acqua viva ». — Canovai, p. 75 : 
« 15 leghe », et la note 50. 

(4) Bandini, pp. 41 a 43; ou Canovai, pp. 77 a 79 : « Fummo ad un' 

y altra isola, e trovammo che in essa abitava gente molto grandc 

» Chiamo questa isola l'isola de' Giganti a causa di lor grandezza ». 

(5) Bandini, p. l.'i; OU Canovai, p. 79 : E andammo pin innanzi 
a prdrangando la Icrra, nella cuale ci accadde molte \oltc combattero 
u con loro, per nou ci volere lasciare pigliare cosa alcuna di terra ». 



( 215 ) 

tentrionale (1), on avait pres cl'une annee do met (2), 
on songeait au retour (3),etl'on cherchait un port 
pour se reparer, quand on eat le bonheur de rencon- 
trer bon accueil dans un lieu favorable (li), ou Ton 
s'arreta h" jours (5); apres quoi Ton se rendit, pour 
se ravitailler, a l'ile Antille, c'est-a-dire Haiti, decou- 
verte plusieurs annees auparavant par Christophe Co- 
lomb (6) : on s'y arreta deux mois 17 jours (7), on en 
repartit le 22 juillet (8), et enfin, apres un mois et 

(1) Bandini, pp. 43, 44 : « Da che partimmo per 1'isole del Cavo 
» Verde infino a qui, di continovo avevamo nayicato per la torrida 
w zoua, e due volte attraversato per la linea equinoziale, che come di 
)> sopra diss! fummo fuora di essa 8 gradi alia parte dello austro, 8 
» qui stavamo in 18 gradi verso settentrione ». — Canovai, p. 79 : 
« 5 gradi.,.. 15 gradi », et la note 54. — M. de Varnhagen (Eamen, 
n° 32, note 2) voudrait corriger 18° ou 15° en 13°. 

(2) Bandini, p. 43; ou Canovai, p. 79 : « Eravamo stati nel mare 
» circa di un anno ». 

(3) Ibidem : « Stavamo di volonta di tornarcene a Castiglia ». 

(4) Ibidem, p. 44 : « Andando cercando un porto per racconciare 
» noslri navilj, fummo a dare con una gente la quale ci ricevette con 
» molia amista ». 

(5) Ibidem, pp. 44, 45 : « Co' quali ci ritenemmo 47 giorui e al 

» capo di 47 giorni lasciammo la gente molto arnica noslra ». 

(6) Bandini, p. 45; ou Canovai, p. 80 : « Per la uecessita del man- 
i) tenimento fummo a tenere all' isola d'Antiglia, che e questa che 
>i discoperse Cristofal Colombo piu anni fa ». 

(7) Ibidem : « Stemmo due mesi e 17 giorni ». 

(8) Ibidem : « Partimmo della detta isola a di 22 di Luglio e navi- 
» cammo in un mese e mezzo, ed entrammo nel porto di Call's che fu 
» a di 8 di settembre, di di ». — Canovai (pp. 81 et 242) corrige 
Luglio en Aprile, et Settembre en Giugno, pour sc conformer aux indi- 
cations de la leltrc a Medicis, et surtout au conipte de 13 mois pour 
laduree du voyage. 



(216) 

demi de traversee, on rentra a Cadix le 8 scptembre 
1500. 

(Vest se faire une gr'ande illusion, ce nous soluble, 
que de croire trouver dans ce recit des similitudes de 
temps et de lieux suflisants pour en conclure un accord 
reel avec la campagne de Hojeda. 

Qu'importe, clans tous les cas, a la question, que 
Jean d'Empoli (1), facteur de la maison florentine des 
Marchioni etablie a Lisbonne, toucbant au Bresil dans 
un voyage qu'il fit aux Indes orientales du6avril 1503 
au 10 scptembre 1504, rappelle dans sa relation que 
ce pays avait ete precedemment (altre volte) decouvert 
par A^espuce? En concedant a l'adverbe italien altre 
t'o/te, correlatif de notre mot autrefois, une signification 
essentiellement plurielle, on en pourra conclure qua. 
l'epoque ou ecrivait Einpoli, Vespuce avait plusieurs 
fois visite le Bresil: — qui le conteste? — Mais en quoi 
cela peut-il aider a etablir qu'en l'une de ces visites il 
se trouvait le compagnon de Hojeda? 

En faisant, d'apres le d^compte des jours, le calcul 
des dates applicables aux deraieres escales indiqu^es 
par Vespuce, on vo.it cju'ilserait cntre vers le 12 mars 
1500 dans le port ou Ton se radouba, qu'il y aurait 
sejourne jusqu'a la fin d'avril, pour arriver a Haiti 
vers le 5 mai et en repartir le 22 juillet ; tandis que 
nous savons avec certitude que Hojeda 6tait venu en 
cette ile des le 5 septembre 1499, et qu'il etait rentr6 



(1) ViBNUAChN, Examen,n' 31. 



( 217 ) 

en Espagne en mai on juin 1500 au plus tard. II y a 
done ici le disaccord le plus complet. 

M. de Varnhagen croit aisement explicable un se- 
jour de Vespuce a Haiti, prolonge bien apres le depart 
de Hojeda (1) ; mais ce n'est pas la prolongation du 
sejour qui fait la principale difficulty : e'est le retard 
de huit mois entiers pour 1' arrive" e. Ici encore l'habi- 
let6 de notre confrere lui suggere une ingenieuse cor- 
rection : en lisant dans la narration de Yespuce , dix 
mois au lieu de deux mois pour la duree du sejour a 
Haiti, la date d'arrivee se trouverait retablie au 5 sep- 
tembre 4 499; les dates anterieures remonteraient con- 
s6quemment alors de liuit mois en arriere, si bien que 
l'entree dans le port de radoub aurait eu lieu vers le 
12 aoiit 1499. Mais ici nouvelle difficult^ : Vespuce 
6nonce formellement qua cette 6poque du voyage on 
tenait la mer depuis pr6s d'un an, et il n'y aurait eu en 
reality que trois mois d'6coules?. ... M. de Varnhagen 
voudrait qu'on corrigcat tout cela, et memela latitude 
de 15°, qu'il vaudrait mieux rectifier en 13°. 

Est-ce un texte bien respectable que celui dans le- 
quel on croit necessaires et licites de pareilles modifi- 
cations? Et sera-t-on bien venu, apres cette operation 
metaplastique, a presenter le recit de Vespuce comme 
le type (2) auquel il faudra de vive force ramener le 
t&noignage dissident de Hojeda? 

Une telle entreprise n'a point effray6 les convictions 
de notre docte confrere : comme il a reforine les enon- 

(1) Vaknuagen, Examen, n° 32, note 2. 

(2) Idem, ibidem, a"' 16 et 26. 



( 218 ) 
ciations chronologiques rte Vespuce pour la fin du 
voyage, il reibrmera les enonciations geographiques de 
Hojeda pour Le commencement. 

Nous ne parlons meme pas du lieu precis del' ancien 
monde designe' comme point de depart de la traversee 
pour le nouveau continent : Hojeda a pris sa voie di- 
recte a partir des Canaries (1), Vespuce n'a point touched 
aux Canaries et e'est de l'ile Fogo du cap Verd qu'ilest 
parti (2) ; notre confrere ne s'est point arrets k ce detail. 

Mais voici qui est plus grave : Vespuce affirme que 
deux fois en cette navigation sa route a coupe l'ecrua- 
teur (3) ; et il assigne k son atterrage une latitude 
australe de 5" au moins (sinon de 8 a comme porte l'edi- 
tion de Bandini), declarant meme s'etre avance une 
quarantaine de lieues au dela (Zi). Or, Ton ne saurait, 
dans tout ce qui est parvenu jusqu'& nous de temoi- 
gnages relatifs k l'expedition de Hojeda, decouvrir le 
moindre indice, nous dirons mieux, la moindre pos- 
sibilite d'une bordee au sud de la ligne : Hojeda lui- 
meme a signal^ son point d'arrivee a. 200 lieues en deca 
du golfe de Paria (5) , et nous croyons avoir fait bonne 
mesure en admettant que le terme le plus oriental 
qu'on en puisse conclure, arrival a l'embouchure du 
Marauni (6) , au lieu de celle de Surinam adoptee par 
Navarrete et par Humboldt (7) . 

(1) Voir ci-dessus,p. 205, note 4; t^moignage d'Andre^ de Morales. 

(2) Ci-dessus, p. 212, notes 1 et 3. 

(3) Ci-dessus, p. 2i5, note 1. 

(4) Ci-dessus, p. 213, note 2. 

(5) Ci-dessus, p. 205, note i; tfmoignnge de Hojeda. 

(6) Voir nos Considerations geographiques sur le Bre'sil, § X, p. 68. 

(7) Voir ibidem, la note 2. 



( 219 ) 

Notre ingenieux confrere, tou jours entralne par ses 
convictions, a cherche et decouvert un moyen de faire 
cadrer neanmoins le voyage de Hojeda avec la seconde 
navigation de Vespuce : c'est de supposer tronques (1) 
les teoioignages relatifs a Hojeda, et celui de Hojeda 

lui-meme. — Tronques! et pourquoi?,... Ah! c'est 

que, dans un voyage posterieur, Hojeda ayant commis 
a Sam-Thiago du cap Vert des actes d'hostilite (2) de- 
nonces couime piraterie par ses propres associes quand 
ils se furent plus tard revokes contre lui (3) , et par 
eux accuse de bien d'autres mefaits pins importants 
aux yeux du fisc espagnol (li) ; Hojeda, disons-nous, 
condamne alors en premiere instance par le juge de 
Saint-Domingue (5) a des confiscations, qui furent 



(1) Varnhagen, Examen, u° 25. 

(2) Navarrete, tome II, pp. .421, 424, 425; il s'agissait de se faire 
rendre uu maltre calfat enlev£ par les Portugais. 

(3) Idem, ibidem, pp. 423, 424 : « Habiendolos hecho capitanes de 
» dos navios que llevaban debajo de su eapitania, se habian alzado 
» contra 61 y le liabian prendido y desfecho de su eapitania ». 

(4) Idem, ibidem, pp. 422, 423 : « Llegando los dichos navios a la 
» isla Margarita que Cristobal Guerra descubri6, el dicho Alfonso de 

» Hojeda mandara a Pedro de Hojeda su sobrino que se quedase 

» atras y resgatase perlas en la dicha isla, estaudole vedada por nuestro 

» mandado, y que llegando en Curiana que es tierra flrme donde 

» descubri6 Bastldas, el dicho Alfonso de Hojeda peleara con los 

« dichos Iudios de que a Nos se recresciera deservicio .... y que 

»asimismoel dicho Alonso de Hojeda enviara muchos guanines y 

» otras cosas de resgate a algunas de las dichas carabelas, donde 61 
» quisiera, » etc. 

(5) Idem, ibidem, pp. 430, 431. — Le jugemeut iudique assez, par 
1'ordre des faits y rappeles, Tiuiportauce relative des chefs d'accusation : 



( 220 ) 

tontefois annulees en appel devant les juges superieurs 
de C.astille (1): Hojeda aurait craint tie laisser entre- 
voir qu'il avait ])u aborder sur une cote que le trail e 
de Tordesillas declarait virtuellement appartenir au 
Portugal !.... 

Certes l'explication est fort habile; mais il faudrait, 
pour lui donner quelque consistance, deux conditions 
essentielles qui lui manquent tout a fait : e'est, d'abord, 
qu'une telle crainte fut possible ; et en second lieu, 
qu'en la supposant possible , Hojeda fut honune a 
l'eprouver ; que ce caractere indomptable eut pu re- 
culer devant un aveu, que dis-je, une glorification de 
ses propres actes (2). Mais, de fait, cette crainte fan- 
tastique, comment eut-elle ete possible lorsque le fisc 
lui-ineme, et avec lui Pinron et ses compagnons, et 
avec eux tous Hojeda en personne, etablissaient paisi- 
blement par leurs declarations le voyage de Pincon (3) 
en ces memes parages ou notre savant confrere veut 
que Hojeda eut deja touche! Bien plus, ces terres dont 
l'approche eut £te prohibee en 1499, la couronne de 

« Fallo p! dicho Alouso de Hojeda haber entrado en la tierra de C.uriana 
»e haber alii rescatado, 6 muerto e" prendido niuchos Indios; e su 
» sobrino Pedro de Hojeda haber entrado e rescatado perlas en la Mar- 
» garita, tierra defendida; de mas & allende de lo quel dicho Alonso 
» de Hojeda lizo e comctio en la isla de Cabo Verde, que es del Hey de 
jj Portugal; en consecueneia de lo qual, que debo condenar e con- 
» deno, » elc. 

(I)Navabhete, tome. IH, pp. 434, 435, oil se trouvc ParnH du Conseil 
du Roj rendu a la complete satisfaction de Hojeda le 8 novenibre 1503. 

(2) Idum, ihidem, pp. 1G3 a 17G : Xoticias biograficas del capitan 
Alonso Hojeda. 

(3) Idf.m, ibidem, pp. 547 it 552, septierno chef d'enque.te. 



( 221 ) 

Castille les concMait solennellement (1) par lettres- 
patentes du 5 septembre 1501 — (M. de Varnhagen le 
sait mieux que tout autre) — au veritable decouvreur 
Vincent Pincon. 11 n'y a done eu pour Hojeda ni sujet 
ni occasion de reticence quelconque : il y a eu de sa 
part negation implicite de toute navigation sur la cote 
en deck de 200 lieues a Test de Paria. 

Disons-le sans hesiter : 1' assimilation de deux voyages 
qui ne peuvent etre mis en concordance qu'a la condi- 
tion de modifier la fin de l'un d'apres les 6nonciations 
de l'autre, etle commencement de celui-ci d'apres les 
indications du premier, ce peut etre un jeu del'esprit, 
ce ne peut etre une oeuvre de solide critique. 

Nous crions done plus fort que jamais a notre inge- 
nieux confrere : Rayez , rayez Hojeda de la liste des 
decouvreurs du Bresil ! 

Et nous persistons pareillementacroireque lenouvel 
historien «s'etait impruclemment laisse" entrainer are- 
» prendre a ce propos le docte Navarrete, si profonde- 
» ment verse en ces matieres, et si scrupuleux dans 
» 1' appreciation des faits » (2). 

M. de Varnhagen repond (3) que Navarrete est loin 

(1) Varnhagen, Examen, n° il, note 2. — L'acte meme auquel il 
emprunle ici une indication topographiquc parait avoir e'te' par lui 
transcrit cu entier, et envoye" a l'lnstitut de Rio de Janeiro pour 6tre 
insure; dans la lievista Irimensal. — Deja a la date du 3 septembre 
1501 (Navarrete, tome II, pp 255 a 257) dans la nomination de Ni- 
colas de Ovando conime gouvcrueur des lies et terre fermc des Indes 
de la mer Oce'ane, il est fait reserve de celles qui ont <He coucedees 
« par autres nos lettres » a Hojeda et a Pinion. 

(2) Considerations geographiques sur I'hisloire du Brisil, p. 66\ 

(3) Varnhagen, Examen. u os 47 a 51. 



( 222 ) 

de marker tant de confiancc, que ses justifications sont 
puisees pour la majeure partie dans les collections 
manuscrites de Munoz, que notaniment ses Aoticias 
exactus de Amerigo I espucio ne sont qu'un faible re- 
sume des documents qui se trouventdans la collection 
de Munoz. — On a grande raison d'exalter Munoz, 
mais non aux d6pens de Navarrete, qui a et6 moins 
Stranger qu'on ne semble le croire aux travaux de son 
ami Munoz, etlui ameme fait connaitre des documents 
originaux qu'il avait, lui Navarrete, trouv6s dans les 
archives qu'il explorait (1), et dans lesquelles il avait 
recueilli, lui aussi, les mat6riaux d'une collection ma- 
tt uscrite assez respectable : 24 volumes in- folio a l'Es- 
curial (2) , 17 volumes in-folio a Seville (3) , etc. , etc. 
Munoz aurait sans doute, s'il eut termini sa publica- 
tion, signal^ les bons offices de Navarrete, comnie Na- 
varrete a eu soin de noter scrupuleusement les indica- 
tions qu'il a emprunt6es aux Extraits et Analyses de 
documents r6unis dans la collection de Munoz. 

Mais qu'est-il besoin de mettre en balance, dans la 
question actuelle , les m^rites relatifs de Muiioz et de 

(1) Navarrete, tome I, pp. lix, lx : « [En] el archivo del Exemo 

» sefior duque del lafantado hos viuierou a las manos olras doi 

» verdaderas [rclaciones] de los viages l u y 3° de Cristobal Colon, 
ii escrilas de puno de Fr. Bartoloine^ de lasCasas; hallazgo muy opor- 
« tuno, porque comunic.indolo a puestro aruigo D. Juau B. Munoz, 
» pudo auu aprovecharse de estas uoticias para el tomo I de su His* 
» toria del Nuevo Mundo, de que a la sazon se ocupaba ». — C'est 
dvidemment par inadvertamc que Humboldt (tome I, pp. 239-240) 
attribue a Mufioz Iui-mOme la de^ouverte de ce document. 

(2) Idem, ibidem, p. Ix. 

(3) Idem, ibidem, lxj. 



( 22a ) 

Navarrete , puisqu'ils sont l'un et 1' autre' d' accord 
pour maintenir 1' extreme limite orientale des decou- 
vertes de Hojeda a 200 lieues en deca de Paria (4), et 
repoussent implicitement de concert toute idee de re- 
former, sur la foi de textes plus ou moins suspects et 
plus ou moins arbitrairement expliques, les propres 
declarations du navigateur castillan. 
Revenons a Vespuce. 



XI. 



Ainsi que l'a fait remarquer Alexandre de Hum- 
boldt (2) , les voyages de Vincent Pincon et de Diegue 
de Lepe sont les seals de ce temps-la qui offrent, en 
parallele avec la seconde navigation d'Americ Vespuce, 
la circonstance essentielle d'avoir accoste le nouveau 
continent au sud de l'equateur, en se poursuivant 
d'ailleurs tous uniformement vers le nord-ouest , le 
long de la cote jusqu'au dela de Paria : c'est done en 
l'une de ces deux expeditions, si voisines et presque 
identiques, qu'il faut raisonnablement s'appliquer a 
reconnaitre le type veritable auquel se doit rattacher la 
narration plus ou moins fidele du second voyage de 
Vespuce. 

M. de Varnhagen, qui professe une grande foi en la 
sincerite du navigateur florentin (3), admet cependant 
que ses relations ne sont pas exemptes d'inexacti- 

(1) Navarrete, tome III, p. 5, et la note de Muiioz rapporle"e au 
bas de la inline page. 

(2) Geographic du Nouveau Continent, tome IV, pp. 293 a 295. 

(3) Varnhagen, E.ramen, n° 16. 



( 224 ) 

tudes (1) ; et le partisan le plus absoln d'Aineric, Ca- 
novai, reconnail aussi (2) que la negligence <les typo- 
graphies et descopistes, ou les defaillances de memoire 
du narrateur, onl introduil dans ses recits des erreura 
certaines; erreurs severeinent tax^es de mensonges 
par Las Casas, Herrera, Murioz, Navarrete, Santarem 
et bien d'autres, niais considerees avec moins de ri- 
gueur coimne d'involontaires inadvertances par Na- 
pione, de meme que par Humboldt et par tons ceux 
qui se rangent sous l'autorite de cc grand nom, 

Notre confrere n'a done pu 6cbapper a l'einbarras 
des essais de restitution et de correction, meme en 
laissant a l'ecart la lettre a Medicis (3) ecrite de Seville 
le 8 juillet 1500 ; en sorte que le sacrifice qu'il fait, 
avec si peu de facons, d'un document dont 1' authen- 
ticity n'avait jamais encore 6te mise en doute, ne suifit 
nullement aux besoins de sa cause. 

Cette lettre a Medicis fut trouvee par Bandini dans 
un recueil manuscrit de la Bibliollieque Riccar- 
dienne (/i), ou elle est sarnie d'une relation du voyage 
de Gama aux Indes orientales 6crite de la meme main, 

(1) Varnhagrn, Examen, n» 32, note 2. 

(2) Canovai, Disserlazione giustificalica, p. 2i2 : « differenza 

a chc nacquc forsc da quclla del tempo o della menioria ». — p. 274 : 

« conlradizioni colpa chc e tutta o del Vespucci stesso o dei co- 

» dici o dclle stanipe aaticlie ". — pp. 278, 279 : « le date uon 

i) si accordano... . o vcuga cio da niancanza in lui ili niemoria, o da 
» trascuratezza ncgli stampatori e uei copisti ■>. 

(3) Varnhaokn, Examen, n° 1(5, note i. 

(4) Bandini, p. xlix : « La prima letlcra inedita per quanto 

u appare origiualc si conscrva nclla prcziosissiina libreria de' signori 
it marcheai Uiccardi ». 






( 225 ) 

et que Bandini par ce motif attribua pareillement a 
Vespuce(l), dans la persuasion que c'etaient des auto- 
graphes ; raais Canovai releva cette erreur, et declara 
que ces deux pieces, d'une nieme Venture, n'6taient point 
d'un meme auteur (2), et que c'etaient simplement des 
copies ; il signaia en meme temps, dans la meme biblio- 
theque, un autre manuscrit (3) que Bandini n'aurait pas 
consults, et dans lequel se trouve egalement la lettre de 
Vespuce,d'uneecritureplusmauvaise, maisd'une redac- 
tion plus correcte (A) suivant que Fa observe" Canovai. 
Notre zele confrere a recemment examine a Flo- 
rence (5) ces deux copies de la lettre qu'il tenait deja 

(1) Bandini, p. I : « A questa prima aggiungo la relazioue del famoso 
n viaggio intrapreso da Vasco Gama... la quale noi abbiarno stampata 

» dopo la lettera per essere di sua deltatura rieonoscendo 

» il carattere, che e del tulto somigliante all' altra che precede ». 

(2) Canovai, dans la preface, datec du 10 octobre 1811, au volume 
de 1817, p. 3 : « La prima lettera al Medici e scritta in vecchio carat- 
» tere.c fii creduta originate, benche per diverse ragioni che qui non 
M servono, possa almen dubitarsene ». — Et p. 13 : « Aggiunge il 
» Bandini che nel codice Riccardiano la dettatura ed il carattere son 
» del Vespucci, asserzione tantoerronea riguardo alia deltatura, quanto 
i) e certo che basta il piu leggero confronto della lettera al Medici 
» con la Relazioue del viaggio di Gama (pezzi consecutivi in quel 
» codice) per convincersi a colpo d'occhio che i due scritti, benchd 
» forse d'uno stesso carattere, non possono esser parto del medesimo 
autore ». — On sait que celte relation du voyage de Gama est en 
r^alite' de Jerome Sernigi. 

(3) Canovai, ibidem, p. 3 : « Si trova la lettera stessa in altro codice 
» della medesima Riccardiana, in carattere assai peggiore; e forse di 
» questo secondo monumento non ebbe cognizione il Bandini ». 

(4) Canovai, pp. 50 et 52, aux notes. 

(5) Varnhagen, Eoramen; au Posl-Scriplum, ou les deux maini- 
XVI. SEPTEMBUE ET OCTOBRE. 7. 15 



( 226 ) 

en suspicion : il a jug6 la seconde cnpic signaled par 
Ganevai-, comme one reproduction directs tic telle qu'a 
suivie Bandini, et celle-ci, 6crite en caracteres piuiot 
allemandsqu'italie^ns, (rune encre ires pale, sur papier 
evidemment llorentin, comme destitute de tout droit a 
passer pour un autographe du celebre. navigateur. 
Mais il ne nous semble pas que ces particularity qui 
viennent coniirmer 1' appreciation deja connue de Ca- 
novai , soicnl suffisantOs pour lui retirer sa valour 
connue simple copie. — Napione (1) avaitrecu de l'abbe 
Fiacchi, do Florence, les variantes d'un manuscril plus 
correct que celui de Bandini, niais qui n'est pas suiTi- 
samment decrit pour nous ruettre a portee d'appr6cier 
son identite ou sa dissemblance a I'egard du second 
maiiiisciit de la lliccardienne. 

Mise en parallele avec la lettre a Soderini, la lettre 
a Medicis paraissait a Napione (2) plus claire et peut- 
fetre la'Seule authentique; et tout nouvellement, dans 
son Histoire de l'epoque des decouvertes, M. Oscar 
Peschel la proclame ouvertement seule legitime (3). 

scrits signales pat Bandini et Cauovai sont designed par leurs uuuidros 
2112 et 1950. 

(1) Esame critko. pp. 25 a 27. 

(2) Delia patria di Cristoforo Colombo; Lettera U su lo scoperla del 
Naovo Mundo, p. 156 : « Del viaggio credulo il secoudo di Amerigo Ves- 
» pucci abbiamo la letterasua a Lorenzo de' Medici, cbee piu chiara e 
» forse Tunica aulentica ». — C'cst sans doule par madvertaoce que 
dans le I'vsl-Soiptinn deja cit<5, il estdil, a propos de cette lettre, que 
ii l'authenticite en avait ete deja declare taspecte par Napione ». 

(3) Geschkhle des Zeitaltcrs der Enldeckungen, p. 309, note 1 : 
« Der einzige echte, in Bezug aufChronologie initden iibrigen Snellen 
v cougruenie, also fur Gescbichte alleiu brauebbare Teit tiber dicse 



( 257 ) 

Sans nous laisser entrainer d'un cote ni de 1' autre a'j. 
parti extreme de fejeter d'une maniere absolue la lettre 
a M<klicis au profit de la lettre a Soderini, ou la lettre a 
Soderini au profit de lalettreaMedicis, nous voudrions 
nous maintenir dans ce mezzo iermine ou chaque docu- 
ment est examine avec une impartiality complete, et 
avec le d6sir de trouver la conciliation de leurs dissi- 
dences. La lettre a Soderini a 6t6 publiee du vivant 
d'Amenc (1), elle n'a point et6 desavou6e : elle ne peut 
done etre rejetee comme une fabrication apocryphe 
absolument 6trangere a Vespuce ; elle a seulement 6t6 
tax6e d'erreurs. — L' existence d'une lettre a M6dicis, 
contenant le recit de la decouverte du Bresil, est consta- 
ted par la mention expresse (2) qui en est faite dans 

» Reise ist der Brief den Vespucci einen Monat nach seiner Ruekkehr 
» am IS Juli 1500 vonSevillaan Lorenzo di Pierfrancesco de' Medici 
» in Paris schrieb, und den Baudiui verb'ffentlicht hat ». 

(1) Vespuce eHant mort a Seville le 22 fevrier 1512, les quatre Edi- 
tions latines du25avril 1507, du29 aout 1507, de 1509, etde!510(?), 
que nous avons signages dans nos Considerations ge'ographiques 
(p. 172), et Petition italienne originale {ibidem, p. 171) ddcrite par 
Napione (Delprimo scoprilore del Nuovo Mondo, appendice, pp. 107 a 
115) qui la suppose publide vers 1510, avaieut toutes paru du vivant 
du navigateur florentin; mais jusqu'a quel point avaient-elles des lorg 
p<5ndtr6 en Espagne, e'est une question non eucore eclaircie. 

(2) Baldelli, II milionedi Marco Polo, tome I, p.Lin : « Questi tre- 

» dici navigli dipoi d'aver navigato venti giornate posono in 

» una terra dove trovorono gente bianca e iguuda della medesima terra 
» ctae io discopersi pei Re di Castella, salvo che e piu a levante, la 
» quale per altra mia vi scrissi ». — Ladesiguation d'une gentebianca e 
ignuda a paru a Humboldt (tome V, p. 37, note 1) fetre le resultat 
d'une inadvertance de copiste quant au mot bianca, mis a la place de 
quelque autre d'une signification analogue a cellc du mot portugois 
baca, bise, basauee; il uous semblc que e'est plus uaturellement 



( 25S ) 

une lettre pbsferieurie, daiee du Ckp Verd le h juin 
1501; la It'in-i' <lu S juillet L'5'00 repond exactemenl 
a cette indication, etl'on n'en cohnait aucune autreiqpii 
remplisse la memo condition : elle oe s mrait done etre 
rejetee non plus arbrtrairement, pour la seule conimo- 
dite d'niic discussion pins on moins aventureuse. 

Or cette lettre a Mtedicis (1), qui nous ofl're le recit 
d'un voyage ehtrepris le 18 mai 1499 et termini vers 
le 8 join 1500, ne fait allusion a aucun voyage ante- 
rieur, et sous ce rapport elle confirme la non-existence 
du pretendu voyage de JA97. D' autre part elle semble 

v 

se rapporter chronologiquenient an second des quatre 
voyages de la lettre aSoderini, ate! point que Canovai 

s'est cm autorise a corriger dans celle-ci l'enonciation 
de la dale dn retour de ce deuxieme voyage, et de 
substituer au 8 septembre qui s'y trouvait designe, le 
8 juinqui resulte des indications dela lettre a Medicis (2). 
II est a reiuarquer toutefois que ce voyage unique qui 
fait le sujet de la lettre a Medicis reunit des incidents 
qui dans la lettre aSoderini sont distribute outre le 
premier ct le second voyage (3). Est-ce que Vespuce 

lianda, douce, inoffensive, qu'il conviendrail de restituer; car le roi 
Emmanuel, dans la lettre du 29 juillet I'iOl Navarrete, tome III, 
p. 95) oil il annonce aux Rois Catholiques la de>ouverte de Cabral, dit 

prdcise"ment qu'il trouva « las gentes desnudas mansas y pacifi- 

i) cas ». 

(1) Bandini, pp. C4a 86; ou Canovai, pp. 50 a 69. 

(2) Canovai, p. 81 , avec Implication donnee en note ainsi quo dans 
la Dissertasionc giustificaliva, p. 2i2. 

(3) La route directe des Canaries au nouveau continent, I'arrive'ea 
une cite bAtie au milieu des earn romme Venise, le combat oil Ton 
eut un homme tud el 22 blesses, les 222 esclavcs, la traverse? de 7 jours 



( 229 ) 

aurait forge en 150/i deux voyages avec les materiaux 
d'un seul? Ou bien qu'en 1500 il aurait, reuni en un 
seul voyage les resultats de deux navigations distinctes? 
— Qu'en penser ? 

Des deux navigations espagnoles racontees dans la 
lettre a Soderini, la premiere est rapportee a une date 
impossible, la seconde se confond par sa date avec le 
voyage unique de la lettre a Medicis, qui n'admetpas de 
voyage anterieur : voila des presomptions en faveur de 
l'idee d'un seul voyage (1). Mais dans laderniere lettre 
a Medicis, consacree au recit du premier voyage portu- 
gais, il est formellement enonce qu'il y a eu deux voyages 
espagnols anterieurs (2) , ce qui etablit par avance la 
distinction des deux premieres navigations racontees 
phis tard dans la lettre a Soderini. De plus, un voyage 
unique pendant lequel l'equateur aurait etedepassede 



du continent a l'ile lti, appartieunent exclusivemeut au premier 
voyage. La direction de la route au S. 0., les 24 jours de traverser 
(car le chiffre 44 est evidemment une erreurde copie), 1'excursion de 
40 lieues vers le sud a contre-courant, le changement force de direc- 
tion, la visite u l'ile des Geants, l'arrivee a l'Antille decouverte de- 
puis plusieurs annecs par Christoplie Colomb, appartienueut speciale- 
mont a la relation du second voyage. Ettoutcela se trouve rassemble 
dans la lettre a Medicis. 

(1) Pescuel, Zeitaltev der Entdeckungen, p. 318, note 1 : « Da nun 
)> in der ersten und zweiteu Giornata alle Zeitaugabeu gefalscht, in 
» dem Brief an Medici alle Zeitaugaben richtig sind und zu den Au- 
» gabeu dritter Personen uber Hojeda's Reise passen, so durfen wir 
a hier bereits die Ansicbl aussprechen, dass Vespucci unter spanischer 
» Flagge nur eine und diese einzige Fahrt unter Hojeda's Befehl uu- 
» ternommen babe ». 

(2) Voir nos Considerations, p. 170. 



( 230 ) 

plusieura degres vers le sud ( 1 ) serait inconciliable avec 
u de llojcila' qui se maintint a plusieurs degrgs au 
nord de la ligne, el ou il es1 cependanl inconteste* que 
se txouvail pr6sen1 \ espuce Lui-meme : voila plusqu'une 
presomptiop,, voila i ne preuve qu'iJ j a reellemeflt eu 
deux voyages espagnols , comme L'enoncenl deooncert 
laderaiere lettre a M6dicis el la lettre ii Soderini. 

Nous sommesainsi forcemenl amends a repondre par 
uiie affirmatioQ expresse a cette question qu'avait dea 
longtemps posee lasagace perspicacite d' Alexandre de 
Humboldt (2) : « Y aurait-il eu intention duredaeteur 
)> de reunir dans-une meme lettre a Medicis datee du 
.> [8] juillet 1500, les r6sultats du premier et du second 
» voyage? » — Et 1' affirmative une (bis admise, quel 
motif donner a cette singuHere confusion en an sexd 
tout des deux oavigations r6ellemen1 distinctes et suc- 
cessives? La porte est ouverte a I'hesitation en meme 
temps qua la conjecture. Peut-etre n'est-il pas impos- 
sible que Vespuce, de longue date le client domestique 
de M6dicis (3), ait cru opportun de dissimuler a son 

(1) Bandini, p. 69 : « E tanto uavigammo per la torrida zona alia 
t> parte d'austro, che ci trovamiuo istar di basso delta linea equino- 
» ziale. ... e la passamnio di sei gradi ». — p. 71 : « Nostra uaviga- 

» zione fu tanto alia parte del meridione, che noi ci trovammo 

» passali detla linea equinoziale G gradi ». — p. 83 : « In conclnsionc, 
» passamnio della linea equinoziale 6 gradi e mezzo, e dipoi tornammo 
r --»! lii parte del settcntrione «. — Canovai, pp. 54, 56, 66. 

2) Geographic du Nouveau Continent, tome IV, p. 308. 

(3) Baiitouizzi, Iticerchc, pp. 79 a 81 : « Da una lettera data dei 
» IS maggio 1 191, si cava che stava iu casa di questo Lorenzo, percho 
» neir iudirizzo ci si legge ad Amerigo Vespucci in casadi Lorenzo di 
» Pierfranresco dc' Medici »■ 



( 231 ) 

patron la negligence qu'il anrait commise, a son pre- 
mier retour, cle lui rendre compte de la navigation 
qn'il venait d'accomplir, et de son prochain depart 
ponr nne expedition nouvelle : celle-ci se confondait 
en partie avec la precedente, par l'identite des cotes 
explorees aux abords de Paria, et leur suture bout a 
bout, embrassait un littoral continu depuis le cap de 
Saint- Augustin au moins, jusqu'au cap de l'lsleo par 
dela celui de la Vela. La reunion etait facile, et elle 
nous semble s'expliquer avec quelque probability par 
un motif tel que nous venons de le supposer, d'autant 
mieux que dans cette lettre Vespuce debute par dire : 
« Magnifique seigneur mon maitre : il y a grand temps 
» que je n'ai ecrit a Votre Magnificence, et a cela il n'y 
» a eu aucune autre cause sinon qu'il ne m' etait advenu 
» rien qui fut digne d'etre rapporfe : Et la presente a 
)) pour objet de vous annoncer qu'il y a presd'un mois 
» que je suis de retour, sain et sauf grace a Dieu, des 
» parages de l'lnde, a travers la mer oceane, en cette 
» cite de Seville » (1) . 

c 

La narration de la lettre a Medicis commence done 
avec le premier voyage, au 18 mai 1499, et se pour- 
suit tout d'un trait jusqu'a la fin du second voyage, 
determinee a un mois environ avant la date de cette 
lettre meme, e'est-a-dire a peu pres au 8 juin 1500. Dans 
rintervalle cloitse placer la coupure resultant du premier 
retour et du second depart. Nous avonsdejareconnudans 
la lettre a Soderini une indication tres satisfaisante de la 
date de ce premier retour, ainsi fixee au 1 5 octobre 1 499 : 

(1) Bandini, p. 6i ; ou Cakovai, p. 50. 



( 232 ) 

d'otiil suit naturellenient que tous les faits qui dans la 
lettre a Medicisappartieiinent a unedate intermediaire, 
du 18 maiau 15 octrobre 1 A99, doivent etre rapport6s 
sans hesitation au premier voyage c'est-a-dire aT expedi- 
tion ou Vespuce avait ete admis panni les compagnons 
de Hojeda (1 ) . 

Quant au second voyage, nous trouvons en desac- 
cord, sur la date de retour, la lettre a Medicis qui in- 
diquc approxiinativement le 8 jinn, et la lettre a Sode- 
rini qui marque le 8 septeinbrc. Pour latptelle convient-il 
d'opter? — La solution est moins epineuse qu'elle ne 
le semble d'abord : Puisque Vespuce, qui naviguait en 
sous-ordre, a du etre associe a l'ujie des expeditions 
qui se firent a cette epoque vers les parages designes 
dans ses recits, et qu'il est bien reconnu que les voyages 
de Pincon et de Lepe repondent seuls d'une maniere 
generale a la double condition de temps et de lieux, il 
Suffit de verifier les dates de retour applirablcs a ces 
deux navigations, qui ofirent d'ailleurs cntre elles tant 
de resseniblances. Or nous savofls par Anglnera (2) 

(1) Ainsi eu esl-il de la lanieuse observation do longitude faile lo 
23 aout 1499 par le calcul de la conjunction de la Lune et de Mars, 
dans Bandini p. 72, ou dans Canovai pp. 57, 58. — Ce dernier a 
consacre une quarantaiucde pages [Uissertazione giustiflcativa, pp. 353 
a 390) a examiner qual melodo per detcrminar le longibudini geogra- 
fiche ahbia invcnlalo Amerigo. — Voir aussi daus Bautolozzi (Ricerche 
pp. 132 a 159) tin £ same del melodo invcnlato da Amerigo Vespucci 
per premier le longitudini, et (Apologia delle Ricerche, Florence 1789, 
in-8", pp. 20 a 30) un Nuovo esame del melodo usato dal Vespucci per 
premier le longitudini. — Voir aussi Uimholdt, tonic IV, pp. 301 a 315. 

(2) De rebus Occanicis, Dccad. I, lib. ix, p. 101 : « Palos uatale so- 
il luui 1 1 i id i ^ calcudas octobris re\ertuutur ». 



( 533 ) 

que Pincon rentra a Palos pr6cis£ment la veille des 
calencles d'octobre, c'est-a-dire le 30septembre 1500 ; 
quant a Lepe, il est vulgairement admis, sans que la 
preuve en soitdirectementaequise, que sonretouravait 
eu lieu en juin : un acte officiel constate la presence a 
Seville, au 22 juillet, du commandeur Velez de Men- 
doza (1), probablement le meme qui avait commande 
Tune des deux caravelles dont Lepe commandait 
1' autre (2). II serait difficile, dans de telles conditions, 
de ne pas opter pour la date resultant de la lettre a 
M6dicis, a laquelle il ne faut rien changer, preferablc- 
ment a 1 ? enunciation de la lettre a Soderini, qui exi- 
gerait une correction, au moins sur le quantieme (3); 
mais nous pouvons lui emprunter ce quantieme pour 
preciser le jour du mois de juin que laissait un peu 
flotter la designation simplement approximative (h) de 
la lettre a Medicis. 

Ces premisses doivent nous guider dans le choix a 
faire entre le voyage de Pincon et celui de Lepe pour 
y rapporter la seconde navigation de Vespuce. Apres 
les avoir signales tons les deux comme susceptibles de 
recevoir cette application (5) , Alexandre de Humboldt 

(1) Navaruete, tome II, p. 247 a 252 : Capitulation con el comen- 
dador Alonso Velez de Mendoza para ir al descubrimiento a la parte 
de las Indias; specialement p. 251 . 

(2) Navaiirete, tome III, p. 555; deposition d'Arias Perez. 

(3) La lettre a Soderiui accuse le 8 septembre, taudis que Anghiera 
constate le 30 septembre. 

(4) Bandini, p. 64 : '< Circa di un mese fache venni dalle parti della 
» India a questa cilia diSibilia ». 

(5) Humboldt, tome IV, p. 293 : « On pourrait d'abord besiter dans 
» le cboix eulro les expeditious de Piuzou el de Lepe, si rapprochecs 



( 234 ) 

s'est determine' en definitive pour cehri de Pinron (1); 
mais il noussemble que I'illustre ecrivainn'a pas eu la 
pensee de donner a cette solution tout le poids d'un rG- 
sultat contradictoiremenl d6battu, etqu'ila voulusim- 
plemenl mettfe un termea ses propres hesitations entre 
deux partis egalemenl soutenables : il indique lui-meme 
oomme nrotif principal desonchoix la datedu 8 septein- 
bre 1500 donnee pour le retour par la lettre aSoderini, 
en concordance plus on moms prochaine (2) avepcelle 
dii 30 septembre qui appartient au voyage de Pinron. 

.Nous croyons devoir sortir des m&mes hesitations 
par l'autre voie, que none v6n6rable maitre avait pa- 
reillement indiquee le premier; el nous nous sommes 
decides a opter pour le voyage de Lepe , par tout un 
ensemble de considerations qui, se pretant un mutuel 
appui, acquierent ainsi quelque valeur : 

— Pincon est parti le 18 noverabre 1/|99, Lepe envi- 
ron un mois a pies : Vespuce , arrive de son premier 
voyage seulement le 15 octobre precedent, avait plus 
de temps pour se preparer a un nouveau voyage en 
partant avec celui-ci plutdt qu'avec celui-la, 

» pour le temps, et embrassant toute la cute orientale de l'Ame'rique 
» mdridionale depuis les 8"-9° sud jusqu a Paria et la cAte fernie de 
» Venezuela ». — Ibidem, p. 295 : « En argumentant par exclusion 
» on arrive aux voyages de Lepe etde Pinzon, si semblables sous taut 
» de rapports «. 

(1) Humboldt, tome IV, pp. 200 a 213, et 290 a 301. 

(2) Humboldt, tome IV. p. 295 : Mais l'expe'dition de Lepe, dans 
» laquelle il n'y avail que deux navires, se termine deja apres six mois 
» eujuin 1500, tandis que Vespuce fixe le retour de son second voyage 
» au mois de septembre de la mcrue annee, ce qui e»t eiactemeut 
w le'poquo du retour de Piuaon ». 



( 235 ) 

— Pin con est parti de' Palos ; le port de depart de 
Lepe (qnoi qu'en puisse dire (1) notre habile contra- 
dicteur) n'est pas fridique\ non plus que celui de Ves- 
puce dans sa lettre a M6dicis (2) : dans tous les cas, le 
port de Cadix, design^ dans la lettre a Soderini, repousse 
1' association a Pin con et laisse admissible le voyage avec 
Lepe; d'autant mieux que Lepe armant peut-etre a Pa- 
los et Velez de Mendoca a Seville (3) , ils auront pu 
choisir plausiblement Cadix pour rendez-vouscommun. 

— Pincon avait quatre caravelles, Lepe deux seule- 
ment : Vespuce n'en compte aussi que deux dans la 
lettre a Medicis, tandis qu'il y en a trois dans la lettre 
a Soderini. Trois ne peuvent repondre a aucune hypo- 
these ; mais les deux de la lettre a Medicis offrent un 
accord d'autant plus digne de consideration, que dans 
la reunion en un seul , des deux premiers voyages de 
Vespuce, il fallait opter pour l'un des deux quant au 
nombre cles navires ; or clans le premier voyage, avec 
Hojeda, on avait quatre caravelles ; le nombre de deux 
navires appartient done au second voyage, et c'estpr6- 
cis6ment celui des caravelles de Lepe. 

— II est constate par des t6moignages explicites que 
le pilote Barthelemi Roldan, qui se trouvait avec Vespuce 

(1) Varnhagen, Examen, n" 53. 

(2) Bandini, p. 65 : «Mi partii con due caravelle a' xviij di maggio 
» del 1499 per andare ad i'scoprir... e presi mlo canimino a lungo 
» della costa d'Africa.... » 

(3) Navarrete, tome III, pp. 594, 595; te"moignage de Jean Rodri- 
guez Serrano, du 13 novembre 1515 : « Ha 10 aiios poco mas 6 menos 

| » que parti dessa dicha ciudad (de Sevilla) eu dos carabelas, que fud 
» por capilau Alonso Velez de Meodoza • , 



( 230 ) 

dans {.'expedition de Hojcda, fit ensuite partie de celle 
de Lepe (1) : c'est une probability )de plus <|ue son com- 
pagnon Vespuce se rembarqua aussi sur lcs caravelles 
de Lcpe. 

— \prrs L'atterrage au Biesil, il \ mi, d'aprfes les 
recits de Vespuce, une navigation d'une quarantaiue de 
lieues vers lesud : nous savons (pi'il y eut de memo une 
reconnaissance poussee au sud du cap Saint- Ajigustin 
par l'une au moins des caravelles de Lepe, celle que 
conunandait Velezde Mendoca, quel quesoit d'ailleurs 
le terme extreme qu'elleait atteint de ceeote (2). llien 
de semblable dans 1' expedition de Pincon. 

— Le voyage de Lepe fut plus rapide que celui de 
Pincon ; ses caravelles arrivaient au cap Saint-Augustin 
lorsque celles de Pincon en revenaientvers lenord (3), 
et elles se suivirent ensuite de si pies les ones les autres 
qu'elles se trouverent reunies dans le goll'e de Paria (4) ; 

(1) Voir ci-dessns § IX, page 209 note 1. 

(2) Navamiete, tome III, p. 555; Arias Perez : « Doblaron la punta 
» de San Agustiu e fueron ;i la vuelta del sur e descubrieroc la eosta... 
» asi conio eu la pregunta se couticue ». — p 553; pregunla del 
Fiscal : « Descubrieron desde la dicha punta la costa que vuelve f . u ■ i a 
» el mediodia 6 el sur fasta el te'rmiuo que agora est i descubierto ». 
— Les depositions d'Alpboiisc Rodriguez de la Calva ct de Christophe 
Garcia designent ce terme par le uoin de Baie on Riviere de San Julian. 

(3) NAVARRF.Tii, tome III, p. 5"5; Arias Perez: » que lo descubrie- 
> ron al liempo que este testigo babia venidode descubrir su viage, 6 
» que por la inforinarion que del hubieron, fueron adelaute... » 

(■4) Navarrete, tome III, p. 548; Antoiue Hernandez t'.olmencro : 

« Vicente Yauez y su compania fueron descubriendo fasta den- 

)> tro de Paria, 6 que alii en Paria queriau saltar en lierra queen 

» e»to vino otro que se decia Diego de Lepe ». — On s'ctait deja irouve' 



( 537 ) 

enfin 1' expedition deLepe paratt avoir effectue' son re- 
tour en juin, et cette date concorde avec celle de la 
lettre de Vespuce a M6dicis. 

— Apres le retour, Lepe s'occupa activement d'ar- 
mer 'trois caravelles pour tfti nouveau voyage (1) : 
Vespuce dans sa lettre a Medicis parle des preparatifs 
d'armement de trois caravelles (2) avec lesquelles il 
retournerait a la d£couverte. 

— Au lieu de suivre cette destination, Vespuce, sur 
des invitations r6iterees,passaau service du Portugal (3): 
on ne voit pas non plus que Lepe ait accompli le nou- 
veau voyage qu'il preparait, et Ton sait qu'il mourut 



imituellenicnl en vue; Jean Calvo , compagnon de Pinion, tdmoi- 
guant pour ['expedition de Lepe (p. 533) : « lo sabe porque estaba 
» este tesiigo en el rio grande (de Maranon) con Vicente Yaiiez, e lo 
)» vido a vista de ojos ». — Ferdinand Estcbau, compagnon de Lepe, 

tdmoignant pour l'expeditiou de Pincon (p. 552) : « sabe por- 

» que die con Diego de Lepe. en aquel viage, que fue' asi todo uno en 
» pos de otro ». 

(1) Navarrete, tome III, p. 81 ; lettre royale du 15novembre 1500: 
ti Diego de Lepe vecino de la villa de Palos nos Dzo relacion que por 
r, nos servir quiere tornar a dcscubrir con tres carabelas a la parte 
» donde la otra vez file - ». 

(2 Banmni, p. 84 : « Qui m'armano tre navili perche nuovamente 
» vadia ad iscoprire ». 

(3) Baldelli, /( milione di Marco Polo, tome I, p. liv; Lettre a Me- 
dicis du 4 juin 1501 : « Voi arete inteso, Lorenzo, si per la mia 
» come per Ietterc de' nostri fiorentini di Lisbona come fui chiamato, 
» stando ioaSibilia, dal re di Portogallo ; e mi prego che mi dispo- 
i> uessi a servillo per questo viaggio, nel quale m'imbarcai a Lisbona 
» a' 13 del passato ». — Bandini, pp. 46, 47; ou Cakovai, pp. 100, 
» 101 : Lettre a Soderini, de 1504. 



( 238 ) 

en Portugal (1) : n'y a-i-il pas la quelque indicc encore 
de l'association de ces deux hommes? 

Toutes ces considerations reunies nous out fait pre- 
ferer ['expedition de Lepe a cellede Pincon pour y rat- 

taclier le second voyage de Vespuce. 



XII. 



Mais quelle que fut celle de ces deux expeditions a, 
Iaquelle Anieiio cut pris part, il est evident qu'il vit 
alors pour La premiere foisle cap qui recut failure sui- 
vante le nom de Saint-Augustin, lorsqu'il revini dans 
uue expedition portugaise explorer de nouveau les cotes 
du Bresil. M. de Varnhagen confesse que dans cette cani- 
pagne ds 1501 Americ reconnaissait pour la deuxieine 
fois (2) lecap Saiut-Augustin, dont il determina la lati- 
tude a 8° sud. Or ce cap figure dans les temoignages re- 
latifs aux decouvertes de Pincon et de Lepe (3) , sous le 
double nom de Pointe de Sainte-Marie dela Consolation, 
et de Rostro Hennoso. 

Quelque distinction qu'il puisse y avoir lieu de (aire 
entre ces deuxpointes (4), qui paraissent dans tons les 
cas avoir, et^ dans un voisinage mutuel tres prochain, 

(1) Nayarbete, tome III, p. 552; Audrds de Morales : « Diego do 
» Lepe, descubridur, que inurio en Portagal ». 

(2) Vabnhagen, Examen, n" 31 ; comparez cependaut le n° 40. 

(3) Navarrete, tome III, pp. 517 a .".:... 

(4) Varnhagen, Examen, n° 42; et le passage cite" en note, dela do- 
nation du 5 septembre 1501 ii Pincon : « Pnnla de Santa Maria de la 
» Consolation siguiendo la coBta fasta Rostro Uermoso, e de alii loda 
« la costa que se corre al uordueste ». 



( 239 ) 

il est certain que les declarants s'accordent a en attes- 
ter uniformement la synonymie avec le cap Saint-Au- 
gustin (1) : nous ne pouvons done nous expliquer le 
scrupule que se fait notre confrere, d'admettre, quand 
il s'agitdes decouvertes de Pincon, cette synonymie si 
formellement constatee, lui qui se montre si facile a con- 
ceder cette meme decouverte a Hojeda (2), qui n'en a 
pourtant pas approche a moins de cinq ou six cents lieues 
telles qu'on les coraptait alors. 

Connne te Pere Ayres de Cazal, en sa Chorographie 
Bresilienne, a imagine que l'atterrage de Vincent Pin- 
con avait du etre, non au cap Saint- Augustin, mais au 
cap du nord de l'Amazone (3), etqueM. de Varnhagen 
a r6pete en note dans son Histoire du Bresil, 1' argument 
negatif de Cazal (&) , on pouvait considerer la reserve 
du nouvel historien sur la synonymie geographique du 
cap Sainte-Marie cle la Consolation ou du Rostro Her- 
moso de Pincon et de Lepe, avec le cap Saint-Augustin, 
— de meme qu'une reserve analogue sur la question des 
commandants portugais des expeditions de 1501 et de 
1503 ou figurait Yespuce, — comme des marques de 
deference respectueuse envers un auteur fort prise au 
Bresil et fort respectable d'ailleurs ; une simple indica- 
tion de ce genre de deference (5) ne pouvait etre un 

(1) Voir uos Considerations geographiques, p. 71. — Comp. Varn- 
hagen, Examen, n° 39. — Humboldt, tome V, pp. 65 ci 67. 

(2) Varnuagen, Examen, n° 17. 

(3) Ayris de Cazal, Corografia Brazilica, tome I, pp. 34 i 36. — 
Voir nos Considerations, p. 12. 

(4) Varnhagen, Hisloria do Brazil, tome I, p. 25, note 2. 

(5) Voir uos Considerations, p. 15, note 2. 



( 240 ) 

reproc/ic, encore moins une humiliation Utti'mire pour 
notre docte confrere (1), era' on nesupposail nullement, 
au surplus, partager les opinions qu'il s'abstenait tie 

eontredire. 

Non-seulemenl M. do Varnliagcn se fait scrupulede 
souscrire a La synonymie iterativement ai&rmee paries 
decouvreurs eux-memes, de lour point d'atterrage avec 
le cap Saint- Augustin ; mais il propose ouvertement 
d'autres s\ nonymies ("2) : il voiulrait faire accoster Pin- 
con au nord des basses de Saint-Koch (vers h" 50'sud, 
et 38° 30'ouesi de Paris), el asseoir le Rostro Hormoso 
a la poinlo do Hetiro-Grande (par 4° 36'sud, et39°54' 
ouestde Paris) ou memo a cellede Mocuripe on do Ceara 
(par 3'40'sud, et 40° 50' ouesl de Paris). Dans tousles 
cas, en voulant bien cnuceder que la route ait et6 telle 
quo le declarent ceux qui Font faite, c'est-a-dire au sud- 
sud-ouest a partir de Pile de Fogo du cap Vord (3) , notre 
docte confrere assure qu'elle los aurait conduits, non au 
cap de Saint-Augustin comme les declarants le certi- 
fient, mais bien a la pointe de Pipa, par une latitude de 
(3° 10' sud. 

Notre savant contradicteur nous permettra do trou-i 
ver ici une deviation on pen bien large desa precision 
mathematique babituelle. Comment, en prenant tres 

(1) Varniiagen, Examen, n'" 90 a 92. 

(2) Vaumiagen, Examen, n" 13. 

(i) Navariuite, tume III, p. 517; Antoiue Hernandez Colmenero : 
« Fueron la via del surueste entieinedias del sur i>. — P. 550; Pierre 
Ramirez : « La via del sursudueste. ». — P. 552 ; Manuel de Valdo- 
vinos : « partiendu do Gabo Verde al sursudueste ». 



( m ) 

exactement /esudsiid-oucst, ce qui revient a dire Tangle 
precis de 22" 30' du sud versl'ouest, a partirde Tile de 
Fogo, a-t-il pu croire un instant qu'au lieu d'arriver 
ainsi au cap Saint-Augustin on sera arrete en route par 
la pointe de Pipa, a plus de deux degres de latitude en 
deca ? 

II nous sufiira sans doute d'appeler sur cette assertion 
risqu6e une verification de notre savant confrere, pour 
luifaire reconnaitre que lalignedu sud-sud-ouest vrai, 
partant de File de Fogo, passeraitacent milles dans Test 
de la pointe de Pipa, tandis qn'elle se rapprocherait a 
quarante milles seulement du cap Saint-Augustin : et si 
au lieu de Tangle precis de 22' 30' du sud vers Touest, 
il veutbien prendre, dans I'aire du meme vent, Tangle, 
peu different, du sud 23° 52' ouest, il verra le rayon 
partant deFogoarriverjustementau cap Saint-Augustin, 
apres avoir passe a plus de soixante milles dans Test de 
la pointe de Pipa (1). 

Mais, sans insister davantage sur ce detail de calcul, 
un fait domine pour nous toute argumentation, qtielque 

(1) Nous supposons l'ile de Fogodu cap Verd situ^e par 14°55'N. 
et par 15° 25' 0. de Lisbonne, soit 26° 5i' 0. de Paris: le cap Saint- 
Augustin par 8° 21' S. et 37° 16' 0. de Paris; et la pointe de Pipa par 
6° 10' S. et 37° 22' 0. de Paris. — L'arc de grand cercle faisant avec 
le roeridien de Fogo un angle de 22" 30' (S. S. 0. vrai) coupera le 
parallele de la pointe de Pipa par 35°42'0. et celui du cap Saint- 
Augustin p.ir 36" 36' 0. de Paris. — Avec Tangle de 23" 52 qui con- 
duirait, sur le parallele du cap Saint-Augustin a 37<> 16' 0. de Paris, 
c'est-a-dirc exactement au cap m£me, on aurait coupe le par.illele de 
la pointe de Pipa par 36° 18' 0. de Paris, a 1» 4' dans l'e»t de la 
pointe susdite. 

XVI. SEPTE.MBRL ET OCTOBBE. 8. 1G 



( lh'2 ) 

habile quelle puisse etrc : c'est, nous le rGpetons, la 
declaration expressedes decou\ reurs cux-memes, affir- 
niant qu'il s'agit ici du cap Saint-Augustin, lequel est 
Btiifisamnienl caraoteris6, en ces designations de L518 
et de 1515, pour (|u elles ne puissent etre applique.es a 
aucun cap de cettc cote autre que celui qui avait 6te 
ainsi denomme en 1501. 

II est Interessant eu effel do remarquer a ce propos 
que dans son quatrienie voyage, en '1503, Vespuce se 
rendit eu droiture de 1'ile de Fernand de Noronha a 
Bahia (1), sans voir le cap Saint-Augustin : lors done 
que dans le parere des pilotes du 13 novembre 1515, 
Jean Vespuce, neveu d'Americ, declare que son oncle 
a fait deux voyages audit cap et en a determine la posi- 
tion, aumoyen de nombreuses observations de hauteur, 
par 8 U de latitude australe, a 420 lieues au sud-sud- 
ouest de 1'ile Santiago du cap Verd (2), nous en pou- 



(1) Basdini; pp. 60-01 : « Kalta nostra provvisione ci dipartimmo 
» per il vento infra mezzodi e libeccio, perehe tenevamo uu reggi- 
» meuto del He die ci mandava the qualunquc delle uavi die si per- 
» desse della flotia o del suo capitano, fussi a tenere nella terra che 
» il viaggio passalo. Discoprimnio in un porto die gli ponenimo nome 
,) la Badia de UHti santi ». — Uue remarque inddejiic a re propos : 
les Editions latines discnt de nieinc : « Omnium sanctorum Abbatiam 
» nuncupavimus »; n'est-il pas Evident que la lladia italieiirie, aussi 
bien que I'Abbatia latine, proviennent du vieux francais labaye, lu 
I'abaye au lieu de la baye ; d'ou il faudrait conclurc que le texte ita- 
lien repruduit par Bandini nest pas plus original que le latin dc 
Waltzemiiller, exprcssement traduit du francais, eoinme cliaeun sail. 

(2) Navariiete, tome III, p. 319 ; Jean Vespuce: « Digo que el 
» cabodeSan Agustin esta 8° de la liuea equinocial liana el sur.... 6 
»esto lo digo por dicbo dc Amerigo Vespucci que fue" alia doj 



( 2/J3 ) 

vons conclure avec assurance que ces deux voyages sont 
ceux de 1500 et de 1501 ; que par consequent le cap 
qu'il avait vu en 1500 etait bien le meme qu'il revit en 
1501, et le meme qn'on signalait sous le meme nom en 
1515, tout comme on le fait encore aujourd'hui ; et que 
la latitude observee par Americ et par lui recommanclee 
a son clessinateur Nurio Garcia (1) 6tant 8° sud, il ne 
faut point se presser de condamner lalecon de 8" donn6e 
par Bandini dans son edition de la lettre a Soderini (2), 
probablement d'apres d'autres sources (3) que l'ancienne 
edition sans date dont Bacio Valori avait poss6d6 l'un 
des rares exemplaires (4). 

» viages al dicho cabo, € alii tom6 el altura muchas veces, e" desto 

» tengo escritura de su mano propia 6 dice que se corre con la isla 

ii de Santiago nornordeste sursudueste, 6 hay 420 leguas ». — Voir 
Humboldt, tome IV, p. 204, a la note. 

(1) Navarrete, tome III, p. 320 ; Nuiio Garcia : « Se debe dar cr6- 
» dito a Amerigo.... el cual fu6 al cabo de San Agustin.... y me decia 
» muchas veces que podia poner el cabo en 8°, haciendo yo cartas en 
» su casa » . 

(2) Bandini, pp. 33 et 43. 

(3) Napione [Del primo scopritore, pp. 27-2S ; — Esanw critico, 
p. 23) (inouce qu'il existe de nombreuses variautes entre l'ancienne 
Edition et celle de Bandini. 

(4) L'exemplaire qui avait appartenu a Bacio Valori, 6tait en 1745 
en la possession du docteur Biscioni, bibliothe'caire de la Laurentienne, 
et se trouvait en 1811, comme il se trouve encore, entre les mains du 
marquis GinoCapponi, qui a bien voulu le communiquer re'cemment 
a M. de Varnhagen (Post scripliim, dernier alinga), et lui fournir ainsi 
1'occasion d'en constater la parfaite ressemblance avec l'exemplaire 
n° 6535 deGreuville au British Museum. — Napione (Del prima sco- 
pritore, appendke, pp. 106 k 11 5* a doune' la description speriale 
d'un exemplaire qui venait d'etre acquis par le phtlolOgue GarLin 
Poggiali de Livourne. 



( 244 ) 

11 n'esl pas sans inteivt non plus do remarquer on 
meme temps qu'en ce parere de 1515, oi'i Cabot, Jean 
Vespuce, Nuno Garcia, se referent exclusivement aux 

observations d'Americ pour fixer la latitude ducap Saint- 
Vngustin, Jean Rodriguez Serrano rappelle qu'il y a 
seize ans environ (1) il l'avait double en la compagnie 
du capitaine Velez deMendoza; et Andre de Morales 
declare que pour dresser une carte marine demandee 
par lYveque Jean de Fonseca surintendant des affaires 
des Incles, il avait pris pour guide Diegue de Lepe (2) : 
association iterative des noms de Lepe et d'Americ 
Vespuce en ce quiconcerne 1' exploration du cap Saint- 
Augustin. 

Si Ton en croya.it notreingenieux confrere (3), la navi- 
gation de Lepe en ces parages serait constatee aussi par 
la figure de deux caravelles, qu'on voit dessinee aux en- 
virons du cap sur la carte de Jean de la Cosa ; mais 
nous n'avons pas besoin de recourira des indices d'une 
valeur aussi peu assuree ; et d'ailleurs une inscription 
formelle nousapprend que 1' indication de cecap a pour 
but expr&s de signaler la deeouverte de Pincon (4) , non 



(1) Navarrete, tome HI, p. 3l9etpp. 594-595. — Seize ans, compter 
en remontant depuis novembre 1515, mettent le depart de Velez de 
Mendoza en novembre 1 i!>9. 

(2) Navarrete, tome III. p. 319 : « Una carta maritime que 

» comprendia el cubo de San Agustin.... con aeucrdo de Diego de 
» Lepe.... y en clla coloca el cabo en 16° Sur ». — Les 16" sont la 
double hauteur : voir Himboldt, tome IV, p. 291. 

(3) Varnhagk.n, Examen, n° 56. 

(4) « Estc cabo sc doscubriO en ano de v. un c xcix par Castillo siendo 
» descubridor Vicentianea ». 



( 245 ) 

de reproduire des delineations graphiques coninie les 
aurait fournies un emprnnt a la carte de Lepe. 

XIII. 

Nous croyons superflu de relever, au surplus, les 
equivoques sur lesquelles pivotent quelques arguments 
critiques de notre cher confr6re ; par exemple : 

— D'une part, il lui est reproche, dit-il (1), d' avoir 
fait atterrir Vespuce a 5° au sud de l'equateur, tandis 
que nous avons fait arriver le navigateur florentin Men 
plus loin au sud, avec Lepe !... — Or le reproche, si 
reproche il y a, s' applique tout specialement au voyage 
de Hojeda (2), et avec pleine raison, puisque Hojeda 
n'a jamais navigu6 au sud de l'6quateur ; tandis qu'il 
est constate que Lepe a double le cap Saint-Augustin, 
et s'estavance au sud jusqu'a une riviere de Saint-Ju- 
lien, dont nous avons indique" la seule synonymie que 
nous ayons pu rencontrer, mais sans pretention aucune 
d' avoir determine irrefragablement la synonymie veri- 
table. 

— D' autre part il lui est reproche avec assez de s6- 
verite, dit-il encore (3), d' avoir cru, comme il persiste 
a le croire, que la carte de La Cosa renferme des indi- 
cations relatives au voyage de Hojeda, tandis que nous 
voulons attribuer a Pincon toutes celles qui se trouvent 
sur la cote du Br6sil, et cela, seulement a cause d'une 



(1) Varnhagen, Examen, n° 54. 

(2) Considerations geographiques, pp. (>ti a 69. 

(3) Varnuagen, Examen, n° 55. 



( 2flfi ) 

legende qui contient meme une erreiir de date!... — 
II ne i'aut ici ui prendre ni donner le change : le re- 
proche (encore une ibis si reproche il y a) s'adresse a 
la confusion des resultats das a J > iii90ii avec ceux qui 
avaient 6t6 directemenl recueillisparlecartographe lui- 
nieme dans son expedition avec Hojeda et Vespuce (1); 
et notre confrere se joue en pretant a son « savant cri- 
tique » ainsi qn'il l'appelle, unegrosse absurdite ; non, 
le « savant critique » se bornait ;i dire el se borne a 
r6peter : a Hojeda ce qui est a Hojeda, a Pincon ce qui 
est a Pincon, et a Lepe si vous voulez les deux figures 
de caravelles que vous lui attribuez ; rien de moins, 
rien de plus. 

Et ne mettons pas sur le compte du cartographe 
biscayen une pretendue erreur de date (2i parce qu'il 
aura compris dans I'ann^e 1/|99 un fait arrive en Jan- 
vier 1500 suivaut notre comput vulgaire, car c'etait 
bien en l'annee de 1' Incarnation \li99 suivant une ma- 
niere de compter fort usitee et bien connue des throno- 
logistes sous le notnde style llorentin (3). 

Les equivoques se reproduisent sur bien d'autres 
points. 



(1) Considerations gfographiques, pp. 72 k 76. 

(2) Varnhagen, Examen, n" 55, note 1. 

(3) Les auteurs de VArl de verifier les dales (Ionic I, p. 21) apos- 
trophent rudemept ceux qui arcusent de faussete" des ('nonciations de 
dates qu'il s'ai-'it seulemenl d'expliquer, dod de corriger. — Pour le 
dire en passant, il nous senible qu'iiue partie au moins des iuadver- 
tances ou des legerete's chronologiques reproch^es a Pierre-Martyr 
d'Anghiera (voir Humboldt, tome II, pp. 290 a 293 avec la note) 
peuvent 4tre expliquees par le mode de comput; et la locution circiler 



( 547 ) 

Est-il besom de nous arreter a discuter serieusement 
les delegations (1) opposees aux t^moignages concor- 
dats qui affirment des navigations francaises au Bresil 
en 150Zi ? Deja Paulmier de Gonneville allant deHon- 
fleur an Bresil et doublant le cap Saint -Augustin en 
1503, employe ces denominations en homme a qui elles 
sont faniilieres ("2) : Y Enforinacao do Brasil et de suas 
capitanias dat6e de 15S4 et publiee en 1846 par M. de 
Varnhagen, m6rite done toute criance lorsque dans un 
chapitre consacre specialement aux expeditions des 
Francais, elle rapporte formellement leur venue a Bahia 
pour commercer, en l'ann.6e 1504, puis Fanned sui- 
vante, etc. (3) ; cependant notre docte confrere declare 

calendas parait avoir eu, sous la plume du facile dcrivain, une aecep- 
tiou, de parti pris, qui devrait s'enteudre des approches non du jour 
des Calendes, mais du jour ou Ton rommeogait a compter par les Ca- 
lendes, e'est-a-dire 16 a 19 jours plus t6t. 

(1) Varnhagen, E.ramen, n ' 95, 9G. 

(2) Declaration du 15 juillet 1505 devant le Procureur du Roi a 
Hon flew : a Passames a la Grande Canarie, decha aux costes occideu- 
» tales de l'Afrie apellees Cap Verd, en courant d'Aoust; d'empuis 

» apres le Bresil etc. — « et furent forces de doubler le Chap de 

S. Augoustin, e'estoit en novembre.... etc. 

(3) Voir nos Considerations, p. 83. — Revista trimensal, tome VI, 
pp. 412, 413 : « Na era de 1504 vierao os Franceses ao Brasil a pri- 
» meira vez ao porto da Baya, e entrariio no r:o de Paraguacu que esta 
>> dentro da mesraa Baya, a lizerao seus resgates e tornaiao com boas 
» novas a Franca; donde vierao despois tres naos, e estamdo no mesmo 
» lugar em resgate, entrarao quatro naos da armada de Portugal e 
» queimarao Ihe duas naos e oulra Ihe tornarao com matar muita 
» gente, algua da qual todavia escapou em hua laucba e achou na 
» ponta da ltapuama, 4 leguas da Baya, hua uao dos sens que se 
» tornou pira Frauca ». 



( m ) 

qu on ne peut se fier a c<-tte indication parce que Gabriel 
Soares, dans sa Notice du Bresil, de 1587, a parle d'une 
capture de navires francais a Bahia par Christophe Ja- 
ques, et que cette mention de Gabriel Soares, qui se 
rapporte par le fait a Tannee 1526, a ete ulterieure- 
ment, pax apprise, attribute a, l'aimee 1503, et que la 
nieme erreur existr sans doute dans 1' ' En forma cad de 
1584 ! II est permis de se dernander ce qu'une m^prise 
de quelques lecteurs plus ou moins rccents de Gabriel 
Soares, a propos de la date d'une capture de navires 
par Christophe Jaques, pent avoir a demeler avec un 
temoignage anterieur a celui de Gabriel Soares, et re- 
latif a une expedition de commerce paisiblement et fruc- 
tueusement accomplie en I0O/4. 

La m^prise chronologique de ceux qui font venir en 
1503 Christophe Jaques au Bresil pour capturer des 
navires francais a Bahia, ne serait-elle pasau contraire 
bien plutot expliquee par l'existence connue des navi- 
gations francaises de 1.50/i, rappelees exactement dans 
1' Enformacao de 1584, et auxquelles des esprits inat- 
tentifs (1) aoront inconsiderement rattache, longtemps 
apres, la mention faite en 1587 par Gabriel Soares, de 
la croisiere de Christophe Jaques, qui appartient a 
l'annee 1520? 

(1) Bicu inatteatifs eu diet, puisque Gabriel Soares (Noticia do 
Brazil, cap. I) dionce explicitement que. la croisiere de Christophe 
Jaques fut envoyeV par le roi Jean III, a la maison duquel il dtait 
attache, et dont le regne n'a commence qu'eu 1521. — l.c V. Antoine 
de Sainte-Maric Jaboatam (Novo orbe Serafico Brasilico, rdimprimtf a 
Rio Janeiro en 1858, in-80) n'avail pas ouhlie d'en faire la remarque, 
et il dt'si'soait I'anmie 1521 pour l'arrivde de Jaques a Dahia (pp. -17 
k 49 etp. 222). 



( 249 ) 

La date de 1 504 resulte pareillement d'un document 
de 1539, le « Discours d'un grand capitaine de mer » 
qui nous parait avoir en pour auteur le dieppois Pierre 
Crignon, et dont Ramusio a publie une version italienne. 
Cependantune ponctuation qui s'accorde malavecl'a- 
gencement des phrases, et qui a ete judiciensement cor- 
rigee par M. Estancelin dans la reimpression qu'il a 
laite de ce morceau (1 ) , accolerait a la decouverte por- 
tugaise l'indication d'ou se conclut la date de 1504, et 
ferait descendre a une 6poque beaucoup plus tardive 
les navigations francaises : notre docte confrere, dont 
la desinvolture d' esprit est parfoissi bardie, estparfois 
aussi d'un admirable scrupule, sibien qu'ence caspar- 
ticulieril n'est pas satisfait de la ponctuation rectifiee, 
et que notre traduction, rigoureusement litterale, de- 
vrait, au risque du double anachronisme dont se trou- 
vera ainsi gratuitement rendu coupable notre pauvre 
Grignofl, etre ponctuee conime voici : 

(i Cette terre du Rresil fut premierement decouverte 
)> par les Portugais pour une partie, et il y a environ 
» trente-cinq ans. L' autre partie fut decouverte par un 
» [capitaine] de Honfleur appele [Jean] Denys de Hon- 
» fleur de vingt ans en ca. Et depuis beaucoup d'autres 
» navires de France y sont alles, et jamais ils n'ont trouve 
» de Portugais, »etc. (2). 



(1) Estancelin, Voyages el decouvertes des navigateurs Normands, 
pp. 194 a 215. 

(2) Ramusio, Navigazioni e viaggi, tome III, fol. 428 d : « Questa 
« terra del Bresil fu primamente scoperla da Portoghesi in qualelic 
i) parte, e sono circa 35 auni. L'altra parte fu scoperla per uno de 



( 250 ) 

Eh bien, enattribuant a Pierre Crignon le «Discours 
du grand capitaine de mer » (sans avoir en M. Leon 
Guerin pour complice comme Le suppose ' L) M. deVarn- 
hagen).iinus avons, a'msi queM. Estancelinravaitjudi- 
cieusement fait a\ant nous, prelere uneponctuationqui, 
materiellement sollicitee par la disposition de la phrase, 
a L'avantage de s ? accorder avec lis exigences de laverite 
historique et des dates counues, et nous persistons a 
croire qu'ilvaut mieux lire ainsi : 

« Cette terre du Bresil tut premieremeal deGouverte 
» par les Portugais pour une partie ; et il y a environ 
» trente-cinq ans 1' autre partie ful decouverte par un 
» [capitaine 1 tie Honlleur appele [Jean 1 Denys de Hon- 
» fleur. De vingt ans en ca, et depuis, beaucoup d'au- 
» tres navires de France y sont aI16s, et jamais ils n'nnt 
» trouv6 de Portugais, » etc. (2). . 

Vvec le respect qu'il prnl'esse en cette circonstance 
pour les textes, notre scrupuleux confrere, qui vent 
bien nous recommander lui-meme 1' Edition corrigee qu'il 
a donnee en 1851 de la « Notice du Bresil » de Gabriel 



» Honfleur chiamato Dionisio di Honfleur ila vcnti anni in qua. Et di 
» poi molti altri navilij di Francia vi sono stati, et mai Don trovorono 
» Portoghesi in terra alcana ehe la teuessero per il re di Portogallo ». 

(1) Vabnhagen, Examen, n°96. — Voirnos Considerations, noteBfl, 
pp. 238 a 211. 

(2) Estancfxin, utri supra, p. 203 : « Questa terra del Brasil fu pri- 
» raamente scoperta da Portoghesi in qualche parte, et souo circa 35 
« anni l'altra parte fu scoperta per uno de Honfleur chiamato Dionisio 
» di Honfleur. Da vcnti anui in qua et di poi molti altri navilij di 
» Francia vi souo stati, » etc. 



( 251 ) 

Soares ( ! ) , nous semble avoir traits bien cavalierement 
son auteur et meme seslecteurs, lorsque, sans en aver- 
tir, il retranche, dans un passage important, une indi- 
cation essentielle, consignee dans l ? 6dition originale et 
dans la plupart des manuscrits : iJ s'agit, a propos de 
la « riviere de Vincent Pincon » , de ces mots qui ne sont 
pas tout a fait indifferents : « laquelle reste sous l'£qua- 
teur » . 

En pared cas, lors meme que l'indication retranchee 
serait une superfetation insignifiante, l'usage des eru- 
dits de notre routiniere Europe est de noter sommaire- 
ment les motifs qui determinent 1' omission volontaire, 
laquelle, sans cette precaution, pourrait etre prise pour 
un oubli accidentel. Mais quand l'6diteur attache une 
valeur significative a l'indication, qu'il veutGcarter pr6- 
cisement a cause de cette signification contraire a ses 
propres iclees, c'est un imperieux devoir, chez nous, de 
relever consciencieusement les variantes, sur ce point, 
de tous les manuscrits que Ton aura pu verifier, d'en 
discuter l'autorite relative, d'&ablir enfin qu'il n'y a 
point omission decopie dans lemanuscrit que l'onveut 
suivre, et qu'il y a au contraire interpolation certaine 
ou probable dans les manuscrits que Ton veut re- 
jeter. 

Notre docte confrere a insert clans les notes du second 
volume de son Histoire du Br6sil, sareponse a une de- 
mande d'eclaircissement, qui lui avait^te" adresseepr6- 
cis6ment au sujet de ce qu'il appelle cette « petite va- 



(1) Varnhagen, Examen, n" 84. — Nous avions eu rattentiou de 
la signaler dans uos Considerations, p. 41, a la note. 



( 252 ) 

riante » (1) : cette reponse explique lhais ne nous parait 
pas justificr le retrancbement. Et nous clisons ceci uni- 
quernent souslc rapport olela modification ainsi appor- 
t6e au texte quant a sa forme ; car pour ie fond, le sens 
n£cessaire demeure le m6me, et la situation de la ri- 
viere de Vincent Pincon sous l'equateur se retrouvera 
toujours la consequence inevitable des autres indica- 
tions de Gabriel Soares (2), dont notre confrere cberche 
trop, pour lesbesoins de sa cause, a infirmer l'autorite 
en cette partie, en depit des « dix-sept ann^es qu'il 
» avait passees a parcourir continuellement le Bresil, 
» aussi bien la cote que l'interieur... », ainsi quele dit 
lui-menie le vieux descripteur dans un epilogue que 
nous regrettons aussi de ne pas trouver reproduit par 
l'edition cle M. de Varnhagen , d'apres le manuscrit 
consent dans la Bibliotbeque de l'empereur Pierre II. 

C'est encore avec une largeur bien eloignee de 1' es- 
prit de scrupule et d'exactitude dont il a fait montre 
ailleurs, que notre confrere (3) attribue a Ortelz et a 
Langeren, auxquels il adjoint « un grand norabrc de 
)> cartes espagnoles et portugaises inedites du x\T siecle » , 
d' avoir inscrit le nom de riviere de Vincent Pincon sur 
rOyapocactuel !... II est des assertions tellement enor- 

(1) Historia geral do Brazil, tome II, 1857 (imprime par erreur 

hlccclvii) pp. 4C9-i"0 : « aoerca dc uma pequcna variante que 

» se nota no principle... » 

(2) Voir nos Considerations, p. 110 et pp. 1 10-120, pour les testes 
de Gabriel Soares et ceux de Nicolas d'Oliveira et de Simon de Vascou- 
cellos, file's dans les notes. 

(3) Varmjagek, Examen, u° 88, uote 2. 



( 253 ) 

mes, que Ton en demeure abasourdi ; lameilleuve refu- 
tation en pared cas est de mettre directement sous les 
yeux des juges les documents memes dont 1' image est 
si fort alt6r£e par le prisme a travers lequel une preoc- 
cupation decevante se complait a les regarder. Malheu- 
reusement on n'encadre point a volonte" dans nn dis- 
cours les cartes d'Ortelz ou de Langeren ; mais on peut 
du moins en relever la nomenclature en suivant la cote 
entre deux points incontestes, tels que les bouches de 
l'Orenoque et celles de 1'Amazone. 

Nous avions deja signal^ ces cartes (1) comnie ayant 
impatronise" le nom de Vincent Pincon sur le fleuve 
Marauni, en designant plus sp6cialement celle d'Ar- 
naud-Florent van Langeren, avec celle de Corneille 
Wytfliet, comme les plus completes, et mieux propres 
des lors a une verification de ce genre. M. de Varnha- 
gen a eu l'intention aussi de reproduire quelque part la 
nomenclature de Langeren (2), mais il s'y est gliss^un 
bouleversement typographique qui la rend m6connais- 
sable. Le tableau comparatif ci-apr6s, oil figurent sur 
des colonnes paralleles tous les noms 6chelonnes du 
nord-ouest au sud-est sur la carte de Mercator de 1 569 
en meme temps que sur celle d'Ortelz de 1570 qui en 
est la simple reduction, puis sur celle de Wytfliet de 
1598 ou 1603, et enfin sur celle de Langeren de 1619, 
avec 1' indication des principales synonymies modernes, 
permet de juger d'un coup d'ceil toute la question. 



(1) Voir nos Considerations, p. 133, avec la note 2. 

(2) Historia do Brazil, tome II, p. 4C8, note 3. 



( 254 ) 



I 

MERCATOR ET ORTELZ 


WYTFL1ET 


LANUEREN 


SYNONYMIE 


15139-1570 


15981603 


1619 


ACrUELLE 


(Orenoque) 


(Orenoque) 


(Orenoque) 


Orenoque 




Punta anegada 


Puerto Auegado 




Monte especo 


Moule espesso 






Rio Duke 


Rio grande 


Rio grande 


Essequebo 


'l'erra liana 


Terra liana 






Pun la baxa 


Puerto Ba\n 






Rio de la Barca 








Ancon 








Rio Verde 


Rio Dulcc 


Rio Dulce 


Corentyn 


Rio Salado 








Rio de la Barca 


Rio de Canoas 


Rio de Canoas 
CabodeCorrientes 




AldeadeArboledos 




Aldea 




% 




CabodeFarilhones 






Ancoues 


Rio de Aneones 


Surinam 




Rio de l.agartos 


Rio de l.agartos 




R.de Vinc.Pincorj 


R.de Vine. Pinion 

Rio de Nino 
Rio de Baxas 


R. de Vine. Pinion 
Rio de Cacique 


Marauni 






Costa brava 


Cote du Diable 


Cabo Blaoco 


CabodeCorrientes 


CabodeCorrientes 






Rio de Funios 


Rio de Caribes 








Rio de Canoas 


Oyapoc 




Cabo de Buelta 






Rio de Arboledos 




Rio de Arboledos 






- 


Rio de Montanha 




Riode Pascua? 




Rio aparcelado 






El Aucon 


Baia de Canoas 






Atalaya 


Atalaya 

Rio dos Funios 






Rio de Pracel 


Rio do Pracel 






Cabo do Norte 


Cabo do Norte 


Cap Nord 


Marauon fluvius 


RioMaragnou sive 


Maragnon fluvius 


Amazones 


Aniazonum 




Orellana 


vel Oregliana 





La seule inspection de ce tableau snffit pourmontrer 
combien on s'est abus6 sur l'interpretation ties cartes 
d'Ortelzet de Langeren; et nous sommes autorises & 



(555) 

penser que c'est sous 1' empire des memes illusions qu'on 
aura cru voir dans « un grand nombre de cartes espagnoles 
et portugaises inedites du xvi e siecle » 1' application pr6- 
tendue du nom de Vincent Pincon a la riviere d'Oyapoc. 

II y a en effet, pour repousser cette fantastique syno- 
nymie, mieux encore que les delineations et les nomen- 
clatures cartographiques : II y a d'abord la distinction 
expresse, bien constatee par les Portugais, entre l'Oya- 
poc d6bouchant derriere le cap d'Orange, etle Vincent 
Pincon qui debouche derriere le cap Nord : nous avons 
deja cit6 la grande carte topographique des provinces 
de Grand Para et Rio Negro, oil le Vincent Pincon est 
trac6 au sud du Carapacury (1); dansun memoire spe- 
cial, date de Para le 2& avril 179"2, sur la propriety et 
la possession des terres du cap Nord par la couronne 
de Portugal, Alexandre Rodrigues Ferreira fait un aveu 
tres digue de remarque sous plus d'un rapport: « Que 
» l'Oyapoc (dit-il) debouche a la cote du Nord par une 
» latitude boreale de h" 15' a peu de chose pres, et le 
» Pincon par celle de 2° 10', c'est ce que les Portugais 
» affirment, et lesFrancaisne le contredisent pas » (2). 

11 y a, par-dessus tout cela, le temoignage direct et 
formel des colons anglais qui avaient tent6 un etablis- 

(1) Voir nos Considerations, p. 136, note 2. 

(2) Revista trimensal, tome IJJ, pp. 339 a 371 : Propriedade » posse 
das terras do Cabodo Norle pela coroade Portugal, deduzida dos An- 
naes historicos do F.stado do Maranhao c de algumas memorials e 
documentos por onde se acham dispersas as suas provas, por Alexandre 
Rodrigues Ferreira; p. 378 : • 78". Que o Oyapock desagua na costa 
» do Norte em 4" 1 5' de latitude boreal com pouca diu'ereiic, a, c o Pincon 
» na de 2" 10', assioi o dizem os Portuguezes, e nao o contradizem o» 



( 256 ) 

semcnt ;\ l'enibouchure de, ce nu'-iuc Oyapoc, en 160A, 
sous la conduite du capitaine Charles Leigh et tic son 
l'rere .sirOlave Leigh; Jean A\ ilson, de "\\ anstivd, l'mi 
desdix survivants qui revinrent en Angleterre en ti>0(>, 
a laisse nne relation, impriinee dans la collection de 
Purchas, ou il est expressement consigne que le U'ia- 
poco ouilss'etaient etablis, etait appele par les Espa- 
gnols Riviere de Canons (1); d'oii il suit assez claire- 
ment que le noni indigene d'Oyapoc avait, pour les 
Europeans, nne synonynhe connue et certaine, exclu- 
sive du nom de Vincent Pinron. 

On suppose ailleurs (2) que le cap d" Orange, pres 
duqnel debouche l'Oyapoc, est represente sur la carte 
de Jean de la Cosa par la pointe de terre qui y est appe- 



>i Francezes ». — Donnant cusuite la liste successive des cours d'eau, 
il nommc le Vicente Pincon entrc le Mayaquare et le Quanany, ce qui 
le ferait correspond™ an Carsewene, et demontrerait que cctte syno- 
nymie, introduitc dans le traite du 10 aoiit 1797, etait bien, conime 
le disait Lescallier, d'invenlion portugaise. 

(1) Purchas his Pil grimes, liv. VI, chap, xiv; tome IV, p. 12G0 : 
The relation of master John Wilson of Wansteed in Essex, one of the 
last ten that returned into England from Wiapoco in Guiana, 1606 : 
« Captain Charles Leigh and his brother sir Olave Leigh did furnish 
)> to sea the good ship called the Phenii with commodities for the 
» country of Guiana, and necessary for the voyage, with fiftic persons 
» to inhabit Wiapoco, of sundry trades, who dircrting their course 
» towards Wiapoco on the coast of Guiana, which the Spaniards call 
» the river* of Canoas, arrived on the twentieth of May following, 
l. where he found a ship of Amsterdam trading with the Indians ». 

(2) Varnhagen, Histuria do Brazil, tome II, p. 469, a. la fin de la 
note 2. 



( 257 ) 

lee C" de S. D n . — ce qui nous paralt devoir etre lu 
Cabo de Santo Domingo plutot que de San Diego, — et 
le cap de Nord par un cap de Santa-Maria dont on a 
cru trouver 1' indication dans la meme carte ; mais nous 
sommes obliges de faire remarquer, sur ce dernier 
point, que ce cap suppose est xmgolfe, forme pari' em- 
bouchure de l'Amazone en amont de l'endroit ou Ton 
avait ressenti le Mascaret. Et quant a 1' autre designa- 
tion, connne elle se trouve inscrite a moitie" chemin 
entre 1' embouchure de l'Amazone sous Fequateur, et le 
golfe de Paria, elle nous parait difiicilement applicable 
au cap d'Orange, qui se laisse mieux deviner, ce nous 
semble, a la pointe de la Tierra de San Ambmsio. 

Finissons-en ici, il est grand temps, avec toute la 
s6rie des questions amoncel6es autour du nom cle Ves- 
puce et des premieres expeditions espagnoles et fran- 
caises au Bresil. 



XVI. SEPTEMHRE ET OCTOBRE. 9. 17 



( 258 ) 

SECONDE P ARTIE. 
LES MESURES ITINERAIRES. 

SECTION PREMIERE. 
Rapport do la lieue au degr6. 

XIV. 

II nous reste a reprendre, pour terminer, une antic 
question importante, celle deTa demarcation hispano- 
portugaise de 1Z194, clans Ja discussion delaquelle noire 
savant confrere (1), soit qu'il traite du rapport desme- 
sures itineraires avec la circonl'erence terrestre (2), ou 
de la valeur absolue de 1'unite de measure (3), ou de 
1' application pratique de ces bases an trace effectif de 
la ligne conventionnelle de demarcation (4) , nous sem- 
ble ne s'etre pas suffisamment precaution!^ contre le 
double ecueil des erreurs de fait et des vices de raison- 
nement dont est bordee la dangereuse voie des idees 
pr^concues. 

Oubliant que lcs evaluations flottantes du degr6 ter- 
restre au\ xv c et xvi'siecles ne sauraient, sansun ren- 
\ciseinent complet des lois de la logique, etre prises, 
pour etalon fixe de 1'unite de mesure employee aiors a 

(1) Varnhagen, Examen, n°' 59 a 82. 

(2) Idem, ibidem, u» s 64, 69 a 73, 75, 81, 82. 

(3) Idlji, ibidem, n° s 78 a 80. 

(i) Idem, ibidem, n°» 65, 67, 74, 75. 






( 259 ) 

ces appreciations plus ou moins conjecttirales, notre 
confrere raisonne perpetuellement comme si la g6od£sie 
eut deja, en ces ej)oques d' incertitude, fixe la valeur 
immuable du elegit, et que les cosmographes d'alors, 
au lieu de s'essayer a estimer plus ou moins grossiere- 
ment en lieues usuelles de leur temps , la grandeur 
inconnue du degre, eussent au contraire employe des 
lieues diverses pour varier 1' expression d'une valeur 
unique, certaine, et bien connue de tous, de ce degr6 
non encore mesur£ ! 

L'exemple de ces aberrations n'est pas nouveau. On 
s'etait avise, dansle siecle dernier etau commencement 
de celui-ci, de cr6er tout un assortiment de stades fan- 
tastiques d'apres les evaluations de la grandeur de la 
terre hasarclees par les anciens sur des donn£es sans 
consistance (1). Aristote ayant rapport6 une opinion 
d'apres laquelle la terre aurait eu ZiOO 000 stades de 
tour, on se crut en droit d'en conclure 1'exis.tence d'un 
stade qui aurait 6te exactement la A00 000 e partie du 
tour de la terre, tel que nos geometres avecleurs instru- 



(l)Un travail resoraptif d'une grande neaete" a £te public par M. Th. 
Henri Martin, doyen de la faculte des lettres de Renues, sousce litre : 
Examen d'un ine'moire posthume de M. Letronne, etde ces deux ques- 
tions i P La circonference du globe terreslre auatlelle etc mesure'e 
exactement avant les temps historiques ? - 2° Les erreurs el les con- 
tradictions de la Geographic maihematique des anciens s'expliquent- 
elles par la diversite des stades et des milles? Paris 1854, gr. in-8 .— 
M. L. Am. Skdillot en a fait a la Socidt<5 de Ge'ographie, dans sa seance 
du 19 Janvier 1855 un Rapport insere au Bulletin. 4 C sdrie, tome IX, 
pp. 42 a 50, et auquel nous avons nous-memc ajoute' line discrraliou 
additionnelle imprim^e dans le m6me volume, pp. 51 a 53. 



( 200 ) 

ments de precision et leurs methodes de cakul perfec- 
tionnees sont parvenus a peine a le determiner de nos 
jours ; — Archimede ayant cite a son tour unc autre 
opinion, qui an lieu de 400 000 stades n'en admettait 
que .300 000, les esprits raisonnables pouvaient penser 
qu'il y avait eu desscin <le rectifier d'un quart reva- 
luation outree du siecle precedent; mais I'ecole nou- 
velle ne balanca pas a inscrire, a c6tedu stade iruagi- 
naire d'Aristote, un pr6tendu stade d'Arclihnede, egal 
a un 300 000 e du tour de la terre ; — ainsi de revalua- 
tion d' Eratosthenes a 250 000 stades ; ainsi de reva- 
luation de Possidonius a 2/i0 000 stades ; ainsi de ['eva- 
luation de Ptolemee a 180 000 stades... — Mervcilleux 
procede qui pour assurer l'exactitude du mesurage, 
cree la mesure rneme d'apres 1'objet bien ou mal me- 
sure ! 

On raisonne de la memo facon quand on parle des 
lieues de 14 \ au degr6 (1) , de 15 au degre' (2) , de 16 f 
au degre (3), de 17 £ au degre (4) , en leur supposant des 
valeurs distinctes, de maniere a constituer autant de 
modules mutuellement divers, mais tous parties ali- 
quotes d'une meme unite fixe, le degre, sans reflechir 
que la veritable inconnue dont se preoccupaient les 
navigateurs et les cosmographes d'alors, ce n'^tait point 
la lieue, c'6tait le degre\ partie aliquole du cercle en- 
tier qui fait In lour de la terre. 



(1) Varmugen, Examcn, n" 75. 

(2) Idem, ibidem, n" 73. 

(3] Idem, ibidem, n° s 64, 67, 77, 80, 82. 
(4) Idem, ibidem, a«» 69 A 73 



( 261 ) 

Le tour cle la terre, voila le grand probleme que se 
posaient les esprits les plus avancfe au temps ou ger- 
maient les idees qui amenerent la d^couverte du Nou- 
veau Monde. Avant l'accomplissement de ce fait im- 
mense, les relations de Marc Polo avaient ej,endu les 
marges orientales du planisphere de Ptoleme^e jusqu'a 
File extreme de Zipan-Gu (le Japon de nos jours) ; et 
les navigations occidentales avaient ajoute a 1' autre 
bord les archipels des Acores et du cap Vert ; puis dans 
l'obscur lointain des traditions et des legendes se lais- 
sait apercevoir une grandeile Antilia, dont les theories 
cosmographiques faisaient uue etape intermediaire de 
l'Espagne a Zipan-Gu. 

Des avant lh7h un savant mathematicien de Flo- 
rence (1), Paul Toscanelli (ou Toscanella) avait reuni 
toutes ces donn^es sur un globe (qui fut probablement 
plus tard le prototype de celui de Behaim) et sur des 



(1) Le m^decin florentin Paul filsdc Dominique, — appel<5 Marc Paul 
par Mariana (Htsloria general de Espana, lib XXVI, cap. in), qui ne 
le confondait point cepemlant, comnie on I'a dit un peu legerement, 
avec le celebre voy;*geur venitieD, — est nomni^ Toscauelli par la 
gdne'ralitd des e>udils, bicn que quelques-uns, peut-etre moins exacts, 
tels que Bartolozzi (Ricerche, pp. Ill, 119) et Andres {Accidentia Er- 
colanese, tome I, pp. 161 et 162) dcrivent Toscanella. II etait ne en 
1397 et se trouvait par consequent ;\g6 de 77 ans quaud il dcrivaft le 
25juin 1474, au cbanoine Martins, la lettre accompagude d'une carte 
dessin^e de sa main, dont il envoya plus tard la copie a Christoplie 
Colomb, et qui nous a He conservee par Ferdinand Colomb (cap. VIII, 
pp. 31 a 3r>) et par LasCasas. — Peschel (Zeilalter der Entdeckungen, 
p. 110, a la note) pense que la correspondence du Ge'nois avec le sa- 
vant florentin eut lieu vraisemblablcmeut entre la fin de 1479 et le 
milieu de 1481 , — Voir aussi Humboldt, tome I, pp. 210 a 229. 



( 262 ) 

cartes marines (V, ou les mrndirns rtaiont tr:n -r-.s de 
5 en 5 degrees, dfi maniere a partager Le circuit terrestre 
en 72 intervaUes de Longitude : /ii> de ces intervalles 

etaientoccnpespar le grand continent dn n omlcconnu, 
depute Lisbonne jusqu' h Quinsaj am dgrpierg contins 
de la Chine ; et il ne restait que 26 i»tervajles 2) a tra- 
vers l'Ocean poor regagner la Chine par cette voie de 
rouest.coinparativenientbienpluscourte; encore avail- 
on Zipan-Cu sitae" a 7 intervaUes en deca de Quinsa\ . 
et 1' Ajitilia aux sepl cit6s se projetant a 9 intcrvalles 
en a\ani de Lisbonne, en sorte qu'ilsemblait n'y avoir 
de tout a fait inconnus que les 10 intervaUes (3) entre 
Antilia et Zipan-Cu. 

Mais ces intervaUes, quelle en etait la valeur itine- 
raire ? Malgre' la deplorable confusion que les fautes 
typographiques ont introduite dans les chiffres de la 
version italienne qui nous est seule parvenue, de la lettre 
de Toscanelli au chanoine portugais Fernand Martins, 
on y peut denieler cependant une Evaluation expresse 

(I) Fern. Colombo, cap. VIII, pp. 31, 32 : n Comech'io sappia di 
n poter cid mostrarle con la sfera in mano e farlo veder come sta il 
» mondo, nondimeno ho deliberato per piii faeilita e per maggiore in- 
» telligenza di mostrar detto camiuo per una carta simile a quelle che 
» si fanno per navigare et cos'i la mando a Sua Maesta, fatta et dise- 
i) gnata di mia mano ». 

(2» Fern. Colombo, cap. VIII, p. 34 : « Dalla citta di Lisbona per 
» dritto verso ponente sono in delta carta veutisei spatii ciascun de' 
» quali contien dugento et cinquanta miglia lino alia nobilissima et 
» grandc citla di Quisai ». 

(3) Idim, ibidem, p. 35 : « Et dall' isola di Antilia che voi ehiamate 
u di sette citla, della quale avele nolitia, fiuo alia nobilissima isola di 
» Cipangosono dieci spatii che fanno due niila et cinque cento miglia ». 



( 263 ) 

et iterative (1) de 250 milles par intervalle (soit 50 milles 
par degre) pour le parallele moyen clela route atenir. 
Mais ce parallele raeme, a quelle hauteur le supposer, 
que nous en puissions conclure la base de son calciil, 
c'est-a-dire son Evaluation clu degr6 de grand cercle? 
II semble natnrel de penser que ce dut etre au cap 
Saint-Vincent, extreniite occidentale de l'Europe, qu'il 
placait le point de depart de sa ro.ute conjecturale ; et 
cette donnee suffit pour faire reconnaitre que son estime 
s'appuyait, conime on devait s'y attendre a priori, sur 
celle de Ptoiemee, de 500 stades ou 62 milles et |- pour 
le degre equatorial. 

C'etait en effet le dernier resultat obtenu par les taton- 
nements de la science grecque, etleplus g6n£ralement 
adopte par les savants de l'Europe lteo-latine (2), qui le 
trouvaien't exclusivement employe dans le seul traite 
de g^ographie mathematique alors en circulation, dont 

(1) Les passages transcrits dans les deux notes qui precedent sont 
en parfaite concordance a ce sujet : 250 milles pour chaque espace dans 
le premier cas, 2500 milles pour 10 espaees dans le second cas. Mais 
iciest donned un equivalent en lieues cvidemmeut fautif : « Cioe du- 
» gento et venti cinque leghe », 225 lieues; il est certain que la re- 
duction sur le pied de i milles par lieue doit donner 625 lieues. Mais 
dans un autre endroit (p. 34) la grandeur de Quinsay est ainsi mar- 
quee : « La quale gira cento miglia che souo trenta cinque leghe »; il 
y a prohalilement encore une correction a laire ici au chilTre des lieues 
en lisant 23 au lieu de 35. La simplicity de ces restitutions nous 
semble les reudre tre.s plausiblcs. — Comparez Hiimboldt, tome I, 
pp. 236 a 239, en note. 

(2) Peschel, dans Particle cite de son journal Das Auslcmd, dit 
incine d'une maniere plus absolue : « Uuerschutterlich blicb namlich 
» immerdieAnsichtdass derGrad 500 Ptolemiiischestadienanthalle ». 



( 264 ) 

l'autorite se corroborait de celle de 1'Almageste, quoi- 
qu'on distinguat parfois, commeEnciso l),deux auteurs 
homonynies dans Ptoleniee l'astronome et Ptoleniee le 
geograpbe. 

On tenait cependant aussi conipte de revaluation 
d'Eratostbenes, mentionnee par Strabon etrappelee par 
Macrobe dans son conmientaire sur le Songe dc Scipion : 
Jean de Holywood, si connu sous le nom latinise de 
Sacrobosco I'avait signalee , au xni c siecle, dans son 
traite de la Spbere (2), et la generalite des cosmogra- 
])bes ulterieurs ne se faisaient faute de lui en eniprun- 
ter la citation, sans prendre garde, la plupart du temps, 
qu'ils tfansformaient indument en trois personnages 
1'unique Ainbroise Tbeodose Macrobe (3) , et qu'ils estro- 
piaient le nom du celebre bibliothecaire d'Alexandrie 
en 1' appelant Eurystbenes. 

* 

(!) [/epilogue de la Suma de Geographia donae ainsi la nomencla- 
ture des sources oil I'ouvrage a ete puise : « Fuc sacada esta Suma, 
» de muchos et auctenticos autores, convieuc a saber, de la Historia 
» Balriana, Ins dos Tholomeos, Erastoteues, Plinio, Strabon, Josepho, 
i Anselrao, la Biblia, la general Historia, y otros muchos ». 

(2) Joanuis de Sacrobosco, Sphcvra, cap. I; De ambilu terrce : 
« Tolius autem terra; ambitus, autboritate Ambrosii Tbcodosii Macrobii 
» et Eratosiheuis philosophorum, 2o2 01)0 stadia continere difflnitur, 
)> uaicuique quidem 360 parlium Zodiaci 700 stadia deputando ». 

(3) Navarrete, tome II, pp. 101, 102, 103; parere de Jacques 
Ferrer : « Strabo, Alfragauo, Tbeodoci, Macrobi, Ambrosi, Euris- 
» tenes ». — « Strabo, Alfragauo, Ambrosi, Macrobi, Thcodosi, et 
» Euristeucs ». — « Strabo, Alfragano, Macrobi, Tbeodosi et Euris- 
» tenes ». — Idem, tome IV, p. 335; memoire de Ferdinand Colomb : 
« Auibrosio y Teodosio y Macrobio y Eurislcnes ». 



( 265 ) 

Les essais d'un mesurage plus nouveau entrepris au 
ix c siecle par les ordres du khalyfe El-Mamoun (1), 
n'etaient pas non plus demeures incounus, mentionnes 
qu'ils etaient dans le petit traite de la Sphere, d' Ahhmed 
El-Ferghany que nous appelons vulgairement Al-Fra- 
gan (2), dont il circula de bonne lieure ixne version 
latine. 

Mais dansces temps d'erudition confuse et peusure, 
il arrivait d'associer presque au hasardlenom d'Alfra- 
gan tantot a ceux d' Eratosthenes et du trionyme Ma- 
crobe parmi les autorites qui estimaient a 700 stades 
la valeur du degr6 (S), tantot a ceux de Marin (de Tyr) 
et de Ptolemee parmi les auteurs de 1' evaluation ii 
500 stades ; et a cette occasion, il ne sera pas hors de 
propos de citer sur ce point un passage de la lettre du 

(1) Voiracesujet Reinaud, Geographie cVAbovlfcda, tome I : Intro- 
duction generate a ta Geographic des Oricntaux, Paris 1848, in-4° ; 
pp. cclxviii a CCLXXIII. 

(2) Alfragan fut traduit en latin vers le milieu du xu e siecle par le 
juif converti Jean de Luna, sevillan, dont la version fut imprimee k 
Ferrare des 1193, et meine en 1172 si Ton en croyait Dartolozzi 
(liicerche p. 133; on a eu depuis une nouvelle traduction, de Jacques 
Christmann, imprimee a Francfort en 1590 (Fexemplairc quej'en 
possede a quelques notes de la main de Jerome de la Laude et de celle 
de Delambre, a qui il a successivement appartenu) et en 1618; puis 
enfin celle deGolius, publiee en l(i69. — Au chap. X (id. de Christ- 
mann, p. 36) De mensura ambitus lerrestris : « Depreheudimus uni 
• gradui coelesti iu terra respondere 56 niilliaria et duas tertias unius 

» milliaris Si itaque multiplicamus gradum ununi in totum circu- 

" lum, hoc est 360", inveniemus circumferentiam terrcstrcFn conti- 
)i uere 20 500 milliaria circiter ». 

(3) Commc Jacques Ferrer en son parere dc 1 495, dans Navariiete, 
tome II, pp. 99 a 103. 



( 266 ) 

S pullet 1500 d'Americ Vespuce a M6dici§, on il est 
dit : « Le motif pour lequel je compte 16, lieues et| pour 
» chaque d est que selon Ptolem6e el Ufragan 

)> la terreade lour 2'i 000 milles qui \ alc-nt 6D00 lieues, 
» lesqucllis r6parties en 360' donnent pour chaque 
n degre 16 lieues et |, resultaf que j'ai confronte bien 
a des Ibis avec le point des pilotes, et que j'ai trou\r 
o exact et veritable > 1 . 

II est certain toutefois que le tour de la terre a 
2/jOOO milles n'elait nullement confnnneu revaluation 
de Ptol&uee a 180 000 stades ; car la reduction deyant 
s'operer suivant le raj)port i'ondainental de 8 stades par 
mille, les 180 000 stades de Ptolemee equivalaient en 
realite a 22 500 milles (2) et non a 24 000 rallies (3). 

(1) Bandini, p. 72 : « La ragione perche io do 16 leghe c due terzi 
i) per ogni grado (e) perche secondo Tolomeo c Alfagrano la terra volge 
» 24000 (miglia) che vagliono 0000 leghe, ehc ripartendole per 360 
» gradi, avvenue a ciasnin grado 16 leghe e due tcrzi: e questa 
» ragione la ccrlificai molte volte col punto de' piloli, e la trovai vera 
» e I'M, n 1. 1 », 

(2) Ferrer en 1495 (ubi supra, pp. 101, 102) : • Tholomeus, octavo 
» libro de situ Orhis dicit, capitulo v, que la recta circumfcrenria de 
» la tierraporel cquinoecio es 180 000 stadios a razon de 500 stadios 
» por grado, y contaudo 8 stadios por mil la son 22 500 millas, que son 
» 5625 leguas a razon de i millas por legua & cuenta de Caslilla ». 

(3) Ces 21 000 milles, compters en elTet par divers auteurs arabes 
comme lexprcssion cxacledes 180 000 slades de Ptole'mdc, ne peuvent 
provenir que dun taux de reduction de 7 stades et 1/2 pour un mille : 
Gossellin [Recherches sur leprincipe, les bases et revaluation des dijfe- 
rents systemes metriques, a la fin du tome V de rendition franchise de 
Strabon, p. 581, note 1) donne de ce fait unc explication inge'uieuse 
et plausible, a l'appui de laquelle on peat ajouter peut-(Hre encore 
cette cause de confusion, que le systeme phile'terien dans lequel cxistail 



( 267 ) 

L' accord n'existait pas davantage avec revaluation re- 
sultant du mesurage arabe rapports par Alfragan, car 
56 milles et f pour un degre prodtiisent seulement 
20 400 milles ( 1 ) pour le circuit terrestre. II s'agit done 
ici d'une evaluation tout autre, bas6esiir un calcul plus 
ou moins arbitraire, mais qui n'enfivt pas moins adopts 
par divers cosmographes (2), probablement a cause de 
la rondeur du chiffre de 6000 lieues, plus commode et 
plus facile a retenir que les 5625 lieues repondant aux 
180 COO stades de Ptolem£e, ou les 5100 lieues qui r£- 
sultaient de la mesure arabe. On vient devoir qu'Ame- 
ric Vespuce appuyait de l'autorite de ses verifications 
personnelles la justesse pretendue de ce taux de 
16 lieues et | pour la valeur du degre. 

un semblable rapport du stade au mille, regnait aussi, avec le nom de 
syslenie ptolemaique, prdcisdment dans l'empire des Ptolemies, ou 
eHait la patrie du geographe Ptoleme'e. — Voir egalemcut, surcesujet, 
rCcrit cM plus haut, de M. Henri Mabtin, p. 73. — On ne peut 
admeltre sans quelque reserve l'dnonciation de M. Peschel, (dans 
Particle deja citd de son journal Das Ausland, p. 750) que « Die Pto- 
» lemaischen Stadieu wurden jedoch von sehr vielen Kosmographen im 
» Vcrhaltniss von 7 1/2:1 auf Miglien.... reducirt ». Le rdsultat que 
les Arabes avaient probablement dt^duit dc ce rapport e"tait en effet 
adopts sans examen par divers cosmographes au commencement du 
xvi e siecle; mais non le rapport direct de 7 stades et 1/2 au mille. 

(1) Ferdinand Colomb (dans Navakbete, ubi supra, pp. 335-336) : 
« Tebit y Almeon y Alfragano eu la diferencia 8 a .... todos dan a cada 
» grado 56 millas y dos tercios que constituyen 14 leguas y dos ter- 
» cios de milla; do se infiere y concluye haber el mayor circulo del 
» espbera 5100 leguas p. — Voir ci-dessusp. 265 note 2, et ci-apres 
p. 268 note 3. 

(?) Enciso, Suma dc Geographia, folio a vij : u Sabras que todo el 
» mundo tiene en derredor 360 grados que raontan seys mil leguas ». 



( 263 ) 

Evaluation arabe reelle a 56 milles et : t n'avait pas 
un moindre poids : Roger Bacon an xur siecle l'avait 
consignee dans son Grand OEuvre d',ou l'avait puisne 
a son tour Pierre d' Villy pour son Image du Monde 2 ; 
et Christophe Colomb, lecteur assidu de ce dernier 
traite, avait annote dans les marges ses propres verifi- 
cations a ce sujet. M. de Varnhagen a eu la bonne pen- 
see de relever a Seville, dans la bibliotbeque Colom- 
bienne, une de ces notes marginales, qu'il apubliee 3 , 
et qui est ainsi concue : 

<( Sachez que souvent, dans mes navigations au sud 
» de Lisbonne vers la Guinee, j'ai soigneuscnient releve 
)> la route suivant 1' usage des pilotes et des mariniers, 

(1) Roger Bacon, Opus ma jus, Loudres 1733, in-folio; p. 142:«Ar- 
» cus iste terra; est 56 milliaria et dute trrtiac uuius niilliaris ». 

(2) Ymago mundi a d'uo Petro de Ailliaco ep'o Cameracensi descripta 
el ex pluribus auctoribus recoUecla; cap. X, De lougitudiuc ac latitu- 

diue clinialum : « Circuitum terra; aliqui mensuranlper stadia 

» sed Alfraganus et aliqui alii alio modo mensurant per miliaria, et 
i) dicunt quod quilibet gradus circuitus terras habet 56 miliaria et 
» duas tertias unius, et sic habet totus circuitus 20 400 miliaria qua? 
» valent 51 00 leucas ». 

(3) Varnhagen, Vespuce et son premier voyage, n u 15, note 1, et 
feuillet lithographic contenant le Texle de trois notes attributes a Chris- 
tophe Columb. — Voir aussi llistoria do Brazil, pp. 420-421, nota 2a. 
— Notre diligent confrere a confirm^, par I'examen comparatif des 
«?crituros, que I'annotation marginalc signalee ici, an livre du cardi- 
nal d'Ailly conserve dans la bibliotbeque Colombienne de Seville, est 
bien de la main de Christophe Colomb, ainsi qu'on le pouvail conclure 
d'oae citation expresse deson tils {Vila et fatti del Ammiraglio, cap. UK, 
p. 17) : « Et in uu altro luogo dice (I'Aininiraglio) : Spessc volte na- 
i) vigando da Lishona a Guinea diligentemente coDsiderai chc il grado 
» rispoudc nella terra a 56 miglia et duo tetZJ t. 



( 269 ) 

» et que de phis j'ai pris la hauteur du soleil avec le 
» quart-de-cercle et d'autres instruments, nombre de 
» fois ; et j'ai trouv6 qu'il y avait accord avec Alfragan, 
» c'est-a-dire qua chaque degre repondaient 56 milles |, 
» et que c'est par consequent a cette mesure qu'il faut 
» ajouter foi. Des lors on peut done dire que le tour de 
» la terre sous l'equateur est de 20 ZrOO milles; et c'est 
» pareillement ce qu'a trouve maitre Joseph medecin 
» et astrologue, et plusieurs autres specialement a ce 
» commis par le serenissime roi de Portugal. Et cha- 
» cun peut verifier la rneme chose au moyen des cartes 
)> marines en mesurant, a l'ouest de Lisbonne, toutela 
» terre du nord au sud en droite ligne,*ce qui peuthien 
» se faire en commencant en Angleterre ou en Irlande 
» et allant droit au sud jusqu'en Guinee » (1). 

Ce n'est pas tout : si les verifications de Colomb con- 
firmaient 1'evaluation de 56 milles |, si les verifications 
de Vespuce appuyaient celle de 16 lieues |, d'autres 
verifications amenerent bientot uncompte de 17 lieues f , 

(1) « Notaqudd ssepe navigando ex Ulixbonaad austruni in Guineam 
» notavi cum diligonlia viara ul solilum naueleris et marinariis, el prae- 
» terea accepi altitudinem soli's cum quadrante et aliis iustrumentis 
u plures vices, et in\eni concordare cum Alfrasano, videlicet respon- 
m dere quemlibet gradum milliariis 56 2/3. Igitur ad hauc mensuram 
» fidem adhibeudam. Tunc igitur possumus dicere quod circulus terra; 
» sub arcu equinoctiali est 20 400 milliarium. Similiterque id invenit 
« magister Josephus Osicus et asirologus et alii plures missi special iter 
» ad hoc per serenissimum regem Portugalise. Idque potest videre 
» quisquam inventum per cartas navigationum mensurando de sep- 
» tentrione in austrum per occasum Ulixbbnffi omncm terram per li- 
» neam rectam; quod bene potest incipiendo in Anglia aut Hibernia 
» per lineam rectam ad austrum usque in Guineam ». 



(270 ) 

qui fut generaloment adtiptfi par les pilotes espagnols 
et portugais : Andre Pires, d6n1 M. de Varrihagen a 
bien voulu nous citer qxielqiies mots i 1 ), dil e*press6- 
iiM-nt dans nil autre endroit : « JPrends garde de nc pas 
» donner au degre do latitude moins de 17 lieues \, 
» parce que cette navigation est exacte et veritable, 
» ainsi quelle a ete verifier par moi Andre Pires, dans 
» la mer oceane » (2). 

M. de Varnhageij parle encore (3) d'tinfe lime de 15 
au degre qu'il croit retrouver dans nn passage d'An- 
ghiera (Aj dont il nous semble ne s'etre pas rendu un 
compte bien complet ; il s'agit de la distance de Bor- 
neo aux Moluques sous l'equateur, estiinee a 175 lieues, 

que les marins espagnols comptaient pour 10 degres ;. 

« Mais (s' eerie le noble milanais) comment s'y prennent- 

• 

(1) Varishagen, Examen, n° 81, a la note. 

(2) Ms. latin n° 7168 de la Bibliolliequciinpdriale, folio 29 :« Avi- 
» sarte as que no des nicnos ao grao de norte he sull de 1" legoas he 
» meya porque esta naveguacam he boa c verdadeira porque foi expe- 
» rimentada por mjm Amdre Pirez em o mar oucijano ». 

(3) Varnhagen, Examen, n° "3. 

(4) Ce passage appartient a la cinquieme decade. — Nous n'avious, 
dans vos Contain, iliiins (pp. 220-221) marque" les dates de redaction 
que pour les trois premieres deVadrs, composers du 13 novembre 
1493 au 14 oclobre nil). Le cardinal Gilles de Yiterbe, envoyC en 
1".l8en Espagne eommc ldgat a latere, ayant renouvrlc, au noni de 
Leon X, l'invilalibi] de poursuivrc cette intdressante histoire, Pierre 
Martyr redigea en i:.l!) pour lillustrc pontife une qtiatrieme ddeade a 
annexer aux trois prdcedentes deja publides. La redaction de la cin- 
quieme, entreprise vers la fin de i:>22 pour le pape Adrien VI, nc fut 
terminee qu'apres la mort decelui-ci, etce fut a Clement VII, qui lui 
avait suceddd le 19 novembre 1523, que I'auUur en fit 1'envoi. La 



( 271 ) 

» ils pour un tel compte, c'est ce que je ne comprends 
» pas. D'apresles anciens philosophes, il faut pour un 
i) degre 60 milles italiens contenant chacun raille pas 
» geometriques, et Ton recommit que la lieue contient, 
» en mer quatre de ces milles, a terre trois : si done 
)> nous faisons la reduction en lieues a la maniere des 
» marins espagnols, c'est 15 lieues que doit contenir 
» chaque degre ; mais voila qu'eux-memes, contraire- 
» ment a l'idee de tout le monde, enoncent que le degre 
» contient 17 lieues f. Qu'ils s'entendent eux-memes, 
» car pour moi je ne les comprends pas » (1). 



sixieme, adressde a 1'archeveque de Coscnza, Jean Rufo, est expressd- 
ment datee du 14 juillet 1 52*. Angbiera avail dcrit sa septieme de- 
cade dans les premiers mois de 1525, et ce fut au souverain de sa pa- 
trie le due de Milan Francois-Marie Sforza Visconti qu'il la dddia, a la 
priere du secretaire de ce prince, Camille Gilj, qui fut porteur du 
rnauuscril. Presque en meme temps arrivait a I'auteur un bref pontiG- 
cal qui demandait la suite des recits deja parvenus a Some ; Anghiera 
s'empressa d'obeir, et c'est ainsi que fut rddigee, dans la seconde moi- 
ti6 de Tannic 1525, sa huitieme et derniere decade. 

(1) lie orbe novo Petri martyris ab Angleria mediolanensis proto- 
notarii Caesaris seuatoris Decades (octo), Alcahi 1530, in-folio (l'e'di- 
tion de Hakluyt, Paris 1587, in-8°, est plus incorrecte, uotamment 
en ce passage); fol. lxxviij verso: « Ab harum insularum prospectu 
» (Buruciae videlicet et vicinarum) abesse tantopere desideratas Malu- 
)) chas insulas ad equinoctium leucas 175, gradus ipsi computant 10 : 
» uude, qua figant ingenium in bis computationibus non intelligo. Gra- 
» dum prisci philosophi 60 milliaribus italis qua; lOOOpassus dimensos 
» includant singula constare volunt. Leucam isli dicurit milliaria ex 
» illis continerc -i mari, terra vero 3 Si computalionemleucarumsum- 
» pserimus nautarumbispanorummore, 1 5 continetquisque gradus leu- 
» cas : ipsi vero contra omnium opinionem aiuut gradum contiuere 
» leucas 17 cum 1/2. Intelligant ipsi se, quia illos ego non intelligo ». 



( 272 ) 

Nousne cherchcrons pas a discuter jusqu'a quel point 
la deduction d'Anghicra, qu'il landrail compter pour 
nn degre 15 lieues au lieu de 17 a. pent etre prise pour 
le fait nirine d'une Evaluation admise, et basee sur un 
cluffre de (50 niilles qui aurait et6 attribue au degre par 
a Ips anciens philosopbcs » : nous avouons bnmble- 
iiicnt notre ignorance a cet egard ; et il importe d'ail- 
lcurs asscz pen a la discussion actnelle, qu'il y ait a 
relever line evaluation de plus ou de nioinsde la gran- 
deur du degre" terrestre. 

Dansl'ordredes idees de M. de Varnhagen toutesces 
Evaluations reviennent a une nieme estimc totale, et 
l'unite de mesure seule varie ; ainsi, d'apres lui, les 
56 milles et | des Arabes aussi bien que les 16 lieues et | 
de Vespuce, et les 17 lieues et i d' Andre Pires, represen- 
ted exactement les 500 stades ou 62 milles et^-de Pto- 
leme"e. Le grand Colomb ne pensait pas de meme, et il 
concluait du tau\ de 56 milles et |, auquel il donnait la 
preference, que la grandeur de la terre etait bien moindre 
qu'on ne l'avait jusqu'alors pense" et que ne le croyait 
le vulgaire (1) : 56 milles et | faisaient done le degre plus 
petit que celui de PtolEmEe. 



(1) Navarrete, tome I, p. 300 : « E el mnndo es poco : el enjuto 

» de ello es seis paries, la septima solamenle cubierta de agua : 

» Digo que el nuindo no es (an grande como dice el vulgo, y que un 
)j grado de la equinorial est.i 56 millas y 2/3; pero eslo se loeara con 
» el dedo ». — Fern. Colombo, cap VI, p. 20 : « I a quinta considora- 
i) zione che facea piu credere che quello spatio fosse picciolo, era l'opi- 
« iiiuiic d'Alfragaod c de' soguaci eooi, cl:c melte questa rotonditi 
» della sfera assni ininore che tuiti gli altri autlori et rosmografl, non 
• altri buea do ad ogni grado di sfera piu di .'>ii miglia el 2/3; per la 



( 273 ) 

C'6taitlecontrairepotirlesl7lieueseti on 70 Miles 
desmarins portugais, qui dans Fesprit de notre savant 
confrere sont aussi parfaitement Equivalents aux 62 | 
de Ptolemtie, tandis que les astronomes et les pilotes 
espagnols Ferdinand Colomb, Pierre Pmiz de Villegas, 
Jean Sebastien d'El Cano, et leurs collegues aux con- 
ferences de Badajoz (1) , dans la stance du 31 mai 1524, 
repr6sentent qua l'encontre de revaluation recue, de 
62 milles et \ pour le degre" terrestre, « les Portugais, afin 
» de comprendre une plus grande Gtendue de terre en 
» un moiodre n ombre de degr6s, ont depuis un certain 
» temps gradue" leurs cartes a raison de 70 milles ou 
» I7lieues et | par degre" , gagnant ainsi 7 milles et |- par 
» degre" au profit de leur propre navigation » (2) . 

Les te-moignages les plus explicites viennent done 
con firmer les deductions que la saine logique devait 

» quale opinione voleva egli (rLoe l'Ammiraglio) che essendo picciola 
» tutta la sfera, per forza doveva esser piccioloquello spatio dclla terza 
» parte che Marino lasciava per iscouosciuto ». 

(1) Navaruete, tome IV, p. 3G8 : « Mayo 31, martes (en la pucnte 

» de Caya) D. Fernando Colon leyo el siguiente voto y parecer de 

» los diputados de Castilla Firmau todosseis Colon, Duran,Salaya, 

» Villegas, Alcaraz, Cano ». 

(2) Navahrete, tome IV. p. 352 : « Es cosa mauifiesta enlre cosnio- 

» grafos en el situar las tierras, y cntre los astrologos que cada 

» grado de la tierra eorresponde a otro grado del cielo C2 millas 6 1/2, 

» como pareoepor Tolomeo y los dichos Portugueses, para cotn- 

» prender mayor cantidad de tierra en menor m'unero de grados, dc 
* cierto tiempo a esta parte nan graduado sus cartas a razon de 

» 70 millas por grado, dando 17 leguase' 1/2 por grado por mnnera 

» que comprenden mucha tierra en pocos grados, por cuauto en cada 
w grado por la dichacuenta ganarian 7 millas y 1/2... » etc. 

XVI. SEPTEMBRE ET OCTQBRE. 10. IS 



< 274 ) 

sufiirc a etablir, a savoir, nous le repetons encore, que 
dans 1' ignorance ou Ton etait de la grandeur reelle du 
degre, et des moyens pratiques d'en obtenir la mesure 
precise, on l'estimait conjecturalement d'une inaniere 
plus ou jiioius approximative, en se servant, pour l'ex- 
primer, de Y unite itinerairela plus usuelle , le stade, ou le 
mille de huit stades, ou la lieue marine de quatre milles. 
C'est done une vraie l'antasmagorie quo cette diversite 
pretend ue d'ecbelles et de modules qui, d'une seule 
et unique lieue usuelle , forme tout un assortment de 
lieues distbactes, de l/i - G au degre, de 15 f au degre, 
de 1(3 | au degre, de 17 | au degre, etc., etc., tandis 
qu'il n'y avait en realite qu'une serie de tatonnemenis 
qui supposaient tour a tour au degre une grandeur de 
15 lieues et |, del/ilieueset *, de 161ieueset |, enfinde 
17 lieues et |. 

M. de Varnhagen parait ne s'etre pas bien rendu 
compte de ces tatonnements qui, depuis Aristote jus- 
qu'aux Arabes et depuis les Arabes jusqu'a Andre Pires, 
oscillaient incertains au dela et en deca de la verite 
cherchee. 

XV. 

Notre savant confrere a de plus, a la petition de prin- 
cipes qui vicie toute son argumentation , ajoute des 
erreurs materielles qu'il reproclie nai'vement au con- 
sciencieux Navarrete (1) et a nous-meme (2) de n' avoir 
pasparlagees. 

(1) Varnuagen, Examen, n° 50. 

(2) Idem, ibidem, n*81. 



( 275 ) 

Dans la Somme de Geographie, ouvrage rare dont 
noire confrere a le bonheur de posseder nn bel exem- 
plaire (1), le bachelier Martin Fernandez de Enciso a 
employe, pour les considerations d' ensemble qui se rat- 
tacbent aux theories generates sur la grandeur de la 
terre, 'revaluation vulgaire du degre, preconisee par 
Vespuce, a 16 lieues et § ; mais pour les regies de pra- 
tique qu'il a aussi comprises dans son livre, Enciso a 
formellement adopte 1' evaluation plus nouvellement 
admise par les pilotes, a 17 lieues et |. 

Or, dans son Histoire de l'art nautique, Don Martin 
Fernandez de Navarrete (2) avait enonce en consequence 
qu'Enciso donnaitau degre 17 lieues et *; M. de Yarnha- 
gen declare cette assertion « contraire a la verite, par 
rapport a la longitude » (3) ; et quant a nous-meme, qui 

(1) Le livre de Euciso, formant un mince volume de 76 feuillets 
petit iu- folio, signed depuis a jusqu'a h, est uu precieux documeut 
pour l'liistoire de la Geographie et des ddcouvertes, l'auteur ayant pris 
lui-meme une part directe bien conuue aux navigations et tentatives 
dYtablissement de eette Cpoque; notre confrere M. de laRoquette en 
prepare une Edition franchise dont on doit vivemeut ddsirer la publi- 
cation prochaine. 

(2) Navarrete, Disertacion sobre la historia de la Ndulica, Madrid 
1846, petit in-4" ; p. 142 : « Expoue (Euciso) el ni<Hodo de tomar la 
» altura del uorte y regirse por 61, formando una rosa nautica con los 
» 32 vientos, y expresando el numero de leguas que se anda por cada 
» grado, segun el ;ingulo que la liuea del rumbo forma con el meri- 
» diano; cuenta el valor del grado por 17 1/2 leguas, y deduce tam- 
» bien la distancia del apartamiento del meridiauo en cada UDgulo o 
» rumbo que se forma desviandose de 6\ ». 

(3) Varnhagen, Examen, n° 50. — Tout considerable qu'est encore 
le reproche ainsi formule, nous sommes heureux de le retrouver deja 
moins absolu de moitie que la premiere expression dont il etait reste 
daus nos souvenirs une trace si vive. 



( 276 ) 

avionspournotrepartciteaussirautniitedeEnciso(l)au 
sujet de revaluation tin degre a 17 lieues et |, notre 
clocte confrere juge snperflu de s'arrfiter a demontrer 
comment celui qu'il appelle son savant critique « s'est 
» abuse sur la maniere dont on comptait les latitudes, 
» pour justifier ce qu'il veut prouver a propos des lon- 
» gitudes, quand onsait que quelques auteurs (notaiu- 
» ment Enciso) ont applique le degre de 1 7 lieues et | 
n a la latitude avant que de l'admettre pour la longi- 
» tude » (2) . 

Notre confrere s'est imagine que Enciso , tout en 
comptant 17 lieues et | pour le degre* de latitude, aurait 
main ten u le degre de longitude a 16 lieues et '. Nous re- 
grettons d'autant plus que M. de Varnhagen ne se soit 
point arrete a developper ses idees a ce sujet, qu'une 
premiere difficult^ sc presente a nous pour en bien 
comprendre laportee. S'il entend, ainsi qu'il paraitl'a- 
voir admis fondameirtalementdans tout le cours deson 
Examen, que les lieues de 17 1 au degre sent dillerentes 
des lieues de 1(5 1 au degre, de telle sorte que 17 \ des 
premieres egalent 16 | des secondes, le degre* de longi- 
tude equatoriale sera egal au degre de latitude, et son 
observation sur l'inGgalite" pr6tendue des latitudes et 
des longitudes de Enciso se trouvera tomber d'elle- 
meme. Pour que l'inegalite* qu'il suppose existe dans 
1' esprit de notre docte confrere, ilfaul qu'elle requite 
pour lui de la difference danslenombrede lieues d'une 
meme espece compters dans tin sens el dans l'autre, 
ce qui dementirait sa these de la diversity des lieues. 



(1) Considerations geographiques, pp. 101, 102, ct la note. 

(2) Varnhagen, Examen, n" 81 , ct la note. 



( 277 ) 

Mais sans nous arreter a ces embarraspreliminaires, 
Enciso lui-meme repondra d'une maniere peremptoire 
pour nous et pour Navarrete, en faisant justice de cette 
inegalit6 fantastique, dans la double condition alterna- 
tive du degre de 16 lieues et | suivant les anciennes theo- 
ries, ou du degre" de 17 lieues et f suivant la pratique 
nouvelle, 

Au feuillet qui porte la signature a vij\ le geographe 
espagnol, exposant avec une sorte de redondance la par- 
faite sphericity de la terre, continue ainsi en propres 
termes : c< Et par ceci tu peux voir bien clairement que 
» la terre est ronde, et qu'elle est 6gale en longitude et 
» latitude, puisque, de meme qu'elle a 360° le long du 
» meridien qui passe par les poles et coupe l'equateur 
» en deux parties, ce qui s'appelle latitude, de meme 
» elle a aussi 360° le long de l'equateur, ce qui s'ap- 
» pelle longitude ; et comme chaque degre est eva- 
» lue a 4 6 lieues et - et | de chemin, tu sauras quele 
» monde en son entier a de tour 360° se montant a 
» 6000 lieues » (1). 

Cette 6galite mutuelle des degr6s de grand cercle 
dans le sens des latitudes en meme temps que des lon- 
gitudes, ainsi explicitement tmoncee avec revaluation 

(1) a E por aqui puedes vcr muy claro que el mundo es rcdondo y 
» que es igual en Iongilud et latitud, porque assi como el muudo tiene 
« 360° por la via del diametro que passa por los polos et corta a la 
» equinocial por dos partes a que llaman latitud, assi tiene otros 360" 
» por la equinocial, a que llaman longitud. E porque cadaun grado 
» esta tassado ea 16 leguas & media e un sesmo de camino, sabr;is 
» que todo el mundo tiene en derredor 360" que monlan seys mil 
» I ok ii as ». 



( 278 ) 

(hi degre a 16 lieues etf, n'esl pas moins certainement 
etablie avec I' Evaluation & 17 lieues et i-. 

An revers d feuillet b vij % ainsi que nous L'avions 
signale (I), au-dessous de la rose de 32 vents figuree 
dans son livro, Enciso a domic en lieues La longueur de 
la route a courir sur chaque aire de \<mi( pour s'elever 
d'un degre" en latitude, et il a eu soin de marquer en 
meme tepaps la quantit6 en longitude dont on se sera 
t'loi-ni'' (In meridien de depart; si Men que la valeur 
dun degre en longitude doit natunellement se trouver 
exprimee en correlation avec la route par la diagonals 
exacte, ou le runib de 45", c'est-a-dire le h c quart du 
compas. Orvoici comment s'exprime le geographe espa- 
gnol a ce sujet (2) : 

((Pour prendre la hauteur du nord et te regler la- 
)> dessus, tu sauras qu'en t'61evant d'un degre dans la 
» direction nord etsud, ce degre- vaut 17 lieues et i de 
» cheinin, etc' est la 1' inter valle que tu auras parcouru». 

Sautons a pieds joints par-dessns le compte de la 
route par le l er , le 2 e , et le 3 e quart, pour arriver im- 
mediatement a la route par le h c quart : 

(1) Considerations geographiques, p. 102, a la note. 

(2) Para tomar el altura del norlc et regirte por^-l, has de saber que 
» alcaiidosete el norte por la linea de norte-sar l ", i|(ic vale aquel 
» grado 17 leguas et 1/2 de eamino, et tanlas avras andado. — Item 
i) si andas por la 1 quarta, relieva por grado 17 leguas y 3/4, y ap.ir- 
>i taste de la linea derecha 3 leguas et 1/2 por grado. — Item por las 
» 2 quartas relieva por grado 10 leguas y 1 i> et apartaste de la linea 
» derecha 7 leguas y 1/2. — Item por las 3 quartas relieva por grado 
» 21 leguas et 1/3. et apartaysos de la linea derecha 1 1 leguas et ."./t>. 
» — Hem pur las 4 quartas relieva pur grado 2 i leguas et 3/4, y 
» aparlays os de la linea derecha 17 leguas y 1/2 ». 



( 279 ) 

« Item (si t/u vas) par le h e quart, compte pour le 
» degre (de hauteur) 24 heues et | (de chemin) , et tu te 
» seras 6carte (en longitude) de la ligne droite (ou me- 
» ridien de depart) de 17 lieues et| ». 

Nous aimons a penser qu'apres avoir verifie F exac- 
titude de nos citations M. de Varnhagen s'empressera 
de reconnaitre que nous avions eu la precaution de lire 
et de mediter les textes auxquels nous nous referions, 
que Navarrete avait fait de raeme, et que s'il y a quel- 
que part une assertion contraire a la ve>ite, ce n'est du 
cote ni de Navarrete ni de nous. 

SECTION DEUXIEME. 
Valeur absolue tie la lieue nautique. 

XVI. 

Convaincus desormais que la valeur precise de la 
lieue usuelle des cosmographes et des marins de l'e- 
poque des d^couvertes ne pouvait sans aberration etre 
deduite del' evaluation conjecturale du degre terrestre, 
il faut bien en revenir a 1' etude des elements itineraires 
qui ont directement servi, comme il etait naturel, a la 
former. 

Ici M. de Varnhagen a introduit dans la discussion 
quelques Elements nouveaux qui clemandent examen : 
d'aborcl (1) une lieue portugaise ancienne de SOOOgrandes 
brasses, puis (2) une lieue commune d'Espagne de 

(1) Varnhagen, Examen, no* 64 et 80. 

(2) Idem, ibidem, n° 80. 



'( 280 ) 

8000 vares espagnolcs (1) equivalanta 3039,65 grandes 
brasses portugaises . la grande brasse etant de 10 pal- 
mes legaux ou d'etalon, de.cmi>eira comme disent les 
Portugais. qui 6tendent aussi quelquefois cette designa- 
tion a la grande brasse, pour laquclle lis out loutefois 
one autre designation caracteristique, ainsi que nous 
le dirons tout a l'lieniv. 

Notre confrere evalue cette brasse a 2 metres 2 deci- 
metres, suivant lindication approximative du major 
d'artillerie Barreiros(2) , quelqne pen pins forte que celle 
de 2 m 1737J7, donnee dans la M&trologie universelle 
de ] > alaiseau (3), Fun des guides de Barreiros* ctd'ou 
resulte une lieue de (5521 metres. Cependant, meme 
avec le taux un peu force de 22 decimetres pour labrasse, 
les 370 lieues ne vaudraient que 2 442 000 metres, au 
lieu de 2 htik 200 metres que compte le savant bresi- 
lien, ce qui supposerait une lieue de 6060 metres ct une 
brasse de 2"\22. 

Mais, sans nous arreter a ces v6tilles, allons au fond 
des clioses. Qu'est-ce que cette lieue portugaise de 



(1) Pa'ucton, Metrologic, Paris 1780, in-i°; p. 790 : « Espagne, 
■ lieue itiu^raire depuis 1766 : valeur en lieues horaires 1.200 ». — 
Comme il douue en lieues horaires 0.750 pour la valeur de la lieue 
juridique (de 5000 vares), il est bien evident que la lieue de 1766 est 
celle de 80U0 vares. 

(2) Baimeiros, Memoriasolre pesos emedidasde Portugal, Espanha, 
Inglaterra e Franca, que se empregiio nos trabalhos do corpo de En- 
genheiros eda anna de arlilharia, Lisbonne 1838, petit in-4»; p. 20. 

(3) Palaiseau, Mc'lrologie universelle ancienne etmodeme, Bordeaux 
1816, in-4"; p. 109 : n Portugal : le palmo vaut (eu metres) 
0.2173717 ». 



( 281 ) 

3000 grandes brasses ? Pimentel (1) nous apprend que 
c'est uniquement la lieue d'arpeniage du Bresil, conte- 
nant 3000 brasses d' architede de 1 palmes legaux cba- 
cune, tandis que la brasse usite-e dans la navigation est 
de 8 palmes; aussi ajoute-t-il, et nous partageons son 
avis, qu'il faut laisserauxmunicipalitesdu Bresil leurs 
usages, et ne pas penser a les transporter dans la navi- 
gation (2). 

Une remarque ne-cessaire, d'ailleurs, a ce sujet, c'est 
que la lieue agraire de 3000 brasses d'architecte est 
essentiellement une lieue terrestre ; et s'il est, dans les 
temoignages du temps, une particularity bien mise en 
relief, c'est la distinction fondamentale de la lieue ter- 
restre de trois milles itineraires, et de la lieue nautique 
de quatre milles (3). 

Mais ici se presente, en faveur des id6es de notrc 
confrere, une coincidence specieuse entre la valeur des 

(1) ManocI Pimentel, Arte de Navegar, Lisbonne 1762, in-folio; 

p. 4 : « Brazas de 10 palmos de que usiio os arquitectos Brazas 

» de 8 palmos de que se usa na navcgaguo — No Brazil para as 

» medieoes das terras esta estabelecido dar a cada legua 3000 brazas, 
s ou 30 000 palmos, de que resultaria uognio pouco mas de 16 le- 
» guas ; mas deixando as cameras do Brazil o seu estilo, he melhor 
» para o uso da navega^rio dar a eada grao » etc. 

(2) Cassini (Comparaison des mesurcs itineraires, dans les Memoires 
de VAcademie des Sciences, annee 1702, p. 15) disait de meme : « Lts 
» mesures itineraires sont quelquefois diflcrentcs de celles dont on se 
» sert dans le commerce et de celles dont on se scrt dans l'architec- 
» turc. On tombe dans de grandes crreurs quaud on les emploie indif- 
• feremment dans la Geographie ». 

(3) Voir a ce sujet les textcs que nous avons citgs dans nos Consi- 
derations, pp. 96 et 97. 



( 282 ) 

3000 brasses tie lOpalmes legaux. et celle de 4000 pas de 
opieds, oude7palmeset|-,a unpalme el demipar pied. 
On pourrait d'ailleurs fcrouver plausible que ce fut pre- 

ciseincii! la lieue nautique que les colons portugais ve- 
nus par mer an Bresil j auraicnt impatronisee (1). De 
plus, comuie nous savons aujourd'hui que ledegr6 de 
grand cerclc tera?estr« vaut en moyenne 1 1 1 224 metres, 
d'oii se pourrait detluire, au compte de lb' |, une lieue 
de 6673 metres, il en result »m -ait que la lieue bresilienne 
de 6521 metres suivant uotre supputation, et mifux 
encore la lieue de M. de Varnhagen, de 6660 metres, 
(un peu forcee il est vrai, tout a la Ibis par Icchoix de 
1' element radical et par les vicissitudes du calcul) oll'ri- 
rait une approximation suffisante pour meriter quelque 
attention. 

Toutefois, ne nous laissons pas decevoir par ce con- 
cours d'apparences mediocrement consistantes. Que la 
lieue d'arpentage de 3000 brasses d'architecte, irnpor- 
tee au Bresil par les concessionnaires portugais de 153/i . 
represents en menie temps aOOO pas, et qu'elle put re- 
pondre sous ce rapport a une lieue nautique de quatro 
milles ; il en resulterait tout au plus rpie la cliancclle- 
rie portugaise aurait ad mis une telle lieue en 1 5 3 /i ; et 
le savant historien quise recrie contre l'anachronisme (2) 
desqu'il y9itall6gu.es, meme dans une passagere hypo- 
these (3), des elements concordants de 1519 a 1529, 
pour 1'interpretation du traite de Tordesillas de 1494, 



(1) Varnhagen, Examcn, n° 6-4. 

(2) Idem, ibidem, d? 69. 

(3) Voir nos Considerations, pp. 93, 94. 



( 283 ) 

il ne votidrait certainement pas, lui si scrupuleux en 
matiere de chronologie, interpreter a son tour ce meme 
traite de 1494 par des elements de 1534 ! 

II faudrait done retrouver, dans cette lieue agraire 
de 1534, une lieue nautique anterieure. Or precisement 
nous venons de noter que la valeur (plus ou moins 
exacte) de cette lieue bresilienne se rapproche de celle 
que procurerait aujourd'hui le calcul de 16 lieues et § au 
degre, et nous trouvons des 1500 un temoignage for- 
mel de Vespuce declarant quetel etait d'apres sespro- 
pres verifications le rapport de la lieue nautique au 
degre (1). Mais par malheur pour ces ingenieuses de- 
ductions, nous avons anotretourlemoyende controler 
les verifications de Vespuce, car il nous a donne un 
coinpte de 280 de ses lieues pour une distance bien con- 
nue de 12° 12' de grand cercle (2), et cela fait ressor- 
tir sa lieue de 16 | au degre\ non aux 6660 metres de 
M. de Varnhagen, ni a rien quiy ressemble, mais bien 
a 4846 metres a peu pres. Notre docte confrere ren- 
contre done, de ce cote encore , rautorite des faits 
contre ses suppositions. 

Ainsi que nous le disions tout a 1'heure, on nous a 
reproche de commettre un anacbronisme pour avoir 
tente l'explication cles idees espagnoles et portugaises 
de 1494 par les idees espagnoles et portugaises de 1519, 
specialement discutees en 1524, consacrees diplomati- 
quement en 1529, etquise sont ulterieurement perp6- 

(1) Voir ci-dessusp. 266, la note 1. 

(2) Voir ci-dessus p. 193, les notes 1 et3, 



( 2S4 ) 

luees, asavoir, que la mesuredn degre. terrestrerepon- 
dail a 17 | licues nautiques. II est vrai que Ton a cour- 
toisement ajoute que nous nous trompions en bonne 
compagnie (1). Eli Men! par egard an moinspour cette 
bonne compaguie, meilleure encore et plus nonibreuse 
qu'on ne croit, il nous semble convenable de retablir 
quelque peu sur ce point la rectitude des idees et des 
expressions. 

De quoi s'agit-il en effet ? De la valeur effective de 
la lieue enoncee comme unite de inesure dans la clause 
du traite de Tordesillas qui porte la demarcation hispa- 
no-portugaise a 370 lieues dans l'ouest des iles du cap 
Verd. 

Mettant a l'ecart la petition de principes au moyen 
de laquelle on pretend tirer la lieue connue du degre 
inconnu, nous ferons remarquer (jue cette lieue enon- 
cee dans le traits de IZjOA, et qui etait, persoune ne le 
conteste, la lieue nautique usuelle d'alors, a du per- 
sister naturellement dans les habitudes des marins, 
comme persistent en general les institutions ne.es de 
1' habitude. Or cette meme lieue, dont se servait Colomb 
en se persuadant, sur la foi d'une indication venue des 
Arabes, que 111 £ sufliraient pour remplir la mesure 
d'un degre terrestre (2); cette meme lieue dont se ser- 
vait Vespuce (3) en estimant qu'im degre en pourrait 
bien contenir 10 f ; cette meme lieue, les pilotes espa- 
gnols et portugais (qui l'employaieht journellement et 



(1) Varnhagen, Eramen, n° 72. 

(2) Voir ci-dessusp. 269, a la note. 

(3) Voir ci-dessus p. 206, la note 1. 



( 285 ) 

qui journellementla comparaient, dans l'estime de leurs 
routes, avec les hauteurs solaires accuseds par leurs 
instruments progressivement mieux construits et ma- 
nies avec plus d'habilete) ces pilotes reconnurentqu'il 
en faudrait bien 17 i- pour repondre k la grandeur d'un 
degre (1); et cela avantl519, car Magellan (2) calcule 
ses degres sur cette base en 1519; meme avant 1517, 
car Enciso dans sa Somme de Geographic, dont la re- 
daction est de cette epoque au plus tard (3) , donne sur 
cette base la loi de reduction des routes pour tous les 
rumbs du quadrant (li). 

Evidemment c'est bien la lieue de lli9!i a laquelle 
se rapportent les enonciations de Christophe Colomb, 
d'Americ Vespuce, d'Enciso, de Magellan, puis celles 
de Ferdinand Colomb et de ses collegues (5) aux con- 
ferences de 1524; etcomme dans letraitede Saragosse 
de 1529, contenant cession des Moluques avec refe- 
rence au traite de Tordesillas, mention expresse est 
faite de la base d' evaluation du degre de grand cercle 
a 17 ~ de ces memes lieues (6), il faut necessairement 

(1) Voir ci-dessus p. 270, la note 2. 

(2) Voir nos Considerations, p. 94, note 2. 

(3) Le privilege est datd du 5 septembre 1518; et il est certain 
d'ailleurs que Enciso neconnaissait pas, a l'epoque de sa redaction, la 
navigation de Fernandez de Cordoba au Yucatan eu 1517. 

(4) Voir ci-dessus p. 278 note 2. 

(5) Voir ci-dessus p. 273 note 2. 

(6) N.WARRETE,tomelV, pp. 389 a 406 : Capitulation hecha en Zara- 
goza [a, 22 de abrili 529) sobre la transaction y ventade las islas del Ma- 
lum, p. 392 : «Por virtud de las capiiulacionesque fueronfechas 

» acerca de la demarcation del mar Oceauo » — et p. 402 : « Que las 
d capitulaciones fechas entre losdichos Calolicos reyes D. Fernando y 



( -28a ) 

admettrequelesnegoci; rarsde 1629 entcndaiont l)ien 
determiner aiusi la grandeur du degre en fonction de 
la Bene mentionnee par les negociateurs de 149& L'a- 
nachronisine, si anachronisme fly a quelque pail, ne 
se trouve done nullement ni dans qos enunciations m 
dans celles de tout le cortege d'ecrivains renoinmes 
qu'on nous fait L'honnear de nous associer; et si quel- 
qu'un s'est trompe dans cette question, ce n'est nieux, 
ni nous. 

XVII. 

Revenons a notreobjet principal, la determination de 
la valeur de la lieue par ses elements formatifs. Notre 
confrere (l)veut bien reconnaitre avec nous qu'elle se 
composait de quatre milles, chacun de buit siades; car 
il se laisse convaincre sur ce dernier point par 1' auto- 
rite d'Isidore de Seville, laquelle, pour le dire en pas- 
sant, est, avec sa date du a n e siecle, ou bien moderne 
ou bien ancienne pour une question qui se debattait 
aux xv" et xvr siecles sur des bases remontant expli- 
citement a Ptolemee et jusqu'a Eratosthenes. 



» doha Isabel, y el rey D. Juan el segundo de Portugal, sobre la de- 
» marcacion del mar Oceano quoden firines y valederas en todo y por 

>■ todo como euellases contonido y declarado » — P. 394: « Han 

n por echada una liuea de polo a polo, conviene a saber del norte al 
» sur, por un semi cireulo que diste de Maluco al N. E. tomando la 
» cuarta del E. , 19" a que corresponden 17" escasos en la equiuocial, 
» en que raontau 297 leguas y 1/2 mas a oriente de las islas de Ma- 
u lueo, daudo 17 leguas y 1/2 por grado equiuocial, » etc. 
(1) Varmjageh, Examen, n" 78. 



( 287 ) 

Mais notre confrere se refuse a croire que ces milles 
et ces stades fussent lesmemes que ceux de l'antiquite; 
il conteste d'ailleurs que les raesures romaines eussent 
uue valeur ideutique en Espagne et en Italie (1) : il en 
prend a temoin les echantillons du pied romain decou- 
verts jusqu'a ce jour et qui varient entre eux de quel- 
ques millimetres, et encore les resultats divers obte- 
nus par les mesurages plus ou moins precis operes sur 
quelques points entre des bornes milliaires ; moyens 
approximatifs et insuffisants, il le dit avec raison. Mais 
un adepte des sciences mathematiques comme notre 
confrere connait trop bien les lois du calcul des proba- 
bility pour s'etonner de la confiance accordee aux 
moyennes deduites d' observations multipliees , ni.de 
1' exactitude relative des resultats ainsi obtenus : et il 
sait bien que la valeur du pied romain conclue du me- 
surage d'un seulmille itineraire, a des chances d' exac- 
titude cinq niille fois plus assurees que celles d'un seul 
echantillon isole. 

Comment des lors vient-il opposer, a la moyenne 
conclue del' ensemble des mesurages connus de distances 
milliaires, nn minimum fourni par un mesurage isole (2), 
dont il sait bien que nous avions nous-meme tenu 
compte ? Tout en laissant entrevoir notre propension a 
preferer le chiU're rond de 1 480 metres (3) pour le niille, 
a cause de sa proportion exacte avec le stade de 
185 metres, nous avons prefere de fait le taux de 

(1) Vabnhagen, Examen, n" 79. 

(2) Idem, ibidem, n« 79, a la note. 

(3) Voir no» Considerations, p. 98, note 1. 



( 288 ) 

1481 metres, pour nous conformer aux rcsuhats qui 
ilansl'etat actuel des choses paraissent le mieux veri- 
fies (1) , ct pour faire A'ailleurs les conditions plus larges 
a la cause adverse. Notre contradicteura-t-il aussil' in- 
tention de nous t'airc la partie plus belle en chant le 
mesurage special ties marais Pontins (2), quin'a donne 
guere plus de 1471 Dartres '.' .\mi sans doute, puisqu'il 
pretend rejeter et le stade grec et le mille roniain, sans 
s'apercevoir qu'il contredit ainsi tons les temoignages 
contemporains. 

Des 1495 Jacques Ferrer explique, specialement dans 
la question du mode pratique a employer pour la de- 
marcation effective, que la correlation des licues avec 
le degre terrestre determine en stades par les anciens, 
soit a. 700 stades par Eratosthenes, soit a 500 stades 
par Ptoleniee, doit etre calculeea raison de huit stack's 
pour un mille et quatre milles pour une lieue (3); e'est 
done incontestablement du stade grec, du mille romain 
et de la lieue marine castillane qu'il s'agit danso L'avis 
» et parere de messire Jacques Ferrer touchant la ca- 
» pitulation entre les rois Catholiques et le roi de Por- 
)) tugal »; et 1' argumentation la plus habile ne saurait 
detruire ce fait fundamental, confirme d'une mahiere 
non moins explicite par Ferdinand Colomb (4) dans sa 

(1) Voir nos Considerations, p. 97, note 3. 

(2) Varnuagen, Examcn, n° 79, a la note. 

(3) Navarrete, tome II, p. 10!, 102 : ■ 180 000 stadios cou- 

u tando 8 stadios por tnilla ;i razon de 4 millas por legua a cuenta 

» de Castilla ». — « 252 000 stadios a razou de 8 stadios por niilla. .. 
» y a 4 millas por legua ». 

(4) NAVARntTE, tome IV, pp. 335 a 338. — Cette note, inseree par 



( 289 ) 

note du 9 avril 152 h, par les pilotes Duran, Cabot et 
Jean Vespuce (1) dans leur parere du 15 avril, puis 
encore par les astronomes et pilotes Ferdinand Colonib, 
Duran, Zalaya, Ruiz de Villegas, Alcaraz, et Sebastien 
d'El C4ano (*2) dans leur m&noire du 31 mai suivant, 
savoir : que la lieue marine castillane etportugaisequi 
a servi a la stipulation des 370 lieues a compter a l'ouest 
des iles du cap Verd pour la demarcation mutueile des 
domaines des deux couronnes suivant le traite de Tor- 
desillas du 7 juin lZi9/i, repond precis6ment a quatre 
milles romains, chacun de liuit stades grecs : si bien 
que Ton objecta aux Portugais qui faisaient le degr6 de 
70 milles ou 17 lieues et |, qu'ils ajoutaient ainsi 
7 milles et \ a chaque degre de Ptol^mee (3). 

Or comme le degre terrestre, tel qu'il est determine" 
de nos jours [h) , contient un pen plus de 75 milles ro- 
mains, revaluation portugaise a 70 de ces milles 6tait 
d'un 15 e au-dessous de la r6alit6 ; celle de Vespuce k 

» Ferdinand Colonib dans son parere du 13 avril, y est dite (p. 334) 
avoir 6t6 remise « el sabado proximo passado » ; or le samedi qui a 
prec6d6 le 13 avril 1524 etait pr£cis£ment le 9 du meme inois. 
(I)Navarrete, tome IV, p. 339 a 341. 

(2) Navarrete, tome IV, pp. 343 a 355. — La date de cet impor- 
tant m^moire, dont lecture fut donnee par Ferdinand Colonib, et sur 
lequel furent closes les conferences, est determined par le protocole de 
ces conferences (ibidem, p. 368), dont Muuoz avait fait I'analyse r6- 
sum^e qu'a publi^e Navarrete. 

(3) Navarrete, tome IV, p. 352 : « En cada grado por la diclia 
» cuenta gauarian 7 millas y 1/2 ». 

(4) Saigev (Physique du Globe, tome II, p. 86-87) a donue" le tableau 
des nSsultats effcctifs obtenus au moyen des mesurages executes par 
les geomelres des divefses nations de I'Europe savante, et (pp. 89 a 

XVI. SEPTEMBRE ET OCTOl'.RE. 11. li) 



( 290 ) 

66 milles et £ etait en erreur d'un 9' ; celle do Ptolemee 
2i 62 milles et - restait trop courte d'un 6 ; et enfin celle 
de Colo ml) a 50 inilles et-f !? tela qu'il les comptait, etait 
de presd'un quart iirferieure al'estime vraie ; aussiju- 
geait-il que les terres de I' \ncien Monde occupaient un 
beaucoup plus grand espace relatif, et qu'il ne restait 
phis qu'un intervalle bien moindre a pareourir pour 
en achever le tour : heureuse illusion qui nous a valu 
la decouverte du Nouveau Monde. 

La relation du second voyage de Golomb, ecrite par 
le docteur Diegue Alvarez Chanca, medecin de 1' expe- 
dition (1), nous fournitun moyen de verification direete 
de la valeur effective des lieues de route d'apres l'es- 
tinie des pilotes. Partis de File de Fer des Canaries le 
13 octobre 1493, on arriva en vingt jours, le 3 no- 
vembre, un dimanche, devant 1'lle qu'on appela pour 
cette raison la Dominique : « Les pilotes de l'escadre 
» coinptaient ce jour-la, depuis File de Per jusqu'a la 
» premiere terre que nous vimes, pres de huit cents 
» lieues, d'autres sept cent quatre-vingts, en sorteque 
» la difl'erence n' etait pas grande » (2). — Le chiffre 

92) celui des valeurs moyeunes, de degre en degrd, tunl en longitude 
qu'en latitude : on y voit que le degre inoyen du mendien est de 
111 131 metres, et le degrd inoyen de I'dquateur de 1 1 1 317 metres, 
d'ou se conclut uue moyenne gdndrale du degrt 5 de grand cerclc, a 
111 224 metres. Les 75 inilles remains de 1 181 metres ue,produiseut 
que 111 075 metres. 

(1) Navahrete, tome I, pp. 198 a 224. 

(2) Ibidem, p. 200 : « Contaron aquel dia los pilotos del Armada, 
» desde la isla de 1'ierro hasla la primera tierra que vimos, unas oclio- 
u cientas leguas, otros seleiieutas i ocheula, de mauera que la dife- 
» rencia no era inuclia », 



( 291 ) 

d'estime & 780 lieues, que nous preferons comme plus 
precis, etant compare a la distance reelle aujourd'lnii 
connue, de 41° 38' de grand cercle, soit h 628 031 metres, 
fait ressortir la lieue effective a 5933 metres ■ resultat 
que Ton peut considerer comme une confirmation des 
plus remarquables de la valeur que nous avions con- 
clue a 5924 metres en prenant pour base la mesure 
moyenne du mille romain. 

Ce mille, dont la mesure legale etait constatee de 
fait par les bornes milliaires erigees le long des grandes 
routes de l'Espagne, et sur lesquelles les archeologues 
ont releve les noms imperiaux d' Auguste et de Traj an (1) , 
ce mille romain, empreint en quelque sorte sur le sol ; 
il s' etait naturalise meme dans le langage vulgaire, sous 
la forme de nu'gero derivee de milliare, si bien qu'au 
xiii" siecle le roi de Castille Alphonse le Sage enonce en 
ses Partidas que la lieue legale equivaut a trois mige- 
ros (2),ainsi qu'en a fait des- longtemps la remarque 
Jerome Zurita (3), lecelebre commentateur de l'ltine- 
raire des provinces de 1' empire romain. Et son compa- 



(1) Zurita, Commentarius emendationum in Antonini Augusli Itinc- 
rarium, Cologne 1600, in-8°; pp. 170 a 172 : « IuDnitaeaim vesti- 
» gia iuuumerabilium lapidum nmnitarum eo (Trajauo videlicet) im- 
» peratore viarum extaut ». 

(2) Las siete Parlidas del Sabio Rey Don Alfonso el nono, Lyou 1550, 
iu-folio; part. II, tit. xvi, ley iij, fol. 38 : « Otrossi maudarou que 
» ssi uu ome ourrado matasse a otro a tres migeros de derredor del 
« Iugard6 el Rey fuesse, que es una legua, que muriessepor ello •>. 

(3) Zurita, ubi supra, p. 1G9 : « Sed et ad Alfonsi Caslell'aa regis 
i) tempora .... milliariorum uomen ex ipsis columnis desumptum in 
» vulgus vernaculo vocabulo dimanavit : migeriis enini quos vocal, id 



( 292 ) 

triote Louis Nunez, dans son Hispania, discutant quel- 
ques distances de villes anciennes mesurees en milles 
romains, les rapproche des distances modernes comp- 
lies en grandes lieues de son temps, qui se trouvent 
r^pondre exactement chacune i\ quatre milles ro- 
mains (1). 

En re-sume, nous |m rsistons, sauf meilleur avis, & 
nous croire autorise a maintenir que les lieues da traite 
de l/iO/i, quelle qu'ait pu etrc la divergence ullerieure 
des 0])inions sur le taux de leur conversion en degres 
de grand cercle quand il Cut question de les marquer 
sur la sphere terrestre, etaient le module eflectii*, l'u- 
nite itineraire, en usage parmi les niarins, repondant 
aux anciennes mesures grecques et romaines dans des 
proportions determiners, et se traduisant de nos jours 
par une valeur tres approximative de 5924 metres. 



» est militants, haud seeds atque leugis spatiorum dimensiones desi- 
» gnare ilia saecula iu Hispauia eonsuevere » . 

(1) Lud. Nonii miulici Ilispania, sive jwpulurum, urbium, insularum 
ac fluminum in ea accuratior descriptio, An vers HiO", in-8°; cap. xxxiu, 
p. 115 : « Competit passuum humerus Anlunini a Myrtili 1'acein Ju- 
i) liam usque, M. P. xxxvi, cum novem leucis qua; Mertola Bejani nu- 
» meranlur ». — Cap. i.xxiu, pp. 227-228 : « Antoninus Compluto 
» Arriacarn xxu M. P. distarc dicit, quae v cum dimidia leucas confi- 

» ciuut sequari dis tan tiara qaam Arriaca usque Cessatam Autoui- 

» uus nunierat, cum ea quam Guadalajara Hitam usque (ea enimCes- 
» sata est) xxiv M. P. sex leucis respondent )■. — Comp. Mariana, de 
Ponderibus et Mensuris, Majeure 1605, in-8°; cap. xxi, p. 110. — 
Item, Ldouard Bernard, de Mensuris el Ponderibus, Oxford I G88, in-8°; 
lib. Ill, §§ 31, 35, pp. 243, 214 : « Leuca maritima Hispauoruni, 
>' imo lerrestris leuca Lud. Nonii 4 milliaria italics ». 



( 293 ) 

SECTION TROISIEME. 
Lignc de demarcation. 

XVIII. 

Nous devons maintenir egalement que la ligne de 
demarcation traced dans les conditions d' exactitude re- 
lative que permet l'etat actuel de la science sous le 
double rapport des mesures geodesiques et des confi- 
gurations geographiques, doit passer par le meridien 
de 20° 36' a l'ouest de la pointe occidentale de Saint- 
Antoine du cap Verd, ou, plus minutieusement, (car 
notre scrupuleux confrere suppose (1) qu'en donnant 
ce chiffre de 20" 36' son savant critique « doit s'etre 
trompe dans les operations arithmetiques »), nous di- 
rons tout au long pour cette fois 20° 35' 35" 57, sauf a 
preferer d'ailleurs, dans ces calculs approximatifs ou 
l'exces de precision nous semble un peu voisin du ri- 
dicule, surtouten matiere de longitudes, notre premiere 
enonciation de 20° 36' , exacte a llx" A3 pres : et cette 
demarcation resultant du calcul exact (car il faut bien 
l'appeler par son nom) repondant a A8° 21' a l'ouest 
de Paris, coupe le Bresil, comme nous l'avions dit, sur 
la cote nord a cinquante lieues dans Test de Para, en- 
tre le Gurupy et le Turyuacu, et sur la cote sud entre 
Ubatuba et Santos (2) . 

(1) Varniugen, Examen, n° 80, 3 e alinda. 

(2) Considerations geographiques sur I'histoire du Bresil, pp. 97 
i99. 



( m ) 

Notre confrere s'esl montre" fort chatouilleux (1) a 
l'endroit cle la K'gende par laquelle nous avons designed 
sur notre petite esquisse graphique du Bresil, la ligne 
de demarcation qu'il avait supposee a trois lieues et 
demie dans Youest <le Pard (2). Cette ligne, il on avait 
calcule la longitude de 370 lieues a. l'ouest des lies du 
capVerd, araison, dit-il, de 16 lieues fau degre" equa- 
torial, cequiproduit 22° 12' de grand cercle, et 23° 1 5' 
sous le parallele de 17° 5' de latitude. Or dans ce cal- 
cul il y a substitution hasardee, a la valeur itin6raire 
re"elle, d'une valeur arbitraire conclue d'un rapport hy- 
pothetique de la lieue an degre, sous 1' empire de cette 
regrettable petition de principes qui subordonne lc 
connu al'inconnu, la lieue au degre avant que le degre 
eut e"te" mesure". Cette ligne est done le r6snli.ii d'une 
veritable supposition, puisque l'ln potbese a remplace 
le fait dans les donnees prises pour base du calcul ; et 
nulle acception desobbgeante no saurait s' attache? ace 
mot, qui caracterise simplement avecjustesse la nature 
de 1' indication ii laquelle nous 1' avons appliquee. 

Outre les deux lignesqui indiquent, sur notre Esquisse 
graphique du Bre"sil, les determinations purement spe- 
culatives de la demarcation hispano-portugaise, d'une 

(1) Varnhagen, Examen, n°s 67 et 69. 

(2) Hisioria do Brazil, p. 9, et Xotas e Prows, pp. 421 422 : « Na 

n extensao das leguas se deviam entender de 16 2/3 ao grao .... 

» eestando a ponta de Santo Antiio en 17°.Vde lat. N. achamos 

» que a linha meridiana rigurosamente calculada \iria a ser a (|uc 
» cortasse a ilha dt> ilarajo desde 10' 34" (on proxiuiameuto tres le- 
» guai e iDeiu maritimas) a loeste du Para ». 



( 295 ) 

part suivant le calcul exact des donneesles mieux assu- 
rees, et d' autre part suivant le calcul des donnees arbi- 
trages qui constituent la supposition ou l'liypothese de 
M. de Varnhagen ; nous y avons marque aussi diverses 
autres determinations : entre les deux precedentes 
celle de Magellan , a Test extreme celle de Sebastien 
Cabot, a, l'ouest extreme celle de Jean Teixeira; puis 
encore deux autres, lesquelles out eu le malheur d'en- 
courir le blame de notre docte et savant confrere (I ) , 
qui avait meme un blame eventuel tout pret pour une 
troisieme ligne que nous n' avons pas donnee. 

Peut-etre toutefois ne sommes-nous pas tout a fait 
aussi coupable qu'il se l'imagine, et nous nous permet- 
trons d'en appeler, de sa sentence un peu hative, a lui- 
meme mieux eclah'6. 

II s'agit en premier lieu de la ligne que nous avons 
signaled par cette designation : Calcul espagnolde 1681. 
Notre confrere y a rattacb6 une circonstance aggra- 
vante, cpii remonterait a 152A : « II ne s'arretera point 
dans son texte, dit-il, (se contentant de le faire dans 
une note) , a relever une inexactitude qui nous serait 
ecbappee (2) quand nous avons pense qu'en 152i on 
fut d'accord d'admettre la reduction des 370 lieues a 
22° 13', et quand nous avons assigne dans notre carte 
une fausse position a la ligne qui resulte du calcul con- 
venu en 1681, attendu que cette ligne devrait se placer 
entre celle de Magellan et celle de notre confrere » . 

(1) Varnhagen, Examen, u° 82, et la note. 

(2) Considerations gc'ographiques, p. 93. 



( 206 ) 

La note est d'une admirable nettete : « D'abord (y 
» est-il dit) les commissaires portugais ne convinrent 
» de rien: et pour oe qui rogarde les Castillans, en 
» einployant les lieues de 17 | au degre, qui les fa- 
» vorisaient davantage, ils adruireut que c'etait 22° et 
» presque 9 milk's. Ge ne fut qu'en 1684 que les cosnio- 
» grapbes des deux cotes s'accorderent sur une meme 
» mesure, qui fui celle de 22" 13' a compter de 1'ile 
» Saint-Nicolas » . 

Si rien ne nous abuser il nous semble qu'il y a, dans 
cette correction infligee a notro inexactitude supposee, 
plus d'une assertion d'une exactitude fort douteuse. 
Nous aviens simplement enonce que la valeur effective 
de la bene, moms opiniatrement contestee que la plu- 
part des autres points en discussion entre les deux puis- 
sances contendantes, 6tait reconnue de part et d' autre, 
aux conferences de 152/i aussi bien qua celles de 
1681, devoir etre compteesur le pied de 17 | au degre 
equatorial; nous referant (1), pour le rapprochement 
des opinions lors des conferences de L52ft, ados cita- 
tions puisees dans les documents ofliciels relatifs a ces 
conferences (2) ; et pour celles de 1681, a l'histoire spe- 
ciale qu'en out faite les deux capitaines de vaisseau 
Juan et Ulloa; ajoutant ici que le parallele de Saint- 
Antoine etant alors suppos6 a 18° N. , les 22° 13' comp- 
ter de commun accord pour 370 lieues sur ce parallele 
representent une distance egale &21° 8' de grand cercle, 
ce qui revient precisement a 17 lieues et 4 par degre (3) . 

(1) Considerations ge'ographiques, p. 93, note 2. 

(2) Voir ces citations, ibidem, p. 101 note 2, et p. 102 note I . 

(3) Considerations, p. 91, a la fin de la note de la page precedente. 



( 297 ) 

Puisque cet accord des opinions de 1524 sur le rap- 
port de la lieue au degre est revoque en doute, nous 
somnies force de rappeler deux faits que Ton parait avoir 
perdus de vue : c'est, d'une part (1) que « les Portu- 
» gais depuis un certain temps deja avaient gradue 
» leurs cartes a raison de 70 milles par degre, donnant 
» 17 lieues et | au degre, et calculant lesdites lieues a 
» raison de quatre milles par lieue, comme le demon - 
n traient les echelles de milles de toutes les susdites 
» cartes » ; et d' autre part (2) que les pilotes castillans 
reconnaissaient deleur cote « qu'ilsauraient a en venir 
» a ce que pratiquaient communement les mariniers, 
» taut en Portugal qu'en Castille, de faire correspondre 
» a chaque degre clu ciel 17 lieues et |». 

11 nous semblerait difficile de justifier l'enonciation 
d'un fait par des temoignages plus explicites. Outre le 
tort de les avoir oublies, il y a de plus inadvertance a 
enoncer, a l'egard des Castillans, que 1' evaluation du 
degre a 17 lieues et £- les favorisait davnntage (3). Les 
Castillans au contraire se plaignaient que les Portugais 
eussent par ce moyen raccourci de plus de 43 degres la 
protension des longitudes orientales de Ptolemee, de 
maniere a rapprocher les Moluques de ce cote, et les 
faire entrer ainsi dans leur lot (4) : il y a done, ici en- 

(1) Navarrete, tome IV, p. 352. —Voir nos Considerations, p. 101 
note 2. 

(2) Navarrete, tome IV, p. 349. — Voir nos Considerations, p. 102, 
a la note. 

(3) Varnhagen, Examen, n° 82, au commencement de la note. 

(4) Navarrete, tome IV, p. 352 : « En cada grado por la dicha 
« cueuta ganarian 7 millas y 1/2, las cuales multiplicadas por 3C0»ha- 



( 298 ) 

core, oubli des tenloignages explicites contenus sur ce 
point dans les documents officiels de 1524. 

Ouaii! au\ conferences de 1081, M. de Varnhagen 
veutbien reconnaitre qu'il \ avail accord snrlamesure 
de 22? 18' pour representor les 370 lienes de Torde- 
sillas (1); mais nous avions enonce qu'il s'agissait ici 
dn parallele de Saint- Intoine du cap Verd, et Ton nous 
corrige en disant que c'etail a compter de l'ile Saint- 
Nicolas. — Nouscroyons qu'on s' abuse : deux systemes 
otaient alors en presence quant au point de depart des 
370 lieues (2); le calcul portugais, qui s'appuyait sur 
l'ile de Saint-Antoine dont on supposait la latitude a 
18° N., produisait en efl'et 25° 13' pour la reduction des 
370 lieues sous ce parallele ; mais-le calcul espagnol, 
qui voulait se baser surle milieu de l'ile Saint-Nicolas, 
dont la latitude etait alors supposee a 10° 3(5' N. , donnait 

» cen 2700 millas, tie que se constituyen 675 leguas maritimas que 
» serian 43° de Tolomeo y 12 millas y 1/2; la mayor parte de los 
j> cuales acorian e curntan dc menus eu la dicha su navegacion ». 

(1) Voirnos Considerations, p. 94, aux notes, oucechiffrc de 22°13' 
est exactement imprimc, tapdis que des accidents typographiques rdi- 
terds Tout fautivement reproduit, ou plutdt transfprm^, .a la p. 107 
en 28° 13', puis a la p. 108 en 20° 13', etenfin a la page 272 encore 
en 20° 13'. — A cettc meme page Oi, les 22 degres deMagellau, cor- 
rcctement enouctfs trois fois, sont, a laqualrieme fois (avant-derniere 
ligne dc la note 2) fautivement transformed en 20°. — Ces inadver- 
tances typographiques s'apercoivent ct se corrigent mentalemcnt a 
premiere vue par le lecteur instruit. 

(2) Juan et Uli.oa, Meridiano de demarcation, p. 52 : « Sc resolr 
» \\6 de comun acuerdo haccr dos medidas, la una empezando desde 
> cl centra 6 mediania de la isla de San Nicolas, y la otra del bordo 
» occidental de la isla de San Antonio ». 



( 299 ) 

settlement 22° 5' pour la reduction des 370 lieues (1). 
La double demarcation, portugaise d'unepart, espa- 
gnole de 1' autre, ainsi 6ventuellement pr6par6e aux 
conferences de 1681, fut appliquete, avec les rectifica- 
tions necessaires, aux nouvelles determinations geogra- 
phiques obtenues par les observations des astronomes, 
dans le memoire special public sur cette question en 
17A9 par les academiciens Juan et Ulloa : la position 
de Saint- Antoine fixee alors a 17° k0' N. et 26« 56' O. 
de Paris, produisit 22° \.l\' pour la reduction des 
370 lieues (2), et la ligne de demarcation portugaise 
alia passer en consequence par l\9° 10' O. de Paris, a 
plus de 36 lieues dans Test de Para ; la position de Saint- 
Nicolas, fix6e en meme temps a 17<> 2' N. et 25° 37' 0. 
de Paris, donna 22° 9' pour la reduction des 3701ieues(3), 
et la ligne de demarcation espagnole vint aboutir a 
1x7" 46' 0. de Paris, pres de 65 lieues dans Vest de Para. 

(1) Juan et Ulloa, ibidem, p. 53 : « Los cosm6graphos castellanos... 
M determinaron que por el paralelo de la isla de San Nicolas, que 
» creyeron estar en 16° 36' de latitud, componfan las 370 leguas 
» 22° 5' ; — y por el de la isla de San Antonio, considerando su altura 
» de polo de 18°, venian a ser las mismas leguas 22° 13'; y. ... en 
» esto concordaron los cosmographos Portugueses ». 

(2) Juan et Ulloa, ibidem, pp 70-80 : « Empezando a contar las 

» 370 leguas desde el bordo occidental de la isla de San Antonio 

» quedan 1° 50' que el meridiano de demarcacion cae al orieute de 
» la misma ciudad del Gran Para » etc. 

(3) Juan et Ulloa, ibidem, pp. 78-79 : « Empezando por el (punto) 

» de la mediania de la isla de San Nicolas quedan 3° 14', y de 

» esta cantidad al oriente de la ciudad del Gran Para dene caer el me- 
» ridiano de demarcacion, cortando aquella costa que del Para se 
» estiende al oriente, por el cabo de Cuma » . 



( 300 ) 

Les deux ligties sont graphiquemont tracers d'apres 
irs calculs surla grande carle de Jean de la Cruz Cano 
\ Ohnodilla; et c'estl'une d'elles quo nous avons mar- 
quee aussi stir notre petite Esquisse, avec cette desi- 
gnation earacteristique : CAtistil espagnol de 1681. Peut- 
fttre aura-t-on par inadvertance cru lire calcul portugais; 
dans tous les cas, on nous perinettra sans doute de ne 
pas accepter, sur ce chapitre, tin reproche d'inexacti- 
tude, que nous nous absticndrons courtoisenient, pour 
notre part, de renvoyer. 

XIX. 

Dans cette avalanche de critiques un peu precipi- 
tees (i), on ajoute aussitot que sur notre carte « sont 
» marquees d'une* maniere indue, non-seulement cette 
» ligne convenue de 1681, mais encore celledu cosmo- 
» graphe Diegue Ribero, qui dans 1' original est beau- 
» coup plus a l'ouest » . 

Nous avons lieu de penser que Ton n'a pas fait une 
suffisante etude de cette carte de llibero (2) que Spren- 
gel eut la bonne pensee de joindre a sa traduction de 
l'Histoire du INouveau Monde, de Mufioz. Nous n'ose- 

(1) Varnhagen, Examen, n» 82. 

(2) Chartc von America ausder allesten noch unedirtcn WeUcharte 
des Diego Mber&Gosmograph Karls V, vim Jahr 1520 ausgehobenund 
nach dem handschrifllichen Originate in gleicher Grpsse geseichnct 
von F. L. Gussefeld. — Elle est I'objet d'un im'moire special dcSenEN- 
gel, formnnt un appeodice a la fin da volume, etqui a aussi e(6 publie 
se'parenv nt sons re litre : Ueber J- Ktbrro's iiltesle WeUcharte, Wei- 
mar 170">, in-8°. — Une autre carte officielle espagnole, ante"ricure 
de deuv ans, cxiste aussi dans la Biuliothcque de Weimar; elle a dtd 



( 301 ) 
rions en tamer ici un examen raisonne de tous les de- 
tails de la cote bresilienne qui y sont figures, en la com- 
parant aux autres monuments cartographiques propres 
a en eclaircir les obscurites, a en resoudre les incerti- 
tudes; cette tache se compliquerait de la discussion 
necessaire d' autres series d'obscuriteset d' incertitudes, 
nous pourrions dire d'erreurs, qui entaclient diverses 
cartes fort repandues et qui ont eu un grand renom. 
Mais du mains une indication rapide nous est permise, 
et suffira pour mettre en relief le point le plus impor- 
tant, et justifier la maniere dont nous avons rapports 
sur notre Esquisse le trajet de la ligne de demarcation 
coincidant, sur la carte du cosmographe espagnol, avec 
le meridien auquel il a attribue le chiffre zero. 

L' application flottante du nom de Maragnan tantot 
au fleuve qui a conserve cette denomination, tantot a 
celui qui a pris le nom d'Amazone, a et6 pour les car- 
tographes d' Europe qui n'avaient pas visite ces parages, 
la source d'une grande confusion dans l'emploi des ren- 
seigneinents qui avaient de part ou d' autre ce meme 
nom pour repere ; les uns, comme Mercator et Ortelz, 
transportant a I'ouest del'Amazone ce qu'il fallait pla- 
cer settlement a I'ouest du Maragnan sans franchir 
l'Amazone; d' autres au contraire , et Ribero est de 
ceux-ci, transportant sur les bords du Maragnan des 
designations qui paraissent appartenir specialement a 
l'Amazone. 

Tobjet d'une notice particulierc du baron de Lindenau, inserdedaus la 
Monalliche Correspondent du baron de Zach, tome XXII, Gotba 1810, 
in 8°; pp. 342 a 382. — Ces deux cartes sont aussi particuliercraeut 
signaldes par Humboldt, tome H, pp. 184 a 186, en note. 



( 302 ) 

Or, parini les cartes qui out une autorite plus grand e 
a cause des connaissances locales pratiquement recueil- 
lies par leu is auteurs, nous avons, apres celle cle Jean 
de la Cosa de 1500, muette Sur le detail qui nous oc- 
cupe, cede de Sebastien Cabot de 15Zi/i, oil sont dis- 
tinctement figures l'Amazone el le .Maragnan, avec la 
nomenclature des principalis accidents dela cote inter- 
tnediaire; et il suifit d'y comparer cette partie de la 
carte de Ribero de 1529, pour ne conserver aucqn 
doute sur la correspondence mutuelle des points sur 
lesquels sont respectiveinent inserits de part et d' autre 
les noms que nous meltons parallele . ent en regard 
dans le petit tableau ci-apres, ou Ton voit la liana 
grande de Ribero repondre incontestablement, comme 
nous Favions indique, au Heme des Amazones, repre- 
sents dans tout son developpementsur la carte de Cabot. 
La designation, contre la rive gauche du .Maragnan, 
dune cote de Paricura i>ue de loin, que Pincon avail 
exclusiveinent indiquee sur la rive gauche de l'Ama- 
zone, nous parait etre le seul deplacement qu'ait cause, 
sur la carte de Ribero, la confusion du nom de Mara- 
gnan applique concurremment aux deux fleuves qui 
debouchaient a la mer en ces parages par deux grands 
estuaires semes d'iles. 



( 303 ) 



Carte de Ribeiio 


Carte de Cabot 




1 '129. 


1544. 




Trinidad 


Treuidad 




Rio Salado 


Rio de Sal... 




Rio de Canoas 


Rio Canoas 




Monte Espesso 






Rio Uulce 


Rio Dulce 




Tierra liana 


Tierra liana 




Punta baxa 


Playa 




Rio de la Barca 


Rio de la Barca 




Arecifes 


Rio de Pracel 




Rio Verde 


Rio Verde 




liio Salado 






Arboledas 


Playa 




Rio Baxo 


Rio Baxo 




Aldea 


Aldea Queina 




Cabo Blanco 






Furna 


Furna 




Montanas 


Moutagnas 




Rio Baxo 






Rio de la Buelta 


Rio de Vicentianes 




Aldea 






Furna grande 


Rio de las Amazonas 




Cabo Blanco 


Cabo Blanco 




Costa de Lagos 


Rio de Arecifes 




Arboledo 


Arboledo 




Rio de Pascua 


Rio de Pesqua 




Costa de Paricura 






vista de lexos 






Maranon 


Maragnou 





Outre la correspon dance des nomenclatures, il faut 
considerer aussi celle des latitudes, et la configuration 
generale des cotes ; il faut tenir compte, enfin, des rea- 
lit6s historiques, et ne leur preferer point lesecarts de 
la fantaisie. Par tous ces motifs, qui ont bien, ce nous 
senible, quelque droit a notre attention, nous persis- 
tans a penser que la maniere dont nous avons rapporte 
sur notre petite Esquisse la determination de la carte 



( 304 ) 
de Ribero, etait la seule maniere//o« indue de l'y fairc 



figurer. 



XX. 



Apres le blame formellement prononce, avec assez 
peu de justesse comme on jngera peut-etre que nous 
l'avons suffisammentt'tabli, contreles lignes de demar- 
cation indiquees sur notre Esquisse, nous avons encore 
a subir un blame eventuel (J) pour « une troisieme ligne 
ma I placee que Ton y aurait cue, si nous ne nous etions^ 
pas abstenu d'y faire figurer celle d'Enciso d' apres 
notre interpretation » . 

Cette interpretation (2), qui s'etait bornee arappor- 
ter les propres paroles d'Enciso en preuve de ce qu'il 
indiquait la demarcation liispano-portugaise « entre el 

» rio Maraud y entrc la mar Dulce » — u c'est-a-dirc 

(avions-nous ajoute) entre le fleuve de Maragnan et 
celui des Amazones » , — cette interpretation a 6te con- 
tredite d'une maniere tr^sabsolue par notre docte con- 
frere (3) , qui declare « incontestable cpie le g^ograpbe 
» espagnol fait passer (la demarcation) par l'ile de Ma- 
li raj 6 dans l'emboucliure de l'Amazone » , nous repro- 
chant d' avoir <( pris le Maranon d'Enciso pour le Ma- 
li ragnan actuel, tandis que Enciso lui-meme (c'est 
maintenant 1' interpretation deM. de Yarnliagen) n'ap- 
» pliquait le nom de Maranon qua la riviere actuelle 



(1) Vaunhagen, E.ramcn, n" 82. 

(2) Voir nos Considerations, p. 99, note 2. 

(3) Varnhagkn, Examen, n° 05. 



( 305 ) 

» du Para, car il (lit que c'etait une riviere situee a 
» 25 lieues a Test de la mer Douce, e'est-a-dire de 
» l'Amazone » : ce dont nous nous serions convaincu si 
nous n'avions pas « interrompu la citation justement 
» au point ou Enciso s'expliquait encore mieux » . 

Nous croyons avoir deja m outre" que nous avions pris 

soinen general, etal'egard de Enciso enparticulier(l), de 

lire complement et de mediter les textes dont nous nous 

bornions a rapporter les parties les plus essentielles et les 

plus significatives : ainsi en avait-il ete dans le cas actuel; 

et'nous avions soigneusement ecarte, pour une citation 

qui d'ailleurs etait simplement occasionnelle et passa- 

gere, une pierre d'achoppement, que nous avions remar- 

quee dans un autre endroit ou Enciso parlait des memes 

lieux, et alaquelle on est precisement venu se heurter. 

Maintenantqu'on nous provoque a un examen direct 

des notions geographiques exposees par Enciso sur ce 

point, nous ne deserterons pas la lice, et nous aborde- 

rons carrement la question dans son entier. 

Voici d'abord, integralement, le passage danslacitation 
duquel on a trouve que nous nous etions arrete trop tut. 
« Comme Votre Altesse s'est partage le inonde avec 
» le roi de Portugal, et que la limite ou commence le 
» partage est a 370 lieues au couchant de File de Fogo, 
» lesquelles vont aboutir a a terre ferme des Indes 
» entrele fleuve Maragnan qui est au sud ouestde l'ilede 
» Fogo en inclinant unpeuvers le quart du sud (d'une 
» part), et la Mer Douce (d' autre part), Votre Altesse 
•-» saura que depuis cette limite voisine de la Mer Douce 

(I) Voir ci-dessus § XV, pp. 277 a 279. 

XVI. SEPTEMI'.RE ET OCTOBBE, i'l. •><> 



( 306 ; 

» oil commence le partage confonnemenl art train'', t 
» qu'a Malaca, il y a 27701ieues; pi] »0 lieues au 

» dela de Malaca aboatit la limite du lol du roi de Por- 
» tugal, e1 a cette limite extreme esl l' embouchure du 
» Gauge, (in commence le lot de Votre Altesse». (1) 

II ne nous parail pas que la mention du partage occi- 
dental entre le Maragnan d'une pari et la Mer Douce 
ou fleuve des Amazones d' autre part, recoive, quant a 
la determination de son veritable emplacement, aucune 
clarte nouvelle du complement de phrase qui vient a 
la suite ; et la designation du m^ridieu occidental de 
demarcation par son voisinage relatif a I'egard dela 
Mer Douce, en opposition avec le meridien oriental 
silue a, 200 lienes a l'ouesl de Malaca, aux bouches du 
Gange, n'a rien de caracteristique quant a la mesun 
de ce voisinage. 

Mais notre confrere, qui veul transformer le Mara- 
gnan en la riviere de Para, et distinguer celle-ci de la 
Mer Douce, releve 1' indication conune tres significative, 



(i ENCiso, Suma de Geographia, fol. a vij : « E porque Vaestra 
i' Alteza ticne fecha particion del I'niverso con cl Roy de Portogal, y 
v el limite de do comienca la particion esta Irezientas et seleata leguas 
» al ponientede la isla del Puego, las qu;ilcs van a daren la ticrra (inuo 
» de las Indias entre el rio Maranon que csta al sudueste dela isla del 
» Fuego et algo inclinado a la quart a del sur, y entre la Mar Duke ; ba 
• de saber Vuestra Alteza que ilesde este limite (|iie esia acerca de la 
u Mar Dulce a do coniienea la particion scgun la capitulacion, fasta .i 
>i Melaca. ay dos mil el setecientas etsi guas; et passadode Mc- 

» laca dozientas leguas se acaba el limite de lo del Rey de Portugal, el 
k al fin deste limite esl.i la boca del rioG y en la b<.ca del Ganjes 

■uienca lode Vuestra Alteza 



{ 307 ) 

alin de justifier le rapprochement par trop immediat 
qui! a en vue. Un second texte de Enciso lui-meme, 
examine de plus pres que ne Fa fait notre docte confrere, 
nous parait devoir resoudre la question. 

Seulement , il faut que nous fassions une reserve 
pr6alable relativement a l'incongruite de quelques enon- 
ciations num^riques, resultant evidemment de la con- 
fusion reciproque de certains chiffres qui dans les ma- 
nuscrits et les imprimis de cette 6poque ont une grande 
ressemblance mutuelle (1) , notamment le 2 et le 7: M. de 
Varnhagen, qui lui-meme a releve des erreurs typogra- 
plhques dans quelques chiffres de Enciso (2), se mon- 
trera a coup sur dispose a reconnaitre que la ou nous 
voyons le Maragnan indique par une latitude de7" et|, 
l'erreur est manifeste; et il est remarquable que les 
aflhiites paleographiques nous indiquent la restitution 
la plus plausible en 2° et f, qui convient parfaitement 
a la latitude r6elle du fleuve Maragnan. 

Notre confrere n'aclmettra peut-etre pas aussi ais6- 
ment, en ce qui concerne la distance entre le Maragnan 
et la Mer Douce ? , que le chiffre de 25 lieues dont i) 



(1) Pen importe, i! est a peine besoin de le remarquer, que ces 
chiffres soient traduits en toutes leltres dans les exemplaires ou uous 
ies trouvous rapporte's : il est evident que les notnbres aiusi enome:. 
offrent simplement en pareil cas une lecture errone'e des chiffres equi- 
voques a regard desquels aura eu lieu la coufusion. — Une confusion 
de cetle espece, pre^cisement du 2 avec le 7, se rencontre dans I'dnou- 
eiation du nombrede 21 jours au lieu de 71 dans la lettrede Colomb 
aSantangel du 4 mars 1493 (Navarrete, tome I, p. 167), comni;' 
fait observer Humboldt, Lome V, p. 201. 

(2) Varnhagen, Examen, n° 6i, note l. 



308 

argue est pareillement errone; mais en tenant conipn- 
de toutes les autres conditions topograpfaiqu.es nette- 

ment exposees par Enciso, on est forcemeat amene a 
reconnaitre aussi qu'il y aerreur certaine dansce chiffre, 
et des lors la meme loi de correction miMic pourleres- 
tituer plausiblo-ment en 75 lieues, qui conviennent par- 
faitement, lacliose est digne deremarque, a la distance 
reelle entrele Maragnan et 1'Atnazone. 

Sous le benefice de cette observation preliminaire, 
nous rapporterons ici, dans ses parties essentielles, le 
second passage de la geograpbie d'Enciso dont M. de 
Varnbagen n'a allegue qu'un bout de phrase isolc, et 
qui ne nous parait laisser aucun doute sur ce que l'au- 
teur entendait en realite par le fleuve Maragnan et par 
la Mer Douce. 

« Depuis le cap de Saint-Augustin (dit-il) on compte 
» 300 lieues jusqu'au fleuve Maragnan, qui est a l'ouest 
» par 7° ~ [lisez 2°|-); c'est une grande liviric ayanl 

» plus de 15 lieues de large inais du cote du levant 

» il y a des bas-lbnds, tandis que du cote du couehant 
» le fleuve est profond et presente une bonne entree. 
« Depuis ce fleuve Maragnan jusqu'au fleuve qu'on 
» nomine la Mer Douce, il y a 25 (lisez 75) lieues. Ce- 
» lui-ci a 60 lieues de large a son embouchure, et rouie 
» une telle masse d'eau, qu'elle s'avance a plus de 
» 20 lieues dans lamersanssemelerareausaleeBllletd* 



(1) Enciso, Suma de Geographia, fol. g vij verso : « Desde ol rabo 
» de Sancto Agostin fasta al rio Marafion ay trezicutas Icguas : rsia .Vin 
. raiiou al ocste on side grados y meilio. Ks grande rio que ticue mas 

de quiu/e leguas de aiicho ... Pero acerca del rio estan uuos baxos 



( 309 ) 

L' entree tie 15 lieues de Jargeur, avec les bas-fohds 
tristement celebres qui en occupent la partie orientale, 
et le passage sur et profond a l'ouest, cela ne peut evi- 
demraent convenir qu'au Maragnan, et nullement a la 
riviere de Para, clout la largeur est moindre, et qui, 
loin d'offrir un chenal profond du cote du couchant, y 
est bordee par les bancs de Maguari. Meme en sup- 
posant possible d'appliquer a la riviere de Para ce 
qu'Enciso dit du Maragnan, ayant a compter ensuite 
25 lieues entre celle-ci et la Mer Douce , il resterait a 
se demander comiuent on pourrait trouver, apres ces 
25 lieues, 60 lieues encore pour 1' embouchure de la 
Mer Douce ? Evidemment ces soixante lieues de largeur 
n'ont d' application possible qu'a la condition de com- 
prendre dans leur ensemble toutes les bouches de 
l'Amazone. 

La ligne de demarcation que Enciso a declare couper 
la cote arnericaine entre le fleuve Maragnan et la Mer 
Douce, ne serait done pas trop mal placee sur notre 
Esquisse du Bresil, si nous ne l'y eussions tracee d' apres 
notre interpretation, entre le Maragnan actuel et la ri- 
viere de Para. 

» a la parte del oriente, y por la parte del poniente es el rio liondo y 
» tiene bueua entrada. Desde esle riu Maranou fasta cl rio a que dicen 
i) la MarDulceay veynte et cinco leguas. Este rio tiene sesenta leguas 
» de aneho eu la boca y trae tanlis agua que cnlra mas de veynte lesitas 
» en la mar que no se buelve con la salada ». 



10 ) 

Conclusion. 

XXI. 

,rms croyons avoir epuise La liste des points de l'his- 
toire geographique du Nouveau Monde a la discussion 
reiteree desquels nous avaientprovoquelcs delegations 
opposees par un ingenieux confrere aux resultats de 
l'exaraen que nous en avions |>r6cedemment fait. Et 
nous avons confiance en la rectitude des conclusions 
auxquelles nous a iterativement conduil cette verifica- 
tion nouvelle, deppuillee de tout interet, de toute preoc- 
cupation, de toute pensee autre que la recherche de la 
verity : nos convictions sont sorties plus robustes de 
I'epreuve, toujours utile, de la contradiction. 

11 nous semble mieux etabli que jamais, que la prio- 
rite d' exploration du Nouveau Continent appartierit sans 
conteste a Colomb, malgre l'injure faite a sa memoire 
par lc caprice de la renommee, (|iii y a inscrit indele- 
bilement lc noni d'Americ Vespuce. 

Le navigateur florentin fit son premier voyage vers 
les terres transatlantiques parmi les compagnons subal- 
ternes d'Alphonsede Hojeda, dans cette expedition de 
1499 qui partie d' Europe au mois de mai, abordait vers 
Surinam, suivail la cote a l'ouest jusqu'au dela du cap 
de la Vela, et arrivail a Saint-Domingue au commen- 
cement de septembre. 

Se separant hativement de son commandant, sans 
doute en la compagnie du pilole Barthelemi Roldan, 



( 311 ) 

Vespuce rentrait avec celui-ci en Espagnele 15 octobre 
pour s'embarquer avec lui de nouveau au mois de de- 
cembre de la ramie annee sur 1' expedition de Lepe, 
qui dans une exploration rapide alia doubler le cap 
Saint-Augustin vers le sud, reprit au nord le long de 
la cote jusqu'au dela de Paria, et se trouvait de retour 
a Seville au mois de juin 1500, s'y preparant a un 
autre voyage prochain. 

Apres avoir, sur de pressantes sollicitations portu- 
gaises, quitte furtivement l'Espagne, peut-etre avec 
Lepe, qui niourut en Portugal, Vespuce ayant fait en 
1501 et 1503, au corapte du roi Emmanuel, toujours 
en sous-ordre, deux exjxklitions sur les cotes bresi- 
liennes, retourna en 1505 au service de l'Espagne, pour 
iaquelle il accomplit en 1507, en compagnie de Jean 
de la Cosa, dans le sud-ouest de Saint-Domingue, une 
nouvelle exploration des cotes de la terre ferme, pen- 
dant que Pincon et Solis reconnaissaient les cotes du 
Yucatan. 

Telle est la seule part raisonnable qu'il nousparaisse 
possible de faire plausiblement a Vespuce dans l'his- 
toire des decouvertes transatlantiques. Avant lui Vin- 
cent Pincon avait decouvertle cap Saint-Augustin, dont 
1'j.dentite ne peut etre contestee ; et jamais le nom de 
ce dernier navigateur ne fut donne a l'Oyapoc actuel, 
dontil est constate que la denomination espagnole6iait 
celle de Rio de Canoas. 

Plus que jamais aussi il nous semble inebranlable- 
ment etabli que la mesure itineraire employee par les 
navigateurs de ce temps-la pour 1'estime de leurs routes, 



( 35- 

ciaii La lieue nautique de quaitre milles romains, iels que 
les marins en onl longtemps encore conserve" L' usage 

dans la MOditiMi aiit'-o ; c'est en lieues ot en milles de 
cette espece qu'ils evaluaient la grandeur du degre tei- 
restre, en se rapprochant de plus en plus, dans leurs 
tatonnements successifs, d'une exactitude relative for- 
mulee a son dernier ternie par le )au\ de 70 milles ou 
17 lieues et |, inferieur encore d'un quinziemea la ve- 
rity aujourd'hui reconnue. 

Cost en ces memes lieues que le traite de Tordosil- 
las de 1494 avait stipule la distance ou devait etre tra- 
cee, a l'ouest des lies du cap Verd, la demarcation mu- 
tuelle des domaines oceaniquos de l'Espagne el du 
Portugal; et 1' application exacte de cette mesure aux 
configurations .^eographiques determiners par la science 
moderate , fixe definitivenient 1' emplacement de cette 
ligne fameuse a cinquante lieues dans Test de la ville 
actuelle de Para. 



La, dans iios convictions, est la \erite. Heureux si 
1' amour ardent que nous profrssons pour eilc nous avail 
assez bien inspire pour que noire refutation des argu- 
ments centraires ail assure son triomphe dans L' esprit 
des savants confreres en qui nous aimons a reconnaitre 
nos meilleurs juges. 

Paris, juillct 1858 



BULLETIN 



DE LA 



SOCIETE DE GEOGRAPHIE. 



NOVEMBRE 1858. 



IBIeiiiolres, etc. 



NOTICE 



D UN VOYAGE DE MESSAWAH AU NIL, 
A TRAVERS LE PAYS DE CARKA. 



Avant de presenter cet extrait de la relation de mon 
voyage, je dois prevenir de quelques faits qui permet- 
tront d'en mieux juger le caractere. Prive, par les 
accidents, de mes instruments de precision, j'ai du 
me contenter, d'une boussole meridienne et cl'un chro- 
nometre de poche qui ne m'ont pas quitte. Quelque 
habitude des voyages de ce genre me permettait en 
outre d'apprecier assez exactement les distances par- 
courues. J'ai apporte tous mes soins a les evaluer de 
la facon la plus juste possible par les informations les 
plus minutieuses prises chez les indigenes, et par des 
questions quejeleuraisouventposees sur les distances 
comparees entre elles, comme verification. 

XVI. NOVEMBRE. U 21 



( *U ) 

Quant aux points, je los ai fixes en me faisant indi- 
quer, paries meilleurs guides, de trois on quatre en- 
droits par jour, la direction de chacun d'eux , la pre- 
nant a la boussole, et 1' intersection de ces lignes de 
direction me donnait la position des points que je veri- 
fiais encore, en demandant aux gens du pays la distance 
en heures de marche des lieux d'observation a chaque 
point, et des points en I re eux. 

J'ai de plus verifie mes directions et chaque partie 
de la carte toutes les foisqu'ilm'aete possible, par des 
ascensions sur des pics isoles, d'ou la vue decouvrait 
une grande etendue de terrain. 

Ces operations ont etc assez exactes, car en prenant 
pour point de depart Messawah dont la latitude et la 
longitude ont 6t6 fix6es par MM. Galinier et Ferret 
dans leur ouvrage si exact et si precis sur l'Abyssinie 
et le Samhar, et placant mes degr^s d'apres l'echelle 
approximative de mon travail, je suis arrive" a pen de 
minutes pres a trouver Berber dans sa position fix6e 
a8tronoiniquement par GaiUiaud. 

Pour les renseignements concernant les moeurs, les 
coutumes, le gouvernement, la religion des peuplea que 
les pays conticniient, j'en ai recneilli de mon mieux la 
plus grande quantite possible, et j'ai ete" on ne pent 
plus gracieusement aide dans ce travail par le Pere 
Stella, del'ordre des lazaristes qui habile depuis assez 
longteui|)s chez les Bogoz ou il est entoure de la })lus 
grande veneration. Ce religieux a bien vonlu mettre a 
ma disposition, avec une extreme complaisance toute 
son erudition el toute sou experience. 

J'ui rencontre aussi une grande obligeance chez 



( 815 ) 

M. Munzinger, voyageur Suisse, fixe depuis quelques 
annt:es chez les Bogoz ou il prepare un ouvrage coin- 
plet sur ces peuples, et sur les divers idiomes du pays, 
travail qui, jen'en doute pas, altirera sur luil' attention 
du monde savant. Les connaissances geographiques et 
ethnographiques de M. Munzinger m'ontfourni de pr6- 
cieux documents, et j'ai meme ete acconipagne" par lui 
pendant une partie du voyage. 

J'etais loin de m'attendre , lorsque je visitais ces 
contrees, a etre appele a fournir quelques donnees sur 
elles ; aussi ai-je un peu neglige' certaines parties, le 
cote mineralogique et le cote botanique. Je n'en par- 
lerai done que peu et d'une facon superficielle. 

Je me suis contente sur la carte de marquer al'encre 
rouge ma route principale, sans indiquer les diverses 
excursions qui m'en ont fait sortir. 

J'avais rencontre, quand j'avais voulu quitter Mu- 
kollo, \ illage situ6 en terre ferine a une heure et demie 
de Messawah, et oil Fobligeance de M. Degoutin, an- 
cien agent consulaire de France a xMessawali, m'avait 
procure un excellent gite, de grandes difficultes. La 
protection de l'agence consulaire francaise , en lieux 
eloignes de toute possession ou flotte notre pavilion, est 
insuffisante a proteger nos nationaux, et les vexations 
sans noinbre, dont, sous des dehors polis, vous accablent 
certains caimacans de la Porte, sont jwesque aussi bles- 
santes que les violences des anciens Naybs. 

Pour les Anglais, Aden est la, mais nialheureuse- 
ment lamer llouge nevoit que bien rarementnos cou- 
leurs , et notre influence sur ses rivages en soufl're 
considtrablement. 



( 516 ) 

Le caimacan d'alors, s'e-tant, je ne sais pourqnoi, 
figur6 que j'6tais charge d'une mission politique fort im- 
portant*?, tout en me disant que je pouvais partir des que 
je levoudrais, faisait avertir sous main les chameliers que 
celui qui me fournirait ud chameau serait roue de coups. 
Refus partout, comme bien on pense ; furieux enfin, je me 
decidai a partir malgre lui. En effet, j'arretai des por- 
teurs abyssins et j'allais partir le soir memo, quand je re- 
cus la carte d'un voyagcur alleniand, le comte Tyrheim, 
qui arrivaii de 1' Yemen, se dirigeant sur Gondar. 

Je reculai naturellement mon depart, et le lendemain 
matin, je partis pour Messawah. An moment ou j'y arri- 
vals, un bateau entrait dans le port au bruit du canon. 
C'etait un nouveau cai'macan qui venait a l'improviste 
remplacer l'ancien, et sa barque m'apportait mon fir- 
man de S. A. Said-Pacha. De ce moment, les chameaux 
arriverenten foule, et le lendemain je partais. 

Je ne parlerai pas ici du Samhar, si bien decrit 
par MM. Galinier et Ferret, Combes et Tamissier, et 
tout recemment par M. Vayssiere dans son charmant 
ouvrage intiUde : En Jbyssinie. — Plus je m'avan- 
cai vers le nord, plus je retrouvai le pays qu'il peint si 
bien en parlant du sud de la baie de Messawah, envi- 
rons d'Adulis. 

Je prendrai done seulement a I'endroit on, quittant 
le Samhar, j' en trai dans les montagnes dites de Mensah, 
du nom de cette ville qui enoccupe le centre, et apeu 
pres le point culminant. 

Cette chaine de montagnes est la continuation de 
deux autres, dc celle qui borne l'Abyssinie au nord, 
et de celle qui la termine a Test, lesquelles viennent se 



( 317 ) 

rejoindre un pen au sud de Mensah pour former une 
vaste chaine qui se dirige vers le nord ou elle sc perd 
bientot peu a peu, et ou sa ligne est encore indiquee 
plus haut par les collines rocheuses ou sablonneuses 
tour a tour, qui suivent la cote ouest de la mer Rouge 
jusqu'au fond du golfe de Suez. 

Rien de plus varie et de plus changeant dans sa forme 
que la partie que j'explorais : c'est un vaste chaos de 
pics aux d^coupures bizarreset heurtees dont aucunne 
ressemble aux autres. Le torrent Lai>a s'y trace avec 
peine un chemin tortueux, se repliant mille fois sur 
lui-meme en crochets innombrables. En suivant son lit 
on arrive a son origine, la montagne Devra-Sina, fa- 
meuse par des grottes immenses qui s'6tendent sous sa 
cime, et que la main de l'homme a eu fort peu a retou- 
cher pour en faire un vaste couvent et une eglise ma- 
gnifique de beaut6 naturelle, maintenant abandonnes. 
C'est une merveille ignoree. 

Pour gagner Mensah, onquitte le litdu Lava pour se 
diriger vers le nord-nord-ouest, en suivant le lit du 
torrent de Mensah. Enfin on parvient au pied d'une 
montagne que les bceufs et les anes peuvent seuls fran- 
chir, et Ton arrive tout a coup a Mensah. 

La composition du terrain me parait, a peu de choses 
pres, la meme que celle de la chaine du Bahar-Nagash. 
En beaucoup d'endroits, notaniment entre le Lava et 
Mensah, le sable qui se trouve entre les rochers, et par- 
ticulierement dans le lit des torrents, est rempli de 
paillettes auriferes. L'apparence mineralogique des 
montagnes est belle : en outre les marbres les plus 
varies et l'albatre y abondent. 



( s 

La vegetation ei la I imperature varient absolument 
dans la maniere mdiqaG i par MM. Galinier el Ferrel a 
prdpos des naontagnes d'Abyssinie; La region basse 
n'est autre que le Sambar, el so, eouvre des arbres 
epineux des pays les plus chauds : la deuxieme zone 
serefroidil sensiblement, el la troisieme est froide re- 
lativement. Kile nourrit des arbres du sud el meme du 
milieu de la France : j'y ai eu verilablement froid a la 
fin de niai. 

Les animaux qu'on rencontre varient suivant la 
meme regie : des le deuxieme jour, pins un lion, des 
pantheres encore presque jusques au haut, mais cepen- 
dant, je n'en ai ai vu ni entendu dans ce que j'appelle 
la troisieme zone. La hyene abonde partout ainsi que 
les antilopes. Le tsesaa se trouve dans les montagnes, 
le beni-israel dans la premiere zone ; les pintades dans 
toutes, etc. 

Dans la deuxieme zone, on rencontre, dit-on, un ani- 
mal terrible que les indigenes appellent le tchbu arn- 
bessa; c'est un animal f^roce, disent-ils, fauve , sans 
tache, plus petit que le leopard, s'attaquant a tout, 
meme au linn, meme k l'elephant s'il le rencontre, et 
souvent il demeure vainqueur. La terreur des habitants 
du pays l'attribue au croisement du lion et d'unesorte 
de loup,et d'autres k celui du lion avecun animal hna- 
ginaire. L' animal d6crit m'aparu presenter unegrande 
analogie avec quelque vari6t6 d'once , mais jamais, 
malgre mon desir, je n'en ai pu voir ; line nuit seule- 
ment j'en ai entendu rugir un ; soncri est plus strident 
et plus aigu que celui de la pan there, qu'il rap[)elle, du 
reste. Je n'ai pu meme en voir nulle part une depouille. 



( 510 ) 

Mensah est divise' en deux parties, lesquelles reunies 
peuvent contenir environ (3000 habitants : la premiere 
Beit-Ibm/ie, la seconde Be'it-Shakan. 

Dans cette derniere, demeure Eufia'i, le fds de Tes- 
foukel l'ancien chef dn pays, homme d'une bravonre 
chevaleresque, qui pent lachement assassin^. 

Dans le Bei't-Ibrah6, demeure le vieux h'entubai, 
sorte de prince, roi de fait du pays, qui a remplace' 
Tesfoukel. Nous descendimes dans l'ancienne maison 
du P. Stella, situ6e sur le bord de cette derniere partie. 

Le pays est de fait ind6pendant, et le Kentubai' est 
v6ritablement roi : la seule autorit6 qui le tienne en 
bride, et qui permette de traverser ces territoires sans 
etre depouille, est celle du P. Stella, dont l'immense 
influence, si bien meritee par ses nombrenx bienfaits, 
pourrait au besoin faire reprimer les abus, meme par 
des penplades voisines. 

Au nord et nord-ouest de Mensa, s'6tend la grande 
plaine de Mensa, d'une fertility admirable, mais qui est 
peu cultivee i ses herbes nourrissent les nombreux trou- 
peaux de ces peuples pasteurs. 

Au milieu d'elle s'elance une roche escarp^e d'une 
forme etonnante, dans laquelle la tradition trouve la 
figure d'une femme. C'estla////ec/// ioi. C'etait, ditune 
touchante l^gende, la fille d'un roi d'Abyssinie, qui 
trahit l'hote de son foyer, et le livra a ses ennemis : 
le ciel, indigne de ce crime, la changea en pierre, et 
depuis cette epoque elle s'edeve a cette place pour 
apprendre aux mediants a craindre la vengeance di- 
vine. 

Suivant leurs traditions, les habitants de Mensa des- 



( 550 ) 
cendraient d'unc colonic grecque venue de Dim ou de 

Bo b-el-Ma n deb . 

Notre entree a Mensa se fit au milieu des chants, des 
cris, et des sons peu harmonieux de deux ou trois 
flutes dans lesquelles soufllaient de toutes leurs forces 
les menestrels de Kuftai', qui etait venu au-devant de 
nous en apprenant par un messager notre arrivee. Les 
usages sont ici les memes qu'en Abyssinie : on nous 
apporta une vaclie, le bouza , le miel et le lait, et nous ne 
parvinnies a nous debarrasser de ce monde que fort 
tard. 

Avant 1'arrivee du hardi pionnier de la foi dans ces 
contrees, du P. Stella, ces peuples, tout en se disant 
Chretiens, connne les Abyssins, depourvus de miiustr.es 
n'avaient de la religion que le nom. Etrangers a toute 
pratique, ils ne savaient que deux choses : ils etaient 
Chretiens, ils n'etaient pas musulmans; encore ai-je 
rencontre' plusieurs Chretiens s' appelant Mohammed, 
et s'etonnant fort de la surprise que ce nom me causait 
chez eux. Mais maintenant, grace a la bienfaisante 
parole du missionnaire, la voix de la religion et celle 
de la justice sont, sinon tout a fait ecoutees, au moins 
infiniment moins meconnues, et j'ai pu juger, par com- 
paraison avec les peuples voisins, du changement qui 
s'est op6re et des efforts inouis qua du faire le ministre 
de Dieu pour arriver a son noble but. 

A partir de Mensa, nous descendionsleversant ouest 
de cette immense chaine. Le sohV une apparence beau- 
coup plus calcaire qucsur le versant est ; plus de pail- 
lettes dans le sable. La temperature s'eleve a mesure 
que Ton descend; la vegetation change aussi, et «\ 



( 521 ) 

K6ren, qui tient comme le milieu entre les deux pre- 
mieres zones, on retrouve deja quelques- unes des 
plantes des latitudes les plus chaudes. Le ricin, le ta- 
bac, etc., y atteignent, sans culture, de grandes di- 
mensions, et Men certainement le cotonnier s'y culti- 
veraitavec grand succes : entre Mensaet Keren, l'olivier 
aboude. Laparait aussi le gigantesque dema , arbrequi 
arrive fort souvent a 12 et 15 pieds de diametre et quel- 
quefois Men plus. II est generalement creux, et sert de 
refuge et de magasin aux abeilles : son ecorce filan- 
dreuse fournit d'asstz bons cordages. Les branches, 
termin^es presque tout a coup dans une partie assez 
grosse, poussent a leur extremite quelques jets minces 
qui se couvrent cle feuilles. 

Dans la plaine de Magareh et deja dans celle de Ga- 
bei'-J/abon, lelion reparait avec ses compaguons de la 
premiere zone. Dans les plateaux environnants, surtout 
ceux qui bordent le pays de Barka, se montrent quel- 
ques elephants et quelques rhinoceros pins rares. 

Longtemps avant d'arriver chez les Bogoz, l'ocil de- 
couvre une montagne fort elev6e, s£par£e en deux par- 
ties qui ne communiquent entre elles que par une arete 
de roc vif longue de 300 a 400 pas environ, ou le pied 
peut a peine se poser. La partie la plus au sud est un 
roc taille a pic ; pas une asperite pour escalader cette 
forteresse naturelle , pas plus que sur les flancs du roc 
en arete par lequel on y peut pen6trer. On distingue au 
sommet des arbres, de la verdure. Des moines abys- 
sins y vivent, comme on peut voir, a l'abri de toute 
vexation, proteges, comme ils le sont, par le gouffre qui 
les entoure. D'immensesciternesleur fournissentl'eau, 



( 32? ) 

et la charite publique leur donne le grain dortt ils nnt, 
assure- t-on, toujour* tie grandes |)i<>\ i^ions. Lecouvent 
renfermo, dit-on, une magnifique biMotheque. 
C'est la montagne et le convent de Tsadamba. 

Nous etions sur les terres de Bogoz, et bientot nous 
arrivions a leur capitale Keren, ou esl fixe leP. Stella, 
qui me fit le plus cordial accueil; et oil, depuis deux 
ou trois ans, M. W* Munzinger, dont j'ai parle plus 
haut, passe une partie de son tenq>s dans d'interes- 
sants travaux. 

Les Bogoz ou Senne hit descendentdes Agaos d'Abys- 
sinie qui babitent les sources du Taccaze, et dont une 
autre partie est fixee, clit-on, aupres des sources du 
Nil bleu. Ils out conserve en partie la langue de leurs 
peres. — Ils peuvent compter de 20000 a 25000 ames. 

Ils sont en general fort beaux hommes, bien pris et 
forts , et Ton rencontre fr6quemment chez eux des 
femmes d'une beaut6 vrainient remarquable. Leurs id- 
chesses consistent generaleuient en troupeaux <|u'ils 
menent paitred'un lieu a 1' autre, dans une vie noinade. 

Malgre cette existence, les Bogoz ont plus de villages 
fixes que leurs voisins. lis cultivent aussi le doura, et cbez 
eux, 1' agriculture tend a se d6velopper, sous l'influence 
duP. Stella, qui est veritableinent leur roi de par eux- 
liiemes. Si quelque discussion s'eleve, que les chefs ne 
puissent apaiser, s'il survient un diiferend entre deux 
chefs puissants, la mediation du missionnaire est aus- 
sitot acceptee que proposee, et bientot la concorde suc- 
cede a la division. Les deux chefs remettcnt an media- 
teur chacun un de ces larges glaives qui sont leurs 
compagnons inseparables, et si fun d'eux manque a sa 



( 535 ) 

parole, son epee est perdue pour lui ; c'est plus qu'une 
perte, c'est une sorte cle deshonneur. 

Le village de Keren, capitale des Bogoz, peut compter 
environ 300 de ces huttes circulaires du Soudan dont 
Cailliaud nous a clonne le dessin. II s'eleve au pied 
d'une montagne escarpee et pittoresque qui domine la 
magnifique plaine de Mogareh. — Cette montagne 
forme, pour ainsi dire, le dernier degr6 de la chaine de 
Memra; derriere elle s'etend une petite plaine qui s'a- 
grandit peu a peu et devient bientot la plaine du Barka, 
du fleuve de ce nom, dont le lit s'etend au milieu. 

Les pays de Mensa, du Bogoz, et le commencement 
du pays de Barka sont entierement indeperidants. Ja- 
mais ils n'ont paye le moindre tribut ni aux Turcs, ni 
aux Egyptiens, et les ellbrts des empereurs d'Abyssinie 
de ce c6t6 n'ont jamais abouti a rien. 

Les moeurs de Mensa et du Bogoz rappellent beau- 
coup celles del' Abyssinie, aquelques differences pres. 
Chez eux, la loi du sang regne dans toute sa force , 
ainsi que chez les peuples du pays de Barka. Les fds 
de la victime et meme quelquefois toute sa famille sont 
en vendetta avec le meurtrier et les siens. — « II y a 
» du sang entre eux, » dit-on, et cet usage s'etend meme 
au juge quiacondamneamort. Aussi cite-t-on, comme 
un homme d'un remarquable courage, le chef qui, de- 
vant un grand crime, n'a pas h^site a prononcer une 
condamnation capitale. Aussi les executions sont-elles 
fort rates. 

Le mariage, comme dans beaucoup de ces pays, est 
une sorte de vente de la jeune fille au jeune homine, 
qui paye une somme a son pere. 



( 55', ) 

Ici sr pr£sente one difference enorme entire les Bogoz 
et les habitants <le Mensa d'un c6t0, et ceux du Barka, 

de l'autre. 

Dans les deux pays, le divorce est en usage, et dans 
certaines parties, se prononce quelquefois sur dcs mo- 
tifs assez futiles, quoique l'inlluence du P. Stella le 
rende de plus en plus rare chez les Bogoz et a Mensa. 
Mais chez ceux-ci, c'est un grand deshonneur pour la 
fenime et sa famille, tandis que dans le paysde Barka, 
tout le deshonneur est pour le mari ; et la femme a le 
droit de demander le divorce sans dire les raisons qu'elle 
a d'cn agir ainsi. Le fait seul, de la part d'une femme, 
de ne plus vouloir vivre avec son mari, sullit, quand 
elle persiste, pour faire prononcer le divorce, a la grande 
honte de celui-ci qui doit en outre rendre a sa femme 
tous ses biens. On juge combien d'abus s'ensuivent. 

En quittant Keren nous descendimcs les dernieres 
rampes de la chaine de Alerara, et bientot nous fumes 
dans la vallee oil se forme le Barka, et qui tire de lui 
son nom. 

Le Barka, comme presque tous les fleuves de ces 
zones, n'est a proprement parler qu'un torrent, arrete > 
dans son cours pendant la belle saison. Acette epoque, 
le voyageur trouve dans quelques endroits un peu d'eau 
aciel ouvert ; mais souvent ce n'est que dans des trous 
que Ton creuse, que Ton en trouve assez pour abrcu- 
ver les caravanes. 

Cette riviere prend sa source vers le sud de Keren, et 
sedirige a l'ouest-sud-ouest ; dela elle se porte vers le 
sud-sud-ouest, pour suivre ensuite une direction gene- 
ralement ouest ; puis elle se detourue vers le nord-ouest, 



( S25 ) 

puis vers le nord, de la vers le nord-nord-est, et enfin 
versSouakim. — Ellese perd dans les sables hKarkabat. 

A l'epoque de la mauvaise saison, des pluies torren- 
tielles changent le fleuve a sec, pour ainsi dire, en un 
torrent furieux qui atteint une largeur immense, et dont 
les flots impetueux entrainent tout ce qui s' oppose a 
leur passage. 

Le pays, quoique fort chaud, est loin d'etre aussi 
brulant que le Samhar : le terrain, d'une richesse in- 
croyable, car doura, tabac, etc., viennent admirable- 
ment sans soins, presente les apparences de terrain 
d' alluvion ; les gommiers atteignent de tres grandes 
dimensions. 

Le Barca est peuple de lions, pantheres et autres 
animaux feroces : l'el6phant y descend des montagnes 
de Changallas ; dans certaines parties du sud, on ren- 
contre le rhinoceros et le bceuf sauvage ; dans d' autres 
du nord, la girafe, l'hemione, l'autruche , le secre- 
taire, etc. La pintade y abonde : la famille des antilopes 
y est representee suivant les quartiers par le grand 
antilope a cornes en spirales, le grand antilope a cornes 
droites, la gazelle, le tsesaa, etc., etc. 

Les habitants du Barka sontpeu agriculteurs ; ils sont 
presque exclusivement adonnes a la vie pastorale ; l'em- 
placement de leurs villages change suivant les besoins 
des troupeaux. Bicha est leseul grand village fixe qu'on 
trouve dans le pays de Barca proprement dit. La capi- 
tale du pays, Txa^ga, suit la regie gentirale. 

Dans ces villages nomades, les tentes faites de nattes 
sont rangers le long de la haute enceinte d'epines des- 
tinee a servir de rempart contre rennemi et les betes 



i SM ) 

terocrs : au milieu est mic grande place ou se reunis- 
sent cliaque soir, autour de leu\ liomeriques, les trou- 
peaux de la tribu. Des qu'un bote respectable se pre- 
sente, le chef fait evacuer une ou plusieurs maisons 
suivant ses besoins, et I'etranger s'y installe. Bientot 
arrivent le lait, la creme, le bouza (biere dedoura), 
un ou plusieurs moutons ou chevres, et quelquefois une 
vacbe, qui sont oileris an nouvel arrivant. — Mais le 
plus pauvre recoil toujours sa ration de lait et de grain, 
et sa personne est sacree taut qu'il reste sous les tentes 
de la tribu. 

Le Barka est place entre les montagnes des Halhals 
et des Marea au nord ; et au sud la chaine aussi large 
qu'escarpee qui borde l'Abyssinie, etqui n'est autre que 
le pays des Bazen ou Gkangailos, au pied duquels'e- 
tendent les Barea. Ainsi compris entre des peuples 
pillards et feroces, les Cbangallas surtout, ce pays est 
expose a de frequentes invasions ; aussi la plupart de 
ses enlants sont-ils guerriers, et les chel's se font-ils ge- 
neraleinent reniarquer par leur bi'a\ oure. lis portent a 
leurtour la guerre dans le pays ennemi, et le devastent 
alors de leur mieux : honte a celui qui re\ ient sans butin. 
Ces incursions sont de veritablea razzias dont le but 
est presque toujours de capture? de nombreux trou- 
peaux. 

Leurs amies sont la lance, le bouclier, une large 
epee droite a deux tranchants, et un couteau droit porte 
au bras, au-dessus du coude gaucbe, ou un couteau 
recourbe suSpendu a la ceinture. 

Les habitants du pays de Barka sont generalement 
musuhnans, inais bien plulot de nom que de fait : bien 



•( «7 ) 
peu suivent les regies de cette religion, et tous a peu 
pres boivent parfaitement le bouza, l'eau-de-vie de 
bouza, l'eau-de-vie de dattes, et autres liqueurs fer- 
mentees. 

Ainsi que je l'ai dit a propos de Bogoz, les peuples 
de l'est-nord-est, du pays de Barka sont parfaitement 
independants, quoi qu'en disent les Egyptiens ; plus loin 
al'ouest, ils sont plutot nominalement que de fait sou- 
mis a l'Egypte : ils obeissent a un prince qui prend le 
titre de d'egld, et qui est le roi de tous les chefs du 
Barka. II recoit leur tribut, et lui-meme en paye un au 
pacha de Rassalu, qui le reconnait. Ge titre de deglel 
est un ancien titre confere autrefois an prince de Barka 
par les empereurs d'Abyssinie ; en I'investissant, ils ltd 
remettaient, commeinsigne de sa dignite, une sorte de 
coiffure rouge qui rappelle un peu la forme du chapeau 
europeen, et qui est encore aujourd'hui la couronne 
du pays de Barka. 

La capitale nomade du D6glel est Tsagga ; generale- 
ment elle s'etend sur la rive gauche du fleuve, vers le 
coude qu'il fait en remontant vers le nord. 

Beaucoup de personnes croient que le pays de Barca 
est reserve a un avenir d'une grande importance, et je 
nem'en etonne nullement. Sans compter sa prodigieuse 
fertilite, il semble, par sa position, appele a devenir la 
route du commerce de Gondar, duNarea, d'une partie 
du Soudan comprise entre le Bahr-el-Azrak et le Bahr- 
el-Abiad, et de tout l'ouest de l'Abyssinie. II est bien 
probable que le nord, si les Changallas ne s'y oppo- 
saient pas , suivrait aussi cette voie plate, commode, 
assez abondamment pourvue d'eau, et qui peut tres bien 
aboutir de Keren a Messawah par une route facile qui 



( 528 ) 

tourne les montagnes difficiles, sans etre trop longue 
pour cela ; tandis qu'en Abyssiuie, les cheniins mon- 
tueux et impraticables, les vexations des douanes et 
des chefs rendent tout transport diflicile. 

La vallee de Barka proprement ditc, se tennine a 
Bicha, mais le pays de Barka, soumisau Deglel, s'etend 
beaucoup plus loin, tout pros de Kassala. 

Bicha est un joli village suspendu aux flancs d'une 
sorte de montagne rocheuse et qui parait riche en fer. 
En certains endroits, les roches brisecscn niille pieces 
forment un vrai chaos : la foudre, dans les orages qui 
se succedent presque sans interruption pendant la 
saison des pluies, a broyeces rocs, attiree par la mon- 
tagne isolee. 

Quand je passai a Bicha, le village etait gouverne 
par un guerrier famcux nommb Skebadin, sorte Vie heros 
legendaire que redoutaient les Changallas. Cethomme, 
pleinde bon sens, de jugementetde douceur, devenait 
un lion devant l'enneini. Je passai deux jours sous son 
toit ou je recus la plus franche hospitality. 

A partir de Bicha, le pays, sans etre generalement 
pays de montagnes, devient cependant accidente : c'est 
une succession de plateaux jusqu'a six ou sept lieues 
avant d'arriver h Algueden. 

Dans la plaine, a partir du fleuve, et sur ces pla- 
teaux, jusqu'au pied des montagnes d' Algueden, je fus 
fort retarde par le terrain, assez dangereux pour les 
animaux. Latcrre, fortement detrempee par les pluies, 
avail en quelque sorte monte ; la surface seule s'6tait 
sechee au soleil et paraissait solidc, bien que n'etant 
formee que d'une croiite de quaire a six pouces au- 
dessous de laquelle s'etenduit un vide. 



( 329 ) 

Les pieds des animaux cassaient cette surface, et alors 
tout tombait : lapanique se mettaitparmi eux, et j'eus 
bien de la peine a sortir de ce mauvais pas sans en- 
combre. 

A partir de cette limite, 6 ou 7 lieues avant Algu6- 
den, nous rentrames en pleine montagne. Apres une 
ascension aussi longue que p6nible, nous arrivames 
enfin a un riant plateau au coin duquel s'6leve Mgue- 
deri, village important etfixe, situ6 sur le versant ouest 
d'une montagne au pied de laquelle jaillit une source 
abondante. 

Apres Algueden nous parcouriimes tantot des mon- 
tagnes, tantot des plateaux ou des plaines magnifiques, 
jusqu'a Sabderat, village fixe reparti sur deux monta- 
gnes qui se regardent ; peu apres les dernieres mon- 
tagnes sont derriere le voyageur. La plaine s'£tend a 
perte de vue, les gommiers deviennent de plus en plus 
rares, on pressent le desert. Une montagne aux vives 
aretes, aux formes anguleuses, se d^tache sur la ligne 
droite de l'liorizon, c'est le rocker de Kassala, et bien- 
tot on arrive a cet avant-poste de l'Egypte. 

Kassala s'6tend sur la rive droite du Cache ou Mareb : 
c'est une ville entour6e de murs qui voudraient §tre 
une fortification, defense suffisante , du reste, contre 
les lances des negres et des Bichari. Elle est la resi- 
dence d'un bey qui a le titre de gouverneur du Soudan 
oriental, et qui y commande une garnison egyptienne. 
Le bey r6sidant lors de mon s6jour 6tait Elias bey, de 
l'accueil duquel je n'eus qu'a me louer. 

Je fus log6 a Kassala chez le Maldem Gcergis, Chre- 
tien copte auquel j'6tais recommand6, et chez qui je 

XVI. NOVEMKRE. 2. 22 



( 330 ) 

trouvai La plus amiable hospitality, ainsi que l'avait 
trouvee avaaL moi M. Didier lorsqu'il arrivait de 
Souakim. 

Kassalaaune grande importance, comnie etant 1' en- 
trepot d'une grande partie du commerce que le Sou- 
dan el l'Abyssinie de l'ouest font avec la mer Rouge. 
Maintenant beaucoup de produits de Gondar vienneut 
a Kassala par Metamma et de lagagnenlla mer Rouge 
par le desert, et malgre le manque d'eau. 

Le Cache est encore la ce qu'il est sous le noni de 
Mareb en Abyssinie , mortel a certaines epoques, au 
commencement de la saison des pluies et encore plus 
a la fm ; des fievres terribles et qui emporteut le ma- 
lade en trois, deux, souvent meme en un acces, des 
dyssenteries qui tuent en quelques lieures, et une quan- 
tity d'autres maladies aflreuses rav agent ces lieux mau- 
dits. J'avaisjusque-laresiste au.\ miasmes du commen- 
cement des pluies, quoique oblige de laisser nombre 
d' homines derriere moi pour cause de maladie, mais a 
Kassala je devais payer moii tribut. En quelques heures, 
une dyssenterie galopante, counne on l'appelle dans le 
pays, me mit au plus mal : heureusement, chose rare 
dans ce cas, l'apathie ne m'envahit pas; et prenant a 
la hate une dose enonne d'une preparation qui m'awiit 
ete donnee au Caire par mon ami le D r llic/ianl, sitot 
et si malheureusemenl enleve depuis a la science, je 
me lis hisser sur mon dromadaire et je partis. 

J'ai laprofonde conviction que le changement d'air, 
la fatigue, sont les deux remedes souverains contre la 
plupart des all'ectioiis qui tuent les Europeens dans les 
pays intertropicaux. 



( m ) 

Elias bey avait absolument voulu me donner une 
escorte, les Biehari 6tant en partie re>olt£s. J'eus bean- 
coup de peine a n' avoir que dix cavaliers pour m'ac- 
conipagner jusqu'a Berber. 

Sortis bientot du pays qui borde le Gache et est 
rempli d'arbres et de verdure, nous netardames pas a 
arriver dans de vastes plaines couvertes d'herbes, et 
dont l'apparence se rapprocbait de celle des parties du 
Sahara connues sous le nom de Desert de Hal/a. Sauf 
Hebrait, tous les villages sont nomades. 

Enfin, apres avoir d6pass6 un puits , et parcouru 
ensuite une partie de plaine entitlement d^pourvue 
d'eau, nous apercumes un rocher a 1' horizon ; c'e-tait la 
montagne de Gooz-Redjeb ; peu de temps apres nous 
campions an pied de la montagne, entredes palmiers a 
branches (domb), surles bords de t'Jibamh qui s'ap- 
pelle Taccaze en Abyssinie, vis-a-vis de Gooz-Redjeb, 
qui s'6tend sur la rive gauche du fleuve. 

La montagne s'edeve sur la rive droite. Encore souf- 
frant, je ne pus monter au sommet pour m' assurer de 
ce qui pourrait etre vrai dans ce qu'on rapporte d'an- 
ciens Edifices chretiens qui y auraient exists, et dont il 
resterait des ruines. A la longue vue je ne vis absolu- 
ment rien de ce genre, et tous les indigenes m'affir- 
merent qu'il n'y existe quoi que ce soit de semblable. 

Gooz-Redjeb est une grande ville, ou plutot un grand 
village compose" de huttes : il est administre par un 
cheik qui a quelques soklats de S. A. levice-roi d'Egypte. 

De Gooz, je suivis presque continuellement 1' Atbarah 
jusqu'au K ounnour-gabel (desert de pierres) apres le- 
quel je retrouvai le Nil. Je fus done presque conti- 



( 332 ) 

uuellement dans cette bande de verdure et d'arbustes 
qui environnent ces ileuves, ne la quittant que pour la 
retrouver, et j'arrivai a Berber. 

Tels sont les renseignements que j'ai cru devoir 
adresser a la Soci6t6 de geographie : si elle desire quel- 
ques autres 6claircissements que je puisse lui fournir, 
je serai heureux de me mettre a sa disposition. 

A. DE COURVAL. 

Rugles (Eure), 25 mai 1858. 



( 333 ) 
Analyses, Rapports , etc. 



RAPPORT 

Sur les deux ouvragcs intitules : Geographie de Gre- 
goirede Tours, le Pagus et F 'administration en Gaule, 
par Alfred Jacobs; — Gallia ab Anonymo Ravennate 
descripta e codd. inss. recognovit commentariisque et 
tabula illustravit, idem. Paris, Furne, 1858, in-8. 



On a souvent reproche" a l'Universite de negliger 
renseignement de la geographie, et de perraettre aux 
elevesles plus distingu^s de ses lyc6es, d'en quitter les 
bancs, sanss'etre initios a la connaissauce du globe. Si 
Ton en juge par le petit nombre de travaux g6ographi- 
ques qui sont dus a des membres du corps enseignant, 
on peut croire le reproche fonde. Toutefois, quelques 
heureux symptomes d'un retour a ces etudes n6gli- 
g6es, se sont manifestos, dans ces derniers temps. 
Sans parler de notre confrere, M. Poulin de Bossay, 
qui a tant fait pour l'enseignement g6ographique , 
de M. Guigniaut , qui occupe depuis plus de vingt 
annees avec autorite et talent la chaire de geographie 
a la Sorbonne, disons que quelques jeunes professeurs 
ont dirige vers des points interessants de la geographie 
ancienne leurs recherches et leur activity. M. Ernest 
Desjardins, notre confrere, a^claire" diverses obscurites 
de la topographie de l'ancieiine Italie ; M. Victor Gu6- 



( 38 A ) 

riii. en visitanl I'Orient, a complete la connaissance 

des eontrecs hellejaiques, gue nous devious au\ Barbie 
du Bocago. aux Choiseul Gouffier, aux Pouqueville, aux 
Leake, aux Hamilton et a nos savants compatriotes 
Boblaye.Ph. LeBas, Ch.Texier. LesmembresdeTEcole 
d'Athenes font tous les jours une moisson de renseigne- 
monts nouveaux, d'oii ils tirent d'interessants memoires. 
Les deux ouvrages que j'ai a vous signaler, pfen- 
dront une place honorable dans cette s6rie de travaux, 
dont l'initialiveappartient a l'UniYersite. Kleve brillant 
d'un de ses colleges, M. Alfred Jacobs avaitpuise, pres 
de son pere, le gout de la geographic, dont la culture 
s'est fortif&e chez lui de 1' elude approfondie des an- 
ciens. Archiviste paleographe , il a associe dans le 
programme dp ses etudes, le moyen age a l'antiquite\ et 
s'est rendu aisement maitre des difficult^ qu'offrent 
nos vieux diplomes latins, exerce qu'il etait deja par la 
lecture des auteurs de la belle epoque. Aussi lorsqu'il 
a youlu, sinon entrer dans le corps enseignant, du 
moins lui appartenir en droit, par le titre de docteur, 
a-t-il demande a la geographic le sujet de ses theses. 
Vous le savez, messieurs, les theses pour le doctoral 
es lettresnesont plus aujourd'hui de simples exercices 
litteraires, ou. le candidat doit faire preuve de sa faci- 
lity et fournir a ceux qui l'interrogent 1' occasion de 
montrer leur science. Ce sont des oeuvfes originales, 
des travaux speeiaux d'histnire, de critique ou de phi- 
losophic. II on est momo qui conduisonl Inns auteurs 
a l'lnstitut. L'importance dc ces theses, plus on moins 
grando suivant les sujels, les font maintcnant recher- 
oher comme d'excellents livres. Et certainement, les 



( 335 ) 

theses de M. A. Jacobs contribueront a mainlenir la 
bonne opinion qu'on a prise des travaux des jeunes 
doctenrs es lettres. Elles ont et6 soutenues avec eclat 
et appreciees par des hommes eminents. En faisant 
d'elle l'eloge qu' elles mentent, je ne saurais clone etre 
accus6 de partiality pour un nom qui nous est cher et 
qui s'est attache k des ceuvres solides et consciencieuses. 
La these latine de M. Alfred Jacobs est une nouvelle 
edition d'unchapitre del' Anonyme de Raveiine, donnee 
d'apres les manuscrits. Applaudissons d'abord a l'heu- 
reuse id6e de l'auteur. Aii lieu d'une dissertation en 
latin, dont le merite litteraire peut parfois etre con- 
tests, loin que nous sommes du siecle des LVasme, 
ou des Turnebe, il a preTere nous donner un texte ori- 
ginal ; et quoique son introduction et ses notes nous 
prouvent qu'il 6tait parfaitement en etat d'ecrire en 
latin et avec eJegance tout un livre, il a sagement com- 
pris que son role devait se borner a celui de com- 
mentateur. Trois manuscrits se conservent aujourd'hui 
de l'Anonyme de Ravenne : l'un a la bibliotheque du 
Vatican, M. A. Jacobs n'a pu en obtenir communica- 
tion ; le second a la bibliotheque de Leyde ; le troi- 
siemea la bibliotheque imperiale de Paris. C'est d'apres 
ces deux manuscrits, que M. A. Jacobs a etabli le texte 
qu'il publie de lapartie de l'Anonyme de Ravenne con- 
sacr6e a la Gaule. Mais les secours founds par ces ma- 
nuscrits etaient encore insuffisants, et l'auteur a du 
apporter clans son ceuvre une forte dose de critique et 
de sagacite. Les premiers editeurs de la cosmographie 
de l'Anonyme 6taientloindes'etreacciuitt6sde leur tache 
avec tout le soin desirable. Porcheron avait rcproduit le 



( 336 ) 

marmscrit de Paris, sans en faire disparaltre les erreurs, 
les mots corronipus, sans supplier aux omissions. Gro- 
novius, tout en corrigeant Porcheron, grace aux ma- 
nuscrit de Leyde, enmaintintbeaucoup d' inexactitudes 
et n'6claira son texte ni par des notes, ni par un com- 
mentaire. 

En ne s'attacliant qua laGaule, M. Jacobs a rendu, 
il est vrai, sa tache nioins laborieuse et plus courte ; 
niais la methode qu'il a suivie peut etre appliquee a 
toutela cosmographie de l'Anonyme; elle deviendra le 
point de depart d'une excellente edition qu'il est plus 
a nieme dedonnerqu'aucun autre. M. Jacobs rapproche 
son texte de celui de Ptolemee, des itineraires, de la 
table de Peutinger. Et ces rapprochements, joints a 
ceux que lui fournissent d'autres auteurs, deviennent 
dans la preface de sa these, l'objet de considerations 
judicieuses et interessantes. La mauvaise foi de l'Ano- 
nyme de Ravenne avait attir6 sur lui toutes les seventes 
de la critique. Ce cosmographe se plait en effet a citer 
des auteurs imaginaires, des personnages fabuleux qu'il 
n'acertes pas consul tes. M. Jacobs, tout en condamnant 
sa fraude, accuse davantage son ignorance. Je ne puis 
le suivre dans ces considerations, malgre leur interet. 
Elles m'ont parues sensees, et placent la question a son 
veritable point de vue. Le nouvel editeur fait connaitre 
les documents auxquels l'Anonyme a du puiser et 
explique par la ses erreurs. Un savant benedictin du 
siecle dernier, le P. Beretta, avait cm reconnatre l'Ano- 
nyme de Ravenne dans un certain Guidon qui ecrivit 
au x' siecle une cosmographie; et Wesseling avait sou- 
scrit a cette opinion. M. Jacobs la repousse, par la raison 



( 337 ) 

decisive que Ton commit aujourd'hui le livre de ce Gui- 
don, conserve dans la bibliotheque de Bourgogne a 
Braxelles, et qui est tout a fait distinct de la cosmogra- 
phie de 1' Anonyme. Guidon et 1' Anonyme ont vecu a des 
epoques differentes, c'estcequelacomparaison des deux 
textes a demontre. On ne trouve chez le cosmographe de 
Ravenne rien qui se rapporte a des evenements post6- 
rieurs au ix e siecle. Ainsi la conformity qui existe entre 
certaines parties du livre de Guidon et 1' Orbis descrip- 
tio de 1' Anonyme, tient aux emprunts que le premier y 
avait fails. Tout ce que ce meme Guidon rapporte de 
l'ltalie, prouve qu'il en avait le* texte sous les yeux ; 
il en a 6claire les obscurites, en y inserant des details 
puises ailleurs. 

Je ne dirai rien du texte meme, qui n'est pas sus- 
ceptible d' analyse. M. Jacobs l'a divise en chapitres ; 
il a donne les meilleurs lecons, explique par des notes 
les points difficiles. Dans les tableaux itineraires , il 
a pris soin de mettre en regard les noins donnas par 
1' Anonyme, de ceux que fournissent la table theodo- 
sienne et l'itin6raire d'Antonin, en indiquant les loca- 
lites actuelles correspondantes, d'apres les plus regents 
travaux. 

La tbese se termine par un examen chronologique 
des auteurs auxquels 1' Anonyme a puise pour sa 
description de la Gaule. Enfin une carte, dressee par 
M. Jacobs et dessinee avec soin, permet de suivre la 
description cborographique de 1' Anonyme. 

La Geograpkie de Gregoire de Tours est un travail 
plus etendu et plus original encore que la these prece- 
dent. C'est un premier pas, et des plus heureux, fait 



( 3S8 ) 

dans l'6tude de la geographie de l'epoque merovin- 
giennc, encore si obscure, et que les beaux travaux de 
Benjamin Guerard avaient en quelqne sorte fait sortir 
du chaos. 

L'introducticra que M. Jacobs a mise en tete de sa 
these, fera comprendre a quel degre d'imperfection la 
science s'6tait jusqu'a present arretee. Le jeuneetjudi- 
cieux docteur esquisse, en quelques pages, l'histoire des 
travaux faits sur la geogfaphie ancienne des Gaules, a. 
partir d'Adrien de Valois, qui, des le principe, s'etait 
61eve a une hauteur que Ton n'a point encore depassee. 
Dans cet apercu historique, M. A. Jacobs trace le cadre 
a reiuplir, et indlque du doigt la route qui menera 
defmitivement 1' Erudition au bntqu'elle poursuit. Puis, 
choisissant au milieu d'une tache si vaste et si epineuse 
la question qui s'oiTre la premiere a nos investigations, 
il entreprend d'eclairer la geographie du pere de notre 
histoire, Gregoirede Tours, sans laquelleonne saurait 
faire un pas dans le dedale de nos anciens diplomes. 

Mais avant de chercher a prGclser les localites mo- 
dernes qui correspondent aux noms de lieux cit6s par 
l'eveque de Tours, il faut se faire une idee exacte du 
sens attache aux designations generates que l'ony trouve 
employees. Sans cesse se presentent aux yeux du lecteur 
les motsdec/W/r/.v, url>s, oppidum, castrutn, vicus, -villa, 
locus, hoSpitium, territorium, terminus^ finis, ager, pa- 
pis, etc. Quel est le sens de ces noms ? Quel est du 
moins celui que la latinite incorrecte et barbare de Gre- 
goire leur attribue? M. Jacobs entre d'un pas fermeet 
degage dans rexamen de cette question preliminairc; 
avec une grande suret6 de coup d'ceil et une remarquable 



( 339 ) 

finesse d' esprit, il constate en meme temps, le vague et 
1' incertitude de ces mots, et demele, au milieu de ce 
brouillard, des nuances qui permettent encore de distin- 
guer entre les acceptions tour a tour adoptees. 

II en 6tait de ces mots, a l'epoque merovingienne, 
comme de tous ceux de la langue latine : les barbares 
en oubliaient ou en confondaient le vrai sens, et pretaient 
a l'un ou a 1' autre la signification du voisin. Les desi- 
nences de cas elles-memes, les conquerants ou les ha- 
bitants de la Gaule ne saisissaient plus leur applica- 
tion ; et on les voyait, comme Gregoire de Tours, faire 
indistinctement usage d'un meme mot pris a des cas 
differents, sans que les verbes ou les prepositions l'exi- 
geassent. M. Jacobs fait a cet egard une observation 
ingenieuse , que je crois du reste avoir deja lue quel- 
que part. « Les livres de geographic les plus usites, 
£tant redig£s sous forme d'itin£raires, et Findication 
des distances y amenant alternativement la forme abla- 
tive et la forme accusative, on ne s'aperrut pas de la 
cause qui amenait ces desinences, et plustard, lorsque 
aucune preposition ne commandait plus l'accusatif ou 
l'ablatif, on maintint encore s aux noms de lieu qui 
avaient et6 mis a ces cas. De la l'orthographe des 
noms du Mans, de Tours, Poitiers, Angers et bien 
d'autres. » 

L'origine de cet s n'est-elle pas cependant plus simple? 
Remarquons que s entre precisement dans les noms de 
ville oul'ethniquearemplac6 le nom primitif de Yurbs. 
Amiens, par exemple, c'est Ambiahensis urbs , expres- 
sion qui s'est substitute a ■Samarobriva ; Angers est de 
Andecavensis urbs, mis au lieu de Julfotnagus; Poitiers, 



( 340 ) 

Pictavensis urbs an lieu tie Limonum; Chartres, Carnu- 
tensis urbs, ail lieu (V A ut victim; le Mans, Cenomnnensis 
urbs, pour Subdinnum, etc. Ne faut-il pas croire alors 
que s est tout bonnement le reste de la forme adjective 
qu'avait dans le principe le nom du chef-lieu de la cite? 
s final dans Orleans est evideminent le reste de la ter- 
minaison Jurdiancnsis urbs, par lequel on designait 
Genabum; s de l'adjectif s'est certainement conserved 
dans Thiers {Tigernense castellum), Viviers (livarien- 
sis urbs). 

La civitas a, dans C6sar, un sens clair et precis : elle 
d6signe l'6tendue d'un pays occupe par un raeme peuple, 
par une meme nation, ayant son chef et son gouverne- 
ment. C'est ence sens que Strabon nous a dit que, sur l'au- 
teldeLyon, etaient representees les statues de 60 cit6s 
de la Gaule. C6sar, dans ses Commcntaires en enumere 
88, etlageographie de Ptol6m6e en mwitionneOO. Mais 
plus tard, ce sens s' altera, etdans Gregoire, on trouve 
le mot tour a tour enqdoye sous son acception primi- 
tive ou avec celui de ville. M. Jacobs aurait pu noter 
la cause de cette confusion, line fois que les empereurs 
romains eurent divis6 la Gaule en un nombre d6termin6 
de cH'/tatcs, ayant chacune son chef-lieu, cette ville 
capitale (urbs, caput) finit par devenir la personni- 
fication de la civiias meme. La se tcnaient en effet 
les magistrats de la cit6 {civitas) : on etait done natu- 
rellement conduit a employer le mot chn'tas pour la ville 
si6ge de son gouvernement. Et une fois que ce mot eut 
6te" appliqu6 aux villes chefs-lieu, lorsque la division 
en cU'itates eut disparu, il fut abusivement attribue" i 
toutes les villes importantcs. Le mot ciiutas , en 



( 341 ) 
effet, de meme que le grec irdXi? ne signifiait rien autre 
chose quece que nous appellerions aujourd'hui etat ou 
au moins commune. Un phenomene inverse conduisit 
Gregoire et ses contemporains a attribuer au mot urbs, 
le sens d'etat ou de territoire, emploi inexact que 
M. Jacobs a signale. 

Les Latins out designe en Gaule, sous le nom d'op- 
pidum ce que les Celtes appelaient vraisemblablement 
caer ou /cer, c'est-a-dire une locality fortifiee par la 
nature ou par l'art ; ce que les Allemantls nomment 
Burg. Plusieurs passages des Commentaires nous pre- 
sented en effet le mot oppidum, employe dans le sens 
de lieu fort et defendu [locus munitus); mais comme 
la plupart des villes gauloises etaient placees sur des 
hauteurs escarpeesou d'un acces difficile, oppidum fut, 
pour les Gallo-Romains, tout afaitsynonyme de ville ; et 
il est facile de s'expliquer comment on l'etendit ensuite 
au territoire de la ville elle-meme, au pays dont cet 
oppidum etait la localite principale, ainsi que le mon- 
trent les passages recueillis par M. Jacobs. Toutefois, 
ajoute-t-il, 1' emploi A'oppidunt comme territoire est 
beaucoup plus rare que celui des mots urbs et civitas 
dans la meme acception. 

Une remarque du jeune et savant geographe confirme 
mon observation, c'est que les mots ch'itas et urbs ne 
designent generalement que des villes 6piscopales ; 
car, en effet, c' etait toujours au chef-lieu de la civil as 
que le siege de l'eveche avait ete etabli. 

Castrum et castellum indiquent des places fortes ou 
fortifiees. M. Jacobs a raison ; mais il aurait pu ajouter 
une remarque, c'est que 1' emploi de ces mots s' etait, 



( m ) 

au temps dc la domination imperiale, exclusivement 
applique a ilcs localites fortifiers par lea Remains? tan- 
dis que Yoppidum, e'etait la l'orteresse gauloise etablie 
g6neralement au sommet d'un dunam, (elles que l'an- 
cienne Bibracte au mont Beuvray, l'ancienne Gergovia 
au mont Georgoie, l'ancicn Lugdunum sur les hauteurs 
de Fourvieres. De la, il suit que presque tous les en- 
droits qui portent les noms de c/tasic/ier, chastelet, 
eateiet, sont d'anciens camps remains, ainsi quele d6- 
montrent les antiquites qu'on y a gen6ralement reu- 
contrees. M. Jacobs note une seule localite que Gr6- 
goire de Tours appelle indifleremment castrum ou vicus, 
e'est Chinon. Quelle en est la cause? C'est quel'ancien 
vicus gaulois avait recu un castrum latin, destine" sans 
doute a defendre les bords de la Vienne. « Fkus, ecrit 
encore M. Jacobs, indique une locality un peu plus im- 
portante que le mot villa; il y a meme des vici consi- 
derables ; de ce nombre etait Aquis Neri, lieu celebre 
au temps des Romains, comme on petit le voir par la 
table de Peutinger et les itineraires. » A quoi cela te- 
nait-il ? A ce que les dqu.ee Neri\ autrement dit Neris, 
avaient et6 dans le principe un simple -vicus, qui garda 
son nom, meme apres etre devenu une ville j de eaeme 
qu'en Angleterre, on voit de grandes cites, telles que 
Liverpool conserver leur primitive denomination de 
borough. Gregoire fait quelquefois de vieus le sjnonjme 
de domus. Dans cet ecliange d'acceptions, je crois 
qu'on ne saurait 1' accuser d'ignorance de la langue 
latine; si Ton se reporte au sens primitif du mot, re- 
pondant au grec oTxo,-, on voit qu'il signiliait un lieu 
habiteou un ensemble d'habitations ; voila pourquoi, a 



( 3/|3 ) 

Rome, il s'appliquait a la division par quartiers ; et dans 
taceron, comme dans Horace, on le trouve pris avec l'ac- 
ception de ferme et de propriete rurale. II est vrai que, 
pour la Ganle, la confusion 6tait plus facheuse, parce 
que les Romains s'etaient g6n6ralement servis de ce 
mot pour designer un simple bourg, tandis que villa, 
domus, d6signaient de plus petites locality, le premier 
mot s'appliquant a un endroit ouetait une exploitation 
rurale et le dernier pouvant designer un simple hameau. 
M. Jacobs a tres bien fait voir le sens de/iscns, qui d6- 
signait une terre d'une 6tendue quelquefois conside- 
rable, appartenant auroi, ou plustard simplement pos- 
s6dee par une abbaye ou un particulier. 

Prcedium, dans Gregoire de Tours, signifie une ferme, 

un bien rural; hospitium, hospitiotum, d6signe les plus 

petits endroits, les demeures isolees ; et cette acception 

nous montre que le voyageur attard6 6tait presque tou- 

jours sur d'y trouver l'hospitalite. L' ' hospitiolum de- 

venait quelquefois une celta , cellula , quant un saint 

pretre y fixait sa demeure. Enfin les mots de casa , 

colouica, curds, villa; e, res, potestas, locellus, sitas, 

mansio, mausus, matisellus, designaient des biens ru- 

raux plus ou moins considerables, et out donne" nais- 

sance aux noms de localites Chaise, Cheseaux, Casal, 

Cliazal, Colonge, Coulange, Pillars, Villiers,Mas, Cow- 

tenay, etc. , et aux terminaisons en court, si fr6quentes 

dans la Lorraine et la Picardie. Ces noms g6n6riques , 

de meme que ceux de Firmitates {Fertes) et Motce 

(Mottes, Mothes) , n'apparaissent q u' a la period e franque 

' et carlovingienne. 

Le mot territorium comporte une idee assez vaste ; 



( SAA ) 

c'est le territoire de la cite (civitas); inais, parfois l'ap- 
plication en est restreinte a une simple portion de ter- 
ritoire. Terminus et finis, par une derivation facile a 
concevoir, ont joint an sens de limite, celui de territoire 
meme. Toutefois, le mot finis s'appliquait rarement a 
1' ensemble du territoire de la cite. 11 n'appartient guere 
a la langue de Gregoire de Tours. C'est surtout a par- 
tir de la seconde moitie du vrsiecle, que son apparition 
clevient frequente ; on le rencontre presque a chaque 
page des dipl6mes. Ager devicnt posterieurement un 
synonyme des memes mots ; il est a la villa ce que le ter- 
ritorium est a la cit6. Dans des documents contempo- 
rains de Gregoire de Tours, subarbium comporte quel- 
quefois une acception territoriale assez etendue. Le 
mot bannus est le petit territoire dependant d'une loca- 
lity, et nous en avons conserve 1' application dans le 
terme de banlieue. Condeda est une tres petite circon- 
scription territoriale. Marckia etconfinia sont les memes 
mots ([ue/inis et terminus, designant a la fois les limites 
et leur contenu. 

Toutefois je remarquerai que, dans les noms de lieux, 
le motjinis, altere sous les formes de/ins,Jismes, /tains, 
p/inn, etc., s' applique presque toujours a une localite 
situee sur la front iere d'un pagus ou d'une a vitas , 
comme le prouve la comparaison des itineraires romains 
et des voies actuelles. 

Une incertitude, toute semblable a cellos que M. Ja- 
cobs signale dans l'emploi des mots precedents, se re- 
trouve dans les termes de diocajsis et parochia. Ledio- 
ca'sis n'est parfois, dans Gregoire de Tours, comme 
dans les canons des conciles, qu'une simple paroisse, 



( .V|5 ) 

et par centre, parrochia se dit quelquefois d'un eveche. 
11 estun point de la geographieecclesiastiquedes Gaules 
sur lequel l'auteur de la these a fait une remarque des 
plus importantes. C'est qu'au vi e et vii" siecles, il n'y 
avait qu'un senl archidiacre par cite on diocese , en 
sorte que la subdivision des dioceses en archidiacones 
doit etre regardee comrae posterieure aux Merovin- 
giens. Cette origine relativement moderne des archi- 
diacones, leur enleve beaucoup d'importance historique, 
car, deslors, ilsne peuventplus s'ofTrir comme une con- 
secration- ecclesiastique de la subdivision de la civitas, 
devenue diocese, en pagi, ainsi que l'avaientinduinent 
suppose plusieurs geographes. En dehors du diocese, 
aucune division adoptee parl'Eglisene peuf etre regar- 
dee comme ayant un caractere ethnologique. Au temps 
de Gregoire de Tours, des archipretres, des pretres et 
quelquefois de simples diacres 6taient repartis dans les 
bourgs et les chateaux. 

Cette observation de M. Jacobs , appuyee sur un 
grand nombre de faits, nous montre malheureusement 
combien il est difficile de retablir la circonsciiption des 
anciens pagi. Ce mot pagus lui-meme, qui a donne 
naissance a notre francais/?rnw, n'a plus, sous les M6- 
rovingiens, le moindre sens precis. Tantot il designe 
le territoire du plus mince vicus, de la plus simple villa ; 
tantot il represente une subdivision de la civitas, et 
parfois aussi la civitas tout entiere; enfin, on en fait 
encore usage avec le sens generique de contree. Au 
milieu de tant d'incoherence et de confusion, ecrit 
M. Jacobs, il m'a semble qu'on ne devait pas accep- 
ter la division erf pagi majores et pagi minores, repon- 

XVI. NOVEMBBE. 3. 23 



( 346 ) 

dant, ceux-ci a des cit6s, ceux-la a des fractions de 
rite's, si on l'accepte comme une classification rigou- 
reuse et precise r6pondant a un systeme administratif 
d6termine\ C'est ce que le savant docteur a 6tabli de 
la rnaniere la plus incontestable. Ainsi, a l'epoque 
mGrovingienne, la subdivision des civitates en pagi„ si 
claire et si precise au temps de Cesar, n'aplusaucune 
existence legale, et Ton est r£duit, comme de nos jours, 
a en chercber la trace dans des appellations locales et 
dans la configuration du terrain. Get ancien ypoguj, dont 
nous ne savons plus le noni celtique, avait a la fois un 
caractere ethnologique et geographique. Ln pffuple 
s'6tait can tonne" clans une region de la Gaule qui avait 
ses limites naturelles, et il avait finipar constituer une 
petite nation dans la grande. Sous la domination ro- 
maine, les pagi avaient leurconseil et leur administra- 
tion, qui ressortissaient de 1' administration de la cite a 
la tete de laquelle 6taient places des decemvirs, un 
defensor et un ordo. Les magistri pagorum avaient la 
surveillance sp6ciale de l'entretien des routes vicinales 
et des fournitures dues aux gens de guerre et aux agents 
de 1' administration dans leurs voyages. On voit par le 
code theodosien, que ces magistri recurent plustard le 
titre de prcepositi (pr6v6ts) , avec une extension d' attri- 
butions fiscales. 

M. Jacobs a justement rappele la liaison etroite qui 
existait entre les pagi romains, dont une bonne partie 
est devenue autant depays de nos provinces, et les re- 
gions physiques et geologiques , dans lesquelles la 
France se decompose. Cette observation a ete" signalee 
pour la premiere fois, a propos de la Seine-Inferieurc, 



( 317 ) 

par un geologue des plus distingues, M. Antoine Passy. 
Pour quiconque a parcouru la France autrement que 
sur les routes et dans les chemins de fer, le fait est 
Evident. Les changementstlu terrain expliquent les dif- 
ferences de denomination et l'existence de circon- 
scriptions qui peuvent de prime abord paraitre arbi- 
traires. Lepays de Bray forme, dans la haute Normandie, 
comme une ile allongee de gres vert au milieu d'un 
territoire calcaire ; le Boulonais se detache des ter- 
rains tertiaires de l'Artois , dont le separent ses 
collines de gres jurassique ; la Brie tranche par son 
sol miocene avec les terrains cr6tac6s de la Cham- 
pagne ; l'Argonne forme une longue zone de gres vert, 
qui sert a la fois de frontiere aux plaines crayeuses 
de la Champagne, et au sol solitique superieur du Bar- 
rois et de la Lorraine ; le Morvan est un massif por- 
phyritique et granitique isole des terrains voisins. 
L'Aunis se separepar son sol jurassique, des gres verts 
et des couches miocenes de la Saintonge, etc. 

Je ne suivrai pas M. Jacobs dans les int£ressants de- 
tails qu'il donne sur les dues et les patrices, sur les 
comitis et les rectores, sur les vicarii et les judiees loci. 
Ces points appartiennent plutot a Fhistoire de 1' admi- 
nistration dans la Gaule, qu'a la geographie propre- 
ment dite. J'ai hate d'arriver a l'explication des noms 
de lieux, mentionnes dans Gregoire de Tours, et qui 
forment la partie la plus g6ographique de la these. 
C'estun repertoire excellent, dress6avec une attention 
scrupuleuseet seme d'indications courtes, mais toujours 
substantielles. Comme un compte rendu tel, quecelui- 
m. ci, perd beaucoup de son interet, quand on ne l'entre- 



( 3/iS ) 

Diele pas tie quelques observations critiques, je me vols 
reduit a relever dcs points insignifiants et a epiloguer 
sur les mots ; car je ne puis ici discuter chaque nom. 
Une liste de la nature de celle dont je parle, serait 
d'ailleurs plus tongue a analyser qu'a transcrire ; on 
ne pourrait quedetruire l'ordre alphabetique et substi- 
tuer de longues phrases aux indications nettes et pre- 
cises dont M. Jacobs accompagne chaque mot. Voici 
done quelques reflexions qui me sont suggerees par 
certains mots du recueil : 

A 1' article Carbonaria sylva,M. Jacobs nous (lit que 
la foret Charbonniere, contigue a celles de Guise et dcs 
Ardennes, £tait, comme elle, un vestige de la portion 
de la foret Hercynie situeeen Gaule. lime semblequc 
e'est etendrecette foret unpeu loin. LeRhin a toujours 
et6, entre les forets de la Germanie et celles de la Gaule, 
une barriere natnrelle et infranchissable. Aucune des- 
cription de la Germanic, donnee par les anciens, n'in- 
dique que la vaste foret des Irderines se joignit, ou fut 
meine contigue, a la foret Hercynie. Les bords du 
Rhin6taientd«''ja habites et defrich6s en partie, au temps 
ou Cesar et Tacite nous parlent de cette t^nebreuse re- 
traite ombragee, situee au ceiitre de la Germanie. 

M. Jacobs reconnait dans le Fabrensispagus, le pays 
de Woevre. Ce pagus n'6tait dans le principe qu'une 
foret; comme l'indiquc son nom, Car il est anoter (pie 
ce nom est porte en France par un grand nombre de 
forets, laforetde Vocvrcen Angoumois, celle de Gavrc 
en Bretagne, la foret delaVaur enLanguedoc, etc. Le 
pays de WoCvre etait done le pendant de celuides Srl- 
vanectcs, et il devait son nom a la vaste zone forestiere 



( 349 ) 

dont il est encore possible de tracer les anciennes li- 
mites. Le nom de Vabres que porte une ville du depar- 
tement du Tarn, parait avoir la meme cHymologie ; 
M. Jacobs place Vabrcnse castrum a Ville-en-Woevre, 
mais il propose cette assimilation avec reserve, man- 
quant, pour l'appuyer, d'autorit6s sufiisantes. 

M. Jacobs se d em ancle si le Coresius Incus, dont parle 
Gregoire de Tours, ne serait pas le lac de Come. Je ne 
crois j)as que cette appellation puisse convenir a un 
lac d'ou sort une riviere aussi considerable que 1' Adda : 
Gregoire n'aurait pu la designer par 1' expression de 
parvus quidamfluvius sed profundus. Cenom me semble- 
rait mieux applique" au lac de Varese d'ou s'eehappe 
un cours d'eau tres rapide et tres pro fond, mais d'un 
mince debit, qui va se jeter clans le lac Majeur. Et je 
me demande meme, si au lieu de Coresius, ce ne serait 
pas Varesius qu'il faudrait lire. 

Parmi les assimilations que clonne M. Jacobs, j'ai 
et6 tres frappe* de celle de Rotomagus avec Ruan-sur- 
Indre. II est fort curieux de voir trois villes du nom de 
Rotomagus, arriver par voie d' alteration, a prendre 
des noms presque semblables et cependant assez di(T6 - 
rents du mot gaulois : Rouen, Roanne et Ruan. Cela 
nous prouve que le mot magus ne se prononcait pas 
habituellement, et qu'on disait simplement Rotoin, 
d'oule t seratombe, suivant la regie gene>ale observ6e 
dans notre langue.. 

C'est la en meme temps une preuve que le mot magus 
avait, par lui-meme, un sens en celtique et n'6tait 
pas une simple terminaison geograpbique. Dans son 
introduction, M. Jacobs traduit ce mot par « camp. » 



( 350 ) 

Je ne crois pas que ce sens soit exact. La oil nous 
voyons dc veritables oppida gaulois, des acropoles 
fortifies, lemnt magus n'est pas employ^ ; tandis qu'il 
est constamment applique a des villes situ6es sur des 
rivieres navigables, ou au bord de la mer. J'incline done 
a croire que le mot magus signifiait un port ou une 
plage, et non un camp sur une hauteur, idee pour la- 
qucllc le mot dunum me paralt avoir et6 reserve. Ce mot 
Magus, mag, devait repondre a l'anglais haven, II est a 
noter que tontes les villes ou entre le mot magus, etaient 
des entrepots de commerce sur le Rhin, la Meuse, la 
Seine, l'Oise, la Maine, l'Ocean, etc. 

La these de M. Jacobs est accompagnee d'une excel- 
lente carte dress6e par lui, doimant, d'apres Gr^goire 
de Tours, la Gaule au vi e siecle. 

Une commission a et6 nommee par Son Excellence 
M. lc ministre de V/instruction publique pour dresser 
une carte des Gaules, ou plutOt trois cartes des Gaules. 
La troisieme devra representor la France sous les der- 
niers Merovingiens. Nul liomme n'est plus en 6tat d'ac- 
complir cette tache que M. Alfred Jacobs ; aussi la 
Commission a-t-elle exprime le vtcu de voir ce savant 
associe a ses travaux. M. le ministre de I'instruction 
publique a accueilli le vo3ii de la Commission, et je ne 
doutc- pas que le contours du jeune g^ographe ne con- 
tribue notablcment a 1'heurense execution de l'oeuvre 
dont il est des aujourd'hui un des collaborateurs. 

Alfred Mauuy. 



( 351 ) 



RAPPORT 



Sur l'ouvrage intitule : Guyane francaise ; ses limites 

vers £ Amazone, 

Par M. A. de Saint-Qoamiih. 



II y a trois ans, j'ai eu l'honneur de donner a la 
Societe une courte notice sur 1* ensemble des connais- 
sances acquises sur la Guyane francaise jusqu'a la fin 
de 1855. Depuis cette date, j'ai pu noter au passage 
plusieurs publications import antes, auxquelles la geo- 
graphic de notre colonie doit de ne pas rester au-des- 
sous de celle des Guyanes anglaise ethollandaise. Sans 
parler d'une discussion toute recente, soutenue des 
deux cotes avec une erudition et une dialectique que la 
Societe a pu apprecier, je citerai en premiere ligne 
1' exploration de la riviere de la Comte par M. Carpen- 
tier : les voyages dans l'Oyapocket l'Ouassa par M. de 
la Monderie, et enfin l'excellente brochure dont j'ai a 
m'occuper ici. 

Le livre de M. de Saint-Quantin nous interesse a 
trois points de vue : la g^ographie historique et diplo- 
matique, la geographie pure, la cartographie. Je ne 
veux citer les deux premieres parties que pour les si- 
gnaler com me un resume sobre, net et savant des 
questions relatives a la Guyane. La solution proposee 
par l'auteur pour la fameuse question de la riviere Vin- 
cent Pinzon s'appuie sur un fait de g6ographie physique, 
le changement de coursde l'Araouari, hypothese a la- 
quellenous nousetionsrallied'abord, mais surlaquelle, 



(352 ) 

depuis, les explications de M. da Silva ont modifie nos 
premieres idees. 

Je passe maintenant k la grande carte qui me semble 
la partie la plus neuve et la plus pratiquement utile du 
travail de M. de Saint-Quantin. C'est la seule qui nous 
donne sur une grande echelle, un trace complet des 
terres basses comprises entre l'Oyapoek. et l'Araouari. 
Deja, en 1830, M. Reynaud avait public au BalletiadQ 
la Societ6 une carte fortbien faite d'unc portion de ce 
pays qu'il avait visitee pendant les grandes eaux. 
M. "Walckenaer, et apres lui le depot de la marine 
avaient public la carte du lac Mapa et des environs : 
enfin, M. de la Monderie dans son petit livre precite, 
complete les notions de M. Reynaud sur le bassin de 
l'Ouassa. Le trace de M. de Saint-Quantin reproduitles 
meilleurs releves manuscrits que nous commissions et 
y ajoute, notamment pour les environs de l'Araouari, 
des indications nouvelles : nous regrettons seulement 
que l'auteur n'ait pas indique dans une note les mate- 
riaux qu'il a mis en ccuvre, et s'il a opere d' apres des 
traces conserves aux archives de Cayenne ou d'apres 
ses propres travaux, ce qui nous parait le plus probable. 
Nous connaissons pour notre part tout ce que possedent 
sur la Guyane le depot de la marine, le ministers des 
colonies et le departement des cartes de la Bibliotbeque 
imperiale, et nous avons trouve dans la carte de M. de 
Saint-Quantin beaucouj) de choses neuves, notamment 
la bizarre topographie de i'ile Maracaqui, a 1'exception 
d'un bouquet de boiscouvrant un Hot de terres bautes, 
est presque toujours sous les eaux. 

De l'Oyapock a l'Amazonc, le terrain peut se divi- 
ser en trois etages ou zones paralleles a. la mer : la plus 



( 353 ) 

basse et la plus longue tie ces zones est celle des terres 
noyees, la plus haute est celle des montagnes boisees, 
tandis qu'unebande interm6diaire, celle des savanes et 
des forets inferieures, relie les deux autres entre elles. 
Les fleuves qui prennent leur source sur le premier 
etage, descendent au second par des sauts et des ra- 
pides dont trois ou quatre seulement sont connus vers 
le micli : distincts dans la partie haute de leurs cours, 
ils communiquent plus bas entre eux par des marigots 
qui ne sont guere qua l'etat d'hypothese. 

Je me permettrai, en terminant, quelques objections : 
M. de Saint-Quantin me semble avoir beaucoup exag&'e" 
l'etendue du bassin de l'Ouassa et la longueur des rivieres 
qui le parcourent. Je sais que pour adresser une critique 
semblable a un travail execute sur le terrain dans les 
meilleures conditions d' exactitude, il faut des autorites 
d'une valeur egale, et s'il se peut supeneure. Jem'ap- 
puie de MM. de la Monderie et Reynaud : le second 
est hydrographe, et le premier, bien qu'il ne se donne 
pas pour geographe proprement dit, aprouve par 1'in- 
terressante esquisse qu'il nous adonnee des terrains ou 
Ton trouve la salsepareille que la topograplne est loin 
de lui etre etrangere. Si M. de Saint-Quantiu a raison, 
les deux autres voyageurs ont tort, ce qu'on admettra 
tres diflicilement quand on aura vu le travail minutieu- 
sement detaille de M. Reynaud dont 1* original existe 
dans nos archives. Ce n'est pas tout : si le bassin de 
l'Ouassa s'etend a plusieurs minutes au sud du 3 e pa- 
rallele nord, il ne reste a l'auteur qu'une largeur de 
quatre lieues au plus pour le bassin du Cachipour. 
Celui-ci est un flenve d'une largeur a peu pres ^gale a 
l'Araouari, d'un debit d'eau qui parait considerable, et 



( 356 ) 

ne peut guere utrc dissimule" si facilement. Pour lui 
trouver une place dans son trace\ lauteur s'est vu forc6 
de modifier considerablement le trace de son embou- 
chure, releve parM. Tardy de Montravel dans sa belle 
carte de la cute comprise entre Cayenne et le Cap 
Nord. A ces trois autorites, nous ne tenons pasaajou- 
ter celle d'un croquis manuscrit, sans nom d'auteur, 
paraissant avoir un siecle de date, mais ne donnant 
malheureusement ni 6chelle ni gradation. Ce croquis, 
qui existe au dtipot de la marine, parait l'couvre d'un 
colon ou d'un officier colonial qui auraremonte l'Ouassa 
etses affluents apeupres jusqu'aux points connus au- 
jourd'hui : il est curieux en cela qu'il indique la position 
de beaucoup de tribus indigenes, disparues aujour- 
d'hui, avec les beaux 6tablissements de MM. Pomme 
et Flamand. Les Portugais du Para, dans leurs razzias 
out enleve les premieres et detruit les seconds. Quant 
au grand lac poissonneux appele par la carte manuscrite 
Tapamourou, et Marawini par M. de la Monderie, sa 
position exacte reste encore a de" terminer ainsi que sa 
communication supposes avec l'Ouassa. 

En attendant qu'une to])Ographie plus detaille"e et 
plus arretee nous permette de prononcer sur ce point, 
nous devons regarder l'esquisse de M. de Saint-Quan- 
tin comme plus qu'hypothe'tique pour ce qui regarde 
l'Ouassa et le Cachipour : mais son erreur fut-elle 
constatee, elle ne pourrait nous empecher de rendre 
justice k un travail qui, a part son int^ret historique, 
fait faire un pas enorme a la geographie d'une colo- 
nic dontl'etude a etc abandonn6e depuis trop long temps 
au zele individuel des colons et de quelques voyag eurs. 

G. Lejean. 



( 355 ) 
Nouvellcs et communications. 



MERS ARCTIQUES. 



NOUVELLES DU FOX ENVOYE A LA RECHERCHE DES NAV1RES 
DE SIR JOHN FRANKLIN. 

COMMUNIQUEES PAR M. DE LA ROQUETTE, 
Vice - president Ue la Societe' de Geograpbie. 



La Society n' ignore pas quele capitaine M' Clintock, 
si honorablement connu par ses explorations dans les 
mers arctiques, pendant lesquelles il a deploye tant 
d'intrepidit6 , de sang-froid et de science nautique, 
commande le yacht Fox que lady Franklin a expedie 
au mois de juillet 1857, a la recherche des debris de 
1' expedition dirigee par son illustre et infortune mari. 
Elle n'a pas oublie' que depuis son depart, ce capitaine 
a ecrit en Angleterre plusieurs lettres qui ont 6t6 in- 
s6rees dans le Bulletin, et que celles qui furent adress6es 
par luiau capitaine Collinson les 5 et 1!\ mai 1858 de 
Holstenborg et cle File Disco, ont apprisqued'enormes 
banquises de glaces et des glaces brisees, etc. , ne lui 
ayant pas permis d'atteindre le deHroit de Barrow, il 
dut revenir sur ses pas ; mais que loin de renoncer a 
ses premiers projets, en se laissant rebuter par les 
obstacles inattendus qu'il avait rencontres, il conser- 
vait toujours la ferme intention d'en poursuivre l'ex6- 
cution, et tout espoir de reussir. 



( 350 ) 
Vous verrez, messieurs, par la derniere letlre que le 
capitalne M' Clintock a ecrite le 26 juillet, au ills du 
feu sir J. Barrow, le celebre secretaire do l'amiraute, 
et dont vous trouverez ci-apres la traduction, lettrequi 
m'a ete communiquee presque en meme temps par lady 
Franklin et par M. John Brown, auquel on doit un 
beau travail sur 1' ensemble des expeditions arctiques, 
que le courageux marin s'est deja rapproche du detroit 
dc Lancaster, et que tout faitesperer que les premieres 
nouvelles qu'il donnera nous apprendront qu'il a attoint 
l'ile Beechey, d'ou il doit continue* sa route au sud- 
ouest, route qua suivie tres probablement sir John 
Franklin. 

« Fox, yacht arctiquc pres la baie Pontl, 
2G juillet (1858J. 

i) Mon cher Barrow, 
»> Jc ne puis laisser passer la derniere occasion peut- 
etre d'ecrire en Angle terre, sans vous adresser quel- 
queslignes. Si vous permettez avotre memoircde vous 
faire un peu defaut et si vous laissez glisser de c6te 
l'annee qui vient de s'ecouler, vous conq^rendrez exac- 
tement quelle est ma position. La principale difference 
consiste en ce que je suis maintenant en vue de la baie 
Pond, et que je n'ai point a surmonter la terrible glace 
du milieu de la mer de Baffin. Nous avions atteint 
le cap York le -2(5 juin, ce qu'on doit consid6rer comme 
un fait tres precoce ; Petersen (1) eut dans cet endroit 

(1) Ce Danois, en ce moment I'lnterpretc de 1'cxpedition du capi- 
tainc M' Clintock, a cxercc les memes fonctions aupres du D' Kane. 



( 357 ) 
une entrevue avec ses anciens amis, les mpntagnards 
arctiques. Le pauvre Hans (l'Esquimau qui aocompagna 
1' expedition du D r Kane et resta en arriere) s'6tait avance 
jusqu'au Whale sound; il s'y est marie, mais n'a point 
d'enfants et il est malheureux parce qu'il ne peut re- 
tourner au Groenland. 

» On n'a pas encore trouv6 cette annee d'eau libre dans 
la direction du nord ou de l'ouest, au moins posterieu- 
rement au 20 juin. Toutela baie de Baffin, depuis File 
Hackluyt jusqu'a notre position, est remplie de glace 
legereet tres brisee, mais offrant toujours autantd' ob- 
stacles a la navigation que si elle a lit conserve sa 
constitution bivernale. L'ete est chaud, mais ce qui 
manque e'est une succession de gros vents pour clias- 
ser la glace. Quoiquil y ait deja un mois que nous 
ayons cotoye le cap York, ce n'est qu'aujourd'hui qu'il 
nous a ett: possible de parvenir jusqu'ici. 

» II est tout a fait impossible de dire quel pourraetre 
l'etat du detroit de Barrow dans un mois, ou meme 
dans une quinzaine de jours. Je ne suis point porte a 
imaginer des difficultes, aussi ne pr6voii - ai-je j^as de 
mal snr l'etat present des choses. Vous savez que la 
premiere semaine de septembre equivaut a toute la sai- 
son prise dans son ensemble, et comme nous sommes 
ici pour en prendre avantage, nos cbances ne doivent 
en aucune maniere etre consider6es comme mediocres. 
Apres avoir olTtenu des naturels de la baie Pond tous 
les renseignements possibles sur les navires ou les 
equipages, etc., pour lesquels ils ont merite une en- 
tiere confiance depuis 18/i*2, jc me propose de faire 
tout ce qui dependra de moi pour atteindre 1' ile Beechey , 



( 35S ) 

afinde poursuivre en suite le but de mon voyage. Vous 
etes parlaitement au courant de tout cela. Je suis cer- 
tain que vous serez chanue d'apprendro avee quelle 
genexosite les capitaines baleiniers ont agi a not re 
egard, en nous fournissant des pommes de terre, de 
la bierc, des provisions et meme une certaine quan- 
tity de viande de bccuf fraiche. 

» Nous n'avons pu communiquer avec plusieurs de ces 
baleiniers, par suite denotre vif empressenient a nous 
remettre en route, mais ce n'est aucunement leur faute 
si nous n'avons pas recu une plus grande quantite de 
provisions. Je suis heureux d'avoir k vous dire que le 
Fox est aussi solide et aussi bien 6quip6 que lorsque 
nous avons quitte l'Angleterre, et que nous jouissons 
tous d'une excellente sante. Je me propose, par raesure 
de precaution, de prendre a monbord, al'ile Beechey, 
toutes les autres provisions qui pourront nous etre ne- 
cessaires dans le cas ou not re absence se prolongerait 
au delk de l'annee prochaine. Mais je n'ai pas l'inten- 
tion, comme vous devez vous rappeler que je m'en suis 
expliqu6 au moment de mon depart, d'exposer mes 
compagnons au risque d'etre forces de passer un troi- 
sifeme hiver, si l'objet de mon voyage peut etre assure 
sans cela. Je les aime tous, ils sont tout de coeur a 
l'ouvrage, et meritentmon entiere confiance. 

» Pres du cap Horsburgli nous avons communique 
avec les naturels qui 6taien1 a Port-Dundas a l'epoque 
de la visite du Phvenix.Le vieux chefse rappelait parfai- 
tement le nomdu capitain elnglefield. Pendant les deux 
demieres annees, trois de lcurs families ont reside sur 
Point- Beatrice. — Pauvres isoles, heureux infortunesl 



( 359 ) 

» Si j'apprends quelque chose d'interessant a labaie 
Pond, je tacherai certainement de rencontrer quelqiies- 
uns des baleiniers le long de la cote vers le sud, pour 
faire parvenir des renseignements en Angleterre. 

» Adieu pour le moment, et croyez-moi toujours, mon 
chez Barrow, votre affectionne, etc. 

» Signe : F. L. M' Clintock. » 

MM. W. Brown, Atkinson et O ont ecrit de Hull le 
l"-octobre dernier, a l'editeur du Times la lettre sui- 
vante : 

(i Monsieur, 

» Nous croyons devoir vous informer que notrebalei- 
nier a helice, Diana, capitaine John Gravill, arrive au- 
jourd'hui du detroit de Davis, a laisse le Fox a la partie 
septentrionale de la baie Pond, le 28 juillet, et qu'il a 
apporte en Angleterre, pour les amis du capitaine et 
des officiers de ce navire, plnsieurs caisses contenant 
quelques specimens d'histoire naturelle, etc., ainsi 
qu'un grand nombre de lettres qui ont ete mises a la 
poste aujourd'hui. 

» Le capitaine Gravill a revu le Fox le 3 aout toujours 
a la hauteur de la baie Pond. Le capitaine M' Clintock 
ayant appris des naturels qu'il y avait eu un naufrage 
dans ces parages, ne voulait pas les quitter pour se 
rendre a l'ile Beechey avant d' avoir recueilli d'amples 
informations a ce sujet, etc. , etc. » 

Deux lettres particulieres, que le capitaine M' Clin- 



( 360 ) 

tock a 6criles, les 6 ct 24 inai 1858 d'Holstenborg et 
de Godhavn (I) port de l'fle Disco, a lady Franklin et 
dont die a bien voulu me donner communication pen- 
dant le court sejour quelle vient de f aire a Paris, font 
connaitre les contrarieties tpie le commandant du Fox 
a eprouvees par suite de 1' accumulation des glaces qui, 
I'empechant de s'avancer dans le detroit de Lancaster, 
l'ont force de retrograde! vers les etablissements danois. 
Get oflicier se loue extremement de l'obligeance et de 
la generosity de M. Olricli, inspecteur du Groenland 
septentrional, ainsi que des baleiniers qu'il acu l'occa- 
sion de rencontrer. Ilaprisason borddeux Esquimaux 
intelligent^ et des chiens du pays, en sorte que Petersen, 
qui commande la brigade des naturels, se trouve avoir 
aujourd'liui sous sesordres outre les Esquimaux amies 
de fusils, ayant avec eux leurs kayacks, un traineau 
groenlandaisetunetrentaine de chiens environ. Suivanl 
le capitaine M' Clintock la sante de son equipage est 
parfaite, et tous ses compagnons sont animes des meil- 
leures dispositions; il s'est procure du ptarmigan, du 
poisson, de la biere, etc., enfm ce qui peut etre neces- 
suire pour un second hivernage ; et il a tout espoir 
d'atteindre bicntot Tile lJcccliey on il completera ses 
provisions, et de poursuivre heureusement l'exexution 
de son projet. I). L. R. 

(1) Celui que les Auglais appcllcnt presque toujuurs Lively, 



( 361 ) 
LETTRE 

A M. LE PnESIDENT DE LA SOCIETE DE GEOGRAPHIE, 

SUR LE VOYAGE DU R. P. LEON DES AVANCHERS, 
SUR LA COTE DE ZANZIBAR. 



Dans une lettre datee de Zanzibar, 8 mai 1857 
(1858 ?) et que j'ai recne a la fin du mois dernier, le 
R. P. Leon des Avanchers, missionnaire franciscain, 
me mande ce qui suit : 

«Lors demon dernier voyage sur la cote, ay ant recueilli 
des renseignementstresprecieux, je vous ecris, afin que 
vous puissiez les confronter avec ceux que vous avez re- 
cueillis a Inarya. Jevous dirai d'abord que je suis ici 
comme delegue de Mgr Massaja, pour ouvrirunevoiede 
communication entre Kaffa et la cote. C4ette voie existe. 
De Brawaon va en douze jours a Louk-Ganane et en douze 
autres jours de Ganane a Kaffa. Pres de Louk, sontles 
Boren Galla. A cinq jours de Ganane, sur le chemin de 
Kaffa sont les Sidama : une de ces tribus a des livres 
et une langue ecrite en caracteres difl'erents de l'arabe 
et de l'ethiopien. Je suppose que ces tribus sont chre- 
tiennes. De la, on va cbez les Roocha, chez les Woromai, 
que je crois etre le pays de YV alamo, et de la a Kaffa. 
» Au sud de Kaffa, sont les Siajani Galla. lis occupent 
le haut des diverses branches du Jub, dont les trois 
principales sont le Dawaro, le Jub et le Wabi. Au sud 
des Siajani, a douze jours de Kaffa sont les Amara et 
les Konso. Ces deux tribus sont presque blanches : elles 

XVI. NOVEMBRE. !\. 2/l 



( 362 ) 

ont des villes et des villages, cultivent la terre, et onl 
des livres ecrits. Elles doivent babiter entre le 2 C et le 
3' degr6 de latitude nord. Les musulmans ne peuvent 
entrer dans ce pays. Je crois egalement que ces peuples 
sont les debris de l'ancienne eglise ethiopienne. Di verses 
autres tribus de couleur rouge, tributaire des Amara, 
habitent plus pres de l'equatenr. A cinq jours des 
Amara est un grand lac d'ou sort un des affluents du 
Nil, probablement le Saubat. Je viens de dresser une 
carte de tous ces lieux : si cela peut vous faire plaisir, 
je vous en enverrai une copie... » 

« Les capitaines Burton et Speke viennent d'arriver 
sur le grand lac africain ; nous avons recu de leurs 
nouvelles; ils sont maintenant occupes a le parcourir. 
lis disent qu'ils seront de retour ici a Zanzibar, dans le 
mois de septembre. 

)) Je ne partirai pour les Boren Galla, que dans sept a 
buit mois : je m'occupe maintenant a elever une eglise 
et un bopital ici... Je pense dans cinq a six mois avoir 
un livre en langue sidama. » 

Le missionnaire qui a ecrit cette lettre est certaine- 
ment 1'un des plus intelligents qui aient encore visite 
1' Alrique orientale. Dans toute l'Ethiopie, le mot Amara, 
nom de tribu d'abord, purs d'un district situe a Test du 
Gojjam, est aussi applique aux chretiens relativement 
tres civilises, c'est-a-dire qui ont des livres, des 
eglises et des pretres. C'esten ce sens qu'on I' applique 
aussi au Gurage, et en opposition aux Sidama, nom par 
lequel les Galla designent les cbretiens sans ]>retres, 
c'est-i-dire les habitants (It 1 kall'a, Kullo, Gobo, les 
Gonga ou Sinico, etc. 11 est a remarquer que le R. P. Leon 



t 



( 363 ) 

donne le nom de Dawaro a ime riviere. J'ai entendu 
employer ce mot comme nom de la langue de Kullo et 
de Walamo, tandis que les anciennes annales 6thio- 
piennes entendent par Dawaro unevaste region, etque 
les traditions du Dambya comprennent par la un habi- 
tant d'un pays au snd du Sawa. Les synonymies sont 
le fleau de la geographie par oui'-dire ; mais il est 
remarquable que le zel6 disciple de saint Francois ait 
recueilli a Zanzibar plusieurs noms connus dans les 
environs de Inarya. 

Le P. L6on des Avanchers termine sa lettre en me 
demandant des instruments pour determiner ses posi- 
tions. Je les lui ai exp&lies a 1' exception d'un chrono- 
metre, instrument cher et d6licat qu'il est toujours im- 
prudent d'envoyer dans une caisse qui voyagera a la 
garde de Dieu, et Dieu seul sait en quelles mains. 

Agreez, etc. 

Antoine d'Abbadie. 

Munich, 30 aoutl858. 



( 364 ) 
Actes tie la Society. 

EXTRA1TS DES FROCKS -VERBAUX DES STANCES. 



Seance du 15 octobre 1858. 

M. Antoine d'Abbadie adresse k la Societe la copie 
d'une lettre cpi'il a recue du Rev. P. Leon des Avan- 
chers, missionnaire franciscain, en date de Zanzibar, 
8 mai 1857 (1858?). (Voir ci-dessus au Bulletin). Le 
P. Leon des Avancbers exprimantle desir d'etre admis 
au nombre des correspondants de la Societe, M. le pre- 
sident fait observer que le nombre fixe pour les corres- 
pondants est atteint ; un membre propose d'augmenter 
ce nombre ouderayer de la listeles correspondants qui 
ont cesse, depuis plusieurs annees, d'entretenir des rela- 
tions avec la Societe. — Renvoi de cette proposition k 
la section de correspondance. 

M. Rousset, medecin a Frasne (Doubs), 6crit a la 
Societe pour lui presenter un resume des avantages qui 
r6sulteraient d'un voyage qu'il se propose de faire dans 
I'AsieMineure avec un savant orientaliste,M. leD'Poyt, 
etabli a Smyrne. M. Rousset prie la Societe de lui don- 
ner des instructions ct sollicite son appui aupres de 
M. le ministre de l'instruction publiquc pour l'execu- 
tion de cette mission scicntifique. — Renvoi k la section 
de correspondance. 

M. le comte de Castelnau annoncc k la Society son 
changement de residence de Cape Town k Siam ou il 



( 365 ) 

va remplir les fonctions de consul. La region qu'il doit 
visiter est encore peu connue, et il desire recevoir les 
instructions de la Societe" sur les recherches les plus 
utiles a faire dans l'interet dela geographic — Renvoi 
a la section de correspondance. 

M. de Cordova remercie la Societe de 1'accueil qu'elle 
a bien voulu faire a son ouvrage sur le Texas et il lui 
annonce le prochain envoi de sa carte de cette contr^e. 

La Society royale de Londres adresse a la Societe la 
suite de ses M6inoires. 

La Societe" imperiale des sciences naturellesde Cher- 
bourg adresse le V e volume de ses inemoires et demande 
leur echange avec le Bulletin de la Society. — Renvoi 
a la section de coinptabilite. 

M. Joniard depose sur le bureau une lettre et une 
note de M. Squier sur le chemin de fer de Hondu- 
ras, et il communique une lettre de la Society geogra- 
phique imperiale de Russie contenant des remerci- 
ments pour le titre de correspondant etranger confere 
a M. Lamansky pendant sa mission en France. Lemeine 
membre annonce que l'amiraute' anglaise vient de pu- 
blier une carte de l'ile de Perim, sous le nom de 
M. H. Lambe, a la date de 1857. Cette carte, a grands 
points et riche de details topographiques, donne la 
cote d' Arabie, de maniere a bien faire connaitre la petite 
passe qui a moinsd'un milleetun quart. Lessondage 
sont marques en tres grand nombre dans le port et dan 
la rade ainsi que toutes les altitudes des differen 
points de l'ile de P6rim. 

M. le secretaire communique la liste des ouvrages 
d6pos6s sur le bureau. Plusieurs autres ouvrages, dont 
les titres seront inscrits sur la liste gen£rale, sont offerts 



( 360 ) 

par MM. d'Avezac, Buisson, Guerin, Jomard et de La 
Roquette. Ge dernier, en ofl'rant 1'ouvrage de M. Ra- 
venstein, intitule : A statistic view of the papulation, 
the religions et languages of Europe, etc. , presente une 
analyse dece livre. — Renvoi au Bulletin. — M. Lejean 
est prie de rendre compte de 1'ouvrage de M. de Saint- 
Quantin sur la Guyane franc.aise. 

M. Jomard, en pr6sentant la carte de la Nouvelle- 
Grenade de feu M. le g6n6ral Acosta, avec quelques mo- 
difications de M. Samper, be:iu-fils du general, ajoute 
queM. Codazzi, anteur de la grande carte de Venezuela 
par provinces, est appele par le gouvernement de la 
Nouvelle-Grenade pour ex6cuter un travail analogue. 

Le meme membre offre a la Society, de la part de 
M. l'abbe Boilat, de Saint-Louis du Senegal, sa gram- 
maire woloffe, imprimee a l'imprimerie imperiale, et il 
expose, a cette occasion, plusieurs reflexions sur les 
langues de l'Afrique septentrionale. 

_M. Alfred Maury fait un rapport sur la Geographic 
lie Gregoire de Tours et sur la Ganle de i ' Anonym e de 
luH'enne, qui font le sujet des deux theses olfertes a la 
derniere stance par M. Alfred Jacobs. A ce propos, 
M. d'Avezac rappelle l'existence de plusieurs manu- 
scrits plus ou moins entiers, dont il serait intdressant 
de retrouver les traces, notainiiient celle du nianuscrit 
de la bibliothefjue Ambrosienne de Milan. — Ce rapport 
sera insere dans le prochain numero du Bulletin. 



Seance du 5 novembre 1858. 
M. le ministre de Hanovre adresse a la Societe la 



( 3(57 ) 

2 C livraison de ia carte hypsographique de 1' Europe 
centrale, par M. le major Papen, et M. le ministre de la 
guerre la remercie de 1' envoi quelle lui a fait, au nom 
de l'auteur, de dix exemplaires de la meme livraison. 

M. le ministre de la guerre, a la Haye, adresse a la 
Societe deux nouvelles feuilles de la carte topographique 
et militaire des Pays-Bas, executee par l'etat-major 
neerlandais. 

L' Academic royale des Sciences de Berlin envoie la 
suite de ses Memoires. 

M. A. Snider Pellegrini fait hommage de l'ouvrage 
qu'il vient de publier sous le titre de VOrigih'e de 
I'Amerique et de ses habitants prim itifs, ouvrage qui est 
le fruit de ses recherches et de ses meditations sur les 
lieux. L'auteur craint, toutefois, que son opinion sur la 
question delicate de 1' antique formation clu grand con- 
tinent americain ne soit pas partagee par tous les esprits. 
Dans cette prevision, au lieu defaire un ouvrage special 
sur I'Amerique, il a du remonter plus haut, et partant 
de l'origine meme des etres, suivantun systemequi lui 
a paru le plus positif dans le champ des probabilites, 
il a donne a son livre pour titre general, celui de la 
Creation et ses my s teres de'voiles. — M. Alfred Maury est 
pri6 de rendre compte de cet ouvrage. 

M. de La Pioquette communique des renseignements 
qu'il vient de recevoir sur 1' expedition du capitaine 
M' Clintock, commandant le Fox, yacht envoye dans 
les mers arctiques par lady Franklin a la recherche des 
navires 1' Erebus et la Terror et de leurs equipages. — 
Renvoi au Bulletin. 

Le meme membre communique une lettre de M. Ro- 
bert Schlagintweit dementant la nouvelle qui avait ete 



( 3(38 ) 

repandue de la mort de M. Adolplie Schlagintweit •, 
mais il fait observer qu'il y a maintenant plus d'une 
annee que Ton u'a recu de nouvelles du voyageur, et 
celles qui out ete transiuises iudirectement sont de na- 
ture a inspirer de vives inquietudes. 

M. de laRoquetteannonceeusuite,d'apres ime lettre 
de Turin, en date du 25 octobre, que Mgr Mas- 
saja, sujet sarde , vicaire apostolique des Gallas, a 
ecrit le 21 fevrier 1858 de Lagamara-Gemma, dont il 
place la position au 8° degre de latitude nord et au 
35« degre de lougitude sans indiqucr ;\ partir de quel 
meridiem Mgr Massaja a ete tres bien accueilli par les 
princes de Kafl'a, de Rullo, de W alamo, de Enuera, etc. 
La Societ6 apprend avec un vif regret la mort de 
madame IdaPfeiiTer, celebre par sesnombreux voyages, 
et elle invite M. le secretaire general a consacrer une 
notice a sa memoire dans le coinpte rendu des travaux 
de la Societe. 

M. Georges Pouchet, naturaliste, et M. Jose-Maria 
Samper sont presentes comme candidats pour faire 
partie de la Societe, le premier par MAI. Alfred Maury 
et Malte-Brun, etle second par MM. Jomard et Gamier. 
M. le secretaire communique la liste des cartes et 
des livres deposes sur le bureau. La Commission cen- 
trale renvoie a M. Malte-Brun, pour en rendre compte, 
les nouvelles cartes ofTertes a la Societe par M. le 
D r Kiepert, et la Geographie de M. Joly, professeur a 
l'Atheneede Bruxelles. Le meme membrc depose sur le 
bureau une carte de l'Afnquc septentrionale etcentrale 
dont il est l'auteuret sur laquelle il a indique la route, 
jusqu'a present connue, suivie par le D r Ed. Yogcl 
dans son exploration. M. Malte-Brun entre dans quel- 



( 369 ) 

ques details sur les materiaux dont il s'est servi pour 
dresser cette carte, qui est principalement basee sur 
les soixante positions delerminees astronomiquement 
par le D r Ed. Vogel. 

M. Cortambert entretient la Societe" d' un globe ter- 
restre en carton dont les auteurs, MM. Desbais et Har- 
reaux, ontentrepris de dessiner la voute celeste dans la 
concavite de leur globe terrestre, de facon a ce que 
ce globe puisse offrir a l'instruction un double avantage. 
M. Deshais, present a la stance, fait bommage de son 
globe terrestre divisible ; M. Cortambert est prie de 
faire un rapport sur ce globe. 

MM. Lounnand, Jomard et de La Roquette citent a 
cette occasion plusieurs globes celestes quiont et6 exe- 
cutes d'apres un systeme analogue a celui qu'ont adopte 
MM. Deshais et Harreaux. 

Sur le rapport de la section de comptabilite, la Com- 
mission centrale accepte l'echange de son Bulletin avec 
le journal VInstitut et les Meinoires de la Societe des 
sciences naturelles de Cherbourg. 

M. Lejean fait un rapport sur le memoire de M. de 
Saint-Quantin, relatif aux limites de la Guyane. M. le 
chevalier da Silva presente plusieurs observations au 
sujet de ce memoire. 

M. de Courval communique la relation d'un voyage 
qu'il a fait de Massawah a Bender par le pays de Barca.. 
Cette relation et la carte qui l'accompagne sont ren- 
voyees au Bulletin. 



( 370 ) 
OUVRAGES OFFERTS A LA SOCIETE. 

SE/YNCES DOCTOISRE ET NOVEMfiRE 1858. 



EUROPE. 
Tilres des ouvrages. Donaleurs. 

Corografia ipsometrica dell' Eridano, par RobcrloSava. Torino, is:. 7, 

br. in-8. M. R. Sava. 

A statistic view of the population, the religions et languages of Europe, 

Transcaucasia aud Turkey in Asia in 1855. ByE. Ravenstein, in-4. 

M. Ravenstein. 
ASIE. 

Geological papers on Western India, including Catch, Siude, and the 
south-east coast of Arabia; to which is appended a summary of the 
geology of India generally. Edited for the government by Henry 
J.Carter, assistant surgeon H. C. S. Bombay. With an atlas of maps 
and plates. Bombay, 1857, 1 vol in-4, et 1 vol. iu-fol. 

M. Henry Carter. 

Culture des tabacs en Orient, avec des reflexions sur l'usage du tabac 
et du tumbac dans cette contre'e, et descontes arabes sur la pipe, 
par Ch. Ed. Guys, ancieu consul dc France dans le Levant. Mar- 
seille, 1858, br. in-8. M. Ch. E. Guts. 

AFRIQTJE. 

Le canal de Suez, episode de Fhistoire du xix c siecle, par Ernest Des- 

places. Paris, 1858, 1 vol. lti-12. M. E. Desplaces. 

Politique colouiale de la France. — La Colonic du Seagal, par Jules 

Duval. (Extrait de la Kevue des Deux- Mondes) . Paris, 1858, br. 

in-8. M.J. Duval. 

Notes sur la faune du Soudan, par M. Henri Aucapitaine. (Quelques 

pages extraites du Bulletin dc la Socie'le zoologique d'acclimalation.) 

M. Aucapitaine. 
Resume' historique de ['exploration faite dans FAfrique centralc de> 

de 1855 a 1856, par le D' Edouard Vogel, par V. A. Malte-Brun. 

Paris, 1858, 1 vol. in-8. M. Malte-Brun. 



( 371 ) 

AMERIQUE. 

Tilres des ouvrayes. Donateurs. 

Les Voyages de Amenc Vespuce au compte de l'Espagne et les mesures 
itineVaires employees par les^arins cspagaols et portugais des xv* 
et xvi e siecles, pour faire suite aux Considerations ge^ographiques 
sur rhistoirc du Br«?siJ, etc., par M. d'Avezac. Paris, 1858, 
* vol. in-8. M. D'Avezac. 

Novoorbe serafico brasilico, ou chronica dos frades menores da pro- 
vincia do Brasil, porFr.. Antonio de Santa-Maria .laboatam, irapressa 
em Lisboa em 1761, e reimpressa per ordem do Instituto historico 
e geograBco brasileiro. Vol. I, Rio de Janeiro, 1858. 

Institut geogr. duBresil. 
Guyane franchise, ses limites vers I'Amazone, par A.deSaint-Quantin, 
chef de bataillon du gdnie, avec 8 cartes explicatives. Paris, 185S, 
in-8. M. de Saint-Quantw. 

Reports of explorations and surveys, to ascertain the most practicable 
and economical route for a railroad from the Mississippi river to 
the Pacific Ocean, made under the direction of the secretary of war 
in 1853-1856. Vol. 1I-VI1I. 

Le secret, de la guerre des Etats-Unis. 
Maps and views to accompagny Message and documents, 1855-1856. 
Washington, 1856, in i. —Message and documents, 1857-1858. 
Washington 1858, 3 vol, in-8. — Report on commerce and navi- 
gation of the United States, for the year 1857. Washington, 1857, 
1 vol. in-8. Institut Smithsonien. 

Report of the superintendent of the Coast Survey, showing the progress 
of the survey during the year 1856. Washington, 1856, 1 vol. in-i. 
— Tide tables, for the use of navigators, prepared from the coast 
survey observations by A. D. Bache, superintendent, br. in-8. - 
On the heights of the tides of the United Slates, from observations 
in the coast survey, with a plate, by A. D. Bache, superintendent, 
br. in-8. U. S. Coast Survey. 

Statistical report on the sickness and mortality in the army of the Uni- 
ted States. Prepared under the direction of Thomas Lawson M. D. 
Surgeon gCn^ral. Washington, 1840, 1 vol. in-8. — Statistical re- 



( S72 ) 

Titres des ouvrages. Donateurs. 

port on the sickness and mortality in the army of the United Stales, 
compiled from the records of the surgeon general's office, embracing 
a period of sixteen years, from 1839 to 1853. Prepared under the 
direction of brevet brigadier general Thomas Lawson, surgeon ge- 
neral U. S. A. by Richard EL Coolidge, M. D. Washington, 1836, 
1 vol. in- 4. — Meteorological register for the years from 1826 to 
lSi2 inclusive, compiled from observations made by the surgeons 
of the army and others at the military posts of the U. S. prepared 
under the direction of Thomas Lawson, surgeon geucral U. S. A. 
Philadelphia, 1840, 1851, 2 vol. in-8. — Army meteorological re- 
gister, from 1813 to 1834, inclusive, compiled from observations 
made by the officers of the medical department of the army at the 
military posts of the U. S. prepared under the direction of brevet 
brigadier general Thomas Lawson, surgeon general U. S. A.Was- 
hington, 1833, 1 vol. iu-4. Surgeon general's office. 

Annual report of lieutenant colonel J. D. Graham U. S. A. on the 
harbors of Lake Michigan. Chicago, 1857, in-8. 

M. LE COLONEL GRAHAM. 

Letter of lieutenant G. K. W r arren, top. Eng. relative to his explora- 
tions of Nebraska territory. Washington, 1858, br. in-8. 

M. le lielt. Warren. 

Remains of domestic animals discovered amoug Post-Pleiocene Fossils 
in South-Carolina, by Francis S. Holmes, A. M. Charleston, 1858, 
br. in-8. M. Francis Holmes. 

Annual report of the controllers of the public schools on the lirst 
school district of Pennsylvania, comprising the city of Philadelphia, 
for the year 185", with their accounts. Philadelphia, 1858, in-8. 

Central School of Puiladelpuia. 

Percement dc I'isthme de Panama, par le canal de Nicaragua, par 
M. Felix Belly. Imposition de la questiou. Paris, 1858, 1 vol. in-8, 
avec une carte. M. Bellv. 

ATLAS ET CARTES. 

Carte topographique et militaire des Pays-Bas, au 1/50000% feuille27 
Hattem, ct fcuille 38 Gorinchem. 

Le MiNisr. de la guerre des Pays-Bas. 



( 373 ) 

Tilres des ouvrages. Donateurs* 

Karte des Nbrdlicheu tropischen America. A new Map of Tropical- 
America north of the Equator comprising the West-Indies, Central- 
America, Mexico, New-Granada and Venezuela composed with the 
help of all cartographic and litterary materials hitherto published 
and dedicated by permission His Excellency baron Alexander von 
Humboldt, by H. Kiepert. Berlin, J 858, 6 feuilles. — Neuc Karte 
von Mittel-America. A New Map of Central-America drawn with 
the help of all recent surveys and other itinerary materials hitherto 
published by H. Kiepert. Berlin, 1858, 4 feuilles. — Carte de 
l'isthme de Panama et de Darien et de la province de Choco, rd- 
duite d'apres le dessin original de M. Augustin Codazzi, colonel au 
corps des ingenieurs de la rtfpublique de la Nouvclle-Grenade. 
Rddigee par Henri Kiepert. Berlin, 1S57, 2 feuilles. — Karte von 
Armenicn, Kurdistan und Azerbeidschan, in vier Blatter. Anschluss 
an die IV Westlichen und mittlercn Blatter der Karte von Klein- 
Aisien, entworfen und bearbeitet 1852-1855, von D r Heinrich Kie- 
pert. Berlin, 1858, 4 feuilles. M. Henri Kiepert. 

Aug. Papeu's Hoeheuschiehten-Karte von Central Europa, 12 Blatter. 
Verlag des geographischen Instituts in Frankfurt a M. unter Direc- 
tion von Aug. Ravensiein, 1858, feuilles 2, 4,7 et9. M. A. Papen. 

Mapa de la Repnblica de la Nueva-Granada, dedicado al baron de Hum- 
boldt a quien deben los primeiros conocimientos geograficos y gco- 
lojicos positivos de este vasto territorio por el coroucl de artilleria 
Joaquin Acosta, 1847, 1/2,700,000°. Arreglada al sistema federal 
de 1858, por J. M. Samper. 1 feuille. M. J. M. Samper. 

Carte des Etats scaudinaves (n° 16 de I'atlas universel, publie par 
M. Andriveau-Goujon). 1858, 1 feuille. M. Andriveac. 

Carte de l'Afrique et carte de I'Asie avec notices par M. Dufour (Atlas 
universel public' par MM. Paulin et Lechevalier). 1858, 2 feuilles. 

MM. Paulin et Lechevalier. 

Plan of the town and environs of Jerusalem constructed from the en- 
glish ordnance- survey and measurements of D r T.Tobler, by C.W. 
M. van de Vclde, with Memoir by D' T. Tobler. Gotha, 1858, 
1 feuille et texte in-i. M. Justus Perthes. 

Carte d'une partie dc 1'Afrique septentriouale et centrale pour suivre 



( M ) 

Titres dcs ouwages. Donateurs. 

les explorations du D r Edouard Vogel, de 1S53 a 1856, par V.-A. 

Malte Urun. 1858,1 feuille. M. V.-A. Malte-Brun. 

Carte de I'empire d'Anuam, Tonkin ct Cochinchine, pour servir a 

I'histoire des missions de la Compaguic dc Jesus. 1858, 1 feuille. 

Le R. P. de Montezon. 
Maury's wind and current charts. Gales iu the Atlantic. \Yashington, 

1857, in-4 de 12 cartes. Observatoire national. 

OUVRAGES GENERAUX, MELANGES. 

Analyse de 1'histoire de Tart judaique de M. de Saulcy, membre de 
lTnstitut, par M. Gueriu, agr£g6 etdocteur es lettrcs. Paris, 1858, 
br. iu-8. M. V. Guehin. 

De la pluralite des races humaines, cssai anthropologiquc, parGeorges 
Pouchet. Paris, 1858, 1 vol. iu-8. M. G. Poucuet. 

La Creation et ses mysteres devoile's, ouvrage ou Ton expose claire- 
nicnt la nature de tous les etres, les elements dout ils sont compo- 
ses et leurs rapports avee le globe et les astres, la nature et la si- 
tuation du feu du soleil, l'origine de l'Anierique et de ses babilauts 
primitifs, la formation forced de nouvelles planetes, l'origine des 
laugues et les causes de la varied des physionomies, lecompte cou- 
rant de l'homme avec la terre, etc., avec dix gravurcs, par A. Sni- 
der. Paris, 1858, 1 vol. in-8. M. A. Snider. 

Exposd me'thodique et raisonne de geographic physique et politique 
par Th. Joly, licenci6 es lettres, professeur a 1'Athgnee royal dc 
Bruxelles, 4" Edition. Paris et Bruxelles, 1356, 1 vol. in-12. — 
Abreg6 de geographic me'thodique ct raisonuee, par Th.Joly, 
Paris et Bruxelles, 1858. — Atlas classiquc de gdographie moderne, 
contcnant les Dgures dcs animaux et des plantcs les plus reniar- 
quables de chaque pays, a l'usage de l'enseiguement secondaire, 
par Th. July. Paris et Bruxelles, 1858, in-fol. M.Tn. July. 

De la formation dcs oolithes ct des masses nodulaires en geue'ral. — 
Observations sur un terrain d'origine metdoriquc ou de transport 
aCricu qui existe au Mcxiquc, et sur le phdnomeue des Irurnbes de 
poussiere auquel il doit principalemeut son origine. — Nouvelles 



( 375 ) 

Titres des ouvrages. Donateurs. 

observations sur le m^tamorphsime normal, par M. Virlet d'Aoust 
(Extraits du Bulletin cle la Societe ge'ulogique de France). 

M. Virlet d'Aoust. 

Tables, meteorological and physical, prepared for 'the Smithsonian 
Institution, by Arnold Guyot, professor of geology and physical 
geography. Second edition. Washington, 1858,1 vol. iu-8. — Meteo- 
rology in the connexion with agriculture, by professor Joseph-Henry, 
secretary of the Smithsonian Institution. Washington, 1858, br. 
in 8. — Annual Report of the Board of Regents of the Smithsonian 
Institution, for the year 185(5. Washington, 1857, 1 vol. in-8. 

Institut Smithsonien. 

memoir.es des academies et SOClfiTES savantes, 

RECUEILS PERIODIQUES. 

Philosophical transactions of the Royal Society of London, 1858, iu-4. 

— Proceedings of the Royal Society, vol. IX, n ' 30 et 31.— Pro- 
ceedings of the royal geographical Society of London, vol. II, n° s 34 
et 35, 1858. — Abhandlungen der Kbnigliehen Akademie der 
Wissenschafteu zu Berlin, aus dem Jahre 1857. 1 vol in-4. — 
Monatsbericht der KiJnig. Preuss. Akademieder Wissenschafteu zu 
Berlin, janvier-juiu 1858. — Zeitschrift ftir allgemeine Erdkunde, 
juin, juillet, aout. — Zeitschrift der deutschen morgenlandischen 
Gesellschaft, 3 e cahier de 1858 et table des dix premiers volumes. 

— Mitthcilungen ilber wichtige neue Erforschungen auf dem Ge- 
satnmtgebiete der Geographie vou D r A. Petermann, n os 5 a 8. 

— The journal of the Bombay Branch of the royal asiatic Society, 
juillet 1857. — The journal of the Indian Archipelago and Eastern 
Asia, vol. II, n° 3, 1857. — Rcvista trimensal do Instituto histo- 
rico e geografico do Brazil, 7 cah. — Journal of the Franklin insti- 
tute of the state of Pennsylvania, aout, septembre et octobre. — 
The Canadian journal of industry, science and art, juillet. — Pro- 
ceedings of the American philosophical Society, 4 nnmeros. — Boston 
journal of natural history, vol. VI, n° 4. — Proceedings of Boston 
Society natural history, feuilles 11-22. — Proceedings of the ame- 
rican Academy of arts and sciences, fin du vol. Ill et commeuce- 
ment du vol. IV. — The transactions of the Academy of science of 



( 376 ) 

St-Louis, 1858, vol. I, n" 2. — Anales dp la Universidad de Chile, 
annec 1856. — Indice jcueral de los Anales dc la Universidad de 
Chile, desde 1843 hasta 1855, par D. Ramon Brisefio. — Revista 
de cienciai i letras de Chile. Tomo I, n° 1. — Annalesdu coninieree 
exterieur, juillet, aout et septenibre 1858. — Nouvelles annales des 
voyages, septenibre et oetobrc 1858. — Journal asiatique, tome XI, 
1858. — Revue colonialc, aout et seplembre 1858. — Revue de 
1 Orient, de FAIgerie ct des colonies, aout 1858. — Bulletin de la 
SocieHe impe"rialc zoologique d'acclimalation, juillet aout et sep- 
tenibre, 1858. — Bulletin de la Societe ge'ologique dc France, sep- 
tenibre. — Annnaire de la Societe: mete'orologiquc de France, aout 
et scptembre, 1858, et tables. — Nouveau journal des connais- 
sances utiles, aout scptembre et octobre 185S. — L'Inge'nieur, re- 
vue scientiliquc et critique des travaux publics et dc Findustrie, 
aout et septenibre 1858. — Annates de la propagation de la Foi, 
septenibre 1858. — Journal d'i'ducation populaire, juillet, aout, 
scptembre et octobre, 1858. — Travaux de 1' Academic imperiale 
de Reims, volumes XXV et XXVI.— Meuioire* de la Societe' impc- 
riale des sciences naturelles de Cherbourg, tome V, 1857. — Me- 
moires de la Society d'agriculture, des sciences, arts et belles-lettres 
du departement de FAubc, tome IX, 2° serie, 1858. — Bulletin 
mensucl de la Society d'agriculture et de commerce de Caen, Jan- 
vier a septenibre 1858. — Aunales dc la Socidte d'agriculture, arts 
et commerce de la Charente, 1" ct 2 e trimestres, 1858. — L'lsthmc 
de Suez, journal de l'union des deux mers, n°* 52 5 58. — L'Espe- 
rancc, journal grcc, 8 numeros. 




/r?ij>. B m**fo ftp* &, r . Intoin^ /'• 



JW/.Y.. '•...,.,/-,. MM) 




Jfimamitm 



(' II A N G A I. I. A S 



BULLETIN 



DE LA 



SOClETE DE GEOGRAPHIE. 



DECEMBRE 1858. 



Memoires, etc. 



Assetnblee generate du 3 deccmbre 1858. 



DISCOURS DE M. DE LA ROQUETTE, 

VICE-PRESIDENT DE LA SOCIETE. 

Messieurs, 

Un eminent personnage, M. le general de division 
etsenateur Daumas, appele recemmentpar l'empereur 
an commandement superieur du camp de Lunevilie, 
n'a pu prolonger son sejour a Paris et pr6sider cette 
assemblee. 

Nous sommes done prives de sa presence et je le re- 
grette aussi vivement que vous, messieurs, malgr6 
l'honneur que j'ai de le remplacer. Je le regrette d'au- 
tant plus que M. le general Daumas, dont les savants 
ecrits prouvent combien il connait l'Algerie a tous les 
points de vue, avait, je crois, 1' intention de vous entre- 

XVI. DEGEMHBE. 1. 25 



( 37S ) 

tenir plus specialement de cette interessante colonic, 
aujourd'hui partie integrants de la France. 

Ne pouvant m'elever a la hauteur des apercus el do* 
considerations qu'aurait mis sous vos yeux M. le ge- 
neral Daunias, je me resigne, messieurs, a rester dans 
une sphere plus modeste. 

Depuis votre derniere reunion generate la geographic 
a fait de remarquables progres, et l'avenir semble en 
proinettre de bien plus grands encore. 

De quelque cote que nous jetions en eflet les yeux, 
nous apercevons des voyageurs de toutes les nations, 
distingues par leur talent, leur perseverance et leur 
intrepidity, explorant les differentes parties du globe. 

Bientot, nous pouvons l'esperer, depuis les contrees 
brulantes et inhospitalieres de cette Afrique, si l'atale 
a taut d'hommes illustres et devoues a la science, jus- 
qu'aux regions voisines du pole arctique, que de secrets 
n'auront-ils pas ete devoiles ! 

Tout semble concourir a justifier notre espoir. 

Les graves evenements qui viennent de se passer, 
comme ceux qui se passent ence moment presquesous 
nos yeux, promettent aussi a la geographic de nom- 
breusesconquetesdontriiumanitetoutentiereprofitera. 

Sans essayer df les ^num^rerd'avance devant vous, 
e me bornerai, messieurs, a citer quelques-uns des 
faits les plus saillants : 

Les pays si etendus et jusqu'ici a pen pies deserts, 
qu'arrose le grand fleuve Amour ou Segh alien, passes, 
depuis quclques mois a peine, sous la domination de la 
Russie, sont deja parcourus par d'iniatigables investi- 
gateurs; le Japon ne tient plus ses portes fermees anx 
peuples de 1' Occident; 



( 379 ) 

Les glorieux faits d'armes dont les mers de Chine 
ont ete et seront peut-etre encore ies temoins nous 
ouvrent de vastes horizons ; 

Et d'intrepides voyageurs se preparent, je n'en cloute 
pas, a faire de Canton et deTourane les points de ral- 
liement de leurs explorations, dont les r6sultats accroi- 
tront le domaine de la science, aussi bien que celui de 
1' Industrie et du commerce. 

D'un autre cot6, les communications entre les pays 
les plus eloignes, deja si ameliores de nos jours par ces 
r£seaux de fer qui ne tarderont pas a couvrir toute la 
surface de la terre, et par les prodiges de 1' electricity, 
vont devenir encore plus faciles et plus fructueuses, 
lorsquele canal qui doit couper 1'isthnie de Suez unira 
la Mediterranee a la rner Rouge ; et que nous pourrons 
voir des navires de toute dimension franchissant 
risthme de Panama, portion la plus orientale du grand 
isthme de l'Amerique centrale, par un autre large et 
profond canal sans ec/uses, tel que le desire le vene- 
rable Humboldt (1), ne faisant pour ainsi dire qu'une 
seule mer de Toenail Atlantique et de l'ocean Pacifique. 

J'ai cru devoir, messieurs, me bonier a ces genera- 
lites, et laisser au secretaire general de votre Commis- 
sion centrale, que vous allez bientot entendre, le soin 
de vous exposer en detail, infiniment mieux que je n'au- 
rais pu le faire, les acquisitions de la G6ographie pen- 
dant l'annee 1858. 

(1) Lettre dcrite de Berlin le 27 Janvier 1856, par M. le baron de 
Humboldt a M. F. Kellcy ; et Considerations on the great Istlimus of 
central America, by Capt. R. Fit/.-Roy (Journal of the royal geogra- 
phical Society, vol. XX, 1851, p. 161, 178 et ISO. 



( 380 ) 

COUP D'OEIL SIR L'lLE FORMOSE, 
a l'occasion d'une carte chinoise de cette ii.e, 

APPORTEE PAR M. DE MONTIGNY, 

Consul g^ndral dc France, mcnibre de la Socie^e" (1). 



Au moment ou 1' empire de la Chine s'ouvre en fin au 
commerce de 1' Europe, ou des traites serieux assurent 
a la France, a 1' Angleterre et a d'autres nations la s6cu- 
rit6 des relations commerciales et politiques avec ce 
vaste empire, il n'est pas inutile de jeter un coup d'ceil 
retrospectif sur une ile qui en est voisine, l'ile Formose, 
la isla Hermosa, qui malgre la beaut6 de son climat et 
la richesse de ses productions est encore si mal con- 
nue et dont les Chinois n'occupent qu'une partie. II 
n'est pas douteux que cette grande ile recevra bientot 
la visite de nos vaisseaux : c'est pourquoi l'auteur de 
cette notice, ecrite il y a plusieurs annees , presume 
que le moment n'est pas trop defavorablc pour appeler 
sur ce point 1' attention des geographes. 

On ne possede encore sur la topographie de l'ile de 
Formose que des notions incompletes. Suivant la carte 
anglaise par le capitaine Collinson et le lieutenant Gor- 

(1) Cette carte, apporlfe par M. de Montigny, en 185-i, est sans 
doute tres imparfaite, comnie toutes les cartes chinoises, niais ellc fait 
connaitre rintericur de l*llo, dont on ne conoatt que les cotes partielle- 
ment; clle est d'une riche nomenclature et d'une execution assez re- 
marquablc. L'^chclle est d'un peu plus qu'un 400 000', et par conse- 
quent cellcde larc'ductiou a moitie', jointeacette notice, d'un 800 000* 
environ. 



( 381 ) 

don (Londres 1847, amiraute britannique) , cette ile 
est longue du nord au sud, do 3° 24' 1/2 (environ 
205 milles geographiques) , de la pointe Foki a South 
Cape; sa largeur, un peu au nord du mont Morrisson, 
est d' environ 70 milles geographiques. On peut calcu- 
ler, d'apres cette donnee, l'6chelle de la carte chinoise 
de M. de Montigny. 

Les Chinois appellent l'ile Formose, Thai-Ouan (1), 
d'apres le nom d'un port situe- sur la cote orientale de 
l'ile. Mais les Hollandais out appele cette ile Quelong, 
d'apres le nom de Ki-loung, que l'ile recut sous la 
dynastie des Ming. La pointe la plus sud se nomine 
Cha-ma-ky-theou (ou Cha-ma-ky-theu-chan) . 

L'ile comprend quatre cercles ou districts, nomm6s 
Thai'-ouan-hian , Fung-chan-hian , Ria-y-hian (ou Tcheou- 
lo-hian) et Tchang-houa-hien ; hien signifie district. 

La partie la plus fertile est al'occident : c' est la par- 
tie chinoise. 

L'archipel des iles Pescadores, entre Formose et la 
Chine , est frequente" par les Europeans : il s'appelle 
Pheng-hou; les ilqs voisines sont presque d^sertes. 
Dans la carte chinoise, les iles Pescadores sont beau- 
coup trop pres de Formose ; du moins la carte anglaise 
les place a 3(5 milles geographiques de distance. L'ile 
renferme plusieurs bons ports; Thai'-ouan-hien, nom 
de la capitale, est aussi le nom d'un bon et grand port 
de la partie occidentale ou chinoise; les Hollandais 
l'ont possede" : mille batiments y seraient a l'ancre faci- 
lement. Celui de Ki-loung, au nord de l'ile, recoit aussi 

(1) Klaprolh, Memoires relalifs a I'Asie, tome 1". 



( 382 ) 

Irs vaisseauv chbnois : il 6Sl situe a 25" 8' latitude nord. 
L© principaux ports sont done : l"au uonl. ki-loung; 
2° a l'ouest, Tha'i-ouan-hian. Lp$ ;i litres ports SpDl a 
l'est-sud-est , Tayowan ; an sud, Pong-ti, port cliinois 
tres commercant. II y a encore un port au nord, Tani- 
sni, a reinljouchure do la riviere de ce nom, et un 
autre au nord-ouest, Tan-chong-kiang. 

Dans l'ile Fonuose, il y a une chaine tres 61evee et 
neigeuse, dont le point culminant est a 12 000 pieds 
anglais au-dessus de la mer (1), environ 3050 metres; 
ce point est a 1900 toises d'61evatjon, selon, Balbi (en- 
viron 3700 metres). On compte, dans cette chaine, 
dix-huit dillerenls noms de montagnes. Ta-chan, la 
grande montagne, dirigec du sud au nord, a , des comes 
gut out de la neige en novembre et decenibre ; elle est 
habitee par des peuples sauvages. Le mont /'/ir-nan- 
my-chan est couvert de pins. 

La riviere de Nicou-tchas-khy sort d'une montagne 
de la partie chinoise et debouclie dans la baie de Tan- 
choui-kiang; elle est prolbnde et navigable. On compte 
sep| cpurs d'oau dans l'ile Formose. 

A un mille au nord-est, nousavonsvu unpictresre- 
mar(|iial)li'(|iie j'ai nomme le dome, trait leplussaillant 
de la cote. « Jc n'ai vudans tout le terrain du nord-est 
» de l'ile que des sables, meme dans le lit des rivieres 
» et, tout le long de la cote, du corail. » I] y a quehpie 
chose de Crapnanj dans la regularite des collines. 

II y a pen de grand bois de construction; hi plus grande 

(1) D'apres la carle dc Collinson el Gordon, le mont appcle' Mor- 
rison a 10 800 pieds. 



( 383 ) 

partie ties montagnes ne porte que des arbres de me- 
diocre proportion. 

On ne trouve aucun endroit couvert depuis le pic 
Dome jusqu'aupres de la pointe nord-est, a un endroit 
ou est un village de pecheurs ; le lieu est appele par les 
Chinois Petow, c'est-a-dire nez. 

La toute la terre est de gres d'un beau bleu. 

Le seul port que nous ayons decouvert sur la cote 
orientale est celui de So-a-ou, mais il n'est rien moins 
que sur. 

Al'ouest da villagede Ki-loung, dit M. Gordon, j'exa- 
minai le pays dans une etendue de quatre milles dans les 
directions ouest et nord-ouest, et suivis une ligne mon- 
tueuse tombant dans la baie ouest de Ki-loung. La par- 
tie sucl de cette vallee est d'une ressemblance frappante 
avec la chaine qui est a l'ouest de Ki-loung et meme en- 
core plus reguliere, formant une succession de collines 
inclinees d'environ 15° ausud-est. Al'ouest du port de 
Ki-loung la cote offre les memes apparences si remar- 
quables de regularity pendant cinq milles. Le pays a la 
meme apparence de ricbesse et de beaute et semble 
plus peuple et mieux cultive qua Test. 

L'etablissement chinois sur la cote orientale, au point 
le plus sud est par lli' 37' latitude nord, oua 31 milles 
de la pointe nord-est. 

Au midi est une chaine de hautes montagnes perpcn- 
diculaire a la cote, haute d'environ 10000 pieds, s'e- 
tendant au sud et separant la partie chinoise de celle 
qu'habitent les aborigenes. Cette chaine finit a la pointe 
sud de l'lle- 
On sait que la province du Fo-kien est situee a la 



( 384 ) 

partie sud-est de 1' empire (chinois), et que la capitale 
est eloignee tie Peking de 6132 lis. Elle commande a 
dix villes du 1" rang (Fou); deux villes du 2 e rang 
(Tcheou); et a soixante-deux villes de 3 e ordre {I lien). 

A Test, elle va jusqu'a lamer ; a l'ouest, elle s'etend 
jusqu'aux liinites du Kiang-si. Au sud, elle s'etend 
jusqu'aux liinites du Kouang-toung ; au nord, elle s'e- 
tend jusqu'aux liinites du Tche-kiang; au sud-est, 
elle est baignee par la nier. 

La partie occidentale de la ville s'appuie sur line 
montagne. De Test a l'ouest, elle est large de 925 lis ; 
du sud au nord, elle est longue de 1713 lis. 

Le d6partement de Thn'i-ouan ou Tha'i-ouan-jou 
comprend quatre hien (villes de 3" ordre) ; il est situe 
au sud-est du territoire occupe par le magistrat du titre 
de Pou-tchin«-sse. II est suspendu {sic) au milieu des 
mers ; il s'eleve en face des quatre kiun (villes chinoises) 
appel^s Fo-kiun, Hing-kiun, Thsiouen-kiun, Tchang- 
kiun ; a Test s'61event des montagnes ; a l'ouest, il y a 
une double mer ; du sud au nord, il s'etend sur une 
longueur de 1052 lis. 

A Test, s'etend obliqueuient une ligne de montagnes; 
dans ces montagnes se trouvent des cavernes habit6es 
par des barbares indigenes, ou les homines (civilises) 
p6netrent rarement. La porte appelee Lou-eul (oreille 
de cerf) forme le gosier (tic), c'est-a-dire le col, par le- 
quel on y penetre) . Le lac Pong-hou lui sert de barriere 
exterieure. Les bateaux marchands partent d'Amoy 
(Hia-men) pour y arriver. En partant de Ta-tan apres 
avoir fait 7 kengs (420 lis) on arrive a Pong-hou (ou 
lac Pong). De la apres avoir fait h kengs (240 lis), 



( 385 ) 

on arrive a la porte de l'oreille du cerf (Lou-eul-men). 
(La distance n'est pas bien d6terminee). 

Dans les voyages de mer, nn keng compte pour 60 lis. 
On calcule qu'en un jour et une nuit on peut faire 
sur mer 10 keng (600 lis). Lorsque de Tliai-ouan, on 
va a Hia-men (Amoy), on regarde conime favorable 
le vent du sud-est. La couleur des eaux qu'on traverse 
varie sensiblement (litt^ralement , n'est pas une). La 
terre de Thai'-ouan est tres meuble ; il est difficile d'y 
batir des murailles de villes. Par ordre imperial, on y 
a plante" des bambous de l'espece appel^e La-tchou 
(bambous 6pineux ?) pour former des haies et des clo- 
tures solides. On a construit des portes de ville et t)n y a 
6tabli un fort. Dans le terrain qui est impropre a la cul- 
ture, on plante des arbres. 

II y a des torrents profonds, de hautspics et des routes 
impraticables sur les frontieres de Formose ; quant aux 
paysde Ki-lay etSse-po-lan, ils ont 6t6 ouverts peu a 
peu. 

Del'est a l'oueston compte environ 100 lis; du midi 
au sud la distance est de 1700 Us ; a Test elle confine 
Fan-nei-chan ; a l'ouest le lac Pong-liou ; au sud le mont 
Cfia-ma-ki-chan; au nord la ville de Ki-loung-tching. 
De la porte Lo-eul-men pour se rendre par mer a Amoy 
(Fo-kien), on compte 11 kengde mer ; du golfe Lo-tse- 
kiang jusqu'a Thien-kiang^ il y a cinq keng de mer (un 
keng maritime egale 70 lis) , selon une autre estimation. 

La largeur et la longueur totale du pays sont encore 
inconnues. 

Montagues de Formose. — Dans la direction du Fo- 
kien et dela porte On-hou-men, il y a deux montagnes. 



( 386 ) 

L'unc s'a]j]>o!li l Kouang-toung , l' autre Sse-meon : c'esl 
le lieu ou les dragons des montagnes se cachent. Vers 
la mer, on arrive au mont T^ai-ki-loung-chan^ qui a 
un circuit de mille lis environ. Quelquefois on voit 
des valines, d' autr.es. Ibis des plaines; quant aux mon- 
tagnes qui s'y elevent, on nc saurait'les 6num6rer. 

La montagneKlii-pou se joint directcment a Loucon 
(Lou-song). Les bate Hers ont 1'liabitnde dc passer la. 
Ilyaun portappele Koyey-tse-kp (carapace de tortue). 
C'est le lieu ou relachent les grands vaisseaux pousses 
par le vent du nord ; lorsqu'ils vont dans la direction 
du sud, on qu'ils remontent vers l'ouest, ils toucbent 
(atteignent) a l'ile lUpig-teou (a tete rouge). C'est le 
lieu ou se reunissent les barbares. II ne se trouve pas 
encore compris dans les cartes du territoire dc l'ein- 
pire cliinois (e'est-a-dire qu'il ne fait pas encore par- 
tie de la Chine, qu'il n'en depend pas encore). 

Le sol produit du cuivre; aussi tous les ustensiles 
des indigenes sont-ils de cuivre. 

Dans le mont Ta-kang-chan il y a une caverne de 
pierre qu'on ne saurait sonder (a cause de sa profon- 
deur) . 

De la capitale de l'ile Formose, au nord, jusqu'a Kia- 
i-tching, il y a 105 lis. 

De Kia-i-lching, au nord, en allant jusqu'a Tchang- 
hoa-tching, on pompte 107 lis; au midi, en allant a la 
capitale, on compte cent cinq lis. 

De Tchang-hoa, au nord, jusqu'a Tan-fang-so, ily a 
155 lis; au midi, de Tchang-hoa a Ivia-i-tching, il y a 
107 lis. 

De Tan-fang-so, aunord, en allant jusqu'a Mong-kia, 



( 387 ) 

il y a, cent treize lis ; au sud, jusqu'aTchang-hoa, il y 
a 133 lis. 

La ville tie Fang-chan-hian est a 88 lieues sud de la 
capitale ; on y voit quatre portes avec des fosses, des 
temples, etc. ; il y a une autre ville nommee Kia-y-hian, 
a 117 lieues au nofd. 

A Formose, les denrees de toutes sortes sont abon- 
dantes et a bon conipte. Les fruits des Indes, les gre- 
nades, les oranges, les bananes, les ananas y viennent 
aussi bien que les fruits d' Europe, tels que les peches, 
abricots, figues, chataignes, et de merae les melons et 
leurs congeneres. Les cereales y abondent, le riz, le 
ble, le mai's, le millet, etc., et aussi le sucre, le the 
vert, le tabac, le poivre, le camphre, le gingembre, 
1' aloes, etc. Le bois de cbarpente y est tres beau. On y 
recolte Yyu des Chinois, plante que les Europeens de 
Canton nomment Gniam6 (1). On y trouve des fleurs 
de jasmin sauvage, qui donnent au th6 nn suave parfum. 
La partie orientale a cles riches mines d'or et d' argent, 
il y a du sel, du soufre. Parmi les animaux, on compte, 
les baffles, les bccnfs, les chevaux,leschiens,les anes, 
les chevres, etc.; ainsi que des singes, des cerfs et 
autres betes fauves; enfin, les faisans, les poules, les 
oies , les canards. Malheureusement , la bonne eau 
manque ou est rare dans l'ile de Formose. 

« La vegetation de Formose, dit le lieutenant Gordon, 
est luxuriante : le sol est d'une richesse qui depasse 
tout ce que j'ai vujusqu'ici. » 

(1) C'est probablenient IMgnnme de la Chine, Dioscorea batatas, 
que Ton vient de naturaliser en France a I'aide des iudividusadress^s 
a la Sotie^te de Geographie par M. de Montiguy. 



( 3S8 ) 

Le Lieou-houang-chang (mont de soufre) au nord- 
est de File, fume constamment et avec flammes. Ho- 
cfaan, le mont da feu, a des sources enflainmees. 

Sur une montagne voisine est un Arum dont les Chi- 
nois, dans leur langage exagere, comparent lesfeuilles 
a une grande maison. 

Dans les montagnes, on trouve des eaux thermales 
sulfureuses, entre autres le Kouen-choui-chan (mont 
d'eau bouillante) . Au nord-est de la ville principale du 
district de Foung-ckang, est une source jaillissante, 
qui forme un lac, avec des lies. 

On vantel'airpur et sain de Formosc, et l'excellente 
quality du sol. 

En prin temps et en ete, l'air y est perp6tuellement 
pur et clair; en automne et en hiver, il y a beaucoup 
de pluies. 

Au nord-est de Formose, il y a un port pour les vais- 
seaux hollandais ; dans ce lieu, qu'il fasse nuit ou qu'il 
fasse jour, il fait clair sur les montagnes. 

Les vents du nord sont tres violents et la mer tres 
forte dans le canal de Formose. 

C'est au deli, des montagnes, a Test, que sont les 
indigenes, population sauvage et independante, encore 
tres peu connue ; au sud-ouest, habitent des pirates. 

La couleur des natifs est celle des Malais ; le visage 
est eclui des Chinois ; plusieurs des indigenes se tatouent 
et se teignent les dents en noir. 

Les gens de Formose ont de 1' aversion pour la mer ; 
selon les Chinois, ils seraient anthropophages. 

Les habitants prennent le gibier a la course, arm6s 
d'arcs etdejavclots qu'ils savent lancer a soixante pas. 



( 389 ) 

La capitale, Thai'-ouan-fou, est tres peuplt>e ; il s'y 
trouve une garnison chinoise de dix mille hommes ; les 
rues sont longues et larges, avec des boutiques ele- 
gantes. On y voit un temple consacre au genie de 1' agri- 
culture, et un a la.deesse des navigateurs (Hiou-fey- 
heou) . 

Pendant le moyen age, les Japonais avaient fait des 
expeditions a Formose ; maisce n'estqu'en 1621 qu'ils 
s'en sont empares et pour peu de temps. Les Hollan- 
dais l'ont occupee en 1634. 

En 1661, des pirates chinois, sous la conduite du 
Tching-tching-koung (Koxinga) , prirent la forteresse 
des Hollandais elite Zelamlia et les chasserent. 

Enfin, en 1683, les Chinois, sous la conduite du gou- 
verneur de Fou-kian, ont pris possession de la cote 
nord-ouest, et ont soumis l'ile a la Chine. 

Les Hollandais avaient bati sur la cote ouest, outre 
la forteresse de Zelandia, plusieurs petits forts sur les 
ilesPheng-hou, d'ou ils commercaient avec la province 
chinoise de Fou-kian. 

II y a a Formose une armee chinoise de seize mille 
hommes et une flotte de guerre (1). Les Chinois occu- 
pent aujourd'hui toute la plaine entre les montagneset 
la cote ouest. 

Le Ko-malan etait originairement un lieu de reunion 
pour les barbares indigenes et pour les pirates. Mais la 
quinzieme annee de la periode Kia-king (vers 1810), 
on commenca a ouvrir ce pays. 



(i) Les Hollandais n'y entrctenaient que plusieurs ccutaines dc 
soldats. 



( 390 ) 

En 1721, 1'ile Formosesecona pendant quelque temp- 
le joug de I'empereur. Les habitants (hi lieu, aides des 
gens du Fo-kien et de Keoumi avaient engorge 1 tous les 
mandarins a. un seul pres. A P6king on attribna la re- 
volte aux Hollandais. De nouvelles troii])es imperiales 
entrerent dans la capitale, tuerent les rebelles, sauf le 
chef qui s'6tait eniui dans les montagnes (Lettres edi- 
/ianles, 1781, tome \1X, p. 170-171). 

L'ancien etablissement espagnol etait a San-Salvador. 

On sait qu'il reste beaucoup h connaitre, a dticouvrir 
snr l'hiterieur de 1'ile de Formose, sur laquelle s'est 
exercee 1' imagination de certains voyageurs, gens qui 
n'y ont pas meme penetre. Des relations romanesques 
ont ete publiees snr cette ile (1) : les Chinois n'ont pas 
peu contribue a repandre, a- son sujet, des remits nier- 
veillenx : a les croire, 1'ile Lang-khioo, situee au sud- 
est, serait hantee par des demons et des genies mal- 
faisants. 

La relation du lieutenant Gordon et celle du savant 
missionnaire Gutzlaff, me fournissent," commc cclles 
des Espagnols, des notions interessantes snr la geogra- 
phic, les productions et la constitution physique du 
pays (2). Selon celui-ci, Formose a plusieurs ports 
stirs, profonds et spacieux, mais dont les entrees sont 

(1) La description curicuse de Formose, par Georges Psalmanaazar, 
soi-disunt ue dans cetle ile, et qui a ete: redigee par N. 1". D. B. R., a 
^te" reconnue apocryplie par plusieurs ecrivams , entre autres par 
M. Wak'kenaer. (Voir la Biogr&phie universelle.) 

Nota. J'aicinprunte une partie de cette notice an mlmoire de Kla- 
proth insure au 2* volume de. ses Memoircs relatifs a I'Asie. 

(2) Journal of the It. 6. Society of London, t. Ill, p. 301. 



( 891 ) 

resserr6es. Le commerce se fait a l'aide de petites jon- 
ques appartenant a Amoy • celles-ci fr6quentent tous 
les ports occidentaux de l'ile et retournent chargees 
de riz, ou bien vont porter du sucre au nord de la 
Chine. 

Le fleuve dit Chau-meing-choui est orn6 de tleurs 
innombrables. 

II y a des arbres de toutes sortes d'especes, les uns 
odoriferants, les autres a fruits, et quelques-uns qui 
reunissent ces deux qualites ; des peupliers, des sapins 
(pesses), des noyers, des pruniers, des arbousiers, la 
cannelle ; des daches de si forte dimension qu'on peut 
faire avec xm seul pied un canot capable de naviguer 
sur les rivieres et de porter soixante soldats , avec 
amies et munitions de guerre. 

On y trouve aussi un bois odorant appele" sarengu, 
dont on fait de pr6cieux ouvrages en Chine, et qui 
vaut 60 taels l'ataud, ce qui correspond a 80 pessas 
d'Espagne. 11 y a abondance de joncs qu'on transporte 
en Chine par cargaison, et dont l'ecorce (cascane) sert 
a faire differents ouvrages, ainsi que le papier si re- 
nomme\ appele behUquillo. L'ile Fonnose possede entre 
autres nrin6raux, le fer; il y a de l'or dans la province 
de Corboan, sur la cote orientale. Les plantes m6dici- 
nales et aromatiques y ont beaucoup de vertus ; elle a 
aussi les fleurs de l'Europe, la rose, l'ceillet, le lis, la 
violette, la girofl6e, l'origan (qui peut se mettre au 
nombre des fleurs) , des plantes potageres, et de tout 
abondamment. Enfm, dans les quatre saisons de 1'annee, 
ce qui est rare dans l'lnde, les fruits et les productions 
ne manquent pas ; le riz est en quantite et les autres 



( 392 ) 

grains, en un mot, tout cc qui est necessaire a la vie; 
mentionnons le Sucre, le raisin, qu'on a trouves dans 
les endroits ecartes, bien que les natifs n'en aient pas 
eonnaissance et n'en tirent pas parti. 

On y trouve beaucoup de poissons et de bonne qua- 
lite. Cette terre possede beaucoup de genres et d'especes 
d'animaux, du gibier de quatre on cinq sortes, des la- 
pins, et par consequent des furets et aussi des tigres, 
des ours, des griflbns (grifos, sic), des singes, des dra- 
gons, des renards, etc. 

Les oiscaux sont en grande abondance, tels que les 
perdrix, les faisans, les tourterelles. 

Le lieutenant Gordon a fait connaitre l'existence du 
charbon de terre daijs l'ile Formose (1); on trouve la 
mine au nord-est de l'ile, le gisement est dans la di- 
rection est-ouest, il occupe une suite de mines 61oignties 
de six milles, depuis le village de Kelung ; a un demi- 
mille au sud, 50 pieds au-dessus du niveau de la mer. 
J'ai observe^ dit-il, la mine du charbon de terre le 
plus a l'ouest, a l'cxtremite occidentale d'une chaine 
de montagnes dirigee est-ouest. 

II y a des couches de 3 pieds d'epaisseur. 

« Nous avons encore observe, dit M. Gordon, des 
charbonspres du village de Long-loo. L'annee derniere, 
avant de connaitre l'existence du charbon de terre, na- 
viguant le long de la cote par 22° /|2'nord et 121° lon- 
gitude est, nous apercumes a deux ou tiois milles de 
distance l'entree d'une riviere dont l'eau etait toute 
noire, apparemment noircie par la poussiere de charbon. 

(1) S. R. G. de Londres, t. XIX, p. 22. 



( 393 ) 

11 y a beaucoup de recifs et d'6cueils a l'ouest de l'lle 
et la cote est dangereuse. 

Les montagnes sont elevens et couvertes de neige 
dans la saison. Sur le sommet dumont Cha-ma-ki, se- 
lon la legende de la carte, il y a perpetuellement des 
images et des brouillards ; de sorte que si le ciel n'est 
pas tres clair, on ne peut l'apercevoir. Les anciens 
disaient que les vetements de couleur rouge et ceux de 
couleur blanche se changeaient mutuellement. Ce recit 
qui a Tail - d'une fable, n'est autre chose qu'un pheno- 
mene physique. 

Au sud de la ville Ria-i-tching, a cinquante lis, se 
trouve un volcan. L'eau et le feu y sortent d'une meme 
source. A cote, il y a du feu qui ne donne point de 
funiee ; mais si Ton prend du bois sec, et qu'on le place 
a son sommet, alors la fumee s'echappe aussitot. C ( es 
singuliers details sont ainsi rapport6s clans la legende 
de la carte chinoise. 

Dans la partie chinoise de la population, il y a de 
frequentes revokes : il est tres difficile de les etouffer 
parce que les meneurs se refugient dans les montagnes 
oil ils tiennent bon jusqu'au bout. Dans aucune partie 
de la Chine, il n'y a autant d' executions qu'aFormose, 
et dans aucun endroit elles n'exercent moins d' influence. 
Les lettres y menent une vie heureuse et les gens de 
Fo-kien y envoient quelquefois leurs fils pour y prendre 
leurs degres. 

« La is/a Hermosa, l'ile de Forniose, dit Fun des 
historiens des Philippines, le pere Aduarte (1) , celebre 

(I) la Ilistoria de Filipinas, t. I", par lc P. Aduarte, 1G93, p. 556. 
XVI. DfXEMBRE, 2. 20 



( 394 ) 

entre les lies innombrables de l'archipel, meYite juste- 
ment son nom; elle jouit d'un cieldes plus purs, d'une 
chaleur et de pluies moderns, et forme un royaume tres 
peuple. La possession de cette ile a etti de tout temps tres 
convoked de tous, des Chinois, des Japonais, des Espa- 
gnols, des Hollandais. Le roi d' Espagne fut le premier 
qui essay a de s'en emparer. A cet effet et parson ordiv, 
deux navires furent armes et charges de deux cents 
homines commande-s par le chevalier don Juan Zama- 
des, de la famille du comte de Monterrey, qui en 1 593 
passa aux Philippines sur la gale-re San-PM/ppe. Mais 
une violente tempete s'e-leva, deux batiments se bri- 
serent, et le troisieme coula a fond. Plus tard, et pen- 
dant 26 ans, Forniose, dit le pere Aduarte, fut le theatre 
glorieux du succ£s des armes et des missions espa- 
gnoles. 

» L'empereur du Japon ne fit pas moins d' efforts 
pour se rendre maitre de cette ile, notamment dans 
l'ann6e 1615. » 

Au haut du fleuve, il n'y avait d'abord point d'habi- 
tants « On dit que quand on put y habiter, les Hollan- 
» dais y mirent deux cents homines. Chaque annee ils 
» s'y rendaient. Mais ensuite l'obscurite venant comme 
» une longue nuit, ils disparurent tous, il n'y resta plus 
» unseul individti ; on prit des torches et on alia a leur 
» recherche et sanssucces. Sur une pierre, il se trouva 
» des caracteres, signiliant : Le printemps au matin. 
» de m6me que 1'automne au soir, il fait obscur; aiois 
» le pays appartient aux demons. » Telles sont les fables 
que debitent les Chinois. 



( 395 ) 

Conclusion. 

La construction de la carte chinoise, qui a ete l'occa- 
sion de cette notice, n'a presque rien de commun avec 
celle des cartes europeennes, sous le rapport du trace et 
de la position geomGtrique des lieux ; on pourrait diffici- 
lement en tirer un bon parti • mais les descriptions con- 
tenues dans les legendes et la riche nomenclature de la 
carte ont de l'interet et revelent quelques faits nouveaux 
et curieux. On peut y puiser des donnees sur les dis- 
tances des lieux et meme sur la valeur du //, en com- 
parant les nombres cites avec la carte anglaise donnee 
en 1845 par le capitaine Collinson et le lieutenant 
Gordon. 

Du reste, la carte chinoise semble un peu incomplete 
du cote de Test, et les iles Pescadores sont trop pres de 
la cote ouest, comme je Fai dit au commencement de 
cet Gcrit ; malgrG ses imperfections, elle s'eloigne un 
peu moins de nos cartes, ou du moins des cartes japo- 
naises, que la plupart des cartes chinoises, et elle ine'- 
ritait d'etre publiee. Enfin, elle renferme des 16gendes 
instructives, notamment sur le climat et sur les cii — 
Constances g6ographiques. 

J'ai joint a cette description : 1" la nomenclature com- 
plete de tous les lieux represented sur la carte chinoise ; 
2° les termes geographiques chinois ; ces noms ont Gte" 
tradnits parM. Leou deRosny ■ 3° un petit vocabulaire 
formosan, par le meme ; cnfin j'ai construit nne note 
des mesures principales. 

C'est a ce meme jeune savant, que je dois la traduc- 



( 39G ) 

tion ties legendes, et qu'appartiemient les remarques 
grammaticales qui sont au bas de la carle. 

Si les details precedents sur Forniose, rassembles et 
pnises a de bonnes sources, ne presentent pas tons, 
comme la carte chinoise de Formose, le nierite de la 
nouveaut6, on peut admettre, cependant, qu'il n'etait 
pas inutile de les exposer dans le moment present ; 
nous n'avons voulu d'ailleurs qu'attirer sur cette ile 
importante 1' attention des geographes et celle du 
public. 



APPENDICE N° I. 



BELEVE DES NOMS INSCRITS SUR LA CARTE DE FORMOSE (1). 



4. 


Lin-ha'i-chan 


48. 


Ta-koue'i-wen-chan 


2. 


Lao-fo-chan 


49. 


Tchong-kiang 


3. 


Cha-nia-ki teou- chart 


20. 


Cliou'i-ti-tchong-kiun 


4. 


Hong-leou 


24. 


Mi-nong-chan 


5. 


Koue'i-tse-ko 


22. 


Pe-ye-chan 


6. 


Petile Lou-tcbou 


23. 


Long-motsing 


7. 


Chi-fo-yu 


24. 


Kouan-in-chan. 


8. 


Leang-san-yu 


25. 


Pi-teo-fong-chan li 


9. 


Chi-ta-yu 




tching. 


4 0. 


Ta-tcha'i-kao-chan 


26. 


Fong-lan 


41. 


Lang-kiao-chan 


27. 


Fong-chan 


42. 


Lang-kiao-keou 


28. 


Ki-wa'i-fan 


43. 


Lou'i-lou'i-chan 


29. 


Fong-keou-fan 


4 4. 


Village des Man-man 


30. 


Pouan-ping-chan 


45, 


Village barbare 


3«. 


Ta kou-chan 


46. 


Tou-sso 


32. 


Ta-li-chan 


47. 


Kouei-loui-chan 


33. 


Wan-tchcou-kiang 



(1) La difficultede lire les noma inserits sur la carte m'a engage 1 a 
iMi douoer uuo lisle a part. 



( 397 ) 



34. Che-tse-chan 

35. Nan-cha-yu 

36. Ki-heou-chan 

37. Kieou-fong-hien-tching 

38. Koue'i-chan 

39. Ta-chin-choui-chan 

40. Tsiang-kiun-pi 

41. Ta-tchi-chan 

42. Siao-kang-chan 

43. Han-keng 

44. Tcho-choui-ki 

45. Mi-to-kiang 

46. Tsi-kouen-chin 

47. Lou-kouen-chin 

48. Ou-kouen-chin 

49. Sse-kouen-chin 

50. San-kouen-chin 
61. OEll-kouen-chin 

52. Yi-kouen-chin 

53. Hie-tchin 

54. Ville hollandaise 

55. Ngan-ping-tchin 

56. Kio-tai-wei-chan 

57. Choui'-sien-kong 

58. Choui-sien-kong 

59. Capitale de l'ile 

ta'i-wan-fou 

60. Ka'i-youan-sse 

61 . Long-chan-sse 

62. Ou-lun 

63. Ta-lun 

64. Tchong-lung 

65. Tchou-teou chan 

66. Heou-tong chan 

67. Ta-kang-chan 

68. Lo-Iian-men chan 

fan -fang 

69. Ki-tcheou 

70. Ki-we'i chan 

71 . Tsong-yao-ta-ehan 

72. Hou-ne'i chan 

73. Tchu-mou-oell chan 

74. Nei- men chan 



75. 
76. 

77. 
78. 
79. 
80. 
81. 
82. 
83. 
84. 
85. 

86. 

87. 

88. 

89. 

90. 

91. 

92. 

93. 

94. 

95. 

96. 

97. 

98. 

99. 
100. 
101. 
102. 
103. 
104. 
105. 
106. 
107. 
108. 
109. 
110. 
111. 
112. 
113. 
114. 
115, 



\ 



Hiang-yang chan 
Ycn-men-kouan-chan 

fan -fang 
Heou-tong chan 
Tchou-teou chan 
Tsi-yu-tan 
Ta-niao-chan 
Mou-kang-chan 
Nan-tse-sien-chan 
Yin-sing-chan 
Ta-ki-yu lin 
Ta-mai'-hiang-chan 

fan-fang 
Wan-li-ki 
Baie 

Sse-tsao 
Yin-yu 
Yang-yu 
Nan-yu 
Tsiang-kiun-yo 
Ma-ngan-yu 
Tsao-yu 
Me-yu 
Hoa-yu 
Ki-long-yu 
Sse-kio-yu 
Nei-tsien-yo 
Siao-mia-yu 
Tou-ti-kong-yu 
Kong-kouo-yu 
Kou-po-yu 
Ji-yu 

Kin-chan-yu 
Tchong-tun-yu 
Yen-tseng-yu 
Pe-ki-yu 
Youen-pei yu 
Niao-yu 
Ta-chan-yu 
Hiang-lou-yu 
Tong-ki-yu 
Si-ki-yu 
Kia-yi 



a ca 

6 « "S £ 
eo <u EC **» 

C3 ZZ 

o ~. 

as * 



( 398 ) 



1 16. 


Cliaii-lse-ting 


1 55. 


Pa-kona-chah 


1 17. 


Tchi-cban 


156. 


Tchang-bea 


148. 


Fang-'an-chan 


157. 


Ta-li-yi 


119. 


Pi-kia-chan 


158. 


Pong-chan 


120. 


Yolcan 


159. 


Teng-lai-chan 


4 21. 


Tsiao-pa-nien-chan 


160. 


Fo-ting-kin-chan 


122. 


Ta-wou-louan 


161. 


Miao-li-chan 


I 23. 


Ta-wou-louan-cban 


10 2. 


Song-pe-kang 


124. 


I.ang-pao-cban 


163. 


Tong-chi-kio 


125. 


Yu-chan 


164. 


Tong-lo-yoncn 


126. 


Siao-kouei-fo-chan 


165. 


Frontieres de Tan-fang-so 


127. 


'Ao-tsieou tong-ta-chan 




et de Tchang-hoa 


128. 


Ta-kouei-fo-chan 


166. 


Li-yu-tan-chan 


129. 


Ta-ii-cban 


167. 


Tsi-chi-u>ll-f'en 


130. 


Ta-fo-hing-chan 


168. 


Kiao-meMing 


131. 


Kong-tse-tien-chan 


169. 


Siao-tun. Petite colline 


132. 


Nieou-tcheou-chan 


170. 


Youon-tse-ling 


433. 


Teou-lou-nien 


171. 


Tie-tchin-chan 




Fen-hien 


172. 


V<Hifi)-li-clian 


134. 


Nan-po kiang-keoti 


173. 


Pe-cha-tun-chan 


135. 


Kia-Tchang-kiao-kiai 


174. 


Lao-ku-clian 


136. 


O-pa-tsiouen-ki 


175. 


lloang-ki 


137. 


Ting-kni'-liang-chan 


176. 


Ou-tsing-tse 


138. 


Mo'i-tse-keng-clian 


177. 


<>u-tchi-chan 


139. 


Kia-Tchang-kiao-kiai 


ITS. 


Chi-po-chi-chan 


I 10. 


Choui-rha-lien ta-chan 


179. 


San-kie-tse 


111. 


Kieou-chi-kieou kiai-ining 


180. 


Ko ma Ian 




ho-yen-chan 


181. 


Yu- wen 




(volcan) 


182. 


Port 


142. 


Kiao-lao-chan 


183. 


Yi-ji-lan-tching 


143. 


Ta-kong-chan 


184. 


Lo- tong-kiai-chi 


144: 


Wan-teou-lou-ta-chan 


IS- 5. 


Ilia-hi-tcheou 


145. 


Tchou-tse-liao-ta-chan 


186. 


Pa-li-cha-nan 


146. 


Tcho-keou-ki chan 


187. 


Tcho-choui-ki, ruisseau 


147. 


Ki-teou 




d'eau bonrbouse 


148. 


Mou-ki 


188. 


Sou-you-kiai-che 


149. 


Yen-wou-clian 


189. 


Tsing-ehooi 


150. 


Nan-teou-fen-hien 


190. 


Tong-koua-chan 


151. 


Pe-teou-chan 


191. 


Heou-heou-che 


132. 


Chi-teou-pou 


1 9 2 . 


Sou-yo-keou 


153. 


San-kiai-tsun, village des 




Fan-fang 




trois maisons 


193. 


Heou-heon-|)i 


154. 


Pe-cha-keng. 


194. 


Heou-heou-ling 



( 399 ) 



195. 


Ki-la'ikiang 


228. 


Fan-lse hou 


4 96. 


Cba-lun 


229. 


Tchin-teou-chan 


197. 


Hai'-tchong ta-yu 


230. 


Sinn-sse-pou 




(grande fie au milieu 


231. 


Tan-fang-so 




de la mer.) 


232. 


Tchou-tchan-kiang 


198. 


Kouei-chan 


233. 


Siao-fong-chan 


199. 


Wan-chou'i-tchao tong 


234. 


Kouei'-lun 




(les dix mille eaux por- 


235. 


San-ta'i-chan,monta 3 pics 




tent leur tribut vers 


236. 


Ho-bouan-chan 




Test.) 


237. 


Chan-tchao-chan 


200. 


Tan-li 


238. 


Chi-ou-li 


201. 


San-tiao-pi 




Yi-tou-chan 


202. 


San-li-san-tiao-ta-lin 


239. 


Chi-li-nouan- nouan 


203. 


San-tiao-kiang 


240. 


San-li 


204. 


Wei Long-long-chan 




Ting-ne'i-tou 


205. 


Sse-li-tcha-tse-tan 


241. 


Ta-mou lun 


206. 


Tsan-kouan-Iiao 


242. 


CEII-cha-yo 


207. 


Ta ki-long-teou-chan 


243. 


Ta-cba-yo 


208. 


Ville hollandaise 


244. 


San-cba-yo 


209. 


Ki-loung-keou 


245. 


Si-wen-yu-hue 


210. 


Tchi-kiao-yu 


246. 


Ki-long-fan 


21 1 . 


Pe-meou-chan 


247. 


Ta- teou-keng 


212. 


Kouan-tong-chan 


248. 


Ki-long-fan 


213. 


Hoa-ping-yu 


249. 


Mou-chan 


214. 


Ki-sin-yu 


250. 


Tcbo-tai'-yu 


215. 


Pa-tchi-men-fan 


251. 


Hiang-lou-yu 


216. 


Sse-kieou-ling 


252. 


Ki-kan-yu 


217. 


OElMi-kia-chi-tou 


253. 


Wan-jin-tun 


218. 


Siao-ki-long-teou-chan 


254. 


Koue'i-teou-yu 


219. 


Pa-li-tsou-ken-keon 


255. 


Leng-cboui-keng 


220. 


Tan-lan-kiao-kiai 


256. 


Youen-chan 


221. 


Tsi-li-ta-ki 


257. 


Tsien-teou-mou 


222. 


Sse-li-pe-kouan 




Tsou-kong 


223. 


Dans cet endroit on n'a 


258. 


Kouei'-lun 




pas encore placedebar- 


259. 


Siao-fong-cban 




ricades rontre les sau- 


260. 


Nan-kien-chan-keou 




vages qui tuent les 




fan-fang 




voyageurs. 


261. 


Nan-kien-chan 


224. 


Hoang-chan, mont du 


262. 


Kouan-jin-chan 




souffre 


263. 


Pali-fen-keou 


225. 


San-tai-chan,monta 3 pics 


264. 


Pa-li-fen-kiai-che fan-fang 


226. 


id. id. 


265. 


Ta-nan-yo. 


227. 


id. id. 


266. 


Ta-ping-chan 



( AOO ) 



267. 


Kie-tong-ki 


•27 2. 


Clii-men-chan fan-fai 


263. 


Kia-li-tchin 


27 3. 


Chi-tiao 


269. 


Ho-tchang-tcheou 


274. 


Kouan-tou-men-chan 


270. 


Ville hollandaise 


275. 


Wan-li 


271. 


Ki-long-tang-sse 


i 


o-to 



APPENDICE N" II. 

LISTE DES TERMES GEOG R APH IQUBS 

TRA.DUITS DU CHINOIS EN FRAN<JAIS. 



affluent 


chou koue 


hulte 


heu che 


baie, anse 


siao yang keou 


tie 


yu 


bourg 


tching yi 


isthmo 


yao 


canal 


king, choui tao : 


lac 


hou 




(litt. chemin, 


maison, bati- 






voie d'eau) 


ment 


kia 


cap 


ki 


mer 


yang, hai 


capilale (ville) 


fou, kin 


mer interieure 


tchong yan, 


chaine de nion- 




mine 


kouang 


tagnes 


kiai kuin 


montagno 


chan 


chaumiero 


o meou fang 


ocean 


ta yan 


climal 


foung tou 


— Atlantique 


o si yang 


collines, mon- 




Grand Ocean 


tong yang 


ticules 


o siao chan 


peuple 


ming geu 


colonic 


o choii koue 


pic 


teou chan 


continent 


kouang ti 


plaino 


puig ti 


desert 


kouang ye 


plateau 


ping ti 


detroit 


o hea hai 


polo arctique 


pe ki 


district 


kuin 


pole anlarctique nan ki 


de 2 e ordre 


tcheou 


port, havre 


o yo 


do 3 C ordro 


kien 


pints 


tsing 


empire (de la 


tien hia (ce qui 


race?,d'hommes 


Chine) 


est sous leciel) 


— blancs 


pojen 


fronliere,limiti 


> o king kiay 


— jaunes 


ho ang jen 


golfe 


ngao, 'ao, hay 


— noirs 


mey jen 




keou (ouvertu- 


— rouges 


hong jen 




re dans la mer) 


region, contr^e o ti fang 


goulet 


Liang 


riviere 


ho 


grotte.caverne 


kou tong o hine 


royaumo 


koue 



( 401 ) 



ruisseau 
sables 

sauvages (les) 
sommetdemom 

tagne 
80urce 
terre, sol 
torrent 
torrent demon- 

tagne 
region du nord 



ki, ho 
ola 
ye gin 

kang 
youen 
ti 
fan 

fang 
pe fang 



vallee kou, ehan kou 

village, hanieau siaot ching 
ville tching 

volcan ho clian (tnont. 

de feu) 



est 

ouest 

nord 

sud 

region du sud 



tong 
si 
p6 
nan 
nan fang 



APPENDICE N u III. 

LE KENG, MESURE MARITIME CHINOISE. 









La carte chinoise nous fait connallre une mesure maritime appe- 
lee keng, egale a 70 lis (1). Pour l'evaluer, il faudrait se mettre 
d'accord sur la valeur du //, mesure sur laquelle les auteurs va- 
rient considerablement. D'apres Klaprolh et d'apres l'opinion do- 
minante, le li serait de 250 an degre : mais on doit remarquer 
qu'il existe plusieurs especes de li : le li commun ou ordinaire, 
qui est le li acluel, et le R ancien. Le premier renferme 360 pou 
(lepaschinois); le pou equivaut a 6 ichi, letchi a 8 tsun (pouce) (2). 

Le tchi est improprement appele coudee dans les dictioimaires ; 
il n'aurait, d'apres la valeur du li commun, que 28 centimetres. 

Le pied chinois, intermediaire entre le pou et le tchi aurait 
33 centimetres, d'apres le //de 250 au degre ; mais, selon Prony 
et d'apres la mesure precise d'un pied appartenant a Remusat, le 
pied n'aque 306 millimetres et Hi environ. Selon Adrien Balbi, 
lecobre ou covid a 0" , ,3564 ; il se divise en 10 parlies qui sem- 
blent correspor.dre au tsun. 

L'autre espece de//, l'ancien, n'avait que 300 pou; il estdonc 
au premier comme 5 est a 6. 

(1) Uue autre Evaluation est de 60 lis. 

(2) Ge pouce eit plus petit que le pouee humain. 



f AO'2 ) 

II serait facile de faire un tableau metrique resultant de ccs 
cli verses donnees et de quelques aulres que j'omets: mais ce ta- 
bleau manquerait des elements esscntiels, et Ton est arretepar le 
disaccord qui regne entrelesecrivains. D'Aaville trouvait 193 lis 
dans le degre estime a 56 975 toises (1). Balbi, en donnant envi- 
ron 192 lis au degre moyen de 111 111 metres 1/9) estimait le 
li a 577 metres; Klaproth calculant le li a 250 au degre, il en 
resultait la valeur de 444 metres 4/9. 

Maintenant, revaluation de la mesure maritime appelee heng, 
ne pourrait etre conclue avec exactitude que d'une valeur incon- 
testable du li, soit l'ancien. soit l'actuel. Toutefois, la carte chi- 
noise etant assez recente, il est preferable de s'en tenir au li mo- 
derne de 360 pas; le li serait d'a peu pres 600 metres, par con- 
sequent le keng doit etre estime a environ 42 kilometres. 

Cette mesure pourrait-elle etre consideree comme correspon- 
dant au tiers cu au quart de celle que les anciens appelaient 
journee de navigation, vu^Tyjutpo; 7r).ouj, etles Arabes, mogrti (*2), 
c'est-a-dire, le chemin moyen qu'on peut parcourir surmer pen- 
dant 24 heures, de jour et de nuit ? c'est ce qu'il serait impossi- 
ble de decider aujourd'hui vu le manque d'elements suffisamment 
exacts. Ce point n'estpas indigne des recherches des metrologues. 



APPENDICE N° IV. 

VOCABULAIRE FORMOSAN - FRANCAIS. 



ciel 


voulloum 




nuage 


pourarey 


etoile 


attatilling 
vvagi 


igei 


tonnerre 


singding 


soleil 




pluio 


oudal 


luno 


vourel 




nord 


tagamig 


feu 


apoy 




est 


tagaseia 


eau 


salom 




sud 


tagatimoj 



(1) Acad^mie des Inscript., t. XXVIII, p. 487, m^moirc sur le li. 

(2) Mimoire sur le syslcmemetrirjue des aneiens Egyptient, chap. X. 



( 408 ) 



ouest 


tagaraos 


poule 


tahoucki 


mer 


vaong 


heron 


toukolou 


jour 


wagi 


poisson 


tging 


jour de fete 


wagi ki kagagan- 


huitre 


koudo 




galang 


anguille 


toula 


matin 


madama 


un 


sasat 


nuit 


vignanang 


deux 


sosoa 


homme 


(/tomo, mankind), 


trois 


toutouro 




cagoulong 


quatre 


pagpat 


homme (vir) 


ama 


cinq 


ririma 


femme 


ina 


six 


ninnam 


enfant 


allak 


sept 


pipito 


fils 


taboung 


huit 


kougipat 


fille 


topey 


neuf 


mattoudd 


ami 


sieou 


dix 


sat keteang 


roi 


onte 


onze 


sat keleang gabi 


gouverneur 


ong 




sasat 


capitaine 


capitang 


douze 


sat keteang gabi 


main 


rim a 




sosoa 


main droite 


rima ka oual 


treize 


sat keteang gabi 


main gauche 


rima ka ougi 




toutouro 


doigt 


kagamos 


quatorze 


sat keteang gabi 


pied 


til til, sapal 




pagpat 


cuivre 


ouga 


quinze 


sat keteang gabi 


or 


kim 




ririma 


plantes 


taloum 


vingt 


sosoa keteang 


arbre 


pesanach 


trente 


toutouro keteang 


feuille 


hapa 


quarante 


pagpat keteang 


ours 


tourney 


cinquante 


ririma keteang 


sanglier 


kavoulon 


cent 


sat kaga tou- 


renard 


hanna 




gang 


singe 


routong 


mille 


sat katounoung 



( 404 ) 

FRAGMENT D'UN VOYAGE EN EGYPTE ET EN NUBIE. 

DESCRIPTION 

DES DEUX PREMIERES CAT.VRAGTES DU NIL. 



Le 19 Janvier 185S, vers les dix heures clu matin, 

mon jeunc compagnon tie voyage, M. le contte do 

Maupas, et moi, nous allions entrer a pleines voiles 

dans le port d' Assouan, a la limite de l'ancienne Egypte. 

Nos douze matelots, qui etaient des Barabras originaires 

de cette petite ville ou des hameaux voisins, dansaient 

gaiement sur le pont de notre dahabieh, au son du rck 

et du daraboukah, espece de tambourin, d'une forme 

tres primitive, que les Nubiens frappent avec la main. 

Ces nai'fs enfants de la nature oubliaient leurs fatigues 

et leur misere et maniiestaient une allegresse des plus 

\ives, a la vue des rocbers de granit de leur sauvage 

(Kitrie et des palmiers a 1' ombre desquels ils etaient 

lies. De tous les points du rivage accouraient des 

bommes, des femmes, des enfants qui poussaient des 

cris joyeux auxquels nos matelots rtjpondaient par de 

longs bourras. Nous remarquames entre autres une 

pauwv l'emine qui, les bras lev6s vers le ciel, parais- 

sait comme bors d'elle-mOme et en proie a une sorte 

il'ivresse de bnnbeur ; .son a:il jiuUernel await en ell'et 

reconnu de loin, au milieu de notre eqnipage, son lils 

Abmed, et quand notre dababieb, en penetrant dans le 

port, rasa de pres le rocber sur le bautduquel elle s'6- 

tait placee, ce furent de sa part des trcpignements do 



( 405 ) 

joie et des transports d' amour qui nous emurent pro- 
fondement. Cette effusion d'une tendresse sivraie et si 
naivement expressive avait quelque chose de conta- 
gieux qui remua les fibres les plus intimes de notre 
coeur, en evoquant soudain devant notre pens6e le sou- 
venir de nos meres dont plus de mille lieues alors nous 
separaient. 

Nous trouvames dans le port d' Assouan une daha- 
bieh sur laquelle flottait le drapeau francais. C'etait 
pour la premiere fois, depuis que nous avions quitte' le 
C.aire, que nous apercevions le pavilion de la France ; 
nous nous hatames de le saluer en d6chargeant nos 
fusils. M. le marquis d'Ormenans 6tait alors dans sa 
barque, tres soufl'rant de la poitrine; il s'empressa 
neanmoins de repondre a notre salut par une decharge 
semblable ; quelques instants apres, nous lui serrions 
la main, heureux de rencontrer aux confins de la Nubie 
un Francais aussi aimable et de pouvoir lui remettre 
une caisse et deslettresqu'ilattendait avec impatience 
du Caire; nous nous promimes de passer la soiree 
ensemble, et puis M. de Maupas et moi nous debar- 
quames. Nous avions donne cong6 a tous nos iiiatelots 
jusqu'au lendemain matin, afin qu'ils pussent voir leur 
famille et leur compatriotes ; deux seulement devaient 
rester, a tour de role, dans notre dahabieh pour la 
garder. Une fois a terre, nous nous rendimes immedia- 
tement avec notre drogman cbez une espece d' agent 
consulaire arabe pour traiter avanttout la grande affaire 
du passage des cataractes. LescheiksuperieurdeChellal, 
autrement dit des cataractes, fut aussitut mande. 
Comme il se trouvait en ce moment an bazar, il arriva 



( 606 ) 

bientot suivi de trois vieill.ards. Apres les preTiminaires 
indispensables du cafe et des pipes et les interminable 
saluts d'usage, nous abordames la question. Avec les 
Arabes, les negotiations sont toujours longues, \ ives et 
animees : ce sont d'abord de leur part des deinandes 
exorbitantes, par lesquelles ilss'eft'orcent d'en imposer 
a ceux avec qui ils ont affaire ; puis cedant peu a peu 
du terrain, ils finissent d' ordinaire par en venir on on 
veut les araener. Notre scheik, liomme d'une taille 
athlelique, gesticulait et hurlaita nous etourdir, etles 
trois bons vieillards qui l'avaient accompagne\ oubliam 
la gravity de leur age, faisaient chorus aveclui ; enfin 
tout ce grand tumulte s'apaisa insensibleraent ; des 
conditions plus raisonnables furent posees par eux et 
iiccepte-es par nous, et il fut convenu que, moyennant 
1000 piastres, c'est-a-dire environ 200 francs, le scheik 
nous fournirait 200 homines pour nous aider a fran- 
chir les cataractes, aller et retour compris. 

Quand l'agent consulaire eut appose son sceau a ce 
contrat, nous primes, M. de Maupas et moi, un guide 
et des montures pour parcourir Assouan et ses cm i- 
rons. 

II n'entre pas maintenant dans mon dessein de de- 
crire cette ville, ses mines de differenls £,gefl qui mal- 
heureusement s'effacent et disparaissent de jour en 
jour, ses ancicns tombeaux arabes dont rpielques-uns 
datent des premiers sieclesde flslamisibe et sont char- 
ges d'iilscriptrons en caracteres koufiques, enfin sBs 
iinmenses carrieres de granit, d'ou les Eg) ptiens out 
jadis tire leurs chapelles monolithes, leurs colosses, 
leurs obelisques, et ou Ton en remarquc encore un, a 



(407 ) 

demi detach6 du roc et qu'on a peut-6tre commence de 
tailler il y a quelques mille ans. Ces details et plusieurs 
autres trouveront place dans un chapitre special. 

Je ne dirai rien non plus aujourd'hui de File d'E16- 
phantine dans laquelle nous nous transportames ensuite, 
des vestiges de son antique cite, de ses quais, de son 
nilometre, de sa statue d' Osiris, des debris d'un de ses 
temples. On sait qu'il y en avait deux encore debout a 
l'epoque de 1' expedition francaise, et tout le monde 
peut lire la ininutieuse description qu'en a donnee dans 
le grand ouvrage de la Commission d'Egypte, 1'un des 
survivants les plus illustres de cette glorieuse phalange 
de savants. Parune fatalite singuliere, ces deux monu- 
ments et tant d' autres, qui avaient traverse impune- 
ment un si grand nombre de siecles, et que la barbarie 
elle-meme avait respects, etaient destines a tomber le 
jour oil un barbare s'erigeant en civilisateur devait 
donner l'ordre de les renverser, afin d'y puiser des 
matenaux de construction pour ses casernes et ses fa- 
briques. Tout cela sera expose ailleurs. Je n'oublierai 
pas egalement de signaler alors les beaux palmiers de 
cette ile, son eternelle verdure qui contraste avec 1' ari- 
dity de tout ce qui l'entoure et ses fertiles jardinscul- 
tives par des Barabras. 

Pour le moment, malgre l'interet d'un pared sujet, 
je me hate d'arriver aux cataractes. 

Le 20 Janvier, vers midi, nous avionsquitte Assouan, 
cinglant vers le sud entre plusieurs iles granitiques 
dont la plus considerable s'appelle Sehayl. Lesrochers 
de celle-ci sont couverts ca etla descriptions hierogly- 
phiques; on y voyait aussi autrefois un petit temple, 



( A08 ) 

maintenant presque entitlement detruit. Au bout de 
vingt minutes, nous traversames une premiere barre, 
a l'aide de nosseuls matelots, et nous esp6rions avoir 
le temps, ce jour-lameme, de franchir Unites les autres, 
secondes par les 200 Nubiens qui nous avaient 6te" 
promis. Mais les choses devaient aller moins vile ; car 
nous apeivuines bientot dans une petite anse, sur la 
rive droite du fleuve, deux autres dahabiehs, l'une 
montee par des Prussiens et 1' autre par des Anglais, 
qui attendaient encore le moment de marcher : force 
nous fut done de nous placer derriere (dies et de jeter 
l'ancre dans la meme anse, jusqu'a ce que notre tour 
arrival de les suivre. 

La dahabieb prassienne, qui etait en tete, ne com- 
menca a se mettre en mouvement que vers les deux 
heures de l'apres-midi. M. de Maupas et moi nous 
descendons a terre, et escaladant le haut d'un rocher 
d'ou nous pourrons suivre de l'ceil toutesles evolutions 
que vont necessiter les diverses pbases du passage de 
cette premiere dahabieb, nous assistons sous les rayons 
d'un soleil presque tropical, le tropiquc en effet n'est 
qua quinze lieues au sud, aux manoeuvres interes- 
santes qui s'executent. 

La plus forte cataracte est juste au-dessous denous, 
mugissante entre les deux digues de rochers qui la 
ressen*ent. Deux cents homines environ, rassembles de 
tous les petits hameaux environnants et sous la direc- 
tion de leurs scheiks respectifs qui les animent a la 
fois dc la voix et du baton, sont partages en deux 
bandes qui s'atlellent a de longs cables auxquels la 
dahabieb est attaebce. Celle-ci, malgre 1' effort de tant 



( 409 ) 

de bras, n'avance que tres lentement , quelquefois 
ineme elle recule; elle a a lutter en effet, non-seule- 
raent contre un courant d'une violence extreme, mais 
encore contre une veritable cascade qu'il s'agit en 
quelque sorte degravir. Lefleuve, en cet endroit, tom- 
bant de tout le poids et de toute 1' impetuosity de ses 
eaux dans un abime blancbissant d'ecume ofFre un 
spectacle fort imposant. Le bruit non interrompu de sa 
chute incessante s'entend au loin, et, pendant la nuit 
surtout, il frappe les oreilles comme celui des vagues 
d'une mer en fureur se brisant contre des r6cifs. Rien 
n'est en outre pittoresque comme 1' aspect de ces blocs 
gigantesques de granit affectant toute espece de formes 
et se dressant de toutes parts au milieu et le long du 
fleuve, comme autant de barrieres natu relies qui se- 
parent le Nil egyptien du Nil nubien. A l'epoque des 
grandes eaux, quand le Nil, coulant a pleins bords, 
l'emplit toute la vallee qu'il s'est creusee ; ces rochers 
etant eux-memes presque tous couverts, a 1' exception 
des ilots les plus considerables, les remous, les refou- 
lements et les chutes qu'ils produisent, lors des basses 
eaux, n'existant plus, ou, du moins, etant plus faibles, 
les batiments peuvent alors franchir assez facilement 
a la voile certaines passes tres connues des pilotes 
d' Assouan. L' aspect des cataractes est done beaucoup 
plus saisissant pendant l'hiver, e'est-a-dire preci- 
sement dans la saison ou nous les traversames ; car 
alors le Nil etant bas laisse a nu une foule de bancs 
rocheux qui obstruent son cours ; d'abord refoule' 
en arrierepar les obstacles qui l'entravent, puis sem- 
blant revenir a la charge et comme prenant un nouvel 

XVI. DECEMBRE. 3. 27 



(410 ) 

elan, il les surinonte enfin avcc une force invincible. 
Toutefois, il faut se garder d'ajouter une creanee en- 
tire aux recits de certains voyageurs, tantanciens que 
modernes, plus amis de la fable que de la verite' et qui 
ont singulierenient exagere" la hauteur d'ou la masse 
des eaux contenue par des banes se diverse dans dea 
bassins inferieurs. A les en croire, le fleuve tout entier 
rencontrerait la un gouffrc immense, dans le sein duquel 
il s'elancerait en bondissant avec un fracas prodigieux, 
capable de frapper de surdity les habitants du \ oisi- 
nage (1). Peut-etre neanmoins que dans les temps an- 
tiques, les catadupes du Nil, coinnie les appellent Hero- 
dote, Strabon et presque tous les anciens, etaient plus 
considerables qu'elles ne le sont maintenant ; le fond du 
fleuve en effet a du s'exhausser par les depots, et le 
courant, d'un autre cote\ a pu, a la longue, user et 
miner les rochers qui formaient les barres. Mais que 
dire du r6cit fantastique de Paul Lucas, envoye" par 
Louis XIV en Orient et qui, pour justifier sans doute 
le proverbe « a beau mentir qui vienl de loin » , osait 
ecrire, il y a 154 ans a peine, ces lignes qui depassent 
en exag^ration tout ce que les anciens avaient ecrit sur 
cesujet? « Nous arm ames, dit-il, une heure avant le 
» jour a ces chutes d'eau si fameuses. Elles tombent 
» par plusieurs endroits d'une montagne de plus de 
» 200 pieds de haul. On me dit que les Barbarins y 
» descendaient avec des radeaux et j'en vis deux en ce 

(1) Pour plus amples details sur les cataractes du Nil, consul tez le 
savant article que M. Jomard a consacre a ce sujet dans le grand ou- 
vragede la Commission d'Kgjple (Autiquite's. Description, eh.n, p. 16). 
Rieu de plus precis ui de plus eiact u'a etr ecrit depuis sur ce point. 



( 411 ) 
» moment qui s'y jeterent de cette maniere avec le 
» Nil, etc » 

La v£rit6 est que la hauteur de ces chutes, a l'6poque 
ou le Nil est le plus bas, par consequent a l'6poque ou 
ces chutes sontle plus elevees, atteint tout au plus deux 
metres, ce qui suffit et au clela pour produire un mu- 
gissement majestueux qui fait trembler les rives du 
fleuve, ce qui suffit aussi pour opposer a la navigation 
de serieux et redoutables obstacles, mais non point in- 
surmontables, puisqu'on les surmonte tous les jours, 
ainsi que je vais le raconter. 

Pendant que la tete enveloppee de notre koufieh, 
afmde pouvoir mieux register aux traits enflammesque 
le soleil lancait sur nous, nous admirions a loisir, 
M. de Maupas et moi, da haut de notre rocher, ces r£- 
cifs sans nombre, ces eaux 6cumantes et cette grande 
voix du Nil qui ne se taisait jamais, la dahabieh prus- 
sienne tiree ou plutot arrachee avec effort parplusieurs 
centaines de bras qui faisaient grincer les cables au 
moyen desquels elle etait remorquee, s'avancait peu a 
peu et tracait laborieusement un sillon lent et p^nible 
a traversles vagues dont le choc terrible semblait devoir 
a chaque instant demolir sa prone, et qui quelquefois 
montaient sur l'avant-pont. Enfin, s'aidant elle-rneme 
de ses deux voiles qu'enflait un vent favorable, elle put. 
franchir cette barre, la plus dangereuse de toutes : puis 
tournant a droite et traversant un canal etroit, elle 
s'arreta dans une petite anse ou elle fit halte pour la 
nuit. 

La dahabieh anglaise s'etaitmise de son coteal'd'u- 
vre, pour essayer de franchir la meme barre ; mais 



(/,)2 ) 

apres avoir consume line grande iieure en tentatives 
impuissantes, et le jour commencant a baisser , elle 
ajournaaulendemain son passage, cequi nous retarda 
d'autant. 

Nous fumes done obliges de passer la nuit dans 
l'anse ou nous etions mouilles. A la chaleur extreme du 
jour avait succede une temperature tiede suivie bientot 
d'une douce fraicheur. Les Nubiens etaient retoumes 
vers leurs pauvres huttes; tout se taisait autour de 
nous, tout sice n'est le Nil qui, au milieu de ce silence 
solennel de la nature et des bommes, grondait sourde- 
ment pres de nous et faisait incessamment retentir les 
echos de ses rives de sa plainte 6ternelle et de son g6- 
missement melancolique. Rien ne nous parut sublime 
comme ce lugubre concert du fieuve qui ici, plus que 
partout ailleurs, merite le titrede mer, el ba/u; que nos 
matelots nemanquaient jamais delui donner. Au-dessus 
de nos tetes, un ciel transparent et comme emaille' 
d'^toiles scintillantes s'arrondissait en une voute dia- 
phane d'un eclat et d'une limpidite que nos plus belles 
nuits d'ete en Europe ne connaissent pas. Nous nous 
endormimes en contemplant ces merveilles qui nous 
racontaient la gloire de Dieu, cce/i enarrant gloriam 
Dei, et au bruit cadenc6 des cascades dont le murmure 
arrivait jusqu'a nous. 

Le 21 Janvier, la dahabieh anglaise n'op(5ra son pas- 
sage qu'a onze beures du matin, et nous-mfemes nous 
ne pumes commencer le notre qu'a midi et demi. A 
une beure nous avons ete amenes par les cordes sous 
la plus forte des cataractes. En ce moment solennel, 
les scheiks commnndent aux hommes qui sont sous 



( 413 ) 

leurs ordres de redoubler d' efforts et d'6nergie : ils 
entonnent en meme temps, en l'honneur du prophete 
et des principaux patrons de l'islamisme, des especes de 
litanies que deux cents voix repetent en cadence. L'un 
d'eux e ntre autres se fait remarquer par la puissance 
extraordinaire de son organe, et il donne le ton a tous 
les autres. II bat la mesure avec un long baton qui lui 
sert aussi de sceptre et qui est en outre une menace 
redoutee, suspendue sur la tete des nonchalants ou des 
indociles. Nos deux voiles sont deployees, notreflamme 
ondule au haut du grand mat et notre drapeau flotte 
sur celui d'artimon. Nous le saluons par une triple de- 
cliarge de nos fusils et de nos pistolets. Nos Nubiens 
qu'enivrent l'odeur et le bruit de la poudre tirent avec 
acharnement ; neanmoins ce n'est qu'aveclaplus grande 
peine qu'ils forcent enfin le Nil a nous livrer passage 
et a abaisser devant nous cette puissante barriere. 

Nous esp^rions pouvoir nous avancer plus loin ; mais 
bientot nous sommes contraints de nous arreter derriere 
les deux autres dahabiehs qui nous avaient pr6c6des et 
qui e-taient immobiles, faute de bras pour les tirer. 

Le lendemain, 22 Janvier, a neuf heures etdemie du 
matin, elles recommencent a marcher ; nous les sui- 
vons. II nous reste encore a affronter cinq passages 
plus ou moins difficiles, et ce n'est qua force de bras, 
de cables et de rames et d'invocations multiplies a 
Allah et a son prophete de la part de nos nombreux 
auxiliaires, que nous parvenons insensiblement a re- 
monter les rapides et les cascades qui nous separent de 
l'endroit ou le lit du fleuve s'elargitde nouveau et n'est 
plus parseme" de ces rocs et tie ces ilots granitiques qui 



( 414 ) 
le n iMlcnt si pittoresqiie , iflais eii liiGme temps si 

genant pour la navigation. A trois heures de 1'apres- 
midi, nousavions laisse defriere nous tousles obstacles 
dont nous venions dc triompher ct deja nous distin- 
guions les admirables ruines del'ilc iPhilae. 

Vingt jours plus tard, de retour de Ouad\-Halfah. 
nous franchimes de nouveau ces memes cataractes ; 
comme nous descendions alors le courant , nous 
n'avions plus besoin de 200 homines pour nous remor- 
quer. mais seulement d'un excellent piloto et d'un 
Equipage de circonstance, habitue" a ces passages dan- 
gereux. Le merne scheik de Chellal nous les fournit. 
Lui-meme avec une dizainc de graves personnages a 
barbe blanche qui s'intitulaient des tit res pompeux de 
scheiks, de kadis, d'imaris, s'installa sur le pont supe- 
rieur de notre dahabieh ; vingt rameurs prirent place 
sur le pont inferieur. Mon jeune cornpagnon, M. de 
Maupas, 6tait malheurcusement de"vor6 depuis qiiinze 
jours par une fie\re de plus en plus intense et qui fai- 
sait des progres alarmahts. L'excessive chaleur de la 
Nubie et le ciel embras6 du tropiquc avaient 6branl6 
sa constitution. Depuis une semaine surtout, il ne pou- 
vait plus guere quitter le lit de douleur ou il etait en- 
chain6 dans sa cabine. En proie moi-meme aux plus 
cruelles angoisses et cherchant en vain a all6ger ses 
soufTrances, je n'avais plus qu'k prier la Providence de 
veiller avec tendressesur le pr6cieux d6p6t qui ni' avail 
6t6 confie et de nous envoyer 1111 vent favorable qui 
noiis ramenat promptement an Caire. C-e ]our-la n6an- 
moins, 11 f6vrier, comme la descente des cataract e> 
devait former 1'un des Episodes les plus marquants de 



( 415 ) 

notrelongue navigation sur le Nil, M. de Maupas luttant 
contre son extreme faiblesse se leva et je l'aidai a mon- 
ter sur la dunette de notre clahabieh. C'est done de la 
qu'entoures par les respectables personnages que j 'ai 
mentionnes tout a 1'heure, nous assistames tous deux 
a tous les details dece passage dont le penl meme 
rehaussait l'interet pour nous. 

II 6tait huit heures du matin. A un signal donne, 
nos vingt nouveaux matelots se courbent sur leurs 
rames et entonnent de toute la force de leurs poumons 
un cliant anime auquel les rives escarpe-es du fleuve 
font echo. Au gouvernail se tient un vieux timonnier 
dont les bras nerveux accusent la vigueur que les ans 
n'ont point encore affaiblie et a qui l'age a seulement 
donne une experience dont nous aurons grand besoin 
dans quelques minutes. Bientot tout 1' equipage salue 
avec respect la coupole funeraire d'un santon que nous 
apercevons sur un monticule voisin et que les Nubiens 
venerent comme le patron des cataractes. Un vieillard 
qui se pretend l'iman de ce sanctuaire nous demande 
alors quelques piastres au nom du saint qui doit favo- 
riser notre descente, puis se tournant vers cette cou- 
pole, il prononce une priere alaquelle tous s'associent. 
Cette invocation religieuse, en presence du p£ril, avait 
quelque chose de touchant qui nous 6mut. Nous ne 
partagions guere laconfiance de ces bons Nubiens dans 
la toute-puissante protection de leur santon ; mais leur 
l*oi naive et sincere nous parut digne d'etre imit6e, et 
nous elevames un instant vers ie ciel nos pensees et 
nos cceurs. 

Cependant notre dahabieh glissait rapidement sur le 



( 416 ) 
fleuve, entrainee par le courant et par 1' effort simul- 
tane de \ ingt rameurs : soudain elle se trouve a Yen- 
tree d'une espece de long canal, resserrt: entre deux 
chaines de rochers, et ou le Nil, pres de sa rive gauche, 
se precipite avec une violence effrayante. L'eau y 
bouillonne et 6cume, et des flots impeHueux y imitent 
les vagues de la mer. Au moment oil notre proue s' en- 
gage dans ce passage, notre vieux timonnier redouble 
de vigilance et s' adjoint un matelot, afin de pouvoir etre 
maitre du gouvernail ; tous les rameurs sont attentifs 
au commandement. On s"apercoit a leur physionomie 
inquiete, a leurs yeux fixes et immobiles qu'un frisson 
involontaire parcourt leurs membres ; mais a la voix 
des chefs, ils se raniment aussitot pour faire face au 
danger et manceuvrent avec un ensemble parfait. En 
effet, le canal dans lequel nous nous elancons est tene- 
ment 6troit que les rames de notre equipage effleurent 
a droite et a gauche les rochers affreux qui le borclcnt 
ou plutot qui le h^rissent, et le moindre mouvement 
faux imprime a la barre du gouvernail ou aux rames 
nous briserait en une seconde contre la pointe aigiie 
des ecueils de granit entre lesquels, pouss6s par un 
courant irresistible, nous voguons avec la rapidity de 
l'6clair. Ce long et difficile passage une fois franchi, 
toutes les poitrines respirent plus a l'aise, la serenite 
brille de nouveau sur les visages, nos matelots jettent 
des cris de triomphe et les autres obstacles qu'ils ren- 
contrent ne sont plus qu'un jeu pour eux ; on diiait 
qu'ils les d6daignent. Le Nil s'ouvre en effet devant 
nous plus large et plus calme, et nous le siilonnons 
sans le moindre danger. A neuf hemes, nous arrivons 
a Assouan. 



( 417 ) 

Tel est le r6cit exact et fidele de not re passage, a 
Taller et au retour, a travers les premieres cataractes 
du Nil. On voit que pour les reraonter, avec une daha- 
bieh ordinaire, il faut beaucoup de temps et beaucoup 
d 'homines, du moins a l'epoque des basses eaux, parce 
qu'alors les chutes sont plus nombreuses et plus ele- 
vees ; pour les redescendre, au contraire, et pour se 
rendre de Philae a Assouan, une seule heure suffit avec 
un bon equipage. L'intervalle qui separe ces deux 
points extremes peut etre estime' a 12 kilometres dont 
6 seulement sont occupes par les cataractes. Quant a 
la largeur du bassin du fieuve en cet enclroit, elle doit 
depasser 1200 metres. Pour l'embrasser tout entiere du 
regard, il faut se placer sur un point dominant, en 
gravissant l'une des collines rocheuses qui bordent les 
deux rives. Les bateaux remontent a la corde en rasant 
de pres la rive droite ; ils redescendent a la rame le 
long de la rive gauche. Les Nubiens de Chellal et des 
hameaux voisins ont le monopole de ce passage et de 
toutes les manoeuvres qu'il necessite, monopole dont 
ils jouissent sans doute de temps immemorial. On peut 
se fier completement a leur audace et a leur habilete. 
On traite avec leur scheik principal, et il est a peu pres 
impossible de se passer de son concours, si ce n'est 
peut-etre au moment des plus hautes eaux, car alors, 
ainsi que je l'ai deja dit, le passage est beaucoup plus 
facile. 

Franchissons maintenant, par la pcnsee, les deux 
degres de latitude, et en realite, a cause des detours 
du fleuve, les 350 kilometres environ qui separent 
Assouan de Ouady-Halfah, en d'autres termes la pre- 



( 418 ) 

miere dc la seconds cataracte; mais, comme je Grains 

de i'atiguer la bienveillante attention qui m'esl pr<"-t6e, 
je vais me bonier ])our celle-ci a une description de 
quelques lignes. 

Le 30 Janvier, ayant laiss6 notre dahabieh a Ouady- 
Halfah, nous primes, M. de Maupas et moi, notre canot 
ruonte par quatre rameurs et un guide , pour nous 
rendre jusqu'a la seconde cataracte. Partis a sept beures 
du matin, nous ne parvlnmes qu'a dix heures au but 
de notre excursion, apres avoir traverse pendant les 
quatre derniers kilometres un arcliipcl seme" de noni- 
breux dots granitiques qui divisent et obstruent le cours 
du Nil et au milieu desquels ilroule torrentueusemeni. 
en se partageantenplusieurs bras differents. Nous lais- 
sons notre canot au pied d'un monticule escarp6, et 
nous gravissons un sentier diflicilequi conduit jusqu'au 
sommet de cette colline. Elle s'appclle Abo.isir. Pin— 
sieurs des rocbers enormes qui la composent sont con- 
verts de nonis de voyageurs ; nous en distinguames 
quelques-uns qui sont devenus chers a la science et 
qu'une juste renommee entoure, mais laplupart, quoi- 
que traces parfois en lettres colossales, n'ont pu reussir 
asortir de 1'onbli, et les touristes qui les ont graves 
sur le roc n'ont pu laisser la l'empreinte que de leur 
obscurity. 

Comme ce monticule domine tout cequi l'environne, 
notre regard plane au loin de son sommet sur tout 
I' ensemble de ce curieux arcbipcl. Nous contemplons 
avec admiration ce chaos singulier et 6tonnant de rocs 
gigantesques de granit qui se dressent de tous cotes 
devant nous dans un vasle bassin d'environ 10 kilo- 



( 410 ) 

metres cle long sur 1500 metres de large. Ces rochers 
tantot se dressent comme des pyramides, des obelisques 
ou des cones, tantot s'arrondissent en tours, tantot 
s'etendent en bancs prolonges. Les uns sont rouges 
comme du porphyre, les autres, et c'est le plus grand 
n ombre, sont noirs comme clu basalte. lis forment au- 
tant d'ilots qui brisent a cbaque instant le cours du 
fleuve, et au milieu desquels il serpente et tourbillonne 
en replis multiplies. Cinq a six barres principals frap- 
pent nos yeux, et le bruit sourd des cascades qu'elles 
produisent et dont l'ecume etincelle au soleil monte 
jusqu'a nous. Nous sommes alors a la limite meridio- 
nale de la Nubie inferieure et du'voyage que nous accom- 
plissons en Egypte ; aussi n'est-ce point sans regret que 
nous nous arrachons cle cette espece d'observatoire eleve 
que la nature semble avoir place la tout expres pour 
qu'onpuisse envisager d'un seul coup d'ceilundes hori- 
zons les plus sauvages et les plus saisissants que la 
vallee du Nil presente dans son prodigieux developpe- 
ment. Le sable et par consequent le desert s'etendent 
a l'infini autour de nous et nous n'observons qu'une 
etroite lisiere le long du fleuve qui puisse, au moyen 
d'irrigations, etre susceptible de culture. Lespalmiers, 
les doums et les sonts ou acacias a gomme arabique, 
luttent un pen a droite et a gauche contre l'envahisse- 
ment progressif des dunes sablonneuses que les vents 
poussent sans cesse en avant. Quant au ciel, il est comme 
dans la Haute-Egypte et dans toute la Nubie d'une 
purete et d'une limpidite dont on ne peut avoir aucune 
idee dans nos climats pluvieux. C'est une immense 
voute d'azur qu'aucun nuage, qu'aucune tache meme 



( 420 ) 

ne ternit, si ce n'est quand lc rhamsin venant a balayer 
avec fureur cet oc6an de sable, en souleve d'epais tour- 
billons qui obscurcissent parfois le soleil. 

Le Nil compte encore, plus avant versle sud, cinq a. 
six autres cataractes, espac6es le long de son vaste 
parcours; elles sont, dit-on, beaucoup plus considera- 
bles que cedes que je viens de d6crire et elles olTrent 
quelque chose de comparable a cedes de l'Or6noque ou 
du Niagara. Mais comme je ne les ai point vues moi- 
meme, je m'abstiens d'en parler. En resume, l'id6e 
qu'on doit se faire des deux premieres est celle-ci : ce 
n'est point une chute gene" rale etprofonde du fleuve par 
un abaissement subit de son lit tout entier, mais seule- 
ment une suite de rapides et de courants qui s'entre- 
choquent au milieu d'innombrables dots, et ca et la 
quelques cascades dont le maximum de hauteur ne de- 
passe pas deux metres. L'aspect que ces cataractes 
presentent, a Assouan comme a Ouady-Halfah, n'en est 
pas moins singulierement imposant, et c'est un spec- 
tacle d'une beauty sauvage et sublime qui se grave 
pour toujours dans la memoire de ceux a qui il a et6 
donne une fois de le contempler. 

V. Gu£rin, 

Agreed et docteur es lettres. 



( hn ) 

Analyses, Biapports, etc. 



RAPPORT 

Sur l'ouvrage intitule : DeVdtaa revizia, c'est-a-dire, 
TSeuvieme recensement, par M. P. koeppen. Saint- 
Petersbourg, 1857, in-4". 



M. Pierre Kopppen , membre cle l'Acaclemie des 
sciences de Saint-Petersbourg, vous a offert l'ouvrage 
qu'il a publie, l'an dernier, en langue russe, sous le 
titre de Devdta'd revizia {Neuvieme recensement}, et 
qui contient un tableau de la population russe en 
1851. 

II u'existe pas, pour la Russie, cle renseignements 
statistiques semblables a ceux qu'on possede pour la 
France et divers autres fitats occidentaux. L'assiette 
de l'impot seule a conduit a rechercher les elements de 
la population. Un denombrernent dans 1' empire des 
tzars n'a done d' autre but que revaluation des charges 
qui pesent sur chaque sujet, et 1' appreciation du re- 
venu qui en resulte pour le tresor. Le livre que je vais 
essayer de faire connaitre, donne les r£sultats d'un de 
ces recensements fiscaux. 

Les circonstances nouvelles qui se sont produites 
depuis pen en Russie , pretent un interet tout par- 
ticulier a l'ouvrage de M. kcrppen. An moment 



( 42-2 ) 
oil l'affranehissement des serfs va a importer des modi- 
fications profondes dans la condition de la majeure 
partie des habitants et dans les droits di's privileges, 
il est curieux de constater l'etat statistique d 'un si vaste 
empire; car, lorsqu'on voudra apprecierlesr^sultats de 
cette grande reforme, il faudraconnaitrece que la Russie 
6tait anttirieurement. M. Koeppen avait au reste pres- 
senti {'importance que prendrait son travail ; dans 
sa preface, il nous apprend que malgre l'approche du 
dixieme recensement, il n'a pas era devoir remettre 
apres son accomplisscment la publication d'un denom- 
brement de la population russe. Quoique Ton ne previt 
pas encore , quand le neuvieme recensement a ete 
commence, le bienfait qui immortaliseia le nom d'A- 
lexandre II, on attendait cependant du suivant un alle- 
gement pour les contribuables ; un manifeste imperial 
du 26 aout J 826 ayant annonce, qu'a partir de ce 
dixieme recensement, l'assiette de l'impot ne serait plus 
fonclee sur une Evaluation approximative des habitants, 
mais sur un relev6 exact des dines. Vous savez, mes- 
sieurs, qu'on entend par ce mot, en Russie, les indivi- 
dus males de tout age qui sont attaches a la terre, et 
dont le nombre sert a en 6valucr le produit ; car dans 
ce pays, le sol n'a de valeur que par le travail oblige" 
du serf condamn6 a la culture. 

Dans sou li\ re, M. Roeppet ne distingue pas les fails 
qui se rappnrtent a la Russie d'Europe, de ceux qui 
touchent a la Russie d'Asie. Cette division toutc geo- 
graphique n'est point admise par le gouvernement 
russe. Voulant souder d'une maniere plus intime les 
possessions asiatiques aux provinces d'Europe, legou- 



( 425 ) 

vernement des tsars ne tient pas compte de la separa- 
tion naturelle tracee par l'Oural et consacree par le 
temps. Les provinces de Perm et d'Orembourg sont a 
cheval sur ces deux parties du monde; A300 milles 
carres, c'est-a-dire un peu plus de 200 000 verstes 
carries, representent, pour ces deux gouvernements, 
le territoire qu'ils occupent en Asie : 2300 pour le 
gouvernement de Perm, et 2000 pour celui d'Orem- 
bourg. 

Ainsi, dans les tableaux statistiques auxquels je vais 
faire quelques emprunts, vous trouverez constamment 
confondus, messieurs, les gouvernements d'Europe et 
ceux d'Asie, et 1' empire russe vous apparaitra avec cette 
puissante unite qui constitue sa force et lui assure une 
longue existence et de durables progres. 

Pour vous donner une id6e de l'6tendue et de 
l'iinportance du livre de M. Rceppen, je n'aurai qua 
6numerer les difmrentes matieres qui s'y trouvent 
rassemblees, et vous donner le sommaire de chacun 
des chapitres; je releverai, chemin faisant, quelques- 
uns des chiffres les plus interessants que l'auteur a 
groupes. 

Apres avoir fait connaitre les sources auxquelles il a 
puise\ M. Kffippen donne le rapport sommaire presents 
a la chambre des finances sur le nombre des Ames et 
sur le montant des impots. Suit un denombrement des 
bourgeois et des affranchis des gouvernements occi- 
dentaux. M. Rceppen passe ensuite a revaluation du 
chiffre des personnes jouissant d' exemption d'impot 
pour un temps fixe ; a celle des personnes qui ne sont 
pas comprises dans le role des contributions. Ce qui 



( hih ) 

le conduit tout naturellement a parlor de la population 
feminine. .Nous voyons dans ce dernier chapitrc que 
le rapport de la population masculine a la population 
feminine presente les valeurs suivantes : 

Gotivcrnomcnt d'Olonctz 100 : 100,26 

fiouvcinempnt dp Vologda 100 : 106,73 

Gouvernempnt d' Arkhangelsk.. . . 100 : 107,08 

Gonverneinent de Kostroma loo : H2,9i 

Gouvernement de Vladimir 100 : ii2,!h; 

Gouvernement d'laroslaw 100 : 118,03 

GouverucniPiit d'Ekaterinoslaw. . . 100 : 95,08 

Gouvernement dp Khprson 100 : 94,95 

Gouvernement de Stavropol 100 : 93,71 

Gouvernement de Tauris 100 : 86,10 

Prouuce dc Bessarabie 100 : 83,54 

D'ou il suit que dans les gouvemements du nord, 
la population feminine est la plus considerable, et que 
dans les gouvemements du sud, c'est le contraire qui 
a lieu. 

M. Kceppen traite ensuite successivement du denom- 
brement des terres occupees par l'armee irr6guliere, de 
la statistique des colonies militaires. Onsait qu'en Rus- 
sie unc grande partic de Famine est attachee au sol, et 
qu'elle forme de vastes colonies destinies k fournir en 
temps de guerre des contingents supplementaires. 
L'importance de cette population est telle, qu'on ne 
saurait, mOme dans un travail purement g6ograpliique, 
la passer sous silence. Toutefois, il m'est impossible 
d'en presenter ici le tableau. Cn extrait suffira pour 
donner une idee dc 1'etcndue des forces russes. 






( 425 ) 

Forces do la Russie. Sexe masculin. Seze femioin. Total. 

1 Amide du Don 387 399 406 359 793 758 

2 Amide de la mer Noire 82 513 74 232 156 745 

3 Amide de ligne du Caucase. 130 059 124 356 254 215 

4 Amide d' Astrakhan 8 043 8 403 16 446 

5 Armde d'Azow 4 658 4 747 9 405 

6 Armee du Danube 6 339 5 427 11766 

7 Armde d'Orembourg .. 88 679 86 980 175 659 

8 Amide de l'Oiiral 32 862 34 140 67 002 

9 Armde Bachkiro-Mechtchd- 

riake 303,803 291206 595 009 

10 Armde de ligne de Sibdrie. . 37 986 35 646 73 432 

11 Armde trausbaikalienne. . . 51459 49 380 100 839 

12 Rdgiment de cavalerie d'lr- 

koutsk 4 459 4 109 8 568 

13 Rdgim.de caval. duJenissei. 3 775 3 739 7 514 

14 Bataillon d'inf. de Tobolsk. 1 092 1 931 3 623 

15 Rdgini. decaval.de Tobolsk. 1390 i 071 2 461 

16 Bataillon d'infant. grecque 

de Balaklava 1397 1251 2 648 

Totaux 1146 313 1132 977 2 279 290 

La Russie possede des colonies speciales de cavalerie, 
dont M. Kceppen fait 6galement un releve' delaille\ Elle 
a, en outre, des colonies inilitaires distinctes des 
corps d' armee attaches au sol. Je trouve que, pour 
l'annee 1854, dans le gouvernement de Kliarkow, le 
nombre des colons militaires s'elevait a 118 089, 
(hommeset femmes : 216 981); dans le gouvernement 
de Kherson, a 15Zi 443 (hommes et femmes : 284 827) ; 
dans celui de Podolie, a 39 214 (hommes et femmes : 
74 238) ; dans celui de Riew, a 29 471 (hommes et 
femmes : 55 896). 

XVI. DECliMBRE. 4. 28 



( 426 ) 

L'auteur passe de la an denombrement separe des 

dilferents gouvernenients, en y comprenant le territoire 
de i'arni(ie du Don, la province transbai'kalicnne, celle 
du Kamtchatka et la province maritime de la Siberie 
orientale. Un paragraphe special, redigeparM. Dittman, 
est consacre aux Koriaks. Pour chaque province , 
M. Rceppen donne le releve par religion, profession c( 
etat, la population de chaque cerclc, le nombre des 
serfs et des soldats. 

Apres avoir ainsievalue l' ensemble dela population, 
l'auteur en examine separement les divers element. 
Un chapitre traite des Bachkirs, an autre des armees 
d'Orenibourgetdel'Oural. Toutefois, dans cet expose, 
1'auteur prend soin de separer les elements asiatiqnes 
des elements europeens. J'y vois que l'armee bachkire 
comprend 217 311 Bachkirs proprement dits, 40190 
Mechtchenaks, et 108 544 Teptiars (1). 

L'auteur evalue les elements europeens et asiatiques 
des gouvernenients d'Orel, de Penza, de Perm, de Po- 
dolie, de Poltava, de Pskow, de Riazan, de Samara, 
de Saint-Petersbourg, de Saratow, de la province de 
Semipalatinsk, de celle des Kirghises de Sib&ie, du 
canton de Seniirietchinsk et des gouvernenients de 
Simbirsk et de Smolensk. Un paragraphe special est 
consacre au cercle d'Ardatow. M. kieppen donne en- 

(1) ARMEE BACHKIRE, EX 1856. 

Total des 
Bachkirs des goiivememenls. Homnics. Kenimrs. deux sexes. 

D'Orembourj:, Perm, Viatka, Samara. 244 331 235 986 480 317 
Mechtcheriaks des m^mes gouvcraem. 55 985 54 610 110 595 

Teptiars des luemcs gouverncments. . 131 095 129 880 260 975 



( 527 ) 

suite le denombrement des Grands russiens et des Petits 
russiens. 

La statistique de chaque grand gouvernement ter- 
miner, l'auteur passe a celle des gonvernements inoins 
connus, tels que ceux de Chimakha et d'Erivan ; et 
finit par la statistique de l'Amerique russe. ' 

Je n'ai pas besoin de dire que, dans ce long expose, 
se trouve comprise la Sib6rie tout entiere. La statistique 
du gouvernement de Tobolsk y est surtout donnee avec 
details ; on y a consigne le denombrement des paysans 
qui servent volontairement sur son territoire. 

La statistique du royaume de Pologne et celle d a grand 
duchedeFinlande (pour 1850) completent le relev6 ge- 
neral dont on lira le resum6 dans le tableau suivant : 

POPULATION DE LA RL'SSIE EN 1831. 



NOBIS 
des 

GOUVERNEMENTS, 
PROVINCES ET TEBRES. 



G. d' Arkhangelsk 

G. d'Astrakhan 

pj'ov. de Bessarabie 

G. de AVilna 

G. de Vitebsk 

G. de Vladimir 

G. de Vologda. .... 

G. de volhynie 

(I. dp Viinini'ie 

<;. ae vltilka 

(i. de Grodno 

(. de Derbent 

Rives de la Gaspicnne . . . 
Territ. de l'arm6e du Don 

G. d'EkaterinoMaw 

G, de Jenissei 

Prov. transbatcalienne.. 

G. d'lrkoutsk. 

G. de Kazan 

U. de Kalouya 

IProv.de Kamtehatka... 



POPULATION MASCULINE 



Soumise 
a l'im| fit 

on 
jouissanl 

d'im- 
munite's. 



103 C99 

9i 690 

456674; 

353 731 
333 469 
630 14 3 
395 352 
670 393 
795 372 
845 546 
388 750 



127 9 
426 463 
108 028 
I 16433 
90 639 
641 341 
451 528 



Nou 
soumise 
al'impot. 



Total 

du sl'xc 
masculiu. 



7 327 
'.IS 70(1 
1 9 534 
42 268 
29 601 
18 453 
22 230 
58 950 
14 216 
34 383 

2 3;:! 



239438 
39 495 

25 848 
51 459' 
65 346 

17 534 
15 037 



1 1 3 020 

190 390 
476 208 
395 999 
363 070 
548 596 
417 582 
729 343 
809 528 
879 929 
391 071 
229 689 

387 399 

465 958 
133 870 
107 892 
1 53 895 
63 87S 

466 56S 
4 071 



POPULA- 
TION 

fetninioe, 



121 038 

196 373 
397 836 
391 GIO 
379 741 
■i 1 9 7(7 
446 686 
740 099 
820213 
138 823 
404 533 
223 625 

400 35? 
436 411 
1 1 7 902 
160 016 
1 38 529 
688 477 
474 837 
i 3 200 



des de 



234 COS 

386 763 

874 044 

787 609 

74281! 

1 168 303 

i o ( 268 

I 469 142 

1 629 741 

I 818 752 

793 604 

453 284 
25 785 

793 758 

902 369 
251 778 

327 'JOS 

1 347 552 

941 402 
7 331 



( 428 ) 



NOMS 
des 

COUVEHNEMENTS, 
PROVINCES ET TERRES. 



POPULATION MASCULINE 



Soumisc 
a Tim put 

1IU 

jouissant 

d'im- 

muilile . 



G. (le Kicw 

G. do Kowno 

G. de Kostroma 

G. de Courlande 

G. de Kour:-k 

G. de koutais 

Territoire ( VladienieJ de 
Mmgrelie 

G. de l.ivonie 

G. de Minsk 

G. de Mohilew 

G. de Moscou 

G. do NiinfSi-Novogorod.. 

G. de Novogorod 

G. d'Olonelz 

G. d'Orembourg 

G. d'Orel. . 

G. de Penza 

G. de Perm 

G. de Podolie 

G. de Poltava 

G. de PsKow 

G. de Hiazan 

G. de Samara 

G. de Saint-PiStersbourg 

G. de Saratow 

Prov. de SemipalaimsK. 

Prov. des Kirghises de 
SibeYie 

G. de Simbirsk 

G. de Smolensk.... < 

G. de Stavropol 

G. de Tauris 

G. de Tambovv 

G. de Tver 

G. tie Tiflirt 

G. de Tobolsk 

G. de Tomsk\ 

G. de Toula 

G. de Kharkovv 

G. de Kberson 

G. de Tchernigow 

Territoire de rarmoc co- 
saque de la mer Noire. 

Ligne des nvages de la 
mer Noire 

G. de Chemaklia 

(i. d'Erivan 

G. d'listhonle 

Prov. d'lakoutsh 

Prov. d'laroslavv 

Possessions de la compa- 
gnie amoricaine. . .. 

ToTAUX 



Non 
Boumise 
a IHmpit, 



715 198 
371 01 i 
458 !»G 
•J5i 850 
807 656 



377 266 
416010 
380 29 
598 293 
526 503 
339 478 
110 313 
439 414 
6X3 .".S3 
514 643 
765 880 
718 565 
778 t28 
307 287 
631 915 
631 3 66 
243 689 
701 733 



487 842 
498 889 
96 774 
305 456 
808 842 
633 328 

392 410 
213 205 
522 53 ! 
560 139 
296 350 
647 069 



137 611 

2 454 

416 680 



Total 
da sexe 

masculin. 



Co 930 
53 355 
20 351 

5213 
26 867 



7 904 
38 601 
32191 
41082 
17 887 
89 712 

1 1 395 
4 1 1 605 
159 559 

12 155 
116913 

6.1 945 
31 402 
6 620 
28419 
19 000 
4 1 266 
15 083 



21 oils 

31 535 

179633 

21643 

23 364 
21 133 

45 358 
21 078 

24 216 
117 998 
159 765 

27 519 



3 620 
103743 

15 553 






21753 563 2 S 19 888 
I 



806 128 
424 399 
479 -297 
260 093 

83 1 523 
I til 7 69 

52 250 
385 230 
455 214 
412 188 
642 975 
51 1 390 
429 220 
t.7 70S 
851 019 
699 542 
523 798 
882 793 
782 505 
812 530 
313 907 
660 334 
650 426 
284 955 
716816 



511 850 

533 121 
276 40' 
327 099 
831 406 
651 461 
267 786 
437 768 
231 3S3 
546 777 
678 137 
456 1 15 
G74 58I 

82 513 



319923 
137 158 
1 1 1 23 1 
106 197 
432 133 



I'UPUI.A- 

feminine* 



28 808 980 



830711 
450 797 
511 331 
279 177 
S 692 
143 933 

28 750 
436 227 
1-0 131 
425 049 
70.3 066 
582 103 
461 817 
135 701 
861 699 
7H7 029 
534 616 
858 '3.33 
795 461 
856 164 
313 376 
648138 
669 682 
281 454 
727 680 



512 430 
530 226 
259040 

2si 733 
835 099 
705 459 
223 699 
434 500 
211 972 
545 696 
688 051 
433 090 
700165 

74 232- 



-_>s3 083 
3 156 861 

i is r.o'.i 

1O0 833 
511 293 



29 393 882 



TOTAL 
des deux 

sexes. 



1 636 839 

875 1 96 

I 020 628 

.3311 270 

I 665 215 

305 702 



9 
II 
13 
II 
in 

7 

'.i 
12 
in 
I- 
IS 
15 

8 
12 



Gl 000 

821 157 

935 345 

x.37 537 
1 348 041 
I 126 493 

891 037 

263 409 
I 712 718 
I '.MO .371 
1 058 444 
1 741 746 
1 577 966 
1 068 694 

657 283 
1 308 472 
I 3.o 108 

566 109 
1 414 496 10 
1 

484 652 

I 024 286^ 8 
1 069 650 1 2 

535 417 

60S 832 
1 666 505 
1 359 920 

491 485 

872 268 

476 355 
I 092 473 
1 366 188 

889 205 
1 374 746 



12 
12 
IS 



136 745 

9 376 

603 006 
294 322 

289 800 
207 0.30 
913 426 

54 000 



58 776675 



( A29 ) 



REMARQUES. 
II faut ajouter : 

1° Au chiffre des habitants du gouvernemeat de Koutais, les habi- 



tants de la Mingrelie 

2° Aux Kirghises, les noniades des provinces ne 
Semipalatinsk et les Kirghises de Siberie, les 
Cosaques des ligues russes, les paysans de la 
couronne, soit 



Gl OOOames. 



34 632 



95 652 
Par contre, il faut retrancher pour le gouverne- 
inent de Novogorod, cornme ayant e"te re"pete"s 

deux fois par erreur 43 596 

D'oii a ajouter 52 056 

Au total pre'ce'dent 58 776 675 

Population totale 58 828 731 Ames. 



ROYAUME DE POLOGNE EN 1851. 



Augustow 
Varsovie.. 
Lublin... 
Plock . . . 
Radom. . 

En tout.. 



HOMMES. 



307 662 
826 917 
502 399 
266 176 
453 720 



FEMMES. 



2 356 874 2495 181 



318 932 
881 978 
526 417 
282 230 
485 624 



TOTAL. 



626 594 

1 708 895 

1 028 816 

548 406 

939 344 



4 852 055 



Finlande (1851). 



Alio . v . . 
Wasa. . . . ; 
Wiborg.. . 
Kuopio. . . 
Helsingfors 
St-Michel.. 
Tavastehus 
Uleaborg. . 

Totaux.. 750 855 



128 465 


127 045 


124 815 


96 202 


70 640 


72 390 


63 317 


73 981 



149 199 


125 300 


132 349 


99 718 


78 373 


75 984 


64 735 


78 244 


803 902 



277 664 
252 345 
257 164 
195 920 
149 013 
148 374 
128 052 
152 225 



1 560 7 57 



PAR RELIGION 

Chretiens.. 4 287 216 

Juifs 563 970 

Musulmans 291 

Tsiganes . . 162 



en 1850. 

Luthenens. 1 589 771 
Orthodoxes. 47 144 



( flSO ) 

DENOMBREMEST I)F. I.A RUSSIE EN 1851. 

Russie propremeut dite 58 "76 675 

Kirghises uon compris dans le recensemcnt sommairc, 
a savoir : 

Kirghises tributaires du eercle dc Seinipalatinsk, en- 
viron 19 000 \ 

Kirghises de la Petite Horde (dependant du 669 000 

gouvcrnement d'Orembourg) environ 650 000/ 

Montagnards soumis et non soumis du Caucase, en- 
viron 1 500 000 

Royaume de Pologne 4 852 055 

Grand duche de finlande 1 636 915 

Total geueral 67 434 645 

Si 1'ou y joint l'armee rdguliere, on obtient pour la Russie, en 
1851, un chiffre de 68 millions. 

Une des parties les plus interessantes du livre de 
M. Kceppen est sans contredit l'etat de la population 
russe par conditions. L'auteiif a elass6 tous les habi- 
tants et donne" pour clutque classe des cliiflres et des 
details curieux. II commence par la noblesse et la 
bourgeoisie , et en etablit lc d6nombrement par gou- 
vemeiiient. Le releve" des nobles donnait, en 1851, 
181 4&3 personnesjouissant de la noblesse hereditaire, 
et 81 012 jouissant de la noblesse personnelle, en \ 
comprenant leurs enfants. Le chiflre des bourgeois 
{Raznotchinetz) etait de 23 787. Une classe speciale 
de bourgeois comprend les Graj dan inns ; M. K<eppen en 
donne le cliill're, dislinguanl 6j*alemeiit ceux pour les- 
quels ce titre est hereditaire de ceux pour lesquels il 
est personnel. Leur nombre total s'elevait, en 1851, 
a, 718/i. Les marchands forment une autre classe dont 



( m ) 

le denombrement, tr6s detaille par gouvernement, four- 
nit pour les deux sexes un total de 180 359 ames. 
M. Kceppen a pris soin de les distinguer par religion, et 
de les classer en Chretiens, juifs et nmsulmans; ilin- 
dique pour chaque gouvernement leurs classes et le nom- 
bre de leurs ghildes, Dans la categorie des marchands, 
se trouve repet6 le cbiffre des bourgeois lionorifiques 
qui exercaient le commerce en cette meme annee 1851, 
lesquels forment naturellement la premiere categorie. 
Ce denombrement est suivi de celui des individus appar- 
tenant a la classe des petits bourgeois appeles mie- 
chichaninns, des artisans en corporation, des artisans 
simples et des ouvriers. Le cbiffre des miechtclianinns 
de toutes religions est de 1 hbli 693, et celui des trois 
autres chiffres reunis fournit un total d'un peu plus de 
6 000 personnes. 

Le tableau comparatif du nombre des serfs constitue 
comme la seconde section de l'oiwrage. Les serfs se 
subdivisaient, avant l'edit d'affranclhssement, en un 
nombre considerable de classes , que M. Kceppen a 
passees successivement en revue. Nous voyons, par son 
ouvrage, quele nombre des serfs de la couronne s'ele- 
vait, en 1851, a 18155 739, decomposes ainsi : 
8 831 136 homines, 9 326 603 femmes. Le nombre des 
paysans ou serfs des apanages formait un total de 
808 173 pour les deux sexes. Dans le recensement pre- 
cedent ( le huitieme ) , ce cbiffre etait seulement de 
700 987. Le nombre des serfs appartenant aux seigneurs 
s'est eleve, dans la meme annee 1851, a 10 708 900, 
comprenant 10173 253 serfs attaches a la glebe et 
payant la redevance appelee obivk ; 16 186 serfs de- 



( /iS2 ) 

pendants ties personnes; enfin 519 461 esclavcs do- 
mestiques [dvorovye) . 

M. RoeppeD compare ces chiffres a ceux des recense- 
ments precedents, afin de mesurer l'accroissement de 

la population serve. Les serfs dependant dejuridictions 
ecclesiastiques forment une autre classe; le nombre 
total des individus qui la composaient, en 1851, etait 
de 277 695. II y avait en outre 8709 serfs appartenant a 
des maisons episcopates et a des monasteres. 

Ces tableaux sont suivis du denombrement des sol- 
dats congedies en 1851, dont le chiffre s'est eleve a 
I/4/1 110; et de celui des serfs qui sont exemptes pour 
un certain temps de l'impot. Le denombrement des ha- 
bitants par profession est donne en pendant de celui 
des habitants par condition. 

Je me vois forc6 d'omettre bien des chiffres interes- 
sants, et je note seulement les suivants : 1916 mar- 
chands dul"corpe (14A0 Chretiens, 467 juifs, 9 musul- 
mans) , 5992 marchands du 2 C corps (5005 Chretiens, 
891 juifs, 90 musulmans); 170204 marchands du 
3« corps (137 198 Chretiens, 28 809 juifs, Zil97 musul- 
mans); 15 304 paysans des domaines appartenant aux 
villes, 28 397 paysans des domaines ecclesiastiques, 
7Z|53 paysans attaches aux etablissementsd' instruction, 
1748 serfs attaches aux etablissements de bienfaisance 
et aux hopitaux ; 311 380 paysans attaches aux manu- 
factures de la couronne et a l'industriedu sel; 86 353 
paysans des manufactures et des fabriques particu- 
lieres. Dans les nombreux chapitres qui suivent et 
qui sont consacr6s a divers sujets, je remarquc le 
tableau qui nous donne le rapport de l'etendue de 



( 433 ) 

chaque gouvernement a sa population, Vous savez, 
messieurs, que tout gouvernement russe s'e subdivise 
en un nonibre de cercles ou districts {ouiesd) variant 
gen6ralement de 5 ou 6, chifl're leplus petit, a 13 ou 15, 
chiffre le plus grand. Le tableau en question classe les 
cercles, suivant que leur population est moindre de 
10 000, varie de 10 000 a 30 000, de 30 000 a 50 000, 
de 50 000 a 100 000, de 1 00 000 a 150 000, de 150 000 
a 200 000 ou est superieure a 200 000 ames. Un 
appendice etendu donne des renseignements sur une 
foule de points trop particuliers pour avoir trouve 
place dans l'ouvrage proprement dit. On y rencontre, 
par exemple : un denoinbrement des bourgeois et 
des afirancbis des gouvernements occidentaux ; un 
autre des personnes non soumises a l'impot fixe clans 
les gouvernements de Wilna, de Saint-Petersbourg de 
Volbynie, de Perm ; difTerents rapports sur les colo- 
nies militaires; un travail etendu sur les Kirgbises sou- 
mis a la Russie ; un dtmombrement detaille" de l'armee 
bacbkire en 1856, un autre de Farmed de ligne du 
Caucase ; un rapport sur la population cle la Finlande 
en 1855 et 1856. J'extrais de ce dernier travail les 
chiffres suivants : 

TABLEAU COMPARATIF DES POPULATIONS DE LA FINLANDE, 
en 1855 ET 1856. 

1855. 185G. 

Habitants. 

Lan ou gouv. d'Abo 283 096 282 383 

Lan ou gouv. de Wasa 265 572 270 036 

Lau ou gouv. de Viborg 261 240 258 510 

A reporter 809 908 810 929 



( hllx ) 

Hommcs. 

Report 809 008 810 920 

Lan ou gouv. do Kuopio 203 448 207 386 

Lan ou gouv. dc Nyland Helsingfors) 116 934 143 716 

Lan ou gouv. de Saints-Michel 147 244 147 028 

Lan ou gouv. de Tavaslehus 142 6 iO 144 757 

Lan ou gouv. d'Uleaborg 171 522 174 203 

1621696 1628 019 



Un cles derniers paragraphed de 1' append ice presente 
le tableau sommaire de la population ouvrierc des 
forges, tant dansles etablissements dela couronne que 
dans les etablissements particuliers. 

RECENSEMENT DES OUVR1ERS 

EMPLOYES DANS LES FORGES DE LA COOKOMNE ET PARTICUL1ERES. 

recknsem. de 1834. recensem. de 1850. 

COURONNE Honimes. Femmes. Hommes. Feninu s. 

Dans l'Oural 65 605 65 984 84 785 89 183 

Augmeutation : Honimes 19 180 

Femmes 23 199 

Homme*, Femmes. Honimes. Femmes. 

DanslaSiberie 171262 170267 212683 218805 

Augmentation : Hommes 41421 

Femmes 48 538 

1834. 1850. 

FORGES PARTICL'LIERES. Hommcs. Femmes. Hommes. Femmes. 

Administration des forges de i 
TOural (gouvernements de( 167491 183g85 2l50M 239435 
Perm, Viatka, Orembourg, i 
Kazan, Vologda). v 

Augmentation : Hommes 47 549 

Femmes 55 550 



( 435 ) 



ADMINISTRATION DES FORGES DE MOSCOU. 

Hommes. Femmes. Hommes. Femmes. 

(Gouvemoments de Nijnei No- \ 

vogorod, Kalouga, Tambow, / 6 g32 ^ ^ ^^ ^ ^ 
Vladimir, Riazan , Pcoza , I 
Toula, Orel , Jaroslaw). .... ) 

Augmentation : Hommes 5 437 

Femmes 5 685 

Tel est 1' ensemble cles documents contenus dans la 
statistique de M. Kceppen. Le tableau general qui a 
ete donne plus haut, fournit pour le total d'indivi- 
dus du sexe male un chiffre de 28 809 000 environ. 
En 1847, ce chiffre ne s'elevait qua 26 000 000. On voit 
done que la population a pen augments, et il faut cer- 
tainement attribuer le fait a la condition miserable dans 
laquelle se trouve la plus grande partie des habitants. 
Les chiffres recueillis par le statisticien russe prouvent 
en effet combien la proportion des serfs depasse celle 
des personnes de condition libre. La misere est un 
obstacle invincible a l'accroissement du nombre des 
habitants. La statistique l'a d6montre avec evidence : 
une population ne s'augmente qu'autant que les res- 
sources s'accroissent, et si les naissances se multiplient 
chez les classes necessiteuses et miserables, ces nais- 
sances ne produisent en majority que des etres destines 
a mourir prematurement ; ties lors l'accroissement 
des naissances n'eleve pas le chiffre reel de la popu- 
lation. L'ouvrage de M. Koeppen nous offre encore 
incidemment des renseignements g6ographiques sur la 
division territoriale de la Russie. L'agrandissement du 
territoire russe, l'augmentation de la population dans 



( 436 ) 
certains gouvernements, out necessitc la creation de 
gouvernements nouveaux que ne donnent generale- 
ment pas nos cartes. Tcls sont les gouvernements de 
Samara, forme d'un d£membrement du gouveruement 
de Simbirsk et de Saratow, et celui Cliemaka. Le 
nouveau gouveruement de Samara comprend sept cer- 
cles (Bougoulema, Bougourouslanne , Bouzoxdouk, 
Nicolaiew, Novuy Ouzene, Samara et Stavropol) ; celui 
de Chemakha, cinq (Bakou, Lenkorane, Noukba, Ch6- 
makha, Clioucba). Nous ne voyons point figurer na- 
turellementici les nouveaux gouvernements que l'exten- 
sion de la domination russe sur les rives de 1' Amour a 
recemment fait cr6er. 

La Soctete" doit remercier M. Koeppen du don qu'il 
lui a fait de son precieux livre ; il est assur£ment digne 
de figurer a cote des meilleurs travaux de statistique 
que possede notre bibliotbeque. Alfred Maury. 



BAPPOBT 

Sur les deux derniers volumes de Y Histoire des nations 
cii'ilisees da Mexique et de I'Amerique ccntrale, dans 
les siecles anterieurs a CJiristophe Colonib. 

Tomes III et IV, avec carte, par M. l'abbe Brasseirr de Bourbourg. 

L'ouvrage de M. Brasseur de Bourbourg, dont M. A. 
Maurj \<>us a fait connaitre les premiers volumes, 
vient d'etre complete par les volumes III et IV; l'auteur 
v a reuui tons les documents anciens <>u nouvcllement 
d6couverts sur l'histoiredu Mexique, et qui out rapport 
aux evenements, a la religion et aux dogmes, aux fetes, 



( 437 ) 

anx funerailles, aux ce-r6monies, aux traditions ties dif- 
ftrents peuples ; il en est de meme des continues des 
arts et de l'industrie. Ce qu'il y a de plus remarqtiable, 
peut-etre, dans le III* volume est ce qui concerne le 
commerce et ses coutumes , les caravanes et leurs 
voyages, les monnaies, les poids et les mesures. Le 
commerce 6tait organise en compagnies ; les princes 
conferaient quelquefois la noblesse et les titres aux ne- 
gociants. Ajoutons que les renseignements surl'6tatde 
la propriete" sont d'un haut interet. 

La question des langues n'est point oubliee dans cet 
important ouvrage, pas plus que celles du calendrier 
des Mexicains, de leur astronomic et de leurs observa- 
tions. L'auteur n'a pas n6glig6 non plus la partie g6o- 
graphique de son sujet : il donne des details topogra- 
pliiques, et traite entre autres cboses cles cartes azteques. 
II traite longuement des guerres des Mexicains, de leurs 
conquetes, de leurs 6tablissements, de leur chronolo- 
gie, et, en general, de l'etat de I'Aiiahuac. Pour les 
travaux publics, il decrit les aqueducs, les chauss6es 
et aussi les digues construites par les Azteques a 1' oc- 
casion de la grande inondation de Mexico. Malheureu- 
sement,.la civilisation mexicaine e"tait entachee par 
d'borribles sacrifices humains; M. de Bourbourg en a 
fait un tableau saisissant. 

Enfin, le savant missionnaire rapporte les antiques 
prophe"ties qui avaient annonce" depuis longtemps l'ar- 
riv6e des etrangers du cote de l'Orient. I-e livre de 
M. I'abb6 Brasseur de Bourbourg peut etre justement 
place" au nombre cles plus importants qui aient paru sur 
l'liistoire du Mexiqueet descontrees voisines. 

JOMARD. 



( 438 ) 
RAPPORT 

SUR LE GLOBE DIVISIBLE DE MM. DESHAIS ET IIAKREAUX, 

PAR M. CORTAMBERT. 



Le globe terrestre que MM. Deshaiset Harreaux ont 

soumis a l'appreciation de la Societe est destine a 

l'instruction elementaire principalement; il est certain 

que les eleves comprennent niieux la tcrre sur un 

globe que sur uue carte, dont la fixation est toujour* 

assez difficile a saisir pour des commencants; mais un 

globe de petite dimension ne peut guere servir a une 

classe nombreuse ; il faut des globes de grands dia- 

metres : or, dans ce cas, on comprend l'utilite do globes 

portatifs ; e'est ce qui a fait inventer les globes en toile 

se resserrant conime un parapluie, les globes aero- 

pbyses se gonflant comme un ballon au moyen de l'air 

qu'on y insuffle, etc., etc. Jusqu'ici, on n'avait guere 

employe dans ce but que des matieres inolles ct ])liables. 

MM. Deshais et Harreaux ont pense qu'un globe de 

carton, se montant et se demontant avec facilite, re[)on- 

drait aussi completement que possible au besoin de 

l'enseignement. Autour d'une charpente composee 

d'un axe sur lequel tourne lc gloi)e, et d'une table 

mobile qui se plie ou se maintient ouverte a volonle, 

s'adapleni , comme envelopjK' , douze demi-l'uscaux 

spberiques sur lestpiels est dessinee la surface tenesiie. 

Ges luseaux s'accrocbent aux poles representes ]i;u - 

deux petits plateaux tres solidcment attaches, et s'ap- 



( 439 ) 

puient sur l'Gquateur, qui est la table mobile dont nous 
venons de parler. lis se separent tres aisement et peu- 
vent etre places dans une bolte peu considerable et 
tres portative. L'idee est excellente, voyons maintenant 
comment elle a 6te" appliquee. 

L' execution se ressent encore un peu des tatonne- 
ments d'un commencement d'entreprise ; maisles pro- 
gres remarquables r6alis£s depuis six mois, par les 
inventeurs, dans la construction de leur globe, donnent 
lieu de penser qu'ils le porteront prochainement a un 
perfectionnement qui permettra de le louer sans reserve. 
Dans son etat actuel, le globe divisible a quelques im- 
perfections qu'il est de mon devoir de vous signaler : 
les fuseaux ne se joignent pas assez cornpletement ; la 
partie geographique laisse beaucoup a desirer : l'oro- 
graphie, l'hydrographie, les contours des cotes, la no- 
menclature, le coloris, ont besoin d'etre ameliores; 
mais je sais que ces messieurs ont commence deja la 
confection d'un globe bien plus grand que celui qui 
est sous vos yeux (1 ) , et pour lequel ils emploieront 
des mains assez babiles en geographie pour qu'on puisse 
compter sur une bonne execution de la partie scienti- 
fique du travail ; ils ajoutent, m'ont-ils dit, l'image de 
la voute celeste dans la concavite de leur nouveau globe ; 
tres heureuse idee qui fera embrasser le ciel sous un 
aspect plus vrai que celui d'un globe celeste ordinaire, 
oil l'observateur est cense planer au-dessus des etoiles ; 
tandis qu'ici on pourra voir, bien naturellement de 

(i) Ce globe deplus petit format a 1 metre 80 de circonfdrence ; le 
graud format aura 3 metres 60 ceutim. 



( 440 ) 
notre humble terre, la profondeur du ciel. La divisi- 
bility du globe permettra d'embrasser tour a tour l'he- 
misphere boreal celeste et l'hemisphere austral, de 
meme qu'on pourra etudier pour la geographie chaque 
hemisphere terrestre, soit du nord, soit du sud, soit 
oriental, soit occidental, en appliquantces hemispheres 
a un mur, si Ton trouve cela plus commode que de laisser 
le globe sur son pied ou de le suspendre par sou anneau, 
deux positions qui seront cependant, en general, pre- 
ferees sans doute par les professeurs. 

MM. Deshais et Harreaux ont prepare, pour l'exer- 
cice du dessin geographique par les eleves eux-memes, 
des globes muets qu'ils appellent globes-tableaux ', les 
uns a la surface blanche ou Ton peut tracer avec un 
crayon noir, les autres a la surface ardoisee , pour 
l'usage d'un crayon blanc. G'est une heureuse appli- 
cation. Cet exercice peut n'etre pas sans utilite. 

E. COHTAMBERT. 



( hkl ) 
Nouvelles et communications. 



PROJET 
d'un voyage a la decouverte des sources du nil 

ADRESSB AU GOLVEBNEMENT EGYPTIEN, 

Par M. Penev, m^deciu eu chef du Soudan oriental. 

(Communique par M. Jomar I.) 



La dissolution de 1' expedition scientifique du Fleuve 
Blanc, tout en donnant gain de cause aux personnes qui 
prevoyaient d'avance les difficulty qui l'entraveraient 
dans sa marche, acependant 6te~ l'objet des regrets de 
toutes celles qu'enthousiasment les grandes entreprises, 
de celles qui, sans parler des savants, s'int6ressent au 
Soudan et a 1'Egypte. 

Je connais, au Soudan, deux ou troisEuropeens, an- 
ciens employes du gouvernement 6gyptien, acclimates 
au pays, connaissant le Fleuve Blanc , ou ils ont fait 
plusieurs voyages, offrant, par leurs antecedents, plus 
de chances de succes que des savants strangers qui 
ignorent les usages, les habitudes, les idiomes et les 
maladies des provinces a parcourir. Avec ces nouveaux 
pionniers, point de ces provisions superflues qui s'ava- 
rient si vite par l'effet de l'intemp6rie des saisons. 

Si je devais faire une expedition du genre de celle 
dont il s'agit, je ne demanderais au gouvernement que 
deux barques pour le transport de Khartoum aux mon- 
tagnes des Barry (environ h degres latitude nord),quel- 

XVI. Dl-CEMDRE. 5. 29 



( M2 ) 

ques quintaux de verrotcries qu'on se procure partout, 
et cinquante soklats amies et choisis dans les bataillons 
du Soudan. II n'en faudrait pas davantage pour tra- 
verser l'Afrique d'un bout a l'autre. — II faudrait y 
joindre quelques instruments d'astronomie et de m6teo- 
rologie, tels qu'un sextant, un clironometre de poche, 
un barornetrc portatif, quelques thermometres, et deux 
ou trois boussoles. 

Je sais bien qu'avec ce ruince bagage, on ne fait pas 
de grandes decouvertes ; mais I'expeclition doit avoir 
un autre but qui rue semble interesser plus directenient 
le gouvernement egyptien. Tout le monde a entendu 
parler des ricbesses minerales du Fleuve Blanc et du 
Babr- el-Ghazal ; le cuivre , le fer et probablement 
d'autres nietaux, occupent dans diverses localites, des 
gisements qui sont d'une immense ressource pour les 
indigenes, et dont une partie est exported. Un voya- 
geur, M. de Malzac, a rapporte, cette annee, du Fleuve 
Blanc, differents produits mineraux et vegetaux, tels 
que gangues de fer, plantes comestibles et medicinales, 
caoutcbouc et autres substances encore inconnues : qui 
peut savoir les ricbesses que recelent tant de contr^es 
eloigners ? 

Quelqu'un de nous succombera sansdoute a la tacbe ; 
mais ceux qui survivront auront la gloire d'inscrire, 
au-dessus de leurs noms, gur une pierre inconnue des 
sources du Nil, le nom de S. A. Said-Pacha; et, tie la 
sorte, quelques pauvres euq)lo\es du gouvernement 
egyptien auront atteint le J>ui que n'ont pu atteindre 
jusqu'aujourd'bui les savants ni les voyageurs du 
monde enticr. Pour moi, veteran du Soudan, moi crae 



( 443 

quinze annees de pratique medicale ont attache a ces 
regions, mon ambition unique est de m'associer a une 
telle expedition. 

Peney. 



LETTRE 

DE M. BOUQUET DE LA GRVE, SOUS-1NGEMEUR HYDROGRAPHE 

SUR DES TRADITIONS RECUEILLIES A LA NOUVELLE CALEDONIE. 
(Communiquee par M. Jomartl) 



Paris, 2 d^cembre 1858. 
Monsieur, 

J'ai l'honneur de vous envoyer ci-joint les quelques 
renseignements que j'ai pu recueillir en Caledonie sur 
le passage de notre La Peyrouse. 

La bienveillance avec laquelle vous avec recu l'an- 
nonce de cette petite note, me fait regretter de ne pou- 
voir la donner plus complete aujourd'bui. Debarrasse 
de travaux purement bydrograpbiques, plus tard je 
pourrai vous offrir un travail etendu sur les mceurs 
d'une race encore peu connue, et destinee peut-etre a 
disparaitre comme ses freres de la Nouvelle-Hollande. 

Veuillez, etc. 

A. Bouquet de i.a Guye, 
Sous-ti)g6aieur hydrographQ, 



( hhlx ) 

Traditions sur la presence de Cook, de La Peyrouse, et 
de d'Entrecasteaux , sur les cotes de la iXom'elle- 
Caledonie. 



Parmi les renseignements que peuvent nous fournir 
les naturels de l'ocean Pacifique, il n'en est point qui 
puissent a nos yeux valoircequeleur tradition rapporte 
des premiers contacts avec les Europeens. 

Lorsque ces souvenirs se lient a des personnes dont 
la perte, deuil pour la science, fut enveloppee d'ob- 
scurites pendant quarante ans, ils nous presentent en 
outre un reel interet historique. 

Dans la partie nord de la Nouvelle-Caledonie, les 
R. peres Maristes avaient deja signale des traces clu 
passage de Cook ; j'ai et6 assez heureux pour retrou- 
ver dans le sud celles des trois plus celebres naviga- 
teurs de la fin du siecle dernier : Cook, La Peyrouse, 
d'Entrecasteaux. 

A Tuauru (cap Queen Charlotte) , un chef kate me dit 
un jour que la premiere notion d'un navire qu' avaient 
eue leurs peres, avait ete (ni-kanga, bien aulrefois) lors 
des plantations des ignames. Deux jours entiers un 
monstre couvert de voiles avait ete en vue. II disparut 
dans le sud pour revenir quelques jours apres k Amere 
(liotany-Island). Les naturels y coururent apres son 
depart etconstaterent que des bomiius \ avaient abattu 
des pins et fait clu leu nun a la nirtlxxlc indienne. » 

Lase bornaient les renseignements de Kate; ilsn'ap- 
portaient du reste rien de nouveau ii ce (pie Ton sail 
du voyage de Cook; les leux apercus par ce naviga- 



( M5 ) 

teur le long de la cote, et pris d'abord pour une Erup- 
tion volcanique, provenaient des defricheinents en 
usage a,cette Epoque de l'annee. 

Le meme batiment, d' apres Ti-oti et Ti-kere, fut vu 
aussi de Tile des Pins, mais il y fut suivi quelques 
annees apres de deux autres. 

Ces nouveaux venus parurent un matin devant Gadji 
(partie nord de File). Aussitot mouilles, plusieurscanots 
s'en detacherent charges de monde et se dirigerent 
vers la cote. Les naturels saisis de frayeur avaient fui 
sur le plateau superieur ; quelques-uns plus braves 
accosterent les Strangers qui avaient eu quelque peine 
a descendre a cause de la houle. Les temoignages d'a- 
mitie qu'ils en recnrent encouragerent leurs camarades 
qui, mel6s des^ lors aux matelots, ne songerent qua 
s'emparer d'eux et de leurs richesses (iidda) . Le moment 
du reembarquement fut choisi comme signal de l'at- 
taque; mais surpris par le bruit, nouveau pour eux, de 
la mousqueterie, ils s'enfuirent dans les bois, aban- 
donnant trois morts et plusieurs blesses. Les blancs, de 
leur cote, apres une recherche d'eau douce infructueuse, 
retournerent a leurs vaisseaux qui, apres un « coup de 
tonnerre, » disparurent bientot dans la direction de la 
grande terre. 

Ce recit, rapproche de celui de Tuauru, ne peut nous 
laisser de doute sur les noms des batiments qui ve- 
naient faire un si malencontreux essai de l'hospitalite 
caledonienne. 

L' intention de La Peyrouse n'6tait-elle pas, treize ans 
apres le passage de Cook, de visiter la Nouvelle-Cale- 
donie; les excellents rapports qu'avait eus son pr6de- 



( al6 ) 

cesscur a, Balade, devaienl I' engager a nouer aussi des 
relations dans le sud. «Le pavilion, lelangage a'etaient 
l>as anglais, m'a dit mon pere, » racontaii Tinir. pi-ul- 
etre peu desireux de trouverde plus grandes analogies 
avec ses nouveaux maitres dans ceux qui les avaient 
chaties une premiere Ibis. Du restc, la lecon que leur 
infligea notre malheureux conipatriote ne leur inspira 
qu'un seul desir, celui de se venger. Plusieurs hati- 
ments toniberent en leur pouvoir par surprise, et ils 
regrettaient encore, en 1856, un malheureux capitaine 
et son equipage qui, naul'rages tiente ans avant sur 
leurs cotes, avaient echappe a un massacre par la pro- 
messe fallacieuse de revenir charges de richesses. 

Pour d'Entrecasteaux, le pere du chef actuel de Uen, 
vieillard age d'environ 68 ans, m'a racont6 qu'apres sa 
naissance , deux batiments, et c'etaient les premiers 
qu'on ait vus de Uen, avaient ])aru pres de Ndo, ile 
situeesur le Tiukuru. lis defilerent le long des grands 
recifs. Tenus en e\cil par les recits de la lutte de Tile 
des Pins , les naturels leur avaient et6 signales au 
moyen de feux, et leurs signaux avaient couru, prece- 
dant les navires de cap en cap. 

Paris, 2 ddcembre 1858. 

A. Bouquet de la Grye, 

S. ing. liydrographc. 



( hhl ) 
%ctes «le la Soci£t6 

EXTRA1TS DES PIlOGIiS-VERRAUX DES SEANCES. 



Seance du 19 novembre 1858. 

Le proces-verbal de la derniere stance est hi et 
adopts, avec une suppression demanded par M. d'Avezac 
et consentie par M. de La Roquette. 

M. le general Daumas ecrit a la Society qu'il vient 
d'etre appele parl'Empereur au commandement supe- 
rieur du camp de Luneville, et qu'il regrette vivement 
de ne pouvoir presider son assemblee generate du 
3 decembre. 

M. le secretaire communique la liste des ouvrages 
offerts a la Soctete; on y remarque une collection de 
livres americains transmis a la Society par l'lnstitut 
smithsonien, tant en son nom et celui de plusieurs autres 
Societes qu'au nom du gouvernement des £tats-Unis. 

M. Jomard pr6sente, de la part de l'auteur, un livre 
intitule Percement de Fisthme de Panama, publie par 
M. Felix Belly, concessionnaire du canal de Nicaragua. 
Ce livre est accompagne d' une carte ousont tracers les 
lignes de navigation qui, a l'aide de ce canal et du 
canal de Suez, pourront etre suivies par le commerce 
entre les deux mondes. On trouve dans cet ouvrage, 
entre autres documents curieux, la traduction du pro- 
jet de canal qn'avait publie en anglais, en 1846, le 
prince Louis-Napoleon Bonaparte. 

M. d'Avezac fail, hommage de son livre sur les Voyages 



( as ) 

ctAmeric Vespuce au compte de UEspagne, et sur les 
mesures itiueraires employees par les metritis espagnols 
et portugais au.v XV* et XVI" siecles. 

M. Malte-Brun offre le resume historique qu'il vient 
de publier sur 1' exploration faite dans l'Afrique centrale 
de 1855 a 1856, par le l) r Vogel. 

La Societe admet au nombre de ses membres, 
M. Henri-Charles-Georges Pouchet , naturalists et 
M. Jose Maria Samper. M. Maunoir, employe au depot 
de la Guerre, est presente comme candidatpar MM. Le- 
jean et Malte-Brun. 

M. le chevalier da Silva entretient la SocieHe du pro- 
jet qua M. de Varnhagen de publier une collection des 
lettres d'Ame>ic Vespuce, et il annonce que ce savant 
doit prochainement communiquer a la Commission 
centrale un memoire sur la valeur du degr6 et de la 
lieue employes par les anciens navigateurs espagnols 
et portugais. M. de Varnhagen y repondra a quelques 
observations de M. d'Avezac. Le president de la Com- 
mission centrale assure M. da Silva quelle entendra 
la lecture de ce travail avec interet. 

M. de la Roquette fait au nom de la section de cor- 
respondance, dont il est president, un rapport verbal 
sur les deux questions soumises a la section, savoir : 
s'il ne serait pas convenable 1° d'augmenter le nombre 
des correspondants Strangers; 2° de supprimer les 
noms de ceux de ces correspondants qui ont cesse de- 
puis longtemps toute relation avec la Soci6t6. 

La section a pense sur la premiere question : que 
l'article 31 du reglement interieur de la Society, adopte 
en 1853, limitant a trente le nombre des correspon- 



( 449 ) 

dants Strangers, on ne pouvait regulierement depasser 
ce nombre ; mais que, comme concession, la section ne 
voyait pas d' inconvenient de le porter a trente-deux. 
Sur la seconde : bien que 1' article 6 supplemental 
du reglement de la Societe, adopte dans la stance ge- 
nerate du 1" decembre J 826, porte que « le titre de 
» correspondant se perd quancl on cesse, pendant deux 
» annees consecutives, d'entretenir des relations avec 
» la Societe » , la section regarde cette clause comme 
abrogee par l'article 31 du nouveau reglement, qui 
ne l'a pas reproduite. 

La proposition de la section sur la seconde question 
est adoptee sans discussion. 

Quant a la premiere, M. Alfred Maury emet l 5 opi- 
nion que le nombre des correspondants etrangers est 
beaucoup trop limite et qu'il devrait etre augmente, 
non pas seulement de deux, maisde dix, vingtetmeme 
trente. M. Vivien de Saint-Martin observe qu'il convien- 
drait peut-etre mieux de laisser le nombre indetermine. 

M. de La Roquette ne partage l'avis ni de l'un ni de 
l'autre despreopinants, et appuie surlesinconvenients 
qui r£sulteraient de l'accroissement trop considerable du 
chilFre des correspondants ; il ajoute que ces deux pro- 
positions sont d'ailleurs en disaccord avec l'article 31 
du reglement; d'ou il suit que la Commission centrale 
tout entiere doit etre consultee et mise a meme de 
prendre une decision speciale a ce sujet. La commission 
decide en consequence que la proposition sera soumise 
a la commission centrale, sp^cialement convoqu^e pour 
voter sur la modification proposee. 

La section de correspondance a egalement examine les 



( A50 ) 

demandesd'instructionssur Siamet sur l'Asie Mineure, 
adress6esa laSoci<'M<'' par M. de Castemau otpar M. le 
D 1 Rousset. Kile a pense. en ce qui concerneSiam,que 
M. de Castelnau, consul de France dans ce royaume, 
doit posseder les derniers ouvragea et les cartes qui exis- 
tent surcettepartie si importantede l'Orient, et qu'on 
pouvait au surplus lui indiquer. Un voyageur aussi habile 
que M. de Castelnau n'a pasbesoin d' autre instruction, 
puisqu'il pourra comparer lui-meme, sur leslieux, ce 
qui a ete fait avec l'etat actuel du pays, envisage" 
sous ses different* points de vue. Relativement a 
la demande de M. Rousset, M. de La Roqnette fait 
observer, au nom de la section, que c'est a tort que ce 
dernier considere t'Jsie Mineure comme ime eontree 
trSs pen connue, puisqu'elle a ete preeminent visit^e 
par de savants , intrepides et consciencieux voya- 
geurs, parmi lesquels il se bornera a citer M. P. de 
Tchi hatched', qui a explore cette eontree pendant plus 
de douze annees avant de publier les deux premiers 
volumes de sa relation consacr^e a la g6ographie phy- 
sique comparee de l'Asie Mineure, a sa climatologie et 
a sa g6ologie, et qu'il a accompagnes d'une bonne 
carte topographique bas6e en partie sur les travaux de 
ses pr6d£cesseurs, et ses propres observations sur cette 
contr6e qu'il continue d'etudier sur les lieux en ce mo- 
ment meme (1). Sans doute tout n'est pas dit sur l'Asie 
Mineure, ajoute M. de la Roquette, et il reste encore 
des decouvertes a y faire ; aussi, ne pouvons-nous qu'en- 

(1) On peut consulter avec fruit la nolle carte de l'Asie Mineure en 
6 feuilles, par Kiepert. E. J. 



( 451 ) 

couragcr M. le D 1 ' Rousset a suivre l'exemple de M. P. de 
Tchihatcheff et de ses einules, et a essayer de remplir 
les lacunes qu'ils auront pu laisser. Dans tous les cas, 
il n'est pas dans les usages de la Societe, comme le 
demande M. Rousset , de solliciter en faveur de per- 
sonnes qui desirent entreprendre des voyages, une 
mission scientifique aupres de S. Exc. M. le ministre 
de 1' instruction publique. 

M. Cortambert fait un rapport sur le globe divisible 
de MM. Desbais et Harreaux, destine specialement a 
1' instruction elementaire. 



Seance generale tin 3 decembre 1858. 

A huit henres, M. de La Roquette, vice-president de 
la Societe, en l'absence de M. le general Daumas, pre- 
sident, r6cemment appel6 par l'Empereur aucomman- 
dement supeYieur du camp de Luneville, prend place 
au fauteuil. 

M. le president lit un discours dans lequel il appelle 
1' attention sur les progres remarquables des connais- 
sances geograpbiques accomplis dans ces demiers 
temps, et surtout sur ceux qui se preparent; montrant 
les voyageurs de toutes nations, distingues par leurs 
talents et leur perseverance, parcourant les diiKrentes 
parties du globe ; de vastes et nouveaux borizons ou- 
verts aux explorateurs ; 1'accroissement des voies fer- 
rees et de la telegrapbie renclant de plus en plus faciles 
les communications; le percementde l'istbme de Suez 
sur le point de se realiser ; et dans un avenir rapprocbe, 



( 652 ) 

il faut l'esperer, celui de l'isthme de Panama, extremite 1 
orientale du grand istlnne dc l'Amenque centrale; 
cntreprises immenses , qui, reunissant, la premiere la 
mer M6diterratfee a la mer Rouge, et la seconde 1' ocean 
Atlantique a l'ocean Pacifique , doteront le commerce 
de routes plus courtes, plus faciles, et l'industrie de 
nouveaux debouches. 

M. Buisson, secretaire de la Societe, lit le proces- 
verbal de la derniere stance semestrielle. 

M. le president amioncc la perte que viennenl de faire 
la Society et la science, dans la personne de M. Brun- 
Rollet,voyageur et vice-consul (proconsole) de Sardaigne 
a Khartoum. D'apres une lettre de Turin , du 25 no- 
vembre dernier, reeue par M. de LaRoquette, M. Brun- 
Rolletest mort a Khartoum le 25 septembre 1858. 

Le secretaire donne lecture de la correspondance ; 
elle comprend : une lettre de M. Jose Maria Samper, 
qui remercie la Society d' avoir bien voulu l'admettre 
au nombre de ses membres, et promet de prendre une 
part active a ses travaux ; une lettre de S. A. I. le 
Prince charge du ministere de l'Algerie et des Colo- 
nies, annoncant l'envoi de la notice mineralogique sur 
les provinces d' Alger et d'Oran, par M. Ville ; une lettre 
de M. Justus Perthes, qui adresse a la Societe la carte 
des pays des Alpes, par M. Mayr, et les tableaux paral- 
lelo-chromatiqucs poiuTetudede la geologic, duT) r Lo- 
renz ; enfin une lettre de M. Alfred Potiquet , qui fait 
hommage de ses cartes du reseau des chemins de fer 
de l'Est. 

Le Secretaire lit ensuite la liste des ouvrages deposes 
sur le bureau. 



( A53 ) 

M. Jomard ajoute a ces dons , la Geografia de la 
Republica del Ecuador, par M. Manuel Villavicensio, 
avecun atlas; M. Malte-Brun, le tome I V c de 1* Histoire 
des nations civilisees du Mexique et de V Amerique cen 
trale, par M. l'abbe Brasseur de Bourbourg, et la Ba- 
taille de Hastings, par M. de Circourt; enfin, M. de La 
Roquette, les n os 5, 6, 7et 8 de la Bibliotheque univer- 
sellede Geneve, au nom de M. le professeur Paul Chaix. 
M. le president fait connaitre les noms des membres 
admis dans la Societe" depuis la derniere stance g£n6- 
rale, et proclame le nom de M. Maonoir, presente 
dans la stance du 19 novembre. M. Ernest Beule\ pro- 
fesseur d'archeologie a la Bibliotheque imperiale, 
M. Jean-Denis-Adrien de Courval, etM. Alfred Potiqnet, 
geographe, sont ensuite presented comme candidatspar 
AIM. Jomard, Guigniaut, d'Avezac et Cortambert. 

M. Malte-Brun, secretaire adjoint de la Commission 
centrale, lit pour M. Alfred Alaury, membre de l'lnsti- 
tut et secretaire gem6ral, des extraits de la notice an- 
nuelle sur les travaux de la Societe et les progres des 
sciences geographiqucs pendant l'ann6e 1858. 

M. Jomard, president bonoraire de la Society, lit une 
notice iutitulee : Coup d'eeil sur Forrnose, destinee a 
accompagner la carte orographique et hydrographique 
de cette ile, traduite du chinois, parM. Leon de Rosny, 
et qui doit paraitre dans le Bulletin de la Societe. 

M. V. Gu6rin, membre de la Commission centrale, lit 
un fragment de son dernier voyage en Orient, conte- 
nant le recit de son passage a travers les deux pre- 
mieres cataractes du Nil. 



( tibh ) 
Seance du 17 decembre 1858. 

Le proces-verbal de la derniere stance est lu et 
adopte, et M. le secretaire de la Society communique 
eclui de l'asseinblee generate du 3 decembre. 

LaSocieteadmetaunombredesesmembres:M.Ei']n si 
Beule, professeur d'arclieologie a la Bibliotheque imp6- 
riale, M. Adrien de Courval et M. Alfred Potiquet, 
geograpbe. 

M. Himly, professeur suppleant de geographie a la 
Faculte des Lettres de Paris, M. Mariano Padilla, 0. M. 
professeur de medecine a l'Universite de Guatemala, 
et M. Alfred Jacobs, docteur es-lettres, sont presentOs 
comme candidats, le premier, par MM. Guigniaut et 
Jomard, le second par MM. Jomard et Malte-Brun, et 
le troisieme par MM. Guigniaut et Jacobs pore. 

La Commission centrale decide, sur la proposition re- 
lative au cliilfre des correspondants etrangers, que 
le nombreen restera indetermine ; die substitue en con- 
sequence les mots des correspondants aux mots trente 
correspondants dans 1' article SI du reglement interieur 
adopte en 1853. 

Apres la lecture de la liste des ouvrages deposes sur 
le bureau, M. Vivien de Saint-Martin olfre a la Sociric 
deux publications relatives a L'ancienue geographic de 
l'lnde. Le premier est un Memoire analjrtique sur une 
carte de 1' Asie centrale ct de l'lnde, constitute d' apres le 
Si-yu-ki et les autres relations chinoises des premiers 
siecles de notre ere'(L). Co memoire et la grande carte 

(1) Paris, iruprimerie iinperiale, in-8° de 118 pages, avecune carte. 



( 455 ) 

qu'il accompagne ont 6t6 composes pour etre joints a la 
traduction des voyages de Hiouen-Thsang que vient de 
publier notre illustre sinologue M. Stanislas Julien, de 
rinstitut. Ce travail a fourni a M. Vivien de Saint- 
Martin 1' occasion d' examiner un grand n ombre de points 
importants de la geographie de l'Asie centrale et de 
l'lnde pour cette obscure periode du moy en-age asia- 
tique. Le second ouvrage, d'une beaucoup plus grande 
6tendue, est une Etude sur la geographic grecque et 
latine de /' Inde, et enparticulier sur l'lnde de Ptoleinee, 
dans ses rapports avec la geographie sanscrite (1). Sur 
quatre m&noires dont le travail entier se composera, 
cette premiere partie en comprend deux, Tun consacre" 
au bassin du Kophes , l'autre au bassin de l'lndus. 
L'examen des marches d' Alexandre, depuis les confins 
de la Bactriane jusqu'aux bouches de l'lndus, est com- 
pris tout entier dans cette premiere partie qui est 
extraite des Mcmoires de f ' Acadcinie des Inscriptions, 
tome V, Savants etrangers. 

M. Jomard fait un rapport verbal sur les deux der- 
niers volumes de VHistoire des nations civilisees du 
Mexique et de VAmerique centrale, dans les siecles an- 
terieurs a Christopbe-Colomb, par M. I'abb6 Brasseur 
de Bourbourg. — Renvoi au Bulletin . 

Le meme membre communique une notice de 
M. Bouquet de la Grye sur des traditions recueilliesa 
la Nouvelle Cal6donie , et concernant le passage de 
Cook, de La Peyrouse et de d'Entrecasteaux dans ces 
parages. II entretient 6galement la Societe du projet de 

(l) In-4° do 257 pages, avec deui cartes. 



( A56 ) 

voyage a la d6couverte des sources du Nil, adresse au 
go uve rn e men t egyptien, par M. Peney, medccin en 
chef du Soudan oriental. — Renvoi de ces deux com- 
munications au Bulletin. 

M. Malte-Brun faitun rapport sur la carte de l'Ame- 
rique intertropicale du nord, en six feuilles, dresste par 
l'acad^micien Henri Riepert de Berlin, membre cor- 
respondant de la Societe. A ce sujet, M. Alfred Maury 
rappelle qu' outre cette carte, M. Riepert en a publie 
plusieurs autres egalement dignes de la serieuse atten- 
tion de la Societe", notamment une carte de l'Ame- 
rique cent rale en quatre feuilles, importante par les 
documents nouveaux qu'elle pr6sente ; M. Alfred Maury 
ajoutequ'il a consacreune mention aux cartes de M. H. 
Riepert, dans son rapport annuel, en ce moment en 
voie d' impression. 



( A57 ) 
OUVRAGES OFFERTS A LA SOCIRTE. 

STANCES DE DECEMBRE 1858. 



EUROPE. 



Titres des ouvrages. Donaleurs. 

La bataillede Hastings, par A. de Circourt, br. in-8, 1858 (Extrait 

des Nouvelles annates des voyages) M. A. de Circourt. 

Gfeographie physique et politique de la France, nouvelle Edition, 1858. 

1 VOl. in-12. M. CORTAMBERT. 

ASIE. 

Reinwardt's Reis naar het Oostelijk Gedeelle van den Indischen 

Archipel in het Jaar 1821. Uit zijne nagelaten aauteekeuingen 

opgesteld, met een levensberigt en bylagen vermerderd, door 

W. H. de Vriese. Amsterdam, 1858. 1 vol. in-8, avec 19 planches. 

L'Institut oriental des Indes neerlandaises. 

Etude sur la geographic grccque et Iatine de l'lnde, ct en particulier 
sur l'lnde dc Ptol(-irn5e, dans ses rapports avec la gdographie san- 
scrite, par P. Vivien de Saint-Martin. Paris, 1858. 1 vol. in-4. 

Mdmoire analytique sur la carte de I'Asie centrale et de l'lnde, con- 
struite d'apres le Si-yu-ki (Mfemoires sur les contrdes orientales) 
et les autrcs relations chinoises des premiers siecles de uotrc fere, 
pour les voyages de Hiouen-Thsang dans l'lnde, depuis l'annde 629 
jusqu'en 645, par M. Vivien de Saint-Martin. Paris, 1858. 1 vol. 
in-8. M. Vivien de Saint-Martin. 

AFRIQUE. 

Notice mine'ralogique sur les provinces d'Oranet d'Alger, parM. Ville, 
ingenieur au corps imperial des mines. Paris, 1858. 1 vol. in-4. 

Ministere de l'Algerie. 
Remarks on the recent travelsof D r Barth in rentral Africa, or Soudan, 
by W. B. Hodgson. 1858. Br. in-8. M. W. Hodson. 

XVI. DECEMBRE. 6. 30 



( /i58 ) 

Tilres des outrages. Donateurs. 

AMERIQUE. 

Histoire des nations civilistfes du Mexique et de TAm^riqup centrale, 
duraut les siecles anterieurs a Christophe Colomb, exritc sur des 
documents originaux et eutierenient iiicdits, paises aux anciennes 
archives des indigenes, par M. I'abbe Brasseur de Bonrbourg, t. IV. 
Paris, 1859. M. Brasskur de BorRBornc. 

Geogratia de la Republica del Ecuador, par M. Manuel ViUavicencio, 
1 vol. in-8, avec cartes. m M. Villavicencio. 

CARTES ET ATLAS. 

Publications du D£p6t gdnlral de la marine en 1857-1858 : 1720. 
Carte delaeote sudde Mindanao et des iles environnautes. — 1721. 
Carte occideutale d'Afrique, comprise entre le fleuve Niger et le cap 
Sainte-Catheriue. — 1722. Plan des lies Cbincha (Perou). — 
1723. Mouillages de Ceuta (cote d'Afrique). — 1721. Plan de la 
baie de Pisco (Perou). — 1725. Carte des coles occidentals de 
Panay, Tablas et lies voisines. — 1726. Plan du port de la Bajada 
de Parana (Rio de la Plata). — 1727. Plan du mouillage de rile 
Toubouai. — 1728. Carte particuliere de Tile de Saint-Domingue. 

— 1720. Carte gdneralc des meridiens et des paralleles magne"- 
tiques du globe terrestre, tels qu*ils resultent des observations de 
la de'clinaison de I'aiguille aimantee ramene'es a Pantile 1825. 

— 1730. Carte gdne'rale des mdridicns et des paralleles magne'tiques 
du globe terrestre tels qu'ils resultent des observations de la 
de'clinaison de I'aiguille aimantee ramendes a I'aunde 1825. — 
1731. Baie Nonsuch (lie Antigoa). — 1732. Baie Cade ou de 
Carlisle (lie Antigoa). — 1733. Port de Parham (lie Antigoa). — 
1731. Port des cinq iles (lie Antigoa). — 1735. Port Saint-Jean 
(lie Antigoa). — 1736. Le Nid du Faucon (grande cave turque).— 

' 1737. Port de Santiago de Cuba (lie de Cuba). — 1738. Port de 
Guantanama (lie de Cuba). — 17 39. Mouillage de la cayc Confites 

, (llede Cuba). — 1710. He dcPinos (Cuba). — 1711. Caual de la 
Providence ;baucs de Bahama); mouillage de la Pointe du trou dans 
le mur ;!le Abaco,; Caye Gun (graud banc de Bahama). — 1712. 
Cadix et ses atterrages (cote d'Espagne). — 1713. Baie d'Algdsiras 



( Zl59 ) 

Titres des buvrages. Donatcurs. 

(cote d'Espagne). — 1714. Carte parttculicre des atterrages de 
T^nes (cotes d'Alg^rie). — 1745. Croquis de la passe sud du mouil- 
lage de Zanzibar. — 1746. Plan de la baie de Coquiinjio (Chili). — 

1747. Plan de la baie de Sainte-Marthe (e6te ferine d'Amerique). 

1748. Mouillages de la cote d'Afrique ^Cala-Graude, Alcazar, R'rnel, 
Almauza, et Beuzus). — 1749. Carte de la c6te orientale d'Afrique 
de la baie deKwyhoo au port de Quiloa. — 1750. Carte de la cote 
orientale d'Afrique duport de Quiloa a la pointe Caldeira. — 1751. 
Carte de la cote orientale d'Afrique de la pointe Caldeira au cap 
Corrientes. — 1752. Plan du havre de la Tete-de-Mort (Maidou- 
Arm) situe dans la baie aux Lievres (cote nord-est de Terre-Neuve). 
— 1753. Plan du havre de Fichot et de ses environs (cdte nord- 
est de Terre-Neuve). — 1754. Plan des havres du Four et des pe- 
tites ilettes avec le canal Fichot (cote nord-est de Terre-Neuve). — 
1755. Plan des ties et havres situes a la partie sud de l'entree de 
la baie aux Lievres (c6te nord-est de Terre-Neuve). — 1756. Plau 
de Faskrud-Fiord (cote orientale d'Islande). — 1757. Plan de la 
baie de Conception (Chili). — 1758. Plan du mouillagc d'HonoIulu 
(ile Woahou). — 1759. Croquis deMassouah (cote d'Abyssinie). — 
1761. Conilet ses atterrages, partie comprise entre le fort Sancti- 
Pietri etla riviere Barbate. — 1762. Plan du havre de Grone Fiord 
(cole occidentale d'Islande). — 1763. Plan des passes de Rode 
Fiord (c6te orientale d'Islande). — 1764. Plan du passage du Bo- 
queron entre la pointe de Callao et File Saint-Lorenzo. 

Depot general de la marine. 

Atlas der Alpenliinder : Schwciz, Savoyen, Piemout, Sud-Bayeru, 
Tirol, Salzburg, Erzherzogthum Osterreich, Steyermark, Illyrien, 
Ober-Italien, etc. Nach den neusten Materialeu bearbeitetvon J. G. 
Mayr. Gotha, 1858, 1" livr. compreuant le tilre, le tableau d'as- 
semblage et les feuilles 1 et 4. — Parallelo-chromatische Tafeln 
zum studium der Geologie von D r J. R. Lorenz. Gotha, 1858, 
10 feuilles. M. Jcstus Pertbes. 

Karte vom JNordListliclien JEgyptieu, vou D r Henry Lange, I feuille. 
Karte zu Balduiu Mollhauseu's Reise vom Mississippi nach der 



( AGO ) 

Tilrcsdes outrages. Donateurs. 

kUste der sUdsee im Juhre 1853-1834, von D' Henry I.ange, 
1 feuillo. M. II. Lange. 

OUVRAGES GENERAUX, MELANGES. 

Annuaire des marees des cotes de France povir 1858 et 1859, par 
M. Chazallon, 2 vol. in-18. — Manuel de la navigation dans le 
de'troit de Gibraltar, par C. A. Vincendon-Dumoulin, ingeuicur 
hydrographe, et C. P. de Kerhallet, capitaine de vaisseau. Paris, 
1858. 1 vol. iu-8. — Instructions sur la Nouvelle-Cale'donie, sui- 
vies de renseignenteuts hydrographiques et autres sur la rner du 
Japon et la nier d'Okotsk, par M. Tardy de Montravel, capitaine 
de vaisseau. Paris, 1857, 1 vol. iu-8. — Instructions a donner 
aux batiments venant en Nouvelle-Caledonie par le Cap de Bonnc- 
Espe"rance, par M. E. du Bouzet, br. iu-8. — Note sur lescourauls 
de I'Ocdau allantique entre I'equateur et le 10* degrd de lati- 
tude nord, par M. Lefebvre, lieutenant de vaisseau, 1857, br. in-8. 
Instruction a suivre pour aller mouiller sur la rade de Santa-Cruz, 
br. in-8. — Reconnaissance hydrographique des cotes occidentales 
du Centre-Amerique, par M. de Rosencoat, capitaine de fregate, 
1857, br. in-8. — Resume' de la partie physique et descriptive des 
Sailing Directions du lieutenant Maury, par M. E. Tricault, capi- 
taine de fregate, 1858, in-8. — Explication et usage des Wind 
and current Charts, par M. E. Tricault, capitaine de frigate. Extrait 
des Sailing Directions du lieutenant Maury, 1857, br. in-8. — 
Notice sur les erreurs descompas dues aux attractions locales a bord 
des uavires en bois et en fer, par M. Darondeau, ingenieur-bydro- 
graphe, 1858, br. in-8. — Supplement au Livre des Phares, par 
M. Le Gras, capitaine de fregate, 1857, br, in-8. — Supplement 
au catalogue chronologiquc des cartes, plans, vucs de cdtes, etc., 
publie en 1858, br. in-8. Depot general de la marine. 

Description particuliere de l'Asie, de l'Afrique, de I'Amerique et de 
I'Oce'anie, r^dige'e conformement auxderniers programmes officicls, 
pour la classe de seconde, par M. Cortambert. Nouv. tfdit. 1859, 
1 vol. iu-12. M. Cohtamheht. 



TABLE DES MATIERES 

COSTEKUES 

DANS LE TOME XVI DE LA li' SERIE. 

N°* 91 a 96. 
(Juillet a Ddeembre 1858.) 



MEMOIRES, ETC. 



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Notice geographiquc sur 1'ile de Madagascar, par M. V.-A. Bar- 
bid du Bocagc 5 

Considerations historiques et gdographiques sur les limites et la 
circonscription du Paraguay, par M. Ic D r Alfred Demersay. 50 

Mdmoire sur quelques points de Geographic ancienne, par 
M. A. L. Sardou 73 

Notice sur les cartes de l'Archipel grec, levees par la marine au- 
glaise, par M. le professeur Chaix, de Geneve 90 

Les Voyages d'Amdric Vespuce au comple de l'Espagne, el les 
mesures itindraires employees paries raarius espagnols et por- 
tugais des xv e et xvi e siecles, pour faire suite aux considera- 
tions gdographiques sur I'Histoire du Bresil, parM. d'Avezac. 

Note prcliminaire 1 29 

premiere partie : Voyages de Vespuce. 

section premiere : Etat de la question. 

I. — Sysleme nouveau 1 35 

II. — Documents originaux diversement apprdcies 140 

section deuxieme : Premier voyage. 

Art. premier : Discussion chronologiquc. 

HI. — Alibi de Vespuce ; presence de Colomb 140 

IV. — Confusion avec uu voyage de 1507 155 



( 462 ) 

Pagfs 

V. — Les cartes coatemporaiaes 169 

VI. — Autres arguments 183 

Art. deuxieme: Theatre ,1' exploration. 

VII. — Elimination des elements etrangers 186 

VIII. — Propre recit de Vespuce 192 

IX. — Concordances aver le recit de Hojeda 201 

siction troisieme : Deuxieme voyage. 

X. — Ce ne peut 6tre celui de Hojeda 211 

XI. — C'est celui de Lepe 223 

XII. — Decouverte du cap Saint-Augustin 238 

XIII. — Equivoques d'argumentatiou 2iS 

deuxieme partie : Mesuros ilineraires. 

section premiere : Rapport de la licuc au degie. 

XIV. — Petition de principes dans revaluation 258 

XV. — Erreur de fait a regard du temoiguage de Enciso 274 

section deuxieme : Yaleur absolue de la lieue nautique. 

XVI. — La lieue nientionnee dans les traites etait la lieuc nau- 

tique usuelle 279 

XVII. — Elle valait quatrc inilles romains 286 

section troisieme : Demarcation elective. 

XVIII. — Calcul espaguol de 1681 293 

XIX. — Demarcation de Ribero 300 

XX. — Demarcation de Enciso 30-i 

Conclusion. 

XXI 309 

Notice d'un voyage de Messawah au Nil, a travcrs le pays de 
Barka, par M. A. de Courval 313 

Assemble geue'rale du 3 dticembre 1858. Discours de M. de La 
Koquette 377 

Notice sur I'tle Formose, a l'occasion d'une carte chinoise de cette 
lie, apportec en 1856 par M. de Montigny, consul g^ndral de 
France, membrc de la Socie'te, par M. Jomard 380 



( 10 ) 

Pagfs 

Fragment d'un voyage en Egypte et en Nubie. — Description des 
deux premieres cataractes du Nil, par M. V. Gudriu 404 

ANALYSES, RAPPORTS, ETC. 

Rapport sur les deux ouvrages intitules: Geographic de Gre'goire 
de Tours, le Pagus et I' administration en Gaule, par Alfred 
Jacobs; — Gallia ab Anonymo Ravennate descripta e codd. 
mss. recognovit commentar Usque et tabula illustravit, idem. 
Par M. Alfred Maury 333 

Rapport de M. G. Lejean, sur 1'ouvrage intitule* : Guyanefran- 
caise; ses limites vers I'Amasone, par M. A. deSaint-Quantin. 351 

Rapport de M. Alfred Maury, sur 1'ouvrage intitule' : Deviitai 
reviziii, c'est-a-dire : Neuvieme recensement, par M. P. 
Koeppen t . 421 

Rapport de M. Jomard, sur les deux derniers volumes de 
VHistoire des nations civilisi'es du Mexique et de VAme'rique 
centrale, dans les siecles ante'rieurs a Chrislophc Colomb, 
tomes III et IV, avec carte, par M. l'abbe' Brasscur de Bour- 
bourg 436 

Rapport deM. Cortambert, surle globe divisible de MM. Deshais 
ct Harreaux 438 

NOUVELLES ET COMMUNICATIONS. 

Sur la pierre graved, trouv^e dans un tumulus americain, 
par M. Jomard 104 

De'couverte de mines d'or dans la Guyane v6ne"zulienne, par 
M. le D r L. Plassard 109 

Nouvelle carte des Gaules Ill 

Mers arctiques. Nouvelles du Fox envoye a la recherche des na- 
vires de sir John Franklin. Communiqudes par M. de La 
Roquelte 355 

Lettre de M. Autoine d'Abbadie a M. le president de la Socie'te 
de geographic, surle voyage du R. P. Le"on des Avanchers, 
sur la c6te de Zanzibar 30 1 

Projet d'nu vojage a la decouverte des sources du Nil, par 
M. Peney, me"decin en chef du Soudan oriental 441 



( 464 ) 

PafM. 

LcttredcM. Bouquet dc la Grye, S. ingdnieur hydrographe, sur 
des traditions recueillies a la Nouvelle-Caledonic. (Communi- 
qui'c par M. Jomard) 44 3 

ACTES DE LA SOCIETE. 

Extraits des proees-verbaux dcs sdances dc la Commission cen- 
tral 11-4, 364, 447 

Oavrages offerts i 25, 370, 457 

Table des inatieres du XVI' volume 40 1 

I'LANCHES. 

Fragment de la Table de Pcutinger. — Carte d'une partie du 

departement du Var, par M. Sardou. 
Carte du voyage de Iff. A. de Courval, de Messavvah a Berber 

a travers Ic pays de Barka. 
Carte complete orographiquc ct hydrographique de Formose, 

traduite du Cbiuois, par M. Leon de Bosuy. 



FIN DU SEIZIEME VOLUME. 




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