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Années 



1946 et 1947 



BULLETIN 



DE LA 




Société historique 

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Franco-Américaine 
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BOSTON, MASSACHUSETTS 



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LA SOCIETE HISTORIQUE FRANCO-AMERICAINE 

présente son Bulletin pour les années 1946 et 1947. Ce Bulletin contient 
des mémoires originaux et le compte rendu des séances tenues au cours 
de 1946 et de 1947. 



La Société historique franco-américaine est affiliée, 
à titre de section, à 

L'INSTITUT D'HISTOIRE DE L'AMERIQUE FRANÇAISE 

fondé par le chanoine Lionel Groulx 

Elle tient deux réunions par année à Boston. Le montant de la coti- 
sation est de $5.00. 

Toute personne, homme ou femme, peut devenir membre de la société. 

Ce Bulletin se vend $0.50. On peut se le procurer chez le trésorier, M. 
le juge Arthur-L. Eno, 45, rue Merrimack, Lowell, Mass. 



THE FRANCO-AMERICAN HISTORICAL SOCIETY 

présents its Bulletin for 1946-1947. It contains historical articles and 
the reports of the meetings held during 1946 and 1947. 



The Franco-American Historical Society forms 
a section of the 

INSTITUT D'HISTOIRE DE L'AMERIQUE FRANÇAISE 

founded by Canon Lionel Groulx 

The Society meets twice a year in Boston. Fées are $5.00. 
This Bulletin sells for $0.50, and can be obtained from the Treasurer, 
Judge Arthur-L. Eno, 45 Merrimack St., Lowell, Mass. 



MEMOIRES ORIGINAUX 



UNE INCROYABLE ET VERIDIQUE HISTOIRE 
L'AFFAIRE CAZEAU, 1776-1893 



par Corinne Rocheleau Rouleau* 



On est trop porté à considérer les études historiques en général 
comme une série de catacombes où, d'étage en étage, on ne remue que 
des cendres et des vieux os. Il me semble qu'on ferait mieux de con- 
sidérer l'histoire des différents pays comme autant d'anciennes demeures 
ancestrales où, dans un cadre plus ou moins bien conservé, on coudoie 
encore aujourd'hui les descendants des anciens maîtres. L'histoire est 
aussi un film inépuisable que l'on peut dérouler à volonté, mais qui 
nous présente, selon que l'appareil projecteur est plus ou moins précis 
et bien ajusté, une image très variable: tantôt un défilé de personnages 
bien vivants dans un cadre vraisemblable, et tantôt une série de carica- 
tures s'agitant sur un fond indécis. 

L'historien intègre doit être, lorsqu'il le faut, de tous les temps et 
de tous les pays; il doit tout examiner avec la même sincérité, peser tout 
sur une seule et même balance dont les deux plateaux sont réservés, l'un 
aux documents authentiques et l'autre aux faits probants. Si l'historien 
y ajoute autre chose, il lui arrive alors de faire des histoires, ou de 
l'histoire romancée, mais ce n'est plus de l'histoire tout court. 

L'affaire que je vous présente est basée entièrement sur des docu- 
ments officiels et des faits à l'appui, faits tirés de sources non moins 
authentiques que les innombrables papiers timbrés que j'ai consultés. 



* Mme Rouleau est bien connue des lecteurs de notre Bulletin, qui a déjà 
publié d'intéressants articles de sa plume. Cette étude sur Cazeau est tirée de 
documents entièrement inédits, que personne n'avait consultés avant elle. Sur 
ce personnage, Mme Rouleau a aussi prononcé une conférence devant les membres 
de la Société historique de Montréal, le 30 avril 1947. 



BULLETIN DE LA SOCIETE HISTORIQUE 



Américaine de naissance mais d'ascendance française, je me suis sentie 
attirée par les faits des Français sur notre continent nord-américain, où, 
au temps des colonies, on vit surgir d'abord une Nouvelle-France im- 
mense, une Nouvelle-Espagne moins grande et puis une Colonie Bri- 
tannique qui les absorba, sauf le Mexique, pour se scinder finalement 
en deux grands pays, les Etats-Unis et le Canada. Depuis ma jeunesse, 
j'ai pris un extrême plaisir à regarder par les fenêtres de l'histoire, en 
ouvrant quelques-unes moi-même afin de voir plus clairement ce que 
nos ancêtres ont fait sur ce grand continent où, depuis quatre siècles, 
nous marchons comme des rois. 

Les annales canadiennes ne disent pas grand'chose de Cazeau. Celui 
qui en parle le plus et le mieux est ce chercheur inlassable que fut 
Benjamin Suite, et encore se trompe-t-il sur plusieurs points, comme se 
trompa aussi Aegidius Fauteux. Les deux affirment que les Etats-Unis 
se montrèrent indifférents et mesquins à l'égard de Cazeau. Or, il en 
fut tout autrement. 

Cazeau perdit toute sa fortune personnelle, qui avait été importante, 
en voulant aider la cause américaine; par la suite, en réclamant ses 
justes droits pendant plus de trente ans, il voulut toujours imposer ses 
propres conditions aux Américains, parmi lesquels, jusqu'au bout, il 
trouva de puissants amis, dont quatre furent présidents. Et le Congrès 
américain, après avoir offert à Cazeau, en à-compte, plus de 2400 acres 
de terre, qu'il refusa, le Congrès, dis-je, vota à ses héritiers, par deux 
fois, des sommes d'argent considérables. Et si Cazeau lui-même n'en 
profita guère, si ses héritiers n'en eurent à la fin que le quart, cela est 
dû à un enchaînement de circonstances uniques dans les annales de 
l'Amérique, et surtout à une affaire d'escroquerie de grande envergure 
où les membres du Congrès américain furent effrontément trompés et 
le Trésor des Etats-Unis fraudé de manière insigne. 

Benjamin Suite et Aegidius Fauteux ont mentionné l'affaire Cazeau 
de manière superficielle; ils n'y ont pas vu clair parce que presque tous 
les documents qui se rattachent à cette cause sont encore à Washington. 

Un jour, il y a une quinzaine d'années, cherchant autre chose à 
l'Imprimerie Nationale de Washington où mon mari, feu Wilfrid Rou- 
leau, avait été pendant de longues années Chef de traduction française 
et espagnole, je tournais les pages d'un énorme catalogue où l'on avait 
porté d'année en année les différentes publications du gouvernement: 
livres, fascicules, mémoires, etc. Parmi les noms français, assez nom- 
breux, y revenant une année après l'autre, celui de François Cazeau 
y figurait avec persistance. Je demandai à M. Rouleau ce que cela 
pouvait bien être. Il me procura plusieurs des imprimés en question et 
c'en fut assez pour nous engager tous les deux dans l'affaire Cazeau. 
Elle menaçait de nous conduire loin, mais M. Rouleau, né, lui aussi, 
chercheur et grand amateur d'histoire, me guida dans mes recherches, 
non seulement à l'Imprimerie Nationale, mais surtout à la Bibliothèque 
du Congrès, division des manuscrits, puis à la Trésorerie et de là dans 
diverses cours fédérales dont il connaissait les réserves en manuscrits. 
Mais toujours il me manquait des pièces importantes et l'affaire Cazeau 



UNE INCROYABLE ET VERIDIQUE HISTOIRE 



dormait dans mes casiers. Quelques années se passèrent et le Gouverne- 
ment américain ayant institué les Archives Nationales, un de mes 
neveux, Charles Rocheleau, y entra comme assistant-archiviste, faisant 
partie de l'équipe initiale qui classa les accumulations d'imprimés et de 
manuscrits qu'on se mit à déverser de toutes parts dans l'imposante 
bâtisse de marbre près du Capitole où se trouvent maintenant les Ar- 
chives. Et par mon neveu je fis d'autres découvertes. Enfin, en ces 
dernières années, un érudit, M. Jean-Jacques Lefebvre, secrétaire de la 
Société Historique de Montréal, m'a fourni, lui aussi, quelques notes 
importantes. Cela ne veut pas dire que j'ai, même aujourd'hui, le dos- 
sier complet de mon "Affaire Cazeau". Cette Affaire dura plus de cent 
ans. Elle occupa un bon nombre d'avocats. Computez la quantité de 
paperasses que des hommes de loi peuvent entasser autour de n'importe 
quelle cause dans l'espace d'un siècle. . . N'importe! S'il me reste encore 
des lacunes à combler dans l'histoire de Cazeau et de sa famille, j'ai pu 
reconstituer presque en entier la surprenante odyssée de Cazeau lui- 
même. J'entre donc dans la matière de mon récit. 

% % % % % 

François Cazeau, fils de Léonard Cazeau et d'Anne Aupetit, était 
originaire de la paroisse de Saint-Cibar, dans la ville d'Angoulème, en 
France, où il naquit en 1734. Je ne sais rien sur sa première jeunesse, 
ni sur sa famille, sauf que sa mère et quelques autres parents vivaient 
encore en province lorsqu'il se rendit en France pour la deuxième fois 
en 1787. Je ne pourrais pas non plus vous le décrire au physique. 
Etait-il petit ou grand de taille? Maigre ou rondelet? Pâle ou haut en 
couleurs? Blond ou brun ou roux? Avait-il le nez fait comme tout le 
monde? Voilà des points sur lesquels les centaines de papiers qui le 
nomment gardent un silence absolu. Mais son caractère s'y affirme 
partout, du commencement à la fin. Très intelligent, hardi, entrepre- 
nant, Cazeau était également doué de beaucoup d'indépendance et de 
décision, d'un grand sens des affaires et d'une persévérance que rien 
ne rebutait. Il semble avoir eu en même temps les défauts de ses qua- 
lités, c'est-à-dire que son courage et son optimisme naturels le portèrent 
à jouer gros jeu avec le destin, et que, au long des années les moins 
heureuses de sa vie, sa ténacité se mua en une obstination qui le servit 
plus ou moins bien. Il devait en plus posséder un fonds de distinction 
et de charme personnel, ou avoir été doté de beaucoup de persuasion, 
parce qu'il sut, partout et toujours, se trouver d'excellents amis, se 
créer de bonnes relations, parmi les personnes les plus influentes qu'il 
connut et auxquelles il inspirait une évidente estime. 

Cazeau dut venir au Canada avec quelque régiment français, car on 
affirme qu'il fit toute la campagne pour la défense du Canada. Sitôt 
la guerre finie, en 1759, il épousa une canadienne, Marguerite Vallée, 
qui devait lui donner six enfants. Aegidius Fauteux pense qu'il se maria 
deux fois, mais tel n'est pas le cas: il n'eut qu'une seule épouse, qu'il 
appelle dans ses lettres tantôt sa chère femme et tantôt sa chère Reine; 
mais c'est toujours la même, Marguerite Vallée. Il convient de dire ici 
que malgré la guerre et les autres vicissitudes qui tinrent les époux 
séparés pendant une douzaine d'années, leur constance n'est pas mise 



BULLETIN DE LA SOCIETE HISTORIQUE 



en doute et pas une ligne dans les très nombreux papiers qui sont passés 
sous mes yeux dans cette affaire ne jette une ombre sur la vie honnête 
de François Cazeau. 

Après la Conquête du Canada et son mariage, Cazeau s'établit à 
Montréal. Il avait alors vingt-cinq ans et devait posséder quelque capi- 
tal, car deux ans après il figure dans les permis de traite accordés à 
Montréal, en 1761: c'est d'abord dans "l'engagement de J. B. Beaufils 
et Antoine Lalanne dit Latreille au Sieur Cazeau (François) pour aller 
au poste de Michelimakinac" et puis dans l'engagement de Joseph Poite- 
vin et J. B. Séraphin pour se rendre au même poste et y faire pour le 
compte de Cazeau la traite des fourrures. 

En 1763 on enregistre le "bordereau" du Sieur Cazeau, négociant, 
résidant à Montréal, bordereau no 2454, pour la somme de 19,777 livres. 
Un "bordereau" était l'énoncé de quelque obligation française encore 
détenue par un habitant du Canada après la Guerre de Sept Ans. En 
vertu d'un arrangement entre les gouvernements anglais et français, ces 
obligations, après l'enregistrement au Canada, étaient envoyées en Eu- 
rope pour remboursement de la dette. 

La même année 1763, peut-être pour activer le payement de cette 
somme, Cazeau se rendit en France. On rapporte que durant ce séjour 
en son pays natal, il fut reçu par le Ministre des Affaires étrangères, M. 
de Choiseul, qui lui demanda de continuer à servir la France en Amé- 
rique. Cela est possible et bien dans le caractère de Choiseul, mais ce 
point n'est pas prouvé et je le donne sous toute réserve. Ce qui est 
certain, c'est que Cazeau devint très prospère au Canada au cours des 
quinze années qui suivirent. Il était associé à la maison John Reeves, 
Berthelet et Reeves, de Montréal. Une de ses filles, plus tard, épousa 
un Reeves. Il conduisait aussi diverses entreprises pour son propre 
compte, en plus de la traite des fourrures, et possédait de belles pro- 
priétés. 

En 1770, Cazeau obtint droit de banalité sur deux lieues de la 
seigneurie de La Salle; en 1774, il était receveur des rentes pour le 
seigneur René Cartier, de la seigneurie de La Salle, à Saint-Philippe de 
Laprairie. Et cette même année il achetait, du sieur Simonnet, un fief, 
toujours dans cette même seigneurie de La Salle, ainsi qu'une terre sur 
la petite Rivière Saint-Pierre; en 1777, il achetait du sieur Chauvin une 
terre au ruisseau de la Saline. Et il avait une propriété à Lachine. On 
fait très souvent mention de son moulin à farine à la rivière La Tortue, 
où il possédait aussi une maison, une scierie et une tonnellerie. Enfin, 
il était propriétaire d'une seigneurie à Lacolle et d'une résidence à Mont- 
réal. Le nom de Cazeau apparaît plus d'une fois sur les listes des ci- 
toyens les plus en vue de la région à cette époque: époque difficile et 
inquiète, où le feu couvait encore sous la cendre. Une autre guerre 
devait bientôt enflammer de nouveau tous les esprits. 

Après une couple de siècles où deux races, deux langues et deux 
religions s'étaient constamment affrontées en Amérique, l'Angleterre 
pouvait enfin prétendre à la suprématie sur notre continent. Mais à 
peine avait-elle établi une paix relative chez ses nouveaux sujets de sang 
français, d'abord par la force des armes, puis par le présent en douceur 



UNE INCROYABLE ET VERIDIQUE HISTOIRE 



de l'"Acte de Québec", qu'elle vit ses propres fils des colonies anglaises 
au sud du Canada, irrités par les extorsions et les injustices de Londres, 
s'insurger en masse contre leur mère-patrie. Ce nouveau conflit, qui 
influa si fortement sur le destin de l'Amérique, changea aussi complète- 
ment la vie de la famille Cazeau. 

Les treize colonies américaines venaient de s'ériger en république 
et les mêmes parlementaires qui, une couple d'années plus tôt, avaient 
commis l'insigne bêtise de désapprouver publiquement l'octroi de l'"Acte 
de Québec," maintenant plus avertis ou plus conciliants, invitèrent les 
Canadiens-français à se joindre à eux pour secouer définitivement le 
joug de l'Angleterre. Mais se méfiant tantôt de leurs anciens ennemis, 
les Anglais, tantôt de leurs nouveaux amis, les Américains, les Cana- 
diens-français se partagèrent, non pas tant entre les deux camps qu en 
deux factions distinctes: la première, sans collaborer beaucoup à la dé- 
fense des positions anglaises, restait passive, ne demandant qu'à être 
laissée tranquille; l'autre, espérant toujours que les Anglais seraient 
boutés hors de l'Amérique, prenait partie pour la cause des "rebels amé- 
ricains", comme on les appelait alors. Cazeau se rangea parmi ceux-ci, 
bien que, dans une pareille aventure, il eût plus à perdre qu'à gagner. 

Des milliers de Canadiens-français eurent le même courage ou ne 
demandaient pas mieux que d'en faire autant. Voilà un fait qu'on ne 
mentionne pas souvent; on préfère insister sur la loyauté des Canadiens- 
français d'alors envers la Couronne britannique. C'est pourtant un fait 
parfaitement établi par des documents officiels dans les archives du 
Canada que cette loyauté était chose plus ou moins précaire. Ouvrez 
par exemple le "Rapport de l'Archiviste de la Province de Québec pour 
l'année 1927" et vous y trouverez consigné en entier le compte-rendu 
d'une tournée faite dans le district de Québec sur ordre du gouverneur- 
général Carleton en 1776. Les commissaires chargés de faire cette tour- 
née d'inspection étaient trois citoyens d'excellente réputation, restés 
fidèles au Roi d'Angleterre: Messieurs Baby, Taschereau et Williams, et 
c'est dans le Journal tenu et signé par ces messieurs, nullement favora- 
ble à la cause américaine, que sont consignés les faits suivants, avec bien 
d'autres: 

"La Pointe-Lévis" était généralement séditieuse, active en faveur des 
"rebels"; à "Saint-François-du-Sud," la moitié des hommes assistaient 
à l'assemblée de la Pointe-Lévis en faveur des Américains; tandis qu'à 
"Beaumont, Saint-Michel, Cap-Saint-Ignace, Rivière-Ouelle, Château- 
Richer, Bécancour, Gentilly," les habitants ont montré "beaucoup d'af- 
fection pour les rebeîs et leur ont aidé volontiers." A la Pointe-aux- 
Trembles, Batiscan, Grondines, au Cap-de-la-Madeleine, à Champlain, 
Terrebonne, Berthier, "on travailla non seulement sans résistance, mais 
avec affection pour les rebels." Il serait trop long de nommer tous les 
villages où se fit cette enquête officielle et les nombreux officiers de 
milice que Messieurs Baby, Taschereau et Williams, nantis de pouvoirs 
par le gouverneur Carleton, durent démettre de leurs charges parce 
que ces officiers persistaient à mener les idées et les miliciens tambours 
battants pour la cause américaine. 

Cela inquiéta assez les gouvernants anglais pour les porter à se 
montrer plus conciliants envers leurs nouveaux sujets. A cet effet, on 



BULLETIN DE LA SOCIETE HISTORIQUE 



se garda bien de forcer les Canadiens-français à servir avec les troupes 
anglaises contre les Américains, surtout lorsqu'on apprit que la France 
se joindrait à la cause américaine. Londres jugea que le mieux à faire 
était de laisser en paix les sujets de sang français, pourvu qu'ils se mon- 
trassent suffisamment neutres. Je n'ai pas à vous faire ici le résumé de 
la participation des Canadiens-français dans cette guerre, mais seulement 
le rôle qu'y joua François Cazeau, lequel, resté très français de coeur 
et de sympathies, et connaissant un peu la part que la France se pré- 
parait à prendre dans ce conflit, se mit, comme il le pensait, au service 
de la France en Amérique. 

Aussi, lorsque le Congrès Continental, siégeant à Philadelphie en 
1774, eut adressé sa fameuse "Lettre aux habitants de la Province de 
Québec", traduite et imprimée en français par Fleury Mesplets, résidant 
alors à Philadelphie, cette invite, comme nombre d'autres proclamations 
destinées surtout aux Canadiens-français, fut envoyée à Cazeau, qui vit 
à sa diffusion dans toute la région de Montréal, où elle fut distribuée 
de porte en porte. Le général américain Schuyler, en charge des armées 
du Nord, affirma plus tard sous serment qu'il avait envoyé ces imprimés 
directement à François Cazeau à Montréal. Et le gouverneur Haldi- 
mand, en ordonnant l'arrestation de Cazeau, dira à son tour avoir eu les 
preuves des rapports de Cazeau avec Schuyler. Mais j'anticipe un peu. 

Avant, pendant et après l'invasion du Canada par les troupes amé- 
ricaines, Cazeau leur servit de fournisseur. Et lorsque les Américains 
prirent Montréal, cependant que le général Montgomery occupait le 
Château de Ramezay, son aide-de-camp, le lieutenant Van Renselaer, 
ainsi que le major Gansvoort et le chirurgien McCrea furent reçus dans 
la famille de Cazeau. L'année suivante, il en hébergea d'autres. Le 
général Benedict Arnold invita alors Cazeau par lettre à aider le colonel 
Biddle et son régiment américain en route pour Les Cèdres et Ticon- 
deroga (Carillon), où il y avait parmi les troupes américaines un régi- 
ment canadien-français commandé alors par le colonel Antil et plus tard 
par Hazen. Cazeau leur envoya du drap, des vivres, des fournitures 
qu'on lui paya $2400.00 en papier-monnaie continental, argent qui 
n'avait cours que dans les Etats en rébellion, où il était déjà déprécié. 
Homme d'affaires averti, Cazeau savait qu'il ne pourrait s'en servir de 
longtemps; cependant il l'accepta, car j'ai déjà dit qu'il était moins et 
plus qu'un simple profiteur de guerre: il visait surtout à la revanche 
de la France et à l'indépendance de l'Amérique. Bibaud, dans son 
"Histoire du Canada" dit que "Cazeau avait employé son immense for- 
tune à servir les Américains, croyant en même temps servir la France, 
son pays natal..." Poursuivant cette idée maîtresse, Cazeau donna 
l'ordre à son commis en chef, Robert Keith, de vendre ses marchandises 
aux Indiens et aux Canadiens-français à un prix de perte, afin de gagner 
leur confiance et leur amitié pour lui-même et la cause américaine. 

Bientôt, la situation au Canada changea. L'Angleterre se mit à y 
expédier des renforts militaires très considérables, cependant que la 
France tardait à envoyer ceux qu'elle avait promis aux Américains. Ces 
derniers, cernés, décimés par la maladie, battus à Québec, se retirèrent 
de Montréal et du Canada pour se replier autour du Lac Champlain. 



UNE INCROYABLE ET VERIDIQUE HISTOIRE 



Entretemps, Cazeau, qui avait plusieurs moulins à farine, avait 
rempli ses greniers avec 12,000 minots de blé qu'il fit préparer pour 
les troupes américaines. Puis en 1777 il acheta trois grands bateaux qu'il 
fit charger de provisions et de fournitures — vêtements, farine, vin, 
fromage, etc. — le tout destiné aux troupes continentales du fort de 
Ticonderoga. Mais les Anglais surgirent en forces supérieures, assiégè- 
rent et prirent Carillon, saccageant tout et coulant les bateaux de Cazeau 
en route sur le lac. Ce fut pour lui le commencement de la débâcle. 
Sans doute, la seule perte de ces bateaux et de leur riche cargaison 
n'aurait pas ruiné le négociant montréalais, mais l'atmosphère était 
chargé de menaces pour les amis des "rebels". Une fois les Américains 
partis du Canada, en 1776, ceux qui les avaient reçus et aidés se trou- 
vèrent en fort mauvaise posture vis-à-vis les Anglais, qui attendaient le 
bon moment de sévir contre les chefs de ceux qu'ils appelaient tous des 
traîtres. 

Par la suite, plusieurs des plus respectables citoyens de Montréal, 
appelés à rendre témoignage, affirmèrent qu'après le départ des Améri- 
cains le Commissaire de la police de Montréal envoya bien des fois chez 
Cazeau des officiers et soldats anglais pour s'y loger à l'aise et que ces 
derniers ne se gênèrent pas pour faire toutes sortes de dégâts à la pro- 
priété, au point que la santé de Madame Cazeau en fut sérieusement 
atteinte. Enfin, après avoir fait subir bien des ennuis et des indignités 
aux partisans des "rebels" américains, les Anglais mirent ces partisans 
sous arrêt. Mais seulement en 1780. Le premier mandat d'arrestation 
émis fut contre Cazeau: avril 1780: 

"Instruction fut donnée de demander au shérif Grey de l'ar- 
rêter et de s'emparer de ses papiers, mais qu'on ne devrait garder 
que ceux ayant trait à la politique. Son Excellence (Lord Haldi- 
man) désire que vous ayiez particulièrement soin d'agir avec mo- 
dération afin de ne laisser aussi peu que possible prise à la cen- 
sure" . . . Cazeau partit pour Québec avant la visite du shérif et on 
ne trouva dans sa maison aucun documents sauf de vieux papiers 
sans importance. Deux magistrats assistaient à la visite domiciliaire 
et Madame Cazeau se déclara satisfaite de la manière dont on avait 
fait les recherches." 

Et le gouverneur Haldimand, écrivant à un ami à Londres, disait: 

"Another gentleman of France put out of the way of mischief 
for a time was François Cazeau, a man of means with many friends, 
whose seizure was to be given at least the semblance of Legality." 

Mais ce "gentleman of France" n'avait pas attendu qu'on vînt le 
coffrer. Espérant probablement rendre les choses moins pénibles pour 
sa femme et ses enfants, Cazeau devança l'exécution du mandat d'ar- 
restation en partant pour Québec, où il se constitua prisonnier. Le 
"Provost-Marshall" de Québec avait déjà reçu une communication impé- 
rative du lieutenant-gouverneur Cramahé, écrivant au nom du gouver- 
neur Haldimand ce qui suit: 



10 BULLETIN DE LA SOCIETE HISTORIQUE 



"Vous êtes par la présente enjoint de recevoir et d'héberger, 
sous bonne garde, François Cazeau de Montréal et Charles Hay 
de Québec, accusés de "haute trahison". Défense de les laisser 
communiquer entr'eux ou avec qui que ce soit en dehors de la 
prison, et ceci en dépit de tout ordre contraire sauf un autre ordre 
de ma part à cet effet. La présente est pour vous servir de mandat. 
Fait et signé à Québec, ce 10 avril, 1780. Par ordre de Son Excel- 
lence. 

H. T. Cramahé." 

Ils furent incarcérés au Couvent des Récollets, face au Château 
Saint-Louis, où résidait le gouverneur Haldimand. François Cazeau y 
fut par tous considéré comme un des principaux prisonniers d'Etat. Dix 
jours après leur arrivée à Québec, peut-être pour imprimer à la chose un 
plus grand "semblant de légalité", le nom de Cazeau, déjà emprisonné, 
figure sur un ordre émis à Montréal (15 avril 1780) pour l'arrestation 
de dix-huit montréalais. Noms d'individus plus ou moins reluisants, 
comme Pierre Ducalvet, un homme qui ne manquait pas de talents, mais 
hargneux, vindicatif, porté à exagérer toujours; Fleury Mesplets, buveur 
et imprévoyant, qui était venu ouvrir une imprimerie à Montréal et 
devait y fonder le premier journal; et Valentin Jotard et Pierre de Sales 
Laterrière, qui aimaient un peu trop à faire la fête. Tous les quatre se 
trouvaient aussi à la prison de Québec sous la garde du R.P. de Bèrrey. 
Ducalvet, qui d'ordinaire trempait sa plume dans le fiel, a écrit beau- 
coup de mal de la prison des Récollets et de son gardien-en-chef. Par 
contre, Sir James-M. Lemoine affirmait devant la Société Royale du 
Canada, en 1888, que le régime n'y fut pas trop sévère, chaque prison- 
nier militaire y ayant sa chambre particulière et la permission de recevoir 
parents et amis le jour comme le soir. Il est certain aussi que Cazeau 
écrivait beaucoup de lettres. Voilà qui ne s'accorde guère avec l'injonc- 
tion de Cramahé, mais peut-être cet ordre fut-il adouci par la suite. 

Je ne sais pas si le fils aîné de Cazeau, également nommé François, 
fut emprisonné à Québec en même temps que son père. Il y passa cer- 
tainement quelque temps, tous les documents disant que le père et le 
fils s'évadèrent ensemble. Cazeau y resta environ un an et demi, je 
crois, c'est-à-dire depuis avril 1780, jusqu'à l'automne de l'année sui- 
vante. 

Durant ce temps il écrivait à sa femme, sa "chère Reine", lui disant 
de marquer la réception de chaque lettre parce qu'il ne manquait pas 
de lui écrire par chaque poste; il lui explique quelques affaires qu'il 
a laissées en suspens, lui parle d'un procès qu'elle doit poursuivre, lui 
donne maints conseils et cherche à lui inspirer confiance en l'avenir; et 
puis il commente les nouvelles, ou plutôt les rumeurs alors courantes à 
Québec, presque toutes sans fondements. Cela servait à l'occuper un 
peu, car il ne semble pas avoir fréquenté Mesplets, Jotard et de Sales 
Laterrière, qui étaient aussi, comme je l'ai dit, sous le toit de cette 
prison et y menaient joyeuse vie. Par sa position et son caractère, Cazeau 
leur était supérieur; par ses goûts et ses habitudes, il ne leur ressemblait 
en rien. Quant au nom de Ducalvet, il n'apparaît que deux ou trois fois 
dans les papiers si nombreux dont j'ai copie: la première fois, dans 



UNE INCROYABLE ET VERIDIQUE HISTOIRE H 



Brymner, qui cite une lettre d'un nommé Heurtebise Gagné, lequel, 
écrivant de Montréal à Cazeau emprisonné à Québec, dit que Ducalvet, 
inquiet et voulant changer de logis, en parla à Madame Cazeau qui lui 
offrit une chambre chez elle et que Gagné l'avait vu dans la famille 
Cazeau; une autre fois, bien des années plus tard, Cazeau, à Paris, dit 
qu'il a aidé le fils de Ducalvet, ce dernier ayant péri en mer. Quant 
aux autres conspirateurs arrêtés vers le même temps que Cazeau, leurs 
noms n'apparaissent pas du tout dans ma collection, où pourtant tant 
d'autres noms surgissent et reviennent. 

Mais le simple fait d'avoir joué un rôle actif dans la grande cons- 
piration pour se libérer de la chaîne anglaise, livrait Cazeau à la merci 
des gouvernants et des ennemis personnels, envieux ou autres, que ses 
longs succès pouvaient lui avoir créés. Quantité de gens furent ques- 
tionnés. Un nommé Trudel, de Châteauguay et un Indien de Caughna- 
waga déclarent que Cazeau leur avait envoyé un certain James Kenney, 
qu'ils devaient guider de l'autre côté chez les Américains; puis d'autres 
personnes viennent révéler les quantités de farine que les moulins de 
Cazeau avaient envoyées aux troupes continentales. Et les procès de 
Cazeau ne vont pas très bien, et Madame Cazeau ne s'entend pas trop 
aux affaires. Enfin, à l'automne de 1780, les biens-fonds de Cazeau sont 
vendus publiquement par le shérif. Ils sont adjugés à un nommé Bou- 
thillier, Madame Cazeau et ses enfants étant immédiatement mis à la 
porte. Comme ils n'avaient pas d'autre asile, Bouthillier, peut-être un 
ami de la famille, pris de compassion, loua à ses frais une maison à 
Lachine et y fit conduire la famille de Cazeau, laquelle fut dépossédée 
non seulement de la maison qui l'abritait mais de presque tout ce qui la 
faisait vivre largement, la plus grande partie des magasins, moulins et 
terres de Cazeau se trouvant dans le district de Montréal. Comment 
Madame Cazeau et ses enfants se tirèrent d'affaire dans les années qui 
suivirent, je ne saurais dire. Ils avaient peut-être quelque argent en 
réserve; il est certain qu'ils avaient d'excellentes relations. Les enfants 
de Cazeau, par la suite, se montrèrent instruits et ils semblent s'être 
"bien mariés", comme on dit. 

Cazeau lui-même ne se décourage pas. Le coup est dur, mais il 
espère se relever. Son fils et lui, dans leur prison, s'occupent à préparer 
leur évasion. Fauteux affirme que Cazeau écrivit de la prison de Qué- 
bec en 1782, et Suite dit qu'il fut relâché avec une douzaine d'autres 
après que la paix fut faite. Ces deux annalistes doivent s'être trompés. 
La paix ne fut faite qu'en 1783 et des documents officiels montrent que 
la première pétition de Cazeau fut présentée au Congrès Continental, 
à Philadelphie, aux premiers jours de janvier 1782, plus d'un an avant 
la fin de la guerre, et le "Journal of the Continental Congress" en 
accuse réception: 

"The Committee of the Week Report, 

That the Mémorial of Francis Cazeau, late of Montréal, re- 
questing pay for supplies he furnished our Troops while in Canada, 
and for the services done and losses sustained in conséquence of his 
attachment to the interest of the United States, be referred to a 
Spécial Committee." 



12 BULLETIN DE LA SOCIETE HISTORIQUE 



Il est apparent que Cazeau était à Philadelphie, où le Congrès sié- 
geait alors, et avant de s'y rendre, il avait dû s'enfuir de prison et faire 
son chemin à travers bois et champs jusqu'à Albany, ce qui est une 
distance de quelques centaines de milles; puis d' Albany, se rendre par 
étapes, en diligence, à New- York et enfin à Philadelphie. Des docu- 
ments, tant canadiens qu'américains, disent que les deux Cazeau, père 
et fils, s'évadèrent ensemble. Pour faire un pareil trajet, préparer sa 
pétition et réussir à la présenter aux législateurs au commencement de 
janvier 1782, il a dû s'enfuir de Québec avec son fils pas plus tard qu'à 
l'automne de 1781. 

Dans la mention de cette première pétition, on ne rapporte la de- 
mande d'aucune somme spécifique, mais peu après, d'autres documents 
indiquent que l'indemnité demandée fut d'environ $22,000.00. Le comité 
spécial chargé de l'affaire met du temps à se prononcer; alors, Cazeau 
obtient des plus hauts officiers qu'il a connus des dépositions assermen- 
tées, toutes favorables à sa cause, entr'autres celles des colonels Gans- 
voort, Antil et Biddle. Ce dernier était quartier-maître général des 
armées américaines, bien en mesure par conséquent de connaître les 
services que Cazeau avait pu rendre. 

Enfin, le comité spécial du Congrès se prononça sur le mémoire de 
Cazeau (6 février 1783). Parlant au nom de ses collègues du Comité, 
Alexander Hamilton reconnaît que Cazeau a servi la cause de l'indépen- 
dance américaine, sans pouvoir dire, toutefois, jusqu'où ont été les 
services rendus et les pertes subies. On lui accorde sur-le-champ un à- 
compte. 

"It appears from respectable testimony that Mr. Cazeau, a 
man of influence and property in Canada, has been ruined by his 
attachment to the American cause. The Committee, however, are 
of opinion that as it is impossible now to judge of the eventual 
circumstances of Mr. Cazeau and of the précise extent of his services 
and sacrifices, Congress ought not at présent to take up the gênerai 
considération of his case, but that policy and justice require, as far 
as the situation of public affairs will permit, some relief of his 
distresses, they therefore advise that the Superintendent of Finance 
be directed to advance him one thousand dollars on account." 1 

Ce n'est pas ce qu'espérait Cazeau, mais c'est quelque chose, un 
assez bon commencement. On a reconnu publiquement qu'il a servi la 
cause américaine, on désire en savoir davantage et on lui offre un à- 
compte de mille dollars, dont il a grand besoin. Il accepte cet à-compte. 

Pendant que ceci se passe à Philadelphie, en ce mois de février 
1783, à Londres, la paix étant alors décidée mais non encore ratifiée, 
Lord Townshend, ignorant toujours l'évasion de Cazeau, écrit de Lon- 
dres au gouverneur Haldimand, pour lui dire qu'on ferait bien de relâ- 
cher Hay, Cazeau, Ducalvet et Pilion, afin "d'aider à rétablir la cordia- 
lité entre les sujets anglais et la population des Etats-Unis." Les portes 
des Récollets s'ouvrirent donc pour ce qui y restait de prisonniers politi- 



1. Journal of the Continental Congres», 6 février 1783. 



UNE INCROYABLE ET VERIDIQUE HISTOIRE 13 



ques; quant à Cazeau, aux Etats-Unis depuis plus d'un an, il songeait 
maintenant à rentrer au Canada, au moins provisoirement. 

Il attendait l'arrêt définitif sur sa demande d'indemnité. Mais le 
Congrès, accablé de réclamations de toutes sortes et averti que le Trésor 
est presque à sec après des années de guerre, délibère longuement, avance 
prudemment. Cazeau écrit alors au Président du Congrès, disant qu'il a 
l'intention de se rendre avec son fils à la frontière canadienne pour y 
rencontrer sa femme et ses autres enfants et aviser aux moyens à prendre 
pour sauver quelques bribes de sa fortune engloutie. x En même temps, 
espérant plus qu'une rencontre aux frontières, il demande au général 
Schuyler, en charge de l'armée du nord, d'intercéder en sa faveur auprès 
du gouverneur Haldimand. Schuyler écrit de Saratoga demandant au 
gouverneur du Canada de permettre à Cazeau de retourner temporaire- 
ment au Canada pour y revoir sa famille. Haldimand répond (le 30 
juin 1783) à Schuyler, accordant la permission demandée. 

Il est étrange que nul autre document, nulle lettre dans ma collec- 
tion ne mentionne ce retour de Cazeau en son pays adoptif: ce fut la 
dernière fois, apparemment, qu'il remit le pied au Canada. Cependant, 
il dut certainement y aller, en ayant obtenu la permission. Et puis une 
poignée de certificats exécutés au Canada durant les deux mois suivants, 
dont plusieurs signés par d'anciens amis et employés, attestant les acti- 
vités de Cazeau en faveur des Américains, semblent prouver que Cazeau 
s'occupa lui-même à recueillir des témoignages qui le serviraient auprès 
du Congrès. Enfin, après cette époque, il n'est plus question de son fils 
aîné, le jeune François, alors âgé de 21 ans. Il dut rester définitivement 
au Canada, parce que dans son contrat de mariage, neuf ans plus tard 
(1792) avec Ellen Sanford, il est qualifié de marchand à Saint-Eustache. 

Après quelques trois mois passés dans sa famille au Canada, Ca- 
zeau, père, dut encore une fois s'arracher des bras de sa femme et de 
ses enfants et, seul, reprendre la route de l'exil. A en juger par les 
papiers que j'ai examinés, il ne devait plus jamais revoir sa femme, et 
un seul de ses enfants, le deuxième, Charles-Louis, put le relancer dans 



1. To His Excellency Boudinot 

Président of the United States in Congress Assembled. 

Sir: 

Permit me rhe liberty of informing your Excellency that as the only hap- 
piness I can at présent give to my family is by returning to their embrace, I am 
determined to go near the frontiers of Canada and to advise Mrs. Cazeau of my 
being there in order that she, and my son Charles (should he be at liberty) may 
corne to me in the woods.where we shall confer on the means of our réunion and 
endeavor to clean the remains of my scattered fortune at the same time relying 
firmly on the justice ÔC liberality of your Excellency and the honorable United 
States in Congress Assembled to reimburse the losses I hâve sustained in support 
of the cause of American Liberty. I hâve the honor to be with the greatest respect, 

Your Excellency's 

Ver'y ob't and humble serv't 

(signed) FRS. CAZEAU 
Philadelphia, May 31st, 1783. 

(Letter in the Manuscript Division of the Library of Congress at Washington. 
In the Papers of the Continental Congress, No 78, VI, folio 183.) 



14 BULLETIN DE LA SOCIETE HISTORIQUE 



les années qui suivirent. J'ai dit que François Cazeau père, dut passer 
trois mois au Canada parce que, de juin à septembre, il se procura des 
certificats de gens qui demeuraient dans les environs de Montréal ou 
sur la route du retour à Philadelphie. Si Cazeau n'arrivait pas aux 
Etats-Unis, cette fois, en fugitif, il n'y rentrait pas, non plus, en richard 
ni en seigneur. Cependant, il avait dû sauver quelques débris de sa 
grande fortune, et il avait intenté un procès à Montréal à René Cartier, 
seigneur de La Salle, procès qui devait se terminer l'année suivante en 
faveur de Cazeau, qui y gagna 13,000 chelins. 

Et pendant que nous y sommes, parlons-en, de "la belle argent." 
Dans l'affaire Cazeau, on en voit de toutes les sortes et de toutes les 
valeurs. C'est d'abord 19,000 livres françaises, puis 1,000 livres cours 
de la Province, puis 2,400 dollars en papier-monnaie continental, puis 
1000 do'lars américains, puis 13,000 chelins, puis 5,000 dollars, puis 
22,000 dollars, puis 200,000 piastres, puis 60,000 dollars, puis un million 
de francs français, puis quelques livres anglaises, et enfin, après d'autres 
fluctuations comme celles de la Bourse, on encaisse $42,000.00 sonnants, 
et pour finir, 24,000 autres dollars. Et j'en passe. C'est pour dire que 
les Américains d'aujourd'hui n'ont pas inventé ces combines: les finan- 
ciers de tous les temps et de tous les pays s'y sont adonnés, même les 
Français passés par Montréal. 

Revenu aux Etats-Unis, Cazeau dut s'activer, car l'année suivante 
un Comité du Congrès fait un rapport en tous points favorable à Cazeau, 
recommandant le règlement de ses comptes et demandant à l'intendant 
des Finances, Robert Morris, de lui faire immédiatement une avance de 
$5,000.00 et de lui payer le reste en certificats du gouvernement. Ce 
rapport fut rédigé et écrit par James Monroe, qui devait plus tard être 
ambassadeur en France, puis président des Etats-Unis. Dans cette ré- 
clamation en suspens, Cazeau demandait d'être remboursé pour des 
fournitures, avances et pertes, de 1777 à 1780. Ses réclamations semblent 
raisonnables et bien appuyées par les faits, comme par les attestations 
assermentées d'un grand nombre de gens. 

Cazeau réclame pour 8,000 minots de blé; pour trois bateaux et 
leurs cargaisons de vins, liqueurs, thé, fromage et vêtements; pour la 
so'de de Jean-Baptiste, Indien de Caughnawaga et d'un autre Indien 
Onneiyout, envoyés comme "expresses" avec des informations au général 
Schuyler, Indiens que Schuyler fit mener devant le Congrès; et puis 
pour les dépenses de Kenney ainsi que de son guide Trudel, et pour 
diverses autres dépenses et avances faites pour le compte de l'armée 
américaine. Si le Congrès avait pu solder sur l'heure le compte de 
Cazeau, ce dernier se serait probablement montré satisfait. Cela aurait 
aussi sauvé beaucoup d'argent aux Américains et épargné énormément 
de tracas aux messieurs du Congrès pendant quatre-vingts ans. 

Malheureusement pour Cazeau, le Congrès siégeant alors à Balti- 
more se voyait accablé de demandes d'indemnité et de remboursements 
de toutes sortes, alors que la toute nouvelle république américaine, au 
sortir de la guerre, se trouvait presque ruinée. A la Trésorerie, le Vé- 
rificateur des comptes objecte que les réclamations de Cazeau ne sont 
pas appuyées par des preuves positives. Le "Comptroller" abonde dans 
le même sens et le Surintendant des Finances, Morris, se range de leur 



UNE INCROYABLE ET VERIDIQUE HISTOIRE 15 

côté. L'affaire s'arrête (avril 1784). En mai, le Congrès renvoie à plus 
tard la cause de Cazeau. Et en juin, ce dernier, qui avait écrit à Morris 
personnellement, le priant de consentir au règlement de son affaire, 
reçoit du Surintendant des Finances la réponse suivante, aussi inflexible 
que brève: "My duty to the United States prohibits my compliance with 
your request." Morris devait se montrer insensible dans bien d'autres 
occasions et pour bien d'autres gens. Il y était plus ou moins forcé, 
comme il l'a dit, par son devoir envers les Etats-Unis, nation encore 
toute nouvelle, très appauvrie par la guerre, plus riche en territoire 
qu'en argent ou en autres ressources développées. Surtout: les Etats- 
Unis, en ce temps-là, comptaient moins de cinq millions d'habitants. Et 
les demandes de secours, d'indemnité, affluaient pour submerger les 
ressources. 1 

Afin de résoudre ce problème, au moins en partie, on nomma des 
enquêteurs et des arbitres pour le règlement des disputes quant aux 
fournitures de guerre. Un certain John D. Mercier fut chargé d'en- 
quêter sur celles des Canadiens qui avaient agi comme fournisseurs des 
armées américaines. Mercier était canadien lui-même. Dans quelque 
rapport officiel, il se permet de critiquer les revendications de Cazeau, 
et celui-ci répondit, dans une "Communication" adressée au président 
du Congrès. La riposte est verte et me semble convainquante. J'ai lu 
la pièce originale en manuscrit, écrite de la main de Cazeau. La voici 
en partie: 

"Quant à la singulière objection (faite par Mercier) de n'être 
pas muni d'aucun ordre des généraux américains, ne pourrais-je 
pas lui demander (à Mercier) s'il croit que le général Benedict 
Arnold se fut engagé par devant notaire? 

Le sieur Mercier veut insinuer que les dites cargaisons (des 
bateaux) n'étaient pas destinées aux armées américaines. Pourrais- 
je demander au sieur Mercier où est-ce qu'il croit qu'allaient ces 
denrées, puisqu'elles avaient déjà dépassé tous les postes anglais 
lorsque le major Brown s'en empara et les déclara de bonne prise? 
Est-il possible qu'un homme de bonne foi puisse se persuader que 
ces marchandises allassent ailleurs que chez les américains? 

Mercier objecte qu'il me croit trop prudent pour avoir exposé 
tant de bien de cette manière ... A combien d'autres hommes ne 
pourrait-on pas faire cette objection, hommes illustres ou simples 
particuliers... qui ont non seulement sacrifié leurs biens mais 
même leurs vies pour le salut de l'Amérique. 

L'honorable Congrès a passé deux Résolutions en ma faveur . . . 
après 14 mois de réflexion; mon Mémoire et ses preuves ont sans 
doute, pendant ce temps, été scrupuleusement examinés, elles ont 
dû être assez convaincantes, puisqu'elles ont été admises ... Le 



1. Je ne mentionnerai que les requêtes faites vers cette même époque par 
les généraux de la Fayette, Clinton et Hazen en faveur des "Canadiens réfugiés"; 
par les Ursulines de Trois-Rivières et par des particuliers tels que le lieutenant 
Jacques Jolibois, Jean Ménard dit Brindamour, et le major Laurent Olivier, qui 
avait "femme et enfants emmenées avec lui du Canada." 



16 BULLETIN DE LA SOCIETE HISTORIQUE 



Congrès a pesé, dans sa Sagesse, la nature des circonstances, la 
possibilité des preuves, mon caractère et mon existence au Canada. 
Il a entendu les témoignages les plus respectables sur ces différents 
points soumis à sa décision et m'a déféré le serment comme un 
moyen de fortifier ces preuves . . . Quelles preuves, quelles affir- 
mations contraires le sieur Mercier peut-il m'opposer? 

Mr Morris m'objecte qu'il ne voit pas que j'ai donné aucune 
preuve de zèle pour les Etats-Unis. Mr Morris n'est pas aussi 
clairvoyant que les hommes responsables qui par leurs dépositions 
assermentées ont déterminé le Congrès à admettre mes preuves et 
mon serment, contre lesquels le sieur Mercier n'a pas seulement le 
droit de s'élever. 

C'est donc du tribunal auguste que votre Excellence préside . . . 
que j'attends les moyens de pouvoir appeler ma femme et mes 
enfants au milieu d'un peuple libre, pour lequel j'ai exposé ma 
fortune et ma vie ..." 

Cette lettre fut écrite en janvier 1785, à New-York, où le Congrès 
américain allait se rassembler, car il n'y avait pas encore de ville établie 
comme capitale permanente, la ville de Washington n'étant pas encore 
construite. En 1785 Cazeau, devinant qu'il aurait beaucoup d'opposition 
à vaincre, recueillit d'autres témoignages de personnes influentes et bien 
renseignées sur la part qu'il avait prise dans le récent conflit. En mai, 
un comité recommande qu'on soumette à nouvel examen le cas Cazeau; 
en juin, ce comité fait son rapport; en août, le Congrès, sans se montrer 
autrement défavorable à Cazeau, décide qu'on ne devrait pas régler son 
cas particulier avant d'avoir adopté un plan général en ce qui regarde 
les réclamations des autres Canadiens ayant servi la cause américaine. 
On projette déjà de leur octroyer des terres à même le domaine public, 
dans l'Etat de New- York, et on demande à Cazeau d'envoyer à William 
Barber, commissaire des comptes de cet Etat, une lettre expliquant exac- 
tement ce qu'il a fait pour aider la cause américaine. Cazeau s'exécute. 

Il demeurait alors à Philadelphie, où s'étaient réfugiés un certain 
nombre d'autres Canadiens, et en cette même année 1785, il envoya au 
Congrès une pétition, non pas pour lui-même, mais en sa qualité d'exé- 
cuteur testamentaire d'un ami décédé, le capitaine Augustin Florat de 
Florimont. Il n'y a pas de place ici pour l'histoire de ce dernier, assez 
intéressante. Je dirai seulement que le capitaine Florat de Florimond, 
né en France, était dans le corps de génie d'un régiment à la Guadeloupe 
en 1776. Obtenant de ses supérieurs la permission de servir la cause 
américaine, il vint aux Etats-Unis, et présenta ses lettres de créance au 
général Washington, qui l'envoya rejoindre le régiment de Hazen. Il 
servit au maintien des fortifications de Ticonderoga (Carillon) sous 
l'ingénieur-en-chef Pélissier. En 1781, se trouvant à Philadelphie et 
gravement malade, il avait fait son testament, nommant François Cazeau 
son exécuteur testamentaire. Les témoins avaient été un américain du 
nom de J.-J. Lee, et deux prêtres français, Robert Molyneux et M. 
Thévenet, sulpicien. Donc, quand le capitaine Florat mourut, quatre ans 
plus tard, Cazeau demandait au Congrès ce qui restait dû de la solde 
de cet officier, afin de régler les comptes du dit capitaine. 



UNE INCROYABLE ET VERIDIQUE HISTOIRE 17 



Ce qui n'empêche nullement Cazeau de batailler pour ses droits à 
lui. L'année suivante, 1786, sa cause apparaît cinq fois différentes, d'une 
manière ou d'une autre, dans les registres officiels, mais sans que cela 
l'avance beaucoup. Le pays ne se relève que lentement de sa dépression 
et les législateurs ont une multitude de choses à instaurer dans la nou- 
velle république. Le Congrès a été en pérégrinations perpétuelles pen- 
dant les dix premières années de son existence, s'assemblant à Phila- 
delphie, Baltimore, Lancaster, York, Princeton, Annapolis et Trenton. 
On ne pouvait pas trimballer partout et toujours les nombreux casiers 
de fiches et de dossiers du gouvernement, sur lesquels il fallait monter 
bonne garde; les membres du Congrès changeaient d'année en année 
et les nouveaux ne connaissant pas l'affaire Cazeau, c'était à recom- 
mencer chaque fois. Inlassablement, Cazeau recommençait; toujours il 
trouvait des amis influents. Presque à chaque session il présentait un 
mémoire. Il le fit donc maintenant à New-York, où les législateurs 
devaient siéger quatre ans dans un nouvel Hôtel-de-ville construit d'après 
les plans d'un ingénieur français, Pierre-Charles l'Enfant, le même qui, 
bientôt, dresserait si largement et minutieusement les plans de la capi- 
tale permanente, l'incomparablement belle ville de Washington. 

Mais dans l'automne de cette même année 1786, Cazeau, fatigué 
de voir sa cause traîner depuis quatre ans, quittait New- York pour aller 
en France demander l'appui des pouvoirs de son pays d'origine. Un 
enchaînement de circonstances imprévues devait l'y retenir quinze ans. 



En France, Cazeau retrouve quelques membres de sa famille, en- 
tr'autres sa vieille mère et un frère qui demeurent quelque part en 
province, sur une propriété nommée "Bourbeaux." Deux neveux portant 
le nom de Cazeau sont officiers aux Indes françaises. 

François Cazeau a bien besoin d'argent. Il active un procès intenté 
contre André-François Odelin, de la Rivière la Tortue, près de Montréal, 
pour rentrer dans une créance de 9,000 livres signée dix ans auparavant. 
Mais Odelin, désirant se tirer d'affaire à bon marché, voudrait bien 
désavouer maintenant sa créance et sa signature. Le procès se complique 
du fait que les papiers ont dû se promener de Montréal à Londres, puis 
à Paris, où les choses vont mal dans les cours de justice comme à la Cour 
de Versailles et partout ailleurs, car la Révolution française gronde. Je 
ne sais pas comment finit ce procès-là. 

Cazeau écrit de longues lettres à sa femme, sa chère "Reine", lui 
décrit maints aspects de la France bouleversée, puis revient à ses affaires 
personnelles. Il s'est fait des amis, entr'autres Carra, de la Bibliothèque 
du Roy, qui l'aide à rédiger et faire imprimer des requêtes expliquant 
les réclamations qu'il adresse au gouvernement américain et demandant 
l'appui du gouvernement français dans son affaire. Carra écrit à Jeffer- 
son, ministre américain à Paris et un autre futur président des Etats- 
Unis, demandant une audience pour Cazeau et disant que le général 
marquis de La Fayette a pris connaissance de la cause. On s ^entend 
pour que l'affaire soit suspendue au moins temporairement, cependant 
que Jefferson demande au Congrès de lui envoyer en France copie du 



18 .BULLETIN DE LA SOCIETE HISTORIQUE 



dossier Cazeau. Le Congrès se rend à la demande de Jerferson. Cazeau, 
de son côté, engage à Paris comme son fondé de pouvoir J.-J. Brissot 
de Warville, qui partait pour l'Amérique. Je n'ai rien trouvé au sujet 
de ce que Brissot de Warville a pu faire pour Cazeau aux Etats-Unis. 
Bien d'autres démarches durent l'occuper; ce futur membre de la Con- 
vention devait mourir peu après sous le couteau de la guillotine. 

En 1792, cependant, l'Assemblée Nationale de France prend le 
temps de s'occuper de l'affaire de Cazeau et trouve qu'il est en droit 
dans ses réclamations; le Comité Diplomatique du Commerce et de 
l'Industrie va jusqu'à recommander qu'on accorde à Cazeau, qui a servi 
la France, une indemnité de 125,000 livres et l'appui du gouvernement 
français auprès du Congrès américain. L'Assemblée Nationale passe un 
décret à cet effet le 8 septembre 1792. Cazeau va-t-il enfin gagner sa 
cause, au moins en partie? Non, pas encore, pas plus en France qu'en 
Amérique. On est à la veille de la Convention, prélude de la Révolution. 
Quinze jours après ce beau décret de l'Assemblée Nationale en faveur 
de Cazeau, la monarchie française tombe et tout le gouvernement avec 
elle. La République surgit, avec tout un monde nouveau en France. 

Comme les malheurs ne semblent jamais aller seuls, une autre 
épreuve et plus intime atteint Cazeau: en cette année de 1792, Madame 
Cazeau, sa "chère Reine", meurt au Canada. 

Cazeau a près de soixante ans. Depuis dix ans il lutte contre la 
mauvaise fortune et il sent le besoin de se faire aider. Il engage comme 
son fondé de pouvoir aux Etats-Unis Clément Biddle, alors de passage 
à Paris, qu'il a connu comme officier en Amérique. Biddle, réputé un 
des meilleurs avocats américains, s'en retourne aux Etats-Unis, cepen- 
dant que le règne de la Terreur commence en France. On guillotine 
le plus grand et le plus généreux des amis des Etats-Unis, Louis XVI. 
La reine Marie-Antoinette suivra bientôt, ainsi que l'amiral comte d'Es- 
taing, qui avait commandé la plus puissante des escadres françaises 
dans les eaux américaines durant la guerre de l'Indépendance. Tant 
d'autres parmi ce qu'il y a de meilleur en France vont être sacrifiés . . . 
Et pendant que le reste du monde regarde avec effroi ce qui se passe 
là, les enfants de Cazeau, en Amérique, tremblent pour la sécurité de 
leur père. Alors, pendant que tous ceux qui pouvaient quitter la France 
se hâtaient de le faire, le deuxième fils de Cazeau, le docteur Charles- 
Louis Cazeau, qui pratiqua la médecine à Varennes, traverse l'Atlantique 
et va trouver son père au milieu de la tourmente. Mais Cazeau avait dû 
se tenir coi, pendant quelque temps, ou trouver un refuge en province, 
car après avoir vu son père le docteur revint seul au Canada. 

La Terreur a des répercussions jusqu'en Amérique, où la Conven- 
tion avait déjà froissé les esprits par bien des maladresses. Biddle, 
n'ayant eu aucun succès dans la cause de Cazeau, remet à celui-ci les 
pouvoirs qu'il en a reçus. Cazeau investit alors de ces pouvoirs James 
Swan, marchand de Boston faisant des affaires considérables en France. 
Quelque temps après être rentré en Amérique, Swan écrit à Cazeau qu'il 
ferait bien d'attendre la réunion des hauts commissaires de France et 
des Etats-Unis. Un peu plus tard, une pétition leur est présentée à 
Paris; mais ces messieurs jugent bon de renvoyer le cas au Congrès amé- 
ricain. L'affaire est finalement remise au Secrétaire d'Etat américain, 



UNE INCROYABLE ET VERIDIQUE HISTOIRE 19 



lequel la classe dans ses fiches, la situation entre les deux pays étant 
de plus en plus mauvaise. Le Directoire se montre hostile aux Etats- 
Unis et le ministre américain à Paris, Monroe, un futur président qui 
avait encore intercédé pour Cazeau, est rappelé en Amérique par le 
premier président, Washington. 

Il est tout de même épatant, notre Cazeau, de poursuivre son affaire 
par des temps pareils et de trouver des gens éminents pour la patronner. 
C'est alors, par toute l'Europe, la période des grandes campagnes mili- 
taires; le général Bonaparte commence à s'affirmer. On bataille de 
tous les côtés, et en politique le Directoire fait charivari. Mais François 
Cazeau ne se laisse pas arrêter pour si peu: il en a vu bien d'autres. Il 
continue sa campagne à lui et se trouve d'autres amis. Le 1er Pluviôse, 
An 4 de la République, Charles Delacroix, ministre des Relations inté- 
rieure:; de la France, écrit au ministre français près les Etats-Unis, de 
soutenir les réclamations de Cazeau; le 1er Floréal, An 4, lettre du même 
au même, sur le même sujet, ainsi qu'une lettre adressée par Delacroix 
à la République française pour l'inviter à intervenir en faveur de Cazeau. 
Mais encore une fois et juste à ce moment, le gouvernement français 
tombe. Le Directoire est aboli. Bonaparte devient Premier Consul et 
arrange les choses pour le mieux avec les Etats-Unis. Cependant ce n'est 
pas encore une ère de quiétude et de paix en Europe: loin de là! 
Bonaparte s'y promène comme sur le pont d'un navire, commandant à 
la mer et aux flots. A-t-on vraiment le temps, à pareille heure, de s'oc- 
cuper de l'affaire d'un simple particulier, au sujet d'une guerre d'avant- 
hier, quand des guerres nouvelles surgissent de tribord à bâbord?... 
D'ailleurs, les gouvernants qui s'étaient intéressés à Cazeau ne sont plus 
au pouvoir. 

Au Canada, les enfants de Cazeau pensent qu'il est plus que temps 
de relancer leur père, lequel se fait vieux et qu'aucun d'eux n'a revu 
depuis huit ans. Ils veulent sans doute aussi, le mettre au courant d'un 
bill nouvellement passé par le Congrès américain pour allouer des terres 
à même le domaine public à certains réfugiés canadiens ayant servi les 
Etats-Unis. La liste des premiers et principaux bénéficiaires a déjà été 
rendue publique dans un Acte du Congrès, le 18 février 1801. Elle 
comprend 46 noms. Le troisième est celui de François Cazeau. On lui 
attribue 2240 acres de terre dans l'Etat de New-York. Parmi les autres 
bénéficiaires, trois seulement ont droit à en recevoir autant que lui; 
personne n'en peut recevoir davantage. Cet Acte n'a été promulgué 
qu'après une longue et sérieuse enquête: il faut croire que ceux qui 
furent finalement nommés ont bien mérité ce qui leur est alloué. Il est 
aussi à noter que John D. Mercier, également nommé sur cette liste, le 
même qui critiquait, quelques années auparavant, les revendications de 
Cazeau, ne reçoit ici qu'environ un tiers autant que Cazeau... Mais 
croyez-vous que notre Cazeau acceptera le domaine qu'on lui offre? 
Attendons un peu. 

Donc, le docteur Charles-Louis Cazeau, en cette année 1801, quitte 
de nouveau le Canada, s'embarque à New-York sur un paquebot à 
voiles et se rend encore une fois auprès de son père en France. Quelques 
mois après, les deux reviennent en Amérique; le docteur Cazeau retourne 
au Canada, et son père se rend à Washington, la ville fédérale à peine 



20 BULLETIN DE LA SOCIETE HISTORIQUE 



ébauchée mais qui n'en est pas moins devenue depuis l'année précédente 
la capitale permanente des Etats-Unis. Et là Cazeau recommence ses 
pétitions au Congrès. Il n'a pas changé ses réclamations, sauf pour y 
ajouter l'intérêt qui s'accumule, mais il ne démord en rien, veut être 
payé en entier et en espèces sonnantes. On a dû certainement lui parler 
des terres allouées, lui expliquer qu'il pourrait accepter ces terres en 
à-compte: mais ce n'est pas 2240 acres de terre qu'il veut, même en à- 
compte, c'est $22,671.70, avec l'intérêt à 6%. Et après avoir remué ciel 
et terre sur deux continents pendant ces longues années, sa détermination 
est coulée dans le bronze. 

Le personnel du Congrès a grandement changé depuis neuf ans. 
Et si les choses vont mieux en Amérique, ce n'est pas encore le golconde, 
tant s'en faut, et le recensement qu'on vient de faire montre que la po- 
pulation, se chiffrant à environ cinq millions d'âmes, compte là-dessus 
huit cent mille esclaves, ce qui ne laisse guère plus de quatre millions 
d'Américains pour finir de payer la guerre et développer la moitié du 
continent. Mais les Etats-Unis, pauvres en argent, sont riches en terres; 
on peut en offrir de bonnes; alors, avant de mettre le Trésor à sac, on 
veut savoir si les bénéficiaires de ces terres les accepteront. Le Congrès 
rejette donc la nouvelle pétition de Cazeau. Peu de temps après, les 
terres allouées sont publiquement adjugées. Cazeau ne réclame pas la 
sienne. 

Après vingt ans de persévérantes démarches, François Cazeau n'avait 
pas réussi dans ses revendications, souvent fortement appuyées mais que 
les incessantes guerres, l'instabilité des gouvernements et autres événe- 
ments fortuits avaient jusqu'ici fait échouer. N'aurait-il pas, alors, agi 
plus sagement en acceptant ce domaine qui lui était offert tout près du 
Canada? (Je crois que c'était dans la région du lac Champlain). D'au- 
tres réfugiés acceptèrent des allocations semblables mais bien moins 
considérables et, à la longue, s'en trouvèrent bien. Cazeau, en refusant, 
s'attira l'hostilité des législateurs qu'il ne connaissait pas — le personnel 
du Congrès s'étant presque renouvelé en entier durant son long séjour 
en France — législateurs qui, de leur côté, ignoraient presque tout de 
Cazeau et de sa cause. Il ajouta quand même sa nouvelle pétition à 
toutes celles dont le Congrès était alors surchargé. Elle fut rejetée par 
le Sénat comme par la Chambre. 

A ses amis, Cazeau allégua subséquemment qu'il n'avait pas bien 
compris que ces terres, qu'on lui allouait, pourraient être acceptées en 
à-compte, lui permettant de revendiquer, plus tard, le reste de la dette 
due. Voilà qui est difficile à croire. Versé dans les affaires comme il 
l'était, et rendu à Washington avant la distribution de ces terres, Cazeau 
devait être renseigné. Vieillissant, buté dans son idée, il restait, comme 
il l'avait dit, d'ailleurs, "bien décidé à mourir avant que d'abandonner 
une si juste cause." Encore une fois il perdait la partie telle qu'il vou- 
lait absolument la jouer. Tout restait à recommencer. 

Le plus étonnant, c'est qu'il recommence toujours. Il est presque 
septuagénaire, il n'a plus guère de santé, il est seul, il est pauvre, mais 
il lui reste encore l'énergie, le talent de se trouver des amis haut-placés 
et de s'en servir. Cette fois, il va droit au président des Etats-Unis, 
James Monroe, lequel, ainsi que nous l'avons déjà vu, avait de tout 



UNE INCROYABLE ET VERIDIQUE HISTOIRE 21 



temps été en faveur de sa cause. Le Président l'envoie à des sénateurs 
de ses amis, (Davies, Giles, Smith, Randolph), qui se chargent de pré- 
parer eux-mêmes et de présenter à leurs collègues du Congrès une nou- 
velle pétition récapitulant clairement la cause. Quelques mois après, 
c'est-à-dire en mars 1802, ces Messieurs présentent la motion en faveur 
de Cazeau, l'appuyant avec zèle. Elle ne passe pas. Une autre pétition 
est renvoyée à la session suivante, mais lorsqu'on la présente alors pour 
être lue, il ne se trouve là personne intéressé à cette cause, car le pauvre 
Cazeau, abattu, est retourné en France. Encore une fois, il avait manqué 
de jouer un atout. 

Pendant les trois années suivantes, on n'enregistre plus rien, que 
je sache, dans cette affaire, chose assez extraordinaire, étant donné la 
persistance de Cazeau. Mais la France et toute l'Europe, menées en 
laisse par Napoléon Bonaparte, s'agite autour de lui. Cazeau attend une 
heure plus favorable. Elle lui semble venir à Paris, le 12 Vendémiaire, 
An 14, (octobre 1805), alors qu'il remet un nombre important de titres 
et documents à Duplanty, de New-York, agent des frères Dupont de 
Nemours. Duplanty signe un reçu où tous ces papiers sont dûment 
désignés, énumérés; il s'engage à les remettre, à New- York, soit au 
docteur Charles-Louis Cazeau, soit à Victor Dupont (qui avait été aide- 
de-camp de Lafayette) au cas où ce dernier agirait comme fondé de 
pouvoir de Cazeau. 

Il faut croire que ces papiers sont recueillis par le fils de Cazeau, 
car, l'année suivante, le docteur se rend à Washington et tente un nouvel 
appel en faveur de son père. Il ne réussit pas et, réclamant ses papiers, 
retourne au Canada. 

A Paris, Cazeau, en dernier ressort, veut se faire appuyer encore 
une fois par le gouvernement français. Mais on y a d'autres chats à 
fouetter. On est maintenant en plein Empire et Napoléon Premier a 
l'Europe presqu'entière à ses pieds; il est au plus fort de ses campagnes 
et de ses victoires: du haut en bas de l'échelle gouvernementale on est 
très affairé. L'on répète au pauvre Cazeau un vieux refrain: qu'il s'a- 
dresse encore aux Etats-Unis et le Ministre de France à Washington 
appuiera ses revendications. 

Les différents personnages, tant américains que français, auxquels 
Cazeau s'est confié depuis vingt-cinq ans qu'il poursuit sa cause se sont 
montrés, à tout prendre, dignes de confiance. Il est vrai que Cazeau, 
naturellement perspicace, avait su, jusqu'ici, les bien choisir. Mais par 
une sorte de fatalité, voici que lorsqu'il rentre en France, vieillissant, 
malade, à bout d'expédients comme de ressources, il se confie à la plus 
vilaine engeance, un de ses propres compatriotes, homme rusé, sournois, 
absolument dénué de principes qui, sans perdre de temps, trame une 
fraude audacieuse autant qu'éhontée. 

Cet homme s'appelle François Corbeaux, nom prédestiné. Il habite 
Paris, se dit gentilhomme et affirme avoir des relations avec certains 
fonctionnaires haut-placés, entr'autres celui qu'on nomme le premier- 
président d'Herbelot. Comment se fait-il que Cazeau, d'ordinaire si 
avisé, fasse si vite confiance à Corbeaux? Plus tard, trop tard, il s'in- 
formera auprès dudit président d'Herbelot, lequel répondra qu'en effet 
il connaît le Sieur Corbeaux, "mais sous de très mauvais rapports." En 



22 BULLETIN DE LA SOCIETE HISTORIQUE 

attendant, Corbeaux s'insinue, s'impose, capte la confiance de celui qu'il 
se propose de trahir et finit par se faire nommer le fondé de pouvoir de 
Cazeau, qui lui cède plus d'autorité qu'il n'en avait jamais conféré aux 
autres. 

Corbeaux est plein d'astuce. Faisant d'abord croire à Cazeau que 
ses réclamations sont trop modérées, il prend la facture si longtemps 
officielle et s'empresse de la majorer, n'y allant pas de main morte. 
Elle n'avait jamais dépassé une soixantaine de mille dollars, mais voici 
qu'il la porte à $2,800,000.00, ou, en valeurs françaises, à quinze millions 
de francs. Et à Cazeau, privé de ressources, Corbeaux promet une 
avance immédiate de 1,200,000 francs. Cette audacieuse majoration de 
la note éblouit le vieux Cazeau, qui consent à laisser Corbeaux rédiger 
un contrat et une procuration qui seront par la suite comme des filets 
pour retenir dans leurs liens Cazeau et ses héritiers. 

Il y a quelques années, j'ai eu entre les mains les originaux de ces 
instruments faits à Paris en 1807. Cazeau affirma que Corbeaux les 
rédigea, les écrivit de sa main. Effectivement, ils sont du commence- 
ment à la fin de la même écriture que la signature de Corbeaux: fine, 
claire et parfaitement lisible. La procuration est très longue; le contrat 
subsidiaire est plus court. Par ces instruments, les affaires et les papiers 
de Cazeau passent entre les mains de Corbeaux, qui s'engage à pour- 
suivre la liquidation des créances de Cazeau sur le gouvernement des 
Etats-Unis, moyennant le prix de forfait d'un million deux-cent-mille 
francs que Corbeaux est censé payer sur-le-champ à Cazeau. De son 
côté, Cazeau cède à Corbeaux pour toujours, les trois-quarts de tous ses 
intérêts dans les dites créances, ne se réservant que le quart de tout ce 
qu'il revendique depuis vingt-cinq ans. Cependant, il a un geste de pru- 
dence, un seul: dans cette assignation presque universelle, une clause 
stipule que Cazeau rentrera dans tous ses droits et que Corbeaux perdra 
tous ses privilèges si le dit Sieur Corbeaux n'a pas fait de démarches 
sérieuses, n'a obtenu aucun résultat au cours des deux sessions executives 
du Congrès des Etats-Unis, à partir de la première session qui s'ouvrira 
après la date de la signature dudit contrat. 

Les instruments fatidiques sont signés à Paris le 30 novembre 1807, 
et le même jour, les deux signataires se présentent au Consulat américain 
pour faire enregistrer la procuration faite en triple. Des trois originaux 
de cette procuration, Cazeau en garde un, Corbeaux emporte la deuxième 
et la troisième reste dans les archives du Consulat. 

Les mois s'écoulent. A Paris, Corbeaux ne paye pas un seul franc 
du million et plus qu'il a juré passer à Cazeau et il ne fait rien pour 
activer sa cause cependant qu'à Washington le Congrès se rassemble et 
se dissout. Alors Cazeau, aidé par un de ses fidèles amis — il en aura 
d'excellents jusqu'à la fin — inquiet, désabusé encore une fois, vieux, 
malade, mais prêt à lutter, comme il l'a déjà dit, "jusqu'à la mort", 
Cazeau s'adresse aux tribunaux de Paris afin de rentrer dans les droits 



UNE INCROYABLE ET VERIDIQUE HISTOIRE 23 



et les documents dont il s'est imprudemment dépouillé. * Il a le désa- 
grément supplémentaire de se faire dire par un homme de loi qu'il ne 
doit pas s'étonner de la tournure que son affaire a prise, l'ayant confiée 



1. Letter from Cazeau to Madame Reeves 8C his other children, 1808. 

Madame Jean Reeves, marchand 
Faubourg St Laurent 

Montréal Canada — 
par New York 

Paris 30 octobre 1808 

Jenai pas Reçu mes chers enfans devos nouvelles de puis trois ans. a quoi 
penser vous votre devoir et vos intérêts exige de veiller plus Soigneusement à 
mon existance. Je nai point encore fini mes afaire de puis 9 ans que jai revêtu 
Charles de mes pouvoirs il na pas avancé de la moindre chose, je suis donc 
obligé d'avoir recours aux étrangers pour les mettre à la tête de mes afaire 
enconsequence jai prit le party de charger le général mason de George town de 
suivre la liquidation de mes réclamations au Congres qui ne sont pas moins de 
trois millions de dollard avec tous les intérêts. Pour parvenir plus tôt a une 
prompte liquidation jai chargé également Mons'r Oerthling — rue de la Magde- 
lene fxbourg honoré No 14 de la poursuite de mes af aires, il fera toutes les 
avance nécessaires il a de grand moyen de fortune et d'autre que je ne puis dire 

Jaurai desirez qui me fit une avance dargent je ne sçai si le fera avant 
d'avoir reçu des nouvelles de mon fondé de pouvoirs. Jeme trouve dans ce mo- 
ment dans un grand besoin a la sortie dune grande maladie qui ma duré près 
de deux ans jai garde la fièvre intermétante la jaunisse lydropisie pendant 18 mois 
devenu si faible quil me falais deux personne toujours autour de moi qui ne mon 
jamais abandonné il na pas été de même des médecins deux on renonsé et le 
troisième ma guéry. Je doit de grande recompense a celle qui mont servi et fait 
les avance de tout ce que j'ai eu besoin. 

Apresent jeme porte assez bien mais jai grand besoin de me ménager, jeme 
propose daller le printemps prochain à la campagne pour changer d'air. 

Il y a un an j'avais donné des pouvoirs a un Francis Cerbeau il les avaz écrit 
Luimême de manière qui se seraz emparé des trois quart de ma fortune en me 
faisant entendre ce qui nétait pas. Par sa manière d'agir, je le crois un des plus 
faux et des plus dangereux quil y ait dans Paris. Je lai traduit devant le Tribunal 
criminel. La faire nest pas encore jugé, je dois faire entendre mes témoins sitôt 
quil en sera requis. Il fait paraître quil ma donné 1.200.000 francs et je nai pas 
reçu un sou de Lui ce que je peut prouver au moyen de quoi le sous seing privé 
sera annullé et lui condanné au galerre; je vous donnerez avis de ce qui en sera 

Commen se porte tous mes chers petis enfans donné moi de leurs nouvelle 
et des progrès qui font dans leur éducation et de ceux qui son dans le Commerce 
je suis fâché de ne pas leur faire du Bien plustot; je ne sçai pas les nom de ceux 
de Cazeau qui me sont egallement aussi chers. Ce serai un bonheur bien grand 
pour moi si javaz le plaisir de les voir. Embrassé les tous pour moi. 

Donné moi des nouvelles de tous nos parent et amis de la Rivière St Pierre 
et de la (illisible) bien entendu de Montréal et du (illisible) Lami Colin et sa 
femille. 

Je vous souhaite tous de La Santé et la prospérité. 

Je suis et serez toute ma vie votre Bon et tendre Père je vous en assure 

(signé) Frs Cazeau 

donnez moi de vos lettres 
adresse 

Rue de Verneuil No 21, fx bourg St Germain 
à Paris. 



24 BULLETIN DE LA SOCIETE HISTORIQUE 

à un individu d'aussi mauvaise réputation que Corbeaux. * Cependant 
on fait les démarches nécessaires pour que cet oiseau de malheur rende 
ce qu'il a pris par ruse. 

Mais Corbeaux avait prévu de pareilles mesures. Dès le début il 
avait dressé son plan d'opération. Longtemps avant d'être cité en cour 
de justice et sommé de rendre les papiers de Cazeau, et pendant qu'il les 
avait encore tous en sa possession, même le duplicata de la procuration 
lui conférant des pouvoirs si étendus. Corbeaux était retourné seul au 
Consulat américain où se trouvait, comme on sait, le triplicata dudit 
instrument, et s'en était fait faire une copie assermentée, chose qu'on 
pouvait avoir sur demande aussi longtemps qu'un document restait dans 
les fiches du Consulat. 

Or donc, lorsque le tribunal de Paris eut donné gain de cause à 
Cazeau, ce dernier devient possesseur des trois instruments si impor- 
tants: l'original de la procuration, qu'il a gardé, le duplicata qu'avait 
Corbeaux, obligé de remettre tous les papiers de Cazeau, et le triplicata 
qu'on avait déposé au Consulat. Mais Corbeaux, à l'insu de tous, pos- 
sède encore la "copie assermentée" qu'il s'était fait faire longtemps 
avant, copie ornée du sceau du consulat américain. Puis Corbeaux 
quitte Paris et va se terrer quelque part, attendant la fin du vieux 
Cazeau, qui, maintenant, le servira mieux mort que vivant. 

Et notre Cazeau, que fera-t-il? Il ne mourra pas tout de suite. Il 
luttera encore cinq ans. La mort seule le désarmera. Il aura un autre 
fondé de pouvoir, le général Mason, avocat réputé de Washington, mais 
qui a déjà trop d'affaires en main pour pousser activement celle de 
Cazeau. Alors, à Paris, Oerthling, le fidèle ami du vieux Cazeau, inter- 
vient encore. Il obtient que Joël Barlow, ministre plénipotentiaire des 
Etats-Unis, sortant de charge, agisse comme agent de Cazeau. Homme 
brillant et généreux, Barlow jouit de beaucoup d'influence à Washington 
et il s'intéresse vivement et sans tarder à la cause de Cazeau; mais ce 



1. Letter of Grandjean to Oerthling, 1809. 

Monsieur le Président d'herbelot a assuré son neveu que le Sr Corbeau avait 
quitté Paris. C'est un point important dont il faut s'assurer. Il parait qu'il le 
connait beaucoup, mais sous de très mauvais rapports. Il est le beau-frère d'un 
substitut du procureur impérial près des directeurs de jury et l'allié du magistrat 
de sûreté auquel on s'était adressé. 

Vous ne devez plus vous étonner de la tournure qu'a prise cette affaire, mais 
je vais tâcher de reprendre cette affaire en sous-oeuvre, d'abord tacher si le Sr 
Corbeau est encore à Paris. 

Mr Lefael doit faire une nouvelle démarche auprès du premier Président, 
nous verrons ce qui en résultera et si nous avons l'espoir de réussir je me mettrai 
en oeuvre pour presser tout le monde. 

Daigner agréer l'hommage des sentiments d'amitié 

De votre dévoué serviteur 

Grandjean 
ce 17 août 1809 

à Monsieur 

Monsieur Oerthling 
Propriétaire 

rue de la Magdeleine 

no 14 Faubourg St Honoré 



UNE INCROYABLE ET VERIDIQUE HISTOIRE 25 



dernier est poursuivi par la malchance: Barlow meurt peu de temps 
après son retour aux Etats-Unis. Le général Mason reste en possession 
des pouvoirs et des papiers. Et puis, aux lenteurs de Mason vient 
maintenant s'ajouter une guerre nouvelle: celle de 1812 entre les Etats- 
Unis et l'Angleterre. Les communications sont ralenties, parfois même 
arrêtées sur mer et sur terre. Pendant trois ans encore l'affaire Cazeau 
reste en suspens. 

Cazeau est maintenant octogénaire. Les années, en passant, ne lui 
ont apporté que guerres, déboires et maladies. Il fléchit, mais reste en 
possession de toutes ses facultés mentales. Il écrit aux siens en Améri- 
que et son écriture reste claire et lisible, quoique un peu tremblante; 
ses lettres, son langage sont corrects et dignes et il ne se plaint pas trop, 
quoiqu'il semble penser que son fils Charles aurait pu entreprendre 
d'autres démarches en sa faveur. Pourtant, le docteur Cazeau, en des 
années et des pays très agités, avait laissé son foyer et l'exercice de sa 
profession pour traverser deux fois l'Atlantique et se rendre plusieurs 
fois à Washington, alors que les communications étaient lentes et péni- 
bles, qu'on voyageait par mer en voilier et par terre en diligence ou à 
dos de cheval. Et aux dépenses amenées par tous ses déplacements pro- 
longés, s'ajoutaient les honoraires perpétuels des avocats. Cela semble 
prouver que les enfants de Cazeau au Canada firent tout ce qu'ils 
purent pour leur père. 

Les gestes ultimes inscrits dans les annales de François Cazeau sont 
d'abord la procuration qu'il envoie, au commencement de l'année 1815, 
à John Reeves, un de ses petits-fils au Canada, lequel devient son 
huitième et dernier fondé de pouvoir; puis deux billets qu'il signe en 
faveur des dames Cajou et Gontié, qui semblent avoir été deux excel- 
lentes femmes de très modeste condition, lesquelles avaient pris soin de 
lui pendant une douzaine d'années. 

Puis, le 11 mai 1815, Cazeau meurt à Paris, à l'âge de 81 ans. Il 
avait passé presque la moitié de sa vie en déraciné, allant et venant entre 
l'Amérique et l'Europe; et quoiqu'il meurt en France, son pays natal, 
il meurt presque seul, loin de ce qui lui reste de famille; ses enfants 
n'apprennent son décès que plusieurs mois après. 

François Cazeau avait eu six enfants: trois fils, François, Charles- 
Louis et Pierre, et trois filles, Marguerite (Mme John-Jesse Reeves, Sr), 
Elizabeth et Marie-Barbe. Trois au moins survivent à la mort de leur 
père: Charles, Pierre et Elizabeth, ainsi que plusieurs petits-enfants. 
L'affaire Cazeau continuera. 

Entre temps John-Jesse Reeves, fils, investi des pouvoirs de son 
grand'père, part pour le rejoindre à Paris. Il va premièrement à Wash- 
ington et confère avec le général Mason, l'avocat de Cazeau, Mason et 
Reeves ignorant tous deux que Cazeau est mort depuis déjà quelques 
mois. Puis Reeves s'embarque pour la France, où il apprend que son 
grand'père est décédé au mois de mai. Il y reste le temps d'arranger 
comme il peut les affaires en France, recueille tous les documents et 
autres papiers de son aïeul, puis revient en Amérique. Rentré au Canada 
à l'automne, Reeves confère avec les autres héritiers. La famille n'est 
pas riche et elle sait d'expérience ce que coûteront de nouveaux voyages, 
de nouvelles revendications judiciaires. On décide d'attendre, pour 



26 BULLETIN DE LA SOCIETE HISTORIQUE 



continuer, d'avoir les fonds nécessaires. 

Pour Corbeaux, en France, c'est l'heure propice. Depuis six ans il 
attendait, veillait, était renseigné. Il sait que Cazeau est mort, mais 
prudemment, il reste coi jusqu'à ce que John Reeves ait quitté la France. 
Alors il s'abouche avec un autre coquin du nom de James Grubb, em- 
ployé au Consulat américain à Londres. Ils en viennent à une entente 
et le printemps suivant, Corbeaux traverse la Manche, va relancer Grubb 
à Londres, et les deux finissent de machiner leur complot. Corbeaux, 
qui se dit l'agent de feu François Cazeau, lui passe de manière officielle 
des pouvoirs qu'il n'a plus, ainsi que toutes les informations qu'il a, et 
divers papiers, entr'autres la copie attestée de la procuration faite au 
consulat américain de Paris, du contrat original entre Cazeau et Corbeau 
huit ans auparavant: copie qui devient la cheville ouvrière de l'affaire 
Cazeau, à partir de cette date, 6 mai 1816. Trois jours plus tard, Grubb 
transmet à Josephus-B. Stewart ses nouveaux pouvoirs et tous les papiers 
qui lui avaient été passés par Corbeaux. Grubb ne jouissait pas d'une 
bonne réputation à Londres: de fait, il devait être congédié du Con- 
sulat peu après, mais Stewart, également employé du consulat américain 
à Londres, n'avait rien fait jusque-là pour se faire mésestimer; il 
pouvait donc quitter Londres sans être soupçonné du personnel consu- 
laire, quoiqu'on le sût presque toujours à court d'argent. Effectivement, 
quelques semaines après, Stewart obtient un congé, quitte Londres pour 
l'Amérique, et se rend tout droit à Washington. 

Dans la Capitale américaine, en sa qualité d'employé du service 
consulaire, Stewart est bien reçu, se présente à divers personnages in- 
fluents et se fait passer pour l'agent et le fondé de pouvoir des héritiers 
de feu François Cazeau, décédé quatorze ou quinze mois plus tôt. Il 
a la liberté de fouiller les anciens dossiers de la cause Cazeau, et, ainsi 
minutieusement documenté, il prépare une nouvelle pétition, écrit des 
lettres remplies de faussetées mais qui ont l'air plausibles et prépare sa 
monumentale tricherie avec grande adresse. L'enjeu est gros: s'il réussit, 
il y gagnera une fortune; s'il perd il sera pris et goûtera de la prison. 

Mais qui avertira les héritiers? On le croit leur agent, leur ami; le 
Canada est loin, très loin; on met des jours et des jours à y arriver; il 
n'y a encore ni télégraphie ni téléphone, ni chemin de fer; la poste est 
lente et le général Mason, dernier avocat de Cazeau, est absent, malade 
ou endormi. La bravade de Stewart a toutes les chances de réussir. 

Alors, à la fin de janvier 1818, Stewart joue gros atout. Il présente 
une pétition au Congrès, se dit le représentant de tous les héritiers de 
feu François Cazeau; et la semaine suivante, plein de cran et d'assurance, 
il est au Capitole et son Mémoire est un si savant mélange de vrai et 
de faux que les membres du Congrès s'y laissent prendre. Stewart, sans 
broncher, affirme que Corbeaux est l'oncle des héritiers et il ne se trouve 
personne pour le contredire, tous les membres de la famille Cazeau 
étant loin et dans une parfaite ignorance de ce qui se passe à Washing- 
ton. Stewart laisse entendre que les deux consulats américains de Paris 
et de Londres l'appuient et encore une fois il ne se trouve personne à 
Washington pour le nier. Et puis il demande sans sourciller, "au nom 
des héritiers de Cazeau" la somme de #42,737.93. Ce qui se trouve être 
les trois-quarts des revendications que Cazeau ferait s'il était là: les 



UNE INCROYABLE ET VERIDIQUE HISTOIRE 27 



trois-quarts passés à Corbeaux, dont Stewart dit avoir acquis les droits. 
Le Congrès ignore que ces droits de Corbeaux ont été depuis longtemps 
révoqués. Comme Stewart affirme agir pour les héritiers, posant en 
bienfaiteur de la famille Cazeau, les honorables membres du Congrès 
sont bien aise de clore une affaire qui traîne depuis si longtemps, d'au- 
tant plus qu'il y a maintenant un peu plus d'argent dans le Trésor des 
Etats-Unis. 

Le croirait-on? Stewart a gain de cause! 

L'affaire se poursuivait depuis trente-cinq ans. Combien de fois 
Cazeau lui-même, ou son fils, ou ses avocats, avaient-ils déjà plaidé 
devant le Congrès, non pas toujours en vain, mais sans que, jamais, 
toutes les circonstances leur eussent été favorables à la fois. Et voici 
qu'un imposteur se présente devant l'auguste assemblée et par son 
histoire savamment tissée de vérités et de mensonges, prédispose tous 
les honorables membres de la Chambre et du Sénat à indemniser la 
famille d'un bienfaiteur de la République! 

On adjuge à Stewart, "pour les héritiers de Francis Cazeau" l'exac- 
te somme qu'il a demandée: $42,737.93, somme dont la réelle valeur 
était alors bien des fois ce qu'elle serait aujourd'hui. 

Cependant, un accroc s'annonce. Lorsque Stewart se présente à la 
Trésorerie des Etats-Unis pour recevoir le gros lot, le "Comptroller", le 
juge Anderson, n'estime pas suffisants les papiers qu'on lui présente, 
surtout vu l'absence de tous les héritiers. Devant la copie du mandat 
de Cazeau à Corbeaux, copie passée à Grubb et ensuite à Stewart, An- 
derson demande où sont les originaux des documents. Il hésite à payer 
une telle somme sur des preuves aussi minces. Mais à la fin, devant le 
bill et l'ordre du Congrès, le sang-froid de Stewart et son apparente vé- 
ridicité, le "Comptroller" du Trésor s'exécute. L'escroc de grande en- 
vergure reçoit, toujours "pour les héritiers de François Cazeau", les 
$42,737.93 qu'on leur a votés. C'est en février 1817. 

Stewart alors n'a rien de plus pressé que de quitter Washington. 
Mais au lieu de se rendre au Canada, il s'embarque sur le premier voilier 
en partance pour l'Europe, où tout en se réservant la part du lion, il 
partage avec Grubb — déjà chassé du consulat de Londres pour incon- 
cuite — le produit de leur escroquerie. Quant au troisième larron, Cor- 
beaux, il ne reçoit absolument rien: voleur volé. 

Quelque temps après le passage du bill en faveur des héritiers de 
François Cazeau 3 la famille Cazeau apprend la grande fraude commise 
à ses dépens. John-Jesse Reeves part en toute hâte pour Washington, 
mais y arrive trop tard: le gros lot a déjà été payé à Stewart, qui a 
déguerpi depuis assez longtemps. Reeves met alors la cause des héritiers 
fraudés entre les mains d'un excellent avocat de Washington, le général 
Walter Jones, et retourne au Canada conférer avec les autres héritiers. 

Au printemps suivant, 1818, le docteur Charles-Louis Cazeau se 
rend encore une fois dans la Capitale américaine. Il a tous les papiers 
de son père et montre les pièces authentiques à divers membres du 
Congrès et aux officiers de la Trésorerie. Il prouve que les pouvoirs de 
Corbeaux avaient été révoqués, que Stewart a trompé le Congrès du 



28 BULLETIN DE LA SOCIETE HISTORIQUE 



commencement à la fin. La fraude est reconnue, admise. Le juge 
Anderson, de la Trésorerie, déclare au médecin que lui, Cazeau, peut 
très bien, au nom des héritiers fraudés, intenter une nouvelle poursuite 
au gouvernement américain. C'est ce qu'il fait. Il prépare une nouvelle 
pétition, un nouveau "mémorial" demandant que réparation soit faite 
aux héritiers lésés dans leurs droits. J'ai vu les originaux de ces docu- 
ments, rédigés en excellent anglais, écrits d'une écriture belle et lisible: 
celle du docteur Cazeau lui-même. Malheureusement, ces revendications 
restent sans résultats. A un moment donné, lorsque Stewart se présenta, 
les deux Chambres du Congrès s'étaient entendues sur l'affaire Cazeau; 
on avait agi de bonne foi, payé sans tergiverser. Et voici que les hono- 
rables membres apprennent qu'on leur a joué un vilain tour, le plus 
monumental de la sorte dans toute leur histoire! Irrités, rendus mé- 
fiants, ils ne sont pas d'humeur à reprendre l'affaire tout de suite. Le 
docteur Cazeau confie alors la cause à un nouvel avocat, Mr Dawson, 
et reprend le chemin du Canada. Dix-huit autres années s'écouleront 
avant que les héritiers rentrent dans une partie de leurs droits. 

Quant à Stewart, son nom revient encore, deux ans seulement après 
son retentissant coup de théâtre. D'après William Smith, avocat et 
petit-fils de François Cazeau, Stewart aurait écrit à la famille Cazeau, 
demandant s'ils ne pourraient arriver à un "arrangement". Cette lettre 
aurait été écrite en décembre 1819, de Jamesville, Comté d'Onondaga, 
New-York. Je n'ai pas vu cette lettre. S'il est vrai que Stewart relança 
la famille qu'il avait fraudée, il est étrange qu'on ne l'ait pas poursuivi. 
Et en 1821, un certain Henry Myer, de New- York, se rend à Montréal 
avec une procuration de Corbeaux, qui, de la France, aspire, lui aussi à 
un accommodement avec les héritiers de Cazeau. Il est évident que ce 
Myer ne connaît pas grand'chose de la cause et n'est que l'instrument de 
Corbeaux, lequel veut se venger de Stewart, qui ne lui a pas donné un 
"rouge liard" de la somme escamotée grâce à la fameuse copie que l'on 
sait, la précieuse copie de Corbeaux. N'obtenant aucune concession de 
la famille Cazeau, Myer se retire en proférant des menaces qu'il ne 
peut exécuter. 

Il serait fastidieux de recommencer à suivre tous les méandres de 
la loi dans cette affaire à nulle autre pareille, une cause qui semble 
avoir été faite tout exprès pour encourager ou décourager les avocats. 
J'abrège donc autant que possible. 

La cause reste en suspens pendant les sept années qui suivent l'es- 
croquerie de Stewart. Et le docteur Charles Cazeau étant mort en 1823, 
son neveu, William Smith, avocat de Saint-Eustache, reprend l'affaire 
en 1825. Il n'eut pas de succès, mais fit une excellente chose en retenant 
Jacob Bigelow, de Washington, qui devint l'avocat permanent de la 
famille Cazeau. Pendant plus de trente ans, Bigelow s'occupera de cette 
affaire, la fera marcher de différentes manières, recommencera au besoin 
et sans se lasser. Et il finira par obtenir que les héritiers soient en partie 
remboursés de leurs pertes. Et, par les efforts intelligents de Bigelow, 
c'est encore tout une galerie de portraits d'hommes célèbres qu'on trouve 
encadrés dans les annales de l'affaire Cazeau. 

Prudent homme de loi, sagace, il désire parer à toute éventualité, 
en s'assurant que les héritiers de Cazeau sont gens honorables, et qu'il 



UNE INCROYABLE ET VERIDIQUE HISTOIRE 29 

n'y a pas eu de compromis ni d'arrangement entre eux et Stewart ou 
Corbeaux; que les membres de cette famille n'ont jamais été riches, 
tout en ayant joui de l'estime de leurs contemporains les plus éminents. 
J'ai donc trouvé parmi les documents du dossier Cazeau dans une des 
cours de justice de Washington, des documents exécutés à cet effet au 
Canada en 1833. Les héritiers de François Cazeau sont représentés par 
sa fille: Elizabeth Cazeau, 
ses petits-enfants: 
Alexander-Amian Reeves, 
Marguerite-Elizabeth-Victorine Reeves, 
Henry-Benjamin Reeves, 
Mary-Elizabeth Cazeau Routier, 
Marguerite Cazeau Smith 
et William Smith. 

aussi Jean-Baptiste Routier, époux de Mary-Elizabeth 
Cazeau Routier. 

L'avocat William Smith n'y apparaît pas parce qu'il était mort 
l'année précédente, victime de l'épidémie de typhus à Montréal. Et puis 
viennent témoigner des amis de la famille: 
Ensuite 

Louis Papineau, 

Gabriel Franchère, 

Jacob de Witte, membre du Parlement Provincial du Bas-Canada, 

Olivier Berthelet, également membre de ce parlement, 

Joseph Quiblier, supérieur des Messieurs de Saint-Sulpice, 

Horatio Gates, consul des Etats-Unis à Montréal, 

Jacques Viger, maire de Montréal. 

Ces certificats furent signés pardevant des notaires tels que Fran- 
çois Coyteux, A E. Lefebvre de Bellefeuille et Austin Cuvillier, ce 
dernier ayant été quelques années auparavant délégué par les Canadiens 
auprès du Parlement Impérial à Londres. J'ai vu les originaux de ces 
documents, avec leurs belles signatures. Elle ne fait pas trop mauvaise 
figure, n'est-ce pas la famille Cazeau? Mais ce n'est pas encore tout. 

Vers ce même temps, Bigelow s'adjoindra Francis-Scott Key. Ce 
nom vous dit-il quelque chose? . . . Key n'est pas seulement un avocat 
de première force, il est aussi l'auteur de l'hymne national des Etats- 
Unis, "The Star-Spangled Banner," qu'il avait composé une vingtaine 
d'années plus tôt. 

La cause ne va pas vite, mais elle n'arrête pas. Les démarches, 
petites et grandes, sont enregistrées au dossier. Et en 1836, par ordre 
du Sénat des Etats-Unis, tout le dossier de cette cause, qui dure depuis 
cinquante-huit ans, est entièrement revu par le "Sollicitor of the Treas- 
ury" (l'avocat-conseil de la Trésorerie), Maxy, qui se prononce en fa- 
veur des héritiers. Et puis l'affaire reprend le chemin de la Chambre, 
du Sénat, tantôt passant ici, tantôt rejetée là, ou bien renvoyée à un 
comité, une cour spéciale. 

En 1838, Francis-Scott Key fait un excellent plaidoyer s'exprimant 
dans un langage clair et châtié, et mettant cela sur papier avec une écri- 
ture comme gravée au burin. Ce plaidoyer n'eut pas de résultat im- 
médiat, mais Bigelow fera tout servir, à la fin. En 1844, il rouvre la 



30 BULLETIN DE LA SOCIETE HISTORIQUE 

cause, rappelle tout ce qu'il y a de mieux. Il plaide. On écoute. On 
délibère. Et enfin, pour la deuxième fois en plus de soixante ans, on 
tombe d'accord. 

Les membres du Congrès reconnaissent que Stewart a roulé leurs 
devanciers au Congrès, tout comme il a fraudé les héritiers de Cazeau. 
Cependant, ils ne se croient pas tenus de payer encore aujourd'hui ce 
qui avait déjà été payé de bonne foi. Et puis, que faisait donc l'avocat 
de la famille Cazeau pendant que l'ineffable Stewart jouait son acte 
pendant plusieurs mois, en 1817, en plein Washington?. . . Stewart avait 
escamoté les trois-quarts de la réclamation originale de Cazeau, les trois- 
quarts assignés à Corbeaux et sur copie de l'assignation, réclamés par 
Stewart au nom des héritiers. Restait le quatrième quart de ladite ré- 
clamation originale faite par Cazeau et reconnue par le Congrès. Alors, 
on finira l'affaire une fois pour toutes: on payera le quart de la dite 
facture originale, avec l'intérêt depuis 1817. Ce qui revient encore à 
$27,352.32. Bigelow présente les papiers requis, les vrais, à la Trésorerie, 
qui verse cette somme à Bigelow pour les héritiers. Et cette fois les 
héritiers de Cazeau verront la couleur de leur argent. 

Puis les honorables Membres du Congrès de conclure avec fermeté: 

"Resolved: 

That no further allowance should be made by 
Congress upon the claims of the représentatives of 
Francis Cazeau, deceased." 

On ne peut guère les blâmer de vouloir mettre le point final à 
cette affaire: le Congrès des Etats-Unis en était saisi depuis soixante- 
deux ans. 

Mais les héritiers, eux, sont d'avis qu'ils ont droit à la totalité de la 
somme réclamée en premier lieu par leur aïeul et détournée en majeure 
partie par Stewart. Ils réclament donc encore plus de quarante-huit 
mille dollars. Et pendant plus de trente autres années la cause Cazeau 
revient devant le Congrès avec la régularité du calendrier. Elle enre- 
gistre des hausses et des baisses et les documents s'entassent au dossier. 
Le fidèle Jacob Bigelow meurt de vieillesse et est succédé par son fils 
George Bigelow et un autre avocat. Ce n'est qu'en 1876 que l'affaire 
Cazeau semble définitivement classée. 

Mais dans la famille Cazeau, les générations aussi se sont succédées, 
chacune ayant connaissance de l'histoire mouvementée de l'aïeul et de 
ses réclamations. Sa cause les intrigue. Et puis, songez un peu à l'in- 
térêt que rapporterait, après cent ans, une seule des sommes, n'importe 
laquelle, mentionnée dans ce procès de famille! 

En 1893, le penchant atavique de plaider se manifeste activement 
chez les descendants de la quatrième ou cinquième génération. Imbus 
de cette ambition, et animés du même goût très sûr dont leurs ancêtres 
avaient fait preuve dans le choix de leurs avocats, les descendants de 
François Cazeau, en 1893 choisissent comme leur aviseur légal maître 
Honoré Mercier, premier du nom, et lui demandent de rouvrir la cause 
Cazeau. 



UNE INCROYABLE ET VERIDIQUE HISTOIRE 31 



Devant ce qu'on lui en dit, et encore plus ce qu'il en ignore, 
l'honorable M. Mercier se trouve bien embarrassé. En juin 1893, il 
écrit à un ami de Washington, le Major Edmond Mallet — qui devint 
plus tard un ami de mon mari — pour lui demander quelques éclaircis- 
sements sur cette affaire. Maître Mercier dit qu'il représente tous les 
héritiers de François Cazeau. Il écrit encore au Major Mallet en juillet. 
Le 14 août, Mallet reçoit une troisième lettre de Mercier. Dans cette 
missive, le dernier avocat des Cazeau ne semble guère avancé: il pense 
"qu'il s'agit d'une succession probablement dans la lune." C'est le der- 
nier document de ma collection. 

Je ne saurais dire s'il poussa plus loin cette affaire. J'aurais aimé 
connaître un peu plus la famille Cazeau d'autrefois et d'aujourd'hui. A 
cette fin, je me suis adressée aux petits-fils de l'honorable M. Mercier, 
avocats eux aussi. Mais on m'a répondu que les dossiers de leur grand'- 
père avaient été en partie consumés dans une incendie et que c'était 
chose aussi difficile que délicate que de faire des recherches dans ce 
qui en restait. 

L'Affaire Cazeau est-elle vraiment finie? Il faudrait être sibylle 
pour se prononcer. . . Mais cette affaire fut certainement ce que les 
avocats appellent "un bon procès." Une chose faite exprès pour impri- 
mer un mouvement perpétuel. Il peut se ralentir, mais reste susceptible 
de se remettre en branle. La preuve, c'est que deux siècles se sont passés 
depuis que François Cazeau débarquait en Amérique, et voici que, grâce 
à son procès, il vit encore! 



Les copies de documents officiels, de lettres, notes et autres papiers 
sur l'Affaire Cazeau que j'ai dans mes casiers se chiffrent à quelques 
centaines. Indiquer l'exacte provenance de toutes mes informations sur 
cette affaire aurait dépassé le cadre de cet article, déjà long. Je me 
contenterai d'ajouter que je conserve soigneusement tous ces papiers, 
en indiquant la provenance générale: 

La Bibliothèque du Congrès de Washington, Division des Manuscrits. 

(The Journals of the Continental Congress,) 

(The Papers of the Continental Congress,) 
Les Archives Nationales, Washington, 
La Trésorerie, Washington, 
Différentes Cours de Justice à Washington, 

Les différents Rapports de l'Archiviste de la Prov. de Québec. 
Les Rapports de Douglas Brymner sur les Archives Canadiennes. 
The Haldimand Papers. 



LES FRANCO-AMERICAINS 

et le 

"MELTING POT" 

par le Dr Ulysse Forget* 
(de Warren, Rhode Island) 

"We Americans are the children of the crucible. The Crucible 
does not do its work unless it turns out those cast into it in one national 
mould; and that must be the mould established by Washington and his 
fellows when they made us into a nation. We must be Americans; and 
nothing else. Yet the events of the past three years bring us face to 
face with the question whether in the présent century we are to continue 
as a separate nation at ail or whether we are to become merely a huge 
polyglot boarding-house and counting-house, in which dollar-hunters of 
twenty différent nationalises scramble for gain, while each really pays 
his soul-allegiance to some foreign power." ("New York Times", 10 
septembre 1917.) 

Cet extrait d'un discours de Théodore Roosevelt, président des 
Etats-Unis de 1901 à 1909, peut être interprété de différentes manières. 
Lui-même, qui a prêché toute sa vie le nationalisme à outrance, désirait 
ardemment voir tous les immigrants passer par le creuset de l'améri- 
canisme. Nous-mêmes, comme Français et catholiques, prétendons que 
nous serons de bons et loyaux citoyens, en autant que nous resterons ce 
que nous sommes: Français et catholiques. Cette prétention est bien 
soutenue par ce qui s'est passé au Canada depuis la conquête. Si nos 
ancêtres s'étaient laissés "britanniser" en 1760, de quelle manière leurs 
descendants se seraient-ils conduits en 1775, en 1792, en 1812 et en 1837? 
Quelle influence ce changement aurait-il eue sur la conduite et la 
conscience de chacun? Que d'autres plus avisés que moi répondent à 
ces questions. 

Il y a quelque temps, feu M. Edouard-Zotique Massicotte, le distin- 
gué archiviste et historien de Montréal, me demandait: "Aux Etats-Unis, 
le français se perd-il plus vite dans les grandes villes que dans les petits 
centres?" Comment répondre correctement à cette question? Les con- 
ditions dans lesquelles vivent nos compatriotes, sont bien différentes 
d'une ville à l'autre. On croirait qu'il est plus facile de s'éloigner du 
français dans une petite ville, où le nombre restreint peut s'engloutir 
plus vite dans la marée montante. Par contre, il semble que dans cer- 
taines grandes villes, le "creuset" de l'américanisme va tout fondre. 

Faisant de la généalogie en amateur, j'ai été surpris de voir le 
nombre de mariages que les Franco-Américains contractent avec des 
conjoints de nationalité étrangère. D'un autre côté, les mariages mixtes 
et le divorce m'ont apparu comme une vraie menace. Un jour, bien au 
hasard, je trouve dans la page des avis légaux du "Providence Journal" 
du 12 novembre 1945, une liste d'applications pour divorce: sur dix- 
sept demandes, six provenaient de Franco-Américains. 



* Le Dr Ulysse Forget a déjà publié plusieurs travaux d'histoire. Il est 
membre de la Société généalogique canadienne-française et conseiller de la Société 
historique franco-américaine. 



LES FRANCO-AMERICAINS ET LE "MELTING POT" 33 



Sans prétendre régler la question, j'ai pensé qu'une enquête dans 
quelques villes pourraient révéler des surprises. Pour cela, on doit tenir 
compte tout particulièrement de la cellule nationale qui est la famille. 
Si le père et la mère parlent français au foyer et sont catholiques, les 
avantages que leurs enfants en retireront sont très grands. Si l'un des 
conjoints est de nationalité étrangère, les enfants ne parleront qu'une 
langue. Enfin, dans les mariages mixtes, surtout quand la mère est 
protestante, c'en est fait et de la langue et de la religion. 

Un facteur omis dans la classification des mariages, c'est l'âge des 
conjoints. Il y a certainement un grand nombre de gens de toutes les 
catégories, qui se sont mariés à un âge trop avancé pour avoir des en- 
fants. Leur formation étant déjà faite, ces gens sont ce qu'ils seront plus 
tard. Qu'ils soient mariés à une femme de nationalité étrangère ou non, 
très souvent ils ont déjà laissé leur marque pour l'avancement des nôtres. 
Souvent aussi ces mariages tardifs relèvent la moyenne des résultats en 
faveur de notre élément. 

Théodore Roosevelt ne voulait pas que le pays devînt une "polyglot 
boarding house." La connaissance des langues est un précieux avoir 
pour un peuple. On en a connu l'importance dans les deux grandes 
guerres. Un nombre considérable de nos Franco-Américains servirent 
d'interprètes sans aucun entraînement préalable, dès leur arrivée en 
France, parce qu'ils connaissaient déjà la langue du pays. Au lendemain 
de la victoire de Bretagne, un de mes amis fut placé comme téléphoniste 
à Caen, et on le garda à ce poste jusqu'à la fin des hostilités. On peut 
multiplier ces exemples à volonté. C'est donc dire que nos jeunes bilin- 
gues ont rendu à l'armée des Etats-Unis des services considérables. 
D'ailleurs, ne voit-on pas ici, au pays même, des familles riches avoir 
des tuteurs privés pour enseigner le français à leurs enfants? C'est une 
marque de culture supérieure. Un des exemples les plus frappants fut 
le cas de Franklin-D. Roosevelt, président des Etats-Unis de 1932 à 
1945. Pour lui, la connaissance du français fut une aide indispensable 
dans sa longue carrière politique. Il pouvait ainsi s'entretenir directe- 
ment avec les représentants des autres pays, parce que les diplomates 
étrangers parlent presque tous le français. Comme il est facile pour 
nous, non de conquérir une langue, mais de la garder jalousement comme 
un héritage précieux pour la transmettre ensuite à nos enfants! 

La grande auxiliaire du clergé pour la conservation de la langue 
française aux Etats-Unis, fut sans contredit l'école paroissiale. Malheu- 
reusement, par la force des circonstances, nos écoles franco-américaines 
sont restées plus catholiques que françaises. Il faut d'abord se con- 
former aux programmes de l'Etat, enseigner le français ensuite. Mais 
voilà qu'une grande difficulté barre le chemin de la religieuse ensei- 
gnante: un grand nombre d'enfants se présentent à l'école paroissiale, 
ne possédant pas ou très peu de français. Il arrive donc que dans cer- 
taines écoles, le catéchisme est enseigné en anglais. Dans d'autres, on 
l'enseigne en français, mais les explications sont données en anglais. 
Ailleurs, les classes sont divisées en deux: une partie des enfants ap- 
prennent le catéchisme en anglais, les autres l'apprennent en français. 

Nos petits Franco-Américains pensent en anglais. Avant même 
d'aller à l'école, leurs compagnons de jeux sont souvent des petits anglo- 



34 BULLETIN DE LA SOCIETE HISTORIQUE 

phones. Dès qu'ils sortent de la maison, ils n'entendent que de l'anglais. 
Les histoires qu'on leur lit sont souvent écrites en anglais. Quand ils 
sont assez grands pour regarder un journal, ne fût-ce que pour voir les 
photographies ou les caricatures, c'est encore le journal anglais qui est 
le plus facilement accessible. Nos enfants grandissent donc dans une 
ambiance anglaise et ce n'est qu'à force de persévérance qu'ils appren- 
dront à parler le français, pourvu que nous nous fassions un devoir de 
le parler nous-mêmes, à la maison. Hélas! Qui d'entre nous peut jeter 
la première pierre? 

Les Canadiens-Français ont commencé à émigrer au Massachusetts 
vers le milieu du siècle dernier. Francis Forget-Dépatis fait enregistrer 
ia naissance d'un fils, à Spencer, le 9 octobre 1847. Mais ce n'est que 
vers 1875 que les noms canadiens-français apparaissent nombreux dans 
les registres. 

Pour avoir une idée plus juste des familles étudiées, je les ai par- 
tagées en quatre groupes: 1° des débuts à 1900. 2° de 1901 à 1920. 
3° de 1920 à 1930. 4° de 1931 à 1943. Ces familles sont les suivantes: 
Bessette, Brassard, Choquette, Deblois, Dépatis, Forget, Grégoire, Le- 
tendre, Loiselle. Chacune nous donne une moyenne de 150 à 250 ma- 
riages. Une autre centaine de mariages nous viennent des Bouvier, des 
Massicotte et des Pontbriand. Ces gens sont originaires de toutes les 
parties du Rhode Island et du Massachusetts, sans distinction d'endroit. 
(Voir Tableau I). 

D'autres familles ont été groupées sans distinction de nom, mais 
dans des villes choisies arbitrairement et que voici. Trois petites villes: 
Warren, R. L, Lincoln, R. L, West Warwick, R. I. Trois grandes villes: 
Woonsocket, R. L, Fall River, Mass. et Lowell, Mass. Pour les villes, 
j'ai pris une année qui pût correspondre avec chaque période déjà 
mentionnée. 1° L'année 1900 pour la première période; 2° 1920 nous 
conduit après la première guerre mondiale; 3° 1939 nous donne la fin 
de la période de paix; 4° enfin 1943 nous place en pleine période de 
guerre. 

Dans la première période, il faut noter l'absence du divorce. Nos 
compatriotes sentaient probablement le besoin de se serrer les coudes. 
Il y eut bien quelques mariages mixtes, mais à cette époque les moyens 
de communication étaient encore limités et l'Eglise s'est montrée tolé- 
rante. Un grand nombre de ces mariages furent bénis dans la suite. 
Ceci est prouvé en comparant la date de certains mariages dans les 
registres civils avec celle des registres des paroisses. On trouve ainsi 
des mariages bénis plusieurs années après les dates trouvées dans les 
registres civils. Ce n'est qu'en 1908 que l'Eglise a légiféré sur le mariage 
et s'est montrée plus sévère. D'ailleurs, nos prêtres travaillent encore 
sans cesse à légitimer les mariages mixtes, surtout quand la mauvaise 
foi et le divorce ne viennent pas les arrêter dans leurs efforts. 

J'ai aussi trouvé des actes signés par des "Ministers of the Gospel", 
où le ministre porte un nom français. Une enquête a révélé que les 
conjoints venaient de paroisses où il y avait eu des troubles religieux. 
Dans un cas particulier, les conjoints venaient de Marieville dans la 
Province de Québec. Ces gens étaient donc perdus pour la cause de 
l'Eglise avant même d'arriver au pays. 



LES FRANCO-AMERICAINS ET LE "MELTING POT" 35 



Dans les périodes qui suivent, bien que le pourcentage ne soit pas 
le même pour chaque ville, il y a une tendance marquée vers l'améri- 
canisation. Les mariages entre conjoints de nationalités différentes aug- 
mentent. On connaît mieux l'adresse du ministre protestant et celle 
du Juge de Paix. On a trouvé le chemin du tribunal de divorce. Enfin, 
la "perle" de toutes ces recherches, c'est l'unique mariage par le rabbin. 

Certains mariages sont de classification difficile. Dans ces cas j'ai 
toujours donné le bénéfice du doute aux Franco-Américains. En voici 
un exemple: West Springfield, Mass., le 27 mai 1925. Alexander-J. 
Richardson, fils de William Richardson et de Rose Ethier, épouse 
Georgianna Dépatis, fille de Louis Dépatis et d'Almira Rivard. Ce 
mariage fut classifié parmi les Franco-Américains, parce que la mère 
de l'époux est franco-américaine. Parmi les mariages contractés en pré- 
sence du ministre protestant, les divorcés sont peu nombreux. C'est le 
contraire pour les mariages contractés chez le Juge de Paix. L'un des 
conjoints est souvent un divorcé, quand ils ne le sont pas tous les deux. 
Dans les mariages contractés en dehors de l'Eglise, je n'ai pas fait de 
distinction de nationalité, même quand les deux conjoints sont franco- 
américains, ce qui arrive assez souvent. 

La guerre a saboté un grand nombre de familles. Il ne faut pas en 
être surpris, quand on songe que plus de quinze millions de nos jeunes 
étaient sous les armes. Quinze autres millions de citoyens auraient aussi 
été déplacés pour s'occuper de travaux essentiels à la guerre. En plus, 
les femmes tenaient une place importante dans les usines de guerre. 
Cette promiscuité des deux sexes n'était pas toujours de nature à ren- 
forcir la morale. Cela explique le petit nombre de mariages en 1943, 
et le plus grand nombre de mariages mixtes. 

Il ne faut pas croire que les Franco-Américains tiennent le mono- 
pole de cette situation. En lisant les registres, on voit que tous les 
groupes catholiques souffrent du même mal. Voici ce qu'en disait 
l'évêque de Providence: "Declaring that two-thirds of 800,000 returned 
married servicemen will end up divorced, the Most Révérend Francis 
P. Keough, Bishop of Providence, warned the graduâtes of St-Xavier's 
Academy yesterday, not to marry any of the war's marital casualties. 
Don't take damaged goods; if a man's been married before, let him go. 
If you marry a divorced man you put yourself out of the Church, and 
the chances are you'll take your children with you". ("Providence 
Journal", 7 juin 1946.) 

Voici maintenant un bref aperçu des villes étudiées. 

Warren, Rhode Island 
(Voir Tableau II) 
Warren est une petite ville industrielle, essentiellement cosmopolite. 
Elle est située sur les bords de la baie Narragansett, à 15 milles au 
sud-est de Providence. La paroisse Saint-Jean-Baptiste compte plus de 
600 familles franco-américaines. Il y a une belle école paroissiale cons- 
truite en 1926. La fréquentation scolaire est de 250 enfants. Les Polo- 
nais et les Italiens ont leur église respective. Les Irlandais et les Portugais 
font partie de St-Mary. Les principales industries sont: le coton, le 
rayon, la soie, les fermoirs éclairs, le caoutchouc (fils élastiques, tuiles 



36 BULLETIN DE LA SOCIETE HISTORIQUE 

à plancher, supports pour les pieds, etc.), les mouchoirs, les rideaux, 
la culture et le commerce des huîtres, etc. L'été, les plages environnantes 
attirent un grand nombre de touristes. Il y a aussi plus d'une cinquan- 
taine de fermiers qui s'occupent de la production du lait, des oeufs et 
des légumes. 

Lincoln, Rhode Island 
(Voir Tableau III) 

Lincoln est une municipalité située au sud de Woonsocket, bornée 
à l'Est par la rivière Blackstone. Il s'y trouve deux centres franco- 
américains: Albion et Manville. Les filatures de coton y forment l'in- 
dustrie principale. On y a aussi exploité la pierre à chaux d'une façon 
intermittente. 

La paroisse d'Albion a son école paroissiale qui comptait 96 élèves 
en 1943. Manville est plus considérable. Une année, il y avait jusqu'à 
325 enfants à l'école paroissiale. Comparons le tableau des mariages 
de Lincoln, R. I. avec les autres et nous conclurons sans difficulté que, 
jusqu'ici, la population est demeurée essentiellement française. On rap- 
porte même le cas d'un ancien curé de Manville qui conseillait aux 
enfants de l'école paroissiale de parler anglais entre eux. Ailleurs, c'est 
le contraire, il faut sans cesse leur répéter de parler français, s'ils ne 
veulent pas l'oublier. 

Il n'y a pas d'autre paroisse catholique dans Lincoln. Toutefois, 
à l'Eglise de Manville, on dit une messe le dimanche, où l'on prêche en 
anglais. 

West Warwick, Rhode Island 
(Voir Tableau IV) 

La ville de West Warwick est située à 15 milles au sud de Provi- 
dence, R. I. Elle apparaît pour la première fois dans le bottin de l'Etat, 
en 1916. C'est une division de Warwick. Une énorme filature de coton 
donne de l'ouvrage à la population ouvrière. 

La paroisse Saint-Jean-Baptiste est la paroisse mère. En 1943, 555 
enfants ont fréquenté l'école paroissiale. Les autres paroisses franco- 
américaines sont: Notre -Dame- du - Bon - Conseil, Christ-Roi et Saint- 
Joseph qui ont eu une fréquentation scolaire respective de 235, 191 et 
84, en 1943. Il y a aussi deux paroisses irlandaises. 

Pour l'avancement social des nôtres, le club "Frontenac" fut fondé 
il y a quelques années. 

Woonsocket, Rhode Island 

(Voir Tableau V) 

La ville de Woonsocket est située au nord de l'Etat du Rhode 
Island et touche au Massachusetts. Elle est traversée par la rivière 
Blackstone, dont les bords escarpés lui donnent l'aspect d'un immense 
cirque. Ses grandes filatures de laine la rendent prospère. Il y a aussi 
des filatures de coton et de soie. Ici comme ailleurs, la petite industrie 
joue un rôle important dans la prospérité de la ville. 

Voici les paroisses franco-américaines: Saint-Louis-de-Gonzague, 
Sainte-Anne, Sainte-Famille, Saint-Joseph, Notre-Dame-des-Victoires, 



LES FRANCO-AMERICAINS ET LE "MELTING POT" 37 

Précieux-Sang. Elles sont toutes sous la direction du clergé séculier. 
Chacune possède son école paroissiale. 2356 enfants ont fréquenté ces 
écoles en 1943. De plus, 923 garçons et filles ont fréquenté les deux 
écoles supérieures. Il y a aussi deux paroisses irlandaises, une italienne, 
une polonaise et une syrienne. 

Woonsocket est une ville française. Comparons sa population avec 
celle de Lowell et de Fall River. Bien que sa population soit près du 
tiers des autres, le nombre d'enfants qui fréquentent les écoles parois- 
siales sont aussi nombreux. Comme Fall River, elle a six paroisses 
franco-américaines. 

Depuis 1936, grâce à la bienveillance de Son Excellence Mgr. 
Francis-P. Keough, évêque de Providence, grâce aussi au dévouement 
inlassable de M. l'abbé Etienne Grenier, curé de la paroisse Sainte- 
Famille, les Pères Jésuites de Montréal viennent tous les étés prêcher des 
retraites fermées. L'Association des Anciens Retraitants compte plus de 
6,000 membres des deux sexes. 

Le Club Marquette s'occupe aussi, depuis plus de dix ans de l'avan- 
cement social des nôtres. Le Dr Armand Picard, dentiste, le Dr Auray 
Fontaine, M. Lauré Lussier, Secrétaire général de la Société Jacques- 
Cartier et quelques autres sont l'âme dirigeante de l'entreprise depuis 
sa fondation. Une règle entre autres est strictement observée: "On ne 
parle pas l'anglais dans les salles du club." 

Lowell, Massachusetts 
(Voir Tableau VI) 

La ville de Lowell est située dans la vallée de la rivière Merrimac, 
au nord-est de l'Etat du Massachusetts. La grande industrie de la ville 
fut les filatures de coton. Depuis la grande crise de 1930, le travail du 
coton a beaucoup baissé, mais, bien que la ville possède encore de 
grandes filatures, différentes petites industries continuent de la rendre 
prospère. 

Les Oblats ont charge des quatre paroisses franco-américaines: 
Saint-Jean-Baptiste, Notre-Dame-de-Lourdes, Saint-Louis et Sainte-Jean- 
ne d'Arc. Chaque paroisse possède son école paroissiale. Il y avait une 
fréquentation scolaire de 2818 en 1943. La paroisse Saint-Louis possède 
aussi une école supérieure pour les filles. Soixante-quinze jeunes filles 
y suivirent les cours en 1943. Autres écoles supérieures: l'Académie 
Saint- Joseph qui comptait 104 garçons en 1943, et l'Académie du même 
nom pour les filles, qui avait 170 élèves. 

"L'Etoile" est le porte-parole des Franco-Américains de Lowell. Ce 
journal fut fondé par le Cercle Canadien. Autrefois quotidien, il est 
publié maintenant trois fois par semaine. Sa circulation est de 4,500. 

Les catholiques des autres nationalités sont ainsi répartis dans sept 
paroisses irlandaises, une portugaise, une polonaise et une lithuanienne. 

Pour l'avancement social des Franco-Américains, il y a plusieurs 
clubs dont voici les noms: Association Catholique (1,000 membres), le 
club des Citoyens Américains (400 membres), le club Lafayette (300 



38 BULLETIN DE LA SOCIETE HISTORIQUE 

membres), le club Social de Pawtucketville (450 membres), le club 
Social de Centralville (500 membres), le cercle Saint-Louis (150 mem- 
bres), le club Passe-Temps (400 membres), le club Coureur des Bois 
(100 membres), et le club Chanteclerc (100 membres). 

Fall River, Massachusetts 
(Voir Tableau VII) 

La ville de Fall River est située sur les bords de la baie Mount- 
Hope, à l'embouchure de la rivière Taunton, au sud-est de l'Etat du 
Massachusetts. Le coton fut l'industrie par excellence de la ville jusqu'à 
la crise de 1930; mais il s'y trouve encore de grandes filatures. Diffé- 
rentes petites industries sont venues combler le vide causé par la ferme- 
ture de quelques usines. Bâtie sur une colline abrupte, la ville ressemble 
à un immense amphithéâtre dont les rues formeraient les gradins. 

Les Pères Dominicains ont charge de la paroisse Sainte-Anne. Les 
autres paroisses franco-américaines sont: Saint-Sacrement, Saint-Roch, 
Notre-Dame-de-Lourdes, Saint-Jean-Baptiste et Saint-Mathieu. Elles 
sont sous la direction du clergé séculier. Chaque paroisse possède son 
école paroissiale. La fréquentation scolaire était de 2924 en 1943. L'école 
supérieure Prévost comptait 162 élèves, la même année. Les Soeurs 
Jésus-Marie de Québec ont aussi la charge d'une école supérieure privée. 
Les autres paroisses catholiques de la ville sont réparties comme suit: 
9 paroisses irlandaises, 7 portugaises, 2 polonaises, une italienne et une 
maronite. 

Dans la paroisse Notre-Dame-de-Lourdes, les Soeurs Grises de 
Québec ont la direction de l'orphelinat Saint-Joseph, qui loge plus de 
400 enfants des deux sexes. 

Un des rares quotidiens français du pays est publié à Fall River 
et à New Bedford par M. Louis-P. Clapin, qui en est le propriétaire. 
Ce porte-parole de nos compatriotes fut fondé il y a 62 ans. Il s'appelle 
"L'Indépendant." "Au mois d'avril 1885, "Le Castor", sixième journal 
de Fall River, passa aux mains de MM. Antoine Houde et Cie. Ils 
changèrent le nom du journal, pour l'appeler "L'Indépendant". Le 
premier numéro parut le 27 mars 1885. Le septième journal de Fall 
River ne pouvait manquer d'envisager l'avenir avec calme et sans crainte, 
car un SEPTIEME est généralement un privilégié de la fortune, s'il faut 
en croire un axiome fort en vogue parmi nos populations." (M. Philippe- 
A. Lajoie, rédacteur en chef, "L'Indépendant", 27 mars 1945, numéro 
des Noces de diamant). Aujourd'hui, la circulation du journal dépasse 
6,000 exemplaires. 

Pour l'avancement social des Franco-Américains, il y a une société 
de secours mutuels: L'Union Canadienne Saint- Jean-Baptiste de Bowen- 
ville. Il y a aussi le club Calumet, qui compte plus de 500 membres, 
l'Alliance Franco-Américaine, fondée il y a quelques années par le Dr 
Benoit-W. Garneau. Avec son auxiliaire, cette société compte plus de 
800 membres. Parmi les autres clubs les plus importants sont: le Club 
des Patriotes. 



LES FRANCO-AMERICAINS ET LE "MELTING POT" 39 



TABLEAU I 

Mariages des Bessette, Bouvier, Brassard, Choquette, Deblois, Dé- 
patis, Forget, Grégoire, Letendre, Loiselle, Massicotte et Pontbriand. 



Périodes De De De De 

1875 1901 1921 1931 

à à à à 

1900 1920 1930 1943 



Nombre de mariages 264 507 368 637 

Mariages où les 2 conjoints sont 

Franco-Américains: 210 393 258 336 

Mariages où l'un des conjoints est 
de nationalité étrangère: 

Anglais américains 

Anglais britanniques 

Allemands 

Belges 

Irlandais 

Italiens 

Juifs 

Polonais 

Portugais 

Suédois 

Mariages en dehors de l'Eglise: 
Aux différentes églises protes- 
tantes 11 26 19 57 

Idem: l'un des conjoints est di- 
vorcé 1 4 12 

Mariés par le Juge de Paix 4 8 22 58 



Pourcentage de mariages entre 80% 77.52% 70.10% 52.74% 

Franco- Américains 

Pourcentage de mariages où l'un 
des conjoints est de nationalité 
étrangère 20% 22.48% 29.90% 47.26% 

Pourcentage de mariages en dehors 

de l'Eglise 5.60% 6.90% 12.23% 19.93% 



14 


14 


10 
1 


22 


2 


6 


1 


6 


1 




1 




22 


55 


37 


101 






7 


16 




1 








1 


4 


26 




1 


3 


1 




1 


1 





40 



BULLETIN DE LA SOCIETE HISTORIQUE 



TABLEAU II 
Mariages à Warren, R. I. 



Année 


1900 


1920 


1939 


1943 


Population 


5.108 


7.841 


8.158 


? 


Nombre total de mariages 


56 


84 


89 


97 



Mariages où les 2 conjoints sont 
Franco- Américains 



12 



17 



10 



12 



Mariages de Francos avec conjoint 
de nationalité étrangère: 

Anglais américains 

Grec 

Irlandais 

Italiens 

Polonais 

Portugais 

Anglais britanniques 

Mariages en dehors de l'Eglise: 
Aux différentes églises protes- 
tantes 

Idem: l'un des conjoints est di- 
vorcé 

Mariés par le Juge de Paix 



16 

2 
1 
4 
5 
2 
2 



Pourcentage de mariages où figu- 
rent les Francos 23.21% 32.14% 37.08% 38.14% 

Chez les Francos: pourcentage de 

mariages entre eux 92.30% 62.96% 30.30% 32.43% 

Pourcentage où l'un des conjoints 

est de nationalité étrangère 7.70% 37.04% 69.70% 67.57% 

Pourcentage de mariages en dehors 

de l'Eglise 0% 22.22% 12.12% 24.32% 



Nombre total de mariages intéres- 
sant les Franco-Américains 



14 



30 



33 



53 



LES FRANCO-AMERICAINS ET LE "MELTING POT" 



41 



TABLEAU III 
Mariages à Lincoln, R. I. 



Année 

Population 

Nombre de mariages 

Mariages où les 2 conjoints sont 
Franco- Américains 

Mariages de Francos avec conjoints 
de nationalité étrangère: 

Anglais américains 
Belges 
Irlandais 
Italiens 

Mariages à l'église protestante 

Aucun mariage de divorcé ou de- 
vant le Juge de Paix 



1900 


1920 


1939 


1943 


8.937 


9.543 


10.577 


? 


70 


103 


67 


54 


36 


67 


41 


25 



Pourcentage de mariages où figu- 
rent les Franco-Américains 51.42% 70.87%. 65.67% 57.40% 

Chez les Francos: 

Pourcentage de mariages entre eux 100% 91.98% 93.18% 80.63% 

Pourcentage de mariages où l'un 
des conjoints est de nationalité 
étrangère 0% o 8.02%. 6.82 % 19.37%; 

Pourcentage de mariages en dehors 

de l'Eglise 0% 2.72%, 0.% 6.38%o 



Nombre total de mariages intéres- 
sant les Franco-Américains 36 



73 



44 



31 



42 



BULLETIN DE LA SOCIETE HISTORIQUE 



TABLEAU IV 
Mariages à West Warwick, R. I. 



Année 



1900 



1920 



1939 



1943 



Population 

Nombre de mariages 

Mariages où les 2 conjoints sont 
Franco- Américains 

Mariages de Francos avec conjoints 
de nationalité étrangère: 

Allemands 

Anglais américains 

Belges 

Ecossais 

Grecs 

Irlandais 

Italiens 

Polonais 

Portugais 

Suédois 

Mariages en dehors de l'Eglise: 
Aux différentes églises protes- 
tantes 

Idem: l'un des conjoints est di- 
vorcé 

Aucun mariage par le Juge de Paix 
Pourcentage de mariages où figu- 
rent les Franco-Américains 



21.316 15.461 
210 242 



64 



91 



4 
1 
1 

12 

2 



18.188 
177 

58 



? 
169 

37 



1 


1 


6 


8 




1 




1 


8 


14 


11 


5 


4 


3 


4 


11 



24.28% 50.00% 50.38% 54.43% 



Chez les Francos: 

Pourcentage de mariages entre eux 88.88% 

Pourcentage de mariages où l'un 
des conjoints est de nationalité 
étrangère 11.12% 

Pourcentage de mariages en dehors 

de l'Eglise 2.44% 



74.60% 59.59% 40.21% 

25.40% 40.41% 59.79% 
8.19% 7.07% 9.75% 



Nombre total de mariages intéres- 
sant les Franco-Américains 



72 



123 



99 



90 



LES FRANCO-AMERICAINS ET LE "MELTING POT" 



43 



TABLEAU V 
Mariages à Woonsocket, R. I. 



Année 



Population 

Nombre total de mariages 

Mariages où les 2 conjoints sont 
Franco- Américains 

Mariages de Francos avec conjoints 
de nationalité étrangère: 
Autrichiens 
Allemands 
Anglais américains 
Anglais britanniques 
Belges 
Danois 
Ecossais 
Français 
Grecs 
Juif 
Italiens 
Irlandais 
Polonais 
Portugais 
Suédois 
Suisse 
Syriens 

Mariages en dehors de l'Eglise: 
Aux différentes églises protes- 
tantes 
Idem: un des conjoints est di- 
vorcé 
Mariés par le Juge de Paix 

Pourcentage de mariages où figu- 
rent les Francos 
Chez les Francos 
Pourcentage de mariages entre eux 

Pourcentage de mariages où l'un 
des conjoints est de nationalité 
étrangère 

Pourcentage de mariages en dehors 
de l'Eglise 

Nombre total de mariages intéres- 
sant les Franco-Américains: 



1900 

28.204 
269 

163 



1920 

43.496 
627 

334 



1939 

49.303 
462 

241 



14 

13 
6 



1943 
? 

372 

164 





1 


4 


2 




2 


1 




4 


3 


2 


10 


1 


3 


4 


2 


1 


5 


3 


1 




1 


2 


1 


1 


9 


1 


1 




1 


1 


1 
1 




4 


13 


21 


8 


43 


29 


19 




2 


11 

2 


3 


1 






3 

1 



14 
14 



70.24% 67.14% 76.17% 73.65% 

86.25% 79.36% 68.46% 59.85%, 

13.75%, 20.64% 21.30% 24.81% 

5.29% 3.08% 9.37% 13.50% 



189 



412 



349 



267 



44 



BULLETIN DE LA SOCIETE HISTORIQUE 



TABLEAU VI 

Mariages à Lowell, Mass. 



Année 

Population 

Nombre de mariages 

Mariages où les 2 conjoints sont 
Franco- Américains 

Mariages de Francos avec conjoints 
de nationalité étrangère: 
Anglais américains 
Anglais britanniques 
Allemands 
Belge 
Espagnol 
Français 
Grec 
Irlandais 
Italiens 
Polonais 
Portugais 

Mariages en dehors de l'Eglise: 
Aux différentes églises protes- 
tantes 

Idem: l'un des conjoints est di- 
vorcé 

Marié par un rabbin 

Mariés par le Juge de Paix 

Pourcentage de mariages où figu- 
rent les Francos 



1900 1920 1939 

94.969 112.759 101.389 
1.136 1.432 1.129 



261 



27 



7 
28.35% 



296 



37 



14 



215 



31 

9 

1 

39 



1943 

905 

153 





14 


14 


18 

1 


1 


1 

1 


2 




4 








1 








21 


69 


65 


63 




1 


9 


15 




3 


23 


13 






9 


2 



19 



53 



Chez les Francos 

Pourcentage de mariages entre eux 81.05% 

Pourcentage de mariages où l'un 
des conjoints est de nationalité 
étrangère 18.95% 

Pourcentage de mariages en dehors 

de l'Eglise 10.55% 



30.94% 36.93% 38.00% 

67.04% 51.56% 34.48% 

32.06% 48.44% 65.52% 

13.10% 18.94% 22.97% 



Nombre total de mariages intéres- 
sant les Franco-Américains 



322 



443 



417 



344 



LES FRANCO-AMERICAINS ET LE "MELTING POT" 



45 



TABLEAU VII 

Mariages à Fall River, Mass. 



Année 1900 1920 1939 1943 

Population 

Nombre de mariages 

Mariages où les 2 conjoints sont 

Franco-Américains 320 347 230 166 



104.863 120.485 115.428 ? 

1139 1514 1454 1268 



ariages de Francos 


avec conjoints 










de nationalité étrangère: 










Anglais américains 


4 


22 


15 


32 


Anglais britanniques 


3 


2 


3 




Allemands 










1 


Ecossais 










1 


Français 




1 


1 






Irlandais 




25 


74 


60 


54 


Italiens 




3 


1 


14 


11 


Juifs 










2 


Polonais 




1 


4 


25 


8 


Portugais 




3 


7 


36 


56 


Suédois 








1 





Mariages en dehors de l'Eglise: 
Aux différentes églises protes- 
tantes 20 31 28 25 

Idem: l'un des conjoints est di- 
vorcé 1 7 18 19 

Mariés par le Juge de Paix 10 14 29 



Pourcentage de mariages où figu- 
rent les Francos 33.45% 33.60% 30.54% 31.86%> 

Chez les Francos 

Pourcentage de mariages entre eux 84.20% 68.04% 51.80% 41.09% 

Pourcentage de mariages où l'un 

des conjoints est de nationalité 

étrangère 17.80% 31.96%o 48.20% 58.91 % 

Pourcentage de mariages en dehors 

de l'Eglise 6.59% 9.41% 13.50% 18.07% 



Nombre total de mariages intéres- 
sant les Franco-Américains 



381 



506 



444 



404 



6 


8 


6 








3 


2 


1 


6 



46 BULLETIN DE LA SOCIETE HISTORIQUE 



TABLEAU VIII 
Recherches au New-Hampshire 



Avant 
1900 1900-20 1920-39 1940-45 

Mariages de Franco-Américains 

entre eux 19 50 27 

Mariages de Franco - Américains 
avec catholiques de nationalité 
étrangère 

Mariages par le ministre protestant 

Mariages devant le Juge de Paix 



Pourcentage des mariages de Fran- 

cos entre eux 70 % 84.8% 64.3% 

Pourcentage de mariages Francos 
avec catholiques de nationalité 
étrangère 22.2%, 13.5% 14.3% 



Mariages par le ministre protestant 7.1% 

Pourcentage des mariages devant 

le Juge de Paix 7.8'% 1.7% 14.3% 

Franco-Américains divorcés 2 1 



Cette étude comprend 128 mariages de Forget, Deblois et Gré- 
goire au New Hampshire des débuts de l'immigration canadienne à 1940. 



LES FRANCO-AMERICAINS ET LE "MELTING POT" 47 



TABLEAU IX 
Recherches dans l'Etat de New- York 



Avant 
1900 1900-20 1920-39 1939-46 



Mariages de Franco-Américains 
entre eux 



61 37 35 15 



27 


39 


15 


19 


22 


16 


10 


15 


4 



Mariages de Franco - Américains 
avec catholiques de nationalité 
étrangère 1 1 

Mariages par le ministre protestant 21 

Mariages devant le Juge de Paix 2 



Pourcentage des mariages de Fran- 

cos entre eux 64.2% 39.8% 31.5% 30% 

Pourcentage de mariages Francos 
avec catholiques de nationalité 
étrangère 10.5% 29% 35.1% 30% 

Pourcentage de mariages par le mi- 
nistre protestant 21.1% 20.4% 20%o 32% 

Pourcentage des mariages devant 

le Juge de Paix 3.2% 10.8% 13.5% 8% 



Franco- Américains divorcés 2 10 



Cette étude comprend 349 mariages de Deblois, Despatis, Forget 
et Grégoire dans l'Etat de New- York, des débuts de l'immigration cana- 
dienne à 1946. Les actes du New-Hampshire et de New- York ne sont 
pas inclus dans le cadre général de cet article. 



48 BULLETIN DE LA SOCIETE HISTORIQUE 



Si nous faisons une revue des mariages étudiés, il y a 6,949 mariages 
où figurent les Franco- Américains, dont voici le détail: 4,549 mariages 
où les deux conjoints sont Franco-Américains, soit 65.45 yo; 1,582 ma- 
riages où l'un des conjoints est de nationalité étrangère, soit 22.75%; 
403 mariages contractés devant un ministre, soit 5.79%; 132 mariages 
contractés devant un ministre: l'un des conjoints est divorcé, soit 1.89%; 
283 mariages contractés devant un Juge de Paix. Souvent l'un des con- 
joints est divorcé quand ils ne le sont pas tous les deux. Soit 4.12%. 

La trop courte esquisse historique de chaque ville ne fait pas justice 
aux Franco-Américains. Il faut être sur place, pour avoir une idée des 
sacrifices énormes consentis par nos compatriotes dans l'édification de 
ces monuments à l'Eglise d'abord et à la race ensuite. Quel sort l'avenir 
nous réserve-t-il? Le présent travail ne nous donne qu'une bien faible 
idée de la réalité. Ce serait une tâche de bénédictin que de vouloir 
compléter ces recherches. Je présente mes trouvailles, faites en marge 
de mes études généalogiques, sans tirer de conclusion. Ceci est du do- 
maine des philosophes et des historiens; mais combien de temps faudra- 
t-il encore pour que nos enfants soient engloutis dans le "melting pot" 
de l'américanisme? 

Théodore Roosevelt voyait clair, quand il disait dans un discours à 
l'Exposition de Jamestown, le 26 avril 1907: "The newcomers are soon 
absorbed into our eager national life, and are radically and profoundly 
changed thereby, the rapidity of their assimilation being marvellous. 
But each group of newcomers, as it adds its blood to the life, also 
changes it somewhat, and this change and growth and development hâve 
gone on steadily, génération by génération, throughout three centuries." 

Je veux terminer par une note optimiste. "La célébration du 
Soixantenaire d'un journal publié en langue française aux Etats-Unis 
est une occasion opportune pour rappeler l'essence et l'évolution franco- 
américaine, qui ressemble sous plus d'un aspect à ce que l'on a si bien 
appelé "le Miracle du Québec." 

"Fragment détaché d'un bloc ethnique qui, en butte à des puissants 
éléments de destruction, sut réaliser le prodige non seulement de sur- 
vivre, mais de grandir, les Franco-Américains n'ont survécu aux Etats- 
Unis en tant que tels, que par leur loyauté à des principes dont le renie- 
ment aurait été pour eux le germe de la dissolution." 

"Il y aura bientôt un siècle que les nôtres, forcés de s'expatrier du 
Canada pour des raisons d'ordre purement économiques, commencèrent 
à passer aux Etats-Unis, la plupart avec l'arrière-pensée de retourner au 
pays natal après avoir gagné quelque argent pour raffermir leur patri- 
moine amoindri. Mais la Providence avait d'autres desseins. De ces 
émigrants, contraints par la nécessité de se détacher de tout ce qui avait 
tenu aux fibres les plus profondes de leur être, elle fit des pionniers: 
les pionniers d'un mouvement qui devait répéter en pays américain le 
miracle de la survivance catholique et française une première fois ac- 



LES FRANCO-AMERICAINS ET LE "MELTING POT" 49 



compli par nos anciens dans la Nouvelle-France devenue terre britanni- 
que par le caprice de la politique et de la guerre." 

"La Providence avait décidé que la semence privilégiée jetée par 
Elle dans le sol du Nouveau-Monde, ne devait pas confiner sa fécondité 
aux limites de la vieille province française. Et ses desseins, que l'on 
a bien raison d'appeler insondables, ont eu leur réalisation. Le Semeur 
avait déposé le froment dans une terre difficile, mais la moisson fut 
néanmoins vigoureuse et abondante. Avec le passage des ans, une partie 
de la semence renouvelée tomba sur le sol pierreux de l'assimilation 
inintelligente, où elle se dessécha et se perdit." 

"L'établissement permanent et distinct d'un groupe ethnique nou- 
veau, dans un pays comme celui-ci au siècle dernier, dépendait de plu- 
sieurs facteurs dont l'absence d'un seul pouvait amener la dissolution 
du noyau humain et son effacement à plus ou moins brève échéance. 
En ce qui concerne les Canadiens-Français venus s'établir en Nouvelle- 
Angleterre, ces facteurs de cohésion furent — et resteront — la paroisse, 
l'école, la société et le journal." (Philippe A. Lajoie, "Soixante années 
de survivance", "L'Indépendant", 27 mars 1945, Numéro souvenir du 
Soixantième anniversaire). 

Je dois une dette de reconnaissance à l'honorable Frederick-W. 
Cook, Secrétaire de l'Etat du Massachusetts, et au Dr. Edward-A. Mc- 
Laughlin, directeur du Rhode Island Department of Health, pour la 
liberté d'action qu'ils m'ont laissée lors de mes différentes visites aux 
archives de leur Etat respectif. Je remercie également M. Louis-P. 
Clapin, éditeur de "L'Indépendant" de Fall River, Mass., M. Philippe-A. 
Lajoie, rédacteur en chef du même journal, et M. le juge Arthur-L. Eno 
de Lowell, Mass., pour les renseignements gracieusement obtenus. 



LES CANADIENS [FRANÇAIS] ET LA 
REVOLUTION AMERICAINE 

par Jean-Jacques Lefebvre * 

Quand j'eus la témérité d'accepter de donner une étude au "Bulle- 
tin de la Société historique franco-américaine", je songeai, à tout hasard, 
à ce sujet, "les Canadiens [-Français] et la Révolution américaine". 
C'était non seulement une imprudence, c'était également un aveu d'inat- 
tention à la bibliographie du sujet, qui est assez vaste, en elle-même, 
pour effrayer l'essayiste le plus persévérant 1 . 

Nos hommes politiques d'aujourd'hui des deux côtés de la 45e 
aiment à faire état de la parfaite entente politique et économique, qui 
règne entre nos deux pays depuis au delà d'un siècle. Ce qui est, pour 
le moins, un abus de figure de langage. Pour un Canadien, il serait peu 
séant de faire voir à quel point le pays nordique n'est, aux points de 
vue géographique, économique, politique et militaire, qu'une sorte de 
suffixe, si l'on peut dire, à la puissante République dont la lourde épée 
vient, une fois encore, de faire peser la balance du côté du droit et de 
la liberté. 

Si, d'un côté, il serait puéril et naïf de prétendre donner en exemple 
au monde la parfaite harmonie politique et militaire qui existe entre le 
colosse américain et ... la première des petites nations, par ailleurs, 
pour cadrer avec les programmes d'enseignement de l'histoire universel- 
lement préconisés de nos jours aux Nations-Unies, comme dans les 
congrès internationaux, il n'est que juste d'autre part, de rechercher 
plutôt à faire revivre les courants profonds qui, jadis, rapprochaient les 
nations et les peuples, que divisaient, en apparence, les intérêts des 
dynasties au pouvoir et les conflits de doctrines religieuses. 

Trop souvent nos manuels d'histoire, sinon nos traités, ont monté 
en épingle des escarmouches de frontière, des coups de mains de flibus- 
tiers, des expéditions de partisans tolérées, au lieu de faire ressortir les 
points de contacts créés par la vie économique, les périls communs d'un 
continent inexploré, de la menace indienne. 

En dépit de quelques explosions individuelles périodiques de mé- 
contentement les uns des autres et qui sont comme le sel de la vie démo- 
cratique, la parfaite sympathie, latente le plus souvent entre Américains 
et Canadiens, date de loin et remonte bien haut comme le constatait l'un 
des plus profonds observateurs qui aient étudié la civilisation du conti- 
nent 2 . En peut-on avoir expression plus solennelle et plus éloquente 



M. Jean-Jacques Lefebvre a publié un grand nombre de travaux histori- 
ques. Il est, depuis plusieurs années, secrétaire de la Société historique de Montréal 
et il a été conservateur de la Bibliothèque Saint-Sulpice. Il a quitté ce poste pour 
succéder à M. E.-Z. Massicotte à la direction des Archives judiciaires de Montréal. 

1 — Je donne en appendice une bibliographie préparée par Mlle Marguerite. 
Mercier, de la Bibliothèque Saint-Sulpice de Montréal. 

2 — André Siegfried, "Les Etats-Unis d'Amérique". 



LES CANADIENS [FRANÇAIS] 51 

que dans l'article 11 de la constitution 3 , qu'élaborait provisoirement en 
1777 la Confédération continentale des Colonies-Unies, moins de deux 
années après l'échec de leur invasion de la province du nord? 

Les Américains tiennent à bon droit que la Révolution de 1774 est 
l'un des plus grands faits de l'histoire du monde. Sans elle, celle de 
1789, en Europe, en fut peut-être différée. Dans l'histoire de la civili- 
sation occidentale, les dates d'une importance équivalente s'arrêtent à 
1914, 1917, 1934, 1939, 1941 et 1945, avec la suprême victoire de l'homme 
sur les éléments, par la dissociation de l'énergie nucléaire, mise d'abord 
au service des armes victorieuses. 

Pour le petit peuple de langue française de la vallée du Saint-Lau- 
rent, 1774, 1775, 1776 furent en un sens, aussi, les années les plus im- 
portantes de son histoire peut-être. Des essayistes 4 ont fait dater la 
naissance de la nationalité canadienne-française de cette époque, des 
professeurs d'Oxford 5 et d'universités américaines 6 en ont fait depuis 
le sujet de thèses savantes. Des historiens canadiens, de langue fran- 
çaise, pour la plupart, ont vu des décrets providentiels dans la tournure 
que prirent alors les événements. D'autres, épousant les sentiments 
royalistes de l'époque, se sont réjouis à n'en plus finir de la victoire des 
puissances établies. Les plus récentes études sur le sujet ont quasi épuisé 
la matière. Je réfère ici le lecteur, en particulier, à M. Gustave Lanctot, 
éditeur principal de la publication "les Canadiens et leurs voisins du 
sud", dans la série des "Relations du Canada avec les Etats-Unis", publi- 
cation de la Carnegie Endowment for International Peace, dirigée par 
M. Shotwell et à la thèse d'un jeune prêtre, "Québec et l'Eglise aux 
Etats-Unis sous Mgr Briand et Mgr Plessis", le P. Laval Laurent, qui se 
noya avant même d'avoir vu son ouvrage imprimé. Enfin, une publica- 
tion à retenir et qui n'a pas eu toute la diffusion qu'elle aurait dû rece- 
voir, est le "Journal de MM. Baby, Taschereau et Williams, 1776", 
extrait de la collection Baby, autrefois en dépôt à la Bibliothèque Saint- 
Sulpice, et aujourd'hui à l'Université de Montréal et que l'ancien biblio- 
thécaire et président de la Société historique de Montréal, Aegidius 
Fauteux, a publié dans le "Rapport de l'Archiviste de la province de 
Québec pour l'année 1927-1928" 6a . Cette publication sera largement uti- 
lisée dans le cadre restreint donné à la présente étude. 

Les phases de l'invasion américaine du Canada en 1775 et son échec 
final, la courte épopée des hardis coups de mains d'Ethan Allan, l'in- 
croyable odyssée d'Arnold et de ses troupes le long de la Kennebec et 
de la Chaudière, dans les savanes du Maine et de la Beauce, la mort 
héroïque du brave Montgomery sous les murs de Québec dans la nuit 



3 — Cité par Laval Laurent, "Québec et l'Eglise aux Etats-Unis sous Mgr 
Briand et Mgr Plessis", Montréal, Librairie St-François, 1945, pp. 64-65. "Art. 
11. Canada acceding to this confédération, and joining in the measures of the 
United States, shall be admitted into and entitled to ail the advantages of this 
union; " 

4 — Wilfrid Bovey, "The French Canadians Today", Toronto, 1938. 

5 — R. Coupland, "The Québec Act", Oxford Clarendon Press, 1925. 

6 — Charles H. Metzger, "The Québec Act", N.Y., U.S. Catholic Historical 
Society, 1936. 

6a — Québec, L'Imprimeur du roi, 1928, pp. 431-499. 



52 BULLETIN DE LA SOCIETE HISTORIQUE 



du 31 décembre 1775, l'épidémie de variole ravageant les troupes des 
apôtres de la liberté, la fausse position et la détresse des Wooster, Sul- 
livan et Thompson avec les débris des troupes d'Arnold et Montgomery, 
l'échec de la mission du prince des diplomates américains du temps, 
Benjamin Franklin, des congressistes Chase et Carroll, et de l'ancien 
élève du séminaire de Québec et futur évêque de Baltimore, John 
Carroll, sont choses trop familières pour l'étudiant de l'histoire du con- 
tinent au 18e siècle pour y revenir ici. 

De même, les perplexités, les incertitudes, les prouesses et les hési- 
tations du gouverneur Carleton, cherchant à rallier à la cause de la 
métropole ses compagnons d'armes d'hier et les "nouveaux sujets" du 
roi, qu'une politique, vacillante jusque-là, n'avait pas peu contribué à 
désaffecter de son nouveau souverain, sont des faits que la légende 
autant que l'histoire ont rapportés. Mais il est un autre aspect de ces 
événements que, jusqu'à aujourd'hui, on a trop mis sous le boisseau, 
par un intérêt loyaliste posthume, qui cadre mal avec les intérêts de la 
critique ou de la vérité historique. 

Pour le Canadien de 1774-1775 — et par Canadien il faut toujours 
entendre, ici, Canadien-Français — le problème qui s'est posé dans toute 
son acuité fut presque le même que celui de tant de peuples d'Europe 
depuis 1940, soit la fidélité à la constitution et l'ancien ordre établis, 
ou la sympathie pour l'idéologie de l'occupant et de l'envahisseur. 

Il est vrai que la plus grande faiblesse qu'eurent les pères de la 
République fut de recourir au machiavélisme en adressant aux alliés 
qu'ils sollicitaient chez les Canadiens une invite à entrer dans la bataille 
du jour pour les libertés civiles et politiques, et de reprouver, dans 
une autre adresse, la liberté religieuse que le gouvernement de Grande- 
Bretagne venait d'octroyer à ses nouveaux sujets. Cependant, de nom- 
breux esprits au Canada, dans le temps, travaillés par tout autre chose 
qu'un intérêt matériel immédiat, donnèrent à plein dans l'idéologie poli- 
tique de liberté, qui se faisait laborieusement jour à l'époque. Si, comme 
l'ont établi nombre d'historiens canadiens, les classes supérieures, clergé, 
noblesse et bourgeoisie, crurent devoir opter pour l'ordre établi, en y 
engageant l'avenir de la nationalité, il reste visible que, dans le peuple, 
le sentiment courant était, dans sa grande majorité, favorable aux in- 
surgés. 

L'évêque Briand, en particulier, le reconnaît implicitement maintes 
et maintes fois dans les condamnations 7 qu'il fulmina à l'époque contre 
les sympathisants des "rebelles". Afin de ne pas refaire pour la centième 
fois ce récit, nous nous limiterons, surtout, ce jour, à l'aide de ce docu- 
ment si révélateur mis à jour par Aegidius Fauteux, à rappeler le nom 
des humbles qui, un peu partout dans la province, prirent fait et cause, 
pour ce qui parut à nos aïeux le parti de la démocratie et de la liberté 
politique. 

Ces hommes risquèrent souvent leur honneur, leurs biens, leur li- 
berté, bref payèrent de leur personne contre les pouvoirs établis, en 
dépit de la loi martiale. Un Canadien-Français sur trois vit aujourd'hui 



7 — "Inventaire de sa correspondance", R.A.P.Q., 1929-30, pp. 109-115. 



LES CANADIENS [FRANÇAIS] 53 

aux Etats-Unis et il se peut que les Franco-Américains reconnaissent des 
leurs parmi eux. Il n'est que juste que leurs noms soient consignés dans 
ce conservatoire des traditions françaises qu'est la "Revue historique 
franco-américaine". 

Thomas Walker à Montréal, James Livingston à Chambly, Moses 
Hazen 8 , à Saint-Jean, Iberville aujourd'hui, Pierre Ayot, Clément 
Gosselin, Germain Dionne, dans le bas du fleuve, furent les chefs de 
file, les artisans de la collaboration active et militaire des Canadiens aux 
campagnes des Yankees dans la province en 1776. 

Pendant que nobles et bourgeois allaient à la défense du fort de 
St-Jean [-sur-Richelieu] assiégé par Montgomery, le marchand James 
Livingston, de Chambly, avait réussi à lever deux compagnies de Cana- 
diens qu'il faisait commander par les capitaines Loiseau et Lieber et qui 
portèrent secours à Montgomery, à Saint-Jean et à Québec. Le mar- 
chand Thomas Walker de Montréal avec James Price, avaient-ils été 
là les principaux prophètes des doctrines nouvelles? L'une des pre- 
mières délégations à se présenter au général américain, qui venait de 
recevoir les clés de la bonne ville de Montréal, en novembre 1775, fut 
celle des trois faubourgs de la ville, qui vinrent offrir leur entière colla- 
boration aux troupes d'invasion dans l'oeuvre de libération politique. 

Les documents sont malheureusement beaucoup moins nombreux, 
plus épars et imprécis en ce qui concerne le nombre et les noms des 
collaborateurs des Yankees pour la région — le gouvernement, comme 
l'on disait à l'époque — de Montréal, en cette période troublée 9 . 

Des noms nous sont cependant parvenus, comme ceux de François 
Cazeau, le marchand de Montréal et seigneur de Lacolle 10 , le huguenot 
Pierre du Calvet, Augustin Loiseau, forgeron de la rivière de Chambly, 
capitaine du bataillon de Livingston, Brindamour, Jacques Robichaud, 
capitaines du même bataillon, les lieutenants Laurent Olivier, François 
Monty, Pierre Boileau, Germain Dionne, l'enseigne Louis Gosselin, 
Merlet, capitaine de la paroisse du Chicot (Ile-Dupas), Louis Doré n , 
capitaine de l'armée du continent, Antoine Paulin 12 , capitaine au Régi- 
ment de Hazen, Larose, capitaine de milice de la Rivière-du-Loup-en- 
Haut, (Louiseville) , Laframboise, capitaine de milice de Trois-Rivières, 
Charles Lonval, lieutenant, Pierre Baby, enseigne, le capitaine Saint- 



8 — V. Le juge Philippe Demers, "le Général Hazen, seigneur de Bleury-Sud", 
Montréal, Beauchemin, 1927, 18 pp. Hazen avait épousé une Canadienne-Fran- 
çaise, Charlotte Dagneau de la Saussaye. 

9 — V. le major Edmond Mallet, "Bulletin des Recherches historiques", 
octobre 1897, pp. 156-157. 

T. Saint-Pierre, "B.R.H.", juillet 1900, p. 211. 

Abbé [H. -A.] Verreau, "l'Invasion du Canada", Montréal, E. Senécal, 
1873. 
10 — V. Madame Corinne Rocheleau Rouleau, conférence à la Société histo- 
rique de Montréal, 30 avril 1947. Voir plus haut. 

1 1 — Témoin au contrat de mariage de Clément Gosselin et Charlotte Ouimet, 
F. Racicot, 12 janvier 1787. A cet acte, Gosselin a la qualité de major et, détail 
inédit, sauf erreur, chevalier de l'Ordre des Cincinnati. 

12 — A. Peltier Reed, "Memoirs of Antoine Paulint", Los Angeles, 1940. Note 
du Dr Gabriel Nadeau. 



54 BULLETIN DE LA SOCIETE HISTORIQUE 



Pierre, de la banlieue de Trois-Rivières, maintenus en leur fonction par 
élection en l'hiver 1776, Lieber [probablement le sculpteur], capitaine 
du bataillon de Livingston, Rainville, probablement de Laprairie, Charles 
Brisset, de Chambly, Pélissier, le maître de forge de Trois-Rivières, La- 
couture, courrier, Charland et Ménard, courriers, Lisotte, de Charles- 
bourg et de Montréal, sont quelques noms qui ressortent des mémoires 
annotés par l'abbé Verreau. 

Mais il est beaucoup plus intéressant de noter que des paroisses 
entières firent comme la grève sur le tas, ainsi que l'on dirait de nos 
jours. A Terrebonne, alors que le seigneur Lacorne de Saint-Luc pro- 
clamait l'ordre de mobilisation et parlait en maître, menaçant de faire 
piller les habitants récalcitrants, il provoque un rassemblement des qua- 
tre ou cinq paroisses autour pour attendre les troupes du roi, qui ne se 
présentent pas. Varennes fait la sourde oreille. Saint-Philippe-de-La- 
prairie arrête les fuyards du fort de Saint-Jean pour les Bostonnais. 

Dans le clergé, le P. Floquet, le seul jésuite qui reste à Montréal, 
reçoit le P. John Carroll, donne l'absolution à des Canadiens, partisans 
du Congrès, et est interdit pour six mois. Le sulpicien Huet de la Vali- 
nière, desservant de l'Assomption, où intrigue Thomas Walker, est 
déplacé de sa cure. Carpentier, de Chambly, est blâmé de son Ordinaire 
pour ses "étourderies". Enfin, le plus célèbre, l'abbé Pierre Gibaut, mis- 
sionnaire de Michillimakinac et des postes du Mississipi, contribue par 
ses équivoques à faire passer ces forts aux armées du, continent 12a . 

Pour la région de Québec, nous avons heureusement ce mémoire 
édité par Aegidius Fauteux en 1929, "le Journal de MM. Baby, Tasche- 
reau et Williams de 1776". Analysons et résumons ce document vrai- 
ment unique, "miroir où se reflète avec une netteté saisissante, comme 
le qualifie Fauteux, l'état d'âme de la population du Bas-Canada en 
1775". 

Les trois officiers délégués par le gouverneur du temps avaient 
pour mission d'aller punir, au lendemain du départ des Américains, les 
anciens officiers de la colonie accusés de collaboration dans le district 
de Québec. Le journal lui-même dit: "que cette mission est pour l'exa- 
men des personnes qui ont assisté ou aidé les "rebelles . . ." Commencée 
le 22 mai 1776, la tournée s'achève à la fin de juillet de la même année. 

A la Vieille-Lorette, près Québec, les commissaires Baby, Tasche- 
reau et Williams notent pour mauvais sujets les Plamondon, père et fils, 
arpenteurs, le grand [sic] Pierre Drolet, qui a conseillé de ne pas ad- 
mettre d'officier du gouvernement, le fermier Garneau, grand partisan 
des "rebelles", et qui engagea ses confrères au pillage. 

Quant aux miliciens de la paroisse voisine, la Jeune-Lorette, ils 
sont seulement accusés d'avoir fourni du bois et des fascines aux "re- 
belles". 

A Charlesbourg, le boulanger du village, François Breton, est 
accusé d'avoir assisté les "rebelles" par tous les moyens, d'avoir tenté 
d'établir une compagnie de miliciens. Jacques Allard s'est fait commis- 
sionné capitaine par les "rebelles" et a exécuté leurs ordres. Son gendre, 



12a — Laval Laurent, "Québec" . . . op. cit., pp. 97-101. 



LES CANADIENS [-FRANÇAIS] 55 



François Falardeau porte plainte contre son curé aux "rebelles". De 
même, le fils de Louis-Joseph Jobin a servi et pris les armes. Quatre 
autres sont accusés de semblables délits. Au plus grand nombre on 
reproche encore d'avoir fourni du bois de chauffage et des fascines. 

A Beauport, le lieutenant de milice Jean Vallée et l'enseigne André 
Marcoux voient leur commission révoquée "pour s'être soumis par crainte 
aux ordres des "rebelles". Pierre Parent y est nommé capitaine [de 
milice] par le Congrès. Giroux, Binet, Dupras, Galarneau, Maheux, 
Marcoux, Vallée, Gauthier, L'Arche et Garneau sont également accusés 
de collaboration à des titres divers. Ici apparaît pour la première fois 
le nom de 1' "officier des rebelles" Reigné de Roussy, qui fait prêter 
serment aux Canadiens et l'enquête conclut que le plus grand nombre 
des habitants de la paroisse a assisté en différentes manières les "rebelles". 

A l'Ange-Gardien, le lieutenant Louis Goulet et l'enseigne Charles 
Cantin sont cassés de leur grade dans la milice "pour avoir servi les 
"rebelles" avec affection". Nicolas Lecomte, capitaine [de milice] pour 
les "rebelles" a agi avec dureté dans ses commandements pendant tout 
l'hiver. Quand il comparait devant les commissaires de Carleton au 
printemps de 1776, il admet avoir depuis brûlé sa commission. 

Au Château-Richer, le capitaine Eustache Bacon voit sa commission 
cassée pour avoir servi les "rebelles". De même, le sieur Zacharie Clou- 
tier. Et aucun habitant de la paroisse n'est trouvé digne d'être revêtu 
d'une commission du roi. Au Château-Richer encore, Pierre Gravel, 
Charles Taillon et Jean Trépanier tiennent des discours séditieux. Toute 
la paroisse monte la garde pour les "rebelles". 

A Sainte-Anne [-de-Beaupré], cassation de Bonaventure Lessard 
pour avoir commandé en sa qualité de capitaine pour les "rebelles", 
"paraissant y avoir été forcé". Cassation de Jean Paré, nommé capitaine 
l'automne précédent par Carleton et qui n'a jamais voulu accepter cette 
commission. 

A Saint- Féréol, les collaborateurs étaient: Augustin Lacroix, Chré- 
tien Giguère, Augustin Simard. Caron du Plaquet Chevalier, le cantinier 
du village, écrivait les réponses au Congrès pour le capitaine précité, 
Bonaventure Lessard, et mettait en circulation des bruits fantastiques. 
Déjà la propagande! 

A Saint-Joachim, Lespérance est proclamé capitaine pour les "re- 
belles", prêche la rébellion partout, fait traduire l'abbé Gravé et le curé 
Corbin au camp des "rebelles". Pierre Allaire reçoit la qualité de major 
et a le commandement des gardes et des transports. Ces collaborateurs 
désarment leurs co-paroissiens, qui avaient le désir de se joindre aux 
loyalistes. Les nommés Mercier et Gravel sont également accusés d'avoir 
servi les "rebelles". 

A Plle-d'Orléans, paroisse Ste-Famille, Basile Beauché-Morancy, 
commissionné capitaine par les "rebelles", est obligé de livrer aux com- 
missaires royaux sa commission, qu'on fait brûler publiquement, en 
présence de toute l'assemblée. C'est par les intrigues de son gendre, 
J.-B. Grandchamp-Cornellier, que Beauché-Morancy avait été nommé 



56 BULLETIN DE LA SOCIETE HISTORIQUE 

capitaine. L'officier du Congrès, Reigné de Roussy 13 apparaît encore 
comme le commandant, là, des "rebelles" qui trouvent des sympathies 
chez Joseph Lereau [Lheureux], Prémont et Drouin-Lemaine, lequel 
avait décliné une offre de commission de la part du gouvernement l'au- 
tomne dernier. 

A Saint-François-de-FIle-d'Orléans, Jean Plante, Joseph Belouin 
et Jean Labbé voient leur commission, octroyée l'automne précédent, 
cassée. Louis Pépin-Major est accusé d'avoir accepté une commission 
des "rebelles" par crainte et faiblesse en lieu et place de Jean Asselin, 
qui l'avait sollicitée et dont la paroisse ne voulut pas. Ce dernier, avec 
Jean Marceau, Jean Labbé précité, Augustin Marceau, Michel Hémon 
furent "les plus mauvais sujets de la paroisse" et s'opposèrent aux ordres 
du gouvernement. 

A Saint-Jean-de-1'Ile-d'Orléans, sont cassés de leur grade, le capi- 
taine Joseph Blouin, Laurent Genest-Labarre, capitaine en second, le 
lieutenant Laurent Thivierge, l'enseigne Guillaume Audy-Lapointe pour 
avoir monté la garde pour les "rebelles". Le capitaine Jean Hémon et 
le lieutenant Joseph Plante commissionnés par les "rebelles" sont décla- 
rés indignes et incapables de jamais posséder aucune charge au service 
du roi et il est enjoint aux habitants de la paroisse de ne jamais les 
recevoir en aucune assemblée. 

Etienne Dallaire, âgé de 68 ans, avait d'abord pris une commission 
des "rebelles", mais s'en était démis en faveur de Jean Hémon, dont le 
frère Louis [Hémon] a porté beaucoup de farine au camp des "rebelles". 

Pierre Gagné, Jean-Marie Thivierge, Antoine Gobeil, . . . "les plus 
mauvais sujets de la paroisse", à la tête d'un parti de vingt-cinq hommes, 
se transportèrent au bout de l'Ile pour s'opposer aux ordres du gouver- 
nement. Tout le monde de la paroisse, le plus grand nombre de bonne 
volonté, ont monté la garde pour les "rebelles". 

A Saint-Laurent-de-lTle-d'Orléans, le capitaine Marc Dufresne, le 
lieutenant Guillaume Simard, l'enseigne Antoine Chabot sont révoqués, 
le sieur Dufresne pour avoir crié à la porte de l'église que ceux qui 
n'obéiraient pas aux ordres du Congrès seraient pillés. Joseph Fortier, 
Laurent Audette-Lapointe, Louis Coulombe, Ignace Sivadier étaient des 
principaux dans la rébellion. 

A Saint-Pierre-de-1'Ile-d'Orléans, dont la paroisse était dirigée par 
Mgr d'Esgly, le capitaine François Leclair et l'enseigne Michel Montigny 
sont révoqués. Montigny est particulièrement inculpé d'avoir détourné 
les habitants de suivre les conseils de soumission du curé, Mgr d'Esgly. 
François Chabot, Pierre Chaurest, Joseph Langlois, Gabriel Langlais, 
J.-B. Nolin s'opposèrent à l'installation des officiers nommés par le 
gouvernement. Louis Ferland, Louis Duval, Charles Paulet, François 
Montigny, Joseph Paradis, Chatigny, Beaulieu, Nolet, Louis Leclair, 



13 — Probablement le lieutenant-colonel, plus tard, du 2e bataillon d'infan- 
terie de N. Y. 

V. T. Saint-Pierre, "les Canadiens et la guerre de l'Indépendance", B.R.H., 
Québec, juillet 1900, p. 212. 



LES CANADIENS [-FRANÇAIS] 57 



Jean Leclair, Louis Aubin, Isaac Goudreau sont notés pour s'être tou- 
jours montrés partisans des "rebelles". 

Les femmes entrent ici sous l'action. La femme d'Augustin 
Chabot 14 , surnommée la reine de Hongrie, a perverti par ses discours, 
en courant les maisons d'un bout à l'autre, presque tous les habitants. 
Cette femme, qui a beaucoup de langue, a fait sensation dans leurs es- 
prits. . . 

En quittant l'Ile-d'Orléans, les commissaires se transportent à 
Sainte-Foye. Là, ils cassent aux gages le capitaine François Traversy, 
qui, commissionné par le gouverneur Murray, avait refusé une nouvelle 
commission l'automne précédent. Kostka Hamel y est accusé d'avoir 
invité les garçons de la paroisse de prendre les armes pour les "rebelles" 
au lendemain de l'action du 31 décembre, (l'assaut de Québec où Mont- 
gomery perdit la vie) . Le capitaine Guillaume Larose est cassé aux 
gages pour avoir servi les "rebelles". Louis Routhier, A. Petitclerc et 
Prisque Lapointe ont toujours parlé contre l'intérêt du roi. 

A Saint-Augustin-de-Portneuf, le capitaine Augustin Gingras, aussi 
commissionné par Murray, refuse de servir sous Carleton, mais s'exécute 
pour les "rebelles", sans y engager les habitants. François Côté, reconnu 
comme capitaine du village quoique sans commission, exécute les ordres 
des "rebelles", "avec zèle et affection". Personne dans la paroisse n'a 
pris les armes mais tous ont servi les "rebelles" sans opposition. 

A la Pointe-aux-Trembles [de Québec], le capitaine pour les "re- 
belles", Maurice Desdevens a fait piller les royalistes, en a fait empri- 
sonner, et a excité les habitants à prendre les armes. Pignan fait saisir 
pour 1800 francs de rhum appartenant au sieur de Tonnancour. Les 
femmes de Joseph et de Jean Goulet sont allées de porte en porte noircir 
ceux qui engageaient les jeunes gens à marcher pour le roi. Autres 
"collaborateurs": Joseph Martin, Romain Dubuc, Augustin Vézina. 

Aux Ecureuils, Pierre Langlois, nommé capitaine par les "rebelles" 
menace de faire piller ceux qui ne veulent pas le reconnaître. Tous les 
habitants de la paroisse exécutent des transports pour les "rebelles". 

Au Cap-Santé, le capitaine Joseph-Etienne Page est révoqué pour 
avoir servi les "rebelles" pendant tout l'hiver. François Germain a tenu 
des conseils séditieux. Les habitants n'ont pas pris les armes mais ont 
exécuté tous les ordres des "rebelles" sans opposition. 

A Deschambault sont cassés aux gages le capitaine Nicolas Paquin, 
le lieutenant Pierre-Joseph Arcand, l'enseigne Joseph Gauthier, pour 
avoir servi les "rebelles". 

Philippe Baronnet, qui servit, pour la paroisse, d'officier pour les 
"rebelles" a déjà remis sa commission à un officier du roi. Les habitants 
ont exécuté des transports pour des"rebelles", "le plus grand nombre 
avec affection". 

A Grondines, le capitaine Louis Trottier, commissionné par Murray 
en mars 1764 et de nouveau par Carleton en juillet 1775, est révoqué. 



14 — Etait-ce Marguerite Noël, mariée en 1764? V. Michel Forgues, "Généa- 
logie des familles de l'Ile d'Orléans", Arch. du Can., Ottawa, 1906, p. 72. 
V. plus loin, une autre "reine de Hongrie", la veuve Gaboury, de St-Valier. 



58 BULLETIN DE LA SOCIETE HISTORIQUE 



La paroisse a fait, sans résistance, toutes les corvées commandées par les 
"rebelles". 

A Sainte- Anne [de-la-Pérade] , le capitaine Louis Gouin est admo- 
nesté pour avoir servi, en sa qualité, pour les "rebelles". Il aurait été 
cassé si l'automne auparavant il n'avait été pillé, désarmé et incendié à 
plusieurs occasions et s'il n'était monté à Montréal à la tête d'une vingtai- 
ne de jeunes gens pour aller contre les "rebelles". 

Où l'on voit les cas de conscience qui devaient se poser à ces 
pauvres gens, recevant tantôt des ordres du roi, tantôt des ordres des 
troupes d'occupation. Joseph Lanouette, capitaine pour les "rebelles", 
Pierre Baribeau, lieutenant pour les "rebelles", Pierre Pigué, Campagnat, 
"qui a le plus contribué à corrompre la paroisse", Rampené, J.-B. Leduc 
et Deveau sont les collaborateurs. 

A Batiscan, Alexis Marchand, capitaine, Pierre Frigon, lieutenant, 
Pierre Saint-Cyr, enseigne, Claude Carignan, lieutenant, servirent tous 
les "rebelles". La paroisse a fait des transports pour les "rebelles" sans 
résistance. 

A Sainte-Geneviève-de-Batiscan, le capitaine Antoine Lacourcière, 
le lieutenant J.-B. Chateauneuf, l'enseigne François Trudel, commission- 
nés par Carleton, ont fait exécuter les ordres des ^rebelles", pendant 
tout l'hiver, avec les mêmes menaces qui leur avaient été faites. Le 
capitaine Lacourcière est inculpé particulièrement d'avoir rendu sa com- 
mission au "prétendu" commandant des Trois-Rivières [Goforth 15 ], 
puis d'avoir tenu chez lui une assemblée pour l'élection de nouveaux 
officiers de milice, laquelle assemblée les a tous continués chacun dans 
leur charge respective. 

C'était déjà la démocratie en action, accordée par les Yankees aux 
provinciaux de Québec et que Carleton avait déjà refusée aux montréa- 
listes 16 . 

A Champlain, le capitaine Chorel d'Orvillier, le lieutenant Jean 
Grammont, qui avaient été commissionnés par Carleton l'automne pré- 
cédent, sont révoqués, pour avoir servi, en leur qualité, pour les "re- 
belles" "par crainte et faiblesse". Grosville Beaudouin est inculpé d'avoir 
été nommé enseigne par élection de la paroisse et Jean Chartier, d'avoir 
servi comme sergent pour les "rebelles". Le marchand Beaudouin a 
tenu de mauvais conseils, refusé de reconnaître l'autorité de l'évêque 
et de son vicaire général pour la reconstruction du presbytère. Toute 
la paroisse a obéi aux ordres des "rebelles" sans opposition. 

Au Cap-de-la-Madeleine, le capitaine J.-B. Lacroix, le lieutenant 
Crevier Bellerive, l'enseigne Jacques Lacroix, bien que commissionnés 
par Carleton, sont accusés d'avoir fait exécuter les ordres des "rebelles", 
"sans opposition". De même, le sergent Joseph Vivier. Tous consenti- 
rent à remettre leur commission et à se laisser réélire en leur charge 
respective par la paroisse. Dorval père et le bailli Michel Dorval tien- 
nent de mauvais discours contre le gouvernement et insinuent que 
l'évêque de Québec et son grand-vicaire des Trois-Rivières sont payés 



15 — Verreau, "Invasion . . ." op. cit., pp. 183, 200. 
16 — Abbé Verreau, "Invasion . . ." op. cit., p. 37. 



LES CANADIENS [-FRANÇAIS] 59 



pour prêcher pour le roi. Joseph Bonnier y est aussi un partisan des 
"rebelles". 

A Bécancour, le capitaine Joseph Feuilleteau, le lieutenant Antoine 
Désilets, l'enseigne François Tourigny, les sergents Charles Provencher 
et Laurent Tourigny, le capitaine Pierre Cormier-Perot, le lieutenant 
François Bourque, l'enseigne Michel Bergeron, Timothée Leprince, de 
la compagnie des Acadiens, sont cassés et contraints de remettre la com- 
mission qu'ils avaient acceptée des "rebelles". Le "prétendu" capitaine 
Joseph Levasseur, élu par assemblée de paroisse, est un "mauvais sujet 
qui remplit ses fonctions avec menaces, zèle et vigilance". 

A Gentilly, la paroisse refusa de recevoir les officiers du gouverne- 
ment à l'automne précédent. A l'hiver, elle élisait Charles Chandonnet, 
capitaine, Louis Normandin, lieutenant, Joseph Courville, enseigne, 
Joseph Tourigny et Joseph Giroire (Girouard) sergents. Les commis- 
saires les déclarent indignes de jamais recevoir de charge du gouverne- 
ment. Michel et Jean Laroche ont suivi les "rebelles" au camp de Qué- 
bec, J.-B., fils de François Carignan a fait partie de la compagnie d'Ethan 
Allen. Le capitaine des "rebelles" Charles Chandonnet décline une 
commission du roi. Quatorze voitures de la paroisse ont porté des effets 
devant Québec. 

A Saint-Pierre-les-Becquets sont cassés le capitaine Pierre Viola, le 
lieutenant Guillaume Bertrand, l'enseigne Antoine Trottier, qui avaient 
été commissionnés par le roi l'automne précédent. Le capitaine Augustin 
Brisson, le lieutenant Joseph Mailhot, l'enseigne Augustin Trottier, les 
sergents J.-B. Lafond, Louis Grondin et J.-B. Tousignan, qui avaient été 
élus par la paroisse sont déclarés indignes de ne jamais recevoir une 
1 onction du gouvernement. Des habitants de cette paroisse déposèrent 
contre leur curé, qui leur refusait les sacrements. Neuf autres, sous la 
conduite du "soi-disant" capitaine Charles Brisset, de Chambly, se ren- 
dirent piller le sieur Louis Gouin à Sainte- Anne [de-la-Pérade] . Les 
commissaires donnent le nom de vingt-quatre insoumis 17 . 

A Saint-Jean-Deschaillons, Nicolas Mailhot est cassé pour avoir 
négligé de s'être fait reconnaître par la paroisse à la suite de la commis- 
sion qu'il avait reçue l'été précédent du commissaire Lécuyer, de Qué- 
bec. Valentin Mailhot et J.-B. Tousignan collaborent avec leurs voisins 
des Becquets. 

A Lotbinière, les baillis J.-B. Hamel et J.-B. Beaudet sont révoqués. 
Ignace Lemay déclina une commission par le roi. La paroisse ne voulut 
pas accepter d'officiers du gouvernement. Joseph et Michel Beaudet 
portent des provisions au camp des "rebelles". 

A Sainte-Croix [-de-Lotbinière] , le capitaine Joseph Duquet est 
cassé pour avoir refusé de faire reconnaître sa commission du roi et 
pour avoir servi les "rebelles" en faisant faire ses commandements par 
son sergent, Louis Hamel, comme de raccommoder les chemins, fournir 
des chevaux pour le transport de pièces de canons. 

A Saint-Nicolas [de-Lévis] le capitaine Louis- Jacques Rousseau 
accepta de Benedict Arnold une commission de capitaine et est déclaré 



17 — "Journal de MM. Baby, Taschereau et Williams, 1776," p. 36. 



60 BULLETIN DE LA SOCIETE HISTORIQUE 

par les commissaires indigne de ne jamais recevoir aucune charge du 
gouvernement. 

A la Pointe-Lévy 18 , le capitaine Lambert fait avertir le camp des 
"rebelles" que deux royalistes sont parvenus à s'échapper et il s'en em- 
pare. Denis Fréchet, au sortir d'un prône touchant l'obéissance envers 
le Prince, dit hautement "que veut dire notre curé, de quoi se mêle-t-il, 
ne lé voilà-t-il pas devenu anglais lui-même?" 

A Saint-Henri [-de-Lévis], les baillis François Morin, Louis Bus- 
sière et Louis Paradis sont cassés pour avoir fait exécuter les ordres des 
"rebelles", et commander la fabrication d'échelles pour les faire porter 
à la Pointe-Lévy [Lévis]. Ils y ont également fait transporter les ma- 
driers du moulin du seigneur. Les commissaires énumèrent 19 huit habi- 
tants de la paroisse qui combattirent à l'action chez le meunier Michel 
Biais, de Saint-Pierre de la Rivière-du-Sud. La paroisse a confectionné 
deux cents échelles pour la Pointe-Lévy [Lévis] et presque tous ont 
assisté les "rebelles" avec beaucoup d'affection. 

Dans la Beauce, par où étaient passées les troupes d'Arnold, à 
Sainte-Marie, le capitaine Etienne Parent 20 , qui avait reçu sa commis- 
sion l'année précédente par l'un des commissaires, M. Taschereau, est 
cassé pour avoir prévenu trois espions des "rebelles" de se sauver alors 
que son devoir était de les faire arrêter. Cet officier aurait été corrompu 
par sa femme, qui a de tout temps semé la zizanie dans la paroisse, dit 
mille impertinences des curés et des honnêtes gens et n'a cessé de tenir 
des discours séditieux. Le fils du capitaine Parent, Jacques, avec son 
beau-père, Louis Marcoux, s'entremirent auprès des Bostonnais pour leur 
porter l'invitation des habitants de la Pointe-Lévy. Un sieur Dumergue, 
"écrivain" (greffier) y fait également le jeu des Bostonnais. Le do- 
maine et le moulin du seigneur Taschereau sont pillés et on fait une 
vente publique de tous ses instruments aratoires. Le plus grand nombre 
des habitants de la paroisse en profitent. Une vingtaine d'autres habi- 
tants 21 sont signalés comme mauvais sujets. 

A Saint-Joseph-de-Beauce, le capitaine François Lessard, le lieute- 
nant François Lessard, fils, l'enseigne Louis Paré sont cassés aux gages. 
L'enseigne Louis Paré a lu tous les manifestes envoyés par les "rebelles", 
que les habitants ont subi avec affection en leur fournissant des canots. 
François Nadeau, meunier de la paroisse, au service des de La Gorgen- 
dière, grand amateur [sic] des "rebelles", leur donna tout le blé et 
l'argent qu'il avait par procuration. Le capitaine François Lessard a tenu 
la même conduite. Une douzaine d'autres habitants sont notés comme 
mauvais sujets, dont Louis Paré, Prisque Cloutier, Prisque Doyon, Fran- 
çois Nadeau, père, Joseph Champagne, Gervais Houle. L'esprit de la 
paroisse a toujours incliné en faveur des "rebelles". 



18 — V. J. -Edmond Roy, "Histoire de la seigneurie de Lauzon," Lévis, 1900, 
t. III, chap. 4, 5 et 6, pp. 46-82. 

19 — "Journal . . ." op. cit., p. 41. 

20 — Il s'agit apparemment de l'arpenteur Etienne Parent, marié en 1730 à 
Geneviève Lefebvre. V. Tanguay, "Dictionnaire généalogique" ... t. VI, p. 236. 

21 — "Journal . . ." op. cit., p. 43. 



LES CANADIENS [-FRANÇAIS] 61 



A la Pointe-Lévy — Lévis aujourd'hui — le capitaine Joseph Lam- 
bert est cassé pour avoir servi les "rebelles" en sa qualité, jusqu'à leur 
déroute, avec tant de zèle et affection que ses coparoissiens même, "pres- 
que tous mauvais sujets", le blâment hautement. Le capitaine Joseph 
Samson a été fait commandant de la compagnie d'en bas, pour les "re- 
belles" par l'élection de cette même compagnie et J.-B. Bégin, créé lieu- 
tenant de Joseph Lambert, par la même autorité. Dans l'assemblée 
tumultueuse qui se tint l'automne précédent à Lévis, les plus mutins et 
les plus séditieux furent: Augustin Halle, père, F. Carrier, B. Lecours, 
Charles Guay, Ambroise Lecours, Ignace Couture, J. Guay, fils. 

Le capitaine Pierre Ayot y commanda une compagnie pendant six 
semaines. Cette compagnie monta la garde et travailla à la batterie. Dix 
jeunes gens de Pointe-Lévy en firent partie. Quatorze autres, se sont 
trouvés à l'engagement de la Rivière-du-Sud chez le meunier Michel 
Biais. Ignace Couture courut les campagnes pour procurer des vivres 
aux "rebelles". Plusieurs habitants confectionnèrent 2000 fascines pour 
leurs batteries. Presque tous montèrent la garde pour s'opposer aux 
démarches de la garnison de Québec. La paroisse a été généralement 
séditieuse et affectionnée au parti des "rebelles". 

A Beaumont, le capitaine Joseph Couture-Bellerive est cassé, pour 
avoir fait exécuter par ses sujets des corvées pour les "rebelles". Une 
douzaine d'habitants exécutèrent des coups de mains pour s'emparer de 
fuyards royalistes. 

A Saint-Charles-de-Bellechasse, le capitaine Louis-Bernard Gonthier, 
commissionné l'année précédente, est cassé pour avoir commandé les 
habitants à monter la garde à Beaumont. François Leclair, Joseph 
Gosselin, Jean Gosselin ont été le plus opposés au gouvernement. Fran- 
çois Leclair lut à la porte de l'église la lettre du Congrès aux Canadiens. 
Poliquin, Jolin, Lepage, Chatilly ont été au service des rebelles, presque 
tous ont été à l'assemblée séditieuse de la Pointe-Lévy, monter la garde 
à Beaumont et ont vendu leurs denrées aux "rebelles". 

A Saint-Michel-de-Bellechasse, J.-B. Roy, premier bailli et com- 
missionné capitaine en juin précédent, est révoqué pour avoir exécuté les 
ordres des "rebelles", fait faire des feux en forme de signaux et les 
avoir fait garder par des habitants en armes. Les habitants s'emparèrent 
du presbytère et en firent leur corps de garde. Noël Racine, père, y est 
noté comme l'un des plus "fameux rebelles" de la paroisse, laquelle a 
été généralement opposée aux ordre du roi. Six habitants participèrent 
à l'engagement de la Rivière-du-Sud. 

A Saint- Vallier, le capitaine Pierre Bouchard, le lieutenant Jean 
Vallier-Boutin, sont cassés, le premier pour avoir admis que sa maison 
fut utilisée comme corps de garde et commandé trois feux pour servir 
de signaux quand les vaisseaux du roi montaient. A l'instigation du 
capitaine Clément Gosselin, la paroisse tint une élection où Louis Beau- 
gis fut élu capitaine, Langevin, lieutenant et Julien Mercier, enseigne. 
Une autre "reine de Hongrie", la veuve Gaboury, cette fois, présidait 
chez elle à des assemblées pour tenter de soulever les esprits en faveur 
des "rebelles". Pour mieux parvenir à son but, elle distribuait des spiri- 
tueux. Louis Beaugis, Pierre Lepage, Julien Mercier, Joseph Corriveau, 
François Richard et son fils ont été des plus opiniâtres contre le parti 



62 BULLETIN DE LA SOCIETE HISTORIQUE 



du roi. Jean Bazin et Taillon se sont saisis du sieur Germain Blondeau 
et l'ont conduit prisonnier chez le capitaine Louis Beaugis, de même 
les sieurs Blondin et Chasson. Une douzaine d'habitants participent à 
l'engagement chez Michel Biais à la Rivière du Sud contre les miliciens 
du roi commandés par M. de Beaujeu. Une demi-douzaine d'autres 
font des transports. Le plus grand nombre des habitants assistent à 
l'assemblée séditieuse de la Pointe-Lévy, font des feux pour signaler 
l'arrivée des vaisseaux du roi et les font garder par des sentinelles en 
armes et portent des denrées au camp des "rebelles" de la Pointe-Lévy. 
A Berthier [-en-bas], le premier bailli, Joseph Morency est noté 
pour l'un des plus mauvais sujets. Il assiste à l'assemblée de la Pointe- 
Lévy pour s'opposer au gouvernement, il commande une garde pour 
s'opposer à un corps de royalistes qui se formait. Il ne permet pas au 
chirurgien Duberger de finir le pansement qu'il est à faire à l'aumônier 
des troupes du roi Bailly de Messein, blessé à l'affaire de la Rivière-du- 
Sud, et qu'il traite "très audacieusement". Par ordre de Clément Gosse- 
lin, la paroisse nomme pour capitaine François Chrétien, Joseph Mo- 
rency, son lieutenant. Notés pour mauvais sujets: J.-B. Biais, Augustin 
Biais, Griffard, Joseph Lacharité, etc. 

A Saint-François-de-la-Rivière-du-Sud, le capitaine Pierre Morin est 
cassé pour avoir fait afficher un ordre des "rebelles" à la porte de l'é- 
glise, venant de Clément Gosselin et avoir commandé aux habitants, 
sous peine d'être brûlés ou pillés, de marcher contre les détachements 
du roi à Saint-Pierre 22 . Le lieutenant Joseph Gervais est également 
cassé pour avoir refusé d'accepter sa commission du roi. Noël Laplan- 
che, Moïse Morin, Pierre Buteau participèrent à l'assemblée présidée par 
Clément Gosselin où furent nommés capitaine, Pierre Buteau, enseigne, 
Joseph Dumas. Une demi-douzaine d'habitants arrêtent, les armes à la 
main, des vivres destinés à Québec et les portent au camp des "rebelles". 
Trois douzaines d'autres marchent contre le détachement du roi à 
l'engagement de Saint-Pierre du Sud chez Michel Biais. La moitié de 
la paroisse s'était rendue à l'assemblée séditieuse de la Pointe-Lévy, 
monta la garde et se rendit vendre ses denrées aux "rebelles" jusqu'à 
Sainte-Foye. 

A Saint-Pierre-de-la-Rivière-du-Sud, le lieutenant Louis Fontaine a 
été vu en armes le soir de l'action chez Michel Biais. Le capitaine Jean 
Blanchet, le lieutenant Augustin Morin, l'enseigne Jean Desein Saint- 
Pierre, nommés par élection de la paroisse dans une assemblée présidée 
par Clément Gosselin, sont déclarés indignes d'être engagés désormais 
par le gouvernement. Les commissaires dénombrent ceux qui ont été 
le plus opposés au gouvernement, ceux qui ont fait saisir du blé pour 
le porter aux "rebelles", ceux qui ont combattu la milice du roi et ceux 
qui ont été à la solde des "rebelles". Michel Biais 23 , père, et Michel 
Biais, fils, ont été pillés. Le capitaine [Pierre] Ayotte, des Côtes d'En 



22 — V. récit de cette Affaire, J. -Edmond Roy, "Histoire ... de Lauzon", op. 
cit., III, pp. 60-62. 

23 — Azarie Couillard-Després, "Histoire des Seigneurs de la Rivière-du-Sud", 
St-Hyacinthe, 1912, pp. 345-7. 



LES CANADIENS [-FRANÇAIS] 63 



Bas, pria le capitaine Michel Biais d'annoncer à la porte de l'église que 
ceux qui voudraient s'engager pour le Congrès eussent à se présenter et 
celui-ci s'exécuta d'un ton si ironique qu'il ne se présenta personne. Il 
y eut seulement neuf familles de cette paroisse vraiment affidées au 
gouvernement. 

A Saint-Thomas [-de-Montmagny] , sont cassés le capitaine Joseph 
Côté, qui avait été commissionné par le roi, Joseph Lemonde, "soi- 
disant" colonel 24 , J.-B. Picard, Joseph Boulanger, Victor OUivier, of- 
ficiers, Thomas Fournier, Antoine Lamarre, sous-officiers, le capitaine 
Louis Thibault, établi à l'élection de la paroisse. Le capitaine Joseph 
Côté a paru zélé à rendre service aux "rebelles". Les plus séditieux à 
soulever les habitants, à commander la garde, à nuire à la milice du roi 
et à assister les "rebelles" en leur pouvoir, sont les précités, le colonel 
Lemonde et ses officiers et sous-officiers. Le notaire Lévesque [Nicolas- 
Charles, 1772-1795] dénonce les effets qui se trouvent au presbytère du 
curé, où les "rebelles" s'emparent de trois barriques de vin. Six habi- 
tants ont été à la solde des "rebelles", douze étaient à l'engagement chez 
Michel Biais et le plus grand nombre ont monté la garde, pour empê- 
cher les provisions d'arriver à Québec. 

Au Cap-St-Ignace, le capitaine Augustin Bernier est cassé pour ses 
conseils séditieux, sa vigilance à exécuter, d'ordre des "rebelles", les 
corvées, publications, assemblées chez lui. Il prêta un serment de fidélité 
aux "rebelles" à la demande de Clément Gosselin. Lebrun [J.-B.] 25 , 
avocat, fit saisir le blé du seigneur Duchesnay, de Saint-Roch. Le fils 
du capitaine Benony Bernier a commandé les "rebelles" par ordre de 
son père. Les mauvais sujets sont, outre les Bernier, René Fortin, Fré- 
geau, J.-B. Dion, Philippe Fortin et Denis Fortin. 

A l'Islet, le capitaine François-Xavier Caron est cassé pour avoir 
remis sa commission à Clément Gosselin, qui le fait reconnaître en cette 
qualité dans une assemblée de paroisse. L'esprit de neutralité est celui 
qui a le plus régné en cette paroisse. Une demi-douzaine d'habitants 
s'engagent pour les rebelles. 

A Saint-Jean-Port-Joli — la patrie des Aubert de Gaspé — le capi- 
taine Guillaume Fournier, le lieutenant Louis Fournier, l'enseigne Fran- 
çois Leclair sont cassés aux gages pour avoir fait exécuter les ordres des 
"rebelles". A une assemblée tenue par ordre de Clément Gosselin, la 
paroisse nomma le capitaine Julien Chouinard "fameux, zélé rebelle", 
Joseph Desrosiers, Jean Legouis et Laurent Caron, sous-officiers. 

A Saint-Roch [-des-Aulnais] , le capitaine François Pelletier, le 
lieutenant Joseph Ouellet, l'enseigne Jacques Pelletier, les sergents Basile 
Saint-Pierre et Pierre Dubé, commissionnés par le roi l'année précédente, 
sont cassés aux gages, le capitaine Pelletier pour avoir optempéré aux 
ordres de Clément Gosselin et Pierre Ayot. Il a fait commander cinq 
voitures à la demande de Lebrun, avocat, pour faire transporter le blé 
volé au moulin Duchesnay. Les deux Pelletier et un Richard se sont 



24 — V. J. -Edmond Roy, "Histoire ... de Lauzon", op cit., p. 57. 
25 — V. J. -Edmond Roy, "l'Ancien barreau du Canada", Montréal, Théoret, 
1897, pp. 38-41, 73. 



64 



BULLETIN DE LA SOCIETE HISTORIQUE 



engagés au camp des "rebelles". D'ordre de Clément Gosselin, la pa- 
roisse a fait des feux pour servir de signaux. Louis Gauvin et Joseph 
Ouellet sont les plus affectionnés au parti des "rebelles". 

A Sainte-Anne [-de-la-Pocatière] , le capitaine Augustin Roy-Lau- 
zier est réformé à cause de sa faiblesse pour les "rebelles". De même 
sont déclarés indignes et incapables de posséder d'emploi sous le gou- 
vernement, l'enseigne J.-B. Pelletier, Germain Dionne [le beau-père de 
Clément Gosselin, capitaine pour les "rebelles"], le lieutenant Joseph 
Soucy, l'enseigne Jean Saint-Jean, les sous-officiers, C. Lagacé, F. Chré- 
tien, E. Boulay, P. Quimper. 



"Germain Dionne, Clément Gosselin sont deux fameux rebels 
qui ont aidé et assisté les ennemis du gouvernement de tout leur 
pouvoir. Ils ont soulevé des esprits, engagé du monde pour le 
service du congrès, baffoué et menacé les royalistes. 

"Le dit sieur Clément Gosselin ne s'est pas contenté d'une telle 
conduite seulement dans cette paroisse, il a parcouru toutes les 
autres jusqu'à la Pointe Lévy, prêchant la rebelion partout, excitant 
à piller le petit nombre des zélés serviteurs du Roy et à les faire 
arrêter; lisant lui-même aux portes des églises et forçant quelque 
fois les officiers du Roy à lire les ordres et proclamations des rebels. 

"Il passait pour officier ambulant du congrès et en cette qualité 
recrutait et établissait quelques fois des officiers. 

"Ce fameux scélérat ainsi que Germain Dionne n'ont point 
paru depuis la déroute des rebels 25a . 

"Le nômé [sic] Joseph Dionne, notaire, a. commandé une as- 
semblée pour inviter les gens de cette paroisse à s'engager pour le 
congrès. 

"Il a servi de greffier dans les interrogatoires faites par Ger- 
main Dionne son neveu et Clément Gosselin, gendre de Germain 
Dionne à l'occasion de l'évasion de Mrs Riverin Blondin et Ferré. 



"Louis Gosselin 
Langlois munier 
Le bonhomme Pasquet 
Chs. Lagacé 



sont du nombre des plus séditieux 
et des plus affidés aux rebels. 



25a — V. sur Clément Gosselin, l'étude définitive de son descendant, Ernest 
Monty, Le major Clément Gosselin", Mémoires, Société généalogique canadienne- 
française, Montréal. 1948, III, 18-38. 



LES CANADIENS [-FRANÇAIS] 65 

"Voici les noms de ceux qui se sont engagés au service des 
rebels sur le nombre desquels quelques-uns étaient à l'action passé 
à St Pierre: 

Les deux fils du bonhomme Pasquet Augustin Fournier 

Les 3 fils de la veuve Pierre Deschaine Frans Ayot 

Le fils de Germain Dionne Louis Langlois 

Bazil Lagacé Louis Gosselin 

Antoine Chrétien Louis Morau 

Germain Duplessi fils Gervais 

Le fils d'Augustin Dionne Le fils de Joseph Dionne 

Gagné Le petit Jean Bohay 26 

Le plus grand nombre des habitants de la paroisse [de la Pocatière] 
ont été affectionnés pour les "rebelles". 

A la Rivière-Ouelle, le capitaine François Gagnon, le lieutenant 
Joseph Beaulieu, l'enseigne Nicolas Beaulieu, l'aide-major Pierre Bou- 
cher sont révoqués. Le capitaine Gagnon, pour avoir exécuté tous les 
ordres des "rebelles" et leur avoir écrit qu'il était lui et ses officiers 
capables de servir, et ses subordonnés, pour avoir exécuté ses ordres. 
Enumération de douze habitants de la paroisse qui ont été au service 
des "rebelles". Basile Dubé, commissionné par les "rebelles", les a as- 
sistés de tout son pouvoir, a soulevé les esprits, bafoué les royalistes, 
pris l'inspection des feux servant de signaux jusqu'à Rimouski, engagé 
quinze à vingt jeunes gens pour la navigation. 

A Kamouraska 26a , le capitaine Alexandre Dionne, le lieutenant 
Joseph Boucher, l'enseigne Nadeau, officiers de la 1ère compagnie 
commissionnée par Carleton, le capitaine Benjamin Michaud, le lieute- 
nant Michel Laîné, officiers de la 2ème compagnie, sont révoqués. Le 
capitaine Alexandre Dionne, pour avoir eu la faiblesse d'exécuter les 
ordres de Basile Dubé, de même que ses subalternes. Le capitaine Ben- 
jamin Michaud pour avoir fait garder les feux de son district, fait 
passer des lettres, de même que son lieutenant Laîné. 



"Le capitaine [Pierre] Ayot commissionné 27 pour le service 
du Congrès a été l'un des plus "fameux rebelles" de la province. 
Il a aidé et assisté les ennemis du gouvernement de tout son pou- 
voir. . ." 



26 — "Journal de MM. Baby . . ." op. cit., pp. 68-69. 

26a — Texte non publié par Fauteux, ajouté en manuscrit à l'exemplaire de 
la Bibliothèque Saint-Sulpice. 

Texte non publié de Fauteux. V. aussi 

27 — J. -Edmond Roy, "Histoire ... de Lauzon", op. cit., III, pp. 58-59. 

Un Pierre Ayotte, comme il signe, dit "Aillot", dans le corps de l'ace, domi- 
cilié à Chambly, fils de Guillaume A. et de feu Marie Anne Levasseur, de 
Kamouraska, épouse à Chambly, le 19 janvier 1779, Marie Monty, veuve de 
Joseph Boileau. Peut-être, est-ce là notre personnage? 



66 BULLETIN DE LA SOCIETE HISTORIQUE 



Suit une énumération d'une vingtaine d'habitants qui se sont en- 
gagés aux "rebelles". 

Et le Journal de MM. Baby, Taschereau et Williams s'arrête à 
l'inspection de St-Michel [-de-Bellechasse] , sans notes 28 . 

Cette énumération a peut-être été longue. Elle a de l'intérêt à plus 
d'un titre. Elle nous fait comme assister aux ordres contradictoires et 
aux pressions que doivent subir tous ceux qui, en pays occupés, occupent 
la moindre responsabilité, civile et militaire. La plupart de ces braves 
gens, incités sans doute par une propagande fort active, prirent parti 
pour ce qu'ils pouvaient croire une orientation nouvelle de leur vie 
sociale — on ne parlait pas encore de politique dans la colonie des bords 
du Saint-Laurent. Les événements leur donnèrent tort. Le châtiment fut 
quelquefois terrible 29 . Mais en se résignant, forcément, à leur sort de 
vaincus, ils transmirent à leurs descendants l'esprit de lutte et de reven- 
dication, qui devait finir par amener au pays, quelque soixante-quinze 
ans plus tard, (1848) le plein épanouissement des libertés constitution- 
nelles, juridiques et parlementaires, sans quoi il n'est pas de démocratie 
politique véritable. 



28 — J. -Edmond Roy, "Histoire ... de Lauzon", op. cit., III, p. 65. 
29 — J. -Edmond Roy, "Histoire ... de Lauzon", op. cit., III, pp. 67, 70-73, 
Verreau, "Invasion du Canada, Journal de Sanguinet", op. cit., pp. 
145-146, 155. 



BIBLIOGRAPHIE 



HISTOIRE DU CANADA 



GUERRE DE 1775 



Compilation par Marguerite Mercier 

de la 
Bibliothèque Saint-Sulpice, Montréal 



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Illus. 

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BURGOYNE (Lt.-Gen. John). — The Substance of General Burgoyne's 
Speeches, on Mr. Vyner's Motion, on the 26th of May; and upon 
Mr. Hartley's Motion, on the 28th of May, 1778. With an ap- 
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goyne, &c. London, 1778. 

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68 BULLETIN DE LA SOCIETE HISTORIQUE 



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70 BULLETIN DE LA SOCIETE HISTORIQUE 

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LEMOINE (Sir J. M.).— The Assault of Brigadier-General Richard 
Montgomery and Colonel Benedict Arnold on Québec in 1775... 
(In Mémoires de la Société Royale du Canada. 2e série, 1899-1900, 
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A Letter to Lieut. Gen. Burgoyne on his Letter to his Constituents. 
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[LONGCHAMPS (Abbé P. de)]. — Histoire impartiale des événements 
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LOVELL (Edward J.). — The Hessians and the other german auxiliaries 
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command of Col. Benedict Arnold, in the year 1775. New York, 
1864. portr. 

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Narration authentique de l'échange des prisonniers faits aux Cèdres 
pendant la guerre américaine de 1775, traduit de l'anglais par 
MARCEL ETHIER. Montréal, 1873. 

PAUSCH (Captain Georges). — Journal of Captain Pausch, Chief of 
the Hanau Artillery during the Burgoyne Campaign. Translated 
and Annotated by William L. STONE. Introduction by Edward J. 
LOWELL. Albany, N.Y., Joël Munsell's Sons, 1886. vi-185p. 
front, (portr.) illus. 23cm. (Munsell's Historical Séries, No. 14). 

PRICE (David). — Observations on the nature of civil liberty, the prin- 
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America. . . New éd. London, 1776. 

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London, 1779. 



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INDEX DES NOMS DE PERSONNES * 



ALLAIRE, le major Pierre, 55 
ALLAN, Ethan, 51, 59 
ALLARD, !e capitaine Jacques, 54 
ALLE, Augustin, (le père), 61 
ARCAND, !e lieutenant Pierre-Joseph, 

57 
ARNOLD, Benedict, 51, 52, 59, 60 
ASSELIN, Jean, 56 
AUBERT de GASPE, 63 
AUBIN, Louis, 57 
AUDETTE-LAPOINTE, Laurent, 56 
AUDY-LAPOINTE, Guillaume, 56 
AYOT, François, 65 
AYOT, Guillaume, 65 
AYOT, le capitaine Pierre, 53, 61, 62, 

63, 65 
BABY, 51, 54, 59, 65, 66 
BABY, Pierre, 53 
BACON, le capitaine Eustache, 55 
BAILLY [de MESSEIN], Messire,- 62 
BARIBEAU, Je lieutenant Pierre, 58 
BARONNET, Ph., 57 
BAZIN, Jean, 62 
BEAUCHE-MORANCY, le capitaine 

Basile, 55 
BEAUDET, le bailli J.-B., 59 
BEAUDET, Joseph, 59 
BEAUDET, Michel, 59 
BEAUDOIN, Grosville, 58 
BEAUGIS, le capitaine Louis, 61, 62 
BEAUJEU, M. de, 62 
BEAULIEU, le lieutenant Joseph, 65 
BEAULIEU, Nicolas, 65 
BEGIN, le lieutenant J.-B., 61 
BELOUIN, Joseph, 56 
BELLERIVE, v. Crevier 
BERGERON, Michel, 59 
BERNIER, le capitaine Augustin, 63 
BERNIER, Benony, 63 
BERTRAND, le lieutenant Guillaume, 

59 
BINET, 55 
BLAIS, Augustin, 62 
BLAIS, J.-B., 62 
BLAIS, Michel (le père), 60-63 
BLAIS, Michel (le fils), 62 



BLANCHET, le capitaine Jean, 62 
BLONDEAU, Germain, 62 
BLONDIN, 62 
BLONDIN, Riverin, 64 
BLOUIN, le capitaine Joseph, 56 
BOHAY, Jean, 65 
BOILEAU, Joseph, 65 
BOILEAU, le lieutenant Pierre, 53 
BQNNIER, Joseph, 59 
BOUCHARD, le capitaine Pierre, 61 
BOUCHER, le lieutenant Joseph, 65 
BOUCHER, l'aide-major Pierre, 65 
BOULANGER, Joseph, officier, 63 
BOULAY, E., 64 

BOURQUE, le lieutenant François, 59 
BOVEY, Wilfrid, 51 
BRETON, François, 54 
BRIAND, Mgr, 51, 52 
BRINDAMOUR, le capitaine, 53 
BRISSET, le capitaine Charles, 54, 59 
BRISSON, le capitaine Augustin, 59 
BUSSIERE, le bailli Louis, 60 
BUTEAU, le capitaine Pierre, 62 
CALVET, Pierre du, 53 
CAMPAGNAT, 58 
CANTIN, Charles, 55 
CARIGNAN, le lieutenant Claude, 58 
CARIGNAN, François, 59 
CARIGNAN, J.-B., 59 
CARLETON, 52, 55, 57, 58, 65 
CARON du PLAQUET CHEVALIER, 
55 

CARON, le capitaine François-Xavier, 
63 

CARON, Laurent, 63 

CARPENTIER, le P., 54 

CARRIERE, F., 61 

CARROLL, [Charles], 52 

CARROLL, John, 52, 54 

CAZEAU, François (seigneur de La- 
colle), 53 

CHABOT, Antoine, 56 

CHABOT, Augustin, 57 

CHABOT, François, 56 

CHAMPAGNE, Joseph, 60 



1 — Compilation de Mlle Françoise Savard. 



INDEX DES NOMS DE PERSONNES 



73 



CHANDONNET, le capitaine Charles, 

59 
CHARLAND, 54 

CHARTIER, le lieutenant Jean, 58 
CHASE, 52 
CHASSON, 62 
CHATEAUNEUF, le lieutenant J.-B., 

58 
CHATIGNY, 56 
CHATILLY, 61 
CHAUREST, Pierre, 56 
CHOREL D'ORVILLIER, le capitaine, 

58 
CHOUINARD, le capitaine Julien, 63 
CHRETIEN, Antoine, 65 
CHRETIEN, F. 64 

CHRETIEN, le capitaine François, 62 
CLOUTIER, Prisque, 60 
CLOUTIER, ZACHARIE, 55 
CORBIN, le curé, 55 
CORMIER-PEROT, le capitaine Pierre, 

59 
CORRIVEAU, Joseph, 61 
COTE, le capitaine François, 57 
COTE, le capitaine Joseph, 63 
COUILLARD-DESPRES, l'abbé, 62 
COULOMBE, Louis, 56 
COUPLAND, R., 51 
COURVILLE, Joseph, 59 
COUTURE, Ignace, 61 
COUTURE-BELLERIVE, le capitaine 

Joseph, 61 
CREVIER,BELLERIVE, le lieutenant, 

58 
DAGNEAU de LA SAUSSAYE, 

Charlotte, 53 
DALLAIRE, Etienne, 56 
DEMERS, le juge Philippe, 53 
DESCHAINE, veuve Pierre, 65 
DESDEVENS, le capitaine Maurice, 57 
DESEIN-SAINT-PIERRE, Jean, 62 
DESILETS, le lieutenant Antoine, 59 
DESROSIERS, Joseph, 63 
DE VEAU, 58 
DION, J.-B., 63 
DIONNE, Augustin, 65 
DIONNE, le capitaine Alexandre, 65 
DIONNE, le lieutenant Germain, 53, 

64, 65 
DIONNE, Joseph, notaire, 64, 65 



DORE, le capitaine Louis, 53 

DORVAL, le père, 58 

DORVAL, le bailli Michel, 58 

DOYON, Prisque, 60 

DROLET, Pierre, 54 

DROUIN-LEMAINE, 56 

DUBE, Basile, 65 

DUBE, Pierre, 63 

DUBERGER, le chirurgien, 62 

DUBUC, Romain, 7 

DUCHESNAY, le seigneur, 63 

DUFRESNE, le capitaine Marc, 56 

DUMAS, Joseph, 62 

DUMERGUE, le sieur, 60 

DUPLESSIS, Germain (le fils), 65 

DUPRAS, 55 

DUQUET, le capitaine Joseph, 59 

DUVAL, Louis, 56 

ESGLY, Mgr d\ 56 

FALARDEAU, François, 55 

FAUTEUX, Aegidius, 51, 52, 54, 65 

FERLAND, Louis, 56 

FERRE, 64 

FEUILLETEAU, le capitaine Joseph, 

59 
FLOQUET, le P., 54 
FONTAINE, le lieutenant Louis, 62 
FORGUES, Michel, 57 
FORTIER, Joseph, 56 
FORTIN, Denis, 63 
FORTIN, Philippe, 63 
FORTIN, René, 63 
FOURNIER, Augustin, 65 
FOURNIER, le capitaine Guillaume, 63 
FOURNIER, le lieutenant Louis, 63 
FOURNIER, Thomas, 63 
FRANKLIN, Benjamin, 52 
FRECHET, Denis, 60 
FREGEAU, 63 

FRIGON, le lieutenant Pierre, 58 
GABOURY, la veuve, 57, 61 
GAGNE, 65 
GAGNE, Pierre, 56 
GAGNON, le capitaine François, 65 
GALARNEAU, 55 
GARNEAU, 55 
GARNEAU, le fermier, 54 
GAUTHIER, 55 
GAUTHIER, Joseph, 57 
GAUVIN, Louis, 64 



74 



BULLETIN DE LA SOCIETE HISTORIQUE 



GENEST-LABARRE, le capitaine Lau- 
rent, 56 

GERMAIN, François, 57 

GERVAIS, 65 

GERVAIS, le lieutenant Joseph, 62 

GIBAUT, l'abbé Pierre, 54 

GIGUERE, Chrétien, 55 

GINGRAS, le capitaine Augustin, 57 

GIROIRE (GIROUARD), Joseph, 59 

GIROUX, 55 

GOBEIL, Antoine, 56 

GOFORTH, 58 

GONTHIER, le capitaine Louis-Ber- 
nard, 61 

GOSSELIN, Clément, 53, 61-64 

GOSSELIN, Jean, 61 

GOSSELIN, Joseph, 61 

GOSSELIN, Louis, 53, 64, 65 

GOUDREAU, Isaac, 57 

GOUIN, le capitaine Louis, 58, 59 

GOULET, Jean, 57 

GOULET, Joseph, 57 

GOULET, le capitaine Louis, 55 

GRAMMONT, le lieutenant Jean, 58 

GRANDCHAMP-CORNEILLIER, J.-B., 
55 

GRAVE, l'abbé, 55 

GRAVEL, 55 

GRAVEL, Pierre, 55 

GRIFFARD, 62 

GRONDIN, le sergent Louis, 59 

GUAY, Charles, 61 

GUAY, J. (le fils), 61 

HALLE, v. ALLE 

HAMEL, le bailli J.-B., 59 

HAMEL, Kostka, 57 

HAMEL, le sergent Louis, 59 

HAZEN, le général Moses (seigneur 
de Bleury-Sud), 53 

HEMON, le capitaine Jean, 56 

HEMON, Louis, 56 

HEMON, Michel, 56 

HOULE, Gervais, 60 

HUET de LA VALINIERE, 54 

JOBIN, Louis-Joseph, 55 

JOLIN, 61 

LABBE, Jean, 56 

LACHARITE, Joseph, 62 

LACORNE de SAINT-LUC, le 
seigneur, 54 



LACOURCIERE, le capitaine Antoine, 

58 
LACOUTURE, 54 
LACROIX, Augustin, 55 
LACROIX, le capitaine J.-B., 58 
LACROIX, Jacques, 58 
LAFOND, J.-B., 59 
LAFRAMBOISE, le capitaine, 53 
LAGACE, Bazil, 65 
GAGACE, C, 64 
GAGACE, Charles, 64 
LA GORGENDIERE, les de, 60 
LAINE, le lieutenant Michel, 65 
LAMARRE, Antoine, 63 
LAMBERT, le capitaine Joseph, 60, 61 
LANCTOT, Gustave, 51 
LANGEVIN, le lieutenant, 61 
L ANGLAIS, Gabriel, 56 
LANGLOIS, le meunier, 64 
LANGLOIS, Joseph, 56 
LANGLOIS, Louis 65 
LANGLOIS, le capitaine Pierre, 57 
LANOUETTE, le capitaine Joseph, 58 
LAPLANCHE, Noël, 62 
LAPOINTE, Prisque, 57 
L'ARCHE, 55 
LAROCHE, Jean, 59 
LAROCHE, Michel, 59 
LAROSE, le capitaine, 53 
LAROSE, le capitaine Guillaume, 57 
LAURENT, LAVAL, 51, 54 
LA VALINIERE, v. HUET 
LEBRUN, J.-B., (avocat), 63 
LECLAIR, François, 61 
LECLAIR, le capitaine François, 56 
LECLAIR, François, 63 
LECLAIR, Jean, 57 
LECLAIR, Louis, 56 
LECOMTE, le capitaine Nicolas, 55 
LECOURS, Ambroise, 61 
LECOURS, B., 61 
LECUYER, le commissaire, 59 
LEDUC, J.-B., 58 
LEFEBVRE, Geneviève, 60 
LEGOUIS, Jean, 63 
LEMAY, Ignace, 59 
LEMONDE, le colonel Joseph, 63 
LEPAGE, 61 
LEPAGE, Pierre, 61 
LEPRINCE, Timothée, 59 



INDEX DES NOMS DE PERSONNES 



75 



LEREAU (L'HEUREUX), Joseph, 56 
LESPERANCE, le capitaine, 55 
LESSARD, le capitaine Bonaventure, 

55 
LESSARD, le capitaine François, 60 
LESSARD, le It François, 60 
LEVASSEUR, M.-A., 65 
LEVASSEUR, le capitaine Joseph, 59 
LEVESQUE, Nicolas-Charles, 63 
LIEBER, le capitaine, 53, 54 
LISOTTE, 54 

LIVINGSTON, James, 53, 54 
LOISEAU, le capitaine Augustin, 53 
LONVAL, le lieutenant Charles, 53 
MAHEUX, 55 

MAILHOT, le lieutenant Joseph, 59 
MAILHOT, Nicolas, 59 
MAILHOT, Valentin, 59 
MALLET, le major Edmond, 53 
MARCEAU, Augustin, 56 
MARCEAU, Jean, 56 
MARCHAND, le capitaine Alexis, 58 
MARCOUX, André, 55 
MARCOUX, Louis, 60 
MARTIN, Joseph, 57 
MASSICOTE, E.-Z., 50 
MENARD, 54 
MERCIER, 55 
MERCIER, Julien, 61 
MERCIER, Marguerite, 50 
MERLET, le capitaine, 53 
METZGER, Charles-H., 51 
MICHAUD, le capitaine Benjamin, 65 
MONTGOMERY, 51-53 
MONTIGNY, François, 56 
MONTIGNY, Michel, 56 
MONTY, Ernest, 64 
MONTY, le lieutenant François, 53 
MONTY, Marie Boileau, 65 
MOREAU, Louis, 65 
MORENCY, le lieutenant Joseph, 62 
MORIN, le lieutenant Augustin, 62 
MORIN, le bailli Français, 60 
MORIN, Moïse, 62 
MORIN, le capitaine Pierre, 62 
MURRAY, le gouverneur, 57 
NADEAU, 65 
NADEAU, François, 60 
NADEAU, Dr Gabriel, 53 
NOËL, Marguerite, 57 



NOLET, 56 

NOLIN, J.-B., 56 

NORMANDIN, le lieutenant Louis, 59 

OLIVIER, le lieutenant Laurent, 53 

OLLIVIER, Victor, officier, 63 

ORVILLIER d', v. CHOREL 

OUELLET, le lieutenant Joseph, 63, 64 

OUIMET, Charlotte, 53 

PAGE, le capitaine Joseph-Etienne, 57 

PAQUIN, le capitaine Nicolas, 51 

PARADIS, Joseph, 56 

PARADIS, le bailli Louis, 60 

PARE, le capitaine Jean, 55 

PARE, Louis, 60 

PARENT, le capitaine Etienne, 60 

PARENT, Jacques, 60 

PARENT, le capitaine Pierre, 65 

PASQUET, le bonhomme, 64, 65 

PAULET, Charles, 56 

PAULIN, le capitaine Antoine, 53 

PELISSIER, 54 

PELLETIER, le capitaine François, 63 

PELLETIER, J.-B., 64 

PELLETIER, Jacques, 63 

PEPIN-MAJOR, Louis, 56 

PETITCLERC, A., 57 

PICARD, J.-B., officier, 63 

PIGNAN, 57 

PIGUE, Pierre, 58 

PLAMONDON, les (père et fils), 54 

PLANTE, Jean, 56 

PLANTE, le lieutenant Joseph, 56 

PLAQUET CHEVALIER, v. Caron 

PLESSIS, Mgr, 51 

POLIQUIN, 61 

PREMONT, 56 

PRICE, James, 53 

PROVENCHER, Charles, 59 

QUIMPER, P., 64 

RACICOT, F., 53 

RACINE, Noël (le père), 61 

RAINVILLE, 54 

RAMPENE, 58 

REED, A. Peltier, 53 

REIGNE DU ROUSSY, le lt-colonel, 

55, 56 
RICHARD, 63 
RICHARD, François, 61 
ROBICHAUD, le capitaine Jacques, 53 
ROCHELEAU-ROULEAU, Corinne, 53 



76 



BULLETIN DE LA SOCIETE HISTORIQUE 



ROUSSEAU, le capitaine Louis- 
Jacques, 59 

ROUTHIER, Louis, 57 

ROY, le capitaine et premier bailli, 
J.-B., 61 

ROY, J. -Edmond, 60, 62, 63, 65, 66 

ROY-LAUZIER, le capitaine Augustin, 
64 

SAINT-CYR, Pierre, 58 

SAINT-JEAN, Jean, 64 

SAINT-PIERRE, le capitaine, 53 

SAINT-PIERRE, Basile, 63 

SAINT-PIERRE, T., 56 

SAMSON, le capitaine Joseph, 61 

SHOTWELL, 51 

SIEGFRIED, André, 50 

SIMARD, Augustin, 55 

SIMARD, le lieutenant Guillaume, 56 

SIVADIER, Ignace, 56 

SOUCY, le lieutenant Joseph, 64 

SULLIVAN, 52 

TAILLON, 62 

TAILLON, Charles, 55 

TANGUAY, 60 

TASCHEREAU, 51, 54, 59, 60 



THIBAULT, le capitaine Louis, 63 
THIVIERGE, Jean-Marie, 56 
THIVIERGE, le lieutenant Laurent, 56 
THOMPSON, 52 
TONNANCOUR, le sieur de, 57 
TOURIGNY, François, 59 
TOURIGNY, Joseph, 59 
TOURIGNY, Laurent, 59 
TOUSIGNAN, J.-B., 59 
TOUSIGNAN, J.-B., 59 
TRAVERSY, le capitaine François, 57 
TREPANIER, Jean, 55 
TROTTIER, Antoine, 59 
TROTTIER, Augustin, 59 
TROTTIER, Louis, 57 
TRUDEL, François, 58 
VALLEE, le lieutenant Jean, 55 
VALLIER-BOUTIN, le lieutenant 

Jean, 61 
VERREAU, Iabbé H.-A., 54, 58, 66 
VEZINA, Augustin, 57 
VIOLA, le capitaine Pierre, 59 
VIVIER, le sergent Joseph, 58 
WALKER, Thomas, 53, 54 
WILLIAMS, 51, 54, 59, 65, 66 
WOOSTER, le général, 52 



LA LITTERATURE FRANÇAISE DE NOUVELLE-ANGLETERRE 

APPRECIATION 

par Lienne Tétrault* 
(de Putnam, Connecticut) 

Soeur Marie-Carmel Therriault, S. M., docteur es lettres, faisait 
paraître en 1946 un ouvrage qui avait pour titre: "La Littérature fran- 
çaise de Nouvelle-Angleterre".** A la fin de la lecture de ce livre on 
se demande si le sujet vaut bien tout le travail, les recherches et les 
ennuis que comporte toute thèse et surtout celle-ci. Si seule la valeur 
de nos écrivains était en jeu! Ce qu'il faut voir dans ce travail c'est le 
désir intense de cueillir là où elles sont tombées les miettes qui nous ont 
été laissées ou qui nous arrivent lentement maintenant. C'est une mani- 
festation nouvelle de notre élément; c'est en quelque sorte un inventaire 
de "notre succession" et qui mettrait en face l'avoir et la perte. Notre 
fonds, notre stock, dans cette entreprise, est-il suffisant et le fait-on va- 
loir convenablement? Devons-nous continuer les lignes établies ou fau- 
drait-il ajouter quelque chose de nouveau. Quoi? L"éducation? Enfin 
le travail de Soeur Marie-Carmel est arrivé à point. 

Il est dit dans la préface que "le travail de Soeur Marie-Carmel se 
îecommande par son excellence et son originalité" et qu'il "lui a coûté 
de longues recherches et beaucoup de labeur". Parfaitement. Par ail- 
leurs tous les candidats qui entreprennent d'écrire une thèse n'ont pas 
toujours le fonds de connaissances qui leur permettent d'organiser leur 
travail et aussi et surtout l'expression facile qui émane d'une langue 
bien nourrie. Une étudiante doublée d'une religieuse s'attache au labeur 
sans relâche et réussit à lui faire rendre son meilleur fruit; voilà Soeur 
Marie-Carmel. 

D'abord l'auteur a travaillé sous la direction d'un Français . . . mais 
un Français qui connaît les Canadiens et les Franco-Américains. M. 
Viatte habite Québec depuis plusieurs années et s'est intéressé à tout ce 
qui nous concerne. Il est sympathique sans 'patronage'; mais il a su 
exiger le meilleur de son élève. Ainsi assise il était tout indiqué que 
l'oeuvre de Soeur Marie-Carmel serait un travail de perfection. 

Quoique presque toutes les thèses ou articles écrits sur une phase 
ou une autre du "sujet des sujets", les Franco-Américains, débutent par 
un chapitre ou deux sur leurs "origines", la plupart parlent des Acadiens 
et de leur apport très sommairement. Heureusement notre auteur tout 
en recueillant ce qui a été dit souvent, mais moins bien, par les autres 
faiseurs de thèses, s'étend longuement sur l'émigration acadienne; sur 
la souffrance et le déportement inique de cette population qui n'avait 
fait de mal à personne. Voilà bien un point d'originalité. 



* Mlle Tétreault est docteur de l'Université de Paris. Elle a écrit un livre, 
paru à Marseille en 1935, qui a pour titre: "Le Rôle de la presse dans l'évolution 
du peuple franco-américain de la Nouvelle-Angleterre". 

Un vol., 325 pages. Chez Fides, 25 est, rue Saint-Jacques, Montréal. 



78 BULLETIN DE LA SOCIETE HISTORIQUE 



En parcourant l'ouvrage de Soeur Marie-Carmel on est souvent 
arrêté par une idée ou un commentaire. Dans une thèse l'auteur n'est 
pas appelé à commenter ou à dire sa pensée propre mais plutôt de rap- 
porter ce qui a été écrit du sujet qu'il traite. Souvent les auteurs avaient 
fait de la "petite histoire" en "prenant leur bien où ils le trouvaient sans 
changer beaucoup au texte". Mais Soeur Marie-Carmel ne se contente 
pas toujours de rapporter: elle y met du sien. Ici et là parmi ses com- 
mentaires nous trouvons des points à relever, des questions à poser et à 
discuter avec l'auteur. Par exemple à la page 41 elle dit: "Ils auraient 
dû se garder dès leur arrivée de l'emploi de vocables anglais". Bien 
sûr. Mais quoi! Ils étaient de pauvres terriens ne possédant qu'un voca- 
bulaire français très limité. Et qu'avaient-ils à lire en français? Et 
avait-on encouragé le peuple à lire au Québec? "A être quelque chose?" 
Dans le pays nouveau qui pouvait les aider à trouver le mot convenable? 
D'ailleurs, n'étant pas Anglo-Saxons, il était naturel d'apprendre ou 
d'essayer d'apprendre une autre langue; de nouveaux mots . . . mais en 
les francisant. Ce qui est peut-être mieux que ce que font nos cousins 
Français. 

Que devons-nous penser de ces écrivains français qui bourrent leurs 
livres de mots anglais par pur plaisir, car eux ne manquent pas de con- 
naissances et de vocabulaire, et à tel point qu'il faut connaître les deux 
langues pour les comprendre. Marc Chadourne dans "La Clé perdue", 
(page 36 de la "Revue de Paris" de janvier 1947), dans cinq lignes, 
trouve moyen de se servir d'autant de mots anglais; cottages; bunga- 
lows; keepsake (des bungalows genre keepsake, qu'est-ce que cela peut 
bien vouloir dire?); beyond the track (sic) (qui n'est pas tout à fait ça 
non plus); living-room; very asiatic; Christmas pageant; Christmas 
Carrols (2 r) etc. et encore et encore. C'est une espèce de gageure où 
l'auteur se plaît à faire passer ce qu'il sait de la langue américaine. Est- 
ce à dire que Marc Chadourne ne sait pas le français? Il veut épater le 
bourgeois tandis que nos gens, sachant peu ou pas du tout la langue 
française et de "lettres n'ayant. . ." rien, parlent ainsi par nécessité. Une 
amie française de Boston n'en faisait jamais d'autres; "Je joompe dans 
un taxi et je dis au driver, "allons, vite. Let's go!" Vous pensez: 
"driver" quand le mot chauffeur est de sa maison! 

Les Franco-Américains sont peut-être plus tenaces que les Français 
en ceci. On ira chercher un mot anglais et on lui donnera une petite 
tournure française qui chatouille; j'ai ouatché; elle weavait; il l'avait 
buttonholé etc. etc. 

Mais que faire, on se demande? Voilà. Si un écrivain franco- 
américain arrive difficilement à trouver le temps de se perfectionner, 
comment plus difficile cela ne doit-il pas être pour le simple citoyen 
qui sait à peine lire. 

Et de cette tirade sur la langue nous passons tout naturellement à 
"l'affaire" Alliance Française. A la page 73 l'auteur constate que "d'une 
façon générale, il y a beaucoup plus d'Américains ou d'Anglo-Cana- 
diens que de Franco-Américains ou Canadiens-Français parmi les mem- 
bres." Bien sûr. D'abord l'Alliance, c'est la coqueluche des Américains; 
cela les distingue, et de "façon générale" les membres se recrutent sur- 



APPRECIATION 79 



tout dans les familles riches et qui ont quelque loisir. Ils deviennent en 
quelque sorte "patrons" de la culture et de tout ce que représente la 
langue française. C'est tout comme se jeter corps et âme dans la pro- 
tection des arts. On voit des millionnaires qui collectionnent des objets 
d'art, peintures et autres. La langue et la littérature française remplacent 
les peintures ou les bibelots; c'est un bon exemple à donner à sa ville. 
Par ailleurs, c'était bien l'idée des Français de s'attacher autant de per- 
sonnes de cette classe que possible car leur cause en profitait. Nous qui 
comprenions déjà la langue, "qu'allions-nous faire dans cette galère"? 
Et les Franco-Américains ne tiennent pas à devenir membres d'une or- 
ganisation qui souvent s'abîme dans le snobisme. Longtemps avant l'Al- 
liance, les Francos avaient leurs conférences et applaudissaient le con- 
férencier chaleureusement. A Southbridge, lorsque le conférencier était 
Français, il y avait toujours un ou deux Américains qui se faufilaient 
dans la salle pour entendre du Parisian French. Ils étaient toujours 
étonnés de voir que les Franco-Américains comprenaient au point de 
rire au bon endroit. 

La question se pose maintenant: sommes-nous rendus au point où 
l'Alliance nous serait tout à fait utile? Dans certains endroits, ainsi que 
le souligne Soeur Marie-Carmel, l'élément franco-américain a remplacé 
ces familles à l'aise dont nous avons parlé plus haut; dans ces villes les 
Franco-Américains dirigent l'Alliance. L'Alliance peut conserver ce qui 
nous reste de notre héritage français. C'est dans un groupe comme celui- 
là qu'il faudrait discuter la thèse de Soeur Marie-Carmel. 

Nous avons trouvé tant de choses amusantes et différentes dans 
cette thèse qu'il faudrait écrire trop longuement pour les passer toutes 
en revue: tant de questions à poser aussi. Par exemple, on pourrait 
demander pourquoi l'histoire de "Jack and the Beanstalk" viendrait des 
pays de langue anglaise. Est-ce à dire que les pays de langue anglaise 
ont produit des auteurs qui brodent ou fardent la vérité? 

Tout doucement et avec le geste d'un grand seigneur l'auteur donne 
l'accolade aux poètes franco-américains. Plus de M. Dantin, Dr. Roy 
etc.; mais simplement Dantin, Girouard, Roy, Dion. Ainsi l'auteur 
ouvre la porte à nos poètes et il n'en tient qu'à eux de pénétrer dans 
cette demeure d'intellectuels, le Parnasse. 

Soeur Marie-Carmel voit juste et a un goût excellent, il va sans 
dire; mais ses notes prouvent non seulement ce bon goût mais aussi son 
pouvoir d'organisation. Examinez ces notes: ce sont de petits bijoux 
qui font ressortir comme une fleur la valeur de la page. 

Les "anciens" se souviendront sans doute de l'incident suivant. Il y 
avait un curieux de type du nom de Louis Bonin (nous n'avons pas 
l'intention d'en faire un poète, croyez bien) qui passait de porte en 
porte et offrait son oeuvre, un petit livret de 29 pages et qui portait 
le titre de "Le Petit Livre de Trois Voyageurs". Il en était l'auteur. Prix 
30 centimes. Willimantic, Conn. 1878. Cet homme était d'un sérieux! 
Enfin il en avait disposé de 500 qu'il avait fait imprimer à ses dépens, 
va sans dire. Soeur Marie-Carmel se plaint de ce que nous n'avons pas 
d'auteurs ou peu qui aient écrit pour amuser et faire rire. Louis Bonin 



80 BULLETIN DE LA SOCIETE HISTORIQUE 

n'est ni auteur ni comique; c'est-à-dire, il n'avait pas l'intention de faire 
rire, mais nous ne pouvons faire autrement. 

Donc on laissait Louis Bonin vivre dans son rêve; on lui payait 30 
"centimes" pour lui faire plaisir. Cette oeuvre de Louis Bonin n'est pas 
de la littérature et n'a pas sa place parmi les écrits de nos auteurs 
franco-américains; mais cet épisode nous a fait changer d'opinion au 
sujet du caractère franco-américain. Nous citions dans notre thèse "La 
Justice" de Holyoke du 24 janvier 1935. Aujourd'hui il nous semble 
que le Canadien aussi bien que le Franco-Américain est généreux et 
charitable. . . autant que son voisin. Lorsqu'on voit quelqu'un dans la 
détresse ou frappé de maladie, on accourt. Nos gens ne sont pas politi- 
ciens; ils ne savent pas faire valoir leur travail et le monde souvent ne 
sait pas ce qu'ils font pour le prochain ni ce qu'ils donnent. Assez sou- 
vent la jalousie se trouve là où l'instruction bornée est venue gâter le 
naturel. Et, en fin de compte, est-ce que la jalousie ne se trouve pas 
surtout chez les gens de profession de toutes les nationalités? . . . Voyez 
les médecins; les professeurs, etc. 

Nous avons voulu parler du cas de Bonin parce qu'il nous semble 
que c'est une marque que nous nous entr'aidons, quoiqu'en dise "La 
Justice" ou Soeur Marie-Carmel à la page 125. N'était-il pas charitab'e 
d'aider ce pauvre hère à continuer son rêve? Il y avait bien un peu de 
malice, mais le sel est nécessaire à la vie. 

Inutile de passer plus de temps sur ces différents points de dis- 
cussion, car il faudrait en passer davantage à louer l'oeuvre de Soeur 
Marie-Carmel. L'auteur soupèse le travail de chaque écrivain, cite les 
commentaires et les critiques de tous ceux qui ont de l'autorité et termine 
en donnant une appréciation juste de chaque auteur. Elle constate la 
pauvreté de la littérature franco-américaine et aussi que nous n'avons 
pas d'écrivains professionnels. Peut-être surgira-t-il maintenant de jeu- 
nes écrivains qui nous donneront des ouvrages d'imagination, puisque 
Hollywood a su reconnaître le roman d'une jeune Canadienne-Française. 

Cette thèse est un livre auquel nous retournerons souvent, car elle 
déborde de renseignements précieux. Mais en plus, ce qui n'est pas tou- 
jours le cas, c'est une thèse qui se lit facilement et avec plaisir. Il fau- 
drait que Soeur Marie-Carmel se remît à la tâche et nous donnât un 
autre ouvrage. Celui-là sur un sujet de la petite histoire. 



RAPPORTS DES REUNIONS 



Réunion du Bureau, 31 mars 1946, au presbytère Sainte-Marie de 
Marlboro. Présidence de Me Eugène-L. Jalbert, vice-président de la 
Société. 

Sont présents: MM. Eugène-L. Jalbert, vice-président; le juge Ar- 
tbur-L. Eno, trésorier; Gabriel Nadeau, secrétaire; Wilfrid Beaulieu, 
secrétaire adjoint; Wilfrid-R. Delaney, Antoine Dumouchel, Louis-P. 
Clapin, Rodolphe Carrier, Joseph Lussier et Antoine Clément, con- 
seillers. 

La réunion générale est fixée au 22 mai et Mgr Georges Chevrot, 
de Paris, prédicateur du carême à Notre-Dame de Montréal, sera le 
conférencier. Les archives de la Société ont été jusqu'ici conservées dans 
des cahiers, des boîtes et des cartons. Il est décidé d'en faire le classe- 
ment et de les déposer dans un classeur de métal. 



Réunion générale, 22 mai 1946, à l'hôtel Vendôme de Boston. Prési- 
dence du Dr Ubalde Paquin, président de la Société. 

Nombre des membres et des invités présents: 121. Invités d'hon- 
neur: M. Albert Chambon, consul de France, Mme Chambon et M. 
Louis-J.-A. Mercier. 

Présentation du conférencier par Me Eugène-L. Jalbert. 

Conférence de Mgr Georges Chevrot sur le "Renouveau catholique 
en France". (Voir appendice I). 

Remerciement du conférencier par l'abbé Adrien Verrette. (L'allo- 
cution, de M. Verrette a paru dans la "Vie franco-américaine", 1946, 
283-285). 

M. l'abbé William-E. Drapeau, curé de Lynn, prononce l'éloge de 
l'abbé Charles- A. Cordier, décédé en janvier 1946. M. Joseph Lussier 
prononce celui du Dr Joseph-N. Roy de Webster, Mass., décédé le 17 
mars 1946, et celui de l'avocat Télesphore Leboeuf, de Webster aussi, 
décédé le 18 avril 1946. (Voir appendices II et III). 

Mgr Chevrot et M. Albert Chambon sont élus membres honoraires 
de la Société. 

Sont élus membres titulaires: 
M. J. -Edmond Boucher, 42, rue Sargent, Cambridge, Mass. 
M. le Dr O.-E. Caron, 51, rue Zellwood, Nashua, N.-H. 
M. l'abbé J.-H. Cormier, 10, rue Bridge, Rochester, N.-H. 
M. Maxime Daigle, 235, rue River, Waltham, Mass. 

M. l'abbé Arthur-J. Dufour, 378, rue Notre-Dame, Manchester, N.-H. 
M. l'abbé Eugène Dumas, Ashland, New-Hampshire. 
M. le Dr Maurice-H. Dumas, 22, rue Raymond, Nashua, N.-H. 
M. le Dr Ulysse Forget, 600, rue Main, Warren, R.-I. 
M. l'abbé Albert Gagnon, 76, rue Whitney, Nashua, N.-H. 
M. Arthur- W. Héroux, 27, rue Ledge, Central Falls, R.-I. 
M. Charles Lamontagne, 121, rue Lafayette, Salem, Mass. 
M. le Dr Zenon Lavoie, 1061, rue Elm, Manchester, N.-H. 
M. Louis-G. Leblanc, 67, rue Summit, Waltham, Mass. 
Le R. P. Armand Morrissette, O.M.I., 725, rue Merrimack, Lowell. 
M. Robert- J. Tousignant, rue Lakeview, Lowell, Mass. 
M. l'abbé Antonio- J. Vigeant, 221, rue West Sixth, Lowell. 



82 BULLETIN DE LA SOCIETE HISTORIQUE 



Réunion du Bureau, automne 1946. 

Il n'y a pas eu de réunion du Bureau. 



Réunion générale, 27 novembre 1946, à l'hôtel Vendôme de Boston. 
Présidence du Dr Ubalde Paquin, président de la Société. 

Nombre des membres et des invités présents: 149. Invités d'hon- 
neur: M. Henry- Wadsworth-Longfellow Dana, petit-fils du poète Long- 
fellow, Mlle Cécile Saint-Jorre, de Montréal, petite-fille du poète Pam- 
phile Lemay, M. Albert Chambon, consul de France, et Mme Chambon. 

Conférence du Frère Antoine Bernard, C.S.V., sur "Longfellow 
et son Evangéline, 1847-1947". (Cette conférence a paru dans "Vie 
française", février 1947, 268-283). 

Allocutions de M. Dana, de Mlle Cécile Saint-Jorre et du Dr 
Georges Boucher, ancien vice-président de la Société. M. Boucher a 
parlé du poète Lemay qu'il a bien connu. (Voir appendice IV). 

Le Frère Bernard et M. Dana sont élus membres honoraires. 

Sont élus membres titulaires: 
M. William Arsenault, 16, rue Clay, Cambridge, Mass. 
M. Camille Beaulieu, 19, rue Haskell, Cambridge, Mass. 
Le R. P. Wilfrid Bouvier, S.J., Boston Collège, Chestnut Hill, Boston. 
Le T.R.P. Raymond-M. Burgess, O.P., 818, rue Middle, Fall River, Mass. 
M. l'abbé René Constant, Villa Augustina, Goffstown, N.-H. 
M. Oscar-A. Côté, 39, rue Grand, Worcester, Mass. 

Le T.R.P. Wilfrid Dufault, A.A., Collège de l'Assomption, Worcester. 
Le Dr Frédéric-E. Dupré, 8, rue Germain, Worcester, Mass. 
Me Laurie-A. Ebacher, 177, rue Elm, Amesbury, Mass. 
M. Roland-N. Fontaine, 42, rue Larchmont, Dorchester, Mass. 
M. Valmore-H. Forcier, C. P. 294, Danielson, Conn. 
M. Paul-E. Fortin, 253, rue Central, Manchester, N.-H. 
M. René-G. Fortin, 253, rue Central, Manchester, N.-H. 
M. l'abbé Lionel-F. Goddu, Manchaug, Mass. 
M. le Dr Sylvio-J. Hébert, 103, rue Aider, Waltham, Mass. 
M. Gérard-L. Laroche, 12, avenue Notre-Dame, Cambridge, Mass. 
M. Hervé- J. Lemieux, 87, rue Capitol, Pawtucket, R.-I. 
M. René-J. Marcou, 930, rue Beacon, Newton Center, Mass. 
M. Charles-A. McGee, 6, rue Kilby, Worcester, Mass. 
M. Lorenzo de Nevers, 595, rue Social, Woonsocket, R.-I. 
Le R. P. Eugène Noury, O.M.I., Hudson, New-Hampshire. 
M. J. -Oscar Rocheleau, 246, rue May, Worcester, Mass. 
M. l'abbé Léon Sauvageau, Leominster, Mass. 
M. Jean-Nil Varin, 33, rue Orient, Worcester, Mass. 

Avant les élections du Bureau le Dr Ubalde Paquin fait part à 
l'assemblée dé sa décision d'abandonner la présidence de la Société. 
(Voir appendice V). Après les élections le Bureau pour 1946-1947 se 
trouve constitué ainsi: 

Me Eugène-L. Jalbert, président 

M. Joseph Lussier, vice-président 

M. le juge Arthur-L. Eno, trésorier 



RAPPORTS DES REUNIONS 83 



Le Dr Gabriel Nadeau, secrétaire 

M. Wilfrid Beaulieu, secrétaire adjoint 

M. Wilfrid-J. Mathieu, conseiller pour trois ans 

M. Hector Cormier, conseiller pour trois ans 

M. Dolard Hamel, conseiller pour trois ans 

Le Dr Wilfrid-R. Delaney, conseiller pour deux ans 

M. Louis-P. Clapin, conseiller pour deux ans 

M. l'abbé Adrien Verrette, conseiller pour deux ans 

M. Rodolphe Carrier, conseiller pour un an 

Le Dr Antoine Dumouchel, conseiller pour un an 

Le Dr Arthur-J.-B. Falcon, conseiller pour un an 



Réunion du Bureau, 30 mars 1947, à l'Association Canado-Américaine, 
Manchester, New-Hampshire. Présidence de Me Eugène-L. Jalbert, 
président de la Société. 

Sont présents: MM. Eugène-L. Jalbert, président; le juge Arthur-L. 
Eno, trésorier; Gabriel Nadeau, secrétaire; Wilfrid Beaulieu, secrétaire 
adjoint; Adrien Verrette, Wilfrid-J. Mathieu, Antoine Dumouchel, con- 
seillers. M. Adolphe Robert, président général de l'Association canado- 
américaine, assiste à la réunion à titre d'hôte. 

La réunion générale est fixée au 30 avril et le conférencier sera 
Mgr Joseph Guérin, de Paris, prédicateur du carême à Notre-Dame de 
Montréal. 

En reconnaissance des longs services rendus à la Société par le 
Dr Ubalde Paquin, ancien président, il est décidé de lui décerner la 
Grande Médaille de la Société lors de la prochaine réunion. 

Après la séance les membres sont les invités de M. Adolphe Robert 
et de M. le juge Emile Lemelin à un souper au Manchester Country 
Club. 



Réunion générale, 30 avril 1947, à l'hôtel Somerset de Boston. Prési- 
dence de Me Eugène-L. Jalbert, président de la Société. 

Nombre des membres et des invités présents: 142. Invité d'hon- 
neur: M. Albert Chambon, consul de France. 

Présentation du conférencier par Me Eugène-L. Jalbert. 

Conférence de Mgr Joseph Guérin sur un "Carême à Vienne en 
1946". (Voir appendice VI). 

Remerciement du conférencier par le P. Léon Loranger, O.M.I. 

Présentation de la Grande Médaille de la Société au Dr Ubalde 
Paquin par le président, Me Eugène-L. Jalbert, et d'une gerbe de roses 
à Mme Paquin. (Voir appendice VII). 

Eloge de l'abbé Philias-L. Jalbert, décédé le 24 novembre 1946, 
par le T. R. P. Thomas-M. Landry, O.P., et celui de M. Antonio-N. Roy, 
décédé en mars 1947, par le Dr Omer-E. Boivin. (Voir appendices 
VIII et IX). 



84 BULLETIN DE LA SOCIETE HISTORIQUE 



Mgr Joseph Guérin est élu membre d'honneur de la Société. 

Sont élus membres titulaires: 
M. Edgar-J. Brouillet, 69, rue Echo, Brockton, Mass. 
M. l'abbé Armand Dumont, 200, rue High, Somersworth, N.-H. 
M. Ulric-J. Gauthier, 254, Providence Road, Farnumsville, Mass. 
M. Edgar-A. Langlois, 1060, avenue Lansdale, Central Falls, R.-I. 
M. le Dr Léonard-J. Leblanc, 382, Massasoit Road, Worcester, Mass. 
M. le Dr Albert-L. Ménard, 81, rue Laurel, Leominster, Mass. 
M. Richard Roy, 1140, avenue Lansdale, Central Fa'ls, R.-I. 
M. le juge Elias-F. Shamon, 294, rue Washington, Boston, Mass. 



Réunion du Bureau, 28 septembre 1947, chez M. l'abbé F.-X. Larivière, 
à Marlboro. Présidence de Me Eugène-L. Jalbert. 

Sont présents: MM. Eugène-L. Jalbert, président; Arthur-L. Eno, 
trésorier; Gabriel Nadeau, secrétaire; Wilfrid-J. Mathieu, Dolard Ha- 
mel, Hector Cormier, Wilfrid-R. Delaney, Louis-P. Clapin et Antoine 
Dumouchel, conseillers. 

M. Antoine Clément, ancien secrétaire de la Société, est autorisé à 
faire paraître sous les auspices de la Société, un ouvrage qui aura pour 
titre: "Vingt-cinq ans de journalisme ou Mon grand reportage pour la 
petite histoire franco-américaine". 

Le Bureau décide d'accorder à Mme Corinne Rocheleau Rouleau, 
femme de lettres, la Grande Médaille de la Société pour l'ensemble de 
ses travaux historiques et littéraires. Cette médaille lui sera présentée 
à la prochaine réunion générale. 

Il est décidé aussi que les femmes pourront désormais faire partie 
de la Société à titre de membres titulaires. Enfin, que la cotisation, qui 
reste à $5.00, ne donnera plus droit aux deux dîners annuels. 



Réunion générale, 11 novembre 1947, à l'hôtel Statler de Boston. Pré- 
sidence de Me Eugène-L. Jalbert. 

Nombre des membres et des invités présents: 128. Invités d'hon- 
neur: M. René Cérisoles, attaché, représentant le consul de France, Mme 
Cérisoles, Mme Corinne Rocheleau Rouleau et M. William-N. Locke. 

Présentation de la Grande Médaille à Mme Corinne Rocheleau Rou- 
leau par le président. (Voir appendice X). 

Eloge de M. Euclyde-C. Paquette, décédé en septembre 1947, par 
M. Wilfrid-J. Mathieu, et celui de M. le juge Adonat-J. Demers, décédé 
le 8 octobre 1947, par M. l'avocat Valmore-M. Carignan. (Voir ap- 
pendices XI et XII). 

Conférence de M. Luc Lacoursière, professeur de l'Université Laval, 
sur "Le Folklore, patrimoine traditionnel". (Cette conférence paraîtra 
dans la prochaine livraison du Bulletin). 

Remerciement du conférencier par M. William-N. Locke, profes- 
seur de langues romanes au Massachusetts Institute of Technology. 

M. Lacoursière est élu membre honoraire de la Société. 



RAPPORTS DES REUNIONS 85 



Sont élus membres titulaires: 

Le Frère Alexandre, F.I.C., 555, avenue Eastern, Fall River, Mass. 
M. William-E. Aubuchon, 179, rue Clarendon, Fitchburg, Mass. 
M. le Dr R.-J. Cournoyer, 40, rue Cherry, Spencer, Mass. 
M. Joseph-L.-A. Genest, 15, avenue Beliingham, Everett, Mass. 
Mme Joseph-L.-A. Genest, 15, avenue Beliingham, Everett, Mass. 
M. Paul-A. Giroux, Briggs Road, Westport, Mass. 
M. Louis-M. Janelle, Second National Bank Bldg., Nashua, N.-H. 
M. René-Janson La Palme, 48, rue Fairfield, Brockton, Mass. 
M. Jean-Baptiste Lemay, 110, rue Madison, Fitchburg, Mass. 
M. le Dr Adrien-J. Lévesque, 14, rue Chester, Nashua, N.-H. 
Mlle Elise Rocheleau, 483, avenue Park, Worcester, Mass. 
M. Edmond-J. Tousignant, 117, rue Pine, Fitchburg, Mass. 

Avant les élections M. Joseph Lussier fait part à l'assemblée de sa 
décision de quitter la vice-présidence de la Société. Le Bureau pour 
1947-1948 est constitué ainsi: 

Me Eugène-L. Jalbert, président 

Le Dr Antoine Dumouchel, vice-président 

M. le juge Arthur-L. Eno, trésorier 

Le Dr Gabriel Nadeau, secrétaire 

M. Wilfrid Beaulieu, secrétaire adjoint 

Le Dr Ulysse Forget, conseiller pour trois ans 

Me Valmore-M. Carignan, conseiller pour trois ans 

M. le juge Alfred-J. Chrétien, conseiller pour trois ans 

M. Wilfrid-J. Mathieu, conseiller pour deux ans 

M. Hector Cormier, conseiller pour deux ans 

M. Dolard Hamel, conseiller pour deux ans 

M. l'abbé Adrien Verrette, conseiller pour un an 

M. Louis-P. Clapin, conseiller pour un an 

Le Dr Wilfrid-R. Delaney, conseiller pour un an 



APPENDICES 



Le Renouveau catholique en France 

(Réunion du 22 mai 1946. Compte rendu de la conférence de Mgr Georges 
Chevrot par M. Antoine Clément. "L'Etoile", Lowell, 23 mai 1946). 

Mgr Chevrot parla de l'état du catholicisme dans son cher pays 
de France, qu'il ne prenait pas pour un pays déchristianisé à son départ 
le 21 février dernier. Il cita Pie XII, qui dit que la France "était né- 
cessaire au monde" et Pie XI, qui rappelait à un ambassadeur que les 
manifestations religieuses de son pays ne valaient pas le catholicisme 
éclairé d'un grand nombre de la France. Il raconta ensuite des faits 
et des souvenirs, moins pessimistes que les inquiétudes que certains pour- 
raient avoir, sur un renouveau certain de vie spirituelle et religieuse, 
en témoin sincère et averti. 

Après les débuts douloureux du siècle, les travaux des catholiques 
ont continué sans découragement, et jamais en 40 ans a-t-on vu un re- 
virement aussi rapide. 

L'histoire nous a fait ce que nous sommes et nous n'y pouvons rien, 
dit le conférencier. Il attribua la déchristianisation partielle de son pays 
à quatre siècles de laïcisme avec propagande intellectuelle et antichré- 
tienne. Ensuite le scandale du 19e siècle dans les pays industriels euro- 
péens a été que l'on n'a pas suivi l'enseignement des encycliques ou- 
vrières et que les réformes se sont laissées trop attendre. Et par suite de 
l'alliance apparente des catholiques avec le capitalisme athée, l'Eglise 
a partagé la haine contre l'état social. De là la douleur que tant d'en- 
fants du peuple sont restés éloignés de l'Eglise. Aujourd'hui l'état social 
est relevé, pas totalement cependant. Et les élections penchent du côté 
de ceux qui promettent le plus de réformes. 

Une 3e cause de déchristianisation, plus particulière à la France, ce 
fut l'opposition entre catholiques et républicains. Il fallut que Léon 
XIII ramenât le peuple au bon sens en lui disant que la République n'é- 
tait pas anti-religieuse. Il montra que les lois scolaires de 1880 et les 
lois religieuses de 1903 et 1905 ont été une riposte politique à une offre 
de la situation républicaine. Il parla ensuite de la régression de la cause. 

L'Eglise reprit son ascendant en 1914 après la suspension des lois 
anti-religieuses au retour des Pères chassés pour défendre la patrie. Il 
montra par les événements la place reprise par l'Eglise dans la nation 
en mentionnant en particulier la construction des églises par le cardinal 
Verdier et son manifeste en faveur de l'arbitrage sur les questions ou- 
vrières. 

Pour faire opposition au rationnalisme, il fit voir le rôle des catho- 
liques en littérature et dans le monde scientifique. 

Il fit rapport que des milliers travaillaient maintenant à leur per- 
fectionnement chrétien et donna des exemples d'action catholique vi- 
vante chez la jeunesse et toutes les classes de la Société. Il termina en 
disant que l'humanité aspirait à son unité sur le plan religieux comme 



APPENDICES 87 



sur les autres. Jamais le christianisme n'a été plus répandu et c'est la 
tâche de tous les chrétiens de travailler à étendre ce royaume de Dieu. 
Et les humains jamais ne s'inclinent devant leurs frères que s'ils sont 
témoins de leur charité. 



II 

Eloge de l'abbé Charles-A. Cordier par M. l'abbé William-E. Drapeau. 

(Réunion du 22 mai 1946) 

La Société Historique a perdu au mois de janvier dernier un de 
ses membres distingués dans la personne de M. l'abbé Charles-A. Cordier. 
A notre dernière réunion, c'est lui qui avait l'honneur de bénir notre 
table; la Divine Providence par ce beau geste lui fournissait l'occasion 
de faire ses adieux à la Société sans lui faire connaître sa mort prochaine. 

Le Père Cordier était intéressé au travail de la Société depuis bon 
nombre d'années; comme invité il avait assisté souvent aux réunions et, 
en 1935, répondant aux instances d'un ami, il demanda son admission 
comme membre de la Société. Après son admission son intérêt n'a fait 
qu'augmenter, et il fut du nombre des bienfaiteurs qui ont rendu pos- 
sible la publication de "Les Quarante Ans de la Société Historique." 

Il naquit à Poët-Laval en France en l'an 1877. Après avoir complété 
ses études classiques en France, il se rendit à Constantinople et ensuite 
à Jérusalem pour étudier la philosophie et la théologie. Il fut ordonné 
prêtre à Jérusalem le 1er mai 1904. Il était membre de la Congrégation 
des Augustiniens de l'Assomption, et dès le mois d'octobre après son 
ordination il devenait professeur au Collège de l'Assomption à Wor- 
cester. Pendant quatre années il a travaillé là à la formation et à 
l'enseignement des jeunes. Aussi, comme tous les autres Pères, il laissait 
le Collège, les fins de semaine, pour aller prêter main-forte aux prêtres 
de la Nouvelle-Angleterre. C'est ainsi qu'il apprit à connaître et à aimer 
le ministère paroissial; ainsi, il acquit la conviction que son travail devait 
être plutôt pour le soin des âmes que pour l'enseignement, et il fit alors 
les démarches nécessaires pour passer au clergé séculier. Pendant 10 ans 
il fut vicaire en la paroisse Saint- Jean-Baptiste de Lynn. En 1919 il 
était nommé curé de la paroisse Saint-Antoine de Shirley. Son séjour à 
Shirley devait durer jusqu'à 1931, lorsqu'il fut nommé curé de la pa- 
roisse du Sacré-Coeur à Broclcton; enfin en 1940 il fut promu à la cure 
de la paroisse Saint-Louis-de-France à Lowell. 

Son séjour à Lowell ne devait durer que 5 ans, car le poids des 
années était devenu plus lourd et avait ralenti ses pas; c'est pourquoi il 
avait résolu de quitter sa cure au mois de janvier pour prendre un repos 
bien mérité. Deux jours après avoir remis la charge de la paroisse à son 
successeur, l'Ange de la Mort venait le frapper au volant de son auto. 
Il rêvait depuis longtemps de retourner aussitôt que possible dans son 
beau pays de Provence, mais Dieu a voulu plutôt l'appeler à Lui et lui 
accorder le repos éternel. 



88 BULLETIN DE LA SOCIETE HISTORIQUE 

Le Père Cordier fut en tout temps un gentilhomme, doux et paisible, 
portant toujours avec fierté la livrée du Christ. Il était littérateur plus 
qu'orateur; il ne refusait pas d'adresser la parole, mais il a toujours 
préféré confier ses pensées à la plume. Dans ses moments de loisir il 
aimait à composer de fines poésies pour amuser et égayer, mais il n'a 
jamais voulu devenir poète de métier, car il avait consacré tous ses ta- 
lents à Dieu et il devait les employer pour Le servir. Il aimait à faire 
des jeux de mots, et les accompagnait toujours de son rire sonore en se 
frappant les mains, mais toujours il était charitable et ne disait rien pour 
déplaire. 

Le Père Cordier a vécu et travaillé ici pendant 42 ans. Certains 
hommes viennent s'établir aux Etats-Unis, et leur grande ambition de 
devenir citoyens leur fait oublier leur rôle dans la formation de la nation 
américaine. Le Père Cordier a mieux compris son rôle; il n'était pas 
venu parmi nous pour angliciser. Partout il a voulu être l'exemple et 
répandre la belle culture française, la culture du temps où la France était 
le centre de toute culture et était reconnue comme "la fille aînée de 
l'Eglise." Le 17 avril dernier, Notre Saint Père le Pape Pie XII, adres- 
sait la parole à un groupe de journalistes français réunis au Vatican, et 
dans son discours il disait ceci: "Répandre sur le monde la vérité, la 
justice, la bonté, l'amour dans la lumière, telle est la noble mission de 
la vraie France." Ces paroles s'appliquent bien au Père Cordier, car 
c'est ce qu'il a fait partout où il est passé. Pour tout ce qu'il a été et 
pour tout ce qu'il a fait parmi nous, puisse le bon Dieu lui accorder la 
récompense éternelle. 



III 

Eloges du Dr Joseph-N. Roy et de Pavocat 
Télesphore Leboeuf par M. Joseph Lusster. 

(Réunion du 22 mai 1946) 

On me demande de faire l'apologie de deux membres de notre 
Société qu'une mort cruelle a fait disparaître de nos rangs depuis notre 
dernière réunion, le docteur Joseph-N. Roy et l'avocat Télesphore Le- 
boeuf, de Webster, Mass. Les deux furent des amis de toute leur vie, 
les deux furent mes amis de longue date, bien qu'à des degrés différents. 
Il me faudra nécessairement faire deux chapitres de ma double tâche 
mais je serai bref et irai au point, comme les deux confrères furent toute 
leur vie des hommes d'action qui en firent les plus belles figures non 
seulement dans leur ville, mais dans toute la Nouvelle-Angleterre. 

Le docteur Roy, issu d'une famille à l'aise, est né à l'Isle-Verte, 
Canada, le 18 juin 1872. Il fit ses études classiques au séminaire de 
Rimouski et suivit les cours de médecine à l'université Laval de Québec, 
obtenant son doctorat de cette institution en 1897. Le Dr Roy, comme 
plusieurs professionnels du temps, vint plus tard aux Etats-Unis et com- 
pléta ses études médicales à l'université de Baltimore, dont il recevait 
son diplôme en 1902. 



APPENDICES 89 

Après une courte période passée à Harrisville, R. I., le Dr Roy allait 
s'établir à Webster, Mass., où il devait exercer sa profession pendant 
plus de quarante ans. Citoyen modèle et médecin dévoué, il jouissait 
d'une grande popularité chez ses concitoyens, particulièrement au sein 
de la population de langue française. Symbole du médecin de famille 
d'autrefois, la vie du patient était la seule considération à laquelle il 
dévouait sa science et son expérience médicales. Il s'intéressa à l'activité 
sociale de sa ville et aux sociétés fraternelles. Un des fondateurs de la 
Webster National Bank, il en fut le directeur au début et le président 
pendant plus de dix ans. Membre de l'Association médicale des Etats- 
Unis et de l'Association des médecins franco-américains du Rhode 
Island, il faisait à sa mort partie du personnel médical de la Webster 
District Hospital. 

Epoux dévoué, père de famille consacré à ses devoirs, une mort 
soudaine survenue le 17 mars 1946, laissa dans le deuil son épouse ma- 
lade, deux filles et un fils. 

* * * * * 

Télesphore Leboeuf est né à Webster, Mass., le 18 août 1880. Ses 
parents, Melchior et Noémi Leboeuf, arrivés aux Etats-Unis au temps 
de l'immigration intense, venaient comme tant d'autres chercher ici une 
vie meilleure et n'étaient pas fortunés. Regardant déjà loin dans l'ave- 
nir, le jeune Leboeuf commença dès l'âge de quatorze ans à pourvoir à 
son instruction. Après l'école, il travaillait comme commis dans les 
magasins; plus tard, suivant les cours de droit à l'université de Boston, 
il voyageait chaque jour et après l'arrivée du train, au lieu de souper, 
il faisait les cours du soir pour préparer à la naturalisation les nouveaux 
arrivés du Canada. 

Il débuta seul dans la pratique de sa profession, dans laquelle il 
acquit bientôt la confiance des gens qui ont foi au "self-made man". A 
partir de ce moment jusqu'à sa mort, il fut l'esclave de sa profession 
dont il gravit les échelons l'un après l'autre jusqu'au premier rang du 
barreau de l'Etat. Possesseur absolu des secrets de la loi et de la juris- 
prudence, ses plaidoiries sobres et éloquentes étaient écoutées devant 
tous les tribunaux du Ccmmonwealth, depuis les cours inférieures jus- 
qu'à la Cour Suprême. Financier avisé dont la scrupuleuse probité était 
universellement connue, c'est lui que le gouvernement de Washington, 
dont il ne partageait cependant pas la politique, choisit pour rétablir 
l'ordre dans les banques de son district, lors des révolutions bancaires 
décrétées par le New Deal. Généreux pour les siens et pour toutes les 
bonnes causes, sa bourse et son coeur étaient ouverts à tous les besoins. 

Télesphore Leboeuf n'était jamais indifférent aux intérêts de la 
race; il fut chef suprême des Forestiers Franco- Américains; estimé de la 
population, il était depuis quinze ans modérateur de sa municipalité et 
président de la Croix-Rouge; en 1924 il fut membre du collège Electoral 
du Massachusetts et, en 1917, il fut élu délégué à la Convention Consti- 
tutionnelle. Il était très actif dans les cercles civiques et les sociétés 
fraternelles de Webster; il était membre du Club Gagnon, de l'Union 
St-Jean-Baptiste d'Amérique, de l'Association Canado-Américaine, du 
Normandy Club, président du Webster War Mémorial Committee, et 



90 BULLETIN DE LA SOCIETE HISTORIQUE 

membre de plusieurs autres comités civiques. Orateur disert et éloquent, 
avec la même scrupuleuse perfection dans les deux langues, on l'invitait 
de partout pour les célébrations nationales et autres occasions de quel- 
que importance, au Canada comme aux Etats-Unis. Fils, époux et père 
modèle, Télesphore Leboeuf laisse sa mère, âgée de 92 ans, objet de sa 
filiale sollicitude, cinq enfants qui l'adoraient, un frère estimé et une 
femme aimante dont le coeur ulcéré se cicatrisera difficilement. 

Le Dr Roy est mort, âgé de 73 ans, le 17 mars 1946, alors qu'il était 
président de la Webster National Bank; l'avocat Leboeuf est mort subi- 
tement âgé de 65 ans, le 18 avril 1946, au cours d'une assemblée spé- 
ciale convoquée pour l'élire président de la même institution comme 
successeur de son ami le Dr Roy. 

Ces deux décès tragiques sont une perte irréparable pour leur ville 
et creusent un vide sensible dans les rangs de la Société Historique et de 
l'élément franco-américain. 



IV 

Le Centenaire d'Evangéline 

(Réunion du 27 novembre 1946) 
Au cours de l'allocution qu'il prononça après la conférence du 
Frère Antoine Bernard, M. Henry- Wadsworth-Longfellow Dana lut la 
lettre suivante du poète Pamphile Lemay au poète Longfellow: 

H. W. Longfellow, Esq. 

Monsieur, 

Permettez à un jeune poète de vous présenter, avec le volume qui 
accompagne cette lettre, l'hommage qu'il doit à votre remarquable 
talent. 

J'ai lu avec un vif plaisir la plupart des heureuses inspirations de 
Votre Muse, et j'ai senti vibrer dans mon âme une corde douce et 
sensible comme celle de votre lyre. Le feu qui vous animait quand vous 
avez écrit Evangeline a passé dans mon âme, et je me suis efforcé de 
tracer les infortunes de cette mélancolique héroïne et de la faire connaî- 
tre aux femmes de mon pays. Je ne me flatte point d'avoir égalé mon 
modèle; ce n'était pas chose facile; mais je puis être resté au-dessous, et 
encore avoir écrit un charmant livre. 

J'ai bien aimé aussi la légende de l'"Orgueilleux Robert" — "l'heure 
des Enfants", ce charmant et vrai tableau de famille et "la Lassitude", 
cette plainte touchante de l'homme qui s'incline vers la tombe et qui a 
bien le droit de donner un petit conseil aux frais bambins qui sortent à 
peine du berceau. Je n'ai qu'un regret c'est de ne point connaître 
l'homme qui a écrit de si belles choses . . . 

J'espère, monsieur, que vous accueillerez avec bienveillance cet 
hommage de 

Votre Serviteur, 

L. Pamphile Lemay 
Ste. Emmélie de Lotbinière 

9 Septembre 1865 



APPENDICES 91 



Mlle Cécile Saint-Jorre lut la réponse du poète Longfellow à son 
grand-père Pamphile Lemay: 

Cambridge, near Boston, Oct. 27, 1865. 

Dear Sir, 

Some time ago I had the honor of receiving your kindly letter, and 
the beautiful volume of poems which accompanied it. I should hâve 
written sooner to thank you, but hâve been prevented by an unusual 
amount both of occupations and of interruptions. 

Allow me to congratulate you on the appearance of your volume 
and on the many felicities of thought and expression it contains, and 
the unmistakable évidence it bears of poetic talent, and deep sympathy 
with nature. More especially let me thank you for that portion of your 
work which is devoted to "Evangeline". I feel under great obligations 
to you for this mark of your regard; not only that you hâve chosen this 
poem for translation, but that you hâve performed the always difficult 
task with so much ability and success. 

There is only one thing that I demure at, namely your making my 
Evangeline die: 

"Elle avait terminé sa malheureuse vie". 

However, I shall not quarrel with you about that. My object is not 
to criticize, but to thank you, and to tell you how much gratified I am 
by the honor you hâve done me. 

Hoping that the success of your book will more than meet your 
warmest anticipations, I remain, 

Dear Sir, 

Your obt. ser't. 
Henry W. Longfellow. 



Les Adieux du Dr Ubalde Paquin 
(Réunion du 27 novembre 1946) 
Mesdames, Messieurs: 

C'est pour moi, le chant du cygne. C'est la dernière fois que j'ai 
l'honneur et le plaisir de présider les réunions de la Société Historique 
franco-américaine. Je vais remettre sur des épaules plus jeunes et plus 
habiles peut-être, la direction de notre Société. 

La Société Historique est dans un bel état de santé tant pour son 
prestige et ses finances que pour le nombre de ses membres. 

Je remercie profondément tous les membres de l'aide qu'ils m'ont 
donnée durant ma présidence et je remercie de même le bureau de 
direction de l'appui qu'il m'a apporté et tout particulièrement M. le 
Juge Eno et M. Antoine Clément. 

Je souhaite à la Société Historique de continuer à marcher dans la 
voie du progrès. 



92 BULLETIN DE LA SOCIETE HISTORIQUE 



VI 

Un Carême à Vienne en 1946 

(Réunion du 30 avril 1947. Compte rendu de la conférence de Mgr Joseph 
Guérin par M. Antoine Clément. "L'Etoile", Lowell, 1 mai 1947). 

Mgr Guérin raconta ses impressions de son carême de Vienne en 
1946. On ne parlait que de guerre alors et on^ui disait qu'il aurait la 
chance d'être déporté en Sibérie. Seule la diplomatie pontificale savait 
la vérité, car Mgr Ronco de la nonciature lui dit qu'il reviendrait. 

Passant par la Suisse et le Tyrol, le prédicateur a semblé entrer dans 
un monde nouveau en pénétrant en Autriche. Il fallait ses papiers en 
règle où on descend du convoi. Il n'y a pas de temps pour les Russes 
et l'examen aux frontières met toujours le convoi en retard régulier de 
5 à 7 heures. Pour les Russes, qui débordent de leur zone et font enclave 
jusqu'à 120 à 140 kilomètres à l'ouest de Vienne, le temps n'a pas de 
valeur et la vie humaine pas plus. 

A Vienne, il y a 3500 immeubles démolis, les débris sont dans les 
rues. On ne se presse pas à les enlever. La cathédrale St-Etienne a été 
fort touchée par les bombardements et l'Opéra est effondré. Le ravi- 
taillement est effroyable. On a eu de la salade deux fois en 43 jours et 
on s'aperçoit alors comme le manque de légumes est pénible. Les Vien- 
nois avaient eu de la viande deux fois en sept mois. On se fie sur les 
provisions des Alliés et on souffre atrocement de la faim comme dans 
tous les pays d'Europe où l'on s'est battu, et la mortalité infantile est 
rendue de 24 à 27 pour cent. Et ici le conférencier dit un merci pour la 
générosité américaine pour ceux qui souffrent, pour vos petits-fils et vos 
petites-filles de chez nous. 

Sur 2,000,000 d'habitants, il en reste 1,400,000; des 222,000 Juifs 
déportés, 12,000 sont revenus. Deux millions d'Autrichiens sur 7,000,000 
sont morts. Les amputés et les aveugles dans les rues sont nombreux et 
pénibles à voir. Et les Viennois sont élégants, ils chantent encore, telle- 
ment ils aiment la musique. Ils accueillent avec respect le prêtre catho- 
lique français. J'y ai fait 53 conférences en 37 jours. La France y est 
tant aimée et on parle sa langue avec élégance, comme d'ailleurs en 
Nouvelle-Angleterre où j'ai la joie de retrouver une France plus belle, 
plus pure, et plus vivante que celle de chez nous. Jamais nous ne pour- 
rons assez vous féliciter et vous remercier d'être restés vous-mêmes. 

Ici le conférencier raconta la beauté de Vienne, l'élégance avec la- 
quelle on portait nos toilettes de Paris, la splendeur de sa musique dans 
les offices religieux de la Semaine Sainte, la libération de la capitale par 
les Russes, la parade de l'anniversaire de la libération, le savoir russe à 
l'armée qu'il constata qaund il voulut visiter la rive opposée du Danube, 
l'insécurité de circuler en civil la nuit parce que les déserteurs de l'armée 
russe se multipliaient après constatation que l'ouvrier viennois vivait 
mieux que l'ouvrier russe. 

Du communisme, il dit que c'est du champignon vénéneux qui a 
poussé sur le fumier de l'égoïsme. Il est né des injustices du capitalisme. 



APPENDICES 93 



Il faut changer l'orientation de notre civilisation, qui ne doit être ni ca- 
pitaliste matérialiste, ni communiste matérialiste athée. 

C'est une erreur de tout baser sur le profit, car c'est la mise en va- 
leur de l'homme qu'il faut rechercher. Il n'est pas question de surpro- 
duction ici-bas et on ne doit pas détruire des stocks en un pays quel- 
conque tandis que d'autres hommes ailleurs meurent de faim. Nous 
sommes tous solidaires. Du même bateau à bord duquel nous voguons 
tous, nul ne peut espérer se sauver seul à la nage en cas de naufrage. 
L'incendie qui s'allume sur un point du globe gagne le monde tout entier. 

Dans la formule à rechercher pour notre civilisation nouvelle, il 
faut que dans les problèmes techniques, l'homme reste le maître de ses 
inventions et le roi de la machine qui doit être pour lui un adoucisse- 
ment de ses fatigues. 

On doit ensuite rechercher une conciliation entre l'autorité indis- 
pensable et la liberté. Par son sens inné de l'ordre et de la mesure, sa 
passion de la liberté, conquise au prix de sacrifices inouïs, la France qui 
? tant souffert peut trouver une solution à ce problème de conciliation. 

En face de la guerre à tous les 20 ans, par son sens de l'ordre et de 
l'universel, la France peut contribuer à empêcher ce renouvellement de 
conflits. Par de sincères efforts, on cherche au moyen d'organismes 
internationaux à rétablir l'ordre dans le monde. Chaque nation est 
intéressée à la paix mondiale qui est un bien commun. La France, par 
ses élites, ses découvreurs, peut trouver les solutions au mal de l'enfante- 
ment de notre civilisation nouvelle. 

Parlant du communisme qu'il a connu, le conférencier dit comment 
les fusillés d'entre eux sont morts en chrétiens et en héros pour la patrie 
pendant la guerre et dit que ceux de son pays sont moins marxistes qu'a- 
vant guerre et qu'on a surtout voté communiste parce qu'on avait le 
ventre creux. 

Il raconta comment mourut un journaliste anticlérical, un lieutenant 
de vaisseau très chrétien et un jeune routier d'Alsace partant à l'attaque, 
et dit avec un ami de l'aumônerie allemande qu'un pays qui a de tels 
héros et de tels saints que la France ne mourra jamais. 



VII 

La Grande Médaille de la Société au Dr Ubalde Paquin 
(Réunion du 30 avril 1947) 

Allocution du président, Me Eugène-L. Jalbert: 

Mesdames, Messieurs: 

Ma présence à cette table n'est pas, je crois, sans rappeler à votre 
mémoire qu'à notre dernière réunion nous avions tous le vif regret d'en- 
tendre le Docteur Paquin décliner l'honneur d'une réélection à la pré- 
sidence, poste qu'il avait occupé durant quelque treize ou quatorze ans. 



94 BULLETIN DE LA SOCIETE HISTORIQUE 

Il y a laissé l'empreinte des qualités les plus hautes, tant de l'esprit que 
du coeur. Sans vouloir méconnaître les mérites de ceux qui furent ses 
collègues, je crois pouvoir affirmer que notre Société lui doit, pour une 
large part, les progrès remarquables qu'elle a remportés au cours des 
récentes années. 

Aussi bien, vous m'en voudriez, j'en suis sûr, si je ne profitais de 
cette première occasion qui m'est donnée pour lui exprimer, avec les 
regrets que nous éprouvons de le voir descendre de la présidence, nos 
voeux ardents pour que sa santé continue de s'améliorer et qu'elle lui 
permette de jouir de nos réunions futures avec le même entrain et la 
même gaieté des beaux jours d'autrefois. 

Il convient aussi, je pense, de manifester d'autre façon les senti- 
ments que je viens d'exprimer à notre ancien président. Notre Société a 
établi, comme vous le savez, une forme visible et tangible qu'elle emploie, 
aux heures solennelles, lorsqu'elle veut récompenser quelqu'un qui a 
bien mérité d'elle. Je fais allusion à sa Médaille. Cette Grande Médaille 
le docteur Paquin a eu lui-même le plaisir de la décerner à certains per- 
sonnages que notre Société voulait honorer. 

Cette Médaille nous désirons la lui offrir ce soir comme gage de 
notre vive appréciation et de notre profonde gratitude pour les services 
nombreux qu'il nous a rendus. Nous espérons qu'il ressentira à la 
îecevoir une satisfaction au moins égale à celle que nous éprouvons tous 
à la lui remettre. 

***** 

Réponse du Dr Ubalde Paquin: 

Mesdames, Messieurs: 

J'étais loin de penser, quand nous avons décidé de faire frapper nos 
deux médailles, la grande et la petite, qu'un bon jour notre grande 
médaille du mérite me serait offerte. 

J'aime à vous le dire, cette grande médaille, vous me l'offrez par 
surcroît. 

Quand j'ai fait partie de la Société Historique pour la première 
fois, il y a déjà quelque quarante ans, j'ai été vivement frappé par son 
but, à savoir: faire ressortir l'apport de la France dans la civilisation 
américaine, et j'ai suivi depuis, avec intérêt, la réalisation de ce but. 

J'ai toujours assisté à nos réunions avec beaucoup de plaisir, parce 
qu'elles m'ont fourni l'occasion de rencontrer des compatriotes venus de 
tous les coins de la Nouvelle-Angleterre, pour pouvoir échanger avec eux 
un sourire, une chaude poignée de mains ou une vive repartie. 

J'ai certainement joui à présider nos agapes où, de la table d'hon- 
neur, j'ai pu admirer l'élégance de nos convives et le charme et la grâce 
de nos dames. 

Le progrès de notre Société, je le dois d'abord à vous Mesdames et 
Messieurs, pour votre zèle à recruter de nouveaux membres et pour votre 
assiduité à assister à nos réunions, et je le dois aussi aux conseillers dont 
vous m'avez entouré, tout spécialement à M. le Juge Eno et à mon bon 
ami Antoine Clément. 



APPENDICES 95 



Le plaisir que j'ai ressenti comme président de la Société Histori- 
que a rétribué au centuple mes efforts pour la faire progresser. 

Comme vous voyez, cette grande médaille, vous me l'offrez par sur- 
croît, et je vous en remercie profondement. 

Je conserverai toujours de cette réunion un bien vif souvenir. 



VIII 

Eloge de l'abbé Philias-L. Jalbert par le T. R. P. 
Thomas-M. Landry, O.P. 

(Réunion du 30 avril 1947) 

La Société Historique Franco-Américaine a perdu, à Fall-River, 
Mass., en moins d'un an, deux de ses membres les plus distingués: M. 
Antonio-N. Roy et M. l'abbé Philias-L. Jalbert, ptre, curé de la grande 
paroisse Notre-Dame de Lourdes. Dans quelques minutes, M. le docteur 
Omer-E. Boivin retracera la carrière rapide et mouvementée de ce grand 
laïque catholique et franco-américain que fut M. Roy et que tous à 
Fall-River appelaient familièrement de son prénom "Antonio". Per- 
mettez-moi, pour l'instant, de rappeler à votre pieux souvenir, mais à 
grands traits seulement, la figure originale et pittoresque de l'éminent 
prêtre que fut parmi nous M. l'abbé Philias-L. Jalbert. 

M. Jalbert est décédé subitement à Fall-River, en son presbytère, au 
cours de la nuit 24-25 novembre 1946, à l'âge de 63 ans. Décès brusque 
et prématuré, venu à la suite d'une crise cardiaque, hâté sans aucun 
doute par au delà de trente ans d'excessif et incessant labeur. Après 
coup, ceux qui l'ont vu à l'oeuvre, ne s'étonnent plus du caractère fou- 
droyant de la mort qui a ravi M. Jalbert à leur estime, à leur respect 
et à leur très vive affection. Ce pauvre M. Jalbert s'était tellement dé- 
pensé, tellement multiplié, tellement donné a tout et à tous, qu'il n'est 
plus surprenant que son coeur ait enfin subitement cédé. 

Pour nous, Catholiques franco-américains du diocèse et de la ville 
de Fall-River, cette disparition soudaine de M. l'abbé Jalbert, a vite 
pris, selon le mot de M. Philippe-Armand Lajoie, "les proportions d'une 
calamité". Il comptait, en effet, parmi les membres les plus influents 
et les plus écoutés de notre clergé. Et cette influence auprès des nôtres, 
et auprès de ceux qui ne sont pas des nôtres, M. Jalbert se l'était acquise 
de façon indiscutable par au moins 38 bonnes années de continuels la- 
beurs apostoliques et de gros ministère sacerdotal. 

M. l'abbé Jalbert aurait pu faire sa vie au Canada, dans la Province 
de Québec où il est né le 22 juin 1883 et où il a reçu toute sa première 
formation. Mais, jeune encore, il entendit, comme beaucoup d'autres, 
l'appel de ses compatriotes émigrés en foule — nous sommes en 1904 — 
dans les centres industriels de la Nouvelle-Angleterre. Il vint donc parmi 
nous, s'incardinant au diocèse de Fall-River que l'on était en train de 
constituer. Quelques années de théologie à l'Université de Louvain, en 
Belgique, et M. Jalbert est fait prêtre le 12 juillet 1908. De juillet 1908 



96 BULLETIN DE LA SOCIETE HISTORIQUE 

à novembre 1923, cela veut dire pendant 15 ans, M. Jalbert exercera les 
fonctions de vicaire à New-Bedford, Fall-River, Attleboro et North- 
Attleboro, dans l'Etat du Mass. Au mois de novembre 1923, à l'âge de 
40 ans, il devient curé de la paroisse St-Georges de Westport. Durant 
les 24 dernières années de sa vie, de 1923 à 1947, M. Jalbert remplira 
cet office du curé: successivement à St-Georges de Westport, St- Joseph 
d'Attleboro, St-Jean-Baptiste et, depuis le mois d'avril 1945, Notre- 
Dame-de-Lourdes de Fall-River. 

Voilà les grandes étapes d'une belle et féconde carrière. Ce qu'il 
faudrait ajouter, c'est que partout où il a passé, M. Jalbert s'est montré 
le même: prêtre extrêmement religieux, entièrement voué aux intérêts 
de l'Eglise et des âmes, adonné sans retour à l'administration des sacre- 
ments et à la sainte prédication; homme parfaitement équilibré, doué 
d'un jugement sûr, d'un caractère ferme, souple et droit, d'un coeur d'or 
ainsi que d'une aptitude naturelle très marquée pour l'action, pour l'ac- 
tion simple et vigoureuse, qui va toujours droit au but proposé. Ces ad- 
mirables qualités d'esprit et de coeur, il les mit sans jamais compter au 
service de toutes nos grandes causes. De celles-ci, il se fit le champion 
sa vie durant, avec un entrain, une verve et une faconde même qui 
pouvait aller des accents les plus relevés, les plus sublimes, jusqu'aux 
images — s'il le croyait utile, bienfaisant ou nécessaire — jusqu'aux 
images les plus drues et les plus fortes du terroir. 

M. Jalbert fut non seulement un prêtre à tout jamais consacré aux 
oeuvres de son ministère proprement sacerdotal; il fut en même temps, 
et parce que prêtre, un apôtre passionné de notre survivance franco- 
américaine. Rien de ce qui touche de près ou de loin au maintien et au 
progrès de nos institutions et de notre peuple ne le laissait indifférent. 
Il était du nombre de ceux auxquels il n'est pas nécessaire d'expliquer 
nos raisons d'être et de demeurer franco-américains. D'emblée il avait 
compris et d'emblée il agissait en conséquence. Nos paroisses, nos mai- 
sons d'enseignements primaire et supérieur, nos sociétés nationales, notre 
presse, tout, absolument tout bénéficiait chez nous de son appui et de 
ses encouragements, sans parti-pris, sans étroitesse de vues, sans distinc- 
tion démesurée, malgré les attaches très particulières qu'il avait et qu'il 
conserva toujours à l'une de nos grandes mutuelles. 

Cette liaison spéciale, que je viens de signaler, lui fournit même une 
occasion et un moyen uniques de travailler au relèvement et à l'amélio- 
ration du sort des nôtres. Directeur, pendant plus de 25 ans, de la 
Caisse de l'Ecolier de l'Union St-Jean-Baptiste d'Amérique, il ne cessa, 
sous cet égide, pour le bénéfice de cette Société et par son entremise, de 
faire éclore et de suivre en leurs efflorescences progressives, une multi- 
tude de vocations d'élite pour le clergé et pour les professions laïques, 
et de contribuer par le fait même avec une suprême efficacité à la survie 
méthodique, cohérente et raisonnée de notre cher peuple franco-améri- 
cain. Avec la disparition de M. Jalbert, l'Union St-Jean-Baptiste d'Amé- 
rique a perdu un très grand et très fidèle serviteur; mais notre jeunesse 
3 perdu du même coup un maître-conseiller et un maître-éducateur, et 
notre peuple, un chef religieux et patriote comme, hélas! il n'en a peut- 
être pas eu beaucoup! 



APPENDICES 97 



Messieurs, je termine en vous priant de m'excuser si j'ai abusé de 
votre bonté. Je ne puis vous laisser toutefois sans déposer une fois de 
plus sur la tombe de M. l'abbé Philias-L. Jalbert, en votre nom comme 
au mien, l'hommage ému de notre estime, de notre respect et de notre 
affection sincères. Devant les membres de cette Société Historique 
Franco-Américaine dont il fut longtemps le conseiller et plus d'une 
fois le bienfaiteur, je formule le voeu qu'un jour l'un de vous se charge 
d'écrire la biographie de ce prêtre éminent. Enfin, je reprends, à mon 
propre compte cette fois, la belle prière faite pendant les obsèques du 
regretté disparu en l'Eglise Notre-Dame de Fall-River par M. l'abbé 
Adrien-E. Gauthier au cours de l'oraison funèbre qu'il prononçait devant 
les restes inanimés du confrère et de l'ami de toujours: "Que le divin 
Maître fasse sortir de nos familles demeurées chrétiennes d'autres 
(Pères) Jalbert qui continueront dans l'Eglise l'oeuvre que les anciens, 
qui s'en vont les uns après les autres, ont tant travaillé à maintenir et à 
embellir pour la plus grande gloire de Dieu!" 

Paix à la grande âme de M. Jalbert et que son souvenir vive long- 
temps parmi nous! 



IX 

Eloge de M. Antonio-N. Roy par le Dr Omer-E. Boivin 

(Réunion du 30 avril 1947) 

Monsieur le président de La Société Historique Franco-Américaine 
a bien voulu m'honorer, en me chargeant de l'éloge de l'un de nos 
membres disparus. Je lui suis doublement reconnaissant, d'abord du 
privilège qu'il m'accorde ainsi de faire revivre pendant quelques instants 
devant vous la figure sympathique de M. Antonio Roy, et au surplus, 
de l'occasion qui m'est offerte de rendre un hommage public à la mé- 
moire d'un compatriote, auquel je fus uni durant de longues années 
par les liens d'une sincère amitié. 

Je voudrais trouver une pensée, une image qui ferait comprendre à 
mes auditeurs l'immensité du vide créé par la disparition soudaine et 
tragique d'un homme dont la vitalité débordante s'était prodiguée sur 
tant de points, mais je n'arrive qu'à cette conclusion, qui a quelque chose 
de consolant: Bien que l'ami Antonio Roy ait quitté nos rangs, où il 
figura honorablement, il restera à jamais au milieu de nous par le culte 
du souvenir. 

Celui que je rappelle ce soir à votre pensée, nous a été enlevé 
brusquement et de façon dramatique durant un accident de route. La 
plupart d'entre vous connaissez les détails de cette tragédie. En revenant 
de New-Bedford où il était allé dans l'intérêt de l'Union St-Jean-Baptiste 
d'Amérique, sa voiture glissa sur le pavé glacé, frappa un poteau et fut 
trouvé renversée. L'occupant avait été broyé sur son siège. 

Né à Fall-River, le 31 juillet 1898, il fit ses études à l'école parois- 
siale Notre-Dame de Lourdes et ensuite à l'école St-Antoine de New- 



98 BULLETIN DE LA SOCIETE HISTORIQUE 



Bedford. Pendant la première Guerre Mondiale, il fit vingt-trois mois 
de service militaire dont sept furent passés outre-mer sur la ligne de 
bataille. Le 1er juin 1920, il épousa Mlle Léontine Cloutier. Son ma- 
riage fut béni de quatre enfants: une fille et trois fils. 

Il dirigea pendant plusieurs années le commerce de la Compagnie 
A. N. Roy Paper Supplies. Il fut Président de la Succursale No. 19 des 
Artisans Canadiens-Français, membre de notre belle Société Historique 
Franco- Américaine depuis octobre 1939, du conseil Laurier de L'Union 
St-Jean-Baptiste d'Amérique, de la Ligue Civique, du club Calumet, 
du club Canadien, des Elles et des Vétérans de Guerre Mondiale. On le 
comptait au nombre du personnel organisateur de L'Union St-Jean- 
Baptiste d'Amérique. 

Doué de talents naturels pour l'organisation, Antonio Roy s'enrôla 
dans plusieurs milieux mutualistes où il ne tarda pas à exercer son in- 
fluence. Ses qualités, qu'il développait de jour en jour dans ces diffé- 
rentes sphères sociales, furent vite reconnues. 

En septembre 1938, il était promu au poste d'organisateur régulier 
de la région sud-est du Massachusetts pour l'Union St-Jean-Baptiste 
d'Amérique. Depuis, il s'est fait remarquer par son zèle et ses succès. 
Par son excellent travail de recrutement, il s'assura la haute estime des 
officiers généraux de cette société mutuelle. 

C'était un Franco-Américain dans l'âme. Bon catholique, citoyen 
intègre, époux modèle, père dévoué, patriote ardent, homme de devoir, 
voilà, en quelques traits, le portrait moral de l'homme que fut Antonio 
Roy. 

Les membres des sociétés à l'avancement desquelles il a consacré sa 
force et ses talents, ceux qui ont eu le privilège de le connaître person- 
nellement, lui offrent par mon humble voix le tribut de leur pieux sou- 
venir. 



X 

La Grande Médaille de la Société à Mme C. Rocheleau Rouleau 

(Réunion du 11 novembre 1947) 

Mme Corinne Rocheleau Rouleau est née à Worcester, Mass. Elle 
fit ses études au Canada et aux Etats-Unis et découvrit de bonne heure 
sa vocation pour les lettres. Ses premiers écrits virent le jour dans la 
Revue canadienne: "Idylle abénaquise", "les Beautés de la statistique", 
"Trois Bostonnais en Acadie". En 1915 elle publiait à Worcester "Fran- 
çaises d'Amérique", série de tableaux mettant en scène les principales 
héroïnes de la Nouvelle-France. Puis furent livrés au public: "Les 
Lettres de Corinne" et un grand nombre d'articles de journaux. En 
1927 "Hors de sa prison", biographie d'une jeune sourde-muette, aveugle 
et infirme, lui valut des éloges de toutes parts. Plus tard, à Washington 
où elle était attachée à l'un des grands services administratifs, elle publia, 
en collaboration avec Rebecca Mack, "Those in the Dark Silence" et 
"Normality for the Handicapped". 



APPENDICES 99 

Elle profita de son séjour dans la capitale américaine pour compul- 
ser les archives se rapportant à l'expansion française aux Etats-Unis 
et accumuler une vaste documentation sur ce sujet. Mêlant la littérature 
à l'histoire, elle a fait paraître au cours des derniers vingt ans un nombre 
considérable de travaux dans diverses revues du Canada et des Etats- 
Unis. La bibliographie complète de ses écrits formerait un livre à elle 
seule. Son dernier ouvrage, un roman intitulé "Laurentian Héritage", 
paru à Toronto, va être bientôt traduit en français. 

Mme Rouleau avait épousé M. Wilfrid Rouleau, qui fut l'ami intime 
du major Edmond Mallet de Washington et sauva sa bibliothèque de la 
dispersion. Grâce aux efforts de M. Rouleau, cette bibliothèque, acquise 
par l'Union Saint-Jean-Baptiste et connue sous le nom de Bibliothèque 
Mallet, repose à Woonsocket où elle est à la disposition des chercheurs. 

Mme Corinne R. Rouleau est en quelque sorte la Willa Cather de 
nos lettres et son oeuvre fait honneur aux Franco-Américains aussi bien 
qu'aux Canadiens-Français. La Société historique franco-américaine lui 
décerne sa Grande Médaille pour l'ensemble de ses travaux historiques 
et littéraires. 

La Grande Médaille de la Société, appelée aussi Médaille Grand 
Prix, avait été décernée auparavant aux personnes suivantes: 

Jean-Charlemagne Bracq 

Mgr Camille Roy 

S. E. le cardinal Rodrigue Villeneuve 

M. Jean Garand, inventeur du fusil Garand 

M. le Dr Ubalde Paquin. 



XI 

Eloge de M. Euclyde-C. Paquette par M. Wilfrid-J. Mathieu 

(Réunion du 11 novembre 1947) 

M. Euclyde-C. Paquette naquit le 28 juin 1894. Il fréquenta l'école 
paroissiale Sainte-Anne de Marlboro, Mass. et le Collège Sainte-Croix 
de Farnham, Québec, et fut diplômé du Marlboro Business Collège en 
1909. 

En juillet 1929, il acceptait à Boston, Mass. un emploi de la com- 
pagnie de chemin de fer Boston & Maine où il était encore employé 
lors de son décès. 

Sa carrière fut surtout celle d'un mutualiste et date de 1930 alors 
qu'il devint membre de la Cour 1817 du "Catholic Order of Foresters". 

Dès ce moment, il se montra enthousiaste et très actif et comme 
résultat le "Catholic Order of Foresters" le choisit comme son chef- 
ranger pour l'état du Massachusetts et son représentant au New England 
Fraternal Congress. 

En 1943, il avait déjà déployé tant d'activités et fait preuve de tant 
d'intérêt pour le New England Fraternal Congress qu'il en fut choisi 
troisième Vice-Président. Deux ans plus tard, il devenait le premier 
Vice-Président et au moment de sa mort, il était sur le point d'être élu 



100 BULLETIN DE LA SOCIETE HISTORIQUE 



président. Pour avoir été à même d'apprécier le dévouement et l'intérêt 
qu'il lui a manifestés, il n'est pas exagéré de dire que le New England 
Fraternal Congress a perdu en lui un de ses plus puissants appuis. 

Membre de la Société Historique depuis 1945, il assistait à presque 
toutes ses réunions. Euclyde Paquette était le type du parfait gentil- 
homme. Bon jaseur, toujours gai, il aimait les siens et par-dessus tout, 
il était un excellent paroissien de Sainte-Marie de Marlboro, Mass. 

Au nom de la Société Historique, je dépose sur sa tombe récemment 
fermée, le tribut de nos regrets et l'hommage de notre pieux souvenir. 

Que la terre lui soit légère! 



XII 

Eloge du juge Adonat-J. Demers par Me Valmore-M. Carignan 

(Réunion du 11 novembre 1947) 

Je suis heureux que l'on m'ait demandé de faire l'éloge du juge 
Adonat-J. Demers, membre de cette Société. Cela me permettra de ren- 
dre hommage à l'un de mes meilleurs amis de toujours. Je regrette 
seulement d'être obligé de me limiter. La vie du juge Demers a été si 
bien remplie, si active, que je ne pourrais rendre justice à sa mémoire 
qu'en vous la détaillant. Mais, faute de temps, il ne m'est pas permis d'y 
songer. Je vous tracerai donc le portrait de cet homme, mon ami, votre 
ami, devenu un grand Franco-Américain, en m'arrêtant seulement aux 
grandes étapes de sa vie. 

Adonat-J. Demers naquit à Woonsocket le 7 octobre 1895. Il fré- 
quenta les écoles paroissiales du Précieux-Sang de Woonsocket, d'abord 
le Couvent Jésus-Marie, puis le petit Collège du Sacré-Coeur. Il fit son 
cours secondaire à l'Académie La Salle, de Providence. Ensuite il étudia 
la philosophie et les lettres sous des maîtres privés. Ses études classi- 
ques terminées, il entre au Boston University Law School, d'où il sortit 
diplômé en 1919 avec le degré de bachelier en droit. 

Admis au barreau du Massachusetts, en juin 1919, il ouvrit un bu- 
reau à Fitchburg, où plus tard il servit en qualité d'assistant-greffier de 
la cour de district. 

Il revint à Woonsocket, sa ville natale, en 1923 et s'associa alors 
avec l'avocat Ovila Lambert. En 1927 il s'associa avec les avocats Eu- 
gène-L. Jalbert, votre président et Valmore-M. Carignan, votre humble 
serviteur. Cette association professionnelle dura jusqu'à sa mort, le 
8 octobre 1947. 

De 1929 à 1935 i\ fut greffier de la cour du 12e district du Rhode- 
Island. En 1930 il fut candidat à la mairie de Woonsocket. En 1943 il 
devint juge de la cour des Tutelles de Woonsocket, poste qu'il occupait 
encore avec honneur lors de son décès. 

Le juge Adonat-J. Demers était un patriote jusque dans la moelle 
des os. Depuis 1921, à titre de conseiller-général, il servit l'Union Saint- 
Jean-Baptiste d'Amérique avec un dévouement si désintéressé, qu'en 1927, 



APPENDICES 101 



étant président du Comité des fêtes de la dédicace des nouveaux quar- 
tiers généraux de la société, il dut, à la suite de ce surcroît de travail, 
se mettre au repos, repos qui dura pendant plus de neuf mois. 

Le juge Demers était un homme d'un caractère gai, charitable et 
dévoué, épousant toutes les nobles causes et toujours prêt à rendre ser- 
vice au groupe franco-américain et aux oeuvres paroissiales. C'est pour 
cela qu'on l'appelait à porter la parole dans la plupart des centres franco- 
américains de la Nouvelle-Angleterre et jusqu'à New-York, Détroit, 
Montréal. S'il s'agissait d'un banquet, d'une réception, d'une présenta- 
tion de cadeau ou d'une organisation quelconque, on le trouvait presque 
toujours à la tête du mouvement. 

Le juge Demers dut ses succès à son propre travail. Il n'était pas 
né dans l'opulence. Au cours de ses études, il dut travailler dans ses 
moments libres pour apporter quelques sous à sa mère dans le besoin. 
C'est ainsi qu'on le vit à cette époque au bureau de l'Union Saint-Jean- 
Baptiste d'Amérique aider tantôt à l'expédition de la revue, tantôt au 
service de la comptabilité ou d'autre département de la Société. 

N'ayant pu, faute de ressources, fréquenter les grands collèges, il 
s'appliqua à perfectionner lui-même son éducation. Il y réussit à tel 
point que, depuis longtemps, le juge Demers parlait un anglais à faire 
envie à un gradué d'Oxford et un français impeccable. Il tendait tou- 
jours vers la perfection. Sur le banc, ses décisions sages et bien rédigées 
étaient fort goûtées des avocats. Et plus d'un disait déjà: "Un jour on 
le verra gravir plus haut les échelons de la magistrature!" 

On peut dire du juge Demers qu'il a passé sa vie à rendre service 
à ceux qui l'entouraient et à tout le groupe franco-américain. Il a tou- 
jours eu à coeur l'intérêt de sa religion, de sa famille, de son pays, de 
sa profession et de ses compatriotes. En effet, il était profondément re- 
ligieux: il faisait partie de l'organisation des retraitants et communiait 
fréquemment. Le dimanche précédant sa mort il avait encore pieuse- 
ment reçu la Sainte Eucharistie. 

Avec sa longue expérience des hommes et des choses, le juge 
Demers était l'un des piliers des Franco-Américains du Rhode-Island et 
même de toute la Nouvelle-Angleterre. 

Mais, hélas! l'homme propose et Dieu dispose. Alors qu'il se diri- 
geait vers l'aéroport de Hillsgrove, à la rencontre de l'un de ses fils 
attendu de New-York, une ambulance, ô ironie des choses, surgit sou- 
dain au carré de deux routes et frappe son automobile à la renverse. 
On le relève mourant; son épouse, de même. Son fils Arthur, âgé de 
douze ans, projeté sur le pavé est tué instantanément. On relève son 
autre fils Paul, lui sans connaissance. Fort heureusement, ce dernier 
n'est que légèrement blessé. Quelques heures après l'accident, madame 
Demers rendait son âme à Dieu et trois heures plus tard, le juge Demers 
allait lui-même retrouver au paradis celle qui avait été sa fidèle com- 
pagne pendant vingt-six ans. 

Les funérailles du juge Demers, de sa femme et de son fils furent 
marquées au coin d'une sympathie rarement manifestée, même pour les 
grands du jour. Le gouverneur John-O. Pastore de l'Etat du Rhode- 
Island, le juge Albéric-A. Archambault de la cour supérieure du Rhode- 



102 BULLETIN DE LA SOCIETE HISTORIQUE 



Island, le juge Raoul Beaudreau, de la cour supérieure du Massachusetts, 
le maire Ernest-E. Dupré de Woonsocket, et plusieurs autres sommités 
de l'Etat, ainsi que des délégations de presque toutes les sociétés, y 
assistaient. Le sanctuaire de l'église Ste-Famille pouvait à peine contenir 
le grand nombre de prêtres venus de partout pour rendre un dernier 
hommage au distingué disparu. C'était le plus bel hommage que l'on 
pouvait rendre à la mémoire du juge Adonat-J. Demers. 

Ce soir, nous pleurons un ami et un membre fidèle et dévoué de la 
Société Historique Franco-Américaine. Dans cette pensée de regret, je 
me plais en votre nom, à associer le souvenir ému de son épouse et de 
son jeune fils, en priant le Très-Haut de se pencher sur ces trois âmes 
chrétiennes avec bonté et miséricorde. 



LE CINQUANTENAIRE DE LA SOCIETE 
APPEL DU PRESIDENT 



La Société historique franco-américaine a été fondée le 4 septembre 
1899; elle aura donc 50 ans d'existence cet automne. Ce demi-siècle en 
fait l'une des sociétés historiques les plus vieilles, non seulement du 
Canada mais des Etats-Unis. Il convient de célébrer dignement cet an- 
niversaire et de le marquer par des fêtes appropriées. 

Les Franco-Américains touchent à un point critique de leur histoire. 
Menacés de partout dans leurs traditions les plus chères, dans ce qui 
les rattache le plus intimement à leur passé, ils ont besoin de ne pas 
perdre confiance en eux-mêmes, de continuer à croire à leur culture. 
Notre société n'a pas pour objet propre la Survivance; mais d'une ma- 
nière détournée elle peut lui aider en tirant de notre patrimoine histo- 
rique des leçons de fierté. Nos fondateurs se proposaient de mettre en 
lumière la part exacte qui revient à la race française dans l'évolution et 
la formation du continent américain. La société peut se flatter, je crois, 
de n'avoir pas trahi leurs intentions et d'avoir toujours tendu vers ce 
but si élevé. 

Mais pour remplir son oeuvre la Société historique doit compter 
sur le dévouement de ses membres. Ses cadres ne sont jamais remplis, 
en ce sens qu'elle peut toujours recevoir de nouveaux membres dans son 
sein. Et plus elle sera nombreuse, plus efficacement se fera sentir son 
action. Je fais donc appel à tous pour qu'à l'occasion des fêtes de cet 
automne l'actif de la société soit doublé, triplé même. Que chacun se 
fasse un devoir de nous amener autant de nouveaux membres qu'il 
pourra, et cela dès la réunion du printemps, en mai prochain. Ce sera 
non seulement la meilleure manière de célébrer notre jubilé, mais la 
meilleure aussi d'assurer l'existence de la société et la continuité de son 
oeuvre. 

Le Président, 

Eugène-L. JALBERT 



TABLE DES MATIERES 



Mémoires originaux: 

L'affaire Cazeau, 1776-1893 3 

Les Franco-Américains et le "melting pot" 32 

Les Canadiens [-Français] et la Révolution américaine 50 

La Littérature française de Nouvelle-Angleterre 77 

Rapports des réunions 81 

Appendices: 

I Conférence de Mgr Georges Chevrot 86 

II Eloge de l'abbé Charles-A. Cordier 87 

III Eloges du Dr J.-N. Roy et de Me T. Leboeuf 88 

IV Centenaire d'Evangéline 90 

V Adieux du Dr Ubalde Paquin 91 

VI Conférence de Mgr Joseph Guérin 92 

VII La Grande Médaille au Dr Ubalde Paquin 93 

VIII Eloge de l'abbé Philias-L. Jalbert 95 

IX Eloge de M. Antonio-N. Roy 97 

X La Grande Médaille à Mme C. Rocheleau Rouleau .... 98 

XI Eloge de M. Euclyde-C. Paquette 99 

XII Eloge du juge Adonat-J. Demers 100 

Le Cinquantenaire de la Société 103 



LA SOCIETE HISTORIQUE FRANCO-AMERICAINE 

offre en vente les ouvrages suivants, qu'on peut se procurer chez le 
Trésorier, M. le juge Arthur-L. Eno, 45, rue Merrimack, Lowell, Mass.: 

"Les Quarante Ans de la Société historique franco-américaine, 
1899-1940", compilation des travaux de la Société depuis sa fondation, 
par M. Antoine Clément, ancien secrétaire. $5.00 l'exemplaire. 

"Le Catéchisme d'Histoire franco-américaine", par M. Josaphat 
Benoit, maire de Manchester, New-Hampshire. 
Troisième édition, $0.10 l'exemplaire. 

Le présent Bulletin et celui de 1944-1945, à $0.50 l'exemplaire. 



THE FRANCO-AMERICAN HISTORICAL SOCIETY 

offers the following publications which can be obtained from the 
Treasurer, Judge Arthur-L. Eno, 45 Merrimack St., Lowell, Mass.: 

"Les Quarante Ans de la Société historique franco-américaine, 
1899-1940", a compilation, made by Mr. Antoine Clément, former 
Secretary of the Society. Price: $5.00 per copy. 

"Le Catéchisme d'histoire franco-américaine", by Mr. Josaphat 
Benoit, mayor of Manchester, N. H. Price: $0.10 per copy. 

The Bulletins of the Society, for 1944-45, and for 1946-47. Price: 
$0.50 per copy. 



L'Imprimerie de L'INDEPENDANT, Fall-River, Mass. 
Février 1949 



Société Historique Franco-Américaine 

Fondée le 4 septembre 1899 



BUREAU 

1948-1949 

PRESIDENT D'HONNEUR 
Gilbert Chinard — Professeur à l'Université de Princeton, N.-J. 

VICE-PRESIDENTS D'HONNEUR 

Pierre-Georges Roy — Archiviste et historien — Québec 
L'abbé Adrien Verrette — Historien — Plymouth, N.-H. 

PRESIDENT 

Eugène-L. Jalbert — Conseiller juridique de l'Union Saint-Jean-Baptiste 
d'Amérique — Woonsocket, R.-I. 

VICE-PRESIDENT 
Le Dr Antoine Dumouchel — Médecin-chirurgien — North-Adams, Mass. 

TRESORIER 

Arthur-L. Eno — Juge de la Cour de District de Lowell, 45, rue Merrimack, 

Lowell, Mass. 

SECRETAIRE 
Le Dr Gabriel Nadeau — Sanatorium, Rutland, Mass. 

SECRETAIRE ADJOINT 

Le Dr Roland Cartier — Assistant surintendant du Sanatorium d'Etat de 
North-Reading, Mass. 

CONSEILLERS 

—pour 3 ans — 

L'abbé F.-X. Larivière — Marlboro, Mass. 

Le Dr Benoit Garneau — Fall River, Mass. 

William Arsenault — Cambridge, Mass. 

— pour 2 ans — 

Le Juge Alfred-J. Chrétien — Manchester, N.-H. 

Valmore-M. Carignan — Avocat — Woonsocket, R.-I. 

Le Dr Ulysse Forget — Warren, R.-I. 

— pour 1 an — 

Dolard Hamel — Worcester, Mass. 

Hector-E. Cormier — Brockton, Mass. 

Wilfrid-J. Mathieu — Manchester, N.-H. 



Années 



1948 et 1949 



BULLETIN 



DE LA 




Société historique 



Franco-Américaine 






BOSTON, MASSACHUSETTS 



LA SOCIETE HISTORIQUE FRANCO-AMERICAINE 

présente son Bulletin pour les années 1948 et 1949. Ce Bulletin contient 
le compte rendu des séances tenues au cours de 1948 et de 1949 et des 
documents d'archives. 



La Société historique franco-américaine est affiliée, 
à titre de section, à 

L'INSTITUT D'HISTOIRE DE L'AMERIQUE FRANÇAISE 

fondé par le chanoine Lionel Groulx 

Elle tient deux réunions par année à Boston. Le montant de la coti- 
sation est de 0.00. 

Toute personne, homme ou femme, peut devenir membre de la société. 

Ce Bulletin se vend $0.50. On peut se le procurer chez le trésorier, M. 
Antoine Clément, 195 West Sixth, Lowell, Mass. 



THE FRANCO-AMERICAN HISTORICAL SOCIETY 

présents its Bulletin for 1948-1949. It contains historical articles and 
the reports of the meetings held during 1948 and 1949. 



The Franco-American Historical Society forms 
a section of the 

INSTITUT D'HISTOIRE DE L'AMERIQUE FRANÇAISE 

founded by Canon Lionel Groulx 

The Society meets twice a year in Boston. Fées are $5.00. 
This Bulletin sells for $0.50, and can be obtained from the Treasurer, 
Mr. Antoine Clément, 195 West Sixth, Lowell, Mass. 



BULLETIN 



de la 



Société historique 
Franco-Américaine 

pour les années 1948 et 1949 




BOSTON 

Massachusetts 



1950 



— :— Les Conférences de la Société 



LE FOLKLORE, PATRIMOINE TRADITIONNEL^ 

Par LUC LACOURCIÈRE 
(Professeur à l'Université Laval) 



Permettez-moi d'abord de vous dire combien je suis sensible à l'in- 
vitation que vous m'avez faite de vous parler de folklore. Plus qu'un 
hommage personnel, j'y vois la très haute considération dans laquelle 
votre Société historique, bientôt mi-séculaire, tient l'humble science du 
peuple. 

C'est avec empressement que j'ai saisi cette aimable occasion que 
m'offrait votre Société. Elle me permet de vous parler du pays d'où 
vous êtes issus, de ses gens qui furent et restent vos frères, de quelques- 
unes de leurs traditions qui se sont épanouies avec mille grâces et va- 
riantes, et que vous-mêmes avez à coeur de conserver ici. L'objet de 
cette rapide pérégrination à laquelle je vous invite à travers le Canada 
français, c'est donc la rencontre de son peuple divers, c'est l'examen 
sommaire de ses innombrables coutumes et l'appréciation de leur valeur 
culturelle. 

Mais, qu'est-ce au juste que le folklore? C'est un mot jeune, mais 
qui n'en désigne pas moins des réalités vieilles comme le monde, con- 
temporaines des tout premiers chants humains. Etymologiquement, il 
signifie: la science du peuple. Il définit, dans le domaine de l'anthro- 
pologie, un point de vue très particulier. Tandis que l'ethnologie et 
l'ethnographie ont pour objet l'histoire des races humaines, de leurs 
origines et transformations, de leurs progrès matériel et social, le folk- 
lore, comme science, a pour but précis: les traditions populaires. 

Il désigne, en outre, ces traditions elles-mêmes, c'est-à-dire ce pa- 
trimoine de croyances, de moeurs et d'usages que les générations se 



* Conférence prononcée à Boston, devant la Société Historique Franco-Amé- 
ricaine, le 1 1 novembre 1947. 



BULLETIN DE LA SOCIETE HISTORIQUE 



transmettent avec la vie, ce rituel qui ordonne toutes les manifestations 
du génie d'un peuple, le cérémonial de ses travaux et de ses fêtes, le 
style particulier de ses amours, de ses joies et de ses malheurs. Le 
folklore est ce lien mystérieux entre les points extrêmes de la durée d'un 
peuple. Dans la succession des individus, il est le continuel, le perma- 
nent; il exprime, dans la diversité des oeuvres et des moeurs le caractère 
spécifique ou encore la tonalité générale. Il est comparable, au fond 
de chaque génération, à quelque démon socratique qui inspire, excite 
et dirige. Son mystère est d'être anonyme. Il parle et chante, pleure 
et danse, et par lui c'est la voix de l'âme collective qui s'exprime. Il 
est le frère de la langue, comme elle, libre, spontané, un peu rustre, plein 
de sel et de franchise, méprisé de bien des doctes et très naturellement 
dédaigneux de toutes écoles et académies. 

Le folklore français est riche comme la race elle-même et sédimen- 
taire, je veux dire composé dans son fonds d'éléments celtes, nordiques 
et méditerranéens; il s'est transformé de siècle en siècle avec le peuple 
et les conditions de vie. Le climat, le sol, le caractère des provinces 
ou des régions n'ont cessé de le modifier perpétuellement. Les vicissi- 
tudes politiques et militaires, si elles n'ont pas toujours atteint les pro- 
fondeurs de l'âme populaire, ont influé elles aussi sur son originalité. 
Si bien qu'on pourrait dire, après Valéry, que les folklores, hélas! comme 
les civilisations sont mortels. Il n'est pas un folkloriste de France ou 
d'ailleurs qui n'ait déploré cette sorte de réduction à l'uniformité que les 
inventions modernes ont fait subir aux coutumes et croyances. Ce n'est 
pas que l'âme soit changée dans son fonds, mais elle est soumise depuis 
au delà d'un siècle à d'implacables nouveautés. Les moeurs, les goûts 
sont en constantes et rapides évolutions. Le peuple, autrefois très com- 
partimenté, puisait en lui-même et dans son passé ses élixirs et l'aliment 
de ses besoins poétiques. Il est maintenant devenu passif; et notre 
monde actuel, un vaste et morne auditoire. Le cinéma, le journal et la 
radio lui font trop souvent violence, lui imposent désormais leurs jeux 
et leurs histrions. Où trouver, dans une occupation si despotique des 
loisirs, la chance de chanter par soi-même, de s'exprimer soi-même? et 
quelle crainte ne devons-nous pas éprouver, au milieu de tant de musique 
et de paroles mécaniques, que le génie du peuple ne soit seul à demeurer 
muet? Les folklores, autrefois si admirablement variés, si substantiels, 
si savoureux et juteux, comme ces plats d'ancestrale bombance, ne sont 
de plus en plus que des choses isolées, rares, lointaines, reléguées aux 
confins de notre civilisation. Tant et si bien que ce qui faisait les délices 
de nos pères dans l'Ordre de Bon Temps ne sera plus bientôt qu'objet 
de musée et matière des anthropologues. 

A étudier le folklore français, cependant, on demeure étonné de 
tant de sève, de cette prodigalité de fleurs et de fruits de toute succu- 
lence. Le génie de nos pères pousse sans contrainte. C'est la vigne folle, 
exubérante; au moyen âge, elle envahit tout: chaumières et châteaux, 
portiques et parvis des cathédrales. Elle verse à profusion "le gentil vin 
pineau" qui donne à tous, écrivains, jongleurs, architectes, ouvriers et 
paysans: chansons, belles images et joyeux dicts. Elle meut tout, autant 
la langue, la pierre et les bras que les âmes. 



LE FOLKLORE, PATRIMOINE TRADITIONNEL 



Nous avons en Amérique une preuve de cette fécondité. Quelques 
milliers de paysans venus de France transportent ici, pêle-mêle avec 
leurs pioches, haches et charrues un répertoire tel que nous sommes loin 
d'en connaître encore toute la richesse. Le folklore canadien a, comme 
le peuple, sa généalogie très précise. Nous savons les dates et les lieux 
de sa transplantation. Il émigré, avec nos pères, au XVIIe siècle, des 
provinces françaises de l'ouest, les plus pittoresques et remuantes, celles 
que nous pourrions appeler les provinces cathédrales. 

Il n'entre pas dans mon propos de faire de l'ethnologie. Je déduis, 
cependant, de ces colons capables de quitter l'ancien monde pour l'aven- 
ture, qu'ils n'étaient pas les moins vivants, ni les moins hasardeux du 
pays de France. Et même, je les soupçonne d'avoir eu dans le coeur et 
le gosier de merveilleux toniques contre la mer, contre le temps, contre 
pauvreté et misère de tout genre. Quoi qu'il en soit, à comparer au- 
jourd'hui les nôtres avec les traditions et langue de la Normandie, de 
l'Anjou, du Poitou et de la Saintonge, il est évident qu'elles ont entre 
elles un étroit parentage. 

Il serait difficile, dans l'état actuel de nos connaissances folklori- 
ques, d'établir avec précision l'apport de chacune des provinces fran- 
çaises. On peut dire cependant que la lignée est la même; et, pour re- 
prendre une comparaison qui a eu quelque retentissement ces derniers 
temps, la tige séparée du bel arbre français a, de ce côté-ci des mers, 
sa vie autonome et bien typique. Le folklore, de sa nature, est chose 
sensible et mouvante. Les airs, les textes et les gestes se peuvent ressem- 
bler substantiellement, mais les rythmes qui les portent, mais les mesures, 
les accents: autant de variantes que leur crée l'âme aux mille cours. 

Notre folklore canadien demeure, dans sa substance, fidèle à ses 
origines; mais aussi, tant de circonstances nouvelles en ce continent 
nouveau, ne laissent pas de le modifier. Il s'adapte aux modes de vie 
que lui font le pays, le travail, les obstacles, les saisons. Il subit la 
fortune coloniale, s'agrémente et parfois se teinte. C'est le bien de tous, 
affranchi des droits d'auteurs, et que chacun traite avec liberté. On ne 
conçoit pas que tant de rossignolets, tant de princes, de pastoureaux et 
de bergères conservent ici toutes les mêmes moeurs qu'au pays natal. 
Il est indéniable, en outre, que tant de grâces nouvelles et d'inspirations 
originales n'aient provoqué les nôtres à l'invention. 

Folklore canadien: folklore français pieusement conservé tel quel 
comme un bijou de famille, mais souvent aussi, transformé, augmenté 
par notre peuple, héritage de notre vieille et chère France, de sa féoda- 
lité, de sa paysannerie, de ses dames et jouvenceaux, mais rajeuni chez 
nous par le grand souffle vierge du pays neuf et plein de berceaux, de 
forêts et de rivières, d'angoisses et d'aventures. Il forme le fond de 
notre littérature parlée. Il ne nous est pas apporté par le monde officiel 
des gouverneurs, des fonctionnaires, des commerçants et des religieux. 
Ces milieux-là regardent d'assez haut, comme il sied en France à tous 
les privilégiés, ces moeurs et basses expressions de la roture. Le folklore 
nous arrive à fond de cale, caché, comme en un baluchon, dans la langue 
de nos colons et de nos marins. 



BULLETIN DE LA SOCIETE HISTORIQUE 



Comment parler du folklore sans rendre d'abord hommage à cette 
langue populaire des provinces de France au XVIIe siècle. Elle est riche, 
verte, luxuriante, fidèle aux traditions: elle est la plus expressive et la 
plus naturelle des langues françaises. Elle n'est pas celle des salons et 
de la cour. Il a été décrété par Vaugelas, par Balzac, par tous les 
puristes et précieuses qu'elle serait, comme le peuple, taillable, sans 
merci. Et Dieu sait quelle maltôte on lui fait impitoyablement subir. 

Certes, nous aurions mauvaise grâce de mésestimer les grands écrits 
du XVIIe siècle. Ils sont nôtres, en grande partie du moins; ils parlent 
la langue qu'entendait notre classe officielle et qu'enseignèrent nos pre- 
mières écoles. Mais le bon peuple des colons dont nous sommes issus, 
eût mieux compris Rabelais et Montaigne que tout écrivain du grand 
siècle hormis les endroits où Molière et La Fontaine sont, par nostalgie 
peut-être, non-conformistes et archaïsants. C'est un point qu'il ne faut 
pas oublier, que j'estime capital dans l'histoire de nos traditions: la 
grande purge du XVIIe siècle n'affecte pas la langue de nos paysans. 
Elle continue, Dieu merci, d'abonder en formes populaires et dialectales 
du Moyen Age et de la Renaissance. La preuve nous en est faite par le 
Glossaire du Parler français au Canada, et par nombre d'études de 
régionalisme linguistique. 

Mais il y a de plus que le fonds traditionnel si charmant, si digne 
de respect, d'étude et de piété filiale s'enrichit. Le climat, la faune, la 
flore, mille besoins nouveaux de signifier, mille impressions nouvelles 
venues de toutes parts, mille choses de natures très différentes par le 
sens et l'utilité exigent qu'on leur donne un nom, réclament dans l'esprit 
du peuple son image verbale. "Alors, écrit l'abbé Savard, dans l'air 
vierge, la vieille langue se trouble. Il faut rebattre, ajuster, créer pour 
des horizons changés des rythmes nouveaux, frapper des mots d'aven- 
ture, de travail et de misère, improviser souvent en pleine scène, devant 
l'audience des eaux, des forêts et des monts, trouver pour la figure de 
ce monde nouveau, la pièce sonore, exacte, topique, de bon et juste aloi. 

Nos pères nomenclateurs convertissent les mots à de nouveaux 
usages; ils agrandissent la mesure verbale; ils tracent ces fins délinéa- 
ments qui nous ravissent par la profondeur de la vision et la justesse 
du dessin . . . 

La ligne, le nombre, le rapport, les correspondances mystérieuses, 
les calleuses expériences de la main et du pied, les perceptions de l'ouïe 
et les trouvailles de l'oeil, l'émerveillement, la finesse et la bonté, voilà 
ce qu'on trouve dans le langage de notre peuple." (L'Abatis, p. 184- 
185). 

Et je me permets d'ajouter: non dans son seul vocabulaire, mais 
dans ses moeurs syntaxiques et dans toute sa littérature traditionnelle. 
Puissent les philologues poursuivre en étendue comme en profondeur 
cette exploration de notre langue. "Aucun pays, déclarait Ferdinand 
Brunot en parlant du Canada, n'offrirait plus belle matière à des explo- 
rations avec appareils d'enregistrement, et à la composition d'un atlas. 
Les Canadiens voudront sans doute l'entreprendre" (Histoire de la 
Langue française, VII, 1935, p. 1054). Que de découvertes les cher- 
cheurs dévots et patients n'ont-ils pas déjà faites dans la recherche de 



LE FOLKLORE, PATRIMOINE TRADITIONNEL 



la langue et des textes authentiques de notre littérature orale? Et, ce 
faisant, quel service ils rendent à la culture française et quelle justice ils 
exercent contre les ignorants et les corrupteurs qui, à la journée longue, 
pour des fins lucratives miment grossièrement la paysannerie. Car ce 
n'est pas dans les intrigues de ses rentiers de village, ni dans ses épreuves 
conjugales, ni dans ses excès politiques qu'il est beau de voir la civilisa- 
tion paysanne et juste de la vouloir tout comprendre; mais dans ses 
travaux et fêtes, labeurs et divertissements, et traditions de vie, mais dans 
toutes ses moeurs apportées de là-bas, mais dans cette sorte de moisson 
inattendue de l'âme née sur ce continent quant et le grain de la terre 
elle-même. 

Il faudrait évoquer les occupations et métiers d'autrefois, de nos 
sédentaires et de nos aventuriers, coureurs de bois, trappeurs, canotiers, 
la maison rurale de facture si simple et robuste, son toit en cloche et 
ses grâces naïves dans l'ornement. A côté de l'architecture traditionnelle, 
il faudrait étudier le mobilier. Le vêtement, les outils et ustensiles, le 
four, le rouet, le ber composaient des articles de vie pénétrés de tradi- 
tion, d'originalité personnelle, de souvenirs, d'âme en un mot. "Chaque 
meuble, dit Wladimir Weidlé, chaque objet le plus ordinaire avait de 
la valeur, non pas en raison de son prix sur le marché, non pas à cause 
de son utilité nue, mais par suite des usages et des traditions familiales 
qui s'y rattachaient et qui donnaient à chacune des pièces les plus hum- 
bles du mobilier quelque chose de personnel et d'irremplaçable." (Les 
Abeilles d'Aristée). 

Dans une somme du folklore canadien, il faudrait décrire les fêtes 
de l'année dans leurs expressions et rites typiques: le nouvel an, les rois, 
le carnaval, le mardi gras, la mi-carême, la Saint-Jean, la Sainte-Cathe- 
rine, Noël, et aussi les cérémonies saisonnières qui accompagnent et 
couronnent les travaux: les corvées, le bi, la fête de la moisson, l'éplu- 
chette, la fête à la tire, le foulage de la laine, le brayage du lin, etc. . . 
A l'examen de ce folklore social, il faudrait joindre la description des 
cérémonies qui vont du baptême à la mort, les noces, les divertissements 
de la mariée et les enterrements de vie de garçon, et jusqu'aux charivaris 
que l'on célébrait lorsque les gens du village avaient quelque raison de 
désapprouver collectivement une union. On y lirait encore les recettes 
et usages de tous les métiers, l'alchimie de notre ancienne cuisine, et de 
la médecine domestique, les façons de nos artisans, potiers, menuisiers, 
sculpteurs, constructeurs de navires. Ce serait voir les multiples formes 
et adaptations de l'ingéniosité ancestrale avant l'envahissement des ma- 
chines. Ce serait faire le bilan des yeux et des oreilles, et du coeur et 
de l'esprit. Et le beau moyen que ce serait là pour l'intelligence de 
l'histoire et les grandes ressources que nous y trouverions pour l'avenir. 
Malheureusement un tel inventaire nous mènerait trop loin et je ne puis 
qu'évoquer ici les noms et le souvenir de tous ces faits et gestes du 
folklore matériel et social. 

Pour l'instant, il me faut m'en tenir à la littérature orale. C'est la 
partie la plus originale de notre folklore, du moins celle que nous 
pouvons le mieux juger puisque un plus grand nombre d'études y furent 
consacrées. Croyances, légendes, contes et chansons populaires émer- 



BULLETIN DE LA SOCIETE HISTORIQUE 



veillent ceux qui les étudient. On s'étonne que tout cela qui avait cours 
sur les bords de la Seine et de la Loire dès le moyen âge, ait été si 
longtemps et si fidèlement conservé dans la seule mémoire du peuple. 
On confiait autrefois à cette précieuse faculté le soin de choses que nous 
abandonnons aujourd'hui à l'écriture quand nous ne les laissons pas 
tomber dans l'oubli tout simplement. Pour nous qui sommes habitués 
à ne retenir que l'immédiat, les Druides, par exemple, avec leurs vingt 
mille vers appris par coeur, les rhapsodes avec leurs chants homériques, 
transmis de mémoire jusqu'au siècle de Périclès, sont des phénomènes 
que nous voulons bien pardonner au temps des mythes. Et pourtant, 
de nos contemporains ont encore su dicter à des chercheurs attentifs et 
patients quelque cinq cents contes et dix mille chansons populaires 
reçues non de l'écrit, mais par le canal de l'unique tradition. 

Et telle est, je ne dirai pas le tout, mais une partie de notre littéra- 
ture parlée, celle qu'on a jusqu'à date sauvée de l'oubli. Cinq cents 
contes! qu'il ne faut pas confondre avec nos légendes. Celles-ci sont 
légions. Elles naissent de l'étrange accouplement d'une réalité, d'un 
fait souvent historique, avec l'imagination. Elles contentent un besoin 
de superstitions; elles sortent de notre crédulité; elles évoquent démons, 
loups-garous, sorciers, raniment les feux-follets, les apparitions. Sous des 
aspects particuliers, elles sont de tous les temps et de tous les lieux. Elles 
transforment en objets surnaturels ou extraordinaires de simples curiosi- 
tés de la nature: une pierre de Gaspésie en Géant des Méchins, une 
caverne en cabane des fées, un rapide de la Chaudière en un lieu où le 
Bostonnais Arnold aurait perdu le trésor fabuleux de son armée. Et 
que d'églises, le long du Saint-Laurent, ont été construites avec l'aide 
d'un cheval fringuant, impétueux, qui n'était autre que le diable. A date, 
on en connaît une dizaine au moins. 

Ainsi le veut le peuple. Et cela est du folklore aussi, mais ces 
légendes diffèrent du conte par l'origine et la forme. Les contes, en effet, 
ont un caractère bien à eux. Ils débutent et se terminent par les for- 
mules consacrées. Leurs épithètes, répétitions, clichés, leur font une 
atmosphère, de même qu'ils aident la mémoire du conteur. Ils nous 
sont venus du fond des âges, des temps immémoriaux. Mais, ils ont pris, 
comme il sied, l'air du pays et vivent à la canadienne. Cendrillon, 
vêtue chez Perrault de "méchants habits", porte chez nous "flanelle 
d'habitant". 

Il suffit de peu de chose aux contes pour transporter les hommes 
au pays de l'enchantement. "Il était une fois . . ." ou, selon la formule 
canadienne: "Il faut bien vous dire ... Il est bon de vous dire qu'il 
était une fois . . ." Instantanément le silence se fait autour des paroles 
magiques. Dans la grande salle ou le camp de chantier, les gens font 
cercle, avec la même attention que des enfants autour d'une aïeule. Le 
conteur peut suivre sur les visages l'effet de son récit. Il choisit dans 
son sac à merveilles les passages les mieux ajustés aux circonstances; et 
dès que le charme opère, il fait passer sous les yeux tout un monde 
irréel et poétique, secrètes créatures, images prestigieuses, faites au fond 
de l'être de réalisme parfois très minutieux et de fantaisie. Alors on 
voit apparaître des princesses belles comme le jour, des princes char- 



LE FOLKLORE, PATRIMOINE TRADITIONNEL 9 

mants et des fées bonnes ou mauvaises. Il y a aussi des monstres, des 
ogres, des géants, des sorciers, des magiciens, parfois le diable en 
personne et des animaux qui d'adresse et d'intelligence en remontre- 
raient aux hommes. 

Tous ces êtres imaginaires et glorieux accomplissent de nature les 
exploits les plus invraisemblables. Ils se métamorphosent comme on 
change de vêtement; ils ont des charmes, des talismans, des philtres; ils 
connaissent la fontaine de jouvence, l'eau "de rajeuni"; ils se livrent 
des combats, ils aplanissent les montagnes, déchaînent les eaux de la 
mer, s'envolent et disparaissent comme les oiseaux. Et la vertu, comme 
il est juste, finit toujours par triompher. Matière vaste, on le voit, et 
riche, malgré les apparences, de substance et d'histoire humaine. On 
devine que la partie connue de ce répertoire est petite auprès de ce 
que devait être le savoir des conteurs d'autrefois. Aujourd'hui il n'y a 
plus guère que les gens âgés qui se rappellent les merveilleuses aven- 
tures de Petit Jean. Pourtant, que de rapprochements révélateurs on 
pourrait faire à l'étude des contes. N'avons-nous pas retrouvé sur les 
lèvres d'un guide forestier un long récit qui contient les éléments de 
trois tragédies de Shakespeare? Par le chemin féerique des contes, nous 
pénétrons souvent jusqu'aux sources mêmes où les maîtres anciens ont 
puisé les éléments de leurs chefs-d'oeuvre immortels. 

On regrette qu'une étude d'ensemble de tous nos contes n'ait pas 
encore été faite. Un classement provisoire n'en révèle pas moins chez 
le peuple une tradition jusqu'ici vivace des thèmes d'imagination créa- 
trice: fables d'animaux apparentées au roman de Renart, contes merveil- 
leux de fées, contes de chevaliers à l'épée invincible, aux châteaux 
remplis de mystères, et tels que les romans de chevalerie les ont repré- 
sentés; contes chrétiens où apparaissent la Vierge, les saints, les âmes, 
le diable tout comme dans les Mystères et la Légende Dorée; contes 
à rire qui ont charrié jusqu'à nous l'esprit satirique et gaulois des 
fabliaux. Bref, par le nombre, par la variété et par le sujet de nos 
contes, on voit qu'ils se rattachent directement au folklore français et 
par lui au folklore universel. Objet éminemment digne d'admiration 
et d'étude! Il ouvre les régions mystérieuses où se réfugie l'âme du 
peuple. 

Mais, mieux que les contes qui ne sont d'aucun lieu ni d'aucun 
temps, c'est la chanson qui traduit le génie français. C'est la plus riche, 
vive et plaisante de nos traditions, celle "où s'élance le mieux, dit Henri 
Pourrat, le génie celtique, l'esprit d'alouette." Elle a trouvé en elle- 
même, dans ses origine et nature, la force de survivre à tant de siècles, 
de vicissitudes et d'aventures. Ancienne comme le peuple dans le coeur 
duquel elle a fait son nid, anonyme, tour à tour lyrique, tragique, 
satirique, elle a volé d'un geste à l'autre des générations comme l'oiseau 
des champs. Elle ne s'empêtre pas de discours. Directe, expressive, 
réaliste ou enchantée, elle joue ce tour à la poésie savante de dire en 
quelques vers la substance d'un long poème ou les soucis d'un long 
amour. Plus que le conte, elle est demeurée fidèle à ses origines, 
préservée qu'elle fut contre le temps par sa forme, sa mesure et ses 
assonnances. Elle a conservé, dans son éternelle jeunesse, son air 



10 BULLETIN DE LA SOCIETE HISTORIQUE 



moyenâgeux et sa gentille allure de poème plein de mystère et de sim- 
plicité. On assure que de simples jongleurs de foire ont inventé l'an- 
cienne chanson populaire traditionnelle. C'étaient de grands poètes 
illettrés, c'est-à-dire qui ne savaient pas écrire comme les troubadours 
et les trouvères leurs exquises inventions. Et qui ne voyaient pas le 
besoin de les écrire, puisque, volant de bouche en bouche, elles par- 
couraient en un rien de temps toutes les provinces de France. Cette 
poésie, dont la composition remonte presque toujours au delà du XVIIe 
siècle, n'a généralement pas attiré l'attention des littérateurs avant le 
XIXe. C'est Gérard de Nerval qui, un des premiers, s'est penché avec 
amour sur les ballades du Valois. Plus tard, à partir de 1852, la 
curiosité étant en éveil partout en France, chaque province donnait une 
copieuse moisson. 

Nous sommes fiers que notre récolte canadienne ait été plus riche 
que chacune de celles des provinces françaises. On a recueilli ici plus 
de dix mille textes et variantes dont une centaine déjà en 1865. Dans 
ce vaste répertoire, il y a des chansons pour toutes les circonstances de 
la vie et pour tous les âges, de la naissance à la mort. Ce sont les 
chants de l'enfance, chants de nourrice ou berceuses pour endormir et 
que les petits répètent dès qu'ils savent articuler un son, c'est la Poulette 
grise, par exemple. Puis, vient l'âge des rondes que fillettes et garçons 
dansent et miment entre eux: Promenons-nous dans ce bois, tandis que 
le loup n'y est pas ... La fillette a quinze ans; dans la chanson popu- 
laire, c'est déjà l'heure où elle commence à soupirer: Mariez-moi, ma 
petite maman, j'ai hâte d'entrer en ménage. Le garçon de son bord n'a 
pas moins de souci. Les amoureux rusent quelquefois pour se rencontrer, 
se dire leur secret, se jurer fidélité; ou bien ils soupirent, loin l'un de 
l'autre, et confient des messages d'amour aux rossignolets. Le coeur 
est parfois contrarié ou rusé. La fille préfère son gentil pastoureau aux 
princes ou aux bourgeois de la ville. Elle leur joue même de mauvais 
tours. Viennent ensuite les chants de ménage qui redisent, mais avec 
ironie, les joies promises à la mariée; ils insistent malicieusement sur le 
mauvais sort des pauvres femmes dont le mari est ivrogne et sur celui 
des maris en proie à des mégères. 

Puis, il y a les chants de métiers, de soldats, de marins, de moisson- 
neurs, de fileuses, que les canotiers chantèrent souvent dans les chantiers 
et sur les rivières où on les rythmait de l'aviron. Il y a des chansons 
religieuses, des complaintes de mendiants, chansons de quête du temps 
où les quêteux payaient leur gîte en monnaie de musique. Dans ce même 
ordre, il y a aussi les noëls et cantiques populaires qui relatent des 
miracles: Notre-Seigneur en pauvre, et l'admirable Passion de Jésus- 
Christ. 

A ce fonds traditionnel français, il faut ajouter la chanson à boire, 
les chansons de joies et de mensonges, rengaines et randonnées et même 
les chansons égrillardes. Tous ces répertoires ont tantôt une fidélité 
archaïque; tantôt ils ont été l'objet d'adaptations, de transformations 
et même de créations aussi étonnantes qu'inattendues. Un seul exemple 
vous montrera l'inépuisable ressource du génie populaire. La chanson des 
Trois beaux canards que tout le monde connaît avec le refrain "En 



LE FOLKLORE, PATRIMOINE TRADITIONNEL H 



roulant ma boule roulant" à elle seule se chante avec 92 refrains dif- 
férents et sur une cinquantaine de mélodies. La plupart de ces refrains 
et mélodies, nés au Canada, sont un témoignage des divers usages aux- 
quels cette chanson a servi. Tellement qu'il ne serait pas exagéré de 
dire que le continent américain, de la Baie d'Hudson à la Louisiane, du 
Saint-Laurent aux Montagnes Rocheuses, a été découvert aux accents de 
ses multiples refrains qui redisent, chacun à leur manière, l'histoire des 
canotiers, des explorateurs, des engagés au service des compagnies de 
fourrures, ou des anciens cageux et draveurs de l'industrie du bois. 
Avec ces hommes, on aborde un autre groupe de chansons qui est le 
répertoire spécifiquement canadien, né ici, car les Canadiens n'ont pas 
apporté que des chansons toutes faites, ils ont aussi hérité du génie d'en 
faire. Quelques-unes, comme les Raftmen ou la Plainte du Coureur de 
bois ne manquent pas d'allant et de beauté dans leur rusticité, d'entrain 
dans le départ, même de mélancolie dans la solitude des forêts. Cette 
chanson populaire a ranimé bien des courages, relevé bien des énergies, 
"On a eu de la misère, disait une jeune femme d'une paroisse de colo- 
nisation, on a fait une chanson". Et la chanson s'est aussi mêlée de 
politique dans la jeune France tout comme dans la vieille. 

Tels sont, en partie, les principaux sujets et quelques-unes des 
variétés de nos dix mille chansons connues, c'est-à-dire recueillies à 
date et sauvées de l'oubli. Chiffre impressionnant, sans doute, mais 
chiffre encore incomplet puisqu'il est bien des lieux du Canada ignorés 
de nos enquêteurs. Cependant, devant l'étonnante quantité de ces do- 
cuments folkloriques, le président de la Société de Folklore de France, 
René Maunier, proclamait en 1935 que c'est au Canada qu'il faut aller 
étudier la chanson des vieux terroirs français. Cette appréciation d'auto- 
rité n'est pas, croyons-nous, attribuable à la seule chanson, mais d'une 
manière générale à la littérature orale, y compris, en bien des cas, 
la linguistique. C'est dire que les possibilités du folklore sont immenses 
au Canada. 

Recueillis avec méthode et piété, les documents folkloriques, même 
les plus minimes, ne sont pas une simple compilation de faits particuliers, 
mais la matière d'une véritable science de l'âme collective. Ils nous 
renseignent avec exactitude sur les moeurs actuelles du peuple, sur les 
transformations qu'elles ont subies dans le passé et sur celles qui sont 
en cours. Ils apprennent l'importance et l'intérêt de tous les faits jus- 
qu'aux plus humbles de la tradition populaire. Vulgarisés, ils remettent 
en honneur la science du souvenir et le devoir de la fidélité. 

"Le passé, dit Claudel, est une incantation de l'avenir." Des musi- 
ciens de chez nous, des littérateurs, des hommes de science n'ont cessé 
d'écouter pieusement cette incantation. Qu'il me suffise de rappeler 
quelques noms de ceux qui furent particulièrement attentifs à la grande 
voix de notre folklore. D'abord, celui d'Ernest Gagnon. "Il a, dit 
l'historien Thomas Chapais, élevé un monument national qui a révélé 
à la France plus que bien d'autres manifestations peut-être, le fait mer- 
veilleux de la survivance française au Canada." 

Les Chansons populaires du Canada furent applaudies, en 1865, 
comme un objet si rare et si digne d'admiration qu'elles apparurent, 



12 BULLETIN DE LA SOCIETE HISTORIQUE 



aux yeux de tous, comme la somme de notre répertoire. Mais les folklo- 
ristes du vingtième siècle nous ont désillé les yeux. E.-Z. Massicotte, 
dont on pleure la mort survenue ces jours-ci (samedi le 8 novembre), 
et Marius Barbeau, avec quelques collaborateurs, ont non seulement 
élargi notre connaissance du répertoire chanté; mais ils ont ouvert le 
champ tout entier de nos traditions populaires. Barbeau surtout, par ses 
enquêtes auprès du peuple, ses recherches de toute nature, ses publica- 
tions, ses cours universitaires, est l'instigateur d'un véritable mouvement 
scientifique de folklore. On peut mesurer l'ampleur et le prix de son 
oeuvre par le second recueil des Archives de Folklore qui lui est con- 
sacré. On y a fait le relevé de cinq cent soixante dix-huit titres de livres, 
brochures ou articles sur l'anthropologie et le folklore, depuis 1911. 
Quel chiffre! Et pourtant, Barbeau estime qu'il est fort loin de re- 
présenter la somme. 

Ici je m'en voudrais d'oublier la figure modeste et sympathique 
d'un folkloriste qui vous est cher entre tous. Je salue la mémoire d'Adé- 
lard Lambert. Bien que né dans la vieille Province, Lambert a passé 
cinquante-sept ans de sa vie en Nouvelle-Angleterre. C'est dire qu'à 
ce titre il appartient un peu plus aux Franco-Américains qu'aux Cana- 
diens. Que de trésors il nous a sauvés de la ruine et de l'oubli! Quel 
respect et quelle reconnaissance mérite cet homme du peuple, dépositaire 
d'une riche tradition familiale et pieux rassembleur du patrimoine 
collectif! Sans lui, nous connaîtrions peu de ces traditions apportées du 
Canada en Nouvelle-Angleterre. Davantage par son geste que par son 
écrit, il symbolise le gardien fidèle du pur patrimoine commun. 

C'est au labeur de ces pionniers que nous devons la connaissance 
de ce que la tradition nous a conservé de meilleur. Mais il est urgent 
de continuer leur oeuvre; et de fixer au plus tôt ce qui demain sera 
perdu sans retour. Le fossé entre ,les générations d'hier et celles d'au- 
jourd'hui n'a jamais été aussi décisif ni profond. La jeunesse présente 
est distraite du passé. La vie de famille où s'épanouissait la fleur de 
ses plus chères traditions est menacée dans son sanctuaire lui-même. 
Sollicitée par tant d'appels, venus de toutes parts, l'âme du peuple 
s'éloigne de plus en plus de ce qui fut jadis sa force et sa beauté. Et 
chaque jour quelqu'un de nos vieillards emporte avec lui une parcelle 
de notre précieux patrimoine. 

Par bonheur, l'Université a compris l'importance de la tradition 
intégrale. Elle a vu que c'était un monument à la fois robuste et fragile 
dont toutes les parties se tiennent à ce point, qu'on n'y peut séparer le 
fondamental du simple accessoire. Elle n'entend plus qu'on néglige le 
folklore. Elle veut tout le recueillir, le conserver, afin de maintenir sur 
cette terre d'Amérique la civilisation de ses premiers découvreurs et 
conquérants. 



LE SENS NATIONAL* 

Lorsque monsieur Gabriel Nadeau, votre secrétaire, m'invita à 
prendre la parole devant les membres de la Société Historique Franco- 
Américaine, j'ai éprouvé à la fois, un sentiment d'honneur et de fierté, 
et la pensée de rencontrer l'élite intellectuelle de la Nouvelle-Angleterre 
m'a causé une joie que je ne saurais vraiment pas vous exprimer; j'ai 
surtout songé immédiatement au mérite immense que vous avez d'être 
restés fidèles à vos origines raciales, à la langue et à la foi de vos an- 
cêtres. 

Unis dans l'intelligence par une culture commune, dans la vie par 
une façon de voir qui nous est propre et dans le coeur par des attache- 
ments dont nous seuls pouvons apprécier la valeur morale, nous travail- 
lons tous au succès d'une mission sacrée dont nous savons la grandeur 
et la répercussion pour ceux qui viendront après nous. 

La province de Québec, par sa magnifique fidélité au passé, aux 
traditions, aux croyances, est l'objet de l'admiration des étrangers intel- 
ligents qui nous visitent et des canadiens anglais de bonne foi qui nous 
regardent sans parti pris. 

Evidemment, la province de Québec mérite l'admiration qu'elle 
suscite autour d'elle, parce qu'elle a à son crédit tout un passé grandiose 
et qui a coûté à ses enfants d'amers sacrifices. Ce passé, il a exigé aussi 
une force de volonté peu commune pour résister aux assauts brutaux 
qui, de toutes parts, menaçaient notre peuple, ou encore aux conseils 
perfides qui tentaient hypocritement de vaincre notre ténacité. 

Mais ce mérite est bien mince à côté du vôtre. Alors que nous du 
Québec, avions à notre disposition le nombre et tout ce que cela signifie, 
vous, Franco-Américains, avec des moyens de fortune, avec au coeur, 
je le sais, l'impression pénible que vos frères de là-bas se désintéres- 
saient parfois de vous, vous avez magnifiquement résisté à l'assimilation 
qui aurait presque été excusable; vous vous êtes imposés par votre force 
et aujourd'hui vous donnez l'exemple d'une minorité respectée qui pos- 
sède ses associations distinctes. 

A tous ceux qui vous regardent, vous donnez le spectacle de la 
dignité et de la noblesse de citoyens qui ont décidé de vivre et d'affirmer 
leurs droits à la face de l'univers. Vous donnez enfin l'exemple de ce 
que peut faire l'union nationale, l'union sacrée de tous les coeurs, de 
tous les esprits, de toutes les intelligences, pour le triomphe d'une cause 
commune qui est la cause même de notre survie et qui, demain, sera la 
cause de nos enfants. 

Pour réussir pleinement dans cette mission que nous avons acceptée 
et qui a pour fin non seulement la survie de la race française en Amé- 
rique, mais aussi son essor et son épanouissement, nous devons posséder 
d'abord, puis inculquer à nos jeunes le sens national, ce sens qui s'ex- 



* Causerie prononcée par l'honorable Orner Côté, Secrétaire de la Province 
de Québec, devant les membres de la Société Historique Franco-Américaine, 
le mercredi, 3 novembre 1948. 



14 BULLETIN DE LA SOCIETE HISTORIQUE 

prime dans l'individu d'abord, dans la société ensuite, et qui doit inspirer 
aussi bien les actes personnels que les actes officiels: C'est dans ce sens 
que je veux vous parler ce soir. 

Dans la société, chaque citoyen a une certaine fonction à exercer. 
Les enfants, ces hommes de demain, doivent être préparés afin de rem- 
plir leur rôle le mieux possible. Aux éducateurs incombe donc le grand 
devoir de fournir à la jeunesse tout ce qui lui est nécessaire dans la vie. 
Il est vrai que les écoles réalisent assez bien ce desideratum dans les 
premières années de l'existence. Mais après la scolarité, à cette heure 
où comme un jeune coursier, l'oeil en feu, les naseaux fumants, dans 
cet inconnu qui s'ouvre et l'appelle, il est prêt à bondir et à se précipiter, 
allez-vous le laisser partir sans le calmer un peu, sans le guider, sans 
l'écarter des précipices? 

Voyez d'un peu plus près le grand nombre de devoirs importants 
que le jeune homme aura à remplir. Vous parlerais-je de ses obliga- 
tions envers sa famille, indiqués par les mots: époux, père, fils, frères 
et soeurs; ses devoirs, plus nombreux, envers tous ses semblables qui ont 
les mêmes facultés, la même destinée que lui; — enfin de tout ce qu'il 
doit faire parce qu'il est citoyen d'un Etat? 

Tout ceci ne serait rien s'il pouvait aller tout droit, toujours tout 
droit; mais il doit naviguer en évitant des écueils, en contournant des 
gouffres! 

Que doit donc posséder le jeune homme qui fait son entrée dans 
la vie pratique? 

Tout d'abord, s'il n'est pas en santé, saura-t-il fonder une famille 
bien constituée? Ses forces corporelles lui permettront-elles de se livrer 
courageusement au travail pour procurer le pain à sa femme et à ses 
descendants? D'un autre côté, l'homme qui souffre physiquement n'a 
pas cette égalité d'humeur qui contribue au bien-être de ceux avec qui 
il vit. Ne demandez pas non plus à pareil homme une grande applica- 
tion à la besogne; partant n'attendez pas de lui un progrès quelconque 
dans son métier. Enfin, sont-ce de semblables citoyens qui vont beau- 
coup contribuer à la grandeur du pays? 

Des hommes qui ne sont pas forts ne peuvent remplir leurs devoirs 
envers la société, ils ne peuvent réaliser toutes les vertus du sens na- 
tional. 

Favorisez donc autant que possible le développement corporel des 
jeunes gens. Tout d'abord donnez une saine nourriture à vos fils, sur- 
tout au moment de la croissance. Veillez à ce que les règles de l'hygiène 
soient mises en pratique avec une grande régularité. Engagez les jeunes 
gens à se livrer, pendant leurs moments de loisir, à des exercices en plein 
air; tâchez de leur faire aimer les sports; il en existe tant de nos jours: 
la balle, le foot-ball, la natation, la course, etc., lancez-les dans diffé- 
rentes associations qui ont trait à l'éducation physique. Il leur sera si 
agréable de se délasser après leurs rudes journées de travail. Et, en 
parlant de travail, il est du plus grand intérêt pour la formation cor- 
porelle de ne jamais imposer une besogne qui surmène. 



LE SENS NATIONAL 15 

De plus, certains jeunes gens doivent être l'objet d'une surveillance 
toute spéciale: ce sont ceux qui sont enclins à des habitudes préjudicia- 
bles à leur santé. Prévenez le danger, agissez avec eux par persuasion 
plutôt que par autorité. Raisonnez-les pour leur faire comprendre com- 
bien sont destructeurs les excès, qui se rencontrent malheureusement 
trop souvent chez la faible nature humaine. Amenez-les à s'affilier à 
une société de tempérance. Ne craignez pas, enfin, de leur montrer le 
monde tel qu'il est. 

Doué d'une constitution robuste, le jeune homme ne réunit pas 
encore les conditions requises pour tenir véritablement sa place dans la 
nation. Il doit encore être instruit. 

On pourrait écrire des pages et des pages à ce sujet. Il suffira que 
j'énumère quelques-uns de ses avantages. 

Tout d'abord il pourra mieux dominer sa famille, veiller plus 
efficacement à la formation de ses enfants, et rendre son foyer beaucoup 
plus agréable. Il trouvera dans la lecture et l'étude une satisfaction bien 
supérieure aux autres divertissements et sera ainsi éloigné de tous les 
dangers — cabaret et autres — provoqués par l'oisiveté. N'est-ce pas 
d'ailleurs par l'étude que le jeune homme s'élèvera, que ses différentes 
aspirations s'ennobliront? S'il est ouvrier, étant instruit, il pourra con- 
naître à fond son métier, y apporter des modifications importantes, 
contribuer de cette façon au développement des sciences, des arts, et 
rendre de véritables services à la patrie. Que d'inventions sont dues à 
des travailleurs intelligents! 

L'homme doté d'une instruction plus ou moins grande, peut donc 
contribuer au bonheur des siens et de toute la société. Comme on a 
raison de dire que les hommes intelligents font la force et la richesse 
d'une nation. N'est-ce pas encore par ses facultés supérieures que l'hom- 
me pourra se rendre compte de ce qu'il vient faire dans la société? En 
apportant du raisonnement dans tout, il comprendra la portée des lois 
et trouvera naturel qu'on leur obéisse, contribuant par le fait même au 
maintien de l'ordre et à la sécurité générale. 

Puisque l'instruction est si utile à l'homme social, répandons-la 
autant que nous le pouvons. Tâchons de faire acquérir à nos jeunes 
gens le goût d'accroître leurs connaissances. Envoyons-les dans les écoles 
industrielles ou professionnelles. Recommandons-leur l'étude des langues 
étrangères; en s'assimilant les différentes façons de s'exprimer usitées 
dans les pays qui nous environnent, ils comprendront mieux l'homme. 

Fort et intelligent, un homme n'est encore rien, s'il n'est d'une 
grande moralité. 

En effet, sans cette dernière qualité, peut-on espérer la concorde 
dans la famille? Quels exemples sont fournis aux enfants par un père 
non vertueux? De quelle façon un chef désoeuvré compte-t-il maintenir 
chez lui une bonne discipline? ... Et la société donc, que deviendrait- 
elle? s'il n'y a pas de vertu, je veux dire: la justice, la bonté, le courage, 
etc. De plus, l'homme moral veut le bien; il fera donc tout ce qu'il 
pourra pour maîtriser ses passions. Il acquerra une volonté forte qui 
lui permettra de repousser le mal chaque fois qu'il se présentera. Voilà 
pourquoi je dis aux éducateurs: "Rassemblez donc toutes vos forces, 



16 BULLETIN DE LA SOCIETE HISTORIQUE 



afin de faire de nos enfants des êtres moraux. Dans l'ordre physique 
comme dans l'ordre intellectuel, vous ne pouviez pas beaucoup; la 
nature et les circonstances faisant tout. Mais pour ce qui concerne la 
moralité, on ne saurait trop vous recommander de continuer à appliquer 
les principes qui vous ont servi de base dans la première éducation. Si 
les enfants deviennent bons, vous pourrez vous en glorifier et, comme 
l'artiste qui contemple un travail réussi, vous écrier: "C'est mon oeuvre! 
— Associez-vous aux parents et, de commun accord, travaillez d'arrache- 
pied". 

Ce qu'il faut éviter par-dessus tout, c'est l'oisiveté, mère de tous 
les vices. Combattez-la en donnant de l'occupation à vos fils. Distrayez- 
les autant que possible, comme nous l'avons déjà montré, en parlant de 
l'homme au point de vue physique et au point de vue intellectuel. Tâ- 
chez de leur faire trouver chez eux un amusement inoffensif comme la 
littérature, la musique, la peinture. Formez leur goût du beau; visitez 
avec eux les musées et expositions. Ouvrez devant leurs yeux le grand 
livre de la nature. Faites-leur aimer les voyages; montrez-leur comment 
ils doivent s'y prendre pour retirer le plus grand profit possible des 
merveilles qu'ils visiteront. Et surtout, évitez à vos jeunes gens une 
éducation trop efféminée: n'oubliez pas que ce sont vos fils qui devien- 
dront plus tard des chefs de famille, des citoyens. Suivez-les du regard, 
mais faites comme si vous ne les observiez pas. Veillez à ce qu'ils 
acquièrent des habitudes d'ordre, d'économie, de prévoyance. Laissez 
vos fils agir par eux-mêmes. Qu'ils supportent les conséquences de leurs 
actions, bien entendu pour autant que ces dernières ne leur soient pas 
funestes. Engagez-les à prendre en main la direction des petites asso- 
ciations, c'est ainsi qu'ils apprendront à se débrouiller et qu'ils auront 
conscience de l'importance de la solidarité. 

L'éducation des jeunes gens au point de vue national peut donc 
se comprendre en deux sens différents: ou bien, il s'agit de faire acquérir 
aux jeunes gens qui se préparent à devenir des hommes, le sens national, 
c'est-à-dire la connaissance et le sentiment, à l'état habituel, des exigences 
de la vie nationale, et des responsabilités spéciales que tout homme en- 
court par suite des répercussions de ses actes personnels à travers toute 
la collectivité; ou bien il s'agit d'initier les jeunes gens à la connaissance 
et à la pratique des oeuvres nationales, ou, d'une manière plus large, 
de toutes les organisations collectives qui ont pour but de provoquer, 
par l'entente et l'action communes, un mieux-être intellectuel, moral, 
économique. 

Il est facile de voir que ce sont là deux aspects différents de la 
formation nationale des jeunes gens. Mais il n'est pas moins facile de 
se rendre compte que les deux s'appellent et se complètent réciproque- 
ment. Et c'est pourquoi j'ai cru devoir tantôt séparer et tantôt joindre 
ensemble ces deux points de vue dans les quelques considérations que 
j'ai l'honneur de vous soumettre. 

1. — Nécessité de l'éducation du sens national. L'homme ne vit pas 
isolément. S'il a ses facultés, ses énergies, bien à lui, sa personne dis- 
tincte de toutes les autres personnes et dont il a la conduite, il n'en est 
pas moins inséré dans toute une série de sociétés ou d'organismes na- 



LE SENS NATIONAL YJ 



turels dont les principaux sont la famille, la profession, la nation, la 
société religieuse. La vie d'un homme se constitue tout d'abord, évidem- 
ment, par son activité individuelle; mais elle se poursuit, s'intègre et 
s'achève par toutes ses relations sociales. La vie individuelle et la vie 
nationale ne sont donc pas deux vies distinctes et séparables, mais la 
même vie considérée sous deux développements différents. Et autant 
il y a d'intérêt philosophique et juridique à distinguer ces deux aspects 
d'une même réalité concrète, autant il serait faux et dangereux de les 
dissocier, plus faux encore et plus funeste de les opposer l'un à l'autre. 

Or, si la vie individuelle a ses exigences, ses lois, ses conditions: 
hygiène, moralité, instruction, éducation, sacrifice, etc., la vie nationale 
aussi a ses exigences naturelles de la famille, de l'organisation profes- 
sionnelle, des sociétés religieuses et nationales. La soumission à celles-ci 
est aussi nécessaire que l'obéissance à celles-là: elle est un devoir, au 
même titre. Et si dès le jeune âge on apprend à l'enfant à considérer 
comme sacrés pour la conscience les devoirs de la vie individuelle, il 
faut que l'on fasse comprendre au jeune homme les impérieuses exigences 
de la famille, de la profession, de la société religieuse, de la patrie. 

Donc, une connaissance aussi précise, aussi objective, aussi concrète 
que possible des conditions de toute vie nationale et de la valeur morale 
de ces conditions: voilà, me semble-t-il, le point essentiel, la base de 
toute existence d'homme. 

Il faut, de plus, provoquer, chez l'individu un certain affinement 
de la conscience, une sorte de prolongation de sa vue; en d'autres termes, 
il faut lui donner le sens de ses responsabilités en face de la nation. 
Il ne lui suffit pas de savoir qu'il doit, sous peine de ne plus agir en 
homme raisonnable, en honnête homme, se plier, s'adapter aux exigen- 
ces d'une vie collective qui enveloppe la sienne, pour la nourrir; il faut 
de plus lui apprendre que tout acte individuel a nécessairement son 
retentissement et son influence, bonne ou mauvaise, à travers toute la 
collectivité dont il est membre. La brièveté de cet exposé ne me permet 
pas de donner des exemples; mais ils abondent, surtout dans nos sociétés 
modernes si compliquées, dont les éléments sont solidarisés les uns avec 
les autres par des contacts si fréquents et si divers. 

Il est facile de voir quel champ nouveau et illimité peut conférer 
la compréhension du sens national; facile de voir aussi que d'introduire 
dans la conscience et d'y affirmer le sens des responsabilités nationales, 
même des plus éloignées, ce n'est pas autre chose que de travailler à en 
faire une conscience pleinement, intégralement humaine, une conscience 
qui puisse et qui veuille répondre de tous les actes qu'elle pose et de 
toutes leurs conséquences. 

2. — Nécessité de l'initiative à l'activité nationale 

L'expression, activité nationale, éveille selon le langage courant, 
l'idée d'action. Mais j'estime qu'il faut l'entendre ici dans un sens beau- 
coup plus large, comprenant à la fois et ce qu'on appelle la vie publique, 
et ce qu'on désigne plus spécialement sous le nom d'oeuvres et organisa- 
tions nationales. 

La vie publique c'est la collaboration qu'un bon citoyen doit ap- 
porter au gouvernement et à l'administration de son pays, soit d'une 



18 BULLETIN DE LA SOCIETE HISTORIQUE 



province, soit d'un état, soit de toute la nation. Dans la plupart des 
états modernes c'est le pays qui se gouverne lui-même, ce sont tous les 
citoyens qui remplissent collectivement la fonction administrative. Mais 
c'est là une fonction extrêmement délicate et difficile. Les futurs citoyens 
auraient besoin d'être formés à leur métier. Le sont-ils? Il est trop 
évident que non. Les jeunes électeurs, en général, ne connaissent la 
politique que par son côté extérieur; ils ne savent rien, ou à peu près 
rien de la théorie et de la morale du gouvernement populaire ou démo- 
cratique. C'est, dans leur éducation, une grave lacune dont les effets 
se font sentir d'une manière si déplorable dans nos moeurs politiques 
et administratives. Cette lacune, il est nécessaire de la combler. 

L'activité nationale, outre la vie publique, comporte tout ce qu'il 
y a d'action collective et d'organisation ayant un but moral, économique, 
professionnel; ligues de toutes sortes, syndicats, coopératives, mutualités, 
etc. Et s'il est nécessaire que les jeunes gens soient formés à la pratique 
des devoirs de la vie publique, il n'importe pas moins qu'ils soient initiés 
à la vie d'association. Jamais, peut-être, à aucune autre époque, on n'a 
eu un sentiment plus vif ou plus exigeant de la dignité de chaque 
personne et de sa valeur, mais jamais non plus, d'autre part, on n'a 
ressenti un besoin plus réfléchi de l'association. Il faut faire comprendre 
au jeune homme que les associations visant à la poursuite d'oeuvres 
sociales et autres qui solliciteront son concours sont des efforts collectifs 
tiès variés pour faire régner la prospérité morale et économique, pour 
restreindre le plus possible la zone d'influence de la misère et du vice; 
lui faire comprendre, par conséquent, que dès qu'il comptera comme 
une unité distincte dans la nation, ce sera son devoir de faire sa part 
de l'effort collectif. Et pour l'y engager, il sera évidemment nécessaire 
de lui suggérer quelques principes de justice sociale; de lui montrer 
l'écart trop considérable qu'il y a entre la société, les relations et les 
conditions sociales telles qu'une raison saine et morale les conçoit; de 
lui montrer enfin que c'est à la volonté de l'homme et à l'effort associé 
qu'il appartient de réduire toujours de plus en plus cet écart entre la 
réalité brutale et l'idéal national. 

Au risque de me répéter, j'affirme qu'il est nécessaire que le jeune 
homme soit formé au sens national, et initié à la pratique de la vie na- 
tionale. Ayant à vivre en société il importe qu'il y vive le plus sainement, 
le plus vigoureusement possible. Et peut-être n'a-t-on pas assez insisté, 
jusqu'à présent, sur ce côté de la formation de l'honnête homme. 

Cette éducation est aujourd'hui plus urgente, puisque, sans parler 
d'autres raisons plus sérieuses, dans nos sociétés de plus en plus démo- 
cratiques, le bien commun ou national est procuré par la masse, c'est-à- 
dire par les individus. Si les individus manquent aujourd'hui à leur 
devoir national, notre société en souffrira beaucoup plus que ne l'aurait 
fait une société d'ancien régime. 

L'éducation du sens national et l'initiation à la vie publique et 
nationale doivent se faire, me semble-t-il, simultanément et par les 
mêmes moyens. Quels peuvent être ces moyens? 

Disons d'abord qu'il conviendrait de ne pas laisser aux oeuvres 
post-scolaires le souci de commencer cette éducation: elle devrait déjà 



LE SENS NATIONAL 19 



être amorcée dès l'école primaire et c'est dans ce sens que depuis quatre 
ans la Province de Québec oriente son programme d'études primaires. 
On s'aperçoit aujourd'hui que pendant des années, le programme de 
l'enseignement primaire a été conçu et rédigé un peu en marge de la 
vie, qu'il contient trop de connaissances théoriques, abstraites et pas 
assez de notions et exercices vraiment utiles. A notre avis ce programme 
était trop individualiste, et nous avons cru bon d'y introduire quelques 
vues très simples et très nettes sur la vie nationale, ses réalités et les 
devoirs qu'elle impose. 

Mais c'est évidemment après l'école primaire que doit se poursuivre 
et se faire l'éducation nationale des jeunes gens. 

Elle ne se fera pas à l'atelier, ni au bureau, pas même à la Faculté. 
Elle ne se fera pas non plus seulement dans la famille. Restent donc les 
associations et oeuvres de jeunes gens, reste la presse. Et pour utiliser 
ces moyens, je crois qu'il faut compter surtout sur l'initiative individuelle, 
mais qu'il faut pourtant demander à l'Etat un certain concours. 

J'estime que c'est beaucoup dans les cercles de jeunes gens que 
peut se faire l'éducation nationale. Ces cercles ne doivent pas être des 
oeuvres de préservation seulement, mais aussi, et plus encore, des oeu- 
vres de formation. Je suis persuadé d'ailleurs, que les jeunes gens 
s'intéresseraient à des causeries bien conduites sur des sujets sérieux 
tels que les conditions et les devoirs de la vie nationale. Pourquoi les 
jeunes ouvriers et employés ne seraient-ils pas déjà affiliés à leur grou- 
pement professionnel? Ils en connaîtraient ainsi la vie pratique et ce 
serait le moyen de faire prendre un sens concret aux leçons, conférences 
ou causeries qui pourraient leur être faites sur ce sujet. Les élections, 
avec le bruit et les passions qu'elles provoquent, seraient une occasion 
d'apprendre aux jeunes gens, non pas la politique de personnes et de 
parti, mais ce que j'ai appelé la théorie et la morale de la politique et 
du gouvernement populaires. Enfin, mille faits de la vie quotidienne 
serviraient d'exemples pour éveiller et former le sens national. 

Je viens de parler surtout des jeunes gens de la classe ouvrière. Les 
jeunes gens plus instruits, et ceux qui se destinent à des carrières où 
ils seront nécessairement des dirigeants, avec une responsabilité plus 
grande: tous ceux-là doivent aussi avoir leurs cercles, leurs associations, 
leurs cours, donnant une importance et une part convenables aux ques- 
tions d'éducation nationale. Il n'est pas besoin, je pense, d'insister pour 
faire comprendre combien de futurs avocats, médecins, législateurs, etc., 
ont intérêt à connaître le milieu sur lequel ils auront à exercer leur 
influence. L'Université ne le leur fera pas connaître. Son enseignement 
est nécessairement trop technique, ou professionnel. Il leur faut donc, 
à côté des cours universitaires, des cercles et des cours d'éducation sociale 
et nationale. 

Ces oeuvres et ces cours post-scolaires, convient-il de les laisser au 
soin de l'initiative individuelle? Il me semble que les municipalités au 
moins devraient en encourager la création, les subventionner même. 
Faut-il aller plus loin et établir un enseignement post-scolaire ou com- 
plémentaire obligatoire? Non, car la liberté, éclairée, encouragée, sti- 
mulée est beaucoup préférable. 



20 BULLETIN DE LA SOCIETE HISTORIQUE 



Ne manquons pas, d'autre part, d'utiliser la presse qui est aujour- 
d'hui une puissance incomparable. Beaucoup de revues et périodiques 
sont spécialement destinés aux jeunes gens. C'est encore là, évidem- 
ment, une forme d'action à utiliser pour l'éducation nationale. 

Le jour où tous comprendront que le premier devoir d'une éduca- 
tion nationale doit être incontestablement de former des individus, puis- 
que nous vivons à l'âge de l'émancipation individuelle, ce jour-là nous 
aurons fait un pas en avant. 

L'individu, c'est l'homme hors de tutelle. Au début de la vie, il 
n'existe pas; toujours passif, il pense par la raison de ceux qui le diri- 
gent, veut par la volonté de ses maîtres, se résout par leur commande- 
ment, et va où ils le poussent comme un objet, une chose inerte. Mais 
un moment vient où sa raison s'éveille et sa volonté s'affirme, où 
l'activité rompt les lisières qui l'enveloppent pour le protéger. C'est alors 
que l'éducateur, au lieu de s'effrayer et d'entraver cette éclosion divine, 
doit entrer dans le mouvement de la nature, qui est l'impulsion de Dieu 
même, et que, modifiant son action propre, il doit devenir le conseiller 
de la raison, le soutien de la volonté et délier lui-même les bandelettes 
de l'enfant grandi. Loin d'arrêter la raison dans ses premiers essais, 
qu'il l'exerce et la fortifie; loin de comprimer la volonté, qu'il la pousse 
à vouloir; loin de craindre l'exubérance de l'activité, qu'il en provoque 
les élans, ne négligeant aucune raison de pratiquer dans l'intimité ou en 
public ce rôle d'émancipateur et d'initiateur. 

Qu'il se garde de trop comprimer et surtout de déprimer. La com- 
pression produit des esclaves et des hypocrites, et plus elle est savam- 
ment pratiquée, plus elle réussit dans cette misérable besogne. Elle 
laisse l'empreinte — l'empreinte ineffaçable de la servitude. 

La dépression n'aboutit qu'à l'hébétement et à la couardise. A force 
de traiter son disciple à la dure, de lui persuader qu'il ne comprend 
rien, qu'il n'est capable de rien, le disciple finit par le croire; et de deux 
choses l'une: ou il accepte cette opinion inférieure de lui-même, et alors 
c'est un rouage brisé qui ne sera bon à rien, ou il se frappe le front en 
disant: "J'ai pourtant quelque chose là!" et il devient une force révoltée, 
égarée, qui ne pardonnera pas à ses maîtres de l'avoir méconnue. 

Pour faire éclore l'individualité, il faut aimer l'adolescent, deviner 
ses énergies, l'encourager et le croire meilleur qu'il n'est. 

Ce sentiment de haute bienveillance l'obligera à justifier ce que le 
maître pense de lui; c'est le plus puissant tonique qu'on puisse servir 
à cette nature en croissance. 

Imitez la poule couvant ses poussins. Couvez cet enfant, chauffez-le. 
Savez-vous comment on couve l'être humain? En l'aimant. Soyez bons; 
dépassez même la réalité, en ayant de lui une opinion bienveillante, 
surbienveillante. 

L'individu éclos, il faut le former. 

Il est nécessaire que l'éducateur, qui comprend son rôle au point 
de vue national, inculque à celui qu'il élève cette idée que l'action et la 
lutte sont nécessaires, et qu'il le soumette à un régime de lutte et d'exer- 
cices constants, universels: constants, c'est-à-dire s'appliquant à tout. 



LE SENS NATIONAL 21 



Le devoir de l'éducateur qui comprend son époque est de soumettre 
les enfants confiés à sa garde à un régime d'activité sans trêve: activité 
physique, intellectuelle, morale, sociale. Il faut que toute cette jeunesse 
agglomérée dans un milieu choisi joue avec entrain, s'exerce à tous les 
sports qui exigent un déploiement de forces physiques et de volonté; 
s'entraîne au labeur intellectuel, donnant une énergique impulsion à la 
mémoire, à l'imagination, à l'attention, au jugement; se livre en secret 
aux luttes de conscience qui mettent l'âme aux prises avec ses passions 
et ses instincts; s'applique à régler elle-même, selon le conseil du maître, 
ses rapports sociaux avec les supérieurs hiérarchiques et avec les égaux. 

Cette activité disposera l'enfant à secouer sa torpeur et sa paresse, 
à mettre en mouvement toutes ses facultés naissantes, à gagner les ba- 
tailles de la vertu et à se tenir à son rang dans le milieu où il vit, respec- 
tueux envers l'autorité, bon compagnon envers ses pairs. 

Je ne veux pas de natures endormies dont les forces latentes ne 
se développent pas, de natures lâches que la conscience ne gouverne point 
et qui s'en vont mollement au gré des mille caprices qui les sollicitent, 
de natures passives qui, un jour, ayant mécontenté un maître ou froissé 
un camarade, font régler leur petite affaire par l'autorité, au lieu de la 
régler elles-mêmes de leur propre initiative. 

L'activité, l'activité toujours, et quand même: voilà le mot d'ordre 
et le secret de développer la force d'agir, sans laquelle l'individu n'est 
qu'un germe stérile. 

Jouir pour jouir est indigne d'un homme; c'est dissiper, jeter en 
pâture au plaisir dévorant les saintes réserves accumulées par le chef 
de famille, c'est fomenter les haines sociales, recruter et ameuter l'armée 
des anarchistes et des vengeurs de la loi du travail insolemment violée. 

En même temps que nous développons l'activité de l'homme et son 
initiative, notre devoir est de l'enhardir, de l'accoutumer à l'effort, de 
l'endurcir à la lutte; car le milieu humain, aujourd'hui plus qu'autrefois, 
est livré à toutes les luttes et à tous les conflits. Jamais la concurrence, 
la loi du combat pour la vie, n'a été plus violente que dans notre monde 
d'individus émancipés. 

Ceux qui n'ont pas l'aptitude à la combativité, dont les mains et 
les bras n'ont pas été façonnés pour la bataille, sont vaincus d'avance; 
ils seront distancés, écartés, écrasés, rejetés dans la mêlée formidable, à 
moins qu'ils ne trouvent quelque refuge pour leur faiblesse. 

C'est le devoir d'une éducation vraiment nationale de dresser des 
natures saines et militantes, qui sauront défendre le pays contre un 
socialisme dissolvant et despotique, dont le règne serait l'anéantissement 
de l'individu réglementé, asservi à un pouvoir tyrannique, omnipotent; 
des natures courageuses et résolues qui, dans l'ordre politique, ne transi- 
gent jamais sur les principes immuables de la justice et de la liberté 
plus large; des natures robustes et croyantes qui, dans l'ordre religieux, 
savent, en toute circonstance, défendre leur foi menacée et la propager 
à force de persuasion, de vertu et d'énergie. 

Et, afin que rien ne manque à ces militants futurs, l'éducation 
nationale devra les convaincre de ce fait, de cette vérité pratique, savoir 
qu'aujourd'hui, malgré la coalition des sectes, l'homme qui sait ce qu'il 



22 BULLETIN DE LA SOCIETE HISTORIQUE 

veut, qui a pris la mesure exacte de ses forces internes, qui a été initié 
à la science de se maîtriser lui-même, qui est résolu à la lutte, quelle 
qu'elle soit, qui connaît le prix du temps et de la victorieuse endurance, 
cet homme arrivera sûrement à ce qu'il veut. 

Les chemins sont ouverts, mes amis; s'ils ne le sont pas, vous 
pouvez, vous devez les frayer. Allez donc où la saine ambition vous 
pousse, — j'appelle saine l'ambition proportionnelle à votre valeur, — 
allez sans crainte, vous triompherez de tous les concurrents et de tous 
les obstacles, à la seule condition qu'une telle foi vous anime et vous 
transporte. 

Les indolents, témoins de vos succès, diront, pour excuser leur 
lâcheté, que vous êtes nés avec la chance. La chance, c'est l'intrépide, 
l'infrangible, la victorieuse volonté appuyée sur la vérité et la justice. 
Que cette chance soit votre inspiratrice si vous voulez être de vrais 
modernes dans le milieu de nos luttes et des conflits. 

J'ai nommé la justice: elle doit être la vertu maîtresse, cultivée, 
développée, fortifiée dans l'éducation nationale; car elle est la vertu 
nécessaire de toute société démocratique et des individualités en con- 
currence, en lutte pour la vie. 

La concurrence pour la vie entre les individualités affranchies et 
libres n'est plus, sans la justice, qu'une mêlée sanglante, telle qu'elle 
sévit dans la faune. C'est par la justice que l'homme s'élève au-dessus 
de la bête et qu'il la domine. 

Voilà pourquoi elle doit régner en souveraine dans les milieux 
épurés et choisis où les jeunes générations se forment et grandissent. 
Là, pas de privilèges, pas d'acception de personne; la libre, la fraternelle, 
la belle égalité. Le mérite est la seule distinction légitime entre les rivaux; 
les plus intelligents, les plus actifs, les plus vertueux, d'où qu'ils vien- 
nent, voilà le seul titre qui vaille aux yeux des maîtres et aux yeux des 
élèves eux-mêmes. 

Et quand je parle de justice, comme règle divine de l'être libre, 
je voudrais qu'elle fût non seulement une vertu virile, mais une passion 
ardente, emportant sa vie tout entière et la contenant dans ses cadres 
inflexibles. Encore serait-ce peu que de la pratiquer pour soi-même; il 
faut la défendre contre les violents qui l'entravent, la propager dans 
le milieu où l'on agit et l'imposer, au besoin par la force, à tous les 
mauvais dont l'instinct pervers en menace le règne. Aucune vertu ne 
répond mieux au génie de notre âme. 

C'est le culte de la justice, qui finira par imposer dans notre milieu 
social le règne de la liberté et la pratique de la tolérance entre nos con- 
citoyens divisés de croyances, d'opinions et d'intérêts. La liberté n'est 
que la justice rendue aux autres, et la tolérance, le respect des indivi- 
dualités qui sentent, qui agissent autrement que nous. 

Un jeune homme actif, formé à l'initiative, résolu à la lutte, con- 
vaincu de l'efficacité d'un effort soutenu intelligent, enraciné dans la 
justice et soumis à ses austères prescriptions, peut entrer dans la vie 
publique sans peur, sans hésitation, assuré d'y accomplir sa tâche. Il 
est réellement, dans notre milieu nouveau, l'ouvrier des sociétés futures. 



LE SENS NATIONAL 23 

Que sera-t-il? que fera-t-il? A lui de le dire, à lui de choisir, dans 
la plénitude de sa liberté, entre les diverses carrières qui le sollicitent 
et dans lesquelles il pourra le mieux déployer ses facultés et son énergie. 

L'éducation nationale n'a pas à lui imposer le choix d'une vocation; 
son rôle consiste à garder toujours présente à l'esprit du jeune homme 
la grande, la sainte image de la patrie, à lui révéler son vrai, son pur 
génie, à lui montrer ses besoins pressants et ses plaies vives, afin qu'en- 
trant dans la carrière préférée, il emporte la conviction unique d'être 
utile à son pays, d'en propager les hautes aspirations, de répondre à ses 
besoins et de travailler à guérir ses blessures. 

Quelle que soit votre vocation ultérieure, vous serez des serviteurs 
de votre pays, à la seule condition de répondre aux devoirs profession- 
nels. 

Prêtres ou moines, missionnaires, apôtres ou soldats, explorateurs 
ou colons, professeurs ou industriels, agronomes ou banquiers, ingé- 
nieurs, médecins ou savants, juristes ou avocats, diplomates, sénateurs 
ou ministres, ouvriers de la plume ou de la mine, la nation a besoin de 
vous et de votre activité. Vos soucis seront les siens; votre gloire sera la 
sienne; votre force, sa force; votre dévouement laborieux, le gage de 
sa prospérité et de son grand avenir. 

Les patriotes éprouvés, les citoyens ardents qui sentent vivre en 
eux l'âme du pays ne se trompent pas sur les besoins dont elle est 
tourmentée. 

C'est cette âme que nous devons servir, avec tout notre zèle et de 
tout notre pouvoir, en fécondant et en alimentant sa vie, sa vie morale 
et religieuse, sa vie politique et civile, sa vie scientifique et littéraire, 
sa vie économique et sociale. 

Ce qui importe, c'est que tous nos catholiques s'unissent dans la 
charité sincère du Christ et dans le respect mutuel de leurs droits. C'est 
qu'ils se fassent des convictions profondes, et s'imposent à tous leurs 
concitoyens par leur science des choses de Dieu, par leur probité privée 
et leur honorabilité publique. "C'est qu'ils se persuadent qu'une nation 
vaut moins par le nombre que par la croyance, et qu'une Belgique active, 
géniale, d'une forte culture religieuse, l'emportera toujours, de beau- 
coup, sur une Turquie stagnante, ignorante et fanatisée." Plus nos 
efforts tendront à grandir l'idée divine et à bien pénétrer l'âme des 
nôtres des pensées, des soucis et des ambitions qui rehaussent les peuples 
devant Dieu et aux yeux de son Eglise, moins nos compatriotes sentiront 
le besoin de rechercher d'autres gloires, et de sacrifier, pour les attein- 
dre, le fait solide aux rêves grandioses. 

L'autonomie, par cela même qu'elle relâche les liens de l'adminis- 
tration centrale, s'adapte sans secousses aux besoins et aux tendances 
particulières des sociétés. Il faut la perfectionner, non l'amoindrir. Il 
faut tirer et dégager avec soin, des principes dont elle est formée, les 
conséquences qui sont un progrès, et rejeter énergiquement celles qui 
marquent l'oeuvre de l'éducation, et combattre et réprimer les usurpa- 
tions qui menacent l'école, et les innovations qui ternissent le foyer. Il 



24 BULLETIN DE LA SOCIETE HISTORIQUE 



faut assainir les moeurs politiques, et pousser vers les sphères du pou- 
voir des hommes dignes de commander. A ce prix, et à ce prix seule- 
ment, notre vie publique, relevée, épurée, et imprégnée d'un esprit 
vraiment national, portera des fruits de salut. 

La sève du présent s'élabore dans les racines profondes du passé. 
Du passé fécondé par la sueur et le sang, montent les végétations vi- 
goureuses. Du passé surgissent des leçons et des exemples, des expé- 
riences et des lumières. Le passé est une école de respect, de fierté, de 
constance, de magnanimité, de courage. Au souvenir de ceux qui nous 
ont faits ce que nous sommes, au spectacle des travaux qui ont marqué 
leur vie, et à la pensée des vertus qu'ils ont portées jusqu'à l'héroïsme 
et sur lesquelles a été édifiée la patrie, nous aimons davantage ce sol 
que nous foulons, et qui fut le théâtre, à la fois obscur et glorieux, de 
tant de luttes, de tant de labeurs, et de tant de souffrances. 

C'est parce que nous sommes fidèles à ce passé que nous sommes 
attachés à notre pays. Vous ne serez pas plus de bons américains que 
nous ne serons de bons canadiens si vous n'êtes d'abord d'excellents 
Franco-Américains, et si nous ne sommes d'abord d'excellents Canadiens 
Français. 

Ceux qui tentent d'opposer la petite patrie à la grande patrie sont 
de bien tristes sires et font une bien petite besogne. Comment voulez- 
vous qu'il aime sa paroisse, sa ville ou son pays, celui qui n'éprouve 
aucun attachement pour sa famille? 

Les vertus de l'individu sont les vertus de l'homme public, et il 
sera infidèle à ceux qu'il représente, celui qui est infidèle aux liens qui 
l'unissent à une femme et à des enfants. 

Ce que j'ai tenté de vous démontrer ce soir, c'est que le sens na- 
tional est inséparable du sens de l'humanité et qu'il appartient aux 
éducateurs et aux chefs de famille de le développer et de l'accroître 
dans le domaine où ils rayonnent. 

Les vertus dont j'ai proclamé la grandeur ne sont, après tout, que 
les vertus de l'honnête homme, les vertus du chrétien. Il n'y a pas de 
christianisme sans justice et sans charité; il n'y a pas de dévouement 
social sans ces vertus; et l'expression "sens national" est une expression 
vide si elle n'est pas imbue de ces deux grands principes de vie. 

Mais ces principes, ils exigent, pour leur application, des efforts 
et des sacrifices. Il faut bien l'avouer, notre génération n'a pas le culte 
de l'effort et fuit le sacrifice. Il faut, par une prise de conscience qui 
s'impose, regarder la réalité bien en face et accepter de mener le bon 
combat. 

Notre pays sera ce que nous le ferons. Nos enfants habiteront le 
monde que nous leur aurons construit. Faites donc que ce monde soit 
un peu à la taille de notre idéal, à la taille de nos rêves. Faites donc 
que ce monde permette à nos enfants de s'épanouir librement et de pra- 
tiquer les vertus des ancêtres dont, dans quelques générations, nous 
serons nous-mêmes. Qu'ils puissent englober nos noms dans la lignée 
des ancêtres qu'ils respecteront, qu'ils aimeront et dont ils s'inspireront. 

Qu'ils puissent penser à nous avec affection comme à de bons 
ouvriers qui se sont acquittés proprement de leur tâche, comme à de 



LE SENS NATIONAL 25 



bons artisans qui ont ajouté une pierre à l'édifice de la nation, et peut- 
être aussi comme à de bons artistes qui ont joliment sculpté cette pierre. 
Alors, lorsqu'on leur enseignera l'histoire du monde et qu'on essaiera 
de leur inculquer le sens national, ils comprendront, par nos oeuvres, 
ce qu'est ce sens national, et tout le respect, tout l'amour et tout le 
dévouement dont il faut l'entourer. 



NOTRE HERITAGE CULTUREL* 

Par M. LE CHANOINE ARTHUR SIDELEAU 
(Doyen de la Faculté des Lettres à l'Université de Montréal) 

Vous ne serez pas surpris, si je viens vous entretenir d'un problème 
qui me tient au coeur et qui m'a toujours préoccupé: notre éducation 
nationale. Je dis "notre", parce que ce problème vous intéresse autant 
que nous. Quoique nous vivions séparés par une ligne qui coupe arti- 
ficiellement en deux ce continent nord-américain, les liens du sang qui 
nous unissent les uns aux autres gardent toute leur puissance; les liens 
de l'esprit, aussi, par lesquels nous communions au legs transmis par 
les aïeux, à un même héritage culturel. 

De cette persévérance dans votre loyauté et dans votre fidélité 
envers notre héritage commun, je ne veux d'autres preuves que l'exis- 
tence, chez vous, de tous ces organismes dont le but est de maintenir 
bien vivantes nos magnifiques traditions. Parmi ces organismes, il con- 
vient de placer à un très haut rang cette Société Historique franco-amé- 
ricaine, qui célèbre cette année le cinquantième anniversaire de sa fon- 
dation. Il ne m'appartient pas de vous faire l'éloge de cette Société. 
Je me contente d'apporter au Président, à tous les officiers et à tous 
les membres les félicitations et les voeux de vos frères de la vieille 
province de Québec, de même que leur témoignage d'admiration et de 
gratitude pour tout ce que vous avez accompli, durant ce demi siècle, 
afin de faire briller d'un éclat toujours plus vif votre splendide idéal 
de lumière et de vérité: lux et veritas! 

Des raisons d'ordre général et humain, des motifs qui nous sont 
plus particuliers nous invitent à nous arrêter, de temps à autre, sur le 
long chemin de notre destinée, pour faire le point, pour nous demander 
où nous en sommes et comment, par exemple, nous conservons et ex- 
ploitons notre héritage culturel, tout en le perfectionnant et en le faisant 
rayonner autour de nous. 

Si les choses ne vont pas très bien dans un monde de plus en plus 
désaxé, n'est-ce pas dû, en grande partie, au fait que les hommes ont 
abandonné les fortes disciplines de l'esprit, génératrices de lumière, 
d'ordre, de rectitude morale? La civilisation occidentale dont nous nous 
réclamons n'accuse-t-elle pas un dangereux fléchissement? Nous passons 
par une de ces époques où tout est remis en question, une époque de 
désordre, de chaos et de crise. L'un des penseurs les plus clairvoyants 
de notre temps, Paul Valéry, nous a bien montré que "nous autres, 
civilisations, nous sommes mortelles . . . que toute la terre apparente 
est faite de cendres . . . que l'abîme de l'Histoire est assez grand pour 
tout le monde . . . qu'une civilisation a la même fragilité qu'une vie." 

Pourtant, il me semble que la nôtre mérite bien d'être défendue et 
maintenue. Par un long processus que je n'ai pas le temps d'analyser 



Conférence prononcée à Boston, devant la Société Historique Franco- 
Américaine, le 11 mai 1949. 



NOTRE HERITAGE CULTUREL 27 



par le menu ni de décrire, c'est elle, cette civilisation occidentale, qui 
nous a faits ce que nous sommes; c'est elle qui nous a engagés dans 
notre être historique, c'est-à-dire dans une voie dont nous ne pouvons 
plus sortir, sans courir le risque de nous enliser dans des marécages 
mortels. Nous la portons dans notre sang. Ce qu'il y a de tragique pour 
nous, c'est qu'elle subit actuellement les rudes assauts des barbares mo- 
dernes, convaincus, avec raison, qu'elle oppose à leur ambition de con- 
quérir et d'asservir le monde le plus puissant des remparts. 

On a souvent parlé de la mission de la race française en Amérique. 
Pour ma part, je pense que cette mission n'est pas un mythe; mais je 
pense, aussi, qu'il n'y a jamais eu, pour elle, plus qu'actuellement, d'ur- 
gence à s'exercer; qu'elle ne peut le faire que par la mise en oeuvre de 
ce dynamisme qui se trouve au fond de notre héritage culturel. 

De quoi cet héritage est-il principalement fait? Il n'y a rien de 
plus complexe que la civilisation d'un peuple. Elle se construit un peu 
comme une pyramide. Chaque génération y apporte son bloc de pierre, 
qui se superpose et sert de fondement à d'autres blocs semblables. C'est 
ainsi que de multiples éléments, les uns venus du plus lointain passé, 
les autres empruntés aux contingences du présent, se combinent et se 
fondent ensemble pour constituer une civilisation. Mais tous ces dif- 
férents apports n'ont pas la même valeur, ne jouent pas le même rôle. 
Sous la surface des apparences, il faut savoir distinguer l'essentiel du 
secondaire, le fondamental de l'accessoire. C'est ce que nous allons faire, 
afin de circonscrire ce vaste sujet. Pour répondre à la question: de quoi 
notre héritage culturel est-il fait? je dirai que son premier fondement, 
c'est l'humanisme gréco-latin. 

Une constatation que ne manquent jamais de noter ceux qui étudient 
le fait français en Amérique, c'est que nos pères ont voulu fonder la 
haute éducation sur les humanités gréco-latines ou classiques. Ils avaient 
compris d'instinct qu'il fallait maintenir sur ce point essentiel la tradi- 
tion de la mère-patrie. Et c'est ainsi qu'on a vu surgir, les uns après 
les autres, les nombreux collèges classiques, où des prêtres dévoués ont 
formé les générations d'élites dont le pays avait besoin pour s'humaniser. 

Cette fidélité fut sans conteste l'un des principaux facteurs de notre 
survivance. L'âme canadienne-française en a reçu ses traits originaux 
et ineffaçables, qui se révèlent par le goût de la clarté, de l'ordre, de la 
logique, de la mesure; qui se manifestent, aussi, par l'amour du beau, 
de l'art, de l'idéal; par le respect des valeurs intellectuelles, morales, 
sociales. 

C'est à cette source que fut trempée notre âme et on peut se de- 
mander ce qu'il fût advenu de l'esprit français dans ce nouveau monde 
si, dès 1635, trois ans avant la fondation de votre Université Harvard, 
les Jésuites n'avaient organisé le premier collège classique, "l'ancêtre", 
si je puis dire, ou en tout cas, le modèle original des soixante-quinze 
Institutions semblables qui constellent aujourd'hui la vieille province de 
Québec. Que ce facteur culturel ait joué un très grand rôle dans la for- 
mation et la survivance de notre nation, c'est ce qu'a bien vu un sociolo- 
gue aussi averti que le R. Père Delos, qui nous cite précisément un 
exemple dans son puissant ouvrage la Nation: 



28 BULLETIN DE LA SOCIETE HISTORIQUE 

Si l'on voulait, écrit-il, trouver un exemple du rôle 
joué par les institutions culturelles dans la formation 
d'une nation, on n'en trouverait sans doute pas de 
plus frappant que celui du Canada français. Un grou- 
pe colonial qui compte soixante mille âmes, à la fin 
du XVIIIe siècle, se façonne un milieu et grandit en 
nation, sous l'action de facteurs dont le plus décisif 
est sans conteste la fidélité à sa culture. L'essor ori- 
ginal de sa culture sera pour ce groupe ethnique la 
garantie essentielle de sa durée et de son développe- 
ment. 

Ce n'est pas le temps de vous refaire la thèse pédagogique en fa- 
veur du maintien chez nous de cette forme d'enseignement traditionnel. 
Qu'il me suffise d'ajouter à ces arguments déjà connus, des raisons 
actuelles, qui nous imposent l'obligation non seulement de la conserver, 
mais de la fortifier et de lui faire rendre le maximum de résultat possible. 

Je vous parlais, tout à l'heure, de notre civilisation occidentale, du 
devoir que nous avons de la défendre contre les assauts des barbares. 
Eh bien! je ne vous apprends rien, quand je vous dis que c'est la gloire 
immortelle des Grecs anciens de l'avoir fondée, cette civilisation. C'est 
à partir d'eux qu'elle existe. Ce sont eux qui en ont allumé le flambeau, 
transmis de génération en génération jusqu'à nous, qui avons le devoir 
de le passer à nos successeurs. Cette image classique est imparfaite. Il 
s'agit ici d'une transmission de vie, pas simplement de lumière. C'est ce 
qui faisait écrire au célèbre historien anglais Arnold Toynbee, dans son 
ouvrage: A Study of History: "Our western society is related to the 
hellenic society in a manner comparable with the relationship of a child 
to its parents." Il s'agit donc d'une filiation spirituelle. En quoi con- 
siste-t-elle? 

Ce sont les Grecs, aussi bien ceux du temps de Périclès que du 
temps de Démosthène, qui ont conçu le plus noble idéal politique et 
établi les premiers gouvernements où la dignité de la personne humaine 
ait été comprise et respectée. Le privilège des Grecs, c'est encore d'avoir 
possédé, plus qu'aucune autre race, une intelligence limpide et péné- 
trante, le sentiment du beau, le goût de la mesure. Ils ont créé la philo- 
sophie, la science, les beaux-arts; pour exprimer une âme si richement 
douée, ils se sont forgé la plus belle langue qu'aient parlée les lèvres 
humaines. Quand le nom de Grec eut cessé, par les vicissitudes de 
l'histoire, de désigner une race, il a continué de signifier une méthode 
de penser; ce qui faisait dire à l'un d'eux, Isocrate: "On appelle Hel- 
lènes ou Grecs plutôt ceux qui ont reçu notre culture que ceux qui ont 
la même origine." Nous sommes les héritiers de cette méthode de penser 
par le fait même de cette filiation spirituelle dont je parlais, il y a un 
instant. 

Vous voyez apparaître la conclusion que je voudrais tirer de cet 
argument, en me plaçant toujours au point de vue de l'éducation. Com- 
ment pourrait-on préparer intellectuellement une élite, c'est-à-dire une 
génération d'hommes, destinés aux postes de commande, qui sauront le 



NOTRE HERITAGE CULTUREL 29 

mieux comprendre et défendre les intérêts les plus vitaux de notre race, 
intérêts qui se confondent, ici, avec ceux de tous les peuples occidentaux, 
si on tentait de le faire en dehors de cette tradition hellénique? Le 
but premier de l'éducation doit être, il me semble, de préparer les jeunes 
gens à mieux comprendre et à mieux s'assimiler la tradition intellectuelle 
dans laquelle ont vécu leurs pères, ils vivent eux-mêmes et vivront leurs 
descendants. 

Sur ce point, je suis parfaitement d'accord avec les meilleurs éduca- 
teurs de votre pays. Ils ont compris, sans toutefois posséder les mêmes 
raisons que nous de le faire, qu'il n'y a pas de haute éducation possible 
en dehors de cette tradition hellénique. L'ayant interrompue, ils s'ef- 
forcent maintenant par tous les moyens de la renouer. Nous avons 
toutes les raisons de les admirer dans leurs desseins, de les aider dans 
leurs efforts et d'applaudir à leurs succès. Quant à moi, je souscris 
entièrement à ces paroles de M. Hutchins, Président de l'Université de 
Chicago: 

"I do hold that tradition is important in éducation; 
that the primary purpose of éducation, indeed, is to 
help the student to understand the intellectual tradi- 
tion in which he lives. I do not see how he can reach 
this understanding, unless he understands the great 
books of the western world, beginning with Homer 
and coming down to our own day. If anybody can 
suggest a better method of accomplishing this purpose, 
I shall gladly embrace him and it." 

On ne saurait mieux dire. 

* * * 

Le cas du latin est un peu différent. Les Latins n'ont rien créé, ou 
peu de chose, mais ils ont été d'excellents intermédiaires. Cette civilisa- 
tion hellénique dont je vous ai parlé, ils furent les premiers à l'accepter, 
à la goûter et à se l'assimiler, pour la transmettre ensuite, après l'avoir 
marquée de leur empreinte, aux peuples qu'ils avaient conquis et lati- 
nisés. Nous sommes, dans cette Amérique du nord, les seuls représen- 
tants de la latinité. Savons-nous bien apprécier ce que cela signifie? 
quelles obligations de fidélité cela nous confère? 

Mon ancien maître, Mgr Calvet, écrivait récemment dans la Croix 
de Paris: "Les Latins sont partout les mêmes: assemblés autour du lac 
méditerranéen ... ou transportés dans le nouveau monde, ils portent 
avec eux leur vrai trésor. Ce trésor, Cicéron, dans son immortelle lettre 
à Quintus, son frère, l'appelle humanitas, un mot immense qu'il faut 
traduire à la fois par culture, par civilisation et par humanité." 

Eh bien! ce trésor, je ne vois pas bien comment nous pourrons le 
conserver, sinon par notre fidélité à l'âme de la latinité qui s'exprime 
par la langue latine. De plus, c'est elle, la langue latine qui crée l'union 
entre tous les peuples latins. On admettra qu'ils constituent une partie 
très importante de la population du globe. C'est cette langue latine, 
cette âme de la latinité, que l'éminent humaniste Pierre de Nolhac a 
chantée dans son Testament d'un latin: 



30 BULLETIN DE LA SOCIETE HISTORIQUE 

Rome, tu ne meurs pas. Après dix neuf cents ans, 

Nous n'avons pas cessé d'user de tes présents. 

Tu donnes aux Latins leur grande âme commune. 

Le jour où nous abandonnerions le latin, nous aurions perdu notre 
âme et nous n'aurions plus qu'à flotter, comme des épaves, entre le bloc 
anglo-saxon, le bloc slave et le bloc chinois. La raison, c'est que le 
français, c'est du latin, du latin en marche, du latin évolué. Seul le 
latin peut nous donner la pleine et parfaite intelligence de notre langue; 
seul il peut nous la conserver dans son intégrité et sa pureté premières. 
"Le latin," disait spirituellement Rémy de Gourmont, "c'est le chien de 
garde du français." C'est donc par notre fidélité au latin que nous de- 
meurerons des Latins, non peut-être par le sang qui coule dans nos 
veines, parce qu'il n'y a rien de tel qu'une race latine, mais par la par- 
ticipation aux trésors de la civilisation latine, qui est une réalité bien 
vivante. C'est ainsi, comme l'écrit encore Mgr Calvet, que "les Cana- 
diens, malgré la séparation et à travers toutes les tribulations de leur 
histoire, sont restés des Français par leur fidélité à la langue de leurs 
pères." 

Agir ainsi, c'est pour nous rester fidèles à nous mêmes, à notre 
vocation historique, et c'est là sans doute, notre premier devoir, mais 
c'est, en même temps, servir les autres et l'humanité. C'est ici que le 
mot "humanitas" prend tout son sens. Charles Maurras, qui, malgré ses 
fautes et ses torts, est peut-être l'un des plus grands humanistes de ce 
siècle, écrivait ces lignes qui résument admirablement ma pensée sur ce 
point: "Je suis Romain, parce que si je ne l'étais pas, je n'aurais à 
peu près plus rien de français. Je suis Romain dès que j'abonde en mon 
^tre historique, intellectuel et moral. Je suis Romain dans la mesure où 
je me sens homme. Par ce trésor dont elle a reçu d'Athènes et transmis 
le dépôt, Rome signifie sans conteste la civilisation et l'humanité. Je suis 
Romain, je suis humain, deux propositions identiques." 



Les humanités gréco-latines garderont éternellement la vertu de 
former "le citoyen du monde", selon le mot fameux de Socrate. En dé- 
veloppant toutes les facultés intellectuelles dans une hiérarchie harmo- 
nieuse, elles rendent leurs adeptes aptes à comprendre le monde, plus 
spécialement notre monde occidental, aptes, aussi, à penser et agir selon 
les traditions humaines les meilleures. A ce point de vue, aucune con- 
naissance technique ne peut se comparer aux humanités. Mais cela ne 
suffit pas à constituer un humanisme intégral. L'éducation a aussi pour 
fonction essentielle de former le citoyen d'une patrie particulière. Mal- 
heur à une éducation qui, par faute de plonger ses racines et de s'ali- 
menter dans le sol national, contribuerait plutôt à déraciner, à déna- 
tionaliser les cerveaux. C'est ce danger que Maurice Barrés, il y a une 
vingtaine d'années, dans son roman les Déracinés, signalait aux jeunes 
Français. La leçon vaut également pour nous. Et voici le second élé- 
ment essentiel de notre humanisme. 



NOTRE HERITAGE CULTUREL 31 

La Providence nous a donné pour habitat le plus beau et le plus 
riche pays du monde. Nos pères y ont ajouté le fruit de leurs durs la- 
beurs. Ils y ont élaboré une histoire qui ne le cède en grandeur à nulle 
autre. Cette terre, ils l'ont baignée de leurs sueurs et souvent réchauffée 
de leur sang. Ils y ont créé des Institutions où la liberté et les droits 
les plus sacrés de l'individu ont pu fleurir et s'épanouir magnifiquement. 
Cette terre bénie a gardé sa jeunesse et elle est demeurée telle qu'elle 
apparut aux premiers découvreurs, "cette part du monde toute nouvelle 
et fraîche comme une étoile qui a surgi de la mer et des ténèbres," ainsi 
que l'a écrit Paul Claudel. 

Les sociologues nous enseignent que "ce qui fait une civilisation, 
c'est la rencontre des possibilités de l'homme et de celles de la nature." 
(Delos) Elle est le fruit de l'effort conjoint de la nature et de l'homme. 
En d'autres termes et pour employer un exemple typique, le miel de 
l'Hymette entre pour sa part dans la civilisation des Grecs; les eaux 
de la Méditerranée dans celle des Romains; pourquoi ne pas dire le 
sirop d'érable, le fleuve Saint-Laurent dans celle des Canadiens? 

Vous voyez où je veux en venir. Nous ne resterons nous-mêmes, 
nous ne persévérerons dans notre être historique, nous n'élaborerons 
une civilisation qui soit authentiquement nôtre, que si nous commençons 
par puiser chez nous, que nous habitions en Nouvelle-Angleterre ou 
dans la province de Québec, les éléments essentiels dont doit se compo- 
ser notre culture, notre humanisme. Ce sont nos traditions, notre his- 
toire, notre incomparable nature que notre civilisation doit refléter, dont 
elle doit se colorer, s'imprégner, se vivifier. 

Prenons seulement un aspect de cette question: celui de l'art et de 
la littérature. Nous avons mis bien du temps à comprendre qu'ils de- 
vaient jaillir du frémissement des choses de chez nous, exprimer notre 
âme à nous et s'accomplir sous le signe de notre esprit, de notre tem- 
pérament, de notre génie à nous. Nous avons été lents à le comprendre, 
mais je suis heureux de proclamer devant vous, ce soir, que depuis 
quelques années, un progrès immense s'est accompli, au Canada français, 
dans la bonne direction. Je crois qu'on peut affirmer que, dans le seul 
domaine de la littérature, il y a maintenant telle chose qu'une critique 
canadienne, qu'un roman canadien, qu'une poésie canadienne, qu'un 
drame canadien. Et quand je dis "canadien", je veux dire: écrit par des 
Canadiens et sur des sujets canadiens. Je veux dire, aussi, que dans 
ces différents genres, nos oeuvres ont atteint une perfection, soit par la 
vertu de la forme, soit par la valeur du contenu, qui les fasse entrer 
dans le courant des grandes oeuvres humaines. Je ne mentionnerai pas 
de noms, sauf un peut-être, je veux dire M. Gratien Gélinas, qui semble 
bien avoir trouvé la formule ou, du moins, une des formules du théâtre 
national. Dans une conférence qu'il a faite récemment à Montréal, s'ex- 
pliquant sur sa conception d'un théâtre canadien, il disait: "C'est dans 
le génie français que notre personnalité collective a puisé ses caractéris- 
tiques les plus évidentes, mais on ne saurait nous taxer d'ingratitude, si 
nous voulons maintenant vivre notre propre vie intellectuelle, selon nos 
aptitudes et nos moyens à nous. Le fils devenu adulte a le droit et le 



32 BULLETIN DE LA SOCIETE HISTORIQUE 



devoir de quitter les jupes de sa mère, fût-elle la plus belle, la plus 
intelligente et la plus cultivée." Monsieur Gratien Gélinas exprimait 
par ces paroles les aspirations de la plupart de nos écrivains. Il est sûr 
que toute notre vie artistique s'oriente dans cette direction. C'est la 
meilleure preuve, le meilleur signe de la vitalité de notre culture, qui 
devient et doit devenir de plus en plus autonome et nationale. La 
branche est devenue un arbre, selon la comparaison chère à M. Etienne 
Gilson. 

Ce besoin de tonifier dans notre vie intellectuelle et artistique le 
sentiment national ne doit pas nous conduire à des réactions exagérées, 
comme serait, par exemple, le mépris insolent et un peu enfantin à 
l'égard de la littérature française. Nous estimons que cette littérature 
est notre patrimoine à nous, autant que celui des Français de France. 
De même, ce que nous produirons de meilleur ira s'incorporer, pour 
l'enrichir, au patrimoine commun. L'histoire comparée des littératures 
nous révèle que presque toutes les nations civilisées ont subi avec avan- 
tage l'influence intellectuelle de la France. Pourquoi ne serait-ce sans 
profit que pour nous? La communauté de sang, de tradition, de langue 
nous invitent, au contraire, à collaborer, l'ère de la tutelle étant défini- 
tivement close. Ce que je viens d'affirmer au sujet de la littérature est 
pareillement vrai de l'art et de toutes les autres branches de nos activités 
intellectuelles. 

Voilà dans quel esprit doit s'opérer la nationalisation de notre 
culture. Plus elle portera profondément imprimé le sceau de nos patries 
respectives, plus aussi elle sera humaine et universelle. 



Cette éducation classique et nationale dont je viens de vous parler, 
doit nécessairement maintenir et fortifier ses liens avec la tradition chré- 
tienne, si nous ne voulons pas voir se dissocier les éléments essentiels 
dont se compose notre humanisme occidental. 

Et, d'abord remarquez bien que, chez les Grecs et les Latins de 
l'antiquité, ainsi que l'a démontré Fustel de Coulanges dans son grand 
livre la Cité antique, c'est le principe religieux qu'on trouve à la base de 
l'édifice familial et social. Tout convergeait vers la religion et vers le 
culte des ancêtres pratiqués, à l'origine, au foyer domestique. Le même 
principe a continué d'agir, quand les familles s'unirent pour former 
des tribus, les tribus des cités, les cités des états. 

Quelque chose d'un peu différent s'est produit pour notre civilisa- 
tion occidentale. La religion n'a pas été seulement le support des insti- 
tutions; elle en est devenue la substance même. Cette civilisation con- 
siste, en effet, en une admirable synthèse d'éléments philosophiques et 
esthétiques empruntés à l'antiquité et que le christianisme a filtrés et 
incorporés à sa propre substance. Il a fallu de longs siècles pour que 
cette synthèse s'opérât. A l'origine, les Pères de l'Eglise appuient sur la 
sagesse antique tous leurs efforts pour prêcher la sagesse de l'Evangile; 
plus tard, les grands scolastiques, saint Thomas d'Aquin à leur tête, 
intègrent à la philosophie chrétienne l'essentiel du savoir antique; puis 



NOTRE HERITAGE CULTUREL 33 



Dante, le premier des modernes, comme on l'a qualifié, donne, dans son 
oeuvre immortelle, à cet humanisme chrétien une éclatante et définitive 
expression. Après lui, on peut dire que la synthèse est faite, et on ne 
peut plus parler de civilisation, de culture occidentales, sans introduire 
dans cette notion ou dans cette définition l'idée chrétienne, la morale 
et le dogme chrétiens. En d'autres termes, on ne peut plus penser, agir, 
comme si le Christ n'était pas venu. C'est dans la lumière du Christianis- 
me que Dante, après avoir franchi les cercles de l'enfer et du purgatoire 
et être parvenu au seuil de l'Empyrée, a contemplé cette merveilleuse 
synthèse qu'il avait lui-même travaillé à construire. Il vit, reliés par 
l'Amour, en un volume unique, tous les feuillets de la science épars dans 
l'univers. C'est alors qu'il a jeté ce cri, le plus émouvant qu'il y ait dans 
la Divine comédie, qui abonde, pourtant, en traits sublimes: 

A cette profondeur, je vis incorporés, 
Reliés par V Amour en un volume unique, 
Tous les feuillets épars dans l'univers, 
Les accidents, les substances, leurs modes, 
Comme fondus ensemble, et de telle façon, 
Que tout ce que j'en dis n'est que faible lueur. 
Je vis de leur noeud la forme universelle, 
L'on devient, devant cette lumière, 
Tel qu'on ne saurait jamais se résigner, 
Pour aucune autre vue, à se détourner d'elle. 

Vous le voyez, il s'est produit ce phénomène, peut-être unique dans 
l'histoire des civilisations, que la partie qui s'était appuyée sur les autres 
pour naître et se développer a fini par les absorber toutes et par consti- 
tuer, à elle seule, à peu près tout l'édifice, si bien qu'on peut affirmer, 
en toute vérité, que notre civilisation occidentale sera chrétienne ou bien 
elle ne sera pas du tout. 

Au cours de l'histoire, des tentatives tantôt violentes, tantôt perni- 
cieuses ont été faites pour dissocier les éléments dont se compose cette 
synthèse. Les Encyclopédistes du 18e siècle, notamment, ont cru et 
prêché que par la raison seule l'homme pouvait atteindre la vérité, 
satisfaire toutes ses aspirations et guérir toutes ses souffrances. Vous 
savez à quelles aberrations sanglantes ces théories ont abouti. Sur les 
autels souillés et profanés du vrai Dieu, on adora une fille de rue, sou- 
dainement promue déesse de la Raison, tandis qu'à côté, la guillotine 
coupait les têtes raisonnables. 

Au 19e siècle, l'hérésie change de nom et de sexe et la déesse de 
la Raison doit céder sa place au dieu de la Science. Il n'y avait, alors, 
de vérité que ce que l'on pouvait prouver scientifiquement. La Science, 
avec une majuscule, n'était pas tout à fait encore le dieu du présent, 
mais elle était sûrement en train de devenir, disait-on, le dieu de l'avenir. 
Je pense à ce triste temps, pas si lointain et dont quelques débris traînent 
encore dans des cerveaux démodés, où le dieu de la Science, comme 
jadis le Minotaure, dévorait le tribut annuel des jeunes gens qui se 



34 BULLETIN DE LA SOCIETE HISTORIQUE 

présentaient aux portes des lycées et des Universités de France. Brune- 
tière, Huysmans, Rimbaud, Verlaine, Claudel, Alain-Fournier, Jacques 
Rivière et beaucoup d'autres nous ont dit les désespoirs de cette époque, 
que l'un d'eux a comparée à une saison en enfer. 

Heureusement, toutes ces théories ont fait faillite, le bon sens 
a repris ses droits. Naguère encore, les plus grands savants contempo- 
rains, dans une enquête conduite par le journal parisien le Figaro, en 
venait à la conclusion qu'entre la science et la religion, il n'y a pas de 
conflit, la science ayant pour mission de répondre à la question comment? 
et la religion, à la question pourquoi? Je mets en fait que le rôle de 
l'éducation c'est, précisément, de fournir aux jeunes gens les moyens de 
répondre aux deux questions à la fois. 

Depuis, nous sommes entrés dans l'âge atomique et quelque chose 
d'étrange se produit: la science tremble d'effroi devant ses propres dé- 
couvertes. Elle ne peut plus demeurer isolée dans son orgueil et elle 
cherche à s'appuyer sur quelque chose de plus grand qu'elle et qui est 
la conscience humaine. La science s'accroche à la conscience pour lé- 
gitimer ses applications. C'est là tout le sens du discours que Winston 
Churchill prononçait ici même à Boston, le 31 mars dernier, sous les 
auspices du Massachusetts Institute of Technology, et dont je détache 
cette phrase significative: "The flame of Christian ethics is still our 
highest guide. To guard and cherish it is our first interest, both spirit- 
ually and materially." On ne saurait mieux dire, à condition de ne pas 
confondre les intérêts de la civilisation occidentale avec ceux de l'Em- 
pire britannique. 

Placée dans cette perspective, la fonction éducatrice de l'Eglise ap- 
paraît nettement aux esprits non imbus de préjugés vieillots. Sans doute, 
son rôle primordial est d'ordre surnaturel, mais elle ne peut le séparer 
de son rôle civilisateur. L'Eglise conduit les âmes à Dieu, mais en leur 
faisant accomplir pleinement leur destinée humaine et terrestre. C'est 
pourquoi elle n'a jamais cessé de promouvoir par tous les moyens les 
arts, les sciences, les lettres. On peut même affirmer, sans conteste, que 
c'est elle qui les a fondés. C'est elle, notamment, qui, dans le haut 
moyen âge, a défendu contre les barbares les trésors culturels du monde 
occidental et leur a ménagé dans son sein un refuge unique et sûr. C'est 
elle qui a bâti, soutenu et dirigé les premières universités, ces officines 
de la sapience, afin de conserver, accroître et perfectionner les conquêtes 
civilisatrices de l'homme. Aujourd'hui encore, elle est aux avant-postes 
pour défendre les trésors culturels de l'humanité, réalisant cette pro- 
phétie qu'énonçait naguère le plus célèbre des humanistes américains, 
Irving Babbitt: "Si certaines conditions, qui sont déjà partiellement ap- 
parentes, se réalisent, il se peut que l'Eglise catholique reste la seule 
institution dans l'occident sur laquelle on puisse compter pour défendre 
la civilisation." Je ne saurais trouver une meilleure conclusion à tout ce 
que j'ai voulu vous dire sur ce point. Voilà ce que j'entends par le 
troisième et suprême élément qui entre dans la composition de notre 
héritage culturel. 



NOTRE HERITAGE CULTUREL 35 



Bien, des signes nous avertissent que ces temps prévus par Babbitt 
sont maintenant arrivés. J'ai le ferme espoir que cette puissante pyra- 
mide que je vous ai décrite résistera aux formidables assauts qui se 
préparent contre elle. Si les civilisations sont mortelles, comme le vou- 
lait Paul Valéry, elles ne le sont que par la faiblesse, l'ingratitude et 
l'imprévoyance des hommes qui en ont joui et profité. Je trouve trop 
de virtualité et de dynamisme dans notre passé et dans notre présent 
pour douter de l'avenir. C'est cette espérance que je vous laisse comme 
le meilleur témoignage de l'affection, de la fierté et de la gratitude que 
vos frères de la Province de Québec nourrissent à votre endroit. 



LES FETES 

du 

CINQUANTENAIRE 



Allocution de Me Eugène Jalbert 

Président de la Société 

M. le Premier Ministre 

Msgr Maurault 

Invités d'honneur 

MM. les Membres du Clergé 

Mesdames — Messieurs 

Que ma première parole soit d'abord une parole de bienvenue et 
de gratitude à l'adresse de notre hôte d'honneur et de son épouse pour 
avoir si généreusement et si gracieusement accepté notre invitation de 
venir donner, par leur présence, le brillant éclat que tous nous désirions 
pour cette réunion. Cette bienvenue je l'adresse également à tous nos 
autres invités, à tous les chefs de nos sociétés nationales, au nouveau 
président du Comité Permanent de la survivance française en Amérique, 
à tous nos membres et à tous les amis et admirateurs de notre Société 
que je vois réunis à mes côtés et devant moi. Je vous sais profondément 
gré à tous de votre présence. 

Normalement, l'allocution de votre président est toujours très courte 
et vous savez que sur ce point je n'ai jamais dérogé à la tradition établie. 
Cependant l'occasion extraordinaire qui nous réunit me contraint d'élar- 
gir quelque peu les cadres traditionnels de l'allocution présidentielle, au 
risque de lui donner les proportions d'un discours. 

Ce soir, nous fêtons les noces d'or de notre Société. Elle vient en 
effet de compléter ses 50 ans. Dans l'existence d'un individu, 50 ans 
c'est, vous l'admettrez, assez loin encore de la vieillesse. 

50 ans, c'est je dirais l'âge de la pleine maturité. Mais pour une 
société qui n'offre à ses membres aucuns bénéfices matériels et qui, au 
milieu d'une population essentiellement anglaise de culture et de senti- 
ment, s'applique à conserver intacts les traits et les caractéristiques de sa 
personnalité française, 50 ans d'existence, c'est un événement qui mérite 
d'être signalé. Aussi bien, avons-nous la naïve audace de penser que la 
présence à cette fête du Très Honorable Premier Ministre du Canada 
est un témoignage aux mérites de notre Société, si modestes qu'ils soient, 
et à la mémoire de ses fondateurs. 

Un cinquantenaire rappelle toujours des souvenirs. L'homme de 
cinquante ans se sent porté à méditer sur ses ambitions et ses illusions 
de jeunesse. Les époux cinquantenaires se plaisent à se revoir comme 
prolongés dans leurs enfants et leurs petits-enfants, surtout dans leurs 
traits et leurs qualités, quand souvent ce n'est qu'un jeu de mirage 
provoqué par la magie du souvenir. Et l'on pourrait multiplier ainsi 
les exemples. 

De même en est-il d'une société. L'arrivée au cinquantenaire évoque 
aussitôt tout un monde de souvenirs et tout particulièrement le souvenir 
de ses fondateurs. 



LES FETES DU CINQUANTENAIRE 37 

Qui furent les fondateurs de notre Société? Que furent-ils? Etaient- 
ils nombreux? 

Il est difficile d'établir avec précision qui le premier conçut le 
projet de fonder notre Société. Il est certain toutefois que celui qui 
convoqua la réunion préliminaire, tenue au Parker House, à Boston 
le 30 mai 1899, fut l'avocat J. Henri Guillet, de Lowell. Cette réunion 
fut suivie d'une autre qui se tint au même endroit le 4 septembre de la 
même année et à laquelle on adopta les statuts de la nouvelle société 
et fit l'élection du premier bureau. L'avocat Guillet en fut le premier 
président. 

Combien, soit par leur présence, soit par leur adhésion donnée par 
écrit et inscrite aux archives, combien participèrent à la fondation? Ils 
étaient quarante-quatre (44). 

Le premier bureau était ainsi constitué: 

Président: Me J. -Henri Guillet (Lowell) 

V. -président: M. Paul-A. Primeau (Cripple Creek, Col.) 

Secrétaire: Me Alphonse Gaulin (Woonsocket) 

Trésorier: Dr Orner Larue (Putnam) 

Conseillers: Me Hugo- A. Dubuque (Fall River) 
Me Emile- A. Tardivel (Manchester) 
Dr Chas-J. Leclaire (Danielson) 
et M. Auguste-H. Jean (Lowell). 

Déjà, dans cette courte liste d'hommes qui ne sont plus, les hom- 
mes de mon âge et les moins vieux qui connaissent l'histoire de nos 
premiers efforts d'établissement, ont vite reconnu des chefs ardents et 
vaillants d'autrefois. GUILLET, ancien zouave pontifical et le farouche 
revendicateur des droits de notre langue chez les Forestiers! DUBU- 
QUE, à l'esprit tenace et au verbe d'airain devant les assimilateurs, le 
tribun parlementaire à l'assemblée législative du Massachusetts! LARUE 
et LECLAIRE, dont la fidélité aux origines et l'ardeur infatigable dans 
la lutte pour la conservation de notre patrimoine national ont laissé, 
dans l'histoire des F. A. du Connecticut, comme des souvenirs de lé- 
gende. Les noms de ces hommes claquent encore aujourd'hui comme 
des étendards fouettés par le vent et battus par la mitraille. 

Je cède à la tentation de vous citer quelques autres noms: Les 
frères Bélisle, Félix, Alexandre, Eugène (Worcester) et Hector (Fall 
River); le docteur Auguste-A. Brien (Manchester); Félix Gatineau 
(Southbridge) ; Me Henri-T. Ledoux (Nashua); Charles Gauvin, Aram 
Pothier et Adélard Archambault (Woonsocket) ; le Major Edmond 
Mallet (Washington, D. C.) ; le curé F.-X. Chagnon (Champlain) ; Ed- 
mond de Nevers (Paris); Me F.-X. Belleau (Lewiston) ; Godfroid de 
Tonnancour (Fall River). 

A quelques exceptions près, tous ces hommes furent les contempo- 
rains de Ferdinand Gagnon et nombre d'entre eux furent ses compa- 
gnons de lutte pendant quinze ans. 

A l'époque de notre fondation, Gagnon était dans la tombe depuis 
à peine treize ans. La grande émigration du Canada touchait à sa fin. 
Ballottés pendant plus de 25 ans entre le désir de retourner au Canada 
et la tentation de rester aux Etats-Unis, les Canadiens-français avaient 



38 BULLETIN DE LA SOCIETE HISTORIQUE 



enfin secoué leur indécision et pris la détermination de plonger défini- 
tivement leurs racines dans le sol de la patrie nouvelle. Ce fut le com- 
mencement d'une campagne intense de naturalisation. Et dans la suite, 
petit à petit, nos grandes institutions paroissiales sortirent de terre sous 
la rosée du dévouement et du sacrifice, se multiplièrent et prirent la soli- 
dité et la permanence de l'airain. Petit à petit aussi, le Canadien-français 
se transforma. Et un jour vint où il crut devoir se donner une nouvelle 
désignation et s'appeler "Franco-Américain". "Franco-Américain", c'est- 
à-dire, un Américain, doublé en valeur par l'apport de la langue et de 
la culture françaises. A ses yeux et dans son âme, cette désignation nou- 
velle n'était pas une trahison ou encore une rupture avec le passé, mais 
une adaptation à des conditions d'existence nouvelles. 

De cette fournaise ardente où l'âme de nos devanciers trouva la 
trempe des conquérants, sortirent deux grandes mutuelles: — l'Association 
Canado-Américaine, fondée en 1896, et L'Union Saint Jean-Baptiste 
d'Amérique, qui prépare des fêtes grandioses pour célébrer ses noces 
d'or le 7 mai prochain. Notre société est, elle aussi, une manifestation 
de cette volonté de survie que l'on trouve à la base de toutes les grandes 
décisions prises par nos pères. Certes, la conservation de notre héritage 
français par la mutualité s'imposait d'urgence. Mais pour accoter l'âme 
de notre peuple il devenait urgent au même degré de fortifier l'esprit. 
Et le moyen de ce faire c'est par l'histoire qui, à nos yeux, est le moyen 
le plus simple et le plus efficace de motiver et de légitimer chez les 
jeunes nos revendications ethniques, nationales ou culturelles. 

Il convient donc qu'en ce grand jour nous rendions publiquement 
un tribut d'hommage et de reconnaissance à nos fondateurs, et ce tribut 
je le dépose pieusement aux pieds du Divin Fondateur à qui revient 
toute humaine gratitude. 

Trois des fondateurs ont survécu. L'un, Charles Gauvin, âgé de 
près de 90 ans, et démissionnaire depuis des années, achève ses jours à 
Montréal. Les deux autres seuls survivants sont restés fidèles à leur 
première adhésion. Ils sont avec nous ce soir. Nous les avons placés à 
la table d'honneur pour que vous puissiez les contempler à loisir. Ce 
sont M. Hector-L. Bélisle, ancien surintendant des écoles publiques de 
Fall River, et M. Henri-T. Ledoux, de Nashua, avocat, banquier, ancien 
président général de L'Union Saint Jean-Baptiste d'Amérique, officier 
de la Légion d'Honneur et Docteur d'honneur en droit de l'Université 
Laval. J'invite ces jeunes d'il y a 50 ans à se lever pour recevoir les 
applaudissements que vous voudrez bien ne pas ménager. 

Vous serez peut-être intéressés de savoir qui furent les présidents 
de notre Société. Me Guillet, je vous l'ai dit déjà, fut le premier. Lui 
succédèrent dans l'ordre où je les nomme, Me Hugo-A. Dubuque, 
Me Joseph Monette, le Dr Armand-J. Bédard, sous le règne duquel la 
Société connût son âge d'or, Me Wilfrid-J. Lessard, le Dr Ubalde 
Paquin ... et moi-même. Soit, au total, cinq avocats et deux médecins. 

Mais ne vous laissez pas décevoir par cette disproportion des chif- 
fres. Pris dans leur ensemble les cinq avocats ont occupé la présidence 
pendant onze ans seulement, tandis que les deux médecins remplirent 
ces fonctions pendant 39 ans, dont 26 ans au crédit du Dr Bédard. 



LES FETES DU CINQUANTENAIRE 39 

Trois autres officiers ont également bien mérité des membres. D'a- 
bord, M. J. Arthur Favreau qui servit au secrétariat pendant 34 ans, 
six ans dès les débuts comme adjoint et vingt-huit ans comme secrétaire. 
Il mourut à son poste. Le deuxième, l'avocat GUILLET, occupa la 
présidence pendant 3 ans et eut charge du trésor pendant 23, soit en 
tout 26 ans de services. 

Le troisième est le juge Eno, notre trésorier actuel. Il est en fonc- 
tions depuis 18 ans. Le juge Eno est une belle âme. Depuis qu'il est 
au poste de trésorier il a été le principal artisan des succès de nos 
réunions. Comme il prend sa retraite à la clôture de cette réunion, je 
crois à propos de vous demander de lui témoigner par vos applaudisse- 
ments le bien que vous pensez de sa personne et la reconnaissance que 
vous ressentez pour ses longs états de service. 

Pour la durée des services qu'ils ont rendus, il appert donc que si 
les médecins ont eu soin de la tête pendant 37 ans, les avocats ont eu 
la surveillance des finances pendant 41 ans. Les deux professions ont 
donc lieu de se louer, l'une d'avoir prévenu l'hémorrhagie au cerveau 
de la Société et l'autre, l'hémorrhagie à sa caisse. Mais je crois vous 
entendre vous écrier: "Trêve! Assez!" C'est bien, je m'arrête. Je 
ferme notre vieux bouquin, ayant conscience tout de même d'avoir omis 
de jolies et d'intéressantes choses. Si j'ai quelque peu piqué votre 
curiosité, achetez le volume des "40 ans de la Société", lisez-le, et vous 
connaîtrez au moins les quatre-cinquièmes de notre histoire. 

Je veux terminer par une expression d'espoir en l'avenir. Notre 
société est prospère. Notre caisse est florissante. Notre conseil d'ad- 
ministration est très compétent et bien que nous prenions notre retraite, 
monsieur le trésorier et moi, vous gardez au secrétariat un homme de 
grande valeur, une compétence non seulement en médecine mais aussi 
en histoire, et une âme extrêmement dévouée à notre Société. J'ai nom- 
mé, pour ceux qui ne sont pas de la société, le docteur Gabriel Nadeau. 
Avec l'aide du docteur Nadeau le nouveau président trouvera le fardeau 
que je lui cède très léger à porter et la conduite de nos affaires d'entre- 
prise douce et facile. A toutes fins utiles, c'est le voeu que je formule 
et la grâce que je lui souhaite. 

Présentation de M. St-Laurent 

Depuis sa fondation, notre Société a reçu à ses réunions la visite 
de nombreux et éminents conférenciers, tant laïques qu'ecclésiastiques, 
qui nous vinrent de France, du Canada et de ce pays. Ce n'est pas, vous 
en conviendrez, le moment de faire la revue, même abrégée, de ces 
conférenciers et encore moins de leurs travaux. Tous étaient, à n'en pas 
douter, des personnalités remarquables, soit dans le domaine des lettres 
ou des sciences, soit dans le domaine de l'histoire. L'on n'a qu'à se 
rappeler la conférence du très regretté Cardinal Villeneuve sur le "Fait 
français en Amérique" pour se rendre compte de la valeur et de la 
haute qualité des travaux qui furent présentés à nos assemblées. 

Celui que nous recevons aujourd'hui ne se pique pas, je crois, d'être 
un professeur ou un conférencier de métier. Et cependant j'ai la con- 



40 BULLETIN DE LA SOCIETE HISTORIQUE 

viction que son nom et sa conférence ajouteront un anneau d'or à la 
longue et brillante chaîne de conférenciers dont les noms ornent nos 
archives avec tant d'éclat. 

Monsieur St Laurent a été toute sa vie, du moins jusqu'à ces toutes 
dernières années, essentiellement un avocat. Il connut très tôt les grands 
succès qui le hissèrent au premier rang de sa profession. 

La nature l'avait richement doué des dons du coeur et de l'esprit et 
sa formation classique et universitaire le prédisposait et le destinait à 
tenir un rôle éminent dans sa profession. D'autre part, ses attaches de 
famille que les succès de l'étude professionnelle n'avaient en aucune 
façon affaiblies se dressaient pour ainsi dire comme un mur contre 
toute attraction étrangère. 

C'est dire que rien dans la conception que l'on a ou que l'on se fait 
de la politique ne pouvait l'attirer. Et cependant en 1941 lorsque la 
mort vint ravir M. Lapointe, Ministre de la Justice, à l'affection des 
siens et à l'admiration de ses compatriotes, monsieur St Laurent accepta 
l'invitation du Premier Ministre d'alors, monsieur MacKenzie King, 
d'entrer dans son cabinet et de prendre à sa charge la succession de 
monsieur Lapointe. Et cependant encore lorsque monsieur King lui- 
même prit sa retraite en 1948, monsieur St Laurent fit le second pas et 
accepta de prendre dans ses propres mains la direction de son parti et 
les rênes du gouvernement. Et aujourd'hui, quelques mois à peine après 
avoir remporté le plus grand triomphe électoral dont fasse mention 
l'histoire politique canadienne, monsieur St Laurent porte sur ses épaules 
le lourd fardeau de l'administration des affaires de son pays. 

Quels motifs pouvaient donc porter monsieur St Laurent à dire 
presque un adieu aux joies indéfinissables de la vie de famille et à 
sacrifier l'aisance matérielle que lui assurait sa profession pour se livrer 
aux incertitudes, aux ingratitudes et aux travaux ardus et souvent tuants 
de la politique? Les honneurs? Non, certes, car le vide que l'on y 
trouve ne pouvait avoir d'attrait pour lui. La fortune? Encore moins, 
car l'homme intègre n'entre point au service de son pays pour y chercher 
fortune. N'eût-il qu'à se baisser pour la trouver toute prête à se donner, 
qu'il la foulerait aux pieds pour cette raison, que donnait un jour le 
grand Berryer, que justement il lui faudrait s'abaisser pour la cueillir. 

Qu'est-ce alors? 

Je crois, mesdames et messieurs, que le seul motif qui pousse M. 
St Laurent à entrer dans la vie publique c'est qu'il y voyait une occasion 
de servir son pays et qu'il croyait être de son devoir de répondre à 
l'appel qui lui en était fait. Aussi bien, si à l'instar des évêques les 
premiers ministres avaient des armoiries, sur celle du Premier Ministre 
actuel du Canada j'inscrirais cette devise: "Servir par devoir". 

Le Canada vit en ce moment des jours mémorables. L'avènement 
de M. St Laurent au poste de Premier Ministre porte les signes d'un 
grand événement historique. En effet, la première parole de M. St Lau- 
rent devant la Chambre Parlementaire fut de proclamer que le Canada 
était une nation majeure et donc indépendante. Et joignant le geste à 
la parole, il faisait aussitôt décréter l'abolition des appels au Conseil 



LES FETES DU CINQUANTENAIRE 41 

Privé d'Angleterre ainsi que la rupture de tous liens constitutionnels avec 
le Parlement Britannique. 

Pour poser ce geste et prendre cette décision au Parlement il fallait 
au Chef du gouvernement un courage extraordinaire, car l'esprit colonial 
n'est pas complètement éteint au Canada. Monsieur St Laurent cepen- 
dant eut ce courage. Et si la modalité de régler le problème constitu- 
tionnel est une question très discutée, ses adversaires lui accordent très 
volontiers leur respect et leur admiration pour son attitude énergique, 
courageuse et sincère. 

Homme de devoir, homme de courage, homme public intègre, tel 
apparait M. Louis St Laurent, aux yeux des étrangers comme de ses 
concitoyens du Canada. 

Tout cela, Monsieur le Premier Ministre, pour vous dire que les 
Franco-Américains, au nombre de plus d'un million de descendants 
canadiens-français établis dans les six états de la Nouvelle Angleterre 
et représentés à cette réunion par les hauts dignitaires de leurs sociétés 
nationales, vous ont en très haute estime et qu'ils ressentent pour vous 
une profonde admiration. Tout ceci pour vous dire encore que s'il vous 
a plu, lors des fêtes de leur Centenaire à Worcester, de leur dire dans 
votre télégramme que vous voyez en eux comme le symbole de l'amitié 
qui existe entre le Canada et les Etats-Unis, eux en retour se plaisent 
à voir en vous comme l'expression la plus heureuse et la plus vivante 
de la bonne entente qui doit régner entre les deux grandes races de 
votre pays s'il doit, comme nous le désirons tous avec vous, réaliser un 
jour ses éternelles destinées. 

Permettez maintenant, avant de vous céder la parole, que j'adresse 
quelques mots à votre épouse. 

Madame St Laurent, vous avez eu l'amabilité d'accompagner votre 
mari et de prendre ce repas avec nous. C'est un très grand honneur 
que vous nous faites, honneur auquel nous sommes très sensibles et 
pour lequel nous vous sommes profondément reconnaissants. Il ajoute 
à l'éclat qu'apporte à cette réunion de nos noces d'or la présence de 
l'illustre homme d'Etat qui s'honore d'être votre époux. Gardez l'assu- 
rance que votre propre présence à ce dîner de famille franco-américaine 
laissera dans tous les coeurs un souvenir chaud comme le soleil du midi 
et impérissable comme le plus précieux marbre d'Italie. 



42 



BULLETIN DE LA SOCIETE HISTORIQUE 




M. Louis Saint-Laurent, Premier Ministre du Canada, et 
Me Eugène Jalbert, Président de la Société. (Obligeance de 
M. Lucien Sansouci, directeur du Phare) . 



Discours de l'honorable M. Louis Saint-Laurent 

Premier Ministre du Canada 

Je voudrais, en tout premier lieu, adresser mes remerciements au 
président et aux directeurs de la Société Historique Franco-Américaine. 

J'apprécie à sa juste valeur l'honneur qui m'est fait; je sais que je 
le dois au poste que j'occupe plutôt qu'à aucun mérite personnel. 

C'est tout de même plutôt à titre personnel que je suis ici ce soir 
puisque, contrairement au prophète, on n'est premier ministre que dans 
son pays! 

Quoi qu'il en soit, je veux exprimer ma profonde gratitude de nous 
avoir donné l'occasion, à ma femme et à moi, de nous associer aux fêtes 
du cinquantenaire de fondation de votre société. 

Votre société est née au tournant du 20ième siècle. 

Un demi-siècle dans la vie d'un individu, d'une société, voire d'une 
nation, représente une étape importante et digne d'être soulignée. 

Et la période 1900-1950 a été particulièrement chargée dans l'his- 
toire de l'humanité. 

Je laisserai à d'autres, plus qualifiés que moi, le soin de vous rap- 
peler les pages glorieuses de votre société durant cette période; je ne 
veux laisser à personne cependant le plaisir de vous transmettre les 
hommages du Canada en cette occasion. 

Je le fais d'autant plus volontiers que votre société, de par le but 
qu'elle s'est donné et son rayonnement, a droit à l'admiration de tout 
Canadien. S'il y a des degrés dans l'amitié que mon pays porte aux 
Etats-Unis, ceux dont les ancêtres sont les mêmes que les nôtres sont 
plus près de nous que tout autre groupement. 

Ce sont donc les félicitations de vos frères et de vos amis du 
Canada que je vous apporte ce soir. 

Le demi-siècle qui se terminera dans quelques jours aura été l'une 
des époques les plus bouleversées de l'histoire. 

Des empires se sont écroulés comme des châteaux de cartes; des 
continents ont été secoués jusqu'à leur tréfonds; des civilisations qui se 
croyaient immortelles se sont mises à douter d'elles-mêmes; des décou- 
vertes scientifiques ont bouleversé les données les plus élémentaires de 
ce qu'on croyait être la relation traditionnelle de la matière. 

Mais il n'en est pas moins vrai que le progrès de la science et la 
facilité des moyens de communications ont donné au monde une unité 
et une conscience de solidarité qu'il n'avait pas avant notre ère. 

Bien que le continent nord-américain ait joui d'une plus grande 
mesure de sécurité et de paix que les autres parties du monde, nous 
n'avons pu être étrangers à la marche de tous ces événements. 

Un autre facteur qui a intensifié une participation à la vie des 
autres continents est l'influence grandissante de nos deux pays due en 
grande partie à la croissance de nos populations et à la mise en valeur 
de nos richesses naturelles. 

Les Etats-Unis et le Canada ont plus que doublé leur population. 
Le commerce du Canada, de 380 millions de dollars en 1900, se chiffre 
maintenant à près de 5 milliards. 



44 BULLETIN DE LA SOCIETE HISTORIQUE 

Sur le plan international, en 1900, le Canada n'était qu'une colonie 
de la Grande-Bretagne. Aujourd'hui, le Canada est une nation sou- 
veraine jouant un rôle de premier plan, et son influence internationale 
est toujours grandissante. 

Ce qui différencie notre histoire de la vôtre, à cet égard, c'est 
que notre passage de l'état d'une colonie à celui de pays souverain s'est 
effectué par une évolution lente et progressive, alors que vous êtes de- 
venus subitement pays souverain à la suite d'une révolution décisive. 

Pour cette raison, il nous faut, à nous, marquer les différentes 
étapes dans cette marche vers la souveraineté, et, on ne peut en suivre 
l'évolution qu'en retraçant les événements décisifs qui nous y ont con- 
duits. 

Notre participation à la guerre de 1914 avait démontré notre capa- 
cité de jouer un rôle comme nation sur le plan international et nous a 
valu de participer aussi aux délibérations subséquentes pour l'établisse- 
ment de la paix. 

Nous sommes devenus membre de la Ligue des Nations et nous 
avons établi et accru nos relations directes avec les autres pays. 

Ces facteurs extérieurs ont contribué au développement constitu- 
tionnel des pays britanniques et ont été cause de la déclaration, à la 
Conférence Impériale de Londres, en 1926, que tous les Dominions 
autonomes de ce qui avait été jusqu'alors un empire international étaient 
en fait des égaux dans un Commonwealth des nations britanniques au- 
tonomes. Le Canada avait joué un rôle de premier plan dans ces événe- 
ments et à cette conférence. 

Et depuis 1926, nous avons élaboré les conséquences constitution- 
nelles de cette décision. En 1931 le Parlement britannique a adopté une 
loi connue sous le nom de Statut de Westminster, pour concrétiser cette 
décision de 1926 et en assurer l'application complète. 

C'est en 1939, au début de la deuxième Grande Guerre, que nous 
avons fourni la preuve la plus importante de cette autonomie nationale. 
En 1914, le Canada était automatiquement entré en guerre, parce que 
le Royaume-Uni était en guerre. En 1939, la décision de participer à la 
guerre a été prise par les représentants du peuple canadien dans leur 
propre Parlement. Ils l'ont fait parce qu'ils ont crû qu'il était dans 
l'intérêt du Canada de prendre une telle décision. Ils avaient le droit 
de décider le contraire s'ils avaient crû que l'isolationisme pouvait être 
sage et pratique. 

C'est aussi de sa propre décision que le Canada s'est associé à votre 
pays dans une entente expresse de défense conjointe des deux nations. 

Vous vous souvenez qu'à Kingston, en 1938, le président Roosevelt 
annonça que les Etats-Unis s'opposeraient à toute tentative d'aucun autre 
empire d'étendre sa domination sur le sol canadien. Deux jours plus 
tard, monsieur Mackenzie King annonçait à son tour que le Canada 
résisterait à toute puissance qui tenterait de se frayer un chemin à travers 
le territoire canadien pour attaquer les Etats-Unis. 



LES FETES DU CINQUANTENAIRE 45 

Deux années après, en août 1940, aux jours les plus noirs de la 
deuxième Grande Guerre, ce furent encore monsieur Roosevelt et mon- 
sieur King qui signaient l'Accord d'Ogdensburg établissant en perma- 
nence un Comité conjoint de défense du continent nord-américain. 

L'évolution du Canada comme nation souveraine s'est manifestée 
aussi par l'expansion grandissante de notre service diplomatique à partir 
de 1927, date où le Canada établissait sa première légation à Washing- 
ton. Notre pays compte maintenant plus de trente missions diplomati- 
ques dans différentes parties du monde. 

Cette année, nous avons ajouté à notre population un tiers de 
million d'habitants et à notre pays une nouvelle province par l'union de 
Terre-Neuve au Canada. Cette union, l'objet de pourparlers dès 1867, 
au moment de la formation de la Confédération, et maintes fois depuis, 
a été réalisée le premier avril dernier et complète maintenant les limites 
naturelles et géographiques de notre pays. 

Sur le plan de notre organisation intérieure nous en sommes aussi 
à la dernière étape de notre évolution vers la souveraineté absolue. Nous 
venons d'établir que les jugements de nos tribunaux canadiens ne seront 
plus susceptibles d'appels au Conseil privé de Londres et nous cherchons 
dans le moment à nous entendre sur des textes qui permettront de faire 
au Canada et sous le contrôle d'autorités canadiennes seules, tous amen- 
dements futurs à notre constitution tout en établissant des sauvegardes 
précises et sûres des droits provinciaux, et de ceux des minorités. 

Personne ne nous conteste nos droits à cet égard mais pour que 
nous puissions les exercer nous-mêmes et chez-nous il faut que nous 
nous entendions sur une procédure qui comporte les sauvegardes né- 
cessaires. 

Point n'est besoin d'insister devant un auditoire de Franco-Améri- 
cains sur l'importance de ces sauvegardes. 

Vous savez en effet qu'il y a des aspects de notre organisation 
nationale qui la différencie de la vôtre. Je me permettrai d'en rappeler 
quelques-uns. 

Il y a d'abord le fait, qu'à la différence de ce qu'a réalisé le creuset 
américain, le Canada reste une nation basée sur l'association, à titre 
d'égaux, des descendants de deux grandes races; deux races longtemps 
rivales et même ennemies, parlant des langues différentes, attachées à 
des formes différentes de cultes chrétiens et de traditions ancestrales, 
chacune soucieuse de maintenir et de développer son héritage culturel et 
pourtant non moins soucieuse de participer, dans un effort commun, au 
développement matériel d'un pays qui couvre la moitié d'un continent. 

Nous voulons chez nous que ces doubles soucis marchent de pair. 

Il y a aussi le fait que cette association qu'est la nôtre reste elle- 
même associée librement à un groupe d'autres nations d'un common- 
wealth répandu à travers le monde, mais encore centré sur la vieille 
Europe. 

L'association au Canada de deux races a donné aux Canadiens des 
habitudes et des qualités qui leur permettent de comprendre et de tenir 
compte du point de vue des autres et ainsi parfois de jouer sur le plan 



46 BULLETIN DE LA SOCIETE HISTORIQUE 

international et aux Nations Unies un rôle de médiateur, et de faciliter 
le trait d'union si nécessaire aux bonnes relations entre les peuples. 

Notre association au Commonwealth et le fait que notre souverai- 
neté nationale résulte d'une évolution graduelle plutôt que d'une révo- 
lution font que les Canadiens ont conservé, du moins en apparence, des 
relations plus étroites avec le monde européen que ne l'ont fait les Amé- 
ricains. D'une certaine façon, nous avons pu servir de pont entre le 
nouveau continent et le vieux monde — qu'on se souvienne de 1914 
et de 1939. 

Mais si nous avons ainsi conservé avec l'Europe des liens précieux, 
nous ne sommes pas des Européens. 

Ceux qui ont visité notre pays ont pu facilement s'en rendre compte. 

Nous sommes pays d'Amérique et nation d'Amérique. Nous avons 
les caractéristiques, les défauts peut-être mais des qualités aussi, la con- 
fiance, la généreuse impétuosité, les aspirations du nouveau monde. 

Tout comme les Etats-Unis nous voulons sincèrement la paix dans 
le monde. Nous nous savons richement pourvus et nous n'avons aucun 
dessein agressif. Nous voudrions nous employer à développer au maxi- 
mum les ressources si abondantes dont notre territoire a été comblé et 
nous croyons que c'est en agissant ainsi que nous pouvons le mieux aug- 
menter le standard de vie de nos citoyens et fournir notre meilleure 
contribution à l'avancement général de l'humanité. 

On répète souvent que le Canada n'a pas eu à passer par une 
révolution pour atteindre à l'indépendance, et c'est vrai. Mais il ne faut 
jamais oublier que durant le demi siècle qui se terminera dans quelques 
jours, le Canada aura participé à deux guerres mondiales et que c'est 
sur les champs de bataille de l'Europe en combattant pour l'indépendance 
des autres peuples que nous avons conquis la nôtre. 

Les milliers de jeunes Canadiens qui reposent en terre d'Europe 
sont les soldats de notre liberté autant que ceux des vôtres qui dorment 
leur dernier sommeil dans le cimetière de Gettysburg. 

Ces guerres ont fourni des pages glorieuses de votre histoire et de 
la nôtre mais elles n'en ont pas moins été des fléaux pour l'humanité, 
des fléaux et des calamités même pour les nations victorieuses. 

Et c'est pourquoi le Canada a accepté avec tant d'empressement 
l'invitation de votre gouvernement de participer à la conférence de San 
Francisco et d'essayer encore une fois de créer un organisme qui évite- 
rait ces fléaux et ces calamités aux générations futures. 

C'est pourquoi nous avons fait des Nations Unies la pierre angulaire 
de notre politique internationale. 

Et c'est aussi pourquoi, lorsque les organes des Nations Unies se 
sont avérés impuissants pour l'heure à nous donner ce sens confiant de 
sécurité que votre peuple et le nôtre souhaitaient avec tant d'ardeur, nous 
avons fourni une collaboration si empressée et si entière à la création 
de cet autre grand instrument de paix, le pacte Nord-Atlantique. 

Je suis sûr que vous espérez comme nous au Canada, que ce pacte 
aura le double effet d'épargner la guerre aux nations qui en ont assumé 
et en remplissent les obligations et de démontrer à tous que la coopéra- 
tion internationale est féconde en la mesure où elle est sincère. 



LES FETES DU CINQUANTENAIRE 



47 




L'honorable M. Louis Saint-Laurent prononçant son discours, et quelques-uns des 
invités d'honneur. (Obligeance de M. Lucien Sansouci, directeur du Phare). 



48 BULLETIN DE LA SOCIETE HISTORIQUE 



Je vous ai dit tout à l'heure que nous souhaitons une ère de paix 
pour, entre autres raisons, mettre en valeur pour l'avantage de tous, les 
ressources naturelles de notre pays. 

Nous avons, en effet, au Canada, à portée de la main, sur notre 
propre territoire, des richesses que nous ne faisons que découvrir. 

Du Labrador au Yulcon notre frontière utile s'est déplacée vers le 
Nord. Notre pays est en train d'acquérir une nouvelle dimension. 

Le "grand nord" comme nous l'appelons chez nous est un défi lan- 
cé à chaque Canadien. 

Il y a là une abondance de ressources naturelles qui enrichiront, 
non seulement la nation, mais les individus qui s'y attaqueront. 

Ceux-ci rejoindront d'ailleurs la tradition des défricheurs, des dé- 
couvreurs qui ont fait du Canada la nation qu'elle est devenue. 

L'appel du lointain n'est jamais resté sans réponse. 

La frontière pour nous, sur ce continent nord-américain, n'a jamais 
été un obstacle mais plutôt un défi. 

Le fait canadien en Amérique projette donc son rayonnement dans 
l'avenir. 

Lorsque je m'arrête parfois à penser à cet avenir, c'est à la jeunesse, 
à l'enfance que je pense. 

Au cours de l'année qui se termine, j'ai dû faire de nombreux voya- 
ges à travers mon pays. 

J'en ai visité non seulement toutes les provinces, mais je me suis 
arrêté dans des centaines de villages. 

Et partout j'y ai vu une belle jeunesse, une jeunesse aux espérances 
aussi illimitées que les espaces où elle vit. 

C'est à cette jeunesse qu'il faut penser, car tout compte fait, c'est 
la plus belle richesse de la nation. C'est pour elle que nous devons édi- 
fier si nous ne voulons pas qu'elle soit déçue de l'héritage que nous lui 
léguerons. 

Nous voulons assurer l'avenir de nos enfants; nous prenons des 
mesures pour les protéger des doctrines subversives qui pourraient leur 
empoisonner l'esprit; nous voulons leur assurer les moyens de se déve- 
lopper dans des écoles et des universités de leur élection selon leur 
langue et leur croyance; nous voulons fouiller notre sol pour y découvrir 
des richesses dont ils pourront bénéficier; en même temps que nous 
voulons les protéger contre les attaques possibles du dehors. 

Héritiers nous-mêmes de ce pays aux ressources illimitées, nous 
devons ajouter à cet héritage. Car notre jeunesse doit rester fière de 
son pays, fière de la place que le Canada détient dans le monde, fière 
de ses traditions et de ses coutumes, fière de son histoire et de son 
avenir, fière en somme de son patrimoine. 

Avec les quatorze petits-enfants que la Providence m'a donnés, j'ai 
un peu appris l'art d'être grand-père. C'est un art auquel je retourne 
toujours avec joie lorsque les devoirs de mon poste me le permettent. 

Et je rêve pour eux d'un monde meilleur que celui que nous, leurs 
parents, avons connu. Je rêve d'un monde où ils pourraient s'épanouir, 
se développer sans crainte des hommes ou de leurs machines. Un avion 
pour eux devrait être porteur de joie et non de bombes; une découverte 



LES FETES DU CINQUANTENAIRE 49 

scientifique devrait être utilisée à leur profit et non pas à leur détriment; 
une idée devrait être fructueuse et non pas productive de rancoeur. 

Lorsque nos enfants vivront dans un tel univers, qui n'est pas du 
tout chimérique si tous les hommes de bonne volonté voulaient se donner 
la main, leur prière de chaque soir serait un hymne de remerciement au 
Créateur, leur Maître, au Prince de la paix. 

Nous savons cependant que pour qu'un tel monde puisse s'organiser, 
nous devons compter sur la bonne volonté de tous. 

Nous savons que celle des Etats-Unis nous est assurée. 

Aujourd'hui, votre pays est devenu la plus grande puissance du 
monde. 

Le Canada est plus grand, en superficie, que les Etats-Unis mais 
il n'a pas la dîme de votre population, et nos ressources exploitées sont 
en proportion du seizième des vôtres. Nous sommes donc une nation 
plutôt modeste vivant à l'ombre d'une grande puissance. 

Il fut un temps où on croyait ferme que les Etats-Unis devraient 
comprendre toutes les communautés de l'Amérique du Nord. 

Je n'ai pas à vous rappeler certaines entreprises d'ordre historique 
durant la guerre de l'Indépendance, visant à amener le Canada d'alors 
et la Nouvelle-Ecosse à se joindre aux colonies qui luttaient pour leur 
indépendance. 

Encore en 1900 l'absorption du Canada était une question qui avait 
gardé une certaine acuité. 

C'est pourtant vers cette période que James Bryce écrivait ces lignes: 
"Pour ce qui est de l'intérêt définitif des deux peuples le plus directe- 
ment intéressés, on peut dire que, pour le moment, les Etats-Unis et le 
Canada gagnent à se développer d'après des types différents de vie 
politique et de progrès intellectuel. Chacun d'eux peut, en élaborant ses 
propres institutions, avoir quelque chose à enseigner à l'autre. Déjà il 
n'y a que trop peu de variété sur le continent américain". 

Ce sage conseil de Bryce a été suivi et nos deux peuples ne s'en 
sont que mieux portés. 

Cette variété que réclamait Bryce existe heureusement sur ce con- 
tinent aujourd'hui. 

Le fait canadien en Amérique est solidement arc-bouté sur les rela- 
tions tout à fait cordiales qui existent entre nos deux pays. 

C'est un sujet qui vous est familier puisque vous le vivez. Il fait 
partie de vos affinités raciales et électives. Vous êtes, tout compte fait, 
l'illustration vivante de l'excellence de ces relations. 

Et pourtant on comprend rarement ces rapports à l'étranger. D'au- 
cuns croient que, parce que nous sommes les voisins d'un pays aussi 
puissant que les Etats-Unis, l'indépendance doit nous être inconnue. 
Nous ne serions que l'extension septentrionale des Etats-Unis au point 
de vue géographique, qu'un terrain de jeu et de chasse pour les touristes, 
qu'une annexe de Wall Street quant à notre économie et, tout compte 
fait, qu'un Etat satellite. 

Le Canada aurait eu une vie politique bien éphémère si cela était 
vrai. 



50 BULLETIN DE LA SOCIETE HISTORIQUE 

Nous aurions mis plus d'un demi-siècle à affirmer notre indépen- 
dance comme membre du Commonwealth britannique, pour ne devenir 
que le satellite de Washington! 

Cette confusion provient peut-être en partie de groupements tels 
que le vôtre échelonnés tout le long de nos frontières: les Franco- Amé- 
ricains au sud de la Province de Québec; les concentrations de popula- 
tion canado-américaine dans des centres plus importants, comme à 
Windsor et à Détroit, ou à Vancouver et Seattle, ou alors les groupe- 
ments de néo-Canadiens et de néo-Américains dans les provinces de 
l'ouest. 

Notre frontière commune est en effet semée de traits d'union au 
lieu d'être semée de forteresses. D'ailleurs pour notre bonne population, 
il n'y a pas de frontière; il n'y a que ce qu'ils appellent communément 
"les lignes". 

La confusion vient également sans doute de ce que dans les deux 
pays nous avons à peu près le même standard de vie, des méthodes de 
travail et une façon de nous divertir qui se ressemblent. 

Ce ne sont là d'ailleurs que des signes extérieurs d'un lien encore 
plus puissant qui nous unit. 

C'est que nous partageons le même idéal, idéal qui prend racine 
dans la civilisation chrétienne et qui conditionne notre attitude devant 
les problèmes quotidiens aussi bien que devant les tourmentes collectives 
auxquels nos deux pays ont à faire face. Mais ils n'en restent pas moins 
deux pays solidement respectueux de la souveraineté nationale de chacun. 

Arrêtons-nous un moment pour comparer l'état de nos relations 
avec ce qui se passe en ce moment en Europe orientale. 

A la conférence de Yalta, la Russie a réclamé l'établissement de 
"gouvernements amis" sur ses propres frontières. 

Cela se passait, il y a moins de 5 ans. 

Depuis, dans tous les pays limitrophes de la Russie Soviétique, en 
Pologne, en Roumanie, en Bulgarie, en Tchécoslovaquie, des change- 
ments de régime se sont produits. 

D'abord, ces pays sont devenus des soi-disant démocraties popu- 
laires; ensuite les partis non-communistes ont été abolis ou mis en servi- 
tude; enfin les gouvernements sont passés à la dévotion de Moscou. 

Ils n'ont de liberté individuelle ou collective que celle que veut 
bien leur laisser la Russie. 

Ils sont devenus les esclaves d'une idéologie qui ne leur appartient 
même pas, qui ne correspond aucunement aux aspirations des popula- 
tions de ces pays, et qui détruit comme un acide corrosif les grandes ri- 
chesses de vie et de culture nationales. 

Le grand pays dans lequel vous vivez, plus grand et plus puissant 
même que la Russie soviétique, a lui aussi des "gouvernements amis" 
sur ses frontières mais il obtient et conçoit autrement leur amitié. 

Prenons l'exemple de l'immigration entre nos deux pays: chaque 
année, depuis la fin de la guerre, entre 15,000 et 20,000 citoyens amé- 
ricains sont venus s'installer au Canada à demeure, alors qu'un nombre 
à peu près égal des nôtres partaient pour les Etats-Unis. 



LES FETES DU CINQUANTENAIRE 51 

Un autre exemple: vous savez comme il est facile pour vous de 
venir nous voir au Canada: nous avons la même facilité pour entrer aux 
Etats-Unis. 

Il s'agit de prendre tout simplement sa voiture, un train ou l'avion 
et de se diriger dans la direction qui nous intéresse. 

Comme ni l'un ni l'autre de nos pays a quoi que ce soit à cacher, 
nous pouvons nous promener librement sur nos territoires respectifs 
sans aucune difficulté. 

Ce sont ces concepts de la liberté individuelle, cette façon d'en 
faire les applications pratiques qui expliquent comment dans nos pays 
d'Amérique un groupement comme le vôtre peut se développer sans 
entraves. 

Vous continuez à parler le français aujourd'hui en terre américaine, 
vous conservez les traditions et les croyances que vous avez apportées 
avec vous, parce qu'on sait que cette langue, ces traditions, cette foi sont 
des instruments de travail et de méditation plus appropriés à votre per- 
sonnalité. 

On se rend compte que votre vie sera plus pleine si vous conservez 
cet héritage et si vous le faites fructifier; que vous y trouvez un profit 
temporel et spirituel. 

Comme dans l'Europe continentale, dans l'ordre historique améri- 
cain, la langue française que nous parlons à de très vieux quartiers de 
noblesse. Les rives du St-Laurent, de même que celles du Mississippi, 
sont nées à la civilisation aux accents de la langue française. 

Dans l'ordre culturel, nous nous abreuvons à une des sources les 
plus vives et les plus fécondes de tous le temps. Par la langue française, 
nous nous rattachons au grand courant non seulement des découvertes 
du lôième siècle, mais nous poussons encore plus loin nos racines et 
rejoignons les civilisations de Rome et d'Athènes, dont la langue fran- 
çaise est devenue l'un des principaux dépositaires. 

Dans l'ordre chrétien, nous sommes les héritiers du Moyen-Age, 
des bâtisseurs de cathédrales, de la tourmente de Pascal, aussi bien que 
des grands pèlerinages contemporains. 

Ce sont des valeurs non seulement que nous voulons garder puis- 
que nous en sommes les héritiers, mais que nous voulons également faire 
fructifier. 

Vous avez comme nous un rôle à remplir dans ce sens en terre 
américaine. 

Tout héritage, à moins qu'on ne veuille le voir disparaître doit être 
mis en valeur. 

Jusqu'à présent je dirai, en empruntant une expression du vocabu- 
laire des économistes, que nous avons été plutôt des consommateurs de 
culture française. 

Cette consommation nous a permis à vous et à nous de survivre, 
mais une culture qui se contente de consommer manque de vitalité; elle 
peut devenir stagnante. Une culture qui produit, une culture qui rayon- 
ne, par ailleurs, a dépassé le stage de la survivance. Elle convainc. 

Et le respect dont on entoure une minorité est en rapport direct 
avec la richesse qu'elle ajoute à la nation. 



52 BULLETIN DE LA SOCIETE HISTORIQUE 

Une minorité qui resterait en marge de la société où elle est établie 
ne donne pas son plein rendement; mais une minorité qui ajoute son 
propre génie, sa propre culture aux grands courants de la société dans, 
laquelle elle vit enrichit d'autant le patrimoine commun. 

Je vois d'ailleurs que c'est l'avis de votre société, puisque dans le 
manifeste que vous avez publié, en 1949, on lit que vous "acceptez pleine- 
ment les responsabilités et les devoirs de la citoyenneté américaine ainsi 
que les avantages et les profits qui en découlent". 

Ce patriotisme national joint au culte des traditions ancestrales nous 
est facile en terre d'Amérique où nous avons tous le même idéal de 
liberté humaine, le même respect de la personne humaine, où nos institu- 
tions reposent sur ces concepts et où la force n'est pas une fin pour 
l'état mais le moyen de servir la liberté de ses citoyens. 

Pouvons-nous en trouver une preuve plus éloquente et plus con- 
vaincante que le spectacle du premier ministre d'un pays qui, comme 
moi, se rend dans un autre pays pour s'adresser à des citoyens de ce 
pays, librement, sur leur invitation, sans avoir à consulter le gouverne- 
ment de ce pays, sans aucune restriction ou difficulté. 

Et ce qui est encore plus remarquable, c'est que je sois venu ici 
pour m'adresser à une société d'Américains dans une langue qui n'est 
pas celle de la majorité du peuple américain, une langue qui n'est même 
pas celle de la majorité de la population de mon propre pays, mais dan c 
une langue que nous sommes iibres de parler dans nos deux pays, parce 
que nos deux pays respectent la liberté, parce que toutes deux compren- 
nent que la nation qui permet le libre développement de la personnalité 
humaine, le libre épanouissement de la culture, sera en définitive plus 
civilisée et à la fois plus forte que ces nations où l'individu n'est qu'un 
instrument de l'Etat. 

Le but de ma causerie ce soir était avant tout de vous offrir les 
félicitations de la partie de la population du Canada à laquelle les mem- 
bres de la Société historique franco-américaine sont liés par leur origine, 
mais je crois que je devrais vous féliciter encore plus pour le bonheur 
que vous avez, et qui est aussi le nôtre, de vivre sur ce continent amé- 
ricain où des groupes comme le vôtre peuvent en toute liberté grandir 
et se développer. 

Puisse-t-il toujours en être ainsi et puisse la Société historique fran- 
co-américaine mériter et recevoir longtemps des félicitations et des voeux 
de longue vie aussi sincères que ceux que je vous apporte ce soir. 



LES FETES DU CINQUANTENAIRE 



53 




Une partie de l'auditoire au discours de M. Saint-Laurent. 
(Obligeance de M. Lucien Sansouci, directeur du Phare). 



Remerciements du Dr Ubalde Paquin 

Ancien président de la Société 

Monsieur St-Laurent: 

Quand j'étais jeune homme, il y a déjà quelques années, j'aimais 
beaucoup à entendre parler un beau canadien français d'alors, un hom- 
me de belle prestance, un orateur à la langue d'argent, capable de parler 
également bien les deux plus belles langues que puisse parler un homme, 
la langue française et la langue anglaise. 

La grande faucheuse le retira de l'arène politique et les canadiens 
français du temps se demandaient si jamais ils auraient l'honneur d'avoir 
un autre compatriote comme lui. 

Et vous nous arrivez ce soir, pour passer quelques instants de votre 
temps précieux parmi nous, précisément dans ce même hôtel Vendôme 
où l'Honorable Wilfred Laurier, alors chef de l'opposition, était l'hôte 
des franco-américains à un banquet mémorable, le 17 novembre 1891. 

Nous en sommes heureux, nous vous en sommes reconnaissants et 
nous vous en remercions profondément. 

Les franco-américains mènent une vie française active dans la 
Nouvelle Angleterre grâce à leurs nombreuses paroisses avec leurs écoles 
bilingues, grâce aussi, à notre collège classique de Worcester, à nos 
grandes sociétés de secours mutuel nationales et à nos journaux. 

Autrefois, l'immigration canadienne française nous amenait de nom- 
breux compatriotes qui se répandaient dans tous les centres où les franco- 
américains vivent en grand nombre, pour attiser le feu sacré qui brûle 
dans nos âmes. 

Aujourd'hui, l'immigration canadienne française a pratiquement 
cessée et nous devons compter sur nos propres forces pour maintenir 
intact et vivace l'héritage ancestral. 

Nous désirons souvent que le Canada Français, notamment la 
Province de Québec, nous envoie plus souvent des hommes de votre 
valeur pour vivifier nos efforts de conservation française. 

Les saluts de nos frères canadiens français que vous nous apportez 
ce soir, causent dans nos coeurs de douces émotions. 

Le progrès du Canada dans tous les domaines, notamment dans sa 
population, sa production et son commerce que vous nous faites con- 
naître dans votre conférence, nous remplit d'un légitime orgueil. Nous 
sommes heureux d'apprendre que les amitiés américaines et canadiennes 
sont plus profondes que jamais, pour le plus grand bonheur de nos 
deux pays. 

La présence de Madame St-Laurent à ces agapes nous fait réaliser 
que le premier ministre du Canada peut avoir sa femme comme un autre. 

Nous souhaitons ardemment que les deux cultures canadienne et 
américaine continuent de s'affirmer et grandir dans un voisinage de 
paix et d'amitié. 



LES FETES DU CINQUANTENAIRE 55 



Je vous remercie chaleureusement, pour votre éloquent discours 
dans lequel vous vous manifestez le beau canadien français, l'homme 
de bel prestance et l'orateur à la langue d'argent capable de parler 
également bien la langue française et la langue anglaise. 

MADAME ST-LAURENT 

Je vous prie de bien vouloir partager le tribut d'hommage que 
nous offrons ce soir à votre mari. Le parfum qui se dégage de votre 
vie est comme le parfum qui se dégage du bouquet que l'on vient de 
vous présenter. 



Allocution de M. l'Abbé Adrien Verrette 

Président du Comité Permanent 

de la 

Survivance Française en Amérique 

Hommage du Comité de la Survivance 

à la Société historique franco-américaine 

Au nombre des hommages adressés à la Société Historique Franco- 
Américaine à l'occasion du cinquantenaire de sa fondation, celui du 
Comité de la Survivance Française en Amérique veut être le plus em- 
pressé et sûrement le plus fraternel, car il apporte les voeux et les 
salutations de six millions de frères en Amérique. 

Ce message d'amitié, vous comprenez combien l'un des vôtres est 
heureux de vous le traduire au nom de cet important organisme inter- 
national qui nous unit tous dans une si étroite communion de pensée 
et d'action. Cette coïncidence singulière fait aussi ressortir la profonde 
cordialité qui lie tous les coeurs français d'Amérique par dessus les 
frontières politiques qui les peuvent séparer. 

C'est donc de la vieille capitale française, Québec, avec son histori- 
que sanctuaire de haut savoir, Laval, qui abrite le Comité de la Survi- 
vance, que vous arrive cet hommage baigné et enveloppé de l'affection 
de tous les tronçons de notre mystique culturelle. Oui, et c'est de Qué- 
bec que jaillit aussi pour notre société jubilaire la plus sereine comme la 
plus inchangeable des attestations de notre âme française. Ce gage 
tombe dans nos coeurs comme un baume réconfortant dont seuls nous 
pouvons goûter toute la délectable saveur. 

La présence à cette table jubilaire du Très Honorable Premier 
Ministre du Canada, l'un des nôtres par la Foi, la tradition et la langue 
n'est-elle pas une autre éclatante preuve de la solidarité qui unit des êtres 
à qui la Providence a confié le même idéal spirituel de vie pour rendre 
service aux deux grandes patries qui se partagent notre continent. Rares 
sont les organismes qui peuvent réclamer d'aussi éminents symboles de 
secourables échanges dans la poursuite de leur haute mission culturelle. 

Les cinquante années écoulées de la Société Historique Franco- 
Américaine sont donc en définitive la proclamation éloquente de cette 
préoccupation de nous fournir à nous-mêmes et à notre patrie américaine 
les plus utiles accents de cette civilisation incomparable que nos pères 
apportèrent du Québec et de la vieille France. Sur la liste des brillants 
ambassadeurs de la pensée française qui se sont succédés à la tribune de 
notre histoire, nous admirons une chaîne ininterrompue de féconds ef- 
forts, venus de France et du Canada, pour fortifier notre indéfectible 
souci de prolonger dans nos âmes cet inaliénable héritage des ancêtres. 
Quel groupe au sein de nos merveilleuses patries peut se glorifier d'avoir 
davantage contribué au rayonnement de ces valeurs spirituelles qui don- 
nent la paix et l'idéal intellectuel aux hommes! 

Dans son insondable sagesse, la Providence veille avec une tendresse 
toute maternelle sur ceux qui s'emploient à d'aussi nobles et généreuses 



LES FETES DU CINQUANTENAIRE 57 



tâches. Nous pouvons croire avec reconnaissance que cette heure jubi- 
laire que nous célébrons avec tant d'éclat est une forme de visible ré- 
compense pour tous ceux qui croient fermement à la bienfaisante in- 
fluence de notre présence historique en Amérique et qui ont à coeur d'en 
perpétuer l'étincelant rayonnement de paix et d'humanisme chrétien. 

Vos archives ont accumulé fidèlement les miettes vivantes de notre 
histoire pour indiquer les sillons parcourus. Vous avez noté la direction 
d'ensemble de nos oeuvres, enregistré les pulsations généreuses qui s'en 
détachent et peut-être fourni à certains de nos espoirs la sève vivifiante 
qui leur était nécessaire par votre enthousiasme et votre zèle autour du 
patrimoine commun. Votre travail a été plus qu'un enregistrement. Il 
a été souvent un véritable apostolat, un effort animateur tant il est vrai 
que l'histoire, en racontant, peut devenir aussi une puissance d'action et 
d'inspiration. 

C'est tout ce magnifique et utile travail accompli depuis cinquante 
ans que le Comité de la Survivance veut proclamer à sa juste valeur et 
dans les fondateurs et dans les vaillants continuateurs de votre société 
Pour traduire davantage sa joie et son admiration, il a voulu honorer 
l'un de vos principaux artisans en lui décernant les insignes de son 
Ordre de la Fidélité Française, une distinction qui s'harmonise si bien 
avec votre dévouement à l'oeuvre précieuse de notre histoire. 

Il y a douze ans, le docteur Ubalde Paquin, alors président de la 
Société Historique remettait à Mgr Camille Roy, président du Congrès 
de la Langue Française et par la suite président fondateur du Comité 
de la Survivance, la grande plaque en or, la médaille de grand mérite 
de la société, à l'occasion de la collation des doctorats d'honneur aux 
principaux apôtres du congrès dans la salle des promotions de l'Uni- 
versité Laval. 

Aujourd'hui, c'est un autre président du Comité de la Survivance 
qui annonce au docteur Paquin que la plus haute distinction française 
accordée en Amérique lui a été décernée. C'est plus qu'un geste de 
courtoisie mais bien un gage indiscutable de l'étroite collaboration qui 
unit ces deux grands organismes consacrés à nos intérêts culturels les 
plus chers. La remise solennelle de cette décoration si bien méritée se 
déroulera à Laval lors de la prochaine cérémonie de promotion de 
l'Ordre. 

Enfin, longue vie et succès croissant à la Société Historique Franco- 
Américaine. Félicitations empressées à tous ses membres et à tous ses 
véritables ouvriers. C'est le voeu fraternel et bien sincère du Comité 
de la Survivance Française en Amérique. 



:— Documents et Pièces d'Archives 



Documents Acadiens tirés des Archives 
de l'Etat du Massachusetts 

ARTHUR-L. ENO* 
Première partie 



No. 2 



In the House of Représentatives November 6th 1755. 
Ordered that Mr. Gridley, Mr. Hooper and Colonel Otis with such 
as the Honorable Board shall join be a Committee to examine into the 
State of the French on board the several transports now lying in the 
Harbour of Boston ÔC to report what they think proper for this Court 
to do thereon. 

Sent up for Concurrence. 

T. HUBBARD, Speaker. 

In council November 5, 1755. 

Read & Concurred & Joseph Pynchon & William Brattle, Esquire 
are joined in the affair. 



Copy examined J. WILLARD, Secy. 



No. 49 



A Son Excellence Le Gouvernour General de la province de Massa- 
chusetts Bay de La Nouvell Engleterre et au honourable Gentilhomes 
du Consseile. 

Nous avons pris la liberté de vous présenté cette requeste comme 
nous sommes en chagrin par raport a nos enfans. La perte que nous 
avons souffris de nos habitations et amené icy, et nos séparations les 
uns des autre nest rien a comparé a cell que nous trouvon a présent, 
que de prendre nos enfans par force devant nos yeux. La nature mesme 
ne peut souffrir cela. Si il estait en nostre pouvoire davoir nostre chois 

* Ces pièces, extraites par M. le juge Arthur-L. Eno, proviennent du volume 
XXIII (1755-1758), intitulé "French Neutrals", des Archives de la State House 
de Boston, Massachusetts. Deux, les nos 2 et 49, ont été publiées dans le "Rapport 
concernant les Archives Canadiennes pour l'année 1905" (Ottawa, 1909, vol. II, 
Appendice E, pp. 138 et 146 de l'édition française). Les autres sont inédites. 
A leur suite se trouve un index de tous les documents de ce volume XXIII, 
compilé aussi par M. Eno. 



DOCUMENTS ET PIECES D'ARCHIVES 59 



nous choisirions plus tôt de rendre nos corps et nos âmes que destre 
séparé deux. Cest pourquoy nous vous prions en grâce et a vos honours 
que vous ayé la bonté dapaïser cette crueltez. Nous ne reffusons aucun- 
nement de travailler pour lentretien de nos enfans, moyainent, que si 
cestoit suffent pour nos familles. Vous priant en grâce que davoir la 
bonté davoir égard a nostre requeste ainsy faisent vous obligeray vostre 
très humble et très obéissent serviteurs. 

at Chelmsford JEAN LENDREY 

at Oxford CLAUDE BENNOIS 

at Concord CLAUDE LE BLANC 

CHARLE DAIGUE 
PIER LE BLANC 
at Worcester AUGUSTIN BLANC 

at Andover JAQUE ESBERT 

JOSEPH VINCENT 
at Waltham ANTOINE EBERT 

No. 100 

In the House of Représentatives June 1, 1756. 

Ordered That a Letter communicated By his Honor the Lieutenant 
Governor to this House, from Mr. Hanfield to his Excellency Governor 
Shirley Dated Annapojis Royal May 1756 be Committed to the Com- 
mittee appointed to Examine ye Accounts of Charges offered to this 
Court for supporting ye Inhabitants of Nova Scotia lately brought into 
this Province &c, To Consider the same and report thereon. 

Sent up for Concurrence. 

T. HUBBARD, Speaker. 



In Council June 1, 1756. 
Read and Concurred. 



THOS. CLARKE, Deputy Secry. 



No. 100A 

The Committee having atttended the within service report as their 
opinion that the persons referred to in Mr. Hanfield letter to His 
Excellency Governour Shirley be sent to the towns of Lynn ÔC Beverly. 

Which is Humbly Submitted 

SAMUEL WATTS 
order 
In Council June 9th 1756. 
Read and accepted. 

Sent down for Concurrence. 

By order WM. PEPPERRELL. 
In the House of Représentatives June 10, 1756. 
Read and Concurred. 

T. HUBBARD, Speaker. 
Consented to 

PHIPS. 



60 



BULLETIN DE LA SOCIETE HISTORIQUE 



No. 106 

Marblehead ss. 

A List of Neutral French in this Town 
This 20th day of August A. D. 1756. 

1 Family Joseph Degan 

Anna Degan 

Mary Degan 

Elizabeth Degan 

Monich Degan 

Peter Degan 

Isadore Gardeu 

his wife &: 

child 

Tôt. 9 
2d Family Peter Lander 

& his wife 

Mary Lander 

Martha Lander 

Marcy Lander 

Jane Lander 

Elizabeth Lander 

Sarah Lander 

Peter, a boy 

Tôt. 9 



3 Family 
James Dentremore 
Margerit his wife 
Joseph Dentremore 
Margerit his Daughter 
Paul Dentremore 
Belony Dentremore 
Anna Dentremore 
Aben Dean 

Joseph Masnel 9 

4 Family 
James Amero 
Anna wife 
James Amero Jr. 
Mary, his wife 
Tetose Amero 
Isador Amero 
Bassil Belovo 
Eushel Amoro 

10 



Rec'd June 3d 1756 



18 Recd June 5, 1756 



19 



Attest 

NATHAN BOWEN Overseer. 



No. 140 

In Council May 31, 1756. 

Ordered that Samuel Watts and William Brattle Esquires with 
such as the honorable House shall join be a Committee to examine such 
Accounts of Charges as hâve been or may be offered to this Court for 
supporting any of the French Inhabitants that hâve been lately brought 
from Nova Scotia into this Province and that the Committee project 
some méthode for easing the Province of such a Charge for the future 
and Report as soon as may be. 

Sent down for Concurrence. 
By order 

WM. PEPPERRELL. 
In the House of Représentatives May 31, 1756. 

Read and Concurred, and Mr. Welles, Thomas Foster Esquire ÔC 
Mr. Paine are joined in the affair. 

T. HUBBARD, Speaker. 



DOCUMENTS ET PIECES D'ARCHIVES 61 

No. 140A 

In the House of Représentatives June 8, 1756. 

Voted that Col. Gerrish & Colonel Clap be of the Committee for 
the purposes within mentioned in the Room of Thomas Foster, Esquire 
and Mr. Paine who are absent. 

Sent up for Concurrence. 

T. HUBBARD, Speaker. 

In Council June 8, 1756 Read and Concur'd. 

THOMAS CLARKE, Dpty, Secry. 
Consented to 

PHIPS. 

No. 142-143 

The Committee appointed to examine such accounts of charges as 
hâve been or may be offered to this Court for supporting the French 
Inhabitants that hâve been brought into this Province from Nova Scotia 
ÔCc having attended said service, report as their opinion that there are 
accounts for the support of said Inhabitants from sundry towns in this 
Province which are not brought in for payment, therefore that the con- 
sidération of the whole be referred to the first Friday of the next 
sitting of this Court, ÔC that such towns who hâve any demands upon 
the Providence for the support or maintenance of said French In- 
habitants, be directed to lodge their accounts by said time in the secre- 
tarys office. 

The Committee beg leave further to report, that in their opinion 
spécial & effectuai provision is allready made by an act in addition to 
an act making provision for the Inhabitants of Nova Scotia sent hither 
from that Government for the support of said Inhabitants, and that if 
the Justices of the Peace &: Overseers of the Poor would but conform 
to said act & bind out to service or make provision for the support of 
said Inhabitants in the same manner as by law they are authorized & 
empowered to do when said Inhabitants, the Inhabitants of this Province, 
it would greatly lessen the charge the Province other wise will bear ÔC 
therefore that this Court give notice that they expect a strict observance 
of the same. 

Which is humbly submitted 

Samuel Watts by order 
In council June 9th 1756 Read and not accepted. 

Sent down for Concurrence. 
By order Wm. Pepperrell. 

In the House of Représentatives June 9, 1756. 

Read and nonconcurred; and ordered that the Report be accepted. 

Sent up for Concurrence. 

T. HUBBARD, Speaker. 



62 BULLETIN DE LA SOCIETE HISTORIQUE 



No. 144 

In the House of Représentatives June 9, 1756. 

Ordered that the Committee appointed to consider the affair of 
the French Neutrals so called be directed to sit forthwith ÔC report. 

Sent up for Concurrence. 
Attest HENRY GIBBS, Cler. Dom. Rep. 
In Council June 9, 1756 Read ÔC concur'd. 

FRA. FOXCROFT, By order. 

No. 188 

In the House of Représentatives August 24, 1756. 
Ordered, That Mr. Lancaster be of the Committee on the affair 
of the French Inhabitants lately sent hither from Nova Scotia in ye 
room of Mr. Tasker who is absent — ÔC that the Committee be directed 
to sit forthwith ÔC report as soon as may be. 

Sent up for Concurrence. 

T. HUBBARD, Speaker. 
In Council August 24, 1756 Read and Concur'd. 

THOS. CLARKE, Deputy Secry. 

No. 198 

In the House of Représentatives August 31, 1756. 
Voted, That Colonel Haie, Colonel Otis ÔC Mr. Welles be a Com- 
mittee to confer with a Committee of the Honorable Board, on the Bill 
passed by the Honorable Board ÔC that passed by the House relating 
to the French Inhabitants of Nova Scotia lately sent hither from that 
Government — and report. 

Sent up for Concurrence. 

T. HUBBARD, Speaker. 
In Council August 31, 1756 Read & Concur'd and Benjamin Lynde, 
Thos. Hutchinson, ÔC Stephen Sewall, Esquires are joined in the affair. 

THOS. CLARKE, Dpty. Secry. 

No. 236-237 

In the House of Représentatives October 13, 1756. 

Voted that the late French Inhabitants of Nova Scotia, now in the 
Towns of Charlestown and Marblehead being forty nine in ail, be 
forthwith removed from thence to the hereafter mentioned Towns, in 
the following proportion, viz. to Medway 6. to Bellingham 4. To Wal- 
pole 4. to Sherburne 5. to Natick 6. to Southborough 3. to Dudley 6. 

to Medfield 5. To Holjiston 4. to Dracut 4. to Dunstable 2. Voted 

also that the Sheriffs of the Countys of Essex and Middlesex, be Di- 
rected to cause the said French Persons to be conveyed to said towns 
respectively, and in ail things concerning them, to govern themselves 
by the Laws and orders of this Court, making provision for the in- 
habitants of Nova Scotia sent hère from that Government, and that 



DOCUMENTS ET PIECES D'ARCHIVES 63 

said Laws and order, be sent to the several Towns, that they may be 
duly executed especially Those Paragrafts relating to keeping the said 
French Inhabitants in the several Towns. 

Sent up for Concurrence. 

THOS. HUBBARD, Speaker. 

In Council October 13, 1756. Read and Concurred. 

THOS. CLARKE, Dpty Secry. 
Consented to PHIPS 

Copy examined THOS. CLARKE, Deputy Secry. 

October 19. 

Ordered Jos. Badger, junior, Dep. Sher. to convey 4 to Dracut 
& to Dunstable 6. 

Oct. 19, 1756, wrote to Mr. Sheriff Foster to send his 12 to Natick 
& Sherburne. 

R. V. 

No. 301 

To his Excellenci Spencer Phips Lieutenant Governor 

at Boston 

No. 302 

Marshfild le 5 dumois de janvier annoque Domini 1757. 

A son Excellence Monseigneur le Lieutenant gouverneur de Baston; 
et a tous les Messieurs du Conseille ÔCc . Cette très humble supplica- 
tion est présenté par son très humble serviteur Charles Mius habitant 
du Cap Sable et de toute sa famille. 

Monseigneur. 

Cest avec un très grand regret que je prends la liberté dimportuner 
vostre Excellence, mais la nécessité ou je suis réduit pour le présent my 
ayant obligé je vous supplie de m'excuser. Nous sommes moy et ma 
famille pour le présent réduit a la dernière extrémité nayant reçue 
presque aucun secour de la part des habitants de plimout depuis que j'y 
demeure. L'on ne mat point non plus fourni de provision comme l'on 
avoit fait a ceux qui etoient venue du port royal contre les ordres de 
vostre excellence. Cest ce qui fait que nous nous addressons a vostre 
Excellence et atous les messieurs du Conseille pour les supplier que l'on 
nous accorde les mêmes faveurs que l'on at accordées aux habitants du 
port royal; qui ont reçue des provisions et du bois pour l'espace de six 
mois. Car pourmoy et monfils nous avons faits la pesche toutte cette été 
que nous avons toutte dépensé a soutenir nos familles et touttes les 
choses que nous avons dépensé nous ont été conté (ou coûté?) excepté 
le docteur qui nous at fourni ses remèdes gratis. Pour le présent l'on 



64 BULLETIN DE LA SOCIETE HISTORIQUE 



ne nous veut pas fournir ny de provisions ny de bois et nous sommes 
presque tout nuds. L'on ne veut pas non plus nous fournire de travaille. 
Que ferons nous dans cette circonstance faudrat-il que nous mourions 
moy et ma famille. 

No. 303 

P. S. Nous ne pouvons avoire recours a dautres qu'aux Messieurs 
du conseille et a vostre Excellence afin quon nous soulage comme des 
pauvres des choses qui nous sont nécessaires. 

J'avois apporté avec moy cette automne du Cap Sable un barill de 
boeuf avec six boissaux de selle que Mr. Lamson nous at retenue pré- 
tendant quil luy appartenais de droit. Cest ce qui fait que nous nous 
addressons a vostre excellence pour quils nous soient rendue. Car pour 
le présent nous navons ny bois ny vivre et Ion ne veut pas seulement 
me permettre den aller chercher au bois sur mon épaule pour me chau- 
fer. Je suis aussi réduit à la mandicite pour supporter (?) ma famille . . . 

Que si c'est la bonne volonté denous accorder la grâce que nous 
vous demandons de touts ces messieurs ce serat un surcroit dobligations 
que nous leurs aurons qui nous obligerat de prier Dieu pour leur con- 
servation et en attandant larrêt quil plairat à vostre escellence de pro- 
noncer en nostre faveur, Moy et toute ma famille nous avons l'honneur 
de nous dire de vostre excellence et de touts les Messieurs du conseille 

Vos très humbles et 
obéissants serviteurs 

CHARLES MIUS et toutte sa famille. 

No. 395 

Province of the I To the Honourable his Majestys Council ÔC 

Massachusetts Bay v Honourable House of Représentatives in 
) General Court assembled April, 1757. 

The Pétition of Amos Fuller Représentative for Needham Humbly 

shows, 

That there are now in the said Town twelve French Persons late 

Inhabitants of Nova Scotia who are supported by the said Town; and 

as the said Town is very small, they apprehend the said Number is 

greatly beyond their Proportion with other Towns, 

Wherefore your Petitioner in behalf of said Town humbly prays 
your Honours would ea/c them of said Burden by ordering yt. 
part of said number may be disposed of in some other of the Towns 
in the province. And as in Duty Bound will Pray. 



AMOS FULLER. 



No. 396 



In the House of Représentatives April 25, 1757. 
Read and Ordered, That five of ye. French Inhabitants late of 
Nova Scotia be removed from the Town of Needham to the Town of 



DOCUMENTS ET PIECES D'ARCHIVES 



65 



Wrentham at the Charge of the Town of Needham, ÔC that the Select 
Men of the Town of Wrentham receive the said French persons ÔC 
govern themselves with regard to them according to Law. 

Sent up for Concurrence. 

T. HUBBARD, Speaker. 

In Council April 25, 1757 Read and concurred. 

A. OLIVER, Secretary. 

Consented to 
T. HUTCHINSON JOHN GREENLEAF J. OSBORNE 



STEPHEN SE WALL J. CHANDLER 



ISAAC ROYALL 
JOHN ERVING 



No. 456 



EZEK. CHEEVER 
JAMES MINOT 
AND. OLIVER 
JOS. PYNCHON 
JOHN OTIS 



JACOB WENDELL 
BENJ. LYNDE 
DAN (?) 



In the House of Représentatives August 24, 1757. 

Ordered, That the Committee appointed the 21 February last in 
conséquence of the Report of the Committee of both Houses appointed 
to wait on his Excellency Governor Lawrence ÔC confer with him on 
the Charges this Province has been at in supporting the French In- 
habitants sent hither by the Government of Nova Scotia be directed to 
sit forthwith and prépare the Accounts therein referred to, and report 
as soon as may be. 

Sent up for Concurrence. 

T. HUBBARD, Speaker. 



In Council August 25, 1757. 
Read and Concurred. 



A. OLIVER, Secretary. 



No. 457 

The Committee appointed to wait upon his Excellency Governor 
Lawrence to confer with him upon the charge of the French Neutrals 
ÔCc having attended said service beg leave to report — 

That it is the désire of Governor Lawrence that the Accounts of 
the French Neutrals which came from the Southern Governments into 
this Province be prepared and delivered to him, that he may lay the 
same before his Majestys Council at Halifax for Payment. And further 
that his Excellency Governor Lawrence is of opinion that upon applica- 
tion made at home this Province will be reimbursed the necessary 
charges that it hath been at for the support of the French Neutrals so 
called, sent by the Government of Nova Scotia hère: and that he will 



66 BULLETIN DE LA SOCIETE HISTORIQUE 



do everything in his Power to assist this Government in obtaining the 
same. 

By order of the Committee, 

W. BRATTLE. 
In Council February 21, 1757. 

Read and Ordered that this Report be accepted and that the Com- 
mittee who had the disposai of the said French Neutrals with the 
Province Treasurer prépare the Accounts referred to accordingly. 
Sent down for Concurrence. 

THOS. CLARKE, Deputy Secretary. 
In the House of Représentatives February 21, 1757. 
Read ÔC Concurred. 

T. HUBBARD, Speaker. 
Consented to 

PHIPS. 

No. 528 

Province of the \ To H's Excellency Thomas Pownall Esquire Captain 
Massachusetts BayJ General ÔC Govenor in Cheife in and over this 
Province The Hon. His majesty's Council ÔC 
House of Représentatives in gênerai Court 
assembled at Boston November 1757. 

The mémorial of Duncan Campbell, Esquire of Oxford — Humbly 
shows — 

That last May sessions he proferred a Pétition to this Honble 
Court praying that the sum of Seventeen Pound thirteen shillings ÔC 
four pence might be allowed to him for his charges of transporting 
from Cambridge to Oxford ÔC keeping seven French Neutrals which 
were sent to Cambridge ÔC Five of them bound out to him by the Select- 
men of Cambridge by Indenture — from whom he never hath yet rec'd 
any profit or service they refusing to work. That upon said Pétition 
this Honorable Court was pleased to allow him on his account no more 
then the sum of forty two shillings ÔC three pence half penny. That 
the Honorable Board hâve sent your Petitioners Servants to the Town 
of Deedham and so he is deprived of any service from them until this 
Time notwithstanding the great expense he was put to for maintaining 
them since he took them from Cambridge — he therefore most humbly 
prays he may be allowed the remainder of his account or that he may 
hâve an order from this Honble Court to take those that were bound 
to him from Deedham ÔC compell them to work ÔC as in Duty bound 
shall pray. 

DUNCAN CAMPBELL. 

No. 529 

In the House of Représentatives March 20th 1758. 

Read and Resolved, That there be allowed and paid out of the 



DOCUMENTS ET PIECES D'ARCHIVES 



67 



public Treasury to the Petitioner the sum of five pounds nine shillings 
and. four pence, in addition to the former allowance made him, and in 
full considération for his keeping the French People mentioned. 

Sent up for Concurrence. 

T. HUBBARD, Speaker. 



In Council Read and Nonconcurred. 



A. OLIVER, Secretary. 



No. 531 



Province of the "ï To His Excellency Thomas Pownall Esquire Capt. 

Massachusetts Bay J General and Governor m and over His Majestys 
Province of the Massachusets Bay in New England, 
to the Honorable his Majesty's Council and House 
of Représentatives in General Court assemble the 
23rd day of November 1757. 

The Mémorial of the Selectmen of Malden in the County of 
Middlesex in said County 

Humbly showeth 

That your memorialists had by order of a Committee of this Court 
Eleven of the French, lately Inhabitants of Nova Scotia sent to them 
viz: being two families, one family, a widow with five young children 
and a single woman, the other a man of ill helth sick the most of his 
time with a wife and child also a single woman that is now sick and 
hath been for some time — When they came to the Town of Malden 
they were very poorly on it for clothing and household furniture and 
we belive the most unable to help themselves as any family in the 
Province. Your Memorialists further show that the Town of Malden 
is so situated that the necesseries of Life viz. firewood house rent and 
provisions are much dearer then in the Towns that are further in the 
Country and for that reason the charge of supporting said French rises 
to a greator sum for the Province to pay then need be if they were 
removed to some Town where wood and provisions are plentious and 
as there are many Towns in the province which hâve none. 

Your Memorialists humbly pray that the whole or part of the said 
French may be removed to some other town. And your memorialists 
as in Duty Bound shall ever pray. 



JOSEPH LYND 
JOHN DEXTER 
EBENER HARNDEN 
EZRA GREEN 



Selectmen 
of Malden 



68 BULLETIN DE LA SOCIETE HISTORIQUE 



No. 532 

Province of the ) To His Excellency Thomas Pownal Esquire 

Massachusetts Bay ss. J Captain General and Governour in Chief the 

Honorable his Majesties Council and House of 

Représentatives in General Court assembled this 

23 day of November Anno Domini 1757. 

We the subscribers selectmen of the Town of Milton in Behalf of 
said Town. Humbly show 

That the Town of Milton hâve for some time past had sixteen of 
the Neutral French quartered on them which number hâve since in- 
creased to eighteen that there is but three men in that number one of 
which is in a weak and declineing state which number your Pétitions 
humbly apprehend according to the number quartered on other Towns 
greatly exceeds their proportion, the Town of Milton is but a small 
Town and tho they would chearfully in this time of distress bear their 
proportion to their utmost ability but more then that is grievous we 
would therefore humbly move your Excellency and Honour to interpose 
in behalf of Milton so far as to give them such relief in the premises 
as according to your known wisdom and accustomed justice you shall 
see meet and your Pétition as in duty bound sha'l ever pray etc. — 

BENJAMIN FENNO ï 

BENJAMIN WADSWORTH Selectmen 

WILLIAM TUCKER 

DAVID RAWSON 

JEREMIAH TUCKER 



of 
Milton 



No. 533 

In the House of Représentatives June 15, 1758. 

Read and Ordered, That the Select Men of the Town of Milton 
be and they hereby are allowed at the charge of said Town to remove 
five of the French People now there to the Town of Wrentham: and 
the Select Men of the said Town of Wrentham are hereby directed to 
receive the said French People and to provide for them as is directed 
by the orders of this Court. 

Sent up for Concurrence. 

T. HUBBARD, Speaker. 

June 15, 1758. 

In Council Read and Concurred. 

A. OLIVER, Secy. 

Consented to 

POWNALL. 



DOCUMENTS ET PIECES D'ARCHIVES 



69 



No. 562 

List of Nova Scotia French In Marblehead. 



1 Family Joseph Degan 

Anna Degan 
Mary Degan 
Elizabeth Degan 
Monich Degan 
Peter Degan 
Isadore Gordo 
his wife ÔC 
child 

Tôt. 9 

2 Family Peter Landra 

his wife 
Mary Landra 
Martha Landra 
Mary Landra 
Jane Landra 
Elizabeth Landra 
Sarah Landra 
Peter, a boy 

Tôt. 9 
Rec'd June 3rd 1756 



3 Family that came June 5, 1756 
James Dentrimo 
Margerit his wife 
Joseph his son 
Marg. his Daughter 
Paul his son 
Belony Dentrimo 
Anna his Daughter 
Aben Dean 
Joseph Masenel 

4 Family 
James Amoro 
Anna his wife 
James Amoro Jr. 
Mary, his wife 
Tetosh Amoro 
Isadore Amoro 
Bassil Amoro 
Natis Amoro 
Basul Amoro 
Eushel Amoro 



10 



37 



Marblehead, January 23rd 1758 I hereby certifie that this is a true 
list of the French People who continued in this Town, til removed by 
order of Government. 

Attested NATHAN BOWEN, 
Overseer Poor. 

No. 602 

In the House of Représentatives January 11, 1758. 

Ordered, That Capt. Williams be of the Committee on the Pétition 
of John Labrador, and other Pétitions of the like import, in ye Room 
of Colonel Choate who is excused from that service. 



In Council January 11, 1758. 
Read & Concur'd. 



Sent up for Concurrence. 

T. HUBBARD, Speaker. 



THOS. CLARKE, Dpty. Secry. 



No. 635 



In the House of Représentatives October 12th 1756. 

Voted that the late French Inhabitants of Nova Scotia, now in 



70 BULLETIN DE LA SOCIETE HISTORIQUE 

the Towns of Charlestown and Marblehead being 49 in ail, be forthwith 
removed from thence to the hereafter mentioned Towns, in the follow- 
ing proportions, viz. to Medway 6 to Bellingham 4 to Walpole 4 to 
Sherburn 5 to Natick 6 to Southboro 3 to Dudley 6 to Medfield 5 to 
Holliston 4 to Dracut 4 To Dunstable 2. Voted also that the Sheriffs 
of the Countys of Essex and Middlesex, be directed to cause the said 
French Persons to be conveyed to said Towns respectively, and in ail 
things concerning them, to govern Themselves by the Laws and Orders 
of this Court, making provision for the inhabitants of Nova Scotia sent 
hère by that Government, and yt said Laws and Orders be sent to the 
several Towns, that they may be duly executed especially those Para- 
graphs relating to keeping the said French Inhabitants in the Several 
Towns. 

Sent up for Concurrence. 

T." HUBBARD, Speaker. 

In Council October 13th, 1756. Read & Concur'd. 

THOS. CLARKE Deputy Secy. 

Consented to S. PHIPS. 

Copy examined THOS. CLARKE, Deputy Secy. 

Copy examined ROBERT HALE, Sheriff of the County of Essex. 
A true copy 

ISAAC SMITH, Dept. Sheriff. 



DOCUMENTS ET PIECES D'ARCHIVES 71 

Deuxième Partie 

Index du Vol. XXIII (French Neutrals) 

Pages Dates 

1-6 Committee to examine French Neutrals in Boston 1755 

harbour — with papers 

7 Committee about their transportation 

8-9 Gov. Lawrence to be addressed on this topic 

10-14 Act as to Neutrals 

15-18 Orders as to Neutrals 1756 

19 Stoughton Account 

20 Order — binding out Neutrals 

21 Stoughton Account — Neutrals 

22 Order — support of Neutrals 

23 Commander to address the Gov. 
24-27 Address to him 
28-33 Act — Neutrals 
34-39 Bills— Neutrals 

40 Commander charges Neutrals (French Prisoners) 

41 Marlborough Account 

42 Wenham Account 

43 Halifax Account 
44-45 Andover Account 

46 Waltham Account 

47 Middleborough Account 

48 Act as to Neutrals 

49 Pétition of Neutrals 

50 Committee on this 

51-57 Pétition of J. Mitchel — binding out his sons 

58-59 Order that no more land in Province 

60-66 Pétitions of Neutrals 

67 Advice of Council as to P. Ducee 

68-69 Pétition of Neutrals 

70 Advice of Council 

71-72 Lancaster Account 

73 Sandwich Account 

74-76 Papers — Neutrals last imported 

77-78 Wilmington Account 

79 Salisbury Account 

80 Stoneham Account 
81-83 Kingston Account 

84 Newton Account 

85 Pembroke Account 

86 Lincoln Account 

87 Plympton Account 

88 Oxford (3) Account 
89-96 Ipswich Account 
97-98 Sudbury Account 
99 Hanover Account 



72 BULLETIN DE LA SOCIETE HISTORIQUE 



Pages Dates 

100 Order 1756 

101 Mendon Account 

102 Reading Account 

103 Amesbury Account 

104-106 Marblehead Account ÔC list Neutrals quartered 

107-108 Marshfield Account 

109 Roxbury Account 

110 Woburn Account 
111-115 Scituate Account 

116 Shrewsbury Account 

117 Woburn Account 

118 Lexington Account 

119 Andover Account 

120 Uxbridge Account 

121 Hanover Account 

122 Milton Account 

123 Weymouth Account 
124-128 Manchester Account 
129-130 Watertown Account 

131 Weston Account 

132 York Account 

133 Medfield Account 

134 Wenham Account 

135 Stoneham Account 

136 Hingham Account 

137 Medford Account 

138 Newbury Account 

139 Salem Account 

140 Committee on Accounts 

141 Abington Account 
142-145 Committee — reports — order 
146-147 Order as to binding out children 

148 Committee to address the King 

149 Worcester Account 

150 Lynn Account 
151-155 Haverhill Account 
156-157 Rowley Account 
158-159 Letter of Gov. Lawrence 
160-161 Danvers Account 
162 Letter to Gov. Lawrence 
163-167 Sandwich Accounts 
168-172 Plymough Accounts 

173 Committee to report 

174 Sherburne Account 
175-176 Letter to Gov. Lawrence 
177-180 Malden Account 
181 Report of Committee 
182-184 Orders — Neutra's from the South 



DOCUMENTS ET PIECES D'ARCHIVES 73 

Pages Dates 

1756 



185-187 


Pétitions of Neutrals 




188-191 


Committee — Report 




192 


Freetown Account 




193 


Norton Account 




194-195 


Taunton Account 




196-197 


Act for Neutrals to carry passports 




198-199 


Committee — orders 




200-202 


Act 




203-205 


Boston Account 




206-209 


T. Hutchinson's pétition 




210-211 


Remonstrance 




212 


Charge 




213 


Charlestown Mémorial 




214-215 


Notes — Pétition — Notes 




216-217 


Order relative to François Leblanc and 
Neutrals from Gloucester 


French 


218-220 


Pétition 




221-222 


Orders 




223 


Stow — bill 




224 


Oxford Account 




225 


Sturbridge Account 




226-227 


Marblehead pétition 




228 


Pétition of A. Hébert 




229 


Andover Account 




230-231 


Notes as to Neutrals 




232 


Duxborough Account 




233 


Mendon Account 




234 


Pembroke Account 




235-247 


Charges for transporting Neutrals 




248 


Newton Account 




249 


Topsfield Account 




250 


Sudbury Account 




251 


Milton Account 




252 


Wrentham Account 




253 


Marlborough Account 




254 


Medfield Account 




255 


Needham Account 




256 


Lexington Account 




257 


Hingham Account 




258-259 


Scituate Account 




260 


Roxbury Account 




261 


Kingston Account 




262 


Stoneham Account 




263 


Weymouth Account 




264-265 


Boxford Account 




266 


Reading Account 




267 


Attleborough Account 




268-269 


Taunton Account 





74 



BULLETIN DE LA SOCIETE HISTORIQUE 



Pages 

270 Rowley Account 

271 Shrewsbury Account 

272 Salisbury Account 
273-274 Waltham Account 

275 Walpole Account 

276 Concord Account 

277 Abington Account 

278 Sandwich Account 

279 Barnstable Account 

280 Newbury Account 
281-286 Haverhill Account 

287 York Account 

288 Acton Account 

289 B. Beal's mémorial 

290 Salem Account 

291 Framingham Account 

292 Boston Account 

293 Bolton Account 
294-296 Dartmouth Account 
297-298 Medford Account 
299-300 Newbury Account 

301-305 Pétition of C. Mius (translated) 

306 Groton Account 

307-310 Pétition of Glude Benway 

3 1 1 Worcester Account 

312 Bradford Account 
313-314 Salem Pétition 

315 Grafton Account 

316 Marshfield Account 
317-321 Gloucester Account 
322 324 Medford Account 
325 Rehoboth Account 
326-327 Leicester Account 

328-329 Committee — Vote about Neutrals 

330 Lancaster Account 

331 Dedham Account 
332-336 Boston Account 

337 Ipswich Account 

338 Braintree Account 
339-345 Charlestown Account 

346 Dorchester Account 

347 Westford Account 

348 Committee to consult with Gov. Lawrence 

349 Stow Account 
350-355 Sherburn Account 

356-360 Report — Pétition of B. Melanson 

361 Bedford Account 

362 Wenham Account 



Dates 
1756 



1757 



DOCUMENTS ET PIECES D'ARCHIVES 75 



Pages Dates 

363 Danvers Account 1757 

364-365 Newton Account 

366-367 Medway Account 

368 Worcester Account 

369 Amesbury Account 
370-371 Malden Account 
372 Rowley Account 
373-375 Pétition of Peter Boudreau 
376-377 Natick Account 

378 Marshiield Account 

379 Charges for transportation 

380 Grafton Account 

381 Leicester Account 
382-383 Pétition for Newton 
384-385 Canoës of deserting Neutrals 
386 Medford Account 
387-380 2 Pétition of Waltham Selectmen 
381 2 Note — Marshfield 
382 2 -383 2 Pétition of Thos. Foster 
384 2 -385 2 Payment of Towns 
386 2 Boston Account 
387 2 -388 2 Committee on charges 
389 2 Order — Scituate — Dudley 
390-391 Salem Accounts 

392 Pétition for Malden 

393 Note — Plymouth 

394 Brookline Account 
395-396 Pétition for Needham 
397 Sutton Account 
398-399 Pétition of M. Hibbert 
400-401 Salem Account 
402-403 Methuen Account 

404 York Account 

405 Wenham Account 

406 Medfield Account 

407 Committee about Neutrals 

408 Bolton Account 
409-414 Ipswich Account 
415-416 Framingham Account 

417 Boxford Account 

418 Westborough Account 

419 Littleton Account 
420-421 Pétition of Basil Saimere 
422 Taunton Account 
423-424 Lincoln Account 

425 Pétition of A. Hibbert 

426 Weston Account 
427-428 Kingston Account 



76 BULLETIN DE LA SOCIETE HISTORIQUE 

„. Dates 

Pages 

1 757 

429-430 Bradford Account x/ „-" 

431 Tewksbury Account „ 

432-436 Watertown Account „ 

437-438 Concord Account „ 

439 Committee to prevent charges ?> 

440-441 Newton Account „ 

442 Sutton Account 

443.444 Pétition of P. Clément and C. Meuse n 

445 Order — Prisoners „ 

446 Amesbury Account „ 

447 Plymouth Account „ 

448 Oxford Account „ 

449 Order — watch over Neutrals n 
450-451 Committee — report „ 
452 Vote — impressment of Neutrals n 
453-457 Committee — charges — report n 
458-460 Oxford Account „ 

461 Groton Account „ 

462 Stow Account „ 

463 Pembroke Account „ 

464 Methuen Account „ 

465 466 Worcester Account „ 
467 Dorchester Account 

468-469 Lincoln Account „ 

470-472 Waltham Account „ 

473 Plympton Account „ 

474 Dartmouth Account „ 

475 Rehoboth Account „ 

476 Milton Account „ 
477-478 Andover Account „ 
479-483 Sudbury Account „ 
484-485 Weymouth Account „ 
486-490 Chelmsford Account „ 

491 Lynn Account „ 

492 Dedham Account „ 
493-496 Scituate Account „ 

497 Wilmington Account „ 

498 Hingham Account „ 

499 Boston Account „ 

500 Wrentham Account „ 

501 Plimpton Account „ 
502-504 Shrewsbury Account „ 
505-506 Duxborough Account „ 
507-508 Sherburne Account „ 
509-511 Pétition of F. Mieuse „ 
512-521 Sherburne Account „ 

522 York Account „ 

523 Cambridge Account 



DOCUMENTS ET PIECES D'ARCHIVES 



77 



Pages 

524-525 Uxbridge Account 

526-527 Boxford Account 

528-530 Pétition of D. Campbell 

531 Mémorial of Malden Selectmen 

532-533 Mémorial of Milton Selectmen 

534-542 Topsfield Account 

543-544 Maldon Account 

545-546 Committee on charges 

547-548 Pétition of L. Mieuse 

549 Boxford Account 

550 Sturbridge Account 
551-552 Framingham Account 
553-554 Newton Account 

555 Weston Account 

556 Danvers Account 

557 Middleborough Account 

558 Westford Account 

559 Reading Account 
}60-566 Marblehead Account 
567-572 Watertown Account 
573-57^ Needham Account — Pétition 

576 Pétition of J. Labardor 

577 Leicester Account 

578 Roxbury Account 
579-580 Bradford Account 
581-584 Pétition of J. L'Blanc 

585 Committee — charges 

586 Norton Account 
587-591 Manchester Account 
592-595 Medford Account 

596 Medfield Account 

597 Marshfield Account 
598-599 Pétitions of Neutrals 

600 Malden Account 

601 N. Cheever's Account 
602-603 Committee on Pétitions — Report 
604-605 Pétition of J. Dugas 

606 Attleborough Account 

607-609 Braintree Account 

610 Order — Charges to be laid before Gov. Lawrence 

611-613 Bedford Account 

614-620 Stoneham Account 

621-623 Salisbury Account 

624-625 Swansey Account 

626 Walpole Account 

627-628 Grafton Account 

629 Walpole Account 

630 Brookline Account 



Dates 
1757 



1758 



Jg BULLETIN DE LA SOCIETE HISTORIQUE 

Pages Dates 

631 Malden Account 1758 

632 Shrewsbury Account 

633 Medway Account 
634-635 Holliston Account 

636 Oxford Account 

637 Worcester Account 

638 Amesbury Account 

639 Dartmouth Account 

640 Rehoboth Account 
641-644 Natick Account 
645-646 Vote for support of Neutrals 

647 Committee — charges to be laid before Gov. Lawrence 

648 Taunton Account 

649 Norton Account 

650 Committee to wait on Gov. Lawrence 

651 Wenham Account 



Mission diplomatique à Haïti 

ELIE VEZINA* 

LUNDI SOIR, 24 FEVRIER: — Grand dîner à 7:30 P.M. offert 
par M. Kerney à l'hôtel "The Breakers". Toute la Commission est à 
table. Riche salon particulier. Jolies fleurs sur la table. On discute 
l'organisation de la Commission. L'ambassadeur Fletcher est un beau 
type d'américain. Il comprend le français et le parle assez correctement 
par phrases courtes qu'il semble avoir apprises durant sa carrière diplo- 
matique. M. White est une belle intelligence — prime-sautier. Après le 
dîner, qui se termine à 10.30, nous nous rendons à notre Pullman parti- 
culier. On m'assigne la section 12. Il fait chaud et je ne me couche 
qu'à minuit. Je dors mal, mais vers 3 heures A. M. je m'endors pour 
me réveiller à 6 hres. Notre train traverse les Keys. Beau lever de soleil. 
La construction de ce chemin de fer de Miami à Key West est une 
hardiesse de génie civil. Nous arrivons à Key West à 7:30, mardi, le 
25 février. Le Commandant Boyle nous reçoit avec un détachement de 
marines. On tire 19 coups de canon en l'honneur des 5 ambassadeurs. 
Puis, on se rend à l'habitation du Commandant où sa femme nous sert 
le déjeuner. A 9 hrs, nous embarquons sur le Tug qui nous conduit 
au Rochester à cinq milles au large. La mer écume bien un peu, mais 
le balancement n'est pas trop prononcé. Enfin, nous embarquons sur le 
Rochester où les marins sont alignés pour nous saluer avec leur capitaine 
en tête. On m'assigne une jolie cabine avec chambre de toilette et bain, 
— ■ 2 port-holes — bon lit — deux berceuses; je n'en avais pas besoin — 
ça balançait assez. Sur le bateau, je reçois une lettre de M. Lepoutre, 
de l'abbé Baisnée et une foule de clippings et journaux de Haïti. A la 
porte de ma cabine, j'ai un orderly, et un Philippino qui voit à mes 
besoins. On m'annonce le lunch à 1:20. Je crois qu'il vaut mieux ne 
pas manger. Un lieutenant est attaché à ma cabine; je cause longuement 
avec lui et il m'apporte clandestinement ce que je désire. Je me promène 
sur le pont. Les marins font leur toilette ou dorment étendus sur le 
pont à l'abri du soleil. Quelques-uns sont nus et se lavent consciencieu- 
sement, d'autres font sécher leur linge qu'ils viennent de laver. Il y a 
sur le navire une fanfare qui joue des airs populaires dans la matinée 
et la soirée. Mon Philippino brosse mon linge, aide à m'habiller, cire 
mes souliers et tient ma chambre propre. Ce soir, 25 février, grand 
dîner à 7 hres P.M. offert par le capitaine à la Commission. Full course. 
Assistaient 3 lieutenants, bien instruits et tout à fait charmants. Après 



* Le 8 février 1930, le Président Hoover nommait une Commission d'enquête 
à Haïti, composée de MM. Vézina, Kerney, White, Forbes et Fletcher. Elie 
Vézina était muni des pouvoirs d'Ambassadeur extraordinaire et plénipotentiaire. 
La secrétaire de la Mission, en même temps que traductrice officielle et inter- 
prète, était Mlle Germaine Tougas de Woonsocket. Ces notes, rédigées par Elie 
Vézina à son retour, font partie des archives particulières de Me Eugène Jalbert, 
ancien Président de la Société historique franco-américaine. Quelques corrections 
de grammaire ont été faites au texte. 



80 BULLETIN DE LA SOCIETE HISTORIQUE 



le dîner, le capitaine nous convie sur le pont, au cinéma. On montre 
"Marianne"; Galbo tient le rôle dominant. Ail heures, je me couche 
sur un bon lit; il fait frais et je dors jusqu'à 8 A. M. Après la toilette, 
déjeuner avec la Commission et conférence. On me choisit pour dire 
en français aux Haïtiens le petit discours préliminaire du président 
Forbes. On approuve le texte d'un manifeste aux Haïtiens, à notre 
service à Port-au-Prince. Je dois reviser la traduction française. Cinéma 
tous les jours pour les marins et officiers. La mer est plus câline qu'hier 
et nous filons à 12 noeuds à l'heure. La Commission est divisée sur le 
texte de la proclamation — 3 contre 2 — je supporte le texte du pré- 
sident Forbes. Après le dîner, à 7:30 P. M., nous montons sur le pont 
pour assister aux "movies", "Eva and Topsy", parodie de "Uncle 
Tom's Cabin". Ce n'est guère intéressant. Pendant une heure, j'admire 
la voûte étoilée. Comme il y a de la poésie dans ces brillantes planètes 
et ces millions d'étoiles. Ma pensée se reporte vers les miens — Je 
vois ma femme près de son radio, grand'mère occupée à sa lecture, 
Philippe à son pupitre d'études et Nini dormant paisiblement son rêve 
d'enfant. Comme je me sens loin de ceux que j'aime! A 11 heures, 
retour à ma cabine. Je déguste un verre de Scotch et je m'endors bercé 
par le roulis du bateau. 

JEUDI, 27 FEVRIER: — Réveil à 8 heures. Le tangage du bateau 
est plus accentué. Nous longeons la côte de Cuba; nous sommes à I/o 
mille de la côte. Partout, hautes montagnes escarpées. Déjeuner à 8:30. 
Promenade sur le pont que les marins lavent. Le capitaine Gill me fait 
monter dans la petite cabine du navigateur et il veut m'expliquer la 
course du navire, les différents cours des masses d'eaux, les courants 
contraires qu'il faut éviter. Je n'y comprends pas grand'chose. Etude 
de documents secrets du "State Department". Plus j'avance, plus je 
conçois la difficulté et le sérieux de ma mission. Nous débarquerons 
demain après-midi. Aujourd'hui, à 1:30 P. M., lunch que nous offrons 
aux journalistes qui accompagnent la délégation: Presse Associée, United 
Press, Baltimore Sun. Ils parlent presque tous le français. Des ordres 
particuliers reçus du Département d'Etat. Notre proclamation mise de 
côté et remplacée par une autre que la Commission ne voit pas d'un 
très bon oeil. Dîner et conférence. 8:30 movies — On deck. Temps 
superbe. Le bateau se ba'ance un peu plus accentué. Nous sommes à 
voguer dans le détroit qui sépare Cuba de Haïti. La vague est plus rude 
et nous fait parfois trébucher. Après le cinéma, j'invite à ma chambre 
le représentant du "Catholic Welfare Conférence" avec qui j'arrange 
un programme de visites à l'archevêque, etc. A 1 1 heures, coucher et 
repos parfait. 

VENDREDI, 28 FEVRIER: — Lever à 7 heures. Après toilette, 
je me rends sur le pont pour promenade et, à 8 heures, déjeuner. Je 
me sens rajeuni de 10 ans. J'avais besoin de repos. C'est le cerveau 
qui était fatigué. La température est bien plus chaude. Nous voguons 
entre Haïti et l'Ile de Gonave. Chaque côté de nous, des montagnes 
arides — pas d'arbres. Grand brouhaha sur le pont du vaisseau. Nous 
jetons l'ancre à VI de mille du pont. Les marins nous font escorte 
d'honneur; nous entrons dans le joli "Tug" du capitaine. Le canon 
tonne les 19 coups réglementaires. Nous descendons au quai où nous 



DOCUMENTS ET PIECES D'ARCHIVES 81 



attendent les autorités municipales et des milliers de spectateurs qui 
acclament. Une espèce de maire nous lit une adresse de bienvenue en 
français. Première visite en auto du quai au consulat américain où nous 
saluons le Haut-Plénipotentiaire, le général Russell. Deuxième visite 
au Ministre noir des Affaires Etrangères. Troisième visite au Palais 
du gouverneur Borno qui nous reçoit avec tout son Cabinet. On échange 
les courtoisies ordinaires, et tout cela en habit lourd (morning coat) et 
chapeau haut-de-forme, sous une température de 86°. On se rend à 
l'hôtel (des invalides), — nous étions à peu près épuisés. Nous atten- 
dons qu'on nous rende nos visites. Arrive d'abord le gros nègre, Minis- 
tre des Affaires Etrangères, et ensuite, après son départ, un autre nègre, 
le chef du Cabinet et le secrétaire du président Borno. Ouf!!! Nous 
enlevons à la hâte nos habits de cérémonie et nous dînons sur le véranda 
de notre hôtel. Le soir, nous faisons une promenade en auto dans les 
principales rues commerciales de Port-au-Prince. Tout est paisible. Les 
buvettes fonctionnent partout. Les hôtelliers allemands, français, haï- 
tiens font bon commerce. Nous rentrons vers 1 1 heures P. M. La nuit 
est fraîche. Notre hôtel est un grand bâtiment, avec spacieuses cham- 
bres sans fenêtres. Un lit qu'on a eu soin d'entourer d'une moustiquaire 
pour nous protéger contre les attaques des mouches et des moustiques. 
Grand véranda où je cause jusqu'à près de 2 heures A. M. avec mon 
collègue Kerney et le capitaine de la Garde (Marines). Je cherche en 
vain le sommeil. Les étoiles sont si brillantes que les coqs les prennent 
pour des soleils et font entendre des chants répétés joints aux aboiements 
des chiens. C'est un vacarme. Que je regrette le chère solitude de mon 
"home"! Après les réceptions officielles, nous recevons à l'hôtel une 
délégation de journalistes. On m'assigne la "job" de les recevoir. Tout 
le monde parle; on me pose toutes sortes de questions — j'évite de 
répondre aux plus embarrassantes et, après avoir parlé plus de 30 mi- 
nutes, je réussis à ne rien dire — et mes journalistes se retirent contents. 
SAMEDI, 1er MARS: — Après déjeuner, je dicte quelques lettres 
à Germaine, — puis la Commission reçoit les délégations qui viennent 
exposer leurs plaintes. — M. Lespinasse qui se dit historien est assez in- 
téressant. M. Dumont l'interprète. A 5 heures, il faut encore revêtir 
l'habit de cérémonie pour répondre à l'invitation du Haut-Plénipoten- 
tiaire Russell qui nous a conviés à une réception, à sa résidence. (J'ai 
aussi rencontré M. Isabel, de New Bedford, et sa femme, une canadienne- 
française. Il est professeur à l'école technique.) Là, j'ai rencontré tous 
les personnages influents de la ville: Evêque, prêtres, journalistes, mem- 
bres du Cabinet, officiers de l'armée d'occupation, avec leurs dames; 
les nègres et les négresses se mêlent aux blancs et aux blondes, avec 
autant de grâce, les uns que les autres. Le personnel de la délégation 
est aussi présent. Germaine Tougas fait bonne figure et ne manque pas 
d'admirateurs. Je cause longuement avec l'évêque Le Gouaze et le 
Père Christ, recteur du Petit Séminaire. A 9 heures, je quitte le Palais 
du Haut-Plénipotentiaire avec mon collègue, M. Kerney, et, tous deux, 
nous gagnons le croiseur Rochester pour nous reposer une bonne nuit. 
Le capitaine est absent et comme nous sommes amis avec les lieutenants, 
le champagne coule. Couché à bonne heure, je me lève le matin bien 
reposé. 



82 BULLETIN DE LA SOCIETE HISTORIQUE 



DIMANCHE, 2 MARS: — Je quitte le navire et j'assiste à la 
grand'messe à la Cathédrale où l'évêque me conduit. La première messe 
se dit à quatre heures du matin dans toutes les églises. La grand'messe 
est chantée à 8.30. Après la messe, ouverture des Quarante-Heures. Ce 
sont les petites négresses et les petits nègres qui font le chant. Le curé 
de la Cathédrale chante la messe, l'évêque est au trône. Il y a sermon 
par un jeune vicaire. Après la messe, l'évêque me conduit au Petit 
Séminaire où un artiste nous pose. Je fais un petit discours. J'ai ensuite 
un long entretien avec l'évêque que nous quittons après avoir goûté à 
son champagne. Quelques minutes avant mon départ, le Ministre des 
Finances était venu nous joindre. Après le dîner, je visite l'école de 
St-Louis de Gonzague, dirigée par les Frères de la Doctrine Chrétienne, 
qui ont des écoles à St-Joseph de Biddeford et à Waterville, Me, — à 
Fall River, "l'école Provost". Le Frère Hypolite est le directeur idéal; 
maigre, maladif, il a une volonté de fer, un génie d'organisation qu'on 
rencontre rarement. Il est très bien vu du gouvernement. Il me donne 
de précieux renseignements sur l'organisation de l'éducation. Vers 6 
heures du soir, la paroisse du Sacré-Coeur organise une procession dans 
les rues de la ville. Bientôt, des milliers de spectateurs apparaissent pour 
acclamer ces petites filles qui chantent continuellement "Sauvez notre 
Haïti par notre Sacré-Coeur". Je me mêle à la foule et j'entre bientôt 
en conversation avec des groupes qui me reconnaissent. — J'ai au moins 
700 hommes et femmes qui m'entourent. Je parle à cette foule qui boit 
mes paroles et m'acclament. Je dois me retirer prudemment pour ne 
pas changer le caractère de la démonstration. 



Historique de la Société 



La Société Historique Franco-Américaine 
Histoire de ses Cinquante Ans 



ANTOINE CLEMENT* 



La Société Historique Franco-Américaine, société littéraire et his- 
torique par excellence chez les Franco-Américains de la Nouvelle-Angle- 
terre, fut fondée il y a exactement cinquante ans. De fait, c'est à une 
réunion tenue le 30 mai 1899, au Parker House, à Boston, que furent 
jetées les bases de cette association. La réunion avait été convoquée par 
Me J. -Henri Guillet, de Lowell, Massachusetts. Avaient répondu à son 
appel: MM. Alphonse Gaulin, avocat de Woonsocket, R.-L; Orner La- 
Rue, médecin de Putnam, Conn.; Auguste- A. -E. Brien, médecin de Man- 
chester, N.-H.; Alfred Bonneau, journaliste de Biddeford, Maine; Noël- 
E. Guillet, médecin de Manchester, N.-H.; Emile-H. Tardivel, avocat de 
Manchester, N.-H.; Auguste-H. Jean, industriel de Lowell, Mass., et 
J. -Arthur Favreau, journaliste de Worcester, Mass. 

Après délibération, ces personnes signèrent le manifeste suivant: 

"Les soussignés, 

"Persuadés de l'importance qui s'attache aux choses françaises en 
Amérique, dans le présent comme dans le passé; 

"Regrettant qu'elles soient de plus en plus délaissées, et que des 
documents précieux ayant trait à l'histoire de la race française aux Etats- 
Unis tombent dans l'oubli et demeurent ignorés de ceux-là mêmes qui 
auraient le plus grand intérêt à les connaître; 

"Regrettant aussi que l'on semble devoir abandonner presque com- 
plètement ce merveilleux champ d'investigations, et ce superbe chapitre 
de l'histoire du Nouveau Monde, et croyant qu'il y a grandement lieu 
de secouer cette indifférence des plus déplorables, 

"Ont résolu: 

"De s'unir, de se grouper, et de fonder une Société Historique 
Franco-Américaine, dont le but sera l'étude approfondie de l'histoire 
des Etats-Unis, et tout particulièrement la mise en lumière en dehors de 
tout parti pris et de tout préjugé, de la part exacte qui revient à la race 
française dans l'évolution et la formation du peuple américain; 

"Et de faire par là une oeuvre de patriotisme, en faisant oeuvre de 
vérité et de justice." 

MM. J. -Henri Guillet et Alphonse Gaulin, furent respectivement 
choisis comme président et secrétaire pro tempore de l'organisation et 
furent désignés, avec MM. Orner LaRue et J. -Arthur Favreau, pour 
rédiger un projet de statuts et règlements pour l'association nouvelle. 



* Ancien secrétaire de la Société historique, compilateur de l'ouvrage "Les 
Quarante Ans de la Société historique franco-américaine", trésorier de la Société 
depuis 1949. Ce travail a d'abord paru dans "l'Etoile" de Lowell, les 2, 6, 8 et 
9 septembre 1949. 



84 BULLETIN DE LA SOCIETE HISTORIQUE 



La Fondation 

Le 4 septembre suivant, toujours au Parker House, la Société His- 
torique Franco-Américaine s'organisa formellement. Environ trente 
membres fondateurs assistèrent à cette réunion et une vingtaine d'autres 
envoyèrent leur adhésion par lettre. Après adoption des statuts et règle- 
ments, on fit l'élection du premier bureau avec le résultat suivant: MM. 
J. -Henri Guillet, président; Paul-A. Primeau, de Cripple Creek, Colo- 
rado, vice-président; Alphonse Gaulin, secrétaire; J. -Arthur Favreau, 
secrétaire adjoint; Dr Orner LaRue, trésorier; Me Hugo-A. Dubuque de 
Fall-River, Me Emile H. Tardivel, Dr Charles-J. Leclaire de Danielson, 
Conn., et M. Auguste-N. Jean de Lowel', conseillers. Le bureau fut 
autorisé à faire constituer civilement la Société d'après les lois de l'Etat 
du Massachusetts, ce qui fut fait le 6 mars 1900. 

Assistèrent à la réunion, outre les directeurs susmentionnés, Charles- 
E. Boivin de Fall-River, Mass., Léon Lapierre de Pawtucket, R.-L, Félix- 
A. Bélisle de Worcester, Mass., Dr J.E.-A. Lanouette, Dr A. -A. Brien, 
tous deux de Manchester, N.-H., Me Henri-T. Ledoux de Nashua, N.-H., 
J.-B.-D. Jacques, E.-H. Choquette, Clovis Bélanger et J.-L. Chalifoux 
de Lowell, Mass., François-O. Asselin de Woonsocket, R.-L, Dr J.-F. 
Mclntosh de North Grosvernordale, Conn., H.-L. Bélisle de Fall-River, 
Mass., J.-A. Généreux et Félix Gatineau de Southbridge, Mass., et C.-C. 
Gauvin de Woonsocket, R.-L 

Le secrétaire fit lecture de lettres d'adhésion des personnes suivan- 
tes: A.-J. Pothier et Adéiard Archambault de Woonsocket, R.-L, Dr 
E.-C. Tremblay de Manchester, N.-H., Edmond Mallet de Washington, 
D. C, M. l'abbé F.-X. Chagnon de Champlain, N.-Y., Elzéar Dubois et 
Me J.-F. Jandron de Worcester, Mass., Dr L.-O. Morasse de Putnam, 
Conn., Dr Arthur Baribeault de New-Haven, Conn., Arthur Smith de 
Lowell, Mass., Alfred Bonneau de Biddeford, Maine, Alexandre Bélisle 
et Eugène Bélisle de Worcester, Edmond de Nevers de Paris, France, 
F.-X. Belleau de Lewiston, Maine, Dr Adéiard David de Waterbury, 
Conn., Dr J.-C. Lavoie et G. de Tonnancour de Fall-River, Mass., et 
Sylva Clapin, homme de lettres, Dr Joseph-H. Boucher et Dr Alfred 
Poirier de Woonsocket, R.-L, Dr A.-W. Petit de Nashua, N.-H., Jean- 
B.-E. Tartre de Saco, Maine, et F.-X. Tétreauit de Southbridge, Mass. 

Statuts et Règlements 

Les statuts et règlements adoptés à cette réunion spécifient que la 
Société s'occupe de recueillir tous les documents et toutes les statistiques 
ayant une valeur historique et se rapportant, soit à l'immigration fran 
çaise aux Etats-Unis, soit à des événements ou des gens d'origine fran- 
çaise qui ont joué un rôle important, et qu'elle s'applique à rechercher 
les traces de l'influence française en Amérique sur la littérature et les 
moeurs, et dans toutes les sphères de l'activité humaine; qu'elle publie 
ses recherches historiques et distribue ses publications dans les biblio- 
thèques publiques et partout où elles peuvent être utiles; qu'elle donne 
son concours à des conférences ayant pour but de faire connaître l'his- 
toire de la race française en Amérique; qu'elle correspond avec les 
sociétés savantes, françaises et étrangères. 



HISTORIQUE DE LA SOCIETE 85 



La Société se compose de membres titulaires, de membres corres- 
pondants et de membres honoraires. Tout membre titulaire habite né 
cessairement les Etats-Unis. Le bureau de la Société se compose d'un 
président, d'un vice-président, d'un secrétaire, d'un secrétaire adjoint, 
d'un trésorier, et de quatre conseillers au début, de huit il y a une di 
zaine d'années, et de neuf aujourd'hui. Ce bureau est élu pour un an 
à la réunion générale annuelle d'automne, qui avait lieu autrefois, le 
premier lundi de septembre et de nos jours en octobre ou novembre. 
Il y a aussi une réunion semestrielle de la Société au printemps. 

Pour être admis à faire partie de la Société, comme membre titulaire, 
une demande d'admission doit être faite par écrit au président, appuyée 
et signée par deux membres titulaires de la Société. Il faut réunir les 
suffrages favorables des deux tiers des membres de la Société présents 
au moment du vote. Peut être admise au titre de membre correspondant, 
toute personne, auteur d'un travail personnel qui aura été élu et ap 
prouvé par le bureau de la Société, ou encore toute personne qui, pré 
sentée par deux membres titulaires, exprime par lettre le désir de s'in 
téresser aux travaux de la Société. Les cotisations sont de cinq dollars 
par année pour les membres titulaires et de trois dollars pour les mem- 
bres correspondants. Les membres reçoivent gratuitement les publications 
courantes de la Société. Le Bulletin est offert à toute personne intéressée 
au prix de 50 sous l'exemplaire. Toute personne qui donne ou lègue 
à la Société une somme d'au moins cent dollars est inscrite sur les rôles 
comme membre donateur. 

Membres du Bureau 

Ont dirigé les activités de la Société, depuis sa fondation à nos 
jours, les membres du bureau que voici: 

Présidents 

Me J. -Henri Guillet, Lowell, 1899-1902. 

Me Hugo-A. Dubuque, Fall-River, 1902-1904. 

Me Joseph Monette, Lawrence, 1904-1906. 

Dr J.-Armand Bédard, Lynn, 1906-1932. 

Me Wilfrid-J. Lessard, Manchester, 1932-1934. 

Dr J.-Ubalde Paquin, New-Bedford 1934-1946. 

Me Eugène-L. Jalbert, Woonsocket, 1946-1949. 

Vice-Présidents 

M. Paul-A. Primeau, Me Hugo-A. Dubuque, Me Joseph Monette, 
Dr J.-Armand Bédard, Me Elphège Daignault, M. O. -Edmond Bélisle, 
M. l'abbé Henri Beaudé, M. le prof. William Mauro, Me Wilfrid-J. 
Lessard, Dr J.-Ubalde Paquin, M. Louis J. Jobin, Dr Georges-A. Bou- 
cher, Me Eugène-L. Jalbert, M. Joseph Lussier et le Dr Antoine Du- 
mouchel. 

Secrétaires 

Me Alphonse Gaulin, Woonsocket, 1899-1905. 
M. J. -Arthur Favreau, Boston, 1905-1933. 
Prof. William Bourgeois, Boston, 1934-1936. 



86 BULLETIN DE LA SOCIETE HISTORIQUE 

Prof. Alexandre Goulet, Boston, 1936-1937. 
M. Antoine Clément, Lowell, 1937-1945. 
Dr Gabriel Nadeau, Rutland, Mass., 1945- 

Secrétaires adjoints 

M. J.-Arthur Favreau, Worcester, 1899-1905. 
M. Hector-L. Bélisle, Lawrence, 1905-1920. 
M. Louis-J. Jobin, Boston, 1920-1934. 
R. P. Léon Loranger, o.m.i., Natick, 1934-1936. 
M. Antoine Clément, Lowell, 1936-1937. 
M. Arthur Milot, Woonsocket, 1937-1941. 
M. Wilfrid Beaulieu, Worcester, 1941-1948. 
Dr Roland Cartier, North Reading, 1948- 

Trésoriers 

Dr Orner LaRue, Putnam, 1899-1906. 
M. Louis-P. Turcotte, Lowell, 1906-1908. 
Me J.-Henri Guillet, Lowell, 1908-1931. 
L'hon. juge Arthur-L. Eno, Lowell, 1931-1949. 

Conseillers 

Me Hugo-A. Dubuque, Me Emile H. Tardivel, Dr Charles-J. Le- 
claire, M. Auguste-H. Jean, Dr A. -Wilfrid Petit, M. Hector-L. Bélisle, 
Dr A.-A.-E. Brien, Me Joseph Monette, Dr Joseph-H. Boucher, Dr 
G.-Tancrède Lamarche, Me J.-Henri Guillet, Dr L.-P. de Grandpré, M. 
L.-P. Turcotte, Dr J. -Armand Bédard, M. Félix-A. Bélisle, M. Francis 
Hurtubis fils, M. Joseph Boucher, M. Alexandre Bélisle, M. Pierre 
Bonvouloir, M. J.-O.-D. de Bondy, Dr Noël-E. Guillet, Dr Orner LaRue, 
M. Alfred Bonneau, M. Louis-J. Jobin, M. Noé-L. Nadeau, Me Henri-T. 
Ledoux, M. Louis-E. Cadieux, M. J.-E. Lachance, M. Clarence-F. Cor- 
mier, Prof. William-B. Munro fils, Me Wilfrid-J. Lessard, Me Eugène-L. 
Jalbert, M. Eugène Bélisle, Dr J.-Ubalde Paquin, Dr Léon Vallière, M. 
Joseph Lussier, Me Albert-L. Bourgeois, Prof. Antonio Provost, M. 
Rodolphe Carrier, M. Adolphe Robert, Dr Georges-A. Boucher, M. le 
curé Philias Jalbert, Dr Omer-E. Boivin, M. le curé F.-X. Larivière, M. 
Josaphat Benoit, M. Arthur-E. Moreau, M. Donat Corriveau, Dr Antoine 
Dumouchel, Dr J.-B.-A. Falcon, Dr Albert Poirier, Dr Wilfrid-R. 
Delaney, M. Louis-P. Clapin, M. l'abbé Adrien Verrette, M. Antoine 
Clément, M. Wilfrid-J. Mathieu, M. Hector Cormier, M. Dolord Hamel, 
Dr Ulysse Forget, Me Valmore-M. Carignan, l'hon. juge Alfred-J. 
Chrétien, M. William Arsenault, Dr Benoit Garneau et M. le curé F.-X. 
Larivière. 

Membres Honoraires 

Bien que ce soit l'une des fonctions du bureau d'élire les membres 
honoraires à son gré, la Société a toujours eu pour coutume, dès ses 
premières réunions, d'élire membres honoraires les conférenciers étran- 
gers qui ont fait les frais des séances littéraires de ses réunions. Cette 
liste est intéressante par les personnalités qui y figurent depuis 1900 
et se lit comme suit: 



HISTORIQUE DE LA SOCIETE 87 



Présidents d'honneur 



Le major Edmond Mallet, élu le 1er septembre 1902. 
S. Exe. Jules-J. Jusserand, élu le 7 septembre 1903. 
M. le prof. Gilbert Chinard, élu le 24 mars 1934. 

Vice-Présidents d'honneur 

M. Gaston Deschamps, élu le 9 mars 1901. 

M. Honoré Beaugrand, élu ie 2 septembre 1901. 

M. Hugues LeRoux, élu le 27 février 1902. 

M. James Geddes fils, élu le 24 mars 1934. 

M. Pierre-Georges Roy, élu le 24 mars 1934. 

M. l'abbé Adrien Verrette, élu le 3 novembre 1948. 

Les membres honoraires sont: S. Exe. Jules Cambon, MM. Ferdi- 
nand Brunetière, René Doumic, Edouard Rod, Louis Fréchette, Louis 
Herbette, Frédéric Coudert, Henri de Régnier, Edmond de Nevers, 
Télesphore St-Pierre, James Geddes fils, René Millet, S. Exe. Curtis 
Guild fils, le R. P. Louis Lalande, s.j., M. Henri Baulig, Dr N.-E. 
Dionne, MM. James Phinney Baxter, Adjutor Rivard, William Bennett 
Munro, Joseph-Edmond Roy, l'Abbé Henri Beaudé, M. Albert Bushnell 
Hart, l'Abbé Camille Roy, MM. Alcée Fortier, Hector Garneau, Ben- 
jamin Suite, Léon Dupriez, Maurice de Wulf, Ludovic Leblanc, Mgr 
Léon-Adolphe Lenfant, M. Robert M. Johnson, l'Abbé Thellier de 
Poncheville, le lt-col Paul Azan. M. Charles Cestre, le capitaine Amman, 
le lt André Morize, M. François Veuillot, l'abbé Lionel Groulx, MM. 
Ulric Barthe, Henri Guy, le chanoine Emile Chartier, MM. Aegidius 
Fauteux, Régis Roy, Louis-J.-A. Mercier, le R. P. Paul de Mangeleere, 
s.j., MM. Pierre-Georges Roy, Alfred Jeanroy, Louis-Philippe Geoffrion, 
Etienne Gilson, Jean-Charlemagne Bracq, Raoul Blanchard, Gilbert Chi- 
nard, Paul Hazard, le duc de Bauffremont, MM. Léon Vallas, Max 
Vivier, le R. P. Engelbert, a. a., MM. Damase Potvin, Henri Bergeron, 
Emile Vaillancourt, Emile Lauvrière, le R. P. Henri Lalande, s.j., M. 
Jean-Etienne Maigret, Mgr L.-J.-A. Doucet, M. J.-B. LeBoutillier, Mgr 
Olivier Maurault, p. s. s., S. E. le cardinal Rodrigue Villeneuve, o.m.i., 
S. Exe. le comte René Doynel de Saint-Quentin, MM. François Brière, 
Félix Desrochers, R. P. J.-V. Ducattillon, o.p., Me André Lafargue, MM. 
Jean Seznec, Gustave Lanctôt, Séraphin Marion, Arsène Croteau, R. P. 
Pierre Goube, s.j., M. J. -Henri Frenière, !e Dr Robert Goffin, S. Exe. 
Dantès Bellegarde, M. le prof. René de Messières, Me Roger Picard, 
Mgr Georges Chevrot, M. Albert Chambon, le R. F. Antoine Bernard, 
c.s.v., M. Henry Wadsworth Longfellow Dana, Mgr Joseph Guérin, 
M. Luc Lacoursière, l'Abbé Albert Tessier, Thon. Orner Côté et le 
chanoine Arthur Sideleau. 

Membres correspondants 

M. Gaston Deschamps, élu le 9 mars 1901. 

M. William Frédéric Osborne, élu le 2 septembre 1901. 

Environ mille membres ont donné leur adhésion à la Société au 
cours de ses cinquante années d'existence. Plus de deux cents d'entrs 
eux sont encore membres actifs, sans compter les membres honoraires 



88 BULLETIN DE LA SOCIETE HISTORIQUE 



et les membres correspondants. Mentionnons, en particulier, ceux qui 
ont été admis à la réunion du 15 mars 1900, car ils complètent la liste 
des membres fondateurs de la Société: M. Paul- A. Primeau, membre à 
vie; Dr J.-O. Guimond de Chicopee, Mass., Dr E.-C. Tremblay de Man- 
chester, N.-H., M. Joseph Massé de Holyoke, Mass., MM. Charles-H. 
Boisvert et Louis-P. Turcotte de Lowell, Mass., M. Félix-J. Charbonneau 
de Worcester, Mass., Dr G. Lafontaine de Manchester, N.-H., MM. 
Philippe Boucher, Alfred Tougas et Dr Joseph Ails de Woonsocket, 
R.-L, M. Stanislas St-Onge de Arctic Centre, R.-L, Dr Augustin Guertin 
de Nashua, N.-H., et M. James-H. Hyde de New- York. Il y eut ad- 
mission de nouveaux membres à chacune des réunions semestrielles sub- 
séquentes, parfois en nombre assez imposant. Les concours de recrute- 
ment du 25e anniversaire et du 30e anniversaire donnèrent chacun plus 
de 50 nouveaux membres. 

Faits Saillants 

M. Hamilton Murray, secrétaire général de l'American-Irish His- 
torical Society, assista à la première réunion, le 30 mai 1899. Le 4 sep- 
tembre suivant, M. Paul-A. Primeau versa $50 et devint le premier et 
le seul membre à vie de la Société. Le 15 mars 1900, le bureau fut 
"autorisé à acheter à sa discrétion des publications et livres ayant trait 
à l'histoire franco-américaine." Le 27 février 1902, le bureau fut char- 
gé d'étudier le projet d'une réunion à New-York, puis le 12 mars 1903, 
la Société s'affilia à la Fédération de l'Alliance Française aux Etats- 
Unis et au Canada. Le 7 septembre 1903, la Société reçut de S. Exe. 
J.-J. Jusserand l'ouvrage intitulé "Les Combattants Français de la 
Guerre Américaine 1778-1782" et nomma l'ambassadeur président d'hon- 
neur. Le 24 mars 1904, plusieurs membres "insistent sur la publication 
prochaine des travaux lus devant la Société." 

Le 19 avril 1906, le premier bulletin de la Société, au nombre de 
500 exemplaires, est distribué aux membres. Il y a conférence par S. 
Exe. le gouverneur Curtis Guild fils du Massachusetts. Le Père Lalande 
de Montréal demande à la Société de faire valoir en tant que possible 
dans ses travaux historiques la part religieuse et intellectuelle que la race 
française a eue au développement de l'Amérique. Le 18 avril 19^' 
George Washington Fowle présente à la Société une gravure allégorique, 
faite à Paris en 1826, représentant la traversée de La Fayette en Améri- 
que. La Société vote $25 pour la Paul Révère Association et $25 pour 
le monument Champlain de Champlain, N.-Y. A cette date, les effectifs 
sont de 134 membres. 

Le 2 septembre 1907, une commission est nommée pour étudier 
l'offre de la bibliothèque du major Mallet et conseille plus tard de con- 
fier cette bibliothèque à l'Union St-Jean-Baptiste d'Amérique. Le 6 
octobre 1908, le président, M. le Dr Bédard, dit dans une allocution 
vibrante toute l'amertume qu'il a ressentie en constatant que le comité 
d'organisation des fêtes du troisième centenaire de Québec n'a pas jugé 
à. propos d'inviter les Franco-Américains à s'y faire représenter d'une 
façon officielle. 



HISTORIQUE DE LA SOCIETE 89 



Dixième Anniversaire 



La Société célébra son dixième anniversaire à Bass Point, le 6 sep- 
tembre 1909. M. Louis-O. Lafontaine, membre de la Commission du 
troisième centenaire de la découverte du lac Champlain pour l'Etat de 
New-York, présenta à la Société une peinture à l'huile de Samuel de 
Champlain, et de son côté la Société appuya par une résolution les 
démarches faites par M. Lafontaine pour que l'île la Motte "soit choisie 
comme site du monument qui sera érigé par les Etats du New- York et 
du Vermont en l'honneur de Champlain." M. le curé F.-X. Chagnon 
de Champlain, N.-Y., présenta aussi à la Société un joli volume des 
procès-verbaux des conventions nationales des Canadiens aux Etats- 
Unis, de 1878 à 1889, volume qui fut plus tard confié à la Bibliothèque 
Mallet. C'était la première fois que les dames assistaient à une réunion 
de la Société et les drapeaux américains et fleurdelisés, qui recouvraient 
la croix de Montcalm, lors de la belle fête du 5 juillet 1909, près de 
l'ancien fort Carillon, et qui ont été présentés à la Société Historique 
de Ticonderoga, ornaient la salle de réunion. La Société fait imprimer 
5000 exemplaires de l'article "French Catholics in the United States", 
préparé par J.-L.-K. Laflamme, David E. Lavigne et J.-A. Favreau pour 
le "Catholic Encyclopedia." Le président et le secrétaire sont aussi 
autorisés à obtenir un siège social Dour la Société. 

Le 4 septembre 1911, la Société vota $25 pour le Premier Congrès 
de la Langue française de Québec, puis le 27 mai 1912 elle vota d'offrir 
un buste d'Alexandre Vattemare à la Bibliothèque Publique de Boston. 
Le 3 mai 1916, c'est Mgr Lenfant, évêque de Digne, qui fait la confé- 
rence et une quête rapporte $113 pour les orphelins français. Mgr J.-B. 
Peterson, du séminaire St-Jean de Brighton, assiste à la réunion. La 
Société vota de décerner une médaille "aux écrivains et autres personnes 
qui se distinguent par leurs services à l'oeuvre que nous poursuivons," 
à sa réunion du 26 octobre 1916. On y fait aussi une quête de $41.10 
pour l'American Fund for French Wounded. Le 25 avril 1917, la Société 
fit don de $100 à l'Abbé Thellier de Poncheville, conférencier, pour la 
"reconstruction des églises de France détruites par les barbares envahis- 
seurs." Le 25 octobre 1917, la Société acheta pour $200 de bons du 
deuxième Emprunt de la Liberté. 

25e Anniversaire 

Le 17 novembre 1920, le secrétaire demanda de reconnaître les tra- 
vaux de Félix Gatineau, "Histoire des Franco-Américains de South- 
bridge," de Mlle Bonnier, "Histoire des Franco-Américains de Woon- 
socket;." et d'Alexandre Bélisle, "Livre d'Or des Franco-Américains de 
Worcester." Le 10 février 1923, Alexandre Bélisle suggère une sous- 
cription pour défrayer le coût des publications des travaux de la Société. 
Le 13 octobre 1924, la Société célèbre son 25e anniversaire par une 
fête de gala en l'hôtel Copley Plaza de Boston. C'est la deuxième fois 
que les dames sont admises à une réunion de la Société. M. le Dr 
J.-Ubalde Paquin présenta 52 nouveaux membres de New-Bedford à 
cette fête. M. le professeur Louis J.-A. Mercier de Harvard y parla de 
La Fayette. Le 22 septembre 1925, la Société se vit présenter un maillet 



90 BULLETIN DE LA SOCIETE HISTORIQUE 

fait avec du bois provenant du Washington Elm sous lequel Washington 
prit le commandement des troupes américaines, à Cambridge, il y a 
150 ans. M. J.-A. Favreau fit la présentation. 

Le 10 avril 1928, la Société contribue $25 à la souscription prélevée 
dans le but d'ériger à Southbridge un monument à Félix Gatineau. Elle 
autorise à la même réunion la publication d'un bulletin périodique, le 
premier devant contenir la conférence du professeur Mercier de Harvard 
sur "La Fayette" et la conférence du professeur Gilbert Chinard sur "la 
correspondance de La Fayette avec Jefferson." Le 15 novembre 1928, 
M. le juge Hugo-A. Dubuque, de la Cour suoérieure du Massachusetts, 
deuxième président de la Société, décède à Fall-River à l'âge de 74 ans 
après une carrière bien remplie pour le bien des nôtres. 

Trentième Anniversaire 

A la célébration du 30e anniversaire de la Société, le 17 novembre 
1929, en la salle des fêtes de l'hôtel Statler de Boston, les invités d'hon- 
neur étaient M. le sénateur Félix Hébert du Rhode-Island, MM. Henry 
Guy, recteur de l'Université de Grenoble, Raoul Blanchard, Marcel Au- 
bert, John J. Mahony, directeur des cours d'extension universitaire de 
Harvard et de Boston University, et Roch Pinard, lauréat du récent 
concours international d'éloquence à Washington, D. C. Il y eut aussi 
une nombreuse classe de nouveaux membres admis dans les rangs de la 
Société à cette réunion. 

A la réunion du 22 mai 1930, le Dr Bédard exprima avec une 
amertume un peu cinglante la pensée qui était à l'esprit de tous et que 
partage de plus en plus l'opinion publique franco-américaine, à savoir 
qu'il semble exister chez nos frères du Canada un état d'esprit regretta- 
ble, un état d'esprit qui ne leur fait pas craindre de traiter un peu 
cavalièrement les parents pauvres que sont les Franco-Américains, quand 
ils ne les ignorent pas complètement. M. Louis Jobin annonça que la 
date du 16 juillet avait été réservée au Symphony Hall pour la soirée 
des Américains d'ascendance française aux fêtes du troisième centenaire 
de la colonie de la baie du Massachusetts. 

La Société a consacré sa réunion du 30 mars 1932 à honorer la 
mémoire de son président défunt, le Dr J. -Armand Bédard de Lynn 
comme président, camarade d'université, médecin, homme de lettres, 
orateur et ami disparu. A la séance d'affaires, on organisa un concours 
d'histoire pour les élèves du Collège l'Assomption de Worcester e 
offrant au lauréat la médaille Guillet-Dubuque-Bédard qui perpétue le 
souvenir des présidents de la Société. Le sujet du concours de 1932 fut 
"Washington et la France." 

Il y eut réorganisation de la Société, le 24 mars 1934, après une 
année d'inactivité due à la mort du président, M. le Dr Bédard, et du 
secrétaire J. -Arthur Favreau. M. le professeur James Geddes fils rendit 
hommage à cette réunion à la mémoire du Dr Bédard et de M. Favreau, 
secrétaire de la Société depuis 1905 après avoir été secrétaire adjoint 
depuis la fondation. M. Joseph Lussier, éditeur-propriétaire de "La 
Justice." de Holyoke, loua aussi l'oeuvre de Favreau pour les Franco- 
Américains, et particulièrement la tâche qu'il a accomplie à la Société 



HISTORIQUE DE LA SOCIETE 91 



Historique. Cette réorganisation fut rendue possible grâce aux dé- 
marches faites par le trésorier, M. le juge Arthur-L. Eno, auprès des 
chefs de nos sociétés nationales, et en réponse à un appel lancé aux 
membres, au nombre de plus d'une centaine encore, par le secrétaire 
adjoint Louis J. Jobin. 

35e Anniversaire 

Le 20 novembre 1934, c'est la fête du 35e anniversaire de la Société 
en l'hôtel Somerset de Boston. La Société y décerna pour la première 
fois sa médaille Grand Prix, pièce de bronze à l'effigie de Marianne et 
de Columbia coulée à gros prix avec le petit module pour la médaille 
Gillet-Dubuque-Bédard, à Jean-Charlemagne Bracq de Keene, N.-H., 
pour son ouvrage intitulé "L'Evolution du Canada français." M. Ar- 
mand Cyr, ancien élève du Collège l'Assomption, qui alors se trouvait 
à Rome, fut proclamé vainqueur du concours d'histoire de la Société. 
On remit une médaille Guillet-Dubuque-Bédard et un prix de $20 au 
R. P. Engelbert, a. a., pour les faire parvenir au lauréat. 

Le 19 novembre 1935, la Société reçut un don de $50 du Gouverne- 
ment français par l'entremise de M. Elie Vézina, secrétaire général de 
l'Union St-Jean-Baptiste d'Amérique, pour son oeuvre de mise en lu- 
mière de l'histoire française aux Etats-Unis. Le 14 mai 1936, elle vota 
de seconder le mouvement de l'érection d'une statue de Paul Révère, 
à l'occasion des fêtes du deuxième centenaire de sa naissance. Elle décida 
également de faire les démarches nécessaires auprès des autorités de 
l'Etat pour que le parc forestier de Dracut, Lowell et Tyngsboro porte 
le nom d'Ansart. M. le représentant Albert-L. Bourgeois est félicité 
d'avoir obtenu du gouverneur que le 20 mai soit consacré à honorer la 
mémoire de La Fayette. 

Apothéose de la Presse et de la Langue 

La réunion du 11 novembre 1936 fut consacrée à une apothéose de 
la presse franco-américaine. La Société y décerna sa médaille Grand 
Prix aux trois journaux cinquantenaires de la presse franco-américaine: 
"Le Messager" de Lewiston, Maine, "L'Indépendant" de Fall-River et 
"L'Etoile". La réunion du 7 avril 1937 fut l'apothéose franco-américaine 
de la Langue française, la Société y recevant Mgr Camille Roy, président 
du Deuxième congrès de la Langue française de Québec, à qui elle fit 
remise pendant ce congrès de sa médaille Grand Prix en reconnaissance 
du réveil à la vie française qu'il a opéré chez nous par sa tournée en 
Nouvelle-Angleterre. M. le Dr J.-Ubalde Paquin, de New-Bedford, pré- 
sident, Mgr L.-J.-A. Doucet de Nashua, N.-H., et M. J.-G. LeBoutillier 
de Manchester, N.-H., reçurent les palmes académiques à cette réunion 
des mains de M. Jean-Etienne Maigret, consul de France à Boston. MM. 
Alfred Desautels et René Manès, élèves du Collège l'Assomption de 
Worcester, sont les lauréats du concours de la Société sur le sujet: 
"Pourquoi les Franco-Américains, jeunes et vieux, doivent aller au Con- 
grès de Québec" pour la médaille du Congrès. 

A la réunion du 1 1 novembre 1937, dédiée aux Franco-Américaines, 
M. Adolphe Robert, président de l'Association Canado-Américaine, fait 



92 BULLETIN DE LA SOCIETE HISTORIQUE 



don de $25 à la Société pour aider à la publication en tracts des travaux 
présentés devant la Société. M. le consul François Brière y fit sa pre- 
mière visite à la Société et Mme Malaterre-Sellier, déléguée à la Société 
des Nations, pria les mères franco-américaines de laisser à leurs descen- 
dants le flambeau de leur foi et de leur langue et de leurs traditions 
françaises. 

Réception à un Cardinal et à un Ambassadeur 

La réunion du 4 mai 1938 fut un banquet-réception de plus de 
500 convives en la salle des fêtes de l'hôtel Somerset, en l'honneur de 
Son Eminence le cardinal Rodrigue Villeneuve, o.m.i., archevêque de 
Québec, qui y fit sa retentissante conférence sur le "fait français en 
Amérique: sa mesure, ses leçons." M. le Dr Georges- A. Boucher de 
Brockton, vice-président, reçut les palmes académiques des mains de 
M. le consul François Brière. Wilfrid Côté de Woonsocket, R.-L, reçut 
une bourse de l'Union St-Jean-Baptiste d'Amérique, et Bernard Therrien 
de North-Adams en obtint une de l'Association Canado-Américaine, pour 
avoir été les lauréats du concours littéraire du centenaire de la presse 
franco-américaine sous les auspices de l'Alliance des journaux franco- 
américains de la Nouvelle-Angleterre. 

Le 26 octobre 1938, la Société reçut Son Excellence le comte René 
Doynel de Saint-Quentin, ambassadeur de la République française aux 
Etats-Unis, à un dîner-réception d'environ 700 invités, dans la salle des 
fêtes toute pavoisée de l'hôtel Statler de Boston. Son Excellence se vit 
présenter les hommages des divers groupes représentés à la fête et il y 
fit l'allocution de circonstance. Le lauréat du concours d'histoire franco- 
américaine de 1938 de la Société fut M. Robert Lefebvre, j. o.m.i., du 
juniorat Saint-Joseph de ColeBrook, N.-H., qui prit pour sujet: "Un 
siècle en une heure" et remporta la médaille Guillet-Dubuque-Bédard. 

Le 29 novembre 1938, M. le juge Arthur-L. Eno, trésorier de la 
Société, fait officier d'Académie par le ministre de l'Education nationale 
de France, reçoit les palmes académiques de M. le consul François Brière 
à une réunion de l'Alliance française de Lowell à laquelle le consul con- 
férencie sur "Louis XIV." 

La Société consacre sa réunion du printemps de 1939 le 3 mai, en 
l'hôtel Victoria de Boston, à ses fondateurs et à ses anciens. Des anciens 
y évoquent le souvenir des débuts de la Société, de ses premiers mem- 
bres et de ses anciens conférenciers en des travaux fort intéressants, tout 
ceci en préparation du 40e anniversaire de la Société, le 4 septembre 
1939, qui fut célébré à l'automne. Le surlendemain, le secrétaire de la 
Société, Antoine Clément, fait à son tour officier d'Académie, reçoit les 
palmes académiques de M. le consul François Brière à la réunion de 
clôture de saison de l'Alliance française de Lowell, dont il est également 
secrétaire. 

Les fêtes de 1938 en l'honneur du cardinal Villeneuve et de l'am- 
bassadeur de Saint-Quentin ont donné une nouvelle vogue a notre 
Société Historique et ont conduit tout naturellement à la publication des 
archives de la Société à l'occasion du quarantenaire de sa fondation en 



HISTORIQUE DE LA SOCIETE 93 



1939. Les membres désiraient depuis toujours la publication des con- 
férences faites à leurs réunions. Et les résolutions à cet effet faites au 
cours des ans sont restées le plus souvent lettres mortes. Cependant 
en 1906, la Société trouva les moyens de publier un premier Bulletin 
renfermant la conférence du major Edmond Mallet sur "Washington 
et Coulon de Villiers". Mais ce n'est qu'après la réorganisation de 1934 
que la publication des Bulletins fut reprise pour de bon. Ce ne fut 
d'abord qu'un feuillet sur la célébration du 35e anniversaire tiré à part 
du compte rendu de "L'ETOILE" à l'automne de 1934. Puis de véri- 
tables Bulletins avec comptes rendus des réunions et textes des confé- 
rences ou résumés de journaux furent publiés de 1935 à 1938. En 1939, 
le secrétaire Antoine Clément fit une compilation des archives de la 
Société et à la réunion du bureau du 10 septembre 1939 chez M. le curé 
F.-X. Larivière à Marlboro, une commission de publication de ces ar- 
chives était nommée. Cette commission était composée de M. le Dr J.- 
Ubalde Paquin, président, de M. le juge Arthur-L. Eno, trésorier, M. 
Antoine Clément, secrétaire, M. Josaphat Benoit, conseiller, et de M. 
l'abbé Adrien Verrette. Le travail de publication prit une année au delà 
et quand parut le volume de 878 pages des "Quarante Ans" dans les 
premiers jours de 1941, il renfermait les Bulletins de 1939 et de 1940. 
Pour faire suite au volume de ses archives, la Société a publié depuis 
un Bulletin-revue annuel d'une centaine de pages renfermant des mé- 
moires inédites sur la petite histoire franco-américaine en plus des 
comptes rendus des réunions. Les deux derniers Bulletins ont été pour 
les années 1944-1945 et 1946-1947. Le prochain pour 1948 et 1949 com- 
portera le compte rendu des fêtes du cinquantenaire qui s'apprêtent pour 
le 12 octobre. 

La célébration du 40e anniversaire de la Société donna lieu à une 
fête magnifique de plus de 300 convives dans la salle Georgian de l'hôtel 
Statler de Boston. L'Octuor Franchère de Worcester et l'Ensemble 
Albani de Manchester y firent le chant et la musique. L'honorable Félix 
Desrochers, conservateur de la Bibliothèque du Parlement d'Ottawa, y 
fit une conférence patriotique sur la "Fierté de nos origines". Après la 
conférence, M. le Dr Paquin présenta la médaille Grand Prix de la 
Société à S. E. le cardinal Villeneuve, archevêque de Québec, et à 
"L'Avenir National", quotidien cinquantenaire du New Hampshire. Le 
R. P. Léon Loranger, o.m.i., remercia la Société au nom de Son Emi- 
nence, et M. Ernest Bournival, éditeur-propriétaire, fit de même pour 
son journal. M. le Dr Paquin présenta ensuite la médaille Guillet-Du- 
buque-Bédard comme prix d'histoire franco-américaine de 1939 à M. 
Josaphat Benoit, chef de la rédaction de "L'Avenir National", pour son 
"Catéchisme d'Histoire Franco-Américaine", dont une édition de 10,000 
exemplaires pour nos maisons d'enseignement venait d'être autorisée 
sous les auspices de la Société. Deux autres éditions d'autant d'exem- 
plaires suivront sous les auspices de la Société. M. l'abbé Adrien Ver- 
rette présenta un message de bons souhaits du Comité de la Survivance 
française en Amérique, puis M. le Dr Georges-A. Boucher récita un 
poème de sa composition à l'occasion du 40e anniversaire de la Société. 



94 BULLETIN DE LA SOCIETE HISTORIQUE 



Depuis le Quarantenaire 

A la réunion du 30 avril 1940 au Vendôme de Boston, M. le Dr 
Paquin, président, présenta les sympathies de la Société à M. le consul 
François Brière dans le grand malheur actuel de la France et le consul 
répondit aux voeux du président en évoquant le souvenir du grand 
Français que fut S. E. le cardinal Verdier. Au nombre des nouveaux 
membres, il y a M. François Sylvestre de Seattle, Wash., qui aimerait 
publier un catéchisme augmenté d'histoire franco-américaine pour l'ouest. 
M. le Dr Paquin invita les membres à souscrire généreusement au fonds 
de publication des archives de la Société. 

A la réunion du bureau du 29 septembre à Marlboro. M. le juge 
Arthur-L. Eno et MM. Josaphat Benoit et Joseph Lussier furent nom- 
més à la commission de publication de la 2ème édition du "Catéchisme 
d'Histoire Franco-Américaine". Le trésorier, M. le juge Eno, fit rap- 
port qu'il avait reçu $417 pour la publication du volume des archives 
de la Société et le bureau lui confia la tâche de la distribution des vo- 
lumes. M. le juge Eno et le secrétaire Antoine Clément furent inscrits 
comme bienfaiteurs de la publication du volume des archives de la 
Société pour leur travail comme membres de la commission de publica- 
tion du volume. La Société s'engagea à distribuer 100 volumes par année 
de la vie de Ferdinand Gagnon publiée par Mme Malvina Martineau. 
Le bureau étudia aussi le sujet de nouvelles recrues dans le Connecticut 
et le Maine. A la réunion du 9 octobre qui suivit, c'est Me Henri-T. 
Ledoux qui fit la présentation du conférencier, Me André Lafargue de 
la Nouvelle-Orléans. M. le consul Brière remercia les Franco-Américains 
de leur sympathie. 

Le 14 mai 1941, au University Club, le Dr Paquin recommanda for- 
tement aux membres de placer sur les rayons de leur bibliothèque le 
beau volume des "Quarante Ans" de la Société. Il offrit ensuite les 
voeux de la Société au Dr Georges-A. Boucher de Brockton qui célé- 
brait son 50e anniversaire de la pratique médicale au milieu des Franco- 
Américains. Il présenta aussi la médaille d'honneur et de mérite de la 
Société au secrétaire Antoine Clément pour avoir compilé le volume 
des archives de la Société. M. le consul Brière, Mlle Marine Leland d? 
Smith Collège et M. le professeur Edward B. Ham de Yale portèrent 
la parole en plus du conférencier. 

C'est à la réunion du 19 novembre 1941, dans la salle Georgian du 
Statler, que le Dr Paquin présenta la médaille Guillet-Dubuque-Bédard 
au Dr Georges-A. Boucher pour son volume de vers "Je Me Souviens" 
e; à Rosaire Dion-Lévesque pour son volume "Les Oasis" et ses autres 
oeuvres poétiques. L'écrivain Burton Ledoux de New-York était au 
nombre des invités d'honneur à cette réunion. M. Wilfrid Beaulieu y 
devint secrétaire adjoint. 

Au printemps de 1943, le 26 mai, dans les salons B et C de la 
mezzanine du Statler, M. le Dr Paquin disait aux membres qu'en dépit 
des restrictions sur le transport la Société se maintiendra mieux en tenant 
ses réunions régulièrement. M. le curé Aimé-P. Boire de St-Augustin 
de Manchester était présent pour annoncer la campagne de ventes d'obli- 
gations de guerre chez les Franco-Américains de la Nouvelle-Angleterre 
en sa qualité de président et de coordonnateur de la campagne. L'hon. 



HISTORIQUE DE LA SOCIETE 95 

Adélard Godbout adressa un télégramme à la Société pour lui dire qu'il 
ne pouvait être présent parce qu'il dut retourner au Canada immédiate- 
ment après sa visite du dimanche précédent à Amherst. Le Dr Boucher 
récita trois de ses huit nouveaux sonnets de guerre. Le président félicita 
M. le juge Eno de Lowell, animateur de la Société, qui recevait un doc- 
torat de l'Université de Montréal la semaine suivante, et annonça aux 
membres qu'ils recevraient leur bulletin de 1942 en fin de semaine. 

A la réunion du 10 novembre 1943, le Dr Paquin rappela que les 
Franco-Américains avaient fait participer toutes les forces vives de leur 
organisme social au Deuxième Congrès de la Langue française et à la 
Campagne franco-américaine des Obligations de Guerre qui fut un grand 
succès. M. Robert Frédette, de New- York, auteur d'un ouvrage sur les 
Français d'Amérique, était un invité d'honneur à cette réunion. 

Le 24 mai 1944, au University Club, M. le curé F.-X. Larivière eut 
à faire l'éloge de cinq de nos membres défunts, soit le nombre le plus 
considérable à une même réunion. La réunion annuelle du 21 novembre 
1944 eut lieu dans la salle Georgian au Statler. M. Luc Grimard, histo- 
rien et poète, de Harvard, et M. le Dr Charles Lecomte, interne au 
Massachusetts General, tous deux Haïtiens, étaient au nombre des invités. 

Le bureau de la Société s'est réuni le 15 avril 1945 dans une salle 
de l'hôtel Statler et décida, par esprit patriotique, de se conformer à la 
réglementation fédérale touchant les conventions et de supprimer la 
réunion du printemps de la Société et d'avoir une réunion annuelle de 
victoire à l'automne. Le bureau adressa des résolutions de condoléances 
à la famille Roosevelt à l'occasion de la mort du grand président disparu: 
Franklin Delano Roosevelt, des voeux de succès au nouveau président 
de la nation: Harry S. Truman, et des félicitations à S. Exe. Emile Vail- 
lancourt, membre honoraire de la Société, nommé ministre du Canada 
à Cuba. Un don de $100 fut fait au fonds de construction du nouveau 
Collège l'Assomption de Worcester. Le bureau vota de présenter une 
vingtaine de volumes des "Quarante Ans" aux pensionnats franco-amé- 
ricains de Nouvelle-Angleterre et au Concours français de Fall-River 
pour la distribution des prix de 1945. La Société offrira aussi en vente 
ses Bulletins annuels aux personnes intéressées à l'histoire et aux amis 
des Franco-Américains à 50 sous l'exemplaire. Elle mit alors en vente 
sa troisième édition du "Catéchisme d'Histoire Franco-Américaine" par 
Josaphat Benoit. Pour intéresser davantage nos groupements franco-amé- 
ricains aux études historiques, en faisant passer de nouvelles figures au 
bureau de la Société Historique, il fut décidé que les conseillers ne 
seraient plus éligibles à deux mandats consécutifs. Les membres prirent 
le dîner ensemble avant l'ajournement. 

La réunion de victoire se déroula le 28 novembre 1945 dans la Salle 
Moderne du Statler. M. Albert Chambon, nouveau consul de France à 
Boston, y fut présenté aux membres et se dit heureux d'être à Boston 
et d'y compter déjà de bons amis. Le président présenta la médaille 
Grand Prix à M. Jean Garand, de Springfield, pour sa contribution à la 
victoire des E.-U., par son invention du fusil Garand et pour l'honneur 
qu'il fait rejaillir sur tout l'élément franco-américain par son talent 
d'inventeur. M. le Dr Boucher récita son poème sur "La mort" dédié à 



96 BULLETIN DE LA SOCIETE HISTORIQUE 

Roosevelt, puis M. Joseph Lussier lut son sonnet sur le "Barde de Brock- 
ton". A l'élection, Me Eugène-L. Jalbert devint vice-président, M. le 
Dr Gabriel Nadeau, secrétaire, et M. Antoine Clément, conseiller pour 
un an. Les nouveaux conseillers sont le Dr Wilfrid-R. Delaney de 
Cambridge, M. Louis-P. Clapin de Fall-River et M. le curé Adrien 
Verrette de Plymouth, N.-H. M. le Dr Paquin demanda un vote de 
remerciement au secrétaire sortant de charge et annonça la publication 
de la Société. 

A la réunion du bureau du 31 mars 1946, au presbytère Ste-Marie 
de Marlboro, il est décidé de faire le classement des archives, conservées 
jusqu'ici dans des cahiers, des boîtes et des cartons, et de les déposer 
dans un classeur de métal. La réunion générale de la Société suivit le 
22 mai à l'hôtel Vendôme de Boston. Me Eugène-L. Jalbert y présenta 
le conférencier et M. l'abbé Adrien Verrette le remercia. Selon la cou- 
tume, il y eut éloges des confrères défunts. M. et Mme Albert Chambon 
et M. Louis- J.- A. Mercier étaient les invités d'honneur. 

Il n'y eut pas de réunion du bureau à l'automne de 1946. La réu- 
nion générale eut lieu le 27 novembre 1946 à l'hôtel Vendôme de Boston. 
Les invités d'honneur furent M. Henry-Wadsworth-Longfellow Dana, 
petit-fils du poète Longfellow, Mlle Cécile Saint-Jorre, de Montréal, 
petite-fille du poète Pamphile Lemay, M. et Mme Albert Chambon. Al- 
locutions de M. Dana et Mlle Saint-Jorre et du Dr Georges Boucher, 
qui parla du poète Lemay qu'il a bien connu. M. le Dr Paquin aban- 
donna la présidence de la Société et Me Jalbert lui succéda. M. Joseph 
Lussier devint vice-président et MM. Wilfrid-J. Mathieu, Hector Cor- 
mier et Dolord Hamel furent élus conseillers. 

La séance du bureau du 30 mars 1947 eut lieu à l'Association 
Canado-Américaine à Manchester, N.-H., et M. Adolphe Robert y fut 
l'hôte du bureau. En reconnaissance des longs services rendus à la 
Société par le Dr Ubalde Paquin, ancien président, il est décidé de lui 
décerner la médaille Grand Prix de la Société à la prochaine réunion. 
Après la séance les membres furent les invités de M. Robert et de M. le 
juge Emile Lemelin à un souper au Manchester Country Club. 

La réunion générale du 30 avril 1947 eut lieu à l'hôtel Somerset de 
Boston. M. le consul Albert Chambon y fut invité d'honneur. Me Eu- 
gène-L. Jalbert présenta le conférencier et le R. P. Léon Loranger, o.m.i., 
le remercia. Me Jalbert présenta la médaille Grand Prix de la Société 
à M. le Dr Ubalde Paquin et une gerbe de roses à Mme Paquin. On 
fit aussi l'éloge des défunts de la Société. 

A la réunion du bureau du 28 septembre 1947, chez M. l'abbé F.-X. 
Larivière à Marlboro, l'ancien secrétaire Antoine Clément est autorisé 
à faire paraître sous les auspices de la Société un ouvrage qui aura pour 
titre: "Vingt-cinq ans de journalisme ou Mon grand reportage pour la 
petite histoire franco-américaine". Le bureau vota d'accorder la mé- 
daille Grand Prix de la Société à Mme Corinne Rocheleau-Rouleau 
pour l'ensemble de ses travaux historiques et littéraires. Il est décidé 
aussi que les femmes pourront désormais faire partie de la Société à titre 
de membres titulaires. Enfin, on décida que la cotisation, qui reste à 
$5.00, ne donnera plus droit aux dîners annuels. 



HISTORIQUE DE LA SOCIETE 97 

La réunion générale du 11 novembre 1947 eut lieu à l'hôtel Statler 
de Boston. M. René Cerisoles, chancelier du consulat de France, et Mme 
Cerisoles, Mme Corinne Rocheleau-Rouleau et M. William-N. Locke 
furent les invités d'honneur. Il y eut présentation de la médaille Grand 
Prix à Mme Rouleau, éloges des membres défunts et remerciement du 
conférencier par M. le professeur Locke de M.I.T. M. Joseph Lussier 
quitta la vice-présidence et M. le Dr Antoine Dumouchel lui succéda. Le 
Dr Ulysse Forget, Me Valmore-M. Carignan et M. le juge Alfred-J. 
Chrétien furent élus conseillers. 

Au printemps de 1948, la Société s'est réunie le 6 mai au University 
Club. Les invités d'honneur y furent le baron Louis de Cabrol, vice- 
consul de France à Boston, M. l'abbé Paul-Henri Carignan, assistant 
inspecteur général des écoles ménagères du Québec; M. Gérard Mal- 
chelosse, directeur de la Société Historique de Montréal, et M. Raymond 
Douville, directeur du "Bien Public" des Trois-Rivières. 

A la réunion du 3 novembre 1948, au University Club, l'éloge de 
James Geddes fils, vice-président d'honneur de la Société, fut fait par 
M. le professeur William-N. Locke de M.I.T. M. l'abbé Adrien Ver- 
rette a succédé au professeur Geddes comme vice-président d'honneur. 
Le Dr Roland Cartier de North Reading est devenu secrétaire adjoint. 
M. William Arsenault de Cambridge, le Dr Benoit Garneau de Fall- 
River et M. le curé F.-X. Larivière de Marlboro furent élus conseillers. 

Le 11 mai 1949, il y eut réunion au University Club. Après les 
éloges des défunts et la conférence, la Société autorisa son président, 
Me Eugène-L. Jalbert, à aller présenter la médaille Guillet-Dubuque- 
Bédard à Soeur Marie-Carmel à Bangor, Maine, pour son ouvrage "La 
Littérature Française de Nouvelle-Angleterre". A la séance du bureau 
du printemps, Me Jalbert nomma MM. Wilfrid-J. Mathieu, Antoine 
Clément et le Dr Armand Picard au comité de nomination pour la réu- 
nion du cinquantenaire fixée au 12 octobre 1949. 

C'est au 12 octobre prochain, dans la salle des fêtes de l'hôtel Statler 
de Boston, qu'a été fixée la date de la célébration du 50e anniversaire 
de la Société Historique Franco-Américaine et nous pouvons confier aux 
membres et aux amis que la haute personnalité du Canada que la Société 
espère présenter en cette circonstance est le très honorable Louis St- 
Laurent, premier ministre du Canada. 

Les autres invités d'honneur seront le Président d'honneur de la 
Société: M. Gilbert Chinard; le vice-président d'honneur: M. Pierre- 
Georges Roy; les membres fondateurs de la Société encore vivants: MM. 
Hector Bélisle et Henri-T. Ledoux; Mgr Olivier Maurault, président 
de la Société Historique de Montréal, et M. le chanoine Lionel Groulx, 
président de l'Institut d'histoire de l'Amérique française, ainsi que les 
récipiendaires de la Grande Médaille de la Société: M. Jean Garand, 
M. le Dr Ubalde Paquin et Mme Corinne Rocheleau-Rouleau. Il y aura 
réception à 6h.l5, dîner à 7 heures avec musique sous la direction de 
M. Gérald Robert de Manchester. C'est aux membres de retenir leurs 
billets ces jours-ci pour cette fête. 

On peut trouver dans le volume des "Quarante Ans" de la Société 
à peu près tout ce qui a eu rapport à ses activités pendant ses quarante 



98 BULLETIN DE LA SOCIETE HISTORIQUE 

premières années d'existence. Il y manque cependant la liste des mem- 
bres pour cette période que l'on trouvera dans le numéro de L'Etoile de 
Lowell du 2 septembre 1939. Une autre liste des membres est publiée 
dans le Bulletin de 1943 de la Société. Des listes de nouveaux membres 
sont publiées à la fin de chaque Bulletin annuel ou biennal de la Société. 

On trouvera également dans le numéro de L'Etoile du 2 septembre 
1939 une liste des dates de chacune des réunions de la Société avec le 
nom des conférenciers et le sujet de leur conférence. Nous désirons 
établir une liste semblable pour les dix dernières années d'existence de 
la Société. 

Le 12 octobre 1939, au Statler, Félix Desrochers, bibliothécaire à 
Ottawa sur la "Fierté de nos origines". 

Le 30 avril 1940, au Vendôme, le R. P. J.-V. Ducattillon, o.p., de 
Paris, France, sur "La France d'aujourd'hui et de toujours". 

Le 9 octobre 1940, au Vendôme, Me André Lafargue, président de 
l'Athénée Louisianais de la Nouvelle-Orléans, sur "L'oeuvre des décou- 
vreurs Français en Ancienne Louisiane et le résultat de cette oeuvre 
dans la Louisiane Moderne". 

Le 14 mai 1941, au University Club, M. le professeur Jean Seznec 
de Harvard, sur les "Aspects contemporains de la littérature en France 
et au Canada français". 

Le 19 novembre 1941, au Statler, M. Gustave Lanctôt, archiviste du 
Canada, sur "L'histoire de la Nouvelle-France en 60 minutes". 

Le 20 mai 1942, au University Club, Jacques Ducharme, auteur de 
"The Delusson Family" et de "Shadows of the Trees" sur le sujet "En 
marge d'un livre", et Adolphe Robert sur "Henri d'Arles et ses oeuvres". 

Le 8 novembre 1942, au University Club, Séraphin Marion, pro- 
fesseur de littérature française à l'Université d'Ottawa, sur "Le sourire 
dans la littérature canadienne-française du bon vieux temps". 

Le 26 mai 1943, aux salons B et C de la mezzanine du Statler, M. le 
professeur Arsène Croteau de l'université du Connecticut, sur "L'histoire 
de l'enseignement du français aux Etats-Unis". 

Le 10 novembre 1943, au University Club, le R. P. Pierre Goube, 
s.j., aumônier militaire à l'école d'aviation de Tuscaloosa, sur "La vie 
dans les camps de concentration allemands". 

Le 24 mai 1944, au University Club, le Dr Robert Goffin, crimina- 
liste belge, sur "La Belgique au carrefour des cultures et des guerres". 

Le 21 novembre 1944, au Statler, S. Exe. Dantès Bellgarde, ministre 
d'Haïti en mission spéciale au Canada, sur "Les problèmes d'après- 
guerre: faut-il faire revivre la Société des Nations?", et M. le professeur 
René de Messières de Wellesley Collège sur le sujet de "France For- 

5? 

ever . 

Le 28 novembre 1945, au Statler, Me Roger Picard, de la Faculté 
de Droit de Paris, sur le sujet "Pour en finir avec la menace allemande"; 
Saiil Colin, sur "Le rôle historique de la presse"; Edouard Fecteau, sur 
"Louis Jolliet, le grand découvreur", et allocution du consul Albert 
Chambon. 

Le 22 mai 1946, au Vendôme, Mgr Georges Chevrot, prédicateur 
de Notre-Dame de Montréal, sur le "Renouveau catholique en France". 



HISTORIQUE DE LA SOCIETE 99 

Le 27 novembre 1946, au Vendôme, le R. F. Antoine Bernard, c.s.v., 
de l'Université de Montréal, sur "Longfellow et son Evangéiine, 1847- 
1947". Allocution de M. Dana, de Mlle Saint- Jorre et du Dr Boucher. 

Le 30 avril 1947, au Somerset, Mgr Joseph Guérin, prédicateur de 
Notre-Dame de Montréal, sur un "Carême à Vienne en 1946". 

Le 11 novembre 1947, au Statler, M. Luc Lacoursière, professeur 
de l'Université Laval, sur "Le Folklore, patrimoine traditionnel". 

Le 6 mai 1948, au University Club, M. l'abbé Albert Tessier, profes- 
seur au séminaire des Trois-Rivières, sur "La femme dans l'histoire du 
Canada". 

Le 3 novembre 1948, au University Club, Thon. Orner Côté, secré- 
taire de la province de Québec, sur le "Sens national". 

Le 11 mai 1949, au University Club, M. le chanoine Arthur Side- 
leau, doyen de la Faculté des Lettres de l'Université de Montréal, sur 
"Notre héritage culturel". 

Délégués de la Société 

Le 12 mars 1903, le secrétaire adjoint J.-A. Favreau est délégué 
à la réunion annuelle de la Fédération de l'Alliance Française à New- 
York. La Société apprend à sa réunion du 7 mars 1905 que son secré- 
taire, M. Alphonse Gaulin, a été nommé consul américain au Havre en 
France. En juillet 1909, M. le sec. J. -Arthur Favreau, Me Hugo-A. 
Dubuque et M. le Dr Georges-A. Boucher représentèrent la Société 
aux fêtes du troisième centenaire de la découverte du lac Champlain 
et de Ticonderoga, N.-Y., en l'honneur du Marquis de Montcalm à l'oc- 
casion du 151e anniversaire de sa victoire sur Abercromby à Carillon. 
En octobre 1910, M. le Dr J.- Armand Bédard a été invité à la 12e 
réunion annuelle de la New-York State Historical Association et y a lu 
un travail sur "Les Français dans la vallée du lac Champlain". M. le 
Dr Bédard et M. J. -Arthur Favreau, secrétaire, ont été délégués au 
premier Congrès de la Langue française de Québec en juin 1912. MM. 
Antonio Provost et Rodolphe Carrier représentèrent la Société à la 
célébration du centenaire de la Société St-Jean-Baptiste de Montréal en 
juin 1934. M. le Dr J.-Ubalde Paquin, président, M. le trésorier Arthur- 
L. Eno, et le R. P. Léon Loranger, o.m.i., secrétaire adjoint, ont été élus 
délégués au deuxième Congrès de la Langue française de Québec en 
juin 1937. MM. Alexandre Goulet, secrétaire, et Louis Jobin, ancien 
vice-président, représentèrent la Société au banquet du 50e anniversaire 
de professorat de M. le professeur James Geddes fils, de l'Université 
de Boston. M. le Dr Paquin a représenté la Société à la commission du 
choix des noms des bateaux dans la campagne franco-américaine de 
vente d'obligations de guerre du gouvernement en 1943. Il y eut aussi 
à l'occasion des délégations du bureau de la Société aux funérailles des 
membres défunts dans leur localité. 

Au cours de ses cinquante années d'existence, la Société tint un 
grand nombre de ses réunions au Boston City Club et au University 
Club, sauf pour ses fêtes d'anniversaires et de gala qui eurent lieu dans 
les principaux hôtels de Boston. Les réunions du bureau de la Société 
ont lieu habituellement deux fois l'an et précèdent les assemblées des 



100 BULLETIN DE LA SOCIETE HISTORIQUE 



membres. Plusieurs des réunions ont eu lieu au Boston City Club et à 
l'hôtel Touraine, mais depuis la réorganisation de la Société en 1934, 
le bureau siège deux fois l'an, à quelques exceptions près, sur l'invita- 
tion de M. le curé F.-X. Larivière, au presbytère Ste-Marie de Marlboro, 
Mass. 

Au nombre des principaux membres du bureau, décédés depuis la 
fondation de la Société, mentionnons M. le juge Hugo-A. Dubuque, 
deuxième président de la Société, décédé à Fall-River, le 15 novembre 
1928; Me J. -Henri Guillet, de Lowell, fondateur, premier président et 
trésorier depuis 1908 jusqu'à sa mort en mai 1931; M. le Dr J. -Armand 
Bédard, de Lynn, président pendant 26 ans, décédé le 26 janvier 1932; 
M. J. -Arthur Favreau, secrétaire depuis 1905 jusqu'à sa mort le 8 dé- 
cembre 1933, et Me Alphonse Gaulin, premier secrétaire, décédé en 
mars 1937. 

Conférences et Travaux 

Depuis 1934, la Société publie des bulletins de ses réunions avec 
textes ou résumés de ses conférences. Avant cela, elle n'en a publié 
qu'un en 1906 à part ses statuts et règlements publiés en 1899. En ces 
dernières années elle autorise la publication d'ouvrages sous son patro- 
nage en plus de couronner certains travaux. C'est ce qu'elle fit pour la 
publication de "La Croisade Franco-Américaine" en 1938 par les Co- 
mités Régionaux des Etats-Unis et le Secrétariat adjoint. En 1939, elle 
publia sous ses auspices le "Catéchisme d'Histoire Franco-Américaine" 
par Josaphat Benoît au nombre de 10,000 exemplaires et en épuisa 
l'édition en quelques mois. Deux autres éditions suivirent en quelques 
années. Au printemps de 1939, elle autorisa la publication sous son pa- 
tronage de "French Trails in the United States", conférence faite par 
son trésorier, M. le juge Arthur-L. Eno, devant la Société Historique 
de Lowell. En 1947, elle autorisa son ancien secrétaire Antoine Clément 
à publier sous ses auspices son volume de "Vingt-cinq ans de journalisme 
ou mon grand reportage pour la petite histoire franco-américaine". 

Les travaux précieux, qui ont enrichi les archives de la Société 
depuis 50 ans et que l'on pourra lire en grande partie dans les pages 
du volume des "Quarante Ans" et des bulletins de la Société, révèlent 
qu'on a fait oeuvre de patriotisme en faisant oeuvre de vérité et de 
justice à la Société Historique Franco-Américaine. De fait, ces travaux 
présentés deux fois l'an devant cette Société, tant par des membres que 
par d'éminents historiens et conférenciers d'Europe comme d'Amérique, 
ne sont qu'un tissu de pure histoire du "fait français en Amérique" en 
même temps que des meilleurs arguments invoqués sur tous les tons et 
dans tous les domaines en faveur du miracle de survivance franco-amé- 
ricaine. 

Ce travail d'étude de l'histoire française en Amérique, commencé 
en 1899 par une cinquantaine des nôtres, se poursuit aujourd'hui grâce 
à une adhésion de plus de 200 membres, et a conduit en deux généra- 
tions à la publication d'ouvrages précieux qui révéleront que les réunions 
semestrielles de la Société Historique Franco-Américaine ne se sont pas 



HISTORIQUE DE LA SOCIETE 101 



résumées à des fêtes sociales, mais ont été vraiment productrices d'his- 
toire franco-américaine en une orientation constante vers le but des 
fondateurs de faire ressortir le fait français dans l'étude de l'histoire des 
Etats-Unis. 

Afin de faire rayonner davantage son prestige et son travail, la 
Société Historique Franco-Américaine est aujourd'hui affiliée à l'Institut 
Français de Washington, et à titre de section à l'Institut d'Histoire de 
l'Amérique Française, fondé par M. le chanoine Lionel Groulx. 



Rapports des Réunions 



Réunion du Bureau — 11 avril 1948. 

Chez M. l'abbé F.-X. Larivière au presbytère Sainte-Marie de 
Marlboro. Présidence de Me Eugène Jalbert, président de la Société. 

Sont présents: MM. Antoine Dumouchel, vice-président; Arthur-L. 
Eno, trésorier; Gabriel Nadeau, secrétaire; Valmore Carignan, Alfred-J. 
Chrétien, Louis-P. Clapin, Ulysse Forget et Wilfrid-J. Mathieu, con- 
seillers. 

La réunion générale du printemps est fixée au 6 mai. L'abbé Albert 
Tessier, du Séminaire des Trois-Rivières, sera le conférencier. 

M. le président, M. le juge Eno et M. Clapin représenteront la 
Société à New-Bedford, le 12 mai, au banquet offert en l'honneur du 
Dr Ubalde Paquin, ancien président de la Société. 



Réunion générale — 6 mai 1948. 

A l'University Club de Boston. Nombre des membres et des invités 
présents: 75. Invités à la table d'honneur: M. le baron de Cabrol, vice- 
consul de France à Boston; M. l'abbé Paul-Henri Carignan, assistant 
de M. Tessier aux Ecoles ménagères de la Province de Québec; M. 
Raymond Douville, des Trois-Rivières, membre des Dix, et M. Gérard 
Malchelosse, de Montréal et membre des Dix également. 

Présentation du conférencier par Me Eugène Jalbert. 

Conférence de M. l'abbé Albert Tessier, professeur au Séminaire 
des Trois-Rivières, membre de la Société royale du Canada, membre 
des Dix et Directeur de l'Enseignement ménager de la Province de 
Québec. Sur "La Femme dans l'Histoire du Canada". (Voir Appen- 
dice I). Le conférencier a montré 3 films en couleur. 

Diplôme de membre d'honneur de la Société décerné à M. Tessier. 

Sont élus membres titulaires: 

Mlle Lienne Tétrault, Star Route, Putnam, Connecticut. 

M. Théodore Caouette, 13, rue Summit, Biddeford, Maine. 

M. Jean Paquin, 74, rue Mason, Biddeford, Maine. 



Réunion du Bureau — automne 1948. 

Il n'y eut pas de réunion du Bureau. 



Réunion générale — 3 novembre 1948. 

A l'University Club de Boston. Nombre des membres et des in- 
vités présents: 95. Invité à la table d'honneur: M. Albert Chambon, 
consul de France à Boston. 

Allocution de bienvenue et présentation du conférencier par Me 
Eugène Jalbert. 



RAPPORTS DES REUNIONS 103 



Conférence de l'honorable Orner Côté, Secrétaire de la Province 

de Québec. Sur le "Sens National". (Voir 1ère partie du Bulletin). 

M. William Locke prononce l'éloge de M. James Geddes, décédé 

depuis la dernière réunion. M. Geddes était le vice-président d'honneur 

de la Société. (Voir Appendice II). 

M. Jean Picher, trésorier de l'Union Saint-Jean-Baptiste d'Améri- 
que, prononce l'éloge de M. Albert Lamoureux. (Voir Appendice III). 
L'honorable Orner Côté est élu membre d'honneur de la Société. 
Sont élus membres titulaires: 

Le Dr J.-A. Girouard, 280, rue Pleasant, Willimantic, Conn. 
M. Gustave Lamarque, Louisquisset Pike, RFD/2, Woonsocket, R. I. 
Mlle Annette Martineau, 341, rue Fourth, Fall River, Mass. 
Mlle Marguerite Martineau, 341, rue Fourth, Fall River, Mass. 
Le R. P. Henri Moquin, Supérieur du Collège de l'Assomption, 

Worcester, Mass. 
Le Dr Laval-U. Peloquin, 834, rue Stevens, Lowell, Mass. 
M. Jean Picher, 22, rue Union, Winooski, Vermont. 
Mlle Hélène Thivierge, 30a, rue May, Biddeford, Maine. 
Après les élections le Bureau pour 1948-1949 se trouva constitué 
des membres suivants: 

Me Eugène Jalbert, président 

Le Dr Antoine Dumouchel, vice-président 

M. le juge Arthur-L. Eno, trésorier 

Le Dr Gabriel Nadeau, secrétaire 

Le Dr Roland Cartier, secrétaire adjoint 

Conseillers pour trois ans: 

L'abbé F.-X. Larivière, Marlboro, Mass. 

Le Dr Benoit Garneau, Fall River, Mass. 

M. William Arsenault, Cambridge, Mass. 
Conseillers pour deux ans: 

M. Valmore Carignan, Woonsocket, R. I. 

Le juge Alfred-J. Chrétien, Manchester, N. H. 

Le Dr Ulysse Forget, Warren, R. I. 
Conseillers pour un an: 

M. Dolord Hamel, Worcester, Mass. 

M. Hector-E. Cormier, Brockton, Mass. 

M. Wilfrid-J. Mathieu, Manchester, N. H. 
M. l'abbé Adrien Verrette est élu vice-président d'honneur pour 
remplacer feu M. James Geddes. 

Le Comité de nomination se composait des Drs Arthur Falcon et 
Henri Gauthier et de M. Antoine Clément. 



Réunion du Bureau — 24 avril 1949. 

Chez M. l'abbé F.-X. Larivière au presbytère Sainte-Marie de Marl- 
boro. Présidence de Me Eugène Jalbert. 

Sont présents: MM. Antoine Dumouchel, vice-président; le juge 
Arthur-L. Eno, trésorier; le Dr Gabriel Nadeau, secrétaire; le Dr Roland 
Cartier, secrétaire adjoint; l'abbé F.-X. Larivière, le Dr Ulysse Forget, 
William Arsenault, Wilfrid Mathieu et Valmore Carignan, conseillers. 



104 BULLETIN DE LA SOCIETE HISTORIQUE 

La réunion générale du printemps est fixée au 1 1 mai. Le confé- 
rencier sera M. le chanoine Arthur Sideleau, doyen de la Faculté des 
Lettres de l'Université de Montréal. 

Le Bureau décide à l'unanimité d'accorder sa médaille "Guillet- 
Dubuque-Bédard" à Soeur Marie-Carmel pour son ouvrage "La Litté- 
rature française de Nouvelle-Angleterre". Cette médaille lui sera pré- 
sentée plus tard. 

A l'occasion des fêtes qui auront lieu le 26 juin à Manchester, New- 
Hampshire, lors du dévoilement du monument Ferdinand Gagnon, le 
Bureau nomme les délégués suivants pour représenter la Société: MM. 
Eugène Jalbert, président, Arthur-L. Eno, Antoine Dumouchel, Valmore 
Carignan et William Arsenault. 

Le Comité de nomination, pour les élections de cet automne, est 
constitué dès à présent. Il se compose de MM. Wilfrid Mathieu, Antoine 
Clément et du Dr Armand Picard. 

Le Bureau discute ensuite un projet soumis par le juge Arthur-L. 
Eno pour la célébration du cinquantième anniversaire de la Société 
automne. La date des fêtes est fixée provisoirement au 12 octobre. 



Réunion générale — 11 mai 1949. 

A l'University Club de Boston. Nombre des membres et des invités 
présents: 77. Invités à la table d'honneur: M. le comte Max de Monta- 
lembert, vice-consul de France à Boston, et M. Paul Beaulieu, consul 
du Canada à Boston. 

Présentation du conférencier par Me Eugène Jalbert. 

Conférence de M. le chanoine Arthur Sideleau sur "Notre héritage 
culturel". La conférence de M. Sideleau se trouve aux pages 26-35 de 
ce bulletin. 

Le président fait part à l'assemblée de la décision du Bureau d'ac- 
corder à Soeur Marie-Carmel la médaille "Guillet-Dubuque-Bédard" 
pour la thèse qu'elle a publiée sur la littérature franco-américaine et qui 
lui a valu le doctorat es Lettres de l'Université Laval. Me Jalbert pro- 
nonce l'éloge de Soeur Marie-Carmel. (Voir Appendice IV). Comme 
Soeur Marie-Carmel a été empêchée d'assister à la réunion, le Président 
charge le secrétaire de se rendre à Portland pour lui présenter la mé- 
daille. 

M. le chanoine Arthur Sideleau est élu membre d'honneur de la 
Société. 

M. l'abbé William-E. Drapeau prononce l'éloge de l'abbé Antonio-J. 
Vigeant, décédé le 13 avril 1949. (Voir Appendice V). 

Le Dr Wilfrid-R. Delaney prononce celui de M. Antoine-A. La- 
bonté, décédé en octobre 1948. (Voir Appendice VI). 

Me Jalbert fait connaître les membres du Comité de nomination 
pour les élections de l'automne et annonce en même temps sa retraite 
et celle du juge Eno. 

Sont élus membres titulaires: 

M. Pierre Belliveau, avocat, 84, rue State, Boston, Mass. 

M. Vernon Fiola, 23, rue Moore, Woonsocket, R. I. 



RAPPORTS DES REUNIONS 105 



Réunion du Bureau — 10 juillet 1949. 

Chez M. l'abbé Larivière au presbytère Sainte-Marie de Marlboro. 
Présidence de Me Eugène Jalbert. 

Sont présents: MM. Antoine Dumouchel, vice-président; le juge 
Arthur-L. Eno, trésorier; le Dr Gabriel Nadeau, secrétaire; l'abbé F.-X. 
Larivière, le Dr Benoit Garneau, William Arsenault, le Dr Ulysse Forget, 
Hector Cormier et Wilfrid Mathieu, conseillers. 

Sur proposition de Me Jalbert, secondée par M. le juge Eno, le 
Bureau décide d'inviter l'honorable Monsieur Louis Saint-Laurent, Pre- 
mier Ministre du Canada, aux fêtes qui marqueront le 50e anniversaire 
de la Société. La date du banquet a été fixée au 12 octobre; mais elle 
sera reculée, si besoin, pour accommoder le Premier Ministre. 
Les invités spéciaux seront: 

Les membres fondateurs encore vivants: MM. Hector Bélisle 

et Henri Ledoux. 
M. Gilbert Chinard, président d'honneur de la Société. 
M. Pierre-Georges Roy, vice-président d'honneur. 
Mgr Olivier Maurault, président de la Société historique de 

Montréal. 
Les récipiendaires de la Grande Médaille de la Société: MM. 
le Dr Ubalde Paquin et Jean Garand et Mme Corinne 
Rocheleau Rouleau. 
Le programme musical sera confié à M. Gérald Robert, de Man- 
chester. Les divers comités de vente des billets sont constitués. Le co- 
mité d'organisation, composé de MM. Jalbert, Eno et Nadeau, se réu- 
nira quelques semaines avant la date du banquet pour les arrangements 
définitifs. 



Réunion générale — Banquet du Cinquantenaire — 15 décembre 1949. 

A l'hôtel Vendôme de Boston. Nombre des membres et des invités 
présents: 400. 

A la table d'honneur: Le Très Honorable Premier Ministre du 
Canada et Madame Saint-Laurent; Me Eugène Jalbert, président, et 
Mme Jalbert; Mgr Olivier Maurault, président de la Société historique 
de Montréal; le Dr Ubalde Paquin, ancien président de la Société; MM. 
Hector Bélisle et Henri Ledoux, membres fondateurs; M. le juge 
Edouard Lampron, de la Cour Supérieure du New-Hampshire, et M. le 
juge Raoul Beaudreau, de la Cour Supérieure du Massachusetts; M 
Albert Chambon, consul de France à Boston; l'abbé Adrien Verrette, 
président du Comité permanent de la Survivance française en Amérique, 
M. l'abbé F.-X. Larivière et MM. Théodore Newton et Paul Beaulieu, 
consuls du Canada à Boston. 

A deux autres tables d'honneur on remarquait M. le professeur 
Edward-B. Ham, de l'Université du Michigan; M. Jules Léger, secré- 
taire du Premier Ministre; M. L.-F. Beaulieu, doyen de la Faculté de 
droit à l'Université de Montréal; Mmes Corinne Rocheleau Rouleau, 
Albert Chambon, Paul Beaulieu et Théodore Newton. 

Allocution de Me Jalbert et souhaits de bienvenue au Premier 
Ministre et à Madame Saint-Laurent. Me Jalbert donne lecture d'une 
lettre de M. Pierre-Georges Roy, vice-président d'honneur de la Société. 



106 BULLETIN DE LA SOCIETE HISTORIQUE 



(Voir Appendice VII). M. Chambon lit une lettre de M. Henri Bonnet, 
ambassadeur de France à Washington, qui regrette d'être empêché 
d'assister au banquet. (Appendice VIII). 

Discours du Premier Ministre. Remerciements du Dr Ubalde Pa- 
quin et discours de l'abbé Adrien Verrette. Les textes de ces discours 
et allocutions forment la première partie de ce bulletin. 

Diplôme de membre d'honneur de la Société décerné au Premier 
Ministre, Monsieur Louis Saint-Laurent. 

Avant de faire connaître le prochain Bureau, le président fait ses 
adieux à la Société historique. 

Sont élus membres titulaires: 

Me Robert-H. Beaudreau, 186, rue Main, Marlboro, Mass. 

Mme J.-A. Bonvouloir, 92, rue Clay, Central Falls, R. I. 

M. Léopold Bonvouloir, 141, rue Illinois, Central Falls, R. I. 

Mme Léopold Bonvouloir, 141, rue Illinois, Central Falls, R. I. 

Le Dr Gérald Caron, State Sanatorium, North Reading, Mass. 

Mlle Rhéa Caron, 52, rue Saucier, Fall River, Mass. 

M. Sylva Choquette, 535, rue Pleasant, Pawtucket, R. I. 

Mme Paul Courchesne, 82, rue Plantation, Worcester, Mass. 

M. Paul Courchesne, 82, rue Plantation, Worcester, Mass. 

Mme John-B. Danis, West Main St., Millbury, Mass. 

M. John-B. Danis, West Main St., Millbury, Mass. 

Me Alfred De Quoy, 54 Winnifred Road, Brockton, Mass. 

M. l'abbé Georges Duplessis, Lowell, Mass. 

Le P. Joseph-D. Gauthier, s.j., Boston Collège, Boston, Mass. 

L2 Dr Armand Gélinas, 190, rue Milk, Fitchburg, Mass. 

L'abbé Napoléon Gilbert, Manchester, New-Hampshire. 

Mme Orner Grenon, 51, rue Mount Pleasant, New-Bedford. 
Mass. 

M. Orner Grenon, 51, rue Mount Pleasant, New-Bedford, Mass. 

M. Albert Lamarre, 25, rue Capwell, Pawtucket, R. I. 

Mlle Estelle Landry, 542, rue Fletcher, Lowel', Mass. 

Mme Antonio Lemieux, 2287, rue Acushnet, New-Bedford. 
Mass. 

M. Antonio Lemieux, 2287, rue Acushnet, New-Bedford, Mass. 

Mlle Ernestine Lemire, 20, rue Gates, Worcester, Mass. 

Mme Albert Plante, 96, rue Rockland, Fall River, Mass. 

M. Elie Poirier, 2179 Mass. Ave., Cambridge, Mass. 

M. Stephen Richard, 53, rue Prince, Salem, Mass. 

Mme Marcel Saint-Denis, 104 East Main, Fall River, Mass. 

M. Marcel Saint-Denis, 104 East Main, Fa!' River, Mass. 

Mme Willy Saint-Germain, 648 Cumberland Hill Road, Woon- 
socket, R. I. 

M. Willy Saint-Germain, 648 Cumberland Hill Road, Woon- 
socket, R. I. 

M. William Thériault, 192, rue Lafayette, Salem, Mass. 

Mlle Jeannet e Vanasse, 144, rue Bennett, Woonsocket, R. I. 
Le Bureau pour 1949-1950 est ainsi constitué: 

M. l'abbé Adrien Verrette, président 

Me Valmore Carignan, vice-président 



RAPPORTS DES REUNIONS 107 



M. Antoine Clément, trésorier 
Le Dr Gabriel Nadeau, secrétaire 
Le Dr Roland Cartier, secrétaire adjoint 
Conseillers pour trois ans: 

M. le juge Emile Lemelin, Manchester, N. H. 
Le Dr Fernand Hémond, West Warwick, R. I. 
M. Valmore Forcier, Goodyear, Conn. 
Conseillers pour deux ans: 

M. l'abbé F.-X. Larivière, Marlboro, Mass. 
Le Dr Benoit Garneau, Fall River, Mass. 
M. William Arsenault, Cambridge, Mass. 
Conseillers pour un an: 

M. le Dr Ulysse Forget, Warren, R. I. 
Le juge Alfred-J. Chrétien, Manchester, N. H. 
Le Dr Antoine Dumouchel, de North Adams, Mass., est élu vice- 
président d'honneur de la Société. 



APPENDICES 



La Femme dans l'Histoire du Canada 

(Réunion du 6 mai 1948. Compte rendu de la conférence de l'abbé Albert 
Tessier par M. Antoine Clément. "L'Etoile", Lowell, 7 mai 1948). 

Les hommes n'ont pas une vision très exacte du rôle ni de la valeur 
de la femme. On le voit en histoire, en littérature, dans le droit crimi- 
naliste. Les hommes croient avoir accompli toutes les oeuvres et ne 
trouvent les femmes supérieures que si elles accomplissent une oeuvre 
comme un homme. 

Judith, Jeanne Hachette et Madeleine de Verchères sont des fem- 
mes fortes de l'histoire qui nous portent à méditer sur ce fait que la 
femme joue son grand rôle quand elle reste féminine, et ce dans la 
religion, dans la famille et dans la société. Elle peut faire autant aussi 
pour le bien que pour le mal. Quelques noms et quelques chiffres en 
montreront la valeur dans notre histoire. 

La femme est venue au Canada immédiatement au début de la 
colonie sans attendre l'ouverture des voies, malgré les horreurs d'une 
traversée de deux ou trois mois. Dès 1616, il n'y a qu'un noyau de 60 
personnes à Québec, quand le premier ménage, Marguerite Vienne et 
Michel Collin, arrive, mais il meurt au cours de l'été suivant. 

La première famille est venue en 1617, celle de Marie Rollet et de 
Louis Hébert et de leurs trois enfants, et la Compagnie de marchands 
ne leur donne que cinq acres de terre, au lieu de 10. En dépit de ces 
vexations, des droits lésés, sans aide et sans charrue, cette famille des 
premiers colons reste au pays, grâce à la force d'âme et l'esprit de suite 
et de décision de Marie Rollet. Elle est restée au Canada en 1632 au 
nombre des 34 personnes demeurées sur le rocher. Veuve à 48 ans, elle 
a le plus contribué à donner le ton au petit groupe de la colonie, qui 
comptait encore 12 femmes, dont cinq jeunes filles. On y maintint le 
droit de possession, de tradition. 

La race est née en 1618 avec le premier mariage, celui de Anne 
Hébert à Etienne Jonquet. Ce fut le premier Comité de la Survivance 
française. Mais l'épouse mourait en 1619 en donnant naissance à son 
enfant. Cependant du mariage de Guilmette Hébert à Guillaume Hébert 
sont nés 10 enfants. Ils eurent 60 ans de ménage et comptèrent 250 
descendants et 900 alliés. 

En 1654 avec le retour de colons de France, il y a 300 personnes 
au pays. Six ménages arrivent, dont Marie Renouard, épouse du Dr 
Robert Giffard, qui donna naissance à Marie-Françoise Giffard, la pre 
mière canadienne entrée chez les Hospitalières. Ce furent les deux pre- 
mières souches de la race. Dans les descendants de Jean Guyon et de 
Marie Robin, il y eut le cardinal Bégin, 17 archevêques et évêques, 400 
prêtres et nombre de religieux et de religieuses. 

La femme arriva à Trois-Rivières deux ans après la fondation de 
la ville, mais à Montréal elle participa à la fondation, car sur les 60 per- 
sonnes du personnel de Maisonneuve il y a 7 femmes et deux fillettes. 



APPENDICES 109 

La femme fut fidèle au Canada à son rôle de donner la vie. Pour 
la période de 1605 à 1672, on enregistre 334 mariages, 1022 naissances, 
un excédent de 590 sur les sépultures. 

L'intendant Talon voit le besoin d'augmenter la population au 
Canada, car il y a dix fois plus d'hommes que de femmes au pays à 
ce moment-là. Il fit venir des filles bien choisies. En dix ans, il y eut 
690 mariages et 2020 naissances. De 1608 à 1760, il y a 10,000 personnes 
qui sont venues au Canada, dont 1200 à 1500 jeunes filles et il y eut 
2000 mariages, ce qui a assuré la conservation française et notre sens 
de vie dans notre mentalité, en donnant 138,251 vies, et ainsi les femmes 
ont été les fondatrices de la race française chez nous. Les 3000 ménages 
français venus au pays sous le régime français nous ont donné 25,464 
foyers en 1760. La femme a été ainsi remarquable. 

De 1760 à 1770, le taux de la natalité au Québec a été de 65 par 
mille. Actuellement il est de 28. De 1760 à nos jours, les 65,000 sont 
devenus 6,500,000, soit une augmentation de 100 pour cent. Dans 
l'univers le taux de la natalité est de 3, en France plus de 3, en Espagne 
et Angleterre 4. Cette natalité a été une contribution utile à la survi- 
vance matérielle et morale de notre pays. Et tout cela est dû à l'esprit 
de courage et d'entêtement de la femme chez nous, et à son esprit de 
suite. 

C'est de même pour la fondation de maisons religieuses. Les Ursu- 
lines et les Hospitalières sont restées continuellement au pays. Il y eut 
une interruption dans le service des Récollets et des Jésuites. Un institut 
de frères a été fondé au pays et est disparu. Mère d'Youville fonda sa 
congrégation en 1747 et aujourd'hui on compte 6500 Soeurs Grises. La 
Fraternité Sacerdotale a été fondée par des hommes, mais les femmes 
ont fondé 36 ou 37 congrégations chez nous et toutes se maintiennent. 

Il fallut de l'héroïsme pour quitter la France et faire le voyage 
périlleux en Amérique. Des Françaises l'ont fait et ont créé ensuite des 
oeuvres admirables chez nous comme Marguerite Bourgeoys, Jeanne 
Mance. Pour voir aux détails des choses même dans l'administration, 
la femme excelle et chez nous elle en a donné maintes preuves depuis 
les débuts de la colonie. 

En raison du rôle de la femme, il faut lui donner une éducation 
soignée et c'est ce que l'on fait avec succès dans nos écoles ménagères 
afin de répondre aux besoins des temps présents. 

La femme chez nous reste fidèle à son foyer et le divorce n'est pas 
encouragé chez nous. Sur 117 divorces au Québec l'an dernier, il n'y 
en avait pas un de Canadiens français, tandis qu'en Ontario il y eut 
1940 divorces. En 1941, il y avait 20,290 familles comptant 10 enfants 
et plus au Canada, et sur ce nombre 13,220 dans le Québec. Le confé- 
rencier donne une analyse de 3600 familles, dont les enfants sont aux 
écoles ménagères, et révéla que sur le nombre il y avait 1346 familles 
comptant de 9 à 16 enfants. Dans le Québec, dit-il, il y a 600,000 fa- 
milles qui ont 7 ou 8 enfants. De là l'importance de l'éducation de la 
femme au foyer et à l'école, car plus elles auront de lumières, plus nous 
serons éclairés et munis de sagesse. 



110 BULLETIN DE LA SOCIETE HISTORIQUE 



Le conférencier, qui insista aussi sur le fait que la femme avait 
conservé l'instruction au cours des siècles au Canada, montra son propre 
film de la vie paisible et industrieuse de la famille paysanne au Canada 
et un film de l'enseignement donné dans les écoles ménagères. 



II 

Eloge de M. James Geddes par le professeur William-N. Locke, 

du Massachusetts Institute of Technology 

(Réunion du 3 novembre 1948) 

C'est un triste moment que celui où je dois venir devant vous pour 
faire l'éloge d'un homme que nous avons connu, respecté, aimé, et qui 
n'est plus. Le professeur Geddes fut un de vos membres les plus an- 
ciens, un professeur et un savant de réputation mondiale. Ce fut aussi 
mon maître et mon ami. 

Né en 1858 d'un père écossais et d'une mère française, pas très loin 
de nous, à Boston, il fréquenta d'abord les écoles publiques de Brook- 
line, et ensuite Harvard Collège, d'où il sortit diplômé en 1880. L'in- 
térêt qu'il portait déjà aux langues vivantes se manifesta dans le choix 
de sa première situation. Ayant appris par hasard qu'on demandait un 
premier secrétaire de consulat à Trieste il se fit recommander par le 
président Eliot et reçut le jour suivant sa nomination. Déjà il révélait 
l'esprit d'analyse et la qualité d'action qui devaient illuminer toute sa vie. 

Pendant ses heures de loisir à Trieste M. Geddes prit des leçons 
d'italien et d'allemand pour perfectionner les connaissances déjà acqui- 
ses à Harvard. Le printemps suivant un journaliste de passage l'engagea 
comme traducteur et compagnon. Ils firent ensemble un grand tour de 
l'Allemagne, passèrent par la Belgique, pour faire ensuite un séjour de 
plusieurs mois à Paris. L'hiver suivant les deux hommes continuèrent 
leur voyage jusqu'en Espagne. Là, après avoir visité les villes les plus 
célèbres, les deux hommes se séparèrent, le journaliste rentrant aux 
Etats-Unis et Geddes passant le reste de l'hiver à Seville. 

De retour aux Etats-Unis le jeune homme fit la connaissance de 
Théodore Lyman, Député au Congrès Fédéral. Celui-ci, impressionné 
par l'esprit éveillé de Geddes, l'engagea comme secrétaire, et il l'emmena 
passer deux années à Washington. Lyman, un Mugwump, n'ayant pas 
été réélu, Geddes trouva une situation de professeur à la Groton School 
où il fit la connaissance du célèbre pasteur, Phillips Brooks. Il était 
maintenant dans la voie qu'il devait suivre; mais étant lui-même, comme 
il le disait plus tard, sorti des écoles publiques, il préférait faire son 
avenir ailleurs que dans une école privée, fût-ce une des meilleures. 
Après un court séjour comme secrétaire dans le bureau de Charles 
Francis Adams, président du Union-Pacific Railway, il accepta un poste 
d'Instructeur en Langues Romaines à Boston University. Ce fut donc 
en 1887 que commença sa longue carrière universitaire qui dura cin- 
quante années, jusqu'à sa retraite en 1937. Travailleur infatigable, il 
passait le jour à faire ses cours et une grande partie de la nuit à con- 
tinuer ses propres études. En 1889 il reçut de Harvard le diplôme de 



APPENDICES 111 

Maître es Arts. L'année suivante il fut promu Assistant Professor et 
en 1892 il reçut le titre de Professeur des Langues Romaines. Menant 
de front son travail à l'université et ses études personnelles il consacra 
ses étés à travailler une question fort peu traitée jusqu'alors mais qui le 
passionnait: la prononciation du français-canadien et acadien. En 1894 
l'Université Harvard le reçut Docteur, sa thèse étant "Study of an 
Acadian-French Dialect." 

Fort rare aujourd'hui le professeur compétant à enseigner quatre 
langues étrangères. Le professeur Geddes parla et enseigna le français, 
l'espagnol, l'italien, et le portuguais; non seulement cela, mais pendant 
toutes les années de son professorat, il ne cessa de publier livres et 
articles, ayant trait tant à la langue qu'à la littérature de ces divers pays. 

Sans vouloir vous lasser par une énumération, il ne faudrait cepen- 
dant pas passer sous silence sa célèbre Bibliographie du parler français 
du Canada pour laquelle il collabora avec Adjutor Rivard, ni son 
French Pronunciation, pendant très longtemps la meilleure exposition 
de ce sujet difficile. La publication de sa thèse, avec les travaux du 
professeur Sheldon de Harvard sur le français de Waterville, inaugurè- 
rent une nouvelle méthode scientifique pour l'étude du français de 
l'Amérique. 

Lors de sa retraite le professeur Geddes avouait qu'il ne pouvait 
plus compter les articles et comptes rendus de livres qu'il avait écrits. 
Le chiffre se monte à près de 150. Dans la bibliothèque de Harvard 
il y a de lui 8 livres et 46 articles. Pour cela ce ne fut aucunement un 
rat de bibliothèque. Il était connu partout dans la région comme con- 
férencier et il prenait une part active à la vie française, italienne et 
universitaire. 

Membre, et à partir de 1906, Président du Circolo Italiano di 
Boston, il fut élu en 1905 Président de l'American Association of 
Teachers of Italian. Il servit également comme Vice-Président de l'Al- 
liance Française de Boston et il fut, comme vous le savez bien, Vice- 
Président d'honneur de votre Association depuis 1934. A Boston Uni- 
versity il fonda et devint président d'une succursale de l'American 
Association of University Professors. 

En 1909 le professeur Geddes reçut du Roi d'Italie le titre de 
Chevalier, avec l'Ordre de la Couronne d'Italie. L'American Academy 
of Arts and Sciences le nomma Associé. Il fut membre de nombreux 
comités dont nous ne citerons que le Comité de Direction de l'Institut 
Pédagogique International à Paris et le Comité exécutif de la Modem 
Language Association of America. 

Les honneurs que reçut le Professeur Geddes ne le changèrent pas. 
Il resta jusqu'au bout l'homme jeune d'esprit, plein de modestie. Cruel- 
lement frappé en 1936 par la mort de Madame Geddes, sa compagne 
de plus de quarante années, il continua néanmoins ses études, recevant 
chez lui anciens amis et jeunes étudiants. Nous garderons de lui le 
souvenir d'un professeur qui éclaira pour deux générations les mystères 
du passé, d'un chercheur qui fraya la voie d'une science nouvelle, mais 
surtout d'un homme simple et bon, aimant tous ceux qui l'entouraient 
et aimé de retour par nous tous. 



112 BULLETIN DE LA SOCIETE HISTORIQUE 



III 

Eloge de M. Albert Lamoureux par M. Jean Picher 
(Réunion du 3 novembre 1948) 

A la demande de Monsieur le président et comme conséquence de 
l'amitié étroite qui m'unissait au défunt, j'ai ce soir le doux devoir de 
mettre en relief cette noble figure que fut Albert-J. Lamoureux, de 
Gardner, Mass., membre dévoué de votre Société et ancien trésorier 
général de l'Union Saint-Jean-Baptiste d'Amérique. 

Ravi trop tôt à l'affection de sa famille, comme à l'estime et à 
l'admiration de tous ceux qui ont eu le privilège de le bien connaître, 
Albert Lamoureux a passé parmi nous sans bruit, sans heurts, semant 
la bonne parole, à droite et à gauche, sans jamais se lasser. D'une nature 
richement douée, affable envers tout le monde, il savait faire bénéficier 
tous ceux qui l'approchaient de son excellent caractère. 

A peine adolescent, il devait apprendre par nécessité la lutte pénible 
pour la vie matérielle. Orphelin à l'âge de 14 ans, l'aîné d'une famille 
de sept enfants, il devenait tout naturellement le principal appui d'une 
mère courageuse et le très jeune chef d'un foyer peu fortuné. Sans 
jamais compter les heures il dut travailler ferme pour subvenir aux be- 
soins les plus pressants, et ce n'est qu'en multipliant les sacrifices et les 
veilles qu'il réussit à parfaire son instruction en fréquentant les écoles 
du soir et en suivant des cours spéciaux. Une ténacité absolue, doublée 
d'une volonté inébranlable, nées de cette formation rigoureuse première, 
lui permirent de traverser cette période difficile avec succès. Plus tard, 
lancé dans des entreprises commerciales, il ne tarda pas à leur faire 
subir l'influence de ses connaissances, de son intégrité et de son élégante 
courtoisie. Le progrès soutenu marqua tout le terme de ses activités 
commerciales. Dans sa ville de Gardner, les oeuvres paroissiales, de 
même que les activités civiques méritoires l'intéressèrent et reçurent son 
appui, l'apport généreux de ses multiples talents. 

Mais c'est à l'Union Saint-Jean-Baptiste d'Amérique que l'ami Al- 
bert devait donner la pleine mesure de ses talents, de sa compétence en 
matière financière, de son jugement pondéré et de son grand coeur. 
C'est là que ses qualités transcendantes ont dominé. Durant sept années 
sous son administration habile, l'actif de l'Union Saint-Jean-Baptiste 
d'Amérique n'a fait que grandir. A son contact, tous les directeurs de 
la Société ont connu la politesse exquise et la bienveillante bonté que 
reflétaient ses moindres gestes et tous ressentaient l'incontestable loyauté 
qui animait son coeur. 

Cependant la compétence administrative, les connaissances finan- 
cières et le succès qui logiquement en découle, étaient d'importance se- 
condaire chez ce grand chrétien, chez ce catholique convaincu, chez ce 
patriote à l'âme grande et droite. Les qualités morales primèrent tou- 
jours celles de l'homme de la finance et du commerce. Les succès qu'il 
remporta ne changèrent jamais sa nature. Jusqu'à la fin il demeura un 
modèle de bonté, d'humilité et de générosité. 

Albert Lamoureux n'est plus mais son souvenir vivra longtemps 
chez ceux qui ont eu l'avantage de le connaître. L'oubli ne se fera jamais 



APPENDICES 113 



complètement sur son nom. Et pour nous qui avons été privilégiés de 
le connaître dans l'intimité, nous avons la consolation de croire qu'il 
jouit maintenant de la récompense promise au bon et fidèle serviteur. 



IV 

La Médaille "Guillet-Dubuque-Bédard" 

décernée à Soeur Marie-Carmel 

(Réunion du 11 mai 1949) 

Allocution du président, Me Eugène Jalbert: 

Mesdames, Messieurs: 

Il y a deux ans paraissait un ouvrage dont le titre eut l'heur, tout 
d'abord, de faire naître sur les lèvres du grand public un vague sourire 
à la fois sceptique et moqueur. Il y avait de quoi, semblait-il, faire 
douter du sérieux de l'auteur, une femme, car celle-ci avait trouvé moyen 
d'écrire près de 300 pages sur La Littérature Française de Nouvelle- 
Angleterre. 

Jusqu'à l'apparition de cet ouvrage vous aviez eu, en effet, comme 
moi-même du reste, des doutes très sérieux sur l'existence d'une litté- 
rature française en Nouvelle-Angleterre. 

Au tout début de la préface, écrite par le docteur Nadeau, notre 
distingué secrétaire, celui-ci laisse pressentir que, avant d'avoir lu cet 
ouvrage, il avait eu lui-même quelques doutes sur l'existence d'une lit- 
térature française chez-nous. 
En effet, il écrit: 

"Y a-t-il une littérature française en Nouvelle-Angle- 
terre? Si l'on entend par littérature l'expression artis- 
tique de la pensée, il n'en faut pas chercher ici qui 
soit digne de ce nom. Mais littérature veut dire aussi 
l'ensemble des écrits qui rend compte du mouvement 
des idées chez un peuple. A ce titre, les Franco-Amé- 
ricains ont bien une littérature; ce livre le démontre 
en la faisant connaître." 
L'auteur du livre est Soeur Marie-Carmel Therriault, s. m., direc- 
trice de l'Ecole Supérieure John Bapst de Bangor, Maine. Soeur Marie- 
Carmel est la fille de Patrice Therriault, aujourd'hui décédé, mais en 
son vivant l'une des plus belles personnalités acadiennes du Maine. 
Soeur Marie-Carmel tient de son père un goût profond de l'histoire 
française en Amérique et un culte tout particulier pour les faits et les 
gestes de ses compatriotes en Nouvelle-Angleterre. 

Elle consacre son ouvrage à faire connaître les gestes à la fois 
modestes et héroïques des Franco-Américains depuis leur premier éta- 
blissement jusqu'au Congrès de la Langue Française à Québec en 1937, 
et à mettre surtout en lumière les humbles efforts de ses compatriotes 
dans le domaine de la littérature. 

"Le travail de Soeur Marie-Carmel" pour faire mienne la pensée 
du docteur Nadeau que je cite encore, "se recommande par son excel- 
lence et son originalité. Personne n'avait songé avant elle à écrire un 
ouvrage d'ensemble sur notre littérature. Il lui en a coûté de longues 



114 BULLETIN DE LA SOCIETE HISTORIQUE 



recherches et beaucoup de labeur. C'est pourquoi il lui a valu, de la 
part de l'Université Laval, le titre de docteur ès-lettres avec très grande 
distinction." 

Pour tous ces motifs, votre Bureau décidait, à sa dernière réunion, 
de décerner à Soeur Marie-Carmel sa Médaille Guillet-Dubuque-Bédard 
comme ayant bien mérité de notre Société. 



Eloge de l'abbé Antonio- J. Vigeant par M. l'abbé William-E. Drapeau 
(Réunion du 11 mai 1949) 

J'ai le bien doux devoir de rappeler à votre mémoire ce soir M. 
l'abbé Antonio J. Vigeant, décédé le 12 avril dernier. En me deman- 
dant de faire son éloge devant vous, on me faisait le grand honneur de 
parler non seulement d'un confrère mais bien d'un ami d'enfance, et 
d'une amitié qui s'est développée à mesure que nous suivions tous les 
deux le même chemin qui devait nous conduire à l'autel. C'est pourquoi 
je trouve bien doux ce devoir de vous parler de lui. 

Le Père Vigeant naquit à Lowell le 1er janvier 1892: c'est la date 
officielle qu'il donnait, parceque dans le doute qui existait il aurait pu 
dire aussi bien le 31 décembre 1891. Mais il n'y a jamais eu de doute 
dans l'héritage qu'il a reçu de parents profondément chrétiens et ardents 
patriotes. De tous les membres de sa famille, lui plus que tout autre a 
montré dans sa vie le grand intérêt du père dans tout ce qui concernait 
le bien-être des franco-américains. 

Tous les deux nous avons fait nos premières études au Collège St- 
Joseph sous la direction des Frères Maristes; ensuite nous nous sommes 
suivis au Séminaire St-Charles de Sherbrooke. Il n'y a eu que cette 
petite différence dans notre route: après mes études classiques je me 
suis dirigé vers le Grand Séminaire St. Jean de Brighton; cependant, 
le Père Vigeant a voulu plutôt faire sa philosophie au Grand Séminair 
de Montréal. Cette séparation ne dura pas car il venait me rejoindre à 
Brighton pour y faire ses études théologiques. Il fut ordonné prêtre 
le 22 mars, 1918, par Son Eminence le Cardinal O'Connell. Ensuite nous 
avons pris chacun notre chemin, car l'obéissance devait nous conduire 
en différentes paroisses, mais pas assez loin l'un de l'autre pour briser 
la camaraderie qui existait depuis si longtemps. 

Il fut vicaire en la paroisse St-Joseph de Salem pendant dix ans. 
Ensuite il fut envoyé à la paroisse du Sacré-Coeur à Amesbury pour quel- 
ques mois; de là il vint à St-Jean-Baptiste de Lynn où il exerça son 
ministère pendant neuf ans. En 1937, il fut nommé curé de la paroisse 
St-Stanislas d'Ipswich. Il y passa neuf années où il travailla pour main- 
tenir une école paroissiale avec moins de cent familles. La disparition 
d'une forte industrie locale lui fit perdre plusieurs familles qui devaient 
aller trouver ailleurs le travail nécessaire. Même ceci ne le découragea 
pas, et il réussit avec peine et misère à conserver son école. S'il n'avait 
pas hérité la fermeté de son père, il aurait facilement trouvé tous les 
arguments nécessaires pour l'abandonner. Au mois de janvier 1946, il 
fut nommé pour remplacer le Père Charles Cordier à la cure de St-Louis 
de France à Lowell. 



APPENDICES 115 



Son rêve était de bâtir l'église paroissiale, et il se mit à l'oeuvre 
pour prélever les fonds nécessaires pour ce projet. Son talent financier 
l'aida à amasser la jolie somme de $100,000.00 en trois ans. Il se rendait 
bien compte cependant que son rêve ne se réaliserait pas; car la mort 
de deux frères et une soeur en moins d'un an à la suite de crises cardia- 
ques, et cela il y a à peine deux ans passés, devait lui servir d'avertisse- 
ment que l'ange de la mort le frapperait de la même façon. Ceci ne 
changeait sa routine habituelle en rien; aussi, l'après-midi du 12 avril, 
il fit les courses ordinaires que demandait son ministère actif; il visita 
des malades, récita le chapelet pour un paroissien défunt au salon funé- 
raire où la dépouille mortelle reposait, s'arrêta pour parler à des enfants 
en retournant au presbytère. Comme il restait encore quelques minutes 
avant l'appel pour le souper, il prit son bréviaire pour prier, et c'est 
à cet instant que l'ange de la mort vint le frapper. Il mourut ainsi avec 
une prière sur les lèvres. 

Le Père Vigeant fut élu membre de la Société Historique à la 
séance du 22 mai, 1946, et je soupçonne qu'il doit y avoir eu pression 
faite de la part de notre confrère de classe le juge Eno pour le faire 
consentir à devenir membre. Ce genre de société n'avait pour lui aucune 
attraction. Tout en lui marquait la simplicité, son caractère, son lan- 
gage, ses habitudes, si bien que l'étranger le trouvait enfantin, parce- 
qu'il ne le connaissait pas. Ses gestes étaient brusques, et il élevait la 
voix pour bien accentuer sa parole, ce qui portait à croire qu'il était 
toujours en colère; mais cet extérieur gênant renfermait un coeur bien 
charitable. Aussi, son patriotisme et sa fidélité aux coutumes ancestrales 
étaient admirables. Dès son enfance on l'entendait répliquer au Révé- 
rend Frère qui nous faisait la classe: "Frère, je n'aime pas l'anglais". 
Il a bien maîtrisé la langue anglaise, mais il a toujours mieux aimé à 
parler français et à le faire parler par les autres partout où il était en 
mesure de l'imposer. Il était du nombre de ceux qui font ce beau travail 
de survivance française sans bruit et sans éclat, un travail fructueux 
parce que c'est la prédication par l'exemple. Il était donc bien en accord 
avec le but de notre société. 

Chers amis, pour notre collègue, mon camarade, prêtre zélé et 
ardent patriote, je sollicite une prière. 

VI 

Eloge de M. Antoine-A. Labonté par le Dr Wilfrid-R. Delaney 

(Réunion du 11 mai 1949) 

Depuis que je suis membre de la Société Historique Franco-Améri- 
caine, j'ai toujours admiré cette belle coutume de prononcer un éloge 
pour tous les membres disparus. A part la reconnaissance et le témoi- 
gnage d'un pieux souvenir au défunt, le geste comporte encore la véné- 
ration bien comprise du passé qui est en effet le gage d'un avenir glo- 
rieux. Nous ne pouvons rien vis-à-vis la grande moissonneuse mais 
nous pouvons, et nous devons, nous de la Société Historique Franco- 
Américaine en particulier, nous inspirer de la vie des patriotes tombés, 
afin que l'émulation de leurs vertus nous aiguillonne; et, par là nous 
assure toujours un patrimoine de plus en plus riche pour la gloire de 



116 BULLETIN DE LA SOCIETE HISTORIQUE 

Dieu, la Patrie et la Race. C'est donc dans ces sentiments de recon- 
naissance et de révérence que j'acceptai de tracer à gros traits et dans 
le temps alloué la vie d'un membre bien loyal, et de longue date, Mon- 
sieur Antoine Augustin Labonté, de Arlington, Massachusetts. 

Fils d'Augustin Albert Labonté, né à Franklin, Vermont, et de 
Marie Tétreault, née à Lawrence, Mass., Antoine Labonté naquit à 
Nashua, N. H. le 21 mai 1901. Il n'avait pas encore atteint sa sixième 
année lorsque la mort lui ravit son père. Cependant il parvint avec 
l'aide et l'inspiration de sa mère, consacrée maintenant à son fils et ses 
quatres filles, dont deux aujourd'hui religieuses, à faire le cours élé- 
mentaire à l'école paroissiale dirigée par les Filles de la Charité du 
Sacré-Coeur, de Newport, Vermont; puis son cours secondaire au 
Lawrence High School pour enfin s'enrôler au Boston University Collège 
of Business Administration. 

Pendant plus de vingt ans il parcourut la Nouvelle-Angleterre et la 
Province de Québec dans le commerce du bois de construction. Sa 
jovialité, sa bonhomie, son intégrité et ses connaissances approfondies 
du bois lui valurent légions d'amis, nombre de clients et un beau succès 
commercial. 

En dehors de son commerce, Antoine, célibataire, ne vivait que 
pour sa mère et ses soeurs. Il se passionnait cependant à l'éloge des cana- 
diens français et des franco-américains; et, s'il critiquait leurs faiblesses 
ce n'était que pour faire ressortir leurs qualités tout de suite après. Le 
fait français en Amérique fut pour lui, jusqu'à la fin, un sujet de con- 
versation dont il ne se lassait jamais. Si beaucoup d'entre vous n'avez 
pas mieux connu Antoine c'est qu'il ne fut pas bruyant dans les foules. 
Par contre il cherchait sans cesse des occasions de tête-à-tête, de petites 
réunions d'intimes afin de converser de son sujet favori. Alors, avec 
toute la chaleur de son âme ardente et pétrie de patriotisme éclairé il 
se faisait apôtre éloquent et vous clouait à la cause bon gré mal gré. 
Je l'ai soupçonné bien souvent de ne se payer le luxe d'une visite profes- 
sionnelle chez moi dont il n'avait pas besoin, que pour, délicatement, me 
soustraire à mon travail et me parler d'un tel ou tel article, me raconter 
tel ou tel fait, me demander une opinion sur telle ou telle situation, se 
rapportant toujours au fond, à la question française en Amérique. Et 
pourtant Antoine demeurait en Nouvelle-Angleterre depuis trois géné- 
rations. Gloire à ses grands parents, à sa mère surtout qui l'avait si 
bien façonné; mère qu'il adorait comme le font d'ailleurs tous ceux qui 
la connaissent. 

Il fut foudroyé par une attaque cardiaque au volant de son auto- 
mobile à Somersworth, N. H., alors que, contre les conseils d'amis, il 
revenait d'une course de cinq cents milles pour le grand bonheur d'être 
chez lui ce soir-là, et avec ses deux soeurs, témoigner leur amour à 
sa maman à l'occasion de son anniversaire de naissance. 

Antoine Augustin Labonté n'est plus des nôtres; mais je suis cer- 
tain qu'il nous attend Là-Haut en compagnie de tous les autres vérita- 
bles patriotes franco-américains qui l'ont précédé; qu'il nous soutient 
dans le droit chemin ici-bas, et nous prépare une place dans la demeure 
Céleste qu'il habite. 



APPENDICES 117 



VII 



Lettre de M. Pierre-Georges Roy, vice-président d'honneur 
de la Société, au président, Me Eugène Jalbert 

Lévis, 10 décembre 1949 

Monsieur le président, 

Vice-président d'honneur de votre belle société depuis plusieurs 
années, mon devoir aurait été d'être avec vous le 15 courant. Mais 
mon âge et mes infirmités me retiendront ici. Je serai toutefois avec 
vous tous de coeur et d'âme. 

Les Franco-Canadiens nous font honneur sur la terre américaine 
et nous leur devons le témoignage de notre reconnaissance chaque fois 
que nous en avons l'occasion. 

Cartier disait à la reine Victoria, il y a presque un siècle, que les 
Canadiens-français étaient des Anglais qui parlaient français. Des Fran- 
co-Américains, nous pourrions dire qu'ils sont des Américains qui par- 
lent l'anglais et le français, et qu'ils sont de fidèles serviteurs du drapeau 
étoile, tout en restant attachés à leur langue et à leurs traditions. 

Vous allez applaudir le Très Honorable M. Saint-Laurent le 15. 
Je le connais de réputation depuis un demi-siècle et personnellement 
depuis ses années d'université. C'est un grand Canadien, et je sais 
d'avance qu'il vous félicitera d'être aux Etats-Unis les meilleurs ambas- 
sadeurs du Canada-français. 

Que votre Société continue longtemps encore à faire aimer no 
traditions nationales aux Franco-Canadiens et à faire respecter notre 
belle histoire par les Américains. 

Croyez-moi, Monsieur le président, votre tout dévoué, 

PIERRE-GEORGES ROY 



VIII 

Lettre de M. Henri Bonnet, ambassadeur de France à Washington, 
à M. Albert Chambon, consul de France à Boston. 

Ambassade de France 
aux Etats-Unis 

HB/SD Washington, le 10 décembre 1949 

Mon cher ami, 

La Société Historique Franco-Américaine m'avait invité à assister 
à Boston, le 15 décembre prochain, à la célébration du cinquantenaire 
de sa fondation. Ainsi que vous le savez déjà, j'ai eu le regret de ne 
pouvoir accepter cette invitation, étant retenu par mes obligations à 
Washington. Toutefois, j'aimerais que lors de cette réunion vous soyez 
mon interprète auprès de cette association et que vous lui disiez de ma 
part combien j'aurais été heureux de participer à cette manifestation. 



118 6ULLETIN DE LA SOCIETE HISTORIQUE 



J'avais déjà eu l'occasion de dire à la Société Franco-Américaine, 
l'été dernier, avec quel intérêt je suis ses travaux. Le soin qu'elle met 
à maintenir vivants les souvenirs historiques qui unissent la France au 
continent américain est non seulement précieux pour notre pays, il ap- 
porte une contribution féconde à l'amitié entre les peuples américains 
et français. 

En donnant communication de la présente lettre à la Société Histo- 
rique Franco-Américaine, je vous serais reconnaissant de bien vouloir 
remercier à nouveau le Président et les membres de l'Association de 
l'invitation qu'ils m'avaient adressée et saluer de ma part M. St-Laurent, 
Premier Ministre du Canada. Sa présence souligne le prix que l'on 
attache des deux côtés de l'Atlantique aux relations dont la Société 
Historique Franco-Américaine s'emploie à maintenir la tradition. 

Veuillez agréer, mon cher ami, l'expression de mes sentiments les 
meilleurs et les plus cordiaux. 

H. BONNET 

Monsieur Albert Chambon, 

Consul de France, 

Boston, Mass. 



TABLE DES MATIERES 



Les Conférences de la Société: 

Le Folklore, Patrimoine traditionnel 3 

Le Sens national 13 

Notre Héritage culturel 26 

Les Fêtes du Cinquantenaire: 

Allocution de Me Eugène Jalbert 36 

Discours de l'hon. M. Louis Saint-Laurent 43 

Remerciements du Dr Ubalde Paquin 54 

Allocution de M. l'abbé Adrien Verrette 56 

Documents et Pièces d'Archives: 

Documents acadiens 58 

Mission diplomatique à Haïti 79 

Historique de la Société: 

Histoire de ses cinquante ans 83 

Rapports des Réunions 102 

Appendices: 

I La Femme dans l'Histoire du Canada 108 

II Eloge de M. James Geddes 110 

III Eloge de M. Albert Lamoureux 112 

IV La Médaille "Guillet-Dubuque-Bédard" à Sr M-Carmel 113 

V Eloge de l'abbé Antonio Vigeant 114 

VI Eloge de M. Antoine Labonté 115 

VII Lettre de M. Pierre-Georges Roy 117 

VIII Lettre de M. Henri Bonnet 117 



LA SOCIETE HISTORIQUE FRANCO-AMERICAINE 

offre en vente les ouvrages suivants, qu'on peut se procurer chez le 
Trésorier, M. Antoine Clément, 195 West Sixth, Lowell, Mass. 

"Les Quarante Ans de la Société historique franco-américaine, 
1899-1940", compilation des travaux de la Société depuis sa fondation, 
par M. Antoine Clément, ancien secrétaire. $5.00 l'exemplaire. 

Le présent Bulletin, celui de 1944-1945, et celui de 1946-1947, à 
$0.50 l'exemplaire. 



THE FRANCO-AMERICAN HISTORICAL SOCIETY 

offers the following publications which can be obtained from the 
Treasurer, Mr. Antoine Clément, 195 West Sixth, Lowell, Mass. 

"Les Quarante Ans de la Société historique franco-américaine, 
1899-1940", a compilation, made by Mr. Antoine Clément, former 
Secretary of the Society. Price: $5.00 per copy. 

The Bulletins of the Society, for 1944-45, and for 1946-47. Price: 
$0.50 per copy. 



L'Imprimerie de L'INDEPENDANT, Fall-River, Mass. 
Octobre 1950 



Société Historique Franco-Américaine 

Fondée le U septembre 1899 

BUREAU 
1949-1950 

PRESIDENT D'HONNEUR 
Gilbert Chinard — Professeur à l'Université de Princeton, N.-J. 

VICE-PRESIDENTS D'HONNEUR 

Pierre-Georges Roy — Historien — Lévis, Québec 
Le Dr Antoine Dumouchel — Médecin-chirurgien — North Adams, Mass. 

PRESIDENT 

L'Abbé Adrien Verrette — Président du Comité 
Permanent de la Survivance Française en Amérique 

VICE-PRESIDENT 
Valmore Carignan — Avocat — Woonsocket, R.-I. 

TRESORIER 
Antoine Clément — Journaliste — 195 West Sixth, Lowell, Mass. 

SECRETAIRE 
Le Dr Gabriel Nadeau, Sanatorium d'Etat, Rutland, Mass. 

SECRETAIRE ADJOINT 

Le Dr Roland Cartier — Assistant Surintendant du 
Sanatorium d'Etat de North Reading, Mass. 

CONSEILLERS 

—pour 3 ans— 

Le juge Emile Lemelin, Manchester, N.-H. 

Le Dr Fernand Hémond, West Warwick, R.-I. 

M. Valmore Forcier, Goodyear, Conn. 

— pour 2 ans— 

L'abbé F.-X. Larivière, Marlboro, Mass. 
Le Dr Benoit Garneau, Fall River, Mass. 
M. William Arsenault, Cambridge, Mass. 

— pour 1 an— 

Le Dr Ulysse Forget, Warren, R.-I. 
Le juge Alfred Chrétien, Manchester, N.-H. 



1950 



BULLETIN 



de la 



Société Historique 

Franco-Américaine 

MAR 27 1952 

Boston, Massachusetts 




Imprimerie Ballard Frères 
Manchester, New-Hampshire 

1951 



1950 



BULLETIN 



de la 



Société Historique 
Franco-Américaine 

Boston, Massachusetts 




Imprimerie Ballard Frères 
Manchester, New-Hampshire 

1951 



Présentation 



Toujours un peu en retard, la Société Histo- 
rique présente son bulletin pour l'année 1950. Il 
continue la série de ses publications dont le but 
est de conserver à l'histoire les principaux faits se 
rattachant à l'influence franco-américaine au sein 
de la patrie. 

Les archives de la société augmentent sensi- 
blement chaque année. La présente livraison sou- 
ligne plusieurs événements qui méritent d'être con- 
signés dans nos annales. Ainsi se conservent et se 
perpétuent les gestes et les souvenirs de notre pré- 
sence au sein de la nation. 

La société remercie tous ceux qui se prêtent 
à son travail et sollicite la collaboration des com- 
patriotes qui peuvent ainsi enrichir l'écrin de notre 
histoire. 




Abbe Adrien Verrette 
Président 



Bulletin de 

Jla Société Jintan^ue. fynxvdca- A mexicaine 

Fondée le 4 septembre 1899 
Administration Secrétaire: Gabriel Nadeau, M.D., Rutland, Mass. 

Trésorier: Antoine Clément, 195 W. Sixth St., Lowell, Mass. 

Boston, Massachusetts Année 1950 



Conférence 
Fidélité Française * 

par Jean Bruchési 
de la Société Royale du Canada 

La Société Historique Franco-Américaine n'a eu jusqu'ici qu'à 
se louer, j'en suis sûr, du choix de ses conférenciers. Je n'en ai pas 
la liste, aussi bien fournie que brillante, mais il me semble qu'on y 
relève, entre autres, et parmi les plus récents, le nom de Son Eminence 
le cardinal Villeneuve et celui du Très Honorable Louis Saint-Laurent, 
premier ministre du Canada. C'est assez dire l'estime dans laquelle 
on tient cette vénérable Société, le prix qu'on attache à ses invitations 
et la place qu'elle occupe dans la vie des Franco-Américains. C'est 
assez dire aussi, puisque j'ai à mon tour l'honneur d'être reçu par 
vous, combien je déplore que votre Société ne respecte pas mieux la 
tradition et combien je suis mal à l'aise pour la féliciter sans réserve 
d'offrir à peu près tous les ans à un "cousin" du vieux Québec l'occa- 
sion de vous apporter l'hommage de son admiration et l'assurance de 
son attachement. 

Descendants de la France et fils du Canada, 
Sur la plage étrangère où l'espoir vous guida 
Quand du foyer natal le sort vous arrachait, 
Vous avez fièrement de ce double cachet 
Sans reproche et sans crainte 
Gardé la double empreinte ! (2) 
Ainsi s'exprimait Louis Fréchette, il y a plus de quarante ans. 
Même si sa langue n'est pas très poétique, même si la forme du vers 
date un peu ... ou beaucoup pour nos oreilles modernes où chantent 
les rythmes d'un Péguy, d'un Claudel, d'un Patrice de La Tour du 
Pin, c'est le coeur ici qui parle. Et c'est du même coeur que je vous 
salue ce soir, sans m'excuser de le faire en prose, mais en regrettant 
de n'avoir pas de titre pour donner plus de poids à mon témoignage. 
Il est rare qu'un Américain et un Canadien se rencontrent, d'un 
côté ou de l'autre de la frontière sans aborder la question des rapports 
entre les deux pays, sans échanger des propos plus ou moins précis sur 

* Prononcée le 29 novembre 1950, au University Club, à Boston, Mass. 
( 1 ) Feuilles volantes, par Louis Fréchette. 



6 BULLETIN DE LA SOCIETE HISTORIQUE 

l'avenir qui les attend, voire sans chercher pourquoi la politique les 
sépare alors que l'économique commanderait une union totale à la- 
quelle la géographie ne s'oppose pas, que la communauté de traditions, 
de langage, de modes de vie, d'intérêts et d'idéal faciliterait on ne peut 
mieux. "What is the use of a Canada politically separated from the 
United States?" demandait il n'y a pas encore longtemps, un banquier 
de New York à un journaliste de Montréal. Combien de fois, depuis 
un siècle et davantage, l'annexion d'un pays à l'autre ou d'un pays par 
l'autre, n'a-t-elle pas fait l'objet de longs débats ou entretenu un rêve 
qui n'a jamais été tout à fait dissipé? Tout récemment encore, le 
rédacteur financier du Wall Street Journal, M. George Shea, n'affir- 
mait-il pas dans Look (6 juin 1950) que "la frontière entre le Canada 
et les Etats-Unis devient une lourde corde qui risque d'étouffer le pro- 
grès et la sécurité de nos deux patries"? De là à réclamer la suppression 
des barrières économiques qui sont la conséquence de la frontière poli- 
tique, il n'y a qu'un pas vite franchi, d'autant plus que les deux popula- 
tions, paraît-il, se ressemblent entièrement. Pour l'auteur de cet arti- 
cle, la présence de quatre millions de Canadiens français ne pose aucun 
problème. Ce n'est pas, du reste, pour ménager 3 p.c. de la population 
globale — celle des Etats-Unis et du Canada — qu'il faut persister à 
maintenir inutilement 3,000 milles de chemins de fer, retarder l'exploi- 
tation méthodique des richesses du Canada, compromettre le bien-être 
des Etats-Unis, dont les ressources naturelles s'épuisent au contraire, 
et la sécurité du continent américain. Encore convient-il de recon- 
naître que l'auteur de l'article s'est peu après défendu d'avoir réclamé 
autre chose que l'union économique, accusant même les éditeurs de 
Look de lui avoir imposé ce titre à sensation: "Why the United States 
and Canada should be one country." 

N'empêche que, deux ou trois semaines après l'apparition de cet 
article, un débat public se déroulait à New- York entre partisans et 
adversaires de la thèse unioniste. Un jury américain donnait la palme 
aux premiers, convaincus que Canadiens et Américains forment un seul 
peuple, car ils parlent la même langue et aiment tous le baseball d'un 
amour égal ! 

Sans attacher plus d'importance qu'elles n'en méritent à des 
discussions ou à des opinions qui restent sur le plan spéculatif, il est 
bon de ne pas fermer l'oreille à des propos et à des idées dont le retour 
périodique n'est pas provoqué par la seule imagination de quelques 
utopistes. Il importe de proclamer bien haut, après l'honorable M. 
Pearson, ministre des Affaires Extérieures à Ottawa, que "le Canada 
n'est pas sous la domination des Etats-Unis", comme certains semblent 
le croire au-delà du rideau de fer, parfois même en deçà. Surtout est-il 
bon de rappeler le plus souvent possible, dans l'intérêt de nos deux pays 
et de la paix internationale, qu'il existe entre les deux des différences 
marquées qui ne sont du reste pas un obstacle à la plus étroite et à la 
plus utile des collaborations. Ces différences, point n'est besoin de 



FIDELITE FRANÇAISE / 

les chercher dans des domaines où la logique n'a rien à voir, comme, 
par exemple, dans le fait qu'il y aurait, aux Etats-Unis, 100,000 nais- 
sances illégitimes par année, 6,000,000 d'enfants appartenant à des 
familles travaillant hors du foyer conjugal, 3,000,000 de familles logées 
dans des taudis, 100,000 personnes admises par an dans des asiles d'alié- 
nés. Ce sont là des problèmes de régie interne qui ne concernent pas 
les Canadiens, problèmes qui préoccupent par ailleurs, les plus cons- 
ciencieux citoyens de la grande République. 

Rien ne nous empêche d'autre part de croire — même s'il y a des 
Canadiens pour penser le contraire — que l'économique ne prime pas 
tout et que, dans notre monde de plus en plus matérialiste, le spirituel 
ne doit pas être mis au rang des vieilles lunes. Bien au contraire, 
nous avons parfaitement le droit de redouter et de combattre la néfaste 
influence que pourrait avoir sur notre civilisation occidentale — à 
laquelle appartiennent les Etats-Unis comme le Canada — une con- 
ception de la vie qui serait, nous dit-on, en train de dominer le peuple 
américain. S'il faut en croire certains observateurs d'expérience, ce 
peuple américain, que nous aimons, serait repris par "la mégalomanie 
de la technique" (2). Et le résultat de cette attitude nous vaudrait 
''une civilisation de plus en plus tournée vers les réalisations de type 
collectif, dans laquelle l'individu agissant seul ne compte plus." Qu'y 
a-t-il de fondé dans de telles affirmations? Le témoignage de plusieurs 
Américains qui ne dissimulent pas leur propre inquiétude exige qu'on 
ne les prenne pas à la légère. En tous cas, si elles étaient vraies, ce 
serait bien dommage pour les Etats-Unis et bien dommage pour l'uni- 
vers entier. Car, la preuve en est faite depuis longtemps, "dans l'ordre 
du génie tout procède de l'individu". Comme vient au surplus de 
le rappeler Georges Duhamel, "la technique n'est que la servante de 
l'invention." Elle a sa place dans la vie des peuples. Il faudrait être 
aveugle ou sot pour ne pas reconnaître les services qu'elle rend à l'hom- 
me en lui facilitant, dans l'ordre matériel, l'accomplissement de ses 
devoirs. Mais la technique n'est qu'un des éléments de la civilisation 
dont la culture, au contraire, est le principe, est l'essence. Qui ne 
verrait, par conséquent, le danger qu'il y a pour un peuple de "créer" 
des machines à force de vouloir multiplier des experts, au lieu de cher- 
cher simplement à former des hommes dans le sens complet du mot? 

La perspective d'un tel danger, moins réel au Canada qu'aux 
Etats-Unis, suffirait à marquer une première différence entre nos deux 
pays, et il ne faudrait pas en pousser bien loin l'analyse pour saisir 
nombre d'autres différences du même ordre. C'est pourquoi le journa- 
liste canadien, dont j'ai parlé tout à l'heure, n'hésita pas à répondre au 
financier new-yorkais: "It is by remaining a nation quite distinct from 
the United States, that Canada is in a position to give the world some- 
thing more than it could do, were it annexed to its neighbour." Ce 
"something more" est peut-être, précisément, une philosophie de la vie 

(2) Voir France-Illustration, mars 1950. 



8 BULLETIN DE LA SOCIETE HISTORIQUE 

plus pure, plus humaine chez les Canadiens, en particulier chez les 
Canadiens français, que chez leurs voisins du sud. Traduite dans les 
faits, cette philosophie expliquerait pourquoi 99 p.c. des Canadiens 
appartiennent à une confession religieuse contre 55 p.c. des citoyens 
des Etats-Unis, pourquoi 69.6 p.c. des enfants canadiens sont inscrits 
à l'école contre 58.4 p.c. des enfants américains, et pourquoi au dire 
d'un industriel de ce pays la moyenne de l'intelligence du peuple cana- 
dien serait plus élevée que celle du peuple américain. . . 

Aussi bien n'y a-t-il avant tout, à l'origine du rêve caressé par 
les partisans d'une union totale des deux pays, que des préoccupations 
d'ordre matériel. Le principal, sinon l'unique argument qu'on invo- 
que est économique. Pour répondre aux exigences croissantes d'un 
vaste système de production, et en face du dépérissement progressif de 
certaines de leurs ressources naturelles, les Etats-Unis dépendent déjà 
dans une large mesure et dépendront de plus en plus de pays étrangers. 
Et le premier de ces pays, qui est aussi le plus rapproché, est le Canada. 
Mais ce n'est pas, encore une fois, la plus ou moins grande quantité 
de minerai de fer, d'uranium ou d'amiante, d'un côté ou de l'autre de 
la frontière, qui peut suffire à faire oublier ou à faire disparaître les 
différences réelles entre nos deux pays, même si ces différences ne peu- 
vent être appréciées en tonnes ou en dollars. Si la chose devait jamais 
se produire, rien ne prouve, bien au contraire, que les Etats-Unis ne 
finiraient pas par être les principaux perdants et que notre civilisation 
occidentale y trouverait le moindre avantage. 

On rapporte qu'un Français prétend avoir rencontré, au lende- 
main de la libération de son pays, à quelques mois d'intervalle, trois 
Américains de type différent. Le premier lui donna tout ce qu'il avait 
dans ses bras chargés. Un peu plus tard, le deuxième lui vendit tout 
ce qu'il avait sur lui. Un peu plus tard encore, le troisième s'empara 
de tout ce que le Français avait dans les mains . . . Qui s'étonnera 
que nos préférences aillent au premier, voire au deuxième de ces fils 
de la libre Amérique, mais que le troisième nous inspire quelques crain- 
tes? Le Canada est ce qu'il est, différent, sous maints aspects, des 
Etats-Unis, et personne ne doit le regretter, à commencer par les Amé- 
ricains eux-mêmes, pas plus que ceux-ci ne semblent déplorer qu'il y ait 
une Angleterre différente, une France différente. S'il en était autre- 
ment, jamais un des jeunes romanciers de ce pays, pour ne prendre 
qu'un exemple entre cent, Norman Mailer, auteur d'un livre célèbre, 
The Naked and the Dead, (3) ne pourrait écrire, au lendemain d'un 
séjour de quelques mois à Paris: "C'est merveilleux! A Paris, vous 
pouvez déposer votre fardeau et contempler le ciel gris. Ici, à New 
York, l'homme est dans une arène romaine. Il tourne en rond comme 
un rat, ou comme un personnage des cauchemars de Kafka." C'est 
que, voyez-vous, il existe un petit nombre de valeurs morales ou spiri- 

(3) Ce rappel ne constitue pas une recommandation en faveur du roman 
qui ne saurait être mis dans toutes les mains. 



FIDELITE FRANÇAISE b> 

tuelles qui font seules la véritable civilisation et dont la possession assure 
seule aux peuples qui les respectent le bonheur authentique en même 
temps qu'elles font sa fortune réelle. Ces valeurs, vous les connaissez 
et elles sont votre partage comme elles sont le nôtre. Quelques nations 
en ont hérité autrefois et les ont enrichies plus que d'autres. Nous de- 
vons être fiers de pouvoir nous en réclamer. Mais nous avons aussi 
le devoir de ne négliger aucun effort, de ne reculer devant aucun sacri- 
fice pour les conserver, car nous contribuerons ainsi à accroître le patri- 
moine de la nation à laquelle nous appartenons respectivement et, du 
coup, le patrimoine commun de l'humanité. 

Point n'est besoin, devant un auditoire comme celui-ci, dans une 
ville largement ouverte à la culture intellectuelle, qui s'honore d'avoir 
vu naître Emerson, Poe et Parkman, de rappeler ce que le Monde, ce 
que l'Amérique particulièrement doit à la France. Et quand nous 
disons la France, nous ne voulons pas parler d'un groupement d'indi- 
vidus plutôt que d'un autre, de tel ou tel régime politique, d'une époque 
de préférence à une autre, mais d'une nation entière à toutes les épo- 
ques de sa longue, tragique et glorieuse histoire. Ce que cette nation 
a donné d'excellent, de bon, parfois de moins bon au monde dépasse à 
ce point ce que les autres ont pu lui donner que la plus grande partie 
de son propre patrimoine moral ou intellectuel représente aujourd'hui 
l'élément le plus riche, le plus substantiel du patrimoine commun des 
hommes civilisés. Mais il n'est pas plus facile d'analyser cet apport, 
cette contribution, qu'il ne l'est de définir l'esprit français lui-même 
qui en a été, qui continue d'en être l'instrument. "Qu'est-ce qu'un 
Français?" demandait un orateur socialiste qui s'empressa de répondre 
lui-même: "C'est un coq qui boit du vin. "Définition aussi incomplète 
que celle du Canadien offerte récemment par un Anglophone: "A 
Canadian is a man of white race, of protestant faith, of British origin, 
of English language, of normal mental equilibrium." 

C'est assez dire que l'esprit français, pas plus que l'esprit de toute 
nation évoluée, ne se laisse pas saisir aisément. Il est fait de nuances 
souvent à peine perceptibles. Il est souple, curieux, vif, mobile, sen- 
sible, comme le Français lui-même, dont Jules César soulignait déjà 
les traits immuables, au temps de la conquête des Gaules. Le définir, 
c'est rappeler les principes, les motifs, les impulsions, les tendances 
d'après lesquels un Français se dirige; c'est souligner que la nation 
française est naturellement libre et gaie. — "Je ne fais rien sans gaieté", 
affirmait Montaigne — ; c'est soutenir, avec André Siegfried, que la 
France est une "nation de paysans, d'artisans et de bourgeois," qu'elle 
a un goût prononcé pour la belle ouvrage, l'ouvrage bien faite. Définir 
l'esprit français, c'est encore proclamer le caractère d'humanité qui s'y 
attache et le christianisme qui le pénètre envers et contre tout; c'est 
dire clarté, logique, ordre et mesure, grâce et goût, finesse et sociabilité. 
Et cet esprit a pour le servir, pour s'exprimer, un admirable instrument 
qui s'appelle la langue française. 



10 BULLETIN DE LA SOCIETE HISTORIQUE 

Or l'esprit français, qui fournit à la civilisation occidentale sa plus 
riche substance, a été un jour transplanté en terre canadienne. Qu'il y 
revête aujourd'hui tel ou tel caractère additionel sous l'influence du 
climat, de la géographie et de l'histoire, personne ne le niera. Mais 
l'essence est restée et doit rester la même. Ou bien, alors, il ne s'agit 
plus d'esprit français, d'un véritable esprit français qui imprègne les 
mœurs et les lois, qui marque la langue d'une empreinte indélébile, qui 
se traduit jusque dans la manière de se vêtir, de se nourrir et de s'amu- 
ser, qui ordonne les idées et les sentiments. 

Cet esprit-là, les fondateurs de notre pays l'ont eu. Car ce n'est 
pas seulement leur corps, mais leur âme aussi, avec ses qualités morales 
et intellectuelles, avec ses faiblesses, qu'ils apportèrent de France sur les 
rives du Saint-Laurent. Cet esprit-là, les quelques milliers de petites 
gens, qui sont nos communs ancêtres, l'ont eu. Ils l'ont défendu avec 
courage, dans l'espoir de le transmettre intégralement à ceux qui les 
remplaceraient et à qui il incomberait de poursuivre la tâche jamais 
achevée. Cet esprit-là s'est retrouvé dans l'action héroïque des mis- 
sionnaires, et jusqu'au martyre! Il a animé les découvreurs partis à 
la recherche des "mers douces" et des chemins qui devraient conduire 
jusqu'en Chine, les explorateurs d'une vaste étendue du territoire amé- 
ricain, les fondateurs d'un si grand nombre de villes américaines. Il a 
inspiré les paysans tenaces, faiseurs d'enfants et de terres; il a marqué 
les lois et la langue; il s'est accordé aux croyances et il a chanté par 
toutes les voix qui reprenaient à côté d'un berceau, à la lisière d'un bois, 
au fil de l'eau ou sur le sentier de la guerre, les refrains d'amour et de 
bataille. 

Comme il est à nous, il est autant à vous. Comme nous, vous 
avez, Franco-Américains, le droit d'en être fiers et, comme nous, le 
devoir de le conserver, de le défendre contre tous les assauts, contre 
votre propre indifférence, contre l'incompréhension de ceux avec qui 
vous vivez, contre vos faiblesses, et le devoir aussi de l'enrichir au profit 
de la grande nation à laquelle vous appartenez, comme nous essayons 
de faire dans l'intérêt de celle qui habite de l'autre côté de la frontière. 

Et qu'on ne vienne pas dire, ainsi que le proclamait un peu trop 
vite, aux pires heures de la deuxième Grande Guerre, le premier 
ministre Smuts, d'Afrique du Sud, que la France a cessé d'être une 
grande nation, surtout que la culture intellectuelle française n'a plus 
aucun rôle à jouer au XXe siècle. Ceux-là mêmes qui reconnaissent la 
gravité du moment que nous vivons, qui admettent l'état périlleux où 
se trouve notre civilisation occidentale, ne cachent pas l'étonnement où 
les plonge l'effort de redressement français. N'est-ce pas dans une 
récente livraison de l'importante revue hebdomadaire U. S. News and 
World Report, qu'on pouvait lire ce commentaire significatif: "French 
ideas are over-shadowing and even crowding out American and British 
ideas. Strange thing is that the French are asserting leadership among 




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12 BULLETIN DE LA SOCIETE HISTORIQUE 

the Western Allies without having many of the things it takes to act 
like a big power . . . Ideas, it may be, count more in Europe just now 
than guns and dollars." Et pourquoi les idées, en Amérique aussi, ne 
compteraient-elles pas plus que les canons et les dollars? Pourquoi 
Franco-Américains, aux Etats-Unis, et nous, d'origine française, au 
Canada, ne contribuerions-nous pas précisément à faire triompher les 
meilleures de ces idées, puisque nous pouvons nous réclamer à la fois 
d'une religion qui a fait ses preuves et d'une culture intellectuelle dont 
le Pape Pie XII, hier encore, a rappelé "la puissante impulsion, les 
vraies valeurs et les découvertes géniales . . . fournies au patrimoine 
commun de l'Europe et de l'humanité?" 

Il y a un an, de brillantes manifestations ont souligné le centenaire 
de l'établissement en quelque sorte officiel des premiers Canadiens 
français aux Etats-Unis. L'occasion était belle d'évoquer le souvenir 
de ceux que l'impérieuse nécessité ou l'irrésistible attrait conduisit de ce 
côté de la frontière, l'état vraiment misérable dans lequel un grand 
nombre des vôtres ont trop longtemps vécu, les sacrifices qu'ils se sont 
imposés pour rester eux-mêmes le plus possible, les obstacles de toute 
sorte qu'ils ont rencontrés et qu'ils ont en partie renversés. On n'y a 
pas manqué, et bien habile celui qui pourrait présenter aujourd'hui 
le fidèle bilan des pertes et des gains. Chose certaine, quelle que puisse 
être l'étendue de celles-là, les Franco-Américains ont démontré qu'ils 
possèdent à un haut degré la force de durée. Et durer, a écrit Goethe, 
"est le chef-d'oeuvre de l'homme." Mais la force de durée ne prend 
vraiment tout son sens et n'a vraiment toute sa puissance créatrice que 
si elle s'accompagne de la force de renouvellement. Il en va des 
peuples comme des individus, surtout à un certain degré de développe- 
ment intellectuel, à un certain stage de la vie : celui qui ne se renouvelle 
pas, sur la même base où il a assis sa grandeur, est condamné à dis- 
paraître. 

Le temps est passé où les Canadiens, en partie responsables de ce 
qui arrivait, pouvaient tout de même déplorer l'émigration des leurs 
aux Etats-Unis. L'abondante saignée qui s'est produite appartient 
désormais à l'histoire et l'histoire veut être interrogée pour les leçons 
qui s'en dégagent: leçons de sagesse, de prudence, ou leçons d'espé- 
rance. Elle nous enseigne, entre autres choses, que si les événements 
ne se répètent pas exactement de la même manière, les mêmes causes, 
toutefois, produisent les mêmes effets. D'où la valeur de cet ensei- 
gnement auquel les hommes d'Etat ont tort de ne pas attacher l'im- 
portance qu'il mérite. La politique internationale de ces dernières 
années, notamment en ce qui a trait aux rapports des puissances occi- 
dentales avec la Russie, nous fournit sur ce point une frappante illus- 
tration. Dans un moins vaste champ, l'aventure parfois tragique, 
mais plus encore réconfortante, des Franco-Américains, nous en offre 
une autre. Et c'est pour ce motif qu'il n'est pas mauvais d'y revenir 



FIDELITE FRANÇAISE 13 

lorsque l'occasion s'en présente, ne serait-ce qu'en passant, afin d'y 
trouver une force nouvelle à l'appui de principes, ou de règles, dont la 
fuite du temps n'amoindrit pas la valeur. 

En 1861, un jeune Parisien, qui fut pendant plus de quarante ans, 
l'ami fidèle et dévoué de tous les Français d'Amérique, Rameau de 
Saint-Père, visitait avec émotion les centres franco-américains des Etats- 
Unis, de Boston à Détroit, de Chicago à Saint-Louis et à la Nouvelle- 
Orléans. Dans des lettres qu'il échangea par la suite avec ses corres- 
pondants d'outre-Atlantique, parmi lesquels on relève les noms de 
l'abbé F.-X. Chagnon, curé de Champlain, (New-York), et de Ferdi- 
nand Gagnon, dans son journal, dans ses articles et ses livres, Rameau 
de Saint-Père ne cacha point l'admiration où le jetaient les efforts faits 
par les Franco-Américains, comme par les Acadiens, pour rester catho- 
liques et garder leur langue. Mais il ne dissimula pas non plus les 
craintes qu'il éprouvait pour l'avenir de ces frères séparés, de ces "des- 
cendants du plus pur sang français", objets du mépris des Yankees de 
ce temps-là, victimes de l'attitude du clergé irlandais de l'époque, me- 
nacés "par le flot américain qui monte sans cesse" autour d'eux. 
Revenu aux Etats-Unis vingt-sept ans plus tard, Rameau de Saint-Père 
fut émerveillé des transformations qui s'étaient produites. Sans doute 
pouvait-il déplorer, avec son ami, le célèbre géographe Onésime Reclus, 
l'émigration des Canadiens en Nouvelle-Angleterre, émigration, écri- 
vait Reclus, "qui, loin d'étendre leur nationalité, la distend et l'épuisé." 
Sans doute aussi, partageait-il le sentiment de son compatriote qui 
aimait mieux voir dix "Canayens au nord, au très haut nord, que 
cinquante à côté de l'Oncle Sam et de son vaste pays." Peut-être même 
n'était-il pas loin de craindre, avec Charles Thibaut, que, dans les 
grandes villes, la langue française finirait pas disparaître à la troisième 
génération. Mais il disait toute sa confiance dans l'avenir des Franco- 
Américains du Maine et des proches frontières, en dépit de l'attitude 
toujours hostile du clergé irlandais d'alors qui se faisait l'apôtre, l'arti- 
san de l'"américanisation par l'Eglise", comme on disait, en dépit de 
l'opinion très répandue, même à Rome, que "la langue anglaise doit 
finir par être la seule langue dans l'Amérique du Nord." (4). 

Bien au contraire, s'inclinant devant le fait accompli. Rameau 
de Saint-Père montait en épingle les paroles de Mgr de Goesbriand. 
premier évêque de Burlington, pour qui les Franco-Américains étaient 
"appelés par Dieu à coopérer à la conversion de l'Amérique comme 
leurs ancêtres furent appelés à planter la foi sur les bords du Saint- 
Laurent." Encore ces Franco-Américains devaient-ils pouvoir s'ap- 
puyer sur des prêtres et des évêques de leur langue, actifs et zélés, se 
grouper dans des paroisses bien à eux, multiplier et soutenir leurs pro- 

(4) Ainsi pensait, entre autres, le cardinal Mazella, en 1890. Vingt ans 
après, au Congrès Eucharistique de Montréal, Mgr Bourne. archevêque de West- 
minster, ne tenait pas un autre langage. 



14 BULLETIN DE LA SOCIETE HISTORIQUE 

près écoles, ne pas avoir peur ou honte de parler le français, posséder 
des journaux, faire appel à leurs frères ou cousins du Canada, tout en 
restant, cela va de soi, fidèles à leurs devoirs de citoyens des Etats-Unis. 
En somme Rameau de Saint-Père tenait, en d'autres termes, le langage 
tenu récemment par le Père Drouin, curé de Lewiston, qui a défini 
les Franco-Américains un "peuple de langue française au sein d'une 
nation qu'il révère, qu'il aime et dans laquelle il veut jouer un rôle 
prépondérant pour mieux servir l'Etat." Il ne s'exprimait pas autre- 
ment que Févêque du nouveau diocèse de Worcester, Mgr John J. 
Wright, ne s'est exprimé il y a quelques mois à l'adresse de ses ouailles. 
Langage du bon sens, qui est aussi celui de la justice et de la charité, 
qui vaut non seulement pour le diocèse de Worcester, mais pour tous 
les diocèses où l'on compte une minorité, voire une majorité catholique 
de langue française. 

* * * 

Il n'est pas mauvais, je pense, de reprendre ici les paroles de Mgr 
Wright, d'abord pour y faire écho, mais surtout parce qu'elles sont un 
programme qui marque peut-être, espérons-le en tout cas, un tournant 
dans l'histoire des Franco-Américains. "C'est la variété de ses élé- 
ments qui a fait, qui continue de faire la force et la grandeur de notre 
pays bien-aimé. Ses fondateurs n'ont pas voulu invoquer des "tradi- 
tions officielles", ils n'ont pas voulu imposer une "langue officielle", 
ils n'ont pas voulu contraindre ses habitants à adhérer à une "religion 
officielle". Qu'on ne mette donc plus de l'avant cette idée du melting 
pot américain, idée "détestable et même contraire à l'esprit" de la 
Constitution des Etats-Unis. Et quel Franco-Américain ne se senti- 
rait récompensé de tant de sacrifices et d'efforts, justifié d'avoir opposé 
une résistance tenace à toutes les tentatives ouvertes ou dissimulées 
d'assimilation, encouragé à poursuivre et à accroître sa fidélité fran- 
çaise, lorsqu'il entend tomber, des lèvres de Févêque de Worcester, ces 
paroles significatives: "Ceux-là font oeuvre vraiment américaine, qui 
cultivent et veulent conserver leurs traditions dans leur pureté et leur 
vigueur . . . faire usage des trésors culturels accumulés et hérités du 
passé, pour préparer et bâtir l'avenir où nos enfants vivront"? 

D'après un rapport déposé à Washington, en mai dernier, par un 
comité spécial du Sénat qui avait pour tâche d'étudier le problème de 
l'immigration, il y aurait présentement, aux Etats-Unis, moins d'un 
million de Franco- Américains dont près de 275,000 nés au Canada 
(1940). Nous finirons peut-être par avoir un jour le compte exact 
de la population franco-américaine, compte difficile à établir pour 
l'ensemble du territoire de la République, mais qu'on devrait pouvoir 
dresser d'une manière assez précise dans les Etats de l'est. En atten- 
dant, qu'il s'agisse d'un ou de deux millions — et ce dernier chiffre 
est vraisemblablement plus près que l'autre de la vérité — la présence 
des Franco-Américains est un facteur important qui intéresse nos deux 



FIDELITE FRANÇAISE 15 

pays à des titres divers. Par leur nombre sans doute, mais bien davan- 
tage par tout ce qu'ils incarnent, ils sont loin d'être une quantité négli- 
geable. Ce qu'ils ont accompli au cours du dernier siècle est à leur 
honneur sans doute, mais également au profit de la grande nation à 
laquelle ils sont fiers d'appartenir, de l'ensemble des traditions dont 
eux et nous nous réclamons. Que les origines soient modestes aux 
yeux des hommes, que les débuts, encore une fois, aient été pénibles: 
ils n'ont pas à en rougir et personne n'a le droit de les leur jeter à la face 
comme autant d'injures. Du reste, tous ceux qui ont récemment 
entrepris de raconter telle ou telle phase de l'histoire des Franco-Amé- 
ricains, au XIXe siècle — une Iris Saunders-Podea, un Mason VVade, 
un John Brebner, voir un John Gunther — ne peuvent se retenir de 
rendre hommage à leur merveilleuse endurance et à leur noblesse 
d'âme. Ce n'est pas avec des statistiques qu'on fait de l'histoire, et 
le moins qu'on puisse demander à ceux qui l'écrivent, c'est d'avoir le 
plus de sympathie possible pour les hommes dont ils parlent; et il en 
faut beaucoup pour comprendre. Le respect de la vérité, qui est la 
première loi de l'histoire, n'exclut par l'amour. 

Il ne fait pas de doute que les Franco- Américains occupent aujour- 
d'hui des positions sensiblement plus solides, de certains points de vue 
du moins, que ceux du siècle dernier. Qu'il y ait des pertes, de lourdes 
pertes souvent, à enregistrer: il fallait s'y attendre. Qu'il n'y ait pas 
lieu de se réjouir trop vite des succès remportés sur tel ou tel point 
du front étendu de la résistance : c'est évident. Que la partie soit loin 
d'être gagnée contre tous ceux dont la principale préoccupation semble 
être d'américaniser plutôt que de christianiser les catholiques venus 
d'autres pays, que la vigilance et l'effort doivent être maintenus au 
même rythme, voire doublés et triplés: les plus avertis en conviennent. 
Rien ne prouve, bien au contraire, que l'avenir se présente uniquement 
rempli de belles promesses et de riantes perspectives. Ce même comité 
du Sénat américain, auquel j'ai fait allusion tout à l'heure, ne craint 
pas d'affirmer que les Canadiens français émigrés aux Etats-Unis 
auront de plus en plus de mal à conserver leur unité culturelle. C'est 
le contraire qui étonnerait. Pour ce motif, précisément, il importe que 
les Franco-Américains prennent tous les moyens de rester eux-mêmes 
dans le cadre politique où la Providence les a placés. 

Une terrible menace pèse en ce moment sur le monde, et cette 
menace, dirigée contre la civilisation occidentale, donc chrétienne, ne 
vient pas seulement de l'extérieur, mais de l'intérieur. Ce n'est pas 
seulement la menace d'un conflit meurtrier entre deux masses puissan- 
tes qui nous inquiète tous avec raison, mais les conséquences d'un tel 
conflit pour notre civilisation. Ce ne sont pas seulement les engins de 
guerre, si perfectionnés soient-ils, qui préviendront cette menace, et 
qui, si jamais elle éclate, permettront d'échapper à ses funestes 
effets. La solution du problème et la promesse du salut sont dans 



16 BULLETIN DE LA SOCIETE HISTORIQUE 

l'homme. On ne défend pas ce à quoi l'on ne croit pas; on ne 
risque pas sa vie pour garder le superflu, l'accessoire. On défend son 
corps, on défend son bien matériel, mais on défend aussi son âme 
comme on défend les valeurs morales et intellectuelles qui ne sont pas 
toute la civilisation, mais qui en forment l'élément essentiel comme 
elles sont l'élément essentiel de la culture. 

Que les Franco- Américains doivent conserver leur identité: nom- 
breux dans leurs propres rangs et en dehors ceux qui en sont convain- 
cus. Et cette conviction — il ne faut pas cesser de le redire — en 
passant dans les actes, sert à la fois les intérêts de nos deux pays, intérêts 
qui se confondent plus que jamais avec ceux de la civilisation occiden- 
tale. Cela revient donc à proclamer que les Franco-Américains doi- 
vent non seulement rester catholiques, mais vivre pour eux-mêmes et 
pour les autres leur catholicisme dans tout ce qu'il signifie, un catho- 
licisme qui ne soit pas agressif, même s'il est conquérant, un catholi- 
cisme qui repose sur la charité et qui respecte la liberté parce qu'il 
n'admet pas l'injustice. Cela revient aussi à reconnaître que les Fran- 
co-Américains doivent, en les adaptant au milieu politique, économique 
ou social dans lequel ils vivent, rester fidèles à leurs meilleures tradi- 
tions, familiales ou autres, et qu'ils doivent par-dessus tout, maintenir 
la langue française qui suppose elle-même un esprit français. Or une 
langue se maintient sans doute lorsqu'elle est apprise sur les genoux 
d'une mère et sur les bancs de l'école; mais cela ne suffit pas. Il faut 
que la langue soit parlée partout et il faut qu'elle soit bien parlée. 
Comme l'affirmait Mgr Wright, dans son discours de Worcester, "l'étu- 
de du français ne doit pas aboutir qu'à savoir assez de français pour 
demander des pommes de terre en français ou à s'exprimer en français 
à l'usine." L'évêque a bien montré jusqu'où doit porter l'effort et c'est 
tout un programme: "ouvrir l'esprit des petits Franco- Américains, 
élargir leurs horizons, enflammer leur coeur en leur permettant d'ac- 
céder, en les initiant au trésor immense, incomparable qu'est la civili- 
sation française contemporaine . . . civilisation faite de sagesse, de 
saine philosophie, d'oeuvres religieuses, et sociales, qu'anime un sens 
inné d'équilibre et de justice." 

En sera-t-il ainsi? Cela dépend de maints facteurs. Quelques-uns 
vous échappent, en ce sens qu'ils sont conditionnés par le traitement 
dont vous êtes l'objet, par la collaboration qui vous est fournie, par la 
mesure de liberté qui vous est accordée. Mais vous tenez le plus grand 
nombre dans vos propres mains, et si vous en avez la volonté reposant 
sur une inébranlable conviction, vous sauverez du danger qui les guette 
les valeurs intellectuelles dont la possession intégrale assurera votre sur- 
vivance, le maintien de votre identité. A vous, par conséquent, à tous 
ceux, entre autres, qui acceptent d'être des éducateurs, qui assument 
le rôle de chefs ou de guides, dans les maisons d'enseignement comme 
dans les paroisses et les sociétés, quelles qu'elles soient, qui vous grou- 



FIDELITE FRANÇAISE 17 

pent, de vous nourrir, de vous imprégner de la tradition culturelle fran- 
çaise. 

Cercles d'études, bibliothèques, revues, journaux, radio, cinéma: 
tous ces moyens, perfectionnés par la science moderne, sont au service 
des Franco-Américains comme ils le sont au nôtre, même s'il y a plus 
d'obstacles à leur fréquent et bienfaisant usage de ce côté-ci que de 
l'autre côté de la frontière. Sans doute, l'emploi de ces moyens peut 
offrir des dangers. Il y a de mauvais livres, de mauvais journaux, de 
mauvais programmes de radio et de mauvais films, pas seulement du 
point de vue de la morale toutefois. Et comme je n'ai pas ici charge 
d'âmes, par vocation, je n'ai aucun scrupule de m'attacher particulière- 
ment à ce que livresjournaux, programmes de radio et films ont de 
mauvais pour la formation des intelligences. Cela aussi mérite d'être 
souligné si l'on veut que le français parlé aux Etats-Unis soit une langue 
vivante et riche — ce qu'il doit être d'abord pour y survivre, pour y 
durer. Et puis, il ne faut pas jouer avec le poison, il ne faut pas non 
plus s'exposer à mourir de faim par crainte de s'empoisonner. La pru- 
dence n'empêche pas le discernement. Aussi bien un grand malheur 
frapperait les Franco-Américains le jour où, par exemple, la jeunesse 
prendrait le goût de l'anglais, entre autres motifs, pour avoir été mise 
en garde contre la littérature française contemporaine jugée en bloc 
comme immorale. Et le malheur serait d'autant plus grand qu'une 
semblable attitude n'empêcherait pas cette même jeunesse de se mettre 
à lire ce qu'il y a de moins bon dans la littérature américaine. Que 
les Franco-Américains se défendent contre la mauvaise littérature sous 
toutes ses formes, et contre le mauvais cinéma : c'est leur devoir et c'est 
leur droit. Mais s'il est vrai que la langue soit pour eux, dans une 
certaine mesure, la gardienne de leur foi, qu'ils ne risquent pas de la 
perdre par le refus de l'alimenter à la source d'où elle provient, car, 
du même coup, ils compromettraient leur foi. 

* * * 

En guise de conclusion à la conférence qu'elle prononçait à Boston 
même, au mois de décembre dernier, devant les membres de Y American 
Catholic Historical Associatioîi et de V American Historical Association, 
Mme Iris Saunders-Podea a exprimé un avis qui est tout à l'honneur 
des Franco-Américains. Maintenant que la province de Québec est 
devenue la plus industrialisée du Canada, ce sera peut-être la bonne 
fortune et la responsabilité de ces Franco-Américains de guider leurs 
cousins du nord dans la voie de la survivance catholique. Ce n'est pas 
nous, vous le pensez bien. Mesdames, Messieurs, nous du Québec et de 
tout le Canada français, qui refuserons le concours de votre expérience, 
de vos conseils et de vos forces. De l'autre côté de la longue frontière 
qui nous sépare, nous avons maintenu de notre mieux, vous le savez, 
les croyances, les traditions et la langue dont est faite la plus riche part 
de notre commun patrimoine. Et même s'il nous est arrivé de com- 



18 BULLETIN DE LA SOCIETE HISTORIQUE 

mettre des erreurs, de connaître des défections, d'essuyer des défaites, 
par notre faute parfois mais bien plus souvent par celle du fanatisme 
ou de l'ignorance qui s'en prenaient à nos droits les plus chers, nous 
avons cependant eu quelque mérite à repousser de terribles assauts. 

Nous non plus n'avons pas à rougir de nos origines, de la foi que 
nous avons quelque peu contribué à répandre sur ce continent, de la 
langue que nous cherchons à parler le moins mal possible, des travaux 
que nous poursuivons dans le domaine de l'instruction, dans ceux des 
arts, des lettres et des sciences, pour assurer le maintien et le rayonne- 
ment de la culture intellectuelle française, en ce qu'elle a de meilleur. 
Ce n'est pas une autre France, qu'on se le dise bien, que nous avons 
péniblement bâtie sur les rives du Saint-Laurent d'abord, mais aussi 
partout où des hommes de notre sang, de notre croyance et de notre 
langue se sont établis, dans ce vaste et rude Canada où nous avons la 
prétention d'être chez nous, de l'Atlantique au Pacifique. C'est une 
France autre qui s'est édifiée là-bas, façonnée par le temps et le labeur 
de l'homme, qui a pris un visage différent sous l'influence du milieu, 
des événements politiques ou sociaux, mais dont les traits les plus pro- 
fonds trahissent toujours la lointaine origine. Il se peut que la nation 
canadienne n'ait pas encore aux yeux du monde, tous les caractères 
rêvés pour elle. Mais elle existe, elle n'est pas un mythe. Et ce qui 
en fait l'originalité, ce qui en fera la force et la grandeur, c'est qu'elle 
est, suivant le mot prononcé devant vous, il y a un an, par le premier 
ministre du Canada, "une nation basée sur l'association des descendants 
de deux grandes races". 

Ceux qui ne sont pas aveuglés par les préjugés n'hésitent pas à 
reconnaître la large contribution de l'élément français et catholique 
à la prospérité, à la stabilité du Canada d'aujourd'hui, et ils savent ce 
que représentera cette contribution dans le Canada de demain. Voilà 
pourquoi, sans mépriser, bien au contraire, la richesse matérielle dont 
son pays offre le plus brillant tableau, sans faire fi des techniques dont 
notre siècle abonde, le Canadien français doit d'abord s'attacher aux 
valeurs spirituelles qui lui donneront la culture véritable, qui lui vau- 
dront de pouvoir contribuer réellement au maintien de la civilisation 
occidentale. Ces valeurs, il lui faut les fortifier, les enrichir, les défen- 
dre contre lui-même et contre les autres. Seul, il ne le peut pas. Il a 
besoin lui aussi, comme vous, de s'alimenter à la source, même s'il doit 
parfois prendre garde de ne pas accepter tout ce qui vient de la source. 
A son tour, parce qu'il peut désormais, après tant d'années de luttes et 
d'efforts, assurer le rayonnement de la culture dont il se réclame, le 
Canada français, se présentera particulièrement sur cette terre d'Amé- 
rique, comme une source où d'autres viendront puiser. Encore im- 
porte-t-il de bien préciser que le Canada français ne se limite plus à 
la seule province de Québec, même si cette dernière continue d'être le 
principal foyer de la culture française hors de France. Un million de 



FIDELITE FRANÇAISE 19 

Canadiens français vivent en dehors de la province de Québec, au 
Canada même. Ils ont les mêmes droits et les mêmes devoirs que ceux 
des rives du Saint-Laurent. Rien n'empêche les Franco-Américains 
de se tourner vers eux, comme vers nous, au besoin. 

Sans doute, il est malheureusement arrivé que Canadiens français 
et Franco-Américains ne se sont pas toujours bien compris. La chose 
peut se produire de nouveau. Mais l'incompréhension est presque tou- 
jours le fruit de l'ignorance et nous ne manquons pas de moyens, des 
deux côtés de la frontière, pour empêcher l'ignorance de se répandre, 
de se prolonger. Les causes de division ne font pas défaut entre les 
deux groupements mais combien plus nombreuses encore les raisons 
qu'ils ont de s'unir, de se rapprocher, de mettre certaines de leurs forces 
en commun pour sauver, pour accroître ce qu'ils ont de plus cher! 

Il est évident que la province de Québec, pour m'en tenir à elle, 
exerce de plus en plus d'attrait sur les Canadiens de langue anglaise et 
sur les citoyens des Etats-Unis. Que les uns et les autres y viennent 
d'abord en touristes curieux; personne ne le conteste. Mais combien, 
parmi ceux qui sont partis à la recherche d'un beau paysage, d'un cadre 
pittoresque, voient leur intérêt s'étendre aux valeurs que les hommes 
représentent! Et combien aussi demandent à cette province de Qué- 
bec de leur réapprendre le vrai sens de la vie qu'ils ont perdu ! Pour- 
quoi, lorsqu'il ne s'agit plus de retrouver, mais de maintenir ou d'ac- 
croître les meilleurs éléments qui font la culture d'un peuple, les Fran- 
co-Américains ne pourraient-ils pas compter sur la province de Québec, 
sur le Canada français tout entier? 

Le Canada est une terre privilégiée, et plus particulièrement peut- 
être le Canada français dont, au lendemain de la béatification de Mar- 
guerite Bourgeoys, le Pape Pie XII a dit "Non fecit taliter omni na- 
tioni." Mais parce qu'il a beaucoup reçu, le Canada français doit 
être prêt à donner beaucoup. Et s'il existe des êtres qui ont droit de 
demander et de recevoir beaucoup de ce même Canada français, de 
cette province de Québec d'où la plupart sont venus, ce sont les Franco- 
Américains. 

L'un des nôtres, pour qui notre entrée dans l'union américaine 
ne faisait pas de doute, Edmond de Nevers, a un jour écrit que la 
force des Canadiens des Etats-Unis — c'était il y a plus d'un demi-siècle 
— résidait dans le patriotisme ardent, actif et pratique de son élite 
intellectuelle, de sa classe dirigeante, prêtres et laïques. A vous de dire, 
Mesdames, Messieurs, si le même témoignage pourrait être ou non 
rendu aujourd'hui à votre élite, à toute votre élite. Quelle que soit 
votre réponse, il est certain que vous ne pouvez pas seuls défendre et 
accroître les valeurs spirituelles dont vous avez besoin, dont la nation 
à laquelle vous appartenez a aussi besoin, dont notre monde chrétien 
ne saurait se passer; pas plus que nous le pouvons seuls, de l'autre côté 



20 BULLETIN DE LA SOCIETE HISTORIQUE 

de la frontière. Aussi bien, ne puis-je que vous encourager, en termi- 
nant, à regarder de plus en plus vers nous pour prendre chez nous ce 
que nous avons de meilleur à vous offrir. Et ce n'est pas en agissant 
de la sorte que vous négligerez vos premiers devoirs de citoyens des 
Etats-Unis. C'est au contraire en restant eux-mêmes, en ne refusant 
aucun effort, aucune collaboration loyale, aucun sacrifice, pour con- 
server leur individualité propre, que les Franco-Américains serviront le 
mieux la cause de leur pays qui n'est pas loin d'être en ce moment, sous 
certaines réserves mineures, la cause de la civilisation chrétienne. Et 
c'est ainsi également qu'ils donneront un sens aux paroles prononcées 
en janvier de cette année, devant le Congrès, par le président des 
Etats-Unis: "We work for a better life for ail, so that ail men may 
put to good use the great gifts with which they hâve been endowed by 
their Creator. We seek to establish those material conditions of life in 
which, without exception, men may live in dignity, perform useful 
work, serve their communities, and worship God as they see fit." 



Allocution du président 
Présentation du conférencier 

Au lendemain de ses brillantes fêtes cinquantenaires, la Société 
Historique Franco-Américaine est heureuse de saluer ses invités et ses 
membres en cette 51e réunion annuelle. Elle adresse à tous la plus 
fraternelle bienvenue. 

Nous voulons de suite féliciter chaleureusement M. le consul 
général Albert Chambon, dont le poste vient d'être élevé à une haute 
distinction, grâce à l'importance que M. Chambon a su donner au 
consulat français, à Boston. Nous associons également à nos félicita- 
tions, la personne de M. le Consul Paul-André Beaulieu, du Canada. 
Ces deux grands amis ont toujours leur place réservée à notre table 
de famille. Ils complètent avec nous cette merveilleuse trilogie, qui se 
partage en terre américaine, le rayonnement français. 

Et puisque nous sommes dans le domaine des hommages, la Société 
veut ce soir honorer d'une façon toute particulière Mgr William Dra- 
peau, P.D., curé de la paroisse St-Jean-Baptiste de Lynn, que les 
autorités romaines viennent de revêtir des insignes de la prélature. 
Mgr Drapeau est un fervent et un membre fidèle de la société. En 
plusieurs circonstances, il a contribué à ses travaux. Nous aimons à 
saluer en lui le pasteur franco-américain sincère et distingué, qui a 
toujours montré un dévouement indéfectible à notre culture, un véri- 
table apôtre de nos oeuvres. Félicitations, hommage et longue vie à 
ce distingué compatriote-prélat. 

La SHFA depuis sa fondation a su maintenir hautement à l'hon- 
neur, une belle tradition, celle d'accueillir à sa tribune des ambassa- 



FIDELITE FRANÇAISE 21 

deurs remarquables de la pensée française. La puissance éducatrice de 
l'histoire est une discipline qui ne peut pas échapper à l'esprit sérieux. 
Pour nous, nous savons, comme on l'a écrit "que le rapport de la tradi- 
tion, c'est la condition même de la vraie liberté d'esprit, du progrès 
par conséquent". Aussi, sommes-nous toujours anxieux de nous plon- 
ger dans le passé glorieux de nos pères, afin de fortifier nos convictions 
de survie, en les illuminant de leur valeur civilisatrice. N'est-ce pas 
cela l'histoire, qui nous transmet l'expérience héréditaire, que le présent 
dispose et lègue aux générations à venir. C'est à ce contact humanisant 
que nous pouvons fortifier nos notions en les adaptant aux exigences 
de l'heure. 

Ce soir il nous est donc particulièrement agréable de saluer la pré- 
sence de l'une des plus brillantes figures du Canada français, M. le 
Ministre Jean Bruchési, sous-secrétaire de la Province de Québec, 
historien de marque, homme de plume, de large envergure et de pensée. 
Depuis bientôt 25 ans, sa carrière dans les lettres a été une ascension 
perpétuelle. 

M. Bruchési nous en voudrait peut-être, de nous attarder trop 
sur sa personne. Mais nous voulons, tout de même, souligner sa 
réputation d'écrivain et d'historien. Déjà une dizaine de ses ouvrages 
ont connu de véritables succès de librairie. Ses premiers "Coups, 
d'Ailes", (1922) péchés de jeunesse en poésie, lui ont donné une envo- 
lée fulgurante, qui le place au nombre des plus belles plumes de notre 
génération. Mentionnons son "Histoire du Canada pour tous", en 
deux tomes, deux fois couronnée par l'Académie française et qui se 
devrait trouver dans tous nos foyers. Son "Epopée canadienne" d'un 
ton plus léger mais non moins captivant. 

Mais c'est surtout dans son récent ouvrage "Canada, réalités d'hier 
et d'aujourd'hui" que M. Bruchési s'est révélé et fixé comme le véri- 
table interprète de l'histoire de son pays. Cet ouvrage, fruit d'une 
série de cours, donnés à la Sorbonne de Paris en 1948, ira loin pour 
faire connaître sous son vrai jour le Canada, avec les problèmes com- 
plexes de ses deux cultures. Il faut féliciter M. Bruchési d'avoir avec 
courage souligné tous les aspects de l'éternel problème avec une objecti- 
vité de grand historien. On nous apprend également, que M. Bruchési 
assistera tout prochainement à Toronto au lancement de l'édition an- 
glaise de son ouvrage. C'est, à la vérité, un hommage considérable 
que lui adresse le public anglais. 

Et s'il fallait encore résumer les nombreuses études sur l'histoire 
politique, le droit international, l'histoire religieuse, l'éducation, c'est 
toute une série des meilleurs revues sans oublier les Cahiers des Dix 
qu'il faudrait consulter pour mesurer la vaste érudition de l'écrivain, 
avec sa prose toujours limpide, serrée, parfois délicieusement imagée 
et de la plus pure facture française. 

Cette information considérable, c'est par un travail acharné qu'il 
l'accumule depuis le professorat aux universités de Montréal et Laval, 



22 BULLETIN DE LA SOCIETE HISTORIQUE 

sa collaboration à nombre d'oeuvres qu'il dirige ou qu'il appuie avec 
un dynamisme remarquable. C'est ainsi que nous le retrouvons à la 
présidence d'organismes culturels et scientifiques de la plus haute enver- 
gure, la Société Royale du Canada, l'Association Canadienne-française 
pour l'avancement des Sciences, la Société des Ecrivains Canadiens 
Société Canadienne d'Enseignement post-scolaire, l'Institut Canadien 
de Québec, etc. etc. 

Et combien de voyages en Europe, alors que M. Bruchési reçoit 
des citations et décorations, qui attestent la valeur de ses écrits et l'in- 
fluence de ses enseignements. Depuis 1937, il est sous-secrétaire de la 
province de Québec, poste véritablement stratégique, qui lui permet 
encore d'exercer tous ses talents au profit de notre rayonnement fran- 
çais partout au Canada et par delà les mers. 

En voilà bien assez pour justifier éloquemment les doctorats et 
titres honorifiques que porte M. Bruchési et qui sont autant de témoi- 
gnages adressés à tous ses frères, en plus de faire briller dans sa véri- 
table lumière française la belle réputation de notre illustre conférencier. 

Je m'arrête, car c'est bien M. Bruchési que nous voulons entendre 
ce soir. Il nous apporte certainement une étude qui va nous charmer, 
et réchauffer nos coeurs "Fidélité Française" . En préfaçant son récent 
ouvrage, M. l'académicien Etienne Gilson, notre commun ami, écrivait: 
"l'auditoire parisien qui l'a si fidèlement suivi à la Sorbonne, n'oubliera 
pas le maître canadien dont la parole ferme, élégante, toujours pleine 
d'allant, d'humour, et parfois de poésie, l'a tenu sous le charme, au 
printemps de 1948. Un Canadien parlait du Canada. Engagé tout 
entier dans son sujet, animé d'un profond amour pour son pays, il avait 
le coeur chaud et la tête lucide. Comment des Français ne l'eusent-ils 
pas écouté .... '." 

Voilà MM. ce frère aimé d'outre frontière que nous avons la 
joie d'accueillir ce soir. M. Bruchési nous apporte son coeur bien fran- 
çais. Il vient réconforter le nôtre. J'ai l'honneur de le confier à votre 

admiration 

* # * 

Il est un autre privilège, réservé au président, c'est celui de remet- 
tre, d'après une louable tradition, le diplôme de "Membre d'Honnevr" 
de la société au conférencier invité. 

Sans doute, Monsieur le Ministre, ce modeste parchemin ne de- 
mande pas la première place au milieu des nombreuses distinctions qui 
honorent votre personne! Il est cependant la preuve, que votre nom 
est maintenant inscrit au livre d'or de la société, et il atteste, que votre 
passage parmi nous vient forger un autre chaînon dans l'affection et 
l'entr'aide qui doivent unir tous les coeurs français, de chaque côté 
de la frontière. Désormais, vous êtes l'un des nôtres, par le coeur et 
la pensée, et la Société Historique Franco-Américaine n'aura pas connu 
de bienfaiteur plus ilustre! 



II 



Remise de la médaille "Grand Prix" * 

(Séance du 31 mai) 

Comme conséquence immédiate et résultat heureux de son jubilé, 
la Société Historique Franco-Américaine a voulu déposer sa gratitude 
sur quelques-uns de ses ouvriers les plus appréciés. Pour ce faire, elle 
a retiré de ses armoires la cassette de ses grandes récompenses et en 
cette circonstance elle se sent honorée de remettre sa "Médaille 
Grand-Prix" aux lauréats suivants, ayant fait graver leur nom au 
verso de cette médaille de bronze, oeuvre de notre regretté sculpteur 
Lucien Gosselin, comme symbole de leur précieuse collaboration et de 
leur mérite bien reconnu. 

Abbé F. X. Larivière 

Avec la modestie évangélique que nous lui connaissons, l'abbé 
François-Xavier Larivière ne s'est jamais considéré comme écrivain et 
encore moins historien. Cependant, depuis 38 ans au moins, s'il y a eu 
un compatriote qui a enregistré dans son âme d'apôtre "de visu et au- 
dit u" plus d'émotions et de souvenirs de vie franco-américaine que ne 
le fit ce vénéré curé, il a certainement échappé à notre observation. 
Il a simplement été de toutes nos fêtes et de toutes nos entreprises. 
Nous le considérons un peu comme le "grand accotoir de nos oeuvres". 

Jolliétain et Marievillois de formation, le vénéré curé de Sainte- 
Marie de Marlboro fut professeur durant la première décade de sa vie. 
Il le serait peut-être encore ou nous apparaîtrait comme un prélat dis- 
tingué si le destin avait respecté son premier choix. 

Prêtre zélé et véritablement bon pasteur, il s'occupera dès son arri- 
vée parmi nous, en 1912, de nos gestes de vie franco-américaine. Il 
voudra s'y mêler intimement avec tout son coeur et ses largesses. 

Son extérieur paternel lui gagnera la confiance générale et sans 
tapage il cumulera les aumôneries de nos grandes oeuvres, toujours 
pour verser, sans réserve, à tous leurs ressortissants les fruits de sa vie de 
prière et de prudence. On le dirait déjà un pontife fixé dans le bronze 
avec le regard bienveillant toujours rivé sur le rayonnement de notre 
vie française. 

Il sera tour à tour aumônier de l'ancienne Fédération Catholique 
Franco-Américaine, puis il deviendra chapelain diocésain pour Boston 
de l'Union Saint Jean-Baptiste d'Amérique. En 1923 il est nommé 
aumônier-fondateur du Cercle des Etudiants F.-A. à Boston. Depuis 
cette date, il n'a pas cessé d'inviter sous son toit accueillant tous ces 
jeunes privilégiés de la vie universitaire. 

* Avant la remise, M. le président fit l'éloge de chaque récipiendaire. 



24 BULLETIN DE LA SOCIETE HISTORIQUE 

Mais son plus grand titre à notre affection, c'est qu'il s'est consti- 
tué en quelque sorte l'aumônier historique de notre société sans mandat 
réglementaire, mais déployant une hospitalité légendaire auprès des 
officiers qui jouissent pendant de nombreuses années de son toit pour 
leurs délibérations. Le presbytère Sainte-Marie de Marlboro est ainsi 
devenu le chef-lieu du secrétariat de la société où nos historiens man- 
gent bien. 

L'abbé Larivière porte allègrement ses 73 ans. Originaire de 
Saint-Jude, au Québec, où il naît le 30 janvier 1877, il est entré dans 
la lignée de nos apôtres et la Société Historique s'honore véritablement 
en lui décernant son Grand Prix comme gage de sa profonde admira- 
tion et de son indéfectible attachement à la personne de ce prêtre 
vénéré. 

Au nom de la Société Historique Franco- Américaine, j'ai l'honneur 
de vous présenter, Monsieur l'abbé François-Xavier Larivière, la 
"Médaille Grand-Prix" en vous remerciant de l'accepter. 

M. le juge Arthur Eno 

Le barreau et la magistrature se partagent la carrière brillante du 
juge Arthur-Louis Eno depuis 1914. Il ne quittera jamais Lowell qui 
le vit naître en 1892 sauf durant les années de sa cléricature et de son 
service militaire durant la première guerre mondiale. 

Mais c'est l'amour de l'histoire qui développa chez notre futur 
magistrat le sens du bibliophile. Au cours des ans, il entassera autour 
de lui, dans son foyer, des centaines et des centaines d'imprimés et de 
volumes rares. Il se fera même relieur pour ses fins propres et cela 
non sans succès. 

Ses activités seront multiples et variées. Membre et officier de 
plusieurs associations du barreau, il occupera également des postes 
civiques de confiance. Dans la franco-américanie, il prêtera son dé- 
vouement à une foule de mouvements souvent pour les diriger ou leur 
assurer la formule du succès. C'est ainsi que les Amicales, la Fédéra- 
tion des Amicales des Maristes, la CMAC de Lowell, les grandes socié- 
tés mutuelles, la Caisse Populaire Jeanne-d'Arc, l'Orphelinat F. -A., 
les Scouts, l'Institut Français de Washington et l'Alliance Française 
de Lowell dont il sera le président fondateur et nombre d'autres asso- 
ciations se disputeront le prestige de sa haute influence et de son inlas- 
lable collaboration. 

Le succès d'une carrière aussi bien remplie le portera tout natu- 
rellement au banc du prétoire de la Cour du District Middlesex du 
Massachusetts où il se dépense depuis. 

Durant ses loisirs, le juge Eno n'a pas cessé d'approfondir son 
érudition sur l'influence française au pays. Il voulut même recueillir 



REMISE DE LA MEDAILLE "GRAND PRIX" 25 

certains faits utiles à notre histoire. Lors du cinquantenaire du journal 
de Lowell, "L'Etoile", il publiera "Les Avocats Franco-Américains de 
Lowell" (1886-1936) et plus tard en 1940 "French Trails in the United 
States" , un travail présenté devant la Société Historique de Lowell. 

Me Eno est au nombre des grands amis de la société. Pendant 
près de 20 ans il en fut le grand ''argentier" et l'on peut même affirmer 
qu'il lui permit de vivre avec une caisse toujours assez bien garnie, ce 
qui est assez rare pour un organisme de ce genre. Nous l'avons donc 
admiré dans son travail soutenu, se dépensant sans relâche à des beso- 
gnes de routine pour assurer le succès des réunions et le fonctionnement 
même de la société. La Société lui doit donc plus qu'un hommage. 

D'ailleurs la France et le Canada reconnurent un jour son mérite. 
En 1938, il était nommé Officier d'Académie par le Gouvernement de 
la République Française et à l'occasion du Troisième Centenaire de 
Montréal, l'Université de Montréal le comptait au nombre des réci- 
piendaires des doctorats honorifiques. 

Le juge Eno a toujours honoré ses compatriotes partout. Père de 
famille exemplaire et chrétien solide, il fait respecter en tout lieu notre 
esprit français. C'est avec une satisfaction bien évidente que la So- 
ciété Historique Franco-Américaine lui décerne l'insigne de sa Médaille 
Grand-Prix. C'est avec joie M. le juge Eno que je vous la présente. 

M. Adolphe Robert 

Dans la personne de M. Adolphe Robert, de Manchester, nous 
voulons surtout saluer le prince des lettres en franco-américanie. Joliet- 
tain taillé en français jusqu'à la moelle, c'est du meilleur acier qu'est 
trempée sa plume alerte et vivante. C'est parce qu'il honore haute- 
ment notre littérature que la Société Historique veut s'honorer de son 
prestige en inscrivant son nom sur la liste de ses lauréats. 

Né dans le comté de Joliette en 1886, Adolphe Robert a conservé 
un culte prononcé et vraiment touchant pour sa petite patrie, la terre 
paternelle, où depuis 1818 un descendant de Pierre Robert tient feu 
et foyer. Il y retourne volontiers et souvent pour y respirer le grand 
air des ancêtres. Ce sera l'une de ses premières préoccupations, écrire 
l'histoire de sa famille en 1919. Il remaniera définitivement cette 
étude généalogique pour la publier en 1943, sous le titre de "Louis 
Robert et Ses Descendants" . 

En fils de terrien reconnaissant, il écrira de l'histoire de sa famille 
qu'elle ne présente guère de coups d'éclat. "Tous n'ont qu'une devise, 
ajoutera-t-il, servir". C'est bien celle que nous voulons inscrire au listel 
de la carrière de notre distingué collègue "servir la grande cause de 
notre vie catholique et française en Amérique." 

C'est dans le journalisme qu'Adolphe Robert débutait en 1907 
au sortir du collège. Journaliste dans l'âme, il le demeurera toute sa 



26 BULLETIN DE LA SOCIETE HISTORIQUE 

vie et encore aujourd'hui lui faut-il à l'occasion sentir la sueur de l'huile 
et du plomb, jouir du bruit des presses pour satisfaire sa ferveur de 
jadis. 

Affable, débonaire, doux et sensible aux fortes amitiés, partout 
Adolphe Robert se fait des amis nombreux. C'est qu'on ne peut pas 

s'imaginer derrière se regard bienveillant la moindre malice et 

pourtant à son heure, il ne manque pas de vigueur ni de détermination. 

Ses fonctions de journaliste tantôt à New-Bedford, à Fall-River, 
à Woonsocket et à Manchester le mettent en relations intimes avec plu- 
sieurs grands organismes franco-américains. Il développe vite un atta- 
chement profond et sincère pour ces oeuvres au point de devenir le 
secrétaire par excellence de plusieurs, soit de l'Association Catholique 
de la Jeunesse Franco-Américaine, de la Fédération Catholique Franco- 
Américaine et de l'Association Canado- Américaine en 1920 pour en 
être le président actif depuis 1936. 

Et durant ces dernières quarante années M. Robert a beaucoup 
écrit et des choses délicieuses, des pages vraiment belles et de grande 
tenue littéraire. Il lui faudra un jour comme il lui a été souvent sug- 
géré faire le choix de ses meilleures pages pour en dresser un volume 
imposant et certainement très précieux. 

Son "Mémorial des Actes de l'Association Canado- Américaine" 
publié en 1946 nous le révéla chroniqueur averti et très vivant. Ses 
nombreuses conférences, discours et études critiques comme son "Henri 
D'Arles" , ses "Ecrivains Jollietains", "La Survivance de l'Esprit fran- 
çais aux Etats-Unis", "Ils ont agrandi la patrie", ses présentations, récits 
de voyages, allocutions de fêtes, portraits et tableaux sont autant de 
sujets où il exerça avec un brillant succès sa plume toujours sobre, ex- 
quise et bien française. 

Sur un plan plus vaste M. Robert sera encore auprès des universités 
du pays le propagateur écouté de la vie française. Il sera l'un des prin- 
cipaux artisans de la section française de la Modem Language Asso- 
ciation. 

En plus d'être un mutualiste fervent et éclairé ce qui l'inspirera 
à fonder l'Union des Mutuelles-vie françaises en Amérique, secteur du 
Conseil Supérieur de la Coopération, qui lui accordera "l'Ordre du 
Mérite Coopératif', M. Robert est un des membres les plus écoutés du 
Comité de la Survivance Française en Amérique. Il deviendra aussi 
président fondateur de cet important organisme de coordination qu'est 
le Comité d'Orientation Franco-Américaine. Il présidera les assises du 
Centenaire de la Franco- Américanie en 1949. 

Membre de plusieurs autres sociétés culturelles et intellectuelles 
de chaque côté de la frontière, M. Robert veut toujours servir et il 
sert généreusement les nobles causes qu'il épouse. 



REMISE DE LA MEDAILLE "GRAND PRIX" 27 

Une carrière aussi féconde et aussi entièrement consacrée au même 
idéal de vie française ne pouvait pas passer inaperçue. En plus de la 
haute estime et de la profonde affection que lui gardent ses nombreux 
admirateurs, la France lui remettra la Croix de la Légion d'Honneur 
et la République d'Haïtie son diplôme Honneur et Mérite de l'Ordre 
National. 

En 1937, l'Université Laval lui décernait un doctorat honorifique 
"ès-lettres" et il y a à peine quelques jours l'Université de Montréal lui 
présentait à son tour un doctorat honorifique d'université. 

Il tardait donc à la Société Historique de compter M. Adolphe 
Robert au nombre de ses lauréats distingués et c'est avec une satisfac- 
tion toute particulière, qu'en cette circonstance, je lui remets la Médaille 
Grand Prix avec les hommages bien mérités de ses confrères dans la 
société dont il fut un conseiller et reste l'un des membres les plus dé- 
voués. 

Me Eugène-Louis Jalbert 

Epris du souci de fonder un foyer où sa famille jouirait des com- 
forts dont le destin l'avait privé auprès d'une mère admirable, restée 
veuve avec des jeunes enfants, en s'acquittant admirablement de cette 
tâche, Me Jalbert a cependant beaucoup donné de sa vie et de ses 
talents pour honorer notre culture française aux Etats-Unis. Ses 
compatriotes reconnaissent en lui un apôtre de la bonne entente qui 
voudrait unir tous ses frères dans une même pensée d'action au service 
de nos oeuvres. 

Originaire du Rhode-Island où il naquit en 1885 à Artic Centre, 
Me Jalbert reçoit les premières empreintes de sa formation dans les 
collèges du Québec. En 1909, diplômé de la Boston University, il 
s'installe à Woonsocket où il pratique le droit avec un succès croissant 
depuis 40 ans. 

Si nous exceptons les postes civiques et politiques qu'il remplira 
et les présidences de la Fédération Catholique Franco-Américaine, du 
Comité France-Amérique, du barreau de Woonsocket, c'est surtout au 
sein de nos grandes sociétés de vie française qu'il se dépense encore 
actuellement avec la même ferveur de ses jeunes ans. 

Avocat-conseil de l'Union Saint Jean-Baptiste d'Amérique où il 
exerce une influence considérable, membre fondateur du Comité de la 
Survivance Française en Amérique, l'un des grands artisans du Cente- 
naire Franco-Américain à Worcester, Me Jalbert est incontestablement 
de la lignée de nos chefs attitrés. Il croit foncièrement à notre mission 
culturelle sur ce continent et il a consacré son âme et sa haute et bril- 
lante culture à son rayonnement. 



28 BULLETIN DE LA SOCIETE HISTORIQUE 

Pour récompenser tant de labeurs, la France en 1935, le créait 
Chevalier de la Légion d'Honneur et en 1942 l'Université Laval lui 
décernait un doctorat honorifique en droit. 

On pourrait presque appeler sa carrière jusqu'ici "un quarantenaire 
de vie franco-américaine". Sa profession d'avocat et une clientèle con- 
sidérable ne l'empêcheront pas de mener de front entreprises textiles et 
même campagnes politiques car notre collègue aime la lutte sur tous les 
fronts. Il se prêtera encore presque sans réserve à toutes les demandes 
comme orateur de circonstance très éloquent ou encore comme brillant 
maître de cérémonie à quantité de grandes manifestations franco-amé- 
ricaines. Il se crée une enviable prestige de légiste et d'orateur. 

Une carrière aussi débordante, sans répit, n'accorda jamais à Me 
Jalbert le temps et le loisir de mettre la dernière touche à ses écrits. 
Il n'a jamais rien publié, mais s'il lui fallait retirer des revues, bulletins, 
journaux et de ses cartons personnels la collection des allocutions et 
discours qu'il a prononcés, nous parrions qu'il en formerait un intéres- 
sant volume qui passerait fièrement à la postérité. Il nous doit peut- 
être cet effort. Une vie aussi totalement enchâssée dans le cadre des 
valeurs spirituelles inclinait tout naturellement Me Jalbert à se faire 
le propagandiste des retraites fermées dans son pays. Ses collègues lui 
sauront gré de cet apostolat. 

En 1946, malgré ses nombreuses occupations, il accepte la prési- 
dence de nôtres ociété. Il préside avec grande distinction les fêtes du 
cinquantenaire. 

La Société se devait d'honorer l'un de ses plus chers serviteurs. 
Elle le fait avec empressement en lui décernant sa Médaille Grand 
Prix. Pour des raisons valides, Me Jalbert reçoit "in absentia" cette 
décoration. 

(Séance du 29 novembre) 
Me Henri Ledoux 

Seul membre fondateur vivant 

La SHFA veut accomplir, ce soir, un devoir bien agréable, celui 
de remettre solennellement, à son unique membre fondateur vivant la 
médaille de son "Grand Prix". C'est un peu avec une arrière-pensée que 
les officiers ont voulu associer ce geste au lendemain du cinquantenaire, 
afin de rattacher le passé aux espérances de l'avenir. Et quel plus beau 
symbole de persévérance, les membres pouvaient-ils se proposer, en ce 
faisant, qu'en honorant ainsi la personne distinguée de leur collègue 
jubilaire, Me Henri Ledoux, de Nashua. 

Il est vrai, que la carrière si remplie de Me Ledoux, ne lui a peut- 
être pas permis de verser aux archives de la société des écrits trop 



REMISE DE LA MEDAILLE "GRAND PRIX" 29 

nombreux, mais les cinquante années, au moins, de son dévouement à 
la survivance française aux Etats-Unis, sont en elles-mêmes un formi- 
dable dossier que nous voulons évaluer à sa juste valeur. 

Comme président de l'Union St- Jean-Baptiste d'Amérique, duran* 
34 ans, Me Ledoux a été un infatigable missionnaire de la pensée fran- 
çaise sur ce continent. Nous pouvons retracer son influence, dans à 
peu près toutes les initiatives de la franco-américanie. Très tôt, dans 
sa carrière d'avocat, il renonça peut-être à une très brillante situation, 
afin de se consacrer uniquement à l'avancement des siens. C'est ainsi 
qu'il acceptait, en 1911, la direction d'une mutuelle assez modeste pour 
la quitter, en 1946, après l'avoir solidement fixée au rang de la plus 
grande société franco-américaine au pays. 

Et c'est encore, au sein de toutes les grandes entreprises de la race, 
que nous le voyons dépenser ses talents d'orateur et d'organisateur, tou- 
jours avec prudence et sincérité, pour le progrès des siens et cela dans 
tous les domaines. Que d'oeuvres et d'organismes ont reçu son appui 
et bénéficié de ses lumières! Il sera l'un des artisans les plus écoutés 
des deux Congrès de la langue française, à Québec, la Fédération Ca- 
tholique franco-américaine le comptera au nombre de ses présidents 
dynamiques, la SHFA le verra également parmi ses membres et direc- 
teurs, les plus fidèles et intéressés. C'est que toute la vie de Me 
Ledoux fut enveloppée du souci indéfectible de faire rayonner l'héri- 
tage français. 

Enfin, nous retrouvons son nom partout dans nos avnales, toujours 
à la tâche, versant sans réserve le fruit de sa longue et précieuse expé- 
rience. Quelques-uns de ses amis, se sont même demandés, si, au cours 
de ses agréables croisières sous tous les soleils de l'univers, il ne trouve- 
rait pas le temps de rédiger quelques-uns de ses souvenirs pour les con- 
fier à la postérité. Ce serait, sans doute un précieux service qu'il offri- 
rait à ses compatriotes. Car, dans l'histoire, les voix éteintes sont 
celles qui parlent toujours à la postérité. 

En tous cas, la franco-américanie et plus particulièrement la SHFA 
se plaisent à reconnaître en Me Ledoux, l'une des plus intéressantes et 
des plus attachantes figures de notre siècle. Et c'est une merveilleuse 
occasion pour nous tous de lui traduire notre admiration par ce geste 
bien fraternel, pour les innombrables attentions qu'il a prodiguées à la 
vie française sur le continent. 

D'ailleurs, cet hommage de reconnaissance lui a déjà été signifié 
bien des fois. En plus d'être Membre d'Honneur de la plus puissante 
société qu'il a si loyalement servie, la France lui décernait jadis les 
palmes d'Officier de l'Instruction Publique et plus tard, la Croix de 
la Légion d'Honneur. Les universités Laval et de Montréal, à leur 
tour, lui conféreront des doctorats honorifiques, et en octobre dernier, 
le Comité de la Survivance française en Amérique l'inscrirera sur son 



30 BULLETIN DE LA SOCIETE HISTORIQUE 

livre d'or, en le nommant Officier de l'Ordre de la Fidélité, le plus 
grand honneur français conféré en Amérique. Vous pouvez compren- 
dre, avec quelle fierté, votre humble président assistait à cette émou- 
vante cérémonie qui se déroulait au grand salon de l'Université Laval. 
C'est en cette circonstance que Me Ledoux, toujours, le fidèle défenseur 
de la vie française aux Etats-Unis déclarait avec une vibrante sincérité: 
"le succès, au cours d'un passé de plus de cent ans, dans des conditions, 
aux premiers jours, les plus tristes, jours où les émigrés de la vieille 
province étaient pauvres, sans organisations, sujets à l'effort puissant 
d'assimilateurs en haut lieu, ce succès nous donne le droit d'espérer et 
d'avoir confiance en l'avenir. S'il est vrai, ajoutait-il, que la langue 
française disparaît en certains milieux, par l'indifférence des parents, 
la majorité, oui, l'immense majorité des Franco- Américains croit encore 
que la langue est la sauvegarde de la foi. Ils veulent qu'elle soit ensei- 
gnée dans leurs écoles, ils veulent l'entendre, le dimanche dans leurs 
églises. Forts d'avoir pu survivre aux jours de peine et de labeurs, 
orgueilleux de leurs institutions d'aujourd'hui, ils avancent, comptant 
sur votre précieux concours, le front haut, remplis de courage, vers des 
jours plus fortunés, vers les destinées que la Divine Providence réserve 
à ceux qui livrent le bon combat." 

N'avons-nous pas là M. M. le langage d'un véritable chef, le testa- 
ment spirituel d'un apôtre indéfectible qui invite la relève à de généreux 
exploits! Voilà donc pourquoi, la SHFA, à la suite de tant d'organis- 
mes distingués, est heureuse, ce soir, de remettre à ce vaillant ouvrier 
de notre vie française, enchâssé dans cette médaille symbolique, l'hom- 
mage de son admiration et de sa profonde affection. 

J'ai donc l'honneur, M. M. en votre nom, de remettre à Me Henri 
Ledoux, membre fondateur, la plaque de bronze du "Grand Prix" de 
la Société Historique Franco-Américaine. 

Réponse de Me Henri Ledoux 

Je remercie le Bureau de la Société Historique de la Nouvelle- 
Angleterre de m'avoir décerné la Médaille Grand Prix de la Société. 
Dans sa lettre du 8 octobre, Monsieur le Secrétaire donnait deux rai- 
sons justifiant la décision du Bureau. L'une était pour reconnaître 
les services éminents que j'ai rendus aux Franco-Américains. Je ne sais 
si l'adjectif éminent est bien justifié. J'ai tâché depuis le mois de 
juin 1893, de faire quelque chose, à l'occasion, afin d'aider, contribuer 
ma faible quote-part à la conservation ethnique de mes compatriotes. 
C'est à peu près tout. 

L'autre raison était que cette Médaille m'était décernée à titre 
d'unique survivant parmi les fondateurs de la Société. J'admets que c'est 
vrai; et en même temps c'est bien quelque chose que de pouvoir sur- 



REMISE DE LA MEDAILLE "GRAND PRIX" 31 

vivre, et cela au cours de nombreuses années. J'en remercie la Divine 
Providence tous les jours. 

Disparus, tous ces amis, ces sincères et zélés franco-américains, 
qui, en 1899, se réunissaient pour jeter les bases d'une nouvelle asso- 
ciation, bien différente des sociétés de secours mutuel et des clubs, déjà 
nombreux en Nouvelle-Angleterre. 

Le but de cette association était principalement de réunir un 
certain nombre de franco-américains dispersés en Nouvelle-Angleterre 
et qui avaient peu d'occasions de se rencontrer. Ils devaient au cours 
d'agapes fraternelles et périodiques, entendre de la bouche de person- 
nes autorisées, des conférences sur l'histoire franco-américaine et cana- 
dienne-française et ainsi contribuer à tenir en éveil l'orgueil d'un passé 
glorieux, trop souvent inconnu et maintenir dans leurs âmes le souvenir 
de nos origines, des faits et gestes des ancêtres. 

Une succession admirable d'administrateurs a su conserver aux 
membres un intérêt constant et aujourd'hui à l'aurore de la cinquante- 
deuxième année de son existence, la société historique resplendit de tout 
l'éclat, de toute la vitalité de ses premières années. Elle compte bien, 
j'en suis convaicu, continuer encore, au cours de longues années, ses 
réunions intéressantes, instructives, ses joyeuses rencontres d'amis fran- 
co-américains et contribuer pour longtemps sa quote-part à l'organisa- 
tion franco-américaine, à la conservation chez nous, de la foi, de la 
langue, de traditions ancestrales. 

Ad Multos et Faustissimos Annos. 



III 



Etudes 

(Séance du 31 mai) 
Allocution du président 

Encore sous le charme et l'éclat des brillantes fêtes cinquantenai- 
res, nous inaugurons ce soir une nouvelle étape dans la vie de notre 
société. Espérons qu'elle portera des fruits aussi précieux et abondants 
que les gerbes déjà déposées dans nos archives. 

Il est certainement dans l'ordre d'enregistrer en ce moment un 
hommage de vive gratitude envers ceux qui ont préparé et exécuté si 
magnifiquement les fêtes jubilaires de décembre dernier. En eux 
également nous voulons saluer et remercier tous ceux qui ont permis 
à la société de cheminer sa voie depuis la fondation. 

Avec l'approbation unanime du bureau, la Société, comme il vous 
l'a été signifié, songerait désormais à consacrer l'une des deux séances 
de l'année plus spécifiquement à l'étude de notre histoire pour justifier 
sa raison d'être. 

A une récente réunion conjointe de la American Historical Asso- 
ciation et de la American Catholic Historical Association, tenue ici à 
Boston, une séance était entièrement consacrée à notre histoire, sans 
doute comme conséquence de la publicité autour de notre centenaire, 
l'an dernier, à Worcester. Même s'il faut enregistrer certaines réserves 
sérieuses sur les jugements formulés en cette circonstance, il a été évident 
pour plusieurs d'entre nous que notre histoire offrait des pages passion- 
nantes même pour les étrangers. Nous ne devrions pas être les pre- 
miers à la négliger. 

D'ailleurs, il ne s'agit pas de vouloir éclipser nos devanciers. Nous 
avons déjà dans nos archives et dans les pages de notre bulletin un riche 
butin. Par une adaptation nouvelle et plus poussée la Société veut 
donc reprendre ce travail en profondeur et faciliter davantage l'explo- 
ration de nos archives, l'étude de nos gestes afin de fixer dans leur cadre 
respectif les principaux événements qui ont tissé le récit de notre pré- 
sence ici au pays. 

Un jour, un maître, et espérons qu'il sera des nôtres, tracera cer- 
tainement la synthèse de notre histoire pour la situer dans la grande 
mozaïque du nouveau monde. Elle fournira des nuances et des ondu- 
lations précieuses. Entre temps, il faut que des ouvriers recueillent 
lentement et patiemment la matière pour en préparer les pierres. Sans 
doute, ces efforts ne sont pas nécessairement d'une valeur définitive 
mais ils indiquent à leur heure le filon que devront suivre les grands or- 
donnateurs. 



ETUDES 33 

Une société historique n'est pas constituée uniquement d'historiens 
ou de spécialistes en recherches ou en fouilles. Elle compte surtout 
des amis de l'histoire et parfois des mécènes. Aussi en groupant toutes 
ces sympathies, elle peut favoriser la préoccupation de conserver les 
trésors communs en surveillant les dépôts d'archives, en les enrichissant 
et en marquant du sceau officiel de son autorité les endroits témoins 
des principaux faits de cette histoire. De ce zèle naîtront tout natu- 
rellement les initiatives qui maintiendront notre société vivante et 
agissante. Elles la rendront indispensable à notre rayonnement. 

Les nombreux témoignages d'approbation qui ont déjà salué cette 
réunion font espérer. Nous avons certainement des coopérateurs pleins 
de compétence et de facilité. Il s'agit de les mettre à l'oeuvre sous 
cette poussée irrésistible qui enflamme les disciples de la pensée fran- 
çaise sur ce continent. Et ils sont nombreux. 

Dans le choix des études qui peuvent intéresser nos esprits, la 
variété est presque illimitée. Il suffirait de suivre le calendrier de nos 
grands anniversaires pour suggérer nombre de sujets captivants. 

Pour un premier essai, il nous a paru que certaines tranches de 
notre histoire se prêtaient à notre exploration immédiate. 

Le centenaire de la franco-américanie que nous avons célébré 
avec tant d'éclat, en mai dernier, à Worcester, a provoqué toute une 
ressaisie. Il convenait d'en recueillir certaines leçons pour nos archi- 
ves. Le centenaire de la première société de bienfaisance, fondée à 
New- York en 1850, rappelle la figure, trop peu connue, d'un grand 
compatriote, Gabriel Francère, celui de la fondation de l'une de nos 
premières paroisses. Saint-Joseph de Burlington au Vermont évoque 
à son tour le souvenir de l'un des grands bienfaiteurs de notre vie 
catholique et française aux Etats-Unis, Mgr Louis de Goesbriand. 
Enfin le cinquantenaire récent de l'Union Saint Jean-Baptiste d'Amé- 
rique mettait, sous les yeux de toute la franco-américanie, la valeur 
authentique de la mutualité fédérée, comme un indiscutable et indis- 
pensable facteur de notre survie. 

Ces quatre sujets demanderaient, chacun, une étude approfondie 
et d'assez longue haleine. Nous avons demandé à des collègues bien 
dévoués et nous voulons les remercier bien sincèrement de nous en 
résumer les grandes lignes seulement, quitte à consulter ces études dans 
leur texte complet et leur présentation technique dans les pages du 
bulletin. 

Il restera ensuite la discussion libre sur ces quatre sujets pour satis- 
faire la curiosité et l'information des membres et des intéressés. C'est 
une forme de symposium qui devrait porter des fruits. 

Sans autre présentation, j'inviterai tour à tour le T. R. P. Thomas- 
Marie Landry, o.p., M. Adolphe Robert et M. Antoine Clément à nous 
communiquer le fruit de leurs labeurs. 



34 BULLETIN DE LA SOCIETE HISTORIQUE 

Le Centenaire franco-américain de 1949 
T. R. P. Thomas-Marie Landry o.p. 

Le 1 1 avril dernier, notre président, M. l'abbé Verrette, me de- 
mandait par téléphone si j'accepterais de présenter un travail à cette 
réunion de la Société Historique Franco-Américaine sur le Centenaire 
Franco- Américain de 1949. Travail de 20 minutes, travail d'ordre 
purement technique, précisait-il. 

J'acceptai spontanément, sans réfléchir que je suis peut-être 
l'homme à la fois le mieux et le moins bien placé pour traiter d'un 
sujet comme celui du Centenaire de 1949, ayant été mêlé aux événe- 
ments d'assez près d'une part, pour savoir à peu près toute la vérité, 
et engagé de si près d'autre part, que sur certains points il devienne très 
difficile de garder le calme, la sérénité et l'objectivité que requiert 
l'histoire. 

J'acceptai tout de même et nous voici. Le 30 avril suivant, 
notre secrétaire le docteur Gabriel Nadeau, me rassurait en écrivant 
"qu'une communication de 15 minutes ou 20 ne peut guère comporter 
plus qu'une revue générale des diverses manifestations qui ont eu lieu 
à Worcester". 

Une revue générale des fêtes du Centenaire de 1949, faite à vol 
d'oiseau, portant sur les origines de la fête et sur la célébration elle- 
même, voilà tout ce que vous pouvez espérer recevoir et encore, cet 
exposé, forcément restreint, demeurera-t-il nécessairement incomplet. 

D'ailleurs, M. l'abbé Verrette a déjà promis de faire paraître un 
compte-rendu très élaboré des fêtes de ce Centenaire dans "La Vie 
Franco-Américaine" de 1949. Je conseille fortement à tous ceux qui 
voudraient se renseigner parfaitement à ce sujet de se procurer le 
volume dès qu'il paraîtra. 

I. Origine du Centenaire 

A l'origine des fêtes du Centenaire Franco- Américain de 1949, 
il y a M. Antoine Clément, le Comité d'Orientation Franco- Américaine, 
la Fédération des Sociétés Franco-Américaines du Comté de Worcester 
et le peuple franco-américain tout entier. 

Saluons tout d'abord l'inspirateur de ce grand projet, M. Antoine 
Clément, rédacteur-en-chef de l'Etoile de Lowell, Mass. Le 24 août 
1949, M. Clément lançait l'idée de fêter "le Centenaire Franco-Améri- 
cain avec son timbre commémoratif". Disons sans plus tarder que de 
timbre américain commémoratif, il ne devait pas y en avoir, ni en 1949 
ni en 1950. Mais consolons-nous: par contre, nous aurions deux cen- 
tenaires, l'un en 1949 et l'autre en 1950! Revenons exclusivement au 
premier. M. Clément soutenait que, parmi tous les centenaires actuel- 



ETUDES 35 

lement à la mode en terre américaine, "il en est un qui doit prendre sa 
place avec éclat en raison de l'oeuvre mémorable accomplie par les 
nôtres ici depuis un siècle, et celui-là c'est le Centenaire Franco-Améri- 
cain". Ce Centenaire, selon lui, était celui du premier noyautage des 
familles canadiennes-françaises émigrées en Nouvelle-Angleterre pour 
en faire une paroisse, la première paroisse, "modèle de toutes les pa- 
roisses franco-américaines qui ont vu le jour par la suite avec l' afflux 
de populations canadiennes-françaises dans les villes devenues grands 
centres franco-américains de la région". Ce fait historique s'est pro- 
duit entre les années 1838-1850, avec fixation définitive en la fondation 
de la paroisse S. Joseph de Burlington, Vermont, en 1850. Dans cet 
article de l'Etoile, M. Clément nommait le Comité d'Orientation 
Franco-Américaine de même que la Société Historique Franco-Améri- 
caine et leur demandait de s'occuper d'organiser la fête. Dans un 
liminaire subséquent, publié le 21 septembre 1948, M. Clément révélait 
que l'Union S. Jean-Baptiste d'Amérique, par la voix de son Secrétaire- 
général, lui avait appris qu'elle avait déjà décidé de s'occuper de l'af- 
faire. M. Clément restait cependant fidèle à son premier choix et 
nommait de nouveau la Société Historique Franco-Américaine. 

D'autre part, le Comité d'Orientation Franco-Américaine, qui 
travaillait depuis longtemps à la rédaction d'un Manifeste de Vie 
Franco-Américaine, à promulguer éventuellement en quelque circons- 
tance solennelle, était saisi à une assemblée de son Bureau, tenue le 15 
septembre 1948, de la question suivante: "Faut-il donner suite à la 
suggestion lancée par M. Antoine Clément, rédacteur-en-chef de l'E- 
toile de Lowell, Mass., de célébrer le Centenaire Franco-Américain et 
le Comité d'Orientation doit-il accepter en tout cela le rôle directeur 
qu'on veut lui assigner? Le Bureau est d'avis que oui". Et le procès- 
verbal de cette assemblée continue: "M. l'abbé Verrette déplore en pas- 
sant le peu d'éclat, le peu d'envergure, qui caractérisent trop souvent 
les manifestations de la vie de notre groupe. Il propose une grande 
démonstration de vie française en 1949 à Worcester, Mass., en marge 
de ce Centenaire. M. Lauré B. Lussier demande, appuyé par MM. 
Eugène Jalbert et Antoine Dumouchel, que M. l'abbé Verrette soit 
chargé de dresser les plans de cette fête et le Bureau ratifie cette propo- 
sition." Le 10 novembre 1948, le Comité d'Orientation Franco-Améri- 
caine, réuni pour la troisième fois en assemblée générale, décide "de 
patronner l'organisation des Fêtes du Centenaire Franco-Américain 
selon le projet élaboré par M. l'abbé Verrette. Le Comité se nomme 
une Commission des Fêtes du Centenaire, qui se composera comme 
suit: le R. P. Henri Moquin, président, MM. Jean-Charles Boucher. 
J. Henri Goguen, Lauré B. Lussier, Wilfrid J. Mathieu, et M. l'abbé 
J. -Oscar Normand. Cette Commission servira d'agence de liaison 
entre le Comité d'Orientation et la Fédération des Sociétés Franco- 
Américaines du Comté de Worcester, Mass., chargée de l'organisation 
immédiate de ces fêtes." Au mois de mars 1949, le Comité d'Orienta- 



36 BULLETIN DE LA SOCIETE HISTORIQUE 

tion assume la responsabilité d'organiser et de diriger le Congrès d'Etu- 
des, qui doit inaugurer la célébration du Centenaire, et au mois d'avril 
suivant, il accepte le projet et l'esquisse d'un bronze commémoratif à 
incruster au portique de l'église Notre-Dame des Canadiens de Wor- 
cester à l'occasion des Fêtes. 

Entre temps naturellement, la Fédération des Sociétés Franco- 
Américaines du Comté de Worcester avait été pressentie, en ses chefs, 
par la Commission des Fêtes du Centenaire mentionnée plus haut, sur- 
tout par le R. P. Moquin. Elle s'était montrée favorable au projet, 
quoique légitimement effrayée de son envergure et des risques qu'il 
pouvait comporter. Seule une assemblée générale de la Fédération 
pourrait prendre la décision finale et la responsabilité de cette organi- 
sation. Cette assemblée générale avait lieu le 5 décembre 1948, à 
Worcester, dans les salles du Conseil Franchère de l'Union S. Jean- 
Baptiste d'Amérique. M. Adolphe Robert, le président du Comité 
d'Orientation Franco-Américaine, y expose le plan de la grande fête, 
ses buts, les dates, le lieu; il enjoigne la Fédération au nom de tout le 
groupe franco-américain de vouloir bien se charger effectivement d'or- 
ganiser la fête elle-même. Désormeaux a bien noté l'effet de cette 
supplique: "Pour dix secondes, écrit-il, le silence fut de plomb. Cela 
s'explique: être choisis comme ça, entre cent autres associations sem- 
blables, pour préparer les grands jours et servir d'hôtes à tout notre 
élément national, n'est-ce pas à vous faire mourir d'aise? Le président 
de l'assemblée, de sa voix blanche rompit le silence: Eh bien! dit-il. 
vous acceptez, nous acceptons, n'est-ce pas? La décision était prise." 
Et la Fédération se mit à l'oeuvre, prodigieusement. Mobilisation gé- 
nérale de toutes ses forces, invasion complète de tout le comté de Wor- 
cester, randonnées épuisantes à travers toute la Nouvelle-Angleterre, 
rien n'est mis de côté qui puisse garantir le succès des grandes fêtes du 
mois de mai 1949. Les comités se multiplient, les assemblées aussi, et 
les préparatifs sont vraiment gigantesques. La Fédération se dépasse 
et se surpasse: elle mérite ici l'hommage non équivoque de notre admi- 
ration et de notre reconnaissance les plus sincères. 

Lentement mais sûrement, le peuple franco-américain tout entier 
s'éveille à la grande réalité, du Maine jusqu'au Connecticut. Les indi- 
vidus, les familles, les sociétés, les paroisses sont en état d'alerte. Au 
jour fixé, des milliers de Franco-Américains prennent le chemin de 
Worcester. Plus de sept cents délégués, représentants attitrés de diffé- 
rentes organisations franco-américaines, assistent au Congrès d'Etudes 
du samedi, le 28 mai 1949: le Centenaire est enfin arrivé. 

IL Les Fêtes du Centenaire. 

Ces fêtes du Centenaire devaient comporter un Congrès d'Etudes, 
un banquet, un bal, une cérémonie religieuse et enfin un Festival de 



ETUDES 37 



la Bonne Chanson française. Evoquons brièvement chacun de ces 
événements. 

Le Congrès d'Etudes. Le samedi après-midi, 28 mai 1949, dans 
une des salles de l'Auditorium de Worcester. Après le mot de bien- 
venue du représentant de la Fédération, après les déclarations officielles 
du président du Comité d'Orientation, lecture est faite du Manifeste 
"Notre Vie Franco-Américaine". A la fin, tout le monde applaudit 
cet effort de pensée et de doctrine. Quelques remarques, quelques cri- 
tiques, sur des points en somme secondaires. La discussion se prolon- 
ge; à 6h. p. m., il faut lever la séance. Le travail n'est point terminé. 
On continuera après le banquet. 

Le banquet. Servi à la Salle Mechanics. Salle comble, même 
débordante, au grand désappointement surtout des gens de Fall River! 
Le repas est délicieux, la musique, un enchantement. Après le ban- 
quet, M. Eugène Jalbert s'acquitte merveilleusement de sa fonction de 
maître de cérémonies. Discours du R. P. Landry, de M. Albert Cham- 
bon, consul de France, de M. Paul Beaulieu, consul du Canada à 
Boston, et enfin, grand discours de l'V.onorable Henry Cabot Lodge, 
Jr., Sénateur des Etats-Unis. Ce dernier s'exprime en un français 
impeccable. Tonnerres d'applaudissements! Les jeunes se rendent 
au bal tandis que le Congrès d'Etudes se remet à l'oeuvre, dans la même 
salle redevenue paisible, sous la présidence de M. J. Henri Goguen. 
Mais il se fait tard, il faut y aller rondement. Les discussions soule- 
vées par le Manifeste ne sont pas reprises. Le Manifeste lui-même est 
accepté, le Comité d'Orientation reconnu et une foule de projets et 
résolutions adoptés. 

Le bal. Le samedi soir au sous-sol de l'Auditorium. On me dit 
qu'il fut des plus beaux et des mieux réussis: je n'y étais pas. Les 
jeunesses franco-américaines, quelques autres aussi, s'y font valoir. 
L'on danse et l'on danse! Il y a pluie de ballons à un moment et, à 
un autre, une mère de famille y est proclamée Reine du Centenaire. 
Les gens finissent par se retirer: c'est déjà dimanche! 

Cérémonie religieuse. Elle se déroule en l'église Notre-Dame des 
Canadiens à llh., le dimanche 29 mai. Grand'messe solennelle, chan- 
tée par M. l'abbé Georges Trottier, ptre, curé. La musique exécutée 
par le choeur de Notre-Dame sous la direction du célèbre docteur A. J. 
Harpin. Le sermon de circonstance, prononcé par M. l'abbé J. H. 
Boutin, curé de la Paroisse Ste-Cécile de Leominster, Mass., membre 
du Comité d'Orientation et aumônier honoraire de la Fédération des 
Sociétés Franco-Américaines du Comté de Worcester. A l'issue de la 
messe, dévoilement du bronze commémoratif du Centenaire, avec dis- 
cours approprié de M. l'abbé Verrette. Puis, déjeûner à l'hôtel Shera^ 
ton. 



38 BULLETIN DE LA SOCIETE HISTORIQUE 

Le Festival de la Bonne Chanson. A 2h., dimanche après-midi, 
dans la salle principale de l'Auditorium. Près de 3000 personnes y sont 
rendues. Elles y entendent des artistes renommés: le quatuor Notre- 
Dame, Mme Eva Tancrell-Meunier, M. Lionel Péloquin, Mme J. 
Oscar Rocheleau, M. C. Alexandre Péloquin, et surtout, surtout, une 
dizaine de chorales d'enfants venues de différentes écoles paroissiales 
du comté de Worcester. C'est le grand concours. Quel charme pour 
l'oeil et pour l'oreille que ce gala de décors, de costumes, de mimes et 
de chants! Et quelle féerie que la Bonne Chanson, bien préparée et 
bien interprétée par les enfants de chez-nous! Entre temps, le T. R. P. 
Elméric Dubois a lancé la grande Croisade de Prières "pour la con- 
servation de nos institutions catholiques franco-américaines". Les 
fêtes du Centenaire de 1949 ont pris fin. Chacun retourne chez soi, 
fourbu, mais l'âme dilatée et le coeur rempli d'espoirs. Non, un peu- 
ple qui, après cent ans de peines et de misères, peut ainsi manifester sa 
vie profonde, ne veut pas et ne doit pas mourir! 

Vivra-t-il en réalité? Ce Centenaire aura-t-il été pour nous l'aube 
d'un jour encore plus glorieux? C'est, sans aucun doute, le secret de 
la Divine Providence. Mais c'est également beaucoup le nôtre. Pour 
la centième fois au moins, je répète que c'est à nous de le vouloir et 
de le vouloir ensemble. Au lendemain de ces fêtes qui furent triom- 
phales, nous savions qui nous sommes et combien nous sommes. Un 
an après, il faut bien constater que nous n'avons pas encore appris l'art 
suprême de travailler les uns avec les autres, dans un désintéressement 
personnel total, au service de l'idéal collectif, pour notre groupe ethni- 
que, d'une vie qui soit à la fois catholique, américaine et française. 
Pour reprendre le mot d'Adolphe Robert: de là toute notre misère! 
Avec la grâce de Dieu, nous en sortirons! 

Gabriel Franchère (1786-1863) 

Adolphe Robert 

L'année 1950 ramène le centenaire de la fondation de la première 
paroisse franco-américaine, celle de Saint-Joseph, à Burlington, Ver- 
mont. 

Mais il est un autre centenaire qui ne devrait pas passer inaperçu, 
celui de la fondation de la Société Saint-] e an-Baptiste de Bienfaisance 
de New York, dont Gabriel Franchère fut le premier président. 

La Société Historique franco-américaine a eu l'heureuse idée 
d'inscrire au programme de sa réunion du 31 mai, un travail sur Gabriel 
Franchère. 

Qui était-il? D'où venait-il? Qu'a-t-il laissé? 

Si nous consultons le Dictionnaire général du Canada, par le 
R. P. Le Jeune, o.m.i., nous y lisons: (p. 655, tome I) 



ETUDES 39 

"Gabriel naquit à Montréal le 3 novembre 1786. Au prin- 
temps de 1810, il entre au service de la Compagnie du Pacifique, 
formée par John Jacob Astor, de New York. Engagé pour une 
période de cinq ans, il s'y embarquait en juillet sur le Tonkin. 
commandé par le bourru Jonathan Thom. Ayant doublé le cap 
Horn et longé la côte du Pacifique, le vaisseau aborde, le 11 avril 
1811, au littoral méridional du fleuve Colombie, à environ quinze 
milles de l'embouchure: l'on y érigea le poste Astoria, en l'honneur 
du promoteur de l'expédition. La guerre de 1812 força la corpo- 
ration américaine à se fusionner avec celle du Nord-Ouest pour 
sauver ses effets commerciaux des pillages des frégates anglaises: 
M. Franchère y accepta un service temporaire. Il déclina les 
offres les plus avantageuses et reprit le chemin de Montréal, tra- 
versant le continent jusqu'à Athabaska et descendant les cours 
d'eaux jusqu'aux grands lacs: il y parut le 1er septembre 1814. 
En 1820, il publia sa Relation d'un voyage à la côte du Nord-Ouest 
de l'Amérique septentrionale (1810-1814), laquelle fut rédigée par 
M. Bibaud. En 1863, J. V. Huntington en a donné la traduction 
anglaise à New York. En 1815, M. Franchère épousa Sophie, 
fille de Jean-Baptiste Routier et d'Henriette Regnault et, en 1834, 
alla s'établir comme négociant en fourrures au Sault-Sainte-Marie. 
Plus tard, il entra en société avec M. Pierre Choteau, de Saint- 
Louis (Missouri), puis il se rendit à New York comme directeur 
de la Compagnie Franchère. Il mourut le 12 avril 1863, chez 
son gendre, maire de Saint-Paul, au Minnesota." 

L'on remarquera que le P. Le Jeune ne fait pas mention du 
rôle joué par Gabriel Franchère auprès de la Société Saint- Je an-Bap- 
tiste de Bienfaisance de New York. Il faut donc s'en reporter pour 
cela a un opuscule, "Hier et Aujourd'hui", publié, en 1925, par M. 
Antonio Fitzpatrick. 

Nous y voyons que le 21 mai 1850, les Canadiens français de 
New York fondèrent la Société Saint- Je an-Baptiste de Bienfaisance, 
avec, comme président, M. Gabriel Franchère. La première question 
mise à l'étude par la société fut la célébration de la fête nationale des 
Canadiens français, le 24 juin suivant. Les Canadiens de New York, 
lisons-nous en tête de la constitution, vivement pénétrés des avantages 
de l'association, et voulant rouvrir à leurs compatriotes loin du pays 
de leur naissance une seconde patrie et une autre famille, ont fondé 
une Société de Bienfaisance destinée à les réunir sous des lois frater- 
nelles. Pendant treize ans, l'âme de la Société Saint- Je an-Baptiste 
fut Gabriel Franchère. Voici le portrait qu'en trace l'auteur de "Hier 
et Aujourd'hui" : 

"Franchère prêche d'exemple. Il travaille double, sa vigi- 
lance n'est jamais endormie. Son service l'appelle parfois en des 
endroits éloignés, mais sa pensé ne quitte pas un moment ses ouail- 



40 BULLETIN DE LA SOCIETE HISTORIQUE 

les. Il est à la fois un apôtre et un père. Du fond des forêts, il 
leur adresse de longues lettres sur ses expéditions. Au retour, il 
donne des conférences, raconte à la Société réunie en petit comité, 
les impressions ressenties en cours de route. Les secrétaires-archi- 
vistes inscrivent dans leurs procès-verbaux des séances écourtées, 
expédiées en un rien de temps, dans la hâte d'entendre le président 
faire une de ces causeries dont il a le secret. A peine l'assistance 
a-t-elle le temps de s'asseoir que la séance est levée. Ils l'entourent 
d'un respect filial. Une famille ne reçoit pas avec plus de joie une 
bonne nouvelle de son chef absent que ces Canadiens une lettre 
de leur président. Il faut voir avec quel empressement ils accueil- 
lent ses missives. Aussitôt l'assemblée régulière ajournée, l'un des 
membres présents donne lecture des dernières nouvelles reçues et 
le reste de la soirée se passe à commenter les paroles de Franchère." 

Durant l'administration de la société par Gabriel Franchère, celle- 
ci forme un comité spécial dans le but de faire un relevé des noms de 
tous les Canadiens français de New York et des environs, afin de se 
mettre en contact avec eux et leur offrir son appui. L'enquête, disent 
les procès-verbaux, se fait surtout parmi les nécessiteux, les sans-travail. 
les malades, les nouveaux arrivés. A tous, la société tend une main 
secourable et offre assistance dans la mesure de ses moyens. Elle fait 
des collectes à leur intention et en remet le produit à l'abbé Lafond, 
curé de l'église Saint-Vincent-de-Paul. En 1855, un délégué de la 
Nouvelle-Orléans vient étudier sur place la constitution de la société 
dans le but d'en fonder une semblable dans le sud. En 1861, un grand 
bal donné par la société produit une autre abondante recette au profit 
des nécessiteux. Mais la guerre de Sécession fait sentir ses ravages 
jusque dans les rangs de la société. La tempête politique et sociale qui 
plane sur notre pays d'adoption a ravagé aussi notre humble associa- 
tion, révèlent les procès-verbaux. Elle a dispersé dans différentes 
directions plusieurs de ses membres les plus actifs et un grand nombre 
de nos compatriotes qui avaient promis de s'unir à nous. Il ne nous 
reste plus à espérer qu'avec le retour du calme et de la paix, nos voeux 
d'avenir prospère se réalisent. Pendant ce temps, Franchère se ressent 
de plus en plus des faiblesses de l'âge. Malade, il n'assiste plus aux 
séances. Il est quand même réélu président. Au mois d'août 1861. 
il décline le poste. Enfin, à la séance du 15 avril 1863, l'assemblée 
apprend sa mort et elle adresse à sa veuve la lettre de condoléance sui- 
vante : 

"Nous avons appris avec un profond chagrin le décès de M. 
Gabriel Franchère, président de la Société Saint-Jean-Baptiste de 
New York pendant treize ans consécutifs depuis le jour de sa fon- 
dation et son premier président honoraire. La Société Saint-Jean- 
Baptiste vient de perdre en lui un membre zélé et un administra- 
teur modèle dont nous avons pu admirer de près les grandes qua- 



ETUDES 41 

lités du coeur et de l'esprit. Outre les vertus domestiques et socia- 
les qui le caractérisaient, le regretté défunt s'était acquis des droits 
à l'hommage de ses compatriotes des Etats-Unis et du Canada, à 
l'estime de ses concitoyens américains et au respect du monde, par 
ses voyages, par ses écrits, par ses causeries, par ses discours si 
pleins de patriotisme, d'instructions et de recherches. La Société 
participe en conséquence aux regrets si légitimes que sa mort ne 
peut manquer d'exciter parmi les personnes qu'honorent l'intelli- 
gence et le travail." 
C'est donc la place ici de rappeler le mot de Hector Fabre : 
''Honorons nos grands morts; nous n'en avons pas trop. 

Cinquantenaire de l'Union 
Saint Jean-Baptiste d'Amérique (1900-1950) 

Antoine Clément 

La grandeur appelle la grandeur, la puissance flatte la puissance 
et la richesse, faite de l'épargne du pauvre pendant 50 ans, équivaut à 
la richesse elle-même, où qu'elle soit et quoiqu'elle vaille. Ce sont là 
les impressions dominantes qui peuvent nous rester des fêtes splendides 
de la Franco- Américanie qui se sont déroulées à Boston du 7 au 10 
mai dernier, à l'occasion du jubilé d'or de notre Société nationale: 
l'Union St- Jean-Baptiste d'Amérique, et du centenaire paroissial fran- 
co-américain : celui de St- Joseph de Burlington, au Vermont. 

Trois mille des nôtres, réunis dans l'église mère de la Nouvelle- 
Angleterre aux vastes proportions et joliment rafraîchie, ont été témoins 
d'une messe inoubliable d'actions de grâces. Défilés de gardes, de 
membres du Bureau général de l'Union avec invités, et du clergé métro- 
politain et franco-américain, suivi des membres de l'épiscopat, tant de 
la région que du Canada, ont attiré l'attention de tous sur la cérémonie 
religieuse historique du jour. Le tout à la musique des orgues, au beau 
chant grégorien, aux paroles de reconnaissance à la Trinité Sainte pour 
tout le bien opéré dans nos familles, dans nos écoles et dans nos parois- 
ses, à la bénédiction papale et aux paroles d'éloge de notre archevêque 
pour le rôle providentiel des nôtres en Nouvelle-Angleterre en y éri- 
geant trois cents belles paroisses fort bien organisées en un siècle. Plus 
de majesté et plus de grandeur ne pouvaient se donner à nos deux 
jubilés de 1950. 

Vint ensuite le déjeuner du Bureau général aux membres de l'épis- 
copat, aux officiants et aux invités et membres d'honneur dans la salle 
Sheraton de l'hôtel Copley Plaza. On y fut surtout touché des allocu- 
tions en français des évêques de Portland et de Springfield que l'on 
pourra lire à satiété bientôt dans les prochains numéros de "L'Union". 
Et pendant tout l'après-midi, les comités du XVIIe congrès de l'Union 
furent en fonctions et le secrétariat temporaire de la Société resta acha- 
landé. 



42 BULLETIN DE LA SOCIETE HISTORIQUE 

Le soir du 7 mai, anniversaire de la fondation de l'Union, une 
manifestation franco-américaine magnifique rallia plus de deux mille 
des nôtres dans le bel auditorium de l'hôtel Bradford. Le défilé d'hon- 
neur garnit toute la scène de célébrités du Canada, de France et des 
Etats-Unis. Le Dr Delaney présida avec sa bonhomie de toujours et 
le président général Henri Goguen évoqua les succès de la Société et 
demanda 150,000 membres pour le prochain jubilé. L'évêque de 
Bathurst, Mgr LeBlanc, nous dit que le mal de l'assimilation venait 
bien plus de notre propre indifférence que de l'étranger, tandis que 
l'archevêque de Québec, Mgr Roy, fit l'éloge de notre survivance par 
la foi et par la langue. L'Ensemble Symphonique Franco-Américain 
fit la musique à l'entrée et à la sortie et pour le chant des hymnes na- 
tionaux sous la direction de M. Robert. Mme Gingras de Lynn fut 
la cantatrice du programme avec accompagnement au piano par son 
époux. Les Gais Chanteurs de Pawtucket ravirent l'auditoire par 
leurs chants français variés sous la direction de M. Lemieux. Et une 
soirée franco-américaine magique passa à l'histoire. 

L'ouverture du congrès du jubilé fut solennelle le lundi matin. 
Nous en comprendrons toute l'importance quand nous lirons les textes 
des allocutions dans "L'Union", étant donné notre absence des séances 
du congrès même. Ceux qui nous ont remplacé pour la presse ont 
apprécié surtout le credo franco-américain de Mgr Wright et les paroles 
des consuls de France et du Canada, celui-ci insistant sur l'importance 
du Manifeste franco-américain, de Mgr Vandry, de Mgr Maurault et 
du Père Moquin sur son projet de cours français spéciaux pour étran- 
gers. Les chefs politiques de Boston, les commissaires d'assurance, des 
chefs de sociétés du Canada et S. E. Mgr McVinney furent aussi au 
programme, et il y eut un communiqué de reconnaissance du Comité 
Permanent de la Survivance Française en Amérique. 

Et les séances du congrès se continuèrent pendant trois jours et 
donnèrent lieu à d'intéressants rapports de la part des officiers généraux 
sur l'administration des quatre dernières années et sur l'ensemble du 
demi-siècle d'existence. Il n'y eut de commentaires sérieux que sur 
le rapport du secrétaire général et que sur le manque de rapports du 
maître des cérémonies. Le lundi soir, il y eut banquet de 500 con- 
vives en l'honneur de 28 décorés de l'Ordre de mérite et d'honneur et 
de quatre nouveaux membres d'honneur. M. Filteau fit la proclama- 
tion de la promotion et MM. Goguen et Ledoux, ou même des délé- 
gués, firent la présentation des décorations. Du chant agrémenta cette 
veillée. 

Mardi matin, à 9 heures, il y eut messe pour les défunts de la 
Société à l'église Notre-Dame-des-Victoires, et après les séances de la 
journée il y eut un banquet de 1200 convives pour terminer les fêtes 
du jubilé. Un spectacle et un bal à la musique d'orchestre suivirent le 
dîner. Le programme était plutôt du genre populaire et divertissant. 



ETUDES 43 

Excellent par certains numéros, il était de goût moindre en d'autres, et 
la note internationale de l'art y prédomina. Mais la gaieté n'en fut pas 
moins grande et se continua pendant toute la durée du bal. 

C'est le mercredi que le jubilé se révéla vraiment d'or. De fait, 
l'or y coule à flots pour les officiers généraux, pour le personnel des 
employés, pour les délégués et oui, même, pour les percepteurs des con- 
seils qui ont pu finalement toucher quelques rémunérations pour leur 
excellent travail. Si la Société n'était pas si nombreuse, ce serait à 
se demander s'il allait rester assez d'argent pour que les dividendes 
soient toujours d'or. Et ce fut un jubilé d'or pour le secrétaire général, 
M. Filteau, qui regagna son poste cinq à un. 

La séance de clôture du congrès fut intéressante par le rapport de 
l'élection, bruyante par la fatigue des délégués et captivante par le 
rapport du comité des affaires diverses fait par M. l'abbé Desmarais qui 
dit que l'Union était une société pour nous. Il fit une profession de 
foi en la Société et ses principes. La Société songe à créer des bourses 
pour permettre à nos prêtres d'étudier en Europe. Elle continuera son 
aide au collège de l'Assomption, recommande les déjeuners-commu- 
nions, cherchera à accentuer la vie franco-américaine en faisant la plus 
grande diffusion possible du Manifeste franco-américain adopté à Wor- 
cester, étudiera le projet d'un voyage à Rome à l'automne pour l'Année 
Sainte. Comme monument du jubilé, elle se propose d'ériger une 
bibliothèque au collège l'Assomption et de faire relier les rapports des 
officiers généraux. Pour activer le recrutement, elle aura recours au 
travail des membres et d'organisateurs sous la direction d'un organi- 
sateur en chef. Le comité exprima le voeu que l'Union aille de l'avant 
en répandant ses bienfaits jusqu'à son jubilé de diamant. 

M. le curé Bérubé fit l'installation du nouveau Bureau général et 
M. Marin fit prêter le serment d'office aux nouveaux officiers. Dans 
les remarques dans l'intérêt de l'Union, on demanda à chaque socié- 
taire un nouveau membre d'ici au prochain jubilé et il y eut discussion 
de la question des équipes d'initiation et de leurs fêtes annuelles et 
l'ajournement se fit à 5 heures. 

Nous avons célébré notre centième année du commencement à la 
fin, et si grandioses qu'aient été les fêtes, elles n'en furent pas moins 
entachées du mal du siècle : l'assimilation, et empêchèrent notre triom- 
phe d'être complet. De fait, le pasteur de St-Joseph de Burlington 
manquait dans le sanctuaire à la messe et sur la scène à la manifesta- 
tion franco-américaine et pour cause. Espérons que le président géné- 
ral de l'Union pourra convertir cette paroisse aux fêtes de la St-Jean- 
Baptiste à Burlington. Avec tout le prestige de nos fêtes nous devrions 
maintenant pourchasser partout les assimilateurs au cri de Bourassa à 
Notre-Dame: N'arrachez à personne, ô prêtres du Christ, ce qui est le 
plus cher à l'homme après le Dieu qu'il adore. 



44 BULLETIN DE LA SOCIETE HISTORIQUE 

Et comme souvenirs tangibles de notre centenaire, nous devrions 
presser le représentant Philbin de nous donner notre timbre commé- 
moratif et l'Union St-Jean-Baptiste d'Amérique de nous livrer enfin 
l'histoire impartiale et vraie des Franco-Américains de Nouvelle-Angle- 
terre, avec ses pages sombres et glorieuses, par Robert Rumilly. Ces 
deux gages de survie feront planer une belle aurore sur le siècle nou- 
veau appelé à devenir le siècle de la Franco-Américanie en Nouvelle- 
Angleterre. 

Mgr Louis de Goesbriand (1816-1899) 

Abbé Adrien Verrette 

La date centenaire de l'une de nos premières chrétientés, organisée 
au pays des Monts Verts, Saint-Joseph de Burlington, évoque à l'esprit 
la figure vénérée de l'un des premiers bienveillants apôtres de notre 
rayonnement catholique et français en Nouvelle-Angleterre, Mgr Louis 
de Goesbriand, premier évêque de Burlington au Vermont. L'occa- 
sion semble bien indiquée pour rendre hommage à ce bâtisseur de 
diocèse dont le "Bishop DeGoesbriand Hospital", à Burlington, con- 
serve le nom au regard de la postérité. 

C'est tout un volume qu'il faudrait pour tracer la carrière et 
l'influence de cet apôtre breton qui s'éteignait dans une modeste 
chambrette d'orphelinat, à Burlington, le 3 novembre 1899, à l'âge 
de 83 ans dont 59 de prêtrise et 46 d'épiscopat. La présente étude 
veut simplement indiquer les sources et les grandes lignes de cette vie, 
qui, à une heure assez inquiétante de l'immigration des Canadiens- 
français en Nouvelle-Angleterre, apporta un soulagement sensible à 
leur orientation catholique et française. 

Il n'est pas facile de s'étendre sur les origines de l'illustre prélat. 
Les documents sont assez rares. Mgr J. S. Michaud, son confident et 
successeur était celui qui aurait pu nous livrer le plus d'information à 
ce sujet, dans son histoire du diocèse de Burlington ( 1 ) , mais il se con- 
tente de relater les travaux apostoliques de son prédécesseur. Il y a 
bien le "journal" de Mgr de Goesbriand, conservé dans les archives du 
diocèse, dans lequel il consigne sommairement ses courses mais sans 
allusion à sa personne. Vers la fin de sa vie, Mgr résumera ses sou- 
venirs dans une brochure (2) mais encore là il n'est pas question 
de ses origines. 

Le dictionnaire de l'abbé Allaire affirme cependant (3) que 
Louis de Goesbriand naquit le 4 août 1816, à Saint-Urbain, diocèse 

(1) Le Canado-Amérirain, février 1950 

(1) History of The Catholic Church in the New England States: Vol 2, 
"Diocèse of Burlington", pp468-469. 

(2) Catholic Memories of Vermont and New Hampshire. Mgr Ls. De- 
Goesbriand, Burlington, 1886. 

(3) Dictionnaire Biographique du Clergé Canadien-français. (Abbé J. B. A. 
Allaire, in-8. vol VI, p304, 1934. 



ETUDES 45 

de Quimper, en Bretagne, dans le Finistère. Il était le fils du marquis 
Henri de Goesbriand, paire de France et de la comtesse Emilie Bergeau. 
On l'entendit rarement faire allusion à son origine noble. 

Les études terminées au séminaire St-Sulpice, à Paris, il est 
ordonné le 13 juillet 1840 par Mgr Joseph Rosati, premier évêque de 
St. Louis, au Missouri, de passage en France pour recruter des mis- 
sionnaires (4). Plusieurs des premiers évêques américains, élèves de 
St-Sulpice ne manquaient pas de formuler de pressants appels auprès 
des séminaristes. Le jeune de Goesbriand est touché. Il quitte famille 
et patrie et s'embarque pour l'Amérique où l'attend une longue vie de 
labeurs. 

Dès son arrivée, le jeune abbé se place sous la direction de Mgr 
John Baptist Purcell, deuxième évêque de Cincinnati, diocèse, qui, à 
cette date comprend tout l'état de l'Ohio. Il s'y dépensera en dépit 
de mauvaises conditions, car la malaria y règne auprès des groupe- 
ments dispersés. De concert avec ses compatriotes Rappe et Mache- 
boeuf il visite régulièrement toute cette région qui constitue aujour- 
d'hui les diocèses de Toledo et de Youngstown. (5) 

L'Eglise cependant se développe rapidement dans l'Ohio (6) . 
L'affluence des émigrés, la découverte et l'exploitation des mines mul- 
tiplient les chrétientés. Le diocèse de Cleveland, créé en 1847, reçoit 
son premier titulaire dans la personne de Mgr Amédée Rappe. 

Pour inaugurer son nouvel apostolat, Mgr Rappe n'hésite pas à 
inviter son ami près de lui, l'abbé de Goesbriand pour l'en faire son 
secrétaire, son vicaire général et le supérieur fondateur de son modeste 
séminaire diocésain, établi dans une ancienne étable, transformée pour 
les besoins. Le travail est difficile dans cette région. Le choléra et 
la fièvre déciment la population, mais le courage des missionnaires 
triomphe et l'église grandit. 

Ayant résigné son siège en 1870 avec une santé bien délabrée, 
Mgr Rappe viendra terminer ses jours en 1877 auprès de son ami, 
devenu premier évêque de Burlington. Il y dépensera au bénifice des 
missions vermontaises les profits assez imposants de valeurs minières 
qui lui avaient été confiées en 1872. (7) 

Peu de détails nous ont été conservés de l'abbé de Goesbriand 
durant son séjour dans l'Ohio. Sa réputation d'homme de bien devait 

(4) L'auteur de l'article "Diocèse de Burlington" dans la Catholic Encyclo- 
pedia, vol iii, p81, affirme que l'abbé de Goesbriand fut ordonné à 
St. Louis, au Missouri, le 30 juillet 1840. 

(5) Houck. "The Church in Northern Ohio, pp230-239. 

(6) Shea. "A History of the Catholic Church, vol IV, pp 183- 186. 

(7) Mgr Rappe construisit plusieurs chapelles dans le Vermont et se montra 
très généreux envers les canadiens-français. Il se fit missionnaire malgré 
son âge avancé. Il prêchait une retraite à Grand' Ile, lorsqu'il fut 
terracé et décéda à St. Albans, chez l'abbé Zéphirin Druon, le 8 sep- 
tembre 1877 (Cf. Hamon: "Les Canadiens-français de la Nouvelle- 
Angleterre"), 1890, pp212-217. 



46 BULLETIN DE LA SOCIETE HISTORIQUE 

être assez connue, car en 1852, à la réunion des évêques de la province 
de New- York, lorsque la création du diocèse de Burlington fut pro- 
posée, le nom de Mgr de Goesbriand est suggéré comme premier titu- 
laire, par Mgr John Fitzpatrick, alors deuxième évêque de Boston, 
son confrère au séminaire de Paris. 

Préconisé évêque de Burlington par le pape Pie IX, le 29 juillet 
1853, Mgr de Goesbriand reçoit la consécration épiscopale, dans la 
cathédrale de New-York, le 30 octobre suivant des mains de Mgr 
Cajetan Bedini, nonce apostolique au Brésil, en mission spéciale aux 
Etats-Unis. Deux autres évêques fondateurs sont aussi consacrés en 
cette circonstance, Mgr Loughlin de Brooklyn et Bailey de Newark. 
Un troisième, Pévêque fondateur de Portland avait refusé sa nomina- 
tion. Ce fut donc un grand jour pour l'église en Nouvelle-Angleterre 
car deux nouveaux fleurons venaient s'ajouter à son développement 
pour préparer la nouvelle province ecclésiastique de Boston, érigée en 
1875. 

Intronisé le 6 novembre suivant, dans sa modeste pro-cathédrale 
Ste-Marie, par Mgr Fitzpatrick de Boston, le nouveau pontife compte 
environ 20,000 diocésains qui fréquentent une dizaine d'églises, des- 
servies par cinq prêtres. Le butin n'est pas considérable mais tous 
les éléments sont là. 

Malgré la proximité du Québec, le déversement canadien-français 
se fit plus lentement dans le Vermont. On n'abandonnait pas des 
fermes pour venir en exploiter de nouvelles dans un pays inconnu. 
De plus il y aura l'attirance vers les centres industriels, plus au sud. 
L'abbé Matignon de Boston aurait visité le Vermont en 1815 et à 
Burlington il y rencontre une centaine de canadiens-français. 

A partir de 1818, c'est le curé Mignault, de Chambly (Montréal) 
qui dessert les petits groupements échelonnés le long du lac Champlain. 
Il construira l'une des premières églises sur la frontière du New- York, 
celle de Coopersville, en face de l'ancien fort Ste-Anne, abandonné 
en 1660. Il exercera même l'office de vicaire général des évêques de 
Boston, d'Albany et même de Burlington. Mgr de Goesbriand écrira 
de lui "un nom que je ne prononce qu'avec respect et reconnaissance." 

En 1827, Mgr Fenwick sera le premier évêque américain à visiter 
le Vermont. Vers 1843, de modestes églises existent à Montpelier. 
Vergennes, St-Alban, Swanton, Burlington et Fairfield et le nombre 
des catholiques s'élève à 4940 sur une population de près de 300,000 
pour le Vermont. Durant la décade suivante le nombre des catholi- 
ques avait quadruplé. Déjà en 1850, les Canadiens-français possé- 
daient leur paroisse St-Joseph. Elle avait été fondée par Messire 
Joseph Quévillon. (Monseigneur de Goesbriand fait erreur quand 
à la date, lorsqu'il écrit dans ses mémoires : "Ce fut le P. Mignault qui 
procura à Burlington, en 1851, le Rév. Joseph Quévillon, que nous 



ETUDES 47 

pouvons considérer comme le premier prêtre Canadien résidant de la 
Nouvelle-Angleterre .... Où est-ce simplement erreur typographique, 
hélas, comme il s'en glisse tant dans les imprimés. D'ailleurs les docu- 
ments paroissiaux établissent l'année 1850, comme celle de la venue 
du curé fondateur, Messire Quévillon 

Agé de 37 ans, le jeune évêque se lance dans son oeuvre. D'ail- 
leurs il connaît déjà les privations et les difficultés inhérantes à son 
apostolat. La richesse ne vient pas non plus combler les besoins. Les 
catholiques de cette génération ne sont pas encore favorisés par la 
fortune. Tout est accompli au prix de grands sacrifices. Mgr fondera 
de nouvelles paroisses. Il invitera des communautés enseignantes. Au 
début, il s'emploie surtout à recruter son clergé. Un an après son 
arrivée, il compte deux prêtres seulement. 

Saisi du besoin de collaborateurs de langue française, il gémit 
même sur la condition de ces émigrés qui sont sans pasteurs. Il se 
rend à Québec afin de plaider sur place. Il multipliera ses appels 
dans le "Protecteur Canadien", journal dirigé par l'abbé Druon à 
St. Alban. Il écrira et répétera souvent "Les canadiens-français ont 
besoin de missionnaires de leur nationalité. Ils ont besoin d'églises 
séparées". 

Malgré ses instances, les recrues ne sont pas nombreuses. Dès 1855, 
Mgr de Goesbriand fait un voyage dans sa patrie pour y faire un émou- 
vant appel. Il revient avec des collaborateurs MM. Danielou, Picard, 
Dugué, Cloarec, Clam, Clavier et Salin. Quelques-uns persévéreront, 
les autres retourneront en France. 

Les dirigeants du Québec commençaient déjà à déplorer triste- 
ment cette saignée, causée par le vidage des campagnes vers la Nouvelle- 
Angleterre. Les démarches de Mgr de Goesbriand pouvaient être mal 
interprétées. Venait-il favoriser ou encourager indirectement l'immi- 
gration. Loin de là. Il s'empressera d'écrire "je voudrais pouvoir 
l'arrêter". Il en connait tous les méfaits. 

Aussi, la persévérance de l'infatigable évêque finit par triompher. 
"Sa parole émue, chaleureuse, exempte de toute exagération retentit 
profondément dans tout le pays. L'on connut enfin, d'une manière 
précise, la triste situation religieuse des émigrés Canadiens, et partout 
des coeurs généreux s'offrent pour leur venir en aide." (8) 

Nous sommes en 1870. La situation a beaucoup changé. Mgr 
Bourget de Montréal a cédé quelques-uns de ses meilleurs prêtres. 
Québec et les autres diocèses en feront autant. Dons, secours et géné- 
rosités arrivent de la province mère qui n'abandonnera pas ses enfants. 
Une meilleure entente existe. Il faut bien accepter le fait accompli 
et s'occuper de ces milliers de foyers qui réclament tout naturellement 
le bonheur de vivre chrétiennement dans un climat catholique et 
français. 
(8) Hamon. "Les Canadiens-français de la Nouvelle-Angleterre", pi 77. 



48 BULLETIN DE LA SOCIETE HISTORIQUE 

Mgr de Goesbriand, bien entendu, n'était pas seulement l'évcque 
des Canadiens-français, mais en homme de Dieu, il voulait leur donner 
justice. A ce moment, la nation américaine est en formation. Sur ses 
rives des milliers et des milliers d'émigrés de partout viennent chercher 
asile. Le problème des nationalités et des langues se présente tout 
naturellement. Il suscitera bien des luttes et des querelles qui ne 
seront hélas jamais définitivement fixées. En certains milieux, on 
commence même à craindre "l'invasion pacifique du Québec". Le 
"Commercial Advertiser" de New-York, en octobre 1890, écrira, "La 
Nouvelle-Angleterre des aïeux (pilgrims) est en train de disparaître". 

Le problème de l'établissement des Canadiens-français dépasse 
donc les limites du diocèse de Burlington. Il enveloppe maintenant 
toute la Nouvelle-Angleterre. Il ne recevra pas partout les mêmes 
traitements. Mgr de Goesbriand est au fait de ces nombreuses situa- 
tions. Pour lui, dans son diocèse, la paix règne car il ne veut pas 
l'injustice et ne peut pas soupçonner qu'elle puisse être tolérée ailleurs. 

Disons-le aussi à la décharge de ce véritable apôtre. Mgr de 
Goesbriand était avant tout préoccupé du salut des âmes confiées à 
sa charge. Il ne raisonnait certainement pas le "fait français" tel que 
défini dans le manifeste de "La Vie Franco-Américaine" . Le problème 
ne se posait pas encore de cette façon. Il affirmait cependant que la 
Providence avait des vues inconnues dans ce phénomène d'émigra- 
tion. (10) 

Aussi nous pouvons faire nôtre ce jugement que prononçait en 
1890, le P. Hamon: "c'est à Mgr de Goesbriand, que les Canadiens 
du Vermont doivent d'avoir conservé leur foi, et de posséder aujour- 
d'hui de belles et nombreuses paroisses. C'est à lui encore que les 
autres Etats de l'Est où se trouvent maintenant les Canadiens par 
centaines de mille, doivent en grande partie, l'avantage d'avoir eu 
enfin des prêtres de leur pays pour les desservir." (11) 

Comme il semble très évident, il n'est pas question alors du fait 
français comme enrichissement ou comme patrimoine culturel que les 
émigrés ont le droit ou le devoir de conserver. Il s'agit surtout de 
procurer à des fidèles de langue française des prêtres qui parlent leur 
langue. C'est certainement dans cet esprit que Mgr de Burlington se 
fait l'interprète de ses confrères dans l'épiscopat pour demander aux 
Sulpiciens de Montréal, le 28 septembre 1880, de "recevoir dans leur 
grand séminaire les jeunes gens désirant se consacrer aux missions des 
Canadiens aux Etats-Unis." 

Vers 1880 l'émigration continuait toujours à gonfler les villes de 
la Nouvelle-Angleterre. De nouvelles chrétientés se multipliaient pres- 

(9) La Vie Franco- Américaine, manifeste doctrinal présenté par le Comité 
d'Orientation Franco-Américain, au centenaire de Worcester, en mai 
1949. 

(10) Protecteur Canadien (St. Albans, Vermont, 13 mai 1869). 

(11) Hamon. "Les Canadiens-français de la Nouvelle-Angleterre", pl66. 



ETUDES 49 

qu'à vue d'oeil. Pour leur part, les canadiens-français demandaient 
des prêtres de leur langue. Le problème d'un clergé national pour eux 
s'accentuera. Mgr de Goesbriand y sera mêlé par la force des choses. 
Tout une polémique se déroulera. 

A un congrès catholique, tenu à Baltimore, on a décidé que "les 
sociétés nationales comme telles n'ont pas leur raison d'être dans 
l'Eglise de ce pays." Au fond, c'était toute la question de la langue 
qui était désavouée. Il existe pourtant 210 sociétés Saint Jean-Bap- 
tiste alors et douze journaux de langue française. 

La presse franco-américaine de l'époque s'emploie à faire des 
représentations sérieuses et respectueuses, car en plusieurs endroits des 
injustices désolent les coeurs. Dans une lettre adressée aux évêques 
américains, en décembre 1888, au sujet de la condition faite à des 
milliers de fidèles italiens, Léon XIII écrivait: "nous avons décidé 
d'envoyer chez vous plusieurs prêtres italiens qui soient à même de 
soulager leurs maux en parlant leur propre langue, etc." Cette décla- 
ration semblait justifier l'attitude des canadiens français qui deman- 
daient la même chose. 

Toute une série de représentations parut alors dans la presse, 
"Le Travailleur" de Worcester, "Le National" de Plattsburg, N. Y., 
"L'Avenir Canadien" de Manchester et "L'Indépendant" de Fall- 
River, n'hésitèrent pas à résumer franchement les faits. Ces articles 
parurent dans une brochure. (12) 

Ce fut sans doute pour calmer les esprits que Mgr de Goesbriand, 
à son tour, publiera en 1889 sa brochure intitulée: "Les Canadiens- 
français des Etats-Unis — ■ Léon XIII aux Evêques d' Amérique relati- 
vement aux immigrés italiens". Et puis, il se sent peut-être visé dans 
la polémique qui se poursuit. Il est âgé, usé par ses labeurs. Il songe 
à se retirer et demande un coadjuteur. Il déclare donc: "Si je me 
décide à écrire, c'est que je vois venir le temps où je ne pourrai ni 
écrire ni parler, et qu'il est, je crois, peu de personnes qui ont eu une 
expérience aussi longue que moi-même dans ce qui regarde l'histoire 
de Canadiens immigrés aux Etats-Unis. Je tâcherai d'oublier les insi- 
nuations malveillantes dont Nous avons été l'objet pour écrire en faveur 
de la vérité, et contribuer à la grande oeuvre de l'évangélisation de nos 
Canadiens." 

Le 8 mars 1889, L'Indépendant de Fall-River écrira: "nous 
n'avons pas le moindre doute que le très vénérable évêque de Burling- 
ton n'est pas visé lorsqu'il s'agit de se plaindre des nominations à la 
desserte de nos paroisses." C'est bien le jugement qui reste. Il est 
indéniable que Mgr de Goesbriand se fit à sa manière et suivant les 
circonstances "le promoteur zélé et l'ami constant de la cause des 
canadiens-français aux Etats-Unis." 

(12) Le Clergé National: Articles et Extraits des Journaux Canadiens-français 
des Etats-Unis, depuis novembre 1888 à mars 1889, in-8 56p. Imprimerie 
du Travailleur, Worcester, Mass.. 1 889. 



50 BULLETIN DE LA SOCIETE HISTORIQUE 

Mais les années passent. On est en 1890, Mgr de Goesbriand 
compte un demi siècle de prêtrise et 38 années d'épiscopat. Il a tra- 
vaillé sans relâche. Son diocèse compte maintenant 46,000 fidèles, 
76 églises et une cinquantaine de prêtres. Il a construit sa cathédrale 
Immaculée-Conception, invité des communautés enseignantes et con- 
fié son orphelinat St- Joseph aux soeurs de la Providence de Montréal. 

Entouré de la vénération de son peuple, en juin 1892, il cède sa 
houlette pastorale à son coadjuteur. Il se retire dans la prière et la 
tranquilité, auprès des orphelins qu'il affectionne. Le 3 novembre 
1899, tout juste à la fin du siècle, âgé de 83 ans, le doyen de l'épis- 
copat américain décédait. Il fut inhumé dans la crypte de la cathé- 
drale. 

Mgr Louis de Goesbriand était le dernier évêque américain né 
en France. Citoyen entier de sa patrie d'adoption, il était demeuré 
cependant le véritable type du breton. De taille moyenne aux épaules 
larges, sa figure pleine avec front dégagé et des yeux pleins de lumière 
retenait une chevelure abondante qui retombait sur les tempes. Une 
bouche aux lèvres contenues laissait percer une âme sensible et géné- 
reuse. 

Il avait essayé, non sans succès de concilier les éléments humains 
qui se disputent souvent la conduite des affaires qui mènent à Dieu. 
Il se peut qu'il n'ait jamais totalement saisi les remous de l'âme franco- 
américaine. Chose certaine il aimait ses enfants venus du Québec. 
Il les voulait heureux et paisibles. Sa contribution à leur bonheur 
religieux fut considérable. Il fut donc l'instrument providentiel qui 
favorisa l'établissement de la vie franco-américaine en Nouvelle-Angle- 
f «rre. Pour ce service sauveur tous lui gardent une reconnaissance 
entière. 



IV 

Centenaires 

1850-1950 

Un siècle d'apostolat 

(Le Centenaire des religieux de l'Assomption) 
R. P. Polyeucte Guissard a.a. 

En la nuit de Noël 1845, le P. Emmanuel d'Alzon posait les pre- 
miers fondements de la congrégation des Pères de l'Assomption. C'est 
au collège de Nîmes dont il était depuis 3 ans le directeur, qu'il réunit 
les 4 premiers compagnons qui deviendraient les pionniers de son 
oeuvre. 

Durant 5 ans interminables, la prudence trop timide de son évêque 
lui interdit des engagements définitifs. C'est seulement à Noël 1850, 
que les 5 novices furent autorisés à émettre des voeux annuels; ceux-ci 
devinrent perpétuels à Noël 1851. C'est ce premier siècle d'histoire 
que les Fils du P. d'Alzon répandus dans le monde entier viennent de 
célébrer avec une fierté légitime. 

Le fondateur se proposait un triple but: restaurer l'enseignement 
chrétien à tous les degrés, sur les bases de S. Augustin et de S. Thomas. 
Ramener à l'unité de l'Eglise, schismatiques, hérétiques et païens; lutter 
contre les forces de la révolution laïque par les oeuvres sociales, libres 
de toute affiliation politique et pénétrées d'esprit surnaturel. Com- 
ment il a réalisé lui-même et par sa famille religieuse, cet idéal gran- 
diose, c'est ce que nous voudrions démontrer brièvement. 

I. L'enseignement chrétien 

Sauf en terre de missions, les assomptionnistes se sont peu occupés 
d'enseignement primaire. C'est surtout dans le domaine de l'ensei- 
gnement secondaire et supérieur qu'ils ont exercé leur influence. Aux 
alentours de 1845, l'enseignement en France était le monopole de l'Uni- 
versité officielle, laïque et trop souvent athée. A cette époque com- 
mença la lutte de l'Episcopat pour briser cette servitude. Le P. d'Alzon 
fut à l' avant-garde. Il commença hardiment par prendre pour son 
collège la liberté qu'il réclamait. D'autres suivirent son exemple et 
comme toujours la victoire fut aux audacieux. 

En 1850, la loi Falloux accordait enfin la liberté d'enseignement 
aux collèges et institutions libres. Un nouveau pas devait être fait 
pour aboutir à l'indépendance de l'enseignement supérieur. Le P. 
d'Alzon avait commencé à Nîmes un embryon d'université. Si son 
initiative ne dura point ce fut parce que le Midi alors était trop pauvre 



52 BULLETIN DE LA SOCIETE HISTORIQUE 

en sujets pour lui fournir un nombre d'élèves suffisant. Au moins 
c'était la préfiguration et l'amorce des divers Instituts Catholiques qui, 
à partir de 1875, fournirent à l'Eglise de France une pléiade de savants 
qui lui assurèrent un prestige égal à celui des maîtres sortis de l'ensei- 
gnement d'état. 

Le Fondateur, durant ses études ecclésiastiques avait été déçu 
de la pauvreté des cours de séminaires. Il avait complété à Rome 
une formation exceptionnelle pour l'époque et il voulut que ses reli- 
gieux eussent comme lui une doctrine à la hauteur des exigences de 
son temps. Aussi dans ses scolasticats, il prescrivit, même avant les 
interventions lumineuses de Léon XIII, en 1879, une philosophie puisée 
aux sources de St. Thomas. Il établit dès qu'il le put un cycle de trois 
ans de philosophie et de 4 ans de théologie. C'est encore la norme de 
toutes les maisons d'études de l'Assomption. 

Dans la direction du collège de Nîmes, il se révéla un éducateur 
de génie. Il avait compris que la formation est incomplète, si elle se 
contente de développer l'intelligence, sans forger le caractère. Il vou- 
lait faire avant tout des hommes et des chrétiens; aussi s'appliquait-il 
à approfondir les convictions religieuses, à baser la conduite personnelle 
sur l'initiative, la conscience, la franchise, le dévouement, l'enthousias- 
me, l'idéal. Tous ceux qui sont passés par ses mains ont été marqués 
d'un caractère indélibile et, malgré la vigueur de sa discipline, lui ont 
voué une affection profonde et une admiration reconnaissante. Ses 
fils dans les nombreux collèges qu'ils dirigent un peu partout, sont 
restés fidèles à son esprit et on retrouve en chacun d'eux la même atmos- 
phère de cordialité, d'entrain, d'ouverture qui leur donne un cachet 
particulier. Tous les anciens en gardent un souvenir ému et y revien- 
nent toujours avec un empressement fidèle. 

Parmi les oeuvres d'éducation entreprises par le P. d'Alzon, il faut 
faire une place de choix à l'oeuvre des vocations connue sous le nom 
d ,ll Alumnats". Sachant que le Christ depuis toujours, a coutume de 
choisir ses apôtres dans les familles nombreuses et modestes, il se pré- 
occupa de fournir au plus grand nombre possible d'enfants pauvres, 
riches seulement des qualités de l'esprit et du coeur, les moyens d'arri- 
ver au sacerdoce. Depuis le 28 août 1871, l'oeuvre des alumnats a 
fondé près de 120 maisons, à travers mille obstacles: dénument, man- 
que de personnel, persécution, et guerres. Elle a donné environ 6000 
prêtres à l'Eglise. A la différence des juvénats, qui recrutent des 
vocations pour telle congrégation, les alumnistes restent libres, après la 
rhétorique de poursuivre telle vocation qui leur plaît. Tous les sémi- 
naires de France et de Belgique en ont bénéficié. Us ont fourni des 
sujets à presque tous les ordres et congrégations, et quand même, 
l'Assomption y a trouvé son recrutement providentiel. Oeuvre de 
charité, de désintéressement absolu, de foi dans la divine Providence, 
qui suffirait à elle seule à assurer la gloire du Père d'Alzon. 



CENTENAIRES 53 



II. Les oeuvres missionnaires 

Durant toute sa vie le P. d'Alzon fut dévoré par la flamme de 
l'apostolat. Au lendemain de son sacerdoce en 1834, il ajoute à sa 
charge de vicaire général du diocèse de Nîmes un ministère multiforme 
de prédicateur infatigable. Il évangelise les pauvres, les ouvriers, les 
orphelins, les communautés religieuses, les paroisses du Midi. Il a dès 
cette époque la hantise de la conversion des protestants, très nombreux 
et actifs dans la région du Languedoc depuis les guerres de Religion. 

En 1862, à la demande de l'Evêque de Brisbane, il n'hésite pas à 
envoyer dans la lointaine Australie 3 religieux qui seront les premiers 
missionnaires de l'Assomption. En 1863, Pie IX lui confie la tâche 
formidable de ramener à l'unité les chrétientés d'Orient. Il n'a qu'une 
poignée de sujets; qu'importe? Il envoie des âmes d'élite au coeur de 
la Bulgarie qui semble assez proche alors d'une conversion collective. 
Il y fonde des écoles, des alumnats, des paroisses et bientôt deux collèges 
florissants à Varna et à Philippopoli. Un peu plus tard ses fils s'éta- 
blissent à Kadi-Keui aux lieux mêmes où fut célébré le concile de Cal- 
cédoine. Il pénètre au coeur de Stamboul et établit successivement 
tout le long de la côte d'Asie Mineure et jusqu'à Ankara, des centres 
vivants de vie chrétienne et catholique. En 1884, il construira à Jéru- 
salem, Notre-Dame de France, à la fois hôtellerie pour les pèlerins de 
Terre Sainte, et foyer d'études bibliques, où se formera toute une 
pléiade de jeunes exégètes et archéologues avertis. 

Dès l'aube du 20e siècle, ses fils ont pris en Russie, à Vilna, à Petro- 
grade, à Odessa, des postes d'attente clandestins, destinés à préparer 
la conquête de l'empire des Tsars, rêve grandiose du Fondateur, que 
l'Assomption n'a pu encore abandonner. Ceux-ci devancèrent l'ini- 
tiative du Pape XI, s'appliquant à fournir aux peuples du Proche 
Orient, un clergé indigène et plusieurs religieux embrassent dans ce 
but le rite gréco-slave. Après la première guerre mondiale, la congré- 
gation essaime en Roumanie où elle connaît rapidement un succès 
inattendu. Elle y aura presqu' aussitôt ses paroisses, ses alumnats, ses 
collèges, son noviciat. On a depuis longtemps déjà pris position à 
Athènes et l'Assomption compte dans ses rangs une belle phalange de 
religieux grecs dont l'actuel archevêque de Corfou, Mgr Voutsinos. 

La Yougoslavie s'ouvre à son tour et au coeur de Belgrade s'élève 
la belle église autour de laquelle plusieurs vocations ont pris naissance 
et sont arrivées à pleine maturité. 

Et comment ne pas signaler l'oeuvre mondialement connue des 
"Echos d'Orient" fondée par Mgr Louis Petit, dans la suite archevêque 
d'Athènes, destinée à constituer une équipe de savants hellénistes, slavi- 
sants, hébraïsants, capables de saisir et de discuter dans les revues les 
plus célèbres les problèmes de l'Orient chrétien et de promouvoir de la 
sorte un rapprochement des élites que suivrait docilement la foule. Sans 



54 BULLETIN DE LA SOCIETE HISTORIQUE 

doute à la suite de la révolution Kémaliste, nos oeuvres de Turquie ont 
été balayées. Il n'en reste que des vestiges. La seconde guerre, en 
courbant la Roumanie, la Bulgarie et la Yougoslavie sous la domina- 
tion communiste, a anéanti presque tous nos établissements en ces 
malheureux pays. Quelques apôtres intrépides tiennent encore dans 
les paroisses, dans la clandestine, dans les prisons, à Moscou ou dans 
les camps de concentration de Sibérie. Aux regards humains, on 
pourrait parler de faillite et de sacrifices stériles depuis 90 ans. Mais 
si le grain ne meurt il demeure seul et ne porte aucun fruit. Il n'est 
pas possible que tant de travaux, de zèle, de souffrance et de sang 
versé aient été inutiles et à l'heure marquée par Dieu, nous attendons 
avec confiance de voir lever du sol tourmenté des moissons inattendues. 

Les missions en pays protestant ont débuté à Londres en 1901 
dans une pauvreté absolue. Elles ont abouti à l'érection de paroisses 
très florissantes dans la capitale anglaise dont deux beaux collèges de 
Hitchin et de Nothingham avec noviciat et une maison de philosophie 
et de théologie. Elles ont fait éclore assez de vocations pour former 
une province anglaise qui vient de fournir à la hiérarchie catholique 
un jeune évêque plein de promesses, Mgr Andrew Beck. évêque de 
Brentwood, dans la banlieue londonienne. 

En 1890, un groupe de religieux s'embarquait pour le Chili. 
Depuis 60 ans, ils y accomplissent des merveilles. Ils ont planté leur 
tente du nord au midi; ils ont passé la Cordillère et gagné l'Argentine 
où leur diffusion est rapide. Ils sont au Brésil, en Colombie et demain 
au Pérou. L'Amérique du Sud fournit à un rythme constant des 
recrues indigènes. Le jour s'annonce proche où son noviciat, son 
alumnat et ses maisons d'études philosophiques et théologiques lui 
permettront de constituer à son tour une province autochtone. 

En 1929, la province de Belgique s'est implantée au Congo. 
Depuis 32 ans, sous l'impulsion de son premier évêque Mgr Henri 
Pierard, la mission africaine a organisé son immense territoire de l'équa- 
teur en chrétienté modèle qui rappelle les prodiges de l'église primitive 
et les miracles de la première Pentecôte. 

En 1934, l'Assomption envoyait ses missionnaires en Manchourie, 
et bientôt ceux-ci se trouvèrent à même de diriger le séminaire inter- 
provincial de Kirin. L'invasion de l'armée rouge les a obligés comme 
tant d'autres à abandonner provisoirement un champ d'apostolat plein 
de magnifiques espérances. Cependant 3 d'entre eux sont restés au 
milieu de leurs fidèles. Au prix de sacrifices inouis, ils maintiennent 
le contact et attendent l'expulsion, la prison ou le martyre. Là aussi 
le bon grain jeté au sillon semble enseveli pour longtemps sous un hiver 
glacial. Mais Dieu saura bien, quand l'heure sera venue, faire passer 
le souffle de la vie. Partout les religieux demeurent fidèles à l'esprit 
de leur père et reçoivent avec avidité ptt\ de toute région nouvelle 
où n'a pas encore luit la lumière du <t. ">i 



CENTENAIRES 55 



III. Les oeuvres sociales 



Le P. d'Alzon qui était né gentilhomme et qui possédait une des 
plus belles fortunes du Midi, se pencha dès les premiers jours de son 
ministère vers les humbles, les pauvres, les pécheurs. Déjà au château 
paternel de Lavagnac, il aimait à se mêler aux nombreux domestiques 
prenant part à toutes les réjouissances et leur enseignant le catéchisme. 
Le jeune prêtre disait sa messe à 5 heures du matin pour accommoder 
les petites gens pressées par les travaux du ménage. Il fonde deux 
orphelinats, un pour les filles et un pour les garçons; il ouvre une 
maison de refuge pour les filles-mères ou pour celles qu'il veut arracher 
à leur triste métier. Il collabore à la fondation de l'oeuvre de St. 
François de Sales, destinée à fournir, au moyen de colporteurs, la bonne 
lecture au peuple de la campagne. Il est un des initiateurs de la société 
de St. Vinvent de Paul dont il forme une conférence dans chaque 
section de son collège. Bref aucune misère ne le trouve indifférent. 
Ce qui explique que sa charité inépuisable l'accula toute sa vie à de 
lourds embarras d'argent et qu'il mourut pauvre après avoir jeté au 
sein de toutes les indigences le plus magnifique patrimoine. 

Après la guerre de 1870, durant laquelle il avait mis deux de ses 
meilleurs religieux au service des combattants, après surtout les hor- 
reurs de la Commune de Paris, au lieu de se livrer à de vaines lamen- 
tations sur les malheurs de la France vaincue, il se préoccupe de tra- 
vailler efficacement à son relèvement social. En 1868, il demandait 
à ses religieux de s'employer à réconcilier toutes les classes de 
la société en infusant un nouvel esprit chrétien dans les moeurs et 
les institutions. Il déclarait se mettre comme l'Eglise au-dessus de 
toute forme de gouvernement et de toute obédience politique pour ne 
chercher que le Royaume de Dieu. Il acceptait le présent, sans regrets 
stériles du passé, sans espoir trop débordant dans l'avenir. Dans ce 
discours, il avait déjà avec un véritable esprit prophétique élaboré la 
formule et même employé le nom de l'action catholique. 

C'est de cette consigne généreuse que sortirent en 1872, sous 
l'impulsion surtout des PP. Picard et Vincent de Paul Bailly cet ensem- 
ble d'institutions groupées sous le vocable de Notre-Dame du Salut. 
Ses réalisations furent inombrables. Rappelons seulement les deux 
plus connues, la Bonne Presse et les pèlerinages. La Bonne Presse qui 
commença avec Le Pèlerin et dont l'organe principal devait être en 
1883, La Croix quotidienne, était une entreprise formidable. Elle 
débuta sans un sou, sans personnel, sans machine, sans local, et la foi 
aidant, elle aboutit à cet arsenal unique de défense religieuse dont 
l'influence est incalculable en France et dans le monde entier. 

Les pèlerinages à La SaLette, à Rome, à Jérusalem et à tous les 
grands sanctuaires ressusdi levant le 19e siècle incrédule et hostile 
V s manifestations spiritu. . du Moyen Age. Aujourd'hui tout le 



56 BULLETIN DE LA SOCIETE HISTORIQUE 

monde les imite et essaye de les accaparer. Alors c'était une inovation 
d'une incroyable hardiesse et bien peu osaient leur prédire un succès 
durable. Les enfants du P. d'Alzon sont restés dans sa lignée. Du 
côté de leurs missions et de leurs oeuvres d'enseignement ils demeurent 
à l'avant-garde de l'action populaire par les orphelinats, la presse, les 
pèlerinages et surtout par le souci de ne pas y chercher les avantages 
de propagande ou d'argent, mais uniquement la diffusion de la vérité 
et la sanctification des âmes. 

Nous avons indiqué les lignes de fait de l'apostolat de l'Assomp- 
tion. Nous sommes loin d'avoir tout dit. En particulier il faudrait 
mettre en relief, ce dévouement absolu à l'Eglise, capable quand il le 
faut de sacrifices très méritoires; ce véritable culte pour le Souverain 
Pontife, à qui le P. d'Alzon envoyait ses grands élèves pour défendre 
ses états menacés par Garibaldi, pour qui il organisait après la chute 
de Rome, des collectes généreuses et à qui en un mot il ne voulut jamais 
rien refuser. 

Malgré les persécutions, malgré l'exil, les spoliations, les guerres, 
sa congrégation qui connut des débuts difficiles, a rayonné dans 26 pays 
différents. Ses membres au nombre d'environ 2,000 se divisent en 7 
provinces, Paris, Lyon, Bordeaux, la Belgique, la Hollande, l'Angleterre, 
l'Amérique du Nord, sans compter les vicariats d'Orient, du Congo et 
de l'Amérique du Sud. 

Il faut ajouter à cette postérité les congrégations de religieuses 
fondées par le P. d'Alzon ou ses successeurs: Dames de l'Assomption 
en 1839, destinées à l'enseignement secondaire et supérieur des jeunes 
filles; Oblates de l'Assomption en 1865, pour être les auxiliaires des 
Pères dans toutes leurs oeuvres, spécialement dans les missions; Petites 
Soeurs de l'Assomption, fondées par le P. Pernet en 1867, pour être 
gardes-malades des pauvres à domicile; les Orantes de l'Assomption, 
fondîes par le P. Picard en 1896; dans leur cloître, elles ont les bras 
levés au Ciel pour féconder les travaux apostoliques de leurs Frères; 
les Soeurs de Jeanne d'Arc, fondées à Worcester en 1917 par le P. 
Marie Clément Staub, pour le service du sacerdoce; les Filles de la 
Présentation de Marie, fondées au Congo en 1949 par Mgr Pierard, 
congrégation indigène qui fournira à la mission des catéchistes, des 
institutrices et des gardes-malades. 

C'est donc toute une multitude de tout pays, de toute race, de 
toute langue qui se réclame du P. d'Alzon, véritable patriarche dont la 
famille spirituelle s'étend rapidement jusqu'aux confins de l'Univers. 

Si nous n'avons rien dit expressément de l'Assomption américaine, 
c'est que nos lecteurs la connaissent. Le premier assomptionniste qui 
débarqua aux Etats-Unis était le P. Henri Brun, l'un des quatre pre- 
miers fondateurs. Il arrivait à New-York en 1890 pour servir d'aumô- 
nier aux Petites Soeurs de l'Assomption, très récemment arrivées dans 



CENTENAIRES 57 

la métropole. Il y mourut en 1895. Au début du siècle une mission 
chez les noirs s'installait en Louisiane et dût malheureusement cesser 
son apostolat principalement à cause des préjugés raciaux beaucoup 
plus vifs alors qu'actuellement. En 1902, débutèrent les deux parois- 
ses espagnoles de New- York à la 14e et à la 15e rue. 

En 1904, le collège de Worcester prenait naissance dans une 
humble maison de bois. Lorsque dans trois ans, il célébrera ses noces 
d'or on sera saisi d'admiration devant le monument grandiose dû 
principalement à l'appui et à la coopération généreuse de la population 
franco-américaine. En refaire l'histoire aboutirait à des redites. 
Qu'on se souvienne seulement qu'il a donné plus de 200 prêtres, tant 
séculiers que religieux; que ses anciens élèves font honneur à toutes 
les professions et que la plus grande partie de notre élite s'est formée 
dans ses murs. 

Erigée en province en 1947, l'Assomption américaine a son noviciat 
florissant à Québec, un centre de pèlerinages au Sacré-Coeur à Beau- 
voir, au diocèse de Sherbrooke; elle ouvre cette année un noviciat 
de langue anglaise et espagnole à Washington; elle a pris pied à 
Mexico où elle construit une église somptueuse à Notre-Dame de la 
Guadeloupe. Elle cherche au-delà du continent des missions pour 
répondre au zèle de ses jeunes recrues toujours plus abondantes. 

Voilà rapidement esquissé, tout ce que l'Assomption vient de 
célébrer au terme de son premier centenaire. Il était juste d'y associer 
tous nos lecteurs et nos amis. 



Institut des Soeurs de Sainte-Anne 

Ce fut le 8 septembre 1850, en l'église de Vaudreuil, Québec, que 
celle qui fut si gracieusement surnommée "la violette" du Canada diri- 
geait ses premières compagnes pour recevoir de Mgr Ignace Bourget, 
évêque de Montréal, la sanction officielle de son institut naissant. 
Esther Blondin venait de fonder la famille religieuse des Soeurs de 
Sainte-Anne. Comme fondatrice elle prendra le nom de Mère Marie- 
Anne. Son oeuvre connaîtra les épreuves. Elle-même sera mise de 
côté, mais son âme grandit dans l'adversité. Ame prédestinée au matin 
du centenaire de son oeuvre, elle resplendit d'une nouvelle gloire que 
ses filles s'empressent de sertir au nombre des plus beaux apostolats du 
siècle dernier. 

L'Institut des Soeurs de Sainte-Anne a comme but spécifique: 
l'instruction et l'éducation chrétienne de la jeunesse; et, dans certains 
cas, les oeuvres de charité : soin des pauvres et des malades, orphelinats, 
hospices et hôpitaux. Réunies en cinq provinces dont une en Nouvelle- 
Angleterre et des missions au Japon et en Haïti, l'institut compte sa 
maison mère à Lachine depuis 1909. Au nombre de 3,0000 religieuses, 
elles sont répandues dans 18 diocèses, dirigeant plus de 125 établisse- 



58 BULLETIN DE LA SOCIETE HISTORIQUE 

ments, avec 30,000 élèves et 26,000 patients. Les oeuvres varient de- 
puis le collège classique, l'enseignement supérieur et primaire, les écoles 
normales ,menagères, de gardes-malades ,pensionnats, écoles urbaines 
et paroissiales, écoles indiennes, jardins de l'enfance, hôpitaux, hospices 
et dispensaires. 

C'est depuis 1866, à Oswego, New- York, que les premières reli- 
gieuses s'installèrent aux Etats-Unis. L'année suivante elles parais- 
saient à l'école paroissiale St-Joseph de Cohoes dans le même état. 
Elles comptent présentement une vingtaine de maisons dans les diocèses 
de Boston, Providence, Springfield, Albany et Worcester, où plus de 
400 religieuses sont affectées à l'enseignement primaire, supérieur et 
collégial. Leur collège Anna-Maria, fondé à Marlborough en 1945 
est maintenant fixé à Paxton, près de Worcester. 

En plus de leur académie à Marlborough, l'institut dirige nombre 
d'écoles paroissiales dans les centres suivants Sainte-Marie, (1887) 
Marlboro, Saint Jean-Baptiste (1900) Lynn, Saint-Jean (1925) New- 
ton, Notre-Dame du Sacré-Coeur (1892) et Saint-Mathieu (1908) de 
Central Falls, Saint- Jacques (1908) Manville, Notre-Dame du Carmel 
(1887) Ware, Précieux-Sang (1888), Holyoke, Notre-Dame (1890) 
North Adams, Sainte-Anne (1896) T urne rs-F ails, Notre-Dame du 
Bon Conseil (1908) Easthampton, Saint Jean-Baptiste (1925) Ludlow. 
Notre-Dame du Sacré-Coeur (1927) North Adams, Notre-Dame 
(1881), Saint-Nom de Jésus (1893), Saint- Joseph (1893) et Saint- 
Antoine (1897) Wo rcester, Sacré-Coeur (1885) Webster, Saint- Joseph 
(1882) et Mère de la Miséricorde (1912) de Cohoes, New-York. 

Dans son hommage aux religieuses centenaires, M. Lussier disait 
dans son allocution du banquet du 26 avril: "Un fait à remarquer 
est que le centenaire de la fondation de la communauté des soeurs de 
Sainte-Anne coïncide avec le centenaire de la Franco- Américanie . Il 
y a là pour moi quelque chose de providentiel. La main de Dieu est 
bien apparente dans cette immigration de nos pères vers ces côtes de 
la Nouvelle-Angleterre comme elle l'est dans l'implantation dans le 
même territoire des communautés canadiennes-françaises de religieuses 
enseignantes. Quel beau rôle de survie catholique et française ces reli- 
gieuses ont joué au sein de nos populations. C'est pour rendre hom- 
au siège provincial de Marlboro. Ce geste de l'élément franco-améri- 
cain vis-à-vis des Soeurs de Sainte-Anne en est un d'élémentaire grati- 
tude. C'est, le geste reconnaissant d'âmes que ces religieuses ont tra- 
vaillé à façonner et à orienter dans le chemin de Dieu, dans un patrio- 
tisme intelligent et éclairé comme dans la conservation d'un héritage 
national". 



CENTENAIRES 59 

Institut du Bon Pasteur 

C'est dans l'intimité des douze maisons qui constituent leur pro- 
vince franco-américaine que les Soeurs du Bon Pasteur (Servantes du 
Coeur Immaculé de Marie) célébraient au cours de l'année le cente- 
naire de leur institut. 

"A la plus grande gloire de Dieu et au salut des âmes". Cette 
devise devait contenir tout l'enthousiasme et le dévouement que Mme 
Geneviève Roy déposait, le 11 janvier 1850, dans son modeste institut. 
Après la mort de son digne époux elle venait de prendre résidence chez 
les soeurs de la Charité de Québec, lorsque la Providence lui indiqua 
la voie d'une nouvelle fondation. 

Président de la Société St-Vinvent-de-Paul de Québec, Georges 
Manly Muir constatait avec désolation le triste sort fait à un certain 
nombre de filles et femmes abandonnées. Il rêvait pour elles un foyer 
de réhabilitation. C'est de ce désir que naquit l'oeuvre du Bon Pasteur. 
Modestement inauguré dans un local de la rue Richelieu, l'institut 
cheminera sa voie pour se développer en une puissante congrégation 
religieuse dont les labeurs se multiplient aujourd'hui de chaque côté 
de la frontière dans des oeuvres magnifiques de chanté et d'éducation. 

Canoniquement institué depuis le 16 août 1921, le Bon Pasteur 
compte maintenant trois provinces avec missions au Basutoland. Il 
poursuit toujours fidèlement son but "donner refuge aux filles repen- 
tantes et travailler à l'éducation et à l'instruction des enfants". Plus 
de 1,395 religieuses se dépensent dans 72 établissements prodiguant les 
soins à plus de 5,294 hospitalisés et l'instruction à 19,026 élèves. 

C'est en 1882 que les soeurs du Bon Pasteur inauguraient leur 
apostolat chez les franco-américains. Elles s'établissaient à Biddeford, 
dans l'état du Maine. Elles comptent maintenant une province avec 
près de 300 religieuses qui se dévouent dans les maisons suivantes. 
Dans le Maine, diocèse de Portland, à Biddeford même, maison provin- 
ciale, externat Bon Pasteur, Ecole Saint-Joseph, Maison Saint-André, 
maternité établie depuis 1937; Ecole du Sacré-Coeur (1891) et Ecole 
Champlain (1919) à Van Buren; Ecoles Grand-Isle (1938), Old Town 
( 1938) , Hamlin Plantation ( 1944) , Nbrth Caribou ( 1944) , et Pension- 
nat Bay View et la Villa Muir à Saco depuis 1949. 

Dans le Massachusetts, à Lawrence depuis 1891, les soeurs diri- 
gent l'école paroissiale Sainte-Anne, l'école Mont-Carmel et l'orpheli- 
nat Sainte- Anne depuis 1926. 



Société Saint Jean-Baptiste de New-York 

Il serait assez difficile de préciser exactement à quelle date les 
premiers canadien-français s'établirent à New-York et dans quelle pro- 
portion se fit cette émigration. Chose certaine, Gabriel Franchère, en 



60 BULLETIN DE LA SOCIETE HISTORIQUE 

1810, affirme que la population de New- York est de 90,000 dont 10,000 
de langue française. Comment avait-il obtenu ces chiffres? Sans doute 
qu'il existait des registres et recensements. La provenance des effectifs 
n'es pas établie. Il faudrait aussi admettre que des centaines de ces 
parlants français devaient être des européens. 

La société centenaire possède de précieuses archives qui permet- 
tent de retracer assez fidèlement le filon de son histoire. Gabriel Fran- 
chère fondait donc la Société Saint Jean-Baptiste de Bienfaisance de 
New-York en 1850. Il était âgé de 64 ans. Né à Montréal, le 3 no- 
vembre 1786, fils de Gabriel Franchère et de Félicité Marin, mariés 
à Québec en 1779. 

Il avait 24 ans lorsqu'il se rendit en canot à New- York avec quel- 
ques compagnons pour se mettre au service de la jeune Compagnie de 
Fourrures du Pacifique, fondée par John Jacob Astor. Il fera plusieurs 
voyages sur le "Tonquin" pour les relater en 1820 dans un volume: 
"Relation d'un voyage à la côte du nord-ouest de l'Amérique Septen- 
trionale dans les années 1810-1814". Washington Irving s'inspirera de 
cet ouvrage pour écrire son roman historique "Astoria" dans lequel il 
ne se montra pas trop charitable à l'endroit des canadiens-français. 

En 1834, Franchère s'établit au Sault Sainte-Marie toujours dans 
le commerce des fourrures. Il se rendra ensuite à St. Louis, au Mis- 
souri, comme associé de la maison P. Choteau, Fils & Cie. Enfin il 
fonde son propre commerce à New- York, sous la raison sociale de 
Gabriel Franchère & Cie. 

Il habitait la métropole depuis plusieurs années, lorsque la pensée 
lui vint de fonder une société qui réunirait ses compatriotes. Il était 
naturellement familié avec l'existence de la Société Saint Jean-Baptiste 
de Montréal, fondée par Ludger Duvernay en 1834. Il voyait que 
ses compatriotes devaient faire face à des situations de chômage qui 
rendaient leur existence difficile. Le formule d'une société de bien- 
faisance viendrait suppléer % ces situations d'insécurité. 

Le 10 avril 1850, Le Courrier des Etats-Unis, fondé en 1828, écri- 
vait sous le titre de "Formation d'une société de Bienfaisance Cana- 
dienne" : 

"Nous apprenons qu'une réunion des Canadiens résidant à New- 
York est convoquée pour ce soir, à l'hôtel de Paris, dans le but 
de fonder une société de bienfaisance. Les institutions de ce genre 
outre le bien qu'elles accomplissent, ont l'avantage de resserrer 
les liens de la nationalité. Aussi nos sympathies leur sont-elles 
acquises, mais plus que jamais dans le cas actuel, où il s'agit d'une 
population française par le langage et les souvenirs. Nous for- 
mons les voeux les plus sincères pour le succès des efforts de nos 
confrères canadiens et la prospérité à leur entreprise." 
Le Courrier avait été fondé par la famille Sampers et desservait 
partout la colonie française de la métropole. Il est évident que les 



CENTENAIRES 61 

relations entre français et canadiens étaient très cordiales. Le Courrier 
des Etats-Unis cessa sa publication après plus de cent ans d'existence. 

La réunion initiale eut donc lieu, en ce 10 avril 1850, pour amor- 
cer le projet. Le nombre des présences n'est pas indiqué. L'intérêt 
était cependant très prononcé. Le lendemain, on nommait un comité 
chargé de rédiger un plan de constitution, à savoir MM. I. O. Besse, 
président, P. A. Guy, Cyrille Benoit, George Bachelor, L. B. Toutang, 
J. Biais et Charles Cordelier. On avait également nommé un exécutif 
provisoire: Pierre Larseneur, président, George Bachelor, secrétaire et 
Joseph Robidoux, trésorier. 

Le 21 mai suivant, le travail est avancé. Nouvelle réunion et le 
comité des nominations présente le rapport suivant au président pro- 
visoire : 

"Votre comité a l'honneur de soumettre les noms des personnes 
suivantes pour remplir les diverses fonctions de cette association: 
Président Gabriel Franchère; vice- président, P. Larseneur; secré- 
taire-archiviste, L. F. Glackmeyer ; secrétaire-correspondant, Geo. 
Bachelor; trésorier, ]. Robidoux; directeurs, MM. Cyrille Benoit, 
J. B. Ledoux, Jos. Laviolette, J. O. Besse et A. Guy; commissaire 
ordonnateur, Ch. Cordelier; le tout humblement soumis. Signé: 
G. Franchère, président du comité." 

L'élection des officiers proposés donne naissance à la société. On 
adopte la constitution en stipulant que "que toute personne dont le 
nom n'est pas inscrit au pied de la constitution de cette société dès ce 
soir, ne soit pas considérée comme membre fondateur de cette société." 
L'oeuvre est née et de suite les membres songent à organiser leur pre- 
mière fête de la Saint-Jean-Baptiste. 

Dans le préambule de la constitution il est écrit: 
"Les Canadiens de New-York, vivement pénétrés des avantages 
de l'association, et voulant rouvrir à leurs compatriotes loin du 
pays de leur naissance une seconde patrie et une autre famille, ont 
fondé une Société, de Bienfaisance destinée à les réunir sous des 
lois fraternelles". 

Précisant le but de cette fondation. Antoine Fitzpatrick écrira en 
1925 dans "Hier et Aujourd'hui": 

"Ses directeurs songent à réunir une poignée de Canadiens dans 
une même unité de pensée et d'action afin d'en faire une forme 
de résistance contre l'envahisement toujours grandissant des théo- 
ries nouvelles et pernicieuses, contre les déboires inhérents à l'exis- 
tence en pays étranger et en même temps une force d'initiative 
suffisante pour encourager l'effort individuel, ranimer le courage 
chancelant des timides, des indécis, venir en aide aux indigents et, 
de ce fait, contribuer au bien-être général de la communauté. 
Leur ambition va plus loin. Ils entretiennent l'espoir de voir leur 



62 BULLETIN DE LA SOCIETE HISTORIQUE 

association devenir en quelque sorte un chateau-fort toujours prêt 
à prêter mainforte aux nouveaux venus et "à la masse considérable, 
mais moins homogène des Canadiens répandus un peu partout 
aux alentours. Aussi la société est-elle appelée à jouer un rôle 
important auprès de la colonie canadienne de New-York. Plu- 
sieurs de ses membres s'imposent déjà à l'attention de leurs com- 
patriotes par leur esprit d'entreprise, leur patriotisme, leur activité. 
Leurs noms devaient figurer plus tard parmi les plus marquants 
de la colonie." 

Gabriel Franchère qui avait été l'inspirateur de l'entreprise en 
demeura l'âme jusqu'à sa mort, survenue le 13 avril 1863, chez son 
gendre, John B. Prince, maire de Saint-Paul, Minnesota. Il avait 77 
ans. Le major Mallet affirme qu'il avait 70. Est-ce erreur de typo- 
graphie? 

Franchère consacra son dévouement au développement de la 
société. Il l'aimait comme un père. Conférencier très renseigné, il 
inaugura pour ses co-sociétaires des "lectures" et souvent il intéressait 
lui-même vivement les auditoires qui les fréquentaient. Peu de détails 
nous sont connus sur sa fin. Il est tout naturel de conclure qu'il vivait 
dans son âme un idéal chrétien très élevé. Comment concevoir qu'un 
compatriote de cette époque n'était pas intimement associé des préoc- 
cupations religieuses à une société de bienfaisance. D'ailleurs la foi 
chez nos devanciers était de tout repos et toutes nos sociétés de bien- 
faisance n'avaient pour devise que ces valeurs "Religion et Patrie." 

Dans son ouvrage "Les Canadiens de l'Ouest", vol. 2e, p296 
(1876), Joseph Tassé lui rend cet hommage: 

"Dans tout le cours de sa vie, Franchère se fit remarquer par sa 
ferveur religieuse, son urbanité et une stricte honnêteté. Il se plaisait 
à venir en aide à ses nationaux ,et il leur a rendu des services signalés 
sur la terre étrangère; aussi les Canadiens de New-York en particulier 
le considéraient comme un protecteur. "Franchère avait eu plusieurs 
enfants de son mariage, et il se trouvait à Saint-Paul, chez son beau- 
fils, M. John S. Prince, maire de la capitale du Minnesota, lorsqu'une 
maladie fatale l'enleva à l'affection de sa famille et de ses nombreux 
amis, à l'âge avancé de soixante-dix-sept ans. C'était le dernier survi- 
vant de la célèbre expédition d'Astoria qui s'éteignait doucement au 
milieu des regrets et de l'estime de ses concitoyens." 

Le premier événement consigné dans les archives est bien la célé- 
bration de la fête patronale. Un communiqué en date du 4 juin 1850 
annonça : 

"Que pour se conformer à l'usage au Canada, il convient de 
proclamer la fête de la Saint Jean-Baptiste, le 24 juin prochain; résolu: 
qu'il est convenable d'inaugurer cette journée par la célébration d'une 
messe à l'église française (l'église Saint-Vincent-de-Paul) , située rue 
Canal . . ." 



CENTENAIRES 63 

La fête a lieu. Charles Cordelier en fait rapport avec grande 
satisfaction. Soixante-deux personnes ont assisté au banquet. L'année 
suivante, la fête se répète avec un plus grand succès. Des orateurs 
distingués honorent la manifestation. La tradition est établie et se 
maintiendra fidèlement chaque année, variant avec les circonstances. 

L'émulation est semée. On fondera bientôt un Institut Cana- 
dien de New York, à l'instar de celui de Québec, établi en 1848. 
Georges Bachelor en devient le président. Les relations avec la Société 
Saint Jean-Baptiste de Québec s'établiront cordiales et sympathiques. 
Le docteur Martial Bardy et le maire de Québec, Hector Langevin, 
ne ménagent pas leur encouragement. 

Franchère entretient des relations suivies avec ses frères du Canada. 
Il visite la Société Saint Jean-Baptiste de Montréal en 1853. On lui 
fait une ovation. Il est acclamé comme un précurseur d'un grand 
mouvement de solidarité française aux Etats-Unis. En 1861, une 
délégation de New- York assiste aux grandes fêtes de la Saint Jean- 
Baptiste à Montréal. 

La société se développe. Son trésor est solide et la plus grande 
confiance anime les membres. En 1859, Lincoln est élu à la prési- 
dence. Des troubles politiques se dessinent à l'horizon. La guerre de 
sécession s'en mêle et les officiers, le 18 mars 1862, témoignent de leur 
inquiétude, car bon nombre de membres sont déplacés par les événe- 
ments. Tout de même une soirée de gala, en février 1861, avait eu 
un beau succès. 

La mort du fondateur vient à son tour assombrir le progrès de la 
société. Franchère sent le poids des années. Il a abandonné le com- 
merce. Il comprend qu'il ne peut plus guider la société qu'il aime. 
Il se laisse nommé président honoraire. Il quitte New- York pour 
terminer ses jours à Saint-Paul, Minnesota, petite ville fondée par 
Jean-Baptiste Faribault. Son gendre en est le premier magistrat. 

La société apprend ce deuil avec douleur. Le président V. P. 
Dillon adresse à l'épouse du fondateur l'hommage suivant, le 15 avril 
1863: 

"La société Saint Jean-Baptiste vient de perdre en lui un membre 
zélé et un administrateur modèle dont nous avons pu admirer de près 
toutes les grandes qualités de coeur et de l'esprit. Outre les vertus 
domestiques et sociales qui le caractérisaient, le regretté défunt s'était 
acquis des droits à l'hommage de ses compatriotes des Etats-Unis et 
du Canada, à l'estime de ses concitoyens américains et au respect du 
monde, par ses voyages ,par ses écrits par ses causeries, par ses discours 
si pleins de patriotisme, d'instructions et de recherches. La Société 
participe en conséquence aux regrets si légitimes que sa mort ne peut 
manquer d'exciter parmi les personnes qu'honorent l'intelligence et le 
travail. Nous désirons offrir à sa veuve, Mme G. Franchère, qui était 



64 BULLETIN DE LA SOCIETE HISTORIQUE 

de moitié dans tous ses actes de bienveillance patriotique et de charité 
chrétienne, ainsi qu'aux autres membres de sa famille, nos sincères 
condoléances sur V irréparable perte que nous avons faite en commun." 

Le 1er juin 1864, la société distribue son portrait de vieillard à 
longue barbe blanche, le seul qui soit conservé du fondateur. En hom- 
mage à sa mémoire, la Société Saint Jean-Baptiste de Springfield est 
fondée. Qui sait, si un jour, un mémorial ne sera pas élevé sur les 
restes de ce grand patriote qui attacha son nom à l'une de nos pre- 
mières institutions de bienfaisance au pays. Les compatriotes de New- 
York et de Saint Paul accompliraient ainsi un geste de fierté et de 
reconnaissance. 



Paroisse St- Joseph de Burlington, Vermont 

Dans son ouvrage "Les Canadiens-Français de la N ouvelle-Angle- 
paterre", le R. P. Edouard Hamon, s.j., a raconté les origines de cette 
paroisse recueillies dans les registres. Ces notes sont à peu près les 
seules qui existent au sujet de cette fondation. Tous les autres histori- 
ques ne sont que des commentaires ou reproductions de ces pages qu'il 
est utile de transcrire ici. 

"St-Joseph de Burlington fut la première paroisse dis- 
tincte que les Canadiens établirent dans les Etats de la Nou- 
velle-Angleterre. 

Jusqu'en 1837, Canadiens et Irlandais n'avaient eu 
qu'une seule église dans la ville de Burlington. Les Know- 
nothings l'ayant brûlée cette année, les Canadiens résolurent 
alors de se séparer des Irlandais. Tout près de l'emplacement 
de l'ancienne église, ils élevèrent une modeste chapelle, qui 
fut successivement desservie par deux prêtres français, MM. 
Petithomme et Ancé. Mais vers 1845, M. Ancé ayant quitté 
Burlington, toute l'entreprise s'en alla en ruine. Le petite 
chapelle vendue à un M. Baxter fut convertie en magasin et 
les Canadiens se réunirent de nouveau aux Irlandais dans 
l'église Ste-Marie. 

"Pourtant cet essai infructueux ne les avait pas décou- 
ragés. Aussi quand, en 1850, le Rév. Jos. Quévillon, le pre- 
mier prêtre Canadien qui ait exercé le ministère d'une ma- 
nière permanente aux Etats-Unis, vint leur offrir de les former 
en paroisse, ils acceptèrent avec empressement, et tout de 
suite l'on se mit à l'oeuvre. 

Le 28 avril 1850, une assemblée de 300 Canadiens, pré- 
sidée par M. Mignault, curé de Chambly et vicaire général 
du diocèse de Boston, décida de demander à l'Evêque une 
église séparée. 



CENTENAIRES 65 



Les considérants sur lesquels on appuya cette pétititon 
furent : 

1. Qu'il est expédient d'avoir un temple pour 
y célébrer les offices divins pour le plus grand avan- 
tage de la congrégation canadienne-française . 

2. Qu'un bon nombre parmi eux, ignorant la 
langue anglaise, se trouvent gênés, et pour mieux 
dire incapables de remplir leurs devoirs religieux, 
dans une langue différente de la langue de leur 
mère, la langue française. En conséquence, ils se 
voient obligés d'aviser aux moyens de se séparer de 
la congrégation des Irlandais, pour remplir plus fa- 
cilement et plus avantageusement les devoirs que 
leur prescrit notre sainte religion et notre sainte 
Mère l'Eglise romaine". 

On nomma donc un comité composé de MM. Fis Lapointe, Ed. 
Paradis, J. B. Denys, Aug. Beauregard, Capitaine Tucker, M. Clark, 
Frs. Leclaire, Chs. Lafontaine, Jos. Niquette, Ls Ledoux et J. B. Pépin, 
pour choisir un terrain et bâtir une église. 

"Le même, jour, M. Mignault et les syndics se transportèrent 
sur l'ancien terrain donné à la congrégation catholique de Burling- 
ton, par le Colonel Hyde pour y construire Eglise, sacristie, cou- 
vent et écoles, et là sur le lieu, Messïre Mignault, en sa qualité de 
grand vicaire, a désigné et marqué la place où devait s'ériger le 
nouveau temple, c'est-à-dire, près de l'ancienne église catholique 
française dont on voit encore les ruines. 

Signé Jos. Que v Mon, Ptre 
Missionnaire deservant de la congrégation française de Burlington. 
(Extrait des registres de la paroisse St-Joseph). 

"Tout-à-coup, l'on se trouve en face d'un obstacle fort inattendu. 
Les Irlandais catholiques s'opposaient et à la séparation des Canadiens, 
et à la cession du terrain qu'on avait choisi pour y bâtir la nouvelle 
église. Que faire? 

Le capitaine Tucker, un américain converti, témoignait beaucoup 
de sympathie aux Canadiens. De plus, c'était un ami personnel de 
l'Evêque de Boston, Mgr Fitzpatrick. Il s'offrit pour aller plaider la 
cause des Canadiens, et quelques mois plus tard, il rapportait de Boston 
la permission de fonder une nouvelle paroisse. Quant au choix du 
terrain, l'Evêque n'avait rien voulu décider. Le premier obstacle sur- 
monté, les Canadiens se mirent bravement à attaquer le second. 

Le 21 juillet 1850, nouvelle assemblée. Il y fut résolu que: 

"vu l'opposition des Irlandais de cette ville aux Canadiens de bâtir 

sur l'ancien terrain donné à la congrégation catholique romaine 



66 BULLETIN DE LA SOCIETE HISTORIQUE 

pour la bâtisse d'une église, par le colonel Hyde, il était expédient 
pour le maintien de la paix entre les deux congrégations, de céder 
ce droit, à la vérité bien dû, mais qui pouvait être plus tard un 
sujet de désordre et de scandale pour la religion et pour nos frères 
séparés . . . En conséquence, il fallait aviser aux moyens d'acqué- 
rir un nouveau terrain pour y bâtir l'église." 

Signé, Jos. Quévillon, Ptre 
(Extrait des Registres de la paroisse St- Joseph) 

Un peu en dehors de la ville, à mi-chemin entre Burlington et 
Winooski, où se trouvaient bon nombre de Canadiens, l'on acheta sur 
une colline un vaste terrain et l'on résolut d'y élever la nouvelle 
paroisse, sous le vocable de St-Joseph, le patron de la Nouvelle-France. 

La bénédiction de la première pierre eut lieu le 22 août 1850 en 
présence de MM. J. Gravel, ptre, B. J. Leclaire, Gédéon Huberdault, 
J. Laroque, Jos. Quévillon et P. M. Mignault, curé de Chambly et 
vic-gen de Boston. (Extrait des Registres) 

Le 1er juin 1851, l'église St-Joseph était bénite. Les Canadiens- 
Français prenaient possession de la première paroisse établie par eux 
dans la Nouvelle-Angleterre. 

Nous venons de le voir, ce fut par la lutte, au sein de la tempête, 
et non sous l'influence d'un soleil bienfaisant que naquit la première 
paroisse canadienne aux Etats-Unis. La chose se renouvellera plus 
d'une fois dans l'avenir." 

La première messe avait été célébrée le 6 avril 1850 par l'abbé 
Quévillon dans l'ancienne "court house" aujourd'hui la Mary Fletcher 
Library. Au sujet de la première église de briques érigée en 1850, sur 
la colline, à l'extrémité de la rue Gough, aujourd'hui rue Prospect, il 
ne reste plus que ce qui servait de sacristie et de presbytère, transformé 
en logis. En face de l'église, l'abbé Cloarec établissait le cimetière 
paroissial Mont-Calvaire et Mgr de Goesbriand le bénissait le 4 juillet 
1878. 

La paroisse Saint-François-Xavier de Winooski ayant été organisée 
en 1868, l'église Saint-Joseph n'accommodait plus toute la population 
française de Burlington qui s'était dirigée vers le centre de la ville. 
On songea donc à un nouveau temple plus spacieux. Un terrain fut 
acheté sur la rue Allen et le 4 juillet 1884, la cérémonie de la pierre 
angulaire avait lieu. Le 14 juin 1887, en la fête Saint Jean-Baptiste, 
Mgr Charles Edouard Fabre, archevêque de Montréal venait bénir 
l'église et Mgr De Goesbriand chantait la messe pontificale. 

A l'occasion de la célébration de ce centenaire, le 25 juin 1950, 
l'Union St Jean-Baptiste d'Amérique présentait à la paroisse un ma- 
gnifique tableau de bronze avec l'inscription suivante: 

"Paroisse Saint-Joseph, Burlington, Vermont. La Première pa- 
roisse catholique, nationale et distincte, des Franco- Américains 



CENTENAIRES 67 

en Nouvelle-Angleterre. Fondée le 27 avril 1850 par Sa Gran- 
deur Mgr Fitzpatrick, troisième évêque de Boston. Plaque érigée 
par l'Union Saint Jean-Baptiste d'Amérique. Célébration du 
centenaire, le 25 juin 1950. 

Sur l'emplacement de la première église, rue Prospect, en face 
du cimetière, une pierre commémorative fut aussi érigée par le Conseil 
de Goesbriand avec le texte suivant: 

"Cette pierre marque l'emplacement de la première église Saint- 
Joseph, paroisse nationale des Franco-Américains, construite en 
1850." 



Autour des conférences Podea-Wade 



Le 29 décembre 1949, les sociétés American Historical Association 
et American Catholic Historical Association tenaient une réunion con- 
jointe, à l'hôtel Statler de Boston. C'était à l'occasion de la 64me réu- 
nion annuelle de la première. On avait intitulé cette réunion' French- 
Canadian Immigration into New-England in the Nineteenth Century"' 
Elle avait lieu dans le salon Georgian, sous la présidence du Rév. 
Robert H. Lord, ancien professeur d'histoire au Séminaire St. John 
de Brighton, Mass. 

Deux travaux furent présentés: ''Québec to Little Canada: The 
Corning of the French Canadians to New England in the Nineteenth 
Century" par Mme Iris Saunders Podea, de West Long Branch, New 
Jersey et "The French Parish and Survivance in Nineteenth Century 
New England" par Mason Wade, de Windsor, Vermont. La discus- 
sion était ensuite soutenue par le R. P. Edward H. Finnegan, s.j., du 
Boston Collège et J. Bartlet Brebner, de l'Université Columbia. 

L'événement suscita un certain intérêt chez les Franco-Américains. 
On se demandait de quelle façon serait traité un tel sujet. M. Lajoie 
témoignait une certaine crainte le 13 décembre dans "On va parler de 
notre histoire". Plusieurs compatriotes assistaient donc à la réunion. 
Me Eugène Jalbert, ancien président de la Société Historique, se per- 
mit de faire certaines précisions durant les quelques moments qui lui 
furent aloués. 

Après avoir félicité les conférenciers Me Jalbert ajoutait: "il est 
regrettable que le temps ne me permette pas de prolonger les observa- 
tions que m'inspirent ces travaux. Je me contenterai donc de terminer 
par deux brèves observations. Vous avez pu constater par les confé- 
renciers que nous venons d'entendre les sacrifices et les misères que les 
Franco-Américains subirent et s'imposèrent pendant 50 ans pour la 
triple survivance de leur foi, de leur langue et de leurs traditions et 
vous connaissez les succès qui vinrent couronner leurs efforts. Leur 
désir de conserver leur personnalité propre est, vous vous en rendez 
compte, un désir légitime que l'histoire justifie pleinement, l'ous com- 
prenez donc, lorsque je vous dirai que dant trois diocèses de la Nou- 
velle-Angleterre les Franco-Américains constituent la grande majorité 
des fidèles, pourquoi nous ambitionnons d'obtenir, dans la hiérarchie 
épiscopale, le rang et la place qui nous reviennent. Chez un peuple 
qui se développe et qui grandit comme le nôtre, une telle ambition est 
certes très louable." 

Les textes des deux causeries furent publiés et commentés dans "Le 
Travailleur", 16, 23 février, 9, 16 mars et 6 avril 1950, pour la con- 



AUTOUR DES CONFERENCES PODEA-WADE 69 

férence Wade: les 26 et 29 janvier pour la causerie Podéa. "L'Indé- 
pendant" également publia les deux textes avec commentaires. 

Dans la "Revue d'Histoire de l'Amérique Française, déc. 1950, 
M. Adolphe Robert résume la conférence de M. Wade avec cette 
conclusion: "S'il en est qui se donnent la peine de comparer le présent 
exposé avec le texte original ils trouveront que le commentaire s'écarte 
de l'ordonnance du texte, tout en respectant le sens historique et l'in- 
tention de M. Wade. Il n'existe guère de fils conducteurs dans son 
travail. Tout est donné en vrac et va comme je te pousse. Nous 
avons voulu y suppléer par une division chronologique, balisée par 
l'insertion de sous-titres." Et comme jugement d'ensemble M. Robert 
ajoute: "il faut reconnaître que M. Wade a eu le souci de l'objectivité 
dans la reconstitution de l'histoire de nos paroisses. A suivre sa pensée, 
l'on sent s'opérer une évolution qui, du canadianisme du dix-neuvième 
siècle, nous amène au franco-américanisme du vingtième siècle." 
(Paroisse et Survivance). (RHAF, déc. 1950. p. 452). 

Dans "La paroisse franco-américaine et le survivance au XIXe 
siècle" (1) M. Robert avait qualifié la conférence de "grande fresque, 
haute en couleurs, où les dessins s'entremêlent sans grand souci de 
charpente ou d'ordonnance de plan". Mais il acceptait la conclusion 
de M. Wade à savoir que 

"The French parish has remained the bulwark of the Franco- 
American's remarkable résistance to complète cultural fusion 
in the American mass, while the Franco- American record in 
industry, govemment, and military service has refuted the 
nineteenth century nativist's dire forebodings that the esta- 
blishment of national parishes meant the end of the Republic. 
Frictions there hâve been, still are, and presumably will be in 
the future, but the Franco-American has become as typical of 
New England as the Yankee and the Irishman, and has en- 
riched it religiously as well as otherwise." 

Résumant la discussion après les causeries, par le R. P. Finnigan 
et M. Brebner, M. Robert ajoutait: "tous deux reconnurent franche- 
ment que les Franco- Américains grâce à leur mystique de survivance, 
avaient enrichi l'Eglise et la Patrie d'institutions religieuses et sociales 
qui leur font honneur, et cela sans faire tache dans le cadre de la 
démocratie." 

Et comme leçon qu'il voulut en retirer, il dira enfin : "Tout au 
long des conférences, de même que pendant la discussion . . . j'avais, 
pour ma part l'impression que Je peuple franco-américain était sur la 
sellette et que l'on était en train de faire son procès. Et lorsque tout 
fut terminé, cela donnait l'impression que ce procès, nous l'avions 
gagné." La paroisse franco-américaine , bastion de la survivance! 
(1) Le Canado- Américain, février 1950. 



70 BULLETIN DE LA SOCIETE HISTORIQUE 

"C'est elle qui nous a protégés au XIXe siècle. C'est elle aussi qui 
nous sauvera durant ce XXe siècle. Et voilà pourquoi il est plus 
urgent que jamais d'y rester fidèles, de la fréquenter, de la sustenter 
de nos argents, d'empêcher que l'on en modifie le caractère, parce 
que, suivant la pensée de Machiavel, "les changements de religion et 
de langue étouffent la mémoire des choses". 

Au sujet de la conférence Podea, M. Robert se montre moins 
enthousiaste. Il lui reconnaît du mérite. Ses conclusions généralisent 
peut-être un peu trop. Certaines nuances s'imposaient. Et puis, il ne 
suffit pas de souligner seulement les ombres au tableau. Et il note: 
"non pas que la conférencière ait présenté un travail définitif, mais 
on la sentait disposée à une appréciation honnête et à un jugement 
objectif." 

M. Lajoie dans L'Indépendant (Fall-River) (9 janvier 1950) 
écrira: "la documentation de la conférence est empruntée en majeure 
partie à des rapports administratifs compilés dans des bureaux de 
villes, d'états, ou de recensement fédéral. Au fait, tout ce qui dans le 
travail Podea peut sembler un peu outré, s'inspire de cette documen- 
tation, dressée, on ignore avec quel degré de probité, par des officiels 
anglo-irlandais qui ne devaient pas éprouver pour nos anciens plus 
de sympathie qu'un grand nombre de leurs successeurs en éprouvent 
pour les nôtres en tant qu'élément. A la lecture des choses parfois 
lamentables que ce travail donne . ... on est gagné par l'impression 
que l'auteur aurait mieux servi la cause de l'Histoire, si elle avait 
cherché en tout cela, à faire le partage des responsabilités .... Ces 
précisions de même que certains parallèles n'entraient peut-être pas 
dans les attributions de la conférencière. On le regrette .... M. Breb- 
ner .... l'un des deux appréciateurs . . .a remis un peu les choses 
dans leur perspective vraie quand il dit (entre autres choses non moins 
justes) que les Canadiens-français venus en Nouvelle- Angleterre n'ont 
fait ni mieux ni pire que ceux qui ont immigré ici avant eux et après." 

Pour M. Wade, M. Lajoie écrira: "il y a dans le tableau brossé 
par le professeur Wade des ombres et de la lumière. A tout hasard, 
c'est une page d'histoire très riche. On observe chez l'auteur le 
souci de l'impartialité. A ce titre ce travail mérite d'être parcouru 
par ceux dont ces luttes trop facilement oubliées ont assuré la survi- 
vance religieuse et ethnique en terre américaine." 

Au compte des autres réactions, Desormeaux écrira dans Le Tra- 
vailleur (23 mars 1950) "la conférence de monsieur Wade restera le 
témoignage le plus sympathique qui ait été rendu aux Franco-Améri- 
cains durant ce dernier quart de siècle . . ." Et de Mme Podéa (19 
janvier 1950) il déplore que "pour n'avoir pas pénétré l'âme franco- 
américaine, elle n'a pas su donner à notre passé tout son sens histori- 
que. Et ces vérités incomplètes peuvent être en l'occurence, aussi 
perfides que des erreurs . . . ." 



AUTOUR DES CONFERENCES PODEA-WADE 71 

Le professeur Alexandre Goulet se réjouit que le sujet ait été 
abordé par ces deux importantes sociétés d'histoire. Il les remercie 
"d'avoir posé un jalon qui suscitera, soyons-en sûrs, une abondance 
d'études publiées dans les meilleures revues du pays. Les cinquantes 
années du vingtième siècle y trouveront leur compte et leurs apolo- 
gistes." 

De tout cela, il résulte que les Franco-Américains existent et ne 
s'en portent pas plus mal. Au fait les deux conférenciers n'ont rien 
révélé aux Franco-Américains. Tls ont porté à l'attention d'un public 
de langue anglaise une page douloureuse mais aussi glorieuse de notre 
histoire. M. Wade avait déjà étudié d'assez près le fait français sur 
cette partie du continent dans son "Canadian Outlook". Ce qui l'im- 
pressionne c'est le secret de cette ténacité, chez ces humbles émigrés, 
à se conserver dans leur climat culturel et religieux, malgré bien des 
obstacles. Il entasse faits et gestes pour expliquer le succès de cette 
gageure. 

Mme Podea, elle, s'attarde surtout aux conditions sociales et écono- 
miques de l'époque. Peut-être elle-même descendante de parents 
émigrés, elle peut ressentir dans son âme émotive toutes les laideurs 
d'une existence qui ne jouit pas alors de tous les conforts modernes. 
Elle oublie ou ne dit pas, que ce sort n'est pas exclusivement celui des 
émigrés canadiens-français, mais qu'il est partagé par la très grande 
partie de la population des villes industrielles, faites de gens modestes 
de toutes les nationalités. Elle pourrait même se promener aujourd'hui 
dans de nombreux endroits du pays et constater des conditions aussi 
sordides! 

Allons-donc, pourquoi gémir! Nos devanciers l'ont eue dure 
l'existence. Elle l'était alors pour tout le monde. Ce qu'il y a d'im- 
portant c'est qu'en dépit de tout cela, la franco-américanie rayonne 
aujourd'hui dans le couronnement de ses efforts. Ce qui intéresse 
surtout les Franco-Américains actuellement, ce n'est pas tant l'âge 
de la grande noirceur, mais bien leur comportement actuel pour 
l'avenir. 

Enfin, des causeries de cette facture prouvent toujours, qu'en 
écrivant l'histoire, pour la rendre utile et profitable, il faut savoir 
découvrir l'idéal et la mystique qui poussent les hommes à se grandir 
pour aussi faire grandir la patrie, qui, elle, doit toujours conserver 
avec tendresse le souvenir de leurs sacrifices. 



VI 



Pièces d'archives 

Documents acadiens tirés des Archives 
de l'Etat du Massachusetts 

Arthur L. Eno * 

Deuxième Partie 

No. 11 

Thèse may certify that we the Suscribers Selectmen of Marsh- 
field, sometime in February last were at ye House of Mr. Nath Ray 
Thomas in Marshfield to view the circumstances of the French People 
under this case, and found them well provided for, but they behaved 
themselves very unbecoming to Mr. Thos by absolutely refusing to obey 
his resonable command, and insulted him very much by many threat- 
ning Speaches, and much foui language and are a very ungoverned 
Moross (?) Family. 

SETH BRYANT 
February 2 1 th 1758 THOS WATERMAN 

No. 118 

In the House of Représentatives January 5. 1759. 

Resolved, That there be allowed to be paid out of the public 
Treasury to Jacques Morris the sum of Seven pounds eight Shilings 
and two pence, being the neat proceeds paid by Roland Cotton Esqr. 
into the Treasury on sale of certain Canoës, in which the said Jacques 
Morris, etc. then to this Province, from some of his Majesty's Southern 
Governments. 

Sent up for Concurrence. 
T. HUBBARD, Speaker 



In Council January 5, 1759. 
Read and Concurred. 



A. OLIVER, Secretary 



Consented to 



POWNALL 



* Ces pièces, extraites par M. le juge Arthur-L. Eno, proviennent du 
volume XXIV (1758-1769), intitulé "French Neutrals", des Archives de la 
State House de Boston, Massachusetts. A leur suite se trouve un index de tous 
les documents de ce volume XXIV, compilé par M. Emo. (*Pour la pre- 
mière partie, voir le "Bulletin de la Société historique franco-américaine". 1948- 
1949, pp. 58-78). 



PIECES D ARCHIVES 



73 



No. 136 

Province of the To His Excellency Thomas Pownal Esquire 

Massachusetts Bay Captain General and Governour in chief in and 

over his Majesties Province aforesaid and to the 

Honorable his council assembled at Boston Jan- 

uary 22, 1759. 

This Mémorial of Ebenr. Harnden of Malden in the county of 
Middlesex humbly shows 

That your memoralist on the 15th of March 1757 at the Request 
of the rest of the Selectmen of the town of Malden aforesaid under- 
took and provided for the Late Inhabitants of Nova Scotia being Eleven 
in No. (by Order of your Honour Sent thither) by the space of 37 
Weeks i.e., from the 15th of March aforesaid to the 29th of November 
then next following during which time they had much sickness amons; 
them which added greatly to the Burthen notwithstanding which your 
memorialist faithfully Discharged the Trust Reposed in him promissing 
him self your honour Appropriation and Allowance for the Monies Ex- 
pended for that purpose and his troubles therein. 

In Confidence whereof he together with the other Selectmen on 
the 29th of November aforesaid Exhibited a new Account of the Monies 
Expended together with the Several Perticulary and their respective 
priées amounting to in the whole L54" 18" 5 Yet so it was your Honr. 
allowe but L46" 19" 5 making a Déduction of L17" 19" which your 
memoralist persuaded ( ?) himself would never hâve been done could he 
hâve had the Opportunity of urging the reasonableness of the Demand 
from the then difficult Circumstances attending those people together 
with the monies he actually payed out for their Provision. 

Wherefore your memorialist Earnestly Prayes That your Excellency 
and Honr. would Reconsider the aforesaid acct and allow him the 
aforesaid Sum L7" 19" which was then deducted the Reasonableness 
of which he (?) persuaded himself (if admitted) he can satisfactorily 
urge 

Which that he may obtain he shall continue as in Duty bound 
Ever to pray, etc. 

EBENR. HARNDEN 

No. 215 

The Committee upon the Pétition of the Selectmen of Milton 
beg to leave to report That Alexis Brow and Family now in Milton 
consisting of eight Persons be removed by the Selectmen of Milton 
(if they see cause) to the Town of Hull, and that the Selectmen of 
Hull be hereby directed to receive and take care of 3 French Family 
agreeable to the several Laws and orders now in form. 

W. BRATTLE 
April 21, 1759 By order 



74 BULLETIN DE LA SOCIETE HISTORIQUE 

In Council April 21, 1759, Read and Accepted and Ordered That 
the Selectmen of the Towns of Milton and Hull conform themselves 
accordingly. 

Sent down for Concurrence. 
A. OLIVER, Sec. 
In the House of Représentatives April 21, 1759. 
Read and Concurred. 

Attested ROLAND COTTON, 
Cler. Dom. Rep. 
In Council June 6, 1759 Resolved that the foregoing order be 
revived, and that the Selectmen of the Towns of Milton and Hull be 
directed to conform themselves accordingly. 

Sent down for Concurrence. 

A. OLIVER, Sec. 
In the House of Repes. June 11, 1759 Rea dand Concurred. 

Attested ROLAND COTTON, 
Cler. Dom. Rep. 
Consented to POWNALL. 

No. 233 To his Excellency Thomas Pownall Esquire 

Province of the Governour and Commander in Chief in and 

Massachusetts Bay over said province the Honourable His majests 
Council and House of Représentatives in Gen- 
eral Court assembled at Boston the first Day of 
November A. D. 1759. 

The Pétition of the Selectmen of Billerica in Behalfe of said Town 
Humbly Showeth. 

That in the year 1755 in the month of January the Committee 
appointed to Distribute the late French Inhabitants of Nova Scotia 
into the Several Towns in this province was pleas to send to Billerica 
John King his wife and six children ail small excepting one — and one 
Ann King a kinswoman to the said John who had a childe not long 
after she came to Town and is since married to one John Mitchel one 
of the late inhabitants of Nova Scotia who was carried to London 
Derry and since came into this province by whom the said Ann has 
had one childe. 

That the said King is an old man of seventy three years old unable 
to labour much, his wife a young woman by whom he has had two 
children since they came to town. 

That the oldest daughter of the said King is married to a French 
man taken in the last warr and has had one childe so that there is now 
ten children the oldest but about thirteen years old making in ail 
fourteen. That the said famaly came to Town poor and naked unable 
to do anything towards finding provision. 



PIECES d'archives 75 

That they hâve been very chargable to said Town which has 
Brought on a Heavy Burden of tax upon the people beside the Publick 
Charge which Burden the poorer sort of People amongst us are not 
able to Bear, and what renders it most Difficult, the term for which 
we Hired the house in which said people lived expires the 19th of this 
month and the owner thereof will not let it any longer but will pull it 
down being an old house and not suitable for people to Dwell in. That 
your Petitioners were obliged to hire two rooms of Town for the Two 
woman that are married their being none To be Hired in Town upon 
any Terms their Husband paying one half of said Rent. 

That there is no buildings in Town but what are made use of. 
Neither can we at this season of the year Build a House sutable for so 
large a famaly, and as some Towns hâve not been Burdend as we hâve 
been and hâve Building in which they may be comfortable in the winter 
season. 

Therefore your Petitioners most Humbly Pray your Excellency and 
Honour would be pleased to Remove the said Famaly as soon as pos- 
No. 234 

sable for the Reasons mentioned or retrieve your Petitioners in some way 
as in your wisdom you shall judge best and as in Duty Bound shall 
ever pray. 

WM. STICKNEY 

BENJAMIN LEWIS Selectmen 

JOSHUA DAVIS of 

JOSHUA ABBOTT JUNIOR Billerica 

ISAAC MARSHALL 
In the House of Représentatives November 9, 1759. 
Read and voted that the within named John King and his Family 
be removed from Billerica to Dunstable at the Charge of the Town of 
Billerica. Also voted that the Selectmen of Dunstable be and they 
hereby are directed to receive the said King and Family and make 
suitable provision for them. 

Sent up for concurrence. 

S. WHITE, Speaker. 
In Council November 9, 1759 Read and Concurred. 

THOS. CLARKE, Dpty. Secry. 
Consented to 

POWNALL. 

No. 275 

To his Excellency Thomas Pownal Esquire Captain General and 
Commander in Chief in and over His Majesties Province of the 
Massachusetts Bay in New England and to the Honourable his Majes- 
ties Council and House of Représentatives in Great and General Court 
Assembled in the province House at Boston the Nineteenth day of 
March 1760. 



76 BULLETIN DE LA SOCIETE HISTORIQUE 

We the subscribers Selectmen of Acton Humbly Show that where- 
as in the distribution of the french neutrals from Nova Scotia into the 
Several Towns of this Province to be provided for and supported ac- 
cording to the order of this Honourable Court a certain family of said 
French Neutrals consisting of eight persons viz: Mr. Francis Robi- 
cheaux his wife and three children also his aged mother and two women 
were committed to this Infant Town to be provided for as before men- 
tioned unto which family there hath been an addition of two children 
since their arrivai at Acton which numerus family hâve been provided 
for and supported hère as the Law directs with great difficulty said Mr. 
Robicheaux's imploy as we are informed not having been much in 
husbandry but business on the sea and sometimes in working aboard 
vessel on which account he has been the less capable of profitable busi- 
ness among us for the supporting his family not only the difficulty of 
procuring provisions for said family increasing but also of providing 
an habitation for them for the future expecting we must speedyly 
through necessity be at the cost of building a house for them to dwell 
in and considering some Towns in this province hâve not received and 
Supplyed a french family as we hâve done notwithstanding our feeble 
condition also that some french familys hâve been removed from the 
Towns where they resided a considérable time to other places oui- 
humble Request is that the french family which has been so long with 
us may be removed to some other Town as this Honourable Court in 
their wisdom may see fit and your Honours Humble petitioners as in 
duty bound shall ever pray. 

JONATHAN HOSMER Selectmen 
JOHN HAILD JUNIOR of 

FRANCIS FAULKNER Acton 

Acton, March 

ye 8: 1760. 

No. 328 

The Committee appointed to make Division of the French People 
in the County of Worcester the late Inhabitants of Nova Scotia into 
the Several Towns within said county Beg leave to report. 

That on the 6th June they met and made the followini{ 

Division 

John Labear 
his wife 
Nory Labear 

7 Joseph Labear \ to Worcester 

Stephen Labear 
John Labear 
Mary Labear 



PIECES D ARCHIVES 



77 



No. .329 





Simon Blanc 




Jane his wife 


6 


Peter Blanc 




Amos Blanc 




Magdalen Blanc 




Mary Blanc 




Justin White 




his wife 


6 


Justin White 




John White 




Charles White 




Elizabeth White 




Benony Meloso 


4 


Mary his wife 




Bezaleel Moloso 




Cane Meloso 


2 


Joseph Meloso 




Simeon Meloso 


1 


John Meloso 


2 


Mary Meloso 


2 


Margaret Meloso 



Margaret Guirdo 
Morine Guirdo 
Margaret Guirdo 

Stanislaus Guirdo 
Mary his wife 
his Daughter 
a Little Child 
of his 

Maudlin Gadrick 
Isaac Guirdo 

Gloud Dugut 
Margaret his wife 
John Dugut 

Charles Dugut 
Mary Dugut 

Margaret Dugut 
Joseph Dugut 



.to Westboro 



.to Rutland 



.To Lunenburg 



To Hardwicke 
.Rutland District 

...To Leominster 



.To Southboro 



.To Brookfield 



.To Grafton 



.To Uxbridge 



78 



BULLETIN DE LA SOCIETE HISTORIQUE 





2 


Gould Dugar 
and his wife 


► To Sturbridge 




3 


Margaret Dugar ] 

Matten Dugar | To Oxford 

Felicity Dugar j 




2 


Charles & Joseph 
Dugar 


► To Charlton 




2 


Elizabeth Dugar 
Hannah Dugar 


► To Dudley 




3 

1 

7 


Charles Belleine 
his wife and 
youngest child 
his other child 
Charles Belleve 
Eunice Belleve 
Charles Belleve Jr. 
Margaret his wife 
Peter, Mary and 
Michael the children 


- To Leicester 




To Spencer 
}► To Mendon 


No. 


330 








2 


Sarah Belleve 
Isdore Belleve 


■ Upton 




1 


Eunice Belleve 


To Douglass 




1 


Nattaly Belleve 


To Holdin 




2 


Joseph Belleve 
Elizabeth Belleve 


■ To Weston 




6 


Joseph Leblain 
Mary his Wife 
Isabel, Samuel, 
Charles and 
Margaret Leblain 


> To Sutton 




1 


Mary Leblain 


New Braintree 




1 


John Baptis 


Westminster 




1 


Richard Leblain 


Petersham 



PIECES D ARCHIVES 



79 



Peter Deblanc 
Frances his wife 
Mary Rose Deblanc \ 
Peter Deblanc J 

Jeffery Bonway 
Abigail Bonway 
John Bonway 
Peter Bonway 
Joseph Bonway 
Paul Bonway 
Mary Bonway 
And an Infant of 
the same Family 

Israël Foue 
Abigail Foue 
Mary Foue 

Abigail Foue Jr. 
Margaret and 
Rose 



.Shrewsbury 



► To Lancaster 



.To Harvard 



.To Boston 



No. 331 

The rest of said French People in said County we hâve ordered 
to be sent into ye County of Hampshire viz: 



Silvine Dupée 

Francis his wife 

Paul 

Frances 

Jason 

John 

Margaret 

Joseph 

9 Elizabeth 



Francis Leblance 

Isabel his wife 

Joseph 

Mary 

Jezebel 

Frances 

Margaret 

John 

Francis 

Peter 

1 1 and an infant 



Joseph Robesho 

Mary his wife 

Mary 

Stephen and his wife 

Joseph 

Mary 

Margaret 

Anna 

Paul Robesho 

Elizabeth his wife 

Micah 

13 Felicia 

Kenny Lablar 

Mary his wife 

Charles 

Joseph 

Richard 

John 

Mary 

and an Infant 

and the said committee further Report that they gave orders to the 

Selectmen of the several Towns where said French People then resided 



80 BULLETIN DE LA SOCIETE HISTORIQUE 

to remove them according to the aforegoing Distribution and directed 
the Selectmen of the Several Towns where they were destined to Re- 
ceive them accordingly. 

Ail which is Humbly Submitted 
Charge of ye Comittee 

PAINE by order 



Capt Richardson 


Ll 


12 


2 


Col. Ward 


1 


6 




Capt. Davis 


1 


16 


2 


Mr. Paine 


1 


6 





L5 : 16 
In Council Jan. 27, 1761 
Read and Concurred 



A. OLIVER, Secv 



Consented to 

FRA. BERNARD 
In Council January 8, 1761 Read and sent down. 
In the House of Représentatives January 27 1761 Read and 
ordered that the above acct be allowed and that the sum of Five 
Pounds sixteen Shillings and four pence be allowed the Committee 
ont of the Treasury accordingly. 

Sent up for concurrence. 

JAMES OTIS, Speaker. 

No. 353 

The committee to make a division of the French people in the 

County of York late inhabitants of Nova Scotia into the Several Towns 

within said County beg leave to report they met the 1 7th of July 1 760 

and made the following division. 

The Towns of York: 

Francis Douset and wife with nine children 

Mary, John, Noon, Joseph, Peter, Ann, Francis, Dennis and 

Charles I 1 

Kittery: John King and wife with eight children 

Joseph, Margret, Alexandre, Ann. Charles, Paul. Bettey and 
Sarah 1 ( ) 

Berwick: Peter White and Wife and five children 

Mary, Joseph, Sebbell, Frances and Charles 7 

Wells: John Mitchel and wife with two children 

Mary and Grigory with two of Peter White's children 

Margret and Madlin 6 

Arundel: Joseph Deneur and wife with one child 3 

Biddeford: Claud Boudrix and wife with one child 3 

Scanbouverd: Joseph, John, Mary and Margret 



PIECES d'archives 81 



Children of Claud Boudrix 4 

Falmouth: Paul Lablanc and wife and nine children 

Mary, John, Rose, Tittium, Samuel, Margret, Madlin; 
Joseph and Oliver gone and not returned, in ail 1 1 



55 
Those six not yet sent from Nantucket 6 



61 



The committee desires they may be sent to 
Northyarmouth 2 

George Town 2 

Brunswick 2 



6 
The said Committee further report that they gave orders to the 
Selectmen of the several Towns where the French People were distind 
to receive them accordingly. Ail which is humbly submitted. 

per order JOHN HILL. 

No. 363 

To His Exelency Francis Bernard Esquire Capt. General and 
Governor In Chief of His Majesty's Province of the Massachusets 
Bay. In New England. To the Honourable His Majesty's Council 
and House of Représentatives. 

We the subscribers being appointed by the great and General 
Court as a Committee for the County of Barnstable to apportion and 
settle the late French Inhabitants of Nova Scotia between the Countys 
of Plymouth and Barnstable and allso to apportion and settle the 
County of Barnstable, proportion af said French people to the several 
Towns in said County. Hâve attended those services severally and 
report as follows respecting those destined to the County of Barn- 
stable. 

Viz: To the Town of Barnstable: Charles Beaudroe, his wife and 

two children with Mary Beaudroe widow and two 

children. 

Sandwich : Joseph Trawhawn, his wife and 2 children that are twins. 

Falmouth: Mary Trawhawn, Joseph and John Trawhawn children 

of the same family of those at Sandwich. 
Harwich: Dominack Agun (?) with his wife and four children. 
Yarmouth: John Delvine his wife and five children. 
Eastham: John Trauhawn his wife and Charles and Mary their 

children. 
Touro: John Trauhawn, Jno. and Peter children of ye above John 

Trauhawn of Eastham. 



82 



BULLETIN DE LA SOCIETE HISTORIQUE 



To Chatham: Three persons to be sent from Nantucket names un- 
known. 
Besides the above persons their is in the Town of Barnstable 
one John Beaudroe upward of thirty years of âge that hath been 
bed ridden upward of four years last past and still continues to be so 
and consequently the said John would be to great a burden for any 
single Town in this County. 

We therefore beg leave to offer it as our opinion that the said 
John be supported either at the expense of the province or County 
of Barnstable. 

Dated at Barnstable July 1760. 

SYLVANUS BOURN ] 
EDWARD BACON \ Committee 

NATHL STONE J 

The Committee further pray for allowance of the acct for their 
time and expense in the above affairs herewith exhibited on ye other 
side. 

No. 364 

In the House of Représentatives April 1, 1761. 

Read and ordered that Mr. Foster and Mr. Gold. Stewart with 
such as the Honourable Board shall join be a committee to consider 
this pétition and report thereon. 

Sent up for concurrence. JAMES OTIS, Speaker 

In Council April lst 1761 Read and Concurred and John Cushing, 
Esquire is joined in the affair. 

JNO. COTTON, Dep. Secry. 

No. 367 

A list of the French Inhabitants in the County of Essex as they 
were settled and proportioned to the several Towns, after 16 of 
Andover and 3 of Haverhill were sett off to the County of Hampshire. 



(ALMSBURY 


Age 


(Margaret Bear 


24 


(Cloda Bausway 


64 


(Molly 


4 


(Mary his wife 


51 


(Charles 


2 




weaklv 


[Margaret Bear 


1 


(Abel Bausway 


25 ' 


(Jno. Landry 


35 


(Abab Bausway 


22 


13 (Joseph Landry 


26 


(Jeremy 


10 




Weaklv 




weakly 


(Mary Landry 


26 ' 


(Margaret 


19 


(Amon Dupée 


30 


(Attala 


17 


(Mary his wife 


29 






(Mary Joseph 


5 


(ANDOVER 




(Margaret Dupée 


2 


(Charles Bear 


36 


(Mermon Dupée 


3/ 4 



PIECES D ARCHIVES 



83 



(BEVERLY 

(Joseph Bursway 



Age 
58 
Infirm 
(Anna Bursway 58 

( Bursway 24 

(Timothy Bursway 20 

9 (Lydia Bursway 26 

(Sarah Bursway 16 

(Margaret Bursway 14 

(Frank Grovely 54 

(Mellish Grovely 50 

(BRADFORD 

(Peter Bloften 43 

Infirm 
(Elizabeth his wife 29 

6 (Hannah their daughter 7 
(Joseph 5 

(Lydia 1 

(Joseph Rashue 49 



(BOXFORD 




(Renée Landry 


69 




Unable 


Paul Landry 


34 


5 (Elizabeth Landry 


28 


(Maria 


4 


( Margaret 


2 


(METHUEN 


Age 


(Marron Tebedo 


8 


Fr. 


Andover 


4 (Joseph Leblong 


63 


Fr. 


Almsburv 


(Margaret Leblong 


61 




Infirm 


(Marv Richards 


13 


Fr. 


Bradford 



(D ANVERS 

(Anthony Tibido 52 

(Margaret his wife 35 

very sickly 
(Jno. son 13 

(David 8 



(Peter 
(Molly 
(Joseph Laundry 



10 (Joseph 6 

sickly 

4 

2 

24 

sickly 

(Jno. Baptist Laundry 14 

Fr. Boxford 
( Rosale Laundry 8 

(GLOUCESTER 

(Joseph Doucett 
(Ann Doucet 

(Dominique son 26 

(Issidore Do 24 

13 (Francis Do 20 

(Molly 18 

(Ann 15 

(John 12 

(Florentius 10 

(Michael 6 

(Peggy 4 

(Père 2 

(Wid. Eliz. Janvire 72 

Infirm 
Fr. Manchester 

(HAVERHILL 

(Widow Robishaw 57 

Infirm 

(Ormin Robishaw 31 

(Grigoire Robishaw 38 

(Catharine Robishaw 35 
8 (Margaret Barshaw 7 

(Joseph Barshaw 6 

(John Barshaw 5 

(Titus Barshaw 1 

(IPSWITCHE 

(Francis Landry 67 

Infirm 
(Mary Landry 65 

Do 
(Charles Landry 36 

Non Compos 
(Oreta Landry 24 



84 



BULLETIN DE LA SOCIETE HISTORIQUE 



(Jno. Landry 


39 


(Margret Landry 


36 


(Molly 


15 


(Peggy 


13 


(Nancy 


11 


(Susan 


9 


(Matty 


7 


(Francis 


6 


(Betty Landry 


1 


(Jno. Landry 


3 



23 



(Paul Breau 


43 


(Mary his wife 


41 


( Joseph 


17 


(John 


15 


(Nanny 


13 


(Jno. Batist 


6 


(Molly 


10 


(Elizabeth 


3 


(Peter 


1 



No. 368 



(LYNN Age 


(His wife 


31 


(Hanah Prejean 20 


(Joseph Landry 


8 


(Susan Prejean 32 


(Mary 


4 


(Jno. LeBlanck 36 


( Margaret 


2 


partly lame 


(Anna 


y* 


9 (Mary his wife 30 


From Middletown 


(Molly 10 


(Joseph Meuse 


6 


short breath 


(Lydia Heuse 


9 


(Collet 7 


From 


Methuen 


(Sarah 3 


i 


ov Gloster 


( Peter 2 


TOPSFIELD 




(MANCHESTER 


4/7th. MIDDLETON 


(Nath. Grovely 23 


(3/7th of ye followii 


îg persons 


Fr. Beverly 


(Michael Dugoy 


44 


2 (Margret White or 


a sickly man 


Leblanck 29 


(Elizabeth his wife 


44 


Fr. Boxford 


7 (Ammon Dugoy 


15 




(Mary Dugoy 


12 


(MARBLEHEAD 


(Joseph Dugoy 


7 


(Joseph Janvire 42 


(Modesty Dugoy 


9 


(Natally his wife 32 


(Anna 


5 


(Mary yr. daughter 11 


(ROWLEY 




(Anna 9 


(Peter Dupée 


44 


( Maudly 5 


(Nextuzzabura his wife 29 


(Margarett 1% 


( Buzzel Leblong 


31 


From Manchester 


(Charloze Orée 


30 


(Peter Prejean 78 


10 (Mary his wife 


28 


(Anna Prejean 36 


(Molly 


2 


7 (Joseph Prejean 24 


(Offee 


y* 


Infirm 


(Joseph Leblong 


4 


From Lynn 


(Anna Leblong 


3 


(Amon Landry 31 


(Peggy Dupée 


2 



PIECES D ARCHIVES 



85 



30 



(NEWBURY 






(Nanny Dosset 


41 


(Joseph Broyn 


48 


7 


(Molly 


22 


(Fanny his wife 


46 




(John 


14 


(Molly 


16 




(Maudely 


12 


(Margret 


13 




(Elizabeth Dossett 


6 


( Joseph 


6 








(Charles 


4 




(WENHAM 




one 


familv 




( Lajean de Parris 


73 


(Peter Dossett 


50 






Sicklv 


( Mary Dossett 


50 


4 


(Maudlin de Partis 


; 40 ' 


(Peter 


27 




( Maria 


13 


( Margret 


24 




(Titus Robishaw 


24 


(Joseph 


21 




From 


Haverhill 


(Amicable sick - lame 


23 




(SALEM 




(Elizabeth 


18 




(John Meuse 


49 


(Edmond 


16 




(Mary his wife 


45 


(Charles 


14 






weaklv 


(Aaron 


6 




(Margaret 


23 ' 


(Mary 


9 




( Enock 


21 


one 


familv 


15 


(Lawrence 


19 


(Allexandre Richards 


70 ' 


for 


(Jno. 


17 




Infirm 


16 


(Charles 


11 


(Francis Demong 


28 




(Maria 


7 


(Elizabeth his wife 


36 




(Paul 


4 


(Andrew yr child 


2 




(Susan Meuse 


2 


(Anna Lowerat Dosset 


73 




From Methuen or 


Glocester 


very 


Infirm 




(Michael Landry 


20 


(Hannah her daughter 


40 




From 


Middleton 


( Margaret 


38 




(Felicity Prejean (lame) 18 


(Elizabeth Dossett 


34 






From Lyn 


(Widow Rashue 


28 




(Urna Rishaw 


74 


From Bradford 




(Margaret his wife 


70 








(Ann Rishaw 


8 


(SALISBURY 






3 taken from Rowley 


(Maria Gould 


78 




for 4 by consent. 


(Jos. Dossett 


47 









The foregoing is the Distribution of the French Inhabitants in to 
the several Towns in the County of Essex made by us July 20th 1760. 

BENJAMIN LYNDE 
ICHABOD PLAISTED 
SAMUEL PHILLIPS Junior 

In council April 4, 1761. 

Read and sent down. 



86 BULLETIN DE LA SOCIETE HISTORIQUE 

No. 370 

The committee appointée! by the Great and General Court to 
Proportion the French Inhabitants to the Several Towns in the County 
of Essex gave their warrant to the Selectmen of the several towns where 
the sd Inhabitants resided, to remove them according to the within 
distribution and directed the Selectmen of the several Towns, where 
they were destined to receive them accordingly. 

July, 1760. BENJAMIN LYNDE per order. 

The Committee pray allowance for the following charges: 
To Benjamin Lynde 3 days attendance 6 per 18:0 

To writing and sending 13 warrants to 13 
Towns for removing and drawing our gênerai 
and particular lists 18:0 

To Ichabod Plaisted Esquire 3 days 18 18:0 

To Caleb Cushing Esquire 3 days 18 18:0 

To Samuel Phillips Esquire 3 days 6 per 18:0 



July 1760 BENJAMIN LYNDE per order L4:10:0 

In the House of Représentatives April 10, 1761. 
Read and ordered that the foregoing report be accepted and that 
there be allowed and paid out of the publick Treasury the sum of 
four pound ten shillings to said Committee in full for their service 
and expences. 

Sent up for concurrence. 

JAMES OTIS, Speaker. 
In Council April 11, 1761. Read and Concurred. 

A. OLIVER, Secy. 
Consented to: FRA. BERNARD. 

No. 388 

The Committee appointed to make a Division of the French 
people in the County of Suffolk late Inhabitants of Nova Scotia into 
the Several Towns within said County beg leave to report they meet 
August 22, 1760 and made the following division: 

TO THE TOWN OF BOSTON 



From ROXBURY 


Abraham 


John 


Jacquis Morr 


is 


Mary 


Rebecca 


Margaret 


his 


wife 


John 


William 


Peter 






Mary 


Rachel Morris 


Maudlin 






Peter 


James Boshwee 


James 






Modest 


Mary his wife 


Josanna 






Braseal 


Joseph their son 


Joseph 






Margaret 


Stursee yr Daughter 


Mary 






Jellick 


Tôt 25 



PIECES D ARCHIVES 



87 



From BRAINTREE 
Peter Brow 
Hannah Do 
Ammon Brow Sr. 
Maudlin Brow 
Margaret Brow Jr. 
Mary Brow 
John Brow 
Maudlin Brow Jr. 
Zabble Brow 9 

From HINGHAM 

Anthony Terry 

Margeret his wife 

Margeret 

Elizabeth 

Mary 

Joseph 

Hannah and 

Peter their children 

Elizabeth Peacot 

Joseph Brow Senior 

Tôt 10 

From MILTON 
Frances Dagle 
Frances her Daughter 
Odown her Son 
Loring Gallium 
Margaret his wife 
Casteen) 

Joseph ) their children 
John ) 
Peter Landry 
Sarah Landry 
Joseph Landry 
Joseph Landry 
Simon Landry 
Sarah Landry 
Franceway Brinway 
Joseph Brinway 
Frances Brinway 
Brewno 
Simon Landry 
Mary Lannew 20 



From BROOKLINE 
Mary Brinnaway 
Treton Brinnaway 
Tussee Brinniway 
Nathaniel Brinniway 
Margaret Brinniway 
Merrick Brinniway 
Flora Turla 
Samuel Landree 8 

From MEDFIELD 
Elizabeth Corner 
Renne Benneway 
Felicity his wife 
Gregory their son 
Mary their Daughter 
Tôt 5 

From NEEDHAM 

Sibbel Liblone 1 

Those Resideing in 

Boston 

Magdalen Dilbroin 

(Rilbrain) 
Charles Do 
Joseph Do 
Lucy Dilbroin 
Ann Do 
Magdalen Do 
Mary Do 
Margaret Doucet 
Peter Boucher 
Germain Landry 
Frederick Reshaw 
Together with ail thèse 
sent from the County 
of Middlesex 172 (or 
174) 

To the TOWN OF 
ROXBURY 

Philip Tebodo 
Elizabeth his wife 
Joseph Lannon 
Susanna Do 



Mary Do 
Joseph Blancher 
Joseph Vassell 
Jane his wife 
Margaret ) their 
Joseph ) children 
Ail the above now 
resideing in 
Roxbury 10 

TO THE TOWN OF 
DORCHESTER 

Ammond Tabado 

Margaret Tabado 

Catherine Stitrin 

Frossell Lannon 

Joseph Tabado 

Margaret Do 

Charles Do 

Mary 

Ail returned by 

the Selectmen 

of Dorchester 

last year. 

Also James Leblanc 

his wife and 

his children 

Tôt 12 

from STOUGHTON 

TO THE TOWN OF 

MILTON 

John Bâtis Dagle 

Margaret his wife 

with their 

children 

ail resideing 

in Milton 6 

TO THE TOWN OF 
BRAINTREE 

Francis Leblond 
Joan his wife 
James Leblond 
Katherine his wife 



BULLETIN DE LA SOCIETE HISTORIQUE 



Honora Babbin 
Ann his wife 
John Baptis Leblond 
Benoni Leblond 
Peer Babbin 
Maudlin Leblond 
Margaret Brow 
Joseph Brow Junior 
Ail resideing in 
Braintree 12 

TO THE TOWNS 
OF WEYMOUTH 

HINGHAM & HULL 

Simeon Ferrau 

Margaret his wife 

John ) 



Joseph 


) their 


Mary ) 


Peter 


) children 


Betty ) 


William 


) 


Ail Resideing in 


Samuel 


) 


HINGHAM 


Magolen 


mother to 




Simeon 




Ammon Brow Junior 


Resideing 


in 


Samuel Brow 


WEYMOUTH 


From BRAINTREE 


Joseph Brow 


Peter Doucet 


Hannah his wife 


from BOSTON 21 


Elixes Brow 


TO THE TOWN OF 


Margaret 


his wife 


DEDHAM 


Joseph 


) 


Clode Benoie 


Firmin 


) 


Hannah Benoie 


Battis 


) their 


Margaret Benoie 



Charles 



children Esther Benoie 



No. 289 

John Benoie 
Margaret Mitchel 
John Mitchel 
James Mitchel 
Mary Mitchel 10 

Ail resideing at 
DEDHAM 

TO THE TOWN OF 
MEDFIELD 

Margaret Benniway 
Abel Deon 
Ann his wife 
Mary Deon 
Belony Dantrimont 
Joseph Mitchel 6 

Ail Resideing in 
MEDFIELD 

TO THE TOWN OF 
MEDWAY 

James Omero 
Lucy his wife 
Nistazze ) their 

and ) daugh- 

Barzillai ) ters 



Ail residing in 
MEDWAY 



Tôt 4 



TO THE TOWN OF 
NEEDHAM 

Frances Leblanc 
Margarit his wife 
Ail residing at 
Peter and ) their 
Simeon ) sons 

NEEDHAM 

Tôt 4 

TO THE TOWN OF 

BELLINGHAM 
James Omero junr. 
Mary his wife and 
their child 
Ail to corne from 
MEDWAY 

Tôt 3 

TO THE TOWN OF 

STOUGHTON 
Charles Liblane 



his wife and 5 children 
now residing at 
STOUGHTON 
also Ann Liblane from 
Needham 8 

TO THE TOWN OF 

WALPOLE 
Margaret Dantromont 
Paul Dantromont 
Benoni Dantromont 
Ail Resideing at 
WALPOLE 

Tôt 3 
TO THE TOWN OF 

WRENTHAM 
Peter Robishaw 
his wife and 
three children 
Ail Resideing at 
WRENTHAM 
Also Aros Omero 
Ezedore Omero and 
Lucy Omero 
To corne from 
MEDWAY 

Tôt 8 



pièces d'archives 89 

TO THE TOWN OF now resideing at Margaret Dantrimont 

BROOKLINE Brookline both from Walpole 

John Brinniway TO THE TOWN Paul Landry and 

Mary his wife OF CHELSEA Rose Landry 

and John their son Joseph Dantrimont from Dedham 4 

NOTE: No. 391 and No. 392 same as 388 and 389 

No. 390 

The said Committee further Report that they gave orders to the 
Selectmen of the Several Towns where the said French people then 
resided to remove them according to the foregoing distribution and 
directed the Selectmen of the Several Towns where they were distined 
to receive them accordingly. 

Ail which is Humbly submitted. 

SAMUEL WATTS per order. 

Province of the Massachusetts Bay Director to the Committee 
for Time and Expenses in the foregoing service. 
To Samuel Watts 4 days Ll-4 

To Benjamin Lincoln 2 journeys from ) 

Hingham to Boston 20 miles 2 days ) 

each Journey at 6 per day man and horse ) 1-16 

and 3 per day Expense ) 

To do Journey 3 days 6 per day Expenses ) 1-7 

3 per ) 

To Capt. Medcalf 2 journeys from ) 2-5 

Wrentham 25 miles at 6 per day Expense 3) 

To Mr. Humphrey 3 journeys 6 days at 6 per ) 

and Day 3 per day Expense Travel 15 miles ) 2-14 



L9-6 
SAMUEL WATTS per order. 

In the House of Représentatives January 27, 1761. 
Read and Ordered that the above written acct. be allowed. 

Sent up for concurrence. 

JAMES OTIS, Speaker. 

In Council January 28th 1761 Read and Concurred. 

JNO. COTTON, Sep. Secry. 
Consented to 

FRA. BERNARD. 
NOTE: No. 393 same as No. 390. 
No. 442 Westford January 11, 1761 

To his Excellency Francis Barnard Esquire Commander in Chiefe 
over his Majesties Province of the Massachusetts Bay in New England 
and to his Majesties Honourable Council. 



90 BULLETIN DE LA SOCIETE HISTORIQUE 

Thèse may certifie to your Honnour that their hath Been paid 
out of our town Treasury in Westford the Sum of Nine pound Law- 
full money for one year payd for the Necessary Support of the French 
Family which was sent to Westford being six in Number and one of 
said person being a very aged person of about Eighty Nine years of 
âge and another of said person very weakly and not able to maintain 
him self Which Sum Wee pray your Honour may be allowed and 
granted to our Town of Westford So Wee beg Leave to subscribe our- 
selves your Humble Servants. 

JONAS PRESCOTT Selectmen of 

JOHN ABBOTT Westford 

NATHANIEL BOYNTON 
N. B. We are Enformed that the Courts Committee hâve agreed that 
three of the above French persons should be moved to some other 
Town but we hâve had no order to Remove them. 

No. 452 Boston January 30 1761. 

The Committee appointed by the General Court to alot to every 
Town in the County of Suffolk. There proportion of the late Inha- 
bitants of Nova Scotia called French Neutures having Order'd the 
Selectmen of the Town of Needham by writing under their hand Dated 
August 22 left to take care of their proportion of the Neutures afore- 
said and to Remove the remainder to the Town of Boston and Stough- 
ton which orders the Committee are informed miscarried. Thèse are 
therefore further to order the Selectmen aforesaid to take care of and 
support the following persons viz: Francis Liblanc Margaret his wife 
Peter and Simeon their Sons, and you are hereby directed to send 
Sibbel Liblanc to the Selectmen of the Town of Boston, and Ann 
Lablanc to the Selectmen of the Town of Stoughton who are directed 
to Receive them. 

The Selectmen of the Town of Needham In the name of the 

Committee 
SAMUEL WATTS 

No. 458 To the Honourable Samuel Watts Esquire. 

Pursuant to your Honours Direction We the Subscribers hâve 
removed and Delivered to the Selectmen of Wrentham Aros Omero, 
on the 16th day of February 1761 and also hâve Delivered to the 
Selectmen of Bellingham James Omero. 

The Trouble and charge of removing the above said Persons 
L Sh P. 
are 4 

JONATHAN ADAMS 
ELISHA ADAMS 
MOSES RICHARDSON 
Selectmen of Medway 



PIECES D ARCHIVES 



91 



No. 460 Bedford March 23d 1761 

Thèse are to certify that the Selectmen appointed Mr. Josiah 
Fasset To See that the French Neutral Family, Namely Margaret, 
Richards, Victor Richards, Margaret Richards, John Richards, Meriam 
Richards, David Richards was Removed from ye Town to Charlstown 
and the peticular cost For Removeing ye Family to the Honourable 
Samuel Danforth Esquire, According to an order Received From 
James Russell Esquire. 

By order of the Selectmen 
JOHN REED Town Clerk 

No. 460A To the Honrebel Samuel Danforth Esquire. 

Agreeing to the within ritten I hâve brought the within named 
persons to the Town of Charlstown, and the cost for so doing is 1-0-6. 

JOSIAH FASSET 

No. 463 Division of the French Neutrals in the Several Towns in 
the County of Middlesex by the Commander appointed by the Great 
and General Court for that purpose. 
The Names of the Town 
were they are Sent to 
Cambridge 



Charlestown 





Ages 


Lewis Robishaw 


55 


Jane his Wife 


51 




27 


Edward 


24 


Oto 


18 


Florence 


13 


Wilbourn 


11 


Esthar 


20 


Molly 


16 


Hannah 


6 


Joseph White 


30 


Mary his Wife 


29 


Mary a Daughter 


4 


An Infant 


— 


Margaret Richards Widow 


58 


Victor 


23 


Margaret 


18 


John 


14 


Merrimack 


9 


David 


8 



10 



10 



Watertown 



Augt. Hibbert 48 

Margaret Hibbert his Wife 48 
Mary 21 



92 



BULLETIN DE LA SOCIETE HISTORIQUE 



Joseph 

Margaret 

Maturin 



19 

11 

8 



Stow 



Peter Hibbert 17 

Charles Hibbert 12 

They are bound out at Watertown 



No. 464 Brought overe 




Ages 


Newton 


Peter Hibbert 


41 




Mary Joseph Hibbert 
Peter 


37 
12 




Mary 
Joseph 

Margaret 


10 
8 
6 




Marte 


4 




John Baptist 
Magdalen 


2 
four month 


Lexington 


August Hibbert 
Anna his Wife 


68 
68 


Waltham 


Margaret Hibbert 
Margaret Jos. Hibbert 


25 
23 


Bedford 


John Hibbert 


22 




Samuel White 


20 


Concorde 


Charles Trawhorn 


31 




Tithorn his wife 


31 




Mary his Daughter 
John his son 
Gorg Wyrer his son 
Simon Landry- 


8/ 2 

4 

5 

20 




Charles Landry 


22 


Chelmsford 


Jane Landry 


64 




Madlain his wife 


62 




Asam his son 


18 



Billerica 



Maudlin Trawhorn 
Daughter of Charles Traw 
horn 7i/2 



Joseph Landry 
Maudlin his wife 
John his son 



28 
28 

4 



PIECES D ARCHIVES 



93 



Maudlin his Daughter 2/ 2 

Joseph his son 1 



Acton 




Paul Landry 
Margaret Trawhorn 
daughter to Charles 
Trawhorn who lives 


24 






at Concord 


254 


. 465 








Brought Forwai 


-d 




âges 


Reading 




Francis Meirs 


57 






Jane his Wife 


42 






Rosella ) 


20 






Elizabeth ) 


18 






John ) their children 


15 






Francis ) 


13 






Mary ) 


2 


Stoneham 




Pasella Meirs ) Children 
) of Fran. 


11 






Christoph Meirs ) Meirs who 






) live at 








Rozzell Meirs ) Reading 





Malden 



Medford 



Woburn 



Paul Meirs Son to Fran. 

Meirs 

Jeremiah Debido 

Magdalen his Wife 

Mary ) 

Isaac ) children 

Grigero ) 

Catherine Preshon 



John Debodo 

Ann his Wife 

William 

Susian 

Anna 

Eliz. 



) children 



John Lapadore 

Margaret his Wife 

Hannah 

Maturin 

Izabell 

Charles 

Eliz. Pecot 



26 

24 

2 

1 

7 
30 

36 
33 

8 

6 

2 
12Day 

34 
27 
11 

7 

5 



94 



BULLETIN DE LA SOCIETE HISTORIQUE 



Willmington 


John Lapadore 




2 




Joseph Lapadore 




2 


No. 466 








Brought over 








Weston 


Bezaleel Simmex 




34 




his wife 




38 




Mathieu ) 




12 




Paul ) 


Children 


9 




John ) 




2 


Natick 


Bezaleel ) 


Children 


7 




) 


to Beza- 






Lydia ) 


leel Sim- 
mex at 
Weston 


4 


Sudbury 


Seymore 




80 




his Wife 




75 




Mary ) 


their 


28 




Ann ) Daughter 


20 


Marlborough 


Timothy Seymore 




40 




Nanny his Wife 




38 




Sush. ) 




15 




Joseph ) 




12 




Peter ) 




10 




Oliver ) 


Children 


8 




Philemon ) 




6 




Ottel ) 




4 




Paul ) 


6 


months 


Lincoln 


Joseph Hébert 




33 




Nanny his wife 




27 




Mary ) 


Children 


6 




Madlen ) 




4 




Margaret ) 


5 


months 


Westford 


Marg. Maud Robenshaw 


44 




Eliz. Richard 




17 




Mary Richard 




11 


Littleton 


Marge. Maud Robenshaw 


87 




Frederick Richard 




20 




Billy Winnett 




12 



PIECES D ARCHIVES 



95 



No. 467 

Brought Forward 
Sherbourn 



Joseph Dugau 

Mary 

Monique 



his 
children 



56 
23 

7 



Wolliston 



Hopkinton 



Framingham 



Ezedo Cordeau 
Maudlin his Wife 
Joseph their child 

Ann Dugau 
Eliz. Dugau 
Marge. Gordeau 

Charles Mercau 
Clare his Wife 
Margaret ) 

Maudlin 
Eleanor 
Susannah 



28 

25 
7 months 

19 

12 

3 



61 
57 
26 



Children 13 
12 



Dunstable 



Peter Landerce 
Sarah his Wife 
Peter their Son 



Dracut 



Tewksbury 



Mercy Landerce 
Sàrah Landerce 
Elizabeth Landerce 

Mary Landerce 
Magdalene " 
Jane 



) Children to 

) Peter Landerce 

) at Dunstable 3 

) Children to 

) Peter Landerce 

) at Dunstable 3 



No. 468 

Brought over 
Groton 



Rain Bobbin 

Marge, his Wife 
John his Son 
Matturen Do 
Joseph Do 
Eliz. 



37 
37 
13 
11 
19 
5 weeks 



Pepperil 



Marge. Marschal 
Mary Bobbin daughter 
of Rain Bobbin 



18 



96 BULLETIN DE LA SOCIETE HISTORIQUE 

Townsend Paul Oliver Bobbin 7 

Peter Bobbin 5 

son to Rain Bobbin 
of Groton 2 

The Committee appointée! by the Great & General Court to 
apportion & Distribute the French Neutrals among the Several Towns 
in the County of Middlesex hâve effects the same in manner as set 
forth in the List on Schedule aforegoing, and hâve caused them to 
be placed in the respective Towns to which they are assign'd and hâve 
notifyed the Selectmen of Each Town of the Number & Names of 
the Persons assign'd them of their Proportion; and Each of the French 
People as by order of Government were to be removed from the 
County of Middlesex to other Counties hâve been Sent thither accord- 
ingly: 

Which is humbly submitted, 
N. B. The charge occur- 
red by removing the said 

French People in pur- ( W. BRATTLE ) Committee 

suance of the orders of 
ye. Committee, are hère- ( 
unto annexed and hum 
bly presented for Allow 
ance. 



S. DANFORTH 
W. BRATTLE 



JAMES RUSSELL 



In Council April 18th 1761 Read & sent down. 

JOHN COTTON, Dep. Secry. 

In the House of Représentatives April 21, 1761 Read and accepted 
and Ordered that the annexed acet of Charges for the removal of 
the French Neutrals be allowed. 

Sent up for concurrence. 

JAMES OTIS, Speaker. 

In Council April 21 Read & Concurr'd. 

A. OLIVER. Secry. 

Consented to 

FRA. BERNARD 

No. 471 Middlesex Charlestown, June 3, 1761 

The Committee appointed by the Great & General Court, to dis- 
tribute the French Neutrals in the County of Middlesex, hâve directed 
me to inform you that Rain Bobbin, Margaret his Wife, Jonh, Mat- 
turen, Joseph, Paul, Oliver, Peter, Mary & Elizabeth three children 
and Margaret Marchai are Now Inhabitants of the Town of Groton 
the District of Pepperil and Town of Townsend which French Neu- 
trals you are to remove from your Town to the Town of Groton and 



PIECES D ARCHIVES 



97 



Deliver to the Selectmen of said Town and make return of your 
doings and the charge thereon to the Honourable Samuel Danforth 
Esquire Ye Humble servants. 

By order of the Committee. 

JAMES RUSSELL 

To the Selectmen of the Town of Lexington 
Groton 6 

Townsend 2 

Pepperil 2 

10 

No. 508 Copie 

A Boston ce premier décembre l'an 1764. 

A votre excellence Monsieur le gouverneur en chef Commandant 
en Massachusetts Bay. 

Nous prenont la liberté touts en général de présenter à votre 
excellence ce peu des mots en prenant la liberté de supplier votre 
honeur de nous accorder un passeport en général pour touts ceux qui 
veulent passer au Isle St Domingue. Nous priont votre honourable 
personne de nous rendre raisons si votre honeur permettra de nous 
accorder la demande que nous vous font ainsi signé par les chefs des 
familles acadiens. 
Paul Landry etc. 
ici présents, sans compter le nombre de ceux qui ne sont pas présents. 

No. 509 A nantaties ce 10 décembre 1764. 

Marque des frances qui son a nantaties qui veille sen nales aux 
frances le plus tôt qu'il sera possible au colonis frances ainsi cigné. 

francois doupis 

6 de sa famille 
aman Broux 

1 de sa famille 4 
Michelle doupis 

2 de sa famille 2 
Joseph Broux 
4 de sa famille 
ollivier doupis 

7 de sa famille 



56 



pierre Broux 




9 de sa famille 


9 


dominique thibodot 




4- de sa famille 


4 


allecis thibodot 




3 de sa famille 


3 


garmain doupis 




12 de sa famille 


12 


jean doupis 




5 de sa famille 


5 




17 




39 



98 BULLETIN DE LA SOCIETE HISTORIQUE 

No. 510 

A Boston ce premier décembre l'an 1764. 

A votre excellence Monsieur le gouverneur en chef commandant 
en Massachusetts bay. Nous prenont la liberté touts en général de 
présenter à votre excellence ce peut des mots en prenant la liberté 
de Supplier votre honneur de nous accorder un passeport en général 
pour tous ceux qui veulent passer au isle St Dominigue. Nous prions 
votre honnorable personne de nous Rendre raison si votre honneur 
permetera de nous accorder la demande que nous vous font ainsi signé 
par les chefs de familles acadiens. 

paul landry 

jean landry 

jean trahant 

allexis bronx 

augustien leblanc 

paul broux 

charles thibodot 

Joseph landry 

aman landry 

Joseph broux 

jean Thibodot 

Joseph hébaire 

pierre leblanc 

Benoni melansont 

René landry 

fransoit benoit 

Joseph benoit 

goldefroit benoit 

Joseph vensent 

jean melansont 

Joseph masoralle 

charle landry 

jean hébaire 

pierre tranhant 

jean Bastis hébaire 
ici présent san conter le Nombre 
de tout ceux qui ne sont pas présent 

No. 511 A Boston ce premier de genvier 1765. 

Nous autre tout les acadien ayant un grand désire de passe au 
colonies frances nous prenons la liberté de présente une segonde re- 
tierte à votre Excellence Monsieur le gouverneur commandant an 
massecusets Be a vous et à votre concielle an vous soitant une Bonne 
anné et Bonne propairrité nous sespairont monsieur que votre hon- 



pièces d'archives 99 

norable personne nous Randras Bonne justice a legard de se que nous 
vous présentant vous ette Bien persuadés messieurs des offre quon nous 
fait au coloni frances voilas neuf an que nous vivont annepairance dalés 
goindre notre patris et ils nous Semble que la porte nous Sétait ou- 
verte et vous nous La fermés nous Savont toujours atant du dire quand 
tamps de paix quan tout peyl que la porte des prison Souvrait pour 
les prisonier cela mesieur nous Setonne Bien de voir quon nous detien 
an nous disent quon nous donne toute liberté de notre Religion sa qui 
et tout contraire a nos Sentiment parce que nos Sentiment son quand 
nous detenent isis que vous nous sotés le libre excercis de notre Religion 
celas et Bien deurre pour nous, autre chose qui nous et aussi durre se 
de voirre notre Situation de nous voire tout dunssilot ettant uncapable 
de nous soulage de nous mesme. 

No. 512 

Mesieur Si vous naves conpastion de Nous nous panson que nous 
perdront de froid et de faim. 

Monsieur dans puis que nous vous savont présentes notre rotier 
jasvont resus 90 (?) livre de viende mouton 2 corde de Boy 2 Boisot 
de poit 5 Boisot de patate et de navos a soisante et douse personne que 
nous somme mesieur Sa nous et Bien pénible après avoir ette rouuoiné 
(ruiné) comme nous savont ette quil i a de gen parmis vous autre qui 
pance que nous Somme riche qui et une chose qui na jamais ette an 
nous dans se peiel isis ancorre Bien moin apresens que jamais car la 
Riches qui Reste ces la misère et la pauvreté. 

Ainsi mesieur nous supplyon vos Bonté davoir compastion de 
pauvre j'en comme nous le temps que nous seront détenus isis ainsi 
signé 

JEAN TRAHANT 
CASTIEN THIBODOT 
JEAN HEBAIRE 
GHARLE LANDRY 
ALEXIS BROUX 



100 



BULLETIN DE LA SOCIETE HISTORIQUE 



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PIECES D ARCHIVES 



101 



No. 514 

Voilas la liste 
ainsis signe 
paul Landry 

5 de sa famille 
jean landry 

2 de sa famille 
allexis Broux 

9 de sa famille 
jean melanson 
4 de sa famille 
jean leblanc 

11 de sa famille 
jean thibodot 

7 de sa famille 
Joseph landry 

6 de sa famille 
Joseph hébaire 
4 de sa famille 
augustine leblanc 

8 de sa famille 
charle landry 

4 de sa famille 
pierre trahant 
4 de sa famille 

No. 515 
Clode dugat 

7 de sa famille 
pierre landry 

7 de sa famille 
la veuve antoine 

thibodot 
7 de sa famille 
charle heboire 
7 de sa famille 
jean baptis tibodo 

3 de sa famille 
René landry 

4 de sa famille 
paul landry 

6 de sa famille 
Joseph leblanc 
3 de sa famille 
jean landry 

10 de sa famille 



de tout ceux qui vieulle passe au colonis franses 



charle trahant 

9 de sa famille 
jean bâtis hébaire 
3 de sa famille 
charle thibodot 

3 de sa famille 
jean trahant 

10 de sa famille 
pierre leblanc 

2 de sa famille 

Total 91 
françois leblanc 
12 de sa famille 
Joseph vensent 
6 de sa famille 
Joseph Benoit 

4 de sa famille 
françois Benoit 
4 de sa famille 
René landry 

6 de sa famille 



Benonis douses 
2 de sa famille 
aman doupuis 

8 de sa famille 
jean landry 

5 de sa famille . 
aman Broux 

11 de sa famille 
jean guedrit 

10 de sa famille 
jean leblanc 

1 2 de sa famille 
jean pelerant 

9 de sa famille 
9 de sa famille 
pierre pelerant 
9 de sa famille 

Total 120 



godefroit Benoit 
9 de sa famille 
jean charle daigre 

8 de sa famille 
jean jaque maiel 

6 de sa famille 
maigrile prigent 
3 de sa famille 
jaque remont 

5 de sa famille 
aman landry 

7 de sa famille 
paul Broux 

9 de sa famille 
Joseph Broux 

2 de sa famille 
françoit landry 

3 de sa famille 
garmain landry 
2 de sa famille 
Charle Broux 

8 de sa famille 

Total 94 

dominique cloucitue 

9 de sa famille 
Charle Boudrot 
7 de sa famille 
françoit Rous 

9 de sa famille 
Nicolas Bario 
2 de sa famille 
Simon leblanc 
ôfrançoit Rous 45 
9 de sa famille 120 
Nicolas Bario 94 
2 de sa famille 91 
Simon leblanc 

6 de sa famille 350 
castain tibaudau 56 

4 de sa famille 

Total 45 406 



102 BULLETIN DE LA SOCIETE HISTORIQUE 



No. 516 

Voilas le nombre des famille qui sont sur ils de Nantasquet ils a 
9 famille ils lavont toujours étté bien sélés de san nalé au franses et 
nous pansont bien qui sont toujours dans les mesme sentiment Nous 
les sepairont de jour an jour pour se joindre a nous. 

No. 516A 

Belony Melanson Lancaster 

jone landry Chelsea 

No. 517 ce 21 de janvier L'an de grâce 1765 

Miessieur votre excelence saurat que nous somme dans une grande 

consternation et desollasion pour gannier notre vie. 

Nous sommes câtre familles. 

Voisy les complintes de pierre Landry un homme âgé de soisente 
es un nat incoumodés par les grand travailles qui la été obligé de ferre 
dans les contrés pour subvenir ô besoint de sa famielle. Naiant au- 
cune assistence des supperrieures de la vielle nommé donnestable je 
reserve les messieurs La tinc qui mon fait gannier mas vie: loges cha- 
ritablement. Nous appertenont Messieurs de troy vielles Donestable 
et de Drequet et Toucberry qui nous ont rien donnes danpuist 5 an 
ce qui nous a obblige dant sortyre. 

No. 518 

Complinte de la veuve tybodo afflige da voire perdu son mary es 
pour avoire été ôbbligé de lesser la vielle la où elle appertient par l'en- 
contence de supperrieurs de la veille dont t'elle appertient qui étei 
Dendevesse ne voulant luy donner que 12 sous par semennes: C'est 
qui nous obblige dant sortyr: mentenant me voisy dans la vielle de 
Selemme obblige de loiez la maison Dunt pry exorbitable je vous pry 
Messieur davoir compassion de moi es de me enfant par vos charita- 
bles soins et je pry messieurs que Dieu sois votre reconpense .... ils 
ly a anviron catre an que mon mary est désédez. 

No. 519 

Vonsy Messieurs la conplainte de glod Dugas un homme âgés de 
54 an aiant été infortuné: ne pouvent ferre ôgunt travaielle: dantpuis 
le commencement de junt: jusqua présent: appartenant da deux vielles 
nommés graftonne es ôcbrige. Nous somme cette de notre famielle, 
jes lessez la vielle croiyant de ganniere mas vies plus aisément à lieurs 
an nattandant de mant nalerre au fransois mentenant me voisy destenu 
sent pouvoire gannier mas vies. 

Charle broux, dépendant d'anouvre et mas femme, appertenant 
de ipsige. Nous somme 5 de notre famille. Voilla cinq 5 ant que 
je ne resu auqunt soulagement de personne que nous nous avons de- 



pièces d'archives 103 

placer pour nous an nalerre au fransois nous somme retenu par ordre 
du gouvernement. 

Voisy messieurs la situation la ou nous somme jespere que vous 
aurez conpassion de nous es ne detorneré pas votre visage de sur nous 
par la vous gangneré que le Seigneur vous favorrisera de ces grâce es 
cera votre recompense dant le temps es dant l'éterniter. 

Accorde nous messieurs ce faveurre par le fette de votre bontée. 
Sant votre assistence nous somme pour souffrir. Nous somme Mes- 
sieurs avec tous la reverrence possible soumy a votre majestés. 

No. 545 

A son Excellence François Bernard Esquire capitaine gênerai et 
gouverneur en shef pour sa majesté le Roy de la grande Bretagne en 
la province de masachuset en la nouvelle angleterre à Boston ainsy 
qua messeigneur de son conseil de Boston. 

Nous fransois de la cadie que Ion apelle neutre estant dans le 
gouvernement de Boston estant répandu dans plusieurs ville de can- 
pagne par ordre du conseil et y ayant restés plusieurs année sans in- 
terrompre le gouvernement mais nos famille estant multipliés extrême- 
ment depuis quelque année nous ayant obligé de quiter les canpagne et 
venir à Boston pour nous en aller mais nous avons été aresté par ordre 
du gouvernement ce qui nous a obligé de rester a Boston et de tacher 
de gagner nostre vie et celle de nos pauvre famille les un sont allé a 
la pèche les autre ont fait le travaille ordiner de la vielle quand quil 
sont pu an trouver les seu qua vont été a la pèche avont été oblige de 
charche des hommes quil leur sa avance tout leur nécésèr pour la pêche 
an leur prometant de peie raprès daitre de retour après leur savance 
peier ils ne leur restes rien pour mentenir leur famille. 

No. 546 

Cest pourquoy aujourdhuy nous pauvre fransois prions Messei- 
gneurs de son conseil davoir pitié et compassion de nous et de plusieur 
pauvre veuve et de nos petite famille de nous assister cette hiver de 
quelque chose pour nous pouvoir faire subsister en vie faute de quoy 
nous somme obligés davoir recours a vous de nous donner dus travail 
estant tous bien volontiers de travailler et nen pouvant trouver aucune- 
ment dans la ville cest pourquoy nous prions son exellence ainsy que 
messeigneurs du conseil de nous regarder dun oeil de pitié et de ne 
nous pas oublier et nous ne manqueront jamais de nous souvenir que 
nous somme et serons toujour les plus humble et soumis serviteur 

JEAN HEBERT 
AUGUSTIN LE BLANC 
PIERRE (his mark) TRAHAN 
MARIN (his mark x) GOURDAUX 
A Boston ce 13 de jeanvier lan 1766, 



104 



BULLETIN DE LA SOCIETE HISTORIQUE 



No. 547 

A son Exellence françois Barnard Gouverneur en chef a Boston 
pour sa Majesty Le Roy de la Grande Bretagne ainsy qua Messeigneurs 
du conseil. 

Nous habitans françois Acadians ayant présentés un Mémoire en 
datte du onse du Mois dernier a la Cour devant Messeigneurs du 
Conseil pour les prier de nous assister de quelque chose pour nous 
maintenir cette hiver et nen ayant reçu aucune réponse. 

Nous vous suplions très humblement pour prier Son Exellence 
ainsy que Messeigneurs du Conseils d'avoir la bontés de nous trans- 
porter au Canada dans des vaisseaux propre pour nous et nos familles 
avec des provisions pour une année pour pouvoir nous maintenir estant 
hors destat par nous mesme de pouvoir y pourvoir et prions son Exellen- 
ce françois Barnard Gouverneur en Chef pour sa Majesty a boston 
d'avoir la bontés descrire en nostre faveur a l'honorable James Murray 
Gouverneur et Commandant gênerai de la province du Canada d'avoir 

No. 548 

la bontés de nous donner des terres et des assistances pour nous et nos 
familles après que nous saurons arrivés au Canada suivant la procla- 
mation en datte du premier Mars 1765 signés James Murray En se 
faisant Messeigneurs vous obligerés vos plus soumis nous tous les 
sousignés 



No. 557 
françois Benois 
4 de sa famille 
josuad Benois 
8 de sa famille 
michelle Daigues 
2 de sa famille 



JEAN TRAHAN X 

JOSEPH DUGAS X 

ALEXIS BROE X 

RENE LANDRY X 

ISAC GOURDAUX X 

AUGUSTIN LE BLANC X 

ISIDOR GOURDAUX X 

JEAN HEBERT X 

FRANÇOIS AMIRAUX X 

JOSEPH MANGEROL X 



A Boston ce 8 février 1766. 



joseuh vinsen 
7 de sa famille 
françoise Daigles 

veuve 
2 de sa famille 
jean guidri 
11 de sa famille 



alexis bros 
9 de sa famille 
augustin le Blanc 
7 de sa famille 
jean Baptiste hebert 
3 de sa famille 



PIECES D ARCHIVES 



105 



jean trahant 
5 de sa famille 
agnes veuve de 

Yclepte trahant 
5 de sa famille 
jean lacroix tibodo 
7 de sa famille 
Joseph landry 

7 de sa famille 
charles landry 

3 de sa famille 
Joseph Benois 

5 de sa famille 
pierre trahant 

4 de sa famille 
Dominique 

9 de sa famille- 
Charles Boudro 

8 de sa famille 



Charle hebert 

7 de sa famille 
aman dupuy 

8 de sa famille 
jean landry 

5 de sa famille 
jacque hebert 

12 de sa famille 
jermain landry 

9 de sa famille 
silvin dupuys 

12 de sa famille 
Joseph masrole 

3 de sa famille 
Joseph hebert 

4 de sa famille 
jean hebert 

6 de sa famille 



marie le Blanc veuve 

2 de sa famille 
abele Bourgois 

4 de sa famille 
pierre dupues 

9 de sa famille 
Joseph douxces 
9 de sa famille 
Joseph michelle 

5 de sa famille 
stanislasse gourdeau 

5 de sa famille 
isidore gourdeau 

6 de sa famille 
marins gourdeau 

3 de sa famille 
Isaac gourdeau 
5 de sa famille 



No. 558 

Joseph Belivaux 
7 de sa famille 
paul le Blanc 
7 de sa famille 
Joseph Belinaux 
4. de sa famille 
Basile le Blanc 
6 de sa famille 
Joseph le Blanc 

2 de sa famille 
françois faurais 

4 de sa famille 
Charle tibodo 

3 de sa famille 
marie Benois veuve 
6 de sa famille 
roses Boudro 

2 de sa famille 
jean melanson 

5 de sa famille 



castin tibodo 
4 de sa famille 
jean tibodau 

4 de sa famille 
jean charle Daigles 

5 de sa famille 
pierre landry 

6 de sa famille 
pierre le Blanc 
2 de sa famille 
jermain Dupuy 
12 de sa famille 
olivier Dupuy 

7 de sa famille 
jermain Dupuy 

2 de sa famille 
alexis tibodau 

3 de sa famille 
jean Dupuis 

5 de saèfamille 
Dominique tibodau 

4 de sa famille 



pierre Bros 

9 de sa famille 

Joseph Bros 

4 de sa famille 
aman Bros 

5 de sa famille 
jean landry 

3 de sa famille 
paul landry 

4 de sa famille 
charle trahant 
9 de sa famille 
aman Bros 

8 de sa famille 
françois le Blanc 

2 de sa famille 
simon le Blanc 

6 de sa famille 
aman le Blanc 

3 de sa famille 



106 



BULLETIN DE LA SOCIETE HISTORIQUE 



No. 559 

Joseph Douces 
5 de sa famille 
françois le Blanc 
11 de sa famille 
pierre pelerain 
9 de sa famille 
jean pelerain 
9 de sa famille 
michelle Dugas 
7 de sa famille 
jacque remon 
5 de sa famille 



et 



jacque maïais 

6 de sa famille 
marie prigens 

5 de sa famille 
Benoni doucest 
13 de sa famille 
renés richaud 
3 de sa famille 
simon Douces 
2 de sa famille 
pierre landry 

7 de sa famille 
cantité de autre famille 



marguerite landry 
veuve 

6 de sa famille 
Claude Dugas 

7 de sa famille 
hemable prigens 

2 de sa famille 
marguerite gourdaux 

3 de sa famille 
89 famille 
490 tête 

qui ne 



sont pas prévenue. 



No. 562 



A son Excellence françois Barnard Esquire Gouverneur en chef pour 
sa Majesté le Roy de la Grande bretagne ainsy qua Messieurs du 
Conseil. 

Monseigneur 

Nous tous les habitans Acadiens en Général Remercions vostre 
Exellence ainsy que Messieurs du Conseil des bontés que vous avés 
eu d'écrire en nostre faveur à Son Exellence Jacques Murray Esquire 
Gouverneur à Québec pour sa majesté le Roy de La Grande Bretagne 
et ayant eu réponse de Son Excellence pour nous aller Establir au 
Canada mais Son Exellence ne pouvant nous aider en aucune façon 
pour des provisions après que nous serons arrivez au Canada. 

Nous prions vostre Exellence ainsy que Messieurs du Conseil 
d'avoir la bontez de nous regarder d'un oeil de pitiez et de nous assister 
de quelque chose pour pouvoir vivre quelque temps après que nous 
serons arrivez au Canada. 

No. 563 

Notre situation estant extrêmement pauvre et bien triste et beau- 
coup avancez d'âge estant hors d'estat de travailler cest Pourquoy nous 
nous mettons sous vostre protection. Nous ayant toujours promis de 
nous aider et nayant personne que vous. 

Messeigneurs 
qui puisent nous retirer de labisme et du grand trouble ou nous somme. 

Messeigneur 

Nous sommes en gênerai reson de prendre le serment de fidélitez 
cest pourquoy nous vous prions de donner vos ordres le plus tost quil 



PIECES D ARCHIVES 



107 



vous sera possible de nous faire passer car la plus part de nous autre 
ne travaillons point tous les jours en attendant que vostre Exellence 
nous fasse passer et ne sachant quelle parti prendre si non que votre 
Exellence ainsy que Messieurs du Conseil nous veille assister dans 
nostre besoin et Regarder nostre pauvre stat cest ce quatend vos très 
humble et très obeisants soumis et fidelle sujets. 

ALEXIS BRO 
JEAN LANDRY 
JEAN TIBODOT 
PIERRE MUSE 
AMAN LANDRY 
A Boston ce 2 juin 1766. 

No. 566 



Joseph Mius 


7 de 


sa 


famille 




glaude dugâs 


7 de 


sa 


famille 




Charles mirôs 


5 de 


sa 


famille 




pierre le blanc 


4 de 


sa 


famille 






7 de 


sa 


famille 




Margrites Landry 


7 de 


sa 


famille 




amable prégan 


2 de 


sa 


famille 




Charles Mius 


6 de 


sa 


famille 




polie Clarremont 


7 de 


sa 


famille 




gullient ? 


5 de 


sa 


famille 




gan baptise mius 


10 de 


sa 


famille 




charle ? 


8 de 


sa 


famille 




amant landry 


10 de 


sa 


famille 




polie landry 


6 de 


sa 


famille 




pierre landry 


5 de 


sa 


famille 




Joseph le blanc 


5 de 


sa 


famille 




Simon leblanc 


5 de 


sa 


famille 




Michelle Landry 


2 de 


sa 


famille 




gan Leblanc 


9 de 


sa 


famille 




Joseph girroire 


8 de 


sa 


famille 




René richarre 


3 de 


sa 


famille 




fransois mius 


13 de 


sa 


famille 




fransois roux 


5 de 


sa 


famille 




Nicola Gougeut 


2 de 


sa 


famille 


Leur nom donne a 
Selemme pour y ferre 








141 






leur anberquement. 



No. 567 Liste des noms des francois qui veulent passer au Canada: 
Charles hebert 7 Jermain Landry 4 



Aman dupuis 


7 


Jacques hebert 


11 


Jean Landry 


5 


Silvien dupuis 


12 


Jean Baptiste tibodo 


5 


fabien dupuis 


3 



108 



BULLETIN DE LA SOCIETE HISTORIQUE 



pierre le Blanc 


4 


Agnès veuve de 




Jean baptiste Dugas 


5 


Joseph trahan 


5 


Joseph Vincent 


7 






Joseph Benoist 


5 




151 


francois benoist 


4 






Charles tibodo 


3 


Pierre Trahant 


4 


René Landry 


6 


Jean La Croix tibodo 


8 


Jean Landry 


3 


Augustin le Blanc 


8 


charles Landry 


4 


Alexis Bro 


9 


fransoise Doucet 


2 


Jean le Blanc 


12 


Jean hebert 


6 


Isac Courdaux 


5 


Joseph Mangerolle 


4 


Stanislas Gourdaux 


5 


Joseph Landry 


7 


Joseph le blanc 


2 


Jean Guidri 


11 


Francois miraux 


2 


Joseph hebert 


4 


Joseph Doucet 


6 


Gastin tibodo 


5 


Charles Belivaux 


8 


Rose Boudro 


2 


Claude Dugas 


9 


Jean Belanson 


5 


Joseph Doucet 


9 


Jean trahan 


5 


Joseph Doucet 


11 


No. 569 








abel Bourgeois 


4 


Joseph Brun 


6 


Joseph Michel 


5 


Charles Lord 


7 


Jean Landry 


9 


Basile Le Blanc 


6 


Estienne Robichaux 


9 


Eprahim Robichaux 


3 


Paul Robichaux 


8 


Joseph Doucet 


2 


Grégoire bourgeois 


8 


Francois Doucet 


11 


Tite Robichaux 


4 






Michel Robichaux 


3 




183 


No. 568 


Suitte de 


la liste 




Pierre Dupuis 


4 


Jermain dupuis 


15 


Joseph Bellivaux 


4 


Dominique tibodo 


4 


Pierre le Blanc 


9 


Olivier dupuis 


8 


Aman bourgeois 


3 


Joseph Bro 


5 


Charles Bellivaux 


6 


Aman Bro 


5 


Charles Bellivaux fils 


5 


francois Dupuis 


7 


Jacques Amiraux 


6 


Jean Dupuis 


7 


Jacques Amiraux 


6 


Alexis tibodo 


6 


Lange Amiraux 


3 


Charles trahan 


9 


Joseph Dantremons 


4 


Jean Baptiste hebert 




La veuve Dantremons 


4 


francois le blanc 


11 


Abel Duhan 


5 


Joseph le Blanc 


2 


Dominique Cloistre 


9 


Isidore Gourdaux 


6 


Charles Boudrot 


8 






Pierre Bro 


9 




183 



PIECES D ARCHIVES 



109 



Paul Landry 

La veuve de Mathieu 


5 


pierre Landry 
Joseph le blanc 


5 
5 


Doucet 


5 


Simon le blanc 


5 


Joseph Mieuse 
Glaude Dugas 


7 
7 


Michel Landry 
Jean Leblanc 


2 
9 


Charles Miraux 


5 


Joseph Geroire 


8 


pierre Le blanc 


4 


René Richard 


3 


Marguerite Landiy 
pierre Landry 
Aimable pregnant 
Charles Mieuse 


7 
7 
2 
6 


francois mieuse 
francois Roux 
Nicolas Gentle 
Charles Rabin 


13 
5 
2 
3 


Charles Bro 


8 






Aman Landry 


10 




161 


Paul Landry 


6 






No. 569 


Suite de 


la liste 




francois Remon 


4 






Marin Gourdaux 


4 




151 


La veuve Gourdaux 


3 




183 


Godefroy Benoist 
Aman Bro 


8 
11 




183 
161 


Marie Benois veuve de 






42 


Benoni Melanson 


6 


Salem list 


141 


Benoni Douces 


3 


Addl list 


29 


Durgues Benois 


3 







42 



A Boston ce 2 juin 



No. 572 



890 
1766 



A son Exellence francois Barnard Esquire Gouverneur en Chef 
pour sa Majesté le Roy de La Grande Bretagne. 
Monseigneur 

Moy le sousignés francois le blanc, francois Acadien demeurant 
dans la paroisse de Dudley dans le gouvernement de Boston estant un 
personne extrêmement incommodés d'une main dont je ne puis me 
servir ce qui met hors destat de pouvoir gagner ma pauvre vie ainsy 
que mon fils francois le blanc estant tombé malade le 20 D'Aoust 1765 
ne pouvant faire aucun travaille de ses mains et ayant été obligés d'y 
appeler trois médecin pour tacher d'y remédier, et mon pauvre fils, cy 
desus nommez, ayant perdu son bras, et les médecins aujourd'huy mon 
fait assigner pour le payement et mon arresté jusqua mes pauvres 
hardes pour le payement et moy nayant aucune chose pour pouvoi) 
payer je recours a vous 

Monseigneur 



110 



BULLETIN DE LA SOCIETE HISTORIQUE 



Pour vous prier d'avoir la bontez de massister dans mon besoin et 
de donner sil vous plait vos ordres pour que la paroisse dou je suis qui 
est Brinfield est a payer les médecins ma nécessités me mettant hors 
No. 573 

Destat de pouvoir payer, quoy que la somme nest pas extrêmement 
forte, les trois médecin charge pour leur travail la scomme de L5"-2-8 

Monseigneur 

Cy jestois en estât de travaillé je voudrois le payer de moy mesme 
je ne viendrois pas importuner vostre Exellence me voila sans apuy 
du costé de mon fils qui a perdu le bras je prie 

Monseigneur 

De faire tout ce qui est en son pouvoir pour me délivrer de labisme 
ou je suis sans cela mes pauvre hardes seronts vendue et je nauray plus 
rien a me couvrir je prie Die upour la conservation de vostre Exellence 
et suis et serez le reste de mes jours. 

Monseigneur 

Votre très humble et obéisant serviteur 
FRANÇOIS LE BLANC 



13 



Pages 

1 

2 

3 

4 

5 

6 
14 

15-17 
18 
19 

20-23 
24-26 
27 
28 

29-30 
31 
32 

33-34 
35 
36 
37 



DEUXIEME PARTIE 
Index du Vol. XXIV (French Neutrals) 



Darthmouth Account 

Hanover Account 

Nantucket Account 

Satuate Account 

Milton Account 

Papers with pétition of Neutrals 

Methuen Account 

Barnstable Account 

Newton Account 

Dorchester Account 

Beverly Account 

Topsfield Account 

Weymouth Account 

Rowley Account 

Mémorial of Thos. Hutchinson 

Note — Neutrals from the South 

Order — Leicester 

Concord Account 

Obligation as to Neutrals 

Westborough Account 

York Account 



Dates 
1758 



PIECES D'ARCHIVES 111 



Pages Dates 

38 Yeicester Account 1758 

38 Boxford Account 

40 Lexington Account 

41-46 Ipswich Account 

47-48 Andover Account 

49-50 Pétition of J. LeBlanc 

51-52 Marshfield Account 

53 Southborough Account 

54 Kingston Account 
55-56 Bridgewater Account 

57 Note — infirm Neutrals 

58 Uxbridge Account 

59 Chelmsford Account 

60 Middleborough Account 

61 Medford Account 
62-63 Dartmouth Account 
64-65 Stoughton Account 

66 Acton Account 

67 Plymouth Account 

68 Bradford Account 

69 Littleton Account 
70-72 Boxford Account 
73 Hanover Account 
74-75 Holliston Account 
76-77 Pétition of J. D'Autremont 

78 Mendon Account 

79 Scituate Account 

80 Billerica Account 
81-82 Walpole Account 
83 Shrewsbury Account 
84-85 Med(eld Account 
86-90 Haverhill Account 
91-93 Chelmsford Account 

94 Hingham Account 

95 Duxborough Account 

96 Newbury Account 

97 Watertown Account 

98 Weymouth Account 

99 Wrentham Account 

100 Lancaster Account 

101 Sutton Account 
102-103 Sherburne Account 
104-105 Worcester Account 
106 Wilmington Account 
107-108 Milton Account 1759 



112 BULLETIN DE LA SOCIETE HISTORIQUE 

Pages Dates 

109 Walpole order 1759 

110 Note — changes 

111-113 Pétition of H. Tibido etc.— 1758 

114-116 Topsfield Account 1759 

117 Hopkinton Account 1759 

118 Order — Neutrals' canoës 

119 Brookline Account 
120-122 Pétition of F. Meuse 

123 Weston Account " 

124 Sudbury Account 

125 Milton Account " 

126 Marshfield Account 
127-128 Sutton Account 

129-131 Manchester Account " 

132 Plimpton Account " 

133 Needham Account 

134 Raynham Account 

135 Westford Account " 

136 Pétition of E. Harnden — Malden 

137 Stoughton Account " 
138-139 Stow Account 

140 Oxford Account " 

141 Shrewsbury Account 

142 Concord Account 

143 Medway Account " 

144 Woburn Account 

145 Salisbury Account 

146 Wenham Account 

147 Reading Account " 

148 Dedham Account " 

149 Norton Account " 

150 Danvers Account " 

151 Newton Account 

152 Worcester " 

153 Newton Account " 
154-156 Malden Account " 

157 Amesbury Account " 

158 Ghelsea Account " 
159-161 Beverly Account " 
162 Topsfield Account " 
163-164 Report on Neutrals 

165-169 Dorchester Account — Pétition " 

170-171 Pétition of P. Trahan 

172-187 Charges paid to Towns etc. " 

1 88 Rowlev Account 



PIECES D'ARCHIVES 1 13 



Pages 




Dates 


189 


Medford Account 


1759 


190 


York Account 




191 


Wrentham Account 




192-193 


Oxford Account 




194-195 


Moses Marcy's Account 




196-197 


Pétition of C. Meuse 




198 


Medfield Account 




199- 


Westborough Account 




200-201 


Southborough Account 




202-203 


Middleton Account 




204 


Perbroke Account 




205 


Lancaster Account 




206-207 


Walpole Account 




208 


Leicester Account 




209 


Taunton Account 




210 


Bolton Account 




211-214 


Braintree Account 




215 


Committee on Milton Pétition 




216 


Weymouth Account 




217 


Lexington Account 




218 


Uxbridge Account 




219 


Rehoboth Account 




220-221 


Malborough Account 




222-223 


Stow Account 




224 


Watertown Account 




225-226 


Neutral correspondance complained of by Gent Wolf 




227-232 


Committee about Neutrals 




233-234 


Billerica Pétition 




235 


Topsfield Account 




236-238 


Tewksbury Account 




239 


Medfield Account 




240 


York Account 




241 


Roxbury Account 




242-244 


Scituate Account 




245-246 


Pétition of Neutrals 




247-248 


Weymouth Account 


1760 


249 


Newbury Account 




250 


Stoughton Account 




251 


Milton Account 




252-253 


Waltham Account 




254-255 


Committee about Neutrals 




256 


Lynn Account 




257 


Westford Account 




258 


Weston Account 




259 


Return of Neutrals 





114 BULLETIN DE LA SOCIETE HISTORIQUE 

Pa S es Dates 

260 Mendon Account 1760 

261 Watertown Account 
252 Shrewsbury Account 

263 Sutton Account 

264 Medford Account 

265 Newton Account 

266 Stow Account 
267-268 Topsfield Account 

269 Malden Account 

270 Dan vers Account 

271 Wenham Account 

272 Walpole Account 

273 Malden Account 

274 Medway Account 

275 Acton Pétition 

276 Dunstable Account 

277 Danvers Account 

278 Rowley Account 

279 Taunton Account 

280 Woburn Account 

281 Plymton Account 

282 Oxford Account 

283 Pétition of J. Meuse 

284 Needham Account 
285-286 Sutton Account 

287 Order 

288 Salisbury Account 
289-290 Sherburne Account 

291 Worcester Account 

292 Woburn Account 
293-294 Pétition of J. Meuse 
295-296 Sturbridge Account 
297-301 Papers — Neutrals divided among the several 

Counties according to tax 

302 Plymouth Account 

303-304 Order for Sherburne 

305 Order for Newton 

306 Geo. Leonard's bill 

307 Concord Account 

308 Barnstable Account 

309 Concord report 

310 Acton report 

311 Framingham report 

312 Boston report 
313-314 Haverhill Account 



PIEGES D'ARCHIVES 115 



Pages 




Dates 


315 


Pembroke Account 


1760 


316 


Woburn report 


55 


317 


Stow Account 


55 


318 


Bolton Account 


55 


319 


Uxbridge Account 


55 


320 


Order as to Committee 


55 


319 


Uxbridge Account 


55 


321-322 


Ipswich Account 


55 


323 


Scituate Account 


55 


324-325 


Duxborough Account 


I) 


326-327 


Note — continuance of Neutrals in their Towns 


" 


328-331 


Neutrals in Worcester County 


55 


332-333 


Stow report 


55 


334 


Bridgewater Account 


55 


335 


Westborough Account 


55 


336 


Waltham Account 


55 


337-339 


Beverly Account 


55 


340-341 


Salisbury Order 


55 


342 


Littleton Report 


55 


343-344 


Rowley Order 


»» 


345 


Med(eld Account 


»> 


346-347 


Bradford Order 


55 


348-349 


Dunstable Account 


J5 


350 


Billerica Account 


» 


351-352 


Boxford Order 


» 


353 


Neutrals in York County 


55 


354-355 


Scituate Account etc. 


55 


356 


G. Bradford's Account 


55 


357 


Arlington — W. Brown's Account 


55 


358-359 


Accounts 


»> 


360-361 


Wareham Account etc. 


» 


362 


Barnstable County Committee Account 


»» 


363-365 


Neutrals in Barnstable County 


JJ 


366 


R. Ctttt's bill 


5» 


367-370 


Neutrals in Essex County 


>» 


371 


Thomas Hutchinson's bill 


»J 


372 


Tewksbuiy Account 


M 


373 


Salisbury Account 


>> 


374 


Barnstable Account 


>> 


375 


Chelmsford Account 


55 


376 


Amesbury Account 


55 


377 


Weymouth Account 


55 


378 


Kingston Account 


55 


379 


Dracut Account 


55 


380-381 


Note — relative to Neutrals 


»» 



116 BULLETIN DE LA SOCIETE HISTORIQUE 

Pages Dates 

382 Littleton Account 1760 

383-384 Braintree Account 

385 Medway Account 

386 Hingham Account " 

387 Stoughton Account 

383-384 Neutrals in Suffolk County — Committee's Accounts " 

394 Roxbury Account 

395 Wilmington Account " 

396 Brookline Account 

397 Topsfield Account " 

398 Report of Sherburne committee etc. 

399 Wilmington Account " 
400-406 Etoneham Account 

407 Topsfield Account 

408 Boston Account " 
409-411 Andover Account " 
412-413 Medfield Account " 

414 Milton Account 

415 Medfield Account 

516 Hanover Account " 

416 Hanover Account 

417 Natick Account " 

418 Hull Account 

419 Bradford Account 
420-421 Middleton Account 

422 Oxford Account " 

423 Hopkinton Account " 
424-425 Easton Account " 

426 Lynn Account " 

427 Lexington Account 

428 Billerica Account " 
429-434 Chelmsford Account 

435-436 Reading Account " 

437 Tewksbury Account " 

438-440 Chelmsford Account 

441 Reading Account " 

442 Westford certificate " 

443 Amesbury Account 
444-445 Dedham Account 

446 Bedford Account 

447 Sutton Account " 

447 Sutton Account " 

448 Hadley Account 

449 E. Davis' bill — Oxford — Brimfield 

450 Rowley Account " 



PIECES d'archives 117 



Pages Dates 

451 Charger allowed 1760 

452 Committee's order 

453 York Account 

454 Woburn Account 

455 Lancaster Account 

456 Boxford Account 

457 Shrewksbury Account 

458 \ledway report 

459 Needham Account 

460 Bedford certificate 

461 Framingham Account 

462 Charlestown Account 
463-468 Neptrals in Middlesex 

469 Charges allowed to Towns 
470- Chelsea Account 

470 Chelsea Account 

471 Report of Committee 

472 Lexington charge 1 762 

473 Uxbridge charge 
474-475 Pétition of John Benoit 
476 Hopkinton Certificate 
477-478 Medford Statement 
479-480 Bridgewater Account 

481 Committee about neutrals 

482-483 Committee on Governor's message 

484-485 Letter as to Neutrals 1763 

486-491 List of Neutrals who désire to go to Old France 

492-502 Charges of Towns etc. 

503-504 Governor Bernard's message - - innoculation of 

neutrals 1 764 

505 Notice from Governor of St. Domingo 

506 Pétition of Dr. Benjamin Stockbridge 

507 Newton bill 

508-510 Petitionsfor passports to St. Domingo 

511-512 Pétition for passports to St. Domingo 1765 

513 Lists of Neutrals in Boston " 

514-516 List of Neutrals for St. Domingo 

517-523 Complaints and pétitions 

524 Report about Ntutrals 

525 Pétition of Neutrals 

526 Account — Boston 
527-529 Résolves 

530-531 Pétition of John White 

532-538 Boston Account etc. 

539 Pétition of Peter Pèlerine " 



I 18 BULLETIN DE LA SOCIETE HISTORIQUE 

Pages Dates 

540 Orders for Pembroke " 

541-542 Lunenburgh — R. Tyler's account 

543-544 Boston Account 

545-561 Pétitions of Neutrals — with papers 1766 

562-565 Pétition of Neutrals 

566-569 List of Neutrals for Canada 

570 Extract of a letter from Governor Murray 

571 Governor Bernard's Message 
572-575 Pétition of F. LeBlanc — papers 
576-581 Committee's report — Towns paid 
582-583 Pétition of John Labardore 

584 Pétition of B. Eday — Dedham 1767 

585 Order — M. Daigle 

586 Boston — J. Russell's account 1 768 
587-588 Pétition of E. Bennoy 

589 Pétition of E. Bennoy 1769 

590-591 Salem bill — order 

592 Holliston bill 



VII 

Eloges des membres disparus 

Abbé Paul Desaulniers (1881-1950) 

Nashua, New-Hampshire 

(Abbé René Constant) 

Pertransiit benefacienda 

La mort du paisible et doux curé inamovible de la paroisse St- 
Louis-de-Gonzague de Nashua, survenue en l'hôpital St- Joseph, le 4 
mars après-midi, a provoqué un remous de douleur vive, de surprise 
consternée et de sympathie émue dans une belle et grande paroisse 
franco-américaine, dans un diocèse entier, voir même dans les cercles 
bien pensant et bien renseignés de la Nouvelle-Angleterre, où le dis- 
tingué disparu s'était conquis une renommée enviable au service de 
l'Eglise et des traditions ancestrales. 

Né à Saint-Sulpice, comté de l'Assomption, P. Q., le 2 mars 1881, 
du mariage de Arthur Lessieur Desaulniers et de Elise Bouthillier, celui 
que l'on appellera le bon Père Desaulniers reçut sa première éducation 
à l'école paroissiale, à Manchester, où sa famille habitait depuis quel- 
ques années. Il fit ses études à Montréal, son cours classique au 
Collège Ste-Marie chez les Jésuites et sa théologie chez les Messieurs 
de St-Sulpice. 

A la suite de son ordination, le 10 mars 1907, à Montréal, poul- 
ie diocèse de Manchester, M. l'abbé Paul Desaulniers revient aux 
E.-U. Il fut tour à tour vicaire à Ste-Marie de Manchester et à 
St-Louis-de-Gonzaque de Nashua. En 1917, il devenait curé de St- 
Edmond à Manchester jusqu'à 1926 où il fut transféré à St-Pierre 
de Farmington jusqu'à 1932 pour passer ensuite à Greenville où il 
demeura deux ans comme curé du Sacré-Coeur. Le 4 mai 1934, il 
devenait curé de St-Antoine de Manchester où il établira une école 
d'enseignement secondaire des plus modernes. Le 14 juin 1945, il 
était nommé curé inamovible de St-Louis-de-Gonzague de Nashua. 
Il était consulteur diocésain et vicaire forain. Il reçut la médaille 
de l'Ordre de La Fidélité Française et la médaille de la Reconnaissance 
Française de la France pour son long dévouement à la cause française. 

Ses paroissiens comme ses confrères ont été unanimes à reconnaître 
la profondeur et la sincérité de sa piété et la marque d'un esprit profon- 
dément organisé. 

Sa grande bonté était au diapason de sa vaste culture et celle-ci 
était en raison directe de ses vastes lectures faites dans sa bibliothèque 
personnelle où les Saintes Ecritures et la spiritualité vivaient en heureux 
ménage avec les classiques du XVIIème siècle. Ce dualisme de cul- 



120 BULLETIN DE LA SOCIETE HISTORIQUE 

ture affina sa personnalité au point qu'il fut essentiellement prêtre 
avant tout, et "honnête homme" au sens XVIIème siècle du mot. Il 
réalisa en lui une harmonie complète, un équilibre merveilleux, une 
suavité de parole et d'approche qui me rappelait l'onctueux St. Fran- 
çois de Sales. Volontiers il eut pu choisir pour son blason cette parole 
de modération d'un philosophe grec qui pratiquait la tempérance en 
tout: "Toute chose avec mesure est excellente." 

S'il fallait synthétiser cette personnalité si sympathique, l'on pour- 
rait évoquer sa grande douceur de caractère qui n'excluait pas la fer- 
meté, et chez qui la douceur du langage n'enlevait rien à sa force; 
l'on pourrait, en second lieu, rappeler sa générosité qui allait à l'excès, 
jusqu'à l'oubli de soi, au point qu'il mourut dans un état d'indigence, 
et il fallut que ses exécuteurs vendissent sa voiture pour payer ses dé- 
penses funéraires: chapeau bas à un quelqu'un qui s'oublie à ce point. 

L'abbé Dufour, curé de Farmington. et chez qui les contraires 
s'harmonisent dans une culture enviable, et qui eut l'honneur d'être 
le premier vicaire du Père Desaulniers à Farmington même, me disait, 
en retraite chez les Jésuites à Andover, Mass., durant une récréation 
dans ces allées recueillies et ombragées par des pins centenaires: "Les 
quelques mois que j'ai eu l'honneur de passer dans son intimité m'ont 
fait découvrir en lui un esprit des plus cultivés, un coeur vraiment 
attachant, et m'ont permis de pénétrer le but toujours surnaturel et 
désintéressé qui le guidait dans ses décisions, il était d'une bonté inalté- 
rable." 

C'est Maurice Barrés, je crois, qui saluait Napoléon du titre de 
professeur d'énergie, l'abbé Dufour saluerait sans doute volontiers le 
bon Père Desaulniers du titre de professeur de mansuétude évangélique 
inaltérable et je ne doute pas que la postérité ne ratifie ce jugement. 
Que le Dieu des pauvres lui soit miséricordieux, que sa mémoire vive 
à jamais, que son humilité triomphe dans un cortège d'amitiées fidèles 
qu'il laisse après soi, et où l'admiration se confond avec l'émulation 
dans un exemple permanent qui invite et qui appelle, dans une carrière 
à la ligne toute droite, aux journées obscures mais pleines; sa moisson 
fut longue et magnifique, et le vaillant moissonneur est tombé fou- 
droyé sur ses gerbes d'or. 

Quand le voyageur célèbre qui avait nom Chateaubriand se trouva 
sur les bords de l'Eurotas, il voulut faire parler sur les ruines de Sparte 
la voix de Léonidas. Il l'appela de toutes ses forces. Aucune ruine 
ne répéta ce mot. Sparte elle-même semblait l'avoir oublié. 

Sans doute, il n'y a pas d'hommes nécessaires et malgré la dispa- 
rition des personnalités les plus marquantes, le cours de la vie se pour- 
suit à travers son habituel mélange de joies et de tristesses, de prospé- 
rités et d'épreuves. Mais il y a des hommes particulièrement utiles, 
dont l'influence est heureuse et féconde. Le Père Desaulniers était de 



ELOGES DES MEMBRES DISPARUS 121 

ce nombre. Nous ne saurions entourer son trépas de trop de larmes 
et de trop de regrets. La perte est immense pour nous et pour tout 
le diocèse. Prêtre exemplaire, il s'est montré en toute circonstance 
l'homme du devoir, irréprochable dans ses moeurs, attaché à toutes les 
règles de la discipline ecclésiastique, ponctuel dans l'accomplissement 
de ses fonctions, soumis à l'autorité, dévoué à son évêque, fidèle à ses 
amitiés, assidu à la prière, énergique et patient dans la conduite des 
âmes, plein d'ardeur pour les intérêts de l'Eglise et la gloire de Dieu : 
par-dessus les ruines du temps, et en dépit des assaults de l'oubli, nous 
entendrons toujours sa voix. 

Il n'est donc pas surprenant, si au contact d'une âme si grande 
et si noble, l'on subisse une sorte d'éblouissement! 

1889-1950 

Abbé Albert Massé 

Attleboro, Mass. 

(Abbé F. X. Larivière) 

Pour répondre au désir de monsieur le président j'ai accepté non 
pas de faire l'éloge de monsieur le curé Albert A. Massé pour la bonne 
raison que je ne l'ai pas assez connu, mais de dire quelques mots à la 
louange de ce prêtre qui pendant 35 ans s'est dévoué au salut des âmes. 
A la suite de son ordination, le 19 janvier 1915, il exerça son ministère 
dans les paroisses du Saint-Sacrement et de Saint-Jean-Baptiste à Fall- 
River et à St-Jacques de Taunton. Nommé Curé à Saint-Georges de 
Westport au printemps de 1932 il se dévoua auprès de ses paroissiens 
jusqu'à la fin de 1931, alors qu'il fut promu à l'importante paroisse de 
Saint-Joseph à Attleboro où pendant 12 ans il se dépensa jusqu'à l'é- 
puisement de ses forces. 

Monsieur le curé Massé fut un de ces prêtres qui tout en voyant 
à la bonne administration des finances sont persuadés que ce qui fait 
la force d'une paroisse, c'est l'enseignement religieux, l'enseignement 
religieux donné dans la langue maternelle. 

Aussi s'est-il appliqué comme ses prédécesseurs à faire donner aux 
enfants de l'école la connaissance de la langue du pays tout en dévelop- 
pant chez eux l'amour du verbe français. Je me rappelle que lors de la 
dernière visite de Son Eminence le Cardinal Villeneuve, à Marlboro, 
il était venu l'y chercher et l'avait amené dans sa paroisse afin que ses 
enfants d'école puissent bénéficier d'une bénédiction et des paroles 
d'encouragement que Son Eminence savait si bien distribuer à l'élé- 
ment franco-américain. 

Le soir du 29 janvier, il a succombé à la crise cardiaque qui l'avait 
arrêté dans son travail du Dimanche. Comme un vaillant soldat du 



122 BULLETIN DE LA SOCIETE HISTORIQUE 

Christ, il est mort au combat. Dieu l'a récompensé de son zèle, mais 
j'ai cru de mon devoir d'accepter de dire ces quelques mots à sa louange 
afin que son souvenir demeure dans les archives de la société historique 
franco-américaine. 

1871-1950 
Dr. J. -Eugène Larochelle, M.D. 

(Wilfrid J. Mathieu) 

Le Dr J. -Eugène Larochelle vit le jour à St-Arsène, P. Q. le 30 
mai 1871, fit ses études à l'Université Laval de Québec où il fut admis 
à la pratique de la médecine en 1896, date de son arrivée à Manchester 
pour y exercer sa profession. 

En 1946 il célébrait conjointement ses noces d'or médicales et 
son 75ième anniversaire de naissance; et à cette occasion il recevait au 
cours d'un banquet, les hommages de ses nombreux admirateurs. 

Au cours de sa longue carrière, le Dr Larochelle surveilla de près 
et se tint au courant des progrès de la science médicale, tout particu- 
lièrement de la chirurgie moderne, et dans ce but il suivit les grandes 
cliniques non seulement du pays, mais notamment d'Europe. Il y fit 
plusieurs séjours, le dernier quelque temps au début de la deuxième 
guerre mondiale. Doyen de la profession médicale franco-américaine, 
le Dr Larochelle était reconnu comme un des chirurgiens les plus habi- 
les dans cette partie-ci du pays, et on rapporte de source autorisée, qu'il 
aurait refusé des offres alléchantes de faire partie du corps médical de 
la fameuse clinique Mayo de Rochester, Minnesota; le Dr Larochelle 
préféra rester au service de ses compatriotes, plutôt que de se créer une 
réputation nationale qu'il aurait pu facilement atteindre. 

Membre de plusieurs sociétés de secours mutuels, des associations 
médicales municipales, de comté et d'état, il était un Fellow de l' Amer- 
ican Collège of Surgeons. Doyen du Bureau Médical et longtemps son 
président, il donna à l'Hôpital Notre-Dame de Lourdes une attention 
véritablement paternelle. Sa grande générosité, son dévouement in- 
lassable, sa bonhomie, sa gentillesse, lui valurent de la part des Reli- 
gieuses et des Gardes Malades le sobriquet de "papa", comme on se 
plaisait à l'appeler. Il est un fait établi et reconnu par plusieurs méde- 
cins que le Dr Larochelle était considéré comme le grand conseiller des 
jeunes Esculapes qui en obtenant leur licence choisissaient la ville reine 
du New Hampshire pour pratiquer leur profession. Jamais un seul de 
ces jeunes médecins n'eût songé à se fixer à Manchester sans aller con- 
sulter le Dr Larochelle. 

Il les recevait tous et chacun avec bonté les prévenant contre cer- 
taines difficultés, leur confiant même quelques-uns de ses patients, tout 
cela dans le but de les encourager et faciliter leurs débuts. 



ELOGES DES MEMBRES DISPARUS 123 

Sans bruit et très souvent sans rétribution, le Dr Larochelle se 
dépensa à alléger les souffrances humaines et par sa grande charité à 
remonter le moral de bien des infortunés. Sa modestie empêcha que 
l'on ne connut l'étendue véritable des services innombrables qu'il rendit 
comme médecin et chirurgien et pour lesquels il ne fut jamais remercié. 

Frappé quelque temps après que le bureau médical de l'hôpital 
Notre-Dame eût observé son jubilé d'or dans la profession médicale, 
le Dr Larochelle dut cesser ses activités professionnelles. Ce fut une 
dure épreuve pour lui, mais il s'y résigna avec philosophie. Forcé de 
garder sa chambre, jamais on ne l'entendit se plaindre de ses douleurs 
physiques, ce qui le faisait le plus souffrir, c'était de se voir incapable 
de prodiguer ses soins aux nombreux patients qui jusqu'aux derniers 
jours continuaient à réclamer ses services. 

Ses derniers moments furent empreints de calme et de paix; il vit 
venir la fin avec dignité et une résignation vraiment chrétienne et édi- 
fiante. Il n'est pas exagéré de dire que lorsque sa mort survint le 3 
avril, Manchester en particulier et tout le New Hampshire perdit un 
de nos médecins les plus distingués qui en tout lieu durant plus de cin- 
quante ans s'évertua à remplir avec une scrupuleuse fidélité ses devoirs 
professionnels, tout en s'intéressant au bien-être physique, matériel et 
moral de ses concitoyens et de ses compatriotes. 

Le Dr Larochelle a fait honneur aux Franco-Américains. 

La Société Historique s'honore de l'avoir compté comme un de 
ses membres. 



Hector Louis Belisle (1873-1950) 

Membre Fondateur 
Fall-R'wer, Mass. 

(Louis Clapin) 

C'est avec un sentiment de profonde humilité que j'ai accepté de 
prononcer ici ce soir l'éloge de notre regretté confrère et ami, feu 
Hector-Louis Bélisle. Durant trente ans, j'ai joui pour ainsi dire de 
son intimité, et la seule crainte que j'éprouve en faisant un tribut à 
la mémoire de ce compatriote distingué, est de rester bien au-dessous 
de la tâche. 

Par la mort de monsieur Bélisle, survenue à Fall-River, le 23 avril 
dernier, l'élément franco-américain a perdu l'un de ses fils les plus 
éminents, la Société Historique Franco-Américaine un autre de ses 
membres-fondateurs, et le monde de l'éducation, l'une de ses person- 
nalités les plus respectées. 

A la Société Historique, aux travaux et conférences de laquelle il 
contribua largement, notre regretté disparu portait une affection et un 



124 BULLETIN DE LA SOCIETE HISTORIQUE 

intérêt particuliers. Il y voyait — et non sans raison — un instrument 
puissant pour le groupement et le prestige de l'élite de son élément, et 
il n'en parlait jamais qu'avec une satisfaction visible. Il fit — si je 
ne me trompe — son apparition à cette tribune lors de la célébration 
du 40ième anniversaire de fondation de la société, aux archives de 
laquelle il a contribué, en cette circonstance, un précis historique qui 
nous permet de conserver les souvenirs authentiques des années déjà 
lointaines. 

Monsieur Bélisle était le fils de l'une des familles franco-américai- 
nes les plus anciennes de la Nouvelle-Angleterre. Lorsqu'il était ques- 
tion devant lui de "l'ancienneté" des Franco-Américains, il se plaisait 
à rappeler que la famille de sa grand'mère avait vécu au Vermont 
vers le milieu du dernier siècle. Plus tard, les siens s'établirent à Wor- 
cester, où leur histoire a été intimement liée à celle de la ville et de la 
région entière. 

Hector-Louis Bélisle fut le frère cadet d'Alexandre Bélisle. l'édi- 
teur-propriétaire du journal franco-américain "L'Opinion Publique", 
de Worcester, et l'auteur d'une remarquable histoire de la presse de 
langue française aux Etats-Unis. 

Il fut le frère de feu Eugène Bélisle, dont la carrière distinguée 
dans le service diplomatique et consulaire américains, a ajouté de la 
distinction au nom franco-américain. 

Lui-même, encore tout jeune homme, se destinait à une carrière 
spéciale qui devait lui valoir, sinon l'opulence, du moins des mérites 
et des honneurs nombreux. Il appliqua les aptitudes et la culture dont 
il était richement doué, au magistère de l'Education, et dans cet im- 
portant domaine de notre vie civique, il devint, par sa constance et ses 
travaux, une autorité dont les directives, sollicitées avec empressement, 
ont apporté au système éducationnel public de ce pays, des améliora- 
tions aussi opportunes que profitables à la population ecolière. 

En marge des devoirs de sa profession, qui consistèrent, pour une 
bonne partie de sa vie, en la direction pédagogique et disciplinaire d'im- 
portants départements scolaires, M. Bélisle trouva le temps de cultiver 
les arts aimables, notamment la musique. Il fut non seulement un 
dillettante, mais un compositeur, étant l'auteur d'une opérette que des 
connaisseurs et critiques ont hautement louée. Il fut aussi un patron 
actif du Bel Art, comme l'attestent les 20 ans qu'il passa, soit à la pré- 
sidence, soit au directorat de la Fall River Civic Music Association. 

Hors de son milieu officiel, où il s'imposait une grande réserve, 
M. Bélisle était un homme d'une simplicité charmante, et c'était plaisir 
que de causer dans l'intimité avec un homme d'une aussi vaste expé- 
rience. Sous des dehors qui pouvaient paraître sévères à ceux qui le 
connaissaient moins, il cachait une grande charité et un désir constant 
de rendre service. Nombreuses sont les oeuvres de survivance qui ont 



ELOGES DES MEMBRES DISPARUS 125 

bénéficié de sa générosité, et nombreux aussi les jeunes gens qui ont 
dû leur opportunité et leur avancement dans la carrière à ses démar- 
ches, à son influence et même, à son argent. 

Quand, après une carrière qui n'avait connu que des succès et 
aucune interruption, il prit sa retraite, il accepta, sur les instances 
pressantes qu'on lui en fit, la fonction bénévole de Conseiller et Média- 
teur, dans les relations contractuelles de patron à employé. Et quand 
vint pour lui l'heure du suprême repos, il avait déjà acquis de la distinc- 
tion, dans ce rôle éducationnel d'un autre genre. 

# * * 

Hector-Louis Belisle naquit à Worcester, Massachusetts, du 
mariage de feu Alexandre Belisle et de feu dame Marie Dorval-Bélisle. 
Après une enfance et une adolescence studieuse, il suivit les cours 
de l'université Harvard, et en fut gradué en 1894. 

S'étant préparé à la carrière de l'enseignement, à laquelle il se 
destinait, il fut accepté comme membre de la faculté à l'école supérieure 
de la ville de Lawrence. 

En 1912, les autorités scolaires de cette ville le nommèrent surin- 
tendant des cours du soir. Un an plus tard, il était nommé Principal 
de l'école John E. Rollins, de Lawrence. Il entrait ainsi de plein pied 
dans la carrière qui devait le retenir toute sa vie. 

Conscient des problèmes qui se posaient pour les élèves retarda- 
taires dans leurs études, il se livra, pour leur venir en aide, à des démar- 
ches et expériences qui attirèrent sur lui l'attention sympathique des 
éducateurs dans la nation entière. Les articles qu'il publia sur le sujet, 
dans "The Journal of Education", furent accueillis avec grande faveur. 

Désireux de perfectionner le système imaginé par lui, et qui avait 
déjà donné de si bons résultats, M. Belisle fit un voyage en France 
afin d'observer et étudier sur place les méthodes éducationnelles pour 
les arts, lettres et métiers, en honneur au pays de ses ancêtres. Il en 
remporta des idées qui le servirent merveilleusement par la suite. 

C'est en 1923 qu'il accepta, à Fall River, la position de surinten- 
dant du système des écoles publiques de cette ville. 

Il occupa ce poste durant 23 ans et prit sa retraite en 1945, à l'âge 
de 70 ans. 

A bonne heure durant son stage à Fall River, M. Belisle devint 
membre, puis secrétaire, d'une commission formée de hauts éducateurs 
américains, chargée de faire une étude approfondie des diverses métho- 
des techniques employées un peu partout dans le domaine de l'ensei- 
gnement supérieur. 

Les études et constatations de cette commission furent contenues 
dans un rapport que rédigea monsieur Belisle, en grande partie autour 
des suggestions que lui-même y avait contribuées. C'est à l'une de ses 
suggestions que l'on a dû la création des écoles dites "Junior High" et 
des collèges préparatoires, devant, les unes et les autres, servir d'étape 



126 BULLETIN DE LA SOCIETE HISTORIQUE 

et de liaison entre l'école primaire et l'école supérieure, et entre l'école 
supérieure (ou High School) et l'université. 

Ce rapport, conservé aux archives supérieures de l'enseignement 
américain, a servi, en maint état de l'Union, de base au système éduca- 
tionnel dans ces états. 

A Fall River, le surintendant Bélisle fut de plus l'auteur d'une 
initiative qui a fait depuis des années un bien immense aux écoliers 
sortant des cours élémentaires et ne manifestant aucune aptitude ou 
attirance pour les études supérieures. Ces écoliers étaient, pour un 
bon nombre, en danger de devenir des déclassés, et étaient habituelle- 
ment absorbés à bon heure par les tâches ingrates ou par une oisiveté 
dangereuse. 

Pour assurer à ce type d'écoliers un avenir sûrement orienté, mon- 
sieur Bélisle conçut l'idée de l'éducation professionnelle ou "de métiers". 

Les écoles dites "Vocational," inaugurées à Fall River sous ses 
directives et imitées ailleurs, sont un hommage éloquent à la sagesse 
d'un éducateur dont la vision pouvait embrasser l'ensemble et les 
détails du problème éducationel de son pays. 

Quand vint la première guerre mondiale, il fut au nombre des 
papas américains qui eurent le douloureux honneur de donner en 
holocauste un de leurs fils à la patrie. En bon patriote et citoyen, il 
donna de plus ses services aux commissions des Préparatifs et de la 
Défense Civile. Il fut un membre actif de l'Association pour le 
Secours Franco-Américain. Les distinctions académiques et civiles 
dont monsieur Bélisle a été l'objet ne se comptent plus. 

Pour n'en mentionner que quelques-unes, il fut invité à faire partie 
de nombreuses associations d'éducateurs, tant en ce pays qu'à l'étran- 
ger. Il ne se passa guère d'année où il n'allât assister à des congrès et 
conférences où son apport au progrès de la profession éducationnelle 
fut dûment noté et louange par les revues traitant des problèmes de 
l'éducation. 

Un gouverneur le nomma Syndic de l'Ecole Textile Bradford 
Durfee de Fall River, et un autre le nomma membre de la Faculté 
pour les cours de l'été, au Collège des Professeurs, une institution de 
l'état, à Hyannis, Mass. 

Membre de l'Union Saint-Jean-Baptiste d'Amérique, et Rotarian, 
M. Bélisle, obéissant à son désir de venir en aide aux jeunes, trouva le 
temps d'établir à Fall River le "Petit Théâtre", et accepta d'être mem- 
bre du conseil des Boy Scouts du district de Massasoit. 

Le regret universel laissé par sa mort a été un hommage et une 
consolation à la veuve, au fils, et aux trois filles qui le pleurent. 

Dans ses affections et son histoire, la Société Historique Franco- 
Américaine fera une place spéciale à cet homme qui fut un citoyen 
modèle et dont la carrière laborieuse et utile a ajouté au prestige du 
nom franco-américain. 



VIII 



Rapports des Réunions 

Réunion du Bureau — 25 Mars 1950 

A l'hôtel Vendôme de Boston. Sont présents: MM. l'abbé Adrien 
Verrette, président; Antoine Clément; trésorier, Gabriel Nadeau, 
secrétaire; Roland Cartier, secrétaire adjoint; l'abbé F.-X. Larivière, 
Emile Iemelin, Alfred Chrétien, Valmore Forcier et William Arsenault. 
conseillers. 

Le bureau décide d'accorder la médaille Grand Prix aux personnes 
suivantes qui ont particulièrement mérité de la Société: M. l'abbé 
François-Xavier Larivière, curé de Sainte-Marie de Marlboro; Me 
Eugène Jalbert, ancien président de la Société; M. le juge Arthur Eno, 
ancien trésorier; M. Adolphe Robert, président général de l'Associa- 
tion canado-américaine. 

La réunion générale est fixée au 31 mai et se tiendra à l'hôtel 
Vendôme. Dorénavant la réunion du printemps sera consacrée uni- 
quement à des travaux d'histoire. Il n'y aura pas de banquet et seuls 
les membres seront invités. 

Réunion générale — 31 mai 1950 

A l'hôtel Vendôme. Invités d'honneur: M. Albert Chambon. 
consul de France, et M. Paul Beaulieu, consul du Canada. Nombre 
des membres présents: 42. 

Le T. R. P. Thomas Landry, O.P., donne lecture d'un travail sur 
le Centenaire de la Franco-Américanie, célébré à Worcester, Mass., en 
1949. M. Adolphe Robert lit un travail sur Gabriel Franchère. M. 
Antoine Clément fait le compte rendu des fêtes qui ont marqué le 50e 
anniversaire de l'Union Saint- Jean-Baptiste d'Amérique, à Boston. 
M. l'abbé Verrette termine la séance d'étude par un travail sur la 
paroisse Saint-Joseph de Burlington, Vermont, et sur Mgr de Goes- 
briand, premier évêque de Burlington. 

La médaille Grand Prix est décernée à MM. François-Xavier Lari- 
vière, Adolphe Robert, Arthur Eno et, in absentia, à M. Eugène Jalbert. 
Avant la présentation de chaque médaille, M. le président fait l'éloge 
du récipiendaire et à l'issue de la cérémonie MM. Larivière et Eno 
prononcèrent quelques mots de remerciement. 

Quatre membres sont décédés depuis la dernière réunion. L'éloge 
de l'abbé Albert-J. Massé est prononcé par M. l'abbé F.-X. Larivière, 
celui de l'abbé Paul Desaulniers par M. l'abbé René Constant, celui 
du Dr Joseph-E. Larochelle par M. Wilfrid Mathieu et celui de M. 
Hector-L. Belisle par M. Louis Clapin. 



128 BULLETIN DE LA SOCIETE HISTORIQUE 

Les trois personnes suivantes sont élues membres titulaires de la 
Société: 

Mme Edgar-R. Corneau, de Biddeford, Maine 

M. Jean-A. Chrétien, avocat, de Manchester, New-Hampshire 

M. le Dr Louis-B. Amyot, dentiste, de Schenectady, New-York 

Réunion du Bureau — 7 octobre 1950 

A l'hôtel Vendôme. Sont présents: MM. l'abbé Adrien Verrette, 
président; Valmore Carignan, vice-président; Antoine Clément, tré- 
sorier; Gabriel Nadeau, secrétaire; Roland Cartier, secrétaire adjoint: 
l'abbé F.-X. Larivière, le juge Emile Lemelin, le juge Alfred Chrétien 
et Valmore Forcier, conseillers. 

La réunion générale est fixée au 29 novembre et sera tenue à 
l'University Club de Boston. M. Jean Bruchési, sous-ministre de la 
Province de Québec, sera le conférencier. 

Quatre membres sont décédés depuis la réunion du printemps: 
les abbés George Dumas, Jean-Baptiste Messier et Joseph-H. Cormier 
et le Dr Zenon Lavoie. Leurs éloges seront prononcés à la réunion 
du printemps de 1951. 

Le bureau accorde la médaille Grand Prix à M. Henri-T. Ledoux. 
ancien président général de l'Union Saint-Jean Baptiste, pour recon- 
naître les longs et éminents services qu'il a rendus à ses compatriotes. 

Réunion générale — 29 novembre 1950 

A l'University Club de Boston. Invités d'honneur: le T. R. P. 
Paré, O.P., de Québec, et M. Paul Beaulieu, consul du Canada. M. 
Albert Chambon, consul général de France, s'était excusé. Nombre 
des membres et des invités présents: 100. 

Présentation du conférencier par M. l'abbé Adrien Verrette. 

Conférence de M. Jean Bruchési sur la Fidélité Française. 

Remerciements de M. Verrette et présentation à M. Bruchési du 
diplôme de membre d'honneur de la Société. 

Remise de la médaille Grand Prix à M. Henri-T. Ledoux par 
M. Verrette, suivie d'un discours de remerciement par M. Ledoux. 

Une commission de trois membres sera nommée par M. le prési- 
dent, qui fera la refonte des statuts et règlements de la Société. 
Les personnes suivantes sont élues membres titulaires: 
M. l'abbé Gilles Simard, de Manchester, New-Hampshire. 
M. l'abbé Camille Blain, de Fitchburg, Massachusetts. 
M. Albert-W. Hamel, de Manchester, New-Hampshire. 



RAPPORTS DES REUNIONS 129 

Après les élections le Bureau de la Société, pour 1950-1951, se 
trouve constitué comme suit: 

L'abbé Adrien Verrette, président 

Me Valmore Carignan, vice-président 

M. Antoine Clément, trésorier 

Le Dr Gabriel Nadeau. secrétaire 

Le Dr Roland Cartier, secrétaire-adjoint 

Conseillers pour trois ans: 

Le T. R. P. Thomas Landry, O.P. 

M. Lucien Sansouci 

Le juge Edouard Lampion 

Conseillers pour deux ans: 
Le juge Emile Lemelin 
Le Dr Fernand Hémond 
M. Valmore Forcier 

Conseillers pour un an: 
L'abbé F.-X. Larivière 
M. William Arsenault 

M. le président annonce le décès, arrivé l'avant-veille, du Dr 
Benoit Garneau, de Fall River, Mass. Le Dr Garneau était conseiller, 
ayant été élu le 3 novembre 1948. 



IX 



Echos des Sociétés Historiques 

La Société Historique du Nouvel-Ontario, dont le siège est au 
Collège du Sacré-Coeur, Sudbury, Ontario, publiait en 1950, Docu- 
ments Historiques 19: "North Bay et les Jumelles Dionne" et 20: 
"Folklore Franco-Ontarien, Chansons II". 

La Société Historique de Québec publiait Cahiers d'Histoire No 2 : 
"Bois de Coulonge" par Clément T. Dussault. 

La New Hampshire Historical Society publiait les Nos 1 et 2 du 
Vol. VI "Historical New Hampshire", avril et novembre 1950. 

La Société Généalogique Canadienne-française (Montréal) No 
1 et No 2 du Volume IV des Mémoires. 



< ZfituLai f i£.± ^A/{édaiLL£, "^xand ÇPzLx 

1934 Jean-Charlemagne Bracq 

1936 L'Etoile (Lowell, Mass.) 

1936 L'Indépendant (Fall-River, Mass.) 

1936 Le Messager (Lewiston, Maine) 

1937 Mgr Camille Roy P. A. 
1939 S. E. le Cardinal Villeneuve 

1939 L'Avenir National (Manchester. N. H.) 

1944 Jean M. Garand 

1947 Ubalde Paquin M.D. 

1947 Corinne Rocheleau-Rouleau 

1950 Adolphe Robert 

1950 Eugène Jalbert 

1950 Arthur L. Eno 

1950 Abbé F. X. Larivière 

1950 Henri Ledoux 



!Bu%£au 1Q50-1Ç51 

Gilbert Chinard, président d'honneur 
Pierre-Georges Roy, vice-président d'honneur 
Antoine Dumouchel M.D., vice-président d'honneur 

Adrien Verrette, ptre, président 
Valmore Carignan, vice-président 
Gabriel Nadeau, M.D., secrétaire 
Roland Cartier M.D., secrétaire-adjoint 
Antoine Clément, trésorier 

Conseillers 

Abbé F.-X. Larivière (Marlboro, Mass.) 
Dr. Benoit Garneau M.D. (Fall-River)* 
William Arsenault (Cambridge) 

Juge Emile Lemelin (Manchester, N. H.) 

Dr. Fernand Hémond M.D. (West Warwick, R. I.) 

Valmore Forcier (Danielson, Conn.) 

T. R. P. Thomas Marie Landry o.p. (Fall-River, Mass.) 
Juge Edouard Lampron (Nashua, N. H.) 
Lucien SanSouci (Woonsocket, R. I.) 
* Décédé le 27 novembre 1950 



Table des Matières 



Présentation 3 

I Conférence: Fidélité Française 5 

M. Jean Bruchési 

II Remise de la médaille "Grand Prix" 23 

Séance du 31 mai 1950 23 

Séance du 29 novembre 1950 28 

Me Henri T. Ledoux 28 

III Etudes: Le Centenaire Franco-Américain de 1949 32 

T. R. P. Thomas-Marie Landry, o.p. 

Gabriel Franchère (1786-1862 38 

Adolphe Robert 

Cinquantenaire de l'Union Saint Jean-Baptiste 

d'Amérique (1900-1950) 41 

Antoine Clément 

Mgr Louis de Goesbriand (1816-1899) 44 

Adrien Verrette, ptre 

IV Centenaires (1850-1950) 51 

Un siècle d'Apostolat 51 

Le Centenaire des religieux de l'Assomption 51 

R. P. Polyeucte Cuissard, a. a. 

Institut des Soeurs de Sainte-Anne 57 

Institut du Bon Pasteur 59 

Société Saint Jean-Baptiste de New- York 59 

Paroisse Saint- Joseph de Burlington. Vermont 64 

V Autour des conférences Podea-Wade 68 

VI Documents et Archives 72 

Documents acadiens tirés des Archives de l'Etat du 
Massachusetts (2me partie) (recueillies par le Juge 
Arthur Eno) 



VII Eloges des membres disparus 119 

Abbé Paul Desaulniers (Nashua) 119 

Abbé Albert Massé (Attleboro) 121 

Docteur J. Eugène Larochelle (Manchester) 122 

Hector-Louis Belisle (Fall-River) 123 

VIII Rapports des réunions 127 

IX Echos des Sociétés Historiques 130 

X Titulaires de la Médaille "Grand Prix" 131 

Bureau 1950-51 132 

Table des Matières 133 



1951 



BULLETIN 



de la 



Société Historique 

Franco-Américaine 

SEP 2 1952 

Boston, Massachusetts 




Imprimerie Ballard Frères 
Manchester, New-Hampshire 

1952 



1951 



BULLETIN 

de la 

Société Historique 
Franco-Américaine 

Bostox, Massachusetts 




Imprimerie Ballard Frères 
Manchester, New-Hampshire 

1952 



Présentation 

Le bulletin 1951 paraît dans sa toilette habi- 
tuelle pour renseigner les membres sur le travail 
de la société. 

L'année a été bien remplie et elle apporte une 
nouvelle gerbe dans les annales de la franco-améri- 
canie. La société espère mettre à exécution dans 
un avenir rapproché le projet depuis longtemps 
caressé de publier un "Précis d'Histoire franco-amé- 
ricaine" pour nos écoliers. 




S. H. le Juge Eugène L. Jalbert, 
Président 1945-1949 



Bulletin de 

Jla Société cMuta^iù^e rf-icMca- Américaine 

Fondée le 4 septembre 1899 
Administration Secrétaire: Gabriel Nadeau, M.D., Rutland. Mass. 

Trésorier: Antoine Clément, 195 W. Sixth St., Lowell. Mass. 

Boston, Massachusetts Année 1951 



Solidarité Française * 

par l'abbé Paul-Emile Gosselin 
Secrétaire du Comité de la Survivance française 

Lorsque vous m'avez invité à prendre la parole devant vous, 
je ne me suis point fait illusion sur la grandeur du péril dans lequel 
je mettais votre Société. J'ai redouté l'honneur, que vous me faisiez, 
non par vanité personnelle, mais par estime et amitié pour vous. Dans 
le but de parer quelque peu au danger, j'ai songé à traiter un sujet que 
je savais être cher à vos esprits: celui de la solidarité française. 

J'essaierai de vous marquer en quel sens très étendu, pour quelles 
fins très hautes, nous devons pratiquer cette solidarité. Dans une 
deuxième partie, plus immédiatement pratique, je tenterai de vous 
indiquer comment le troisième Congrès, en juin 1952, sera une mani- 
festation de cette solidarité. 



— I — 

Parler de solidarité française, mesdames, messieurs, c'est évoquer 
fondamentalement une hégémonie spirituelle telle qu'on n'en ren- 
contre que deux ou trois exemples dans l'histoire de l'humanité: celle 
de la France dans le monde occidental et même une partie du monde 
oriental. Il fut une époque où notre ancienne mère-patrie exerçait 
une suprématie quasi incontestée dans le domaine de l'esprit, où les 
gens cultivés, ceux-là même qui la combattaient sur le plan politique, 
se piquaient, non seulement de parler la langue française, mais de 
penser en français, à tel point que le français était devenu, dans toute 
l'Europe, la langue des salons et de la diplomatie, la langue de la 
culture. 



Conférence prononcée le 28 novembre 1951, à l'hôtel Vendôme, à Boston, 

Mass, 



6 BULLETIN DE LA SOCIETE HISTORIQUE 

Cette hégémonie put s'accompagner, à certains moments, de 
visées politiques, d'ambitions mercantiles. Elle demeura foncièrement 
spiritualiste. Elle s'exerça en profondeur et se montra toujours plus 
soucieuse de conquérir les intelligences et de servir les intérêts supé- 
rieurs de la pensée que de subjuguer les continents et d'accaparer les 
richesses matérielles de l'univers. 

Il faut chercher dans cet idéalisme le secret de son extraordinaire 
réussite, celui aussi de cette sympathie qui a valu à la France, mieux 
que l'admiration des autres peuples, leur amitié dans ses revers comme 
dans ses triomphes. Et déjà, sans le vouloir, j'ai groupé quelques uns 
des éléments qui constituent ce que j'appelais, au début de cet entre- 
tien, la solidarité française. 

Nous pourrions définir ce phénomène social de la façon suivante: 
l'attachement d'individus et de peuples à une forme de culture et, plus 
largement, de civilisation, qui incarne à un haut degré les idéaux de 
l'Occident catholique. Et si nous voulions analyser ce phénomène, 
nous pourrions signaler, parmi les éléments de cette culture, la primauté 
des valeurs spirituelles, le respect de la personne humaine, le sens des 
données sociologiques de base: la famille et la communauté politique. 

L'histoire de la France, mère de la culture française, peut se 
ramener, dans son ensemble, à un effort de dépassement dans l'ordre 
de la pensée et dans celui de la surnature. Aujourd'hui encore, après 
les dévastations des luttes religieuses et celles des luttes militaires, le 
voyageur qui parcourt les provinces françaises constate, avec un senti- 
ment d'admiration, combien les problèmes de la culture et ceux de la 
destinées éternelle continuent de préoccuper les esprits en dépit des 
appels de la matière et des incertitudes de notre époque. Le choc des 
opinions, les heurts des systèmes ne sont eux-mêmes que des indices 
d'une recherche passionnée de la vérité par un peuple qui fut toujours 
avide de clarté dans le domaine de la pensée comme dans celui de 
l'action. 

D'autres dissensions pourront choquer le touriste qui jette un 
coup d'oeil superficiel sur la France actuelle : l'espèce d'anarchie dans 
laquelle se débat la vie politique et sociale, les luttes de partis et les 
rivalités de classes. Ici encore, nous pourrions retrouver, sous la varia- 
tion des régimes administratifs, un constant effort vers un idéal politi- 
que difficilement réalisable: celui d'un gouvernement souverainement 
fort et souverainement respectueux non seulement des libertés, mais de 
la personnalité même des sujets, ce qui n'est pas identique. Ainsi 
s'inscrivent dans l'histoire de la nation française, tour à tour monar- 
chique, césarienne et républicaine, les deux autres éléments de la cul- 
ture française: la personne et la société. 

Ce sont ces valeurs de vie qui sont à la racine de la culture fran- 
çaise. Ce sont elles qui ont donné à la langue française sa robustesse 



SOLIDARITE FRANÇAISE / 

et sa finesse, ce solide bon sens qui en est la base et cette subtilité qui 
en constitue le sommet, pour parler en termes quelque peu géométri- 
ques. Si une culture concrétise des valeurs de vie, elle-même est, en 
bonne partie, le produit d'une civilisation et la langue, à son tour, 
est le fruit de la culture, elle doit l'être du moins si elle veut prétendre 
à une certaine universalité. 

Il suffit, si je ne m'abuse, d'expliquer les termes de ces propositions 
pour en faire voir le lien logique. On peut définir la civilisation comme 
une modalité évoluée de vie en communauté dans l'ordre économique, 
social et politique. L'usage d'instruments plus ou moins perfectionnés 
pour le travail manuel, l'organisation d'un ensemble humain selon des 
formules aptes à satisfaire ses besoins essentiels au point de vue maté- 
riel et au point de vue intellectuel sont des normes de civilisation. 

Lorsque celle-ci se perfectionne suffisamment pour assurer à la 
vie de l'esprit la prééminence sur l'existence simplement matérielle, 
un peuple devient cultivé. Tout en continuant de faire oeuvre utile, 
il se préoccupe de faire oeuvre purement et simplement belle. Il passe 
des arts serviles aux arts libéraux. Il met la matière au service non 
seulement de son corps mais de son esprit. S'élevant plus haut, il ne 
se contente plus de faire, de fabriquer, de savoir, pour produire, il 
ambitionne de connaître pour connaître, il veut arracher à la matière 
ses secrets et s'élever, par eux jusqu'à la splendeur du Verbe divin qui 
en est l'auteur. C'est ainsi, mesdames, messieurs, que la civilisation 
engendre la culture. 

Originaire du monde sensible, la culture humaine a besoin de 
s'exprimer selon des données sensibles. Elle ne peut être pure spiri- 
tualité, abstraction totale. Elle pourra s'incarner dans les chefs d'oeu- 
vre de l'art, plus profondément et plus universellement dans ce chef 
d'oeuvre de l'esprit qu'est une langue humaine. 

Parce que la civilisation engendre la culture et que celle-ci s'épa- 
nouit dans la langue, nous pouvons affirmer que les destinées d'une 
langue et d'une culture sont liées étroitement aux destinées mêmes du 
groupement humain qui est le détenteur de cette culture et le posses- 
seur de ce verbe. Pour en revenir à la langue et à la culture françaises, 
ce serait faire preuve de peu de réflexion que d'en ramener l'origine à 
des pages de grammaire, à des disputes d'écoles, à des ateliers, à des 
académies des beaux arts et du beau langage. 

La langue française a commencé à se former avec le type français. 
Elle s'est affinée à mesure que nos ancêtres gaulois s'affinaient eux- 
mêmes, passaient de l'existence, plus ou moins primitive d'hommes de 
la forêt à l'état déjà évolué de laboureurs et de citadins, à mesure que, 
dans les campagnes françaises, le paysan humanisait la terre, pour être à 
son tour, humanisé par elle, que dans les villes, les grands esprits et, 
à un degré moindre, les beaux esprits, s'assemblaient, se groupaient pour 



8 BULLETIN DE LA SOCIETE HISTORIQUE 

cultiver, non plus la terre de France, mais l'âme de la France et en 
faire une des âmes les plus spirituelles et, par voie de conséquence, 
l'une des plus apostoliques qui soient. 

Je n'ai ni le temps ni la capacité d'entrer dans le détail de cette 
genèse d'une pensée et d'un idiome. Il aura suffi, je crois, de vous en 
signaler les phases maîtresses pour que nous en tirions les conclusions 
et les leçons qui doivent nous guider dans notre comportement à l'en- 
droit de la langue et de la culture françaises. 

Ces leçons, elles me paraissent se ramener à cette proposition: la 
langue est fonction de la culture, celle-ci est fonction de la civilisation. 
Dès lors prétendre à l'une ou à l'autre isolément paraît passablement 
utopique. Un Anglais, un Portuguais peuvent bien prétendre parler 
la langue française à la perfection. Leur langage pourra être correct, 
voire élégant et riche. Il sera toujours un verbe d'emprunt. Ce ne 
sera pas lui qui rendra spontanément les nuances de leur pensée ou le 
détail de leur existence concrète. Pour parler vraiment la langue fran- 
çaise, il faut être français par la culture et la civilisation. 

Et cela nous amène au péril qui menace l'âme française, non seule- 
ment chez nous et chez vous, mais en France même. Parce qu'une 
langue procède à la fois d'une culture et d'une civilisation, que, d'autre 
part, cette dernière comporte de larges éléments matériels, la civilisa- 
tion et, par contre coup, la culture et la langue ont besoin, pour se 
maintenir, d'une certaine indépendance dans le domaine matériel. 

Pour parler en termes plus concrets, au risque de froisser certaines 
susceptibilités, la puissance américaine, qui veut sauver la civilisation 
française et les autres civilisations qui sont apparentées à celle-ci me- 
nace, si elle n'y prend garde, de les étouffer sous le poids même de son 
formidable potentiel économique. Vous me permettrez d'illustrer cette 
affirmation abstraite et peut-être audacieuse par un souvenir personnel. 
J'étais à Paris, il y a deux ans, au plus fort de la bataille que menaient 
les grands vins de France contre un produit américain que vous con- 
naissez bien. Je m'étais assis à la terrasse d'un café avec un compa- 
gnon. 

Il nous prit fantaisie de commander un Coca-Cola. Nous étions 
à cent lieues de soupçonner le drame que notre demande bien inno- 
cente allait déchaîner. La jeune fille que nous avions interpellée nous 
répondit sur un ton glacial que sa maison ne servait que des produits 
français. Je n'oublierai pas de sitôt l'expression de son visage. Elle 
avait réagi spontanément, non par âpreté au gain, pas même par chau- 
vinisme national, mais parce qu'elle avait vaguement conscience que 
du jour où les produits commerciaux et, avec eux, les modalités de vie 
de l'étranger, auraient supplanté en France vingt siècles de civilisation 
française, c'en serait fait de la langue, de la culture et de l'âme fran- 
çaises. 



SOLIDARITE FRANÇAISE 



Mesdames, messieurs, lorsque nous parlons de solidarité française, 
ce ne doit pas être du bout des lèvres seulement mais du fond même 
de nos âmes. Et lorsque nous prétendons vivre à la française, nous 
devons nous rappeler que si cette vie fleurit en des syllabes harmonieu- 
ses, c'est dans les âmes qu'elle s'enracine. Que, par malheur, les âmes 
viennent à mourir, le langage lui-même n'aura plus, sur des lèvres 
éteintes, que la mélancolie des fleurs fanées. 

Cette alliance entre la civilisation, la culture et la langue nous 
met en dépendance étroite de la France si nous voulons survivre. Il 
se rencontre chez nous, peut-être aussi chez vous, des esprits aventureux 
pour proclamer que nous pouvons nous suffire à nous-mêmes et que 
nous n'avons qu'à vouloir pour demeurer français. 

A ces audacieux, je répondrai par une question : avons-nous donné 
naissance sur les bords du Saint-Laurent, de l'Hudson ou du Mississipi 
à une civilisation intégralement française, dans l'humus de laquelle 
puisse s'épanouir et se renouveler une culture française. La réponse, 
en toute sincérité, ne doit-elle pas être largement négative? 

Dieu merci! Nous avons conservé une grande partie de l'héritage 
culturel apporté de France en Amérique du Nord par nos ancêtres. 
Mais nous ne pouvons espérer vivre indéfiniment sur ce fond primitif. 
Nous devons nous demander si nous avons ajouté à cet héritage, si 
nous avons créé des formes de vie et de pensée en harmonie avec lui. 
Nous commencions à le faire lorsqu'est survenue la tragédie de 1760. 
Depuis lors nous n'avons pu guère que nous défendre pendant un siècle 
contre une pénétration étrangère, reprendre lentement et péniblement, 
vers 1850, contact avec la vie française de la mère-patrie. 

Nous parlons encore français. Le fait est d'importance majeure 
car la langue est un signe sensible, elle est un lien tangible, elle est, 
pour ainsi dire, une porte ouverte sur les trésors de la culture et de la 
civilisation. Mais ne restons-nous pas trop volontiers à la porte à 
regarder défiler des cortèges étrangers et n'oublions-nous pas les trésors 
auxquels la langue nous donne accès? 

Mesdames, messieurs, nous ne devons pas nous leurrer de mots. 
Il faut parler français pour être français. Nous devons continuer nos 
sacrifices pour maintenir la parlure ancestrale dans les foyers, dans les 
églises, dans les écoles, dans les relations sociales. Mais il ne suffit 
pas de parler français car, à ce compte, n'importe quel polyglotte pour- 
rait se réclamer du titre de français. Et d'ailleurs lorsqu'un compa- 
triote n'a conservé de ses origines ethniques qu'un bagage de mots sans 
résonnance profonde dans son coeur, il est déjà marqué pour les abdica- 
tions définitives. Etre français, cela signifie vivre une vie intégrale- 
ment française et cette vie là, c'est encore de la France que nous devons 
l'attendre, c'est dans les ressources de son génie, de son artisanat, de son 
art, de ses lettres que nous devons, en bonne partie puiser pour l'entre- 
tenir et la rénover, 



10 BULLETIN DE LA SOCIETE HISTORIQUE 

Par ailleurs nous pouvons et nous devons aider la France à proté- 
ger la culture française chez nous et chez elle. On a dit et répété 
depuis Maria Chapdelaine que nous étions un témoignage. Nous 
devons ambitionner un rôle plus glorieux que celui de témoin. Nos 
ancêtres ne se sont pas installés sur ce continent simplement pour durer 
et rendre témoignage. Ils sont venus ici pour créer de la vie et c'est 
notre mission de mettre dans le terrain de la civilisation nord-améri- 
caine un ferment qui en fasse un élément de vie, non une menace de 
mort pour les pays de culture latine. 

Ce faisant, vous poursuivrez ici-même l'oeuvre de la France aux 
premiers jours de votre puissante République. Nous retrouvons la 
trace de son génie dans l'harmonieuse symétrie de votre Capitale fédé- 
rale et le reflet de ses idéaux, de sa spiritualité, de son amour de la 
liberté, de son respect de la personne humaine, de son attachement à 
la patrie dans les pages de votre Constitution. 

Il eût suffi d'un désir, dit-on, pour que le français devint langue 
officielle dans la naissante république de George Washington. Il fau- 
dra plus que des désirs, un travail de réflexion profonde, des convictions 
solides, les efforts de générations pour que la civilisation française 
marque de son empreinte la civilisation nord-américaine mais cela reste 
tâche d'hommes à laquelle devraient suffire des volontés humaines. 

A cause de ces labeurs qui nous attendent, parce que la civilisa- 
tion française, la culture et la langue sont menacées chez nous comme 
chez vous, le Comité de la Survivance française a cru que le temps 
était venu de convoquer encore une fois à Québec,' aux lieux originels 
de notre vie française, les élites de notre race. Le troisième Congrès 
de la Langue française aura lieu du dix-huit au vingt-quatre juin 1952. 

11 se déroulera en bonne partie dans la vieille Capitale, mais il s'achè- 
vera à Montréal avec des manifestations, chemin faisant, aux Trois- 
Rivières et à Saint-Hyacinthe. 

Ce n'est point le moment de vous en détailler le programme. 
Celui-ci d'ailleurs est sujet à revision en bien des parties. Comme en 
1912 et en 1937, il comprendra des séances d'étude et des manifestations 
que nous souhaitons grandioses. Il visera ainsi à mettre de la lumière 
dans les esprits et à raviver des flammes dans les coeurs. 

Ce que je crois plus expédient de vous marquer, ce sont les carac- 
tères que nous entendons donner à ce Congrès. Nous voulons tout 
d'abord qu'il soit une affirmation de solidarité entre tous les parlants 
français de l'univers. Le progrès a supprimé les distances et il a trans- 
formé les guerres de nations en conflits de culture et de civilisations. 
Nous devons, nous aussi, élargir nos horizons et travailler à nous inté- 
grer dans l'ensemble culturel et civilisateur auquel nous appartenons, 
par-dessus les allégeances politiques et les fidélités proprement patrio- 
tiques. 



SOLIDARITE FRANÇAISE 1 1 



Aussi avons-nous l'ambition de réunir en ces assises des représen- 
tants, non seulement de nos groupes français du Canada et des Etats- 
Unis, mais des délégués de tous les pays français de l'Univers, à com- 
mencer par la France. Nous espérons que celle-ci sera magnifique- 
ment représentée et qu'autour de son ambassade culturelle seront fiers 
de se grouper les délégations de la Belgique, de la Suisse, d'Haïti, de 
l'Ile Maurice et d'ailleurs. 

Nous ne pouvons espérer réunir à Québec tous nos compatriotes. 
Nous désirons du moins qu'ils participent tous d'esprit et de coeur au 
Congrès. Nous avons commencé dans ce but un intense travail de 
propagande. Nous nous proposons, en particulier, d'inviter toutes 
les municipalités françaises du Canada à adhérer au Congrès par une 
lettre que nous adresserons au maire de chacune d'entre elles. J'ai 
confiance que votre actif comité régional transmettra la même invi- 
tation à vos florissantes cités franco-américaines. Nous nous em- 
ployons également à solliciter l'adhésion de nos communautés reli- 
gieuses, de nos associations patriotiques, de nos groupements écono- 
miques, de nos clubs sociaux. Et je suis heureux de vous dire que le 
Congrès de 1952 a reçu l'approbation des plus hautes autorités reli- 
gieuses et civiles chez nous puisque notre épiscopat de langue française 
lui a donné son adhésion, que les premiers ministres du Canada et de 
la province de Québec ont accepté de s'en partager la présidence 
d'honneur. 

Fête de l'esprit et fête du coeur, le Congrès de 1952 ne sera 
cependant pas un acte isolé, un jour sans lendemain dans notre vie 
nationale. Il constituera un aboutissant et, nous l'espérons, un point 
de départ. Les assises de 1937 avaient donné naissance à un Comité 
chargé d'en prolonger les effets bienfaisants et d'en mettre à exécu- 
tion les voeux. Depuis bientôt quinze ans, le Comité de la Survivance 
Française a fait effort pour se montrer digne de la mission qui lui avait 
été confiée. 

Selon les termes même de cette mission, vous vous en souvenez, 
M. le juge Jalbert, il s'est employé, avec le concours empressé de nos 
organismes patriotiques des deux côtés de la frontière, "au soutien et 
à la défense des intérêts nationaux des populations de langue française 
et au maintien des traditions de l'esprit français en Amérique du Nord". 
Il serait peu séant de ma part d'essayer de vous démontrer que le 
Comité de la Survivance a accompli, dans une certaine mesure, la tâche 
très large qui lui avait été dévolue. Ce sera précisément l'un des objets 
principaux du Congrès de 1952 d'examiner le travail accompli au sein 
de nos groupements depuis 1937 et de prendre les dispositions requises 
pour qu'il se continue avec plus d'efficacité. 

Le Congrès sera ainsi un effort de solidarité française dans l'espace 
et dans le temps. Il essaiera de grouper tous les bons ouvriers de la 



12 BULLETIN DE LA SOCIETE HISTORIQUE 

pensée française et de prolonger les efforts des disparus par les labeurs 
des générations montantes. 

C'est précisément vers elles surtout que se tourne le Comité d'or- 
ganisation du prochain Congrès. Il veut que ces Etats Majors de 
notre race soient surtout ceux de la jeunesse. Je ne commettrai pas 
l'erreur de traiter ce sujet d'importance capitale et d'ajouter un discours 
à celui que j'achève. 

Je sais que le problème de la jeunesse vous préoccupe et qu'après 
avoir groupé les pères et les mères de familles franco-américaines dans 
de prometteuses associations, vous caressez l'espoir d'unir votre jeunesse 
sur le terrain même de la survivance française. Le même problème 
se pose chez nous en des termes un peu différents. 

Notre jeune pays vient de naître à la vie internationale. Avec un 
naif contentement, il a, à certains moments, l'impression d'être l'enfant 
chéri d'une partie de l'univers et il entretient parfois l'illusion que, 
sans lui, les choses n'iraient pas si bien ou si mal dans le monde. 

Cette fièvre de l'internationalisme a atteint une fraction de notre 
jeunesse, l'une des plus ouvertes aux problèmes de l'esprit. Par ailleurs, 
nous n'avons plus d'association qui groupe les jeunes Canadiens fran- 
çais et les jeunes Acadiens sur un plan strictement national et quand je 
dis national, je songe plus exactement à la nationalité canadienne-fran- 
çaise. 

L'examen de cette situation, les inquiétudes qu'elle suscite chez 
nous, dans les milieux les plus avertis, nous ont incités à mettre à 
l'étude pendant le Congrès de 1952, outre l'exposé de l'état de tous 
nos groupes, la grave question de la formation patriotique de notre 
jeunesse. 

Tous les congressistes seront invités à étudier cette question car 
l'éducation patriotique d'un peuple doit être l'oeuvre de tous les élé- 
ments qui le constituent. Mais la jeunesse étant plus directement 
concernée, c'est elle surtout que nous pressons de venir délibérer sur 
ce sujet. Nous espérons, avec son concours, jeter les bases, pendant 
le Congrès même, d'une association qui veillera à la formation française 
de nos jeunes et qui assurera ainsi à l'avenir les chefs dont il a besoin 
pour continuer le passé. 

Déjà le digne successeur d'un grand archevêque qui vous hono- 
rait de sa particulière dilection vient de constituer dans son diocèse 
des cercles d'étude patriotique. Les deux premiers adhérents au 
troisième Congrès de la Langue française ont été deux membres de ces 
cercles, deux collégiens de Rimouski, qui ont trouvé dans la modicité 
de leurs bourses et dans la richesse de leurs sentiments patriotiques 
l'argent nécessaire pour se faire entendre au troisième Congrès de la 
Langue française. Puisse le geste qu'ils ont posé être compris et imité 
par des milliers de nos jeunes gens et de nos jeunes filles, 



SOLIDARITE FRANÇAISE 1 !î 



D'autres sujets seront abordés en ces assises de juin. Ai-je besoin 
de mentionner notre langue et notre littérature? Elles feront l'objet 
des préoccupations de deux sociétés spécialisées qui, avec l'Association 
des Educateurs de Langue française, ont voulu se joindre à nos sociétés 
patriotiques pour assurer le succès des réunions de juin prochain. 
J'ai nommé la vénérable société du Parler français au Canada, qui 
célébrera, en juin 1952, ses noces d'or, et l'active Société des Ecrivains 
canadiens, l'une des gardiennes attitrées de la chose littéraire chez nous. 
Il reviendra à ces deux groupements de sauver l'honneur du nom en 
dissertant de cette partie des assises de l'été prochain qui s'inscrit for- 
mellement dans le nom même du Congrès. 

Une dernière section sera consacrée à la refrancisation. Le terme 
est malheureusement à la mode chez nous. Je dis malheureusement 
car je vous avoue qu'il ne me plaît qu'à demi. Tout d'abord parce 
qu'il est révélateur d'un malaise et que personne n'aime avouer qu'il 
est malade. Surtout parce qu'H a une allure répressive qui suscite 
parfois relativement modeste dans l'ensemble du Congrès. Ses quel- 
ques séances d'étude ne seront, en effet, que l'amorce de réunions plus 
élaborées que nous projetons sur le même sujet quelques mois après le 
Congrès, à l'automne de 1952 ou le printemps suivant. 

Pour certains esprits, la section de la refrancisation devrait se 
limiter à des buts excellents évidemment, mais que vous me permet- 
trez de trouver modestes : substitution de panneaux-réclames français 
ou bilingues, à un affichage uniquement anglais, campagne en faveur 
du français dans tel ou tel service administratif, amélioration de la 
publicité française de telle ou telle entreprise privée. 

Le problème doit être envisagé beaucoup plus largement et plus 
profondément. Il me paraît s'inscrire en plénitude dans les idées que 
j'ai essayé de développer au début de cet entretien. Une campagne 
de refrancisation doit être, en réalité, une campagne de civilisation 
française si elle veut être vraiment efficace. C'est tout l'élément maté- 
riel de notre vie nationale qu'elle doit s'efforcer d'atteindre pour l'inté- 
grer dans notre vie française. Encore une fois, mesdames, messieurs, 
l'avenir de notre langue et de notre culture ne sera assuré que le jour 
où nous parlerons cette langue et nous développerons cette culture dans 
un climat de civilisation intégralement française. 

Nos institutions sociales, dans leur ensemble, sont d'inspiration 
française. Dans le Québec, les institutions juridiques ont conservé en 
bonne partie, leur cachet français. Mais notre infériorité dans le 
domaine économique nous a valu une anglicisation forcée dans l'indus- 
trie et le commerce et, par répercussion, dans toute la partie matérielle 
de notre vie humaine: l'habitation, la nourriture, le vêtement, les 
loisirs. L'agriculture a conservé assez généralement dans le Québec 
sa physionomie traditionnelle. L'apport, depuis quelques années, de 



14 BULLETIN DE LA SOCIETE HISTORIQUE 

spécialistes de France la fera bénéficier de méthodes modernes en har- 
monie avec son caractère d'entreprise paroissiale et familiale. 

L'artisanat, la petite et la moyenne industrie, l'architecture font 
effort dans le Québec pour redonner à notre province française un 
visage français. Il reste un travail de géant à accomplir. Nous avons, 
en somme, à élaborer, en beaucoup de ces éléments, une civilisation 
française sur le continent nord-américain. Si nous y réussissons, nous 
aurons enfin une culture et une langue qui soient vraiment nôtres et qui 
soient assurées de survivre, encore plus de rayonner, parce qu'elles 
n'auront plus à emprunter constamment une partie de leur vitalité à 
la France elle-même. 

Mesdames, messieurs, en vous définissant les ambitions que nour- 
rit le Comité du Congrès de juin 1952, j'ai touché certains problèmes 
qui me paraissent fondamentaux pour l'avenir de notre groupe fran- 
çais. Ces problèmes, je vous les ai exposés sous un angle québécois 
et j'ai conscience de vous avoir tenu des propos assez austères sous ces 
lambris dont le nom évoque une existence élégante et fleurie. 

J'aurais pu me borner à des hommages et à des considérations 
plutôt académiques sur les richesses qui constituent notre héritage cul- 
turel. J'ai pensé que vous ayant visité à plusieurs reprises, que con- 
naissant votre attachement à la culture française et votre confiance 
malgré tout dans sa survivance, je pouvais, en toute simplicité, vous 
entretenir des périls qu'elle court au foyer ancestral et, par répercus- 
sion, chez vous. 

Avec la même simplicité, je vous dis mon émotion et ma gratitude 
pour l'accueil vraiment chaleureux que vous venez de faire, non pas 
tant à ma personne et à mes paroles, qu'à vos frères du Canada que 
j'ai l'honneur de représenter ce soir. Vous me permettrez d'exprimer 
plus spécialement ma reconnaissance à votre distingué président. On 
dit souvent que l'amitié est aveugle. Vous l'avez pu constater une 
fois de plus en entendant le conférencier invité par M. l'abbé Verrette 
à vos somptueux agapes. 

Mesdames, messieurs, il me reste un fort agréable devoir à remplir: 
celui de vous convier au Congrès de juin prochain. J'ai essayé de vous 
dire ce que seraient ces assises. J'ai voulu garder pour la fin, la note 
que nous y voulons dominante: une note familiale. Nous voulons que 
le Congrès de juin 1952 soit une fête de famille, la fête de la grande 
famille française en Amérique du Nord. Venez donc, chers compa- 
triotes, vous asseoir nombreux au foyer ancestral, y rompre le pain béni 
de nos traditions, venez revivre cette vie ancienne, un peu désuète peut- 
être, à travers laquelle palpite l'âme même des ancêtres dans la paix 
de nos vieux temples, dans l'activité bourdonnante de nos foyers, de 
nos écoles, de nos villages et de nos villes. Venez nous apprendre à 
lutter, à demeurer, à grandir, à rayonner. Venez vous-mêmes vous 



SOLIDARITE FRANÇAISE 15 

replonger dans le passé afin d'y retremper vos âmes, et de nous aider 
à survivre en restant vous-mêmes fidèles à la civilisation catholique et 
française dont nous sommes issus. 

Allocution du Président 

En cette 52e réunion annuelle, la Société Historique est heureuse 
de saluer autour de sa table une assistance aussi distinguée. Elle se 
réjouit surtout du fait que les dames prennent un intérêt croissant à 
son travail. Elle les invite à se joindre en plus grand nombre. 

La société est aussi reconnaissante à ses membres pour la précieuse 
collaboration qu'ils lui accordent. A la séance d'étude, en mai dernier, 
des travaux intéressants furent présentés. Ils paraîtront dans le bulle- 
tin. 

Le 17 novembre, le président avait l'honneur de remettre à la 
Société Saint Jean-Baptiste de New-York, l'aînée de nos sociétés, pour 
commémorer son centenaire, une plaque de bronze. La cérémonie 
avait lieu à l'hôtel Victoria et notre collègue M. Adolphe Robert, con- 
férencier invité, offrait une étude très documentée et fort captivante 
sur la vie du fondateur, Gabriel Franchère. 

La société remettait ensuite sa médaille ''Grand Prix" à M. Pierre - 
Herménégilde Huot, important industriel et président de la société 
centenaire, en reconnaissance de ses nombreux services à la vie franco- 
américaine au sein de la grande métropole. 

Au nombre de ses invités, la société salue avec empressement pour 
la première fois, le nouveau consul du Canada à Boston, Me Jean-Louis 
Delisle, En plus de lui souhaiter un heureux stage parmi nous, ainsi 
qu'à Madame Delisle, nous voulons l'accueillir comme une précieuse 
acquisition au service de la franeo-américanie. 

Déjà M. Delisle a paru au congrès du Comité d'Orientation à 
Lewiston pour laisser une magnifique impression d'estime et d'admira- 
tion dans les coeurs. Nous avons l'assurance de sa brillante collabora- 
tion. Nous voulons aussi rendre hommage à son distingué prédéces- 
seur, Me Paul-André Beaulieu, qui fut pour nous tous, un bon ami, 
très intéressé à l'oeuvre de la société. 

Le départ prochain de M. le consul général Albert Chambon nous 
étreint le coeur. Qui, en Nouvelle-Angleterre, n'a pas connu le dé- 
vouement brillant et inlassable de M. Chambon, depuis sa venue à 
Boston. Nous le comptions au nombre des meilleurs amis que la 
France nous ait confiés. En plus d'être écouté dans tous les milieux, 
parce qu'il représentait magnifiquement son pays, M. Chambon était 
un habitué de toutes nos manifestations. Il était de la famille. Ses 
conférences, allocutions, démarches et initiatives à notre endroit consti- 



16 BULLETIN DE LA SOCIETE HISTORIQUE 

tuent une belle page dans nos annales. Nous voulons le remercier avec 
effusion et lui souhaiter ainsi qu'à Madame Chambon de nouveaux 
succès dans les tâches qui les attendent dans le paradis de Naples en 
Italie. Nous ajoutons le voeu pour que M. Chambon couronne bientôt 
sa carrière diplomatique avec les honneurs réservés aux ambassadeurs 
de France. 

Le 7 avril 1937, au cours d'une mémorable réunion, la société 
avait l'honneur de recevoir à sa table Mer Camille Roy, de regrettée 
mémoire, alors recteur magnifique de l'Université Laval et président 
du Deuxième Congrès de la Langue française. Il venait nous inviter 
à ces grandes assises. Nous aimons à évoquer sa douce et paternelle 
figure de grand seigneur à la parole apostolique. 

Au cours de sa brillante conférence nous nous rappelons cet appel 
qui nous alla droit au coeur: "et on veut se revoir, (disait-il) , non seu- 
lement parce qu'il est agréable de tenir une assemblée de famille, mais 
aussi parce que la famille est en proie à des inquiétudes et en certains 
de ses foyers, à de sérieuses inquiétudes . . . ," 

Nous avions l'honneur en cette circonstance de remercier Mgr 
Roy en votre nom. Nous étions bien loin de nous douter qu'il nous 
serait donné un jour de le remplacer dans cette même fonction. Nous 
l'avons acceptée cette responsabilité par devoir avec le seul désir de 
servir nos frères dans une mesure totale de nous-même. 

Pour continuer ces nécessaires échanges avec le Québec français, 
nous avons, ce soir, un autre brillant apôtre de la vie française en 
Amérique, monsieur l'abbé Paul-Emile Gosselin, professeur de philo- 
sophe à l'Université Laval et secrétaire fondateur du Comité de la 
Survivance française en Amérique. A la Survivance, les présidents se 
succèdent par la force des choses mais le secrétaire demeure. 

Avant de vous présenter notre conférencier invité, l'abbé Gosselin, 
je me permets donc d'inviter notre société à renouveler l'enthousiasme 
qu'elle déploya en faveur du congrès de 1937. Certes, nous avons des 
raisons encore plus sérieuses de nous joindre à nos frères du Québec- 
dans la poursuite de notre idéal culturel. 

Songeons à cette puissante armature intellectuelle que possèdent 
nos frères d'outre-frontière, des valeurs qui peuvent nous être souverai- 
nement utiles en appuyant nos modestes efforts. D'ailleurs ce n'est pas 
au milieu de cette assemblée qu'il faudrait chercher des opposants au 
principe de solidarité qui nous unit. En fait, le but de notre société 
historique demande précisément que nous fassions prévaloir avec fierté, 
que nous étagions dans toute sa véritable beauté notre contribution à 
la vie de la patrie. Où chercher l'inspiration de cette entreprise, où 
trouver les ferments qui ont provoqué cette aventure si ce n'est aux 
sources immédiates de notre commune provenance. 



SOLIDARITE FRANÇAISE 17 

Combien il est réconfortant pour nous de la Société Historique de 
proclamer cette croyance en face des démissions qui nous affligent. 
Nous sommes de ceux qui croient dans la valeur indiscutable de notre 
présence historique sur ce continent. Le Troisième Congrès de la 
Langue française nous invite à revigorer cette fidélité. Notre esprit 
français nous conservera ce que nous sommes et c'est ainsi que nous 
continuerons notre noble et irremplaçable mission. 

L'abbé Gosselin, depuis 15 ans, a pris la figure d'un chef, et tous 
nous l'admirons dans le travail remarquable qu'il accomplit. Il vient 
ici pour nous exposer la portée du Troisième Congrès de la Langue 
française. Il a intitulé sa conférence "Solidarité française", magnifi- 
que pendant à la remarquable conférence "Fidélité française" que nous 
donnait l'an dernier, Monsieur le ministre Jean Bruchési. 

C'est la première visite de l'abbé Gosselin à notre société. Nous 
l'accueillons avec un fraternel empressement. Nous devinons un peu 
quel vibrant message il nous apporte de la vieille cité de Champlain en 
le faisant passer par son grand et noble coeur .... 

En invitant son honneur le juge Eugène Jalbert à remercier notre 
distingué conférencier, je me permets, en votre nom, de lui rendre 
publiquement hommage. C'est sa première présence à la société 
depuis son élévation à la magistrature. Nous voulons lui dire combien 
nous sommes tous fiers de le voir briller sur le banc de la cour supé- 
rieure du Rhode Island. Nous lui redisons notre admiration, notre 
affection et nos meilleurs voeux. 



II 

Remise de la médaille "Grand Prix" 

(Séance du 23 mai 1951J 

La société historique considère comme l'un de ses grands privi- 
lèges l'honneur de conférer sa médaille "Grand Prix" à des compa- 
triotes ou à des institutions qui font rejaillir sur le prestige franco-amé- 
ricain un lustre particulier. Elle invite donc ce soir son président à 
proclamer de nouveaux lauréats de ce prix. Ces titulaires ont été jugés 
dignes d'inscrire leur nom dans le livre d'or de la société. En des 
termes sobres mais sincères, résumons les mérites des récipiendaires. 

R. F. Wilfrid Gamcau, f.s.c. 

C'est toute une carrière d'éducateur, longue de plus de 55 belles 
années, que nous honorons dans la personne du cher et distingué frère 
Wilfrid (Arthur Garneau), de la communauté des Frères du Sacré- 
Coeur. 

Il naît le 20 octobre 1870, à St. Christophe, comté d'Arthabaska, 
fils de Hercule Garneau et de Délia Blanchette, de braves terriens. 
La famille compte six enfants. La présence des frères du Sacré-Coeur 
à quelques pas, depuis 1872, attire une nouvelle vocation. Arthur 
Garneau leur apporte son coeur et sa vie, le 16 août 1896. Sa vie reli- 
gieuse commence donc à 17 ans. Il en fit un don total. 

Son enseignement, il le partagera entre le Québec et la Nouvelle- 
Angleterre. Professeur, puis directeur, le frère Wilfrid multipliera ses 
stages dans les différentes maisons de sa communauté. Mais c'est en 
1909, à Central-Falls, au Rhode-Island, qu'il fonde le collège du Sacré- 
Coeur pour lui imprégner sa tradition et son esprit. Son coeur y res- 
tera rivé malgré ses autres déplacements. Il semble y être retourné 
définitivement depuis 1943. 

Des milliers d'élèves se rappelleront également de son apostolat à 
Nashua, Stanstead, Manchester, Pointe-aux-Trembles, Verdun et 
Woonsocket. Aussi quel ne fut pas le concert d'hommages qui lui 
arrivaient, de partout, lorsque l'Amicale de Central Falls célébrait, 
par une manifestation émouvante, son cinquantenaire de vie religieuse, 
en octobre 1946. 

Que de labeurs il faudrait résumer pour fixer dans son beau relief 
cette vie toute consacrée à Dieu et à la formation chrétienne de notre 
jeunesse. Nous croyons tout dire en affirmant que le frère Wilfrid est 
un éducateur de grande taille et qu'il a toujours gardé dans son coeur 
le souci de former des hommes au visage catholique et français. 



REMISE DE LA MEDAILLE "GRAND l'RIx" 19 

Nous savons avec quelle ardeur et succès il s'employa à organiser 
la participation des jeunes du Rhode Island aux grandes assises du 2me 
congrès de la langue française en 1937. Nous espérons que la Provi- 
dence lui prêtera la santé pour inspirer au moins, une nouvelle levée 
des jeunes pour le 3me congrès, en juin 1952. 

Un aspect qui rend le frère Wilfrid particulièrement cher à notre 
société, c'est qu'il est un ami passionné de notre histoire. D'ailleurs, 
il vient de nous en fournir une preuve éclatante. Chercheur avéré, il 
a organisé autour de lui une bibliothèque qui lui a permis de colliger 
des masses de faits se rapportant à la présence française en Amérique. 
Il connaît dans leur consonnance indienne, française et anglaise tous 
les coins, les cours d'eau, rivières, hameaux et collines du pays. Ce 
qu'il y a de très intéressant pour nous, c'est qu'il a eu le soin de diffuser 
toute cette nomenclature historique dans son calendrier du Sacré-Coeur. 
Et voilà que depuis près de 20 ans, plus de 25,000 foyers repassent 
ensemble chaque année, des quantités de dates, de faits et de noms qui 
nous enseignent la fierté en nous prêchant la splendeur de nos origines. 

Cette même prédication, le frère Wilfrid la reprendra dans ses 
"'cahiers de classe historiques", une oeuvre que nous voudrions voir se 
Continuer dans toutes nos écoles, car c'est bien en tenant constamment 
devant les yeux de nos enfants les valeurs de notre vie catholique et 
française, que nous pouvons incruster dans leur esprit le souci de le« 
conserver jalousement. 

La société historique se devait de reconnaître cette belle fidélité 
ù notre survivance française, de souligner les mérites .d'une vie aussi 
généreusement consacrée à nos plus chers intérêts religieux et cultu- 
rel? Elle le fait avec satisfaction et gratitude en inscrivant le nom 
du frère Wilfrid Garneau sur le registre de ses lauréats, et en lui deman- 
dant d'accepter sa médaille "Grand-Prix", qu'elle a l'honneur de lui 
décerner. 

Philippe- Armand Lajoic 

Prétendre que la presse franco-américaine pâlit en face de la tâche 
herculéenne qui lui est faite, serait faire injure à la franco-américanie. 
Aussi longtemps que nous voudrons conserver à nos coeurs leur parlure 
et leur esprit français, nous voulons avoir à notre service des journalistes 
pour interpréter, animer et orienter cette vie commune que nous chéris- 
sons. Il nous est donc agréable de constater que nous possédons tou- 
jours ces militants chevaliers de la plume. L'Alliance des Journaux 
franco-américains, toujours active, en est la preuve. Si le nombre de 
nos journalistes n'es pas aussi considérable que nous le souhaiterions, 
par contre, il nout plaît d'affirmer que certains parmi eux se présentent 
à notre admiration avec un singulier relief. 



20 BULLETIN DE LA SOCIETE HISTORIQUE 

Trois fois déjà la société a voulu honorer l'oeuvre magnifique de 
nos quotidiens cinquantenaires. Cette fois elle se penche avec affec- 
tion sur la personne même de l'un de nos brillants journalistes pour 
l'inscrire au nombre de ses lauréats. 

Philippe Armand Lajoie, vous le devinez bien est celui que nous 
saluons avec une admiration sans équivoque. Né le 29 juin 1887, à 
Saint Hippolyte-de-Wotton, dans les Cantons de l'Est, il est le fils de 
Joseph Lajoie, charpentier octogénaire à sa retraite croyons nous, et de 
Hermilinda Belisle. Les études terminées au petit séminaire de Mont- 
réal et au collège de l'Assomption (Québec) avec les honneurs du 
baccalauréat et possédant déjà une belle réputation de musicien, c'est 
au son de la trompette d'argent et de la vocalise qu'il écoulera ses 
premiers efforts. On le croira consacré pour toujours à la musique. 
Il devient directeur de la fanfare des Carabiniers Mont-Royal et maître 
de chapelle. La musique ne le lâchera jamais et nous aimons à croire 
qu'il voudra un jour rejoindre ses aïeux en chantant. 

Mais c'est bien le journalisme qui devait réclamer définitivement 
M. Lajoie. Bien qu'il fut déjà franco-américain d'adoption, puisque 
sa famille habitait Fall-River depuis 1889, c'est à Montréal toujours 
qu'il débuta dans la presse, au journal "Le Réveil" et plus tard au 
quotidien "Le Canada". C'en était fait, Philippe-Armand Lajoie était 
maintenant journaliste, mais il demeure toujours musicien. 

Après ses années de service, durant la première guerre mondiale, 
en qualité d'hospitalier et de musicien du 63me régiment d'infanterie, 
M. Lajoie revient à Fall-River pour se replonger définitivement dans le 
journalisme. Il collabore à "La Semaine Paroissiale" avec son ami 
Adolphe Robert et c'est en 1926 qu'il devient rédacteur en chef à 
L'Indépendant, poste qu'il occupe depuis vingt-cinq ans avec une 
réputation croissante. 

Monsieur Lajoie n'avait pas besoin de nous dresser son récent 
"Inventaire de nos moyens de survivance" , une magnifique synthèse 
de notre situation actuelle, pour nous convaincre de son intrépide 
fidélité à défendre les intérêts de notre héritage culturel. C'est toute 
la série ininterrompue de ses appels claironants, de ses études sérieuses 
et fondées, de ses avertissements sages et pondérés qu'il nous faudrait 
réunir en volume pour établir les immenses services qu'il nous a ménagés 
et multipliés depuis un quart de siècle. 

Nous croyons devoir lui rendre ce témoignage, qu'il a, au cours 
de sa fructueuse carrière, toujours interprété avec une sincérité indé- 
fectible le sens franco-américain, sans jamais lui sacrifier les honneurs 
de l'objectivité. Il a su élever le journalisme franco-américain sur un 
pallier qui invitait le lecteur aussi bien que l'observateur à mesurer dans 
toute leur valeur probante les légitimes aspirations de la Iranco-améi i- 
canie. Pour ce travail inlassable, pour cette dignité dans la lutte, pour 



REMISE DE LA MEDAILLE "GRAND PRIX" 21 

cet indomptable courage nous voulons lui dire notre profonde admira- 
tion. 

Déjà la France en 1936 avait déposé sur sa vaillante poitrine les 
Palmes Académiques. Plus tard elle lui décernera sa Médaille de la 
Reconnaissance. Il tardait à la société historique de joindre son tribut 
et de souhaiter à M. Philippe-Armand Lajoie de longues années de vie, 
consacrées au rayonnement et au maintien de notre patrimoine. Sa 
plume, toujours limpide, martiale et écoutée restera, nous le savons, l'un 
de nos plus réconfortants appuis. Nous lui demandons, après avoir 
inscrit son nom sur le registre de nos lauréats, de recevoir cette médaille 
de bronze qui symbolise en sa personne le courage, la dignité et la fidé- 
lité. 

Yvonne LeMaître 

Place aux Dames, car il s'agit de rendre hommage à l'une de nos 
femmes de lettres les plus distinguées, sinon la plus brillante, dans le 
ciel de notre vie franco-américaine, Mademoiselle Yvonne LeMaître. 

Pour avoir beaucoup et surtout bien écrit depuis un demi-siècle, 
Mlle LeMaître a livré peu de secrets au sujet de sa personne. On la 
sait toujours heureuse à Lowell, égrenant les jours et les ans près du 
sanctuaire de ses pensées, toujours prête à cueillir au volant le moindre 
de nos battements franco-américains pour les filtrer délicieusement 
dans sa savoureuse prose .... 

Au juste, lequel fut son ancêtre, François, Paschal, Denis ou 
Antoine qui firent souche au Canada. Mlle LeMaître se chargera 
peut-être un jour de nous l'indiquer. Nous la savons tout de même 
issue de l'une des meilleures familles du Québec. Un frère aîné laissa 
le souvenir, à Manchester, de l'une de nos plus grandes figures dans le 
monde médical. 

Originaire de Pierreville, Mlle LeMaître, à l'âge de dix ans, 
accompagnait les siens pour s'établir à Lowell. Elle y demeure depuis, 
sauf durant les stages qu'elle fit en Europe en qualité de correspondant 
de cet important journal que fut pendant près d'un siècle "The Boston 
Transcript." 

C'est en 1902 que Mlle LeMaître débute dans le journalisme, à 
l'Etoile et ensuite dans le Franco-Américain de Lowell. Ses chroni- 
ques sont de suite remarquées pour faire le tour de la presse et il y a 
longtemps que notre chère compatriote se promène, en grande dame, 
dans notre presse, sans jamais avoir vu pâlir le regard de ses admira- 
teurs. Voilà un vrai "test" écrirait-elle. 

Pour satisfaire sa double culture et mieux représenter les siens 
auprès des autres éléments, en 1904, elle passe au journalisme anglais 



22 BULLETIN DE LA SOCIETE HISTORIQUE 

de la même ville ou plutôt elle mène les deux de front, ce qui lui est 
d'ailleurs extrêmement facile, mettant en pleine lumière sa belle cul- 
ture. C'est le Courier-Citizen qui profite cependant de ses chroniques 
toujours charmantes et fourmillantes d'humour et de jolies choses. Les 
lettres anglaises semblent l'avoir réclamée pour de bon lorsqu'elle ac- 
cepte un poste de correspondant à Paris. Elle en profite pour visiter 
l'Europe et rapporter un baggage de souvenirs et d'impressions qui 
n'a pas encore tari la source de son inspiration. Ses collègues l'avaient 
vue partir avec regret. On la qualifiait déjà de "lumière dans le jour- 
nalisme anglais de Lowell. 

Heureusement, Mlle LeMaître n'avait pas abandonné les siens. 
Son âme, trop fièrement et solidement frappée au timbre français, ne 
pouvait pas s'éloigner définitivement de la terre quittée même après ce 
que Claudel appellerait "un sommeil démesuré". 

De retour à Lowell, elle reprend la chronique chez son vieil ami 
l'Etoile, chaudement applaudie par ses fidèles lecteurs. Ce sera en- 
suite Le Travailleur qui depuis bientôt 20 ans jouit du prestige de sa 
précieuse collaboration. Sous toute une variété de rubriques, elle 
continue de semer "aux quatre vents" la fine poussière de ses prome- 
nades régulières au sein de la franco-américanie. 

Que de belles choses ne nous a-t-elle pas livrées dans ses critiques. 
ses études et appréciations. Personne n'oserait discuter les jugements 
de cette grande soeur! C'est toujours pondéré, mesuré, vrai et sou-, 
vent riant. Derrière sa plume, Mlle LeMaître cache un grand coeur 
qui "trottine" dans sa prose. C'est que jusqu'à son dernier souffle, 
elle veut aimer et servir les siens. Sans doute, se rend-elle compte, 
que le Seigneur se plaît à ouvrir les grandes âmes, au soir de la vie, 
pour leur permettre de confier à la postérité les accents de cette belle 
sérénité chrétienne qui fait aimer et croire. Et parce qu'elle se plaît 
dans ce beau travail de conservation de nos richesses spirituelles, à 
leur tour tous ses petits frères l'admirent et l'aiment. 

La société historique voulait ajouter un autre fleuron à cette 
belle carrière en lui décernant sa plus haute approbation. Avec bien- 
veillance, Mlle LeMaître nous a permis d'inscrire son nom sur notre 
registre de reconnaissance et nous lui demandons en retour d'accueillir 
notre geste amical et bien sincère, celui de lui présenter "in absencia" 
au nom de tous ses admirateurs, la médaille "Grand Prix" de notre 
société. 

Le Phare 

On a dit, non sans raison, qu'il n'y a pas que les hommes qui ont 
une âme. Les institutions humaines souvent en possèdent une qui sait 
vibrer généreusement sous la touche de leurs animateurs. La société 
historique a déjà, en trois circonstances, proclamé le mérite de notre 



REMISE DE LA MEDAILLE "GRAND PRIX" 23 

presse en honorant trois de nos quotidiens cinquantenaires. Il a sem- 
blé que le moment était venu de répéter cet hommage à l'endroit d'une 
autre publication qui jouit d'une faveur croissante, "Le Phare" ', maga- 
zine des franco-américains. 

Fonder une revue française spécifiquement consacrée aux intérêts 
de notre culture, en ces temps incertains, demandait un courage peu 
ordinaire. Cette entreprise était donc lancée en février 1948. Dans 
son article programme, M. Lucien Sansouci, directeur-fondateur écri- 
vait: "au service des intérêts primordiaux des franco-américains, nous 
lutterons pour conserver intact le patrimoine des dieux". Cette profes- 
sion de foi semble donc animer les nombreux bienfaiteurs qui se sont 
faits les amis et les appuis du Phare. 

Le Phare est entré dans sa quatrième année d'existence et tous 
lui souhaitent une longue vie remplie de bons offices et de riches 
moissons. Dès sa parution, la direction inaugurait une rubrique 'photo- 
couverture" avec biographie, permettant ainsi de faire mieux connaître, 
dans les différents domaines, les compatriotes qui s'y distinguent. 

Déjà des quantités d'articles sur notre histoire, des reportages, 
des traductions, des illustrations et des études ont rempli les trois 
premiers volumes de la revue. Ils trouveront certainement leur place 
dans toutes nos bibliothèques et nos centres d'information. Plusieurs 
collaborateurs ont prêté leur concours et beaucoup d'autres devraient 
les rejoindre pour faire de cette publication un porte-parole hautement 
écouté de notre vie franco-américaine. Nous voulons ici saluer le tra- 
vail soutenu de Monsieur et de Madame Sansoucie et de leur fille 
ainsi que la contribution des autres amis de l'oeuvre. 

L'entrée de M. Rosaire Dion-Lévesque à la rédaction de la revue 
augure bien. Cette décision, comme le notait bien candidement le 
directeur, a pour but de relever le ton littéraire de la revue et lui 
assurer une toilette de grand genre. Nous félicitons la direction de 
cette amélioration considérable permettant ainsi à l'administration de 
répandre davantage ses efforts dans le domaine de la propagande. 

Laissons à la sagesse des directeurs de cette revue le soin de nous 
la maintenir dans un climat idéal. Dans son tribut d'hommage, la 
société n'a pas en vue d'engager l'avenir. Elle veut simplement souli- 
gner d'une façon publique son approbation en faveur de cette impor- 
tante et nécessaire publication et inviter ainsi les compatriotes à l'ap- 
puyer de leur générosité. Une revue franco-américaine devrait vivre 
sans difficulté. Le Phare nous offre un organe qui vise à une formule 
intelligente, adaptée à nos besoins. Nous devons l'appuyer et l'aider 
à rayonner. 

La société inscrit donc ce soir Le Phare sur la liste de ses lauréats 
et avec des hommages sincères adressés à ses directeurs, elle prie M, 



24 BULLETIN DE LA SOCIETE HISTORIQUE 



Lucien Sansouci, directeur-fondateur, d'accepter en leur nom sa mé- 
daille "Grand-Prix." 



Lauréat de la Médaille Guillet-Dubuc-Bédard 
Edouard Fecteau 

Dans la personne de M. Edouard Fecteau, auteur-journaliste, la 
société historique veut honorer l'un des artisans les plus actifs de la 
vie française dans le Massachusetts. Originaire de Lawrence où il a 
toujours vécu depuis 1897, M. Fecteau a accumulé depuis 30 ans une 
masse de travaux qui attestent un dévouement inlassable. 

Son poste de journaliste et de correspondant soit à l'Etoile, au 
Courrier de Lawrence, à La Presse et à la revue Le Phare ne l'a pas 
empêché de se répandre au service de nombreuses associations qui 
réclamaient tour à tour son concours de secrétaire ou de président. On 
le voit encore à l'oeuvre au sein des fédérations de sociétés ou d'ami- 
cales. 

Mais c'est surtout le souci de l'histoire qui remplit les heures de 
loisir de notre compatriote. Il préparera l'historique de plusieurs 
organismes, paroisses, sociétés, cercles, amicales, etc. Il publiera aussi 
"French Contributions to America" sous le patronage de notre société. 
Il rédigera drames, comédies et tableaux vivants pour les soirées parois- 
siales. Il travaille actuellement à la compilation d'un "glossaire franco- 
américain" qui ne manquera pas de valeur. 

Monsieur Fecteau est un modeste. Il ne prétend pas à la célé- 
brité mais il est de ceux qui aiment à conserver les choses et voilà la 
mesure de son travail que d'autres reprendront mais dont il aura été 
un précieux animateur. 

La société qui admire les efforts de M. Fecteau veut lui donner 
un premier signe de sa haute approbation en le citant à l'honneur. 
De tels ouvriers sont trop peu nombreux. En lui rendant ce tribut 
bien mérité, la société sollicite l'honneur de lui remettre sa "Médaille 
Guillet-Dubuque-Bédard" , le priant d'accepter en même temps ses féli- 
citations empressées et ses meilleurs voeux de succès toujours croissant 
au service de notre survivance. 

Réponse de M. Lajoie 

N'eussè-je eu à parler ici que pour moi-même, je pourrais peut- 
être me borner à remercier de tout coeur la Société Historique Franco- 
Américaine de l'honneur qu'elle a bien voulu faire à un modeste jour- 
naliste, un honneur que je partage très volontiers d'ailleurs avec le 
journal que je sers déjà depuis 31 ans, 




Le R. F. Wilfrid Garneau, f.s.c, reçoit la médaille "Grand Prix" 

(Séance du 23 mai 1951) 




Le président remet la médaille "Grand Prix" à M. Philippe-Armand 
Lajoie, journaliste. 

(Séance du 23 mai 1951) 



REMISE DE LA MEDAILLE "GRAND PRIX" 25 

Mais si je comprends bien la situation, je dois parler au nom des 
camarades et amis qui viennent de recevoir ici le même honneur, et ils 
pourraient me faire le reproche d'être un peu concis. Au risque d'al- 
longer de deux minutes, le programme de cette belle réunion, qu'on 
me permette d'ajouter que .... 

C'est parce que la Société Historique Franco-Américaine est la 
plus distinguée de nos organisations culturelles, que les distinctions 
octroyées par elle ont aux yeux de ceux qui les reçoivent, une valeur 
si hautement prisée. 

C'est parce que la Société Historique Franco-Américaine est la 
grande gardienne du "souvenir franco-américain" , de l'histoire franco- 
américaine qu'il est si honorable d'être compté par elle au nombre de 
ceux qui ont voulu aider à rendre cette histoire plus prestigieuse et 
plus riche. 

C'est parce que la Société Historique Franco-Américaine atteste 
l'existence d'une élite franco-américaine, et qu'elle en épouse la perpé- 
tuation, que ses faveurs ont un prix exceptionnel pour ceux qui préser- 
vent intacts leur foi en la survivance de notre race française en ce pays. 

C'est enfin parce qu'elle incarne et symbolise tout un passé de 
travail, d'épreuves et de réalisations, tout un présent de graves respon- 
sabilités et de décisions courageuses, et tout un avenir d'aspirations et 
d'espoirs légitimes, que la Société Historique Franco-Américaine pos- 
sède le prestige dont elle confère une petite parcelle à ceux et à celles 
qu'il lui plaît d'honorer. 

J'ose croire que j'interprète justement les sentiments de nos amis 
et les miens propres, en disant que nous sommes très sensibles à l'hon- 
neur qui nous est fait ici, et dont nous garderons le souvenir ému et 
reconnaissant. 

Pierre Herménégilde Huot 

(Hôtel Victoria, New-York) 

17 novembre 1951 

Poursuivant sa mission, qui est de conserver à la postérité le lustre 
et la véracité des faits, la Société Historique Franco-Américaine a déjà 
déposé dans ses archives bien des gestes de la Société Saint Jean-Bap- 
tiste de New- York, l'aînée toujours vivante de nos associations. 

Gabriel Franchère a indiscutablement accompli une grande 
oeuvre. Son souvenir serait malheureusement enfoui dans la pous- 
sière, s'il n'avait pas eu des continuateurs. La Société Historique se 
devait donc de signaler leur mérite. Après les rayons lumineux de ce 
centenaire, la Société Saint Jean-Baptiste aurait pu songer à s'ensevelir 



26 BULLETIN DE LA SOCIETE HISTORIQUE 

dans la nuit des temps. Que d'organismes n'ont-ils pas reçu ce silen- 
cieux partage avant d'atteindre même la maturité pour ne pas parler 
de la sagesse centenaire. 

C'est parce qu'elle a eu le bonheur de toujours compter sur le 
dévouement de ses serviteurs qu'elle vit en pleine santé. Cette persé- 
vérance invite à la confiance. Elle nous convie à l'espérance. 

Dans un récent symposium de sociétés historiques américaines 
d'expression anglaise, on a semblé laisser planer un doute sur la valeur 
de l'apport que la franco-américanie avait fourni à l'épanouissement 
de la nation américaine. Notre société historique, d'abord parce qu'elle 
en connaît véridiquement toutes les pulsations, n'hésite pas à proclamer 
l'annapréciable et l'irremplaçable dévouement chrétien que nous avons 
déposé au service de la patrie, soit la ristourne d'un capital humain et 
moral, qui, dans son principe et dans sa maintenance a été étranger à 
toutes les démissions dont souffre présentement notre pays, à deventure 
fantastique, jouisseuse et artificielle. Nous ne sauverons peut-être pas 
l'Amérique, mais nous ne voulons pas contribuer à sa décadence. 

Depuis ces derniers temps, un compatriote très distingué guide la 
barque de notre société centenaire. La Société Historique a pensé 
qu'il représentait hautement la tradition des sociétaires et à cause de 
ses mérites personnels, elle veut l'honorer d'une façon particulière en 
lui remettant sa médaille "Grand Prix". 

Pierre Herménégilde Huot occupe une place de choix dans la 
haute industrie, étant à New-York, le vice-président administrateur de 
l'importante firme la Montmorency Paper Company. Cette occupa- 
tion ne l'a cependant pas empêché de s'intéresser vivement au fait 
franco-américain. Il mérite notre admiration. 

Né à Québec, tout juste à la fin du siècle, c'est vers l'industrie 
qu'il tourne ses talents, car l'immense domaine de l'économique doit 
attirer les nôtres, si nous voulons étendre notre rayonnement sur tous 
les horizons. 

Après ses études secondaires à l'Académie Commerciale, il obtien- 
dra avec très grande distinction sa licence en sciences commerciales de 
l'Ecole des Hautes Etudes Commerciales de l'Université de Montréal. 

Membre d l'Institut des Comptables Agrégés de la Province de 
Québec, il sera chargé r Vî^ cours à Y Ecole des Hautes Etudes et pour 
reconnaître sa valeur, i oniversité de Montréal lui décerna, en 1950, 
un doctorat h( jorifiqufi "es sciences commerciales". Entre temps, il 
publiera de sérieux ar • ï-£-la comptabilité et l'industrie du papier. 

Ce sera enfin dans' le domaine des affaires que M. Huot fixera sa 
carrière, pour occuper tour à tour d'excellentes situations, comptable 
industriel d^.s firmes du papier Rolland et Laurentide, comptable en 
chef et se .etaire trésorier de YAnglo-Canadian Pulp and Paper Mills, 



REMISE DE LA MEDAILLE "GRAND PRIX" 27 

comptable en chef de la Régie Provinciale de l'Electricité de Montréal, 
enfin contrôleur, assistant gérant et vice-président administrateur de la 
Montmorency Paper Co. qui transporta ses opérations à New-York en 
1943. 

Une aussi brillante carrière devait être signalée au Québec et cela 
explique le beau prestige dont jouit notre récent compatriote de la 
franco-américanie. Voilà encore un réconfortant effet de ces heureux 
échanges que nous pouvons effectuer de chaque côté de la frontière. 

Mais au-dessus de ces succès, ce qui nous réjouit dans cette car- 
rière c'est que M. Huot est un profond chrétien et qu'il aime à se 
dépenser pour les siens, une double leçon qu'il est convenable de 
souligner. 

La Société Historique avait donc raison de fixer en haut relief 
ce compatriote distingué. A sa réunion du 6 octobre, le bureau déci- 
dait avec joie d'honorer M. Huot en lui décernant sa médaille "Grand 
Prix". Elle voyait aussi dans ce geste un moyen d'établir des liens 
encore plus étroits avec le groupe franco-américain de New-York. 

J'ai donc la grande satisfaction de remettre au nouveau récipien- 
daire cette haute distinction en l'accompagnant des voeux et des remer- 
ciements de tous les membres de la société, digne couronnement de ce 
magnifique centenaire dans les annales de la franco-américanie. 

Puisse la Société Saint Jean-Baptiste de New- York toujours comp- 
ter sur d'aussi dévoués serviteurs pour se maintenir au-dessus de toutes 
nos institutions, le témoin vénéré de la grande aventure de nos devan- 
ciers. 

(Séance du 28 novembre 1951J 
Abbé Paul-Emile Gosselin 

Au deuxième Congrès de la langue française, durant la soirée du 
1er juillet 1937, notre distingué prédécesseur, le docteur Ubalde Paquin, 
au nom de la société, remettait à Mgr Camille Roy, recteur de Laval, 
à Québec même, au cours d'une imposante séance de remise de diplô- 
mes honorifiques, la médaille "Grand Prix", en reconnaissance du réveil 
à la vie française qu'il avait opéré chez nous oar sa tournée en Nou- 
velle-Angleterre. C'était un hommage -bie^ 'té. 

Depuis 1937, un autre apôtre s'est dévoue inlassablement au rayon- 
nement de la vie française en Amérique avec » "vmpa'mie toute parti- 
culière pour la franco-américanie. Nou ^ons et surtout nous 
l'admirons cet infatigable secrétaire du Comut de la Survivance fran- 
çaise. 

Brillant diplômé de l'Université Laval, il est au nombre de ses 
éminents professeurs de philosophie; aumônier diocésain ttv .'a Société 



28 BULLETIN DE LA SOCIETE HISTORIQUE 

Saint Jean-Baptiste de Québec, directeur de la revue "Vie Française", 
secrétaire de la Société Historique de Québec, directeur de l'ACELF, 
il est de plus le sous-directeur de l'Action Sociale Catholique de Québec, 
qui, au nombre de ses oeuvres innombrables publie l'important quoti- 
dien L'Action Catholique de Québec. 

Auteur de remarquables études sur la culture et la pensée fran- 
çaise, défenseur intrépide de la vie française sur tout le continent, 
l'abbé Gosselin incarne dans sa personne tous les problèmes de notre 
survivance, et à cause de son poste clef, de grand surveillant de tous les 
gestes de la famille française en Amérique, personne ne comprend mieux 
que lui les nuances, les complexités et les adaptations de cet héritage 
au sein des minorités. Décidément nous sommes très fortunés de 
posséder un tel serviteur. 

La Société Historique se devait de proclamer son admiration à 
l'endroit de ce magnifique ouvrier de notre maintenance française. 
Elle le fait ce soir, d'une façon officielle et avec un empressement bien 
fraternel. 

Au nom de la Société Historique, j'ai donc l'honneur de remettre 
à l'abbé Paul-Emile Gosselin sa médaille '"Grand Prix" et d'inscrire 
son nom sur la liste déjà imposante de ses membres honoraires. 



III 

Etudes 

(Séance du 23 mai 195 1J 

Allocution du président 

En cette 52me année de son existence, la société n'entend pas 
ralentir son travail. Elle salue avec empressement ses invités et ses 
membres et leur adresse ses remerciements. Le programme de cette 
séance peut paraître chargé, mais il semble qu'il n'est pas trop de 
consacrer au moins une réunion par année pour travailler un peu 
sérieusement dans le domaine de notre histoire. Avec un peu de bonne 
volonté et la collaboration "à point" des personnes inscrites au pro- 
gramme, la soirée ne devrait pas languir. D'ailleurs nous sommes ici 
pour travailler. 

Inventaire des archives franco-américaines 

L'Etude approfondie de l'histoire ne peut pas se contenter d'appré- 
ciations générales ou d'évocations sentimentales autour du passé. Il 
faut pour fouiller les cadres d'une époque posséder les sources, les preu- 
ves et les documents. C'est la technique établie et il faut bien s'y con- 
former si la recherche doit obtenir une valeur probante. Déjà, l'histo- 
rien ajoutera s'il en est capable, ses jugements, il en retirera les leçons 
ou encore en déduira ce qu'on appelle la philosophie de l'histoire. Dans 
tout ce travail, les archives sont donc à la base de tout effort sérieux. 

Le temps ne serait-il pas venu de s'employer à cette besogne, à 
savoir de dresser l'inventaire des archives franco-américaines. Hélas, 
combien de documents irremplaçables ont été dispersés aux quatre 
vents au cours de notre jeune histoire! La société n'est-elle pas tout 
naturellement désignée pour se consacrer à cette oeuvre, avant qu'il 
ne soit trop tard. 

Nous possédons plusieurs bibliothèques assez considérables au sein 
de nos institutions. En les consultant, il serait assez facile de faire un 
relevé de la plupart des ouvrages qui traitent de notre histoire. Mais 
les archives, voilà notre pauvreté. Il en existe des quantités éparpillées 
un peu partout. Il faudrait les repérer, afin d'en établir le bilan et le 
lieu de conservation. 

Dans cette entreprise, la société possédant ni immeuble, ni voûte, 
n'est pas en mesure de recueillir ces pièces, mais elle peut s'occuper 
d'en établir l'existence et suggérer ensuite les endroits où elles pour- 
raient être conservées, pour répondre aux besoins des chercheurs. 



30 BULLETIN DE LA SOCIETE HISTORIQUE 

C'est dans cet esprit que l'Association Canado-Américaine créait 
en 1944 sa Commission des Archives. Celle-ci s'employait immédiate- 
ment à organiser l'oeuvre de l'Institut Canado-américain dont la riche 
bibliothèque, avec son dépôt d'archives, se prêtait tout naturellement à 
cette très importante entreprise. Avec ses salles spacieuses, ses clas- 
seurs et ses voûtes, l'institut se constituait du coup un conservatoire de 
nos richesses documentaires. Les chercheurs ne tardèrent pas à donner 
à cette fondation le nom de "bibliothèque nationale" et nous croyons 
que le terme n'est pas exagéré. 

Il est intéressant de noter en plus que l'institut a aussi inaugure 
l'oeuvre du "fichier franco-américain" qui finira par établir la prove- 
nance et la source de tous les renseignements se rapportant à notre 
histoire. Une entreprise unique et colossale sans doute qui compren- 
dra plus de 200,000 fiches et qui devra se continuer à perpétuité. Enfin, 
nous posséderons cette centrale indispensable d'information fonction- 
nant sur un plan technique et scientifique. Une entreprise aussi con- 
sidérable est loin d'être terminée, nous le comprenons bien, mais le 
travail déjà accompli fait voir toute la valeur de l'oeuvre. 

Dans le domaine des archives, l'institut ne prétend pas à l'exclusi- 
vité. Il se réjouit des autres efforts qui pourraient se multiplier dans 
l'avenir, mais il croit avoir semé un éveil sérieux dans la recherche et 
la conservation de nos documents. Il invite tous ceux qui voudraient 
lui confier de telles richesses à saisir la valeur pour nous d'un tel con- 
servatoire. 

Notre société accomplirait donc un service très utile à l'histoire 
en se prêtant à un pareil inventaire de nos archives partout où elles 
existent, traditions orales, documents, imprimés, pièces historiques, etc. 
En repérant ces pièces elle pourrait aussi veiller à leur scrupuleuse con- 
servation. Que de documents très précieux sont souvent la possession 
de compatriotes, et advenant leur disparition ces objets sont détruits et 
perdus parce qu'on n'en apprécie par la valeur. Nous avons à la 
pensée des trésors qui ont été ainsi vendus à des acheteurs de guenilles 
et de journaux. Quelle tragédie! Il serait malheureux qu'une seule 
de ces pièces disparût à l'avenir. Il n'en tient qu'à nous de répandre 
chez les nôtres le souci de la conservation et de déposer ces valeurs en 
lieu sûr, même au prix de quelque sacrifice personnel. 

La société fait donc appel à tous ses membres et à ses amis pour 
l'aider dans ce travail afin de mieux connaître, d'enrichir et de conser- 
ver nos archives au moyen d'un sérieux inventaire. 

Nous avons l'honneur ce soir d'accueillir un grand ami de nos 
oeuvres, un apôtre de notre culture et surtout un artisan de notre his- 
toire, qui a dépensé plusieurs années de sa vie d'éducateur à "fouiller" 
littéralement, mais discrètement, avec méthode et un flair de techni- 
cien tous les coins du vaste continent américain pour en découvrir les 



ETUDES 31 

échos de la pénétration française. Il nous apporte une tranche seule- 
ment de ses recherches, un travail de maître dans lequel il a voulu 
résumer ce que l'apostolat et le dévouement français ont déposé sur la 
côte de la Nouvelle-Angleterre .... 

Le franco-américain n'est pas un étranger aux 
Etats-Unis 

(R. F. Wilfrid, f.î.c.) 

De toutes les nations qui constituent aujourd'hui la population 
des Etats-Unis, aucune ne peut revendiquer, pour elle seule, le titre 
d'Américain de pur sang, ou regarder les autres comme des étrangers 
qui n'auraient obtenu que plus tard leur naturalité. 

Les aborigènes qui habitaient le pays lors de la venue des Euro- 
péens, n'étaient qu'un ensemble de centaines de tribus, la plupart 
nomades, qui non seulement ne formaient pas un groupe homogène 
mais qui encore étaient en luttes continuelles les unes contre les autres. 
Aucune de ces tribus n'eut la prépondérance au point de pouvoir unifier 
et faire de ces divers éléments ce que l'on pourrait appeler un peuple. 

Si l'une ou l'autre des nations européennes qui vinrent se partager 
l'immense territoire qui forment aujourd'hui les Etats-Unis s'était 
établie longtemps avant les autres, et avait eu le temps, alors qu'elle 
était seule, de prendre de l'expansion, elle pourrait, de par le droit de 
premier occupant en jouissance non contestée, se proclamer la nation 
américaine originelle et regarder les autres comme des apports au 
noyau primitif. Mais, tel n'est point le cas: les premiers explorateurs 
qui, d'ailleurs, ne firent que passer, furent les Normands, vers l'an 
1000; puis les Espagnols, en 1513; les Français, en 1524; et les Anglais, 
en 1578 et en 1584. 

L'honneur d'avoir tenté les premiers essais de colonisation revient 
aux Français. En effet, en 1562, Jean Ribaut bâtissait, en Caroline 
du Sud, le Fort Charles près de la Grande rivière, aujourd'hui Broad 
River. (C'est lui aussi qui donna à la région le nom de Caroline, en 
l'honneur de Charles IX) . En 1564, De Laudonnière érigeait le fort 
Caroline, en Floride; et en 1565, Jean Ribaut encore débarquait avec 
cinq cents hommes pour fonder un poste, sur la rivière St-Jean, en 
Floride également. (A Mayport, en Floride, une colonne a été érigée 
en mémoire de la colonie de Jean Ribaut) . 

Les Espagnols suivirent les Français de près, en fondant St-Augus- 
tin, en Floride, en 1565. 

Les Anglais n'apparurent qu'en 1584, avec Sir Walter Raleigh à 
l'île Doanoke, en Caroline du Nord, île que Verazano, au service de la 
France, avait surnommé l'Ile Longue, en 1524. Et des deux com- 



32 BULLETIN DE LA SOCIETE HISTORIQUE 

mandants de vaisseaux sous les ordres de Raleigh, l'un était le Breton 
Philippe Amidas, l'autre un Anglais, Arthur Barlow. 

Toutefois, les établissements qui connurent la permanence furent 
par ordre chronologique, les suivants: celui des Espagnols à St-A'ugus- 
tin, en 1565; celui des Anglais à Jamestown, en Virginie, en 1607; ceux 
des Hollandais, en Nouvelle-Hollande (Etat de New York), en 1614, 
et au New Jersey, en 1617; (1) les établissements des Anglais à Ply- 
mouth, en 1620; à la baie Massachusetts, en 1628; en Caroline, en 
1633, et au Maryland, en 1634; au Rhode Island, en 1636; enfin, 
ceux des Suédois, au Delaware (De La Warr), en 1638. 

C'est donc presque simultanément qu'apparurent en Amérique du 
Nord, Espagnols, Français, Anglais, Hollandais et Suédois. En consé- 
quence, aucune de ces nations ne peut se glorifier d'avoir fourni le 
groupe originel qui aurait constitué le peuple américain proprement 
dit. 

Mais il y a plus. La plupart de ces groupes n'étaient pas homo- 
gènes. Ainsi, à l'époque où les "Hollandais" colonisaient l'état de 
New York, les Pays-Bas englobaient la Wallonie française et une partie 
de la France. Il y avait donc nécessairement, parmi les colons, un 
grand nombre de Français; et de fait, un des gouverneurs de la Nou- 
velle-Amsterdam (New York) n'était autre que Pierre Minuit. (2) 

Parmi les Pèlerins de Plymouth et les colons de la Baie Massachu- 
setts, qu'on se plaît à désigner comme formant la souche type du 
peuple américain, il y avait encore plusieurs Français qui s'étaient joints 
aux émigrants en "Hollande", ou qui étaient venus les rejoindre plus 
tard. 

Des Français, on en trouvait encore dans les Etats du Sud, en 
Pennsylvanie, en Virginie, en Caroline et en Géorgie. 

Enfin, si l'on considère l'étendue de territoire que chaque nation 
de l'Europe ouvrit à la colonisation dans ce qui forme les Etats-LJnis 
actuels, on doit reconnaître que la France a eu la part du lion. A un 
moment donné, même, elle dominait les trois quarts de l'ensemble; et 
les coureurs de bois Canadiens-français circulaient à travers ces espaces, 
qu'ils connaissaient comme le creux de leur main et qu'ils avaient par- 
semés de noms français. 

En 1684, Gabriel Mivielle, originaire de Bordeaux, fut élu maire 
de New York. Il fut remplacé par Nicholas Bayard en 1685. Jean 
Bayard fut l'orateur du congrès américain pendant la guerre de l'Indé- 

( 1 ) Remarquons, en passant, que parmi les fondateurs du New Jersey, on trou- 
ve Georges Carteret avec trente hommes, tous Français, originaires de l'Ile 
Jersey, île qui avait appartenue à la France jusqu'à sa conquête par Guil- 
laume le Conquérant, en 1076. 

(2) Les noms français ne manquent pas, d'ailleurs. Ainsi, il y avait le médecin 
I.amontagne, le professeur Langlais; Judith Bayard. femme du dernier 
gouverneur: et le premier gouverneur né au pays fut Jacques de Lancy. 



ETUDES 33 

pendance. Samuel Bayard écrivit l'oraison funèbre de Washington. 
Thomas Bayard fut secrétaire d'Etat dans le cabinet du Président Cleve- 
land. Le premier Bayard arriva à la Nouvelle-Hollande le 1 1 mai 
1647. Tous ces Bayard sont des descendants de Baltazar Bayard, pro- 
fesseur à Paris. 

Les Espagnols, eux, arrivent bons deuxièmes, avec la Floride et les 
états du Sud-ouest. 

Quant aux Anglais, ils n'ont ouvert que les états de l'Atlantique; 
et encore, ils n'y furent pas seuls, loin de là! Ce sont les aléas de la 
guerre et les suites de la politique des autres mères-patries qui ont voulu 
que les Anglais obtiennent la maîtrise entière et fassent l'unité parmi 
ces peuples. Mais, ni par le droit de découverte, ni par le droit de 
premier occupant, ils ne peuvent se glorifier d'avoir constitué le noyau 
primitif de la grande nation américaine. Ils n'ont même pas l'hon- 
neur d'avoir donné le nom au pays, puisque ce sont les moines de 
l'abbaye St-Dié en France qui, en publiant le récit des voyages d'Amé- 
rigo Vespucci, en 1507, l'appelèrent du nom d'"Amérique". (La Lé- 
gion Américaine a souligné le fait en 1921, en érigeant une tablette 
commémorative où il est écrit "Cette maison symbolise les fonds bap- 
tismaux de l'Amérique" ) . 

Le peuple américain s'est donc formé petit à petit, sur l'espace de 
trois siècles, de l'apport fourni par plusieurs nations européennes à la 
fois. De toutes ces parties diverses, la cohésion s'est faite non pas 
surtout par la langue, mais par l'unité de sentiments, d'aspirations, et 
de conception d'un régime de vie et de gouvernement. 

Et ici encore, de toutes les nations qui ont apporté leur contribu- 
tion à ce grand oeuvre, à ses débuts, c'est la France qui a joué le rôle 
le plus considérable; et par l'ancienneté de sa venue, et par l'immensité 
du territoire qu'ell ea ouvert à la civilisation; et cela sans compter l'aide 
précieuse qu'elle a apportée à l'unification des colonies, au moment de 
la guerre de l'Indépendance américaine. 

Aussi, qu'un descendant de Français foule le sol américain depuis 
plusieurs générations ou qu'il vienne directement de France ou du 
Canada français, il n'est pas un étranger aux Etats-Unis. Car on n'est 
pas étranger chez soi ni chez ses proches parents. 

Voyons un peu, si vous le voulez bien, ce rôle qu'a joué la France 
dans une toute petite portion des Etats-Unis, la Nouvelle-Angleterre. 

Exploration de la Côte de la Nouvelle- Angleterre 

A l'époque des grandes découvertes en Amérique, quelques explo- 
rateurs longèrent la côte de la Nouvelle-Angleterre. Entre autres, 
Verazzano, venu en 1524 pour le compte de la France, et qui a laissé 
derrière lui quelques appellations françaises, telles que la Rivière St- 



34 BULLETIN DE LA SOCIETE HISTORIQUE 

Antoine (Hudson River), l'Ile de l'Ascension (Long Island, New 
York), la baie Notre-Dame (Narragansett Bay, Rhode Island) et l'Ile 
Louise-Clothilde (Block Island, Rhode Island). (1) 

Mais c'est à Samuel de Champlain que revient l'honneur d'avoir 
le premier exploré minutieusement la côte, et surtout d'avoir dressé des 
cartes et composé un récit détaillé de ses voyages. Et, ce qui est plus 
intéressant pour nous encore, il a donné à ces caps, à ces îles, à ces baies, 
à ces rivières et à ces montagnes, de beaux noms français. 



En 1604, Pierre du Guast, sieur de Monts, nommé par le roi de 
France lieutenant-général de l'Acadie, était venu établir ses quartiers 
sur la petite île Ste-Croix (Dochet Island, Maine, corruption de île 
Doucette) dans la rivière Ste-Croix, frontière actuelle entre le Nouveau- 
Brunswick et le Maine. Il y "avait fait construire à l'intérieur d'une 
palissade, des maisons, des magasins, des boutiques, un four, un moulin, 
et le reste. 

Il avait avec lui, Champlain, le baron de Poutrincourt, l'abbé 
Nicoles Aubry, les sieurs Orville, Champdoré; Beaumont, Fouqueray, 
la Motte-Bourioli, et 120 hommes, artisans et laboureurs. 

Le territoire sous sa juridiction comprenait les Provinces Maritimes 
actuelles et la Nouvelle-Angleterre. 

Premier voyage de Champlain, en 1604 

Le 2 septembre 1604, Champlain partit, sous les ordres de M. de 
Monts, avec douze matelots et deux sauvages pour explorer la côte 
Norembègue (Maine). 

Le 5, il découvre une île "fort haute, coupée par endroits, qui 
paraissait comme sept ou huit montagnes rangées les unes proches des 
autres," dit Champlain; et il ajoute: "Je l'ai nommée l'Ile des Monts- 
Déserts (Mt. Désert Island). 

Le 6, il visite l'embouchure de la rivière Pentagouet (Penobscot 
River) et s'arrête sur l'Ile au Haut (Isle au Haut) et sur l'Ile Longue 
(Long Island, Maine). Il remonte la rivière jusqu'à la ville actuelle 
de Bangor, Maine. 

Le 17, il part pour visiter la rivière Quinebequy (Kennebec River) 
mais manquant de vivres il doit revenir à Ste-Croix. 

Deuxième voyage de Champlain, en 1605 

Le 18 juin 1605, M. de Monts et Champlain partent, en com- 
pagnie de vingt matelots et d'un sauvage, pour explorer la côte du 

( 1 ) Battery, en face de la statue de la Liberté, oeuvre du sculpteur français 
Bartholdi. et don de la France aux Etats-Unis, une plaque de cuivre rap- 
pelle le souvenir du passage de Vcrrazzano. 



ETUDES 35 

pays des Almouchiquois (New Hampshire, Massachusetts, Rhode 
Island et Connectieut) . 

Ils longèrent l'Ile du Grand Ménane (Grand Manon Island), puis 
une autre qu'ils appelèrent l'Ile aux Corneilles (Crow Island) ; ils 
s'arrêtèrent à l'Ile des Monts-Déserts déjà découverte, puis à l'Ile aux 
Renards (Fox Island). 

Le 1er juillet, ils arrivaient à la rivière Quinibequy (Kennebec 
River) . Dans la baie, ils nommèrent une île, l'Ile aux Marsouins 
(Sequin Island), et une série d'autres, les Iles aux Roches (Sugar 
Loaves Islands) . Ils visitèrent aussi l'embouchure de la rivière Andros- 
coggin. 

Le 8 juillet, ils étaient dans la baie de Casco (Gasco Bay, à Port- 
land, Maine). C'est de là qu'ils aperçurent et nommèrent les Monta- 
gnes Blanches (White Mountains) du New Hampshire: "Nous voyons 
de hautes montagnes toutes blanches, que l'on croit encore couvertes 
de neige." 

Le lendemain, ils s'arrêtaient à un îlot (Ram Island) et à une île 
couverte de raisins sauvages et qu'ils nommèrent l'Ile Bacchus (Rich- 
mond Island) . 

Le 12 et les jours suivants, ils doublèrent un cap qu'ils appelèrent 
Port aux Iles (Harbor Island) ; puis, ils s'arrêtèrent aux Iles des Bat- 
tures (Isles of Shoals), visitèrent la Baie Longue (l'embouchure de la 
rivière Merrimack, d'après W. I. Grant), doublèrent le Cap aux Iles 
(Cape Ann), s'arrêtèrent à Beauport (Gloucester, Massachusetts), et 
visitèrent une rivière qu'ils baptisèrent la Rivière du Guast — du nom 
de M. de Monts: Pierre du Guast (Charles River à Boston). 

Le 17, ils doublèrent le Cap St-Louis (Brant Point), s'arrêtèrent 
dans un port voisin qu'ils appelèrent le Fort du Cap St-Louis (Ply- 
mouth, Massachusetts) , de là, se rendirent au Cap Blanc (Cap Cod) , 
puis ils descendirent dans la Baie Ste-Suzanne du Cap Blanc (Wellfleet 
Bay). 

Le 20, ils visitaient un village indien, qu'ils dénommèrent Male- 
barre — mauvaise barre — à cause des battures qui en barraient 
l'entrée (Nauset, Massachusetts) . 

Enfin, le 25 juillet, ils commençaient leur voyage de retour à 
Ste-Croix, en passant par le Cap Blanc, le Cap aux Iles, Chouacouet 
(Saco) et Quinibequy, pour rentrer chez eux le 3 août. 

Troisième voyage de Champlain, en 1606 

Le 5 septembre 1606, Poutrincourt et Champlain allèrent conti- 
nuer leurs découvertes. Ils longèrent la côte qu'ils avaient déjà visitée, 



36 BULLETIN DE LA SOCIETE HISTORIQUE 

et en passant, ils donnèrent le nom de Baie Blanche à ce que l'on 
nomme aujourd'hui la Massachusetts Bay. 

Le 20, ils étaient au fond de la baie du Cap Blanc (Cod) et débar- 
quaient dans un port où ils trouvèrent "force huitres très bonnes", dit 
Ghamplain, "et la nommâmes Port aux Huîtres" (Barnstable Bay). 

Après avoir contourné le Cap Blanc et doublé le Cap Batturier 
(Pollock Kip Shoals), le 14, ils descendirent dans une baie où les 
sauvages leur tuèrent quelques hommes; en conséquence, ils nommè- 
rent l'endroit Port Fortuné (Chatham Bay). (1) 

Le 15 octobre, ils aperçurent une "île qu'ils baptisèrent La Soup- 
çonneuse (Martha's Vineyard), "pour avoir eu plusieurs fois croyance 
de loin que ce fût autre chose qu'une île", écrit Champlain. Quelques 
jours plus tard, ils passaient près d'une rivière, le long de la terre ferme, 
et ils la nommèrent Rivière Champlain (Mashpee River). 

Le 28 octobre, ils repartaient de la Malebarre (N'auset) et retour- 
naient à Port-Royal, leurs nouveaux quartiers, où ils arrivaient le 14 
novembre 1606. 

Le Maine 

L'histoire française du Maine se confond, durant un siècle et demi, 
avec l'histoire de l'Acadie, alors que le Maine et l'Acadie ne formaient 
qu'un même territoire. 

En concédant l'Acadie à M. de Monts, en 1603, Henri IV de 
France considérait la colonie comme s'étendant depuis le 40e degré 
(au sud de New- York) jusqu'au 56e (au Labrador) ; de son côté, 
Jacques 1er d'Angleterre constituait, en 1606, soit trois ans plus tard, 
une colonie anglaise dont le territoire s'étendait du 41e degré (au Nord 
de New- York) jusqu'à la frontière actuelle du Canada, au 45e. Cette 
double prétention à un même territoire ne pouvait qu'amener une série 
de luttes entre les deux colonies; et les luttes n'ont pas manqué. 

L'état de guerre continuel empêcha les colons français de s'établir 
solidement au Maine. Il n'y a, à vrai dire, que les missions qui soient 
demeurées en permanence. Aussi bien, les incursions anglaises devin- 
rent surtout des guerres de religion: il s'agissait d'abord d'éloigner les 
missionnaires, et ainsi empêcher leur emprise sur les Indiens. 

Premiers Etablissements 

En 1604, M. de Monts, nous l'avons vu, établissait le poste de 
l'Ile Ste-Croix (Dochet Island, Maine) , sur la rivière Ste-Croix. L'abbé 
Nicolas Aubry y célébra la première messe en Nouvelle-Angleterre. 

( 1 ) Sur une plaque de bronze érigée à Stage Harbor, dans la baie de Chatam, 
on y lit ce qui suit: "Samuel de Champlain was the first white man to 
land hère in 1606." 



ETUDES 51 

En 1611, M. de Poutrincourt, accompagné des Pères Jésuites 
Pierre Biard et Ennemond Massé, se rendit jusqu'à la rivière Kennebec. 
Les Pères y célébrèrent la messe. 

En 1613, M. de la Saussaye, avec les Jésuites Jacques Quentin, 
Biard et Massé, le Frère Gilbert du Thet, et une cinquantaine de colons 
au service de la Marquise de Guercheville, se dirigeait sur Pentagouet 
pour y fonder un poste de missions. Mais, s'étant arrêtés en chemin à 
l'Ile des Monts-Déserts, ils décidèrent, sur les pressantes invitations des 
Indiens, de s'établir sur l'Ile, et ils y fondèrent la Mission St-Sauveur 
(Bar Harbor, Maine). 

Dès l'automne de la même année, le capitaine anglais Argall vint 
de la Virginie s'attaquer à la Mission. Le Frère du Thet et plusieurs 
colons furent tués; le Père Massé, M. de la Saussaye et treize autres 
Français furent envoyés à la dérive dans une barque — ils purent heu- 
reusement rejoindre Ste-Croix — ; et les Pères Biard et Quentin, ainsi 
que dix Français, furent emmenés comme prisonniers en Virginie. 

L'année suivante, Argall revint, sur les ordres du gouverneur de 
la Virginie, détruire complètement St-Sauveur, Ste-Croix et Port- 
Royal. Les deux Pères et les autres prisonniers furent conduits en 
Angleterre, et de là en France. 

Cette Ile des Monts-Déserts fut concédée à Lamothe-Cadillac, en 
1688. La possession en fut confirmée à ses descendants, des Grégoire, 
par la Cour suprême du Massachusetts, après la Guerre de l'Indé- 
pendance. 

Aujourd'hui, à Bar Harbor, une église catholique et une autre 
protestante portent le même nom de Holy Redeemer, en souvenir 
de la mission de 1613, tandis qu'une plaque rappelle le passage de 
Champlain. 

Les Récollets 

Les Récollets prirent charge des missions de l'Acadie de 1619 
à 1632. Ce furent les Pères Sébastiens, Jacques de la Foyer, Louis 
Fontinier et Jacques Cardon. 

Les Capucins 

A partir de 1633 et jusqu'en 1658, ce furent les Pères Capucins 
qui eurent charge d'âmes. Ils avaient une mission sur la Kennebec, 
mais la mission principale était à Pentagoet (Castine, Maine) où 
le Français Latour avait un poste depuis 1613. 

Les Pères Léon de Paris, Corne de Nantes, Elzéar de St-Floren- 
tin et Bernard de Crespy, y séjournèrent tour à tour. En 1654, la 
mission fut détruite par les Anglais encore. 



38 BULLETIN DE LA SOCIETE HISTORIQUE 

On trouva dans le sol, en 1863, près de Castine, Maine, une plaque 
de cuivre qui se lit comme suit: "Le 8 juin 1648, moi, Frère Léon de 
Paris, capuccin, missionnaire, ai posé la pierre angulaire de la chapelle 
dédiée à Notre-Dame du Bon Espoir." 

Les Pères Jésuites à Narantsouac 

En 1646, le Père Gabriel Druillettes jésuite, venait au Canada 
prendre charge des Abénaquis de la rivière Kennebec. Il fonda plus 
tard la mission de l'Assomption, à Narantsouac (Norridgewock, 
Maine). 

Le gouverneur d'Ailleboust l'envoya, en 1651, comme délégué 
officiel auprès du gouverneur Gibbons de Boston. Il y fut très bien 
reçu et il put même dire la messe dans la chambre mise à sa disposition 
dans la maison du gouverneur. C'était la première fois que la messe 
était célébrée à Boston. 

Les successeurs du Père Druillettes furent les Jésuites Jacques 
Bigot, qui construisit la chapelle, Vincent Bigot, Joseph de la Chasse, 
Julien Binneteau, Joseph Aubery et Sébastien Rasle. 

Le Père Rasle y passa trente ans. En 1 704, les Anglais détrui- 
saient la mission, mais sans pouvoir rejoindre les Indiens, qui s'étaient 
sauvés dans les bois. En 1724, les Anglais revinrent, tuèrent le Père 
Rasle, dont la tête avait été mise à prix, et massacrèrent une partie 
des habitants. 

Le Père avait composé un dictionnaire de la langue des Abéna- 
quis; on le conserve précieusement à la bibliothèque de l'université 
Harvard, à Boston. Son crucifix est au Collège Bowdoin, à Brunswick, 
Maine, et un livre de prières en abénaqui, imprimé par H. L. Darvieux 
de Boston, est consacré dans les archives de l'archidiocèse de Boston. 

Un monument rappelle le souvenir du Père Rasle à Norridgewock, 
Maine. 

Les Pères de Syresme et Etienne Lauverjat relevèrent temporaire- 
ment la mission, tandis qu'un bon nombre d'Abénaquis allèrent s'éta- 
blir au Canada, pour plus de tranquilité. 

La Mission de Pentagoiut 

Pendant que les Jésuites s'occupaient de la mission de la Kennebec, 
les Récollets d'abord (Pères Molin et Morain), puis des prêtres sécu- 
liers ensuite, se chargaient de reprendre celle de Pentagoet (Penobscot) 
abandonnée par les Capucins. 

L'abbé Louis-Pierre Thury, envoyé du Canada par Mgr de Laval, 
s'établit à Pentagoet (Castine, Maine), en 1684. 



ETUDES 39 

Quatre ans plus tard, en 1688, il bâtit l'église Ste-Anne de Pana- 
waniski (Old Town, Maine) et y érigea la première paroisse de la 
Nouvelle-Angleterre. Cette paroisse existe encore. 

Les abbés Jacques D'Eschambault, Philippe Rageot, Guay et 
Antoine Gaulin lui succédèrent, jusqu'à la destruction de la mission 
par les Anglais, en 1704. 

Le Baron de St-Castin 

Un des hommes qui ont le plus aidé les missions auprès des 
Indiens, en les protégeant contre les Anglais et en survenant aux besoins 
des missionnaires, fut Jean-Vincent d'Abbadie, baron de St-Castin. 
Il vint, en 1670, s'établir à Pentagoet (alors appelé, d'après lui, Catine, 
Maine) . 

Vers 1680, il épousait la fille du grand-chef des Abénaquis, auquel 
il succéda comme commandant à la guerre. 

Jusqu'à sa mort, en 1707, il s'illustra au service de la cause de la 
France. Son fils et successeur, Bernard-Anselme (1689-1728), con- 
tinua son oeuvre. 

La Révolution Américaine 

Lors de la Révolution américaine, les Abénaquis du Maine, ayant 
à leur tête le chef Orono, se joignirent aux Patriotes contre les Anglais. 
Dès lors, le gouvernement du Massachusetts ne songea plus à les persé- 
cuter. Sur leur refus de recevoir un ministre protestant comme mis- 
sionnaire, il leur fut envoyé le Père Hyacinthe de la Motte, religieux 
augustin, chapelain d'un vaisseau de guerre français; puis, ce fut le 
Père Frédéric de Bourges. 

En même temps, le Père Juniper Berthiaume, un Récollet de 
Montréal, les visitait régulièrement. 

Après la Révolution, le Sulpicien François Ciquart s'occupa d'eux 
jusqu'en 1794. 

Puis, après cette date, l'Eglise américaine ayant reçu un renfort 
considérable de prêtres français chassés de leur pays à l'époque de la 
révolution française, les catholiques du Maine relevèrent des prêtres 
de Boston : le Père Antoine Matignon d'abord, puis le Père Jean-Louis 
Lefebvre de Cheverus, premier évêque de Boston, le Père Jacques 
Romagné, et Etienne Cailleaux. 

Les Acadiens 

Après l'expulsion des Acadiens de la Nouvelle-Ecosse, un bon 
nombre des persécutés s'étaient réfugiés sur le cours inférieur de la 
rivière St-Jean, au Nouveau-Brunswick, et y avaient fondé la paroisse 
Ste-Anne. 



40 BULLETIN DE LA SOCIETE HISTORIQUE 



Lors de la Guerre de l'Indépendance américaine, ils furent à nou- 
veau chassés de leurs terres pour faire de la place aux Tories des Etats- 
Unis, qui étaient restés fidèles à l'Angleterre. Us vinrent alors s'établir 
en bloc sur le cours supérieur de la rivière, mais toujours au Canada. 

Avec le Traité de Washington (Ashburton- Webster) en 1842, par 
le nouveau tracé des frontières entre les deux pays, une bonne partie 
de ces Acadiens se trouvèrent du côté américain. Ils forment encore 
de nos jours avec des Canadiens qui vinrent les rejoindre du Québec, 
le groupe français du comté d'Aroostock, Maine. 

Le recensement américain de 1820 mentionnait 147 familles aca- 
diennes, en tout 1171 âmes. Le recenseur ne devait pas être familier 
avec la langue française, si l'on en juge par sa liste. Il donne des 
noms tels que: Willet (Ouellette), Sompishaw (Sans-façon), Sear 
(Cyr), Balio (Beaulieu), Morio (Moreau), Carmio (Cormier), Law- 
shiere (Lauzier), Hitchambow (Arohambault) , Albert (Hébert), Bel- 
flour (Bellefleur), Neehoson (Noiseux), Adyet (Audette), Dusett 
(Doucette). Des cent quarante-sept noms, treize sont bien orthogra- 
phiés, entre autres, Bourgoin, Thibodeau, Cyr. 

D'après ce même recenseur, il n'y avait que deux familles "amé- 
ricaines" dans la région : des Baker et des Bacon. 

Au début, nos Acadiens furent déservis par leurs anciens mission- 
naires et par des prêtres qui venaient les visiter des paroisses voisines du 
Québec. Ils construisirent leur première église en territoire américain 
à St-Bruno (Van Buren, Maine), en 1838. Et l'une après l'autre, ils 
fondèrent les paroisses de St-David, Madawaska, Ste-Luce (Franche- 
ville), St-Louis (Fort Kent), Michaud, Ouellette, Grande Isle, Lara- 
bée, Hamelin, St-François, Daigle, Chateaucoin, Acadie, Lemoine, Ste- 
Agathe, Plourde, Cyr, Wallagras, Winterville, Vaillancourt, Guérette, 
Lambert, Lille, Calais, etc., etc. 

Le Massachusetts 

Quand on parle des "Pilgrim Fathers" qui descendirent du May- 
flower à Plymouth; quand on mentionne Faneuil Hall, de Boston, "the 
Gradle of Liberty"; "Paul Revere's Ride" qui amena la bataille de 
Concord où l'on tira des coups qui furent entendus dans tout l'univers" ; 
la bataille de Bunker Hill, où l'on résista à l'oppresseur ... on touche 
à la corde sensible du patriotisme chez les Américains; car pour eux, 
ces héros et ces lieux historiques sont ce qu'il y a de plus américain. 
Et pourtant .... 

Les Pèlerins du Mayflower -- - 1620 
The Plymouth Colony 

Les Pèlerins avaient quitté l'Angleterre où ils étaient persécutés, 
pour se rendre en Hollande, en 1608. C'est de là qu'en 1620, avec 



ETUDES 41 

d'autres coreligionnaires, ils vinrent en Amérique. Ils descendirent à 
l'endroit que Champlain avait visité en 1605 et nommé le Port du 
Cap St-Louis. Eux le changèrent en Plymouth, du nom de la ville 
d'Angleterre où ils avaient fait escale en route pour l'Amérique. 

Parmi ces pèlerins, il y avait plusieurs Français, dont : Guillaume 
Molines (William Mullins), sa femme, et ses deux enfants Joseph et 
Priscille ; 

Jean Alton, que Longfellow a immortalisé dans son poème "Miles 
Standish", sous le nom de John Alden, et qui après son mariage avec 
Priscille Molines (Priscilla Mullins) alla s'établir de l'autre côté de la 
baie, à Duxbury, Massachusetts (Duysbourg). Un de ses fils s'y 
construisit une maison qui existe encore et qui est devenue un musée 
des premiers temps de la colonie; 

Georges Soulé (George Sowle) ; 

Robert Cartier (Carter), le serviteur de Molines; 

Richard Gardinier Gardiner) ; 

Samuel Fouleur (Fuller) ; 

Christophe Martin. 

En 1621, le bateau "Fortune" amenait, entre autres colons, Samuel 
Terry et Philippe Delancy. Ce Philippe Delancy épousa, en 1645, 
Esther Duysbourg (Hester Duxborough - - Duxbury, Massachusetts, 
est nommé en l'honneur des Duysbourg) . 

Ces Delancoy devinrent des Delano, et ils comptent parmi leurs 
descendants l'avant-dernier président des Etats-Unis. Franklin Delano 
Roosevelt. 

Massachusetts Bay Colony -- 1628 

Un groupe d'émigrants s'établit à Salem en 1628; deux ans plus 
tard, un autre groupe s'établit à Boston; ensemble ils formèrent la 
Colonie de la Baie Massachusetts (nommée la Baie Blanche, par 
Champlain, en 1606). 

Plusieurs petites villes se formèrent le long de la rivière Charles 
(Rivière du Guast) , visitée par Champlain en 1605.) 

Cette colonie devait plus tard absorber celle de Plymouth et même 
celle du Maine. Parmi les fondateurs si foncièrement américains, nous 
avons des amis, de bonnes gens venus de France, des hommes épris de 
liberté. En voici quelques-uns: 

New Oxford - - 1687 

En 1687, à une cinquantaine de milles à l'intérieur, le long de la 
rivière Française (French river — Manexit River) se fondait la petite 
ville de New Oxford (Oxford, Massachusetts) . Les fondateurs étaient : 



42 BULLETIN DE LA SOCIETE HISTORIQUE 

Gabriel Bernon, leur chef, Sigourney, Allaire, Barbut, Beaudoin, Bou- 
det, Bureau, Conton, Gazeneau, Chardon, Dupont, Despeux, Grignon, 
Jeanson, Johannot, Maillet, Martin, Millet, Montel, Montier, Mousset, 
Olivier, Papineau, Savage et Tuffleau. 

Les Beaudoin 

Pierre Beaudoin s'établit à Boston, en 1690. 

Son petit-fils, Jacques Beaudoin (James Bowdoin), naquit à 
Boston en 1727. Dès 1753, il était membre de la Cour du Massachu- 
setts. Elu au Congrès de Philadelphie avant la guerre de 1774-75, 
il fut un des membres du Comité qui élabora la Constitution des Etats- 
Unis, en 1788. Il avait été élu gouverneur du Massachusetts en 1785. 

Le Collège Bowdoin, à Brunswick, Maine, a pris ce nom en l'hon- 
neur de Jacques Beaudoin. 

Les Faneuil 

Pierre Faneuil est né à New Rochelle, New-York, de parents 
français, (Benjamin Faneuil et Anne Bureau). 

Tout jeune encore, il suivit son père à Boston. 

En société avec Gabril Bernon et Louis Allaire, il établit un com- 
merce considérable. 

En 1740, quelques années avant de mourir, il fit don d'un hôtel- 
de-ville à la municipalité. C'est dans la salle de cet édifice, surnommé 
le "Faneuil Hall", que les protestations s'élevèrent contre la Loi du 
Timbre et que la résistance des Patriotes s'organisa dans le Massachu- 
setts. On l'a appelé depuis "The Cradle of Liberty". 

Bunker Hill 

La colline Bunker, à Boston (Charlestown) , où s'est livrée la 
bataille dite de Bunker Hill, en 1775, a pris ce nom d'un Français de 
l'endroit, Georges Boncoeur (George Bunker. Il était constable de 
Charlestown. 

Paul Révère 

Paul Révère, de son vrai nom, Paul Rivoire, était de descendance 
française. Son grand-père était venu de Romagneu, France, s'établir 
à Boston; et c'est là que Paul naquit en 1735. 

Il fut l'un des instigateurs du "Boston Tea Party", en 1773. 

En 1775, il organisa un groupe de trente hommes pour surveiller 
les mouvements de l'armée anglaise. C'est à cette occasion qu'il se 



ETUDES 43 

signala par sa fameuse course à cheval depuis Boston jusqu'à Conoord, 
Massachusetts, pour avertir les Patriotes de la venue des troupes an- 
glaises. Longfellow a célébré cet exploit dans son poème "Midnight 
Ride of Paul Révère". 

Un des nombreux métiers qu'il exerça fut celui de graveur-impri- 
meur. C'est lui qui grava les plaques et qui imprima le papier-mon- 
naie émis par la Législature du Massachusetts. 

Il organisa également une fonderie de cuivre à .Canton, Massa- 
chusetts, où il coulait des cloches. 

Révère était huguenot. Un de ses petits-fils, le général Joseph- VV. 
Révère, se convertit au catholicisme. 

Le nom de Révère est devenu légendaire. Il est perpétué par la 
municipalité de Révère, Massachusetts, de même que par Révère 
Beach, Révère Park, Révère Street, Révère Beach Avenue, Révère 
Beach Parkway, etc. 

Autres Colonies 

Parmi les premiers colons, il y eut encore Jean Touton de la 
Rochelle, médecin; Philippe Langlais (Philip English), un des mar- 
chands les plus importants de Salem et de Boston, qui établit la maison 
d'importation appelée "England's Great House" ; Les Dana, dont 
R. H. Dana, qui fut l'un des fondateurs de la "North American 
Review", et son fils R. H. Dana, l'auteur de "Two Years Before the 
Mast". 

L'Eglise Catholique du Massachusetts 

Jusqu'à la Révolution américaine, les catholiques du Massachu- 
setts furent considérés comme des hors la loi. Ils réussirent à s'infil- 
trer quand même dans l'état, puisque lors de la guerre de 1748 entre 
la France et l'Angleterre des Bostonais arrêtèrent, pour les incarcérer, 
une centaine de catholiques de langue française. Toutefois, le shérif 
refusa heureusement de les enfermer et leur rendit la liberté. 

A ce premier groupe vinrent s'ajouter, à partir de 1755, les Aca- 
diens expulsés de leur pays. Tous les dimanches, à Cambridge, Salem, 
Suffolk, Worcester, Middlesex et dans plusieurs autres centres, ils se 
réunissaient pour ce qu'ils appelaient "la maison blanche". Et alors, 
ils chantaient le Kyrie, le Gloria, le Credo, et le reste, puis quelqu'un 
faisait lecture de l'épître et de l'évangile du jour. 

A Cambridge, Louis Robichaud, et à Salem, Simon Leblanc, 
avaient délégation du Père Pierre Maillard, grand-vicaire pour les 
catholiques venant de l'Acadie, et de Mgr Pontbriant, pour ceux du 



44 BULLETIN DE LA SOCIETE HISTORIQUE 

Québec, et ils pouvaient recevoir les engagements de mariage. Les 
nouveaux époux devaient verser une aumône pour les pauvres et 
promettre de renouveler leurs engagements devant un prêtre, à la 
première occasion qui se présenterait. 

En 1775, Washington, qui fut témoin d'une démonstration contre 
la religion catholique à Boston, blâma vertement les Bostonais pour 
leur fanatisme et leur manque de sens pratique, puisqu'à ce moment 
même on recherchait l'alliance avec la France et le Canada français, 
deux pays catholiques. 

Après la guerre, le séjour de la flotte en Nouvelle-Angleterre et 
l'établissement au pays de plusieurs de ces Français venus au secours 
de l'Amérique, firent cesser petit à petit le fanatisme puritain. A 
Boston même s'établirent les familles de la Luzerne, consul français, 
Beaudry de Bellerive, Cormerais de l'Horme, Caillau, Durivage, Du- 
port, Dusseauçoir, Dumesnil, Lépouse, Julien, Morel, Ravaut, Bru, 
Masson, Carraux, Jean Dumara, Jean-B. Massé, Jean Juteau, Jacques 
Nebon, André Carente, Jean Duballet, Frédéric de Bissy, Joseph 
Després, Pierre et François Murât; et d'autres. 

Pendant la Révolution, l'abbé J.-B. Causse exerça de temps à 
autre son ministère auprès des Français de Boston. 

En 1778, l'abbé Claude-Florent Bouchard de la Poterie, aumônier 
de la marine française, acheta à Boston un temple Protestant et le trans- 
forma pour le culte catholique, sous le nom d'église Ste-Croix. Du 
Canada et de la France vinrent plusieurs dons en faveur de la nouvelle 
paroise. Malheureusement, l'abbé fut interdit. Avant d'avoir l'église, 
la messe était dite dans la maison de M. Baury. 

Il fut remplacé par l'abbé Louis Rousselet. Lui aussi dut être 
relevé de ses fonctions et alla mourir à la Guadeloupe, victime d'une 
insurrection. Il eut la consolation, avant l'exécution, de donner une 
dernière absolution à ses compagnons d'infortune. 

Le sulpicien Huet de la Valinière, qui avait dû quitter le Canada 
à cause de ses opinions pro-américaines, séjourna aussi quelques mois 
à Boston, en 1 785. 

C'est à un saint prêtre, l'abbé François-Antoine Matignon, que 
revient l'honneur d'avoir organisé la vie catholique au Massachusetts. 
Chassé de France par la Révolution, il était venu se réfugier à Boston 
en 1792, pour y demeurer jusqu'à sa mort en 1818. 

Quatre ans après son arrivée au pays, il avait fait venir son ami 
l'abbé Jean^Louis Lefebvre de Cheverus, et tous deux s'étaient partagé 
le ministère. M. de Cheverus était spécialement chargé de visiter les 
Indiens du Maine et de faire la tournée des catholiques disséminés 
depuis Boston jusqu'à la frontière du Canada. 

Ils avaient fait construire, en 1800, une belle grande église, du 
nom de Ste-Croix, qui devait plus tard et jusqu'en 1860 servir de 



ETUDES t5 

cathédrale (Holy Cross Cathedral). Ces deux bons prêtres avaient, à 
n'en pas douter, l'estime de tous, car les Protestants fournirent presque 
autant que les catholiques pour la construction de l'église. 

Monseigneur Carroll avait voulu faire nommer M. de Matignon, 
évêque de Boston, mais il n'avait pu le décider à accepter la charge. 
Au contraire, M. de Matignon avait insisté pour que l'honneur échoie 
à M. de Cheverus, ce qui arriva en 1808. 

Mgr de Cheverus, par la simplicité de sa vie, sa grande bonté et 
sa réputation de sainteté, était vénéré tant des catholiques que des 
protestants. Il demeura à Boston jusqu'en 1823, après avoir refusé le 
poste de coadjuteur à Baltimore et l'évêché de New- York. Il espérait 
rester à Boston toute sa vie; mais sa santé défaillante l'obligea à retour- 
ner en France, où le roi le fit nommer évêque de Montauban, puis 
cardinal et archevêque de Bordeaux. 

Le Rhode -Island 

En 1524, Verazzano, au service de la France, après avoir décou- 
vert la rivière St-Antoine (Hudson River) et l'Ile Ascension (Long 
Island) s'arrêtait à l'Ile Louise-Clotilde - - du nom de la mère de 
François 1er — (Block Island), et visitait la baie Notre-Dame ou 
Bonne-Mère (Narragansett Bay). Il parle aussi, dans ses relations de 
1524, d'"une île de la grandeur de Rhodes en Méditerrannée" (Rhode 
Island) . 

D'aucuns prétendent que Jean Verazzano lui-même ne vint jamais 
en Amérique, mais que ce fut le corsaire français Jean Florin qui fit le 
voyage sous un nom d'emprunt, afin de s'éviter des complications poli- 
tiques. 

Les Bail ou 

Roger Williams fonda Providence en 1636. Trois ans plus tard, 
Mathurin Ballou, originaire de la Normandie, en France, venait s'éta- 
blir dans ce village. Les descendants de Ballou se sont multipliés au 
Rhode Island et y ont joué un rôle important. 

James, Obediah et Nathaniel Ballou s'établirent à Woonsocket, 
Rhode Island, en 1713. 

Les fils de James allèrent se fixer au New-Hampshire. A Rich- 
mond, New-Hampshire, est née Elisa Ballou, petite-fille de James et 
mère du Président des Etats-Unis, James Garfield. 

Georges Ballou, né en 1798, à Cumberland Hill, Rhode Island, 
ouvrit les premières filatures de Woonsocket. 

Latimer Ballou, fils de Georges, commerçant, fonda le "Fremont 
Club" dans le but de promouvoir la candidature de Jean-Charles Fié- 



46 BULLETIN DE LA SOCIETE HISTORIQUE 

mont, un Franco-américain, à la présidence des Etats-Unis. Aux élec- 
tions de 1856, Frémont reçut 114 votes électoraux, contre 174 pour 
Buchanan, son adversaire. 

Ariel Ballou fut le médecin des premiers Canadiens qui arrivèrent 
à Woonsocket. 

Mathurin Ballou, devenu Mathurin Murray, fut l'un des fonda- 
teurs et actionnaire du journal, le "Boston Globe". 

Frenchtown, R. 1. 

Le 4 novembre 1686, Ezéchiel Carré et Pierre Le Breton achetaient 
par contrat, de Richard Wharton, Elisha Hutchinson et John Saffin, 
une vaste étendue de terrain entre les villes actuelles de East Green- 
wich et de Kingston, Rhode-Island, pour y établir un groupe de leurs 
compatriotes. 

Sur un côté du chemin, s'installèrent Guillaume Barbut, Paul 
Collin, Jean Carmon, Deschamps, Fougère, Grignon, Légaré, Robi- 
neau, Ayrault, Magni, père et fils, David, père et fils, Chadène Fore- 
tier, Carré, Allaire, Jamain, Russereau, Grasillier, Amien, Lafon, 
Belhair, Milard, Jouet, Renaud, Le Gendre ; et sur l'autre côté, Bertin 
dit Laronde, Ménardeau, Galay, David, Beauchamp, LeBrun, Le- 
Breton, LaVigne, Tauerrier, Bouniot, Lemoine, Tourtelotte, LaVeue, 
Targé père et fils, Arnaud, Lambert, Rambert, Coudret et Julien. 
L'année suivante, Rattier se joignit à eux. 

Ces terrains leur furent enlevés, plus tard, sous prétexte que les 
titres n'étaient pas en règle, mais en réalité parce qu'on les convoitait. 
Les colons se dispersèrent alors dans le Rhode Island, le Connecticut 
et le New- York. 

Moïse Lemoine y demeura seul, après avoir fait régulariser ses 
titres; son nom se tranforma en Mooney, puis en Mawney. Sa terre 
s'appelle encore aujourd'hui "Mawney Estate". 

Les noms de Frenchtown et de French Orchard, ainsi que des 
ruines de quelques maisons, rappellent encore la venue de ces premiers 
colons. 

Les Bernon 

Gabriel Bernon, né en 1644 à La Rochelle, en France, fut un des 
fondateurs de New Oxford, Massachusetts, en 1688. Il demeura quel- 
ques années à Boston où il s'allia avec Pierre Faneuil et Louis Allaire 
pour faire du commerce. 

En 1687, il alla s'établir à Newport, Rhode Island. Il se construi- 
sit un bateau à voiles, son propre quai et des entrepôts, à l'endroit où 
se trouve aujourd'hui Tower Hill. 



ETUDES 47 



Sa femme, Esther Le Roy, mourut à Newport. Il épousa en 
seconde noces Mary Harris, une petite-nièce de Roger Williams et alla 
demeurer à Providence, à l'endroit connu sous le nom de Roger Wil- 
liams Spring (North Main Street). Il y mourut en 1736. à l'âge 
patriarchal de 92 ans. . 

Il laisse son nom à la Colline Bernon, à Woonsocket, Rhode Island, 
et au village fondé au pied de cette même colline par son petit-fils, 
Crawford Alden, l'un des descendants de François Alton venu sur le 
Mayflower en 1620. Le village Bernon est aujourd'hui incorporé dans 
la- ville de Woonsocket. 

Les Bartelot 

Jean Bartelot (John Bartlett) s'installa, en 1692, sur les bords du 
Sneech Pond, à Cumberland Hill, Rhode Island. 

Son fils alla prendre une terre près de Study Hill (Lonsdale, 
Rhode Island). C'est à Study Hill, à l'endroit où se trouve la gare 
de Lonsdale, que s'établit le premier blanc au Rhode Island; en effet, 
William Blackstone y arrivait en 1634, soit deux ans avant que Roger 
Williams fonde Providence. 

Les Tourtelottc 

Un des petits-fils de Gabriel Bernon. Abraham Tourtelotte, marié 
à Lydia Ballard, alla s'établir en 1 708, avec un groupe de compatriotes, 
dans le coin nord-ouest du Rhode Island. (Gloucester County). 
Jonathan, son fils, épousa une petite-fille de Roger Williams. Ces 
Tourtelotte, qui avaient émigrés de Bordeaux, avaient été au nombre 
des fondateurs de Frenchtown. On voit encore sur les cartes: Tourte- 
lotte Hill, Tourtelotte Road; et Acote Hill (Colline- à côté), là où 
est le cimetière de Chepachet. 

Les Marchant 

En 1778 et 1779; Henri Marchant était le délégué du Rhode- 
Island au Congrès américain de Philadelphie. 

Les premiers Marchant venus de France s'étaient d'abord établis 
au Cap Cod, puis de la à Martha's Vineyard, et enfin à Newport, au 
Rhode Island. 

Les Lucas 

Auguste Lucas marié à Marie Lefebvre, originaires de S. Malo 
et Jean Julien, furent des pionniers, en 1696, de ce qui est devenu la 
ville de Newport aujourd'hui. 



48 BULLETIN DE LA SOCIETE HISTORIQUE 



U Eglise cal h oliq ue 

La messe fut dite pour la première fois au Rhode Island par les 
aumôniers de l'armée française venus au secours des Américains, les 
abbés Claude Robin et Paul de St-Pierre. Ils célébrèrent plusieurs fois 
la messe publiquement, notamment au Capitole de Newport. 

En 1797, le vicomte de Cornillon, résidant au Connecticut, avait 
son aumônier personnel, l'abbé Ambroise Sauge, que rejoignit l'abbé 
J.-S. Tisserant qui s'occupa aussi des catholiques du sud du Rhode 
Island. En 1804, il administrait le baptême dans la maison de Nicolas 
Gilbert, à Newport. 

Au début, le Rhode Island relevait de l'évêché de Boston. L'abbé 
Antoine Matignon, curé de Ste-Croix à Boston, vint à Providence, en 
1811, administrer le premier baptême catholique dans cette ville; et 
en 1813, Mgr de Cheverus venait, pour la première fois aussi, adminis- 
trer le sacrement de confirmation à Providence. 

Le Vermont 

Pendant un siècle et demi, la majeure partie de l'Etat du Vermont 
a appartenu au Canada, et ce, par le droit de découverte et d'occupa- 
tion. La Frontière entre les deux pays passait au sud des lacs Cham- 
plain et du Saint-Sacrement (George). C'est pour défendre cette 
frontière que les Canadiens érigèrent les Forts St-Frédéric (Crown 
Point, New York) et Carillon (Ticonderoga, New York), maintenant 
enfoncés à l'intérieur des Etats-Unis. Par le traité de Paris (1763), 
la France cédait ce territoire aux Anglais. 

Samuel de Champiain 

Le premier blanc à pénétrer au Vermont fut Samuel de Cham- 
plain lors de son expédition contre les Iroquois, en 1609. Parti de 
Québec avec deux autres Français et un groupe de sauvages alliés, il 
remonte d'abord le Richelieu, puis, le 14 juillet il entrait dans le lac 
auquel il donna son nom. En cours de route, il distribua des appella- 
tions françaises aux endroits qu'il explorait. 

Le 29 juillet, il descendait à l'endroit appelé aujourd'hui Ticon- 
deroga (New York) , — l'ancien Carillon, — pour y livrer combat aux 
Iroquois. 

Postes Militaires 

En 1666, Pierre de St-Paul, sieur de la Motte, officier du Régiment 
de Carignan, érigeait le Fort Ste-Anne sur l'île Contrecoeur (devenue, 
depuis, en son honneur, Isle La Motte), à l'entrée du lac Champlain. 

Dès l'automne de la même année, le Marquis de Tracy s y arrêtait 
avec son armée, lors de son expédition contre les villages Iroquois. 



ETUDES 49 

Ce fort, en outre qu'il surveillait l'entrée du Richelieu, lut long- 
temps le point d'arrêt des expéditions militaires contre les Indiens ou 
contre les Anglais; des ambassadeurs entre Québec et Albany ou New- 
York; et aussi des missionnaires qui se rendaient chez les Iroquois. 
Ce poste conserva une garnison jusqu'en 1690. 

En 1731, M. de Beauharnois faisait ériger le Fort St-Frédéric, à 
la Pointe-à-la-Chevelure (Crown Point, New York). De 1755 à 1758, 
on le remplaça par le Fort Carillon (Ticonderoga, New York), cons- 
truit par l'ingénieur Michel Chartier de Lotbinière, à qui le gouver- 
neur céda les territoires environnants sous le nom de Scigneureric 
d'Alainville. 

Ces deux forts étaient érigés dans l'état actuel de New York; mais 
comme le lac n'a que quelques centaines de pieds de largeur à ces 
endroits, ils protégeaient également les rives du Vermont. 

Etablissemen ts Fra nçais 

Les guerres incessantes contre les Iroquois, au début de la colonie, 
empêchèrent l'établissement des colons. Mais une fois la paix établie 
avec les Indiens et surtout grâce à la protection des forts, des villages 
français surgirent tout le long du lac Champlain, en particulier à La 
Pointe à la Cheminée (Addison, Vermont), en 1731, et à la Pointe au 
Fer (Ferrisburg, Vermont) dans le sud; et dans le nord, aux endroits 
devenus Alburg et Swanton. 

Jusqu'à quel point ce territoire était français, on s'en fera une 
idée en parcourant les anciennes cartes. On y trouve: 

1. dans le lac; Ile Contrecoeur (Isle La Motte) ; Ile Longue 
(North Hero) ; Grande Ile (Grand Isle) ; Ile aux Chapons (Schuy- 
ler's) ; Ile à la Couverte (Savage Island) ; Ile Valcourt (Valcourt 
Island) ; Ile St-Michel (Hospital Island) ; Ile Valcourt (Valcourt 
Island) ; La Petite Ile (Garden Island) ; Ile aux Quatre Vents (Four 
Brothers Island) ; Ile aux Mouettes (Gull Island) ; 

2. sur les rives du Vermont: Pointe Algonquin (Alburg Tongue) ; 
Rivière à la Moelle (Lamouille River) ; Baie des Vais