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Full text of "Bulletin de la Société archéologique et historique de Nantes et de Loire-Atlantique"



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SOCIÉTÉ ARCHÉOLOGIQUE 

DE NANTES 



BULLETIN 



DE LA 



SOCIÉTÉ ARCHÉOLOGIQUE 



DE NANTES 



ET DU DEPARTEMENT DE LA LOIRE-INFERIEURE 



Année 1908 



TOME QUARANTE-NEUVIEME 



1er Semestre 







NANTES 



BUREAUX DE LA SOCIÉTÉ ARCHÉOLOGIQUE 



1908 



N OTE 



Les études insérées dans le Bulletin de la Société Archéolo- 
gique de Nantes et de la Loire-Inférieure sont publiées sous 
l'entière responsabilité des auteurs. 



B U REAU 

DE LA 

SOCIÉTÉ ARCHÉOLOGIQUE de NANTES 

ET DE LA LOIRE-INFÉRIEURE 



MM. Alcide DORTEL, 0. I. Q Président. 

Alcide LEROUX , 

le baron Gaétan de WISMES » Vice-présidents. 

Docteur Georges HALGaN 

Joseph XAU ( Secrétaires généraux. 

Joseph ANGOT 

Joseph HOUDET ( Secrétaires du Comité. 



ËDOUAKD PIED, 0. I. 

Raymond POUVREAU 
Paul SOULLARD 



rrésorier. 
Trésorier-adjoint. 



' Bibliothécaires- 
Victor LAGREE, 0. # » archivistes. 



COMITÉ CENTRAI, 
MEMBRES A VIE 

Anciens Présidents (1; 

MM. le marquis de BREMOND d'ARS MIGRÉ, # (1881-1886 etl899-1901). 
Léon MAITRE. 0. I. O ( 1902-1904) ; le baron de WISMES (1905-1907). 

MEMBRES ÉLUS 
MM. GIIAILLOU, 0. I. Q 

SK.NOT DE la LONDE Sortants en 1908. 

Claude de MOXTI de REZÉ ^ 

CAILLÉ 

Ludovic CORMERAIS ' Sortants en 1909. 

le chanoine DURVILLE, 0. A. Q ) 

le comte de BERTHOL' 

BLANCHARD, 0. I. Q Sortants en 1910. 

TRÉMANT ) 

(t| Les autres présidents de la Société ont été : MM. Xau (1845-1862). 
f 4 juillet 1865; — le vicomte Sioch'Ân de Kersabiec (1863-1868), 
f 28 novembre 18,97 ; - le chanoine Cahour, 0. A. Q (1869-187i). 
f 7 septembre 1901; - l'intendant Galles, O. # (1872-1874), fil 
août 1891 ; — Marionneau. #, 0. 1. €} (1875-1877 1. f 13 septembre 1896; 
— le baron de Wismes (1878-1880), f 5 janvier 1887, - le vicomte de 
la Lauhencie. * (1881-1883); - Le Meiunen, 0. A. y (1887-1889 
et 1896-1898), f 22 septembre 1905; le marquis de Dion, % 

(1890-1892), f 26 avril 1901; — de la Nioollière-Teijeiro, 0. A. Q 
(189 , M895), f 17 juin 1900. 



EXTRAITS 



Des procès-verbaux des Siéarxoes 



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SOCIETE ARCHEOLOGIQUE 



DE LA LOIRE-INFERIEURE 



Manoir cle la Touche 



SÉANCE DU 14 JANVIER 1908 

Présidence de M. le baron de Wismes, président sortant 
et ensuite de M. Dortel, président élu 

Etaient présents : MM. Angot, commandant d'AnuoN- 
neau, Bastard, Blanchard, abbé Brault, de Brévé- 
dent, Caillé, Chaillou, chanoine Durville, Ferron- 
nière, Flornoy, Furret, Gourdon, abbé Grelier, Hou- 
det, commandant Lagrée, Leroux, abbé Lesimple, 
vicomte de Lisle du Dréneuc, Maître, Pied, Pineau- 
Chaillou, Poirier, Pouvreau, Renard, Renaud, Révé- 
rend, RlNGEVAL, SENOT DE LA LONDE, SOULLARD, TrÉ- 
MANT, DE VeILLECHÈZE, GaËTAN DE WlSMES. 

MM. de Brémond d'Ars, chevalier Joubert et Coutil 
s'étaient excusés. 

M. Jules Crouan, présenté par MM. le commandant 
Lagrée et l'abbé Brault, est élu membre titulaire. 

M. Gabriel Revelière, présenté par MM. le baron de 
Wismes et Antoine Vincent, est élu membre correspon- 
dant. 

M. le Président annonce que le Comité désire l'élection 
de M. Senot de la Londe comme membre du Comité, à 



Soc. Archéol. Nantes. 



X 



cause de sa science et de son dévouement reconnus de 
tous. 

M. Senot de la Londe est élu membre du Comité cen- 
tral eu remplacement de M. Leroux appelé à la vice-pré- 
sidence. 

Monseigneur I'Evêque de Nantes et Monsieur le Maire 
de Nantes entrent dans la salle des séances et prennent 
place au Bureau, ainsi que M. Linyer, président de la 
Société de Géographie et M. Leray, président de la Société 
des Artistes Bretons. 

M. Jamin a regretté de ne pouvoir venir représenter le 
Conseil général du Département. 

M. le Président salue et remercie de leur présence 
Monseigneur I'Evêque, M. le Maire et MM. les Présidents 
des autres Sociétés savantes. Monseigneur I'Evêque dit, 
en quelques mots, la joie qu'il éprouve, en venant au milieu 
de nous. Il fait l'éloge de la science archéologique, et se 
déclare particulièrement heureux de remettre, au nom de 
la Société, la médaille d'or du concours triennal à M. le 
chanoine Durville, dont les doctes travaux sont appréciés 
hautement par les hommes compétents. 

M. le chanoine Durville exprime sa reconnaissance à 
Monseigneur I'Evêque, à M. le Maire et à la Société. Il le 
fait en termes délicats et pleins d'esprit. 

M. le baron de \Vismes, président sortant, prend ensuite 
la parole ; dans un discours très érudit et d'une très grande 
élévation d'idées, il retrace l'histoire de l'architecture et 
fait remarquer l'influence que les idées religieuses, surtout 
au temps des cathédrales gothiques, ont exercé sur le déve- 
loppement de cet art. Puis il salue M. Dortel, appelé à lui 
succéder; il remercie les membres du Bureau et exprime, 
en termes émus, son dévouement et sa reconnaissance pour 
la Société. 

M. Dortel prend alors place au fauteuil de la présidence. 
Il se félicite de la prospérité croissante de la Société, due 
en grande partie à son prédécesseur ; il se déclare heureux 
d'avoir pour collaborateurs, au Bureau, des hommes éclairés 
et dévoués à chacun desquels il adresse, avec beaucoup de 
délicatesse et d'à-propos, un aimable salut. Il espère que 



XI 



les questions préhistoriques, si passionnantes, seront sou- 
vent à l'ordre du jour, et dès cette première séance, il trace, 
en un style très vigoureux et très précis, le tableau des 
résultats auxquels est parvenue, à l'heure actuelle, cette 
jeune science appelée sans nul doute à nous faire, dans 
l'avenir, de si intéressantes révélations. 

La séance est levée à 6 h. 1/4. 

Le Secrétaire général, 

Ferdinand BRAULT. 



SEANCE DU MARDI 4 FEVRIER 1908 

Présidence de M. Dortel, Président. 

Etaient présents . 

MM. de la Brosse, abbé Brault, Caillé, Cazautet, 
Chaillou, Cormerais, Crouan, abbé Durville, Furret, 
Gourdon, abbé Grelier, D r Halgan, commandant 
Lagrée, de Lastours, Leroux, abbé Lesimple, Pied, 
Pineau-Chaillou, D r Plantard, Renard. Révérend, 
Ringeval, Senot de la Londe, Vicomte de Sécillon, 
Soullard, Trémant, de Veillechèze, baron Christian 
de Wismes, baron Gaétan de Wismes. 

Le procès- verbal de la précédente séance ayant été lu et 
adopté, il est procédé à l'admission comme membres titu- 
laires de : 

M. le Marquis de la Ferronnays, fils du Marquis de la 
Ferronnays, député, président du Conseil Général, récem- 
ment décédé, et de M. l'abbé Mouillet. 

Ai. l'abbé Brault rappelle les nouveaux travaux dont 
M. l'abbé Mouillet est l'auteur; il cite en particulier une 
histoire du Grand Séminaire de Nantes, très documentée 
en ce qui concerne surtout le XVII e siècle. 

M. le Président fait passer une très belle photographie 
communiquée par M. le Directeur de la Belle Jardinière, à 



XII 



Nantes, et représentant une maison du Vieux Nantes 
réédifiée avec des servie! les de toilette dans le grand hall 
de la succursale de la rue du Calvaire. 

Cette 1res fidèle reconstitution d'un des plus vieux et 
des plus curieux logis du XV e siècle manifeste l'esprit d'ini- 
tiative et le sens esthétique du Directeur à qui M. le Pré- 
sident propose d'adresser les félicitations de notre Société. 
Cette œuvre d'arl ne constitue pas seulement une réclame 
commerciale (20.000 serviettes ont été nécessaires pour 
l'édification de ce chef-d'œuvre), mais permet encore aux 
habitants du XX e siècle de pouvoir étudier une de ces 
vieilles maisons, si rares aujourd'hui dans notre ville où 
l'on songe plutôt à démolir qu'à conserver ces intéressants 
vestiges du passé. 

Cette maison faisait autrefois l'angle de la rue de la Jui- 
verie et de la rue du Port-Maillard ; elle fut démolie en 1903. 

Après exhibition d'un curieux fusil. M. le Président pré- 
sente une plaque de bronze représentant un brigadier expi- 
rant et tombant dans les bras de son général. En exergue : 
Les Français à Waterloo, 1815. M. Ghaillou, qui possède 
une plaque identique, pense que ces objets ont pu être fondu 
à Nantes. Peut-être pourrait-on voir en ce général notre 
illustre compatriote Cambronne. mais il serait difficile de 
l'affirmer. 

M. l'abbé Greliei: montre des tentures de tabernacle 
et un voile de calice d'une réelle beauté de dessin. 

Le baron Christian de Wismes donne lecture d'un arti- 
cle très délicat de la Croix Nantaise qui félicite M. le cha- 
noine Durville de la distinction honorifique que la Société 
archéologique lui a décernée, reconnaissant ainsi toute la 
valeur des travaux que M. Durville a consacrés à notre 
vieille cité. 

Le baron Gaétan de Wismes communique une lettre 
de M. le sénateur Bodinier, qui affirme sa sympathie 
pour notre Société et souhaite cpie nous venions visiter 
les curiosités archéologiques si nombreuses en Anjou. 

M. le baron Gaétan de Wismes signale qu'à Volo 
(Thessalie) oui été récemment trouvées des stèles funé- 
raires qui peuvent dater du III e et du II e siècles. La 



— xnr — 

conservation relative des peintures qui ornementaient 
ces monuments ajoute beaucoup à l'intérêt de leur décou- 
verte, car c'est un fait d'une véritable rareté. 

Le baron de Wismes parle à ce propos de la très belle 
collection de planches, représentant les monuments de 
l'ancienne Egypte, due au talent de M. l'abbé Soreau. 
M. le président espère que M. Soreau voudra bien nous 
les montrer à l'une des prochaines séances de notre Société. 

M. le Président se demande s'il ne serait pas du devoir 
de la Société Archéologique de présenter un nouveau 
voeu pour la conservation de la jolie tourelle qui, sous 
prétexte d'alignement, va, subissant le sort réservé aux 
souvenirs du Vieux Nantes, tomber sous la pioche des 
démolisseurs. L'hôtel de Monti , qui lui est contigu , 
offre peu d'intérêt. 

M. Soullard nous présente un anneau en or gaulois 
et d'intéressantes monnaies, récemment trouvées à Joué, 
Ligné et à Petit-Mars, à l'effigie de Se ver III, de Julius 
Kepos et de Henri VI d'Angleterre. 

M. Soullard nous donne également lecture d'un docu- 
ment que M. le chevalier d'Achon a bien voulu extraire 
pour nous de sa bibliothèque. Ce manuscrit, dû à la plume 
de M. de Pommerie, est daté du l or mars 1788. Il relate 
un différend qui s'éleva entre lui-même, qui, à cette époque, 
commandait le château de Nantes, et la Municipalité. 
On voit déjà l'esprit révolutionnaire se manifester dans 
les faits et gestes des ouvriers qui travaillaient au châ- 
teau, et la Municipalité, épousant leurs querelles, exiger 
de M. de Pommerie d'inutiles explications. 

Lecture est ensuite donnée d'un travail consciencieux 
de M. Michel, ingénieur de la Ville, qui présida aux travaux 
récemment faits pour la création des égouts sur les quais 
de l'Erdre. Il nous dit ce qu'était jadis cette rivière dans 
son parcours urbain ; la rive droite tombant abrupte, 
couverte cependant de tanneries jusqu'au pont actuel 
de l'Hôtel- de- Ville ; la rive gauche, basse, très maréca- 
geuse. Vers 1800, un ponit fut créé au niveau du Marché 
à la paille, il le fut dans de mauvaises conditions et on 
dut le faire disparaître vingt ans plus tard. C'est à ce 



— XIV — 

niveau, qu'au cours des travaux exécutés il y a quelques 
mois, les ouvriers trouvèrent quelques pièces intéressantes, 
statuettes, vases plus ou moins mutilés. 

M. Maître lit un rapport sur la découverte d'un atelier 
de fondeur qui fut faite au mois d'avril 1907 à Saint- 
Père-en-Retz. M. Maître vit là une collection de douze 
culots de bronze en forme de galettes qui devaient être 
les résidus empruntés à des fonds de creusets. D'où 
pouvait venir ce cuivre ? Peut-être d'Espagne. Les fon- 
deurs se seraient établis en cette contrée par cette raison 
qu'elle était à l'état de forêt et que le combustible était 
pour eux chose indispensable. 

M. le Président remercie M. Maître de la communica- 
tion qu'il a bien voulu faire. 

La séance est levée à 6 heures. 

Le Secrétaire général, 

D r Halgan. 



SÉANCE DU MARDI 10 MARS 1908 

Présidence de M. Dortel, président 

Membres présents : MM. Angot, Bastard, Chanoine 
Delanoue, de Brévedent, Caillé, Cazautet, Chaillou, 
Charon, Chouan, Furret, Grelier, le Commandant 
Lagrée, le Docteur de Lastours, Leroux, l'abbé Mouillé, 
Pied, Révérend, Ringeval, Senot de la Londe, P. Soul- 
lard, Trémant, de Veillechèze, Barons Christian et 
Gaétan de Wismes. 

M. Dano, intendant militaire, qui, en Tunisie et dans 
l'Afrique du Nord, a pris part à de nombreuses fouilles et 
assisté à plusieurs découvertes archéologiques très inté- 
ressantes, et M. Roy, le vaillant défenseur du Vieux Nantes, 
sont admis Membres titulaires de la Société. Ils ont comme 
parrains MM. Dortel et Pied. 

M. le Président donne communication d'une lettre 



XV 



de M. Delattre qui, élu secrétaire général, regrette, à 
cause de ses occupations très absorbantes à l'heure actuelle, 
de ne pouvoir en remplir les fonctions. M. Joseph Nau, 
pressenti à ce sujet, veut bien assurer cette délicate respon- 
sabilité. M. Dortel rappelle que le grand-père de M. Nau 
a été un des fondateurs et le premier président pendant 
dix-sept ans de la Société Archéologique de Nantes et que 
son père, qui est président de la Société des Architectes, 
a été vice-président de la Société Archéologique et en a 
refusé la présidence. Le scrutin ayant eu lieu, à l'unanimité 
des votants, M. Nau est élu secrétaire général. 

M. le Président dit à M. Chaillou avoir vu, en bronze, 
la reproduction d'un épisode de la bataille de Waterloo 
dans laquelle la légende supprimée dans la plaque en 
bronze présentée par M. Chaillou se trouvait re- 
produite. 

M. Alcide Leroux fait don à la Société de deux brochures 
des plus intéressantes au point de vue de la linguistique : 
Du Langage Populaire et Marche du Patois actuel. La 
Société reconnaissante l'en remercie très vivement. 

M. le Président rend compte des Congrès auxquels 
sont invités les membres de la Société : Congrès préhisto- 
rique se tenant à Chambéry du 24 au 30 août prochain, 
Congrès des Sociétés Savantes à la Sorbonne dans la se- 
maine qui suivra les fêtes de Pâques. Il se fait le porte- 
parole de M. le Marquis de l'Estourbeillon qui, au nom 
de l'Union régionaliste bretonne à laquelle vient d'adhé- 
rer la Société Archéologique de Nantes, invite le plus 
de membres possible à se réunir pour les fêtes qui se 
feront à Jugon les 21, 22 et 23 mars. Le programme com- 
porte des excursions du plus grand intérêt aux ruines du 
vieux château de la Hunaudaye et à l'abbaye de Bosquen. 
M. de l'Estourbeillon a joint à son invitation tous les 
bulletins de la Société dont il est le très dévoué président. 

Plusieurs membres se proposant d'aller à Jugon, M. le 
baron Gaétan de Wismes prend la parole pour indiquer 
les conditions matérielles de l'excursion et demande à 
être prévenu le 15 mars au plus tard pour prendre les dis- 
positions nécessaires. Il termine en présentant une petite 
brochure où M. de l'Estourbeillon, sous un pseudonyme, 



— XVI — 

fait un parallèle entre les vieux (Bretons) fidèles à leurs 
nobles et anciennes coutumes et ceux qui se laissent trop 
entraîner par le modernisme. Le titre de cet intéressant 
écrit est : Bretagne d'Aujourd'hui et Bretagne de Demain. 

Le docteur de Lastours présente un cachet breloque 
semblant appartenir aux dernières années du dix-hui- 
tième siècle; il paraît représenter en intaille le portrait 
en buste d'un muscadin. 

M. Dortel exhibe à la Société un pistolet à pierre à 
2 canons superposés, bassinet tournant, portant une 
marque anglaise. Cette arme curieuse ayant été trouvée 
près de Quiberon, il est probable qu'elle a dû appartenir 
à un des émigrés venus d'Angleterre prendre part au 
débarquement qui eut lieu à cette époque. Le président 
fait passer parmi les membres de la Société des coquilles 
munies de leurs deux valves trouvées dans les fouilles 
d'un jardin de Rezé; ces huîtres étaient entassées en un 
monceau de 30 centimètres de hauteur sur 15 mètres de 
longueur. 

M. Chaillou, qui les examine, est du même avis que 
M. le président; ces huîtres, qui n'ont rien des fossiles, 
doivent être dues au déchargement d'une cargaison 
avariée. Le commerce d'huîtres étant très développé en 
Bretagne à l'époque gallo-romaine. 

M. Dortel donne alors lecture du vœu proposé à la 
dernière séance à l'occasion des projets de démolition 
à l'Hôtel de Monti et de la tourelle dite de Gabrielle 
d'Estrées : 

La Société Archéologique, 

Considérant que chaque année voit disparaître quel- 
ques-uns des monuments vénérables que nos ancêtres 
nous avaient pieusement conservés ; 

Considérant que ces monuments se recommandent à 
nous : 1° par le cachet « pittoresque » qu'ils donnent à 
certains quartiers, en attirant par là même la visite des 
étrangers, source de bénéfices pour notre ville ; 2° par 
leur valeur « architecturale », qui permet à nos artistes 
de les étudier et de les reproduire ; 3° par leur importance 



XVII 



« historique », en raison des faits dont ils sont les témoins 
et qu'ils font connaître avec plus de vérité ; 

Considérant que ces constructions, dont la beauté 
appartient à tous et dont l'intérêt s'accroît du fait des 
destructions déjà accomplies, sont un legs précieux que 
le présent reçoit du passé et dont il doit compte à l'avenir ; 
— que le premier souci d'une municipalité devrait être, 
par conséquent, d'exercer une surveillance active pour 
éviter leur dégradation et leur ruine ; 

Considérant que malheureusement, depuis un trop 
grand nombre d'années, la plupart de ces curieux édifices 
ont été démolis sans motifs sérieux et sous les prétextes 
les plus futiles ; qu'il est temps de mettre un terme à ce 
vandalisme systématique, si novis ne voulons voir dispa- 
raître tout ce qui nous reste de curieux et d'intéressant. 

Considérant qu'il appartient à notre Compagnie de se 
faire l'écho des protestations qui se sont maintes fois 
élevées dans la Presse. 

Proteste avec énergie contre les démolitions accomplies, 
au mépris des intérêts de l'Art et de l'Histoire, et espère 
qu'à l'avenir elle sera consultée toutes les fois qu'une 
mesure de ce genre menacera l'un des rares vestiges de 
notre Vieux Nantes. 

A ce sujet, M. le baron Christian de Wismes lit des 
extraits : 1° d'un livre assez ancien dans lequel l'auteur, 
un Parisien, se plaint de voir les Nantais mutiler et détruire 
leurs vieux édifices remarquables par l'architecture et les 
souvenirs précieux qui y sont attachés ; de plus, il 
commente rapidement un article du distingué savant 
qu'était M. de la Gournerie et dans lequel celui-ci constate 
avec tristesse qu'on démolit beaucoup trop à Nantes. 

Le vœu tendant à la conservation de nos vieux monu- 
ments est voté à l'unanimité. Il sera transmis à M. le Maire 
et communiqué aux journaux. On entend ensuite M. Soul- 
lard, informant la Société qu'il est parvenu à établir l'iden- 
tité d'un sceau du XVI e siècle présenté antérieurement. 
Ce sceau losange, parti d'hermines à la bordure de gueules 
et d'or à trois lionceaux de gueules , est celui de Jeanne de 
Pisseleu, ductiesse d'Etampes, dont le mari , Jean de 
Brosses, reçut, à cause de- s;i complaisance, le comté de 



— XVIII — 

Penthièvre auquel il se croyait des droits par le mariage 
d'une fille de Charles de Blois avec un de ses aïeux. La sei- 
gneurie de la Roche-Suhart, enclavée dans ce comte, 
fut acquise à prix d'argent par la duchesse aux anciens pos- 
sesseurs. Il comprenait des privilèges et droits maritimes 
très étendus. 

M. Angot continue la très captivante lecture du travail 
de Mme Baudry sur Saint-Mars-la-Jàille et ses anciens 
seigneurs; l'état de Saint-Mars-la-Jàille, au moment de la 
Ligue, et une notice sur la famille Ferron de la Ferronays où 
l'on voit se détacher la très noble figure de .Monseigneur 
Ferron de la Ferronays. évêque de Baveux et de Bayonne, 
mort en exil en 1799. 

M. le baron de Wismes donne lecture de diverses nou- 
velles archéologiques. La découverte de la mosaïque de 
Saint-Colombe (Rhône) et la destruction de la Roche qui 
tourne, pierre intéressante à cause des superstitions qui y 
étaient attachées, etc. Des notes bibliographiques lues par 
M. Angot sont très intéressantes, plusieurs faux du fond de 
Béthune ont été relevés par M. Léopold Delisle dans les 
manuscrits de M. Pierpont Morgan. M. le chanoine Durville 
avait déjà signalé à Nantes plusieurs faux dans les pièces 
venant de la même source et se trouvant à Nantes. 

M. Angot termine en présentant à la Société quelques 
manuscrits en partie édités provenant de l'érudit abbé 
Gaignard, ancien supérieur du collège d'Ancenis, au moment 
de la Révolution. 

La séance est levée à 6 heures 1/4. 



SÉANCE DU JEUDI 19 MARS 1908 

Présidence de M. A. Dortel. président. 

Etaient présents : 

MM. Bacqua, Brau, Bougouin, de Brévedent, Domi- 
nique Caillé, Cazautet, Chaillou, Crouan, chanoine 
Dirville, Furet, Gourdon, commandant Lagrée, doc- 



— XIX — 

teur de Lastours, Leroux, Nau, Pied, Pineau- 
Chaillou, Poirier, Révérend, Ringeval, Roy, le cha- 
noine Saureau, Senot de la Londe, Soullard, Trémant, 
Vignard, Antoine et Félix Vincent, Barons Gaëtan et 
Christian de Wismes. 

Le procès- verbal de la dernière séance est lu et adopté. 

M. le Président, en quelques mots émus, nous fait part 
de la mort d'un de nos plus anciens membres, M. René de 
Veillechèze, qui, présent à la dernière séance, a été brusque- 
ment enlevé à l'affection des siens. 

Son testament exprimait le désir qu'aucun discours n'eut 
lieu sur sa tombe. M. Dortel se propose de prononcer l'éloge 
de M. de Veillechèze à la prochaine séance, et de nous mon- 
trer comment, chez celui-ci, une grande intelligence s'alliait 
à une extrême modestie. 

Il termine en souhaitant la bienvenue à M. Roy, élu 
membre titulaire à la dernière séance et qui a toujours si 
vaillamment défendu les anciens monuments de notre vieille 
cité nantaise. 

La parole est donnée à M. le chanoine Saureau qui, dans 
une conférence du plus captivant intérêt, après nous avoir 
transporté sur les ailes de l'ange Raphaël, à la cité de 
Thèbes aux cent portes, appelée alors Oasith ou Mont-Amon, 
quatorze siècles avant l'ère chrétienne, nous fait revivre, 
avec une réelle intensité, la vie même de ce peuple égyptien 
aussi bien dans ses menus détails quotidiens que dans ceux 
des cérémonies religieuses et des fêtes les plus solennelles. 

Il le fait avec une telle éloquence et par le moyen de 
tableaux si exactement réels, qu'à la fin de la conférence 
les membres de la Société archéologique se sont étonnés de 
se retrouver, au vingtième siècle après l'ère chrétienne, dans 
une salle de réunions à Nantes. 

M. Dortel adresse au nom de la Société de chaleureux 
remercîments à M. le chanoine Saureau et espère qu'il 
voudra bien donner une suite à sa première conférence. 

Il donne alors la parole à M. Alcide Leroux qui veut bien 
faire part à la Société de ses impressions sur l'Egypte 
moderne et sur les vieilles pyramides qu'il a visitées jadis. 

C'était pendant l'hiver que M. Leroux fit ce voyage, mais 



— XX — 

le Nil avait déjà donné aux terrains qui l'avoisinent celte 
fécondité proverbiale qui avait transformé ses rives en 
paysages ravissants, et la magie du style de M. Leroux nous 
les fait apprécier mieux encore. Les sombres pyramides pa- 
raissent dans le lointain de petits monticules de sable sur 
le subie du désert. On s'y dirige par une chaussée ombra- 
gée en partie construite pour la visite qu'y fil l'impératrice 
Eugénie. L'effet curieux de rapetissement puis d'allongement 
de ces monuments du passé égyptien sont décrits de main 
de maître. Le contraste si frappant de ces colonnes du 
passé avec les huttes de terre où se blotissenf les fellahs, 
sont une triste leçon pour les visiteurs actuels. Les quelques 
Arabes oublieux d'une histoire si glorieuse pour l'Egypte 
sont des guides et surtout des mendiants sans aucune 
bonne foi. Le sommet de la pyramide de Chéops, la plus 
élevée de toutes ces pyramides, est d'accès difficile 
sans l'aide des Arabes ; les deux cents marches à gravir, 
et quelles marches ! rendent cette escalade fort pénible. 
Mais de la plate-forme de 10 mètres carrés environ, la vue 
est splendide et le sphinx, presque accroupi à ses pieds, 
évoque dans l'esprit la grandeur mélancolique des siècles 
écoulés. L'heure qui s'avance empêche M. Leroux, à notre 
grand regret, d'achever la lecture de ses intéressantes obser- 
vations qu'il reprendra d'ailleurs à la prochaine réunion. 

La séance est levée à (i heures 1/4. 



SÉANCE DU 7 AVRIL 1908 

Présidence de M. Dortel, président 

La séance est ouverte à quatre heures. 

Etaient présents : MINI, l'abbé Braud, de Brévedent, 
Caillé, Cazautet, Chaillou, Charron, Dortel, Ferron- 

NIÈRE, FURRET, GoiTRDON, abbé GRELIER, DE FvERVE- 

noael, Lagrée, de Lastour, A. Leroux, l'abbé Lesimple, 
Maître, Joseph Nvu, Pineau, Pied, Renard, Ringeval, 
Commandant Riondel, Henry Riondel, Senot de la 



— XXI — 

Londe, Soullard, Trémant, baron de Wismes, baron 
Gaétan de Wismes. 

Le procès-verbal de la précédente séance est lu et adopté. 

M. le Président nous parle, en termes émus, du vide 
cpie laisse à notre Société la mort de M. de Veillechèze 
dont les qualités du cœur et de l'esprit, jointes à la distinc- 
tion et à l'affabilité de ses manières avaient su lui conqué- 
rir l'estime et la sympathie de tous ceux qui l'ont connu. 
D'un caractère facile, généreux et bon, s'oubliant lui- 
même pour être utile aux autres, et d'une délicatesse 
extrême, il savait égayer ses collègues par ses bons mots 
et ses chansons frappés au coin du meilleur esprit. 

Il laisse des mémoires et des études très documentés 
où l'on retrouve, sous sa plume alerte et spirituelle, son 
attachement pour le pays qui l'a vu naître, ou pour celui 
où il fit ses premières armes. 

C'est ainsi que nous avons de lui des détails fort inté- 
ressants sur la Chapelle du Mûrier, du Crucifix, et de 
Saint-Goustan, au Croisic, de Bethléem en Saint- Jean- 
de-Boiseau, etc. 

M. de Veillechèze faisait partie de la Société Archéo- 
logique depuis l'année 1887. 

L'Assemblée reçoit, par vote unanime, comme membre 
titulaire, M. Jean de Vienne, présenté par MM. Senot de 
la Londe et le Vicomte de Kervenoaël. 

M. le Président fait part à la Société des dons qu'il a 
reçus : 

1° De M. Delatlre : Notes historiques sur le passage 
des Ambassadeurs de Siam : 

2° De M. le D r Marcel Baudouin : Les Mégalithes du 
Brandeau ( Bretignolle), Vendée ; 

3° Du Directeur de la Belle Jardinière, de superbes 
photographies représentant les vieux logis de la rue de 
la Juiverie. 

Il adresse ses remerciements au nom de la Société. 

M. de Lastour remet à la Société de fort artistiques 
photographies prises par lui à Jagon, pendant les assises 
de l'Union Bégionale bretonne. 



— XXII — 

M. Senot de la Londe exhibe une curieuse affiche de 
théâtre de 1771. 

M. Maître remet sur le bureau de vieilles poteries, 
provenant de la rue de la Juiverie, et trouvées au milieu 
même de la rue. 

M. Furret, enfin, montre des restes assez curieux de 
verroterie qu'il a trouvés en faisant exécuter des fouilles 
rue Saint-André. 

On aborde ensuite l'ordre du jour : 

M. Alcide Leroux reprend la narration de son voyage 
au Caire. Il nous décrit les Pyramides, nous en fait visiter 
en détail les multiples galeries, la chambre du roi, celle 
de la reine, nous transporte ensuite aux pieds du Sphinx, 
et son récit nous donne un instant l'illusion d'avoir contem- 
plé nous-mêmes ces géants. 

La parole est ensuite donnée à M. Chaillou qui rend 
compte de la visite faite à Rezé avec MM. de Berthou, 
Dortel, Maître, Senot de la Londe et Soudard, chargés 
par la Société Archéologique de vouloir bien étudier la 
nature des objets qui y furent récemment découverts. 

M. Chaillou donne un compte rendu très complet des 
démarches de la Commission, qui, en se rendant sur le 
terrain des fouilles, fait une halte à la Chapelle de Saint- 
Lupien. Il exhibe sur le bureau quelques-uns des objets 
trouvés: des vases, une statuette, des débris de cloisonnage 
en argile, etc. L'opinion personnelle de M. Chaillou 
est que les objets trouvés sont postérieurs à l'occupation 
romaine, et qu'il ne faut pas clore mais ouvrir une enquête. 

M. le baron Gaétan de Wismes rend compte des assises 
d'hiver de l'Union Régionaliste bretonne à Jagon, et du but 
de ces assises. Il a été heureux de constater le bon accueil 
fait aux Nantais qui semblent enfin être reconnus comme 
vrais Bretons. C'est très chaleureusement que M. le Pré- 
sident remercie M. de Wismes d'avoir si aimablement 
représenté la Société Archéologique. 

M. Senot de la Londe fait part à la Société de pièces 
curieuses concernant un aveu de passage de la Chebuette 
sur la Loire en 1507 et la prise de possession de la seigneu- 
rerie de Thouaré par Josepb Mosnier de la Valtière en 



XXIII 



1704. Il met sous nos yeux un plan très curieux, orne- 
menté de sanguines, par Henon, et datant de 1704. 

La séance est levée à 6 heures 1/2. 

Le Secrétaire Général, 
J. Nau. 



SÉANCE DU MARDI 5 MAI 1908 

Présidence successive du baron Gaétan de Wismes, 
vice-président, et de M. Dortel, président. 

La séance est ouverte à 4 heures. 

Etaient présents : 

M. Angot, abbé Braud, Blanchard, de Brévedent, 
Caillé, Cazautet, Chaillou, Dortel, Ferronnière, 
de France, de Freslon, Furret, Grelier, D r Halgan, 
Commandant Lagrée, Leroux. Maître, D r Plantard, 
Pied, Henry Biondel, Soullard, Vignard, Benard, 
Baron de Wismes, Baron Gaétan de Wismes. 

Après lecture et adoption du procès- verbal de la séance 
précédente, il est procédé à la nomination, comme membre 
titulaire, du capitaine Georges du Plessix, qui, présenté par 
M. Furret et le vicomte de Sécillon. obtient l'unanimité 
des suffrages. 

M. le Président se fait l'interprète des membres pré- 
sents en adressant ses sentiments de vive sympathie à 
M. Antoine Vincent, président du Tribunal de Commerce, 
qui, pendant trois ans, remplit, à la Société d'archéologie, 
les fonctions de secrétaire général, à l'occasion de la mort 
si cruelle de son jeune fils, élève à l'Ecole de la rue des Postes, 
à Paris. 

Une excursion à Pontchâteau, Missillac, la Brctêche est 
décidée et fixée au 18 mai. 

M. Halgan présente un vase en forme de casque trouvé, 
il y a quelques années, en terre, près d'un vieux château 
vendéen. 



XXIV 



Puis la parole est donnée à M. Grelier, qui présente un 
important travail sur l'ancienne église de Challans. Datant 
du VI e siècle, ainsi qu'en témoigne la découverte faite par 
M. Grelier d'une curieuse croix mérovingienne, ce monu- 
ment primitif s'enveloppe, quant à ses origines, de curieu- 
ses légendes. Un second édifice fut construit au XI e siècle 
et a subsisté après avoir subi de considérables modifica- 
tions. 

Du type de l'architecture romane poitevine, il était le 
plus vieux monument de la région. Seul le transept est 
demeuré jusqu'à nos jours. Le Conseil municipal de Challans 
a fait procéder à la démolition de cette ancienne église, 
montrant, par cet acte, le peu de cas qu'il faisait de ces an- 
tiques et pieux souvenirs. 

Entre Commissaires au X VIII siècle, tel est le titre de la 
nouvelle dont M. René Blanchard est l'auteur, et qu'il a 
composée en s'appuyant sur des textes pris aux meilleures 
sources. 

M. Blanchard met en scène deux représentants de notre 
police municipale vers 1710, qui ne donnent, ni l'un ni 
l'autre, l'exemple delà bonne entente et du calme dont ils 
devaient être les modèles. Curieuse exquisse de l'existence 
bavarde et potinière des petits boutiquiers de notre ville 
il y a deux siècles. Cette plaquette nous montre encore 
combien, depuis ce temps, les mœurs ont pu varier ; le prin- 
cipal personnage cumulait les fonctions si disparates de 
pharmacien et de commissaire de police. 

A cette époque, le grand commerce nantais était particu- 
lièrement prospère, et les armateurs élevaient les luxueuses 
demeures que nous admirons encore aujourd'hui sur l'île 
Feydeau et le quai de la Fosse. La guerre d'Espagne avait 
cependant troublé nos relations avec les Antilles où Anglais 
et Hollandais étaient presque parvenus à nous supplanter. 
Ces étrangers avaient répandu dans les îles des réaux légers, 
monnaie à titre variable. Leraydela Clarté, juge consulaire, 
est délégué à Paris pour porter les doléances de ses conci- 
toyens. M. Soullard, s'appuyant sur des documents de 
l'époque, nous décrit les tergiversations qui signalèrent sa 
mission. Longues attentes dans les antichambres ministé- 
rielles, indifférence et rebuffades, mais Leray de la Clarté 



— XXV — 

ne se désespère jamais ; il obtient presque gain de cause, 
tout en concluant philosophiquement que les grands sei- 
gneurs ne voient les choses que superficiellement. 

Ces documents sont la correspondance entre M. Leray et 
les juges consulaires. 

Le Secrétaire général, 
D r Halgan. 



SEANCE DU 2 JUIN 1908 

Présidence de M. Dortel. 

La séance est ouverte à 4 heures 1/4. 

Etaient présents : . MM. Angot, abbé Brault, Domi- 
nique Caillé, Georges Ferronnière, de France, Docteur 
de Lastour, Alcide Leroux, Léon Maître, abbé Mouillé, 
J. Nau, Pied, du Plessis, Renard, Ringeval, de Sécillon, 
Soullard, Trémant, A. Vincent, Baron de Wismes, 
Baron Gaétan de Wismes. 

Le Commandant Lagrée se fait excuser. 

Le procès-verbal de la dernière séance est lu et adopté. 

M. Léonce Ouvrard, Rédacteur en chef de l' fixpress 
de V Ouest, présenté par M. le chanoine Durville et M. Angot, 
est nommé membre titulaire de la Société, à l'unanimité. 

M. Gaétan de Wismes présente un dessin reconstituant 
l'ancienne chaire de la Cathédrale de Nantes, par Josset. 
Ce dessin faisait partie de la collection de M. de Veillechèze. 

M. le Président dépose sur le bureau un ouvrage du 
Révérend Père de la Croix sur la Chapelle Saint-Sixte et 
la Cathédrale de Poitiers, et une étude sur la mère de 
Victor Hugo, Sophie-Françoise Trébuchet, par M. Domi- 
nique Caillé. Il exprime aux auteurs de ces ouvrages toute 
la gratitude de la Société. 

M. de Sécillon mentionne la découverte, à la Chapelle- 
sur-Erdre, de deux tombeaux en pierre, recouverts de dalles 

Soc. Archéol. Nantes. B 



— XXVI — 

d'ardoises. La Société charge M. de Sécillon de rechercher 
l'origine et l'époque de ces deux tombes. 

M. Dortel retrace en quelques mots la vie de M. de 
Laubrière, dont la mort est un nouveau deuil pour la 
Société. C'était un érudit inlassable et un travailleur 
infatigable. 

Il est procédé à l'élection d'un membre du Comité en 
remplacement de M. de Veilléchèze. M. Dominique Caillé 
emporte tous les suffrages. 

M. le Président fait le compte rendu de l'excursion 
à la Bretêche et à Missillac et donne l'illusion, même aux 
absents, qu'ils étaient de la fête. C'est dire que s'il a su 
organiser, il sait aussi très bien narrer. On décide de décer- 
ner à M. de Montaigu une médaille d'argent en reconnais- 
sance de son gracieux accueil et de son aimable réception. 

La parole est ensuite donné à M. Léon Maître qui a 
fait une étude très approfondie des voies romaines du 
département. Il met sous les yeux de la Société une carte 
permettant de suivre avec plus de clarté et de précision 
ses démonstrations. Il établit les différents points de con- 
centration de ces routes, que nous n'avons fait qu'imiter 
ou emprunter dans nos routes nationales. 

M. Alcide Leroux fait part à la Société de la découverte 
faite par lui de ruines de l'époque gallo-romaine et du 
Moyen âge, à Nort-sur-Erdre. Depuis quelques temps 
il a suivi des fouilles qu'il serait intéressant de connaître 
plus à fond. Il croit que la Société pourrait trouver dans 
les ruines de la Mothe et de la Pancarte un sujet d'étude 
intéressant. 

Avant de se séparer, la Société décide une nouvelle 
excursion avec les confrères d'Anjou, pour visiter Ancenis, 
Lire, Champtoceaux, La Turmelière et Oudon, pour le 
lundi 22 juin. 

La séance est levée à 6 heures. 

Le Secrétaire, 

J. Nau. 



— XXVII — 

EXCURSION DU LUNDI 18 MAI 1908 

Lundi 18 Mai 1908, la Société Archéologique de Nantes 
accomplissait son excursion annuelle. 

Vingt-cinq sociétaires (1) auxquels s'étaient joints 
quelques collègues de la Société Académique s'embar- 
quaient à 6 heures du matin, à la gare de la Bourse dans 
un wagon mis gracieusement à la disposition de la Société 
par les soins de M. de Lavenne de la Montoise, Inspecteur. 

A 7 heures 1/2 les excursionnistes trouvèrent, en des- 
cendant à Pont-Château, M. Vigneron-Jousselandière 
et M. le Commandant Martin, l'inséparable compagnon 
de M. du Chatellier dans ses grandes fouilles du Finistère 
et des Côtes-du-Nord, venu de Rennes pour se joindre 
à ses confrères de Nantes. 

Près de Sainte-Reine, à l'entrée de la forêt du Defîay, 
M. le vicomte de la Villesboisnet, Conseiller général, atten- 
dait les confrères archéologues pour leur faire visiter 
au lieu dit « Don Julien » un retranchement en terre 
formant un carré de 200 mètres de côté. Les fossés et le 
relevé de terre sont encore très apparents. Vers le milieu 
d'un des côtés et touchant presque le talus, un tumulus 
de 10 mètres de diamètre environ a été fouillé en partie 
par M. de la Villesboisnet. Après avoir enlevé la terre 
végétale, M. de la Villesboisnet a trouvé dans la couche 
d'argile voisinant avec une couche de cendre compacte 
un débris de bracelet en bronze, de nombreux fragments 
de bronze, des morceaux de poterie qui ne semblent pas 
avoir été fabriqués au tour; l'un d'eux présente comme 
ornementation une sorte de renflement fort intéressant 
et rare. M. le Commandant Martin se déclare particuliè- 



(1) MM. Dortel, Président; Baron G. de Wismes, Leroux, 
Vice-Présidents ; Soullard, Pouvreau, Commandant Martin, 
Vigneron-Jousselandière, Baron Christian de \Yismes, Cha- 
noine Durville, Dominique Caillé, Senot de la Londe , 
Riondel fils, Du Plessis, Couëtoux du Tertre, Léon Maître, 
Commandant Lagrée, Révérend, De Lastour, De Sécillon, 
De Brévédent, Chauvet, Rivet, Renard. 



— XXVIII — 

renient heureux de ces découvertes ; il engage M. de la 
Villesboisnel à continuer ses fouilles; les enceintes de terre, 
si nombreuses en Bretagne et «tans toute la France, n'ont 
point encore été étudiées scientifiquement, on en ignore 
l'âge et La destination. Sont -elles préhistoriques, ont- 
elles été édifiées au moyen âge? Ce sont là autant de points 
d'interrogation que des fouilles savamment et métho- 
diquement conduites peuvent seules résoudre. 

Après une promenade sous bois et une visite au célèbre 
calvaire de Pont-Château d'où l'on découvre un panorama 
admirable sur la Grande Brière et sur l'estuaire de la 
Loire, les touristes se dirigent vers Missillac. 

L'église moderne renferme la plus belle verrière du 
diocèse de Nantes. Echappé miraculeusement aux troupes 
des généraux Avril et Beyssere cpii incendièrent la Bretesche 
et saccagèrent la vieille église, ce superbe vitrail porte 
la date de M. 1). C. 11 fut offert à l'église de Missillac 
par Coligny, baron de la Roche-Bernard et F çois de Cam- 
boul, abbé de Saint-Gildas. dont il porte les armoiries. 
Il remplit les trois fenêtres géminées du chœur et re- 
présente la Passion du Christ. Les deux tableaux les 
plus remarquables sont ceux de la Me (\u Christ (l re fe- 
nêtre droite) et le Baiser de Judas (3 e à gauche), d'une 
tonalité et d'une vérité d'expression extraordinaire. 
La restauration en est dû à M. Meuret, le célèbre peintre- 
verrier nantais. 

L'heure du déjeuner a sonné et l'on se dirige vers 
l'hôtel Bizeul où chacun se met gaiement à table. Au 
dessert, M. Dorlel. président, lève son verre en l'honneur 
(\u Commandant Martin qui poursuit, dit-il, avec une 
infatigable ardeur ses fouilles en Bretagne et dont les 
études si méthodiques et si documentées font autorité 
dans le monde savant. Il rappelle que les riches découvertes 
faites par M. le Commandant Martin ne sont pas perdues 
pour la Bretagne, puisqu'elles sont déposées par lui au 
Musée de Kernuz. au milieu des riches collections de 
M. du Chatellier. 

On s'achemine alors vers la Bretesche dont la masse 
imposante se détache bientôt sur le fonds de verdure 
de la forêt. M. le Marquis de- Montaigu, qui a tenu à faire 



— XXIX — 



lui-même les honneurs de ses riches collections, vient 
à la rencontre de ses confrères nantais et leur souhaite 
la bienvenue. 

Le Château (le la Bretesche, édifié à 500 mètres du 
bourg de Missillac, à l'entrée de la forêt, appartenait en 
l'an 1000, à Bernard de la Boche. De ce premier château 
il ne reste rien; il en est autrement de celui du XIV" siècle, 
construit par Guy XIV de Laval et par Jean de Laval 
de 1433 à 1470. La Tour de Liburin, le grand corps de 
logis datent de celte époque. Ogée raconte qu'il fut in- 
cendié en 1500. Le fait est discutable; mais ce qui est 
certain, c'est qu'en octobre 1501 il fut assiégé par Mercœur, 
les tours d'entrée portent encore la trace des brèches 
qui leur furent faites par les boulets lancés par les bom- 
bardes de l'armée assiégeante. Ces boulets, retrouvés 
dans les fossés, ont été réunis dans la cour d'honneur. 
Beconstruil et restauré, il fut incendié en octobre 1793. 
par le général Avril. Besté à l'état de ruines pendant 
5 ans, il fut en partie relevé par MM. Formont et Perron, 
mais ce fut M. le Marquis de Montaigu qui, de 1817 à 
1898, entreprit la réédification sur les plans de Viollet-le 
Duc et avec le concours de deux architectes nantais, 
MM. Boismen et Lediberder. \ 

Aujourd'hui, la Bretesche présente une niasse imposante 
et princière avec pont devis, fossés, mâchicoulis, et une 
façade grandiose sur l'étang qui l'entoure de tous côtés. 
Les excursionnistes parcourent, sous la conduite de 
M. de Montaigu, les vastes salles du château dont ils 
admirent les tapisseries merveilleuses, les meubles 
flamands et bretons, et les trophées de chasses qui ornent 
le vestibule d'entrée. La chapelle est ornée d'un chemin 
de croix très artistique, œuvre du peintre nantais Meuret. 

Dans une des tours d'entrée aménagées en musée, 
M. de Montaigu a réuni toutes les trouvailles archéologiques 
découvertes dans l'arrondissement de Saint-Nazaire. Clis, 
l'antique établissement voisin de Guérande, étudié avec 
tant de soins par MM. Léon Maître et le Commandant 
Martin, a fourni une ample moisson de monnaies romaines 
et grecques, en or, en argent et en bronze ; l'une des plus 
belles est sans contredit une monnaie en or d'Arsinoë, 



— XXX — 

pièce unique, d'une conservation merveilleuse ; dans 
les vitrines sont rangés les fameux bas-reliefs du Grigue- 
ny, en marbre de Paros, provenant des fouilles de Clis et té- 
moignant par leur richesse et leur valeur artistique du 
luxe qui régnait dans la décoration des salles intérieures. 

Prés de ces merveilles: des vases funéraires, des statuettes 
votives, des laraircs provenant des fouilles opérées dans 
la région. 

Dans une autre vitrine, l'armement complet d'un soldat 
trouvé dans les fossés du château de Derval où il fut tué 
lors de l'assaut donné par Duguesclin. 

Une vitrine spéciale est consacrée aux fouilles Opérées 
dans la forêt de la Bretesche par MM. Léon Maître et 
Paille, au lieu dit « Misti Courtin ». Ce vaste chatellier, 
d'une superficie de près de 2 hectares, situé en pleine 
forêt, et que les touristes n'ont pu visiter en raison des 
bois qui le recouvrent, a été fouillé à différentes reprises. 
Au centre d'une vaste caverne recouverte de constructions 
carrés en pierres sèches, et à 1 m 50 de profondeur, on a 
retiré des écailles d'huîtres, des ossements d'animaux, 
beaucoup de morceaux de poteries grossières, des clous, 
trois pointes de lances e t n fer. Les objets les plus curieux 
sont un anneau de bronze portant des rondelles d'incrusta- 
tion, une tige en bronze creusée et guillochée de 10 cm de lon- 
gueur, semblable à un passe-lacet ; un mors et un éperon 
de voyage du XIII siècle. Il est assez curieux de trouver 
ainsi accumulés sur un même point des vestiges de l'âge de 
la pierre, de l'époque romaine et du moyen âge. 

Après cette visite si complète et si intéressante, M. de 
Montaigu reçut dans la vaste salle à manger ses confrères 
et leur offrit un lunch succulent, auquel chacun fit honneur. 
M. Dortel remercie M. de Montaigu de son hospitalité 
et de sa réception si cordiale, dont les archéologues nantais 
conserveront un long et durable souvenir. M. de Montaigu, 
dans une allocution charmante réplique, que l'honneur est 
pour lui, qu'à la Bretesche,. ses collègues de la Sociélé 
d'Arcbéologie sont chez eux et que ses collections sont 
et seront toujours à la disposition de tous les travailleurs 
qui voudront les étudier et les examiner. 

L'heure s'avance, il est heures; les excursionnistes 



— XXXI — 

prennent congé de leur aimable hôte et se dirigent vers 
Pont-Château et Nantes, emportant de l'accueil qu'ils 
ont reçu, des merveilles qu'ils ont admirées en cette journée 
ensoleillée et superbe, des impressions inoubliables. 

A. D. 



EXCURSION BRETONNE-ANGEVINE 

SUR LES BORDS DE LA LOIRE, 22 juin I908 

Les voyages, dit-on, forment la jeunesse. Ils forment 
aussi et séduisent l'âge mûr et la vieillesse, si j'en juge par 
le goût ambulatoire qui, de nos jours, s'est emparé des Com- 
pagnies les plus casanières. 

Que l'on ne soit donc pas surpris si, le 22 juin 1908, à 
6 heures 1/2 du matin, des membres de la Société Archéolo- 
gique et de la Société Académique de Nantes prenaient le 
train pour Ancenis. A peine sommes-nous descendus que 
cordiales poignées de mains et propos joyeux s'échangent 
entre Bretons et Angevins, car plusieurs collègues de la ville 
du Roi René nous attendent avec impatience. 

Le cortège s'organise aussitôt et, pédestrement, par des 
chemins sauvages, nous gagnons la prairie basse où gît un 
curieux mégalithe, affectant l'aspect d'un demi-dolmen et 
connu sous le nom de dolmen de Saint-Pierre ou pierre cou- 
verte ; le bloc, formant couverture, mesure hors de la terre, 
4 m 28 de longueur, sa largeur est de 3 m 20, son épaisseur de 
m 66 centimètres. 

De là, nous nous rendons à l'église Saint-Pierre; hâtons- 
nous de la visiter, car elle est condamnée à disparaître. 
« Bâtie sur un banc de schiste, dit M. Maillard (Histoire 
d' Ancenis et de ses Barons), elle se compose d'une nef flan- 
quée de collatéraux ; à l'extrémité occidentale de cette nef 
s'élève la tour sans flèche et surmontée d'un campanile ; à 
l'autre extrémité se dresse, au milieu d'un chœur très 
resserré, l'autel à baldaquin. Les bas-côtés sont mis en 
rapport avec la nef par quatre arcades de chaque côté, sou- 



— XXXII — 

tenues par de gros piliers octogones, cl sont éclairés par des 
fenêtres ogivales dont l'une conserve encore la trace de 
beaux vitraux ; le chœur est percé de trois fenêtres ogivales. 
L'église d'Ancenis, dans sa partie principale, paraît être du 
xiii u siècle. Quant aux bas-côtés, ils ont été construits au 
xvii u siècle, et le style de leurs fenêtres et de leurs arcades a 
été raccordé seulement avec celui de l'ancienne église. » 

Tandis que nous parcourons l'antique sanctuaire, M. le 
chanoine Joguet. curé d'Ancenis, arrive vers noire groupe, 
nous prodigue des explications, nous fait monter dans le 
campanile où nous examinons une belle charpente, et, fina- 
lement, nous invite à déguster le muscadet du pays. En tra- 
versant la cour du presbytère, d'une part, nous remarquons 
l'ancienne chapelle Saint-Barnabe qui était placée dans le 
cimetière primitif de la ville; d'autre part, nous admirons 
les gracieuses verrières de l'église, qui semblent les sœurs 
jumelles de celles de Sainte-Croix de Nantes. 

Nous voici réunis à la Cure ; les verres se remplissent et 
l'on trinque avec jovialité — car ce diable de petit vin 
blanc met du soleil dans le cœur — à l'aimable amphytrion 
et au succès de la journée. 

Nous nous transportons alors au château. A peine entrés 
dans la cour, on est captivé par le vaste et élégant logis que 
AI. Maillard {Histoire d'Ancenis et de ses Barons) décrit en 
ces termes : 

« Les quatre jolies mansardes à pilastres richement déco- 
rés, aux arabesques nombreuses, aux pinacles en pots de 
fleurs, les fenêtres divisées par des meneaux en pierre qui 
se coupent en croix, la tourelle en encorbellement servant 
de cage à un bel escalier de granit, tout indique au visiteur 
le style de la Renaissance, et, d'ailleurs, il existe une pn uve 
plus frappante encore, c'est l'image d'une salamandre ter- 
minant le cul-de-lampe de la tourelle. » 

Ensuite, nous nous engageons dans la partie la plus 
ancienne de ce qui existe encore de la forteresse, car du pre- 
mier château, construit au x e siècle, il ne reste rien, du 
moins rien d'apparent. C'est encore à l'historiographe d'An- 
cenis que j'emprunte des détails précis sur ces constructions 
jadis si imposantes : « Les murs ornés de mâchicoulis conti- 
nus a trèfles, qui aspectent le fleuve, au sud et au sud-est, 



— XXXIII — 

paraissent appartenir au xm e siècle ou, tout au plus, au xiv c 
siècle ; ceux du nord, aux créneaux démantelés, n'ont plus 
de style particulier, mais semblent de la même époque. Les 
deux tours situées au couchant, avec leurs mâchicoulis 
ornés d'ogives en accolade et de dessins flamboyants, se 
rapportent au xv e siècle, ainsi que le corps de bâtiments en 
ruines qui s'y rattache. » 

De ce château si puissant, si ingénieusement placé, qui 
soutint plus d'un assaut terrible, il ne subsiste aujourd'hui 
qu'une promenade agréable et un point de vue attachant : 
du sommet des vieilles tours, le regard embrasse une 
étendue immense sur les coteaux angevins et voit descendre 
vers la mer. avec une lenteur majestueuse, le grand fleuve 
national. 




Mais le temps presse. Nous traversons le pont suspendu 
qui relie la Loire- Inférieure au Maine-et-Loire, nous nous 
installons dans deux excellentes voitures, et fouette cocher 
pour la Bourgonnière ! 

Du parc aux prairies verdoyantes, aux frondaisons cente- 
naires, du château moderne et même de la vieille tourelle à 
la hauteur prodigieuse, je ne dirai rien. Notre but unique 
est de connaître un des plus riches bijoux de la Renaissance, 
la chapelle de la Bourgonnière. Que l'on pardonne à mon 
amour filial de reproduire la description précise et colorée 



— XXXIV — 

que mon vénéré père donna dans son ouvrage La Vendée, 
où se trouvent deux superbes lithographies du sanctuaire, 
l'une représentant l'extérieur, due au crayon de mon père, 
l'autre dessinée avec une exactitude remarquable par M. de 
la Michellerie et donnant l'intérieur de la chapelle ; celte 
dernière vue est d'autant plus précieuse que la propriétaire 
actuelle interdit toute reproduction de cet intérieur. 

« Unique débris de cette somptueuse demeure, la chapelle 
de la Bourgonnière est une des enivres les plus exquises 
laissées dans nos contrées par l'architecture de la Renaissance. 
Nulle part ailleurs, elle n'a déployé plus de profusion et 
d'élégance dans les ornements; nulle part, des voûtes azurées 
et chargées d'étoiles d'or, elle n'a fait descendre de plus 
ingénieux pendentifs; nulle part, l'art des Pinaigrier et des 
Jean Cousin n'a réuni, dans les vitraux, plus de grâce 
dans le dessin des figures et des arabesques à un coloris 
plus harmonieux ; nulle part, tribune plus coquettement 
enjolivée né fut destinée à de nobles seigneurs. Cette cha- 
pelle, malgré l'exiguïté de ses proportions, renferme deux 
autels (1). Le principal est dédié à la Vierge, dont la statue, 
d'une admirable expression, s'élève au-dessus du taber- 
nacle, entre celles de saint Sébastien et de saint Antoine. 
Sur l'autre autel on remarque un Christ singulier. Le corps 
est revêtu d'une robe d'or serrée au milieu par une cein- 
ture bouclée. Le visage est peint d'un ton de chair frappant 
de vérité. Les mains et les pieds sont également coloriés ; 
mais, au lieu d'être percés de clous, ils sont attachés à la 
croix par des liens de pourpre. Une couronne de comte 
remplace, sur le front de cette image, la couronne d'épines 
habituelle. Aux deux côtés sont peints, sur la muraille, 
Charlemagne et saint Louis... Le Christ de la Bourgon- 
nière nous paraît être une imitation des fameux Christs 
de Vérone, de Lucques et autres villes du nord de l'Italie. » 

Si j'ouvre le savant ouvrage du R. P. J. Hoppenot, 
Le Crucifix dans l'histoire et dans l'art, j'y trouve l'opinion 
de mon père confirmée avec autorité : après avoir parlé 
du célèbre Crucifix de Lucques, attribué à Nicodème et 



(1) Il y a actuellement un troisième autel qui sert, sans 
doute, à la célébration ordinaire du Saint Sacrifice 



XXXV 



grandement vénéré en Italie, en France, en Espagne, en 
Angleterre, l'auteur énumère d'assez nombreuses imita- 
tions de cette image bizarre, et ajoute : « Le Christ de la 
Bourgonnière est l'expression la plus achevée et l'exécu- 
tion la plus esthétiquement remarquable de l'inspiration 
puisée au Crucifix de Lucques. » Puis, prévoyant et réfu- 
tant une objection trop naturelle, il ajoute : « On n'y 
voit pas de clous pour retenir attachées sur la croix les 
mains de la Victime immolée; mais, précisément, l'absence 
de tels liens, et tout à la fois l'attitude de Celui qui s'est 
sacrifié lui-même, parce qu'il l'a voulu, attirent l'atten- 
tion sur ce rôle du « Grand Prebstre », en marquant avec 
plus de force l'idée de l'acceptation volontaire... Le 
Sauveur s'étend de lui-même avec magnanimité sur le 
bois de la Croix, et l'ample déploiement des bras étendus 
dans une position parfaitement horizontale, sans flexion 
aucune, et cependant sans raideur, rappelle avec une 
énergie saisissante la générosité de Celui qui s'est fait 
pour nous Victime volontaire ». 

La chapelle de la Bourgonnière est ornée, à l'intérieur 
et à l'extérieur, d'une profusion de T ; c'est le tau grec, 
dit en blason : croix potencée ; les religieux de l'ordre de 
Saint-Antoine portaient cet ornement sur leurs robes et 
nous venons de voir que saint Antoine était l'un des pa- 
trons du merveilleux sanctuaire. 

L'heure s'avance, les estomacs crient famine et l'on 
reprend les voitures pour gagner Champtoceaux, sans 
s'arrêter, comme on l'espérait, à la Turmelière afin d'y saluer 
la demeure du doux poète Joachim du Bellay. Cette route 
est une des plus pittoresques que l'on puisse imaginer : 
à gauche, les sveltes clochers de Bouzillé, de Lire, de Drain, 
émergent des vignobles fertiles et des champs plantureux ; 
à droite s'étend le panorama incomparable des îles de la 
Loire, des flots argentés du fleuve et des coteaux enso- 
leillés du pays d'Ancenis. 

A midi 1/2, nous traversons triomphalement la grande 
rue du joli bourg de Champtoceaux et, peu d'instants 
après, dans une salle vaste et fraîche, nous nous asseyons 
autour d'une table en forme de tau, pour faire honneur à 
un repas plantureux et finement apprêté : tête de veau. 



— XXXVI — 

anguille à la tartare, gigot, haricots verts, fraises, crème, 
le tout arrosé d'un vin blanc au bouquet exquis, viennent 

rendre des forées aux esthètes fatigués. 

Les convives qui participèrent à ces fraternelles agapes 
turent : M. le chanoine Thibault, vicaire général d'Angers; 
M. le chanoine l'rseau, d'Angers, membre correspondant 
du M. I. P.; M. de I'arev. Vice-Président de la Société 
d'Agriculture. Sciences et Arts d'Angers; M. Plancheuault , 
bibliothécaire; M. le chanoine Joguet, curé d'Ancenis, 
qui avait accepté avec le plus vif empressement de nous 
accompagner; M. Dortel, Président de la Société Archéo- 
logique de Nantes: le baron de Wismes, Président hono- 
raire de la même Compagnie; M. P. Soudard, bibliothé- 
caire; Messieurs le chanoine Durville, Trémant et Domi- 
nique Caillé, membres du Comité; les capitaines Ringeval 
et Jochaud du Plessis; M. de Brévedent, le vicomte de 
Secillon. M. Renard, M. Etienne Port, M. Renaud , le 
baron Gaétan de Wismes, Président, et M. Baranger, 
Vice- Président de la Société Académique. 

M. le sénateur Bodinier, Président de la Société d'Agri- 
culture. Sciences et A-r^j d'Angers , M. Alcide Leroux, 
Vice-Président de la Société Archéologique de Nantes, 
et M. Henry Rîohdel, Trésorier de la Société Académique, 
avaient exprimé leurs regrets sincères de ne pouvoir être 
des nôtres. 

A l'heure du calé et des cigares. M. Dortel adresse 
quelques mots aimables à tous ceux qui l'entourent et en 
particulier aux Angevins qui, pour la troisième fois.exeur- 
sionnent avec les Bretons ; M. le chanoine l'rseau h' remè- 
de ; M. Port se félicite de l'heureuse coïncidence qui lui 
permet de passer quelques heures avec nous ; enfin M. de 
Farey nous révèle que le pourpoint porté par le Vénérable 
(maries de Blois à la bataille d'Auray est actuellement 
entre les mains d'une personne digne de conserver cette 
relique insigne du bon Duc. 

Il est deux heures et demie ; l'on se dirige en hâte vers 
le magnifique domaine de M. Roumain de la Touche, qui 
comprend l'ancienne ville de Champtoceaux ; comme le 
17 juin 1901, notre vénéré collègue nous attend, le sourire 
aux lèvres. Après avoir disserté sur le mur d'enceinte qui 



— XXXVII 

dévale vers le fleuve, nous nous engouffrons sous la po- 
terne, remarquons en passant les ruines de l'une des deux 
anciennes églises et. pendant quelques instants, de la ter- 
rasse du château moderne, contemplons le panorama 
splendide de la vallée de la Loire. Puis, sous la savante et 
aimable conduite du maître de céans, nous parcourons 
les anciennes lignes de défense de «Champtoceaux ; au 
cours de cette promenade, on nous signale la vieille cha- 
pelle, l'entrée de l'escalier descendant à la Loire, la citerne, 
le cellier, les cachots, les boulets de pierre, le pont à péage. 

Cette copieuse inspection a quelque peu lassé les tou- 
ristes et c'est avec un plaisir réel qu'ils reçoivent dans les 
salons de Champtoceaux la plus charmante hospitalité : 
gâteaux excellents, vins de derrière les fagots circulent 
avec abondance. Les physionomies reprennent leur aspect 
joyeux, et c'est tant mieux, car avant de quitter ce beau 
domaine nous sommes photographiés avec M. et M me de 
la Touche par M. r I reniant, le plus sympathique des col- 
lègues et le plus habile des opérateurs. 

En route pour Oudon ! Hélas ! il est trop tard pour son- 
ger à terminer le programme et à -regagner Ancenis à 
(i beures 1/4. La plupart des Nantais prennent le train de 
5 heures 1/2 qui les ramène dans leur cité. 

Mais les Présidents de la Société Archéologique et de 
la Société Académique, auxquels s'adjoignent .M. Soullard 
et .M. Renard, tiennent à honneur de ne pas fausser com- 
pagnie à leurs invités d'Anjou et à M. le Curé d' Ancenis. 

C'est donc au nombre de neuf que nous visitons de 
nouveau les ruines imposantes et pittoresques de la forte- 
resse d'Oudon. On sait que la tour majestueuse avec'sa 
forme octogonale rappelle beaucoup la tour d'Elven. 

Alors, par un temps radieux, car le soleil brille pour la 
première fois de la journée, nous suivons en voiture la 
route capricieuse qui longe la ravissante vallée du Havre. 
Un de nos collègues angevins, enthousiasmé par la beauté 
du lieu, laisse échapper cette phrase que je recueille avec 
fierté : « Si cette vallée était située dans les environs de 
Quimperlé, tous les guides la signaleraient. > 

La voiture s'arrête. A travers les herbes folles nous 
gagnons Vieillecour. Ici, je cède la plume à M. .Maillard 



— XXXVIII — 

qui, clans son intéressante brochure La Tour d' Oudon 
(Ancenis, Loncin, 1882), décrit a la perfection ce site 
curieux et enchanteur : 

« Les ruines de Vieillecour sont situées sur un coteau 
de 25 à 30 mètres de hauteur. Vieillecour était autrefois 
un château-fort, ou au moins une maison fortifiée, qui 
dépendait de la seigneurie d'Oudon. La construction était 
défendue naturellement, à l'O. et au S., par la hauteur 
et la ligne presque perpendiculaire du coteau, et, des deux 
autres côtés, par un fossé, peut-être même par d'autres 
travaux. Le bâtiment principal avait environ 12 mètres 
de longueur sur 12 de largeur ; à chaque bout se ratta- 
chait une aile ou pavillon. Le pignon méridional, qui est 
le mieux conservé, peut avoir 10 à 12 mètres de hauteur; 
il supporte, au milieu, nn tuyau de cheminée et est traversé, 
de chaque côté, vers le haut, par deux fenêtres en plein- 
cintre. Sur le mur de façade qui domine la rivière, il 
existe deux larges ouvertures dont les arcs sont en anse 
de panier. Ce bâtiment devait être la maison d'habitation 
proprement dite. 

« Ces formes indiquent ordinairement le XV e siècle 
ou tout au plus le XIV e ; c'est bien dans ce dernier siècle 
que nous voyons le nom de Vieillecour cité pour la pre- 
mière fois, mais le fort était antérieur à cette date. 

« Au bout de la vigne qui touche le fossé versleN.-E., 
on distingue d'autres murs très épais, mais si recouverts 
de broussailles qu'il est difficile de les bien examiner. 

« De la plate : forme de Vieillecour, et au milieu du 
lierre et des épines qui l'entourent, la vue est particuliè- 
rement pittoresque. Voyez comme les ruines du vieux 
castel commandent bien tout le paysage : le Havre déroule 
en bas ses replis tortueux, le mamelon opposé se dresse 
avec les échancrures et les reliefs les plus harmonieux, 
quoique les plus variés. » 

Sur cette impression inoubliable, que le poète comme 
l'archéologue, l'artiste comme le philosophe, emportèrent 
gravée au fond de leur âme, se termina l'excursion si 
réussie du 22 juin 1908. 

trie heure après, à Ancenis, un dîner rapide réunit 
les vaillants touristes. Puis les Bretons reconduisirent 



— XXXIX — 

les Angevins à la gare et, à leur tour, prirent l'express de 
Nantes. 

Avant de signer ce journal de bord, je remercie notre 
sympathique et savant capitaine, mon vieil ami Dortel, 
de nous avoir procuré une' si heureuse traversée, et je lui 
affirme que tous ses compagnons de route sont disposés 
à rembarquer au premier signal sous son pavillon qui porte 
en lettres d'or : miscere utile dulci. 

Baron Gaétan de WISMES, 

Président de la Société Académique, 
Vice-Président de la Société Archéologique. 



MÉMOIRES 



Soc. Archéol. Nantes. 



ALLOCUTION 



DISCOURS 



PRONONCES PAU 



M. le Baron de WISMES 

Président sortant 



Monseigneur (1), 
Monsieur le Maire (2), 
Messieurs les Présidents (3), 
Mes chers Collègues, 

L'heure est venue de remettre en d'autres mains le com- 
mandement de l'esquif dont vous aviez bien voulu me 
confier la direction. De ce grand honneur je fus redevable 
surtout à votre affectueuse sympathie. Si j'avais pu en 
douter, les marques de déférence amicale, les attentions 
délicates que vous m'avez prodiguées bien au delà de ce 
que je pouvais espérer, en auraient été autant de preuves. 
Il en est une surtout que je ne saurais oublier : frappé dans 
mes plus chères affections par la perte d'un frère bien- 
aimé, presque à la veille du jour où nous devions célébrer 
les noces de diamant de notre Société, j'ai appris avec une 
intraduisible émotion que vous y aviez spontanément 
renoncé, afin de vous associer à mon deuil. J'en conser- 
verai, Messieurs, croyez-le bien, une gratitude inaltérable, 
et du fond du cœur je vous dis : Merci, mes amis. Car, « un 

(1) S. G. Monseigneur Rouard, évêque de Nantes. 

(2) M. Sarradin, maire de Nantes. 

(: J >) M. Linyer, président de la Société de Géographie com- 
merciale, et M. Lorois, président de la Société des Artistes 
Bretons. 



— 2 



des privilèges du travail étant de rapprocher par l'estime, 
puis par l'amitié », comme le disait un de mes prédécesseurs, 
l'intendant Galles, ce nom d'ami, j'ai le droit de vous le 
donner. 

N'avons-nous pas travaillé ensemble, en effet, au bien 
de notre chère Société? Ensemble n'avons-nous pas pleuré 
ces treize collègues qui, depuis trois ans, ont rendu leur âme 
à Dieu et auxquels nous gardons une place dans nos sou- 
venirs et dans nos prières? Si plusieurs autres ont dû, non 
sans regret, nous abandonner, le nombre des admissions, 
qui a été de 39, a comblé ces vides et au delà, puisque de 
172 le chiffre de nos collègues s'est élevé à 182. Puisse-t-il 
s'accroître avec mon successeur ! 

Cher ami , c'est à vous que la Société a cçyifié ses 
destinées. Vous serez digne de cette haute distinction. 
N'êtes-vous pas, quoique plus jeune encore que moi, un 
de ses membres déjà anciens? un des plus assidus, des plus 
actifs, des plus dévoués? Quelles séances avez-vous man- 
quées? Fort peu. Quelle excursion n'avez-vous pas faite? 
Aucune. Comme un des héros de Messire du Guesclin, vous 
pourriez vous écrier : « Moi, les suivre? je les poussais ! » 
Plein d'entrain, de verve et d'intelligence, M. Dortel sera, 
Messieurs, un président dontle tact, l'aménité et l'autorité 
souriante conserveront à nos séances ce cachet de bonne 
compagnie, cette atmosphère de cordialité, ce charme fami- 
lial, que plus d'un m'a dit et répété ne trouver nulle part 
autant qu'en notre vieux manoir. Brillant président de 
la Société Académique, où il cède le fauteuil à mon frère, 
il le retrouve comme lieutenant avec notre très cher et 
très aimé Alcide Leroux. Ainsi secondé, entouré de cette 
élite intellectuelle et morale dont sont formés le Bureau 
et le Comité, il ne peut manquer d'avoir un règne heureux 
et tranquille. Il verra continuer l'ère de prospérité dans 
laquelle, si j'ai réussi à maintenir notre chère Société, 
l'honneur en revient au concours infatigable d'un Comité 
où s'allie à l'harmonie la plus complète des cœurs la plus 
large indépendance des idées. Je ne lui dis pas adieu, puis- 



3 — 



que le règlement, qui interdit la réélection du président 
sortant, lui accorde le privilège de faire , toute sa vie , 
partie de ce Comité, mais du fond du cœur : Merci ! 
Merci ! 

Qu'avons-nous donc fait depuis trois ans, mes chers 
collègues? C'est ce que je vous exposerai en deux mots. 

Nos 30 séances ont été suivies par une assistance con- 
sidérable, séduite par l'intérêt des travaux qui nous ont 
été lus par M. Angot, M me Baudry, MM. le comte de Berthou, 
l'abbé Brault, Caillé, Chaillou, Chapron, le B. P. de la Croix, 
Delattre, Dortel, le chanoine Durville, Furret, Gourdon, 
Leroux, le vicomte de Lisle du Dreneuc, Senot de la Londe, 
Maître, l'abbé Mollat, l'abbé Badigois, P. Soullard, deVeille- 
chèze, Vigneron-Jousselandière et le baron G. de Wismes, 
et par les piquantes et instructives communications ou 
les curieuses exhibitions de MM. Angot, Bastard, Bonneau, 
le marquis de Bremond d'Ars, Caillé, Chaillou, Charon, 
Dortel, le chanoine Durville, le marquis de l'Estourbeillon, 
Furret, Gourdon, l'abbé Grélier, l'abbé Lesimple, Senot de 
la Londe, Maître, Oheix, Pied, Bévérend, Bingeval, P. Soul- 
lard, Vigneron-Jousselandière, A. Vincent et les barons 
C. et G. de Wismes. De ces 30 séances nos dévoués secrétaires 
généraux, MM. Vincent et l'abbé Brault, nous ont donné 
des comptes rendus aussi remarquables par l'exactitude 
du fond que par l'élégante précision du style. Je les remer- 
cie vivement, ainsi que nos secrétaires du Comité, dont le 
labeur, pour être apprécié d'un plus petit nombre, n'est 
pas moins méritoire et dont le zèle et le dévouement n'ont 
jamais défailli. Par une rare modestie, notre ami Houdet 
a décliné les fonctions de secrétaire général, que des 
occupations absorbantes n'ont pas permis à M. Vincent 
et à M. l'abbé Brault de conserver plus longtemps. 

C'est à ces messieurs qu'incombait aussi la tâche déli- 
cate de veiller à l'impression du Bulletin. La poésie y a 
trouvé place avec la Clochette des Cléons et Guy de Dom- 
martin, premier architecte de la Cathédrale de Nantes, de 
l'un de nos bardes les plus inspirés, mon ami Dominique 



Caillé, qui a bien voulu m'offrir la dédicace de cette der- 
nière pièce. A lui seul, le travail du R. P. de la Croix a 
fourni un fascicule considérable et extraordinaire, accom- 
pagné d'un album de 21 planches. Si le grand renom de 
notre illustre collègue a déterminé le Comité, après sept 
délibérations à ce sujet, à supporter les frais de cette publi- 
cation, c'est que le Conseil général a généreusement atténué 
l'atteinte sérieuse portée à nos finances, en nous accordant 
le subside que j'avais eu l'honneur de solliciter de sa bien- 
veillance et que M. Dortel a eu celui, plus grand encore, 
de nous faire obtenir. La façon persuasive dont il a su 
plaider notre cause près de cette haute Assemblée n'a pas 
été étrangère certainement au vote d'un nouveau subside, 
qui permet d'espérer la reprise des bonnes traditions inter- 
rompues. Grâce à ces libéralités et à celles que nous^ccorde 
le Conseil municipal, ainsi qu'à la façon sage et intelli- 
gente dont notre très digne et très méritant trésorier, 
M. Pied, a su gérer notre modeste budget, je lègue à mon 
successeur une situation parfaitement nette. 

Malgré ses faibles ressources, la Société a souscrit pour 
le monument de Jules Verne et pour celui d'Alain le Grand. 
— Elle a émis un vœu en faveur des édifices et objets 
religieux menacés par la loi de séparation. 

Sa bibliothèque s'est enrichie d'ouvrages ou revues dus 
à de généreux donateurs : MM. Angot, Baudouin, M me 
Baudry, M. Caillé, le R. P. de la Croix, MM. Dortel, le 
chanoine Durville, de Farcy, Allotte de la Fuie, Legrand, 
Oheix, Rigault, Rousse, le chanoine Urseau et surtout le 
marquis de Bremond d'Ars, qui s'est dessaisi en notre 
faveur d'une partie de ses riches collections. Mon frère et 
moi avons été heureux également d'offrir à la Société 
le Maine et l'Anjou, de notre regretté père, ainsi qu'un 
choix d'ouvrages lui ayant appartenu. — Le buste de 
notre ancien président d'honneur , Mgr Fournier , et 
d'autres précieux souvenirs nous ont été légués par 
M. l'abbé Pothier, membre honoraire, à la mémoire 
duquel j'adresse l'hommage ému de l'amitié respec- 



— 5 



tueuse. — Notre éminent collègue, le marquis de l'Estour- 
beillon, nous a aimablement envoyé son portrait en bronze. 
— De M. Guénault et de M. Robuchon nous sont venues 
de magnifiques séries de cartes postales sur le Vieux Nantes 
et sur le Poitou. 

Si vous ajoutez à cela des achats, abonnements et échan- 
ges nouveaux avec plusieurs Sociétés et Revues savantes, 
vous comprendrez facilement, Messieurs, l'embarras de 
nos excellents et sympathiques bibliothécaires, qui doivent 
douter de la vérité du proverbe : « Abondance de biens ne 
nuit pas ». Que faudrait-il cependant pour tirer de peine 
MM. Soullard et Lagrée ? Qu'une des salles voisines 
nous fût accordée par l'administration de ce Musée que 
« nous pouvons considérer avec un légitime orgueil comme 
notre œuvre », disait M. Marionneau, et qui a pris, sous 
la direction de l'éminent conservateur, le vicomte de Lisle 
du Dreneuc, une extension dont vous avez pu juger dans 
l'après-midi du 23 avril 1907. 

En 1905, nous avons visité, au nombre de 26, la cachette 
de la duchesse de Berry et la Cathédrale, où M. l'abbé 
Barat nous a guidés avec son amabilité accoutumée (21 
mars), — reçu, au nombre de 23, l'hospitalité généreuse 
du châtelain des Cléons, M. Chaillou, et admiré son mer- 
veilleux musée gallo-romain (15 mai), — accompagné dans 
son examen du Château, dont M. Furret s'est fait le guide 
éclairé, M. Pocquet du Haut-Jussé, continuateur de notre 
illustre de La Borderie (7 juin), — été, au nombre de 16, 
déjeuner à Blain, où M. Revelière, notre bon et regretté 
collègue, nous a fait les honneurs de ses collections, aussi 
belles que variées (10 juillet). 

En 1906, une décision presque impromptu nous a con- 
duits, au nombre de 14, à la chapelle de Bon-Garand, au 
château du Buron, où M. Hersart de la Villemarqué nous 
a reçus d'exquise façon, et à celui de la Tour, dont notre 
aimable collègue, le vicomte de Sécillon, était malheureu- 
sement absent (5 avril), - - puis, franchissant les marches de 
l'Anjou, nous nous rencontrions avec l'éminent chanoine 



6 — 



Urseau et le très distingué chevalier Joûbert, avec lesquels 
nous allions visiter le cirque et les thermes romains de 
notre savant collègue M. le chevalier d'Achon et passions 
un de ces après-midi merveilleux dont ne perdront jamais 
le souvenir les 21 personnes qui prirent part à cette 
excursion et que le talent émérite de notre modeste et 
aimable collègue M. Trémant a fixées de façon si pitto- 
resque au milieu des ruines de Saint-Macé (28 mai). — 
M. Ringeval représenta la Société près de celles de Rennes 
et de Saint-Malo, qui nous avaient conviés à une excursion 
au Mont Saint-Michel (7 juin). 

En 1907, notre Compagnie fut encore représentée par 
quelques membres à l'inauguration de la statue d'Alain 
le Grand, due à l'initiative du marquis de l'Estourbeillon 
(21 avril). — Enfin la série de nos excursions fut close par 
celle qu'au nombre de 20 — sans compter trois membres 
d'autres Sociétés qui s'étaient joints à nous — nous fîmes, 
le 13 mai, en Anjou, où nous reçut avec la plus cordiale 
fraternité la Société d'Agriculture, Sciences et Arts d'An- 
gers, à laquelle, cette année, sans doute, nous rendrons 
la politesse. 

Les rapports les meilleurs ont été entretenus par notre 
Compagnie avec celles qui fleurissent à ses côtés. Sociétés 
Académique, des Artistes Bretons, d'Horticulture, etc., ont 
convié votre président à leurs expositions ou à leurs dis- 
tributions de prix. Le 29 mai dernier, j'étais heureux 
d'aller porter l'hommage de tous à notre éminent collègue 
M. Linyer, à l'occasion des noces d'argent de la Société de 
Géographie commerciale, et de me joindre, le lendemain, 
au cortège qui descendit une Loire rendue navigable, 
grâce à sa persévérante énergie. Enfin, le 15 décembre 
dernier, la Revue de Bretagne et la Société des Bibliophiles 
Bretons célébrant à Nantes le 50 e et le 30 e anniversaire 
de leur fondation, j'eus la très grande joie d'aller saluer 
notre éminent collègue, mon ami, le marquis de l'Estour- 
beillon, qui considère notre Compagnie, il nous le disait 
récemment, comme une seconde famille, et de commenter, 



en quelque sorte, ces vers du doux poète qui lui faisait 
face à la table d'honneur : 

Les Français n'ont conquis que le sol d'Armorique; 
Toujours libres et fiers, nous garderons nos cœurs ! 

(La Chapelle de Sainl-Gildas, par M. Rousse). 

D'où vient, mes chers collègues, cette situation de plus 
en plus florissante de notre Société? C'est qu'il est loin 
le temps où les archéologues « étaient en butte aux 
bons mots des hommes d'esprit, lesquels croient, avec 
les sots, qu'avant leur naissance il n'y avait rien qui 
attirât l'attention » (D r Foulon). Les sarcasmes avaient 
fait place au respect lorsque M. de la Nicollière quitta 
la présidence en disant : « Tous ont compris que la mission 
de la Société est belle, grande, parfaitement remplie. 
Sa place est marquée parmi les institutions considérées 
et fructueuses. » Et M. Maître constatait, à son tour, 
en prenant le fauteuil, que « l'esprit public, comme les 
administrations, accueillait avec bienveillance les pro- 
positions qui avaient pour but de favoriser les études 
archéologiques. » 

C'est que la science du passé est l'une des plus atta- 
chantes qui soient. « C'est à lui, disait M gr Freppel, en 
ouvrant le Congrès archéologique d'Angers, le 19 juin 
1871, que nous devons notre langue, notre patrie, nos 
mœurs et nos croyances. Chaque fois qu'un siècle se 
lève à l'horizon, ce sont les lumières des âges précédents 
qui viennent former au-dessus de son berceau l'étoile 
destinée à éclairer sa marche. » 

Du passé qui s'éteint gardons quelques lumières, 

comme l'a dit M. Rousse. Quelque branche de l'art que 
nous choisissions, elle nous révèle la religion, les mœurs, 
l'histoire entière d'une époque. 

Prenons, si vous le voulez bien, l'architecture. 



— 8 - 



Quels souvenirs n'éveillent pas en nous les monuments 
de l'ancienne France, tels que : Versailles, Blois, Amboise... ! 
La pierre, au muet mais saisissant langage, nous fait com- 
prendre l'histoire mieux que bien des lectures. C'est 
l'image à côté du récit, l'illustration auprès du texte. 
Tel que l'Océan, dont les profondeurs restent calmes 
malgré les plus violentes tempêtes, notre pays, en dépit 
des agitations politiques et religieuses, demeure si tradi- 
tionaliste qu'il n'est guère de province où les amis du passé 
ne puissent respirer, près de quelque majestueux relief 
ou de quelque modeste épave, ce je ne sais quoi d'indé- 
finissable qu'on appelle l'atmosphère. Qu'est-ce que la 
colonne des Trente? Une simple pierre, grise et fruste. 
Cependant, devant elle, notre âme palpite, l'enthou- 
siasme nous saisit, et les bruissements mélancoliques 
des pins semblent l'écho de grandes clameurs : Beaumanoir, 
bois ton sang! Beaumanoir, bois ton sang, et ta soif passera! 

Mais, si l'architecture nous initie à l'histoire d'un peuple, 
elle nous révèle mieux encore sa religion. Le but de l'art, 
en effet, sa loi, son génie, son essence, c'est d'exprimer 
le beau. Or, le Beau absolu, c'est Dieu. Plus donc l'homme 
s'approchera de Dieu par sa foi, plus parfaite sera l'image 
qu'il nous donnera du Beau. « Sans religion, a écrit Jean 
Rameau, sans aspirations célestes, sans l'éblouissement 
de Dieu qui brûle les prunelles, aucun artiste ne créera 
jamais rien de vraiment immortel. » 

Voyez plutôt 

Bartholomé pensif, le front dans la poussière, 
Brisant son jeune cœur sur un autel de pierre. 
Interrogé tout bas sur l'art par Raphaël 
Et bornant sa réponse à lui montrer le ciel... 

(Alfred de Musset ). 

Or, comme l'observe Chateaubriand, « c'est au chris- 
tianisme que les beaux -arts doivent leur renaissance et 
leur perfection. Plus les âges qui ont élevé nos monuments 
ont eu de piété et de foi, plus aussi ils ont été frappants 



— 9 — 

par la grandeur et la noblesse de leur caractère. » (Le Génie 
du Christianisme). 

Ces vérités, Messieurs, je n'ai pas la prétention de les 
apprendre à des hommes de science et d'érudition comme 
vous l'êtes. D'ailleurs, 

Il faut être ignorant comme un maître d'école 

Pour se flatter de dire une seule parole 

Que personne ici-bas n'ait pu dire avant vous. 

(Alfred de Musset ). 

Mais, si elles ne sont pas nouvelles, ces vérités, je veux 
vous les exposer de telle sorte que de leur choc jaillisse 
une lumière éclatante sur le tableau où vous verrez se 
dérouler parallèlement les diverses phases de notre his- 
toire et de notre architecture. Ainsi qu'une barque s'élève 
et s'abaisse avec le flot qui la porte, celle-ci subit le flux 
et le reflux religieux, moral, politique, avec une sensi- 
bilité telle que cette harmonie presque constante entre 
l'âme de la France et ses monuments m'a paru digne de 
faire l'objet de ce discours. 

Mais, tout d'abord, quelques mots sur l'antiquité. 
Oh ! soyez tranquilles, je ne remonterai pas aux cités 
lacustres, n'ayant pas, comme M. Pohier, qui les a si poé- 
tiquement ressuscitées par le pinceau, la musique et les vers, 
la ressource de distraire votre attention par l'apparition 
sur la toile des édifices de notre chère patrie. 

La Chine, l'Inde et l'Egypte ne sauraient retenir notre 
attention. Qu'elle découpe sur le ciel la silhouette mes- 
quinement laide de ses maigres pagodes ou de ses grosses 
tours de porcelaine, qu'elle entasse bloc sur bloc pour 
former des temples gigantesques, autour desquels elle 
amoncelle un fatras de monstrueuses divinités, qu'elle 
associe à la splendeur du désert la froide tristesse de ces 
pierres colossales qui ne tressailliront même pas lorsque 
Bonaparte leur jettera la phrase doublement lapidaire 
que l'on sait, ici puérile et bizarre, là grotesque et hideuse, 
ailleurs lourde et hiératique, l'architecture reste figée 



— 10 — 

dans une immobilité absolue. Elle est, en effet, associée 
à l'Etat, et l'Etat repose sur un système de castes qui le 
condamne à une mortelle monotonie. 

Allons respirer sur l'Hymette ou sur le Pentélique l'air 
de la liberté ! En Grèce, tout vibre, tout rayonne, tout 
est harmonie et lumière; la nature, prise pour modèle, 
revit dans les créations. « Pourquoi fais-tu ce chêne, puis- 
qu'il est déjà fait? » demandait un paysan à Corot. Pas 
un pasteur de l'Hellade n'eût posé pareille question. Ah ! 
je n'oublierai jamais, Messieurs, le frémissement subit, 
profond, irrésistible qui me saisit à la vue du Parthénon. 
Plein d'une muette extase, je demeurai cloué sur place, 
devant ce temple dont les siècles sans doute ont terni les 
couleurs, dont l'étranger a pu mutiler les portiques, mais 
qui garde toujours cette incomparable beauté qu'achève 
le ciel de Grèce ! Oh ! ce ciel fin, suave, délicat, comme 
poudré d'argent par la lumière qui lui prêle son moelleux 
éclat ! Sous les brumes parisiennes, la Madeleine n'est 
qu'un gros pavé massif; le Parthénon est une fleur de clarté 
qui resplendit dans l'azur. Elle resplendit, il est vrai, 
mais elle ne sourit pas; elle charme, mais elle n'émeut 
point, car, pour être émouvante, l'œuvre doit être née d'un 
émoi et non d'une formule. Puis à ce temple il manque 
la voûte, cette figure du ciel; son spiritualisme ne dépasse 
pas les sommets de l'Olympe ; comme ses dieux il se tient 
terre à terre. 

Tout inférieur qu'il soit à notre style chrétien, le style 
grec n'en garde pas moins sa supériorité sur tous ceux du 
paganisme. Pourquoi? C'est que la religion et les mœurs, 
à l'époque où il brilla, étaient également moins grossières 
et que peut-être l'idée du vrai Dieu, de ce Dieu inconnu 
auquel les habitants d'Athènes élevèrent un temple, 
s'était en quelque sorte révélée à certains esprits supérieurs, 
tels que Platon et Socrate. Sur le point de boire la ciguë, 
celui-ci l'entrevoit 

Par delà tous ces dieux que notre ail peut atteindre. 



— 11 — 

Force, amour, vérité, créateur de tout bien. 

C'est le dieu de nos dieux, c'est le seul; c'est le mien. 

Dieu saint, unique, universel, 

Le seul Dieu que j'adore et qui n'ait point d'autel. 

(A. de Lamartine, Harmonies). 

• 

Lorsque les arts, méprisés en Italie, y pénétrèrent par 
suite de la réduction de la Grèce en province romaine 
(II e s. av. J.-C), les Etrusques apportèrent à l'architec- 
ture un immense perfectionnement par l'invention de 
l'arcade et de la voûte. Sous Auguste, Rome se couvrit 
d'un si grand nombre de luxueux édifices que ce prince 
put dire : « Je l'ai trouvée bâtie en briques, je la laisse 
bâtie enmarbre. » La force, la régularité et le faste de ces 
monuments sont les indices d'un peuple orgueilleux, 
ambitieux et dominateur; les ponts, aqueducs, thermes, 
attestent son génie pratique. Mais l'amour du bien-être 
dégénéra peu à peu en raffinement et en mollesse. La 
tyrannie et la bassesse, qui s'engendrent l'une l'autre, 
annoncent la décadence. Afin d'abrutir le peuple et de 
prévenir ses révoltes, ses tyrans multiplient les fêtes et 
lui offrent les spectacles les plus dégradants : « Du pain et 
des jeux! », tel est le cri qu'on entendra retentir jusqu'à ce 
que s'en élève un autre : « Les dieux s'en vont ! » Ils s'en 
vont en effet, ceux de la jeune Italie pêle-mêle avec ceux 
du vieil Orient, qui ont envahi l'empire; on s'en moque; 
Néron, par mépris, souille leurs statues; les poulets sacrés 
ne trouvent plus d'acheteurs ; bref, c'est la débandade de 
tout l'Olympe ! 

Le monde était dans Rome, et Rome dans la fange. 
L'Olympe s'écroulait sur son autel pourri. 
L'or régnait. La vertu de l'homme avait tari 
Comme une vigne après les temps de la vendange. 
La terre était sans but sous un ciel sans amour. 

(Edmond Haraucourt, Le Messie). 

Or, comme « l'incrédulité est la principale cause de la 
décadence, du goût et du génie, quand on ne crut à rien 



— 12 — 

à Athènes et à Rome, les talents disparurent avec les 
dieux... Le monde romain, pourrissant dans ses sources, 
était menacé d'une dissolution épouvantable... L'Evangile 
a prévenu la destruction de la société. » (Vicomte de 
Chateaubriand). 

Dieu avait permis que son Eglise reçût, pendant près 
de trois siècles, le baptême du sang. Mais, du champ 
rougi par les martyrs ayant levé une abondante moisson 
de chrétiens, par un miracle il convertit Constantin. 

Nos pères sortent des catacombes et cherchent des 
édifices pour célébrer les saints mystères. Les temples, 
souillés par d'abominables sacrifices, — les immolations 
d'enfants sont attestées par plusieurs historiens, — leur 
répugnent. Aussi, à de rares exceptions près, leur préfèrent- 
ils des espèces de prétoires ou de bourses de commerce 
appelés basiliques (maisons royales), qu'ils transforment 
ou copient en y apportant deux innovations : 1° l'allonge- 
ment du transept pour leur donner la forme de croix et 2°, 
ceci est capital, le remplacement de l'architrave par 
l'arcade sur colonne, qui restera le principe fondamental 
de toute l'architecture chrétienne. 

L'Empereur transporte le siège du gouvernement 
à Byzance, où il appelle les plus savants architectes, 
afin de remplacer l'art dégénéré de l'Italie par l'art indi- 
gène. Celui-ci atteint son plus haut point de perfection : 
liberté, élégance, hardiesse, dans Sainte-Sophie, recons- 
truite sous Justinien (VI e siècle); mais, en dépit de ses 
riches décorations, c'est une triste impression, Messieurs, 
que j'éprouvai en pénétrant sous cette vaste coupole, 
d'où l'on a chassé le Dieu vivant et qui semble porter une 
seconde fois le deuil du Christ. 

Quittons la Grèce et l'Italie pour aborder aux rivages 
de la Gaule. Ils sont couverts de cromlechs, dolmens, 
menhirs, etc. Bien téméraire serait celui qui voudrait 
en déterminer la signification précise. « Ne confie l'histoire 
du passé qu'à ta mémoire », prescrivait la loi druidique. 



13 



Donc nul écrit. Peut-être quelques rares inscriptions 
gravées sur ces pierres pourront-elles être déchiffrées. 
En attendant, gardons de M. de Caumont le silence pru- 
dent, quand il nous engage à « ne pas vouloir pénétrer 
trop avant dans la connaissance des premiers temps 
historiques sous peine de s'exposer à substituer à la vérité 
des fables ou des conjectures. » (Cours d'antiquités monu- 
mentales). A propos de ces vestiges, qui conservent, 
vous le voyez, tout l'attrait du mystère , j'hésite à 
prononcer le grand mot d'architecture. Et cependant 
on les appelle des monuments; ils sont simples et rudes 
comme les mœurs et attestent le respect des héros et la 
croyance à l'immortalité; leurs formes hautaines et tristes 
ont leur genre de beauté, qui inspira plus d'un poète. Quelle 
impression profonde et délicieuse n'avez-vous pas gardée 
de la pièce qu'aux Noces d'or nous récita M. Alcide Leroux? 
Ecoutez un étranger, mais un étranger qui a parlé de la 
Bretagne mieux que nul Breton, a dit le vicomte de Gour- 
cuff, M. Fuster, passant à Saint-Nazaire, où 

Se dresse le dolmen impassible : il est là, 
Grave, sans la douleur des choses ruinées. 
Nos bâtisses par lui se sentent dominées. 
Sur lui le vieux soleil de Gaule étincela. 

Le culte superstitieux des pierres persista dans les 
campagnes, à l'insu même de ceux qui le professaient, 
et dut être combattu par maints conciles. Celui de Nantes, 
tenu en 658, interdit « l'adoration des pierres élevées 
aux démons dans les antiques forêts et sur lesquelles on 
allait faire des vœux ». Souvent l'Eglise les transforma 
en calvaires : 

O Christ ! ami du faible et des âmes blessées, 
Seul vrai consolateur, votre souffle puissant 
A détruit les autels qui s'abreuvaient de sang, 

s'écrie M. Rousse près d'un dolmen. 

Ces pratiques ne disparurent qu'au IX e siècle, et encore 



— 14 - 

n'est-il pas rare de voir ces monuments, dont les noms 
mêmes de grottes aux fées, châteaux des mauvais esprits, 
etc., sont une lointaine réminiscence des traditions , 
assignés comme lieux de réunion aux farfadets, lutins , 
garaches, loups-garous, etc. 

Lavant l'affront du brenn gaulois dans le sang de 
Vercingétorix, César a soumis et civilisé, ou plutôt paga- 
nisé notre pays, car « Rome avait donné à la Gaule son 
effroyable corruption de mœurs, de sorte qu'au commen- 
cement du V e siècle, le nom de Gaule était prêt à dispa- 
raître de la carte du monde. » (Histoire nationale illustrée 
de la France). 

Mais voici que des peuplades farouches se ruent sur 
le pays. Les prêtres de Jupiter fuient épouvantés, ren- 
versant leurs idoles impuissantes. C'est alors que se dé- 
roula un merveilleux spectacle : l'Eglise, en la personne 
de sainte Geneviève et de ses vénérables évêques, s'avança 
à la rencontre des hordes formidables et sauva cet Empire 
qui l'avait si cruellement persécutée! Si toute l'Europe 
ne fut pas, comme l'Angleterre demeurée païenne, sub- 
mergée par le rouge torrent des invasions barbares, c'est 
à l'Eglise qu'elle le doit. 

L'Eglise baptise Clovis, qui donne à la Gaule l'unité 
morale et la grandeur politique, et sur les ruines dupoly- 
théisme s'établit en douce victorieuse. Au VIII e siècle, 
l'Islam est écrasé à Poitiers par Charles Martel; Pépin le 
Bref fonde le domaine temporel des papes, et Charle- 
magne, après avoir conquis la Saxe au christianisme, 
vole au secours du Saint-Siège, menacé par les Lombards, 
et reçoit du Pape Léon III la couronne impériale (800). 
O Charlemagne à la barbe fleurie, toi qu'ont popularisé 
l'image et la légende, toi que les écoliers acclament en de 
joyeux banquets, quelle impulsion magnifique et féconde 
ton génie va donner aux lettres et aux arts ! 

France, ma douce France, ù ma France bénie, 
Rien n'épuisera donc, ta force et ton génie ! 



— 15 

te fait dire le vicomte de Bornier. Tu parais, tel un colosse 
dans un désert, et rallumes le flambeau de la civilisation 
en faisant pénétrer le christianisme dans l'Occident. 
A ce relèvement religieux correspond le relèvement de 
l'architecture. Certes, à une époque où se trouvent souvent 
encore confondues les mœurs du barbare, du romain et 
du chrétien, elle ne peut avoir un style précis. Elle est, 
comme la société, soumise à des influences si diverses 
que les auteurs modernes hésitent même sur le nom que 
celui-ci doit porter : latin? gallo-romain? roman primitif? 

Mais M. de Caumont, qui adopte ce dernier terme, ne 
craint pas d'affirmer que l'architecture atteignit alors 
un haut degré de prospérité. Elle est remarquable surtout 
dans les monastères, dont l'importance n'échappe pas 
aux regards inquisiteurs et cupides des Normands. 

Près d'un siècle durèrent leurs horribles ravages, au 
cours desquels, dit un vieux chroniqueur, « ils gâtèrent, 
saccagèrent et désertèrent d'une horrible et énorme 
façon la Bretagne, signamment le pays nantais. » Restée 
la dernière en leur pouvoir, notre malheureuse cité fut 
délivrée par Alain Barbe-Torte, grâce au secours mira- 
culeux de « la benoiste Vierge Marie ». Ce prince fut élevé 
en Angleterre, 

Puis revint en Bretaigne en chaczer les Normans. . . 
Lesquels tenaient en leur subgection 
Pays Nantois et sa ville iolie. 

Notre Cathédrale était en ruines. Il en était ainsi de 
nombreux et riches monuments. Dans les cloîtres déserts, 
lugubres s'élevaient les cris de la chouette ou le hulule- 
ment du hibou, qui remplaçaient les hymnes et les psaumes. 

Le calme rétabli, on voulut reconstruire; mais presque 
tous les fragments gallo-romains, qui depuis le V e siècle 
avaient servi de matériaux ou de modèles, avaient été 
réduits en poussière. Il fallut extraire de la pierre, la 
tailler, inventer des formes nouvelles. Sur ces entrefaites, 
une étrange terreur saisit les hommes et fit tomber de 

Soc Archéol. Nantes. 2 



- 16 - 

leurs mains découragées la truelle et le marteau : l'an 
mille devait marquer la fin du monde 

Seuls les châteaux-forts se multiplient, grâce au système 
féodal. Il y a encore vingt ou trente ans, avant que les 
milliers de documents puises dans les archives publiques 
ou privées n'aient permis de refaire nos annales et ne nous 
aient montré « l'histoire reçue, officiellement enseignée 
et propagée, comme la plus grossière des duperies, ou la 
plus audacieuse îles impostures, on nous avait appris 
un moyen âge qui était un enfer. » (Maurice Talmeyr, 
Chaires de mensonge.) 

Dans un article qu'il consacrait récemment au cinquan- 
tenaire d'une de nos plus pures gloires nationales, M. Léo- 
pold Delisle, M. Funck-Brentano écrivait ceci à propos 
d'un des livres les plus célèbres de l'illustre écrivain : 
« L'ouvrage fit sensation dès son apparition; par ses 
conclusions d'abord, quand on vit l'auteur montrer, en 
termes qui ne pouvaient être réfutés et qui même n'ont 
jamais été discutés, que, dans ces temps où l'on croyait 
ne devoir trouver que barbarie et oppression, sous cette 
horrible tyrannie féodale qui exploitait le peuple jusqu'au 
sang, — Michelet a écrit là-dessus les pages les plus folles, 
— la campagne présentait, à peu de chose près, le même 
aspect que de nos jours. Au XII e siècle, la condition du 
paysan était semblable à sa condition présente; il avait 
autant d'aisance et, s'il est possible de juger de ceci par 
des documents historiques, autant de bonheur. » 

« Les immenses travaux que nécessitait la construction 
de nos vieux châteaux-forts suffiraient pour révéler dans 
la nation une vitalité ardente. Les temps calamiteux où 
les populations succombent sous l'excès de leurs maux 
ne lèguent pas de pareilles œuvres à la postérité », avait 
déjà écrit mon père, dans le Maine et l'Anjou, à une 
époque où ce grand menteur que fut Michelet ensorcelait 
encore l'esprit des foules en faussant l'histoire par le 
roman. 

Avant lui, d'ailleurs, M. de Caumont avait affirmé ceci : 



— 17 — 

« Le système féodal n'a pas été sans avantages pour le 
temps où il est venu: il n'a pas été sans force et sans éclat. 
De grands faits d'armes, des hommes célèbres, la cheva- 
leBie, les croisades, la naissance des langues et des litté- 
ratures modernes l'ont illustré ». H rappelait cette phrase 
de Guizot : « Ce temps a été pour l'Europe moderne ce 
que furent pour la Grèce les temps héroïques ». 

C'est qu'il se complète par la chevalerie « dont le nom 
seul est proprement une merveille que les détails les plus 
intéressants ne peuvent surpasser » (Vicomte de Chateau- 
briand). Vous avez lu, n'est-ce pas? les pages d'une magie 
délicieuse où notre grand Breton évoque la poésie sans 
seconde de cette époque : festin de la licorne ou vœu du 
paon, fêtes, joutes, tournois, lays d'amour, enchante- 
ments, pèlerinages, prouesses merveilleuses, aventures 
romanesques. Je ne sache dans notre littérature rien qui 
éveille l'imagination et satisfasse, le cœur autant que ces 
récits éblouissants, parce que, supérieurs aux héros 
d'Homère, les preux sont chrétiens. Leur idéal , c'est 
l'Eglise qui l'a créé; leur institution, c'est elle qui l'a 
ennoblie : foi, vaillance, honneur, désintéressement, 
charité, tout jusqu'aux austérités du cloître — il y a environ 
quarante ordres religk ux militaires -- telles sont les vertus 
chevaleresques, et ce mot lui-même inspire encore un tel 
respect qu'il est un des rares dont l'abus n'ait pas atténué 
le prestige. Une action chevaleresque, un caractère che- 
valeresque, se peut-il rien au-dessus? C'est donc à la reli- 
gion encore que nous devons, pour une bonne part, ces 
redoutables forteresses dont les majestueux débris cou- 
ronnent nos coteaux. Dans ces nobles manoirs, près de 
femmes à l'âme claire, tendre et forte, naquit la poésie 
nationale, les mœurs s'adoucirent et prirent cette teinte 
de courtoisie, d'élégance et de délicatesse qui devait faire 
dire à Duclos : « Le Français est l'enfant de l'Europe » et 
inspirer à M. Vidal de la Blache cette belle pensée : « La 
France est située de telle sorte que le soleil ne peul y 



18 



décliner sans qu'elle voie grandir sur elle l'ombre des 
nations voisines. » (La France.) 

L'an mille passé, les alarmes se dissipent, l'apathie 
fait place à la plus dévorante activité. De nouveau, la 
pierre s'anime et, sous la direction des Evêques, asso- 
ciations de moines et d'abbés, ou pieux laïques liés par un 
vœu religieux, élèvent et décorent des églises plus grandes, 
plus magnifiques que par le passé. Grâce à Dieu, et ce 
n'est pas une simple façon de parler, car c'est Dieu qui 
inspire ces hommes, la France peut enfin s'enorgueillir 
d'un style national : le génie chrétien à créé le roman. 
Sans doute ce style est né de l'ancienne idée architectu- 
rale chrétienne ; mais, affranchi de toute servitude antique, 
il offre un caractère puissant et grandiose, austère et 
recueilli. Si le byzantin, que des artistes grecs, chassés 
par les iconoclastes, nous ont fait connaître au IX e siècle, 
s'y allie parfois, c'est de la façon la plus harmonieuse. 

Grâce à Robert le Pieux et Louis le Gros, à saint 
Bernard et Suger, la foi grandit, les mœurs s'épurent. 
Au XII e siècle, « tout naît, tout resplendit ensemble comme 
par une même explosion ». (N. de Caumont). 

L'architecture gagne en pureté, en grâce, en élégance, 
et se montre parée de toutes ses richesses, ornée de ces 
broderies de pierre qui lui valent le gracieux surnom de 
roman fleuri. 

Vastes catéchismes vivants, les églises offrent un ensei- 
gnement complet avec leurs fresques impressionnantes, 
leurs austères statues, leurs figures d'un mysticisme 
étrange, leurs verrières aux couleurs profondes et chaudes, 
où « des saints de lumière, de mystérieux personnages, 
raides en leur pourpre violacée ou en leur tunique de lin, 
graves, éloquents, solennels, nous font voir, formée de 
mille paillettes, de mille éclats multicolores, l'âme fran- 
raise comme dans un kaléidoscope. » (Guy de Cassagnac.) 
« Le soleil, en les traversant, jette sur les dalles l'ondoyante 
richesse des tapis d'Orient; et là-haut resplendit un im- 



— 19 — 

mense écrin de diamants, de saphirs, de rubis, d'émeraudes. 
Les fonds bleus, ou plus souvent pourpres, réchauffent de 
leurs flammes assombries la pénombre des basses nefs. 
Tout en haut, au sommet des parois, une lumière surna- 
turelle éclate, faite de pierreries et d'émeraudes en fusion; 
dans la Jérusalem étincelante, de grandes figures se dressent 
en pied, le Christ, la Vierge, les apôtres, les saints. Ils 
semblent vêtus des tendres clartés de l'aube et des lueurs 
profondes du couchant. C'est l'amour et l'extase, et dans 
cet acte d'amour respire encore l'âme populaire. » (André 
Pératé, l'Art chrétien au moyen âge). 

Oui, c'est un vaste amour qu'au fond de vos calices, 
Vous buviez à plein cœur, moines mystérieux ! 
La tête du Sauveur errait sur vos cilices 
Lorsque le doux sommeil avait fermé vos yeux, 
Et, quand l'orgue chantait aux rayons de l'aurore, 
Dans vos vitraux dorés vous la cherchiez encore. 
V3us aimiez ardemment ! oh ! vous étiez heureux ! 

(Alfred de Musset). 

Inutile, Messieurs, d'énumérer tous les caractères du 
roman, mais comment oublier le clocher? « Quand notre 
piété veut s'envoler aux nues, le fin peuplier qui monte 
et qui chante, ciselé de feuilles trouées de lumières, devient 
la flèche des églises, où le vent peut chanter aussi dans 
les dentelles ajourées. Le trèfle et la pâquerette s'élargissent 
en rosaces, le liseron se coule en bronze pour devenir la 
cloche, le coq des Gaules se perche au faîte du clocher et 
la cathédrale est finie. » (Edmond Haraucourt, la Patrie 
donne l'art.) 

Finie, en effet, avec le clocher, et, sans lui, inachevée 
la cathédrale, incomplète l'église rustique. Ah ! la poésie, 
l'amour, la nostalgie du clocher , qui ne les a chantés , 
ou, du moins, ressentis ? N'est-il pas l'âme du village ? 
A sa vue, le voyageur fatigué se ranime, le regard du 
pèlerin rayonne; son souvenir attendrit l'exilé, sa pensée 
console le marin et le berce sur les mers lointaines ; sa voix 



— 20 — 

soii'>rc cl douce, qui prend toutes les inflexions : [trière, 
plainte, joie, terreur, la cloche, en un mot, écho de la voix 
de Dieu, trouve elle-même un écho dans le cœur du labou- 
reur, soil qu'elle règle ses piétinements sur la glèbe, 
soil qu'elle marque ses étapes sur le chemin de la vie. Si 
vif était le regret des cloches au lendemain de la Révo- 
lution qu'en maintes bourgades, et non des plus h ventes, 
- c'est Taine qui le raconte les paysans, ai. mépris 
des règlements et de la police, s'obstinaient à rattacher 
les cordes pour avoir la joie d'entendre tinter VAnijehis. 

Peut-être une dernière inspiration eût-elle porté le 
style roman à une telle perfection qu'il fût devenu la for- 
mule définitive de l'art chrétien, mais déjà l'ogive était 
née.... en France, Messieurs, et non en Orient, où ce sont 
les Croisés qui la firent connaître. Le vicomte Melchior 
de Vogué l'a démontré, avec preuves à l'appui, au grand 
déplaisir des snobs qui, donnant un sens inattendu au 
vers célèbre du vicomte de Bornier : 

Tout homme a deux pays : le sien et puis la France, 

ont d'abord un pays dont ils raffolent sottement, puis la 
France, qu'ils dénigrent à tout propos. Comme si un fils 
devait déchirer le sein de sa mère ! France d'abord I 
Messieurs, 

Dès le milieu du XII e siècle, l'arc en tiers point s'associe 
au plein cintre, d'où le nom de roman de transition, et 
le remplace définitivement à partir du XIII e siècle ou, 
au plus tard, au commencement du XIV e en certaines 
régions. 

• D'où vient cette magnifique efflorescence qui signale 
le XIII e siècle et se manifeste surtout peut-être dans 
l'architecture? De l'influence excellemment bienfaisante 
de l'Eglise, qui, sauvant tout ce qu'on peut sauver de la 
culture humaine, créant partout des centres d'industrie 
et d'agriculture autour desquels viennent se grouper les 
villages, bâtissant des lieux de prière, qui sont en même 



— 21 — 

temps des asiles, des musées, des écoles, des hôtelleries. 
« donnant non seulement le pain du corps, mais celui de 
l'orne, par ses innombrables légendes de saints, par 'ses 
cathédrales et leur structure, par ses statues et leur ex- 
pression, rendant visible le royaume de Dieu et dressant 
le monde idéal au bout du monde réel comme un magni- 
fique pavillon d'or au bout d'un enclos fangeux » (Taine, 
les Origines delà France contemporaine), restaure la dignité 
de la femme, rend la liberté à l'esclave, prêche l'égalité 
devant la loi, la fraternité dans le Christ, et, travaillant 
à consolider la monarchie, fonde définitivement la natio- 
nalité française. « Ce sont les évêques qui ont fait la 
France », a dit Gibbon. 

Si le prodigieux épanouissement du XIII e siècle attei- 
gnit son apogée sous saint Louis, c'est que, portant le 
triple fleuron de la sainteté, de la justice et de la vaillance, 
le fils de Blanche de Castille fut l'idéal du chevalier et du 
chef d'Etat chrétien. Le nom français resplendit alors 
d'un éclat incomparable, notre langue devient en quelque 
sorte universelle, de toutes parts les étudiants affluent 
pour suivre les cours de notre Université, issue de l'école 
épiscopale de Notre-Dame. N'est-ce pas véritablement 
le siècle' d'or : 

Où tous nos monuments et toutes nos croyances 
Portaient le manteau blanc de leur virginité ? 

Où Cologne et Strasbourg, Notre-Dame et Saint-Pierre. 

S'agenouillant au loin dans leurs robes de pierre, 

Sur l'orgue universel des peuples prosternés 

Entonnaient l'hosanna des siècles nouveau-nés ? 

Le temps où se faisait tout ce qu'a dit l'histoire; 

Où sur les saints autels les crucifix d'ivoire 

Ouvraient des bras sans tache, et blancs comme le lait ; 

Où la Vie était jeune, - où la Mort espérait? 

(A. de Musset) 

« On vient de toutes parts admirer les merveilles de notre 
architecture » (abbé Houdebine), car elle « traduit l'esprit 



22 



d'une époque où le sentiment religieux était arrivé à sa 
maturité suprême et où la civilisation chrétienne porta 
ses fruits les plus charmants et les plus doux » (Michiels). 

Donnant un tour oratoire à l'un des plus beaux passages 
du comte de Montalembert, Monseigneur Besson s'écrie : 
« Plus haut ! plus haut ! L'Eglise souffle sur les piliers 
de cet édifice, elle les orne de colonnettes amincies, elle 
les dégage de toutes les lignes horizontales et de toutes 
les corniches : il faut que tout jaillisse et s'élance vers le 
ciel. Voilà votre cathédrale romane transformée en cathé- 
drale gothique par cette noble pensée. . . La foi monte, 
elle ne veut plus descendre. Montez comme elle, flèches 
de pierre, qui portez dans les airs le magnifique témoi- 
gnage de tous les arts réunis, dans un concert d'admira- 
tion et d'amour, autour des autels victorieux. » (Confé- 
rences). L'élancement, la direction vers le ciel, tel est, 
en effet, le caractère distinctif du style gothique. 

Du dehors, l'impression est « une forte élévation de l'âme 
qui cherche avec plus d'amour son Créateur en voyant une 
telle œuvre sortir des mains de la créature. » (Paul Lacroix). 
Mais à peine a-t-on franchi le seuil de ces portails majes- 
tueux, autour desquels toute l'histoire de l'humanité 
est gravée dans la pierre « qu'on ne peut se défendre d'une 
vive exaltation, d'une sorte de tressaillement. » (A. de 
Caumont). « Tout est oublié de notre existence chétive 
et misérable; celui pour qui cette enceinte a été faite est 
le Fort, le Grand, le Magnifique et c'est par l'effet d'une 
patiente condescendance qu'il nous reçoit dans son saint 
habitacle, nous, faibles, petits, pauvres. » (Paul Lacroix). 

Quels siècles, Messieurs, que ceux où surgirent de terre 
et prirent leur vol vers le ciel ces poèmes de pierre qui 
s'appellent Auxerre, Bayeux, Beauvais, Bourges, Chartres, 
Coutances, Dijon, Rouen, Séez, Sens, Tours, Amiens, 
« que les archéologues sont à peu près d'accord pour mettre 
au-dessus de toutes les cathédrales gothiques d'Europe >., 
dit Jean Rameau, la basilique de Saint-Denis, Notre-Dame 



— 23 — 

surtout, qui forme, avec la Sainte-Chapelle et le Louvre, 
la trinité architecturale de Paris ! 

« Quel spectacle moderne peut être compare à celui 
qu'offre notre admirable basilique un jour de fête reli- 
gieuse? Que sont les décors du plus magnifique opéra à 
côté des trois rosaces de Notre-Dame de Paris et de la 
forêt de colonnes où déambulent les cinq nefs? Qu'est la 
musique de nos compositeurs les plus célèbres, exécutée 
par les orchestres les plus variés, quand on la compare à 
ces terrifiantes hymnes antiques tonnées par les orgues? 
Quel frisson pour les vrais artistes ! » (Jean Rameau, 
Cathédralisons.) 

Ni en peinture, ni en sculpture, ni en musique nous ne 
pouvons prétendre à la palme. L'Italie, la Grèce, l'Alle- 
magne ont produit des hommes supérieurs : Raphaël et 
Michel-Ange, Phidias et Praxitèle, Beethoven et Mozart. 
En littérature même, si notre pléiade est de beaucoup la 
plus nombreuse, la plus variée, offre-t-elle des génies plus 
sublimes qu'Homère, Dante ou Shakspeare ? C'est 
discutable. Mais, comme l'a dit Anthyme Saint-Paul : 
« nous avons été les rois de l'architecture. » Et ce sont 
nos cathédrales gothiques qui donnent au monde la 
plus haute idée de notre génie. Cologne, d'ailleurs, 
n'a-t-elle pas été copiée sur Amiens? On a retrouvé les 
plans. La perle de l'Espagne, Burgos, fut sculptée par un 
français: Jean de Bourgogne. Et, sans la conquête 
normande, l'Angleterre compterait-elle autant de belles 
églises ogivales ? Non certes. 

Aussi le peuple, reconnaissant d'instinct l'expression 
du génie national dans cet art d'une originalité puissante, 
d'une grâce naïve, d'un calme austère, l'adopta-t-il pour 
toute espèce de construction : pour les monastères, tel 
que le Mont Saint-Michel avec sa Merveille ; pour les 
hôtels de ville et les beffrois, dont l'usage tendait à se 
généraliser; pour les maisons, étroitement serrées dans 
des remparts que les nécessités de la défense ne permettaient 
ni d'étendre, ni surtout de supprimer ; pour les galeries 



— 24 — 

couvertes, dont M. de Caumont cite, dans la grande rue 
de Dol, un des plus curieux spécimens qu'il m'ait été donné 
d'admirer; pour les pouls fortifiés aux superbes arcades; 
pour les châteaux-forts eux-mêmes, dans les détails du 
moins. Au XIV' siècle, l'usage de plus en plus fréquenl 
de l'artillerie diminua l'utilité des fortifications, aux dépens 
desquelles s'accrurent les parties habitées. Quant aux 
tours à signaux des Pyrénées, notre excellent collègue 
M. Gourdon, un fervent de ces vallées neigeuses et ver- 
doyantes, qui nous en a parlé de façon si précise et si 
captivante, ne me pardonnerait pas de les passer sous 
silence. 

En ce siècle, Messieurs, le style rayonnant se substitua 
au style à lancettes et fut lui-même remplacé au XV e 
siècle par le style flamboyant. De l'un à l'autre l'infério- 
rité est incontestable. D'où vient-elle? Des circonstances 
politiques, a-t-on dit. 

Mais si, au commencement du XV e siècle, la France 
est encore envahie par l'ennemi héréditaire, Dieu remet 
aux mains virginales d'une humble bergère l'épée de Notre- 
Dame de Fierbois et, au nom de : Jésusl Mariel Jeanne 
d'Arc boute l'Anglais hors de France; et la richesse, l'abon- 
dance, la prospérité, succèdent à de longues calamités. 

On la sauve aisément, votre admirable France, 
Avec la nation admirable qu'elle a, 

dit du Guesclin, notre grand héros breton, à Charles VII, 
dans la belle pièce de Déroulède. 

Le siècle précédent, au contraire, ouvert par l'effroyable 
désastre de Court ray, a vu les sanglantes défaites de 
Crécy et de Poitiers, où le roi Jean a été fait prisonnier, 
et, après la hideuse Jacquerie, s'est fermé sur la 
démence de Charles VI. 

Non, Messieurs, ce n'est pas aux événements, mais à 
la religion qu'il faut demander la raison de cet abaisse- 
ment de l'art. Quoique très vive encore au XIV e siècle, 
la foi est déjà moins ardente. « Au XV e siècle, les artistes 



— 25 — 

étaient nombreux et habiles, mais au 7,èle religieux qui 
les animait, au XII1 ( ' et au XIV e , vint se substituer 
un autre sentiment , Y amour-propre, et le désir de 
briller. S'ils travaillaient pour l'amour de l'art et pour 
la gloire de Dieu, ils pensaient aussi à leur propre gloire, 
à leur réputation. » Vous avez entendu M. de Caumont, 
Messieurs, et ce simple passage suffirait à prouver ma 
thèse, maïs laissez-moi la joie d'y ajouter quelques mots 
de mon père : « Tout ce que le sentiment humain fit entre- 
prendre clans le moyen âge fut étroit, incomplet, nuisible 
ou fréquemment stérile; tout ce que le sentiment reli- 
gieux inspira devint, au contraire, fécond, parfait et su- 
blime. » Et, après un tableau des bienfaits du christia- 
nisme et de ses magnifiques productions architecturales, 
mon père fait observer que nous avons peine à les com- 
prendre parce que nous ne comprenons plus les sentiments 
de foi qui animaient le moyen âge et que « ce n'était pas 
le génie seul de l'homme qui fonctionnait avec ses modi- 
fications individuelles et son éphémère durée, mais la 
pensée religieuse se transmettant d'âge en âge avec la 
sublime unité du vrai. » (Le Maine et l'Anjou). Ajoutons 
enfin avec Ruskin : « Jusqu'ici, tout art progressif a été 
religieux. Le début des périodes de décadence est marqué 
par l'usage des romans au lieu des psaumes. » (Les Matins 
de Florence). 

De cette préoccupation beaucoup plus humaine nous 
avons une preuve indéniable dans l'architecture civile. 
Au temps de vive ferveur, on s'inquiétait peu de sa propre 
demeure, on ne se préoccupait que des églises - - il yen avait 
trente dans l'île de la Cité, qui n'en compte plus que deux — 
on voulait avant tout que la maison de Dieu fût belle et 
bien ornée. Désormais, on s'avise de substituer aux logis 
exigus et incommodes des maisons plus agréables, mieux 
ornées, et l'on en décore les façades avec ce luxe de cise- 
lures, d'enseignes et de sculptures emblématiques qui 
rendaient les rues si pittoresques. L'hôtel de Jacques 
Coeur est un des plus somptueux monuments de ce genre 



— 26 — 

et nous offre ers belles Fenêtres carrées, ;iux croisées de 
picnc, datant «lu milieu du XIV e siècle. De même, les châ- 
teaux-torts, tout en conservant une apparence de force 
militaire, se transforment en habitations élégantes et 
confortables. Les nouveaux s'établissent dans les plaines 
et dans les vallées, où l'eau est en abondance. Presque tous 
possèdent des oratoires très remarquables par leurs détails 
et la finesse de leurs sculptures. Quant à ceux qui sont 
tombés en ruines, il est interdit de les relever sans la per- 
mission du roi, et Louis XI nourrit trop de méfiance à 
l'égard des grands feudataires pour l'accorder souvent. 
Par contre, il favorise la construction des hôtels de ville 
et des beffrois, signes d'affranchissement des communes (1). 

« On appelle Renaissance le retour aux formes antiques, 
comme si l'art eût sommeillé pendant l'ère ogivale et l'ère 
romane !! » dit M. de Caumont. Né en Italie, où l'on s'était 
pris d'admiration pour les fastueux décombres de la Rome 
païenne, le style de la Renaissance n'était pas une imitation 
servile de l'antiquité. Il se caractérisait par la multiplicité 
des ordres, des revêtements de marbre et de gracieux 
ornements, lorsqu'il s'introduisit en France, à l'occasion 
des guerres d'Italie. François I er surtout s'enthousiasma 
pour cet art élégant et communiqua son goût à son brillant 
entourage. Palais et châteaux s'élevèrent un peu partout, 
mais de préférence sur les rives de la Loire : Chantilly, 
Saint-Germain, la Muette, Azay-le-Rideau, Chenonceaux, 
Chambord, ce fantastique, cet indescriptible Chambord, 
où le génie français semble protester encore contre le 



(1) Du xv e siècle datent la Cathédrale, continuée au xvn e , 
et terminée au xix . grâce à Mg r Fournier, la porte Saint- 
Pierre, l'Hôtel de Ville, réparé et augmenté au xvir par le 
maire, Claude de Cornulier, le Château, reconstruit par 
François II et la duchesse Anne, sa fille, qui y épousa 
Louis XII. la chapelle de Saint-Antoine de Pâdoue . 
aujourd'hui l'Immaculée - Conception , le manoir de la 
Touche, etc. 



— 27 — 

goût étranger, car on ne change pas par un seul acte de 
sa volonté les traditions de tout un peuple. Aussi, pendant 
un demi-siècle, les ornements du gothique s'allièrent-ils 
aux arabesques, et c'est même à cette période d'oscilla- 
tion que s'applique, à proprement parler, le mot de 
Renaissance. 

Bien que, par une de ces réactions dont l'esprit français 
est coutumier, on traite aujourd'hui de barbare le style 
de la Renaissance, après avoir, pendant trois siècles, 
appliqué cette épithète au style gothique, on ne peut 
méconnaître qu'il produisit des œuvres pleines de grâce 
délicate et riches d'ornementation ; mais , lorsque 
« la gangrène fut partout, s'attaquant à la foi, aux tradi- 
tions, aux mœurs » (E. de la Gournerie, Histoire de Paris 
et de ses monuments), tout devint dur, tapageur, tout 
l'élégant système de décoration : grands combles, hautes 
lucarnes, tourelles en encorbellement, etc. . . , disparut à 
la fois. La décadence de l'architecture suivit celle de la 
religion et de la morale. 

Quelles sont les causes de la Renaissance? Assez com- 
plexes : découverte des manuscrits de Vitruve, retour 
vers la littérature et l'art païens, émancipation des laïques, 
progrès des richesses, goût du luxe et, somme toute, affai- 
blissement de l'esprit chrétien, dégénérant peu à peu en 
raffinement et en mollesse. 

De là vient que si, à ses débuts, elle put produire, grâce 
à Michel Colombe, cette exquise chapelle de Saint-Thomas, 
dont la démolition laisse Nantes inconsolable, « il suffit 
d'observer sans prévention l'aspect magnifique des grands 
édifices du moyen âge pour se convaincre que le style 
ogival convient mal à nos temples, auxquels il imprime 
un caractère solennel, que n'offrent point en ce genre 
les imitations plus ou moins heureuses de l'architecture 
antique », a dit M. de Caumont. « Il n'est plus permis au 
génie d'innover, comme au moyen âge, de créer de nouvelles 
expressions pour des pensées nouvelles; il ne lui est plus 
permis de faire parler, de faire prier la pierre, comme 



— 28 — 

l'avaient fait ces maîtres-maçons des XIII e et XIV e siècles, 
qui savaient atteindre aux dernières limites de l'art par 
la seule puissance de la foi. » (E. de la Gournerie). Aussi 
le style ogival persista-t-il le plus généralement dans 
l'architecture religieuse pendant tout le XVI e siècle. Ce 
fut même\sotis le règne de la Bonne Duchesse, dont M. Dor- 
tel vient de retracer, dans un discours éloquent et senti, 
les qualités et les vertus, que la Bretagne se couvrit de ces 
églises gothiques dont les clochers ont inspire a .M. Fuster 
une de ses plus belles poésies : 

Au pays d'Armorique, au pays de la foi, 

Les clochers sont à jour, et je nie dis : « Pourquoi ? 

« Pourquoi ces trous béants, ces vides du granit ? 
« Est-ce pour les oiseaux et la place d'un nid ? » 

Non. C'est pour respirer l'espace, pour le voir, 
Pour boire le soleil, pour humer le vent noir. 

Les trous, dans le granit, guettent comme des yeux : 
Les clochers sont à jour pour mieux fixer les cieux. 

Mais surtout on leur fit ces entailles au front 
Pour bien les pénétrer du Dieu qu'ils chanteront. 

Que ne peut-on, pour mieux se pénétrer d'amour, 
S'ouvrir l'âme, et chérir avec un cœur à jour ! 

(Bretagne : heures vécues.) 

L'activité féconde des premières années du siècle, 
ralentie, presque suspendue par les guerres religieuses, 
reprit à la suite de l'édit de Nantes. Sous Henri IV, l'ar- 
chitecture fut régulière et majestueuse, mais un peu lourde 
et triste, comme si le morne esprit du protestantisme 
avait déteint sur elle. N'est-ce pas d'ailleurs à cette époque 
que domine le goût des inscriptions sentencieuses sur la 
façade des maisons? Or, dans ses Notes sur Cromwell, 
Victor Hugo parle de « l'usage que les fanatiques avaient 
de remplacer leur nom de baptême par quelque sobriquet 
religieux, tiré pour l'ordinaire de la Bible, ou exprimant 
une réflexion pieuse. » 

« Au XVII e siècle, la Erance semble passer de la jeunesse 



— 29 — 

à la virilité. Au lieu d'abandonner l'imagination à elle- 
même, nous nous appliquons dès lors à la contenir sans 
la détruire. . . L'art suit le mouvement général : il n'étin- 
celle ni n'éblouit, il parle surtout à l'esprit et â l'âme. 
En général, il manque un peu d'éclat et de coloris, mais 
il est au plus haut point expressif. » (Victor Cousin, le 
Bien, le Beau et le Vrai). 

Les peintures murales et les vitraux, en particulier, 
gagnent en dessin ce qu'ils perdent en couleur. Si encore 
on avait conservé les anciennes verrières ! Mais, les progrès 
de l'imprimerie ayant multiplié les livres et les lecteurs, 
les fidèles murmurèrent contre l'obscurité des églises, et 
des œuvres qui avaient coûté des sommes et des peines 
considérables furent brisées et remplacées par des vitres 
blanches. 

La France, en effet, qui a témoigné sa reconnaissance 
â Dieu pour l'intervention miraculeuse de Jeanne d'Arc, 
en combattant l'incendie allumé par Luther et Calvin 
et en l'empêchant de se propager dans toute l'Europe, et 
qui a refusé de recevoir un roi huguenot, est restée attachée 
à ses traditions catholiques. Affaiblies par la Renaissance 
et par la Réforme, elles reprennent une nouvelle vigueur 
sous Louis XIII. C'est l'âge d'or de la charité 
avec saint Vincent de Paul, saint François de Sales, 
M me de Chantai, Louise de Marillac, etc., des vertus sacer- 
dotales avec de Rérulle et Olier, éducateurs du clergé ; 
de l'héroïsme apostolique avec les généreux missionnaires 
qui, nouveaux chevaliers, vont entreprendre de paci- 
fiques croisades et conquérir à la foi catholique plus 
d'âmes que la Réforme ne lui en a fait perdre. Par 
réaction contre le siècle précédent, les mœurs ont même 
une austérité dont l'excès sera le jansénisme, qui, en 
éloignant l'homme des sacrements, favorisera singuliè- 
rement les débordements du XVIII 1 ' siècle. 

Mais n'anticipons pas. A ce moment, « pour qu'il fût 
bien manifeste que la prospérité de notre pays n'a pas 
d'autre secret que sa fidélité à soutenir au milieu des na- 



30 

tions la cause de Jésus-Christ, on vit refleurir une ère in- 
comparable de civilisation chrétienne et française. » 
(France catholique). « Jamais l'essor du génie de la France 
n'avait été marqué par un plus complet ensemble d'œuvres 
imposantes. » (E. de la Gournerie). Le style est simple et 
grandiose. Ce sont : le Luxembourg, la Sorbonne, le Palais- 
Royal, de riches hôtels, des hospices et des hôpitaux, où 
la plus haute société vient seconder les admirables Sœurs 
de charité, des couvents, des églises ou chapelles — plus de 
soixante à Paris. - L'illustre Compagnie de Jésus, qui 
faisait alors reconstruire les siennes, propage un style imité 
d'une ordonnance italienne et connu sous le nom de style 
des Jésuites. 

Une seule ombre à ce tableau: la destruction des châ- 
teaux-forts, ordonnée par Richelieu. Impitoyable envers 
la noblesse, dont il poursuit l'abaissement sans se rendre 
compte qu'en plaçant le roi trop au-dessus d'elle, en 
l'isolant de ses pairs, il en rend la chute plus facile, il ne 
se borne pas à faire tomber des têtes, il fait démolir ces 
forteresses grandioses, d'une grâce parfois bizarre, qui, 
escaladant les collines, campées à pic au-dessus des pré- 
cipices, chantaient la fière chanson de la croix et de l'épée. 
Vandalisme impardonnable aux yeux de l'archéologue, du 
peintre et du poète ! 

Voici venir la monarchie auguste de Louis XIV ! Le 
Roi-Soleil! A ce seul mot, ne vous semble-t-il pas, Messieurs, 
apercevoir , comme dans une apothéose , un pompeux 
cortège de grands seigneurs et de grandes dames , 
empanachés, pomponnés, couverts de rubans et de dentelles, 
accompagnant le monarque, qui descend lentement des 
terrasses de Versailles et d'un pas majestueux parcourt 
les jardins tracés par Le Nôtre , le seul en ce genre 
qui ait laissé un nom en Europe. Jardins, d'ailleurs, 
moins que salons en plein air. Il fut même question d'en 
arracher les fleurs, les parfums déplaisant au roi, et, sottes 
adulatrices, certaines femmes feignent de s'évanouir 






— 31 — 

à la vue d'une rose ! Mais quelle magie de perspective ! 
Par une large allée, le regard, se prolongeant sur des 
pièces d'eau où se mirent de nobles statues de bronze, 
se perd dans des lointains sans bornes. De l'autre côté, 
c'est un palais d'un style simple, original, austère et noble 
comme la poésie de Corneille ou la prose de Descartes; 
car, à l'exemple dé Michel-Ange, Mansard a abandonné 
la multiplicité des ordres et les minuties de la décoration. 
Tout paraît large et ample comme le pouvoir. 

Longtemps dédaigné, livré à l'abandon, Versailles a 
repris pleine faveur. Vous connaissez le nom de M. de 
Nolhac. Vous savez sans doute qu'une Société des A.mis de 
Versailles s'est formée. Vous avez lu plus d'une poésie 
consacrée à célébrer le charme évocateur et puissant de 
cette royale demeure. Donc, je passe. La ville seule méri- 
terait une visite avec ses hôtels somptueux, aux façades 
sculptées, aux escaliers monumentaux, à l'aspect seigneu- 
rial, qui se sont élevés subitement autour du palais. 

Paris, de son côté, prit un caractère de splendeur incom- 
parable : d'imposantes lignes de quais, de vastes espla- 
nades, des places spacieuses, donnèrent l'espace et l'air 
nécessaires aux belles perspectives. Que cette grandeur 
ait un côté théâtral, je le veux bien. Louis XIV aimait 
le théâtre au point d'y monter lui-même. Mais c'est encore 
de la grandeur, et tout ce siècle est rempli par le dévelop- 
pement des éléments de grandeur amassés par le Béarnais. 
En un mot, c'est le grand siècle. « Paris, dit un célèbre 
voyageur anglais, semble un anneau dont le Louvre ou 
le palais du Roi serait le diamant, et je ne pense pas qu'il 
y ait dans le monde entier une autre ville qui l'égale. . . 
Partout les maisons sont élevées et majestueuses... On 
a renoncé à la brique, encore en usage au commencement 
du siècle. . . Cette noblesse a beaucoup de goût pour le 
luxe digne d'approbation des bâtiments et des meubles. . . 
J'ai vu, dit-il, dans une visite aux hôpitaux, des gens de 
condition soigner eux-mêmes les malades. » (Voyage de Lister 
à Paris.) En effet, la charité ne s'est pas ralentie sous le 

Soc. Archéol. Nantes. 3 



32 



règne de Louis XIV. Pendant les années calamiteuses, 
« les aumônes dont le clergé était le dispensateur éclairé 
furent énormes, les ordres religieux firent partout les plus 
généreux emploi des biens ecclésiastiques et, grâce à eux 
surtout, les familles indigentes ne moururent pas de faim. » 
(Paul Lacroix.) 

L'importation du dôme fut la principale pour ne pas 
dire la seule innovation en architecture religieuse. « S'il 
rappelait un autre génie que le nôtre, il nous apparaissait 
du moins comme un dernier souvenir de Dieu planant 
sur nos villes. Le dôme du Val-de-Grâce marque magni- 
fiquement sous ce rapport la jeunesse de Louis XIV; le 
dôme des Invalides marque encore dignement ses derniers 
jours. » (E. de la Gournerie). 

Le roi mort, tout s'écroule. « Décadence dans les arts 
comme dans les mœurs et dans la grandeur nationale » 
(Baron de Wismes, le Maine et l'Anjou). Or, Diderot lui- 
même en fait l'aveu, la religion est l'unique base de la 
morale. Donc c'est elle qui recevra les premiers coups. 
L'impiété est mise à la mode. Dans la maison de fous 
d'Arusca, près de Naples, on a tressé les grillages en 
forme d'herbages et de fleurs pour dissimuler aux 
malheureux leur captivité. De même , les philosophes 
épicuriens cherchent à faire oublier à la société qu'elle 
a perdu la liberté chrétienne pour tomber sous l'esclavage 
de ses passions, en lui peignant sous les couleurs les plus 
séduisantes les horizons fictifs destinés à lui- masquer le 
ciel. Ne sont-ce pas des fous aussi que ces hommes portant 
ridicules ou pantins mécaniques dont ils s'amusent à tirer les 
ficelles, juchés sur de hauts talons, coiffés de perruques à 
marteau ; ces femmes aux visages cramoisis par le fard, 
criblés de mouches aussi bizarres de formes que les signes du 
zodiaque, aux oiffures hérissées, aux robes à paniers, aux 
prétentieux falbalas ? «Sur leur front dur respirent l'égoïsme 
et le mépris de Dieu, ils ont perdu la noblesse de l'habit et 
la pureté du langage : on les prendrait, non pour les fils, mais 



33 



pour les baladins de la grande race qui les a précédés. 
(Vicomte de Chateaubriand.) Ils sont tombés bien bas, 
car l'orgueil est la porte de toutes les déchéances. 

S'amusent-ils du moins? Ne le croyez pas. « On était si 
prompt à s'ennuyer alors ! on bâillait si vite et si démesu- 
rément qu'il fallait bien chercher à tuer l'ennui !... 
C'est l'ennui qui tue Louis XV, qui l'oblige d'être toujours 
en mouvement. » (Paul Lacroix). On bavarde, on badine, 
on s'occupe à des riens : tapisserie, parfilage, découpures 
coloriées, on lit des contes de fées, on lance même des cerfs- 
volants, mais plus rarement, parce qu'on aime moins le 
grand air que l'appartement. « Le vrai soleil, c'est la 
clarté des bougies, et le plus beau ciel est un plafond peint »', 
dit Taine. A force de se divertir, on ne s'amuse même 
plus. 

Au fond des vains plaisirs que j'appelle à mon aide, 
J'éprouve un tel dégoût que je me sens mourir, 

c'est le cri de tous les débauchés. 

Etonnez-vous, après cela, de cet art nouveau, extraor- 
dinaire , presque bouffon , qui ne mérite même plus 
le nom d'art, car il manque à ses lois essentielles. 
Le beau, en effet, a disparu pour faire place au joli, le joli 
étant seul réalisable sans la foi; or le joli, en art, n'est que 
la forme agréable du laid; le joli est éphémèr . exécrable, il 
n'existe pas. Qu'est-ce que cet entortillage de lignes, 
vagues, complexes, qui ne- sont ni positivement continues 
ni positivement brisées, cette absence de toute forme, de 
toute surface nettement définie ? C'est le rococo. La dé- 
pravation du goût a suivi pas à pas celle des mœurs. 
« Le style Louis XV, dit M. de la Gournerie, représente 
la débauche de l'esprit comme Y Encyclopédie représentait 
le dévergondage de la pensée. Qui ne reconnaît les monu- 
ments des siècles de vive foi et les monuments des siècles 
d'affaiblissement moral? Les uns vivants, parlants, comme 
tout ce qui naît de l'inspiration, les autres bizarres et 
froids, comme tout ce qui naît du caprice ou de l'étude. 



— 34 — 

A voir le XVIII* 1 siècle on dirait une société prise de ver- 
tige. » Oui, c'est un carnaval, mais funèbre comme une 
danse macabre, où le rire sonne faux et masque mal les 
misères du cœur ! 

Ecoutez cet autre cri plaintif du poète de l'Espoir en 
Dieu, qui leur fait écho de l'autre côté du siècle : 

Je souffre, il est trop tard; le monde s'est fait vieux. 
Une immense espérance a traversé la terre; 
Malgré nous vers le ciel il faut lever les yeux I 

Cette société souffre, parce qu'il lui manque Dieu. 

Mais telle qu'un malade, étouffant dans l'air vicié de 
sa chambre, et n'ayant plus la force de se lever et 
d'ouvrir les fenêtres, se retourne sur son lit pour trouver 
du soulagement, à peine le nouveau règne commencé, 
elle se jette d'un excès dans un autre. A la recherche suc- 
cède la simplicité, oh ! une simplicité trop affectée pour 
être sincère. L'impertinent silence -des lorgneurs et des 
physionomistes est même plus irritant qu'un intarissable 
babil; les grandes démonstrations, cris, larmes, pâmoisons, 
rêveries, embrassades, ne procèdent d'aucun sentiment 
vrai, mais sont les marques écœurantes d'une fade sen- 
siblerie. Quant aux modes, elles ne sont pas moins extra- 
vagantes, que dis-je? « les toilettes les plus outrées du 
règne de Louis XV sont de la modération auprès de celles 
qui parurent en 1776, 1777, 1778. » (Quicherat, Histoire 
du costume en France). 

Mais, du moins, la vertu peut se montrer en public sans 
craindre le ridicule et sans être offusquée par la vue du 
scandale. Et, s'il est vrai, comme le dit Dejaure dans 
deux vers de Montano et Stéphanie, vers assez niais d'ail- 
leurs et de français incorrect (c'est le blé qui lève, mais non 
l'aurore, n'est-ce pas, M. Bazin ?) 

Quand on fut toujours vertueux. 
On aime à voir lever l'aurore, 



35 



on peut se faire une haute idée de l'état moral de cette 
société, car jamais l'on ne s'éprit à ce point des spectacles 
de la nature. La campagne, les prés fleuris, les petits oiseaux, 
la vie sauvage, les forêts vierges, tout cela attendrit et 
enthousiasme. On a tant vécu de l'existence artificielle 
et sèche des salons que, par réaction toujours, on éprouve 
le besoin de se mettre au vert. Vivent donc les fêtes cham- 
pêtres, les bergeries, les pastorales, les goûters sur l'herbe! 
On dirait des écoliers en vacances. 

A Trianon, que le roi abandonne à Marie-Antoinette, 
la jeune reine s'arrange un village dont l'aspect contraste 
avec le parc élégant et sévère qu'il côtoie. C'en est fait 
des jardins français avec leurs cascades, leurs statues, 
leurs décorations raides et pompeuses. Vivent la fantaisie, 
l'indépendance, cet aspect de demi-campagne qu'offrent 
les jardins anglais; car l'anglomanie sévit intense, à ce 
point que les élégants se coiffent des affreux petits chapeaux 
empruntés par nos voisins à leurs palefreniers. Ne rions 
pas. N'a-t-on pas vu la raie du pantalon adoptée, parce 
qu'Edouard VII l'avait portée aux courses de Godwood?Or, 
le roi, éclaboussé en s'y rendant, avait tout simplement 
acheté un vêtement neuf au premier tailleur venu ! 

Le style atteint une pureté dont nons pouvons d'autant 
mieux juger que plusieurs de nos monuments, dus àCeineray, 
à Crucy et à leurs émules, et la plus grande partie de notre 
ville, le quartier Graslin surtout, lui appartiennent, « Ange 
Gabriel est le créateur de ce style Louis XVI qui permet 
d'être noble en demeurant familier, qu'on a baptisé à 
tort de transition ; il n'est pas transitif, c'est-à-dire en 
décadence, il est, au contraire, à un point de perfection 
si absolu qu'il peut satisfaire aux besoins les plus différents 
et contenter tout le monde. » (Albert Flament, Ange 
Gabriel.) Certes, les appartements sont spacieux et com- 
modes et les façades offrent ce cachet de sobriété, de 
simplicité et d'élégance qui constitue la vraie distinction. 
Mais d'aucuns reprochent à ce style d'être un peu pauvre 
et moi-même, tout plein d'admiration que je sois pour les 



36 



belles lignes de nos cours, je ne puis cependant les trouver 
aussi amusantes que ces vieilles masures encore debout, 
ces logis pittoresques qui inspirèrent à Sully -Prudhomme 
la pièce célèbre qui commence ainsi : 

Je n'aime pas les maisons neuves : 
Leur visage est indifférent. 
Les anciennes ont l'air de veuves 
Qui se lamentent en pleurant. 

Quant à Paris, «il se développa et s'embellit dans des 
proportions merveilleuses... Et ce n'étaient pas seule- 
ment des rues qui s'ouvraient, c'étaient des monuments 
qui s'élevaient à tous les coins de la ville : les uns créés 
pour le plaisir, les autres produits par ce besoin de piété 
et d'intelligentes améliorations qui était dans le cœur 
du roi. . . Jamais essor ne fut plus rapide, jamais grandes 
et généreuses pensées ne trouvèrent plus d'interprètes. » 
(E. de la Gournerie). 

Louis XVI, en effet, ne chercha jamais que le bien du 
peuple; et ce peuple, resté, non seulement dans les cam- 
pagnes, mais à Paris même catholique et pratiquant, 
ne cessait du matin au soir de faire entendre aux abords 
du palais le cri de : Vive le Roi ! Pendant le rigoureux 
hiver de 1784, Sa Majesté allait tous les soirs, à pied, dans 
la neige, pour voir si on avait allumé dans la rue des 
feux pour les indigents. Aussi, lorsque se font sentir les pre- 
mières secousses d'une Révolution qui se couvre, dit 
Taine : « des grands mots de liberté, justice, bonheur 
public, dignité de l'homme, si beaux et en outre si vagues, 
quelle intelligence peut en prévoir toutes les applications? 
tous se rassurent, le gouvernement comme les hautes 
classes, en songeant au bien qu'ils ont fait ou voulu faire. 
Aucun gouvernement ne s'est montré plus doux, aucun 
prince n'a été plus humain, plus charitable, plus préoc- 
cupé des malheureux ; il est, après Turgot, l'homme de 
son temps qui a le mieux aimé le peuple. » 

Mais, depuis longtemps, le trône était miné par une 



— 37 — 

sourde propagande, à laquelle le jansénisme avait prêté 
une aide inconsciente; cause indirecte de l'expulsion des 
Jésuites, il avait privé l'Eglise de ses plus fermes soutiens : 

Voltaire jette à bas tout ce qu'il voit debout. 

La Révolution s'en prend à la religion et à la 
rovauté d'abord, ensuite à la famille, qu'elle sape par 
le divorce, puis à la propriété, qu'elle supprime par la 
confiscation, enfin à la liberté, qu'elle ruine par une vaste 
machine de centralisation administrative, dont il suffit 
de tenir le moteur pour être maître de la nation et la 
broyer dans les engrenages. 

Il pleut, il pleut, bergère, 
Ramène tes moutons, 

fredonne Marie- Antoinette dans les parages de Trianon. 

Oui, ramène-les bien vite, ô Reine, car il pleut !.. . il 
pleut du sang, il en tombe de larges gouttes, qui vont ruis- 
seler sur la France et la rendront un objet d'épouvante 
et d'horreur pour l'univers. 

« Après les sophistes viennent les bourreaux », a dit 
Donoso Cortès. Viennent aussi les démolisseurs. Les têtes 
tombent, mais les monuments tombent aussi, et, jusqu'en 
ses destructions , la France nous offre l'image d'une 
surprenante concordance entre son histoire et son archi- 
tecture. Ruines religieuses, morales, sociales, d'un côté : 
de l'autre, ruines matérielles. La prise de la Bastille arrête 
net toute construction. Il semble que l'on soit revenu à 
la veille de l'an mille. Louis XV a-t-il, dans un instant 
d'ivresse ou d'oubli, prononcé cette parole qui, si elle 
était sérieuse, serait la plus abominable trahison envers 
le principe monarchique : « Après nous la fin du monde » ? 
J'en doute; mais, en vérité, tout paraît devoir sombrer 
dans un effroyable cataclysme. 

Et la France, cette fois, ne se trompe guère. Au lieu 
des vaines terreurs, elle subit la vraie Terreur, celle qui 
n'épargne ni rang, ni âge, ni sexe, et se déchaîne en par- 



— 38 - 

ticulier sur noire malheureuse ville de Nantes dans toute 
sa tragique horreur : d'un côté , périssent 800. 000 vic- 
times ; de l'autre, 2.500 maisons religieuses, dont un 
grand nombre étaient des édifices gothiques admirable- 
ment conservés; 40.000 églises, la plupart très précieuses; 
les palais royaux, les châteaux, les hôtels les plus fameux 
et les plus magnifiques, sont confisqués par l'Etat, qui les 
mutile, les abat, les loue ou vend à vil prix, ou les laisse 
dans un tel abandon que Napoléon dut consacrer des 
sommes énormes rien que pour la restauration du Louvre 
et des Tuileries. « Il n'est pas une des rues de Paris qui ne 
porte la trace de cette hideuse époque » , dit M. de la 
Gournerie. Sous la Terreur, on y comptait 6.000 hôtels 
vides, et, dans les provinces, les villes étaient à moitié 
désertes. 

Tel est, Messieurs, le bilan de la Révolution au point 
de vue architectural : c'est un passif de faillite. Comme 
actif, qu'a-t-elle à nous offrir ? Rien. Oh ! elle tenta, 
je ne l'ignore pas, de revivifier l'art païen de la Grèce 
et ne se fit pas faute d'ouvrir concours sur concours. 
Seulement « les jeunes architectes, en cherchant à faire 
du neuf, du grandiose et de l'extraordinaire, tombèrent 
dans l'extravagant et dans le ridicule; mais, par bonheur, 
aucune de leurs monstrueuses créations ne fut exécutée ». 
(Paul Lacroix). 

La Révolution s'était déclarée pour l'art grec ; Napoléon 
fut romain. Paris vit les deux Rome : Rome chrétienne 
et Rome païenne. La Rome des Papes apparut dans la 
personne du doux et pieux Pontife qui vint sacrer le nou- 
veau Charlemagne, après la signature du Concordat. La 
Rome impériale sembla renaître dans ces édifices d'utilité 
publique, ces fontaines, ces arcs de triomphe, ces temples 
même, dont la pénurie du trésor et la fréquence des guerres 
réduisirent heureusement le nombre, car tous sont conçus 
dans ce style, noble et harmonieux, je le veux bien, mais 
froid, académique, qui caractérise l'art du premier Empire. 



— 39 — 

Si l'on s'écarte de la copie de l'antique, c'est par les 
dimensions : la colonne Trajane et l'arc de Constantin le 
cèdent, sous ce rapport, à la colonne Vendôme et à l'arc 
de l'Etoile. Il faut du colossal, car Napoléon, comme 
Charlemagne, est un colosse. Il est si grand que l'épithète 
même semble petite pour lui et qu'on dit tout simplement; 
Napoléon. A mille ans de distance, il s'est trouvé, aussi 
lui, en face du chaos. Mais de sa forte et puissante main 
il endigue, ou mieux il canalise, le torrent révolutionnaire, 
en associant le granit monarchique au moellon républicain. 
La réaction, du reste, est prompte et stupéfiante. Sur 
207 régicides, tous, sauf cinq — les cinq de l'Empire — 
se rallient à un gouvernement infiniment plus autocra- 
tique que la Monarchie débonnaire supprimée par eux; 
36 deviennent membres de la nouvelle noblesse : 10 comtes, 
15 barons et 10 chevaliers. Quant à Fouché, on lui prête 
ce mot plutôt drôle : « Duc d'Otrante, me dit un jour 
Robespierre. . . » 

Le grand fleuve de la vie catholique a donc repris son 
cours, mais il charrie encore l'impur limon qu'y ont mêlé 
les débordements du dernier siècle. Aussi l'architecture 
de la Restauration ne parvient-elle pas à sortir de cet état 
de marasme à laquelle elle est condamnée lorsque nulle 
inspiration ne lui vient du ciel. 

Mais elle va venir, cette inspiration, sous l'influence 
du génie de Chateaubriand : 

Quand, doutant s'il croyait encore, 
Le dernier siècle, à son aurore, 
Restait sarcastique, incroyant, 
Jetant bas l'œuvre de Voltaire, 
Qui donc, prenant la croix à terre, 
La releva ? Chateaubriand ! 

« Chateaubriand, disait M. Le Meignen, dans son dernier 
discours présidentiel, c'est le grand croyant qui, portant 
un coup mortel aux décevantes doctrines des philosophes 



40 



du XVIII e siècle, »■ vengeait le christianisme des sol! es 
plaisanteries et des calomnies de Voltaire et de sa séquelle » 
(Brunetière), faisait refleurir la foi et l'espérance dans le 
cœur desséché de ses lecteurs et remplissait les églises 
d'une foule que la prose charmeuse du Génie du Chris- 
tianisme préparait à recevoir plus tard les leçons plus 
sévères d'un Frayssinous, d'un Bonald ou d'un de Maistre. » 
« Sous l'influence du génie de Chateaubriand, écrivait 
mon père sous le second Empire , on revient à l'étude 
des monuments de la monarchie, la vogue tourne de ce 
côté, elle dure encore. » 

De son côté, Victor Hugo affirme, en 1825, que les 
cathédrales sont de grands livres de pierre où toute la 
pensée du moyen âge est écrite et où il faut de nouveau 
apprendre à lire. Il proteste avec indignation contre 
« tous les genres de dégradation, de profanation et de 
ruine qui menacent à la fois le peu qui nous reste de ces 
admirables monuments du moyen âge, où s'est imprimée 
la vieille gloire nationale, auxquels s'attachent à la fois 
la mémoire des rois et la tradition du peuple «, sans parler 
de leur valeur vénale. L'église de Brou, par exemple, 
représenterait aujourd'hui 150.000 millions. « Il ne faut 
pas plus de trois jours et de trois cents francs pour la 
jeter bas. Et puis un louable regret s'emparerait de nous; 
nous voudrions reconstruire ces prodigieux édifices que 
nous ne le pourrions. Nous n'avons plus le génie de ces 
siècles. L'industrie a remplacé l'art. » (Littérature et Phi- 
losophie mêlées.) 

Et croyez-vous , Messieurs , que nous le pourrions 
davantage aujourd'hui? « Vous diriez à un de nos archi- 
tectes actuels : « Voici cent millions : faites-moi la rosace 
méridionale de Notre-Dame de Paris, ou la septentrionale, 
à votre choix » ; et aucun d'eux ne pourrait la faire. En 
fer, oui, peut-être, mais en pierre, jamais ! Nous ne sommes 
plus assez forts. » Voilà ce qu'écrivait récemment Jean 
Rameau, qui citait à l'appui des faits tels que la flèche 
d'Amiens, rognée à chaque restauration par les architectes 



— 41 — 

diocésains, qui ne peuvent ou n'osent aller si haut : elle 
est descendue de 125 à 115 mètres; les échafaudages qui, 
depuis un demi-siècle, défigurent la Sainte-Chapelle, bâtie 
en cinq ans seulement sous saint Louis; en un mot cer- 
tains effets de ce faux et décevant progrès moderne, qui 
devraient nous faire humblement baisser la tête en con- 
templant nos devanciers. 

En 1832, Victor Hugo reprit une virulente offensive 
et livra à la risée publique les conseillers municipaux de 
Laon, qui, mettant en commun tout ce qu'ils savaient 
de grands mots : la féodalité, la dîme, la corvée, les prêtres, 
les nobles, les jésuites, etc., jargonnent, croassent, déli- 
bèrent, grotesque sanhédrin qui vote avec enthousiasme 
la démolition de la tour de Louis d'Outremer, pour en 
faire un marché. « Et la ville a payé pour cela ! on lui 
a volé sa couronne, et elle a payé le voleur ! » 

Hélas! Messieurs, je le dis avec une amertume profonde, 
malgré les efforts de notre Société, malgré la lettre de 
mon père au Maire de Nantes (publiée par V Espérance 
du Peuple du 7 février 1865), je rappelle toujours ce sou- 
venir avec une légitime fierté, on a jeté bas la chapelle 
Saint-Thomas, presque l'unique débris de notre ancienne 
Collégiale, « une des perles les plus pures, les plus exquises de 
notre écrin monumental...» « Monsieur le Maire, disait-il en 
finissant, c'est non pour détruire nos vieux édifices, nos 
chefs-d'œuvre artistiques . mais au contraire pour les 
conserver avec une jalouse sollicitude qu'on vous a confié 
la haute place que vous occupez dans notre cité. » Pareil 
malheur ne nous menace certainement pas maintenant, 
Messieurs, du moins de la part de la municipalité. Mais, 
si, dans l'avenir, le vandalisme voulait s'attaquer à quel- 
qu'un de nos rares monuments, vous vous lèveriez tous 
comme un seul homme pour jeter cà la face des misérables 
assez dénaturés pour mutiler leur propre patrie le cri 
de notre regretté Parenteau : « Les peuples qui ne res- 
pectent pas leur passé n'ont plus d'avenir. » C'est que 
« le passé, ajouterai-je avec Victor Hugo, est une partie 



— 42 — 

de nous-mêmes, la plus essentielle peut-être. Tout le flot 
qui nous porle, toute la sève qui nous vivifie vient du 
passé. Qu'est-ce qu'un arbre sans ses racines ? Qu'est-ce 
qu'un fleuve sans sa source? Qu'est-ce qu'un peuple sans 
son passé ? » 

O Français ! respectons ces restes ! 
Le ciel bénit les fils pieux 
Qui gardent, dans les jours funestes, 
L'héritage de leurs aïeux. 

(La Bande noire). 

Avec Chateaubriand et Victor Hugo, le comte de Mon- 
talembert, de Caumont, A. Thierry, Quicherat, Viollet- 
le-Duc, Lassus, etc., luttèrent avec un courage inlassable 
pour ramener l'admiration sur nos styles nationaux, que, 
depuis la Renaissance, on traitait de barbares. Bientôt, 
dans les villes et dans les campagnes, il n'y eut plus un 
curé qui ne rêvât d'une église romane ou gothique. Ouvrez 
notre Bulletin et vous trouverez de nombreuses discussions 
sur ce sujet. Un des membres les plus illustres de notre 
Compagnie, M gr Fournier, notre ancien président d'honneur, 
dont le buste semble toujours présider à nos réunions, 
« fit encore flamboyer les ogives, unissant leurs arceaux 
comme de grandes mains jointes pour la prière. » 
(Chanoine Cahour). bit toutes nos églises, à l'exception, 
bien entendu, de notre chère vieille Cathédrale et de 
Sainte-Croix, ont été rebâties à partir de Louis-Phihppe. 

Sous son règne, l'architecture civile atteignit une per- 
fection technique qui depuis n'a fait que s'accentuer 
et à laquelle je rends le plus complet hommage; mais ce 
n'est là que de l'industrie, du métier, de la main-d'œuvre. 
L'inspiration manque, et le pêle-mêle des styles que l'on 
essaie de reproduire avec plus ou moins de bonheur est 
l'image du pêle-mêle des idées et des croyances : classiques 
et romantiques, doctrinaires et libéraux, etc. 

Sous l'Empire, l'Ecole des beaux- arts fit prévaloir 
une sorte de style antique accommodé à la moderne, 
appelé le néo-grec. Mièvre, sec, affreux, il a contribué à 



— 43 - 

défigurer Paris. Seul, Garnier le dota d'une œuvre magni- 
fique: l'Opéra; mais le pauvre homme ne prévoyait guère 
qu'à ses amis, allant solliciter du Ministère un secours 
pour ses obsèques, un secrétaire répondrait avec dédain : 
« Encore si c'était pour un peintre... Mais un architecte ! » 
L'Etat finit cependant par accorder... 500 francs ! 

Et depuis lors ? Il suffit d'ouvrir un journal pour en- 
tendre des lamentations presque quotidiennes sur « cette 
incroyable dévastation de Paris, cet enlaidissement 
volontaire, cette haine pour tout ce qui rappelle les tradi- 
tions et les souvenirs du passé. Ce qui s'écroule devant 
nous, c'est le décor même de la vie française, c'est tout 
ce qui était de la grâce et de la magnificence, tout ce qui 
était aussi l'histoire de Paris, ce qui était la raison d'être 
de la France. » (Edouard Drumont). Aussi avec quelle 
satisfaction mêlée de regret les habitants virent-ils le 
vieux Paris ressuscité à l'Exposition de 1900! C'est à 
cette fameuse foire universelle que se trouvait le Manoir 
à l'envers, par lequel un humoriste avait sans doute voulu 
symboliser l'époque où commence à se réaliser l'utopie 
de Dupont, vous savez, le Dupont de Musset, qui confie 
à son camarade Durand ses projets mirifiques pour l'avenir 
de l'humanité : 

L'univers, mon ami, sera bouleversé. 

On ne verra plus rien qui ressemble au passé ; 

Les plus vieux ennemis se réconcilieront, 

Le Russe avec le Turc, l'Anglais avec la France? 

L'entente cordiale!...?? 

J'abolis la famille et romps le mariage. 

Nous y sommes, ou presque. 

Sur deux rayons de fer un chemin magnifique, 
De Paris à Pékin, ceindra ma république. 
Là, cent peuples divers, confondant leur jargon, 
Feront une Babel d'un colossal wagon. 

Le Transsibérien, la confusion des langues au pied d'une 



— 44 - 

tour dont le nom rime avec Babel, mais c'est tout à fait 
cela, n'est-il pas vrai ? 

Arrivé à notre époque, Messieurs, je devrais peut-être 
m'arrêter. Mais qu'entends-je chuchoter à mes oreilles ? 
« La diversité des formes est poussée jusqu'à l'incohé- 
rence »; c'est M. Fourcaud qui parle de l'Exposition. « En 
ce moment, il n'y a rien, nous sommes dans l'incohérence »; 
c'est M. Rodin, interviewé par un journaliste. Et voici 
que ce mot d'incohérence tombe de la tribune, martelé 
et sec, pour caractériser la situation politique. Et je ne 
saisirais pas l'occasion de vous faire toucher du doigt 
jusqu'au bout la vérité du principe que j'ai posé en com- 
mençant ! 

Incohérent, en effet, cet amalgame de styles, déformés 
comme les visages en certains miroirs; ce salmigondis 
de formes qui n'a de nom dans aucune langue et que tra- 
duit seul un mot d'argot : le maboulisme. Le style maboul, 
Messieurs, s'étend avec une prodigieuse rapidité, surtout 
le long de certaines plages ; . il croît, il progresse, il 
grandira... quoiqu'il ne soit pas espagnol ; chinois ? bava- 
rois ? peut-être...; mais non, il est maboul, il est lui- 
même, et c'est quelque chose, savez-vous, Messieurs, que 
d'être soi ! 

Ah I laissez-moi rire pour ne pas avoir à pleurer, car au 
regret de ce qui tombe s'ajoute la douleur de ce qui s'élève; 
au chagrin de ne plus être les rois de l'architecture, la 
peine d'en être les arlequins ! 

Eh bien, non, il ne faut pas pleurer ! Car, en architec- 
ture comme en religion et en politique, il y a des tradi- 
tionalistes. J'en compte bon nombre dans cette assemblée. 
Je ne les nommerai pas, pour épargner leur modestie : 
le vrai talent est toujours modeste. Mais vous m'en vou- 
driez de ne pas évoquer ici la patriarcale figure de l'un de 
nos chers défunts, dont la vie se lie à l'histoire de notre ville; 
de l'un de nos fondateurs, du premier président de cette 
Société, qu'il dirigea pendant dix-sept ans et dont il devint 



45 



le président d'honneur; de cet homme enfin qui mourut, 
laissant aux siens, dit M. Emile Gautier, «des exemples 
d'une vie sans tache, des souvenirs constants d'honneur, 
de loyauté, de vertus chrétiennes»; exemples si pieuse- 
ment suivis par ceux qui le prolongent parmi nous : j'ai 
nommé M. Nau, dont le fils, notre ancien vice-président, 
est aujourd'hui président de la Société des Architectes, 
et dont le petit-fils suit brillamment la carrière des 
siens. 

M. Nau était de ces hommes convaincus, comme Cousin, 
que : « Ou bien toute religion périra dans le monde, ou le 
christianisme durera, car il n'est pas possible à la pensée 
de concevoir une religion plus parfaite... Artistes du 
XIX e siècle, ne désespérez pas de Dieu ni de vous-mêmes, » 
ajoutait le grand philosophe spiritualiste. 

Artistes du XX e siècle, ayez confiance. Une renaissance 
chrétienne se prépare, j'en ai la conviction. Que sera- 
t-elle ? Consacrée à la Sainte Vierge ? comme le conseille 
l'abbé Maynard, qui engage la France à prendre en archi- 
tecture une noble revanche de la poésie. Peut-être. En tout 
cas, nous voyons se dessiner un mouvement nouveau en 
faveur de nos styles nationaux. Nous n'en avons pas été 
les initiateurs. C'est la Belgique, ce pays si petit par le 
territoire, si grand par sa foi, son cœur et son intelligence, 
qui, la première, a donné l'exemple en créant les Académies 
de Saint-Luc. Successivement l'Angleterre, l'Allemagne, 
la Hollande, la Suède, l'Autriche, etc., l'ont imitée. La 
France s'est émue à son tour. Sans se soucier de son pré- 
nom, M. Maiius Vachon en veut aux Romains, comme aux 
Grecs d'ailleurs , qui accaparent depuis trop longtemps 
les jeunes intelligences et encombrent nos écoles régionales. 
Un rapport de réminent critique a fait du bruit... et du 
bien, à la fois, chose rare. De grandes cités, comme Lyon, 
Rouen, Lille, etc., ont introduit dans leur enseignement 
nos styles nationaux. Nantes pourrait-elle rester en arrière, 
je vous le demande, elle, la capitale d'une province où le 
gothique a produit une si riche floraison ? Je ne le pense 



46 



pas. A l'œuvre donc, mes chers confrères, vous dont la 
mission est de faire aimer et revivre le passé ! 

* 
* * 

J'ai fini, Messieurs. Un mot encore cependant. Ce matin, 
j'admirais le lever du soleil sur les rives de la Loire. Un 
ciel rouge et vert faisait rouge et verte l'eau de notre 
vieux fleuve, où se miraient les maisons du quai Malakoff, 
tandis qu'en gros panaches violets s'échappait lourdement 
la fumée des locomotives. L'aube naissait à peine , et 
déjà je me disais: la journée sera belle. Est-ce qu'à l'aurore 
de ce nouveau triennat, nous ne pouvons pas, de même, 
prédire que le brillant soleil du succès l'éclairera? J'en ai 
pour garant la présence de l'évêque vénéré qui a tenu à 
venir lui-même remettre la médaille d'or à M. le chanoine 
Durville, celle du maire éminent qui nous donne une preuve 
plus sensible des sympathies qu'il nous a maintes fois té- 
moignées, celle des présidents des Sociétés avec lesquelles 
la nôtre entretient des rapports empreints de courtoisie 
et d'amabilité, ] es sincères regrets qu'a bien voulu me 
manifester M. Jamin de ne pouvoir se trouver ici, ce soir, 
pour représenter le Conseil général. 

Aussi le dernier usage que je ferai de mes prérogatives 
sera, Messieurs, d'être l'interprète de votre reconnaissance 
envers ces hôtes éminents pour avoir daigné donner à 
notre séance d'installation une solennité inaccoutumée. 
A vous, mes bons et aimables confrères, j'adresse un 
cordial merci et je vous prie de recevoir les vœux que 
forme pour notre chère Société celui qui eut le très grand 
honneur d'être son président et qui restera le plus dévoué 
de ses amis. 



ALLOCUTION DE M. DORTEL 



PRÉSIDENT ÉLU 



Monseigneur, 
Monsieur le Maire, 
Mes chers Collègues, 

Ma première pensée et mon premier devoir sont de 
vous exprimer toute ma gratitude pour le très grand 
honneur que vous m'avez fait en m'appelant à la prési- 
dence de notre Société. 

Ce ne sont ni mes travaux, ni mes connaissances 
archéologiques que vous avez tenu à récompenser, mais 
plutôt mon assiduité, sinon mon exactitude à vos 
séances. 

Il y aura bientôt 20 ans quand notre regretté trésorier, 
M. Riardant, qui connaissait mes goûts pour l'archéolo- 
gie, me parla de faire partie de notre Compagnie. J'hési- 
tai, comprenant et sachant bien que je n'aurais point le 
temps de vous donner une collaboration féconde et utile. 

Je me souviens encore, comme si ces souvenirs da- 
taient d'hier, de cette première séance où j'assistais, 
tout confus, dans un coin de notre petite salle de l'Ora- 
toire, aux communications de nos collègues dont plu- 
sieurs sont disparus aujourd'hui. 

Vingt ans ! Et me voici à la tête de notre Société qui 
n'a jamais été plus prospère et plus brillante, grâce à 
vous tous, mes chers collègues, grâce à l'impulsion si 
ferme et si éclairée qu'a su lui donner mon excellent ami 
et président, M. le baron de Wismes. 

J'assume une lourde tâche en acceptant votre 
succession, mon cher Président, car sans vouloir faire ici 
un éloge qui est sur toutes les lèvres et que votre modes- 

Soc. Archéol. Nantes. 4 



— 48 — 

lie ne me pardonnerait pas, je puis dire que depuis 3 ans, 
depuis six ans plutôt, toutes. vos pensées, tous vos aetes 
n'ont eu d'autre but que de contribuer à la prospérité de 
notre Société. 

Votre affection quasi-filiale pour elle n'a eu d'égale 
que votre zèle et votre activité. 

.le suis l'interprète de tous mes collègues en vous 
disant : Vous avez élé le digne continuateur de votre 
regretté père, qui a 'laissé dans noire .Société un souvenir 
inoubliable et dont le nom était synonyme de science, 
esprit, talent. 

J'aurais certainement hésité à accepter ce redoutable 
honneur si je n'avais pas eu pour me seconder les deux 
excellents Vice-Présidents : MM. Leroux et Gaétan de 
Wismes que vous avez nommés. 

M. Aleide Leroux n'est pas seulement un poète délicat, 
c'est encore un archéologue distingué. Après avoir rempli 
pendant plusieurs années le poste important de secré- 
taire-général, il s'était retiré dans un coin de sa chère 
Bretagne qu'il ne s'est pas contenté de chanter en des 
vers exquis, mais qu'il a fouillée pour arracher à son sol 
les secrets de son passé. De cet exil volontaire et fécond, 
il nous a rapporté sa belle étude sur les ruines gallo- 
romaines de Langonnet, aussi magistralement écrite que 
fortement documentée. 

Mon excellent ami de plus de 25 ans, M. Gaétan de 
Wismes, qui, très modestement, et pour des raisons dont 
chacun avait pu apprécier la délicatesse, avait tenu à 
rester simple secrétaire du Comité, vient occuper une 
place à laquelle le désignaient depuis longtemps ses 
connaissances archéologiques et sa collaboration assidue 
et fructueuse. Il me remplace comme Président de la 
Société académique. Je me réjouis de ces deux distinc- 
tions qui vont et doivent resserrer de plus en plus les 
liens qui unissent nos deux vieilles Sociétés nantaises. 

Quel meilleur éloge pourrai-je faire de M. le Docteur 
Halgan, que de vous rappeler la distinction dont ses collé- 



49 



gués de la Société de Géographie commerciale viennent 
de l'honorer, en l'appelant à succéder à M. Doby, un 
secrétaire général modèle et qui semblait irremplaçable 
(pardonnez-moi ce mot barbare). 

Il sera admirablement secondé dans la lourde et par- 
fois ingrate tâche de Secrétaire général par M. Léon De- 
lâttre qui, bien que récemment entré dans notre Société, 
nous a déjà montré tout ce qu'on peut attendre de son 
érudition et de son savoir. Sa communication sur le 
voyage des Ambassadeurs Siamois à Nantes, écrite d'un 
style alerte, est une des meilleures études qui aient été 
publiées sur l'histoire anecdotique de notre ville. 

M. Houdet a tenu très modestement, trop modeste- 
ment à rester au secrétariat du Comité ; qu'il reçoive ici 
tous nos remerciements. 

Il aura pour collaborateur un de nos plus jeunes et de 
nos plus érudits collègues. M. Joseph Angot, à un âge où 
l'on prépare encore sa voie, a déjà un bagage littéraire et 
archéologique considérable qui dénote non seulement 
une somme énorme de travail et de recherches, une 
intelligence rare et singulièrement affinée. Littérature, 
critique, beaux-arts, musique, poésie, M. Angot a tout 
embrassé avec un égal succès. Ne devons-nous pas être 
fiers de voir l'illustre maître Léopold Delisle, dont l'Aca- 
démie célébrait hier l'apothéose, préfacier le travail de 
M. Angot sur le Missel de Barbechat paru dans notre 
bulletin. 

Mes excellents collègues et amis, MM. Pied, Pouvreau 
Soullard et commandant Lagrée ont bien voulu conserver 
les fonctions qu'ils remplissent depuis plusieurs années 
avec tant de zèle et de dévouement. Fonctions modestes 
mais importantes, s'il en fut, pour la vitalité de notre 
Société. La reconnaissance de leurs collègues ne leur est 
point ménagée et l'unanimité des suffrages exprimés sur 
leurs noms aux dernières élections en est le meilleur et 
le plus éclatant témoignage. 

Sur cette joie, mêlée d'un certain orgueil, de me voir 



50 

entouré de si précieux collaborateurs, se glisse pourtant 
une ombre de tristesse. .J'aurais souhaité voir M. Senot 
de Londe rester à la Vice-Présidence en attendant les 
plus hautes fonctions qui lui étaient destinées non pas 
cette fois, comme pour moi, par rang d'ancienneté, mais 
uniquement par son mérite et par ses travaux. 

Il a tenu, suivant sa propre expression, à rentrer dans 
le rang. Que dans cette retraite volontaire et momenta- 
née, il sache bien qu'il emporte tous nos regrets. 

Quant à moi, vous m'excuserez et me pardonnerez si 
quelquefois, souvent même je vous entretiens, non pas 
de mes travaux personnels, mais des récentes découvertes 
préhistoriques et du mouvement scientifique qui s'o- 
riente chaque jour de plus en plus vers la préhistoire. 

Il y a 80 ans à peine, lorsque Boucher de Perthes, dans 
les bases du diluvium des environs d'Abbeville, découvrit 
les premiers silex taillés, mêlés à des ossements d'ani- 
maux disparus, vous vous souvenez des objections que 
ces découvertes soulevèrent dans le monde savant, des 
luttes qu'il eut à soutenir contre Elie de Beaumont , 
contre sa famille elle-même, qui, à sa mort, en 1868, 
fit mettre au pilon « Les Antiquités Celtiques et Antédilu- 
viennes », fruit de 40 années d'études. Boucher de Perthes 
a attendu 40 ans le monument qui était bien dû à son 
génie; et ce n'est qu'au mois de novembre dernier qu'on 
a, sans bruit et sans fanfare, sans sous-secrétaire d'Etat 
et sans ministres, inauguré à Abbeville la statue de cet 
initiateur, si combattu et si discuté de son temps. 

Depuis, la science a marché, la contemporanéité de 
l'homme avec les grands animaux disparus ne se discute 
plus. Bien queles débris humains trouvés jusqu'à ce jour 
dans les terrains quaternaires inférieurs soient très discu- 
tables comme authenticité, la question de l'homme qua- 
ternaire est aujourd'hui résolue. 

Il n'en est pas de même de l'homme tertiaire. Depuis 
les fouilles pratiquées à Pontlevoy, près de Thenay, où 
l'abbé Bourgeois découvrit dans le miocène inférieur des 



— 51 — 

silex qu'il soutint avoir été intentionnellement taillés, la 
discussion de l'existence de l'homme tertiaire a été reprise. 

En 1892 et 1893, un médecin hollandais, en mission à 
Java, découvrit dans un terrain pliocène, des ossements 
qui semblaient appartenir à un grand singe anthropo- 
morphe. Cette découverte nous valut, à l'Exposition de 
1900, la reconstitution, plus amusante que scientifique, 
du Pithecanthropus erectus — sorte d'intermédiaire 
entre le singe et l'homme Un officier d'avenir dans 
l'armée des singes, suivant l'expression pittoresque 
d'Edmond About. 

A l'heure actuelle, aucun squelette fossile n'a été 
trouvé en place dans des terrains tertiaires. 

Quant aux fameux silex de l'abbé Bourgeois, toute 
une école nouvelle s'efforce aujourd'hui de voir en eux 
des silex non taillés mais utilisés par l'homme ou son 
précurseur. Cette thèse, défendue avec un très réel talent 
par M. Rutot, vient d'être réfutée victorieusement par 
M. de Lapparent qui, à Guerville, près de Mantes, a 
découvert, dans une usine à ciments, des milliers de silex 
semblables à ceux de Thenay et qui ne sont que les dé- 
chets de la craie employée. 

Nous pouvons donc dire avec M. Louis Lartet : « Dans 
« l'état actuel de nos connaissances, on n'a aucune raison 
« sérieuse de rejeter a priori la notion de l'existence de 
« l'homme pendant le pliocène ; mais de là à croire que 
« cette existence est démontrée, il y a loin. Jusqu'à pré- 
« sent, on n'a pu produire que de vagues indices et aucun 
« fait concluant n'est venu à l'appui de cette présomp- 
« tion. » 

Il en est autrement de l'homme quaternaire, car si l'on 
peut conserver quelques doutes sur l'authenticité des 
crânes de Moulin-Quignon, de Cannstadt, de Nlander- 
taldt, il est certain que les instruments découverts dans 
le diluvium à Abbeville, à Chelles, à Saint-Acheul, sont 
bien le produit de l'industrie humaine, les premiers 
essais de cette industrie. 



— 52 — 

Quels sont ces hommes qui ont taillé ces premiers silex ? 
D'où viennent -ils ? Mystère obscur. Ce qu'il y a de cer- 
tain, c'est qu'ils ont assisté aux premières convulsions 
de l'époque quaternaire, à l'extension des glaciers et 
aux dernières éruptions du plateau central. 

Cette industrie, dont nous retrouvons des traces, grâce 
aux recherches de notre distingué conservateur, M. de 
Lisle, dans plusieurs stations de la Loire-Inférieure : à 
Monlbert, à la Haie-Fouassière, à Saint-Herblain, est 
une industrie rudimentaire et bien primitive. La 
hache taillée sur ses deux faces, sorte de coup de poing, 
n'a jamais dû être emmanchée, elle se tenait à la main, 
outil, arme défensive et offensive, elle affectait toujours 
la même forme. 

On la rencontre partout, au même niveau, dans les 
alluvions quaternaires, aussi bien en France qu'en 
Amérique, en Afrique, en Espagne, en Italie, en Algérie, 
en Judée, jusqu'en Egypte , grâce aux fouilles métho- 
diques et consciencieuses de M. Morgan. 

A quoi doit-on attribuer cette similitude de taille et de 
procédé de fabrication ? Peut-on soutenir que tous ces 
tailleurs de silex disséminés aux quatre coins du monde 
appartenaient à la même race, à la même souche, et ne 
doit-on pas plutôt rechercher la raison de cette confor- 
mité dans les nécessités même de l'existence, dans le 
besoin naturel de se défendre, de vivre, de se nourrir et 
de se vêtir. 

L'homme de cette époque, que l'on a appelée 
acheuléenne ou chelléenne, n'habitait point encore les 
grottes envahies sans doute par les fleuves débordés, il 
devait vivre sur les plateaux, dans les plaines, le long 
des cours d'eau où l'on retrouve aujourd'hui les traces 
de cette très primitive industrie. 

Après cette époque de transition caractérisée par un 
climat doux et humide, la calotte de neiges qui couvrait 
le sommet des montagnes fondit, les glaciers prirent 
une extension considérable. 



— 53 — 

Ces phénomènes constatés par les découvertes 
géologiques, eurent comme résultat d'abaisser consi- 
dérablement la température, et l'homme dut recher- 
cher clans les cavernes et sous les rochers un abri contre 
le froid et contre les animaux féroces. Il dut également 
modifier son outillage. A la hache grossière qui n'était 
autre chose qu'un caillou taillé sur les deux faces, 
l'homme moustérien substitua la hache taillée sur une 
seule face, sorte de pointe destinée à être fixée au 
bout d'un épieu. On voit apparaître les premiers outils, 
le poinçon, la scie, le râcloir, destiné sans doute à pré- 
parer les peaux dont il se vêtissait. 

L'homme, suivant l'expression de Franklin, est 
l'être qui a fabriqué des outils; aussi le voyons nous 
modifier continuellement son outillage, le rendre plus 
pratique, l'adapter à ses besoins, aux exigences de 
la vie. 

A Solutré, qui marque la troisième étape dans nos 
annales préhistoriques, les instruments sont plus soignés ; 
c'est l'apogée en quelque sorte de la taille du silex, et les 
merveilleuses haches en feuilles de laurier, si caractéris- 
tiques de cette station, nous montrent à quel degré 
d'habileté, on ne peut pas dire de civilisation, l'homme 
quartenaire était arrivé. 

A côté de ces bijoux, dont la fragilité même enveloppe 
de mystère leur destination, nous rencontrons la points 
à cran dont la blessure devait être terrible, les poinçons, 
les scies, les râcloirs, tout un outillage pratique et 
perfectionné. 

Cette station de Solutré, qui donne son nom à cette 
période est, vous le savez, située près de Mâcon, au pied 
d'un escarpement. Fouillée depuis plusieurs années, 
étudiée avec soin par le docteur Arcelin et l'abbé 
Ducrost, elle n'a point encore livré tous ses secrets, et 
l'amoncellement des os de chevaux (on l'évalue à plus 
de 40.000 individus), qui forment une véritable muraille 
autour de cette station n'a point encore été expliqué. 



— 54 — 

Nous voici parvenus à la dernière étape de la période 
préhistorique qui se distingue par une manifestation 
artistique dont, chaque jour, de nouvelles découvertes 
permettent d'étudier la merveilleuse esthétique et le 
développement considérable. 

Le climat, déjà, s'était considérablement refroidi, 
détruisant les forêts, donnait à notre pays l'aspect des 
steppes sibériennes. 

L'homme éprouva plus que jamais le besoin de cher- 
cher dans de profondes cavernes un refuge contre les 
intempéries et les frimas. Quelquefois, ces grottes 
n'étaient que de simples abris, tels : Cro.-Magnon, 
La Madeleine, qui a donné son nom à cette période. 

La taille du silex, si perfectionnée à Solutré, est ici 
moins soignée. L'homme magdalénien utilise d'autres 
matières pour la confection de ses outils et n'emploie 
plus la pierre que pour créer ce nouvel outillage auquel 
il va apporter tous ses soins. 

Dans le travail de l'os, devenu sa préoccupation domi- 
nante, il atteint d'un seul coup la perfection même. 

Un des plus jolis outils de cette époque est l'aiguille 
à chas — supérieure suivant de Mortillet à celles 
mêmes qu'on fabriquait à l'époque de la Renaissance, 
et telles que jamais les Romains n'en ont fabriqué de 
semblables. 

A côté de ces merveilles, œuvres de patience et d'habi- 
tude, les sagaies, les harpons en os garnis de barbelures 
fines et savamment combinées, les poignards élégam- 
ment sculptés, les spatules, les bâtons à trous qui ont 
donné lieu à tant de controverses, indiquent à quel point 
de civilisation étaient parvenus nos ancêtres quater- 
naires. 

Solutré avait créé des guerriers, la Madeleine créa 
des artistes. Ce qui caractérise en effet cette étape, 
c'est le sentiment artistique qui, brusquement, fait son 
apparition. 

Les plaques d'ivoire, les os des cervidés, les mer- 



— 55 — 

rains des bois de renne sont décorés avec un art d'un 
réalisme stupéfiant. 

L'homme qui a sculpté ces chevaux, ces élans, ces 
aurochs, ces mammouths était un véritable artiste. 
De sa main, armé simplement d'un silex (il ne saurait 
être ici question de métaux, et la question ne se pose 
même pas), avec un sentiment véritable de la nature, 
il a su donner la représentation exacte de toute la faune 
dont il était entouré. Quelques-uns de ces dessins sont 
d'une exactitude telle, au point de vue anatomique, 
que des savants tels que le Docteur Gervais ont pu 
déterminer des espèces disparues et qui n'ont étvJ ren- 
contrées que plus tard. 

Les Troglodytes magdaléniens ne se sont pas conten- 
tés de décorer leurs outils, ou de simples amulettes ; 
ils ont encore couvert de peintures et de sculptures 
les parois des grottes qu'ils habitaient. Quand M. de 
Santuola signala, en 1879, dans la grotte d'Altamira, 
près de Santander, les premières peintures quaternaires, 
cette découverte fut accueillie avec la même hostilité 
que l'avaient été, cinquante ans auparavant, la décou- 
verte de Boucher de Perthes. Depuis, les découvertes 
se sont multipliées dans les Pyrénées, dans la Gironde, 
dans la Dordogne, grâce aux savantes investigations 
de M. Cartailhac, de l'abbé Breuilh, du Docteur Capitan 
et de M. Peyrony, un instituteur des Eyzies dont 
la science n'a d'égale que la modestie exagérée. 

Après avoir chassé de leurs repaires le grand ours 
et les fauves qui les occupaient, l'homme s'est installé 
dans ces immenses cavernes pour y habiter, peut- 
être même pour y célébrer des rites religieux. 

Pourquoi nos ancêtres avaient-ils choisi la partie 
la plus profonde et la plus sombre de ces grottes pour 
y tracer ces sculptures et ces fresques, si ces endroits 
retirés n'avaient pas dû servir à la pratique de quelque 
cérémonie mystique et religieuse. 

A Niaux, dans l'Ariège, les peintures font leur 



— 56 — 

apparition à 600 mètres de l'entrée, et elles se prolongent 
jusqu'à l.'ion mètres. 

Aux Combarelles, on parcourt 118 mètres avant de 
rencontrer les premières gravures. 
A la Mouthe, 200 mètres. 

Il faut avoir visité une de ces grottes pour se rendre 
compte du degré artistique que devaient avoir atteint 
ces chasseurs de rennes. La grotte de Font de Gaumes 
que je visitais en juin 1905, a 120 mètres de longueur, 
A 65 mètres de l'entrée, on commence, à la lumière des 
bougies, à distinguer les étranges dessins, qui deviennent 
nombreux quand on atteint une vaste salle de 40 
mètres de longueur sur deux à trois mètres de large 
et cinq à six mètres de hauteur. Là, sur les parois et 
jusque sur la voûte, se voient des peintures exécutées à 
l'ocre rouge et au manganèse. Voici, au reste, la descrip- 
tion qu'en donne M. Cartailhac : 

« La Grotte de Font -de -Gaumes s'ouvre dans le 
» flanc d'une colline coupée à pic et l'on y accède en 
» suivant les éboulis et une corniche de la falaise suspen- 
» due dans le vide. Après avoir franchi un passage fort 
» étroit, à 65 mètres de l'entrée on débouche dans une 
» vaste salle. C'est elle et un diverticule extrême qu'ornent 
» d'une façon extraordinaire des gravures et surtout 
» des peintures. Il s'agit de véritables fresques. Ces images 
» sont en effet le plus souvent peintes. La gravure est 
» généralement associée à la peinture qui, parfois, re- 
» couvre les traits ou, au contraire, ceux-ci sont tracés 
» par dessus: parfois la figure est en partie peinte, en 
» partie gravée, d'autres fois seulement gravée. Un 
» emploi judicieux du noir et du brun a donné aux fonds 
» rouges un modelé étonnant, tantôt vrai, tantôt bizarre. 
» Les teintes sont souvent fondues, parfois ce ne sont 
o (pie des touches vigoureuses et isolées sur un fond 
» plus clair; de vrais grattages de la roche, qui a une 
» couleur jaune, interviennent çà et là, accentuant 



— 57 - 

» certaines couleurs en y déterminant un travail de 
» champlevé. Nombre de figures sont légèrement voilées 
» par une mince couche de stalagmite, beaucoup se 
» perdent sous un dépôt plus épais. 

» Sur 80 animaux représentés , et ce nombre est 
» aujourd'hui bien dépassé, on compte 49 aurochs, 
» 1 renne, 1 cerf, 4 égendis, 3 antilopes, 2 mammouths, 
» 11 indéterminés. 

» Ce sont les aurochs qui dominent; on en voit plus 
» de cinquante, soit en file, soit affrontés, tantôt en un 
» rang, tantôt sur plusieurs rangs étages jusqu'à la voûte. 
» A Font-de-Gaumes, j'avais l'impression d'un travail 
» systématique , d'une ornementation voulue de la 
» caverne. » 

A Altamira, aux Combarelles, à la Mouthe, a Niaux, 
partout où le calcaire permet au sculpteur de se livrer 
à son art, nous retrouvons les traces de nos artistes 
animaliers. 

Cette merveilleuse éclosion artistique disparaît tout 
à coup, brusquement, dans cette nuit profonde et 
obscure qui sépare le paléolithique du néolithique. 

Que sont devenus nos chasseurs de rennes, nos 
artistes des bords de la Vèzere et des Pyrénées ? Dans 
quel cataclysme naturel, sous quelles invasions ont- 
ils disparus ? Mystère qu'on a essayé d'expliquer 
de bien des façons : destruction complète disent les 
uns, émigration disent les autres, fusion enfin avec 
la race des immigrants néolithiques. 

Quoiqu'il en soit, nous ne retrouvons plus nulle 
part la trace de nos chasseurs; et les nouveaux venus, 
qui étaient plutôt des agriculteurs et des pasteurs, 
ne nous ont laissé ni dans les débris des habitations 
lacustres, ni dans nos dolmens, aucune œuvre qui 
puisse faire supposer la survivance de l'école magda- 
lénienne. 



58 



D'où étaient venus ces immigrants; peut-on suivre 
leurs traces par le jalonnement des dolmens édifiés ? 

Dans l'Inde centrale, dans l'Arabie, la Palestine, 
le Caucase, la Crimée, l'Algérie, la Tunisie, le Maroc, 
la Scandinavie méridionale, l'Allemagne du nord, 
la Hollande, la Gaule, l'Espagne, nous trouvons partout 
les mêmes procédés de construction ; seule la vallée 
du Danube, cette grande voie des immigrations cel- 
tiques, ne possède aucun dolmen ; ce ne sont donc- 
pas les Celtes, ainsi que l'a soutenu Henri Martin, qui 
ont construit nos monuments mégalithiques; ce ne sont 
pas les Aryens, la linguitique proteste contre de sem- 
blables théories; sont-ce les Phéniciens, ces grands 
envahisseurs et ces grands commerçants? 

En réalité, on ne sait rien sur cette race conquérante. 
D'où venait-elle ? A quelle époque historique cette 
immigration s'est -elle accomplie ? Question aussi 
obscure, aussi complexe que celle de la destination de 
nos alignements, de nos cromlechs. 

Bien des observations ont été faites sur leur orien- 
tation, sur leur taille. On s'est demandé pourquoi, 
à Carnac par exemple, les menhirs (et cela est très 
visible au Menée) sont plus grands près des cromlechs 
et vont en diminuant de l'Ouest à l'Est. C'est là un 
système voulu, intentionnel, dont la signification nous 
échappe. 

Si la destination des dolmens est aujourd'hui connue, 
la date de leurs constructions reste encore bien mysté- 
rieuse. Je parle ici de nos dolmens bretons. On a voulu, 
à une certaine époque et souvent d'après une méthode plus 
systématique que scientifique, leur attribuer une date 
fabuleuse. Il faut, suivant nous, faire des distinctions, 
et il est impossible d'admettre que ce sont les mêmes 
hommes qui, aux mêmes époques, ont élevé les 
dolmens grossiers, sortes de coffres en pierres, sans 
allées, où l'on ne rencontre que des poteries ayant 
longtemps servi, des haches en diorite usagées, et ces 



59 - 



beaux dolmens à galeries sous tumulus avec leurs 
mobiliers déjà fort riches, leurs poteries soignées, leurs 
dalles gravées de signes cabalistiques et mystérieux : 
ou encore ces allées couvertes, sortes de galeries coudées 
avec leurs dalles couvertes de cartouches ressemblant 
à des boucliers, leurs poteries ornementées , leurs têtes 
de flèches en silex, véritables bijoux. 

Non ! les dolmens de Crucuno, des Marchands, du 
Mane- Retuai, de Kercado, de Gavrinis; les tumulus 
du Mont Saint-Michel, de Tumiac, les allées coudées 
du Rocher et des Pierres-Plates n'appartiennent point 
à la même époque et ne peuvent être attribuées aux 
mêmes constructeurs. Ils diffèrent et par leurs dispo- 
sitions et par leur mobilier et par leurs signes lapi- 
daires. 

Si les premiers, si pauvres commes mobilier, appar- 
tiennent à la période néolithique proprement dite, 
il est à peu près certain que nos belles allées couvertes, 
nos beaux tumulus, à mobilier rituel, appartiennent 
à l'âge du bronze. 

On pourrait même dire que, en Bretagne, on en édi- 
fiait encore au moment où le fer fit son apparition. 

Simpson, à propos des figures étranges qui décorent 
quelques-uns de ces monuments, écrivait, il y a plusieurs 
années : « Toutes ces sculptures sont autant d'énigmes 
» que nous ne sommes pas à même de résoudre présen- 
» tement. Ornements, symboles, hiéroglyphes, la clef 
» de leur sens mystérieux a été perdue et elle ne sera 
» probablement jamais retrouvée. » 

« La science, qui est aujourd'hui le seul guide rationnel 
» en ces sortes de matières, doit se borner à douter de 
» tout à l'égard de nos gravures de peur d'être prise en 
» flagrant délit d'erreurs par les découvertes qui sui- 
» vront. » 

Le problème, hélas ! est encore à résoudre, malgré 
les découvertes et les observations multiples faites 



- 60 — 

depuis plusieurs années. Quelle est la signification 
de ces signes, de ces eartouches, de ces cupules ? 
Qui les a gravés , comment les a-t-on gravés ? Ce 
qui semble bien peu probable, malgré les expériences 
faites à Saint-Germain par M. Abel Maitre, c'est qu'ils 
l'aient été avec de simples instruments de silex, et tout 
au contraire semble indiquer que les sculpteurs de 
Gavrinis, des Pierres-Plates, du Rocher, connaissaient 
les métaux. 

Prosper Mérimée, au cours de sa mission en Bretagne, 
en 1836, écrivait : « J'ai peine à croire qu'on ait pu, 
sans ciseaux de bronze, sculpter le granit de Gavrinis. » 

Emile Cartailhac, dont le nom, en matière de pré- 
histoire, fait autorité, est d'un avis contraire. Il appuie 
son opinion sur ce que, seuls, les piliers de granit sont 
sculptés, alors que ceux en quartz, beaucoup plus 
durs, sont vierges de toute sculpture. 

Cette objection me paraît bien spécieuse, car la dureté 
du quartz aurait aussi bien résisté au burin de bronze 
qu'à la hache en silex. 

Cette question est une des plus intéressantes, elle 
est intimement liée à celle de l'introduction des mé- 
taux en Gaule. 

Nous ne savons pas grand chose sur l'époque à 
laquelle la substitution du métal à la pierre se fit. 
Longtemps les peuplades dolmeniques durent se servir 
à la fois et de leurs vieux outils de pierre et de haches 
en cuivre. Nous trouvons en effet dans les dolmens 
les deux instruments associés, la forme même des pre- 
mières haches en cuivre pur, établit bien jusqu'à l'évi- 
dence, que celui qui les a fabriquées s'est servi comme 
modèle des outils qu'il avait sous les yeux et qu'il avait 
lui-même polis. 

Ce n'est que plus tard, quand l'homme primitif sut 
fabriquer le bronze que la forme primitive de la hache 
se transforma, et l'on vit alors successivement appa- 



- 61 - 

raître la hache à talons, la hache à ailerons et la hache 
à douilles. 

Ces haches perfectionnées, comme forme et comme 
alliage, ont dû certainement être importées par des 
colporteurs venus d'Egypte ou d'Asie, soit par la vallée 
du Danuhe, soit par voie maritime en suivant les bords 
de la Méditerranée. 

Les cachettes de fondeur, si nombreuses dans notre 
péninsule armoricaine, sont la preuve évidente de cette 
immigration commerciale. Ces métallurgistes étrangers, 
qui travaillaient dans les forêts ou qui apportaient 
des objets tout fabriqués, devaient disséminer, clans des 
cachettes répairées avec soin, une partie de leur mar- 
chandise si convoitée et si nouvelle. Souvent ils péris- 
saient en chemin et ne revenaient pas prendre les tré- 
sors cachés ; ce sont ceux que nous retrouvons au- 
jourd'hui. 

La cachette de la prairie c'e Mauves, découverte 
en 1881, inventoriée et classée par notre savant conser- 
vateur M. de Lisle du Dreneuc, est une des plus curieuses 
et des plus riches par la variété des objets qui la com- 
posaient : armes, outils, parures. Des cachettes ana- 
logues ont été trouvées, pour ne parler que de la Loire- 
Inférieure, à Saint-Père-en-Retz, à Vertou, à Crossac, 
à Clisson, à Plessé et, en 1868, par M. Parenteau lors 
des défoncements effectués au Jardin des Plantes. 

Parmi les objets trouvés dans ces cachettes, la 
hache plate en cuivre pur, à surface rugueuse et inégale, 
n'a jamais été trouvée, ce qui indique bien que cet 
objet tout primitif, le précurseur en quelque sorte 
de nos haches de bronze, était fabriqué sur place par 
les populations dolmeniques. 

Ce qui semble inexpliquable, c'est que le fer qui se 
trouve partout à l'état natif, qui pouvait être employé 
sans alliage, soit apparu si tardivement. Il faut recher- 
cher, je crois, dans la nature même de ce métal la raison 
du retard qui a été apporté à son emploi. Se désagré- 



— 62 — 

géant facilement au contact de l'air et des corps étran- 
gers, le fer a longtemps été considéré comme un métal 
impur. 

Originaire de l'Afrique centrale, connu des Egyp- 
tiens à une époque très reculée, il n'est venu que très 
tardivement dans le Nord et dans l'Ouest de l'Europe 
par voie commerciale, et les populations de l'âge du 
bronze ne l'ont tout d'abord employé que comme moyen 
de décoration. Ce n'est que plus tard, très tard du moins 
en Bretagne, que la véritable industrie du fer s'est 
répandue. 

A cette période, nous pouvons rattacher nos belles 
sépultures circulaires du Nignol , de Coet-à-Touse , 
explorées par Miln dans le Morbihan , et celles de 
Kervitré, de Tronven, de Kerliscat, étudiées par M. du 
Chatellier dans le Finistère. 

En terminant la savante étude qu'il a consacrée 
à ce département depuis les temps préhistoriques 
jusqu'à l'occupation romaine , le savant et infatigable 
fouilleur constate que nous savons peu de choses sur 
les populations qui , à la première époque du fer , 
occupaient la presque île armoricaine. 

« Jusqu'à présent, écrit-il, l'Archéologie nous apprend 
» bien peu de choses à leur sujet ; du reste, du temps 
» de Polybe même, on était peu éclairé à leur endroit 
» puisqu'en parlant de la Gaule Celtique, il dit : « Ceux 
» qui parlent de ces régions n'en savent pas plus que 
» nous, ils ne font que débiter des fables. » 

Le champ de nos recherches est vaste, vous le voyez, 
les mystères dont s'entoure le passé et l'humanité 
sont troublants, le sol ne nous a pas encore livré tous 
ses secrets. A nous de les rechercher en multipliant nos 
fouilles et nos observations. 

En cette terre celtique, notre attention a été trop 
attirée parles découvertes si intéressantes et si multi- 
pliées des stations gallo-romaines. Il a semblé, à une 



— 63 — 

certaine époque, que nous n'existions pas avant la 
conquête. 

Soyez persuadés que lors de l'invasion de 59 avant 
J.-C, les envahisseurs se sont trouvés en face d'une 
civilisation plus avancée que nous ne le supposons; c'est 
à l'étude de cette civilisation et de ce passé que je vous 
convie. 

Rien de plus troublant que ces recherches où l'on 
n'est guidé par aucun texte, où l'on s'égare parfois 
aux charmes toujours attachants, mais souvent trom- 
peurs, des légendes vieilles comme le monde ; mais 
aussi quelle joie quand dans ce labyrinthe obscur on 
découvre quelques débris du fil qui doit nous conduire 
à la lumière et à la vérité. 

Travaillons donc, multiplions nos excursions, nos 
fouilles, étendons notre champ d'études, notre rayon 
d'action afin de bien montrer à tous que les Sociétés 
d'Archéologie n'ont d'autre but, d'autre souci, en 
interrogeant le passé, que de contribuer à sortir de 
l'oubli, à faire connaître les annales glorieuses de nos 
ancêtres. 

Fustel de Coulanges n'a-t-il pas dit avec raison : 
« Le véritable patriotisme n'est pas seulement l'amour 
« du sol, mais l'amour du passé, le respect pour les 
« générations qui nous ont précédés. » 



Soc. Archéol. Nantes. 



Découverte d'un atelier de fondeur à 
Saint-Père-en-Retz, près des rives 

du Boivre 



En défrichant les taillis de l'antique forêt de la 
Guerche qui porte aussi le nom de forêt de Tharon, 
les fermiers de la métairie de la Moinerie ont mis au- 
jour, dans un fossé peu profond de la route qui conduit 
chez eux, un amas de lingots métalliques ayant l'appa- 
rence de culots de bronze. Cette nouvelle intéressante 
pour la science archéologique nous a été transmise, 
au mois d'avril 1907, par M. Ouisse, gérant de la pro- 
priété, et par M. Fernand Couétoux, notre nouveau 
confrère, qui veulent bien être nos correspondants 
dans la région de Paimbœuf. 

Guidés par ces deux aimables compagnons, je me 
suis rendu sur le terrain de la découverte et je me suis 
trouvé en présence d'une collection de 12 culots de 
bronze en forme de galettes qui devaient être des 
résidus empruntés à des fonds de creusets (1). Un 
spécimen a été envoyé à Paris à l'Ecole des Ponts et 
Chaussées pour être analysé, et son examen a donné 
les résultats suivants (2) : 

Cuivre 95,26 

Sous-sulfure de cuivre 4, 09 

Hydro-carbonate de cuivre 0, 20 

Zinc 08 

Plomb . 07 

Etain 04 

Diverses matières 0,26 



(1) Leur poids atteignait près de 40 kilos. 

(2) M. l'Ingénieur en chef Cosmi a bien voulu me servir 
d'intermédiaire en cette occasion, avec son obligeance habi- 
tuelle. 



m 



Il aurait été intéressant de savoir qu'elle était la 
provenance de ce cuivre, autant pour l'histoire du 
commerce que pour celle de l'industrie, mais ce point 
est difficile à éclaircir. L'importateur qui a déposé ces 
lingots dans la Loire-Intérieure a pu emprunter le 
cuivre dans le département de la Mayenne où des mines 
de cuivre ont existé, ou bien les amener d'Espagne, 
par mer. 

Celle dernière hypothèse est la plus vraisemblable, 
parce que les découvertes du même genre ont eu lieu 
sur le littoral ou sur le bord des cours d'eau princi- 
palement (1). 

La ferme de la Moinerie n'est pas loin de l'estuaire 
ou du golfe du Boivre, baigné autrefois par le flux et 
le reflux de l'Océan. Les fondeurs de l'âge de bronze 
se sont établis dans cette contrée, par cette raison 
qu'elle était à l'état de forêt et que le combustible 
est une chose essentielle pour un métallurgiste. Le 
nôtre paraît avoir fabriqué des armes en se déplaçant 
à mesure que le bois devenait plus rare. Dans son atelier 
de la Tiédnais, près de la Gruais, il fabriquait des haches 
plates, des haches à talon, des haches à ailerons, des 
haches à douille, des épées, des bracelets, des poignards, 
dont on a trouvé des spécimens en 1873. Vous pouvez 
les voir au Musée Archéologique. La Tiédnais n'est pas 
à plus de 2 kilomètres de la Moinerie, au nord-est. 

Du côté de l'ouest, à la Tansorais, qui est à 3 kilo- 
mètres, on a trouvé également une hache de bronze 
de la même fabrication. Ces témoignages prouvent 
que le fondeur de la Moinerie a déployé une certaine 
activité. 

Mon enquête sur place avait pour but surtout de me 
rendre compte de l'installa lion de ces ateliers primitifs 

(1) M. Mercier, maire de Pornichet, a trouvé de nombreux 
débris d'objets de bronze sur la plage de Congrigoux. 



67 



et des moyens qu'on employait pour travailler les 
métaux. J'ai vu que l'eau ne manquait pas dans le 
bas du vallon, mais je n'ai pas distingué nettement 
les travaux en terre de protection qu'on a relevés dans 
le pays de Nozay, autour des gisements d'étain. 

Il est certain pourtant que la forêt voisine renferme 
des fossés et des talus importants qui auraient pu faire 
des clôtures. 

Ces fondeurs se servaient de moules qui se pétris- 
saient ici en argile blanche dont on a vu des vestiges 
autour du dépôt de culots. Je ne saurais dire comment 
ils se servaient des deux énormes pierres plates qui se 
sont trouvées aussi à proximité. Sur l'une d'elles on 
a pris la peine de creuser, je ne sais comment, une 
petite rigole qui la traverse dans toute sa longueur. 

Ces constatations sont à mentionner, car elles ser- 
viront un jour à déterminer quel était l'outillage des 
fondeurs de l'âge de bronze. 

Léon MAITRE. 



La Copqaête de la Basse-Loire 

par le réseau des voies romaipes 



i 

Généralités 



La conquête de la Loire-Inférieure par les Latins 
et leur implantation jusque dans les moindres bourgs 
peut être démontrée uniquement à l'aide des dépôts 
de monnaies qu'ils ont laissés ça et là, et qui repa- 
raissent au jour, de temps à autre, au moment des 
reconstructions ou des défrichements. Dans les contrées 
voisines du fleuve, les découvertes ne sont pas surpre- 
nantes, mais quand on rencontre des monnaies du 
III e siècle, par lots de 12 à 1.500, dans des localités 
comme Crossac, la Chapelle-Launay, la Chapelle-des- 
Marais, Treffieuc et Pannecé, on est en droit de répéter 
que les Romains ont pris possession de notre pays 
complètement, non pas tant pour le soumettre que pour 
en exploiter toutes les richesses. 

Ce fait historique est confirmé par l'existence d'un 
réseau de grands chemins qui sillonnaient le pays en 
tous sens et dont les traces sont signalées dans les 
vieux titres et par l'enquête faite, en 1836, avant 
la création du réseau vicinal. 

Nos routes nationales restaurées sous le premier 
Empire n'ont fait que succéder aux vieilles chaussées 
établies par l'administration romaine. De même que 
les vieux gués ont servi d'indication à nos ingénieurs. 

Le nombre des ponts et des bacs créés par les gêné- 



— 70 — 

rations du Moyeu Age est très restreint ; elles se sont 
bornées le plus souvent à entretenir et à conserver 
la circulation établie dès la plus haute antiquité ; 
elles avaient besoin comme nous de voyager, elles 
auraient doue été fort incommodées si les moyens 
de transport avaient été défectueux. André de Varade, 
dans son testament, légua plusieurs sommes à divers 
ponts déjà très fréquentés au XII e siècle. Il donna 
6 sous aux ponts de Nantes, autant aux ponts de 
Grée, près d'Ancenis; 10 sous au pont de Louan sur 
les marais de Goulaine et 10 sous à la chaussée de 
la Barre-Engelard qui doit être la Chaussée Le Roy 
en Rouans (1). 

Chez les Namnètes, les ponts les plus vieux sont : le 
pont Esnaud, entre Mouzeil et Ancenis ; le pont de la 
Mée, entre la Bretagne et les Marches ; le Pont-Château, 
sur le Brivet; la chaussée de Nyon, sur les marais 
de Donges, le pont de Méans ; le pont Miny (2), sur 
l'Isac, à Sévérac; Pontpas et Pont d'Arm en Assérac; 
les ponts de Nort, sur l'Erdre ; la chaussée de Barbin 
et le pont de Gigan, à la sortie de Nantes. 

Il va sans dire que les ponts jetés sur la Loire, de 
Nantes à Pir.mil, tenaient le premier rang par l'impor- 
tance de la circulation ; ils étaient le point d'aboutis- 
sement de plusieurs routes, parce qu'ils offraient un 
passage sûr en tout temps. La vénération qu'ils ins- 
piraient aux voyageurs est attestée par les nombreuses 
fondations érigées entre chaque bras de la Loire à 
traverser : N.-D.-de-Bon-Secours, la Madeleine, Tous- 
saints, les Récollets, et, à l'extrémité sud, Saint- Jacques 
de Pirmil. 

Ceux qui sont accompagnés d'une chapelle et d'une 
fondation pieuse, comme Saint-Honoré de Bout-de- 



(1) Dom Morice, Histoire de Bretagne, I, col 727. 

(2) Le pont Miny dépendait de la terre de Sévérac. 



— 71 — 

Bois, à Héric, ou d'une fondation eu l'honneur de 
saint Jacques ou de saint Nicolas , comme le pont 
James de Saint-Colombin et Saint-Nicolas-de-Redon, 
sont d'une antiquité incontestable, car les générations 
du haut Moyen Age ont eu de bonne heure le souci 
d'assurer le repos aux voyageurs. Les passages de Rozet, 
en Plessé ; de la Bourdinière, en Pannecé ; de Grâces 
en Guenrouet; du Goût, en Malville (1), avaient leur 
chapelle et leur aumônier. 

Quand le passage était desservi par un bac, alors 
l'édifice était souvent double ; sur chaque rive s'élevait 
une aumônerie, comme à Nort, à Rohars en Lavau. 
au Pellerin, à Oudon et à Pilon. 

Toutes ces fondations pieuses n'ont été imaginées 
que par le désir d'assister les voyageurs ; elles sont 
la conséquence des mœurs d'une époque où l'on voyageait 
beaucoup, parce que le pays était en possession d'un 
réseau de routes établi depuis longtemps. L'existence 
de routes à longue portée,, comme celles qui traver- 
saient la Gaule et la Bretagne en particulier, implique 
le fonctionnement d'un pouvoir assez fort pour cen- 
traliser les ressources : or, la féodalité était la prédo- 
minance du pouvoir local, et les régimes antérieurs 
ne savaient pas gouverner : nous sommes obligés de 
remonter au delà des Mérovingiens pour expliquer 
l'origine des chemins innombrables qui rayonnaient 
autour de Blain' et de Nantes. Les seigneurs n'ont pu 
faire que deux choses : entretenir les voies antiques, 
près desquelles ils établirent leurs donjons, et surtout 
bâtir des ponts ou entretenir des bacs de passage 
sur les cours d'eau. 

Sur la rive piétonne, les plus vieux ponts sont ceux 
de Pont-Rousseau, de Port-Saint-Père, de Pont-Saint- 

(1) Prevel, Le château du Goust (Bull, de la Soc. Archéol. 
de Nantes, T. IL p. 89). 



72 



Martin, de Pont-James, du pont de Louan, le pont 
de Remouillé (1) et la chaussée Le Roy ou du Roi, 
sur les marais de Vue. 

Nous n'avons plus de ponts remontant aux Romains, 
mais nous sommes sûrs de l'antiquité de certaines 
chaussées noyées comme celles des gués d'Assérac, 
de Pont Château, du Havre d'Oudon, de Rieux, sur la 
Vilaine ; de Mauves, sur la Loire. 

Les empierrements des anciens étaient triples et si 
solides, qu'ils ont pu résister pendant 15 siècles ; ils se 
sont retrouvés intacts, au XIX e siècle, à travers les 
pays de landes, au moment des défrichements, autour 
de Blain et dans les forêts de la Bretesche et de Saint- 
Mars-du-Désert. Même sur la rive gauche de la Loire, 
qui était plus populeuse et plus cultivée, on voyait 
encore intacte, il y a 50 ans, sur le territoire du Bignon, 
la grande voie de Nantes à Montaigu, pourvue de ses 
pavés et de ses fossés. Les voies secondaires, qui n'étaient 
pas pavées, étaient cependant très larges, de telle façon 
qu'il restait toujours un passage praticable pour les 
chariots, même dans la mauvaise saison. On voyageait 
beaucoup à cheval. Quant aux transports lourds, ils 
s'effectuaient par eau pendant l'hiver et par route 
pendant l'été. 

On reconnaît généralement les routes romaines à 
leur direction rectiligne ; elles sont établies sur la crête 
des collines et sur les plateaux quand elles sont d'in- 
térêt général, sans souci de la position des bourgs. 
Tels étaient, chez nous, les grands chemins de 
Nantes à Angers, de Nantes à Rennes, de Nantes à 
Vannes. 

Celles même qui n'étaient pas pavées ont été dési- 
gnées dans les titres et les débornements par le même 



(1) Une arche du pont de Remouillé, avait encore une 
voûte en arc brisé, en 1841. 



- 73 — 

terme : strata, dénomination propre aux grandes voies 
consulaires (1). 

J'en citerai un exemple à Saint-Sébastien-lès-Nantes, 
dont -le port commercial, situé à Porte-Chaise, Portus 
carchedrarum, était relié à Haute-Goulaine par un 
chemin large et direct qu'on appelait chemin des Mar- 
chands , chemin Bretagne. Il n'est plus utilisé, mais 
il subsiste presque intact jusqu'à la pyramide de la Pa- 
touillère. Les partages des terres qui le bordent le nom- 
ment la Strée (2). 

Les passages de la Loire étaient nombreux. Je les 
énumérerai en descendant le fleuve : Varade est un nom 
de basse latinité, parent du mot Vadum, dont on a 
fait gué. Il existe sur la table itinéraire de Peutinger, 
Varada. Varade est en face de Saint-Florent-le-Vieil 
qui portait le nom de Montglonne. 

Ancenis est un poste féodal établi sur une rive nom- 
mée le Port Traversin, sous la station romaine de 
Saint-Géréon. Le passage est facilité par de nombreuses 
îles jetées de distance en distance, dans le fleuve. Sa 
fréquentation est attestée par les nombreux chemins 
qui convergent sur ce point. 

Je trouve un troisième passage à Oudon, dans un 
endroit où la vallée se rétrécit entre deux hauteurs 
préparées pour porter deux forteresses : Château Ceau, 
castrum Seltense, fait face à la tour d' Oudon. Un bac 
avait sa place marquée en cet endroit. 

La station de Mauves (3) était reliée à la rive gauche 
par une chaussée submersible qui permettait de tra- 
verser la Loire pendant l'été ; elle aboutissait à Pierre- 

(1) Charte de Louis le Gros, de 1126 (Annales de Bre- 
tagne 1887). 

(2) Terrier de la sénéchaussée de Nantes, 1678, vol. xvi, 
f° 371. Voir aussi Partage de 1736. Fonds du Présidial, sér. B. 

(3) Léon Maître, Mauves à l'époque romaine (Géographie 
hist. et descr. T. 1, p. 49). 



- 74 — 

Percée et à la station romaine de Saint-Barthélémy, 
en Saint-Julien. 

L'antiquité des ponts de Nantes est incontestable, 
quand on considère 1rs avantages que la Nature avait 
groupés sur ce point pour tenter les voyageurs. Il est 
visible que les îles multiples fixées au milieu du fleuve 
sont autant de points d'appui pour soutenir des arches. 
De plus, à chaque extrémité, viennent se confondre 
en une seule roule divers grands chemins tracés par 
les Namnétes et les Pictons pour provoquer les commu- 
nications de part et d'autre. 

Au-dessous de Nantes, il faut aller jusqu'au Pelleriq, 
en face de la station romaine de Couèron, pour trouver 
un nouveau passage avec bac correspondant à deux 
voies qui viennent du Nord et du Sud se souder sur ce 
point. 

Un dernier bac, avant la mer, était établi sur la rive 

de Lavau, près de Sainte-An ne-de-Rohars (2), en face 

de Saint-Nicolas-du-Migron, en P'rossay. Migron est 

Cj une corruption de Migrant et rappelle les é migrant s 

• qui allaient d'une province dans l'autre. 

Le pays des Namnétes était séparé de celui des Ve- 
nètes par la Vilaine dont la vallée profonde et parfois 
marécageuse était difficile à franchir. Les Romains 
n'avaient pas été arrêtés par cet obstacle, ils n'avaient 
pas hésité à établir «à Saint-Nicolas-de-Redon, d'un 
côté, et à Aucquefer de l'autre, de longues chaussées 
qui ont été très utiles aux religieux de l'abbaye de 
Redon pour exercer leur ministère. 

Le passage de Beslé, au-dessus du lac Murin, est 
ancien, puisque M. de Lestourbeillon a tracé par là 
l'itinéraire des moines de Landevenec au X e siècle (2). 

(1) Bougouin, La chapelle de Rohars (Bull, de la Soc. 
archéol., x, 189). 

(2) Itinéraire des moines de Landevenec (Bull, de l'Asso- 
ciation Bretonne 1889). 



75 



Un peu en aval, la ville de Dnretie, à Rieux, avait 
un bac et une chaussée submersible qui avait ses avan- 
tages à marée basse. Le Moyen Age y ajouta un pont 
de bois (1). 

Il y a des traces de passage à Cran, un peu plus bas, 
sur la rive de Téhillac, parce que ce point est sur la 
route la plus courte de Guérande à Duretie. 

La Roche-Bernard n'est pas sur le prolongement 
d'une voie antique, ses accès sont d'ailleurs' trop abrupts 
pour tenter un ingénieur libre de son choix. Sur la 
rive de Ferel, au palus de Lisle, il existe une belle 
rampe en pente douce et une cale de débarquement 
sur la rive droite qui sont bien plus séduisantes. J'ai 
eu la bonne fortune de découvrir, à proximité, les restes 
d'une modeste construction romaine qui avait toutes 
les apparences d'un logis destiné au gardien du passage; 
14 haches en pierre polie étaient demeurées dans son 
foyer. 

Il est possible que, près de l'embouchure du fleuve, 
un autre bac ait été établi, à Vieille- Roche, en Penestin, 
parce que ce point est défendu par une sorte de forti- 
fication en terre, nommée le Vieux Château. Une mon- 
naie en or de Tibère y a été recueillie, en 1828, par 
un cultivateur (2). Le passage de Tréhîguier, qui est 
encore plus près de la mer, a un nom breton, synonyme 
de passage ; il paraît indiquer un endroit fréquenté 
aussi par les voyageurs. 

Une voie transversale reliait les trois passages de 
Redon, de Rieux et de Ferel, au moyen des ponts 
de la Mée, du pont de Flandre et du Pont-Miny, et d'une 
chaussée qui aboutissait à la Templerie de Missillac. 

Des traces de gué artificiel ou de chaussée noyée 
existent encore sur des rivières secondaires comme la 



(1) Léon Maître, La station romaine de Duretie (Géogra- 
phie hist. et deser., I, p. 53). 

(2) Lycée armoricain, 1828. 



- 76 — 

Sèvre, notamment à Vertou, sous le lieu occupé par le 
monastère de Vertou, et aussi au village de Portillon, 
nom transparent, où les mariniers ont constaté avec 
moi l'existence d'un haut fond qui relie les deux rives, 
près de la Chatellière. Les grands chemins qui aboutis- 
saient là se nomment, en 1460, « le grand chemin par 
ou l'on vait de Vieillevigne à Portillon » (1), « le che- 
min qui conduit de Portillon à l'estang de Toffou », 
ou le chemin du pont de Louan à Portillon, au XVII e 
siècle (2). 

Il fallait bien, en effet, créer des routes transversales 
pour relier entre elles les grandes voies tracées du 
Nord au Sud et faciliter la circulation de l'Est à l'Ouest, 
du Poitou en Anjou, et vice versa. 

Quand le sol manquait de consistance, comme dans 
la vallée de la Chenau, on remplaçait les arches et les 
piles de pont par un radier de charpentes noyé entre 
deux eaux. Tel était le pont romain du Port-Saint-Père 
qu'a rencontré M. de Grandville lorsqu'il établit le pont 
à péage dont nous nous servons depuis 1846. Le radier 
avait 5 mètres de largeur. 

Les voies autour de Blain 

Blain était au centre du pays des Namnètes, au milieu 
des établissements de métallurgie qui faisaient leur 
principale occupation. Là se croisaient de nombreuses 
voies de communication qui permettaient aux indus- 
triels d'y apporter leurs produits comme sur un marché 
et de les exporter ensuite dans toutes les directions. 
Quand on reporte sur une carte toutes les traces d'em- 
pierrements anciens qui ont été relevées autour de 
Blain, on ne peut s'empêcher de considérer cette place 
comme un emporium, c'est-à-dire un centre de négocg 

(1) Rentier de 1460, f° s 12 et 14 (Arch. dép., série B, 1896). 

(2) Ibidem, E 1406. 



— 77 — 

créé au cœur du pays pour en exploiter plus facile- 
ment les richesses naturelles. (1) 

Deux voies partaient dans la direction de l'ouest 
et évitaient les bas-fonds des marais de Saint-Gildas 
en courant l'une vers Pontchâteau par le territoire 
de Cambon où elle prend le nom de Chaussée Breton, 
dessert Coislin et la chapelle Sainte-Barbe qui s'élève 
sur une hauteur où j'ai trouvé les débris d'un établis- 
sement romain. 

L'autre voie sortait de Blain par le Bottier, le village 
de la Chaussée, desservait les bains romains de Curin, 
montait le plateau des Moulins du Breil, allait passer 
la vallée de l'Isac, au-dessous d'Evedé, en Guenrouet, 
au Pont Nozay, traversait le village de Grâces, nommé 
le passage de Grâces, longeait le versant de Saint- 
Gildas qui domine les marais, se servait de la chaussée 
de Pont-Noë « qui est fort longue et très fréquentée » (2), 
et rejoignait la voie de Nantes à Vannes dans la forêt 
de la Bretesche, près de la Templerie. Cette dernière 
route avait une bifurcation au-dessus du coin de Curin 
qui devenait la route de Blain à Duretie (Bieux), et 
aussi la route de Blain à la chaussée de Saint-Nicolas- 
de-Bedon. Le tracé sur Plessé est très connu par l'au- 
mônerie de Bozet, fondée par le duc Arthur, en 1314, 
pour soulager les voyageurs, par les noms de Chemin 
des Saulniers et de chaussée de Bozet, et par le pont 
de la Mèe aux approches de Saint-Nicolas (3). 

A la hauteur des landes du Pâtis-Calobert, sur 
Fégréac, se détachait une branche qui allait au pont 



(1) Géographie hist. et descr. de la Loire-Inférieure, T, 
p. 332-340. 

(2) Rapport de 1790, dossier de Saint-Gildas (série L. f 
district de Savenay, Arch. dép.). 

(3) Les saulniers de Batz et du Croisic portaient leur sel 
sur des mules, dans l'Ouest, jusqu'au .Mans, et suivaient les 
routes les plus courtes. 



— 78 — 

de Flandres et se dirigeait sur le château de Rieux 
par les chapelles de Saint-Joseph de la Touche, de 
Saint-Jacques de Braud et desservait la ville de Duretie, 
assise sur les dvux rives de la Vilaine. Les fouilles de 
la butte de Braud qui domine l'ample vallée attestent 
que les Romains avaient placé là un poste pour garder 
le passage (1). 

Du côté du sud, les communications avec la Loire 
étaient assurées par Bouvron et Savenay, pour aboutir 
au prieuré cl au port de Sainte-Anne de Rohars, en 
face du Migron. Ce chemin, sur son parcours, est signalé 
sous le nom de voie romaine. Il dessert le châtel de 
Bouvron, puis traverse le bois taillis des Nommerais, 
les landes de la Moëre, où son empierrement se montre 
sur Une longueur d'une lieue, et sert de limites à quatre 
paroisses; il laisse Savenay à 4 kilomètres à l'ouest pour 
toucher à la Minguais et va directement sur Bouée (2). 

Du côté du Nord, il est non moins certain qu'une 
voie montait vers Conquereuil par le Gâvre et fran- 
chissait le Don à Pontveix ou pont vieux, où elle a été 
parfaitement reconnue, ainsi que sur les landes, et se 
dirigeait de là sur Fougeray par Pierric ou sur le bac 
de Beslé (3). Dans les titres, elle est appelée la Vieille 
Chaussée de Blain au Gâvre, le Chemin de la Duchesse 
Anne. 

La direction que prend la voie ouverte à l'Orient 
par Boisdun, la Mennerais et Augrain, en Saffré, loca- 
lité romaine par ses inhumations et son industrie (1), 



(1) V. Dubuisson-Aubenay : chemin de Nantes à Vannes, 
par Rieux, dans son Itinéraire de Bretagne (Archives de Bre- 
tagne, T. x, p. 139-151). 

(2) Ledoux, Notes sur deux voies romaines traversant Sa- 
venay (Bull, de la Soc. archéol. de Nantes, 1875, p. 57). 

(3) Annales de la Société académique, 1847, p. 8-52. 

(I) A. P. Leroux, Vases gallo-romains découverts à Sa/fré 
(Bull, de la Soc. archéol., 1877, p. 127.) 



79 



semble indiquer qu'elle fut tracée pour relier Blain à 
Candé, car on la suit plus loin dans la forêt de Vioreau, 
entre les étangs de la Provôtière et la Poitevinière, 
à Vivelle et à Freigné. 

Blain était relié à l'Anjou par une voie connue sous 
le nom de Chemin de la Duchesse, qui passait sur Héric, 
à la Grée et à Fiéraut, et se dirigeait sur les ponts 
de Nort, (1) vieux passage où venaient aboutir plusieurs 
grands chemins, notamment ceux de Saint-Géréon 
et ceux de Varade. La même voie bifurquait près de la 
chapelle de Landebroc, sur Nort, et recevait les voya- 
geurs qui se rendaient à Petit-Mars et à Mauves, deux 
stations romaines très connues, . par le passage de 
Ponthus, la Déchausserie et la forêt de Saint-Mars- 
du-Désert, parcours que j'ai reconnu à la Pierre et 
aux Piliers par des empierrements extraordinaires (2). 

Du côté de Nantes, la voie romaine de Blain a un 
tracé rectiligne bien connu à travers les landes; il était 
reconnaissable, il y a 60 ans, à la Groulaie, à l'arche 
de Fouan, au bourg de N.-D.-des-Landes et à la Pas- 
quelais. Au total, sept voies aboutissaient à Blain ou 
en sortaient. 

III 

Voies autour de Nantes 

La route de Bennes sortait de la ville et s'éloignait 
de l'enceinte par la rue Monfoulon, la chaussée de 
Barbin, qui est antique et dont saint Félix s'est servi 
pour faire des moulins en la rehaussant, passait près 
de Loquidic, franchissait le Cens près du Port-Lambert 

(1) Rapports de MM. Léon Maître et Aie. Leroux (Bull, de 
la Soc. archéologique de Nantes, 1883, pp. 198-203; 1885, 
p. IX.) 

(2) Géographie hist. et descr., T. 1, pp. 10-12. 

Soc. Archéol. Nantes. 



— 80 — 

et allait rejoindre le plateau de la route de Rennes 
actuelle par Launay- Violet et la Boissière, pour éviter 
la côte rapide du pont du Cens moderne. Arrivé là, 
une bifurcation se présentait. Une ligne moulait vers 
Casson par Massigné et le Saz (1), où se trouvait une 
villa romaine, en servant de limites aux communes 
de la Chapelle el de Trellières ; l'autre courait au 
sommet de la vallée du Cens vers le centre de Blain, 
à travers les landes de Trellières, de Grandchamp et 
de Héric, sans desservir les bourgs actuels. 

Les voyageurs qui ne voulaient pas aller par Barbin, 
sortaient de la ville par la rue de la Boucherie, le Mar- 
chix, la chapelle Saint-Lazare, la rue Noire, le Gué- 
Moreau, sous le nom de Grand Chemin et pavé, et re- 
joignait la voie de Barbin au pont du Cens, voisin du 
Port-Lambert. 

Plusieurs chaussées prenaient la direction du Nord, 
mais le véritable grand chemin de Nantes à Rennes 
était celui cjui prenait le tracé de Héric et traversait 
presque partout le désert des landes incultes. Il pas- 
sait l'Isac à Bout-de-Bois et le Don au sud-ouest de 
Jans, sur le pont de Trenou ; la Chère au pont de la 
Kyrielle, en Mouais, et entrait dans le pays des Re- 
dones (2). Ce tracé nous est indiqué par la position 
des châtellenies de Héric et de Nozay, chargées de le 
garder, et par un texte de 1678 qui nous rapporte 
que le gibet de Nozay « était sur le chemin qui conduit 
à Derval, qui est le grand chemin de Nantes à Rennes (3)» 
Néanmoins, le voyageur pouvait suivre un autre 
parcours plus long par Joué el Melleray. Il avait la 

(1) Kersabiec, Débris gallo-romains trouvés au Saz (Bull, 
de la Soc. archéol., 1865, v, 71). 

(2) Celle-ci évitait le bourg de Fougeray qui était desservi 
par la voie de Blain à Rennes par Conquereuil et Pierric. 

(.'!) Terrier de le sénéchaussée de A unies, \x, 860. (Arch. 
dép., série B). 



81 



route de Carquefou à Petit-Mars qui montait à Joué 
par Saint-Jacques des Touches, et court au sommet 
des coteaux dominant la rive gauche de la vallée de 
l'Erdre. 

La route de Nantes à Angers et Paris empruntait le 
même parcours jusqu'à Carquefou, sur les landes de 
la Madeleine, en Bois; là, elle se détournait vers l'Est 
pour aller au Chemin Nantais, au prieuré de Saint- 
André, puis se dirigeait sur la station romaine de Mauves; 
elle franchissait les marais de la Vaugour sur une arche 
dite de Gobert construite en aval de l'arche actuelle pour 
permettre au roulage de contourner la petite montagne 
qui fait obstacle en cet endroit. Les ingénieurs du règne 
de Louis XVI ont rectifié ce détour en pratiquant une 
profonde tranchée dont les déblais ont servi à combler 
une partie de la vallée. Cette méthode était rarement 
employée par les anciens. Ils préféraient se servir de lacets 
et descendaient au port de Mauves par des rampes, puis 
remontaient vers la ville antique de Mauves au moyen 
d'une route en pente assez raide, mais solide, dont les 
ornières creusées dans le roc, subsistent en plus d'un 
endroit. Les voyageurs passaient entre le temple de 
Vieille-Cour et le théâtre de Beaulieu et arrivaient au 
carrefour de la Barre d'où partait la voie de Mauves à 
Petit-Mars (1). 

La route de Nantes à Angers continuait son parcours 
sur les sommets du Cellier et se détournait ensuite vers 
le Nord pour éviter les escarpements de la vallée du 
Havre et atteindre l'endroit où elle se rétrécit assez pour 
qu'on puisse y établir un gué. Le lieu choisi s'appelle le 
Pont-Noyé, parce que les ingénieurs y avaient placé un 

(1) Cette voie, je l'ai suivie jusqu'aux Piliers en Saint- 
Mars-du-Désert, où elle est très connue des cultivateurs qui 
ont trouvé son empierrement. (Géographie hist. et descr., 
T. 1, p. 1U). 



82 



radier en charpente pour assurer le roulage. De là, jus- 
qu'aux approches de Saint-Géréon, la voie sert de limites 
entre les communes d'Oudon et de Couffé, coïncidence qui 
caractérise bien son antiquité. 

Sur Oudon, se détachaient de la voie principale deux 
embranchements secondaires : l'un d'eux redescendait 
dans la vallée pour atteindre le port d'Oudon et le bac de 
Castrum Sellense, l'autre se dirigeait par le vieux Couffé, 
le Pas et la chapelle de Tacon sur le bourg de Mésange. 

Fendant la belle saison, on évitait une partie de ces 
détours en sortant de Nantes par le chemin de Riche- 
bourg, le Bourg-Fumé, le Gué aux Chèvres et la prairie 
de Mauves dont on traversait toutes les boires et les seils 
à l'aide de ponts qui ont été utilisés jusqu'en 1830. Le 
premier pont, appelé Pont de Pierre, est cité dès le XI e 
siècle; (1) il servit au cardinal de Retz pour s'évader 
du château de Nantes et gagner Mauves, puis le bac 
d'Oudon. 

On le nomme tantôt la rouie de Paris, tantôt le grand 
chemin d' Ancenis. A partir du Gué-aux- Chèvres, ou Gué- 
Robert, un troisième chemin parallèle montait à mi-côte 
vers la chapelle de Toutes-Aides, et le vieux Doulon, 
antique station, desservait Chassay et la villa de Tauria- 
cum (Thouaré) (2). 

Il en était de même pour la vallée de l'Erdre : une voie 
tracée à mi-côte s'allongeait jusqu'à Carquefou, à proxi- 
mité des domaines des Salles, de Belle-Isle, de Ranzay, 
de Portric et des autres villas bâties dans la fertile con- 
trée de Saint-Donatien. 

Du côté de l'ouest, la cité de Condevincum (Nantes) 

(1) Charte de l'évêque Heroicus, 1004. Abbé Delanoue, 
Saint-Donatien et Saint- Rogatien de Nantes, p. 104. Nantes, 
1904, 1 vol in-8°. 

(2) En 1810, les arches de la prairie de Mauves étaient 
visibles sur la terre du Parc en Thouaré (série O, conten- 
tieux, Arch. dép.). 



— 83 — 

était défendue par les marais de la Chésine et le coteau 
abrupt de l'Hermitage ou de Misérie, (1) en Chantenay, 
et par la vallée qui se rétrécit au bout de la rue de 
Gigant. 

C'est là que fut établi le pont du passage pour le chemin 
de Couëron, le plus ancien. La voie montait en droite 
ligne le coteau de la Ville-en-Bois et, parvenue au sommet, 
elle se divisait en deux branches : la principale allait sur 
le bourg de Saint-Herblain par le passage de la Croix- 
Bonneau, les Richolets et l'Ornière, tandis que la voie 
secondaire descendait au sud, vers le bourg de Saint-Mar- 
tin de Chantenay, par la Hautière et suivait les coteaux 
qui bordent le fleuve. Elle rejoignait la précédente par 
le pont de Pierre et courait avec elle vers la villa romai- 
ne de Saint-Martin des Salles, (2) après avoir montré son 
pavage à la Porchellerie, enfin descendait au port de 
Couëron où des ruines romaines ont apparu, non loin de 
l'église, en 1880. La même route remonte à l'Etang-Ber- 
nard, poste antique, contourne les marais et paraît se 
diriger vers la Sénéchallais et Saint-Thomas. 

Parallèlement à cette direction courait la voie de 
Nantes à Saint-Etienne qui sortait de Nantes par la 
rue de la Bastille, l'arche de Grillau, la Contrie, 
traversait Saint-Herblain sous le nom de grand chemin 
nantais, touchait les moulins de la Chaussée, à la 
Durandière, le lieu du Petit Rome (3), les Piliers, 
la Roussellière et Pociou. Son pavage a été recon- 
nu au moulin neuf de la Bretonnière ; il a déterminé la 
construction des chapelles de Saint-Biaise sur Couëron 
et de Saint-Savin sur Saint-Etienne. Au-delà, elle prend 

(1) Le miseur était le receveur de la ville de Nantes. 
Miserie signifiait recette et dépense. 

(2) Marionneau, Fouilles de la chapelle Saint-Martin de 
Couëron (Bull, de la Soc. archéol., T. v, p. 75). 

(3) Terrier de la sénéchaussée de Nantes, xv, 81 et 247 
(Arch. dép., B.). 



- 84 - 

le nom de route de Guérande, se signale au passage de 
Saint-Pierre-du-Goût, en Cordemais, à. mi-côte du sillon 
de Bretagne, touche la villa gallo-romaine de la Bim- 
boire que j'ai déblayée et arrive sur le versant de la Villa 
Saviniaca (1), qui est devenue Savenay. La chapelle de 
Saint-Jean de cette localité était sur le bord d'un « grand 
chemin et pavé », en 1679, qui devait être le même (2). 

De là, ce pavé se continuait le long des bois de l'abbaye 
de Blanche-Couronne et allait sur Saint-Nazaire par le 
pont et la chaussée de Nion et par le pont de Méans, à 
l'embouchure du Brivet. A partir de là, je me suis rendu 
compte de visu, avec les ingénieurs, que les vastes prai- 
ries basses qui séparent la Loire de la Brière, étaient déjà 
colmatées au III e siècle et ne différaient guère de leur 
aspect actuel. 

A partir du pont de Méans, la voie bifurque. Une bran- 
che se dirige sur Saint-Nazaire où l'on a constaté la pré- 
sence d'un édifice romain aux Préaux, au-dessus de la 
gare, pour suivre la côte et desservir les villas qui s'éle- 
vaient çà et là, le long du rivage, à Porcé, à la Bougeole, 
Escoublac et ailleurs, sous le nom de Basse-Voie ; l'autre 
branche contournait le golfe de la Brière et montait vers 
Guérande par Saint-André-des-Eaux dont le bourg était 
traversé par un pavé (3), ensuite la voie montait vers la 
hauteur où était bâtie la célèbre chapelle de Saint-Ser- 
vais, lieu de pèlerinage très fréquenté des Bretons au XV e 
siècle (4). Je pourrais indiquer une troisième route qui 
allait de Saint-André sur Saint-Lyphard, vieux centre 
carlovingien. 

La véritable route de Vannes qui sort de Nantes par le 

(1) Ledoux, Note sur la voie romaine allant de Nantes à 
Vannes (Bull, de la Soc. archéol., 1878, p. 153). 

(2) Terrier de la sénéchaussée de Nantes, xxin, prieuré d'Er 
(Arch. dép., B.). 

(3) « Le pavé du bourg de Saint-André », 1696 (E 536). 

(4) Bibl. de l'Ecole des ch., lxi, p. 65. 



— 85 - 

Marchix et la place Viarmes court sur la crête du sillon 
qui sépare les vallées du Cens et de la Chésine, traverse 
le passage de Saultron et se dirige sur le plateau du 
Temple, carrefour de plusieurs voies gardé par un poste 
de chevaliers du Temple, passe au-dessus de Savenay, 
de la Chapelle-Launay pour atteindre Pontchâteau, pen- 
dant qu'une autre route barre celle-ci à angle droit dans 
la direction de Blain à Rohars, à la bifurcation du 
Temple (1^. 

IV 
Voies romaines partant d'Ancenis 

Plusieurs voies rayonnaient certainement autour de 
Saint-Géréon, centre romain et mérovingien qui a vu 
naître Ancenis, au X e siècle, avec sa forteresse destinée 
à garder le passage établi sur la Loire en cet endroit (2). 
Outre la voie qui wnait de Nantes et se dirigeait sur 
Angers par Anetz, Varade et Ingrandes, il existait certai- 
nement plusieurs autres grandes chaussées qui mon- 
taient les coteaux des environs. La plus connue est celle 
de Pannecé, qui traversait les landes du Château- Rouge 
et portait le nom de Chemin des Saulniers, elle a été 
reconnue au Courau et à la Chapelle-Rigaud, en Mésange, 
puisa la Croix-au-Vesque, en Pannecé. Elle était coupée 
sur Mésange par la voie de Blain à Saint-Herblon qui 
traverse la Chapelle-Breton sur Mouzeil, et par une voie 
partant du pont Noyé, en Oudon, et filant sur Candé par 
les villages du Pas, du Pas-Nantais et la chapelle méro- 
vingienne de Tacon. 

Sur Pannecé, elle croisait, au passage de la Bourdi- 
nière, la grande voie qui reliait la vieille ville de Candé à 

(1) Voir, pour plus de développements, Léon Maître, 
Géogr. hist. et descriptive de la Loire- Inférieure, T. 1, p. 523. 

(2) Léon Maître, Ibidem, T. 1, p. 229. 



- 8f> — 

Nort par Saint-Mars-la-Jaille, la Haie-Chapeau et le 
château de la Guibourgère. Nous savons, par un procès 
soulevé à propos d'une tentative de détournement, que 
l'allée du château servait de route ordinaire aux commu- 
nes circonvoisines. « Par là passaient une foule de mar- 
chands des départements de Normandie, du Maine et de 
l'Anjou pour se rendre aux marchés et aux foires de 
Nort, de Joué, de Trans et des Touches. » 

Les documents signalent une autre route, nommée 
chemin cT Ancenis à Auverné, dont le pavage était visible 
en 1818, sur une demi-lieue de long, et qui se dirigeait au 
nord par les Montils, la Croix-Chemin et la chapelle de 
Saint-Ouen, en Riaillé. 

Le grand chemin d'Ancenis à Nozay est encore une 
dénomination fréquente, il se confond avec la route de 
Nort ; il emprunte d'abord, jusqu'au pont Esnault, la 
route nationale n° 164 d'Angers à Brest, qui est fort 
ancienne, car elle sert de limites à la commune de Couffé 
et suit une direction rectiligne très significative. C'est, 
d'ailleurs, la route de Saint-Géréon aux ponts de Nort. Sur 
Mouzeil, il y a une bifurcation voisine des Mines, à déter- 
miner, qui doit traverser Trans, Joué et Abbaretz. 

L'arrondissement d'Ancenis était traversé au nord par 
une autre voie partant du vieux centre gaulois de Candé 
pour desservir la forêt et le château de Vioreau ; son tracé 
en droite ligne passait par Freigné, le sud du village de 
Carbouchet, le Raiteau, le Mortier, la forêt d'Ancenis, 
l'intervalle qui sépare les étangs de la Poitevinière (l)et de 
la Provostière, touchait la Tisonnière où l'on a trouvé 
des monnaies romaines d'or et de billon. Là, elle prend le 
nom de voie des Romains et dessert le Pas au Chevreuil. 

D'autre part, on a la certitude que Nantes et la Cha- 
pelle-Glain étaient reliés par une grande route qui em- 
pruntait d'abord la chaussée de Nantes à Saint-Jacques- 

(1) On disait le passage de la Poitevinière. 



— 87 — 

des-Touches par Petit-Mars; là, elle tournait à droite 
pour rejoindre Saint- Jean-de-la-Grossière sur Trans et la 
barre Théberge, autre carrefour, puis s'en allait à la Bru- 
naie de Riaillé, traversait l'Erdre, passait à la Rouau- 
dière, à la Provôtière, touchait la limite de Joué, laissait 
la Vairie et le Pont-Chollet, un peu à l'est, et traversait la 
forêt d'Ancenis. Ce tracé existe encore: sur Saint-Sulpice, 
il y prend le nom de Chemin nantais ou marchand. 



Guérande et ses voies d'accès 

La meilleure démonstration de l'antiquité de Guérande 
est dans la multiplicité des voies qui rayonnaient dans 
sa banlieue et partaient de ses murailles dans toutes les 
directions (1). 

Cette ville était reliée à trois passages fréquentés de 
la Vilaine : ceux de Vieille Roche en Penestin, du Palus 
de Lisle en Ferel, de Cran prés de Rieux. Pour y parvenir, 
on suivait d'abord une route unique par Crémeur, Ker- 
guenec en Saint-Molf, les landes de Malabri et de Mont- 
pignac, la butte aux Binguets, la butte de Trebrezan, à 
travers les marais de Pont-d'Arm où les débris romains et 
les pierres de la chaussée sont visibles. Sur Assérac, une 
bifurcation se présentait : une branche se dirigeait sur 
Cran par Kerhérant, la Cour-aux-Loups au dessus du 
bourg d'Herbignac, par la Maladrie, Villeneuve, le 
Sabot-d'Or, le Mouton-Blanc, Moutonnac, Saint-Jean 
en Saint-Dolay (près du Temple) et Cran. Cette même 

(1) Blanchard, Vénètes, Namnètes et Samites (Bull, de la 
Soc. archéol., 1881, T. 30, p. 193). — René Kerviler, Vénè/es, 
César et Brivales portas, 1882 (Ibid.) - - Orieux, Station 
gallo-romaine de Grannone, 1884 (Ibid.) — Léon Maître, 
Guérande et la contrée guérandaise (Géogr. hist. et descr. de 
la Loire- Inférieure, I, pp. 119-218). 



- 88 — 

route se dédoublail à I lerbignac pour envoyer une bran- 
che sur le Palus de Lisle. Le tronçon qui allait rejoindre 
Penestin parlait d'Assérac. 

Le voyageur sortant de Guérande du côté du Sud 
avait le choix entre la roule haute et la route basse. La 
première passait par Kerfas, près du Blanc, où elle sert 
de limites à deux communes, près le moulin de Coetcas 
et descendait par Brangouré et Tétras sur la Ville-ès- 
Pierres où elle rencontrait la voie d'Herbignac. Ceux qui 
préféraient suivre les contours de la côte maritime 
passaient au nord de Tromarzen au sud de Kerquessaud, 
traversaient le vieux bourg d'Escoublac sur un chemin 
pavé, que les anciens ont vu avant l'envahissement des 
sables, et rejoignaient Saint-Nazaire par le village du 
Grand-Chemin et le lieu dit la Ville-Chaussée (1). 

Ceux qui avaient affaire au Croisic ou dans les marais 
salants n'avaient pas besoin de passer par Guérande, ils 
trouvaient à Cuy le grand chemin de Saint-Nazaire au 
Croisic par Careil et Saille. Bien avant les routes salicoles 
modernes, on circulait très facilement à travers les sali- 
nes, les monticules et les canaux au moyen de ponts et de 
chaussées. Les titres citent le pavé qui conduit de Saille 
au bourg de Batz, le grand chemin de Kerrigodo à Tréba- 
tier, de Congor au Croisic par la saline de Cambigné, ce 
qui n'empêchait pas le tracé direct d'une autre voie 
partant du faubourg Saint-Armel pour descendre le ver- 
sant occidental et gagner Saille, Saliacum, la mère-patrie 
du sel. Cette voie servait aussi aux habitants des deux 
villas romaines retrouvées à Kerbrenezay et à la Pierre- 
Levée. 

Du côté du nord, Guérande était rattachée aux éta- 
blissements romains de Clis et de Piriac par une voie qui 
sortait par le faubourg de Bizienne, traversait Trescalan 
et le village du Grand chemin. 

(1) Aveux de Cleuz ei de Saint-Nazàire (Arch. dcp., séries 
B et E. - Aveux de Lesnerac, coll. de Wismes). 



— 89 — 

Du côté de l'est, le pavé de Beaulieu était désigné, au 
XVI e siècle, comme « le grand chemin qui conduict de 
Guérande droict à la Madeleine », village où des tom- 
beaux de briques ont révélé la présence des Romains; de 
là, il rejoignait, près du moulin de la Croix-Longue, la 
voie romaine qui montait de Saint-André à la Vilaine par 
le Pigeon-Blanc et la Baronnerie. 

Si, après ces témoignages d'activité, nous doutions 
encore de l'occupation du pays par les Romains, nous 
n'aurions qu'à consulter la liste des collections de mon- 
naies anciennes, récoltées dans le pays après 15 siècles de 
bouleversements. « Le nombre des médailles romaines 
en bronze, dit un témoin vivant en 1819, que le hasard 
fait découvrir chaque jour dans le pays, est si grand, qu'on 
n'est pas étonné de les voir passer dans la circulation 
pour des pièces de cinq ou de dix centimes. La plupart 
de ces monnaies sont consulaires, quelques-unes sont 
impériales r< (1). De son côté, Fournier, l'antiquaire de 
Nantes, avait déjà noté sur son carnet, en 1806, une dé- 
couverte de 46 monnaies de Nerva et 31 de l'empereur 
Hadrien (2). J'ai beaucoup allongé cette liste dans 
ma Géographie historique et descriptive de ta Loire- 
Inférieure, T. 1, p. 212; je suis obligé d'y renvoyer le 
lecteur. 

Cette énumération ne représente que la minime partie 
de ce qui a été exhumé par nos contemporains. Ajoutez-y 
toutes les découvertes faites depuis 15 siècles par les 
générations qui nous ont précédés, et vous n'aurez encore 
qu'une faible idée de la richesse des populations gallo- 
romaines qui ont vécu sur notre sol avant l'arrivée des 
Francs. 



(1) Morlent, Précis sur Guérande et le Croisic, p. 170. 

(2) Antiquités de Nantes, T. 1, p. 65. 



- 90 — 

VI 

Voies de la région de Châteaubriant 

Nous avons bien des raisons de croire que la région 
de Châteaubriant avait un réseau de voies aussi complet 
que les autres parties du pays nantais ; sa forteresse 
féodale de Beré, bâtie au-dessus de la vallée de la Chère, 
n'aurait pas été érigée en cet endroit si le fondateur 
n'avait eu à proximité le croisement de deux routes, l'une 
venant du sud et de la forêt pavée et passant le Semnon 
sous le donjon de Soulvache, passage très ancien; l'autre 
réunissant Derval et Pouancé. Cette dernière est citée au 
IX e siècle sous le nom de via publica ; (1) elle a montré son 
empierrement aux chercheurs dans plusieurs endroits de 
la forêt de Domnèche. Un tronçon se dirige vers Saint- 
Aubin-des-Châteaux sous le titre de Chaussée à la 
Joyance. Il va tout lieu de croire qu'une voie réunissait 
aussi Béré à Candé et à l'Anjou par le vieux passage de 
Vouvantes. Sur ce parcours, je vois la forteresse de la 
Motte-Glain, bâtie pour garder un itinéraire antérieur 
à la féodalité comme bien d'autres. La plupart des sei- 
gneurs n'ont été déterminés dans le choix de leur rési- 
dence que par l'existence d'un grand chemin d'accès. 

Quand une vallée était trop large ou trop profonde, les 
anciens remplaçaient les ponts par une chaussée de 
pierres traversée, de distance en distance, par des puits 
faciles à couvrir au moyen de madriers; le tout était 
submersible. On fit à Moisdon, pour franchir le Don, une 
chaussée qui est souvent citée dans les vieux titres 
comme le prolongement d'un grand chemin venant de 
Nantes par les Touches et le passage de Saint-Donatien 
de Joué; c'est pourquoi les Templiers fondèrent une rési- 
dence à Moisdon. 

(1) Cartulaire de Redon, n° 231. 



91 

Rougé, Lusangé, Fercé, Ruffigné, Louisfer, Auverné, 
Sion, Juigné sont des noms dérivés du latin qui attestent, 
comme les monnaies, la fréquence des groupes romains 
qui exploitaient les gisements de fer du pays et qui ont 
construit toutes ces chaussées pavées pour l'exportation 
des produits de leurs forges. Nous avons trouvé des 
monnaies qui prouvent que le commerce s'est étendu 
à Saint- Vincent-des-Landes, à Saffré, à Petit-Mars et à 
Nort. 

Nozay, avec sa châtellenie, était au point d'intersection 
de deux grandes voies bien reconnues : celle qui montait 
de Nantes à Rennes que j'ai déjà citée, et une autre ve- 
nant de l'Est, dont le prolongement, sur Guémené, a été 
rencontré lors des partages de landes autour des Quatre 
Contrées et au lieu dit le Haut-Merel (1). Quand on tire 
une ligne droite de Nozay à Candé, on traverse la région 
qui contient le plus de traces de l'industrie métallurgique 
des anciens : les forêts de l'Arche, de Vioreau, de Melle- 
ray, d'Ancenis et de Saint-Mars, le bourg de Melleray, 
vêtus Melereium. Il n'est donc pas téméraire de rattacher 
Nozay à Abbaretz au tronçon de voie qui sort de Candé 
pour toucher la Rarre-David. 

VII 
Les voies romaines chez les Piétons 

Sur la rive gauche de la Loire, les traces de la domina- 
tion romaine ne sont pas moins nombreuses que sur la 
rive des Namnètes. Outre le port de Rezé, portus Ratiaten- 
sis, qui occupait trois kilomètres de terrain en bordure 
sur la Loire, on rencontrait des constructions romaines à 
Vertou, aux Cléons, au Loroux, à Saint-Julien-de-Con- 
celles (Nociogilum) (2), au Rignon, à Rougon, à Corcoué, 

(1) Témoignage de M. Benoît, expert. 

(2) Testament de S. Bertrand (Gallia christ, xiv, 116). 



— 92 — 

à Arthon, à Saint-Père-en-Retz, au Clion, à Prigny et, 
dans la contrée voisine, des cités importantes comme 
Durinum (Montaigu), Chassiacus (Montfaucon), Tiffau- 
ges, Montrevault, Aizenay (1), avec lesquelles les commu- 
nications des Namnè + cs étaient fréquentes. Là, comme 
ailleurs, les ingénieurs romains ont tracé le.urs grandes 
routes sur la ligne de partage des eaux, au sommet des 
vallées, et ont choisi les meilleurs passages pour franchir 
les rivières qu'ils ne pouvaient éviter. Les abbayes de 
Villeneuve, de Geneston, de la Chaume, les châteaux de 
Toufou, des Huguetières et bien d'autres, n'avaient 
choisi leur emplacement que pour être à proximité des 
grands chemins de l'antiquité. 

Dès qu'on avait franchi le dernier bras de la Loire à 
Pirmil, on avait devant soi une voie qui courait, sous le 
nom de grand chemin Clissonnais, sur un plateau domi- 
nant les deux vallées de la Sèvre et de la Goulaine, sur 
laquelle s'embranchait, à Notre-Dame-de- Bonne-Garde, 
le chemin de Saint-Sébastien et des communes riveraines 
de la Loire; à droite, le chemin bas de Vertou par Beau- 
tour et les rives de la Sèvre (2). 

Près de la Grammoire et de la Maladrie de Vertou (la 
gare du chemin de fer), un autre embranchement la 
rattachait à l'abbaye mérovingienne de Vertou ; plus 
loin, près de l'Allouée, une nouvelle bifurcation conduisait 
au pont de Louan que j'ai déjà eu l'occasion de citer. Il 
n'y avait pas d'autre passage pour franchir les marais 
de la vallée de Goulaine. Là, aboutissaient un grand 
chemin venant de Portechaise en Saint-Sébastien, port 
abandonné depuis longtemps, le bas chemin de Nantes 
par la Savarière (3) et un chemin venant de Saint-Fiacre. 

(1) Voir Léon Maître, Géographie hist. et descr. de la 
Loire- Inférieure, T. 11, p. 52. 

(2) Ce chemin bas subsiste jusqu'à la chaussée de Vertou 
(Géographie hist. et descr., T. 11, p. 110.). 

(3) Aveux de Saint-Séhastien, 1511 (Arch. dé])., série B). 



93 



Parvenue près du Hallay, cette grande voie se divisait 
de nouveau en deux branches importantes, Tune allait 
sur Vallet et Geste, en passant près de la station romaine 
des Cléons, où elle a été très bien reconnue, tandis que 
l'autre branche, dirigée sur la châtellenie du Pallet qui 
commandait le passage, arrivait à la Trinité de Clisson 
sur la rive droite de la Sèvre. Cette voie se nommait le 
grand chemin de Clisson et devait servir aux voyageurs 
de Montfaucon. 

Une autre voie reliait Pirmil à Clisson par la rive 
gauche sous le nom de route de Poitiers, en empruntant 
le parcours de Vertou et de Saint-Fiacre ; elle franchi- 
sait la vallée de la Sèvre à la Ramée, où se trouvait un 
bac royal (1), il n'y a pas 100 ans, montait le plateau de 
Saint-Fiacre et arrivait à Clisson par Gorges pour desser- 
vir la contrée deTiffauges, pagus Teophalgicus. Dans une 
enquête de 1674, ce grand chemin est appelé chemin 
Chastelays, il passe à la Croix de la Justice de la Bretes- 
che, en Monnières, et sépare Monnières de Saint-Lumine- 
de-Clisson (2). Sur Cugand, il devait passer à la ferme de 
la Haute-Voie (3). 

Le Loroux-Bottereau, Oratorio, célèbre par ses cime- 
tières mérovingiens, était un carrefour d'où partaient 
plusieurs voies : l'une allait par la station de Saint-Bar- 
thélémy au bac du Gué-au-Voyer, au Guinio, où à la Che- 
buette, pour passer la Loire ; une autre se dirigeait sur 
Chantoceau, sous le nom de Strée, par le pont Truberd, sur 
la Divate; une autre sur Barbechat, sous le nom de che- 
min du Loroux au Maniais, célèbre pèlerinage. Le che- 
min de Nantes au Loroux par le pont de Louan montait 
directement le coteau de la Sanglère, sous le donjon du 

(1) La plage se nommait encore le Port au Duc et le 
charrau sur la Bourchinière en 1853 (Arch. dép., série O, 
Titres de Saint- Fiacre. 

(2) Enquêtes du Présidial, 1G74. (Arch. dép. B). 

(3) Acte de 1634 (Arch. dép., B 853). 



— 94 — 

château de la Roche; de plus, une bifurcation, au sortir 
du pont, se rendait aux landes de Sainte-Catherine par 
les ruines du Perron et le moulin de la Corbinière. Ces 
mêmes landes étaient traversées par le grand chemin du 
Loroux à la Chaussaire par Moquepeigné, qui servait de 
limites entre le Loroux et la Remaudière sur un long 
parcours (1). 

Pour passer de Nantes dans le pays de Raiz et parcou- 
rir les alentours du lac de Grandlieu, pagus Herbadellicus, 
on franchissait la Sèvre près de son embouchure dans la 
Loire, au pont Rousseau, vieux passage signalé dans les 
actes du XII e siècle, et à peu de distance se trouvait un 
carrefour où aboutissaient les voies de Machecoul, du 
Pont-Saint-Martin, et la route de La Rochelle (2). 

Cette dernière était la plus importante jusqu'aux 
Sorinières, car elle recevait la circulation de plusieurs 
autres routes qui venaient du Midi vers Nantes, et se 
séparait aux Sorinières, en deux branches. 

Le port de Raiiate (Rezé) était rattaché au carrefour 
de Pont-Rousseau par une voie aboutissant à Notre- 
Dame-des-Vertus et à la route de Machecoul par le 
chemin de Maupertuis. Il va sans dire qu'une route 
parallèle à la Loire et voisine du fleuve réunissait les 
établissements des Couëts, de la Motte de Rougon 
et portait la circulation jusqu'au Pellerin (3). 

Le chemin dit des Routeilles, qui va passer au Rignon, 
station romaine, avait sa chaussée pavée, il n'y a pas 
50 ans; il conduisait directement à Montaigu Durinum, 
par les lieux dits le Charrau, la Chaussée, sur Monte- 
bert; plus loin il forme la limite des communes de 
Remouillé, de Vieillevigne et de la Planche et va re- 



(1) Léon Maître, Géographie hist. de la Loire- Inférieure, 
ii, p. 339. 

(2) Cartulaire de l'abbaye de Tiron, n° 216. 

(3) Géographie hist. et descr., t. II, p. 53. 



95 



joindre la Vendée par le Marché Neuf et la Strée, la 
Petite-Salle et le Pâtis. 

Il est non moins certain que, des Sorinières, partait 
une autre voie qui passait sous le donjon du château 
de Joufou pour aller sur le bourg d'Aigrefeuille : c'est 
la route de Bordeaux n° 137 (1). Elle est antique, parce 
qu'elle court sur un plateau et qu'elle sert de limites 
aux communes du Bignon et de Vertou ; elle passe sur 
le vieux pont de Remouillé et rejoint la précédente 
à Montaigu. 

Le village de Viais, nom latin sorti de Viae qui si- 
gnifie les voies, sur le territoire de Pont-Saint-Martin, 
nous indique que la route nationale n° 178 des Sables- 
d'Olonne est antique; elle court vers le pont de Saint- 
Colombin, nommé le Pont-James ou Saint- Jacques, 
et traverse Legé. Son début est sur le plateau des 
Sorinières ; elle dessert l'abbaye de Villeneuve où elle 
bifurquait. Avant la route stratégique n° 25, on allait 
à l'abbaye de Geneston par Villeneuve en touchant 
le château de l'Epinay, on traversait l'Ognon au Pont- 
Neuf et on descendait par la Fosse-Noire, la Chasse 
et Beau-Soleil (2). De là, on atteignait les immenses 
landes de Bouaine sur lesquelles on devait rencontrer 
une bifurcation qui allait à Vieillevigne par l'Audon- 
nière et le Marchais, nom qui nous révèle son passage. 

La route directe de Nantes à Saint-Philbert (Deas), 
passait par le Pont-Saint-Martin, vieux pont dont la 
construction première peut remonter à l'apôtre Martin 
de Vertou (3), qui évangélisa le pays d'Herbauge, elle 

touchait les châteaux des Huguetières et de la Fru- 

« 

(1) Le pont neuf du Bignon ayant manqué, les marchands 
de Nantes à La Rochelle, en 1485, portèrent plainte (Arch. 
dép., E 128.) 

(2) Congres archéologique de France de 1864, p. 63. 

(3) De ce pont partait le grand chemin de Geneston (Ta- 
bleau des chemins ruraux). 

Soc. Archéol. Nantes. 7 



— 96 — 

dière où dos ruines romaines sont sorties de (erre, et 
aboutissail à la chaussée e1 au pont «le Saint-Philbert 
dont parle Louis le Débonnaire dans un diplôme de 
819 (1). Il est rare qu'un pou! serve à une voie unique. 
La chaussée venant de Nantes se décomposai! à la 
sortie du pont en plusieurs embranchements destinés 
à desservir les stations romaines de Sainl-Lumine- 
de-Coutais, de Machecoul et de Beauvoir (2). Cette 
dernière nous est indiquée par la translation des re- 
liques de saint Philbert, lorsque les religieux de Noir- 
moûtier vinrent se réfugier à Deas (Grandlieu) avec 
le sarcophage de leur patron, en traversant les bourgs 
de Varne et de Paulx. Sa direction Sud-Ouest, Nord- 
Est, paraît bien indiquer qu'elle fut faite pour rattacher 
la côte de Beauvoir et ses salines au port de Bezé et 
à celui de Nantes. 

Les grands chemins qui se dirigeaient de Nantes- 
Pirmil ou de Bezé vers le Sud par le pays de Baiz 
touchaient le domaine de Bégon ou Bougon et se sé- 
paraient près du hameau des Barres: l'un allait au 
passage du Port- Saint-Père sur la Chenau du lac, sous 
le nom de Grand Chemin Sautais, pour atteindre 
Machecoul ou le Col des Marches (3). 

Ce passage de Port-Saint-Père, qui est cité dès l'é- 
poque mérovingienne (4), était desservi tantôt par un 
bac, tantôt par un pont suivant les ressources dispo- 
nibles. « Les ponts du Port- Saint-Père sont cités dans 

(1) « Ut transitam ei per viam regiam quant stratam oel cal- 
ciatam dicunt rident aipia 1 concederemus », 811) (Arch. de 
Saône-et-Loire, H, 177, n° 1). 

(2) (iéograpttie historique cl descriptive, T. n. p. 68. 

(3) Acte de 1451. (Arch. dép.,B. 7(10 et 702) Machecoul 
était encore traversé par le chemin romain venant de Pri- 
gny et celui qui desservait le port de Saint-Mesme. 

( i i Géographie ancienne de Ut Vallée du Tenu (Bibl. 
de l'Ecole des Charles. 1899, T. t. X.). 



— 97 — 

un aveu (1465) de l'abbé de Pornic qui percevait la 
moitié des coutumes, sans doute à la charge d'entretenir 
le pont. (1) 

L'autre voie se dirigeait vers la cité gauloise de Vue, 
Vidua, en passant au nord de Brains et de Cheix où 
elle coupait la voie du Pellerin au passage de Pilon, 
célèbre par sa chaussée et ses chapelles (2), et la décou- 
verte de 800 monnaies romaines qu'y fit M. de Grand- 
ville, en 1838. De là, le grand chemin tendait sur la 
station antique et mérovingienne de Saint-Père-en- 
Retz, autour de laquelle rayonnaient plusieurs voies. 

Saint-Père-en-Retz devait être assurément en re- 
lations avec les stations de la baie de Bourgneuf, avec 
l'exploitation de calcaire d'Arthon et des Chaulmes 
de Machecoul. On circulait beaucoup au XII e siècle, 
puisque le duc de Bretagne Conan prit soin de placer 
un poste de Templiers dans chacune des paroisses 
de Raiz, suivant une charte de 1148. Il y avait un grand 
chemin traversant la contrée dans toute sa largeur du 
nord au sud; il est nommé, en 1050, la voie des Moû- 
tiers à Saint- Viau ; (3) il ne pouvait passer ailleurs qu'au 
pont du Clion sur la vallée de Haute-Perche, et mon- 
tait par la Fontaine-aux-Bretons, la Croix-Chaussée, vers 
le bourg antique de Prigny, Pruniacense opidum, 
pour atteindre Machecoul par Saint-Cyr et Fresnay. (4) 
Dans ce parcours, il se nomme encore la Charrau, 
sur Prigny, et sert de limites aux communes de la 
Bernerie et du Clion. Il est évident que sur cette grande 
artère venaient se souder des embranchements pour 
desservir les villas romaines de la côte et de l'intérieur. 



(1) Archives dép. B. 794). 

(2) Ibid. E., 154. V. aussi de Lisle, Dict. archéologique, 
p. 242. 

(3) « Via quœ de Monasteriis ad Sanctum Vitalem tendit >> 
(Cartul. de Redon, p. 270). 

(4) Ibidem, p. 386. 



- 98 - 

Entre Chauve et Saint-Michel, la limite est un vieux 
chemin allant de Saint-Père-en-Retz à Chauve où sub- 
sistent 100 mètres d'une chaussée faite de galets. 

Frossav avec son port du Migron, possédant le seul 
et dérider bac de la liasse Loire, était naturellement 
en communication avec la côte pornieaise, et la route 
dont se servaient les voyageurs se nommait « le grand 
chemin qui conduit de Pornicq au bourg de Frossay », 
en 1683. (1) Il est le même sans doute que lauia publica 
du cartulaire de Redon (268). 

Une autre voie sortait de Saint-Père-en-Retz et se 
dirigeait sur Rezé par la commanderie des Riais, le 
prieuré de Sept-Faux et la Chaussée-Leray (2). Les 
bourgs du Clion, d'Arthon, de Chéméré, de Saint- 
Hilaire et de Sainte-Pazanne sont établis sur une ligne 
transversale allant de l'est à l'ouest qui paraît indiquer 
le tracé d'une voie qui rattachait ces localités au chemin 
de Nantes à Machecoul. Les centres de population ne 
sont pas nés du hasard ou du caprice, le choix de leur 
emplacement a toujours été déterminé par la proxi- 
mité d'une artère de la circulation ou par les avan- 
tages d'un cours d'eau. 



(1) Terrier de la Sénéchaussée de Nantes, V, f° 240 
(Arch. dép. série B). 

(2) Géogr. hist. et descr., II. p. : j .t',7. 



Visites à Rezé 



Messieurs, 

Dans une séance récente de la Société Archéologique, 
un de nos plus dévoués collègues, M. Senot de la Londe, 
annonça qu'on venait de trouver à Rezé des amphores 
différentes de celles qui se rencontrent ordinairement et 
portant en particulier un plus grand nombre d'anses. 

La chose paraissant intéressante, notre distingué pré- 
sident, M. Alcide Dortel, y fit une première visite, et 
jugea nécessaire de s'adjoindre cinq autres membres du 
Comité, pour former une Commission chargée d'étudier 
les faits avec mission de vous en rendre compte. 

Autour du Président s'étaient donc groupés : notre 
savant archiviste paléographe, M. Léon Maître, lui- 
même ancien Président, et auquel nous devons, dans Les 
Villes disparues de la Loire-Inférieure, une histoire de 
Rezé ; notre érudit collègue, M. Paul de Rerthou, égale- 
ment archiviste paléographe ; le zélé bibliothécaire de la 
Société, numismate de valeur, M. 'Soullard ; notre très 
aimable et ancien vice-président M. de Senot, divulga- 
teur de la trouvaille ; et celui qui écrit ces lignes. 

Rien qu'entouré de collègues plus documentés et plus 
autorisés que moi, je dus accepter la mission de préparer 
ce compte-rendu et vais essayer de la remplir avec toute 
la sincérité dont je suis capable, au simple titre de 
fouilleur des Cléons. 

Loin de moi la pensée de vouloir prétentieusement 
identifier les Cléons à Rezé ! La Société Française 
d'Archéologie visitant les premiers au Congrès de 1886, 
jugea, non sans raison, qu'ils étaient aux premiers 
siècles de notre ère, une villa romaine étendue et puis- 



— 100 — 

saule, puisqu'on en voit les substructions et les débris 
sur plus de 20 hectares ; riche et luxueuse surtout, 
comme l'atteste le musée local, Ratiate était au contraire 
une véritable cité ; la seconde des Pictons après Limo- 
num leur capitale ; leur port sur la rive gauche du Liger, 
tel et plus important peut-être, que fut sur la rive 
droite le Portus Namnetum de la tribu voisine. 

Mais il existe, entre les deux localités Pictones, des 
affinités si grandes et si multiples qu'il est bon de les 
relater pour en fixer le souvenir par une comparaison 
rationnelle. J'aurai donc à vous reparler de notre ter- 
rain calcaire. 

Une fouille à Rezé ! La simple évocation de ces 
quatre mots presque magiques, a toujours provoqué 
le désir et la joie des chercheurs et des fouilleurs Nantais. 
Ce double sentiment se justifie sans peine, car l'antique. 
Ratiatum est, sans contredit, l'un des plus beaux fleu- 
rons de la brillante couronne archéologique de notre 
département. 

Donc, le 7 février dernier, jour fixé pour l'excursion, 
la Commission se réunit à la Rourse, et prit le bateau 
du Service direct pour arriver à Trentemoult quelques 
minutes après. Le ponton d'atterrissage allègrement 
franchi, nous nous acheminons, en causant de vieilles 
choses, vers le terrain que nous allions visiter. Il se 
trouve dans une situation tout indiquée pour les re- 
cherches : dans le bourg même, joignant presque la 
nouvelle église, et appartient à M. Ernest Colon qui se 
charge de mettre lui-même son enclos en valeur et 
vient d'y découvrir, avec de nombreux débris Gallo- 
Romains, les amphores en question. 

Parvenus au bas de la chaussée qui conduit à Rezé, 
nous croisons par un heureux hasard le propriétaire 
se rendant pour affaire à Nantes, et qui veut bien 
retourner sur ses pas, pour préparer, dit-il, notre récep- 
tion chez lui. 

Afin de donner à notre hôte cette bien facile satis- 



101 



faction, nous décidons d'un commun accord de visiter 
la chapelle de Saint-Lupien : les uns avec le plaisir de 
la connaître, les autres avec celui de la revoir. 

L'histoire de Saint-Lupien n'est plus à faire ; 
mais nous étions attirés surtout par cette crypte, où 
la présence de substructions archéologiques antérieures 
à la vie du saint, pouvait encore être constatée. Elle 
est recouverte par une chapelle de la fin du XV e siècle, 
depuis longtemps désaffectée, après avoir subi des 
restaurations malheureuses qui, dit l'un de nous, lui 
ont enlevé tout intérêt archéologique, même au point 
de vue documentaire. On s'en sert actuellement comme 
de magasin. La crypte, fort heureusement non recom- 
blée, est encore protégée par une voûte de brique sup- 
portée par des traverses de fer ; mais la trappe qui doit 
nous en ouvrir l'entrée est encombrée de quelques 
fagots et d'environ 300 kilogrammes de fourrage. 

Il eut été pénible de se retirer sans rien voir ; et nous 
insistons avec une touchante unanimité. On apporte 
enfin des fourches dont s'emparent les plus jeunes qui 
travaillent à l'envi et font en quelques instants dispa- 
raître tout obstacle. 

La trappe laisse apercevoir, à défaut de degrés, un 
plan incliné fait de terre et de débris difficilement 
accessible. Enfin, armés de lumières ; le corps forcé- 
ment reployé sur lui-même ; nous pénétrons à l'inté- 
rieur. 

La lumière du jour n'entre jamais librement dans 
cet impressionnant sanctuaire. L'air y est froid et hu- 
mide, et cependant suffisamment pur ; un homme, 
même de haute taille, peut s'y redresser à l'aise. Mais 
un sentiment, presque indéfinissable, s'empare du 
visiteur au premier abord : On se tait un instant ; on 
s'arrête en se trouvant dans cette lueur blafarde ; on 
cherche à regarder sans rien définir. Est-ce le respect 
de la traditionnelle sainteté du lieu qui s'impose ? le 
voisinage, bien que prévu, de la mort ? l'incertitude 



— 102 — 

sur ce qui doit être observé ? Mais l'archéologue se 
ressaisit promptement et l'inspection détaillée commence. 

Tout au Tond apparaît le chœur dont les colonnes 
de soutènement sont demeurées debout ; vers le milieu 
existe encore une légère dépression du sol, et c'est là 
vraisemblablement l'endroit où reposa le corps de 
Saint Lupien. En arrière et sur les côtés se voient, 
superposés, des cercueils dont plusieurs ont été violés ; 
à gauche, touchant la paroi du mur, est un amas de 
débris humains, en grande partie composé des côtes 
et des os longs des défunts ; puis, courant à angles 
droits, les deux murs Gallo-Romains qui nous inté- 
ressent si vivement. 

Ces murs, au point de vue de la maçonnerie, sont 
identiques à ceux des constructions Gallo-Romaines 
des Cléons élevées au III e siècle : petit appareil non 
taillé, mais simplement dégrossi au marteau, avec un 
joint épais, au milieu duquel est figurée une rainure 
qui pénètre dans le mortier, pour simuler la régularité 
rectangulaire de l'appareil ; chaînes de briques dans 
le corps des murs, dont l'un s'élève même sur des fon- 
dations que termine, à l'affleurement des terres, une 
rangée des mêmes briques. 

Nous y avons cependant remarqué la différence 
suivante : Quelques appareils bien rectangulaires et 
très régulièrement taillés sur leurs surfaces de façade 
et de pose, s'y trouvent disséminés. Ils proviennent 
donc de murs Romains construits avant le III e siècle. 

Cette particularité ne s'est pas présentée aux Cléons, 
où les appareils bien taillés des I er et II e siècles se 
trouvent employés comme de simples moellons, dans 
l'intérieur des murs du III e ; comme si le maçon, ayant 
la conscience que l'ouvrier précédent lui était supé- 
rieur, avait voulu dissimuler le premier travail, pour 
ne pas déprécier le sien. Sur le dérasement d'un de ce6 
murs se trouve, négligemment posé, le fond d'un 
cercueil de pierre. Il est vide, ayant perdu les deux 



— 103 — 

tiers de ses côtés. Nous constatons que c'esl un mono- 
lithe du calcaire des Cléons, semblable à ceux dont 
était entouré celui de Saint-Lupien ; et nous dirons 
plus loin comment on les apportait en ce lieu. 

Mais, l'heure s'écoule rapidement, et nous entendons, 
d'en bas, la voix de M. Colon qui est venu nous re- 
joindre, comme pour nous rappeler que le temps presse 
et menace de nous faire défaut, en raison de ce qu'on 
doit avoir à nous montrer et à nous dire. Nous remon- 
tons à la hâte, et prenons congé des maîtres du logis, 
après les avoir bien chaleureusement remerciés de 
leur réception aimable. Cinq minutes après nous arri- 
vions chez notre nouvel hôte. 

A vol d'oiseau, les Cléons sont à douze kilomètres 
environ de Rezé ; ils paraissent se trouver beaucoup 
plus dans les terres, car la Loire, en amont de Nantes, 
en est éloignée d'une distance à peu près égale. Mais, 
au point de vue géologique abstraction faite de la diffé- 
rence du sol, comme en raison de la facilité de la navi- 
gation et des communications réciproques, la situation 
des deux antiques stations était, à l'époque archéolo- 
gique qui nous occupe, absolument identique : toutes 
deux étaient sur la rive gauche; toutes deux, également, 
en plein pays Picton, la tribu possédant, lorsque appa- 
rut César, la contrée entière depuis Limonum ; et les 
abords du fleuve jusqu'à l'Océan. 

Pendant le vaste entraînement quaternaire qui mit 
fin aux grands bouleversements du globe, creusa le 
lit de la Loire et rendit possible l'apparition de l'homme ; 
les eaux maintenues au Nord par des roches résistantes, 
élevées et inattaquables, se portèrent vers le Sud, en 
y déterminant ce que nous appelons aujourd'hui la 
Vallée de Basse-Goulaine ; puis, pénétrant par l'étran- 
glement du Pont de Louen, elles arrivèrent jusqu'au 
banc non moins inattaquable du calcaire tertiaire 
des Cléons. Le fleuve Lir/er y pénétrait encore aux pre- 
miers siècles ; et ce fut là, nous l'avons dit, ailleurs, 



— 101 — 

une des principales causes de l'établissement de notre 
station Gallo-Romaine. 

Cette énorme surface de plusieurs milliers d'hec- 
tares n'est plus aujourd'hui qu'un estuaire, produit 
par un colmatage naturel et par la construction, de 
main d'homme, des digues de la Divatte et d'Embreil. 
Elle a plusieurs kilomètres de largeur : mais, je n'y 
ai pas moins vu dans mon enfance il y a plus de 
60 ans - les grands bateaux plats des mariniers de la 
Loire, naviguer à pleines voiles, à travers les canaux 
creusés au XVIII e siècle par le Syndicat des Marais 
de Goulaine, pour venir prendre, au Port des Brosses, 
sur les Cléons mêmes, ou bien à ceux des Grenouilles 
et du Montrut situés dans le voisinage, des vins et autres 
chargements. Cette vaste plaine s'inonde d'ailleurs 
encore à notre époque ; et devient un véritable lac 
dans les hivers pluvieux. 

C'est par le Port des Brosses que les grands mono- 
lithes Mérovingiens quittaient les Cléons. C'est par 
« les routes qui marchent » comme dit Rollin dans 
Les Etudes, qu'on les transportait à Rezé, à Saint- 
Donatien, à Saint-Similien et sur tous les points du 
département, mais toujours particulièrement sur les 
rives de la Loire, de la Sèvre et de l'Erdre où nous les 
avons retrouvés. 

Les eaux se resserrèrent pour passer entre le coteau 
argilo-schisteux de Ratiatum et les puissantes roches 
granitiques de Chantenay, l'une des dernières ramifi- 
cations du sillon de Bretagne. L'estuaire, en cet endroit, 
fut donc forcément limité au Seil étroit de Rezé ; 
mais, la situation des deux localités n'en était pas 
moins la même. 

M. Colon, qui l'avoue du reste franchement, n'est 
rien moins qu'archéologue ; mais, cultivant lui-même 
son jardin il est vivement intéressé par les fragments, 
innombrables autant que variés, qu'il a mis au jour, 
et nous en fait les honneurs avec un entrain remar- 



— 105 — 

quable et une complaisance à toute épreuve. On se 
sent, dès le début, sur un terrain Picton. Une même 
tribu, composée des mêmes hommes, implique en effet 
les mêmes aptitudes avec des productions semblables, 
ou tout au moins analogues ; et, si le père Camille de 
la Croix put s'écrier en visitant le Musée des Cléons : 
« Je reconnais bien là ma céramique de Poitiers », je 
pus dire à mon tour, en visitant Rezé : « Voilà mes 
poteries des Cléons. » 

Nous reconnaissons d'abord la grande amphora 
blanc-jaunâtre avec les parois épaisses et le pied plus 
ou moins appointé ; la lagena, la patina, la paiera ; 
des écuelles à trois pieds, des assiettes et autres vases 
usuels de formes différentes ; des poteries rouges cire 
à cacheter dites samiennes, ornées de dessins divers ; 
des fonds, surtout, estampillés de noms de potiers : 
nous lisons sur l'un d'eux PETRECV. ; des vases plus 
petits, plus fins et très minces, recouverts d'un engobe 
plombagine, également ornés de dessins linéaires ou 
figurant des séries de croissants emboités ; enfin, 
quelques morceaux portant un reflet argenté ou doré, 
qui s'obtenait -en sassant sur la terre antérieurement 
à la cuisson et même avant la dessication complète, 
du mica jaune ou blanc réduit en poudre. 

Les mêmes objets sont nombreux aux Cléons, et il 
convient de faire immédiatement, à leur sujet, deux 
remarques dont la première doit servir à notre argu- 
mentation finale : Nous ne voyons que des fragments, 
disons plus : ce sont des débris. La seconde contraire 
à ce qui existe dans la plupart des stations Romaines, 
mais conforme à ce que possède notre Musée local, 
est que la poterie noire s'y trouve en aussi grand nombre, 
sinon même plus abondante que la rouge. 

M. Colon nous montre encore : une partie de sifflet 
en os tourné, quelques minuscules morceaux de bronze ; 
les uns plats et les autres plus épais mais informes ; 
enfin, une petite statuette de femme nue, dont les 



— 106 — 

pieds et La tête onl été brisés. Elle est faite de deux 
moulages obtenus séparément, réunis ensuite dans 
le sens de la hauteur, et analogue à celles de notre 
Musée d'archéologie. Elle ne porte pas de légende et 
se rattache plutôt à l'époque Gauloise qu'à celle des 
Romains. Ce type manque au Musée des Cléons où l'on 
rencontre seulement celui des déesses-mères bien connues 
assises dans de vastes fauteuils tressés, et allaitant un 
ou deux enfants. 

La Commission jette aussi un regard rapide sur un 
éperon de cavalier fort oxydé qui paraît être d'un inté- 
rêt secondaire, et passe ensuite au jardin où elle se 
trouve immédiatement en présence de nouveaux débris 
au sujet desquels une petite digression est nécessaire. 

En s'imposant à Rome, le génie conquérant de César 
avait suscité dans la Ville Eternelle une remarquable 
aptitude d'assimilation coloniale. Devenue manifeste 
dès la première série des Empereurs, elle s'accentua 
davantage sous la troisième, à laquelle Antonin le 
Pieux mérita de laisser son nom. 

Sous Trajan et sous Adrien une quantité nombreuse 
d'architectes et d'ouvriers couvrit la Gaule de monu- 
ments, d'édifices, et principalement de somptueuses 
villas, dans la construction desquelles ils excellèrent 
à mettre surtout en œuvre les matériaux que la nature 
leur plaçait sous la main. Nous en avons la preuve 
évidente aux Cléons par la présence du banc calcaire, 
sur lequel ils se sont établis pour en tirer tant de res- 
sources. Elle est encore faite par certains débris qui se 
présentent en abondance dans presque toutes les fouilles 
Romaines, et sur lesquels on n'a peut-être pas assez 
insisté. Je veux parler des clayonnages que nous retrou- 
vons à Rezé. 

Les petits murs nommés clayonnages, peut-être 

du mot claie courent à l'intérieur des édifices Ro- 
mains pour en diviser les pièces, comme le font, dans les 
nôtres, nos cloisons actuelles. Ils se composent de 



— 107 — 

cadres en planchettes minces, de différente largeur, 
non travaillées mais brutes, simplement fendues et 
assemblées à angle droit. Ces cadres soutenaient des 
claies ayant également peu d'épaisseur, faites de petits 
bois ronds et légers, disposés sans ordre ; elles étaient 
fixées par des crampons de fer en forme de T, et re- 
couvertes, de chaque côté, par plusieurs couches super- 
posées d'enduit, qui donnaient à l'ensemble une épais- 
seur de 15 à 20 centimètres. 

Aux Cléons, les clayonnages étaient en chaux locale, 
fabriquée par les Romains, dans un four que nous 
avons retrouvé sur le bord même de la carrière, et dont 
les fondations existent encore à huit mètres de la voie 
ancienne. Mais à Rezé, la chaux manquait ; il fallait 
l'acheter et en payer le transport ; l'argile au contraire 
était abondante, comme l'attestent les démolitions 
des anciens murs, et ne coûtait que le travail d'extrac- 
tion. On fit des clayonnages en argile, dont le procédé 
d'exécution est, par ailleurs, toujours le même. Ils ne' 
portent pas d'enduits, mais la terre en a seulement été 
comprimée par des outils ou des matrices, que l'on a 
trainés ou fortement appuyés à la surface, soit pour 
l'orner de dessins non déterminés mais forts apparents 
et même creux, soit pour en augmenter la résistance 
après dessication. On peut voir, par l'échantillon des 
Cléons que je produis ici, à quel degré de dureté peut 
arriver la terre à brique, crue et simplement pressée 
dans la main. 

Cependant, de grise qu'elle était en nature, l'argile 
des clayonnages de Rezé est devenue rouge, par contact 
immédiat du feu. A ce sujet, l'un des membres de la 
Commission dévoile un fait curieux qu'il est bon de 
consigner : Il se bâtit de cette manière, en Hongrie, de 
petites maisonnettes ; les murs une fois montés, on les 
couvre de matières inflammables, puis on y met le 
feu. Le fait que nous constatons n'aurait-il pas eu la 
même cause ? Après une courte discussion, les fragments 



— 108 — 

à la main, la décision fut négative. Les débris sont, en 
effet, diversement atteints : tantôt à la surface, tantôt 
profondément ; sur les cassures produites par la chute 
de la construction ; même jusque sur les impressions 
des claies intérieures. Un dernier spécimen devient 
concluant : Il tombe dans le brasier ; un peu de terre 
encore humide y adhère, qui, contenant autre chose 
que de l'argile, ne se colore que par parties et d'un 
ton différent de celui des autres. Tous ces témoins 
ont, après leur chute, subi divers degrés de chaleur ; 
et, ce que nous voyons est donc bien le résultat des 
violents incendies allumés tant de fois, depuis le III e 
siècle jusqu'au commencement du V e , époque de la 
fondation de la Monarchie française. 

Voici maintenant l'un de ces poids en pyramides, 
faits de terre cuite, percés à leurs sommets et si communs, 
dans les stations Romaines. On les nomme, surtout, 
pois de pêche ou de tisserands ; mais ils durent être 
employés, suivant certains archéologues, à des usages 
fort différents. Celui-ci se rencontre moins souvent, 
ayant pour base un rectangle relativement allongé. 
Ceux des Cléons se rapprochent davantage de la forme 
carrée quand même ils ne l'atteignent pas complète- 
ment, et sont plus élevés. 

Après avoir remarqué des morceaux de meule en 
pierre volcanique, des débris de vases dont l'un cà bec 
tréflé, un pied de scabellum orné de hachures incuses, 
et d'autres pieds coniques de carreaux en terre cuite 
comme on en trouve en grand nombre aux Cléons, 
et qui s'utilisaient pour augmenter la chaleur du 
sudatorium, la Commission pénètre au milieu du jar- 
din, attirée par un travail paraissant fait en profondeur. 
Ce n'est cependant pas une véritable fouille, mais un 
simple défoncement de soixante centimètres environ, 
fait pour planter un carré d'asperges. 11 montre néan- 
moins d'une façon suffisante, la coupe verticale du 
terrain. On y voit, fort nombreux, les fragments amas- 



109 



ses des matériaux de l'époque: tegulœ, imbrices, lateres, 
pierres de démolition principalement de schiste, sans 
apparence de chaux et privées de l'argile qui les avait 
réunies. Le tout était mêlé d'une terre noirâtre, légère 
et schisteuse, et c'est là qu'ont été découverts les vases 
dont nous aurons à parler plus tard. 

M. Colon donne avec empressement tous les rensei- 
gnements qui lui sont possibles ; sa bonne volonté 
est inépuisable. Il se met à la disposition de la Société 
Archéologique pour de nouvelles recherches ; et comp- 
tant faire au bas du jardin, un travail assez important 
pour établir une pièce d'eau, il espère trouver des 
choses plus intéressantes et préviendra dans tous les 
cas M. Dortel. 

Notre dévoué président propose alors d'allouer une 
indemnité légère à ce complaisant travailleur. La 
Commission approuve cette juste mesure, qui nous 
offre le seul moyen d'affirmer la sympathie de la So- 
ciété ; de stimuler l'activité du chercheur comme celle 
de tous ceux du pays, et d'entrer, à l'abri de tout 
scrupule, en possession des objets qui sont ou seront 
découverts et méritent d'être conservés. 

En terminant le tour du jardin, nous trouvons des 
coquilles d'huîtres éparses et quelques patelles ; on 
sait que les peuples du midi aimaient tout particulière- 
ment les coquillages ; ils en faisaient une grande con- 
sommation et en décoraient même l'intérieur de leurs 
appartements. Les huîtres de table avaient surtout 
leur prédilection particulière. 

De retour au logis, notre hôte nous fait, presque à 
voix basse, un dernier aveu qui lui parait pénible : 
« J'avais, dit-il, beaucoup de silex, mais on me les a 
tous emportés. » C'était dans l'ordre des choses ; ces 
pierres sont en général petites, jolies, bien taillées et 
reluisantes ; elles peuvent entrer facilement dans la 
poche de tout le monde, font du feu pour les enfants 
et allument la bouffarde du vieux fumeur. Leur absence 



110 

nous empêche, par malheur, de résoudre une question 
qui trouve ici naturellement sa place : Quels furent, 
aux temps préhistoriques, les habitants de cette rive 
de la Loire ? Elle a peut-être déjà reçu la plus judi- 
cieuse des réponses ; mais enfin, cherchons à la déduire 
encore, d'une comparaison nouvelle : Les silex si nom- 
breux des Cléons sont presque tous néolitiques ; quelques- 
uns seulement rappellent l'époque et le travail de la 
Madeleine. 

Mais, le soleil s'abaisse à l'horizon ; il est bientôt 
quatre heures, et la Commission se décide à prendre 
congé de son hôte, pour se diriger vers le bateau direct. 
Moins d'une demi -heure après, elle était de retour à 
Nantes. 

En dépit du zèle aussi judicieux qu'empressé dont 
mes confrères avaient fait preuve, le temps s'était 
trouvé bien court. Apprenant, quelques jours plus tard, 
que M. Colon avait repris ses travaux de défoncement 
dans un endroit où les huîtres se montraient nom- 
breuses, j'éprouvai le désir de le revoir, pour un com- 
plément d'exploration et de renseignements. M. Gour- 
don, mon collègue et ami, voulut bien m'accompa- 
gner dans cette dernière visite. On venait de découvrir 
non plus des huîtres isolées, mais un véritable banc 
ayant environ 10 mètres de longueur sur 40 centimètres 
d'épaisseur, et recouvert uniquement de la quantité 
de terre qu'avait nécessitée la culture. Le temps les a 
blanchies ; elles sont surtout friables et presque fari- 
neuses à leurs sommets ; une sorte de feuilleté se dé- 
tache aisément des bords de leurs valves. J'en présente 
ici, comme rapprochement, deux exemplaires de la 
même espèce qui proviennent des Cléons, et ont été 
trouvés également en grand nombre, mais à plus de 
profondeur. Celles-ci sont jaunies, et surtout plus 
résistantes bien que fort minces ; elles sont dures à la 
suriner, et leur épidémie semble avoir subi une sorte 
de pétrification. C'est le résultat d'une combinaison 



ni 



avec les éléments de la coquille, ou tout au moins de 
la superposition, d'un carbonate de chaux à l'état 
liquide, qui circule presque continuellement dans le 
sous-sol de notre terrain calcaire. 

C'est bien partout la même ostrea edulis que nous 
consommons aujourd'hui, et dans toutes les variétés 
de forme, d'épaisseur et de grandeur que comportent 
son âge et le dessous résistant ou vaseux sur lequel 
elle a vécu. La plupart de ces huîtres se sont trouvées 
exactement closes, ce qui prouve non seulement qu'elles 
étaient vivantes, mais que leurs muscles adducteurs 
possédaient encore assez de forces pour les maintenir 
fermées, quand on les déposa dans ce lieu. Il n'est donc 
pas téméraire de penser qu'elles constituaient la car- 
gaison d'une barque de pêche, et qu'avariées par suite 
d'un retard imprévu, elles furent abandonnées par les 
marins, et entassées sur le point le plus accessible de 
cet énorme remblai. 

Le plus grand nombre de débris que nous remar- 
quons ensuite, se trouve auprès de là, dans un coin 
éloigné du jardin et s'élève à plus d'un mètre au-dessus 
du sol. Je ne sais que faire d'un tel amas de petits 
fragments et de pierrailles, nous dit le propriétaire ; 
et je vais sans doute y mêler simplement un peu de 
terre pour y cultiver de la vigne. 

Revenus à la maison, toujours sur des débris, nous 
revoyons avec plaisir les vases les plus intéressants 
qu'ait découverts M. Colon ; et, sachant qu'en raison 
de la bienveillance dont il était l'objet, il abandonnait 
à la Société Archéologique tout ce qu'il avait trouvé, 
nous les lui demandons, et le quittons, joyeux de l'avoir 
décidé à nous les confier. 

C'est avec intention, Messieurs, que j'ai négligé 
jusqu'à présent de vous parler de ces curieuses poteries, 
Aussi bien, convenait-il de les faire ressortir dans ce 
compte-rendu, comme elles ressortaient sur le terrain ; 
seules debout, au milieu de tant de débris. 

Soc. Archéol. Nantes. « 



— 112 — 

Il y en avait trois ; dissemblables ; placées avec 
symétrie sur le bord du carré en voie de défoncement, 
à la distance l'une de l'autre d'un* mètre cinquante, 
et sous une faible épaisseur de quarante centimètres 
de terre végétale, à peine suffisante pour les mettre à 
l'abri des accidents de la culture. Tout à coup, on les 
aperçoit après quelques accidents involontaires. Elles 
sont recouvertes de briques soigneusement taillées 
en rond, plus grandes que les ouvertures, comme pour 
préserver leur contenu de l'envahissement des eaux 
pluviales et des terres environnantes. On les vide aussi- 
tôt. Dessous : une terre grisâtre est parsemée d'es- 
quilles ; au-dessous : d'autres ossements plus entiers 
paraissent être humains ; mais, nous n'avons pas pu 
les voir. Ils n'ont pas été conservés par suite d'un 
mouvement de précipitation qui s'impose au travailleur 
au moment de toute trouvaille, qui domine même 
dans toute fouille faite avec trop peu de méthode et 
sans le concours d'un archéologue : Qu'a-t-on bien pu 
cacher dans le fond de ce vase ? Que vais-je enfin 
trouver au fond de ce trou ? 

Il faut, de prime abord, écarter sans regret l'une de 
ces trois poteries, qui n'était du reste qu'une lagène 
Gallo-Romaine, brisée d'une manière excluant toute 
possibilité d'en tirer partie. Occupons-nous seulement 
des deux autres, également fragmentées, la petite sur- 
tout, fracturée en plus de dix morceaux. Je les ai 
reconstituées prudemment et de mon mieux, aussi com- 
plètement que le comportait leur état. Vous les avez 
sous les yeux, et je les remets à M. le Président, pour 
en faire tel usage que vous jugerez utile. 

Pourrons-nous y trouver le type des magistrales 
amphores Romaines de la belle époque ; ou bien celui 
des fines et sombres urnes cinéraires ? Probablement 
ni l'un ni l'autre. Etudions-les, si vous le voulez bien, 
avec quelques détails. 

La plus grande a 42 centimètres de hauteur, sur 



— 113 — 

80 1/2 de circonférence ; le fond, petit, mesure 11 cen- 
timètres de diamètre extérieur ; la bouche, mal arrondie 
est d'une largeur égale, mais l'ouverture elle-même 
n'a pas plus de 95 millimètres. Elle portait quatre 
anses, symétriquement semblables deux à deux ; le 
plan des deux plus fortes dont les extrémités sont ho- 
rizontales, fait un angle d'environ 43 degrés avec la 
paroi qui les supporte. La terre mal pétrie, en forme 
à peu près ronde et reployée sur elle-même, détermine 
un vide sub-arrondi permettant l'introduction de deux 
doigts pour transporter le vase. Les deux autres, beau- 
coup moins grandes, aplaties, placées verticalement 
entre les premières, n'admettent pas même le plus 
petit des doigts. Elles sont uniquement destinées à 
pencher le récipient à gauche ou à droite avec l'une 
ou l'autre main. Deux de ces quatre anses avaient 
disparu bien avant la découverte, comme l'indiquent 
leurs cassures, et n'ont pas été retrouvées. Mais heu- 
reusement ce ne sont pas les mêmes, ce qui nous a 
permis la détermination précédente. 

Sous des dimensions moindres, notre seconde poterie 
est de forme semblable ; mais elle ne portait que trois 
anses. Les deux rondes sont en place ; l'autre n'existe 
plus. Comme précédemment, elle servait à incliner 
l'objet, et un fait particulier vient nous en donner la 
preuve : Ce vase a contenu bien longtemps, pendant 
des années peut-être, un lait de chaux qui s'est des- 
séché à l'intérieur, laissant au fond un épais dépôt 
blanc dont une partie s'y trouve encore, et plus haut, 
un cercle brunâtre produit par le liquide épaissi gra- 
duellement et définitivement évaporé. Des taches de 
chaux se voient nombreuses à l'extérieur du vase, 
et même sur les cassures de l'anse, ce qui prouve que 
cette dernière fut brisée pendant le service. Ce sont les 
seuls endroits où nous ayons constaté la présence de 
la chaux. 

Ces poteries, en somme, ont les parois minces et la 



— 114 - 

terre assez fine. La forme en esl gracieuse ; plutôt 
allongée avec la panse étroite ; l'ouverture et le pied 
petits. Mais on y voit au dedans et même à l'extérieur, 
de multiples défauts : Elles sont tournassées plutôt 
que tournées ; il s'y montre plusieurs méplats ; les 
anses, fort mal faites, ne se trouvent pas rigoureuse- 
ment en place. On y surprend partout des vices de 
fabrication, une sorte de malfaçon involontaire, véri- 
table incapacité professionnelle, à laquelle ne nous 
ont point habitués les figuli Romains. On sent enfin 
que l'ouvrier impuissant, bien qu'en présence des 
galbes les plus irréprochables, a fait de grands efforts 
pour les imiter, sans pouvoir y parvenir. 

Nos recherches et nos constatations nous ont conduits 
à une conclusion facile : Nous n'avons rencontré nulle 
part : ni dans notre beau Musée départemental, ni aux 
Cléons, ni dans les fouilles et les collections connues 
de la Loire-Inférieure, aucune exécution identique. 
Mais, comme conséquence rationnelle des faits, ces 
deux vases sont postérieurs à la belle époque de l'occu- 
pation Romaine. Il n'a pas été possible à votre Com- 
mission, du moins quant à présent, de préciser davan- 
tage. 

J'estime personnellement pouvoir les assimiler à 
de simples pots de service familial ou professionnel, 
remplissant un tout autre usage que celui auquel ils 
étaient destinés, quand on les a découverts. Et mainte- 
nant :... Si l'impérieuse hypothèse est exclue de 
l'Archéologie ; si même l'induction, encore que timide, 
y est dangereuse ; mais si la déduction solide, appuyée 
sur des faits étudiés et décrits, peut y être admise 
comme ayant plus d'une fois conduit à la vérité ; serai- 
je trop imprudent de penser : qu'en un moment qu'il 
est impossible de déterminer, mais probablement 
court et pressé : l'on s'est à la hâte emparé de ces vases 
qu'on avait sous la main, pour y placerTdes restes 
vénérés, menacés peut être ; et les déposer en lieu sûr, 



115 



recouverts avec soin, alignés à faible profondeur, dans 
un endroit facile à reconnaître, en ce champ de dépôt 
encore en contre-bas, et qui devait toujours être plutôt 
recouvert que fouillé ? 

Relativement à l'enclos lui-même, nous n'y avons 
encore constaté la présence d'aucun autre objet d'im- 
portance réelle ; pas d'appareils, pas d'enduits peints, 
pas de monnaies ni de bronzes, pas de mosaïques, pas 
même de cubes égarés dans le terrain. En existe-t-il ? 
La chose n'est pas impossible mais cependant peu 
probable, bien que des richesses archéologiques soient 
assurément voisines. Nous sommes, en effet, près du 
centre du bourg, presque dans Le Palais, lieu dit qui 
nous transmet, à travers le Moyen-Age, le souvenir 
de somptueuses appropriations disparues. 

Rezé est une mine insuffisamment exploitée ; car, 
malgré toutes les bonnes volontés ; en dépit de tant 
d'efforts généreusement réalisés ; que de choses, à 
côté de notre Musée départemental, restent : enfouies 
dans le sol, sous les monuments publics ou les propriétés 
privées, inconnues dans les collections particulières, 
dispersées par les indifférents, négligées par les inca- 
pables. 

Et cependant, nous entendons toujours la voix 
d'Arcisse de Caumont : « Il faut que rien ne soit oublié 
ou perdu. » Hélas ! Notre premier maître avec la 
Société Française d'Archéologie ; toute la science 
archéologique, aujourd'hui triomphante avec tant de 
savants dont les noms lui sont chers ; sont arrivés 
plus de cent années en retard. 

Je m'arrête, Messieurs, après avoir abusé trop long- 
temps de votre bienveillancte attention. Ce qui vient 
d'être dit ne doit pas clore, mais ouvrir une enquête. 
Plusieurs des idées émises me sont personnelles ; je les 
livre à votre appréciation, à vos lumières. Et, puisque 
l'Archéologie porte l'unique flambeau capable d'éclairer 
un passé si lointain, que notre chère Société rallume 



— 116 — 

une fois de plus ! Bien des points sont encore restés 
abordables ; l'accès de la rive gauche est aujourd'hui fa- 
cile ; ne nous désintéressons pas de Rezé. Ecoutons 
tous les bruits qui nous en parviennent par dessus la 
Loire, toujours certains que, si nous en savons beau- 
coup de choses, nous n'en saurons jamais assez. 

Félix CHAILLOU. 



N OTIGE 



SUR LE 



Sceau «i-Anne de PISSELEU 



DUCHESSE d'ÉTAMPES, COMTESSE de PENTHIÈVRE 



POUR L'ACQUISITION 



DU FIEF DE LA ROCHE-SUHART 



en 1542 







Jean de Brosse IV e du nom, dont les ancêtres étaient 
Seigneurs de Boussac , Sainte-Sévère , Huriel , etc., 
dans le Bourbonnais, revendiquait auprès du roi de 
France la possession du comté de Penthièvre, auquel 
son bisaïeul, Jean de Brosse II e du nom, prétendait 
par suite de son mariage, le 18 juin 1437, avec Nicolle 
de Blois, comtesse de Penthièvre, vicomtesse de Li- 
moges, fille unique de Charles de Chatillon, dit de 
Blois et de Bretagne, baron d'Avaugour ; elle était 
par conséquent l'arrière-petite-fille de Charles de Blois, 
le compétiteur de Jean IV au duché de Bretagne. 



— 118 — 

Mais Jean II de Brosse ainsi que son fils Jean III 
et René de Brosse, son petit-fils, n'avaient pu entrer 
en possession de ce comté de Penthièvre : il était réservé 
à Jean IV de Brosse d'obtenir de la faveur royale ce 
comté tant désiré. Mais à quel prix ? 

Il consentit à épouser Anne de Pisseleu, fille de 
Guillaume de Pisseleu, seigneur de Heilli en Picardie 
et d'Anne Sanguin. Elle était devenue la maîtresse 
du roi, quand ce prince, de retour de Madrid en 1526 
où il avait été retenu prisonnier, la rencontra à Bayonne 
à la cour de Louise de Savoye, sa mère. Son mariage 
avec Jean de Brosse, qui eut lieu en 1536, la fit admettre 
aux honneurs de la Cour, auxquels depuis dix ans elle 
n'avait pu prétendre. 

En échange de son honneur, Jean de Brosse, recouvra 
non seulement son comté de Penthièvre, mais il fut 
fait duc d'Etampes ; il eut le gouvernement du Bour- 
bonnais, puis celui de la Bretagne. 

Je ne reviendrai pas sur le rôle néfaste joué par cette 
favorite; il suffira de dire qu'elle trahissait la France 
en faveur de l'Empire ; comme le roi n'avait rien de 
caché pour sa maîtresse, elle connaissait tous les secrets 
d'État. Elle fit révéler à Charles-Quint des secrets im- 
portants qui empêchèrent la perte de son armée en 
Champagne; grâce à elle, également, Charles-Quint 
s'empara des approvisionnements de l'armée française 
à Epernay et Château-Thierry, ce qui faillit causer la 
perte de l'armée que commandait le Dauphin, qui 
régna depuis sous le nom de Henri II. L'histoire l'a 
jugée avec sévérité, mais justement. 

Le comté de Penthièvre recouvré par Jean de Brosse, 
entourait un fief important, celui de la Hoche-Suhart, 
possédé à l'origine par Suhart portant le titre de 
Préfectus, vers 1100. 

Suhart, fils du vicomte Eudes à la cour de Goëllo 
(acte de 1202). 



119 



Geoffroy, fils du seigneur de Suhart, vicomte en 
1220. 

Mathilde, fille du vicomte Suhart en 1240 et 1243. 

Aucun acte ne fait plus mention de cette famille 
à partir de cette dernière date. Il est probable que ce 
fief fut réuni au Goëllo ; puis lors du mariage de Jeanne 
d'Avaugour avec Geoffroy de Dinan, en 1287, il fut 
donné en dot par Henri d'Avaugour, comte de Goëllo, 
à sa fille qui mourut en 1299. 

Geoffroy de Dinan 1287 — 1312 

Roland IV de Dinan 1312 — 1349 

Roland V de Dinan 1349 — 1364 

Charles de Dinan 1364 — 1418 

Robert de Dinan, 3 e fils du précé- 
dent 1418 1429 

Jacques de Dinan, 5 e fils de Charles 1429 1444 
Françoise de Dinan, fille du précé- 
dent 1444 1499 

Après la mort de Françoise de Dinan, la Roche- 
Suhart passa avec les autres biens de la maison de 
Dinan dans la maison de Laval. Elle avait été unie 
à Gilles de Bretagne, fils du duc Jean V ; puis elle 
s'était mariée à Guy XIV, comte de Laval; enfin, dans 
les y dernières années de sa vie, elle s'était remariée à 
Jean de Proisy, gentilhomme picard. 

Jacques de Laval, fils de Françoise 

de Dinan 1499 1502 

François de Laval, fils du précé- 
dent 1502- 1522 

Jean de Laval, cousin du précédent 1522 1542 

Jean de Laval, qui fut Lieutenant généra! du duché 
de Bretagne en 1531, se voyant sans héritiers, et d'autre 
part, sollicité par la duchesse d'Etampes, Anne de 
Pisseleu, vendit en 1542, à celte dernière, le fief de la 
Roche-Suhart, qui fut réuni au comté de Penthiévre. 



— 120 — 

Le sceau qui l'ail l'objet de cette notice, date très 
probablement de celte acquisition; il porte l'inscription 
* SEAV ± DES CONTRA ± DE LA COVR ± DE LA 
ROCHESVAR. Ecu lozangé parti au 1 er de Rretagne 
à la bordure de gueules qui est Penthièvre, au 2 e 
d'argent à trois lions de gueules, qui est Pisseleu; sur 
chacun des côtés de l'écu, une double tige fleurie. 

Jean de Brosse étant mort sans postérité, ses biens 
passèrent à Sébastien de Luxembourg, vicomte de 
Martigues, fils de Charlotte de Brosse, sa sœur ; d'où 
ils passèrent dans la maison de Lorraine-Mercœur par 
le mariage de Philippe-Emmanuel de Lorraine, duc de 
Mercœur avec Marie de Luxembourg, fille de Sébastien 
de Luxembourg et, de là, dans la maison de Vendôme 
par le mariage de César, duc de Vendôme, fils naturel 
de Henri IV et de Gabrielle d'Estrées avec Françoise, 
duchesse de Penthièvre, d'Etampes et de Mercœur, 
fille de Philippe-Emmanuel, duc de Mercœur. Le comté 
de Penthièvre passa ensuite aux mains de Louis, duc 
de Vendôme, son fils, et à Louis-Joseph de Vendôme, 
son petit-fils, mort sans postérité en 1712. Il le vendit 
à Marie-Anne de Bourbon, princesse de Conti, qui le 
revendit à Louis-Alexandre de Bourbon, comte de 
Toulouse, qui le passa à son fils Louis-Jean-Marie de 
Bourbon, duc de Penthièvre, qui le passa ensuite à 
son fîis N. de Bourbon, prince de Lamballe, né le 
T) septembre 1717, qui, à sa mort, le laissa à sa femme 
Marie-Thérèse-Louise de Savoie-Carignan qui le conserva 
jusqu'à la Révolution ; on sait qu'elle fut massacrée 
à la Force, le 3 septembre 1792. 

Le fief de la Roche-Suhart, au moment de sa plus 
grande splendeur, comprenait le comté de Plourhan, 
les seigneuries de Montafilant et de Chateaubriant en 
Goëllo et l'Ile de Bréhat. 

Le comté de Plourhan comprenait les paroisses de 
Plourhan, Trégomeur, Tréméloir et Goudelin. 

La seigneurie de Montafilant avait sa juridiction aux 



— 121 — 

mêmes paroisses et était un démembrement de Coëtmen. 

La seigneurie de Chateaubriant en Goëllo, comprenait 
les paroisses de Plérin, Etables et Plélo. 

L'Ile de Bréhat comprenait tout l'archipel du Goëllo. 

Le fief de la Roche-Suhart, qui limitait une partie de 
la seigneurie de Pordic, avait un développement de côtes 
considérable ; son chef avait par suite des droits mari- 
times assez étendus. 

Ces droits maritimes comprenaient les droits d'épaves, 
d'ancrage et de sécherie de poissons, de pêcherie dans le* 
Gouet, et dans la mer jusqu'au « bas de Veau ou de lèze 
des basses mer » ; droit de « guette, d'échauguette ou char- 
guette ». 

Le devoir correspondant à ces droits était d'assurer la 
sécurité des côtes. 

Des redevances en poissons de diverses sortes peuvent 
s'expliquer par la pêche côtière, soit à pied, soit en ba- 
teau. Mais celles en douzaines ou demi-douzaines de 
morues « fraîches ou chaponnées, loyales et marchandes », 
semblent indiquer que la grande pêche se pratiquait 
dans les ports de la seigneurie dès le XVII e siècle au 
moins. 

Les autres redevances étaient, partie en gants blancs, 
partie en poivre, partie en grains (pas de seigle), partie 
en argent, sous, deniers, oboles ou mailles. 

Le chapitre de Rennes et le seigneur de la Ville-Solon, 
devaient une paire d'éperons dorés. 

Les rentes étaient censives ou convenancières (1). 

La quintaine devait se courir le lundi de la Pentecôte 
près du cimetière de Plourhan, « avec des chevaux bien 
harnachés et de bons éperons aux talons ». Ces carrousels 
développaient dans la population le goût du cheval et de 
l'équitation. 

(1) Rente censive doit se dire d'une renie en espèces. 
rente convenancière de ce qu'elle pouvait être rendue en 
nature. 



— 122 — 

L'aveu de 1541 mentionne, outre le droit de chasse 
dans la forêt de la garenne de Goëlo, celui d'y 
prendre du bois de chauffage et de construction « quand 
il y en aura ». D'où il faut conclure que ces futaies avaient 
disparu dès avant les guerres de religion. 

Les documents font complètement défaut relative- 
ment à la construction et à l'agrandissement du château 
ou plutôt de la forteresse féodale de la Roche-Suhart ; 
tout ce que l'on en peut dire, c'est qu'il n'en reste qu'un 
pan de mur très élevé et d'une très forte épaisseur ; cette 
forteresse avait une triple enceinte de murs et autant de 
fossés, aujourd'hui en partie comblés par l'écroulement 
des murs. 

La destruction de la Roche-Suhart doit remonter à 
1420 ; le seigneur était à cette époque Robert de Dinan, 
qui prit possession du fief en 1418 ; quoique fort attaché 
à la maison de Penthièvre, il fut un des premiers sei- 
gneurs bretons à se porter au secours de son souverain, 
Jean V, qui venait, avec son frère Richard, d'être enlevé, 
le 12 février 1420, au Loroux-Rottereau, par les Penthiè- 
vre. Ces derniers firent le siège de la Roche-Suhart et 
s'en emparèrent, mais il ne tarda pas à être repris par les 
vassaux de Robert de Dinan qui ne purent s'en rendre 
maîtres qu'en le ruinant complètement et le réduisant à 
l'état actuel. 

N anles, le 15 février 1908. 

P. Son. LARD. 



UNE PAGE 



DE 



l'Histoire Commerciale de Nantes 



AU XVIII SIECLE [[) 




2ET. Jt£$ïïm>rïï, 



Vers l'an 1725, le commerce nantais était fort pros- 
père ; depuis la découverte des Amériques il s'était 
accru constamment, et la Loire était sillonnée de nom- 
breux navires qui venaient accoster à nos quais. Cette 
prospérité était due, certes, à l'excellente position du 
port de Nantes vers lequel les navires cinglaient tout 
naturellement — comme vers le centre de la France — 
à leur retour des mers lointaines ; elle était due aussi 
à la courageuse initiative des bourgeois nantais qui 
n'avaient pas hésité à risquer leur fortune pour armer 
des navires et les lancer à l'aventure. Ils avaient été 
récompensés de leurs efforts; presque tout le commerce 
des Antilles leur appartenait ; ils portaient dans les 
îles toutes sortes de marchandises européennes, ils 
y portaient même des subsistances, des viandes salées 
et ils en rapportaient des produits indigènes, indigo, 
cacao, sucre ; ils faisaient aussi la traite des noirs. 
Vers cette époque, Nantes était donc florissante et ses 



(1) Archives de la Chambre de Commerce de Nantes. 



— 124 — 

bourgeois gagnaient rapidement de grandes fortunes: 
c'est l'époque où ils firent construirent sur l'Ile Feydeau 
et le quai de la Fosse, les luxueuses demeures que l'on 
admire encore aujourd'hui. Ils considéraient l'avenir 
sans inquiétude : les colonies étaient une mine d'or 
qui paraissait inépuisable ; et les trente ans de paix 
qui suivirent le traité d'Utrecht (1713) en rendant les 
mers tranquilles et sûres, en les délivrant même des 
flibustiers, devaient en effet porter à leur plus haut 
degré la prospérité des colonies. 

Au milieu de cette longue période de tranquillité, 
il y eut parfois des crises que nos bourgeois, habitués 
à la fortune, supportèrent malaisément. Telle est celle 
qui éclata en 1727 et dont nous retrouvons la trace 
dans une curieuse correspondance entre les Juge et 
Consuls et un des leurs, François Le Ray de la Clar- 
tais (1), qu'ils avaient député à Paris, précisément à 
cause de leurs déboires. Voici quels ils étaient ; à la 
suite de la guerre d'Espagne de 1719, où nous n'avions 
pu approvisionner nos colonies, Anglais et Hollandais 
avaient profité de l'occasion pour faire le commerce 
à notre place ; la guerre terminée, ils n'avaient pu se 
décider à nous laisser le champ libre ; c'étaient des 
concurrents d'autant plus gênants qu'ils livraient 



(1) Le Ray de la Clartais, consul en 1726 et 1727, 
échevin en 1729, 1730, 1731, juge-consul en 1735, puis 
Conseiller Secrétaire du Roy et chevalier de l'Ordre de 
Saint-Michel, était le très proche parent de René Le Ray, 
sieur du Fumet, Maire de Nantes en 1730-1732 ; il eut 
pour fils Jacques-Donatien qui devint Grand Maître 
honoraire des Eaux et Forêts de France , Intendant 
de l'hôtel royal des Invalides et acquit le château de 
Chaumont dans le Rlésois en 1750, château où il fonda 
une industrie de céramique ; l'Italien Jean-Raptiste Nini 
y travailla exécutant ces superhes médaillons qui l'ont 
rendu célèbre. 



— 125 — 

aux indigènes des vivres à un taux plus bas que les 
négociants français et que les indigènes, y trouvant 
leur compte, avaient pris l'habitude de faire commerce 
avec eux. C'est de quoi nos armateurs avaient fort 
à souffrir ; quand ils arrivaient aux Iles, ils n'y trou- 
vaient plus ni cacao, ni sucre, ni indigo. De plus, les 
étrangers qui avaient accaparé notre commerce, payaient 
aux indigènes leurs produits avec des réaux légers (1), 
ce qui est une fausse monnaie, puisqu'elle ne pèse pas 
le poids officiel; et les indigènes ne trouvaient rien 
de mieux que de vouloir payer nos armateurs avec ces 
réaux légers, en les voulant persuader que c'étaient 
réaux véritables. Les Nantais avaient là deux motifs 
d'irritation. 

Craignant de voir baisser leur commerce par suite 
de cette concurrence et de la mauvaise foi des habi- 
tants, nos juge-consuls avaient décidé d'agir ; comme 
ils ne pouvaient rien faire par eux-mêmes, ils dépu- 
tèrent à Paris auprès du roi, ou plutôt auprès du car- 
dinal de Fleury, qui avait alors la direction des affaires, 
un des leurs, François Le Ray de la Clartais. Ils pen- 
saient avec raison, que le commerce français tout 
entier était intéressé à ce qu'un remède efficace et 
prompt fut apporté à cet état de choses ; ils s'imagi- 
naient aussi, et se montraient en cela candides, que 
les Ministres apporteraient ce remède. 

Ils délibérèrent le 4 septembre 1727 et décidèrent 
ce qui suit : 

« Nous soussignés juge et consuls en charge, anciens 
« négociants de la Ville de Nantes, ayant examiné 
« combien le commerce étranger, toléré dans nos colo- 



(1) La piastre forte vaut 10 réaux 5/8. La piastre cou- 
rante ne vaut que 8 réaux. Traité des Monnaies par Abot de 
Bazinghen. Le même pour les Espèces légères, Tome 1, 
page 437. 



(I 



- 126 - 

« nies, esl préjudiciable non seulement au commerce 

« de cette Ville, mais encore à celui de tout le royaume, 

« avons estimé devoir mettre tout en usage, pour par- 

« venir à le taire cesser, et comme tous les mémoires 

« et représentations qui ont esté faite par escrit jus- 

« qu'à présent, n'ont rien opéré, nous avons cru ne 

pouvoir mieux faire que de prier M. de la Clartais, 

« Leray, consul en charge, de vouloir bien accepter 

« la députation du commerce de cette ville pour se 

« rendre incessamment à Paris, afin que, par ses soins 

« et sollicitations auprès de Monseigneur le Cardinal 

« de Fleury, Monseig r l'Amiral, Monseig 1 ' le Contrô- 

« leur général et Monseig r le comte de Maure- 

« pas, il puisse obtenir de ces puissances, que l'on 

« puisse aporter incessamment des moyens effi- 

« caces pour faire cesser le dit commerce étranger, 

« ce que Mond 1 sieur Leray ayant bien voulu agréer 

« pour donner des marques de son zèle en faveur du 

« bien général du commerce, ainsi nous déclarons 

« par la présente délibération, luy donne tout pou- 

« voir nécessaire au sujet, le priant d'agir de /concert 

« avec M r Bouchaud de cette Ville au Conseil du Com- 

« merce, et à l'égard de la dépense des frais que fera 

« Mond 1 sieur Leray pour la d te députation, nous 

« promettons et nous obligeons au nom de tout le 

« commerce de l'en satisfaire sur le simple estât qu'il 

« en fournira ». 

« Lui donné, approuvé 
« à Nantes, le 4 sept bre 1727, ainsi signé : 

Sigo ngnes, Leray de la Clartais, François Drouin, 
Pierre Lory, Augustin Deluines. » 

Nos bourgeois profitèrent de ce qu'ils députèrent 
à Paris un représentant pour lui faire résoudre plusieurs 
questions pendantes depuis fort longtemps. Telle 
était celle du droit de joyeux avènement que les com- 



— 127 — 

merçants Nantais, semblables en cela à ceux de beau- 
coup d'autres villes, se refusaient à payer, l'estimant 
trop lourd ; d'ailleurs ils en avaient perdu l'habitude 
et avaient trouvé très mauvais qu'il fut rétabli par 
le régent, Philippe d'Orléans, après le mariage de 
Louis XV. Le Parlement avait protesté, mais le 8 juin 
1725, en un lit de justice, Louis XV avait requis l'en- 
registrement. 

Enfin, Le Ray de la Clartais était chargé de s'occuper 
d'une certaine affaire Morfouace, pendante en justice (1). 

Il arriva à Paris le 10 septembre et eut dès le pre- 
mier jour le sentiment qu'il faudrait vaincre bien des 
difficultés pour arriver au but proposé ; il lui fût im- 
possible de voir les ministres en promenade à Fon- 
tainebleau ; quelques-uns même étaient, par avance, 
mal disposés à recevoir la requête de notre Juge-Consul. 
En effet, dans sa lettre du 11 septembre il écrit : « J'ay 
« appris qu'on luy avait insinué, (au Ministre de la 
« Marine), que pendant les guerres mêmes, la nécessité 
« avait souvent engagé les puissances de la Marti- 
« nique de se rendre aux pressantes représentations 
« des habitans et de leur permettre tacitement la 
« liberté d'acheter du bœuf et autres comestibles des 
« Anglois quoyqu'ennemis ; d'où on veut lui faire 
« tirer la conséquence que si on a été forcé dans les 
« tems les plus dangereux d'y fermer les yeux sur le 
« commerce étranger, combien à plus forte raison 
« peut-on le tolérer dans une paix profonde, lorsque 

(1) Le 1 er septembre 1725, Morfouace, Greffier du Consu- 
lat, avait, par surprise, résilié sa charge de greffier qui lui 
avait coûté mille livres tournois, pour la somme de six mille 
livres; n'ayant droit qu'au remboursement du prix d'achat; 
de là le procès qui ne fut terminé qu'à la fin de 1727, à la 
satisfaction du Consulat, par les soins de François Le Ray 
de la Clartais. 

Archives de la Chambre de Commerce, copie de lettre n° 2. 

Soc. Archéol. Nanics, u 



— 128 - 

« les besoins de l'Isle le rendent indispensable, supo- 

« sant toujours que nous ne pourvoyons pas assés 

« abonda menl à la fourniture des vivres nécessaires ; 

« je prévoys que ce faux prétexte sera un des premiers 

« articles à revainir (sic), et il ne manque pas de bonnes 

« raisons à y o poser ». 

Il comprit donc, dès l'abord, qu'il faudrait lutter 
contre des ministres pleins d'ignorance sur les questions 
coloniales ou des ministres circonvenus, et balancer, 
par de bonnes raisons, les mauvais conseils de certains 
officiers bien en cour. De plus, la théorie du libre 
échange était à cette époque toute puissante ; laisser 
faire, laisser passer, telle était la devise à la mode. 
Le Ray de la Clartais n'était-il pas mal venu à 
vouloir réglementer le commerce de nos colonies ? 
Enfin, Le Ray de la Clartais demandait qu'on prit 
des mesures contre le commerce étranger ; c'était 
s'attirer l'inimitié des puissances étrangères, et les 
ministres, le cardinal de Fleury principalement, vou- 
laient la paix. 

Pour ce qui est du don de joyeux avènement, Le 
Ray de la Clartais désirait une chose, que les ministres, 
qui ont besoin d'argent, n'accordent qu'avec une peine 
infinie : la réduction de leurs propres ressources. 

Le Ray obtint pourtant assez vite satisfaction, 
dans une certaine mesure, sur ce chapitre, et dès le 25 
septembre, il pouvait écrire : « L'arrest de délay pour 
« la taxe de joyeux avènement porte au 1 er article 
« que les officiers marchands, négotians et sujets au 
« droit de confirmation, qui se présenteront pour 
« payer en corps, seront receus à le faire 1/2 en espèces 
« et 1/2 en papier dans le courant d'8 bre sans es- 
« pérance d'autre délay, 1/3 en papier et 2/3 en argent 
« dans le courant de X bre ; après quoy personne 
« ne sera plus receu à payer qu'en argent. Je crois, 
« comme vous, qu'il faut laisser courir, quoiqu'on 



129 



« assure bien icy, qu'il n'y aura point de grâces pour 
« les renards. » 

Les Juge-Consuls , en effet, voyant qu'on leur 
accordait une surséance, s'étaient dit naïvement (lettre 
du 20 septembre) : « Si cette taxe trahie en longueur, 
« il y a espérance qu'elle pourra bien estre supprimée, 
« ce qui est fort à souhaiter. » 

Et ils firent si bien, opposèrent une telle force d'iner- 
tie, que la décharge de ces droits leur fut accordée le 
1er février 1729 (1). 

Il n'en alla pas de même pour la question du commerce 
aux colonies. Le Ray de la Clartais devait là-dessus 
rencontrer beaucoup de difficultés. Nous voyons que 
ses démarches n'ont pas toujours eu des résultats 
heureux; ses lettres nous apprennent toutes ses tribu- 
lations. 

Il n'avait pu voir les ministres qui étaient à Fon- 
tainebleau ; il avait appris que M gr le comte de 
Maurepas, secrétaire d'Etat, ministre de la marine, 
lui était défavorable ; il ne perdit pas courage et com- 
mença de multiples démarches. 

Il va voir le Maréchal d'Estrées, gouverneur des 
ville et châteaux de Nantes , général pour le roi au 
comté Nantais et propriétaire de l'île de Sainte-Lucie, 
qu'il veut faire intervenir auprès de Monseigneur de 
Maurepas. Il va voir Monseigneur le comte de Tou- 
louse ; celui-ci n'aime pas les intrigues de cour ; il 
convient que les commerçants ont raison, mais ne se 
soucie point de se mêler de leurs affaires. Il va voir 
divers fermiers-généraux que cette affaire intéresse. 
« Ceux-là se remueront et cela fera un bon effet ». 
Il va voir enfin « tous M rs les députés et les sollicite 

(1) Il est vrai que le 5 mars 1727, la ville de Nantes avait 
payée pour ce droit la somme de 28.603 livres, tant en prin- 
cipal que pour le droit de 2 sols par livre et frais de quittance. 



130 



« de se joindre à lui pour la cause commune et de crier 
« tous ensemble le plus fort qu'ils pourraient. » 

« Enfin, dit-il, je puis vous assurer que de la façon 
« dont je vois les batteries disposées, si l'on ne donne 
« pas satisfaction au commerce à ce sujet, il n'y aura 
« jamais à espérer. » Lettre du 17 -septembre 1727. 

Le 13 septembre, Le Ray voit en audience particulière 
le comte de Maurepas et a peu de succès auprès de ce 
ministre , dont d'Argenson a pu dire qu'il écoutait 
mal et parlait toujours avant de penser, qu'il traitait 
sérieusement les bagatelles et légèrement les grands 
objets, qu'il n'avait nulle justesse, point de jugement, 
nulle prévoyance clans les affaires. 

« M. Bouchaud (1) et moy eusmes aussy hier une 
« audience particulière de Monseigneur le comte de 
« Maurepas, je fus charmé d'avoir put l'obtenir avant 
« son départ pour Fontainebleau ; après luy avoir 
« remis la lettre dont vous m'aviez chargé pour luy , 
« qu'il lust sur le champ, je luy représenta^ nos allarmes 
« au sujet de notre commerce des colonies prest à 
« tomber entre les mains des Anglais, s'il ne, luy plai- 
« soit y aporter sans plus de délay un remède prompt 
« et efficace ; que ce qui venait de se passer à la Mar- 
« tinique au sujet des prises de M 1 ' de la Jonquière 
« portait le mal à son période, et que dans ce moment 
« de crise, nous le suplions très humblement de ne 
« plus différer à faire rendre une déclaration du Roy 
« telle que nous avions pris la liberté de luy demander 
« cy devant, et qu'il avait bien voulu nous promettre ; 
« voicy à peu près le précis de sa réponse. 



(1) M. Charles Bouchaud, sieur de la Foresterie, fut 
nommé Consul pour 1711-1712 ; il fut nommé échevin de 
Nantes en 1716-1718, puis continué pour 1718-1720; mais 
en 1719, ayant été nommé à la Chambre de Commerce à 
Paris, il fut obligé d'abandonner ses fonctions d'échevin. 



131 



« Il y a une déclaration du Roy preste à passer qui 
« est actuellement sur mon bureau, on en sera content, 
« mais je ne la feray paroistre qu'après le départ du 
« V au du Roy qui partira pour la Martinique à la mi- 
te octobre ; à l'égard des prises (1), je veux avoir les 
« papiers que doit aporter l'officier de M r de la 
k Jonquière, ne sachant point encore au juste sur 
« quoy le Conseil de la Martinique a apuyé son 
« jugement. 

« C'eust été m'exposer à l'ennuyer pour une pre- 
« mière audiance, que de vouloir lui détailler ce que 
« nous en scavons; il m'aurait toujours remis à la veûe 
« des pièces, ainsy je me contentay de luy dire que je 
« le suivrois à Fontainebleau où je lui demanderois 
« un moment de son tems pour luy faire ce détail, et 
« luy lachay en sortant que nos négocians ruinés depuis 
« longtems par le commerce étranger, n'oseroient 
« plus s'exposer à de nouvelles pertes, jusqu'à ce qu'ils 
« ne fussent rassurés par la déclaration du Roy, dont 
« il venait de me parler ; escrivés, me dit-il, au com- 
« merce de votie ville, qu'ils ne cessent point leurs 
« armements, ceux qui se préparoient en Angleterre 
« pour porter du bœuf à Sainte-Lucie, sont suspendus, 
« et la colonie ne peut pas vivre sans aucun secours, 
« si celuy de nos ports y manquoit, on ne pouroit pas 
« s'empêcher de l'en laisser prendre où elle en trouve- 
« roit ; ainsi, Messieurs, je prévoys assés qu'il faut at- 
« tendre le départ de ce V au qui s'arme à Rochefort et en 

\ 

(1) A l'égard des prises, il s'agit sans doute de vaisseaux 
ayant voulu faire commerce avec des réaux légers et qui 
avaient été saisis. 

Les négociants nantais auraient voulu qu'ils ne fussent 
point relâchés ; ils le furent pourtant. 

« Les perdreaux ont pris la volée et vraysemblablement 
ce sera saus caution. » 

Lettre du 30 septembre 1727. 



132 



« attendant persuadés bien au ministre que dès que 
« nous n'aurons plus à craindre la concurrence des 
« étrangers dans nos Isles, l'émulation des négocians 
« sera une suffisante caution pour répondre de la 
« fourniture qu'il leur sera nécessaire, sans le secours 
« des Anglois. » Lettre du 13 septembre 1727. 

Les déclarations vagues du comte de Maurepas 
ne satisfaisaient point nos Juge-Consuls ; ils voulaient 
voir le contenu de la déclaration, afin que les arma- 
teurs ne s'exposassent point à faire de mauvais voyages 
si elle ne leur était pas favorable. « Donnez-nous la 
« déclaration, disent-ils, ou nous ne partirons pas. » 

Le Ray continue donc ses démarches, écrit mémoires 
sur mémoires. Malgré son zèle, il « n'avance qu'à pas 
de tortue ». Il remarque avec une certaine amertume 
qu'il lui faut courir sans cesse à droite et à gauche, 
chercher chaque grand seigneur en sa terre et que ces 
grands seigneurs ne s'embarrassent guère de son im- 
patience. Il estime que c'est déjà beaucoup d'honneur 
d'avoir pu les approcher tous et que deux d'entre 
eux, le Contrôleur général et le Maréchal d'Estrées 
se soient prononcés en sa faveur. Il se sent secrète- 
ment desservi auprès du secrétaire même de M gl de 
Maurepas, M 1 ' Forcade, par un certain M r de Cham- 
pigny, récemment nommé commandant pour la Mar- 
tinique. Certes, il a « d'aussi bonnes raisons que M r de 
« Champigny, mais pourvu qu'elles soient écoutées de 
« la même oreille ». Il est aussi desservi par les « Amé- 
riquins » qui crient « que nous voulons affamer leurs 
« isles »... « qui s'étudient à parler contre toutes nos 
« démarches »... « Ils débittent à présent que nous 
« voulons leur envoyer du bœuf poury, salé en France 
« pendant les chaleurs, et que nous verrons comment 
« les habitans le recevront; je ris quelquefois de tous 
« ces discours, quelquefois je m'en fâche, s'ils ne 
« faisaient pas d'impression, nous les mépriserions ». 

Résultat : « L'audience du ministre quelquefois 



— 133 — 

est sèche » Et Le Ray s'irrite : « Il est étonnant qu'en 
« demandant l'intérêt du roy et la conservation de 
« la colonie, on ne puisse les déterminer (les ministres) 
« à un prompt remède »... « Vous scavez, écrit -il 
« encore, qu'il est difficile de les faire aller plus vite 
« qu'ils ne veulent »... et le 28 septembre: « Il faul 
les talonner ». 

Nos Juge-Consuls, agacés de ces lenteurs, écrivent 
de leur côté : « Les Seigneurs ne voient les choses 
« que superficiellement et se laissent obséder par 
« leurs secrétaires. » Lettre du 4 octobre. 

Le Ray ne recule devant aucun moyen et va jus- 
qu'à corrompre les secrétaires : « J'ay promis au secré- 
taire d'estre reconnaissant de la décision si elle nous 
« était avantageuse ». Raison plus touchante que toutes 
les prières du monde. Cela s'appelle « Parler français ». 
Lettres des 11 et 14 octobre. 

Et, enfin, fatigué par toutes ces démarches, il écrit : 
'< J'ai désormais frappé à toutes les portes ; si ceux 
« qui gouvernent ne se réveillent pas, c'est qu'il est 
« dit qu'ils mourront dans leur léthargie ». 

Le comte de Maurepas, de son côté, était impatienté 
par ces fâcheux qui l'importunaient sans cesse ; il lui 
dit une fois : « Vous traittés cette affaire comme si 
« vous aviez à Nantes le privilège exclusif des colo- 
« nies ; les négocians vont trop loin ». 

Un jour il se fâcha. Mais laissons parler Le Rav : 

« Je ne scay pas bien au juste qu'elle mouche a 

« piqué M gr de Maurepas, mais je le trouvay dimanche 

« très indisposé contre les négocians de Nantes, j'ay 

« cru en trouver le motif dans le mémoire de M 1 ' de 

« Feuquières, dont vous m'avez envoyé une copie, y 

« ayant remarqué plusieurs endroits relatifs à ce qu'il 

« me dist de notre commerce et de celuy des étran- 

« gers à l'Amérique, comme par exemple du bœuf 

« fraudé et du commerce de nos vaissaux avec les 



— m — 

« Anglois, je suis, dit-il, très persuadé à présent de 
« l'un et de l'autre, et il arrivera de cette affaire cy, 
(i qu'il en ira <S ou 10 de Nantes aux gallères, « ce sont 
« ses propres mois », je ne puis pas bien comprendre 
s'il voulait parler des négocians ou des capitaines, 
« mais ce petit discours prononcé devant quatre ou 
« cinq personnes, me couvrist de confusion. Je luy dis 
« qu'il ne trouverait point de négocians dans ce cas 
« là, et que s'il avait des preuves contre quelques capi- 
« taines, il nous ferait grand plaisir de les faire chat- 
« tier ; le lendemain je luy donnay un mémoire pour le 
« désabuser et il me parut un peu radoucy ». Lettre 
du 22 octobre. 

Le Ray n'avait pas encore vu le Cardinal de Fleury 
et il espérait beaucoup de cette entrevue ; il aurait 
voulu se faire présenter au Cardinal par M* 1 le Contrô- 
leur Général, « ce qui serait la meilleure entrée qu'il 
y pourroit avoir ». 

Le 30 septembre, il en perdit l'espoir et écrivit : 

« Le Controlleur général m'avait fait espérer de 
« me présenter à M K ' le Cardinal ainsy que je vous 
« l'ay marqué, mais il s'en vont ce soir tous les deux 
« trouver le Roy Stanilas qui passe à deux lieues 
« d'icy (Fontainebleau), demain il luy surviendra 
« quelqu'autre chose de nouveau et ses moments sont 
« si contés, que je perds presque l'espérance qu'il 
m'avait donnée à ce sujet, ainsy je prendray le part y 
de m'y présenter de moy même, quoique je pré- 
voye bien que de cette façon, je n'avanceray pas 
beaucoup, car assurés vous, Messieurs, que les lettres 
ne sont leues que très imparfaitement, les ministres 
les décachetent bien devant nous, ils en parcourent 
« quelques lignes et les remettent ensuite à leurs sécré- 
« taires, où elles restent sans qu'il en soit parle davan- 
« tage : il n'y a que les moments d'audiences qui servent 
' à quelque chose et celles de M K ' le Cardinal est tou- 



- 135 — 

« jours si remplie, qu'on a pas le tems de luy rien 
« détailler, à moins qu'il ne luy prist envie d'apro- 
« fondir la matière et qu'il ne se porte de lui même 
« à faire des questions sur ce qu'on lui représente, ce qui 
« n'arrive presque jamais, vous remettant d'abord au 
« Secrétaire d'Estat qui a le département de l'affaire 
« dont on veut luy parler ». 

Le Cardinal de Fleury qui était un homme doux, 
s'occupait en effet assez peu d'affaires sérieuses, donnant 
seulement les grâces et les places, tout ce qui fait aimer, 
comme a dit Villars. 

Quand Le Ray lui fut présenté, il se contenta seu- 
lement de lui demander si le Controlleur Général et 
M r de Maurepas s'étaient occupés de la question et 
il ajouta que lui-même y ferait attention. L'audience 
était finie ; elle parut insuffisante à Le Ray. 

Enfin la décision du Roi, si impatiemment attendue 
des nantais, parut ; elle ne les satisfaisait qu'à moitié, 
« Je reçois dans le moment par un courrier exprès 
« de Fontainebleau une copie en manuscrit des lettres 
« patentes en forme d'Edit contre le commerce étran- 
« ger que je vous envoys cy-joint, vous verres qu'il 
« n'y est point parlé, n'y des réaux légers, n'y des 
« déffenses sous des peines sévères aux généraux et 
« intendants d'en souffrir à l'avenir la continuation. 
« Ces déffenses là seront sans doute expliquées dans 
« des ordres particuliers qui ne paraistront point et 
« c'est cependant ce que nous aurions bien demandés 
« qui fust rendu public, comme nous n'en obtiendrions 
« pas davantage pour à présent, et qu'il faut encore 
« paraistre contens de ce qu'il plaist à la Cour d'ordon- 
« ner, j'iray lundy remercier les ministres à Fontai- 
« nebleau, après quoy j'arrangerav mon départ qui 
« poura estre vers le 10 du prochain mois, j'aurais 
« souhaitté passionement, Messieurs, avoir peu vous 
« raporter une plus entière réussite, il me reste au 
« moins la satisfaction de ne m'y estre pas épargné 



- 130 — 

« et d'avoir fait tout le possible pour y parvenir, j'y 
« joins eelle d'avoir peu marquer à nos nég ts mon 
« dévouement pour le bien de notre commerce et le 
« respect avec lequel j'ai l'honneur destre etc. ». 

Les Juge-Consuls lui répondaient le 1 er novembre : 

« M rs tous nos nég ls sont bien persuadés des peines 
« et des soins que vous vous estes donnés p r faire 
« réussir le sujet de vostre députation, si le résultat 
« n'est pas complet ce n'est pas vostre faute et on ne 
« vous aura pas moins d'obligations, en attendant 
« le plaisir de vous voir, nous vous saluons et avons 
« l'honneur d'estre, etc. » 

Et ils ajoutent, le 4 novembre : 

« Nos négocians paroissent contents de cet édit, il 
« y a apparence qu'on armera cette année nombre de 
« vaisseaux pour porter du bœuf. » 

Ils n'avaient pas obtenu tout ce qu'ils désiraient, 
mais ils sentaient qu'il était impossible d'obtenir 
davantage ; il fallait faire contre mauvaise fortune, 
bon cœur. 

Ils furent reconnaissants à François Le Ray de la 
Clartais de tout le dévouement qu'il avait apporté 
dans cette affaire. Nous relevons dans le registre n° 2, 
cote 582, des délibérations des Juge et Consuls, la 
note suivante : 

« Sur ce qu'il est venu à la connaissance de M rs les 
« Juge et Consuls en charge qu'il leur était nécessaire 
« d'employer une somme de trois cents livres pour 
« affaires et choses à eux connues et dont ils ont conféré 
« avec Messieurs les anciens Juge et Consuls et Négo- 
ce cians de cette ville, dont ils ont déclaré estre contents. 

« Pourquoy les dits sieurs anciens Juge et Consuls 



— 137 - 

« et Négocians de cette ville donne pouvoir et consen- 

;< tement que Monsieur Périsse], juge en charge, fasse 

.( l'employ de la dite somme de trois cent livres, laquelle 

« luy sera passée et allouée dans son compte sans 

« contredit, étant reconnue estre utile ». 

A Nantes, le 10 janvier 1729. 

Ont signé : 

R. Edelin, Sigongnes, de la Bauche-Hervé, Guillaume 
Handriex, de Carcouet-Burot, de Beaulieu Belloteau , 
François Drouin. G. Guilloré. 

Il est à remarquer que François Le Ray de la Clartais 
n'a pas signé cette délibération comme ancien consul, 
bien que les précédentes et suivantes délibérations 
fussent signées par lui. 

Il est à peu près certain que cette délibération a 
trait à une bourse de cent jetons en argent (le prix en 
était généralement fixé à trois cents livres) qui lui fut 
offerte par ses collègues du consulat. Ils furent frappés 
en son nom et rappellent en une légende élogieuse, le 
succès qu'il avait remporté dans la mission qui lui 
avait été confiée. 

Il fut en outre frappé aux mêmes coins des jetons 
en bronze, dont j'ai eu la chance de retrouver un exem- 
plaire, gravé en tête de cette notice; c'est le seul qui 
soit connu, en voici la description : 

FELIX OMEN RADIUS Navire armé en trois- 
mâts barque, voguant à gauche, un rayon de soleil 
perce les nuages et vient l'éclairer. A l'exergue, en trois 
lignes: GRATITUD. COMMERC. MARIT. - - NANN. 
IN FR. LE RAY - MONUM. qui doit se lire : GRATI- 
TUDINIS COMMERCII MARITIMI NANNETEN- 
SIS IN FRANCISCUM LE RAY MONUMENTUM. 



— 138 — 

k Légende en six lignes: QUOI) - ADVERSUS - IN- 
TERLOPAS NAVES - REG (is) DIPLOMA (ta) SOL- 
LICIT (avit) ET ATTULIT. — 1727. 

Quoique ce jeton n'ait été frappé qu'en 1729, il 
rappelle par sa date 1727, l'époque à laquelle François 
Le Ray fut envoyé en députation. 

Nantes, le 10 avril 1908. 

P. SOULLARD. 






Entre Commissaires à Nantes 

Au XVIII e Siècle 



En 1669 naissait à Paris, sur la paroisse Saint-Jacques 
du Haut-Pas, un enfant qui fut nommé Claude Dumur. 
Avait-il été trouvé au pied d'un mur dans la capitale 
(comme le fut à Nantes, un siècle plus tard, Renée Dumur, 
baptisée à Saint-Léonard), puis recueilli par quelque 
âme compatissante, ou bien était-il né en légitime ma- 
riage ? Nous ne savons, et vraisemblablement le fait ne 
serait point facile à vérifier : les registres de l'état civil 
de Paris ayant été brûlés sous la Commune. Il importe 
peu d'ailleurs à la suite de notre histoire qu'on doive 
ou non ranger Claude Dumur, sous le rapport de la régu- 
larité de sa naissance, à côté des Perrine de la Porte, 
Marie de l'Allée, Marie du Banc, Louis de l'Echelle, 
Jeanne de la Cuisine, François de l'Ecurie, Marguerite 
et Renée du Grison, Joseph du Bateau, Charles de la 
Nuit et tant d'autres nantis de noms analogues plus ou 
moins poétiques et pittoresques, et que nous savons 
positivement être des enfants trouvés ou exposés à 
Nantes, ou bien de ces nothus, notha, comme disent nos 
registres paroissiaux : les recteurs voilant discrètement 
sous le latin une tare dont les infortunés n'étaient point 
responsables. 

A quelle date Dumur quitta-t-il la capitale ? Fit-il 
un tour de France plus ou moins tortueux avant de 
venir se fixer dans la bonne ville de Nantes ? On l'ignore. 
Ce qu'il y a de certain, c'est que nous ne le rencontrons 
chez nous qu'à l'âge de 40 ans. 

Le 11 juillet 1709, en effet, honorable homme Claude 
Dumur, maître gantier parfumeur, épousait à Sainte- 



— 140 — 

Croix dé Nantes « honeste famme Olive Feudé, vefve de 
feu honorable homme François Thamol, en son vivant 
aussy maistre gantier ». Au hou vieux temps, le veuvage 
pesait lourd à nos ancêtres. 11 n'y avait pas tout à fail 
neuf mois qu'Olive avait enterré son premier époux (18 
octobre 170.S). A dire vrai, François Tamot lui avait bien 
donné l'exemple, puisque veuf le 16 mai 1702 de Mar- 
guerite de la Lande, il avait convolé six semaines après 
avec Olive (1 er juillet 1702). 

Quoi qu'il en soit de l'empressement de celle-ci à for- 
mer de nouveaux liens, ses proches ne lui tinrent pas 
rigueur, puisque Yves Tamot, frère de son premier mari, 
assistait à la noce et signait au registre. D'ailleurs les 
affaires sont les affaires et Olive, en se mariant, songeait 
peut-être autant à la prospérité de sa boutique de gan- 
tière en lui donnant un nouveau patron, qu'aux beaux 
yeux de Claude qui frisait déjà, nous l'avons dit, la 
quarantaine. 

Aux environs de 1712, Dumur tenait son établisse- 
ment dans la Grand'rue. Soit pour se distraire, soit pour 
faire patienter les clients pendant que Madame leur 
essayait des gants, peut-être pour amuser le petit Fran- 
çois-Mathieu Tamot, alors âgé de 7 ans, enfant du pre- 
mier lit — car nous n'avons pas vu que lui-même fût 
encore devenu père - - Claude Dumur avait des singes. 
Dans un grand port comme Nantes, dont les nombreux 
vaisseaux sillonnaient alors toutes les mers et faisaient 
le commerce des Indes, des Orientales comme des Occi- 
dentales, à cela rien d'extraordinaire. Il n'était pas le 
seul d'ailleurs et nous verrons bientôt qu'il partageait 
cette passion avec le lieutenant de Toi au château. 
C'était aussi bien innocent ; mais, ce qui l'était moins, 
il les habillait en moines ! Peut-être cela lui faisait-il de 
la réclame ; en tout cas, le bon populaire sûrement, et 
vraisemblablement aussi les gentilshommes qui ne se 
piquaient point alors d'une dévotion outrée, durent 
plus d'une fois en rire, et il ne semble point que Dumur 



— 141 — 

ait été excommunié pour cette plaisanterie d'un goût 
plutôt douteux et qui ne paraît pas d'ailleurs avoir 
longtemps duré. Malheureusement pour lui, un voisin 
revêche, qui s'était peut-être comme les autres amusé 
des quadrumanes encapuchonnés, ne devait point l'ou- 
blier. Il le lui fit bien voir. 

Joseph Cigongne, maître apothicaire de son état, 
habitait la Haute, tandis que Dumur logeait dans la 
Basse-Grand'rue, le premier en Saint-Denis, le second 
en Sainte-Croix. Tous deux faisaient partie de la milice 
bourgeoise dans des compagnies différentes ; toutefois 
Cigongne avait le grade d'enseigne, correspondant à 
celui de sous-lieutenant. Dumur n'était que sergent. 

En janvier 1721, un arrêt du Conseil d'Etat établit à 
Nantes un major et un aide-major dans ladite milice. 
Rien de la médecine comme on pourrait le croire 
dès l'abord, étant donnée la hiérarchie actuelle — dans 
ces fonctions. On les créait, suivant le texte de l'arrêt, 
« pour éviter les plaintes et discussions qui arrivent 
ordinairement quand les milices sont assemblées ». 
C'était donc plutôt un emploi de police au corps. Sevin, 
lieutenant d'une compagnie, fut promu major et Dumur 
aide-major, celui-ci avec brevet du roi lui donnant rang 
de lieutenant. Du fait, le sergent, alors âgé de 52 ans, 
passait par dessus la tête de Cigongne qui en avait 66 
et restait enseigne. 

Avec son métier d'apothicaire et son grade dans la 
garde bourgeoise, Cigongne cumulait une autre fonction. 
Le 25 juillet 1720, lors de la création de quatre commis- 
saires de police à Nantes, il avait obtenu une de ces 
places. Les 300 livres de gages annuels qu'elles procu- 
raient aux titulaires n'étaient certes pas à dédaigner. 

Que l'on fût officier de milice et avec cela autre chose, 
très bien ; mais que l'on pût exercer simultanément la 
charge de commissaire et l'état d'apothicaire, toutes 
nos idées modernes en sont renversées. Néanmoins, 
c'était comme cela à Nantes sous la Régence. Comment 



- 142 — 

Monsieur Cigongne, à son âge, pouvait-il à la fois sur- 
veiller son officine el la police urbaine? Pour la pre- 
mière il avait, il est vrai, son fils ; niais celui-ci était 
bien jeune, puisque quatre ans plus tard il n'avait pas 
encore accompli tout son stage. Pour la seconde, nous 
aimons à croire que des collègues plus alertes faisaient 
au besoin le coup de force et que lui se contentait, 
comme le constatent divers procès-verbaux dressés par 
Cigongne en 1721 et 1722, de dénoncer ceux qui met- 
taient le feu à leur cheminée, n'avaient point de latrines, 
apportaient des bêtes mortes au coin de la ruelle qui 
conduit sur les murailles de Saint-Léonard, ou bien 
donnaient à boire pendant le service divin, etc. 

Entre temps, Cigongne posa sa candidature à une 
place d'échevin de la ville de Nantes. Il eut été, cela se 
conçoit, fort honorable pour lui de figurer parmi les 
premiers magistrats de la cité. Hélas ! on ne voulut 
point reconnaître ses mérites. Quelque intrigue le fit-il 
échouer? Toujours est-il qu'il échoua. 

Au début de 1722, les choses en étaient à ce point 
dans la situation respective de nos personnages : l'un 
apothicaire, commissaire de police et toujours enseigne 
de la milice, avec cela candidat malheureux ; l'autre, 
gantier et aide-major au rang de lieutenant dans ladite 
milice. Or, à cette époque, un commissariat de police 
vint à vaquer, Charles Fauvel se retirait. Dumur brigua 
la place. Avoir pour collègue un particulier qui l'avait 
si bien évincé dans la garde bourgeoise, c'en était trop 
pour Cigongne. C'est ici que l'histoire se corse et va 
justifier le titre que nous lui avonsïdonné. 

L'apothicaire aiguise sa plume et de sa plus belle 
main adresse à l'intendant de Bretagne Feydeau de 
Brou une épître pour protester contre la nomination 
de Dumur à une place de commissaire. Que disait-il 
au juste dans cette épître? Son texte, malheureusement, 
ne nous est pas parvenu, et c'est bien dommage. On 
peut toutefois, sans médisance, la croire quelque peu 



143 



fielleuse, si l'on en juge par la correspondance qu'échan- 
gèrent à son sujet l'intendant et Gérard Mellier, maire de 
Nantes et colonel né de la milice bourgeoise. 

Le 28 janvier 1722, Feydeau écrivait à Mellier : « Je 
vous envoyé une lettre du s r Cigogne qui, fasché appa- 
rament de ce que l'on ne l'a pas trouvé digne d'estre 
admis parmy les échevins, veut, à son tour, soutenir la 
dignité des commissaires de police. Je suis fort aise 
que l'on regarde ces places comme distinguées... Vous 
pourés dire au s r Cigogne que je vous ay renvoyé sa 
lettre » (1). 

A quoi, le 30 janvier, le maire de Nantes répondait : 

« J'ay averty le s r Cigogne du renvoy de sa lettre. Je l'ay 
ramesné de 'son entestement qui est extrême. Nous 
avons remplacé l'office vaccant en nommant le s r Du- 
mur. J'ay eu l'honneur de vous en parler à Nantes ; 
vous l'avez agréé. M. de Menou a fort pressé en sa fa- 
veur connoissant son activité et sa vigilance. Dumur 
est ayde major de la Ville avec brevet du Roy qui luy 
donne rang de lieutenant de la milice bourgeoise, et 
Cicogne n'est qu'enseigne de la mesme milice. Il n'opose 
pour reproche capital autre chose contre Dumur si ce 
n'est qu'il a eu des singes dans sa boutique qu'il habil- 
loit en moines. Je m'étonne que Cigogne vous ayt pu 
présenter, M r , une plainte sur un motif de cette nature. 
Ce reproche n'est estably ni par le droit, ni par l'ordon- 
nance, ni par la coutume. Les plus grands seigneurs 
ont des singes dans leurs vestibules ; on voit les singes 
avant les maistres. Personne, avant Cicogne, ne s'est 
avisé de critiquer les patrons de ces plaisants et pauvres 
animaux qui sympatisent d'ailleurs avec un citoyen 
vivant de leur industrie. Feu M. de Miane [lieutenant 
de roi au château de Nantes] en avoit provision vestus 
d'habits de moines ou chanoines. Le fameux Teniers 

(1) Arch. munie, de Nantes, II 26. 

Soc. Archéol. Nantes. 10 



- 144 

les a presque toujours dépeints en moines ; les ouvrages 
de ce peintre sont néanmoins d'un prix infiny, et Mais- 
tre François Rabelays compare les moines aux singes 
en ce que, dit-il, les uns et les autres ne sont bons qu'à 
boire, manger et fienter. En tout cas, il y a prescription 
en faveur de Uumur ; il dit que, depuis dix ans, il n'a 
eu de singes, et il est notoire que Cicogne a souvent 
habillé sa chienne en Damoiselle et qu'il l'a donné 
sur sa boutique en spectacle au public. Il doibt du moins 
passer les singes à Dumur, en passant par ce dernier 
l'habillement de la chienne. C'est ce que j'estime, sous 
vostre bon playsir, qu'il y a lieu d'ordonner en ce tems 
de Carnaval. 

» Au surplus, les écarts de Cicogne sur la nomination 
de Dumur ont donné lieu à nos eschevins de s'aplaudir 
de n'avoir pas Cicogne pour leur confrère ; ils le con- 
noissent pour un homme tracnssier et, dans sa commu- 
nauté de pharmacie, il est fuy de tous par le mauvais 
caractère sur lequel il devroit commancer de faire la 
police » (1). 

Recommandé par M. de Menou, alors lieutenant de 
roi à Nantes, Mellier qui ignorait encore, lorsque l'aide- 
major fit sa demande, les sourdes menées de Cigongne, 
ne pouvait pas ne point nommer Dumur. Les eût-il 
connues, il eût sans doute agi de même, car, comme il 
vient de le dire, il s'étonnait qu'on pût présenter une 
plainte pour une' malheureuse histoire de singes, si vieille 
qu'il y avait prescription. La dénonciation du commis- 
saire contre son futur collègue restait lettre morte et 
l'aventure tournait à la confusion du pauvre Cigongne 
qu'on se félicitait de n'avoir pas élu échevin. 

Comment, lui policier, n'avait-il pas été plus adroit? 
A sa place, sans remonter si loin, nous nous serions ren- 
seigné par le menu sur une affaire encore toute récente 
et dont il avait sûrement ouï quelque chose. 

(1) Arch. Nantes, II 26. 



- 145 — 

Voici ce qui s'était passé. Le 9 novembre 1721, sur 
les 9 heures du soir, Sébastien Leroy et Pierre Guinel, 
sergents de la compagnie bourgeoise de M. des Landes 
Ramaceul, s'étaient, avec leurs miliciens, rendus au corps 
de garde pour faire la patrouille. M. Le Marchand, lieu- 
tenant de la compagnie, indisposé, n'accompagnait pas 
ses hommes. Pour la suite, nous ne saurions mieux dire 
que les sergents dans leur rapport, dont l'original nous 
a été précieusement conservé (1) : Au poste, « le s r du 
Mur, garçon major (lisez aide-major) se seroit trouvé 
lors de l'arrivée du détachement, lequel, lorsque moy 
Le Roy voulus faire entrer ledit détachement dans le 
corps de garde, profféra plusieurs parolles injurieuses 
contre ceux du détachement, les traitant de b...de ma- 
reaux, et nous disant à nous Le Roy et Guinel, nous 
menassant de sa canne levée, qu'il [nous] aprendroit 
nostre devoir; à quoy nous luy repondimes que nous le 
sçavions avant luy. Et lorsque nous voulûmes entrer 
dans le corps de garde des officiers pour y faire du feu, 
ledit s r du Mur nous auroit dit que si nous voulions 
faire du feu dans le corps de garde et avoir de la lumière, 
que nous en eussions acheptez, et il commanda au ser- 
gent des soldats du régiment d'envoyer oster le bois 
et la chandelle qui estoint dans le corps de garde des 
officiers et de les porter dans celuy des soldats. A quoy 
nous nous serions opposez et demandé au s r du Mur s'il 
avoit ordre de M. le commandant ou de M. le Maire. 
Ayant répondu qu'il l'avoit et nous ayant dit que sy 
nous voulions nous chauffer que nous pouvions le faire 
dans le corps de garde des soldats, et faire quitter celuy 
que nous eussions voulus pour prendre sa place. Luy 
ayant répondu que le fouier estoit trop petit pour pou- 
voir estre tous auprès du feu, il nous dit en plaisantant 
que nous eussions à chercher un ingénieur pour faire un 
fouier plus grand, nous luy demandâmes la représen- 

(1) Arch. Nantes, EE 104. 



— 146 - 

tation de son ordre afin de nous y conformer. Ce que 
n'ayant pas fait, nous alumames du feu et de la chan- 
delle dans le corps de garde des officiers, luy déclarant 
que nous allions raporter nostre procès verbal pour nous 
plaindre contre luy. Ce que nous certiffions véritable 
soubs nos seings et des habitants qui estoint du déta- 
chement qui sçavent signer. (Signé) : Sébastien Leroy, 
Pierre Guinelle (suivent 13 autres signatures) ». 

Traiter ses hommes de b... de marauds, lever sur eux 
sa canne, puis à l'injure joindre l'ironie en les renvoyant 
a un ingénieur pour élargir la cheminée du poste, celait 
autrement grave que la vieille historiette des singes. 
Du mur, si le rapport est exact, s'était oublié et avait 
manqué de sang-froid. Si nous avions été Cigongne, au 
lieu d'exhumer l'affaire en question pour prouver que 
le candidat manquait de dignité, nous eussions dit que 
le sang-froid était une qualité indispensable pour un 
commissaire de police et que Dumur n'en avait point 
fait preuve dans l'occurrence. A vrai dire, le dénoncia- 
teur, moins bien renseigné que nous, ignorait peut-être 
le texte même du rapport caché dans les archives du 
corps ; mais il ne lui était pas difficile de faire parler les 
gardes, et il se serait bien trouvé parmi eux quelque 
bavard pour lui faire de précieuses confidences. 

Bref, Cigongne en fut pour ses frais. Dumur, nommé 
officiellement le 1 er février, prêtait serment le 5 entre 
les mains du procureur du roi, et « a promis et juré, la 
main levée de se comporter fidellement en la charge de 
commissaire de police » (1). Bien protégé, actif et vigi- 
lant, ce dernier pouvait marcher sans crainte. 

Tandis que Cigongne conservait sa profession que 
son acte de décès lui donne encore, Dumur abandonnait 
sans doute son état de gantier dont il n'est plus question 
par la suite, et Mellier, son colonel à la milice et son maire 
à la police, paraît avoir toujours eu un faible pour sa 

(1) Arch. Nantes, FF 58, f° 23. 



- 147 — 

créature. Rien, que nous sachions, ne fut reproché à 
Dumur dans l'exercice de ses nouvelles fonctions. 

Il n'en fut pas de même de son collègue. Décidément 
la guigne le poursuivait. Oyez plutôt : « Nous avons 
reçeu les plaintes (écrit Mellier à l'intendant le 22 février 
1722, moins d'un mois après que le corps des commis- 
saires, jusque là honoré par la présence de Cigongne qui 
craignait de le voir déshonoré par un montreur de singes, 
avait néanmoins reçu celui-ci dans ses rangs) de ce que 
le s r Cicogne, commissaire de polllice, a pris dix sols pour 
chaque chiffrature de plusieurs registres des hostes et 
cabaretiers sur lesquels ils doivent inscrire le nom de 
ceux qu'ils logent. L'ayant mandé sur cela, ii avoue 
qu'il a perçeu ce prétendu droit de 80 à 85 cabaretiers ; 
mais, dit-il, c'est pour se récompenser de plusieurs livres 
qui traictent de la pollice dont il a fait l'achapt à Paris 
affin de s'instruire plus amplement de ses fonctions. 
Voillà un prétexte assez singullier. Nous luy avons en- 
joint verballement, pour éviter le scandalle, de restituer 
ce qu'il a pris. Je crois, Monsieur, que vous aprouverez 
nostre conduite ; gens de l'humeur de ce commissaire 
ne seroient pas bons à remplir une place d'échevin. II 
est vray qu'il travaille dans ses fonctions de pollice ; 
mais nous luy avons fait entendre qu'il y avoit d'autres 
moyens de reconnaître ses soins que celluy d'ainsi per- 
cevoir un droit nouveau en pareille occasion ». — 
« L'injonction que vous avés faite au s 1 ' Cigogne, répli- 
quait Feydeau, me paroist fort convenable, et le pré- 
texte qu'il avoit pris pour exiger 10 sols de chaque chi- 
frature de plusieurs registres des hostes est ridicule »(1). 

Un an plus tard, Cigongne se faisait encore tirer à 
l'oreille pour payer onze livres sur les amendes de police 
qu'il avait perçues (2). 

Dumur était bien vengé. Dire que tout fut roses 

(1) Arch. Nantes, BB 169. 

(2) Ibid., II 27, lettre de .Mellier à l'intendant. 



148 



désormais dans son existence, serait un paradoxe : la 
vie n'est pas ainsi faite ; mais du moins il trouvait 
sympathie chez ses chefs. Auquel de ses ennuis faisait 
allusion Mellier quand, en février 1724, il écrivait à 
M. de Menou, le lieutenant de roi : « Nous venons de 
procurer sur les amendes une gratiffication de 200 livres 
au pauvre Dumur pour luy donner courage »? Nous ne 
savons. Toujours est-il que M. de Menou approuvait : 
« Je suis bien aize que vous ayés trouvés le moyen de 
procurer 200 liv. de gratification au pauvre Dumur. Il 
me voira toujours empressé à luy souhaiter et à iu\ 
faire du bien quand il s'en présentera l'ocazion, tant 
qu'il servira bien » (1). 

Il servait bien, en effet, le pauvre Dumur et de toutes 
façons. Fin limier, agent de la sûreté de première 
force, c'est à lui qu'on avait recours dans les affaires 
délicates. 

La preuve, la voici. En juin 1724, Mellier ayant reçu 
de ses collègues les subdélégués à l'intendance de Tours 
et d'Angers, des missives confidentielles, mandait son 
commissaire. 

Sans narrer par le menu ce petit épisode de la police 
secrète à Nantes qu'on pourrait développer sans peine, 
nous ne devons cependant pas l'omettre, car on y trouve 
plusieurs épithètes fort élogieuses pour notre homme. 

Bref, on adressait à Mellier un signalement ainsi 
conçu : « Une demoiselle de Paris, de grande et belle 
taille, aagée de 19 ans, la peau blanche, les couleurs 
vives, soucis blonds, cheveux blond alezan, les yeux 
bleus assés grands, le nez un peu gros, assés belle per- 
sonne et cependant ayant quelques taches de rousseurs 
au visage. Elle a avec elle un habit de satin de Mar- 
seille citron et bleu à fleurs, doublé de tafetas bleu, avec 
un jupon de damas bleu et blanc, et une robbe de cham- 
bre de boure de Marseille avec des rayes de satin à 

(1) Arch. Nantes, II 41. 



— 149 — 

fleurs, sans compter les habits d'hyvert qu'elle peut 
avoir. Elle beguaye tant soit peu en parlant ». 

La demoiselle en question avait quitté furtivement 
la capitale, emportant comme viatique des bijoux : 
boucles d'oreilles, croix de diamant,etc, pour environ 
1.000 écus, le tout enlevé à la boutique de sa mère 
.veuve, une brave fripière de la rue de la Grande- 
Truanderie. 

D'Orléans où elle s'était embarquée, la fugitive avait 
descendu la Loire jusqu'à Tours. Là elle avait rejoint 
un certain M. de Visière, autrement appelé M. de la 
Vilière, qui se titrait chevalier. Etait-il réellement noble? 
On ne savait pas même au juste s'il était de Bordeaux 
ou bien de Toulouse. Chevalier d'industrie à coup sûr. 
Les amoureux avaient continué ensemble le voyage 
sur le bateau d'Orléans et l'on supposait qu'ils avaient 
gagné Nantes. 

Dumur, au courant, se met aussitôt en campagne. 
Après quelques jours d'une savante filature, il vient 
dire « qu'il avoit découvert où étoit la chambre où gisoit 
la damoiselle ». Mellier, auquel il annonce cette nouvelle, 
prie M. de Menou d'adjoindre au sien deux hommes de 
confiance « pour garder à veue ladite damoiselle et ses 
hardes et nipes, en attendant qu'on se fût assuré d'un 
couvent pour la constituer ». Ainsi fut fait, et peu après 
Dumur conduisait la Parisienne dans une chaise à por- 
teurs au couvent de Sainte-Elisabeth, au Marchix, 
payait un quartier de sa pension et y envoyait « nipes 
et hardes ». Rendant compte à son chef de sa mission, 
le policier pouvait lui dire avec fierté « qu'on eust man- 
qué de trouver ladite damoiselle s'il ne s'y fût pris en 
douceur et tout bellement». La supérieure, M me de Tré- 
velec, fit bien quelques difficultés, n'ayant point reçu 
de lettre de cachet, et alla même jusqu'à « douter de la 
parole du garde » ; néanmoins on interna à Sainte-Eli- 
sabeth, avec défense de communiquer au dehors, la belle 
personne aux grands yeux bleus et aux cheveux d'un 



— 150 — 

blond alezan, prise en douceur par l'incorruptible Du- 
mur. 

Millier, qui a consigné dans une note de sa main le 
récit circonstancié de la capture, en rendit compte plus 
brièvement à son collègue de Tours, puis à M. de Brou, 
l'intendant de Bretagne. Au premier il écrit : « Il seroit 
inutile de vous faire le détail des perquisitions que j'ai 
fait faire par notre aide-major, qui est homme vigi- 
lant, adroit et de confiance. Je luy ay promis de le faire 
récompenser et certainement il le mérite, car sans cette 
voye il eût été difficile de réussir par les précautions 
infinies qu'il paroit qu'on avoit prises pour la cacher ». 
Puis au second : « Après en avoir fait faire très secret te- 
ment une ample perquisition, on l'a (la demoiseile) 
découvert et je l'ay fait constituer dans le couvent des 
religieuses de Sainte-Elizabeth du Marchisde cette ville, 
en attendant de nouveaux ordres. J'en suis d'autant 
plus aise qu'il ne me convient pas de souffrir qu'on choi- 
sisse notre ville pour servir d'azile ou de retraitte aux 
libertins et aux scélérats ». 

Nous demandons pardon au lecteur de lui avoir dé- 
voilé cette petite aventure qui, menée fort discrètement, 
ne fit aucun scandale à Nantes. Mellier était fort bien 
entré dans les vues de M. du Champ du Mont, grand 
chantre et chanoine de Saint-Martin de Tours, lequel 
avait consenti à intervenir par égard pour la mère et afin 
d'éviter à la jeune fille de plus grands écarts de conduite. 
Après cinq semaines de couvent, celle-ci fut sous bonne 
garde renvoyée à sa mère. 

Que de prime abord - ayant cherché à duper la 
police en se nommant Elisabeth Chabot, 25 ans, arrivant 
du Poitou, alors qu'en réalité elle s'appelait Sabot, 
19 ans, et venait de Paris — on puisse prendre Elisabeth 
pour une rouée, la tentation peut en venir. Mais cette 
épithète, surtout en ces temps de la Bégence et appli- 
quée à une vulgaire bourgeoise, dépasserait sûrement la 
mesure. Ii y a plutôt lieu de croire qu'elle était moins 



- 151 — 

vicieuse que petite folle et enfant gâtée, cette jeune fille 
qui, de sa retraite forcée, réclamait son miroir, son pot 
de pommade, ses flacons d'eau, son sucre, du café, du 
tabac (la nature n'en est pas précisée), et ajoutait en 
post-scriptum : « L'on ne donne point de vin rouge, je 
prie qu'on m'en envoie et quelque fois de petite dous- 
seurs. » 

Quant à Dumur, le 27 juin il reconnaissait avoir 
« reçu de M. Mellier, de la part de M me Sabot, la 
somme de 60 livres pour les peines et soins que j'ai 
prises pendant plusieurs jours pour faire conduire, en 
conséquence des ordres qui m'ont été donnés, M lle Sabot, 
sa fille, au couvent de Sainte-Elizabeth de cette 
ville » (1). Nous estimons qu'il avait bien gagné sa 
gratification. 

Dumur, avons-nous dit, servait bien de toutes fa- 
çons. C'est ainsi qu'à d'autres égards il mérite assuré- 
ment de figurer au tableau clés victimes du devoir. En 
effet, le 16 octobre 1725, Mellier mandait à l'intendant : 
« Le pauvre Dumur, nostre ayde major, est toujours 
malade de la chute qu'il fit d'un second étage au dernier 
feu. Il n'en mourra pas selon les aparences ; mais il est 
fracassé. Je vous suplie, Monsieur, d'avoir égard à luy 
faire payer quelque chose pour la gratiffication qui luy 
a esté promise à cause de l'homme qu'il a arresté par 
ordre de M. de Mélesse à vostre recommandacion, et qui 
a esté envoyé à Rennes » (2). 

Grâce à Dieu, bien trempé comme il l'était, Dumur 
n'en mourut pas. Voire même, ayant enterré dans l'église 
de Sainte-Croix, le 10 avril 1726, sa femme Olive Feudé, 
il convolait à nouveau le 15 février 1727, à 58 ans, avec 
Marie Bruneau. Celle-ci qui, à l'encontre de sa première 
épouse, n'avait pas été mariée, le rendait père, deux ans 

(1) Les pièces relatives à l'enlèvement de M lle Sabot 
forment aux Arch. munie, de Nantes la liasse II 61. 

(2) Arch. Nantes, II 28. 



— 152 — 

après,d'un fils auquel, comme à lui, on donnait le prénom 
de Claude et qui fut baptisé par missire Bournigalle, 
recteur de Pouillé, avec le consentement du recteur de 
Sainte-Croix, paroisse du nouveau-né. 

Dumur continua à verbaliser; un jour, c'est contre des 
laquais qui avaient fait le carillon à la porte de la Comé- 
die ; un autre, il en fut pour ses peines, car lorsqu'il vou- 
lut procéder contre un gabarier pour insultes envers le 
commis d'un gros négociant, le délinquant avait filé sur 
Paimbœuf. Ce n'était là qu'un léger mécompte, et encore 
féliciterions-nous volontiers Dumur de cette fugue, si elle 
lui épargna l'aventure tragique advenue un peu plus 
tard à l'un de ses confrères : « Le s r Lesourd, l'un de nos 
commissaires de police et greffier de nos deux hôpitaux, 
fut empoisonné hier avec sa femme, sa fille, son beau- 
père, sa servante et un valet de campagne, en mangeant 
sa soupe. Ledit s r Lesourd en est mort aujourd'hui à midi 
et tous les autres sont encore en grand danger. On publie 
que c'esl par de l'arsenic qui a esté meslé dans leur pot 
que ce malheur est arrivé... Lesourd est fort regretté. Il 
étoit aussi secrétaire du renfermement des mendians. Je 
suis très mortifié qu'il se soit trouvé dans cette ville un 
scélérat capable d'attenter à la vie d'une famille entière » 
(1). Nous comprenons que, comme maire, Mellier ait été 
1res mortifié de l'aventure, lui auquel il ne convenait 
même pas - on l'a vu plus haut - - que Nantes servît 
d'asile à un libertin ravisseur d'une demoiselle ; mais 
combien plus a. mères réflexions dut faire ce pauvre Le- 
sourd, durant son agonie, sur le breuvage qu'on lui avait 
servi pour ses étrennes un jour de premier de l'an ! 

Evidemment, rien ne pouvait être pire pour un com- 
missaire que ce qui advint au malheureux Lesourd ; 
mais, sans aller aussi loin, on ne leur épargnait pas des 
humiliations toujours fort sensibles. Lequel d'entre eux, 

(1) Arch. Nantes, II 41, lettre de Mellier à M. de 
Menou du 2 janvier 1727. 



- 153 — 

Cigongne ou Dumur, ou bien un autre de leurs collègues, 
visait la lettre suivante ? Peut-être avait elle en vue la 
respectable corporation tout entière. Quoi qu'il en soit, 
un beau jour, Mellier reçut cette missive : « Monsieur, 
j'ay l'honneur de vous envoyer une statue en cire repré- 
sentant un commissaire de police, laquelle j'ay jugé à 
propos de saisir, n'estant pas soufrable qu'on y aye ajouté 
des attributs qui semblent tourner en ridicule les faces 
de commissaire. J'ay mesme découvert que les poisson- 
nières avaient fait faire cette statue à leurs fraix et qu'il 
y en a grand nombre de répandues parmy ces sortes de 
gens. Je n'ay pas cru en devoir dresser un procez verbal 
ny faire des perquisitions jusqu'à ce qu'on eust fait reco- 
noistre les auteurs de cette statue. J'auray l'honneur de 
vous voire demain et de vous communiquer ce que j'au- 
ray pu découvrir à ce sujet » (1). Découvrit-on les auteurs 
de la statue? Les chroniques sont muettes sur ce point. 
Nous aimons à croire que les perquisitions aboutirent 
et que l'honneur des agents de la force publique reçut 
une éclatante réparation. 

Cigongne ne devait pas vivre longtemps après toutes 
ces histoires ; il mourut plein de jours, âgé de 72 ans, et, 
le 6 mars 1727, on inhumait « dans l'église de Saint-Denis, 
le corps de Joseph Cigogne, maître apothicaire, commis- 
saire de police et enseigne d'une compagnie de bour- 
geoisie de la ville de Nantes ». Malgré tout, il laissait une 
mémoire intacte, et le souvenir de ses peccadilles ne devait 
pas nuire à ses enfants. Le 1 er mai 1727, le fils Cigongne 
était nommé pour remplir la place d'enseigne de la compa- 
gnie du quartier Saint-Pierre, vacante par la mort de son 
père, et le maréchal d'Estrées, gouverneur de Nantes, 
s'empressait de lui en délivrer un brevet (2). 

Quant à Dumur, il survécut longtemps à celui qui, 
dans un moment d'humeur chagrine, avait voulu le des- 

(1) Arch. Nantes, FF 120, lettre du 18 juin 1726. 

(2) Arch. Nantes, BB 73, f°" 33 et 42. 



— 154 — 

servir. Recommandé par sa belle conduite, jouissant de 
la faveur des autorités et n'ayant plus les ressources de 
son ancienne profession, il se vit attribuer, deux jours 
avant la mort de Cigongne, les fonctions de garde-maga- 
sin pour avoir soin à Nantes des armes et des habits des 
bataillons de milice de la région (1). 

Lui aussi, il décéda chargé d'années à l'âge de 75 ans. 
Depuis quelque temps déjà, quittant la Basse-Grand'rue 
et la paroisse où avaient été bénies ses deux unions, où 
avait élé baptisé son fils, il s'était transporté rue Saint- 
Xicolas, et ce furent les prêtres de la paroisse de ce nom 
qui, après la messe chantée dans leur église, le condui- 
sirent processionnellement dans la chapelle des « R. P. 
Carmes pour y estre inhumé suivant ses dernières volon- 
tés ». C'est là que fut déposé, le 9 octobre 1744, pour y 
dormir son dernier sommeil, le « corps du s 1 ' Claude Du- 
mur, aide major de la milice bourgeoise et commissaire 
de police de la ville de Nantes ». 

(1 ) Ibid., BB 78, f° 17. 



René Blanchard. 



Raines de l'Epoque Gallo-Romaine et du Moyen Age 

A NORT-SUR ERDRE 



Tous ceux qui s'intéressent aux questions archéo- 
logiques savent quelle importance eut dans le passé 
la ville de Nort ou tout au moins remplacement qu'elle 
occupe, ainsi que le territoire environnant. Situé sur 
les bords de l'Erdre, à l'endroit où cette rivière com- 
mence à être navigable ; traversé par les voies de com- 
munication qui mettaient en rapport la Bretagne et 
l'Anjou, Nort (1), avec ses trois églises de Saint-Martin, 
de Saint-Cristophe et de Saint-Georges, devait, dès 
le XI e siècle, occuper une place considérable parmi les 
principaux centres de la Haute-Bretagne. 

Mais l'importance de Xort ne datait évidemment 
pas de cette époque. Les nombreuses sépultures en 
calcaire coquillier (2) et en pierre analogue à la pierre 

(1) L'étymologie du mot Nort est très discutée. Les uns 
font venir ce mot du latin honor parce que, au moyen âge, 
on disait Honort, Eunord et Enor (Ogée). A moins qu'on 
n'établisse historiquement l'origine du mot Xort, nous croi- 
rions volontiers que ce mot vient du breton ann dôr, en 
vannetais enn ôr, la porte, ce qui se justifierait si bien par la 
situation de Nort en un point qui servait pour'ainsi dire de 
passage, de porte entre deux régions très distinctes, mais 
voisines. La présence d'un mot breton dans la dénomination 
d'une localité enpaysgallo, au moyen âge, n'a rien de surpre- 
nant. Le fait existe pour bien d'autres noms de lieux. Pour 
s'en convaincre, il suffit de jeter les yeux sur une carte ; on 
rencontrera les noms de Coëtzic, de Pourra, de Languen, 
pour ne citer que des noms pris au hasard dans la commune 
de Xort. 

(2) Le calcaire coquillier employé pouvait venir des 
Cléons, mais aussi des environs de Quiheix, au bord du 
Canal. "Il existait aussi des tombeaux en schiste ardoisier 
provenant sans doute de Nozay. 



— 156 

de Saint-Savinien que l'on a découvertes dans toute 
la partie qui s'étend entre l'église actuelle et le champ 
dé foire (sépultures qui, selon toute apparence, remontent 

au moins au VI e siècle), attestent l'antiquité et la ri- 
chesse de l'agglomération qui s'était formée en cet en- 
droit. 

D'ailleurs, une civilisation plus ancienne encore 
avait précédé celle qui nous est révélée par ces éloquents 
vestiges. La civilisation gallo-romaine avait fleuri 
à Nort et les traces en sont encore visibles sur plusieurs 
points sans doute, mais incontestablement sur ce coteau 
élevé et admirablement placé qui prend naissance en 
amont, sur la rive gauche de l'Erdre, dans une sorte 
de boucle naturelle formée par la rivière. En bas s'étend 
le quartier ou faubourg de Saint-Georges ; plus haut 
en allant vers l'est on rencontre les points qui portent 
sur les cartes les noms de la Pancarte et de l'Orgerie, 
et, sur le plan cadastral, les noms significatifs de la 
Motte et de la Petite-Motte. 

Déjà en 1882, nous trouvant au Congrès de l'Asso- 
ciation bretonne à Châteaubriant (1), nous avions 
signalé la présence sur le coteau de la Motte et de 
l'Orgerie d'un grand nombre de fragments de briques 
romaines, dites briques à rebords ou teguîœ hamatœ ; 
briques à l'état de fragments, il est vrai, mais briques 
bien reconnaissables, de la division et de l'usure des- 
quelles on ne pouvait s'étonner si l'on considérait que 
le terrain, surtout planté en vignes, avait été tourné 
et retourné des centaines de fois au cours des siècles 
passés. Ces briques, nous les avions vues, nous les avions 
foulées bien des fois pendant un séjour de plus d'une 
année dans une maison amie, à un âge ou les questions 
archéologiques ne nous touchent point encore ; mais, 
plus tard, rappelé dans ces lieux par les cy/constances ou 
plutôt par l'amour des souvenirs, et aussi par l'amour 

(1) Séance du 5 septembre. 



157 



des sites pittoresques, conduit par des parents désireux 
de nous être agréables, nous avions reconnu et constaté 
la présence de ces débris nombreux et disséminés sur 
une grande surface. C'est ainsi que nous pûmes dire au 
Congrès de Châteaubriant un mot de ces intéressantes 
trouvailles. 

Nous nous abstînmes d'entrer dans les détails, parce 
que nous craignions d'être inexact ou trop incomplet. 
Nous espérions alors pouvoir entreprendre des fouilles 
plus ou moins sérieuses et faire une communication 
à la Société Archéologique de Nantes. Hélas ! ce projet, 
comme bien d'autres, n'a pas encore été réalisé et 
nous en exprimons le regret sans pouvoir dire s'il le 
sera jamais au gré de nos désirs. 

Mais si nous ne pouvons faire connaître les résultats 
de fouilles dirigées par nous-même, nous nous faisons 
du moins un devoir d'exposer ou de raconter simple- 
ment à nos savants collègues ce que nous avons appris 
et ce qui s'est passé relativement aux vestiges gallo- 
romains de la Motte ou de la Pancarte ; car ces deux 
noms paraissent s'appliquer un peu à la même portion 
de territoire; encore dans le dictionnaire d'Ogée, peut- 
être est-ce une erreur typographique, trouve-t-on 
Pancante et non Pancarte. 

Disons tout d'abord que c'est sur la partie du coteau 
située entre la rive gauche de la rivière et la route de 
Châteaubriant, donc au nord de cette route et à quelques 
cents mètres d'elle, que nous avions constaté l'exis- 
tence de fragments de briques romaines. Les plus 
nombreux se trouvaient au milieu d'amas de cailloux 
recueillis et amoncelés au bas des parcelles de terre, 
sans doute pour en débarrasser le terrain et faciliter 
la culture. Or, pendant une excursion que nous fîmes 
dans un moment de loisir, il y a cinq ou six ans, dans 
ces parages qui, comme je l'ai indiqué, sont un but 
de promenade fort agréable, j'eus la curiosité de diri- 
ger mes pas un peu plus à l'est et de pénétrer dans les 



— 158 — 

jardins et terrains vagues au milieu desquels étaient 
situés les trois moulins dits Moulins de la Pancarte. 
Je dis : étaient situés, parce que l'un de ces moulins, 
celui qui se trouvait entre les deux autres et qui portait 
le nom de Moulin de la Motte, n'existe plus. C'était 
sans doute le plus ancien. Les autres sont d'ailleurs 
en ruines ou peut s'en faut. 

Quoiqu'il en soit, j'étais à peine entré dans les enclos, 
que j'aperçus de distance en distance, au milieu des 
carrés de jardin, différents morceaux de brique que 
je ne pus m'empêcher de considérer comme des frag- 
ments de briques romaines. Il était en effet impossible 
de les confondre avec des fragments de briques mo- 
dernes. Non seulement le rebord, sur plusieurs, était 
visible, mais le grain, la couleur et la forme générale 
étaient celles des briques gallo-romaines. 

Je ne fus nullement étonné, car le point était plus 
élevé que celui où j'avais fait les premières trouvailles 
et il présentait un de ces emplacements que recher- 
chaient les gallo-romains pour leurs demeures ou leurs 
établissements ordinaires. 

Les choses en étaient là, lorsque, il y a quelques 
semaines, me trouvant à Nort et ayant quelques 
heures à dépenser, je voulus revoir encore une fois le 
coteau de la Pancarte et m'informer si rien d'intéres- 
sant n'avait été mis au jour depuis mon dernier pas- 
sage en cet endroit. Accompagné par un habitant 
de Nort, aussi modeste qu'instruit, je me dirigeai 
vers cet endroit où se rencontrent les routes de Nantes, 
d'Ancenis et de Châteaubriant, et qui est justement 
celui qu'on appelle aujourd'hui la Pancarte. Un tas de 
pierres rebutées se trouvait au bas des terrains où sont 
situés les moulins, sur une sorte de placître formé par 
la jonction des routes. Nous y jetâmes un coup d'œil 
et nous y découvrîmes plusieurs fragments de briques 
à rebords ; mais ce qui attira notre attention ce fut 
un morceau de tuile d'une grande épaisseur, 7 à 8 cen- 



159 



timètres au moins, ayant des angles très nets et bien 
formés et présentant en outre tout l'aspect de la terre 
cuite des briques romaines. D'autres fragments du 
même genre se rencontrèrent. J'en ai même conservé 
quelques-uns. Peut-être ces débris n'ont-ils aucune 
importance ; peut-être même sont-ils modernes. Tou- 
tefois, je les note ici, ne fût-ce que pour mémoire. 

Quand on a interrogé les ruines et qu'elles ont gardé 
plus ou moins le silence, ce qui arrive souvent, on se 
hâte d'interroger les personnes. C'est ce que nous 
fîmes. 

Un homme déjà âgé prenait le soleil devant sa maison, 
tout en s'abritant contre le vent du Nord qui souffle pres- 
que toujours froid sur cette colline dont le sommet 
n'est pourtant pas à plus de quinze à dix-huit mètres 
au-dessus des marais de l'Erdre qui s'étendent à ses pieds. 
-Nous demandâmes au vieillard s'il n'avait rien trouvé ni 
vu d'extraordinaire dans les terrains où sont situés 
les moulins. Il nous répondit qu'il n'avait rien trouvé 
de remarquable. Toutefois, ce fut lui qui nous apprit 
que le moulin détruit récemment portait le nom de 
Moulin de la Motte. Et comme nous lui montrions 
des fragments de briques romaines que nous tenions 
à la main, il ajouta que les champs et les vignes des 
environs en étaient pour ainsi dire semés. Puis deve- 
nant de plus en plus confiant, il nous apprit que dans 
ces dernières années, plusieurs propriétaires, ayant 
replanté leurs vignes, avaient retiré beaucoup de 
pierres de construction et mis au jour des portions 
de murs considérables. Il expliquait que ces restes de 
murs étaient ignorés jusque-là parce que la culture 
en avait depuis longtemps dispersé et émietté la partie 
supérieure ; mais les défoncements nécessaires aux 
nouvelles plantations, plongeant à une plus grande 
profondeur, avaient atteint des couches qui faisaient 
partie des fondations et révélaient l'importance des 
édifices disparus. Un propriétaire, M. Leduc, disait-il, 

Soc. Archéol. Nantes. 11 



160 



avait trouvé une portion de mur ayant la forme de la 
base d'un pilier carré de plus de deux mètres dé côté. 
Cependant, toutes ces fondations se trouvaient, non du 
côté des Moulins, mais à quelques centaines de mètres 
vers le nord-ouest et sur le penchant du coteau qui 
descend vers l'Erdre. D'après notre interlocuteur, 
un château avait existé dans cet endroit. Mais les 
« anciens » eux-mêmes ne l'avaient point vu debout. 

Munis de ces renseignements, nous nous empressâmes, 
après avoir remercié notre hôte d'un instant, de nous 
diriger vers les terrains, pour la plupart plantés en 
vignes, qu'il nous avait indiqués. Ces terrains se trou- 
vaient plus au nord-ouest que ceux que nous avions 
explorés vers 1880. Nous n'aperçûmes point de traces 
de murs, mais nous vîmes une grande quantité de 
pierres disséminées et qui, sans avoir l'aspect de belles 
pierres de construction, pouvaient cependant avoir 
été employées à la construction de murs plus ou moins 
importants. C'étaient des pierres de nature ou d'appa- 
rence schisteuse. Elles n'étaient pas très volumineuses, 
mais elles existaient en grand nombre ; on en voyait 
des tas plus ou moins considérables, pour ainsi dire 
à l'extrémité de toutes les parcelles. Toutefois, ces 
pierres, je le répète, ne prouvaient point par elles- 
mêmes l'existence d'une habitation ou d'un bâtiment 
quelconque. Je cherchais obstinément à apercevoir 
des parcelles de mortier ou de chaux mêlées aux moel- 
lons ou adhérents à leur surface, mais je ne vis rien 
qui pût me permettre d'affirmer que ces débris avaient 
fait partie d'une construction. Quant aux briques 
romaines, elles existaient partout, en plus ou moins 
grande abondance, non seulement sur les terrains 
compris au cadastre sous la- dénomination générale 
de la Petite-Motte, 1 ' mais sur^ ceux "désignés sous le nom 
de Plantis et qui sonU situés 1 un peu plus au nord- 
ouest. 

Nous nous mîmes à parcourir un peu au hasard 



— 161 — 

les différentes parcelles. Nous cherchions toujours 
à découvrir soit un pan de mur, soit un fragment de 
poterie qui vînt donner un intérêt plus vif à nos recher- 
ches et fournir un élément plus précis à nos déductions. 
Nous ne trouvâmes ni murailles, ni poteries ; mais les 
briques brisées devenaient de plus en plus abondantes 
et elles se rencontraient sur une étendue considérable. 
Je ne saurais évaluer la superficie du terrain ainsi 
occupé d'une façon plus ou moins complète par ces 
débris, mais il me semble qu'elle ne doit pas être in- 
férieure à deux hectares. 

Imparfaitement renseigné et à demi satisfait, j'aurais 
voulu prolonger mes recherches; mais l'heure s'avançait, 
la nuit était proche, et je reprenais le chemin de la 
Gare lorsque nous rencontrâmes M. Belœil, un des 
propriétaires des terrains récemment plantés en vignes. 
M. Belœil s'intéressa immédiatement à la question 
qui nous occupait et répondit à toutes nos interroga- 
tions avec beaucoup d'empressement et d'intelligence. 
Il nous confirma que M. Leduc, il y a deux ans environ, 
avait trouvé, en plantant sa vigne, des restes de tra- 
vaux en maçonnerie importants. Il ajouta que lui- 
même avait rencontré des murs dans plusieurs endroits. 
Il nous montra même des pierres qu'il avait fait rap- 
porter en quantité assez considérable et dont une partie 
avait été employée à des constructions récentes. Celles 
qui restaient étaient mélangées de briques romaines 
brisées comme celles que nous avions vues sur le terrain. 

M. Belœil, sans expliquer la présence et l'importance 
des restes de construction, disait et répétait que, d'après 
des témoignages très anciens, une abbaye avait existé 
vers le lieu dit le Plantis. Le groupe de bâtiments dont sa 
maison faisait partie, s'appelait, disait-il, la Motte. 

M. Belœil s'offrait de venir avec nous quand nous 
voudrions pour faire au moins des fouilles rudimen- 
taires et nous montrer les vestiges de murs que recou- 
vrait le sol où étaient plantées ses vignes. Il ajoutait 



— 162 - 

qu'un autre propriétaire devait, dans les jours suivants, 
faire des défoncements pour planter de la vigne dans 
un terrain presque contigu au sien. 

Nous promîmes à notre complaisant interlocuteur 
de revenir sitôt que cela nous serait possible. Nous ne 
pûmes pas tenir notre promesse sitôt que nous l'aurions 
voulu. Toutefois, grâce à nos amis dévoués à l'archéo- 
logie, nous fûmes tenu au courant des faits. Malheu- 
reusement, les nouvelles que nous reçûmes ne furent 
pas favorables. Le défoncement effectué mit à jour 
quelques pierres schisteuses de plus, mais il ne révéla 
rien que ce que nous savions déjà. Tout au plus pourrait- 
on dire que là, comme dans les parcelles voisines, il 
existait des ruines permettant de conclure que la cons- 
truction détruite s'étendait jusqu'en ce point. 

Dès que les circonstances nous en donnèrent la faci- 
lité, c'est-à-dire vers le 20 avril, nous reprîmes le che- 
min de fer pour Nort. Nous voulions nous rendre 
compte de la situation relative des points sur lesquels 
avaient été rencontrées les fondations dont on nous 
avait parlé. Nous voulions surtout constater par nous- 
même le mode de construction et le procédé de cimen- 
tation des divers éléments, c'est-à-dire des moellons 
ou des pierres employées. Nous craignions que, s'exa- 
gérant les choses, on eût pris pour des murs impor- 
tants ce qui n'était qu'un ensemble de restes de quelque 
village très ancien, mais très pauvre. Voilà pourquoi, 
à peine arrivé à Nort, nous nous empressâmes d'aller 
trouver M. Belœil pour le prier de nous servir de cicé- 
rone ou de guide. 

Nous le rencontrâmes dans sa vigne, se reposant 
dans une cabane assez élégante, improvisée par lui, 
pour lui servir d'abri contre le vent, la pluie ou le 
soleil, quand il lui prend fantaisie d'aller tailler ses 
plants ou surveiller ses raisins. Bien que le vent fût 
très froid, M. Belœil, avec une complaisance qui ne sait 
pas se démentir, prit lui-même une pelle et se mit en 



— 163 — 

devoir de creuser à l'endroit où il avait découvert 
des fondations. Le sol était dur et rocailleux. M. Belœil 
n'est pas de première jeunesse ; le travail fut long et 
quelque peu pénible; mais enfin, au bout d'une demi- 
heure environ, la pelle rencontra la pierre, la pierre 
en place. Il n'y avait pas de doute possible. 

Toutefois, le mortier n'apparaissait pas encore ; 
M. Belœil bêchait avec une conviction qui était de 
l'assurance. Il avait confiance, car il avait vu déjà. 
Il ne se trompait pas : deux ou trois coups de pelle 
encore et le mortier de chaux et de sable ou le ciment 
apparut. L'opérateur voulait continuer et, de fait, 
mon plus grand désir aurait été de suivre ce mur et 
d'en constater la direction, la largeur et la profondeur. 
Mais abuser de la complaisance et presque des forces 
d'un homme âgé, qui eût été humilié de s'entendre 
offrir une récompense en argent, était impossible. Il 
fallait remettre encore une fois l'expérience. D'ailleurs, 
j'avais acquis la certitude sur un point important. 
La chaux ou le ciment avait été employé à la construc- 
tion dont je constatais l'existence. C'était là un détail 
du plus haut intérêt et plein de conclusions. Les cons- 
tructions de médiocre valeur n'étaient point érigées 
avec de tels moyens. 

Donc, j'étais en présence d'un établissement qui 
avait de l'importance et par conséquent sa place 
dans l'histoire de Nort et de la Bretagne. Qu'importe, 
d'ailleurs, les ruines sont là et quiconque en aura la 
facilité pourra faire les fouilles nécessaires. 

Pendant que nous étions là, nous voulûmes demander 
à M. Belœil tous les renseignements qu'il pouvait 
nous donner. Tout d'abord, il nous montra, dans une 
parcelle située à 60 mètres environ au nord-ouest de 
la sienne et appartenant à M. Leduc, l'endroit où celui- 
ci rencontra, il y a deux ans environ, l'espèce de bloc 
de maçonnerie dont nous avons parlé et qui, d'après ce 
qu'on a raconté, ressemblait à la base d'un énorme pilier. 



— 164 — 

A gauche, c'est-à-dire à l'ouest, mais tout près du 
terrain Belœil, une parcelle appartenant à M me Du- 
chesne où furent trouvés des fragments gallo-romains 
en plus ou moins grande quantité; à l'est, à 80 mètres 
au plus, le terrain de M. Rivière où des débris de cons- 
truction ont été également trouvés. 

Pendant que nous causions, on labourait dans la 
parcelle de M. Rivière. Un jeune homme d'une quinzaine 
d'années se détacha des travailleurs et nous apporta 
trois ou quatre grands fragments de briques romaines 
nouvellement retirés du sol et tout imprégnés d'hu- 
midité. Il nous expliqua que, il y a quelques années, 
dans cet endroit où il était occupé à labourer, on avait 
découvert une excavation de forme allongée dans 
laquelle se trouvait une grande quantité de terre noire 
ou de charbon à l'état pâteux. 

Au sud du terrain de M me Duchesne, à 25 pas au 
sud-ouest du terrain de M. Belœil, se trouve la parcelle 
appartenant à la famille Boudet, dans laquelle on a 
effectué les défoncements, au commencement du mois 
d'avril dernier, et où l'on n'a rien trouvé encore que 
des pierres schisteuses. 

Ces pierres de construction, comme les autres, suivant 
M. Belœil, venaient d'une carrière appelée Carrière de 
Saint-Georges, située au nord-ouest et aujourd'hui 
épuisée. 

Telles sont les constatations que nous avons pu faire ; 
tels sont aussi les renseignements que nous avons pu 
obtenir. Nous essaierons de les compléter, mais nous 
avouons que les moyens et les occasions nous man- 
queront peut-être et, dès ce moment, nous convions 
nos savants collègues qui ont daigné nous accorder 
leur bienveillante attention, à nous prêter leur concours 
et à étudier eux-mêmes sur place les ruines de la Motte 
et de la Pancarte. Nous les invitons à les étudier et à 
donner leur opinion sur cette question peut-être très 
importante, à coup sûr intéressante. 



165 



Quant à nous, nous pourrions hasarder une opinion 
ou des opinions, mais elles ne seraient que d'un faible 
poids et ne sauraient être assises sur des arguments 
solides. 

Et, d'abord, à quoi faut-il attribuer les nombreux 
débris de briques gallo-romaines. 

Etait-ce une villa ? était-ce une ville ? Nous ne sau- 
rions nous prononcer. Pour une villa, la surface occupée 
par les débris nous semble bien étendue, car on trouve 
des fragments depuis les parcelles faisant partie du Plantis 
jusqu'aux Moulins de la Pancarte; et certainement, 
il y a entre ces deux points une distance qui n'est pas 
inférieure à 500 mètres. Je sais bien que les briques 
et autres débris de construction ont été dispersés par 
la culture ; je sais bien aussi qu'il a dû en être trans- 
porté une partie plus ou moins considérable pour 
aider à l'érection des bâtiments postérieurement édi- 
fiés. J'ai moi-même trouvé des fragments de briques 
de grandes dimensions dans une maison bâtie au 
siècle dernier à l'entrecroisement des routes. Le Moulin 
dit de la Motte a pu lui-même être composé en plus 
ou moins grande partie de pierres et de briques appor 
tées du Plantis. Il n'en reste pas moins probable que 
l'ensemble des bâtiments de l'époque gallo-romaine 
devait être important et occuper plus de surface qu'une 
simple villa. 

Toutefois, de là à supposer qu'il existait une ville 
plus ou moins grande au Plantis ou à la Motte, il y a 
loin. Une ville évoque immédiatement la pensée de 
temples et d'édifices publics ou particuliers, de monu- 
ments en un mot dont il nous resterait des vestiges 
que ni le temps ni les hommes n'auraient fait entière- 
ment disparaître. Mais la question nous semble loin 
d'être résolue, dans l'état où sont les recherches. La 
réponse doit être réservée jusqu'à ce que des fouilles 
sérieuses aient été faites. Un point semble pourtant 
hors de doute : c'est qu'il existait à la Pancarte un 



- 16() — 

établissement gallo-romain considérable. Les briques 
romaines en sont un témoignage irrécusable. On dira 
peut-être que La brique à rebords s'est continuée et 
a été employée au moyen âge et bien longtemps après 
la destruction de la civilisation gallo-romaine. Il n'en 
reste pas moins établi que là où l'on trouve la brique 
à rebord, c'est à ceux qui en contestent la provenance 
romaine à prouver son origine barbare. 

D'ailleurs, quoi de plus vraisemblable que de supposer 
ou d'admettre l'existence d'un établissement gallo- 
romain à Nort, surtout à la Pancarte? Le site conve- 
nait admirablement sur ce promontoire qui domine 
deux vallées, celles de l'Erdre et de son affluent de 
la rive gauche, le Montigné, je crois; nom, soit dit en 
passant, qui a une consonnance toute latine. 

En outre, Nort, avons-nous dit, était situé comme il 
l'est encore, au point d'intersection des grandes voies 
qui mettaient en communication la Bretagne et l'Anjou, 
Brest et Angers notamment. Nous croyons avoir vu 
nous-même des pierres plates énormes qu'on retirait 
des banquettes de la route de Redon à Ancenis, entre 
Nort et Ancenis, et qui nous semblent avoir beaucoup 
de rapport avec les dalles qu'employaient les Romains 
à la confection de leurs voies. 

Ajoutons que Nort est situé à une distance peu consi- 
dérable de Blain, et que son territoire touche celui de 
Saffré et de Petit-Mars, localités où les Romains ont 
laissé des traces si manifestes de leur passage et de leur 
établissement. 

Pas de doute donc, semble-t-il, sur la question de 
l'existence d'un établissement gallo-romain à la Motte 
ou à la Pancarte. Cette question est résolue par l'attri 
bution des briques qui, croyons-nous, sont bien gallo 
romaines. 

Mais si ce point est hors de discussion, il en reste 
un autre plus difficile, évidemment, à élucider: c'est 
celui de l'attribution des murs et fondations de murs 



— 167 — 

qui ont été mis au jour ou qui restent enfouis dans 
toute la partie centrale des terrains occupés par les 
briques. Qu'étaient-ce que ces murs ? Qu'étaient-ce 
que ces fondations? 

A première vue, il semblerait très simple de répondre : 
Les murs sont sensiblement à la même place que les 
briques; donc ils ont fait partie des mêmes édifices 
qu'elles, donc ils sont romains. 

La réponse ne nous paraît pas aussi facile que cela. 
Tout d'abord, les murs sont en pierres très frustes, 
peu solides et mal jointes. On ne trouve point de chaux 
ni de ciment dans les couches superficielles du sol. 
La charrue désagrège sans peine les parties qu'elle 
atteint. Or on sait que les Romains choisissaient leurs 
matériaux et ne ménageaient pas la chaux quand ils 
l'avaient à proximité. Ici, la chaux était proche ; ils 
pouvaient la prendre à Mouzeil, ils pouvaient la prendre 
à Saffré, ou à Blain, ou la faire venir par l'Erdre et par 
la Loire, des environs d'Angers. Il n'y a rien ou pas 
grand'chose à conclure d'ailleurs de ce que les restes 
de construction se rencontrent sur le même emplace- 
ment que les briques, même si l'on suppose qu'elles 
n'ont pas fait partie des mêmes édifices. Le plus souvent, 
le moyen âge et aussi les générations d'une époque 
plus récente ont construit sur les ruines des monu- 
ments ou des établissements gallo-romains. 

Encore, si aucune raison ne se présentait à nous de 
croire que d'autres établissements ou monuments que 
ceux de l'époque gallo-romaine ont occupé la colline 
de la Pancarte, nous pourrions nous renfermer dans 
cette première hypothèse, mais il s'en faut qu'il en soit 
ainsi. 

Tout d'abord le nom de la Motte est très significatif 
Il indique avec certitude qu'à cet endroit existait 
un monument de la puissance féodale. La. Motte n'allait 
pas seule et elle accompagnait évidemment un château 
ou un manoir d'une importance incontestable. 



— 168 — 

D'ailleurs, ainsi que M. Maître, notre savant collègue, 
le relate dans sa géographie de la Loire- Inférieure, 
un castrum s'élevait dans le faubourg ou quartier 
Saint-Georges, et Saint-Georges et la Pancarte ne se 
distinguent pas nettement. La Pancarte, la Motte 
ne sont que le sommet de la colline au bas, ou sur le 
penchant de laquelle est situé Saint-Georges. 

Qu'était-ce qu'un castrum ? Un lieu fortifié, ou plu- 
tôt un chàteau-fort, une forteresse pouvant servir 
de refuge et de moyen de défense à un groupement 
d'habitants et d'habitations réunis autour du point 
fortifié. Quelle était l'importance, quelle était la situa- 
tion exacte du Castrum de Saint-Georges ? Evidem- 
ment, nous ne le savons pas au juste; mais tout porte 
à croire qu'il s'élevait au point culminant, ou sur le 
le penchant du coteau de Saint-Georges, c'est-à-dire à 
la Motte ou à la Pancarte. 

A qui faut-il attribuer la construction du Castrum 
de Saint-Georges ? On sait qu'au XII e siècle et dans 
les siècles suivants, les moines de Meilleray reçurent 
des dons en terre considérables et provenant de di- 
verses sources, ce qui permit à l'Abbé de construire 
un manoir qu'il entoura de murailles et de douves ; 
mais il semble avéré que les domaines de l'Abbaye 
de Meilleray en Nort étaient situés aux bords de l'Erdre, 
à une assez grande distance de la ville de Nort. Quiheix, 
actuellement sur le canal de Nantes à Brest, en était 
le centre, et rien ne laisse croire que le coteau de Saint- 
Georges leur ait appartenu. 

Il est au contraire hors de doute qu'à la suite du 
don d'une église fait à l'évêque de Nantes par certains 
habitants de Saint-Georges, un prieuré fut fondé par 
les moines de Noirmoutier. Ce prieuré exista longtemps 
et peut-être occupa-t-il les hauteurs de Saint-Georges. 
Mais est-il permis, sur des données aussi incertaines 
et aussi insuffisantes, de formuler une opinion ? Evidem- 
ment, non. C'est à peine si l'on peut hasarder des hy- 



— 169 - 

pothèses. Un prieuré n'est pas un castrum et il n'est 
même pas d'ordinaire accompagné d'un castrum. 
On parle tantôt d'un château, tantôt d'une abbaye, 
quand on est en présence des ruines de la Motte. 

La question reste donc presque entière. Elle demande, 
pour être résolue, des études sur les textes et des études 
sur le terrain. 

Si donc elle a son intérêt, nous la livrons à tous ceux 
qui la croiront digne de fixer leur attention. Nous leur 
demandons , nous demandons en particulier à nos 
collègues de la Société Archéologique de la com- 
prendre dans leurs recherches et dans leurs études. 
Si, comme nous l'espérons, leur érudition trouve la ré- 
ponse aux questions que nous osons poser, nous en 
serons trop heureux. Notre rôle aura été modeste ; 
qu'importe, si nous avons travaillé et réussi à soule- 
ver un coin du voile qui recouvre le passé ! 

Alcide LEROUX. 



Aveu du Port et Passage de la Chebuette 

A la Seigneurie de Tbouaré 

11 Juin 1567 



Sachent tous que par notre Cour de Thouaré en droit 
ont été présents et personnellement établis devant nous 
Julien Pichon, Pierre Mabille, Julien Trébillard, Fran- 
çois Joly, Léonard Chastelain, demeurant en la paroisse 
de Saint-Julien-de-Concelles, lesquels et ehacun 

après s'être soumis et soumettent par leurs serments 
avec tous et chacun leurs biens meubles et immeubles 
présents et futurs quelconques au pouvoir d'étroite 
juridiction, coercition, seigneurie et obéissance de 
notre Cour, à laquelle ils ont pour eux, leurs hoirs et 
ayants-cause prorogé et prorogent sa juridiction pour y 
être traités, poursuivis et commis comme par leur 
propre barre, cour et juridiction ordinaire et devant 
leur juge compétent, sans en pouvoir décliner ni 
excepter d'aucune manière quelconque quant au con- 
tenu en ces présentes tenir et accomplir. Ont connu et 
confessé par ces présentes, connaissent et confessent et 
avouent être hommes et sujets de haute et puissante 
Claude de la Touche, dame dudit lieu, baronne de 
Couaiffert, dame de Cernusson, Pannecé, Langle, dame 
douairière et usufruitière de Thouaré, et d'icelle dame 
tenir par raison de sa Cour, juridiction et seigneurie de 
Thouaré les choses qui s'ensuivent. Sçavoir est : 

Le Port et Passage appelé le Port à la Chebuette à 
passer et repasser personnes à pied et à cheval à travers 
la rivière de Loyre avec passer marchandises et choses 
accoutumées — passer au dit port, étant situé vis à vis 
du chêne de l'île de Thouaré, appartenant à la dite 



172 — 

dame, ainsi qu'on a coutume d'aborder de chaque côté 
de la dite rivière de Lovre, ainsi que par ci-devant les dits 
bailleurs ont coutume, eux et leurs prédécesseurs, jouir 
du dit port et passage, sous eUie par la dite dame et ses 
prédécesseurs, seigneurs de la dite cour, juridiction et 
seigneurie de Thouaré. - - Lequel port et passage ci- 
dessus déclaré les dits bailleurs et chacun ont connu, 
connaissent et confessent tenir de la dite Dame à raison 
de sa dite juridiction et seigneurie de Thouaré; à la 
charge aux dits bailleurs dessus dits et leurs hoirs, 
d'avoir à fournir de vaisseaux chalands grands et 
petits, bons et compétents pour passer et repasser les 
allants et venants et passants au dit port, sans faire par 
trop tarder de passer les dits allants et passants au dit 
port. 

Outre être tenus et sujets de passer et repasser la dite 
Daine, ses officiers et serviteurs, chaque fois qu'ils vou- 
dront et qu'il leur plaira de passer au dit port, sans en 
avoir ni prendre aucun salaire ni autrement. Par raison 
et par cause duquel port et passage ci-devant déclaré, 
confessent les dits bailleurs par chacun et chacun an 
devoir à la dite dame par chacune fê'e et terme de mi- 
aoûst à la recette ordinaire de la dite Cour, juridiction 
et seigneurie de Thouaré, la somme et nombre de vingt 
sous monnaie de Bretaigne et douze oies, et le tout de 
rente, payables au dit terme, à la dite recette, par un 
seul paiement et sans division, au dit port et des dites 
personnes et biens des dits bailleurs au choix et élec- 
tion de la dite dame, ses receveurs et commis à la dite 
recette de la dite cour de Thouaré. 

Autres choses. Les dits bailleurs ne confessent et ne 
avouent tenir de la dite dame par cause de la dite sei- 
gneurie, cour et juridiction de Thouaré rien, fors ferme 
droit et obéissance que sujets doivent à leur seigneur 
ainsi que le fief et la juridiction le requièrent. 

Outre confessent les dits bailleurs que la dite dame a 
sur sa dite Cour, juridiction et seigneurie de Thouaré 



— 173 — 

justice haute, moyenne et basse, garenne, défensable, 
moulin à détroit, droits de recettes et sergentise, ventes, 
lots, épaves, galloits, succession de bâtards, déshérence 
de ligne et tous autres droits de juridiction appartenant 
à la dite juridiction à la dite dame, ainsi que le fief le 
requiert. 

Et ce présent aveu et écrit baillent les dits bailleurs 
et chacun pour vrai et absolu, et pour icelui présenter à 
la dite cour à messieurs ses officiers et commis, soit 
sur jugement ou dehors, ont les dits bailleurs et chacun 
institué et établi leur procureur eux l'un l'autre et chacun 
d'eux seul et pour le tout, pouvoir d'y avoir demander 
acte et écrit de la relation d'icelui et de faire toutes et 
chacune des choses à ce requises et convenables et tout 
pouvoir joignant quant à ce. 

Et tout ce que dessus ont les dits bailleurs et chacun 
et par tous et chacun sur leurs biens meubles et im- 
meubles, présents et futurs quelconques, ainsi voulu et 
consenti, promis et juré par leur serments tenir, four- 
nir et accomplir sans jamais venir à rencontre en au- 
cune manière quelconque. A quoi ils et chacun d'eux y 
ont renoncé et renoncent et ce de leur appartenance et 
requête, y ont été par nous et le jugement de notre cour 
jugés et condamnés, jugeons et condamnons. Dont té- 
moin le scel établi aux actes et contrats de notre cour 
consenti et octroyé. 

A la Rivière et Bourg de Thouaré, près la maison de 
Pierre Lebreton, le onzième jour de juin l'an mil cinq 
cent soixante sept, et pour ce que les dits bailleurs ont 
dit ne savoir signer ni écrire, ils ont fait signer sur ce 
présent à leur requête Mathurin Bizeul. Sur ce présent 
constaté en rature « leur, du dit port et cour ». Ph. 
Huardier notaire, Bizeui, P. Lebreton. 

(Communiqué par M. Senot de la Londe) 



CONTRAT D'ACQUÊT 



DE LA 



TERRE ET SEIGNEURIE DE THOUARE 

12 AVRIL 1704 



L'an mil sept cent quatre, le donzième jour d'avril.... 
ont comparu : Messire Anne Evrard d'Avaugour, cheva- 
lier, seigneur de Thouaré, la Grignonnière et autres lieux, 
guidon des Gens d'armes d'Anjou, fils aîné, héritier prin- 
cipal et noble de messire Louis d'Avaugour, chevalier, 
seigneur desdits lieux, son père, et de messire Louis 
d'Avaugour, chevalier, seigneur d'Avaugour, son frère 
aîné, religieux profès de la Compagnie de Jésus ; noble et 
discret messire Charles-Auguste d'Avaugour, abbé dudit 
lieu, chanoine de l'église Cathédrale de Nantes ; et 
damoiselle Marie-Anne-Victoire d'Avaugour, leur sœur ; 
faisant et garantissant oultre pour messire Armand 
d'Avaugour, chevalier, lieutenant de vaisseaux du Roy, 
frère puisné desdits seigneurs d'Avaugour, par lesquels 
ils promettent de faire ratifier ces présentes selon leur 
forme et teneur, et de ce en fournir acte valable..., les tous 
majeurs de vingt-cinq ans et héritiers tant dudit seigneur 
d'Avaugour, leur père, que dudit seigneur d'Avaugour, 
leur frère aîné, religieux ; et dame Célestine Bruneau de 
la Rabastelière, veuve dudit seigneur d'Avaugour ; 
ledit seigneur d'Avaugour aîné étant de présent en cette 
ville de Nantes, logé chez la veuve Dubois, Grande-Rue, 
paroisse de Sainte-Croix ; ledit seigneur abbé d'Avaugour 
demeurant en cette ville, Grande-Rue, paroisse de Saint- 
Vincent ; et les dites dames et damoiselle d'Avaugour, 
en la maison conventuelle des Ursulines, paroisse de 
Saint-Clément. 

Soc. Archéol. Nantes. 12 



— 17b" — 

Lesquels dits seigneurs, dame et damoiselle d'Avau- 
gour, en leur nom privé et audit nom et qualité, ont pour 
eux leurs hoirs successeurs et ayant-cause, vendu, cédé, 
quitté, laissé et transporté jouissance paisible et pro- 
priété incommutablë envers et contre tous, quitte de 
toutes dettes, douaire, hypothèques, débats, troubles, 
évictions et autres empêchements généralement quel- 
conques, 

A Messire Joseph Mosnier, seigneur de la Valtière, 
conseiller du Roi, maître ordinaire en sa Chambre des 
Comptes de Bretagne, demeurant en cette ville de Nantes, 
rue de Beau-Soleil, paroisse de Saint-Denis, sur ce présent 
acceptant, acquéreur pour lui et les siens hoirs et succes- 
seurs et ayant-cause à jamais à l'advenir, scavoir est : 

La terre noble et seigneurie de Touaré, consistant en 
chasteau et principal manoir, maisons et logements, 
pressoirs, tonneaux et cuves, celliers, écuries, mesnageries, 
fuye à pigeons, garenne, jardins, quatre estangs bout à 
bout, moulins à eau et à vent avec distroit, moulin à fou-, 
Ion, mestairies, bourderies, terres arables et non arables, 
prés, vignes, isles, taillis, bois émondables et de décora- 
tion, tous droits honorifiques et de prééminence prohi- 
bitifs dans l'église principale de Touaré, dus et apparte- 
nants à seigneur fondateur, droits et pêcheries à nanses 
et à la sine sur la rivière de Loire, depuis l'arche de Gres- 
neau jusques à vis le chesne et vallée d'Aurais, droits de 
pêche dans le mort estier, droits de péage sur la rivière de 
Loire et de port et passage au port de la Chebuette, rolles 
rentiers, hommes et hommages, rachapt, lods et ventes 
et rentes foncières, avec tous droits de haute, moyenne et 
basse justice, droits rescindants et prescisoires, et géné- 
ralement tout ce qui fait et compose ladite terré et sei- 
gneurie de Touaré, circonstances et dépendances et 
annexes sans en rien réserver ny excepter, s'étendant aux 
paroisses de Touaré et Saint-Jullien-de-Concelles et en 
quelques autres paroisses et endroits que les dites choses 
puissent s'étendre au désir de la ferme qui en a été faite 



— 177 — 

aux sieurs François Gabory et Minier, fermiers, sans au- 
cune réservation de ce qu'ils jouissent actuellement audit 
titre de ferme passée devant Alexandre, notaire royal 
à Nantes le vingt-troisième jour de juin mil sept cent. 

Et en la présente vente sont compris les ermoires des 
archives, barres de fer, cables et autres ustensiles essen- 
tiels des moulins, en ce qu'il en appartient audit seigneur, 
dame et damoiselle vendeurs, toutes clouaisons, portes, 
grilles et fenêtres, attachées et non attachées, comme 
aussi le poisson que les fermiers sont tenus de laisser dans 
les estangs au finissement de leur bail 

A la charge du dudit seigneur acquéreur de payer et 
acquitter à l'advenir quitte du passé les rentes seigneu- 
riales et foncières si aucunes sont dues sur les dites 
choses vendues, et de les tenir et relever partie du Roi, 
partie du Seigneur Evêque de Nantes, et partie du sei- 
gneur de la Touche et Aurais, noblement à foy, hommage 
et rachapt ; — et au parsus cette vente et cession faite au 
gré des parties, moyennant et sous la somme de soixante- 
douze mille livres, que ledit seigneur acquéreur paiera 
en l'acquêt desdits seigneur, dame et damoiselle vendeurs 
à écuyer Nicolas Ballet, seigneur de la Chesnardière, con- 
seiller secrétaire du Roi, en sa demeurance à Nantes... 
avant le 14 octobre 1705 



PRISE DE POSSESSION 

DE LA 

TERRE ET SEIGNEURIE DE THOUARÉ 

du 21 Avril 1704 

Pierre Lebreton et René Lepelletier, notaires roïaux 
héréditaires de la Cour de Nantes, résidant en la ville 
dudit Nantes, soubsignés, rapportons nous être ce jour 
vingt-unième avril mil sept cent quatre, à la requête et 



— 178 — 

en compagnie de messire Joseph Mosnier, seigneur de la 
Valtière, conseiller du Roi, maître ordinaire en sa 
Chambre des Comptes de Bretagne, demeurant audit 
Nantes, rue de Beau-Soleil, paroisse de Saint-Denis, 
transportés au Chasteau et paroisse de Thouaré, pour le 
mettre et induire en la réelle et actuelle possession dudit 
château, terre noble et seigneurie de Thouaré, consis- 
tant en château et principal manoir, maison et logement, 
pressoir, ménageries, fuye à pigeons, garenne, jardins, 
estangs, moulins à eau et à vent avec distroit, moulin à 
foulon, métairies, bourderies, terres arables et non 
arables, prés, vignes, isles, taillis, bois émondables et de 
décoration, droits honorifiques et de prééminence prohi- 
bitifs dans l'église paroissiale de Thouaré dus et apparte- 
nant à seigneur fondateur, droits et pêcheries à nances et 
à la sine sur la rivière de Loire, depuis l'arche de Greneau 
jusques à vis le chesne et vallée d'Auray, droits de pêche 
dans le mort étier, droits de péage sur la rivière de Loire, 
et de port et passage au port de la Chebuette, rooles ren- 
tiers, hommes et hommages, droits de rachapt de lods et 
ventes et rentes foncières, avec tous droits de haute, 
moyenne et basse justice, droits rescindants et rescisoirs, 
et généralement tout ce qui compose la dite terre et sei- 
gneurie de Thouaré sans en rien réserver ni excepter, 

s'étendant aux paroisses de Thouaré, Saint- Julien-de- 
Concelles, et en quelques autres paroisses, lieux et en- 
droits que les dites choses puissent s'étendre ; acquises 
par ledit seigneur de la Valtière, de messire Anne Evrard 
d'Avaugour, chevalier, seigneur de Thouaré, guidon des 
Gens d'armes d'Anjou, fils aîné héritier principal et 
noble de messire Louis d'Avaugour, chevalier, son père, 
et de messire Louis d'Avaugour, son frère aîné, religieux 
proies de la Compagnie de Jésus ; noble et discret 
messire Charles-Auguste d'Avaugour, abbé dudit lieu, 
chanoine de l'église Cathédrale de Nantes ; et damoi- 
selle Célestine Bruneau de la Rabastelière, veufve dudit 
seigneur d'Avaugour, défunct 






179 



Et estant entré dans le principal manoir dudit château 
de Thouaré par dessus un pont construit sur un fossé et 
douve qui cernait tant ledit château que jardin, rempli 
d'eau en partie, et avons trouvé la dame Marguerite Pru- 
nier, femme d'honorable homme Léonard Meyer et demoi- 
selle Elizabeth Gabory, fille du sieur François Gabory, 
fermier, auxquelles après avoir déclaré que nous 
entendions mettre et induire ledit seigneur de la Valtière 
en la réelle et actuelle possession desdites choses vendues, 
ont dit n'y avoir à débattre ; et avons ensuite entré dans 
les salles, chambres, anti-chambres, cabinets, greniers, 
cuisine, fuye à pigeons, écuries, ménagerie, logements où 
sont les pressoirs, avec niées, tonneaux et cuves, métai- 
ries, borderies, moulins à eau et à vent et à foulons, et tous 
autres logements dépendants de la dite terre et seigneurie, 
où nous avons ouvert et fermé les portes et fenêtres, bu, 
mangé, fait feu et fumée, et ensuite circuité et cernoyé 
les fossés et douves, jardins, vergers, vignes, terres labou- 
rables et non labourables, prés, pâtis, pâtoureaux, ga- 
rennes, taillis, bois émondables et de décoration, et tous 
autres domaines dépendants de ladite terre et seigneurie, 
fait émotion de terre, cueilli herbes et fleurs, cassé bran- 
ches aux arbres, et en chacun desdits lieux fait tous actes 
possessoires pour bonne et valable possession acquérir ; 

Et étant dans la cour dudit château de Thouaré, ledit 
seigneur de la Valtière nous a fait remarquer et avons vu 
sur la porte d'entrée du vestibule un écusson gravé sur 
pierre, dans lequel il y a pour armoiries « d'argent à la 
bande de gueules chargée de trois croisettes d'or » ; 

Et de là étant allé à l'église paroissiale dudit Thouaré, 
nous y sommes entrés par la chapelle prohibitive et pri- 
vative dudit château, dont ledit seigneur de la Valtière 
nous a ouvert une porte donnant dans le jardin dudit 
château ; et y étant entré, il nous a fait remarquer 
et avons vu sur la pierre de l'autel de ladite chapelle 
un écusson d'armoiries « d'argent à la bande de gueules 
chargée de trois croisettes d'or », qui est le même que 



— 180 — 

celui qui est sur la porte du vestibule dudit château ; 
Avons aussi remarqué dans le vitrail de la dite cha- 
pelle un autre écuss&n partie des armes de la maison 
d'Escoubleau de Sourdis, et de celle d'Avaugour de 
Bretagne. 

Avons aussi remarqué que la dite chapelle a une 
fenestre ouverte sur le grand autel de la dite église parois- 
siale de Thouaré, grillée du côté du chœur et fermant par 
le dedans de la dite chapelle, laquelle fenestre ledit sei- 
gneur de la Vatlière a ouverte et fermée. 

Et ensuite le dit Seigneur nous a ouvert une porte 
fermant par le dedans de la dite chapelle et qui donne 
dans le chœur de la dite église; dans laquelle étant entré 
le dit seigneur de la Valtière a pris de l'eau bénite, fait 
génuflexion devant le grand autel, sonné la cloche, et 
avons déclaré aux personnes y étant que le dit Seigneur 
prenait possession de tous droits honorifiques et de pré- 
minence, tombe, cave et enfeu prohibitifs dans la dite 
église paroissiale de Thouaré, dus et appartenant à sei- 
gneur Patron, fondateur, patron nages, fondations, pré- 
sentations et tous autres droits dépendants et apparte- 
nant à la dite seigneurie. 

Et a le dit Seigneur de la Valtière pris place dans le 
banc du seigneur de la dite église, sittué dans le chœur 
du côté de l'Evangile, lequel banc est à queue et accou- 
doir, et étant dans le chœur de la ditte église, le dit sei- 
gneur nous a fait remarquer et nous avons vu dans le 
grand vitrail du grand autel un écusson d'armoiries qui 
est « d'argent à la bande de gueules chargée de 3 croisettes 
d'or », qui est le même que nous avons déjà remarqué 
tant sur la pierre de l'autel de la chapelle privative 
dudit château que sur la porte du vestibule dudit 
château. 

Et le dit Seigneur nous a fait aussi remarquer et nous 
avons vu une ceinture funèbre tout autour de la dite 
église sur laquelle est peint un écusson d'armoiries qui 



— 181 — 

est « d'argent au chef de gueule », qui sont les armes de 
la maison d'Avaugour. 

Et de là nous étant transportés sur les étangs dépen- 
dant de la dite seigneurie, le dit seigneur de la Valtière 
a fait pêcher dedans et dans la rivière de Loire, depuis 
l'arche Greneau jusques à vis le chêne et vallée d' Aurais, 
et a le dit seigneur déclaré prendre possession du droit 
de péage sur la rivière de Loire, et de port et passage au 
Port de la Chebuette, conformément à son contrat d'ac- 
quisition. 

Et de là nous nous sommes transportés dans la maison 
sise au bourg du dit Thouaré, lieu ordinaire où s'exerce 
la juridiction de la dite seigneurie, où étant le dit sei- 
gneur a pris place dans la chaise où se met ordinairement 
le juge de la juridiction. 

Avons ensuite circuité et cérnoyé les landes et com- 
muns de la dite seigneurie, toutes les maisons, terres et 
bois sur lesquels le dit seigneur, à cause de ses fiefs et 
seigneurie de Thouaré a droit de lods et ventes, et renies, 
rachat et autres droits seigneuriaux, et sur les hommes 
et vassaux haute, moyenne et basse justice, rolles ren- 
tiers et hommages, création d'officiers, confections d'in- 
ventaires, déshérences, épaves et gallois, et tout autre 
ferme droit; 

Et donné à entendre aux sujets et vassaux qu'avons 
trouvés que le dit seigneur de la Valtière prenait pos- 
session dudit château, terres, fiefs et seigneurie de 
Thouaré, et de tous les droits en dépendant et y annexés, 
et qu'ils eussent à le reconnaître pour leur seigneur, lui 
obéir, et payer ses droits seigneuriaux et faire toutes 
Les obéissances et redevances qu'ils doivent et sont 
tenus de faire à la dite seigneurie. 

Et de là nous avons passé dans l'île dépendante de la 
seigneurie de Thouaré, située dans la paroisse de Saint- 
Julien-de-Concelles, où nous avons remué terre, arraché 
herbes et cassé branches, et fait en chacun et tous les 
lieux ci-dessus spécifiés tous autres actes possessoires 



182 



pour acquérir une bonne et valable possession audit 
seigneur, en laquelle l'avons mis et enduit sans trouble, 
opposition, ni empêchements de personne quelconque 
à notre cou naissance. 

Fait et rédigé audit château de Thouaré sous le seing 
dudit seigneur de la Valtière et autres à ce présent, qui 
ont signé avec nous dits notaires : Joseph Mosnier, A. 
Chauvin, Boussinneau, Marguerite Prunier, d'Andigné, 
recteur de Thouaré; Louis Hardy, procureur fiscal, etc., 
etc. 

Ces documents qui jettent un jour curieux sur le cérémonial 
qui accompagna la prise de possession des terres nobles, jusqu'à 
la Révolution, font partie du chartrier du château de Thouaré. 
Ils ont été communiqués à la Société Archéologique par notre 
collègue M. Senot de la Londe, maire de Thouaré, à qui ils 
avaient été obligeamment confiés par M nu ' de Vienne. 







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COUPE de la VALLÉE 

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Construction du sipbon de l'Erdre, 
place des Petits Murs 



Découvertes de poteries romaines 



Rapport du Sous-Ingénieur 

Nantes, le 27 Novembre 1907. 

L'ouverture de la tranchée pour la construction 
du siphon de l'Erdre, place des Petits-Murs, a mis à 
découvert une certaine quantité de fragments de pote- 
ries romaines que nous avons soigneusement recueillis 
et autant que possible réunis par nature d'objet. 

Le principal gite s'est trouvé sous le mur du quai 
rive gauche de l'Erdre, c'est-à-dire à l'emplacement 
de la culée de l'ancien pont des Petits-Murs construit 
en 1808 et démoli en 1828. 

Voici la nomenclature des principaux objets trouvés : 

1° Une statuette brisée, en terre cuite blanche, 
représentant une déesse. Cette statuette a été brisée 
d'un coup de pioche au moment de sa découverte, il 
ne reste que le buste et le socle. 

2° Débris d'un vase de 0,26 de diamètre et 0,15 de 
hauteur avec bas-reliefs représentant une chasse. 

3° Débris d'un vase de 0,16 de diamètre et 0,09 de 
hauteur avec inscription en relief sur la panse et des 
bas-reliefs représentant une chasse. 

4° Débris d'un vase avec bas-reliefs représentant 
une chasse. 

5° Débris d'un vase ne pouvant s'assembler dont 
les bas-reliefs représentent une Vénus et Hercule 
enfant, étranglant des serpents. 

6° Débris d'un vase avec figures allégoriques. 

7° Débris d'un vase avec figures allégoriques. 



— 184 — 

8° Deux assiettes avec inscription. 

9° Différents débris portant des inscriptions. 

10° Deux meules gisantes en lave. 

11° Fragments d'une meule tournante en granit. 

Au point de vue historique de la cité nantaise, il est 
essentiel de préciser la profondeur à laquelle les objets 
ont été trouvés et les couches géologiques où ils se 
trouvaient enfermés. 

Le nivellement général de la ville et les tranchées 
déjà ouvertes pour la construction des égouts nous 
permettent de poser une hypothèse probable de l'état 
des lieux au moment de l'occupation romaine. 

La coupe en travers ci-dessus de la vallée de l'Erdre 
suivant l'axe du siphon simplifiera beaucoup notre 
tâche. Sur cette coupe, nous avons figuré les couches 
géologiques rencontrées. 

Le lit de l'Erdre doit se trouver à l'emplacement 
d'une fracture profonde de rocher : la faille a dû se 
combler progressivement d'argile bleue charriée par 
les eaux de la Loire et qui pouvaient facilement décanter 
en raison du faible courant. 

Au moment de l'occupation romaine, la partie la 
plus profonde de l'Erdre à l'emplacement du siphon 
avait environ 1 m 70 au-dessus du zéro actuel de la 
Bourse ; la rive droite devait être escarpée et atteindre 
une vingtaine de mètres de hauteur. 

Sur la rive gauche, au contraire, la rive devait être 
très peu élevée au-dessus du niveau d'eau. Des marais 
devaient s'étendre jusqu'à la rue Saint-Léonard. C'est 
vraisemblablement suivant le tracé de cette rue ou dans 
son voisinage que fut édifiée l'enceinte romaine, mais 
nous devons ajouter que jusqu'à ce jour nous n'en 
avons pas trouvé de trace dans nos travaux. Sur cette 
rive, le coteau devait ensuite se relever suivant une 
pente douce jusqu'au cours Saint-Pierre. 

Pendant l'occupation romaine, ou au plus tard à 
la décadence romaine, le marais rive gauche a dû être 



— 185 — 

en partie comblé avec des débris de toutes sortes pro- 
venant de la ville et dont une partie a dû même être 
entraînée dans le lit de l'Erdre. La couche d'argile 
bleue déposée pendant les temps préhistoriques fut 
complètement recouverte. 

Au pied de l'escarpement de la rive droite, des tan- 
neries ou industries analogues durent s'établir, car 
sur la couche d'argile bleue formant le fond ancien du 
lit, on a trouvé du tan, des cornes et des piquets d'amar- 
rage. Une pièce romaine en bronze (Constantin) trouvée 
dans le tan était admirablement conservée et avait le 
brillant de l'or, phénomène dû vraisemblablement à 
la présence des gaz ammoniacaux. 

Après l'établissement du pont de la rue des Halles, 
point où se trouvaient les moulins de la Ville, survint 
une modification de régime de l'Erdre : un véritable 
bief fut créé et les moulins devaient fonctionner avec 
la marée. Le séjour de l'eau de Loire fortement chargée 
d'argile amena sur la rive gauche, au-dessus des rem- 
blais anciens, un nouveau dépôt d'argile bleue de 0,30 
à 0,40 d'épaisseur que nous avons repéré sur la coupe 
ci-jointe. Quel a été le laps de temps nécessaire pour 
obtenir cette épaisseur ? nous l'ignorons. Des docu- 
ments de l'histoire de la cité pourraient peut-être le 
donner. 

En 1808 fut bâti le pont dit des Petits-Murs par une 
Compagnie qui avait obtenu le privilège du péage. 
Le pont à deux voies, l'une haute, l'autre basse, s'in- 
clina fortement du côté amont ; en 1828 on dut le 
démolir. Du reste, à cette époque, on construisit les 
quais et les abords de l'Erdre furent modifiés et rem- 
blayés comme on les voit aujourd'hui. De plus, le niveau 
d'étiage de l'Erdre fut remonté d'environ un mètre, 
c'est-à-dire au niveau de la retenue de la Chaussée de 
Barbin. 

Les fragments de poteries, statuettes et les meules 
romaines ont été trouvés au point marqué d'une croix 



— 186 — 

rouge sur la coupe ci-jointe, à une profondeur de 1,20 
environ au-dessous du zéro de la Bourse. Ce fragment 
et autres objets paraissaient enlisés clans la couche 
primitive d'argile bleue. La variété des objets trouvés 
et leur situation font songer à la submersion acciden- 
telle d'une barque à ce point, ou une tranche d'eau 
de 1 m 00 environ devait se maintenir, en supposant 
bien entendu que le niveau d'étiage de la Loire n'ait 
pas varié depuis cette époque. 

Nous proposons de remettre à la Société Archéologique 
les objets énumérés ci-dessus, si toutefois elle les juge 
dignes de figurer dans ses collections. 

L. Primault. 



RECIT DES ÉVÉNEMENTS 

qui se sont passés au Château de Nantes 
dans les derniers mois de 1/89 

Par Etienne-Pierre Le TESS1ER de la POMERJE 

Capitaine au Corps Royal du Génie (1) 
dont on voit ici l'ex-libris 




Le Tessierdei^Pomerie 
Officier au corps du Génie. 

De gueules au mouton passant d'argent, au chef cousu d'azur 
chargé de trois étoiles d'argent. 



(1) Reproduction textuelle de sa relation manuscrite, 
datée de mars 1814 et faisant partie des papiers de famille 
de sa petite-fille, Madame C. d'Achon. 

Etienne-Pierre Le Tessier de la Pomerie, fils d'Etienne- 



— 188 — 

Mon fils, ayant entendu quelquefois parler à ta mère 
de ce que j'ai éprouvé pendant la Révolution, tu me pries 
de te faire le récit de ces principaux événements et parti- 
culièrement de ceux qui me sont personnels. J'y consens 
autant que ma mémoire pourra me les rappeler depuis 
25 ans que commença cette fatale révolution, en 1789. 

Je servais alors en Bretagne, chargé de fortifier les 
côtes et les îles voisines, et résidais au château de Nantes 
où je m'étais rendu par ordre du Ministre, le 1 er mai 1788. 
Cette date n'est pas indifférente comme tu le verras par 
ce qui suit. Quelques jours après mon arrivée dans cette 
place, je reçus une députa tion de Messieurs de la ville de 
Nantes pour me prier de consentir à un empiétement sur 

Pierre Le Tessier, écuyer, sieur de la Bersière, Fourrier ordi- 
naire des Logis du Boy, né à Saint-Calais (Sarthe), le 9 juillet 
1743, Lieutenant en second à l'Ecole de Mézières en 1764, 
reçu Ingénieur le 1 er janvier 1766, Capitaine le 29 septembre 
1775, Chef de bataillon le 18 mai 1793, suspendu de ses 
fonctions le 3 décembre 1793. Il avait été reçu Chevalier de 
Saint-Louis par M r de Goyon en janvier 1791, Lieutenant- 
colonel du génie sous la Bestauration, mort le 17 novembre 
1819 à la Vieillère, commune de Fiée (Sarthe) ; le 24 mai 
1797 il avait épousé à Athenay (Sarthe) Benée-Françoise, 
fille de Jacques-Nicolas Nepveu de Bellefille, ancien Lieute- 
nant de vaisseau, Chevalier de Saint-Louis, dont il eut un 
fils, Félix Le Tessier de la Pomerie pour lequel a été écrit le 
récit des événements qui sont ici rapportés. 

Celui-ci, né à Château-du-Loir, le 1 er avril 1799, mort à 
Meigné-le-Vicomte (M.-et-L.), le 16 août 1853, après avoir 
été admis à la Compagnie des Gardes de la porte du Boy 
(rang de Sous-lieutenant), le 24 août 1814, être passé en 
cette qualité aux Chasseurs de l'Orne le 28 février 1816, 
démisionna le 22 juillet 1826 et épousa, en la chapelle du 
château des Bordes, commune de Pontigné (M.-et-L.), le 
13 janvier 1833, Caroline-Louise Jarret de la Mairie, d'une 
famille de Bretagne, fixée en Anjou et issue des Jarret de la 
Tousselière, paroisse d'Essé, évêché de Bennes, maintenus 
d'ancienne extraction à la réformniation de 1669. 



- 189 — 

la contrescarpe de cette forteresse, à l'effet, dit Monsieur 
le Maire, d'élargir la rue de Prémion qui borde cette 
contrescarpe et de rendre plus facile la communication 
de la ville au faubourg de Richebourg, assez considérable, 
rempli surtout de plusieurs grandes raffineries de sucre. 

Je répondis à ces Messieurs qu'il ne m'appartenait pas 
de décider d'une pareille concession ; mais voulant entrer 
dans leurs vues, je les priai de me donner leur demande 
par écrit avec le plan du terrain qu'ils désiraient obtenir, 
et leur promis de les adresser au Ministre avec les apos- 
tilles les plus favorables, autant que les intérêts du Roi 
n'y seraient point compromis. 

Ces Messieurs, en effet, m'envoyèrent quelques mois 
après leur mémoire et leur plan que j'adressai au Ministre 
avec les observations qu'il était de mon devoir d'y faire. 

Sur la fin de la même année, il y eut en Rretagne, 
comme dans toutes les provinces du Royaume, des assem- 
blées fort orageuses et même sanglantes, pour la nomina- 
tion des députés aux Etats généraux dont l'ouverturs se 
fit solennellement à Versailles le 4 mai 1789. 

Bientôt la prétention du Tiers-Etat, de donner au 
Royaume une constitution par laquelle l'autorité du Roi 
pevait être restreinte et presque anéantie, exaspéra telle- 
ment les esprits que la révolution éclata à Paris, le 14 
Juillet, par la prise de la Bastille dont le gouverneur et 
quelques vétérans de la garnison furent traînés jusque 
sur les marches de l'Hôtel de Ville où ils furent massacrés 
et leurs têtes portées au bout des piques par toutes les 
rues avec des cris de vrais cannibales ; et c'étaient des 
Français, ô mon fils ! 

Cette fureur s'étendit clans tout le Royaume avec la 
rapidité de l'éclair ; il n'y eut aucune province dont on 
eut des relations les plus sinistres ; on ne parlait que 
d'outrages et de meurtres commis contre ceux qui, par 
leur rang ou leur état, étaient naturellement les soutiens 
du Trône : on brûlait les châteaux en ajoutant à ces 
horreurs une équivoque atroce : que la France avait besoin 



— 190 - 

d'être éclairée, mot féroce d'un des premiers meneurs de 
la révolution. 

Je parcours rapidement tous ces faits trop connus 
pour m'étendre davantage sur ceux que tu désires 
connaître plus particulièrement. Je ne dois pourtant pas 
passer sous silence la cruelle catastrophe de M. de Sa- 
vonnières (1), beau-père de ton oncle du même nom, 
qui fut blessé à mort dans l'incursion que fit à Versailles 
le peuple de Paris les 5 et 6 octobre 1789, ayant été 
atteint d'une balle en défendant l'accès das apparte- 
ments ou ces scélérats voulaient pénétrer et où ils péné- 
trèrent à la fin, malgré toute la résistance possible des 
gardes du corps qu'il commandait et dont plusieurs 
furent, comme lui, victimes de leur glorieux dévouement. 
Ces furieux, conduits par les suppôts de la faction d'Or- 
léans, dont les principaux étaient déguisés en femme, 
cherchaient particulièrement la Reine qui s'était heureu- 
sement sauvée quelques instants avant qu'ils entrassent 
dans sa chambre à coucher, où ils trouvèrent son lit 
encore tout chaud, et, désespérés d'avoir manqué leur 
coup, ils vomirent mille imprécations contre Sa Majesté. 

Les choses étaient en cet état, et toutes les autorités 
civiles et militaires désorganisées dans tout le Royaume, 
Messieurs de la vile de Nantes crurent pouvoir profiter 
du désordre général pour s'approprier le terrain qu'ils 
avaient demandé, en sujets soumis, l'année précédente ; 



(1) Timoléon-Madelon-François, marquis de la Savon- 
nière, officier des gardes du corps du Roy, convalescent de 
la blessure qu'il reçut le 5 octobre dernier, est mort d'une 
fluxion de poitrine à Versailles le 9 février. 

Le corps municipal de Versailles, les officiers et gardes- 
nationaux, les officiers et soldats du régiment de Flandre, 
les officiers et soldats des gardes suisses, les officiers et 
chasseurs de Lorraine, et un grand concours d'habitans se 
sont trouvés à ce convoi. 

Mercure de France n° 8, samedi 20 février 1790. 



— 191 — 

en conséquence, dès la fin de ce même mois d'octobre, ils 
commencèrent à faire travailler à la communication 
directe entre la ville et le faubourg dont j'ai parlé plus 
haut. Je leur témoignai par écrit ma surprise sur ce travail 
fait sans autorisation sur le terrain du Roi. Ne recevant 
point de réponse, j'allais à une de leurs séances et leur dis 
que je venais moi-même chercher réponse à la lettre que 
j'avais eu l'honneur de leur écrire. Ces Messieurs essa- 
yèrent de me persuader que ce travail, si utile à la ville et 
au faubourg, ne pouvait nuire au château, que d'ailleurs 
ayant fait leur demande depuis plus d'un an dans les 
formes convenables, et la cour ne s'opposant nulle part 
à ce qui pouvait nuire aux grandes cités, ils s'étaien t 
autorisés à mettre la main à l'œuvre pour la satisfaction 
de tous les citoyens qui désiraient depuis longtemps cette 
communication pour l'avantage du commerce, Je répli- 
quai que leur vues bienfaisantes pour leurs concitoyens 
ne les autorisaient pas à disposer du terrain du Roi et je 
les quittai en les conjurant de retirer leurs ouvriers. 

L'ouvrage fut en effet suspendu pendant quelques 
jours au bout desquels les ouvriers ayant demandé du 
travail furent remis au même atelier. Je réclamai de nou- 
veau contre cette récidive et, faute de réponse, je retour- 
nai encore à une de leurs assemblées ; je leur dis que 
j'avais différé de rendre compte à la cour par déférence et 
par considération, et n'ayant point été satisfait de leur 
réponse, je me vis forcé de protester fermement contre 
leur entreprise comme attentatoire à l'autorité du Roi. 
L'ouvrage continua néanmoins; et un jour que je m'étais 
porté sur les lieux pour l'examiner de plus près, en ren- 
trant au château par la porte du secours dont l'arrivée 
est en contrepente, je me sentis froissé d'une roue d'affût 
qui alla donner dans un des piliers de la porte et le fra- 
cassa rudement, ce qui me fit juger que si cette roue 
m'eût approché de quelques pouces plus près, j'en aurais 
été à coup sûr écrasé. Je n'y pensai plus que comme un 
danger passé et que j'attribuai uniquement a une inno- 

Soc. Archéol. Nantes. 13 



— 192 

cente maladresse ; j'ai su depuis que cette maladresse 
n'étail point aussi innocente que je l'avais pensé. Tu me 
demanderas peut être, mon fils, d'où pouvait venir cette 
roue d'affût, puisque je venais de voir des gens qui ne 
remuaient que de la terre ; mais ces travailleurs étaient 
tout prés d'une esplanade où les canonniers du château 
faisaient leur exercice; je ne t'en dis que cela dans ce 
moment pour ne point interrompre mon récit. 

Continuons donc. L'ouvrage en question fut enfin 
arrêté après plusieurs représentations de ma part à la 
municipalité avec laquelle ma correspondance était deve- 
nue fort active, tellement, qu'il s'était répandu dans la 
ville que j'avais insulté les magistrats jusqu'à les traiter 
de cohue. Ce bruit s'accréditant de plus en plus, je crus 
devoir le désavouer par les papiers publics; mais je ne 
trouvai aucun journaliste qui voulut insérer mon désa- 
veu dans ses feuilles. Je fus obligé de l'écrire moi-même 
et d'en faire faire plusieurs copies à la main que mes amis 
répandirent dans les cafés et dans les spectacles. Ce 
moyen me réussit; mon écrit paru si franc et si vraisem- 
blable que la rumeur se calma. 

Cette tranquilité avait duré environ trois semaines, 
lorsque le 23 décembre, il se présenta chez moi une multi- 
tude d'hommes munis de pelles et de pioches, ayant à 
leur tête un riche raffineur de Richebourg, M. Gaudin, 
en habit de garde nationale, qui me dit que le peuple 
était fort alarmé des poudres qu'on lui avait dénoncées 
être renfermées tant dans mon logement que dans les 
parapets qui l'environnaient et qu'il avait ordre d'en 
faire la recherche, et lui ayant demandé l'exhibition de 
cet ordre, il me répondit qu'il le tenait du Souverain qui 
était là présent et à qui tout devait obéir. Je lui en impo- 
sai pourtant assez pour le faire rétrograder en lui mon- 
trant, en dehors de ma porte, une autre porte qui était 
celle du chemin des rondes que je lui fis ouvrir pour y 
faire passer son monde sans passer par chez moi. Il eût 
bientôt distribué sa troupe le long du rempart en 



193 



commandant de chercher les poudres. C'était le signal de 
la destruction. Quelques moments après, je retournai vers 
lui pour lui représenter l'absurdité qu'il y avait à croire 
qu'il y eut des poudres dans l'épaisseur des murailles; il 
ne me répondit que par des airs menaçants en me récidi- 
vant les ordres du Souverain. Je fus donc obligé de ren- 
trer chez moi d'où je voyais avec une espèce de rage les 
progrès rapides d'un ouvrage destructeur. 

Ne sachant quel parti prendre pour arrêter le désordre, 
je me décidai à informer le Corps de Ville de ce qui se 
passait au château et demandai pour le soir même une 
assemblée à laquelle je me rendrais dès que j'en aurais la 
liberté, c'est-à-dire aussitôt que les malfaiteurs se seraient 
retirés; mais ils ne s'y disposaient guère. On leur appor- 
tait à manger et à boire, principalement de l'eau-de-vie ; 
il fut même question de se précautionner de flambeaux 
pour prolonger l'ouvrage dans la nuit. Heureusement 
qu'un homme sage, qu'on me dit être l'architecte de la 
ville, et qui avait de l'ascendant sur eux, vint leur dire 
que l'ouvrage irait trop lentement pendant la nuit et 
qu'il valait bien mieux revenir le lendemain de bonne 
heure. Ils se retirèrent donc, et moi je me rendis à l'Hôtel 
de Ville où je ne parvins qu'à travers une foule immense. 
J'étais attendu. Je fis le récit des excès de la journée et, 
lorsque je commençai, le S r Gaudin, comme le chef des 
malfaiteurs, qui les animait à la destruction, sortit de la 
foule et prit la parole avec la plus grande audace, s'applau- 
dissant de coopérer à un ouvrage aussi utile à ses con- 
concitoyens et ajoutant qu'il n'y aurait jamais de sûreté 
pour la ville tant que le château subsisterait. Je deman- 
dai aussitôt la répression d'un propos aussi séditieux. Ii 
se porta alors à la plus grande arrogance et entraîna dans 
son opinion plusieurs membres de l'assemblée dont un, 
nommé M. Drouin de Parce, affectant de l'inquiétude 
pour ma sûreté, opina que je fusse retenu dans l'enceinte 
de l'Hôtel de Ville. Je m'élevai contre cette mesure que je 
regardais comme un attentat à ma liberté. Alors M. de 



194 



Kervégan, maire, homme très sage, crut devoir délibérer 
sur cette proposition et me pria de passer dans la chambre 
du Conseil pendant cette délibération, ce que je fis en 
protestant sur la délibération même, et ce ne fut qu'après 
une longue demi-heure que je rentrai dans la salle où le 
Maire m'annonça que j'étais libre de retourner au châ- 
teau. Je répondis que je n'avais pas moins attendu d'une 
assemblée aussi sage. 11 ajouta que l'assemblée avait 
décidé en même temps de demander au Ministre mon 
changement de résidence pour ma tranquillité. Je répli- 
quai que j'écrirais de mon côté, et peu de temps après je 
reçus une lettre de Sa Majesté Louis XVI qu'il faisait 
écrire par son Ministre de la Guerre, M. de la Tour du 
Pin, pour me témoigner sa salis/action de la conduite que 
j'avais tenue à V attaque du château de Nantes par le 
peuple, où j'avais couru un grand danger. Sa Majesté, 
par son extrême bonté, m'autorisait à quitter ma rési- 
dence, dès que je le jugeais nécessaire à ma sûreté, ne 
voulant pas, ajoutait Sa Majesté, que la vie d'un si bon 
et si fidèle serviteur fut plus longtemps exposée. 

C'est cette lettre, si honorable et si touchante, que je 
regrette tant; c'est la perte la plus sensible que j'aie faite 
dans l'incendie de Château-du-Loir où mes meubles, mes 
livres, tableaux et estampes, mes papiers les plus pré- 
cieux, toute ma fortune nobiliaire, furent réduits en 
cendre das la nuit du 16 au 17 mars 1797. 

Ma réponse à cette précédente lettre fut de prier le 
Ministre de mettre ma reconnaissance aux pieds du Roi 
et je lui dis que je pensais qn'il était nécessaire que je 
restasse encore de crainte que ma retraite trop promple 
ne donnât encore plus d'audace à entreprendre contre 
les intérêts de S. M. Je tins donc bon, sans rien braver, 
pensant que ma présence en imposait aux plus audacieux. 
Ce ne fut qu'au mois de mai 1791, c'est-à-dire 17 mois 
après, que j'allai à Rochefort après avoir été fait cheva- 
lier de Saint-Louis au mois de janvier précédent par 



195 



M. de Goyon, commandant dans la province, auquel le 
Roi en donna la commission. (1) 

Copie de la lettre écrite par M. le Ministre de la Guerre 
à M. de la Pomerie, Capitaine du Génie, employé au châ- 
teau de Nantes : (2) 

Paris, 10 janvier, 1790. 

J'ai reçu, Monsieur, la lettre que vous m'aver écrite le 
27 du mois dernier pour me faire bart de la violence qui a 
été exercée à votre égard par une troupe de gens qui se sont 
efforcés de détruire une partie de la fortification du château 
de Nantes ; vous ne pouviez mieux faire que d'en porter les 
plaintes à la municipalité, et le Roi est satisfait de la con- 
duite que vous avez tenue en cette occasion, où vous avez 
en effet couru risque de la vie. Dans cette circonstance, Sa 
Majesté a jugé qu'il était codvenable de vous mettre à por- 
tée de quitter votre résidence jusqu'au 1 er mai, si vous le 
jugez nécessaire à votre santé. Je dois, au surplus, vous pré- 
venir qu'il ne m'est revenu aucune plainte de la Municipa- 
lité pour ce qui vous concerne. 

Je suis, Monsieur, votre très humble et très-obéissant 
serviteur. 

(Signé : La Tour du Pin). 



(1) Archives d'Ille-et-Vilaine (C. 967). 

En 1789. Comptes présentés par M r de la Pomerie pour 
réparer quatre salles du Gouvernement du château de 
Nantes, pour les remettre en beaucoup meilleur état 
qu'elles ne l'étaient lorsque suivant les ordres du Prince 
de Montbarey et du Maréchal de Ségur, ministres de la 
guerre, elles furent cédées à l'artillerie pour y déposer les 
effets du Roi. 

Idem, C. 998 à 1004. 

Dans la liasse 1004 sont les toisés généraux faits par 
MM. Le Tessier de la Pomerie, Capitaine du Génie et le 
Chevalier de Palys, Lieutenant-Colonel du même Corps, 
chargés l'un et l'autre des fortifications de Nantes. 

(2) Archives de Madame C. d'Achon. 



196 



Nous soussigné, chef de bataillon au corps royal du Génie, 
Ingénieur en chef à Nantes et arrondissement, certifions 
L'exactitude de la copie ci-dessus uc la Lettre, écrite le 10 jan- 
vier 17!Mi à Monsieur de la Pomerie par Monsieur de la Tour 
du Pin, Minisire de la Guerre, telle qu'elle se trouve inscrite 
sur le registre de correspondance déposé dans les archives 
du Génie militaire de la place de Nantes 

Cette lettre du Ministre était en réponse à celle par la- 
quelle Monsieur de la Pomerie lui rendait compte des désor- 
dres commis au château de Nantes par une troupe de fac- 
tieux qui voulaient le détruire, ce à quoi ils seraient sans 
doute parvenus sans l'honorable et courageuse opposition 
qu'y mit Monsieur de la Pomerie dont la liberté et la vie 
même furent compromises dans cette circonstance, faits 
qui se trouvent suffisamment constatés par sa correspon- 
dance avec les autorités locales, les généraux, le Ministre de 
la Guerre et le Président de Y Assemblée Nationale. 

Nantes, le 15 avril 1818. 

(Signé : M el Chaigneau). 



Le Colonel de SABREVOIS au château de Nantes 

Une procuration reçue le 10 décembre 1788 par Ber- 
trand et Moricet, notaires à Nantes, constate qu'à cette 
date, Messire Jacques-Henry de Sabrevois, chevalier, 
seigneur des fiefs de la Grand-Maison, Melleray, Orlu 
Bissay (Beauce), chevalier de Saint-Louis, était colonel 
au corps royal du Génie, Directeur du dit corps au dépar- 
tement de Nantes. 

Il n'a pas paru sans intérêt de recueillir quelques dé- 
tails sur ce qui le concernait et les événements auxquels 
il avait pris part pendant son séjour au château de Nan- 
tes. Il est né le 10 décembre 1727 à Trancrainville (Eure- 
et-Loir), il était fils de Jacques-Henri de Sabrevois, 
écuyer, sieur de Villier, Champgirault, et de Marie-Jacline 
Le Grand de la Boulais, veuve de Jean-Baptiste de la 
Grange, brigadier de la l re compagnie des Mousquetaires. 



- 197 — 

Il épousa à Strasbourg Demoiselle Ève-Catherine Hesse 
et mourut à Orléans le 14 novembre 1799. 

Dans une lettre écrite à Versailles le 3 juin 1799, le 
Prince de Montbarrey, Ministre de la Guerre, le qualifie 
chef de brigade au corps royal à Nantes et lui annonce 
que la commission de Lieutenant-colonel lui sera inces- 
samment adressée. On voit par une lettre datée de Paris 
le 1 er juin 1784 que la veille il avait été promu à la dignité 
de Directeur de l'artillerie à Nantes, M. de la Geneste 
passant à la direction de Sedan. Le 11 vendémiaire an V 
(12 septembre 179G), il avait été autorisé par le Direc- 
toire à prendre sa retraite en qualité de Général de bri- 
gade avec une pension de 6.000 livres, réduite provisoi- 
rement à 3.000, pour récompense de 56 ans, cinq mois, 
20 jours de service, y compris 9 campagnes. 

J.-H. de Sabrevois était à Nantes dès avant le 10 sep- 
tembre 1777, date à laquelle le Général de Gribauval (1) 
lui écrit de Bovelles (Somme) : « Les avantages détaillés 
dans votre lettre (2) du 2 de ce mois ne me paraissent 
pas suffisants pour que je propose au Ministre, surtout 
actuellement, l'établissement d'un arsenal à Cosme, 
encore moins d'y fixer tout à l'heure la compagnie de 
Cussy. Elle se trouverait dans l'impossibilité de satisfaire 
à un des principaux objets pour lesquels on l'a fait passer 
à Nantes, qui est d'aller, en cas de besoin, dans les diffé- 
rentes places sur les côtes de l'Océan, dont elle est à por- 
tée, mettre en bon état les affûts et ustensiles reconnus 
pouvoir être réparés ; en cas d'assemblée de troupes sur 
la côte, il faut avoir des ouvriers avec l'équipage. » 

(1) Gribauval (Jules-Baptiste Vaquette de), célèbre 
ingénieur et général d'artillerie, né à Amiens en 1715, mort 
à Paris en 1789. 

(2) Les renseignements recueillis sur le général de Sabre- 
vois et sa correspondance sont extraits des archives de son 
arrière-petit-fils, Henri d'Achon, château de Montrevan, 
Chaumont-sur-Tharonne (Loir-et-Cher). 



— 198 — 

Le même : Paris, 29 décembre 1777. » 

« Je n'ai point connaissance que MM. de Cussy et de 
Mommereuil aient fait a Nantes aucune découverte pour 
du fer ou du bois propres à nos travaux. 

Le même, Paris, 25 février 1778 : 

« On a écrit cà M. de Brancas pour qu'il se procure, si 
c'est possible, l'augmentation d'emplacement demandé 
et même un logement pour vous, et à cet effet on a mar- 
qué à l'ingénieur qui est à Nantes de reconnaître les loge- 
ments occupés par des particuliers qui pourraient conve- 
nir à l'établissement de la compagnie de Cussy. Quant 
aux arbres de la petite place du château, on va se consul- 
ter avec les fortifications pour faire exécuter l'ordre 
qu'on dit avoir été donné de les abattre pour être emplo- 
yés aux travaux. » 

Le même, du camp, près Baycux, 25 septempre 1778 : 

« J'ai vu avec beaucoup de plaisir les plans que vous 
m'adressez de votre établissement au clmteau de Nantes ; 
je verrai, lors de mon retour à Paris, ce qu'il sera possible 
de faire par rapport à l'écurie qui incommode vos ou- 
vriers en bois. » 

M. de. Sabrevois, Chef de Brigade au Corps royal à Nantes. 

A Versailles, le 3 Juin 1779. 

Je vous donne avis, Monsieur, que le Roy vient de 
vous nommer à l'emploi de Sous-Directeur de l'Artillerie 
vacant à Douay par la promotion de M. Dorbay à la 
Direction du même département, vous n'en irès cependant 
pas prendre possession dans ce moment cy, l'intention 
de Sa Majesté est que vous continuiée jusqu'à nouvel 
ordre de diriger les détails de l'Arcenal de construction 
établi à Nantes. 



— 199 — 

Votre Commission de Lieutenant-Colonel vous sera 
incessamment adressée. 

Je suis, Monsieur, votre très humble et très obéissant 
serviteur. 

Prince de MONTBAREY. 

Enregistré au Greffe de la Ville de Douay, le dix janvier 
mil sept cent quatre-vingt-deux, témoin : Bernard. 



A Paris, le 6 Juillet 1782. 

J'ai reçu, mon cher Sabrevois, la lettre par laquelle 
vous offres de construire à l'Arsenal de Nantes, des affûts 
pour la Marine. Je viens de l'adresser au Ministre, en le 
priant de vous marquer directement ce qu'il pense de 
votre proposition. 

Vous connaisses les sentiments d'attachement et d'ami- 
tié avec lesquels je suis, mon cher Sabrevois, votre très 
humble et très obéissant serviteur. 

GRIBEAUVAL. 



M. de Sabrevois. 

A Paris, le 11 Juin 1784. 

J'ai reçu, mon cher Sabrevois, la lettre que vous m'avez 
écrite, avec la copie de celle que vous avés reçue du Ministre, 
relativement au magasin à construire au château de 
Nantes. J'ai vu aussi la réponse que vous avés faite à 
M. le Maréchal de Ségur, par rapport aux reflexions 
faites par les Officiers du Génie, concernant l'usage des 
matériaux provenant de la démolition de la Tour cottée 7. 
Vous devés être atuellement satisfait à cet égard, et je 
présume que la construction du magasin dont il s'agit, 
n'éprouvera plus aucune difficulté. 

Je suis avec amitié, mon cher Sabrevois, votre très 
humble et très obéissant serviteur. 

GRIBEAUVAL. 



— 200 — 

M. de Sabrevois. 

A Bovelles (Somme), le 30 Septembre 1784. 

J'ai reçu, mon cher Sabrevois, les coupes que vous 
m'a ver adressées, de la charpente que vous vous pro- 
poser d'établir sur le magasin que vous faites construire 
au château de Nantes. J'attends incessamment M. le 
C.h cr de Barberin, nous l'examinerons ensemble, et j'aurai 
soin de vous faire part du résultat de cet examen. 

Je suis avec amitié, mon cher Sabrevois, votre très 
humble et très obéissant serviteur. 

GRIBEAUVAL. 

Nantes, 13 Prairial, an IV. 

Au Général de Sabrevois. 
Mon Général, 

J'ai reçu de Chalois 1634 livres en assignats : le pro- 
cureur a dit qu'on ne pouvait les refuser suivant la loi.. . 

Je crois cette malheureuse guerre bientôt terminée ; 
l'on a mis notre malheureuse ville hors d'état de siège. 
Les chouans sont aux abois. Ils rendent les armes de 
toute part. La finance remplace la guerre. Les rescrip- 
tions sont à 90 livres de perte par cent.... Le citoyen 
Chalois à qui j'ai donné une quittance provisoire vous prie 
de lui en envoyer une autre. Il doit vous payer un autre 
terme à la Saint-Jean ; je pense que la monnaie sera un peu 
meilleure ; il ne pourra pas trouver moyen de s'acquitter 
à si bon marché. 

Signé : LE BLANC. 




M. Alfred de VEILLECHEZE 



NECROLOGIE 



M. Alfred de la VEILLECHÈZE 



Messieurs et Chers Collègues, 

Monsieur Alfred de Veillechèze était né le 8 septembre 
1827, au Pallet, où son père, M. René de Veillechèze, exerçait 
la médecine. Les souvenirs laissés par son père dans ce 
petit pays dont il fut maire et conseiller général pendant 
31 ans ne sont pas encore éteints et la croix de la Légion 
d'honneur fut la juste récompense de cette vie toute de 
travail et de sacrifice. 

Après avoir reçu les premières leçons de français et de 
latin de l'abbé Foulon, alors vicaire au Pellerïn, et l'ami in- 
time de notre éminent Président M gl Fournier, Alfred de 
Veillechèze entra au Lycée de Nantes. Reçu bachelier, 
il songea à embrasser la carrière médicale vers laquelle 
le portaient ses goûts et l'exemple de son père; mais, pour 
des raisons personnelles qui font le plus grand honneur 
à son caractère et à son cœur, il renonça à ses projets et 
entra comme surnuméraire dans la Douane, le 2 mars 
1844. Il avait 19 ans. Après un séjour de quelques mois 
à Pont-d'Armes, il fut envoyé au Croisic. C'est là qu'il 
entra en relations avec les vieilles familles croisicaises 
dont il devait parler plus tard dans « Vieux Logis et Vieilles 
Gens ». 

Revenu à Nantes en 1855, il s'y maria, et malgré les 
offres avantageuses d'avancement qui lui furent faites, 
il voulut rester près des siens. En 1881, il prit sa retraite 
après 30 années de bons et de loyaux services. 

Ceux qui l'ont connu alors vous diront ce qu'il a été 
pendant sa carrière administrative. D'un caractère facile, 
généreux et bon, s'oubliant lui-même pour être utile aux 
autres, d'une délicatesse extrême, il savait égayer ses 
collègues par ses bons mots, ses chansons, frappés au 
coin du meilleur esprit. Quelques-uns de ses anciens 



— 202 

camarades possèdent de lui des lettres qui méritent 
d'être publiées. 

Entré dans notre Société en 1887, il s'était fait une place 
à part par ses études très documentées sur des personnalités 
intéressantes mais peu connues delà Vendée militaire. M me de 
Buckley, M mo de la Rochefoucauld. Dans ses mémoires, 
écrits d'une plume alerte et spirituelle, il aimait encore à 
décrire les vieux monuments encore debouts dans le pays 
où il était né ou dans celui où il avait fait ses premières 
armes. Les chapelles du Mûrier, du Crucifix, de Saint- 
Goustan au Croisic, de Bethléem en Saint- Jean-de-Boi- 
seau, d'Indre, etc. 

Esprit très orné et causeur érudit et charmant, il s'était 
acquis de vives et solides sympathies. « On appréciait, ainsi 
« que l'écrivait le lendemain de sa mort un de nos collè- 
« gues qui désire garder l'anonyme et auquel j'emprunte 
« plusieurs passages de celte notice nécrologique, en cet 
« aimable vieillard, presque notre doyen, le savoir uni à 
« la modestie et à la bonté.. D'une courtoisie d'un autre 
« âge, il avait gardé du passé celle distinction d'allure et 
« cette aménité de manières qui se traduisaient par l'ac- 
te cueil et le mot gracieux pour chacun. » 

Il assistait encore, le mardi 10 mars 1908, à notre der- 
nière réunion où il se faisait une joie de présenter un de ses 
vieux amis, M. Leroux, dont il devait lire le travail sur le 
Château d' Heinleix-Rohan, canton de Saint-Nazaire. 

La mort est venu soudainement le frapper le lendemain. 
Son excessive modestie n'a pas voulu que sur sa tombe je 
prenne la parole pour dire les regrets de tous et le vide 
immense que laissera au sein de notre Société sa disparition 
si brusque et si inattendue. 

De notre comité il fut longtemps et toujours le guide 
éclairé et le conseiller écouté. Aussi est-ce avec une émotion 
sincère qu'au nom de vous tous, mes chers collègues, je 
salue sa chère mémoire. 

A. Dortel, 

Président. 



NOTICE NECROLOGIQUE 



SC H 



M. de LAUBRIERE 

Membre titulaire de la Société Archéologique de la Loire-Inférieure 



Louis-Marie-Désiré Briant de Laubrière naquit à Brest, 
Le 1 er septembre 1816 ; son père, commandant d'artillerie, 
étant devenu veuf après quelques années de mariage, fut 
obligé de le mettre interne successivement dans les collèges 
de Lorient et de Quimper, où il fit detrès bonnes études, et 
l'envoya à Paris pour passer son baccalauréat. Une fois 
établi dans la capitale, il fit son droit et parut un moment 
se diriger du côté de la carrière administrative. Il entra 
comme surnuméraire au Ministère de l'Intérieur sans s'y 
attacher. La vie mondaine, si pleine de succès pour lui, entraî- 
nait le jeune homme, ami des arts, bon musicien et aimable 
causeur ; cependant les bibliothèques et les archives ne lui 
faisaient pas peur. Il eut l'occasion d'y pénétrer pour se ren- 
seigner sur ses ancêtres ; son esprit curieux y trouva tant de 
choses nouvelles et attachantes qu'il y revint fréquemment 
pour compulser tout ce que les anciens généalogistes officiels 
avaient amassé de titres sur les familles bretonnes. Ses 
amis le voyant si abondamment documenté l'engagèrent à 
publier un armoriai de Bretagne qui parut en 1844 et qui, 
encore aujourd'hui, est recherché des collectionneurs. 

M. de Laubrière s'aperçut bien vite que son livre était un 
essai susceptible de longs développements et qu'il ne pouvait 
contenter ses compatriotes sans continuer son enquête. 
Il interrogea les érudits et entreprit des recherches jusqu'à 
Nantes, dans le fonds de la Chambre des Comptes, où il ren- 
contra, à défaut de montres et de cahiers de réformation de 
la Noblesse, des registres de réformation de feux qui lui 
donnèrent des listes de noms inattendues, remontant au 
xv e siècle. M. de la Borderie, présent, fut lui-même surpris 
de la trouvaille. 



— 204 — 

Encourage par ce succès, notre confrère continua de ras- 
sembler des notes dans les collections de Paris, pour publier 
une seconde édition de son armoriai considérablement aug- 
mentée. Il allait commencer, lorsque son ami, M. Pol de 
Courcy, avec lequel il était en correspondance fréquente, 
lui écrivit qu'il avait le désir de publier un armoriai breton. 
Avec le plus rare désintéressement, M. de Laubrière aban- 
donna son projet, donna toutes ses notes à son ami et 
consentit à lui servir de correspondant à Paris pour 
l'éclairer sur tous les points douteux. La correspondance 
qui lui échangée à ce propos est conservée en grande 
partie, elle témoigne que, de 18-15 à 1854, notre confrère 
n'a cessé de collaborer à la publication de son ami, sans 
autre ambition que de doter son pays d'un bon répertoire. 
11 aurait pu légitimement réclamer une place sur la couver- 
ture du livre, il se contenta d'une phrase de remerciements 
dans l'introduction. On ne pouvait être plus modeste. 

M. de Laubrière était, en effet, un ennemi du bruit et de 
la réclame ; il aimait la Science et l'Art pour les jouissances 
intimes que ces deux muses procurent. Je pourrais aussi 
m'étendre longuement sur son amour pour les livres, les 
curiosités littéraires et les belles reliures, car il aimait à se 
délasser en visitant les rayons de sa bibliothèque dans 
laquelle on compta un moment jusqu'à 20.000 volumes. 

La science même, sous des apparences austères, excitait 
sa curiosité et le captivait jusqu'à ce qu'il connut tous ses 
secrets. Le hasard le mit un jour en présence d'une poche de 
fossiles variés et, de suite, il voulut les classer. En peu de 
temps, il devint un ami fervent de la géologie et de la 
conchyologie, deux sciences qui l'absorbèrent pendant 
vingt-cinq ans et dont il propagea le goût autour de lui, tant 
son ardeur était communicative. Ses explorations avaient 
lieu dans le bassin de Paris. 

Malgré les charmes nombreux qui le retinrent une partie de 
sa vie sur la terre champenoise, il conservait au fond du cœur 
l'amour de la patrie bretonne. Nantes l'attirait. Il s'y fixa 
et s'empressa de se faire inscrire au nombre des membres 
de la Société archéologique, au temps de la présidence de 
M. de la Nicollière. Sa santé ne lui permettait pas d'assister 
à toutes nos séances, mais il suivait avec attention nos tra- 



— 205 — 

vaux et lisait assiduement nos bulletins. Plus d'une fois, 
on le vit courir avec son allure jeune et gaie jusqu'aux 
archives pour y prendre une note qui manquait à la généa- 
logie de sa famille. Les siens ne l'ont jamais vu inoccupé. 
Quand il ne soignait pas les fleurs de son jardin, il travaillait 
à la reliure de ses livres ou écoutait une lecture qu'une affec- 
tion filiale lui réservait pour sa récréation, ou bien encore 
il classait ses innombrables cartes postales. Même au bord 
de la mer, il trouvait moyen d'augmenter ses collections de 
silex taillés par ses propres recherches, à l'âge de 90 ans. 
Aucune existence n'a été mieux remplie et plus honorable- 
ment conduite. 

Saluons donc avec vénération cette belle vie qui est venue 
s'éteindre parmi nous en nous laissant l'exemple d'un atta- 
chement peu commun au culte de la science et le spectacle 
d'une fin embellie par les espérances chrétiennes. 

Nos sympathies iront consoler, je l'espère, les deux ?mes 
brisées qu'il a laissées dans la plus profonde douleur. 

Léon Maître. 



J£<xX^- 



Nantes, Imprimerie A. Dugas & O, 5, quai Cassard. 



BULLETIN 



DE LA 



SOCIÉTÉ ARCHÉOLOGIQUE 

DE NANTES 

ET DU DÉPARTEMENT DE LA LOIRE-INFÉRIEURE 



Année 1908 



TOME QUARANTE-NEUVIÈME 



2 e Semestre 




NANTES 



BUREAUX DE LA SOCIÉTÉ ARCHEOLOGIQUE 



1909 



\ 



BUREAU 



DE LA 



SOCIÉTÉ ARCHÉOLOGIQUE DE NANTES 

ET DE LA LOIRE-INFÉRIEURE 



MM. Alcide DORTEL, 0. I. Q 
Alcide LEROUX 
le baron Gaétan de WISMES 

Docteur Georges HALGAN 
Joseph NAU 

Joseph ANGOT 
Joseph HOUDET 

Edouard PIED, 0. I. fg 

Raymond POUVREAU 

Paul SOULLARD 

Victor LAGRÉE, 0. & 



Président. 
Vice-présidents. 

Secrétaires généraux. 

Secrétaires du Comité. 

Trésorier. 
Trésorier-adjoint. 

Bibliothécaires- 
archivistes. 



COMITE CENTRAT 
MEMBRES A VIE 

Anciens Présidents (1) 

MM. le marquis de BREMOND d'ARS MIGRÉ,* (1884-1886 et 1899-1901). 
Léon MAITRE, 0. 1. (1902-1904); le baron de WISMES (1905-1907). 

MEMBRES ÉLUS 

MM. CHAILLOU, 0. I. Q 
SEN0T de LA L0NDE 
Claude de M0NTI de REZÉ 
CAILLÉ 

Ludovic C0RMERAIS 
le chanoine DURVILLE, 0. A. % 
le comte de BERTHOU 
BLANCHARD, 0. I. ÇJ 
TRÉMANT 

(1) Les autres présidents de la Société ont été : MM. Nau (1845-1862). 
f 4 juillet 1865; — le vicomte Sioch'an de Kersahiec (1863-1868), 
f 28 novembre 1897: — le chanoine Cahour, 0. A. Q (1869-I87i). 
f7 septembre 1901; — l'intendant Galles, 0. * (1872-1874), fil 
août 1891 ; — Mariûnneau, *, 0. 1. Q (1875-1877), f 13 septembre 1896; 
— le baron de Wismes (1878-1880), f 5 janvier 1887, — le vicomte de 
la Laurencie. & (1881-1883); - Le Meignen, 0. A. tji (1887-1889 
et 1896-1898), f 22 septembre 1905; — le marquis de Dion. & 
(1890-1892), f 26 avril 1901; — de la Nicollière-Teueiro. 0. A. Q 
(1891-1895), f 17 juin 1900. 



i 



Sortants en 1908. 



Sortants en 1909. 



Sortants en 1910. 



EXTRAITS 

Des procès-verbaux des Séances 



-*<*SUlsaK>- 



r 9 



SOCIETE ARCHEOLOGIQUE 

DE LA LOIRE-INFÉRIEURE 

Manoir de la. Touche 



SEANCE DU MARDI 13 OCTOBRE 1908 

Présidence de M. Dortel, président. 

Etaient présents : M. l'abbé Brault, MM. Bastard, 
Caille, Dortel, Furret, D r Halgan, Commandant 
Lagrêe . Leroux, Maître, Ouvrard , Pouvreau, 
Renard, Ringeval, Soullard, Trémant, Vincent, 
Baron de Wismes, Baron Gaétan de Wismes. 

M. le Président exhibe un plan en couleur de la ville de 
Nantes, extrait vraisemblablement d'un atlas anglais. Ce 
document présente quelques inexactitudes de détails, 
mais est intéressant par son relief et son coloris. 

Jacques Forestier et les débuts de V insurrection en 1793 
à la Gaubretière. Tel est le titre du travail dû à la plume 
de M. Paul Legrand et offert par l'auteur à notre Société. 

Forestier, né à la Pommeraye,organisa, après lesrevers 
des Vendéens sur la Loire, les bandes de chouans qui 
devaient tenir tête à Hoche. Il était lieuteannt de Georges 
Cadoudal quand la pacification de la Vendée l'exila à 
Londres. 

Soc. Archéol., Nantes. C 



— XLVIII — 

M. Marcel Racineux, présenté par M. l'abbé Brault 
et M. Joseph Angot, est agréé comme membre titulaire 
et conquiert l'unanimité des suffrages. 

Le baron Gaétan de Wismes rapporte qu'il prit part 
aux travaux du Congrès de l'Association bretonne, tenu 
cet été à Fougères. Cette vieille cité bretonne, curieuse à 
plus d'un titre, a conservé en grande partie ses fortifica- 
tions du xv e siècle. Le château, datant dans son ensemble 
du xii e siècle, est unedes plus belles ruines féodales de la 
Bretagne. Il a perdu son donjon, rasé en 1630, mais il est 
encore garni de treize tours d'imposant aspect. 

Le Congrès organisa une excursion au Mont-St-Michel, 
à laquelle le baron Gaétan de Vismes participa. 

Grâce à l'aimable entremise de M. Lefas, député de 
de Fougères, les congressistes purent visiter les fouilles 
récemment faites au célèbre mont. La légende rapportait 
que saint Aubert, évêque d'Avranches, dédia à saint 
Michel une chapelle qu'il avait fait creuser dans le granit 
du mont Tumba. Une grande marée, engloutissant la 
forêt de Scissey, qui l'entourait, fit une île de ce mont, 
désormais connu sous le nom de mont Saint-Michel ou 
Saint-Michel au péril de la mer. C'est cette chapelle, 
longue de dix mètres et large de six, que de récentes 
fouilles ont mise à découvert. Un mur démoli a permis 
de trouver le dortoir des moines du xi e siècle. L'archi- 
tecte a également dégagé des bases d'arcades, fait d'une 
réelle importance, car il permet d'attribuer à la fameuse 
tapisserie de la reine Mathilde, sur laquelle ces arcades 
figurent, l'importance d'un document, 

M. Paul Eudel, qui a souvent consacré à notre contrée 
d'importants travaux, offre à la Société d'archéologie les 
prémices de ses Notes sur Nantes en 1792. Il s'appuie sur 
un de ces petits livres d' Etrennes Nantaises, comme il s'en 
publia pendant longtemps au début de chaque année, 
qui, après avoir passé en revue les gouvernements des 
principaux états de l'Europe, donnait toutes les indica- 
tions nécessaires sur les noms et adresses des différents 



— XLIX — 

fonctionnaires, industriels, commerçants, avocats et 
médecins de notre département. L'œuvre de M. Eudel, 
d'une riche documentatin, est d'un réel intérêt. 

M. Léon Delattre, amené, par les nécessités de son ser- 
vice, à compulser les archives de la mairie de St-Herhlain, 
a détaché des registres de cette commune quelques pièces 
qu'il accompagne de commentaires. Ces documents se 
rapportent à la période comprise entre 1631 et 1793. 
Les importantes épidémies de dyssenterie qui, vers 1760, 
désolèrent notre région, y sont relatées ; elles étaient 
très meurtrières. 

Les difficultés qui survinrent en 1791 à St-Herblain, 
de par la présence d'un curé assermenté, y sont particu- 
lièrement mentionnées. 

M. le Président parle de M. de Laubrière , 
récemment décédé, qui fut un des membres les plus tra- 
vailleurs de la Société, et lève la séance à 6 heures. 



SÉANCE DU 3 NOVEMBRE 1908 

Présidence de M. Dortel, Président. 

Etaient présents : MM. Angot, Bastard, R. Blan- 
chard, l'abbé Brault, de Bréveden, Caillé, Chaillou, 
Charron, l'abbé Doré-Graslin, Dortel, l'abbé Gres- 
lier, delà Jousselandière, le commandant Lagrée, 
Alcide Leroux, Léon Maître, J. Nau, D r Plantard, 

POUVREAU, RACINEUX, RlNGEVAL, SENOT DELA LoNDE, 

Soullard, Trémant, Trochon de Lorrière, Antoine 
Vincent, le baron de Wismes , le baron Gaétan de 
Wismes. 

Le procès-verbal de la dernière séance est lu et adopté. 

Le Président donne lecture d'un vœu rédigé par le 
comité La Pomme, demandant que des mesures d'urgence 



— L — 

soient prises pour protéger et conserver le très important 
monument qu'est le mont Saint-Michel. 

M. Bernede-Sachs, présenté par le commandant 
Lagrée et M. Pouvreau, est agréé à l'unanimié comme 
membre titulaire. M. Louis Pinel, présenté par MM. 
Bastard et Pouvreau, est admis comme membre 
correspondant. 

La nomination d'un trésorior, inscrite à l'ordre du 
jour, est remise à une date ultérieure. 

M. le Président dépose sur le bureau de la Société 
les travaux de M. Coutil : « Inventaires des monnaies 
gauloises ». 

« Haches, marteaux et pics avec perforation centrale, 
trouvés en Normandie. 

« Monuments mégalitiques de la Normandie. 

« Epoque gauloise en Normandie. 

« Œnochvë et bassine en bronze trouvées dans un tumu- 
lus des environs de Besançon. » 

Une brochure de M. l'abbé Durville sur quelques lettres 
d'Anne de Bretagne. 

Une brochure sur la prise du château et les événements 
de juillet 1789 à Nantes pendant la Révolution, de 
M. Delattre. 

Les Annales de la Marine Nantaise, des origines à 1830, 
par M. Paul Legrand. 

M. le Président fait ensuite circuler une vieille 
affiche assez curieuse, une convocation de Louis XV à 
M. Bouchet du Plessis, Trésorier de France et des finances 
de 1760. 

M. Soullard donne un spécimen du « Journal breton », 
document très rare. 

Ce journal, probablement le premier publié à Nantes, 
était imprimé chez Wattar, place du Pilori. 

M. l'abbé Brault a eu la bonne fortune de visiter l'an- 
cienne chapelle Saint-Laurent, église paroissiale qui 
était située au bout de l'impasse du même nom, près des 



— LI — 

remparts. Détruite pendant la Révolution, il en reste 
encore quelques vestiges, entre autres la grande porte, 
un pilier, une fenêtre. 

M. Blanchard a retrouvé dans l'emplacement de l'an- 
cienne église Sainte-Radegonde, un.écusson représentant 
les armes de la famille de Cornulier. 

M. le Président estime que toutes ces découvertes mé- 
ritent une visite de la Société qui pourrait, en outre, voir 
le cloître des Carmes. Il en est ainsi décidé, et la visite 
est fixée au jeudi 5 novembre, à une heure. 

M. Dortel, en l'absence de l'auteur, continue la lecture 
de l'ouvrage très documenté de M. Paul Eudel. 

M. Léon Maître met la Société au courant d'une étude 
pleine d'intérêt sur les prééminences de l'église Saint- 
Philbert et cite, entre autres, des inscriptions très curieu- 
ses au point de vue archéologique. 

La séance est levée à 6 h. 1/4. 

Le Secrétaire, 

J. NAU. 



SEANCE DU MARDI i« DÉCEMBRE 1908 
Présidence de M. Dortel, Président 

Etaient présents : MM. Angot, Bastard, abbéBRAULT, 
Caillé, Cazautet, Chaillou, Crouan , Delattre, 
Dortel, chanoine Durville, Furret, Gourdon, D r 
Halgan, de Hargues, commandant Lagrée, D r de 
Lastours, Leroux, Maître, Pineau-Chaillou, capi- 
taine du Plessix, Pouvreau , Renard, Renaud, 
Ringeval, Senot de la Londe, Soullard, Trêmant, 
baron de Wismes, baron Gaétan de Wismes. 

M. Riondel s'était excusé. 

M. Rochery, présenté par MM. Dortel et Paul Soul- 
lard, est élu membre titulaire. 



— LU — 

Il a été procédé ensuite à l'élection de trois membres 
sortants du Comité : MM. Chaillou, Senot de la Londe et 
Claude de Monti de Rezé obtiennent la presque unani- 
mité des suffrages. 

M. le Président .rappelle les qualités aimables qui 
faisaient du trésorier de la Société, M. Pied, le collègue 
sympatbique à tous. M. Riondel est élu trésorier de la 
Société archéologique. 

Le D r de Lastoirs exhibe, ie sceau de la commanderie 
de Nantes, portant la date 1780, et le sceau particulier 
de M. de Cumont. 

La parole est ensuite donnée au capitaine du Plessix, 
qui rapporte qu'on lui a signalé aux environs de Sarzeau 
(Morbihan), un polissoir d'une haute antiquité. Cette 
pierre, de grandes dimensions, présente les trois rainures 
caractéristiques et une cuvette destinée à contenir le 
sable mêlé à l'eau. Cette trouvaille a fait l'objet d'une 
communication à la Société polymathique du Morbihan. 

Sous l'habile direction de M. Cawadias, éphore général 
des antiquités helléniques, dit le baron Gaétan deWismes, 
d'importantes fouilles ont mis à jour, dans l'île de Cépha- 
lonie, plusieurs centaines de tombes de l'époque mycé- 
nienne. Ces sépultures, non profanées, étaient dans un 
état, parfait de conservation. Cette découverte contri- 
buera à dissiper les points encore obscurs de la civilisation 
préhomérique, que les travaux si connus de Schliemann 
ont fait connaître. 

La Société archéologique avait décidé de faire l'échange 
des sept derniers numéros de son Bulletin contre les sept 
premiers numéros du Bulletin de la Société de Quimper. 
Le baron Gaétan de Yismes dit tout l'intérêt que pré- 
sentent ces fascicules. Les vieilles églises du Finistère y 
sont, sous la signature du chanoine Peyron, l'objet 
d'études approfondies. Des coutumes, aux lointaines 
origines, évoquent l'âme religieuse de cette contrée bre- 
tonne. Naïves, touchantes et pieusement transmises, 



— lui — 

elles sont, pour ainsi dire, codifiées en ce recueil archéo- 
logique. 

M. le chanoine Peyron a eu, il y a quelques années, 
l'heureuse idée de recueillir à Quimper, en un véritable 
musée, tous les objets religieux pouvant présenter un 
caractère artistique. On ne saurait trop le féliciter de cette 
initiative, qui sauvegarde ces précieux souvenirs des spé- 
culations du brocantage. 

En une causerie très documentée, M. le Chanoine Dur- 
ville fait la description du quartier Saint-Pierre tel qu'il 
existait il y a deux siècles, et parle en particulier des 
demeures qui s'élevaient dans la pénombre de notre 
vieille Cathédrale. Le quartier compris entre les places 
du Moutiers et des Jacobins était une véritable propriété 
ecclésiastique. Près de la Cathédrale, on pouvait voir 
encore, à la fin du xvin e siècle, la maison du Chapitre, 
l'Archidiaconé de la Mée, la trésorerie, la chantrerie, la 
cure Saint-Jean, enfin l'église Saint-Laurent. La paroisse 
Saint-Laurent s'étendait jusqu'à la rue des Carmélites. 
Des fouilles récemment opérées, sous les auspices de la 
Société, ont permis de déterminer les dimensions de ce 
sanctuaire et d'en découvrir les fondations. 

M. le Président annonce le don fait à la Société, par 
M. Pierre Dubois, d'un travail sur la Famille maternelle 
de Victor Hugo, et lève la séance à 6 h. 1/2. 

Le Secrétaire général, 
D' HALGAN. 



MÉMOIRES 



NANTES EN 1792 



PREAMBULE 



Mon ami Alexandre Perthuis n'était pas un collec- 
tionneur égoïste ; il aurait volontiers inscrit sur les 
pièces rares qu'il possédait Y et amicorum du biblio- 
phile Grolier. « Tiens ! me dit-il un jour, j'ai vu 
votre nom sur les Étrennes Nantaises de 1793 ; il y avait 
un Eudel dans les douanes ; je vous rechercherai le 
petit bouquin. » L'excellent homme fit mieux que 
trouver le livre, il l'offrit à ma curiosité ardente, et 
prenant à peine le temps de le remercier, mes yeux 
cherchèrent, sur son indication, la page 113, pour me 
voir confirmer ce que je savais déjà, qu'un de mes ancêtres 
était, en 1793, inspecteur fédéral delarégie des douanes 
à Nantes. 



Les Etrennes 
Nantaises 



Puis je regardai le petit volume, bien fait pour 
réjouir l'œil d'un amateur. Il était en maroquin rouge, 
un peu terni par l'usage. C'était l'œuvre, assez gauche, 
d'un relieur de province. Des filets de dentelle dorée 
encadraient les plats de la couverture. Au centre et des 
deux côtés, un médaillon de forme ovale reproduisait 
naïvement la prise de la Bastille ; du sommet de la for- 
teresse aux tours percées et crénelées, la garnison se 
défendait en échangeant des coups de fusil avec un 
flot d'assaillants massés sur un pont. Au premier plan, 
près d'une pile de boulets, des Gardes-Françaises, pacti- 
sant avec l'émeute, mettaient le feu à un canon, tandis 
qu'accourait la foule des héros, qu'on a appelés 
hyperboliquement « les vainqueurs de la Bastille », 

A la loupe, on distinguait encore des flocons de 
fumée, des drapeaux déployés, des barils de poudre, et 

Soc. Archéol. Nantes. H 



Aspect 
extérieur 



— 208 — 

le contraste était amusant entre les personnages figés 
dans leurs attitudes et le mouvement de l'assaut dont 
l'artiste avait voulu donner l'idée. 

Un papier à fleurs, où la dorure éclatait encore 
par places, était collé sur les gardes et complétait l'as- 
pect extérieur du livre, qui avait dû faire les délices 
d'un bon patriote du temps. 

Le texte L e contenu répondait-il au contenant ? C'est ce 

que je vais essayer de vous dire. Je ne vous promets pas 
d'être bref. Ces Étrennes qui, selon l'usage des almanachs, 
durent être préparées dans le cours de l'année 1792 
et étaient publiées à la fin du mois de novembre de cette 
année, et peuvent me servir à tracer un tableau de Nantes 
à l'époque révolutionnaire. Que les âmes sensibles se 
rassurent d'ailleurs, il ne sera question ni de la guil- 
lotine du Bouffay, ni des noyades de la Loire, ni des 
horribles fusillades de Gigant. Les Étrennes sont pour 
1793, et non de 1793, quoique portant, au titre, le millé- 
sime de l'année terrible. Elles s'arrêtent au moment 
précis où, les élections ayant eu lieu pour la Convention 
Nationale, les députés ont accompli ce grand acte, la 
proclamation de la République (22 septembre 1792). 
Elles ont malgré tout, pour ainsi parler, un pied dans 
l'ancien régime, un pied dans le nouveau, et témoignent 
de tendances libérales, avec un vieux fond de convic- 
tions monarchiques et catholiques; ce sont des Etrennes 
en habit d'arlequin. 

Le titre \\ est piquant de reproduire leur titre, encadré, 

comme la reliure, de petits filets et de mailles de 
chaînes. Etrennes Nantaises Ecclésiastiques, Civiles et 
Nautiques pour l'année commune 1793, calculées pour le 
méridien de Nantes. A Nantes, chez Veuve Despilly, 
imprimeur-libraire, Haute-Grande-Rue, près celle du 
Soleil, n° 46. Première année de la République Française. 
Sans nous arrêter à ce qu'il y a de naïvement bizarre 



— 209 — 

dans la juxtaposition des trois adjectifs : « ecclésias- 
tiques, civiles, nautiques », nous apprenons que le méri- 
dien de Nantes faisait alors autorité, que le numérotage 
des rues y était établi (il ne l'a été à Paris qu'en 1792) 
et que la rue Beau-Soleil d'aujourd'hui s'appelait rue 
du Soleil. 



Poursuivons. Un petit avis, qui nous guette au verso 
du titre, ne manque pas de saveur. La veuve Despilly 
prie les personnes « qui prennent part à ces étrennes et 
qui s'intéressent à leur perfection », de lui envoyer leurs 
instructions, observations et changement de demeure 
dans la première quinzaine de novembre. Elle ne s'en 
tient pas là; après une réclame pour sa maison, où l'on 
trouve un assortiment de livres en tout genre, français 
et étrangers, tous les papiers-nouvelles (sic), gazettes et 
journaux, des papiers de toutes grandeurs de France et 
de Hollande, de l'encre, des plumes, de la cire, des pains 
à cacheter et tout ce qui concerne les cabinets (nous 
dirions aujourd'hui, pour éviter l'équivoque, les fourni- 
tures de bureau), elle annonce qu'elle tient l'huile de 
sperme de baleine noire et blanche, pour les souliers et 
les bottes. C'est une huile extraordinaire qui conservait 
le cuir dans sa souplesse, ayant l'avantage de ne point 
tacher, affirmant sa supériorité sur les cirages présents 
et à venir. On ne s'attendait point tout de même à ren- 
contrer un produit de ce genre et si bizarrement dé- 
nommé chez la veuve Despilly, pourvue d'une imprimerie 
assez complète pour exécuter tous les ouvrages qu'on 
voudra bien lui confier et se faisant fort que l'activité 
et la correction qu'elle apportera aux impressions lui 
mériteront la confiance du public. Continuant le com- 
merce de feu son mari, qui avait transformé, en 1782, les 
Etrennes Nantaises, de Verger et Vatar, en Etrennes ecclé- 
siastiques, civiles et nautiques, la veuve Despilly, fort 
experte en affaires, voulait avoir, comme on dit, plu- 
sieurs cordes à son arc. Le mélange d'huile de sperme 



Spécialités de la 
veuve Despilly. 



de l'Almaiiach. 



- 210 — 

de baleine et d'encre d'imprimerie est assez peu banal, 
on l'avouera; il aurait réjoui les mânes des vieux poètes 
savetiers, fabricants de pièces et rapetasseurs de rimes, 
dont la race s'est continuée de nos jours. 

Il ne faut pas de place perdue au bas de la page où 
s'étale l'avis-réclame; une petite note nous avertit qu'il 
y aura quatre éclipses en 1793; deux seront visibles à 
Nantes : une, de lune, le 25 février, une, de soleil, le 5 sep- 
tembre. A cette dernière date s'étaient produits des évé- 
nements que l'astronome du cru ne pouvait guère prévoir: 
Carrier terrorisait Nantes, rien d'étonnant à ce que le 
soleil se cachât. 

Les divisions rj n (( Abrégé chronologique sur la division des âges 

du monde » occupe la page 3; il devait se répéter dans 
tous les almanachs de l'époque; il est imbu de cette idée 
très chrétienne que « comme la semaine se divise en 
7 jours, tous les temps aussi, depuis la création jusqu'à 
présent, se divisent en 7 âges. » Le septième âge com- 
mence à la naissance du divin sauveur (une expression 
qui dut déplaire aux jacobins nantais, habitués du club 
de Vincent la Montagne). 

Les Etrennes Nantaises, en dépit des concessions 
qu'elles doivent faire à l'esprit nouveau, sont d'ailleurs 
d'une orthodoxie parfaite. Leurs rédacteurs semblent 
ne pas avoir oublié qu'un poète du xvi e siècle recom- 
mandait à l'admiration publique la catholique Nantes. 
Voici le « comput ecclésiastique » avec ses termes mys- 
térieux :C ycle Lunaire, Cycle Solaire, Épacte, Indiction 
romaine, Lettre dominicale. Voilà le relevé des fêtes 
mobiles, avec la minutieuse indication des Quatre-Temps, 
Une note nous avertit du dimanche précédant ou 
suivant la fête du patron où cette fête doit être célé- 
brée. 

Notons en passant que le système planétaire différait 
en 1792 de ce qu'il est aujourd'hui : on comptait sept 
planètes au lieu de huit, et encore y comprenait-on le 



— 211 — 

soleil. Les 12 signes du zodiaque étaient septentrionaux 
et méridionaux. Aucune observation sur le calendrier 
purement grégorien et de rite français, sans aucun 
mélange de sa'nts bretons, sans aucune appellation végé- 
tale ou animale. La Convention, au surplus, venait à 
peine de décréter l'adoption du calendrier républicain 
de Fabre d'Eglantine et de décider que l'année com- 
mencerait le 22 septembre. 

N'insistons pas sur la Table des jours lunaires et de la 
déclinaison du soleil, qui remplit quatre pages de chiffres. 
Il est plus intéressant de savoir quelle est l'heure de la 
pleine mer dans les ports de Bretagne à la nouvelle et à 
la pleine lune. Les Etrennes nous l'apprennent avec une 
précision parfaite et nous donnent en même temps la 
liste de ces ports. Près de Brest, de Lorient, du Croisic, 
de « Belle-Isle, près Vannes », de Saint-Malo, figurent 
dans un ordre un peu arbitraire, qui se justifie par le 
classement méthodique des heures de marée, Audierne, 
le Baz (pointe du Baz) le Conquet, le passage du Four, 
le Port-Louis, Concarneau, St-Paul (et non St-Pol) de 
Léon, Port-Blanc, La Boche-Bernard, Cancale. A Nantes 
même, la table du cours des marées est prise au quai de 
la Construction, le quai des Constructions actuel. Cette 
question des marées a une grande importance dans un 
port. J'ai eu sous les yeux d'anciennes vues du port de 
Nantes, prise de la Cale aux oranges. Le capitaine du 
port résidait dans une maison dite encore « Bureau du 
port », au-dessus de laquelle un grand pavillon flottait; 
il commandait la manœuvre aux navires qui entraient 
dans le port et leur donnait des ordres avec son porte- 
voix. Une connaissance approfondie de son métier lui 
était indispensable; mais il ne devait pas négliger les 
renseignements usuels que lui fournissaient les Etrennes. 

Avant de me servir du petit livre pour reconstituer un 
tableau de Nantes sous la Bépublique, je ne puis passer 
sous silence le chapitre qui s'intitule : Idée générale abré- 
gée des états de V Europe avec les naissances des rois, 



— 212 — 

princes et princesses. C'est un vrai petit Gotha, d'une naï- 
veté qui a son prix. 

Les Etats de Dans ce défilé de monarchies, la France républicaine 

l huiopeeiiljJ- ouvre la marche. Un premier paragraphe nous annonce 
qu'érigée en République le 21 septembre 1792, elle con- 
tient 3.000 lieues et qu'on compte près de 28 millions 
d'habitants répartis « pour l'état ecclésiastique » en 
évéchés et paroisses et « pour le civil » en 83 départe- 
ments et 546 districts. L'historien improvisé' considère 
Pharamond comme le premier des 66 rois des trois 
races : ce n'est pas la théorie nouvelle, car, d'après 
certains éru dits, il n'aurait jamais existé. 

Il nous apprend que Paris, qui a six lieues de tour, 
contient près d'un million d'habitants et forme, à lui seul, 
un département. Il indique la division des pouvoirs en 
pouvoir législatif, pouvoir exécutif, pouvoir judiciaire, 
et donne exactement les attributions, le fonctionnement, 
de chacun de ces pouvoirs, mais il ajoute, ce que les 
citoyens de la troisième République n'apprendront pas 
sans un mouvement d'envie, que la justice est rendue 
gratuitement et que les juges sont à la nomination du 
peuple. 

Républicain en France, l'annualiste semble royaliste 
ailleurs; au moins, nomme-t-il,avec une minutieuse com- 
plaisance, les princes et princesses de tous les pays de 
l'Europe, y compris ceux des électorats d'Allemagne et 
des petits États de l'Italie. Notons comme particularités, 
que l'Italie proprement dite consiste dans les Etats de 
l'Eglise ; que la Prusse a pour capitale Kônigsberg et 
pour roi l'électeur de Rrandebourg; que Rruxelles est 
la capitale des Pays-Bas Autrichiens; que la Pologne 
est un royaume tout comme la Sardaigne; que l'île de 
Malte appartient à Marie-des-Neiges Emmanuel de 
Rohan de Poulduc, grand maître de l'ordre; que la Hol- 
lande obéit à un stathouder, Venise à un doge, Lucques 
à un gonfalonier, Raguse à un' recteur; Saint-Marin, 



— 213 — 

petit état enclavé dans le duché d'Urbin, et son gouver- 
neur sont sous la protection du Pape. Cette géographie 
politique nous paraît aujourd'hui du domaine de la 
pure fantaisie; nous avons peine à nous figurer qu'elle 
ait été, en 1792, de l'histoire contemporaine. 

LE CLERGÉ 

Ce n'est pas en vain que les Etrennes Nantaises sont Les Évêchés de 
« ecclésiastiques » avant même d'être « civiles », avant France. 

surtout d'être « nautiques ». La question religieuse y 
tient une très grande place. Si l'on a dit de la vieille 
France qu'elle avait le catholicisme dans le sang, n'est-ce 
pas en Bretagne, à Nantes surtout, ville cléricale par 
excellence, qu'il était aisé de s'en convaincre? 

Précédant les nouvelles religieuses locales, un tableau 
des « évêchés et métropoles de France » est curieux à 
consulter. Neuf églises métropolitaines et les mêmes 
qu'aujourd'hui, à la réserve de Tours qui ne fut érigé 
que plus tard en archevêché. Etait-ce modestie, d'ail- 
leurs, et les évêques constitutionnels ou nommés par 
la Constitution Civile du Clergé voulaient-ils qu'on leur 
appliquât le dicton des premiers âges de la chrétienté : 

Crosse de bois, 
Evêque d'or? 

Ils s'imposaient l'égalité; on ne voit pas qu'aucun 
d'entre eux ait brigué la dignité archiépiscopale, encore 
moins la pourpre cardinalice. Les métropolitains de 
Rouen, de Reims, de Paris étaient de simples évêques, 
comme ceux d'Oléron ou de Saint-Flour. Notons, en 
passant, que beaucoup d'évêchés ne siégèrent pas au 
chef-lieu du département. Saint-Maixent, dans les Deux- 
Sèvres, Saint-Omer, dans le Pas-de-Calais, Sedan, dans 
les Ardennes, Viviers, dans l'Ardèche, étaient les rési- 
dences des évêques constitutionnels Mercadier, Porion, 
Philbert et Desavine. Seul des départements français, 



— 214 — 

celui du Mont-Blanc, d'annexion récente, n'avait pas 
encore de pasteur. La plupart de ces hauts dignitaires 
improvisés, même Gobet, l'évêque de Paris, étaient des 
inconnus; une exception, au moins, doit être faite pour 
l'évêque de Blois, Grégoire, auteur d'opuscules nombreux 
sur la bibliographie, l'émancipation des nègres et les 
arbres de la liberté, grand parleur qui ne perdait aucune 
occasion de placer un discours, beaucoup mieux à sa 
place, en somme, dans une assemblée que dans une 
église. 

Sauf Le Coz, celui de Rennes, et Audren, celui de 
Vannes, qui eut une fin tragique, les six évêques bretons 
firent assez peu parler de leurs personnes et de leurs 
actes. Qui se souvient de Jacob, de Lemasle, d'Expilly, 
(peut-être un parent de l'éditeur des Etrennes) ? Le moins 
ardent à se mettre en avant n'était pas l'évêque de 
Nantes, Minée. 

Leveque consti- Julien Minée venait de Paris; il était dans le commerce 

utionnel Minée. ayant d ' entrer dans les ordres. Simple prêtre, il s'était 
fait remarquer dans les clubs par une exaltation républi- 
caine qui le recommanda aux organisateurs de la cons- 
titution civile du clergé. Il fut sacré évêque, le 10 avril 
1791, sans apparat, à Notre-Dame de Paris. On le nomma 
d'emblée à Nantes, où il fit son entrée le 15 avril 1791. 
La municipalité le reçut solennellement et le compli- 
menta à son arrivée à l'Eperonnière le 15 avril 1791, le 
vendredi de la Passion. A la Cathédrale le Te Deum 
traditionnel fut supprimé. On a prétendu qu'il fut rem- 
placé par l'air : 

Où peut-on être mieux qu'au sein de sa famille ? 

Le 18 avr'1 on l'accueillait avec enthousiasme au club 
des Cordeliers de la ville. Le 1 er mai, son installation 
dans l'église cathédrale donnait lieu à des réjouissances. 
La garde nationale et les clubs l'invitaient à un banquet. 
Le maire Daniel de Kervegan, qui était delà fête, portait 



— 215 — 

un toast chaleureux « au digne prélat qui ne veut pas 
séparer les devoirs du prêtre de ceux du citoyen ». 
L'évêque répondit par une improvisation brillante cou- 
verte d'applaudissements. 

Le 27 août, sur la place de la Liberté, (ex-place 
Lou ; s XVI), fut planté un peuplier de 70 pieds de haut, 
comme arbre de la liberté des Récollets. Des discours 
enflammés furent prononcés à cette occasion par 
l'évêque Minée et par François-Sébastien Letourneux, 
né en 1752, à Saint-Julien-de-Concelles, procureur géné- 
ral depuis 1790 et syndic du département, homme 
intègre et convaincu, qui s'était, dès le début, rallié 
aux idées nouvelles. 

Bref, l'évêque co istitut'onnel, dont les écrits du 
temps relatent l'activité et le zèle patriotique, prési- 
dait depuis dix-huit mois aux destinées de l'Église de 
Nantes « sous l'invocation de Saint-Pierre » quand les 
Etrennes parurent. 

Les vicaires épiscopaux (on dit aujourd'hui vicaires Les grands 

généraux ou grands vicaires) étaient nombreux; on n'en 
comptait pas moins de douze, sans parler des trois ano- 
nymes non encore installés. Ils devaient se confondre 
avec les chanoines capitulaires. Les quatre premiers 
désignés avaient des fonctions qui les rapprochaient 
de l'évêque, car ils habitaient rue Cerutti (aujourd'hui 
rue de l'Evêché). Ils s'appelaient Soulastre, Binot, 
Chesneau et Darbefeuille. Ces quatre noms sont à 
retenir, le premier surtout, Soulastre, qui ne devait 
pas être Nantais d'origine, mais qui avait été bénédictin 
du couvent de Vertou, joua un rôle des plus honorables 
au moment de la destruction partielle delà Cathédrale, 
accomplie en cette même année 1792. Par suite d'une 
mauvaise interprétation des ordres du Comité de Salut 
Public, qui prescrivait l'abolition de tous les signes exté- 
rieurs du pouvoir monarchique, et non pas des emblèmes 
religieux, les exécuteurs des basses œuvres du nouveau 



vicaires. 
Soulastre. 



- 216 — 

Gouvernement envahirent l'antique édifice. Des groupes 
sacrés qui ornaient les portiques furent brisés. On démolit 
les autels, on viola des tombes, on mutila des œuvres 
d'art, on fondit les cloches de bronze pour en faire des 
canons. Les commissaires du district donnaient une ap- 
parence légale à cette profanation. L'un d'eux était 
le trop fameux Goullin, créole d'origine, qui devint le 
séide de Carrier et cachait, sous des manières cauteleuses, 
un sans-culottisme déjà avéré. Les agents de l'autorité 
en voulaient surtout aux objets précieux, aux vases d'or 
et d'argent conservés dans le trésor de la Cathédrale; 
ils ne se bornèrent pas à un inventaire, ils se saisirent 
de vases et aussi de reliquaires d'un grand prix. On 
ignore quel fut, dans ces circonstances critiques, le rôle 
de l'évêque Minée. Mais son grand vicaire Soulastre se 
trouvait à point nommé dans la sacristie, en compagnie 
de Pierre-Nicolas Fournier, ancien carme défroqué, 
inspecteur-voyer de la ville de Nantes. 

Ces deux hommes courageux disputèrent quelques 
épaves au vandalisme révolutionnaire; ils mirent en 
lieu sûr les reliques des saints, brutalement extraites des 
vases sacrés qui les contenaient; mais tous les témoins 
moururent sans révéler l'endroit de cette cachette. Ils ne 
purent, malheureusement, empêcher que l'on ne vendît 
publiquement les objets ayant appartenu au culte. Les 
biens du clergé devenaient biens de la nation, non sans 
enrichir ceux qui en trafiquaient. 

Un autre souvenir, et des plus honorables, s'attache 
à Soulastre. En sa qualité de premier vicaire épiscopal, 
il bénit, le 23 février 1792, sur la place de la Fédération, 
(ci-devant place Louis XVI), le drapeau des volontaires 
nationaux, brodé par les dames patriotes, et célébra 
ensuite la messe, entouré du clergé, sur l'autel de la 
patrie, adossé à la colonne de la Liberté. La garde natio- 
nale était rangée en bataille sur les cours; les corps admi- 
nistratifs avaient leurs sièges près de la bastille de Pallois, 
élevée sur un socle devant l'autel. M. Josmet, lieutenant- 



— 217 — 



colonel, remit la bannière au porte-drapeau, et remercia 
les citoyennes au nom du bataillon. 

Que faisait donc l'évêque Minée pour se faire remplacer 
dans cette circonstance solennelle? Sa grandeur l'atta- 
chait-elle au rivage ou pérorait-il dans quelque club? 

Sous l'ancien régime, Nantes comptait, en dehors de 
la paroisse cathédrale « sous l'invocation de Saint- 
Pierre », au moins douze paroisses. Celles de Saint- 
Laurent, Saint-Saturnin, Saint-Vincent, Sainte-Rade- 
gonde, Saint-Denis, Saint-Léonard, furent supprimées 
à l'établissement de la constitution civile du clergé. 
Il ne subsista que les sept paroisses aujourd'hui exis- 
tantes de Sainte-Croix, Saint-Nicolas, Saint-Similien, 
Saint-Clément, Saint-Donatien, Notre-Dame, Saint- 
Jacques. Cette division nouvelle, qui tenait compte des 
distances entre les égl : ses et du nombre des habitants de 
chaque paroisse (Saint-Laurent et Saint- Vincent étaient 
autrefois voisins de la Cathédrale) fut ratifiée par le Con- 
cordat. 

Il y avait, en plus des églises paroissiales, 7 chapelles 
acolytes et 33 chapelles de communauté, dont celle des 
Carmes, vendue nationalement le 17 février 1792, et qui 
renfermait le tombeau ducal, œuvre de Michel Colombe, 
que Mathurin Crucy sut préserver de la destruction. 

Il est très curieux de remarquer, en passant, les divi- 
sions de Vétat ecclésiastique, modelées sur les divisions 
administratives de l'époque. Le district de Nantes com- 
prenait la ville, dont j'ai indiqué les subdivisions, et la 
campagne avec les cantons de Bouaye, de Bouguenais, 
de Saint-Sébastien, de Thouaré, de Nort, delà Chapelle- 
sur-Erdre et de Chantenay. Il y avait dans le départe- 
ment huit autres districts : ceux de Châteaubriant, d'An- 
cenis, de Blain, de Savenai (sic) de Guérande, de Clisson, 
de Machecoul, de Paimbœuf. La campagne de Nantes et 
le district de Paimbœuf avaient seuls leurs curés au com- 



Paroisses de la 
Ville. 



Paroisses 
rurales. 



— 218 — 

plet. Partout ailleurs, surtout dans les districts de Clis- 
son, de Machecoul, de Blain, le recrutement des prêtres 
constitutionnels semble avoir été difficile; beaucoup 
de paroisses manquaient de pasteurs. Les cantons de 
Rougé et de Soudan en Châteaubriant, le canton très 
important de Guemené-Penfao, en Blain, celui de 
Cambon, en Savenay, celui de la Limouzinière, en Mache- 
coul, n'avaient pu remplacer un seul de leurs curés non 
assermentés. Ceux-ci étaient pourtant l'objet de véri- 
tables persécutions ; poursuivis par la vindicte jacobine, 
ils avaient trouvé, le 5 juin de cette année 1792, un asile 
provisoire dans la maison de retraite dite de Saint- 
Clément. 

L organisation L e Conseil épiscopal — apprenons-nous par une note 

cultuelle. ^s Etrennes --se compose de l'évêque, des seize vicaires 

de la cathédrale et des quatre vicaires supérieurs et direc- 
teurs du séminaire. Un vicaire supérieur, trois vicaires 
directeurs administraient, en effet, le séminaire du dépar- 
tement, alors situé rue Pigalle, ancienne rue des Ursu- 
lines, ou des Ursules comme on disait alors. Là encore, 
il y avait du tirage pour remplacer l'ancien état de 
choses. Latour aîné et Latour le jeune — deux frères, 
sans doute — avaient été nommés, l'un vicaire supérieur, 
l'autre premier vicaire directeur; les deux autres vicaires 
restaient à trouver. 

Le séminaire des Prêtres Irlandais, fondé l'an 1690 à la 
Fosse, avait pour supérieur O'Byrn, docteur en Sorbonne. 
Je ne sais si cet ecclésiastique avait été, en raison de sa 
qualité d'étranger, astreint au serment constitutionnel. 
Le séminaire des Prêtres Irlandais disparut bientôt, 
d'ailleurs, pour ne laisser à Nantes d'autre trace de son 
histoire qu'une rue mal famée, la rue des Irlandais, qui 
s'est fondue avec sa voisine, la rue des Catheri nettes, 
dans le musée Dobrée. 

Les questions religieuses surexcitaient au plus haut 
point l'opinion dans une ville qui demeurait, malgré les 



— 219 — 

événements, très attachée à ses croyances. On se passion- 
nait pour ou contre les prêtres assermentés, les jureurs, 
comme le peuple les appelait ironiquement. Le 23 juil- 
let 1792 (toujours en l'année qui nous occupe) le tribunal 
criminel de la Loire-Inférieure condamna à un an de 
prison une femme Joseph Moriceau, née Mathurine 
Martin, qui s'était fait passer pour un prêtre déguisé en 
femme, dans le but de jeter le discrédit sur les prêtres 
assermentés et d'empêcher les personnes décidées d'aller 
à leur messe. Cette femme audacieuse avait l'idée, au 
moins originale, de tuer la Religion nouvelle par le ridi- 
cule. 

LES HOSPICES 



Ce n'est pas sans motif que les Etrennes Nantaises 
placent tout de suite après Y Etat ecclésiastique l'Admi- 
nistration des hôpitaux de la ville. Les trois hôpitaux 
de Nantes, qui relevaient du clergé sous l'ancien régime, 
avaient toujours pour président électif de leur Conseil 
d'Administration l'évêque Minée. En dehors des aumô- 
niers attachés à chacun d'eux, ils comptaient aussi des 
ecclésiastiques. Le Soulastre, désigné comme adminis- 
trateur et même commissaire municipal, m'a tout l'air 
de ne faire qu'un avec le vicaire général; il habite, comme 
son sosie, rue Cerutti. Quant à Barré, ministre, qui 
demeure isle Feydeau, ce doit être un ministre... protes- 
tant. 

Les administrateurs des trois hôpitaux se réunissent en 
bureau général une fois tous les quinze jours ; leurs assem- 
blées particulières, qui se tiennent trois fois par semaine, 
sont mandées pour 4 heures du soir, de façon à permettre, 
sans doute, aux membres qui sont dans les affaires d'y 
assister, besogne faite. Ils ont un secrétaire-greffier com- 
mun, le sieur Fougeu, qui siège en permanence à l'Hôtel- 
Dieu. 



Hôpitaux 
religieux. 



Cet Hôtel-Dieu, dit Hôpital pour les malades, fondé et L'Hôpital. 



220 



établi par lettres patentes du roi Charles IX, en 1569, 
s'élevait à peu près sur l'emplacement de l'hospice actuel. 
Il comptait parmi ses administrateurs plusieurs des 
notables habitants de la ville, Fleury, demeurant à la 
Fosse, rue des Trois-Barils (cette ruelle, aujourd'hui 
suspecte, avait-elle alors meilleur renom ?), Chan- 
ceaulme, Duparcq, qui résidait « à Chezine ». Morel, 
Darbefeuille et Barré — un au Ire que le ministre — 
étaient commissaires municipaux. Le trésorier s'appe- 
lait Carié, un nom qui allait devenir fâcheusement célè- 
bre, mais que la différence d'orthographe ne permet pas 
d'identifier avec celui du terrible proconsul, d'ailleurs 
originaire du Cantal; notre Carié nantais tenait absolu- 
ment à ne pas être confondu avec un neveu, car à la suite 
de son nom, il faisait mettre entre parenthèses le mot 
oncle. Puis il y avait les médecins: Laënnec, chef d'une 
dynastie illustre, père derinventeurdel'auscultation,qui 
naquit en 1781, et Blain, auquel Levot a consacré, dans 
la Biographie bretonne, cinq colonnes, dont j'extrais 
quelques renseignements : François-Pierre Blin, né à 
Rennes en 1756, reçu docteur à Montpellier, vint à 
Nantes en 1783; député de Nantes en 1789, il fut l'un 
des fondateurs, à Paris, du Club Breton, devenu Société 
des Jacobins ; très exalté, puis plus modéré ; à la 
séparation de la Constituante, il revint exercer à 
Nantes, où il eut, sous l'Empire, la plus belle clientèle. 
A la Restauration, il s'afficha comme royaliste ardent 
et catholique pratiquant, ce qui fut reconnu faux. Quand 
on lui reprochait ses palinodies, il répondait en riant 
qu'il méritait d'être pendu. Médecin habile, il était, en 
outre, lettré érudit et polyglotte. Il mourut à Chantenay, 
près de Nantes, en 1834. Baqua(szc), d'origine espagnole, 
et dont la famille n'a pas cessé d'être honorablement 
représentée à Nantes, avait le titre de premier et Defray 
de second chirurgien. Le pharmacien et apothicaire — 
ô Molière ! — se nommait Ectot, parent, sans doute, de 
M. Hectot, fort connu à Nantes dans la première 



— 221 — 

moitié du dix-neuvième siècle; l'économe était Artaud. 
A noter que ces derniers personnages, même les chi- 
rurgiens Bacqua et Defray, étaient logés à l'Hôtel-Dieu, 
ainsi que la Supérieure, qui répond, sans autre qualifi- 
catif, au nom de Perrin. C'était vraisemblablement une 
religieuse; était-elle déjà laïcisée? 



Les ruines de l'Hôpital général, dit Sanitat, existaient 
encore dans mon enfance; mais on l'avait désaffecté, 
tous les services ayant été transportés au nouvel Hôpital 
Saint- Jacques. Il était presque aussi ancien que l'Hôtel- 
Dieu; sa fondation, par lettres patentes du même souve- 
rain, remontait à 1572. Il était destiné aux veillards et 
infirmes. Pimot, curé de Notre-Dame « à sa cure », 
était un des administrateurs; Berthault, trésorier, Gau- 
thier, rue Crébillon, chirurgien. Là encore, une supé- 
rieure et portant un nom bien nantais, Mazeau; en 
revanche, pas d'aumônier, les deux places restaient 
vacantes, aucun prêtre assermenté ne s'étant encore ren- 
contré pour remplacer les insermentés. 

Le troisième établissement hospitalier était l'Hospice 
pour les enfants orphelins et bâtards, que nous appelons 
enfants assistés, qu'on appelait alors enfants de police. 
Il avait été fondé par un généreux citoyen, sur lequel 
la Commune et Milice de Nantes, de Mellinet, me fournit 
quelques détails, « feu Guillaume Grou »; des lettres 
patentes du roi Louis XVI, du mois d'août 1778, l'avaient 
régulièrement constitué. Quoique ayant une affectation 
propre, il était, comme il n'a pas cessé de l'être à Nantes, 
une dépendance de l'Hôtel-Dieu. Plusieurs des noms 
déjà cités se retrouvent, côte à côte avec Minée, dans son 
Conseil d'administration : Berthault, le trésorier du Sani- 
tat, est un de ses administrateurs. Il n'y a pas de médecin 
en titre, et c'est sans doute le décès du titulaire qui laisse 
vacante la plus importante des fonctions concernant la 
santé des pauvres petits êtres qui entraient dans la vie 
par le « tour » hospitalier. Le chirurgien sus-nommé 



Le Sanitat. 



L'Hospice. 



— 222 — 

Darbefeuille, rue Bayle, cumulait son mandat avec celui 
de commissaire municipal de l' Hôtel-Dieu. La supérieure 
s'appelait Foret, mais ne devait pas s'apparenter aux 
imprimeurs et libraires Forest, que je crois originaires de 
Vannes, et qui ne s'établirent à Nantes qu'au commence- 
ment du xix e siècle. 



L ARMEE 

Officiers Nous n'avons pas grand intérêt à savoir que le ministre 

généraux. ^ e j a Guerre en 1792 était Pache, devenu bientôt suspect, 

que Luckner et Rochambeau, celui de la guerre de l'indé- 
pendance américaine, étaient maréchaux de France, le 
premier avec le titre de maréchal général. Voici la liste 
des officiers généraux commandant en chef les armées de 
la République, les uns illustres ou connus : Dumouriez, 
Custine, Kellermann et ce Biron, deux fois duc, placé à la 
tête de l'armée du Haut-Rhin, choisi plus tard par Dan- 
ton pour combattre la grande insurrection vendéenne, 
mort sur l'échafaud révolutionnaire; les autres retombés 
dans l'obscurité: Miranda, qui commandait l'.armée de 
l'Escaut, Valence, celle de la Meuse, Anselme, celle 
d'Italie. 

En revanche, nous soulignons les noms des officiers 
généraux pour le département de la Loire-Inférieure, 
faisant partie de la 12 e division militaire, devenue la 11 e , 
puis le 11 e corps d'armée. Le commandant en chef est 
Verteuil, qui a le titre de lieutenant général et qui réside 
à La Rochelle, car il a dans ses attributions la direction 
de l'armée des côtes. C'est un des nombreux officiers 
nobles qui prirent du service dans les armées de la Répu- 
blique, mais sa naissance — il s'appelle de son vrai nom 
le baron de Verteuil de Malleret - - ne lui sera reprochée 
que plus tard, en pleine guerre de Vendée, quand il aura 
à se défendre de toute parenté avec les Verteuil de l'Ile 
d'Yeu et du camp de l'Oie, agitateurs royalistes très con- 
nus. Le Verteuil en question est un bon officier, mais déjà 



-- 223 — 

vieux et que son âge comme son nom vont bientôt relé- 
guer dans l'obscurité. Il a pour aide de camp un nommé 
Pasteur. Son subordonné immédiat, lieutenant général en 
résidence à Nantes, avec le titre de commandant, est un 
personnage que les événements vont mettre en relief et 
qui parcourra bien des étapes avant d'être accusé, parles 
représentants du peuple en mission, de complicité avec 
le conspirateur La Rouerie, et d'être guillotiné par la 
Terreur; il se nomme Louis-Henri-François Marcé; le 
département de la Loire-Inférieure l'apprécie beaucoup 
et aurait voulu qu'il prît le commandement en chef de !a 
12 e division, à la place de Verteuil; il est connu de longue 
date à Nantes, où il a surveillé, en 1791, les embarque- 
ments pour Saint-Domingue; on lui a donné carte blan- 
che, et, pratiquant le népotisme, qui fleurit sous tous 
les régimes, il a pris pour aides de camp deux de ses 
jeunes parents, Louis Marcé et Gabriel Marcé; ce dernier 
désigné comme « aspirant ». 

Le commissaire des guerres, Leclercq, et le payeur 
général de la guerre et de la marine, Lamarre, n'ont pas 
autrement fait parler d'eux. 

A la tête du corps de l'Artillerie de la sous-direction de L'Artillerie 
Nantes, réunie à la direction de l'Arsenal de construction, an Château. 
et, comme cet arsenal, établie au château, se trouve un 
nommé Bonvoust, lieutenant-colonel d'artillerie, que 
mon ami Chassin n'a eu garde d'oublier dans son grand 
ouvrage, La Vendée patriotique, car, tout en croyant 
Nantes impossible à défendre contre une attaque en 
masse des Vendéens, il s'employa avec un grand zèle à 
improviser des fortifications. J'aime à retrouver en ce 
bon patriote, devenu plus tard général de brigade, un 
précurseur des Nantais, quorum pars magna fui, qui 
fortifièrent, en 1870, leur ville- contre les Prussiens. 
Bonvoust avait sous ses ordres un garde d'artillerie, un 
chef d'ouvriers d'état de l'arsenal, qui habitaient, comme 
lui, au château; seul, le secrétaire et caissier des bureaux 

Soc. Àrchéol. Nantes. 15 



224 



de l'artillerie demeurait en sa maison, à Richebourg, n° 3. 
C'était un employé civil. Nous rentrons dans le militaire 
avec la compagnie d'ouvriers n° 2, en garnison au château 
pour le service de l'arsenal de construction et dont le capi- 
taine commandant, Fautrier, était détaché à l'armée du 
Var. Les Etrennes mentionnent encore une compagnie 
d'Invalides, casernée au château et militairement orga- 
nisée. Le capitaine Chaloy était à sa tête. 
Poudres Je ne crois pas que Beaufranchet, commissaire des 

et Salpêtres poudres et salpêtres à Nantes et demeurant rue Pope (ou 
rue Saint-André) ait aucun lien de parenté avec le général 
républicain, fils d'une maîtresse de Louis XV, Beaufran- 
chet d'Aycet, qui ne semble avoir fait son apparition 
dans l'Ouest insurgé qu'en mars 1793. NotreBeaufranchet 
avait un garde-magasin, nommé Frère Jouan Dussein, 
appartenant à la famille Frère Jouan, fort répandue 
dans la région de la Basse-Loire, et qui a donné, au 
XVIII e siècle, un avocat, un procureur et un notaire, 
et, au XIX e siècle, un jurisconsulte estimé, M. Frère 
Jouan du Saint, né, en 1850, à Guémené. A la 
même administration, appartenait Campourcy, com- 
missaire aux moulins à poudre du pont de Buis, dont 
la poudrière actuelle a pris la place, et des commissaires 
en résidence dans les villes voisines, Lenoir à Rennes, 
Sevonieg au port Louis (qui s'appelle un peu plus tard 
Port Liberté). Lechault était entreposeur à Saint-Malo; 
Gicquel Destouches, commis-visiteur, était certainement 
de la famille d'un amiral notre contemporain. 



La Marine. La « Marine de France » avait alors pour ministre 

l'illustre savant Monge « ayant le département de la 
marine et des colonies ». Les amiraux s'appelaient : 
d'Estaing, en fonctions depuis 1777, et Louis-Philippe- 
Joseph Égalité, qui abdiquait résolument déjà son titre 
de duc d'Orléans. Even venait d'être nommé ordonna- 
teur en chef de l'Administration civile du département 
pour Nantes et Paimbœuf. Notons que Paimbœuf, chef- 



— 225 — 

lieu de district de la Loire-Inférieure et deuxième ville du 
département, avait alors, au point de vue maritime, une 
importance considérable. Louvel, sous-chef de l'adminis- 
tration, chargé du congé des classes et aussi caissier des 
gens de mer, y résidait. Son bureau était une succursale 
du bureau de la marine et des classes de la marine situé 
à Nantes, île Feydeau, rue du Guesclin n° 1, dans un des 
rares quartiers de la ville qui n'aient pas changé. Le cais- 
sier des gens de mer et aussi des invalides de la marine à 
Nantes était Bureau, rue Commune, aujourd'hui de la 
Commune, autrefois, rue de Verdun. Bosquet aîné avait 
des attributions un peu plus relevées : on le dénommait 
«trésorier des invalides de la marine et chargé de la caisse 
des gens de mer ». 

L'Administration Nantaise, qui était régionale, avait 
des délégués au Croisic, à Ingrande et jusqu'à Angers, où 
Lacaise-Martignis la représentait. 

Passons sur la Direction des vivres de la marine, instal- 
lée quai de Chezine, n° 6, et confiée à un nommé Duparcq, 
qui avait placé son fils dans ses bureaux, mais n'omettons 
pas la petite réclame que se fait, à cet endroit des Etrenn es, 
la veuve Despilly. Elle saisit l'occasion d'informer le 
public qu'elle tient, en sa librairie de la Haute-Grande- 
Bue, l'entrepôt des cartes, plans et journaux de la Marine 
pour l'usage des navigateurs. Un confrère, qui était de 
ses amis et ne lui faisait pas précisément concurrence, 
bénéficie de la réclame, glissée dans le texte à la mode 
américaine; c'est Auvray, marchand d'estampes, rue 
Fosse. 

LES CONSULATS. 

LES AGENTS DE CHANGE. 

INDRET. 

Grande ville de commerce maritime et de débouchés Les Consuls. 
internationaux, Nantes a toujours été le siège de nom- 
breux consulats. Toutes les nations étrangères n'y 



— 226 — 

avaient cependant pas de représentants en 1792. Voici 
dans quel ordre, assez arbitraire, les Etrennes rangent 
les consuls résidants (sic) a Nantes. C'est d'abord de 
Landaluse, à la Fosse, n° 26, pour l'Espagne. Ce nom me 
semble avoir été altéré; je ne le trouve au surplus dans 
aucune des listes des notables nantais du temps que j'ai 
pu consulter. .Je le crois celui d'un Espagnol, défiguré par 
l'orthographe française. Le consulat de Pologne, qui vient 
ensuite, est vacant. Mais celui du Danemark a pour 
titulaire, J.-J. Moller, isle Feydeau, dont la famille, 
d'origine danoise, est toujours représentée. Je n'ai aucune 
donnée sur Pierre-Benoît Babut, consul de Suède, ni sur 
son auxiliaire du Croisic, Gardemain. Mais voici encore 
sur l'île Feydeau le représentant de la Prusse, Pelloutier, 
dont le nom figure à la fête patriotique des trois ordres 
des citoyens de Nantes (19 septembre 1788) et que je 
crois le plus ancien en date des consuls de Prusse du 
même nom; ces fonctions, transmises de père en fils, 
étaient dévolues, à l'époque où j'habitais Nantes et pen- 
dant même la guerre de 1870, à un Pelloutier, petit-fils 
du précédent. Le consul impérial (autrichien) et celui 
de l'électorat de Cologne, Wilfesheim, à la Fosse, 
numéro 2, et Turninger, quai Bouguer, étaient des 
Allemands, au moins d'origine. Odiette fils, à la Fosse, 25, 
dont je vois le nom orthographié dans la Commune et 
Milice, de Mellinet, avec un 0' comme s'il s'agissait d'un 
Irlandais, remplaçait le titre de consul par celui de Com- 
missaire de la Marine et du Commerce de LL. HH. PP., 
les États Généraux des Provinces Unies ; la Hollande ne 
voulait point qu'on la confondît avec les autres puis- 
sances. Notons, pour clore la liste, Cames, consul des 
États-Unis, au bas de la Fosse, et Bivet (voilà un 
nom bien nantais), consul général de Portugal, île 
Gloriette, quai Laurancin. 

On sera surpris de l'absence d'un agent officiel de 
l'Angleterre. Parmi les interprètes de langues étrangères, 
catalogués à la suite des consuls, je ne trouve que des 



— 227 — 

noms à physionomie française. Duchène de Lessart, de 
Chardenoux, Meunier et tutti quanti; il y a bien un 
Allemand, Sauwerenald, mais aucun Anglais ne semble 
s'être glissé, et l'on se demande quel ostracisme frappait 
à cette époque à Nantes les naturels de la Grande- 
Bretagne. 

Qu'appelait-on alors agent de change? Ce n'était Agents 

assurément pas comme aujourd'hui l'officier ministériel de change. 

qui négocie les valeurs cotées à la Bourse; c'étaient, sans 
doute, des courtiers de marchandises, servant à l'occasion 
d'intermédiaires pour le placement des valeurs et des 
i fîets de commerce. Ce titre s'est longtemps perpétué 
jusqu'à la création des parquets dans les villes de pro- 
vince où les charges furent dédoublées et indemnisées. 
Quelques-uns des noms de ceux qui exerçaient ces fonc- 
tions sont à retenir ; par exemple, Menuret et C ie , rue 
Fosse (n'est-ce pas une faute d'impression, pour Mino- 
ret?); Plinguet et C le , rue M. Colom, vis-à-vis la 
Bourse; Nourry, rue J.-J. Rousseau; Vallot et C le . 
Maison Carié, rue Fosse. Ces noms n'ont pas cessé d'être 
portés à Nantes. 

La fonderie nationale d'Indret vient se placer arbitrai- Indret en 1792. 
rement à la suite des consuls et des « agents de change ». 
Elle était déjà importante, quoique sa fondation ne 
remontât qu'à 1778; elle ne devait assurer alors, comme 
à présent, que le service de marine; on y faisait des 
coques de navire en fer avant d'y construire des machi- 
nes à vapeur pour la navigation. Ce n'est pas l'almanach 
qui peut nous fournir une description d'Indret, en 1792, 
à mettre en regard de celle qu'Alphonse Daudet a placée 
dans son roman de Jack, mais nous y trouvons cette note 
précieuse dans sa concision : « Cette fonderie est une des 
plus intéressantes manufactures du royaume, tant par 
son objet que par ses moyens ». Royaume à part — à 
quoi pensiez-vous donc, correcteur d'épreuves de la 
veuve Despilly? — je suis, comme eût dit Alceste, char- 



— 228 — 

mé de ce petit morceau et je me console de n'avoir pu 
recueillir aucun renseignement sur le lieutenant-colonel 
d'artillerie à l'armée du Nord, Thouvenet, inspecteur 
d'Indret, sur le lieutenant de vaisseau Tastu, contrôleur 
— peut-être un parent de l'imprimeur Tastu, mari de la 
poétesse de la Restauration - - sur M. de la Motte, régis- 
seur « chargé de la procuration des entrepreneurs », sur 
Auge, l'entrepreneur des réparations, transports et em- 
barquements. Je trouve pourtant à Nantes, un demi- 
siècle plus tard, des Auge et même des Auge de Lassus. 

LES DÉPUTÉS 



Nantes législatif 
et politique 



Sans transition, nous passons de l'Armée et Marine 
à la politique et voici l'un des « clous » des Etrennes, la 
liste des députés du département de la Loire-Inférieure 
à la Convention Nationale. 

Ces députés sont nommés dans l'ordre suivant : 
Mehol (sic), Chauvière, Chaillon, Villers, Mellinet, Fou- 
ché, Jarry, Coustard. On indique comme suppléants : 
Tartu, Benoiston, César Maupassant, massacré à la prise 
de Machecoul en 1793. A part l'obscur Chauvière, qui 
fut remplacé par Lefebvre, procureur-syndic du district 
de Nantes, les huit députés titulaires siégèrent à la Con- 
vention; je trouve leurs adresses à Paris dans un petit 
livre publié à la fin de 1792: Nous avons leurs votes dans 
le jugement de Louis XVI. 



Les votes Aucun de ces votes n'est motivé, sauf celui de Chaillon, 

des députés « homme de loi à Montoir », qui avait joué un rôle au 

de Nantes Parlement de Bretagne et aux Etats généraux. Il 

monta à la tribune de l'Assemblée pour déclarer qu'il 

s'opposait à la mort de Louis, « précisément parce que 

Rome le voudrait pour le béatifier ». 

Meaulle, le juge du tribunal de Châteaubriant, dont 
les Etrennes orthographient bizarrement le nom « Mehol», 
vota la mort sans phrases: Louis est coupable de crimes 



— 229 — 

contre la sûreté de l'État; il ne peut bénéficier des cir- 
constances atténuantes, il doit être privé de la vie. 
Villers, président du département à Nantes, et Fouché,le 
fameux Fouché, du Pellerin, le futur duc d'Otrante et 
ministre de la police impériale, qui prend alors le titre de 
principal du collège de Nantes, où il a d'abord professé, 
se prononcèrent aussi pour la peine capitale. 

Mais la majorité des représentants de la Loire-Infé- 
rieure pencha pour la clémence. J'ai cité l'opinion bizar- 
rement motivée de Chaillon. Lui et Jarry avaient 
réuni le plus grand nombre de voix des électeurs nantais 
(quoique les Etrennes ne nomment celui-ci que l'avant-der- 
nier). Jarry qui se qualifiait négociant à Nantes, agricul- 
teur et directeur des mines de Nort, qui eut plus tard le 
courage d'attaquer Marat en pleine Convention et l'hon- 
neur de passer neuf mois dans diverses prisons de Paris, 
vota pour l'emprisonnement de Louis jusqu'à la paix. 
René Constant, Lefebvre, Mellinet, « négociant », ainsi 
que le bruyant Coustart de Massy, votèrent aussi contre 
la mort. 

Très curieuse figure que ce Coustard, originaire de 
Saint-Domingue, où il était né le 28 octobre 1734, gen- 
darme, mousquetaire, lieutenant des maréchaux de 
France, colonel des premiers volontaires nantais en 
juillet 1789, premier président du Directoire de Nantes, 
commandant général des gardes nationales, célèbre par 
son ascension en ballon,reproduite par une gravure où ilest 
représenté avec Mouchette dans la nacelle de la première 
mongolfière qui s'éleva à Nantes. Au mois de juillet 1792, 
il s'agitait beaucoup pour la défense de « la Patrie en 
danger». Le 10 août, il était nommé commissaire aux 
armées et se rendit au camp de Lauterbourg près Wis- 
sembourg pour « électriser l'armée ». Il fut exécuté 
comme Girondin, le 7 novembre 1793 avec Philippe- 
Égalité. 

En somme, le département était dans les modérés, 
presque dans les incolores; il se mêla peu, comme dit 



— 230 — 

Victor Hugo dans Quatre-vingt-treize, au « brouhaha 
des votes tragiques »; il n'avait envoyé à la Convention 
qu'un homme vraiment supérieur, mais qui devait 
déshonorer son talent par de multiples palinodies, 
l'énigmatique Fouché. 

A noter aussi, pour le nom qu'il devait honorablement 
transmettre à un glorieux petit-fils et aussi pour son 
activité, son besoin de se mettre en avant, le député 
Mellinet. Non content de se faire inscrire au Comité 
du Commerce et au Comité d'Instruction publique, ce 
brave négociant présenta, dans la séance du 6 janvier 
1793, le projet d'un Comité censorial à la Convention, 
qui en décréta l'impression. Il demandait que ce Comité, 
composé de 83 membres, un par département, veillât 
au bon ordre des séances et à l'assiduité des députés; 
chacun des membres du Comité devait porter une mé- 
daille avec ces mots : « Citoyens, vous êtes ici pour 
délibérer sur les intérêts de la Patrie ». Un mélange de 
phrases ampoulées et de citations de Rousseau {Le Con- 
trat social était l'évangile du jour) fait, du rapport de 
Mellinet, un document curieux. 

l'administration départementale 



r Département 

de ta 
Loire-Inférieure 



L'Administration républicaine, sous le régime de la 
Convention nationale, était des plus compliquées. 
Chaque département était pourvu d'un Conseil du dépar- 
tement et d'un Directoire, le président de cette double 
assemblée ayant les charges et les attributions de nos 
préfets actuels. C'était l'Administration supérieure. 
Une Administration secondaire comprenait pour chaque 
district - il y avait neuf districts dans la Loire- Infé- 
rieure, y compris celui de Nantes - - un Conseil du dis- 
trict et un Directoire. Le Conseil du district ressemblait 
beaucoup au Conseil général et le Directoire à la sous- 
préfecture. Mais comme ces deux assemblées avaient 
le même président, le même procureur-syndic, il y avait 



— 231 — 

une sorte de fusion ou de confusion entre les pouvoirs. 
La division par arrondissements, se substituant à la divi- 
sion par districts, a simplifié les choses et nettement 
établi la division entre le sous-préfet, représentant de 
l'autorité de l'Etat, et le conseiller général, représentant 
des libertés locales. Ces questions de droit administratif 
sont, au surplus, délicates et fort arides ; je n'y touche 
qu'à cause des noms des citoyens nantis de fonctions 
assez difficiles à définir. 

Au sommet de la hiérarchie nationale étaient le minis- 
tre de l'intérieur Rolland, célèbre par lui-même et par 
sa femme, et les assez obscurs ministres des contributions 
publiques (finances) et des affaires étrangères, Clavière 
et Brun, Leur subordonné direct, le plus haut fonction- 
naire du département de la Loire- Inférieure, était ce 
Beaufranchet, que je n'ai pu identifier avec Beaufranchet 
d'Aycet et qui cumulait ses fonctions doublement prési- 
dentielles avec celles de Commissaire des poudres et 
salpêtres. Président du Conseil et du Directoire du 
département, demeurant, 31, rue Pope, Beaufranchet 
avait dans son Conseil bon nombre de Nantais dont il 
nous faut retenir les noms. C'étaient Sotin de la Coin- 
dière, futur ministre de la police générale, qui eut un homo- 
nyme directeur du collège ecclésiastique des Couëts; Lemi- 
nihy ; Chiron aine; Gaschignard, d'une famille de Mache- 
coul qui avait produit un professeur érudit, auteur 
d'une Histoire de Bretagne par demandes et réponses ; 
César Maupassant, de la branche bretonne d'une famille 
normande bien connue, ancien membre démissionnaire 
de l'Assemblée Constituante, il fut massacré par les Ven- 
déens, lors de la prise de Machecoul; Fourmy ; Antoine 
Peccot, orateur du Club de la Halle, que nous retrou- 
verons ; Cathelineau, que l'on s'étonne fort de ren- 
contrer ici, mais qui pouvait n'être pas parent du chef 
vendéen; Soreau ; Delourmel; Painparay ; Bouchaud 
jeune, un de ceux qui attribuèrent leur nom à un passage 
de la ville; Phelipes, ancêtre probable du savant Phelipes 



— 232 — 

Beaulieu ; Tardiveau aîné, en qui l'acteur Colombey 
pourrait trouver un aïeul ; Forget, le même proba- 
blement que le trop fameux geôlier des Saintes Claires 
sous Carrier; Franeheteau jeune et Francheteau aîné, 
dont la dynastie s'est perpétuée, le fils eut une maison 
de santé, le petit-fils fut armateur, conseiller municipal, 
puis juge de paix. Mais cette simple revue, dans laquelle 
il faut comprendre le procureur-général-syndic Letour- 
neux, place du Pilory, qui fut plus tard ministre, et le 
secrétaire général Grelier, qui tous deux ont fait souche 
de Nantais, est des plus curieuses au point de vue 
local. 

Le Directoire du Département comprenait une sélec- 
tion des membres du Conseil: ils étaient onze, y compris 
le procureur-général syndic et le secrétaire général. Nous 
apprenons leurs adresses. — Poton, le vice-président, que 
nous ne connaissons pas autrement, habitait à la Fosse, 
maison Leroi, 70; — Sotin, cours du Peuple.— César Mau- 
passant n'avait pas de domicile personnel; il demeurait 
chez Chardonneau, Haute-Grande-Rue. — Antoine Pec- 
cot; n'était-ce pas le même, plus vieux, qui fut un poète 
voltairien sous la Restauration et, vers 1840, un biblio- 
thécaire de la ville, prédécesseur de Pehant. Il devint 
l'orateur du club de la Halle et fut l'un des 132 Nantais 
dont les survivants dénoncèrent à la Convention les 
crimes de Carrier. — Gourlay, comme Maupassant, don- 
nait son adresse chez un ami ou chez un logeur. — 
Lemoine, Haute-Grande-Rue. — Le procureur général 
syndic Letourneux, marié plus tard, le 17 messidor, 
an III (5 juillet 1795), avec Annie-Gabrielle, fille du 
conventionnel Etienne Chaillon et de Julienne Oliveau, 
native de Montoir, et demeurant rue Lenôtre, section 
de la Fraternité. Il était alors domicilié place du Pilory. 
A l'époque de son mariage, il habitait la rue du Patrio- 
tisme, section de la Concorde. Les témoins de son 
mariage furent : René Godin, Gilbert Beaufranchet, 
commissaire des salpêtres et poudres, Joseph Jarry, 




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— 235 — 

député à la Convention nationale, et Jean-Théoclore 
Vanberchen, négociant. François Letourneux fut suc- 
cessivement : an IV, 20 brumaire, commissaire du pou- 
voir exécutif; an V, 28 fructidor, ministre de l'Intérieur; 
an VI, membre de la Régie de l'Enregistrement; an VII, 
29 prairial, député au Corps Législatif, membre du 
Conseil des Anciens. Mais sa rigidité, ses mœurs aus- 
tères, s'accomodaient mal avec la corruption du Direc- 
toire. Pour éviter ses protestations, Barras etTalleyrand 
le firent exclure de l'assemblée, et, l'an VIII, 12 floréal, 
on le retrouve juge au Tribunal d'appel de Rennes. Il 
mourut le 17 septembre 1814, à St-Julien-de-Concelles, 
laissant deux fils, Horace, qui fut Conseiller à la Cour 
de Riom, et Tacite, Président du Tribunal de Fontenay- 
le-Comte. Son dernier descendant est aujourd'hui le 
Commandant Emile Letourneux, ancien membre du 
Conseil Municipal de Nantes. François Letourneux, 
dont la vie fut si mouvementée, n'a pas laissé de mé- 
moires. On n'a jamais publié la biographie de cette 
physionomie curieuse. Disons enfin que le secrétaire 
général Grelier demeurait rue Bossuet, maison Babin, 
près le Pilory. Toutes ces indications sont à retenir par 
qui veut se rendre un compte exact delà topographie de 
Nantes à cette époque. 

Les bureaux du département correspondaient assez Le Département 
fidèlement aux divisions actuelles de la préfecture. Il y et ses bureaux. 
avait le secrétariat pour la transcription des décrets et 
des lois, des procès-verbaux des séances, tout ce qui a 
rapport aux brevets d'invention et la correspondance 
relative à ces objets. Le premier commis s'appelait Yon 
et habitait rue Helvétius, n° 2, ancien quai du Marais; 
le second commis, Gaschignard, rue du Chapeau-Rouge, 
devait être parent du membre du Conseil, car le cumul 
de fonctions aussi dissemblables me paraît impossible. 

Au premier bureau, dit des Administrations, on trai- 
tait d'affaires très diverses, les assemblées primaires, les 
municipalités, les districts, les tribunaux et les juges de 



— 236 — 

paix, les prisons, les hôpitaux, les ateliers de charité et 
travaux de secours, la mendicité, le vagabondage, l'agri- 
culture et le commerce, l'éducation publique, les secours 
aux noyés et incendiés, la correspondance et la compta- 
bilité y relatives. Pour savoir se reconnaître dans ce 
fouillis de questions disparates, il fallait que les deux 
commis, Masson Bellefontaine à Richebourg et Coquin, 
place Largillière, eussent la tête bien organisée. 

Le deuxième bureau, moins chargé, était celui des con- 
tributions directes et indirectes et des ouvrages publics 
(grands chemins, ponts et chaussées), dirigé parGoulard 
et Haumont. 

Au troisième bureau, qui avait sa raison d'être depuis 
la Révolution, on s'occupait des domaines nationaux et 
des frais du culte. On sait quelle était l'origine des biens 
nationaux. Quant aux frais du culte, ils comprenaient 
alors les pensions et traitements des ecclésiastiques, cons- 
titutionnels ou non; le clergé était subventionné par 
l'Etat qui avait aussi à pourvoir aux réparations des 
églises et des presbytères. La liquidation et le rachat des 
droits féodaux, curieux vestiges des législations an- 
ciennes, rentraient, ainsi que la surveillance de l'admi- 
nistration forestière et des monnaies, dans les attribu- 
tions du 3 e bureau. Les deux commis s'appelaient Fleury 
et Gaschignard père. Très absorbants, ces Gaschignard ; 
voilà le troisième que nous rencontrons. 

Le bureau de la guerre (4 me bureau) n'était pas 
une sinécure. On avait compris dans ses attributions, 
je ne sais trop pourquoi, la comptabilité générale. Il 
avait assez à faire à s'occuper du mouvement, du passage, 
du logement et du casernement des troupes, de leurs 
vivres et fourrages, de la fourniture des voitures et che- 
vaux de selle, des pensions et habillements d'invalides, 
soldes et demi-soldes, de la gendarmerie nationale, des 
gardes nationaux, des classes de la marine nationale et 
de la marine marchande, etc., etc.... Figurez- 
vous ce que pouvaient être les bureaux de la guerre à 



— 237 — 

Nantes en 1793, en plein centre de l'insurrection ven- 
déenne. Les deux commis, Couault et Loisillon, ne 
suffisaient certainement pas au travail. 

On voudrait des détails sur le bureau des émigrés, 
qui devait, dans une certaine mesure, se tenir au 
secrétariat, puisque Yon était le premier commis de l'un 
et de l'autre. Il existait déjà un Syndicat, et un commis, 
un seul, le nommé Dory, y était attaché. Les huissiers 
étaient au nombre de deux : Lauret, qui prenait le titre 
de «premier», et Mergault, qui remplaçait Ratet «parti 
pour les frontières », en ardent patriote qu'il était, sans 
doute. Le concierge, ce personnage de tous les temps, 
s'appelait Chereau. 

A côté du Directoire supérieur, qui centralisait toute Directoire 

l'Administration du département, existait le district, et District. 
division administrative correspondant à peu près, 
comme je l'ai dit, à l'arrondissement d'aujourd'hui. 
Chaque district avait son Conseil et son Directoire par- 
ticuliers. Dans la composition de celui de Nantes, je 
relève bien des noms intéressants. Le président du Con- 
seil, Bougon, était un peintre d'histoire, dont la trace 
se retrouverait dans les salons de l'époque; il devint 
membre du Comité central en mars 1793, puis commis- 
saire en Bretagne avec Sotin, durant la crise girondine. 
Le vice-président, Lecomte, rue Sonfflot, était-il parent de 
son homonyme, le général républicain, fils d'un maître 
de postes de Fontenay, et qui avait été chef de bureau à 
l'Administration départementale de la Vendée? Goullin 
est évidemment le futur membre du Comité révolution- 
naire et le bras droit de Carrier; il venait de Saint-Do- 
mingue; il n'était point, d'après l'enquête que ceux-ci 
provoquèrent, l'ancêtre des Goullin que j'aiconnus,le père 
président du Tribunal de Commerce, et le fils, consul de 
Belgique, vice-président de la Caisse d'épargne, adjoint 
au maire. Rien de précis sur Renou; je note que ce nom, 
toujours porté à Nantes, est celui d'un chef de division 



— 238 — 

vendéen sous Lescure et Stofflet, cl je fais réflexion que 
les extrémités se touchent. Ramard m'est inconnu, mais 
j'ai peine à croire que Vandamme soit étranger au général 
qui, vers 1799, combattit victorieusement les Anglais 
et les Russes. Il laissa des héritiers à Nantes. Les des- 
cendants d'Athenas, patriote intègre, savant austère, 
existent encore; l'un d'eux était professeur au lycée 
vers 1865. Parmi les noms suivants, Dehergne jeune, 
Rruneau, Paul Gerbier, Bertrand, Gerde, évoquent tous 
des souvenirs nantais, ainsi que le prouve la Bio-Biblio- 
graphie Bretonne; il en est de même pour le procureur- 
syndic Clavier, qui fut président de l'Administration 
centrale de la Loire-Inférieure, membre du Conseil des 
Cinq-Cents, et dont un petit-fils ou petit-neveu était, 
récemment encore, notaire à Nantes, et pour le trésorier 
Vallin aîné, souche certaine d'un de mes condisciples de 
lycée, devenu médecin-major de première classe. 

Remarquons que les chefs et sous-chefs des bureaux 
du département sont désignés dans cette partie des 
Etrennes, ce qui prouve que ces bureaux étaient com- 
muns au Directoire du département et à celui du district. 
Il y a cinq chefs en tout et deux sous-chefs; le sous-chef 
des impositions s'appelle comme un avocat que Nantes 
connaissait bien de mon temps, Padioleau. 

Les districts. Les huit autres districts du département doivent 

nous offrir moins d'intérêt. Quelques noms sont cepen- 
dant à retenir parmi ceux des membres des Conseils 
et Directoires. A Ancenis, je note un Péan à Roche- 
mantru (le nom a fort bien pu devenir Péhant ; il y eut 
aussi des cordiers de ce nom); un Jousselin, procureur 
syndic; un Rezé, assesseur; un trésorier, nommé Palierne, 
vieille famille qui a donné un vicaire à l'ancienne 
paroisse de Saint-Louis. A Châteaubriant, Demolon à 
Fercé me paraît bien l'ancêtre du général et du colonel 
Demolon et d'un Demolon, architecte, qui contribua 
beaucoup à organiser l'Exposition Nantaise de 1886, et 



— 239 — 

Fr. Guibourg, d'Erbray, pourrait être de la même famille 
que M. Guibourg, le fidèle compagnon delà Duchesse de 
Berry, qui était, je crois, de Châteaubriant. A Blain, je 
retrouve ou reconnais les noms de Gicquel, de Landais, 
de Fourage, de Leroux, de Garaud, et celui de Duhoux. A 
Savenay, que l'on orthographiait « Savenai », c'est Moisan, 
Magouet, Merot fils, Le Merle, Audren aîné, un autre 
Clavier, un autre Vallin, un autre Landais, procureur- 
syndic, et un Haugmard, homonyme et parent probable 
d'un jeune poète de nos contemporains. A Guérande, 
Jan (que je crois l'auteur de Jan Kerguistel, originaire 
de cette ville), est président du Conseil de district; deux 
de ses assesseurs, Mahé et Letorzec, ont fait souche 
nantaise. Il y eut au lycée un professeur, Chotard, 
s'appelant comme le procureur-syndic. A Clisson, je 
trouve des Poitou, des Vrignaud, des Constantin, 
des Ouvrard, des Bouchaud, dont les noms ne passent 
point sans souvenirs. A Machecoul, paraît un autre 
Vrignaud, avec un Nau, un Paumier, un Bossis et un 
Biré, dans lequel je verrais sans étonnement - - car la 
distance n'est pas si grande de Machecoul à Luçon — 
un aïeul d'Edmond Biré, l'impitoyable critique de 
Victor Hugo. A Paimbœuf, enfin, des noms à physio- 
nomie locale me frappent au passage: ceux de Delucé, 
de Boutruche, de Martineau, qui donna des phar- 
maciens, et celui de Beziau, l'ancêtre sans doute du capi- 
taine de ce nom qui fonda l'Hôtel de Flandres. 

LA MUNICIPALITÉ 

Du département de la Préfecture, comme on dirait à La Mairie, 

présent, nous passons à la Mairie, à la municipalité de 
Nantes, installée à l'hôtel de ville actuel, dont l'aile 
droite venait d'être reconstruite, en 1790, d'après Verger, 
sur un terrain de l'ancien hôtel Bizard par Emile 
Bemigereau, l'un des descendants d'Heli Bemigereau 
« maczon et maître-architecte », qui construisit le 

Soc. Archéol. Nantes. 16 



— 240 — 

Marchix (sic) sous le duc de Mercœur, en 1596, et fut 
conducteur de l'œuvre des ponts, en 1605, d'après les 
comptes du mi se ur de la ville. 

Ici les noms vont se presser et la plupart d'entre eux 
mériteront de nous arrêter. Deux petits avis imprimés, 
l'un en caractères elzéviriens, l'autre en italique, nous 
apprennent que l'élection du maire se fait tous les deux 
; ns, celle des officiers municipaux et des notables, tous 
les ans par moitié; que le corps municipal s'assemble, 
quant à présent, tous les jours pour délibérer sur les 
affaires de la communauté, et le Conseil général tous les 
vendredis. 

Né à Nantes le 29 avril 1751, ancien avocat au Par- 
lement, élu, en mars 1789, député des Sénéchaussées de 
Nantes et de Guérandeaux Etats Généraux de Bretagne, 
René Gaston Baco de la Chapelle venait de s'asseoir 
(en novembre 1792) sur le siège municipal illustré parles 
Harrouys, les Darquistade et tant d'autres; il succédait 
immédiatement à Giraud-Duplessis, qui avait été député 
à l'Assemblée Constituante, et à Daniel de Kervegan. 
C'était un homme juste et courageux ; tous ses actes 
publics à la mairie de Nantes lui font le plus grand hon- 
neur. Son organisation de la résistance nantaise contre 
les Vendéens, sa fière attitude pendant la journée du 
29 juin 1793, dite de la Saint-Pierre, où il fut blessé à 
la cuisse, permettent d'associer son nom à ceux de 
Canclaux et de Beysser, les défenseurs de Nantes. 
Plus tard, il fut mis hors la loi pour avoir participé 
à la manifestation girondine et donné l'accolade à 
Beysser, destitué, et il fit imprimer l' Avis d'un républi- 
cain à ses concitoyens, pour engager les Nantais à 
nommer de nouveaux députés chargés de reviser la 
Constitution. 

Il fut alors remplacé par Jean-Louis Renard, pein- 
tre en bâtiments, originaire de Paris, membre de la 
Société populaire, qui avait figuré sur les listes de la 




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— 243 — 

milice bourgeoise et avait fait baptiser, en 1781, à la 
paroisse Saint- Vincent, son fils, issu de son mariage avec 
Charlotte de la Haye. 

Quant à Baco, emprisonné à l'Abbaye, délivré au 
9 Thermidor, il fut député aux Cinq-Cents, en l'an IV, 
puis commissaire aux Colonies. Ce qui étonne, c'est 
de le trouver directeur de l'Opéra, en l'an VI. Il mou- 
rut à la Guadeloupe, en 1800, pendant une mission. 



Le maire Baco habitait près l'Hôtel Henri IV, 
place Graslin, qui prit, dès le Premier Empire, le nom 
d'Hôtel de France. Le premier des officiers munici- 
paux, anciens échevins élus en même temps que le 
Maire, était Lecadre, d'une famille toujours existante, 
alliée aux Toulmouche. Il s'était associé, le 16 septem- 
bre 1792, à une démarche qui avait pour but de main- 
tenir le général de Marcé à la garde des côtes, encore 
en fonctions en 1796 ; il devait faire remettre en vigueur 
des règlements sur le séjour des émigrés dans la ville 
de Nantes. C'était un fervent patriote, comme ses seize 
collègues, dont quelques-uns, Gaudin, F. Hardy, Douil- 
lard, Pecot, Darbefeuille, portaient des noms bien nan- 
tais ou déjà rencontrés en feuilletant les Etrennes. Je 
retrouve Barré, ministre, à côté de Morel « Américain », 
probablement un négociant d'origine française, venu 
ou revenu d'Amérique, et de Vannunen ou Van Neunen 
junior, représentant d'une famille hollandaise, dont il 
existait encore des membres dans l'industrie et comme 
garde-magasin à l'Entrepôt, à l'époque où j'habitais 
Nantes. 



Officiers 
municipaux. 



Le procureur de la Commune, J.-J. Dorvo,qui demeu- 
rait rue Abailard (ex-rue Haute-du-Château) n'était pas 
de Nantes; il y était arrivé, venant de Rennes, en 1791; 
on l'avait élu un an plus tard en remplacement de l'avo- 
cat Sauquet. Un des actes les plus importants de sa vie 
fut d'inaugurer avant le mariage religieux le mariage 



Le procureur 
Dorvo . 



— 244 — 

civil, par devant le Maire et ses concitoyens et sur l'au- 
tel de la patrie, comme on disait alors, avec la fille de 
Kirouard, officiel municipal de la mairie de Kervegan 
et probablement l'ancêtre des Quirouard de Pornic, de 
Saint-Xazaire et de Guérande. Le maire Giraud termina 
son allocution par ces mots : « Allez, courez aux pieds 
des autels. Que Dieu bénisse votre union. » La rupture 
avec le clergé n'existait pas encore. 

J.-J. Dorvo est absolument différent de son homo- 
nyme Hyacinthe Dorvo, également Rennais, et auteur 
de plusieurs pièces de théâtre jouées à Paris sous le 
Directoire et le Consulat. Ch. Monselet avait trouvé 
amusante la silhouette de ce Dorvo, qui vivait encore à 
à Paris en 1840, et voulait la faire entrer dans une nou- 
velle série de ses Oubliés et dédaignés. Il lui a consacré 
une notice dans le livre d'Octave Uzanne. 

Notre Dorvo, procureur, avait pour substitut, Nouel, 
rue Soleil, et pour secrétaire-greffier, M. L. Ménard, 
qui, seul, résidait à la Maison Commune, à la mairie, et 
qui fut probablement l'ancêtre d'Ernest Ménard, le ro- 
mancier, secrétaire de la Préfecture en 1848, président 
du Comité républicain en 1870. 
Les notables. L es notables, nommés à la suite des officiers munici- 

paux et constituant avec eux la Municipalité de Nantes, 
répondaient bien aux conseillers municipaux d'aujour- 
d'hui. Ses fonctions multiples, son mandat très absor- 
bant à l'époque troublée que nous fait traverser la lecture 
des Etrennes, obligeaient le corps municipal à s'assem- 
bler « quant à présent » tous les jours. Les notables 
étaient au nombre de 36, autant que les conseillers 
municipaux d'aujourd'hui. Leurs rangs s'ouvraient à 
de hauts négociants, comme Delaville, dont les des- 
cendants s'appellent Delaville-Leroux, comme Dobrée, 
premier du nom, aïeul de l'archéologue qui dota la ville 
d'un curieux musée, à des prêtres comme Soulastre 
(nous avons peine à croire qu'il s'agisse d'un simple 
homonyme du vicaire, général de l'évêque Minée), en 



— 245 — 

même temps qu'à des hommes du peuple faisant partie 
du petit commerce : Thomas, un huissier; Huet, 
tonnelier ; Julien, cuisinier ; Cantin, batteur d'or ; 
Barrié, perruquier. Tous les rangs étaient confon- 
dus, autant et plus que dans le Gouvernement 
de 1848, qui associait au nom de Lamartine celui 
de l'ouvrier Albert, et dans le Conseil municipal de cette 
même ville de Nantes, où siégeait après la guerre de 1870, 
le mécanicien Poidras à côté du grand armateur Gabriel 
Lauriol. A ce propos, notre liste de notables comprend 
un Babin aîné près d'Antoine Crucy, père, je crois, del'ar- 
chitecte Mathurin Crucy qui éleva, avec Ceineray, les 
plus beaux monuments de la ville, et de Laënnec, que j'ai 
déjà rencontré aux établissements hospitaliers. Bachelier 
était le futur et très ardent membre du Tribunal révolu- 
tionnaire, que Dugast-Matifeux assista à ses derniers 
moments, le jour même où le duc de Nemours était reçu 
officiellement à Nantes. Je trouve ou retrouve Chiron, 
Vilmain, l'avoué, Barré, Danglas,qui avait un descendant 
dans l'administration des tabacs en 1860 ; Hardouin 
père, Bosier, Giraud, Petit-Desrochettes, porteurs de 
noms bien nantais; Fouré jeune, qui s'apparentait 
sans doute à une célébrité médicale d'autrefois, et le 
capitaine Bridon, probablement capitaine au long cours. 
Si je mets à part Chanceaulme, député du Tiers-Etat 
aux Etats Généraux de 1789, c'est qu'il avait à son actif 
un projet de souscription patriotique en faveur des 
jeunes employés du négoce qui « prendraient les armes 
pour marcher sous l'étendard de la Patrie ». Ce projet, 
présenté à la Société des amis de la Constitution, le 
28 janvier 1791, portait les signatures de plusieurs négo- 
ciants, Nau, Boucard, Le Moyne, Mosneron, Haentjens, 
Bonamy, Van Neunen, Genevois, Grignon, Dobrée; il 
avait bien Chanceaulme pour auteur, mais, en le reli- 
sant, je vois que ses signataires font allusion à l'âge 
et aux infirmités qui les empêchent de suivre le parti 
des armes pour voler au secours de la patrie en danger. 



— 246 — 

Je crois donc que le Chanceaulme notable en 1792 était 
le fils de l'ancien député aux Etats de 1788 ; je le crois 
d'autant plus volontiers, que je démêle à la suite de son 
nom un petit y qui signifierait junior. 

Etat-Civil. Le célèbre édit de François I er avait prescrit la tenue 

régulière du registre des paroisses et créé l'état-civil. 
Jusqu'en 1792, c'est à dire pendant plus de deux cent cin- 
quante ans, le clergé seul enregistra les naissances, les 
mariages, les décès, ce qui réalisait un progrès immense 
sur l'ancien état de choses, purement arbitraire. Malgré 
de nouvelles ordonnances royales, malgré les vérifica- 
tions fréquentes des commissaires du contrôle, bien des 
lacunes existaient dans les registres des curés ou des 
pasteurs — car les ministres protestants, sauf à l'époque 
de la Saint-Barthélémy et à celle de la Révocation de 
l'Edit de Nantes, faisaient les mêmes inscriptions que leurs 
confrères catho'iques. Quand aux juifs, mis sans pitié 
hors la loi, ils n'eurent pas d'état-civil officiel sous l'an- 
cien régime. La Convention modifia cet ostracisme. Elle 
avait proclamé les droits de l'homme, elle reconnut l'éga- 
lité des citoyens devant la loi. Elle institua des officiers 
de l'état-civil et les investit des prérogatives retirées 
aux prêtres dans le ressort de chaque municipalité, elle 
prescrivit le dépôt à la Maison Commune des registres 
des paroisses, qui constituèrent les plus précieuses des 
archives. 

Je note en passant que les actes religieux dressés par 
les ministres du culte, parallèlement aux actes civils, 
conservent une réelle autorité et peuvent rendre de 
grands services. Lorsque les incendies de la Commune 
de 1871 eurent détruit les actes de naissance de beau- 
coup de Parisiens conservés à l'ancien Hôtel de Ville, ce 
sont les actes de baptême qui ont servi à reconstituer 
les premiers. 

Revenons à Nantes. Le classement de l'immense 
quantité de documents extraits des paroisses, la tenue 



— 247 — 

régulière des actes nouveaux , nécessitèrent , comme 
partout ailleurs, l'installation d'un bureau de dépôt 
et la création d'officiers publics pour constater l'état- 
civil des citoyens. Aujourd'hui, chaque mairie affecte 
simplement un de ses bureaux et un petit nombre de ses 
employés aux déclarations de naissances, de mariages, 
de décès. A l'époque qui nous intéresse, la tâche, nou- 
velle pour les fonctionnaires qui en étaient chargés, était 
aussi beaucoup plus vaste, car elle s'étendait au classe- 
ment méthodique des milliers de pièces qui affluèrent 
à la Maison Commune. 

A Nantes, il avait fallu créer neuf officiers publics, La Ville divisée 
un pour chacune des neuf sections dans lesquelles la en Sections. 
ville était divisée, et un certain nombre d'auxiliaires. 
Ces officiers devaient être désignés parmi les plus capa- 
bles, et leurs noms sont à retenir en mêmetemps que ceux 
des sections de la ville, plus nombreuses que les cantons 
actuels (9 au lieu de 6). 

La section de Saint- Jacques et Vertais, des Ponts, 
dirions-nous à présent, et qui a formé le 6 e canton, 
avait pour officier public Babus, quai des Gardes-Fran- 
çaises, redevenu quai Flesselles. Celle du boulevard 
(quel boulevard ? sans doute le boulevard Delorme), 
et de la Halle, se faisait inscrire chez Morel — pro- 
bablement notre Morel, l'Américain de tout à l'heure, — 
place Buffon, n° 7, ou place de Bretagne, comme nous 
redirons à la mode ancienne. Bachelier, un des notables, 
rue Contrescarpe, n° 30, était officier civil des sections de 
La Force et Saint-Michel, et un officier municipal, qui 
répondait au nom bizarre de Tourgouilhet, rue Versail- 
les, des sections Saint-Similien et Saint-Léonard; Pré- 
vost, rue Marchix (on dit plutôt rue du Marchix) 
avait dans ses attributions les sections de Miséricorde 
et de Sainte-Elisabeth; je m'étonne même que la section 
ait gardé ce nom de sainte, alors que la place Sainte- 
Elisabeth était devenue place Cosmopolite. Mais, mon 



— 248 — 

étonnement va redoubler en constatant que Soulastre, 
l'universel et Pubiquiste, le Soulastre de la rue Cerutti, 
(ancienne rue de l'Évêché) le premier des vicaires épis- 
copaux, l'aumônier de la Garde Nationale, cumule 
tant de fonctions avec celles d'officier des sections 
de Saint -Pierre et Saint -André. Après tout, ce 
choix était excellent ; il appartenait à un ministre 
du culte de débrouiller mieux que personne l'écheveau 
confus des documents de famille conservés à la Cathé- 
drale même. Trois officiers publics me restent à 
nommer : Antoine Crucy, maître-charpentier, père de 
Jean et Mathurin, architectes voyers de la ville, rue Fo- 
lard (ex-rue Saint-Léonard, rebaptisée ainsi du nom 
d'un simple écrivain militaire), pour les sections de 
l'isle Feydeau et Sainte-Croix ; Godin aîné, à l'Her- 
mitage, pour les sections du Sanitat et de l'Hermi- 
tage; Bréard, rue Sarrasin, près Saint-Semilien (sic), 
pour les sections de Saint-Donatien et Saint-Clément. 

On remarquera une fois de plus que ces divisions 
municipales administratives de la ville sont absolu- 
ment calquées sur les anciennes divisions ecclésias- 
tiques, provenant elles-mêmes des divisions gallo- 
romaines. C'est le territoire des paroisses, et même des 
paroisses telles qu'elles existaient avant la suppression 
de certaines d'entre elles, qui borne les sections. Pendant 
bien des siècles, le clergé avait façonné toutes les choses 
de Nantes à son usage et à son image : la Révolution 
amoindrit son influence sans la détruire; sous la Res- 
tauration, il remit sa main puissante sur la ville. Mais, 
dans l'intervalle, l'administration impériale avait défi- 
nitivement substitué, aux sections modelées sur les pa- 
roisses, la division actuelle des cantons. 



PremièreMairic 
républicaine. 



Après la nomenclature des officiers de l'État-Civil, 
nous retrouvons à son poste de la Maison Commune 
le greffier Menard. Il a trois commis : P. Mauclère, 
J. Petit et J. O'Sullivan aîné. Ce dernier, Irlandais 



— 249 — 

• 

d'origine, va jouer un rôle important et des plus honora- 
bles dans les tragiques événements dont Nantes sera le 
théâtre sous le proconsulat de Carrier; les historiens de 
la Révolution, Guépin, Michelet lui-même, le citent avec 
éloges. De nouvelles subdivisions apparaissent. Une 
section des travaux publics comprend quatre officiers 
municipaux : Lecadre, Douillard, Pecot, Henry; trois 
autres, Hardy, Colas, Van Neunen junior, sont à la section 
des subsistances. Delahaye, Tourgouilhet, Prévost, 
dont les deux derniers sont par surcroît à l' Etat-Civil, 
occupent la section de comptabilité; Gaudin, Brière, 
Bellot, celle des impositions. 

La mairie avait en somme, sous le régime de la Con- 
vention Nationale, des attributions aussi variées que 
multiples avec un lourd fardeau de responsabilités. Un 
« nota » glissé à la fin de ces listes de noms et énumérations 
de charges nous apprend que les « déclarations concer- 
nant la vente des grains se reçoivent à la Maison Com- 
mune ». Les employés pouvaient être nombreux; ils 
devaient l'être à peine assez pour suffire à des tâches 
pareilles. La question des émoluments ne peut malheu- 
reusement, faute de pièces comptables, être résolue. 
Mais il semble logique d'admettre que, si les officiers muni- 
cipaux et les notables exerçaient leurs fonctions gratui- 
tement, plusieurs d'entre eux, employés à l'État-Civil 
ou aux services annexes, avaient un traitement. 

La police municipale avait joué déjà, devait jouer Police. 

surtout, un rôle très important dans les affaires publiques. 
Les audiences, moins nombreuses que ne sont aujour- 
d'hui celles du tribunal de simple police, se tenaient à la 
Maison Commune, les mercredis et jeudis, à « 5 heures 
précises de relevée ». Le tribunal comprenait le maire 
Baco, président, le premier officier municipal Lecadre, 
vice-président, et, comme assesseurs, quatre autres 
officiers municipaux, Godebert, Morel « Américain », 
Darbefeuille, Barré, ministre. Il y avait encore le pro- 



— 250 — 

cureur de la commune, Dorvo, son substitut, Nouel, le 
secrétaire-greffier, M. L. Ménard, le commis-juré Tesso, 
deux huissiers, Lemeunier, Jeusier. 

Bien des documents durent émaner de la police muni- 
cipale au cours des années 1792, 1793. J'ai retrouvé deux 
affiches très intéressantes. L'une, signée J.-M. Dorvo (ce 
qui prouve bien qu'il n'y avait pas identité entre le pro- 
cureur de la Commune et Hyacinthe Dorvo, l'auteur 
dramatique), enjoint à tous propriétaires, principaux 
locataires, logeurs, etc., de faire afficher à l'intérieur de 
leurs maisons, dans un endroit apparent et en caractères 
bien lisibles, les noms, prénoms, surnoms, âges et pro- 
fessions de tous les individus résidant dans lesdites mai- 
sons. Recommandé aux futurs collecteurs de l'impôt 
sur le revenu, d'autant plus que tout rentier était obligé, 
dès lors, de mettre dans la colonne des professions les 
mots : « vivant de ses rentes ». 

En ce même mois d'avril 1792, l'infatigable Dorvo, 
toujours sur la brèche, signe un placard d'un genre tout 
différent, pour rassurer les habitants, inquiets, à bon 
droit, de la tournure prise par les événements, et les 
informe qu'il y aura foire à Nantes, comme de coutume, 
le 25 avril. On sait que les fêtes des Quatre Évangélistes 
étaient et sont encore jours de foire : la Saint-Marc tombe 
le 25 avril. 

La haute police municipale se complète par les com- 
missaires de police de quartiers. Avec les noms de ces 
officiers publics, les Elrcnnes nous donnent ceux des juges 
de paix, qui étaient six, un par canton, comme on disait 
déjà. Les commissaires de police, au nombre de six égale- 
ment, étaient placés sous les ordres d'un commissaire 
central ou « commissaire inspecteur», nommé Bar. Ils 
avaient chacun dans leurs attributions trois sections 
dédoublées, chacune des neuf sections ecclésiastiques 
et civiles étant, au point de vue judiciaire, divisée en 
deux. C'étaient Albert fils, pour les 13 e , 14 e et 15 e sec- 
tions, canton du juge de paix Cormier, rueJuiverie; 









— 251 — 

Lambert, pour les 4 e , 5 e et 6 e sections, canton du juge 
de paix Chaillou, rue Pope(ex Saint-André); Fleurdepied, 
pour les 10 e , 11 e et 12 e sections, canton du juge de paix 
d'Havelooze, l'ancêtre, sans doute, de l'armateur, qui 
habitait une rue bien pittoresquement nommée de la 
Fouasserie ; Ruelle, pour les 7 e , 8 e , 9 e sections, canton 
du juge de paix Débourgues ; Boscheron, pour les 16 e , 
17 e , 18 e sections, canton du juge de paix Dupuis; 
Bouion Saint-Aubin, pour les l re , 2 e ,3 e sections, canton 
du juge de paix Abraham, rue Delille (ex Cloître Notre 
Dame). Cette organisation n'a que très peu varié. Il 
n'est pas jusqu'au nom israélite du dernier juge de paix 
Abraham qui ne semble une concession aux idées du 
jour. Mais tous les Abraham, y compris l'aquafortiste 
vitréen Tancrède Abraham, ne sont pas juifs. 



Les Nantais d'alors, comme ceux d'à présent, possé- 
daient un receveur municipal dit « trésorier de la ville ». 
Il s'appelait Mouton et demeurait isle Feydeau. Après le 
trésorier, et non moins arbitrairement placés que lui 
dans le paragraphe de la police municipale, figurent les 
architectes voyers de la Commune. L'architecte voyer 
Crucy aîné (Jean) ne pouvait être mieux choisi : c'est lui 
qui avait construit le pont Rousseau et le pont Maudit. 
Quant à l'inspecteur-voyer, dont l'adresse est bizarre- 
ment donnée « à la Comédie » où plus tard ils habitèrent 
de tradition comme M. Driollet, il avait succédé à Demo- 
let ; c'était ce Fournier, intéressant personnage que nous 
avons déjà trouvé sur notre chemin. Archiviste très 
savant pour son temps, classeur des archives municipales, 
auteur d'une Histoire lapidaire de Nantes et une Histoire 
des Antiquités de Nantes, en 4 volumes in-f°, ouvrages 
manuscrits offerts à la Bibliothèque de la ville par sa 
veuve, à laquelle, en 1814,1a ville acheta son seul héritage, 
ses tableaux, ses dessins et gravures, il eut une attitude 
énergique devant les spoliateurs de la Cathédrale et un 
rôle courageux au moment de l'émeute girondine. Il ne 



Recette 
municipale. 



— 252 — 

pouvait manquer de faire partie des 132 Nantais. Des 
renseignements qui me parviennent au cours de ce travail 
et l'autorité de la Bio-Bibliographie bretonne de M. de 
Kerviler me permettent d'affirmer que Pierre-Nicolas 
Fournier n'était pas Breton, mais Parisien, né le 2 mai 
1747.11 mourut en 1814 et laissa une épitaphe drolatique, 
composée par lui-même : 

Légiste et financier 
Et moine et cavalier, 
Artilleur, fantassin. 
Ingénieur, marin. 
Commandant, prisonnier, 
Vétéran, citoyen, 
Académicien, 
De Nantes antiquaire, 
Voyer, pensionnaire, 
Sans fortune et sans bien. 

Après Mouton, Crucy et Fournier, les Etrennes dési- 
gnent le trompette de la ville Gautier, domicilié à la Mai- 
son Commune. Ce Gautier, qui annonçait à son de 
trompe les réunions publiques et les objetsperdus, était-il 
l'ancêtre du trop célèbre Gautier, des Hospices, qui fit 
partie, quelques mois après, de la municipalité Renard ? 
La chose n'aurait rien d'étonnant. 

LA GARDE NATIONALE. 
POMPIERS ET ARTIFICIERS. 

La Garde Avec la Garde Nationale de Nantes, ses deux légions, 

nationale. ses q U i nze bataillons, nous entrons dans le chapitre le 

plus intéressant des Etrennes, celui qui nous donnera le 
plus de précieux détails sur les familles et les individus. 
Tous les citoyens de marque tenaient à honneur d'être 
gradés dans la Milice Nantaise, organisée depuis deux ans 
déjà. Leur liste est aussi documentaire que celle des 
membres de trois ordres, qui concoururent, en 1788, à la 
fête patriotique donnée sur les cours. Le « Tout Nantes » 
se retrouve là, à quatre années de distance. 

Le chef d'état-major général de la l re légion était 



— 253 — 

Pierre Jean, dit Piter, Deurbroucq, d'une ancienne 
famille originaire de Hollande. Il avait succédé au bouil- 
lant et remuant Coustard, quand celui-ci fut nommé 
député à la Convention. Il avait des armoiries. Son père 
avait été consul secrétaire du Roi, juge consulaire. Lui- 
même avait exercé ces fonctions de consul, héréditaires 
dans la famille, et il était président du Conseil d'Adminis- 
tration de la Garde Nationale avant de devenir chef de la 
première légion. Ce n'était pas un officier de carton, il le 
prouva en contribuant courageusement à la défense de 
Nantes en 1793. Je n'ai pas à suivre les brillantes étapes 
de sa future carrière : commandant de la Garde d'hon- 
neur impériale de Nantes, baron de l'Empire en 1809, élu 
député au Corps Législatif par le Sénat conservateur, en 
1810, chevalier de Saint-Louis en 1814. Il habitait, dès 
l'époque des Etrennes, et il habita jusqu'à sa mort, sur- 
venue en 1831, sur l'île Gloriette (dont la Révolution 
avait fait, je ne sais pourquoi, la rue Gonneville), la belle 
maison de granit, connue sous l'appellation d'Hôtel 
Deurbroucq, où son fils, dernier du nom, aimable vieil- 
lard, auteur d'un volume de Fables, résidait encore 
vers 1865. Le portrait en profil de Piter Deurbroucq 
existe dans la collection de portraits au Physionotrace, 
de Quenedey; il donne l'impression d'un homme distin- 
gué, aimable, d'humeurconciliante, tel, enefîet, quenousle 
révèle sa vie publique et que nous le peint un discours du 
5 mars 1791, où il s'efforce de contenter tout le monde. 
L'adjudant-général de la première légion était L. Du- 
feu, carrefour Casserie, et le sous-adjudant J.-B. Lacour, 
place de l'Égalité. M. de Kerviler a donné la biographie 
très complète du garde national Dufeu. 

L'organisation de la Garde Nationale datait de la Les Vétérans. 
période héroïque de 1789. Elle était imbue du patrio- 
tisme un peu pompeux que la prise de la Bastille avait 
infusé dans le sang français. A Nantes — et je crois bien 
qu'il en était de même ailleurs — elle comprenait, avec 



— 254 — 

les sept ou huit bataillons de chaque légion, un bataillon 
hors cadre dit « des Vétérans », organisé en 1790 et sub- 
divisé en quatre compagnies que l'on désignait, pour 
accentuer leur caractère pacifique, sous les noms de 
plusieurs Compagnies La Prudence, La Persévérance, 
L'Harmonie, La Sagesse. Ainsi étiquetés, les Vétérans 
semblaient plutôt affiliés à une confrérie religieuse ou 
à une loge maçonnique qu'à une milice appelée à 
défendre ses foyers. 

Un commandant, un commandant en second, un 
adjudant et un porte-drapeau, constituaient l'état-major 
du bataillon des Vétérans. Ils s'appelaient : Dehergue; 
Bonnement, lignée, au xix e siècle, de capitaines au long 
cours et d'armateurs; Pimparay ou Paimparay, d'une 
famille de maîtres monnayeurs ; Guépin cite Pimparay 
comme figurant à la fête du Bonnet rouge, le 15 avril 
1792; il portait une pique surmontée du bonnet de la 
liberté et fit partie du cortège de la Municipalité qui se 
rendit à Saint-Pierre pour assister à une messe. Aux 
Jacobins, il y eut un banquet. Le soir, accompagné des 
12 fusiliers de la Garde Nationale, il entra au théâtre, 
dirigeant la manifestation, et fut accueilli par un discours 
de Hugues Hardouin, après que le drapeau et le bonnet 
rouge furent déposés sur la scène, puis attachés par les 
acteurs aux colonnes de l'avant-scène, et la représen- 
tation continua par le Devin du village et Biaise et Babet. 
Le dernier officier d'état major, nommé Ferrand, était 
marchand de « fayance»àla Fosse, N° 79, et devint un des 
notables de la mairie Benard; il rappelle le nom du four- 
nisseur de l'armée en 1870. 

Dans la compagnie « La Prudence », je trouve, avec 
F. Hardi, dont le nom s'est perpétué à Nantes, Denis 
Philippe aîné, sous-lieutenant en 2 e ; Ducommun,qui m'a 
tout l'air d'être proche parent du chirurgien de la marine 
en 1 820 et du statuaire Ducommun du Locle, né à Nantes 
en 1804, auteur de la Cléopâtre du Musée et des statues 
de !a fontaine monumentale de la place Boyale, à 



— 255 — 

Nantes. Pêle-mêle dans les trois autres compagnies, 
voici: un Safïré, qui me fait souvenir que la famille 
noble de Saffray se dit originaire d'un bourg de l'ar- 
rondissement d'Ancenis portant le même nom ; un 
Gaborit, dont les descendants ou du moins les homo- 
nymes sont nombreux à Nantes ; un Couillaud qui 
pourrait avoir autre chose que le nom de commun avec 
un ancien banquier de la rue d'Orléans, associé avec 
M. Grassal, et dont le fils, M. Couillaud de la Rive, est 
également banquier. Je ne m'arrête pas plus à Giraud 
qu'à Dubois ou à Duval, ces trois noms étant monnaie 
courante. Camproger est plus rare; avant d'avoir ren j 
contré un imprimeur à Paris, je connaissais l'existence 
d'un inspecteur de la Compagnie d'Orléans à Nantes, 
devenu, depuis sa mise à la retraite, administrateur de 
Pen-Bron, qui vient de mourir à Nantes^ le 30 Mai 1909, 
âgé de 80 ans, et qui devait être le descendant de 
Camproger, lieutenant en 1 er de la Compagnie « La 
Sagesse » et demeurant rue des Oubliettes. On ne s'at- 
tendait guère à voir la Révolution conserver cette rue, 
à moins que ce ne fût pour flétrir le souvenir qu'elle 
rappelait. 

Chaque bataillon comprenait, avec son état-major, 
uniformément constitué comme pour les Vétérans, une 
compagnie de grenadiers, quatre compagnies de fusi- 
liers. Je passe en revue, c'est le cas de le dire, tous ces 
braves gens et ne puis que citer au passage : un Renard, 
probablement le futur maire; un Crucy, cumulant son 
métier d'architecte avec son devoir de garde national, 
même de capitaine de sa compagnie; un Giraudeau, que 
M. de Kerviler ne compte pas parmi les ancêtres du 
brillant avocat conservateur de nos jours. Mais il faut 
s'arrêter devant Meuris, un simple ferblantier, demeu- 
rant Haute-Grande-Rue, et qui commandait le second 
bataillon. Le 29 juin 1793, à la tête de 5 cà 600 volontaires 
nantais, ce Meuris défendit la ville de Norl contre 4.000 

Soc. Archéol. Nantes. 1? 



Les bataillons. 



— 256 — 

Vendéens et perdit presque tout son effectif avant de céder 
un pouce de terrain. Chassin parle de la « valeur héroï- 
que » de ce chef improvisé, et je comprends que Nantes 
ait donné le nom du ferblantier à l'une de ses rues. 
Meuris, originaire des Pays-Bas, était marié à une 
Nantaise. Jacobin convaincu, il fut tué plus tard en duel 
par Nourrit, girondin, capitaine de la Légion nantaise. 

Continuons. Mais nous ne pouvons, comme Homère, 
accoler une épithète à chacun de nos personnages, de nos 
capitaines ou lieutenants, adjudants ou porte-drapeaux, 
dont l'énumération deviendrait fastidieuse, Il faut se 
borner à quelques-uns d'entre eux, laissant de côté un 
lot considérable de Garnier, de Dupont, de Fleury, de 
Thibault, de Martin. J'en passe et des moins notables. 

Lamy, capitaine de la 2 e compagnie de fusiliers du 
second bataillon, ne doit pas être étranger à des Lamy, 
associés aux Petitjear et fort connus plus tard dans le 
négoce nantais. Il demeurait rue Abailard (pourquoi 
n'avoir pas laissé à la rue Haute-du-Château, devenue, 
depuis quelques années, rue Mathelin-Rodier, le nom du 
grand philosophe nantais, stupidement ridiculisé?) Il a 
pour collègues et voisins Pelé aîné, qui s'appelle comme 
un ancien notaire de la place Royale, et Emeriau, qui 
porte le même nom que Maurice Julien Emeriau, né à 
Carhaix, en 1762, promu vice-amiral vers 1812, mis à 
la retraite à la Seconde Restauration, pour avoir accepté 
de faire partie de la Chambre des Pairs créée pendant 
les Cent-Jours. De telles coïncidences sont rarement 
fortuites. 

A la 3 e compagnie du même bataillon, le capitaine 
Trioche (ne lisons pas Tricoche, qui demanderait Caco- 
let) a sous ses ordres le lieutenant Durocher. Celui-ci 
mériterait de nous arrêter, si nous ne savions que Léon 
Durocher, le barde breton montmartrois, le pentyern 
des fêtes de Montfort-1'Amaury, se nomme Léon 
Duringer; notre Durocher descend sans doute d'un 
maire de Nantes en 1747, qui était en même temps 



257 



colonel de la milice bourgeoise et que l'excellent Perthuis 
n'a eu garde d'oublier dans son Livre Doré. 

Kerhervé, capitaine de la 4 e compagnie des fusiliers, 
demeurant rue Caylus (autrefois des Cordeliers), m'intri- 
gue iin peu. Il porte un nom doublement breton, d'appa- 
rence aristocratique, mais que je ne trouve point dans les 
nobiliaires. 

Le commandant du 3 e bataillon, M. Mulonière, eut-il 
des descendants qui s'appelaient de la Mulonnière? 
Dans son bataillon, je relève les noms bien nantais de 
Burgevin; Hamard ; Trotreau (il y eut de ce nom un 
architecte, rue Crébillon, et un chapelier, place Royale, 
au milieu du xix e siècle); Ernest, que portait undes 
membres du Conseil municipal de 1871; Buron, vieille 
famille nantaise, où on retrouve plus tard, en 1829, 
un médecin à Machecoul, un géomètre à Sainte-Pazanne, 
après un architecte et un capitaine au long cours et 
maintenant, à Paris, un dentiste, son fils, membre du 
Comité de l'Association parisienne des anciens élèves 
du Lycée de Nantes ; Thomas, qui eut des descendants, 
dont un courtier de marchandises, je crois; Gullman; 
Tranchevent. Nous avons un P. Bonami, rue Montfort, 
n° 13, membre de cette dynastie de Bonamy qui a 
compté, depuis le botaniste, auteur de la Flore Nantaise, 
au xvm e siècle, et compte encore tant de représentants. 
P. Mouton n'est pas le trésorier de la ville; il habite 
quai Forbin, l'autre île Feydeau. 

Au 4 e bataillon, un Debais, qui peut très bien, malgré 
la différence d'orthographe, s'apparenter aux sculpteurs 
et peintres Debay , ou à Victor Debay, l'éminent critique, 
fils d'un fabricant de chocolat de la rue des Arts; un 
Dubern fils, que je croirais bien, malgré l'apparente 
différence des conditions entre un porte-drapeau du 
bataillon des Ponts et un grand négociant, le fils du 
directeur de la manufacture d'indiennes, un des douze 
députés du Tiers-État en 1788. Autres noms nantais de 



— 258 — 

ce même bataillon : Branger, Langevin, Faligan, Lemoine, 
Mauriceau, Vrais, Oullard. 

Le cinquième bataillon était celui du quartier Saint- 
Clément. Sous les ordres du commandant Marchais, 
rue Démosthène, j'y vois figurer un Huard, d'ancienne 
souche créole, un Delalande, un Guillemet. Les horti- 
culteurs et jardiniers étaient dès lors nombreux dans ce 
quartier voisin de la campagne. P.-Ch. Legendre, rue 
Maupertuis (ou des Carmélites), ne serait-il pas l'ancêtre 
de feu Legendre, directeur du Jardin des Plantes, 
architecte et archéologue, qui avait entrepris un grand 
ouvrage sur ce beau jardin ? Pépiniéristes ou ancêtres 
de pépiniéristes, les Cottineau, les Fouloneau et 
surtout les Potiron, les Poirier, dont les noms ont 
des saveurs de légumes ou de fruits, Les Fruchard de 
l'époque révolutionnaire, que cite le Livre Doré, sont 
un François, échevin, nouveau consul, notable, et un 
Juste, négociant; celui des Etrennes a un L pour ini- 
tiale de son prénom, et, si je ne puis l'identifier avec 
aucun des deux précédents, au moins était-il de cette 
famille nantaise connue dès le xvn e siècle. Avant de 
quitter le 5 e bataillon, j'y note la présence de M. Pelletier, 
route de Paris, lieutenant de la 4 e compagnie; l'aimable 
trésorier de l'Association parisienne des Anciens Cama- 
rades du lycée de Nantes, dont le nom s'orthographie 
exactement de la même façon et dont la famille habitait 
le même quartier, reconnaîtra-t-il en lui l'un des siens? 

Le 6 e bataillon, qui se recrutait au carrefour de la 
Casserie, au Pilory, au Boufîay, offrirait aux vieux Nan- 
tais bien des observations intéressantes et aussi des 
« sujets » de marque, tels que le 1 er sous-lieutenant de la 
compagnie de grenadiers, G.-M. Orieux, dont un descen- 
dant, M. Eugène Orieux, a écrit des volumes de vers et de 
sérieux ouvrages sur la ville de Nantes, dont il était le 
très distingué agent voyer, tels aussi que M. Guimard, un 
parent de l'auteur des Annales Nantaises, que Lourmand 
cl Langlois, chefs ou représentants de familles bien con- 



259 



nues dans l'industrie locale, ou que F. Guillet, homo- 
nyme du Bibliothécaire de 1820 et de mon excellent 
ami le publiciste Léon Guillet. Mais l'aigle de ce batail- 
lon était le capitaine de la 2 e compagnie de fusiliers, 
J. O'Sullivan, qui habitait rue Gaudine. J'ai déjà salué 
au passage cet Irlandais, qui donna le plus noble gage 
d'affection à sa ville d'adoption, Nantes, en em- 
pêchant d'être fusillés les 132 Nantais arrêtés 
par ordre de Carrier. C'est ici l'occasion de rap- 
peler que, comme officier de la garnison, il fit partie de 
la petite troupe commandée par le ferblantier Meuris, 
qui défendit Nort contre les Chouans. Grièvement blessé, 
il eut à l'adresse des camarades qui regagnaient Nantes ce 
mot digne de ceux que Plutarque a rapportés : « Nous 
restons ici, nous mourrons pour la liberté ; dites aux 
Nantais d'en faire autant ». Les contemporains attestent 
que, chez O'Sullivan, la beauté du visage égalait celle de 
l'âme. 

Le 7 e bataillon, des quartiers du Port-Maillard et de 
Richebourg, n'était pas. complètement organisé quand 
les Etrennes parurent; l'état-major n'avait ni comman- 
dant en second, ni porte-drapeau. Le commandant du 
bataillon était ce Carié, déjà rencontré, qui n'avait aucun 
lien de parenté avec le proconsul auvergnat. Je note le 
capitaine C. Saint-Omer, qui demeurait à la barrière 
Richebourg, et dont le nom se retrouve plus tard comme 
raffineur associé aux Barré (Saint-Omer et Barré), 
nom porté à Nantes, entre autres, par deux avoués, sous 
l'Empire et la Restauration ; le capitaine Barrier, les sous- 
lieutenants Guichet, Herpin, Gueffier, Gerbaud ; tous ces 
noms ont une vraie couleur locale ; il y a encore 
plusieurs Guichet à Nantes; un littérateur connu, du 
pays malouin, s'appelle Herpin ; quant à Gueffier, 
c'était, il y a trente ou quarante ans, le nom du coiffeur 
le plus élégant de Nantes, place du Pilori ; enfin, 
M. Gerbaud, ancien zouave pontifical, demeurant à 
Thouaré et à Legé, dirige à titre gracieux, .es travaux 



— 260 — 

du Calvaire de Ponlcliâteau. Quant à P. Chaux, lieu- 
tenant d'artillerie de la compagnie de grenadiers, l'ini- 
tiale de son prénom ne me permet pas de l'assimiler à 
Etienne Chaux, qui joua un rôle très important sous la 
dictature et dans le procès de Carrier. 

Deuxième L a deuxième légion de la Garde Nationale avait 

Légion. à nu j t bataillons au lieu de sept. Son chef d'état-major 
général, C. Bouteiller, à Gigan (sic), appartenait à une 
ancienne et nombreuse famille, bretonne d'origine, plus 
connue sous le nom de LeBouteiller ou de De Bouteiller. 
Il avait pour adjudant général un inconnu, Chandoux, 
pour sous-adjudant, Guillemet jeune, un des jacobins 
qui dételèrent la voiture des représentants du peuple 
prêts à quitter la ville au moment de l'attaque 
des Vendéens. Au premier bataillon, je trouve plus d'un 
Nantais de vieille date et de bonne souche, Coiquaud fds, 
rue Bayle, commandant en second , parent de l'orato- 
rien Fouché; Daviau, issu d'une des nombreuses 
familles bretonnes de ce nom, qui n'ont, d'ailleurs, 
aucune espèce de rapport avec la très ancienne 
famille poitevine d'Aviau, seigneurs de Piolant et de 
Ternay ; Poisson, aïeul, peut-être, de deux Nantais 
fort connus à l'heure actuelle, le chirurgien Poisson 
et M. Poisson, ancien notaire, directeur de La Nationale; 
Bridon, dont descendent probablement M e Bridon, 
ancien notaire à Pornic, et son fils Joseph Bridon, 
dit Brydon, peintre et critique d'art à Paris ; Chauvet; 
fit-il souche d'une famille créole à laquelle se rattachait 
mon vieil ami, le fin poète Paul Chauvet. Le lieutenant 
de la l re compagnie de fusiliers était un tout jeune 
homme du nom d'Omnes, décoré d'une médaille d'or par 
Louis XVI pour avoir sauvé deux voyageurs entraînés 
sous la glace et affublé d'un surnom, en qui se 
résume, comme l'a dit Pitre Chevalier, « la pensée 
révolutionnaire »; tout le monde l'appelait Omnes 
Omnibus. Le Galipaud, qui figure comme armurier à 



— 261 — 

la 4 e compagnie, ne serait point, d'après M. de Ker- 
viler, un homonyme fortuit de l'acteur comique, notre 
contemporain; il y a eu autrefois à Nantes des chanoines 
et des architectes de ce nom ; à Pornic, un escalier 
Galipaud, rappelé le célèbre curé de l'époque révolu- 
tionnaire. 

Gallway, commandant du second bataillon, maison 
Durbé, n'est cité nulle part; son nom indique une origine 
anglaise. Notons que dans la maison Durbé, au quartier 
de la Fosse, demeuraient d'Angers, sous-lieutenant de 
grenadiers; M. Aubin, sous-lieutenant de la 4 e compagnie, 
ancêtre tout désigné de l'avocat Antony Aubin. Quel- 
ques adresses sont à retenir: L'entrepôt des caffés, pour 
S. Dumais ; Chezine (on disait « à Chezine) », pour 
A. Bourmand ; le coto (sic) Miseri, pour J. Baudet. On 
n'avait pas perdu de temps en créant une rue Baco ; 
P. Lebœuf y habitait, au n° 4. M. Haentjens, Flamand 
d'origine, dont le nom reviendra souvent plus tard dans 
l'histoire du haut commerce nantais, commandait la 
4 e compagnie et demeurait quai Chaussay (?), n° 3. 

Peu de remarques r faire sur le troisième bataillon, 
commandé parBinet. Tardiveau, Garreau y représentent 
le vieux Nantes. Un Van Neunen y fait son apparition; 
nous en avons trouvés, nous en trouverons d'autres. Il y a 
eu au milieu du xix e siècle un arbitre de commerce 
nommé J. Joux, comme le lieutenant de la 4 e compa- 
gnie. 

Vasseur, sous-lieutenant de la l re compagnie, 
G. Lahaye, lieutenant de la 3 e du 4 e bataillon, avec 
S. Adam, deuxième sous-lieutenant de la 3 e , demeu- 
raient dans la rue Cazanove (ancienne rue Saint-Lazare), 
aujourd'hui rue des Hauts-Pavés. Ce bataillon livre 
encore les noms, familiers aux oreilles nantaises, de 
M. Landais, P. Langlois père, J. Fonteneau et celui de 
A. Saveneau, qui signait, un peu plus tard, comme 
greffier en chef de la mairie, une affiche enjoignant à tous 
les citoyens français ou étrangers de présenter au com- 



— 262 — 

missariat de police leurs passeports le jour de leur arrivée 
« ou le lendemain s'ils arrivaient tard ». Il y avait encore, 
de mon temps à Nantes, deuxVanXeunen. Il y en avait da- 
vantage en 1792: Van Neunen jun ior, commandait le cin- 
quième bataillon. Parmi les officiers qu'il avait sous ses 
ordres, je trouve, avec deux Perruchau, habitant au 
Bignon-Lestard, le fds, sous-lieutenant de grenadiers, 
le père, capitaine de la 3 e compagnie de fusiliers, un autre 
Van Neunen fds aîné, rue du Chapeau-Rouge, n° 2. 

Pierre-Marie Fournier, domicilié, comme nous l'avons 
vu, « à la Comédie », se détournait de ses devoirs civils 
pour commander le sixième bataillon. Il avait pour 
adjudant L.-L. Bataille, demeurant près la Corderie, 
rue Rubens, que Léon Brunschwlcg, dans ses Ephémé- 
rides Nantaises, donne comme le grand-père du chanteur 
célèbre, qui mourut sous-préfet d'Ancenis. Dans son 
bataillon, je remarque un Drouin, un Hubert, un J. Mary, 
qui habite « maison Graslin », et un P. Coustard, 2 e sous- 
lieutenant, que son prénom m'interdit de confondre avec 
le jeune Hercule, fds du député et l'un des plus ardents 
patriotes de la jeunesse nantais". 

L'Allemand Wieland, chef du septième bataillon, 
eut une triste fin. On ne lui tint pas compte de ses faits 
d'armes devant Machecoul, qu'il reprit, en avril 1793, 
à la tête des grenadiers de la Garde Nationale nantaise. 
Ayant capitulé dans Noirmoutiers, il fut accusé de tra- 
hison et fusillé en même temps que d'Elbée, quoique 
celui-ci eût affirmé qu'il n'était pas de connivence avec 
les royalistes. Ce tragique épisode a inspiré au peintre 
Le Blant son beau tableau du Musée de Nantes. Wieland 
avait pour adjudant Grandmaison, futur membre du 
Comité révolutionnaire de Nantes et complice de Carrier, 
dont il partagea le sort. Parmi ses officiers figurent : 
Pierre-Frédéric Dobrée, le premier des Dobrée venus de 
Guernesey à Nantes, consul des États-Unis, officier 
municipal, négociant notable, que nous retrouverons 
au commerce ; un Allemand qui fit souche nantaise, 



-r- 263 — 

Schweighauser: un Favre ; un Nourry ; un Fourcade, 
dont les descendants ont marqué et existent encore ; 
P. Saradin, le plus ancien que je connaisse de cette 
lignée de vieux républicains nantais, et qui, parfumeur, 
demeurait déjà rue Fosse, 19. 

Groleau, capitaine de la compagnie de grenadiers, 
Rozier ; un autre Grandmaison ; Delpech; A. Leduc, 
officier, plus tard, de la Grande Armée, sous Napoléon I er , 
et dont le vrai nom était Girard, ancêtre des deux 
peintres nantais et de l'éditeur de musique parisien, 
sont les officiers qui m'ont le plus frappé par les sou- 
venirs nantais que leur noms évoquent dans le huitième 
bataillon, le dernier de la deuxième légion et de toute 
la Garde Nationale. 



La Garde Nationale à cheval, composée de deux com- 
pagnies, complétait l'effectif imposant des gardes natio- 
nales nantaises. Je regrette de ne pouvoir décrire son 
uniforme et son équipement, que l'on peut, je crois, 
retrouver aux archives municipales et qui devaient, si j'en 
juge par cette simple indication : « compagnie houpette 
rouge — compagnie houpette bleue », ne pas manquer 
de panache. Plaisanterie à part, et sans même rappeler 
que le portefaix Nicolas Leclerc, condamné au pilori 
pour avoir volé, en 1792, un chapeau à houpette, avait dû 
dérober le corps du délit à un membre de la Garde Natio- 
nale à cheval, je me plais à déclarer que les cavaliers de la 
milice eurent , comme les fantassins, une part glorieuse 
dans la défense de Nantes. Leur commandant, Robineau, 
Cours de l'Égalité, qui fut blessé à l'attaque de Nantes 
en 1793, laissa des descendants, connus sous le nom de 
Robineau de Bougon. Le 16 octobre 1790, à l'élection 
du commandant en chef de la Garde Nationale, qui venait 
d'être, en prévision de graves événements, renforcée de 
plusieurs bataillons, il avait été en compétition avec 
Coustard de Massy; il eut au premier tour de scrutin un 
nombre de voix presque égal à celui de son concurrent, 



Garde nationale 
à cheval. 



des Elèves. 



— , 264 — 

qui l'emporta définitivement au scrutin de ballotage. 
Les deux compagnies que Robineau commandait en chef 
comprenaient chacune un capitaine, deux lieutenants, 
deux sous-lieutenants, un adjudant, trois maréchaux- 
des-logis. Il y avait encore un trésorier, nommé Barbier, 
dont le grade n'est pas indiqué, et, en guise de fanfare, 
un trompette de la compagnie bleue, Boireau, qui logeait 
au château, un trompette de la compagnie rouge, Mauris- 
set. Les officiers n'ont rien qui les signale à l'attention, 
sauf deux nobles appartenant à des familles citées 
dans d'Hozier, Limoelan et Defrondat. Le fils de ce der- 
nier vécut une partie de sa vie à l'île Maurice. Une vieille 
demoiselle de Frondât, en qui le nom s'est éteint, est 
morte à Nantes avant 1870. 

En tête de la Garde Nationale, marchait le bataillon 
des Vétérans; le bataillon « des Élèves», on a dit depuis 
des « pupilles », fermait la marche. Il avait un comman- 
dant de bataillon, Debreiène aîné, un adjudant, un porte- 
drapeau, cinq compagnies, et, seul de l'arme, possédait un 
tambour-major, le sieur Legrand, rue Delorme. Parmi les 
officiers, quelques noms nouveaux m'attirent, ceux de 
Métayer, de Lafargue, de Chaillou, de Poidras, que j'ai 
vu porter concurremment par un richissime propriétaire, 
M. Poydras de la Lande, et par un prolétaire, le méca- 
nicien Poydras, conseiller municipal en 1871. Je trouve 
aussi un Durassier, qui m'a bien l'air d'être le futur 
secrétaire de la compagnie Marat, d'assez sinistre mé- 
moire, en 1793. J'en aurai tout à fait fini avec la Garde 
Nationale en mentionnant, d'après les Etrennes, le secré- 
taire de l'état-major général, L. Labat, qui résidait au 
secrétariat à la Halle Neuve — neuve en 1792, et 
aujourd'hui renouvelée par le vaste bâtiment élevé 
sur l'emplacement du marché Talensac. 

En 1792, Nantes n'avait pas de troupes de ligne. Il 
fallut que le représentant Coustard signalât au Comité 
de Salut Public le danger de livrer la ville aux entreprises 
de l'armée vendéenne pour qu'on se décidât, en juin 1792, 



— 265 — 

à lui envoyer une garnison. La garde nationale joua donc 
le rôle le plus important dans les événements militaires, 
et elle paya largement l'impôt du sang. 



Pour la défense des côtes, elle pouvait se reposer sur 
le corps des volontaires, ayant à leur tête le commandant 
Guillaume Berthault, vieille famille nantaise, rue Con- 
trescarpe, et un adjudant, Deslandelles, île Feydeau, 
parent, je présume, de Guihery Deslandelles, associé 
ou successeur de Colin, fondateur des conserves ali- 
mentaires, prédécesseur de Philippe et Canaud, et appar- 
tenant, peut-être, à la famille Veillet qui, à Moncon- 
tour, en l'an IX, portait le nom de Deslandelles. 

La compagnie Dugai-Trouin (sic) avait comme capi- 
taine : Leprêtre ; la compagnie Jean-Bart : Le Chevert, 
quai Forbin; et la compagnie Cassard : Wuibert. 

A la différence des marins de la Vendée, ces volon- 
taires marins de la Loire-Inférieure n'ont pas beaucoup 
fait parler d'eux. 



Volontaires 
marins. 



Il en est autrement des volontaires nationaux du 
département ou Volontaires Nantais, qui, à peine consti- 
tués, envoyaient à l'Assemblée Nationale, le 20 fé- 
vrier 1790, une adresse où ils demandaient à être orga- 
nisés de la même manière que le seront les gardes natio- 
nales. Leur appel aux Pères de la Patrie, comme ils 
disaient dans leur pompeux langage, fut entendu. Ils 
eurent pour premier commandant en chef Coustard de 
Massy; pour commandant en second Deurbroucq, qui, 
mis d'abord à la tête de la Garde Nationale, furent 
remplacés, en 1792, par Josmet la Violais et Guéné. 
Vivait encore sous Louis XVIII le riche Deurbroucq, 
décoré, devenu baron de l'Empire et membre de la 
Société Académique. 

Ils formaient alors une compagnie de grenadiers et 
huit compagnies, mais ils n'avaient qu'un capitaine, un 
lieutenant, un sous-lieutenant par compagnie, et un 



Volontaires 

nationaux à 

St-Domingue . 



— 266 — 

effectif total qu'on peut évaluer à 500 hommes environ. 

Leur commandant en chef de 1792 n'était pas le 
premier venu. Jean-Louis-Gaspard Josmet (que les 
Etrennes appellent par erreur Jonet) la Violais s'était 
déjà préoccupé à Machecoul, son pays, de l'organisation 
d'une garde civique avant de devenir à Nantes lieute- 
nant-colonel, puis commandant du bataillon des Volon- 
taires Nantais. En 1792, on l'envoya aux Sables-d'Olonne 
réprimer les troubles de la région. Un peu plus tard, il 
alla faire campagne avec une partie de sa troupe à Saint- 
Domingue, où l'insurrection de Toussaint Louverture 
venait d'éclater. Cette présence du chef des Volontaires 
dans la grande île américaine explique une bizarrerie 
apparente; les Etrennes indiquent Saint-Domingue 
comme résidence de ces Volontaires, et j'avais cru d'abord 
qu'un quartier de la ville pouvait, en raison des relations 
commerciales de Nantes avec les Antilles, être désigné 
ainsi. Josmet la Violais laissa à ses subordonnés l'hon- 
neur de défendre Nantes; mais, de retour de son lointain 
voyage, il devint, au cours de la guerre de Vendée, 
général de brigade dans l'armée de l'Ouest, remporta 
quelques avantages, mais eut le tort de se mettre mal 
avec Hoche, contre lequel il écrivit un factum, qualifié 
par un citoyen de l'époque de dégoûtant libelle. Sa mise à 
la retraite d'office suivit de près. On voudrait mieux 
connaître le personnage dont on n'a guère que les états de 
services. Il était cousin germain de la femme de Charette, 
une veuve riche, et beau-frère de Luminais, député de la 
Vendée, ancêtre du peintre de ce nom. Il vivait encore 
en 1822. 

Aucun des officiers des Volontaires Nantais ne joua un 
rôle important dans les nombreux faits de guerre de cette 
période agitée. Je ferais une exception pour O'Sullivan, 
sous-lieutenant de la 5 e compagnie, si je croyais qu'il fût 
le même personnage que J. O'Sullivan, le capitaine de 
la 2 e compagnie du 6 e bataillon de la garde nationale; la 
simple réflexion nous apprend que nous avons affaire à 



— 267 — 

un parent, modeste homonyme. Je n'ai pas rencontré 
encore les noms de Bourgouin, de Tardy, de Chapelain, 
de Le Roy, de Billard, de Portail. Celui de Marquis, 
tambour-maître de la 8 e compagnie, ne me semble 
pas nantais; je ..vois dans Chassin qu'il était^porté par 
un capitaine du 10 e bataillon de la Meurthe. , Celui de 
Perthuys, sous-lieutenant à la 3 e compagnie, devait 
intriguer à bon droit et pouvait intéresser directement 
mon ami Alexandre Perthuis, à moins que ce distrait, 
qui eût parfois rendu des points au Menalque de La 
Bruyère, ne l'eût pas remarqué. 

L'effectif militaire, déjà imposant du département de Gendarmerie. 
la Loire-Inférieure, se complétait par la Gendarmerie 
Nationale, composée de 18 brigades, chacune formée de 
quatre gendarmes, un maréchal des logis ou un brigadier. 
C'était peu, et la vieille plaisanterie sur les « quatre 
hommes et un caporal » me revient en mémoire à propos 
des Pandores nantais de 1792. Dumouriez avait pourtant 
réclamé l'organisation, la multiplication des brigades de 
gendarmerie et leur envoi aux frontières menacées. Il 
avait obtenu peu de chose, et c'est seulement sous le 
Directoire que l'ancienne maréchaussée, définitivement 
transformée en gendarmerie, fut réorganisée dans les dé- 
partements de l'Ouest. Notons que la gendarmerie était 
alors partagée en divisions. Le colonel de la 5 e division, 
dont Nantes dépendait, résidait à Rennes et se nommait 
Gardin. Il y avait un officier pour trois, quelquefois 
deux, brigades, ce qui dénote un amour immodéré du 
galon. Quelques noms de ces officiers sont à retenir : 
celui, bien nantais, de Naudin, dont un descendant fut 
banquier, celui de Mourain, signalé plus tard par Chas- 
sin comme lieutenant de gendarmerie à Beauvoir et qui 
me paraît ne faire qu'un avec Mourain de Sourdeval, 
Surtout celui d'un Charette, capitaine à Château- 
briant, sur lequel les biographes du fameux Ven- 
déen ont négligé de nous renseigner, car il ne devait 



— 268 — 

pas être parent du célèbre général. La gendarmerie noir- 
cissait déjà beaucoup de papier; elle avait son secrétaire 
greffier, Bureau, le bien nommé, à Nantes. 

Pompiers. Tj ne rubrique très intéressante, et qui suit immédiate- 

ment la Gendarmerie Nationale, est celle-ci : Officiers de 
pompes à incendie de la ville de Nantes avec les différent 
dépôts des pompes. Dans une ville industrielle, où le 
risques d'incendie ne manquaient pas, on s'était préoc 
cupé de bonne heure de porter remède au fléau. Dès le 
xvi e siècle, des confréries s'organisèrent dans ce but et 
ce sont des religieux qui manœuvraient, jusqu'au milieu 
du règne de Louis XV, les lourdes pompes à bras alimen- 
tées par les seaux d'eau puisés à la rivière. Vers 1760, des 
citoyens de bonne volonté forment une milice de pom- 
piers ; en 1792, cette milice, organisée d'une façon 
sérieuse, avait son capitaine inspecteur et ses capi- 
taines de pompes. Elle avait aussi un uniforme, déjà 
analogue à celui du casque légendaire dont les Etrennes 
ne font pas mention, à celui que nous avons connu et 
qui tend à se simplifier : habit bleu de roi, collet, pare- 
ments et passepoil rouge, doublure et revers bleus, 
passepoil des parements et du collet blanc, veste et 
culotte blanches, boutons de la Garde Nationale. 

C'est dans ce costume que les braves pompiers nantais 
allaient au feu. Leur métier n'était pas une sinécure, 
témoin, entre bien d'autres, le terrible incendie du 
théâtre Graslin, en 1796. On peut croire que, préposés 
à la conservation des biens et de la vie de leurs conci- 
toyens, ils éprouvaient un légitime orgueil. Leurs offi- 
ciers tenaient beaucoup à leur rang d'ancienneté et, dans 
les Etrennes, on a fait précéder leurs noms d'une lettre 
indiquant le rang. Le capitaine inspecteur était le pre- 
mier officier municipal, Le Cadre, demeurant chaussée de 
la Magdelaine, et que je trouve indiqué, sur une pièce 
de 1790 relative à l'élection de la mairie Kervegan, 
comme exerçant alors la profession de ferblantier. Bel- 



— 269 — 

zon, orfèvre, carrefour Saint-Nicolas, était capitaine de la 
pompe *n°l, en dépôt à la Maison Commune, où se trou- 
vait aussi la pompe n° 2, dont le capitaine Poupard, mar- 
chand clincailler (sic), rue Bon-Secours, doit être un 
aïeul de Poupard-Davyl, l'auteur dramatique et roman- 
cier, condisciple de Chassin au lycée de Nantes. D'autres 
dépôts de pompes existaient à la nouvelle halle, à la nou- 
velle salle des spectacles (qui était la Nouvelle Comédie, 
construite place Graslin, par Crucy, en 1786), à « Che- 
zine », chez Bedert, au corps de garde de la rue Demos- 
thène (Saint-Clément), à l'Hôtel-Dieu , place Cosmo- 
polite (Sainte-Elisabeth). Il n'est pas permis d'oublier 
les noms des capitaines de pompes, honnêtes commer- 
çants pour la plupart, et qui ont d'autant plus de droits 
à la reconnaissance des Nantais pour avoir accepté des 
postes de combat. C'étaient : Mary, marchand cirier ; 
Hardy, marchand épicier; Le Roy, marchand horloger; 
Herbault, marchand épicier; Lahaie, marchand poêlier, 
et, confondu avec ces dignes représentants du négoce, 
le frère du grand architecte, Crucy jeune, rue Folard, 
capitaine de la pompe n° 7. Un capitaine surnuméraire 
devait remplacer à l'occasion un de ses collègues em- 
pêché; il n'était pas nommé ou pas encore en exercice 
quand parurent les Etrennes de 1793. 

Par une coïncidence assez naturelle, le petit almanach Artificiers. 

réunit dans la même page tout ce qui concerne le feu. 
C'est ainsi que l'entrepôt des illuminations de la ville de 
Nantes figure dans le paragraphe des pompes. L'artifi- 
cier, le Ruggieri ou le Kervella de l'époque, qui ne 
devait pas chômer souvent dans cet âge d'or des fêtes 
publiques, s'appelait Hursin et demeurait rue de Riche- 
bourg ; c'était, sans doute, un parent de M. Ursin, 
membre actif de la Société Académique de Nantes 
sous la Restauration. 

Il est bien naturel aussi d'indiquer, à côté du mal, un 
autre remède. La plus ancienne compagnie d'assurances 



270 



contre les incendies venait de s'établir à Londres, sous le 
nom symbolique de Chambre du Phénix. Elle avait eu 
très vite une succursale à Nantes. Schweighauser et T. 
Dobrée, négociants en cette ville, étaient ses correspon- 
dants pour toute la ci-devant Bretagne. Je me reproche- 
rais de ne pas reproduire le petit avis inséré par les 
Etrènnes : « Il faut s'adresser à eux (à Schweighauser et 
Dobrée) pour les assurances à faire sur maisons, chan- 
tiers, navires, magasins, marchandises, meubles et 
effets quelconques.» L'assurance maritime était donc déjà 
en usage comme l'assurance ordinaire des immeubles ou 
meubles contre l'incendie. On serait bien curieux de con- 
naître le taux des primes appliquées aux diverses natures 
de risques et en particulier aux risques industriels (usines, 
fabriques) très nombreux à Nantes. La petite note qui 
suit ne satisfait qu'à demi notre curiosité : « Les primes 
sont depuis 3 sous jusqu'à 12 sous. 6 deniers pour 
100 francs par an, suivant les risques, et les conditions 
fort avantageuses. » Cette dernière phrase est énigma- 
tique et nous semble, en tout cas, sujette à caution. Le 
taux de prime allant de 3 sous à plus de 12 sous pour 
100 francs de capital assuré est énorme si l'on songe sur- 
tout à ce que valait l'argent autrefois, à ce qu'il vaut 
aujourd'hui. Les risques réputés les plus dangereux ne 
coûtent guère à l'heure présente plus d'un franc pour 
mille francs de capitaux assurés. Il y aurait sur l'établis- 
sement en France des compagnies d'assurances étran- 
gères, sur la fondation et le développement des compa- 
gnies françaises autant que sur la variation du taux des 
primes depuis plus d'un siècle bien des choses à tirer de 
l'oubli, mais il faudrait traiter la question au point de vue 
nantais, et les renseignements précis manquent. Quant 
aux personnalités des assureurs nantais de 1792, 
elles n'étaient pas les premières venues. J'ai rencontré 
déjà un Schweighauser, officier de la Garde Nationale, 
dans la compagnie même de son associé et parent, Pierre- 
Frédéric Dobrée. 



271 — 



Celui-ci, dont j'ai esquissé la vie publique, tenait la 
plus haute place dans le commerce nantais. Il avait fondé 
à la Basse-Indre un établissement industriel, sorte de 
forge, où il fabriquait des feutres à doublage et des 
câbles en fer pour la pêche à la baleine; il était armateur, 
et si son fils Thomas, qui eut lui-même pour fds l'archéo- 
logue créateur du fameux musée, donna de l'extension à 
la maison d'armement, il eut le mérite de l'ouvrir et le 
courage de la faire prospérer en pleine Terreur. Incarcéré 
deux fois en 1793, il fut sauvé par sa fdle dans des cir- 
constances tragiques, qui rappellent un peu le dévoue- 
ment de M lle Cazotte ou celui de M lle de Sombreuil. 
A la Bibliothèque Nationale, j'ai retrouvé un document 
original, un placard de l'époque, que le Journal de la 
Correspondance de Nantes du 6 juin 1792 a publié avec 
quelques changements. C'est une lettre adressée à Pierre- 
Frédérick Dobrée par les négociants de Guernesey, son 
pays d'origine, et affirmant que ces négociants, se sentant, 
au fond, plus Français qu'Anglais, ne s'associeront 
jamais à la guerre en armant, comme on l'a faussement 
insinué, des corsaires contre la France. Trois Dobrée, 
parents de celui de Nantes, Thomas, Bonamy (sic) et 
Jean, figurent parmi les signataires de cette lettre. Je note, 
en passant, d'après M. de Kerviler (Bio- Bibliographie 
bretonne), qu'un ancien de la famille, celui d'où descen- 
dait Pierre Dobrée, s'était fixé, au xvn e siècle, à Vitré, 
où les protestants étaient nombreux, et y avait contracté 
des alliances. Mais les Dobrée, d'après la généalogie de 
M. Pître de Lisle, sont de Saint-Peter-Port à Guernesey. 
Jean, le plus ancien connu, vivait en 1583. L'un, 
Nicolas, était capitaine des milices en 1730; un autre, 
Thomas, lieutenant bailly à Guernesey, en 1775 ; c'était 
le père de Pierre-Frédérick cité plus haut. 



Les Dobrée. 



LA JUSTICE 



Cédant arma togœ! dit l'adage latin. Après le Nantes 
militaire, dont les Pompes à incendie et la Compagnie 

Soc. Ârchéol. Nantes. 18 



Tribunaux . 



— 272 — 

d'Assurances ne nous ont détourné que pour un instant, 
nous arrivons au Nantes judiciaire, où la paix devrait 
régner sans mélange. Mais nous sommes, ou nous allons 
être, en 1793. C'est ainsi que le Tribunal criminel, institué 
dans le département comme dans tous les autres par 
décret de la Convention Nationale, va devenir, pendant 
l'année terrible, la plus formidable comme la plus 
arbitraire des juridictions; il lui suffira pour cela de 
s'intituler « Tribunal criminel extraordinaire» et de se 
passer du concours du Jury. Le Jury, que l'on appelait 
à l'origine Juré de jugement et qui nous arrive d'An- 
gleterre en droite ligne, était composé de douze citoyens 
pris sur une liste de deux cents, arrêtée tous les trois 
mois par le procureur général syndic du département; 
à côté de lui fonctionnait un autre jury, dit Juré d'accu- 
sation, composé de huit citoyens. Le Juré de jugement 
s'assemblait le 15 de chaque mois, et le Juré d'accusation, 
une fois par semaine. Dans le principe, l'organisation 
était des plus équitables. Mais, dans l'application et sous 
la pression des événements, on supprima souvent l'un 
des jurys, on les supprima même tous les deux pour 
laisser au Tribunal criminel un pouvoir discrétionnaire. 
Ce tribunal avait son président, un accusateur public, 
un greffier et trois juges, pris chacun tous les trois mois 
et à tour de rôle dans les tribunaux de district ou tri- 
bunaux de première instance, sur lesquels nous revien- 
drons tout à l'heure. Il disposait des pouvoirs d'une 
Cour d'assises et justifiait son titre de Tribunal criminel ; 
il devait donner à six hommes, dont les passions politiques 
enflammaient le zèle révolutionnaire, droit absolu de 
vie ou de mort sur leurs concitoyens. 

Sous les ordres suprêmes du ministre de la justice, 
Garât jeune, personnage plus austère que son homo- 
nyme et parent le chanteur célèbre, le Tribunal criminel 
du département de la Loire-Inférieure avait pour pré- 
sident, en 1792-1793, Gandon aîné, un ancien avocat, 
membre du Directoire du département en 1790 et 1791, 



— 273 — 

qui fit également partie, avec son frère Gandon jeune, 
du Tribunal criminel extraordinaire, dont les troubles de 
mars 1793 hâtèrent la création. J'ai retrouvé bien peu 
de chose sur ce Gandon, qui refusa par la suite la mairie 
de Nantes, que lui offrait le représentant Ruelle. En 
revanche, les documents abondent sur l'accusateur 
public Giraud, place du Département, qui n'était autre 
que Pierre-Guillaume-Henri Giraud du Plessis, ancien 
député à l'Assemblée des notables de 1787, ancien député 
de la sénéchaussée de Nantes aux États-Généraux de 
1789, maire de novembre 1791 à la fin de 1792. Lors- 
qu'il fut nommé, en décembre 1792, accusateur public 
près le Tribunal criminel, il écrivit à la Municipalité qu'il 
abandonnait la mairie, estimant le cumul des fonctions 
impossible; on fit imprimer, afficher sa lettre, et Baco 
le remplaça. Giraud Duplessis ne tarda pas beaucoup 
à s'apercevoir qu'il n'avait aucune vocation, pour deve- 
nir le Fouquier-Tinville nantais; le 15 juillet 1793, 
il donnait sa démission d'accusateur public, en déclarant 
courageusement « qu'il ne pouvait vaincre sa répugnance 
à contribuer au jugement d'un homme sans le secours 
des jurés». Il sauva pourtant sa tête, et sa franchise ne 
lui porta par malheur, car, de nouveau maire de Nantes 
en 1795, il fut successivement député de la Loire-Infé- 
rieure au Conseil des Anciens, préfet du Morbihan sous 
l'Empire, avocat général et conseille*' à la Cour de 
Cassation sous Louis XVIII. C'est l'un des Nantais qui 
ont le plus marqué dans la vie politique. 

Le greffier du Tribunal criminel, Coiquaud (Coicaud 
plus tard), rue Bayle, parent de Fouché, le futur duc 
d'Otrante, et grand-père du marchand de bois, mort il y 
a près de 30 ans dans son domicile de la rue des Cade- 
niers, ne se recommandant pas autrement à l'attention, 
je prends congé de ce Tribunal, où Bachelier allait 
bientôt exercer ses rigueurs, dites « fumées acerbes », 
non sans remarquer que, pour être gratuites, les fonc- 
tions des jurés n'en étaient pas moins obligatoires. S'ils 



— 274 - 

ne se rendaient pas à la sommation qui leur était faite 
on les condamnait en 50 bons d'amende et à la priva- 
tion de leurs droits d'éligibilité et de suffrage pendant 
deux ans. On ne badinait pas avec la justice révolu- 
tionnaire. 

Il y a bien des anomalies dans l'organisation judi- 
ciaire de ce temps-là. Les tribunaux de district répon- 
dent assez exactement à nos tribunaux actuels de pre- 
mière instance, à cette reserve prés qu'il y avait plus de 
districts qu'il n'y a d'arrondissements (9 au lieu de 5 
dans la Loire-Inférieure). Ces tribunaux de district 
jugeaient certaines questions en premier et dernier 
ressort; pour d'autres questions, on pouvait se pourvoir 
en appel du jugement rendu. Bien de mieux jusqu'ici, 
Mais savez-vous quels étaient les sept tribunaux de dis- 
tricts susceptibles de casser les jugements des tribu- 
naux de district de Nantes? Ancenis. Clisson. Savenai. 
Paimbœuf, Machecoul, Guerande et... Rennes. C'est. 
à dire, six petits tribunaux qui auraient dû graviter 
dans l'axe du tribunal du chef-lieu et un tribunal d'une 
grande ville voisine, étrangère au département. Cet 
assemblage est au moins bizarre et il faut reconnaître 
que. en remplaçant ces tribunaux de district par les tri- 
bunaux d'arrondissement et en créant les Cours d'appel 
qui confirment ou cassent les jugements de première 
instance, la centralisation impériale n'a pas ete si mala- 
droite. 

Le Tribunal du district de Nantes — et il en était 
ainsi de tous les autres — comprenait des juges, leurs 
suppléants, un commissaire nat'onal. qui exerçait les 
fonctions de ministère public, un greffier, un commis- 
juré. Les huissiers, que nous appellerions huissiers-au- 
dienciers. avaient leurs noms inscrits à côté de ceux des 
magistrats. Il n'y avait ni président, ni vice-président: 
cela eut paru contraire, sans doute, au principe d'ég 
lite. 

Les membres du tribunal étaient choisis sur place. Les 



— 275 — 

six juges de Nantes et leurs quatre suppléants portent d 
noms bien nantais, mais que, pour la plupart, nous n'avons 
pas encore rencontrés : Maussion, président fil y eut 
plus tard un armateur de ce nom) ; Manon Clés Marion 
sont dits depuis de Procé ou de Beaulieu); Gandon le 
jeune, frère eadel du président du Tribunal criminel ; Pi- 
neau; Leminihy; Phelippe; Trioche, un des rares magis- 
trats que nous ayons trouvés à Ja Garde Nationale; 
Bruneau; Grasset; Lecomte. Bons Nantais aussi Je gref- 
fier Blanchard, rue du Soleil, et son commis-juré, Ber- 
trand, qui est logé au greffe. Le commissaire national, 
Félix Gédouin, place l'Egalité, est donné comme pro- 
cureur et notable par M. de Kerviler, qui doit Je 
confondre avec un autre Gédouin François-Antoine, 
avocatel membre du Comité municipal de Nantes en 1789; 
mais tous deux sont Nantais d( . En 1819, les 

Etrennes de Forest mentionnent comme avocats Gédouin 
aîné 0775;, quai Dugay-Trouin, et Gédouin fils C1809), 
rue Racine. Même remarque pour les huissiers Trastour 
et Guyon, dont les descendants devaient marquer dans 
la médecine et la chirurgie, Verneuil et Joubert. Ce 
dernier demeure près le pont l J aix, ancien pont d'Ai- 
guillon, qui retrouva plus tard son ancienne appellation. 
LeTrihunal de la police correctionnelle, organisé par 
l'article 19 de la loi du 22 juillet 1791, différait très peu 
de ce qu'il est aujourd'hui, il se divisait, pour Nant 
en deux chambres qui, provisoirement et en attendant 
un local suffisant, tenaient leurs audiences „ au Palais, 
place du Bouffai, ou, pour mieux dire, dans l'ancienne 
tour du Bouffay, les mercredis et samedis. Seulement, 
les juges, au lieu d'être, comme a présent, pris parmi les 
membres des tribunaux, étaient les six juges de paix 
de la ville, trois pour chaque chambre. Dupuis, d'Have- 
looze, ChaiJJou tenaient l'une des chambres; Uebour- 
gues, Abraham et Cormier, l'autre. C'n des juges de 
paix siégeait en permanence tous les jours, de 9 heures 
du matin a. midi et de j heures a 6 heures, dans une des 



— 276 — 

salles du palais; il remplissait les fonctions d'officier 
de police de sûreté, recevait les plaintes et les dénon- 
ciations, interrogeait les prévenus arrêtés. Son rôle 
était celui d'un commissaire de police, et aussi d'un juge 
d'instruction. 

Juges de paix- Les juges de paix reviennent ici sur le tapis. Nous 

apprenons que leurs audiences se tiennent, les 1 er et 6 
de chaque décade, dans leurs demeures mêmes, et non 
point, comme aujourd'hui, dans des prétoires, qui 
peuvent être distincts de leurs domiciles personnels. 

'Abraham, qui dirige les sections 1,2, 3, a réussi pour- 
tant h ce qu'on fît une exception en sa faveur. Il demeure 
rue Delilles (sic) (cloître Notre-Dame) et il donne audience 
/ rue du Tertre, vis-à-vis le cimetière de Saint-Similien. 

Ses suppléants se nomment Delugré et Laurent, son 
greffier Fenioul, ou plutôt Fenouil, les interversions 
de lettres n'étant pas rares dans les Etrennes. Biret, 
Civel, qui ne renieront pas leur origine, deux Leroux 
comptent parmi ses assesseurs. Chaillou, rue Pope, 
a dans ses attributions les sections 4, 5, 6. Un des 
Dehergne, l'aîné, est son suppléant avec Lavalette; 
Huart, dont le nom s'est perpétué, est son greffier. 
Du milieu de ses assesseurs : Lacroix, Leroy, Marchand, 
Guilmet (ou plutôt Guillemet) qui laissa de nombreux 
descendants à Nantes auxquels il est difficile de le 
rattacher, et un autre, qui répond au nom bizarre de 
Contremoulin aîné, parent probable d'un autre Contre- 
moulin, qui, en 1791, était sous-lieutenant en 2 e à la 
Compagnie a La Persévérance » du Bataillon des Vé- 
térans, se détache Fellonneau, également aîné. Des 
destinées brillantes attendaient ce François de Salles 
Fellonneau, d'une famille originaire de Bordeaux et 
inscrite dans d'Hozier; il sera Maire de Nantes de l'an VII 
à l'an IX et mourra sur son siège. 

Les suppléants de Debourgues, le juge de paix de la 
rue des Halles, qui avait dans ses attributions les sections 



— 277 — 

7, 8, 9, ne sont pas indiqués dans les Etrennes. Un de 
ses assesseurs, Couciraut, doit avoir son nom mal ortho- 
graphié; ou je me trompe fort, ou c'est Gougurau, im- 
primeur-libraire. Un autre, Freulet, rue des Chapeliers, 
peut fort bien se confondre avec Freulet de Loutinais, 
procureur du roi au siège de la Monnaie de Nantes avant 
la République. 

Sur les ponts, à la tête des sections 10, 11, 12, je trouve 
ou plutôt retrouve d'Havelooze fils, 37, pont de la 
Magdelaine, représentant d'une vieille famille d'origine 
anglaise, dont j'ai connu des descendants. Plusieurs 
assesseurs, dont on ne nous nomme pas les suppléants, 
méritent d'être mentionnés. C'est Garno qui a son nom 
dans d'Hozier pour la Bretagne ; c'est Saget, Budon, 
Gereau, qui ont figuré ou figurent encore dans le com- 
merce nantais ; c'est Dérivas, (de Rostaing de Bivas), 
directeur de la faïencerie (sic) sur les ponts, que nous 
retrouverons. Quant au greffier Dufeuillet, s'il n'était 
pas un ascendant des Pihan Dufeuillay, j'en serais 
étonné. 

Cormier, avoué, le juge de paix des sections 13, 14 
et 15, \*is à vis la Bourse, avait un assesseur du même 
nom que lui, J. Cormier « tenant les marchandises de 
l'Inde », près le Bon Pasteur. D'autres assesseurs de Cor- 
mier ont fait parler d'eux : Cuissart, en la personne 
d'un adjoint, sous le maire Ferdinand Favre et le Second 
Empire; Lavigne, en celle du concessionnaire de la loge 
Graslin au théâtre avant la guerre de 1870. J'ignore si 
le Bernard cité - les Bernard sont nombreux — est 
un parent de mon ancien collègue et ami Remy Bernard. 
Quant à Van Neunen jeune, c'est déjà une vieille 
connaissance. 

Le dernier des juges de paix, celui des 16 e 17 e et 18 e 
sections, Dupuis père, négociant, rue de Launai, n'avait 
au nombre de ses collaborateurs aucun Nantais, sauf 
Hardouin, dont le nom soit f encore porté aujourd'hui. 
' - En dehors de leurs audiences privées et des fonctions 



— 278 — 

policières qu'ils remplissaient à tour de rôle au Palais, 
les juges de paix de Nantes avaient un Bureau de Con- 
ciliation. Quelles étaient les attributions de ce Bureau 
qui, d'après les noms de ses membres, était composé 
de juges honoraires, d'anciens magistrats? Je ne saurais 
préciser, me bornant, d'après les Etrennes, à indiquer 
qu'il se réunissait trois fois par semaine à l'Hôtel de 
Ville. En regard du nom, bien connu et honorablement 
porté depuis un siècle, du premier de ses membres, Jala- 
bert père, est inscrit la date de sa nomination, 1792. 
Viennent ensuite Beaufranchet, le même apparemment 
que le président du Directoire du département, Petit 
des Rochettes, qui évoque plusieurs générations nan- 
taises ; Brounais, maître de pension ; Houget, encore 
un vieux Nantais, et Lenormand, père du greffier du 
juge de paix Cormier. Ce Bureau de Conciliation — sorte 
de chambre des juges - - était trié sur le volet. 

Je passe très rapidement sur la désignation des juges 
de paix des sept cantons ruraux du district de Nantes, 
aussi bien que sur celle des juges commissaires natio- 
naux suppléants et greffiers des huit tribunaux de dis- 
tricts, Ancenis, Châteaubriant,Blain^Savenay,Guérande, 
Clisson, Machecoul, Paimbœuf. Je retrouverais beaucoup 
des noms que j'ai déjà relevés, en parlant des Conseils 
et Directoires de districts. Le cumul des fonctions admi- 
nistratives et judiciaires, toléré dans une grande ville 
comme Nantes, ne pouvait manquer d'exister dans de 
petites localités où le recrutement des citoyens capables 
et de bonne volonté n'était pas, à beaucoup près, aussi 
facile. D'ailleurs, de nombreux postes restaient encore 
inoccupés, et très souvent la lettre N, suivie de plusieurs 
points, indique que la place n'est pas prise ou que le titu- 
laire est « sorti ». 

Pour ne rien omettre, je signale deux Trastour: l'aîné, 
juge de paix; le jeune, greffier à Paimbeuf, d'où la famille 
est certainement originaire. Je retrouve à Machecoul, 
un Gaschignard à côté d'un Joyau, d'un Vrignaud, d'un 






— 279 — 

Charruau, qui ont fait souche nantaise. Audap et Dugast, 
à Clisson ; Lorieux, au Croisic ; Pissebuche, à Mesquer 
(district de Guérande); Brossaud, Merot fils, à Savenay; 
Cocaud, Chiron, Bessejon,de Nantes (sic), à Blain; Blouen, 
Bodrigue, à Chàteaubriant ; Luneau, Lebec, à Ancenis, 
ajoutent quelques noms nouveaux à une liste déjà lon- 
gue de braves gens qui, peu ou prou, furent mêlés aux 
affaires publiques à l'époque la plus troublée de notre 
histoire. 

Je suis pas à pas les Eirennes, estimant que ce petit ^ a Monnaie 
voyage autour du vieux Nantes aura d'autant plus de ^ e N an t e s. 

charme qu'il auraété fait sans trop d'ordre ni de méthode. 
Mais entre les Tribunaux de districts et le Tribunal 
de Commerce, je ne m'attendais guère à trouver VHôtel 
des Monnaies. Pénétrons-y, puisqu'on nous invite. Sa 
situation, place du Bouffai, lui créant un voisinage avec 
l'ancien Palais de Justice, explique peut-être qu'on 
l'ait intercalé dans le Nantes judiciaire. 

Sans être un des ateliers monétaires les plus impor- 
tants de France, Nantes figurait, depuis Henri IV, parmi 
les dix-sept villes, Paris compris, où l'on battait monnaie 
Sa marque était un T. On trouve encore assez souvent 
des pièces et des sols à l'effigie du pauvre Louis XVI, 
portant ce T incisé dans le métal; quelques-uns à la 
date de 1793 circulaient et purent même être frappés 
après la mort du Boi. La Monnaie de Nantes ne fut fermée, 
en effet qu'au cours de cette année 1793, et on y frappa 
jusqu'au bout des pièces à l'effigie royale. 

Les fonctionnaires de VHôtel des Monnaies formaient 
à Nantes toute une petite administration, à la tête de 
laquelle étaient le commissaire national, ex-commissaire 
du Boi, nommé Pussin, son adjoint, Piquet ; le directeur 
et trésorier particulier Thomas ; un essayeur, Lecourt ; 
un graveur, Poirier. Ces cinq personnages, composant 
à la fois le bureau et le service technique, étaient logés 
à la Monnaie. On leur avait adjoint des officiers des 



— 280 — 

monnoi/eurs, dont les fonctions ne sont pas nettement 
définies, mais qui devaient, d'après leur titre, être pré- 
posés à une haute surveillance et organisés militaire- 
ment, ('.'étaient : un prévôt, Couillaud de la Rive; son 
lieutenant, Ives Artaud; un prévôt des ajusteurs, R. Bri- 
don: son lieutenant, F.- J. Arthaud. Notons, en passant, 
cette différence d'orthographe entre Artaud et Arthaud. 
Le premier habitait Isle des Chevaliers, le second à Rezé, 
ce qui prouve qu'ils surveillaient d'assez loin l'Hôtel des 
Monnaies. Il y avait sans doute un poste de Garde Na- 
tionale à proximité. 



Tribunal 
de Commerce. 



Le Tribunal de Commerce a toujours eu beaucoup 
d'importance à Nantes, et ses attributions n'ont pas 
varié depuis que le rédacteur des Etrennes écrivait : 
« Toute affaire de commerce de terre et de mer, en 
matière civile seulement, sont de son ressort ». Il tenait 
alors ses audiences les lundis, mercredis et samedis, à 
10 heures du matin, à la maison Villestreux, ce bel hôtel 
de granit de l'île Feydeau, où Carrier descendit à son 
arrivée à Nantes. Des élections pour la composition du 
Tribunal avaient lieu en 1792. Celui que les négociants 
de Nantes avaient jugé le plus apte à trancher leurs 
contestations commerciales et qu'ils avaient, en consé- 
quence, nommé président, était Alexis Mosneron de 
Launay. Il avait montré sa compétence comme membre 
du Bureau central d'administration du commerce créé 
par le ministre de l'intérieur en 1791. Ce bureau, qui 
comprenait des délégués des grandes villes commerciales, 
Lyon, Marseille, Lille, Dunkerque, Paris, Nantes, avait 
pour mission de défendre, près du pouvoir central, les 
intérêts des commerçants. Mosneron avait été à la 
hauteur de sa tâche ; ses concitoyens l'en récompen- 
sèrent. Les juges au Tribunal de Commerce, Prasle, 
Rozier, Guesdon, capitaine (au long cours, sans doute), 
portaient, ainsi que leurs suppléants, Claude Lory, 
Bonamv, d'Havelooze aîné et Lormier, des noms 



— 281 



estimés sur la place de Nantes. Le greffier en chef 
Pradel, et, le commis-juré, Morin, remplissaient des 
fonctions communes |à d'autres tribunaux. Un poste 
original était celui du receveur des droits maritimes 
Pelieu, île Feydeau ; il avait un adjoint, Rignolet. 
Cinq huissiers étaient attachés au Tribunal de Com- 
merce ; ils ne se confondaient pas, comme aujour- 
d'hui, avec les huissiers près les tribunaux civils. 

Le tableau de Nantes judiciaire se complète par le 
trois listes, extrêmement intéressantes, des professions 
libérales qui se rattachent à la justice. En énumérant 
les hommes de loix (sic), qui ne sont autres que les avo- 
cats, les avoués, qui avaient dépouillé depuis peu leur 
appellation séculaire de procureurs, les notaires publics, 
ex-notaires royaux, bientôt notaires tout court, nous 
résumerons ce que le Tiers-État nantais comptait de 
remarquable dans les professions libérales ayant la loi 
pour base ou pour objet. 

Il y avait même, parmi les hommes de loi ou avocats, 
une noblesse de robe qui, clans les cérémonies, marchait 
en tête de la compagnie et ne s'humiliait pas devant la 
noblesse d'épée. Les Etrennes distinguent ces aristocrates 
en toge et bonnet carré et les placent par rang d'âge ou 
d'ancienneté au début de la liste. Le premier nommé 
s'appelle pourtant Geffray sans particule et donne son 
adresse rue Racan, ex-rue Saint-Denis. Mais j'ai cons- 
taté que son vrai nom était Geffray de la Panneterie et 
que, avocat lui-même, il descendait d'anciens avocats et 
d'un échevin de la ville en 1704. Viennent ensuite, dans 
la majestueuse ordonnance de leurs noms, titres et qua- 
lités, Le Roux de la Mostière, Cocaud de la Ville-au-Duc, 
Heulin de la Martinais, Turpin du Prouzeau (allié aux 
Turpin de Crissé), Texier de Louvrardière. Mais il 
manque, je ne sais pourquoi, Saulnier de la Pinelais, 
pourtant reçu licencié en 1779 et qui resta au tableau 
presque tout le règne de Louis Philippe. Une mention 
spéciale est due à Jean-Baptiste Gellée de Premion 



Noblesse 

de robe. 

Les avocats. 



— 289 — 

dont la famille, très ancienne, portant d'après d'Ho/.ier 
et le Li'pre Dore d'azur au compas d'argent . a donné 

son nom à une rue de Nantes. Gellée de Premion avait 
été maire de Nantes à deux reprises, de 17ôl à I7ô'2. de 

n à 1782; il était octogénaire à l'apparition des 
Etrtnnes, puisqu'il mourut le 12 novembre 17^ t. à l'âge 
de 83 ans. Nul n'aurait tolère qu'il disparût de la 
liste d'un ordre qu'il avait honore par ses vertus et ses 
talents. La reconnaissance de la ville lui est demeurée 
fidèle, le musée archéologique conserve son portrait 
en pied qui faisait partie de la collection des portraits des 
maires avant la Révolution. Après la noblesse, voici la 
bourgeoisie de robe, très digne de marcher à côte d'elle. 
Plusieurs de ces robins — comme on les désignait alors 
sans intention ironique — ont demande, dès 1789, à 
faire le service de la garde nationale, dont leur charge 
pouvait les dispenser. Ce sont, avec Yillaudue-C.oeaud (ou 
Cocaud de la Villauduc) et Heuiin de la Martinais. déjà 
nommes. Marion, qui peut aussi s'appeler Marion de 
Procé, Delaville-Leroulx, Marie jeune. Cotelle père et fils. 
Urien, frère du citoyen notaire: Gedouin. le juge au Tri- 
bunal révolutionnaire. Angebault fils et Angebault 
jeune. Baron. Clavier. Ballais. Maussion est l'un des plus 
connus : ge du district de Nantes, il a ete concurrent 
de Baco lors de sa toute récente élection à la mairie de 
Nantes et il a réuni sur son nom une imposante minorité. 
- tuquet est redevenu avocat après avoir ete procureur 
syndic de la Commune, prédécesseur de J.-M. Dorvo. 
Letourneux, toujours inscrit à l'ordre, est procureur 
al du département. Quant à Ménard, il peut bien 
donner son adresse à la Maison Commune, nous avons 
vu qu'il - ge en permanence, remplissant les absor- 

ates fonctions de secrétaire-greffier. Je trouve son 

nom au bas d'une affiche, où il rassure ses concitoyens 

contre u:. rd de l'époque : le bruit avait couru qu'il 

y avait cinq canons charges à mitraille dans l'église 

natien. 



— 283 — 

Kn somme, les 37 avocats inscrits en 1703 au Barreau 
de Nantes (j'en ai omis quelques-uns) représentaient 
très dignement l'ordre. 

Il y avait à Nantes, en 1793, beaucoup plus d'avoués 
que maintenant; on n'en comptait pas moins de vingt- 
sept, ce qui prouve l'empressement que mettaient les 
» basochiens » à se rendre acquéreurs des anciennes 
charges de procureurs et aussi, à dire d'experts, la fré- 
quence des procès. Mais je pose un point d'interrogation : 
tous les avoués de la liste des Etrennes étaient-ils réelle- 
ment en fonctions ou continuaient-ils d'exercer leur 
métier concurremment avec des charges politiques? Le 
cumul me paraît difficile en ce qui concerne Hyacinthe- 
René Nouel, rue Soleil, qui très certainement ne fait 
qu'un les prénoms sont identiques - avec Nouel, 
substitut du procureur de la Commune. Je n'ai relevé 
que cet exemple; il peut n'être pas le seul. Les avoués, 
qui étaient des bourgeois qualifiés en même temps que 
d'habiles légistes, n'étaient-ils pas tout désignés pour 
couvrir de leurs noms et assister de leurs lumières leurs 
collègues du district ou de la municipalité? 

Plus d'une famille nantaise encore existante reconnaî- 
trait les siens parmi ces nouveaux officiers ministériels 
dont les Etrennes ont enregistré les noms et presque tou- 
jours les prénoms. Des Le Merle, des Goupil, des Lema- 
rié, des Burguerie, des Bulet seraient aisément retrouvés 
aujourd'hui. Les Pouponneau étaient avoués de père 
en fils, et j'ai pu connaître l'un d'eux, vieillard aimable, 
qui faisait de petits vers badins et des chansons ana- 
créontiques à dire au dessert. Jacques-Pierre Papin 
était, ou je me trompe fort, l'aïeul de Papin de la Cler- 
gerie, chef de bureau à la mairie à l'époque où j'habi- 
tais Nantes et membre des sociétés savantes de la ville, 
et de M. R. Papin de la Clergerie, qui est actuellement 
chef du Secrétariat du Conseil Général de la Loire-Infé- 
rieure. 

Des 27 avoués de 1793, les deux qui ont le plus marqué 



— 284 — 

sont René-Alexandre Garnier, rue Bossuet, et Garreau, 
dont le domicile est assez vaguement indiqué « près la 
Maison Commune ». Ce furent, dans leur modeste sphère, 
des personnages historiques. 

René-Alexandre Garnier de la Mulnière, fils d'un 
notaire et procureur du duché de Retz, à Bourgneuf, 
était né en 1741. Procureur au présidial de Nantes 
avant 1778, il fut, un des premiers, nommé avoué près le 
Trihunal des districts, à la réorganisation judiciaire du 
mois de septembre 1793; il allait être arrêté comme aris- 
tocrate, on lui prêtait un propos séditieux, on l'accusait 
d'avoir dit qu'on était plus libre sous l'ancien régime que 
sous le nouveau. Il fit tout naturellement partie des 
132 Nantais; il eut la chance de ne perdre ni la vie, ni la 
liberté, et, acquitté après le 9 Thermidor, il revint à 
Nantes et reprit son étude. Il fut l'un des douze avoués 
près le Tribunal Civil que le sénatus-consulte de l'an VIII 
conserva. Il mourut en 1813. 

Plus tragique est la destinée de Garreau — Garreau 
tout court, impriment les Etrennes, mal renseignée sur 
son compte — en réalité Joseph Armand Garreau du 
Brossais. Lui aussi était procureur au présidial de Nantes 
avant de devenir avoué. On en fit même, en 1790, un 
procureur général de la Commune; mais sa modération, 
sa tiédeur, le firent bientôt remplacer par Dorvo. Comme 
Dorvo, comme Garnier, Garreau fit partie de la colonne 
des 132 Nantais; mais, moins résistant que ses compa- 
gnons d'infortune, il ne put supporter les fatigues du 
voyage, les privations de la captivité, et il mourut, le 
22 janvier 1794, dans la maison de santé du D r Bel- 
homme, qui s'élevait sur l'emplacement actuel de la 
maison Dubois. Garreau parlait et écrivait bien : plu- 
sieurs de ses discours et de ses lettres ont été imprimés; 
la Bibliothèque de Nantes conserve manuscrit son réqui- 
sitoire dans une délibération de la municipalité de Nantes 
du 20 mai 1791, en faveur des gens de couleur. Bappe. 
Ions que les Nantais les plus républicains demeuraient 



— 285 — 

alors, pour des raisons commerciales, partisans de la 
traite des noirs. On trafiquait du bois d'ébène comme 
d'une denrée courante et quiconque tentait de s'oppo- 
ser à ce trafic était taxé de folie. 

Les notaires publics, qui s'étaient appelés, devaient Notaires. 

s'appeler encore les notaires royaux et devenir, pour le 
rester, notaires tout court, étaient nombreux à Nantes en 
1792-1793, moins pourtant que les avoués et les avocats. 
Il y en avait dix-neuf, chiffre qui n'a pas beaucoup varié: 
ils étaient dix-huit en 1820, ils sont encore dix-huit au- 
jourd'hui. Beaucoup de leurs études étaient centenaires. 
Je les cite dans l'ordre où les donnent les Etrennes; mes 
recherches m'ont fait retrouver quelques-uns des titu- 
laires antérieurs et postérieurs à la Révolution. Rien 
n'est plus intéressant pour l'histoire des familles nan- 
taises. Alors, commetaujourd'hui, le notariat des grandes 
villes se recrutait dans l'élite de la bourgeoisie riche. 

Briand « le jeune » ouvre la liste dressée par rang 
d'ancienneté. Cet homonyme du ministre socialiste 
exerçait depuis 1754. Il avait eu Duhil et Lelou comme 
prédécesseurs. Son étude, établie rue Fosse, se fondit au 
commencement du xix e siècle avec celle de Guillet, 
rue de la Juiverie, titulaire en 1793, et dont le fils 
exerçait encore en 1820. Guillet avait succédé à 
Coisquaud et à Martin de la Coutancière. Les deux 
études réunies élurent domicile Carrefour Casserie, 14. 
Je perds leur trace. 

Guesdon, rue Suffren, était devenu notaire la même 
année que Briand, 1754. Les Etrennes indiquent comme 
son prédécesseur Recommencé, parent, sans doute, 
d'un Recommencé, ingénieur ordinaire des Ponts et 
Chaussées, rue Maupertuis, en 1792. Un Guesdon est 
donné en 1820 comme ayant été un des titulaires de 
l'étude Jalabert que nous retrouverons. Il y en eut un 
autre qui fut Directeur de !aC le d' Assurances La Nationale. 

Urien, le « citoyen » Urien, était un peu sauvage ; il 



— 286 — 

fournissait les expéditions dos actes des notaires décédés. 
Il avait succédé à son père en 1707; il était encore en 
exercice en 1819. Son étude, fort ancienne, sise rue 
J.-J. Rousseau, puis transférée quai Cassard, avait ap- 
partenu successivement à Lepelletier, à Mocquart, à 
Poirier. Un de ses successeurs, à la fin de la Restauration, 
fut Francheteau, père de mon collègue au Conseil Muni- 
cipal, devenu juge de paix du 2 e canton et récemment 
décédé. 

Rue Crébillon se trouvait l'étude de Lambert, qui 
avait succédé à Duboueix, son beau-père. Lebec, qui 
vint ensuite, s'établit Basse-Grande-Rue (les documents 
officiels répètent à l'eiivie ce curieux pléonasme 
« Rue Basse-Grande-Rue »). 

Hérault, rue Soleil, ancien nom de la rue Beau-Soleil, 
n'avait eu qu'un prédécesseur, son père; je ne lui connais 
d'autre successeur qu'un Joyau, aïeul de l'architecte, 
qui transféra l'étude rue du Château: même transmis- 
sion de père en fils s'applique à Moricet, rue Juiverie. 

Détail singulier : un Le Gouais, de St-Julien-de-Vou- 
vantes, avait été le premier titulaire de l'étude du quai 
Brancas, dirigée en 1793, et depuis 1777, par Daniel du 
Mortier, qu'une pièce du temps désigne simplement sous 
le nom de Daniel. Cette étude importante absorba celle, 
assez voisine, delà rueBayle ou rue de Gorges, où s'étaient 
succédé Appuril et Coisquaud. Elle eut plus tard à sa 
tête Bruneau, le père et le fils Royer, Brard, notaire en 
1845 de ma tante de Verviîle, chef d'une famille bien 
connue aujourd'hui. Il la dirigea longtemps. 

Les Jalaber, ou Jalabert, étaient de vieille souche 
nantaise. L'un d'eux, que j'ai connu fort âgé, avait fait 
sous la Restauration, en faveur des Grecs, des vers d'un 
patriotisme ardent. Trois de ses ancêtres avaient été 
notaires de père en fils dans la rue des Carmélites, 
débaptisée par la Révolution qui en fit la rue Mauper- 
tuis, puis place Saint-Pierre. Il y avait près d'un siècle 
de notariat dans cette famille Jalabert. 



— 287 — 

Les Defrondat ne sont pas pour nous de nouvelles 
figures; ces très honorables bourgeois nantais avaient 
en eux l'étoffe de parfaits notaires. En 1782, l'un d'eux, 
le fils, s'établit dans l'étude de la Basse-Grande-Rue, qui 
avait vu se succéder Jean, André et Antoine Charier, 
G. Allain et Forget. Lui-même prit la place de son 
père. J'ignore à quelle époque l'étude passa place du 
Commerce; elle y était sous la Restauration, du temps 
du notaire Citerne ; elle est aujourd'hui, 5, rue du 
Calvaire. 

Place du Bouffay, dans le voisinage de l'ancien Palais, 
à l'ombre de la vieille tour tragique qui devait présider 
à tant d'exécutions, le notaire Fresnel avait recueilli 
la succession de nombreux tabellions; il passa son étude 
à son gendre Bertrand, de la famille de Louis Séraphique 
Bertrand, l'ami de Desforges-Maillard et l'un des plus 
agréables poètes nantais du xvm e siècle. Bertrand 
fut remplacé par Morin d'Yvonnière, puis par Jousset, 
grand-père ou grand-oncle du très distingué et regretté 
peintre de marine, notre contemporain. Avec ce dernier, 
l'étude émigra quai Brancas, près de celle de M e Brard. 

Il ne faut pas confondre les deux notaires homonymes 
Briand le jeune, rue Fosse, et Briand du Marais, quai 
des Gardes Françaises, ancien quai Flesselles. Les Du 
Marais avaient, dès le xvm e siècle, des prétentions 
fondées à l'aristocratie. Ils se sont éteints en la per- 
sonne du frère de Madame Bacqua, un célibataire ori- 
ginal qui habitait rue Saint-Clément, près du couvent 
de la Visitation, et était parfois pour les religieuses 
un voisin assez incommode. Briand du Marais avait 
prêté serment en 1783 et succédé à son père. Une longue 
lignée de notaires les précédait tous deux dans cette 
étude. C'étaient Jourdanot, Ferrez, Desprey, Deles- 
baupin père et fils. Comme presque toutes ses pareilles, 
l'étude de Briand du Marais déménagea; je la trouve, 
sous la Restauration, à l'époque du notaire Dauphin, 
installée quai Jean-Bart. 

Soc. Archéol. Nantes. 19 



— 288 — 

Encore une famille bien nantaise, connue dans la robe 
et le monde parlementaire dès le xvm e siècle, celle des 
Varsavaux. Celui que l'on nommait Varsavaux « père » 
exerçait le notariat, place l'Egalité, depuis 1785. En 1793, 
il succédait à Benoist, qui succédait lui-même à Thomas. 
Un autre Varsavaux, qui commençait ou recommen- 
çait à s'appeler Varsavaux de Henlée, était notaire en 
charge sous la Restauration; il avait repris l'étude de 
Moricet, déjà rencontrée sur notre chemin et passée 
depuis entre les mains de Sauvaget. 

Freulet, le notaire qui demeurait rue Sueur (ex-rue 
Ste-Croix), était-il parent d'un assesseur de juge de paix 
portant le même nom? La chose n'est pas autrement 
intéressante; mais, là encore, de petites particularités 
sont à signaler. Deux études de notaire, situées en cette 
même rue Sueur (c'est Le Sueur, sans doute, que la munici- 
palité du temps a voulu dire) se sont fondues en une. 
D'un côté, c'est l'étude Freulet avec des prédécesseurs 
qui s'appellent Fresnel aîné qu'il ne faut pas confondre 
avec le beau-père de Bertrand, et Gorgette (plusieurs 
porteurs du nom de Gorgette sont signalés dans la 
Bio-bibliographie bretonne). De l'autre côté, c'est l'an- 
cienne étude Allin de la Brière, devenue celle de Gour- 
raud. La respectable liste des prédécesseurs dont pou- 
vait s'enorgueillir, en 1820, le notaire Chaillou fils, s'ali- 
mentait donc des titulaires de deux charges autrefois 
voisines, réunies place de la Bourse. 

Avec Chesnard et Girard-Canterie, qui figurent sur 
une liste de souscription patriotique de 1788, nous 
épuisons la liste des notaires de Nantes en 1792-1793. 
Fidèles à leur poste pendant la tourmente révolution- 
naire, ils perpétuaient une tradition d'honnête et mo- 
deste labeur qu'ils ont transmise à leurs descendants, 
souvent de leur rang, toujours de leur race. 



— 289 — 



LES MEDECINS 



Boileau, dans le Repas ridicule, montre un Recteur Université. 

d'Université marchant à pas comptés, suivi des Quatre 
Facultés. Il y avait encore, en 1792, une Université à 
Nantes et nous venons de voir qu'une des Quatre Facultés, 
celle du droit ou de la jurisprudence, n'y était pas mal 
représentée. Hygie, déesse de la Santé, suivait de près 
Thémis, ou Esculape Cujas, comme on voudra, et les 
princes de la science nantaise tenaient beaucoup à leur 
titre de docteur régent. Pourquoi cinq des plus qualifiés 
se proclamaient-ils avant tout médecins ? C'est qu'ils 
avaient leurs chaires à l'Université et que, spécialistes 
avant la lettre, ils traitaient devant leurs élèves ou le 
public, de tel point de doctrine, de telle partie de la 
science ou de telle maladie dont ils avaient fait l'objet 
de leurs études. 

Ainsi, Arnoult était « médecin pour la prat que cli- Les médecins. 
nique ». Lemerle, qui avait navigué, se mettait à la 
portée des matelots français et étrangers du port de 
Nantes pour les maladies des gens de mer. Monlien ensei- 
gnait la Sméiotique, mot bizarre, chose mystérieuse, que 
nous ne trouverez ni désignés, ni expliqués dans aucun 
dictionnaire; il s'agissait — le grand S en fait foi — du 
système d'un praticien, alors célèbre, aujourd'hui mécon- 
nu, du nom de Smet. On lui avait fait l'honneur, que 
n'eurent ni Broussais, ni Yelpeau, ni même Ricord, de 
forger un néologisme avec son nom. Le Meignen avait 
une chaire dé botanique; c'était le Linnée ou plutôt 
l'Ecorchard de son temps. La physiologie était !a spécia- 
lité de Gesbert; je note, en passant, que ce mot, au 
xvm e siècle, est toujours écrit sans y à la première 
syllabe; les promoteurs de la réforme orthographique 
pourraient invoquer ce précédent qui dénote, d'ailleurs, 
une parfaite ignorance de l'étymologie grecque. 

Les docteurs « régents », au nombre de 18, compre- 



— 290 — 

naient les cinq « médecins » déjà nommés. Us avaient 
pris leurs incriptions - - leurs grades, comme on disait 
alors — à l'Université de Nantes. Nous en avons la 
preuve dans la thèse de Gesbert de Boisfontaine, que 
j'ai eu la bonne fortune de retrouver. Elle est imprimée à 
Nantes chez la veuve Querro, mais ne porte, malheureu- 
sement, au titre qu'un fleuron assez ordinaire, au lieu de 
la belle image qui faisait, aux yeux de la Toinette du 
Malade Imaginaire, le seul mérite de celle de Diafoirus. 
Le jeune candidat - - c'est Gesbert que je veux dire — 
soutenait, en 1788, devant un jury présidé par M e Jac- 
ques Bodin-Desplantes, la thèse suivante, qui fait encore 
souvenir de Molière : An bilis natura et usus definiri 
possunt? Est-ce qu'on peut définir la nature et l'usage de 
la bile? Gesbert n'échauffa pas la bile de ses examina- 
teurs; il fut reçu avec éloges et, dès l'année suivante, 
se parant de son titre de docteur en médecine, il 
engageait contre l'apothicaire Hectot, de l'Hôtel-Dieu, 
une polémique dont les pièces subsistent à la Biblio- 
thèque de Nantes. En 1820, on retrouve un Hectot, 
pharmacien sur la Fosse, directeur du Jardin des Plantes, 
rue des Ursulines. Ce doit être le même. 

La thèse de Gesbert al teste que Jacques Bodin-Des- 
plantes était un docteur de marque, puisqu'en 1788 il 
présidait un jury d'examen. Il était sous-maire pendant 
la première mairie de Giraud-Duplessis; il signait, en 
cette qualité et toujours pendant l'année 1788, les vœux 
du Conseil communal animés du plus intelligent libéra- 
lisme. On le retrouve encore au nombre des promoteurs 
de la grande fête patriotique qui réunit les membres de 
la noblesse à ceux du Tiers-État nantais. J'aime à saluer 
en lui l'aïeul du sympathique collaborateur de l'Espérance 
du peuple, sous la direction Emerand delà Rochette. Ce 
journaliste sans fiel, qui répondait, comme son grand- 
père, au prénom de Jacques, n'avait que des amis dans 
les partis les plus opposés. 

Revenons à nos médecins, ou plutôt à nos « docteurs 



— 291 — 

régents », avec le regret de ne rien savoir de précis sur le 
clinicien Arnoult, sur Lemerle, qui soignait les gens de 
mer, sur Moniien, qui s'intitulait assez pompeusement : 
« de la Société de Médecine de Paris, de plusieurs autres 
Académies, ancien médecin des Hôpitaux de la Marine 
et de l'Hôtel-Dieu de Rennes. » Se parer de tout cela et 
enseigner la « Sméiotique » donne à Moniien un brevet 
d'originalité, mais ne le représente pas précisément sous 
des couleurs modestes. 

Le Meignen, qui habitait rue Crébillon, n° 4, n'était 
autre que le grand-père de l'avocat Henri Le Meignen, 
fondateur et Président de la Société des Biblio- 
philes bretons, mort il y a quelques années. J'ai gardé 
très bon souvenir de ce bibliophile fervent, doublé d'un 
littérateur, ami intime de Perthuis, et qui fut frappé, en 
ses dernières années, de malheurs immérités. A la Société 
Archéologique, qu'il présida, deux fois, avec distinction, à 
la Société Académique, il retrouvait les traces de son père. 
Il avait hérité de son grand-père le médecin, le professeur 
de botanique, un goût très vif pour les fleurs, qu'il alliait 
à celui des livres. Les jardins qui entouraient sa propriété 
de La Classerie, près Rezé, les serres où il cultivait des 
plantes rares, lui étaient aussi chers que sa bibliothèque. 
Il dut abandonner tout cela pour venir vivre tristement 
à Paris, de son métier d'avocat. La mort a été une déli- 
vrance pour celui qui aimait tant la vie et qui savait 
l'aimer. 

Plusieurs de ces « docteurs régents » n'étaient pas, comme 
disait Henri IV, parlant des ducs de Bretagne, de petits 
compagnons. Richard Duplessis se disait avec fierté, 
comme son collègue Moniien, « membre de la Société de 
Médecine de Paris ». Mollet de la Barre, après s'être fait 
recevoir à Nantes et tout en continuant à figurer sur la 
liste des docteurs régents, s'en était allé exercer à Paris, où 
le champ était plus vaste. Laënnec, qui, comme Bodin- 
Desplantes, avait touché à la politique sous la mairie 
Giraud-Duplessis, reprenait avec orgueil son titre d'ancien 



— 292 — 

médecin des- hôpitaux delà marine, et, dans son cabinet de 
la place du Bouffay, faisait l'éducation de son fils, qui 
allait devenir l'illustre inventeur de l'auscultation. Sur 
cette trame un peu grise d'honnêtes praticiens de pro- 
vince, ressortaient déjà, par leur activité impatiente 
et leurs tendances ultra-libérales, Blin et Duboueix. 
François Blin, après avoir eu sous le proconsulat de 
Carrier un rôle effacé et s'être confiné dans l'exercice, 
de sa profession, prit tout à coup une part importante 
aux événeme-nts. Ce fut son ami Bureau de la Bâtardière, 
« personnage assez frivole », disent les contemporains, et 
ayant pris pied dans le camp royaliste, qui le décida, on 
ne sait pourquoi, à sortir de sa retraite de la rue Contres- 
carpe et à se lancer dans le mouvement politique. Avant 
la conclusion du traité de la Jaunais, Blin s'employa, de 
concert avec Bureau, à ouvrir les négociations entre le 
représentant Buelle et le. général Charette. Toujours 
avec Bureau, il partit pour Paris, investi d'un mandat 
officiel des Beprésentants du peuple; il allait faire hom- 
mage à la Convention des drapeaux des pacifiés. Le 
Journal de la Correspondance de Nantes rend sèchement 
compte de ce voyage, sur lequel on voudrait avoir 
les impressions de Blin lui-même. Je suppose qu'il fut 
désabusé des grandeurs et reprit paisiblement ses fonc- 
tions médicales. Je retrouve sa trace quai de la Fosse, 
20, en 1820. 

Michel Duboueix était plus remuant; il ne lui a 
manqué qu'une vaste scène pour devenir un personnage 
de premier plan. Il était de Clisson où, d'après les Etren- 
nes, il résidait encore en 1793. Mais, tout médecin de 
petite ville qu'il était, il avait réussi, une fois ses études 
classiques terminées au Collège de l'Oratoire de Nantes 
et son diplôme conquis devant la Faculté de Paris, à se 
faire une réputation et un nom. Auteur de Recherches 
sur la rage (qui eût supposé en lui un précurseur de 
Pasteur ?) et d'une Topographie médicale de Clisson, 
couronnées par la Société royale de Médecine en 1784, il 



— 293 — 

obtint le titre de médecin (honoraire) de Monsieur, 
frère du Roi. La politique le tenta dès les premiers troubles 
révolutionnaires; il fut élu, en 1790, membre du départe- 
ment de la Loire-Inférieure pour le district de Clisson. 
Dans l'assemblée électorale du district qu'il présidait, il 
prononça un discours qui est du mauvais Diderot ou du 
Raynal tout pur sur « l'affreux despostime, les satrapes 
oppresseurs, la superstition imbécile ». L'année suivante, 
devenu maire de Clisson et trésorier du district, il était 
élu second député suppléant de la Loiret-Inférieure à 
l'Assemblée Législative. Il n'eut pas l'occasion de siéger 
à l'Assemblée et vint exercer la médecine à Nantes, au 
cours de l'année 1793. Mal lui en prit, car il succomba, 
au mois de décembre, à l'épidémie causée par l'entasse- 
ment des malades dans les prisons de la ville. Dans les 
Annales de la Société Académique de la Loire-Inférieure, 
Dugast-Matifeux a consacré une notice à ce singulier 
Duboueix, type de médecin politicien, et qui méritait 
mieux que la mention erronée du Dictionnaire des parle- 
mentaires français, où on l'affuble du titre imaginaire de 
« comte du Pinieux. » 

Les officiers de santé du collège de la ville de Nantes Officiers 

(je n'ai garde de rien omettre de ce qui concerne leurs de santé. 

qualités) formaient un corps sérieux. L'anatomie, malgré 
Vésale et ce professeur Tulp que Rembrandt a immorta- 
lisé dans un tableau célèbre, n'était pas encore, ainsi 
que la chirurgie, sa sœur, placée au premier rang des 
sciences médicales. On opérait assez rarement, on dissé- 
quait peu au xvn e siècle et au xvm e siècle ; de là, bien des 
erreurs et beaucoup de blessés, de malades condamnés à 
une mort certaine. A Nantes, comme ailleurs, les élèves 
de chirurgie et d'anatomie devenaient officiers de santé, 
— médecins, docteurs régents, jamais. - - Leurs écoles ne 
se tenaient pas à l'Université, mais dans un local assez 
sombre de la rue Follard (rue Saint-Léonard), très proba- 
blement celui que les chevaliers du Papegaut avaient 



— 294 — 

abandonné pour la Motte-Saint-André et qui devint 
l'ancien muséum d'histoire naturelle. Ces officiers de 
santé, que leurs collègues les docteurs auraient eu tort de 
dédaigner, avaient leurs professeurs recrutés dans leur 
docte compagnie. C'étaient — pourl'anatomie, Bisson, de 
la famille de l'héroïque enseigne de vaisseau lorientais; 

— pour les opérations, Cantin, dont le nom figure au bas 
de quelques actes delà municipalité antérieurs à 1789 ; 

— pour « les principes de l'art de guérir », ce que nous 
appelons la thérapeutique, Fabré, qui devint conseiller 
municipal de 1803 à 1813; — pour la pathologie et la 
matière médicale, Darbefeuille, le chirurgien de l'hospice 
des Enfants Trouvés, devenu sous la Restauration 
chirurgien en chef de l'Hôtel-Dieu; — pour les accou- 
chements, Etienvrin, « démonstrateur » habile, dont 
la Bibliothèque de Nantes conserve, manuscrit, un 
traité d'angiologie; — pour l'ostéologie et les maladies 
des os, Godebert, un des signataires de la requête 
du Tiers-État et delà souscription patriotique de 1788, 
officier municipal en 1791 et 1792. Etienvrin et 
Godebert, praticiens éminents, étaient encore « pro- 
fesseurs, d'accouchements en faveur des sages-femmes»; 
ils se relayaient: l'un faisait son cours pendantle semestre 
de juillet; l'autre pendant celui de janvier. Le dénom- 
brement des trente officiers de santé, en dehors des pro- 
fesseurs, serait fastidieux et sans intérêt. Je note seulemen t 
un Perthuis, quai Tourville, qui me rappelle mon vieil 
ami; un Suc, parent sans doute du sculpteur en renom à 
Nantes vers 1848; un Ulliac « membre du collège de 
Rennes, aggréé (sic) à celui de Nantes », qui porte un 
nom illustré par M 1J e Ulliac-Trémadeure, d'origine bre- 
tonne, auteur d'ouvrages pour la jeunesse. A la suite des 
noms d'Herbron, rue Juiverie, et de Thomas, qui, par une 
singulière rencontre, habite rue Thomas, dans le quartier 
de la Fosse, je lis la mention : « pour les rapports ». 
Le sens de cette expression est donné tout au long 
dans le Dictionnaire de Trévoux, édité en 1752, au 



— 295 — 

tome VI, page 625 ': « On appelle rapport, en médecine 
et en chirurgie, le jugement que des gens nommés d'of- 
fice, ou par convention, portent sur l'état d'un malade, 
d'un blessé, d'une femme grosse, d'une fille violée, 
d'un cadavre, pour instruire les juges de la qualité et du 
danger de la maladie ou des blessures, de leurs causes, 
ou du temps qu'il faut pour les guérir, de la certitude 
d'une grossesse ou d'un viol, et de la véritable cause de 
la mort d'un homme. - Rapport dénonciatif. C'est un 
rapport fait à la réquisition des parties intéressées, qui 
peuvent choisir pour faire la visite tels médecins, chirur- 
giens et matrones qu'il leur plaît. » Herbron et Thomas 
remplissaient donc les fonctions de médecin légiste et 
de médecin expert. Autre remarque : plusieurs des 
officiers de santé, chirurgiens, ne résident pas à Nantes. 
Le doyen Gillet est à Paris; j'ai fait des recherches long- 
temps infructueuses sur ce personnage qui avait en 
Bretagne, à Nantes même, de nombreux homonymes, et 
j'ai fini par découvrir qu'un G. Gillet, chirurgien à Nantes, 
qui doit bien être le nôtre, avait publié à Paris, chez 
Butard, en 1770, des Observations tendant à prouver que 
les fièvres ne sont pas des maladies. Je flaire en ce nomade 
doyen un devancier des théories microbiennes. 

Un second chirurgien, Bournave, était à Cordemais ; 
un troisième, Besson, « à l'Amérique », comme impri- 
maient les Etrennes en leur style suranné; un quatrième, 
Danilo, avait préféré les hasards et les dangers de la vie 
militaire à la paisible existence provinciale : il était à 
l'armée du midi. Comme il n'y a qu'une initiale « armée 
du m. », j'avais cru d'abord qu'il s'agissaitdel'armée de 
Mayence ; mais celle-ci, qui laissa en Vendée d'assez 
terribles souvenirs, ne fut formée qu'en juillet 1793. 
Danilo exerçait encore sous la Restauration, et demeu- 
rait rue de La Peyrouse, n° 3. 

Je note que les chirurgiens de l' Hôtel-Dieu et du Sani- 
tat : Bacqua, Defray, Gautier, ne paraissaient pas dans le 
modeste amphithéâtre de la rue Folard. 



296 — 



Dentistes. 



Apothicaires . 



Les dentistes viennent après les chirurgiens : aussi bien 
prennent-ils déjà le titre de « chirurgiens dentistes ». 
Ils sont aujourd'hui douze à Nantes même; ils n'étaient 
alors que trois et habitaient, tous les trois, rue Fosse. 
Cagnat ne porte un nom ni nantais, ni breton : Boissy de 
Beausoleil, avec une si belle façade, devait être le dentiste 
de l'aristocratie et du beau monde. Le troisième, Marcan- 
tiny, annonce qu'il est Italien; on s'en doutait un peu et 
aussi que ses compatriotes et confrères arrachaient des 
dents sur le Pont-Neuf ou sur la place du Bon-Pasteur. 
Par le temps qui court, les dentistes italiens ne font plus 
florès. C'est d'au delà des mers, de l'Amérique, que 
nous viennent les mécaniciens les plus experts. Notons 
que Marcantiny était chirurgien-major de la Garde 
Nationale, en 1791. 

Les apothicaires, tués par le progrès, ont disparu sous 
leur forme primitive. M. Purgon et M. Fleurant ne 
vivent plus que dans Molière avec les matassins de Pour- 
ceaugnac. Mais les apothicaires de 1792 n'étaient autres 
que des pharmaciens et l'on aurait beaucoup froissé 
MM. Lafiton, Louvrier, Cigogne ou Dupré de la Boulais, 
en les invitant à administrer le petit remède qui donnait 
à nos aïeux un teint toujours fleuri. Est-ce leur ancienne 
profession qui leur a laissé des noms lénitifs ou harmo- 
nieux? Celui de Benoît n'est que gracieux, mais celui de 
Haubois est tout à fait musical. L'un d'eux trahit une 
origine nantaise. Les autres, La Fargue, Garros, Trahan, 
m'ont l'air d'arriver du Midi en droite ligne, mais l'un 
d'eux a fait souche nantaise. 



La Bibliothèque 



La disposition des Etrennes fait succéder aux apothi- 
caires la Bibliothèque publique. Cette Bibliothèque, 
assez modeste alors, qui ne s'était pas enrichie des pré- 
cieux fonds Labouchère et Lajariette, était située 
Maison du Collège, vis-à-vis le cours Liberté, ex-cours 
Saint-Pierre. Elle avait pour bibliothécaire un nommé 



— 297 — 

Londiveau, prédécesseur inconnu des Guillet, des Peecot, 
des Péhant et des Rousse. Elle était ouverte les lundis, 
mercredis et vendredis, de 2 heures à 5 heures en hiver ; 
de 2 heures à 6 heures en été. Une petite note, que le 
rédacteur des Etrennes place à la suite, me charme : 
« Lorsque le jour de l'ouverture tombera un jour de 
fête, la bibliothèque sera ouverte le lendemain ». 
L'Administration et le bibliothécaire donnaient là, sous 
une forme naïve, un bel exemple de conscience ; ils 
seraient peut-être moins scrupuleux aujourd'hui. Seu- 
lement, les bibliothèques sont ouvertes tous les jours, 
excepté le dimanche. 

LES ÉCOLES 

Place au Collège de l'Oratoire où débuta le général L'Oratoire. 

.Mellinet ! Il a précédé celui que nous avons connu et 
qui a disparu lui-même, sous son vieil aspect de cloître 
et de prison, devant une bâtisse neuve, sans défauts 
mais sans souvenirs ! On pourrait dire de l'ancien collège, 
celui de l'Oratoire, que ses ruines mêmes ont péri si la 
façade de la chapelle, rehaussée, dans son style Louis XIII, 
par l'élégant perron qui y donne accès, et la chapelle 
elle-même n'avaient été conservées pour loger d'abord 
les collections du musée archéologique, et, actuellement, 
une partie des Archives départementales. Les bâtiments 
du collège s'étendaient de chaque côté de la chapelle et 
en bordure de la rue du Lvcée actuelle ; ils étaient 
insuffisants pour le nombre croissant des élèves; ils ont 
été démolis à l'époque où, en exécution du décret impé- 
rial, qui décidait la création d'un lycée, on désaffecta 
le couvent des Ursulines, abandonné, par les religieuses, 
depuis la Révolution. 

Le collège de l'Oratoire était municipal, en réalité; 
son titre de « collège royal » était fictif, puisque l'ingé- 
rence de l'Etat dans l'enseignement public, substituant 
aux universités autorisées l'Université officielle, est une 



— 298 — 

des créations du système napoléonien. Pour Nantes, 
j'ai retrouvé un document probant, dont la date con- 
corde presque avec l'apparition des Etrennes de 1793. 
C'est une affiche sur la rentrée du collège, datée du 21 
octobre 1792, signée : Giraud-Duplessis, maire; J.-M. 
Dorvo, procureur de la Commune; L. Ménard, commis- 
greffier. Le maire étend sa sollicitude éclairée sur les 
élèves du collège; c'est lui qui règle les heures des cours; 
il termine sa circulaire par quelques phrases éloquentes 
et bien senties, où perce, sous les réticences d'usage, 
un ton d'autorité : « Puissent les élèves se persuader 
que. si les lumières ont fait naître parmi nous le règne 
de la Liberté, elles seules en assureront la durée, et, 
que, pour être un jour des hommes utiles et des 
citoyens éclairés, ils doivent acquérir des connaissances 
solides, applicables aux différentes fonctions de la 
Société ! » 

Voilà un langage péremptoire; pour bien comprendre 
les derniers mots « connaissances solides applicables 
aux différentes fonctions de la société », il faut se 
rappeler qu'une véritable réforme scolaire, restreignant 
sans le supprimer, renseignement de la langue latine, des 
humanités, comme on disait déjà, venait d'avoir lieu 
au collège de Nantes. Dans un avis officieux et que l'on 
devine dicté par le principal, Fouché, les Etrennes expo- 
sent ainsi cette réforme : « Les instituteurs du collège 
ont adopté le mode d'instruction que sollicitaient les 
circonstances et le vœu des citoyens. L'enseignement 
public est divisé en différents cours. Les élèves qui ne 
se distinguent pas à l'étude de la langue latine peuvent 
ne s'appliquer qu'aux sciences analogues à leurs dispo- 
sitions et qui leur sont indiquées par le choix de leurs 
parents. » 

Du premier coup, les « instituteurs » attaquaient 
le vif de la question. A l'enseignement latin des Orato- 
riens, qui venaient d'être expulsés de leur collège, ils fai- 
saient succéder une sorte d'enseignement mixte; ils 



— 299 — 

allaient même jusqu'à rendre le latin facultatif : ce 
n'était plus une réforme, c'était une révolution. 

La circulaire du maire Giraud-Duplessis accentuait 
cette séparation des belles lettres et de la science, du 
latin et du français. Cours du matin, à 8 h. 1 /2 : pre- 
mier et second cours de langue française, cours de litté- 
rature, cours de géographie, premier, second et troisième 
cours de mathématiques. — Cours du soir, à 2 heures : 
cours d'histoire naturelle, premier, second et troisième 
cours de langue latine, cours d'éloquence, cours de 
logique et de morale, cours de physique, cours d'histoire. 
Il n'est pas question de latin dans les cours du matin. 
Ces cours, d'après les explications complémentaires 
que donnent les Etrennes, comprennent la mythologie, 
les premiers éléments de la géographie, de l'histoire 
et de l'arithmétique. 

Sauf la mythologie, concession au goût d'une époque 
qui faisait ses délices des Lettres à Emilie, de Dumoustier, 
ce programme pourrait être celui des petites classes d'à 
présent. Il chassait de l'enseignement ces manuels qui 
firent de nouveau leur apparition à l'organisation de 
l'Université impériale et sur lesquels pâlissaient de notre 
temps les écoliers de huitième et de septième : ÏEpitome 
historise sacrse, abrégé d'histoire sainte; ÏEpitome his- 
toriée grœcœ, abrégé d'histoire grecque. Les Oratoriens 
avaient emporté dans les plis de leurs robes le latin des 
commençants; la langue de Virgile et de Cicéron était 
réservée à leurs aînés. On ne devait l'enseigner qu'à 
partir de la classe de sixième, peut-être même de cin- 
quième. 

Je ne crois pas m'être trompé en laissant l'honneur, L'oratorien 

ou le privilège, d'une réforme aussi radicale au Principal Fonchè. 

du collège, ce Joseph Fouché de Rouzerolles, plus tard 
duc d'Otrante et ministre de la police, fils d'un capitaine 
de navire du Pellerin. Fouché connaissait bien l'Ora- 
toire de Nantes; il y avait été élève avant d'entrer au 



— 300 — 

Séminaire de l'Oratoire de Paris, avant de devenir pro- 
fesseur semi-laïque, portant le costume ecclésiastique 
des collèges de Niort, de Saumur, de Vendôme, de Juilly, 
d'Arras. Il était revenu à Nantes en 1790, en qualité 
de professeur de physique (ce qui explique l'importance 
attachée dans le programme à cette faculté naissante). 
Son rôle considérable au Club des AmisdelaConstitution, 
dont il était devenu président, lui avait valu aussitôt 
après la dispersion des Oratoriens, sa nomination, par 
la municipalité, de Principal au collège. Son mariage 
avec Bonne-Jeanne Coiquaud (16 septembre 1792), son 
élection de député de la Loire-Inférieure à la Convention, 
semblaient n'être que des accidents dans la vie extra- 
ordinairement agitée qu'il menait dès lors. Les Archives 
curieuses de Nantes, de Verger, analysent son Règle- 
ment pour le collège de Nantes, soumis au Directoire du 
district; l'esprit même de ce règlement, sa tendance à 
faire prédominer l'enseignement scientifique sur l'ensei- 
gnement littéraire (qui semblait, à ce défroqué, animé 
du fanatisme religieux) se retrouvent dans la circulaire 
du maire Giraud-Duplessis. Il n'y a d'ailleurs qu'à rappro- 
cher les dates. Quelques jours avant la distribution 
des prix du collège (30 août 1792), où Henri Giraud, 
probablement un parent du maire, obtint le prix d'hon- 
neur de « philosophie, mœurs et talent » (sic), où Pierre La- 
cointrée, en rhétorique; René Douillard et Lelasseur, en 
troisième ; Laurent Baudry, en quatrième, sont d'autres 
lauréats, Fouché a présenté au Directoire du district 
son Règlement élaboré depuis le mois de mars. La circu- 
laire municipale est du mois de septembre suivant. 

Les professeurs. p r è s de Fouché, qui allait voter à la Convention la 

mort de Louis XVI et faire envoyer Carrier à Nantes, 
gravitant pour ainsi dire dans son orbite, étaient les 
« instituteurs publics » ou, plus simplement, les profes- 
seurs du collège, tous laïques ou ayant, comme leur 
patron, jeté le froc aux orties. L'ordre dans lequel les 



— 301 — 

énumèrent les Etrennes prouve la défaveur dont le 
latin était l'objet. Tout de suite après l'obscur Noyer, 
« suppléant principal », un homme de paille de Fouché, 
ce sont les professeurs des trois cours de mathématiques, 
Deperet, Petit et Faye, qui tiennent le haut du pavé. 
Deperet enseigne aussi la physique, Petit, la logique, 
Faye, l'histoire naturelle. Le premier, qui a prêté le 
serment constitutionnel en 1791 et fait partie de la 
Société ou Club des Amis de la Constitution, cette pépi- 
nière de futurs jacobins, a laissé un cours de morale, 
conservé manuscrit à la Bibliothèque et qui témoigne de 
ses aptitudes variées. Je ne sais rien du second dont 
les homonymes sont très nombreux. Mais Faye était 
notable de la municipalité de la Terreur en 1793-1794, 
sous le maire Renard, et cela nous éclaire sur ses 
opinions. 

Rien de précis ne signale à l'attention Lachaud, pro- 
fesseur de littérature et d'éloquence, ni les trois pro- 
fesseurs de langue latine. Deux d'entre eux, Biscarra, 
d'origine étrangère sans doute, et Ruelles, cumulaient 
l'enseignement du latin et celui du français. Le troisième, 
Deleau, apprenait aussi cette mythologie, si aimée autre- 
fois, si délaissée aujourd'hui. Un suppléant, nommé 
Brayer, devait se tenir prêt à remplacer tout professeur 
empêché. 

Le doyen du collège, nommé Giraud, professeur de 
géographie et d'histoire (ces deux facultés se sont 
trouvées presque de tout temps réunies dans la même 
main ou dans la même chaire), était un ancien ora- 
torien, à qui son âge et son mérite avaient valu d'être 
maintenu dans ses fonctions. M. René de Kerviler l'a 
identifié avec un bibliothécaire de la ville en 1765. Il 
devait donc être vieux déjà, quand il était professeur 
de seconde au collège de l'Oratoire en 1790 et, trois ans 
après, quand il y enseignait la géographie et l'his- 
toire. Mais je retrouve sa trace encore plus tard; en 
l'an IV, m'apprend la brochure de M. Ricordel sur 



— 302 — 

V Enseignement secondaire dans la Loire-Inférieure, il 
devint « professeur pour les lettres » à l'Ecole Centrale 
du département. En admettant qu'il ait été chargé, très 
jeune, de la conservation de la Bibliothèque publique, 
ce Nestor du professorat nantais était certainement 
septuagénaire quand on lui confia une chaire de litté- 
rature. Et cela ne laisse pas que de surprendre à une 
époque où les hommes dévoraient la vie. 

Voilà tout ce j'ai pu recueillir sur l'ancien collège de 
Nantes en 1792. La moisson n'est pas abondante. Le 
Livre d'or du Lycée de Nantes, qui va paraître prochai- 
nement, nous en apprendra davantage. 



Ecole 
d'hydrographie. 



La Révolution avait introduit dans l'enseignement le 
principe de la gratuité. Préoccupée de fournir au pays 
une armée et une marine nationales, elle ne négligea rien 
pour assurer le recrutement des officiers. La loi du 10 
août 1791 créa dans les ports de mer et dans les grandes 
villes de commerce maritime des écoles gratuites et pu- 
bliques de mathématiques et d'hydrographie; les élèves 
y recevaient une instruction pratique de nature à les 
rendre aptes « au service des vaisseaux de l'Etat. » 



Professeurs 
nationaux. 



Le ministre de la Marine et des Colonies, Monge, es- 
tima qu'une telle organisation relevait de son dépar- 
tement. Dans chacune des douze villes désignées (la 
Bretagne, avec Nantes, Lorient, Brest, Saint-Malo, 
entrait pour un tiers dans ce total), il délégua des pro- 
fesseurs nationaux avec les pouvoirs les plus étendus, 
C'est ainsi que le citoyen Rollin, de l'Académie de Marine, 
ancien professeur de mathématiques et de physique de 
la marine militaire, fut envoyé à Nantes pour y remplir 
la place de professeur national de mathématiques et 
d'hydrographie. Ce Rollin, d'origine méridionale, s'appe- 
lait Bollin de la Farge; il avait retranché sa particule 
pour ne pas ressembler à un ci-devant, quitte à la 
reprendre plus tard. 



— 303 — 

Il s'installa place Graslin, maison Vilmain, et donna 
ses cours — tint ses séances, comme on disait alors — 
tous les jours de la semaine, depuis neuf heures du matin 
jusqu'à deux heures. Le programme obligatoire com- 
prenait les trois volumes d'arithmétique, de géométrie 
et de navigation de Bezout, le plus célèbre mathémati- 
cien de son temps, et la Statique de Monge lui-même, 
l'illustre savant qui allait fonder l'École Polytechnique. 

Rollin était sans doute un professeur habile. Ses cours 
furent très suivis. Il prépara bon nombre de candidats, 
de «prétendants» (mot de l'époque) aux places d'ensei- 
gnes entretenus, d'aspirants de la marine, de seconds 
lieutenants d'artillerie de la marine. Toutes ces places 
étaient données au concours, devant un jury d'examen 
qui allait de ville en ville, pendant les mois de février, 
mars, avril, mai, et se réunissait à Nantes le 6 avril. En 
1793, il n'y avait de disponibles que dix places d'en- 
seignes entretenus à Toulon, dix à Rochefort, vingt 
à Brest, trois places de seconds lieutenants d'artillerie 
de la marine à Toulon, deux à Rochefort, cinq à Brest. 
Beaucoup d'appelés, peu d'élus. J'aimerais à savoir le 
nombre et les noms des élèves que Rollin fit recevoir. 
Toujours est -il qu'il se plut à Nantes, qu'il y prit plus 
tard le titre de professeur aux écoles de la marine et 
qu'il fut élu député de la Loire-Inférieure en l'an VI. 
Les professeurs piqués de la tarentule politique étaient 
nombreux; n'avaient-ils pas sous les yeux l'exemple de 
Fouché ? 



L'Académie nationale de dessin et de peinture ins- 
tallée place Buffon (place Bretagne), n° 11, avait des cours 
payants et des cours gratuits. Le professeur Hussard, 
avec lequel je n'ai pas fait plus ample connaissance, 
donnait à son établissement le titre d'Académie Natio- 
nale. Il tenait sa classe payante tous les jours, de 9 heures 
du matin à midi; sa classe gratuite, pour les garçons, les 
lundis, mardis, jeudis et samedis, de 9 heures à 11 heures; 

Soc. Archéol. Nantes. 20 



Académie 
de peinture. 



— 304 — 

pour les filles, de 11 heures à 1 heure. Les élèves payants 
et les autres étaient-ils confondus? C'est peu prohahle; 
le professeur les tenait, sans doute, dans deux salles 
distinctes, qu'il inspectait à tour de rôle. Mais il est 
permis de croire qu'il réservait ses attentions à ceux ou 
celles qui lui rapportaient un profit et que le mot «gratuit » 
était une étiquette, une façon de se recommander aux 
pouvoirs publics. A la fin de l'article qui le concerne 
dans les Etrennes, Hussard fait insérer l'avis suivant : 
« Il y aura étude et leçon d'après la bosse et d'après 
nature, à la lampe, tous les jours, depuis 5 h. du soir 
jusqu'à 7, du 1 er décembre au 1 er avril. » L'importance 
des cours de dessin était déjà réelle à Nantes, dans une 
ville qui produisait des artistes. Ne voyons-nous pas les 
sculpteurs Robinot-Bertrand et Lamarie rehausser un 
peu le niveau intellectuel de la municipalité Renard ? 
Hussard tenait toujours son Académie en 1810. Il ensei- 
gnait encore le portrait sous Louis XVIII, rue Franklin. 

Autres Tout était d'ailleurs Académie dans l'enseignement 

académies. d'avant et pendant la Révolution. L'Académie polyso- 

phique du sieur Trioche, avec son qualificatif préten- 
tieux, qui aspirait, d'après l'étymologie grecque, à l'uni- 
versalité des connaissances, s'appellerait simplement 
« Ecole » aujourd'hui. C'était un externat sélect, à 
l'usage des enfants riches, des fils de gros négociants 
ou de notables commerçants, situé presque dans le quar- 
tier aristocratique, rue Bossuet (ancienne rue de Briord), 
dans l'hôtel Becdelièvre, voisin de cet hôtel de Briord 
où Anne de Bretagne avait eu jadis sa petite cour de 
lettrés et d'artistes. Le prix de la pension de « l'abon- 
nement annuel » était élevé pour le temps : 200 livres, 
et point du tout à la portée de toutes les bourses. On 
pouvait, il est vrai, prendre des inscriptions par mois, 
en payant 15 livres par séance pour deux cours que 
l'on choisissait. Les abonnés au mois n'avaient droit 
qu'à deux cours sur trois, au choix ; les abonnés à 



305 



l'année pour un prix équivalent, suivaient les cours au 
complet. 

Voulez-vous connaître maintenant le programme de 
ces trois séances quotidiennes? La première, depuis 
9 heures jusqu'à 11 heures, comprenait les cours de mathé- 
matiques, de violon, d'armes, de chant et de clarinette. 
La seconde, de 11 heures à 1 heure, mariait aussi l'utile 
à l'agréable; elle était composée des cours d'écriture, 
d'anglais, de danse et de flûte. A la troisième séance, 
de 3 heures à 5 heures, on travaillait plus sérieusement 
et sans mélange; on suivait les cours de français, de 
latin, de littérature, de géographie, d'histoire et de 
dessin. Quel assemblage et quelle variété ! L'Académie 
polysophique ne mentait pas à son titre. Le directeur, 
Trioche, semble, au surplus, avoir été capable de toutes 
les activités. Nous l'avons rencontré à la Garde Natio- 
nale et au Tribunal du District comme juge suppléant. 
A son Académie il est vraiment polysophe, j'allais écrire 
polymorphe ; il cumule même les attributions que 
raille Figaro, il est calculateur, il est danseur. Plaisan- 
terie à part, Trioche devait être un maître homme ; s'il 
prenait cher pour ses « séances », c'est qu'en payant 
largement de sa personne, il avait chez lui, tant pour 
les sciences que pour les arts d'agrément, les meilleurs 
professeurs de la ville. Il avait le secret de faire succéder 
le solo de flûte au théorème, les jambages aux parades, 
les entrechats aux déclinaisons. On voudrait posséder 
les cahiers d'une ancienne élève de l'Académie Poly- 
sophique — car, sous les auspices de Terpsichore, les 
deux sexes devaient fraterniser, comme chez Hussard. 
Dans les Annales de la Société Académique de Nantes, de 
1907, M. Libaudière a publié une étude intéressante, 
intitulée : L'Enseignement classique à Nantes pendant la 
Révolution et jusqu'à l'ouverture du Lycée en 1808 ; il y 
consacre quatre pages à l'Académie Polysophique, fon- 
dée en 1790; il n'a retrouvé aucun document sur elle 
et croit que son existence fut éphémère. 



— 306 — 

L'escrime. Tj ne académie de plus, cela ne comptait pas en l'an de 

grâce 1793. Rien de surprenant à ce qu'il y eût à Nantes 
une Académie pour les armes. Moreau de Grandmaison 
la tenait, maison Sagori, rue Fosse ; elle était ouverte 
depuis 7 heures du matin jusqu'à midi, et de 2 heures 
à 7 heures du soir. Les friands de la lame pouvaient s'en 
donner à cœur joie. Ils avaient même la ressource d'aller 
chez le concurrent de Coursin, rue Bossuet, qui tenait 
aussi une Académie, et qui l'ouvrait toute la journée 
sans interruption, de 7 heures du matin à 8 heures du 
soir. On ferraillait encore à l'autre hout de la ville, chez 
Rozière, maître d'armes, qui avait sa salle place Buffon, 
n°7, et la tenait ouverte de 8 heures du matin à 8 heures 
du soir. Rozière, avec sa simple salle, ne pouvait se plain- 
dre, comme ses confrères les académiciens, que sa 
grandeur l'attachât au rivage; il se déplaçait, donnant, 
selon la petite note insérée aux Etrennes, « des leçons 
dans les maisons où il était demandé ». 

L'ampleur et la précision de ces indications prouvent 
que l'art de l'escrime était très en faveur à Nantes 
quand la Révolution éclata. C'était un héritage de l'an- 
cien régime ; toute éducation de jeune noble et même 
de jeune bourgeois se complétait par une science appro- 
fondie du noble métier des armes. Ceux qui ne portaient 
pas l'épée avaient à cœur de prouver qu'ils étaient dignes 
de la porter. Le nouvel état de choses relégua l'escrime 
au rang des inutilités élégantes; on fit l'exercice au 
lieu de faire des armes, et le sabre remplaça l'épée. 
Les Etrennes Nantaises cessèrent de paraître plusieurs 
années; quand elles reparurent sous le Consulat, les 
« Académies » d'armes, les vulgaires salles d'armes, n'y 
figuraient plus, la grande guerre avait absordé la petite, 
ceci avait tué cela. Même remarque sous l'Empire. Il 
fallut le retour des Bourbons et les duels entre mousque- 
taires du Roi et officiers en demi-solde pour remettre 
l'escrime à la mode. Elle fleurit de nouveau, et plus que 
jamais. Ce fut le moment où un savant maître, Moreau, 



— 307 — 

qui était très probablement le fils ou le neveu de Moreau 
de Grandmaison, (les atrocités de Carrier avaient rendu 
suspect le nom de Grandmaison, l'un de ses plus farou- 
ches complices), dédia à la jeunesse nantaise un excellent 
petit traité de l'art des armes, que Charles Mellinet, un 
tireur émérite, a réimprimé il y a quelques années. Les 
beaux jours de l'escrime à Nantes ont coïncidé avec 
cette période de dissipation et de luxe qui trouva son' 
apogée au commencement du Second Empire. On m'as- 
sure qu'ils ne sont pas encore tout à fait évanouis. 

l'industrie 

Nous passons des armes aux manufactures. Mars Les manufac- 
est un Dieu, Mercure en est un autre, et le commerce tares - 

nantais, qui avait fait de la ville une des trois ou quatre 
plus riches du royaume, ne peut être traité en quantité 
négligeable. Deux Bourses avaient existé, l'une en 1640 
et l'autre en 1723, dans la rue de la Fosse, je crois, 
quand, au commencement de 1792, Mathurin Crucy 
posa la première pierre de la Bourse actuelle, dont on 
peut voir sous verre les lavis à l'encre de Chine, aux 
Archives municipales, approuvé le 12 mai 1790. 

Nantes avait, en 1792, une vingtaine de manufactures 
importantes. Avec les cordages, les coutils, les cotonnades, 
les couvertures, les indiennes, elle touchait à presque 
toutes les branches de ce qu'on appelle aujourd'hui les 
industries textiles; ses faïences, ses verreries, étaient jus- 
tement estimées; elle fabriquait, depuis peu, les ins- 
truments aratoires, que les cultivateurs du pays avaient 
longtemps demandés aux villes voisines. 

Un nommé Brée, sur lequel j'ai interrogé en vain la 
Commune et la Milice de Nantes, ouvrage prodigue de 
renseignements sur les négociants nantais, ainsi que les 
diverses Biographies, était propriétaire et directeur de la 
manufacture de cordages de Gigant; il demeurait rue 
du Bois-de- la-Touche, n° 7, où des traces de son habi- 



— 308 — 

tation pourraient être relevées. Ce doit être le même 
que Brée de la Touche, qui, en 1789, offrit des boucles 
d'argent pour la souscription patriotique. (Bull, de la 
Soc. Archéol. de Nantes, x, 94.) 

La manufacture de coutils et cotonnades, rue Rubins 
(sic), n° 38, dans le voisinage de la salle de spectacle, 
était dirigée par Dodin ou Dodun, qui, dans les Etrennes 
du Commerce pour 17i) c 2, est appelé Dodin de la Garenne 
et en qui je soupçonne un parent du bourguignon 
Dodun, directeur de la Compagnie des Indes à Lorient, 
au xvm e siècle, et un ancêtre des Dodun de Keroman 
actuels, qui prennent le titre de marquis ou de comte. 

Les couvertures constituaient une des industries nan- 
taises les plus prospères. Il n'y avait pas moins de quatre 
manufacturiers, et, sauf la veuve Dupouy, rue Démos- 
thène (rue Saint-Clément), qui nous est inconnue, 
c'étaient de notables commerçants dont les descendants 
ont perpétué ou rehaussé la renommée : Langlois, rue 
Poisson (ex-rue Talensac), Lorieux, rueBois-Tortu, n° 12, 
et Ogier, même rue. Il y a eu, ou il y a encore, des Lorieux 
ingénieurs, des Langlois industriels. Le seul représen- 
tant du nom d'Ogier que j'aie rencontré était un pe'ntre 
de talent, fondateur de Nantes-Lyrique et, avec quelques 
artistes amis, du petit salon « L'Eclectique » ; Charles 
Ogier est mort prématurément. Ses parents avaient 
tenu une teinturerie près de la place Royale. 

Les ouvrages spéciaux sur la céramique, notamment 
ceux de Jacquemart, mentionnent, sans insister, entre 
les faïences de Quimper, de Rennes et du Croisic, la 
faïence de Nantes. Elle remontait à la fin du xvn e siè- 
cle; ce furent probablement des ouvriers de Quimper 
qui s'établirent à Nantes, et l'un d'eux qui fonda la 
faïencerie de la chaussée de la Magdelaine, dont les pro- 
duits n'étaient pas sans mérite. J'ai vu chez Fortuné 
Parenteau, grand collectionneur devant l'Eternel, un 
buste de Vierge qu'il n'hésitait pas à attribuer à la fabri- 
cation nantaise; c'était un ouvrage d'un goût exquis, 



— 309 — 

d'une coloration fine et très artistiquement modelé. D'au- 
tres produits de même provenance ont été possédés ou 
décrits par M. Dobrée, par le baron de Wismes. J'ignore 
à quelle époque Rostaing de Rivas devint directeur de 
la manufacture nantaise. Il était de famille ancienne 
quoiqu'il signât son nom sans particule, en un seul 
mot. J'ai connu un de ses descendants, médecin; un 
autre, Olivier de Rostaing de Rivas, élève du Lycée 
de Nantes vers 1865, est devenu officier supérieur. La 
faïencerie de la chaussée de la Magdelaine existait encore 
en 1840, mais on n'y fabriquait plus que des objets 
vulgaires. 

Tout près de la prairie de la Magdelaine, il y avait 
une manufacture de filature, garas (c'était une espèce 
de toile de coton), cotonnades, bazins, etc. La direction en 
était confiée à Dulau et C ie , et je note, en passant, 
une des premières « raisons sociales » établies à Nantes. 
Le quartier était déjà celui des grandes industries et n'a 
pas cessé de l'être. Pelloutier, Bourcard et C le , 
avaient ouvert en Biesse une manufacture des mêmes 
produits. Pelloutier était le consul de Prusse; il 
demeurait, il avait son bureau consulaire île Feydeau, 
rue Monfort, 2, il n'avait pas à traverser la ville pour 
aller à sa manufacture. Son associé, Bourcard, origi- 
naire du Nord de l'Europe, où ses ancêtres continuaient 
de s'appeler Burkhardt, est l'aïeul de mon ami, l'icono- 
phile et iconographe distingué, Gustave Bourcard. 

Six manufactures d'indiennes témoignaient de l'im- 
portance que la fabrication de cette étoffe peinte et im- 
primée, transmise aux Européens par les Indiens, avait 
alors prise à Nantes. Pelloutier, Bourcard et C ie , décidé- 
ment de très gros industriels, avaient une manufacture 
d'indiennes, distincte de leur filature, « sur les ponts, 
rue Beauséjour, n° 37 ». Presque à la même adresse, à 
un autre numéro de la rue Beauséjour, s'était établi 
Charles-Marie Forestier, lieutenant de la milice bour- 
geoise, membre du Comité permanent de la commu- 



— 310 — 

nauté de ville en 1789. Pierre Dubern ne venait que le 
second sur la liste des Etrennes ; mais, par sa notoriété et 
sa fortune, il semble bien avoir été le premier des manu- 
facturiers d'indiennes. En 1788, il figurait pour sa sous- 
cription patriotique parmi les notabilités nantaises; la 
même année, il était l'un des douze députés de la ville 
chargés d'aller porter au Roi « le vœu d'un peuple plein 
d'amour cl de vénération pour sa personne sacrée ». Il 
fit partie, en 1789, des membres du Tiers chargés d'élire 
les députés aux Etats-Généraux et du même Comité per- 
manent que Forestier. On le nomma bientôt après offi- 
cier municipal. Qu'il doive ou non être confondu avec le 
porte-drapeau des bataillons des Ponts dans la Garde 
Nationale de 1792, (et le voisinage de sa demeure ferait 
pencher pour l'affirmative), son rôle politique n'était pas 
terminé. Arrêté comme suspect, sur l'ordre de Carrier, 
à la fin de 1793, il fut l'un des 132 Nantais. Mais il ne fit 
que commencer le voyage; arrivé à Angers, on le mit en 
liberté, et le Comité révolutionnaire ordonna la main- 
levée des scellés apposés sur ses papiers. Il reprit la direc- 
tion de sa manufacture. J'ignore quand il mourut. Il a eu 
pour descendant un colonel, dont la fille épousa M. de 
la Gournerie. 

Gorgerat frères et C ie , en Vertais, Orillard aîné et C ie , 
rue Caton (c'est la petite rue Dos-d'Ane, mais elle était 
plus longue qu'à présent, ayant un n° 40), n'ont point 
laissé de souvenirs. Il en est autrement de Petit-Pierre 
et C ie « en Vertais, n° 10 ». Ce manufacturier, d'ori- 
gine bretonne, sinon nantaise, eut un fils qui 
avait ajouté à son nom celui de sa mère, Pellion, 
successeur de Bertrand-Geslin à la mairie de Nantes. Le 
nom de Petit-Pierre fut donné à une rue de la ville 
dans ce quartier de Vertais où la famille avait grandi. 
Mais il ne faudrait pas, comme on l'a cru, y voir le 
berceau de Favre. Le père du sénateur de l'Empire, 
d'origine suisse et protestante, avait épousé une demoi- 
selle Petit-Pierre, nantaise; son mariage le fixa à 



— 311 — 

Nantes; il devint à son tour directeur de la manufacture 
d'indiennes, mais je ne puis affirmer que ses trois fils, 
dont le plus connu, Ferdinand, représenta longtemps 
la ville, et comme maire et comme député, y naquirent. 
La mairie Ferdinand Favre fut la plus longue et une des 
mieux remplies des mairies de Nantes qui figurent au Livre 
Doré; à 86 ans, en 1865, le beau vieillard présidait encore 
la distribution des prix du lycée. Quant aux Petit-Pierre, 
ils ont aussi beaucoup fait parler d'eux. Le petit-fils du 
manufacturier de 1793 a écrit des pièces de théâtre en 
collaboration avec Jules Amigues; son arrière-petit-fils, 
sous le pseudonyme de Georges Price, s'est fait une place 
dans le journalisme parisien; il était récemment secré- 
taire de la rédaction du Gil Blas. 

Une manufacture d'outils aratoires, charronnage en 
acier, etc., fonctionnait, depuis cinq ans, rue de Rennes, 
n° 20. Joseph Gaudin fils, autorisé à l'établir, avait fait 
intervenir les Etats de Bretagne en sa faveur pour se 
défendre contre les exigences du directeur d'une manu- 
facture analogue à Amboise, qui prétendait posséder un 
droit exclusif. Dans ce curieux procès, dont il est ques- 
tion aux Artistes Nantais, ouvrage de M. de Granges de 
Surgères, Joseph Gaudin obtint gain de cause. C'était un 
homme intelligent et remuant. Il mit sa manufacture 
d'acier « établie au quartier de Bel-Air, faubourg de 
Nantes », sous la protection des Etats de Bretagne. Il 
publia, à l'imprimerie Brun aîné, un bref in-quarto de 
14 pages, que la Bibliothèque Nationale ne possède pas, 
mais dont on me signale la présence à la Bibliothèque de 
Nantes. Copie des pièces apologétiques de la manufacture 
d'acier et outils aratoires du sieur Joseph Gaudin fils. 
Gaudin avait de très nombreux homonymes; je ne sais 
si je puis lui rattacher le conseiller d'Etat, ministre plé- 
nipotentiaire, concurrent heureux du D r Guépin et de 
Prévost -Paradol aux élections législatives de 1869, 
Emile Gaudin, dont la famille était originaire du pays 
nantais, mais je le crois parent de Julien Gaudin, rafii- 



— 312 — 

neur, officier municipal sous la mairie Baco, que j'ai 
déjà signalé et qui, plus tard, fut commissaire pour la 
déportation des prêtres assermentés. 

G. Guyot dirigeait une manufacture de toiles cirées à la 
côte Saint-Sébastien ou vis-à-vis la Bourse, et Demuller, 
qui clôt la liste de ces notables commerçants, la manu- 
acture de verrerie, tout naturellement installée rue 
Verrerie, n° 3. Les anciens plans de la ville donne- 
raient l'emplacement exact de cette verrerie dont il 
ne subsiste aucune trace. Je soupçonne que le directeur 
Demuller venait de l'Est ou du Nord et était d'origine 
allemande. 

LA RÉGIE NATIONALE. 
LES DOUANES ET LES PONTS ET CHAUSSÉES 

Lamiseen régie ^ ux fermiers généraux, qui affermaient tous les impôts 

et, moyennant des cautionnements, des redevances an- 
nuelles, échappaient au contrôle de l'Etat, l'Assemblée 
Constituante avait substitué des régisseurs ou receveurs, 
nommés par le Ministre des Finances; bref, elle avait mis 
en régie tous les droits qui devaient alimenter les caisses 
publiques, le Trésor. Une régie nationale des domaines, 
droits d'enregistrement, timbre, hypothèques « et autres 
droits y réunis », avait été créée dans chaque départe- 
ment. Elle donnait des pouvoirs très étendus aux direc- 
teurs, inspecteurs, receveurs principaux, qui réunissaient 
dans leurs mains les attributions des receveurs généraux 
(aujourd'hui trésoriers-payeurs), des percepteurs de 
contributions et de droits réunis, des conservateurs 
d'hypothèques. C'étaient de très hauts fonctionnaires, 
et leurs fonctions exigeaient la connaisssance la plus 
approfondie du système financier dont Turgot et 
Necker avaient jeté les bases. 

Fidière. \ e directeur delà Bégie nationale de la Loire-Inférieure 

se nommait Fidière et habitait au Bureau général de la 



— 313 — 

Direction, rue Girardon, n°3 (ex-rueBasse-du-Château). 
Il descendait d'une famille espagnole ancienne, les 
Figuero, et avait eu un ancêtre anobli comme argentier 
par le roi d'Espagne Charles III. Employé dans les 
bureaux de la ferme des domaines, à Rennes, '1 s'y 
distingua par son intelligence, y fit une carrière rapide et 
brillante. Sa fortune personnelle et ses capacités le 
désignèrent au choix du Gouvernement pour la direction 
suprême de la Régie nationale de Nantes. Je n'ai pas de 
renseignements sur sa gestion, mais le simple fait d'être 
demeuré à son poste, d'avoir régulièrement opéré ses re- 
couvrements sous la dictature de Carrier, aussi cupide 
que cruel, prouve que son caractère était à la hauteur de 
son talent. Il se confina dans l'exercice de son emploi; 
les exemples, qu'il avait sous les yeux, de fonctionnaires 
ou de simples négociants que leur républicanisme n'avait 
pas protégés contre la loi des suspects, lui donnaient peu 
de goût pour une politique qu'il jugeait sévèrement 
dans son for intérieur, car il n'était pas jacobin et pro- 
fessait des opinions religieuses, fort rares à son époque. 
En pleine Terreur, il maria l'une de ses filles à Brulart, 
un de ses subordonnés, contrôleur de la fabrication des 
tabacs, et le mariage fut bénit dans un grenier de l'île 
Feydeau, par un prêtre insermenté, ce qui dut être signalé 
à l'autorité, mais ne lui coûta cependant pas la perte 
de sa place. Il avait fait de son fils unique, Fidière fils, 
disent les Etrennes, un receveur-contrôleur du maga- 
sin du Timbre. Ce Fidière fils marcha brillamment sur 
les traces de son père et suivit la carrière des finances 
La Restauration le nomma conservateur des hypothè- 
ques à Paris; il garda ce poste, aujourd'hui divisé en 
autant de conservations qu'il y a d'arrondissements, 
pendant toute la durée du Gouvernement de Juillet et 
mourut en 1854, presque nonagénaire. Il était le bisaïeul 
maternel de mon ami Olivier de Gourcuff, qui m'a trans- 
mis ces souvenirs de famille, mais n'a pas connu les vieux 
parents dont les réminiscences du temps de la Terreur 



— 314 — 

nantaise devaient être si intéressantes. Cependant, la 
mère de mon ami disait que son grand-père et les grand' 
tantes qui l'avaient élevée ne parlaient pas volontiers 
d'une époque qui avait mis un voile de tristesse sur leurs 
jeunes années. Nantes alors ressemblait un peu à la 
Venise du Conseil des Dix; on n'osait pas y élever la 
voix, on y vivait sous la menace d'une arrestation, dans 
la crainte du lendemain. Les dix-huit prisons de la 
ville n'étouffaient pas tous les cris de douleur; le sang 
coulait de Téchafaud du Bouffay. La Loire ramenait 
parfois à la surface les cadavres des noyés. On 
s'explique que le silence, un silence de mort, ait plané 
sur la cité et que personne n'ait eu le loisir ou le courage 
d'écrire ses Mémoires. 



Autres 
fonctionnaires 
de la Régie. 



Cette digression m'a mené un peu loin de la Régie 
Nationale, qui comprenait deux divisions et, dans cha- 
cune d'elles, un inspecteur principal ayant sous sa coupe 
les districts du département. L'inspecteur de la pre- 
mière division. Bigot, — que je crois, d'après une tradition 
de la famille Fidière, être un Bigot de Preameneu, parent 
du rédacteur du Code Civil, — demeurait place Mirabeau 
(Delorme), à l'entrée du cours du Peuple (boulevard 
Delorme); il administrait, au point de vue financier, les 
districts de Nantes, Clisson, Machecoul, Paimbœuf, qui 
se subdivisaient eux-mêmes en treize bureaux. J'ai 
passé en revueplus de vingt Dubois, de la Loire- 
Inférieure, des départements circonvoisins, avec ou 
sans particules et noms ajoutés et je n'ai pas décou- 
vert la trace de l'inspecteur receveur principal de la 
seconde division, Dubois de Pacé, domicilié île Fey- 
deau, rue Montfort, n° 3, dont les attributions s'éten- 
daient sur cinq districts : Ancenis, Blain, Clmteaubriant, 
Guérande, Savenay, et sur onze bureaux. Le nombre des 
districts était en raison inverse de celui des bureaux. 
Mais la première division, avec Nantes, devait être, et 
de beaucoup, la plus importante pour les recettes. 



— 315 — 

Nous allons y revenir, à Nantes, après avoir signalé 
les deux vérificateurs : Baudot, un Nantais de pure race, 
et son collègue, Bidard, à qui je connais des homonymes 
d'origine nivernaise. La ville de Nantes avait ses rece- 
veurs particuliers : Clavier, que nous avons rencontré 
déjà place du Pilori, n° 4, pour les Domaines, les droits 
domaniaux et les forêts nationales ; Bouhierdela Brejol- 
lière, un nouveau venu sous notre plume, pour l'enregis- 
trement des actes sous-seing privé des notaires, les décla- 
rations des successions directes et collatérales; Ber- 
trand, l'officier de la Garde Nationale (qu'il faut se garder 
de confondre avec Bertrand-Geslin, le lieutenant de 
Canclaux), pour l'enregistrement des actes judiciaires, 
des actes des huissiers et les amendes. Bouhier et Ber- 
trand, déjcà nommés, distribuaient à beaux deniers 
comptants le papier timbré. 

Le directeur Fidière avait sous la main, ou plutôt en 
face de lui, au n° 3, de la rue Girardon, le « Bureau du 
Timbre extraordinaire ». Son fils, comme receveur con- 
trôleur du magasin, assistait le garde-magasin contrôleur 
de la recette, un nommé Barmel. Le personnel se complé- 
tait par les deux Bazin, encore de vrais Nantais : le père, 
timbreur; le fils tourne-feuille. Ce dernier emploi existe 
toujours, mais le joli qualificatif, qui figurait encore à 
l'Annuaire du Commerce, 1904, avec une dame «tourne- 
feuilles» à la rubrique Enregistrement, Domaine et 
Timbre, a disparu l'année suivante, et c'est dommage. 
Il manque un tourne-feuille dans la Chanson de 
Fortunio. 

L'Administration des Douanes était une de celles que Les Douanes. 
l'Assemblée Nationale avait créées en 1791 pour briser 
les cloisons qui séparaient les provinces. Le Gouver- 
nement nouveau avait reconnu l'utilité et l'avantage 
d'un ensemble de taxes prélevées sur les marchan- 
dises étrangères, qui remplissaient le Trésor public, 
en même temps qu'elles protégeaient l'industrie 



— 316 — 

nationale. Le système des Fermes, ébauché par Col- 
bert, perfectionné sous Louis XV et Louis XVI, avait 
disparu, en 1793. Nantes, en raison de son commerce 
maritime, de ses relations maritimes, était au premier 
rang des villes de France qui appliquaient fructueuse- 
ment le nouveau mode de perception. 

Chose singulière, la Direction générale et les bureaux 
des recettes n'étaient pas situés au même endroit et se 
trouvaient relativement éloignés du port, de ce quai de 
la Fosse, où venaient atterrir les navires, où débarquaient 
les équipages. Les Douanes n'avaient pas pris encore 
possession d'une de ces belles maisons de pierre, hôtel 
à l'aspect grandiose, presque monumental, désigné 
pour lui donner l'hospitalité. En 1792-1793, le bureau 
de la Direction générale était encore celui des Fermes 
générales, rue Vendik (sic), ci-devant rue Mercœur, au 
rez-de-chaussée, proche le Marchix, dans un assez 
vilain quartier, que n'avait pas dégagé le percement de 
la place Lafayette. Les bureaux des recettes de l'étran- 
ger et des colonies étaient plus mal placés, rue Santeuil, 
ci- devant rue de Bertrand, maison Hervé. On devine ce 
que pouvait être alors la rue Santeuil, restée étroite et 
obscure avant que le vaste et élégant passage 
Pommeraye ait remplacé cette Galerie du Commerce, 
boyau tout noir qui dévalait en pente raide jusqu'à la 
Bourse. 

Sectionnées, mal installées, les Douanes n'en consti- 
tuaient pas moins, à la fin du xvm e siècle, dans une 
ville qui était le grand l'entrepôt des sucres et des cafés 
du monde entier, une administration de premier ordre. 
Il y avait, sinon plus d'employés, plus de chefs, de ser- 
vice et de commis principaux qu'aujourd'hui. Le direc- 
teur général se nommait Dominique-Charles Adine. Je 
ne crois pas qu'il fût Nantais; rien, du moins, ne me l'a 
désigné comme tel. Il avait été, sousLouis XVI, Direc- 
teur général des Traites, Gabelles, Tabacs « et autres 
droits y joints». Il resta très longtemps à Nantes et y 



— 317 — 

mourut probablement; il figure encore, avec son titre, 
dans un Almanach de 1810. Il avait sous ses ordres 
directs un premier commis de la direction, Seurot, et 
deux inspecteurs principaux : l'un, Regnault, en résidence 
au Croisic; l'autre, Debourges, à Paimbœuf. Ce petit 
état-major était complété par un nommé Bûche « capi- 
taine général », demeurant au bas de la Fosse, maison 
Dupuis, dont le titre prouve bien que les douaniers 
étaient dès lors organisés militairement et formaient un 
corps prêt à combattre les contrebandiers ou les ennemis 
de l'Etat. 

Passons aux « Recettes », Le fonctionnaire qui figure 
le premier sur la liste, avec le grade « inspecteur sed. 
(sédentaire) de la Douane », était celui de mes ancêtres 
sur lequel Perthuis, en me faisant présent des Etrennes, 
appelait mon attention. Cet Eudel, qui devait 
devenir Directeur à Cherbourg, n'était pas mon aïeul 
direct ; c'était le frère aîné de mon grand-père 
(devenu lui-même directeur des Douanes à Boulogne 
sous le Premier Empire) et, par conséquent, un oncle de 
mon père qui, après bien des pérégrinations, fut envoyé 
de Calais à Nantes, en 1842, comme vérificateur des 
Douanes. Les Eudel étaient douaniers de père en fils, 
d'oncle à neveu. A quoi a-t-il tenu que je n'aie pas suivi 
la même carrière? 

Benjamin Eudel, né à Laval en 1755, mais d'origine 
picarde, demeurait rue Contrescarpe. Les titres des 
employés qui venaient après .lui, au bureau des 
recettes, sont curieux à reproduire. Il y avait le rece- 
veur de l'Etranger, Gerbier, d'une famillede négociants 
en grains, apparentée à celle du célèbre avocat 
rennais ; ce Gerbier, ancien juge consul, avait été 
trésorier des troupes, en 1787. Le contrôleur des recettes 
se nommait Bourret ; le commis, Gouaux. Une autre 
recette, dite des denrées coloniales, avait pour receveur 
Vallois, pour contrôleur Papelard, pour commis Papot, 
dont un descendant tint longtemps une pension très 



— 318 — 

suivie. Le plombeur s'appelait Foucaull ; l'orthographe et 
la date me permettent de l'identifier avee un Foucault 
qu'on enrégimenta dans la compagnie Marat, et qui en 
sortit « parce qu'elle contenait des scélérats ». La liste 
des commis s'allonge. Elle comprend deux commis pour 
« les déclarations des isles » (on ne désignait pas autre- 
ment les Antilles), Rampin et Perret ; deux pour les décla- 
rations étrangères, Boquillon et Wattier; deux « aux 
déclarations d'entrepôt », Duchatellier et Débonnaire; 
deux aux expéditions, Bonneman et Lecomte. Quelques- 
uns de ces noms me frappent. Le critique et romancier 
Paul Perret, qui aimait à se dire de vieille souche nan- 
taise, aurait retrouvé l'un des siens. L'auteur de l'His- 
toire de la Révolution dans les départements de l'ancienne 
Bretagne, écrivait, ainsi que le commis des Douanes, son 
nom en un mot; depuis, on écrit du Chatellier. Le nom de 
Bonnemant n'a pas cessé d'être porté à Nantes. Lecomte 
a été un des 132 Nantais. Des gardes-magasins, Neveux 
La Bouchardière, Gaborit, Bellin, Maison, qui opéraient 
pour les isles, pour l'Inde, pour la Guinée et le Nord 
(bizarre assemblage), Gaborit seul me semble bien Nantais: 
serait-il le Gaborit (Louis-Théodore), auteur de Mélanie 
ou l'Egalité, tragédie patriotiques en cinq actes et envers, 
Nantes, 1791? Le commis aux archives du commerce, 
nous dirions simplement l'archiviste, s'appelait Moret. 
Deux autres commis, Pallois et Damory, étaient chargés 
du contrôle « des visiteurs », négociants de la ville, nota- 
bles commerçants ou industriels qui inspectaient les mar- 
chandises à l'arrivée, vérifiaient les opérations. 

La liste de ces dix-huit visiteurs nous est donnée au 
complet. Je la reproduis, quoiqu'elle nous fournisse peu 
d'indications nouvelles sur la bourgeoisie nantaise de 
l'époque. C'étaient Jourdain, Culembourg, Favre, Du- 
fraisse, Rostenne, Saveneau, Tardiveau, Pointel, Messal, 
Chevalier, Valadier, Lacour, Le Romain, Lamboley^ 
Briffault, Landon, Lagrange, Henry. A part Tardiveau^ 
qui fut - si ce n'était son frère - membre duConsei 



— 319 — 

du département; Saveneau, encore « visiteur » en 1810 
et secrétaire en chef de la mairie; Chevalier, un des 132 
Nantais; et Le Romain, ancêtre d'un avocat bien connu, 
notre contemporain, cette liste est assez indifférente. 

Le Tribunal du District de Nantes, nous apprend un 
nota inséré aux Etrennes, est celui qui doit connaître 
directement de toutes les contestations relatives aux 
Douanes. Ces contestations me semblaient devoir être 
plutôt du ressort du Tribunal de Commerce. 

Il y avait aussi une régie générale pour percevoir un 
droit de marque sur les ouvrages d'or et d'argent. C'était 
la fin de l'ancienne Ferme ; Borgnier prenait le titre 
et la qualité de directeur et receveur général de la liqui- 
dation. Notons, d'ailleurs, qu'un commissaire du Gou- 
vernement près l'Hôtel des Monnaies existait encore 
en 1810; il n'était autre qu'Antoine Peccot. 

Depuis que le département des Ponts et Chaussées Ponts 

avait été réuni, en 1735, au Ministère des Finances, cette e t Chaussées. 
administration avait pris une importance considérable. 
Sous l'impulsion d'ingénieurs comme Trudaine et Perro- 
net, 6.000 lieues de routes furent tracées dans le royaume ; 
des ports, des ponts, se creusèrent ou s'élevèrent 
de tous côtés. La Révolution, cependant, attaqua, sous 
le vain prétexte de réaliser des économies, le corps des 
ingénieurs que défendirent, à la tribune de l'Assemblée, 
l'illustre Mirabeau et Chapelier, le député de Rennes. 
Les Ponts et Chaussées eurent gain de cause, et leur im- 
portance s'accrut. Dans chaque département, on nomma 
un ingénieur en chef, et, selon le chiffre de la population 
et le nombre des travaux à effectuer, deux ou trois ingé- 
nieurs ordinaires. 

A Nantes, l'ingénieur en chef était Groleau « près le 
Bon Pasteur »; les trois ingénieurs ordinaires se nom- 
maient Recommencé, rue Maupertuis, Rapatel, quai 
Barbinais (l'ancien quai de l'Hôpital tirait cette appel- 
lation de Porcon de la Barbinais, dit le Régulus malouin) 
et Hervoet. 

Soc. Archéol, Nantes 21 



— 320 — 

Ces fonctionnaires ne me semblent pas appartenir 
à des familles nantaises. Au cours de l'année 1793, ils 
eurent peu de travaux à effectuer. Mais le ministre de 
l'Intérieur, Garât, qui avait pris possession du réseau 
des Ponts et Chaussées, leur imposa des obligations inat- 
tendues. Dans le département de la Loire-Inférieure, un 
des plus agités par la guerre, ces devoirs revêtaient 
un caractère bien défini. Ils étaient appliqués, 
comme tous leurs collègues, au service de l'armée; ils 
devaient spécialement s'occuper du casernement des 
troupes du génie. Une circulaire ministérielle d'avril 
1793 leur prescrivit même d'aider au recrutement. 
C'étaient là des postes peu en harmonie avec la situation 
privilégiée que la fondation de l'École Polytechnique par 
la Convention allait donner aux ingénieurs des Ponts et 
Chaussées; qui se recrutèrent, dès l'origine, parmi les pre- 
miers élèves sortis de l'École. 

LES POSTES 

Poste Arrivons à la poste aux lettres, si agitée récemment. 

aux lettres. Cette administration, si utile de tout temps, si critiquée, 
avait une importance capitale, attestée par les douze 
pages de petit texte que lui consacrent les Etrennes. 

Nos contemporains ne connaissent guère la différence 
qui existait entre la grande et la petite poste: l'une 
était le service de la correspondance allant, grâce aux 
courriers, de ville en ville; l'autre se restreignait à la 
distribution de la correspondance locale. Avec les messa- 
geries monopolisées par l'État, qui expédiaient dans 
toutes les directions leurs voitures pour le transport 
des voyageurs et des marchandises, la grande et la 
petite poste constituaient tous les moyens de locomo- 
tion, de transmission publiques, à une époque qui 
nous paraît bien arriérée, quoiqu'elle eût déjà réalisé 
d'immenses progrès sur l'ancien état de choses. 
En 1780, la grande et la petite poste avaient été réu- 



321 



nies et mises en régie; il existait alors 1.284 bureaux, 
3.000 relais. Le bail de la ferme des messageries ayant 
été résilié, les messageries furent jointes aussi à la poste 
pour ne constituer qu'une seule et même administra- 
tion. 

Le même régime était en vigueur, à peu de chose près, 
à l'époque que nous décrivons. Neuf administrateurs, 
élus par la Convention, dirigeaient la Régie nationale 
des trois administrations réunies. On ne parlait alors 
que par Directoires, mais le Directoire de la Poste, relati- 
vement au Ministère des Finances, dont il dépendait, 
représentait assez bien ce que nous appellerions aujour- 
d'hui un sous-secrétariat d'Etat. 

Le président du Directoire, chef suprême de l'Admi- 
nistration des Postes, répondait au nom de Bron. Celui 
des neuf administrateurs qui avait dans ses attributions 
le département de la Loire-Inférieure, Gibert, résidait 
également à Paris, mais il pouvait bien être originaire 
de Nantes, où ses homonymes sont nombreux. 

Je. n'ai, malgré de longues recherches, recueilli aucuns 
renseignements locaux sur les divers fonctionnaires des 
Postes en résidence à Nantes, dont je me borne à donner 
les noms, domiciles et qualités. L'inspecteur pour Nantes 
et, sans doute, pour la région s'appelait Desbordelière c 
Avec l'adresse du directeur J.-B. Giraud, qui, lui, devait 
être Nantais (mais les Giraud ont toujours foisonné à 
Nantes), nous avons celle de l'Hôtel de la Poste, rue 
Bossuet. Du contrôleur Menureau, place du Pilori; du 
receveur Joubert aîné, place Neptune; du taxateur 
Guérineau, rue Racan ; des quatre commis, Joubert 
jeune, rue Girardon;Laville, Haute-Grande-Rue; Rolland, 
rue des Chapeliers; Noiret, rue Démosthènes, nous ne 
savons absolument rien; nous n'avons que la seule men- 
tion des Etrennes. 

Au point de vue de la distribution des lettres — no- 
tons, une fois de plus, qu'il ne s'agissait que des lettres 
venues du dehors — la ville était divisée en dnq quar- 



— 322 — 

tiers; il y avait cinq facteurs : Douineau (si nous savions 
qu'il était de la Chapelle-Basse-Mer, je l'identifierais 
volontiers avec un Jean Douineau, condamné à mort 
en l'an II par la Commission militaire Lenoir). Douineau, 
qui habitait isle Feydeau, rue Clisson, 3, distribuait les 
lettres quai Tourville, île Feydeau, quai Barbinais, 
pont Orient, Pré de la Magdelaine et sur tous les ponts 
(sic). Louvigné jeune, rueGrétry (ex deCereste), faisait 
sa tournée place du Commerce, quartier Graslin, la 
Fosse et l'Hermitage. Tassut, rue Bossuet, 4, (ex rue 
Briord), avait dans son réseau tout l'intérieur de la ville, 
ce qui désigne sans doute le quartier du Château, toute 
l'ancienne cité. Francineau, rue Mignard, 37, (ex Saint- 
Similien),, parcourait la rueRubens, la rue du Chapeau- 
Rouge, la rue Contrescarpe, la place Buffon, la rue Van- 
Dyck, la place Guttenberg, le Marchix, les Hauts-Pavés. 
Enfin, Petiteau, rue Démosthènes, 70, (ex Saint- 
Clé ment), visitait le cours Liberté, le cours Fédéra- 
tion, la rue Démosthènes et Richebourg. L'Indicateur 
Nantais, de Guimard, de 1792, donne Rinchéval à 
la place de Francineau et Louvigné aîné à celle de 
Petiteau? Mais ce sont les mêmes adresses aux mêmes 
numéros ? 

Encore que la besogne de ces cinq facteurs fût très 
inégale, elle n'en restait pas moins pénible.. Mais ils 
ne faisaient sans doute qu'une distribution par jour; 
la faisaient-ils même tous les jours. 

La poste restante apparemment privée — était 
chez la veuve Brunet, rue Bossuet, n° 4, c'est à dire 
tout près de l'Hôtel des Postes. Ce terme « poste restante» 
doit être vieux comme la chose qu'il représente. Les 
voyageurs de commerce et les amoureux en usaient 
alors ; ils en usent toujours. Dans le Calendrier du 
Commerce ou V Almanach de la Petite-Poste et de la Poste 
Maritime de Nantes pour l'année commune 1790, est déjà 
indiquée une « poste restante », chez Brunet, distribu- 
teur, rue de Briord (devenue rue Bossuet en 1792). n° 16, 



— 323 — 

près du Bureau général, situé rue de Briord, n° 11. 

Un petit avis, qui a son prix, nous apprend ensuite 
« qu'on a établi pour la commodité du public trois boîtes 
« pour la grande poste, auxquelles on peut mettre les 
« lettres avec la plus grande confiance, étant levées par 
« les facteurs deux heures avant le départ de chaque 
« courrier. » Je me serais reproché de rien ôter, de rien 
changer, au texte de cet avis; « avec la plus grande 
confiance » me semble un bien joli euphémisme. Je suis 
sûr que, dans l'ancienne France postale, on ne mettait 
pas une lettre à la boîte sans une vague inquiétude . 

Nantes, comme toute ville dépassant 4.000 habitants, 
avait ses lettres distribuées à domicile. Les trois boîtes 
additionnelles dont il vient d'être parlé lui constituaient 
encore, pour l'époque, un rare privilège. Bien placées, 
ces boîtes, malgré de bizarres indications d'adresses, 
La première était chez le marchand de parasols, vis-à-vis 
la Bourse; elle servait aux négociants; la seconde, chez 
Jourdain, tenant les bains, quai Turenne, était à l'usage 
du monde élégant; la troisième, place Buffon, chez 
Henri, pâtissier, vis-à-vis la poste aux chevaux, permet- 
tait aux personnes scrupuleuses de ne pas donner en 
mains propres leurs lettres aux postillons, personnages 
suspects, dont un écrit de l'époque nous dénonce « l'in- 
subordination vis-à-vis des maîtres de poste, l'insolence 
et les exactions vis-à-vis des voyageurs ». — Détail 
important et de nature à rassurer tout à fait les timides : 
les clefs des boîtes étaient déposées au grand bu- 
reau. 

Les quatre pages des Etrennes qui suivent donnent, 
sur le^ départ des courriers de Nantes et leur arrivée à 
Nantes, des renseignements aussi précis que complets. 
Il faudrait les transcrire sans oublier l'avis publié pour 
la levée des boîtes de l'intérieur, qui se faisait tous les 
jours : pour Paris, par Le Mans; pour Bordeaux; pour 
Bennes, trois fois par semaine; pour Brest; le pays de 
Betz; Paris, par Vendôme et Tours. La levée du bureau 



— 324 — 

central était toujours faite une heure après la levée des 
bureaux de quartier. 

Une mention nous fait sourire : « Il faut affranchir 
les lettres chargées » et nous rappelle qu'autrefois la 
taxe était payée par celui qui recevait la lettre et qu'il 
coûtait au pauvre diable de récipiendaire jusqu'à un 
franc vingt centimes, quand la lettre venait de l'autre 
bout de la France. Très arbitraires, d'ailleurs, ces taxes, 
quoiqu'on les prétendît basées sur la distance. Ainsi, 
ce sont les Etrennes qui nous l'apprennent, on n'af- 
franchit point pour la Hollande, l'Espagne, le Portu- 
gal, la Prusse, la Suède, le Danemarck et la Russie, et 
ces taxes inconnues devaient être formidables à en juger 
par celles que nous connaissons. Les letres pour l'Italie 
coûtaient 24 sols « la simple » (jusqu'à quel poids? on 
néglige de nous le dire); pour l'Angleterre jusqu'à Calais, 
par conséquent jusqu'à la limite du territoire français, 
16 sols la simple; pour l'Allemagne au delà du Rhin, 
24 sols la simple; pour Turin et la Savoie, 24 sols; quelle 
source de bénéfices pour les gouvernements! Mais on écri- 
vait peu alors. 

Les courriers. L e départ et l'arrivée des courriers avaient lieu paral- 

lèlement et avec beaucoup d'ordre ou de symétrie. C'est 
ainsi, pour ne prendre qu'un exemple (ces listes de noms 
de villes et de pays étant d'une désespérante monotonie), 
qu'il y avait le dimanche trois départs de la malle-poste 
et quatre arrivées. A 1 heures du matin, arrivait le cour- 
rier de Rennes, Nozai, Derval, Châteaubriant et une 
grande partie de la Rretagne; à 7 heures du matin, arri- 
vait un autre courrier breton, venant de Brest, Vannes, 
Lorient, Quimper;à 5 heures du soir, c'était l'arrivée 
du courrier de Rordeaux, La Rochelle, Toulouse, Mont- 
pellier, l'Espagne et le Portugal; à 8 heures du soir, par- 
taient en même temps les courriers de Bordeaux et de 
Rennes ; à 10 heures, celui de Paris, Chartres, Le Mans, 
Angers, l'Allemagne, la Flandre, la Hollande, l'Angle- 



325 



terre, ' l'Italie, la Prusse, la Suède, le Danemarck, la 
Bohême et la Hongrie; enfin, à minuit, arrivait le cour- 
rier de Paris, Orléans, Vendôme, Tours, Blois et de 
divers pays étrangers. C'était une journée bien remplie; 
ab uno disce omnes. Et, malgré le grand nombre des 
localités énoncées, le rédacteur des Etrennes se rendait 
compte que son énumération n'était pas complète; il 
prenait ses précautions ainsi : « Toutes les villes et 
autres lieux qui se trouvent sur la route et aux environs, 
quoiqu'on n'en fasse pas mention, partent parles mêmes 
ordinaires que les villes ci-après. » 

On sait le rôle important que joua dans l'arrestation 
de Louis XVI, à Varennes, le maître de postes, Drouet. 
Son collègue de Nantes, chargé du service de la poste 
aux chevaux et relais, avait son établissement et son bu- 
reau à l'entrée de la place Buffon, n° 19, sur cette an- 
cienne et nouvelle place de Bretagne, qui occupe encore 
aujourd'hui le centre de la ville. Il dut être, en pleine 
agitation révolutionnaire, très fier de son nom romain 
de Caton. Je me demande même si ce nom républicain 
ne lui fut pas donné dans les clubs comme, à d'autres, les 
noms de Brutus et de Scévola. Ce Caton nantais a beau- 
coup moins fait parler de lui que Caton le Censeur ou 
même que Caton d'Utique. Le seul document contem- 
porain que j'aie retrouvé, où il soit question d'un maître 
de la poste aux chevaux de Nantes, est de 1798 (29 prai- 
rial, an VI). Il transmet au Directoire les doléances de ce 
personnage, qui se nommait Racine, et de ses collègues 
des routes de Rouen, Bordeaux, Lyon, Lille, Brest et 
autres lieux, afin d'obtenir une loi qui fixe d'une manière 
stable et invariable l'organisation des postes aux che- 
vaux. Racine et ses collègues se plaignaient surtout de 
la conduite répréhensible des entrepreneurs des charrois 
militaires et d'artillerie, qui empiétaient sur leurs droits 
et enlevaient tout ce qu'ils trouvaient. Quianominorleo, 
a dit Phèdre. 

La Petite Poste, nous l'avons déjà remarqué, ne se 



Poste 
aux chevaux. 



Petite poste. 



— 326 — 

chargeait que de l'expédition des correspondances locales 
Fondée, vers le milieu du XVIII e siècle, par un philan- 
thrope intelligent, Piarron de Chamousset, elle avait été, 
comme sa grande sœur, mise en régie nationale. Le Bu- 
reau général de Nantes était situé, et resta longtemps, 
rue J.-J. -Rousseau, n° 4. L'Administration comprenait 
un directeur, un contrôleur-inspecteur, six facteurs pour 
le service de la ville et de la campagne (ou plutôt de la 
banlieue), trois autres facteurs pour la campagne, de 
ceux qu'on appela plus tard facteurs ruraux, deux sur- 
numéraires. Il y avait des bureaux ou boîtes dans les 
différents quartiers de la ville; les facteurs y faisaient 
des levées six fois le jour, de 6 h. 1 /2 du matin à 7 h. du 
soir, et distribuaient en même temps les lettres de la levée 
précédente. Le port de la lettre pour la ville était de deux 
sols, pour la campagne, de trois sols; c'était presque l'af- 
franchissement actuel, mais le sol de 1793 valait plus que 
notre sou. Ajoutons qu'un bureau de poste maritime 
était adjoint à celui de la petite poste, et constatons que, 
là du moins, on avait mis la taxe à la portée de toutes 
les bourses; à cause des relations constantes de la métro- 
pole nantaise avec les colonies, l'envoi de la lettre coû- 
tait un sol, la réception deux sols « sans égard au poids 
ou volume » Il n'était plus question de « simple » ou de 
« double », comme à la grande poste, 

Les Etrennes ne nous nomment aucun des subordonnés 
du directeur de la petite poste et de la poste maritime, le 
citoyen Mangin. Celui-ci compense heureusement, par sa 
notoriété, l'obscurité de ses collaborateurs. Au prix d'une 
lutte incessante et de sacrifices pécuniaires, Victor Mangin, 
premier du nom, fonctionnaire et publiciste, lança les 
premiers journaux politiques et commerciaux qui aient 
paru à Nantes. Dès 1782, il rédigeait la Correspondance 
maritime, qui se transforma successivement en Feuille 
maritime, en Feuille nantaise, en Affiches de Nantes, ins- 
pirées par les Petites affiches de Paris. Il put, nvant de 
mourir, fonder, en 1819, l'Ami de la Charte, que reprit, 



— 327 — 

ou continua, son fils Charles- Victor-Amédée, le créateur 
du National de l'Ouest et du Phare de la Loire. L'impul- 
sion donnée sous le Second Empire à ce dernier journal 
par mes amis Victor et Evariste Mangin venait de leur 
grand-père. C'était une tradition de famille. Et si l'on 
songe que le premier, Victor Mangin, postier, journaliste, 
était encore imprimeur, poète agréable, créateur d'une 
comédie-vaudeville, La bonne nouvelle ou l'heureuse 
journée, faite à l'occasion de la paix générale et repré- 
sentée à Nantes en 1814, on reste stupéfait de cette intel- 
ligence, de cette activité rayonnant dans tous les genres. 

La diligence ! Que de souvenirs évoquait, que d'émo- L'antique 

tions réveillait autrefois ce simple mot! Un voyage diligence. 

il y a cent ans était une grave affaire, où l'on ne s'aven- 
turait que pour de sérieux motifs d'intérêt, et l'instru- 
ment du voyage avait lui-même quelque chose de formi- 
dable. Le coche décrit par La Fontaine s'était à pe-iie 
transformé pour devenir la haute et lourde voiture 
à trois compartiments (coupé, intérieur, rotonde), 
sans préjudice de l'immense bâche, formant capote, 
sous laquelle on entassait pêle-mêle les bagages et les 
voyageurs peu fortunés. Et les chevaux, percherons infa- 
tigables, aux robustes encolures, qui faisaient jaillir, 
en s'ébranlant, l'étincelle du pavé et qu'on échangeait 
aux relais contre des bêtes pareilles, qu'une bonne 
ration d'avoine mettait en état de parcourir au grand 
trot les dix ou douze lieues réglementaires ! Et le pos- 
tillon, ce type déjà presque disparu à la fin du xvm e 
siècle, bon pour la légende ou l'opéra -comique 
d'Adam, remplacé par le conducteur, brutal ou bon 
enfant, débraillé sous sa limousine et sa casquette à 
oreilles ! 

J'ai connu les temps bibliques de la diligence, 
et je me souviens assez de celle qui m'amena, tout 
enfant, de Calais à Nantes, pour trouver quelque 
vraisemblance au joli tableau de mœurs de Boilly 
« L'arrivée de la diligence dans la cour des messageries », 



— 328 — 

ou bien aux amusants versiculets de Désaugiers qui 
fixent un des aspects de Paris à cinq heures du matin : 

La diligence 
Part pour Mayence, 
Bordeaux, Florence 
Ou les Pays-Bas... 
Les chevaux hennissent, 
Les fouets retentissent, 
Les vitres frémissent, 
Les voilà partis !... 

On s'embrassait au départ, comme si on ne devait, 
plus se revoir; à l'arrivée, comme si les voyageurs 
venaient d'échapper à un grand danger. 

Ces simples mois « Diligences et Messageries natio- 
nales, Bureaux de Nantes » sont le thème sur lequel 
j'ai brodé mes variations. Bevenons au côté pratique. 
Le Bureau général était rue Van Dyck, 21, près la place 
Buiïon, et j'aime à peupler, par l'imagination, la vieille 
place de Bretagne de la foule grouillante et bariolée 
qui transformait chaque départ, chaque arrivée de la 
diligence, en un petit événement local. Le bureau était 
ouvert tous les jours, de 7 heures du matin à midi 1/2, de 
2 h. 1/2 à 7 heures du soir. Pas de repos hebdomadaire 
pour le personnel, qui comprenait un directeur, bizarre- 
ment nommé Vobis, dont le descendant probable fut 
plus tard menuisier rue du Coudray, un sous-directeur, 
Hébert, un contrôleur, Rabier, un facteur en chef, 
Sattin. 

Où allait-on? Dans quatre directions : à Angers et 
Paris, à La Rochelle et Bordeaux; à Bennes et Saint- 
Malo ; à Vannes et Lorient. Cette énumération de 
villes est limitative; ainsi, pour la Bretagne, Lorient 
était le point terminus des messageries nantaises; il 
fallait dans cette ville, ou à Vannes, prendre une 
autre ligne pour aller à Saint -Brieuc, Morlaix ou Brest. 



— 329 — 

Par contre, les voitures donnaient des correspondances 
qui permettaient, par exemple, au voyageur venant 
de Paris d'attendre, à Nantes, le départ pour 
Bordeaux. 

Les diligences de Nantes n'avaient point, en 1793, la 
massive apparence des véhicules Laffitte et Caillard, 
qui transportaient, plus tard, jusqu'à trente-deux per- 
sonnes, sans compter les chiens, les chats et les oiseaux. 
C'étaient d'assez légères voitures à six places et une 
« au cabriolet », huit personnes avec le conducteur 
La Compagnie, d'après les Etrennes, en possédait neuf : 
trois pour le service d'Angers et Paris ; deux pour celui 
de La Rochelle et Bordeaux un pareil nombre pour les 
services de Rennes et Saint-Malo, de Vannes et Lorient. 

Pour assurer leur marche, assez rapide, les diligences Les fourgons. 
ou malle-postes ne prenaient que les voyageurs munis 
de bagages personnels. Il restait les marchandises et 
effets de tous genres, pour le transport desquels la 
Compagnie possédait de lourds véhicules, appelés 
fourgons. A chacune des quatre lignes exploitées par 
les messageries nantaises, un fourgon était attaché. 
On ne nous dit pas quand revenait celui qui partait 
pour Paris, tous les vendredis, à deux heures du 
matin, mais nous savons qu'il prenait aussi des 
voyageurs à tarif réduit, à raison de quatre 
sous par lieue. Il desservait les divers endroits de la 
route et adjacents à raison de 15 sous le cent (le quintal 
de 100 livres pesant par cent lieues) ou de trente sous le 
cent par dix livres. Le fourgon de la route de La Rochelle 
et Bordeaux partait le lundi, à 4 heures du matin, était 
de retour le dimanche, à 6 heures du soir. Il avait le même 
tarif pour les marchandises, que celui de Bennes et 
Saint-Malo, qui partait le lundi, à 10 heures du matin, 
revenait le dimanche, à midi, et que celui de Vannes et 
Lorient, qui, parti le mardi, à quatre heures du matin, 
était de retour le dimanche, à six heures du soir. 



— 330 — 

La note, évidemment intéressée, des Etrennes insiste 
sur la modicité du prix de transport par les fourgons; 
elle stipule aussi qu'on fera des abonnements au Commerce, 
pour les objets qui en seront, susceptibles: c'est le tarif 
réduit, ou tarif m ini m um, de nos Compagnies de chemins 
de fer, qu'une administration ayant le souci de ses inté- 
rêts ne pouvait manquer d'établir dans une ville com- 
merciale telle que Nantes. Remarquons, en passant, que 
le principe des abonnements ne date pas d'hier. 

Les départs. Après les colis, si nous nous occupions un peu des 

voyageurs. On leur imposait des heures de départ qui, 
l'hiver surtout, devaient être gênantes. Ceux qui allaient 
à Paris ou sur la ligne (Angers, Sautnur, Tours), et qui 
devaient être les plus nombreux, partaient, à trois heures 
du matin, les dimanches, mardis et vendredis; l'une des 
trois diligences, qui faisaient ce grand trajet, revenait le 
lundi, le mercredi, le samedi « vers les sept heures du 
soir ». Ce « vers » nous montre qu'il fallait parfois comp- 
ter avec l'imprévu, une roue à réparer, un accident de 
route, au pis aller la voiture versée dans un fossé. 

Les deux diligences « à six places et une au cabriolet », 
se dirigeant surLa Rochelleet Bordeaux, partaient le mer- 
credi et le samedi, à 6 heures du soir, arrivaient le lundi 
et le vendredi, vers 8 heures du soir. On correspondait 
avec Vannes et Lorient, Rennes, Angers et Le Mans; 
mais il me semble bien qu'onn'allait pas jusqu'à Bordeaux. 
Le prix des places n'était donné que jusqu'à Blaye; celui 
du port des effets seul était indiqué jusqu'à Bordeaux. 
Les voyageurs quittaient probablement la diligence à 
Blaye et descendaient en bateau, par le coche d'eau, la 
Gironde jusqu'à Bordeaux. Le trajet de Nantes à 
Bordeaux devenait un vrai voyage au long cours, auquel 
ne manquaient pas les émotions d'une traversée. 

Sur les lignes de Bretagne, les choses allaient plus 
simplement; aussi bien les distances étaient-elles beau- 
coup moindres. Pour aller de Nantes à Rennes et Saint- 



— 331 — 

Malo, l'une des diligences partait le mardi et le samedi, 
à 8 heures du soir, arrivait le mardi et le vendredi, à 
5 heures du soir (le vers problématique est remplacé par 
un à formel). Même précision pour la ligne de Vannes et 
Lorient; on partait le mardi et le vendredi, à 10 heures 
du soir, on arrivait le dimanche et le jeudi, à 8 heures 
du soir. On ne disposait dans chaque voiture que d'un 
petit nombre de places, et encore n'étaient-elles pas 
toutes à la disposition des voyageurs qui devraient 
s'arrêter sur le parcours. Dans les trois diligences qui 
faisaient chaque semaine le service de Paris, on ne 
délivrait de places que pour Paris, sauf le vendredi, 
où l'on en réservait deux pour Angers, Saumur ou 
Tours. Les autres lignes étant moins fréquentées, le 
règlement n'était plus le même. On donnait deux 
places « en directe » pour Blaye, le restant pour La 
Rochelle seulement. Aucune stipulation pour Rennes 
et Saint Malo. Pour Vannes et Lorient, même distribu- 
tion de places que pour Blaye et La Rochelle. 

Le prix des places, soigneusement indiqué par les Coût 

Etrennes, est fort instrutif. Il montre ce qu'il en coûtait des V0 U a 9 es - 
alors pour voyager, et prouve que la dépense était une 
des causes de la rareté des déplacements. 

Le « prix de la place » dans la diligence pour Paris 
était de 55 livres 10 sous, ce qui ferait au bas mot 100 
francs d'argent actuel; pour Angers, on payait 12 livres 
12 sols; pour Saumur, 20 livres 8 sols; pour Tours, 30 
livres. La diligence donnait une place « au cabriolet », 
c'est à dire à côté du cocher; le voyageur à destination 
de Paris qui bravait ce voisinage et s'exposait aux in- 
tempéries des saisons en était pour ses 36 livres 16 sols. 
C'est, en tenant compte de la différence du taux de l'ar- 
gent, trois fois le prix de la place en chemin de fer. Et, 
comme le voyage durait trois jours et trois nuits, il 
fallait s'alimenteren cours de route, dans des auberges, qui 
s'entendaient à merveille à exploiter le client de rencontre. 



— 332 — 

Nous n'avons pas, et pour cause, le prix de Nantes 
à Bordeaux, mais, pour aller à Blaye, point terminus de 
cette ligne, la diligence prenait 42 livres 12 sols; le trans- 
port par eau de Blaye à Bordeaux était certainement 
compté en plus. Pour La Bochelle, le prix était relati- 
vement moins élevé, 21 livres tout juste. La place « au 
cabriolet » n'était pas donnée plus loin que cette ville, 
elle coûtait 14 livres. 

De Nantes à Bennes ou à Saint-Malo, c'était le même 
prix, ce qui me paraît une anomalie singulière; on pre- 
nait indifféremment 16 livres 4 sols dans la diligence 
et 10 livres 16 sols « au cabriolet », sans désignation ni 
réserve. La place était au premier occupant. 

Pour Vannes et Lorient, le tarif était très différent, 
quoiqu'une trentaine de kilomètres à peine sépare ces 
deux villes. Cela coûtait 15 livres 12 sols dans la diligence 
pour Nantes, et 24 livres pour Lorient. La place « au 
cabriolet » était pour Vannes seulement; elle revenait 
à 10 livres 8 sols. 

On sera curieux de connaître encore le prix du « port 
des effets », c'est à dire des bagages, encore plus dispro- 
portionné que celui des places avec les tarifs d'aujour- 
d'hui. Nous avons droit, dans les chemins de fer, à 30 kilo- 
grammes de franchise ; on payait, dans les dili- 
gences, 4 sols 9 deniers par livre quand on allaita Paris, 
4 sols 3 deniers pour Bordeaux (les effets pouvant être 
enregistrés jusqu'à cette ville et jouissant ainsi d'un 
privilège refusé aux voyageurs). Les tarifs pour Angers, 
Saumur, Tours, La Bochelle, Blaye, Bennes, Saint-Malo, 
Vannes, étaient en proportion; la livre d'effets coûtait 
exactement deux sols pour Lorient. Les voyages, encore 
une fois, étaient l'apanage des personnes riches ou au 
moins aisées. On faisait son testament avant de partir, 
et on emportait la forte somme. 

Les messagers. L e type du « messager » qui part de grand matin de sa 

petite ville ou de son village, emportant dans sa lourde 



— 333 — 

charrette des provisions ou des colis de toute 
nature, parfois aussi des gens delà campagne, et qui dé- 
charge le tout chez son correspondant de la grande ville, 
d'où il repart avec un nouveau chargement, ce type 
d'ancien camionneur suburbain n'a pas complètement 
disparu. Il y a toujours à Paris des hôtelleries à la mode 
d'autrefois, où descendent le messager de Versailles et 
celui de Saint-Germain; il y en a aussi dans le Nantes 
de 1909. Comme aujourd'hui, pour desservir les maisons 
le long des routes, les messagers étaient nombreux en 
1793. Les Elrennes nantaises les énumèrent et nous 
donnent les adresses de leurs correspondants. Les 
messagers d'alors ressemblaient aux voituriers d'à 
présent, qui, malgré l'établissement progressif des 
lignes de chemins de fer, soutiennent la concurrence 
avec elles. 

Le messager de Châteaubriant, le premier sur la liste, 
débarquait, le samedi matin, chez Marchandeau, épicier, 
Haute-Grande-Rue ; il repartait le samedi à midi, prenant 
6 livres par place de voyageur (un bon prix) et 1 sol par 
livre d'effets. 

Le messager de Cholet arrivait à la Maison Blanche (qui 
a donné son nom au quai voisin) près Bon-Sec, un nom 
d'hôtelier ou d'aubergiste qui me rend perplexe. Il 
n'avait pas de jour fixe, arrivait le mercredi ou le jeudi, 
soir; il repartait le lendemain du jour de son arrivée. 
Son tarif était de moitié moindre pour le voyageur que 
celui de son collègue de Châteaubriant, mais le même 
pour les effets. 

Le messager de Clisson, qui descendait chez Bethuy, 
chaussée Magdelaine, était encore moins régulier dans 
ses allées et venues; arrivant le mardi ou le vendredi 
soir, il repartait le mercredi ou le samedi, à 9 heures. Son 
tarif était respectable pour la distance : 2 livres par 
place, 6 deniers par livre pour le port des effets. Bethuy, 
hôtelier achalandé, recevait encore chez lui le messager 



— 334 — 

de Machecoul, qui arrivait régulièrement le vendredi soir 
et repartait le samedi matin, à 10 heures. Place : 3 livres. 
Port des effets : 9 deniers par livre. 

La diligence de Rennes aurait pu, sans faire un coude 
accentué, desservir la vieille, et alors importante, cité 
de Redon. Il n'en était pas ainsi. La patrie du bénédictin 
saint Convoyon, où Louis XV vint en pèlerinage, avait 
un messager qui, en bon Breton, s'arrêtait chaque jeudi 
soir à l'enseigne du Duc de Bretagne, au Marchix. Il 
en repartait le vendredi, à une heure, demandant aux 
voyageurs 6 livres par place et 9 deniers par livre pour les 
effets. 

Les communications de Nantes avec la Vendée, toute 
voisine, semblent avoir été assez rares en 1793. Il y avait 
cependant un messager des Sables, qui arrivait à la 
Maison Rouge, quai Montcalm (ex quai de la Maison- 
Rouge), le mercredi soir ou le jeudi matin, qui en 
repartait le vendredi malin. Les places dans sa voilure 
coûtaient 15 livres. Détail typique, les cavaliers expéri- 
mentés pouvaient se donner le luxe de faire la route à 
cheval, sans doute sur un des chevaux de l'attelage. 
Ne croyez pas que cette faveur fût gratuite. On 
l'estimait un bon prix; le trajet « à cheval » coûtait 
12 livres. 

Nous sommes assez mal édifiés sur les faits et gestes 
du dernier messager, celui de Poitiers qui, comme son 
confrère des Sables, descendait à la Maison Rouge ou 
quai Montcalm. Le trajet était presque aussi long que 
pour Paris, plus de 80 lieues, et on le voit, non sans sur- 
prise, confié à un simple messager. Celui-ci arrivait tous 
les quinze jours, un vendredi, et repartait le samedi 
suivant, en été, le d J manche, en hiver. Le tarif des voya- 
geurs et des effets devait être élevé; les Etrennes ne nous 
en informent pas. Elles insèrent, en revanche, le curieux 
nota suivant : « Lorsque les particuliers auront des con- 
testations avec les messagers, ils pourront s'adresser au 
bureau des messageries et on leur fera raison. » Le 



— 335 — 

Bureau! des diligences et messageries nationales était 
ouvert tous les jours, de 7 heures du matin à midi 
et de 2 heures et demie à 7 heures du soir. 



Nous manquons de détails précis sur les « Roulages 
et Commissionnaires » qui devaient comprendre toutes 
les espèces de charrois et aussi les déménagements. Ce 
mode de transport était placé sous la direction de trois 
entrepreneurs de grosses voitures par la voie des rouliers 
et pour toutes les villes du royaume (sic), dont suivent 
les noms et adresses: Delahaye, rue Marchix n° 9; Légué, 
place Buffon, n° 23; Bruno, sur les Hauts-Pavés n° 8. 
La veuve Despilly, ou plutôt son rédacteur, avait 
reproduit, sans y prendre garde, l'avis de l'année précé- 
dente. Mais si quelque sans-culotte du club Vincent-la- 
Montagne s'est avisé d'éplucher les Etrennes, quel formi- 
dable juron, cligne du Père Duchêne, a dû lui échapper 
à la lecture de cette phrase stupéfiante : « pour toutes 
les villes du royaume ». Ce n'était vraiment pas la peine 
d'avoir envoyé Fouché voter à la Convention la mort du 
tyran ! 



Roulage. 



Nous allons en finir avec les transports, mais ce qui 
nous reste à dire n'est pas le moins intéressant. Le 16 
avril 1780, l'année même où la réforme préconisée par 
Turgot réunit les trois administrations de la grande, de 
la petite poste, des messageries, un bureau de corres- 
pondance nationale et étrangère fut établi par arrêt du 
Conseil du Roi. Jusqu'alors, les « particuliers isolés », 
auxquels s'adressaient les personnes qui ne pouvaient 
pas gérer elles-mêmes leurs affaires du dehors, avaient 
souvent trahi la confiance de leurs commettants; on re- 
prochait à ces intermédiaires peu délicats l'envoi de let- 
tres et d'avis circulaires dans le genre, sans doute, des 
réclames financières ou autres qui séduisent encore au- 
jourd'hui de crédules capitalistes. 

Soc. Archéol. Nantes. • 22 



Le Bureau 
des correspon- 
dances. 



— 336 — 

Bien des abus avaient dû se produire avant que l'Etat 
s'occupât d'y remédier. Mais la fondation du Bureau géné- 
ral de correspondance, sous l'inspection du Gouvernement, 
mit en sûreté les biens de tous et facilita, du même coup, 
les transactions. Ce Bureau général cumulait les attribu- 
tions de ces institutions qu'une pratique presque sécu- 
laire a rendues indispensables au fonctionnement de la 
société française; il participait de la Caisse d'Épargne, 
de la Caisse des Depuis et Consignations, de la Trésore- 
rie Générale et de la Banque de France ou de toute autre 
de ces grandes sociétés de crédit patronnées ou autorisées 
par l'Etat, que le xix e siècle a vues éclore. Voici, au sur- 
plus, comment les Etrennes, fidèle miroir de l'esprit et du 
style de l'époque, définissent son rôle et expliquent son 
utilité : « Il se charge de la recette des pensions, rentes 
e1 revenus de toutes espèces, de suites d'affaires de recou- 
vrements, achats et envois de marchandises, tant à 
Paris que dans toute autre ville du Royaumeet del'Etran- 
ger; enfin, de toutes les commissions et sollicitations 
qu'exigent (ne devrait-on pas dire qui exigent?) les soins 
d'un ami, mais il est seul autorisé à s'annoncer pour les 
commissions de cette espèce. » Je ne relève pas le mot 
u royaume », qui revient, avec une insistance fâcheuse, 
sous la plume d'un rédacteur hostile ou indifférent à la 
politique révolutionnaire, mais je dois insister sur le 
caractère tout spécial de ce « Bureau » tutélaire, mi-offi- 
ciel, mi-privé, et sur les garanties matérielles, énormes 
pour le temps, qu'il offrait : « La Compagnie qui a acquis 
ce privilège est solidaire et a déposé, en outre, pour la 
sûreté du public, un cautionnement de cinq cent mille 
livres. » Une société au capital de 500.000 francs paraî- 
trait aujourd'hui bien mesquine; mais, pour le Bureau 
général, la somme était un fonds de garantie, un cau- 
tionnement, qui devait pleinement rassurer des clients 
peu blasés encore sur les sinistres financiers. En se décla- 
rant « solidaire », la Compagnie assumait, d'ailleurs, la 
plus entière responsabilité. 



— 337 — 

Le Bureau de correspondance nationale et étrangère 
semble avoir eu, à Nantes, à cette époque, une réelle 
importance. Il le devait à sa nature même et à la 
valeur de son représentant. En effet, si l'on pou- 
vait s'adresser au citoyen Benezech (un Bre- 
ton, selon toute apparence), directeur général du 
Bureau et l'un des propriétaires du privilège, rue 
Neuve-Saint-Augustin, à Paris, les Nantais trouvaient 
plus expéditif d'aller consulter un de leurs compatriotes, 
très estimé, très capable, vraiment universel, le 
citoyen Mangin, déjà nommé directeur du Bureau 
général de la régie de la petite poste, rue J.-J. -Rous- 
seau. 

Si cet assemblage de « royaume » et de « citoyen » 
vous semble un peu trop bizarre, prenez-vous en à la 
veuve Despilly, décidément sujette à s'écrier, comme 
le personnage de La Fontaine : « Vive le Roi ! Vive la 
Ligue ! ». 

LES POIDS, LES MESURES ET LES MONNAIES. 

. Poids 

Avec les « Poids et Mesures », nous abordons encore e( mesures 

un chapitre curieux. Delambre et Méchain venaient de 
trouver le mètre; mais le système métrique, quia tout 
simplifié, tout unifié, n'était pas encore en vigueur. Au 
lieu d'une unité de longueur, de capacité, de poids, on 
se servait encore de toutes les mesures de l'ancienne 
France, variant avec chaque province, presque avec 
chaque ville. A ce point de vue spécial, les huit ou dix 
pages consacrées par les Etrennes nantaises aux Poids 
et Mesures gardent une saveur locale très piquante. 
Je veux au moins en retenir quelques traits. 

Toujours fidèle à ses attaches monarchiques, le rédac- 
teur commence par nous déclarer que le principe et la 
règle de toutes les mesures en France est le pied de Roi 
(par un grand R), tel qu'il fut vérifié et détenu né à 
Paris en 1668, et dont une matrice en bronze est déposée 



— 338 — 

à l'Hôtel de Ville de Nantes. Suivent les divisions du pied, 
communes à tout le territoire. Mais, en arrivant à la 
toise linéaire, qui a six pieds de longueur, nous cueillons 
cette phrase typique, bien digne d'être dédiée aux 
édiles : « La toise linéaire de faveur à Nantes depuis 
1767 se paye aux paveurs de la ville sur 36 pieds carrés, 
dont le côté linéaire est de 6 pieds. » 

Continuons. La citation qui va suivre fourmille de 
mots du cru, de vrais locutions nantaises, appliquées 
aux distances. « Les terres en la banlieue de Nantes se 
mesurent sous différentes dénominations. Les terres 
labourables se mesurent à la boisselée, les vignes à l'hom- 
mée; les prés à l'ondain et au petit journal; et, pour 
déterminer ces différentes mesures, on se sert constam- 
ment de la gaule nantaise, longue de 7 pieds 1 /2, dont le 
carré fait 56 pieds un quart carrés ». Suivent des défini- 
tions savantes de l'hommée (que nous définirons plus sim- 
plement « la partie de terre qu'un homme peut labourer 
en un jour »); de la boisselée, l'étendue de terrain qu'on 
peut ensemencer avec un boisseau de blé; de l'ondain, 
mesure essentiellement bretonne et même nantaise, 
qui contient 20 gaules carrées. Quant au petit journal, 
il ne faut pas le confondre avec le journal simplement 
dit, équivalent au carré de 80 cordes linéaires de Bre- 
tagne ou à 1.280 toises carrées ou encore à 46.080 pieds 
carrés superficiels. On mesure encore à la perche et à 
l'arpent. Mais, en Bretagne, c'est le rapport des diverses 
mesures (boisselée, bommée, ondain, petit journal) au 
journal, qui fait foi. Et les arpenteurs, qui savaient tout 
cela sur le bout du doigt, n'avaient certes pas le temps de 
s'ennuyer. Ils ne pouvaient ignorer, non plus, que dans le 
pays de Retz, où la gaule linéaire est de 8 pieds et la 
boisselée de 216 gaules carrées, trois boisselées et quatre 
sillons font un journal ordinaire de Bretagne; et aussi 
que dans quelques endroits du Comté Nantais (encore un 
comté, ô force de l'habitude !), la boisselée de terre et la 
gaule sont plus ou moins grandes que la boisselée et la 
gaule de la banlieue de Nantes. 



— 339 — 

Passons aux étoffes. On aunait, comme dans Maître 
Pathelin, les' 1 draps de laine, les toileries. Mais ne 
croyez pas que l'aune de Paris, conforme àla' matrice 
déposée à l'Hôtel de Ville en 1748, fût pareille à l'aune 
de Nantes. L'aune nantaise, « à laquelle on mesure les 
toiles qui s'apportent au marché », est à l'aune de Paris 
comme 6 est à 52 ; elle contient 52 pouces 8 lignes; elle 
diffère encore de l'aune de Bretagne proprement dite, 
qui n'a que 50 pouces, et à ^quelle se mesurent les 
toiles nommées Combourg, Bazouges, Halles, Saint- 
Georges, Beurières et les toiles à voiles. D'autres toiles, 
nommées Grands ou Hauts Brins de Dinan, se mesu- 
rent à une autre aune de provenance inconnue et qui a 
72 pouces. A Nozay, ils ont une mesure qui s'appelle la 
verge et qui se calcule, non sur l'aune de Nantes, mais 
sur celle de Paris. C'est à y perdre la tête, et je vous fais 
grâce de l'aune de Vitré, de l'aune de Laval, remarquant 
tout de même que Laval, qu'un caprice administratif 
détache de l'Ille-et-Vilaine, est toujours considéré 
comme ville bretonne, et aussi, qu'entre toutes ces toiles 
de Bretagne, on ne cite pas la seule qui ait conservé de la 
notoriété, celle de Quintin. 

Arrivons aux mesures de capacité, et d'abord à celles 
du bois à brûler. Il y avait la brasse de 5 pieds de hau- 
teur sur 5 pieds de largeur, toute composée de bûches de 
5 pieds de longueur; il y avait déjà la corde, toujours 
usitée, ou « hanoche » de bois de chauffage, ayant 8 
pieds de largeur sur 4 pieds 1 /2 de hauteur. 

Le charbon de bois se vendait au boisseau. Des sacs 
emplissaient la barrique nantaise, « comblée par dessus 
les bords ». 

La chaux se mesurait au cotteret, dont neuf font la 
pippe et quatre et demi font la barrique. 52 barriques ou 
26 pippes composaient « une fourniture » de chaux. 

Le muid de sel contenait 12 septiers, le septier 4 « mi- 
nots » ou 16 boisseaux. La vente du sel dans les pays de 
marais salants ne se faisait pas partout de la même façon. 



- 340 — 

A Bourgneuf on le vendait à la charge, 28 septiers pesant 
deux tonneaux et demi ou 5.000 livres. Au Pouliguen et 
au Croisic, il se vendait par muid de ville contenant 133 
quartauts et demi nantais. Le muid pesait un peu plus 
que la charge de Bourgneuf, 5.340 livres au lieu de 5.000. 
Une partie de la Loire-Inférieure est pays vigno- 
ble. Ce qui touche le gros plant et le muscadet n'a jamais 
laissé les Nantais indifférents. Comment mesurait-on le 
vin en 1793? Non pas par muid ou demi-muid, comme à 
Paris, mais par tonneau. Le tonneau de vin à Nantes con- 
tenait 2 pipes; la pipe deux barriques ; la barrique 120 
pots. Une question se pose : quel était le rapport du vieux 
«pot» nantais au litre actuel? Nous trouvons plus loin que 
la barrique nantaise devait avoir, en dedans, d'un bout 
à l'autre, 31 pouces et demi, mais que l'épaisseur des 
fonds taillés, en biseau et à l'intérieur, en diminuaient 
la capacité. Il n'entrait dans la barrique ainsi réduite 
que 232 pintes ou 29 veltes 8 pintes. L'ancienne mesure 
dénommée velte équivalait à 7 litres 1/2; la pinte ne 
valait pas tout à fait un litre; la barrique de l'époque 
contenait environ 225 litres; c'est la contenance du 
temps présent, à bien peu de chose près. 

Rien de particulièrement nantais ne s'appliquait aux 
poids, qui se calculaient par milliers, cents ou quintaux, 
livres, marcs, onces, gros et grains. N'oublions pas que la 
livre en médecine se divisait en onces, l'once en drachme, 
la drachme en simpules, le simpule en oboles, l'obole en 
grains. Je ne crois pas que dans les vieilles officines phar- 
maceutiques on ait tout à fait renoncé au « simpule » et 
à « l'obole ». Les matrices des poids, comme celles des 
mesures, étaient déposées à l'Hôtel de Ville de Nantes, 
Le Gouvernement s'attribuait un droit de haute surveil- 
lance; il avait désigné un ajusteur des poids et mesures 
pour Nantes et le département de la Loire- Inférieure, 
qui se nommait Pinot et habitait en plein centre de ses 
opérations « près la Halle au bled ». . . ( . 

Pinot avait un contrôle très strict à exercer sur les 



- 341 — 

grains, et rien n'est plus minutieusement détaillé dans les 
Etrennes que le « Rapport des mesures des grains de 
divers lieux à celles de Nantes. » 

J'ai déjà fait ressortir une différence entre le muid de 
vin de Paris et le tonneau de vin de Nantes. Elle s'accen- 
tuait pour les grains. Un tonneau de grains de toutes sortes, 
mesure de Nantes, occupait précisément l'espace d'un 
tonneau de mer (on dit plutôt tonne mariné), soit 40 pieds 
cubes, il contenait 10 septiers qui pèsent, le froment, en- 
viron 2.250 livres, et le seigle, 2.000 livres. Le septier con- 
tient 16 boisseaux, et chaque boisseau nantais contient 
446 pouces cubiques, conformément à l'étalon de bronze 
conservé à la Maison de Ville. 10 muids de Paris sont 
égaux à 13 tonneaux de Nantes. 

Retenons la différence de poids entre le froment et le 
seigle, que la qualité de la récolte peut rendre encore plus 
considérable, et relevons, au passage, une autre mesure, 
la culasse « beaucoup en usage pour les bleds ». Elle 
contient 24 boisseaux, soit un septier et demi de Nantes. 



Le tableau comparatif des mesures usitées pour les 
grains dans les diverses villes et localités de France ne 
manque point d'intérêt. Mais, pour en tirer quelques 
conclusions pratiques, il faudrait le transcrire en entier, 
ce qui dépasserait les limites de cette étude. Laissant de 
côté Châtellerault, Chinon, Angers, Tours, même Blois, 
où l'on comptait une certaine quantité de mines au 
muid, tandis qu'Étampes opérait par sacs, et Dunkerque 
par razières, je ne retiens que les villes de la Loire- 
Inférieure, de la Vendée ou des autres départements 
bretons que leur voisinage de Nantes font entrer dans 
notre cadre. 

Le tonneau de Machecoul a 10 boisseaux; il rend à 
Nantes un tonneau 4 boisseaux. Même observation pour 
Beauvoir, Saint-Gilles, La Barre -de-Mont, Moric (ou 
Moricq), Les Sables, Bourgneuf. Luçon mesurait 
comme Nantes. 



Différences 

des 

poids et mesures 

en France. 



— 342 — 

Bouin« donne 9 septiers ; Guérande, 9 septiers 8 bois- 
seaux. Belle- Isle-en-Mer est dans les mêmes conditions 
que Guérande. 

A Palluau (chef-lieu de canton de l'arrondissement 
des Sables-d'Olonne), 63 boisseaux pèsent 3.02 41ivres; 
il y a 31 pour cent de bénéfice. 

A Prigné (sic) (nom ancien de Prigny), près Paimbœuf, 
on trouve 10 septiers au tonneau, comme à Nantes. 
Mais le septier est de 9 quintaux, dont chacun vaut deux 
boisseaux de Nantes. Il s'ensuit que le septier de Prigné 
donne à Nantes 18 boisseaux au lieu de 16. 

A Noirmoutier, le tonneau de 2.400 livres équivaut 
encore à un tonneau un septier nantais. 

64 demeaux d'Ancenis font, à Nantes, un tonneau 
quatre boisseaux. 

La pochée de la Haye, de la Haye-Fouassière, sans 
doute, a une physionomie bien nantaise. Comme con- 
tenance, elle se rapproche du sac d'Étampes; il faut 
8 sacs 3/4 et 7 pochées 3/4 au tonneau. 

Chemin faisant, nous constatons, d'après les mesures 
de Saumur et de Montreuil (Montreuil-Bellay), que les 
haricots pèsent plus que les fèves, et le septier de Paris, 
qui donne 9 septiers pour le tonneau de Nantes, nous 
apparaît bizarrement intercalé entré le septier de Char- 
tres et le boisseau de Montmorson (sic) (peut-être Mont- 
morion, pour Montmorillon). La Flèche a 30 livres au 
boisseau, 75 au tonneau. 

Voici la Haute et la Basse-Bretagne dans un pêle- 
mêle de moyennes et petites villes : Auray, Pont-1'Abbé, 
Bedon, La Boche-Bernard, donnent à Nantes 8 0/0 
de bénéfice: Quimper, de 7 1/2 à 8 0/0 en avoine; 
Hennebont, et Quimperlé, jusqu'à 40 0/0, avec 40 minois 
pour le tonneau à Hennebont. 

A Vannes, il y a deux mesures : la plus ordinaire, qu'on 
nomme grande mesure, est de 20 0/0, l'autre de 10. Les 
boisseaux de Tréguier, de Lannion, de Lesneven, de 
Pont-Croix s'alignent à côté du quartier de Morlaix, 



— 343 — 

qui est de 140 livres pour le seigle, du tonneau de fro- 
ment de Landerneau et de celui de Lézardrieux (les 
Etrennes écrivent les Ardrieux), qui pesaient 2.400 livres 
chacun. 

Le boisseau de Saint-Malo contient 70 livres, le baste 
de Dantzig et celui d'Amsterdam, que l'on s'étonne un 
peu de rencontrer ici, équivalent, l'un et l'autre, à 
2 tonneaux 1 septier. 

Pour en finir,mentionnons ce que letonne au de Nan- 
tes donne ou rend aux mesures des principales villes 
maritimes ou fluviales avec lesquelles la ville est en rap- 
port d'affaires. Il est semblable au tonneau de La Rochelle. 
Il donne à Bordeaux et à Libourne'18 boisseaux en fro- 
ment et seigle, 20 boisseaux en fèves « à cause de la 
mesure comble ». A Dunkerque, il demande 8 razières 
1/4 pour équivalent exact. Il rend à Bayonne 34 concques; 
à Saint-Sébastien 24 fanegues (la fanegue espagnole vaut 
60 litres) ; à Bilbao, 21 fanegues ; à Cadix, 24 fanegues 1/2 ; 
à Murcie, huit charges 1/2 trois quarts. 

Malgré la monotomie des chiffres, il m'a paru curieux 
d'insister sur cette partie des Etrennes nantaises. L'im- 
portance des transactions commerciales de Nantes avec 
les villes de France et d'Europe ressort de ce tableau 
comparatif, qui en dit long sur les complications des 
mesures nationales et internationales avant l'établisse- 
ment du système métrique. 

Un autre tableau, celui des monnoies étrangères Monnaies, 

réduites en argent de France, outre qu'il a un intérêt pure- 
ment rétrospectif, ne présente aucune particularité nan- 
taise. Le liard et le denier ne sont plus que des symboles; 
si les paysans de la Loire-Inférieure comptent encore 
par pistoles et par écus, ils ne sont pas les seuls. Quant 
aux monnaies étrangères, guinée anglaise, florin de Hol- 
lande ou d'Autriche, doublon et piastre d'Espagne, ducats 
d'or de Venise, rouble de Russie, dollar de Boston, taël de 
Chine, sequin du Grand Mogol, roupie des Indes, nous 



— 344 — 

retrouverions la plupart d'entre elles aux vitrines des 
changeurs, excitant la curiosité ou l'envie. Nantes n'a 
point à les revendiquer, mais ce nota philosophique est 
à retenir : « Les valeurs varient quelquefois suivant le 
taux du change ou les besoins d'argent. » 



RECLAMES ET ANNONCES 

Annonces, avis, Passant brusquement d'un sujet à un autre, les 

réclames. Etrennes nantaises insèrent ici des « Avis divers » d'une 

saveur et d'une couleur bien locales. Le premier avis a 
un caractère officiel; il annonce l'ouverture de cours 
d'accouchement « en faveur des sages-femmes ». En 
conformité d'un arrêté pris le 2 avril 1792, par le Conseil 
d'Administration de la Loire-Inférieure, un concours 
public avait eu lieu en présence de ce Conseil, le 18 
juillet suivant. Les citoyens Etienvrin et Godebert, 
officiers de santé du Collège de Chirurgie de Nantes, que 
nous avons rencontrés déjà, avaient été élus « professeurs 
pour les accouchements ». L'avis prévenait les intéressées 
qu'ils donneraient leurs leçons tous les jours pendant le 
courant de l'année, de 10 heures du malin à 1 heure 
après-midi. Ils s'étaient partagé l'année par semestres; 
Etienvrin professait en sa demeure, rue du Bignon-Les- 
tard, n° 90, du 1 er juillet au 31 décembre, et Godebert 
en la sienne, rue des Halles, n° 15, du 2 janvier au 30 
juin. Le Département allouait une somme de 250 livres 
par personne à cinq femmes de la campagne pour le loge- 
ment et la nourriture pendant leur année d'études. Si ces 
braves femmes n'avaient pas d'autres moyens d'existence, 
elles devaient, malgré les prix de l'époque, avoir de la 
peine à s'en tirer. Pourtant, l'avis communiqué aux 
Etrennes qualifiait de « laveur » un traitement dont une 
cuisinière, logée et nourrie par ses maîtres, ne se con- 
tenterait pas aujourd'hui. « Celles qui voudront profiter 
de cette faveur et dont l'âge sera entre 25 et 40 ans, 



345 



disait l'annonce, s'adresseront à leur municipalité, 
qui en donnera avis au Département par la voie du 
District. » Toutes les formalités administratives étant 
ainsi bien remplies, les villageoises, ni trop jeunes, ni 
trop mûres, devenaient élèves sages-femmes et suivaient 
les cours des éminents médecins, pourvus du certificat de 
civisme, Etienvrin et Godebert. Et leurs collègues de 
la ville ? Les hébergeait-on aussi aux frais du départe- 
ment ? leur demandait-on aussi d'avoir l'âge de raison 
ou l'âge canonique ? On aimerait à le savoir. 

Une barre transversale sépare le communiqué officiel 
des autres « avis divers », qui sont plus ou moins des 
réclames, dirions-nous à présent; médecins et chirurgiens 
ne dédaignaient pas alors cette façon un peu bruyante de 
se recommander au public. 

Le citoyen Godebert, qui exerçait sous Louis XVT, 
accoucheur patenté, revient à la charge : il annonce 
qu'il a établi chez lui un hospice pour y accoucher 
les femmes et filles. Les pauvres y seront admises 
gratuitement « au terme de leur accouchement ». 
Celles qui seront en état de payer payeront selon 
leurs moyens et les soins qu'exigera leur santé, « ce qui 
sera toujours médiocre », ajoute le bon docteur, em- 
ployant « médiocre » clans le sens de « modique ». Un 
vrai philantrophe, ce Godebert; il donne même des cham- 
bres à celles qui en désirent. Entre nous, je crois qu'il 
voulait éclipser son collègue des cours d'accouchement, 
le citoyen Etienvrin, et qu'il promettait beaucoup, quitte 
à tenir moins. 

Bisson, chirurgien et professeur, élu sous l'ancien 
régime démonstrateur d'anatomie, se pose en oculiste. 
Il a fait avec succès, c'est lui qui le dit, plusieurs 
opérations de la cataracte; il affirme, clans une formule 
aussi prétentieuse que banale, qu'il entreprendra la 
guérison de tous ceux qui voudront bien se confier à 
ses soins. Vous qui souffrez, venez donc tous à Bisson; 
il est universel, ce qui ne l'empêche pas d'être spécialiste. 



346 



L'ophthalmologie ne lui suffit pas. Il prévient sa clien- 
tèle et le public que, depuis la mort du sieur Camin, 
expert pour les descentes, on trouvera chez lui les 
mêmes secours (sic) qu'on trouvait chez le défunt, 
homonyme, probablement un ancêtre, du gendre 
d'Emile Péhant. Bisson met son adresse, rue Girardon, 
au bas de la réclame. 

Thomas, maître es art en chirurgie et chirurgien 
de la ville de Nantes, annonce au public qu'il est 
reçu « chirurgien aux rapports ». Il a pris la charge 
que tenait et exerçait ci-devant Béchet, dont il espère 
bien prendre aussi la clientèle. Il a une façon bizarre 
de donner son adresse : il demeure à l'entrée de la 
Fosse, vis-à-vis le premier arbre, rue Thomas. 
Comme cela se trouve ! S'appeler Thomas, demeurer 
rue Thomas ! Le Diafoirus de Molière s'appelait 
aussi Thomas. 

Mais voici qui devient grave et prouve l'impartialité 
intéressée des Etrennes. Feu Camin, déjà nommé, 
avait un beau-frère du nom de Labadie « reçu chirur- 
gien-expert pour la guérison des descentes ». Ce Labadie 
fait une annonce à son tour, sur la même page que celle 
de Bisson et dix lignes plus bas. Il déclare qu'il est le 
seul à Nantes qui s'adonne particulièrement à cette bran- 
che de l'art de guérir et qu'on trouve chez lui tous les 
secours possibles (encore !) contre cette affection chirur- 
gicale. Il babite rue Bon-Secours, près la Poissonnerie; 
cela n'est pas si loin de la rue Girardon. Son rival Bisson 
et lui ont dû justifier le vieil adage : Medicorum 
pessima. 

A la suite de ces boniments, le maître d'écriture de la 
ville, Papin, le Favarger ou T Alaberte de son temps, glisse 
une petite note, simple et timide, pour annoncer qu'il 
tient classe, matin et soir, rue Saint-Nicolas. 

Darbefeuille, membre et professeur du Collège de 
Chirurgie (le chirurgien de l'Hospice des enfants orphe- 
lins et bâtards) reprend et clôt la série des avis médicaux. 



— 347 — 

Il donne les dates d'ouverture et de clôture de ses cours 
d'anatomie, d'ostéologie, de dissections, de maladies 
chirurgicales, de physiologie expérimentale, de patholo- 
gie, de thérapeutique et de matière médicale. Malgré la 
surcharge du programme et l'abondance des mots, on se 
sent en présence d'un praticien plus sérieux que les 
autres, d'un professeur soucieux d'instruire ses élèves 
et qui joignait l'exemple au précepte. A la fin de 
l'Empire il exerçait encore, quai de l'Hôpital, 8. 

LES RUES 

Nous touchons à la fin des Etrennes. Deux tables al- Anciennes 

phabétiques les terminent ; l'une, des nouveaux noms et nouvelles rues 
donnés aux rues, places et quartiers de la ville ; l'autre, 
des noms suprimés, avec renvoi aux nouveaux noms. 

Il serait fastidieux de citer ces noms de rues, de met- 
tre en parallèle les anciens et les nouveaux. D'ailleurs, 
je me répéterais, car j'ai eu souvent l'occasion de pré- 
ciser la situation d'une rue débaptisée, en rappelant le 
nom qu'elle avait porté avant la Révolution et qu'elle 
a repris depuis. 

Le souci des municipalités nantaises républicaines 
était, non pas d'effacer les traces du passé, mais surtout 
de remplacer les appellations religieuses, très fréquentes 
de tout temps à Nantes, par des dénominations histo- 
riques, littéraires, parfois locales. Voici quelques exem- 
ples qui ne se sont pas encore présentés sous ma plume. 
La rue des Pénitentes était devenue rue Bacon; la rue 
des Cordeliers, rue Caylus ; la rue Saint-Lazare, rue 
Cazanove ; la petite ruelle de la Magdelaine, rue Cer- 
vantes ; la rue Notre-Dame, rue Delille ; la rue Sainte- 
Catherine, rue Delorme ; la rue des Capucins, rue Four- 
croy; la rue des Récollets rue Grotius; la rue des Jacobins, 
rue Jussieu ; la rue Saint-Vincent, rueMably; la rue des 
Carmélites, rue Maupertuis; la petite rue des Carmélites, 
rue Milton ; la rue des Ursules, rue Pigalle ; la rue 



348 



Saint- André; rue Pope ; la rue Sainl-Anloine, rue Ra- 
belais ; la rue Saint-Denis, rue Racan; la petite rue 
Notre Dame, rue Tintoret ; la rue Sainl-Laurent, rue 
Viucy (sans doute Léonard de Vincy). Il faut avouer 
que ces nouveaux noms de rues n'étaient pas mal 
choisis e1 témoignaient, chez les édiles, d'une érudition 
assez fine ou de lectures variées. 

Quelques concessions au goût romain du temps avaient 
créé une rue Cincinnatus, fait une rue Brutus, de la rue 
Premion; une rue Scevola, de la place de l'Eperon; une 
place des Gracques, de la place Saint-Pierre. Comme 
contre-partie, on peut citer la rue Bossuet, qui rempla- 
çait la rue de Briord. En devenant la rue Fénelon, la rue 
Sainte-Claire ne dépouillait presque pas son caractère 
religieux. 

Il était tout naturel que les enseignes royalistes dispa- 
russent devant les enseignes républicaines; qu'il y eût une 
place, un quai, un cours delà Liberté ; que le cours nouveau, 
qui venait d'être créé sur le terrain des Capucins et qui 
devait répondre plus tard aux noms de cours Henri IV, 
de cours Napoléon, de cours Cambronne, s'appelât 
alors, comme aujourd'hui, cours de la République; que 
la rue Royale devînt rue du Peuple-Français. 

On pouvait regretter quelques anciens noms de rues 
pittoresques ou bizarres, dont quelques-uns ont reparu, 
d'ailleurs. Nous avons revu la rue Moquechien, que l'on 
appela Rasse-Porte et qui a disparu pour toujours à la 
création de la rue Jeanne-d'Arc, et la rue de l'Abreu- 
voir, artistiquement dénommée rue Raphaël en 1792. 
La rue du Merle-Blanc, sur « le territoire Graslin », a 
conservé son nom, plus français que républicain, de 
rue Boileau. Nul ne songera, je crois, à déplorer que 
le quai des Fumiers soit devenu et reste quai Magellan. 
Mais la rue Bignon-Lestard a perdu à l'échange de son 
appellation archaïque en celui de rue Rubens, car 
Nantes ne doit rien à la mémoire du célèbre peintre 
flamand, tandis que l'ancien nom consacrait un sou- 



— 349 — 

venir local. Je n'aime pas, du reste, en principe, que 
l'on débaptise les rues dont le vocable perpétue l'his- 
toire d'une ville. Il se créera toujours assez de percées 
nouvelles pour y placer les noms des célébrités du passé 
et de celles qui surgiront dans l'avenir. 



CONCLUSION 

La Révolution, en somme, n'altéra pas beaucoup, Feu 

même dans les noms des rues, l'aspect du vieux Nantes, de changements 
que nous retrace encore au vif un plan accompagnant au f ond - 

« à volonté » Y Indicateur de Guimar vendu place du 
Pilori, l'An troisième de la Liberté. 

On peut, en rassemblant les détails qu'une pa- 
tiente analyse nous a permis de retrouver, reconstituer 
la ville par la pensée, comme Victor Hugo l'a fait pour 
le Paris du xv e siècle. Et, devant ces maisons somp- 
tueuses, où des richesses commerciales s'accumulaient, 
on sera tenté de donner raison au citoyen La Vallée, qui, 
visitant Nantes en cette même année 1793, écrivait : 
« La Fosse, l'île Feydeau et quelques autres cantons 
de Nantes le disputent en magnificence aux plus 
superbes villes de l'Europe. » 

Paul EUDEL. 



NOTES CURIEUSES 

EXTRAITES DES REGISTRES DE LA PAROISSE 

DE SAINT-HERBLAIN 

Par Léon DELATTRE 



Au cours de quelques visites que nous avons dû faire à 
la mairie de Saint-Herblain pour les besoins de notre ser- 
vice, nous avons pu disposer de quelques instants et feuil- 
leter les registres paroissiaux antérieurs à 1792, qui s'y 
trouvent en parfait état de conservation. Des recherches 
y ont déjà été faites par M. Léon Maître pour la rédaction 
du Lomé V e de l'Inventaire sommaire des Archives dépar- 
tementales de la Loire-Inférieure, et aussi par M. Du Bois 
de la Patellière, l'auteur de cet ouvrage très consulté 
ayant pour titre : Notes historiques sur quelques paroisses 
du diocèse de Nantes (1). 

Les notes qui suivent, extraites des registres de Saint- 
Herblain et accompagnées de quelques commentaires, 
complètent, pour cette paroisse, mais sans aucune préten- 
tion de notre part, les travaux si remarquables des deux 
laborieux et érudits auteurs. 

Année 1631 

Le seizième jour de mars l'an 1631, fut inhumé dans le 
cimetière de Saint-Herblain le corps de Guillaume, natif 
près de Saumur, disant venir de la mer pour se faire bai- 
gner pour la morsure d'un chien enragé, estant depuis 
quelque temps malade, de laquelle maladie il serait décédé 
à Saint-Herblain (2). 

(1) A Vannes, imprimerie Lafolye. 

(2) Nombreux étaient autrefois les remèdes employés contre les 
morsures des chiens enragés. Les bains de mer étaient en grande 
faveur, ainsi qu'en témoigne l'extrait suivant d'une lettre adressée 

23 



— 352 — 

Année 1633 

Au commencement de cette année, huit personnes 
moururent de contagion (1). 

Année 1639 

A la suite de l'acte de décès, en date du 26 novembre 
1639, de Jean de Trévelec, écuyer, sieur de Penhouet et 
de la Pasticière, lequel fut inhumé dans l'enfeu de la 
Pasticière, le vicaire Chupaut (2) a écrit le sixain sui- 
vant : 

Ce bel esprit, non plus que le soleil, 
N'a pas laissé au monde son pareil, 
Et ceux qui ont cogneu son excellence 
Regretteront à jamais sa présence : 
Partant, lecteur, pour ce bon trépassé, 
Dis avec moy : Requiescat in pace. 

Le 29 e jour de novembre, fut inhumé dans le chœur de 
l'église de Saint-Herblain le corps de François Cardan, 
âgé de 84 ans. Après avoir enregistré le décès, le vicaire 
ajoute : 

Sa longue vie a été telle, 

Qu'elle a mérité l'éternelle. 

Année 1644 
Le 3 février 1644, sépulture de Guillaume Dauly, 

par Mme de Sévigné, le 13 mars 1671, à Mme de Grignan : «... Au 
reste, si vous croyez les filles de la Reine enragées, vous croyez bien. 
Il y a huit jours que .Mme de Ludre, Coëtlogon el la petite de Rou- 
vroi lurent mordues d'une petite chienne qui était à Théolon ; cette 
petite chienne est morte enragée ; de sorte que Ludre, Coëtlogon et 
Rouvroi sont parties ce matin pour aller à Dieppe et se l'aire jeter 
trois fois dans la mer... » 

En 1852, on voyait encore arriver à Bourgneùf, chaque année, 
dit Chevas (Notes historiques sur Bourgneùf), bon nombre de per- 
sonnes mordues par des chiens gâtés ou soupçonnés de l'être, pour 
se faire baigner à la mer. Celle baignade consistait en trois immer- 
sions totales, chacune d'elles étant précédée d'un signe de la croix. 

(1) Il s'agit de la peste qui, dès 1(531, avait fait sa réapparition à 
Nantes et exerçait ses ravages dans les paroisses voisines. 

(2) Le prêtre Chupaut décéda en 1(556, à l'âge de 57 ans, après 
avoir servi, en qualité de vicaire de Saint-Herblain, pendant 24 ans. 



'( 



— 353 — 

lequel fonda trois services par an et donna à l'église douze 
andains » (1) de pré dans la vallée de la Pasticière. 
Chupaut consacre un quatrain à ce bon paroissien : 

Ce défunt a donné de son bien à l'Eglise, 
A la terre et aux vers, sa chair, sa peau, ses os ; 
Son âme à Dieu, son père, afin qu'il la conduise 
Dans les lieux bienheureux de l'éternel repos. 

Année 1649 

 

A la fin du registre, le vicaire Chupaut a écrit plusieurs 
quatrains, dont les caractères commencent à s'effacer : 

La mort est douce et agréable 
A tous ceulx qui vivent bien. 
Mais à ceulx qui ne valent rien 
Elle est toujours espouvantable. 

* 

* * 

C'est un très charitable office 
De prier pour les trcspassez, 
Puisque par notre sacrifice 
Leurs peschez leur sont effacez. 

* 

* * 

Pour bien mourir, il faut bien vivre. 
C'est un utile document : 
Cher lecteur, si tu veux le suivre, 
Tu vivras éternellement. 

\nnée 1650 

Le 13 mars 1650, fut inhumé le corps de Jean du 

Moulin, âgé de 70 ans. Le vicaire résume la vie du défunt 
dans ce distique : 

Il a vescu en très homme de bien, 

Et puis enfin est mort en vray chrétien. 

(1) L'ondain, ancienne mesure agraire du Comté nantais, en 
usage pour l'arpentage des prairies, contenait 1 are 18 centiares. 



— 354 - 

Année 1749 

Au commencement du registre : 

Cette année, la dysenterie a fait les plus grands ravages; 
il est mort 15<S personnes, dont la majeure partie de cette 
cruelle maladie (1). 

Année 1751 

A la fin du cahier de cette année, se trouve la note sui- 
vante : 



(1) Cette épidémie, survenue au mois de septembre, se fit sentir 
aussi à Vertou, à Haute- Goulaine, au Bignon, à Saint-Sébastien, la 
Haye-Fouassière, Châteauthébaud, Montbert, Sucé, etc. L'hiver 
avait été très doux, l'été fort sec et chaud. Le sieur Régnier, méde- 
cin de Nantes, dans un procès-verbal de visite à Vertou, dit que 
« l'automne, extrêmement pluvieux, y a infiniment contribué 
et répandu dans l'air un miasme putride et dyssentérique, 
selon le sentiment d'Hypocrate, section 3, aphorisme IL» 

La Communauté de Nantes décida, le 16 octobre 1749, d'envoyer 
à ses frais « des médecins et des apothicaires avec les remèdes néces- 
saires et de la viande pour procurer du bouillon aux malades 
pauvres dans les paroisses deVertou, Haute-Goulaine et le Bignon, 
où la plupart des malades périssaient non seulement faute de 
remèdes, mais surtout par le défaut de nourriture. » 

Dans un rapport de la Faculté de Médecine de Nantes, relatif à 
cette épidémie, M. Soliès, médecin, donne de curieux détails sur les 
moyens ordonnés pour combattre la maladie: « Les remèdes em- 
ployés, dit-il, après avoir fait procéder aux saignées qui ont eu 
grande part à la guérison et qui étaient absolument nécessaires, 
tant pour calmer le grand mouvement du sang que donner lieu à 
l'application sur ce quoy on devait faire, soit l'ipécacuanha réitéré 
selon l'occasion pour dégager l'estomac des mauvais levains qui y 
croupissent et des matières vermineuses qu'on a reconnu pour 
cause principale. » On conseillait « des vermifuges composés d'eaux 
de scordium, de pourpier, de confection d'hyacinthe et de sirop de 
limons », dont on faisait une potion qui se prenait à cuillerée. Pour 
procurer le sommeil, calmer les douleurs et modérer « les évacua- 
tions qui sont plus abondantes la nuit que le jour », un gros de 
diascordium remplissait toutes ces indications. Le médecin termine 
ainsi son rapport : « On ne sera point surpris de l'effet de ces deux 
derniers remèdes lorsqu'on sera instruit de la cause de cette maladie 
par le procès-verbal d'ouverture d'un cadavre dont les intestins se 
sont trouvés remplis de vers. Il y est même observé, par le rapport 
d'un chirurgien, qu'il en avoit veu sortir du corps des malades qui 
étoient vêtus, et qui a voient des pieds comme des chenilles. On 
achève la guérison par une teinture de rhubarbe, dans laquelle on 
fond deux onces de mauve, ce qui évacue une. grande quantité de 
matière bilieuse, par où se termine la maladie. » 

(Archives municipales de la Ville de Xantes, G G 773). 



— 355 — 

La nuit du dimanche 14 mars au lundy 15 dudit mois, 
l'an 1751, entre les onze heures et minuit, il s'éleva un si 
grand vent que l'on crut que c'était la fin du monde ; le 
houragand fut si fort qu'il enleva presque la moitié de la 
couverture, des lattes et planches du clocher et de l'église, 
au nord ; le vitrage de la grande porte, soutenu par des 
piliers, fut entièrement renversé ; les vitrages de l'autel de 
laVierge et celuy de Sainte-Anne furent fort endommagés; 
il n'y eut qu'un panneau emporté du vitrage du maistre 
autel au midy ; dans la sacristie, il n'y en eut qu'un em- 
porté ; le vent jeta du haut de la nef une croix de grison 
pesante environ 100 livres ou quelque chose de plus, 
laquelle, tombant sur la couverture du chœur, fit un 
grand dégast ; en outre, beaucoup de massonne et de 
pierres dégradées à la petite fenêtre du bas de l'église 
au midy. De sorte qu'il en coûta pour les réparations, au 
général de la paroisse, près de 100 livres. Bref, beaucoup 
de maisons endommagées, quantité d'arbres renversés, 
et, de conséquence, on en compte à la Bouvardière onze 
cents et en beaucoup d'autres maisons à peu près autant. 
On mettait la perte de toute la paroisse à vingt mille écus. 

Je soussigné certifie la chose véritable sans rien exa- 
gérer (1). 

A Saint-Herblain, le 19 aoust 1751. 

Signé : Asvenard, vicaire. 

(1) A Pionnières, 600 arbres du bois de la Galissonnière furent 
renversés les uns sur les autres. (Reg. d' Etat-civil de Monnières.) 

A Saint-Sulpice des Landes, on crut à un tremblement de terre. 
(Reg. d' Etat-civil.) 

Beaucoup de navires périrent sur les côtes. (Reg. d' Etal-civil de 
M issillac.) 

A Paimbœuf, plus de 60 vaisseaux « richement chargés, cpii 
étaient en rade », furent brisés et engloutis avec leurs équipages. 
(Registre, de Saint- Vincent de Nantes). 

A Nantes, l'alarme fut générale ; les habitants se levèrent, ne 
se croyant pas en sûreté dans les maisons. (Registre de Saint-Nico- 
las.) 

A Treffieuc, la tempête renversa plus de 300 arbres. On crut à 
un tremblement de terre (Reg. d' Etal-civil.) 

Etc., etc. 



— 356 - 

Année 1753 
Le deuxième juillet, présente année, Monseigneur 
Pierre Mauclerc de la Muzanchère, evesque de Nantes, 
fit la visite de cette paroisse et y donna la confirmation à 
800 personnes. Il avait pour grands vicaires Messieurs 
les abbés de Regnon et l'abbé Depoly de Saint-Thiébaud. 

Année 1765 

l re note. La dysenterie régna cette année ; le nombre 
de tous les morts monta à 114 (1). 

2 e note. Le 27 février 1765, a été par moi, recteur sous- 
signé, en exécution de l'Ordonnance de M. le Lieutenant 
général criminel du siège présidial de Nantes, comme il 
est constaté par le permis à nous présenté, en date du 27 
de ce mois, signé par Allebert, premier greffier criminel ; 
ont été inhumés au cimetière les corps de Marie Fleury, 
femme de Louis Mosset, marin ; de Louis Mosset, beau- 
père de ladite Fleury, et de Julienne Glaud, femme dudit 
Louis Mosset, aubergiste du Pavillon, lieu nommé en cette 
paroisse sous le nom de la maison de Jouppil, lesquels 
trois cadavres ont été assassinés a ladite auberge, sur les 
Hauts-Pavés, la nuit du 27 février. Ont assisté à la sépul- 
ture François Garreau, Antoine Rubion, Jeanne Poirier 

et autres qui ne signent. 

P. Lamjbert, recteur. 

(1) Dont 93 décès par cette maladie, du 6 septembre 1765 au 
1er mars 1766, d'après une lettre du recteur de Saint-Herblain, 
adressée à la Municipalité de Nantes. 

L'épidémie fut remarquable surtout à Vertou, Saint-Sébastien, 
llaute-Goulaine, Saint- Julien- de- Coucelles, Châteauthébaud, 
S;iint-Fiacre, Maisdon, au Bignon, à Sainte-Luce, Doulon, Cban- 
tcuay, au Loroux, à Monnières, Nort, Vallet, Saiut-Aignan, Bou- 
guenais, Aigrefeuille, etc. 

Dans vingt-neuf paroisses des environs de Nantes, où la dysen- 
terie se fit le plus vivement sentir, on compta 11.000 malades, sur 
lesquels 2.653 succombèrent. A Vertou, il y eut 489 décès ; au Lo- 
roux, 400. 

L'Intendant de Bretagne fit distribuer des instructions pour le 
traitement de cette maladie. La Communauté de Nantes envoya 
dans les paroisses les plus éprouvées des médecins et des apothi- 
caires. Une souscription faite pour la fourniture de médicaments 
produisit 4.900 livres. 

{Archives municipales de la Ville de Nantes, G G 773). 



— 357 — 

En marge du registre, le recteur a écrit : « A cette 
époque, l'endroit nommé Jouppil a pris le nom de Mas- 
sacre (1). » 

Année 1787 

Note écrite sur la couverture du registre : 

v 

Il a gelé cette nuit du 6 au 7 juin, jour de la Fête-Dieu, 
et celle du 25 au 26 août (2). 

Année 1788 

Cette année, le 22 novembre au soir, le froid commença 
pour ne finir que le 16 janvier 1789. L'automne avait été 
fort sec ; aussi les fontaines se tarirent-elles en grande 
partie. On était obligé de ramasser la neige qui resta deux 
mois sur la terre, de la faire fondre et d'en abreuver les 
bestiaux (3). 

Année 1790 

Prise de possession de la cure par Mathurin Charier, 

(1) La croix de granit que l'on aperçoit un peu en dehors de la 
route de Vannes, entre le Chêne- Vert et le chemin deLongchamp, 
auprès de la maison appelée la Prise-Philippe, a été probablement 
édifiée en commémoration du triple assassinat perpétré non loin 
de cet endroit. L'auberge où eut lieu cet assassinat fut démolie 
en 1793, par mesure de sûreté générale, parce qu'elle servait de 
« retraite aux brigands qui infestaient le voisinage de la ville de 
Nantes ». (Voir notre article sur le « Massacre», dans l'Intermé- 
diaire Nantais de 1904.) 

(2) Le registre d'Etat-civil de la paroisse de Quilly constate éga- 
lement ce fait anormal : « Une gelée tardive, au 7 juin, fitbeaucoup 
de mal aux blés et aux légumes. » 

(3) Cet hiver fut remarquable par sa rigueur et sa durée. Au dé- 
gel, on trouva sur les bords du lac de Grand-Lieu une quantité 
prodigieuse de poissons crevés, parmi lesquels des carpes d'un 
mètre de longueur. L'une des plus grandes peines était que ce froid 
rigoureux ayant été précédé d'une longue sécheresse, on manquait 
d'eau pour abreuver les bestiaux. Le vin gela dans les barriques. 
La glace, sur le lac, avait plus d'un demi-mètre d'épaisseur, et l'on 
y passait sans crainte pour se rendre à la Chevrolière. (Registre de 
Saint- Lumine-de- Contais.) 

A Nantes, la misère fut telle que les vols se multiplièrent de 
façon inquiétante et que les habitants se cotisèrent pour créer une 
garde particulière pendant la nuit pour veiller à la sûreté des pro- 
priétés. (Annales de Nantes, par Meuret.) 

Le recteur de Quilly (Reg. d' Etat-civil de la paroisse), dit que les 
gros arbres se fendaient avec bruit et « pétaient comme des coups 
de fusil. » 



— 358 — 

vicaire de la paroisse, présenté et nommé par l'abbé 
Douand, chanoine de Saint-Pierre (1-). 

Année 1791 

On lit sur la couverture du registre : 

« 

« Il n'y a point eu de première communion cette année. 

« Le 15 de may mil sept cent quatre-vingt-onze, dom 
Marie-Jean-Conslanlin Piclion, bénédictin de la con- 
grégation de Saint-Maur, a été nommé à la cure de Saint- 
Herblain par le suffrage des électeurs du district de 
Nantes. Sa nomination approuvée par Monsieur l'Evêque, 
il a été mis en possession le vingt-un du même mois. 

« Vive la Nation. Vive la Loi. Vive le Roi des Fran- 
çais (2). » 

Les registres d' Etat-civil de Saint-Herblain sont inté- 
ressants à plus d'un, titre, et nous en avons vu peu aussi 
abondamment ton verts de signatures. Les nobles étaient 
nombreux dans cette paroisse et leurs noms y figurent 
presque à chaque page, surtout dans les actes du dix- 
septième siècle. 

Léon DELATTRE. 



(1) Charier fut expatrié en Espagne. Après la Révolution, il fut 
rétabli dans sa cure. 

(2) Le Directoire du District de Nantes, craignant des troubles, 
envoya cent gardes nationaux qui partirent de la ville le dimanche, 
22 mai 1791, pour se rendre à Saint-Herblain et y effectuer, d'après 
les ordres donnés, « sans aucun trouble, le placement de M. Pichon, 
constitutionnellement élu à la cure de cette paroisse. » Il leur fut 
distribué des rafraîchissements et les frais s'élevèrent à 173 livres. 
(Archives départementales de la Loire-Inférieure, L 1047.) 

Au mois d'octobre 1791,1e District fut informé, parla Municipa- 
lité de Saint-Herblain, que des attroupements avaient lieu les 
dimanches et fêtes à la maison de la Chauvinière, « sous prétexte 
d'entendre la messe d'un prêtre non assermenté.» Le Directoire 
défendit, le 21 de ce même mois, au propriétaire de cette maison, 
« usant de la faculté de faire célébrer la messe dans sa chapelle, de 
tenir toutes les portes et communications extérieures exactement 
fermées, de n'admettre qui que ce soit dans l'intérieur de la cha- 
pelle et de sa maison, hormis les personnes y habitant. » Il lui fut 
défendu également d'employer « aucun son de cloche ou autre in- 
dice pour annoncer la célébration de la messe. » (Arch. départ, de la 
Loire- Inférieure, L 1b.) 



PRÉÉMINENCES 
DE L'ÉGLISE DE SAINT-PHILBERT DE GRANDLIEU 



Compétition des seigneurs du Chaffault et de la Moricière en 1633 
par Léon MAITRE 



Les seigneurs du Chaffault et de la Moricière, qui 
étaient l'un, de la famille de Lespinay, l'autre, de la 
famille des Gabard, se disputaient le droit de préémi- 
nence dans le chœur de l'église de Saint-Philbert-de- 
Grandlieu en 1633. Le cause fut portée devant le siège de 
la sénéchaussée royale de Nantes, qui, avant de . se 
prononcer, décida, le 17 décembre, qu'une enquête sur 
les lieux serait ouverte et que les parties seraient enten- 
dues. En vertu de ce jugement, le sénéchal René Charette 
de la Bretonnière, se déplaça lui-même avec le procureur 
du Roi G. Blanchard de la Chapelle et un greffier, après 
avoir assigné les plaideurs devant la grande porte de 
l'église. 

Lorsqu'il y arriva, le jeudi 29 décembre, ainsi accom- 
pagné, il y trouva Samuel de Lespinay, seigneur du Chaf- 
fault, assisté de Fr. Guidon, son procureur, Françoise 
Padiolleau, dame du Bouchet et de la Moricière, veuve 
de Davy du Brellay et auparavant de Jean Gabard, sieur 
des Jamonnières et de la Moricière, et Jean Gabard, 
écuyer, sieur de Téhillac et de Piépin, assistés de M e Lan- 
daz, leur procureur. 

La parole ayant été donnée au demandeur, Samuel de 
Lespinay exposa que les seigneurs du Chaffault ont tou- 

24 



— 360 — 

jours été en possession d'un droit de banc dans le chœur 
de l'église, du côté de l'Evangile, à la vue de tous les 
nobles de la paroisse. Ils ont été maintenus dans cette 
prééminence par un jugement contradictoire rendu en 
Conseil du Duc de 1473. Ce banc était encore en place 
jusqu'au temps des troubles de la Ligue, mais la famille 
de Lespinay ayant embrassé la Réforme et négligé de 
l'occuper, les seigneurs des Jamonnières, père et mère du 
seigneur actuel, sollicitèrent la faveur de rétablir le banc, 
qui avait été brisé « par la ruine de l'une des voultes de 
lad. église ou par les gens de guerre » (Cette dernière hy- 
pothèse était la plus vraisemblable (1). Le banc fut occu- 
pé par la famille des Jamonnières par suite de l'absence 
des Lespinay. La réfection du banc est del 598, comme l'in- 
dique la date qui est au dos, elle n'a pu être mise par les 
Gabard qui, à cette date, n'avaient que les Jamonnières, 
simple domaine sans fief. Quant aux seigneurs de la Mori- 
cière, leuis ancêtres, ils ont été déboutés de leurs préten- 
tions au temps des Ducs et forcés de mettre leur banc 
dans la nef, au-dessous du chanceau. 

Le procureur des défendeurs a répondu, à son tour, que 
ceux-ci possèdent des terres importantes qui ont juridic- 
tion haute, moyenne et basse, jusque dans la ville de 
Saint-Philbert, qui leur assurent des droits de préémi- 
nence dans le chœur, et qu'ils ont joui, de temps immémo- 
rial, de ces prérogatives, au su et au vu des paroissiens et 
gentilshommes, tant en qualité de seigneurs que de bien- 
faiteurs. On les a vu aller en procession les premiers à 
l'Offertoire et prendre du pain bénit avant tout le monde. 
Ils ont, dit-il, rebâti le chœur qui était tombé, plus, réparé 
le carrelage et blanchi plusieurs fois les murs et fourni des 
ornements de diverses couleurs. Le demandeur a tort de 
contester ces faits, car il n'a lui-même pénétré dans le 
chœur que par la tolérance et la complaisance des sei- 
gneurs de la Moricière, qui ont voulu quelquefois lui faire 

(1) Cette église n'a jamais eu de voûtes. 



- 361 — 

honneur en lui offrant une place. Les anciens titres qu'il 
invoque sont prescrits. Le demandeur n'a pas de fief en- 
globant le territoire de l'église, tandis que les défendeurs 
ont un fief dans l'enclos de la ville. 
• Le procureur du demandeur répond qu'il n'a pas con- 
naissance que les domaines de la Moricière et des Jamon- 
nières aient des vassaux dans cette ville qui relève de la 
juridiction des Huguetières ; ils ne comprennent pas la 
10 e partie du territoire, et d'ailleurs ils sont à l'extrémité 
de la paroisse et n'autorisent aucune de leurs prétentions. 
Les permissions données par les prédécesseurs du sieur 
du Chaffault ne modifient pas ses droits. Les générosités 
de la maison des Jamonnières ne sont rien en compa- 
raison des largesses des du Chaffault, qui ont donné à la 
paroisse le presbytère, le cimetière et bâti une belle cha- 
pelle dotée de services religieux. Tout ce que les def- 
fendeurs allèguent à propos de l'offrande, du baise-mains 
et du pain bénit, est contesté comme inexact. Le seigneur 
du Chaffault est le « plus ancien gentilhomme de qualité 
de la paroisse de Saint-Philbert, et le plus riche en fiefs et 
domaines, bien qu'il ait été énervé plus de 4.000 livres de 
rentes de la maison de Monceau pour le partage des puî- 
nés. Les deux faubourgs de la ville situés au sud et à 
l'ouest, comme des dépendances du Chaffault « ainsi que 
grand nombre d'autres terres et maisons nobles de la pa- 
roisse », on peut y ajouter une prairie voisine du prieuré 
de Saint-Philbert. 

Suit la description des lieux : 

« Et entré dans lad. esglise a esté par led. s r du Chafault 
monstre un banc clos de trois pieds et demy de large et de 
six pieds et demy de long posé dans le cœur et chanceau 
de ladite esglise, du costé de l'Evangille, qu'il a dict et 
maintenu estre celluy par luy prétandu et qu'il a droict 
d'avoir au mesme lieu et place, et demande acte du datte 
de 1598 inscript au derrière dud. banc, et de ce qu'il a 
maintenu qu'au-dessus dud. banc il y avoit autiennement 



— 362 - 

des escussons des armes de sa maison du Chafault et de 
Monceau qui ont esté effacez et ruisnés par la chute de 
pan de muraille du mesme costé 

« De plus, led. sieur du Chafault a monstre une tombe 
eslevée dans le milieu du cœur de lad. esglise que lesd. 
Sgrs des Jamonnières ont faict mettre depuis les 26 ans 
derniers et graver par un notaire sur icelle plusieurs qual- 
litez de bienfaiteurs qui ne leur apartiennent, et non plus 
le droict d'enfeu ny de tombe eslevée en tel endroict, et de- 
mande qu'elle soit hostée et le sol et pavé remis à l'uny du 
surplus du cœur pour la liberté du publicq el demande à 
ceste fin la jonction de Mons. le Procureur du Roy. 

« Et outre qu'il soit fait procès-verbal des lettres 
gravées sur la pierre du grand autel et des armes 
qui sont dans la chappelle qui est au-dedans le 

clouastre dud. prieuré, soustenant que les armes qui 

sont dans ung escusson au hault du vitrai sont les armes 
de la maison de l'Espinay, qui est venu à la pocession de 
celle du Chafault par alliance et que, dans le surplus dud. 
escusson, qui est à présent rompu, étoit un lion qui est les 
armes du Chafault. » 

Le procureur des défendeurs, Landaz, a répondu de la 
manière suivante : 

La tombe en question a bien été placée aans le chœur 
pour y déposer le corps du s r des Jamonnières, décédé, 
père du seigneur actuel, et ce n'est pas sans motif que son 
inscription le qualifie : bienfaiteur de l'église, attendu 
qu'il a fait rebâtir de neuf le chœur et le clocher à ses frais 
ou à peu de chose près, et fourni des ornements de plu- 
sieurs couleurs, des devants d'autel et des parements 
décorés de ses armes, et il en demande acte. Le clergé et 
les paroissiens ont toléré l'élévation de ladite tombe à 
demi pied au-dessus de terre. D'ailleurs, il y a plusieurs 
autres tombes, tant au chœur que dans la nef. Si la tombe 
des Jamonnières n'est pas régulière, il admet qu'on la 
rabaisse au niveau du carrelage, à la condition qu'on fasse 
de même pour les autres. Il ajoute que les armes qui pour- 



- 363 — 

raient être dans la chapelle du Cloître ne peuvent conférer 
aucun droit au demandeur, puisqu'elle est en dehors de 
l'église paroissiale. Il demande acte certifiant que les 
ornements de l'église portent les armes du défendeur, 
savoir : deux étoiles et un croissant. Au haut de la mu- 
raille séparant la nef du chœur, sont les armes de la Mori- 
cière, elles sont pareilles à celles du château de la Mori- 
cière et à celles de vieux coffres de la maison : ce sont des 
carreaux. Il en demande description pour justifier les 
prétentions du défendeur, il est persuadé que les droits du 
demandeur s'appliquent à la chapelle du cimetière où 
sont inhumés ses ancêtres. 

Le demandeur réplique qu'il n'est pas prouvé que la 
contribution des seigneurs de la Moricière aux réfections 
de l'église ait dépassé la mesure de leur cotisation ordi- 
naire. Quand bien même il en serait autrement, il serait 
lui-même mieux fondé à réclamer la qualité de grand 
bienfaiteur, car ce sont les du Chaffault qui ont donné le 
presbytère et le cimetière de la paroisse ; ils ont fait quatre 
fondations de 500 livres de rente et même ont donné des 
ornements sur lesquels on peut voir leurs armes, plus 3 ou 
4 calices qui ont été enlevés lors du dernier vol de l'église. 

Quant à la pierre du grand autel et à son inscription, 
il répète que c'est l'église paroissiale qui est en question 
et que le recteur a été inhumé sous lad. pierre. 

L'écusson indiqué sur le Jubé par le défendeur n'est 
pas le sien, il yen a plusieurs autres sur la même surface, 
ce sont des décorations quelconques comme on en voit 
dans d'autres parties de l'édifice. Sur l'écusson en question 
on voit un pin allié à un sanglier, figure qui appartient 
aux armes des l'Espinay alliés aux du Chaffault. Dans 
la chapelle du cloître, ce sont encore les armes des 
l'Espinay. 

Le procureur du Roi, prenant la parole, fait remar- 
quer que les parties se querellent suivant le proverbe 
« sur la chape à l'Evesque ». L'église dépend d'un prieuré 
relevant du Roi, d'où il s'ensuit que les plaideurs ne 



— 364 — 

peuvent y jouir des prééminences et occuper le rang du 
fondateur. On ne voit d'ailleurs, sur les murs et dans les 
vitraux, ni litres, ni écussons, ni bancs armoriés. 

Suit la description des monuments contestés. 

Du côté de l'Evangile, le chœur renferme un grand 
banc à accoudoir, fermé des deux bouts, joignant un autre 
vieux banc, et dans le dos de ce banc on lit le chiffre 1598, 
mais sans armoiries. 

Des deux côtés du grand autel, on a fait voir en pare- 
ment des chappes et chasubles en velours et satin de 
diverses couleurs aux armes des la Moricière, ainsi qu'un 
dais et un devant d'autel. 

On a montré aussi des ornements de damas portant en 
écusson un lion rampant couronné et lampassé, parti 
d'azur au vairé d'or, et de gueules à trois roses ou quinte- 
feuilles d'argent provenant d'un don des ancêtres du Sgr 
du Chaffault. Il y en avait bien d'autres qui furent perdus 
pendant les guerres de la Ligue. 

Sur le mur du chœur ,on aperçoit seulement deux écus- 
sons, l'un de 3 chevrons brisés en haut de gueules et l'autre 
d'argent non loin d'un petit banc au Sgr de Viesgue. 

Au milieu du chœur, sur une grande pierre de Taille- 
bourg, on lit : 

« Cy gist noble écuyer, Jean Gabard, sieur des .lamon- 
nières et de la Moricière, grand bienfaiteur de l'église de 
céans, décebda le 6 e de novembre 1607. Dieu ait son âme. 
Amen. » 

Aux angles, deux écussons portant 2 étoiles et un crois- 
sant. Plus une autre pierre plus petite, élevée de 4 pouces. 

Au-devant du banc de Viesgue, une autre pierre tom- 
bale élevée de cinq pouces. Dans la nef et dans le transept 
plusieurs autres tombes élevées. 

Sur la muraille du Jubé, du côté de la nef, plusieurs 
armoiries fort effacées, parmi lesquelles on en remarque 
un écu de gueules avec 7 losanges d'argent. 

Dans la chapelle servant de chapitre au Prieuré, le 



— 365 — 

vitrail de la rose de gauche contient un fragment d'écus- 
son portant un pin sur un fond d'argent. 

Sur la pierre du grand autel de l'église on a relevé les 
mots suivants : Hac petra tectus est vir prudens et honestus 
dominas Guillelmus Chapui presbyter hujus ecclesiœ rec- 

tor Nannetensisque coralis atque capellanus 

anno M° 1111°, die mensis, Anima ejus 

requiescat in pace. 

En visitant la chapelle du cimetière, le sénéchal note 
divers écussons tant en pierre que sur les vitraux, une 
tombe élevée portant un lion couronné, plus une litre en 
dedans et en dehors, et, contre la chapelle, un magasin et 
et un pressoir. L'avocat de la partie adverse fait remar- 
quer que ce voisinage est indécent, que le service du ma- 
gasin est bruyant et oblige trop souvent les paroissiens 
à tenir leur cimetière ouvert. Il espère que la Justice y 
mettra bon ordre. 

Le procureur du s r du Chaffault répond que les droits 
de sa partie sur cette chapelle sont incontestables, qu'elle 
fut fondée et dotée de 800 livres de rente pour le service 
de 13 messes par semaine et qu'elle n'a jamais servi à 
autre usage. 

Sa longueur est de 120 pieds, sa largeur de 25, elle con- 
tient 5 autels. Du côté de l'Evangile, il y a un 
sépulcre élevé„et voûté dans la muraille du chœur, formé 
d'un personnage armé et couché dont la cote de maille 
porte cinq écussons gravés d'un lion, avec une inscription 
illisible. Le même écusson est répété au-dessus du tom- 
beau et dans le vitrail placé derrière le maître-autel. Au- 
dessus on a figuré un prêtre en prières qui serait le dernier 
chapelain, Robert Denan. Le rapporteur constate que 
l'édifice a grand besoin de réparations. Le seigneur du 
Chaffault en convient, mais il fait remarquer que la 
charge de l'entretien retombe sur le titulaire du béné- 
fice (1). Celui-ci n'était pas pressé de supporter ces frais, 

(1) Archives de la Loire- Inférieure, sérieB. Enquêtes de la séné- 
chaussée liasse de 1633.) 



— 366 — 

car le procès-verbal de visite de 1689 constate que l'édi- 
fice est toujours dans le plus fâcheux état, les vitraux, la 
toiture, le carrelage, les portes accusent un grand aban- 
don (2). 

(2) Arch. départ., G. 54, F°<> 162-163.) 



L'Ancienne Eglise de N.-D. de Challans 



De l'ancienne église paroissiale de Challans il ne reste 
plus qu'un clocher, construit de 1862 à 1865, peu solide 
et sans caractère bien défini. La nef, œuvre très médiocre 
de 1843-46, ne méritait pas d'être conservée. Quant au 
transept, du XI e siècle, et au chœur du XIII e , ils 
offraient beaucoup d'intérêt au double point de vue 
historique et archéologique. 

Malheureusement, le Conseil municipal de Challans 
a voulu la démolition de tout l'édifice à l'exception du 
clocher mentionné. On pouvait douter de la solidité de 
la nef, mais le chœur et le transept avaient toutes les 
garanties désirables de stabilité et leur conservation eut 
été agréable à tous les Challandais, sauf à quelques igno- 
rants. 

M. le Chanoine Célestin Freland, curé doyen de Chal- 
lans, confia la démolition à un menuisier de la ville : 
M. Anatole Bore, qui conserva quelques-unes des nom- 
breuses antiquités découvertes. Il est profondément 
regrettable que la plupart des sculptures les plus remar- 
quables aient été mises en morceaux et vendues pour 
être utilisées dans toutes sortes de constructions. 

Nous nous efforcerons, dans ce travail, de reconstituer 
le mieux possible l'ancienne église de N.-D. de Challans 
telle qu'elle fut aux différents siècles de son existence. 

Ch. Grel v ier. 

[_ Challans, 9 mai 1909. 

Soc. Archéol. Nantes. 25 



368 - 



II 



Résumé de l'Histoire de l'Ancienne Eglise 
de N.-D. de Challans 



au vi e siècle. — Fondation d'un oratoire chrétien, 
probablement détruit plus tard pendant les inva- 
sions Normandes. 

au xi e siècle. — Construction d'une église à la place 
de l'oratoire. 

au xin e siècle. Le chœur de l'église romane est 

reconstruit, ainsi que les absidioles du transept. 
La nef de l'église romane disparaît. A l'emplace- 
ment on fait une nef nouvelle avec un bas-côté 
au nord. 

aux xv e -xvï e siècles. On fait quelques restau- 

rations importantes. 

au xvn e siècle. Construction d'un rétable au 
fond du chœur (?). Etablissement de sacristie 
derrière le chœur. 

1843-1846. — La nef et le bas-côté nord du xm e siè- 
cle sont remplacés par une nef avec bas-côtés 
au nord et au midi, le tout dans le style grec 
(ordre dorique). 

1862-1865. — Démolition des sacristies du xvn e siè- 
cle. A remplacement, construction d'un clocher 
et de sacristies (style roman très bâtard). 

1899-1900. Démolition de toute l'église à l'excep- 
tion du clocher de 1862. 



— 369 



L'Ancienne Eglise Paroissiale de H-D. de Challans 



PREMIÈRE PARTIE 
Des Origines au XIII e Siècle 



CHAPITRE PREMIER 
Les Origines de l'Ancienne Eglise 

I. La Légende. - - Sur la fondation de l'église de Chal- 
lans nous n'avons, pour tout document, qu'une légende 
publiée dans la Revue du Bas-Poilou, reproduite par la 
Croix Vendéenne du 20 septembre 1896, et que nous 
donnons ici en partie : 

« Une dame du château de la Gaudinière (1) s'était 

(1) Il existe encore dans la commune de Challans un village du 
nom de « La Gaudinière » ; et non loin de ce village, au milieu des 
propriétés de feu .M. Emile Gibotteau, de la Verronnière, on voit 
les douves d'un ancien château, qui, d'après la tradition locale, 
était celui de la fondatrice de l'église de Challans. Cette légende 
a été fixée par les soins de M. l'abbé Louis Teillet, membre titu- 
laire de la Société des Antiquaires de l'Ouest, ancien vicaire de 
Challans, aujourd'hui curé de Saint-Paul-en-Pareds (Vendée). 

M. l'abbé L. Teillet est, croyons-nous, le premier qui se soit 
intéressé à l'ancienne église de Challans, qui ait su apprécier les 
parties anciennes, et pris la peine de les signaler dans une petite 
brochure intitulée : « Noies et Documents sur l'Eglise Paroissiale 
de Challans, Vendée, XI e , XVI e et XV //'' siècles. Vannes. Lafo- 

lye, 1891. » On y lit: « le transept et le chœur méritent une 

attention particulière. 1° Le transept. Le transept et son modeste 
campanile datent du XI e siècle. Les sculptures des chapiteaux, 
qui représentent des personnages bibliques ou autres, le plein 
cintre des ouvertures ne laissent aucun doute à ce sujet • 



- 370 - 

mariée à un impie de la pire espèce, et cela malgré ses 
parents. Elle ne tarda pas à s'en repentir. Son mari, d'un 
caractère fantastique et méchant la faisait cruellement 
souffrir, soit par d'indignes traitements, soit par les 
horribles blasphèmes qu'il proférait sans cesse. Enfin, 
par sa jalousie, il avait forcé la malheureuse à vivre 
renfermée dans son château, où elle menait la vie la plus 
triste et la plus abandonnée, puisqu'elle n'avait même 
pas la consolation de voir sa mère et les autres membres 
de sa famille, ceux-ci l'ayant reniée au moment de son 
mariage. Madame de la Gaudinière, comprenant quelle 
énorme faute elle avait commise, voulut du moins essayer 
de la réparer. Un jour que son mari était absent, elle 
fit atteler sur un tombereau deux jeunes taureaux qui 
n'avaient jamais encore senti le joug, et elle y mit tout 
ce qu'elle avait de plus précieux lui appartenant en 
propre : ses joyaux, ses pierreries, ses bracelets, son 
argenterie, etc., puis elle prit elle-même un a guillon 
et conduisit les taureaux sur le chemin de Challans et 
les y abandonna en disant : 

Là où le tombereau culbutera, 
Là le temple de Dieu s'élèvera. 

« D'après la tradition, les taureaux mystérieusement 
conduits, s'arrêtèrent au lieu même où s'élève aujour- 
d'hui la vieille église de Challans. L'édifice fut donc 
construit. Quelque temps après sa construction, Madame 
de la Gaudinière voulant yiaire célébrer des messes pour 
le repos de son âme, prit la route de Challans pour aller 
t ton ver le prieur de la paroisse. Elle s'en allait, emportant 
dans son tablier les choses précieuses qu'elle voulait 
offrir au prêtre du Seigneur, et disant ses prières. 

Mais, tout-à-coup, au milieu d'un bois, elle aperçut 
son mari qui accourait furieux : « Pourquoi, Madame, lui 
dit-il, sortez-vous ainsi? -- Monsieur, répondit-elle, subi- 
tement rassurée, chacun court à ses plaisirs : le vôtre 



- 371 — 

est d'aller chasser, le mien est de cueillir des fleurs. » 
A ces mots, elle entr'ouvrit son tablier qui, par un mira- 
cle divin, ne contenait plus que des fleurs fraîches et 
odorantes. L'époux s'éloigna sans rien dire et la pieuse 

dame continua sa route » (1). r 

Toute légende ayant ordinairement une base histo- 
rique, à quelle époque faudrait-il placer la fondation 
de l'église de Challans ? Il est impossible de le dire. Cette 
légende concerne-t-elle la primitive église qui existait 
dès le vi e siècle probablement et avait été sans doute 
détruite au moment des invasions normandes ? Con- 
cerne-t-elle l'église que nous avons connue et qui 
remontait au xi e siècle? Autant de questions que l'on 
ne peut résoudre. 

II. L'Histoire. - - La partie la plus ancienne du monu- 
ment était le transept : du xi e siècle. Nos recherches, et 
les fouilles pratiquées ont établi qu'à cette époque une 
église entière avait été construite. Longtemps, on s'est 
demandé si, antérieurement au xi e siècle, il y avait eu 
à Challans un lieu de réunion pour les chrétiens. Aujour- 
d'hui, on peut répondre affirmativement : Avant l'an 
1000, Challans qui existait déjà depuis plusieurs siècles, 
possédait un édifice dédié au vrai Dieu. 

Ce qui rend la chose très probable, ce sont des objets 
gaulois et romains trouvés sur le territoire de Challans (2) 

(1) Pour être complet, nous donnons, toujours d'après la Croix 
Vendéenne du 20 septembre 1896, la fin de la légende : « Cependant 
les peines de la pauvre dame augmentèrent chaque jour, et 
bientôt son mari ne lui laissait plus dire ses prières, ce qui était 
cependant son unique consolation et son seul soutien. C'est alors 
qu'elle eut l'ingénieuse pensée de composer ses prières par l'imi- 
tation du champ des oiseaux. Elle chantait comme le rossignol et 
la tourterelle, et pouvait ainsi prier continuellement. Son mari, 
qui ne se doutait de rien, était charmé de cette douce musique 
et sans doute son caractère finit par s'amollir. Quelques personnes 
se souviennent avoir entendu dans leur enfance ces prières d'un 
genre tout nouveau que les anciens du pays se plaisaient à redire 
le soir dans les veillées. » 

(2) Un statère d'or gaulois (monnaie correspondant à notre 
pièce de 20 francs) ; une aigle romaine, découverte à la Bloire ; 



372 



et indiquant que ce lieu étail habité depuis longtemps 
par unr population civilisée. M. Louis Brochet croit 
même que deux voies romaines passaient à Ghallans (1), 
l'une de Saintes à Beauvoir-sur-Mer, dont on retrou- 
verait la trace au village de la Voie, à un kilo- 
mètre de Challans, sur la route des Sables ; l'autre, 
de Saint-Gilles-sur- Vie à Port-Saint-Père (Loire-Inté- 
rieure). Les voies suivaient, sur un assez long par- 
cours, l'ancien littoral, car il ne faut pas perdre de 
vue que la mer occupait le marais actuel de Challans 
et de Saint-Jean-de-Monts. Challans et Soullans devaient 
former l'un de ces îlots nombreux que l'on trouve 
à l'origine des communes du marais : l'île des Monts : 
« insiila de Montibus » qui a donné Saint-Jean-de-MonLs, 
X.-D. -de-Monts et La Barre-de-Monts ; l'île de Riez, 
qui a donné Saint-Hilaire-de-Riez et N.-D.-de-Riez ; 
l'île de Sallertaine qui est dominée par l'église de ce lieu 
et qui est aujourd'hui le bourg de Sallertaine. 

En raison de cette situation, il est à peu près certain 
que le christianisme fut prêché à Challans relativement 
de bonne heure. Les travaux apostoliques de Saint 
Hilaire, évêque de Poitiers (iv e siècle) en Bas-Poitou ; 
les voyages de Saint Martin de Vertou (vi e -vn c siècles) ; 
l'influence de Saint Filbert, abbé de Noirmoutier (vn e 
siècle) ne permettent pas de placer après le vn e siècle 
la constitution définitive d'un centre chrétien à Challans. 
Et l'hypothèse se trouve singulièrement confirmée par 
la présence, dans l'ancienne église, d'un monument chré- 
tien de l'époque mérovingienne (des premières années 
du v e siècle au milieu du vm e ). En mai 1900, exami- 
nant les décombres transportés chez le menuisier (2) 
qui avait démoli l'église, nous avons été fort surpris de 

des tuiles romaines, à la Voie ; une statue de Vénus, à Pont- 
Habert, etc.. 

(1) V. Congrès archéologique de France, Poitiers, 1903, p. 180. 
Paris, Picard, 1904. 

(2) M. Anatole Bore, auquel nous avons acheté ce vénérable 
débris de la première église de Challans. 



— 573 — 

rencontrer une pierre ornée d'une croix sculptée en 
relief, et dont la forme antique annonçait une origine 
mérovingienne. Quelques semaines plus tard, le savant 
archiviste de la Loire-Inférieure, M. Léon Maître, de 
passage à Challans, reconnaissait le caractère méro- 
vingien de la croix, et à la fin de la même. année, 




Croix Mérovingienne 

trouvée sur la voûte du chœur 



publiait dans la Revue du Bas-Poitou, une étude inté- 
ressante sur ce monument chrétien, le plus ancien que 
nous possédions jusqu'à ce jour (1909) dans notre région. 
M. Léon Maître le décrit ainsi : « C'est un beau morceau 
de calcaire dur de m. 57 de hauteur sur m. 30 de lar- 
geur, sur lequel on a sculpté une croix latine d'un carac- 
tère tout à fait archaïque, que je n'hésite pas à qualifier 
« mérovingienne ». 



— 374 



Formation de la Croix Mérovingienne de Challans. 



■* 



n 





375 



« Les quatre membres vont en s'élargissant, comme dans 
les croix pattées ; des filets suivent tous les contours, 
les extrémités de chaque branche portent quatre petits 
creux qui semblent faits pour recevoir un métal ou de 
l'émail, de même que le centre. Au pied, il existe aussi 
une cavité sous laquelle on aperçoit encore comme le 
relief d'une figure qui avait été enchâssée dans du métal. 

« Mais ce qui lui donne une physionomie à part, c'est 
l'oméga suspendu a la branche de droite. Il n'est pas dou- 
teux qu'il faisait pendant à un alpha figuré de l'autre 
côté (1) et mutilé ,par les maçons qui ont employé ce 
morceau comme moellon. » 



(1) « Les croix accompagnées d'un Alpha et d'un Oméga, dit 
M. Léon Maître, sont des figurations de l'Eglise primitive, dont 
les premiers types ont été imaginés dans les décorations des cata- 
combes, et de là se sont répandus dajis l'univers chrétien pendant 
la période de l'évangélisation. » Revue du Bas-Poilon, 13 e année, 
4 e livraison, p. 410. Alpha et Oméga (A et fi ; ou bien a. et w) sont 
les noms de la première et de la dernière lettre de l'alphabet grec. 
Ces mots appliqués à Dieu signifient qu'il est le commencement et 
la fin de toute chose. Cette idée est exprimée pour la première 
fois dans l'Ancien Testament, où Dieu dit au livre d'Isaïe : « Ego 
primus et ego novissimus. » XL IV, 6. « Je suis le premier et le der- 
nier. » Dans le Nouveau Testament, au livre de l'Apocalypse, 
Jésus-Christ, fils de Dieu, et Dieu lui-même, s'attribue le même 
caractère : « Ego sam Alpha et Oméga, principinm cl finis. » I, 8 ; 
XXI, 6 ; XXII, 13 ; « Je suis l'Alpha et l'Oméga. 1? principe et la 
fin. » — « Les premiers chrétiens empruntèrent ce symbole à 
l'Apocalypse pour faire acte de foi à la Divinité de leur Maître, 
en inscrivant sur les tombeaux et dans leurs églises l'A et l'A des 
deux côtés de la croix : A fi ; « m ; et en le gravant jusque 
sur leurs sceaux et les bagues qu'ils portaient aux doigts. » Dic- 
tionnaire de la Bible, mot : A et ii, colonne l re du t. I. La pierre 
tombale de Boëtius, septième évêque de Carpentras et de Vé- 
nasque, décrite et publiée par M. Revoil, mérite d'être signalée ici. 
Elle porte comme ornement principal une croix aux branches de 
laquelle l'Alpha et' l'Oméga sont suspendus avec des chaînettes 
simulées, comme dans la croix de Challans. Cette pierre tombale 
est de l'époque mérovingienne. M. Léon Maître a signalé dans la 
Revue du Bas-Poitou plusieurs briques et claveaux employés à la 
décoration des églises mérovingiennes, et qui avaient beaucoup 
de ressemblance avec la croix de Challans. 

Les chrétiens des premiers siècles s'étaient faits des bijoux en 
forme de croix. L'idée leur vint très naturellement de reproduire 
aussi l'Alpha et l'Oméga qu'ils voyaient un peu partout dans leurs 
églises. Pour cela, ils imaginèrent de faire des Alpha et des Oméga 
qu'ils suspendirent, à l'aide de petites chaînes, aux bras de la croix. 



— 376 - 

M. Léon Maître croit que cette pierre provient de la 
décoration d'un devant d'autel. Il eut été extrêmement 
facile de l'encastrer dans un mur de la nouvelle église : 
« elle aurait eu l'avantage de rappeler aux paroissiens 
que leur église et leur chrétienté remontaient à une date 
bien antérieure à l'an 1000. .l'insisté sur son caractère 
mérovingien, dit encore le savant archiviste de la Loire- 
Inférieure, parce qu'on a émis des doutes sur sa valeur 
historique. On a insinué qu'elle pouvait être une réédi- 
tion d'un monument antique. Cette opinion ne peut 
germer que dans les cerveaux qui n'ont jamais vécu en 
intimité avec les pratiques anciennes. Chaque époque 
de notre histoire artistique avait ses symboles, ses usages, 
ses inventions, sis combinaisons, son originalité. Jamais 
un ouvrier du xi e siècle n'aurait eu la pensée d'imiter 
servilement une œuvre du vi e siècle. L'habitude de copier 
ne date que de la Renaissance. » (1) 

Le R.-P. Camille de la Croix, dont l'autorité est si 
haute en matière d'archéologie mérovingienne, nous 

écrivait le 2 mars 1907: « La petite pierre sculptée est 

fort intéressante et me paraît être de la fin du vi e siècle 
ou du siècle suivant. » 

Le distingué secrétaire de la Société Nationale des 
Antiquaires de France, M. Louis Engerand, nous 
écrivant, le 8 juillet 1907, au sujet de cette pierre, 
disait : « cette croix est curieuse à plus d'un titre et 
des spécimens de cette époque sont d'autant plus remplis 
d'intérêts que nous sommes d'une pauvreté extrême 
pour tout ce qui touche l'époque mérovingienne. » 

De la présence dans l'ancienne église d'un monument 

Ce motif de bijouterie qu'ils avaient emprunté à la décoration 
religieuse de leur temps ne tarda pas à son tour à être repris tel 
quel par cette même décoration. Ainsi firent évidemment les 
sculpteurs de la croix mérovingienne de Challans. L'Oméga (w) 
minuscule qu'ils représentèrent était d'un emploi assez commun. 

La croix mérovingienne de Challans a été trouvée, non dans un 
mur à titre de moellon, comme on l'a dit à tort à M. I.. Maître, 
mais simplement déposée sur la voûte (XIII e siècle) du chœur. 

(1) Revue du Bas- Poitou, loc. cit. 



— 377 - 

aussi ancien et qui désormais sera connu en archéologie 
sous le nom de Croix mérovingienne de Challans, il faut 
conclure que l'église de Challans, quant à son origine, 
était de beaucoup antérieure au xi e siècle, époque des 
parties les plus anciennes de l'édifice qui a disparu en 
1899-1900. De ce temple chrétien, le premier qui s'éleva 
sur le sol de Challans, il ne nous est parvenu que la croix 
mérovingienne. Quelques mois avant la démolition de 
l'ancienne église, en examinant les murs du x"i e siècle, 
nous avons remarqué, enchâssées dans la maçonnerie, 
assez irrégulièrement d'ailleurs, de nombreuses pierres 
carrées bien travaillées. Elles étaient en calcaire dur 
comme la croix mérovingienne. Peut être ces pierres 
provenaient-elles de la primitive église et avaient-elles 
été utilisées par les constructeurs du xi e siècle. 

Quant au plan, aux dimensions, à l'emplacement 
exact de ce premier édifice chrétien, nous ne savons abso- 
lument rien. Il est permis de croire, sans présomption 
aucune, que c'était une sorte d'oratoire, bâti au lieu 
même où fut construite au xi e siècle l'église que nous 
avons connue. 



— 378 



CHAPITRE II 



Du XI 1 ' au XIII e siècle 



L'église que notre génération a vu démolir avait été 
édifiée au xi e siècle, tout à fait au début de cette période 
où les architectes, commençant à voûter leurs construc- 
tions, furent logiquement amenés à s'écarter de la voie 
suivie, pendant plusieurs siècles par leurs devanciers; 
et aussi, il ne faut pas omettre de le dire, à cette époque, 
où, imprimant à leurs œuvres un cachet empreint d'une 
plus grande originalité, ils en vinrent à établir ce qu'on 
peut nommer Y Architecture française du Moyen- Age. 

L'ancienne église de Challans, avant les modifications 
considérables du xm e siècle, pouvait servir d'édifice- 
type, car c'était vraiment l'église du xi e siècle complète, 
sans particularité aucune, telle que la concevait, après 
l'an 1000, un architecte poitevin. Son clocher occupait 
le milieu du transept, comme dans les églises de Saint- 
Savin, de Jazeneuil (Vienne); de Parthenay-le- Vieux 
(Deux-Sèvres); de Youvant et de Mareuil (Vendée). 
Le chœur était profond ; ces mêmes églises de Vouvant 
et de Mareuil, celles de Beauvoir-sur-Mer (Vendée) et de 
Saint-Jouin-de-Marnes (Deux-Sèvres) en ont un sem- 
blable. De chaque côté du chœur, sur le transept, s'ou- 
vrait une absidiole comme à Mareuil, à Saint-Savin, à 
Sallertaine (Vendée). 

L'église construite à Challans au xi e siècle appartenait 
donc certainement et exclusivement à l'école Romane 
Poitevine. 

Dès le x"i e siècle, dit l'abbé Aillery, la paroisse de Chal- 
lans était l'une « des riches possessions » de l'Abbaye 



— 379 — 

Bénédictine de Luçon (1). Cette situation ne dut pas 
être sans influence pour la construction de l'église. Les 
Bénédictins qui, dans leurs monastères avaient conservé 
les sciences et les arts, s'ils n'ont pas mis la main à 
l'œuvre, ont dû au moins la diriger et la surveiller. 

I. Vocable. — L'église nouvelle fut placée sous l'invo- 
cation de la Très-Sainte-Vierge, honorée dans le mystère 
de son Assomption. Ce vocable était peut être celui de 
l'église primitive. Quoiqu'il en soit, nous remarquerons 
ici que l'église de Luçon, maîtresse de celle de Challans, 
était placée sous le même patronage et que l'église de 
Noirmoutier, mère de celle de Luçon, avait été mise 
par son fondateur : Saint Filbert,sous la protection de la 
Très-Sainte-Vierge. Or, à cette époque, lorsqu'une 
abbaye fondait une paroisse ou un monastère, l'usage 
voulait que cette paroisse ou ce monastère fussent ordi- 
nairement sous le même vocable que l'abbaye-mère. 

Il serait donc possible que le prieuré de Challans 
devenu plus tard la cure de Challans, eut été fondé 
soit par Saint-Filbert, soit par ses successeurs de 
l'abbaye de Noirmoutier ou de l'abbaye de Luçon. Par 
« prieuré de Challans », nous entendons non seulement 
le logement des moines qui remplissaient les fonctions 
du saint ministère, mais aussi l'église et le territoire 
qui en dépendait au point de vue spirituel et qui forme 
« la paroisse de N.-D. de Challans. » 

IL Plan. L'église construite au xï e siècle était 

orientée selon les règles liturgiques : c'est-à-dire que le 
chœur était à l'est. Son plan était celui d'une croix avec 



(1) Et pour preuve : « Le prieur, comme le constate le Grand- 
Gautier, fut à la nomination de l'abbé de Luçon jusqu'au commen- 
cement du xiv e siècle. » A partir de cette époque, le prieur (ou 
curé) fut nommé par l'évêque de Luçon : successeur et héritier 
des droits des abbés. On sait qu'en 1317, l'abbaye bénédictine 
de Luçon fut érigée en cvêché par le pape Jean XXII, et qu'à 
cette date notre région cessa d'appartenir au diocèse de Poitiers, 
pour faire partie de celui de Luçon. 



380 




PLAN 
de l'Ancienne Eglise de N.-D de Challans au XI e Siècle 



381 



LEGENDE 



POUR 



le Plan de l'Ancienne Eglise N.-D. de Challans 




Parties détruites soit au XI IF siècle, soit 
en 1843 et dont on a retrouvé les fondations 
en 1897 et 1899-1900. 




Parties conservées entièrement jusqu'à 1899- 



1900. 




Parties détruites au XIII e siècle dont on 
n'a pas retrouvé les fondations. 



382 



abside semi-circulaire terminant le chœur et chapelles 
s'ouvrant sur le transept. La longueur totale de l'édifice 
était dr 34 ni. 98 à l'intérieur et la largeur de la nef de 
7 mètres. Le transept n'avait que 4 m. 10 de largeur 
et, par conséquent, n'était pas aussi large que la nef. 
La longueur du transept atteignait à peine 22 m. 50. 
Enfin, d'après nos calculs, le monument avait plus de 
12 mètres de hauteur sous clef de voûte. Quant aux 
murs, dans lesquels la chaux était remplacée par de très 
beau sable rouge, ils avaient m. 90 d'épaisseur. De 
cette église, nous n'avons connu que le transept et le 
bas du mur sud de la nef et du mur ouest de la façade. 
Le chœur et les chapelles qui s'ouvraient sur le tran- 
sept et tout le mur nord de la nef, ont disparu au xm e 
siècle. Le mur sud de la nef et la façade ouest ont été 
démolis en 1843 seulement pour la construction de la 
nef et des bas-côtés style gîte. La démolition de toutes 
les fondations de l'ancienne église en 1899 a amené la 
découverte: 1" de la partie inférieure du mur de la façade 
ouest ; 2° des fondations du chœur ; 3° des fondations 
des deux chapelles du transept. Le chœur avait 10 m. 50 
de profondeur. Il ne reposait point sur une crypte, 
comme l'élévation du sanctuaire l'aurait fait croire, 
mais sur plusieurs murs partant des différents points de 
l'abside et convergeant vers le centre de cette même 
abside : ce qui produisait l'effet d'une moitié de roue. 
Au xi e siècle, et pendant toute la période romane, on 
pratiquait très souvent une crypte sous le chœur : cela 
donnait au sanctuaire une grande élévation relativement 
au niveau de la nef : à Xoirmoutier et à Vouvant, par 
exemple. Le chœur de l'ancienne église de Challans, que 
nous avons connu de même niveau que la nef, avait été, 
en réalité, exhaussé d'une manière sensible, et pour 
preuve : le dallage de la nef du xi e siècle a été découvert 
à près d'un mètre cinquante au-dessous du dallage que 
nous avons foulé. D'autre part, nous avons constaté 
que le niveau du chœur a toujours été le même. Il en 



3S3 



résulte donc qu'au xi e siècle, le chœur était au moins à 
1 m. 30 ou 1 m. 40 au-dessus du niveau de la nef. Cette 
élévation excessive du sanctuaire par rapport au reste 
de l'église a été maintenue fort longtemps dans notre 
vieille église, malgré les modifications des siècles ; ce n'est 
qu'au milieu du xix e , après la reconstruction de la nef, 
que le sol de l'église fut exhaussé et mis, à tort, au niveau 
du sanctuaire. Les personnes âgées se rappellent très 
bien l'élévation du chœur, laquelle, paraît-il, n'était pas 
faite pour nuire à l'effet général du monument. 

Cette élévation du sanctuaire nous avait fait émettre 
l'hypothèse d'une crypte sous le chœur. La découverte 
des murs dont nous avons parlé, en détruisant notre 
hypothèse, a montré que l'architecte avait tenu à faire 
son édifice selon toutes les règles de l'époque et cela 
scrupuleusement, puisque, ne pouvant établir une crypte 
il en avait au moins simulé l'existence. 

La nef du xi e siècle, longue de 18 m. 38, était divisée 
en 4 travées. La première, à partir du transept avait 
très exactement 7 m. sur 7 m. Elle était de beaucoup 
plus large que les trois autres: celles-ci, toutes de mêmes 
dimensions - - 3 m. 50 sur 7 m. Le mur sud de la n?î, 
conservé en entier jusqu'en 1843 et dont la base a été 
retrouvée dans les fouilles de 1897-1898 et dans la démo- 
lition en 1899, avait encore ses pilastres intacts , ce qui 
nous a permis de reconstituer les travées. 

Nous avons dit que la première travée était d'une 
superficie supérieure à celle de chacune des trois autres. 
Cette anomalie n'aurait point sa raison d'être si la porte 
principale n'avait été faite précisément dans cette tra- 
vée. Au moyen-âge, on plaçait rentrée la plus impor- 
tante là où elle était nécessaire ; d'où il arrivait quelque- 
fois qu'au bas de l'église, à l'ouest, il n'y avait qu'une 
porte ordinaire, tandis qu'au nord ou au midi, près du 
transept, ou au milieu ou au bas de la nef, sur un côté, 
s'ouvrait un portail de proportions plus grandes. Ainsi 
à Sallertaine, c'est à l'est ou midi que devait être l'en- 

Soc. Arcbéol. Nantes. 26 



— 384 -i 

trée principale, le bourg se trouvant à l'est et au midi. 
Mais à l'est la chose est impossible, le chœur étant à 
l'orient. C'est alors au midi que L'architecte établit la 
porte principale. A l'ouest, il n'avait pratiqué qu'une 
petite porte qu'un curé fit élargir au commencement du 
xix e siècle. A Beauvoir-sur-Mer, même remarque. L'en- 
trée de l'église s'imposait au nord et dans le milieu de la 
nef. La grande porte de l'église de Beauvoir est, en effet, 
au nord et s'ouvre sur le milieu de la nef. A l'ouest, il 
y a juste une petite porte. A Vouvant, c'est dans un tran- 
sept que l'architecte a du établir l'entrée importante. 
On pourrait multiplier les exemples. Nous pensons donc 
qu'à l'église de Challans, du xi e siècle, la première travée 
de la nef n'avait ces grandes dimensions que pour y 
faciliter l'établissement d'un grand portail, celui-ci était 
évidemment au nord puisque le mur du midi, en cette 
même travée, n'avait été percé que d'une fenêtre. Tous 
les vieillards nous l'ont attesté et nous-même, en exami- 
nant la partie inférieure du mur sud, nous avons constaté 
qu'aucune porte n'y avait été pratiquée. Le mur nord 
de la nef a disparu dès le xm e siècle. Nous n'avons donc 
pu avoir la preuve matérielle que la porte principale s'y 
trouvait. Mais, toutes les maisons de Challans étant au 
nord, et le midi n'étant point habité, l'entrée importante 
ne pouvait être de ce dernier côté. Elle ne pouvait pas 
davantage être à l'ouest, parce qu'à cette époque le cime- 
tière occupait tout l'espace situé entre l'église ancienne 
et le milieu de la nef de l'église neuve. La route de Saint - 
Jean-de-Monts n'existait pas et la rue dite delà Basfriè, 
qui actuellement conduit de la grand'rue à la nouvelle 
église, s'arrêtait au cimetière. 

L'entrée principale n'étant ni au sud, ni à l'ouest, 
devait forcément se trouver au nord. - - Nous ne parlons 
point de l'orient, attendu que le chœur occupait cette 
partie de l'édifice. Disons en passant, que l'uti- 

lité d'une porte, dans cette partie de l'église, se fit sentir 
après la disparition de la nef romane et la construction 



— 385 — 

des nefs du xme siècle, puisqu'à cette époque, clans le 
pignon nord du transept, on pratiqua une petite porte 
dont les traces ont subsisté jusqu'à la fin du xix e . Cette 
ouverture, établie à quelques pas du portail disparu, le 
remplaçait avantageusement et permettait d'arriver à 
l'église sans passer par la grande porte nouvelle qui, 
cette fois, avait été faite à l'occident. 

III. Extérieur du transept . Le transept et le 

clocher qui le surmontait sont parvenus jusqu'à nous 

Ancienne Eglise de Challans 




^<K 



Façade du Transept Nord. 




Façade du Transept Sud. 



sans trop de modifications. Les murs, formés de 
moellons irrégulièrement disposés étaient d'une grande 
solidité, quoique les pierres ne fussent unies entre elles 
que par du sable. Les ouvertures, les pilastres et les 
contreforts étaient en pierre de Sallertaine, très réguliè- 
rement appareillés. 

Extérieurement, on n'apercevait plus que le clocher, 
les murs nord et sud et une petite partie du mur est du 
transept. Le mur nord avait subi au xm e ou au xvi e siè- 
cle quelques retouches, ce qui lui avait valu d'être 
entièrement crépi et non sans art. Le mur du midi avait 
été crépi lui aussi, mais au xvm e siècle. Par suite de la 



— 386 — 

construction de grandes chapelles au xm e siècle, et de 
trois nefs en 1843, les murs est et ouest avaient été 
pïesqu' entièrement cachés. Ce que l'on en voyait à l'est 
avait été crépi au xvm e siècle (1). Les corniches, s'il y 
en avait eu, n'existaient plus, et la toiture recouverte 
avec des ardoises reposait directement sur le mur. La 
charpente remontait-elle au xi e siècle? L'église, à cette 
date, était-elle couverte avec des tuiles ou avec des 
ardoises comme de nos jours? Nous n'en savons rien. 

Au xm e ou au xvi e siècle - - il est impossible de préci- 
ser — on avait établi une grande fenêtre à arc brisé, 
dans chaque pignon du transept. Ces fenêtres étaient 
fermées par de vulgaires croisées en bois. Nous pensons 
que dans le principe elles étaient ornées de meneaux qui 
auraient disparus lors du pillage de L'église par les pro- 
testants. 

Nous avons déjà dit que le pignon du transept nord 
avait été retouché au xm e ou au xvi e siècle. Le contre- 
fort, ou pour parler avec une plus grande exactitude, les 
contreforts du nord-est (l'un se dirigeant vers le nord, 
l'autre vers l'est) sont les seuls qui nous soient parvenus 
du xi e siècle. Les grandes dimensions de leurs pierres, 
parfaitement disposées en assises régulières, les rendaient 
très remarquables. L'autre contrefort, de forme carrée, et 
composé mi-partie de pierres appareillées et mi-partie de 
moellons irréguliers, datait probablement du xv e ou du 
xvi e siècle. Ce contrefort, en effet, était à l'angle formé 
par les murs nord et ouest du transept. M. Camille 
Knlart, dans son Manuel d'Archéologie Française (2), 
parle de ce genre de contrefort dont il donne une figure 
avec ce titre: « Contrefort normal à un angle ». Le savant 
directeur du Musée de sculpture comparée dit que cette 

(1) >< J'ay fait enduire e1 batre de chaux tout l'extérieur, et du 
clocher de cette églize. 1a- tout en 17(57. » Compte d'un « Fabri- 
queur ». Le mur nord du transept seul n'a pas été récrépi à cette 
date. 

(2) Tome 1, p. 520 et 521. 



— 387 — 

variété de contrefort n'est pas antérieure à la fin du 
xiv e siècle. Les deux contreforts du pignon sud étaienl 
de même forme, mais tout en appareil régulier. Nous 
pensons que primitivement, chaque angle du transept 
avait des contreforts dans le genre de ceux du nord-est 
et que vers le xv e siècle, on aurait fait des contreforts 
moins compliqués avec les beaux matériaux des contre- 
forts romans, et que le surplus de leurs pierres qui devait 
être assez considérable a été utilisé pour une construc- 
tion quelconque. Quand on pense aux multiples expé- 
dients dont se servaient les architectes ruraux, rien 
n'étonne, tout est vraisemblable ; et l'on saisit sans diffi- 
culté l'esprit d'économie qui présidait, souvent par 
force, aux travaux exécutés dans les églises de campagne. 

Sur le pignon nord, un crépi très soigné avait été appli- 
qué au xm e ou au xvi e siècle. On y avait simulé un bel 
appareil régulier. La solidité de ce travail était surpre- 
nante, car, malgré les années et le vandalisme, il s'était 
conservé presque intact. 

C'est au xm e siècle que fut pratiquée, dans ce même 
pignon et près du contrefort nord-ouest, la petite porte 
dont nous avons parlé plus haut. Elle était en arc brisé 
et avait environ 1 mètre de largeur. Nous ignorons à 
quelle époque elle fut murée. 

Dans la partie supérieure du pignon septentrional, 
un peu au-dessus de la fenêtre, on voyait la trace d'un 
mur qui venait se souder là. Evidemment c'était un 
vestige de contrefort. Dans beaucoup d'églises romanes 
du Poitou, nous avons remarqué que les pignons des 
transepts étaient soutenus par trois contreforts : l'un 
au centre et les autres à chaque extrémité. Ainsi, à Saint- 
Hilaire de Poitiers, à Jarzeneuil (Vienne). A l'église de 
Beauvoir-sur-Mer (Vendée), il y a encore un contrefort 
au milieu du pignon de chaque transept. 

Au milieu du pignon méridional, une porte fut ouverte 
en 1785. La voûte de cette porte, du genre dit « anglais » 
était très estimée des connaisseurs. A l'extérieur, la clef 






388 



de l'arc était ornée d'un blason, forme française, portant 
la date de 178,"). La grande porte de l'église de Saint- 
Urbain (Vendée) qui est contemporaine, n'est que la 
reproduction en plus grand. 

Le clocher, établi sur le milieu du transept, nous était 
resté probablement tel qu'il avait été édifié. La toiture 
en pyramide, couverte d'ardoises, qui le couvrait, était- 
elle du xi u siècle? Il est difficile de se prononcer sur cette 
question. Deux églises romanes voisines, Challans et 




Clocher de l'Eglise du XI e siècle, dit « Vieux Clocher », 
démoli en 1899-1900 



Sallertaine avaient sur leur clocher des toitures affectant 
incontestablement la forme de « flèches ». On peut s'en 
convaincre en voyant celui de Sallertaine encore existant. 
Le clocher de Beauvoir-su r-Mer, couvert d'une vraie 
pyramide en bois et en ardoises tient-il cette couverture 
du xii e siècle? Nous n'en avons aucune preuve. Le vieux 
clocher de l'église paroissiale de Maillezais, contemporain 
de celui de Challans, est couvert d'une toiture peu élevée 
en tuiles. Le clocher de Challans, primitivement, pouvait 
aussi n'avoir qu'une toiture en tuiles. Il aurait alors reçu 
sa flèche en ardoises au xvi e siècle. Quelques arcliéo- 



— 389 - 

logues croient en effet que les toitures plates des clochers 
furent, en beaucoup d'églises, remplacées par des pyra- 
mides plus ou moins élevées et plus ou moins élégantes; 
faites de bois et recouvertes d'ardoises. Ils placent cette 
innovation au xvi e siècle. Pour nous, cette question est 
intimement liée à celle de la substitution des ardoises 
aux tuiles dans l'architecture religieuse et civile du Bas- 
Poitou et, tant qu'elle n'aura pas été étudiée sérieuse- 
ment, il sera le plus souvent impossible de préciser la 
date des flèches en bois et en ardoises qui recouvrent en 
nos pays quantité de clochers romans. 

Des contreforts peu saillants étayaient le vieux clocher 
de Challans jusqu'à la moitié de sa hauteur au-dessus de 
la toiture du transept et du chœur. Deux petites fenêtres, 
sans aucun ornement, avaient été pratiquées sur chaque 
face. Les murs étaient crépis (1). Du côté nord, on voyait 
encore les clous qui retenaient, avant 1863, le cadran de 
l'horloge (2). On accédait au clocher par un escalier 
à vis, installé dans une tourelle, à l'angle formé par le 
mur sud de la nef et le mur ouest du transept, et au 
sommet de l'escalier on passait sur ce dernier mur et 
on pénétrait dans le beffroi par une porte carrée ouverte 
dans le mur sud du clocher, porte que l'on apercevait 
très bien des prairies de la route de Soullans. Nous 
croyons que cette installation avait quelque chose 



(1) Ils l'avaient été en 1767. Voir note 1, p. 23. 

(2) Les archives de la fabrique parlent plusieurs fois de l'hor- 
loge : 

« Et pour Mon six e et dernier compte... fait détourner les 
poids de L'horloge, Et fait faire La petite balustrade pour Les 
Recevoir... le Tout eh 1776. » Compte d'un « Fabriqueur. » 

« Marché d'une nouvelle horloge. — Dans l'assemblée du 
22 décembre 1783. ayant considéré que l'orloge de cette églize 
est uzée par vétusté et hors d'état de pouvoir servir à l'avenir... » 
Cartulaire de N.-D. de Challans, p. 154. 

« Le 22 décembre 1783, Le s. François Laidet, horloger En ce 
bourg de Challans, a placé à notre Eglize une horloge dans un 
Nouveau Goût, sonnant la demie heure, qu'il a fait lui-même 
dont les Roues sont de cuivre, pour la somme de 500 livres pareille 
à celle qu'il a fait et placé depuis un an à l'F.glize de Sallertaine. » 

Note des Archives, 



390 



d'analogue à celle des clochers de Beauvoir-sur-Mer 
et de Sallertaine. La porte du bas de l'escalier 
a été retrouvée eu 1897-1898. Les premières marches 
étaient pleines de pierres et de terre. Quant à la tourelle 
renfermant l'escalier, elle a disparu en 1843; lors de la 
construction des nefs de style grec. A partir de cette 
époque, pour arriver au clocher, il fallait s'y rendre par 
les voûtes du chœur, au moyen de passerelles fort dange- 
reuses. Au milieu du xix c siècle ce clocher fut privé de 
ses cloches. M. l'abbé Amiaud venait en effet d'achever 
le clocher actuel, la seule partie qui nous soit restée de 
notre antique, et chère église. Vn jour de la fin de l'année 
1867 le vieux beffroi qui, depuis huit siècles, annonçait 
les joies et les deuils de la France et de la paroisse (et 
avait tant de fois appelés nos pères à venir adorer Dieu 
dans son temple), devint muet pour toujours. C'était, 
hélas ! le présage d'un malheur plus grand. Tandis que 
finissait le siècle de Chateaubriant, d'Arcisse de Caumont 
et de Viollet-le-Duc,des Vandales, innocents, parce qu'in- 
conscients et ignorants, détruisaient le vieux clocher qui, 
le 14 avril 1622, avait annoncé au Roi Louis XIII l'ap- 
proche « du bourg de Challans ». (1) • 

IV. Intérieur du transept. L'intérieur du transept 
de la vieille église de Challans offrait, depuis quelques 
années, un aspect des plus tristes. L T n maçon avait 
couvert les murs d'une sorte d'épais crépi ondulé, 
blanchi tous les dix ans et qui, dans ce laps de 
temps, devenait fort sale par la poussière qui s'y 
accumulait. Primitivement, les murs étaient-ils peints? 
Nous le croyons, mais ces peintures devaient être 
très simples de dessin et peu variées de couleurs ; 
peut-être même se réduire à un appareil simulé. 

(1) La démolition du vieux clocher de l'ancienne église est 
d'autant plus regrettable que ce monument : le plus ancien du 
Marais (y compris le transept qui le supportait), était devenu 
précieux par son genre primitif. Celui de Maillezais ne subira pas 
le même sort. Dieu merci ! 



— 391 — 

Au xm e siècle, le chœur ayant été reconstruit on 
le décora de belles fresques et d'un appareil régulier 
à lignes -roses sur fond blanc. Il est absolument impos- 
sible de savoir si, à cette époque, le transept reçut des 
embellissements de ce genre. Ce qui est hors de doute, 
c'est qu'à une époque ou à une autre, il fut peint. Sur un 
chapiteau de ce même transept nous avons trouvé des 
traces de peintures jaune, rouge et noire ; mais l'état 
dans lequel nous les avons découvertes, sous d'incalcu- 
lables couches de chaux, ne nous a pas permis de leur 




donner une date. Voici une reproduction de ces traces 
de peinture d'un dessin peu compliqué. Le fond était 
d'un très beau jaune foncé recouvert d'un treillis rouge 
foncé et de quelques restes de peinture noire : lignes ou 
ornements, il a été impossible de préciser. Le dallage 
du xi e siècle a été retrouvé à 1 m. 50 sous le pavé que 
nous avons connu. Il reposait « sur un lit d'une espèce 
de terre glaise qui est très commune dans le pays. » (1) 
Le transept était divisé en trois parties : 1° la travée 
centrale sous le clocher entre le chœur et la nef ; 2° une 
partie à droite (2) divisée en deux travées et que nous 

(1) V. Etoile de la Vendée, octobre et novembre 1897. Pour 
plus d'explications, voir p. 406. 

(2) Lorsque en décrivant une église nous parlons de droite H 



— 392 — 

appellerons transept nord : 3° une partie à gauche éga- 
lement divisée, en deux travées et que nous nommerons 
transept sud. Le plan ci-joint donne la disposition des 
deux transepts. Les Lettres indiquent l'emplacement 
des pilastres et par le l'ait même des chapiteaux qui les 
surmontaient. Tous ces pilastres, semi-circulaires de la 
base au sommet, étaient couronnés par des chapiteaux 
dont la partie inférieure, semi-circulaire, correspondait 
à la forme des pilastres et dont le tailloir était rectangu- 
laire. Vers le milieu du xix e siècle, pour donner plus de 
place aux fidèles (!) on coupa presque tous les pilastres 
sur une longueur de deux mètres à partir du sol actuel. 
Les quatre piles du milieu du transept, supportant le 
clocher, avaient été fort mutilées à cette époque. Ces 
opérations étaient très malheureuses ; outre qu'elles 
pouvaient compromettre la solidité de l'édifice, elles 
l'abîmaient singulièrement. 

1° Transept sud. Dans le transept sud, entre le 
point K et le point D, était une arcade sans aucun orne- 
ment, et, donnant primitivement accès dans une absi- 
diole qui, au xm e siècle, fut remplacée par une chapelle 
plus grande. La lettre N indique remplacement d'une 
fenêtre aveugle, en plein-cintre, dépourvue de toute 
ornementation. Cette fenêtre aveugle était du xi e siècle. 
Nous n'avons pu nous rendre compte de sa destination. 
Peut-être l' avait-on faite avec l'intention de l'ouvrir 
plus tard (1) ?. Ajoutons que nous n'avons pas trouvé 
trace d'une autre fenêtre romane dans le transept. Les 
fenêtres pratiquées au xi e siècle étaient vraisemblable- 



de gauche, nous entendons ces expressions comme on les entend 
dans la tangue liturgique de l'église; c'est-à-dire que la position 
de N.-S. Jésus-Christ sur la croix <\u tabernacle indique la droite et 
la gauche : esl à .Imite, ce qui es1 à la droite de la croix;e1 à gauche 
ce qui est à gauche. Par conséquent, un homme placé au milieu 
de l'église et regardant la croix du tabernacle, doit considérer 
comme étant à droite, ce qui est à sa gauche et à gauche ce qui est 
à sa droite. . 

(1) L'examen des murs nous permet d'affirmer que jamais 
cette fenêtre ne fut ouverte. 



PLAN 
du Transept de l'Ancienne Eglis e 



liffi 





Pai lies du XI e s. 



■••'■y. 
fêîî&îî Parties du XIII e s. 



Parties du XV au XVI e 



Parties du XVIII e s. 



A 


Chapi 


teau 


mutilé 


B 


» 




j> 


C 


» 




» 


D 


» 




conservé 


E 


» 




» 


F 


» 




» 


G 


» 




mutilé 



LÉGENDE 

H Chapiteau à moitié mutilé 

I Entrée du " Vieux Clocher " 

J Chapiteau conservé 

K Cul-de-lampe (XI e s.) 
L » » „ 

M Chapiteau du XI e s., transformé au J 
en cul-de-lampe. 

N Fenêtre romane aveugle 



:hallans, XI 4 Siècle 




P Arcade du XI Ile s i ec ] e 
Q Porte de 1785 



R Double Piscine 



seul 
espace 



A B arcades 

D F / 

,' supportant 
H G l I du transept 

E C le clocher non voûté 

K J Arc-doubleau soutenant la voûte 



L M Arc-doubleau soutenant la 
voûte 

S Escalier du clocher (détruit 
en 1843) 



T U 
X Y 



Arcades du XI e s. 

faisant communicpier 

le transept avec les chapelles 



393 



ment dans les pignons du transept comme en beaucoup 
d'églises. Plus tard, elles ont été remplacées par les 
grandes fenêtres ogivales que nous avons connues. 

L'arc-doubleau KJ qui supportait la voûte du transept 
sud, reposait d'une part en K, sur un cul-de-lampe de la 
plus grande simplicité et dont le tailloir, sans moulure, 
était à angle droit ; d'autre part, en J, sur un pilastre 
dont le chapiteau mérite d'être étudié. A la base, un tore 
grossier retient un rang de feuilles très simples, desquelles 
s'échappe un second rang de"feuilles. Deux volutes sortant 
de ce dernier rang, ayant à leur point de départ un motif 




CHAPITEAU J 

carré qui, certainement, était autrefois sculpté. Chaque 
volute se déroulant en sens opposé revient tomber sur 
le second rang de feuilles en soutenant le tailloir qui se 
compose d'une série de petits tailloirs rectangulaires 
superposés les uns aux autres et allant en s'élargissant 
et enfin tous surmontés d'un véritable tailloir très épais. 
Entre le pilastre J et le pilastre F (qui supportait l'une 
des quatre arcades du clocher), au point I, se trouvait 
l'entrée de l'escalier à vis conduisant au vieux clocher (1). 

(1) Nous prévenons le lecteur, une fois pour toutes, cpie pour 
nous conformer aux habitudes de langage des gens de Challans, 
nous entendons par « vieux clocher » celui édifie sur le transept, 
au xi ,; siècle, et que nous appelons « clocher neuf » celui de la 
vieille église qui fut édifié de 1862 à 1865. Il ne viendra à l'esprit 
de personne de penser, dans-cette étude, au clocher de la nouvelle 
église, attendu que non seulement il n'est point fait, mais qu'il 
n'est surtout pas prêt d'être commencé. 



— 394 — 

En 1843, ainsi que nous l'avons déjà dit, l'escalier fut 
détruil et la porte d'entrée bouchée. L'arcade DF, soîi- 
tenant le mur sud du vieux clocher reposait sur deux 
pilastres assez détériorés, mais dont les chapiteaux 
étaient dans un état parfait de conservation, malgré 
les multiples couches de chaux qui les déshouoraient. 




CHAPITEAU F 

Le chapiteau F était semblable auT chapiteau J, ci- 
dessus décrit. Mais, au dessus du second rang de feuilles, 
à la naissance des deux volutes, se trouvait une tête cou- 
ronnée. La couronne se distinguait bien, mais on ne 
pouvait préciser la nature de ses ornements. 




CHAPITEAU D, dit Chapiteau d'Adam 



Le chapiteau D, de même genre, et remarquablement 



— 395 — 

conservé, se composait ainsi : Du tore inférieur sortaient 
deux rangs de feuilles comme dans les chapiteaux précé- 
dents. Un homme nu, qui représentait certainement 
Adam, notre premier père, se tenait debout au milieu 
les pieds posés sur le tore et la tête touchant le tailloir. 
Il étendait les bras de façon à ce que les coudes s'ap- 
puyassent sur les feuilles du rang inférieur. Dans chaque 
main, il tenait une petite tête, et derrière ses épaules, 
deux volutes se déroulaient en sens opposé. Ces volutes, 
après avoir soutenu légèrement le tailloir, retombaient 
sur les têtes que l'homme tenait en ses mains. Plusieurs 
rangs de baguettes surmontaient le tout et constituaient 
le tailloir. Comme nous le verrons plus loin, seul le tran- 
sept sud avait conservé des chapiteaux de ce genre. 
Nous savons qu'aux xi e et xii e siècles, on sculpta de 
remarquables chapiteaux dits « Historiés » ou encore 
« à personnages a parce qu'ils étaient couverts de « figures 
en bas-reliefs représentant des scènes très variées, tirées 
de la Bible ou de la Vie des Saints. » (1) Les églises du 
Poitou, construites au xi e et au xn e siècles sont très 
riches en chapiteaux de ce genre. 

De l'étude des trois chapiteaux du transept sud il 
ressort : 1° qu'ils sont tous inspirés d'un même type ; 
2° que ce type est le chapiteau corinthien. Certes, et 
nous le reconnaissons sans difficulté, il y a très loin des 
chapiteaux du transept de Challans aux chapiteaux de 
la « Maison Carrée a de Nîmes ; cependant, l'influence de 
ceux-ci sur ceux-là est manifeste. En parlant des caté- 
gories que l'on peut établir dans les chapiteaux romans 
sculptés, M. Camille Enlard dit avec raison : « Le plus 
grand nombre procède de l'imitation de l'art gallo- 
romain ; parmi ceux-ci, il faut distinguer les imitations 
du chapiteau corinthien... L'imitation du corinthien 

(1) Bourassé. — Archéologie chrétienne, 9e édit., p. 162. « Les 
chapiteaux à personnages et les chapiteaux historiés, dit M. 
Camille Enlart, sont une des particularités les plus remarquables 
de l'art roman. » Op. cit., p. 383. 



- 396 — 

est fréquente partout, principalement au sud de la Loire ; 
elle est faite soit d'après le modèle classique, soit d'après 
des types de basse époque déjà empreints de beaucoup 
de fantaisie ; en outre, elle peut être elle-même plus ou 
moins libre. (Au xi e siècle) la reproduction est parfois 
presque tout à fait exacte... Les sculpteurs de l'Ecole 
Auvergnate et du Poitou imitent assez volontiers et très 
fidèlement le même type (corinthien), mais avec plus de 
lourdeur et de mollesse. » (1) C'est le cas de nos sculptures. 
On peut dire qu'elles n'ont du chapiteau corinthien 
que la caractéristique, les feuilles dans le bas et les 
volutes dans le haut ; ce qui, à la vérité, est plus que suffi- 
sant pour trahir le modèle. Les sculpteurs de l'ancienne 
église de Challans n'ont peut-être pas eu long chemin à 
faire pour trouver un chapiteau corinthien à reproduire, 
car, en 1800, à Pont-I labert, à deux kilomètres à l'ouest 
de Challans, on en a découvert un très beau que M. Louis 
Brochet a signalé au Congrès archéologique de France, 
tenu à Poitiers en 1903 (2). 

La partie sud du transept, modifiée aux xm e -xvi e 
siècles et en 17<Sô, l'avait encore été au xix e par l'installa- 
tion d'un confessionnal devant la porte de 1785, de 
laquelle il était séparé par une sorte de petit vestibule 
en bois, vulgairement appelé « tambour ». Près de là, sur 
le mur Est, une armoire malpropre et moderne renfermait 
la bannière paroissiale. Elles sont hélas nombreuses les 
églises qui sont dotées, dans leurs parties parfois les 
plus apparentes, de ces boîtes hideuses suspendues au 
milieu du mur et desquelles pend un long bâton rouge 
ou d'une autre couleur. 

2° Sous le clocher. - - Avant 1843, au témoignage des 
anciens, la chaire placée sous le clocher était adossée à 
l'angle sud-ouest. - - Il s'agit de la chaire que nous avons 
connue dans la grande nef.  — Les fouilles de 1897-98 

(1) Op. cit., p. 377 et suiv. 

(2) Congrès archcol. de France. Poitiers, 190-1, p. IN'-!. 



— 397 — 

ont amené à cet endroit la découverte d'un escalier en 
tuf f eau et d'une colonne polygonale très courte. A notre 
humble avis, cette colonne et cet escalier appartenaient 
à une ancienne chaire. 

Notons aussi que Messire Vincent Regnaudineau, 
curé de Challans de 1598 à 1621, par son testament du 
9 décembre 1621 (1), demanda à être inhumé sous le clo- 
cher : « Mon dit décès advenu, veux et entends mon corps 
être ensépulturé et inhumé, bien et duement, selon que 
mon ordre le requiert, dans l'église de Challans, au- 
dessous de la Passion, vis-à-vis l'entrée du chœur de la 
dite église. » Il ressort de ce passage du testament de 
Vincent Regnaudineau, qu'en cet endroit du transept 
existait une représentation de la Passion. C'était sans 
doute, comme aujourd'hui, un grand crucifix, d'où l'on 
voit que l'usage de placer une croix en face de la chaire 
n'est pas nouveau. Nous disons : « en face », mais nous ne 
prétendons pas que ce crucifix était, comme de nos jours, 
juste vis-à-vis de la chaire. Au moyen-âge, « la Passion », 
pour nous servir du terme consacré, était, au contraire, 
très souvent placé, dans les grandes églises sur le jubé, 
et dans les églises rurales sur une poutre allant d'un mur 
à l'autre appelée tref (2). Dans un testament du 14 sep- 
tembre 1546, il est fait mention de la Passion de notre 
ancienne église : o In nomine Patris et Filii et Spiritus 
Sancti. Amen. Je, Jehan Rondeau, prêtre demeurant 



(1) Abbé Teillet. Noies cl Documents sur l'Eglise Paroissiale 
de Challans, 1891, p. 15. 

(2) « La liturgie, dit M. Camille Enlart, voulait qu'une poutre 
appelée tref, ou poutre triomphale (Irabes doxalis ou encore 
pergula), fut jetée d'une imposte à l'autre de l'arc triomphale 
(arcade de l'entrée du chœur) pour mieux indiquer la limite du 
sanctuaire ; sur celte poutre, on dressait la croix qui s'encadrait 
dans l'arcade ; à droite et à gauche on posait des flambeaux ou 
des reliquaires ; enfin des lampes étaient suspendues au tref... Le 
tref était en usage dès le v e siècle (op. cit., p. 141). Le tref s'est 
conservé dans les églises du moyen-âge ; il a été en usage jusqu'au 
xvn e siècle, et c'est de nos jours qu'on l'a supprimé presque par- 
tout... ; diverses églises, surtout rurales, ont encore leur tref 
portant le crucifix, la Vierge cl Saint-Jean. » (Op. cit., 752). 



— 398 — 

es maisons rectorialle de Challans, sain d'esprit et d'en- 
tendement... item, je veux et ordonne que mes héritiers 
entretiennent à perpétuité audevant la Représentation 
de la mort et passion de Notre Seigneur Jésus-Christ en 
laditte église de Challans, un cierge de cire qui depresent 
y est ; la dotation et fondation dudit cierge, je constitue 
el assigne universellement sur tous mes biens quelcon- 
ques, par spécialement sur une charuye de terre étant 
es Minées près le bourg de Challans... » (1) 

En 1816, après L'achèvement de la grande nef, la 
chaire et la « représentation de la Passion », y furent 
transportées. A l'angle sud-est, entre les points B et D, se 
trouvait un trône en bois, sculpté par M. Ludovic Bore 
( + 1891), menuisier à Challans. C'est une œuvre simple, 
mais de bon goût, dans le style ogival du xm e siècle. 
Ce monument qui renferme une copie du tableau de 
N.-D. du Perpétuel Secours (2), avait été placé à cet 
endroit, le 15 août 1892, en souvenir d'une mission 
prêchée en février de la même année, par les RR. PP. 
Rédemptoristes. Au mois d'août 1897, il fut transporté 
dans le transept de l'église neuve où il est encore. 

Au-dessus du trône de N.-D. du Perpétuel Secours, on 
voyait un chapiteau mutilé, supportant au sud l'arcade AB. 
De toutes les sculptures, il ne restait qu'une volute : 
évidemment ce chapiteau ressemblait à ceux ci-dessus 
décrits. Le chapiteau H, soutenant au midi l'arcade GH, 
ne nous était parvenu malheureusement que bien incom- 
plet. Il se composait d'un sujet principal, placé entre des 
feuilles disposées trois à droite et peut être trois à gauche, 
dont il était difficile de déterminer le genre. Le sujet prin- 
cipal, très mutilé, avait une sorte de soleil en partie 
détruit. On reconnaissait encore dans ce chapiteau des 
traces de volutes et de tailloir que nous avons décrits 
plus haut. 

(1) Abbé Teillet. Cartulaire, p. 76. 

(2) Conservé à Rome. 



— 399 




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Soc. Archéol., Nantes. 



— 400 — 

Les chapiteaux G et A étaient réduits à leur plus sim- 
ple expression de même que le chapiteau C. 

De ce dernier, on voyait encore le tore circulaire 
inférieur et le tailloir carré. 

3° Transept Nord. — Le chapiteau E, supportant 
l'arcade CE, et sur lequel nous avon< découvert des traces 
de peintures précédemment signalées, était à notre avis 
d'un travail tout différent. Le tailloir était à angles 
droits, et le tore inférieur semi-circulaire comme dans les 
autres chapiteaux ; mais le sculpteur, au lieu de repré- 
senter des feuilles, des volutes ou des personnages, 
s'était contenté de représenter d'énormes câbles ou 
cordes tendues le long du chapiteau. Nous avons dit que 
le tailloir était carré et le tore inférieur semi-circulaire. 
Ajoutons que sur ce tore semi-circulaire la partie cubique 
du chapiteau formait une moitié d'octogone. Le haut 
du cube s'unissait normalement au tailloir carré. Nous 
donnons ici plusieurs coupes de ce chapiteau intéressant. 
La coupe AB permet de constater que le tore séparant le 
chapiteau du pilastre est semi-circulaire ; la coupe CD 
nous montre le chapiteau au-dessus du tore: au lieu 
d'être semi-circulaire, comme le tore, il est octogone. 
Voilà ce qui est anormal et constitue une particularité 
curieuse. Quant aux torsades représentant très exacte- 
ment de grosses cordes, elles ont été imaginées avec un 
goût assez heureux pour couvrir les angles avant tout. 
Le triangle qu'elles forment sur la face est non moins 
bien inspirée pour faire oublier les deux congés triangu- 
laires des angles. Ceux qui voyaient ce chapiteau dans 
l'ancienne église ne s'apercevaient point, du premier 
coup d'œil, de ce qu'il avait de trop dur dans la forme ; 
le but de l'artiste était donc atteint. Dans la crypte de 
Saint-Filbert de Noirmoutier, on voit des chapiteaux 
dont le cube passe du cercle au carré. Ils sont de beau- 
coup inférieurs à celui dont nous parlons. 

Ce chapiteau doit-il être attribué au xi e siècle ou à 
une époque antérieure? Cette question nous amène à 



401 



étudier la date des chapiteaux du transept qui appar- 
tiennent à deux genres, ainsi qu'il est facile de le consta- 
ter: le genre du chapiteau E, le plus ancien, et le genre des 
chapiteaux JFD, du transept sud, plus récent. Nous 
avons consulté à ce sujet un archéologue, dont l'autorité 
est trop connue pour qu'il soit besoin d'en faire l'éloge; 
M. Camille Enlart, Directeur du Musée de sculpture du 
Trocadéro, auteur d'un excellent manuel d'Archéologie 
Française, que nous avons eu déjà l'occasion de citer. 
M. Enlart, en parlant du chapiteau E, « manifestement 
plus ancien » dit-il, que les chapiteaux du transept sud, 
en cite d'autres exemples : « Dans la crypte de la cathé- 
drale d'Auxerre, consacrée en 1040, et dans la crypte 
qui règne au sud du sanctuaire de Saint -Benoît-sur- 
Loire et qui date du début du xie siècle, (reconstruction 
après 1026, consécration en 1029) il y a des chapiteaux 
de ce type, mais à corbeille beaucoup plus basse. La 
baguette diagonale à torsade, imitant une corde, se 
trouve aussi dans les dernières années du x e siècle, au 
déambulatoire de l'église de la Couture au Mans. Donc, 
ce chapiteau (E) semble, à première vue, dater de la 
première moitié du xi e siècle. » Quant aux chapiteaux 
JF et D du transept sud, M. Enlart dit qu'ils paraissent 
avoirl'allure générale des chapiteaux delà première moitié 
du xn e plutôt que du xi e . Cette différence assez sensible 
entre les époques et surtout entre les genres de chapi- 
teaux du transept n'a absolument rien de mystérieux, 
pour qui est tant soit peu familiarisé avec les anomalies 
qu'offrent tant de monuments anciens (lesquelles ne 
sont souvent rien auprès d'anomalies autrement plus 
graves que présentent nombre d'églises modernes). Voici 
très vraisemblablement comment les choses se seront 
passées au xi e siècle lors de la construction du transept. 
Au cours de la construction même on n'aura sculpté 
qu'une partie des chapiteaux, soit par suite du défaut 
de ressources nécessaires, soit pour un autre motif. Plus 
tard, fin du xi e siècle, ou commencement du xn e plus 



— 402 — 

probablement, comme le croit M. Enlart, on aura fini 
la sculpture des chapiteaux en profitant des progrès 
réalisés dans l'intervalle par les sculpteurs : « Des pierres 
sculptées longtemps après avoir été posées ou demeurées 
en partie épannelées (1), témoign?nt de l'usage de ce 
procédé à diverses époques el dans diverses régions. » 
(C. Enlart, Manuel, T. I, p. 14). Dans l'église d'Avenay, 
près de Reims, la nef est du commencement du xin e 
siècle. Ses chapiteaux ont été sculptés au début du xvi e , 
sauf quelques uns qui sont demeurés à l'état d'épanne- 
lage. 





Vue de face Vue de côté 

Consoles du XI siècle supportant des arcs-doubleaux 

Tous les autres chapiteaux du transept nord ayant été 
entièrement mutilés ou transformés, nous ne pouvons 
savoir s'ils étaient semblables au chapiteau E. En L et 
en M sont des culs-de-lampe supportant l'arc-doubleau 
LM. En L, le cul-de-lampe était du XI e siècle. Nous en 
donnons un dessin. En M, il y avait, avant le XIII e siècle, 
un pilastre. Au moment où l'on construisit au nord un 
bas-côté, pour le faire communiquer avec le transept, 
on établit une arcade (OP) ; le pilastre fut naturellement 



(1 » On appelle pierre épannelée « celle qui est dégrossie de façon 
à présenter la forme d'ensemble du relief que l'on veut en déga- 
ger, i/ 



- 403 — 

supprimé, et son chapiteau transformé en console, mais 
sans aucun ornement. 

Le lecteur peut se demander ce que sont devenus les 
chapiteaux qui nous étaient parvenus intacts. Chapi- 
teaux conservés et chapiteaux mutilés ont été traités 
avec une parfaite égalité et un même, respect. Jetés à 
terre sans précaution par les ouvriers qui démolissaient 
l'église, presque tous avaient résisté au choc. On sut 
leur faire expier cette injustifiable résistance. Ils furent 
avec soin brisés et coupés en plusieurs morceaux. Cela 
pouvait être profondément regrettable au point de vue 
archéologique; mais on a pu, du fait de ce vandalisme, 
gagner 1 fr. 95 de plus qu'on n'espérait et cet avantage 
compense d'une manière intelligente la perte que 
l'Archéologie Vendéenne a faite (1). 

Comme nous l'avons dit précédemment, au xm e siècle, 
près du contrefort nord-ouest, une petite porte avait été 
établie. Nous avons connu à cet endroit un confessionnal 
affreux du xvm e siècle qui ressemblait assez bien à 
une armoire. Un souvenir précieux s'y rattachait. C'est 
là, en effet, que Monseigneur Chauveau, vicaire à Chal- 
lans, de 1839 à 1843, confessait. 

4° La Double-Piscine du Transept Nord. — Près de là, 
sous la fenêtre, un peu à droite, on apercevait une petite 
arcade en plein-cintre sans aucun ornement. Les uns 
disaient que c'était une ancienne porte et les autres sou- 
tenaient qu'il y avait eu. en cet endroit, une statue de 
Saint Jacques. Nous n'avons point eu la preuve qu'il 
avait existé là une statue de Saint Jacque:. Quant à 
l'hypothèse de la porte, l'examen du mur à l'extérieur 
nous l'avait fait vite abandonner. 

Le 29 mai 1897, nous avions la bonne fortune de décou- 
vrir dans cette excavation une double piscine. Le sol 



(1) Le chapiteau dit « d'Adam » a été coupé en quatre, parce 
qu'il était trop embarrassant à empoter (!). Il est dans un mur. 
Elles sont nombreuses les constructions récentes de Challans et 
des environs qui recèlent des sculptures de l'ancienne église. 



404 



primitif ayant été exhaussé au xm c ' siècle, puis en 1843- 
1846, ces piscines n'étaient plus qu'à m. 20 au dessus 
du sol. lui reconstituant les dispositions primitives de 
l'église, on constatait qu'elles avaient été jadis à la hau- 
teur normale. 

L'excavation qui les renfermait avait m. 86 de hau- 
teur, m. 80 de largeur et m. 36 de profondeur. On 
n'apercevait ni moulures, ni sculptures. Les pierres 
formant l'excavation étaient unies par un beau sable 
comme dans les autres murs du xi 1 ' siècle ; et il en résul- 
tait que cette ouverture était bien d'origine romane, 
faite par conséquent au XI e siècle en même temps que 
l'édifice. 

La double piscine était faite de deux pierres de Saller- 





Double piscine du transept de l'Ancienne Eglise de Challans 



taine juxtaposées, creusées chacune en forme de pyra- 
mide renversée, chaque côté ayant m. 21 c. Ces piscines 
avaient été remplies de chaux ; à quelle époque ? Nous 
l'ignorons. Toujours est-il qu'au moment de la décou- 
verte, le souvenir des piscines avait disparu depuis long- 
temps. Un jour où le temps était humide, nous consta- 
tâmes et non sans étonnement, des différences de teintes 
sur la surface horizontale de l'excavation. Les nuances 
se précisèrent et nous vîmes des carrés. L'idée de piscines, 
de bassins, nous vint à l'esprit. Quelques instants après 
les carrés étaient creusés, et nous versions de l'eau dans 
les piscines ; l'eau s'écoula immédiatement, preuve que 
les conduits existaient encore. 



— 405 — 

Une question se posa naturellement tout de suite : les 
piscines découvertes dans une excavation du xi e siècle 
appartenaient-elles, elles aussi, à cette époque loin- 
taine? (1) 

Non, très probablement, et voici ce qui aura été fait 
au xi e et au xm e siècle. Au xi e siècle, lors de la cons- 
truction de l'église, dans l'excavation, on aura placé un 



(1) M. de Caumont affirmait que « sur plus de 1.200 églises dans 
lesquelles il avait remarqué des crédences (ou piscines), pas une 
ne remontait au-delà du xm e siècle ou de la fin du xn e , et que 
toutes étaient en ogives, divisées sur la hauteur par une esvèce 
de planchette en pierre. » - Abeced. d'Archéol. relig. — Mais 
comme le remarque judicieusement M. l'abbé Mallet, dans le t. II 
de son cours, il ne faudrait pas conclure absolument de cette affir- 
mation que les piscines n'existèrent pas avant le xn e siècle. Nous 
avons en effet une ordonnance très explicite du pape Léon IV, 
élu en 847, qui prescrit de préparer dans la sacristie, ou près de 
l'autel, un endroit d'où l'eau puisse s'écouler lorsqu'on lave les 
vases sacrés ; et qu'il y ait là, avec de l'eau, un linge pour que les 
prêtres se lavent les mains après la communion. Au xi e siècle « le 
célèbre Hincmar, archevêque de Reims, recommanda à ses prêtres 
d'établir une piscine dans toutes les églises, et près de l'autel prin- 
cipal. » Dans ce temps, nul ne l'ignore, le prêtre ne se lavait pas les 
mains à l'autel, comme il le fait aujourd'hui. Au Lavabo, et après 
la communion, il descendait à la piscine, laquelle était toujours 
placée à droite de l'autel. 

Généralement, il n'y avait qu'un bassin. Par conséquent, après 
la communion, le prêtre se purifiait les doigts « dans un vase spé- 
cial dont le contenu était ensuite jeté dans la piscine elle-même.» 
Dans le courant du xn e siècle, dit M. l'abbé Mallet, plusieurs 
monastères très fervents ne trouvant pas assez respectueux de 
mêler ainsi aux eaux ordinaires, par exemple à celles qui avaient 
servi au Lavabo de la messe, une eau qui pouvait contenirdesaintes 
parcelles restées attachées aux doigts du prêtre, prescrivirent à 
leurs religieux de boire cette eau aussi bien que le vin qui avait servi 
à purifier le calice ; et à la fin du siècle, Innocent III (1198-1216), 
touché par cet acte de profonde vénération, voulut l'imposer à 
tous les prêtres. On comprit généralement la sagesse de ce change- 
ment dans la liturgie, pourtant plusieurs prêtres éprouvèrent 
une grande répugnance à boire la rinçure de leurs doigts, puis une 
habitude de plusieurs siècles est difficile à déraciner complètement. 
Alors on prit un moyen terme qui paraissait concilier le respect dû 
au St-Sacrement avec l'usage suivi jusque là, et en même temps 
tenir compte, sinon de la décision du souverain pontife, du moins 
des motifs qui l'avaient occasionnée : on établit deux piscines, 
l'une pour recevoir les ablutions ordinaires, l'autre exclusivement 
réservée aux ablutions du saint sacrifice. Mallet, t. II. M. Enlart 
signale deux cuvettes (ou double piscine) du xn e siècle, à Saint- 
Pons-de-Guemenos, dans les Bouches-du-Rhône, et dit qu'au 
xm e siècle cette disposition est plus fréquente. 



— 406 — 

seul bassin. Plus lard, au xiii* siècle, l'usage de deux 
bassins ayant pénétré partout, on aura substitué à la 
piscine unique une double piscine. D'où il résulte que la 
double piscine du transept serait du xiir siècle. 

Le 23 août 1897, quelques jours avant la bénédiction 
de la nouvelle église, M. l'abbé Freland, curé-doyen de 
Challans, eut l'amabilité de nous offrir la double piscine 
du transept nord. Les deux bassins furent détachés le 
même jour du mur où ils étaient encastrés. Ils sont 
actuellement conservés dans notre collection archéolo- 
gique à Challans. 

La double piscine était jadis placée derrière un autel, 
un peu a droite comme le voulait la liturgie. L'autel 
élevé à peu de dislance du mur, était, au xvi e siècle, 
placé sous l'invocation de Saint-Eutrope, premier évêque 
de Saintes. - - C'est du moins ce que nous permettent de 
croire nos recherches sur l'emplacement des autels de 
l'ancienne église. —Le culte de Saint-Eutrope est constaté 
cà Challans dès l'an 1413. 

5o Les fouilles de 1897-1899. - - Les fouilles pratiquées 
dans le transept nord a la fin de l'année 1897 ont amené 
la découverte : 

1° D'un pavé en carreaux rouges du xm e au xvi e siè- 
cle - trouvé cà 1 m. du sol du xix e siècle ; 2 P d'un second 
pavé, du XI e siècle, trouvé à Om .50 au-dessous du dallage 
du xm -xvi 1 ' siècles, soit à 1 m. 50 au-dessous du niveau 
que nous avons connu. L'église était énormément 
enfoncée. Le même phénomène s'observe à Beauvoir- 
sur-Mer.. Ce second dallage, est-il dit dans un article 
de VEtoile de la Vendée, « repose sur le lit d'une 
espèce de terre glaise qui est très commune dans le 
pays. » (1) Comme l'auteur de cet article ne dit point en 

(1) Il faut savoir gré à M. l'abbé Joseph Thibaud, alors vicaire 
à Challans. aujourd'hui curé de Sant-Florent-des-Bois, d'avoir fixé 
ces détails intéressants dans l'Etoile de la Vendée. Sans lui nous 
n'aurions .jamais pu savoir d'une façon précise et certaine le 
résultat des fouilles. 



— 407 



quoi consistait ce second dallage, ce qu'il fait pour le 
premier, nous pensons qu'il y a confusion dans les ter- 
mes. La très mauvaise impression de l'article autorise 
à le croire. Selon nous, il faudrait lire ceci : ce second 
dallage « se composait d'un lit d'une espèce de terre 
glaise... » ; 

3° On a également découvert une couche de très beau 
sable rouge sous le dernier pavé. 

Le pavé que nous avons connu se composait, dans le 
transept, de magnifiques pierres tombales en granit. Une 
seule avait conservé trace de ses inscriptions, on lisait : 

16 C'est tout ce qu'il nous est resté des épitaphes 

gravées sur ces pierres et qu'on lisait en- 
core en partie il y a 60 ans. En 1846, ces 
dalles funéraires extraites du pavé des 
xm e -xvi c siècles, furent placées dans le 
transept où nous les avons connues. 

Durant le moyen-âge et jusqu'au règne 
de Louis XVI, les curés et les membres 
des familles nobles ou marquantes étaient 
inhumés dans les églises. 

Sous le sol du xi e siècle, on a retrouvé 
beaucoup de squelettes. Tous étaient par- 
faitement conservés et avaient la tête 
à l'occident et les pieds à l'orient. Beau- 
coup n'avaient point de cercueils, car on n'en a trouvé 
aucune trace. Une ligne de pierres et de briques indiquait 
seule les dimensions de la tombe. Les corps qui reposaient 
sous le dallage du xi e siècle, avaient été inhumés entre 
le xi e et le xm e siècle. Près de la porte occidentale qui, 
dans l'église du xi e siècle, était peu importante, on a 
trouvé sous le sol primitif une pierre tombale assez 
curieuse. Plus large à la tête qu'aux pieds, elle portait 
à la tête une croix dessinée dans un cercle. Du cercle 
tombaient deux lignes, lesquelles, s'il faut crojre certains 
renseignements qui nous ont été donnés, rencontraient 
dans le bas d'autres lignes pour former une autre croix. 




408 



Le dessin ci-contre donne une idée de la pierre avant 
sa mutilation. Il n'y avait trace d'aucune inscription. 
Cette pierre tombale, du xn e ou du xnr siècle, a eu sa 
partie intérieure brisée depuis sa découverte. Elle a été 
vendue à M. Joseph Barreau, du village de la Gazon- 
nière, qui en a fait un seuil de porte. 

Les archives locales ne nous ont point conservé les 
noms des prêtres et des fidèles inhumés dans l'église de 
Challans du xi e au xm e siècle. 

6° Les voûtes du transept. - Il nous reste une dernière 
question à étudier : celle des voûtes. 

Antérieurement à l'an 1000, « presque toutes les églises 
sur les bords du Rhin, en Aquitaine, en Bourgogne, en 
France, étaient en pierres et couvertes en bois.» (1) Lors 
des invasions des Normands, il suffisait à ceux-ci « de 
mettre le feu à la menuiserie de l'intérieur pour que la 
flamme gagnât la toiture. Celle-ci s'effondrait, les co- 
lonnes ne tardaient pas à éclater et à entraîner les murs 
dans leurs ruines. » (2) AprèsQ'an 1000, « on se mit par 
toute la terre, particulièrement en Italie et dans les 
Gaules, à renouveler les vaisseaux des églises. On eut dit 
que le vieux monde se secouait pour dépouiller sa vieil- 
lesse et revêtir une robe blanche d'église. Enfin, presque 
tous les édifices religieux, cathédrales, moùtiers (monas- 
tères, couvents) des saints, chapelles de village, furent 
convertis par les fidèles en quelque chose de mieux. » 
Ainsi s'exprime l'historien Raoul Glaber, moine béné- 
dictin qui vivait à l'abbaye de Cluny, dans la première 
moitié du xi e siècle. Le grand mouvement qu'il signale 
eut pour caractère principal la construction des voûtes 
dont on sentait fort le besoin au souvenir des ravages 
causés par les Normands. Si ces barbares avaient trouvé 
des églises voûtées « ils auraient eu beau mettre le feu 

(1) Edouard Corrover. L' Architecture romaine. Paris, 1888, 
p. 161. 

(2) Jules Quicherat. Mélanges a" Archéologie, cité par Ed. Cor- 
royer, op. cit., p. 162. 



409 



dedans et au dessus, la construction n'aurait éprouvé 
que des dégâts partiels. » On comprend dès lors de quel 
intérêt est l'étude des premières voûtes construites après 
l'an 1000. Et c'est précisément le cas pour le transept 
de la vieille église de Challans. 

Les voûtes de ce transept étaient en effet les plus 
anciennes de la contrée, et les premières faites dans le 
marais. 

1° C'était les voûtes les plus anciennes de toutes les 
églises romanes du marais de Challans, parvenues 
jusqu'à nous. 

Voici l'ordre que nous établissons dans l'évolution 
des voûtes de nos églises. Nous disons « des voûtes ». 
Nous ne nous occupons donc pas des murs et des fonda- 
tions : 

Challans. — Voûtes en berceau, uniquement. 

Saint-Filbert de Noirmoutier. — Voûtes en ber- 
ceau et voûtes d'arête. 

Sallertaine. — Voûtes en berceau et voûtes à coupole. 

Beauvoir-sur-Mer. Voûtes en berceau et voûtes 
à coupole. 

Ces voûtes d'arête ou à coupole s'imposaient pour le 
milieu du transept. Là où l'on savait voûter cetespace, 
on était évidemment plus avancé que là où on ne le 
savait pas. 

2° Les voûtes du transept de Challans furent des pre- 
mières faites dans le pays après l'an 1000. Toute l'argu- 
mentation repose justement sur le fait de l'absence de 
voûtes dans le centre du transept. A l'origine, les archi- 
tectes romans n'ont rien essayé de créer : l'antiquité 
leur avait laissé la voûte en berceau, la voûte d'arête 
et la coupole, ces deux dernières issues du principe 
constitutif de la voûte en berceau. Si l'on admet que la 
voûte en berceau a précédé la voûte d'arête, il faut 
aussi reconnaître que généralement les églises où la 
voûte en berceau et la voûte d'arête sont employées 
simultanément, sont postérieures aux églises où existe 



410 — 

seule la voûte en berceau et où la voûte d'arête est igno- 
rée. Ainsi l'église Saint-Filbert de Noirmoutier possède, au 

transept, des voûtes en berceau du XI e siècle, et clans 
la crypte, des voûtes d'arête également du \r siècle. 
A l'église île Challans, chaque partie du transept avait 
une voûte en berceau, mais sous le clocher, où Ton ne 







Voûtes du Transept nord 

A) Arcade du XIII siècle faisant communiquer le bas cote 

avec le transept. 

B) Fenêtre ogivale. 

C) Arcade du XI e siècle. 

D) Grande arcade fermée que l'on apercevait dans le mur nord 

du clocher. 



pouvait pas prolonger la voûte en berceau du transept, 
il fallait, pour voûter convenablement cette travée, 
une voûte d'arête. — Nous ne parlons pas des voûtes 
à coupoles et à croisées d'ogives de Sallertaine et de 
Beauvoir-sur-Mer : elles appartiennent à la grande 
famille des voûtes Plantagenet et sont du xir siècle. 



411 



Or, au centre du transept, il n'y en avait pas et il n'y en 
avait jamais eu. Nous concluons : Au moment de la 
construction des voûtes de la crypte de Saint-Filbert de 
Noirmoutier, les architectes étaient capables de faire 
des voûtes d'arête, tandis qu'au moment de la cons- 
truction de l'église de Challans, on ne savait, ou on ne 
pouvait que faire des voûtes en berceau, beaucoup plus 
faciles à établir que les voûtes d'arête. 11 y a donc eu un 
progrès à la crypte de Saint-Filbert de Noirmoutier (1) 
et à Sallertaine il y a eu progrès sur Noirmoutier et à 
Beauvoir-sur-Mer, progrès sur Sallertaine. (2) 



(1) 11 est bien évident que nous ne parlons iei que des voûtes 
de la crypte de Noirmoutier, et qu'en voyant ces voûtes du 
xi 1 ' siècle nous ne pensons pas que les murs de la crypte ne soient 
pas antérieurs à eelte époque. 

(2) Nous prévoyons une objection : Il est exact, nous dira-t-on, 
que la voûte en berceau a précédé la voûte d'arête, niais chez 
lés Romains seulement ; au XI e siècle les deux systèmes étaient 
connus simultanément, par conséquent l'emploi exclusif de la 
VOÛte en berceau n'établit pas une priorité d'ancienneté relati- 
vement aux églises où la voûte d'arête est employée. Nous 
répondons. Oui, théoriquement la voûte d'arête était connue au 
moins de certains constructeurs. Pratiquement, au début surtout, 
on parut l'ignorer presque partout. Il est en effet hors de toute 
contestation que la majorité des architectes, pour voûter les 
églises, procéda avec la plus grande timidité, et que pendant le 
\ 1'' et le X 1 I e siècle, il n'y eut que des essais pour atteindre un 
système parlait qui devait être la voûte sur croisée d'ogives. Ceci 
admis, il faut reconnaître qu'on partit du moins parlait (la voûte 
en berceau), l.a chose est si vraie, que les are itectes qui vou- 
lurent faire des voûtes d'arête, ne purent généralement recons- 
tituer ce système tel que les Humains l'avaient pratiqué. Ils 
durent le simplifier et l'essai de ces voûtes d'arête fut même si 
timide qu'on les plaça dans les bas-côtés, pendant (pie la nef 
et, lit couverte d'une voûte en berceau, ainsi à Youvenl en Ven- 
dée, et à Notre l)ame-la-('irande, à Poitiers. « Les architectes 
essayèrent d'abord la voûte en berceau » dit l'abbé Mallet : prin- 
cipe très longuement et très savamment développé par M. Enlart 
dans son Manuel, et que les faits prouvent péremptoirement. 

Notons que la travée centrale du transept de Challans était 
barlongue : c'était une difficulté de plus pour la voûter même 
avec une voûte d'arête. Il est vrai que dans la crypte de la basi- 
lique Saint-Eutrope, à Saintes, on a su vaincre cette difficulté. 
Mais, outre que les voûtes de cette crypte sont du XII e siècle 
(Viollet-le-Duc, Dictionnaire raisonné IV, 159), il y avait entre 
Saint-Eutrope de Saintes et X'.-D. de Chai. ans, disparité de 



— 412 

De ce fait, il ressort que l'église élevée à Challans au 
xi 1 ' siècle était, de toutes les églises romanes de la région 
(Marais de Challans), la plus ancienne, ou l'une des 
premières églises bâties après l'an 1000. 

A l'intérieur du transept nord, au dessus delà fenêtre 
pratiquée dans le pignon, le mur devenait tout à coup 
moins épais, cela était dû sans doute à quelque répa- 
ra lion. 

L'espace occupé par le milieu du transept n'était pas 
carré, mais seulement rectangulaire. Il avait 7 m. sur 
4 m. 90. Comme nous venons de le dire, aucune voûte 
n'y avait été pratiquée, de telle façon qu'on voyait tout 
le plancher du beffroi. Dans le mur nord qui supportait 
le clocher et que supportait l'arc-doubleau CE, on aper- 
cevait une ouverture, porte ou fenêtre en plein-cintre. 
Nous l'avons toujours connue fermée. C'était, croyons- 
nous, une ouverture destinée à pénétrer sur les voûtes 
du transept nord. 

7° Ouvertures et ares. — Tous les arcs, arcs-doubleaux, 
arc abritant la double-piscine, etc., étaient en plein- 
cintre. C'est une preuve de l'antiquité de l'église de 
Challans, car dans les églises de Sallertaine et de Beau- 
veoir l'arc-brisé ou arc en tiers-point (vulgairement 
ogive) est employé. 

Voici l'ordre des églises ci-dessus mentionnées, pour 
l'évolution des arcs : 

Noirmoutier ) ... 

_, „ Arcs en plein-cintre uniquement. 

Challans ) 

Sallertaine : Arcs en plein-cintre et arcs en 

tiers-point. 

Beauvoir-sur-Mer : Arcs en tiers-point uniqument. 

Telle était notre église du xi e siècle. Nous avons essayé 

de la reconstituer, et, par là même, de donner aux archéo- 

i 

ressources, et peut-être disparité de science de la part des 
constructeurs. 

D'après M. l'abbé J. Thibaut (ioc. cit.), les voûtes du transept 
étaient « en briques sur champ. » 



- 413 — 

logues l'étude d'un monument intéressant et conserver 
à nos concitoyens la description d'un édifice plein de 
souvenirs très chers (1). 

k Depuis sa construction jusqu'aux modifications impor- 
tantes qu'elle subit après l'an 1223, l'église de Challans 
continua d'être desservie par des Bénédictins formant 
le prieuré de Challans auquel fut plus tard substitué le 
presbytère (2). 

$t Les Bénédictins, à Challans, étaient sous la direction 
d'un prieur. 

Le prieur était nommé par l'Abbé du monastère de 
N.-D. de Luçon. Les Archives du Bas-Poitou nous ont 
conservé le nom de deux prieurs, ce sont : 

1° « Villelmus capellanus de Chalant. » Guillaume, 
chapelain de Challans (3). Le titre de chapelain équivaut 
ici à celui de prieur. Ce « Guillaume » assistait en l'an 
1172 à la consécration de l'église de Sallertaine. 

2° L'autre nom conservé est celui d'un certain 
Robert, prieur de Challans : « Robertus, prior de Cha- 
lando », lequel vivait en l'an 1203 (4). Ce fut donc l'un 
des derniers prieurs qui célébrèrent la sainte messe 
dans le chœur de l'église du xi e siècle. 



( A suivre. ) 

(1) C'est dans le transept, sous le clocher que, pendant les funé- 
railles, on déposait les corps de nos parents et de nos amis. 

(2) Le prieuré de Challans, dont l'enclos a porté ce nom jusqu'au 
début du xix e siècle, n'est autre que la maison et le jardin actuelle- 
ment occupés par le docteur Henrot, et où habitait il y a quelques 
années le docteur Dodin, maire de Challans. Le presbytère est 
l'immeuble actuellement occupé par M. le curé-doyen de Challans 
et ses vicaires. 

(3) Cartulaire du Bas-Poitou, p. 188. 

(4) Cartul. du Bas-Poitou, p. 192. 



DÉCOUVERTE D'UN OBJET D'ART ANCIEN 



Nantes, le 16 juillet 1908. 

Rapport de l'Ingénieur auxiliaire 

Le 20 juin dernier, un ouvrier de l'entreprise Charrière, 
occupé au creusement d'une tranchée d'égout, rue du 
Cheval-Blanc, a mis à jour un objet d'art, en os, ayant la 
forme d'une rondelle et représentant sur une face un 
oiseau symbolique. 

L'objet a été trouvé à 15 mètres environ en deçà de 
l'extrémité est de la rue du Cheval-Blanc, à 5 mètres au- 
dessous de la chaussée de la rue ou à la cote (2,30) au- 
dessus du zéro de la Bourse. Il était enfoui dans une 
couche de tourbe comprimée contenant de nombreux 
troncs d'arbres dont quelques-uns (chênes) étaient bien 
conservés. 




A quelques mètres de ce point, vers la rue St-Léonard, 
se trouve une pointe de rocher dur qui devait autrefois 
former promontoire vers le marais de l'Erdre. 

Soc. Archéol. Nantes. 28 



— 416 — 

La nature de l'objet, son originalité et sa situation 
dans le sol au moment de sa découverte nous font suppo- 
ser qu'il est très ancien et qu'il peut, par suite, servir à 
l'étude de l'origine de la cité nantaise. 

.Nous proposons de le faire déposer au Musée après 
examen de la Société archéologique. 

Nantes, le 16 juillet 1908. 

L'Ingénieur auxiliaire, 

L. PRIMAULT. 
Vu. 

Pour le Maire, 

L'Adjoint délégué aux Travaux publics, 

E. GOUILLARD. 

N.-B. - - Cet objet se rapproche beaucoup, par sa forme, 
sa nature et ses caractères généraux des Tessères du xi c 
siècle trouvés par l'abbé Baudry, curé du Bernard à Curzon 
(Vendée), décrits et dessinés dans le « Bulletin de la 
Société des Antiquaires de l'Ouest ». (Bulletin l L ' r trimestre 
1864. l re série, 10. page 35G). 

M. Adrien Blanchet, le savant conservateur du Musée 
du Louvre, auquel l'objet a été soumis, le considère égale- 
ment comme un tessère. 

Quel était l'usage de ces rondelles ? Tout porte à croire 
qu'elles devaient être appliquées comme ornenement sur 
une surface quelconque. Un fait certain, c'est que le bau- 
drier de chevalerie des xi et xn était orné de disques et de 
losanges qui pouvaient avoir été plus d'une fois exécutés 
en ivoire, en os, en corne de cerf et autres substances 
analogues. Ce qui prouverait peut-être que le tessère trouvé 
à Nantes, n'avait été sculpté que pour servir d'ornement 
à la personne du guerrier ou à ses armes, c'est qu'il est 
percé de petits trous sur le rebord. 

A. D. 



L'EGLISE ET LA PAROISSE SAINT-LAURENT 

DE NANTES 



L'église de Saint-Laurent se trouve près de la Cathédrale, 
au fond de l'impasse à laquelle elle a donné son nom (1). 

Il en a été détruit une partie considérable : tout le 
chœur et le côté de l'épître. Il n'en reste plus qu'une par- 
tie de la façade et une partie du côté de l'Evangile, jus- 
qu'au bras du transept inclusivement 

La partie restante a été aménagée en maison d'habita- 
tion. Extérieurement les fenêtres percées dans la façade 
lui enlèvent tout caractère religieux. Mais, à l'intérieur, 
on en découvre le portail, les piliers avec l'amorce de leur 
arcade, une porte qui ouvrait sur l'escalier de la tribune, 
une fenêtre ou une porte qui s'ouvre d'un bras du tran- 
sept sur un corridor, et les trois murs du transept du côté 
de l'Evangile. 

La porte était juste au milieu de l'ancienne église. En 
partant de cette donnée, nous avons pu indiquer l'endroit 
exact où il fallait chercher les fondations du mur méri- 
dional rasé jusqu'au sol. 

D'après un document de 1680, l'église avait 29 pieds de 
façade et 86 de profondeur. 

Dans l'état actuel de cette église, pour avoir une 

(1) Cette impasse était autrefois une rue qui donnait sur ce qui est 
actuellement le cours Saint- Pierre. Pour plusieurs raisons dont le 
développement nous détournerait de notre sujet, nous croyons que 
cette rue passait au nord de l'église et même du presbytère qui la 
bornait au nord et que la porte par laquelle elle sortait de ville doit 
être cherchée dans l'axe du petit passage actuellement clos qui se 
trouve entre la cure de Saint-Pierre et l'ancien presbytère de Saint- 
Laurent. Les fouilles faites sur ce point ont été malheureusement 
contrariées par un égoût qui traverse en diagonale ce passage: 
mais on y trouve pêle-mêle des débris de construction romaine qui 
prouvent que ce fond a été complètement bouleversé. 



— 418 — 

idée de ce qu'elle était autrefois, nous ne pouvons 
donc plus que recourir aux anciennes descriptions qui 
en ont été faites. En voici deux, l'une du xvn e siècle, 
l'autre de l'époque de la Révolution. 

Notre première description relate la visite .faite par 
l'autorité diocésaine, le 29 avril 1G38. Nous l'insérons 
textuellement : 

« A la visite des autels, avons trouvé le grand autel en bon 
estât au hault duquel est le sacraire, et, au costé, saint Lau- 
rens et saint Sébastien en bosse ; à la contretable y a plu- 
sieurs figures en petit relief, comme est la tombe et le 
couronnement de la Vierge et la Visitation. Ordonnons, 
attendu que ledit autel est fort humide, qu'il y aura une 
toile cirée. 

L'autel de Nostre-Dame est en assés bon estât, et sur 
iceluy est la Nostre-Dame tenant son petit Jésus, à costé 
saint Christofle relevé en bosse; à la contretable, un tableau 
de saint Jean l'Evangeliste. 

Et à l'entrée du chœur, au hault, est un grand tableau où 
est le crucifix, et, à costé, la Vierge. 

A costé du grand autel, [du costé] de l'epistre, y a un 
autel. Sur la contretable y a un crucifix en bosse relevé, au 
pied duquel y a nombre de petites images, et sur lequel 
autel on nous a dict que l'on n'y celebroit point la messe ; 
aussy n'y a il qu'une nappe et n'y a point d'apparence 
d'avoir esté benist. « (1) 

t 

Nous empruntons notre seconde description au procès- 
verbal de prisage de l'église, fait en 1790. D'après cet acte 
« ladite église forme une seule nef, à l'extrémité de la- 
quelle, vers orient, est le maître-autel dont le tombeau, 
le retable et le tabernacle sont sculptés et dorés, les murs 
latéraux du cœur et sanctuaire sont décorés d'un lambris 
de hauteur en bois ; ...deux autres autels sont adossés 
auxdits murs latéraux; au-dessus de la porte d'entrée 
principale est une tribune' construite en bois avec une 
balustrade en fer, et dans laquelle on parvient par un 

(1) Archives départementales, G 47, f° 39. 



— 419 — 

escalier à noyeau et en bois établi dans l'angle nord et 
occident de l'église. Ladite église est carrelée en carreaux 
de terre cuite, et la couverture est recouverte par un lam- 
bris en bois formant un demi cercle ; au côté méridional 
est une ruelle de 33 pouces de largeur servant tant à iso- 
ler l'église qu'à recevoir l'égout des eaux pluviales. Le 
bénéfice de la Chantrerie a aussi jour et égout sur ladite 
ruelle dans laquelle on parvient par une porte donnant 
dans l'église ; au derrière du sanctuaire est la sacristie, 
ayant jour sur la ruelle cy-dessus et sur la couverture par 
des verfes morts pratiqués en icelle ; porte d'entrée par 
le sanctuaire ; au pourtour des murs sont des armoires 
pour l'usage de la sacristie. » (1) 

La superficie totale est de 1.855 pieds. 

Rien ne reste aujourd'hui de tout ce qui est relaté dans 
ces descriptions. Par contre, on remarque, dans l'église, 
une chose dont la dernière au moins aurait pu dire un 
mot. 

A l'intérieur, à quelque distance de la porte, on des- 
cend par quelques marches dans un caveau. 

Ce caveau est divisé en quatre parties par deux murs 
qui se croisent. L'escalier situé à l'intérieur de l'église ne 
donne accès que dans deux de ces parties. On descend 
dans les deux autres par un autre escalier situé actuel- 
lement dans la cour et fermé par une grille. 

Au premier abord, l'aspect de ce caveau est bien de 
nature à exciter la curiosité. A quelle époque remonte- 
t-il ? A quel usage servait-il ? Voici ce que nous avons 
trouvé sur ces deux points : 

En 1763, lisons-nous dans un mémoire relatif à ce 
sujet (2), le Général de la paroisse obtint un arrêtdu Par- 
lement « qui lui permit de faire construire dans son église 



(2) Archives départementales, série Q, liasse 6, n° 748. 

(1) « Mémoire instructif touchant le caveau en l'église de Saint- 
Laurent de Nantes que le Général de la paroisse demande à la 
Cour d'être authorisé à vendre à quatre familles. » Arch. départ., 
G 485. 



— 420 — 

un grand caveau pour y déposer tous ses morts. Ce ca- 
veau, construit en quatre caves différentes avec une en- 
trée commune à toutes, a servi pendant neuf ans à la 
sépulture de tous les paroissiens décédés, sans qu'il y soit 
arrivé le moindre inconvénient. » 

En 1774, lors de la création du cimetière de la Bouteil- 
lerie pour la plupart des paroisses de Nantes, « le Général 
de Saint-Laurent, qui depuis neuf ans avoit fait construire 
à grands frais un caveau beaucoup plus que suffisant pour 
la sépulture de tous ses habitants, et qui, par cette rai- 
son, n'avoit point besoin de cimetière, ne voulut jooint se 
joindre aux Généraux des autres paroisses qui avoient 
besoin de cimetière. Cependant, le terrain pour faire ce 
cimetière étant désigné, on comprit dans le nombre des 
paroisses qui dévoient y inhumer leurs morts celle de 
Saint-Laurent. Le Général de celle-cy, qui a toujours été 
ennemi des discussions, ne s'y étant point opposé, y a tou- 
jours depuis inhumé ses habitants décédés. De là, ce 
grand caveau construit dans son église lui est devenu 
inutile. 

Dans cette circonstance, le Général de la paroisse de 
Saint-Laurent, n'ayant pour toute rente fixe que 102 1. 
que lui donnent les bancs placés dans l'église, et cette 
petite somme n'étant pas, à beaucoup près, suffisante 
pour faire face aux dépenses nécessaires à l'entretien 
de son église, et désirant par cette raison se créer de plus 
grands revenus, ne voyant point d'autre moyen d'y réus- 
sir que par la vente de leur caveau en question à quatre 
familles différentes pour la sépulture desdites familles 
à l'exclusion de toutes les autres », songea à procéder à 
la vente de ce caveau. Mais le Bureau de la ville, crai- 
gnant les exhalaisons qui pourraient en sortir lors des 
inhumations, fit opposition à ce projet qui, malgré un 
recours fait au Parlement par le Général de la paroisse, 
semble n'avoir pas abouti. 

La partie la plus intéressante de l'église de Saint-Lau- 
rent est le mur qui fait le fond du transept restant et qui 



— 421 — 

se prolonge dans le même axe jusqu'à la rue. En l'exami- 
nant à l'extérieur, c'est-à-dire dans la cave de l'ancienne 
cure, qui la limite au nord, on constate qu'il a été cons- 
truit suivant la tradition des Romains, en petit appareil, 
avec des chaînons de larges briques. 

Au premier abord, on serait tenté de le prendre pour 
un mur gallo-romain ; mais ce petit appareil et ces chaî- 
nons sont très irréguliers. Au lieu d'être liés par ce qu'on 
est convenu d'appeler le ciment romain, ils le sont par 
une mauvaise chaux mélangée parfois de terre. Leur soli- 
dité a souffert de la mauvaise qualité de ce mélange; 
dans plusieurs endroits le mur est boursouflé : il a fallu le 
consolider, ainsi que l'étage qui se trouve au-dessus de 
cette cave, par d'énormes poutres soutenues par des 
piliers de bois plantés exprès dans ce but. Un document 
que nous citons plus bas, nous autorise à placer cette 
dernière réfection vers 1763. 

Ce mur présente des différences frappantes avec le 
mur gallo-romain de l'enceinte de Nantes. Pour en juger, 
on n'a qu'à le comparer avec la petite partie de cette 
enceinte que l'on peut voir actuellement sur le Cours 
Saint-Pierre, entre la terrasse de la cure de Saint-Pierre 
et l'escalier qui descend de l'angle du Cours dans la rue 
Prémion. 

Les murs de toutes les terrasses qui régnent entre ces 
deux points extrêmes, ont été élevés sur la vieille enceinte 
gallo-romaine. Il y a un certain nombre d'années, on en 
voyait encore, sur le Cours, le petit appareil ; il a, depuis, 
uniformément disparu sous une couche de ciment ; mais 
il n'y a, sur bien des points, qu'à enlever cette couche 
pour remettre cet appareil à jour : ce qui serait, pour les 
Nantais, une grande curiosité. 

Pour ces différentes raisons, nous ne croyons pas que 
le vieux mur conservé par l'église Saint-Laurent remonte 
à la bonne époque Romaine: il nous semble que jamais 
les Romains n'ont aussi mal bâti. Nous nous croyons 
plutôt en présence d'une construction faite à une époque 



— 422 — 

où tous les arts étaient en décadence. Les maçons qui 
ont élevé ce mur avaient sous les yeux des modèles 
qu'ils cherchaient à reproduire. La vue des murs gallo- 
romains leur inspirait la pensée de les imiter : mais leur 
imitation était grossière, inintelligente ; au lieu de poser 
de temps en temps, comme de nouvelles assises, ces 
cordons de larges briques qui donnaient de la solidité au 
mur, en contribuant extérieurement à sa décoration, ils 
les inséraient ici ou là sans discernement. 

Tout en cherchant à reproduire d'une façon quelcon- 
que l'extérieur des murs gallo-romains, ils avaient perdu 
le secret du mortier qui en liait les parties. De là, le peu de 
solidité de notre mur qu'il a été facile de traverser avec 
un manche de pelle de part en part en son épaisseur de 
80 centimètres ; de là, la nécessité dans laquelle on s'est 
rencontré de l'étayer, ainsi que les poutres qui y sont 
engagées, avec ces nombreux piliers. 

A tout examiner, on se peut se demander si ce vieux 
mur n'est pas du X e siècle, et s'il ne date pas de la recons- 
truction de l'église Saint-Laurent après le départ des 
Normands. 

On peut juger de l'état dans lequel se trouva alors la 
ville de Nantes par celui de la Cathédrale. Quand Alain 
Barbe-Torte, vainqueur des Normands, s'y présenta 
après sa victoire, les abords en étaient obstrués par des 
ronces, la toiture disparue, les murs en ruines. 

S'il en était ainsi de la Cathédrale, que penser des 
églises moins importantes ? 

Dans la reconstruction qu'ils en entreprirent alors, les 
Nantais surent remployer les matériaux que les démoli- 
tions précédentes mettaient à leur disposition. Ainsi 
s'expliquerait le remploi de ces petites pierres et de ces 
grandes briques qui avaient appartenu à' des édifices plus 
anciens et ruinés. 

Quoi qu'il en soit, la vue de ce vénérable mur a inspiré 
à la Société d'Archéologie la penséede pratiquer sur ce 
point des fouilles qui ont donné un certain résultat. On a 



— 423 — 

trouvé des briques romaines, des tuiles à rebord, des 
dallages en ciment romain. Tout prouve qu'il y a eu dans 
cet endroit des constructions qui remontent aux premiers 
siècles historiques de Nantes. 

Pour donner notre opinion personnelle sur ces fouilles, 
nous croyons qu'il y avait là, antérieurement au vn e siè- 
cle, une construction sur la nature de laquelle les don- 
nées recueillies jusqu'ici ne projettent qu'une lumière 
insuffisante. L'existence de cette construction nous est 
révélée, par la rencontre en certains endroits, d'un vieux 
dallage où l'on trouve de vrai ciment romain. 

Sur cet emplacement a été construite la très ancienne 
église de Saint-Laurent. Aucun document écrit ne permet 
d'en assigner l'existence à cette époque lointaine, mais de 
nombreuses considérations, trop longues à développer ici, 
ne nous laissent aucun doute sur ce point. 

Cette église devait présenter une forme rectangulaire, 
et cette forme a été respectée lorsque, d'après notre avis, 
après les invasions Normandes, on a reconstruit le mur 
qui nous occupe et qui, autant qu'on en peut j uger par l'état 
des lieux, avait pour parallèle lemurremplacéaujourd'hui 
par le mur septentrional de l'hôtel Marion de Beaulieu. 

Dans cet espace rectangulaire, au xiv e siècle, lors de la 
construction de la dernière église de Saint-Laurent, on a 
inscrit une croix dont le transept a utilisé pour ses deux 
fonds le mur de l'église précédente, laissant vagues les 
quatre coins qui restent d'un rectangle quand on y 
inscrit une aire cruciforme qui occupe tout le milieu du 
rectangle dans sa longueur et dans sa largeur. §y ^| % f. 

Cette reconstruction de l'église a été faite sous Charles 
de Blois, mort en 1364. Nous voyons, en effet, par le pro- 
cès de sa canonisation, qu'il fournit le bois qui fut alors 
employé (1). 



(1) « Ad reedificandum Ecclesiam S. Laurenlii Nannet. dédit de 
nemoribus suis usque ad valorem LXXX regalium auri». D.Morice, 
Histoire de Bretagne. Preuves,*t. il, col. 8. D'après Travers, t. i, 
p. 436, le royal or fin de 63 au marc était à 20 sols en 1360 et 1364. 



— 424 — 

Fournier, dans son Histoire lapidaire de Nantes, a 
donné le texte, d'une inscription qui place en 1356 la 
construction de l'église de Saint-Laurent, et d'autres 
auteurs ont répété ce renseignement (1). Le texte de l'ins- 
cription n'est pas plus authentique que celui de beaucoup 
d'autres inscriptions données par cet ouvrage. Mais la 
date de 1356 peut être exacte : Fournier l'a empruntée à 
Ogée (2), qui avait pu la trouver dans des documents 
disparus. 

L'église de Saint-Laurent a subi quelques remanie- 
ments au xvii e et au xvm e siècles. 

En 1663, les paroissiens de Saint-Laurent voulurent 
obliger les bénéficiers de la Cathédrale qui avaient leurs 
maisons dans la paroisse à contribuer aux réparations 
et augmentation de leur église. Le Chapitre répondit 
d'abord que ces bénéfices avaient pour paroisse la Cathé- 
drale, qu'ils y étaient attachés par leur service, et que 
c'était de la Cathédrale que l'on partait processionnelle- 
ment pour leur administrer les derniers sacrements. 
Cependant, par sa délibération du 4 septembre 1671, il 
voulut bien consentir à donner « par gratification, la 
somme de 200 livres », pour aider les paroissiens à faire 
ces réparations. (3) 

Dans la seconde moitié du xvm e siècle, le recteur, 
M. Gallouin, fit aussi à son église d'importantes modifi- 
cations. Le 2 avril 1773, il demanda au Chapitre, des 

(1) Voici ce texte tel que le donne Fournier (t. i, p. 167), qui dit 
l'avoir tiré « d'une pierre calcaire détruite avec l'église ». 

L'an M CCC. LVI 

Charles, Comte de Blois, 

Duc de Bretagne, 

fait rétablir cette église, 

ruinée pendant les derniers 

sièges de Nantes. 

Ce texte, à un ou deux mots près, a été reproduit par Mellinet. 
La Commune et la Milice de Nantes, t. i, p. 253. 

(2) Ogée. Dictionnaire historique et géographique de Bretagne, 
\rt. Nantes. Edition de 1845, t. n, p. 121. 

(3) Archives du Chapitre : Délibération du 25 avril 1663 (A 47, 
f° 103) et du 4 septembre 1671. 



- 425 — 

reliques pour placer dans' les reliquaires qu'il faisait 
mettre sur l'autel. (1) 

C'est probablement à l'un de ces travaux de réfection 
que le portail et quelques autres parties de ce qui reste 
doivent d'avoir perdu leur caractère ogival du xiv e siècle. 

L'église de Saint-Laurent était limitée au nord et à 
l'est par le presbytère de la paroisse. Celui-ci s'étendait 
de l'impasse Saint-Laurent jusqu'au cours Saint-Pierre. 
En voici la description, d'après le procès-verbal de pri- 
sage, fait le 3 décembre 1790 : 

Ladite maison est bornée « à l'orient, le cours des 
Etats ; au midi, l'église Saint-Laurent et jardin du béné- 
fice de la Chantrerie ; à l'occident, la rue de la Trésorerie ; 
au nord, la maison des sacristes de Saint-Pierre ». 

La cure est composée de deux bâtiments. 

Le premier, affermé à trois locataires, vers occident, 
la cave, rez-de-chaussée avec galerie ayant porte sur un 
cabinet (attenant à une alcôve), et une ouverture sur 
l'église et deux étages. L'encavage des caveaux est sur la 
cour, et la porte d'entrée par le dessous de l'escalier qui 
dessert les étages supérieurs. Ledit escalier est construit 
en bois et en encorbellement au coté nord de la maison 
cy-dessus et communique à chaque étage à une galerie 
construite en bois... 

« A l'orient du précédent corps de logis, est la maison 
qu'occupe le recteur, avec un jardin au-devant dominant 
le cours des Etats. Ladite maison consiste dans un rez- 
de-chaussée, un premier étage avec un second étage dans 
lequel sont des chambres en mansarde ; la façade sur le 
jardin est décorée de deux avant-corps... 

« Le jardin est orné de tonnelles construites en bois et 
revêtues de palissades. Dans les angles du jardin, vers la 
cour, sont deux pavillons construits en maçonnerie et 
couverts en ardoise. » 

La superficie du jardin est de 2.380 pieds. 

(1) Archives du Chapitre. Délibérations, A 60 f° 139. 



— 426 — 

On parvient à ce second corps de logis et au jardin par 
une cour étroite séparée de la rue de la Trésorerie et de 
Saint-Laurent par dos murs à hauteur de clôture ; dans 
le mur de cette dernière est pratiqué le portail d'entrée (1). 

D'après un titre de 1775, « la plus grande partie du 
presbytère est des plus anciennes et a dû subsister long- 
temps avant 1641. Lors du procès-verbal fait il y a dix- 
huit ans, à la mort du dernier recteur, la plupart des 
poutres et autres charpentes étaient pourries : ce qui a 
occasionné de grands frais pour le rétablissement et sup- 
pose une haute antiquité. » 

Il est à croire que c'est alors que l'on a élevé dans la 
cave de cet immeuble les piliers ronds en maçonne qui 
soutiennent les poutres du plancher. 

L'autre partie du presbytère donnant sur le cours était 
occupée par le recteur. Elle fut rétablie à neuf par le rec- 
teur M. Gallouin, sur un terrain déjà en constructions 
qu'il était nécessaire de démolir,à cause de leur vétusté (2). 

Les deux immeubles ainsi décrits existent encore : leur 
visite permet de juger de la vérité de cette description. 
On n'a modifié que leur entrée principale. La démolition 
du chœur et de tout le haut de l'église a permis de faire 
l'escalier de pierre et les autres constructions qui donnent 
dans ce qui esL actuellement une cour. 

Le presbytère fut vendu 24.100 livres, le 18 juin 1791, 
à la Municipalité, qui avait formé le dessein de faire 
déboucher l'impasse Saint-Laurent sur le cours. Par 
suite de l'abandon de ce dessein, l'immeuble fut revendu 
à des particuliers, le 21 messidor an 3, pour la somme de 
86.000 livres. Il est actuellement connu sous le nom de 
maison Damourette et se trouve de nouveau confisqué, 
ainsi que l'église Sainte-Radegonde, par suite de la loi 
de séparation. 

Du côté du cours, le jardin du presbytère était limi- 
trophe de celui de la Chantrerie. Le passage actuel qui 

(1) Archives départementales, série Q, liasse 6,747 

(2) Ibidem, G 485. 



— 427 — 

débouche sur le cours, par une petite porte, ne date que 
du xvm e siècle. Il a été établi par M. Berthou de Querve- 
zio (1), grand-chantre, pour l'usage exclusif de son hôtel. 
Précédemment, la douve du rempart de la ville, qui 
régnait sur toute cette partie du cours, empêchait toute 
issue particulière sur ce point. 

Le jardin situé au nord de ce passage était le jardin 
haut de la Chantrerie. Entre ce jardin et le chevet de 
l'église Saint-Laurent se trouvait un petit endroit autre- 
fois vague, dont le grand-chantre ne tirait aucun parti. 
Ce dernier l'abandonna aux paroissiens pour en faire une 
sacristie, comme nous l'apprend l'acte suivant daté du 
9 novembre 1656. 

« Sur ce qui a esté représenté par noble et discret messire 
Florimond Robin, chanoine de Nantes et recteur de la pa- 
roisse de Saint-Laurent dudit Nantes, et par aucuns nota- 
bles paroissiens de ladite paroisse, à messire André Barrin, 
chantre de l'église dudit Nantes, qu'il y a un petit eral et 
emplacement joignant l'église parochialle dudit Saint-Lau- 
rent au dessoubs du vitrai qui est au derrière du grand autel 
de ladite église, lequel eral est des apartenances du logis de 
la Chantrye, et a esté de tout temps vague et inutille, 
comme il est encore à présent, remply d'espines et immon- 
dices, lequel seroict assez comode pour y bastir un petit 
apentif qui serviroit de sacristie à ladite église parochialle, 
dans laquelle il n'y en a poinct eu jusques n présent, dont 
ledit sieur recteur et prestres qui y vont célébrer le divin 
service reçoivent une notable incomodité, n'ayant aucun 
lieu particulier pour se préparer à revestir les habits sacer- 
dotaux, qu'ils sont obligez prandre devant tout le peuple, 
ce qui ne se peut faire avecque la décence requise, et ni a 
aucun autre lieu joignant ladite église auquel on puisse esli- 
ger et bastir comodement une sacristie qu'audit eral, 
requerent lesdits sieur et paroissiens ledit sieur chantre 



(îyjean-Olivier Berthou de Quervezio, fils de Jean-Olivier et de 
D Ue £Françoise Allain, né le 8 novembre 1689, et mort le 26 mai 1777. 
Il avait été pourvu de la Chantrerie le 17 février 1731. Il fut aussi 
abbé de Pornic. 



— 428 — 
i 

qu'il eust agréable de leur accorder et délaisser par charité 
ledit emplacement pour leur servir de sacristie et revestière 
et permettre de prendre, et esliger des jours et fenestres dans 
la muraille qu'ils feront bastir, à prendre du coing de lad. 
église du costé de l'epitre, à la conduire à droite ligne à la 
muraille du jardin descendant de la Chantrie, et porter les 
eaux et egouts dudit apentif dans la court qui est joignant 
ledit emplacement, n'estant pas possible de prendre des 
jours ni faire porter l'esgout des eaux dudit apentif par ail- 
leurs. 

A laquelle requeste verballe ledit sieur chantre désirant 
satisfaire, et au préalable s'instruire de Testât dudit eral et 
amplacement, il s'y seroict transporté en compagnie dudit 
s r recteur et l'auroict trouvé plain d'espines et halliers joi- 
gnant d'un costé à la muraille de ladite église parochialle 
de Saint-Laurent au dessous du vitrai qui est au derrière du 
grand autel, et d'autre costé la muraille du jardin eslevé en 
terrasse despendant de la maison de la Chantrye d'un bout, 
vers nort, autre muraille du jardin aussy eslevé en terrasse, 
despendant du presbytère dudit Saint-Laurent, et d'autre 
bout, vers midy, un petit apentif basty dans le bout d'unepe- 
tite court qui est au joignant par endroict ledit eral et ampla- 
cement, et ayant faict mesurer ledit amplacement il s'est 
trouvé contenir 10 pieds de largeur entre les murailles et 
jardin de la Chantrye et 15 pieds de longueur entre la mu- 
raille ou jardin dudit presbitaire et ledit apentif qui est esle- 
vé sur piliers de bois au bout de lad. petite court. 

Et auroict recognu et remarqué que ledit eral est tout à 
fait inutille au logis de la Chantrye et que l'apentif qui seroict 
basty ne pouroict aporter aucune incomodité audit logis ni 
à la petite court, vers et sur laquelle il seroict absolument 
nécessaire de faire porter les eaux de l'esgout et prendre les 
jours et veues dudit apentif. » 

Par suite de la donation du grand-chantre, les parois- 
siens purent construire une petite sacristie qui recevait 
le jour principalement par des verres morts insérés dans 
la toiture. 

Les dimensions contenues dans cet acte sont de la plus 
grande exactitude. Elles nous ont servi à indiquer sûre- 



— 429 — 

ment l'endroit où il fallait donner le coup de pioche pour 
retrouver les fondations du mur du chevet, dont rien 
extérieurement n'indiquait la situation. 

La paroisse de Saint-Laurent était peu considérable. 
Elle était bornée : à l'est par le rempart de la ville, rem- 
placé par les murs qui s'étendent le long du cours depuis 
la rue Prémion jusqu'à la Cathédrale; au nord par la 
Cathédrale, continuée par la place Saint-Pierre; à l'occi- 
dent par la rue Saint-Denys, qui limitait le grand archi- 
diaconé de Nantes, puis par la rue des Carmélites jus- 
qu'au monastère des religieuses de ce nom qui était situé 
eh Sainte-Radegonde. De ce point partait une ligne qui 
traversaitlarueMathelin Rodier pour aboutirau rempart. 

Une si petite étendue ne pouvait être occupée que par 
une population peu nombreuse. Un titre de 1775 donne 
à cette paroisse seulement 800 habitants. 

Comme beaucoup de petites paroisses, elle était pauvre. 
En 1597, d'après l'abbé Travers, elle n'avait pour tout 
revenu que six livres de rente constituée et se servait de 
deux écuelles de terre pour faire ses quêtes, dans l'église, 
aux jours de fête (1). 

Cette même année, le Bureau de ville ayant décrété 
une levée de 2.000 écus sur les habitants, pour les fortifi- 
cations de Nantes, la paroisse de Saint-Laurent fut, dans 
leur répartition par paroisse, taxée seulement à 145 écus. 
Le tableau fait pour « l'esgaii » de cet Le somme, comprend 
76 personnes, 49 laïcs et 27 ecclésiastiques. Ces derniers, 
à eux seuls, sont taxés à près de 100 écus. La liste ne 
comprend que cinq artisans : trois couturiers, un vitrier 
et un fourbisseur. Ils sont taxés, ainsi que trois veuves, 
à cinq sols, tandis que l'ecclésiastique le moins imposé 
l'est à 45. Le reste des laïcs imposés appartient aux clas- 
ses libérales, maîtres de la Chambre des Comptes, no- 
taires, etc. Le menu peuple reste complètement étranger 
à cette imposition (2). 

(1) Travers. Histoire... de Nantes, t. in, p. 439. 

(2) Archives départementales, G 485. 



430 



Au xvm e siècle, la paroisse avait peine à couvrir les 
frais du culte. En 1786, la ferme des bancs ne lui procu- 
rait que 101 1. 10 s. et les enterrements que 97 livres. 

L'état peu brillant de ses finances imposait à ses mar- 
i^uilliers une charge au-devant de laquelle ils ne volaient 
pas toujours avec enthousiasme. M. de Monti Pilletière 
ayant été nommé marguillier le 31 janvier 1779, il fallut 
un arrêt du Parlement pour lui ordonner d'en remplir 
les fonctions (1). 

Comme M. de Monti avait allégué sa qualité de gentil- 
homme pour ne pas être marguillier, on lui répondit que la 
paroisse de Saint-Laurent recrutait ses marguilliers sur- 
tout dans la noblesse : ce qu'on lui montra en dressant la 
liste suivante, où l'on ne trouve en effet que des grands 
noms du pays nantais. 

1743. Messire René Bernard de la Turmelière. 

1744. Ecuyer Berthelot de la Paragère. 

1745. Messire de la Barre. 

1746. Messire de Trévelec de Kerollivier, ancien Con- 

seiller du Parlement. 

1747. Messire Godet de Châtillon. 

1748. Messire Hubert de la Massue. 

1749. Messire de Couëtis des Bretaudières. 

1750. Messire Thomas de Biré de Saint-Agnan. 

1751. Messire Joseph de la Pommeraye de Kerambart. 

1752. Messire Dangui le jeune, ancien Maître des Comptes. 

1753. Messire Gouin fin Vivier. 

1754. Messire de Monli de Beaulois, père du refusant 

d'aujourd'hui. 

1755. Messire de Chambelé. 

1756. Messire de Vay de la Fleuriais, anc. cons. du Par- 

lement. 

1757. Messire de Boussineau. 

1758. Messire de Biré de la Sénegerie. 

1759. N. h. le Page de Lingerville. 

(1) Archives départementales, G 485. 



431 



1760. Messire de Jasson de la Blotière, ancien grand 

bailli d'épée. 

1761. Ecuyer Jouanaulx, il avait une charge à la cour 

et 30.000 1. de rente. 

1762. Messire Espivent de la Villeguevray. 

1763. Messire de Kervion. 

1764. Ecuyer Ffos, américain ; il avait une charge mili- 

taire et 25.000 1. de rente. 

1765. Messire Bougrenet de la Tocquenaye. 

1766. Messire d'Aux, fils, marquis de Villaine. 

1767. Messire de Cornulier du Vernay. 

1768. Messire de Martel, baron de Rié. 

1769. Messire chevalier de Vay. 

1770. Messire Danguy de Vue. 

1771. Messire Espivent. 

1772. Messire de Robineau de Bougon. 

1773. Messire de Trevelec, fils. 

1774. Messire Le Flo de Tremelo. fils. 

1775. Messire de la Barre, fils. 

1776. N. h. Guérineau, américain. 

1777. Messire de Biré de la Marionnière. 

Le recteur tirait peu de ressources de son bénéfice. 
Pour les augmenter, dès 1569, on unit à sa cure la chapel- 
lenie du Bas-Chemin, et en 1761, un décret épiscopal du 
30 janvier lui unit encore la chapellenie de la Richardière, 
à la charge pour le recteur d'en remplir les obligations. 

Mais la situation de fortune des recteurs vint parfois 
au secours de l'indigence de la paroisse. Travers nous 
apprend que M. Cassard, son fameux recteur janséniste, 
« par ses soins et ses propres dons, mit la fabrique et les 
revenus de la cure dans un meilleur état. » (1). 

Une délibération du Général de la paroisse peut servir 
à justifier ce que dit Travers. Dans cette délibération du 

(1) Travers. Histoire., de Nantes, t. ni, p. 439. M. Nicolas Cassard 
fut exilé pour son jansénisme à l'abbaye de Saint- Michel-en-1'Herm 
et mourut à celle de Saint- Maixent, le 5 octobre 1732. Il était l'on- 
cle de Jacques Cassard. l'illustre corsaire nantais. 

Soc. ArchéoL Nantes. 29 



- 432 — 

25 décembre 1721, le recteur, M. Cassard, remet, en effet, 
au Général 5.0001. de principal pour l'acquisition de 100 1. 
de rente annuelle, à savoir : 1.000 provenant de la fonda- 
tion faite par d e Jeanne Pélagie de Mazoyer, v e Chauvet ; 
600 de la fondation Nicole Guillard ; 400 de la fondation 
Anne Bernard, v e du s r Bouchaud de la Ramée ; 200 de la 
fondation delà d e de Chevigné de la Salmondière; et 2.8001. 
données par lui, « pour rétablir* et soutenir lesdites fonda- 
tions tombées par le franchissement en billets de banque 
et la réduction au dernier 50, pour en acquitter les char- 
ges... qui consistent à chanter la grand-messe, vêpres et 
le salut, aux jours de Pâques, la Pentecôte, la Fête-Dieu, 
dimanche dans l'octave, et le salut pendant l'octave du 
Saint-Sacrement, l'Ascension, le jour de Saint-Laurent, 
l'Assomption, la Toussaint, Noël , la Ciconcision , les 
Roys, la Purification, plus deux messes basses par chaque 
mois de l'année, le 1 et le 15. » (1). 

La générosité de M. Cassard fut dépassée par celle de 
M. Julien Gallouin, le dernier recteur de Saint-Laurent. 
Il fit à ses frais des réparations importantes dans son 
presbytère et dans son église. 

« Le recteur actuel, lisons-nous dans un titre de 1775, 
riche de patrimoine, a suppléé jusqu'ici à toutes les 
dépenses qu'il a fallu y faire, et depuis près de 24 ans 
qu'il est recteur, il y a employé plus de 14.000 livres de 
son argent. C'est un fait que personne de la paroisse 
n'ignore et dont l'évidence saute aux yeux de tous ceux 
qui ont vu l'église toute délabrée et manquant générale- 
ment de tout avant lui, et qui la voyent aujourd'hui 
bien entretenue et dans la plus grande propreté (2) ». 

On comprend la douleur que dut éprouver ce véné- 
rable recteur quand, parvenu à l'âge de 69 ans, la Révo- 
lution lui enleva son église restaurée à ses frais, et le chas- 
sant d'une paroisse dont il était curé depuis 30 ans passés, 



(1) Archives départementales, G 484» 

(2) Archives départementales ,G 485. 



- 433 — 

ne lui laissa d'autre liberté que de choisir le lieu de son 
exil. 

La peine que les paroissiens avaient à entretenir leur 
église, poussa quelques-uns d'entre eux à demander sa 
suppression et son annexion à la Cathédrale. Le 11 mai 
1759, le Chapitre nomma, en effet, deux de ses membres 
« commissaires pour entendre les propositions que font 
quelques paroissiens de la paroisse de Saint-Laurent, ten- 
dante à demander la suppression de leur église parois- 
siale et que le service en soit transféré et fait à la Cathé- 
drale. » (1) L'assemblée générale de Saint-Laurent dut 
délibérer sur ce sujet le 20 mai suivant. Nous ignorons ce 
qu'il y fut décidé. Mais comme M. Gallouin fut nommé 
cette année recteur de la paroisse, on peut attribuer 
l'abandon de ce dessein à son activité et à sa générosité. 

Du reste, ceux de ses paroissiens trop pressés qui 
rêvaient en 1759 de la suppression de leur église n'eurent 
qu'à se laisser vivre jusqu'en 1790 ; ils purent voir alors 
la réalisation de leurs vœux. Le 6 octobre de cette année, 
un arrêté du Directoire du Département supprima les 
paroisses de Saint-Jean, de Saint-Laurent, de Sainte- 
Radegonde et Notre-Dame, et en forma la paroisse Saint- 
Pierre. M gr de la Laurencie protesta contre cet arrêté qui 
émanait exclusivement de l'autorité civile. Mais ce que 
cette mesure avait d'anti-canonique a été depuis légalisé 
par le Concordat. 

v L'histoire locale n'a guère enregistré qu'un fait remar- 
quable dont l'église Saint-Laurent ait été le théâtre : la 
réunion, en 1105, d'une assemblée de hauts dignitaires 
ecclésiastiques, réunion que l'abbé Travers a qualifiée de 
concile. On y vit, avec l'évêque de Nantes Benoît, Raoul, 
archevêque de Tours, Morvan, évêque de Vannes, Alde- 
bert, évêque du Mans, le célèbre Marbode, évêque de 
Rennes, Benoît, évêque de Quimper, Judicael, évêque 
d'Aleth ou Saint-Malo, Guillaume, abbé de Saint-Florent, 

(1) Délibérations du Chapitre, A 63, f° 172 v°. 



- 434 — 

Lambert, abbé de Saint-Nicolas d'Angers, Justin, abbé 
de Redon, Brice, abbé de Vertou, et Foucher, abbé du 
Saint-Sépulcre de Beaulieu. 

Il y avait là évidemment tous les éléments d'un con- 
cile provincial. Mais cette réunion d'évêques et d'abbés 
eut lieu dans l'église de Saint-Laurent le 17 des calendes 
de février, c'est-à-dire le 16 janvier 1105. Or, lecartulaire 
de Redon parle d'un concile de Nantes qui eut lieu cette 
même année, mais le second des ides de mai, c'est-à-dire 
le 14 mai. On peut se demander s'il y a eu vraiment deux 
conciles à Nantes en cette année, ou si tous ces prélats ont 
fait, dans notre ville, un aussi long séjour. Il est vrai que 
l'abbé Travers a placé la réunion du 16 janvier en 1106, 
et son autorité en a parfois imposé à ceux qui ont eu à 
parler de ce concile de Nantes. Il pouvait alléguer que, 
par la réduction du style ancien en style nouveau, le 16 
janvier 1105, date de notre charte, correspond au 
16 janvier 1106 : mais les autres notes chronographiques, 
telle que l'épacte et l'indiction, mentionnées dans cette 
charte, ne permettent pas cette réduction, et l'acte, par 
suite, est parfaitement daté (1). 

Quoi qu'il en soit, l'église Saint-Laurent ne revit 
jamais une assemblée aussi vénérable, et son existence 
se passa obscurément au service de ses paroissiens, allant 
jusqu'à leur ouvrir son sol pour les recevoir après leur 
mort. 

C'est ainsi qu'elle reçut les restes de Mathelin ou Ma- 
thurin Rodier, l'architecte de la Cathédrale et du Château 
de Nantes (2). Il y était allé rejoindre sa femme, Edeline 
Ponset, et attendait la résurrection près d'elle, dans cet 



(1) « Datum Nannetis in Ecclesia S. Laurentii, xvn Kalendas 
februarii, Lima xxvii, Epacta ni, concurrente vi. lndict. xn. 
anno ab Incarnatione Domini M C V. » D. Morice, Preuves, t. I, 
p. 509 : Cf. Travers, UisL. de Nantes, t. I, p. 233, et Art de véri- 
fier les dates, p. 23. 

(2) Nous avons publié une partie de son testament dans notre 
étude sur « Un architecte de cathédrale au xv e siècle » parue 
dans le Bulletin de la Société d'Archéologie en 1899. 



— 435 — 

endroit si bien choisi, entre les deux monuments remar- 
quables que Nantes doit à son talent. 

Deux fois chaque année, en exécution d'une fondation 
qu'il avait faite en faveur de la société des chapelains de 
Saint-Guillaume, ces derniers se rendaient procession- 
nellement de la Cathédrale à Saint-Laurent, prier sur la 
tombe des fondateurs, au jour de leur anniversaire, et 
entretenaient ainsi leur souvenir toujours vivant. 

Ni la fondation, ni les restes du grand architecte nan- 
tais n'ont trouvé grâce devant la Révolution. L'église 
ayant été vendue, comme bien national, 24.000 livres, le 
21 messidor an III, un des premiers soins de l'acquéreur 
a été de demander, le 3 thermidor suivant (1), à la Muni- 
cipalité de Nantes, l'autorisaiton de transporter au cime- 
tière de la Bouteillerie tous les ossements conservés dans 
ce sol bénit. 

Au cours de fouilles faites par la Société d'Archéologie, 
nous avons pu constater que cet acquéreur a bien ratissé 
tous les ossements de ces pauvres chrétiens, et qu'il n'en 
est échappé que quelques-uns à cette profanation. 

L'église de Saint-Laurent rappelle aussi un souvenir 
qui doit être cher aux amis de Victor Hugo. C'est là que 
sa mère, Sophie-Françoise Trébuchet, a été baptisée, le 
19 juin 1772 (2). Le poète a dit à tort que sa mère était 
« vendéenne » : c'est Nantaise qu'il eût dû dire pour être 
exact. Mais ne le chicanons pas pour ce mot. 

Quoi qu'il en soit, c'est peut-être à cette circonstance 
que l'église Saint-Laurent de Nantes devra d'être un jour 
plus connue des étrangers, et de voir peut-être ses hum- 
bles restes reproduits dans des ouvrages destinés à rappe- 
ler tout ce qui, de près ou de loin, touche à Victor Hugo. 

La cure de Saint-Laurent était à la présentation du 



(1) Archives municipales. Délibérations, f° 40. 

(2) Cet acte de baptême a été publié par M. S. de la Nicolière 
Archives Municipales de la ville de Nantes, GG 149, t. n, p. 310. On 
lira avec un vif intérêt, sur Françoise Trébuchet, l'étude que lui 
a lui a consacrée M. Dominique Caillé. 






— 436 -~ 

chanoine de la Cathédrale, titulaire de la cinquième pré- 
bende sous-diaconale (1). 

Voici les noms de ses recteurs, que nous avons pu rele- 
ver dans des actes divers : 

Hugo, capellanus S. Laurentii, v. 1128. 

G., capellanus S. Laurentii, v. 1277. 

Guy de Vieillevigne, 1384. 

D. Guillaume Pailluczon, 1400. 

Guil. Recoursaut, ch ne de Notre-Dame, 1441 ;l 170. 

Jean Recoursaut, neveu du précédent, 1478. 

Pierre Apvril, 1491. 

Pierre Le Mareschal, 1498. 

Guil. Gralan, 1502. 

Jeh. Le Tort, f 1539. 

Jul. Morin, 1539. 

Jacq. de la Tullaye, f 1549. 

Nie. Poupart, 1549- . ' 

Jeh. Bricard, 1563. 

Jean Paigeaud, -1564. 

Jean Hervouet, 1564-1574. 

Clément Boursier, 1574. 

Berthelemy Ridier, 1574fl597. 

François Binaud, 1597fl611. 

Jean Lohier, 1611-1615. 

Lancelot Texier, 1615-1623. 

Jean Aillery, 1630fl635. 

René Chollet, 1635fl653. 

Floiimond Robin, ch ne , 1653-1680. 

Franc. Robin, ch ne , 1680- 

Vincent Juffrineau, 1687fl694. 

Henri-Ch. du Moulin Henriet, 1694-1698. 

Nicolas Cassard, 1698fl732. 

Nicolas Quesson, 1732-1759. 

Julien Gallouin, 1759-1790. 

(1) V. notre étude sur * Le Chapitre de l'Eglise de Nantes», p. 19. 






— 437 — 
Fondations desservies dans l'église de Saint-Laurent 

1. Chapellenie du Bas-Chemin. Fondée à l'autel de 
Notre-Dame, le 24 septembre 1464, par Me Guillaume 
Lesné, clerc de Nantes, avocat en cour d'église, inhumé 
dans la nef de l'église de Saint-Laurent. 

Le fondateur lui assigne pour fonds le «Bas-Chemin », 
en Saint-Donatien, et des rentes sur une maison de la rue 
de Verdun, aujourd'hui rue de la Commune. 

Elle était à la présentation du recteur et fut réunie à la 
cure par l'évêque Philippe du Bec, le 9 décembre 1569. 
Depuis cette annexion, ce bénéfice s'est aussi appelé « Le 
petit Saint-Laurent ». 

Un titre de 1683 place la maison du Bas-Chemin, autre- 
ment appelée tenue Lucas Trochu, sur le chemin de 
Nantes à Portric et à Carquefou, entre les terres de la 
Censive, du Chapitre et du Plessis-Tizon. La tenue du 
Bas-Chemin ou du Petit-Saint-Laurent était affermée 
120 1. en 1733, 140 1. en 1777, 200 1. en 1775. Le temporel 
du « Légat du Bas-Chemin », comprenant la borderie du 
Bas-Chemin et de la Petite-Brehaudière, fut vendu 
28.000 1. le 30 décembre 1790 (1). 

La fondation était primitivement de trois messes par 
semaine. 

2. Chapellenie de la Richardière. Fondée par Guillaume 
Lesné, en 1464, en même temps que celle du Bas-Chemin. 
Le fondateur lui assigne pour fonds « la Richardière », en 
Saint-Donatien, terre qu'il avait acquise de Thomas de 
la Richardière, et que d'autres titres disent située sur 
l'Erdre, à une lieue de la ville. 

Elle était à la présentation du recteur et fut unie à la 
cure par lettres patentes du roi, données à Versailles au 
mois d'avril 1761, sur décret épiscopal du 30 janvier pré- 
cédent. 

(1) Archives départementales, G 483 et série Q. Cf. Archives du 
Chapitre, Délibération du 28 octobre 1569. 



— 438 — 

Ce bénéfice était primitivement chargé de trois messes 
par semaine. Son temporel comprenait un droit de tiers 
sur des vignes au village des Coufins. Ce droit fut vendu 
15.700 1. le 9 avril 1791 (Arch. départ., G 483 et 
série Q). 

3. Chapellenie de M e Guillaume Recoursaut, chanoine 
de la collégiale et recteur de Saint-Laurent, fondée par 
son testament du 3 septembre 1479. 

La fondation est de deux messes, l'une le dimanche. 
au grand-autel, aussitôt après la grand-messe; l'autre le 
vendredi, à un autel qu'on doit construire près du grand, 
du côté de la Chantrerie ; à la présentation du recteur et 
des paroissiens. (Arch. départ., H 225). 

4. Chapellenie saint Jacques, saint Samson et saint 
Antoine, fondée le 8 mars 1474, par testament de Raoul 
Moreau, scholastique de l'église de Nantes, desservie à 
l'autel saint Jacques, saint Samson et saint Antoine. 

En 1638, elle était desservie d'une messe à l'autel de 
sainte Catherine et jouissait de 42 liv. de rente sur des 
logis de la ville, au Pilori, près de Sauvetout et à Riche- 
bourg. (Arch. départ., G 484.) 

5. Chapellenie fondée par Jean Andillanarech, à l'autel 
de saint Christophe, dans la chapelle contiguë à l'église 
paroissiale. « Ad altare B. Christophori, in capella conti- 
gua ecclesie parrochiali S. Laurentii Nannetensis. 

En 1475, elle était à la présentation de Pierre et Jean 
les Colins, enfants de Robert et de Perrine Andillana- 
rech, fille dudit Jean. Yves Cocheteau, recteur de Bona- 
ban, diocèse de Dol, l'échangea avec Jean Colin pour sa 
cure (Arch. du Chapitre, A 139). 

6. Trois légats, fondés par Guillaume Trochu et dotés 
par lui, en 1520 et 1522, d'une rente de 10 1. 10 s. sur la 
Cormeraye en Monnières, possédés en 1589 par Nicolas 
Trochu. (Arch. départ., G 483). 



— 439 — 

7. Chapellenie N.-D., fondée par noble maître Alain 
Mandart, auditeur de la Chambre des Comptes, greffier 
du Conseil et de la Chancellerie du Duché, seigneur de la 
Marière et de la Botière, par testament du 3 juillet 1536. 
Il demande dans ce testament à être inhumé à Saint- 
Laurent, devant l'autel N.-D. ; on lui dira mille messes, 
« un trentain solennel, ainsi qu'est de bonne coustume. » 

Cette chapellenie, à la présentation du recteur et des 
fabriqueurs, était primitivement de deux messes par 
semaine, puis fut réduite à une, et, le 12 janvier 1665, 
vu la modicité de son revenu, qui n'était que 25 1. 18 s., 
elle fut de nouveau réduite à une messe tous les quinze 
jours. 

Son temporel consistait en différentes rentes assignées 
par son fondateur sur des maisons sises à la Fosse, au 
carrefour Saint-Denis, rue de Briord et en Saint-Laurent. 
(Arch. départ. G 484). 

8. Chapellenie du Vieil Crucifix, fondée de 12 messes 
par an au grand-autel ; à la présentation de l'Ordinaire : 
revenu de 8 1. sur un logis de la ville et vignes en Saint- 
Donatien; mentionnée en 1638. (Arch. départ., G 47, 
f° 39.) 

9. Chapellenie des Leçons ou de Sainte-Marguerite, 
fondée à l'autel de Notre-Dame (1639) ; de Sainte Mar- 
guerite (1650). Le chapelain devait désigner les chanoines 
ou les choristes qui avaient à lire les leçons à l'office, et 
remplacer les choristes en leur absence. 

A la présentation du plus ancien chapelain du côté 
gauche ou du côté du nord. Le temporel consiste dans 
une maison, dite des Leçons, rue des Carmélites, bornée 
au midi par la maison des Trois-Maries, au nord par celle 
de la Sous-Chantrie. (Arch. du Chapitre, A 47, 199). 

10. Une messe tous les mercredis, autel de N.-D., fon- 
dée par les Moquards, mentionnée en 1638, et dotée d'une 
rente de 25 1. payée par les fabriqueurs. 



— 440 - 

11. Une messe basse le samedi à 11 heures, autel de 
N.-D. Fondée le 6 septembre 1706 par messire René le 
Marié, s gr de la Garnison, Cons. du Roi, Maître ordinaire 
et doyen de la Chambre des Comptes, demeurant en son 
hôtel de la Ville-Eon, rue de Saint-Gildas, en Saint-Lau- 
rent, et dame Catherine de Santo-Domingue, son épouse; 
avec deux services le jour de leur mort. Mariés le 4 mai 
1658, les fondateurs moururent, le premier le 19 août 
1706, la seconde le 28 juillet 1729. 

La fondation était de 1001. de rente, payées en 1724, 
la moitié par M. de la Rastardière du Fouay, chanoine de 
N.-D. et consorts, et madame de la Forest-Ninon (de 
Quimper), héritiers du s r de la Garnison ; et moitié par 
M. de la Rouvraye, Madame du Rois Ridé et la famille de 
Santo-Domingue ; et en 1766, par de Julie-Marie d'Espi- 
nose, veuve de messire Hilarion du Rochier, s gr du Letier, 
héritière de d« Guyonne de Santo-Domingue, sa mère 
héritière en partie de d e Catherine de Santo-Domingue. 

12. 24 messes basses par an, fondées par d e Jeanne- 
Pélagie de Mazoyer, veuve Chauvet, décédée avant 1721. 

13. Un service anniversaire pour d e Perrine Molay, 
d e de Grilleau. 

En 1721, le revenu était de 20 livres, assis sur une mai- 
son de la Grand'Rue, vis-à-vis la rue des Carmélites. Sur 
ces 20 1., 17 étaient allouées à l'entretien de la lampe, et 
3 pour le service. La fabrique jouissait, en outre, d'une 
rente foncière de 10 livres, assise sur le village et tène- 
ment de la Macre, autrement Reautour, en Vertou. Cette 
rente lui avait été assignée le 25 février 1691 par « dame 
Marie-Françoise Gabard, v e de messire de Monti, inhumé 
proche les fonts baptismaux de cette église. » Les parois- 
siens lui avaient concédé, en retour le droit d'avoir « une 
pierre tombale de cuivre armoyée de ses armes et sur 
laquelle il sera escript en grosses lettres : 

« Cy-gist le corps de messire Charles de Monti, vivant 



441 



chevallier, seigneur de la Maillardière, la Rousselière, de 
Monti et autres lieux, décédé le cinquième janvier 1691, 
aagé de 48 ans. Priez Dieu pour son âme. » (1). 

G. DURVILLE. 



Nota. — Le plan qui accompagne cette étude a été 
dressé par M. J. Furret, architecte, membre de la Société 
Archéologique, d'après les plans de Nantes au XVII e siè- 
cle, rectifiés par les découvertes survenues au cours des 
fouilles faites par la Société d'Archéologie en décem- 
bre 1908. 



(1) Archives départementales, G 483. Pour les autres sépultures 
faites dans l'église de Saint-Laurent ainsi que pour tous les 
autres actes de mariage ou de baptême, on peut consulter les 
registres de la paroisse, conservés aux Archives municipales 
liasse GG 137 et suivantes. Ces registres remontent à 1565. 



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M. Edouard PIED 



NECROLOGIE 



Monsieur Edouard PIED 



Messieurs et chers Collègues, 

Un deuil cruel est venu frapper la Société d'Archéolo- 
gie dans la personne de son dévoué trésorier, M. E. Pied. 

M. Pied n'était point Nantais d'origine, il était né à 
Saint-Omer, mais dès le début de sa carrière administra- 
tive, il avait été appelé à Nantes comme second commis 
d'économat. Il ne conserva ce poste que peu de temps, 
il fut bientôt nommé premier commis à Coutances, puis à 
Vanves. 

C'est au lycée de Vanves, pendant les années 1870 et 
1871, qu'il sut déployer toutes ses qualités administra- 
tives. Resté seul dans ce lycée confié à sa garde, il montra 
à ce poste de combat, particulièrement dans les premiers 
mois de 1871, un courage et une fermeté qui lui valurent 
un peu plus tard d'être promu économe du lycée de Saint - 
Brieuc. Il n'avait alors que 34 ans. Il ne quitta plus dès 
lors sa chère Bretagne, qu'il aimait d'une affection quasi 
filiale. Deux ans après, nous le retrouvons à Rennes, où il 
reste 13 ans. 

Il a laissé dans cette ville des souvenirs inoubliables, 
non seulement comme économe du lycée, mais comme 
archéologue et numismate. C'est à lui qu'on doit l'inven- 



- 444 - 

taire de la célèbre trouvaille monétaire faite lors de la 
construction de la Préfecture. Intimement lié avec le 
regretté M. Decombes, conservateur du Musée de Rennes, 
il l'aida de ses conseils et de son expérience lors de la réor- 
ganisation du Musée archéologique de cette ville. 

Nommé économe à Nantes en septembre 1887, il se fit 
aussitôt inscrire (2 janvier 1888) parmi les membres de 
notre Compagnie, dont il suivit les séances avec ponctua- 
lité et assiduité, donnant déjà, malgré ses absorbantes 
fonctions administratives, des travaux fort remarqués 
sur notre vieux Nantes, qu'il apprenait à connaître et 
dont il devint plus tard l'historiographe. 

A la mort de notre regretté trésorier, M. Riardant, en 
1902, le choix de ses collègues se porta immédiatement 
sur lui, et vous savez tous quel esprit éclairé, quel savoir, 
quelle expérience en affaires il* apporta dans la gestion 
de nos finances et au sein de notre Comité. La reconnais- 
sance de ses collègues ne lui fut point ménagée, et à 
chaque renouvellement du Rureau, l'unanimité des suf- 
frages exprimés sur son nom en est le meilleur et le plus 
sûr témoignage. 

Entre temps, il prenait sa retraite, j'entends sa retraite 
administrative, car il continua sa vie de labeur et d'étu- 
des. Nos archives départementales et municipales n'eu- 
rent bientôt plus de secrets pour lui. De ces longues heures 
passées en tête-à-tête avec nos vieilles annales sortit cette 
« Histoire des corporations », véritable monument de 
science et fruit de patientes recherches. Sa « Notice sur 
les rues de Nantes », parue en 1906, témoigne de l'affection 
qu'il portait à sa ville d'adoption dont il avait étudié 
tous les recoins. A côté de ces œuvres capitales et malgré 
les difficultés que présentait un travail aride, ingrat, il 
dépouillait nos archives et nos procès-verbaux, en rédi- 
geait patiemment les tables, donnant ainsi à ses collègues 
et aux travailleurs de tous les pays les moyens de diriger 
leurs recherches au milieu des cinquante volumes de notre 
« Rulletin ». 



- 445 - 

Numismate distingué il avait réuni, tant à Rennes 
qu'à Nantes, une collection de monnaies romaines dont 
nous connaissons tous l'importance et la richesse. 

Il assistait encore au mois de juillet dernier à notre 
dernière séance trimestrielle et personne ne pouvait se 
douter, à ce moment, du mal terrible qui le minait et qui 
devait quelques jours plus tard terrasser ce travailleur 
infatigable frappé la plume à la main. Aussi sa mort 
inattendue a-t-elle surpris tous ceux qui jugeaient de 
ses forces par sa puissance de travail, son égalité d'hu- 
meur, sa bienveillance souriante, toujours acquise à ceux 
qui sollicitaient ses conseils et son appui. 

Il laisse dans les rangs de notre Société, un véritable 
vide, et dans le cœur de ceux qui l'ont connu et fréquenté 
des souvenirs inoubliables et des regrets profonds. 

A. Dortel, 
Président de la Société Archéologique. 



LISTE DES MEMBRES 



DE LA 



* * 



SOCIETE ARCHEOLOGIQUE DE NANTES 



ET DE LA LOIRE-INFÉRIEURE 



=*te 



Soc. Archéol. Nantes. 



ABREVIATIONS 

Ac. — Académie, académique. 

Adj. — Adjoint. 

Adm. — Administration, administrateur, administratif 

ive. 
Agr. — Agriculture, agriculteur, agricole. 

Ane. — Ancien, — ne. 

A nt. — Antiquaire. 

Arch. — Archéologie, archéologique. 

Arr. — Arrondissement. 

Art. — Artiste, artistique. 

Ass. — Association. 

B.-A. — Beaux-Arts. 

Bibl. — Bibliothèque, bibliothécaire. 

Bibl. bret. — bibliophiles bretons. 

Centr. — Central, — e. 

Corn. - Comité. 

Comm. — Commission, commissaire. 

Conf. — Conférence. 

Cons. — Conseil, conseiller. 

Cor. — Correspondant. 

Bel. — Délégué. 

Dép. — Département, départemental, — e. 

Dir. — Directeur. 

Ec. — Ecole. 

El. - Elève. 

Fond. — Fondateur. 

Gén. — Général, — e. 

Géog. — Géographie, géographique. 

Hist. — Histoire, historique. 

Hon. — Honneur, honorant'. 

Hort. — Horticulture, horticulteur, horticole. 

Inst. — Instruction. 

D. — bauréat. 

Lit. — bittéraire. 

M. — Membre. 

Afin. — Ministère. 

Mun. — Municipal, — e. 

Nat. — Naturel, — le. 

Pr l , v.-prK — Président, vice-président. 

Prof. — Professeur. 

Pnbl. — Public, — ique. 

Secr. — Secrétaire. 

Soc. — Société. 

Se. — Sciences, scientifique. 

Sup. — Supérieur. 

Très. — Trésorier. 

Chev. — Chevalier. 

0. — Officier. 

C. — Commandeur. 

G. O. — Grand-officier. 

G. C. — Grand-croix. 

0. 1. — Officier de l'Instruction publique. 

O. A. — Officier d'Académie. 

Av. — Avenue. 

Boni. — - Boulevard. 

Ch. — Château. 

Imp. — Impasse. 

Pass. — Passage. 

PL — Place. 

R. — Bue. 

Q. — Quai. 

bes dates qui suivent chaque nom indiquent l'année de la réception. 



MEMBRES TITULAIRES 



MM. 

ALLOTTE de la FUYE (Maurice), O. #, colonel du Génie en 

retraite, r. d'Anjou, 2, Versailles (Seine-et-Oise), 1889. 
ANGOT (Joseph), m. de la Soc. Ac., r. des Pénitentes, 2 

1904. 
ARBONNEAU (Henri d'), O. #, commandant du Génie en 

retraite, pass. Bonnamen, 2, et Ker-Natacha, la Baule-s/- 

Mer, 1906. 
AVROU1N-FOULON (le comte Louis), r. S'-André, 102, et ch. 

de la Couronnerie, Carquefou, 1892. 
BACQUA (Auguste), maire de St-Fiacre, pi. Louis XVI, 1, et 

ch. du Coin, la Haie-Fouassière, 1879. 
BAGNEUX (le vicomte Zénobe Frotier de), ch. de la Pélis- 

sonnière, le Boupère (Vendée), et r. du Bac, 86, Paris, 

1885. 
BALBY de VERNON (le marquis Georges de), V de la Soc. 

arch. de la Loire-Inférieure, m. de la Soc. des agr. de 

France et de la Soc. hist. et arch. de l'Orléanais, m. de 

la Soc. ariégeoise des Sciences, Lettres et Arts et des 

Etudes du Couserans, ch. de la Briais, S'-Julien-de-Vou- 

vantes, 1886. 
BASTARD (Ambroise), prof., r. de la Rosière, 27, 1906. 
BAUDOUIN (le docteur Marcel), r. Linné, 21, Paris, et Croix- 

de-Vie, 1904. 
BEAUCAIRE (le vicomte Robert Horric de), r. Menou, 13, 

1891. 
BELLEVÙE (le marquis Xavier Fournier de), cons. gén. de 

la Loire-Inférieure, m. de la Comrn. dép., capitaine de 

Messieurs les Secrétaires généraux prient leurs collègues de vouloir 
bien leur faire connaître les rectifications à apporter à la liste des 
sociétaires, et déclinent toute responsabilité pour les erreurs et les 
lacunes qu'entraînerait un défaut de communication. 



— IV — 

cavalerie territoriale, ch. de Moulinroîil, Soudan, et 
r. Lesage, 1, Rennes (Die- et- Vilaine), 1895. 

BERNÈDE-SACHS (Christian), rue Royale, 1908. 

BERTHOU (le comte Paul de), archiviste-paléographe, anc. 
él. et m. de la Soc. de l'Éc. des Chartes, m. de l'Ass. bret., 
de la Soc. arch. d'Ille-et-Vilaine et du Com. de la Bibl. 
publ., 1' de l'Ac. des Inscriptions et Belles-Lettres et de la 
Sôc. arch. de la Loire-Inférieure, ch. de Cadouzan, 
S l -Dolay, la Roche-Bernard (Morbihan), 1884. 

BLANCHARD (René), O, I, y, 1' de l'Institut et de la Soc. 
arch. de la Loire-Inférieure, secr. et bibl. -archiviste de la 
Soc. des bibl. bret., archiviste de la Ville de Nantes, m. du 
Com. de la Bibl. publ., r. Royale, 1, 1875. 

BLANCHET (le docteur Ferdinand), m. et anc. pr 1 de la Soc. 
ace, pr 1 non. de la Soc. nantaise d'hort., m. de la Soc. 
des se. nat. de l'Ouest de la France, de la Soe. art. et litt. 
de l'Ouest et de la Soe. de géog. commerciale, r. du 
Calvaire, 32, et le Pellerin, 1854. 

BOIS de la PATELLIÈRE (Henri du), maire de S l -Etienne- 
de-Mont-Lue, le Perroteau, S l -Etienne-de-Mont-Lue, 1880. 

BOISGUÉHENNEUC (Henri du), r. Colbert, 6, et ch. de la 
Rabillardière, Haute-Goulaine, 1903. 

BONET (Louis), industriel, anc. v.-pri de la Soc. philatéli- 
que, r. d'Alger, 10, 1901. 

BOUBÉE (Joseph), r. Bonne-Louise, 10, et eh. de la Meule, 
Arthon, 1890. 

BOUCHAUD (Adolphe), pi. de la Petite-Hollande, 3, et ch. de 
la Bernardière, à S*-Herblain, 1893. 

BOUGOUIN (François), architecte, anc. él. de l'Ec. des B.-A., 
m. et anc. pr' de la Soe. des architectes, F de la grande 
médaille de la Soc. cent, pour l'architecture privée, 1892, 
r. du Calvaire, 10, et r. de Bel-Air, 22, 187<>. 

BOUYER, (l'abbé Jules), chanoine bon., anc. missionnaire, 
anc. aumônier des Dames Blanches, anc. sup. du Petit- 
Séminaire de Guérande, S'-Père-en-Retz, 1880. . 

BRAULT (l'abbé Ferdinand), aumônier du Lycée, anc. proi. 
de philosophie à l'Externat, r. de Briord, 9, 1900. 

BREMOND d'ARS MIGRÉ (le marquis Anatole de), #, licen- 
cié en droit, chev. de Si-.Iean-de-Jérusalcm (Malte) et de 
S'-Sylvestre, C. de Pie IX, anc. sous-préfet, secr. du Cons. 



— V — 

gén. du Finistère, pr< du comice agr. de Pont-Aven, cor. 
de la Soc. nationale des ant. de France, dél. de la Soc. des 
bibl. br., m. de l'Ass. bret., pr l du Com. dép. de la Soc. bi- 
bliographique, m. de l'Ac. d'Aix-en-Provence, l'un des pr's 
hon. du Cons. héraldique de France, m. de plusieurs autres 
Soc. savantes, r. Harroùys, 5, et ch. de la Porte-Neuve, 
Riec-sur-Bélon (Finistère), 1874. 

BRÈVEDENT du PLESSIS (Irénée de), r. Henri IV, 12, 1892. 

BROSSE (Gilbert Guillet de la), ch. de la Noé, Orvault, 17, r. 
Royale, Nantes, 1907. 

BRUC (le comte Maurice de), anc. camérier d'hon. de S. S. 
le pape Léon XIII, ch. de Bruc, Candé (Maine-et-Loire), et 
r. de Penthièvre, 26, Paris, 1889. 

BUREAU (le docteur Louis), O. I. &$, licencié ès-sc. nat., 
dir. -conservateur du Muséum d'hist. nat., prof, d'hist. nat. 
à l'Ec. de médecine, cor, du Muséum de Paris, m. du Cons. 
de l'Ass. française pour l'avancement des se, m. fond, de 
la Soc. zoologique de France, collaborateur adj. à la carte 
zoologique détaillée de la France, secr. gén. très, de la 
Soc. des se. nat. de l'Ouest de la France, m. du Cons. 
centr. de la Soc. ac, r. Gresset, 15, et ch. de la Meilleraye, 
Riaillé, 1891. 

CAILLE (Dominique), 1' de la Soc. nat. d'encouragement au 
bien et de plusieurs Soc. savantes, anc. v.-pr' et m. du 
Com. cent, de la Soc ac, anc. secr. de la Soc des bibl. 
bret., pi. Delorme, 2, 1904. 

CAZAUTET (Constant), boul. Delorme, 24, 1904. 

CHAILLOU (Félix), O. I. Q, U de la Soc. française d'arch., de 
la Soc", arch. de la Loire-Inférieure et du Comice agr. de 
Vertou, anc. prt de la délégation cantonale de Vertou, m. 
de la Soc des se nat. de l'ouest de la France, viticulteur, 
fond, du Musée des Cléons, q. de la Fosse, 70, et ch. des 
Cléons, Vertou, 1885. 

CHARON (Georges), O. A. Ç|, négociant-assureur, v.-pr» de 
la section nantaise des Hospitaliers-sauveteurs-Bretons, 
r. Gresset, 8, 1895. 

CHATELLIER (Léon), cons. mun. de Nantes, r. Félibien, 66, 
1884. 

CHAUVET (André), architecte, anc. él. de l'Ec. des B.-A., m. 
de la Soc des Art. Bretons, r. Guibal, 19, 1901. 



— VI — 

CLERVILLE (Adolphe Jollan de), cons. gén. de la Loire- 
Inférieure, m. de la Soc. ac., du Cons. dép. de l'Inst. publ. 
et de la Comm. du Muséum, maire de St-Viaud, r. de Bréa, 
9, et eh. de la Barrière, Blain, 1902. 

CORMERAIS (Emile), industriel, anc. pr> du Tribunal de 
Commerce, v.-pr l de la Chambre de Commerce, r. de la 
Moricière, 10, 1902 

CORMERAIS (Ludovic), docteur en tlroit, anc. auditeur au 
Cons. d'Etat, anc. cons. de préfecture, secr. du Cons. gén. 
de la Loire-Inférieure et de la Comm. dép., maire de Saint- 
Philbert-de-Grand-Lieu, dél. de la Soc. française de secours 
aux blessés pour la XI e région militaire et de la Soc. des 
bibl. bret., v.-pr'du Syndicat des agr., pr* delà Comm. du 
Musée Dobrée, m. de la Comm. du Musée arch., boul. De- 
lorme, 34, et ch. du Rocher, S'-Philbert-de-Grand-Lieu, 
1884. 

COTTEUX (Marcel), anc. notaire, expert, Chàteaubriant, 1895. 

CROUAN (Jules), 28, r. du Calvaire, 1908. 

DANO (C), sous-intendant militaire, r. du Mont-Goguat, 1908. 

DELANOUE (l'abbé Armand), curé de S'-Félix, 1905. 

DELATTRE (Léon), agent voyer cantonal, r. Stephenson, ll ! »î s 
Nantes, Doulon, 1906. 

DION (le marquis Albert de), député, cons. gén. de la Loire- 
Inférieure, v.-pr* de l'Automobile Club, ch. de Maubreuil, 
Carquefou, et av. de la Grande-Armée, 46, Paris, 1903. 

DORÉ-GRASLIN (l'abbé Rhilbert), r. Dugommier, 7, et ch. 
de Loiselinière, Gorges par Clisson, 1906. 

DORTEL (Alcide), O. I. Ç|, avocat, cons. gén. de la Loire- 
Inférieure, p l de la Soc. ac, anc. secr. de la Soc. des bibl. 
bret., m. du Corn, de la Bibl. publ., de la Comm. du Mu- 
sée arch. et du Cons. dép. d'hygiène pub., cor. du Min. 
de l'inst. publ. pour les travaux hist., rue de l'Héron- 
nière, 12, 1889. 

DOUDIÈS (Jules), q. de Tourville, 19, Nantes, 1901. 

DROUIN (Aristide), entrepreneur, sec. gén. de la Soc. nan- 
taise d'Horticulture, m. de la Soc. ac, r. de Rennes, 11, 1907. 

DURVILLE (l'abbé Georges), O. A. SQt, chanoine prébende, 
anc. aumônier des Augustines, 1' de la Soc. arch. de la 
Loire-Inférieure, anc. pr* de la Soc. philatélique, m. de la 
Comm. du Musée arch., r. S'-Cléraent, 76, 1892. 






— VII — 

ESTOURBEILLON de la GARNACHE (le marquis Régis de 
1'), O. A. 0, député, cons. mun. de Vannes, cor. de la Soc. 
nationale des ant. de France, inspecteur et 1* de la Soc. 
française d'arch., fond. dir. de la Revue historique de 
l'Ouest, anc. pr> de la Soc. polymatique du Morbihan, v.- 
prt de la Soc. des bibl. bret., m. de l'Ass. bret., de la Soc. 
des Hospitaliers-Sauveteurs-Bretons et de la Soc. art. et 
litt. de l'Ouest, U de la Soc. arch. de la Loire-Inférieure, 
pi. de l'Evêché, 10, Vannes (Morbihan), et r. du Havre, 7, 
Paris, 1880. 

FABRÉ (Xavier), notaire, r. de Saille, Guérande, 1883. 

FERRONNAYS (le marquis de la), député de la Loire-Infé- 
rieure, cons. gén., maire de Saint-Mars-la-Jaille, ch. de 
Saint-Mars-la-Jaille, 1908. 

FERRONNIÈRE (Georges), architecte, prof, à l'Université 
catholique d'Angers, m. de la Soc. ac, r. Voltaire, 15, 1907. 

FILLIAT (André), chirurgien-dentiste des hôpitaux de Nantes 
r. Boileau, 11, 1906. 

FRANCE (Jules de), titulaire de deux médailles d'hon. 
comm.-voyer, r. Charles-Monselet, 30, 1898. 

FRESLON (Paul de), r. Malherbe, 8, 1902. 

FURRET (Jules), architecte, m. de la Soc. des architectes, 
r. Geoffroy-Drouet, 6, 1904. 

GOURDON (Maurice), O. I. o. c - <*e l'ordre royal de Charles 
III d'Espagne, attaché au service de la carte géologique de 
France, r. de Gigant, 19, et ch. de la Haie des Bouillons, 
Cordemais, 1900. 

GOUSSET (le comte René), avocat, docteur en droit, m. du 
Cons. héraldique de France et de l'Ass. des Chev. pontifi- 
caux, pi. de l'Oratoire, 14, 1889. 

GRAND (Roger), O. A. Q, anc. élève et m. de la Soc. de l'Éc. 
des Chartes, avocat, anc. archiviste du Cantal, anc. archi- 
viste adj. de la Loire-Inférieure, cor. du Min. de l'Inst. 
publ. et de la Soc. nationale des ant. de France, inspecteur 
dép. delà Soc. française d'arch., pi. Delorme, 1, et Arradon 
(Morbihan), 1903. 

GRÉLIER (l'abbé Charles), m. de la Soc. française d'Arch., 
Ecole apostolique, Maison des Missions, à Pont-Rousseau 
(L.-L), 1905. 

GU1LLON (Léon), la Boucardière, Chantenay-s.-Loire, 1900 



— vfii 



HALGAN (le docteur Georges), boul. Delorme, 30, 1904. 

HOUDET (Joseph), r. de la Rosière, 9, 1900. 

HUBERT (Pierre), r. Cassini, 12, 1907. 

JOIGNE (le marquis Jacques Leclerc de), député, secr. du 
Cons. gén. de la Loire-Inférieure, maire de Juigné-s.-Sarthc, 
ch. du Bois-Rouaud, S'-Hilaire-de-Chaléons, ch. de Juigné- 
s.-Sarthe, (Sarthe) et r. du faubourg S'-Honoré, 137, Paris, 
1906. 

KERVENOAËL (le vicomte Emile Jouan de), docteur en 
droit, m. de la Soc. française d'arch. et de la Soc. des 
bibl. bret., r. Tournefort, 3, et ch. de Boisy-Sourdis, la 
Verrie (Vendée), 1886. 

LAFONT (Georges), architecte, inspecteur diocésain, anc. 
secr. de la Soc. des architectes, pr l fond. hon. de la Comm. 
des fêtes nantaises, m. de la Comm. dép. des bâtiments 
civils, du Cons. dép. d'hygiène publ., de la Comm. du 
Jardin des Plantes et du Corn, des Amis des Arts, m. 
d'hon. de la Comm. du Musée arch., r. de la Rosière, 1", 
1873. 

LAGRÉE (Victor), O. #, de l'ordre du Nicham-Iftikar, de 
l'ordre royal du Cambodge et du Dragon Vert de l'Annam, 
pr l de la Section nantaise des Hospitaliers-Sauveteurs-Bre- 
tons, capitaine de frégate en retraite, r. Bonne-Louise, 2, 
1901. 

LASTOURS (Dr Edmond Gauzence de), pi. Dumoustiers, 5, et 
ch. de la Mabiterie, Varades, 1907. 

LAUZON (Etienne de) cons. d'arr. de la Mothe-Achard, m. 
du Cons. héraldique de France, r. Mathelin-Rodier, 19, et 
ch. de la Forêt, la Mothe-Achard (Vendée), 1890. 

LECORNL\(Alfred), O. A. Q , architecte retraité de la Ville 
de Paris, r. du Général-Bedeau, 2, et ch. de Kerlocdulec, 
St-Marc, en S»-Nazaire, 1900. 

LE COUR-GRANDMAISON (Henri), #, sénateur, cons. gén. 
de la Loire-Inférieure, anc. secr. de la Comm. dép., maire 
de Campbon, pr' de la Soc. des courses, r. de Bréa, 2, ch. 
de Coislin, Campbon, et r. de l'Université, 71, Paris, 1887. 

LEGRAND(Paul), secr. régional de La Province pour la Vendée, 
r. Royale, 14, et la Benate par S'-Etienne-de-Corcoué, 1905. 

LERAT (le docteur Fernand), O. I. O, prof, à l'Ec. des se. et 
des lettres, anc. chef des travaux anatomiques à l'Ec. dç 



— IX — 

médecine, m. delà Comra. du Muséum, anc. m. ad], du Cons. 
dép. d'Hygiène publ., r. Thiers, 4, 1900. 

LEROUX (Alcide), avocat, m. et anc, pn de la Soc. ac, m. de 
la Soc. française d'arch. et de l'Ass. bret., av. Camus, 34, 
etS'-Germain, Langonnet (Morbihan), 1877. 

LESIMPLE (l'abbé Jean -Baptiste), aumônier des Dames 
Blanches, r. de Gigant, Nantes, 1903. 

LINYER (Louis), ^, avocat, bâtonnier, m. du Cons., prof, à 
l'Ec. libre de droit, anc. adj. au maire de Nantes, m. du 
Corn. cent, et anc. pr 4 delà Soc ac, pr l fond, de la Soc. de 
géog. commerciale, m. de la Soc. française d'arch., de la 
Soc. art. et lit. de l'Ouest et de la Soc. des Amis des Arts, 
r. Paré, 1, ch. de la Jubinière, Héric, et ch. du Veillon, 
Talmont (Vendée), 1877. 

LISLE du DRENEUC (Georges de), av. Félix-Faure, 28, 1901. 

LISLE du DRENEUC (le vicomte Pitre de), 0. A. 0, 1' de la 
Soc. française d'arch. et de la Soc. arch. de la Loire-Infé- 
rieure, conservateur et m. d'hon. de la Comm. du Musée 
arch., conservateur du Musée Dobrée, cor. du Min. pour 
les travaux hist., m. de la Comm. des monuments hist. 
et des mégalithes de France, du Com. des B.-A. des dép. et 
de la Soc. des ant. de France, auxiliaire de la Comm. de 
géog. hist. et des mégalithes de France, m. du Com. de la 
Bibl. publ. et de la Com. du Musée des B.-A., av. de l'Épe- 
ronnière (r. de Paris, 63), 1872. 

LONDE (Joseph Senot de la), docteur en droit, maire de 
Thouaré, r. Mathelin-Rodier, 6, et ch. de la Picauderie, 
Thouaré, 1887. 

LOTZ-BRISSONNEAU (Alphonse), ingénieur des arts et 
manufactures, v.-prt de la Soc. des Amis des Arts, m. de 
la Comm. du Musée des B.-A. et du Com. de la Bibl. publ., 
adm. du Bureau de bienfaisance, q. de la Fosse, 86, 1898. 

LYONS (Just des), av. Camus, 11, et ch. de Belleroche, 
Rocheservière (Vendée), 1905. 

MAILCAILLOZ (Alfred) O. A. 0. chef du contentieux de la 

mairie de Nantes, anc. secr. perpétuel de la Soc. ac, r. 

Général-de-Sonis, 7, 1901. 
MAITRE (Léon), O. I. Q, archiviste-paléographe, anc. él. et 

m. de la Soc. de l'Ec. des Chartes, archiviste du dép., m. 

du Com. des travaux hist. et se près le Min. de l'inst. publ., 



anc. pr' delà Soc. ac, anc v.-pr' de la Soc. de géog. com- 
merciale, r. de Strasbourg, 2, 1870. 

MARTIN (Arthur), 0. %, capitaine de vaisseau en retraite, r. 
Gurvand, 32, Rennes (Ille-et-Vilaine), 1895. 

MICHEL (Gaston), Jftî, ingénieur de la Ville, m. de la Connu. 
des bâtiments civils, r. de la Rosière, 28, 1901). 

MIRALLIE (le docteur Charles), anc. interne des Hôpitaux de 
Paris, médecin des Hôpitaux de Nantes, prof, de médecine 
légale et d'hygiène à l'Éc. de médecine, r. Copernic, 11, 1900. 

MONTI de REZE (Claude de), chev. de S'-Grégoire le Grand, 
cons. d'arr., m. du Cons. d'adm. de la Revue historique de 
l'Ouest, du Cons. de la Soc. des bibl. bret, m. de la Soc. 
française d'arch., du Cons. héraldique, de la Soc. d'émula- 
tion de la Vendée, q. Ceineray, 3, et ch. du Fief-Milon, 
Le Roupère (Vendée), 1883. 

MONTI de REZE (le comte Henri de), cons. comm. de la Soc 
française de secours aux blessés, r. de Strasbourg, 31, et 
ch. de Rezé, près Nantes, 1880. 

MOUILLÉ (l'abbé J.-M.), prêtre de-Saint-Sulpice, anc. dir. du 
gr. séminaire de Nantes, aumônier de la Providence, 9, r. 
Lorette-de-la r Refoulais, 1908. 

NAU (Paul), architecte, pr' de la Soc. des architectes, m. de 

la Comm. du Musée arch., r. Lafayette, 16, et ch. de Port- 

Sinan, Rouans, 1865. 
NAU (Joseph), architecte, m. de la Soc. des architectes, 

pi. Edouard-Normand, 3, 1905. 
NOURY (Edouard), r. Sully, 2, 1905. 
OHEIX (André), la Ville-aux-Veneurs, Loudéac (Côtes-du- 

Nord). 1900. 
OLLIVE (Frédéric), inspecteur du service vicinal, m. de la 

corn. dép. des bâtiments civil, r. Félibien, 01, 1901. 
OLLIVE (Jean-Raptiste), secr. de la Soc. des Amis des Arts, 

Pont-Rousseau, Rezé, 1900. 
OUVRARD (Léonce), rédacteur en chef de V Express de VOuest, 

pi. des Jacobins, 1908. 
PINEAU-CHAILLOU (Fernand), secr. de la Soc. des Art. 

bretons, q. Ernest-Renaud, 12, et ch. des Cléons, Vertou, 

1905. 
PLANTARD (le docteur J.-M.), boul. Pasteur, 29, 1904. 
PLESSIS (Georges du), %, 1, r. Maurice-DuvaL 1908. 



• — XI — 

POIRIER (Etienne), bibl. de la Soc. ac, pi. du Bouffay, 6, 

1907. 
POMMIER (Félix) ; O. A. O, conservateur du Musée des B.-A., 

très, et m. de la Comra. du Musée arch., r. Leroy, 23, 1X88. 
POUVREAU (Raymond), anc. cons. d'arr. de Nantes, dir. de 

la Mutuelle du Mans, r. St-André^ 44, 1884. 

RACINEUX (Marcel), route de Clisson, 1908. 

RADIGOIS (l'abbé Auguste), anc. sup. du Collège de 
Chàteaubriant, anc. curé de S'-Sébastien, anc. aumônier 
du Pensionnat des Frères, r. de Bel-Air, 14, 1886. 

RENARD (Paul), pi. du Pilori, 11, 1907. 

RENAUD (Henri) dir. du Vendéen, r. de Savenay. 16, 1907. 

RÉVÉREND (JulesJ, à Bourgerel, Musillac (Morbihan). 

RINGEVAL (Léon), #, O, A., Ç|, Porte-Chaise, S'-Sébastien, 
près Nantes, 1903. 

RIONDEL (le commandant Albert), O. ^, capitaine de 
frégate en retraite, anc. pr* de la Soc. ac, pi. fde la 
Moricière, 1, et ch. des Chapelières, S'-Mars-la-Jaille, 1905. 

RIONDEL (Henri), très, de la Soc. ac, pi. de la Moricière, 
1, et ch. des Chapelières, St-Mars-la-Jaille, 1907. 

RIVET (Edouard), la Trémissinière, près Nantes, 1906. 

ROCHERY, q. Dugay-Trouin, 3, 1908. 

ROUXEAU (le docteur Alfred), O. A. Q. anc interne des 
hôpitaux de Paris, prof, de physiologie à l'Ec de méde- 
cine, secr. de la Gazette Médicale de Nantes, va. de la Soc 
ac. et du Com. de la Bibl. publ., r. de l'Héronniére, 4, 
1894. 

ROY (Donatien), r. Fénelon, 4, 1908. 

SAINT-GUÉDAS (Henri Rado de), avocat, m. du Cons., 

r. Grétry, 1, 1907. 
SÉCILLON (le vicomte Stéphen de), r. Prémion, 1, et ch. de 

la Tour, Orvault, 1898. 
SIBILLE (Maurice), député, cons. 'gén., m. de la Comm. du 

Musée des B.-A., r. Gresset, 8, et boul. des Invalides, 44, 

Paris, 1907. 
SOREAU (l'abbé Henri), chanoine hon., prof, de dessin au 

Pensionnat S'-Stanislas, r. St-Stanislas, Nantes, 1886. 
SOULLARD (xMarcel), avocat, docteur en droit, prof, supplé- 
ant à l'Ec libre de droit, secr. gén. de la Soc. ac, r. Cré- 

billon, 14, 1899. 



— XII — 

SOULLARI) (Paul), numismatiste, m. de la Com. du Musée 
arch., m. cor. de la Soc. française de numismatique, r. du 
Château, 10, et ch. de la Haye-Morlière, près Nantes, 1862. 

SUYROT (Gabriel de), r. du Lycée, 13, et ch. de la Gastière, 
Mortagne-s/-Sèvre (Vendée), 1890. 

TERNAY (le comte Louis d'AviAu de), r. Tournefort, 2, et 
ch. de Ternay, les Trois-Moutiers (Vendée), 1886. 

TERTRE (Fernand Couètoux du), greffier du Tribunal, 
Paimbœuf, 1907. 

TESSIER (Benjamin), architecte, m. de la Soc. des archi- 
tectes, anc. él. de l'Ec. des B.-A., r. Crébillon, 24, et la 
Roche-Montrevault (Maine-et-Loire), 1906. 

TOUCHE (Xavier Le Lièvre delà), numismatiste, r. du Port- 
Communeau, 21, 1883. 

TRÉMANT (Paul), r. de la Rosière, 11, 1900. 

VIENNE (Jean de), ch. de Thouaré, 1908. 

VIEUVILLE (Gaston de la), O. ^, colonel de cavalerie 

breveté en retraite, r. Tournefort, 1, et ch. de la Gazoire, 

Nort,1900. 
VIGNARD (le docteur Edmond), O. A. Q, chirurgien des 

hôpitaux, prof, de clinique chirurgicale à l'Ec. de méde- 
cine, chirurgien titulaire à l'Hôtel-Dieu, r. de l'Héronnière, 

6, 1900. 
VIGNARD (Auguste), r. de Rennes, 11, 1904. 
VIGNERON-JOUSSELANDIÈRE (Albert), Coët-Droz, Save- 

nay, 1905. 
VILLESBOISNET (le comte Arthur Espivent de la), sec. du 

Cons. gén. de la Loire-Inférieure, m. de la Com. dép., 

ch. du Deflay, Pontchàteau, et r. Cambon, 31, Paris, 1896. 
VINCENT-JOÙON (Antoine), pr' du Tribunal de commerce, 

rue de Courson, 3, 1906. 
VINCENT (Félix), ch. de la Gobinière, Orvault, 1896. 
WISMES (Christian de Blocquel de Croix, baron de), m. 

d'hon. de la Comm. du Musée arch., P de la Soc. ac, anc. 

v.-pr* de la Conf. La Moricière, m. de la Soc. des Art. 

bretons, cor. de la Soc. de l'Art chrétien et de l'Ass. 

bretonne, r. Henri IV, 12, 1887. 
WISMES (Gaétan de Blocquel de Croix, baron de), v.-pr 1 

de la Soc. ac, secr. adj.de la Soc. des bibl. bret., r. Royale, 

17, et ch. de la Chollière, Orvault, 1887. 



XIII — 



MEMBRES CORRESPONDANTS 



MM. 

ACHON (le chevalier Charles d'), anc. él. de l'Ec. des Chartes, 
ch. de la Roche-de-Gennes, Gennes (Maine-et-Loire), 1898. 

AUMONT (Joseph), photographe, r. de la Barillerie, 15, et 
S'-Brevin, 1882. 

BARMON (Henri Nicolazo de), anc. camérier d'hon. de 
S. S. le Pape Léon XIII, ch. de la Touche, Fégréac, 1887. 

BASTARD (Charles) numismatiste, ch. de Kerlan, par Save- 
nay (L.-L), 1908. 

BAUDRY (Madame), (née Joséphine Bouché), associée cor- 
respondante, S'-Mars-la-Jaille, 1906. 

BÉJARRY (le comte Amédée de), #, sénateur de la Vendée, 
anc. lieutenant-colonel du 63e régiment territorial, r. Tour- 
nefort, 7, et ch. de la Roche-Loucherie, S' 1 ' -Hermine 
(Vendée), 1885. 

BOCERET (Emmanuel Priour de), écrivain, r. Sully, 1, 1887. 

BOIS -SAINT -LYS (M 1 "» Maillard de), associée correspon- 
dante, manoir du Bois-S'-Lys, Carquefou, 1900. 

BONNEAU (Louis), O. I. |>, juge de paix, m. de la Soc. des 
bibl. bret. et de la Soc. polymathique du Morbihan, écrivain, 
l 1 de nombreux concours lit., m. des Hospitaliers-Sauve- 
teurs-Bretons, q, de S'-Goustan, 28, Auray (Morbihan), 1898. 

BOURDEAUT (l'abbé Arthur), docteur en théologie, vicaire 
de Nozay, 1903. 

BROCHET (Louis), O. A, Q, agent voyer d'arr. hors 
classe, m. de la Soc. des antiquaires de l'Ouest, r. de la 
République, 114, Fontenay-le-Comte (Vendée), 1900. 

CHAPRON (Joseph), 1* de la Soc. ac, Châteaubriant, 1889. 

CHARBONNEAU-LASSAY (Louis), m. de plusieurs Soc. 
d'hist. et d'arch., prof., Loudun (Vienne), 1902. 

CHATELLIER (le baron Paul Maufras du), O. I. 0, m. cor. 
de l'Institut, l l de l'Institut, cor. de la Soc. des ant. de 



— XIV — 

France, cor. du Min. de l'Instr. publ. et des B.-A., pr« de 
la Soc. arch. du Finistère, ch. de Kernuz, Pont-1'Abbé (Fi- 
nistère), is.x:;. 

COURSON de ia VILLENEUVE de vicomte Robert de),*, 
colonel en retraite, rue de Nièvre, 50, Nevers (Nièvre), 
1895. 

COUTIL (Léon), O. A. Q, cor. du Min. pour la section 
d'arch., fond, et anc. prt de la Soc. normande d'études 
préhistoriques, m. de plusieurs Soc. savantes, les Andelys 
(Eure), 1907. 

DRESNAY (le vicomte Maurice du), licencié ès-lettres, atta- 
ché à la légation de France à Tokio, Tokio (Japon), av. du 
Trocadéro, 14 Ms, Paris, et ch. du Dréneuc, S'-Nicolas-de- 
Redon, 1886. 

DUBREIL (Charles), juge d'instruction, Paimbœul, 1900. 

ESPERONNJÈRE (le marquis René de 1'), ch de l'Esperon- 
nière, Candé (Maine-et-Loire), 1907. 

EUDEL (Paul), 0. I. i}, critique d'art, chargé de missions en 
Algérie, anc. sec. de la Soc. ac, anc. m. de la Corara. de la 
Bibl. et de la Comm. du Musée Arch., v.-pr» de l'Exp. des 
B.-A., anc. m. de la Comm. du Conservatoire de musique, 
anc. m. des Comm. des Expositions universelles, r. Gustave- 
Flaubert. 4, Paris, et ch. du Gord, Cellettes (Loir-et-Cher) 
1885. 

CABILLAUD (Narcisse), instituteur à Moulins (Deux-Sèvres), 
1908. 

GENUIT (le docteur Marcel), ch. de la Guichardaye, Tréal 
(Morbihan), 1871. 

GIROUSSE (l'abbé Félix), aumônier des Frères, rue de 
Rennes, 85-87, 1895. 

HERRIOT (Edouard), anc. él. de l'Éc. normale supérieure, 
agrégé des lettres, prof, de rhétorique au Lycée de Lyon, 
maire de Lyon, cours d'Herbouville, 1, Lyon (Rhône), 1896. 

JOUBERT (le chevalier Joseph), v.-pr' de la Soc. des Études 
coloniales et maritimes, m. cor. de la Sociedade de Geo- 
graphia de Lisboa et de l'Ateneo Veneto, m. de la Societa 
Geografica Italiana, du Conseil héraldique de France, etc., 
r. des Arènes, 11, Angers (Maine-et-Loire), 1906. 

JOYS (Paul), dir. de l'Ec. S'-Similien, r. Talensac, 16, 1906. 

KERGUENNEC (François Le Chauff de), maire de St-Molf, 



— XV — 

ch. de Kerguennec, Guérande, et r. du Mené, 18, Vannes 
(Morbihan), 1879. 

LANDE de CALAN (le vicomte Charles de la), p« de la Soc. 
des bibl. bretons, Redon (Ille-et-Vilaine), 1907. 

LONGKAIS (Frédéric Joùon des), archiviste paléographe, 
anc. él. de l'Ec. des Chartes, rue du Griffon, 4, Rennes, et 
ch. de la Martinière, Rennes (Ille-et-Vilaine), 1894. 

LORIÈRE (Henri Trochon de), r. Henri IV, 11, et ch. du Pa- 
villon, Presles et Thierry (Aisne), 1901. 

MAUPASSANT (le comte Charles de), ch. de Clermont, le 
Cellier, et r. de Monceau, 60, Paris, 1891. 

MÉREL (l'abbé Louis), vicaire d'Issé, 1900. 

MERESSE (Gabriel), ch. de Lessac, Guérande, et Villa la 
Reine, r. Fontaine-Bleue, Mustapha-Alger (Algérie), 1881. 

MOLLAT (l'abbé Guillaume), anc. chapelain de l'église 
S'-Louis-des-Français,chapelainde la basilique de Montmar- 
tre, Mauves, et r. de l'Assomption, 88, Paris (XVF), 1901. 

MONTAIGU (le marquis Pierre de), #, C. de Pie IX, v.-pr» 
du Cons. gén. et député de la Loire-Inférieure, maire de 
Missillac, v.-pr* d'hon. de la Soc. St-Hubert de l'Ouest, m. 
delà Comm. du Musée des B.-A., ch. de la Bretesche, Misil- 
lac, etr. Martignac, 18, Paris, 1899. 

MOREAU (Georges), ingénieur des mines, anc. él. de l'éc. Po- 
lytechnique, av. Bugeaud, 28, Paris, 1902. 

PERRON (Louis), à Formusson-en-Daon (Mayenne). 

PEYRADE (Henri Espitalié de la), anc. cons. mun. de 
Nantes, ch. du Bois-de-Roz, Limerze! (Morbihan), 18<S.">. 

PICHELIN (Paul), banquier, m. de la Soc. des Amis des 
arts, r. Bonne-Louise, 12, 1874. 

PINEL (Louis), répétiteur à l'École des Hautes Études com- 
merciales, 108, boulev. Malesherbes. Paris-17e, 1908. 

PORT (Etienne), %, chef adj. du cabinet du Min. de l'Inst. 
publ., Paris, 1903. 

PORTE (le vicomte Hippolyte Le Gouvello de la), cons. 
d'arr. de S»-Nazaire, maire de Sévérac, m. de la Comm. du 
Musée Dobrée, r. Sully, 5, et ch. de Sévérac, Si-Gildas-des- 
Bois, 1886. 

RENOUL (le docteur Emmanuel), le Loroux-Bottereau, 1901. 

REVELLIÈRE (Gabriel), vérificateur des Douanes, à Saint- 
Nazaire, 1908. 



— XVI 



TOUCHE (Henri Roumain de la), anc. magistrat, cons. d'arr. 

d'Ancenis, ch. de Champtoceaux (Maine-et-Loire), 1885. 
TRÉVELEC (le marquis Harry de), Herbignac, West South- 

bourne, Bournemouth (Angleterre), 1902. 



XVII — 



MEMBRES HONORAIRES 



MM. 

ABGRALL (l'abbé Jean -Marie), O. A. 0, chanoine hon. de 
Quimper, aumônier de l'Hôpital, v.- pr' de la Soc. arch. 
du Finistère, cor. de la Comra. des monuments hist-, 1' de 
la Soc. française d'arch., prof, d'arch. au Grand-Séminaire, 
Quimper (Finistère), 1897. 

CROIX (le R. P. Camille de la), #, Poitiers (Vienne), 1894. 

POTTIER (l'abbé Fernand), O. A. Q, chanoine titulaire, pr» 
de la Soc. arch. du Tarn-et-Garonne, corr. du Min. de 
l'Inst. pub. pour les travaux hist., du Min. des B.-A., de 
la Comm. des monuments hist., inspecteur de la Soc. fran- 
çaise d'arch., prof, d'arch. au Grand-Séminaire, r. du 
Moustier, 59, Montauban (Tarn-et-Garonne), 1898. 

URSEAU (l'abbé Charles), O. A. ||, chanoine de la Cathédrale 
d'Angers, secr. gén. de la Soc. d'agr., se. et arts d'Angers, 
cor. du Min. de l'Inst. publ. et de la comm. des monu- 
ments hist., parvis S'-Maurice, 4, Angers (Maine-et-Loire), 
1906. 



Soc. ArchéoL Nantes. 



— XVIII — 



\ 



SOCIÉTÉS CORRESPONDANTES 



FRANCE 



Aisne Société académique des sciences, arts, 

belles-lettres, agriculture et indus- 
trie de Saint-Quentin (S'-Quentin). 

Allier Société d'émulation des lettres, scien- 
ces et arts du Bourbonnais (Moulins). 

Alpes- Maritimes Société des lettres, sciences et arts des 

Alpes-Maritimes (Nice et Paris). 

Aube Société académique, d'agriculture, des 

sciences, arts et belles-lettres du 
département de l'Aube (Troyes). 

A ude Commission archéologique et littéraire 

de l'arrondissement de Narbonne 
(Narbonne). 

Aveyron Société des lettres, sciences et arts de 

l'Aveyron (Rodez). 

Basses-Pyrénées Société des sciences, lettres et arts de 

Pau (Pau). 

Belfort Société Belfortaine d'émulation (Bel- 
fort). 

Bouches-du-Rhùne . . . Société de statistique de Marseille 

(Marseille). 
Annales des Facultés de droit et des 
lettres d'Aix, à la Bibliothèque de 
l'Université, à Aix-en-Provence. 

Charente Société archéologique et historique de 

la Charente (Angouléme). 

Charente-Inférieure. . Société des archives historiques (Re- 
vue de Saintonge et d'Aunis)(Saintes). 

Cher Société des antiquaires du Centre 

(Bourges). 



— XIX — 

Corrèze Société scientifique, historique et ar- 
chéologique de la Corrèze (Brives). 

Côtes-du-Nord Société d'émulation des Côtes-du-Nord 

(Saint-Brieuc). 

Creuse Société des Sciences natarelles et ar- 
chéologiques de la Creuse (Guéret). 

Deux-Sèvres Société de statistique, sciences, lettres 

et arts du département des Deux- 
Sèvres (Niort). 

Dordogne Société historique et archéologique 

du Périgord (Périgueux). 

Eure-et-Loir Société archéologique du Finistère 

(Chartres). 

Finistère Société archéologique du Finistère 

(Quimper). 

— Société diocésaine d'archéologie 

(Quimper). 

— Société académique de Brest (Brest). 

Gard Académie de Nîmes (Nîmes). 

Gironde .• Société archéologique de Bordeaux 

(Bordeaux). 

Hautes-Alpes Sociétéd'étudesdesHautes-Alpes(Gap). 

Haute-Garonne Société archéologique du Midi de la 

France (Toulouse). 
Haute-Marne Société historique et archéologique de 

Langres (Langres). 
Haute-Saône Société d'agriculture, sciences et arts 

du département de la Haute-Saône 

(Vesoul). 
Haute-Vienne Société archéologique et historique du 

Limousin (Limoges). 

— Société des amis des sciences et arts 

de Bochechouart (Bochechouart). 

Ille-et- Vilaine Société archéologique du département 

d'Ille-et-Vilaine (Bennes). 

— Annales de Bretagne, publiées par la Fa- 

culté des lettres de Bennes (Bennes). 
— Société historique et archéologique 

de l'arrondissement de Saint-Malo 
(Saint-Malo). 






— XX — 

Indre-et-Loire Société archéologique de la Touraine 

(Tours). 

Isère Académie Delph'nale (Grenoble). 

Jura Société démulation du Jura (Lons-le- 

Saulnier). 

Landes Société de Borda (I)ax). 

Loir-et-Cher Société des sciences et lettres du 

Loir-et-Cher (Blois). 
Société archéologique, scientifique et 

littéraire du Vendômois (Vendôme). 
Loire-Inférieure Société académique de Nantes et de la 

Loire-Inférieure (Nantes). 

— Société des sciences naturelles de 

l'Ouest de la France (Nantes). 

— Société des Bibliophiles Bretons et de 

l'Histoire de Bretagne (Nantes). 

Loiret . . Société archéologique et historique de 

l'Orléanais (Orléans). 

Lot Société des études littéraires, scienti- 
fiques et artistiques du Lot (Cahors). 

Lozère Société d'agriculture, industrie, 

sciences et arts du département de 
la Lozère (Mande). 

Maine-et-Loire Société des sciences, lettres et beaux- 
arts de l'arrondissement de Cholet 
(Cholet). 
Société Nationale d'Agriculture, scien- 
ces et arts d'Angers. 

Manche Société d'agriculture, d'archéologie et 

d'histoire naturelle du département 
de la Manche (Saint-Lô). 

Marne Société d'agriculture, commerce, 

sciences et arts du département de 
la Marne (Chàlons-sur-Marne). 

Mayenne . ... Commission historique et archéolo- 
gique de la Mayenne (Laval). 

Meurthe-et-Moselle. . . Société d'archéologie lorraine et Mu- 
sée historique lorrain (Nancy). 

Meuse Société des lettres, sciences et arts de 

Bar-le-Duc. 



— XXI — 

Morbihan Société polymathique du Morbihan 

(Vannes). 
Nord Commission historique et archéolo- 
gique (Lille). 
Oise .... Société académique d'archéologie, 

sciences et arts du département de 

l'Oise (Beauvais). 
Orne Société historique et archéologique de 

l'Orne (Alençon). 
Pas-de-Calais Société des antiquaires de la Morinie 

(Saint-Omer). 
Rhône Société académique d'architecture de 

Lyon (Lyon). 
Bulletin historique du diocèse de Lyon 

(Lyon). 
Saône-et- Loire Société Eduenne (Àutun). 

— Académie de Màcon (Màcon). 
Sarthe Société d'agriculture, sciences et arts 

de la Sarthe (Le Mans). 
Revue historique et archéologique du 
Maine (Le Mans et Mamers). 

Seine Journal des Savants (Paris). 

Société nationale des antiquaires de 
France (Paris). 

— Société française d'archéologie pour la 

conservation et la description des 
monuments (Congrès archéologi- 
ques) (Paris et Caen). 

— Société française de numismatique 

(Paris). 

— Revue de la Société des études histo- 

riques, faisant suite à l'Investigateur 
(Paris). 

— Comité des travaux historiques et 

scientifiques (M. I. P., Paris). 

— Revue de l'École d'anthropologie 

(rue de l'École -de -Médecine, 15, 
Paris). 
Seine-Inférieure Commission des antiquités de la Seine- 
Inférieure (Rouen). 



— XXII — 

Seine-Inférieure Société havraise d'études diverses (Le 

Havre). 
Seine-et-Oise Société archéologique de Rombouillet 

(Rambouillet). 
Somme Société des antiquaires de Picardie 

(Amiens et Paris). 
Tarn-ct-Garonne Société archéologique du Tarn-et- 

Garonne (Montauban). 
Var Société d'études scientiliqueset archéo- 
logiques de la ville de Draguignan 

(Draguignan). 
Vendée Société d'émulation de la Vendée (La 

Roche-sur-Yon). 
La Vendée historique et traditioniste 

(Luçon). 
Vienne Société des antiquaires de l'Ouest 

(Poitiers). 
Yonne Société des sciences historiques et 

naturelles de l'Yonne (Auxerre). 

ALGÉRIE 

Constantine Société archéologique du département 

de Constantine (Constantine). 

BELGIQUE 

Namur • . Archives de la France monastique, 

Revue Mabilon (Cbcvetognc par 
Leigr.on). 

ESPAGNE 

Catalogne Revista de la Associacion artistico- 

arqueôlogica (Rarcelone). 

Iles Baléares Boletin de la Sociedad arqueôlogica 

Iuliana (Palma de Mallorca, islas 
Baléares). 

ÉTATS-UNIS D'AMÉRIQUE 

Colombie Smithsonian institution (Washington). 

SUÈDE 

Stockholm Académie royale des belles-lettres, 

d'histoire et des antiquités de Stock- 
holm (Stockholm). 



— XXIII — 



REVUES 



Cantal Revue de la Haute- Auvergne (Aurillac). 

Ille-et-Vilâine L'Hermine, revue littéraire et artis- 
tique de Bretagne (Rennes, Paris, 

I 

Londres). 

Maine-et-Loire Revue de l'Anjou (Angers). 

Morbihan Revue Morbihannaise (rue Pasteur, 1'.). 

Vannes). 
Seine Revue des Traditions populaires (80, 

boul. Saint-Marcel, Paris-V e ). 



TABLE DES MATIÈRES 



Pages 

Procès-verbaux des séances xlvii 

Nantes en 1792 207 

Notes curieuses extraites des registres de la paroisse 

de Saint-IIei blain 351 

Prééminences de l'église de Saint-Philbert de Grand- 
Lieu 359 

L'ancienne église de Notie-Dame de Challans 3(S7 

Découverte d'un objet d'art ancien 415 

L'église et la paroisse Saint-Laurent de Nantes 417 

Nécrologie : M. Edouard Pied 443 

Liste des Membres de la Société i 

Lisle des Sociétés correspondantes xvm 



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Nantes. — Imp. A. DUGAS & C' e , 5, quai Cassard. 






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