(navigation image)
Home American Libraries | Canadian Libraries | Universal Library | Community Texts | Project Gutenberg | Children's Library | Biodiversity Heritage Library | Additional Collections
Search: Advanced Search
Anonymous User (login or join us)
Upload
See other formats

Full text of "Bulletin de la Socit nationale d'acclimatation de France"









- 

















mvm 



rssu 



BULLETIN 



DE LA 



* * 



SOCIETE NATIONALE D'ACCLIMATATION 

DE FRANCE 






BULLETIN 



DE LA 



Société Nationale d'Acclimatation de Franco 

FONDÉE LE 10 FÉVRIER 1854 
RECONNUE ÉTABLISSEMENT D'UTILITÉ PUBLIQUE 

Par Décret du 26 Février I85S 



ANNEE 1912 

CINQUANTE-NEUVIÈME ANNÉE 



NEW Y OKU 
BOTANICA&. 

wneN 



PARIS 

AU SIÈGE DE LA SOCIÉTÉ 

33, RUE DE BUFFON, 33 

1912 



Mm 



m 



BULLETIN 



DE LA 



Société nationale d'Acclimatation 



DE FRANCE 



Fondée le 10 Février 1854 



RECONNUE COMME ETABLISSEMENT D'UTILITE PUBLIQUE 

PAR DÉCHET DU 26 FÉVRIER 1855 



TOME LIX 



ANNÉE 1912 



PARIS 

AU SIÈGE DE LA SOCIÉTÉ 

33, RUE DE BUFFON 



SOCIÉTÉ NATIONALE 

D'ACCLIMATATION 

DE FRANGE 

EW YOK* 

BOTANIC*' 

UAK' 

ORGANISATION POUR L'ANNÉE 1912 

CONSEIIL — COMMISSIONS BUREAUX DES SECTIONS 



CONSEIL D'ADMINISTRATION POUR 191^ 



BUREAU 

Président. 

M. EiJmond PERR1ER, membre de l'Académie des Sciences et de 
l'Académie de Médecine, directeur du Muséum d'Histoire 
naturelle. 

Vice- Présidents. 

MM. G. RAVERET-WATTEL. 

Comte de PONTBHlAND, Sénateur. 

D. BOIS, assistant au Muséum d'Histoire naturelle, professeur 

à l'École coloniale. 
Maurice de VILMORIN. 

Secrétaire général. 
M. Maurice LOYER. 

Vice-Secrétaires. 

MM. CREPIN, Secrétaire des Séances. 

DEBREUFL, Secrétaire pour VIntérieur. 

H. HUA, Direcieur adjoint à l'École des Hautes-Études, Secré- 
taire du Conseil. 
R. LE FORT, Secrétaire pour l'Étranger. 

Trésorier. 
M. le D' SEBILLOTTE. 

Archiviste-Bibliothécaire. 
M. CAUCURTÈ. 

BULL. SOC. NAT. ACCL. FR. ]!I12 — I 



BULLETIN DE LA SOCIÉTÉ NATIONALE 1) ACCLIMATATION 



MEMBRES DU CONSEIL 

MM. ACHALME, directeur du Laboratoire colonial du Muséum 
d'Histoire naturelle. 

déjardin. 

LECOMTE, professeur de Botanique au Muséum d'Histoire 
naturelle. 

LE MYRE DE VILERS, ambassadeur lionoraire. 

D r LEPIUNCE. 

MAGAUD D'ALBUSSON, docteur en droit. 

MAILLES. 

|) r IL MARCHAL, professeur à l'Institut national agronomique, 
directeur de la Station onlomologique de Paris. 

Comte d'ORFEUILLE. 

E. TROUESSART, professeur de Mammalogie au Muséum 
d'Histoire naturelle. 

Ph de VILMORIN. 

WUIRION, ancien inspecteur général au jardin d'Acclimata- 
tion. 

Présidents honoraires. 

MM. Albert GEOFFROY SAINT-HILAIRE. 
LE MYRE DE VILERS. 

\ ice-Président honoraire, 
MM. BUREAU. 

Baron Jules de GUERNE. 

Secrétaire général honoraire. 
M. Amédée BERTHOULE. 

Archiviste-Bibliothécaire honoraire. 
M. MOREL. 

Membres honoraires du Conseil. 

MM. le D' BLANCHARD. 

Comte Raymond de DALMAS. 
MILHE-POUTINGON. 



COMMISSION DES CHEPTELS 

MM. le Président et le Secrétaire général. 



Membres pris dans le Conseil. 

MM. Debreuil. 

Troi ESSAB i . 
WUIRION. 



Membres pris dans la Société. 

MM. Duriez. 
Gerôme. 

Mailles. 



ORGANISATION DE LA SOCIKTK .1 

COMMISSION DES RÉCOMPENSES 

MM. le Président et le Secrétaire général (Membres permanents . 

Délégués du Conseil. 
MM. Dkbreuil, d'Orfeuille, Haveret-Wattel, Magaud d'Aubusso.n. 

Délégués des Sections. 

Première section. — Mammifères. — MM. Mailles. 
Deuxième section. — Ornithologie. — Wuirion. 

Troisième section. — Aquiculture. — Pellegrin. 

Quatrième seciion. — Entomologie. — Marchal. 

Cinquième section. — Botanique. — Bois. 

Sixième section. — Colonisation. — Pekrot. 

COMMISSION DE COMPTABILITÉ 

MM. Debreuil, d'Orfeuille, Le Fort. 

COMMISSION DES ARCHIVES 

MM. Le Fort, Debreuil, Mailles. 

COMMISSION DE PUBLICATION 

La Commission de publication est composée des Présidents de 
Section, du Secrétaire général et des Vice-Secrétaires. 

BUREAUX DES SECTIONS 



l re Section. 



Mammifères. 



MM. Debreuil, délègue' du Conseil. 
Tuouessart, président. 
Wuiiuon, vice-président. 
Kollman, secrétaire. 

2" Section. — Ornithologie. 

MM. Mailles, délévué du Conseil. 
Magaud d'Acbusson, président. 
Ménegaux, vice-président. 
d'Orfeuille, secrétaire. 

3' Section. — Aquiculture. 

MM. Le Fort, délégué du Conseil. 
Ravfret-Wvttel, président. 
Pellegrin, vice-président. 
Depax, secrétaire. 



4 e Section. — Entomologie. 

MM. Marchal, délégué du Conseil. 
Clément, président. 
Marchal, vice-président. 
Abbé Fouchrr, se rétaire. 
Garreta. vice secrétaire. 

5 e Section. — Botanique. 

MM. Hua, délégué du Conseil \l). 
Bois, président. 
Poisson, ■vice-président. 
Gérôme, secrétaire. 

6 e Section. — Colonisation. 

MM. Lecomte, délégué du Conseil . 
Chevalier, président. 
Achai.me, vice-président. 
Rouver, secrétaire. 



-~", ~VT" «««.w. V . 

Agent général de la Société : M. Charles Ballereau. 

(1 Bureau de 1911 ; les élections pour sou renouvellement n'auront lieu 
que le 22 janvier 1912. ' 



LISTE DES MEMBRES 



DE I.\ 



SOCIÉTÉ NATIONALE D'ACCLIMATATION 

DE FRANCE 

ARRÊTÉE AU 31 DÉCEMBRE 1911 



Ce signe désigne les membres à vie. 

A. — MEMBRES BIENFAITEURS 

1H07. — S. M. Ferdinand I er , roi des Bulgares, Palais de Sophia 
(Bulgarie). 

1007. — Dejarmn (Eugène-Constant), Industriel. 23. rue Claude- 
Lorrain, à Paris, 16 e . 

B. MEMBRES HONORAIRES 

1911. — Fabre (J.-H.), à Sérignan Vaucluse. 

1893. — Germain (Rodolphe), Vétérinaire principal en retraite, 
7, avenue de Périgueux, à Brantôme, Dordogn*. 

1910. — Grassi (Sénateur G.-R.), Professeur à l'Université, 91, via 
Agostino Depretis, à Rome (Italie). 

1908. — Howard (U.-O.), Chi^f of Bureau of Entomologie, United 
States Department of Agriculture, Washington (États-Unis). 

1871. Le Myre i>k Vilers, Ambassadeur honoraire, 3, rue Camba- 
cérès, Paris, 8 e . 

1911. — Sargent (Professeur), Harward University, .lamaïca-Plain, 
Boston, Massachusetts | Etats-Unis). 

1911. — Steindachner (Professeur Docteur), Directeur du Musée 
Impérial et Royal d'Histoire naturelle, à Vienne (Autriche), 

1910. — Théorali» (F.-V.), Professeur au South Easlern Agiicultural 
Collège Wye Court, Wye, Ashford (Angleterre). 

1896. — Zograf (N. de), Professeur au Musée Polytechnique, à 
Moscou (Russie). 



LISTE DES MEMBRES •' 

C. SOCIÉTÉ AFFILIÉE 

1910. — Tunisie (Société des Aviculteurs de), à Tunis (Tunisie;. 

D. — SOCIÉTÉS AGRÉGÉES 

1871. — Marseille (Société d'Agriculture des Bouches-du-Rhône , 
19, rue Venture, Marseille, Bouches-du-Rhône. 

1907, — Melun (Société horticole, viticole et botanique de), Seine- 
et-Marne. 

1911. — SAy (Société des Raffineries et Sucreries), 123, boulevard 
de la Gare, Paris, 13' . 

1911. _ Stockholm (Nordiska Museets Bibliotek), à Stockholm 
(Suède). 

1875. — Toulouse (Société d'Agricullure de), 20, rue Saint-An- 
toine du T, à Toulouse (Haute-Garonne). 

E. — MEMBRES ACTIFS 

1906. — Achalme (Pierre-Jean), Directeur du laboratoire colonial 
du Muséum, 1, rue Andrieux, à Paris, 8 e . 

1905. — Agnellet, Notaire, 50, avenue Victor-Hugo, à Paris, 16 e . 

1907. — Alglave (M 11c Louise), Propriétaire, Grande-place, à Va- 
lenciennes, Nord. 

1911. — Allain (Maurice), 13, rue Henner, à Paris, 9 e . 

1900. — Amherst (Lady Florence), Uidlinglon Hall, Brandon, 

Norfolk (Angleterre). 
*1871. - - Andecy (Maurice d'), 36, rue Matignon, à Paris, 8°. 
♦1887. — Andecy (Stéphane d), au Môle, par Aiguës-Mortes, Gard. 
1907. — Anthony (Raoul-Louis-Ferdinand), Docteur es sciences, 
préparateur au Muséum, 55, rue de Bufïbn, à Paris, 5 e . 
*1897. — Arcos (Santiago), Toki-Eder, Saint-Sébastien (Espagne). 

1905. — Arei\rerg (Prince E. d 1 ), 12, rue d'Astorg, à Paris, 8 P . 
1911. — Arenberg (Prince P. d 1 ), 20, vue de la Ville-rÉvêque, à 

Paris, 8 e . 
*1891. — Armancourt (Comte d'), 3, rue des Vieux-Rapporteurs, à 

Chartres, Eure-et-Loir. 
*1876. — Armand (Léon), Commissaire de la Marine en retraite, 

villa Rocheliane, à Antibes, Alpes-Maritimes. 

1906. — A ron (Armand), Notaire, 28, avenue de l'Opéra, à Paris, 2 e . 
1871. — Aurerjonois (Gustave, Propriétaire, villa Beau-Site, à 

Lausanne (Suisse), 



6 BULLETIN DE LA SOCIÉTÉ NATIONALE D'ACCLIMATATION 

*1881. — Aubier (Gaston , rue d'Angoulème, àPérigueux, Dordogne. 

1880. — Aurusson (Magaud n'j, 18, rue d'Erlanger, à Paris, 16 ft . 

*1881. — Aude (Sextiu*), 37, rue Saint-Georges, à Paris, 9 e . 

*I87G. — Auzoux (Docteur Hector), Saint-Aubin-d'Ecrosville, Eure. 

1910. — Baldrati (J.), Directeur de la Colonisation, à Asmara 
(Erythrée). 

*1873. — Balloy (de), à Marambert, par Saint-Viatre, Loir-et-Cher. 

1911. — Baliut (Fernand), 20, rue de Chartres, à Neuilly-sui- 
Seine, Seine. 

1907. Balhe (J'Mii lils), Jardinero paisajista, à Quérétaro, Quéré- 
taro (Mexique). 

*1880. — Balmes (E.), Avocat, ancien notaire, 14, boulevard Lan- 
crosse, à Toulouse, Haute-Garonne. 

1900. — Barrai; de Muratel (E.), La Sabarterie, par Soual, Tarn. 
1882. — Bas (W.-S. M. de), Notaire, à La Haye, Hollande. 

1912. — Baudon (Alfred), Ad ninistrateur des colonies, villa Hen- 
riette, Traver>e-Férier, Marseille, 

*1896. — Berford (Duchesse de), Woburn Abbey, à Woburn, Bed- 
fordshire (Angleterre). 

1908. — Bkarx (Comtesse H. de), 123, rue Saint-Dominique, à 
Pari-, 7 e . 

1907. — Bkarn (Comte François de), Propriétaire-éleveur, château 
d'Eslayon, à Lescar (Basses-Pyrénées. 

*1891. — Beaijchaine (Gustave), à Chàtellerault, Vienne. 

1908. — Beille (Docteur Guillaume-Lucien), Professeur agrégé à 
la Faculté de Médecine, 35, rue Constantin, à Bordeaux, 
Gironde. 

19H. — Beiot (Edmond), Vice-président de la Société centrale 
des Chasseurs, 7, rue Montaigne, à Paris, 8 e . 

1910. — Bbi lette (Paul), Conservateur du musée, 55, abbaye des 
Prés, à Douai, Nord. 

1901. — Berge, ingénieur civil, 12, rue Pierre-Charron, à 
Paris, 16 e . 

1909. — Berlue (M mc Jeanne), château du Haut-Gèvres. à Treil- 
lières, Loire-Inférieure. 

1912. — Bkhruyer (Docteur), 177 bis, boulevard Sainl-Germain, à 
Paris, 7 e . 
*1889. — Bertrand (Emile), 35, boulevard des Invalides, à Paris. 7 e . 

1899. — Bertrand (Lucien), Négociant, à Diégo-Suarez (Mada- 
gascar). 

1904. — Besmer, à l'éreuil, par Blanzac, Charente. 

1911. — Besse (Charles), 70, boulevard Voltaire, à Asnières, Seine. 

1900. — Besson, Horticulteur, chemin de l'Arénas, à Nice, Alpes- 
Maritimes. 



LISTE DES MEMBRES 7 

1909. — Bethmanm (Baron Hugo de), Banquier, 8, rue Auber, à 
Paris, 9°. 

1903. — Bethmont (Daniel), 14, boulevard Emile-Augicr, à Paris, 16 e . 
* 1 880. — Betting, Directeur des Grandes Brasseries, à Maxéville, 
Meurtbe-et-Moselle. 
1871. - - Beurges (Comte de), 51, avenue Montaigne, à Paris, 8 ,; . 
1912. — Bjgaut de Granbot (Ch. de), Maître de Verreries, à Loivre, 
Marne. 
*1876. — Biollay (Paul-Emile), 22, rue Hamelin, à Paris, 16 e . 

1910. — Biquet (J.), 45, rue du faubourg Saint-Jaume, à Mont- 
pellier, Hérault. 

*1889. — Bivort de la Saudée (E. de), cbâteau de Roisin, Hainaut 
(Belgique). 

1894. — Bizeray (Eugène), villa du Jagueneau, près Saumur, 
Maine-et-Loire. 

1886. — Blaauw (F.-E.), à S'Graveland, par Hilversura (Hollande). 
*1879. — Blacque (Alfred), 78, rue de Monceau, à Paris, 8 e . 
*1895. — Blanchard (Docteur Raphaël), Membre de l'Académie de 
Médecine, Professeur à la Faculté de Médecine, 226, boule- 
vard Saint-Germain, à Paris, 7 e . 

1895. — Bocquentin (Paul), domaine de Laversinp, par Greil, Oise. 
1898. - Bohn, Directeur de la Compagnie française de la Côte 

Occidentale d'Afrique, à Marseille, Bouches-du-Rhône- 
*1903. — Bois (D.), Assistant au Muséum d'Histoire naturelle, 

15, rue Faidherbe, à Saint-Mandé, Seine. 
*1885. — Boisson (Mathieu), route de Bordeaux, à Nérac, Lot-et- 
Garonne. 
1894. — Bonaparte (S.A. 1. le Prince Roland), Membre de l'Institut, 

10, avenue d'Iéna, à Paris, 16 e . 
1911. — Bonifay (M me J.), 55 bis, boulevard Pereire, à Paris, 17 e . 

1910. — Bonnet (Alexandre), 54, boulevard Bineau, à Neuilly-sur- 
Seine, Seine. 

*1884. — Borromeo (Comte Giberto), 7, place Borromeo, à Milan 
(Italie). 

*18 T 6. — Bosquillon de Jenlis, 22, rue Dufour, à Amiens, Somme. 
1907. — Bouchacourt (Capitaine Antoine-Louis-Hugues), Acheteur 
au DéDÔt de remonte, à Mâcon, Saône-et-Loire. 

*1879. — Boudinhon (Adrien), Ingénieur, 85, rue de la République, 
à Saint-Chainond, Loire. 

*1884. — Bouis, à Saint-Julien, par Narbonne, Aude. 

*1911. — Boulanger, Assistant au British Muséum, à Londres (An- 
gleterre). 

1911. — Boulland (Docteur), château de Grandvilliers, à La Cha- 
pelle-Gauthier, Seine-et-Marne. 

1904. — Boullet (Eugène), Banquier, à Corbie, Somme. 



8 BULLETIN DE LA SOCIÉTÉ NATIONALE D'ACCLIMATATION 

*1902. — Bouvier, Memlive de l'Institut, professeur au Muséum 
d'Histoire naturelle, 55, rue de Buffon, à Paris, 5 e . 

*1873. — Bouvier (Aiméï, 9, rue Denfert-Rochereau, à Boulogne- 
sur-Seine, Seine. 
1912. — Brazil (!)'• Vital), Directeur do l'Institut sérothérapique 
de Butantan, boîte 65, Saint-Paul, Brésil. 

1909. — Breteuil (Marquis de), 10, avenue du Bois-de-Boulogne, à 
Paris, 16 e . 

1912. Brosse (Vicomte de la), 6, square de Messine, à Paris, 8-. 
*1908. — Bhuel (Georges), Administrateur en chef des Colonies, à 

Brazzaville (Congo Français). 
* 1 9 1 1 . — Brumpt (Emile), Professeur agrégé à la Faculté de Méde- 
cine, 1, rue Dupuytren, à Paris, 6 e . 
1905. - - Brunet, Avoué, 95, rue des Petits-Champs, à Paris, 1 er . 

1910. — Brunot (Ch.), Inspecteur général des Services adminis- 
tratifs du Ministère de l'Intérieur, 38, rue de Berlin, à Paris, 8 e . 

1905. — Bruyère E.). Attaché au Muséum, 57, rue Cuvier, à 

Paris, 5 e . 
*1885. — Bruzon, 35, rue Rosière, à Nantes, Loire-Inférieure. 

1911. — Bûcher (Louis-.!. ), Directeur de la Compagnie Cuaruja, à 
Santos (Bré>il). 

*1910. — Buginion (Docteur Edouard), Professeur d'Embryologie, à 

la Faculté de Médecine, à Blonay-sur-Vevey (Suisse). 
1891. — Bureau (Docteur Edouard), Professeur honoraire au 

Muséum d'Histoire naturelle, 24, quai de Béthune, à Paris, 4 e . 
*1911. — Bureau (Docteur Louis), Directeur du Muséum d'Histoire 

naturelle, professeur à l'École de Médecine, 15, rue Gressel. à 

Nantes, Loire-Inférieure. 
1899. — Buttikofer (Docteur), Directeur du Jardin zoologique. ;'t 

Rotterdam (Hollande). 
*1906. — Buxareo-Oribe (Félix), Propriétaire-éleveur. 447, 25-Mayo, 

à Montevideo (Uruguay). 

*1888. — Cahrié (Emile), Les Pradels, par Narbonne, Aude. 
1911. — Cabs (Maurice), Directeur du Pécheur Populaire , 161, rue 
Montmartre, à Paris, 2 e . 

1897. — Calmann-Lévy (Gaston), 8, rue Copernic, à Paris, 16 e . 
*1894. — Cantelar (Henri de), Ancien officier de marine, capitainf 

de port, à Château Gombert, par Marseille, Bouches-du-RhAne. 

1898. - - Canu (Docteur Eugène), 43, boulevard Dannou, à Boulogne- 
sur-Mer, Pas-de-Calais. 

*1894. — Cardoso (Edouard), 31, boulevard Beauséjour. à Paris, 16 e . 
♦1904. — Carié (Paul), à Curepipe (Ile Maurice). 
*1875. — Caruel de Saint-Mabtin ( Didier de), 50. boulevard de 
Gourcelles. à Paris, 17 e . 



LISTE DES MEMBRES 9 

I88li. — Carvalho Monteiro (A. de), 70, rua do Alocrins, a Lis 
bonne (Portugal). 

1910. — Gasahtelli, 18, rue de la Bourse, à Bordeaux, Gironde. 

1878. — Casati (Comte Gabrio), 24, Corso Venezia, à Milan 
(Italie). 

1909. — Cauchy (Henri), Ingénieur des Arts et Manufactures, 
8, boulevard de Denain, à Paris, 10 e . 

1908. — Caucurte (M me René), moulin de la Madeleine, à Samois- 
sur-Seine, Seine-et-Marne. 

1907. — Caucurte (lieué), Propriétaire, moulin de la Madeleine, à 
Samois-sur-Seine, Seine-et-Marne. 

1909. — Cayeux, Grainier, 8, quai de la Mégisserie, à Paris, 1 er . 

1911. — Chagot (Albert), Notaire honoraire, 6, rue Saint-Louis, à 
Melun, Seine-et-Marne. 

1902. — Chapel (Fernand de), cbâteau de Cardet, à Lézan, Gard. 
1906. — Chappfllier (Albert), Ingénieur-agronome, licencié es 

sciences, 6, place Saint-Michel, à Paris, 6 e . 
1871. — Chappellier (Paul), à La Commanderie, par Chécy, Loiret. 
1905. — Charley-Poutiau, villa de la Barrière, à Lommel, Lim- 

bourg (Belgique). 

1879. — Chassaing, 6, avenue Victoria, à Paris, 4 e . 

*1880. — Chauvassaignes (Franck), château de Thoeix, par Royal. 

Puy-de-Dôme. 
*1880. — Chauvassaignes (Paul), château de Mirefleurs, par les 

Martres de Veyres, Puy-de-Dôme. 
*1875. - - Chavagnac (Comte R. de), château de Chazeuil, par Va- 

rennes-sur-Allier, illier. 

1912. - Chenault (Léon), Horticulteur, route d'Olivet, à Orléans, 
Loiret. 

1904. — Chevalier (Auguste), 14, boulevard Saint-Marcel, à Paris., S 1 '. 
*1873. — Chevalier (Adrien), 7, avenue de Messine, à Paris, 8'\ 
*1895. - - Chirac (G. de), château de Soalhat, par Puy-Guillaume. 
Puy-de-Dôme. 
1911. - Clair (Maxime), Ingénieur des Arts et Manufactures, 

62, rue Saint-Lazare, à Crépy-en-Valois, Oise. 
189Q. - - Claybrooke (J. de), 5, rue de Sontay, à Paris, 16 e . 
*1879. - Clément (A.-L.), 34, rue Lacépède, à Paris, 5 e . 
1911. — Cligny (A.), Directeur de la Station aquicole, à Boulogne- 
sur-Mer, Pas-de-Calais. 
*1857. — Cogchi (Igino), Professeur à l'Institut des Études supé- 
rieures, 51, via Pinti, à Florence (Italie). 

1910. — Coez (Edouard), 87, rue Denfert-Rochereau, à Paris, 14 e . 
1910. - - Collet (Georges), 3, avenue de Villars, à Paris, 7 e . 
1910. — Colette (M mc Félicie), 89, rue Grande, à Champagne-sur- 
Seine (Seine-et-Marne). 



10 BULLETIN DE LA SOCIÉTÉ NATIONALE D'ACCLIMATATION 

1908. — Colette, Weyriras, Hervé et C ic , Exportateurs, 41», rue 

d'Enghien, à Paris, 10 e . 
1886. — Commission de piscici r. ri ne au Ministère de l'Agriculture. 
38, rue de Louvain, à Bruxelles (Belgique). 
*1880. - - Conte (Gustave), 20, quai Victor-Hugo, à Narbonne, Aude. 
1911. - Cordonnier (Anatole père), Viticulteur, grapperies du 
Nord, à Bailleul, Nord. 
*1891. — Cosnieb (Léon), château de Sauceux, par Senonches, 
Eure-et-Loir. 
1902. — Costantin, Professeur au Muséum d'Histoire naturelle, 
61, rue de Buffon, à Pans, 5 e . 
*1889. — Cottin (Louis-Valence), 76, rue Saint-Lazare, à Paris, 9 e . 

1906. — Cottin-Angar (M lle M.), domaine de Cossigny, par Chevry- 
Cossigny, Seine-et-Marne. 

*1871. — Courcel (Baron A. de), 10, boul. Montparnasse, à Paris, 15 e . 

*1909. — Courtet (Henri), 45, rue Fontaine-Blanche, à Landerneau, 
Finistère. 
1910. — Coutière (Henri), Professeur à l'École supérieure de Phar- 
macie, 118, avenue d'Orléans, à Paris, 14 e . 

*1899. - - Couvreux (Charles), 33, rue Vineuse, à Paris, 16 e . 
1899. - Crepin (Joseph), 82, rue de Grenelle, à Paris, 7 e . 

*1889. — Crépin (Félix), 8, rue Saint-Cyr, à Bourg-la-Heine (Seine). 

*1901. — Crivelli Skrbelloni (Comte)-, 21, Monte -Napobone, à 
Milan (Italie). 

1907. — Crombez (Raymond), Attaché de Légation, 129, boulevard 
Haussmann, à Paris, 8 e . 

*1895. — Cros (Docteur François), 6, rue de l'Ange, à Perpignan, 
Pyrénées-Orientales. 

*1902. — Crouzat (Léon), à Castelnau, par Lézignan, Aude. 

*1 899. — Guénot, Professeur à l'Université, à Nancy, Meurthe-et- 
Moselle. 
1910. — Cunisset-Carnot, Premier Président à la Cour, 19, cours 
du Parc, â Dijon, Cùte-d'Or, 

1908. — Dagry (A.), Pisciculteur, 20, quai du Louvre, à Paris, 1 er . 
P.» 10. - I)\<;ry (Charles), Pisciculteur, 20, quai du Louvre, à 

Paris. I"'. 
*1896. — Dalmas (Comte H. de), 26, rue de Berri, à Paris, 8 e . 
1907. Danglade (M me ), château de Sauveterre, par Lombez, Gers. 

1907. — Dannin (René), Ingénieur-cynégétique, à Colombes (Seine). 

1908. — Darrasse (André), Négociant, pharmacien de l'' e classe, 
13, rue d'Enghien, à Paris, 10 e . 

1906 — Dasski (Georges), 19, rue d'Aumale, à Paris, 9°. 

1909. — Dhrrk.i u. (M"» c J.-C), 25, rue de Chàteaudun, à Paris, 9 e . 
1889. — Debreuil (Charles), 25, rue de Chàteaudun, à Paris. 9 e . 



LISTE DES MEMBRES 11 

1906. Dechambre (P.), Professeur de Zootechnie à l'Écol ■ 
d'Alfort, 15, rue Gabrielle, à Charenlon-le-Ponl, Seine. 

*1867. — Dekrance, 17, avenue de l'Hippodrome, à Bruxelles 

(Belgique). 
*1899. - - Dejean, 53, quai de Bosc, à Celle, Hérault. 

1911. — Delagour (Henri), 5, rue Théodule-Ribot, à Paris, 17 . 

1910. — Dblacour (Jîan), 28, rue de Madrid, à Paris, 8 e . 

i906. — Delamarre de Monchaux (Comte Maurice), 6, rue de Belle- 

chass 1 ', à Paris, 7°. 
1904. — Delaurier (Amédée), 1, place Jean-Faure, à Angoulême, 

Charente- Inférieure. 
1909. — Delchet (Aug.), 30, avenue des Champs-Elysées, à Paris, 8 e . 
1908. — Deiguel (Docteur Pierre-Abel), 15, rue Lafaurie-de-Mon- 

badon, à Bordeaux, Gironde. 

1908. — Demilly (Jean), Jardinier en chef de l'École Supérieure de 
Pharmacie, 4, avenue de l'Observatoire, à Paris, 6 e . 

1912. — Depax, Préparateur au Muséum d'Histoire naturelle, 
57, rue Cuvier, à Paris, 5 e . 

1912. — Depret (Léon), 26, rue Jacob, à Paris, 6 e . 
*1874. — Dekby-Welles (Georges), 29, rue Octave-Feuillet, à Pa- 
ris, 16 e . 

1907. — Descombes (Paul), Directeur honoraire des Manufactures 
de l'Etat, 142, rue de Pessac, à Bordeaux, Gironde. 

1907. — Dii.uet (Léon), Chargé de Missions scientifiques, 16, rue 

Lacuée, à Paris, 12 e . 
1902. — Drouelle, 7, rue Drouot, à Paris, 9 e . 
*1884. — Dugerf (Jules), 12, rue de Lougchamp, à Neuilly-sur- 

Seine, Seine. 

1911. — Duligmer (J.), à Saint-Gérand-le-Puy, Allier. 
1884. — Dumeril, château d'Emalleville, parEvreux, Eure. 

*1904. — Duriez (Georges), 42, boulevard Henri-IV, à Paris, 4 e . 

1888. — Egerton (Edwin-Henri), Ministre plénipotentiaire, à Ter- 
rington, York (Angleterre). 

1909. — Ephrussi (M me Maurice), 19, avenue du Bois-de-Boulogne, 
à Paris, 16 e . 

1909. — Ephrussi (Maurice), 19, avenue du Bois-de-Boulogne, à 
Paris, 16 e . 

1910. — Esnault-Pelterie (P.), Lieutenant au 7 e de dragons, à 
Fontainebleau, Seine-et-Marne. 

1910, — Estiot (Henri), Éleveur, 17, rue d'Oncy, à Yitry, Seine. 

*1888. — Falz-Fein (Fried.), Propriétaire, à Askania-Nova (Bussie). 

*1876. — Fauche (Eugène), 155, boulevard Haussmann, à Paris, 8 e . 

1902. — Ferlus, Administrateur des colonies, à Cotonou (Dahomey). 



12 BULLETIN DE LA SOCIÉTÉ NATIONALE D'ACCLIMATATION 

1906. — Ferrand ^Elie), Propriétaire, ancien conseiller d'arrondis- 
sement, à Segonzac, Charente. 

*1877. — Ferté (Georges', à Bonne-Maison, par Coucy-le-Château, 
Aisne. 
.911. — Fontoura da Costa (AbeL, Directeur de la Associaçâo 
central da Agricultura Portuguêsa, 95, rue Garret, à Lisbonne 
(Portugal). 

1907. — Fortin (l'abbé Théodore-Marie-Charles), Docteur en théo- 
logie, à Bretteville-sur-Odon, Calvados. 

1903. — Foucher (l'abbé), 24, rue Cassette, à Paris, 6 e . 
1910. — Fougekat (Jean), 44, rue Chaplal, à Levallois-Perret, Sein»-. 
1903. — Foureau (M" e Marie-Alice), château de Frédières, par 
Saint- Barbant, Haute-Vienne. 

1910. — Fourré (Léon), 5, boulevard Saint-Martin, à Paris, 3 e . 
1880. — Foy i Comte Armand , 2b, rue de Surène, à Paris, 8 e . 

*1888. — Froissart-Dumas, 16, rue Jean-de-Jouy, à Douai, Nord. 

1898. — Gâche de la Roche Courbo.n- (Comte Henri), château du 
Lattay, par Andouillé, Mayenne. 
*1911. — Gage (Major A. -T.), Directeur du Service botanique des 
Indes Britanniques; Directeur du Jardin botanique de Sibpur. 
près Calcutta Indes-Anglaises). 
*1886. — Gaillard (fils), aux Ormes-sur-Vienne, Vienne. 
*1908. — Gallois (Charles-Benjamin), Négociant, 32, rue du Fau- 
bourg-Poissonnière, à Paris, 10 e . 
1907. — Ga.nay (Marquise de), 9, avenue de l'Aima, à Paris, 8 e . 
1907. — Garnier (Augustin), Agriculteur, à Villegats, par Pacv- 
sur-Eure, Eure. 

1911. — Garreta (L.), Licencié es sciences, 29, avenue Happ, à 
Paris, 7' . 

*1883. — Gauttier (Eugène), Négociant, à Issoire, Puy-de-Dôme. 
*l 889. — Gavoty (Charles), 5, rue Armény, à Marseille, Bouches- 
du-Rhône. 
1907. — Gazengel (Lucien), Propriétaire, domaine de Brécourt, 
par Nesle-la-Vallée, Seine-et-Oise. 
*1883. — Geliot (Adrien), château de Saint-Martin-d'Ablois. Marne. 
*1909. - Gensoul (Joseph), à Chàteauneuf, Saône -et-Loire. 
1 854. — Geoffroy-Saint-Hilaire (Albert), à Vault-de-Lugny, par 

Avallon, Yonne. 
1911. — Geoferoy-Saint-Hilaihe (Henry), Attaché à la Direction de 
l'Agriculture, 2, rue de Russie, à Tunis (Tunisie). 
*1881. - Gérard (Alfred), 15, rue de Chanzy, à Reims, Marne. 
1878. — Gérard (Baron Maurice), 2, rue Babelais, à Paris, 8 P . 
1904. — Gérôme (Joseph), Jardinier en chef du Muséum d'histoire 
naturelle, 57, rue Cuvier, à Paris, 5 P . 



LISTE DFS MEMBRES 13 

1008. — Gillet (E.), [ndustriel, 78, quai de la Râpée, à Paris, 12 
*I879. — Ginoux de Fermon, à Maisonneuve, par Souesmes, Loir-et- 
Cher. 
* 1 803- — (lOiru y Rodriguez (Alejandro de), 5, Aguirre, à Madrid 
(Espagne). 
1910. — Golosgiimio (M m '' Sophie), château de Chérupeau, par 
Ti^y, Loiret. 
*I886. — Gombault (Roger), château de la Motte-Belair, à Saint- 
Laureni-les-Eiux, Loir-et-Cher. 
1008. — Goris, Chef de travaux à l'École supérieure de Pharmacie, 
4, avenue de l'Observatoire, à Paris, 6 e . 
*l87o. — Gorry-Bouteau (Pierre), à Belleville, par Thouars, Deux- 
Sèvres. 

1907. — Goulaine (Comte de), Sénateur, 9, place du Palais-Bour- 
bon, à Paris, 7 e . 

*1911. — Grakk (Professeur-Docteur Ludwig von), Conseiller Auli- 

que, 2, Universitâtspktz, à Graz (Autriche). 
1898. — Grancey Comte de), 146, rue de l'Université, à Paris, 7 e . 
* 1 873. — Grandidier (Alfred), Membre de l'Institut, 2, rue Gœthe, 

à Paris, 16 e . 

1908. - Gravereaux (Jules), 4, avenue de Villars, à Paris, 7' . 
*18T3. — Grisard (Jules), 12, rue Damrémont, à Paris, 18 e . 

1910. Gritton (Alfred), Négociant, 9, rue Faustin-Hélie, à 
Paris, t*6 e . 

1911. — Gruvel (Jean-Abel), Professeur à la Faculté des Sciences 
de Bordeaux, 4, rue Lagarde, à Paris, 5 e . 

*1 886. — Guerne (Baron J. de), 6, rue de Tournon, à Paris, 6 e . 
1908. — Guillaujun (André), Licencié es sciences naturelles, 
3, rue Victor-Considérant, à Paris, 14 e . 

*1 884. - - Hagenbeck (Karlj, Thierpark, Stellingen, à Hambourg 
(Allemagne). 

1897. — Halna du Fretay, château de Quefferon, par Lamballe. 
Côtes-du-Nord. 

1888. — Hambourg (Direction du Jardin zoologique de) i Alle- 
magne). 

1902. — Hebrard de Saint-Sulpice (Fernand d';, 2, avenue Elisée- 
Reclus, à Paris, 7 e . 

1888. — Hegk (Docteur), Directeur du Jardin zoologique de Berlin 
(Allemagne). 

1891. — Hegkel (Docteur Edouard ), Directeur de l'Institut Colonial, 
7, allée de Meilhan, à Marseille, Bouches-du-Rhône. 
♦1881. — Herelle (Paul), 21, rue Clément-Marot, à Paris, 8 e . 
*1906. - Hermemer (Georges^ Les Sables, â Draveil, Seine-et- 
Oise. 



1 \ BULLETIN DE LA SOCIÉTÉ NATIONALE D'ACCLIMATATION 

*1889. — Hervineau (Raoul), Propriétaire, à Fontenay-le-Com(e, 
Vendée. 
1911. — Hollier (Lucien), Importateur de fruits exotiques, 
13, boulevard Hochechouart, à Paris, 9 e . 
*1911. — Horwath (Professeur-Docteur), Directeur du Musée zoolo- 
gique, Musée national, à Budapest (Hongrie). 
1909. — Hottinguer (Henri), 4, rue de la Baume, à Paris, 8 e . 
1907. — Hourbette (P.), N -gociant, agriculteur et éleveur, 233, rue 
Saint Martin, à Paris, 3 e . 

1896. — Hua (Henri), 254, boulevard Saint-Germain, à Paris, I e . 
1871. — Hubert-Brièrre (A.), 2K, rue du Général-Foy, à Paris, 8 e . 

*19H. — Hubrecht (Professeur- Docteur A.-A.-W.), Université 
d'Utrecht (Hollande). 

1906. — Husson (Robert), à Preuilly, par Donnemarie-en-Montois, 
Seine-et-Marne. 

1902. — Iches (Lucien), 10-12, place Saint-Julien, à Laon, Aisne. 

1900. — Jaboulaye (Antoine), à Izieux, Loire. 

1907. — Jacot (Louis-Edmond), 7, rue Chernoviz, à Paris, 16 e . 
1875. — Jameson (Conrad), 115, boulevard Malesherbes, à Paris, 8 e . 

1897. — Janet (Charles), 71, rue de Paris, à Voisinli^u, près Beau- 
vais, Oise. 

1911. — Jardel (Eugène), Colon, à Hongay, province de Quang- 
Yen (Tonkin). 

*1888. - - Jennison (James), Directeur du Jardin zoologique de 

Belle-Vue, à Manchester (Aogleterre). 
*1877. — Jessé-Charleval (Comte de), Château l'Arc, par Fuveau, 

Bouches du Rhône. 

1912. — Jollivet (Jules), Grainier, à Conflans-Sainte-Honorine ,' 
Seine-et-Oise. 

I'.»07. — Joubert (Etienne), Professeur d'agriculture, 34, rue Guérin, 

à Fontainehleau, Seine-et-Marne. 
1907. - - Joubin (Louis), Professeur au Muséum d'histoire naturelle, 

21, rue de l'Odéon. à Paris, 6 e . 
*1877. -- Jullien (Gabriel-Alexandre), château de Bellevue, à La 

Mulatière, Bhôue. 

1890. - - Kerbert (Conrad), Directeur du Jardin zoologique d'Am- 
sterdam (Hollande). 

1878. — Kervenoel (Charles de), château de Talhouët, par Pon- 
tivy, Morbihan. 

190;J. — Kerville (Gadeau de;, 7, rue Dupont, à Rourn, Seine-Infé- 
rietare. 

l'MO. - - KoiXMANN Max , 15, rue JN'icolas-Chailet. à Paris, 15 e , 



LISTE DES MEMURES l.'i 

1904. — Krauss, 23, rue Alhouy, à Paris, 10 e . 

1911. Kusbl (Maxime), 21, place de la Madeleine, à Paris, 8'. 

1908. — Lauroy, Chef des serres au Muséum d'histoire naturelle, 
57, rue Cnvier, à Paris, 5 e . 
*1879. — La Chesnais (Edmond de), 401, Corniche, Château du 
Roncas-Blanc, à Marsedle, Bouches-du-Rhône. 
1891. — Laeger-Navés (Fernand de), Château de Navés, par Cas- 
tres, Tarn. 
*1874. Lair (comte Charles), 18, rue Las-Cases, à Paris, 7 e . 

1906. — Lalanne (Gaston), Docteur es sciences et en médecine, au 
Castel d'Andorte, Le Bouscat, Gironde. 

1908. — Lamarque (Maurice), Ingénieur civil des mines, 36, rue de 
Bellechasse, à Paris, 7 e . 

1907. — Lameth (comtesse Suzanne de), château d'Hénencourt, 
par Warloy-Baillon, Somme. 

1908. — Landowski (Henri), Chimiste expert près le tribunal de la 
Seine, 1, rue de Lille, à Paris, 7 e . 

1874. — Lanjuinais (comte Paul-Henri de), 31, rue Cambon, à 
Paris, 1 er . 
♦1883. — Lataste (Fernand), à Cadillac, Gironde. 
*1880. — Laour (Louis-Edmond), 99, rue de la Faisanderie, à 
Paris, 16 e . 
1871. — Larcher (Docteur), 97, rue de Passy, à Paris, 16 e . 

1909. — Larivière (Maurice), 148, rue de Longchamps, à Paris, 16 e . 
*1903. — Lassalle (J.-B.), 19, rue de Pre^-bourg, à Paris, 16 e . 

1908. — Lasseacx, 10, rue de Crosnes, à Montgeron, Seiue-et- 
Oise. 

1897. — Laurenge (Eugène), 6, rue Pierre-Martel, à Lille, Nord. 
1911. — Le Barazer (Daniel), Avocat à la Cour, 18, avenue de 

rO|.)éra, à Paris, 1 er . 
*1882. — Lebeurrier (J.-E.), àKérinou, près Brest, Finistère. 
*1877. — Leboucher (Constant), 24, rue des Epinettes, à Saint- 

Mandé, Seine. 

1898. — Le Cesne (Julien), 14, rue de la Faisanderie, à Paris, 16 e . 
1908. — Lkcoixte (Arsène), Propriétaire, place du Champ-de- 

Foire, à Trun, Orne. 
*1895. — Legointre (Comte Louis), château de Maisonneuve, par 
Chàtell' rault., Vienne. 
1905. — Lecomte (Docteur), Professeur au Muséum d'histoire 
naturelle, 24, rue des Ecoles, Paris, 5 e . 

1910. — Le Cour-Graadmaison, Sénateur, 71, rue de l'Université, à 
Paris, 7 e . 

1907. — Ledé (Docteur Fernand), Médecin légiste de l'Université, 
1, quai aux Fleurs, à Paris, 14 e . 



10 BULLETIN DE LA SOCIÉTÉ NATIONALE D'ACCLIMATATION 

• 1 876. — Lefebure Edouard), 9, rue Las-Cases, à Paris, 7 e . 
M876. — Lefort (Ernest), La Touche, par Mesland, Loir-et-Cher. 

1004. — Le Fort (Raymond , 89, boulevard Malesherbes, à Paris, 
et Château du Briou, Ménestreau-eu-Viliette, Loiret. 

1911. — Legoux Henri . Propriétaire. 10. rue de la Pompe, à 
Paris, 16 e . 

I '.108. — Lepel-Cointet. Agent de change. 5 bis. rue du Cirque, à 
Paris, 8 e . 

1902. — Le Pelletier Baron Maurice), château de Salvert, par 
Vivy, Maine-et-Loire. 

1900. — Leprince (Docteur Maurice . (32, rue de la Tour, à Paris, 16' . 
*1881. — Leroux 'Benjamin). 2. rue Jean-V, à Nantes, Loire-Infé- 
rieure. 

• 1867. — Le Sergeant de Baye.nghem (Félix), château de Upen. par 

Théruuanne, Pas-ile-Calais. 

1908. — Les-e (André de . Ingénieur-agronome. 59. rue d<- 
Varenne, à Paris, 7 e . 

1905. — Levylier (E.), Avocat à la Cour d'appel, 116, avenue des 
Champs-Elysées, à Paris, 8- . 

1903. — L'Hermite Constant . 38. rue des Quinconces, à Angers. 
Maine-et-Loire. 

1912. — L'Hoest (Michel), Directeur de l'Aquarium de la Société- 
royale de zoologie d'Anvers Belgique). 

* 1 90 1 . — Licnières ^Professeur , Directeur de l'Institut de bacté- 
riologie, Calle San Martin, 1141, à Buenos-Aires République 
Argentine). 

• 1884. — Lillers Marquis de), 15, avenue Montaigne, à Paris, 8'. 
I9U _ Li Yu-Yi.ng, Conseiller du ministère de l'Agriculture à 

Pékin, Directt-ur de la Caseo-Sojaine, 70. rue du Sentier, à 
Bois-Col"mbes. S» j ine. 

1906. — Loisel (Docteur Gustave), Directeur du laboratoire d'em- 
bryologie à l'Ecole des Hautes-Études, ti, rue de l'École-de- 
Médeciue, à Paris, 6*. 

• 189'k — Lodkr (baronnet Edmund-Giles . Leonardslee, Horsham 

Angleterre). 
*is7|. — Loubat Joseph-Elorimond. duc de, 53, rue Dunionl- 
d'Urville, à P..ri>, 16 e . 

1909. — Loyer Henri), Chimiste, à Massy-Palaiseau. Seine-et- 

Oise. 
I89ii. — Loyer . Maurice . 12, rue du Four, à Paris, 6 e . 

1910. — Luckt (Docieur Adrien , Membre de l'Académie de méde- 
cine, a-si-lanl au Muséum d'Histoire naturelle. 2. rue Mrs 
Arènes, à Paris. 5 e . 

• 1899. — LULING, 9, quai Malaquais. à Paris. 6'. 



LISTE DES MEMBRES I" 

( 87:>. — Mac-Allister (William), château de la Maùvoisinière, par 

Lire, Mainp-et-Loire. 
1 902. — Maillard (Augustin . Sénateur, 88, boulevard Saint-*.' i 

main, à Paris, 5 e . 

1883. — Mailles (Charles'!, rue de l'Union, à La Varenne-Sainl- 
Hilaire, Seine. 

11*00. Maire (Joseph), Inspecteur des eaux et forêts. 52", avenue 
de Saxe, à Paris, 15''. 
*IS77. — Maisonneuve, 8, quai de la Maison-Rouge, à Nantes, Loin- 
Inférieure. 

1884. — Maistre (Edouard), à Villeneuvette, parClermont, Hérault. 
1911. — Mallet 'Maurice), Expert, 13, rue du Helder, à Paris, 9". 
1910. — MAMONTOFF(M mo Marie), Propriétaire, Chemin de ferNicolas, 

station Podsolnéchnaia, à Moscou (Russie). 
1910. Mangin (Jacques), 155, faubourg Saint-Denis, à Paris, 2 . 

1895. — Marchal (Docteur Paul), Professeur à l'Institut national 
agronomique, 142, boulevard Saint-Germain, à Paris, 6 e ; et 30, 
rue des Toulouses, à Fontenay-aux-Roses, Seine. 

1896. — Marcillag (A. de), à Bessemont, par Villers-Cotterets, 
Aisne. 

*1896. - - Mariani (Angelo), 11, rue Scribe, à Paris, 9 e . 
1895. — Martin (Antonin), 2, rue Massillan, à Montpellier, Hérault. 

1909. — Martin (Docteur Edouard 1 !, château du Ciran, à Ménes- 
treau-en-Villette, Loiret. 

1910. — Masse (Fernand), Publiciste, à Péronne, Somme. 
1909. — Masse (Paul), Filateur, à Corbie, Somme. 

*1895. — Maurice (Charles), Docteur es sciences naturelles, châ- 
teau d'Attiches, par Pont-à-Marcq, Nord. 
1906. — Ménegaux (A.), Assistant au Muséum d'Histoire naturelle, 
55, rue de Buffon, à Paris, 5°. 

1897. — Me.nikr (Henri), 8, rue Alfred-de- Vigny, à Paris, 8 e . 

1905. — Merandon (Ludovic), 24, rue de l'Hôtel-de-Ville, à Yin- 
cennes, Seine. 

1908. — Metchnikoff (laboratoire de M. le Professeur), 28, rue 
Dutot, à Paris, 15", 

1903. — Meunier, Notaire honoraire, 17, rue du Cherche-Midi, à 
Paris, 6% 
*I882. — Meuriot (Docteur André), 17, rue Berton, à Paris, 16 e . 

11*11. -- Méprisse Docteur Paul), 67, rue de Paris, à Vanves, 
Seine. 

1 1*04. — Mezin (Ernest), Saint-Jean-du-Gard, Gard. 

181*8. — Milhe-Poutingon, 44, rue de la Chaussée-d'Antin, à l'a- 
ris, 9''. 
*J1M2. - Misson (Louis), Directeur de l'Industrie animale, Taîxâ 
685, à Saô-Paulo (Brésil . 

BULL. SOC. NAT. ACCL. KR. 1912. — 2 



18 BULLETIN DE LA SOCIÉTÉ NATIONALE D'ACCLIMATATION 

1907. — Moncl'it i Baron de), à Cuillé, Mayenne. 
*1S77. — Monod (Léon), Ingénieur-agricole, 31, allées Damour, à 
Bordeaux, Gironde. 

1911. — Montaignac, 234-, boulevard Saint-Germain, à Paris, 7 e . 
*1877. — Montblanc Baron A. de\ château de Ingelinunster (Bel- 
gique). 

1887. — Morel (H.), 3», rue de Laborde, à Paris, 8 e , et à Beyrouth 
(Syrie). 

I'.i03. — Morel-i/Arlelx Charles), Notaire honoraire, 13, avenue 
de l'Opéra, à Paris, I er . 

1910. — Moussu (G.-L.), Professeur de Pathologie à l'École vété- 
rinaire dAlt'ort, 1, rue des Épinettes, à Saint-Maurice, Seine. 

1909. — Murât (S. A. le Prince,, 28, rue de Monceau, à Paris, 8 e . 
1907. — Muteau (Heuri, Docteur en droit, 57, rue des Vignes, à 

Paris, 16 e . 

*U)08. — Napoléon (S. A. I. le Prince Louis), chez M. le Comte de 
Moncalieri, 4, rue Jean-Goujon, à Paris, 8 e . 

1906. — Nattan (M me Jentry . 12, rue du Buisson, à Créteil, Seine. 

1910. — Navellier (E.), Statuaire-Animalier, 6, rue de la Barouil- 
lère, à Paris, 6 e . 

*1902. — Nihelle, 1». rue des Arsins, à Rouen, Seine Inférieure. 
1897. — Niclausse (Jules), 2*, rue des Ardennes, à Paris, 19 e . 
1010. — Nigg (Lucien), Vice-président du Syndicat des Piscicul- 
teurs de France; Propriétaire de l'Établissement de Piscicul- 
ture du Val-Saint-Germain, par Saint-Chéron, Seine-et-Oise. 
*1877. — Nobillet (Augusle\ 1, passage Bel-Air, à Bennes, Ille-et- 
Vilaine. 

1907. — Nogués (Joseph), Architecte, 1.5, place des Vignaux, à 
Bagnères-de-Hi^orre, H nites-Pyrénées. 

1906. — Normand M me Marguerite), 43, rue Saint-Adresse, Le 
Havre, Seine-Inférieure. 
* 1 883. - - Nouvel (Georges), 30, avenue Henri-Martin, à Paris, 16 e . 

L910. - O.nelli (Clémente ), Directeur du Jardin zoolo^'ique de 
Buenos- A ires (Hé publique- Argentine. 

1892. — Orfkuille (Comte d'), 6, impasse des Gendarmes, à Ver- 
sailles, Seine-et-Oise. 

*I898. — Parafa (Baron de , Porto-Novo-da-Cunha, à Bio-de- 
Janeiro (Brésil . 
1910. — Pakis (Paul), Préparateur à la Faculté des Sciences de 
Dijon, Côte-d'Or. 
H&14. — Parlier (L.), rue Edmond-Adam, à Montpellier, Hérault. 
1910. — Pasquet Paul . I i I, avenue du Roule, à Neuilly-sur-Seine, 
Seine. 



us ri; dis MEMBRES 19 

I s : ; » . — Passy (Edgard), 27, avenue de Messine, à Paris, 8 e . 

l'.uo. Pauwels (Robert), au Grubbe, par Cortenberg (lîel^i(jue). 

1X76. — Pays-Mr lier, à la Pataudière, parChampigny-sui-Veude, 

[ndre-et- Loire. 
1909. - Pkignon (Eugène), Naturaliste, 22, rue des Grandes-Écoles, 

à Poitiers, Vienne. 
L905. — Pellegbin (Docteur J.), Assistant au Muséum d'Histoire 

naturelle, l, rue Vauquelin, à Paris, 5 e . 
1905. Peria«î (M m9 ), 8, rue du Général-Foy, à Paris, 8 e . 
1908. — Pehiac (Roger , '.)0, Grande-Rue, à Saint-Brice-sous- 

Forêt, Seine-et-Oise. 
1889. — Perrier (Eimond), Membre de l'Institut, Directeur du 
Muséum d'Histoire naturelle, 57, rue Cuvier, à P.itis, 5 e . 
*l'.i<)8. — Perrot (Emile), Professeur à l'École supérieure de phar- 
macie, 4, avenue de l'Observatoire, à Paris, 6 e . 
*1882. — Perrot (Julien), avenue de Déols, à Châteauroux, Indre. 

1911. — Pktit (Georges), 12, rue Godot-Je-Mauroy, à Pari-, 9 e . 
*1910. Phisalix (M me le D r Marie), 62, boulevard Saint-Germain, à 

Paris, 5 e . 
*1875. — Pichot (Pierre-Amédée), 132, boulevard Haussmann, à 

Paris, 8 e . 
*1877. — Pigouche (Jules), Lieutenant-Colonel d'artillerie en re- 
traite, château de Vespeilles. par Rivesaltes, Pyrénées-Orien- 
tales. 

1905. Piollet, Pavillon-Royal, à Seine-Port, Seine-et-Marne. 

1906. - - Poisson (Jules), Assistant au Muséum d'Histoire natu- 
relle, 33, rue 'le 1 1 Clef, à Paris, 5 e . 

18H6. — Polès (M me de), 39, avenue d'Iéna, à Paris, 16 e . 
1808. — Po.vtbriandl Comte de ), Sénateur, 238, boulevard Saint- 
Germain, à Paris. 7 . 
1911. — Ponty (M me ), Gouvernement général de l'Afrique occi- 
dentale, à Dakar (Sénégal . 
IS88. — Poux (Paul), 74, boulevard Maillot, à Neuilly-sur-Seine. 
Seine. 
*1888. - Potocki (Comte Félix), 27, avenue de Friedla"d, à Paris, 8 e .. 
*1909. — Porocia (Comte Joseph;, quai Anglais, 36/2, à Saint- 
Pétersbourg (Russie). 
*18!»5. — Potron (Auguste), Ingénieur A. -M., 368, rue Saint- 
Honoré, à Paris, 1". 
1911. — Poolard (Docteur), Chirurgien des hôpitaux, 22, avenue 
de Friedland, à Paris, 8 e . 
*187i. — Pouydehat i Frédéric-Léonard , place Henri-lV, à Su- 

resnes, Seine. 
*1896. — Praia (Marquis de Montfort , 22, Largo di Rato. à Lis- 
bonne Portugal). 



20 BULLETIN DE LA SOCIÉTÉ NATIONALE D'ACCLIMATATION 

*1911. — Prain (Colonel . Directeur des Jardins royaux, à Kiew 

(Angleterre). 
*1880. — Preux (Comte Gustave Desfontain<>s de), château de Vil- 

lette, à Saiutain, par Valenciennes. Nord. 
1910 — Pbevotat (Paul), Oiselier-Naturaliste, 57. boulevard «le 

Strasbourg, à Paris. 10°. 
*1877. — Prin f Charles-Alexandre . Les Marats, par Condé-en- 

Barrois, Meuse. 
*1888. — PRocor (Alban |, Industriel, à Nersac, Charente. 
1891. — Proschowsky (Docteur Robertson), parc des Tropiques. 

chemin des Grottes-Sainte-Hélène, à Nice, Alpes-Maritimes. 
*1884. — Proyart de Baillescourt (Comte de), château de Mor- 

chies, par Beaumetz les-Cambrai, Pas-de-Calais. 

1910. — Qui.nton iRené), 9, avenue Carnot, à Paris, 17''. 

• 1898. — Rafpalowich. 19, avenue Hoclie, à Paris, 8 e . 

1901, — Rapf (M 11 "' Suzanne), à Compainville, par Forges-les- 

Eaux, Seine-Inférieure. 
1895. — Raspail (Xavier), à Gouvieux. Oise. 
1865. — Raveret-Wai tel (Casimir), 20, rue des Acacias, à Paris, 17 e . 

1908. — Raymond Théophile), Entomologiste et Taxidermiste, à 
Caracas (Venezuela). 

•1911. — Reiser (Docteur O.), Directeur du Musée de Sarajevo, 

Bosnie (Autriche-Hongrie). 
*1 888. — Relave Louis 1 . 45, rue Saint-Pierre-de-Vaise, à Lyon- 

Vaise, Rhône. 
•1875. — Renaudin Henri , 149, rue de Grenelle, à Paris, 7 e . 

• 1876. — Biant (Théodore), à Cosnes-sur-1'OEii, Allier. 

*188i. — Richet (Docteur Charles), Membre de l'Académie de 
médecine, Professeur à la Faculté de médecine. 15, rue de 
l'Université, à Paris, 7 e . 

1911. — Ricois Ernest), 28, boulevard Raspail, à Paris, G*. 

1878. — Rivière (Charles), Directeur du Jardin d'Essai du Hamma, 
à Al^er (Algérie). 

1909. — Rivière (Gustave), Professeur départemental de la Station 
agronomique de Seine-et-Oise, à Versailles-Préfecture, Seine- 
et-Oise. 

1909. — Rochefoucauld (Comte Louis de la), château de Coin- 

breux, Loiret. 
189H. — Bochk. (Docteur], 4, rue Dante, à Paris, 5 e . 

• 1879. — Rof.HET (Alfred), 90, rue de Courcelles, à Paris, 8*. 

• 1894. — Rodrigue/. (Juan), à Guatemala (Guatemala). 

1871. _ Roger (Edgar), 27, rue de Tocqueville, à Paris, 17'. 
1882. — Rnr,Hin\ Gabriel), château de l'Arceau, par Angers. 
Maine-et-Loire. 



LISTE KES MKMBKKS 



21 



*1895. - Rolland-Gosselin (Robert), colline de la Paix, à Ville- 

francbe-sur-Mer, Alpes-Maritimes. 
* 1890. Rolland (Georges), 60, rue Pierre-Charron, à Paris, 8". 
IS97. - Rollinat 'Raymond), à Argenton-sur-Creuse, Indre. 
1911. - Rondeau (Amédée), Industriel, à Corbie, Somme. 
1 006. Roques (Désiré), École vétérinaire, à Toulouse, Haute- 
Garonne. 
1905. - Rostand (Edmond;, Membre de l'Académie Française, 
Etclié-Goria, à Cambo-les-Bains, Basses- Pyrénées. 
M 904. — Rothschild (Baron Edmond de\ il, rue du Faubourg- 
Saint-Honoré, à Paris, 1 er . 

1909. — Rothschild (baron Edouard de), 140, avenue des Champs- 
Elysées, à Paris, 8''. 

1910. - Rothschild (Baron Henri de , chalet Saint-Brieuc, par 
Auffargis, Seine-et-Oise. 

*1890. - - Rothschild( Walter), 148, Piccadilly, à Londres (Angleterre). 

1910. - - Rouillon (Félix:, Pisciculteur. 5'», quai d'Austerlitz, à 
Paris, 13". 

1911. - Roule (Docteur Louis, Professeur au Muséum d'Histoire 
naturelle, 57, rue Cuvier, à Paris, 5 e . 

1911. — Rouyer, 4, rue de Poliveau, à Paris, 5 e . 

*1898. - - Royer (Chrirles), Directeur du Musée, 19, rue Walferdin, 
à Langres, Hante-Marne. 
1905. — Royer (Docteur Maurice), 14, rue du Four, à Paris, 6 e . 
*1895. — Ruyssenaers (L. J.), Amaliastsrass, à La Haye (Hollande). 

1907. -- Sainville (Emmanuel de), 58, rue Notre-Dame-de-Lo- 
rette, à Paris, 9 e . 

1910. — Sansoin (Léon), 18, rue Saint-Honoré, à Versailles, Seine- 
et-Oise. 

1904. - - Sauton (René), à La Haute-Équerre, par Broglie, Eure. 
1884. - - Sauvage (Docteur), Directeur honoraire de la Station 

aquicole. 39 bis, rue Tour-Noire-Dame, à Boulogne-sur-Mer. 

Pas-de-Calais. 

1912. — Scalliet (Fernand). Architecte, 19, rue de l'Échiquier, à 
Paris, 10 e . 

*1877. — Schickler (Baron de), 17, place Vendôme, à Paris, 1 er . 
1912. - - Sciilippenbach-Persigny (Baronne de), 23, boulevard Thiers, 

à Fontainebleau, Seine-et-Marne. 
1871. - - Schlumberger (Jules), à Guebwiller (Alsace). 

1911. — - Schœller (André), 9, rue de Copenhague, à Paris, 8 e . 
1896. — Sebillotte (Docteur), 11, rue Croix-des-Petits-Champs, à 

Paris, 1 er . 
1910. — Secrestat-Escande (Georges), Avocat, chemin Ducourt, à 
Caudéran, Gironde. 



22 BULLETIN DE LA SOCIÉTÉ NATIONALE D 'ACCLIMATATION 

1911. — Srignouret (Albert , Ingénieur agricole, château de Tar- 
tugnière, à Eesparre, Gironde. 

19H6. - - Sellier (Ovide\ Propriétaire, :>9,rue Legendre,à Paris. I 7 . 

1891. — Sicre, 8, quai de Gèvres, à Paris 4 e . 

1912. - Simon (H .), Industriel, 27, rue des Pyramides, à Paris, 1 er . 
*1890. — Skousès (Paul), Banquier, à Athènes (Grèce). 

*1910. — Sokolowsky (Docteur A.), Assistant au Jardin zoologique. 

à Hambourg (Allemagne). 
*1912. — Sommier (Edme), Propriétaire, à Vaux-le-Vicomte, par 
Melun, Seine-et-Varne. 
1911. — Stancioff (Dimitri), Envoyé extraordinaire et Ministre 
plénipotentiaire de S. M. le Roi des Bulgares, 38, avenue Klé- 
ber, à Paris, 16 e . 
1909. - - Stewart (William-Hood), 47, rue Copernic, à Paris, 16 e . 
*18N8. - - SiONE>Ti!EET (Henri), Villenave-d'Ornon, Gironde. 
1909 — Sudron (M me Marguerite), 26. avenue de la Grande-Armée. 

à Paris, 17 e . 
1903. — Suleau (C), 11. rue Croix-des-Petits-Champs, à Paris, 1 er . 

*1883. — Tahdieu iDocleur Victorien-Isidore), boulevard du Rhône, 
à Arles-sur-Rhône, Bouches-du-Rhône. 

1905. — Terrier Louis . à Honfleur, Calvados, et 13, rue de l'An- 
cienne-Comédie, à Paris, 6e. 

*1875. Terrillon (Edmond), 20, quai de la Mét-'is^erie, à Paris, l el . 
*1892. Theder (Ernest), 66, boulevard de Courcelles,à Paris. 17 e . 
*1886. - Tmeron (Numa). Banquier, à Lézignnn, Aude. 
1911. TiiiERAur [Pierre 1 , 10 bis, avenue de la Grande-Armée, à 
Pans, 17 e . 

1906. — T.hirciit-Lefrère (Gustave-Joseph), Propriétaire-Éleveur, 
villa Parmentier, 11, chemin de la Fontaine-Baudry, à Dijon. 
Côte-d'Or. 

1911. — TiNARDON (Maurice), Ingénieur P. C, 123, boulevard de la 
Gare, à Paris, 13 e . 

1887. - Tixier-Aubergier, Avocat, à Clermont-Ferrand, Puy-de- 
Dôme. 

*1885. - Tocqueville (Vicomte René de), 17, rue Vièle, à Paris. 1? . 

* 1 906. — 'Iolet, 28, avenue du Chemin-de-Fer, à Fontainebleau, 
Seiue-et Marne. 

1912. — Touchard (Arthur), château de Courcelles-sur-Viosne, par 
Boissy-PAillerie, Seine-et-Oise. 

*188l. — Trebuuen (Ernest . J.i, cours de Vincennes, à Paris, 20 e . 
1896. — Trouessart (Docteur), Professeur au Muséum d'Histoire 
natur lie, 61, rue Cuvier, à Paris, 5 e . 

*1876. — Vaillant (Léon), Professeur au Muséum d'Histoire natu- 
relle, 36, rue GeolTroy-Saint-Hilaire. à Paris. ;'»' . 



LISTE DES MEMBRES 23 

*1889. - - Vallot (Joseph), 5, rue François-Aune, à Nice, Alp 

Maritimes. 
1906. - Valois (Charles), 13, rue de l'Abhaye, à Paris, 6 e . 
1905. - Van Kempem (Charles), à Saint-Omer, Pas-de-Calais. 
1905. - - Varin, 140, boulevard Haussmann, à Paris, 8 e . 

1905. — Varin (Louis), 18, avenue de Messine, à Pa>is, 8 e . 

*1878. — Vauqlelin de la Brosse (René de), ancien Magistral, châ- 
teau de Drumare, à Surville, par Pont-l'Évèque, Calvados. 
1904. — Verrier (Léon), Artiste-peintre, pavillon des Bulins, à 

Mont-Saint-Aignan, Seine-Inférieure. 
1904. - ■ VERSTRAETE-DELEBART(M mo ), 461, avenue Louise, à Bruxelles 
(Belgique). 
*1875. Vezins (Jacques de), à Péronne, par Vezins, Maine-et-Loire. 
*1S95. - Viefville (Paul de), 20, rue Murillo, à Paris, 8 e . 

1906. - - Viguier (Docteur C), Professeur à l'Ecole supérieure des 
Sciences, 1, boulevard de France, à Alger (Algérie). 

1908. — Vilmorin (Jacques de), Licencié es sciences, 13, quai 

d'Orsay, à Paris, 7 e . 
1889. — Vilmorin (Maurice de), 13, quai d'Orsay, à Paris, 7 e . 
1902. — Vilmorin (Philippe de), à Verrières-le-Buisson, Seine-et- 

Oise. 
1911. — Vincent (Pierre), Licencié es sciences, 17, rue Oudry, à 

Paris, 13 e . 

1911. — Vitalis-Brun-de- Salvaza (Louis), Les Cabarderies, par 
Lury-sur-Arnon, Cher. 

1912. — Voitellier (Charles), Ingénieur-agronome, chef des tra- 
vaux de zootechnie à l'Institut agronomique, 20, rue Thibaut, 
à Paris, 14 e . 

*1892. - Walter (A.), 14, rue Rémilly, à Versailles, Seine-et-Oise. 

1908. - - Wegener (Arnold), Exploitation forestiers à la Côte- 
d'Ivoire, à Grand-Bassam (Côie-dTvoire). 
*1904. - Wegener (Otto), 3, place de la Madeleine, à Paris, 8 e . 

1911. — Wegener (Otto), 5, rue Pelouze, à Paris, 8 e . 

1908. — Wildemannn (Emile de), Conservateur du Jardin bota- 
nique, 112, rue des Confédérés, à Bruxelles N.-E. (Belgique). 

1879. — Wuirion (E ), 101, rue Sadi-Carnot, à Puteaux, Seine. 

1888. — W t underlich (François), Directeur du Jardin zoologique, à 
Cologne (Allemagne). 

1907. — Wurtz (Bobert), Professeur agrégé à la Faculté de méde- 
cine, 18, rue de Grenelle, à Paris, 7 e . 

*1889. — Yvoire (Félix d'), château d'Vvoire, par dernier, Haute- 
Savoie. 

*1875. — ZEiLLER,47,rue Charles-Laffitte, àNeuilly-sur-Seine,Seine. 



RÉPARTITION GÉOGRAPHIQUE 

DES MEMBRES 

DE LA SOCIÉTÉ NATIONALE D'ACCLIMATATION 

DE FRANCE 

I 
FRANCE. ALGÉRIE. TUNISIE. COLONIES FRANÇAISES 



Vota. — Les membres de la Société habitant Paris ne figurent pas dans 
ce relevé; on voudra bien se reporter, en ce qui les concerne, à la liste 



générale . 




MM. 


MM. 


Aisne. 


Jessé-Charleval (Comte de). 


Ferté. 


La Chesnais (de). 


Iches. 


Société d'Agriculture des E 


Marcillac (de). 


ches-du- Rhône. 


Allier. 


Tardieu. 


Chavagnac (Comte de 


Calvados. 

Fortin. 


Dulignier. 


Ternier. 


Riant. 


Vauquelin de la Rrosse (de). 


Alpes-Maritimes. 


Charente. 


Armand. 


Resnier. 


Resson. 


Delaurier. 


Proschowsky. 


Ferrand. 


lioland-Gosselin. 


Procop. 


Vallot. 


Cher. 


Aude. 


Vitalis Rrun de Salvaza. 


Rouis. 




Cabrié. 


Côte d'Or. 


Conte. 


C.unisset-Carnot. 


Crouzal. 
Théron. 


Paris. 
Thircuit-Lefrère. 


Bouches-du-Rhône. 


Côtes-du-Nord. 


Raudon. 




Rohn. 


llalna du Fretay. 


f.antelar (de . 


Deux-Sèvres. 


Gavoty. 


* 


Heokel. 


Gorry-Bouteau. 



HKI'AKTITION GÉOGRAPI1IQI K hl'.S MKMHHKS 



25 



MM. 

Dordogne. 

Aubier. 
Bonifay (M"", 
Germain. 

Eure. 
Auzoux. 
Duméril. 
Garnier. 

Eure-et-Loir. 

Armancourl (Comte d'). 
Cosnier. 

Finistère. 
Courtet. 
Lebeurrier. 

Gard. 

Andecy (S. d 1 ). 
Chapel (de). 
Mézin. 

Garonne Haute-). 

Haïmes. 
Roques. 

Société d'Agriculture delà Haute- 
Garonne. 

Gers. 

Danglade (M me ). 

Gironde. 
Beille. 

Casartelli. 

Delguel. 

hescombes. 

Lalanne. 

Lataste. 

Monod. 

Sécrestat-Escande. 

Seignouret. 

Stonestreet. 

Hérault. 
Biquet. 
Dejean. 
Maistre. 
Martin (A.). 
Parlier. 



MM. 

Perrol. 
Rollinat. 



Indre. 



Ille-et-Vilaine. 



Nobillet. 



Indre-et-Loire. 

Pays-Mellier. 

Loir-et-Cher . 

Balloy (de). 
Ginoux de Fermon. 
Gombault. 
Lefort. 

Loire. 

Boudinhon. 

Jaboulaye. 

Loire-Inférieure . 

Bergue (M œe ). 

Bruzon. 

Bureau. 

Leroux. 

Maisonneuve. 

Loiret. 

Chappellier (P.). 

Chenault. 

Goldschmid (M mc ). 

Le Fort. 

Martin. 

Rochefoucauld (Comte de la). 

Lot-et-Garonne . 

Boisson. 

Maine-et-Loire. 

Bizerav. 

Le Pelletier (Baron). 

L'Heriniie. 

Mac-Allister. 

Rogeron. 

Vezins )de). 

Marne. 

Bigault de Granrut (de . 

Geliot. 

Gérard. 



Marne i Haute - 



Rover. 



-26 



BULLETIN DE LA SOCIETE NATIONALE D ACCLIMATATION 



MM. 

Mayenne. 

Gâche de la Roche Courbon 

(Comte). 
Monci.it (Baron P. de). 

Meurthe-et-Moselle . 

Betting. 
Cuénot. 

Meuse. 
Prin. 

Morbihan. 

Kervenoel (de). 

Nord. 
Alglave (M lle ). 
Bellette. 
Cordonnier. 
Froi-sart-Dumas. 
Laurenge. 
Maurice. 
Preux (Comte de). 

Oise. 

Bocquentin. 
Clair. 
Janet. 
Raspail. 



Orne. 



Lecointe. 
Sauton. 



Pas-de-Calais. 

Canu. 

Clijmy. 

Le Sergeant de Bayenghem. 

Proyart de Baillescourt (Comte 

de). 
Sauvage. 
Van Kempen. 

Puy-de-Dôme. 

ChauvassHignes (F.). 
Chauvassaignes (P.). 
Cliirac (de). 
Gaultier. 
Tixier-Aubergier. 

Pyrénées Basses-). 

Béarn (Comte do . 
Rostand. 



MM. 



Noguès. 



Pyrénées (Hautes-). 

3S. 

Pyrénées-Orientales. 



Cros. 
Pigouche. 

Jullien. 

Relave. 



Rhône. 



Saône-et-Loire. 

Bouchacourt. 
Gensoul. 

Savoie (Haute-). 
Yvoire (d'). 

Seine. 
Ballul. 
Besse. 
Bois. 
Bonnet. 
Bouvier (A.). 
Crépin. 
Dannin. 
Dechambre. 
Ducerf. 
Estiot. 
Fougerat. 
Leboucher. 
Lefebvte. 
Li Yu Ying. 
Mailles. 
Mardi il. 
Mérandon. 
Meunsse. 
Moussu. 
Nattan (M me ). 
Parquet. 
Potin. 
Pouydebat. 
Wuirion. 
Zciller. 

Seine Inférieure . 

Kerville (liadeau de). 
Nibelle. 

Normand (M me ). 
Rapp (M" e ). 
Verrier. 



RÉPARTITION GEOGRAPHIQUE DES MEMBRES 



11 



MM. 


MM. 


Seine-et-Marne. 


Vaucluse. 


Boulland. 


Fabre. 


Caucurte. 




Chagot. 


Vendée. 


Colette (M me ). 


Hervineau. 


Cottin-Angar (M" e ). 


Vienne. 


Debreuil. 




Esnault-Pelterie. 


Beauchaine. 


il 


Gaillard. 


Husson. 




Joubert. 


Lecointre (Comte). 


Société horticole, viticole et bo- 


Peiyuon. 


tanique de Seine-et-Merne. 


Vienne (Haute-). 


Piollet. 




Schlippenbach-Persigny (Ba- 


Foureau (M" e ). 


ronne de). 


Yonne. 


Sommier. 
Tolet. 


Geoffroy-Saint-Hilaire (A. . 


Seine-et-Oise. 


Algérie. 


Gazengel. 


Rivière. 


Hermenier. 


Viguier. 


Jollivet. 


Tunisie. 


Lasseaux. 


Geoffroy-Saint-Hilaire (H.). 


Loyer (H.). 


Société des Aviculteurs de 


Nigg. 


nisie. 


Orleuille ^Comte d'). 




Périac (Roger). 


COLONIES FRANÇAISES 


Rivière. 




Rothschild (Baron H. de). 


Congo. 


Sanson. 


Bruel. 


Touchard. 


Côte-d'Ivoire. 


Vilmorin (Ph. de). 




Walter. 


Wegener (A.). 


Somme. 


Dahomey. 


Bosquillon de Jenlis. 


Ferlus. 


Boullet. 


Ile Maurice. 


Lameth (Comtesse de). 


Carié. 


Masse (F.). 


Madagascar. 


Masse (P.). 


Bertrand. 


Rondeau. 


Sénégal. 


Tarn. 


Ponty (M mc ). 


Barrau de Muratel (de). 


Tonkin. 


Laéger-Navès (de). 


Jardel. 



28 BULLETIN DE LA SOCIÉTÉ NATIONALE D'ACCLIMATATION 





11 
ÉTRANGER 


MM. 




MM. 


EUROPE 




Espagne. 

Arcos. 


Allemagne. 




Goitia y Rodriguez (de). 


Hagenbeck. 




Grèce. 


Hambourg (Direction du 


Jardin 


Skousès. 


zoologique de). 




Hollande. 


Heck. 

Schlumberger. 
Sokolowsky. 
Wunderlich. 




Bas (de). 
Blaauw. 
Buttikofer. 
Hubrecht. 


Angleterre. 




Kerb^rt. 
Ruyssenaers. 



Amhersl (Lady F.). 

Bedf'ord (Duchesse de\ 

Boulanger. 

Egerton. 

Jennison. 

Loder. 

Prain. 

Rothschild (W.). 

Théobald. 

Autriche-Hongrie. 

Graff (L. von). 
Horwatb. 
Reiser. 
Steindachner. 

Belgique. 

Bivort de la Saudée (de). 

Charley-Poutiau. 

Commission de Pisciculture au 

Ministère de l'Agriculture. 
Defrance. 
L'Hoëst. 

Monlblanc (Baron de . 
Pauwels. 

Verstraete-Delebart (M me ). 
Wildemann (de). 

Bulgarie. 

Ferdinand I er (S. M.). 



Italie. 

Boromeo (Comte G.). 
Casati (Comte G.). 
Cocchi. 

Crivelli-Serbelloni (Comte). 
Grassi. 

Portugal. 

Carvalho-Monteiro (A. de). 

Fontoura da Costa. 

Praia f Marquis de Monfort). 

Russie. 

Falz-Fein. 
Mamonloff (M mc ). 
Potocki (Comte J.). 
Zograf (de). 

Suède. 

IVordiska Museets Bibliotek. 



Suisse. 



Aiibfrjonois. 



Bugnion. 



ASIE 
Indes- Anglaises. 



Gage. 



Syrie. 



Morel (H.) 



HKi'AH'rrnoN géographique des membres 



1\) 



MM. 



AFRIQUE 


États-Unis. 


Erythrée. 
Baldrati. 

AMÉRIQUE 


Howard. 
Sargent. 

Guatemala. 

Rodrigue/. 


Argentine. 

Lignières. 
Onelli. 

Brésil. 


Mexique. 

Balme. 

Uruguay . 


Rrazil (D r Vital). 

Bûcher. 

Misson. 


Buxareo Oribe. 

Venezuela. 


Parana (Baron de). 


Raymond. 



MM. 



CHRONIQUE OKNITHOLOGIQUE 

D'ARGENTON-SUR-CItEUSE POUK 1911, 
Par R. ROLLINAT 

« 

17 décembre 1910. — Il fait « un temps de Canard »; mais 
ce dicton n'est pas toujours vrai. Ce serait une erreur de 
croire que les Palmipèdes sont heureux pendant celte longue 
période d'inondations générales ; ces Oiseaux aiment à fouiller 
dans la vase, ou ils recueillent un tas de choses; et de la 
vase, il n'y en a pas, puisque partout, rivières, ruisseaux, 
étangs et mares sorient de leurs limites. Quelques Sarcelles, 
qui fréquentent les bords de la Creuse, entre Arg-mton et le 
village du Vivier, semblent absolument malheureuses. 

En décembre 1910, j'ai vu d'énormes bandes de Pigeons 
ramiers, aux environs d'Argenton. 

Il est resté beaucoup d'Alouettes dans le pays. La neige 
étant tombée le 7 janvier 1911, elles se font prendre par cen- 
taines aux saunées, dans la soirée, chez un seul revendeur je 
compte 73 douzaines d'Alouettes des champs et 7 de Lulus; il 
s'est pris peu de petits Oiseaux, et cependant il y a de fortes 
troupes de Pinsons ordinaires et de Pinsons d'Ardennes 
autour de la ville. Pendant les quatre ou cinq jours qui suivi- 
rent, il s'est pris environ 300 douzaines d'Alouettes; presque 
toutes les bandes que je vois passer se dirigent vers l'ouest. 
Mais le froid persistant, les petits Oiseaux se font prendre et de 
nombreux Pinsons s'accrochent aux lacets, ainsi que quelques 
Ornants, Verdiers et Linottes. 

21 janvier. — Il se tue beaucoup de Bécasses; malgré le 
froid et la terre durcie, elles sont grasses et bien en chair. 

22 janvier. — Dans la soirée, une petite troupe d'Oies sau- 
vages passe au-dessusd'Argenton. 

20 février. — Par beau temps et vent léger du nord-ouest, 
plusieurs bandes de Vanneaux huppés passent, allant vers le 
nord. 

21 février. — En Hrenne, et aussi entre Argenton et Chà- 
teauroux. les champs, en certains endroits, sont couverts 
d'Alouettes. Du 21 au 28 février, un revendeur a rapporté envi- 
ron 1.200 douzaines d'Alouettes capturées au Fay, à l'aide du 
piquet à lacet. 



CHUONIQUE ORNITHOLOGIQUE M 

Le 3 mare, à 8 h. 3/4 du matin, environ 50 Grues passent 
au-dessus d'Argenton, lilanlvers le nord. 

3 mars. — Alouettes des champs : passage très abonda n! ; 
des centaines de douzaines sont prises au Fay, a Bonnilly et en 
maints endroits autour d'Argenton. 

Pigeon ramier : beaucoup de Ramiers passent en ce moment ; 
on en tue énormément. 

Vanneau huppé : il passe des bandes de Vanneaux, mais les 
troupes sont moins nombreuses qu'autrefois. 

Corbeau freux : Les Freux sont partis depuis quelques jours: 
cette année, il y en avait d'immenses bandes qui ont commis 
des dégâts énormes dans les blés, qui ont été difficiles à semer 
à cause de l'humidité de l'automne. Du côté des Jolivels, des 
champs de blé ont été complètement ravagés; les cultivateurs 
se plaignent beaucoup de cette espèce, à laquelle sh mêlent, 
pendant la mauvaise saison, de très nombreuses Corneilles 
noires et parfois quelques Corneilles mantelées. 

5 mars. — Plusieurs bandes de Vanneaux, allant vers le 
nord. 

12 mars. — A 6 heures 3/4 du matin, une bande de 60 à 
70 Grues passe sur, Argenton, en ordre de route, allant vers le 
nord, par beau temps et vent léger du sud-sud-est. 

17 mars. — A midi 3/4, une assez forte bande de Grues est 
à tourner au-dessus de la ville, à une grande hauteur; après 
quelques minutes, les Grues se remettent en ordre de route, 
tout en filant vers le nord, par vent sud-sud-ouest. Au même 
moment, passe une assez forte bande de Vanneaux; des 
Alouettes passent aussi. 

19 mars. — A 8 heures du soir, par vent du sud-ouest, des 
Grues crient en tournant au-dessus d'Argen ton. Dans la journée, 
des Alouettes passaient, volant haut. 

24 mars. — Deux Hirondelles de cheminée arrivent à 
Argenton. 

26 mars. — Les Alouettes passent encore, par fortes 
bandes. 

8 avril. — Quelques Hirondelles de cheminée sont à Argen- 
ton; dans la journée, j'en rencontre quelques-unes à Gar- 
gilesse. 

8 avril. — Huppe vulgaire. Vu un sujet près d'Argenton. 

10 avril. — Un Merle à plastron est tué à Lavernier, près 
Argenton. 



32 bulletin de la société nationale d'acclimatation 

13 avril. — Quelques Hirondelles de rivage arrivent à une 
sablière, près Argenton. 

Les Martinets arrivent le 24 avril; dans la soirée, plus de 
20 évoluent au-dessus de mon jardin. Ils partent le 4 août. 

24 août. — On m'apporte un Scops, Petit-Duc, qui s'est brisé 
une aile en se heurtant aux fils du télégraphe et est tombé sur 
la voie du chemin de fer, près d'Argenton; c'est une femelle 
adulte, qui meurt quelques jours plus tard. 

20 septembre. — Les Hirondelles de fenêtre et de cheminée 
commencent à se réunir. 

3 octobre. — J'observe encore l'Hirondelle de fenêtre, l'Hiron- 
delle de cheminée, mais, depuis quelques jours, je ne vois plus 
l'Hirondelle de rivage. 

9 octobre. — Les Alouettes passent, ainsi que les Pigeons 
ramiers; le 8, des Grues s'abattent dans la plaine des Jolivets 
et partent dès le matin. 

10 octobre. — Par temps couvert et vent d'est-nord-est léger, 
des Grues passent près d'Argenton, vers 10 h. 1/2 du matin, se 
dirigeant vers le sud, en ordre de route; le lendemain, vers 
7 h. 1/2 du matin, deux assez fortes bandes passent, et une 
autre, moins nombreuse, à 3 heures du soir. 

15 octobre. — Les Pipits des près, les Alouettes, les Van- 
neaux et les Etourneaux passent. Il y a beaucoup d'Alouettes 
dans les champs, mais les matinées, peu ensoleillées, ne sont 
pas favorables, cette année, à la chasse au miroir. 

Le 15 octobre, vu pour la dernière fois des Hirondelles de 
cheminée. 

17 octobre. — Quatre Grues passent très bas près d'Argenton, 
à 6 heures du matin; à midi 1/2, une bande de 50 à 55 passe 
au-dessus de ma maison, par vent léger du sud et 21 degrés 
centigrades au-dessus de zéro. 

27 octobre. — Les Freux arrivent. 

En 1911, très peu d'Oiseaux de proie, les Campagnols, en 
grande partie détruits par les pluies de 1909 et 1910, étant 
encore rares. 



Le Héront : A. Mahetiieux. 



Paris. — L. Mahethei v, imprimeur, 1, rue Cassette. 



L'ÉLEVAGE DE TORTUES COMESTIBLES AU JAPON 
Par RAVERET -WATTEL 

La place qu'occupent dans l'alimentation, en Angleterre, la 
Tortue franche (Testudo viridis), aux Etats-Unis la « Diamond 
back » ou Tortue dos de diamant (Malacoclemmys palustris 
Cope) est tenue au Japon par une espèce du genre Trionyx 
(Trionyx japonicus Schlegel), Tortue désignée dans le pays 
sous le nom de « Suppon », et, tandis que les gourmets anglais 
et américains peuvent craindre de voir, par suite d'une chasse 
trop active, disparaître, dans un avenir assez prochain, les 
deux Chéloniens dont ils prisent si fort la chair, les Japonais 
n'ont aucune préoccupation de ce genre à avoir, la Tortue Sup- 
pon étant, dans l'Empire du Soleil Levant, l'objet d'un élevage 
pratiqué aujourd'hui sur une échelle importante. 

Une note présentée au Congrès des Arts et des Sciences de 
Saint-Louis (Louisiane) par M. Mitsukuri, professeur de Zoolo- 
gie à l'Université impériale de Tokio, nous fournit d'intéres- 
sants détails sur l'élevage dont il s'agit. - 

La création de cette industrie est due à M. Hattori, de Fuka- 
gawa, faubourg de Tokio bâti sur des terrains bas, conquis 
sur la mer à une époque déjà ancienne et où existent de nom- 
breux bassins pour l'immersion des bois de construction des- 
tinés à la marine, ainsi qu'un certain nombre de rizières. 

La famille de M. Hattori, fixée depuis très longtemps dans 
cette- localité, s'y est constamment occupée d'agriculture en 
même temps que de l'élevage de divers Poissons d'eau douce 
(Carpes, Anguilles, Carassins et Cyprins dorés). Il y a une qua- 
rantaine d'années, le prix très élevé que trouvait sur les mar- 
chés de Tokio la Tortue Suppon, déjà très recherchée par de 
nombreux amateurs, inspira au père et à un oncle de M. Hattori 
l'idée d'entreprendre l'élevage de cette espèce dans les bassins 
consacrés par eux à la pisciculture. Mais diverses circonstances 
les empêchèrent de donner suite à ce projet, et c'est seulement 
en 1866 que fut inaugurée l'entreprise par des achats successifs 
de Tortues adultes de belle taille. Dès 1868, se trouvait ainsi 
constitué un petit troupeau de reproducteurs, dont l'effectif 
s'élevait, en 1874, à 50 sujets de choix, présentant un mélange 

BULL. SOC. NAT. accl. fk. 1912. — 3 



34 BULLETIN DE LA SOCIÉTÉ NATIONALE D'ACCLIMATATION 

convenable de maies et de femelles. L'année suivante, on ins- 
talla les animaux dans un petit étang d'une superficie de 
36 tsubos (le tsubo est de 6 pieds carrés), au milieu duquel 
avait été ménagé un îlot pour recevoir les pontes. Mais on 
s'aperçut bientôt que les femelles préféraient déposer leurs 
œufs autour de l'étang, sur la bande de terrain comprise entre 
la nappe d'eau et la clôture entourant celle-ci. Le résultat de 
cette première campagne fut l'obtention d'un centaine de 
jeunes, qu'on eut malheureusement le tort de laisser avec 
les sujets adultes, et ceux-ci en dévorèrent plus des trois 
quarts. 

11 fallut donc modifier l'installation, pour mettre les jeunes 
à l'abri de la voracité des adultes, et, peu après, fut réalisé un 
type de bassins d'élevage répondant parfaitement aux besoins 
de l'exploitation. 

L'établissement de M. Hattori, qui peut être pris comme 
modèle du genre, comprend une dizaine de viviers, alimentés 
par deux canaux qui empruntent l'eau d'une rivière voisine et 
qui sont disposés de telle sorte qu'ils permettent de remplir et 
de vider les bassins à volonté et très rapidement. Ces bassins, 
de forme rectangulaire, sont d'inégales dimensions; il en est 
dont la superficie atteint plusieurs milliers de tsubos; mais 
tous sont établis sur le même modèle. Une solide clôture en 
planches qui entoure chacun d'eux, présente à son sommet un 
rebord à angle droit, assez large pour empêcher toute évasion 
des animaux qui chercheraient à franchir cet obstacle; elle 
plonge, en outre, suffisamment dans le sol pour que les Tortues 
ne puissent pas non plus s'échapper en creusant en terre, et 
aussi afin de barrer la route aux Taupes. En dedans de la clô- 
ture, et tout le long de celle-ci, règne un étroit chemin, puis 
le terrain s'incline rapidement vers le bassin, en formant un 
talus d'environ i m G0, au bas duquel se trouve un autre sentier 
qui court le long de l'eau pour permettre le service. Le bord du 
bassin plonge également en pente raide sous l'eau, sur une 
largeur d'un mètre environ, puis il est un peu inoins incliné, 
et la profondeur totale du bassin ne dépasse guère un mètre. 
Le fond est constitué par une couche de vase molle, de plusieurs 
pouces d épaisseur, dans laquelle les Tortues peuvent s'enfoncer 
facilement pour passer l'hiver. 

Dans une ferme a Tortues, un des bassins esttoujours réservé 



L'ÉLEVAGE D£ TORTUES COMESTIBLES AL JAPON 3. r ) 

aux sujets reproducteurs. Les sujets nouvellement éclos, ainsi 
que ceux de première et de seconde année doivent eux aussi 
.Mie tenus dans des bassins séparés. Ceu\ de 3 e , de 4 e et 
de 5 e année peuvent sans inconvénient être mis ensemble. 

Les bassins à sujets reproducteurs ne diffèrent guère des 
autres. Un les choisit généralement de grande dimension. Sur 
un de leurs quatre côtés, la pente de la rive est toujours main- 
tenue en bon état et aussi unie que possible; tandis que, sur 
les autres côtés, elle n'est pas entretenue avec le même soin, 
cl Ton ne s'inquiète pas des dégradations que peuvent y faire 
les vents et la pluie. La rive bien entretenue et parfaitement 
nivelée est toujours celle qui, par son orientation, se trouve la 
mieux exposée au soleil. A l'approche de la belle saison, on y 
ameublit la terre, pour que les Tortues puissent aisément y 
creuser des trous pour le dépôt de leurs œufs. 

C'est au printemps, à la surface de l'eau, qu'a lieu le rappro- 
chement des sexes. La ponte commence à la fin de mai et se 
continue jusqu'au milieu d'août. Chaque femelle effectue sa 
ponte en deux, trois ou quatre fois; le nombre varie suivant les 
individus et aussi suivant l'année. La façon dont les œufs sont 
déposés est très intéressante ; la Tortue sort de l'eau et circule 
quelque temps sur les rives du bassin, à la recherche d'un 
endroit à sa convenance pour effectuer sa ponte. Ayant finale- 
ment choisi une place, elle se tient la tète dirigée en sens 
inverse de la pente du sol et implante solidement dans la terre 
ses deux pieds de devant, qu'elle ne bouge plus pendant tout le 
temps de la ponte. Le dépôt des œufs, qui demande une ving- 
taine de minutes, comprend trois périodes à peu près d'égale 
durée : 1° le creusement du trou destiné à recevoir les œufs; 
1° l'évacuation des œufs; 3° enfin le rebouchage du trou. C'est 
uniquement avec ses pattes de derrière que la femelle creuse 
ce trou; elle les enfonce fortement dans la terre, puis les agite 
latéralement et simultanément d'une façon régulière ; elle y 
met une telle vigueur qu'une certaine quantité de la terre qu'elle 
retire du trou est parfois projetée jusqu'à plus de 3 mètres de 
distance; toutefois, la plus grande partie de cette terre est 
simplement amoncelée autour du trou. L'animal poursuit son 
travail jusqu'à ce que toute la terre qu'il peut atteindre avec 
ses pattes ait été enlevée. La cavité creusée est de forme à peu 
près rectangulaire, mais avec les angles arrondis, et, bien 
qu'elle varie un peu de dimension, suivant la taille de la femelle. 



36 BULLETIN DE LA SOCIÉTÉ NATIONALE D'ACCLIMATATION 

elle a généralement une dizaine de centimètres de côtés etautant 
de profondeur. Dus que le trou est creusé, la ponte se produit 
et les œufs tombent d'eux-mêmes dans la cavité, au-dessus de 
laquelle la Tortue place soigneusement son cloaque. Les œufs 
sont groupés sans ordre et, comme ils n'ont pas de chalaze, 
le jaune peut facilement rouler; or, le blastoderme, r étant plus 
léger que le reste du globe vitellin, occupe toujours le point le 
plus élevé de la sphère, quelle que soit la position dans laquelle 
celle-ci se trouve placée. Les œufs ont généralement une forme 
sphérique; on en trouve cependant d'un peu oblongs; leur dia- 
mètre est, en moyenne, d'une vingtaine de millimètres; la 
grosseur varie avec la taille de la femelle. Le nombre des œufs 
varie beaucoup aussi : de 17 ou 18 jusqu'à 28 et même davan- 
tage; les petits sujets en donnent moins que les gros. 

Une fois tous les œufs pondus, la Tortue se sert de ses pattes 
de derrière pour reboucher le trou, en leur imprimant des 
mouvements latéraux et réguliers, comme quand il s'agissait 
de creuser la cavité. La terre amoncelée autour du trou est la 
première employée; puis l'animal en prend plus loin, jusqu'à 
la distance qu'il peut atteindre avec ses membres postérieurs, 
mais sans jamais déplacer ses pattes de devant, qu'il ne bouge 
en aucune façon. Vers la fin de l'opération, la Tortue tasse 
avec ses pieds la terre qu'elle vient de ramener, et. dès que le 
trou est bien comblé jusqu'au niveau du sol, l'animal, faisant 
demi-tour, s'empresse de regagner l'eau, sans même jeter un 
regard derrière lui. 

« J'ai noté, dit M. Mitsukuri, un intéressant contraste entre 
l'attitude des Triomjx et celle des Clemvvjs pendant la ponte. 
Lorsqu'on veut observer une femelle Trionyx et la voir 
déposer ses œufs, on est obligé de marcher sur les genoux et 
les mains pour venir regarder par quelque trou ménagé dans 
la clôture en plancbes qui entoure le bassin, et se bien garder 
de révéler sa présence d'une façon quelconque, car si la Tortue 
vient à se douter qu'on l'aperçoit, elle s'arrête immédiatement 
dans son travail de terrassement et regagne l'eau au plus vite. 
Très différentes sont les allures d'une Tortue Clemmys, qui, 
lorsqu'elle a commencé à pondre, ne se dérange jamais, aussi 
près et aussi brusquement qu'on l'approche. » 

L'endroit où une Tortue Trionyx a pondu se reconnaît aisé- 
ment : 1° aux deux empreintes laissées par les pattes anté- 



1 



L'ÉLEVAGE DE TORTl ES COMESTIBLES AU JAPON 'M 

rieures de l'animal, qui s'appuie fortement sur ces deux mem- 
bres pendant toute la durée de la ponte; 2° à l'espace de terre 
remuée en arrière des dites empreintes. 

« J'ai observe, dit M. Mitsukuri, un fait qui me paraît mé- 
riter d'être signalé. Quand une jeune femelle effectue sa pre- 
mière ponte, elle se montre très maladroite : le trou qu'elle 
creuse est mal fait et, après la ponte, elle le laisse incomplète- 
ment rebouché. Les vieilles femelles, au contraire, sont très 
soigneuses dans leur travail; de sorte que quand on voit un 
nid, on peut, au premier coup d'œil, reconnaître, à l'adresse 
plus ou moins grande avec laquelle il a été fait, quel était 
l'âge de la Tortue qui Ta établi, de même qu'il est facile de 
juger de la taille de l'animal, d'après l'écartement qui existe 
entre les deux empreintes laissées par les pattes de devant et 
l'endroit où les œufs ont été déposés. Il est certain que si, 
dans l'établissement de son nid, l'animal est surtout guidé 
par l'instinct, il acquiert, par l'expérience, une adresse plus 
grande pour l'exécution de ce travail. » 

Dans la ferme à Tortues de M. Hattori, un homme parcourt 
au moins une fois par jour les rives du bassin habité par les 
sujets reproducteurs et recouvre d'une sorte de couvercle en 
vannerie chaque endroit où il voit qu'une ponte nouvelle a eu 
lieu. Une étiquette est fixée au couvercle et indique la date de 
la ponte. On se tient ainsi au courant du nombre de nids exis- 
tants, en même temps que l'on empêche que des femelles, en 
s'occupant de pondre à leur tour, ne viennent déranger et 
peut-être détruire les œufs provenant des pontes déjà effec- 
tuées. . 

En moyenne, l'incubation des œufs demande soixante jours; 
mais sa durée varie beaucoup suivant que l'été est plus ou 
moins chaud et sec; c'est ainsi qu'on voit parfois l'éclosion 
survenir au bout d'une quarantaine de jours, tandis que, 
d'autres fois, elle n'a lieu qu'au bout de quatre-vingts jours et 
même davantage. A l'époque où se produisent les dernières 
pontes, c'est-à-dire vers le milieu d'août, les œufs qui ont été 
pondus dès le mois de mai ou de juin sont déjà prêts d'éclore, 
et si les jeunes qui en proviennent se rendaient dans le bassin 
des sujets adultes, ils seraient immédiatement dévorés par 
ceux-ci. On a donc dû prendre des dispositions pour parer à 
ce danger. A l'aide de longues planches, d'environ 20 centi- 



38 BULLETIN DE LA SOCIÉTÉ NATIONALE D'ACCLIMATATION 

mètres de large, qui sont placées de champ et bout à bout le 
long des rives du bassin, à moins d'un mètre du bord, on a 
constitué une sorte de barrière absolument infranchissable 
pour les petites Tortues nouvellement nées. Celles-ci, qui, 
aussitôt écloses et sorties de terre, cherchent à gagner l'eau, 
descendent la pente du talus sur lequel les pontes ont eu lieu; 
rencontrant la barrière en planches elles longent cet obstacle 
pour trouver un passage. 

Or. on a eu le soin de placer de distance en distance, préci- 
sément sur le chemin qu'elles se trouvent suivre, de grandes 
terrines pleines d'eau qui' sont enterrées dans le sol, de telle 
façon que les petites Tortues, en circulant le long de la bar- 
rière, tombent dans ces minuscules réservoirs. C'est là qu'un 
employé de l'établissement va, une ou deux fois par jour, les 
recueillir pour les mettre dans le bassin consacré à leur éle- 
vage. La première nourriture qui leur est donnée consiste en 
poisson de mer haché (poisson qui est généralement un Clu- 
péide voisin de la Sardine), et les distributions faites ont lieu 
jusqu'à la fin de septembre. En octobre, les Trionyx cessent 
de s'alimenter et ne tardent pas à se cacher dans la vase du 
fond de leur bassin pour y passer l'hiver. On ne les revoit plus 
quen avril ou mai. Les jeunes sujets sont dits « de première 
année » jusqu'à ce qu'ils sortent de leur premier sommeil 
hivernal, moment à partir duquel on les dit « de seconde 
année ». Les uns et les autres reçoivent d'abord la même 
nourriture; mais, peu à peu, à mesure qu'ils grandissent, on 
leur donne à peu près toutes sortes de viandes, ainsi que des 
Mollusques bivalves écrasés. De la troisième à la cinquième 
année inclusivement, ces Tortues n'ont pas besoin d'être par- 
quées dans des bassins différents; on les tient généralement 
mêlées ensemble. Ce sont les sujets les meilleurs, les plus 
délicats pour la consommation, et ce sont eux surtout qui vont 
figurer sur les marchés. Pendant leur sixième année, les Tor- 
tues arrivent à l'âge adulte et commencent à donner des œufs; 
mais elles n'atteignent toutefois leur pleine vigueur que deux 
ou trois ans plus tard. On ne sait pas bien encore quelle peut 
être la durée de l'existence de ces animaux. Ceux dont la cara- 
pace atteint une trentaine de centimètres de longueur doivent 
être assez âgés, si l'on en juge par les chiffres du tableau 
ci-après : 



I .ELEVAGE DE TORTUES COMESTIBLES AU ,l.\l'(i\ 



39 







LONGUEUR 


i IRGETJR 


porns 






moyenne 


moyenne 


ëta 




\ ni-: 


de l;i CHrapaco 


de la carapace 


l'anima] 






en 


en 


en 






centime très. 


centimètres. 


grammes. 




Sujets vouant d'éclore . 


2.7 


2 . 5 


S 






i.5 


4 2 


23 




Sujets de deux ans . . 


10.5 


3.8 


169 




Sujets de trois ans. . . 


12.5 


tû.5 


300 




Sujets de quatre ans. . 


16.0 


13.5 


563 




Sujets de cinq ans. . . 


17.5 


15.1 


750 



Une des questions les plus délicates de l'élevage des Tortues 
est celle de la nourriture. Le bénéfice réalisé dépend surtout 
de la possibilité de se procurer des aliments sains, à bas prix 
et en quantité suffisante. Dans la ferme de M. Hattori, on 
nourrit les Tortues surtout avec de la chair du Mollusque 
désigné dans le pays sous le nom de « Shiofuki » (Mactravene- 
riformis Deshayes), qui se récolte en quantités énormes dans 
la baie de Tokio. Les coquilles sont écrasées à l'aide d'une 
meule en pierre que Ton roule sur les Mollusques. D'autres 
nourritures sont aussi données : déchets de poissons secs, 
chrysalides de vers à soie, blé bouilli, etc. 



L'expérience a montré que, contrairement à ce que l'on 
aurait pu croire, il est avantageux de ne pas mettre les Tor- 
tues seules dans les bassins. Ces animaux se développent beau- 
coup mieux quand on met avec eux certains Poissons tels que 
des Carpes et des Anguilles qui, fouillant presque constam- 
ment la vase du fond des viviers, rendent l'eau trouble, ce qui 
est indispensable pour que les Tortues se trouvent dans le 
milieu qui leur convient. Dans une eau claire et transparente, 
elles ne se croient pas en sûreté, n'osent pas manger et, par 
suite, ne grossissent que très lentement. 

L'industrie de l'élevage des Tortues a rapidement prospéré. 
« Quand, il y a une vingtaine d'années, dit M. Mitsukuri, se 
fonda cette industrie, ce n'était qu'une petite exploitation ne 
comptant que quelques bassins, dans lesquels on ne récoltait 
guère annuellement qu'un millier d'oeufs. 



40 BULLETIN DE LA SOCIÉTÉ NATIONALE D'ACCLIMATATION 

Aujourd'hui, M. Hattori possède trois établissements, savoir : 
1° la première ferme de Fukagawa,-à ïokio,qui occupe 7 acres 
de terrain (environ 3 hect. 1/2); 2° la grande ferme de Misaka. 
près Iïamamatsu (province de Totomi), qui couvre plus de 
12 hect. 1/2; 3° la seconde ferme de Fukagawa, d'une superficie 
d'un hectare environ. Ces trois établissements peuvent, à eux 
seuls, recueillir plus de 4.000 pontes, ce qui représente environ 
80.000 œufs, chaque nid contenant au moins 20 œufs, en 
moyenne. Ces 80.000 œufs peuvent donner 70.000 Tortues, et, 
en admettant une perte de, 10 p. 100 pendant les trois années 
d'élevage, c'est environ 60.000 sujets qui sont livrés à la con- 
sommation au bout de ces trois années. Les Tortues vendues 
annuellement sur les marchés de Tokio, d'Osaka et de Nagaya 
représentant un poids total de 2.000 kwans (soit à peu près 
8.500 kilos), vendus au taux de 6 à 7 yens le kwan (soit de 4 
à 5 francs le kilogramme environ). 

Il existe d'autres fermes à Tortues moins importantes que 
celles de M. Hattori; mais elles sont toutes établies sur le 
même plan, et ne méritent pas, par conséquent, une des- 
cription spéciale. 



LE THRIPS VULGAIRE 
Par L. CLÉMENT 

Je reçus, il y a quelques mois, des boutons de Roses altaqués 
par des Insectes qui en avaient arrêté le développement, pro- 
voqué le brunissement, et qui, cette année, causèrent de grands 
dégâts dans la roseraie de M. Déjardin, au Parc-aux-Dames, 
près Crépy-en-Valois (Oise). C'est vers le milieu de juillet que 
ces dégâts furent constatés par notre collègue, qui les attribua 
d'abord â un Ilémiptère qui se trouvait à ce moment en 
assez grand nombre sur les Rosiers, et que le secrétaire de 
notre IV e Section, le D r Royer, reconnut être le Lijgus pra- 
(ensis L. de la famille des Capsides, puis à une Altise, analogue 
à celle qui ronge les Crucifères, connue dans la région sous le 
nom de pucelte. Mais en effeuillant ces boutons de roses avortés, 
je trouvais à leur intérieur, en assez grand nombre, un petit 
Insecte noir, le Thrips vulgatissima Holiday, que je considère 
comme le véritable auteur des dégâts. 

Les Thrips sont des Insectes dont la taille ne dépasse guère 
2 millimètres. Ils furent autrefois rattachés à l'ordre des Hémip- 
tères hétéroptères et à celui des Orthoptères; M. Ed. Perrier en 
fait le sous-ordre Physopoda de l'ordre des Pseudo-Nevroptern . 
Leurs ailes sont étroites, frangées et placées à plat sur l'abdo- 
men pendant le repos; leurs tarses sont formés de deux articles 
et se terminant par des disques vésiculeux ; la femelle a une 
tarière qui lui sert à piquer les plantes pour y déposer ses œufs. 

Les Thrips vivent dans les fleurs et sous les feuilles dont ils 
rongent la partie superficielle, y occasionnant des taches; ils 
courent vite, volent rapidement, et relèvent l'abdomen à la 
manière des Staphylins. 

Le Thrips vulgatissima a le corps et les ailes noires avec les 
pattes blanches, sa larve est blanchâtre; on le trouve commu- 
nément sur les fleurs de jardins, surtout sur celles des Pom- 
miers, Poiriers et Cerisiers; rien d'étonnant par conséquent 
qu'il se soit abondamment multiplié dans la roseraie de 
M. Déjardin, où il s'est attaqué de préférence aux variétés 
Charles Debreuil, capitaine Christy, Caroline Testout. 

Ces Insectes disparurent vers le 20 août, à la suite de bassi- 



'ri BULLETIN DE LA SOCIÉTÉ NATIONALE D'ACCLIMATATION 

nages répétés d'émulsion de pétrole et d'eau de savon addi- 
tionnée de soufre et de carbonate de soude, que j'avais 
conseillés : peut-être aussi sous l'influence de l'extrême chaleur, 
comme cela s'est produit cette année pour d'autres Insectes. 

Quant aux Capsus qui furent d'abord incriminés, il est pro- 
bable qu'ils n'étaient là que pour se nourrir des Thrips; et pour 
ce qui est des Altises, les dégâts existaient depuis longtemps 
quand leur présence fut constatée, et l'aspect des boutons de 
roses attaqués montre bien qu'elles n'étaient pas l'auteur de 
ces dégâts, qui certainement doivent être imputés aux Thrips. 



EXTRAITS 
DES PROCÈS-VERBAUX DES SÉANCES DES SECTIONS 



I re SECTION. — MAMMIFÈRES 

SÉANCE DU 6 NOVEMBRE 1911 

Présidence de M. Magaud d'Aubusson, Président. 
Le procès-verbal de la séance précédente est lu et adopté. 

L'un de nos collègues demande si « une Hase peut porter 
simultanément des fœtus provenant de fécondations espacées 
de plusieurs semaines? » L'opinion des membres présents est 
que le fait est possible, mais qu'il est fort rare. Cette double 
fécondation a été signalée chez la Jument. 

M. Debreuil signale une initiative intéressante de l'Académie 
des sciences de Belgique qui vient d'émettre un vœu tendant 
à la création de réserves nationales au plateau de la Baraque- 
Michel en Ardennes, afin d'y conserver l'aspect caractéris- 
tique des Hautes Faques, ainsi que la flore et la faune glaciaires 
menacées d'une destruction prochaine. 

Notre collègue M. Roger nous écrit de Nandy (Seine-et- 
Marnei : « J'ai eu bien des déceptions dans mes élevages, mais 
je n'en reste pas moins persuadé que nous pourrions accli- 
mater en France un grand nombre d'Oiseaux et de Mammi- 
fères qui nous donneraient d'importants bénéfices par leurs 
plumes ou leur fourrure. C'est afin de poursuivre mon idée que 
j'ai acheté, au commencement du printemps 1911, trois couples 
d'Opossum (Phalangiste vulpina). Ces jolis Marsupiaux, dont la 
fourrure est très à la mode en ce moment, furent placés dans 
trois parquets différents; un de ces parquets ayant du grillage 
en mauvais état, une des femelles s'échappa. 

« Mes recherches pour la retrouver furent vaines, et je 
croyais que depuis longtemps elle était morte, quand, à mon 
grand étonnement, j'appris qu'elle venait d'être tuée chez 



W BULLETIN DE LA SOCIÉTÉ NATIONALE D'ACCLIMATATION 

l'instituteur du village. Nous étions au 28 octobre, et la bête 
s'était échappée dans les premiers jours de juin. 

« L'instituteur me raconta que, depuis quelque temps, plu- 
sieurs objets avaient disparu de sa chambre : « Il y a trois 
« jours, me dit-il, il me fut impossible de retrouver mon 
« savon et mon blaireau à barbe ; enfin, la nuit dernière, nous 
« avons été réveillés, ma femme et moi, par un bruit insolite 
« semblant provenir de dessous le lit. J'allumai une lanterne 
« et j'aperçus un animal que je pris pour un Putois, en train 
« de ronger une bougie. J'essayai de l'attraper, mais il était 
« fort agile, et ma femme, très effrayée et craignant d'être 
« mordue, me conseilla de le tuer. 

« C'est ce que je fis au moyen d'une carabine Flobert ; je vis 
« alors que ce n'était pas un Putois, et c'est ce qui m'a fait 
« vous l'apporter. » 

« C'était mon Opossum et en' superbe état, très gras, avec 
une fourrure beaucoup plus belle que lorsqu'il s'était échappé. 

« Après l'avoir dépouillé avec soin, je le fis mettre à la 
broche, et, avec quatre amis, nous nous régalâmes de sa chair, 
à laquelle, malgré la légende, nous n'avons trouvé aucun goût 
de camphre. 

« Je ne sais comment l'Opossum était parvenu dans la 
chambre à coucher de l'instituteur, située au premier étage de 
la maison d'école, ni combien de temps il y était resté, mais ce 
qui est certain, c'est qu'il avait vécu en pleine liberté pendant 
près de cinq mois, trouvant très largement sa nourriture et se 
portant remarquablement bien. CetOpossum, en allant à l'école, 
m'a appris que ce n'est pas seulement aux enfants qu'il con- 
viendrait d'enseigner l'Histoire naturelle ; il m'a montré aussi 
que son alimentation est facile, et plus que jamais je suis 
décidé à faire l'élevage de cet intéressant animal. Je ne puis 
que conseiller à mes collègues de suivre mon exemple. L'un 
d'entre eux. mieux placé ou plus habile, arrivera certainement 
en peu de temps à constituer un troupeau, et une ferme 
d'Opossum sera bientôt créée en France pour le plus grand 
avantage de l'éleveur et des amateurs de belles fourrures. » 

M. le professeur Moussu fait une intéressante conférence sur 
la distomatose. Il fait part de ses observations sur les lésions 
très étendues que les Douves peuvent déterminer dans l'orga- 
nisme quand elles sont très nombreuses. Il expose le résultat 



EXTRAITS DES PROCES-VERBAL'X DES SÉANCES DES SECTIONS \'-\ 

de ses recherches sur le traitement de la maladie et montre 
que l'affection cède facilement à l'administration d'extrait 
éthéré de Fougère mâle. Tous les traitements essayés jusqu'ici 
étaient restés absolument inactifs. Cette conférence sera insérée 
in extenso au Bulletin. 

Le Secrétaire, 
Max Kollmann. 



(Sous-section d'Etudes caprines) 
SÉANCE DU 26 MAI 1911 

Présidence de M. le comte d'Orfeuille, président. 

Le Secrétaire lit le procès-verbal de la séance du 21 avril, 
dont les termes sont adoptés sans observation. 

M. Schaeffler fait à la Section cette étrange communication : 

« Je porte à votre connaissance un fait tout à fait extraordi- 
naire. 

« Une Chèvre appartenant à mon fils a été conduite à un 
des Boucs nubiens de M. Crepin le 15 novembre 1909 et n'a 
mis bas que le 23 juillet 1910, soit après une gestation de 
huit mois et huit jours au lieu de cinq mois que portent les 
Chèvres. 

« En 1909, au printemps, cette bête avait fait sa première 
portée qui fut terminée par un avortement survenu quelques 
jours avant le terme. Le 15 novembre suivant, elle fut couverte 
par le Bouc nubien dont il a été parlé ; mais environ deux mois 
après, comme elle paraissait de nouveau en chaleur et le Bouc 
nubien étant mort, elle fut conduite à un Bouc ordinaire du 
pays dont elle ne voulut pas se laisser approcher. Devant l'at- 
titude de cette Chèvre, son maître crut s'être trompé sur la 
nature de l'agitation que cette bête avait montrée et la consi- 
déra pleine du Bouc nubien, surtout que les apparences de 
grossesse existait alors nettement. Comme dès lors elle devait 
mettre bas le 17 avril, on l'entoura de soins et de précautions 
pour éviter un avortement dans les conditions de celui survenu 
l'année précédente. 



'(<) Bl'LLETIN DE LA SOCIÉTÉ NATIONALE d'aCCLIMATATIuN 

« Mais le terme arriva, passa même de beaucoup, et toujours 
rien de nouveau. C'était à n'y rien comprendre, car la bêle 
était grosse, avec un pis gonflé : elle se portait du reste parfai- 
tement bien. Enfin, après avril, mai et juin passés, le proprié 
taire de l'animal se mit à traire celui-ci. Il n'obtint d'abord que 
peu de lait, malgré la congestion de la mamelle, mais le lait 
ne tarda pas à augmenter, et il en était à deux bons litres 
lorsque, le 23 juillet, c'est-à-dire quatre-vingt-dix-sept jours 
après le terme attendu, elle mit bas une superbe Chevrette, très 
vive et alerte. 

« Bique et biquette se portent très bien et la Chèvre est 
restée grosse; elle semble encore pleine et devoir continuer à 
faire des petits, si bien que son maître dit que c'est peut-être 
une Chèvre à répétitionl 

« Et n'allez pas croire qu'elle peut avoir été approchée d'un 
autre Bouc dans l'intervalle : son maître déclare que c'est 
impossible puisque la bête n'est plus jamais sortie de l'écurie 
que conduite par lui-même afin de la surveiller pour prévenir 
toute cause d'avortement. » 

M. Crepin proteste contre toute tendance à admettre les faits 
tels que M. Schaeffler prétend les établir. Il n'est pas douteux, 
dit-il, que la Chèvre était bel et bien en chaleur lorsqu'elle a 
été conduite au Bouc commun, et ce n'est pas environ deux 
mois après la première saillie, mais bien vers le 20 février, 
c'est-à-dire trois mois après. Que la Chèvre ait fait quelque dif- 
ficulté et que le maître de l'animal n'ait pas remarqué la réali- 
sation intégrale de la monte, elle ne s'est pas moins accomplie 
d'une façon fructueuse puisque cinq mois après, c'est-à-dire 
le 23 juillet, la Chèvre mettait bas une Chevrette à terme et 
bien conditionnée. Voilà comment les choses se sont certai- 
nement passées, et il n'y a là rien de merveilleux. 

M. Schaeffler de répliquer qu'il le regrette, car il aurait été 
content de posséder un phénomène ! Cependant, il n'en subsiste 
pas moins ce fait curieux que la Chèvre en question a pu être 
traite et fournir un excellent lait pendant tout le mois qui a 
précédé la parlurition et cela sans que la bêle ni son petit en 
aient souffert le moins du monde. 

M. Caucurte devait prendre la parole pour traiter la question 
de l'allaitement de l'enfant par la Chèvre, mais il s'excuse de 
n'avoir pas pu faire par lui-même quelques expériences devant 



EXTRAITS DES PROCÈS-VERBAUX DES SÉANCES DES SECTIONS Al 

compléter sa documentation sur ce sujet. Une épizootie sur- 
venue dans sa cliùvrerie a fait obstacle à son projet et l'oblige à 
différer sa conférence. 

Le Secrétaire, 

J. Chepin. 



II 9 SECTION. — ORNITHOLOGIE-AVICULTURE 

SÉANCE DU NOVEMBRE 1911 

Présidence de M. Magaud d'Aubusson, président. 
Le procès-verbal de la dernière séance est lu et adopté. 

Sa lecture donne à M. Chappellier l'occasion de rappeler 
que M. le D r Louis Bureau dit avoir vu cette année très peu de 
Perdrix rouges. 

M. le comte d'Orfeuille, revenant sur ce qui a été inséré a 
propos de la conservation des œufs, signale un produit nommé 
Ovisola et il ajoute qu'il a vu à la fin de juillet des œufs placés 
dans cette préparation au mois de mars et qui présentaient les 
mêmes caractères de fraîcheur que s'ils avaient été pondus la 
veille. Il serait intéressant d'en connaître la composition. Il y 
a un mélange de deux poudres et il se demande si l'une ne 
serait pas du silicate dépotasse ou de soude, destiné à changer 
en silicate de chaux le carbonate de chaux de la coquille. 

M. Magaud d'Aubusson ajoute qu'on a fait de nombreux essais 
sur la conservation des œufs, et ce qui jusqu'à présent avait le 
mieux réussi était l'huile de lin cuite. Il faut se rappeler aussi 
que les œufs clairs gardent mieux leur fraîcheur que les œufs 
fécondés. 

M. le Président dépose : 

1° Le mémoire de M. le D' Louis Bureau, sur « l'âge des 
Perdrix ». Il ne peut, dit-il, s'étendre longuement sur ce remar- 
quable travail; il en a dit tout le bien qu'il en pense dans la 
note parue dans notre Bulletin du 15 août 1911 ; 

2.° Une étude du même auteur intitulée: « Le Muséum d'His- 
toire naturelle de Nantes et la Société des Sciences naturelles 
de l'ouest de la France ». 



48 BULLETIN DE LA SOCIÉTÉ NATIONALE D'ACCLIMATATION 

Nous regrettons de ne pouvoir analyser, dans ce trop court 
procès-verbal, ce mémoire extrait, des Comptes rendus du 
Congrès des sociétés savantes en 1909; qu'il nous soit permis 
toutefois d'exprimer un vœu, celui de voir paraître des mono- 
graphies semblables sur tous nos Muséums de province. 

Quand on a parcouru la notice due à la plume de M. le 
D r Bureau, on est pris du désir de visiter celui de Nantes. C'est 
ainsi que l'ornithologiste se trouverait devant une collection 
l'intéressant spécialement et dont le relevé donne des chiffres 
véritablement étonnants. La collection régionale compte 
:>.!>82 Oiseaux et 128 espèces d'œufs, dont 8o avec les nids. 
Chaque Oiseau a, inscrit sous le pied qui le supporte, l'indica- 
tion du sexe, l'âge approximatif, la date de la capture, etc., de 
sorte qu'aucun traité d'ornithologie française ne pourrait être 
rédigé actuellement sans une étude détaillée du Muséum de 
Nantes. Mais ce n'est là qu'une faune locale. Si nous passons à 
la collection générale, nous y trouvons 6.000 Oiseaux; ce qui 
fait, avec les précédents, 8.982 Oiseaux. Ajoutez à cela plus de 
600 espèces d'œufs. 

Notre collègue, M. le prince Ernest d'Arenberg, nous fait 
hommage d'un charmant petit volume intitulé : Les Oiseaux 
nuisibles de France. Ce livre appelé à rendre de véritables ser- 
vices est accompagné de planches coloriées et traite des Rapa- 
ces; espérons que nous verrons bientôt paraître la suite, c'est- 
à-dire ce qui concerne les autres ordres de la classe des Oiseaux. 

Enfin notre Président, toujours infatigable, dépose sa « Liste 
raisonnée des Echassiers et des Palmipèdes observés dans la 
baie de Somme et sur les Côtes de Picardie ». Ce précieux 
catalogue contient 83 numéros, avec une foule d'indications 
sur l'habitat et les époques d'apparition. 

M. Germain cite un second fait concernant une Corneille et 
tendant à démontrer la thèse qu'il a déjà exposée, à savoir la 
réflexion dans les actes des Oiseaux. 

M. Germain annonce aussi qu'à Brantôme on a observé, le 
iil mars, le passage d'un grand nombre de Martinets. Dans 
une autre lettre, il nous dit que les Hirondelles de cheminée 
n'ont quitté cette ville que le 5 octobre ; il ne parle pas de celles 
de fenêtre, qui, du reste, peu nombreuses cette année, avaient 



EXTRAITS DES PROCÈS-VERBAUX DES SÉANCES DES SECTIONS 19 

disparu depuis longtemps. Les Hirondelles de chemimV 
s'étaient au contraire attardées, malgré le Froid avec inlermil- 
lences de pluies. Notre collègue en a vu deux mortes de froid ; 
elles étaient, du reste, d'une maigreur extrême, la nourriture 
leur ayant sans doute manqué depuis plusieurs jours. Une 
dizaine de ces Oiseaux ont été trouvés morts dans la même 
localité, ce qui indiquerait un grand nombre de décès dans la 
région. 

M. Loyer dit qu'à Bièvres un certain nombre de ces Oiseaux 
ont également péri, et M. d'Orfeuille cite le fait d'une bande de 
200 Hirondelles environ qui, dans la Sarthe, un soir de cel 
automne, s'étaient réfugiées dans une écurie; le lendemain 
matin, il n'en restait que la moitié, les autres avaient succombé. 

De son côté M. Déjardin a vu dans sa propriété du Parc-aux- 
Dames, près de Crépy-en-Valois, un grand nombre d'Hiron- 
delles rustiques, le 12 octobre; ces Oiseaux semblaient fatigués 
et volaient sur son étang. Une dizaine d'Hirondelles entrèrent 
même par la fenêtre entr'ouverte de la salle à manger cbauffée 
par un calorifère; elles voletaient dans la pièce, se posaient sur 
les rideaux et les meubles et ne voulaient pas s'en aller. Plu- 
sieurs furent trouvées mortes près de l'étang. 

M. Germain signale un passage de Grues, qui a eu lieu à 
Brantôme, le 11 octobre, vers o heures et demie du soir. Ces 
Oiseaux étaient au nombre de soixante-quatorze, la bande for- 
mait un angle aigu dont la bissectrice était à peu près dans la 
direction nord-sud. Les côtés très inégaux étaient composés, le 
gauche de quatorze sujets et le droit de soixante, en comptant 
l'Oiseau de pointe. La bande volait à une centaine de mètres 
de hauteur; le temps était absolument calme. 11 s'agit là d'un 
passage analogue à ceux signalés de Périgueux par M. Germain 
les années précédentes et dans la même saison. Comme cette 
ville est située à quelques kilomètres au sud de Brantôme, les 
Grues ont dû y passer vers la fin du jour. 

Dans celte seconde lettre, notre correspondant rectifie une 
erreur de la première. Les Hirondelles n'avaient en effet pas 
quitté Brantôme le 5 octobre; il est probable que, sous l'in- 
fluence du froid, elles étaient restées inactives, mais, la tempé- 
rature s'étant fortement élevée le surlendemain, les Oiseaux 
ont reparu en grand nombre pour disparaître à partir du 15. 

BULL. SOC. NÀT. ACCL. FR. 1912. — 4 



50 BULLETIN DE LA SOCIÉTÉ NATIONALE D'ACCLIMATATION 

M. Louis Ternier nous écrit que, le l el juin, il a vu en baie de 
Seine une troupe de dix Cygnes, qui se tenaient en mer; 
c'étaient des jeunes. Un grand navire à vapeur leur a fait pren- 
dre le vol. Ils sont venus passer sur le marais de Pennedepie, 
entre Ronfleur et Villerville, ont fait deux fois le tour du 
marais, puis ont repris la mer où ils se sont posés. La mer 
baissait, ils ont essayé de gagner la plage à la nage, mais deux 
étrangers, venus pour se baigner, leur ont fait reprendre le 
large. Ils se sont laissés entraîner par le courant vers la haute 
mer, puis le soir ils sont passés devant Hontleur et ont gagné 
les bancs de Saint-Sauveur; le lendemain, ils avaient disparu. 

M. Valois fait observer qu'il faut se méfier quand il s'agit de 
Cygnes. Il y a un peu plus d'un an, deux de ces animaux furent 
tués dans la région de Trouville, et plus d'une fois il s'est agi 
de Cygnes domestiques, qui s'échappent pour suivre leurs 
congénères sauvages. 

M. Magaud d'Aubusson pense qu'avant de se prononcer à 
coup sûr, il faudrait tuer ces animaux ; on verrait alors si on 
est en présence d'un Cygnus férus ou d'un Oiseau domestique. 

M. Dulignier, qui remercie de sa nomination de membre de 
la Société, profite de l'occasion pour donner quelques détails 
sur ses Oiseaux en liberté. Parmi ses Canards, seul le vieux 
couple de Siffleurs du Chili a donné des œufs ; il est vrai que 
les jeunes avaient été enfermés dans un petit parc avec un cou- 
ple de Cols-verts. En avril, la femelle du premier couple donna 
neuf œufs, qui furent confiés à une Poule ; un seul était clair, 
un jeune étouffa au milieu de l'incubation et six petits nais- 
saient le 18 mai. Dès le 16, la Cane avait déjà donné dix nou- 
veaux œufs ; comme les autres, ils furent placés sous une Poule ; 
elle en brisa un, un petit mourut et les huit jeunes naissaient 
le 10 juin. Pour la troisième fois, la Cane, au mois de juin, 
donna neuf œufs qui mal heureusement furent dévorés par un 
( irai. Pas un seul des petits n'est mort et leur élevage a été des 
plus faciles. La croissance a été tellement rapide qu'à la date 
du 8 juillet les Canetons nés le 18 mai étaient aussi gros que 
les parents. 

Les Faisans de M. Dulignier ont passé l'hiver en liberté com- 
plète. Une Kaisane argentée a couvé, le .'5 avril, sous un Sapin ; 
le lendemain, une épaisse couche de neige l'enterrait à moitié 
et le 5 il y avait — 7°. Malgré cela, elle ne quitta pas le nid et 



EXTRAITS DES PROCÈS-VERBAUX DE9 SÉANCES DES SECTIONS •"> I 

couva assidûment ses 12 œufs fécondés. Deux jours avant 
lï-rlosion, sous l'influence d'un beau soleil, la mère transpor- 
tail les irufs et le nid à deux mètres du Sapin, dans un pré. 
Malheureusement une pluie diluvienne et glacée survenait le 
lendemain ; nouveau transport des œufs dans l'herbe mouillée, 
près de leur place primitive. Ce voyage dans l'eau froide leur 
fui fatal, tous les petits périrent dans l'œuf, sauf un qui mou- 
rut le lendemain. 

Une jeune Faisane dorée, née en 1910, lâchée en septembre, 
n'avait jamais suivi le mâle de 1909 et ne quittai pas le couple 
d'argentés. Au commencement d'avril, le doré était tué par 
l'argenté, et le I e '' mai la Faisane dorée couvait six œufs sous 
un Sapin ; six jeunes naissaient le 25, ils se sont élevés en 
liberté complète. 

Trop tard pour pouvoir en espérer la reproduction cette 
année, M. Dulignier a lâché un couple de Poules Sultanes, 
qu'on lui a dit provenir de la côte occidentale d'Afrique. En 
mars, à leur arrivée, elles paraissaient très frileuses et il y a 
lieu de se demander si elles passeront l'hiver. Des deux qui 
avaient été lâchées en 1910, l'une est devenue la proie d'un 
Chat, l'autre est restée en liberté pendant toute la mauvaise 
saison sur la glace et dans la neige avec les Canards et les 
Poules d'eau. 

M. Jardel envoie de Hongay (Tonkin) un mémoire intitulé : 
« Essais d'engraissement forcé des Oiseaux de basse-cour au 
Tonkin ». 

On se souvient de la volumineuse correspondance qui nous 
est parvenue sur la question de savoir si, oui ou non, le Martin- 
Pécheur plonge entièrement pour saisir sa proie. Aujourd'hui 
M. Pierre-Amédée Pichot nous adresse la note suivante : 

« La question de savoir si le Cormoran se sert de ses ailes 
sous l'eau a été l'objet d'un nombreux échange de corres- 
pondances dans le Fie.ld, il y a quelques années (1901). Quel- 
ques correspondants de ce journal ont dit avoir vu des Cormo- 
rans accélérer leur marche sous-aquatique au moyen de leurs 
ailes, mais le plus grand nombre a affirmé n'avoir jamais rien 
observé de semblable; et je suis de ceux-là, car j'ai souvent 
vu pêcher des Cormorans dans le gigantesque aquarium où le 
capitaine Salvin exerçait ses Oiseaux, ainsi que dans l'aqua- 



02 BULLETIN DE LA SOCIETE NATIONALE D ACCLIMATATION 

rium du jardin zoologique de Londres. J'ai aussi pu suivre les 
plongées du Cormoran dans la claire rivière du château de 
Rosay, dans l'Eure, où, avec Le Couteulxde Canteleu, j'ai péché 
la Truite avec des Cormorans. Il semble que les personnes qui 
ont vu voler le Cormoran sous l'eau ont bien pu le confondre 
avec quelques autres Oiseaux plongeurs. » 

M. Magaud d'Aubusson, qui partage cette opinion, cite le 
Grèbe, le Pingouin torda, le Guillemot à capuchon. 

Le projet de récompenser les travaux d'Histoire naturelle 
rédigés par les élèves des écoles trouve parmi les instituteurs 
et les institutrices de plus en plus de sympathie, comme en 
témoignent les lettres reçues par la Section. 

M. Debreuil annonce que M. Jean Fabre, le nouveau ministre 
de France au Guatemala, veut bien, sur la recommandation de 
M. Gavarry, chercher à se procurer des Dindons ocellés, lies 
efforts les plus sérieux seront donc faits pour l'importation 
tant désirée de ce bel Oiseau. 

M. Debreuil a également reçu d'un correspondant habitant 
la république de Salvador, M. Marcadet l'assurance d'une colla- 
boration sérieuse. 

Moins loin de nous, en Portugal, on vient de fonder, près de 
Lisbonne, une école d'horticulture, où l'enseignement pratique 
est confié à deux Français, un diplômé de l'école de Versailles, 
l'autre de celle de Hyères. On a commandé dans l'Afrique du 
Sud deux couples d'Autruches domestiquées, dont le prix de 
revient atteindra 30,000 francs, et, de la Guinée portugaise, 
deux couples sont attendus. 

Ce mouvement si favorable aux progrès des études s'étend 
heureusement en Kurope, et M. Mén égaux nous rappelle que le 
I " aoûl dernier on inaugurait le nouveau Jardin zoologique de 
Munich : bientôt celui de Buda-Pesth sera le plus beau de 
l'Europe, et celui de Breslau, dont l'étendue va être doublée, 
dépassera en grandeur celui de Herlin. 

Il est donné lecture d'une lettre de M. Cornu, de Marseille, 
ayant trait à ses projets d'élevage d'Oiseaux producteurs par 
leurs plumes. 11 y a, dit-il, quelque chose de tentant dans cette 
perspective de domestiquer, pour leur prendre leur parure, ces 



EXTRAITS DES PROCÈS- VERBAUX DES SÉANCES DÉS SECTIONS 53 

Oiseaux qui disparaissent de plus en plus de la surface du globe 
et que notre goût pour eux voue à une prochaine destruction. 
On a domestiqué les animaux de boucherie, ferons-nous moins 
pour nos yeux que pour notre estomac ? 

Depuis longtemps nos lecteurs connaissent M. E. Plocq, de 
LaRoche-sur-Yon, et ses observations ornithologiques. En juil- 
let dernier, il a fait une capture bien rare, celle d'un Guêpier et de 
ses six œufs. I/Oiseaua pu être conservé vivant pendant quinze 
jours; au bout de ce temps, son propriétaire l'a fait empailler, 
car il se trouvait à bout de ressources, son pensionnaire ne vou- 
lant que des Insectes, non n'importe lesquels, mais ceux de 
son choix. On pourra, sur le Guêpier, consulter notre Bulletin 
de 1911, page 46. 

M. Plocq a possédé aussi un jeune Eider, mort d'accident à 
l'âge de trois semaines. En ce moment il est propriétaire d'une 
Hirondelle, la plus apprivoisée de toutes celles qu'il a conser- 
vées ; il lui ouvre la porte de sa volière, elle va faire un petit 
tour en ville et revient d'elle-même. Devant tant de bonne 
volonté, notre correspondant va essayer de l'emporter à la cam- 
pagne et de la lâcher de plus en plus loin ; 

M. Plocq aurait pu, dit-il, capturer, le 5 octobre, une centaine 
d'Hirondelles tellement elles étaient fatiguées par le temps 
présentant des alternatives de pluie et de gelée blanche ; il s'est 
contenté d'en prendre vingt et n'en a gardé que trois, dont 
deux de fenêtre et une de cheminée, il va essayer de leur faire 
passer l'hiver. 

Définitivement, l'année n'a pas été favorable, on le voit, à la 
pauvre Hirondelle, et cependant elle n'avait pas besoin de ces 
nouvelles tribulations, ses rangs s'étant déjà bien éclaircis 
depuis quelque temps, grâce aux massacres dont elle est la 
victime. 

M. Touchard nous adresse une note sur un fait qui semble 
bien étrange et qui s'est passé chez lui, dans le département 
de l'Oise. 

Des œufs de Caille ayant été trouvés au printemps furent 
mis à couver et les sept petits qui en provinrent furent placés 
dans une volière. Le 30 août de la même année, deux œufs 
furent vus dans la volière, ce qui faisait supposer que deux 
Cailles avaient pondu. En effet, toutes les Cailles ayant été 



54 BULLETIN DE LA SOCIÉTÉ NATIONALE d'aCCLIMATATIo.N 

tuées pour être mangées, on trouva dans quatre d'entre elles 
des œufs prêts à être pondus. Les chasseurs rencontrent par- 
fois à l'arrière-saison de jeunes Cailles dans les champs et pen- 
sent que ce sont des Oiseaux de passage ; d'après l'observation 
faite par M. Touchard, ces jeunes proviendraient de parents nés 
la même année. 

Malgré l'étonnement que peut causer ce fait, M. Ménegaux 
croit qu'il a pu d'autant mieux se produire qu'on a vu des 
Poules de l'année donner des petits. Si la chose, dit-il, se 
produit chez la Poule, pourquoi ne se produirait-elle pas chez 
la Caille? 

M. Debreuil présente : 

1° Le résumé d'une communication faite par M. R. Houwink, 
de Meppel (Hollande), à la quatrième conférence internationale 
de Génétique, et portant sur des expériences pratiquées pour 
obtenir des variétés fixes et durables dans les races de volailles 
rustiques et dans les races italiennes importées. Selon l'auteur, 
de telles variétés ne se présentent pas d'un seul coup dans une 
forme parfaite, mais peuvent être perfectionnées par sélection ; 

2° Un travail de M. Philippe de Vilmorin, intitulé La Géné- 
tique et la quatrième conférence internationale de Génétique; 

3° Un ouvrage en allemand, dû à la plume de M. 0. Heinroth, 
de Berlin : Contributions à la biologie, spécialement à Véthologie 
et à la psychologie des Anatidés; 

4° Un travail, également en langue allemande, de M me Made- 
leine Heinroth. et dont voici la traduction du titre : « Obser- 
vations faites en chambre sur des Oiseaux rares d'Europe ». 

.Nous ne parlerons pas ici des deux premiers ouvrages; ce 
serait faire double emploi avec l'article qu'a publié dans nos 
Bulletins du 15 octobre et du 1 er novembre le distingué profes- 
seur de la Sorbonne M. Maurice Caullery. 

Quant aux deux volumes allemands, nous regrettons de ne 
pouvoir en parler un peu longuement, mais nous nous aperce- 
vons que nous avons déjà plus que dépassé les limites d'un 
procès-verbal. Il faut donc nous cententer de rappeler que 
M. Heinroth a traité des questions qui ont fait, toutesa vie, l'objet 
de ses étude> ; enfant, écolier, étudiant, il fut toujours passionné 
pourlesmœurs etles habitudes desOise.iux, et, quand il eutluet 
relu Naumann et Brehm, il voulut apprendre par lui-même. 
M me Heinroth s'est, comme son mari, consacrée à l'étude de 



EXTRAITS DES PRQOÈ&-VERBAUS DES SÉANCES DES SECTIONS 58 

l'Histoire naturelle, et la vie des Tourterelles, Rossignols, Fau- 
vettes, Huppes, Hobereaux, etc., etc., n'a pas de secrets pour 
elle. 

M. le professeur Moussu fait une communication des plus 
intéressantes sur la castration des Coqs et ses effets, et il nous 
explique en détail les procédés qu'il a lui-même employés. 

M. le Président se fait l'écho de tous en remerciant l'éminent 
professeur, dont le travail paraîtra au Bulletin; dans quelques 
mois, nous pourrons juger par nous-mêmes des modifications 
de plumage sur les sujets qu'il a opérés. 

M. le D r Loisel demande à M. Moussu si, en pratiquant la 
castration, il a touché aux capsules surrénales. M. Moussu 
répond que leur ablation entraînerait certainement la mort 
chez un Mammifère. En serait-il différemment chez certains 
Oiseaux? M. le professeur Moussu se promet d'étudier la 
question. 

Pendant la conférence du professeur d 'Al fort, nous avons eu 
sous les yeux un magnifique Chapon, de la race des Phénix 
blancs du Japon. Cet animal, qui appartient à M. Debreuil, est 
né en 1 ï » 1 < > et a déjà des plumes doubles en longueur de celles 
de son père; on voit l'avantage de la castration pour le com- 
merce des plumes, les marchands disent qu'ils donneraient 
quarante francs de tout animal semblable à celui-ci. De plus 
on peut, danscesconditions, élever un grand nombre d'Oiseaux, 
ce qui serait impossible avec des Coqs ordinaires; mis en- 
semble, ils se tueraient. M. Debreuil croit que si on opère avec 
le doigt, méthode la plus employée, il faut que le Coq ait six 
mois. Chez le Chapon, la mue se produit, mais est difficile, 
c'est peut-être pour cela que les plumes s'allongent. Un phéno- 
mène qui peut être comparé se produit chez le Cerf castré; on 
sait, en effet, que ses cornes ne tombent plus. 

Le Secrétaire, 

Comte d'Orfeuille. 



56 BULLETIN DE LA SOCIÉTÉ NATIONALE D'ACCLIMATATION 

V e SECTION. — BOTANIQUE 

SÉANCE DU 20 NOVEMBRE 1911. 

Présidence de M. D. Hois, président. 

Il n*est fait aucune observation au sujet du procès-verbal de 
la dernière séance (21 avril 1911) inséré dans le numéro du 
1 er septembre, p. 547. 

M. Bois fait connaître les diverses brochures et publications 
qui ont été adressées à la Société. 

Ce sont : 1° un envoi de la maison Berger-Levrault, deux 
ouvrages de sylviculture; ces ouvrages sont les suivants : 

M. Jacquot, La Forêt; M. Lucien Chancerel, L'année fores- 
tière. 

2° Cinq brochures adressées par le D' - St. Pelkoff, concer- 
nant la tlore des étangs de Bulgarie : 

Recherches préliminaires concernant la flore des étangs sur la 
rive bulgare du Danube; Contribution supplémentaire à V étude 
des Algues du Sommet Kom et ses environs; Les Algues de la 
Bulgarie du S.-O. et leur dispersion; La rive danubienne basse et 
marc rageuse de Bulgarie; La flore aquatique et algologique de la 
Macédoine du S.-O. 

3° La Revue horticole des Bouches -du-Rhône, numéro de juil- 
let 1911, renfermant une note de M. professeur Edouard Heckel 
sur le Sarracenia purpupea et sa culture au Jardin botanique 
de Marseille. 

Le passage suivant, concernant les soins de culture, est inté- 
ressant à reproduire. 

« Nos potées de Sarracenia se maintiennent bien dans la 
serre tempérée du Jardin botanique et cela grâce à un disposi- 
tif qui est diï à l'ingéniosité de M. Davin, chef de cultures, que 
quelques essais antérieurs et infructueux ont éclairé sur les 
vrais besoins de ces plantes. 

« D'abord, nous avons maintenu ces plantes en vases au 
milieu de la motte originelle dans laquelle elles nous étaient 
venues des tourbières de Miquelon; en outre, comme elles 
aiment l'air humide des régions marécageuses, elles ont été 
constamment maintenues au-dessus d'un bassin toujours plein 



EXTRAITS HKS FROCÈS-VElUUliX 1 > i; S sKA.N'CT.S hKS SKCTIONS 5/ 

d'eau (été comme hiver) qui règne au centre de la serre tem- 
pérée, et cela par un planchéiage formé de lattes assez étroites 
pour laisser passer tout autour des vases la vapeur d'eau qui 
se dégage constamment de ce bassin. De cette façon, nous 
gardons à peu près à ces plantes spéciales les conditions natu- 
relles dans lesquelles elles vivent en Amérique, et de là le suc- 
cès de leur culture. Chaque année, nous voyons se reproduire 
une nouvelle couronne de jeunes ascidies-feuilles, pendant que 
les anciennes se flétrissent et tombent en lambeaux dessé- 
chés... 

« Ces plantes peuvent donc être cultivées avec succès en 
serre tempérée dans les conditions que je viens d'indiquer et y 
faire bonne figure. Il est facile de les y multiplier par éclats. 
Leurs rhizomes sont bien développés et peuvent servir à la pro- 
pagation rapide de la plante. On sait que ces rhizomes ont une 
réputation acquise, même dans les pharmacopées d'Amérique, 
comme remède contre la variole. A ce titre, elles m'inspirent 
moins de confiance que comme plantes ornementales et para- 
doxales. » 

M. Bois présente ensuite des échantillons très curieux de 
Saules; ce sont de jeunes rameaux qui présentent à leur som- 
met une anomalie de croissance constituée par une sorte de 
renflement qui ressemble, à peu près, à un capitule de Compo- 
sés, garnie d'écaillés très visibles. C'est le résultat du dévelop- 
pement anormal du bourgeon terminal provoqué par la piqûre 
d'un Insecte. Ces échantillons sont adressés par M. de Chapel, 
de Lezan (Oard), où ils sont assez communs; ils seront com- 
muniqués à M. Lesne, assistant de la chaire d'Entomologie, 
pour étude. 

M. Debreuil avait apporté, de Melun, une inflorescence bien 
développée, et portant même des fruits en voie de développe- 
ment, du Musa Basjoo ; cette présentation était accompagnée 
de la photographie de la touffe, âgée de cinq ans, qui a. fourni 
cette inflorescence. 

L'année dernière, M. Debreuil avait déjà présenté une inflo- 
rescence de ce Bananier rustique (voir Bulletin de la Soci< ; t> ; 
d'Acclimatation, 1911, p. 125). M. Mailles fait remarquer que 
si cette plante est suffisamment rustique pour résister en plein 
air, à l'aide d'un léger abri, elle parait craindre les chaleurs 
excessives comme celles de l'été 1911. 



58 BULLETIN DE LA SOCIÉTÉ NATIONALE D'ACCLIMATATION 

Sur la demande de M. Debreuil et de ses collègues présents 
à la séance, une note relative au Musa Hasjoo sera rédigée par 
le secrétaire de la Section de Botanique pour être insérée au 
Bulletin. 

M. Bois présente ensuite des graines d'un Conifère qui lui 
ont été adressées par M. Gadeceau ; elles ont été récollées en 
Algérie par M. de Fabry et servent de condiment dans les oasis 
des Zibans. (« Le cheik de l'oasis de Chetma m'a offert le miel 
de PAurès avec ces graines comme condiment ». J. de Fabry, 
mai, 1911). 

Ces graines, déterminées par M. Bois, sont celles du Pin 
d'Alep (Pinus halepensis). 

M. Maurice de Vilmorin signale tout l'intérêt que présente 
cette espèce de Pin, pour les régions calcaires; c'est, dit-il, 
avec le Chêne vert, le « sauveur » des coteaux calcaires du 
Midi. Il est exploité pour la production de la résine, et a été 
l'objet de publications importantes tout récemment à ce sujet, 
notamment de la part du D'' Planchon, de la Faculté de Mont- 
pellier. 

M. le Président présente ensuite deux belles photographies 
qui lui ont été envoyées par M. le professeur Mattirolo, de 
Turin. Ces photographies représentent des Sclérotes de Poly- 
porus tuberaster Pietra fungaia) portant les organes sporifères 
(chapeau, partie comestible du Champignon). Ces Sclérotes ont 
été récoltés dans les bois des montagnes de la Campanie (Italie 
méridionale) et ont été cultivées à Turin par M. Mattirolo. 

Il rappelle ensuite que M. Mattirolo s'est mis aimablement à 
la disposition de la Société d'Acclimatation pour l'organisation 
des visites à faire en Italie lors de l'excursion projetée pour le 
printemps de 1912, et demande que les personnes qui sont dis- 
posées à prendre part à cette excursion veuillent donner leur 
adhésion le plus tôt possible. 

M. Bois fait ensuite part du décès de M. Edouard André, 
membre de la Société nationale d'Agriculture, professeur d'Ar- 
chitecture des jardins et des serres à l'École nationale d'Horti- 
culture de Versailles, rédacteur en chef de la Revue horticole. 

M. Edouard André a non seulement contribué au progrès de 
l'horticulture en général, par ses nombreuses publications et 
les admirables parcs et jardins qu'il a créés dans les pays les 



EXTRAITS DES PROCÈS-VERBAUX DES SÉANCES DES SECTIONS 89 

plus divers, mais il a tout autant servi la cause de l'acclimata- 
tion des végétaux, soit par les très nombreuses et très remar- 
quables espèces qu'il a introduites lui-même dans les cultures 
d'ornement, au cours de ses voyages dans les régions tropi- 
cales, soit par les non moins nombreuses espèces, non utilisées 
avant lui dans les parcs et jardins, espèces qu'il y a rendues 
communes et qui ont absolument changé l'aspect des jar- 
dins (1). 

La mort de M. Edouard André causera les mêmes regrets aux 
amateurs et aux collectionneurs, à nos collègues de la Société 
d'Acclimation, que parmi le monde horticole. 

M. le Président donne ensuite connaissance d'une communi- 
cation adressée par M. Ch. Rivière, qui n'a pu venir l'exposer 
lui-même; cette note, intitulée « Observations climatologiqiies, 
Jura, 1910-191 1 » renferme de curieuses expériences sur la 
végétation de quelques plantes transportées d'Alger dans le 
Jura; elle est publiée au Bulletin (1911, p. 732). 

L'ordre du jour appelle ensuite la liste des personnes que la 
Section de Botanique doit proposer au Conseil de la Société en 
vue de récompenses à leur décerner. 

A ce sujet, M. Bois fait connaître que M. J. Gérôme, secré- 
taire de la Section de Botanique, a reçu tout récemment la dis- 
tinction de Commandeur du Mérite agricole, et au nom de la 
Société lui adresse ses vives félicitations. 

M. Ch. Debreuil demande ensuite quelques renseignements 
sur une Poire qu'on lui a fait déguster, sous le nom de Poire 
Adèle de Saint-Denis. C'est, dit-il, une excellente poire à 
manger à Y état. blet; elle est comparable alors à la nèfle, mais 
avec un goût plus lin et moins astringent. 11 est décidé que le 
secrétaire de la Section cherchera les renseignements que désire 
notre collègue, et les communiquera s'il y a lieu à la séance 
prochaine. 

M. Debreuil communique aussi une note de M. Déjardin, à 
Crespy-en-Valois. Ce collègue a pu compter, dans sa roseraie, 
à la date du 10 novembre dernier, 540 roses de toute beauté, 
celles de la variété Caroline Testoutsont surtout remarquables. 

(1) Voir Revue horticole, 1911, p. 485 à 4'JO. 



00 BULLETIN DE LA SOCIÉTÉ NATIONALE D'ACCLIMATATION 

On n'a pas tous les ans à pareille époque une floraison de roses 
aussi belle. 

M. Maurice de Vilmorin a observé le même fait et indique 
que la Section des Roses de la Société nationale d'Horticulture 
de France a pu, cette année, dans le courant d'octobre 191 /, 
faire exécuter d'après nature 12 aquarelles sur les 10 qu'elle 
prépare pour illustrer le volume spécial que la Section des 
Itoses prépare et doit publier prochainement. 

La parole est ensuite donnée à M. Piedallu, préparateur au 
Muséum, qui fait une communication sur les plantes à tannin. 
Les espèces sur lesquelles il insiste plus particulièrement, sont 
la Canaigre [Rumèx hymen osepa lus) et le Hemloch Tsuga cana- 
densis). La première pourrait, dit-il, être cultivée avantageuse- 
ment en Corse; la deuxième dans certaines parties du centre 
de la France et de la Bretagne (terrains non calcaires), en 
lieux humides. 

M. Bach, architecte paysagiste à Senlis, fait ensuite une 
communication sur la pratique du reboisement. Il développe 
cette thèse que nos végétaux indigènes ne sont plus aptes à 
former le fond des plantations, et « qu'il serait plus rationnel 
de les remplacer par des espèces exotiques plus rustiques et 
plus robustes ». 

Cette conception pourrait être soutenue, si l'on envisageait 
l'adaptation presque complète à notre climat du Robina Pseu- 
ihicacia, et la vigueur remarquable d'un certain nombre 
d'arbres exotiques plantés dans nos parcs {Ailanthus, Cedrela, 
Gleditschia, Pterocarya, Planera, Celtis, etc.). 

Mais ces dernières essences n'ont pas les qualités des véri- 
tables espèces forestières. D'ailleurs, ces recherches d'espèces 
exotiques forestières ne sont pas nouvelles; ce- sont elles qui 
ont provoqué notamment les plantations du domaine des 
Barres, peu après 1821 ; il n'a pas paru jusqu'à présent que les 
espèces indigènes ne puissent plus être employées. 

M. Bach s'étend longuement, avec des détails intéressants, 
sur la préparation du terrain, les soins au moment de la plan- 
tation, etc. 

M. le Président remercie vivement les auteurs: leurs commu- 
nications seront transmises au Comité de Rédaction. 

/.c Secrétaire de la section, 
.1. Gérôme. 



EXTRAITS l»i:S PROCÈS-VERBAUX DES SÉANCES DES SECTIONS (il 

VI SJECTION. - - COLONISATION 

SÉANCE DU 20 NOVEMBRE 1911. 
Présidence de M. .Vus,-. Chevalier, président. 

M. Debreuil demande la parole, et au nom de la Société 
d'Acclimatation, et plus particulièrement au nom des membres 
de la section de Colonisation, adresse au président, M. A. Cheva- 
lier, ses plus vives félicitations pour sa récente nomination 
comme « Directeur de la mission permanente d'études des Cultures 
et Jardins d'essais coloniaux ». Aucun homme plus compétent 
ne pouvait être placé à la tète de ce nouveau poste, et M. Che- 
valier par ses études, ses précédentes missions, son expé- 
rience, rendra les plus grands services non seulement à 
l'agriculture coloniale, mais au pays tout entier. 

Nous devons, ajoute M. Debreuil, nous réjouir d'autant plus 
de celte nomination que M. Chevalier qui s'est montré toujours 
si dévoué aux intérêts de la Société, va pouvoir, grâce à ses 
hautes fonctions, donner aux travaux de la Section toute 
l'ampleur et toute l'activité qui leur conviennent. 

M. Chevalier remercie et dit que la Société peut compter 
plus que jamais sur son entier dévouement, il ajoute que s'il 
se trouve parfois empêché, il se fera suppléer par M. Bret, 
inspecteur de l'agriculture coloniale, à qui les membres de la 
Section souhaitent la bienvenue. 

M. le Président présente ensuite les excuses de M. Courtet, 
qui devait faire à cette séance une communication sur le Soja. 
M. Courtet, pour des raisons très graves de santé, a dû quitter 
Paris et aller en Bretagne pour essayer de se rétablir. M. Che- 
valier exprime au nom de la Section ses regrets du départ de 
M. Courtet et ses souhaits de complet rétablissement. 

M. Chevalier fait part ensuite de l'inquiétude dans laquelle 
se trouvent tous les coloniaux et tous les Français à la suite 
des nouvelles alarmantes reçues au sujet de la mission 
Legendre. 

M. Ch. Debreuil rappelle qu'il y a deux ans à peine, 



62 BULLETIN DE LA SOCIÉTÉ NATIONALE D'ACCLIMATATION 

M. le D r Legendre a fait à la séance solennelle de la Société 
d'Acclimatation une conférence qui a été très goûtée, sur le 
pays des Lolos. 

M. Lemarié, directeur de l'Agriculture en Indo-Chine, pré- 
sent à la séance, lit plusieurs passages de la dernière lettre 
qu'il a reçue de M. Legendre, datée du 13 septembre; il était 
à ce moment à Miorné, et se dirigeait sur Yunnan-Fou. 

« La grosse difficulté avec les Chinois, écrit M. Legendre, 
c'est d'être compris. » Puis quand le Chinois a donné sa con- 
fiance, ce n'est qu'illusoire « son extrême méfiance le conduit 
à la retirer; sa suspicion revient constamment, elle est 
toujours agressive ». 

M. Chevalier adresse à la famille du vaillant explorateur les 
vœux de la Société et l'espoir que la mission qu'il dirige soit 
hors de danger. 

M. le Président résume ensuite le travail qu'il a préparé 
pour la séance de ce jour : espèces végétales cultivées ou domes- 
tiquées en Afrique. 

L'analyse d'un tel travail ne peut être faite dans un compte- 
rendu ; c'est à lire en entier, et nos collègues le trouveront 
dans le Bulletin. Contentons-nous d'indiquer que les espèces 
étudiées sont rangées, pour plus de commodités, suivant 
l'ordre des familles naturelles et que l'ensemble des végé- 
taux utilisés actuellement en Afrique comprend non seule- 
meut ceux que l'on connaissait autrefois, mais aussi les 
espèces que l'on a découvertes depuis en Afrique, et celles qui 
y ont été introduites et provenant d'autres pays, notamment 
d'Amérique. 

Les conclusions de M. Chevalier signalent tout l'intérêt que 
présente l'étude méthodique des diverses catégories indus- 
trielles coloniales dans différents centres et différentes condi- 
tions, de façon à 'discerner à la fois les meilleures variétés et les 
meilleurs modes de culture. 

M. le professeur Gruvel présente ensuite un ouvrage qu'il 
vient de publier sur h>s Langoustes de la côte d'Afrique ; il 
renferme une étude approfondie du mode de vie de ces animaux 
qui était jusqu'alors peu connu. M. Gruvel a pu récolter 
des formes larvaires, les suivre dans tout leur développement 
et se rendre compte que des espèces qui avaient été décrites 



EXTRAITS DES PROCÈS-VERBAUX DES SÉANCES DES SECTIONS 63 

autrefois comme distinctes, ne sont que des formes intermé- 
diaires. 

M. Guillaumin, préparateur au Muséum, donne des rensei- 
gnements sur diverses Aurantiacées d'Australie et de Nouvelle- 
Calédonie, qu'il a étudiées dans l'herbier du Muséum et 
signale qu'une espèce sauvage en Nouvelle-Calédonie, du genre 
Citrus (C. neo-caledonica) caractérisée par son fruit allongé, 
oviforme et côtelé (à 7 loges et 7 côtes) pourrait vraisemblable- 
ment servir de sujet pour greffer les variétés culturalcs les 
plus appréciées du commerce (voir Bulletin, 1911, p. 738). 

M. le Secrétaire général présente un résumé et les conclu- 
sions du travail de M. Courtet sur le Soja, travail très docu- 
menté et intéressant comme ceux de même nature que 
rédige notre collègue ; il sera inséré au Bulletin. 

Au sujet du Soja, M. Chevalier fait cette remarque qu'il ne 
donne pas de bons résultats au Soudan, et que l'Arachide est 
pour cette raison une culture plus rémunératrice. MM. Bret et 
Lemarié donnent chacun une explication de ce fait. 

En Afrique, dit M. Bret, le Soja n'a pas de nodosités sur les 
racines ; le Soja, dit M. Lemarié aime mieux un climat un peu 
humide, et, au Tonkin, les années dans lesquelles l'Arachide 
réussit le mieux sont celles où le Soja donne les moindres 
résullats. 

Pour te Secrétaire, empêché, 

J. GÉRÔME.. 



OUVRAGES OFFERTS A LA RIBLIOTHÈQUE DE LA SOCIÉTÉ 



Weby (G.). — Agenda aide-mémoire agricole (1912. Paris, 
librairie J.-B. Baillière et fils). 

Magaud d'Aubusson. — Liste raisonnée des Echassiers et 
Palmipèdes observés dans la baie de Somme et sur les côtes 
de Picardie (Extrait de la Revue Française d'Ornithologie. Avril, 
mai, juin, juillet 1911, Orléans, imprimerie Henri Tessier). 

Bureau (D r Louis). — L'Age des Perdrix. - 1° La Perdrix 
grise (1911, Nantes, Vie, libraire). 

Arnould (C). — Le Rucher; manuel pratique d'Apiculture 
1912, Paris, librairie J.-B. Baillière et fils). 

Raspail (X.). — Les années à Hannetons (cycle Uranien) en 
décroissance depuis le commencement du siècle (Extrait du 
Bulletin de la Société Zoologique de France. Tome XXXVI, 1911, 
p. 158). 

Petkoff (D r St.). — La Flore aquatique et algologique de la 
Macédoine du S.-O. (1910, Philippopoli, imprimerie Chr. 
G. Danoff). 

Petkoff (D r St.). — Contribution supplémentaire à l'étude 
des Algues du Sommet Kom et ses environs (Extrait de 
V Annuaire de V Université de So/ia, 1. VI, p. 1-13). 

Petkoff (D r St.). — La rive danubienne basse et marécageuse 
de Bulgarie Extrait des Annales de la Société littéraire bulgare, 
1910, 1. XL p. 72-102). 

Petkoff (D r St.). — Les Algues de la Bulgarie du S.-O. et 
leur dispersion (Extrait de Y Annuaire de V Université de Sofia, 
1. V, fasc. 3, p. L-89). 

Petkoff (D r St.). — Recherches préliminaires concernant la 
Flore des étangs sur la rive bulgare du Danube (Extrait de 
['Annuaire de i Université de So/ia. 1. VI, fasc. 2. p. 1-4S . 



Le Gérant : A. Mahetiieux. 



Pans. — L. Marktheux, imprimeur, 1, rue Cassette. 



ÉNUMËRATION DES PLANTES 
CULTIVÉES PAR LES INDIGÈNES EN AFRIQUE TROPICALE 

ET MES ESPÈCES NATURALISÉES DANS I.K MÊME PAYS 

ET AVANT PROBABLEMENT ÉTÉ CULTIVÉES A UNE ÉPOQUE 

PLUS 01 MOINS REGI LÉE 

Par Aug CHEVALIER 

Dans son remarquable ouvrage sur VOrigine des Piaules cul- 
tivées, Alphonse de Candolle énumère 247 espèces « cultivées 
soit en grand par les agriculteurs, soit dans les jardins pota- 
gers ou fruitiers >> du monde entier. Son énumération a laissé 
dans l'ombre une grande quantité de végétaux cultivés parfois 
sur une très grande échelle dans des pays tropicaux souvent 
('tendus. 

Beaucoup sont de culture très ancienne et connus depuis 
longtemps par les botanistes, mais ils sont souvent considérés 
comme végétaux spontanés; d'autres ont été découverts dans 
ces dernières années. Il en est aussi qui, quoique connus 
anciennement, n'ont été mis en culture que depuis peu dan- 
nées. C'est le cas, par exemple, des Plantes à caoutchouc et de 
certaines espèces de Caféiers. Enfin, il existe des plantes dont 
la culture a été abandonnée et dont l'homme ne tire plus qu'un 
faible parti, quoiqu'on les retrouve naturalisées aux environs 
des habitations. A. de Candolle avait prévu ces objections. Aux 
217 espèces, « j'aurais pu, dit-il, en ajouter quelques-unes 
rarement cultivées, ou mal cultivées, ou dont la culture a été 
abandonnée; mais les résultats statistiques auraient été sensi- 
blement les mêmes ». Nous n'avons pas cette opinion. On verra 
par la suite que le Nouveau Monde et le Continent africain 
surtout ont fourni à la culture par rapport à l'Europe une pro- 
portion d'espèces cultivées plus élevée que ne le pensait le 
célèbre botaniste genevois. 

11 ne faudrait pas croire que toutes ces plantes sont répan- 
dues dans toute l'étendue de l'Afrique tropicale. Les peuplades 
qui en possèdent le plus grand nombre n'en ont pas 50 espèces, 
et rarement il existe peu de peuplades cultivant en gr.ind pour 
leur alimentation plus de 2 ou 3 espèces. La plupart des peu- 
plades n'ont qu'un genre de plante jouant un rôle capital dans 

BULL. SOC. NaT. ACCL. FR. . 1912. — ■ '< 



66 BULLETIN DE LA SOCIÉTÉ NATIONALE D'ACCLIMATATION 

leur existence. Les uns ont le Riz, d'autres le Sorgho ou gros 
Mil, d'autres le Pénicillaire ou petit Mil. Ailleurs, on trouve le 
Maïs, en d'autres points le Bananier ou le Manioc. Certaines 
peuplades vivent en grande partie de racines ou de graines sau- 
vages; c'est le cas des habitants du nord du Baguirmi, qui font 
une grande consommation de semences de graminées sau- 
vages : Dacfyloctenium 3sgyptiacum(L )Wild., Setaria glauca L., 
Setaria aurea A. Br., Panicum pyramidale Lamk., P. colonum L. 
var. equitans (Hochst.) Hack., P. oryzetorum A. Chev., P. dis- 
tichophyllum Trin., P. zizanoides H. B. K., P. amplexifolium 
Hochst., P. coloratum L., P. proliferum Lamk.. P. psilopodium 
var. nfrum Stapf., Paspalum scrobiculalum L., Oryza Barthii A. 
Chev. 

En plusieurs parties de l'Afrique centrale, la culture de di- 
verses plantes est encore à l'état naissant. C'est ainsi que les 
Bondjos de l'Oubangui vont recueillir dans la forêt et dans les 
savanes les tubercules de plusieurs espèces de Dioscorea 
(Ignames), et notamment le D. dumetorum qui est bien spon- 
tané dans cette région. 

Si la récolte dépasse leurs besoins immédiats, ils enterrent 
à proximité de leurs cases les tubercules inutilisés qui ne tar- 
dent pas à entrer en végétation. Ensuite, ils puisent à même 
cette réserve au fur et à mesure de leurs besoins. 

Ces pratiques primitives disparaîtront rapidement à notre 
contact. Ailleurs, la culture de plantes peu utiles sera aban- 
donnée. 

Il est donc urgent de cataloguer toutes les espèces qui ont 
été observées chez les Noirs à l'état culiivé,et de soumettre les 
plantes les plus utiles à des expériences de culture en vue de 
leur amélioration. 

Renonculacées. 

[figelld saliva L. — Cultivé pour ses graines usitées comme 
condiment. Oasis sahariennes, Ouadaï, Dar-Fertit, à Ndellé 
llaut-Chari), dans le jardin du Sultan Senoussi. 

Anonacées. 

Xylopia .l'ihio/àca (Dunal A. Etich. — Arbre produisant des 
fruits .employés comme condiments (Poivre d'Ethiopie), spon- 



PLANTES CULTIVÉES EN AFRIQUE TROPICALE 117 

tané dans les régions forestières de l'Afrique tropicale. Cultivé 
en quelques provinces : région maritime du Sénégal, Bas- 
Dahomey. 

Anona squamnsa L. — Pomme-Cannelle. Originaire de 
l'Amérique tropicale. Cultivé par les indigènes en Guinée fran- 
çaise, dans le Haut-Niger, le Bas-Dahomey. A été introduit par 
les Portugais depuis plus d'un siècle. 

Antmu murirala L. — Corossolier. Originaire des Antilles, 
cultivé depuis longtemps par les indigènes dans la région des 
sources du Niger et dans le Bas-Dahomey. 

Mknispermacées. 

Cocculus Lessba DC. — Liane spontanée dans la zone sahé- 
lienne du Soudan, en Abyssinie. Angola, Arabie. Souvent 
plantée autour des cases au Sénégal, au Soudan et au 
Baguirmi. 

Chasmanthera dépendons Hochst. — Liane spontanée en 
Abyssinie, en Afrique centrale et en Afrique orientale. Cultivée 
comme plante médicinale par les peuplades du Haut-Dahome\, 
spécialement dans les monts Atacora. 

Crucifères. 

Sina/às juncea (L.) Coss. — Originaire de l'Asie. Cultivé par 
les Noirs pour ses feuilles mangées en guise de brèdes dans la 
région du Haut-Niger (Cercles de Kouroussa, Kankan et 
Faranah). 

Brassica oleracea L., DC. — Originaire d'Europe. Nous con- 
naissons un Chou à feuilles vertes pinnatifides de petite taille, 
ne pommant jamais, bas sur tige, en deux régions de l'Afrique 
tropicale éloignées de la Côte : 1° chez les Dyolas de la haute 
Côte-d'Ivoire à la limite de la forêt (Chou yapouba) ; 2° chez les 
populations de l'Afrique centrale à l'intérieur du bassin du 
Congo (Chou sango). Dans les deux cas, on mange les feuilles 
comme brèdes. 

Lepidium salivum L. — Cresson alénois. Serait originaire de 
Perse. Est cultivé dans les oasis sahariennes et au Ouadaï. Nous 
avons aussi observé cette plante dans le Haut-Chari, où elle 
était cultivée dans le jardin du Sultan Senoussi. 



68 bulletin de la société nationale d'acclimatation 

Capparidées. 

Gynandropsis pentaphylla DC. - - Plante annuelle répandue 
dans tous les pays tropicaux. Cultivée chez beaucoup de peu- 
plades de l'Afrique tropicale comme légume. Se naturalise 
facilement autour des habitations et dans les terrains cultivés, 
mais ne paraît pas spontanée dans l'Ouest africain. Présente 
plusieurs variétés. 

Bixacées. 

Bixa Orellana L. — Rocou. Plante tinctoriale originaire de 
l'Amérique tropicale, introduite depuis plusieurs siècles par les 
Portugais en Afrique tropicale. Les indigènes font rarement 
usage de la teinture, mais ils font souvent des haies vives avec 
cette espèce : Casamance, Basse Côte d'Ivoire, Bas- Dahomey. 

Oncpb'a spinosa L. - - Spontané en Afrique tropicale. Parfois 
planté dans les villages de la zone soudanaise pour ses fleurs 
ornementales et pour les fruits servant à faire des tabatières. 

POLYGALÉES. 

Polygala butyracea Heckel. — Signalé comme cultivé parles 
indigènes en Guinée française pour ses graines oléagineuses. 
Nous n'avons jamais observé cette plante, ni à l'état sauvage, ni 
à l'état cultivé. 

PORTULACÉES. 

Portulaca oleracea L. — Ne paraît pas spontané en Afrique 
tropicale, mais il est abondamment naturalisé dans les cours 
des villages et dans les champs cultivés environnants. Aujour- 
d'hui, les indigènes font rarement usage de cette plante. 

Talinum crassifolium (Jacq. Willd. — Vraisemblablement 
originaire d'Amérique. Couramment employée dans la cuisine 
indigène au Dahomey et à Lagos. On en vend toute l'année des 
provisions importantes sur les marchés de ces pays. La plante 
est abondamment naturalisée dans les terrains cultivés avoi- 
siuanl la côte, depuis la Guinée française jusqu'au Congo. 
Elle pénètre parfois fort loin dans l'intérieur. Elle pullule dans • 
tout le Bas et le Moyen Dahomey, jusqu'à hauteur de Kouandé. 
Cultivé dans la forêt congolaise, jusque dans le llaut-Ou- 
bangui. 






PLANTES CULTIVEES EN AFRIQUE TROPICALE li'.i 

GUTTIFÈRES. 

Gàrnicia /\'<>/<i lleckel. — Arbre fournissant des graines uti- 
lisées comme adjuvant des noix de Kola. Originaire des forêts 
de l'Afrique tropicale. Planté autour des villages dans le lias 
Dahomey et dans la région de Lagos. 

Malvacées. 

Hibiscus AVelmoschus L. — Ambrette. Originaire d'Amérique. 
Plante cultivée par les indigènes d'Afrique tropicale pour ses 
graines odorantes à l'aide desquelles ils fabriquent des colliers. 
Les jeunes pousses sont aussi parfois employées dans la cuisine. 
Il en existe plusieurs variétés en Afrique occidentale. 

Hibiscus cannabînus L. — l)a. Plante textile spontanée en Afri- 
que tropicale et dans l'Inde. En dehors de la forme spontanée, 
les indigènes cultivent dans la vallée du Niger plusieurs va- 
riétés améliorées. 

Hibiscus esculenius L. — Gombo. Plante spontanée d'après 
Schweinfurth en Abyssinie et cultivée dans toute l'Afrique tro- 
picale pour ses fruits et parfois pour ses feuilles comestibles. 
Les fruits sont utilisés frais ou desséchés. On cultive en Afrique 
occidentale un très grand nombre de variétés. 

Hibiscus Sabdariffa L. — Oseille de Guinée. Origine incon- 
nue. Plante cultivée dans de nombreuses régions de l'Afrique 
occidentale, centrale et équatoriale. On utilise ses feuilles, ses 
inflorescences séchées ou fraîches, et dans quelques pays les 
graines, à l'aide desquelles on confectionne une sorte de fro- 
mage. 

On la cultive encore dans quelques villages pour les feuilles 
qu'on mange en guise de brèdes. 

Adansonia digitata L. — Baobab. Spontané dans les ré- 
gions sèches du littoral de l'Afrique tropicale. Planté et souvent 
acclimaté autour des villages dans les régions situées en 
dehors de la forêt vierge. Manque complètement dans le bas- 
sin du Chari. Les indigènes utilisent les jeunes feuilles comme 
brèdes. La pulpe entourant le graines (pain de singe) sert à 
faire des sortes de sorbets, des pâtisseries et se mange à l'état 
naturel. L'amande grillée est comestible. 

Ceiba pentandrum (L.) Gaertn. — Fromager. On désigne sous 



70 BULLETIN DE LA SOCIÉTÉ NATIONALE D'ACCLIMATATION 

ce nom collectif des arbres répandus en Indo-Malaisie, en 
Afrique tropicale et en Amérique tropicale. Au Soudan et au 
Dahomey on observe fréquemment des arbres de celte essence 
plantés dans les villages qu'ils ombragent. Les uns appar- 
tiennent à l'espèce spontanée dans la forêt de la Côte d'Ivoire: 
les autres ont probablement été introduits d'Amérique. 

Gossypium arboreum L. var. sanguinea (Hassk.) Walt. (1). — 
Quelques exemplaires çà et là dans les villages du Dahomey et 
de la Nigeria anglaise. La culture de cette plante est abandon- 
née presque partout par les Noirs d'Afrique. 

Gossypium arboreum L. var. rosea (Tod. Watt. — Signalé 
par Walt au Sennaar. Nous avons vu cette plante cultivée 
encore sur une large échelle dans le Haut et le Moyen-Chari. 

Gossypium Nanking Moyen var. soudanensis Watt. — D'après 
Watt, cette race fréquente en Asie tropicale serait cultivée dans 
le Bahr-el-Ghazal (Moyen Nil . Nous ne l'avons jamais observée 
au cours de nos voyages dans l'Ouest et le Centre africain. 

Gossypium obtusifolium Roxb. var. africana Watt. — Se 
rencontre aux abords des villages en certains points du Sou- 
dan nigérien, notamment au Gourma ; çà et là au Dahomey et 
dans le Moyen-Chari. C'est une espèce qui a dû être cultivée 
autrefois pour ses fibres et qui n'est plus conservée en beau- 
coup d'endroits que comme plante fétiche. 

Gossypium punctatum Schum. et Thonn. var. nigeria Watt. 
— Cultivé sur une très large échelle dans la plupart des régions 
sèches de l'Afrique tropicale. C'est exclusivement celte plante 
qui fournit le coton du Sénégal, du Soudan français, de la 
llaule Côte d'Ivoire, de la Nigeria du Nord et du Haut-Lagos, 
du territoire du Tchad. Cette race a probablement été apportée 
d'Amérique à une époque reculer. 

Gossypium punctatum Schum. et Thonn. var. religiosa (L.) A. 
Chev. — Ne diffère du type précédent que parsessoies rousses- 
ferrugineuses. Quelques rares pieds s'observent dans les plan- 
tations du Sénégal, du Soudan français, du Haut-Oubangui, du 
Chari. L'espèce esl assez largement cultivée par certains vil- 
lages du Baoulé (Côte d'Ivoire , qui utilisent les soies avec leur 
coloration naturelle sans les teindre. 

Gossypium microcarpon Todaro. Kemarquable par ses graines 

(1) Nous avons été guidé dans l'étude des Cotonniers par la belle 
monographie de sir G. Watt, The Wild and cullîvated Cotton Plants of 

the World. 1909. 



PLAKTIS CULTIVEES EN AFRIQUE TROPICALE 71 

couvertes d'un faible duvet roux, partiellement agglomérées. 
Walt cite la présence de cette race dans l'Afrique occidentale, 
au Nyassaland, et dans l'Angola. Nous l'avons observée en 
quelques points de la Côte d'Ivoire. 

Gossypium peruvianùm Cav. ■ C'est la l'orme la plus répan- 
due dans le Bas et le Moyen -Dahomey, où elle fournit toul le 
coton exporté par cette colonie. Nous l'avons observée aussi à 
la Cote d'Ivoire et au Congo (Haut-Oubangui). 

Gossy/num mexicanum Tod. —Cette espèce qui a les feuilles 
de même forme que le G. punctatum, mais presque glabres, 
des fruits à A ou 5 valves, des graines libres avec un duvet gris, 
se rapproche de l'espèce précédente par les pétales présentant 
un onglet rose: est signalée par Watt dans l'Angola, au Bahr-el- 
Ghazal, et dans la Nigeria. Nous l'avons observée à la Basse 
Côte d'Ivoire. 

Gossypium purpurascens Poir. — Coton de Bourbon. Signalé 
par Watt en Nubie, au Kordofan, au Bahr-el-Ghazal et au Zam- 
bèze. Nous n'avons jamais observé cette race dans les terri- 
toires que nous avons parcourus. 

Gossypium vi/ifolium Lamk. — Walt signale ce Colon au 
Sénégal, à la Gold-Coast et aux sources du Nil. Nous avons 
observé cette race à la Côte d'Ivoire, dans les villages de la 
forêt, ainsi que dans le Haut-Oubangui. 

Gossypium barbadense L. — Est indiqué par Watt dans la 
Nigeria du Sud. Nous avons vu cette espèce sur les bords du 
Moyen-Niger en 1899, provenant de semences distribuées aux 
indigènes par l'Administration. Cette espèce avait disparu des 
cultures indigènes en 1910. 

Gossypium brasiliense Macf. — Espèce signalée par Watt 
en Afrique orientale, au Nyassaland, dans l'Angola, dans la 
.Nigeria anglaise et à Fernando-Pô. Nous avons constaté nous- 
même sa présence à la Côte d'Ivoire et à la Gold-Coast. Cette 
plante est remarquable par ses feuilles profondément décou- 
pées, à lobes très acuminés et par ses graines noires, soudées 
entre elles. 

Stercultacées. 

Cola nitida (Vent.) A. Chev. — Kolalier. Originaire de la 
forêt de Libéria et de la Côte d'Ivoire. Cultivé aujourd'hui sur 
des territoires étendus dans l'Ouest africain (cf. Végét. Ut. VI, 
1911). 



72 BULLETIN DE LA SOCIÉTÉ NATIONALE D'ACCLIMATATION 

Cola acuminata (P. Beauv.) Scholtet Endl. — Spontané dans 
les forêts de la Nigeria du Sud et du Congo. Cultivé dans les 
mêmes régions ainsi qu'au Togo, au Dahomey, au Lagos, etc.. 

C. Ballayi M. Cornu. — Spontané dans la forêt congolaise 
et au Cameroun ; parfois planté dans les villages de ces 
régions. 

C. verticillala (Schum, et Thonn.) Stapf. — Spontané à la 
(iold-Coast, au Dahomey, au Cameroun et an Congo (Baudon). 
Parfois planté dans un mélange avec les espèces précédentes. 

C. cordifolia (Cav.) Schott et Endl. — Commun dans les 
régions forestières de l'Afrique tropicale occidentale. Parfois 
planté dans les villages soudanais comme arbre d'ombrage. 
La pulpe entourant les graines est en outre comestible. 

TlLIACÉES. 

Corchorus olitorius L. — Originaire probablement de l'Inde, 
mais fréquemment cultivé ou naturalisé en Afrique tropicale. 
On consomme la feuille comme légume, mais en dehors de 
l'Inde, on n'utilise pas les fibres comme textile. 

Corchorus lobatus De Wildem. — Jute. Cultivé comme brède 
au Congo belge, dans diverses régions de la Côte d'Ivoire et au 
Mossi (Haute-Volta). 

Glyphsèa grewioides Hook. f. — Spontané dans les forêts 
vierges de l'Afrique tropicale. Fréquemment planté dans les 
villages de la Côte d'Ivoire (pour faire des clôtures ou comme 
féliche au milieu des villages). 

Linées. 

Linum usitatissimum L. — A'ous n'avons pas rencontré le Lin 
en Afrique tropicale, mais d'après des renseignements indi- 
gènes on le cultiverait pour ses graines dans le Sokoto et dans 
tout le pays Haoussa. Quoi qu'il en soit, les graines de Lin 
sont apportées par les caravaniers à Tombouctou. dans le 
Mossi et jusque dans le Haut-Dahomey. 

(iKHANIACÉES. 

Oxalis corniculala L. — Plante aujourd'hui répandue 
autour des villages dans certaines parties de l'Afrique -tropi- 



PLANTES Cl I.TIVKi s EN AFRIQUE TROPICALE 73 

cale, où elle a vraisemblablement été cultivée autrefois comme 
espèce potagère. (Haute-Guinée française, Côte d'Ivoire, Hauï 
Oubangui et Haut-Chari). 

Rutacées. 

Citrus Aurantium L. var. dulcis L. — Oranger. Répandu 
aujourd'hui chez les indigènes spécialement dans les régions 
forestières. Très abondant au Fouta-Djalon où il a été intro- 
duit par les Portugais au xvn e ou au xvm e siècle. 

Citrus Aurantium L. var. amara L. — Bigaradier. Commun 
autour des villages dans la forêt de la Côte d'Ivoire. Les indi- 
gènes disent que la plante vit à l'état sauvage au milieu de la 
forêt. Quelques exemplaires dans les villages du Bas- 
Dahomey. 

Citrus medicnh. var. Limonum Ilook. — Citronnier. Forme 
à petits fruits très répandue chez la plupart des peuplades des 
régions forestières. Ne s'observe au Soudan que dans cer- 
taines provinces. S'est naturalisé à travers la brousse du Fouta- 
Djalon. 

Citrus nobilis Lour. — Mandarinier. Rare en Afrique 
tropicale même dans les jardins européens. Quelques indigènes 
de Dakar et Saint-Louis en cultivent quelques exemplaires. 

Balsamo citrus paniculata (Schum. et Thonn.) Swingle (Li- 
monia Warneckei Engler). — Planté au milieu des villages 
comme arbre d'ombrage dans le Haut-Dahomey (Djougou, 
Kouandé, etc.). Nous n'avons pas vu l'arbre spontané. D'après 
M. Vuillet, un autre Balsamocitrus, nommé Sama Bara, serait 
planté par les indigènes autour des villages du sud du Soudan 
français (cercles du Bougouni et de Bobo-Dioulasso). 

SlMARUBÉES. 

Irvingia gabonensis (Aubry-Lecomte) Bn. — Spontané dans 
la forêt vierge africaine. Cultivé pour ses fruits dans tout le 
Bas-Dahomey. Présente plusieurs variétés. 

Balanites tegyptiaca Delile. — Abondant à l'état spontané 
dans la zone septentrionale du Soudan. Planté dans quelques 
villages du sud où la plante n'est pas spontanée (Bobo-Diou- 
lasso, Haut-Dahomey). 



BULLETIN DE LA SOCIETE NATIONALE U ACCLIMATATION 



BCRSÉRACÉES. 

Cpmmipkora africana (Rich). Engler. — Spontané dans les 
régions désertiques du Soudan. Planté par les indigènes 
autour des habitations dans le Moyen-Dahomey. On l'y multi- 
plie généralement par boutures. 

Pachyloèus edulis G. Don. — Xsafou. N'a pas été observé à 
notre connaissance à l'état spontané. Mais se rencontre commu- 
nément au Congo planté autour des villages pour ses fruits, qui 
se von de nt sur les marchés et sont très recherchés, même par 
les Européens. 

Canarium Schweinfurthii Engler. — Spontané dans la 
forêt congolaise et dans les galeries forestières jusque dans le 
Haut-Chari. Nous avons vu quelques exemplaires de cette 
espèce plantés dans les villages Saras (Moyen-Chari), loin de 
la zone naturelle où vit cet arbre. 

Canarium occidental' A. Chev. — Spontané dans la forêt 
de la Côte d'Ivoire. Cultivé d'après Vuillet dans la région de 
Bobo-Dioulasso (Haute -Volta), où il est connu sous le nom de 
Cien (1). 

MÉLIACÉES. 

Me lia Azedarach L. — Lilas du Japon. Originaire de l'Asie 
tropicale. Introduit depuis plus d'un siècle en Afrique tro- 
picale. Employé pour faire des clôtures ou comme arbre 
d'avenues. 

Khaya senegalensis \. Juss. — Caïl-cédrat. Spontané dans la 
zone soudanaise, mais souvent planté à l'entrée des villages ou 
sur les places à cause de son ombrage épais. 

RUAMNÉES. 

Zizyphus Jujuba Lamk. — jujubier. Une race Z. ortha- 
cantha DC. est spontanée et abondante dans la région souda- 
naise. Parfois plus au sud on en rencontre quelques exem- 
plaires plantés autour des villages, mais ils n'ont pas été 
améliorés. 

(1) A. Guillaumin, in II. Lecomte, Not. Sysi., II. p. 



PLANTES CULTIVÉES EN AFRIQUE TROPICALE '•> 

A.MPÉLIDÉES. 

Cissus quadrangularis (L.), — Spontané dans la partie nord 
du Soudan. Parfois planté à la Côte d'Ivoire, au Dahomey, etc., 
comme plante fétiche ou comme plante médicinale 

Sapindacées. 

Blighia sapida Kœnig. — Finzan. Arbre commun à l'état 
.spontané dans les forêts de la Côte d'Ivoire et du Congo, mais 
répandu à l'état cultivé bien en dehors de la zone naturelle 
d'habitat. C'est un des rares arbres africains que le noir 
cultive réellement sur une certaine échelle en divers pays. 
Des BiigJva plantés, particulièrement beaux, existent dans 
presque toute la colonie du Dahomey, autour des villages. Les 
Dahoméens en connaissent même plusieurs variétés. L'arbre 
est aussi cullivé dans le Baoulé et dans la Haute Côte d'Ivoire 
dans les cercles de Bobo-Dioulasso, de Sikasso, Kankan , du Kissi. 

ÂNACARMAC.ÉES. 

Mangifi'ra uidica L. — Introduit depuis longtemps en 
Afrique et répandu chez les indigènes des régions côtières. En 
Guinée française, cet arbre, avant l'arrivée des Européens, avait 
déjà pénélré au Fouta-Djalon et dans la région du Haut-Niger. 
Sa pénétration dans les villages de la Côte d'Ivoire est toute 
récente. Dans le Bas et le Moyen-Dahomey, le Manguier est 
communément planté par les noirs. 

Anacardium occidentale h. — Pommier-acajou. Originaire de 
l'Amérique tropicale et cultivé aujourd'hui dans tous les pays 
chauds, c'est un des arbres fruitiers les plus fréquents plantés 
par les noirs de l'Afrique occidentale. On le rencontre jusque 
dans le Haut-lNiger (cercles de Kouroussa et de Kankan). Le 
fruit se vend sur tous les marchés du Dahomey. 

Spondias Lutea L. — Monbin. On le dit originaire de 
l'Amérique tropicale, mais il a aussi en Afrique tropicale les 
apparences d'une plante spontanée et se rencontre dans la 
brousse et dans les forêts jusqu'au cœur du continent. Cepen- 
dant il est parfois planté à proximité des villages, spécialement 
au Soudan. 

Sclerocarya Birrea Hochst. — Spontané dans la zone sud 



76 BULLETIN DE LA SOCIÉTÉ NATIONALE D 'ACCLIMATATION 

du Soudan. Parfois quelques exemplaires sont plantés dans 
les villages de cette zone. On en rencontre dans ces condi- 
tions dans la ville de Tombouctou. 

LÉG ['MINEUSES. 

Medicago saliva L. -- Luzerne. Originaire de l'Asie tempérer 
occidentale, la Luzerne est cultivée dans les oasis sahariennes. 
Elle est encore fréquente dans les oasis de Bilma et du Borkou. 

Indigofera Anil L. — Indigotier. Originaire de l'Amérique 
tropicale. Cultivé en quelques points de la Sénégambie. Sub- 
spontané le long du littoral de Sierra-Leone et de la Côte d'Ivoire. 

Indigofera ùncloria L. — D'origine asiatique; très abon- 
damment cultivé dans toute la zone soudanaise, depuis la 
Sénégambie jusqu'au Nil. Descend jusqu'au voisinage de la 
forêt vierge (Haute-Cote d'Ivoire, Baoulé, Bas-Dabomey). Les 
peuplades forestières ne connaissent ni l'usage, ni la culture 
de l'indigo. Au Soudan, on cultive de nombreuses variétés. 

Tephrosia Vogelil Hook. f. — Plante cultivée en grand par les 
pêcbeurs, à proximité des grandes rivières, pour narcotiser le 
poisson, spécialement dans la zone forestière (Basse-Guinée 
française, Côte d'Ivoire, Dahomey, Gabon, Moyen-Congo, 
Haut-ôubangui etHaut-Chari). Origine inconnue, mais l'espèce 
est proche parente du T. toxicaria de l'Amérique tropicale, 
cultivé pour les mêmes usages dans les Antilles. 

Mundulea suberosa Benth. — Originaire des Indes orientales. 
Cultivé en grand pour les mêmes raisons que l'espèce précé- 
dente, mais spécialement dans la zone des savanes : Soudan 
nigérien, Haute-Côte d'Ivoire et Haut-Dahomey, territoire du 
Chari-Tchad. 

Sesbania punclata DC. — Spontané en Afrique tropicale au 
bord des eaux. Celte espèce est parfois ensemencée autour des 
villages de la Haute-Guinée française, ses graines étant utilisées 
comme celles des Parkia pour fabriquer une sorte de fromage. 

Avachis hypogea L. — Originaire probablement du Brésil. 
Cultivé aujourd'hui chez presque toutes les peuplades de 
l'Afrique tropicale 

Desmodium triflorum DC. — Spontané en Afrique tropicale 
occidentale. Depuis quelques années cette plante est cultivée à 
Conakry et sert à faire des bordures de squares et des gazons. 

Clitoriii Ternatea L. —Spontané en Afrique tropicale, parfois 



PLANTES CULTIVEES EN AFRIQUE TROPICALE 77 

cultivécomme planteornementale, mai s jamais par les indigènes. 
Erythrina senegalensis DG. — Spontané dans la brousse 
de l'Afrique tropicale. En raison de la facilité avec laquelle la 
plante se bouture, les indigènes enfoncent fréquemment dans 
le sol des brandies de cetle essence qui émettent des repousses 
et forment des clôtures. 

Dioclea reflexa llook. f. — Plante probablement d'origine 
américaine. En (ruinée française et dans la forêt de la Côte 
d'Ivoire, on la rencontre fréquemment autour des villages avec 
les apparences d'une plante naturalisée. Cependant elle n'est 
pas cultivée et n'est pas utilisée par les indigènes. 

Canavalia ensiformis DC. — Origine inconnue. Quelques 
exemplaires de cette plante sont souvent ensemencés autour 
des cases indigènes, au Sénégal, au Soudan français, en 
(iuinée française, à la Côte d'Ivoire, au Dahomey. 

Phaseo/us lunatus L. — Origine inconnue. Plante aujourd'hui 
cultivée par les indigènes dans un grand nombre de régions : 
Casamance, Bas?e-Guinée française, Kissi, Haute-Côte d'Ivoire, 
Gabon, Haut-Oubangui. 

Phfiseolus lunatus L. var microspérma auct. germ. — Cultivé 
ou naturalisé autour des cases en Guinée française. Nom- 
breuses variétés : il en existe dont les graines ne sont pas 
comestibles. 

Phaseolus Mungo L. - - Origine asiatique. Cultivé en petite 
quantité dans le Haut-Nil, dans le Haut-Oubangui et dans le 
Maut-Chari. 

Vigna Catjang L. (= V. sinensis Endl.). — Dolique de Chine. 
( »iigine asiatique. Répandu dans une grande partie de l'Afrique 
tropicale, où il est cultivé par les indigènes exclusivement pour 
ses graines comestibles. Il en existe un grand nombre de variétés, 
les unes rampantes ou naines, spéciales aux pays de savanes, 
et d'autres grimpantes et s'élevant très haut, cultivées surtout 
par les peuplades de la forêt. Enfin, une autre variété à graines 
noires, très petites, non . comestibles, est cultivée pour les 
libres que l'on retire des pédoncules floraux. 

Voandzeia subterranea Thouars. — Origine inconnue. Plante 
aujourd'hui cultivée chez presque toutes les peuplades de 
l'Afrique tropicale, surtout dans les pays de savanes. 

Kerstingella (/eocarpa Harms (= Voandzeia Poissoni A. Chev.). 
- Origine inconnue. Cultivé au Togo, au Dahomey, dans la 
Nigeria du Nord et au Soudan français. 



78 BULLETIN ]>E LA SOCIÉTÉ NATIONALE d' ACCLIMATATION 

Pachyrhizus angulatus Bich. — Originaire des Philippines. 
La plante possède des tubercules comestibles qui la font culti- 
ver dans beaucoup de pays tropicaux. Leprieur et Ferrottet 
l'avaient signalée à Bakel (Sénégal), mais nous ne l'y avons 
pas revue et nous ne la connaissons pas en Afrique, ni à l'état 
spontané, ni à l'état cultivé (chez les indigènes), lille a été in- 
troduite dans quelques jardins d'essais de l'Afrique occidentale. 

Psophocarpus longepedunculatus Hassk. — Origine inconnue. 
Plante vivant aux abords de certains villages de l'Afrique tro- 
picale, avec les apparences d'une planle spontanée, mais n'est 
probablement que naturalisée. Elle est en effet fréquemment 
cultivée sous les tropiques. 

Do'ichos Lablab L. — Origine asiatique. Cultivé dans la 
Nigeria, dans le Haut-Congo, etc. Nous avons aussi observé la 
plante naturalisée autour de quelques villages de la Côte 
d'Ivoire, mais les indigènes ne connaissent plus l'usage de ses 
graines. 

Sphenostylis slenocarpa (Hochst.) Harms. — Vraisemblable- 
ment originaire d'Abyssinie. Plante cultivée pour ses tuber- 
cules alimentaires pouvant remplacer les Pommes de terre : 
Dahomey, Soudan français; dans le bassin de la Volta; çà et 
là dans le sud de la Côte d'Ivoire. 

Cajanus îndicus Spreng. — Originaire des Indes orientales. 
Cultivé sur une assez grande échelle en Guinée française, au 
Dahomey, dans le Bas-Congo. 

Pterocarpus esculehlus Schum, elThonn. — Plante spontanée, 
abondante le long des cours d'eau en Afrique tropicale. Par- 
fois plantée pour ses fruits comestibles dans quelques villages 
du Bas-Dahomey. 

Lonchocarpus cyanescens Benth. — Plante spontanée dans 
les forêts et les galeries forestières de l'Afrique tropicale. Les 
indigènes en font des plantations dans la région d'Abomey 
(Dahomey), pour les feuilles, à l'aide desquelles ils préparent 
un indigo. 

Baphia nitida Aizel. — Plante spontanée dans les forêts de 
l'Afrique occidentale. Quelques exemplaires sont parfois plan- 
tés au milieu des villages à la Côte d'Ivoire elau Bas-Dahomey. 
Le bois coupé el abandonné longtemps à la surlace du sol, 
acquiert des propriétés tinctoriales comparables à celles du 
bois de Campèche et les indigènes s'en servent pour divers 
usages. 



PLANTES CULTIVÉES EN AFRIQ1 E TROPICALE 79 

Csesalpinia Honducella Roxb. — Originaire des zones cô- 
lières tropicales des deux mondes. Naturalisé aujourd'hui 
autour des villages dans l'intérieur, spécialement à la Côte 
d'Ivoire et au Dahomey. La plante a été probablement répandue 
par les indigènes à cause de ses graines en forme de billes, 
servanl à jouer. 

Csesalpinia pulcherrima S\v. — Origine asiatique. Piaule 
introduite par les Européens en Afrique et répandue depuis 
une quinzaine d'années seulement. Les indigènes du Bas- 
Dahomey commencent à l'employer pour en faire des clôtures. 

Poinciania regia Boj. — Flamboyant. Originaire de Madagas- 
car. A été planté dans les postes de l'intérieur en môme temps 
que s'effectuait la pénétration européenne. A la Côte d'Ivoire 
et au Dahomey, on commence à en voir des exemplaires dans 
quelques villages indigènes'. Cette plante, comme la précé- 
dente, n'a d'autre utilité que d'être ornementale. 

Pnrhinsonia aculeata L. — Originaire d'Amérique tropicale. 
Cette espèce, qui était déjà introduite au Sénégal en 1822, est 
fréquemment employée par les indigènes pour faire des haies 
vives. En 1903, nous en avons observé quelques exemplaires 
dans un village du Baguirmi, provenant vraisemblablement de 
graines transportées par les pèlerins musulmans, originaires 
de la Nigeria ou de la Sénégambie. 

Cassia Sophera L. — Originaire de l'Asie tropicale. Aujour- 
d'hui abondamment naturalisé dans le Bas-Dahomey et dans 
quelques villages de la Côte d'Ivoire. La plante est sans usages, 
de sorte qu'elle a probablement été introduite accidentellement. 

Cassia alata L. — Originaire de l'Amérique tropicale. 
Aujourd'hui naturalisée dans un grand nombre de villages 
de l'Afrique tropicale, surtout dans les régions forestières. Les 
indigènes lui attribuent des propriétés médicinales, et c'est 
sans doute la raison pour laquelle ils l'ont multipliée. 

Tamarindus indica L. — Arbre très certainement spontané 
dans la zone soudanaise et parfois abondant en pleine brousse. 
On en observe des exemplaires plantés dans les villages de 
cette zone et dans quelques villages de la zone située plus au Sud. 

Parkia biglobosa Benth. — Nété. Arbre spontané dans la zone 
soudanaise et dans la zone guinéenne. Dans les régions culti- 
vées du Soudan, cet arbre forme de véritables vergers autour 
des villages. 

(A suivre. 



EXTRAITS 
DES PROCÈS-VERBAUX DES SÉANCES DES SECTIONS 



I' e SECTION. — MAMMIFÈRES 

SÉANCE DU 4 DÉCEMBRE 1911 

Présidence de M. Trouessart, Président. 

Le procès-verbal de la séance précédente est lu et adopté. 

M lle Àlglave fait part à la Société de quelques modifications 
survenues dans son élevage. Elle a reçu un jeune Dromadaire 
hlanc provenant de File de Djerba (Tunisie) ; par contre, elle a 
perdu d'un seul coup cinq magnifiques Daims blancs, empoi- 
sonnés par des drèches de brasserie fermentées. 

M. dTIébrardde Saint-Sulpice annonce la naissance de deux 
jeunes Kangourous et adresse à la Société la tête d'un Kangourou 
adulte mort, semble-t-il, d'actinomycose. Celte tête a été remise 
à M. Anthony, préparateur au Muséum, qui a bien voulu se 
charger des recherches concernant les lésion» actinomyco- 
siques. 

MM. Caucurte et Brumpt font part de leurs essais de traite- 
ment préventif de lastrongylosedes Ruminants. Ils ont constaté 
(pie les prairies, même abandonnées à elles-mêmes pendant 
une année sèche, restent cependant infectieuses. Il est certain 
que la vitalité des œufs dépasse neuf à dix mois. On a essayé 
de donner comme boisson journalière aux animaux exposés 
aux causes de contamination, une solution de gaz de houille, 
ou encore de sulfate de fer ou de sulfate de cuivre à I p. 100. 
Les animaux ont pu en l'aire usage pendant dix mois sans être 
incommodés. Malheureusement, la plupart des médicaments 
préventifs qui ont été préconisés sont inefficaces. 

Au point de vue prophylactique, le régime sec est évidemmenl 
efficace : mais il faut reconnaître qu'au point de vue delà valeur 
alimentaire il esl sensiblement inférieur au régime vert. 

Enfin, la stérilisation spontanée des prairies contaminées 



EXTRAITS mis PROCÈS-VERBAUX DES SÉANCES DES SECTIONS SI 

semble exiger un laps de temps assez long, sûrement supérieur 
à une année. 

M. Garreta a trouvé des Lapins, vivant à l'état sauvage, dans 
les îles Désertas el Salvage ; il présente le crâne de l'un d'eux. 
Ces animaux, de fort petite taille, semblent différer très nette- 
ment du Lapin vulgaire d'Europe. A ce sujet, M. Garreta 
rappelle L'histoire bien connue du Lapin de Porto-Santo. 

Le bureau sortant est réélu à l'unanimité. 

Président, M. Trouessarl ; 
Vice-président, M. Wuirion; 

Délégué aux récompenses, M. Debreuil; 
Secrétaire, M. Kollmann. 

Le Secrétaire, 
Kollmann. 



II e SECTION. • - ORNITHOLOGIE — AVICULTURE 

SÉANCE DU 4 DÉCEMBRE 191 l 

Présidence de M. Hagaud «l* Vubusson, Président. 

Le procès-verbal de la dernière séance est lu et adopté. 

A propos de la communication de M. le professeur Moussu, 
M. Chappellier rappelle des expériences consignées dans le 
numéro du 21 novembre 1911 des Mémoires de C Académie des 
Sciences et portant sur la détermination des caractères sexuels 
chez les Gallinacés. 

La lettre de M. Germain sur un vol de Grues dans la Dor 
dogne donne au secrétaire de la Section l'occasion de signaler 
un autre passage très considérable, qui s'est effectué, le 20 no- 
vembre, à Versailles, vers 3 heures de l'après-midi. 

M. Germain ayant aussi parlé d'Hirondelles de cheminée qui 
s'étaient attardées cette année en Périgord, M. Mailles l'ait 
observer qu'on signale toujours ce phénomène comme propre 
à ces Oiseaux; il l'a toujours, au contraire, constaté, aux envi- 
rons de Paris, sur l'Hirondelle de fenêtre. 

La présence de Cygnes à Ronfleur amène enfin M. Magaud 
d'Aubusson à rappeler que, parmi ceux qu'on voit ainsi sur nos 

BULL. SOC. NAT. ACCL. KR. 1912. — 6 



82 BULLETIN DE LA SOCIÉTÉ NATIONALE D'ACCLIMATATION 

côtes, il en est qui peuvent parfaitement appartenir à l'espèce 
du Cygnus olor, souche de la race domestique, mais qui vit à 
l'état sauvage et est de passage en France, mais plus rarement 
que le Cygnus férus. 

M. Debreuil donne lecture d'une lettre fort intéressante de 
M. Plocq, de La Roche-sur- Yon, qui a été assez heureux pour 
capturer un Tichodrome échelette vivant et sans blessure. 
Depuis quinze jours qu'il le possède, il se porte à merveille. 
Son propriétaire lui a fait une grande cage garnie de papier 
sablé sur lequel il grimpe toute la journée, et il le nourrit 
d'Insectes, car jusqu'ici il a été impossible de lui faire accepter 
de la viande crue. Rappelons en passant que notre collègue, 
M. Paris, clans son Catalogue des Oiseaux observés en France, 
indique le Tichodroma muraria, comme rare ailleurs que dans 
les régions montagneuses; Degland lui donne pour habitat 
ordinaire les montagnes élevées et dit aussi qu'il est de passage 
périodique en Anjou. 

En juillet dernier, M. Plocq avait pris à Montmorillon une 
femelle de Guêpier sur ses œufs; malheureusement, il a dû la 
tuer au bout d'un mois, les Insectes manquant, et elle est au 
Muséum de Nantes. 

Le même correspondant a obtenu un Hybride provenant 
d'une femelle d'Etourneau vulgaire et d'un Martin des Pagodes. 
Après la mue, cet Oiseau ressemble à la mère, sans les mou- 
chetures; il a du père, outre les allures, le coloris de la tête, du 
dessous des ailes et de la queue. 

Enfin M. Plocq a perdu, grâce à la férocité d'un Chat, une 
Hirondelle qui, lâchée à au moins \ kilomètres du domicile de 
son maître, était à la maison avant lui, bien qu'il revint à 
bicyclette. 

Du Cher, M. Vitalis de Salvaza donne des nouvelles de ses 
élevages. Les œufs de ses Perruches n'ont pas été fécondés, 
peut-être à cause de la grande chaleur, mais il attend de nou- 
velles espèces venant d'Océanie. 

M. Vitalis raconte ensuite une expérience faite sur une Fai- 
sane commune, qui, mise avec un coq Perdrix grise, a pondu 
treize œufs ; un seul était fécondé et a donné un produit ; il a la 
grosseur du Perdreau, sa queue est courte comme celle de la 
l'erdrix et sa démarche rappelle celle du père; par contre, il 
lient de la mère par la couleur, la tête et les pattes. 



EXTRAITS DBS PROCÈS-VERBAUX DES SÉANCES DES SECTIONS H'.i 

M. Vitalis, qui a acheté des Cygnes noirs, désirerait savoir 

com ni on dislingue les sexes chez cet animal. Il dit avoir 

remarqué chez les Cygnes blancs que la queue est toujours 
pointue chez la femelle, plus large cl, plus élagée chez le mâle. 

M d'Hébrard de Saint-Sulpice, a élevé cette année un 
Hybride fort remarquable, issu du croisement d'une Oie 
d'Egypte cl d'un Canard de Barbarie. Cet animal avait 
la poitrine rosée, la queue brun clair, les pattes rosées cl 
l'altitude de l'Oie d'Egypte; il avait le dessus du corps gris 
ardoisé comme le Canard de Barbarie. Malheureusement, cet 
Oiseau, qu'il eût été fort intéressant de conserver, n'avait pas 
été éjointé et il s'est envolé au moment de la migration des 
( liseaux, après avoir fait, durant tout l'été, l'ornement du parc 
de notre collègue. 

M. le professeur Trouessart donne lecture de deux notes 
envoyées d'Ekaterinburg par M. Solomirsky, veneur de la Cour 
impériale. 

La première a pour sujet le plumage de noce du Combattant 
ordinaire, Machetes pugnax. 

Dans l'Ordre des Echassiers de notre faune européenne, dit 
M. Solomirsky, on trouve, parmi les représentants de la sous- 
famille des Totaniens, une espèce dont les caractères princi- 
paux offrent un ensemble la distinguant sensiblement de 
toutes les autres; c'est le Combattant ordinaire, Machetes pu- 
gnax. Le qualitatif latin pugnax se traduit en langue russe par 
.celui de « petit Coq », et c'est bien en vertu du caractère belli- 
queux de cet Oiseau et de la diversité de son plumage qu'on 
le dit similaire du Coq domestique. 

Pour ce qui regarde le plumage du Combattant, il y a 
d'abord à signaler que, si les femelles de cette espèce sont 
toutes uniformément et, ajoutons-le, très modestement vêtues, 
leurs cavaliers se parent au contraire de plumages brillants, 
qui otfrent à l'œil de l'observateur une diversité infinie de 
variations. Il est même avéré qu'il est impossible de trouver 
au printemps deux mâles portant la même livrée. Cette diver- 
sité du plumage dans ce sexe se fait remarquer principalement 
dans les attributs spéciaux de la robe de noce, qui sont la col- 
lerette sur la nuque, surmontée d'oreillons, et le plastron 
recouvrant tout le devant, depuis le menton jusqu'au ventre. 
Ces deux parties, le plastron surtout, sont parées de plumes 



84 BULLETIN DE LA SOCIÉTÉ NATIONALE D 'ACCLIMATATION 

longues, à reflets, pour la plupart métalliques, et colorées de 
nuances différentes. Les attributs sus-mentionnés, qui carac- 
térisent essentiellement le plumage de noce, disparaissent 
totalement avec la mue d'automne. Il est rare que la collerette 
à oreillons et le plastron soient de la même couleur, et généra- 
lement cette dernière partie, attribut principal, pour ainsi 
dire, de la livrée d'amour, se distingue complètement du reste 
du plumage. 

M. Solomirsky ayant eu l'occasion d'observer, au Muséum 
d'Ekaterinburg, une assez grande quantité de ces Oiseaux, a 
trouvé qu'en faisant abstraction des simples nuances, la colo- 
ration du plastron n'offre qu'un nombre restreint de couleurs, 
blanc, noir, rouge, etc., et qu'on pourrait arriver à subdiviser 
l'espèce du Chevalier combattant en quatre types ayant pour 
caractéristique une de ces couleurs. L'auteur a voulu d'abord 
prolonger ses recherches au moyen de photographies des 
exemplaires qu'il avait sous la main. Il possède actuellement, 
tant en photographies qu'en notes recueilles, une collection 
comprenant 110 exemplaires, dont 31 proviennent du Muséum 
de Paris, 4 de celui de Mécon, 13 de celui de Saint-Péters- 
bourg, 32 de collections particulières et il du Muséum d'Eka- 
terinburg. 

En rectifiant les descriptions minutieuses faites de toutes 
cette quantité d'exemplaires, M. Solomirsky a constaté que la 
subdivision en types, ayant pour base la couleur foncière du 
plastron du Combattant, correspondait parfaitement au mode 
de coloration de l'Oiseau. On y trouve en conséquence quatre 
types distincts, savoir: i° à plastron blanc : 2° à plastron roux, 
jaunâtre ou rougeàtre ; 3° à plastron foncé ou noir, et 4° à plas- 
tron rayé parallèlement en demi-cercles. Les 110 Combattanis 
rangés selon la couleur du plastron, dans les quatre catégories, 
offrirent les chiffres suivants : 26 plastrons blancs. 26 rouges, 
26 noirs et 36 rayés en demi-cercles. 

La seconde note de M. Solomirsky annonce que le Muséum 
d'Ekaterinburg vient d'acquérir tout récemment deux exem- 
plaires d'une variété locale de la Starne grise, décrite en russi' 
sous le nom de Pet-dix barbota, à la page 528 du tome I îles 
Oiseaux de la iïussie, ouvrage publié en 1802. Cette variété est 
très voisine de la Starne grise, dont elle ne se dislingue que 
par des petites touffes déplumes décomposées et saillantes sur 



EXTRAITS DES PROCÈS-VERBAUX DES SÉANCES DKS SECTIONS 88 

la tête, dont Tune forme une espèce de barbe sur le menton et 
deux autres recouvrent les régions parotiques. 

Après ces deux communications, M. le professeur Trouessart 
place sous les yeux des membres de la Section d'Ornithologie 
un animal fort curieux, qui n'est autre qu'une Perruche 
ondulée bleue offerte au Muséum par M" ,e de la Guérinière, du 
Mans. Il est diflicile de donner une idée de l'effet que produit 
ce ravissant Oiseau, sur lequel M. Trouessart a exprimé son 
opinion. On sait qu'il existe déjà, chez la Perruche ondulée, 
une variété jaune, qui est un commencement de décoloration, 
une marche vers l'albinisme. Ici, nous n'avons plus devant 
nous de jaune, mais du bleu céleste, qui jamais ne donne une 
teinture par réaction chimique. Dans les paysages, la teinte 
bleuâtre est donnée par la lumière ; chez les blonds, l'œil bleu 
est un résultat du défaut de pigment. Chez l'Oiseau donné au 
Muséum, il y a très peu de pigment brun ; cependant, les 
moustaches sont restées violacées et les plumes de la queue 
ont peu varié. Si on pousse trop loin la sélection, on arrivera 
fatalement à l'albinisme. 

Le Secrétaire est chargé de demander des détails à M me de la 
lîuérinière sur la façon dont cette variété s'est produite. 

M. le Secrétaire général donne lecture d'un mémoire, adressé 
de Hongay (Tonkin), par notre collègue, M. E. Jardel, sur des 
« Essais d'engraissement forcé des Oiseaux de basse-cour au 
Tonkin ». Ce mémoire sera publié in extenso dans le Bulletin. 

La séance se termine par la lecture d'un travail de M. Ma- 
gaud d'Aubusson intitulé : « Excursions ornithologiques sur 
les côtes de Bretagne ». Il a été inséré dans les Bulletins de 
décembre 1911. 

Au terme du règlement, les membres de la Section procèdent 
à l'élection du Bureau pour 1912. 
Sont élus : 

MM. Magaud d'Aubusson, président. 
M en égaux, vice-président. 
Le comte d'Orfeuille, secrétaire. 
Wuirion, délégué à la Commission des récompenses. 

Le Secrétaire, 

Comte d'Orfeuille. 



8(î BULLETIN DE LA SOCIÉTÉ NATIONALE D'ACCLIMATATION 

III e SECTION. — AQUICULTURE 

SÉANCE ni J.'{ NOVEMBRE 1911 

Présidence de M. RaveVet-Wattel, président. 

Le procès-verbal de la dernière séance ayant, suivant l'usage, 
été approuvé par le Conseil, il n'y a pas lieu d'en donner 
lecture. 

Excusé : M. le D r Pellegrin. 

M. le Président dépose sur le bureau un numéro du journal 
Chasse et Pêche, de Bruxelles, renfermant un article du rédac- 
teur en chef de cette Revue, M. van der Snickt, sur l'élevage 
industriel de la Grenouille, en Belgique. Cet article, qui ne 
donne que quelques renseignements sommaires sur la question 
traitée, devait être bientôt suivi d'un autre plus détaillé. 
Malheureusement, nous avons le vif regret d'apprendre le décès 
de M. van der Snickt, enlevé par une courte maladie, à la fin 
d'octobre dernier. M. le Président rappelle que M. van der 
Snickt, qui, depuis de longues années, s'occupait de toutes 
sortes de questions d'élevage et, en particulier, de pisciculture, 
a plusieurs fois adressé à notre Société d'intéressantes commu- 
nications. D'une extrême obligeance, M. van der Snickl s'était 
acquis des sympathies nombreuses. Il emporte les regrets de 
tous ceux qui l'ont connu. 

M. le Président fait connaître que plusieurs de nos collègues 
ayant exprimé le désir de se procurer des alevins de Black- 
Bass à grande bouche, il a écrit à ce sujet à l'établissement de 
pisciculture Borghi, près Varano (Loin hardie).. Cet établisse- 
ment vient de répondre qu'il peut fournir des sujets de l'année 
à 15 francs le cent et des sujets de deux ans à 4 francs le kilo- 
gramme, ce qui l'ait ressortir le prix de 'ces Poissons à 40 cen- 
times environ, les Black-JBass de deux ans pesant, en général, 
une centaine de grammes. L'époque actuelle de l'année serait 
favorable au transport de ces Poissons. 

M. Debreuil dépose sur le bureau quelques noies qu'il a 
recueillies, de divers côtés, sur l'élevage de la Grenouille, tes 
notes sont remises à M. Raveret-Wattel, pour qu'il en soil 
donné un résumé dans la prochaine séance. 






EXTRAITS DES PROCÈS-VERBAUX DES SÉANCES ni:s SECTIONS S7 

Il est communiqué ensuite à la section : 

1° Deux lettres de M. le prince d'Arenberg, qui fait savoir 
qu'au mois d'avril il a mis des Black-Bass [Micropterus 
salmoides) dans un étang alimenté par des sources, mais vaseux, 
envahi par les roseaux, et où la température de l'eau s'est natu- 
rellement beaucoup élevée pendant les chaleurs si fortes de 
l'été dernier. Jusqu'à présent, ces Poissons semblent réussir 
dans celte pièce d'eau, déjà peuplée de Carpes, de Tanches et 
de Gar don 

2° Une lettre de M. L. Welter, rendant compte de démarches 
faites dans la République Argentine en vue de seconder le désir 
de notre Société d'introduire en France le Pesce Re>/. M. le 
D r Lahille, directeur du bureau de Biologie et de Pisciculture, 
à Buenos-Ayres, a bien voulu promettre de faire tous ses efforts 
pour nous expédier des œufs, le transport de sujets vivants de 
cette espèce paraissant impossible. 

M. Raveret-Wattel donne lecture d'une note sur l'élevage des 
Tortues comestibles au Japon. Les éléments de cette note, qui 
figurera au Bulletin, sont empruntés à un travail présenté au 
Congrès des arts et sciences de Saint-Louis (Louisiane), par 
M. Mitsukuri, professeur de zoologie à l'Université de Tokio. 

M. Lefebvre, qui s'est rendu acquéreur de la collection de 
Poissons exotiques de M. de Visser, donne des renseignements 
intéressants sur plusieurs des espèces figurant dans cette 
collection. Notte collègue veut bien promettre de tenir la Société 
au courant des observations qu'il lui sera donné de faire. 

M. Debreuil lit une lettre de M. le professeur Bugnion, rela- 
tive à l'apparition brusque d'.4 chatina fulica à Ceylan et à ses 
mœurs. M. Bugnion a joint à sa lettre une note de M. Green 
(The Zool. [1911], p. 31, lab. 2), qui fut chargé par le gouver- 
nement anglais d'étudier cette invasion et ses conséquences. 
M. Green recueillit jusqu'à deux cent vingt-sept de ces Mol- 
lusques sur un seul tronc de Cocotier, et évalue leur nombre à 
plusieurs millions. Les dégâts sont insignifiants, ces animaux 
se nourrissant d'excréments, ce qui les rend impropres à la 
consommation. 

M. Mailles présente ensuite deux œufs pondus en septembre 
par Glandina guitaia, la ponte totale est de trente à quarante 
œufs : 



SS BULLETIN DE LA SOCIÉTÉ NATIONALE D'ACCLIMATATION 

<( Grâce à M. l'abbé Foucher, dit-il, je possède deux Glandina 
guttata, dont la taille, lorsqu'ils sont entièrement sortis de leur 
coquille, est de 12 centimètres. 

« Ces deux Mollusques se sont attachés durant quarante-huit 
heures, les 15 et 10 juin 1911. Or, il est un fait curieux à 
remarquer, c'est que contrairement aux vulgaires Colimaçons 
qui, lors des amours, se trouvent attachés en sens contraire, 
c'est-à-dire que l'un regarde le nord et l'autre le sud, les Glan- 
dina se collent de telle façon que les deux tètes se trouvent à 
côté l'une de l'autre dans la même direction. 

« Mes Glandina ont enterré leurs œufs dans la terre ; ces 
œufs sont ovales et blanchâtres. 

« J'avais eu le soin, pour suivre plus facilement leurs mouve- 
ments, de les mettre dans une grande caisse en bois, recouverte 
d'une grande vitre, et percée de trous ; cette caisse était remplie 
de terre, mais dans une moitié on entretenait des jeunes salades 
pour servir de nourriture aux Colimaçons, victimes futures des 
Glandina. 

« On •& imprimé que les Glandina faisaient un ravage énorme 
parmi les Colimaçons: il ne faut pas exagérer, et rester dans la 
vérité. J'ai observé avec soin la quantité de nourriture absorbée, 
et loin de dévorer des Anodontes en une nuit, les Glandina que 
j'ai eues et qui pourtant étaient de tai41e raisonnable n'ont 
jamais absorbé plus de trois Escargots vulgaires par jour et 
par animal, leur moyenne était de doux par jour et par 
animal. 

« ils peuvent donc rendre grand service en France, si l'on 
peut les acclimater, car une destruction qui n'occasionne aucu n 
Irais aux agriculteurs, est déjà une découverte utile. » 

M. L'abbé Foucher présente à la section des Hirudinéeset des 
Planaires recueillies sur les ouïes de Poissons rouges (Carassius 
auratus). Ainsi parasités, ces Poissons mouraient en quantités. 

M. Raymond Le Fort fait connaître à ce sujet que, dans un 
de ses étangs, les Carpes étaient autrefois souvent attaquées 
par des Sangsues piscicoles. Depuis qu'il a introduit des Eupo- 
motis (/i/thnsus dans ces étangs, les Carpes sont débarrassées de 
leurs parasites par les Eupomotis, Lesquels, très friands de ces 
llirudinées, viennent les saisir sur le corps des Poissons. 

Le Secrétaire. 
DeI'AX. 



EXTRAITS DES l'UOCÈS- VERB \ l \ DES SÉANCES DES SECTIONS .S!» 

IV SECTION. — ENTOMOLOGIE 

SÉANCE DU 13 NOVEMBRE 1911 

Présidence de M. Clément, président. 

Le procès-verbal de la séance précédente est lu et approuvé. 

Le Président lit une lettre de notre secrétaire M.leD r Royer, 
qui, trop occupé, se trouve obligé de renoncera ses fonctions. 
La Société, regrettant vivement cette détermination, prie 
M. Royer, d'accepter ses remerciements pour les bons services 
qu'il lui a rendus pendant l'exercice de son mandat. 

M. Rivière nous adresse la note suivante : 

« Le Puceron du Prunier, Aphis Pruni, a été très abondant 
durant la première partie de l'été dans la région du Jura. Les 
déjections de ce Puceron ont enduit toutes les feuilles et les 
ramilles de l'arbre ainsi que tout ce qui se trouvait au-dessous : 
ce liquide tombait constamment en fines gouttelettes qui s'ag- 
gloméraient à l'état de véritables larmes. Les enveloppes blan- 
châtres des Pucerons étaient innombrables, agglutinées aux 
feuilles, aux branches, retenues dans les toiles d'Araignée, 
dans les eaux stagnantes, etc., on en avait dans la barbe et 
dans les cheveux. 

« Il était impossible de rester sous un Prunier envahi par ce 
Puceron; on ressentait constamment sur les mains, sur la 
figure, des fraîcheurs désagréables causées par de minuscules 
gouttelettes aux chutes incessantes. 

« Les plantes sous ces ombrages souffrent beaucoup de l'en- 
duit gommeux qui les recouvre et sur lequel s'appliquent des 
poussières qui font croûte, mais la fumagine ne s'y développe 
pas. 

« Ce Puceron ne séjourne pas seulement sur les végétaux, on 
le trouve sur les outils, les arrosoirs, car il paraît attiré vers le 
métal. 

« Evidemment, devant des invasions aussi intenses il n'y a 
aucun moyen de défense. Le Prunus insititia et ses diverses 
variétés étaient particulièrement atteints; néanmoins, ce para- 



90 BULLETIN DE LA SOCIÉTÉ NATIONALR D'ACCLIMATATION 

sitisme n'a pas nui à la fructification, qui a été abondante, mais 
en partie véreuse. » 

M. Clément présente un très beau nid de Vespa sylvestris, 
envoyé par M. Debreuil et recueilli sur un Marronnier; il fait 
remarquer que, dans leurs premiers états, les nids de V. sylves- 
tris présentent un tube vertical qui disparait plus tard pendant 
le développement du nid. 

Cet été, M. Clément a expérimenté les effets de la chaleur sur 
les Insectes : à 35 degrés, mal à leur aise, ils sont surexcités ;\ 
40 degrés et la plupart ne tardent pas à mourir. 

M. Debreuil remarque à ce propos que le Puceron lanigère a 
disparu cette année vers le milieu d'août, assez brusquement, 
probablement par suite des chaleurs. 

M. Mailles, à la Varenne Saint-IIilaire (Seine), rapporte qu'il 
a observé que cette année le Hanneton est en voie de dispari- 
tion dans sa région et que les dégâts sont insignifiants. 

Le Secrétaire adjoint, 
L. (tARRETA. 



BIBLIOGRAPHIE 



Vannée forestière (1910), par M. oj: Vilmorin. 

Quand le volume de M. L. Chancercl, inspecteur des eaux et 
forêts, ne devrait pas être suivi de nouvelles études analogues 
pour les années qui vont suivre, nous ne laisserions pas de le 
signaler comme un des plus intéressants que puisse lire, non 
seulement un forestier, mais un ami des arbres et des forêts; il 
aborde une grande variété de sujets, tous traités avec compé- 
tence, talent et clarté. 

Il est, par contre, extrêmement difficile à résumer, divisé 
qu'il est en dix-huit divisions ou chapitres, dont plusieurs 
comprennent jusqu'à dix ou douze études différentes, soit en 
tout environ soixante-dix sujets, souvent résumés en une expo- 
sition de deux à 3 pages. Quelques chapitres traitent plus 
spécialement de sujets généraux : ainsi les deux premiers qui 
sont intitulés : les forêts et le régime des eaux et comprennent 
cinq études connexes; le troisième, intitulé : action des forêts 
sur l'hygiène générale; le quatrième, la lutte contre les torrents; 
le sixième, influence des lois astronomiques sur le régime des 
eaux; le septième, les engrais chimiques en sylviculture; le 
onzième, mesures à prendre pour la conservation des forêts, etc. 

Mais encore, dans ces chapitres mêmes, beaucoup de cas 
spéciaux, régionaux, sont-ils envisagés, auprès des études 
générales, apportant à la lecture de chacun des chapitres une 
grande diversité. 

Le chapitre huit : questions de reboisement, contient douze 
études spéciales; le neuvième : végétaux exotiques, cinq études 
de quelques pages chacune; le quatorzième : végétaux fores- 
tiers d'Asie et d'Afrique, quatre courtes études. 

La rédaction d'un semblable recueil demande un remar- 
quable ensemble d'aptitudes et de connaissances. Celles-ci ne 
font pas défaut à M. Chancerel, et l'on ne rencontre pas souvent 
chez un seul homme des compétences aussi étendues et variées. 
Nous serons moins surpris de l'ensemble des connaissances 
réclamées par la rédaction d'une œuvre si variée, quand nous 
penserons que M. L. Chancerel est à la fois docteur en droit, 



!»2 BULLETIN DE LA SOCIÉTÉ NATIONALE D*ACCLIMATATION 

docteur en médecine, docteur es sciences, en même temps 
qu'inspecleur des eaux et forêts, attaché au Ministère de l'Ins- 
truction publique et des Beaux-Arts. 

Une partie notable des chapitres sept : les engrais chimiques 
en sylviculture, et huit : question de reboisement, expose les 
résultats des beaux travaux de l'auteur, publiés récemment et 
qui ont démontré le grand intérêt, présenté dans une 
grande majorité des cas, par l'emploi des engrais calciques et 
notamment des sulfate et phosphate de chaux. Ces deux sels 
favorisent la germination, le bouturage, le repiquage et fina- 
lement le développement des plants forestiers, de la plupart des 
Conifères, y compris quelques-uns de ceux qui sont classés 
comme calcifuges. Ces études sont accompagnées d'excellentes 
ligures, de photogravures fort démonstratives ; de belles 
épreuves illustrent aussi les articles sur la restauration des 
montagnes, etc. 

Mais la plupart des sous-chapitres sont des résumés, très 
habilement faits, d'études diverses parues dans les publications, 
revues et journaux spéciaux en France et à l'étranger. Chaque 
lecteur y trouvera des sujets d'intérêt particulier, suivant ses 
goûts, spécialités et préférences. 

Je ne pourais manquer de citer avec empressement les notes 
sur Y arboretum des Barres, œuvre de famille devenue domaine 
de l'Etat. Les membres de la Société d'Acclimatation ne 
sauraient être indifférents à l'étude qui suit : les essences fores- 
tières au Jardin des Plantes de Paris. Malgré un sol de remblais 
très insuffisant, des poussières et vapeurs atmosphériques, le 
Muséum d'Histoire naturelle renferme un véritable arboretum , 
qui est loin de manquer d'intérêt et présente quelques remar- 
quables spécimens. 

Combien il serait à souhaiter, ajoute M. Chancerel, qu'à 
l'instar de Londres, Berlin, etc., le Muséum possédât une 
annexe située en terrain approprié où des collections bota- 
niques, médicinales, dendrologiques et autres, puissent se 
constituer dans des conditions plus favorables. Le relevé des 
arbres qui résistent, à Paris, à des conditions si désavanta- 
geuses, indique du moins, à l'amateur et au paysager, ce qui 
peut être planté avec certitude de réussite dans les limites 
d'une grande ville. 

Il serait fastidieux de tenter l'analyse de la plupart des courtes 
études des autres chapitres. Ces notes concernant le transport, 



CHR0NIQ1 E GÉNÉRALE ET FAITS DIVERS 93 

le commerce des bois el produits dérivés de l'arbre, et même 
des questions de réformes cygénétiques, sont très intéressantes. 
Souhaitons donc que « l'Année forestière » devienne, comme 
sa préface nous le fait espérer, une revue annuelle des faits et 
travaux concernant la culture et l'emploi des bois et de leur 
dérivés dans le inonde entier. Cette revue trouvera des lecteurs 
em pressés 



CHRONIQUE GÉNÉRALE ET FAITS DIVERS 



Nouveau procédé de conservation des œufs. — Utilisation de la pisci- 
culture pour combattre la malaria. — Les Saumons de Californie, 
dans le New-Hampshire et dans le lac Champlain. — Acclimatation du 
Striped-bass en Californie. — lnlroduction eo Nouvelle-Zélande de la 
Truite arc-en-ciel et du Saumon à dos bleu. 

La conservation des œufs destinés à l'alimentation est une 
question qui intéresse à la fois le producteur et le consomma- 
teur. On doit à un ingénieur distingué, M. Fernand Lescardé 
l'indication d'un procédé nouveau consistant à traiter les œufs 
dans un milieu antiseptique d'anhydre carbonique et d'azole 
préalablement à la conservation en chambres froides. Des 
essais fort intéressants et très concluants viennent d'être 
faits à Chatellerault par MM. Seguin et Carre l ; plusieurs cen- 
taines d'œufs furent conservés par ce procédé, pendant si\ 
mois. Le 12 octobre dernier, les caisses furent ouvertes et l'on 
constata que les œufs avaient toute l'apparence et toutes les 
qualités des œufs fraîchement pondus. Ces œufs stérilisés et 
réfrigérés ayant été expédiés sur le marché de Paris, furent 
vendus au cours moyen de 145 francs le mille, soit à peu près 
le prix des œufs frais, laissant un bénéfice net de 30 à 35 francs 
le mille. 11 y a là un résultat qui mérite d'être signalé et qui 
semble établir l'excellence du procédé dont il s'agit. 



On continue à se féliciter en Italie de l'utilisation de la pisci- 
culture comme moyen de combattre la malaria. Les Carpes 



94 hl'LLETIN DE LA SOCIÉTÉ NATIONALE d' ACCLIMATATION 

introduites dans les rizières de la vallée du Pô (région où sévit 
surtout la maladie) font partout disparaître les larves d'Ano- 
phèles, agents propagateurs des fièvres. C'est à la iin de juin 
que l'on met les jeunes Poissons dans les rizières. Le procédé, 
peu coûteux en lui-même (4 ou 5 francs par hectare pour le 
prix d'achat des alevins), entraîne un bénéfice direct : dans les 
rizières où la Carpe est introduite, on récolte, en effet, parait-il, 
de 5 à 6 quintaux de riz de plus, par hectare, que dans les 
cultures non assainies. 



Depuis un certain nombre d'années, on prend soin, à la 
station piscicole de Baird (Californie), de n'utiliser, comme 
sujets reproducteurs, que les plus gros des Saumons capturés 
dans la rivière Mac-Loud, cours d'eau sur les bords duquel est 
situé l'établissement. Cette sélection porte aujourd'hui ses 
fruits : le poids moyen des Saumons péchés au momrnt de la 
remonte est actuellement de 20 livres environ, alors que, pré- 
cédemment, il ne dépassait pas 17 livres. Une précaution bien 
simple a suffi, comme on le voit, pour améliorer la race des 
Saumons qui fréquentent la rivière. 

Après une quarantaine d'années de persévérants efforts faits 
par les Etals-Unis pour l'introduction du Saumon de Californie 
dans les cours d'eau tributaires de l'Atlantique, un résultat 
semble avoir enfin été obtenu. L'année dernière, on a constaté 
l'existencede ce Saumon danslelacSunapee (New Hampshire), 
où des sujets de 3 à 5 livres ont été pris à la ligne. Ces 
Poissons proviennent sans aucun doute de déversements 
d'alevins faits, en 1904, par la Commission de pisciculture du 
New-Hampshire, qui avait reçu des œufs embryonnés provenant 
de la station piscicole de Baird (Californie). Encouragé par ce 
succès, le Bureau fédéral des pêcheries a fait mettre, au prin- 
temps dernier, 40.000 jeunes Saumons de Californie dans le lac 
Champlain. 



I He autre tentative d'acclimatation, qui date de 1879, est 
aujourd'hui récompensée par des résultats forl satisfaisants. 
Il s'agit du Striped-Bass ou Ftockfish (Rorcns Uneatus), Per- 
coïde des Etats de l'Est, que l'on s'est occupé d'introduire en 



CHRONIQUE GÉNÉRALE KT FAITS DIVERS 95 

Californie. Dès ISH ( .), juste dix ans après les premiers envois 
d'alevins, 16.296 livres de ce Poisson étaient capturées dans Li - 
rivières californiennes, où l'espèce était autrefois absolument 
inconnue. Aujourd'hui, le produit annuel de la pêche s'élève, 
en moyenne, à I. sot). 000 livres de Striped-liass. représentant 
une valeur de 133.000 dollars (073.000 fr.). 



Depuis quelques années, des travaux d'acclimatation, portant 
principalement sur des Poissons américains, ont été entrepris 
par le gouvernement de la Nouvelle-Zélande, avec le bien- 
veillant concours de la Commission fédérale des pêcheries de 
Washington, et ces travaux portent déjà des fruits sérieux. Des 
envois importants d'oeufs de différents Salmonidés ont été 
demandés aux Etats-Unis et, jusqu'à ce jour, c'est la Truite 
arc-en-ciel qui a donné les résultats les plus remarquables. 
Cette espèce s'est si bien acclimatée dans les eaux de la Nou- 
velle-Zélande que, nulle part ailleurs, peut-être, la pèche de 
ce Poisson n'est aussi fructueuse. Rien que dans deux lacs 
de peu d'étendue, les pêcheurs à la ligne n'ont pas capturé 
moins de 40.000 livres de Truite arc-en-ciel, pendant le cours 
d'une seule année, et l'importance de cette acclimatation 
s'affirme déplus en plus chaque jour. 

Le Saumon à dos bleu (Onchorhynchus nerka Walbaume), de 
l'Alaska, et le Saumon de Californie (Onchorynchus tschawyts- 
cha) ont été aussi introduits dans plusieurs cours d'eau de la 
colonie, grâce à des envois d'oeufs reçus des États-Unis en 1911. 
Dès 1908 et 1909, de nombreux sujets, provenant de ces impor- 
tations d'œufs, se montraient sur divers points, et des repro- 
ductions sont aujourd'hui partout constatées. 11 a même été 
possihle, l'année dernière, de recueillir sur de très beaux sujets 
adultes, 238.000 œufs environ, et de continuer les opérations 
d'empoissonnement avec les ressources ainsi puisées sur 
place. 

D'autre part, la Carpe, la Tanche et la Perche d'Europe ont 
aussi été introduites au moyen d'importations d'Alevins tirés 
de Tasmanie, où ces trois espèces sont, depuis longtemps déjà. 
très répandues sur un grand nombre de points. 

Les résultats ainsi obtenus dans l'acclimatation de Poissons 
dulcaquicoles ont conduit le gouvernement de la Nouvelle-Zé- 



96 BULLETIN DE LA SOCIÉTÉ NATIONALE D'ACCLIMATATION 

lande à songer maintenant à l'acquisition des espèces marines ; 
on cherche donc aujourd'hui à introduire dans les eaux bai- 
gnant les côtes de la Nouvelle-Zélande, le Hareng, la Plie et 
l'Eglefin. Dans l'impossibilité de transporter vivants des sujets 
jeunes ou adultes de Hareng, depuis la mer du Nord ou l'Atlan- 
tique jusque dans l'Océan Pacifique, on a dû se préoceupper des 
moyens d'expédier des œufs fécondés; comme l'évolution 
embryonnaire est beaucoup plus rapide chez le Hareng que 
chez les Salmonidés, l'éclosion de ces œufs — qui se produit 
d'ordinaire au bout de huit ou dix jours — devra être consi- 
rablement retardée, puisque la durée du trajet d'Europe jus- 
qu'aux antipodes est d'une cinquantaine de jours. Sur la 
demande du Gouvernement de la colonie, des expériences à ce 
sujet ont été entreprises par le D r Williamson, au laboratoire 
maritime d'Aberdeen. Malgré les difficultés du problème à 
résoudre, la possibilité de prolonger la durée de l'incubation 
sur des quantités importantes d'œufs, paraît être aujourd'hui 
établie, et des essais d'envois d'œufs fécondés de Hareng vont 
avoir lieu prochainement. Inutile de faire ressortir l'intérêt 
que présentent de semblables tentatives. 



ERRATUM 



Prière de compléter la liste des Membres de la Société publiée dans !e 
n° 1. 1912. par les indications suivantes : 

Page 4, 1863 \el non 1893) : Germain (Rodolphe), vétérinaire principal 
en retraite, ", avenue de Périgueux, à Brantôme (Dordogne). 

Page 15 (in fine] : 1906. Lefebvrk (Lucien), 53, rue de Saint-Oucntin, à 
Nogent-sur-Marne ;Seine). 



Le Gérant : A. Mahethel'x. 



Pans. — L. Marktheux, imprimeur, 1, rue Cassette. 



NOTE SUR QUELQUES MAMMIFÈRES 
IMPORTÉS DE CAO (HAUT-SÉNÉGAL), EN FRANGE 

Par LOUIS GIRARD 

Sergent télégraphiste colonial. 

Les Mammifères qu'il m'a été permis d'offrir à la Ménagerie du 
Muséum lors de mon arrivée en France, au mois d'octobre 1911, 
étaient tous de jeunes spécimens. Tous provenaient des envi- 
rons de Gao, poste militaire du Haut Sénégal-Niger, situé dans 
le Gourma et en bordure du Sahara. L'ensemble du troupeau 
se composait d'une Antilope onctueuse, d'un couple de Cépha- 
lophes grimmi. d'une Gazelle de Mohr, d'un couple de Civettes 
et d'un couple de Girafes. Ces dernières, capturées par les 
Nègres qui avaient tué la mère, m'avaient été apportées âgées 
de quelques jours et je dus les allaiter au biberon pendant six 
mois. Leur sevrage n'a eu lieu que trois semaines environ 
avant mon départ de Gao. Sauf les Civettes, tous ces animaux 
vivaient dans une entière liberté et étaient tellement sociables 
qu'après quatre mois de captivité, lâchés dans la brousse le 
matin après leur premier repas, ils revenaient d'eux-mêmes à 
onze heures, reprenaient leur liberté à deux heures et ren- 
traient toujours d'eux-mêmes à cinq heures. Lorsque, par 
hasard, j'étais trop long à ouvrir la porte de leur enclos, tous 
ces animaux montraient des signes évidents d'impatience et, 
la faim les poussant, les Girafes, grâce à leur taille, passaient 
la tête à travers le guichet pour essayer d'ouvrir le loqueteau 
de fermeture. 

Dans leur promenade, les Girafes ouvraient toujours la 
marche et étaient suivies des autres animaux. Leur nourriture 
consistait en Riz cuit, Mil, un peu d'herbe et de jeunes pousses 
de Mimosa. Elles enveloppent avec leur langue l'extrémité de 
la branche de cette dernière plante, et agglutinent avec leur 
salive les jeunes pousses atin de les saisir sans se blesser aux 
épines ; elles se montraient aussi très friandes de sel. 

J'ai beaucoup regretté de n'avoir pu rapporter les deux La- 
mantins que j'avais capturés avec l'aide de pêcheurs nègre?. 
Ces animaux avaient été pris jeunes, mais, à l'encontre de ceux 
que j'ai importés en France, ils ne se sont jamais familiarisée. 

BULL. SOC. NAT. ACCL. FR. 1912. — 7 



98 BULLETIN DE LA SOCIÉTÉ NATIONALE D'ACCLIMATATION 

Ils aiment la solitude, se reproduisent dans les rizières éloi- 
gnées des bords du fleuve et semblent avoir de l'aversion pour 
les endroits fréquentés. Leur nourriture consiste en herbage 
et ils affectionnent particulièrement les jeunes pousses de Riz. 
Afin de tenir caplifs mes deux animaux, j'avais fait passer, à 
travers l'extrémité de la nageoire caudale de chacun d'eux, un 
anneau auquel était fixée une longue et solide corde, attachée 
par l'autre bout à un pieu en fer fiché dans le sol de la rive; 
de cette façon, ils pouvaient se nourrir de l'herbe qu'ils avaient 
autour d'eux et évoluer dans une semi-liberté; mais quelque 
temps avant mon départ, lorsqu'ils eurent épuisé l'herbe située 
à proximité, faute de nourriture à leur convenance, ils ron- 
gèrent la corde qui finit par être coupée et gagnèrent le large, 
malencontreusement pour l'un d'eux, car je viens d'apprendre 
par une lettre, qu'un de mes anciens pensionnaires a été tué et 
qu'il a été reconnu grâce à l'anneau qu'il avait encore à la 
queue. 

La pêche de ces animaux se fait habituellement au moyen 
d'un harpon dentelé, à la hampe duquel est fixé, par une de 
ses extrémités, un cordeau enroulé en partie et dont l'autre 
extrémité supporte un bouchon de bois insubmersible. Lorsque 
le Lamantin est harponné, il plonge pour s'échapper; mais la 
corde se déroule et le bouchon vient flotter à la surface, indi- 
quant au pêcheur l'endroit où se tient l'animal. 



AU SIMKT DU MUSA liASJOO SIEB. 
MUSA JAPUNICA IIORÏ.) 

Par J. GÉROME 

A la séance du 20 novembre 1911 de la Société d'Acclimata- 
lion (Section de Botanique), M. Ludwig, jardinier chez M. De- 
breuil, avait apporté deux magnifiques inflorescences de la 
plante qu'il cultive avec succès, en plein air, sous le nom hor- 
ticole de Musa japonica. 

La touffe sur laquelle ont été prélevées ces intlorescences, 
provient d'un jeune pied planté il y a cinq ans, en pleine terre; 
elle présente actuellement dix-neuf tiges, dont l'une mesure 
O m 73 de circonférence à la base et 4 m 80 de hauteur; chaque 
année, plusieurs de ces tiges fleurissent et développent de 
jeunes fruits, qui n'arrivent pas à maturité complète. 

Pendant l'hiver, la plante est simplement entourée de feuilles 
sèches et couverte d'un abri en paille, rejetant les eaux de 
pluies en dehors. 

Il s'agit donc, comme on le voit, d'une espèce de Bananier 
suffisamment rustique pour résister en pleine terre et en plein 
air (sauf un léger abri) dans notre climat parisien et y déve- 
loppant des inflorescences qui permettent aux amateurs et 
gens du monde de se faire une idée précise du développement 
des régimes des Bananes alimentaires que, depuis plusieurs 
années, on voit de plus en plus à Paris. 

I ne présentation analogue avait déjà été faite à la même 
date de l'année 1010, par M. Debreuil et les membres de la 
Société pourront se reporter aux renseignements contenus 
dans le procès-verbal de la séance de novembre 1910 (1). Ils y 
trouveront des indications bibliographiques, se rapportant à 
d'autres floraisons déjà constatées dans divers points de la 
France, qu'il n'est pas nécessaire de rapporter ici. 

On peut se demander pourquoi le Musa Basjoo n'est pas plus 
répandu chez les amateurs. 

Je crois qu'on peut donner comme raison principale la sui- 



(t) Bulletin de la Société nationale d'Acclimatation, numéro du 15 fé- 
vrier 1911, p. 125. 



100 BULLETIN DE LA S )CIÉTÉ NATIONALE D'ACCLIMATATION 

vante : c'est qu'on a voulu le comparer au Musa Ensete (Bana- 
nier d'Abyssinie), et lui faire jouer le même rôle dans les 
jardins, tandis que ces deux Bananiers sont tout à l'ait diffé- 
rents comme port, comme aspect, comme mode de végétation 
et comme culture. 

Le Musa Ensete est surtout utilisé en plantes jeunes, isolées 
sur les pelouses, ou au centre de corbeilles élevées, et s'y fait 
remarquer par sa vigoureuse végétation, son port trapu et son 
énorme tronc formé par les gaines épaissies des feuilles; il ne 
produit pas de rejet au pied; il doit être rentré tous les hivers 
en serre. 

Si on le cultive en pleine terre, dans une serre tempérée ou 
un jardin d'hiver, il y acquiert avec l'âge une assez grande 
hauteur, arrive à développer une inflorescence dressée, puis 
meurt après cette floraison. C'est une plante franchement mo- 
nocarpique. 

Le Musa Basjoo appartient au contraire à la catégorie des 
Bananiers à tiges relativement grêles (groupe auquel appar- 
tient le Musa sapiehlum), mais produisant de nombreux rejets 
annuels qui remplacent les liges qui fleurissent successivement 
et meurent; c'est donc une plante polycarpique et assez rus- 
tique, nous l'avons vu, pour fleurir dehors si elle est un peu 
abritée. Il n'atteint toute sa beauté que s'il est déjà un peu 
âgé. 

La figure ci-jointe, obtenue avec une photographie faite en 
septembre 1 î* 1 1 chez M. Debreuil, et celle qu'a publiée la Bévue 
horticole en 18%, p. 202, d'un pied fleuri en 189o à la villa 
Chassavaigne, à Menton, donnent une idée de l'aspect de cette 
plante et du rôle ornemental qu'elle peut jouer, rôle, comme 
on voit, tout différent de celui du Musa Ensete. 

A quelle date, et par qui, le Musa Basjoo a-t-il été introduit 
dans les jardins européen.-'.' 

Je n'ai trouvé de renseignements préeis que pour la dernière 
question, dans la monographie des espèces de Bananiers, 
publiée par Baker, en 1895. dans le Bulletin de Kew(l), p. 248, 
un il est dit que ce Bananier, originaire des îles Liu Kiu par 
25 à .'{() degrés de latitude nord) et cultivé dans le sud du Japon 
comme espèce textile, a été introduit dans les jardins anglais 

(I) Bulletin o/ Miscellaneous information, Royal Gardens, Kew, 1894, 
p. 229 à 314. 






AI SUJET 1)1 MUSA BASJOO 



101 



par la maison Veitch et (ils, horticulteurs à Chelsea, et qu'il a 
fleuri 'dans les serres tempérées de Kew en 1891; mais il n"v 
a pas de date précise d'introduction. D'après d'autres sources, 
notamment le Botanical Magazine, pi. 718:2, le Gartenflora, 1891 , 
p. 139, Wiener lllusfrirte (jarien-Zeituiu/, 1891, p. 445, c'esl 




sous le nom de Musa japonica Hort. que la plante a été intro- 
duite. 

Sous ce nom, la Revue horticole de 1889, p. -491, lui consacre 
une petite note de chronique dont voici un extrait : 

« Très belle et très vigoureuse, cette espèce, que MM. Veitch 
ont reçue du Japon, est relativement rustique; ainsi, cette 
année encore, elle a passé l'hiver en pleine terre, au Plessis- 
Piquet, chez MM. Thibaut et Keteleer, et s'y est parfaitement 



102 BULLETIN DE LA SOCIÉTÉ NATIONALE D'ACCLIMATATION 

comportée, sans aucun abri autre qu'une très légère couverture 
de Touilles... » 

Cette note, relative au Musa Basjoo, est la plus ancienne que 
je connaisse dans les journaux horticoles; on remarquera la 
phrase « cette année encore » qui laisse supposer au moins une 
autre année antérieure de culture par MM. Thibaut et Keteleer, 
lesquels tenaient la plante de MM. Veitch et fils. 

Dans ces conditions, on peut faire remonter l'introduction à 
l'établissement Veitch, vers 1885 ou 1886. 

D'ailleurs, la date de première floraison, à Kew (1891), per- 
met (par analogie avec ce qui a été constaté à Verrières, chez 
M. Philippe de Vdmorin, où la plante a fleuri après cinq ans 
de plantation (1), et chez M. Debreuil, où elle a fleuri après 
quatre années) de dire avec quelque chance de vérité que 
l'introduction première remonte bien vers 188(3 ou 1887; la 
date de 1890, donnée dans le Dictionnaire d'horticulture de 
Nicholson ' traduction française par M. Mottet), semble contes- 
table. Mais c'est un point qui n'a, en somme, que l'importance 
qu'on veut bien lui accorder, très petite, si l'on se place au 
point de vue pratique. 

Pour terminer cette note, voici un tableau dont la première 
colonne est composée avec des chiffres donnés par M. Ed. André 
et notés par lui dans sa propriété de Lacroix, en Touraine (2), 
et la deuxième colonne par les chiffres donnés par M Debreuil, 
à Melun, pour le pied figuré ici. 

Il s'agit, pour la plante de Lacroix, d'une touffe plantée 
depuis quatre ans, et pour celle de Melun, d'une touffe qui a 
cinq ans de plantation. 

A Lacroix. A Melun. 

Grosseur du Ironc 0,54 0,73 

Hauteur (ie la plante 3,25 4.80 

N'ombre de ti^es S » 19 » 

Nombre de feuilles 55 » 155 » 

A Montpellier, d'après M. Sahut, les tiges arrivent à acqué- 
rir 6 mètres de hauteur, avec O m 85 de circonférence. Les 
plus grandes feuilles y atteignent -2 m 85 de long sur m 70 de 
large. 

1 Uevuc horticole, 11)07, p. 59. 

2 Hevue horticole, 1902. p. 194. 



Al SUJET DU MUSA BAS.IOO L03 

Ces indications suffisent amplement pour donner une idée 
de la valeur ornementale du Musa Basjoo. 

Peut-il avoir une importance économique? 

Nous avons vu, plus haut, qu'il était cultivé comme une 
plante textile dans les provinces méridionales du Japon. 

On a songé, aussi, à utiliser sa rusticité pour essayer d'obte- 
nir des Bananiers alimentaires exigeant moins de chaleur que 
les races issues du Musa sapientum et du Musa sinensis. Mais 
les résultais obtenus jusqu'alors ont été nuls (1). 



(I Voir Bulletin de la Société d'Acclimatation, 1909, p. 32 : « Sur la 
Kécondation croisée des Bananiers », par C. Rivière. 



ÉNUMÉRATION DES PLANTES 
CULTIVÉES PAH LES INDIGÈNES EN AFRIQUE TROPICALE 

ET DES ESPÈCES NATURALISÉES DANS LE MÊME PAYS 

ET AYANT PROBABLEMENT ÉTÉ CULTIVÉES A UNE ÉPOQUE 

PLUS OU MOINS RECULÉE 

Suite (1). 
Par Aug. CHEVALIER. 

LÉGUMINEUSES (suite). 

Parkia inlermedia Oliv. — Spontané au Dahomey. Cultivé en 
verger autour des villages. 

Leucsena glauca Benth. — Origine asiatique. Introduit 
depuis longtemps par les Européens au Sénégal. Les indigènes 
commencent à le répandre autour des principales villes, comme 
Dakar, Saint-Louis, Thiès, etc.. Sans usages. 

Acacia albida Delile. — Spontané dans la zone sahélienne. Il 
en existe des vergers autour des villages du Sénégal et dans 
tout le nord du Soudan. Ces arbres n'ont pas été plantés, mais 
les plants qui germent naturellement sont souvent conservés 
par les indigènes. Les rameaux et les gousses de cet arbre 
fournissent un excellent fourrage pendant la saison sèche. 

Acacia ataxacanlha DC. — Spontané en Afrique tropicale, 
dans la forêt vierge et les savanes. Employé chez beaucoup de 
peuplades primitives pour faire des haies vives, impénétrables, 
servant de fortifications aux villages. De telles formations dé- 
fensives s'observent chez les Dyolas et les Touras, entre le 
Haut-Cavally et le Moyen-Sassandra, chez les Hollis et chez 
quelques Nagos du Dahomey, chez les Ndoukas et les Goullas 
du Kouti et de la région du lac Iro, territoire du Chari. 

Albizzia Lebbek Benth. — Originaire de l'Asie tropicale et de 
l'Océanie. Fréquemment planté par les Européens comme arbre 
d'avenues. On commence à en rencontrer quelques exem- 
plaires dans certains villages du Sénégal et du Bas-Dahomey. 

(1) V. Bulletin V février 1912. 



l'lantes cultivées en afrique tropicale 105 

Crassulacéks. 

Bryopkyllum calycinttm Salisb. — Originaire de Madagascar. 
Cultivé à cause de ses propriétés médicinales autour des cases 
dans la zone guinéenne et surtout dans les régions de forci. 
Souvent naturalisé. 

Kalanchoe crenata Harv. — Spontané en Afrique tropicale 
Parfois planté autour des cases ou naturalisé à cause des pro- 
priétés médicinales. 

COMBRÉTACÉES. 

Terminalia Catappa DC. — Originaire de la Côte de Malabar. 
Introduit par les Européens et répandu dans quelques postes, 
surtout depuis une dizaine d'années. Cet arbre s'observe déjà 
dans quelques villages des régions côtières du Dahomey et de 
la Côte d'Ivoire. 

Anogeissvs leiocarpus G. et P. — Spontané en Afrique tropi- 
cale, principalement dans la zone soudanaise. L'arbre est 
planté, à cause de ses propriétés tinctoriales, à proximité de 
quelques villages du Bas et du Moyen-Dahomey. 

Myrtacées. 

Psidium Guayava Raddi, — Goyavier. Originaire de l'Afrique 
tropicale. Cet arbuste, cultivé dans presque tous les jardins 
européens, est rarement planté parles indigènes, mais la race 
P. pomiferum L. s'est abondamment naturalisée autour de 
certains villages de la zone guinéenne, au point de former, 
en certains endroits, des taillis étendus. 

Lyturariées. 

Lawsonia inermis L. — Henné. Plante tinctoriale d'origine asia- 
tique. N'existe qu'à l'état cultivé en Afrique tropicale et ne s'est 
pas naturalisée. On la rencontre en Sénégal jusqu'en Casamance, 
en Guinée française, au Dahomey, dans la Nigeria, en Afrique 
centrale. 

Passiflorées. 

Passiflora fœtida L. — Origine américaine. Plante abondam- 
ment naturalisée autour des villages jusqu'au centre de l'Afri- 
que. Elle est particulièrement fréquente dans les clairières des 
régions littorales. Le fruit est comestible. La plante a dû être 



J 06 BULLETIN DE LA SOCIÉTÉ NATIONALE DACCLIMATATION 

cultivée par les indigènes autrefois. Les autres espèces de 
Passiflora ne sortent pas encore des jardins européens. 

Carica Papaya L. — Originaire des Antilles et peut-être du 
Mexique. Aujourd'hui, le Papayer est cultivé dans la plupart 
des villages de l'Afrique tropicale. Au centre de l'Afrique, il n'a 
pénétré qu'avec les Européens. Ainsi, en 1902, il venait de faire 
son apparition dans le Haut-Oubangui et il avait à peine 
pénétré dans le bassin du Chari. Dans les régions forestières, il 
se naturalise avec une extrême facilité : ainsi au Congo on le 
trouve en abondance sur les rives des voies navigables en tous 
les poinis d'atterrissage. A la Côte d'Ivoire aussi, il pullule sur 
les bords de la voie ferrée où il a l'aspect d'une plante spontanée 
ou naturalisée. Présente de nombreuses variétés, notamment 
une variété monoïque très répandue dans le centre de la 
Guinée française. 

Cucurbitacée's. 

Tclfairia occidentale Hook. f. — Originaire des forêts de 
l'Afrique tropicale. A la Côte d'Ivoire, les indigènes cultivent la 
plante pour ses graines oléagineuses et pour l'exocarpe des 
fruits servant à faire des récipients. Au Bas-Dahomey, les indi- 
gènes la cultivent exclusivement pour ses jeunes pousses et 
pour les feuilles qu'on mange en guise de brèdes. Cette espèce 
se rencontre parfois en pleine forêt delà Côte d'Ivoire avec les 
apparences d'une plante spontanée, mais il se peut qu'elle soit 
simplement naturalisée sur l'emplacement des anciennes cul- 
tures. Le Tclfairia pedata Hook. n'en est probablement qu'une 
race signalée à Maurice et en Afrique orientale. 

Lagenaria vulgaris Ser. — Originaire des Indes orientales et 
cultivé partout en Afrique tropicale par une foule d*usages. 
S'y rencontre sous forme de très nombreuses variétés fixées : 
les unes donnent des fruits jeunes comestibles, d'autres des 
semences oléagineuses utilisées dans la cuisine indigène. 
Lnlin la plupart pour l'exocarpe sec qui fournit, suivant les va- 
riétés des calebasses grandes ou petites, des plats, des 
cuillers, des gourdes, des pipes, de petites boîtes, des instru- 
ments de musique, etc.. 

Lu /fa œgyptiaca Miller. — Origine incertaine. Naturalisé 
autour de la plupart des villages dans un grand nombre de 
régions de l'Afrique tropicale. La plante a dû être cultivée 
autrefois, mais les Noirs ne l'ensemencent plus actuellement. 



PLANTES CULTIVÉES EN AFRIQUE TROPICALE 107 

En certains pays, on mange les jeunes fruits; en Afrique tropi- 
cale on n'utilise que les flores formant la charpente du fruit 
mur desséché, et on en ohtient une sorte d'épongé végétale. 

Luffa acutangula Koxb. — Origine incertaine. Naturalisé 
près de quelques villages de la zone soudanaise. Ne nous est 
pas connu dans la zone des forêts et n'est plus cultivé. Sert aux 
mêmes usages que l'espèce précédente. 

Cucumeropsis Mannii Naud. (Ciadosicyos edulis Ilook. f.). — 
Origine inconnue. Cultivé dans toute la forêt de la Côte d'Ivoire, 
ainsi qu'au Baoulé, dans le Ras-Dahomey, dans la Nigeria du 
Sud, au Congo et jusqu'en Afrique centrale. Manque dans la 
zone soudanaise. Les graines oléagineuses s'emploient dans 
ïa cuisine. Présente plusieurs variétés fixées. 

Momordica Charantia L. — Origine asiatique et peut-être 
aussi spontanée en Afrique tropicale, où elle se rencontre 
parfois en abondance loin des terrains cultivés et même dans 
les clairières des forêts. Autour des villages, elle présente l'ap- 
parence d'une plante naturalisée, mais elle n'est pas cultivée 
comme dans l'Inde, où on mange les fruits. En Afrique, on 
utilise seulement la décoction de toute la plante, qui est 
purgative. 

Cucumis Melo L. — Originaire de l'Afrique tropicale ; nous 
avons observé sur les plages maritimes ainsi que sur les sables 
des zones sahélienne, soudanaise et guinéenne une forme véri- 
tablement spontanée. 

De nombreuses variétés fixées, très différentes de celles 
qu'on utilise en Europe, sont cultivées par les Noirs. Il faut 
d'abord citer : 1° un très gros Melon allongé rappelant le 
Melon Chaté, cultivé en certains villages du Sénégal (Tiaroye, 
Sor, etc..) ; 2° un Melon sans côtes, de la dimension d'un Canta- 
loup, cultivé dans la vallée du Moyen-Niger, spécialement dans 
les environs de Tombouctou; 3° plusieurs variétés rappelant la 
forme sauvage et produisant des fruits de la dimension d'un 
œuf de Pigeon. Le fruit est très amer et on consomme seule- 
ment les graines en grand chez certaines peuplades du Soudan 
nigérien et surtout dans les bassins de l'Oubangui et du Chari; 
4° plusieurs variétés douces à fruits lisses, dont la taille varie 
de celle d'un œuf de Poule à celle d'un Cantaloup. On cueille 
ces fruits avant maturité et on les mange cuits. 

Citrullus vulgaris Schrad. — Plante bien spontanée dans les 
terrains sablonneux de la zone soudanaise. Elle est fréquem- 



108 BULLETIN DE LA SOCIÉTÉ NATIONALE D'ACCLIMATATION 

ment cultivée en Afrique occidentale et en Afrique centrale. Les 
peuplades de la forêt la cultivent aussi parfois. Les fruits des 
formes cultivées ont une saveur douce, mais pas toujours. Nous 
en connaissons en Afrique un grand nombre de variétés fixées 
se groupant en plusieurs catégories : 1° variété à assez gros 
fruits rappelant les Pastèques cultivées en Algérie et dans le 
midi de l'Europe. Cette variété ne nous est connue chez les 
indigènes que dans le Bas-Dahomey; 2° des variétés à fruits 
moyens à pulpe toujours douce, assez savoureuse, sont culti- 
vées dans la région du Moyen-Niger, spécialement aux envi- 
rons de Tombouctou; 3° enfin les variétés les plus répandues 
dans les cultures ont des fruits de la grosseur d'une belle 
Orange, à saveur tantôt douce, tantôt amère. La culture de ces 
dernières variétés se fait souvent en grand et elles sont seule- 
ment utilisées pour leurs graines oléagineuses. 

Ces dernières formes sont répandues dans les plantations de 
presque toute l'Afrique tropicale. 

Cucurbita maxima Duchesne. - - Potiron. Origine inconnue : 
cette plante n'est certainement pas spontanée en Afrique tropi- 
cale, mais elle est cultivée autour des cases et parfois dans les 
champs, chez presque toutes les peuplades, aussi bien dans la 
zone des forêts que dans la zone des savanes. 

Cucurbita Pepo DC. — Courge ou Citrouille. Origine amé- 
ricaine. La plante se rencontre çà et là, mélangée à ia précé- 
dente, beaucoup plus commune. Nous l'avons observée princi- 
palement dans les régions côtières, au Soudan et jusque dans 
le Haut-Oubangui. 

Cactacées. 

Opuntia Tuna Mill. — (0. Dillenii). Sous le nom de Cactus, 
on connaît au Sénégal un Opuntia originaire sans doute du 
Mexique et planté ou naturalisé, mais ne s'étendant pas à plus 
de 20 kilomètres dans l'intérieur. Nulle part, il n'a un caractère 
envahissant; les indigènes le plantent encore pour faire des 
clôtures. Le fruit est comestibleàcomplète maturité, mais il faut 
enleveravec soin les toutes petites épines qui le hérissent. Nous 
pensons que cette plante a été introduite au Sénégal vers 1820, 
époque à laquelle on tenta au Sénégal l'élevage des cochenilles 
d'Opuntia. Nous avons donné la détermination de l'espèce 
d'après les travaux du D' Weber, mais nous ne sommes pas 
autrement certain que notre plante soit identique à celle qui 



PLANTES CULTIVÉES KN AFRIQUE TROPICALE 109 

est si répandue à l'état naturalisé depuis le Texas jusqu'à La 
Californie. En tout cas, le Cactus sénégalais diffère complète- 
ment de V Opuntia Ficus-indica L. cultivé dans le midi de la 
France pour ses fruits. Dans cette dernière espèce, les fruits 
mûrs sont jaune abricot et gorgés de suc incolore; dans l'es- 
pèce sénégalaise, les fruits mûrs sont d'un rouge noirâtre, 
gorgés d'un suc carmin. 

Les indigènes de race Tôma, dans la Haute-Guinée française, 
sur la fronlière de l'Hinterland du Libéria, cultivent un autre 
Opuntia atteignant plus de 2 mètres de hauteur et servant à 
faire des haies défensives, sortes de fortifications autour des 
villages. Cette espèce n'a pas pu encore être déterminée, et l'on 
ignore comment elle est parvenue ainsi dans l'intérieur. 

Ombellifêres. 

Coriandrum sativum L. — Origine européenne; apporté par 

les Musulmans. Sous le nom bambara de Kafouné, cette plante 

est cultivée dans la vallée du Moyen-Niger, de Ségou à Tom- 

bouctou, ainsi que dans le sommet de la boucle du Niger 

cercle de Bandiagara). On la cultive aussi au Ouadaï. 

Fœniculum officinale Ail. — Originaire de l'Europe méri- 
dionale. Cultivé par les Musulmans dans les oasis sahariennes 
et dans le nord du Ouadaï. N'a pas encore pénétré dans la 
Nigrilie proprement dite. 

Peucedanum fraxinifolium Iliern. — Régions montagneuses 
de l'Afrique tropicale. Souvent planté au Fouta-Djalon pour 
faire des clôtures. Quelques pieds sont plantés dans certains 
villages de la Côte d'Ivoire, soit qu'ils constituent un médica- 
ment, soit qu'ils soient regardés comme fétiches. 

Kubiacées. 

Co/fea arabica L. — Spontané en Abyssinie et cultivé par 
les natifs de cette contrée depuis une époque très reculée. 

Co/fea libérien Bull in Iliern. — Originaire d'Angola, où 
Welwitsch l'a trouvé à l'état spontané. Cultivé dans lès régions 
côtières depuis moins d'un siècle par les Noirs civilisés de 
Sierra-Leone, de Libéria, de la Gold-Coast, de la Nigeria. 

Co/fea stenophi/lla G. Don. -- Spontané dans la Basse-Guinée 
française et à Sierra-Leone. De petites plantations de cette 
espèce ont été faites depuis longtemps par les indigènes de 



110 BULLETIN DE LA SOCIÉTÉ NATIONALE D'ACCLIMATATION 

ces deux colonies, notamment dans le bassin du Rio-Nunez 
(Guinée française). 

Les nombreuses autres espèces de Caféiers découvertes en 
Afrique tropicale depuis quelques années ne sont pas encore 
cultivées par les indigènes. 

Marinda citrifolia L. — Spontané en Asie et en Afrique tropi- 
cales. Quelques arbres sont parfois plantés aux environs de 
certains villages du Bas-Dahomey, à cause des propriétés tinc- 
toriales de la racine. 

Composées. 

Vernonia amygdalina Delile. — Spontané en Afrique tropi- 
cale. Cet arbuste est souvent planté en haies et naturalisée 
autour des villages. Les indigènes utilisent les feuilles jeunes 
qu'on mange comme les brèdes. 

Vernonia sp. — Origine inconnue. Plante réputée médicinale 
par les Dahoméens et naturalisée à Abomey (Dahomey), sur 
l'emplacement du palais de Behanzin et autour des tombeaux 
de la famille royale. 

Lactuca taraxacifolia Schum. etThonn. — Origine inconnue. 
Dans la zone des forêts et dans la zone guinéenne, la plante se 
rencontre autour des villages, dans les terrains cultivés et sur 
l'emplacement des anciennes cultures avec les apparences 
d'une espèce naturalisée. Au Bas-Dahomey, elle serait encore 
parfois ensemencée autour des cases. 

Les feuilles fournissent une salade agréable; elles peuvent 
aussi être mangées en guise de brèdes. 

Guizotia abyssinica Cass. — Originaire d'Abyssinie, où elle 
est cultivée en grand pour ses graines oléagineuses. Nous ne 
l'avons rencontrée ni en Afrique occidentale ni en Afrique cen- 
trale. 

Plumbaginées. 

Plumbago zeylanica L. — Origine asiatique. Fréquemment 
naturalisé autour des villages de l'Afrique tropicale, mais jamais 
spontané! 

En certains pays, notamment dans laCôle d'Ivoire, les indi- 
gènes en plantent encore quelques touffes à proximité de leurs 
cases. Chez toutes les peuplades noires, on attribue à cette 
plante des propriétés médicinales ou fétiches. 

.1 suivre.) 



EXTRAITS 
DES PROCÈS-VERBAUX DES SÉANCES DES SECTIONS 



I" : SECTION. — MAMMIFÈRES 

(Sous-section d Etudes caprines i 

SÉANCE DU ±\ NOVEMBRE 1911 

Présidence de M. le comte d'Orfeuille, président. 

Le procès-verbal de la dernière séance est lu et adopté. 

Le Secrétaire dépouille la correspondance et fait à ce sujet 
les communications suivantes : 

Le D 1 Lucine demande qu'on lui procure des pendeloques de 
Chèvre ; il voudrait en étudier la nature. 

M. le professeur Dechambre fait connaître qu'un travail a 
déjà été fait sur ces petits appendices charnus : il en donnera 
communication à la Société afin que les personnes que cela 
intéresse puissent être renseignées. Le D'" Lucine pourra en 
l'aire lui-même son profit. 

M me David, femme d'un médecin de Thourotte, rend compte 
qu'elle a trois belles Alpines, pur sang. L'une n'a pas été con- 
duite au Bouc, l'année dernière, en 1910 ; elle n'en a pas moins 
conservé son lait tout l'hiver et donne, à la date du 30 août, 
date de la lettre, encore trois à quatre litres de lait par jour. 
M me David annonce qu'elle fera la même épreuve avec ses deux 
autres Chèvres en 1911, c'est-à-dire qu'elle ne les fera pas 
saillir et elle a la certitude que sa maison ne manquera pas de 
lait l'hiver. 

Dans une deuxième lettre datée de septembre M me David fait 
connaître dans quelles conditions ses Chèvres sont installées et 
le régime qu'elle a adopté pour leur faire donner le rendement 
remarquable qu'elle obtient. 

L'écurie est une pièce plafonnée avec sol briqueté de 3 m. 75 
sur 3 m. 75. Elle est partagée en trois compartiments dont les 
cloisons en bois ont 1 m. 25 de hauteur et éclairée par deux 



112 BULLETIN DE LA SOCIÉTÉ NATIONALE D'ACCLIMATATION 

fenêtres. La porte est coupée par le milieu afin de pouvoir la 
laisser ouverte et assure ainsi, avec les deux fenêtres, le renou- 
vellement de l'air. Les murs cimentés sont très propres. Chaque 
fois que la litière est enlevée, le sol est soigneusement lavé et 
on y repasse deux à trois seaux d'eau résiduaire de l'appareil à 
acétylène qui est une très bonne eau de chaux. Quand la 
pâture aux Chevaux est libre, on y conduit les trois Chèvres 
ensemble, mais elles se plaisent fort bien dans leur logement 
et n'aiment pas en sortir pour se promener. 

Cependant il leur prend quelque fois fantaisie de s'échapper 
et c'est pour aller brouter clandestinement des baies de Lau- 
rier-Amande sans éprouver de ce fait le moindre malaise. 

Elles sont nourries à l'étable de Luzerne verte ou sèche, 
d'épluchures de légumes et de Betteraves saupoudrées de son 
cl servies dans des plateaux en fer battu très propres. 

Elles boivent de l'eau tiède en grande quantité, souvent de 
15 à 20 litres chacune par jour. Ce sont de grandes mangeuses, 
mais aussi elles donnent 1 litres de lait chacune par jour pen- 
dant les trois mois qui suivent la mise bas. 

Cràce aux Boucs que M me David a donnés un peu partout, la 
population caprine d'alentour s'améliore sensiblement. 

Les paysans ont beaucoup de mal à comprendre qu'il faille 
à la Chèvre une nourriture abondante et soignée et lui reproche 
son goût pour la dévastation. Il ne leur sort pas de l'esprit que 
la Chèvre doit vivre de rien. M me David cherche à les édifier en 
leur montrant ses résultats et sa manière d'alimenter son petit 
troupeau. 

Ils sont émerveillés de voir une jeune Chèvre qui a à peine 
dépassé un an, donner après la mise bas jusqu'à 4 litres de 
lait alors que leurs Biques abâtardies en donnent à peine deux 
au moment de leur plus forte production. Cependant les pro- 
duits du croisement des Boucs alpins de race pure, avec ces 
r.hrvres communes, arrivent déjà à .'{ et 4 litres, ce qui est 
déjà une excellente indication. 

Le 19 novembre, M mo David écrit une nouvelle lettre pour mettre 
la Société au courant d'un incident intéressant et suggestif. 

Pendant une absence qu'elle a faite, la production de lait de 
son troupeau est tombée de moitié, au point qu'on a dû dimi- 
nuer la ration d'une cliente de son mari qui (Hait atteinte 
d'entérite el à Laquelle le docteur avait prescrit le régime au 



EXTRAITS DBS PROCÈS-VERBAUX DES SÉANCES DES SECTIONS 113 

lai! de Chèvre. A sa rentrée, M 1 "' David si; mit immédiatement 
à veiller à la nourriture el à la boisson de ses trois Chèvres et 
deux jours après l'ensemble de la traite était déjà augmentée 
de deux litres. La domestique, par paresse, leur servait de 
L'eau froide et les bêtes dès lors ne buvaient plus. Sitôt qu'on 
leur fit à nouveau tiédir leur eau, elles se remirent à boire 
jusqu'à 2't litres par jour chacune. Même quand il fait chaud, 
les Chèvres de M me David refusent l'eau sortie du puils. 

Le Secrétaire de la Section accueille la communication de 
M'" e David avec satisfaction, non parce qu'il considère comme 
nouveaux les faits que cette dame rapporte, mais parce qu'elle 
vient confirmer les résultats qu'il a lui-même obtenus avec des 
Alpines nourries en stabulation de la même manière. Et celte 
attestation venant d'une personne tout à fait digne de crédit, 
justifie M. Crepin aux yeux des personnes qui le croient enclin 
à l'exagération. Du reste, ces dernières qui mettent sa parole 
en doute, ont institué chez elles un régime exactement opposé 
à celui pratiqué par M me David et, bien entendu, n'ont pas eu à 
s'en louer pour leur troupeau. 

M. Dechambre a la parole pour lire une communication que 
lui a adressée un officier turc sur la Chèvre d'Angora et son 
élevage en Asie Mineure. Les détails de cette communication 
méritent mieux que l'analyse dans un procès-verbal ; aussi 
l'assistance demande qu'ils soient publiés dans un article que 
M. Dechambre voudra bien écrire pour le Bulletin de la 
Société d'Acclimatation. 

L'ordre du jour porte un compte rendu sur la Capricullure 
en Russie, dont le Secrétaire a bien voulu se charger. 

Il résulte des écrits recueillis sur ce sujet qu'on ne s'est pas 
occupé de Chèvres en Russie avant 190 i. 

A cette époque, il y eut pour la première fois des Chèvres à 
une Exposition agricole, et celles-ci n'étaient qu'au nombre 
de deux. En 1910, à cette même Exposition, elles étaient 62 su- 
jets et les premiers prix ont été attribués à des Alpines fran- 
çaises et à des Nubiennes nées en France. 

L^ grand instigateur du mouvement en faveur de la Chèvre. 
en Russie, est M. de Gontcharoff, chambellan de l'Empereur et 
Président de la Société impériale d'Aviculture rurale. 

C'est par nos Bulletins qu'il a été renseigné sur la question 
qui l'intéresse aujourd'hui si vivement. 

liULL. SOC. NAT. ACCI.. l'IÎ. 1912. — 8 



1 1 =i BULLETIN DE LA SOCIÉTÉ NATIONALE D'ACCLIMATATION 

La personne qui paraît tenir un des premiers rangs parmi 
les amis de la Chèvre en Russie, est M me Marie Mamontoff, la 
femme d'un ingénieur des chemins de fer à Moscou. 

Cette personne, comme M me David en France, a rendu de 
singuliers services à la cause caprine et mérite à cet égard les 
encouragements de notre Société en raison de la bonne tenue 
de son troupeau et des résultats qu'elle en obtient. 

L'idée de propager l'espèce caprine en Russie en l'amélio- 
rant est si bien entrée aujourd'hui dans l'esprit public de ce 
pays, qu'il y a été créé, au cours de 1911, une Fédération de 
contrôle pour l'élevage caprin. Cette fédération emprunte une 
partie de son importance à son affiliation à la puissante Société 
impériale d'Aviculture rurale. 

Cette fédération est constituée par des groupements d'éle- 
veurs de Chèvres qui fonctionnent par district. Cette œuvre 
aura sa première maille de chaîne à Moscou même, où sont 
réunis les premiers amis de la Chèvre. Les membres de la Fédé- 
ration paient une cotisation de 3 fr. 50 par Chèvre adulte; 
de 2 fr. 50 par Bouc de race, et de fr. 60 par Chevreau élevé 
pour la remonte du troupeau. 

L'organe actif de la fédération est représenté par un contrô- 
leur appointé pour exercer la surveillance effective des trou- 
peaux placés sous sa juridiction. 

Le pouvoir administratif de la Fédération est représenté 
par un bureau nommé par l'assemblée des membres de la 
Société pour un an seulement. Il y a deux catégorie d'adhé- 
rents ; les titulaires et les candidats. Les premiers ont seuls 
voix délibérative et droit de vote dans les assemblées. 

Cependant les seconds sont représentés au Bureau de la 
Fédération, par deux délégués. Le bureau est composé de 
S titulaires, 2 candidats, 3 censeurs et le Président de la 
Société impériale d'aviculture rurale, qui est inamovible. 

Les membres du Bureau choisissent parmi eux un président, 
un vice-président, un secrétaire et un trésorier. 

Le Bureau a la haute main sur le contrôle et administre la 
Société. Ses opérations sont vérifiées par les censeurs et rati- 
fiées par l'assemblée générale des adhérents titulaires. Les 
comptes et rapports sont transmis en dernier ressort au Con- 
seil de la Société impériale d'aviculture rurale. 

La Fédération s'occupe, en choisissant l'époque favorable et 
en profitant des cours, de constituer des approvisionnements 






EXTRAITS DES PROCÈS-VERBAUX DES SÉANCES DES SECTIONS LIS 

de fourrage et autre nourriture pour la Chèvre, Où Ions les 
sociétaires pourront venir puiser avantageusement. 

Les questions intéressant l'amélioration et la sélection de la 
Chèvre sont étudiées par les membres du Bureau et les déci- 
sions mises seront mises en application par l'agent du contrôle 
qui visite les élevages et met les éleveurs au courant des 
méthodes instituées et de la manière de les pratiquer. 

Il visite chaque i'erme d'élevage au moins six fois par an. Il 
va jusqu'à déterminer les doses d'alimentation et mesure la 
quantité de lait obtenu. Il constate trois fois par an la teneur 
en beurre du lait de chaque Chèvre, tient les registres et les 
livres d'origine qui sont rattachés a ceux ouverts au siège de la 
Société. Il fait tous les ans un rapport particulier sur chaque 
élevage qu'il contrôle et un rapport général sur tous les élevages 
de son district. 

Il est intéressant également de relater rue l'Association 
peut acquérir des reproducteurs de race en vue de l'organisa- 
tion d'un élevage spécial de reproducteurs pour les besoins des 
élevages tenus par des sociétaires. 

Les ressources de la Fédération sont constituées par les coti- 
sations, par un subside du Gouvernement, par un subside du 
Conseil de Province, par un concours pécuniaire de la Société 
impériale d'Aviculture rurale qui patronne l'Œuvre et enfin 
par des dons particuliers. 

Ces ressources sont employées à payer les contrôleurs et 
tous les frais d'administration, à acheter tout l'outillage néces- 
saire pour la progression et le développement de l'œuvre, et 
pour faire une vigoureuse publicité en faveur de l'utilisation 
de la Chèvre pour le plus grand bien de l'hygiène et de l'intérêt 
économique de tout le monde. 

Il y a certainement, dans cette intelligente organisation, de 
puissants éléments de succès. 

Quand la Russie aura su mettre à profit l'œuvre que la 
Société nationale d'Acclimatation de France a élaborée de 
toutes pièces, en tant que documentation et constatations scien- 
tifiques, et que les autres pays auront imité la Russie, peut-être' 
qu'en France on finira par se décider également à faire quel- 
que chose, et ce sera surtout bon parce que cela viendra de 
l'étranger. 

•Le Secrétaire, 

.1. Crepin. 



J 10 BULLETIN DE LA SOCIÉTÉ NATIONALE D'ACCLIMATATION 

III- SECTION. — AQUICULTURE 

SÉANCE DL 11 DÉCEMBRE 1911. 

Présidence de M. Raveret-Wattel, Président. 

Lecture est faite du procès-verbal de la précédente séance, 
qui est adopté. 

M. Le Fort annonce qu'il a reçu d'Italie 80 Black-bass d'un 
an, en parfait état; il attire l'attention des membres de la 
Société, désireux de se procurer ce Poisson, sur les frais de 
transport qui majorent beaucoup le prix d'achat, relativement 
peu élevé. 

Il donne lecture d'une coupure du journal Le Temps du 
30 novembre 1911, signalant le départ de M. le professeur Gru- 
vel pour une nouvelle campagne d'études dans les eaux mauri- 
taniennes. Il y est suivi par huit bateaux de pêche bretons qui 
vont tenter, sur ses conseils, d'exploiter ces pêcheries si riches. 
La réussite de cette tentative ouvrirait à nos pêcheurs un nou- 
veau champ d'action d'autant plus intéressant que la pêche s'y 
pratique à d'autres époques qu'en France. 

M. Le Fort donne ensuite lecture de la note suivante : 

« A cause de la loi sur les fraudes, de nombreuses plaintes 
ayant été formulées contre la vente en France de petites 
Truites fumées à l'huile, qui n'ont de Truites que le nom, le 
Ministre de l'Agriculture chargea cet hiver notre collègue 
M. Cligny, directeur de la station aquicole de Boulogne-sur- 
Mer, de lui faire un rapport à ce sujet. 

« La réponse de M. Cligny fut catégorique. Non seulement 
les Truites vendues en boîte ne sont que de vulgaires Sprats, 
mais encore la Norvège nous inonde de petits tonneaux sur les- 
quels vous pourrez lire Anchois de Norvège; or, là aussi, il \ a 
tromperie sur la marchandise, ce ne sont que des Sprats. 

« L'Anchois [Engraulis enchrasicolus) est un Poisson de la 
Méditerranée, du golfe de Gascogne, rare en Bretagne, mais 
abondant dans le Zuyderzée. tellement rare en Norvège, que 
lorsqu'un heureux pêcheur en capture un par hasard, il le 
porte à un musée, certain que cette rareté zoologique lui sera 
payée un bon prix. 



EXTRAITS DES PROCÈS-VERBAUX DES SÉANCES DES SECTIONS HT 

« Ce que l'on pèche en grande quantité en Suède et en Nor- 
vège, c'est un petit Poisson fort médiocre, le Sprat. (Meletta 
vulgaris), que l'on cherche à vendre sous le nom de Sardine. 
Avant La promulgation de la loi sur les fraudes, beaucoup d<- 
hoiles de Sardines étaient vendues en France et elle ne conte- 
naient que des Sprats; depuis, les fraudeurs ne pouvant plus 
mettre le mot Sardines, ont tourné la difficulté en mettant Pois- 
sons choisis. 

« Notre collègue, M. Cligny a, fort judicieusement, démontré 
la grosse différence qui existe entre la Sardine et le Sprat. 

« La Sardine française, vendue en boîle, est une jeune Sar- 
dine, non adulte, dont le squelette n'est pas encore complète- 
ment ossifié, qui se digère fort bien; le Sprat, au contraire, 
reste petit, a un squelette dur, une chair fade et se digère 
mal. 

« Espérons donc que bientôt, la fraude étant découverte, les 
acheteurs ne seront plus trompés sur la qualité de la marchan- 
dise vendue. » 

M. Debreuil lit une lettre de M. Paris, attirant l'attention de 
la Société sur la nouvelle station aquicole Grimaldi, créée par 
M. le professeur Topsent et par lui-même, à Saint-Jean-de- 
Losne, près Dijon. Il montre l'intérêt qu'il y aurait à lui venir 
en aide et demande l'appui moral de la Société. 

M. le professeur Topsent, lors de la réunion du 40 e Congrès 
de l'Association française pour l'avancement des Sciences, a 
publié quelques documents sur la jeune station. (Dijon et la 
Côte-cTOr en 1911, t. III.) 

Il montre, en opposition avec le grand nombre de labora- 
toires maritimes français, le nombre si restreint de laboratoires 
pour l'étude de l'eau douce; trois Facultés seulement ayant 
organisé de semblables stations : Clermont Ferrand, Grenoble, 
Toulouse. La position de Dijon, très favorable à l'étude des 
régimes les plus variés, décida la Faculté des Sciences à fonder, 
a Saint-Jean-de-Losne, une station qui prit le nom de station 
Grimaldi, en reconnaissance d'un don généreux de S. A. R. le 
Prince de Monaco. 

La station est située entre le canal de Bourgogne et une gare 
d'eau en communication directe avec la Saône. Sa superficie est 
de 25 ares environ. Elle possède un immeuble de 16 X 10 mètres 
comprenant : salle d'aquariums, salle de travail, salles de col- 



1 18 BULLETIN DE LA SOCIÉTÉ NATIONALE D'ACCLIMATATION 

lections et diverses autres salles à aménager, ainsi qu'un ter- 
rain où sont creusés sept viviers et une oseraie pouvant servir 
à des agrandissements ultérieurs. 

L'outillage de la station est encore rudimentaire. La station 
a déjà reçu des dons et des subventions et elle sollicite actuel- 
lement de la Caisse des recherches scientifiques une allocation 
particulièrement destinée à permettre à M. Paris de continuer 
ses recherches sur l'Astaciculture. 

M. le D 1 ' Pellegrin, qui a assisté a l'inauguration de la station, 
et M. le professeur Roule montrent combien il est intéressant 
de seconder la station dans ses recherches, et la section émet le 
vœu suivant : 

Que la Société d'Acclimatation donne tout son appui à l'inté- 
ressante station aquicole tout récemment fondée à Saint-Jean- 
de-Losne grâce aux efforts de MM. Paris et Topsent, de Dijon. 

Elle attire tout particulièrement l'attention de M. le profes- 
seur Perrier sur l'intérêt qu'il y aurait à appuyer auprès de la 
Caisse des recherches scientifiques la demande de subvention 
adressée par M. Paris, afin de pouvoir installer les appareils de 
pisciculture indispensables. 

M. le D r Pellegrin annonce à In Société qu'il a reçu de 
M. Serre, consul de France à Montevideo, une lettre lui offrant 
de tenter l'envoi en France des Pesce rey vivants. Il s'est assuré 
le concours de M. le commandant de vaisseau Dupuy Fromy. 
M. Casartelli ou M. Lestaudi, de Bordeaux, pourraient entre- 
poser ces Poissons à l'arrivée, s'il y avait lieu. 

M. Debreuil présente, au nom de M. Gadeau deKerville, un 
Extrait du Bulletin de la Société des Amis des Sciences naturelles 
de Rouen, ayant trait au Laboratoire de Speléobiologie expéri- 
mentale d'H. Gadeau de Kerville à Saint-Paër. 

M. Kaveret-AYattel dépose sur le bureau la 2 e édition de 
son Traité de Pisciculture et du petit Atlas des Poissons de 
mer. 

M. Magaud d'Aubusson présente un ouvrage du D r Vital 
Brazil, directeur de l'Institut sérothérapique de Butantan (Bré- 
sil): Défense contre l'Ophidisme; il attire l'attention sur le 
Itachidclus Brazilii. Blgr., Serpent destructeur des Serpents 
venimeux, et, à ce titre, particulièrement utile. 

Au nom de M. Gruvel, M. le Secrétaire général dépose sur le 
Bureau de la Section : 



EXTRAITS DES PROCÈS-VERBAUX DES SÉANCES DES 3E i NS 119 

U Extrait des Annales de V Institut océanographique de Monaco: 
Mission (iruvcl sur la cùle occidentale d'Afrique 1909-1910. 
Révision des Langoustes; 

Le Bulletin of the Bureau of Fisherie. U. S. A., vol. XXIX. 
1909; 

Le Nalural llistory of the american Lobsler; 

Et le vol. XXX, 1910, des Developement of Sponges from 
dissociate tissue cells. 

M. Raveret-Wattel a réuni tous les documents qu'il a pu se 
procurer au sujet de l'élevage des Grenouilles aux l^tats-Unis. 
Il semble en résulter que probablement à cause de la difficulté 
qu'on éprouve à nourrir la jeune Grenouille aussitôt après sa 
métamorphose, aucun élevage véritable n'a réussi. Cette com- 
munication paraîtra au Bulletin. 

La Section procède ensuite au renouvellement de son bureau, 
pour l'année 1912. 

Sont élus : 

MM. Raveret-Wattel, président; 

Pellegrin, vice-président ; 

Despax, secrétaire. 

Le Secrétaire, 

Despax, 



IV e SECTION. — ENTOMOLOGIE 

SÉANCE DU 11 DÉCEMBRE 1911. 

Présidence de M. Clément, président. 

Le procès-verbal de la précédente séance est lu et adopté. 

M. le Secrétaire général donne lecture d'un mémoire sur 
« les années à Hanneton (cycle uranien) en décroissance depuis 
le commencement du siècle », paru dans le Bulletin de la 
Société zoologique de France, et dont l'auteur est M. Xavier Ras- 
pail. Notre collègue y signale la diminution progressive du 
Hanneton, d'après ses observations faites en 1901, 1904, 1907, 
1910, et dit qu'elle sera encore plus accusée en 1913. 



12(1 BULLETIN DE LA SOCIÉTÉ NATIONALE D'ACCLIMATATION 

M. Rivière adresse à la section la note suivante sur le Phlœ- 
tribus ficorum : 

« Le gros Thrips des Ficus, dit M. Rivière, continue ses 
ravages, principalement en pépinières, sur les jeunes plantes. 
Aussitôt qu'un bourgeon se développe, il est immédiatement 
attaqué et ne tarde pas à être détruit. J'estime que dans les 
pépinières du Jardin d'essai, pour les Ficus Isevigata, refusa, v. 
nitida et en général toutes les espèces à petites feuilles de ce 
groupe, la culture de ces plantes est devenue impossible; 
malgré tous les soins et l'emploi d'insecticides, les dégâts l'em- 
portent sur la lutte. 

« Sur les arbres qui étaient déjà forts ou âgés avant la 
première apparition de l'Insecte, les atteintes sont moins appa- 
rentes et ne paraissent pas nuisibles jusqu'à ce jour. 

« Quant au parasite de ce Thrips, la Punaise qui a été 
signalée comme devant l'anéantir rapidement, son action est 
absolument nulle. 

« Cet Insecte, connu aux Canaries, a été déterminé par notre 
collègue le D r Marcbal : il porte le nom de Montandoniella 
Moraguesi. » 

M. Rivière adresse aussi à la Section un autre mémoire sur 
la Pulvinaria canalicola. Cochenille polyphage, qui sera inséré 
in extenso au Rulletin. 

Enfin, notre collègue envoie également un piège à Insectes 
qui a été expérimenté au Jardin d'Essai d'Alger, et a donné 
de merveilleux résultats. 

« J'adresse à la Section, dit M. Rivière, un piège placé depuis 
cet automne et qui est absolument rempli d'Insectes divers 
capturés au Jardin d'Essai d'Alger. Tous ces pièges dressés en 
ce moment dans les arbres sont également pleins. 

« Ainsi que l'ai déjà écrit, les Insectes sont attirés par un 
ferment spécial que contient le récipient dans lequel ils se 
noient. 

< J'ajoute que depuis quelques années que j'emploie ce 
procédé, les Insectes ravageurs et autres ont diminué au Jardin 
d'Essai dans une grande proportion et que je peux observer 
maintenant la maturité de beaucoup de fruits qui. autrefois, 
n'arrivaient jamais à un complet développement ou alors 
étaient tarés ou peu présentables. 



EXTRAITS DES PROCÈS-VERBAUX DES SÉANCES DKS SECTIONS 121 

Il serait intéressant de rechercher si dans ce nombre incal- 
culable d'Insectes aux espèces différentes suivant les saisons, 
ne se trouvent pas les mâles ailés, souvent peu perceptibles, 
de tous ces Hémiptères si dangereux pour nos cultures. 

« Il y aurait peut-être aussi grand intérêt à étudier et à 
perfectionner ce principe de culture, basé sur l'attrait des 
ferments spéciaux pour la généralité des Insectes : on pourrait 
varier ce ferment suivant leurs mœurs et leurs goûts. L'agri- 
culture coloniale y trouverait certainement un moyen efficace 
pour lutter contre ces terribles propagateurs de maladies si 
nuisibles à l'homme et au bétail. » 

De l'avis de tous nos collègues, l'opinion émise par M. Rivière 
a sa valeur et le piège rempli d'Insectes corrobore son affirma- 
lion, mais ce procédé a le grand inconvénient, à notre point de 
vue, de rendre impossible l'examen et la détermination des 
Insectes capturés, car lesLepicoptère, Hyménoptères, Diptères, 
une fois tombés dans le liquide, se déforment rapidement et 
s'agglutinent les uns aux autres pour donner une masse infecte 

M. Clément remarque, du reste, que le Bulletin de la Sociéto 
nationale d Agriculture recommande depuis longtemps déjà 
foute solution visqueuse qui a la propriété bien connue des 
agriculteurs d'attirer tous les Insectes, et plus cette solution 
sera sucrée, plus on a de chances de succès. 

Pourquoi, demande M. Le Fort, un Insecte tombé dans un 
piège à moitié plein, ne retrouve-t-il plus l'ouverture de la 
bouteille? Aux patients naturalistes d'en rechercher la cause 
et de nous l'expliquer; contentons-nous, pour le moment de 
constater le fait. 

M. Garreta fait une communication sur son voyage aux îles 
Salvage et ses découvertes entomologiques. Ces deux îles, 
situées à 10 milles l'une de l'autre, sont très peu visitées par 
les bateaux, parce qu'elles ne se trouvent pas sur le passage 
des grandes lignes de navigation, et parce que les récifs dont 
elles sont entourées présentent un sérieux danger : du reste, 
les conditions de vie pour ses quelques habitants en font un 
séjour peu enchanteur. L'une d'entre elles, qui fut seule visitée 
par notre collègue, ne dépasse pas 2 kilomètres de diamètre; 
elle est d'une aridité désolante et d'accès très difficile; elle 
donne asile à des milliers d'Oiseaux qui viennent y nicher. Un 



122 BULLETIN DE LA SOCIÉTÉ NATIONALE D'ACCLIMATATION 

banquier portugais, M. Machado, acheta cette île et y installa 
quelques ouvriers et pécheurs qui cherchent à en cultiver une 
partie ; d'une remarquable habileté comme marins, ils se nour- 
rissent surtout de Poissons et de Lapins qui, importés depuis 
longtemps, y ont pullulé. 

Ces Lapins se différencient des nôtres par une petitesse exces- 
sive. 

M. Garreta fait passer sous nos yeux la récolte d'Insectes 
qu'il eut la chance de capturer; c'est d'abord Hegetes tristis qui 
dut certainement être importé des Canaries; Amara a f finis; 
Sphodrus leucophtalmus, qui se trouve partout où habite 
l'homme, Dolicaon Paivai; Dermestes vulpinus, probablement 
importé de Madère; Blaps gigas, un Helops leacorkianus ; 
un Cymindis paivana, Hegetes latebricola, ces trois derniers 
sont tout à fait particuliers à cette île, ainsi que le Dolicaon; un 
seul Lépidoptère Bryophila S imonyi fut capturé, et la question 
se pose de savoir comment cette chenille peut vivre alors 
qu'il n'existe que des Lichens, quelques rares Phanérogames, 
enfin un Diptère, Lanopticus seleneticus, et un Orthoptère com- 
plètent la faune de cette île. 

M. Mailles demande comment des milliers de Lapins peu- 
vent vivre dans une île de si petite dimension, privée de 
toute plante nutritive. M. Garreta n'a pas pu faire d'observa- 
tions précises, mais suppose que les lichens entrent dans la 
nourriture de ces animaux. 

M. Chappellier présente à la Section une Tinéide, Aphomia 
sociella, sortie d'un nichoir d'Oiseaux; le couvercle de ce 
nichoir adhérait si complètement à la partie inférieure qu'il 
fallut de violents efforts pour l'en séparer, la matière aggluti- 
nante sécrétée par VAphomia interceptait toute ouverture et 
rendait le nichoir inutilisable; M. Clément explique que ce fait, 
si rare soit-il, a son analogie dans les nids souterrains des 
Hyménoptères, où VAphomia se développe facilement; d'après 
certain entomologiste du midi, ce joli petit Lépidoptère aurait 
même une préférence marquée pour les bibliothèques, et la 
reliure des livres recèlerait quantité de larves de ces Papil- 
lons. Quoi que l'on puisse penser de ce fait, M. Clément a 
recueilli l'agglomération de cocons pris sur le nichoir de 
M. Chappellier, une quarantaine d'adultes en sont sortis, que 
l'on n'a malheureusement pas pu faire reproduire. 






EXTRAITS DES PROCÈS-VERBAUX DES SÉANCES DES SECTIONS 12-'{ 

M. Magaud d'Aubusson désirerait connaître le moyen 
d'empêcher la propagation de cette Tinéide dans les nichoirs; 
aux patientes recherches de nos amis de nous renseigner, car 
M. Clément ne nous offre que des palliatifs bien incertains : 
visiter souvent les nichoirs et nettoyer avec soin, YAphomia 
ayant les mêmes mœurs que les autres Tinéides qui vivent 
dans les excréments des Oiseaux nocturnes. Il ne faut pas 
oublier que les Tinéides éclosent à des époques bien diffé- 
rentes, et quelques visites ne suffisent pas pour parer à tout 
dégât. 

M. Mailles a constaté, ces jours derniers, un fait réellement 
anormal; il a recueilli dans son jardin, sur des feuilles de 
Choux, des chenilles de la Piéride à différents âges ; cette 
Piéride, que tous les agriculteurs connaissent pour leur mal- 
heur, a des tailles bien diverses, et notre collègue est forcé- 
ment' porté à croire que les éclosions ont eu lieu à une époque 
récente; or, la Piéride n'a que deux générations : l'excessive 
chaleur que nous avons subi cet été, et la douceur exception- 
nelle de ce commencement de décembre auraient-elles amené 
une troisième génération, la chose est possible; nos collègues 
voudront bien nous dire s'ils ont eu l'occasion de constater 
semblable anomalie. A ce sujet, quelques-uns des membres font 
remarquer, que, même en plein hiver, quand le soleil paraît, cer- 
taines Vanesses sortent des trous des murailles où elles hivernent 
et volent quelques heures, mais ceci n'a rien que de très ordi- 
naire, les Vanesses passant fréquemment l'hiver dans un état 
d'engourdissement pour reprendre leur vol aux premiers beaux 
jours. 

M. Chappellier ayant observé que, dans certains jardins de 
l'Orléanais, les paysans suspendaient une coquille d'ceuf sur 
un piquet fiché en terre, leur en demanda la raison et fut fort 
surpris d'apprendre que c'était un procédé commun employé 
pour attirer les Piérides qui alors déposaient leurs œufs sur 
cette coquille. M. Magaud d'Aubusson fit la même remarque 
en Picardie, mais nos deux collègues seraient fort désireux de 
savoir si réellement la blancheur d'une coquille suffit pour 
attirer ces Piérides. 

M. le Président attire l'attention sur ce fait que la Piéride 



124 BULLETIN DE LA SOCIÉTÉ NATIONALE D'ACCLIMATATION 

du Navet a, elle aussi, deux générations, et que pour ces In- 
sectes chacune se différencie par la nervure plus claire ou plus 
foncée, à tel point qu'on a pu se demander longtemps si ce ne 
sont pas là des espèces différentes; la question se résout, selon 
toute probabilité, par la négative, car on admet généralement 
aujourd'hui que c*est bien une seule et même espèce. 

Il est procédé aux élections pour le renouvellement du bureau, 
pour 1912. 

Sont élus : 

Président : M. Clément. 
Vice-Président : M. Marchai. 
Secrétaire : M. Foucher. 
Délégué aux récompenses : M. Marchai. 

Le Secrétaire, 
G. FOUCHER. 



VI e SECTION. - - COLONISATION 

SÉANCE DU 18 DÉCEMBRE 1911. 

Présidence de M. le I> r Aclialme, vice-président. 

Le secrétaire donne lecture du procès-verbal de la séance 
précédente, qui est adopté. 

M. Bret fait une communication sur les principales causes 
de non-résistance du Funtumia elastica aux saignées. 

M. Bret rappelle brièvement l'état de la question . Le Funtu- 
mia elastica, ou Arbre à caoutchouc d'Afrique, se cultiverait 
aisément dans plusieurs régions assez étendues de l'Afrique 
occidentale, mais l'incertitude persiste en ce qui concerne la 
pratique des saignées, auxquelles l'arbre est d'une sensibilité 
bien connue. Aucune des méthodes employées ne paraît four- 
nir de garanties suffisantes pour la conservation de l'arbre, 
sauf peut-être les saignées par incisions verticales au sujet 
desquelles il y aurait cependant bien des réserves à faire . 

Pour résoudre le problème, M. Bret s'est attaché avant tout 
à s'expliquer les raisons pour lesquelles le Funtumia ne paraît 



EXTRAITS DES PROCÈS-VERBAUX DES SÉANCES DES SECTIONS 123 

pas devoir résister aux saignées. Ses recherches, poursuivies 
sur une plantation de Funtumia à la Cote d'Ivoire, tendent à 
prouver qu'il faudrait imputer cette faible résistance, non seu- 
lement aux blessures graves que l'on est amené à causer à 
l'arbre, mais aussi à la faculté très remarquable qu'il possède 
de vider très facilement ses laticifères; cette faculté procéde- 
rait d'une structure anatomique spéciale des tissus et, aussi, 
d'une grande fluidité du latex, lequel aurait également la pro- 
priété de ne pas s'épaissir à l'air. 

En tout état de cause, cette faculté permet de réduire consi- 
dérablement l'importance des blessures et c'est ce que M. Bret 
avait déjà démontré dans un premier mémoire publié dans nos 
Bulletins n° 8, 9, 10 et 11 de l'année 1911. 

De plus, les laticifères se vidant très facilement, il en résul- 
terait qu'à la suite d'incisions très importantes comme en pra- 
tiquent les Nègres, l'arbre se trouverait brusquement débar- 
rassé d'une grande partie de son latex, et mis, par suite, dans 
des conditions biologiques défavorables, de nature à entraîner 
son dépérissement. 

Partant de ces données, il serait facile d'imaginer des sys- 
tèmes méthodiques d'extraction de latex spéciaux an Funtumia. 

M. le Président remercie M. Bret de sa communication, qui 
sera insérée in extenso dans le Bulletin, et donne la parole à 
M. À. Baudon, administrateur des Colonies en Afrique occiden- 
tale française, pour parler du Funtumia au Congo. 

Dans la plus grande partie du Congo, on ne rencontre pas le 
Funtumia, ou, du moins, il y est assez rare, car souvent les indi- 
gènes, par jalousie, et pour empêcher que l'Européen ne vienne 
se fixer chez eux, détruisent tout ce qui, aux yeux de ce der- 
nier, peut présenter un certain intérêt industriel ou commer- 
cial ; le Funtumia est classé comme tel. Néanmoins, on le 
trouve encore en abondance dans certaines régions, notam- 
ment au Moyen-Congo où existent des peuplements denses. 
Les divers essais entrepris pour créer de nouvelles plantations, 
n'ont pas donné des résultats bien satisfaisants. Ceci tient à 
ce que les compagnies qui exploitent le caoutchouc dans cette 
colonie, quoique tenues de planter une certaine quantité de 
plantes à caoutchouc (150) par tonne de caoutchouc exporté (1\ 



[i) Régime commercial du Cougo. 



126 BULLETIN DE LA SOCIÉTÉ NATIONALE D'ACCLIMATATION 

ne sont pas documentées sur la méthode à appliquer ou l'es- 
sence à planter. 

Les plantations en terrains nus n'ont rien donné, car le Fun- 
lumia est une plante de sous-bois. De plus, dans certaines ré- 
gions, il eût été préférable de planter de Y Hevea, qui a, à son 
avantage, une plus grande vitalité. 

M. Baudon conclut en disant que, pour planter le Funtumia, 
il faut débrousser des bandes de forêt et laisser les grands 
arbres qui donnent l'ombre nécessaire à la croissance des 
jeunes plantes. Il suffirait de quelques soins pendant la pre- 
mière année pour empêcher la brousse d'étouffer les sujets et 
assurer la réussite de la plantation. 

M. Bret souhaite la création de stations d'essais spéciales 
aux arbres à caoutchouc, absolument indispensables pour ré- 
soudre ces diverses questions. 

M. Baudon dit que, dans le Congo belge, l'administration a, 
depuis longtemps, fait des essais méthodiques dans cette voie. 

M. Debreuil signale les avantages que les plantations en 
mélange d' Hevea et de Funtumia pourraient offrir si l'on s'en 
rapporte aux éléments qui viennent d'être présentés. 

M. Lemarié émet l'opinion de la nécessité d'une élude des 
laticifères dans le Funtumia, pour arriver à résoudre le pro- 
blème de la saignée. 

M. Baudon fait ensuite une communication sur l'huile de 
Raphia. 

On croit généralement que l'huile de palme importée sur les 
marchés d'Europe provient exclusivement du Palmier à huile 
(Flœis guineensis). Le Congo, qui en exporte de grandes quan- 
tités, posséderait relativement peu d' F lads, mais, par contre, 
serait riche en peuplements importants de Raphia ': R. textilis, 
Webr, R. Sesede Wild, et plusieurs autres espèces, non déter- 
minées. 

L'huile de Raphia, quoique étant un peu plus colorée que 
l'huile d' Elseis, a la même valeur, quand elle est bien préparée, 
elle est mélangée avec cette dernière et vendue sous son nom. 

Il serait peut-être bon de pousser au développement de cette 
exploitation, car le Raphia produit presque autant que VElxis 
et est adapté à certaines conditions de milieu qui excluent 
VEleeis. 






EXTRAITS DES PROCÈS-VERBAUX DES SÉANCES DES SECTION- 127 

M. le Président prie M. lîaudon de renseigner les membres 
présents sur la valeur des territoires que nous abandonnons 
au Congo. 

Les cessions qui sont faites, dit-il, empiètent sur les trois 
colonies du groupe de l'Afrique Ëquatoriale française. 

Au Gabon, il s'agit d'une bande de terrain bordant la Guinée 
espagnole et le Cameroun, bande de superficie relative, mais 
qui nous fait perdre le cours de la rivière Muny, à l'embou- 
chure de laquelle les Allemands ne manqueront pas de faire un 
port commercial qui leur est nécessaire dans cette région. 
Pour eux, ce point a une importance plus grande que pour 
nous qui possédions tout à côté Libreville, où une vaste rade 
permet de créer un très beau port. La partie abandonnée est 
habitée par des tribus pahouines turbulentes et peu travail- 
leuses ; elle est riche en bois de toutes sortes : okoumé, acajou, 
ébène, en graines oléagineuses et aussi en caoutchouc d'excel- 
lente qualité. 

Dans le Moyen-Congo, la partie cédée est de beaucoup plus 
importante, car elle englobe tout le bassin de la rivière Sanhga 
et le cours supérieur des rivières Ibenga, Motaba et Lobaye. 
Au point de vue de leur valeur, il y a lieu de diviser ces terri- 
toires en deux zones ; d'une part, celle qui va de l'embouchure 
de la Sangha à Ouesso, qui comprend une région basse et ma- 
récageuse à faible population et de peu de valeur; d'autre part, 
au-dessus d'Ouesso, un pays plus élevé, dont les habitants sont 
nombreux et les produits de toutes sortes, caoutchouc, ivoire, 
bois, graines oléagineuses, troupeaux, abondent ; cette der- 
nière région était la plus riche et la plus productive de tout le 
Congo. 

Au Chari-Tchad, nous abandonnons aussi un pays riche, 
surtout par l'élevage et la population assez dense. Dans les 
territoires qui restent à la France, il existe encore des régions 
vastes et riches ; il nous appartient de les mettre en valeur. 

La section procède ensuite au renouvellement du bureau 
pour 1912; sont réélus : 

Président : M. A. Chevalier; 
Vice-président : M. le D r Acualme; 
Secrétaire : M. Rouver; 
Délégué aux récompenses : M. le D r Acualme. 

Le Secrétaire, 

M. RoUYER. 



BIBLIOGRAPHIE 

Destruction des insectes et autres animaux nuisibles, 
Par Fabbé Fou cher. 

Avec sa compétence habituelle, M. Clément a conçu et écrit 
un livre simple, peu volumineux et cependant le plus complet 
des traités actuellement parus. Le plan de l'ouvrage en montre 
à lui seul la valeur, car il fait voir que, malgré la place limitée, 
135 pages, l'auteur n'est pas tombé dans l'erreur commune, 
qui consiste à développer beaucoup les parties les plus impor- 
tantes, soit généralement les plus connues, et laisser dans 
l'ombre celles qui le sont moins. En voici les divisions princi- 
pales : 

I. — L'Insecte, sa vie, son anatomie. 

II. — Méthodes diverses de destructions; classées selon un 
mode très simple et contenant tous les procédés et formules 
expérimentés jusqu'à ce jour. 

III. — Insectes et autres Articulés nuisibles. — Cette liste 
est classée par ordre alphabétique, par noms français et latins, 
et contient, pour chaque Insecte, le procédé efficace de des- 
truction. 

IV. — Insectes groupés d'après les plantes auxquelles ils 
nuisent. 

V. — Animaux nuisibles autres que les Articulés. 

Grâce à ce classement, voilà un livre utile et pouvant servir 
à tous et dans tous les cas, soit lors de la découverte d'un para- 
site, soit lors de la découverte du dégât commis par celui-ci, le 
tout écrit dans une langue simple et claire. Par son prix mo- 
dique, ce livre, nécessaire aux agriculteurs et aux amateurs 
de jardins, est à la portée de toutes les bourses. Souhaitons 
longue vie à ce petit livre, qui est édité par la librairie 
Larousse, et remercions M. Clément de l'avoir écrit. 



Le Gérant : A. Maretheix. 



Paris. — L. Maretheux, imprimeur, I, rue Cassette. 






OBSERVATIONS SUR L'ÉLEVAGE DES FAISANS 
ET LEUR CANTONNEMENT 

Par ED. BÉJOT 

Vice-Président de la Société centrale des Chasseurs. 

Depuis quelques années, l'étude des migrations des Oiseaux 
a fait d'intéressants progrès. L'idée d'attacher une bagne aux 
migrateurs fut l'occasion, pour la science ornithologique, de 
découvertes intéressantes; telle la nidification des Bécasses, 
dans toute la moyenne et méridionale Europe ; tel, le cas de 
cette Grue à laquelle on mit une bague en Allemagne et qui fut 
retrouvée au Cap de Bonne-Espérance ; tel encore, le cas de 
2 Râles, bagués à Aberdeen, en Ecosse, et tués à Naillat, dans 
la Creuse. 

Cet ingénieux procédé pouvait-il s'appliquer aux observations 
à recueillir sur la manière dont se cantonne le gibier dans les 
chasses gardées? C'est ce que M. P..., membre de la Société 
Centrale des Chasseurs, eut l'idée d'essayer d'une façon particu- 
lière et que nous étudierons tout à l'heure. 

Tout le monde sait comment se pratique l'élevage dans les 
chasses intensives. 

Vers l'a fin de la saison, en novembre ou décembre, généra- 
lement au moment où les poules vivent le plus souvent sépa- 
rées des coqs, il est procédé à la reprise des Faisans pour 
assurer la production d'oeufs en faisanderie, du printemps sui- 
vant. 

Je ne m'étendrai pas sur les divers modes d'élevage que l'on 
emploie. Le procédé le plus usité consiste à mettre les poules 
en faisanderie dans des parquets, en conservant dès le mois de 
mars un coq par lot de 6 poules. Les œufs sont recueillis à 
raison de 6 à 8 par poule, soit environ 40 par parquets. Une 
fois ces œufs recueillis, on ouvre les portes et les poules s'en 
vont fonder dans les taillis d'alentour une famille nouvelle 
appelée communément recoqueiage. 

La seconde manière consiste à avoir un espace de taille jeune 
de un hectare environ, entouré d'un assez haut grillage 
(2 mètres). 

Là sont lâchées les poules entravées et un seul coq dont le 
chant fera connaître au voisinage la présence du harem. 

BULL. SOC. NAT. ACCL. FK. 1912. — 9 



130 BULLETIN DE LA SOCIÉTÉ NATIONALE D'ACCLIMATATION 

Les coqs d'alentour viennent alors du dehors et entrent en 
relation avec les désenchantées prisonnières dans l'entourage. 

De petits endroits herbus sont ménagés dans le taillis et, 
chaque jour, le garde recueille les œufs pondus. 

Après une récolte basée sur le chiffre de 6 à 8 œufs par poule, 
les entraves sont retirées et le parquet ouvert. Les poules 
vont alors comme il est dit ci-dessus faire un nouveau nid. 

Il y a aussi le procédé de M. Dannin, qui ressemble à celui 
décrit plus haut, et plusieurs autres encore sur lesquels il est 
inutile de nous étendre. 

Revenons à cette chasse de M. P..., propriétaire en Sologne 
d'un territoire étendu sur lequel il procède à un élevage ration- 
nel, portant sur plus de mille Faisans par saison. 

Chaque année M. P... regarnit sa faisanderie avec un certain 
nombre de sujets capturés sur les limites du territoire. S'inspi- 
rant du système de bagues dont nous parlions plus haut, il eut 
l'idée de mettre à la patte des coqs et des poules des bagues de 
couleurs différentes suivant les cantons où les Oiseaux avaient 
été repris. Il relâcha ensuite au printemps coqs et poules 
selon la coutume. 

En examinant le gibier tué aux battues, il s'aperçut que les 
coqs étaient retournés à leur canton de l'année précédente, 
répondant en cela à l'instinct de localisation reconnu chez tous 
les Oiseaux. 

Mais, par contre, il observa que les poules ne suivaient pas 
la même règle et s'attachaient, au contraire, aux pas du sultan- 
choisi. 

Cette expérience fut renouvelée plusieurs années de suite et 
chaque observation enregistrée avec soin. 

Dès lors plus de doute, c'est le coq qui cantonne et non la 
poule. 

Désirant naturellement suivre le bon principe de tout pro- 
priétaire de chasse, qui consiste à condenser ses Oiseaux 
autour du point convenable, ramenant toujours de la péri- 
phérie au centre, il choisit des coqs du centre pour des poules 
capturées à la périphérie. 

Dès lors les Faisans s'éloignèrent beaucoup moins chez lui 
que .sur d'autres territoires et le total du gibier tué a augmenté 
de notable façon. 

Ce procédé réussit parfaitement, et, depuis, tous ses imita- 
teurs obtinrent eux aussi un excellent résultat. 



PUL VIN A RI A CA NA LICOL \ 
(Cochenille polyphage) 

Par C. RIVIÈRE. 

Les feuilles et les écorces du Ficus macrophylla paraissent 
être la nourriture préférée par cette Cochenille qui y vit à l'état 
permanent. Cependant elle est également commune sur des 
Solanées et souvent sur des Auranliacêes. 

On la trouve à la face inférieure des feuilles et en colonie sur 
les grosses branches. Par moments son invasion est intense et 
redoutable surtout quand elle s'étend sur les oranges, où elle 
pend en loques laineuses. 

J'ai assisté, il y a quelques années, à une curieuse invasion 
de cette Cochenille et j'en décris sommairement ici la marche 
envahissante qui a son intérêt, en ce sens que l'Insecte succé- 
dait à un autre dont il prenait presque complètement la place. 

Une petite orangerie du Jardin d'Essai, sise dans de mauvaises 
conditions, en bas-fonds, mal aérée et fatiguée par le voisinage 
de très grands arbres, avait feuilles et fruits recouverts par 
VAspidiotus Ficus, vieille Cochenille que j'ai toujours connue 
en Algérie, mais qui y a été signalée comme nouvelle, il y a 
quelques années : nouvelle certainement pour ceux qui la 
voyaient pour la première fois. Cependant cette Cochenille, 
trouvée depuis longtemps dans le bassin méditerranéen, était 
déjà figurée dans le magnifique atlas de 0. Penzig, Rome, 1887 
{Annales de V agriculture). 

Or, brusquement, sur l'orangerie en question, alors occupée 
par VAspidiotus Ficus, qui semblait y régner en maître, lui 
succéda le Puloinaria canalicola, revêtant feuilles et fruits de 
sa matière laineuse, refoulant le premier occupant et réduisant 
sa multiplication. 

Le Pulvinaria est dangereux pour les Orangers parce qu'il 
envahit les fruits au moment de leur formation, qu'il les 
recouvre d'une couche laineuse, floconneuse, très développée 
et pendante, qui abrite les Insectes dont les succions répétées 
atrophient le fruit, ou produisent sur lui de larges taches jau- 
nâtres qui souvent entraînent sa pourriture. D'autres fois le 
fruit se crevasse, se dessèche et tombe. 



132 BULLETIN DE LA SOCIÉTÉ NATIONALE D'ACCLIMATATION 

A cet état de la vie de la Cochenille, les insecticides sont bien 
peu efficaces, car le revêtement laineux, cireux et poisseux qui 
la protège ne peut être entamé et l'Insecte continue à se déve- 
lopper malgré les pulvérisations. Pour agir avec quelque effica- 
cité, il faut appliquer des traitements répétés, bien appropriés ; 
mais, en pratique, ils deviennent très coûteux et ne donnent 
pas toujours des résultats complets. 

Cependant des pulvérisations par pression d'un liquide 
composé de carbure de calcium, additionné de nicotine, de 
capsicine ou d'autres éléments toxiques laissant sur le fruit 
une matière pulvérulente qui s'attache aux organes des jeunes 
Insectes, gène leur locomotion et est parfois un obstacle à leur 
succion. 

En réalité, le Pulvinaria canalïcola est une Cochenille à 
grande extension, mais par périodes seulement, et souvent elle 
reste localisée sur quelques végétaux. Son danger réside, cer- 
taines années, dans son attaque rapide des fruits en formation. 
Sur les grands arbres, comme les gigantesques Ficus, elle vit 
à l'état permanent en nombre plus ou moins considérable, 
suivant les années et les situations : les parties inférieures les 
plus étouffées, les plus abritées, les plus chaudes sont propices 
à sa propagation. Il faut ajouter que l'année chaude et sèche a 
été favorable à cette propagation qui jusqu'à ce jour est restée 
localisée. Il sera intéressant d'en suivre la diffusion, si elle se 
produit. 

En résumé, en temps ordinaire, sur les gros arborescents et 
sur les espèces qui ne portent pas de fruits, l'action de cette 
Cochenille est à peu près nulle ou peu apparente, mais il n'en • 
est pas de même sur les jeunes plantes. 



ÉNUMÉRATION DES PLANTES 
CULTIVÉES PAR LES INDIGÈNES EN AFRIQUE TROPICALE 

ET DES ESPÈCES NATURALISÉES DANS LE MÊME PAYS 

ET AYANT PROBABLEMENT ÉTÉ CULTIVÉES A UNE ÉPOQUE 

PLUS OU MOINS RECULÉE 

Suite (1). 
Par Aug. CHEVALIER 

Sapotacées. 

Chrysophyllum africanum A. DC. — Spontané dans la forêt 
delà Côte d'Ivoire. Ce grand et bel arbre est planté dans les 
villages du Bas-Dahomey et cultivé pour ses fruits comestibles. 

Synsepalum dulcificum (Schum et Thonn.j Engler. — Spon- 
tané dans les forêts de l'Ouest africain. Les fruits de ce petit 
;irbre ont une saveur très agréable et se vendent sur les mar- 
chés du Bas et du Moyen-Dahomey. Dans cette colonie, le Syn- 
sepalum est fréquemment planté dans les villages, depuis la 
côte, jusqu'à Abomey et Zagnanado. 

Butyrospermum Parkii Kotschy. — Spontané dans la zone 
soudanaise de l'Ouest et du Centre africain. En beaucoup de 
régions les Karités sont aménagés en magnifiques vergers 
autour des villages, notamment dans le Soudan français, dans 
le Haut-Dahomey, dans la Nigeria du Nord. Les indigènes ne 
les ensemencent pas, mais ils conservent les pousses qui sor- 
tent des racines traçantes, ou les jeunes plants qui naissent des 
graines perdues. 

Ebénacées. 

Diospyros mespiliformis Hochst. — Spontané en Afrique tro- 
picale en dehors de la forêt. Cet ébénier, dont le bois ne noir- 
cit qu'après la mort de l'arbre, fournit un fruit comestible de la 
taille d'une cerise. C'est pour cette raison que dans certaines 
régions (Soudan nigérien, Bas-Dahomey) on entretient quelques 
individus dans les villages. 

(1) Voir Bulletin, l" r et 15 février 1912. 



134 bulletin de la société nationale i)'acclimatation 

Apocynées. 

Landolphia senegalensis Kotschy et Peyr. — Spontané en 
Afrique occidentale française. Quelques exemplaires atteignant 
parfois des dimensions énormes, sont conservés autour des 
villages du Moyen-Soudan français à cause de leurs fruits 
comestibles. 

Landolphia Heudelotii A. DC. — Liane à caoutchouc spon- 
tanée en Afrique occidentale. A l'instigation de l'Administra- 
tion, les indigènes de certains cantons du territoire français 
ont fait quelques timides plantations, notamment dans la 
Haute-Guinée française et au Soudan, dans les cercles de Bou- 
gouni, Bobo-Dioulasso et Sikasso. Les premières ont été com- 
mencées en 1898, mais ce n'est qu'après 1904 qu'elles se sont 
multipliées. La plupart ont été abandonnées ou sont détruites 
par les feux de brousse. 

Landolphia otvariensis Pal. Beauv. — Liane à caoutchouc 
spontanée dans une grande partie de l'Afrique tropicale, spé- 
cialement dans les régions de forêt vierge. Quelques plantations 
indigènes bien modestes ont été faites depuis 1906 en certains 
points de la Côte d'Ivoire, mais cette essence ne peut pas être 
considérée comme entrée dans la culture indigène. 

Strophanthus hispidus A.P.DC. — Spontané dans l'Ouest 
africain. En plusieurs des régions que nous avons visitées, 
cette liane est cultivée en grand et forme de véritables petits 
vergers à travers les champs. Nous avons vu pratiquer ce 
genre de cultures notamment dans la région de Bobo-Dioulasso, 
et à l'ouest du Mossi au Soudan français, dans la région de 
Djougou et chez les Baribas dans le Ïïaut-Dahomey. Dans ces 
contrées, les indigènes se servent des graines pour empoison- 
ner leurs armes de guerre et leurs armes de cbasse. Malgré les 
circulaires de l'Administration ordonnant, dès 1898, de détruire 
toutes les plantations de Strophanthus, il en reste encore beau- 
coup dans les régions mentionnées ci-dessus; mais comme les 
indigènes ne font plus guère usage d'armes empoisonnées, 
ces plantations finiront par disparaître. 

Funtumia elasiica (Preussj Slapf. — Arbre à caoutchouc. 
Spontané dans les forêts vierges de l'Afrique occidentale et de 
l'Afrique centrale. Des plantations très restreintesont été faites 
depuis quelques années en certains villages de la Côte d'Ivoire. 
Des plantations indigènes beaucoup plus importantes existent 



PLANTES CULTIVÉES EN AFRIQUE TROPICALE I .'{;'» 

dans les Colonies anglaises de la Gold-Coast el de la Nigrria 
dn Sud. 

Lochnera rosea (L.) Reichb. — Pervenche de Madagascar. 
Probablement originaire des Antilles. Aujourd'hui naturalisé 
sur les côtes de l'Ouest africain ; observé par nous en abon- 
dance depuis le Sénégal jusqu'au Congo. Les indigènes ne font 
aucun usage de cette plante et sont étrangers à son acclimate- 
ment. 

ASCLÉPIADÉES. 

Omphalogonus calophyllus Baill. — Connu à l'état spontané 
en plusieurs régions de l'Afrique tropicale. Cultivé sur les clô- 
tures entourant les cases dans plusieurs villages du Bas- 
Dahomey. La tige fournit des fibres employées pour la fabrica- 
tion des cordes et des filets de pêche. 

Caralluma Decaisneana (Lemaire) N.E.Br. — Spontané dans 
la zone sahélienne du Sénégal au Soudan nigérien. Comme 
la plupart des plantes charnues, cette plante est considérée 
comme fétiche par les indigènes; je l'ai trouvée plantée à l'an- 
gle d'un champ de mil dans la région de Djougou (Haut- 
Dahomey), pour éloigner le mauvais sort. 

LOGANIACÉES. 

Strycluws spinusa Lamk. — Spontané dans la zone des 
savanes en Afrique tropicale et à Madagascar. Fruit de la 
taille d'une orange à pulpe comestible. En quelques points du 
Soudan nigérien et du Haut-Chari, nous avons vu quelques 
exemplaires conservés comme arbres fruitiers. 

BORRAGINÉES. 

Cordia plalythyrsa Baker. — Spontané dans la forêt vierge 
de l'Afrique tropicale. Souvent planté au milieu des villages à 
la Côte d'Ivoire et dans la Haute-Guinée, comme « arbre à 
palabres ». Le bois est employé pour faire des tamtams. 

Cordia Myxa L. — Origine asiatique. Planté et naturalisé 
.dans beaucoup de villages de la Haute-Guinée française et du 
Soudan nigérien. Se retrouve aussi sur l'emplacement des 
anciens villages détruits par Samory. Le fruit très gluant est 
comestible, mais les indigènes emploient aussi l'écorce du 
tronc pour faire des cordages. Cette essence devait être autre- 
fois cultivée dans la Boucle du Niger. 



136 BULLETIN DE LA SOCIÉTÉ NATIONALE D'ACCLIMATATION 

Cordia Mannii C. II. Wright. — Spontané au Cameroun. 
Souvent planté dans les villages du Moyen-Dahomey comme 
« arbre à palabres ». 

Convolvulacées. 

Jpomœa Batatas Lamk. — Patate originaire probablement de 
l'Amérique tropicale. Cultivé actuellement chez la plupart des 
peuplades de l'Afrique tropicale, où Ton observe plusieurs 
variétés fixées. 

Solanées. 

Solanum macrocarpon L. — Cultivé autour des habitations 
pour ses fruits jaunes, amers, comestibles (cuits), et pour ses 
feuilles mangées en guise de brèdes. Guinée française. Côte 
d'Ivoire, Bas-Dahomey, spécialement dans les régions fores- 
tières. Origine inconnue. Parfois naturalisé en Afrique tropi- 
cale. 

5. Naumanni Engler. (=S. Pierreanum Pailleux et Bois). — 
Fréquemment cultivé par les Noirs pour ses petits fruits amers 
employés comme condiments. Guinée française, Cùte-d*Ivoire. 
Dahomey, Congo. Origine inconnue. Paraît s'hybrider avec les 
espèces voisines. 

Solanum œihiopicum L. — Fréquemment cultivé au 
Sénégal, au Soudan, en Afrique centrale. Ne se naturalise pas, 
Présente de nombreuses variétés. Origine inconnue. On 
mange le fruit mûr et les feuilles. 

Solanum nodiflorum Jacq. — Fréquemment naturalisé 
avec les apparences d'une plante spontanée en Afrique tropi- 
cale, mais parfois aussi la plante est cultivée (Haut -Niger, 
Bas-Dahomey) pour ses feuilles, qui se mangent cuites et sont 
vendues sur les marchés. 

Solanum distichum Schum. (=S. olivare Pailleux et Bois). 
— Plante cultivée dans les régions forestières : Côte d'Ivoire, 
Dahomey, Congo, pour ses fruits servant de condiments. 
Origine inconnue. 

Solanum an omnium Schum. — Plante naturalisée dans le 
sud du Soudan, en Guinée française. Parfois cultivée à la 
Côte d'Ivoire. Fruits rarement employés, mais pouvant être 
substitués à ceux de l'espèce précédente. 

Solanum Melongena L. — Fréquemment cultivé par les 
indigènes dans les régions entières, mais ne pénètre pas loin 



PLANTES CULTIVÉES EN AFRIQUE TROPICALE 13't 

dans l'intérieur (Sénégal, Guinée française, Côte d'Ivoire, 
Dahomey). Serait originaire de l'Asie tropicale. Nous n'avons 
observé en Afrique tropicale que la var. inerme Hiern. 

Solarium betaceum Cav. (== Cyphomandra beiacca Cav.).— 
Originaire du Pérou et du Mexique. Nous avons rencontré 
l'espèce naturalisée à l'île de San-Thomé (à Lagua-Amélia 
vers 1.200 mètres d'altitude), mais elle ne nous est pas 
connue sur le continent. Elle serait à répandre, car elle produit 
un gros fruit sucré et acide à saveur rappelant la cerise. 

LycopersicumesculentumWdl.var. cerasif 'orme (Duual) A. Ch,ev . 
— Origine américaine. Aujourd'hui naturalisé dans la plupart 
des pays de l'Afrique tropicale. La plante a été répandue par 
les Européens au fur et à mesure de la pénétration du conti- 
nent noir. Celte variété cerasiforme est sans nul doute dérivée 
du Lycopersicum esculentum à fruits à côtes qui est la seule 
variété que les Européens transportent avec eux. Cette mutation 
est complète dès la deuxième génération pour les plantes aban- 
données à elles-mêmes et croissant dans les lieux vagues et 
sur les décombres autour des villages indigènes. 

Phy salis peruviana L. (= P. edulis Sims). — Originaire de 
l'Amérique du Sud. Introduit depuis une quinzaine d'années 
dans les jardins européens. En plusieurs régions du Congo et 
jusque dans le Haut-Oubangui, la plante s'est naturalisée dans les 
postes et s'est même répandue dans quelques villages indigènes. 

Capsicum frutesesns L. — Originaire de l'Amérique tropicale. 
Fréquemment cultivé spécialement dans les zones de savanes. 
Souvent naturalisé autour des villages. Se rencontre parfois 
dans les forêts vierges avec les apparences d'une plante spon- 
tanée, mais dans cette station il ne vit que sur l'emplacement 
des villages ou des anciennes cultures. 

Capsicum annuumL. — Originaire de l'Amérique. Cultivé 
surtout dans la zone des forêts vierges et dans les territoires 
avoisinants. Manque dans la zone soudanaise. A l'encontre de 
l'espèce précédente, qui n'a pas varié, celle-ci présente un 
très grand nombre de variétés fixées. 

Capsicum annuum L. var. ovoideum Finger. — Assez répandu 
en mélange avec le type précédent, spécialement à la Côte 
d'Ivoire et au Dahomey. 

Capsicum abyssinicum A. Rich. — Origine inconnue. N'est 
probablement qu'une race de l'espèce précédente, avec laquelle 
elle est cultivée en quelques points de la Côte d'Ivoire. 



L38 BULLETIN DE LA SOCIÉTÉ NATIONALE D'ACCLIMATATION 

Capsicum cordi forme Mill. — Origine américaine. Parfois 
cultivé par les indigènes, spécialement sur le littoral ou à 
proximité des postes de l'intérieur, d'où les semences sont 
probablement sorties. 

Pal ura fastuosa L. — Origine américaine. Une race à fleurs 
doubles, d'un violet foncé est parfois naturalisée autour de 
certains points de la côte occidentale d'Afrique. A la Côte 
d'Ivoire, elle remonte jusqu'à plus de 100 kilomètres de la côte 
et elle paraît avoir été répandue par les indigènes dans un 
grand nombre de villages. C'est une plante ornementale, mais 
elle n'a pas d'usages. 

Pâtura alba Nées. — Origine américaine. Nous avons observé 
quelques plants de cette espèce naturalisés dans les mêmes 
conditions que l'espèce précédente à Fort-Binger (Côte d'Ivoire). 
Wright indique de nombreuses localités pour cette espèce en 
Afrique tropicale et spécialement dans la Basse-Guinée (cf. FL 
oftrop. Africa, IV 2 , p. 257). 

Nicotiana Tabacum L. — Origine américaine. Manque 
complètement ou ne se rencontre que rarement dans la zone 
soudanaise. Existe par contre dans presque tous les villages de 
la zone des forêts. La culture et la préparation du Tabac fourni 
par cette espèce constitue une véritable industrie en beaucoup 
de régions, notamment au Baoulé (Côte d'Ivoire), dans la 
région du Djougou (Dahomey), dans le pays Batéké (Congo). 

Nicotiana Tabacum L. var. brasiliensis Cornes. — M. E. 
De Wildeman signale cette variété en plusieurs points du Congo 
belge et notamment dans le pays Azandé. 

Nicotiana rustica L. — Origine américaine. C'est l'espèce 
principalement cultivée dans la zone soudanaise, depuis le 
Sénégal jusqu'au Ouadaï. Elle donne lieu à un grand commerce 
dans le Fouta-Djalon et le Kouranko (Guinée française), dans 
la vallée du Moyen-Niger (Soudan français), dans la Nigeria du 
Nord. Cette espèce n'est pas cultivée dans les villages de la 
forêt vierge africaine. 

BlGNONIACÉES. 

Newboulia Isevis Seem. — Spontané en Afrique tropicale. 
Par suite de la facilité avec laquelle les branches de cet arbuste 
se bouturent, il est fréquemment employé pour faire des clô- 
tures, notamment à la Côte d'Ivoire. 

A suivre. 



EXTRAITS 
DES PROCÈS-VERBAUX DES SÉANCES DES SECTIONS 



I re SECTION. — MAMMIFÈRES 

SÉANCE DU 8 JANVIER 1912 

Présidence de M. Trouessart, président. 

Le procès-verbal de la séance précédente est lu et adopté. 

M. Pays-Mellier annonce à la Société qu'il a reçu des Zèbres 
de Bohm, les plus merveilleux de tous, dit-il. 

Il attend en outre des Cerfs de Virginie, des Kangourous et 
des Tapirs. 

M. Pichot fait une communication sur l'Ondatra et sur son 
élevage en Amérique. La peau de cet animal sert à fabriquer la 
fourrure connue sous le nom de « Loutre d'Hudson ». Cette 
communication sera insérée in extenso au Bulletin au sujet du 
régime alimentaire de l'Ondatra. 

M. Raveret-Wattel fait remarquer que, bien qu'omnivore, 
l'Ondatra, animal aquatique, se nourrit volontiers de Poissons 
et qu'on doit prendre des précautions particulières contre les 
méfaits qu'il pourrait causer dans les bassins et les étangs. 

M. Dechambre adresse à la Société une note sur tes pendelo- 
ques chez la Chèvre et quelques autres animaux domestiques. Les 
pendeloques se rencontrent surtout chez la Chèvre, mais parfois 
aussi chez les Moutons, les Porcs et chez la Vache. 

Ces organes sont parfois constitués par un repli de la peau 
renfermant un peu de tissu conjonctif. 

Mais il arrive quelquefois que leur structure soit plus com- 
pliquée. On y rencontre alors un cartilage élastique, des fais- 
ceaux musculaires, des muscles peaussiers, des nerfs provenant 
de la seconde paire cervicale et du grand hypoglosse, enfin des 
artères et des veines. 



140 BULLETIN DE LA SOCIÉTÉ NATIONALE D'ACCLIMATATION 

Les pendeloques dérivent de la partie inférieure de la 
seconde fente branchiale et sont, par conséquent, embryogéni- 
quement homologues au pavillon de l'oreille. 

Ces organes ne semblent se rencontrer que chez les animaux 
domestiques, remarque déjà faite par Darwin. 

M. Raveret-Wattel lit un article extrait du journal « l'Accli- 
matation », relatant les essais de domestication de l'Eléphant 
africain, qui ont été récemment tentés au Congo belge par le 
commandant Laplume. 

Les chasseurs se procurent de jeunes animaux ne dépassant 
pas l m 20 de taille. Le jeune Eléphant est séparé de sa mère, 
ligoté pendandant un certain temps, puis amené à la ferme de 
dressage. L'éducation est assez rapide. La domestication de 
l'Eléphant d'Afrique serait chose bien désirable. Elle résoudrait 
définitivement la question du portage indigène et permettrait 
l'exploitation plus active des régions ou la Mouche tsé-tsé 
exerce ses ravages sur les bêtes de somme ordinaires. 

On annonce également l'envoi par le gouvernement belge 
d'une mission aux Indes à l'effet d'y étudier les procédés de 
dressage de l'Eléphant, utilisé de temps immémorial dans ce 
pays. 

M. Trouessart offre à la Société un article paru dans la 
Nature » sur le Guépard chasseur. La ménagerie du Muséum 
possède un Guépard très doux et bien apprivoisé qui peut être 
conduit en laisse comme un Chien. S'étant trouvé un jour en 
présence d'un couple de Gnous enfermés dans leur parc, il prit 
aussitôt l'attitude caractéristique du Chat à l'affût et fit mine de 
se jeter sur la grille qui le séparait de ces animaux qu'il consi- 
dérait évidemment comme une proie. 

Ce fait est bien remarquable si l'on se rappelle que les Gnous 
en question, nés en captivité, n'avaient jamais vu de Guépard 
et que celui du Muséum provient d'une région où les Gnous 
sont inconnus. 

Le Secrétaire, 

Max Kollmann. 



EXTRAtTS DES PROCÈS-VERBAUX DES SÉANCES DES SECTIONS 111 

(Sous-section d'Études caprines.) 
SÉANCE DU 22 DÉCEMBRE 1911 

Présidence de M. le comte d'OrfeuilIe, président. 

Notre Section d'études caprines tient aujourd'hui sa der- 
nière séance après avoir fonctionné sous ce titre spécial pen- 
dant près de six ans. 

Son œuvre a continué celle de la Section de Mammalogie qui 
a ouvert, de longue date, l'ère des recherches sur l'espèce 
caprine. C'est même cette dernière qui a le mérite d'avoir 
défriché le terrain de ce domaine d'économie rurale, et sa 
peine n'a pas été perdue puisque les pages nouvelles qu'elle a 
apportées à l'histoire naturelle de la Chèvre ont soulevé un tel 
intérêt qu'elles ont pu provoquer un mouvement d'opinion. 
Elles pouvaient d'ailleurs se prévaloir de l'approbation offi- 
cielle de l'Académie de Médecine, comme de celle des Sociétés 
savantes les plus autorisées. 

Ce préambule est nécessaire pour montrer nos affinités avec 
la section de Mammalogie et pour faire ressortir la logique de 
notre retour à cette Section, après nous en être séparés pour 
poursuivre pendant quelques années la même tâche sous une 
autre étiquette, celle de « Sous-Section d'Etudes caprines »,que 
les circonstances nous engageaient à prendre. 

Cette mesure nous a été, en effet, dictée par les intérêts de 
notre Œuvre dès le commencement de l'année 1900. Elle avait 
pour objet de contrebalancer par l'autorité de son titre, mar- 
quant bien le caractère de ses travaux, l'influence qu'allait 
exercer une société d'un esprit essentiellement différent du 
nôtre, mais se réclamant de nos noms, de nos travaux et de 
nos idées pour arborer une enseigne intéressante au-dessus 
d'une simple exploitation commerciale. 

Notre section d'Etudes caprines, sous le pavillon de la Société 
nationale d'Acclimatation, était le lieu sûr où pouvaient se 
grouper tous les vrais amis de la Chèvre que nos théories 
avaient pu séduire et qui comptaient travailler avec nous pour 
le bien commun et la réussite de nos idées. 

L'autre société, la société d'affaires, n'ayant eu que le succès 
qu'elle méritait, s'est éteinte progressivement, et sa disparition 



142 BULLETIN - DE LA SOCIÉTÉ NATIONALE D'ACCLIMATATION 

rend dès lors inutile notre maintien comme sous-section 
d'Etudes caprines. 

Voilà pourquoi tout spontanément nous reprenons mainte- 
nant notre ancienne place à la Section de Mammalogie. 

Elle n'a d'ailleurs pas à regretter de nous avoir laissés pen- 
dant quelques années livrés à nos propres moyens ; nous lui 
apportons un bagage digne de celui qui reste à son acquis et 
sur lequel nous avons édifié le nôtre. 

11 faut dire que le Président de la Société Nationale d'Accli- 
matation n'a pas cessé pendant ces années d'émancipation de 
nous accorder sa sollicitude toute particulière et des encoura- 
gements multiples et constants. 

C'est grâce à sa faveur que nous avons pu nous honorer de 
collaborations très recherchées qui ont rehaussé la valeur de 
nos travaux et nous ont permis de mettre au point, avec toute 
l'autorité désirable, des questions importantes de zootechnie 
caprine. Mous avons pu, en effet, mettre à contribution pour 
l'étude de ces questions la compétence, les conseils et les 
lumières des professeurs d'Alfort, du Muséum et des Facultés. 

Nous devons notamment à M. le professeur Dechambre une 
méthode de points pour l'appréciation des qualités de race de 
la Chèvre, et le concours de ce savant nous a été également très 
précieux pour déterminer dans la forme scientifique les carac- 
tères propres à chaque race connue et classée. 

L'espèce caprine va donc pouvoir, comme les autres ani- 
maux de la ferme, être soumise à des procédés rationnels de 
sélection qui permettront de l'améliorer dans sa nature, de la 
classer dans les concours et de lui donner ainsi une plus-value 
économique qu'elle n'aura jamais connue en France. 

Il faut mentionner également qu'un livre d'origine pour les 
Chèvres a dé institué au siège de notre Société. Ce contrôle 
n'est évidemment pas parfait, mais il le deviendra avec le 
temps. Nous avons fait de notre mieux pour commencer. 

Jusqu'à présent nous n'avons pu vérifier la qualité ei l'au- 
thenticité des animaux que d'après leurs photographies et les 
déclarations des intéressés. Ces sortes d'inscriptions auront 
plus d'autorité plus lard lorsqu'elles pourront être admises sur 
le vu d'un certificat établissant que les animaux ont été primés 
à des concours par un Jury compétent el présentant ainsi 
toutes les garanties désirables. 

Les expériences poursuivies sur les troupeaux de nos socié- 



EXTRAITS DES PROCÈS- VERBAUX DES SÉANCES DES SEl riOiNS 1 Ï'S 

taires nous onl fait constater des succès et des mécomptes, 
mais ces résultats opposés n'en restent pas moins comme un 
recueil d'enseignements dont nous ferons profiter la commu- 
nauté des éleveurs. 

Si nous savons pertinemment que des troupeaux de cent cin- 
quante têtes, importés de partout, des pays les plus lointains 
et des climats les plus divers, se comportent admirablement en 
stabulation constante, à Paris comme ailleurs, et y donnent 
leur maximum de rendement, nous avons appris par contre 
que le régime du pâturage, en dehors de la région sèche et 
montagneuse, dans les prairies irriguées en plaine ou en 
coteau, le long et aux abords des cours d'eau, s'est montré 
néfaste pour les troupeaux caprins. 

L'explication de ces faits nous a été donnée par M. le pro- 
fesseur Moussu, qui, dans une série de conférences, a bien voulu 
nous résumer ses travaux si remarquables sur les entozoaires. 

La Chèvre est particulièrement exposée à l'envahissement 
de ces parasites qu'elle ingère en broutant, mais si elle est en 
montagne ou en stabulation, elle leur échappe et peut déve- 
lopper toutes ses facultés. 

Nous savons donc aujourd'hui d'une façon précise, par les 
communications que M. Moussu nous a faites spécialement 
sur la Chèvre, la cause de la baisse subite du produit, des 
naissances malvenues, de l'état de dépérissement et enfin de la 
destruction de certains troupeaux pourtant de races excellentes 
et placés dans les conditions de vie qui donnent le bien-être 
aux autres animaux de la ferme. 

Un autre savant qui s'est beaucoup occupé de nos troupeaux 
contaminés, et qui, avec M. Moussu, a cherché les moyens de 
conjurer le mal, nous a vivement intéressés en nous entrete- 
nant de la vie, des mœurs et des espèces de tous ces ténébreux 
ennemis de la Chèvre ; je veux parler du D 1 ' Bruinpt, professeur 
agrégé à la Faculté de médecine. 

Les articles que ce parasitologue distingué a publiés dans 
notre Bulletin formeront un document à garder précieusement 
dans nos archives pour y puiser souvent, 

Sur les parasites de la classe des Insectes, nous avons pu faire 
notre plus grand profit des intéressantes consultations que 
nous ont données avec une bonne grâce inlassable nos aimables 
et savants collègues MM.Trouessart, professeur au Muséum, et 
Blanchard, professeur à la Faculté de médecine. 



I i ï BULLETIN DE LA SOCIÉTÉ NATIONALE D'ACCLIMATATION 

Enfin la question de la fièvre de Malte, tant controversée au 
cours de ces dernières années et qui a fait un si grand mal à la 
réputation de la Chèvre, a été réduite à ses justes proportions. 
Que la Chèvre ait été un des principaux agents de propagation 
de la contagion, nous l'admettons absolument, mais ce qu'il est 
important d'affirmer, et M. le professeur Vincent, de l'Académie 
de médecine, l'a fait avec beaucoup d'autorité et sur nos ins- 
tances, c'est que cette maladie n'est pas d'essence caprine et ne 
peut donc apparaître chez la Chèvre d'une façon spontanée. 

Dans ce débat sont, d'ailleurs, intervenus en faveur de la 
Chèvre la plupart des savants déjà cités et en particulier le 
D r Tanon, chef de laboratoire de M. Wurtz, qui nous a fait sur 
la fièvre de Malte une conférence d'un très grand effet. 

Notre œuvre a donc été féconde et nous sommes aujourd'hui 
en mesure de tracer à l'industrie caprine une voie qui la con- 
duira certainement au succès. 

Nous sommes loin de nier et nous déplorons même amère- 
ment certains mécomptes gravement ressentis par plusieurs 
de nos collègues qui, confiants dans nos déclarations, ont voulu 
donner l'exemple d'une exploitation industrielle de la Chèvre. 

Ils sont arrivés trop tôt et surtout à l'heure inopportune. 

A ce moment, de gros intérêts pesaient sur la réussite des 
grandes entreprises de lait stérilisé industriellement, auxquel- 
les les notabilités officielles du corps médical, dans un but 
absolument légitime et louable, avaient donné les plus grands 
encouragements en leur assurant la clientèle de l'administra- 
tion des hôpitaux et de tous les établissements de l'Assistance 
publique. 

Tout le public faisait crédit à ce régime institué avec tout 
l'appareil de la science. 

La lutte contre un pareil courant, ne demandait pas seule- 
ment la valeur des armes qui de notre côté était incontestable, 
mais la persévérance dans l'effort et le nombre pour le' sou- 
tenir. 

La faillite, puis la chute des laits stérilisés à haute pression 
et la reconnaissance officielle de la valeur hygiénique du lait 
cru de la Chèvre, ont donné le plein succès à nos idées, mais ce 
résultat précieux n'a pu profiter à ceux qui ont complètement 
épuisé leurs moyens dans la lutte. Il ne reste acquis que pour 
ceux que l'industrie caprine viendrait à tenter dans l'avenir. 



EXTRAITS DES PROCES-VERBAUX DES SEANCES DES SECTIONS l'l."> 

Nous n'avons parlé là que des champions qui se sont mesurés 
sur le terrain de l'exploitation industrielle. Ceux qui se sont 
maintenus sur le terrain de l'élevage n'ont pas été moins 
éprouvés par les pertes subies dans leur troupeau; seulement 
pour ces derniers le dommage ne provenait pas de la défaveur 
publique, mais de la méconnaissance des règles d'hygiène 
spéciales que réclame la nature du Caprin, règles que nous 
connaissons maintenant à fond et dont l'enseignement, nous ne 
saurions trop le répéter, conjurera désormais le danger que 
court un troupeau nourri aux champs. 

Si les échecs des précurseurs ont intimidé ceux qui voulaient 
les suivre, il est certain que ces derniers, à la réflexion et en 
connaissant bien les causes des mauvais effets, finiront par se 
décider à marcher. 

Il en aura été de la question caprine, comme de toutes les 
branches de l'activité humaine, le progrès s'y sera accompli en 
faisant des hécatombes de victimes animales et en demandant 
à ses partisans souvent de très gros sacrifices. 

Tous ces champions de la Chèvre méritent le témoignage 
public de notre reconnaissance pour leur dévouement et leur 
participation vigoureuse à notre œuvre. 

Il nous faut d'abord signaler à la sympathie de tous le 
baron de Guerne et M me Noël Valois. 

M. de Guerne a été notre premier président à la Sous-section 
d'études caprines; le tour de son esprit, l'aisance de sa parole, 
son zèle à l'œuvre, enfin le choix qu'il savait faire des sujets de 
nos délibérations, ont imprimé à nos séances une grande allure 
de vie et d'activité. 

M. de Guerne, frappé par la maladie a été obligé de s'éloigner 
momentanément de nous; mais nous espérons le voir repren- 
dre, bientôt, sa place à la Société. 

Quant à M me Valois, qui a puissamment aidé à la formation 
de notre groupement, qui était avec nous à l'inauguration de 
notre Sous-section le G avril 19015 et a suivi avec zèle nos pre- 
mières séances, la mort l'a ravie à l'affection des siens et de ses 
nombreux amis à la fin de cette même année 1906. 

Sa ferveur pour la cause que nous soutenons, la spontanéité 
et l'à-propos de ses initiatives, la grande influence dont elle 
disposait dans tous les milieux de la société où on larecherchait 
pour le charme de son esprit et l'ingénieuse bonté de son 

BILL. SOC. NAT. ACCL. FR. 1012. — 10 



146 BULLETIN DE LA SOCIÉTÉ NATIONALE D "ACCLIMATATION 

cœur, nous donnent la mesure de la force dont aurait disposé 
notre œuvre s'il nous avait été accordé de la conserver parmi 
nous. 

Nous saluons, avec émotion, la mémoire de cette femme de 
bien. 

Citons ensuite, tout particulièrement, parmi les plus zélés 
défenseurs de la Chèvre, qui ont constitué, à titre d'exemple, 
d'importants troupeaux, M. et M me Caucurte ; nos collègues 
ont payé un dur tribut à des idées généreuses, nous devons les 
remercier, ici, publiquement, de leur effort. 

Enfin, nommons le D 1 Grand, le capitaine Tolet, M. La- 
marque, la comtesse de Lameth, le duc d'Auerstaedt, le D r Ber- 
nard de Roubaix, M. Bertone, M me David, M mi Nattan, M. de 
Gontcharoff, M. Joubert, M me Mamontoff, M. G. Leroy, etc., etc. ; 
la liste en est trop longue pour que nous puissions les désigner 
tous par leur nom ; qu'ils nous permettent de louer simplement 
leur zèle, sous le couvert de l'anonymat. 

Il ne suffit pas de rendre hommage au mérite de l'œuvre 
accomplie, il faut également songer à son achèvement, à son 
extension et à sa mise en pratique. 

La tâche, du reste, n'a rien perdu de son attrait et les ques- 
tions qu'elle recèle sont encore d'un très bel intérêt. 

Avant de clore notre dernière séance, nous pourrions chercher 
une de ces questions à mettre à l'ordre du jour de la section de 
Mammalogie à laquelle nous allons appartenir désormais. 

Nous savons que l'espèce humaine se divise en trois grandes 
races qui se partagent les trois parties du Vieux-Monde. 

En Europe, nous plaçons la domination de la race blanche 
dont la chevelure est brune ou blonde, fine ou ondulée. L'Asie 
est le pays de la race jaune aux cheveux noirs longs et raides. 
Enfin l'Afrique est le berceau de la race noire à la tête laineuse 
et crépue. 

Ne serait-il pas intéressant de connaître si l'espèce caprine 
ne pourrait pas classer ses origines dans les mêmes conditions? 

Nous n'avons parlé que des trois parties du Vieux-Monde 
parce qu'il paraît établi que la Chèvre n'existait pas dans le 
Nouveau-Monde et on ne trouve en Océanie que les iypes 
caprins des races importées. 

Il nous resterait donc à chercher si l'origine de nos races 
caprines ne pourrait pas se déterminer, comme pour l'espèce 



EXTRAITS DES PROCÈS-VERBAUX DES SÉANCES DES SECTIONS 147 

humaine, d'après la nature du pigment dermique et celle du 
système pilaire. 

Si nous faisons état de l'opinion universelle qui veut que 
l'espèce caprine soit indigène des hauts sommets, nous devons, 
dans chaque partie du Vieux-Monde, rechercher parmi les 
massifs montagneux, celui dont le système serait assez étendu 
et de conditions climatériques assez spéciales pour influencer 
les caractères morphologiques des espèces qui y vivent au 
point de les marquer d'un cachet particulier les différenciant 
des espèces similaires des faunes d'ailleurs. 

Si nous trouvons dans ce massif important des aggloméra- 
tions de Chèvres d'un type bien homogène marquant ainsi leur 
commune origine, il semble présumable qu'il y ait là le berceau 
d'une race caprine ou la souche de plusieurs races. 

La Chèvre d'Europe. — En Europe, des chaînes de mon- 
tagnes, d'étendue importante, se rencontrent dans beaucoup 
de parages, mais le massif des Alpes l'emporte de beaucoup sur 
tous les autres. C'est donc là qu'on est tenté de placer l'habitat 
originel de la Chèvre authentique d'Europe. 

Cependant le problème posé, la solution est embarrassante à 
dégager, car que d'influences étrangères sont venues là adul- 
térer le type caprin aborigène, aux époques des migrations ! 

Qui saurait discerner les caractères que pouvait avoir le type 
original, au milieu des troupeaux disparates, hétéroclites qui 
parcourent nos montagnes de France du Massif central aux 
Pyrénées, des Vosges jusqu'à l'extrémité des régions alpestres? 
Comment dégager de ces matériaux impurs la substance 
propre à la reconstitution de la Chèvre qui régnait en Europe 
avant les invasions? 

Ce poil long, demi-long ou ras, ces pelages aussi divers de 
couleur que de nature, ces conformations variées qui appa- 
raissent avec intermittence au hasard dans la descendance 
d'une même famille caprine, indiquent l'alliage multiple, inco- 
hérent, le mélange peut-être de toutes les races du monde. 

Ce serait peine perdue que de tenter une sélection sur ces 
animaux abâtardis pour en sortir un type original avec descen- 
dance fixée. On a vu à cet égard les résultats misérables des 
éleveurs caprins de Belgique, dont les troupeaux ont précisé- 
ment cette bigarrure remarquable. 

Cependant, à l'écart des grands passages et des lieux fré- 



liS BULLETIN DE LA SOCIÉTÉ NATIONALE D'ACCLIMATATION 

quentés du massif des Alpes, sur les sommets perdus où la 
vie est rude comme le climat, où le touriste ne fait que passer 
pour avoir vu, on trouve des Chèvres d'une conformation par- 
faite, d'une taille superbe et de caractères morphologiques 
absolument identiques. Les sujets sont cornus dans une forte 
proportion, mais tous ont leurs appendices frontaux développés 
de la même façon, c'est-à-dire de forme droite, ronde, légère- 
ment arquée en arrière et bien parallèle, contrairement à ce 
que l'on observe dans les autres races caprines chez lesquelles 
les cornes sont plus ou moins contournées et plutôt aplaties. 

Le pelage de ces animaux est très différent d'aspect, mais le 
poil en est ras, et de même nature. L'Alpine se donne le luxe 
d'une livrée multiple, mais celle-ci a bien son caractère spécial 
par la disposition des teintes et des dessins. 

Cette Chèvre se distingue donc des autres races par une 
pigmentation dermique et par une nature de poil et de corne 
qui lui sont propres, et ces caractères sont remarquables puis- 
qu'ils affectent vigoureusement la descendance de tous les 
caprins de sang différent qui se croisent avec cette Alpine de 
race. 

C'est là, sans doute, le type le plus voisin delà Chèvre autoch- 
tone d'Europe et c'est en même temps le plus précieux, puis- 
que aucune Chèvre du monde ne dépasse l'Alpine pour l'apti- 
tude laitière. 

Ce qui est également caractéristique dans sa physionomie 
intelligente et éveillée, c'est la forme assez développée de son 
mufle, qui est l'indice d'une bonne mangeuse, détail important 
chez une espèce animale dont la production doit se mesurer 
aux quantités qu'elle est capable d'absorber. 

Il est bien entendu que nos affirmations n'ont rien d'absolu. 
Nous trouvons en France, ailleurs que dans les Alpes, des trou- 
peaux qui ont quelque homogénéité et ne ressemblent pas â 
ceux dont nous avons décrit la décadence, mais ceux-là mêmes 
ressemblent beaucoup aux troupeaux d'Alpines, surtout en ce 
qui concerne la couleur du pelage et la nature du poil et de 
la corne. 

La seule restriction que Ton puisse Caire en indiquant l'Alpine 
comme type de la Chèvre d'Europe, c'est de dire qu'elle appar- 
tient spécialement à la zone tempérée. 

Nous trouvons, en effet, au nord, dans le massif Scandinave, 
une race caprine, dont l'expression de la tète peut rappeler 



EXTRAITS DES PROCÈS-VERBAUX DES SÉANCES I>KS SECTIONS 149 

celle de l'Alpine, mais qui diffère essentiellement de celle-ci 
par sa robe à 1res long poil, d'un noir de jais à lavant-train, el 
blanccomme neige sur toute la partie postérieure de l'individu. 
Les cornes sont également de forme dissemblable et le corps 
est plus ramassé que celui de l'Alpine (1). 

Ce bel animal nous est surtout familier parce qu'il en existe 
de nombreux troupeaux dans le Haut- Valais, en Suisse, où il a 
été importé à une date déjà ancienne. 

JNous avons également en Europe la Maltaise, mais fortuite- 
ment, et c'est bien plutôt le produit d'un métissage constant 
qu'une race caprine réellement formée. Ses éléments de forma- 
tion sont d'ailleurs de race exotique et ne peuvent être envi- 
sagés pour le moment dans notre discussion. 

La Chèvre d'Afrique. — Si malgré nos efforts le critérium de 
la Chèvre d'Europe est resté un peu vague, celui delà Chèvre 
d'Afrique se précisera davantage. 

Celle-ci se caractérise nettement par le brillant de sa robe 
aux tons chauds et francs. La Chèvre d'Afrique s'habille comme 
les négresses, de couleurs criardes et voyantes. Sa tête est plus 
large et plus courte que celle de l'Alpine; son chanfrein affecte 
souvent la forme convexe avec pommettes saillantes sous des 
yeux d'expression plus sombre elplus douce. Ses membres fins, 
son cou gracile lui donnent une sveltesse et une légèreté remar- 
quables. Son poil court et luisant ne mêle ses couleurs qu'en 
taches nettes et arrondies qui ne rappellent en rien les rayures 
et les tons lavés et dégradés de la robe d'une Alpine. 

Les cornes du caprin africain sont grêles, plates et d'allure 
hélicoïdale. L'oreille n'a plus le cornet ferme et mobile de la 
Chèvre d'Europe, l'appareil auditif s'alourdit pour tomber tout 
à fait chez certaines races d'Afrique. 

Pour placer l'habitat originel de la Chèvre d'Afrique, le regard 
cherche le massif montagneux le plus important et s'arrêterait 
volontiers sur le massif d'Abyssinie, qui renferme les plus 
hautes altitudes. Dans ce cas, la Chèvre qui formerait dans ce 
pays la souche de toutes les autres de la même zone, serait la 

(1) Sur deux crânes de Chèvre provenant de fouilles dans les couches de 
l'époque préhistorique, en Europe, on remarque, nous apprend M. le pro- 
fesseur Dechambre, que les cornes sont de disposition dissemblable d'un 
crâne à l'autre : sur l'un elles montent parallèlement comme chez l'Alpine, 
chez l'autre elles s'écartent en s'allongeant. 



• 



150 BULLETIN DE LA SOCIÉTÉ NATIONALE D'ACCLIMATATION 

Nubienne, connue d'ailleurs de temps immémorial pour sa 
remarquable productivité. 

Nous admettons donc que l'influence de la Nubienne domine 
toutes les races d'Afrique classées comme animaux domestiques. 
Nous trouvons de ses caractères accusés dans la race du Fouta 
Djalon, dans celles de Sokoto et enfin dans la belle Chèvre 
maure qui, par des contacts que nous n'avons pas encore pu 
préciser, aurait donné naissance à la race élégante de Murcie. 
Celle-ci aurait, en effet, été importée en Espagne par l'invasion 
mauresque. 

Nous ne perdons pas de vue cependant qu'il y a en Afrique 
des races caprines qui n'ont pas la livrée éclatante des Chèvres 
que nous venons de nommer et pourraient dès lors contredire 
notre prétention de juger sur ce titre l'authenticité d'un caprin 
d'Afrique. 

11 n'y a, en effet, rien de pareil dans la robe fauve, rappelant 
la livrée d'Europe de la Chèvre naine qui, d'après Brehm, aurait 
son origine aux sources du Nil, près des monts Kenia et Kili- 
mandjaro. Seulement cette petite Chèvre commune qui vit 
plutôt à l'état sauvage dans tous les parages d'Afrique où on la 
rencontre, porte dans la forme de ses cornes la marque de son 
origine africaine tout comme la Nubienne. 

11 y a également dans la chaîne de l'Atlas des multitudes de 
Chèvres de physionomie uniforme et par conséquent de race 
certaine. 

Ce caprin vulgaire connu sous le nom de race Arabe n'a, en 
aucune façon, les caractères d'une Chèvre d'Afrique; mais est- 
elle bien originaire de l'Afrique? En tout cas, elle a rodé partout 
à la suite des Arabes, pour dégrader dans les pays où elle a 
séjourné les races locales appartenant à son espèce. C'est ainsi 
qu'on la trouve tout le long de la côte septentrionale de l'Afrique 
et à l'est jusqu'à Obock. 

Son poil allongé, ses cornes en spirale feraient supposer une 
provenance asiatique que confirmerait encore sa physionomie 
moutonne et la cassure de ses oreilles par le bout. 

C'est peut-être cette Chèvre ambulante qui a gale nos trou- 
peaux méridionaux de France; elle nous aurait, dans cette 
hypothèse, envahis par la Corse et l'Algérie, puis encore et 
surtout par l'Espagne à l'époque des invasions arabes dont elle 
formait les troupeaux d'approvisionnement. 



EXTRAITS DES l'ROCÈS-VERBAl \ DES SÉANCES DES SECTIONS lui 

La Chèvre d'Asie. — Dans l'immense massif montagneux 
qui encercle le grand plateau central de l'Asie et qui compte 
parmi ses pics les plus élevés les monts Altaï et Ilimalaïa, nous 
avons la certitude qu'il existe un centre caprin plus considé- 
rable qu'en aucune autre partie du monde. 

Les cuirs, les toisons et les tissus de luxe qui sont des pro- 
duits de la Chèvre et qui sont originaires de ces lieux sont 
connus du commerce universel. 

Il n'est pas douteux qu'il y ait là le berceau primitif de peut- 
être toutes les races caprines d'Asie. 

Les principales que nous connaissions sont appelées com- 
munément les unes, Chèvres de Mongolie, les autres, Chèvres 
du Thibet. 

Les Mongoliennes nous fournissent une fourrure d'un gris 
clair bleuté très en vogue dans tous nos grands magasins de 
nouveautés, et les Thibétaines donnent leur fin duvet soyeux 
pour la confection des tissus précieux dits cachemire des 
Indes. 

Les Chèvres de Mongolie doivent avoir une parenté très 
grande avec une race caprine que nous connaissons beaucoup 
et qui vit assez nombreuse sur le plateau d'Asie Mineure. Bien 
que cette race ait pris le nom de la ville d'Angora, autour de 
laquelle se développent ses troupeaux, la tradition locale 
prétend qu'elle a été importée du mont Altaï pendant le xi e et 
le xti 6 siècle. De nombreux troupeaux de cette race ont été 
importés en Amérique, dans les régions ouest des Etats-Unis, et 
en Afrique au Cap. Leur poil fin et laineux est connu sous le 
nom de mohair. 

Nous voilà donc en situation d'assigner un lieu d'origine 
à tout un groupe de races asiatiques. Ce groupe présente 
même cette particularité commune que toutes ces Chèvres à 
longue toison ont le pelage de couleur très claire en gris bleuté, 
ou même l'ont d'un blanc éclatant. Ce sont les seules races 
que l'on peut qualifier de races blanches, parce qu'elles sont 
blanches à l'état de nature en vertu de la loi physiologique, 
qui donne à la fourrure et au plumage des animaux de la 
région polaire les teintes des neiges et des glaciers qui les 
environnent. 

Partout ailleurs le blanc sur le pelage des caprins devient 
signe de dégénérescence ou de domestication. 

Le type asiatique dans l'espèce caprine se caractérise d'après 



152 BULLETIN DE LA SOCIÉTÉ NATIONALE D'ACCLIMATATION 

ces races par la grande longueur du poil, la conformation 
Irapue du sujet, la forme droite et ovine du chanfrein, Je bleu 
d'azur des yeux, l'aspect spiriforme des cornes. 

A un degré de qualité Lien inférieur au point de vue de la 
toison, se placent les races caprines qui paraissent originaires 
du sud de l'Asie et dont la plus importante et la mieux typée 
est la Chèvre mambrine, qui jouit d'une certaine réputation 
comme laitière. 

Toutes ces races méridionales se caractérisent comme celles 
du JN'ord par la longueur de leur poil, leur physionomie mou- 
tonnière, leurs oreilles tombantes et la forme hélicoïdale de 
leurs cornes. Elles sont cependant de taille plus grande et ont 
les oreilles plus longues. Ces dernières races semblent pro- 
venir des massifs de montagnes qui s'étendent autour du 
plateau d'Iran. 

Ce partage de l'espèce caprine entre les trois parties du 
Vieux-Monde avec la préoccupation de baser les caractères 
distinctifs de chaque groupement sur les signes extérieurs qui 
marquent la classification des races humaines, c'est-à-dire la 
couleur du pigment dermique et la nature du système pilaire, 
n'est, jusqu'alors, qu'un travail fantaisiste que nous avons 
développé pour amorcer la discussion. 

Nous verrons à la Section de mammalogie si, soumis à la 
critique des naturalistes, il s'y trouve une idée cligne d'être 
retenue. 

Le Secrétaire de la sec l'uni, 

.1. Crepin. 



Le Secrétaire général tient à ajouter au rapport qui précède 
les remerciments du Conseil de la Société pour les membres 
du bureau actuel; il est particulièremenl heureux d'exprimer 
sa reconnaissance au comte d'Orfeuille, qui, soit comme vice- 
président, soit comme président, a su diriger, avec tant de 
dévouement, les travaux de la Sous-section. 

Enfin, il adresse au secrétaire M. .1. Crepin ses sentiments 
de vive ^ratilude el tous ses éloges pour la part considérable 
qu'il a prise dans les études caprines. 

M. Crepin, apôtre de la réhabilitation de la Chèvre, a été 
l'âme de la Sous-section. 



EXTRAITS DES PROCÈS-VERBAUX DES SÉANCES DES SECTIONS 153 

Dès 1897, comprenant les bienfaits que pouvait apporter, 
dans L'alimentation des enfants, le lait de Chèvre, il se vouait 
entièrement à cette question humanitaire. 

Malgré des difficultés sans nombre, malgré de cruels déboires, 
sa foi, loin de s'atténuer, n'a fait que se fortifier, et c'est avec 
une juste fierté qu'il peut, aujourd'hui, considérer les résultats 
acquis. 

Son livre, « La Chèvre », qui est une des plus belles mono- 
graphies d'espèce domestique, restera le livre de la réhabilita- 
tion de l'espèce caprine. 



II e SECTION. — ORNITHOLOGIE — AVICULTURE 

SÉANCE DU 8 JANVIER 1912 

Présidence de M. Magaud d'Aubusson, Président. 

Le procès-verbal de la dernière séance est lu et adopté. 

Il est donné lecture d'une lettre de M. Pays-Mellier, qui 
vient de recevoir de Hollande des quantités de Palmipèdes. 
Grâce à un moteur puissant, il possède aujourd'hui de l'eau 
courante; aussi a-t-il le plaisir de voir s'ébattre dans ses bassins 
Canards, Remâches, Oies de toutes espèces, etc. Sur les 
pelouses sont les Grues les plus belles et les plus rares, Grues 
couronnées, leucogéranes, de Paradis et bien d'autres. 

M. Debreuil a reçu une lettre fort intéressante de M. Jean 
Fabre, le nouveau chargé d'affaires de France au centre Amé- 
rique. M. Fabre constate qu'avant lui la Légation avait fait 
tout le possible pour donner satisfaction à la Société d'Accli- 
matation sur la question du Dindon ocellé; le dossier lui a 
montré qu'aucune démarche, aucun soin n'avaient été 
négligés. Ces efforts n'ayant malheureusement abouti à aucune 
espèce de résultat, M. Fabre, instruit par son expérience anté- 
rieure des choses de l'Amérique latine, a employé des moyens 
non administratifs et a bien cru réussir. A Guatemala même, on 
lui avait signalé un couple de Dindons ocellés apprivoisés, aus- 
sitôt de courir à l'adresse indiquée, mais, hélas! pour trouver 



154 BULLETIN DE LA SOCIÉTÉ NATIONALE D'ACCLIMATATION 

une déception. La femelle étail morte une quinzaine de jours avant 
l'arrivée de M. Fabre, il ne restait plus que le mâle, et comme 
M. Debreuil avait spécifié un couple, cela, ne faisait pas. 
l'affaire. 

Une autre question s'est alors présentée. Le mâle paraissait 
bien répondre à la photogravure envoyée, mais les plumes à 
forme d'œil sont moins fournies sur l'animal. La propriétaire 
a affirmé que sa bète muait en cette saison, mais qu'en février 
le Dindon serait identique à l'image. >i'enlève-t-elle pas les 
plumes pour les vendre? Pour lever tous les doutes, M. Fabre 
aurait voulu adresser à M. Debreuil une photographie en 
couleurs; mais ses plaques autochromes ayant souffert dans le 
voyage, le résultat a été nul. En attendant l'arrivée de plaques 
neuves, il joint à la lettre trois plumes arrachées à l'Oiseau, 
pensant que ces échantillons permettront de déterminer si c'est 
bien l'animal désiré ou un métis; dans tous les cas, on en 
demande un prix énorme; heureusement que dans ce pays-là 
on peut marchander. 

M. Fabre, ayant fini par découvrir que cet Oiseau provenait du 
Péten, province guatémalique, voisine du Honduras britannique, 
et que la patrie du Dindon ocellé était, non le Honduras même, 
mais le Honduras britannique, a écrit à M. Usher, notre agent 
consulaire à Balize. C'est, dans tous les cas, vers cette contrée 
que vient de diriger ses recherches lord Rothschild, et il a 
réussi. 

La Société d'Acclimatation doit une vraie reconnaissance à 
M. Fabre, dont, on le voit, la complaisance est à toute épreuve 
et qui va continuer sa conversation avec Balize; dans le cas où 
M. Usher ne réussirait pas ou transmettrait des propositions 
inacceptables, notre correspondant pense qu'on pourrait faire 
agir, par l'ambassade de France à Londres, auprès du gouver- 
nement, les fonctionnaires coloniaux anglais étant, ajoute-t-il, 
si obligeants, si aimables. 

Pour faire comprendre ces mots de M. Fabre « propositions 
inacceptables », ajoutons que la lettre de M. Usher, que nous 
avons sous les yeux, ne parle pas moins de 500 dollars. 

M. Magaud d'Aubusson communique une lettre à M. le D r 
Louis Bureau ayant Irait à un passage de la Chronique géné- 
rale, insérée dans le numéro de notre Bulletin du 15 décembre. 
11 y est dit : « Une colonie de Guêpiers vient tous les ans nicher 






EXTRAITS DES PROCÈS-VERBAUX DES SÉANCES DES SECTIONS L55 

dans les brèches sablonneuses des environs de la Roche-sur- 
Von, et le Canard Eider élève ses jeunes sur un rocher à l'em- 
bouchure de la Loire. » M. Bureau pense qu'il s'est glissé une 
erreur en ce qui concerne le Guêpier. Son opinion est d'autant 
plus admissible qu'on se souvient que, si M. Plocq habite la 
Roche-sur-Yon, ce n'est pas aux environs de cette ville qu'il a 
trouvé son exemplaire, mais dans une sablière du département 
de la Vienne. 

Quant à l'Eider, M. Bureau en connaît un couple, mais il croit 
sage de ne pas désigner la localité, car il esta protéger comme 
d'autres Palmipèdes, \ePufftnus Anglorum, par exemple. 

M. Ménegaux range dans la même catégorie YAlca torda, 
qui, d'après M. Magaud d'Aubusson, nichait jadis dans les 
Aiguilles d'Etretat, mais en a disparu ainsi que les Guillemots, 
depuis une vingtaine d'années. 

A une précédente séance, il avait été incidemment parlé 
d'une question d'anatomie comparée; suivant certains auteurs, 
l'Autruche seule, de tous les Oiseaux, posséderait une vessie. 
Aujourd'hui M. Albert Chappellier apporte la réponse suivante, 
qu'il a trouvée dans le Broiiris Thierreich : 

« Chez l'Autruche seule la défécation et la miction se font 
en deux temps. Cela est rendu possible par ce fait que la bourse 
de Fabricius, très élargie dans la plupart des cas, constitue un 
réservoir analogue à la vessie. Une vessie véritable, c'est-à-dire 
dérivant delà paroi ventrale de l'urodeum, ne se rencontre jamais 
chez les Oiseaux, parce que l'ouraque, le pédoncule allantoïdien, 
entre en régression dès avant l'éclosion, sans se transformer par- 
tiellement en vessie, comme cela a lieu chez les Mammifères et 
beaucoup de Reptiles. » 

M. d'Orfeuille rappelle qu'en 1842, un allemand, Mayer, a 
décrit chez le Poulet un rudiment de vessie, qui est distinct, 
pendant la première année de la vie, sous la forme d'un petit 
sac à parois minces et situé au-devant du rectum, et il cite un 
passage de l'Encyclopédie d'Histoire naturelle du D r Chenu, où 
il est dit que les Struthions ont un appareil simulant une 
vessie. 

M. Pierre-Amédée Pichotparle d'une enquête fort curieuse faite 
àlarequète du ministère de l'Agriculture des Etats-Unis d'Amé- 
riquesurlanourriture des Pics. Troismilleestomacsappartenant 



156 BULLETIN DE LA SOCIÉTÉ NATIONALE D ACCLIMATATION 

à 25 ou 30 espèces ont été examinés, et il en résulterait que si 
4 ou 5 d'entre elles mangent le cambium, toutes les autres 
sont à protéger, surtout si l'on songe que 400 espèces d'Insectes 
vivent en Amérique aux dépens des Chênes. 

Vu l'importance et l'intérêt du sujet. M. Pichot veut bien 
nous promettre de le traiter le mois prochain avec plus de 
détails. 

La séance se termine par une communication de M. Garreta 
sur les Oiseaux des îles Salvage. 

Le Secrétaire, 
Comte d'Orfeuille. 



CHRONIQUE GÉNÉRALE ET FAITS DIVERS 



Collection d'animaux de l'Inde, offerle au Roi d'Angleterre. — Nidifica- 
tion du Martin-chasseur d'Australie dans les volières de Lilford hall. — 
Nourriture des Pics des Etats-Unis. — Les rais à fourrure. — Les rats 
à abajoues d'Amérique. — Perruches de l'Inde en liberté à Londres. — 
Un livre sur les Oiseaux du Cap. — Exportation de fruits d'Australie. 
— Importations nouvelles. 

Pendant le dernier voyage des souverains anglais dans l'Inde, 
le rajah du Népaul a fait hommage au roi George d'une nom- 
breuse collection d'animaux du pays qui sera installée au 
jardin de la Société zoologique à Londres. Cette collection 
comprend, entre autres, un Rhinocéros indien, un Eléphant, 
une espèce de Cerf de Wallich, le Shou du Thibet ; des Cerfs 
de Duvaucelle, d'Aristole, des Cerfs-Cochons, des Axis ; des 
Mouflons Nahurah ou Burhel,des Bouquetins tahr (Hemitragus 
jemlaicusj ; des Antilopes à quatre cornes ; un Cervule muntjae 
albinos ; un Ane sauvage qui parait un métis d'IIémione ou de 
Kiangel plusieurs races de Moutons et de Chèvres domestiques 
très intéressantes. 

11 y a encore des liongeurs, des Carnivores, notamment deux 
Onces, la Panthère à fourrure onctueuse des pays froids, et les 
divers Phasianidés si caractéristiques de la faune indienne. 



CHRONIQUE GÉNÉRALE ET FAITS DIVERS I *i - 

Mais il serait trop long d'en faire rénumération. Tous ces 
animaux sont actuellement réunis à Calcutta, où ils attendent 
leur embarquement. 



La Société d'Aviculture Anglaise vient de décerner sa médaille 
à Robert Cosgrave, l'habile gardien-chef des faisanderies de 
Lilford hall, pour la reproduction en volière du grand Martin- 
chasseur d'Australie (Dacelo gigantea). Cet Oiseau, que les indi- 
gènes appellent Kookaburra et que les colons ont baptisé du 
sobriquet d'Ane rieur on Réveil-matin du pionnier, a un cri tout à 
fait semblable à un violent éclat de rire, avec lequel il salue le 
lever du soleil d'une façon autrement bruyante, sinon aussi 
poétique, que le Chantecler de M. Ed. Rostand. Pour les formes, 
c'est un Martin-pêcheur gigantesque, mais il vit à l'intérieur 
des terres et non sur le bord des cours d'eau et les Serpents, 
les Lézards et les Insectes composent sa proie ordinaire. M. Le 
Soueff, le Directeur du Jardin zoologique de Melbourne, pense 
qu'il ne dédaigne pas à l'occasion les petits Oiseaux. 

Ayant mis en liberté autour de sa demeure deux couples de 
Merles d'Europe qu'il espérait acclimater en Australie, M. Le 
SouefF eut le chagrin de les voir disparaitre les uns après les 
autres dans le vaste gosier des Kookaburras du voisinage. M. Le 
Soueff a aussi vu souvent le Martin-chasseur guetter les Crabes 
terrestres à l'entrée des trous où vivent ces Crustacés, et le 
malin Oiseau frappait du bec à l'entrée de ces lanières pour 
attirer dehors les habitants qui venaient innocemment regarder 
qui cognait à leur porte. 

Le couple de Marlins-chasseurs de Lilford hall vit cependant 
en bonne intelligence avec quelques autres Oiseaux dans le 
même parquet. Il est vrai que ce sont des Corneilles de roche 
à bec rouge qui seraient de taille à se faire respecter. Au mois 
d'avril de l'année dernière, Robert Cosgrave remarqua que les 
Martins-chasseurs semblaient vouloir entrer en ménage. Il leur 
installa une grande boite de 33 centimètres carrés environ, 
percée d'un trou et garnie de poussières de bois vermoulu. En 
Australie, ces Oiseaux nichent dans des arbres creux ; à Lilford 
hall, ils trouvèrent la boîte à leur goût et'en prirent possession. 
Le 10 mai, il y eut un œuf pondu, suivi de deux autres aussi 
gros que les œufs de Bentams et à coquille blanche. Le mâle 
et la femelle couvèrent à tour de rôle et, le 19, comme ils 



158 BULLETIN DE LA SOCIÉTÉ NATIONALE D'ACCLIMATATION 

s'étaient écartés pour manger, R. Cosgrave constata que des 
trois œufs pondus il n'en restait qu'un dont il n'attendait guère 
la réussite. Deux jours après pourtant, on entendit la voix d'un 
nouveau-né réclamant sa pâture. Il était nu, mais se couvrit 
rapidement d'un duvet blanc qui le faisait ressembler à un 
petit Hibou, et à l'âge d'un mois il quitta tout emplumé son 
domicile, pour s'installer dans le parquet avec ses parents. Le 
mâle seul continua â le nourrir, tandis que la femelle, les ailes 
croisées derrière le dos, riait à gorge déployée de voir son 
époux s'acquitter si bien des devoirs de bonne d'enfant. 



M. H. W. Henshaw, directeur du Bureau d'études biologiques 
du Ministère de l'Agriculture aux Etats-Unis, continue la publi- 
cation des enquêtes de son service. Parmi les Mémoires récem- 
ment parus, il faut citer deux importants travaux sur la nour- 
riture des Oiseaux de la famille des Pics, que l'on accuse de 
détruire annuellement pour plus de 2o millions de francs dans 
les forêts américaines. Les recherches de M. Beal, son analyse 
du contenu de 3.453 estomacs de ces Oiseaux, ont prouvé que 
l'accusation est justifiée pour certaines espèces qui se nour- 
rissent du cambium des Arbres et que l'on désigne spécialement 
sous le nom de buveurs de sève (sap suc kers), mais que la plupart 
des Pics rendent les plus grands services aux forestiers en 
combattant la multiplication des Insectes xylopliages dont les 
ravages sont irréparables. Dans un second mémoire annexé à 
celui-ci, M. Mac Atee a étudié à fond les altérations causées â 
la végétation forestière par les susdits buveurs de sève, et les 
photographies de bois endommagés qu'il met sous nos yeux 
sont très instructives. ÎNous reviendrons plus en détail sur ces 
importants travaux qui intéressent nos forestiers, quoique nous 
n'ayons pas en France les mêmes espèces de Pics qu'aux Etats- 
Unis, mais le rôle du Pic vert est également discuté chez nous. 

Un autre mémoire très important publié par le Bureau 
d'Etudes biologiques concerne l'Ondatra ou Rat musqué, dont 
la fourrure a une valeur économique considérable et qu'il 
importe aujourd'hui de protéger et d'élever même, dans cer- 
taines conditions, si l'on ne veut pas laisser une source impor- 
tante de richesse se tarir. (Vest par milliers, en effet, que le 
commerce des pelleteries consomme chaque année les peaux 



CIIKONIQUE GÉNÉRALE KT FAITS .DIVERS L59 

du Rat musqué qui prend, selon les circonstances, les noms de 
Loutre d'Hudson et de Vison du Canada. Nous ferons de 
l'enquête de M. Hollister l'objet d'une communication spéciale 
à la Société d'Acclimatation, qui a toujours prôné l'élevage des 
animaux à fourrure. 

Les recherches de M. Goldman (même Bureau d'Etudes), sur 
les Heieromijs et les Liomys, portant sur l'anatomie et la déter- 
mination de ces Rongeurs, ont un intérêt plus purement scien- 
tifique et ne nous apprennent que peu de choses sur les mœurs 
de ces Rats à abajoues. Analogues aux Hamsters et très nom- 
breux dans certains Etats, ils font du tort aux récoltes autant 
parce qu'ils consomment que par les quantités de grains qu'ils 
emmagasinent dans leurs terriers. 



On peut voir dans ce moment à Londres, dans le quartier de 
Stoke-Newington, deux Perruches à collier de l'Inde qui vivent 
en toute liberté et qui reviennent manger dans la basse-cour 
du grand importateur d'animaux, William Jamrach, à qui elles 
appartiennent. 

La certitude de trouver en abondance dans la basse-cour 
leur nourriture naturelle, qui est le riz non décortiqué, est, 
sans doute, pour beaucoup dans leur attachement à l'endroit 
où on leur a donné leur plein vol, mais l'endurance de ces 
Oiseaux est tout à fait extraordinaire car, passant le jour et la 
nuit à l'air, elles ont eu à supporter des froids de o à 6 degrés 
au-dessous de zéro sans paraître en souffrir. 

Si ces Perruches triomphent de l'hiver, W. Jamrach a l'in- 
tention de lâcher une vingtaine des mêmes Oiseaux pour leur 
tenir compagnie, et ce sera vraiment un ravissant spectacle 
que d'assister à leurs ébats au-dessus des maisons et dans les 
squares. 



La librairie Witherby, à Londres, va publier en mars la pre- 
mière partie d'un magnifique ouvrage que le major Horsbrugh 
prépare depuis trois ans sur les Oiseaux-gibier et les Oiseaux 
d'eau de l'Afrique du Sud. De format in-4°, ce livre sera illustré 
par 67 planches en couleur, reproductions exactes des belles 
aquarelles de C.-G. Davies. L'auteur et le dessinateur ont long- 



160 BULLETIN DE LÀ SOCIÉTÉ NATIONALE D'ACCLIMATATION 

temps habité les colonies africaines de la Grande-Bretagne et 
ont travaillé d'après nature dans des conditions exception- 
nellement favorables pour pénétrer dans la vie intime des 
volatiles dont ils ont étudié les mœurs. 



William Jamrach attend une importation de Lophophores qui 
lui est annoncée pour le printemps. Il a reçu une belle paire 
de Grues couronnées adultes et des Oies céréopses qu'on a 
rarement l'occasion de se procurer maintenant. 

Chez Hamlyn, nous notons un Emeu adulte, une paire de 
Kangurous de Bennett dont la femelle a un jeune dans sa 
poche et un nombreux arrivage d'Ecureuils gris d'Amérique. 



* * 



L'exportation des fruits de l'Australie et de la Nouvelle- 
Zélande augmente tous les ans, mais jusqu'ici les envois n'ont 
été dirigés que sur la Métropole. Les pommes de la Tasmanie 
sont particulièrement appréciées et les prix de vente en pri- 
meurs sont très rémunérateurs. Voici le nombre de caisses 
exportées pendant la dernière campagne : 

Sydney 548 caisses de Pommes. 

.Melbourne 197.863 — de Pommes. 

— 17.363 — de Poires. 

Adélaïde 24.849 — de Pommes. 

4.928 — de Poires. 

Ilobart 569.515 — de Pommes. 

— 37.033 de Poires. 

— 3.455 — de Raisins. 

Freemantle 42.137 — de Pommes. 

L.891 — de Poires. 

ALbany 2.502 — de Pommes. 

Nouvelle-Zélande 5.3 de Pommes. 

La caisse représente : 

19 kil. 32 pour les Pommes. 

15 à 18 kilogrammes pour les Poires. 

11 kil. 778 pour les Raisins. 



Le Gérant : A. Maretheux. 



Pans. — L. Marktheux, imprimeur, 1, rue Cassette. 



TH. ROOSEVELT, NATURALISTE 

Par le docteur Alexandre LAMBERT (I . 

Il y a souvent, dans les locutions courantes, des expressions 
frappées au coin de la vérité et qui peignent bien ce qu'on veut 
dire. C'est ainsi qu'on peut affirmer en toute vérité que 
Th. Koosevelt est naturaliste de naissance. 

Dès sa plus tendre enfance, il aima les animaux et prit plaisir 
à suivre leurs ébats. Ce penchant se manifesta chez lui par la 
manie qu'il avait, étant enfant, de collectionner toutes les bes- 
tioles dont il parvenait à s'emparer pour pouvoir les examiner 
de plus près; Oiseaux et Reptiles avaient pour lui un égal 
attrait. Devenu homme, il s'empressa d'aller étudier les mœurs 
de ses chers amis dans leurs habitats naturels, et quand il fut en 
crédit, son premier soin fut d'user de son influence pour 
sauver la faune de son pays de la destruction qui la menaçait. 

On raconte, qu'étant tout petit garçon, son père l'appela un 
jour pour se mettre à table. Il répondit qu'il allait venir, mais 
pria qu'on le laissât d'abord retrouver son plus beau Serpent 
qui venait de s'échapper. Au bout d'un instant, il revint triom- 
phant pour déjeuner; il s'excusa de son retard auprès de 
l'invité qu'avait à ce moment son père et qui depuis quelques 
jours était l'hôte de la famille, en lui disant qu'il venait de 
retrouver le captif évadé dans le pot à eau de la chambre d'ami. 
On juge de la mine effarée que prit celui-ci en apprenant qu'il 
avait eu un pareil voisinage. 

Jeune homme, Roosevelt subit l'attraction des pays sauvages 
et s'enfonça dans les territoires vierges de l'ouest des Etats- 
Unis. C'estau moment critique où la colonisation progressant, 
la faune naturelle allait se trouver face à face avec l'homme 
dans ces régions inexplorées. Pendant longtemps, les centres 
de civilisation des Etats-Unis, formés à l'est par les premiers 
colons et à l'ouest par les chercheurs d'or, avaient été séparés 
par une zone neutre. Ces centres marchant l'un vers l'autre 
allaient se rejoindre, lorsque Roosevelt se dirigea vers l'ouest. 

(1) M. A. Lambert est le compagnon de chasse de M. Th. Roosevelt; cet 
arlicle ainsi que les photographies nous ont été obligeamment commu- 
niqués par lui. 

BCLL. SOC. NAT. ACCL. FK. 1912. — 11 



162 BULLETIN DE LA SOCIÉTÉ NATIONALE D'ACCLIMATATION 

Les temps du pionnier et du trappeur primitif allaient dispa- 
raître; mais il restait encore quelques-uns de ces vieux types 
avec lesquels Roosevelt put se lier et poursuivre le gibier. Ils 




*#''%£ 



*jM. 



Fio. 1. — Bisons dans le parc de Yellowstone. 



i 




Fil. '2. — Bisons dans le parc de Vellowstone. 



l'initièrent aux épreuves et à la pratique des randonnées 
épiques qui tiraient à leur fin. 

La'vie était encore rude dans les campements disséminés et 
les villes frontières. En vue de se livrer au commerce du bétail 



TH. ROOSEVELT, NATURALISTE 



163 



Itoosevelt entreprit l'exploitation d'un ranch le long du cours du 
petit Missouri. C'était la dernière année que Ton y rencontra les 
grandes troupes do Bisons, si impitoyablement massacrés pour 




Fin. 3. — Moulions dans le parc de Yellowsîone. 




Fi'.. 4. — Touristes regardant les Ours du parc de Yellowstone. 



leur peau. Le nouvel arrivant vit ces immenses troupeaux dis- 
paraître dans le sud et s'imagina qu'ils reviendraient selon leur 
habitude. Hélas ! ce fut au dernier passage de ces animaux 
marchant à la mort qu'il assista. 



164 BULLETIN DE LA SOCIÉTÉ NATIONALE D'ACCLIMATATION 

Le Cerf wapiti était encore assez abondant autour du ranch 
dans les collines des Mauvaises Terres; l'Ours gris était en train 
de renoncer à ses sanguinaires expéditions diurnes pour 
devenir le craintif rôdeur nocturne qu'il est aujourd'hui. 

Le Caribou à queue noire fréquentait les pentes des mon- 
tagnes en bandes nombreuses et son congénère à queue blanche 
peuplait les vallées marécageuses où grâce à ses mœurs timorées 
et à son habileté à dépister le chasseur, il a survécu aux diffé- 
rentes espèces de Cervidés qui habitaient la région. De grands 
troupeaux d'Antilopes furcifers circulaient dans les vallées et 
les prairies autour du ranch, tandis que des bandes de Mou- 
lions pâturaient sur les versants des collines au milieu desquelles 
le petit Missouri roulait ses flots. Les Peaux-Rouges venaient 
alors à l'automne faire leur provision de venaison pour l'hiver 
dans cette giboyeuse région. Au bout de quelques années, ce 
garde-manger qui paraissait inépuisable se vida petit à petit, et 
avant de revenir à l'est pour se lancer dans la vie politique, 
Roosevelt s'était bien rendu compte que la destruction de toute 
la faune était inévitable, si on ne la protégeait. 

Comme tous les jeunes gens énergiques et intelligents, le 
futur président joignait la pratique de la chasse à l'étude des 
mœurs des animaux de la région, et il était surtout attiré vers 
ceux pour l'observation desquels l'intrépidité du montagnard 
et l'habileté du chasseur étaient à la fois nécessaires. Il eut plus 
de plaisir à poursuivre le Mouflon et le Caribou â queue noire 
que le Cerf à queue blanche ou le Wapiti, et le risque à courir 
dans la chasse de l'Ours gris ajoutait une saveur particulière 
aux émotions du sport. Un jour qu'il était à chasser avec un 
vieux trappeur, il dut, pour une raison quelconque, s'écarter 
de son compagnon et s'aventurer seul dans un pays désert. 

Il tomba sur un Ours gris auquel il envoya son coup de feu. 
L'animal blessé fil tête et chargea le chasseur, qui n'eut que le 
temps de loger une autre balle dans le corps du monstre. Mais, 
quoique mortelles, ces blessures ne suffirent pas pour l'abattre ; 
à travers la fumée de la poudre, Roosevelt vit une énorme 
patte s'abattre sur lui; heureusement, il put éviter le coup et 
l'instant d'après, la bête, épuisée par ce dernier effort tombait 
morte à ses pieds. 

Dans certaines parties de l'Etat du Colorado, il y eut, à un 
moment, une telle abondance de Cougouars ou Pumas qu'il 
• tait impossible d'élever des Poulains sur le ranch, car ces félins 



TH. HOOSEVKLT, NATURAI.ISTfi 



165 



en faisaient leur proie favorite. Tout en chassant ces animaux 
avec un des gardiens, lloosevelt étudiait leurs mœurs, et les 




Fie. 5. — Ours gris. 




Fig. 6. — Caribous à queue noire sur le terrain de parade de Vellowstone. 

articles qu'il publia sur les habitudes du Puma et sur la 
manière de le chasser avec des Chiens courants lui acquirent 
une réputation bien méritée de naturaliste et ajoutèrent un 
délicieux chapitre aux annales de la chasse américaine. 



160 BULLETIN DE LA SOCIÉTÉ NATIONALE D'ACCLIMATATION 

Quoique n'étant pas musicien, Roosevelt connaissait si bien 
le chant des Oiseaux qu'il avait rencontrés dans ses excursions, 
qu'un jour qu'il était à table chez des amis dans le Colorado, il 
exprima le plaisir qu'il avait eu à entendre un Troupiale sous ses 
fenêtres. « Oh ! M. le Président lui répliqua son hôte, il doit y 
avoir erreur. L'arrivée des Troupiales n'aura pas lieu d'ici à 
une quinzaine de jours. — C'est possible, dit Roosevelt, mais 
n"empêche que j'en ai entendu un. » L'hôte n'en voulait pas 
démordre, quand soudain le consciencieux observateur s'écria : 
« Tenez, retournez-vous et regardez par la fenêtre. » Et de fait 
un magnifique Troupiale en plumage de noces se balançait sur 
la branche d'arbre qui pendait devant les carreaux. 

Au moment où Roosevelt arriva à la présidence, l'extermina- 
tion de la faune sauvage était déjà suffisamment avancée pour 
que tout le monde éprouvât le désir de conserver ce qui en res- 
tait et d'essayer de repeuplpr certaines parties du pays qui 
avaient été complètement dévastées. Tandis que d'un côté les 
chasseurs de gros gibier achevaient leur œuvre de destruction, 
de l'autre, dans les régions méridionales, les trafiquants en 
plumes avaient anéanti, pour répondre aux besoins de la mode 
quelques-unes des plus belles espèces d'Oiseaux autochtones. 
Personne n'était mieux préparé que le président à comprendre 
la nécessilé de l'intervention du gouvernement pour protéger 
le gibier. 

Quelques années auparavant, il s'était activement employé à 
faire ériger Yellowstone Park en réserve de gibier par les pou- 
voirs publics. Le Gouvernement fédéral possédait encore, heu- 
reusement, assez de territoires dont on pouvait faire des 
réserves forestières et qu'on pouvait en même temps utiliser 
pour y conserver le gibier. 

Par l'expérience qu'il avait acquise de bien des manières 
pendant la première époque de son existence, la protection du 
gibier s'était imposée à l'esprit de ce scrupuleux observateur 
de la Nature qui avait vécu dans des conditions où il pouvait, 
mieux que tous autres, en apprécier l'utilité. Pour un homme 
tel que lui, concevoir un progrès c'était en chercher la réalisa- 
tion et. dès que les circonstances le permirent, il décréta la 
création de sanctuaires inviolables pour les Oiseaux, dans la 
Floride et la Louisiane. Il délimita une grande étendue de 
terrain dans l'Oklahoma, au pied des monts ^'ichitaoù le Rison 



TH. ROOSEVELT, NATURALISTE 



107 



et l'Antilope furcifer peuvent maintenant errer sans être 
inquiétés. 

Dans le Wyoming, il vint au secours du Wapiti qui allait dis- 









'--,- 


■4 


jkA?.W •*$*■*» 


B 






■ 


" 




i- - 

i ^ i 









Fil. 7. — Antilope furcifer. 




Fig. 8. — Couguar sur un arbre. 



paraître, en donnant plus d'extension au parc réservé de Yel- 
lowstone. 

Dans l' Arizona, il transforma en parc national le défilé 



1G8 BULLETIN DE LA SOCIÉTÉ NATIONALE D'ACCLIMATATION 

du Colorado et fit des rives de ce fleuve et de ?es environs la 
réserve à gibier des montagnes de San-Francisco. 

Enfin, dans le Colorado et dans d'autres Etats, il a neutralisé 
de nombreux espaces où les hùtes des bois peuvent évoluer en 
toute sécurité. 

Comme naturaliste, Théodore Roosevelt ne s'est pas confiné 
à l'étude des Mammifères, des Oiseaux et des Reptiles. 



. ( 


C ' 


— 




1 tç" 


t 


V~ 


\ 


%sjfr ' 


ôj - 


( Tn~ ■ $- 


p 


JtRfcJ'-JL- 




A 7 ?*"< ' 




- ; - ' ' -* ' / 




Î I 




^ffl S^B^^ ^^tfgC] 


^s 


-: i ' EL 


. 



Fig. 9. 



Th. Roosevelt. 



Toutes les branches de l'Histoire naturelleont égalementsolli- 
cité son attention. Les nomenclatures ne l'intéressent qu'au- 
tant qu'elles permettent la détermination des espèces et le 
signalement de lpurs caractères, mais par-dessus tout, ce qui le 
passionne, c'est de vivre en contact avec la Nature de façon à 
pouvoir étudiprles êtres vivants dans l'exercice de leurs fonc- 
tions, se rendre compte de leurs besoins, voir comment ils se 
défendent, comment ils élèvent leurs petits, de quelle manière 
ils se nourrissent. 

L'Histoire naturelle du passé telle que nous l'apprend la 
paléontologie, a. pour le président, autant d'attrait que la 
vie de nos espèces contemporaines et la largeur de vues avec 
laquelle il envisage les précurseurs de la faune actuelle est 



TU. ROOSEVELT, NAÎT li A LISTE 



169 



aussi remarquable que l'étendue de ses connaissances en 
tout ce qui louche aux animaux vivant de nos jours, depuis le 
plus gros jusqu'au plus petit. En un mot, si ses devoirs de 
citoyen ne l'avaient pas appelé à servir son pays dans les fonc- 




Fig. 10. — Le chasseur Abernathy tenant à la main un Loup vivant. 



tions publiques, il n'y a pas de doute que Théodore Roosevelt, 
par l'étendue de ses connaissances, la pénétration de son 
-esprit, se serait fait une place éminente parmi les naturalistes 
les plus distingués de son temps. 



PROJET DE PARC NATIONAL 
Par FERNAND MASSE 

Depuis longtemps déjà, on a prononcé en France le mot de 
Parc National. On a prononcé le mot quand déjà l'étranger avait 
la chose. Depuis, d'autres parcs se sont créés ou augmentés 
chez nos voisins. Nous trouvons l'idée séduisante, nous affir- 
mons que la réalisation présenterait un intérêt de premier 
ordre, nous allons même visiter les étaolissements fondés au 
loin, nous applaudissons aux résultats obtenus..., et nous nous 
en tenons là. Là, comme en bien d'autres cas, nos facultés 
d'assimilation nous permettent d'apprécier l'opportunité et la 
valeur des entreprises réalisées en dehors de nous, mais notre 
indolence, notre prédilection pour la théorie du moindre effort 
s'accommodent mieux d'approuver un exemple que de le suivre. 
C'est ainsi que les voyages d'études que nos savants et nos 
éleveurs les plus qualifiés font en Europe ou ailleurs demeurent 
stériles malgré les aperçus pleins de révélations qu'ils nous 
en donnent au retour. Mais c'est notre indifférence seule qui 
les stérilise, ou plutôt notre versatilité. Nous applaudissons 
très sincèrement, et le lendemain, nous pensons à autre chose. 
C'est insuffisant. 

Il y a peu de mois, M. Perrier, directeur du Muséum, accom- 
pagné d'une délégation de la Société d'Acclimatation (MM. Lo- 
yer, Debreuil, D r Loisel et Caucurte), fut convié par le comte 
Potocki à visiter son parc de Pilawin. Quelques temps avant, à 
l'occasiou du Congrès ornithologique de Londres, plusieurs 
congressistes français avaient pu admirer ce que de grands 
seigneurs n'ont pas hésité à entreprendre dans ce sens, de 
l'autre côté du détroit. Ces voyages, ces missions nous ont valu 
des comptes rendus qui nous laissent d'abord sous le charme 
de leurs visions, mais qui bientôt accentuent en nous le regret 
de n'être que des admirateurs. 

C'est là pourtant un rôle passif qui ne convient guère à notre 
tempérament. Les progrès merveilleux réalisés, ces dernières 
années, dans d'autres branches de la science appliquée, cons- 
tituent à ce sujet une démonstration péremptoire. Faut-il en 
conclure que le Français paye plus volontiers de sa peau que 



PROJET DE PARC NATIONAL 171 

de sa poche? Peut-être, dans une certaine mesure; mais dans 
une certaine mesure seulement. Car si, par exemple, l'héroïsme 
de nos aviateurs est au-dessus de tout éloge et dépasse les 
récompenses que lui valent ses exploits, les moyens matériels 
qu'on lui livre n'en exigent pas moins de gros capitaux. C'est 
donc qu'on peut trouver en France des ressources abondantes 
pour uneenlreprise d'intérêtgénéral. Peut-être encore, l'action, 
pour se manifester, attend-elle qu'on lui montre que nous possé- 
dons dans notre pays tous les éléments nécessaires pour mener 
l'entreprise à bonne fin. 

11 est remarquable, en effet, que si de nombreux auteurs — 
trop nombreux pour que je puisse en rappeler les noms — ont 
prononcé le mot de Parc National, aucun n'a défini exactement 
ce qu'il entendait par là, ni indiqué les facilités ou possibilités 
de réalisation sur tel point du territoire qu'on a parfois cité 
et dans telles conditions précises. 

C'est ce que je voudrais essayer de faire ici. 

Avant d'examiner les moyens à mettre en œuvre, il convient 
de bien spécifier le but à atteindre en tenant compte d'une 
formule qu'on doit s'efforcer d'appliquer malgré ses éléments 
souvent contradictoires : être utile... à peu de frais. 

Un Parc national, tel que je le comprends ici, tel que d'autres, 
sans nul doute, l'ont compris avant moi, ne doit pas être une 
simple promenade publique, bonne tout au plus à distraire les 
bébés et à abriter sous ses ombrages les idylles des tourlou- 
rous et des bonnes d'enfants. Bien qu'il soit peut-être osé de 
ma part de prononcer dans ce Bulletin une parole que j'expli- 
querai d'ailleurs plus loin, le Parc National ne doit pas être non 
plus, à proprement parler, une œuvre d'acclimatation r il ne 
saurait être que la conséquence de celle-ci, mais la conséquence 
logique, immédiate, indispensable pour que les efforts cinquan- 
tenaires de notre Société atteignent leur maximum de rende- 
ment, pour récolter en pleine maturité les fruits de l'arbre 
planté par Isidore Geoffroy Saint-IIilaire. 

Notre Parc national doit permettre, sans doute, de pour- 
suivre des observations et des éludes spéciales sur les animaux 
en liberté, mais il devra aussi reconstituer la faune de notre 
pays, la conserver et la multiplier ; il l'augmentera des espèces 
que les expériences de l'étranger ainsi que celles de nos éle- 
veurs ou de nos jardins d'essai auront montrées comme d'une 



172 BULLETIN HE LA SOCIÉTÉ NATIONALE D'ACCLIMATATION 

adaptation facile sinon acquise, à notre climat, à notre indus- 
trie, à nos besoins comme à nos plaisirs. Aménagé dans cer- 
taines de ses parties en ferme modèle, il prouvera, par l'évi- 
dence du fait, le parti insoupçonné ou trop peu connu qu'on peut 
tirer de tel ou tel animal et permettra de saisir, en pleine appli- 
cation, les méthodes les plus fécondes en résultats ; il sera, en 
même temps, un centre où l'élevage des animaux, tant sau- 
vages que domestiques, viendra choisir ses reproducteurs. En 
résumé, le Parc devra être instruclif, vulgarisateur, conser- 
vateur et producteur tout à la fois. 

Les espèces acclimatées ou facilement acclimatables sont 
aujourd'hui connues de tous les spécialistes. L'observation et 
la méthode ont sélectionné les espèces utiles ou agréables et 
immédiatement utilisables. Il ne s'agit donc plus d'acclimata- 
tion, mais de l'application de ce que celle-ci nous a enseigné, et 
c'est là ce que je voulais dire tout à l'heure. 

Point n'est besoin de multiplier les exemples à l'appui de 
cette thèse : un seul suffira, que notre mainmise sur le Maroc 
place au premier plan de l'actualité. Je veux parler de l'exploi- 
tation de l'Autruche. Cet Oiseau peut être considéré aujourd'hui 
comme une espèce domestiquée, tant son élevage et l'industrie 
qui en est l'objet se sont développés avec succès partout où ils 
ont été entrepris méthodiquement. L'Autruche semble s'accom- 
moder de tous les climats : sans parler d'Oran, où j'en ai connu, 
il y a quelque vingt ans, un élevage qui existe peut-être encore, 
ni d'Alger, il y a, pour ne pas sortir de France, des élevages à 
Nice, et il y en eut à Marseille; il en existe en Allemagne et 
jusqu'en Suède. Au point de vue des résultats à envisager, à 
escompter, oserai -je dire, il suffit de constater ce qu'on a obtenu 
au Cap, où les conditions climatériques ne sont pas sensible- 
ment plus favorables que celles de l'Algérie ni du Maroc, ni 
même que celles de la Provence. 

Au Cap, 75 p. 100 des fermiers payant l'impôt se livrent à 
l'élevage de l'Autruche, et ce sont eux dont les affaires sont les 
plus prospères. Un de ceux-là, qui est en même temps un des 
auteurs les plus autorisés sur l'Autruche, calcule qu'avec un 
capital de mise en train de 70.000 francs et un bon terrain de 
culture, on peut obtenir facilement un revenu annuel de 
19.000 francs. 

Une ferme d'Autruches, établie sur notre sol. dans notre Parc, 



PROJET DE PARC NATIONAL iTi! 

une exploitation raisonnée et méthodique, une véritable affaire 
industrielle en un mot, ne pourrait qu'inspirer aux jeunes géné- 
rations le goût de semblables entreprises en leur indiquant une 
source de revenus digne d'allirer leur activité, en permettant 
aux futurs colons de s'approvisionner non seulement de sujets 
sélectionnés mais aussi de connaissances nécessaires pour en 
lirer parti. 

Je n'ai envisagé jusqu'à présent que le côté utilitaire d'un 
tel projet, utilitarisme qui va de la science pure jusqu'aux der- 
nières conséquences de la science appliquée. Il en est un aulre, 
cependant, qu'on ne saurait passer sous silence : c'est le côté 
esthétique. Il vient en deuxième ligne, à son rang, mais il 
vient, puisque rien n'empêche de lui réserver la très large part 
qu'il mérite. 

Admirer, observer, sélectionner des espèces en éleveur ou 
en naturaliste, fût-ce dans de vastes parquets, au milieu d'une 
grasse prairie aménagée à cet effet, constitue déjà une œuvre 
complète en soi et jui peut répondre aux vues exclusivement 
utilitaires. Mais quelle ampleur n'atteindrait pas le projet, quel 
intérêt nouveau et décuplé ne présenterait-il pas s'il était pos- 
sible de répartir les animaux parmi de vastes espaces ou plutôt 
de les laisser se répartir selon leurs instincts respectifs dans 
les bas-fonds gazonnés, le long des torrents, autour des lacs, 
au flanc des pentes herbeuses ou fourrées de Bruyères et de 
Ronces, sous les futaies basses et hautes, ou enfin sur les som- 
mets dénudés! Quel spectacle magique serait celui de cette vie 
intense et diverse en pleine quiétude, dans un cadre sauvage 
ou paisible tour à tour, édilié somptueusement par la nature 
sous un ciel privilégié entre tous et bordé d'horizons gran- 
dioses ! 

Pour un projet de cette envergure, ce sont là des considéra- 
tions qu'on n'a pas le droit de négliger : le culte du beau et le 
culte du bien devront aller de pair, dès que la possibilité en sera 
démontrée. 

Enfin, le côté utilitaire et le côté esthétique ayant été envi- 
sagés, il est bon de considérer le côté pratique des choses et de 
se dire que pour atteindre sûrement, dans toutes ses parties, 
le but proposé, il faudra que le Parc soit d'un accès facile par 
route et par chemin de fer, qu'il soit abondamment pourvu de 
voies carrossables et de sentiers qui les relient, et que la valeur 
de son sol ne soit pas telle qu'elle corresponde à une impossi- 



174 BULLETIN DE LA SOCIÉTÉ NATIONALE D ACCLIMATATION 

bilité financière, quelle que soit l'étendue qu'on puisse raison- 
nablement prétendre utiliser. 

Il semble, à première vue, qu'évoquer un tel concours d'exi- 
gences et de conditions favorables dans un pays comme la 
France, à propriété morcelée et souvent de haute valeur indus- 
trielle ou agricole, soit le propre du rêve. C'est encore un rêve, 
en effet, mais un rêve qui se pourra réaliser demain si, à ce 
concours de circonstances favorables qui existe, correspondait 
un égal concours de bonnes volontés. 

Ce qui fait que, chez nous, on doute tout d'abord de la possi- 
bilité de réalisation d'un projet semblable, c'est que le Français, 
en général, se laisse influencer par l'idée fausse qu'il se fait des 
nécessités auxquelles on aurait à faire face. Comme parc à 
grands animaux — je veux dire où les animaux vivent à l'état 
de nature ou presque — il n'a guère entendu parler que du parc 
américain de Yellowstone. Il sait vaguement que les Etats-Unis 
n'ont eu qu'à choisir parmi leurs solitudes du Far- West et à 
assigner une limite approximaiive à une immense étendue de 
terrain où on a ainsi isolé ou amené et retenu par la protection 
toutes les espèces intéressantes. Il se dit qu'en France nulle 
puissance financière ou autre ne dispose des moyens suffisants 
pour réserver toute une province dans ce seul but ; en quoi, il 
a raison. 11 en conclut qu'il n'y a donc rien à faire chez nous 
dans ce sens ; en quoi, il a tort. 

Entre un de nos jardins zoologiques et le parc de Yellowstone, 
il y a place pour un moyen terme. Il y a même place pour 
plusieurs degrés, en étendue et en perfection. Le tout est de 
savoir limiter le projet aux possibilités de réalisation, mais de 
lui accorder par contre toute l'ampleur que ces possibilités 
comportent. C'est ce que je voudrais essayer de faire, tout en 
m'excusant d'être long; mais le sujet en vaut la peine. 

Au coursde la deuxième quinzaine de juillet dernier (1911), 
ayant à prendre quelques notes littéraires, je visitais TEsterel, 
où j'étais déjà venu plusieurs fois sans pourtant m'y arrêter 
aussi longtemps. L'Esterel — il n'est pas inutile de le rappeler 
ici — est un massif montagneux et forestier, d'altitude 
médiocre, situé au bord de la Méditerranée, à cheval sur les 
déparlemenis du Yar et des Alpes-Maritimes, entre Fréjus et 
Cannes, à 9 kilomètres sud-oue^t de cette dernière ville. Dans 
ses grandes lignes, il est limité au nord par la route nationale 



PROJET DE PARC NATIONAL 175 

de Toulon à Antibes, à l'est et au sud par la mer; vers l'ouest 
et le sud-ouest, il étend ses contreforts jusqu'à la vallée de 
l'Argens et à la plaine de Fréjus. 

En abordant l'Esterel par les voies habituelles, c'est-à-dire 
par le sud-ouest, par le nord-est ou par la mer, on s'imagine, 
en premier lieu, se heurter à une énorme forteresse de porphyre 
rouge qui baigne son pied dans l'eau bleue parmi les blocs 
tombés de ses créneaux déchiquetés et de ses murailles en 
ruine. C'est sur ces écroulements gigantesques, au bord des 
pittoresques « calanques » qu'ils forment et qu'ils encadrent, 
que se sont disséminés d'abord, puis groupés, comme des 
Mouettes au bord du flot, des cabanes de pêcheurs, des maison- 
nettes de campagne, des villas bientôt somptueuses où s'isolent 
volontiers quelques célébrités des lettres et de l'art français, 
puis des hôtels pimpants, des constructions toutes blanches 
ombragées de Palmiers et enguirlandées de Roses sous le clair 
soleil, tout un ensemble qui s'étage, s'égrène ou s'agglomère le 
long de la côte et devient la JNapoule, Théoule, la Figueirette, 
le Trayas, Antéore, Agay, pour aboutir plus loin à Saint-Raphaël 
et Fréjus. 

Mais, en s'élevant un peu, en se dégageant des assises infé- 
rieures, on ne tarde pas à apercevoir des passages, des couloirs, 
de larges échancrures et des cols qui permettent de pénétrer 
sans peine au milieu de ce qui apparaissait comme un chaos 
hérissé de défenses ; on avance et on découvre des routes admi- 
rables et nombreuses, reliées par de véritables allées de jardin, 
qui incitent à sillonner ces vallées et ces escarpements prodi- 
gieux, pleins de silence, d'ombrages et d'échappées radieuses 
que fixèrent les premières époques géologiques de notre globe. 

C'est ainsi que j'ai été amené à parcourir en curieux d'abord, 
ensuite avec un intérêt croissant, la presque totalité du massif, 
mais surtout les ravins, les pentes, les sommets et les bas-fonds 
d'une région que je préciserai tout à l'heure, où la nature semble 
avoir accumulé ses séductions, parmi les senteurs des pins et 
des herbes des bois, sous le sourire du ciel de Provence. 

Parfois, le lit des torrents a de brusques ressauts, des seuils 
abrupts qui s'étranglent entre deux murailles séparées de 
quelques pas à peine. Puis, profitant d'un confluent ou d'une 
lacune dans la gaine de pierre, il s'évase, évolue en courbe 
gracieuse, creuse dans le porphyre des vasques profondes que 
le soleil ne saurait tarir et où prospèrent les Truites et autres 



176 BULLETIN DE LA SOCIÉTÉ NATIONALE D'ACCLIMATATION 

espèces aquatiques. Plus loin encore, égayé de quelques bou- 
quets de Lauriers roses, il s'élargit progressivement, abandon- 
nant sur des rives plates et sur des parcours de plus en plus 
étendus un limon épais et plein de promesses qu'en attendant 
la charrue, des bandes de Sangliers retournent consciencieuse- 
ment, à la recherche des glands des Chênes-lièges. 

De chaque côté des routes forestières ou coupant transversa- 
lement des massifs entiers dont elles suivent les ondulations, 
de larges bandes ont été défrichées par le service des Forêts afin 
de créer une solution de continuité entre les futaies résineuses. 
La plupart de ces portions dénudées, notamment dans leurs 
parties les plus éloignées des hauts sommets, présentent de 
vastes surfaces herbeuses et des pâturages naturels souvent 
améliorables. Sur tous les versants nord, est et ouest, l'herbe 
se continue dans la brousse, sous la Bruyère et les Fougères, 
malgré l'épaisseur de certains fourrés où un homme a peine à 
passer et d'où les Ecureils jaillissent comme des fusées. 

De temps en temps, fraîche et limpide au pied d'un rocher ou 
entre les racines de quelque souche, lentement filtrée sous les 
éboulis de la montagne, une source tente les lèvres du prome- 
neur qui se garde de laisser échapper cette aubaine, surtout au 
fort de l'été. 

Mais ce qui frappe surtout l'esprit, si l'on réussit à se dis- 
traire momentanément de la féerie qui se déroule sans cesse 
sous les yeux, c'est l'admirable réseau de routes forestières et 
de sentiers méticuleusement entretenus qui serpentent à profu- 
sion, du moins à travers le domaine de l'Etat, jusque dans les 
sites les plus écarlés et les plus escarpés de l'Esterel. C'est une 
débauche d'alléesombreuses ou tailléesen plein ciel, semble-t-il, 
à même le roc, qui permettent de fouiller dans leurs moindres 
détails toutes les splendeurs de l'Esterel et d'embrasser du regard 
tout le décor éblouissant de la Côte d'Azur jusqu'aux neiges 
éternelles des Alpes italiennes. 

Dans sa partie la plus intéressante, l'Esterel affecte la forme 
dune amande que circonscrivent au nord et à l'ouest la route 
nationale, au sud et à l'est la Corniche d'Or récemment créée 
sur l'initiative duTouring-Clubetqui,en continuant vers l'ouest 
l'ancienne Corniche orientale, longe la Hiviera tout entière sans 
quitter le bord de la Mer. 

Tous les chemins forestiers, tous les sentiers de l'Esterel 
viennent se raccorder en des points multiples à ces deux 



l'HOJET DE l'ARfi NATIONAL 



177 



grandes artères, et les routes forestières comportent des pentes 
si bien calculées, des ponts et des gués si bien aménagés que 
récemment et dans des directions quelconques, j'ai démontré 
à des amis cannois qui ne s'en doutaient guère, qu'on pouvait 
parcourir tout l'Esterel en automobile. J'ajoute que la voiture 
était une berline spacieuse chargée de six personnes. 

Pour compléter ce merveilleux réseau de pénétration (dans 
sa remarquable brochure sur l'Esterel, M. Martel évalue ces 
routes et sentiers à quelques 400 kilomètres) dont "la conception 
originelle est tout à l'honneur de M. Muterse, ancien garde 
général, la grande ligne du P.-L.-M. contourne l'Esterel à sa 
base, parallèlement à la côte et à la Corniche d'Or, et le des- 
sert par six stations pour un trajet de 27 kilomètres : Fréjus, 
Saint-Raphaël, Agay, Le Trayas, Thioule et la Napoule. On 
pourrait même compter Cannes puisque le train électrique de 
cette ville au champ de courses dépose les voyageurs exacte- 
ment à 1 kilomètre du pied de l'Esterel. 



[A 



suivre. 



BULL. SOC. NAT. ACCI . FH. 



1912. — 12 



UNE POULICHE ALLAITÉE PAR UNE CHEVRE (I) 
Par RAVERET WATTEL 

J'ai l'honneur de porter à la connaissance de noire Société 
un fait intéressant qui m'a été signalé par M. Henri Advenier, 
géomètre au réseau de l'Ouest-Etat. Au printemps dernier, 
à Yillebonne-en-Taupont. près Ploërmel, une Jument appar- 
tenant à un cultivateur, devint subitement malade peu de 




temps après avoir mis bas, et se trouva dans l'impossibilité 
de nourrir son produit. Le propriétaire de cette Jument. 
M. Guillozo, eut par suite l'idée de faire allaiter le pou- 
lain — ou plus exactement la pouliche, car c'était une 
femelle — par une Chèvre qu'il possédait. Celle-ci se prêta si 
bien à son rôle de nourrice que, au bout de très peu de temps, 
dès qu'on lui amenait la pouliche, elle sautait d'elle-même sur 



I Communication faite par M. Raveret-Wattel à la ^uus-Section des 
études caprines, dans la séance du 21 novembre 1911. 



UNE POULICHE ALLAITÉE l'AH UNE CHÈVRE 179 

le banc où il était nécessaire qu'elle fût placée, afin d'être à 
hauteur convenable pour remplir ses fondions. 

Quant à la pouliche, elle appréciait tellement le lait de sa 
nourrice que, lorsqu'elle apercevait d'autres Chèvres, elle ne 
manquait pas de courir après celles-ci pour tâcher de les met- 
tre, elles aussi, à contribution. 

Lorsque le lait de la nourrice devint, comme quantité, insuf- 
fisant pour l'élève, on y ajouta des mashes, et, sous l'influence 
de cette alimentation, la pouliche se développa d'une façon 
très satisfaisante. 

Je joins à la présente note une photographie que, sur ma 
demande, M. Advenier a eu l'obligeance de faire des deux ani- 
maux. 



LIGUE FRANÇAISE POUR LA PROTECTION DES OISEAUX 

( SOUS-SECTIO.N D'ORNITHOLOGIE ) 

PRÉSENTATION 

La Société nationale d'Acclimatation vient de fonder la Ligue 
française pour la Protection des Oiseaux. Cette création répond 
à un besoin. Nous sommes très en retard sur les autres nations 
pour tout ce qui concerne la défense de l'Oiseau, et on com- 
mence à s'apercevoir, en France, des fâcheux résultats où nous 
a conduits cette coupable indifférence à l'égard de notre pré- 
cieux et indispensable auxiliaire. Aussi faut-il être reconnais- 
sant à M. Albert Chappellier d'avoir secoué une torpeur dont 
la persistance n'aurait pas lardé à devenir funeste. Son intel- 
ligente initiative a donné un corps aux idées qui étaient déjà 
dans l'esprit de beaucoup de naturalistes, d'agriculteurs prati- 
ciens et d'agronomes, mais que personne n'avait su encore réa- 
liser. En attribuant à M. Chappellier, qui est lui-même ingé- 
nieur-agronome et Préparateur à la Faculté des Sciences, la 
paternité de l'enfant que la Société nationale d'Acclimatation a 
accueilli avec un chaleureux empressement, je lui rends ici un 
hommage mérité. 

Il m'est agréable de présenter aujourd'hui ce nouveau-né, et 
de dire les espérances que nous avons conçues à l'aurore de 
son existence. Appelé par la confiance de mes collègues à 
guider les premiers pas qu'il va faire dans la vie, mon devoir 
est de réclamer pour lui la bienveillance qui réchauffe toute 
jeune apparition, l'aide qui accroît les forces et atténue les 
risques. 

Ce concours bienveillant nous ne le demandons pas seule- 
ment au nom de cette universelle charité qui s'épanche des 
cœurs bien nés sur tous les êtres vivants, nous invoquerons 
aussi le propre intérêt de l'homme, son profit direct et maté- 
riel, ses joies de beauté et de curiosité scientifique. 

Nous devons beaucoup à l'Oiseau, sans lui nous ne pour- 
rions point lutter efficacement contre les multitudes d'insectes 
qui s'atlaquent à nos cultures et montent à l'assaut de toutes 
nos entreprises. On l'a bien vu dans les pays où on a laissé 
inconsidérément disparaître certaines espèces insectivores. 
Tout ce qu'on pourra dire sur l'utilité restreinte des Oiseaux 
à ce point de vue n'infirmera pas les faits. En tous lieux, la 



LIGUE FRANÇAISE POUR LA PROTECTION DES OISEAIA 181 

diminution progressive des Oiseaux indigènes a coïncidé avec 
l'augmentation des insectes nuisibles. 

Or, nos Oiseaux de France sont menacés à l'heure actuelle 
dune diminution qui frappe les yeux les moins clairvoyants : 
il est nécessaire d'enrayer le mal à tout prix avant qu'il soit 
devenu irrémédiable. Les causes de la décroissance numérique 
de nos hôtes ailés sont diverses. 11 y en a d'inéluctables res- 
sortissant aux progrès de l'Agriculture, mais dont il est encore 
possible d'adoucir les néfastes effets. La Ligue s'y emploiera par 
l'établissement de nichoirs artificiels, le nourrissage hivernal 
et la protection des couvées. Il en est d'autres qu'elle doit com- 
plètement abolir. Je veux parler de l'œuvre de destruction 
accomplie, souvent sous les regards bénévoles de l'autorité, au 
moyen de pièges, de filets, d'engins de toutes sortes. Le véri- 
table ennemi de l'Oiseau n'est pas le chasseur au fusil dont 
l'action est limitée, c'est le tendeur de profession qui compte 
par douzaines et par centaines son triste butin quotidien. 

En abandonnant aux Préfets le soin d'empêcher la destruc- 
tion des espèces qui ne rentrent pas dans la catégorie du gibier 
à plume proprement dit, mais qui jouent un rôle considérable 
dans l'économie rurale, la loi sur la police de la chasse s'est 
rendue impuissante à prévenir de tels massacres. Grâce à des 
exceptions injustifiées, nous voyons s'étaler impunément, j'al- 
lais dire impudemment, sur les marchés de quelques-uns de 
nos départements, des chapelets de Rouges-gorges, de Fau- 
vettes et d'une foule de petits Oiseaux au gosier mélodieux, 
ardents expurgateurs de vermine, dont la vente est tolérée et 
même autorisée, alors que sur d'autres points de notre ter- 
ritoire elle est, avec raison, sévèrement défendue. Ces anoma- 
lies singulières qui existent dans notre législation doivent 
s'effacer pour faire place à des dispositions spéciales assurant 
la conservation des espèces utiles, non seulement au moment de 
leur reproduction, mais encore à l'époque de leurs migrations. 
Cette question des migrations, si importante au point de vue 
de la protection, la Ligue la fera sienne et, par ses corres- 
pondants, ses délégués provinciaux, ses baguages d'Oiseaux 
opérés de concert avec le Muséum d'Histoire naturelle, étu- 
diera méthodiquement les itinéraires suivis par les caravanes 
aériennes qui traversent périodiquement notre pays, ou pren- 
nent leur route le long de ses côtes maritimes. 
La sollicitude de la Ligue ne s'arrêtera pas à la protection 



182 BULLbïIN DE LA SOCIÉTÉ NATIONALE D'ACCLIMATATION 

des Oiseaux indigènes. Sans parler de l'entente qu'elle établira 
avec les autres Ligues de défense formées depuis longtemps 
chez les grandes nations de l'Europe, elle ira par delà les mers 
apporter le secours de son influence à la sauvegarde des 
espèces que la beauté de leur plumage rend victimes des 
exigences barbares de la mode et des caprices de la parure. 

Nous poursuivrons cette généreuse croisade avec toute la 
mesure que commande le respect d'intérêts légitimes, mais 
avec toute l'énergie qu'impose l'abolition de pratiques détes- 
tables. Fournir à l'industrie de la Plume la matière première 
qui lui est indispensable, sans avoir à porter la dévastation 
dans les rangs d'espèces exotiques dont les vêtements somp- 
tueux excitent l'admiration et la convoitise, sera l'une des 
préoccupations de la Ligue. L'emploi des dépouilles des Oiseaux 
domestiques sacrifiés pour notre consommation, l'élevage en 
captivité des espèces au brillant plumage, les perfectionne- 
ments introduits dans les procédés de teinture peuvent offrir 
un terrain de conciliation et d'entente favorable à la solution 
du problème. Ce qu'on a fait pour l'Autruche, aujourd'hui 
domestiquée, on peut le tenter pour l'Aigrette dont la parure 
d'amour a tant de prix, l'obtenir facilement de la nombreuse 
et éclatante tribu des Faisans, de bien d'autres encore. On en 
aura fini alors avec ces abominables massacres qui mettent en 
péril l'existence même des espèces et offensent, à la fois, la 
sensibilité humaine et les droits de la science. 

Enfin, nous entrerons dans l'École, et nous dirons aux 
enfants et à leurs maîtres tous les bienfaits dont nous sommes 
redevables à l'Oiseau, nous leur apprendrons à le connaître, à 
l'aimer, et nous encouragerons de nos récompenses ceux, 
maîtres ou élèves, qui l'auront le mieux aimé et le mieux servi. 
Tel est, dans ses grandes lignes, le programme que nous 
avons l'espoir d'accomplir, mais nous avons besoin, pour 
affirmer notre triomphe définitif, du concours de tous ceux qui 
s'intéressent à l'Oiseau et qui l'aiment, pour le charme de ses 
mélodies, la beauté de ses formes, la variété et l'éclat de son 
plumage, l'intimité de ses mœurs, les services inappréciables 
qu'il nous rend. 

La Ligue dévouée à sa défense vient de naître, accueillez-la 
avec sympathie, car son œuvre sera bonne et utile au pays. 

Magaud d'àubusson, 
Président de la Ligue. 



SÉANCE GÉNÉRALE DU 22 DÉCEMBRE 1911 
Présidence de M. Raveret-Wattel, vice-président. 

M. le Secrétaire général donne lecture d'une lettre de M. Viger, 
sénateur, président du Comité agricole et horticole français des 
Expositions internationales, annonçant que la Société d'Accli- 
matation a obtenu, à l'Exposition internationale des Industries 
et du Travail de Turin en 1911, un Grand prix pour la série 
complète de ses Bulletins qu'elle avait exposée. 

M. le président fait part du décès d'un de nos membres hono- 
raires, Sir Joseph llooker, un des doyens de la science anglaise, 
ancien directeur du Jardin botanique de Kew, associé étranger 
de l'Académie des sciences de Paris. L'œuvre laissée par Sir 
Joseph Hooker est considérable, principalement dans le domaine 
de la Botanique systématique. Sa mort est, pour la science, 
une perte qui sera vivement ressentie par notre Société. 

M. Raveret-Wattel fait ensuite connaître à l'assemblée les 
noms de ceux d'entre nos collègues qui ont été, au cours de 
cette année, l'objet de distinctions honorifiques; ce sont: 
MM. Joubin et Leprince, promus officiers de la Légion d'hon- 
neur ; MM. Lignières et Tolet, nommés chevaliers du même 
ordre; M. Gerôme, promu commandeur du Mérite agricole. 

A l'Institut, M. Anthony a obtenu le Grand prix des Sciences 
physiques et M. Cuénot le prix Cuvier. 

Enfin, M. Chevalier a été nommé directeur de la mission per- 
manente d'étude des cultures et des jardins d'essais coloniaux. 

M. le Secrétaire général présente le rapport sur les travaux 
des diverses sections durant l'année. 

M. le Trésorier rend compte de l'état financier de la Société. 
Les comptes pour l'année 1911 sont approuvés, ainsi que le 
projet de budget pour l'année suivante. 

Il est procédé à l'élection des membres du Bureau et de 
quatre membres du Conseil d'administration de la Société. 



184 BULLETIN DE LA SOCIÉTÉ NATIONALE D'ACCLIMATATION 

MM. Caucurte et d'Orfeuille sont chargés du dépouillement 
du scrutin qui donne les résultats suivants: 

Nombre des votants 176 

Bulletins blancs ou nuls. ... 4 

Ont obtenu : 

MM. Perrier, président 173 voix. Elu. 

Raveret-Watlel, vice-président 172 — 

de Pontbriand, vice-président 1G9 — 

Bois, vice-président 173 — — 

Maurice de Vilmorin, vice-président . . 172 - — 

Loyer, secrétaire général 171 — 

Debreuil, secrétaire (intérieur) 172 — 

Hua, secrétaire (conseil) 172 — 

Crepin, secrétaire (séances) 172 — — 

Le Fort, secrétaire (étranger) 173 — 

D r Leprince, membre du Conseil 172 — 

Mailles, membre du Conseil 172 — 

Trouessart. membre du Conseil 172 — 

Philippe de Vilmorin, membre du Conseil 172 — 

En outre, plusieurs de nos collègues ont obtenu un certain 
nombre de voix. 

A l'issue de la séance, M. le secrétaire général fait adopter 
une proposition aux termes de laquelle le Bureau est autorisé 
à demander par la voix du Bulletin, à tous les membres de la 
Société qui s'intéressent à sa prospérité, de bien vouloir contri- 
buer à son accroissement en lui envoyant une liste des per- 
sonnes qu'ils croient susceptibles de devenir nos collègues et 
auprès desquelles le secrétariat pourrait intervenir utilement 
en sollicitant leur adhésion. 

Le secrétaire des séances, 
J. du pin. 



DÉJEUNER AMICAL ANNUEL 

DU 1S JANVIER 1912 
Par MAURICE LOYER. 

Noire déjeuner annuel eut lieu plus tôt que de coutume, en 
conformité d'une décision prise antérieurement, afin de nous 
permettre de recevoir du gibier avant la fermeture de lâchasse. 
Cette époque est également très favorable au transport du 
poisson. 

La grande salle à manger du buffet de la gare de Lyon 
comptait exactement cent sept convives. M mes Achalme, Aron, 
de la Brosse, Brumpt, Brunot, Caucurte, Debreuil, Delaurier, 
Gallois, Lamarque, M. Loyer, Periac, Pierrard, Sebillotte, 
Stancioff, Tolet, Ph. de Vilmorin; MM. Achalme, Aderer, d'Al- 
bignac, Anthony, Aron, R. Bacon, Baillet, Ballereau, Ballet, 
Barrachin, Béjot, Bellette, Besse, Bois, Bonnet, Bret, de la 
Brosse, Brumpt, Ch. et J. Brunot, Cauchy, Caucurte, Caullery, 
Chagot, Chappellier, Clément, Cordonnier, Coutière, A. et C. 
Dagry, Dannin, Debreuil, D<\jardin, Delacour, Delaurier, 
Despax, Gadeau de Kerville, Gallois, Gerôme,Hua, d'Humières, 
Iches, Lamarque, Lefebvre, Le Fort, Leprince, Le Myre de 
Vilers, Loisel, Henri et Maurice Loyer, Magaud d'Aubusson, 
Mailles, Ménegaux, abbé Meuley, d'Orfeuille, Ed. Perrier, P. -A. 
Pichot, Poisson, Ponsetton, de Pontbriand, Raveret-Wattel, 
Rivière, Houle, Royer, Sanson, Sebillotte, Simon, D. Stancioff, 
Tolet, de Viefville, Maurice et Philippe de Vilmorin, Vin- 
cent, etc. 

A la table d'honneur, aux côtés de M. Edmond Perrier, pré- 
sident de la Société, avaient pris place : S. E. Robert Bacon, 
ambassadeur des États-Unis; S. E. Dimitri Stancioff, ministre 
de S. M. le roi des Bulgares; MM. Le Myre de Vilers, ambassa- 
deur honoraire, ancien président de la Société; de Pontbriand, 
Baveret-Wattel, Maurice de Vilmorin, vice-présidents; Maurice 
Loyer, secrétaire général; Hua et Achalme, membres du Con- 
seil, et les professeurs Caullery et Roule. 




D&mé Ji Grmvépart, \ MartinM Dgfiinatrtir J, JW* /.-.- /),„■., J. /., X... A, /,:?,. -,i„/.'.-- Jt.w/,,,-. 



SOCIÉTÉ NATIONALE D'ACCLIMATATION DE FRANCE 

33, HUE DE BUFFON, PARIS 



MENU 



HORS D ŒUVRES VARIES 

Copeaux de Seiche fumée du Japon 

Omelette aux Œufs congelés de Chine 

et aux Champignons du Yunnan 

Perches Noires d'Amérique (Black-Bass) au court bouillon, 

sauce maître d'Hôtel 



ENTREE 

a la Broche 



Quartier de Zébu de Madagascar 
Quartier de bœuf de l'Argentine 

Purée d'Igname de Chine 



ROTS 

Chapons du Mans au Cresson- 
Jambon fumé d'Ours brun de Russie 
Chayottes d'Algérie en salade 

ENTREMETS 

Soufflé de Coucourzelle d'Italie au Kirsch 
Glace Pole-Sud 

DESSERT 

Melons d'Or de Malaga 
Fromages — Fruits 

VINS 

Bourgogne blanc et rouge 
Vouvray sec 1900 
Champagne frappé 

malt déjardin — pain complet 

MATÉ — CAFÉ - LIQUEURS 



188 BULLETIN DE LA SOCIÉTÉ NATIONALE D'ACCLIMATATION 

Le menu, dont la première page représentait l'encadrement 
du titre d'une première édition de [Ornithologie deBrisson qui 
nous avait obligeamment été prêté par notre collègue 
M. Besse, comprenait : des Seiches du Japon qui, découpéesen 
longs filaments avaient une odeur très prononcée de poisson 
séché ; une omelette, qui présentait cette particularité remar- 
quable qu'elle provenait de conserves d'œufsbattus et expédiés 
ainsi de Chine ; des Perches américaines (Black-bass), dont notre 
Société préconise beaucoup l'élevage en France, et qui furent 
jugées délicieuses. 

Le Zébu malgache et le Bœuf de l'Argentine ne furent pas 
trouvés inférieurs à leurs congénères européens ; la purée 
d'Igname de Chine, légume qui commence à être connu en 
France et qui s'y acclimate fort bien, parut au moins aussi 
délicate que celle faite avec la Pomme de terre. 

Nous ne dirons rien des Chapons du Mans, mais le jambon 
d'Ours brun de Russie fut très goûté des convives ainsi que la 
salade de Chayotte algérienne. 

Le soufflé de Coucourzelle d'Italie rappelait, avec plus de 
finesse, les préparations culinaires analogues faites avec nos 
Polirons, enfin les Melons d'or de Malaga, plus juteux, plus 
sucrés que nos Melons, furent justement appréciés, surtout en 
cette saison où ces fruits font complètement défaut en France. 

Au dessert, M. Ed. Perrier, après avoir remercié S. E.Robert 
Bacon d'avoir bien voulu honorer le déjeuner de sa présence, 
félicita les organisateurs du banquet et ceux de nos collègues 
qui avaient bien voulu, par leurs envois, contribuer à son 
succès. Ses félicitations s'adressèrent tout particulièrement à 
MM. Rivière et Le Fort ainsi qu'à M. l'abbé Meuley, auquel nous 
devions les Ignames et les Coucourzelles qu'il fait pousser à 
Montgeron (Seine-et-Marne). 

Il termina en nous parlant d'un plat qu'il eut pu nous pré- 
senter, mais qu'il renonça, réflexion faite, à faire figurer sur 
notre table. Il s'agissait d'un morceau de Mammouth, trouvé 
au bord de l'Océan glacial par des Samoyôdes, au milieu des 
glaces et envoyé au Muséum d'Histoire naturelle. 

La chair de cet animal préhistorique a, parait-il, le goût etla 
saveur du camembert ! Nous n'avons pas mangé du Mammouth 
et nous devons en remercier notre président. Ces Éléphants 
antédiluviens ne sont plus à acclimater et nous voyons avec 



DÉJEUNER AMICAL ANNUEL 18!) 

peine leurs descendants, nos Éléphants d'Afrique, tombersous 
les coups des chasseurs d'ivoire, sans pouvoir même espérer 
que dans plusieurs milliers d'années, leurs cadavres frigorifiés, 
pourront, comme ceux des Mammouths, évoquer devant nos 
arrière-petits-neveux, les splendeurs de cette faune africaine 
de grands Mammifères qui, avant la fin de ce siècle, aura com- 
plètement disparue. 

Après le déjeuner eut lieu la visite des serres du Muséum. 
MM. Gerôme et Bret voulurent bien nous montrer les intéres- 
santes collections de plantes exotiques qu'elles renferment. 

Le succès de ce déjeuner dépassa celui des précédents, et le 
nombre des convives qui y assistaient nous prouve une fois de 
plus, combien fut heureuse l'idée qui présida à sa fondation, 
en permettant à des collègues souvent éloignés de se réunir au 
moins une fois l'an et en fournissant à tous l'occasion de nouer 
des relations amicales si utiles au progrès et à la prospérité de 
la Société d'Acclimatation. 



CHRONIQUE GÉNÉRALE ET FAITS DIVERS 



Encore un Oiseau qui disparait ! La Perruche de la Caroline. — L'appri- 
voisement des animaux sauvages dans les ménageries. 

On nous a entretenu pendant la session dernière de l'extinc- 
tion aux États-Unis de la belle Colombe voyageuse dont il ne 
reste plus qu'un exemplaire unique dans le Jardin zoologique 
de Cincinnati. Voici que M. Crandall, directeur adjoint des ser- 
vices ornithologiques du Jardin z<>ologio,ue de New-York, nous 
avise de la disparition prochaine d'un autre volatile de l'Amé- 
rique du Nord : la Perruche de la <aroline. Cette Perruche, le 
seul des Oiseaux de ce genre qui fréquentât l'hémisphère nord, 
était il n'y a pas bien longtemps très nombreuse dans les États 
de l'est et du centre des États-Unis. On en voyait de grandes 
bandes circuler à travers le pays, depuis la Floride jusqu'aux 
Grands Lacs et du Colorado jusqu'au Texas. Leur présence était 
signalée, dit M. Crandall, dans vingt-deux États et un Terri- 
toire et ils s'écartaient encore dans quelques autres. Or, au- 
jourd'hui, il y a tout juste OIxZE Perruches de la Caroline con- 
servées vivantes dans les Jardins zoologiques : deux à New- 
York, six à Cincinnati et trois à Washington! Le dernier 
spécimen qui ait vécu en Europe est un Oiseau que reçut la 
Société zoologique de Londres en 1894 et qui mourut en 1902. 
Un autre, au Jardin de Berlin, mourut en 1904, et les Ornitho- 
logistes qui ont exploré la Floride pendant ces derniers temps 
n'en ont pas rencontré un seul. 

Cette Perruche, dont pendant longtemps on avait exporté 
des milliers en Europe, était un très joli Oiseau; le jaune, 
l'orange et le vert se mariaient agréablement dans son plumage. 
C'était de plus un Oiseau utile, car sa nourriture se composait 
presque exclusivement de graines de plantes sauvages dont 
l'envahissement étouft'e les cultures. Comme il lui arrivait de 
couper aussi parfois les bourgeons des arbres fruitiers cultivés 
et de faire tomber les pommes quoi qu'i ne les mangeât point, 
beaucoup de fermiers lui avaient déclaré une guerre sans merci. 
Les trafiquants de plumes ont aussi largement contribué à sa 
destruction, d'autant plus que ces Perruches étaient peu sau- 



CHRONIQUE GÉNÉRALE ET FAITS DIVERS l!>l 

vages et se laissaient approcher facilement. Comme elles se 
tenaient en groupes serrés, un seul coup de fusil suffisait pour 
en faire une hécatombe. 

Wilson donne une pittoresque description de la façon dont 
ces bandes semblaient couvrir d'un lapis vert les champs arides 
où elles pâturaient, puis prenant leur vol, elles allaient s'abattre 
sur un même arbre qu'elles paraient d'un feuillage animé. 
Chose étonnante pourtant, on sait peu de chose de la vie intime 
de la Perruche de la Caroline, qui aura disparu sans avoir 
marqué dans les annales de l'Histoire Naturelle, peut-être 
parce qu'étant si commune, les naturalistes remettaient au 
lendemain pour noter ses faits et gestes. Ainsi on n'est pas fixé 
sur la façon dontelle faisait son nid, les uns prétendant qu'elle 
le construisait avec des baguettes dans la fourche d'un arbre, 
les autres assurant qu'elle élevait sa nichée dans le tronc ou la 
branche d'un arbre creux. C'était un Oiseau facile à apprivoiser 
et qui s'accommodait de tout. Wilson en eut un qui voyageait 
enveloppé dans un mouchoir de soie au fond de sa poche et 
qui parcourut dans ce simple appareil quelques milliers de 
lieues, mais pendant une navigation sur le golfe du Mexique, 
l'oiseau prit imprudemment son vol et tomba à la mer. 

Espérons que les « Carolines » confiées à M. Crandall se dé- 
cideront à faire souche, et donneront au directeur adjoint du 
Jardin zoologique de New- York l'occasion de compléter l'inté- 
ressant article où il sonne le glas funèbre de ce charmant 
Oiseau. 



M. Ditmars, dans le Bulletin de la Société zoologique de 
New-York, raconte qu'il avait remarqué combien il était diffi- 
cile de conserver longtemps des Gerboises dans la Ménagerie 
quoiqu'elles fussent placées dans des conditions qui parais- 
saient favorables. Entassées dans les boîtes pleines de litière 
qu'on leur avait ménagées pour qu'elles pussent s'y cacher 
comme à l'état libre, elles ne tardaient pas à être affectées 
d'une sorte de transpiration cutanée et dépérissaient rapide- 
ment. M. Ditmars changea de système et plaça ces petits Ron- 
geurs dans une cage ouverte où ils n'avaient plus qu'une 
mince litière pour se coucher. Ces animaux firent alors des 
nids découverts en coupant menu les brins de foin et de ce jour 
la mortalité s'arrêta et on en possède depuis deux ans en par- 



192 BULLETIN' DE LA SOCIÉTÉ NATIONALE D'ACCLIMATATION 

faite santé, tandis que les Gerboises qu'on laissa dans les condi- 
tions habituelles succombèrent rapidement les unes après les 
autres. Ce résultat n'est pas pour nous surprendre car nous 
avons éprouvé nous-mêmes l'efficacité du système sur certains 
animaux nocturnes dont nous retirions la litière pendant le 
jour pour les forcer à s'apprivoiser. C'est une erreur de croire 
qu'on assure toujours le bien-être d'un animal en captivité en 
le plaçant dans un milieu semblable à celui où il est habitué à 
vivre à l'état libre. 

La première chose à obtenir d'un animal sauvage, c'est qu'il 
prenne confiance dans son entourage; c'est qu'il ne soit plus 
en proie à des accès de terreur qui ébranlent son système ner- 
veux chaque, fois qu'il voit un visage nouveau ou qu'il entend 
un bruit insolite. Tant qu'il n'aura pas été apprivoisé, il man- 
gera à des heures irrégulières dès qu'il croira qu'on ne l'ob- 
serve pas et, dans sa hâte de retourner se cacher, il absorbera 
en trop grande ou trop petite quantité des aliments dont l'assi- 
milation se fera mal. Les animaux nocturnes sont plus difficiles 
à rendre familiers que les animaux diurnes par cela même 
qu'ils sont plus rarement en contact avec le public et avec 
leurs gardiens. Au Jardin zoologique de New- York, dit M. Dit- 
mars, nous avons soin de ne jamais laisser les animaux se gor- 
ger, quitte à leur présenter plusieurs fois par jour leur nourri- 
ture. Les animaux nocturnes se plient à ce régime et attendent 
bien éveillés le repas qu'on leur sert le matin à des heures 
régulières. De cette façon, ils ne sont pas à demi engourdis par 
une torpeur qui pèse sur leurs organes digestifs comme sur 
tout leur être et on a pu conserver longtemps ainsi des animaux 
qui passaient pour être irréductibles dans leur sauvagerie. 



Le Héraut : A. Maretheux. 



Paris. — L. Markthkux, imprimeur, 1, rue Cassette. 



ANIMAUX A FOURRURE 
L'ONDATKA OU RAT MIJSOUÉ 

Par PIERRE-AMÉDÉE PICHOT 

Un des ordres les mieux définis parmi les Mammifères ter- 
restres est celui des Rongeurs. Je n'insisterai pas ici sur leurs 
caractères scientifiques, mais je rappellerai que c'est un des 
ordres les plus répandus à la surface du globe et un de ceux 
qui comptent les plus nombreux représeniants. D'après Flower 
et Lydekker (1), on en connaît aujourd'hui plus de neuf cents 
espèces armées de ces terribles cisailles auxquelles rien ne 
résiste. Or, ces dents sont au service d'animaux dont on peut 
dire que l'activité est dévorante; ils ont la digestion rapide et 
il leur faut une abondante nourriture pour entretenir le foyer 
de la combustion vitale, pour réparer les pertes de substance 
et pour alimenter une croissance qui dans un espace de temps 
restreint les conduit à l'âge adulte et à l'époque de la repro- 
duction. 

Quoique cosmopolites, les Rongeurs sont plus nombreux sur 
certains points que sur d'autres et semblent avoir pour mission 
de contrebalancer la rapidité de développement de la végéta- 
tion. Soit par leurs destructions, soit par leurs terrassements, 
ils contribuent puissamment aux révolutions qui modifient 
d'une façon continue la surface du globe. Comme une armée 
qui comprend différentes armes appropriées à des spécialisa- 
tions de service, les Rongeurs ont des terrassiers qui fouillent 
le sol, des forestiers dont les arbres sont le domaine, des 
aquicoles ad;tpiés à une vie aquatique et jusqu'à des aviateurs 
dont les membranes latérales et la queue en éventail leur 
permettent de franchir dans l'air, en vol quasi plané, des 
espaces considérables. C'est ainsi que dans les conditions les 
plus diverses, les incisives des Rongeurs trouvent leur appli- 
cation et que rien n'est à l'abri de leurs entreprises. 

S'il y a des Rongeurs sur tout le globe, c'est en Amérique 
que l'on en trouve le plus grand nombre. Dès les premiers 
temps de la découverte du Nouveau Monde, l'attention des 

(1) Flower et Lydekker. Mammals living and extinct. Londres, 1891. 

BULL. SOC. NAT. ACCL. FR. 1912. — 13 



194 BULLETIN DE LA SOCIÉTÉ NATIONALE D'ACCLIMATATION 

explorateurs se porta sur une des espèces les plus remarqua- 
bles, le Castor, que ses mœurs singulières, poétisées par la 
légende, ne tardèrent pas à rendre populaire et dont le poil, 
particulièrement apte au feutrage, devint un objet de com- 
merce considérable. Mais à côté de lui, se trouvait un autre 
Rongeur dont la fourrure, analogue à la sienne, devait égale- 
ment prendre une très grande place dans le commerce des 
pelleteries, où elle est utilisée sous les noms de Loutre d'Hudson 
et de Vison d'Amérique, et si l'Ondatra ou Rat musqué fut 
d'abord négligé par les trappeurs, sa dépouille ne tarda pas à 
faire son apparition sur les marchés européens, d'autant plus 
que, bien plus prolifique que le Castor, son aire de dispersion 
était plus étendue; alors que les centres de production du 
Castor s'épuisaient déjà, ceux de l'Ondatra restaient encore 
indemnes. De cinq cent cinquante-trois peaux d'Ondatra que 
la Compagnie de la baie d'Hudson envoyait en Europe en 
1752, le chiffre de l'exportation montait à plus de quatre 
millions de dépouilles en 1871 (1), et la mode des fourrures 
s'élant de plus en plus répandue depuis cette époque, il est 
probable que le chiffre actuel est encore plus élevé. 

Devant cette consommation prodigieuse qui menace d'une 
destruction rapide l'existence de l'Ondatra, comme elle a déjà 
compromis celle du Castor, le gouvernement des Etats-Unis 
s'est ému, car le commerce des fourrures est une de ses sources 
de richesse les plus importantes. Le Ministère de l'Agriculture 
à Washington vient en conséquence de publier sur le Rat 
musqué un remarquable travail rédigé par M. Hollister (2), 
naguère attaché au bureau des recherches biologiques. M. Henry 
\Y. Henshaw, le directeur de cet important service, en recom- 
mandant au Ministère de l'Agriculture la publication du 
mémoire de son ancien collaborateur, aujourd'hui conserva- 
teur-adjoint des collections de Mammifères du Muséum na- 
tional, insiste sur l'intérêt que présente la protection du Rat. 
musqué au moment où la diminution des animaux à fourrure 
des Etats-Unis s'accentue tous les jours, et il préconise l'éle- 
vage ou le fermage de ce Rongeur, dont on a déjà reconnu la 
possibilité sur les terres marécageuses et inondées que l'agri- 



(1) H. Poland. Fur bearinq animais. Londres, 1892. 

(2 X. Hollister. A syslematic synopsis of Ihe muskrats, U. S. '/<'/'. >>f 
agriculture. Norlh American fauna, n° 32. 



ANIMAI IX A FOURRURE 195 

culture ne peu! utiliser. Il est temps, en effet, de prendre des 
mesures pour ne pas compromettre l'avenir d'une exploitation 
très rémunératrice. 

La description du Rat musqué a été publiée pour la première 
fois en IC12 dans un ouvrage sur la Virginie, du capitaine 
Smith, qui gouverna quelque temps le pays (1). Il l'appelle 
Mussascus, et dit qu'il ressemble au Rat d'eau de nos pays, 
sauf pour la taille, et qu'il exhale une très forte odeur de musc. 
C'est sous ce vocable de Mussascus que les auteurs en ont parlé 
après Smith. Linné l'a confondu un instant avec le Desman 
d'Asie (2), mais en 176G il lui assigna une place à part dans 
son Systema Naturae et, le rapprochant du Castor, il le désigna 
sous le nom de Castor Zibethlcus (3). Tiedemann, en 1808, lui 
restitua son nom indien d'Ondatra, sous lequel les Hurons le 
connaissaient et sous lequel Buffon l'avait décrit (i). Mais au 
fur et à mesure que Ton approfondissait l'étude de l'animal, les 
naturalistes étaient amenés à reconnaître qu'il y en avait plu- 
sieurs variétés se distinguant par la coloration du poil, par la 
taille et par certaines particularités du crâne. M. Hollister a 
entrepris avec un soin minutieux la revision de ces différentes 
races en s'appuyant sur une masse de documents considérable; 
il a examiné et comparé plus de mille spécimens conservés 
soit dans les Musées publics, soit dans les collections particu- 
lières (la collection du Bureau d'Etudes biologiques n'en 
contient pas moins de cinq cents); mais s'il est arrivé à bien 
définir les caractères des quatorze espèces auxquelles il a 
conservé les noms qui leur avaient été donnés par leurs pre- 
miers nomenclaleurs, il semble que ces quatorze espèces ne 
sont que des variétés locales d'un même animal modifié par 
des influences climatériques ou autres. Situées dans des 
régions déterminées, comme on peut le voir sur la carte 
dressée par les soins du consciencieux rapporteur, ces espèces 
présentent sur les limites des régions qu'elles occupent des 
caractères de transition d'un type à l'autre. M. Hollister a 
d'autre part rappelé que les espèces actuelles ont été précé- 
dées par trois espèces fossiles de l'époque pliocène, qui ne 

(1 Gaptain John Smith. .1 Map of Virginia, with a. description of the 
country, etc.. 1612. 

2) Linnœus. Systema naturse, e.d 10, I, 50. 

3) Linnœus. Systema naturœ, ed 12, I, 79. 
1 Tiedemann. Zoologia, 1, p. 480-481 



196 BULLETIN DE LA SOCIETE NATIONALE D'ACCLIMATATION 

diffèrent que par une plus petite taille des Rats musqués de 
notre époque (1). 

Les Ondatras sont répandus sur la plus grande partie de 
l'Amérique du Nord, depuis la limite septentrionale de la végé- 
tation forestière jusqu'à la frontière méridionale du Mexique. 
Ils ne descendent pas plus bas sur les côtes de l'Atlantique, 
excepté dans le sud de la Louisiane, et il n'y en a pas dans la 
région qui borde le golfe du Mexique. On n'en trouve pas 
davantage sur le versant du Pacifique, au-dessous de l'Orégon 
central. Une aire de dispersion aussi étendue dans des pays de 
natures si diverses devait, on le comprend, modifier les mœurs 
d'animaux qui se plient facilement aux variations locales. Dans 
la plus grande partie de son parcours, le Rat musqué construit 
des habitations lacustres et amasse des végétaux de marais 
pour y établir sa demeure et s'abriter contre les rigueurs de 
l'hiver. Ces meules, qui rappellent les loges des Castors, don- 
nent une physionomie caractéristique aux terrains maréca- 
geux qu'il affectionne, car elles ont parfois de grandes dimen- 
sions, quoiqu'elles ne soient généralement habitées que par une 
seule famille. La chambre d'habitation est placée au centre de 
la meule, à l'abri des crues, et communique avec le dehors par 
des tunnels qui débouchent sous l'eau. Mais tous les Rats mus- 
qués ne se construisent pas des habitations de ce genre. Lors- 
que au lieu de rives basses et marécageuses, ils ont affaire à des 
berges escarpées bordant les cours d'eau ou les étangs, ils 
préfèrent, semble-t-il, s'y creuser des terriers. Le Castor aussi, 
là où il est trop dérangé, comme dans les Rouches-du-Rhone. 
renonce à construire ses loges sur terre et se réfugie dans le 
sous-sol. Dans ce cas, le terrier, dont l'entrée est toujours sous 
l'eau, remonte dans la berge jusqu'à une chambre située près 
de la surface du sol et que les plus fortes crues ne peuvent 
atteindre. En conséquence, il y a bien des endroits où les loges 
des Rats musqués sont inconnues et où l'habitation de ces ani- 
maux est creusée dans la terre. Enfin, là où il n'y a pas de 
talus pouvant leur offrir une retraite souterraine, les Rats mus- 
qués se contentent de mettre au jour leur progéniture dans 
des nids à ciel ouvert, qu'ils placent sur les parties les plus 
sèches et les plus élevées de leur humide domaine. 

(i) Brown. The Cernant fissure. Mem. Americ. Mus. Nat. HisL. IX; et 
llollister.Descrip. of two New Muskrats. Biological Soc. Washington, XXIII. 



ANIMAUX A l'OUllil lii; 



lï>7 




•t. 



"■O 
Si 

v_ 






3 
P 



3 
O 



6 



198 BULLETIN DE LA SOCIÉTÉ NATIONALE D'ACCLIMATATION 

La nourriture du Rat musqué est essentiellement végétale 
et se compose des plantes aquatiques ou de rivage qui croissent 
autour de lui, mais il s'écarte parfois de l'eau pendant la nuit 
et fait de lointaines randonnées pour aller chercher tel aliment 
dont il serait particulièrement friand. On a constaté que ce 
Rongeur mange aussi, à l'occasion, des substances animales et 
notamment des Anodontes ou Moules d'eau douce, et au besoin 
il ne dédaigne pas les Poissons, les Oiseaux morts et autres 
bestioles. Le D r Mearns (1) a vu le Rat musqué poursuivre les 
Poissons dans la rivière Verte, en Arizona, et sur un lac près de 
Crested Butte, M. E. R. Warren (2) en a observé un, qu'il prit 
d'abord pour un Vison, plongeant après une Salamandre 
(Ambhjstoma tigrinum), qu'il rapporta entre ses dents pour la 
déguster tranquillement à terre. 

Les conditions climatériques ne sont probablement pas sans 
influence sur la fécondité du Rat musqué, car ses portées 
varient, suivant, les localités. D'après le professeur Lantz(3),qui 
aurait interrogé de nombreux trappeurs du Maryland, les Rats 
musqués y feraient de trois à cinq portées par an, chacune de 
trois à douze jeunes, la moyenne étant généralement de six à 
huit. L';iccouplement a lieu en mars et la première mise-bn> 
en avril; une seconde portée vient en juin ou juillet; une troi- 
sième en août ou septembre; et il peut y en avoir une qua- 
trième et même une cinquième si la saison est favorable. Les 
jeunes naissent complètement nus et n'ont pas encore les yeux 
ouverts, mais leur croissance est rapide. Chez des femelles 
pleines, on a trouvé de six à douze fcetus en différents stages 
de développement. 

La taille du Rat musqué est en moyenne de cinquante centi- 
mètres du bout du nez à l'extrémité de la queue, qui en mesure 
une vingtaine. Cet appendice est remarquable par sa forint 
aplatie sur les côtés, au lieu de l'être dans le sens horizontal, 
comme celle du Castor, avec laquelle elle aurait une certaine 
analogie par suite de cette conformation si ce n'était pas bien 
une queue de Rat et non une palette élargie. Quant au pelage 
de ce Rongeur, il se compose d'un sous-duvet épais que recou- 

(1) Mearns. Mammals of Ihe Mexican Boundary. Bull. U: >'. Nat. Mus.. 
n° 56, p. 414-498. 

(2) Warren. Mammals of Colorado, p. 105-107. 

(3) Lantz. The Muskrat, U. S. departmentof agriculture. Farmers Bull. 

39G, p. 1-38. 



ANIMAUX A FOURRURE L99 

vrent de longs poils qui s'allongent à mesure que la saison 
s'avance el qui lui donnent son brillant. La mue a lieu une lois 
par an pendant les mois les plus chauds de l'été, niais le liai 
musqué des côtes île la Louisiane fait deux mues, une au prin- 
temps, l'autre à l'automne. La couleur varie du noir foncé, à 
l'ocre rougeàtre ou pâle; plus de la moitié des Rats musqués 
de certains marais du Maryland sont complètement noirs el 
dans tous les cas ce sont les longs poils qui donnent au pelage 
une teinte plus ou moins foncée en recouvrant le sous-duvet 
qui est plus clair. 

Les besoins toujours croissants du commerce de pelleteries 
donnent au Rat musqué une importance économique considé- 
rable. Les belles peaux foncées rapportées par les trappeurs de 
la campagne 1909-1910 ont été payées jusqu'à un dollar, cinq 
francs la pièce, et à mesure que les animaux à fourrure les 
plus estimés se feront rares, il faut s'attendre à voir les peaux 
du Rat musqué être de plus en plus recherchées. Il y a donc 
urgence pour les Etats-Unis à en empêcher la destruction ; sa 
multiplication rapide et la facilité avec laquelle il s'accommode 
de conditions de vie différentes, faciliteront sa conservation, et 
pendant bien longtemps encore les Etats de l'Amérique du 
Nord pourront, grâce à une protection intelligente, s'assurer 
cetLe source importante de revenus. 

Les dégâts causés aux récoltes par ce Rongeur ne sont pas 
très grands, quoiqu'il lui arrive d'aller fourrager à une petite 
distance du bord de l'eau dans les cultures. Ce qu'on lui 
reproche le plus, c'est de creuser ses terriers dans les talus des 
digues et des fossés de vidange, de façon à en compromettre 
la solidité; aussi est-on obligé, dans certains endroits, de le 
détruire, mais, en général, la valeur de sa fourrure compense 
largement le tort qu'il peut faire aux agriculteurs, qui auront 
intérêt à ne pas le molester, surtout pendant la saison où il se 
reproduit et pendant le temps de la mue où sa fourrure n'est 
pas en valeur. 

Une autre considération qui n'est pas négligeable, c'est que 
la chair du Rat musqué constitue un aliment très apprécié sur 
les marchés de l'Est, où l'on en consomme plusieurs milliers 
dans les grandes villes, au même titre que le Lièvre et le Lapin, 
et M. Hollister pense que de tous les animaux à fourrure dont 
on pourrait entreprendre l'élevage, aucun ne promet plus de 
chances de réussite que l'Ondatra. Déjà, il rapporte de jolis 



200 BULLETIN DE LA SOCIÉTÉ NATIONALE D 'ACCLIMATATION 

bénéfices aux fermiers et aux trappeurs qui ont été assez 
sages pour lui aménager certaines réserves en vue de favo- 
riser su reproduction. 

Voici donc qui vient à l'appui de l'élevage des animaux à 
fourrure, préconisé par la Société d'Acclimatation depuis bien 
longtemps. Nous avons dit naguère (Bulletin, février 1910) ce 
qui se faisait dans les îles Aléoutiennes et dans quelques Etats 
de l'Amérique du Nord pour le Renard argenté et pour le 
Renard bleu. 11 y a bien d'autres espèces menacées d'une 
extinction prochaine ou se faisant rares dont il serait bon de 
ne pas négliger la conservation. L'Australie sent déjà la néces- 
sité de s'occuper de l'Opossum, dont l'élevage pourrait se faire 
économiquement dans notre climat. Mais, sans aller à l'étranger 
chercher des espèces exotiques, n'avons-nous pas encore en 
France un Castor autochtone, dont on laisse les derniers repré- 
sentants s'éteindre dans le Delta du Rhône sans qu'on fasse 
aucun effort pour le multiplier et l'utiliser? Quoique l'ingénio- 
sité de nos fourreurs mette aujourd'hui le Lapin à toutes les 
sauces, ne serait-il pas regrettable d'être un jour obligé de 
manger des Merles quand on pourrait avoir des Grives? 



PROJET DE PARC NATIONAL 

Par FERNAND MASSE 

Suite ;i). 

Rappelé à Cannes, où je réside pour quelques mois, je trouvai 
sur mon bureau le Bulletin du 1 er août de la Société d'Acclima- 
tation. J'y lus la conférence faite à la séance annuelle de la 
Société par le D r Loisel, conférence. qui traitait du parc suédois 
de Skansen et où le conférencier concluait en rappelant que 
Bufïbn avait, le premier, entrevu et indiqué l'intérêt de ce 
genre d'institution, en émettant enfin le vœu devoir notre pays 
réaliser à l'exemple de l'étranger cette conception d'un grand 
Français du xvm e siècle. 

Tout pénétré encore des beautés que je venais d'admirer, 
sachant en outre que le massif de l'Esterel, pour la presque 
totalité, est un domaine d'un seul tenant appartenant à l'État, 
une association d'idées toute naturelle se fit dans mon esprit. 
Pourquoi l'Esterel ne deviendrait-il pas, en partie du moins, 
noire Parc national? 

Entendons-nous : je n'ai nullement la prétenLion d'avoir 
découvert l'Esterel, ni même celle d'avoir le premier envisagé 
sa transformation en Parc national. Ce mot se retrouve à son 
sujet dans la brochure de M. Martel et jusque dans certains 
guides. D'autres l'ont prononcé aussi, mais c'est tout. Je crois 
donc simplement être le premier à préciser le sens dans lequel 
cette transformation, ou plus exactement cet aménagement, 
devrait se faire, le premier surtout à avoir suffisammentcreusé 
l'idée et poussé l'étude pour prouver que le projet est pratique- 
ment réalisable, pour montrer qu'au point de vue financier le 
choix de l'Esterel présente des avantages de premier ordre, 
pour apprécier enfin les difficultés à surmonter. Car nous ne 
sommes plus au temps où il suffisait à la fée Estérelle, notre 
gracieuse patronne, de prononcer un mot pour qu'une chose 
lut. La fée est aujourd'hui, paraît-il, prisonnière des mauvais 
génies. Autrefois, chez les Ligures, elle guérissait de la stéri 

(1) Voir Bulletin, 15 mars 1912. 



202 BULLETIN DE LA SOCIÉTÉ NATIONALE D'ACCLIMATATION 

lité. Peut-être, pour féconder nos projets, altend-elle que nous 
allions la délivrer. 

Dans cette intention et ayant encore présente à l'esprit, dans 
ses moindres détails, la région que je venais de visiter, sentier 
par sentier, rocher par rocher, pourrai-je dire, puisque je 
l'avais parcourue en tous sens, de jour et de nuit, sous le clair 
de lune, je développai sur ma table l'excellente carte au vingt- 
millième éditée par le Touring-Club et dressée par M. Martel, 
qu'il faut toujours citer, dès qu'on parle de l'Esterel. Je rends 
ici à ses travaux un hommage d'autant plus impartial que je n'ai 
pas l'honneur de le connaître. Il me suffira de dire qu'ayant 
passé, tant à cette époque que depuis, environ un mois dans 
l'Esterel, je n'ai jamais eu un renseignement à demander aux 
maisons forestières pour la direction à suivre, je n'ai jamaiseu 
une seconde d'hésitation au milieu de cet écheveau de routes et 
de sentiers, inextricable à première vue, et cela, même la 
nuit, alors que je me mettais en roule sans autre précaution 
que d'étudier la carte au préalable. Les erreurs que j'ai rele- 
vées soit dans la disposition des sentiers, soit dans la situation 
des sources, sont autant dire insignifiantes et semblent plutôt 
des erreurs de transcription que des inexactitudes de relève- 
ment. Cette carte constitue donc un document précieux pour 
toute étude de l'Esterel. 

Armé de cette carte et de mes souvenirs de fraîche date, j'ai 
noté les indications et réflexions suivantes que mes visites 
ultérieures, ayant pour but de préciser certaines données que 
je mentionnerai, n'ont fait que confirmer : 

1° Aux trois points de vue utilitaire; esthétique et pratique, 
l'Esterel ne laisse rien à désirer. Cela ressort de ce que j'ai dit 
précédemment et de ce que je préciserai plus loin. 

On ne chicanera pas, je suppose, sur le climat , qui est le plus 
heureux que nous possédions en France. 

Le massif, à la vérité, est surtout montagneux, mais il ne 
l'est pas exclusivement. Outre les parties d'alluvions que j'ai 
signalées et certains affaissements situés au cœur du massif, 
tous susceptibles de culture, il ne faut pas oublier que les 
lianes de l'Esterel sont loin de présenter partout des murailles 
à pic ou des éboulis. Nombreux sont les mamelons arrondis et 
les pentes douces où la terre est grasse, l'herbe drue, et dont 
l'animal de plaine le plus exigeant s'accommoderait volontiers. 



PROJET DE PARC NATIONAL 203 

Je me souviens à ce propos do ce que j'ai observé en Tunisie 
dans le massif de l'Ishkel, où, après une journée passée \ autres 
jusqu'aux oreilles dans la vase du marais, les Mehara el les 
Buffles reviennent le soir et escaladent de leur plein gré des 
pentes et des sommets aussi élevés, aussi abrupts et aussi 
rocheux que ceux de l'Ksterel. Et pourtant. Huiles et Meliara 
ne sont pas précisément des alpins. 

Une objection qui pourrait se présentera l'esprit de cen\ qui 
ne connaissent PEsterel que superficiellement, est celle rela- 
tive à l'eau. Je dis que c'est une objection, parce qu'elle a fait 
avorter différents projets d'aménagement ou d'exploitation 
divers, conçus antérieurement dans le pays. L'Esterel n'a pas 
d'eau; c'est un axiome. Je suis heureux de pouvoir affirmer 
que c'est une légende. C'est vrai, en été, les torrents sont à sec; 
c'est vrai, l'Esterel n'a pas d'eau quand on suppute la consom- 
mation énorme de certaines industries ou celle d'une agglomé- 
ration de quelque importance qui exigerait par surcroit une 
source considérable susceptible d'être canalisée etamenéepure 
de toute souillure. 

Tel n'est pas notre cas. Ce qu'il faudrait, c'est que les ani- 
maux, même au fort de l'été, trouvent toujours de l'eau fraîche 
à discrétion; et si par aventure nous pouvions en surplus 
mettre à leur disposition une réserve d'eau inépuisable sous 
forme d'un chapelet de petits lacs, cela n'en vaudrait que 
mieux. Tout cela est facilement réalisable; il suffirait de quel- 
ques travaux tellement simples et peu coûteux qu'ils s'impo- 
sent même au profane. 

Cependant, hanté moi aussi par l'axiome déjà cité, je voulus 
en avoir le cœur net, avant d'aller plus loin. En plein mois 
d'août, — et chacun voudra bien convenir que l'été excep- 
tionnellement torride de 1911 m'a réellement fourni un chiffre 
minimum, — j'ai mesuré très exactement le débit des source- 
susceptibles d'être englobées dans le projet. 

C'est ainsi que pour les seuls massifs du Collet Redon, de 
l'Ours et de l'Adret de l'Escale, en y ajoutant la belle source de 
la Sainte-Baume, je notai un débit quotidien de quinze mille 
litres d'eau exquise répartis entre onze sources. Je mets en 
fait qu'en prenant soin d'édifier sous chacune de celles-ci un 
minuscule réservoir cimenté, susceotible de contenir le double 
du débit estival quotidien de chaque source et de le couvrir 
partiellement de façon que les animaux ne puissent s'y vautrer, 



20 i BULLETIN' DE LA SOCIETE NATIONALE D'ACCLIMATATION 

on aura là de quoi abreuver sans restriction un troupeau de 
mille animaux de la taille d'un Cheval. Nous sommes loin d'en 
être là, et le jour où nous y serons, il y aura longtemps que 
nous aurons dû étendre les limites du périmètre indiqué ; nous 
aurons alors d'autres sources à utiliser. 

Ce n'est pas tout. J'avais remarqué d'importantes citernes 
creusées par le torrent à même le rocher de son lit, citernes 
qui n'assèchent pas puisque le Poisson y prospère. (Et n'ou- 
blions pas que nous sommes en plein été.) Je retournai les 
examiner avec plus d'attention. Là, je ne pouvais pas m'aven- 
turer dans les précisions, mais j'estimai de 500 à 1.000 tonnes 
le volume d'eau subsistant à celte époque. Certaines citernes 
du Mal Internet contenaient respectivement de 30 à 60 tonnes 
d'eau. N'est-ce point déjà là une jolie réserve assurée par la 
nature ? 

Il est possible de mieux faire encore. J'ai indiqué que le lit 
du torrent est fréquemment étranglé entre deux murailles. En 
ces points, où tous les matériaux, pierre, sable et eau, sauf le 
ciment, sont à pied d'œuvre, il suftirait d'édifier quelques 
barrages de trois à huit mètres de large (je ne pense même pas 
qu'on atteigne cette dernière dimension) et d'une hauteur 
variable qui ne dépasserait guère quatre ou cinq mètres. Grâce 
à la pente naturelle du terrain, on constituerait ainsi, .sans 
iamais risquer de léser un intérêt supérieur ou inférieur, un 
chapelet d'étangs que le premier hiver remplirait une fois pour 
toutes et que les hivers suivants entretiendraient et rafraîchi- 
raient. Ce serait là le paradis pour de futures colonies de Cas- 
tors, d'Aigrettes, de Flamants, de Cygnes, de Tadornes, de 
Canards et d'Echassiers divers, pour les Poissons, cela va sans 
dire, et pour toutes les espèces auxquelles un étang ou une 
rivière sod indispensables. Tous ces ébats discrets, toute cette 
vie emplumée et diaprée animeraient la surface et les rives de 
l'étang, où se retlèteraient les profils invraisemblables des 
cimes voisines. 

Au-dessus et au-dessous des barrages, que couronneraient 
quelques blocs biscornus empruntés à la montagne, ce serait 
ainsi pour l'Esterel une cascade, un lac, un paysage et une 
beauté de plus. 

En hiver, bien entendu, la question de l'eau ne se pose même 
pas : il y en a partout. 

D'autre part, pour les animaux que l'abreuvoir aux étangs 



l'HOJET DE PARC NATIONAL 203 

ne tenterait pas, il n'est pas mauvais qu'en été la rareté rela- 
tive des points d'eau les oblige, pour s'abreuver, à effectuer 
des parcours de quelque importance. C'est là une prescription 
d'hygiène bien comprise qui se retrouve dans la vie à l'étal, 
libre. En hiver, la recberche du bon rayon de soleil sur les 
pentes orientées au midi, et celle des pâturages plus plantu- 
reux des versants nord leur imposeront une gymnastique 
analogue. Les rudes autochtones de l'Esterel, les Sangliers qui 
le peuplent, se chargeraient d'ailleurs de donner l'exemple. On 
trouve leurs traces partout, dans les grasses alluvions des 
torrents et sur les cimes aiguës et dénudées où les futurs 
Moulions seraient tout étonnés de les surprendre. 

2° Dans sa conférence, le H r Loisel soulignait l'intérêt que 
présenteraient des parcs différents, dont chacun conespondrail 
au degré d'adaptation des animaux sélectionnés dans le sens 
d'une vie plus libre, plus près de la nature, pour aboutir à la 
transition définitive dans les élevages particuliers ou dans les 
chasses françaises, il envisagent trois degrés, dont le premier 
serait représenté par un Jardin d'essais, un Jardin d'études 
obtenu par l'aménagement ad hoc de ce qui existe déjà à Paris 
ou dans ses environs immédiats. Le Parc de l'Esterel me semble 
indiqué pour le troisième et dernier degré et même pour la 
réunion des deux derniers degrés, car lespace ne manque pas. 
La quasi-liberté dont les élèves devront jouir avant leur 
« extradition » rendrait plus difficiles les soins individuels. Un 
climat tempéré, régulier et saluhre s'impose doncafin d'écarter 
les maladies et les soins consécutifs, car l'expérience a démontré 
que le plus gros déchet, dans cet ordre d'idées, est dû au froid et à 
l'humidité. En prévision de hardes nombreuses, l'espace à volonté 
et à bon marché ne s'impose pas moins. Nous touchons ici la 
pierre angulaire de l'édifice. 

L'Etat, je l'ai déjà dit, est propriétaire de la presque totalité 
de l'Esterel. Ce domaine de l'Etat descend à l'est jusqu'à la voie 
ferrée et à la Corniche d'or. Il est limité au sud et au sud-ouest 
par des propriétés particulières de même nature que l'Esterel 
mais non encore percées, n'ayant que quelques sentiers tracés 
par le passage et ne se raccordant pas à l'intérieur. Elles ne 
présentent aucune ressource remarquable en eau (si elles en 
présentent) et ne sont desservies que sur leur périphérie par 
les routes de l'Etat qui les contournent. Elles n'offrent donc 



2l>!i BULLETIN DE LA SOCIÉTÉ NATIONALE D'ACCLIMATATION 

aucun intérêt, ni par leur nature et leur situation, aucun 
obstacle pour le projet. Des observations presque identiques 
peuvent être appliquées à la limite nord et nord-est que 
n'atteindrait d'ailleurs pas le projet. A l'ouest, le domaine de 
l'Etat s'étend bien au delà de ce qu'on pourrait souhaiter 
embrasser. La portion la plus intéressante seraient les gorges 
axiales du Mal Internet avec les crêtes qui les dominent à 
l'ouest, le versant sud du Collet Redon, l'Ours, l'Adret de 
l'Escale et le Pic d'Aurèle, sans qu'il soit besoin de descendre 
jusqu'à la côte; enfin, une partie du Cap Roux. 

On obtiendrait ainsi, en augmentait approximativement 
d'un tiers le chiffre planimétrique en raison des ondulations 
du terrain, une surface utilisable d'environ 2.300 hectares, 
surface qu'il serait facile d'accroître ou de restreindre selon 
les ressources financières et selon les facilités qu'accorderait 
l'Etat. J'ai ainsi précisé à première vue cette surface, en situa- 
tion et en quantité, parce que c'est la région la plus proche de 
moyens d'accès directs, parce qu'elle englobe les beautés et 
les facilités essentielles du massif et parce que son étendue 
semble correspondre à une honnête moyenne. De plus, dans 
cette région, on a la certitude de ne se heurter à aucun droit 
riverain, à aucun intérêt industriel ou agricole, particulier 
ou général. Les routes du domaine public ou la voie ferrée 
ne font que contourner le massif sans le traverser. A l'intérieur 
du périmètre indiqué, tout appartient à l'Etat. 

Et c'est !à enfin qu'il faut en venir : si ce projet était pris en 
considération par la Société. l'Etat consentirait-il à en faciliter 
la réalisation? Tout est là. Sans un beau geste de l'Etat, il faut 
convenir que la combinaison, sans être compromise, se com- 
pliquerait de façon regrettable. Mais ce geste, pourquoi l'Etat 
ne le ferait-il pas... surtout si on lui démontre que ce beau 
geste ne lui conterait rien et lui vaudrai! même de très appré- 
ciables avantages? 

Il ne serait pas question, en eiï'et, de la part de l'Etat, de 
céder son domaine, mais d'en concéder la jouissance à la Société 
exploitante, dans un but et dans des conditions déterminés. 
Le but est déjà précisé. Ce but, l'Etat ne peut qu'encourager 
à l'atteindre puisque le projet est d'intérêt général, national 
même et intéresserait à des titres divers la chasse, la piscicul- 
ture et surtout les sciences naturelles et agricoles pour la 
France et ses colonies, toutes choses qui se tiennent étroi- 



PROJET DE PARC NATIONAL i<l/ 

temenl d'ailleurs. On peut, sans prétention, ajouter à cet 
ensemble les industries dérivées. 

Quant aux conditions, elles découlent de deux réponses ;iussi 
brèves qu'explicites à deux questions qui ne le sont pas moins. 
Que rapporte ce domaine à l'Etat? Le produit des Chênes-lièges 
et des coupes restreintes d'autres essences. Kn quoi le projet 
modifierait-il cette situation? En rien. 

Donc, les conditions, défalcation faite des formules admi- 
nistratives et autres, pourraient être « schématisées » ainsi : 
« L'Etat concède gratuitement la jouissance de telle partie de 
son domaine à la Société du Parc de l'Esterel, qui demeurera 
libre d'y faire tels aménagements, d'y édifier telles construc- 
tions et clôtures qu'elle jugera utiles, sous la réserve que la 
dite Société ne pourra, sans autorisation préalable, faire abattre 
des arbres de telles ou telles essences dont l'exploitation appar- 
tient exclusivement à 1 Etat. Cette exploitation sera poursuivie 
selon les méthodes habituelles, etc., etc.. » 

J'en conclus que l'Etat ferait un beau geste, sans perdre un 
centime du revenu de son domaine. 

De plus, si on envisage la création des pâturages précités, 
la mise en culture de toutes les parties cultivables et actuelle- 
ment en friche, si on considère aussi la constitution d'im- 
menses réserves d'eau qui demeureront acquises dès que les 
barrages seraient élevés, on conviendra que le domaine aura 
acquis une plus-value des plus appréciables, sans parler de 
l'esthétique qui s'en trouvera accrue. 

Donc, pour l'Etat, beau geste... avec bénéfice. Ce geste, il 
faut le solliciter, sans trop compter sur sa spontanéité. 

Et pourtant, n'existe-t-il pas là, pour l'Etat, une obligation 
morale qu'il ne saurait éluder? L'Etat, en effet, ne peut con- 
tester l'importance qu'il attache légitimement aux questions 
de zoologie pure et appliquée, puisque c'est dans ce but précis 
que de 1906 à 1910 il a confié au D r Loisel, dont la conférence 
m'a inspiré ce projet, la mission de les étudier minutieuse- 
ment parmi tous les Jardins zoologiques et Parcs nationaux 
d'Europe et d'Amérique. Ces missions lointaines et répétées, 
dont les résultats se retrouvent aujourd'hui dans des confé- 
rences et surtout dans de volumineux rapports copieusement 
illustrés et savamment documentés, rapports publiés par les 
soins et aux frais du ministère, quelle serait leur utilité si leur 
résultat devait se limiter à ces conférences et à ces rapports 



^08 BULLETIN DE LA SOCIÉTÉ NATIONALE D'ACCLIMATATION 

pleins d'intérêt sans doute, mais d'un intérêt négatif, oserai-je 
dire, s'il ne se traduisait par l'adaptation à nos besoins scien- 
tifiques, industriels et agricoles, par l'application des méthodes 
reconnues bonnes et que nos savants vont éludierau loin, non 
sans quelques sacritices budgétaires? Notre budget scientifique 
— zoologique, particulièrement — est trop maigre pour que 
l'obligation n'incombe pas au département de l'Instruction 
publique de mettre en œuvre les éléments recueillis au cours 
de ces missions, et le public — traduisons : contribuable — ne 
cbfhprendrait pas l'opportunité de ces dépenses s'il ne devait 
en résulter quelque chose de pratique. 

A cette fin, l'Esterel est là qui offre ses ressources et ses 
s Vndeurs. Il ne dépend que de l'Etat de les utiliser et de les 
BtCcïoîlre. 11 se doit de le faire p n qu'il s'est en quelque sorte 
engagé par son missionnaire. De même, la Société d'Acclima- 
tation se doit de l'y décider et de mettre l'œuvre sur pied, en 
précisant la route à suivre et le but à atteindre. C'est un peu 
sa raison d'être, et elle ne saurait oublier qu'elle aussi a fait 
une enquête à son tour. Au début de cette étude, j'ai indiqué 
ceux de ses membres qui y ont participé et à la tête desquels 
était le professeur Edmond Perrier, directeur du Muséum. 

3° Pour ceux qui ne connaissent l'Esterel que superficielle- 
ment ou qui ne le connaissent pas du tout, il n'est pas mau- 
vais de montrer, en réservant la question esthétique déjà 
traitée, la variété de ses aspects où chaque espèce animale 
appelée à y être importée pourra choisir un cantonnement de 
prédilection. La flore où le Pin, le Chêne vert, le Chêne-liège 
et la Bruyère dominent, se répartit au hasard des pentes et des 
expositions. La Fougère préfère la naissance des ravins, qu'elle 
recouvre parfois entièrement. L'herbe est abondante. Les 
Lichens de toutes nuances existent à profusion. Ils revêtent 
d'immenses surfaces rocheuses qui prennent ainsi sous les 
rayons du soleil, à son lever et à son coucher surtout, l'aspect 
prestigieux de gigantesques cristaux de Bohême. Alors que le 
porphyre des versants sud est torréfié par le soleil qui en 
accentue le rouge vif, les versants nord, vus à distance, pré- 
sentent un aspect vert clair sous leur parure de Lichens. 
Quelques-uns de ces derniers sont comestibles. Ailleurs, ce 
sont des Lentisques, des Houx arborescents au feuillage varié, 
des guirlandes de Lierre et de Chèvrefeuille, des Genêts épi 



PROJET l>E PARC NATIONAL 2^0 

ncux ; les Arbousiers abondent partout, couverts en automne 
de leurs fruits rouges et savoureux. Quelques bouquets de 
Lauriers-roses sont piqués dans le lit même des torrents. Cer- 
tains ravins sont pourvus d'espèces variées, comme l'Aulne, le 
Frêne, le Chêne commun et le Châtaignier. On a introduit éga- 
lement quelques sujets d'Eucalyptus et de Mimosas exotiques 
qui montrent que ces espèces peuvent y prospérer. 

Reste enfin la foule des petits arbustes et des plantes des 
plaines et des bois dont il ne m'a pas été possible de noter le 
détail. L'Euphorbe y est rare, très rare même, dans le p ri- 
mètre prévu, ce qui est une heureuse circonstance. Par contre, 
les glands olfrent pour certains animaux un menu copieux si- 
non varié. L'ensemble de cette flore est réparti tantôt parmi les 
rocailles, tantôt en pàturr»^ s, en futaies claires, en tailli n- 
chevêtrés de lianes ou en iourrés. 

Deux fois par an, au printemps et en automne, la Bruyère jette 
aux flancs de la montagne son immense tapis de fleurs mauves. 

Sur les cols, sur les hauts pâturages, dans les gorges enso- 
leillées et dans l'herbe de quelques grasses prairies, les ani- 
maux confiants paîtront en toute quiétude. Les espèces crain- 
tives auront le fourré pour abriter leurs angoisses. Quant aux 
animaux de tempérament fier et farouche, ils trouveront faci- 
lement un cadre approprié à leurs instincts. L'intérieur du 
cirque de l'Ours, notamment, offre des sites et des retraites 
sauvages à souhait et d'un isolement tel, qu'abrité derrière un 
rocher, j'y ai observé des Fouines chassant en nombre et en 
plein jour comme des Fox dans un jardin. 

Sous ce rapport, le Parc pourrait donc encore satisfaire à 
toutes les exigences. 

4° On peut affirmer sans crainte que ce projet, s'il se réali- 
sait, conduirait vers l'Esterel un flot de visiteurs. L'intérêt des 
expériences et des sélections poursuivies dans le Parc créerait 
vers l'Esterel un courant continu, et bien des Français seraient 
tout étonnés de rencontrer chez eux, souvent à leur porte, ces 
merveilles de la nature qu'ils vont chercher au loin. Ce serait 
donc rendre service aux Français et justice à la France. 

Les Français, d'ailleurs, ne seraient pas seuls : on peut 
escompter la visite de la presque tot.dité des étrangers qui 
hivernent sur la Riviera. C'est là un appoint d'importance qui 
rentre dans le cas du paragraphe suivant. 

BULL. SOC. NAT. ACCL. FR. 1912. — 14 



2J0 BULLETIN 1>E LA SOCIÉTÉ NATIONA I.K D'ACCLIMATATION 

5" Il importe, en effet, même clans an avanl-projet de prin- 
cipe, d'indiquer, sinon l'importance exacte, du moins l'origine 
des ressources financières, ainsi que les avantages de haute 
valeur que comporterait le choix de l'Esterel pour une entre- 
prise de ce genre. Seule une étude approfondie du problème 
permettrait de préciser certains chiffres. Ce serait là un travail 
de second degré après la prise en considération du principe 
même de l'affaire. 

Ainsi que nous l'avons vu. il appartiendrait à l'Etat de 
résoudre par son apport de terrain la plus grosse difficulté 
qu'on puisse rencontrer dans un pays comme le nôtre. A ce 
point de vue. il est bon de rappeler que l'étendue de son 
domaine, en dehors de l'enclave prévue, permet d'envisager à 
des conditions identiques l'extension future des limites du 
Parc, si besoin est. 

Dans le même ordre d'idées, on doit considérer l'existence 
du réseau des voies de communication de l'Esterel comme un 
appoint inestimable. La lecture de la carte du T. C. F. per- 
mettra de l'apprécier à première vue. Tous les sentiers indi- 
qués au trait noir plein mesurent au moins un mètre de large. 
Toutes les routes forestières en trait rouge plein sont carros- 
tables. D'après cette carte, — très exacte, je le répète, — j'ai 
calculé que les 2.300 hectares prévus sont percés, à très peu de 
chose près, par cent kilomètres de routes et sentiers en parfait 
état. Ce chiffre se passe de commentaires. Il correspond à une 
économie énorme réalisée d'entrée de jeu. 

Est-il besoin d'ajouter que toutes les stations hivernales du 
Var et des Alpes-Maritimes, c'est-à-dire la presque totalité du 
littoral de ces deux départements, auraient intérêt à ce qu'un 
tel projet se réalise? Ce serait une attraction — et non des 
•moindi vs -ajoutée à toutes celles qu'on s'efforce d'y susciter. 
Le IV-I..-M. lui-même n'y serait, sans doute, pas insensible. 
Il y a donc là matière à subventions possibles, sinon probables, 
de la part des départements, des villes de la côte et des syn- 
dicats d'initiative. 

Enfin, l'appoint majeur serait fourni par les hivernants eux- 
mêmes. La plupart d'entre eux. blasés sur les distractions des 
.villes de saison, sont perpétuellement à la recherche d'un 
emploi du temps, au cours de leur hiver ensoleillé. Nantis de 
.tous les moyens de locomotion que leur procure le progrès 
moderne, ils apaisent leur spleen en dévorant la route, sans 



l'KiUI !' DE PARC N OTONAL -1 I 

autre bul que de prendre l'air et de chwoigeir de place. La vi-.ii.- 
.lu Parc apporterai! une heureuse diversion dans la monotonie 
de leurs déplacements, et le droit d'entrée minime qui seraiil 
perçu n'entrerait même pas pour eux en ligne de compte. 

Détail qui a son importance pour des gens qui aiment leurs 
iiises : la situation du Parc sur les grandes voies de commun i- 
eation sera telle, que tant de la direction de Toulon que de 
crlle de Nice et Vinlimille, les visiteurs pourraient partir des 
points extrêmes de la Cùle-d'Azur à une heure raisonnable de 
la matinée, soit par chemin de fer, soit en automobile, con- 
sacrer trois à quatre heures à la visite du Parc, et rentrer chez 
eux avant l'heure du dîner. Outre ces deux moyens de locomo- 
tion, les visiteurs venant des stations plus rapprochées, comme 
Cannes et Saint-Raphaël, pourraient utiliser tous les autres 
moins rapides dans le même délai. 11 est vraisemblable d'ail- 
leurs que, si besoin était, l'administration du P.-L.-M. qui 
exploite si intelligemment son réseau, accorderait des facilités 
d'horaire pour qu'au moins un train, dans chaque direction, 
à l'aller et au retour, s'arrêtât aux stations d'Agay et du Travas 
(les deux meilleurs points de départ pour la visite) à des heures 
appropriées. L'affluence des visiteurs pourrait donc être consi- 
dérée comme acquise. 

En dernier lieu, il convient de signaler les ressources appré- 
ciables qui résulteraient de l'exploitation elle-même : vente 
d'élèves, de reproducteurs, de plumes d'Autruche, d'Ai- 
grettes, etc.. Mais il appartient à de plus compétents que moi 
d'en évaluer l'importance. 

Tel'es sont les considérations que m'avaient suggérées mes 
visites des lieux, ainsi que l'étude de la carte et des circonstances 
locales. Ce projet m'avait quelque peu grisé, je l'avoue, et la 
prudence exige que l'enthousiasme, dans une entreprise de 
cette envergure, soit tenu en suspicion légitime. « Méfions- 
nous de notre premier mouvement, a dit un diplomate, c'est 
le bon! » Avant de livrer ces idées à l'appréciation de qui de 
droit, il me fallait donc un contrôle qui consentit à me crier: 
« Halte-là! » en cas d'hérésie ou d'impossibilité majeure. 

C'est ainsi que je fus tout naturellement ramené au nom du 
D r Loisel, dont la conférence m'avait inspiré cette étude et que 
ses travaux, ses trois ans de mission passés à visiter, à étudier 
87 Parcs nationaux et Jardins zoologiques de l'Europe et des 



212 BULLETIN DE LA SOCIÉTÉ NATIONALE D'ACCLIMATATION 

deux Amériques, qualifiaient plus que tout autre pour un con- 
trôle de ce genre. N'ayant pas alors l'honneur de connaître 
le D r Loisel ni d'être connu de lui, je m'ouvris de ce projet à 
M. Dehreuil, notre collègue, toujours obligeant et actif, en lui 
soumettant un résumé de ce qui précède. M. Dehreuil voulut 
bien m'encourager à développer cette idée, à en pousser l'étude 
et me mettre en rapport avec le D 1 Loisel. Ce dernier, avant de 
prendre une décision, manifesta le désir très légitime d'obtenir 
diverses précisions. Je lui transmis celles-ci après une nouvelle 
visite sur les lieux. Sans hésiter plus longtemps, au début de 
janvier, le D 1 ' Loisel arriva de Paris, et nous nous rencontrâmes 
au pied de l'Esterel,où nous passâmes plusieurs jours à vérifier 
de compagnie le bien fondé de mes dires. Dès le premier jour, 
mon savant collègue, se rendant compte de l'absence de toute 
exagération dans l'exposé de mon projet, fut séduit par l'idée 
et par le cadre que la nature offrait à celle-ci. Cette impression 
ne fit que se confirmer en présence des possibilités de réalisa- 
tion qui se révélaient à chaque pas, et je crois pouvoir affirmer 
que lorsque le D 1 Loisel me quitta, j'avais cause gagnée auprès 
de lui : le contrôleur sceptique du début avait fait place à un 
propagandiste, à un collaborateur convaincu. 

J'ai donné ici quelque développement aux grandes lignes du 
projet, persuadé qu'il passerait ainsi sous les yeux, du groupe- 
ment le plus qualifié en France pour s'y intéresser de prime 
abord. Si j'étais assez heureux pour faire partager ma convic- 
tion, serait-il donc impossible de rencontrer parmi nos hommes 
d'Etat, parmi nos savants, nos éleveurs, agriculteurs et chas- 
seurs, parmi tous ceux que peut séduire une telle entreprise 
et qui disposent des moyens matériels pour la favoriser, un 
concours de bonnes volontés et d'efforts qui la ferait aboutir? 

En s'y employant dans ce sens, en en prenant au besoin 
l'initiative et la direction, la Société nationale d'Acclimatation 
justifierait une fois de plus et son nom et son but. Ce serait 
mieux qu'un feuillet ajouté à son livre d'or, mieux même 
qu'une couronne de lauriers décernée à sa persévérance, ce 
serait le couronnement de toute son œuvre. 

Cannes. Janvier 191 J. 



LE LABORATOIRE DE SPÉLÉOBIOLOGIE EXPÉRIMENTALE 
D'HENRI GADEAU DE KERVILLE I 

Par C RAVERET-WATTEL 

L'étude des cavernes est d'origine récente. Si Bernard 
Palissy — le célèbre potier, qui fut l'ancêtre des modernes 
géologues — sut recueillir des connaissances assez exactes sur 
les caves, sur leur origine et leur rôle, il n'eut pas de succes- 
seurs immédiats. 11 faut arriver à la fin du xvm e siècle et au 
\ix e siècle pour trouver toute une série de chercheurs qui — en 
Autriche — réinventent et mettent au point la « Kohlenkunde », 
ou étude des cavernes. L'Amérique du Nord suivit le mouve- 
ment avec les études sur la grotte du Mammouth {Mam- 
moth'Cave), les grottes du Kentucky, de la Louisiane, etc. 
Mais c'est seulement à la fin du xix e siècle, après avoir fait 
leur tour du monde et reçu la consécration de l'expérience, que 
les vieilles recherches de Bernard Palissy nous revinrent en 
France avec E. A. Martel, souvent et très justement appelé 
« le père de la Spéléologie ». 

Dans ces derniers temp-*, une légion de chercheurs, au pre- 
mier rang desquels ligure le D r A. Viré, du Muséum d'Histoire 
Naturelle, se sont levés, et, actuellement, une Société prospère, 
la Société de Spéléologie, s'occupe de mettre au point tous les 
problèmes soulevés par l'étude du inonde souterrain. 

Une des branches les plus intéressantes de ces recherches 
est celle qui s'occupe des phénomènes de la vie chez les êtres, 
animaux et végétaux, qui habitent les cavernes. La Spéléobio- 
logie — c'est le nom donné à celte science — consacre ses 
efforts à l'étude de l'influence du milieu souterrain sur les 
formes animales ou végétales. C'est surtout expérimentalement 
que les phénomènes de cet ordre peuvent être étudiés. Aussi 
ne saurait-on qu'applaudir très vivement à la création toute 
récente, due à M. Gadeau de Kerville, d'une station de Spéléo- 
biologie expérimentale dans le département de la Seine-Infé- 
rieure, à quatorze kilomètres nord-ouest de Rouen, sur le 
territoire de la commune de Saint-Paër, entre Barentin et 
Duclair. 

(1) Bulletin de la Société des Amis des Sciences naturelles de Rouen, 1910. 



214 bull&tilN de la société nationale d'acclimatation 

Des fouilles préhistoriques, entreprises en 1909 par l'auteur 
de la " Faune de Normandie», lui firent découvrir une carrière 
fort ancienne et profonde, qui lui parut présenter d'excellentes 
conditions pour la création d'un laboratoire de biologie sou- 
terraine. Immédiatement, commencés, les travaux d'installation 
furent poussés avec une grande célérité et, le 10 juillet 1910, 
était inauguré ce laboratoire, le plus vaste établissement de 
cette nature actuellement existant dans le monde entier. 

Nous n'avons pas à entrer ici dans uDe description détaillée 
des installations, en tout point excellentes; mais nous devons 
dire qu'elles témoignent du soin extrême qu'apporte dans tous 
ses travaux notre distingué collègue; lequel a, comme on le 
sait, l'habitude de dépenser sans compter, sur son propre 
avoir, quand il s'agit de quelque ouvre utile devant contri- 
buer au progrès de la Science. 

Une porte d'entrée à un seul ventail ouvre sur un escalier 
de quarante marches, conduisant à un petit couloir horizontal 
par lequel on arrive dans une première salle, meublée de tables 
de service et d'une vaste cage, à cinq compartiments, pour 
recevoir des- animaux mis en observation. Elle est suivie d'une 
galerie dite de zoologie, renfermant de nombreux aquariums, 
ainsi que vingt-quatre caisses à couvercle, destinées aux Batra- 
ciens et aux Mollusques, et douze caisses en bois et toile 
métallique, disposées pour recevoir des Insectes et d'autres 
animaux. 

Vient ensuite la Salle de Bola/nijne, qui possède quatre 
plates-bandes présentant de la terre végétale sur une épaisseur 
de plus m 70, une réserve de terre et une étagère circulaire de 
deux mètres de hauteur pour recevoir, dans des pots, les plantes 
mises en observation. 

Au delà, se trouve la mile du fond, qui n'est meublée que de 
tables de service. 

La température, peu variable, qui règne dans tout le labora- 
toire, ainsi que la très-grande humidité de l'air, sont très avan- 
tageuses, car les animaux et végétaux en expérience se trou- 
vent placés dans des conditions de milieu semblables à celles 
des véritables grottes. L'expression de Spéléologie expérimen- 
tale est donc parfaitement justifiée. 

M. Gadeau de Kerville a, dès maintenant, légué ce labora- 
toire (immeuble et mobilier; au département de la Seine-Infé- 
rieure, avec un terrain v attenant, d'une superficie d'environ 



LE LABORATOIRE D'HENRI GfADEAU DE KERVILL] 215 

cinq hectares el demi, et une somme de cinquante mille francs, 
dont Ic-^ intérêts pourroni servir soit à des expériences biolo- 
giques, dans le laboratoire on ailleurs, soit à tout autre usage, 
pourvu qu'il soit d'ordre scientifique. 

Des expériences de Spél(''olot!,ie animale et végétal»! sont 
naturellement déjà en cours dans le laboratoire, et M. Gadeau 
de kerville a dressé tout un programme d'études (|u'il se pro- 
pose d'y effectuer. Il faut espérer <|u'il ne manquera pas d'en 
l'aire connaître les résultats, car on ne peut douter que l'en- 
semble de ces- expériences ne présente un vif intérêt et une 
réelle importance au point de vue scientifique. 

Signalons, en terminant, que la création du laboratoire de- 
Saint-Pair est d'autant plus opportune, que le laboratoire de 
biologie souterraine, que MM. Alphonse Milne-lidwards et 
Armand Viré avaient installé, en 1890, dans une partie des 
Catacombes située sous le Jardin des Plantes, a malheureuse- 
ment été complètement détruit par les eaux lors de la terrible 
rue de la Seine pendant l'hiver de 1909-1910. 



LA FAUNE ET LÀ FLORE DE DESAGUADERO 
PROVINCE DE MENDOZA, RÉPUBLIQUE ARGENTINE 

Par LUCIEN ICHES 

iiOrs de notre voyage, en septembre 1909, nous nous réjouis- 
sions, au départ, de connaître celte fameuse province de Men- 
doza, si riche par ses vignobles et le piltoresque de sa nature; 
aussi ne fûmes-nous pas peu surpris de nous trouver à Desa- 
guadero, au milieu d'un vrai désert aride et sans eau. On 
trouvera dans le récit complet de ce voyage, que nou« publie- 
rons quelque jour, tous les détails complémentaires, mais, 
pour aujourd'hui, nous nous bornerons à donner une énumé- 
ration des principaux animaux et végétaux que nous avons 
rencontrés en la saison où nous y étions, et ce qui frappera 
par-dessus tout, c'est que la plupart de ceux-ci sont identiques 
aux espèces qu'on trouve en Patagonie, c'est-à-dire à l'autre 
bout de la République Argentine et dans une région désolée 
par excellence. 

Les Insectes constituent le principal contingent de notre 
récolle et cependant ils y sont aussi pauvres en nombre qu'en 
espères. Voici la liste de ceux-ci : 

l Coléoptères. — Famille des Scarabaeidae. 

Glyphoderus sterquil'mus Westw. 
7'rox gemmifer Blanch. 
' 'hesas }>astillarius Blch. 
Xyloryctes satyrus Fab. 
Coprobius plicatipennis Bl. 

Famille des Tenebrionidae. 

Cacicus americanus Lacord. 
[Vyctelia plicatipennis BL 
Epipedonoia margine-plicata Curt. 
Epipedonola angustata Burm. 
Entomoderus satanicus Waterh. 

Famille des. Carambycidak. 

Spherion ruslicum Burm. 
Elaphidium Sp. 



LA FAUNE KT LA FLORE DE DESAGUADERO 217 

Famille des Chrysomelidae. 
Phaedon bonaërense Stâl. 

II. Hémiptères. — Famille des Coreidae. 

Eubula sculpta Slâl. 

Famille des Reduviidae. 
Conorhinus infestons Klug. 

III. Hyménoptères. — Famille des Icuneumonidae. 

Ophion merdarius Grav. 

IV. Diptères. - - Famille des Anthomyidae. 

Pegomi/ia fusciceps (Zett) Coq. 

Nous citerons encore, parmi les animaux dignes de mention 
(lue nous avons vus : la Tes'udo argentina, la seule espèce ter- 
restre de Tortue que possède l'Argentine ; les Conurus acuti- 
caudatus Vieil. Perroquets d'un beau vert qui vivent par bandes 
de cinq et plus et font des nids énormes dans les arbres ; quand 
ils voyagent ou circulent dans les airs, ils forment entre eux 
comme un V, et leur couleur tranche nettement sur le bleu du 
ciel. Enfin il y a les Viscachas ( Viscaccia viscacio [Molina]), très 
abondantes, et les Renards (Canis Azarae). Il existe aussi dans 
la région un Boa, le Boa occidentalts Thil., appelé par les indi- 
gènes : lampalagua. 

La flore de Desaguadero, sauf de très rares exceptions, est 
constituée par des plantes basses et des arbustes qui ne dé- 
passent guère 1 m. 50. Les feuilles sont petites, situées le plus 
souvent au niveau même de la tige, et, chez certaines, les 
feuilles se sont modifiées et transformées en épines. On sent 
qu'il a fallu à toute cette végétation une adaptation spéciale 
pour parvenir à vivre dans ces terrains sablonneux et sans 
eau. Les familles le plus abondamment représentées sont les 
suivantes (1), avec les espèces ci-dessous indiquées : 



1) Nous devons la détermination des plantes énumérées dans cette 
note, à l'obligeance du distingué chef du Service de Botanique au Minis- 
tère de l'Agriculture, M. le D r Carlos Spegazzini. 



■2IS BULLETIN DE L\ SOCIÉTÉ NATIONALE D'ACCLIMATATION 

Famille des Zyuopiiyllacae. 

Bulnesiaretamo lirisebach ; nom vulgaire : Ketamo. 
Larrea divaricata Cav. ; nom vulgaire : Jarilla mâle. 
Larrea cuneata ; nom vulgarise : Jarilla femelle, ou 
plante boussole. 

Famille des Chenopodiaceae. 

Alriplex undulatifolia (Moq. . 

Famille des Lej iminackak. 

Cercidium andicola Crisebach. 
Cassia aphylla Cav. 

Famille des Graminaceae. 

Panicum urvilleanum Kunth. 

Famille des Gàctaceae. 

Opuntia diadenwta Lehman; nom vulgaire: Tuna de 
chanchos, c'est-à-dire : Cactus à cochons. 

Oplllllin nuraul itirn. L. 

Famille des Fungaceak. 

Clami/ilo/'U-s tiicijpmanus (Klotzsch) Lloyd. 
Baiarrrn pgtagtxniea Spegazzini. 

Les plus intéressantes parmi ces plantes sont la Jarilla mâle 
et la Jarilla femelle, autrement appelée plante boussole. On 
conçoit que ces dénominations vulgaires de mâle et de femelle 
sont erronées, puisqu'il s'agit bel et bien de deux espèces diffé- 
rentes ; aussi leur intérèl réside-t-il en ce que la première a des 
propriétés médicinales, et que la seconde est vraiment une 
plante boussole : planta brujula. Dans une « Note surquelques 
piaules médicinales et industrielle* de la Terre-de-Feu », M. le 
D'Jii.iii A. Dominguez dit. à propos de la première : « Cette 
■spèce, qui se rencontre aussi en Patagomie. Cordoba, .Men- 
doza, Catamarca, Kioja. Santiago, etc.. est fort bien connue 
sous les noms de Jarilla et Jardin det cerro. Elle est très rési- 
neuse et possède des propriétés diaphorétiques, fébrifuges et 
emmena go gués. Son principe aclif esl une résine Brun-ver- 
dàtre. aromatique, qui fond entre 57 et 59 degrés, soluble 



LA FAUNF FT LA FLORE DE DESAGUADERO 219 

dans l'alcool, l'acide acétique el l'acétone et dans les alcalis 
avec coloration rouge vineux '1) » 

Quant à la Jarilla femelle (Larrea cuneata), elle est toujours 
orientée de nord à sud. Ses branches forment comme un éven- 
tail autour du pied, et ses feuilles, petites, sont vernies d'un 
côté, et unîtes de l'autre. Or, le côté mat de la feuille, eelui 
que Ton considérerait comme la face inférieure, si, au lieu 
d'être dressées, les feuilles avaient un côté regardant le sol, ce 
ci'iié mat. disons-nous, est invariablement tourné vers le sud. 
Grâce à celte disposition, il est extrêmement facile de s'orien- 
ter, sans boussole ni soleil, c'est-à-dire par temps couvert. 

Entre autres particularités à citer, parmi les plantes déjà 
mentionnées : le Retamo n'a pas de feuilles; on croirait voir 
des tiges récemment dépouillées après un passage de Saute- 
relles, mais ce n'est là qu'une apparence, carie Bulnesia retamo 
n'a pas de feuilles. Celles-ci ont l'aspect contourné de lichens 
chez la pauvre toute petite plante qui s'appelle : Atriplx undu- 
latifolia. Elles sont complètement modifiées et transformées 
en épines, chez le Cercidium andicola, dont la fleur jaune 
jetait une note gaie (une des rares, hélas!), en fin septembre 
dernier, sur la vallée triste et désolée de Desuguadero. 

Pour terminer, nous ajouterons que : lletamos et Jarillas 
sont infestées de Cochenilles, mais comme celles-ci ont été 
envoyées à M. le Professeur Leonardi, de Portici (Italie), nous 
attendrons le résultat de ses déterminations avant d'en parler 
plus longuement. 

N. B. — Nous avions rapporté à Buenos-Aires, pour orner 
notre maison, X Opuntia dïadiemata et l'Opuntia auvàniwca 1 , mais 
M. le D 1 C. Spegazzini, déjà cité, nous ayant dit ne pas con- 
naître la fleur de la première de ces Cactées, nous lui avons 
offert cette plante, en quittant l'Argentine, dans l'espoir qu'elle 
voudrait bien fleurir pour le charme de ce savant. 

1 Cité à la page 20-21 de : Emitnéràlion des plantes récoltées par 
Miles Stuart Pennington, pendant son premier voyage à la Terre-de-Feu 
en 1903, par Eugène Autran, avec l'aide de plusieurs collaborateurs. 
(Buenos-Aires, 1905, Facultad de Giencias Medicas de Buenos-Aires. tra- 
bajos del Museo de Farmacologia, n" 10. 



BIBLIOGRAPHIE 



Histoire des légumes, de M. Georges Gibault, bibliothécaire de 
la Société nationale d'Horticulture de France, 1 vol. in-8° de 
400 pages, Librairie Horticole, à Paris. 

Avant la publication du livre de M. Gibault. les auteurs qui 
s'étaient occupés des plantes potagères n'en avaient surtout 
parlé qu'au point de vue cultural ou technique, car on ne pos- 
sédait sur leur histoire que des données vagues, souvent 
erronées. 

C'est que Y Histoire des légumes était une étude très ardue, qui 
exigeait des recherches longues et difticiles : elle n*avait pas 
encore tenté les érudits. 

VOrigine des plantes cultivées d'Alphonse de Candolle était la 
seule source autorisée que l'on pouvait consulter. Cependant, 
comme l'indique le titre de son livre, ce savant botaniste s'est 
surtout appliqué à rechercher l'origine botanique et la patrie 
primitive des plantes cultivées. Il n'a examiné qu'un nombre 
restreint de légumes usuels et, d'ailleurs, les détails historiques 
qu'il donne ne sont qu'un accessoire occasionnel à l'appui de 
ses arguments : ce n'est pas encore une Histoire des légumes. 

Au contraire, l'érudit bibliothécaire de la Société nationale 
d'Horticulture de France a envisagé principalement le coté 
historique, archéologique et anecdotique, de sorte que les 
ouvrages: V Origine des plantes cultivées d'Alphonse de Candolle 
et l' Histoire des légumes de M. Gibault non seulement ne font 
p;is douhle emploi, mais se complètent l'un par l'autre. 

Le livre de M. Gibault est remarquable par la quantité de 
détails inédits ou peu connus qu'il renferme. Il abonde en faits 
curieux et même piquants. On sent qu'une telle documentation 
n'a pu être obtenue que par de longues recherches. 

Le bibliothécaire de la Société nationale d'Horticulture a 
puisé ses renseignements aux sources les plus variées et les plus 
sûres. Il a trouvé des données sur l'histoire la plus ancienne 
des légumes chez les auteurs de l'antiquité classique. Souvent 
il a pu remonter plus loin encore, dans la préhistoire, à l'aide 
des travaux archéologiques disséminés dans des recueils peu 
accessibles au public. C'est ainsi que les débris de végétaux 



BIBLIOGRAPHIE ±±\ 

trouvés dans les cilés lacustres, dans les tombes égyptiennes, 
les peintures de Pompéi, etc., lui ont fourni d'utiles indications. 
Il a examiné soigneusement les étymologies d'après les travaux 
des philologues et linguistes éininents. 

L'auteur a entrepris son travail en historien, comme il l'au- 
rait fait pour raconter la vie d'une individualité humaine. On 
pourrait dire en langage imagé, que chacun de ses chapitres, 
grands ou petits, renferme la biographie d'un légume. M. GibaulL 
remonte d';ibord à l'origine botanique de la plante alimentaire 
indique sa patrie certaine ou probable. Il la montre telle qu'elle 
était dans son état sauvage, c'est-à-dire souvent immangeable 
ou au moins d'une importance minime pour l'alimentation. 
Autant, que le lui permettent les documents littéraires qu'il a 
rencontrés et les indices archéologiques, l'auteur suit la plante 
pas à pas dans ses migrations à travers les peuples. Il note avec 
soin les perfectionnements successifs, les transformations que 
la culture et la sélection lui ont fait subir dans ses parties 
utiles. Il indique la création des variétés de plus en plus amé- 
liorées. En un mot, Y Histoire des légumes étudie Y Acclimatation 
de la plante potagère dans nos pays à travers les âges et son 
adaptation à nos besoins, le tout agrémenté de réflexions judi- 
cieuses et instructives, parfois d'anecdotes curieuses et intéres- 
santes qui donnent au livre l'attrait d'un véritable roman, 
comme l'a fait remarquer M. Philippe L. de Vilmorin dans un 
rapport inséré dans le Journal de la Société nationale d'Horti- 
culture de France, qui a déterminé l'attribution d'une médaille 
d'or à l'auteur. 

M. Gibault a su rendre agréable la lecture de son ouvrage 
en raison de son style simple et très clair. Il a évité les disser- 
tations fatigantes pour le lecteur; il est concis sans tomber 
dans la sécheresse. 

Dans ce livre, les plantes sont rangées par catégories, et 
classées dans l'ordre alphabétique dans chaque division. La 
classification envisage seulement le légume au point de vue de 
la partie comestible, sans avoir égard à la famille botanique. 
Il est bon de dire que l'auteur a limité son travail aux légumes 
de nos pays européens, aux climats tempérés ou tempérés 
froids. 

Le premier chapitre comprend les Légumes proprement dits : 
Asperge, Artichaut, Cardon, Céleri, les différents Choux, la 
Rhubarbe, etc., puis viennent les Légumes herbacés, parmi 



222 BULLETIN DE LA SOCIÉTÉ NATIONALE D'ACCLIMATATION 

lesquels on remarque l'Epinard. le Bette, la Tétragone et bien 
d'autres plantes de second ordre. Les Légumes salades sont 
nombreux : Chicorée, Laitue, Endive, et les chapitres de 
la Mâche, du Pissenlit, du Cresson ne sont pas les moins inté- 
ressante. Dans les Planées bulbeuses, nous notons l'Ail, l'Echa- 
lotte, l'Oignon et le Poireau. Puis les Légumes racines nous 
offrent l'histoire du Navet, de la Betterave potagère, du Panais, 
de la Carotte, etc. 

L'intéressante histoire de la Pomme de terre trouve sa place 
au chapitre des Plantes tubmcvlewsps. Ici, nous signalons tout 
particulièrement les 36 pages consacrées à l'introduction si peu 
connue du précieux tubercule en France. Contrairement à l'opi- 
nion reçue, M. Gibault refuse à Parmentier le titre de vulgari- 
sateur de la Pomme de terre dans son pays. C'est là une thèse 
hardie, qui semble bien paradoxale. Cependant, il faut dire 
que l'auteur présente une ensemble de preuves convaincants. 
Il montre des faits cl des dates, le tout tiré des archives et 
écrits contemporains. La Pomme de terre était cultivée, cela ne 
peut faire le moindre doute, dans beaucoup de provinces, cent 
ou cent cinquante ans avant la naissance de Parmentier, et, 
dans beaucoup de départements, on la voit cultivée en grande 
culture bien avant la campagne entreprise par cet homme 
célèbre. 

M. Gibault, grâce à ses longues recherches, a pu préciser 
nombre de détails incertains sur les dates d'introduction de 
certains légumes. Il montre l'Epinard cultivé en France au 
xin e siècle, alors que les auteurs les plus autorisés en fixaient 
l'introduction au xvi c siècle. Il rectifie des erreurs analogues 
pour la Fraise, la Mâche, etc. 

L' Histoire des légumes ne donne pas seulement l'historique 

des plantes les plus vulgaires. Y figurent aussi : le Cerfeuil 

bulbeux, le Crosne, le Pé-tsai, le Cliervis, l'Ovidius, l'Helianli. 

les Ocas et bien d'autres, et M. Gibault a signalé le rôle qu'a joué 

la Société d'/Vcclimatation dans l'introduction de quelques-unes 

de ces plantes utiles. 

D. Rois. 



OUVRAGES OFFERTS A LA BIBLIOTHÈQUE DE LA SOCIÉTÉ 



Gruvel A. . -Contribution à l'élude générale systématique 
et économique des PalinuridseA Mission Giwvél; sur lia Cote occi- 
dentale d'Afrique, 1909-ÎMÔ). (Extrait des Annules de l'Institut 

<)crdiii></r't/)hit/ii<\ Massou et <l ir , éditeurs). 

Iln.vzn, l> Vital . — La défense contre l'Ophidisme. (Travail 
de l'Institut de Bulanlan. 1911, Pocai et Weiss, Largo Aronche, 
1, Sao-Paulo, Brésil . 

A.RENBEHG i Prince E. d'j. — Les Oiseaux nuisibles de France. 
Livre premier, 1911, imprimerie Henri Tessier . 

Bureau (D r L.). — Le Muséum d'Histoire naturelle dé Nantes 
et la Société des sciences naturelles de l'Ouest de la France. 
(Extrait des Comptes rendus du Congrès des Sociétés sanantes en 
!909, Sciences. Paris, Imprimerie nationale, MDGCCCX). 

Clément (A .-L.). — Destruction des insectes et autres animaux 
nuisibles. (Librairie Larousse, Paris). 

Gadeau de Kekville (H.). — Le laboratoire de spéléobiologie 
expérimentale d'Henri Gadeau de Kerville, à Saint-Paër (Seine- 
Inférieure). (Extrait du Bulletin de la Société des Amis des 
sciences naturelles de Rouen, année 1910. Rouen, imprimerie 
Lecerf fds, 1911). 

Kaveret-Wattel (C). — Atlas depoebe des Poissons de mer 
de la France et de la Belgique. (1909, Paris, Librairie des 
sciences naturelles. Paul Klincksieck). 

Kaveret-Wattel (C). — La Pisciculture, I. — Traité pratique 
de l'Elevage industriel du Poisson (Salmonidés). (1911, Paris, 
Librairie des sciences naturelles, Léon Lhomme, successeur). 

Maiden (J.-IL). -- A critical revision of thegenus Eucalyptus. 
(Vol. II, Part 3). (1911, Sydney, William Applegate Gullick, 
Governement Printer). 

Gibault (Georges). — Histoire des Légumes. (1912, Paris, 
Librairie Horticole, Si bis, rue de Grenelle). 

Rolland (Léon). — Atlas des Champignons. (1909, Paris, Paul 
Klincksieck, éditeur, 3, rue Corneille). 

Silver (Allen). — British Bird Management Throughout the 
Year. (« The feathered World ». « Canary and cage Bird life ». 
9, Arundel street, Strand, London, W. C). 

Alderson (Miss Rosie). — My Foreign Doves and Pigeons. 
(« The feathered World ». « Canary and cage Bird life ». 9, Arun- 
del street, Strand, London, W. C). 

Silver (Allen) and Trower(T. R.). — The Bird-Keeper's guide. 
(W. E. Clubb, Printer, c 2, Rye Lane, Peckham, London. S. E.). 



224 BULLETIN DE LA SOCIÉTÉ NATIONALE D'ACCLIMATATION 

Bkuel (G.). — Notes géographiques sur le bassin de l'Ogooué. 
(Extrait de la Revue coloniale, n os 03-97, 1911, Paris, A. Chal- 
lamel, éditeur, 17, rue Jacob). 

X. Raspail. — Les années à Hannetons en décroissance 
depuis te commencement du siècle. Extr. Bull. Soc. Zool. fi'r., 
XXXVI, p. 158 1911 . 

Wilson. - Development ofSponges from dissociated tissue 
cells. Extr. Bull. Bureau hisheries, XXX, .'10 p., 5 pi. (1910). 

L. 0. Howard and W. F. Fiske. — The importation into The 
United States of the parasites of the gipsy moth and the brow n 
tail moth (Nombreuses illustrations, planches et cartes). Bull. 
Bureau Eulom. U. S. Départ. Agriculture (1911), n° 91. 

S. A. Rouwer. — Studies in the sawfly Genus Hoplocampa. 
Bur. E'ntom. U. S. Départ. Agric. Technical séries., n" 20, 
part. IV. 

E. J. Kraus. — Revision of the powder post beelles of tlie 
family Lyctidse of the United States and Europe. Appendice by 
A. D. Hopkins. Bur. Entom. U. S. Départ. Agric. l'echn. Ser., 
n° 20, part. III. Contents and index Papers on Cercal and 
Forage Insects. Bull. Dur. Entom. U. S. Départ. Agric, n" K5. 



KRIiATU.M 



Dans le Bulletin du 15 mars 1912, p. 164 r-t 165, "î« lieu de : Caribou, 
lire : Cariacou. 



Le Gérant : A. Maretbelx, 



Pans. — L. Marethkux, imprimeur, 1, rue Cassette. 



LE CHEVAL CAMARGUE, VNCIEN ET AMÉLIORÉ 

Par F. DE CHAPEL 

M. le D 1 Drouet, vétérinaire en premier, oflicier acheteur au 
dépôt de remonte d'Arles, a fait paraître' dernièrement un 
ouvrage fort documenté, intitulé : Le Cheval Camargue. M. Drouet 
a traité le sujet avec sa haute compétence, aussi lui emprun- 
terai^, sur l'origine du Cheval Camargue, quelques passages, 
que je résumerai ainsi : 

« Le Cheval paraît avoir existé dès les temps préhistoriques 
dans la hasse vallée du Rhône, si Ton s'en rapporte aux restes 
d'un squelette d'Equus raballus, trouvé à deux kilomètres en 
amont de la ville d'Arles, sur la rive droite du Rhône. La 
coexistence de ces restes et d'un silex, taillé en forme de cou- 
teau, permet de les rapporter au deuxième âge, ou âge de la 
pierre taillée. Certains passages d'Horace ou de César per- 
mettent de croire avec certitude qu'il existait des Chevaux dans 
le midi de la Gaule, notamment en Camargue, avant l'occupa- 
tion romaine... 

« Au iv c siècle, Symmiaque voulant donner à Rome des fêtes 
extraordinaires pour la prèture de son fils,... fait venir des 
Chevaux d'Espagne de chez Euphrasius, et comme la saison 
devient mauvaise, que la route d'Espagne à Rome est longue, 
Symmiaque écrit à Bassus, qui possède à Arles des haras impor- 
tants, de retenir ces animaux à leur passage et de leur donner 
l'hospitalité dans ses terres... 

« En 730, les Sarrazins se rendent maîtres des bords du 
Rhône; leur cavalerie renommée est remontée en Chevaux 
numides et berbères; quelques chefs pouvaient posséder des 
Chevaux arabes, mais en petit nombre, et n'ayant guère eu de 
contact avec la race du pays. A l'époque des croisades, des 
Chevaux auraient aussi été introduits en Languedoc et dans le 
delta du Rhône. Ces Chevaux cantonnés dans le delta auraient, 
d'après la tradition la plus accréditée, donné naissance à la 
race Camargue qui se serait transformée en s'adaptant au 
milieu où elle vivait. » 

Pour ma part, je crois plutôt que les Chevaux du pays 
reçurent soit des Chevaux des Sarrazins, soit de ceux des 
Croisés, un sang nouveau qui a pu, peut-être, modifier momen- 

Bt'LL. SOC. NAT. ACCL. FR. 1012. — 13 



226 BULLETIN DE LA SOCIÉTÉ NATIONALE D'ACCLIMATATION 

tanément la race, mais qui. dans la suite, n'a pas empêché le 
retour au type primitif adapté au sol, au pays. Ne voyons nous 
pas la chose se passer ainsi tous les jours. Si, après avoir infusé 
un sang étranger, nous abandonnons les produits à l'état sau- 
vage, au bout de deux ou trois générations le type primitif a 
repris le dessus. Les produits des Bretons, des Normands per- 
dent bientôt leurs caractères de race, pour se rapprocher de 
ceux des Chevaux du pays : « Adaptation au milieu ». A milieu 
égal, caractères égaux, pourrait-on dire, et la preuve en serait 
dans ce que me rapportait une personne digne de foi connais- 
sant très bien la Camargue, et ayant visité le delta du Danube. 
D'après ce voyageur, il y a une similitude parfaite de pays, de 
terrain, de flore entre les deltas de ces fleuves. Or, dans le 
delta du Danube, il existe une race de Chevaux ayant la plus 
grande analogie avec le vrai et ancien Cheval Camargue : le 
pur-sang Camargue. 

Avant de nous occuper du Camargue pur-sang (non croisé), 
c'est-à-dire du Cheval d'il y a quarante à cinquante ans, et dont 
il reste encore quelques échantillons, jetons un coup d'œil sur 
le pays à cette époque et nous verrons que l'amélioration de 
la race suit l'ascension graduelle de l'amélioration culturale. 

Aussi loin que mes souvenirs puissent remonter, il y a envi- 
ron cinquante ans que je fus en Camargue pour la première 
fois. A cette époque, pas de routes empierrées. En sortant du 
faubourg de Trainquetaille, on trouvait des ornières profondes 
dont souvent Ips roues ne touchaient pas le fond et la voiture à 
deux roues (celles là seules pouvaient circuler) faisait traîneau. 
Puis, la route se divisait en différentes pistes tracées à travers 
le pays; pistes larges où de nombreux trains indiquaient la 
fantaisie des voyageurs. Le mode de locomotion le plus usi té était 
le Cheval, et le samedi, on voyait arriver à Arles les Camarguais, 
hommes et femmes à cheval, les enfants trop jeunes pour ce 
mode de transport, accroupis dans les bats que portait un 
vieux Cheval bien sage. 11 me souvient aussi, chose qui avait 
frappé ma jeune imagination, d'avoir vu le courrier d'AIbaron 
aux Saintes-Maries-de-la-Mer, fait par une femme qui montait 
à califourchon sur une selle du pays, dite à la gardian. 

Le Cheval était le moyen le plus pratique, et, à certaines 
époques, le seul possible, pour se transporter d'un point à un 
autre, et cependant, la plupart du temps, le Cheval rentrant 



LE CQEVÀL CAMARGUE ANCIEN ET AMÉLIORÉ 227 

d'une course n'était l'objet d'aucun soin; il était dessellé, 
débridé, et recevant une tape sur la croupe, il allait rejoindre 
la manade au marais. Les Chevaux vivaient toujours dehors, 
enfermés seulement le soir dans des paddocks, lorsqu'il faisait 
Irop froid, mais subissant toutes les intempérie 3 , ne recevant 
aucun soin dans leur jeunesse. Ils naissaient là où la mère se 
trouvait et voulait bien les déposer. L'étalon était en liberté au 
milieu de ses épouses ; on l'appelait le : Grignon. 

L'été, la Camargue était une vaste galette, crevassée, brillante 
d'efflorescences salines; et souvent, le Rhône éiant trop bas 
pour rentrer dans les canaux qui portent l'eau aux fermes (mas), 
il fallait amener troupeaux, manades, bêtes de travail jusqu'au 
fleuve pour les abreuver et. cela, quelquefois de 4, 5 et 7 kilo- 
mètres. En rentrant, les pauvres animaux avaient au si soif 
qu'au départ. L'herbe desséchée n'offrait aux Chevaux qu'une 
maigre pitance, et les voilà harcelés par les Mouches, Mouche- 
rons, etc.; aussi à certains moments perdaient-ils la tète, et 
l'on voyait la bande qui s'enfuyait tout à coup dans une course 
folle, sans but, pour s'arrêter essoufflée au bout de 7 et même 
10 kilomètres. Allons, gardien, à cheval et vas rapatrier la 
manade ! 

Voici les moissons, c'était un dur moment, une rude épreuve 
pour nos Chevaux déjà éprouvés par le manque de nourriture, 
et la bataille contre les Insectes qui ne leur laissaient de 
répit ni jour ni nuit. Cependant manade et gardien partaient 
pour le Languedoc où on les louait pour le dépiquage des 
Céréales. Sur les aires, les gerbes étaient dressées, debout les 
unes contre les autres, et nos pauvres bêtes attachées deux par 
deux, enfonçant jusqu'au poitrail, trottaient en rond, grimpées 
sur un tas de gerbes, et détachaient ainsi avec leur sabot le 
grain doré de son épi. Ce rude travail, sous un soleil de plomb, 
n'était récompensé que par une nourriture inférieure, « bien 
bonne pour ces bêtes : rossalines », comme on les appelle encore 
de nos jours. 

L'hiver, nos pauvres bêtes souffraient encore : en temps de 
pluie, de l'eau partout; pas un endroit pour se reposer au sec. 
Puis la pluie ayant cessé, c'était alors le mistral glacé, l'herbe 
gelée, la nourriture qu'il fallait aller chercher au fond de 
l'eau en enfonçant le museau jusqu'aux yeux. Enfin le prin- 
temps ramenait la verdure et les Chevaux reprenaient bon poil ; 
les mères avaient du lait pour leurs nourrissons. 



228 BULLETIN DE LA SOCIÉTÉ .NATIONALE D'ACCLIMATATION 

Est-il étonnant, après les souffrances que supportaient les 
Camarguais : intempéries, nourriture insuffisante et grossière, 
fatigues du travail de l'été, surmenage auquel rien ne les avait 
préparés, est-il étonnant, dis-je, que le Pur sang Camargue 
tût petit, maigre, mais dune* rusticité et d'une endurance 
extrêmes, car beaucoup mouraient poulains soit à cause de la 
faiblesse delà mère, soit à cause des intempéries qu'ils suppor- 
taient. Aussi seuls les robustes résistaient et ainsi se faisait 
une sélection qui ne laissait subsister que les tempéraments à 
toute épreuve. De là certaines qualités propres à la race. 

Le Cheval Camargue pur sang est de robe gris clair (les 
autres robes sont de très rares exceptions), souvent marquée 
de ladre. Sa taille ne dépasse guère l m 30 à l m 35 ; cependant 
elle est très notablement augmentée, lorsque, pris poulain, il 
reçoit une bonne nourriture, et est l'objet de soins particuliers. 
La tête est forte, carrée, les oreilles courtes, droites, écartées. 
Le développement des muscles masticateurs, soumis à des 
efforts continuels pour broyer une nourriture grossière et 
dure, explique la lourdeur de la ganache. Le chanfrein est 
droit. L'encolure courte, plate, quelquefois renversée. Le rein 
de carpe, mais souvent long et mal attaché. L'épaule droite, 
la croupe en pupitre, les hanches saillantes, jarrets droits, 
cuisses plates. Les extrémités sont généralement minces. L'on 
trouvait souvent autrefois des tendons faillis et fatigués, j'at- 
tribue cette tare à l'habitude que l'on avait d'entraver les Che- 
vaux pour la nuit. L'entrave était une corde doublée, formanl 
boucle par conséquent, et les deux bouts étaient joints par un 
gros nœud. La corde embrassait la jambe droite au-dessus du 
boulet, en plein milieu du tendon; elle était tressée de quelques 
tours entre les deux jambes, et la boucle servant «le boutonnière 
au noeud embrassait la jambe gauche. 

Le pied a une forme tout à fait caractéristique, il est rond el 
même souvent oblong dans le sens des lamelles de la corne: 
il offre ainsi une bonne base d'appui dans les terrains fangeux : 
c'est une adaptation au milieu, comme la dureté de la corne qui 
doit résister, l'été, à un terrain de brique cuite. 

Le Cheval Camargue trotte mal, ce qui n'est pas étonnant à 
cause de. son épaule trop droite, et de l'astragale empâté. Mais 
il galope bien et soutient des journées entières l'espèce d'entre- 
pas qui lui est propre, à foulées répétées, le genou se relevant 






LE CHEVAL GAMARGl i: ANCIEN RT AMÉLIORÉ 229 

heaucoup et l'arrière-main suivant, dans une espèce de balan- 
cement qui évite au jarret de se plier. 

C'est à cette allure, nous rapportent les journaux de l'époque 
et M. Drouet dans son ouvrage, que deux éleveurs de Camargue, 
le marquis de Baroncelii etM. Marignan, ont accompli, en mars 
1905, le raid d'Arles à Lyon. L'un partait des Saintes-Maries-de- 
la-Mer, l'autre de Massillargues. Ces messieurs avaient l'équi- 
pement à la Gardian. Le Cheval Sultan, pure race Camargue, 
au marquis de Baroncelli, portait 76 kilogs, il avait l m 42 et 
quatorze ans. Le Cheval de M. Marignan, croisé Camargue- 
anglo-arabe portait 120 kilogs, avait l m 50 et neuf ans. Partis le 
2 mars à midi, ces Messieurs arrivaient à Lyon le G au soir, 
ayant parcouru 311 kilomètres. Sultan, pris au marais au mo- 
ment du départ, n'était pas ferré et n'avait aucune préparation : 
malgré cela, après quarante-deux heures trois quarts de route, 
les Chevaux n'accusaient aucune fatigue. Repartis de Lyon, fe 
8 à une heure après-midi, ils étaient à Arles ayant fait 314 kilo- 
mètres en quarante-trois heures. Ils avaient accompli, pendant 
ce retour, l'étape de Montélimar à Saint- Vallier (82 kilomètres 
en onze heures. 

Le Camargue pure race ne se rencontre guère en ce moment 
que chez les propriétaires de manades de Taureaux. Son agilité, 
sa façon spéciale de faire des demi-tours sur lès hanches en 
s'écrasant sur les jarrets et sur le côté, lui permettant d'éviter 
les attaques du Taureau, le désignent tout particulièrement 
pour la garde de ces animaux. Il est sobre, endurant, mais 
souvent l'un mauvais caractère, ses défenses sont rudes et le 
proverbe ne ment pas, qui dit: « qu'il n'y a pas de bon Cheval 
Camargue qui n'ait eu son cavalier ». Le Cheval s'affole faci- 
lement ; devant un geste brusque, il perd la tête complètement. 
Voilà lé Cheval de mon enfance, le Pur sang Camargue. Il vit 
en liberté, n'étant l'objet d'aucun soin, subissant les intem- 
péries, la disette. Il est rude au dressage, a des qualités propres, 
comme la rusticité, l'endurance, qualités que le croisement ne 
semble pas avoir conservées à un si haut degré. Avons- 
nous bien fait, suivi la bonne route en croisant nos Chevaux, 
n'aurions-nous pas mieux fait peut-être en sélectionnant les 
meilleurs sujets de notre race et en leur donnant quelques 
soins? 

Nous avons vu le vrai Camargue dans son milieu d'autrefois, 
dans une Camargue sans routes, inondée l'hiver, desséchée 



230 



IH I.LKTIN DE LA SOCIETE NATIONALE \) ACCLIMATATION 



l'été ; nous allons voir maintenant, le milieu s'améliorant, le 
Cheval s'améliorer aussi dans une progression parallèle. 

La population de Camargue a conservé ses habitudes de 
généreuse hospitalité, autrefois si précieuse aux voyageurs. De 
nos jours encore, malgré la facilité des communications, le 
passant trouve toujours, dans les Mas, visage aimable et place à 
la tiible familiale. Quelle différence maintenant au point de vue 
de l'hygiène et du confort ; le cabanon tout en roseau, murs et 




Fi'g. I. — Altesse : demi-sang anylo-arabe. 

toiture, a laissé la place à la maisonnette bàlie à chaux et à 
sable. La propreté scrupuleuse des Provençales rend ces 
demeures pleines d'altraits; tout est lavé, ciré, brillant, même 
chez les plus modestes. Ce n'est que dans ce pays où Ton peut 
voir la crémaillière de la grande cheminée, astiquée et brillante 
comme de l'argent. Aussi, avec de meilleurs logements, ne 
voit-on plus sur la cheminée le pot de quinine où l'on venait 
puiser au premier frisson. 

La Camargue a ses roules empierrées et ses lignes de chemins 
de fer assurant de rapides et faciles communications ; les autos 
la sillonnent. Les machines à vapeur puisent au Rhône l'eau 
bienfaisante qui, par les canaux, va porler la fraîcheur, l'eau 






LU CHEVAL CAMARGUE ANCIEN ET AMÉLIORÉ 



231 



potable et la fertilité dans les champs nivelés. Si les proprié- 
taires ont fait de grands sacrifices pécuniaires, ils ont au moins 
a présent des prés, des luzernières ; les bords des marais donnent 
une herbe grossière, mais verte et appétissante. Plus de disette, 
ni l'hiver ni l'été. 

Les Chevaux, objets de meilleurs soins, trouvent des abris 
pour la nuit contre le froid et contre les chaleurs du milieu du 
jour en éle. Ces améliorations cullurales et d'hygiène on I pousse 




Fie 



Tourterelle : deuii-saug anglo-arabe. 



les éleveurs à améliorer leurs Chevaux, dès l'instant qu'ils 
avaient la possibilité de les nourrir, afin d'en tirer meilleur 
parti. En faire des Chevaux pour l'armée a été l'objectif. 

Au début, les juments reçurent des étalons, au petit bonheur, 
simplement pour se procurer un Cheval plus fort que la race 
du pays, en vue de l'atteler. Ces croisements furent presque 
tous fait, avec des Chevaux barbes, mais il y eut aussi des croi- 
sements avec des anglo-arabes, des pur sang anglais, anglo- 
normands, bretons ; ces trois derniers croisements n'ont donné 
que de piètres résultats, comme nous le verrons dans la suite. 
Avec le croisement du Cheval barbe, on obtint quelques bons 
produits ; en voici que nous avons eus chez nous, à Méjane, et 



232 BULLETIN DE LA SOCIÉTÉ NATIONALE D 'ACCLIMATATION . 

dont je peux donc parler en connaissance de cause. Le « Lyon » 
fut notre premier Cheval vendu à la remonte : il était gris 
clair, d'un modèle peu élégant, mais bâti en bon serviteur; 
grande profondeur de poitrine, bon rein, membres forts, mais 
encolure courte et forte tète. Le « Cerf » , même origine, fortement 
bâti comme le précédent, mais moins commun, gris, a couru 
pendant dix ans sur tous les hippodromes de la région : Béziers, 
Nîmes, Avignon, Carpentras, L'Ile, Vauvert, etc., et toujours 
avec succès, battant même les pur-sang arabes. Ce Cheval 
arrivait comme il était parti, soutenant son même branle de 
galop rasant le sol ; il dépassait peu à peu ses concurrents et 
arrivait premier sans que son flanc eut un battement plus fort 
ou plus vite. 

Voici trente ans que se poursuit l'amélioration de nos Che- 
vaux et il y a desmanadesqui peuvent actuellement présenter à 
la remonte, non seulement de bons Chevaux, mais des Che-' 
vaux assez élégants, et que peuvent même monter des dragons.; 
Par les soins, la taille s'est accrue. Nos juments reçoivent 
maintenant les étalons du gouvernement et d'une façon' 
raisonnée. C'est ainsi que nous sommes arrivés dans certaines, 
manades à voir nos Chevaux classés comme demi-sang anglo- 
arabe. C'est le croisement de notre vieille race avec l'Arabe (je 
ne dis pas le Barbe), ou l'Anglo-arabe qui nous a permis peu 
à peu d'arriver au résultat actuel. Malgré le nombre d'années 
que nous donnons ces étalons, nous avons quelquefois un 
retour à la race primitive ; c'est tantôt dans l'ensemble du 
Cheval, tantôt dans son allure. Mais nous sommes arrivés à 
avoir des Chevaux trottant bien, et brillamment; ils passent 
bien la patte, avec énergie, trottent dans le jarret, ce qui est le 
contraire de la race primitive. Leur éducation en plein air, en 
demi-liberté, leur a conservé l'endurance, la rusticité. Voici 
leur vie actuelle : lorsque l'on voit une Jument près de mettre 
bas, elle ne va pas au marais, et on la met en liberté dans 
l'écurie de la manade. Dès le cinq ou sixième jour après sa 
naissance, voici notre poulain suivant sa mère avec le troupeau 
et ne rentrant que le soir; l'été, la nuit se passe dehors. Au 
sevrage, il est enfermé quelque temps dans une écurie ou une 
grange et là. avec ses pareils, il est toujours en liberté : on lui 
donne un peu d'avoine, de fourrage et de luzerne. Dès que les 
poulains sont remis de cette épreuve-, ils sont rendus à la liberté 
complète et se mêlent à la manade: nos animaux qui ont 



LE UHi VAL CAMARGUE ANCIEN ET AMELKHil : 



233 



souvent été caressés, et ont goûté l'avoine que leur offre leur 
gardien, sont, en liberté, d'une grande douceur, et n'envoient 
jamais de coups de pieds. On peut en toute sécurité passer au 
milieu d'eux, les pousser ou leur donner une tape sur la 
croupe. Mais voici l'âge de la remonte, il faut les mettre à 
l'écurie pour les préparer. Alors, pour un bon nombre, le 
caractère change; non pas le plus souvent par méchanceté, 
mais par ce que le Cheval, changeant de vie, est apeuré. 




Fig. 3. — Sortie de l'abreuvoir. Domaine de Méjane (Camargue . 

Quelques-uns se laissent facilement mettre le licol, distraits 
qu'ils sont par un peu d'avoine et dès que l'on a réussi à faire 
passer les oreilles, l'animal est pris, car deux ou trois hommes 
sont là qui tiennent la corde du licol, et si le Cheval se défend, 
il a affaire à forte partie. Pour quelques animaux plus méfiants, 
il faut les prendre au lazzo (sédéu). 

Les Chevaux plus ou moins récalcitrants sont amenés vers 
la crèche et la corde du licol est fixée à un fort anneau. En 
général, le Cheval se défend énergiquement, se jetant en 
avant, pointant, tirant au renard, etc. C'est par ce dernier acte 
qu'il termine sa résistance ; il tire, les quatre pattes raidies dans 
l'effort, puis au bout de quelques minutes, il tombe tout d'une 



234 BULLETIN DE LA SOCIÉTÉ NATIONALE D 'ACCLIMATATION 

pièce sur le côté, et reste ainsi inerte quelques minutes; il est 
vaincu, c'est fini. Il s'agit maintenant, de lui donner confiance, 
de lui faire peu à peu le pansage. Pour cela, beaucoup de 
patience, de douceur, pas de mouvement brusque ou de 
paroles grondantes. Deux fois par jour, les Chevaux sont 
conduits, en main, à l'abreuvoir et c'est le moment choisi pour 
faire une partie de leur éducation. Ou les caresse, on les toise, 
on leur lève les pieds, on leur apprend à se placer, on les fait 
trotter en main. Tout cela se fait peu à peu, et, au bout de deux 
ou trois mois, les Chevaux sont prêts à être présentés à [la 
remonte. Ils onteu bonne nourriture, du pansage, ilsontle poil 
brillant, sont en bonne chair, presque tous sages et sachant 
trotter. La remonte les paie de 850à 1.100. Le Camargue actuel 
fournit même quelques Chevaux pour les régiments de dragons, 
mais c'est surtout à la cavalerie légère qu'ils sont affectés. 

Au début des achats de Chevaux camarguespour la remonte, 
j'ai entendu dire par des officiers que ces Chevaux suivaient 
difficilement la colonne au trot. Cela ne m'étonne pas, car 
autrefois le Camargue trottait mal; mais il n'en e>t plus^de 
même, et nos Chevaux ne méritent plus ce reproche. Comme je 
l'ai dit, beaucoup trottent brillamment et nos Chevaux ont des 
robes de couleur, ce qui était autrefois tout à fait exceptionnel. 

Presque tous les Chevaux vendus à la remonte, sont fils de 
mères ayant déjà du sang arabe et d'étalons arabes, anglo- 
arabes et beaucoup de demi-sang anglo-arabes. Je crois que les 
éleveurs de Camargue feront bien de s'en tenir là pour le 
moment. Y aura-t-il avantage plus tard, lorsque noire race 
demi-sang anglo-arabe sera mieux confirmée, de donner le pur 
sang anglais? Mon opinion personnelle n'est pas que l'on doive 
entrer dans cette voie, car ayant affaire, alors, à des animaux 
plus affinés, plus délicats, il faudra ou renoncer à notre mode 
d'élevage rustique, à demi sauvage, nécessitant peu de frais, 
ou bien continuer ce mode d'élevage, mais alors nos produits 
délicats supporteront-ils la nourriture grossière, la vie rude 
et ne dégénéreront-ils pas à bref délai. Continuons notre 
mode d'élevage, rationnel pour notre pays, profilant des pâtu- 
rages qu'il nous offre et conservons nos Chevaux qui s'en 
contentent. Nous pouvons ainsi faire œuvre patriotique, en 
fournissant de bons Chevaux à l'armée à des prix qui nous 
satisfont, et qui devraient être beaucoup plus élevés, si nous 
.ivions un autre mode d'élevage. 



LL CHEVAL CAMARGUE ANCIEN ET AMÉLIORÉ 235 

Quant aux croisements faits avec d'autres races que l'arabe, 
anglo-arabe ou demi-sang anglo-arabe, ils n'ont pas donné de 
bons résultats et il y en a extrêmement peu de sujets dans le 
pays. Le Syrien a élé aussi un peu délaissé, car il donnait de 
petits sujets comme furent tous les produits de Nedji. Les fils 
de l'étalon normand, très peu nombreux, ne sont presque 
jamais pris par la remonte; ceux de l'étalon breton sont 
devenus très rares, ce qui prouve aussi le peu de satisfaction 
que l'on a eu de ce croisement. J'ai connu une manade qui 
avait autrefois presque toutes ses juments ayant du sang 
breton et en ce moment je ne connais en Camargue que deux 
sujets ayant ce croisement. Le D r Drouet nous dit qu'on peut 
évaluer approximativement au chiffre total de 1.400 (Chevaux, 
Poulains et Jumenis de tout âge) dont 800 Camargues amélio- 
rés, la population chevaline de la Camargue. 



LES CHEVRES D'ANGORA 

Par IPSAN ABDIN 

de l'École vétérinaire militaire de Constantinople. 

Les Chèvres d'Angora sont appelées en langue turque Tiphti- 
que-quetchisi, c'est-à-dire Chèvre (quetchi) à bonne laine 
(tiphtique.) 

On rencontre la race d'Angora dans les régions suivantes : 
en Asie Mineure, entre les rivières de Kizil-Irmak et Sivri- 
Hissar, aux environs de Zafranboli et de Kastamonie, mais 
principalement dans la province d'Angora. 

Ces Chèvres s'acclimatent difficilement dans les pays très 
chauds; elles préfèrent vivre dans les régions montagneuses 
où le climat est tempéré. La province d'Angora est à une 
altitude moyenne de 1.100 mètres, ce qui lui assure, même 
pendant l'été, un climat frais. En hiver, le thermomètre des- 
cend souvent à — 18 degrés et les Chèvres sont très sensibles 
aux changements brusques de température. 

Reaucoup d'Européens ont essayé d'acclimater la race d'An- 
gora dans diverses régions; ces tentatives n'ont pas donné de 
bons résultats; dès la deuxième portée, la qualité de la laine 
s'altère sensiblement et le climat paraît être la cause princi- 
pale de cette modification. Parmi ces essais, il convient de 
citer par ordre chronologique ceux faits en J76o, en Espagne; 
en 1787, en France, notamment dans la région des Alpes; en 
1830, en Espagne, dans les montagnes de l'Escurial près de 
Madrid; en 1864, en France, par la Société d'Acclimatation. 
Dans le centre de l'Allemagne, en Suisse (Alpes Rémoises) et 
dans le Tyrol, les résultats obtenus ont. été assez bons; des 
Chèvres d'Angora furent élevées à Constantinople, mais dès la 
troisième portée, la modification du poil était déjà fort sensi- 
ble. Par contre, la race réussit parfaitement au Cap, dans 
l'Afrique du Sud. 

La conclusion des essais nombreux qui furent faits est que 
les Angora ne peuvent supporter ni le froid excessif ni la cha- 
leur surtout lorsqu'elles sont tondues. 

Les origines de la race ne sont pas encore bien établies; à 
notre avis, on ne sait exactement d'où proviennent ces ani- 
maux qui n'existent que depuis deux cents ans environ. On 



i.i's chèvres d'angora 237 

croit que la race est venue de la province de Van aux confins 
de la Turquie d'Asie et de la Perse. 

En Perse, malgré les magnifiques tapis que livre l'industrie, 
la laine est de beaucoup inférieure à celle de l'Asie Mineure. 
Les Chèvres d'Angora ont vraisemblablement été importées 
par les Turcs qui partirent des plateaux du Thibet et fondèrent 
plus tard l'Empire ottoman. 

Caractères. — La Chèvre d'Angora est de poids moyen et 
d'une taille de O m Q0 à m (>5. Les cornes sont rejetées en arrière 
et spiralées; la robe est blanche; on y rencontre rarement 
des taches noires; les mamelles sont pleines et arrondies 
sphéroïdes). La laine très blanche, très longue et soyeuse 
est formée de mèches ondulées et tombantes; c'est en hiver 
qu'elle est la plus jolie; la tonte a lieu au printemps en mars 
et avril (i). 

A partir de quatre ans, la laine diminue de qualité; c'est à 
l'âge d'un an qu'elle est la meilleure. Chaque Chèvre donne 
par an de un à deux kilogrammes de laine. 

Production. — L'Asie Mineure compte environ 800.000 Chè- 
vres de véritable race Angora ; la moyenne est de cent Chèvres 
pour un mâle. 

Durant tout l'hiver, les Chèvres quittent la zone monta- 
gneuse et sont entretenues dans lesétables. Elles y sont nour- 
ries de foin, de paille et de son; d'une manière générale, elles 
consomment beaucoup d'herbes sèches. 

Les producteurs livrent annuellement à l'industrie près de 
.'J00.000 kilogrammes de laine. Le prix de cette matière pre- 
mière a baissé énormément à cause de la concurrence du mar- 
ché africain du Cap; le kilogramme qui valait autrefois vingt 
francs n'est plus payé aujourd'hui que trois ou quatre francs. 
La quantité produite en Asie Mineure a également diminué; de 
un million de kilogrammes, elle est tombée à cinq cent mille. 
Cette diminution a pour cause l'autorisation consentie par le 

1) M. Crepin a présenté à la sous-section d'Etudes caprines un échan- 
tillon de laine d'Angora qui, mesuré au microscope, a donné les diamètres 
-uivants : minimum 35 p., maximum 42 <j.. 

La laine du Mérinos de Rambouillet a un diamètre compris entre 
16 et 18 p., les laines de Leicester (Dishley) et înalogues dont les mèches 
blanches, brillantes, longues et ondulées rappellent celles de l'Angora, 
accusent un diamètre moyen de 33 \>- P.P. 



238 BULLETIN DE LA SOCIÉTÉ NATIONALE D'ACCLIMATATION 

sultan Abdul-Hamid à l'exportation de ces animaux, autorisa- 
tion qui a porté une grave atteinte à la production indigène. 
Ce n'est qu'à dater de la Constitution de 1908, que le Gouverne- 
ment jeune turc s'est occupé de cette question et a interdit 
l'exportation. Grâce à cette mesure, il y a lieu de compter sur 
le relèvement de la production lainière, qui remontera dans 
quelques années à son ancien niveau. 

Sur les marchés d'Angora, nous trouvons beaucoup d'Amé- 
ricains et d'Anglais; ces derniers profitent du bas prix pour 
acheter des laines; la principale richesse du pays est l'élevage 
et comme l'argent est rare dans ces contrées, les éleveurs ven- 
dent de suite leur produit pour se procurer du numéraire. 

Exportation et Industrie. — Le commerce d'exportation se 
fait principalement par les ports de Tequa Four-Dagui sur la 
mer de Marmara et de Salonique sur la Méditerranée. 

Le premier a exporté en 1903 : 15.000 kilos de peaux de chè- 
vres et 20.000 kilos de laine pour divers pays. 

Le second possède un trafic beaucoup plus important qui 
s'est élevé en 1903 à : 786 tonnes de peaux de Chèvres, évaluées 
à 1.535.000 francs; 280 tonnes de peaux de Chevreaux, éva- 
luées à 1.143.000 francs. 

De ces 280 tonnes de peaux de Chevreaux, 134 ont été diri- 
gées sur la France et les 146 autres sur l'Amérique. 

100.000 kilos de laine restent en Turquie et sont livrés à 
l'industrie qui transforme la matière première en fils de laine 
qui sont envoyés en grande partie en Hollande. 

En outre, l'industrie prélève encore 50.000 kilos pour la 
fabrication des lapis. (Tapis de Smyrne et de Conia.) 

Il existe en Orient, pour la fabrication des étoffes riches, 
deux grandes fabriques appelées Hereké et Cara-Moursel. En 
Asie Mineure, près de Sansouné, il y a un village nommé 
Cara-Arslan qui produit les meilleures étoffes connues sous le 
nom de Angora-Sophi. Ces étoffes sont d'un tissu brillant et 
>nlide, rendu imperméable par un procédé spécial de tissage, 
qui est comme le secret des tisserands de Cara-Arslan et de 
Stanos. 

Les Chèvres qui habitent la province de \ an, donnent une 
meilleure laine que celles d'Angora: mais ces dernières, don! 
la toison mesure 25 centimètres, portent une laine plus lon- 
gue. 



EN UME RATION DES PLANTES 
CULTIVÉES PAR LES INDIGÈNES EN AFRIQUE. TROPICALE 

ET DES ESPÈCES NATURALISÉES DANS LE MÊME PAYS 

ET AYANT PROBABLEMENT ÉTÉ CULTIVÉES A UNE ÉPOQUE 

PLUS OU MOINS RECULÉE 

Par Aug. CHEVALIER 

Suite (1). 

PÉDALINÉES. 

Sesamum indicum L. — Originaire des Indes orientales- 
Cultivé pour ses graines oléagineuses dans presque toutes les 
régions de l'Afrique tropicale, spécialement dans les pays de 
savanes. Présente d'assez nombreuses variétés. 

Sesamum alatum Thonn. — Origine inconnue. Naturalisé au- 
tour des villages dans une grande partie de l'Afrique tropicale. 
Kn certains villages de la Côte d'Ivoire, les femmes ensemencent 
encore l'espèce autour de leurs cases. Les feuilles desséchées 
de cette espèce entrent fréquemment dans la préparation de la 
cuisjne indigène. On leur substitue parfois les feuilles du 
Ceratolheca sesamoïdes Endl., spontané dans la zone soudanaise. 

Sesamum angustifolium Engler. — Origine inconnue. Parfois 
naturalisé autour des villages comme l'espèce précédente. Nous 
l'avons observé dans ces conditions aux environs de Djougou 
(Dahomey). Les feuilles servent aux mêmes usages que celles 
do l'espèce précédente. 

ACANTHACÉES. 

Hygrophila spinosa T. Anders. — Spontané en Afrique et en 
Asie tropicales. Cette espèce est cultivée dans le Haut-Oubangui 
autour des villages, par les Bandas et les Mandjias, pour la pro- 
priété qu'elle a d'être riche en sels de soude. Les indigènes 
brûlent la plante et en obtiennent par lessivage un sel con- 
sommé dans le pays. 

(li Voir Bu/letiii, 1>' et 15 février, ï" mars 1912. 



240 bulletin de la société nationale d'acclimatation 

Verbénacées. 

Lantana Catnara L. — Originaire de l'Américjue tropicale. 
Cette plante, importée par les Européens, commence à se 
répandre en divers points de l'Afrique occidentale, spécialement 
à proximité des villes : Dakar, Conakry, Bingerville, Porto- 
\ovo,Abomey: elle a déjà envahi les abords de certains vil- 
lages de l'intérieur. Les indigènes n'ont aucune influence sur 
sa dissémination et ne font aucun usage de cette plante, qui 
peut devenir un fléau pour l'agriculture. 

Duranta Plumici /Jacq. — Originaire de l'Amérique tropicale. 
Employé par les Européens, au Sénégal et dans la Basse-Guinée 
française, pour faire des haies. Les indigènes en plantent aussi 
autour de leurs cases. 

Vitex cuneala Schum. et Thonn. — Spontané en Afrique tro- 
picale. En beaucoup de villages du Soudan nigérien et du 
Dahomey, les indigènes conservent cet arbre autour de leurs 
cases à cause des fruits comestibles et des jeunes pousses pou- 
vant être mangées comme brèdes. 

Labiées. 

Ocimum Basilkum L. — Originaire de l'Asie tropicale. Natu- 
ralisé en quelques points de la Côte, où il a été apporté par les 
Européens. 

Ocimum canum Sims. — Origine asiatique. Répandu à proxi- 
mité des villHges de presque toute l'Afrique tropicale, parfois 
avec les apparences d'une plante spontanée, mais il est pro- 
bable qu'elle est simplement naturalisée. En quelques villages 
des régions forestières, les femmes ensemencent encore l'espèce, 
considérée comme médicinale. 

Ocimum viride AVilld. -- Origine inconnue. Naturalisé et par- 
fois ensemencé par les indigènes autour des villages, spécia- 
lement dans les territoires de forêt vierge cl dans les régions 
avoisinanles. 

Coleus roliindifolius (Poir.) A. Chev. - Oussounifing. Ori- 
gine inconnue. Cultivé par les indigènes clans le Soudan nigé- 
rien, le Mossi, dans la Nigeria du Nord, au Gabon, dans le 
IFaut-Oubangui et le llaut-Chari. Présente trois variétés prin- 
cipales que nous avons précédemment décrites. 

CoJi'us Duzo A. Chev. -- Origine inconnue. Cultivé au Mossi 






PLANTES CULTIVÉES EN AFRIQUE TROPICALE t\\ 

Soudan français), au Congo, région de Brazzaville, dans le 
llaut-Oub mgui et le Haut-Chari. Tubercules comestibles. 

Colins langouassiensin A. Chev. — Origine inconnue. Cullivé 
dans la région du Haut-Oubangui. Paraît très voisin de Coleus 
Dekindtianus Gùrke. de l'Angola. 

Coleus edulis Lamk. — Spontané et cultivé en Aibyssinie, 
d'après Richard. 

Hrjpiis spicigeru Lamk. — Origine incertaine. Cependant 
l'espèce nous a semblé spontanée dans la zone soudanaise de 
l'Afrique tropicale, à moins qu'elle ne soit naturalisée à la 
suite d'anciennes cultures. Aujourd'hui encore, elle estcultivée 
en grand pour ses graines oléagineuses en diverses régions de 
l'Afrique tropicale : Guinée française, Haut-Oubangui, Haut- 
Chari, Hahr-el-Ghazal. 

Menlha vubra Sm. — Hybride d'origine européenne. Nous 
avons observé en 1899 cette espèce plantée par les indigènes 
autour des mares de Tombouctou. Elle avait probablement été 
apportée des oasis sahariennes. La Menthe serait aussi cultivée 
au Ouadaï. M. Chudeau a aussi trouvé dans le Sahara, à l'état 
spontané, le M. syloestris Desf. 

Nyctagijnéks. 

t 

Mirabilis Jalapa L. — Originaire du Pérou. Aujourd'hui natu- 
ralisé en quelques points de la Guinée française, de la Côte 
d'Ivoire et du Bas-Dahomey. Les indigènes ne connaissent pas 
d'usage à cette plante et nous ignorons les raisons qui l'ont fait 
introduire et transporter parfois assez loin dans l'intérieur. 

Dans un village du pays Dyola, près des sources du Cavally. 
c'est-à-dire à plus de 300 kilomètres de la mer, nous avons 
observé quelques individus de cette espèce croissant sur des 
décombres : les indigènes les considéraient comme fétiches. 

Amarantacées. " 

Amaranthus caudalus L. — Origine asiatique. Espèce non 
spontanée en Afrique et ne s'y naturalisant même pas. Elle s'y 
rencontre à l'état cultivé autour des villages d'un grand nombre 
de pays. Nous avons observé des formes à feuillage vert et 
d'autres à feuilles et inflorescences pourpres. Ce n'est pas pour 
la graine, comme dans l'Inde, que la plante est cultivée en 
Afrique, mais bien pour les feuilles, qu'on mange comme 
l'Epinard et qui entrent dans la confection des sauces. 

BL'LL. SOC. RAT. ACCl.. FH. 1912. — 16 



2i'2 BULLETIN M! LA SOCIÉTÉ NATIONALE D' ACCLIMATATION 

Gomphrena globosa. L. — Originaire de l'Amérique du Sud. 
Observé autour des cases indigènes dans quelques villages de 
la Basse Côte d'Ivoire et du Bas-Dahomey. Introduction récente 
provenant des parterres européens. La plante n'a pas d'usages 
et est considérée par les indigènes comme fétiche. 

Celosia argentea L. — Originaire de l'Asie tropicale et du 
Pacifique. Cultivé et naturalisé à travers les lougans ou sur 
l'emplacement des anciens villages. Nous l'avons observé crois- 
sant dans ces conditions à la Côte d'Ivoire, au Dahomey, au 
Congo, dans le bassin du Chari. Feuilles utilisées comme 
brèdes. 

CllÉNOPODIACÉES. 

Basella alba L. — Originaire de l'Inde. Nous ne l'avons pas 
observé à l'état cultivé en Afrique trop>cale en dehors des jar- 
dins européens, mais Baker et Clarke (FI. of trop. Africa, VI, 
p. 94) le mentionnent à Sierra-Leone, en Abyssinie, dans l'Usam- 
bara et jusque dans le pays des Niams-Niams (Congo bel^e). 

Basella rubra L. — Originaire de l'Inde, cette plante n'est 
qu'une race fixée de l'espèce précédente, à laquelle la plupart 
des auteurs la rattachent. Nous l'avons observée naturalisée et 
cultivée par les indigènes à Djougou, au pied des monts Atacora 
(Haut-Dahomey). Les feuilles, comme celles de l'espèce pré- 
cédente, se mangent en guise de brèdes. 

Chenopodium ambrosioides L. — Europe méridionale. Espèce 
cultivée comme vermifuge ou comme plante fétiche dans le 
Bas-Dahomey; parfois naturalisée autour des villages de cette 
colonie. Nous avons vu en 1010 quelques plants de cette espèce 
autour des tombeaux des rois du Dahomey, à Abomey. 

Ricinus communis L. — Originaire de la région méditerra- 
néenne. Naturalisé aujourd'hui autour de presque tous les 
villages de l'Afrique tropicale. La plante n'est jamais ense- 
mencée par les indigènes et ses produits ne sont pas utilisés. 
On rencontre dans l'Ouest africain deux races principales, Tune 
h feuillage vert, l'autre à feuillage pourpre. 

Il convient d'ajouter ici une Euphorbiacée que nous n'avons 
encore pu déterminer et qui est cultivée au Bas-Dahomey pour 
ses graines oléagineuses. C'est une plante herbacée grimpante, 
ù feuilles ovales, à fleurs mâles comprenant de nombreuses 
étamines, à Heurs femelles tétra-mères. 

I suivre.) 






EXTRAITS 
DES PROCÈS-VERBAUX DES SÉANCES DES SECTIONS 



III e SECTION. — AQUICULTURE 

SÉANCE DU 15 JANVIER 1912 

Présidence de M. Kavcrel-Waltel, président. 
Le procès-verbal de la précédente séance est lu et adopté. 

A l'occasion du procès-verbal, M. Raveret-Waltel fait con- 
naître qu'il a parcouru les nombreux Reports de la Commission 
fédérale des Pêches, dans l'espoir d'y trouver des renseigne- 
ments sur l'élevage des Grenouilles aux Etats-Unis. Mais il n'a 
guère relevé que quelques indications sur la consommation 
faite de ces Batraciens dans divers Etats de l'Union, notam- 
ment les suivants : New-York, Vermont, Missouri, Indiana et 
Arkansas. La quantité vendue s'élèverait annuellement à plus 
de 300. 000 livres, d'une valeur totale de 22.900 dollars, soit 
environ 115.000 francs. Quelques essais d'élevage ont bien été 
tentés sur divers points; mais il a fallu promptement les 
abandonner, par suite de l'impossibilité de nourrir convenable- 
ment les Grenouilles, postérieurement au stade larvaire. On a 
été plus heureux dans la propagation de ces Batraciens dans 
des régions où ils n'existaient pas, notamment aux îles Hawaii. 
En 1899, quelques douzaines de Grenouilles-Bœufs {Rana 
catesbiana) provenant de Californie, ont été expédiées à Hono- 
luhu, à Hilo et dans l'île Kahuai, où l'espèce s'est rapidement 
multipliée, au point de constituer un article de commerce. Sa 
propagation a été particulièrement profitable au point de vue 
de la destruction de différents Insectes nuisibles. Elle a aussi 
contribué à réduire considérablement l'abondance des Douves 
{Fasciold hepatka) qui infestaient les eaux stagnantes et les 
herbes des prairies mouillées, où les bestiaux se contaminaient 
très vile. Depuis l'introduction des Grenouilles-Bœufs dans 
plusieurs îles de l'Archipel, les troupeaux d'ovins et de bovins 
ont beaucoup moins à souffrir des attaques de ce distome, qui 
infligeait souvent de grosses pertes aux éleveurs. 

Au sujet de l'élevage des Grenouilles, M. Le Fort signale la 



241 BULLETIN DE LA SOCIÉTÉ NATIONALE D'ACCLIMATATION 

distinction faite par les marchands des Halles entre les Gre- 
nouilles dites de parc et les Grenouilles de pêche, les pre- 
mières atteignant un prix beaucoup plus élevé que les secondes. 
11 demande sur quoi se base une pareille .distinction. 

Comme complément au procès-verbal, M. Le Fort signale un 
entrefilet du Journal des Halles et Marchés où Ton note l'ar- 
rivée à Lorient de deux dundees de pèche retournant des côtes 
marocaines avec des pèches exceptionnelles. 

M. le D r Pellegrin avertit la Section, qu'il a écrit à M. Serre, 
consul de France à Montevideo au sujet des Pesce-rey ainsi 
qu'il avait été convenu dans la précédente séance. 

M. Louis Houle présente, au nom de M. de Drouin do Bouville 
et au sien, deux exemplaires de Leucaspius delineatus Heck., 
récemment recueillis dans un étang voisin de Lunéville; ce 
Poisson est nouveau pour la faune française; on ne l'avait 
signalé jusqu'ici que dans le centre et l'ouest de l'Europe. Sa pré- 
sence en France est le résultat d'une acclimatation accidentelle, 
le propriétaire de l'étang l'ayant importé avec des alevins de 
Tanche. 

M. Louis Houle signale, à ce sujet, les curieux caractères de 
Leucaspius quant à la brièveté de la ligne latérale, et il signale 
la nécessité de changer le nom spécifique adopté par les 
auteurs allemands pour lui substituer celui de Leucaspius 
sti/mphalicus donné en premier lieu par Cuvier et Valen- 
ciennes. 

A propos de la communication ci-dessus, M. Raveret-Wattel 
se demande si l'on ne pourrait tirer partie de la grande prolili- 
cité des Leucaspius pour la nourriture de Poissons voraces et 
en particulier de Black-Bass si difficiles à alimenter autremenl 
que de proies vivantes. 

M. le Fort signale l'emploi déjeunes alevins de Cyprinidés. 
L'emploi de Vers de farine proposé a contre lui la lenteur de 
croissance de ces larves. 

M. Debreuil expose quels sont les inconvénients et les dan- 
gers que présente l'usage des asticots pour la nourriture des 
Poissons. Ces larves, souvent souillées de sanie, peuvent causer 
la mort du Poisson qui les a ingérées. Il faut donc les nettoyer 
avant de les distribuer au Poisson. 

M. Debreuil attire l'attention de ses collègues sur l'excur- 



EXTRAITS DKS PROCÈS- VERBAUX DES SÉANCES DES SECTIONS 243 

sion projetée dans l'Italie septentrionale, durant laquelle Ton 

visiterait les principales exploitations piscicoles. 11 prie ses 

collègues de s'inscrire de bonne heure, ce qui facilitera les 

dispositions à prendre. 

Le Secrétaire, 

Dkpax. 



V e SECTION. — BOTANIQUE. 

SÉANCE DU 18 DÉCEMBRE 1911 

Présidence de M. D. Bois, président. 

Le secrétaire donne lecture du procès-verbal de la séance du 
20 novembre; la rédaction en est adoptée. 

Au sujet de ce procès-verbal, il est donné les indications 
suivantes : 

1° M. Bois fait connaître la réponse que lui a adressée 
M. Lesne relativement à l'échantillon de Saule envoyé par 
M. de Chapel. 

« La cécidie (1) des Saules que vous m'adressez est déter- 
minée par un Diptère de la famille des Cécidomyides, le Rhab- 
dophaga rosaria H. Lôw., dont la larve rouge pâle vit au centre 
de la rosette anormale des feuilles. Cette déformation s'observe 
sur un certain nombre d'espèces de Saules. » 

2° M. Maurice de Vilmorin dépose une notice bibliographique 
sur l'un des ouvrages qui lui avaient été remis [V Année fores- 
tière); 

3° M. Gérôme fait connaître que la Poire citée par M. Debreuil 
n'est pas Adèle de Saint-Denis, décrite par André Leroy dans 
son Dictionnaire de pomologie, et qu'il faudrait avoir un échan- 
tillon de ce fruit pour permettre son identification. 

M. Bois présente l'ouvrage publié par M. Gibault, bibliothé- 
caire de la Société nationale d'Horticulture, intitulé : Histoire 
des légumes, et il dépose une notice bibliographique qui sera 
insérée au Bulletin. 

Les échantillons déposés sur le bureau, apportés par 

(1) On nomme cécidie une déformation produite sur un organe végétal 
par la présence d'un parasite; elle résulte de la réaction du végétal sous 
l'influence du parasite, qui peut être un Champignon ou des parasites 
anormaux. 



"246 BULLETIN DE LA SOCIÉTÉ NATIONALE d"aCCLIMATATIOX 

M. Debreuil, sont un Melon, un rameau en fruit de S'uilax 
aspera, et une jeune tige de Châtaignier préparée en vue d'une 
utilisation particulière, la fabrication des cannes. 

Ces sortes de cannes, dit M. Debreuil, sont la base d'une 
industrie peu connue du grand public; à l'aide d'outils spé- 
ciaux, des dessins variés sont incrustés dans l'écorce de rejets 
de trois ans de jeunes tiges de Châtaignier. 

L'échantillon présenté provient d'une forêt des environs de 
Triel. M. Chappellier rappelle qu'il y a quelques années les 
outils spéciaux d'une des maisons s'occupant de la préparation 
de ces cannes lui furent volés par une maison concurrente; 
cette industrie est assez importante; elle n'utilise pas seule- 
ment les rejets qui se développent après recépage, mais elle 
provoque même des cultures spéciales, en pépinière, de Châ- 
taignier sur tige unique. 

Le Smilax aspera, déterminé par M. Bois, a été observé par 
M. Debreuil à la devanture de fleuristes parisiens, qui utilisent 
celte plante pour la garniture des tables. C'est une Aspar.iginée 
de la région de l'Olivier, sarmenteuse, à lige grêle, flexueuse. 
grimpante, portant des feuilles échancrées en cœur à la base, 
coriaces, persistantes et luisantes. La plante est dioïque; le 
pi< j d femelle porte des baies globuleuses rouges, de la grosseur 
d'un pois, disposées en grappes interrompues. 

M. Maurice de Vilmorin signale la tendance actuelle des 
fleuriste^ à employer dans leurs décorations des végétaux 
auxquels on ne songeait guère auparavant pour cet usage, et 
dans cel ordre d'idées il indique qu'il a vu récemment employer 
pour cela des rameaux de Piment jaune orangé. 

M. Brel dit que les horticulteurs du Midi ont eu l'idée toute 
récente d'expédier, en dehors des inflorescences bien connues 
d'Acacia et à' Eucalyptus, des régimes fructifères de Daltier. 

M. Bois donne ensuite connaissance des notes adressées par 
M. Ch. Rivière sur diverses plantes, et dont voici un résumé 
fourni par l'auteur : 

« Perspa gratissima, v. longipedunculata. J'ai soumis pré- 
cédemment à l'examen de la section des fruits un Avocatier 
longuement pédoncule. L'arbre est issu du semis d'une seule 
graine provenant d'une plante dite Avocatier des Comores^lt 

Ce fruit, déjà remarquable à l'époque où je l'ai présenté, 
s'est signalé cette année, l'arbre prenant de l'âge, par une 



EXTRAITS DES PROCES- VERBAUX DES SEANCES DES SECTIONS l'\~ 

fructification abondante, mais surtout par la dimension et la 
qualité des fruits. 

On a mesuré des Avocats ayant de \± à L3 centimètres de 
diamètre à leur renflement extrême et de ifi à C 2H centimètres 
d'axe. 

Fruit piriforme, peau fine, matière butyreuse fondante et 
délicate, surtout dans la partie supérieure du fruit. 

Certains Avocats ont pesé de iOO à T300 grammes. 

La graine, assez grosse, mais en rapport avec le volume du 
fruit, est ovo'Me, tronquée ou parfois pointue, tandis que, dans 
d'autres variétés, cette graine est plutôt globuleuse ou sub- 
globuleuse. 

Cette sorte d'Avocat appartient à la variété Persea gralis- 
sima rubra, c'est-à-dire que la maturité de ce fruit s'accuse par 
une teinte rouge plus ou moins vive, mais qui brunit en vieil- 
lissant. Il faut. manger le fruit dès l'apparition de la coloration 
et avant qu'il ne mollisse. 

Cette variété, longuement pédonculée, qui est certainement 
la plus belle et la meilleure, a été figurée dans les Cultures du 
Midi, de l'Algérie et d^ la Tunisie (Ch. Rivière et l.ecq, 1906). 
mais à cette époque les fruits n'atteignaient pas les dimensions 
actuelles. » 

« Deuxième floraison des Clématites a grandes fleurs. — 
En ce moment, 15 décembre, ces plantes sont pour la deuxième 
fois en pleine floraison après un repos complet pendant la 
période estivale. 

Depuis quelques années, on obtient au Hamma ce résultat, 
grâce à une taille spéciale appliquée en septembre, au moment 
du réveil de la végétation. 

Dans une courte note, je décrirai prochainement cet heureux 
résultat et les moyens de l'obtenir.»» 

« Yucca ïreculeana. — Mort et drageonnement. — M. Rivière 
communique à l'appui de cette note deux photographies; la 
première représente la mort lente de cette plante âgée d'une 
cinquantaine d'années, ayant un tronc de deux mètres de hau 
jusqu'aux ramifications et deux mètres de circonférence. 

Les ramifications fléchissent progressivement, puis cet 
énorme végétal se dessèche et disparait; c'est le troisième fait 
de ce genre qui se produit depuis quelques années dans les 
mêmes conditions. 



"248 BULLETIN DE LA SOCIÉTÉ NATIONALE D*ACCL1.MATATI0N 

La deuxième photographie donne une indication intéres- 
sante. Un croyait la plante morte parce que toute végétation 
extérieure avait disparu, mais Tannée suivante, à la même 
place, on vit àortir de terre un grand nombre déjeunes sujets 
issus du système radiculaire rhizomateux : ils sont poussé 
rapidement, sont devenus vigoureux et forts et ont fleuri vers 
la quatrième année. 

On sait depuis longtemps que les Yucca se multiplient par 
tronçons de rhizomes, mais on considérait, au moins dans les 
cultures, le Ywca Treculeana comme une espèce à tronc unique. 
Or, dans peu d'années, on aura un sujet composé de nom- 
breuses ramifications parlant de labase et quelquefois y soudées. 

Je fournirai une note plus détaillée à ce sujet. » 

« Agaves vivipares. — H y a quelques années, j'ai entre- 
tenu la Sec-lion d'un essai intéressant qu'il y aurait à faire pour 
confirmer l'opinion souvent émise par notre regretté collègue 
le D r Weber que les Agaves vivipares, quelles que fussent leurs 
formes si diverses, étaient issues de l'Agave rigida, de Miller. 

On sait que ce spécialiste émérite rattachait ainsi à cette 
espèce les variétés si nombreuses de YAgave Siialana aux 
formes épineuses ou inermes, ou aux feuilles étroites ou 
larges, également V Agave H oulletiana Jacobi. 

Celte dernière plante, qu'elle soit plus ou moins exactement 
dénommée, est remarquable par son développement, son 
aspect glauque, presque argenté, la largeur de ses feuilles et 
leur contenance en belles fibres : on l'a prit comme sujet d'ex- 
périence. 

Un semis en fut fait, et actuellement les sujets qui en 
furent issus sont assez forts pour permettre de reconnaître 
qu'ils représentent bien l'aspect général de la plante dont ils 
proviennent: en un mot, qu'ils ne sont pas retournés au pré- 
tendu type primitif Agave rigida. 

11 y aurait donc lieu de répéter l'expérience avec d'autres 
Agaves vivipares ou balbifères pour savoir quelles plantes 
feraient retour au type. 

Mais, j'avais signalé autrefois au D' AYeber que Y Agave 
mccinea, qui s'éloigne pourtant du groupe précédent, présen- 
tait parfois des bourgeons bulbifères. » 

M. le Président donne ensuite connaissance des résultats de 
l'analyse du Chenopodium amaranticolor faite au Muséum, au 



EXTRAITS DES PROCÈS-VERBAUX DES SÉANCES DES SECTIONS 249 

laboratoire de Chimie de M. le professeur Arnaud, par M. Hasen- 
frat/., préparateur. 

Le tableau ci-dessous résume la valeur comparative de cette 
plante, de PÉpinard, et du Chenopodium album; il montre, que 
dans les feuilles fraîches, ce sont celles du Chenopodium nmo- 
rantkolor qui renferment le plus de substances azotées. 



Valeur alimentaire comparer: 

de PAnsérine amarante {Chenopodium amaraniicolor), 
du Chenopodium album et de l'Épi nard. 





Épinard (Spinacia oleracea), moyennes de diverses analyses 
faites par Dahlens, Konig et Farwick. 






VEUILLES FRAICHES 


MATIÈRE SÈCHE 






Ean 
p. 100. 


Substances azotées 
p. 100. 


Cendres 
p. 100. 


Substances azotées 
p. 100. 


Azote 
p. 100. 






89,24 


3.71 


2.00 


34,51 


5,62 






Chenupo'lium album, d'après Storkr et Lewis. 






FEUILLES FRAICHES 




MATIÈRE SÈCHE 






Eau 
p. 100. 


Substances azotées 
p. 100. 


Cendres 
p. 100. 


Substances azotées 
p. 100. 


Azote 
p. 100. 






80 . 80 


3,94 


3.02 


20,52 


3,28 






Chenopodium amaranticnlor, d'après M. Hasenfratz. 
préparateur de Chimie au Muséum d'Histoire naturelle de Paris. 






FEUILLES FRAICHES 


MATIERE S 


ÈCHE 






Eau 

p. 100. 


Substances azotées 
p. 100. 


Cendres 
p. 100. 


Substances azotées 
p. 100. 


Azote 
p. 100. 






80,50 


6,04 


t,01 


31.00 


4,96 





Il est donné communication de deux extraits de journaux : 
l'un (Excelsior, 3 octobre 1911) signale la floraison et la fructi- 



2:><l BULLETIN DE LA SOCIÉTÉ NATIONALE D'ACCLIMATATION 

licalion d'un Bananier dans le jardin public de Montauban: il 
s'agit du Musa Basjoo. 

L'autre note (Le Temps, 12 décembre 1911) signale la 
communication faite à l'Académie des sciences par M. Guignard 
au sujet des recherches faites au laboratoire de cryptogamie 
de l'École de Pharmacie par MM. Radais et Sartory sur les 
poisons contenus par les Champignons vénéneux des genres 
Amanita et Volvaria. Il résulte de ces recherches que le prin- 
cipe vénéneux de ces Champignons se conserve inaltéré pen- 
dant plus d'une année dans la pondre desséchée du Champi- 
gnon et qu'une température de 120 degrés, prolongée pendant 
dix minutes ne les détruit pas. 

Celte constatation est à retenir; en effet, d'après le savanl 
entomologiste J. H. Fabre, il suffisait, pour rendre inoffensifs 
les Champignons, de les faire « blanchir », c'est-à-dire de les- 
jet^r dans l'eau bouillante légèrement salée, et de les laver 
ensuite a l'eau froide. 

MM. Uad lis et Sartory ont bien reconnu que certains Cham- 
pignons vénéneux, dont le principe toxique est très soluble 
dans l'eau bouillante peuvent devenir inoffensifs par l'opération 
du « blanchissage » ; mais ces savants mettent le public en 
garde contre la généralisation du procédé qui serait insuffisant 
pour l' Amnnita phalloïdes et quelques autres. 

Il n'existe aucune recette, aucun procédé empirique per- 
mettant de reconnaître si un Champignon est comestible ou 
vénéneux. 

Si Ton désire en consommer sans danger, il faut apprendre 
à « connaître parfaitement » les caractères et les propriétés des 
espèces les plus communes et les plus abondantes dans la 
région qu'on habite, et s'en tenir à la consommation de celles-là. 

On apprend bien à différencier le Persil de la Ciguë. Pourquoi 
ne s'appliquerait-on pas à reconnaître, sans erreur possible^ 
les cinq à six catégories de Champignons mortels? 

Les not^s publiées récemment dans ce Bulletin sur les Cham- 
pignons comestibles ont fait ressortir également cette nécessité 
de la connaissance précise des espèces(1909, p Gl ; 1911, p.639). 

M. Lemarié, directeur de l'Agriculture de l'Indo Chine fait 
ensuite une communication sur les plantes alimentaires du 
Tonkin qui sera insérée au Bulletin. 

Le Sec reluire de la section. 
,1. GÉRÔME. 






BIBLIOGRAPHIE 

Les Produits coloniaux [origine, production, commerce), 
par G. Capus et D. Bois (1). 

Voici an ouvrage qui est assuré du plus grand succès, car il 
comble une véritable lacune dans la série d'ouvrages «le Bota- 
nique appliquée. 

Les productions coloniales, qu'elles soient végétales, ani- 
males ou minérales occupent une place de plus en plus grande 
dans nos besoins journaliers; il manquait un ouvrage d'en- 
semble pour les faire connaître au grand public, à tous les 
points de vue. 

Les auteurs, professeur et suppléant du cours de Productions 
coloniales à l'Ecole coloniale étaient on ne peut mieux qualifiés 
et mieux documentés pour rédiger un tel volume. 

L'ouvrage est divisé en trois parties : la première (la plus 
importante) traite des produits du règne végétal; la deuxième 
s'occupe des produits du règne animal; la troisième des pro- 
duits du règne minéral. 

L'ordre adopté pour l'étude des produits végétaux est le sui- 
vant : 

I. — Plantes alimentaires. Cet important chapitre est ainsi 
subdivisé : 

a) Céréales : Riz, Mhïs, Sorgho, Mil à chandelle, Céréales des 
régions extra-tropicales. 

b) Plantes féculentes : Manioc, Arrow-root, Taro, Ignames, 
Patate, Dolic bulbeux, Sagoutiers, etc. 

c) Les Légumes : Haricots, Dolics, Ambrevade, Soja, Ara- 
chide, etc. ; — Benincasa, Chayotte,Gombo; — Baselle, Tétra- 
gone, Choux palmiste. 

d) Les Fruits : Agrumes, Ananas, Manguier, Bananier, Dat- 
tier, Figuier, Figues de Barbarie, Vigne, Goyavier, Mangoustan, 
Papayer, Sapotillier, Avocatier, Lit-chi, Anones, Passiflores, 
Anacardes, Kakis et fruits divers de moindre importance. 

e) Plantes alimentaires stimulantes : Caféier, Théier, Cacaoyer. 

/) Eidces, condiments, aromates : Poivrier, Piments, Gin- 
gembre et Curcuma, Cardamome, Muscadier, Giroflier, Cannel- 
lier, Vanille. 

(1) Librairie Armand Colin, 1912. 687 pages et 203 figures dans le texte. 



-2:>-. BULLETIN DE LA SOCIÉTÉ NATIONALE D'ACCLIMATATION 

H. — Plantes oléifères. Ce deuxième chapitre comprend : 
l'Olivier, Cocotier, Arachide, Palmier à huile, Sésame, Ricin, 
Karité, Arganier et plantes oléifères diverses. 

III. — Plantes saccharifères. Ce troisième chapitre traite 
de la Canne à sucre et des plantes sacchanfères diverses, et Vin 
de Palme. 

IV. — Plantes fourragères. Arachide, Bananier, Dolic bul- 
beux, Haricot, Herbe de Para, Herbe de Guinée, Maïs, Manioc, 
Mil et Sorgho, Patate, Soya, Téosinte. 

V. — Les Bois. Bois <• des îles », Acajous, Ébène, Palissandre, 
Gayac, Thuya, Bois d'Amboine, Bois de rose, Bois de santal^ te. 

VI. — Plantes textiles. Cotonnier, Kapok, Jute, Ramie, 
Abaca, Agaves, Textiles divers; Sparterieet vannerie, Plantes 
à papier. 

VU. — Plantes tinctoriales et substances tannantes. Indi- 
gotier, Bois de Campêche, Rocou, Cunao, Cachou, Gambir, 
Henné, Savonniers, Matières tannantes. 

VIII. — Plantes a caoutchouc et a gutta. Hevea,Ceara,Cas- 
tilloa, Mangabeira, Ficus, Lianes à caoutchouc; Gutta-percha; 
Balata. 

IX. — Gommes, Résines, Oléo-résines. Gommes-résines. 
Gomme arabique, Résines (Sandaraque, Copals, Damars), Dipté- 
rocarpées; Oléo-résines fluides; Gomme gutle; Plantes à laque. 

X. — Essknceset parfums, a) Fruits et graines (Vanille, Fève 
tonka, Badiane, Muscadier, Ambrelte); b) Fleurs (Cassie, Giro- 
flier, Ylang-Ylang); c) Feuilles (Géranium rosat, Patchouly, Ci- 
tronnelle, Eucalyptus, Niaouli) ; d) Bois (Bois de rose femelle, 
Santal, Boit> d'Aigle, Bois d'Aloès); e) Ecorces (Cannellier); 
f) Racines (Vétiver); g) Résines (Encens, Myrrhe, Benjoin). 

XI. — Plantes et produits stupéfiants. Tabac, Opium, Has- 
chich, Arec et Bétel. 

XII. — Plantes médicinales. Quinquina. Kolatier, Coca, Maté, 
Camphrier, Casse, Tamarinier, Quassia amara. 

Chacun connaît, au moins de nom, une quantité plus ou 
moins grande de ces divers produits végétaux, mais beaucoup 
ignorent la nature exacte de beaucoup d'entre eux, leur identi- 
lication scientifique, leur lieu de provenance, l'importance de 
leur production et de leur commerce. 

Ce sont tous ces renseignements, qu'on ne trouvait qu'épars 
dans des ouvrages spéciaux, qui sont condensés dans l'ouvrage 



BIBLIOGRAPHIE 253 

de MM. Capus et Bois, sans que la lecture en devienne aride. 

Le sommaire ci-dessous des paragraphes consacrés à deux 
plantes bien connues : lliz, Caféier, donnera une idée de la 
façon dont les questions sont envisagées : 

Riz. --Origine et historique; Botanique, espèces et variétés: 
culture du Riz en Indo-Chine; opérations culturales; succes- 
sion des récoltes ; importance de l'irrigation; rizières hautes; 
Riz de montagne; Riz gluant; Riz flottant; rendement des 
rizières; engrais; ennemis des rizières; industrie du Riz; 
usages du Riz ; production et commerce. 

Caféier. —Historique, botanique; Café d'Arabie; variétés: 
climat et sol; conduite des cultures; semis; récolte et rende- 
ment; préparation du Café; maladie du Caféier; Café de 
Libéria) espèces diverses; production et commerce du Café; 
sortes commerciales ; propriétés. 

Il est tout naturel que toutes les plantes citées plus haut, ne 
soient pas traitées avec autant de détails ; ceux-ci sont propor- 
tionnés à l'importance du sujet. 

La deuxième partie de l'ouvrage (produits du règne animal 
est divisée en sept chapitres qui sont : 

I. La Soie; II. Les Plumes; III. L'Ivoire; IV. Produits des 
pêcheries; V. Produits divers d'origine animale (Gomme laque. 
Cochenille, Nids d'Hirondelle, Musc, Civette, etc.); VI. Pro- 
duits de l'élevage; VII. Apiculture. 

La troisième partie s'occupe des Minerais, des Phosphates 
de chaux et des combustibles. 

C'est, comme on le voit, un inventaire méthodique des pro- 
ductions coloniales, mais un inventaire scientifiquement fait, 
dans lequel ces productions se trouvent à la fois sous leurs 
noms vulgaires et sous leur nom scientifique, le seul qui per- 
mette d'en parler avec précision. 

L'ouvrage est illustré avec le plus grand soin (263 figures 
dans le texte). On ne peut que féliciter et remercier les auteurs 
de cet excellent livre; il sera utile à tout le monde, mais l'hor- 
ticulteur, l'amateur et l'acclimateur pourront lui faire une 
place à part dans leur bibliothèque. 

,1. Gérôme. 



CHRONIQUE GÉNÉRALE ET FAITS DIVERS 



Les ventes publiques d œufs du Grand Pingouin. 
Une nouvelle nourriture pour les Salmouidés. 

Aux consommateurs qui se plaignent dans ce moment de 
payer les œufs un peu cher, nous recommandons, en guise de 
consnlaiion, la ^lecture d'une curieuse brochure de M. Thomas 
Parkin, dans laquelle ce membre de l'Union des ornitholo- 
gistes de la Grande-Bretagne a relevé les prix auxquels ont été 
adjugés certains œufs à la salle de vente aux enchères de Ste 
vens, l'Hôtel Drouot de la ville de Londres*. On verra qu'un 
œuf peut trouver acquéreur à 8.267 francs, et que d'autres ont 
fait individuellement 7.875, 7.350, 7.600; ne parlons pas de 
ceux qui n'ont atteint que les prix de 4, 5 et 6.000 francs en 
bonnes espèces sonnantes. 11 faut dire que ces œufs ont été les 
derniers pondus par le Grand Pingouin avant de disparaître 
de la surface du Globe, ce qu'il fit aux environs de l'année 
1844. C'est vers cette époque qu^ le dernier, dont on ait eu 
connaissance, a été tué sur un des îlots qui se trouvent sur les 
côtes de l'Islande. Autrefois, le Grand Pingouin, dont la taille 
approchait de celle de l'Oie, vivait en troupes nombreuses 
dans les mers du Nord et venait même nicher dans les îles 
Feroë et Hébrides; il y arrivait par eau, ayant des ailes trop 
courtes pour voler, mais, quoiqu'il n'y eût pas alors de tor- 
pilleurs italiens pour entraver la navigation, le Grand Pingouin 
avait le malheur d'êire excessivement gras et de fournir une 
huile abondante. Pourchassé sans trêve ni merci dans son 
habitat par les baleiniers qui fréquentaient ces parages, il avait 
tini'par devenir un oiseau rare dont les collectionneurs d'objets 
d'histoire naturelle se sont évertués à capturer les derniers 
survivants. Aujourd'hui, c'est fini et nous ne connaîtrons le 
lirand Pingouin que par les spécimens conservés dans les 
musées. Hélas! le compte en est bien facile. On ne connaît que 
quatre-vingts Grands Pingouins empaillés et il n'existe que 
soixante et onze de ses œufs dans les collections publiques ou 
particulières. On conçoit donc que lorsque quelques-uns de 
ces spécimens se présentent dans les ventes, les amateurs se 
les disputent et les paient au poids de l'or. Chacun de ces œufs 



CHRONIQUE GENERALE ET FAITS DIVERS J.'\'> 

porte un numéro d'ordre et il s'en faut de peu qu'on ne leur 
donne un nom dn baptême. Le numéro IX fut payé 2.500 francs 
en juillet 18<S() par Lord Lilford et le numéro X, 2.625 francs par- 
le même grand seigneur ornithologue qui en fit cadeau au musée 
de lUniversité de Cambridge. En recherchant par quelles mains 
ces œufs avaient passé, on est amené à croire Dufresne, qui fut 
conservateur du cabinet d'Histoire naturelle de l'impératrice 
Joséphine, puis, en 1815, attaché au Jardin des Plantes de 
Paris, comme aide-naturalis'e. Dufresne vendit sa collection 
d'oeufs à l'Université d'Edimbourg, en 1818. M. Parkin a soi- 
gneusement établi l'état civil des différents œufs de Pingouins 
sur lesquels s'est porté son attention et aussi des sujets montés 
qui sont passés en vente; le prix le plus élevé payé pour un de 
ceux-ci fut de 8.750 francs à une vente du 17 avril 1902. 

Nous avons raconté, dans la Chronique de mai 1911, com- 
ment les conservateurs du Musée municipal de Dinan ont 
naguère laissé perdre un de ces précieux œufs qui n'était pas 
mieux surveillé que la Joconde du Louvre. 



Depuis quelques années, M. Blanche! s'est attaché à la 
recherche des différentes nourritures pratiques et économiques 
à l'usage des Salmonidés. C'est ce qui le conduit, en 1909, à 
tenter des expériences sur la Salicoqueet la Chevrette. 

Vers le début de mai 1909, M. Blanchel fil récolter des Cre- 
vettes dans la baie de la Somme, et les mit dans un bassin de 
1.200 mètres carrés ayant deux mètres de profondeur, alimenté 
en amont par de l'eau douce bien aérée, mais pouvant rece- 
voir en aval, de l'eau de mer au moment des marées. 

L'essai eut lieu un jour de grande marée afin de faire entrer 
dans le bassin la plus grande quantité d'eau de mer possible, 
puis petit à petit on empêcha l'eau de mer de pénétrer et l'eau 
saumàtre reçut de plus en plus un contingent d'eau douce. 

La mortalité des Crevettes fut énorme, 90 pour cent, mais 
M. Blanchet remarqua près de l'entrée de l'eau douce où se 
trouvait un banc de sable bien exposé aux rayons du soleil, 
une certaine quantité de survivantes. Il les captura et les mil 
dans un aquarium, uniquement alimenté d'eau douce. La mor- 
talité sévit encore sur quelques animaux, mais la plupart résis- 
tèrent. 



2o6 BULLETIN DE LA SOCIÉTÉ NATIONALE D 'ACCLIMATATION 

Jugeant la sélection suffisante, M. B'anchet, pensant qu'un 
milieu aussi réduit qu'un aquarium ne convenait pas et que 
les apparences de la liberté étaient indispensables à la réussite, 
transporta ses élèves dans un marais, alimenté par des sources 
à faible débit, dont le fond peu profond était garni de limon et 
d'herbes, mais qui présentait dans certains endroits des trous 
assez profonds. 

Avant de déposer ses élèves, M. Blanchet fit détruire tous les 
Poissons que contenait ce marais, car rien ne devait contrarier 
cette secondeexpérience et la plus intéressante. Ces animaux se 
reproduisaient-ils ? 

Depuis iylO, elles se reproduisirent et actuellement elles 
foisonnent dans ce marais, uniquement alimenté d'eau de 
source. 

Les Crevettes actuellement présentent le type réduit à 
m U3 centimètres de la Salicoque ; la coloration n'est ni rose 
ni grise, mais d'un blanc verdàtre dont la tonalité s'accentue 
parfois jusqu'au noir. 

Celte expérience, si les résultats heureux veulent bien se 
continuer, peut être d'un intérêt énorme pour la pi-ciculture. 
Nul n'ignore que la couleur saumonée de la Truile et du Sau- 
mon est due aux petits Crustacés et principalement aux Cre- 
vettes qu'ils mangent. 

Les pisciculteurs de Truites pourront donc avoir sous la 
main une nourriture de choix et abondante, et ceux qui élèv< nt 
ou veulent conserver en aquarium des poissons de petite taille 
ou des poissons de mer, trouveront dans cette découverte une 
aide qui faisait défaut jusqu'ici. 



Le Gérant : A. Maiskthei'x. 



Pans. — L. Marrthëux, imprimeur, I, rue Cassette. 



SEANCE PUBLIQUE ANNUELLE 

DE DISTRIBUTION DES RÉCOMPENSES 



La distribution solennelle des récompenses de notre Société 
eut lieu le 11 février 1912 dans le grand amphithéâtre du 
Muséum national d'Histoire naturelle. 

Aux côtés de M. Pams, ministre de l'Agriculture, qui prési- 
dait cette cérémonie, avaient pris place MM. Ed. Perrier, direc- 
teur du Muséum, président de la Société, représenlant le 
ministre de l'Instruction publique, S. E. Robert Bacon, am- 
bassadeur des Etats-Unis, S. E. le consul général de Russie, 
William Ponty," gouverneur général de l'Afrique occidentale 
française, représentant le ministre des Colonies, et Maurice 
Loyer, secrétaire général de la Société. 

Dans l'assistance, on remarquait la présence de nombreux 
membres du corps diplomatique et du parlement; des notabi- 
lités scientifiques, coloniales et mondaines ; parmi ces dernières T 
beaucoup de dames; le directeur de l'Enseignement primaire 
de la Seine ; le bureau, le conseil d'administration, les membres 
de la Société et leurs familles. 

Après un discours de M. le ministre de l'Agriculture et de 
M. Ed. Perrier, M. Loyer, secrétaire général, a donné lecture 
du rapport sur les récompenses. 

M. le minière de l'Agriculture a remis ensuite à M uie Ponty 
la croix de chevalier du Mérite agricole et la médaille de cor- 
respondant du Muséum; à M. Mailles, la croix d'officier du 
Mérite agricole; à MM. Courtet et Girard, la croix de chevalier 
du même ordre; à MM. l'abbé Foucher et Maurice Loyer, les 
palmes académiques. 

Une conférence fort documentée et pleine d'intérêt, sur 
« l'Exploitation de la chasse et les réserves à gibier », faite par 
M. le comte Justinien Clary, président du Saint-Hubert Club de 
France, a terminé la cérémonie (1). 

(lj Cette conférence sera publiée prochainement. 

BULL. SOC. NAT. ACCL. FR. 1912. — 17 



DISCOURS 



PRONOXCK PAK 



Par M. PAMS, ministre de r Agriculture. 



Monsieur le Président, 
Messieurs, 

Le philosophe Condorcel, faisant l'éloge de M. de Buffon,. 
disait : « On admirera toujours dans Aristote le génie de la 
philosophie; on étudiera dans Pline les arts et l'esprit des 
Anciens, on y cherchera ces traits qui frappent l'àme d'un 
sentiment triste et profond, mais on lira M. de Buffon pour 
s'intéresser comme pour s'instruire. 11 continuera d'exciter 
pour les sciences naturelles un enthousiasme utile et les 
hommes lui devront longtemps, et les doux plaisirs que pro- 
curent à une âme jeune encore les premiers regards jetés sur 
ja nature et les consolations qu'éprouvent une àme fatiguée 
des orages de la vie en reposant sa vue sur l'immensité des 
êtres paisiblement soumis à des lois éternelles et néces- 
saires. » 

Messieurs, nous devrons plus à M. de Buffon. Nous lui gar- 
derons une reconnaissance fidèle pour l'oeuvre courageuse 
qu'il a entreprise en faveur de la vulgarisation dans le monde 
de l'histoire naturelle. En un langage d'une pureté et d'une 
forme que nous ne saurions trop admirer, il nous a fait con- 
naître les secrets de la vie animale et les moyens d'adapter à 
l'usage et aux besoins de l'homme les produits que la Nature 
débordante de richesses lui offre. 

[.'histoire de l'acclimatation en France, depuis le dix- 
huitième siècle, consacre la clairvoyance scientifique de 
M. de Buffon et de son éminent disciple Daubenton. En 1798, 
l'ancienne ménagerie du roi à Versailles était transformée en 
école d'économie rurale où des essais d'acclimatation de buffles 
italiens étaient heureusement tentés. 

Quelques années plus tard, la ménagerie du Muséum était 
créée et organisée. Malgré des temps d'arrêt qui résultèrent 
des bouleversements sociaux et politiques, l'œuvre se dévelop- 



DISCOURS PRONONCÉ PAR M. PAMS 2 "'' 

paiL : un véritable jardin d'acclimatation (Hait établi à l'époque 
du Directoire dans le parc de la Malmaison. En 1839, les parc*; 
de Meudon et du Raincy étaient ouverts à ces essais scienti- 
fiques qui donnèrent d'assez bons résultats. 

Mais le programme qu'avait tracé M. de Bulfon ne fut ration- 
nellement poursuivi qu'en 1854, par la Société nationale 
d'Acclimatation qui venait de se fonder sous l'impulsion 
d'Isidore Geoffroy Saint-Hilaire. 

Le but de la Société était simple : elle cherchait à introduire 
« à acclimater et à domestiquer des espèces d'animaux et de 
plantes utiles ou d'ornement. Elle concourait encore au péri* 
tionnement et à la multiplication des races nouvellement intro- 
duites ou domestiquées ». 

Messieurs, les intéressantes collections de votre Bulletin, où 
se trouvent relatées les études de vos Sections, sont un monu- 
ment d'une valeur scientifique incontestable. Nous y relevons 
un ensemble de travaux dont chacun marque un nouveau pro- 
grès de l'agronomie et de la zootechnie. 

Vous avez eu l'heureuse fortune de posséder toujours à votre 
tête de grands et nobles esprits qui, en s'inspirant des néces- 
sités du temps, ont étendu l'objet de votre Compagnie psm 
mieux suivre l'évolution économique et servir l'intérêt 
général. 

On comprend le rôle actif et bienfaisant que vous* avez joué 
dans le développement de l'agriculture nationale, en parcou- 
rant la liste cle vos membres depuis la date déjà lointaine où 
votre Société établissait sa renommée : Isidore Geoffroy Saint- 
Hilaire, Guérin-Méneville, de Quatrefages, Richard du Cantal, 
Drouin de Lhuys, Boulay, Albert Geoffroy Saint-Hilaire, et 
votre éminent Président ne m'en voudra pas si j'ajoute sa per- 
sonnalité aux grands noms que je viens de rappeler. 

Et c'est la chaîne ininterrompue d'expériences pratique* 
pour introduire en France et vulgariser les espèces de la rai < 
animale encore inconnues chez nous. 

L'acclimatation ainsi comprise est plus qu'une science : elle 
devient un art. « Acclimater, — disait un de vos distingua s 
collaborateur, M. Loisel, dans une conférence faite l'an dern- 
ici-même, — n'est pas un but, mais un moyen. » 

Arriver à faire vivre un animal exotique dans notre pays ne 
suffit pas; il faut étudier aussi tout le parti que l'agriculture, 
le commerce et l'industrie peuvent en tirer. Pans ce bu:. I 



260 BULLETIN DE LA SOCIÉTÉ NATIONALE D'ACCLIMATATION 

faut arriver à la naturalisation de l'animal acclimaté, comme 
•vous êtes parvenus à le faire pour la Pintade, le Cygne, le 
Faisan et les nombreuses variétés nouvelles dont la dernière 
Exposition d'Aviculture nous donnait des exemples bril- 
lants. 

C'est dans cette oeuvre d'ordre pratique, Messieurs, dont 
l'utilité n'échappe à aucun de nous, que votre action, guidée 
par votrp volonté et éclairée par votre science, a obtenu les 
succès ies plus probants. 

En un mot, vous cherchez à améliorer les relations qui 
existent entre les hommes, en leur ouvrant par vos connais- 
sances des voies nouvelles qui les conduiront à un bien-être 
progressif. 

Le ministre de l'Agriculture vous remercie profondément 
de votre dévouement, de ce désintéressement qui n'est point 
fait pour l'étonner, mais qu'il ne peut s'empêcher d'admirer. Il 
vous demande de poursuivre vos efforts, et puisque vous avez 
pour mobile généreux l'accroissement continu de la richesse 
nationale, puisque votre volonté est de propager le bien, l'utile 
et le beau, vous me laisserez parler d'une question qui me 
préoccupe et qui, je le sais, retient votre attention : 

Je veux dire, Messieurs, la création des parcs nationaux et 
des réserves à gibiers, que nous exposera, avec l'éloquence 
persuasive que nous lui connaissons, M. le comte Justinien 
Gary, président du Saint-Hubert Club de France. 

C'eslun problème dont l'intérètdépasse de beaucoup son litre 
modeste que celui des parcs nationaux et des réserves à gibiers, 
et d'une portée sociale très haute. 

En cherchant à protéger la vie animale et végétale dans ses 
manifestations naturelles, la création des parcs nationaux 
répond à un but scientifique : blocs erratiques, menhirs, dol- 
mens, vieux arbres, plantes et animaux rares relient le passé 
au présent et retracent notre histoire. 

En développant l'amour de la nature, de sa beauté et de sa 
grandeur, les parcs nationaux répondent aussi à un but esthé- 
tique et d'éducation morale. Us seront une leçon de choses, 
leçon de science et leçon d'art, qui élèvera encore notre dignité 
et exaltera notre admiration pour la Patrie. 

En suivant l'exemple des Etats-Unis, de l'Allemagne, delà 
Norvège, de l'Autriche, de la Suisse, qui ont compris tout 
l'intérêt des parcs nationaux, nous marquerons une étape 



MSCOURS PRONONCÉ PAR M. PAMS 261 

nouvelle vers le progrès social, nous enrichirons les régions 
les plus pauvres de notre pays, nous lutterons contre la bruta- 
lité aveugle des éléments et nous contribuerons ainsi à com- 
battre ce fléau de l'agriculture : la désertion des campagnes. 

C'est à cette noble mission, Messieurs, que je vous convie. 
Et dans cette maison de la science et du travail qu'est le 
Muséum d'Histoire naturelle, je veux terminer par les belles 
paroles de Lavoisier que rappelait un jour le grand Berlhelo! : 

« Il n'est pas indispensable, pour bien mériter de l'Humanité 
et payer son tribut à la Patrie, d'être appelé aux fonctions 
publiques qui concourent à l'organisation et à la régénération 
des empires. Le physicien, le physiologiste peuvent aussi 
dans le silence de leurs laboratoires exercer des fonctions 
patriotiques; ils peuvent espérer dans leurs travaux diminuer 
la masse des maux qui affligent l'espèce humaine, augmenter 
ses jouissances et son bonheur et aspirer ainsi au titre glo- 
rieux de bienfaiteurs de l'Humanité. » 

Je ne puis terminer, Messieurs, sans prier M. l'ambassadeur 
des Ètals-Unis qui va bientôt quitter notre pays, d'accepter 
l'expression de tous nos regrets et celle de toutes les sympathn s 
qu'il laisse derrière lui ; son trop court séjour parmi nous aura 
resserré les liens des deux pays. En France, Monsieur l'ambas- 
sadeur, nous aimons qui nous aime, et nous vous aimons plei- 
nement. 



DISCOURS 

prononcé par M. EDMOND PERRIER 

I'uksidem m i \ Société. 



Monsieur le ministre. 
Monsieur l'ambassadeur, 

Permettez-moi tout d'abord de vous remercier. 

Votre présence à cette cérémonie ne rehausse pas seulement 
ki valeur des distinctions par lesquelles nous cherchons à 
mettre en lumière les travaux accomplis pour faire de notre 
pays le rendez- vous des plus belles ou des plus utiles créatures, 
et pour conserver celles qui sont dispersées un peu partout; 
elle est pour notre Société — déjà plus qu'à moitié cente- 
naire — le plus précieux des encouragements, l'affirmation 
(jue son œuvre est considérée comme utile et féconde par les 
gouvernements des deux Républiques amies, entre lesquelles 
les flots de l'Atlantique, loin d'être une séparation, établissent 
comme un vaste trait d'union. 

Je remercie également MM. les Ministres de la Guerre, des 
Colonies et de l'Instruction publique, qui ont bien voulu se 
faire représenter à vos côtés d'une façon que je ne puis quali- 
fier d'une épithète flatteuse, M. le ministre de l'Instruction 
publique m'avant fait l'honneur de me désigner comme son 
délégué. 

Mesdames, Messieurs, 

Jamais une tâche plus élevée, en même temps plus pres- 
sante, ne s'est imposée à cette Société à qui vous témoi- 
gnez votre sympathie, en venant si nombreux dans cet amphi- 
théâtre que les drapeaux tricolores et les plantes vertes ont 
bien de la peine à égayer, mais où des princes de la Science 
ont parlé, où des rois sont venus les écouter, où de splen- 
dides découvertes ont été exposées devant un public ému. 

Si bien qu'en présence de tant de souvenirs, nous avons 
éprouvé la même hésitation à l'embellir que l'on éprouvait 
jadis à toucher aux reliquaires. Nous nous sommes cependant 



DISCOUBS PRONONCÉ PAR M. EDMOND PERRIBR 263 

décidés à demander sa restauration, et Bu Hun qui le tit cons- 
truire, nous pardonnera d'avoir voulu que vous puissiiv. 
entendre plus commodément parler des animaux qu'il a si 
éloquemment décrits et dont nous sommes obligés aujourd'hui 
de prendre en main la protection. 

Au temps de Bufî'on, on considérait la Terre comme une 
mère féconde, au sein inépuisable. On la croyait capable de 
pourvoir indéfiniment aux besoins et à la sécurité de toutes 
les créatures qu'elle portait. Si elle laissait périr les individus, 
elle assurait jalousement, pensait-on, la perpétuité de leur 
espèce. 11 n'en est rien. 

Naguère, des troupeaux d'Elans parcouraient les forêts des 
régions arctiques, ou paissaient tranquillement dans les steppes 
de la Russie; nous avons encore présents à l'esprit les récits 
par lesquels Fenimore Cooper et Mayne Reid enflammaient 
notre adolescence d'admiration pour le courage avec lequel 
les chasseurs indiens s'attaquaient aux bandes de Bisons ou se 
défendaient contre l'enveloppement de quelque troupe innom- 
brable de Pécaris ; celte vaste « Terre inconnue » qui apparais- 
sait en blanc, il y a cinquante ans seulement sur les caries 
d'Afrique, semblait une réserve insondable d'où s'échappaient, 
comme d'une arche de Noë gigantesque, des Éléphants, des 
Rhinocéros, de grands Singes, des Léopards rivalisant avec 
ceux des jungles de l'Inde, des Hippopotames, des Girafes, des 
Antilopes de toutes les formes et de toutes les tailles, poursui- 
vis par des Lions, comme le sont, dans l'Inde, les Cerfs par 
les Tigres. Dans nos Alpes et nos Pyrénées, les Chamois et les 
Bouquetins étaient le gibier ordinaire de hardis montagnards, 
à la fois braconniers, contrebandiers et galants, dont les 
prouesses tournaient la tête des jeunes filles et enlevaient 
leur'cœur à l'Opéra-Comique; les Castors, habiles ingénieurs, 
coupaient de leurs digues les rivières de l'Europe et de l'Amé- 
rique septentrionales; les trappeurs de l'Arkansas et d'ailleurs 
n'avaient nulle peine à capturer les Renards bleus ou argentés, 
les Zibelines, les Hermines, les Visons, les Petits-gris, la 
superbe Loutre de mer; toutes ces bêtes au peil loDg, serré et 
soyeux foisonnaient dans les régions glacées du pôle ; on don- 
nait jusque dans le golfe de Gascogne la chasse à la Baleine, 
la vraie, celle dont les fanons donnent à la plus discrète des cui- 
rasses une élastique solidité. Parmi les Oiseaux, les gentilles 
Aigrettes au blanc plumage avaient peuplé le monde entier 



264 BULLETIN DE LA SOCIÉTÉ NATIONALE D'ACCLIMATATION 

de leurs espèces grandes ou petites, plus ou moins richement 
emplumées, mais toujours charmantes; les Oiseaux de Paradis 
étincelaient partout en Nouvelle-Guinée, semblables à des 
êtres de flamme, surnaturels et aériens ; le Brésil, à toutes ses 
richesses, en ajoutait une autre merveilleuse entre toutes : la 
radieuse tribu des Oiseaux-Mouches, images resplendissantes et 
fugitives de tous les trésors de métaux précieux, de rubis, d'éme- 
raudes, de diamants dont la garde semble avoir été confiée 
par quelque avare divinité au sol enchanté de ce bienheureux 
pays. 

Tout cela est aujourd'hui menacé, menacé par notre enva- 
hissante civilisation, menacé par notre amour du lucre et du 
luxe, menacé par cette sorte de sauvagerie qui sommeille 
sournoisement en nous et qui, lorsqu'elle s'éveille, sait se 
faire excuser en invoquant les nécessités de l'art, de l'esthétique, 
de l'hygiène et se couvre même du manteau de la charité. Le 
luxe ne fait-il pas vivre tout un monde d'ouvriers et d'ou- 
vrières? 

Eh bien! ces êtres actuellement désignés pour la mort, notre 
Société les prend sous sa protection. Loin d'elle la pensée de 
ruiner, de combattre ou même de gêner le développement des 
industries qui vivent de nos péchés capitaux, mais mignons. La 
gourmandise, l'orgueil, l'envie et quelques autres ont des côlés 
aimables et nous ne mènerions qu'une monotone existence de 
larves, si nous ne les commettions pas un peu tous les jours. 
Or, nous ne pouvons guère nous y abandonner sans sacrifier 
des existences, et nous ne savons même témoigner nos meil- 
leurs sentiments que par l'accomplissement de quelques meur- 
tres. Quand nous voulons jouir de l'affection de nos amis, nous 
les réunissons autour d'une table chargée de succulentes vic- 
times, et quand nous offrons un bouquet à l'élue de notre 
cœur, il est fait de fleurs coupées qui le lendemain seront fanées 
sans retour, alors qu'elles étaient écloses pour perpétuer la 
beauté. Tant qu'un chimiste Spartiate n'aura pas réussi à fabri- 
quer de toutes pièces de magiques pastilles suffisant à notre 
alimentation, il faudra nous résigner à construire notre corps 
en détruisant celui des animaux et des plantes qui vivent 
autour de nous. Peu importe où nous les prenons et dès lors 
il est loisible d'ennoblir la chasse et la pèche, en ne voyant en 
elles que les moyens d'entretenir notre vigueur, d'affiner nos 
sens, de calmer nos nerfs et de détourner de nos semblables 



DISCOURS PRONONCÉ PAR M. EDMOND PERRIER 265 

les violences de notre caractère. Elles deviennent à tous ces 
titres hygiéniques et moralisatrices; personne ne pourrait 
songera les proscrire, pas plus qu'on ne saurait interdire aux 
jolies femmes, si elles se croient plus belles ainsi, d'imiter les 
Valkyries en plantant sur leurs chapeaux des ailes orgueilleu- 
sement étendues, et de dilater ces chapeaux en plateaux d'ex- 
position où de majestueuses accumulations d'ornements cla- 
ment tout à la fois le génie inventif des modistes qui les 
confectionnent et la fortune de ceux qui les payent. Mais la 
plus élémentaire sagesse nous enseigne que nous devons 
laisser vivre la poule aux œufs d'or, et puisqu'on parle aujour- 
d'hui de morale scientifique, la première de ces prescriptions 
peut se formuler ainsi : « L'homme n'ayant pas fait le monde, 
n'ayant créé ni la terre, ni les animaux, ni les plantes, n'est que 
l'aftectataire momentané d'une demeure dont il n'a pas le droit 
de modifier l'aménagement au détriment des générations qui 
l'occuperont après la sienne ; il n'a pas le droit d'altérer, par des 
destructions inconsidérées, l'harmonie qui s'est établie, en 
dehors de lui, parmi tous les êtres. » C'est ce principe de 
morale universelle que nous cherchons à généraliser et à appli- 
quer dans la plus large mesure. 

Quelques faits et quelques chiffres vous convaincront de la 
nécessité d'une intervention immédiate. En moins de soixante 
ans, l'Eléphant d'Afrique, dont on voyait d'innombrables 
troupeaux dans la région du Cap, a été détruit jusqu'aux rives 
du Zambèze; certains chasseurs se sont vantés d'en avoir tué 
113 en un an. 800.000 kilos d'ivoire arrivent chaque année s,ur 
le marché, cela représente le massacre annuel de 50.000 Elé- 
phants et leurnombre total en Afrique ne dépasse pas actuel- 
lement 400.000. La disparition de ces puissants animaux, dont 
il serait facile de faire d'excellents auxiliaires ne laissera pour 
tout bénéfice, remarquait déjà Schweinfurt, que quelques billes 
de billard, quelques pommes de canne ou de parapluie, quel- 
ques lames d'éventail, quelques boîtes à poudre de riz, quel- 
ques statuettes et autres objets de même importance. Le même 
chasseur qui tuait, de 1895 à 1896, cent treize Éléphants (dont 
la moitié ne lui fournirent même pas une pointe d'ivoire el 
furent massacrés en pure perte) tuait l'année suivante, sim- 
plement pour s'amuser, 152 Hippopotames. Quant aux Rhino- 
céros, ils sont devenus tellement rares qu'un de ces animaux 



266 BULLETIN DE LA SOCIÉTÉ NATIONALE D'ACCLIMATATION 

a été vendu naguère trente mille francs; c'est tout à fait hors 
de prix pour le Jardin des Plantes de Paris. 

Plus lamentable encore est l'histoire de ce jolie Héron 
blanc, l'Aigrette, dont les plumes du dos, parure nuptiale des 
mâles, se dressent aujourd'hui sur tant de chapeaux féminins. 
Un bien petit incident fut l'origine de cette mode. Un jour, une 
jeune femme se trouvant dans Je magasin d'un riche commer- 
çant eut la fantaisie d'ajouter à son chapeau un plumet de 
colonel qui traînait par hasard sur un meuble. Cet ornement 
militaire allait à merveille à sa jolie figure. Le commerçant eut 
la galante idée de faire monter quelques plumes d'Aigrette sur 
une coque dorée et de commander à une modiste de haut 
parage un chapeau digne du gracieux panache. Le chapeau fut, 
comme il convenait, exposé en vitrine, contemplé, admiré et, 
depuis ce moment, on ne compte plus les charmantes colo- 
nelles qui, grâce à cet insigne, peuvent se croire à la tête d'un 
régiment. La galanterie du commerçant a été lucrativemenl 
récompensée ; mais les Aigrettes ne se doutaient guère de quel 
poids elle devait retomber sur elles. L'Amérique, l'Afrique, 
l'Australie ont été rapidement dépeuplées. Les fournisseurs de 
ces plumes semblent s'être émus de ce carnage. Les Aigrettes 
vivent, d'après eux, en commun; elles se rassemblent soit sim- 
plement pour dormir, si elles sont célibataires, soit pour 
nicher, si elles sont en ménage, formant ainsi des sortes de 
communautés, les héronnières ou les célibataires font chambre 
à part. Les mâles s'y dépouillent de leur robe de noce dont les 
chasseurs iraient, prétend-on, paisiblement ramasser les brins. 
Malheureusement les choses ne se sont pas toujours passées et 
ne se passent même pas toujours ainsi, puisque divers pays 
ont dû prendre les plus rigoureuses mesures. Dans l'État de 
New-York, la vente et le port des plumes d'Aigrettes sont inter- 
dits depuis le 1 er novembre dernier. Toute personne ayant tente 
d'en vendre est punie d'une amende de 300 francs et d'une 
autre amende de l±'i francs par plume vendue. Les coupables, 
pris en flagrant délit, sont arrêtés et ne sont remis en liberté 
qu'après avoir versé un cautionnement de 2.500 francs. Au 
Venezuela, la chasse des Aigrettes esl absolument interdite. 

Sous ce titre émouvant : « la Tragédie de l'Aigrette ». le der- 
nier numéro du journal La Suture publiait un article de 
M. Korbin, illustré de superbes reproductions de clichés pho- 



DISC0U15S PRONONCÉ PAR M. EDMOND PERIME» -•'>< 

bographiques représentant la lamentable dévastation d'une 
héronnière australienne où les chasseurs étaient venus « ra^ 
masser » des plumes, et la misérable agonie d'innombrables 
jeunes Oiseaux à côté des cadavres de leurs parents. Ces cli- 
chés, naguère exposés à Melbourne, y soulevèrent une telle 
indignation que la législation fédérale vient d'interdire 
l'exportation des plumes d'Aigrette et l'importation des plume-, 
venant de la Nouvelle-Guinée où le massacre continue. Et, 
savez- vous quel est le tableau du marché de Londres, pour 
d'aulres Oiseaux, trop beaux pour vivre : 28.281 Oiseaux de 
Paradis — 20.820 Oiseaux-Mouches— 27. 733 Gouras — 28.615 
Martins-pêcheurs — 69. HO Hirondelles de mer, en un an. 

Voilà, Mesdames, à quelles cruautés peuvent conduire les 
entraînements de la mode. Vous vous pardonnerez à demi 
d'avoir fait passer un fort mauvais quart d'heure au commerce 
des tissus en rétrécissant vos robes et en simplifiant les vête- 
ments cachés qui vous en séparent, ce qui vous a permis de 
payer plus cher le génie de vos couturiers; mais vous avez 
bon cœur : je suis bien certain que celles d'entre vous qui, 
avant d'entrer ici, avaient envie de porter une Aigrette en diffé- 
reront l'achat; que celles qui en portent déjà jetteront ce soir sur 
elles un regard mélancolique, sauf peut-être à en acheter de 
plus belles demain dans un stock qu'il ne faudrait pas laisser 
perdre ; on ne doit pas trop demander, et comme lorsque vous 
exprimez un désir, on a pour vous toutes les faiblesses, voilà 
qu'on s'occupe de satisfaire votre goût sans qu'il soit néces- 
saire de rien massacrer. On songe à fonder un prix considé- 
rable en faveur de celui qui aura réussi à élever les Aigrettes, 
comme on élève au Cap les neuf cent mille Autruches qui font 
la fortune de ce pays. 

Mais peut être, avant qu'on ait réussi, vos beaux veux se 
seront tournés vers d'autres horizons. On dit que vous revenez 
à la fleur : les Oiseaux ne peuvent que s'en féliciter et aussi ce 
genlil peuple de petites fées qui, sans verser d'autre sang que 
celui qu'une aiguille malencontreuse peut faire couler du boul 
de leurs doigts, savent tout comme le printemps, suivant 
l'expression de Théophile Gautier, repasser pour les marguerites 
de blanches collerettes, ciseler des boutons d'or et lacer les 
roses naissantes dans leur corset de velours vert. 



268 BULLETIN DE LA SOCIÉTÉ NATIONALE D 'ACCLIMATATION 

Quoi qu'il en soit, ce qu'il imporle de retenir c'est que les 
ressources de la Nature ne sont pas inépuisables. Quand les 
hommes étaient encore peu nombreux, quand ils n'avaient que 
des armes grossières et de faible portée, quand leurs outils de 
pierre ou de bronze leur permettaient à peine de se glisser 
tout épeurés, par un chemin entr'ouvert, dans les forêts mysté- 
rieuses et peuplées de puissants rivaux; quand à sa misérable 
marche de piéton les hautes montagnes, les grands fleuves, les 
déserts opposaient des obstacles insurmontables, la Nature 
pouvait se défendre, et il était le plus souvent le vaincu. Avec 
les moyens dont il dispose aujourd'hui, il est presque toujours 
le vainqueur; mais il payerait chèrement sa victoire s'il en 
abusait. L'équilibre qui, par un travail plus de mille fois sécu- 
laire, s'est établi sur la Terre entre les êtres vivants, ne peut 
être impunément rompu : nombre d'animaux, en effet, tra- 
vaillent pour nous à notre insu. On prétend que si le Tigre 
disparaissait, la pullulation des Cerfs et des Antilopes rendrait 
l'Inde inhabitable. La Beauce n'a ni arbres ni clochers où 
puissent s'abriter les Oiseaux de nuit, mangeurs de Rats; elle 
est périodiquement envahie par les Mulots. A une certaine 
époque, on réussit, en Angleterre, à supprimer les Moineaux ; 
il fallut les réintroduire pour mettre un terme aux dégâts des 
Insectes. Que serait-ce si nous laissions détruire non seule- 
ment les Passereaux omnivores comme le Moineau, mais aussi 
ceux qui, comme les Fauvettes, les Rouges-gorges, les Rossignols, 
les Mésanges, les Hirondelles, les Martinets, se nourrissent 
presque exclusivement d'Insectes? Or, il est indéniable que le 
nombre des Oiseaux diminue rapidement chez nous; les 
étrangers sont frappés de leur rareté dans nos bois. 

Pour essayer de parer à ce danger, un de nos collègues, 
M. Chappellier, a proposé la formation d'une ligue française, 
annexe de notre Société, pour la protection des Oiseaux. Nous 
sommes, à ce point de vue, très arriérés; à Vienne, de place 
en place, dans les rues les plus larges et les plus fréquentées, 
sont disposées des mangeoires pour les petits Oiseaux et des 
abris pour leurs nids. La ligue s'efforcera de déterminer 
l'étendue du mal, d'en préciser les causes et de les faire dispa- 
raître; elle favorisera la création de réserves et la domesti- 
cation des espèces recherchées, ainsi que leur amélioration 
partout où cela sera possible. Notre Société ne pouvait qu'ac- 
cueillir ce projet avec empressement. 






DISCOURS PRONONCÉ PAU M. EDMOND PERRIER 269 

C'est d'ailleurs en s'inspirant de cette idée qu'elle a décerné 
cette année une grande médaille à sir William Ingram qui a 
acheté l'île de Tabago, aux Antilles, pour donner aux Oiseaux 
de Paradis une nouvelle patrie, la leur devenant par trop 
inhospitalière. D'autre part, nos espèces domestiques sont 
déjà largement utilisées dans l'industrie de la plume; elles lui 
fournissent 1.800. 000 kilogrammes de matière première, valant 
ensemble neuf millions deux cent soixante-dix mille francs. 
C'est un très bon point pour l'ingéniosité des négociants en 
plumes qui ne sont pas forcés de dire dans quelles basses- 
cours ou dans quels pigeonniers ont pris naissance les mer- 
veilles qu'ils savent produire. D'ailleurs, les plumes d'Oiseaux 
domestiques sont souvent du plus bel effet; tous ceux qui ont 
vu les Coqs-phénix du Japon, dont la queue peut atteindre 
\ mètres, se sont rendu compte du parti qu'un élevage bien 
entendu doit savoir tirer de nos Oiseaux domestiques. Alors les 
Oiseaux sauvages seront sauvés. 

En attendant, nous avons essayé de les mettre sous la pro- 
tection de ceux qui sont encore par curiosité ou désœuvrement 
leurs plus dangereux amis : les enfants. Aujourd'hui, ils vont à 
l'école ou du moins ils devraient y aller; nous voudrions qu'on 
utilisât le temps qu'ils employaient à dénicher les Chardon- 
nerets et les Pinsons à leur apprendre qu'il faut respecter 
les nids, à leur enseigner que tout ce qui est vivant mérite 
trop d'admiration pour qu'il soit loisible de le détruire sans 
nécessité. 

Au lieu d'écraser d'un pied méprisant les Insectes qui vagabon- 
dent autour de nous, il faut, suivant le mot d'un grand écrivain. 
se pencher sur eux, les observer, apprendre à les connaître, et 
l'on se relève émerveillé et respectueux de tant de perfection. 
Une Mouche qui marche aisément sur la vitre polie, s'envole 
en bourdonnant, hume avec sa trompe les sucs dont elle se 
nourrit; un Papillon aux mille couleurs qui voltige mollement 
de fleur en fleur et pompe leur nectar, un Ver installé dans un 
fruit, une Araignée qui tisse sa toile dans quelque coin sombre, 
une Souris qui apparaît, s'efface et s'enfuit, que sais-je encore? 
peuvent être, pour qui regarde, l'occasion de mille remarques 
qui semblent au premier abord sans importance, mais qui habi- 
tuent — ce qui est plus rare qu'on ne croit — à voir les choses 
comme elles sont, ce dont l'esprit tire le plus grand profit. 



271) BULLETIN DE LA SOCIETE NATIONALE D' ACCLIMATATION 

Avec l'autorisation de l'éminent directeur de l'Enseignement 
primaire de la Seine, M. Bédorez, qui a accueilli notre vœu 
avec la plus extrême bienveillance et nous a aidés avec son 
habituelle élévation d'esprit, nous avons demandé à MM. les 
directeurs des principales écoles de Paris d'habituer ainsi leurs 
élèves à bien voir et à rendre compte par écrit de ce qu'ils ont 
vu. Le succès a été complet. Nous allons, pour la première fois, 
récompenser ces jeunes observateurs, et nous avons tout lieu 
d'espérer qu'ils nous seront un jour reconnaissants de les avoir 
poussés à fixer leur attention et à s'exprimer avec une rigou- 
reuse exactitude; sans compter qu'ils trouveront dans l'obser- 
vation de ce qui les entoure, plantes, bêtes et gens. une source 
infinie de jouissances, un infaillible moyen de détente dans les 
mauvais jours. 

On n'observe pas qu'avec ses yeux, on observe aussi avec 
ses oreilles, et ceci n'est pas indifférent. On sait quelles inten- 
sités prennent dans le silence de la nuit les moindres bruits. 
La respiration rythmée d'une personne peut être prise pour les 
coups de hache réguliers d'un bûcheron maraudeur ; les join- 
tures des meubles qui se décollent, les fibres du bois qui se 
rompent, ont plus dune fois jeté l'épouvante chez de bonnes 
gens, mal à l'aise dans les ténèbres, et c'est sans doute une des 
raisons pour lesquelles les esprits frappeurs aiment tant à 
opérer dans la nuit. Un de nos collègues, M. Ternier, a eu 
l'occasion de correspondre avec un de ces esprits. Un soir, il 
entendit dans sa chambre de petits coups secs, frappés avec une 
certaine régularité contre une boiserie ; il y répondit en variant 
le rythme ; l'esprit lui lit savoir qu'il l'entendait en adoptanl 
lui-même un rythme identique. La conversation dura une 
huitaine de jours, bornée d'ailleurs à cette manifestation de 
concorde. Sans doute plus d'une de mes auditrices pense, en 
ce moment: Comme j'aurais eu peur! M. Ternier fut, au 
contraire, fort amusé ; il savait, par la fine observation des 
entomologistes, que ces bruits nocturnes ne sont que des séré- 
nades données à leur fiancée par certaines Araignées ou certains 
Insectes dont le plus commun esl la Vrillette qui troue nos 
vieux meubles aussi correctement qu'une menue vrille et que 
les naturalistes qualifient du prénom d'opiniâtre, en raison de 
la persistance avec laquelle elle simule la mort quand elle se 
croit en danger. . 



DISCOI RS PRONONCÉ l'Ai; M. UDMOJNl) PEBHIEB 271 

Ce sont ces hommes qui ont acquis de bonne heure le goût et 
l'habitude de l'observation qui deviennent plus lard des explo- 
rateurs de premier ordre, comme M. Auguste Chevalier, à qui 
nous devons une connaissance si approfondie, si exacte des 
productions végé taies et, si j'ose m'cxprimer ainsi , de la capac ihé 
de rendement agricole de notre magnifique colonie de l'Afrique 
occidentale. Sous l'administration féconde de M. le gouverneur 
général William Ponty, qui sait choisir ses hommes et prendre 
la responsabilité des résolutions heureuses, les données si 
vaillamment rassemblées seront rapidement mises en œuvre. 
Déjà dans une localité de choix où tout peut être essayé, à 
Dalaba, par une altitude de 1.200 mètres qui, sous les tropiques, 
permet de réunir dans un espace restreint les conditions des 
climats tempérés et celles des climats les plus chauds, d'étudier 
le régime forestier et celui des cultures, s'installe un jardin 
d'essai dont la direction a été confiée à notre collègue Chevalier 
et que des liens étroits rattachent à notre Muséum national 
d'Histoire naturelle. 

Jeudi dernier, Monsieur le Gouverneur général, vos amis, 
au nombre desquels je suis heureux de me compter, et qui 
sont aussi vos admirateurs, fêtaient votre promotion au grade 
de commandeur de la Légion d'honneur ; vous me per- 
mettrez de vous dire publiquement ici combien le Muséum et 
notre Société vous sonl reconnaissants cle les avoir associés à 
votre œuvre et de vous assurer de tout le dévouement de cette 
vieille et grande Maison. Grâce à vous, grâce à des hommes 
formés à votre exemple comme M. le gouverneur Angoulvent, 
qui, à la Côte d'Ivoire, a tant fait pour la pacification et pour 
la mise en exploitation des richesses de ce pays naguère si 
troublé, le Muséum va reprendre en Afrique le rôle séculaire 
qu'il a joué un peu partout et que voulut accroître Isidore 
Geoffroy Saint-Hilaire en fondant la Société d'Acclimatation. Ce 
rôle a été un peu méconnu. Les Bouvard qui, le long des mails 
de province, discutent avec les Pécuchet, de la morale, de la 
religion et du sort des empires, ne se doutent certes pas qu'ils 
nous doivent les Marronniers à l'ombre desquels se déroulent 
leurs profondes dissertations et que nous pourrions leur 
montrer, bien vivant encore, le père de tous les Acacias qui 
répandent dans l'air, aux soirs de printemps, leur parfum dr 
(leur d'Oranger ; mais nous avons eu la joie de voir le directeur 
du célèbre Jardin de Kew s'étonner que malgré ses modiques 



272 BULLETIN DE LA SOCIÉTÉ NATIONALE D'ACCLIMATATION 

ressources, le Jardin des Plantes de Paris ait pu jouer, vis-à-vis 
des Colonies françaises, un rôle comparable à celui de la 
grande institution de botanique coloniale dont les Anglais sont 
si fiers. Puissions-nous vous aider, si peu que ce soit, à mettre 
en valeur celte Afrique occidentale où vous avez fait toute votre 
carrière et dont tout le monde se félicite de voir la destinée 
entre vos mains. 

L'an dernier, à pareille époque, vous la parcouriez en tous 
sens pour vous rendre compte du degré de prospérité auquel 
elle était parvenue et de celui qu'elle pourrait atteindre lors- 
qu'elle serait dotée de routes, de voies ferrées et de canaux 
d'irrigation pour la culture du coton. Ce voyage est de ceux 
qui, en dehors des résultats économiques, seront toujours 
invoqués quand on voudra démontrer qu'au point de vue 
de l'énergie, du courage, de l'endurance, les femmes les plus 
gracieuses peuvent, quand elles en ont la volonté, égaler les 
hommes. M ma William Ponty vous accompagnait. Avec une 
inébranlable bonne humeur, elle traversa près de vous les mon- 
tagnes du Foula Djalon, la grande brousse du Soudan, les 
sables de Tombouctou, les plaines cultivées du Dahomey, l& 
forêt vierge de la Côte d'Ivoire. Durant cette longue randonnée, 
la plus grande qu'ait accomplie une Européenne dans l'Ouest 
africain, M me Ponty se fit naturaliste ; elle sut recueillir sur sa 
route les animaux les plus intéressants, et, à son retour à> 
Paris, c'est toute une précieuse ménagerie qu'elle faisait 
conduire au Jardin des Plantes. Mes collègues, Madame, ont 
tenu à vous en témoigner leur reconnaissance en vous décer- 
nant un titre qui a été porté par des voyageurs illustres, celui 
de correspondante du Muséum ; je suis heureux que les circons- 
tances me permettent de vous remettre aujourd'hui, en leur 
nom, le diplôme et la modeste médaille que ce titre comporte- 
Vous aiderez sans aucun doute, Madame, Monsieur le Gou- 
verneur général à organiser, dans le beau royaume dont il est 
le vice-roi, la défense de celte faune africaine dans laquelle- 
sont conservés les animaux qui peuplaient l'ancien monde, qui 
vivaient en France bien avant que l'homme y soit venu et qui» 
mérite d'être classée comme un véritable monument historique. 
Elle est assez grande, votre belle Afrique, pour qu'on y puisse- 
créer dès maintenant, car le temps presse, des réserves ana- 
logues à celles qu'ont instituées dans les Alpes, S. M. le roî 
d'Italie; en Bulgarie, S. M. le tzar Ferdinand, qui ontbien voulu 



DISCOURS PRONONCE PAR M. EDMOND PERRIER 273 

accepter d'être nos lauréats; en Russie, en Autriche, les sou- 
verains de ces empires, ou de grands seigneurs, comme le 
comte Joseph Potocki, lui aussi notre lauréat et dont nous visi- 
tions l'an dernier les troupeaux de Bisons d'Europe et d'Elans. 

Dans ces réserves, que M. le ministre de l'Agriculture songe 
aussi, je crois, à organiser en France, les forêts primitives et la 
brousse sauvage garderaient indéfiniment leur physionomie, les 
Éléphants, les Rhinocéros, les Hippopotames, les (iirafes, les 
Buffles, les Antilopes, les Autruches et mille autres Oiseaux 
viendraient se réfugier et se reproduire. M. le comte Justinien 
Clary, président du Saint- Hubert Club, qui a bien voulu 
accepter de nous parler aujourd'hui de la chasse, avec son 
incomparable compétence, vous dira sans doute tout à l'heure 
que c'est, au demeurant, la méthode qu'ont adoptée les pro- 
priétaires de grandes chasses qui sont en même temps, 
quelque paradoxal que cela puisse paraître, les protecteurs les 
plus avisés du gibier. 

C'est aussi la méthode qu'a appliquée aux États-Unis M. le 
président Roosevelt. Ses exploits cynégétiques en Afrique l'ont 
classé, pour le public, comme un grand chasseur. Il a, en effet, 
beaucoup chassé en Amérique, a poursuivi le Cariacou des 
montagnes et s'est mesuré avec l'Ours grizzly ; mais ce chasseur 
était, en réalité, un naturaliste avide de connaître et habile à 
pénétrer les mœurs des animaux qu'il approchait, comme le 
Cougouar, le Puma ou Lion d'Amérique. Enfant, il apportait chez 
lui et élevait tous les animaux qu'il pouvait capturer ; il lui 
arrivait même d'oublier des Serpents dans la chambre d'amis. 
Jeune homme il s'établit dans l'ouest, au moment où l'ère des 
grandes chasses allait se clore, faute de gibier ; il put contempler 
le dernier troupeau de Bisons fuyant vers le sud d'où il ne 
revint pas; il assista au massacre révoltant des splendides Cerfs 
Wapiti que l'on en était arrivé à tuer simplement pour se pro- 
curer leurs dents qui servaient d'insignes à une sorte de franc- 
maçonnerie; il vit le terrible Ours grizzly se résigner, à force 
d'être pourchassé, à n'être plus qu'un timide rôdeur nocturne ; 
et les sanglants spectacles auxquels il assista hantèrent depuis 
son esprit. Devenu président de la grande République améri- 
caine, il résolut de sauver ce qui restait de la riche faune de 
son pays. Il fit ériger de vastes réserves dans le fameux parc 
national du Yeliowstone où tant de merveilles sont réunies, où 
notamment dix mille geysers lancent jusqu'à 45 mètres de 

BULL. SOC. NAT. ACCL. FB . 1912. — 18 



274 BULLETIN DE LA SOCIÉTÉ NATIONALE D'ACCLIMATATION 

hauteur leurs trombes d'eau bouillante; il décréta la formation 
de véritables bois sacrés pour les Oiseaux de la Floride et de la 
Louisiane ; au pied des monts Withita. dans l'Oklaoma.il dota 
le Bison et l'Antilope furcifer d'un vaste domaine où ils peuvent 
se reproduire à l'aise ; dans l' Arizona, il transforma en une 
précieuse réserve pour le gibier des montagnes le long défilé 
où coule le Colorado, et dans l'état de ce nom il créa de nom- 
breux parcs où tous les animaux de la région trouvent un abri 
sur. C'est cette œuvre grandiose de protection que la Société 
d'Acclimatation a voulu reconnaître en décernant sa grande 
médaille, hors classe, à M. le président Roosevelt. 

En vous priant, Monsieur l'Ambassadeur, de lui transmettre 
l'expression de notre vive admiration, nous ne pouvons nous 
défendre d'éprouver un regret. Vous allez quitter notre pays 
où vous aviez acquis tant de vives sympathies et où vous 
saviez accorder la vôtre aux oeuvres de progrès et de désinté- 
ressement, nous en avons fait l'expérience. Vous quittez volon- 
tairement la diplomatie pour prendre une part active à la haute 
direction de cette grande université d'Harward qui s'est fait rapi- 
dement une si belle place parmi les établissements où se perfec- 
tionne, se fortifie et se concrète en des formes nouvelles la 
pensée humaine. C'est un grand exemple que vous donnez. 
Laissez-nous vous en féliciter en espérant que votre départ ne 
vous séparera pas de nous et que vous serez un des grands 
ouvriers de cette union France-Amérique qui peut exercer une 
si bienfaisante influence sur la marche progressive de l'esprit 
humain. 

Fardonnez-moi, Mesdames et Messieurs, ce long discours. 11 
es !■' preuve que notre Société a beaucoup à faire, qu'elle vil 
d'une vie intense. Quelques-uns de ses pionniers demeurent en 
route; nous avons perdu cette année MM. le baron Hottinger, 
le baron Gustave de Rothschild, le savant entomologiste 
Edouard André qui étudia si bien les mœurs des Fourmis, 
l'illustre botaniste Hooker qui dirigea si longtemps le jardin 
colonial de Kew, L. Jacquet, Ralli, Médina, Finatel ; leur sou- 
venir demeurera parmi nous. 

Vous ne vous étonnerez pas que l'attention des pouvoirs 
publics se soit fixée sur plusieurs de nos collègues et qu'ils 
aient tenu à les récompenser. MM. .loubin, professeur au 
Muséum; Leprince, président du groupe français de la pêche à 



DISCOURS PRONONCÉ PAR M. EDMOND PERRIER 27. : i 

L'exposition de Londres; Crepin, fondateur de noire Section 
caprine, ont été promus officiers de la Légion d'honneur; MM. le 
capitaine Tolet, le professeur Ligniéres, de Buenos-Ayres, dont 
un éminenl compatriote, M. Gallardo, assiste à cette séance, 
enfin M. le D 1 Achalme, directeur du laboratoire colonial du 
Muséum, ont été nommés chevaliers de la Légion d'honneur, 
tandis que M. Gérôme, jardinier en chef du Muséum, recevait la 
cravate de commandeur du Mérite agricole. 

Nos succès académiques n'ont pas été moindres : l'Académie 
des Sciences a décerné des prix particulièrement flatteurs à 
■MM. Antony, assistant au Muséum; Cuénot, professeur à l'Uni- 
versité de Nancy, et Chevalier dont vous connaissez la belle 
œuvre d'exploration. En votre nom je leur adresse nos félici- 
tations les plus chaleureuses, Enfin, M. le ministre de l'Ins- 
truction publique a nommé aujourd'hui officiers d'Académie 
M. l'abbé Gabriel Foucher, secrétaire de notre section d'Ento- 
mologie, et M. Maurice Loyer. M. Maurice Loyer est notre 
Secrétaire général depuis dix ans. C'est à lui que notre 
Bulletin doit la bonne tenue, l'intérêt qu'il a acquis. C'est 
le plus modeste et le plus dévoué des hommes, ce qui ne 
l'empêche pas de nous charmer par la tinesse de son esprit et 
son délicat sens artistique. C'est pour moi une grande joie que 
de voir à sa boutonnière le ruban si bien gagné. 



RAPPORT 
AU NOM DE LA COMMISSION DES RÉCOMPENSES 

PRÉSENTÉ PAR 

MAURICE LOYER 

SECRÉTAIRE GÉNÉRAL DE LA SOCIÉTÉ 



Grande médaille hors classe) 
à l'effigie d'Isidore Geoffroy Saint-Hilaire 

« Les chasseurs vraiment dignes de ce nom, ceux qui chassent 
en saison permise et avec modération, ne font aucun tort au 
gibier. » 

Ces lignes, extraites de l'un des ouvrages que Théodore 
Roosevelt a écrits sur la chasse « Out door pastimes », nous 
montrent que, loin de ressembler à ces chasseurs insatiables 
qui ne mesurent leur plaisir qu'au nombre de leurs victimes, 
l'ancien Président de la République des États-Unis a été, au 
contraire, l'adversaire déterminé de ceux qui déciment incon- 
sidérément la faune sauvage de leurs pays, et vont même por- 
ter au loin l'ardeur de leur manie destructive. Son goût pour 
la chasse et les exercices physiques, sa passion innée pour 
l'Histoire naturelle guidèrent la croisade qu'il mena pour la 
protection réfléchie de la faune nord-américaine. 

En France où, comme aux Etats-Uni?, les tueurs insatiables 
sont légion, cette campagne vigoureuse et couronnée de succès 
est pour nous un exemple salutaire qu'il est de notre devoir 
de signaler. 

Cette victoire du bon sens sur la barbarie instinctive a eu 
pour heureux effet d'inciter les Américains à examiner de plus 
près les ricbesses naturelles que possédaient encore leur pays, 
à les apprécier, et enfin à en assurer la protection et la con- 
servation. 

Il en est résulté la création d'une quantité de ligues pro- 
lectrices des beautés de la Nature sous ses formes les plus 



RAPPORT Al NOM DE LA COMMISSION DES RÉCOMPENSES 2T3 

diverses, de Sociétés et d'Institutions publiques organisées 
pour les études zoologiques et botaniques, et entin la création 
de grandes réserves nationales où, au milieu de sites pittores- 
ques, à l'abri des incursions des barbares, vivent les animaux 
sauvages, autrefois habitants de la forêt ou de la prairie, 
aujourd'hui hôtes tranquilles des vastes territoires dont une 
administration prudente leur a assuré la paisible jouissance. 

Félicitons celui dont la sage initiative a soustrait à une dis 
parition certaine, les divers représentants de la faune nord- 
américaine, et souhaitons qu'en un jour prochain noire pays 
possède également pour la plus grande joie des naturalistes, 
des artistes et de tous ceux qui s'intéressent aux choses de la 
Nature, des réserves dont nos montagnes, nos forêts et nos 
plaines pourraient si facilement fournir le territoire. 

En décernant à Théodore Roosevelt notre plus haute récom- 
pense, notre Société a voulu honorer le naturaliste, l'homme 
d'aclion dont l'exemple a servi de guide à tous ceux qui, aux 
États-Unis, ont travaillé à la sauvegarde des richesses natu- 
relles de leur patrie. 



P e SECTION. — MAMMIFÈRES 
Médailles de première classe. 

Les Mammifères sauvages sont sujets, comme les Mammi- 
fères domestiques, à de redoutables maladies épidémiques qui 
viennent souvent, malgré tous les soins, décimer les élevages 
les mieux surveillés. 

Nous savons maintenant que ces épidémies sont dues à la 
présence de parasites qui vivent dans le sang et dans les divers 
organes de ces animaux. 

Parmi les savants qui ont contribué le plus puissamment à 
la connaissance de l'étiologie et de la prophylaxie de ces di- 
verses maladies, nous devons citer le D r Emile Brumpt, profes- 
seur agrégé à la Faculté de médecine de Paris, qui, le premier, 
a établi que la maladie du sommeil, ce fléau de l'Afrique équa- 
toriale, était une trypanosomiase transmise à l'homme et aux 
Mammifères par la piqûre de la Mouche Tsé-tsé. C'est encore à 



278 BULLETIN DE LA SOCIÉTÉ NATIONALE D'ACCLIMATATION 

lui que nous devons ces remarquables travaux sur les Helmin- 
thiases auxquelles les Mammifères sauvages et domestiques 
de notre pays paient chaque année un si lourd tribut. C'est 
grâce à lui, que nous pouvons maintenant diagnostiquer les 
affections pulmonaires et intestinales qu'elles provoquent, et 
déterminer les moyens prophylactiques qui viendront en 
empêcher le retour. 

Ces titres seuls, sans parler des autres travaux scientifiques 
du D 1 Brumpt, démontrent amplement l'importance des services 
rendus à l'acclimatation et à l'élevage par ce savant auquel 
nous sommes heureux de décerner notre médaille de première 
classe. 



La carrière de M. Rossignol, vétérinaire départemental de 
Seine-et-Marne est, tout entière, faite de dévouement profes- 
sionnel et de désintéressement; elle est aussi caractérisée par 
la volonté d'appliquer les plus hautes découvertes scientifiques 
au progrès de la médecine vétérinaire. 

C'est ainsi que M. Rossignol a provoqué, de la part de Pas- 
teur, les mémorables expériences de Pouilly-le-Fort, sur la 
vaccination charbonneuse. La réussite complète de la méthode 
pastorienne, assura le succès et l'extension d'une vaccination 
qui garantit désormais les Mammifères contre cette maladie. 
11 y a là, dans la mise en application des idées de Pasteur, un 
fait d'une haute importance auquel le nom de M. Rossignol 
reste indissolublement attaché. 

Ses recherches sur la maladie de la pulpe, les maladies para- 
sitaires des Ovidés, les expériences qu'il a organisées pour le 
contrôle de la valeur des procédés de vaccination contre la 
péripneumonie contagieuse et la tuberculose bovine, celles 
qu'il effectue actuellement pour rechercher la valeur pratique 
de la vaccination contre la tuberculose, montrent bien qu'il 
recherche constamment l'application utilitaire des travaux 
sortis des laboratoires. 

Notre Société récompense aujourd'hui un labeur plus que 
cinquantenaire, consacré exclusivement à la recherche de la 
guérison des maladies qui affectent les Mammifères, en offrant 
à M. Rossignol une médaille de première classe. 



RAPPORT AU NOM DE LA COMMISSION DES RÉCOMPENSES liTI » 



Médailles de seconde classe. 

Nous enregistrons toujours avec satisfaction les succès obte- 
nus dans l'élevage des Chèvres de race pure, dont notre Société 
a fixé définitivement les caractères. 

Le nombre de ceux qui s'adonnent à cet élevage et qui en 
ont compris tout l'intérêt, augmente de jour en jour. 

C'est ainsi qu'à Thourotte, dans l'Oise, M m '' David s'est atta- 
chée à constituer un troupeau de Chèvres de race alpine, qui 
est maintenant en pleine prospérité, et dont les laitières don- 
nent des résultats supérieurs à tout ce que l'on a constaté jus- 
qu'alors. 

Les succès ont mis en éveil l'attention du public d'alentour 
qui s'applique maintenant à l'imiter, en soignant mieux les 
Chèvres et en s'attachant à posséder des animaux de race pure, 
qui procurent une génération de sujets agrandis, de belles 
formes el surtout d'aptitudes laitières plus grandes. 

Nous apprécions tout le mérite de M me David en lui accor- 
dant notre médaille de seconde classe. 



Nos études caprines sont suivies également avec intérêt hors 
de France. 

En Russie, aux environs de Moscou, la femme d'un ingénieur. 
jyjme Marie Mamontoff, s'est faite l'interprète de nos idées. 

Convaincue que la Chèvre peut rendre les plus grands ser 
vices au point de vue de l'économie domestique et de l'hygiène, 
elle s'est attachée à faire connaître la Chèvre en Russie, et 
surtout nos belles alpines françaises. 

Le troupeau qu'elle a ainsi constitué, a fait l'admiration de 
tous et lui a valu, dans les concours organisés en Russie, les 
principaux prix. 

Nous nous associons aux succès remportés au loin, avec des 
sujets issus de nos élevages, par une adepte de la cause que 
nous défendons ici, en donnant à M me Marie Mamontoff notre 
médaille de seconde classe. 



280 BULLETIN DE LA SOCIÉTÉ NATIONALE D'ACCLIMATATION 

II e SECTION. — ORNITHOLOGIE 

Grande médaille 
à l' effigie d'Isidore Geoffroy S aint-Hil aire 

La mode a des exigences despotiques, l'élégance ne souffre 
pas de dérogations à ses lois, et toutes celles de nos contem- 
poraines qui s'y soumettent avec tant de docilité, ne savent 
certainement pas de combien de souffrances, de sang et de 
meurtres est faite la rançon de la parure qu'elles sont heu- 
reuses de porter. 

Beaucoup d'entre elles qui ne peuvent supporter le spectacle 
d'un poulet qu'on égorge, portent sur leurs chapeaux des 
parures qui ont coûté la vie non seulement à l'Oiseau aux 
brillantes couleurs qui chantait sa joie de vivre sous le grand 
soleil des tropiques, mais encore à sa jeune famille qui atten- 
dait, dans le nid, la nourriture qu'il ne pourra plus lui porter. 

C'est ainsi que disparaissent nombre d'espèces, et non les 
moins brillamment parées, parmi lesquelles les Oiseaux de 
Paradis de la Nouvelle-Guinée. 

Ces massacres ont ému le monde artiste et savant, et un 
ornithologiste anglais, sir William Ingram, désireux d'assurer 
la conservation de ces beaux Oiseaux, a acheté, en 1909, une 
des Antilles anglaises, la petite ile de Tabago, entièrement 
inhabitée, et y a fait mettre en liberté 47 Paradisiers apodes, 
qui semblent s'y être acclimatés. 

Nous souhaitons que l'œuvre entreprise .par sir \Yilliam 
Ingram soit couronnée de succès et comme preuve de l'intérêt 
avec lequel nous suivons ces expériences, nous lui octroyons 
notre grande médaille à l'effigie d'Isidore Geoffroy Saint- 
llilaire. 

Médaille de première classe. 

Nous avons signalé, à maintes reprises, tout l'intérêt qu'il 
y aurait, pour notre pays, à faire vivre et reproduire en pleine 
liberté, certains Oiseaux exotiques, grâce à l'analogie que 
présente le climat de leur pays d'origine avec le nôtre. 

Les expériences tentées jusqu'ici n'ont pas été suivies de 
succès. 



RAPPORT AU NOM DE LA COMMISSION DES RÉCOMPENSES 281 

Les Oiseaux insuffisamment protégés ont tous disparu. 

Il n'en est pas de même à l'étranger. Le D r Heinroth, assis- 
tant scientifique à la direction du jardin zoologique de Berlin, 
a réussi à naturaliser dans les parcs et les jardins de la capi- 
tale le Canard mandarin de la Chine, le Canard de la Caroline, 
et cette charmante Colombe huppée, YOcyphaps lopliotes de 
l'Australie. 

Le D r Heinroth est un ornithologiste distingué dont les 
travaux sur la morphologie et l'hybridation des Anatidés sont 
bien connus, c'est en outre un fervent ami des Oiseaux, c'est 
au savant et à l'amateur que nous rendons hommage en lui 
attribuant notre médaille de première classe. 

Médailles de seconde classe. 

Parmi les Colombidés exotiques, les Tourterelles rieuses 
de l'Inde, et les Colombes maillées d'Egypte sont seules bien 
connues du public; les autres, fort nombreuses, au brillant 
plumage ou aux formes élégantes, n'ont été l'objet des études 
que de quelques amateurs. 

Miss Rosie Alderson, qui est un observateur sagace et un 
éleveur émérite, a possédé dans ses volières plus de quarante 
espèces de Colombidés, dont un certain nombre s'est reproduit 
dans ses volières. Elle a noté les mœurs, les diverses phases 
de la reproduction et de l'élevage de ses pensionnaires et les 
a décrites dans un livre : Mes Colombes et Pigeons exotiques, 
qui est non seulement un plaidoyer en faveur de ces Oiseaux, 
mais aussi un excellent traité pratique pour l'élevage, dont 
nous ne saurions trop recommander la lecture. 

En témoignage de notre satisfaction, nous accordons à 
Miss Rosie Alderson notre médaille de seconde classe. 



Depuis quelques années, le goût des Oiseaux de cage et de 
volière, si commun à l'étranger, en Angleterre, en Allemagne 
et dans les Pays-Bas. tend à se répandre en France et à y 
devenir l'objet d'une pratique raisonnée et d'observations 
judicieuses. Les amateurs manquaient d'un manuel dans 
lequel toutes les questions intéressant la détermination des 



282 BULLETIN DE LA SOCIÉTÉ NATIONALE D'ACCLIMATATION 

Oiseaux qui peuvent vivre en volière, leurs mœurs, leur 
nourriture, leur nidification, leur hybridation, la façon de 
présenter les élèves en brillant état dans les expositions 
seraient indiquées. M. Allen Silver vient de combler heureuse- 
ment cette lacune, car, depuis l'ouvrage de Bechstein qui date 
de 1794, jamais guide plus précieux n'avait été mis à la 
disposition des éleveurs. .Nous en remercions l'auteur en lui 
offrant notre médaille de seconde classe. 



* 



Tous ceux qui ont pratiqué l'élevage des Poules de race, savent 
de quels soins minutieux il faut les entourer si l'on veut 
obtenir, non pas seulement quelques sujets de choix, mais un lot 
important, parmi lequel aucune tare ne pourrait être relevée. 

Parmi ces races, les Poules deLeghorn, les Espagnoles, les 
Andalouses, la race de Minorque peuvent être citées parmi les 
plus décoratives, mais aussi les plus délicates et il a fallu 
toute l'habileté d'un éleveur émérite comme l'est M. Montero, 
pour réussir à posséder un remarquable ensemble de ces jolis 
Oiseaux. 

Nous adressons nos félicitations à M. Montero, en lui décer- 
nant notre médaille de seconde classe. 



IIP SECTION. — AQUICULTURE 

Grande médaille 
à l'effigie d'Isidore Geoffroy Saint-Hilaire. 

Le repeuplement de nos rivières et de nos étangs fait l'objet 
des préoccupations constantes de notre troisième section. 

Tour à tour, elle a étudié toutes les questions ayant pour 
but l'introduction dans nos eaux territoriales des espèces 
dulcaquicoles étrangères qui pourraient peut-être vivre et se 
reproduire en France avec succès. 

Parmi celles-ci, les Salmonidés ont retenu son attention; 
les travaux que leur acclimatation a provoqués sont des plus 
nombreux et nous pouvons, à juste titre, nous féliciter d'avoir 
contribué, dans une large mesure, par nos écrits et par nos 
expériences, à l'acclimatation de ces intéressants Poissons. 



RAI'POHT AU NOM DK LA COMMISSION DES RÉCOMPENSES 283 

Une part de nos éloges va ('gaiement à l'Administration des 
Eaux et Forêts, qui a favorisé puissamment l'importation d< ss 
principales espèces de Salmonidés américains et a facilité leur 
dilï'usion dans les établissements de pisciculture. Parmi les 
hauts fonctionnaires de cette Administration, nous devons 
citer le nom de M. l'Inspecteur des Eaux et Forêts, de Drouin 
de Bouville. 

Le savant professeur à l'Ecole forestière de Nancy est un< 
autorité incontestée en ce qui concerne l'acclimatation, la 
pêche et la pisciculture. 

Fortement intéressé par l'élevage des Salmonidés, leur 
alimentation et leurs maladies, M. de Drouin de Bouville a 
écrit de remarquables mémoires sur ces diverses questions; il 
a traité également avec beaucoup d'autorité du repeuplement, 
des maladies et de l'élevage des Ecrevisses qui disparaissent si 
rapidement de notre pays. 

La grande médaille à l'effigie d*Isidore Geoffroy Saint- 
Hilaire que nous offrons à M. de Drouin de Bouville n'est 
qu'un juste hommage que nous rendons à ses travaux. 



Médailles de première classe. 

Parmi les nombreux titres de M. Audigé, chef de travaux 
pratiques à la Faculté des Sciences de Toulouse, nous devons 
citer ses travaux concernant l'anatomie et la biologie des 
Poissons, et surtout ses remarquables rapports sur les instal- 
lions piscicoles où nos acclimateurs et éleveurs de Salmonidés 
trouveront une mine si riche de renseignements techniques. 

Le développement dans la France du sud-ouest de l'accli- 
matation des Salmonidés américains est, en grande partie, son 
œuvre; de nombreux laboratoires de recherches et des établis- 
sements de pisciculture ont été créés à son instigation et 
d'après ses plans. Il en a suivi le développement., en a perfec- 
tionné les divers services et en reste toujours le conseiller 
autorisé. 

Par sa féconde initiative, au prix d'un labeur incessant, 
M. Audigé a rendu à notre pays un service éminent; nous nous 
plaisons à rendre hommage à son dévouement et à sa science 
en lui octroyant notre médaille de première classe. 



284 BULLETIN DE LA SOCIÉTÉ NATIONALE D'ACCLIMATATION 



+ 



Après s'être, durant de longues années, consacré à l'étude 
des Reptiles et des Batraciens de Bornéo, de Madagascar et du 
Mexique, sur lesquels il a publié de nombreux travaux, 
M. Mocquart, assistant honoraire au Muséum d'Histoire natu- 
relle, donne encore toute son activité à l'étude de la piscicul- 
ture dans notre pays. 

Fermement convaincu de l'importance qu'avait, pour le 
développement de nos richesses piscicoles, le repeuplement 
de nos eaux libres à l'aide des Salmonidés d'origine améri- 
caine, M. Mocquart a, depuis longtemps, préconisé dans ses 
écrits, l'importation en France de ces Poissons de l'Amérique 
du Nord; ses remarquables travaux sur ces intéressantes 
questions ont rendu de précieux services à tous ceux qui 
s'occupent de pisciculture. 

Nous en proclamons ici tout le mérite en offrant à M. Moc- 
quart notre médaille de première classe. 

Médailles de seconde classe. 

L'élevage du Black-bass (Micropterus salmonidés), excellent 
Poisson des États-Unis, tente depuis quelques années bon nom- 
bre de pisciculteurs. L'un d'eux, M. Betremieux, de Roubaix, 
a obtenu, en étang, une reproduction considérable de ce 
Poisson américain. 

La réussite de cet élevage, véritablement industriel, présente 
d'autant plus d'intérêt qu'elle va permettre de propager dans 
nos eaux une espèce particulièrement recommandable tant par 
sa rusticité que par l'excellente qualité de sa chair. 

Notre Société est heureuse de constater ce succès en récom- 
pensant M. Betremieux par l'attribution d'une médaille de 
seconde classe. 



La question de l'alimentation des Salmonidés est d'une impor- 
tance capitale pour la pisciculture. 

M. Marcel Blanchet, de Saint-Valery-sur-Somme, a eu l'heu- 
reuse idée d'utiliser un Mollusque très commun sur nos côtes. 



RAPPORT AU NOM DE LA COMMISSION DES RÉCOMPENSES 28î» 

la Buccarde (Cardium cdule), qui fournit pour le Poisson une 
nourriture de qualité supérieure, tout en étant d'un prix peu 
élevé. 

C'est encore dans cet ordre d'idées que M. Blanchet poursuit, 
depuis le début de 1909, des expériences sur l'acclimatation de 
la Crevette, d'abord dans l'eau saumàtre, puis dans un marais, 
uniquement alimenté par l'eau de source. Ces expériences 
semblent être couronnées de succès. 

Les pisciculteurs et les amateurs trouveront là une ressource 
précieuse et abondante, aussi nous sommes très satisfaits de 
consacrer tout l'intérêt des travaux de M. Blanchet en lui 
accordant notre médaille de seconde classe. 



Nos jardins, nos potagers les mieux entretenus sont dévastés 
durant la belle saison par les Escargots et les Limaces qui 
dévorent à l'envi nos fruits, nos fleurs et nos légumes. 

Un naturaliste français, qui habite le Mexique et dirige le 
collège de Saint-Pierre et Saint-Paul à Puebla, le frère Jean- 
Baptiste Berthier, a pensé qu'il rendrait serviceà l'horticulture 
française en lui signalant tout l'intérêt que présenterait, pour 
nous, l'acclimatation d'un Escargot Carnivore du Mexique, le 
Glandina vanuxemensis, grand destructeur de Mollusques her- 
bivores. Il nous envoya à plusieurs reprises des spécimens de 
ces Glandina dont quelques sujets seuls ont pu arriver vivants 
en France. Ceux qui survécurent, nourris comme il convenait, 
(Y Hélix de nos jardins et de Limaces, ont pondu et nous pou- 
vons espérer que cette intéressante espèce de Mollusques car- 
nivores pourra s'acclimater et se reproduire en France pour le 
plus grand profit de notre pays. 

En remerciant M. Jean-Baptiste Berthier pour le service qu'il 
nous a rendu, nous lui offrons notre médaille de seconde 
classe. 



Nous avons coutume, chaque année, de récompenser les 
efforts des agents de l'Administration des Eaux et Forêts qui 
luttent pour la conservation des richesses piscicoles de la France. 

Le lauréat que nous voulons distinguer aujourd'hui est 
M. Léon Ménigoy, brigadier domanial à Champigneulles 



286 BULLETIN DE LA SOCIÉTÉ NATIONALE D'ACCLIMATATION 

(Meurthe-et-Moselle), qui est chargé de la surveillance du labo- 
ratoire de pisciculture de l'Ecole nationale de Nancy et qui s'ac- 
quitte de ses fonctions avec le plus grand zèle et le plus grand 
dévouement. 

En témoignage de notre satisfaction, nous donnons à M. Léon 
Mcnigoy notre médaille de seconde classe. 



IV e SECTION. — ENTOMOLOGIE 

Médailles de première classe. 

Parmi les Insectes les plus redoutables figurent à bon droit 
les Diptères dont les piqûres sont souvent la cause de terribles 
maladies pour l'homme et les animaux. 

L'un des savants qui nous ont appris le mieux à les connaître 
est M. Surcouf, chef des travaux de zoologie au laboratoire 
colonial du Muséum, qui a dirigé ses études sur les Diptères 
piqueurs qui habitent non seulement la France, mais nos 
colonies de l'Afrique occidentale, l'Angola et le Mozambique, 
l'Abyssinie, Madagascar, le Cambodge, l'Annam et l'Amérique 
intertropicale; il en a décrit les diverses formes et signalé les 
propriétés dangereuses. 

Son activité s'est étendue à l'étude des parasites de nos pro- 
duits coloniaux d'origine végétale et nous ne pouvons faire 
moins que de citer ses mémoires sur les parasites de la Patate 
;iu Tonkin, de la Noix de Kola en Afrique, des Cotonniers de 
l'Asie et des Cucurbitacées de l'Afrique. 

Par ses études, par ses remarquables travaux, M. Surcouf 
s'est créé de véritables titres à notre reconnaissance, aussi 
sommes-nous heureux de le proclamer ici en lui attribuant 
notre médaille de première classe. 



Nous ne connaissons bien les ennemis naturels de nos 
vergers et de nos jardins que lorsque nous voyons à côté d'eux 
les victimes de leurs ravages. M. Paul Estiot a consacré une 
partie de ses loisirs à réunir une fort intéressante collection 
d'Insectes nuisibles dans leurs différents états (larve, nymphe 
et adulte) et à côté de ceux-ci a placé presque toujours la 



RAPPORT AU NOM DE La COMMISSION DES RÉCOMPENSES 287 

l»;irtie de la plante qui a souffert de leurs al laques : tige, 
racine, feuille ou fruit. 

De plus, une note jointe a chaque espèce précise la nature 
des dégâts commis et mentionne également la forme sous 
laquelle l'Insecte présenté se montre le plus redoutable. 

En outre de la détermination scientifique, M. Estiot a établi 
la division de sa collection suivant l'ordre des cultures 
auxquelles ces Insectes s'attaquent, si bien que les personnes 
étrangères à l'Entomologie peuvent reconnaître par la seule 
vue des dégâts causés à une plante à quel Insecte ces dommages 
doivent être attribués. 

Une œuvre qui intéresse à un si haut point l'Entomologie 
appliquée méritait d'être signalée et nous en reconnaissons 
toute la valeur en donnant à M. Estiot notre médaille de 
première classe. 

Médailles de seconde classe. 

S'il est malheureusement une liste trop longue d'Insectes 
nuisibles à l'homme, aux animaux et aux plantes, il en est 
cependant qui leur sont utiles et qu'il convient de propager. 
M. André Vuillet, préparateur à la station entomologique de la 
Faculté des sciences de Rennes, s'est occupé très activement de 
la question de l'acclimatation des Insectes utiles. 

Il a étudié particulièrement les parasites des Liparis dispar 
cl Liparis chrysorrkgea et a pris une part très importante à la 
grande expérience faite aux États-Unis pour enrayer les ravages 
causés en Amérique par ces deux Bombyx d'origine euro- 
péenne. 

En accomplissant cette mission, M. Vuillet a fait un travail 
utile non seulement pour les États-Unis, mais d'un intérêt 
général de premier ordre, et il se trouve actuellement dans les 
conditions les meilleures pour appliquer au profit de l'Europe 
et de la France les méthodes qu'il a expérimentées au cours de 
sa mission. 

Nous accordons à M. Vuillet notre médaille de seconde 
classe. 



Mon loin de Paris, à Joinville-le-Pont, le docteur et 
M me Rousseau ont créé, sous des ombrages où jadis M me de 



288 BULLETIN DE LA SOCIÉTÉ NATIONALE D'ACCLIMATATION 

Sévigné aimait à rêver, un institut colonial où nombre de 
jeunes gens venus d'Afrique et surtout de l'Extrême Orient 
apprennent, en s'instruisant, à aimer notre pays. 

L'industrie de la soie étant une des plus importantes parmi 
celles de ces colonies, les directeurs de cet intéressant établis- 
sement ont établi, dans le parc de l'institution, une magna- 
nerie où les élèves peuvent suivre toute l'évolution du Yer à 
soie depuis l'œuf jusqu'au cocon et au papillon. 

Les élèves trouvent là le complément pratique de leur instruc- 
tion technique et tout porte à croire qu'au sortir de l'établisse- 
mentde Joinville-le-Pontils seront des sériciculteurs accomplis. 

En témoignage de notre satisfaction, nous offrons au docteur 
et à M me Rousseau notre médaille de seconde classe. 



V e SECTION. — BOTANIQUE 

Grande médaille 
à l'effigie d'Isidore Geoffroy Saint-Hilaire 

Peu de personnes ont des titres aussi éminents que miss 
Ellen Willmott à la reconnaissance des amis des Plantes, bota- 
nistes et amateurs. 

Héritière d'un beau domaine aux environs de Londres, en 
Essex, elle s'est plu à le transformer en une série de jardins 
ayant chacun leur caractère propre et leur objet de culture 
différent. 

Autour d'un étang qui occupe une partie du parc, sont dis- 
posés les Bambous, Gyneriums, et autres grandes Graminées, 
tandis que cette pièce d'eau est garnie de plantes aquatiques 
rares. 

Un jardin de rocailles abrite les plantes les plus délicates des 
montagnes de tous les pays. Une autre partie du parc est con- 
sacrée à la culture des plantes bulbeuses, enlin un dernier 
jardin renferme un nombre immense de plantes vivaces et 
d'arbustes grimpants. 

Outre ses jardins d'Angleterre, miss Willmott en possède un 
fort pittoresque sur les bords du lac du Bourget, dont une fort 
belle collection de Rosiers et de plantes de montagne formant 
surtout les éléments. 

Enfin, sur la côte méditerranéenne, miss Willmott a acquis 



RAPPORT AI NOM Dl LA COMMISSION l»H> RÉCOMPENSES 289 

de vastes jardins, à la Mortola, où elle possède de magnifiques 
plantations d'arbres exotiques. 

L'ensemble de ces travaux de recherches, <l<- mise en cul- 
ture, de comparaisons d'éléments horticoles el botaniques est 
considérable; les résultats, au point de vue botanique et horti- 
cole, présentent le plus haut intérêt el nous en consacrons tout 
le mérite en faisant hommage à miss Willmott de notre grande 
médaille à l'effigie d'Isidore Geoffroy Saint-Hilaire. 



Médailles de première classe. 

Depuis la publication du remarquable ouvrage d'Alphonse 
de Candolle sur « l'Origine des plantes cultivées », les auteurs 
qui s'étaient occupé des Plantes potagères n'en avaient surtout 
parlé qu'au point de vue cultural ou technique, car on ne 
possédait sur leur histoire que des données vagues, souvent 
erronées. 

L'érudit bibliothécaire de la Société nationale d'Horticulture 
de France vient de combler cette lacune en publiant un excel- 
lent livre sur : L'Histoire des légumes, qui vient compléter 
l'œuvre d'Alphonse de Candolle. 

Depuis la préhistoire jusqu'aux dernières acquisitions 
réalisées par la Société d'Acclimatation, M. (îibault a tracé la 
biographie, pour ainsi dire, de chaque légume; il a étudié 
ainsi l'adaptation et la naturalisation de chaque plante pota- 
gère dans notre pays à travers les âges. 

En adressant tontes nos félicitations à M. Gibault, nous lui 
décernons notre médaille de première classe. 



Tout en se consacrant à la création et au développement d'un 
établissement horticole devenu aujourd'hui fort important, 
M. Léon Chenaull s'est appliqué à rechercher les espèces 
végétales nouvelles, et à en obtenir la multiplication dans ses 
pépinières. 

C'est ainsi que, dès 1880, il introduisait en France le Pirr,i 
parryana glauca. Sapin des montagnes rocheuses du Colorado et 
dont le coloris bleu cendré est si remarquable qu'on le voit 
aujourd'hui dans tous nos jardins. 

liULL. SOC. X'AÏ. ACCL. KR. 1912. — 19 



290 BULLETIN DE LA SOCIÉTK NATIONALE I) ACCLIMATA* ION 

C'est lui qui, visiteur assidu du Fructicetum des Barres, a 
opéré, avec l'assentiment de M. Maurice de Vilmorin, la multi- 
plication et la diffusion dans le public du plus grand nombre 
des introductions de la Chine et du Japon, obtenues dans le 
célèbre jardin de Nogent-sur-Vernisson. 

Une foule d'espèces frutescentes du plus grand intérêt sont 
sorties de ses semis, et ces nouveautés, raretés et introduc- 
tions, sont conservées en collections par M . Chenault, tandis que 
celles qui intéressent le public et les amateurs sont mises à 
leur disposition en même temps et même plus tôt qu'en Amé- 
rique et en Angleterre. 

M. Chenault a rendu à l'arboriculture française et à l'accli- 
matation un réel service que nous savons apprécier en lui 
octroyant notre médaille de première classe. 



Médailles de seconde classe. 

Parmi les cultures des environs de Paris, l'une des plus inté- 
ressantes est celle des Champignons de couche. 

L'un des établissements les mieux aménagés est celui de 
M. Bonhomme, à Issy, où dans des galeries établies dans Les 
carrières de blanc de Meudon. 30.000 mètres de superficie sont 
consacrés à la culture de l'Agaric champêtre. A cette culture 
est annexée une usine pour la préparation des conserves de 
Champignons de couche, ce qui en permet l'exportation dans 
des régions éloignées de tout centre d'approvisionnement. 

Nous avons suivi avec intérêt tous les travaux de M. Bon- 
homme, auquel nous attribuons une médaille de seconde 
classe. 



.Nous avons assisté, depuis quelque temps, aux transforma- 
tions que pouvaient subir un modeste légume exotique quand 
il était traité par des mains savante-. Je veux parler du Soja 
hispida, Haricot d'Extrême Orient qu'un Chinois, ancien élève 
del'lnstitut Pasteur, a métamorphosé en nourriture universelle : 
pain, lait, viande, légume, contiture, fromage, le Soja se prête 
à toutes les métamorphoses. Et ce n'est pas là seulement un 
succès de laboratoire, dû à M. Li Yu Ying; le Soja est un ali- 
ment complet et qui penl devenir, grâce à la diversité de ces 



RAPPORT AU NOM DE LA COMMISSION DES RÉCOMPENSES 291 

propriétés culinaires, grâce à sa richesse en matières azotée , 
une excellente ressource pour les diabétiques, les végétarien 
ainsi que dans nos colonies, où manquent souvent les légumes 
Trais ; c'est à ces divers titres que nous devons signaler tout le 
mérite de la découverte de M. Li Vu Ying en lui décernant notre 
médaille de seconde classe. 



Mentions honorables. 

Depuis de longues années, M. de Noter s'occupe, avec une 
louable persévérance, de l'acclimatation et de la multiplication 
de nombreux légumes exotiques. Les Daïkons ou Radis du 
Japon, l'Hélianthi ou Hélianthus decapetalus ont été, de la 
sorte, vulgarisés par lui. 

Il recherche, en ce moment, le moyen de transformer 
l'Igname chinoise, aux tubercules cylindriques, longs quelque- 
fois d'un mètre, en tubercules courts et ronds, d'une culture et 
d'une extraction facile, dont l'obtention, si elle est réalisée, 
rendrait un signalé service à l'agriculture. 

Nous nous associons aux efforts de M. de Noter en lui accor- 
dant une mention honorable. 



M. Jacques baigner est le créateur, à Palaiseau, aux environs 
de Paris, d'un jardin qui mérite de retenir notre attention. 

Dans un espace exigu, M. Laigner, qui joint à la passion des 
fleurs et des arbustes les mérites d'un horticulteur distingué, 
a su faire vivre et prospérer plus de cent espèces variées de 
végétaux ligneux ou herbacés dont plusieurs sont fort déli- 
cates. 

Par la belle venue de ces diverses plantes, l'art avec lequel 
elles sont groupées pour que, malgré leur nombre, les plus 
vigoureuses ne puissent nuire à celles qui poussent à leur pied, 
ce jardin peut servir de modèle à ceux qui n'ont qu'un petit 
espace à consacrer à la culture des multiples espèces décora- 
tives et potagères. Nous adressons nos félicitations à M. Laigner 
en lui donnant une mention honorable. 



191 BULLETIN DÉ LA SOCIÉTÉ NATIONALE D'ACCLIMATATION 



VI« SECTION. — COLONISATION 

Médaille d'or, décernée au nom du Gouvernement 
de la République française. 

Parmi tous ceux qui se sont consacrés à l'étude des maladies 
coloniales, un nom s'impose : c'est celui de M. le D 1 Bouet, 
médecin-major des troupes coloniales. 

Après avoir, en 1898, participé à la conquête du Soudan, 
M. le D 1 Bouet organisa à Madagascar l'assistance médicale, ou, 
par ses soins, des milliers d'indigènes furent vaccinés. Profitant 
ensuite d'un congé, il vint faire, à Paris, un stage à l'Institut 
Pasteur et se consacra par la suite à l'étude des trypanoso- 
miases qui déciment les hommes, les troupeaux et les bêtes île 
somme en Afrique équatoriale. 

Au cours de ses voyages à travers la Côte d'Ivoire, le 
Dahomey et le Soudan, il étudie les migrations des troupeaux, 
les conditions de leur infection, la sensibilité comparée des 
diverses races. 

De ces observations, qu'il faut placer au rang des meilleures, 
il se dégage des notions d'une prophylaxie scientifique réali- 
sable. 

Les services rendus à la colonisation par M. le D 1 ' Bouet sont 
inappréciables et notre Société s'honore en lui octroyant la 
médaille d'or offerte au nom du gouvernement de la Répu- 
blique française. 

Médailles de première classe. 

Au nombre des cultures coloniales les plus rémunératrices 
figurent au premier rang celles des plantes à caoutchouc. 

Les diverses essences qui fournissent le précieux latex sont 
fort nombreuses, mais c'est VHevea brasiliensis qui remporte 
tous les suffrages des spécialistes. 

L'établissement des cultures de cette plante présente de 
nombreuses difficultés. M. Vernet, inspecteur d'agriculture en 
Indo-Chine, après avoir longuement étudié en Indo-Malaisie la 
culture de l'Hevea, s'est occupé, à son retour de Cochinchine, 
à doter notre colonie de cette précieuse acquisition, et les 



m 



RAPPORT AI NOM DK LA COMMISSION HKS RÉCOMPENSES :>!».'! 

résultats obtenus déjà sous son énergique impulsion méritent 
d'attirer notre attention. 

Tout nous porte à croire que, grâce à ses persévérants efforts, 
la culture de cette essence à caoutchouc va prendre, en 
Cochinchine, un essor considérable. Nous applaudissons aux 
succès remportés par M. Vernet en lui attribuant notre 
médaille de première classe. 



Parmi les collaborateurs dont M. le gouverneur Augoulvant 
,i su s'entourer pour effectuer l'appropriation économique 
de notre colonie de la Côte d'Ivoire et procéder à l'étude de ses 
ressources agricoles et forestières, nous devons citer M. Bret, 
sous-inspecteur de l ,e classe, attaché, depuis 1902 au service 
de l'Agriculture de l'Afrique occidentale. M. Bret s'est occupé 
de tous les problèmes intéressant l'agronomie tropicale, mais 
s'est attaché plus spécialement d'abord à la culture du Pal- 
mier à huile et du Cacaoyer, et enfin à celle du Funtumia elas- 
lica, l'arbre à caoutchouc de nos possessions africaines, qui est 
appelé à jouer sans doute, grâce à lui, un rôle fort important 
parmi les plantes de grande culture capables de fournir un 
caoutchouc de valeur. 

Les études qu'il a publiées sur ces- diverses cultures, les 
méthodes fort remarquables qu'il a préconisées pour l'extraction 
du caoutchouc seront un secours précieux pour l'extension 
économique pour notre colonie africaine. 

Nous en reconnaissons toute la valeur en décernant à 
M. Maurice Bret notre médaille de première classe. 



Médailles de seconde classe. 



Nous devons à M. G. Audan, adjoint aux affaires indigènes 
en Mauritanie, de précieux renseignements sur la flore de la 
région de Podor. 

Vivement intéressé par l'étude de l'Histoire naturelle. 
M. Audan s'est préoccupé de recueillir les plantes de cette 
contrée, d'en noter les aspects et les propriétés alimentaires, 
industrielles ou thérapeutiques. Il a réunis également de nom- 
breux documents concernant la médecine indigène et a 
adressé notamment, au laboratoire de matières médicales de 



294 BULLETIN DE LA SOCTÉTÉ NATIONALE D ACCLIMATATION 

l'Ecole supérieure de pharmacie de Paris, de nombreux échan- 
tillons dont l'étude a fait l'objet de mémoires importants. 

M. Audan a largement contribué à la connaissance de la 
valeur économique de notre colonie de la Mauritanie; nous 
voulons l'en récompenser en lui accordant notre médaille de 
seconde classe. 



M. Maurice Huchery, commis de 2 e classe des atl'aires indi- 
gènes à Tombouctou. a étudié les diverses productions végétales 
"I minérales de notre colonie du Haut-Sénégal-Niger. 

C'est ainsi que ses observations se sont, tour à tour, portées 
sur l'étude des roches de sel gemme, sur les produits colorants 
et autres, destinés à l'apprêt des cuirs, sur les diverses gommes 
pouvant être l'objet d'un commerce important et provoquer la 
mise en valeur, par la culture des plantes qui les produisent, de 
terrains jusqu'ici improductifs. 

En considération des mérites de M. Huchery. nous lui attri- 
buons notre médaille de seconde classe. 



M. André Hauet. administrateur colonial, a fourni de pré- 
cieux renseignements sur les Insectes parasites de la Guinée 
française. 

Ses éludes ont porté spécialement sur les Diptères vulné- 
rants : Glossina, Stomoxys et Taons, dont il a envoyé en 
France de nombreux exemplaires à l'état adulte et à l'état 
larvaire. 

Ses observations ont également eu pour objet l'étude des 
Diptères du genre Dacus, parasites do?, Cucurhi lacées, et des 
Charançons des Kolatier-;. 

Les rapports très documentés de M. Uauet ont été particu- 
lièrement utiles à l'étude de ces Insectes qui causent de si 
grands dégâts parmi les troupeaux et les planlations de nos 
possessions africaines. 

Nous reconnaissons tout le mérite de M. Hauet en lui offrant 
notre médaille de seconde classe. 



ENCOURAGEMENTS 

A L'ETUDE DE L'HISTOIRE NATURELLE 

DANS LES ÉCOLES. 

Nous avons pensé que notre Société ne pouvait mieux taire 
connaître et aimer l'Histoire naturelle qu'en s'adressanl aux 
enfants, assurés que nous sommes que ceux qui, dans leur- 
jeunesse, auront appris à aimer la Nature, resteront, plus lard, 
de précieux collaborateurs de l'œuvre que nous avons entre- 
prise, chercheront à propager autour d'eux le goût de la Zoologie 
et de la Botanique appliquées, deviendront les protecteurs de 
notre faune et de notre flore, et chercheront à accroître par 
l'acclimatation, l'élevage ou la culture, notre richesse nationale. 

Nombreux sont les jeunes élèves qui nous ont adressé des 
mémoires où les observations qu'ils ont faites sur un animal 
familier ou une plante cultivée par eux, sont notées au jour le 
jour, avec soin et sincérité. 

Nous avons classé ces envois suivant l'intérêt qu'ils présen- 
taient et avons décerné aux lauréats les récompenses suivantes : 

Diplômes de satisfaction 

Première classe (or) 

Jeanne Ducos, Marguerite Prud'homme, M. Morel, Lucienne 
Poussin, Henri Rousseau, Jean Nantes, Lucien Armand, L.-C. 
Poterie, Henri Ledart, Camille Robert, Robert Bourdin. 

Deuxième classe (argent) 

Suzanne Moret, Marguerite Clerté, Raymonde Martinet, 
Yvonne Denariez, Fernand Emmanuel, H. Guidetto, Henri Knab, 
Robert Deutsch, Henri Coignet, Georges Barrier. 

Troisième classe (bronze) 

Yvonne Rieaux, Emilienne Dunand, Odette Joufl'rey, Yvonne 
Ami, Jeanne Bouvet, Urban Pecautet, M. Gaulin, André Offroy, 
Georges Voisin, Henri Landré. 



iPti BULLETIN DF, LA SOCIÉTÉ NATIONALE D'ACCLIMATATION 

Nous n'avons pas cru pouvoir attribuer de plus hautes récom- 
penses à ces essais, mais ce premier effort est encourageant 
pour l'avenir et nous espérons qu'avant peu il nous sera pos- 
sible de récompenser la persévérance et la régularité de nos 
jeunes observateurs par les médailles, les livres et les livrets 
de Caisse d'épargne qui sont affectés à ce concours. 

Nous remercions en outre, vivement, les instituteurs et les 
institutrices de ces établissements scolaires de l'appui qu'ils 
nous ont prêté pour la réalisation d'un projet qui ne peut 
manquer d'avoir des conséquences intéressantes. 

Nous sommes heureux de pouvoir reconnaître ces efforts en 
décernant la médaille de la Société d'Acclimatation à : MM mes P. 
Chasseriau, institutrice à l'école du boulevard Uichard-Lenoiv: 
L. Simonin, institutrice à l'école de la rue Delambre; Monin. 
institutrice à Tanninges (Haute-Savoie), et à MM. Canu. insti- 
tuteur à l'école de la rue Godefroy-Cavaignac ; Jean Martiniau. 
instituteur à l'école de la rue du Pré-Saint-Gervnis. et Barrier, 
instituteur à Boigny (Loiret). 



I.f fieront : A. MARETHErx. 



Pans. — L. Marktheux, imprimeur, I, rue Cassette. 



L'EXPLOITATION DE LA CHASSE 
ET LES RÉSERVES A GIBIER 

Par le comte Justinien CLARY, 
Président du Saint-Hubert Club de France 1). 

Monsieur le Ministre, 
Mesdames, Messieurs, 

Je suis quelque peu confus et encore plus intimidé de prendre 
la parole devant un auditoire aussi brillant et aussi nombreux, 
dans cet amphithéâtre illustré par tant de princes de la science. 
Si j'ai cédé, mon cher Président, aux très aimables et trop 
flatteuses instances de votre conseil, c'est pour placer sous 
l'égide de la Société Nationale d'Acclimatation la véritable 
doctrine de l'exploitation de la Chasse, pour lui demander de 
travailler avec nous à changer la mentalité du peuple destruc- 
teur qu'est le nôtre, et nous aider à défendre avec toute l'au- 
torité de son institution notre gibier sédentaire et le gibier 
migrateur. Je veux espérer, mon cher Président, que vous ne 
nous refuserez pas votre précieux concours, votre puissant 
appui. J'ai pensé aussi que je ne pourrais trouver un milieu 
plus sympathique pour essayer une fois de plus d'être utile aux 
chasseurs en exposant ici et en m'efforcant de démontrer, par 
l'exemple de quelques-uns de nos voisins, ce que pourrait, ce 
que devrait être la chasse en France. 

Je ne vous parlerai donc ni de l'exploitation de la chasse, ni 
des réserves de chasse aux colonies. Modeste chasseur d'Eu- 
rope, je laisse à de plus compétents, à de plus qualifiés que 
moi le soin de vous faire connaître la chasse coloniale fran- 
çaise, et surtout ce qu'elle pourrait être, en vous montrant 
comment elle est comprise dans les colonies anglaises, alle- 
mandes ou autres. 

Dans notre pays où la chasse s'est démocratisée à ce point 
que le chiffre des porteurs de permis a vingtuplé depuis 
soixante-dix ans, et qu'il représente aujourd'hui le trentième 
de la population masculine, sans compter, hélas ! le nombre 



(i) Conférence faite lors de la distribution solennelle des récompenses 
de la Société, le 10 février 4912. 

BULL. SOC. NAT. ACCL. FR. 1912. — 2U 



298 BULLETIN DE LA SOCIÉTÉ NATIONALE D'ACCLIMATATION 

beaucoup trop grand des chasseurs irréguliers, on peut dire 
que tous les chasseurs, sauf quelques rares exceptions, sont 
uniquement des destructeurs; ils chassent sans souci du len- 
demain, et, en France, l'exploitation, nous devrions dire la 
destruction annuelle du gibier indigène, n'a d'autres limites 
que les dates d'ouverture et de fermeture. 

Aussi, depuis déjà une trentaine d'années, assistons-nous à 
la décadence de notre chasse nationale, à la diminution pro- 
gressive, et même dans certaines régions à la disparition de 
notre gibier sédentaire. Dans quelques départements du Midi, 
la Perdrix et le Lièvre sont passés à l'état de mythes. 

Des eflorts considérables ont été faits, depuis une dizaine 
d'années, pour lutter contre le braconnage, pour galvaniser 
les indifférents, pour ouvrir les yeux et les oreilles de ceux qui 
ne veulent ni voir ni entendre. Je veux toujours espérer que 
nous sommes à la veille d'un changement dans nos mœurs 
cynégétiques; je souhaite surtout que le mouvement d'opinion 
publique que nous avons créé en faveur de la chasse, et que la 
Commission permanente de la chasse au Ministère de l'Agri- 
culture décident enfin les Pouvoirs publics et le Parlement à 
prendre les mesures administratives et législatives néces- 
saires, indispensables pour sauver cette fraction importante de 
notre richesse nationale. 

En France, la chasse est uniquement un plaisir, une passion 
atavique; le petit chasseur s'y livre avec un égoïsme excessif 
qui sacrifie l'avenir au présent; le chasseur fortuné, pour pou- 
voir chasser toute l'année, a été obligé de demander à l'élevage 
de lui fournir la quantité de gibier que la production naturelle 
ne pouvait pas, ou ne pouvait plus lui fournir. 

Si l'élevage artificiel a droit à tous les éloges, voire même à 
tous les encouragements, s'il répond au programme de voire 
Société, il ne devrait, pour certaines espèces tout au moins, 
n'être qu'un expédient provisoire, et le moyen de repeupler un 
territoire sur lequel le gibier a complètement disparu. Mais il 
ne devrait qu'aider la nature, et le gibier artificiel ne devrait 
jamais remplacer complètement le gibier naturel. — Il serait 
infiniment plus logique, infiniment plus sage de prévenir le 
dépeuplement en appliquant la loi naturelle qui exige que la 
production soit toujours numériquement supérieure à la des- 
truction; et, par conséquent, il est nécessaire de limiter cette 
dernière. 



l'exploitation dé la ceasse 299 

Par son climat, par sa situation géographique, par L'étendue 
de son domaine forestier, par la richesse de son sol, par son 
admirable réseau lluvial, par le développement de ses côte- 
la fertilité de ses plaines, de ses vallées, de ses plateaux, la 
France pourrait être le pays le plus giboyeux d'Europe, comme 
elle l'était encore ù la lin du xvm e siècle. — Eu ne faisant rien 
pour protéger efficacement noire gibier, en ne prenant pas les 
mesures indispensables pour empêcher notre pays de se trans- 
former non seulement en désert cynégétique, mais de devenir 
« l'enfer des Oiseaux » au lieu d'en rester le paradis, nous 
perdons une des raisons d'être les gardiens de ce « joli pays de 
France », du « plus beau royaume sous le ciel », comme l'a 
appelé Onésime Reclus. 

Sans doute, il y a des exceptions. A côté des exterminateurs 
inconscients, des chasseurs vraiment dignes de ce nom se dou- 
blant deprotecteurs du gibier, et s'inspirant des grands exemples 
donnés par notre Société ont tenté d'acclimater et de vulgariser 
certaines espèces nouvelles pour enrichir nos plaines et nos bois. 

Dans le parc de Rambouillet, les Cerfs Sika ont très bien 
réussi; ils s'y multiplient, vivent en bonne intelligence avec 
les Chevreuils et viennent ajouter une variété nouvelle, très 
appréciée, aux tableaux des chasses présidentielles. 

On a dû renoncer à M a ri y aux Dindons sauvages (Dindon 
bronzé d'Amérique). S'ils sont excellents à manger, ils ne cons- 
tituent pas un Oiseau de chasse ; ils se décident difficilement à 
prendre leur vol, mais s'élèvent facilement et ont enrichi nos 
basses-cours d'une variété nouvelle très rustique pour l'éleveur, 
et très prisée des gourmets. 

Le ïinamou, Rallidé de la République Argentine, s'élève 
très facilement dans notre pays; mais dès qu'il est mis en 
liberté il disparait, quelque approprié que soit le terrain à ses 
habitudes et à ses préférences. — Comme le Râle, il court 
devant le Chien ; quand il se décide à. s'enlever il vole rapide- 
ment, un peu comme une Poule faisane, et avec un bruit d'ailes 
très particulier. — Sa chair est très délicate, il offre un rôti 
délicieux, et s'il ne répond pas aux exigences des chasseurs 
comme Oiseau de chasse, il reste une acquisition précieuse 
comme Oiseau comestible. 

Le Mara ou Lièvre de Patagonie est un animal ravissant sur 
les pelouses d'un parc ; il est aussi très bon à manger, mais 
n'a pas justifié les espérances des chasseur-. 



300 BULLETIN DE LA SOCIÉTÉ NATIONALE d' ACCLIMATATION 

Il en a été de même des Colins de Californie Californian 
quail) et de Virginie (Virginian partridge). Ce dernier vole très 
vite et eût été une acquisition précieuse pour la chasse. Chez 
le duc de Chartres à Saint-Firmin, et à Sandricourt, chez le 
marquis de Beauvoir, il en restait tous les ans une ou deux 
compagnies, mais la plupart disparaissent et ne se cantonnent 
pas sur les territoires où ils sont élevés et agrainés. 

On a fait, cette année, dans le Loiret, des essais d'élevage de 
la Perdrix de roche ou Gambra, petite Perdrix rouge que l'on 
trouve en assez grande abondance au Maroc. La tentative dont 
j'ai eu connaissance a bien réussi, mais il faut attendre encore 
une ou deux saisons pour être fixé à cet égard. 

Dans la Dordogne, le coin le de Bezaures a lâché il y a quelques 
années un couple de Perdrix de Chine, ou pour mieux dire de 
« Perdrix de Bambous » [Hambusicola thoracica), pour essayer 
de les acclimater en Périgord. 

Depuis cette époque, elles se sont reproduites chaque année. 
Malheureusement la propriété est trop peu étendue pour retenir 
au printemps tous les couples, et la plupart sont tués en bor- 
dure, probablement au moment des amours. A cette époque, 
le mâle se montre quelquefois, chante beaucoup sur un ton 
perçant et bizarre, quoique harmonieux. — Il ne reste guère 
sur la propriété que deux ou trois compagnies tous les ans. 
Elles sont peu nombreuses, d'environ huit ou dix Oiseaux. En 
Chine, les couvées sont de douze à dix-huit. Cet intéressant 
gibier se défend très bien. Il faut de bons chiens pour lever 
cette Perdrix. Elle affectionne les ronciers épais et les grandes 
haies. Elle se perche et s'aventure rarement dans les champs 
ou sur les coteaux, gardant toujours le fourré et cherchant sa 
nourriture sous les feuilles. Son vol est irrégulier et rapide. La 
compagnie s'enlève en bouquet et part dans toutes les direc- 
tions, ce qui rend le tir difficile et donne l'occasion de faire de 
beaux « snap shots ». 

La Perdrix de Bambous, en chinois « Tchou-ki », est origi- 
naire de la vallée du bas Yang-ïsé; on la trouve plus particu- 
lièrement dans la province de Tché-Kiang. Cette Perdrix e?t 
non seulement un joli Oiseau, mais aussi un mets fort délicat: 
qualité qui a bien sa valeur. 

Permettez-moi de limiter à ces quelques exemples les essais 
d'acclimatation de gibier en France; il n'y a pas de raison de 



l'exploitation de la chasse 301 

s'arrêter dans cette voie et toutes ces tentatives sont aussi ins- 
tructives qu'intéressantes. 

Les chasses gardées ont, sans aucun doute, empêché la 
disparition totale de notre gibier sédentaire et le trop -plein, 
l'excédent des chasses d'élevage, en se répandant sur les chasses 
voisines a permis de qualifier le gibier des chasses banales 
« le gibier des autres ». 

Dans tous les pays, les lois écrites eussent dû être mises en 
harmonie avec la loi naturelle, et la décadence actuelle de la 
chasse est la démonstration la plus probanLe de l'insuffisance 
de la loi de 1844. — Si paradoxale que puisse paraître cette 
opinion, le renforcement de la législation actuelle, une répres- 
sion plus sévère et vraiment efficace du braconnage, la préoc 
cupation de la loi de maintenir l'équilibre entre la destruction 
et la production, constitueraient des mesures démocratiques 
par excellence, puisqu'elles auraient pour but de donner à 
chaque porteur de permis l'espoir légitime et la quasi-certitude 
de prélever une part sur le gibier redevenu abondant. Avec la 
division, avec le morcellement de la propriété, il y a nécessité 
absolue d'amener chacun à respecter partout le gibier de tous, 
et cette doctrine pourrait à bon droit être réclamée même par 
les collectivistes. 

Je ne vous ferai pas le tableau de la chasse populaire fran- 
çaise ; le souvenir d'une ouverture sur une chasse banale, dans 
un coin quelconque du département même le plus giboyeux, a 
dû vous édifier à jamais sur la façon dont la masse des porteurs 
de permis comprend l'exploitation de la chasse. 

La battue est devenue la règle presque générale des chasses 
gardées, et depuis quelques années, de sérieux progrès ont 
été réalisés pour rendre ce genre de chasse aussi sportif que 
possible. 

La chasse à courre est, en France, la seule chasse dont l'ex 
ploitation soit rationnelle et conforme à la loi naturelle. Les 
maîtres d'équipage ont intérêt à équilibrer les prises avec la 
production annuelle, pour ne pas diminuer leur stock d'ani- 
maux et avoir la quasi-certitude de lancer chaque fois qu'ils 
découplent. — Si l'on n'y met obstacle, le braconnage, et sur- 
tout le droit des propriétaires et fermiers de détruire les grands 
animaux, classés dans certains départements comme animaux 
nuisibles, finiront par supprimer ce qui reste de Cerfs en 
France. Nous ne pouvons songer, dans les forêts domaniales, 



302 BULLETIN DE LA SOCIÉTÉ NATIONALE D ACCLIMATATION 

ni dans les bois particuliers à chasser le Cerf ou le Chevreuil à 
l'approche, comme en Autriche ou en Allemagne, mais la 
Vénerie française a maintenu et poussé à ses dernières limites 
l'art et la science de la chasse à courre. 

Si la chasse banale est mal exploitée en France, la chasse 
gardée a été mise en coupe réglée ; elle a été exploitée d'une 
façon presque immorale par les petits propriétaires riverains. 
En particulier l'indemnité pour « dégâts de Lapins » a atteint 
des proportions si exagérées qu'une réaction s'est produite, et 
que propriétaires et locataires ont détruit le Lapin aussi radica- 
lement que possible. En ce faisant, ils ont obtenu un résultat 
doublement avantageux puisqu'ils se sont soustraits à « l'exploi- 
tation du Lapin » et, qu'ils ont en même temps sauvegardé le 
capital-bois très entamé par ce Rongeur qui constituait la base 
des chasses de bois. 

La disparition du Lapin a été compensée dans une certaine 
mesure par l'augmentation et l'abondance de plus en plus 
grande du Faisan. Depuis longtemps acclimaté en France, cet 
Oiseau d'origine asiatique s'est multiplié dans certaines régions 
d'une façon tout à fait remarquable. 

Le Chevreuil, très abondant il y a encore un demi-siècle, 
dans tous nos massifs forestiers, a beaucoup diminué depuis 
une vingtaine d'années. Il a augmenté, en revanche, dans les 
forêts où on le chasse à courre, et s'est maintenu sur les grandes 
chasses gardées où les propriétaires interdisent de tirer les chè- 
vres. Mais cette règle élémentaire de conservation et de multipli- 
cation n'est appliquée qu'exceptionnellement, et en France, les 
chasseurs à tir tuent chèvres et broquarts indistinctement. 

Le Chamois dans les Alpes, et l'Izard. le Chamois des 
Pyrénées, naguère encore très nombreux, diminuent de jour 
en jour. La surveillance et le contre-braconnage sont particu- 
lièrement difficiles dans les hautes montagnes, et seule la 
législation suisse, dont nous dirons un mot tout à l'heure, 
pourrait, non seulement permettre le repeuplement, mais 
favoriser l'accroissement de cette ravissante Antilope d'Europe. 
Les touristes et les guides des Pyrénées chassent l'izarcl dès 
l'ouverture des stations thermales, soit au moins six semaines 
avant l'ouverture de la chasse, et cela depuis des années. 

A cette époque, il y a des Chèvres pleines ou qui allaitent 
encore; gendarmerie et administration ferment les yeux sur 
ces délits de chasse, commis au vu et au su de tous. 



L EXPLOITATION DE LA CHA^E HQ'A 

A côté du gibier indigène, si menacé d r nne façon générale, 
nous ne devons pas oublier le gibier migrateur que nos lois 
françaises protègent encore moins que le gibier sédentaire. 

Les Oiseaux migrateurs sont un patrimoine international, et 
il serait grand temps que des conventions, qu'une législation 
internationale commune vinssent mettre un terme à la destruc- 
tion irraisonnée qui met en danger l'existence même de cer- 
taines espèces. 

Le gouvernement français a fait ce qu'il a pu pour protéger 
la Caille, et il a été suivi dans cette voie par l'Allemagne ; mais 
on continue à exterminer en masse les Cailles sur toutes les 
côtes méditerranéennes, et la métropole n'a jamais osé imposer 
à ses colonies les mesures de protection prises sur le territoire 
français, mesures qui restent forcément inutiles puisqu'elles 
n'ont pas leur corollaire en Algérie et en Tunisie. 

La prolongation de la chasse du gibier migrateur au prin- 
temps (jusqu'au 31 mars ou au 15 avril) est contraire à la loi 
de nature, qui exige la protection la plus absolue au moment de 
la reproduction des espèces. 

Quelques vrais chasseurs s'abstiennent de tirer certaines 
espèces au lendemain même de la fermeture générale, mais les 
autres tuent les Canards accouplés, les Canes en train de pondre 
ou de couver, les Bécasses dans la période d'accouplement. 
Jadis les réserves de la nature étaient peut-être suffisantes pour 
combler les vides faits par une quantité restreinte de chasseurs; 
mais les chasseurs sont devenus légion, leur armée promène 
le fusil dans tous les pays, sur tous les continents, exploitant 
successivement toutes les contrées du globe. La nature a été 
partout asservie par l'homme ; c'est l'homme qui doit à présent 
protéger et développer partout la vie libre, et considérer le 
gibier migrateur comme un bien commun collectif. 

Avant de quitter notre pays, je voudrais mettre successive- 
ment sous vos yeux l'organisation de deux chasses à la sauva- 
gine, la première comme type de chasse naturelle, et la seconde 
comme prototype de chasse artificielle. 

-A Marchais, dans le beau domaine de S. A. S. le prince de 
Monaco, à quelques kilomètres de Laon, s'étend toute une série 
d'étangs formés par l'extraction de la tourbe. La contenance 
de chacun de ces étangs peut varier de deux à quatre hectares, 
et ils se succèdent sur une longueur d'environ 16 kilomètres. 
Chaque étang est entouré d'une palissade de roseaux dont 



304 BULLETIN DE LA SOCIÉTÉ NATIONALE D'ACCLIMATATION 

l'assemblage est très serré, véritables écrans qui permettent au 
chasseur, en se tenant constamment baissé, de circuler tout 
autour, sur un chemin de ronde, sans être aperçu et sans être 
entendu par le gibier, pour peu qu'il observe toutes les précau- 
tions nécessaires. 

Chaque étang est commandé par une hutte en roseaux, aussi 
simple que rustique, suffisamment grande pour contenir à l'aise 
trois ou quatre chasseurs, et pour qu'on puisse y introduire un 
canon mobile. 

Des « guichettes » ou « guignettes » à volets-coulisses per- 
mettent de voir les Oiseaux sur l'étang, de pointer le canon et 
de passer de chaque côté des canardières à mains. Le canon, 
du calibre 43 millimètres monté sur roues pneumatiques, peut 
envoyer sur la bande visée une livre de plomb. Le canon placé 
au centre est généralement pointé et visé par le prince, pendant 
que deux gardes placés de chaque côté et armés de canardières 
calibre 8 attendent le signal pour effectuer une décharge 
générale. 

Le prince de Monaco a dépassé plusieurs fois 60 Ca- 
nards et atteint le chiffre de 97 Vanneaux en un seul coup de 
canon. 

Les Vanneaux fréquentent certains de ces étangs spécialement 
aménagés pour les attirer. Un barrage, dit à Vanneaux, fait en 
oourrées de bois ou en mottes de tourbe, est construit en travers 
de l'étang de façon à être balayé par le canon de la hutte ; 
le barrage arrive à fleur d'eau pour permettre aux Oiseaux de 
se poser. 

Chaque étang est pourvu de son effectif d'appelants dont la 
faction et la relève sont militairement organisées. 

Chaque groupe d'étangs est placé sous la surveillance d'un 
garde, logé dans un pavillon à proximité. Ces différents postes 
sont reliés entre eux par le téléphone, et chacun aboutit direc- 
tement au château, dans la chambre même du prince. Dès 
qu'une bande d'Oiseaux se pose sur l'un des étangs, fût-ce au 
milieu de la nuit, les gardes ont l'ordre de téléphoner immédia- 
tement. En quelques minutes, grâce à une piste cyclable, le 
prince arrive à motocyclette ; il peut parfois faire plusieurs 
coups de canon en passant successivement d'un groupe d'étangs 
à un autre. 

La chasse des marais de Marchais a été méthodiquement, 
j'allais dire scientifiquement organisée, et il est impossible 



l'exploitation de la cuassi: 305 

d'exploiter d'une façon plus complète les passages de sauvagine 
s'arrêtant sur les étangs. 

Parallèlement à cette mise en valeur de marais naturels, nous 
avons pensé qu'il serait intéressant de présenter la création 
artificielle, de toutes pièces, d'un étang d'eau courante com- 
mandé par un gabion. 

Les gabionneurs et les buttiers savent que l'eau courante est 
la condition essentielle et presque indispensable du succès ; 
l'étang, le marais qui, grâce à des sources ou au passage d'eau 
courante, ne gèlent presque jamais, sont privilégiés, et les vols 
de sauvagine s'y abattent toujours de préférence. 

Le prince Michel Sturdza possède à Longueil, près de Dieppe, 
à environ 1.500 mètres de la mer, à vol d'oiseau, une prairie 
de onze hectares entourée de marais dont il est locataire. Cette 
prairie est limitée sur plus de la moitié de sa périphérie par 
une petite rivière, la Saâne. Le problème consistait à se servir 
des eaux de la rivière pour alimenter l'étang, dont la profondeur 
avait été fixée à 0,40 centimètres, et le problème était d'autant 
plus difficile à résoudre que le niveau de la prairie était plus 
élevé que celui de la rivière. 

MM. Beaucantin et Le Morvan, architectes paysagistes à 
Rouen, qui s'étaient chargés de ce travail très important, ont 
triomphé de toutes les difficultés ; grâce à des terrassements 
considérables, le niveau de la prairie a été suffisamment abaissé 
pour qu'un étang d'un hectare soit constamment alimenté par 
la rivière à l'aide de vannages et de déversoirs savamment 
combinés. La poussée d'eau est suffisante pour empêcher la 
gelée d'avoir action sur le centre de cette grande mare, et grâce 
à ce courant constant la surface n'est jamais gelée tout entière 
pendant les plus grands froids. 

L'étang n'est pas concave, il est convexe, c'est-à-dire plus 
profond sur les bords que dans son milieu, et cette disposition 
ingénieuse assure l'eau limpide en tout temps. 

L'eau de l'étang s'écoule par différents petits canaux qui, à 
l'aide de plantations de roseaux et de leiches, ont été arrfénagés 
aussi habilement que possible pour servir de réserve à la 
Bécassine. 

A l'une des extrémités de la mare se trouve le gabion. Cette 
hutte très confortable, mais très rustique, a été construite 
en ciment armé. Elle se compose de trois pièces: en arrière, 
la cuisine-salle à manger et la chambre de repos, en avant. 



éiOfi BULLETIN DE LA SOCIÉTÉ NATIONALE D'ACCLIMATATION 

la chambre de « guette » ouvrant sur la mare. Cetle chambre 
a mètres de long sur 2 m 50 de profondeur, et deux pans 
coupés permettent de tirer sur les côtés. Les portes intérieures 
forment tambour pour éviter le bruit et tout passage de clarté : 
le plafond et les côtés sont recouverts de nattes noires. 

En Allemagne et en Autriche, la chasse est une véritable 
institution. Elle est bien, comme en France, un plaisir, une 
passion, mais elle est aussi une sorte de religion. Les Autri- 
chiens et les Allemands ont un véritable culte du gibier et de 
la chasse! La chasse est considérée, traitée comme une 
richesse économique, une partie importante du patrimoine 
national, et depuis plus d'un siècle le gibier est protégé par 
une législation qui ^a fait de l'Allemagne et de l'Autriche- 
llongrie en particulier les pays les plus giboyeux d'Europe. 

Le principe fondamental de cette législation est l'obligation 
pour tout propriétaire ne possédant pas un certain nombre 
d'hectares d'un seul tenant, d'abandonner son droit de chasse 
à la commune. Celte dernière met alors en adjudication le droit 
de chasse sur ce qu'on pourrait appeler le bloc commun. 

Les propriétaires k de la commune bénéficient du prix de 
location, qui vient diminuer leurs impôts fonciers ou commu- 
naux au prorata de la contenance de leurs terres. 

Cette disposition législative a empêché les conséquences 
désastreuses de la division, du morcellement de la propriété 
au point de vue de la protection et de la conservation du 
gibier. 

Chez nos voisins, le gibier est considéré comme un produit 
du sol, tout comme le blé, le bois ou la vigne; la plus-value 
chasse vient toujours se superposer à la plus-value culture 
ou bois, et bien loin de leur nuire, le produit chasse s'ajoute 
aux autres revenus de la terre. 

Les propriétaires fonciers sont aussi fiers de la plus-value 
chasse de leurs terres que de la plus-value récolte ou coupes 
de bois. Les régisseurs, les intendants tiennent les comptes 
de chasse aussi soigneusement que les comptes fermes et 
forêts, et dans le pavillon du prince de Sclnvartzenberg à la 
première Exposition internationale de Chasse à Vienne en 
1010, on pouvait voir et consulter les livres de chasse de ce 
domaine de 220.000 hectares, depuis, l'année 1610, soit troi> 
sièeles de chasse et de traditions cynégétiques! 

Sans dépasser le Rhin, il suffit de voir ce qu'est devenue la 



L EXPLOITATION DE LA CHASSE :{()7 

chasse eu Alsace-Lorraine depuis trente ans qu'elle a pu 
obtenir d'être placée sous le régime de la législation cynégé- 
tique allemande. Le gibier a plus que décuplé, et le prix 
de location des chasses a suivi la même proportion. 

En Alsace-Lorraine, comme dans le grand-duché de Bade, 
on ne fait aucun élevage, et il est difficile de trouver uni' 
pareille densité de Perdreaux et de Faisans naturels ; je ne 
parle pas des Lièvres et des Chevreuils qui fournissent d< rs 
tableaux qui seraient tout à fait exceptionnels en France. 

Allemands et Austro-Hongrois exploitent la chasse d'une 
façon et suivant des règles presque identiques. 

Les gardes voient ,1a proportion de gibier qui peut être tuée 
pour maintenir l'équilibre et même pour augmenter la récolte 
annuelle, si l'on peut appliquer ce mot au produit gibier. 

Les communes sont les premières intéressées à ce qu'aucun 
fait de braconnage ne soit commis sur leur territoire, puis- 
qu'elles sont obligées de payer les frais d'entretien des délin- 
quants condamnés à la prison. Ces frais viennent donc dimi- 
nuer d'autant le revenu communal ; et d'autre part, les 
sanctions pour les délits de chasse sont suffisamment sévères 
pour donner à réfléchir aux braconniers les plus déterminés. 

Sur toute l'étendue des territoires allemands et austro- 
hongrois, on chasse le Perdreau devant soi pendant les quatre 
ou six premières semaines de l'ouverture. En Alsace-Lorraine 
et en Bade, où l'on pratique les battues à la française à 
partir du mois de novembre, — principalement pour atteindre 
le quantum de Lièvres qui doit être tué chaque année, — on tire 
aussi les Perdreaux à cette époque; mais ces battues ne sont 
pas faites uniquement pour la Perdrix, et sont infiniment 
moins meurtrières pour celle-ci que les battues et les contre- 
battues telles qu'elles sont pratiquées chez nous et en Angle- 
terre. 

(A suivre.) 



UNE ENQUÊTE SUR LE FAISAN VÉNÉRÉ 

Le samedi 16 mars, une réunion organisée à l'impromptu 
entre amateurs de Faisans vénérés avait amené à l'Hôtel du 
Louvre des chasseurs éminents tels que MM. Rejot, président 
de la Société centrale, le bâtonnier Rétolaud, l'inspecteur 
général des forêts Lafosse, le comte de Ronvouloir, de Granrut, 
Mutel, Stresse r-Péan, Mellerio, etc., qui s'y sont rencontrés 
avec des ornithologistes de marque comme MM. Magaud d'Au- 
busson, Debreuil, Vincent, Duriez, A. Pichot, Ch. Va- 
lois, etc., et d'autre part, avec des gardes-chefs, qui appor- 
taient leur expérience personnelle et les constatations de leur 
longue pratique. 

La discussion, conduite avec la méthode qu'on pouvait 
attendre de tels interlocuteurs, a nettement séparé les points 
sur lesquels tout le monde est d'accord de ceux sur lesquels des 
divergences se sont produites. 

Les points contestés sont dès maintenant soumis à une 
enquête dont nous parlerons plus loin. 

Quant aux points acquis et désormais hors de discussion, ce 
sont : 

La beauté du Vénéré, la hauteur et la rapidité de son vol, 
son mutisme au brancher, l'excellence de sa chair (quand il a 
vécu en liberté), la précocité de ses facultés prolifiques, sa poly- 
gamie, son endurance au climat de la France ; enfin ce fait qu'il 
n'est pas migrateur. 

La discussion avait été amorcée par une communication de 
notre collègue M. Rrunot, qui a résumé ses expériences person- 
nelles (le compte rendu en a été publié dans le Bulletin de 
Saint-Hubert Club, octobre 1911 et mars 1912). Sans rééditer 
cette publication, M. Rrunot la complète sur deux points : 
1 endurance au climat et la polygamie du Vénéré. 

Endurance au climat. — Le Vénéré ne craint ni le froid ni la 
chaleur, à l'état adulte. Si les petits Vénérés, comme tous les 
faisans indigènes, sont très sensibles à l'humidité, au froid et 
à l'insolation, en revanche, le Vénéré adulte se plaît sous le 
climat français; il se reproduit spontanément en liberté depuis 
plus de quarante ans, dans le magnifique parc de Grosbois 
037 hectares), appartenant au prince de Wagram ; ces Oiseaux 
de Grosbois, en retournant à l'état de nature, ont pris une 



UNE ENQUÊTE SUR LE KA1SAN VÉNÉRÉ .'{01) 

allure plus élancée, plus line que l'Oiseau de volière. 11 y a, 
entre le Vénéré de Grosbois et le Vénéré des parquets ou des 
jardins zoologiques, à peu près la même différence qu'entre un 
Pur sang anglo-normand et un Percheron. 

La captivité empâte le Vénéré et parait l'élargir et l'épaissir; 
la liberté au contraire effile et développe l'Oiseau dans la lon- 
gueur, en forme de fuseau, favorable à la rapidité du vol et au 
passage aisé à travers les broussailles. 

11 ne s'agit pas ici d'une apparence résultant de plumes plus 
ou moins lisses, le poids moyen des Oiseaux de Grosbois paraît 
être inférieur de 200 grammes à celui des Oiseaux de parquets : 
12 Poules et 12 Coqs de Grosbois pesaient ensemble 22 kilo- 
grammes. 

12 Coqs et 12 Poules de parquets, de provenances diverses et 
sensiblement de même âge que les premiers, pesaient 27 kilo- 
grammes. 

La perte de poids ne paraît pas être considérée comme une 
dégénérescence résultant de la consanguinité, car les Oiseaux 
de Grosbois sont plus vifs, plus nerveux, plus agiles; ils sem- 
blent plus hauts sur pattes, probablement en raison de leur 
attitude plus droite et plus effilée. 

Polygamie. — Pour s'assurer si le Vénéré est monogame ou 
polygame, M. Brunot avait divisé les Coqs de ses parquets en 
trois groupes : les premiers reçurent une seule femelle; les 
seconds eurent deux Poules; enfin les Coqs du troisième groupe 
furent pourvus de trois Poules. Aucune bataille ne survint 
entre les Poules polygames, la proportion des œufs fécondés 
fut sensiblement la même partout. 

Le Vénéré est donc polygame, sans répugnance, en capti- 
vité. 

Une autre constatation prouve que les Poules sont volontai- 
rement polygames en liberté. Dans un petit bosquet isolé et 
clos mais non couvert se trouvaient trois Coqs entravés et trois 
Poules également entravées; ce bosquet était à deux kilo- 
mètres de la réserve du grand bois où avaient été lâchés des 
Oiseaux libres. Une de ces Poules libres n'hésita pas à faire 
spontanément ces deux kilomètres pour venir rejoindre un 
des Coqs entravés du bosquet : elle négligea, ce faisant, les 
nombreux Coqs libres qui étaient dans son voisinage immédiat, 
et ne s'arrêta pas à la considération que le captif de son choix 
(Hait déjà lui-même en état de polygamie. Cette volontaire en 



310 BULLETIN DE LA SOCIÉTÉ NATIONALE D'ACCLIMATATION 

surnombre resta de son plein gré dans le bosquet, pendant 
toute la ponte: elle y couva onze œufs, dont dix vinrent à bien, 
et ne retourna au grand bois que lorsque ses Faisandeaux 
devenus grands purent l'y suivre. 

M. Brunot en conclut que le Vénéré est naturellement poly- 
game ; celte question n'est plus contestée aujourd'hui, et si 
quelques marchands soutiennent encore que le Vénéré est 
monogame, cette affirmation ne repose sur aucun fondement 
et semble avoir simplement pour objet de faciliter l'écoule- 
ment des Coqs en surnombre. 

M. Brunot a constaté, à plusieurs reprises, que les Poules les 
plus jeunes sont cochées les premières : quelques-unes de ces 
jeunes cochées chassaient d'abord les Poules non encore 
cochées-, mais cette sorte de jalousie passagère disparaissait 
dès que les faveurs du Coq s'étaient impartialement réparties. 
A partir de cette « légitimation » la concorde n'a jamais cessé 
de régner entre les sultanes du même Coq. 

Après avoir fixé les points hors de discussion, la réunion de 
l'Hôtel du Louvre a dressé le bordereau des questions contro- 
versées et a décidé d'instituer une enquête pour en obtenir la 
solution précise. 

Cette enquête sera dépouillée et disculée dans une réunion 
ultérieure qui aura lieu au mois de juin, lors de l'Exposition 
canine. Elle porte sur les points suivants : 

Réputation d insociabilité. — Constatations précises d'insocia- 
bilité; les Coqs batailleurs étaient-ils jeunes ou vieux ? Avaient- 
ils été lâchés adultes ou entraînés? Étaient-ils pourvus de 
Poules Vénérées en nombre suffisant? Quelle élait la densité 
respective par hectare : d'une part des Coqs et Poules Vénérés, 
d'autre part, des Coqs et Poules ordinaires? 

Habitats préférés. — Quels sont les lieux de cantonnement 
préférés et naturels du Vénéré? Sol granitique, ou calcaire, ou 
argileux, ou tourbeux ? terrain sec ou humide? montagne ou 
plaine? futaies ou jeunes coupes? arbres résineux ou feuillus ? 
Est-il exclusivement silvestre, ou se plail-il parfois en plaine? 

Nourriture d'élection. — Granivore, haccivore ou insecti- 
vore? Quelles sont, selon la saison et les circonslances, ses 
aliments de choix? Plantes à propager ou à proscrire ? Influence 
de l'eau ? 

Ois, ■nu de compagnie. — Le Vénéré peut-il. à certains égards, 
elre considéré comme Uiseau de compagnie? Les groupements 



UNE ENQUÊTE SI I! LE FAISAIS VÉNÉRÉ .'Jll 

constates résultent-ils, comme |>our les Perdrix, de la commu- 
nauté d'origine et d'incubation? ou, comme pour les Corbeaux, 
Outardes, etc., d'un instinct de défense sociale? Conditions, 
époques, nature et durée de ces groupements : Le Coq s'inté- 
resse -t-il à la protection et parfois à l'éducation des jeunes, 
comme le Coq-Perdrix? ou s'en désintéresse-t-il comme le Coq- 
Faisan commun ? 

Procédés artificiels de cantonnement. — Quels sont, selon les 
divers terrains, les meilleurs artifices pour cantonner les 
Vénérés de repeuplement? Par les Coqs ou par les Poules? 
Captifs ou entravés? Nourritures cantonnantes? Quel âge pré- 
férable pour la mise au bois des jeunes? 

Enfin, d'une façon générale, quelles sont les particularités 
constatées dans les mœurs particulières du Vénéré : Défense 
contre les animaux nuisibles? Brancher diurne et nocturne? 
Nidification, incubation, et éducation à l'état libre? 

Tels sont les points soumis à l'enquête. Nos collègues son^ 
instamment priés de recueillir soit par eux-mêmes, soit par 
leurs relations, toute documentation précise et nettement con- 
statée, relative à ces divers points, et de les classer précieuse- 
ment pour en faire bénéficier la réunion projetée lors de 
l'Exposition canine. 



ÉNUMÉRATION DES PLANTES 
CULTIVÉES PAR LES INDIGÈNES EN AFRIQUE TROPICALE 

ET DES ESPÈCES NATURALISÉES DANS LE MÊME PAYS 

ET AYANT PROBABLEMENT ÉlÉ CULTIVÉES A UNE ÉPOQUE 

PLUS OU MOINS RECULÉE 

Par Aug. CHEVALIER. 

Suite (1). 

PllYTOLACCACÉES. 

Mohlana nemoralis Mart. — Originaire de l'Amérique tropi- 
cale, Répandu autour des villages dans un grand nombre de 
pays de la région des forêts vierges. A la Côte dTvoire, notam- 
ment, l'espèce est fréquente et elle a toujours l'allure d'une 
plante naturalisée. 

Les indigènes ne la cultivent plus et n'en font aucun usage à 
notre connaissance, mais, autrefois, elle a pu être cultivée 
comme brède. 

Phytolacca dodecandra L. Hér. {=P. aby ssinica Moq.). — ■ 
Origine inconnue. La plante est naturalisée autour des villages 
dans un grand nombre de régions de l'Afrique tropicale, mais 
nulle part elle n'est connue d'une manière précise à l'état 
spontané. Nous l'avons observée en grande quantité autour des 
villages Dyolas dans la haute Côte dTvoire. La plante n'est pas 
cultivée, mais elle s'écarte peu des alentours des cases et a 
certainement été cultivée autrefois. Les femmes utilisent les 
jeunes pousses pour faire des sauces, ou bien on les consomme 
comme brèdes. Nous avons utilisé les feuilles pour remplacer 
les Epinards et les avons trouvées excellentes. 

POLYGONACÉES. 

liumex abyssiniens Jacq. - Originaire des montagnes de 
l'Afrique tropicale. Nous l'avons observé à San-Thoiné à l'état 
spontané à 1.81)0 mètres d'altitude. Cultivé par les indigènes 
comme plante potagère dans presque tout le bassin du Congo. 
Les Européens nomment ce légume Oseille Sango. 

(1) Voir Bulletin, l ,r et 15 février, î er mars, 15 avril 1912. 






PLANTES CULTIVÉES EN AFRIQUE TROPICALE 313 

PlPÉRACÉES. 

Piper guineense Schum. et Thonn. — Spontané dans les 
forêts vierges et les galeries forestières de l'Afrique tropicale. 
iSous avons observé cette espèce à l'état cultivé seulement dans 
le Kissi (Guinée française). Le Poivre de Guinée, dans cette 
région, donne lieu à un petit commerce. 

Laurinées. 

Persea gratissima Gaertn. — Avocatier. Originaire de l'Amé- 
rique tropicale. Cultivé par les indigènes dans les colonies por- 
tugaises. On en trouve aussi quelques exemplaires plantés dans 
les villages Soussous, en Guinée française. 

EUPUORBIACÉES. 

Euphorbia Hermentiana Ch. Lem. — Euphorbe cultivée dans 
la plupart des villages du Congo, soit pour former des haies, 
soit comme plante fétiche. 

Euphorbia Poissoni Pax. — Spontané dans les rochers du 
Dahomey. Cultivé comme plante fétiche dans le Bas et le 
Moyen-Dahomey. 

Euphorbia Renouardi Pax. — Spontané au Soudan français. 
Parfois planté comme fétiche. 

Euphorbia elastica J. Poisson. — Spontané en Afrique occi- 
dentale. Planté çà et là comme fétiche. 

Euphorbia balsamifera Ait. (=E. sepium N. E. Br. =E. 
Rogeri N. E. Br.). — Spontané dans la zone sahélienne. Très 
fréquemment employé pour faire des haies au Sénégal. Parfois 
planté dans le Haut-Dahomey, le Gourma et le Mossi, comme 
plante fétiche ou médicinale. 

Euphorbia lateriflora Schum. et Thonn. — Plante à port 
à? Euphorbia Lathijris L. Souvent planté dans le Bas et le Moyen- 
Dahomey comme plante médicinale et comme plante fétiche. 

Euphorbia Teke Schweinf. in Pax. — Congo belge. Haut 
Chari. Commun dans le Haut-Oubangui et fréquemment planté 
dans les villages comme plante fétiche. 

JEleophorbia drupacea (Schum. et Thonn.) Stapf. — Spontané 
danslesforêts viergesde l'Ouest-africain. Planté dans les villages 
de la Côte d'Ivoire, soit comme plante fétiche, soit comme plante 
à poison d'épreuve. Au Fouta-Djalon, elle est souvent utilisée 
parles Peulhs pour faire des clôtures autour de leurs fermes. 

BULL. SOC. NAT. ACCL. FR. 1912. — 21 



314 BULLETIN DE LA SOCIÉTÉ .NATIONALE D'ACCLIMATATION 

Jatropha Curcas L. — Originaire de l'Amérique du Sud. 
Sert à faire des clôtures chez la plupart des peuplades de 
l'Afrique tropicale. Plante parfois naturalisée sur rempla- 
cement des villages détruits. 

Les indigènes ne font pas usage de la graine, qui est oléa- 
gineuse et constitue un purgatif drastique. 

Jatropha multifida L. — Originaire de l'Amérique tropicale. 
Quelques exemplaires sont cultivés dans de nombreux villages 
du Bas-Dahomey ou de la basse Côte d'Ivoire, soit comme 
plantes d'ornement, soit comme plantes fétiches. 

Jatropha goss'jpïfolia L. — Originaire de l'Amérique tro- 
picale. Naturalisé en abondance le long du littoral africain, 
depuis la Guinée française jusqu'au Congo. Planté dans de 
nombreux villages de la Haute-Guinée française comme plante 
fétiche, empêchant le tonnerre de tomber sur les cases. 

Ricinodendron africanum Muell. Arg. — Spontané dans les 
forêts et les galeries forestières de l'Afrique tropicale. Graines 
comestibles riches en matières grasses. Au Baoulé et dans 
quelques autres parties de la Côte d'Ivoire, on conserve les 
arbres venus de graines perdues aux alentours des villages. 

Manihot Glaziovii Muell. Arg. — Originaire du Brésil. Plante 
à caoutchouc introduite dans l'Ouest-africain par les Européens 
vers 1890. Aujourd'hui, on constate la présence de cette 
essence dans de nombreux villages indigènes, notamment en 
Guinée française, dans la basse Côte d'Ivoire, au Dahomey, 
dans le Haut-Oubangui, où les premiers plants furent intro- 
duits en octobre 1902 par la mission Chari-lac Tchad et ense- 
mencés parle jardinier V. Martret. 

Manihot utilissima Pohl. — Manioc. Originaire du Brésil. 
Introduit en Afrique vraisemblablement peu de temps après la 
découverte de l'Amérique. De nombreuses variétés se ren- 
contrent aujourd'hui en Afrique tropicale. Beaucoup de peu- 
plades de la forêt vierge font du Manioc leur nourriture pres- 
que exclusive. On cultive, outre les variétés amères contenant 
de l'acide cyanhydrique dans leurs tubercules, des variétés 
douces, comestibles sans préparation préalable. D'après F. Pax, 
tous les Maniocs cultivés en Afrique tropicale se rattacheraient 
a la même espèce, et ce serait à tort que l'on aurait rattaché les 
Maniocs africains doux soit au .)/. dulcis (G. F. Gmel.) Pax, 
soit à sa car. Aipi (Pohl) Pax. Ces deux dernières plantes ne 
seraient connues qu'au Brésil. 



PLANTES CULTIVÉES EN AFRIQUE TROPICALE 'M-> 

llnru crepitans L. — Originaire de l'Amérique tropicale. 
Introduit depuis longtemps par les Européens a la Côte occi- 
dentale d'Afrique. Les indigènes ont planté cet arbre en quel- 
ques villages du Ras-Dahomey. 

Urticackes. 

Celtis integrifolia Lamk. -- Spontané dans les forêts vierges 
de l'Ouest-africain. Cet arbre a été transporté parles indigènes 
bien au delà de son habitat naturel. On en observe de beaux 
exemplaires servant « d'arbres à palabres » sur les places ou 
aux alentours d'un grand nombre de villages de la zone 
soudanaise. 

Cannabis sativa L. — Spontané en Asie, de la Sibérie à la 
mer Caspienne. Le chanvre n'existe qu'à l'état cultivé en Afrique 
tropicale et y est assez rare. Dans la forêt vierge du Congo 
français et du Congo belge on en ensemence dans beaucoup de 
villages, non pour la fibre qui n'est pas utilisée, mais pour les 
feuilles utilisées par les fumeurs de hachisch. 

Morus mesozygia Stapf. — Spontané dans la partie nord de 
la forêt de la Côte d'Ivoire. Planté comme « arbre à palabres » 
dans quelques villages de la haute Côte d'Ivoire et du Lagos. 
Ou trouve aussi ces arbres à travers les champs cultivés du 
Baol (Sénégal), où ils ont été sans doute introduits. 

Ficus Rokko Warb. et Schweinf. — Origine incertaine, mais 
fréquemment naturalisé dans une grande partie de l'Afrique 
tropicale. Cet arbre a dû autrefois être cultivé sur de grandes 
étendues pour la fabrication des vêtements à l'aide de l'écorce 
battue. La culture, pour cet usage, se pratique encore à notre 
connaissance au Baoulé (Côte d'Ivoire), et dans le pays des 
Bandas et des Mandjias (Haut-Oubangui). Ailleurs, notamment 
au Soudan français, ce Ficus est conservé seulement comme 
« arbre à palabres ». 

Ficus Vogelii Miq. — Spontané sur le littoral depuis le 
Sénégal jusqu'au Lagos. Dans cette zone et dans les territoires 
qui l'avoisinent, il est planté comme « arbre à palabres » ; en 
outre, en quelques points de la Côte, les indigènes en ont bou- 
turé des branches pour en retirer plus tard du caoutchouc. 
Enfin, au Baoulé, on cultive une race de cette espèce dont 
l'écorce fournit après battage un tissu comparable à celui pro- 
duit par l'espèce précédente et par VAntiaris a /ricana (Scott- 



316 BULLETIN DE LA SOCIÉTÉ NATIONALE D'ACCLIMATATION 

Elliot) Engler, dénommé « Arbre à pagnes » mais exploité seu- 
lement dans la forêt et non cultivé. 

Ficus trachyphy lia F enzl. — Spontané dans la zone sahélienne, 
souvent planté dans la zone soudanaise et parfois plus au Sud, 
soit comme « arbre à palabres », soit comme arbre émettant 
des pousses que l'on coupe pour donner en nourriture aux 
Moutons. Nous avons observé à Saint-Louis un magnifique 
Ficus Caribah. greffé sur cette espèce et produisant de bonnes 
Figues. 

Ficus bembicicarpa Warb. — Spontané en Afrique occiden- 
tale. Cultivé jjcomme « arbre à palabres » dans la plupart des 
villages du Soudan nigérien. 

Ficus Kerstingii Warb. — Spontané en Afrique occidentale. 
Cultivé comme « arbre à palabres » dans les villages du Togo 
et du Dahomey. 

Ficus Jollyana A. Chev. (= F. lyrata Hort.). — Spontané dans 
la forêt de la Côte d'Ivoire. Planté dans quelques villages de la 
basse Côte d'Ivoire comme « arbre fétiche ». 

Ficus blbracteata Warb. (inclus F. umbrosa Warb.). — Spon- 
tané en Afrique tropicale et parfois exploité comme producteur 
d'un gutta de qualité secondaire (gutta de la Nigeria). Parfois 
planté dans les villages de l'Afrique occidentale et du Chari 
central, comme « arbre à palabres ». 

Chlorophora excelsa (Welw.) Benth. et Hook. f. — Spontané 
dans la grande forêt vierge africaine et dans les régions avoi- 
sinantes. Des exemplaires détaille aujourd'hui gigantesque ont 
été réservés ou plantés autrefois par les indigènes dans divers 
villages de la Guinée française, de la haute Côte d'Ivoire et du 
Bas-Dahomey. 

Artocarpus incisa L. f. var. scminifera auct. — Arbre à pain 
châtaigne. Originaire de Java et des îles du Pacifique. Assez 
répandu à la Côte d'Ivoire, dans la région du Bas-Cavally. 

Artocarpus incisa L. f. var. apyrea auct. — Arbre à pain vrai. 
Même origine que la plante précédente; en est une variété 
stérile se multipliant par bouturage des racines. On en trouve j 
quelques individus cultivés par les indigènes, au Bas-Dahomey, 
à Lagos, sur la Côte du Gabon. 

Fleurya xsluans (L.) Gaudich. — Origine asiatique. Natura-I 
lise autour de la plupart des villages de l'Afrique tropicale. Lesj 
indigènes n'en font aucun usage et ne l'ensemencent pas;[ 
cependant il semble avoir été introduit à une époque reculée. 



PLANTES CULTIVÉES EN AFRIQUE TROPICALE i!l7 

ZlNGIBÉRACÉES. 

Curcuma longa L. — Originaire de l'Asie tropicale. Cultivé 
par les indigènes dans le Soudan nigérien, dans la haute Côte 
d'Ivoire, au Baoulé, au Bas-Dahomey, au Bas-Congo, pour ses 
rhizomes produisant une teinture jaune employée pour colorer 
les cuirs. 

Maranta arundinacea L. — Arrow-root. Originaire de l'Asie 
tropicale. Cultivé en quelques points du littoral de la Gold- 
Coast et du Congo par les Noirs civilisés. 

Zingiber officinale Bosc. — Gingembre. Originaire de l'Asie 
tropicale. Cultivé sur une assez large échelle en Guinée fran- 
çaise, au Sierra-Leone, dans le sud du Soudan français, au 
Dahomey, dans la Nigeria du Nord. Introduction fort ancienne. 

Canna indien L. var. C. orientalis Bosc. — Originaire de 
l'Asie tropicale. Commun aujourd'hui dans les territoires très 
étendus de l'Afrique tropicale, principalement dans la zone 
des forêts. La plante se rencontre exclusivement aux abords 
des villages actuels, ou détruits, ou sur l'emplacement des 
anciennes cultures. La plante n'est plus cultivée, mais nous 
pensons qu'elle l'a été autrefois pour ses rhizomes riches en 
fécule. 

Costus afer lier. — Spontané dans les forêts et galeries fores- 
tières de l'Afrique tropicale. Est cultivé près de quelques villages 
au Bas-Dahomey, pour l'écorce de ses tiges qui, découpée en 
lanières, sert à tresser des corbeilles. 

Aframomum Melegueta (Bosc.) K. Schum. — Paraît spontané 
en certaines parties de la forêt de la Côte d'Ivoire et du Libé- 
ria. Cultivé en grand pour la production de la Méléguette ou 
Graine de Paradis, dans la partie côtière de la Guinée fran- 
çaise, au Kissi, au Sierra-Leone, dans presque toute la Côte 
d'Ivoire, au Bas-Dahomey, etc.. 

Aframomum cereum (Hook. f.) K. Schum. — Spontané à tra- 
vers la forêt de la Côte d'Ivoire. Cultivé dans le Bas-Cavally et 
chez les Bakoués pour ses feuilles, que l'on met dans la cuisine 
indigène afin de la parfumer. 

Musacées. 

Musa Schweinfurthii Warb. (= M. Chevalieri Gagnep.). — 
Spontané dans la zone guinéenne depuis la Guinée française 
jusqu'au bassin du Haut-Nil. Bemonte parfois dans la zone sou- 



318 BULLETIN DE LA SOCIÉTÉ NATIONALE D'ACCLIMATATION 

danaise. Parfois quelques exemplaires sont plantés aux abords 
de certains villages de la haute Côte d'Ivoire pour les graines à 
l'aide desquelles on fabrique des chapelets ou qu'on emploie 
en guise de billes pour jouer. 

Musa paradisiaca L. — Originaire de l'Asie méridionale. 
Cultivé en grand en Afrique tropicale dans la zone des forêts 
vierges, desquelles il s'écarte de quelques centaines de kilo- 
mètres au plus. 

Ses fruits constituent encore la base de l'alimentation de nom- 
breuses peuplades africaines. En temps de disette, les indigènes 
consomment aussi les rhizomes et les bourgeons souterrains 
de la plante, qui ne fournissait probablement au début de la 
culture que ce produit utilisable. Il est très probable en effet 
que les races à fruits charnus sans graines sont apparues chez 
des plantes déjà soumises à la culture. On sait que les espèces 
de Bananiers à graines fertiles produisent des fruits à pulpe 
très mince, à peine comestible. 

Musa sapientum L. — Simple race de l'espèce précédente, 
probablement originaire aussi de l'Asie tropicale. En Afrique, 
où l'on connaît une dizaine d'espèces de Musa spontanés, les 
espèces cultivées seules ont des rhizomes et produisent des 
bourgeons à leur base : elles dérivent donc sûrement des types 
spontanés spécifiquement différents des espèces africaines. Le 
Musa sapientum est cultivé en moins grande quantité que le 
précédent, mais il est répandu sur une aire beaucoup plus 
étendue puisqu'il existe aussi dans beaucoup de villages du 
Soudan. Comme l'espèce précédente, il présente de très nom- 
breuses variétés africaines. 

Musa Cavendishii Lambert (= Musa c/nnensis Sweet, M. Mas- 
sonii Sagot, M. sinensis Sagot). — Originaire aussi du continent 
asiatique. Quoique beaucoup moins répandu que les deux Bana- 
niers précédents, il a pourtant pénétré déjà sur les rives du 
Congo et de l'Oubangui, où nous l'avons observé en 190-2. 11 
existe aussi dans les cultures indigènes du Gabon et de la 
Basse-Guinée française. La race dite de Camayenne, cultivée 
aux environs de Conakry pour l'exportation en Europe, est origi- 
naire des îles Canaries, où elle était cultivée depuis longtemps. 

(A suivre.) 



EXTRAITS 
DES PROCÈS-VERBAUX DES SÉANCES DES SECTIONS 



IV e SECTION. — ENTOMOLOGIE 

SÉANCE DU 15 JANVIER 1912. 

Présidence de M. Clément, président. 

Le procès-verbal de la séance précédente est lu et adopté. 

11 est donné lecture d'une lettre de M. Howard, qui remercie 
la Société du compte rendu de son ouvrage sur le Liparis 
dïspar. 

M. Le Fort communique un entrefilet du journal Le Temps, 
sur un parasite de la Pomme de terre. 

Un de nos collègues attire l'attention sur un article de 
M. Guénaux publié dans la Vie agricole, à propos d'un nouveau 
procédé de destruction des Papillons nuisibles à la Vigne; ce 
procédé est basé sur l'emploi des pièges à liquide ; voici en 
quelques mots le dispositif du piège : M. Labergerie ayant 
remarqué que tous les moyens employés pour la destruction des 
Cochylis, Eudemis et Pyrales échouaient presque toujours, soit 
que l'on se serve de bière, de vin, ou autre liquide s'évaporant 
facilement au soleil, soit que l'on emploie la boisson du marc 
frais fermenté, prit du sirop mélasse et remplit aux trois quarts 
des godets en terre cuite, qu'il plaça dans les endroits les plus 
ravagés; tous les deux ou trois jours, M. Labergerie ajoutait un 
peu d'eau pour mieux délayer la mélasse, le résultat ne se fit 
pas attendre : du 15 mai au 15 septembre, dans 3.000 godets, 
M. Labergerie put détruire 60.000 Cochylis, 30.000 Eudemis, 
et 20.000 Pyrales, et le nombre de raisins attaqués lors de la 
prématuration fut tellement faible, qu'on peut considérer la 
destruction comme pratiquement réalisée. 



320 BULLETIN DE LA SOCIÉTÉ NATIONALE D'ACCLIMATATION 

M. Marchai fait observer que ce moyen n'a pas donné partout 
des résultats aussi satisfaisants, et que, seules, quelques indi- 
cations sont à retenir. L'action des ferments est la meilleure, 
et il faut abriter les pièges: le nombre des captures varie aussi 
avec les conditions climatériques. 

M. Henri Loyer dit avoir eu de bons résultats avec l'acide 
picrique sur les Cryptocephalus; les sels organiques de cuivre 
semblent produire quelques effets, mais avant de formuler un 
avis décisif, il est à désirer que les expériences soient continuées 
quelque temps encore. 

M. Marchai fait une communication sur la Cochylis et 
l'Eudemis, leur biologie, leurs dégâts, leurs ennemis, et montre 
aux assistants de nombreuses aquarelles, illustrant l'histoire de 
ces Insectes. 

Les stations entomologiques pour l'étude de la Cochylis et de 
l'Eudemis ont été instituées par décret du 11 février 1911. 
Cinq stations furent ainsi créées, qui, toutes se rattachèrent à 
Paris, station principale chargée de centraliser les résultats 
obtenus dans chacune d'elles. M. Marchai fut nommé directeur 
de la Station de Paris; M. Chalanay, de Chàlons-sur-Marne; 
M. Paillot, de Beaune ; M. Vezin, de Blois; M. Feytaud, de 
Bordeaux ; et M. Picard, de Montpellier. Un long rapport 
détaillé contient l'exposé, par chapitre, des travaux des 
membres de la mission en 1911 ; nos collègues pourront le lire 
avec le plus grand intérêt, dès qu'il sera paru, ce qui ne saurait 
tarder. 

La Cochylis et l'Eudemis, comme beaucoup d'autres Lépido- 
ptères, se délectent de nourriture liquide ; l'eau et surtout les 
liquides sucrés sont presque une nécessité de leur existence. 
Dans l'année 1911, sous l'influence de la grande chaleur et de la 
sécheresse excessive, on a pu constater une diminution notable 
dans la deuxième génération. En Champagne, cette influence a 
porté sur le Papillon; le vol n'a duré que quelques jours et il 
a brusquemment cessé sans que la ponte ait pu s'effectuer : 
dans le Bordelais, l'action de la chaleur et de la sécheresse s'est 
exercée sur la Chenille arrivée à son complet développement 
ou sur la Chrysalide. L'Eudemis a beaucoup moins souffert que 
la Cochylis de ces inlluences climatériques. 

Parmi les insecticides expérimentés, la bouillie bordelaise 









EXTRAITS DES PROCÈS-VERBAUX DES SÉANCES DES SECTIONS 32d 

nicotinée a donné les résultats les plus favorables ; une analyse 
détaillée de l'action de la nicotine faite par M. Feytaud, de 
Bordeaux, donne la raison de son efficacité: 1° Elle agit comme 
insectifuge sur le Papillon, ainsi d'ailleurs que le cuivre des 
bouillies cupriques dans lesquelles elle se trouve incorporée. 
-2° Elle exerce une action abortive sur les œufs. 3° Sa puissance 
de destruction surlaChenille se fait sentir aussi bien à l'intérieur 
qu'à l'extérieur. La pyridine a une action analogue à la nicotine, 
mais elle est beaucoup moins efficace et doit être employée à 
doses beaucoup plus fortes. 

La question du moment favorable pour l'application des 
traitements est de la plus haute importance. Contrairement à 
ce que l'on pensait jusqu'ici, il ne coïncide pas toujours avec 
le maximum du vol des Papillons, mais on doit tenir aussi grand 
compte de l'état de la végétation, surtout pour la première 
génération. S'il s'agit d'un insecticide n'agissant que par voie 
interne, tel que les arsenicaux, l'application devra être plutôt 
vers le déclin du vol qu'au moment du maximum, et en tout 
cas on devra toujours attendre que les boutons des inflores- 
cences soient suffisamment espacés les uns des autres, pour 
que l'insecticide puisse pénétrer dans toute la grappe, et 
recouvrir tous ses éléments. Si la pulvérisation est faite à un 
moment où les boutons sont encore serrés les uns contre les 
autres et enveloppés de bractées, les parcelles de la substance 
toxique qui se trouvent sur l'inflorescence au moment où 
celle-ci se sera étalée et épanouie, seront si minimes que les 
jeunes Chenilles nouvellement écloses demeureront indemnes 
de tout germe mortel. En raison de l'échelonnement de 
l'éclosion, il sera d'ailleurs sage de faire un nouveau traitement 
huit à dix jours après le premier. 

Lorsque l'on emploie la bouillie bordelaise nicotinée, le 
premier traitement pourra être fait avec avantage un peu avant 
ou pendant le maximum du vol des Papillons, en raison de 
l'action insectifuge et de l'action abortive de cette matière sur 
les œufs ; mais si, à ce moment, la végétation n'est pas assez 
avancée, et si les boutons des inflorescences ne sont pas dégagés 
des bractées, et suffisamment écartés les uns des autres, on 
devra différer de quelques jours le traitement, ou mieux encore 
l'appliquer à titre d'insectifuge, destiné à agir comme insec- 
ticide, et faire une nouvelle application au moment où les 
inflorescences seront suffisamment étalées. 



322 BULLETIN DE LA SOCIÉTÉ NATIONALE d' ACCLIMATATION 

Le piégeage lumineux, étudié en Champagne par M. Chatanay 
(installation électrique de Yerzenay, installation à l'acétylène 
d'Avize et de Cramant), a donné de bons résultats. Les femelles 
sont prises en grand nombre aussi bien que les mâles, et la 
majeure partie avant ou au début de la ponte. Le piégeage 
alimentaire (vin mélasse, liquides fermentes) est à l'étude, 
il a donné succès ou déception selon les contrées. Parmi les 
parasites de la Cochylis et de l'Eudemis, il convient de si- 
gnaler particulièrement YOopihora semblidis, petit Hymé- . 
noptère Chalcidien se développant dans l'œuf de la Cochylis 
et de l'Eudemis. M. le professeur Marchai, en collaboration 
avec M. Feytaud , a fait une élude toute spéciale de ce 
parasite. 

Les Cryptogames parasites constituent aussi des foyers 
naturels souvent fort importants pour limiter la multiplication 
de ces Lépidoptères: ils déciment les Chrysalides pendant la 
période hivernale ; et augmenter la germination des Crypto- 
games, c'est diminuer d'autant le nombre des Papillons. 

M. Fron, maître de conférences à l'Institut agronomique, a 
étudié les matériaux qui ont été adressés à la Mission de la 
Cochylis ; la question était Irop grave pour en négliger la 
moindre partie, et une espèce particulièrement virulente pour 
les Chenilles de la Cochylis a retenu l'attention du savant 
professeur: aussi l'a-t-il décrite sous le nom de Spicavia (Isaria 
verticilloides. 

Les modes de culture propres à chaque vignoble ont une 
influence réelle sur la multiplication plus ou moins grande, et 
sur la répartition de la Cochylis; les directeurs des stations ont 
examiné la question dans tous ses détails, et ont pu ainsi 
donner des indications précieuses pour la lutte contre le 
fléau. 

Le provignage en Champagne limite d'une façon fort 
heureuse le développement des Lépidoptères ; l'épluchage 
à la clayette, l'usage des paillassons contre la gelée agissent 
dans le même sens. Dans le Midi, l'arrosage à au contraire 
favorisé le développement des Insectes, et la submersion ne 
s'est pas montrée efficace, malgré l'avis de certains viticulteurs 
qui espéraient trouver par là un moyen pratiquede destruction. 
Les vendanges précoces et rapides, partout où elles ont pu être 
réalisées, ont eu une influence très favorable et ont entraîné 
la disparition d'un grand nombre d'Insectes. Mais nous recom- 



EXTRAITS DES PROCÈS-VEKBAUX DES SÉANCES DES SECTIONS 323 

manderons tout particulièrement l'effeuillage, qui augmente de 
beaucoup l'efficacité des traitements. 

Le Secrétaire, 

Abbé G. Foucnen. 



V e SECTION. — BOTANIQUE. 

SÉANCE DU 22 JANVIER 1912 

Présidence de M. D. Bois, président. 

Il est procédé d'abord au renouvellement du Bureau de la 
Section. M. Bois exprime l'idée qu'il serait utile, dans lintérêt 
même de la Société, que le Bureau ne soit pas toujours composé 
des mêmes personnes, et demande qu'on veuille bien désigner 
des noms nouveaux. 

Sur la proposition de M.Maurice deVilmorinet deM.Debreuil, 
la Section décide par acclamation de maintenir pour 1912 le 
Bureau tel qu'il était constitué, soit : 

Président : M. Bois. 
Vice-président : M. Jules Poisson. 
Secrétaire : M. Gérôme. 
Délégué aux récompenses : M. Bois. 

M. Bois renouvelle l'opinion qu'il avait émise avant le vote; 
mais puisque la Section ne l'a pas faite sienne, il assure ses 
collègues de tout son dévouement, ainsi que de celui des 
autres membres du bureau. 

Le secrétaire donne ensuite lecture du procès-verbal de la 
séance précédente, dont la rédaction est adoptée. 

M. Gérôme présente un travail de M. Guignard, membre de 
l'Institut, directeur de l'Ecole supérieure de Pharmacie de 
Paris, extrait de la Revue de viticulture (1906) et intitulé : « Le 
Haricot à acide cy an-hydrique (Phasseolus lunaius L.). Etude 
historique, botanique et chimique, nouveau procédé pour 
déceler l'acide cyanhydrique. » 

M. le Président communique: 1° une lettre de M. deSainville, 
demandant le nom de deux plantes, qu'il a observées à l'île 



324 BULLETIN DE LA SOCIÉTÉ NATIONALE D 'ACCLIMATATION 

Sainte-Marguerite (Alpes-Maritimes) et au Cannet. Ces deux 
plantes, déterminées par M. Bois, sont le Phylolacca dioica L. 
et YAlbizzia Julibrissin Ben th. 

La première de ces plantes est un arbre de l'Amérique du 
Sud, dioïque, pouvant atteindre 6 à 10 mètres de hauteur, à 
tronc épais, charnu, de croissance très rapide, à feuillage 
dense, d'un beau vert. C'est un arbre d'ombrage, précieux 
pour la Provence, l'Algérie et le Sud de l'Europe, où on le con- 
naît sous le nom de Belsombre. Une bouture d'une année donne 
déjà des exemplaires de très forte taille. 

VAlbizzia Jullibrissin est connu aussi sous le nom d'Arbre 
de soie; il est très répandu dans les cultures méridionales, et 
même dans le sud-ouest de la France, où il est rustique jusqu'à 
Angoulème. Ses fleurs sont d'un blanc légèrement rosé ou rose 
tendre. On le confond souvent avec VAlbizzia Nemu Willd. ; 
mais dans cette espèce les fleurs sont d'un rose carminé plus 
vif. 

2° Une lettre de M. de Chapel, remerciant pour les renseigne- 
ments qui lui ont été donnés au sujet des Saules (voir procès- 
verbal des séances du 20 novembre et du 18 décembre 1911), 
et donne des détails sur la végétation du Cereus Iricostatus 
qu'il a reçu de la Société il y a un an et demi. « Ces boutures 
ont actuellement plus d'un mètre de long; les racines adven- 
tives qui ont poussé à certains endroits de la tige se sont des- 
séchées, ce qui me fait croire que ce Cereus est peut-être ram- 
pant. Les premières gelées cette année viennent de flétrir le 
bout de la lige, je vais leur faire un abri. » Dans la même 
lettre, notre collègue cite aussi qu'il a depuis trois ans en 
pleine terre et poussant avec vigueur les Eucalyptus Gunnii 
et E . robusta. 

M. Le Fort communique une coupure du Journal Halles et 
Marchés^ d'après laquelle on trouve depuis temps une huile 
jusqu'à présent inusitée, l'huile de graines de Tomates. 

« C'est surtout en Italie, où l'industrie des conserves de 
Tomates est très prospère, que ce nouveau produit a pu être 
obtenu en quantités assez considérables pour prendre immé- 
diatement place sur le marché des corps gras. La province de 
Parme, notamment, traite, à elle seule, 84.000 tonnes de 
Tomates don t le résidu, autrefois rejeté comme déchet, a fourni 
600 tonnes d'huile. L'huile de graines de Tomates se classe au 



EXTRAITS DES PROCÈS-VERBAUX DES SÉANCES DES SECTIONS 325 

point de vue chimique, parmi les huiles demi-siccatives, du 
type de l'huile de colon. Elle trouvera, par suite, un débouché 
immédiat en savonnerie et dans toutes les industries où ceth' 
dernière huile est utilisée. » 

M. Bois dit qu'on tire aussi une huile très siccative des 
graines de Tabac ordinaire ; et M. Gérùme signale aussi que le 
même souci d'utiliser tous les résidus a provoqué aussi en 
Italie le réveil de l'industrie de l'extraction de l'huile contenue 
dans les pépins de raisins qui existait déjà à Albi vers 1780. 
D'après une étude récente (1), rapportée par la Science au 
xx e siècle, octobre 1911, il ressortirait que pour les seuls 
départements du Gard, de l'Hérault, de l'Aude et des Pyrénées- 
Orientales, une récolte moyenne de 28.000.000 de quintaux de 
raisins fournirait 1.036.000 quintaux de pépins, et environ 
155.000 quintaux d'huile, valant, prix brut 11.655.000 francs. 

M. Debreuil présente ensuite un nouvel ouvrage de M. Cor- 
revon intitulé : Fleurs dis champs et des bois. 

M. Bois donne connaissance de quatre notices, adressées par 
M. Bivière, directeur du Jardin du Hamma, et dont voici ci- 
dessous le texte in extenso : 

« Fructification du Washiwjtonia filifera (ou W. robusta). 
J'ai signalé dans mes notes de 1910 et de 1911 qu'un sujet de 
cette espèce avait présenté à Tunis cette remarquable anomalie 
de produire un grand nombre de racines adventives à sa base. 
J'avais ajouté que ces Palmiers, malgré leur âge et leur grande 
taille, n'avaient jamais montré d'inflorescences en Algérie et en 
Tunisie. Or, M. Guillochon, directeur du Jardin d'Essai de 
Tunis, m'a annoncé l'heureuse fructification de cette plante 
dans le courant de l'an dernier et m'en a adressé des graines 
fertiles. » 

« Romarin à fleur blanche. — Dans ma récente excursion en 
Kabylie, dans la région haute de l'oued Sahel, j'ai revu un 
magnifique pied de Bomarin à fleur blanche que je connais 
depuis une trentaine d'années. Cette variété est moins com- 
mune qu'on le dit. J'en ai rapporté des boutures que j'adres- 
serai sous peu à notre Société. » 

« Climatologie. — L'hiver 1911-1912 présente en France, 

(1) Revue générale de Chimie jmre et appU</Ui : <>, XIV, n. 



326 BULLETIN DE LA SOCIÉTÉ NATIONALE D'ACCLIMATATION 

comme sur la côte nord-africaine, une climatologie parti- 
culière : la caractéristique, c'est la douceur de la température 
à ce jour, 15 janvier. 

Mais la variante consiste en France dans des pluies abon- 
dantes et en une sécheresse persistante dans le nord-africain. 

Des renseignements qui me sont fournis sur quelques essais 
que je fais sur les bas plateaux du Jura, il résulte que les Bam- 
busa aurea et Simoni sont encore en végétation, tandis qu'habi- 
tuellement ils sont anéantis jusque sur la souche; que les 
Rosiers ont encore leurs feuilles, etc.. 

Au Jardin d'Essai d'Alger, les floraisons sont merveilleuses, 
grâce à l'absence de chutes thermiques, de grêles et d'ouragans : 
aussi les tleurs sont fraîches et intactes sur le groupe des 
Strelitzia reginse, des Bombacées, etc. Les bractées des Bou- 
gamvillca Sanderiana et brasiliensis, ainsi que les involucres du 
Poinseltia pale lier rima ne sont pas altérés. Roses en plein épa- 
nouissement. Puis beaucoup de plantes grimpantes en fleurs, 
Passiflora guadrangularis , Oxera pnlchella, divers Banis- 
leria, etc. 

Encore en pleine terre des semis de Pandanus utilis et de 
Poinciana regia, si délicats et qui vont disparaître à la pre- 
mière descente de température vers zéro. Je développerai cette 
notice prochainement. » 

« Araucaria Rulei. Cette année, les inflorescences sont nom- 
breuses sur cet Araucaria peu commun. 

J'adresse à la Section un échantillon d'organes mâles 
(chatons), remarquables par leur grosseur. 

Cet Araucaria est de croissance lente, mais sa variété ou 
l'une de ses formes, Araucaria elegans, l'est encore bien plus : 
c'est une forme naine. » 

M. Gérôme rappelle que M. Rivière a déjà, en mars 1908. 
adressé des échantillons (chatons mâles) de cet Araucaria : 
voir Bulletin, 1908, p. 349 et 531. 

M. Maurice de Vilmorin entretient la section de la floraison 
et de la fructification des Hambusées ; en dehors du mémoire 
rédigé sur ce sujet, et qui sera inséré au Bulletin, il complète sa 
documentation en présentant une coupure de la Patrie suisse 
qui a publié une belle photographie représentant le Bambou de 
llénon [Phyllostaohys Henonis) en fleurs, en juillet 1905, dans le 
Rare de l'Indépendance à Morges (Suisse romande), et des 



EXTRAITS DES PROCÈS-VERBAUX DES SÉANCES DES SECTIONS .'127 

ligures de délails dessinées par lui-même, représentant des 
fleurs de Y Arundinaria Sémoni -J!» août L908 . 

Au sujet des espèces de Bambusécs que M. .Maurice de Vil- 
morin a eu l'occasion d'observer, M. Bois signale que l'une 
d'elles, Arundinaria. Hindsii, lui a été aussi signalée en Heurs à 
Montpellier, par M. Daveau. 

M. le comte de Norion, qui possède une importante planta- 
tion de Bananiers à la Guadeloupe, a apporté à la séance de ce 
jour un magnifique régime de Bananes, des photographies, et 
un échantillon de farine de Bananes. 

Il donne des renseignements très circonstanciés sur la cul- 
ture du Bananier à la Guadeloupe ; en voici un résumé très 
succinct. 

La Guadeloupe se trouve être dans des conditions meilleures 
que la Martinique pour la production des meilleurs fruits tro- 
picaux (Bananes, Ananas, Avocats et Mangues). 

Les Bananes alimentaires sont de deux catégories : les unes 
si; consomment crues (Bananes figues); les autres se mangent 
cuites. Ce sont les premières qui ont de l'intérêt au point de 
vue commercial, notamment la petite figue sucrée jaune d'or, 
qui arrive maintenant sur les marchés de Paris, et la figue 
naine, plus grosse et plus charnue, produite par une plante 
moins élevée. (La première est probablement une variété 
du Musa sapientum, la deuxième du Musa Cavendishi ou 
.)/. sinensis.) 

Deux inconvénients sérieux s'opposent à la réussite des 
cultures de Bananiers : une maladie spéciale, à laquelle la 
figue naine a résisté jusqu'à présent, et l'influence désastreuse 
des grands vents, des cyclones qui déracinent les plantes : un 
Bananier qui a été secoué, reste improductif pendant un an au 
moins. 

Certains points de la Guadeloupe sont précisément dans de 
très bonnes conditions, au point de vue de l'influence mauvaise 
des grands vents ; il y a de plus l'action heureuse de l'humidité 
de l'atmosphère, qui manque ou est trop faible dans d'autres 
points où on a voulu cultiver le Bananier. 

Les récoltes de Bananes de la Guadeloupe sont surtout 
expédiées en Amérique (New-York), et à Londres (la récolte 
doit être faite à un état d'autant plus vert que la durée du 
trajet est plus longue). 



.*528 BULLETIN DE LA SOCIÉTÉ NATIONALE D'ACCLIMATATION 

Les difficultés des expédi Lions régulières en France résident 
surtout dans le petit nombre de bateaux (un seul par mois), et 
le prix du fret bien trop élevé. Il faudrait des départs tous les 
huit jours, à marche rapide, de façon à expédier les fruits au 
fur et à mesure de la maturité ; il faudrait aussi que le service 
du transport ne soit pas le monopole d'une compagnie unique, 
ne redoutant aucune concurrence et, à cause de cela, peu 
portée à rechercher des améliorations au régime des transports. 

Le Secrétaire, 
.1. ( JÉRÔME. 



ERRATUM 

Page 228, 33'' ligne, lire : mamelles et non lamelles. 
Page 233, 14 e ligne, ljre : séden et non sedeu. 



Le aérant : A. Marethecx. 



Pans. — L. Maretheux, imprimeur, 1, rue Cassette. 



L'EXPLOITATION DE LA CHASSE 
ET LES RÉSERVES A GIBIER 

Par le comte Justinien CLARY 

Président du Saint-Hubert Club de France. 

Suite (1). 

Dans les autres pays allemands, c'est le « kesseltreibe », la 
battue-chaudron, qui est généralement pratiqué; nous avons 
donné à cette battue circulaire le nom de « rond de lièvres » 
qui traduit assez bien ce genre de chasse. Le « kessel » s'exé- 
cute de la façon suivante : Chasseurs et rabatteurs se trouvent 
réunis au môme point de départ. Simultanément un chef de 
file part à droite, l'autre à gauche, et chacun est chargé de 
tracer les deux demi-cercles qui vont délimiter le « rond'». 
A intervalles réguliers, le directeur de la battue fait partir 
derrière chaque chef de file rabatteurs et chasseurs, en ayant 
soin de placer entre chaque tireur un nombre égal de batteurs, 
tous se trouvant espacés à distances égales sur la ligne de 
la circonférence. Quand il ne reste plus personne au point de 
départ, le rond doit être formé et fermé. 

Un coup de trompe donne le signal d'une marche concen- 
trique sur un centre idéal en ce sens que rien ne l'indique; le 
gibier cherche à franchir le cercle qui se resserre progressi- 
vement, et les Perdreaux de « rond » offrent des coups de fusil 
particulièrement difficiles en raison du vol très spécial qu'exé- 
cutent les Oiseaux pour franchir la ligne. Les ronds ont 
environ un kilomètre de diamètre, parfois davantage suivant 
le nombre des tireurs ; quand le cercle n'a plus guère que 
deux cents mètres de diamètre un coup de trompe indique aux 
chasseurs qu'ils doivent s'arrêter, et à partir de ce signal, ils 
ne doivent plus tirer que derrière eux pendant que les rabat- 
teurs continuent leur marche en avant jusqu'au point 
central. 

En Autriche-Hongrie, le mode de chasse le plus employé est 
le « sireife ». Il est employé aussi en Allemagne, mais moins 
généralement que le kessel. 

(1) V. Bulletin, 13 mai 1912. 

BULL. SOC. NAT. a-ccl. fr. 1912. — 22 



330 BULLETIN DE LA SOCIÉTÉ NATIONALE D'ACCLIMATATION 

Le streife est une marche en avant et en ligne avec deux 
ailes parallèles marchant en même temps et en avant du fond. 
Les ailes sont constituées par les hatleurs, le fond par les 
tireurs, et le streife en marche ressemhle comme figure géomé- 
trique à un parallélogramme ouvert. Cet entonnoir humain 
marche ainsi droit devant lui pendant plusieurs kilomètres, 
traversant plaines, prairies, guérets, bois, remises, etc.. 

Quand ces ailes arrivent à l'extrémité du terrain à couvrir, 
elles se rejoignent et reviennent alors en battue sur la ligne 
des tireurs arrêtés en temps voulu par un coup de trompe. 

Le streife est basé sur ce principe que le gibier, Perdrix, 
Faisans ou Lièvres poussés en avant, décantonnés, refusent à 
un moment donné d'aller plus loin; et pour retourner en 
arrière à leurs cantonnements, ils sont obligés de franchir ou 
de forcer la ligne des tireurs. 

En Allemagne comme en Autriche, on ne fait jamais d'éle- 
vage de Perdreaux et généralement pas de Faisans. Seuls, 
certains propriétaires désireux de faire de gros tableaux pra- 
tiquent l'élevage du Faisan, et on aréaliséenSilésie,en Bohème, 
en Hongrie, des tableaux fantastiques, mais toujours propor- 
tionnés à la production annuelle. 

Les territoires de chasse sont infiniment plus étendus que la 
plupart de nos chasses gardées françaises ; la densité à l'hec- 
tare en gibier naturel est évidemment moindre que celle du 
gibier d'élevage, mais elle est très remarquable et est généra- 
lement supérieure à celle de nos meilleures chasses naturelles. 
Les œufs des nids abandonnés ou mis accidentellement à dé- 
couvert, ne sont jamais mis en incubation ; mais pour favoriser 
autant que possible la multiplication de la Perdrix, les lois au- 
trichiennes et allemandes autorisent l'écoquetage, c'est-à-dire 
la suppression de l'excès de coqs. Ce sont les gardes qui sup- 
priment au fusil et à l'aide d'une « chanterelle » les coqs non 
pourvus de poules. 

La chasse à courre n'existe pour ainsi dire plus en Allemagne 
et en Autriche, et c'est à balle qu'on lire les Cerfs et les Che- 
vreuils. L'Autriche surtout est, par excellence, le pays du sport 
à balle, et l;i <lmsse à l'approche, la « piirsch », dans les admi- 
rables forêts de la (lalicie, de la Bohême et de la Hongrie, sur 
les versants et sur les sommets des Alpes et des Karpathes 
procure au fervent de la carabine des émotions violentes et 
délicieuses à la fois. 



i. 'i:\i-loh. \tion DE la en asm: .'Î3J 

Eu Allemagne, l'ommr en Autriche, rapproche du Genl 
fu il à l.i saison du rut, pendant que Le roi des forêts brame un 
lever et au coucher du soleil. Cette chasse requiert autant de 
science que de patience. 

Parti bien avant Le jour, par une belle nuit éludée, le chas- 
seur s'avance sous les futaies de Pins, de Hêtres ou de Chênes. 
Quand un Cerf a brame dans un rayon assez rapproché, le 
travail d'approche commence; il faut grimper ou descendre 
dans les rochers, se glisser à travers les taillis, faire une série 
de marches, de contre-marches, de détours pour se rapprocher 
à bon vent, éviter de faire le moindre bruit en marchant sur 
les feuilles sèches, ne pas faire craquer une branche morte 
sous ses pieds, ne pas faire rouler de pierres, ne pas tousser, 
ne pas éternuer, que sais-je encore? — On se sert générale- 
ment de brodequins à semelles de caoutchouc ; certains chas- 
seurs préfèrent les semelles de feutre, d'autres des semelles en 
brosses de chiendent ; l'imagination de chacun peut inventer 
de nouveaux procédés. 

Quand après toute une série d'efforts pendant un temps plus 
ou moins long on arrive à découvrir le Cerf soit en bordure de 
forêt, soit dans une jeune taille, soit dans une clairière, il faut 
s'arrêter brusquement en retenant sa respiration et avoir soin 
d'armer sa carabine sans faire entendre le plus petit bruit 
métallique. 

Quelle satisfaction inoubliable procure au chasseur une balle 
bien placée après toutes les émotions de l'approche! Et ne 
croyez pas, malgré la précision et la puissance des armes 
modernes, malgré toute l'habileté du tireur, qu'un Cerf décou- 
vert à 150 mètres soit infailliblement un Cerf mort d'avance ! 
On tire souvent, sous les arbres, très tôt ou très tard, au crépus- 
cule, et l'insuffisance de lumière est le plus gênant des handi- 
caps. L'animal peut être caché en partie, ne pas se présenter 
dans des conditions avantageuses pour placer la balle, et le 
meilleur tireur peut manquer le but. 

Beaucoup de chasseurs se servent actuellement de la « pers- 
pective » ou visière télescopique, véritable lunette d'approche 
placée sur la carabine. Ce merveilleux instrument rapproche le 
but et vous fait apercevoir les moindres détails. Plus lumineux 
que l'œil, il permet de distinguer encore l'animal alors qu'on 
ne pourrait plus viser à guidon découvert et vous fait gagner 
de vingt à trente minutes pour le tir crépusculaire. 



332 BULLETIN DE LA SOCIÉTÉ NATIONALE D'ACCLIMATATION 

En Allemagne comme en Autriche, la chasse au grand Tétras 
(balzjagd) se fait au printemps, du 15 avril environ jusqu'au 
15 mai au plus tard. — Elle est très émotionnante et consiste à 
approcher, au pelit jour ou au coucher du soleil, un Coq de 
bois perché sur une branche de Sapin ou de Hêtre, presque 
toujours sur des arbres de futaie très élevés. 

Le chasseur met à profit cette particularité que pendant tout 
le temps que ce pacha emplumé chante pour plaire au sérail de 
poules qui l'entoure, il demeure complètement sourd, mais dès 
que son chant a cessé, son ouïe reprend toute son acuité. Il 
faut donc se hâter d'avancer, de courir au besoin tant que dure 
la période de chant, et s'arrêter instantanément aussitôt 
qu'elle cesse; cet exercice n'est pas sans présenter parfois de 
grosses difficultés en raison du terrain, de l'heure et du temps. 

Le Coq de bois {Tetrao urogallus, Auerhahn des Allemands, 
Gapercailzie des Anglais) se tire généralement au fusil et avec 
du plomb n° 1. A l'heure à laquelle on tire le grand Coq de bois, 
il serait difficile de distinguer le guidon d'une carabine. Dans 
cette chasse comme pour celle du Cerf, il faut parfois, suivant 
le cas, partir à minuit ou à une heure pour arriver sur le canton 
de chasse vers trois heures du matin. Le départ par nuit noire 
exige l'emploi d'une lanterne qu'on éteint dès qu'on arrive à 
proximité du terrain de chasse; et cette marche de nuit exécutée 
soit dans un silence absolu, soit avec le sifflement et le gémis- 
sement du vent dans les cimes et les branches de Sapins, pro- 
duit toujours une très profonde impression. La véritable émo- 
tion commence quand on entend la note très sourde du grand 
Tétras. Cet énorme Oiseau a un chant très caractéristique, mais 
le son de sa voix est très étouffé. 

Beaucoup de chasseurs, les Anglais en particulier, critiquent 
cette manière de chasser le grand Coq de bois à l'approche, à 
la veille de la saison des amours. Outre l'émotion qu'elle pro- 
cure dans le travail de l'approche, il serait impossible de 
chasser autrement le grand Tétras dans les immenses massifs 
forestiers d'Allemagne et d'Autriche. — Comment faire des 
battues dans des forêts de plusieurs milliers d'hectares? iNous 
verrons tout à l'heure qu'il en est tout différemment en Ecosse. 

Le Coq de bois est plus que médiocre au point de vue culi- 
naire. C'est après la Grande Outarde le plus gros des Oiseaux 
européens de chasse. 

A côté du grand Tétras, on trouve en Allemagne et en 



l'exploitation de la chasse :{;î:{ 

Autriche-Hongrie, en bien plus grand nombre, le Coq de 
bruyère (Birkenhahn, Coq de bouleaux des Allemands, Black 
game des Anglais, Lyrure des bouleaux, Tetras-lyre, Coq à queue 
fourchue, Tetrao tetrix). On le chasse en se postant au lever du 
soleil, en bordure de forêt, quand ils reviennent du g;ignago 
On les tue aussi pendant qu'ils chantent pour provoquer leurs 
rivaux et qu'ils se battent en présence de leur cercle de poules. 

Il est moins mauvais à manger que le grand ïelras, mais 
moins délicat que la Gelinotte (Haselhuhn, Poule des Coudriers, 
Bonasasi/luestris) qui abonde dans certaines forêts. 

L'Autriche est le pays d'Europe où l'on tue le plus de Cha- 
mois. Des tentatives pour acclimater le Moufflon et le Bouquetin 
ont très bien réussi. 

C'est encore à l'approche que le chasseur poursuit généra- 
lement le Chamois et le Moufflon sur les cimes des Alpes, en 
Tyrol,en Styrie, etc. Cette chasse se fait au mois de novembre. 

Les battues de Chamois sont l'exception; elles se font alors 
au mois de septembre. 

En Autriche comme en Allemagne, on chasse le Chevreuil 
surtout à l'approche ; on ne tire jamais que les Broquarts à la 
fin de mai et au mois de juin. 

On chasse encore le Broquart à l'affût au bord d'une clairière 
ou auprès d'une mare; on emploie pour ce genre de chasse un 
appeau qui imite le cri d'effroi de la Chèvre. Les Broquarts 
arrivent à son appel et Ton peut parfois en tirer cinq ou six à 
la même place. 

Dans toutes ces chasses, on ne tire que les Cerfs, les boucs 
de Chamois, les Broquarts. On tire bien aussi à des époques 
déterminées des Biches et des Chèvres, mais alors en battue et 
uniquement pour supprimer un excès de femelles. 

En Angleterre, la chasse est un sport dans toute la force du 
terme, le sport par excellence. 

La chasse à courre y est très en honneur, mais elle ne sau- 
rait se comparer à la chasse à courre française. On n'y chasse 
que fort peu de Cerfs, et si entraînante et si sportive que soit 
la chasse du Renard, on pourrait dire de ce sport passionné- 
ment excitant que la chasse n'y est que l'accessoire. C'est un 
véritable « steeple-chase » au sens propre du mot, c'est-à-dire 
la poursuite à cheval d'un animal à travers la campagne en 
franchissant des obstacles aussi nombreux que difficiles et 
parfois dangereux. Notre chasse à courre donne lieu parfois à 



3.'5î BULLETIN DE LA SOCIÉTÉ NATIONALE D'ACCLIMATATION 

des chasses sévères, mais elle est surtout la mise en pratique 
de la science, de l'art éminemment français de la Vénerie. 
C'est la science du veneur et la qualité de la meute qui sont 
aux prises avec les ruses du gibier, et la vitesse des chiens 
n'est qu'un des facteurs du succès. 

En Angleterre et en Irlande, les équipages sont très nom- 
breux, plus nombreux qu'en France, et si différent qu'il soit 
du nôtre, ce beau sport est aussi national chez nos voisins que 
chez nous. 

L'Anglais a apporté à l'exploitation et à la pratique de la 
chasse à tir ses qualités ataviques et il en a fait un sport 
incomparable. 

Depuis un certain nombre d'années, la chasse devant soi avec 
les admirables pointers ou setters, est beaucoup moins en 
honneur en Angleterre. Les conditions de la culture, peut-être 
le perfectionnement des armes, en changeant les mœurs du 
gibier et en le rendant inabordable dès les premiers jours de 
l'ouverture, ont généralisé la pratique de la chasse en battue. 
Nos voisins d'outre-Manche ont depuis longtemps renoncé à 
l'élevage du Perdreau et constaté que la battue était le mode 
de chasse le moins destructif. Ils prétendent que d'une part, on 
exploite mieux son effectif annuel, et que d'autre part on laisse 
un stock plus vigoureux en tuant plus de vieux Oiseaux, et 
surtout plus de Coqs. S'ils n'élèvent pas de Perdreaux, les 
Anglais prennent les précautions, les soins les plus minutieux 
pour protéger et pour favoriser la production naturelle. Ils ont 
évidemment de mauvaises années, mais comme il n'existe pas 
de chasses banales en Angleterre, les propriétaires ont la 
sagesse de se limiter, ou même de s'abstenir complètement. 

Le gibier national des lies Britanniques est le Grouse 
(Lcxjopux scn(icus), que les Anglais appellent red-grouse et 
qu'on trouve en très grande abondance en Angleterre, en 
Ecosse et en Irlande. 

On pourrait appeler le Grouse « lOiseau des bruyères ». Ils 
habitent les « moors ». On désigne ainsi les grandes landes de 
Bruyères qui couvrent la plus grande partie de l'Ecosse, par- 
tant des vallées pour monter jusque sur le sommet des 
Highlands, les montagnes écossaises. 

Les moors d'Angleterre, ceux du Yorkshire en particulier, 
sont beaucoup moins accidentés ; certains même sont presque 
plats et leur configuration se prête plus facilement aux contre- 






I.'i:\l'L(HTA'il(l.\ 1 » I : LA 0I1ASSK 338 

battues, aux « llic et llac » pour employerl'expression consacrée. 

On n'élève pas de Grouses; ces Oiseaux constituent par 
conséquent un gibier essentiellement naturel et leur nombre 
sur les moors où ils se plaisent augmente rapidement, en raison 
des aménagements raisonnes apportés à leurs tcrrain- 
d'habitat. 

Les Grouses ont apporté aux propriétaires de moors une 
véritable source de richesse et ils constituent aujourd'hui le 
meilleur revenu de ces landes incultes, impropres à toute cul- 
ture en raisou du terrain et du climat. En France, la Sologne 
ne nous fournit-elle pas l'exemple le plus frappant et le plus 
encourageant de la plus-value que le gibier et la chasse 
peuvent faire prendre à la terre, et à une terre presque sans 
valeur ? 

Le prix de location d'un moor n'est pas calculé sur la quan- 
tité d'hectares qu'il contient, mais sur le chiffre moyen de 
« brace », c'est-à-dire de couples de Grouses qu'on peut tuer 
annuellement. 

Le Grouse est la véritable poule aux œufs d'or de l'Ecosse. 
Depuis cinquante ans, presque partout, mais plus particu- 
lièrement en Ecosse, le nombre des Grouses a augmenté dans 
des proportions remarquables et. atteint sur certains moors 
une densité extraordinaire. Quelques chiffres pourront en 
donner une idée : 

A Moy chez le Mackintosh of Mackintosh, sur une étendue de 
moins de 5.000 hectares, on a dépassé souvent sept mille 
Grouses. Le tableau d'une chasse de quatre journées fut en 1907 
de 4.118 Grouses. 

En 1909 de 3.940. 

En 1910 de 4.050. 

A Coignafearn en 1908, il fut tué dans l'année plus de 
10.000 Grouses. 

A Lengholm chez le duc de Buccleuch, on a tué cette année 
en vingt et une journées de chasse plus de 18.000 Grouses. 

Dans le Yorkshire, la densité des Grouses sur certains moors 
est encore plus remarquable. Le plus célèbre est celui de 
Broomhead près de Sheffield, appartenant à M. Rimington 
Wilson. C'est Broomhead qui détient le record de l'Angleterre 
comme nombre d'Oiseaux tirés dans une même journée. 

Le 24 août 1904, 2.743 Grouses furent tués en six battues 
par huit fusils. 



336 BULLETIN DE LA SOCIÉTÉ NATIONALE D'ACCLIMATATION 

En 1872 on avait tué à Broomhead, toujours en un seul jour, 
plus de 1.300 brace. 

Et ce chiffre est remarquable, quand on songe qu'à cette 
époque on se servait encore de fusils à broche sans éjecteurs 
ou de fusils à piston ! 

En 1893 le tableau de deux jours consécutifs atteignit 
1.251 Grouses. 

L'étendue du moor de Broomhead n'excède pas 2.000 hec- 
tares, et en 1893 le chiffre total dépassa 6.000 Grouses, soit à 
l'hectareplus de 3 Oiseaux absolument naturels. Ces chiffres se 
passent de commentaires et quand je vous aurai dit que le 
Grouse est un merveilleux Oiseau de battue, offrant le tir le 
plus intéressant et exigeant du chasseur une habileté con- 
sommée, on comprend l'orgueil légitime et l'enthousiasme des 
Anglais pour ce sport sans équivalent. 

Ajoutons en passant qu'on a tenté d'acclimater les Grouses 
dans les Ardennes belges. Ils sont restés à Vielsalm, mais 
malgré tous les soins et les ménagements dont ils sont l'objet, 
leur nombre n'arrive pas à dépasser quelques compagnies. 

Les Grouses qui auraient été tirés en Bretagne sont des 
« Canards », et je n'ai jamais entendu parler d'essais d'accli- 
matation en France. 

On trouve en grand nombre, en Ecosse, le Coq de bruyère 
(Tétras-lyre, Tétras à queue fourchue, Tetrao tetrix, Black- 
game). 

11 en passe parfois dans les battues de Grouses, mais on le 
trouve généralement plus haut que ces derniers, dans les bois 
de Bouleaux et de Mélèzes. 

A Sanquhar, en Dumfriesshire, chez le duc de Bucclcuch, on 
a tué en battue le même jour 2i7 Black-game, dont plus de 
200 coqs. Ce tableau est certainement le tableau-record de ces 
Oiseaux. 

Plus haut encore, on trouve le Lagopède des Alpes (Lagopus 
mutus, plarmigan). Ils sont très nombreux en Ecosse et vivent 
presque toujours à une altitude de 5 à 600 mètres, sur les som- 
mets rocheux qui dominent presque toutes les deer-forests. 

Le roi des Oiseaux d'Ecosse est le Grand Coq de bois que les 
anglais appellent Capercailzie. 

Il y a un peu plus d'un siècle ces Oiseaux vivaient en très 
grand nombre dans le nord de l'Ecosse, mais par suite de 
différentes causes, ils avaient graduellement disparu. En 1836, 



I. i M'Imita riON DE LA l 

le marquis de Breadalbane décida une tentative de réacclin 

talion dans son domai le raymouth m le Perthshire i 

envoya en Norvège son garde qui rapporta une vingtaine 
couples. Le succès fui complet el au boul de [uelques anni 
les Oiseaux se répandirenl dans toul le comté. 

Bien que très lente, l'augmentation du Grand en 

Ecosse est sensible d'année en année. 

« »n ne le chasse pas comme en Allemagne el en \utricl 
printemps, en essayant de l'approcher pendanl qu'il esl pli d 
dans l'extase de son chant d'amour qui le rend sourd el indil 
férent à tous les bruits, à tout ce qui se passe autour de lui. 

La disposition et l'étendue des bois du Perthshire, du Stirling- 
shire el du Forfarshire où \\^ se plaisent plus particule i 
ment, et où on les rencontre en plus grand nombre, permettent 
de faire des battues. 

Sur certains domaines, on a essaye de ne chasser ce magni- 
fique Oiseau que Un\< les deux ou trois ans, mais on n'a pas 
constaté une augmentation plus sensible qu'en procédant aune 
battue annuelle. 

C'est un admirable spectacle de voir un Grand Coq ayant [iris 
son essor à 100 ou 150 mètres au-dessus de la ligne des 
tireurs descendre en vol lancé et plané avec une vitesse que 
sa taille ne fait pas toujours bien apprécier par le chasseur. El 
quel beau coup de fusil quand un Grand Coq tombe en s'écra- 
sant sur le sol. 

Chez le duc d'Athol, à Dunkeld, en 1910, on tua dans la même 
journée 69 Capercailzies. J'ai tout lieu de croire que cette 
chasse est le record d'Ecosse. Sur les 69 Oiseaux, il y avait 
io Coqs et 24 Poules. 

Il est impossible de chasser à courre en Ecosse et c'est la 
partie du Royaume Uni où l'on trouve le plus de Cerfs. Dans 
les parties les plus élevées, et souvent à côté des moors de 
«irouses, les grands propriétaires ont mis en valeur leurs 
terrains de montagne en y installant des « deer-fortwls ■. c'est- 
à-dire des réserves à Cerfs. 

Rien ne distingue à l'œil les <• deer-forests d 
moors. 

Ce sont de grandes étendues de moors généralement entou- 
rées de poteaux rustiques, soutenant deux ou trois rangs de 
gros fil de fer qui constituent une sorte d'immense clôture des 
plus rudimentaires où on laisse les Cerfs se multiplier. On 



338 BULLETIN DE LA SOCIÉTÉ NATIONALE û' ACCLIMATATION 

réserve, en général, pour les deer-forests les parties les plus 
accidentées et les plus abruptes des moors, celle où la Bruyère 
fait place aux Lichens, et à une herbe très dure et très courte. 
Rien n'est donc plus impropre que le mot forest réservé à ces 
grands espaces de moors. puisqu'il n'y pousse pas un arbre. 
Quelques Bouleaux rabougris et poussant en buisson consti- 
tuent une rare exception. On entoure ainsi des territoires 
immenses, de 20 à 50.000 hectares, et le chiffre de Cerfs qu'on 
peut tirer annuellement est proportionné au nombre d'ani- 
maux dont les gardes peuvent connaître approximativement le 
recensement. 

Les propriétaires laissent généralement dans le centre, ou au 
contraire en limite des deer-forests, une réserve de 3, 4 ou 
5.000 hectares, qu'on appelle le « sanctuaire », et où non seu- 
lement on ne doit jamais tirer un coup de fusil, mais où 
jamais un être humain ne doit pénétrer. C'est le paradis des 
Cerfs. 

Dans ces deer-forests, on ne chasse les Cerfs qu'à l'approche: 
c'est le stalking écossais, l'équivalent de la piirsch allemande. 
Mais l'absence d'arbres, la nécessité d'opérer en terrain décou- 
vert rend l'approche particulièrement difficile. 11 faut profiter 
des moindres mouvements de terrain, faire souvent des 
détours considérables pour arriver à bon vent, ramper sur les 
coudes, sur le ventre, sur les genoux pour traverser des 
espaces dénudés, descendre ou remonter dans l'eau d'un 
torrent, et l'approche du Cerf qu'on a distingué avec une longue 
vue à deux ou trois kilomètres exige souvent un travail de 
plusieurs heures. 

Comme pour les battues de Grouses, le cadre dans lequel se 
déroule le « stalking » ajoute un charme infini à cette chasse 
déjà si passionnante; le merveilleux tapis de pourpre des 
Bruyères en lleurs, les escalades dans les rochers, la traversée 
de torrents successifs, la rencontre de cascades pittoresques, 
la vue des montagnes qui surplombent et les lacs que l'on 
découvre tout à coup sous ses pieds, l'air vivifiant qui remplit 
les poumons font ouhlier toutes les fatigues, tous les déboires, 
tous les insuccès de la chasse. D'ailleurs, dans toutes les 
chasses à l'approche, c'est le travail d'approche qui apporte au 
chasseur toute l'intensité du plaisir, et le coup de carabine 
n'est que le dénouement brutal, et parfois trop hâtif, d'heures 
ou de minutes de chasse incomparables. C'est ainsi qu'un 



|/kXI'I.()ITAIIh\ DE I A CE \^SE 3&9 

Anglaisa pu dire que le « stalking » idéal consisterai! à appro- 
cher le Cerf jusqu'à le loucher avec la main, sans le tirer. 

Les deer-forests sont venues ajouter une; plus-value considé- 
rable aux immenses territoires montagneux d'Kcosse. Lâchasse 
du Cerf est louée comme celle des Grouses proportionnellemoni 
au nombre d'animaux qu'on peut tuer annuellement, et le prix 
du Cerf est estimé en général quarante livres, soit 1.000 francs. 

Je vous ai exposé tout à l'heure l'organisation des chasses au 
marais en France ; avant de quitter l'Angleterre, je veux vous 
parler de la façon très particulière dont est exploitée une 
chasse de Canards près de Weymouth dans le Dorsetshire. 

Au bord de la Manche, dans son domaine d'Abbotsbury, lord 
llchester possède une série de petits étangs plus longs que 
larges séparés de la mer par une bande de terrain sablonneux 
assez étroite. L'endroit est désert, très sauvage. Autour et en 
arrière de ces étangs, des fossés, des canaux envahis par les 
roseaux et les leiches constituent un véritable marais. Abbots- 
bury est la plus célèbre et la plus ancienne « swannery » 
d'Angleterre; je crois bien que le mot français cygnerie n'existe 
pas, mais il me semble si approprié que vous m'excuserez de le 
forger pour désigner cet élevage naturel de Cygnes. Tous les 
ans dans ce marais, autour de ces étangs, les Cygnes font de 
iSO à 500 nids, qui pour la plupart viennent à bien. On se 
borne à nourrir les jeunes Cygnes tous les soirs; le garde pré- 
posé à ce soin donne un coup de sifflet prolongé et l'on voit 
plus de 2.000 Cygnes arriver de tous les points de l'horizon 
pour se poser sur l'étang ou sur le bord de l'un des étangs pour 
manger la nourriture qu'on leur jette. 

Tous les ans, les jeunes Cygnes d'Abbotsbury, repris au mois 
d'août, sont donnés ou vendus; ils ont fini par peupler toutes 
les côtes, toutes les embouchures des rivières d'Angleterre et 
sont tellement répandus qu'on en trouve jusque dans les îles 
au nord de l'Ecosse. On dit que nourris avec de l'orge, les 
Cygnes constituent un rôti délicieux. 

Les marais d'Abbotsbury sont fréquentés par d'importants 
passages de Canards sauvages, et j'y ai vu une installation 
ingénieuse destinée à capturer vivants les Canards, qui sont 
conservés pendant quelques jours seulement clans des volières, 
et lâchés en battue dans des conditions qui en rendent le tir 
aussi captivant que difficile. 

Voici la façon dont ils sont capturés. Certains canaux. 



340 BULLETIN DE LA SOCIÉTÉ NATIONALE D'ACCLIMATATION 

certains fossés de ces marais sont très tortueux et permettent 
l'installation d'une sorte de tunnel, labyrinthe en grillage, 
ouvert à l'une de ses extrémités comme la gueule d'un énorme 
dragon dont il a la forme, et fermé à l'autre extrémité. En 
arrière de l'ouverture et sur toute l'étendue du tunnel se 
trouvent des portes en fil de fer relevées à l'aide d'un ressort, 
et pouvant se rabattre automatiquement, au moment voulu, 
par un déclanchement à distance. Des appelants sont placés en 
avant et de chaque côté de ce tunnel; du grain est répandu 
sur l'eau depuis l'ouverture sur tout son parcours intérieur. 

Les Canards sauvages viennent s'abattre près des appelants; 
attirés par le grain, ils s'engagent dans ce tube-volière, et, au 
moment opportun, toutes les cloisons déclanchées se rabattent 
et forment des compartiments dans lesquels ils demeurent pri- 
sonniers. 

Lord Ilchester et beaucoup de chasseurs anglais préfèrent 
tirer le Canard en battue au lieu de le cbasser à la hutte ou à 
l'affût ; et ces Oiseaux sauvages offrent aux tireurs de premier 
ordre qui prennent part à ces chasses un sport digne de leur 
habileté. 

Ces différentes manières d'amodier et d'exploiter la chasse 
auront [suffi, je pense, à vous montrer la différence, le con- 
traste qui existe entre la mentalité du Français au point de vue 
de la chasse, et celle de l'Allemand, de l'Austro-Hongrois et de 
l'Anglais. 

Gouvernements et particuliers, dans certains États d'Europe 
et d'Amérique, se sont préoccupés depuis longtemps déjà delà 
protection de leur faune indigène menacée de disparaître et 
ont créé des réserves, sortes de bois sacrés plus ou moins 
vastes où les animaux sauvages, les grands Mammifères sur- 
tout, peuvent vivre et se reproduire en toute sécurité. 

« La réserve idéale, a écrit le comte Joseph Potocki, serait 
de faire un immense parc pour que les animaux puissent y 
vivre dans les conditions de climat et d'ambiance habituelle de 
leur pays d'origine, vivre leur vie sauvage, naturelle, se repro- 
duire librement et grâce au fait de se trouver dans une 
grande forêt sauvage, n'avoir en aucune façon la sensation de 
se trouver dans un espace limité ; — enfin leur laisser la plus 
grande liberté pour que le chasseur puisse y trouver la jouis- 
sance d'un sport réeL, et le naturaliste un vaste champ 
d'études. » (A suivre.) 



ËNUMÉRATION DES PLANTES 
CULTIVÉES PAR LES INDIGÈNES EN AFRIQUE TROPICALE 

ET DES ESPÈCES NATURALISÉES DANS LE MÊME PAYS 

ET AYANT PROBABLEMENT ÉTÉ CULTIVÉES A UNE ÉPOQUE 

PLUS OU MOINS RECULÉE 

Par Aug. CHEVALIER 

Suite (1). 

Broméliacées. 

Ananassa sativa Lindl. — Ananas. Originaire de l'Amérique 
tropicale. Introduit en Afrique sans doute peu de temps après 
la découverte du nouveau monde. La plante est aujourd'hui 
abondamment naturalisée dans les grandes forêts vierges, au 
Libéria, à la Côte d'Ivoire et au Congo. Là, elle pénètre jusqu'au 
cœur du continent, car nous l'avons encore observée à Bangui, 
sur le Haut-Oubangui, formant des fourrés épais à travers la 
forêt. En dehors de cette station, elle se rencontre aussi à 
proximité des villages, au sud du Soudan, par exemple dans la 
région de Bobo-Dioulasso où nous l'avons vue. Aujourd'hui 
l'Ananas est rarement cultivé par les indigènes, si ce n'est par 
les Noirs civilisés de la Côte. 

H.EMODORACÉES. 

Sansevieria guineensis Willd. — Spontané en Afrique tropi- 
cale. Ce végétal est parfois planté sur les tombes des indigènes 
ou bien on le cultive dans les villages comme plante fétiche. 
Nous l'avons observé dans ces conditions dans le Kissi (Haute- 
Guinée française), au Dahomey, dans le bassin du Haut-Chari. 

Amaryllidées. 

Hiïmanthus multiflorus Martyn. — Spontané en Afrique tropi- 
cale. Parfois planté dans les villages comme plante fétiche: 
Côte d'Ivoire, Congo, Haut-Oubangui. 

Crinum yuccseflorum Salisb. — Spontané en Afrique tropicale 

(1) Voir Bulletin 1912, n° s 4, 5, 6, 8 et 9. 



342 BULLETIN DE LA SOCIÉTÉ NATIONALE D'ACCLIMATATION 

Parfois planté dans les villages comme plante fétiche : Haut et 
Moyen-Chari. 

Crinum Sonderianum Baker. — Spontané en Afrique tropi- 
cale. Parfois planté dans les villages comme plante fétiche: 
Haute-Guinée française, Côte d'Ivoire. 

Crinum scahmm 'Herb. — Spontané en Afrique tropicale. 
Planté parfois dans les villages comme plante fétic*he: Haut- 
Oubangui, Haut et Moyen-Chari. 

Crinum giganteum Andr. — Spontané en Afrique tropicale. 
Parfois planté dans les villages comme plante fétiche: Haut- 
Oubangui. 

Crinum glaucum A. Chev. — Spontané au Dahomey. Parfois 
planté dans les villages de cette colonie comme plante fétiche. 

Pancratium trianthum Herb. — Spontané en Afrique tropicale. 
Parfois planté dans les villages du Haut-Oubangui et du Haut- 
Çhari comme plante fétiche. 

Agave americana L. — Originaire du Mexique. Naturalisé en 
quelques points de la Côte du Sénégal, mais n'est pas cultivé 
par les indigènes. Une autre espèce à fibres textiles, Y Agave 
Sisciïana, a été introduite en Afrique tropicale depuis douze 
ou quinze ans. Elle ne tardera probablement pas à se rencon- 
trer dans les plantations indigènes, mais elle n'y existait pas 
encore, du moins en Afrique occidentale, en HHO. 

DlOSCOHÉES. 

Dioscorea saliva L. — Origine inconnue. Cultivé en Guinée 
française, dans le Soudan nigérien, au Dahomey, au Lagos, etc.. 
Toujours cultivé en petite quantité. Les indigènes consomment 
exclusivement les bulbes aériens naissant à l'aisselle des 
feuilles. 

Dioscorea saliva L. var. 1). arïthrojpophagvmm A. Cbev. — 
Plante cultivée sur une grande échelle dans le bassin de l'Ou- 
bangui, dans le Haut-Chari et dans le Haut-Nil. Il existe de très 
nombreuses variétés de cette plante produisant de gros tuber- 
cules aériens. Chez certaines variétés ces tubercules sont comes- 
tibles et ils jouent un certain rôle dans l'alimentation des 
indigènes chez les Bandas et chez les peuples des rives de l'Ou- 
bangui. D'autres variétés qu'on trouve chez les Blindas et les 
Mand.jias sont toxiques cl ne sont cultivées que comme plantes 
fétiches» On dit qu'elles éloignent les voleurs 

Dioscorea alata L. — Origine inconnue. Plante cultivée sur 



l'I.ANTKS Cl I.TIVKKS E5N «PRIQIJE ÏI.Ol'I.W.I 'M.', 

une grande échelle à la Côte d'Ivoire et au Daliomey. Se trouve 
à l'état cultivé au Soudan nigérien, dans la Nigeria anglaise, au 
Congo, dans le Haut-Ch;iri. 

hinscorea colocasiœfoiiu Pax. — Origine inconnue. D'après 
Hncholz, cette espèce qui ne diffère guère de la précédente que 
par ses (leurs pubescentes est cultivée au Cameroun pour s - 
tubercules. 

P'ioscorea cayknnenéis Lamk. (== D. piehensilis Benth). — 
Spontané à travers les forêts de l'Afrique tropicale. C'est l'espèce 
la plus largement cultivée dans l'Ouest africain et celle qui y 
présente le plus grand nombre de variétés. Dans le Baoulé 
(Côte d'Ivoire), nous avons recensé une quinzaine de variétés 
de cette espèce; au Dahomey, nous avons constaté la présence 
d'une vingtaine de sortes. L'espèce se retrouve au Congo et 
jusque dans le Haut-Oubangui, mais là elle joue un rôle secon- 
daire dans l'alimentation des indigènes. 

Dioscorea dumetorum (Kunth.) Pax. — Spontané en Afrique 
tropicale dans la zone des savanes et dans celle des forêts. La 
plante sauvage a un tubercule très toxique qui ne devient 
comestible que lorsque les tranches ont macéré toute une journée 
dans l'eau. Mais on cultive à la Côte d'Ivoire, à la Gold-Coast, 
au Dahomey et dans le Moyen-Oubangui des races de cette 
espèce qui produisent des tubercules de très bonne qualité. 

Liliacées. 

hracsena fragrans Gawl. — Spontané en Afrique tropicale. 
Par suite de la facilité avec laquelle ce végétal se bouture, il est 
souvent employé pour faire des clôtures en Guinée française et 
ii la Côte d'Ivoire. 

Aloe Barteri Baker. — Spontané dans la zone des savanes en 
Afrique occidentale et en Afrique centrale. Parfois planté dans 
les villages ou sur les tombes au Kissi (Guinée française), chez 
les Sombas (Haut-Dahomey) et dans le Haut-Oubangui. 

Attium sativum L. — Ail. Spontanéen Asie tempérée. Cultivé 
comme plante potagère en plusieurs régions de la zone souda- 
naise : en Guinée française, dans le Soudan nigérien, spéciale- 
ment dans la vallée du Moyen-Niger, dans la Nigeria du Nord. 
A dû être apporté par les Musulmans. 

Allium Cepa L. — Oignon. Originaire de l'Asie septentrio- 
nale et du Turkestan. Cultivé comme plante potagère dans le 
Territoire de Zinder (Soudan français), au Bornou, dans la 



344 BULLETIN DE LA SOCIÉTÉ NATIONALE D'ACCLIMATATION 

.Nigeria du Nord, au Ouadaï, vraisemblablement introduit autre- 
fois par les Musulmans. 

Allium Ascalonicum L. — Echalote. C'est un des légumes 
originaires d'Europe dont la culture est la plus répandue en 
Afrique tropicale. Les Noirs cultivent généralement une race à 
bulbes peu nombreux ressemblant à l'Échalote de Jersey. Nous 
avons constaté sa présence au Sénégal, dans la Haute-Guinée 
française et au Fouta-Djalon, dans une grande partie du Soudan 
nigérien, à la Basse Côte d'Ivoire, au Dahomey, dans la Nigeria 
du Nord, dans le nord des territoires du Tchad. 

Urginea micrantha (A. Rich.) Solms. — Spontané et commun 
dans les Pays des savanes de l'Afrique tropicale. Cultivé comme 
plante fétiche dans les villages du Haut-Chari, dans la Cote 
d'Ivoire orientale, les indigènes, et spécialement les Dyolas du 
Haut-Cavally, suspendent le bulbe vivant de cette plante au- 
dessus de la porte de leur case (fétiche?). 

Drimiopsis aroidastrum A. Chev. var. kabarum A. Chev. — 
Cultivé dans les villages des Saras Kabas (Moyen-Chari), 
comme plante médicinale et comme fétiche. 

Ornithogalum Eckloni Schlecht. — Spontané dans l'Afrique 
du Sud et dans diverses régions de l'Afrique tropicale, notam- 
ment dans le Haut-Chari. Dans cette dernière région, il est 
parfois planté dans les villages comme plante fétiche. 

Scilla camerooniana Baker (S. edidis Hua non Engl.). — 
Cultivé aux environs de Franceville et de Brazzaville au Congo, 
d'après Thollon. C'est probablement cette Liliacée que le D 1 ' Spire 
nomme Ndoka et qu'il a vu cultiver autour des cases. « Elle 
donne un petit tubercule gros comme une Noisette, ayant un 
goût très prononcé d'essence de térébenthine. Les indigènes 
semblent fort priser cet aliment » {Agr. Pays chauds, I,p. 212). 

Scilla sociaiis A. Chev. — Spontané dans le Moyen-Chari 
Cultivé par les Ndoukas de cette région comme plante fétiche. 

Aroïdées. 

Colocasia anliquorum Schott. (= Caladium esculenlum 
Schum. et Thonn. . — Originaire de l'Asie tropicale et de l'Ar- 
chipel Malais. La plante est cultivée dans une grande partie de 
l'Afrique tropicale : en Guinée française, dans le Soudan nigé- 
rien, à la Côte d'Ivoire, au Dahomey, au Congo, etc.. En beau- 
coup d'endroits elle s'est naturalisée au bord des cours d'eau 
et dans les endroits frais de la forêt. 



PLANTES CULTIVÉES EN AFRIQUE TROPICALE 345 

ïanthosoma Mafdffa SchoLt. — Originaire de l'Amérique tro- 
picale, cette espèce, dont nous devons la détermination à 
N, E. Brown, est cultivée en grand à la Côte d'Ivoire et à la 
Gold-Coast. On observe aussi de petites cultures isolées en 
Guinée française, au Libéria, au Dahomey, dans la Nigeria 
anglaise, au Congo. A rencontre de l'espèce précédente, elle 
ne se naturalise pas en Afrique. 

Palmiers. 

Phœnix dactxjlifera L. — Le Dattier serait originaire de 
l'Afrique du Nord et de l'Asie Mineure jusqu'à l'Euphrate. Les 
Dattiers sauvages signalés par J. Dybowsky dans l'Afrique cen- 
trale {Traité agr. trop., I, p. 492) appartiennent à une autre 
espèce, le P. reclinata Jacq. Le Dattier a été apporté par les Mu- 
sulmans en Afrique tropicale. Aujourd'hui il en existe quelques 
exemplaires plantés dans beaucoup de villages du Sénégal, de 
la Guinée française, du Soudan nigérien et même dans le nord 
du Togo et du Dahomey, 

Raphia Hookeri Mann et Wend. — Spontané le long de la 
Côte occidentale d'Afrique depuis le Libéria jusqu'au sud du 
Gabon. Ce Palmier est cullivé sur les bords de la lagune de 
Porto-Nôvo (Dahomey). Sa sève fournit un vin de palme recher- 
ché et ses fibres servent à faire des tissus et des sacs. Les fibres 
du pétiole fournissent le Piassava d'Afrique. 

Borassus sethiopum Mart. — Spontané çà et là dans les sava- 
nes de l'Afrique tropicale, mais planté aussi aux abords de cer- 
tains villages soudanais et même dans la forêt congolaise. 
C'est probablement à d'anciennes cultures qu'il faut attribuer 
l'abondance des Borassus en certains points de l'Afrique, par 
exemple à Piregourèye au Sénégal, aux environs de Bobo- 
Dioulasso dans le Soudan français, au sud du Baoulé à la Côte 
d'Ivoire, dans la région de Corbol dans le Moyen-Chari, etc., 
où ils sont si denses qu'ils éliminent toute autre végétation. 

Hyphœne thebaïca Mart., var. occidentalis A. Chev. — Spon- 
tané dans la zone sahélienne depuis le Sénégal jusqu'au Kanem. 
Ce Palmier est planté ou naturalisé dans des territoires situés 
beaucoup plus au Sud, notamment dans le nord du Dahomey 
et du Togo et dans la région de Bobo-Dioulasso. 

Elans guineensis Jacq. — Palmier à huile. Spontané depuis 
le Sénégal jusqu'à Zanzibar et même à Madagascar (Perrier de 
le Bathie et Jumelle). Le Palmier à huile est en outre cultivé 

BILL. SOC. NAT. ACCL. FR. 1912 — 23 



346 BULLETIN DE LA SOCIÉTÉ NATIONALE D ACCLIMATATION 

sur une grande échelle dans l'Ouest africain, depuis la Casa- 
mance jusqu'à l'Angola. Nous avons publié sur ce sujet une 
copieuse documentation : Végétaux utiles de /' Afrique tropicale 
française, fasc. VII, 1" partie, 1910. 

Cocos nucifera L. — Cocotier. Probablement originaire de 
l'archipel indien. A la Côte occidentale d'Afrique, il n'a été 
apporté qu'à une époque relativement récente, sûrement après 
le xv e siècle. 11 est du reste encore peu répandu le long des 
côtes. Dans l'intérieur de la Côte d'Ivoire et du Dahomey on 
l'observe parfois dans des villages situés à 100 ou 150 kil. de 
la mer. 

Cypéracées. 

Cyperus esculentusL. — Spontané ou naturalisé dans presque 
toutes les régions tropicales. En Sénégambie, on observe crois- 
sant naturellement dans les lougans une forme sauvage à petits 
tubercules. Une forme à gros tubercules est cultivée en grand 
dans le sud du Soudan, à la Gold-Coast, dans certaines parties 
de la Côte d'Ivoire, dans le Haut-Dahomey. 

Cyperus articulatus L. — Spontané dans les marais de toutes 
les parties chaudes du globe. En Afrique occidentale, les femmes 
cultivent fréquemment cette espèce autour des cases pour ses 
rhizomes odorants employés dans la parfumerie indigène. 

Eriospora pilosa Benth. — Spontané sur les rochers, dans 
les terrains montagneux de l'Afrique occidentale. Les Dyolas 
du Haut-Cavally plantent constamment au sommet de leur 
case une touffe vivante de celte Cypéracée. Elle continue à y 
végéter plusieurs années et elle sert, disent-ils, à éloigner la 
foudre. 

.1 suivre.) 



EXTRAITS 
DES PROCÈS -VERBAUX DES SÉANCES DES SECTIONS 



II e SECTION. — ORNITHOLOGIE-AVICULTURE 

SÉANCE DU 5 FÉVRIER 1912 

Présidence de M. Magaud d'Aubusson, président. 

Le procès-verbal de la dernière séance est lu et adopté. 

M. P. -A. Pichot communique une lettre de M. Touchard, qui 
lui écrit du département de l'Indre : « Mes Céréopses et mes 
Talégalles vont bien. Je vais leur préparer une bonne installa- 
tion dès que nous serons débarrassés de la neige. Nous avions 
eu jusqu'ici une température de printemps et les bourgeons 
commençaient à sortir. Mes Casoars Emeus couvent depuis une 
dizaine de jours, c'est le mâle qui tient le nid; il est couvert de 
neige. Les Casoars Emeus de Courcelles (Seine-et-Oise) vont 
aussi se mettre à couver, quoiqu'ayant fort peu d'œufs. L'année 
dernière, ils en ont pondu vingt-trois. J'ai une Tourterelle dia- 
mant, qui couve dans le lierre où son nid est placé; je doute 
qu'elle résiste au froid. » 

A propos d'une note, parue dans les journaux, et ayant trait 
au supplice qu'on infligerait à certains Oiseaux, auxquels on 
couperait les ailes sans les tuer, pour l'usage de la mode, et 
qu'on laisserait lamentablement périr mutilés, M. Magaud 
d'Aubusson dit qu'il y a là une erreur, on arrache simplement 
les pennes. 

M. le Président donne ensuite communication d'une lettre 
reçue de Hollande et dont l'auteur, M. Lens, qui désire faire à 
Curaçao une tentative d'acclimatation de l'Autruche, demande 
s'il y aurait en Algérie une ferme pouvant céder de ces Oiseaux 
et si l'exportation en serait prohibée comme au Cap. 

M. Magaud d'Aubusson a répondu à son correspondant que 
ses tentatives en Algérie seraient absolument inutiles et lui a 
demandé pourquoi il n'avait pas plutôt pensé à l'établissemenl 
si important de Los Angeles, en Galifornie. 



348 BULLETIN DE LA SOCIÉTÉ NATIONALE b'ACCLIMATATION 

M. le professeur Trouessart rappelle à ce sujet qu'il vient 
d'être publié en anglais un petit volume traitant de l'élevage 
de l'Autruche. 

Trois volumes sont déposés sur le bureau : 

Le premier est le fascicule de la petite revue anglaise British 
Pirds, portant la date du 1 er janvier 1912. Il contient une ana- 
lyse fort bien faite de l'ouvrage de notre collègue, M. le 
D r Louis Bureau, sur l'âge des Perdrix ; elle se termine par un 
vœu, que nous formulons tous, celui de voir paraître bientnl 
la seconde partie de ce si remarquable travail. 

Le second volume offert à la Société, avec une gracieuse 
dédicace est de Miss Rosie Alderson et a pour litre : Mij foreign 
Doves and Pigeons. La Société d'Acclimatation, dans sa der- 
nière séance solennelle,' a récompensé l'auteur de ce charmant 
petit livre, nous n'en dirons donc pas davantage, sinon qu'il 
serait fort à désirer que quelqu'un, ayant des loisirs, en 
donnât une traduction dans notre langue. 

C'est au Conseil de la Société à décider s'il y aura échange 
de nos Bulletins avec la jeune Revue italienne d'Ornithologie, 
dont le premier numéro est également sous nos yeux: dans 
tous les cas nous sommes heureux de lui souhaiter la bien- 
venue et une longue vie. Les directeurs ont publié leur pro- 
gramme; il consiste à continuer l'œuvre commencée par le 
regretté Giglioli; la table du fascicule, dont nous parlons, dit 
quel intérêt présentera ce périodique. 11 débute par des 
recherches de M. Salvadori sur les Saxicola, puis, sous le titre 
modeste de : « Notes sur une récolte d'Oiseaux dans l'archipel 
toscan », MM. Arrigoni degli Oddi et Damiani donnent une 
véritable faune de la contrée. M. François Chigi publie ensuite 
des considérations sur les réapparitions de caractères ataviques 
chez le Falco vespertinus, à propos d'un exemplaire de l'inté- 
ressante collection Zaffagnini, à Florence. La nouvelle capture 
en Italie d'un l^'b'canvs crispus a donné lieu à des observa- 
tions de M. de Balducci; les voyages du Larus ridibundus dans 
le même pays onl été racontés par M. Alexandre Chigi; enfin le 
professeur Martorelli donne un travail, accompagné d'une forl 
belle planche en couleur, sur quelques hybrides provenant du 
Diardigallus diardi el <ln Gennœus melanotus. Viennent ensuite 
Notes, formant une véritable chronique; un chapitre inti- 
tulé : Chasses, Passages el Variétés, nue Revue bibliogra- 



EXTRAITS DES PROCÈS-VERBAUX DES SÉANCES DES SECTIONS 

phique forl complète analysant les publications pai ins 

toutes les langues européennes, enfin une nécrologie des orni- 
thologistes récemment enlevés à la science. 

De Saint-Gérand-le-Puj Allier , M. Dulignier em 
observations concernanl L'ornithologie de La région <|u'il babil 

Au printemps de 1911, il y avait, dit-il, très peu d l 
de toutes espèces, conséquence des pluies diluviennes, ■! 
tructives des couvées de l'année précédente. En revanche, il 
s'élève aujourd'hui de nombreux jeunes. Le Cini, complète- 
ment inconnu ici. il y a vingt-cinq ou trente ans, alors que je 
le voyais en grand nombre dans le Lyonnais, s'était avan 
graduellement et, depuis quelques années, était devenu très 
commun pendant l'été; en Util, un seul couple s'est monte 
au printemps et a disparu après quelques jours. 11 en est autre- 
ment des Becs-croisés qui, habituellement fort rares, ne - 
voyaient qu'au moment des passages; ils arrivent en troupes 
nombreuses, avec leurs jeunes, dés la lin de mai, et séjournent 
dans les Sapinspendant l'été et l'automne, il y en avait encore le 
23 janvier dernier. Le 26, j'ai été fort étonné de voir une 
femelle de Motacilla rubicola, de retour de son voyage hivernal. 
cl. le 27, j.' rencontrai un Hfotacillaphœnicurus, en beau plumage 
printanier. Comme beaucoup de végétaux, ces Oiseaux auront 
été trompés par la température anormale de l'hiver; mais 1<' 
lendemain il y avait — -i°,et aujourd'hui, '» février, il va — 11°. 
après une chute de neige. Que sont-ils devenus? 

Passant à un autre sujet. M. Dulignier dit avoir remarqué 
que le mâle Faisan doré, élevé en liberté complète, prend s 
couleurs plus rapidement et qu'elles sont bien plus vives que 
lorsqu'il est en captivité. Il s'agit ici non des belles teintes de 
la seconde année, mais de celles qui distinguent tes jeunes 
mâles dès l'âge de trois mois et persistent jusqu'à l'été suivant 
M. Dulignier ajoute, pour les amateurs d'Oiseaux de parc, que, 
9i les Faisans ne causent aucun dégàl dans un jardin, ne 
grattent pas les massifs de fleurs, ils ne sont pa- cependanl 
des animaux agréables en liberté. Ils aiment avant tout les 
fourrés et ce n'est guère qu'à la course, pour aller d'un massil 
boi-é à l'autre, qu'ils traversent les pelouses où l'on admire 
trop rarement leurs belles couleurs. 

M. Dulignier termine eu racontant que, la chaleur de I 
ayant mis à sec une petite pièce d'eau entourée d'Iris et 



350 BULLETIN' DE LA SOCIÉTÉ NATIONALE D 1 ACCLIMATATION 

Joncs où se tenaient de grandes Poules sultanes, elle fut net- 
toyée le 5 septembre. Ces Oiseaux disparurent, mais n'allèrent 
pas rejoindre des animaux de la même espèce établis sur un 
bassin beaucoup plus considérable. Ce n'est que le 19 qu'ils 
furent retrouvés, perchés dans les hautes branches d'un Chêne 
à 15 ou 20 mètres du sol; ils y étaient parvenus grâce à un 
Sapin voisin et depuis ils ont regagné la pièce d'eau. 

M. de Sainville désirerait savoir comment on peut distinguer 
les sexes chez le Cygne noir. 

M. le D r Trouessart conseille d'avoir recours au procédé 
employé au Muséum. Il consiste à coucher l'animal sur le dos, 
et, en pressant le ventre, on fait sortir le pénis; on use du 
même moyen pour tous les Anatidés. 

M. P.-/\. Pichot lit un travail très documenté sur la nourri- 
ture des Pics, aux Etats-Unis; il sera inséré au Bulletin. 

M. le Président remercie M. Pichot. Il est certain que les 
agriculteurs se plaignent beaucoup de ces Oiseaux; mais les 
forestiers allemands ont une autre opinion. Ils recommandent 
de laisser debout les vieux arbres morts ; les Pics et d'autres 
Oiseaux viennent y chercher les Insectes. En résumé, avant de 
condamner, il faut étudier. 

M. Pichot ajoute que, dans les faits qu'il vient d'exposer, il y 
a des preuves scientifiques tangibles. 

M. le professeur Trouessart demande si, dans les observa- 
tions faites en Amérique, il est question des poteaux télégra- 
phiques, attaqués par les Pics et tels que ceux qu'on a vus à 
une exposition, à Paris. 

M. Pichot connaît le fait; on a dit que les Oiseaux sont 
attirés par le bruit produit parla vibration des fils. Les poteaux 
apportés à Paris venaient de Suède, ils avaient élé perforés 
par le Dryopic noir; du reste on reconnaissait bien le bec de 
l'ouvrier. 

M. Le Fort dit que, chez nous, les forestiers redoutent les 
Pics; ils les accusent de manger les nuls de Fourmis et de 
nuire ainsi à l'alimentation des Perdreaux rouges. Notre col- 
lègue ajoute qu'il n'y a pas moyen de se débarrasser des Pics; 
chez lui il a été obligé de placer des grillages dans les bois. 
L'Epeiche est moins à craindre que le Pic vert, qui gratte jus- 
qu'au fond des fourmillières. 
M. Mailles ajoute que le Torcol a les mêmes habitudes. 



EXTRAITS mes l*liOi:i;s-\ KliliAIX DÈS SÉANCES DES 9BOTI0NS d$i 

M. Pichol répond qu'il ne faut pas établir de règles géné- 
rales el que les conclusions à apporter dépendent des localités. 
Ya-t-on pas, par exemple, fait, en Angleterre, une campagne 
contre le Bouvreuil, que, dans certains pays, où l'on cultive le 
Pommier, on appelle, en raison de ses mœurs, le Bourgeon- 
neux? Ailleurs, c'est un animal absolument indifférent. 

M. de Sainville n'a pas été heureux avec ses Crossoplilon 
ho-ki, il a perdu quatre de ses reproducteurs. L'un d'eux a péri 
par suite d'une poussée brusque de tuberculose du foie, mais il 
s'élonne que cet animal n'ait présenté aucun amaigrissement. 

M. Magaud d'Aubusson pense que le Crossoptilon ho-ki est 
prédestiné à devenir un Oiseau de basse-cour, les tentatives 
d'acclimatation sont donc fort désirables. 

M. Debreuil présente à la section une Alouette lulu et une 
Alouette des champs, que lui a envoyées M. Rollinat, et à ce 
propos il soumet à ses collègues une note qu'il a rédigée. 
M. Debreuil ne demande pas une interdiction absolue de la 
chasse de l'Alouette, qui est un gibier; ce qu'il condamne, ce 
-*ont certains engins, tels que la saunée, la pantière, les filets 
appâtés en temps de neige. Ce qu'il ne faut pas, c'est que, 
pendant que la terre est couverte de neige et que les Oiseaux 
sont affamés, on en fasse de véritables hécatombes. 

M. Magaud d'Aubusson rappelle que dans nos départements 
du nord, la Somme par exemple, la saunée n'est pas permise 
à plus de o(X) mètres du rivage de la mer. 

Dans le Midi, ajoute M. de Sainville, la chasse aux Alouettes 
sert de prétexte à la capture de tous les Oiseaux; quant au 
piquet à lacets, M. Debreuil dit qu'il ne prend que les seules 
Alouettes, on s'en sert dans la commune du Fay (département 
de l'Indre). 

Nous sommes heureux, en terminant, de donner l'hospitalité 
à M. le D r Yan Oort, directeur du Jardin zoologique.de Leyde, 
qui a entrepris, depuis quelques années, des expériences sur 
la migration des Oiseaux. M. Van Oort sera reconnaissant aux 
personnes qui voudront bien lui signaler la capture de chaque 
Oiseau bagué, la date et le lieu, et aussi, si cela est possible, 
lui retourner l'animal ou la patte baguée. Nos collègues accé- 
deront certainement avec plaisir aux desiderata du zoologiste 
hollandais. Le Sécrétant 

Comte d'Orfeuille. 



352 BULLETIN DE LA SOCIÉTÉ NATIONALE D'ACCLIMATATION 

III e SECTION. — AQUICULTURE 

SÉANCE DU 12 FÉVRIER 1912. 

Présidence de 31. Raveret-Wattel. président. 

La parole est donnée au secrétaire pour la lecture du procès- 
verbal ; le procès-verbal est adopté. 

A propos du procès-verbal, certains membres de la Société 
s'étant demandé si les Grenouilles de nos pays pourraient 
aider à la destruction des Distomes, M. Le Fort cite des cas de 
coexistence de Grenouilles et de Douves. Par contre, la multi- 
plication exagérée de Grenouilles ne serait pas sans danger 
pour les alevins, et M. de Sainville cite le fait de la déglutition 
d'un Goujon adulte par une Grenouille, ce qui vient justifier 
ces craintes. La destruction de pontes de Poissons par la Gre- 
nouille adulte est plus douteuse; M. Mailles, faisant ressortir 
que la Grenouille ne saisit que des proies en mouvement, il est 
peu probable qu'elle s'attaque aux œufs. MM. Debreuil et 
Raveret-Wattel font observer qu'il n'en est plus ainsi pour les 
Têtards, et que ceux-ci pourraient parfaitement détruire des 
œufs. 

Il est donné lecture de la correspondance, qui comprend : 

Une lettre de M. Egert, à Cannes, demandant des Truites 
arc -en-ciel; 

Une lettre de M. Proschowsky, de Nice, demandant divers 
Poissons de nos eaux douces. 

Ces deux lettres seront transmises à notre collègue, M. Dagry. 

Une lettre de M. Dulignier, de Saint-Gérand-le-Puy, qui 
signale une mortalité survenue parmi ses Carpes d'élevage et 
qui faisait périr, sans symptômes externes bien nets, des 
Carpes de .3 à 4 kilogrammes; toute idée d'empoisonnement 
doit être écartée, puisque les autres Poissons n'étaient pas 
atteints. M. Dulignier demande à quoi doit être attribuée cette 
mortalité. 11 envoie un croquis d'un Poisson trouvé au milieu 
de Poissons rouges (Carassius auratus) et qui en diffère par sa 
forme plus allongée. Le croquis permet de supposer que c'est 
là un Ide de la variété rouge. 

M. Raveret-Wattel donne lecture de deux lettres particuliè- 
rement intéressantes qui lui ont été adressées. 



EXTRAITS DES PROCÈS-VERBAUX DES SÉANCES DES SECTIONS 353 

La première, de M. Blanchet, de Saint-Valéry-sur-Somme, a 
trait à l'emploi de la chair de Cardium edule pour l'alimenta- 
tion des Poissons dans l'élevage piscicole. 

La seconde lettre, relative à l'élevage du Black-Bass, émane 
de M. Bétrémieux (de Koubaix). 

M. Bélrémieux écrit de Roubaix : 

« Mon élevage de Black-Bass (Micropterus salmoides) a été 
conduit bien plutôt comme une exploitation industrielle qu'en 
vue de recueillir des observations sur les mœurs du Poisson. 
Il a eu lieu, d'abord, dans un petit étang de 30 mètres de long 
sur 19 mètres de large et profond de l m 50, où l'eau est complè- 
tement stagnante et renouvelée seulement par la pluie, mais se 
montre très riche en nourriture naturelle : Mollusques, Crus- 
tacés, Insectes, principalement des Limnées, des Crevettes 
d'eau douce et des ISèpes. Il est très garni de végétaux aqua- 
tiques : Elodea canadensis et Callitriche veryialis. 

« C'est en novembre 1903 que je mis dans cette pièce d'eau 
20 Black-Bass de l'année, longs de 10 centimètres et pesant 
environ 13 grammes chacun. 

« La première pêche, faite en octobre 1904, donna les résul- 
tats suivants : le plus petit sujet mesurait 17 centimètres et 
pesait 200 grammes; le plus gros était long de 20 centimètres 
et pesait 310 grammes. 

« Lors de la deuxième pêche de contrôle, à laquelle il fut 
procédé en octobre 1903,1e plus petit sujet avait 22 centimètres 
et pesait 500 grammes; le plus gros atteignait 26 centimètres, 
avec un poids de 780 grammes. 

« La troisième et dernière pêche de contrôle a été faite en 
octobre 1906; elle m'a donné les résultats ci-après : le plus 
petit Black-Bass mesurait 25 centimètres et pesait 700 grammes; 
le plus gros avait 31 centimètres et pesait 1 kilog. 50. 

« Pour cette dernière pêche, l'étang fut complètement vidé; 
on y retrouva 16 Poissons adultes seulement sur les 20 sujets 
qui y avaient été placés trois ans plus tôt; 4 avaient disparu. 
On recueillit, en même temps, 300 alevins de l'année. 

« Depuis lors, j'ai mis mes Black-Bass dans de grands 
étangs, où j'ai obtenu de très nombreuses reproductions. 

« Le plus gros sujet que j'aie péché, et qui devait avoir six 
ans, pesait un peu plus de 3 livres. J'ignore si, en Europe, 
cette espèce atteint une plus forte taille. » 

Au sujet de la lettre ci-dessus, M. Le Fort donne quelques 



.'Jo4 BULLETIN DE LA SOCIÉTK NATIONALE D'ACCLIMATATION 

renseignements sur l'élevage du Black-Bass et, s'appuyant sur 
son expérience personnelle, il montre que les eaux chaudes 
forment le milieu le plus favorable. La différence de taille entre 
Poissons d'un an élevés les uns dans des eaux chaudes, les 
autres dans des eaux froides, peut être de 17 centimètres à 
6 centimètres. 

M. Magaud d*Aubusson complète la communication faite à 
une des précédentes séances au sujet des travaux de l'Institut 
sérothérapique de Butantan par la présentation de l'appareil 
usité dans cet établissement pour la capture des Serpents veni- 
meux. 

M. le Président donne lecture d'un travail de M. Cligny au 
sujet de la dégénérescence de la Truite arc-en-ciel. Ce travail 
sera publié dans le Bulletin. 

M. le Président fait ressortir en quelques mots tout l'intérêt 
que présente le travail de M. Cligny. 

« Cette communication, ajoute-t-il, est d'autant plus oppor- 
tune qu'en ce moment, nombre de pisciculteurs se préoccupent 
chez nous de la question de la dégénérescence de la Truite 
arc-en-ciel, et qu'il importait d'établir les causes probables de 
cette dégénérescence, en même temps que d'indiquer les 
moyens d'y remédier. Sans méconnaître la gravité de la situa- 
lion constatée en Allemagne, il est permis de dire qu'avec un 
peu plus de prévoyance et de soins, le mal eût pu sans doute 
être évité. La preuve en est, semble-t-il, dans ce fait que cer- 
tains établissements ont su se mettre à l'abri du danger. » 

Voici un extrait d'une lettre qui m'est parvenue tout récem- 
ment à ce sujet, et qui émane de M. Siegfried JafTé, habile 
pisciculteur hanovrienfdeSandfort, près Osnabriick i,dont notre 
Société a déjà reçu plusieurs communications intéressantes : 

« Je partage complètement votre manière de voir sur les 
causes de la dégénérescence de la Truite arc- en-ciel. Ce sont 
surtout de mauvais soins et une alimentation défectueuse qui 
ont amené le mal. Depuis des années, j'ai signalé le danger 
qu'il y avait à nourrir trop fortement les sujets reproducteurs, 
et appelé l'attention sur les inconvénients qui résultent d'un 
mauvais choix des aliments et de distributions trop copieuses. 
11 importe de diminuer les rations dans le courant d'octobre, 
ou même dès septembre, suivant la température de l'eau. On 
obtient alors moins d'oeufs, mais ils sont de bien meilleure 



EXTRAITS DES PROSES- VERBAUX DES SÉANCES DES SECTIONS .'!."»•"> 

qualité. <»n se trouve bien aussi de n'employer qjue des mâles 
qui n'ont pas reçu de nourriture artificielle. 

« Je me permettrai d'ajouter, continue M. Raveret-Wattel, 
qu'à la station aquicole du Nid-de-Verdier, où la Truite arc-en- 
ciel est cultivée depuis dix-neuf ans, ce Poisson continue, 
comme par le passé, à faire preuve de la plus grande vigueur. 
C'est en 1893 et 1894 que des œufs nous ont été adressés par la 
Commission fédérale des Pèches, de Washington; depuis 
cette époque, nous n'avons jamais eu besoin de recourir à 
d'autres importations pour renouveler le sang, et il n'est pas 
inutile de signaler que les œufs que nous avions reçus n'avaient 
pas été recueillis sur des Poissons vivant en liberté dans 
les rivières californiennes, mais provenaient tout simple- 
ment de Truites élevées déjà depuis plusieurs générations dans 
les bassins d'un établissement aquicole de la région est des 
États-Unis, la station de pisciculture de Wytheville (Virginie). 
Or, non seulement le Poisson n'a pas dégénéré chez nous, mais 
il a, de plus, subi une sorte d'acclimatation qui s'est traduite 
notamment par une modification dans l'époque de la ponte, 
laquelle s'est rapprochée peu à peu de celle de notre Truite 
indigène. Tout d'abord, la fraie de l'Arc-en-ciel eut lieu chez 
nous comme en Virginie, c'est-à-dire dans le courant de février 
ou même au commencement de mars; mais, graduellement, 
l'époque avance; nous eûmes des pontes d'abord en janvier, 
puis en décembre. En 1902, nous pûmes commencer à recueillir 
des œufs dès le 27 novembre, et, en 1903, notre première 
récolte d'œufs s'effectuait le 23 novembre. Actuellement, c'est 
toujours vers le 20 novembre que l'on commence à pratiquer 
les fécondations artificielles, et les éclosions s'obtiennent 
dans les derniers jonrs de décembre. Il me paraît inutile d'in- 
sister sur les avantages qui en résultent au point de vue pra- 
tique. Nés dans le courant de l'hiver, et non plus pour ainsi 
dire au printemps, les alevins sont déjà très forts, très déve- 
loppés dès le mois de juin suivant; c'est presque une année de 
gagnée pour le pisciculteur. 

« L'acclimatation s'est, en même temps, manifestée par 
d'autres changements, portant d'abord sur la livrée du Poisson; 
nous avons obtenu, sans aucunement le chercher, sans nulle 
sélection, des Truites chez lesquelles la bande rouge des flancs 
est beaucoup moins marquée que dans le type normal. Ces 
Truites, à coloration très claire, ayant été répandues dans les 



356 BULLETIN DE LA SOCIÉTÉ NATIONALE D'ACCLIMATATION 

cours d'eau voisins de notre station aquicole, sont bien connues 
des pêcheurs, qui les appellent les ci Truites blanches du Nid- 
de-Verdier ». 

« Mais une autre modilication, bien plus remarquable encore, 
s'est aussi produite. Le tube intestinal, si développé chez la 
Truite arc-en-ciel, a perdu de son ampleur; l'abdomen est, par 
suite, moins volumineux, et, lorsqu'on prépare son envoi de 
Poisson pour le marché, on n'est plus obligé de faire, aussi 
longtemps à l'avance, jeûner ces Truites avant de les sacrifier, 
pour qu'elles soient d'un emballage plus facile et se conservent 
en meilleur état de fraîcheur. Je dois mentionner que ces 
Truites, qui n'ont subi aucune dégénérescence quant à la 
capacité reproductrice, loin d'avoir perdu en qualité, ont, au 
contraire, gagné sous un certain rapport, attendu que la chair 
en est un peu plus ferme, tout en restant d'un goût très fin, et 
il est à noter que les sujets reproducteurs eux-mêmes ne 
reçoivent cependant jamais qu'une nourriture artificielle, con- 
sistant principalement en mou de bœuf et hareng salé. 

« En terminant, ajoute M. Raveret-Wattel, je signalerai que 
c'est à tort que Marianne Plehn estime que la Truite commune 
supporte très mal, elle aussi, l'élevage en captivité et la nour- 
riture artificielle, lesquelles provoqueraient la dégénérescence 
de la race dès la seconde génération, à tel point que les pisci- 
culteurs sont obligés de renouveler fréquemment la population 
de leurs bassins, en recourant à l'emploi d'oeufs recueillis sur 
des Poissons vivant en liberté dans les rivières. Il convient de 
rappeler que. dans les établissements de pisciculture bien 
conduits, on arrive, au contraire, à améliorer la race de la 
Truite commune par des soins spéciaux de nourriture et par un 
bon choix des sujets reproducteurs. Comme je l'ai vu notam- 
ment en Ecosse, dans de superbes établissements situés près 
de Stirling et de Dumfries, on arrive, au bout de quelques 
générations, à développer le volume des œufs, dont le nombre 
diminue, il est vrai, mais qui, en raison de leur grosseur, 
donnent des alevins très beaux, très vigoureux, faciles à élever 
et de croissance rapide. Dans ces établissements, on conserve 
précieusement la race améliorée que l'on est parvenu à créer, 
et l'on se garderait bien d'employer des œufs récoltés sur des 
Poissons pris dans les eaux libres. » 

Le Secrétaire, 

Despax. 



EXTRAITS DES PROCÈS-VERBAL" \' DES SÉANCES DES SECTIONS 351 

VI SECTION. - - COLONISATION 

SÉANCE DU 22 JANVIER 1912 

Présidence de M. Au g. Chevalier, président. 

Le procès-verbal de la séance précédente est lu et adopté. 

L'ordre du jour appelle une communication de M. Noury, 
sous-inspecteur d'agriculture en Afrique occidentale française 
sur les productions du Dahomey. 

Après un aperçu sur les caractéristiques du sol et du climat 
de notre colonie, M. Noury aborde la question du Palmier à 
huile. 

V Elseis giiineensis est d'une extrême abondance dans tout le 
Bas-Dahomey; il diminue dans la partie moyenne pour dispa- 
raître dans le nord où il est remplacé comme espèce produc- 
trice de matière grasse, par le Karité. 

En 1910, l'exportation des produits du Palmier, huile et 
amandes a atteint 92 p. 100 du commerce total d'exportation ; 
la production est encore augmentée par une notable quantité 
d'huile consommée par les indigènes. 

Au cours de cette même année la colonie a produit 
36,500 tonnes d'amandes de palmes surlesquelles3i. 780 tonnes 
ont été exportées. Ces 36.500 tonnes d'amandes correspondent 
à 26. 430 tonnes d'huile dont 14.620 tonnes ont été exportées. 

On peut déterminer approximativement le nombre de Pal- 
miers qui ont contribué à semblable production. 

Il faudrait environ 252.000 tonnes de fruits pour produire 
26.130 tonnes d'huile. Un Palmier étant capable de produire en 
moyenne 30 kilogrammes de fruits par an, il y aurait eu 
S. 391. 000 individus adultes et exploités pendant l'année consi- 
dérée. 

Le Palmier à huile constituant la culture exclusive dans tout 
le Bas-Dahomey, en dehors des plantes vivrières indispen- 
sables qui végètent dans les palmeraies, on se trouve en pré- 
sence d'une monoculture qui pourrait présenter certains dan- 
gers si une grave affection venait à faire son apparition. Fort 
heureusement cette espèce présente dans l'Ouest africain une 
résistance remarquable et aucun parasite n'a causé de dégâts 
appréciables. Parmi ses principaux ennemis, il faut citer une 



888 BULLETIN DE LA SOCIÉTÉ NATIONALE D'ACCLIMATATION' 

Cochenille {Aspidiotusdestructor)el\inCo\èoplève,\e Rhinocéros 
(Oryctes nasicornis). 

La constitution des palmeraies est assez longue. Il est diffi- 
cile, dans l'état actuel de la question, de n'avoir que des races 
ou variétés choisies; la fécondation est en effet toujours 
croisée, les in floresrences mâles et femelles ne se présentant 
jamais en môme temps sur un même individu, 

Les indigènes établissent leurs palmeraies avec de jeunes 
plants trouvés sous les Palmiers adultes ; ils n'ont aucune 
garantie quant à la valeur des plants. Il serait donc très utile 
de créer, dans des situations différentes, des plantations ayant 
pour but d'isoler et de sélectionner les variétés d'élite. 

M. Noury signale la quantité considérable de main-d'œuvre 
absorbée par la préparation des produits du Palmier. Pour le 
concassage des graines et le triage des amandes il a calculé 
notamment qu'il fallait cent cinquante heures de travail pour 
décortiquer et trier 100 kilogrammes de fruits, valant 30 francs 
à la factorerie. 

L'introduction des procédés mécaniques est, dans ces condi- 
tions, d'un intérêt primordial. 

L'établissement d'une usine a déjà été tenté, et il faut rap- 
peler ici les efforts du regretté Eugène Poisson. Toutefois l'ali- 
mentation d'une usine en matières premières est un problème 
difficile à résoudre dans les conditions présentes, si l'on con- 
sidère qu'il faut pouvoir traiter tous les fruits produits dans un 
rayon de 30 kilomètres. 

M. le Président souligne l'intérêt du Palmier à huile en mon- 
trant la place que tiennent ses produits dans le commerce de 
tout l'Ouest Africain. Or, on doit constater qu'à l'égard d'une 
espèce aussi précieuse rien n'a été fait pour l'amélioration 
de la culture, de l'exploitation ; nombre de recherches sont à 
poursuivre de ce coté et la création de stations d'essais spécia- 
lement consacrées à l'étude de V Elaeis s'impose dans les pays 
où la prospérité commerciale repose sur le trafic des huiles et 
amandes de palme, par exemple au Dahomey. 

La parole est donnée à M. Girard, de retour du poste de Gao 
'Haut -Sénégal et Niger), d'où il a rapporté, ainsi qu'il l'a fait 
déjà à plusieurs reprises, des animaux vivants pour la ména- 
gerie du Muséum. M. Girard a réussi, cette fois, à amener au 
.lardin des Plantes deux Girafes et des Antilopes de diverses 



EXTRAITS DBS I'K(h;i;s-VKI!HA1 \ DES SÉANCES DBS SEQTH3NS 389 

espèces. Au cours de sou séjour, il captura deux jeunes Laman- 
tins qui, malheureusement, disparurent. Il indique qu'en général 
tous ces animaux sauvages se trouvaient très bien d'une semi-, 
liberté leur permettant de chercher en partie leur nourriture. 

M. Debreuil présente un travail de M. Courtet sur l'élevage 
des Bovidés à Tahiti. 
Cette communication sera reproduite dans le Bulletin. 

M. le Président présente quatre échantillons de Café en 
grains, se rapportant à trois formes bien distinctes de Caféiers 
sauvages et récoltés à la Côte d'Ivoire (district d'Assikasso), 
par M. de Gandillac, adjoint des affaires indigènes. 

L'un de ces échantillons proviendrait du Co/fea excelsa 
A. Chev., déjà trouvé par M. Aug. Cbevalier dans le Haut-Chari. 

Les deux autres formes ne sont pas encore déterminées et 
vont faire l'objet d'une étude spéciale. 

M. le Président donne ensuite lecture d'extraits de corres- 
pondance qui lui ont été adressées. 

Le maréchal des logis Charles, des spahis sénégalais, en ser- 
vice au peloton des Meharistes du Tagant, fait connaître qu'il 
est en possession d'une nouvelle collection de plantes récol- 
tées dans le Tagant (Mauritanie). M. Charles écrit : « Tout 
dernièrement, j'eus l'occasion pendant une poursuite de pil- 
lards de parcourir une région, « le Batey », encore vierge 
jusqu'à ce jour de toute incursion européenne. Située entre la 
barrière Est du Tagant et l'Aouker (région de hautes dunes 
non encore explorée), celle du Batey est intéressante à bien des 
points de vue. Malheureusement le peu de temps dont je dis- 
posai ne me permit pas d'en profiter pour une récolte abon- 
dante de plantes. Néanmoins j'en rapportai des morceaux de 
poterie, des coquilles, etc. 

« Du poste de Àm Dam (Ouadaï) le sergent Bonnaure envoie 
les renseignements suivants : 

« Le terrain autour du poste est formé de couches profondes 
de terre rouge. Le Mil y pousse abondamment. 11 est à remar- 
quer que ce terrain est couvert de grandes Euphorbes attei- 
gnant quelquefois 3 mètres de haut. Comme arbustes beaucoup 
d'épineux ressemblant à l'Acacia ou au Mimosa. Un de ces épi- 
neux donne un petit fruit de la grosseur d'une groseille et 
d'un goût sucré. Quelques gros arbres fournissent du bon bois 



300 BULLETIN DE LA SOCIÉTÉ NATIONALE D ACCLIMATATION 

de construction et dans le nombre il s'en trouve dont le bois 
ferait bien pour la menuiserie. Je vous donnerai les noms dans 
ma prochaine lettre. 

« La Batha, oued assez important passe à environ 800 mètres 
du poste. Depuis le mois de juillet, nous l'avons vu couler deux 
fois. Cela dure environ huit jours au bout desquels il ne reste 
que quelques mares dans les fortes dépressions du lit. 

« Nous avons fait un jardin à côté de cet oued et les quel- 
ques graines de légumes que nous avons confiées à la terre 
sont assez bien venues. 

« Faune. — A deux ou trois jours du poste il y a, paraît-il 
(car je n'ai pu le vérifier ne pouvant pas aller très loin du 
poste), des Rhinocéros, des Autruches, des Girafes et même 
quelques Éléphants. Autour du poste nous avons des Antilopes, 
Gazelles et petites Biches grises, beaucoup de Lièvres, quel- 
ques Perdrix et une petite quantité de Pintades. En ce 
moment tout ce gibier couve ou niche. Après la saison des 
pluies les amateurs de chasse pourront se distraire et manger 
du gibier. 

« La situation autour d'Abêché et dans le Ouadaï semble 
s'être bien améliorée depuis la bonne leçon que le commandant 
Hillaire a infligée aux Kodo'ïs. Doudmourah et ses partisans 
semblent en avoir assez. 

« Comme vous, je crois que la. situation économique de ce 
pays ne deviendra jamais assez brillante pour compenser les 
sacrifices que l'on y a faits et que l'on y fera encore. Pour l'ins- 
tant je ne vois qu'une véritable richesse dans ce pays : le 
bétail. Plus tard peut-être, le coton qui vient bien le long des 
oueds. 

« En ce moment, je crois que pour aider au développement 
de cette région il faudrait s'assurer la roule du nord, afin que 
les nombreuses caravanes qui viennent de la Tripolitaine 
puissent arriver à Abêché sans encombre. Or, pour cela, il 
faudrait occuper le Borkou et cela mènerait encore loin. En 
tous cas quoiqu'il arrive, avec le colonel Largeau et le com- 
mandant Hillaire, le territoire est en bonnes mains. » 

/.<■ Secrétaire, 
M. R.0UYER. 



/.'■ Gérant : A. Maretheux. 



Paris. — L. Maretheux, imprimeur, 1, rue Cassette. 



ESSAIS DE TRAITEMENTS PRÉVENTIFS 

DES STRONGYLOSES DES RUMINANTS 

Par E. BRUMPT et R CAUCURTE 

Les nombreux traitements préconisés pour enrayer les stron- 
gyloses des Ruminants sont ou inefficaces, ou dangereux, ou 
extrêmement coûteux (l). En présence de la faiblesse de la 
thérapeutique vétérinaire, tous les efforts des agronomes se sont 
portés vers les mesures préventives qu'il serait possible de 
prendre en celte circonstance. Parmi les mesures préconisées, 
certaines sont efficaces mais demandent des modifications assez 
profondes dans les pratiques de l'élevage et chacun sait combien 
il est difficile de réformer les usages séculaires des paysans. 
D'autres mesures préventives qui semblent avoir été appliquées 
avec succès en Amérique nécessitent l'emploi d'un second 
berger. La difficulté de recruter de bons bergers à l'heure 
actuelle rend cette solution peu pratique. 

C'est la complexité des différents problèmes économiques 
liés à la prophylaxie des maladies parasitaires qui nous a 
engagés à rechercher dans la prophylaxie thérapeutique la 
solution de ce problème vital dont la solution pourrait amener 
un accroissement considérable de la richesse nationale et éviter, 
en tout cas, de cruels déboires à beaucoup d'agriculteurs. 

Les expériences prophylactiques que nous voulions faire 
avaient pour but de voir l'influence que certains médicaments, 
facilement tolérés et pris spontanément, pouvaient exercer sur 
le développement des Strongles parasites des Ruminants. Ces 
mômes expériences devaient nous permettre de faire des cons- 
tatations intéressantes au point de vue zoologique, en montrant 
la vitalité des embryons de parasites dans la nature et d'étu- 
dier également l'influence du régime sec pauvre ou du régime 
vert exclusif sur l'alimentation, et, partant, sur l'engraissement 
des animaux en expérience. 



La propriété du Moulin-de-la-Madeleine (Samois, Seine-et- 
Marne) était particulièrement favorable à ce genre d'expé- 

1 Nous devons faire exception toutefois pour certains lavements médi- 
camenteux qui peuvent rendre de grands services dans certaioes épidémies. 

BULL. soc. -\"AT. acc.l. fb. 1912 — 24 



362 BULLETIN DE LA SOCIÉTÉ NATIONALE D'ACCLIMATATION 

riences. Une petite prairie d'environ 2.000 mètres carrés avait 
été contaminée par les déjections de Chèvres atteintes de 
diverses strongyloses durant au moins deux années (août 1908- 
août 1910 . Les Chèvres qui allaient s'ébattre sur cette prairie 
hébergeaient un grand nombre de parasites appartenant à des 
espèces variées : Strongles capillaires du poumon, Strongles 
contournés de la caillette ; Trichostrongyles et Ostertagies de 
la caillette et de l'intestin grêle ; Uncinaires et Strongles filicols 
de l'intestin grêle; Trichocéphales, ÛEsophagostomes, Scié- 
rostomes hvpostomes du gros intestin. Certaines Chèvres pré- 
sentaient encore en décembre 1910, après un traitement 
thymolé (voie buccale et lavement >, 107. 170 et même 256 œufs 
de Strongles par lamelle de 32 millimètres X 22 (1). 

L'intensité de l'infection des Chèvres permettait de croire à 
une infestation aussi intense du sol sur lequel elles avaient 
pâturé. Les résultats que nous avons obtenus nous ont montré 
le bien fondé de cette hypothèse. 

Grâce à M. Rossignol père, chef du service vétérinaire de 
Seine-et-Marne, nous avons pu nous procurer douze Agneaux 
élevés en bergerie et provenant d'une ferme indemne de slron- 
gylose. Avant de mettre ces Agneaux en expérience un examen 
minutieux des déjections a été fait et a montré l'absence de 
parasites dans l'intestin des animaux. Deux Agneaux ont d'ail- 
leurs été conservés comme témoins à l'écurie (n os 4 et 6), ils 
n'ont jamais présenté d'œufs de Vers dans leurs déjec- 
tions. 

Grâce à la grande obligeance de M. et deM me Debreuil, qui ont 
consenti à élever pendant plusieurs mois deux de nos Agneaux, 
nous avons pu étudier le passage des parasites d'une espèce 
animale à une autre espèce animale. Nous les prions, ainsi que 
M. Rossignol, d'agréer nos bien sincères remerciements. 

Diverses expériences ont été faites dans le but de démontrer : 

1° Si une prairie infestée, abandonnée pendant neuf mois 
(août 1910 à mai 191 1 . esl encore infectieuse? 

-!'• En combien de temps les animaux s'infestent ? 



i ( :cs Chèvres avaient été traitées préventivement par la racine de 
Fougère mâle fraîchement pulvérisée Traitement du professeur Moussu 
à deux reprises différentes au moii de mai 1916 ci -111 mois de juin de la 
même année. 



STRONG^ LOSES DES RI H 

:; Quelle est l'influence préventive des div< n médicaments 
créosote de houille, sulfate de fer, sulfati 

'r L'herbe d'une prairie, abandonnée depuis plus de trois ans, 
el ayant été inondée par la Seine eu 1909-1910-19J i, peut-elle 
infester des animaux ? 

Les parasites d' Intilope cervicapra peuvent-ils parasiter 
de- Moutons ? 



Voici dans quelles conditions nos expériences onl 
effectuées. 

Les dou/e Agneaux achetés le 16 mai 191 J ont été répartis 
de la façon suivante : 

I Deux ii i el 6 onl servi de témoins. Ils ont été nourris 

istammenl à retable au régime sec, ils n*onl jamais montré 
d'œufs dans leurs selles, ce qui démontre que les autres ani- 
maux du loi étaient indemnes avant nos expériences; 

2° Deux (n oa i I et !» ont été envoyés à M. Debreuil, à Melun. 
Ils ont vécu dans un parc où l'herbe a été vite desséchée et 
dans lequel vivaient auparavant des Antilope cervicapra ayant 
de nombreux œufs de Slrongles dans leur- selles el en particu- 
lier le Strongle filicol. 

Les huit autres .Moutons ont été nourris sur la prairie conta- 
minée du Mouliu-de-la-.Madeleine dont nous avons parlé ci- 

dCSSUS. 

Ils \ ont été placés le il> mai et, jusqu'au ta juillet environ, 
M- ont pu se nourrir exclusivement de l'herbe desséchée de cette 

prairie. 

Depuis cette époque, du 15 juillet à la fin de septembre, date 
à laquelle nousavons terminé ces expériences, ces huit Agneaux 
ont été alimentes avec l'herbe de la prairie inondée par la 
Seine et abandonnée depuis environ trois ans. 

- huit animaux exposés à l'infection spontanée par les 
Strongles onl été expérimentés de la façon suivante: 

1° Deux d'entre eux n os I \ et 11 oui bu de l'eau naturelle el 
onl servi de témoin- pour les six suivants i rai tés avec différentes 
solution- médicamenteuses : 

c 2° Les Agneaux 3 el ~i\ onl bu constamment de la solution de 
créosote de houille à 8 p. 1000; 

3° Les Agneaux -i et H» ont bu dans les mine- conditions du 
sulfate de fer en solution à 1 p. 1000; 



364 BULLETIN DE LA SOCIÉTÉ NATIONALE D'ACCLIMATATION. 

4° Enfin les Agneaux 5 et 8 ont été abreuvés avec de la solution 
de sulfate de cuivre à 1 p. 1000. 

Le tableau ci-contre montre les poids de nos animaux aux 
différentes époques et le nombre d'œufs de Strongles trouvés 
en juillet et en septembre. 

Conclusions. 

Les expériences relatées ci-dessus permettent de tirer un 
certain nombre de conclusions qui pourront trouver leur appli- 
cation en agriculture, et dont nous donnons l'énumération 
dans les lignes qui suivent : 

1° Malgré une année très défavorable pour les parasites, des 
Moutons se sont infestés en vivant pendant deux mois environ 
sur une prairie contaminée, abandonnée, et à l'abri de toute 
souillure (1) nouvelle depuis neuf mois. Ces animaux, n'ayant 
pu consommer d'herbe verte que pendant quinze jours environ, 
ont contracté néanmoins toutes les espèces de Strongles qui 
avaient été déversées à l'état d'œufs sur la prairie, à l'exception 
toutefois d'un Strongle du poumon (Str. capillaire), qui n'a été 
observé dans aucun cas. 

Cette expérience d'infestation naturelle est, à notre connais- 
sance, la première qui ait été tentée, ayant été faite avec des 
animaux d'un même élevage et avec des animaux témoins 
(4 et 6) qui ne se sont pas infestés; elle est à l'abri de toute 
objection. Celte expérience confirme un certain nombre d'obser- 
vations épidémiologiques qui étaient discutables à bien des 
égards. Elle montre la grande vitalité des embryons de Strongles 
d'au moins cinq espèces (2) dans la nature. Dans les conditions 
météorologiques défavorables dans lesquelles nos expériences 
ont été faites, celte vitalité dépasse certainement neuf mois, 
sauf peut-être pour le Strongle capillaire; 

-2° Des Moutonsontpu supporter pendant quatre mois et demi, 

1) Cette prairie est située dans uae propriété close et est elle-même 

entourée île palissades m 111 empêchenl les animaux sauvages d'y pénétrer 

et de contaminer le sol. Cette contamination du sol par des animaux 

es peut expliquer, dans certains cas. l'infestation d'une prairie 

ab indonnée depuis longtemps. 

[2) Strongle Qlicol, Strongle contourné, Ostertagies, Tridiostrongyles, 

rostome hypostome, e1 peut-être lEsophagostome. 



H> 


3 


o 


-1 7| 


- 


C3 


3 


- 


- - 


r o 


S 


























































C9 


e 


o 


— O 


-- 




-1 


a 


= o 


- o 1 


o ,a 






■ji 




















7. S 


J. 














































— — 


■ 


























"77 








o 






O 


O 


o 


O 3 


O 3 1 


a « 


- 

o 

Xi 

















































































~ 


3 


ce — 


; 7 


— 


v: 


;£ 


r7 / 


' — 


-^ 


— 




— 












: . 






71 




r" 




/ 






















II 






53 




3 3> 






- 


O 


3 O 










3 


3 


o o 




3 


3 


O 


o o 






fc 






x* 


m 


ce >: 




r. 


f - 


»- 


77 T7 










NOUVlNBNOnV 


*«* 


_£ 


M -* 


■ > 


■*■ 


^£ 


±c 


M M 














• 


i - » - 


1- 


"* 


r~ 


Sl 


T. c= 






1 






O 


o 


o o 






o 


= 


<3> O 










3 


o 


o o 


2 


s 


— 


«o 


O O 










_ 


-- 


r7 


C7 X 






1— 


."7 


X CC 






C 




m £ 






















■~ 




^ _ 


• y 


Jd 


^£ _i 


*• 


^i 


-^ 


M 


^. ^. 


■ ' 




r 




/ 






















Z 






71 


71 


3 — 


r- 


— - 


l— 


71 


CO — 












71 


71 


7J 77 


7-1 


71 


71 


<rz 


CI ce 






!»ù 






a 


O 


— 


3 




O 




o o 










o 


O 


O 2 


O 


2 


O 


2 


O 3 






-a 




— 


7i 


t— 


*— 


(M 




co 




l— 










00 






. 


. 














\, 




■r* z 


_= 


•^ 


_; -c 


* 


'^ 


-I* 


^ 


A ^£ 


2 2 




Sb 




"" 


71 







77 


wî 


- 


ce 


:-. r- 






o 






Cl 


71 


ci rr 


71 


— 


Cl 


rc 


iC-l Cl 










O 


<=■ 


es — 


O 


O' 


3 




3 






= M 




F - 


3 


3 


— o 


= 


o 


S 


s 


C3 2 










— 


-«r 


. ■ 


— r- 


(N 


CO 


CO 




Cl 






J II 




m H 
























^« — 


_if 


_i 


VA >> 


-*! 


-^ 


_£ 


^i 


— bd 


' ' 




'5 '■J 




3 


71 


— 


— 3 


71 


y: 


«*• 


O 


Cl 3 






- - 






Cl 


— 


71 ."7 


71 


— 


71 


TC 


7 1 CI 






























o r. 


























■- 


























2 1 




r- 


— 


— 


3 3 


--« 


— 


3 


O 


3 3 


— C5 




























/ - 


























t- — 


























3 't. 
•2, ï 




__' 


















J 






















| 


• 


3 




- 


=■ 


O 


o 3 


3> 


= 


O 


— 


3> 3 


° = 


? = 






^ 


















l 


- '5 

Z" " — > 


* en 

/ - 

4) -^ 












































| 


?;^> 


~l .s 






















i 




12 ~* 








— 


3 O 


a 






— 


O 3 




























1 






J" 






















■- 71- 




■ 


3 


l~~l 


rt r_ 


7| 


-■* 


3 


; 7 


("■ — 


71 7- 




/ - 




- 






Cl 


— 




— 




— 






O 




y 






















- X 






































-^ 


















C3 


2 


o = 


3 


— 


O 


O 


2 t 








s 


71 




_h 


- 


< " 


7*3 


77 












m - 






















• ;: 




••n - 


— 


— 


_; M. 


■«» 


■^ 


■> 


_£ 


^i _^ 


~ 










_. 


1' 


~*r oo 


— 


^C 


— 


~ 


— ■ : ~ 






■cj 






71 




-M 71 


71 


— 


Cl 


Cl 


7| Cl 






■2 | 








o 






o 




O 


O 










— 


o 


2 s 


2 


o 


2 


3 


3; : 


2 2 








_ 




y: 






-— 




71 


1^7/ 






— ^; 




co < 






















o o 




•T* — 


M 


,M 


^i Ji 


-1£ 


_* 


-!£ 


'> 


-* ^i 


•^ '* 




o .H 






i - 


.-7 


— 


3 


cg 


3 


; 7 


r^ — 


30 O 




— ~ 


























S 




































t- 








V 


ai 




"* tij 












V 














2 ç 








/ 


a; 


*"* 


— " 


OfJ 




"cû 


"3 




- c 








g 


7 3 — 


o 


o 


i- 


— 

3 




•J 




— 




a 


' - — 

: - 


49 




t— 

"s 


3 — 


al 


4-> 
ET] 




* Il 




11; 






— — 


* 


~ 


/. 


0) "~ 


3 


3 




"d i 




M 






- ' 


"5 


— 




■" 


nf 


a) 




— 1 




M 








/. 








W 


- 1 - 








t— 


^^ 




»>_»_»■. 








_» *>—- 


^-^ fc ^ - ^— . 


^ .^-N 




1 i 






























m£ 


•— 


ce 


;7 — 


71 


o 


^5 


■Jl 


rc "■" 


— 3- 














7 1 




















H- 






















î- s 






c 


c 


3 c 


C 


a 


3 


C 


3 3 


c c 




i r 




; 


c 


:. r 


o 


z 


O 


t 


O O 


o o 




1 






















; t. 




3 


3 


3 r 


3 


3> 


3 


3 


3 3 


3 3 








: 


- 


- 


- 


- 


O 


r. 


r : 


: O 




^ ~~. 





.'566 BULLETIN !>E LA SOCIÉTÉ NATIONALE ^ACCLIMATATION 

comme boisson exclusive, sans que leur sanlé ail élé altérée 
de la solution de créosote de houille à 5 p. 1.000 exp. 3 et 21); 
du sulfate de fer à 1 p. 1 .000 (exp. 2 et 10) ; du sulfate de cuivre 
à 1 p 1.000 (exp. 5 et 8). Ces expériences sont intéressantes, 
car si elles ont permis de démontrer l'inefficacité de ces médi- 
caments dans les strongyloses, elles montrent que, pendant 
la saison où les Moutons peuvent contracter la distomalose, il 
serait possible de les traiter de cette façon. Il est vraisemblable 
que le sulfate de cuivre et le sulfate de fer, qui sont peu 
coûteux, agissent in vivo comme in vitro envers les Distomes. 
Des expériences semblables aux nôtres devraient être tentées 
pour prévenir la distomatose (cachexie aqueuse) ; 

3° Les médicaments préventifs employés ont élé totalement 
inefficaces. Tous les Moutons traités ont hébergé des Strongles : 
les Moutons 3, 21, 2 et o ont même présenté plus de parasites 
que les témoins (13 et 14 buvant de l'eau ordinaire. On ne 
pourrait néanmoins pas conclure de ces quelques expériences 
au rôle favorisant des médicaments employés; si les Moutons 13 
et 14 ont eu moins de parasites que les autres, cela peut tenir 
à des particularités individuelles expliquées par leur chimisrae 
intestinal ou à certaines préférences alimentaires; 

i Au poinl de vue de l'engraissement. régime sec et 
pauvre loin , accompagné de stabulation, s est montré infé- 
rieur au régime vert exclusif, accompagné d'exercice au dehors 
Moulons i et 6 ayant augmenté de 5.400 et 8.500, au lieu de 
9.300 et JO. 300 pour Les Moutons L3 et I '< : 

5° Les Moutons 11 el 9, élevés à Melun, dans le parc à Anti- 
lope cervicapra de M. el M"" Debreuil, ontcontractéles Slrongles 
de ces Anlilopes. Le Mouton 11 a présenté' en juillet des unis 
de Strongle filiool. Cette expérience intéresse I acclimatation, 
en- si (die démontre que les parasites hébergés par <les Anti- 
lopes peuvent infester les Moulons, elle démontre également 
que les Parasites de nos Moulons peuvent vivre chez des Anti- 
lopes importée- : 

6° L'herbe de la prairie située devant la propriété de la 
Madeleine, inondée a plusieurs reprises parles dots de la Seine, 
mais n'ayant pas servi au pacage depuis plusieurs années, s'est 
montrée inoffensive pour le- Moutons qui en ont consommé 
de juillet a septembre. Le nombre d'oeufs que ces animaux 
présentaient en juillet n'a pas sensiblement augmenté, et 
l'augmentation Légère que l'on constate dans certains cas peut 



STRONGYLOSES Dl - RI MIN kNTS 367 

être attribuée à la maturation tardive d'embryons ingérés en 
juillet sur la prairie infestée. 

Tels sonl les principaux résultats sur lesquels nous désirons 
attirer l'attention de nos collègues qui s'intéressent à l'accli- 
matation ou à l'élevage. Cette note n'est d'ailleurs qu'une étude 
préliminaire; nous espérons pouvoir faire d'autres expérien 
•M en particulier établir combien de temps une prairie peut 
rester infectieuse et, d'autre part, au bout de combien de temps 
le foin d'une prairie suspecte peut ùlre considéré comme tota- 
lement inoffensif. Tous ces problèmes intéressent au plus haut 
degré les pays agricoles comme la France, et c'est la raison 
pour laquelle oous désirons pouvoir vous apporter bientôt la 
solution de ces intéressants problèmes. 



BIBLIOGRAPHIE 

WwiDF.ix Bttlbs (Ch.). — Trenlment for round worms in sheep, goats 
and cattle. Circulaire n° SS. Bureau of animal induslry, U. S. A.. 24 juil- 
let 1901. 

Ransoi B. H. — Stomach worms (Hxmonchus contorlus) in >heep. 
' ■ Bureau of animai industry, U. S. A., 8 mars 1907. 

Ransom l!. H. . — Tlie life history o( the twisted wireworm Hœmonchus 
■ntus on sheep and otber ruminants. Preliminary report. Circuit 
n° 9.!. Bureau of animal induslry, L". S. A.. 23 avril 1906. 

Rausom B. Il — The prévention of toises aniong sheep from stomach 
worms Hsemonchus conlorlus). Circulaire n' 157. 25 Annual Report of 
the Bureau of animal industry. U. S. A .. 

Moi B8i G.). — Sur la strongylose gastro-intestinale de la Chèvre e\ du 
.t. 'ii Bulletin de la - lationale d'acclimatation <i>- Fra 

février, mars, avril 19 

Brumpi [E . — Acclimatation, élevage et parasitisme. Bulletin 'le la 
te' national? d'acclimatation de France, novembre-décembre 1911. 

Bri mm E. . — Sur les cachexies du Mouton dues aux parasites <lu I 
intestins et du poumon. Bulletin de la - é d' agriculture de V Ind 
1911. 

Brumpi E.) et Cai i m m z L. . — Au sujet des anémies vermineuses du 
M iton. Hygiène <!,■ la viande et il" lait, m juin 1911. 



L'EXPLOITATION DE LA CHASSE 
ET LES RÉSERVES A GIBIER 

Par le comte Justinien CLARY 
Président du Saint-Hubert Club de France. 

Suite et fin (1). 

Nous allons passer rapidement en revue les grands parcs, 
les grandes réserves de chasse, ou les réserves proprement 
dites. 

Je vous ferai grâce de leur longue énumération si intéres- 
sante qu'elle soit et ne vous parlerai que de celles que j'ai pu 
visiter ou des plus importantes. 

En dehors des nombreuses notes personnelles que j'ai prises 
de visa, et des renseignements qui m'ont été fournis par les 
propriétaires eux-mêmes, je veux remercier M. le D 1 Loisel de 
l'obligeant empressement avec lequel il a mis à ma disposition 
les bonnes feuilles de son Histoire des Ménageries depuis Vanti- 
quité jusqu'à nos jours, ouvrage qui va paraître incessamment 
et auquel je renvoie mon auditoire pour compléter l'aperçu très 
superficiel que je vais vous donner. 

Comme nous l'avons vu pourles« sanctuaires »desdeerforests 
en Ecosse, les réserves n'ont pas besoin d'être effectivement 
clôturées. C'est le cas des réserves, des terres à ban instituées 
depuis très peu d'années par la législation suisse pour favo- 
riser le repeuplement du Chamois qui avait presque entière- 
ment disparu sur presque toute l'étendue du territoire helvé- 
tique. Lâchasse est complètement interdite pendant trois ans 
dans un canton et cette terre défendue devient la terre promise 
du chasseur au bout de cette période. 

Par bans successifs, ce système de réserves trisannuelles 
protège le repeuplement de tous les cantons de Chamois et il a 
donné déjà les résultats les plus encourageants. 

En dehors de ces réserves temporaires pour la protection du 
Chamois, le Gouvernement helvétique poursuit la création d'un 
grand Parc national, dans le canton des (irisons, au sud de la 
vallée de l'Engadine. Une première réserve d'une contenance de 

l V. Bulletin, 15 mai et 1 er juin 1912. 



i.'i.M'i.'ii i a 1 1"\ hi i. \ cuasse 369 

23 kilomètres carrés a été installée dans la vallée de Cluoza, el 
une seconde esl en voie de formation dans la vallée de Scarl. 
Dans un avenir prochain, ces deux réserves doivent être réu- 
nies par L'acquisition d'une bande de terrain qui les sépare, et 

le l'arc national suisse aura alors une superficie d'environ 
I îi> kilomètres carrés. 

En Espagne, la plus grande réserve de chasse est le l'are 
royal de la Casa del Campo, d'une contenance de 37.00(1 liée- 
tares, où le roi Alphonse XIII fait de très belles battues de Fai- 
sans el de Perdrix rouges. 

Dans la Sierra de < uiadarrama, dans la Sierra de (iredos, on 
a installé des réserves très intéressantes pour la conservation 
du Bouquetin que les Espagnols appellent CabraMontes (Chèvre 
de montagne). 

En Andalousie, le domaine de Villamanrique, au duc de 
Montpensier, est célèbre par ses chasses de Grandes Outardes, 
de Lynx et aussi de Sauvagine dans « las Marismas ». Dans 
celle réserve de chasse et dans les domaines du marquis de 
Villa franca, des Dromadaires et des Chameaux importés des 
des Canaries vers 183o, employés d'abord comme bêtes de 
somme, puis abandonnés dans les immenses landes maréca- 
geuses de l'embouchure du Guadalquivir, vivent en troupeaux 
à l'état sauvage. Ils se sont multipliés dans cessolitudes et sont 
tellement farouches qu'ils fuient devant l'homme avec une 
rapidité extrême ; le hasard seul permet de les apercevoir ou 
de les approcher. 

En Italie, le roi Victor-Emmanuel II, grand chasseur, pos 
sède des réserves de chasses très importante-,. 

Si, ;i la mort du roi Ilumbert, la chasse du parc de Mon/a a 
été supprimée. le mi possède encore à la porte de Home la 
réserve de Castelporziano où on laisse tous les ans 2-.300 San- 
gliers, 1.000 Daims, LOO Cerfs. L.400 Chevreuils el 250 Anti- 
lopes. 

\ San Rossore, près de Dise, le tableau des chasses royales 
s'élève annuellement à 0.000 Eaisans. 

Sans être clos, le domaine royal d'Aoste-Cerisole. dans les 
Alpes, est gardé de la façon la plus sévère el constitue une 
admirable réserve qui s'étend sur une circonférence de 
135 kilomètres. Elle comprend le massif du • Gran Paradiso », 
d'une altitude moyenne de 5.050 mètres et contient 3.000 Bou- 
quetins (Capra ibex et i.500 Chamois (Rubicapra tragus . 



370 BI LLI'.TIN DE LA SOCIÉTÉ .NATIONALE D 'ACCLIMATATION 

En Autriche-Hongrie, nombreuses sont les réserves de 
chasse. En Bohème, près de la frontière saxonne, à la Balz- 
liiïtte, dans son admirable domaine forestier de 20.000 hec- 
tares, le prince Kinsky essaye depuis trois ans d'acclimater 
le Chamois. 11 en a lâché quelques-uns dans une partie clô- 
turée de palissades et deux chèvres ont mis bas en 1910. La 
tentative n*est pas encore concluante et il faut attendre quel- 
ques années pour savoir si les animaux mis en liberté complète 
resteront et se multiplieront. 

Je ne puis passer sous silence les deux parcs impériaux de 
Lobau et de Lainz. Tous deux s'étendent aux portes mêmes de 
Vienne et sont placés sous la haute direction du grand veneur 
de la Cour. S. Exe. le comte Max Thun-IIohenstein. 

Lainz, qui se trouve à l'ouest de la ville, à peu de distance de 
Schônbrunn, renferme 3.500 hectares clos de murs. Le terrain, 
très accidenté, montagneux par endroits, est très pittoresque; 
il renferme de belles.futaies de Hêtres et de Chênes ainsi que 
de hautes sapinières; de belles prairies arrosées de cours 
d'eaux sinueux assurent en grande partie la nourriture du 
gibier, car Lainz est un véritable éden cynégétique. 

De nombreuses hardes d'animaux y vivent cantonnées sui- 
vant leurs préférences, leur instinct, et suivant aussi les 
gagnages et les centres artificiels de nourriture.il est néces- 
saire, en effet, de nourrir les Cerfs, les Daims et les Mouflons 
pendant l'hiver, elles Sangliers pendant presque toute l'année. 
Ces derniers sont autant que possible séparés des Cerfs par une 
clôture qui divise le parc en deux parties presque égales, pour 
éviter qu'ils ne troublent les Biches et les Chèvres, dont ils 
dévorent très souvent les Paons. 

^près les chasses impériales, il reste tous les ans dans le 
parc de Lainz au moins trois cents Cerfs, autant de Hiches, 
environ 600 Sangliers, 200 Daims et une centaine de Mouflons. 

Le nombre des Sangliers est facilement doublé par les por- 
tées de Marcassins: la moyenne annuelle des Sangliers tués est 
de 600. Elle atteignil To.'i en L908. 

Tons lés ans on me à Lainz environ 200 Cerfs, 78 à 100 Daims 
et environ 28 Mouflons. I.a quantité des Cerfs suivant la qua- 
lité 'les têtes ainsi que le nombre de Biches à tuer est tixé de la 
façon la plus précise. 

Le parc 'l>' Lobau, situé au nord est de Vienne, presque en 
face du Prater, s'dend pour la plus grande partie sur la rive 



L'EXPI 01 i A i [OU DE i \ m V.SSB .'{"l 

gauche du Danube. 11 renferme 1.000 hectares entourés d'une 
palissade de boisasses tnal entretenue. On j Laisse une réserve 
d'environ 1.200 Cerfs tous les ans; il a > o pas de San- 
gliers. 

\ Lainz comme. à Lobau il) a de nombreux Chevreuils; dans 
le parc de Lobau, très marécageux, oa fa.il quelques chass -.le 
Faisans, au cours desquelles on tue ud assez grand nombre de 
Dindons - tuvages. 

11 \ a à I. cl.au une colonie d.' Cormorans tirs prospère el 
rôs curieuse. 

Mu tue à Lobau environ .'>00 Cerfs tous les ans: eu 1908 le 
total des Cerfs tués dans les deux parcs fut tic 703, exactemenl 
le même que le nombre des Sangliers tués à Lainz. 

L'empereur possède encore uni' très belle réserve de chass 
à Gôdôllo en Hongrie, el surtout sa chasse de prédilection 
a Bfurstzeg en Styrie. 

Sur les hauteurs de la Taira, dans les Carpathes centrales, à 
la frontière de la Hongrie et de l'Autriche, le prince de 
Hohcuhilie-OHhringen a essayé d'acclimater le Bison d'Amé- 
rique dans son vasle domaine de Javorina. Il en possède deux 
troupeaux qui ont prospéré et qui sont cantonnés dans une 
vallée très profonde encaissée dans de hautes montagnes cou- 
verte- de forêts de Sapins. 

Kn Galicie, a Lançut, chez le comte Roman Potocki, il existe 
une véritable reserve, je n'ose dire une garenne de Renards, où 
l'on a tué celle année en une seule battue .SI Renards. 

Si nous passons en Russie, nous trouvons à Pilawin en 
\ olhynie, chez le comte Joseph Potocki, frère du comte Roman, 
une admirable reservi' de 1.200 hectares, entourés sur iî kilo- 
mètres d'une clôture de pins de - mètres, moitié palissade de 
bois, moitié grillage à mailles très fortes. 180 kilomètres de 
route sillonnent le domaine qui est divisé en douze cantons, 
placés sons l.i surveillance de ±\ gard 

Dans cette forêt-paradis, vivent en liberté 8 bisons d'Europe 
Boa Bonosnu improprement appelés Aurochs. C'est Le Zubr 
des Polonais. Deux bisons d'Amérique : une soixantaine 
d'Elans, de nombreux Wapitis Cervun canadensis , des Wapitis 
d'Asie (Altaï ou Sayansk), d.^ \\ .i|.iii- foncés de I ï i aisseï, des 
Cerfs <h- Dybowski Ce rus kortulorun . des Marais '\>- Perse et 
du Caucase, des Chevreuils de Sibérie ( uêPyrargtis ,des 

stors il Europe, blaireaux. Loutres, Putois, Martes abondent 



372 BULLETIN DE LA SOCIÉTÉ NATIONALE 1)'aCCLIMATATION 

à Pilawin. Les Grands Tétras s'y plaisent particulièrement ; 
très nombreux sont les Coqs de Bruyère (Tetrao tetrix) et les 
Gelinottes [Tetrastes Ixmasia). 

Le comte Potocki a essayé de réaliser son idéal ; l'étendue du 
parc est si grande que rien ne peut faire supposer à ses 
habitants qu'ils vivent dans un endroit clos, et la variété, la 
diversité de la nature de la forêt, l'existence d'un grand nombre 
de clairières, leur permet de choisir et d'habiter le terrain le 
mieux approprié à leurs goûts, à leurs besoins. Le climat est 
très sévère à Pilawin, le froid intense, et par conséquent seules 
les espèces les plus rustiques peuvent y vivre. Un fait abso- 
lument remarquable s'est produit à cet égard : avant d'enclore 
Pilawin en 1902 il n'y avait dans la forêt que des Chevreuils. 
Or, au cours de l'hiver de 1906-1907, très rigoureux en 
Volhynie, un grand nombre de Chevreuils moururent de 
froid dans le parc, alors que les espèces introduites résistaient 
admirablement et qu'aucune mort ne fut constatée parmi 
elles. 

Depuis 1902, l'accroissement de la population est con- 
stant. 

La Société nationale d'Acclimatation a d'ailleurs visité en 1910 
le parc de Pilawin et décerné à son créateur en 1909 une de 
ses grandes médailles. 

Trois grandes réserves appartiennent au Tsar. La plus impor- 
tante est celle de Bieloveg ou Bielowicz, en Lithuanie, dans le 
Gouvernement de Grodno. Cette forêt qui a 10 lieues de long 
et 12 de large est reliée à la forêt de Swissletsch. 

Isolée au milieu d'une vaste plaine, cette réserve couvre 
1.500 kilomètres carrés. Elle renferme surtout des Bisons d'Eu- 
rope au nombre d'environ 500, des Elans, des Cerfs, des 
Chevreuils, des Sangliers. 

Les deux autres réserves du Tsar sont celles deSpnla, toujours 
en Lithuanie, et celle de Gatchina, près de Saint-Pétersbourg. 
On y conserve surtout des Bisons et des Elans. 

Sur ses terres d'Unin en Polésie, le comte Xavier Branieki a 
une réserve de Castors qui semble être entrée en pleine pros- 
périté. 

En lisK'.i, M. Falz Fein a créé à Vscania Nova, prèsde Pérékop, 
eu Tauride, sur le bord du Dnieper, nue réserve d'environ 
600 hectares où il est parvenu a acclimater avec succès le 
Bison d'Europe, le Bison d'Amérique, le Zrbre, les Chevaux de 



I 'EXPL01 i \ 1 1 ' • N m i.\ CHASS 

Prejwalskj , certaines antilopes, des Mouflons, des Autruches et 
des Nandous l . 

Il existe en Suède de très beaux parcs à gibier el de grandes 
réserves d'animaux. Nous citerons sur le lac Malar le Parc 
royal de Gripsholm, où vivent de grandes bandes 'i Élans, de 
nombreux Cerfs et Daims, el des Chevreuils, donl les b 
atteignent des proportions remarquables : el d'après la docu- 
mentation si intéressante du docteur Loisel, dans son Histoire 
des Ménageries, les réserves el faisanderie- <lu inmir r, t _, 
Thotl près de Malmô, du baron Theodor Adelsward à Alvida- 
berg et de l'ingénieur Sjôgren à Mâlsaker. 

L'Étal suédois a constitué aussi quatre parcs nationaux ana- 
logues à ceux d'Amérique, à Garphytte, dans la province 
d'Orèbro, à Stora Sjôfallett, au Sarjektjokko |el à Abisko en 
Laponie. 

En Allemagne, très nombreux sont les wild park, les thier- 
garten, réserves .le chasses clôturées de murs, de palissades 
ou de grillages spéciaux, dans lesquels on conserve des Cerfs 
ou des Sangliers. Sur le territoire allemand, il ne reste plus 
guères de Sangliers dans les bois non entourés, ils ont tous été 
détrui 

Notons en passant que les Cerfs de parc ont généralement des 
bois beaucoup plus gros, plus perlés et par tant plus de « pointes», 
plus d'andouillers que les bois de Cerfs vivant à l'étal libre; 
cela tient surtout à la nourriture, mais les Cerfs des Karpatb.es, 
en Hongrie, en Galicie, eu Bukovine, ont aussi des bois tout à 
l'aii remarquables. 

Kn Allemagne, nous trouvons, en Silésie, le parc ducal de 

Pless, OÙ le prince de PleSS a introduit en lNli.'i de- Bisons 

amenés de la réserve impériale de Bielowicz. Le troupeau 
semble avoir une tendance à diminuer. Pless renferme aussi 
un grand nombre de Wapiti-. 

Parmi les I laines de la Couronne de Prusse nous citerons 

les forêts de Rominten, de l'ail dans la Prusse-Orientale, d't >ra- 
oienburg, de Schorteide, de Postdam, et enfin, en Hanovr 
celle- de Springe el de Goehrde. 

La forêt impériale de Goehrde, qui appartenait autrefois à la 
couronnede Hanovre, constitue une reserve de cbasse d'environ 

1 Le Prince Youssoupoff possède deux grandes réserves, l'une on 
Crimée et l'autre dans le Gouvernement de Kou 



M\ BULLETIN DE LA SOCIÉTÉ NATIONALE D - ACCLIMATATION 

8.000 hectares. Elle est complètement entourée de grillages de 
2 mètres de hauteur, grillages à grandes mailles très fortes. 
La forêt est très vive en grands animaux, principalement en 
Cerfs, en Daims et en Sangliers. Pour faire des tableaux plus 
fantastiques, on n'y chasse en général que tous les deux ans. 

On ne tire qu'à balle, et j'ai raconté en son temps la manière 
dont on procède à ces battues de Sangliers et de Cerfs. En 1907 
on tua dans la forêt de Goehrde 4-20 Sangliers et 127 Cerfs ou 
Biches, dont 37 Cerfs au moins dix-cors, au total 553 pièces. 

Le baron von Heintze, grand veneur de la Cour, a bien voulu 
me communiquer le tableau personnel de Sa Majesté jusqu'au 
J" janvier 1912. 

Dans sa carrière de chasseur l'Empereur a déjà tué : 



Ours 3 

Bisons 

Élans 12 

Rennes 3 

Cerfs 1.990 

Biches 92 

Daims I .774 

Daines 98 

Chevreuils broquarls) . 943 

Sancliers 3.442 

Mouflons 2 

Renards 532 

Soit ;iu total 



Blaireaux 6 

Marte I 

Lièvres 17.988 

Lapins 2.68G 

Grandes Outardes . . . 19 

Dindons bronzés. ... 3 

Hérons 826 

Perdrix 807 

Faisans 28.578 

Bécasses 5 

Bécassines 2 

hivers 525 

70.433 pièces. 



Je m'en voudrais de ne pas vous indiquer en Hollande le parc 
de Gooilust, à S'graveland, où M. Blaauw a fait avec succès les 
— lis d'acclimatation les plus intéressants puisqu'on y compte 
394 Mammifères ou Oiseaux de 102 espèces différentes. 

En Angleterre, les parcs à Daims (deer-parks existent 
depuis le \ir siècle, el les ■• réserves •■ particulières! sont plus 
nombreuses que dans n'importe quel autre pays. Od comptait 
en Angleterre en I.x'.i2. 395 parc-. Les plus célèbres el les plus 
intéressants sonl : le parc royal <!<• Windsor, d'une contenance 
de 1.200 hectares avec 1.000 Daims e( L00 Cerfs. 

Le parc de Chillingham, près de Ber« ick on Tweed, apparte- 
nant au comte «le Tanker ille, qui renferme dans ses cinq cents 
un troupeau d'environ 60 Bœufs sauvages [Taurus 
sylvestris . 






i. EXPLOITA i ION DE LA C11AS 

Le parc de Cadzow en Ecosse, au duc de Uamilton, a une 
étendue de 588 hectares et une cinquantaine de Bœufs sau- 
vages y vivent en Liberté. 

Le parc de Knowslej à lord Derbj qui renferme dans 
1.040 hectares, 200 Daims et 300 Cerfs. 

Woburn-Abbey, au duc de Bedford, est peut-être le plus 
célèbre des parcs anglais. D'une étendue de 1.134 bectares, il 
est peuple d'innombrables animaux et renfermai! en 1905, 
782 Cervidés, 89 Àntilopidés, 23 Chèvres sauvages, il Moutons 
sauvages el 23 Equidés, tous d'esp ices exotiques. 

Depuis leur introduction dans le pare, les Elans avaient 
donné 34 petits, les Bisons d'Amérique 29 et le6 Cerfs du Père 
David 38. Les essais d'acclimatation du due de Bedford ont 
porté sur NO variétés d'Oiseaux el on rencontre dans le parc 
des Autruches, de- Emeus, 8i Nandous, 324 Oies de 18 espèces 
ou variétés, etc., etc. 

Dans le parc de Welbeck Nottinghamshire), d'une conte- 
nance de 656 hectares, le duc de Portland possède oiio Daims 
communs, 130 Daims blancs, 130 Cerfs communs et M Cerfs 
blancs. 

\ rrïng-Park Buckingham . lord Rothschild élève à côté de 
Muséum célèbre, des .Nandous, des Emeus, des Autruch 
des Kangnroos el des I lerfs sika. 

Surrenden Park », à Plucklej Kent , fait partie d'un do- 
maine appartenant depuis le \ siècle à la famille Dering. 

Le parc fut constitué vers l'an 900 pour la chasse à courre; 
depuis cette époque il fut toujours conservé comme parc aux 
Cerfs, et il n'a jamais été mis en culture. 

Par diminutions d'étendue successives, il est actuellement 
réduit à 350 hectares et il est loué, depuis L907, par M. Walter 
Wiuans. 

Il ne contenait à cette époque que le- Cerfs rou\ Cerv.ua 
elaphus le Daim t ervus dama . et la vieille variété anglaise de 
Daim au pelage noir. 

actuellement ou y trouve le- espèces suivantes : 

La variété blanche du Cerf roux Cervus elaphus alba très 
répandue eu Ecose 

Le Cerf roux ordinaire Cervus <>l<i}ihus ; 

Le Wapiti Cet vus canadensis : 

Des croisements 'le Wapiti et de Cerf roux : 

Des croisements de Cerfaltal et de Cerf roux; 



.'!Tti BULLETIN DE LA SOCIÉTÉ NATIONALE D' ACCLIMATATION 

Enfin un triple croisement entre le Cerf roux, le Cerf altaï et 
le Wapiti. 

Comme apparence, ce croisement ressemble au Cerf roux, 
mais le pelage est d"une tonalité plus grise et la queue est très 
courte. Environ 22'i tètes de Daims Cervus dama) et 50 de 
Daims noirs Crrcus <l>ima niger), cette variété est la très 
ancienne variété anglaise de Daims. — 50 tètes de Cerfs sika. 
— Un Cerf sika de Mandchourie (Cervus sika mande hurtcus) et 
50 têtes de croisement du Cerf de Mandchourie avec le 
sika. 

Un Cliital (Cervus axis). L'Antilope de l'Inde (Antilope cer- 
vicapra) avait réussi, mais toutes ont été tuées par les Cerfs 
wapitis. 

En Amérique, à l'embouchure du Saint-Laurent, un Fran- 
çais, M. Henri Menier, a acheté au Gouvernement canadien 
l'ile d'Anticosti. D'une étendue à peu près double de celle de la 
Corse, elle est couverte de forets splendides, sillonnée de 
cours d'eau et entre les mains de M. Henri Menier, elle est en 
train de devenir une réserve à gibier absolument unique. 

11 y a importé, il y a sept ans, deux cents Cerfs de Virginie 
(Dorselaphe américain ou Cariacoui qui se sont multipliés en 
si grande quantité, qu'il est impossible de les dénombrer. 

La sauvagine est très abondante à Anticosti, on y trouve en 
très grand nombre les Oies sauvages et une 1res riche variété 
de Canards, de Pluviers et d'Echassiers. 

Ces Oiseaux n'ayant jamais été tirés, et n'ayant jamais 
entendu un coup de fusil, ne s'enfuient pas à l'approche des 
piétons, des chevaux et des voitures. On arrive parfois à les 
approcher jusqu'à une dislance de sept ou huit mètres, soit 
pour les photographier, soit pour les tirer. 

M. Menier a importé aussi à Anticosti des Renards argentés, 
des Martes zibelines qui semblent s'y plaire et qui devront à 
un moment d « > 1 1 1 n - apporter une souree >\f revenus très appré- 
ciable. 

Au Canada, le Gouvernement du Dominion a établi le parc 
national de - Banff •■ Etocky Mountains, Park of Canada, qui 
couvre une superficie de 5.732 milles carrés. H renferme prin- 
cipalement «1rs Bisons, des Elans, les différentes variétés du 
Cerf américain du Nord, des Rennes ou Caribous el des Ours 
i trizzlj el • lurs unir). 

A h \ Etals-Unis, il existe actuellement neuf grands parcs 



L'EXPLOITATION Dl i \ CBASS 

nationaux qui couvrent au total près de trois millions d'hec- 
tari 

Les deux plus importants sonl le parc d'Arizona the Grand 

non National game Réserve » d'une étendue d'environ 
800.000 aectstres. 

El surtout le Wyoming Yellowstone National Park > créé 
en 1872. Le parc national de Yellowstone esl un haut plateau 
boisé d'environ 857.000 hectares, situé dans les Montagnes 
Rocheuses, à une altitude moyenne de -i.tiïH mètres. Cette 
réserve renfermail en 1907 environ 2.000 Antilopes, 25.000 Wa- 
pitis, 1.100 Dorcéphales, 200 Moulions, de nombreux trou- 
peaux d'Elans, de Bisons, des Grizzlys et des Ours noirs qui 
deviennent si hardis dans le voisinage de l'homme qu'ils l'oul 

- incursions dans les cuisines des hôtels, des maisons, et 
de\ iennent les favoris des servantes ou des cuisinier-. 

Dans l'Amérique du Sud, le Gouvernement argentin vient de 
créer deux grands pares nationaux; le parc national de 
l'Ignassu, réserve de 25.000 hectares sur les rives d'un affluent 
du Parana; l'autre, le Parc National de Nahuel-Huapi, situé à 
une altitude de 500 à 600 mètres sur le versant oriental des 
Andes; il tire son nom de l'admirable lac de Nahuel-Huapi 
lac du Tigre), d'une superficie de l.iJUO kilomètres carrés, 
bordé de fjords allongés et entouré de grandes montagnes 
boisées el couvertes de glaciers. 

lu de ne-- uni-. M . de Anchorena, possède au milieu du lac 
une ile verdoyante el boisée de 1.600 hectares, dont il com- 
mence à faire une réserve à gibier, el où il a importé plusieurs 
variétés de Cervidés. 

M. de Anchorena possède en Argentine une magnifique 
estancia de 9.100 hectares, ha Barra de San-Juan se trouv 
l'embouchure du Rio San-Juan et du Rio de la Plataà î" kilo- 
mètres de Buenos-Aj res. 

En bordure «le l'estancia ou se l'ait un très important ele\ 
de bétail, M. de Vnchorena a établi une réserve de six cents 
hectares protégée par une clôture continue el ou l'on compte 
actuellement : 

Wapitis du Canada, 55 Cerfs roux de Russie, _' s i erfs des 
marais de l'Argentine ce Cerf indigène porte le nom de Guazu- 
Pucu : 22 Cerfs axis ou Chital; 15 Daims d'Europe; lî Antilopes 

rvicapres; environ 100 Sangliers originaires de Russie el des 
pays rhénans; 500 \utruches de l'espèce indigène, le Nandou; 

\ m . acci.. ii.. 1912 — 



378 BULLETIN DE LA SOCIÉTÉ NATIONALE D'ACCLIMATATION 

300 Carpinchos [Hydrochœrus Capybara) appelés aussi Capy- 
bara ou Cabiai, espèce de Cochon d'eau indigène dont le poids 
atteint parfois 100 kilogrammes, et qui offre une chasse des 
plus intéressantes. 

Les différentes espèces importées se sont merveilleusement 
acclimatées et se reproduisent si rapidement que M. de Ancho- 
rena va être obligé d'augmenter l'étendue de cette réserve et de 
procéder à la destruction d'un certain nombre de Cerfs et de 
Sangliers. 

Alors que nous voyons les pays de tradition non seulement 
conserver leurs parcs à gibier, mais en augmenter le nombre, 
alors que certains États justement préoccupés de la disparition 
progressive de leur faune indigène ont, depuis quelques années, 
créé des parcs nationaux, d'immenses réserves pour protéger 
les espèces sédentaires et en favoriser le repeuplement en leur 
permettant de vivre et de se reproduire en toute sécurité, 
combien il est attristant et quelque peu humiliant de constater 
l'indifférence coupable avec laquelle nous assistons au dépeu- 
plement progressif de nos plaines et de nos bois, et l'inertie 
avec laquelle les Pouvoirs publics et le Parlement se désinté- 
ressent de cette question nationale au premier chef ! 

Et pourtant, combien il serait facile de créer en France des 
réserves régionales qui deviendraient autant de pépinières, de 
réservoirs à gibier, qui pourraient répandre leurs produits sur 
tout le territoire et favoriser le repeuplement de tous les 
départements ! 

Il suffirait d'ériger en parcs nationaux et par régions, un 

certain nombre de forêts de l'État, de diviser, comme en Suisse, 

par bans successifs et trisannuels nos Alpes et nos Pyrénées, et 

surtout d'assurer par une législation véritablement protectrice 

îcurité de notre faune indigène dans ces différentes réserves. 

Je ne doute pas que, soutenue et encouragée par le Gouver- 
nement, se sentant efficacement protégée, l'initiative privée ne 
seconderai! parallèlement et très utilement l'oeuvre de l'Étal. 

Nous possédons en France d'admirables parcs. 

Chambord, Apremonl à Chantilly, la Ferté-Vidame, Ménars, 
Dampierre, Noisiel, Meslay-le-Yidame, Gros-Bois, Pontehar- 

in, Nade, Ferrières 1 etc., etc., sont déjà d'importantes réserves 
à gibier, mais pourraient prendre un développement plus grand 

- avons vu disparaître le beau pure de Beaujardin, où 



I. EXPLOITA I I"\ DE LA I (1 ^SS 

un Hollandais, M. Cornéiy, avail installé an véritable jardin 
zoologicfue aux portes de Tours; on trouve en ronraine, à 
Champigny-sur-Veade, le parc zoologiqui d( la Pataudière 
Dans ce parc de 10 hectares, M. Pays-Mellier a réuni la plus 
intéressante collection <le Mammifères el d'Oiseaux. Il lésa 
expérimentés au poin( de rue de leur acclimatation en l rance e1 
publié des observations aus-i stiles qu'intéressantes sur les 
espèces nouvelles qui pourraient enrichir nos plaines e1 qos 
liois. 

Oue de régions pourraient être transformées et mises en 
valeur parla ehassequi leur apporterait la plus-value qu'elle 
a donnée à la Sologne! Les plateaux de Mille vache, de Gten- 
tioux, du Larzac, de Lannemezan, de Lembeye, nos admirables 
pinèdes des Landes où la volonté et la persévérance du maître 
Francis Planté sont arrivées à constituer une oasis giboyeuse 
au milieu d'un véritable désert cynégétique, les landes de 
bruyères incultes, nos moors français de la Lozère, de l'Avey- 
ron, de la Bretagne, des versants pyrénéens, des Alpes dauphi- 
noises, de PEsterel, pourraient devenir des centres de chasse 
exploités, recherchés, sous l'impulsion de Comités d'initiative 
qui ne demanderaient qu'à se constituer au lendemain de 
l'adoption des mesures législatives nécessaires. 

Enfin, au point de vue économique, il ne faut pas oublier que 
la chasse livre un article de consommation très apprécié : le 
gibier. 

La cherté de la vie, et en particulier, le renchérissement 
considérable de la viande de boucherie, viennent apporter une 
importance d'actualité toute spéciale à l'utilisation du gibier 
dans l'alimentation populaire. 

En France, le prix du gibier esl rnabordabîe pour les petites 
bourses, et non seulement le gibier national ne suflit pas à la 
consommation, mais nous importons pour plusieurs millions 
de gibier étranger tous les ans. 

En l'.MJl nous étions tributaires de l'Autriche- Hongrie seule, 
d'une importation annuelle s'éle van l à 231.606 couronnes poni 
le gibier vivant e! L999.299 couronnes pour le gibier mort, 
en 1908, à 279.512 couronnes pour le gibier vivant et à 
4.539.279 couronnes pour le gibier mort. 

La valeur du gibier exporté annuellement par 1 Au trie h. 
Hongrie atteignait, en I90i, 9.946.716 courons en I' 1 

l-J.o 12.626 couronn 



380 BULLETIN DE LA SOCIÉTÉ NATIONALE D'ACCLIMATATION 

J'emprunte ces chiffres qui se passent de tout commentaire à 
la statistique officielle publiée par le D r Hugo Forcher pour la 
première Exposition internationale de Chasse qui a eu lieu à 
Vienne en 19J0. 

Ed France, les frais de transport viennent grever le gibier 
étranger de telle sorte que son prix de vente reste très élevé; 
il ne peut d'ailleurs arriver à concurrencer le gibier français en 
raison de la quantité insuffisante et aussi en raison de la qua- 
lité supérieure de ce dernier. Nos Perdreaux et nos Lièvres ont 
un fumet, une saveur qui les font préférer parle consommateur. 

Pour tous ces motifs, le gibier reste toujours cher en France, 
trop cher pour pouvoir compter utilement comme ressource 
dans l'alimentation populaire. 

Mais quand on voit la petite proportion de gibier tué en 
France par rapport à l'étendue du territoire, et quand on 
songe à la densité qui pourrait être atteinte en Chevreuils, en 
Lièvres, en Perdrix, en Faisans, non seulement sans causer le 
moindre tort à l'agriculture et à la sylviculture, mais en leur 
apportant au contraire un produit supplémentaire très impor- 
tant, on comprend aisément la nouvelle source de richesse que 
legibier pourrait apporter aux propriétaires fonciers, etl'appoint 
considérable qu'il pourrait fournir à l'alimentation. 

Fn Allemagne, on peut acheter des Lièvres pour moins de 
;! marks ; à Vienne, le prix du Fièvre varie de 2 à 4 couronnes, 
et à certaines époques, le prix moyen du F'aisan ne dépasse 
pas 4 couronnes, celui du Perdreau une couronne! 

A Londres, le prix des Grouses reste toujours très élevé mal- 
gré le nombre considérable d'Oiseaux jetés simultanément sur 
le marché ; cela tient à la saison où l'on tire les Grouses et à ce 
fait que le Grouse de primeur, comme le Perdreau, supportant 
difficilement le transport, le vendeur cl l'acheteur sont obligés 
de subir tous les deux la perte d'un déchel ires important; 
mais à partir du mois de novembre jusqu'à la lin de janvier, le 
Faisan se vend à Londres beaucoup meilleur marché qu'à Paris, 
et ce soi il précisément le-- cuirs élevés dr- Halles Centrales qui 
encouragent nos voisins a jeter sur notre marché de grandes 
quantités de gibier 

Le jour où la législation, eu protégeant efficacement le gibii i . 
'•n aura décuplé, centuplé la production, le gibier trouvera une 
précieuse utilisation dans l'alimentation populaire. Ne déses- 
pérons pas de voir ce jour-là le prix du Lièvre ne dépassanl pas 



l'kxi'Loitation m: la chassi .'Wl 

i ou 5 rrancs, le Faisan :! fr. 50 el la Perdrix I fr. 50. N'oublions 
pas, '-'n passant, que la valeur nutritive du gibier est supérieure 
à toute autre. Sa chair esl plus riche en albumine que celle de 
ton- les animaux passant aux abattoirs: de [il us, «'Ile esl extn 
memenl pauvre en matière grasse, et en Allemagne comme en 
Autriche, a Vétai frais^ elle joue un rôle important dans l'ali- 
mentation des malade-. 

Mesdames, Messieurs, je m'arrête. Puis-je espérer, en vous 
ayant intéressés, avoir atteint le bul que je me proposais? 
Faire de chacun, de chacune d'entre vous, un apôtre convaincu 
de la chasse, du gibier, des Mammifères et des Oiseaux 
sauvages. 

Si les espèces domestiquées nous fournissent nos vêtements, 
qos chaussures, la chasse des espèces sauvages vous fournil. 
Mesdames, vos admirables fourrures, aussi délicieuses à porter 
qu'à admirer, la parure exquise de vos chapeaux et de vos 
coiffures; à nous, mes chers confrères en saint Hubert, elle 
nous procure, avec un sport incomparable, l'occasion de satis- 
faire une passion atavique, nécessaire à l'Homme, dont le 
moindre mérite ne serait-il pas d'être le terrain où, oubliant 
toutes les divisions politiques, il nous est le plus facile de nous 
entendre .' 

Les animaux sont des œuvres d'art dans le grand chef- 
d ouvre de la nature. C'est un dépôt, une richesse qui nous ont 
été confiés pour en user, mais non pour en abuser; et nous 
commettons un «rime de lèse-nature en les laissantdisparaitre. 

Et comme l'Homme ne se nourrit pas seulement d'art et de 
sentiment, qu'il lui faut aussi des aliments pour vivre, 
n'oublions pas que la protection efficace du gibier en France 
pourrait apporter sur toutes les tables de famille, outre la 
Poule au pot, le civet de Lièvre, la Perdrix au choux et le 
Faisan rôti. 



LE « CÀRDIUM EDULK 
DANS L'ALIMENTATION DE LA TRUITE 

Par M. BLANCHET 



Tous comme les animaux plus élevés dans l'échelle des êtres, 
les Poissons montrent des préférences manifestes pour certains 
aliments dans le choix desquels ils ne sont peut-être pas 
guidés simplement par une question de goût, mais aussi par 
un instinct des besoins de leur organisme. Des observations 
personnelles, recueillies pendant la pêche du Merlan, m'ont 
fait connaître que ce vorace Poisson recherche toujours les 
proies vivantes, constituées par des animaux marins. 

D'un autre côté, les écrits des pisciculteurs, dont l'opinion 
fait autorité en pareille matière, nous ont appris que les 
Poissons d'eau douce, eux aussi, préfèrentcertainesnourritures 
à d'autres, et que leur tempérament s'accommode mieux de 
tel ou tel genre d'alimentation; que, pour les Truites, par 
exemple, la chair des Poissons et des Mollusques parait être 
la meilleure à employer dans les établissements de piscicul- 
ture pour obtenir un rapide développement de la population 
des bassins, tout en évitant l'engraissement. 

Nous avons été conduit, par suite, à rechercher dans la 
faune aquatique les produits marins délaissés par le com- 
merce, pour les offrir aux pisciculteurs. 

Successivement, notre examen s'esl porté sur les Poulpes, 
qui seraient intéressants si les migrations de ces animaux ne 
rendaient leur capture incertaine; sur les Crevettes, dont imus 
avons examiné l'adaptation et la reproduction en eau douce; 
enfin, sur certains Poissons maigres peu estimés et <|iii. par 
suite, ne trouvent sur les marchés qu'une cote peu élevée. 
Tous ces produits marins frais, qui ne contiennent pas d'huile, 
sont excellents; mais l'abondance du Poisson, toujours en 
rais. m inverse de l'étal 'lu temps, est si peu régulière et. par 
suite, les prix sont -i peu stables, qu'il est difficile d'assurer 
par ce moyen de uni- approvisionnement frais, journaliers et à 
prix fixes aux établissements de pisciculture. Ces inconvé- 
nients n'existent pas avec les coquillages, qui se déplacent peu 
ou pas. et dont 1rs gisements -mil accessibles par tous les 



i.i m CARDI1 1 i:ih i i ;;S;{ 

temps. Kn proportionnant la récolte à ta richesse des bancs 
un peul avoir sous la main des colonies de Mollusques donl 
["existence n est guère menacée que par l'action Durants 

et par celle dn froid qui, en congelant ta surface des gisements, 
permet au Ëot de les décoller h de les entraîner au loi». 

Ces raisonsonl fixé notre attention surir Cantiumedule, coquil- 
lage bivalve, abondant dans les saWesgraa de l'embouchure delà 
Somme. M. Raveret-Wattel, consulté, bobs avisa <le l'excellence 
de la cli air de ce Mollusque en laulque nourriture pou ries Salmo- 
nidés. Fort de celle affirmation, nous offrîmes le Cardiwn 
edule a pinsienrs pisciculteurs, notamment a nus amis Char- 
boaaier et Sévenet, dont l'établissement de pisciculture de la 
Poutelaye utilise aujourd'hui 7 à nim» kflogrammes de cette 
nourriture par semaine- La récolte pouvait, récemment encore, 
se faire toute L'année; mais une initiative très judicieuse 
prescrivit une période de protection de trois mois pendant 
l'été. Cette mesure est d'entant plus heureuse qu'elle protège 
la reproduction au moment ou ta pêehe du Poisson est généra- 
lement abondante et peut suppléer au défaut de coquillages. 

L'usage piscicole n'est pas le seul qui détermine l'exploita- 
tion des gisementsde Coques; l'alimentation humaine y puise 
largement. Le Cardiwn edule est, d'ailleurs, coté sur les 
halles et marchés à un prix très supérieur a celui qui est offert 
par les pisciculteurs. Quelques chiffres peuvent nous fixer à 
cet égard : à Paris, aux Halles, en gros, le sac de !•"> kilo- 
grammes vaut I IV. 50; or, celte même quantité de 13 kilo- 
gramntee donne après cuisson et extraction de la chair un 
maximum de 2 kilogrammes vendus au total f'r. :\-2. Si, 
d'autre part, on considère que 1rs trais de transport et de 
vente de Coques fraîches, destinées à la consommation pari- 
sienne, balancent à peu près les frais de cuisson et de prépa- 
ration des Coques destinées à la pisciculture, on esl surpris de 
la supériorité des bénéfices réalisés en vendant sur les halles 
et marchés. 

Dans ces conditions, il esl logique de se demander pourquoi 
nous ne livrons le Cardium edule qu'après ébullition et seule- 
ment aux pisciculteurs. La raison es! que nous pensons que ce 

M.'lllisque. qui vit dans 1rs r;iu\ pn||i|r, - ! - , sIikiii le 

véhicule «lu bacille typhique. 

Nous envoyons actuellement buï le- gisements, que 

marée, un bateau de i" tonneaux 1 1 nous pn < par 



384 BULLETIN ME LA SOCIÉTÉ NATIONALE D'ACCLIMATATION 

semaine environ 2.800 kilogrammes de chair représentant 
22.000 kilogrammes de coquillages bruts. 

Le système de préparation, encore rudimentaire, ne nous 
permet pas de produire davantage ; mais, pour répondre à une 
demande de plus en plus intense, nous mettrons en œuvre, au 
cours de la saison prochaine, un système de cuisson et d'extrac- 
tion automatique breveté; parce moyen, nous espérons doubler 
notre production, qui s'élève de septembre à avril à 75.000 ki- 
logrammes de chair et qui, dès lors, pourra être portée à 
150.000 kilogrammes. Les gisements supporteront ces prélève- 
ments sans faiblir, tant le Cardium edule est prolifique et pros- 
père rapidement. La durée de croissance de ce coquillage est 
de trois ans; mais le gain en chair paraît être surtout intense 
pendant la deuxième et la troisième années. 

C'est un point dont il importe de tenir compte, en employant, 
pour la récolte, des cribles à mailles suffisamment larges pour 
éliminer le sable, ainsi que les coquillages trop jeunes ou mal 
venus, qui progresseront d'autant mieux qu'ils se trouveront 
dans un milieu moins peuplé. La préparation de ces Mol- 
lusques laisse 1 kilogramme de chair sur 8 kilogrammes bruts, 
le kilogramme de chair fraîche sans déchet est vendu fr. 20 
et le kilogramme de chair salée, fr. 28. 

Ce prix de vente minime invite, si on désire réaliser le plus 
bas prix de revient, à ne pas abandonner de chair dans les 
déchets; néanmoins, cette perte est inévitable, mais elle peut 
être réduite à4/10 p. 1000, soit une proportion intime. 

Il y a lieu, d'autre part, d'utiliser les sous-produits qui con- 
sistent en coquilles et eaux résiduaires, dans la proportion de 
87 p. 100. 

Les coquilles se présentent chimiquement comme suit : 

Silice 1,0 

Alumine ou oxyde de fer 0,5 

Chaux D8 » 

Magnésie 0,2 

Acide sulfurique 0,2 

Total 99,9 

Physiquement, ces coquilles sonl très dures, leur surface est 
fortement striée, elles constituent, par suite de ces qualités, un 
liant tirs énergique pour le ciment armé. 

Les eaux résiduaires provenant de la cuisson et de la salaison 



LE a i uuui M i m Ll 385 

sonl riches en matières organiques, el peuvent être employi 
comme engrais, à la condition d'être traitées de façon 
amener une fermentation putride qui Liquéfie les matières 
organiques et permet le travail des ferments nitreux. I 
réactions successives amènenl la formation de l'azotate de 
soude el tir calcium. Ce travail des infiniment petits, dans des 
conditions déterminées, esl encore, s ; j'ose dire, un fail d'ac- 
climatati i quand les essais, heureusement commencés, 

onl au point, nous demanderons à la 'Société d'Acclimata- 
tion de nous faire l'honneur d'en prendre connaissance. 

Pour terminer, j'ajouterai que les résultats donnés en pis- 
ciculture, par la chair <U' .Mollusques, sont très encoura- 
_' mis; la mortalité qui sévissait sur certains établissements 
a complètement disparu à la suite de L'emploi systématique de 
ce produit. Les reproducteurs, notamment, prennent à ce 
régime une vigueur particulière, encouragés, nous continue- 
rons à orienter nos recherches dans le même sens et cherche- 
rons de nouveaux éléments qui soient encore plus rapprochés 
de la nourriture que les Salmonidés trouvent à l'état sauvage 
dans la nature. 

Nous espérons y parvenir avec l'aide précieuse de tous ceux 
qui nous ont soutenus de leurs conseils et de leur autorité. Au 
nom des pisciculteurs et en notre nom personnel nous les 
remercions. 



ÉNUMÊRATION DES PLANTES 
CULTIVÉES PAR LES INDIGÈNES EX AFRIQUE TROPICALE 

ET DES ESPÈCES NATURALISÉES DANS LE MÊME PAYS 

ET AYANT PROBABLEMENT ÉTÉ CULTIVÉES A INF. ÉPOQUE 

PLIS 01 MOINS RECULÉE 

Par Aug CHEVALIER 

Suite et fin ,1). 

Graminées. 

Zea Maïs L. — Originaire d'Amérique. Introduit en Afrique 
postérieurement à la découverte du nouveau monde. Cultivé 
aujourd'hui chez presque toutes les pleuplades noires. Pré- 
sente en Afrique de nombreuses variétés. 

Pennisetwm spicatum L. — Originaire d'Asie tropicale. Cul- 
tivé en grand chez de nombreuses peuplades africaines. 
N'existe pas dans les cultures de la zone des forêts vierges. 
Présente de nombreuses variétés. 

Triticum durum Desf. var. leucurum Alef. — Originaire de 
l'Asie Mineure. Cultivé dans les parties septentrionales de 
l'Afrique tropicale : Mauritanie, oasis sahariennes, régions de 
Tombouctou et Zinder, environs du lac Tchad, Onadai, Ndellé 
(Pays de Senoussi). 

Hordeum vulgare L. — Originaire de l'Asie Mineure. Cultivé 
en Mauritanie, dans les oasis sahariennes, aux environs de 
Tombouctou el de Gao, au Ouadaï. 

Hettboellia exaltala L. f. — Cultivé au Mossi boucle du 
Niger), comme fourrage pour l'alimentation des chevaux. Com- 
mun à l'étal spontané en Afrique tropicale. 

Andropogon Sorghum Brot. ■ Cultivé en grand dans tous 
les pays de savane- de l'Afrique tropicale, pour ses grains ser- 
vant à l'alimentati le l'homme. 

Présente de très nombreuses variétés. L'une d'elles esl 
cultivée aussi pour ses chaumes, pouvant être substitués 1 
la canne a sucre : A. Sorghum var. saccharalum Pei 

I Voir Bulletin 1912, û 1 i, 6 6 B, 9, 10 el II. 



.•iw 1 1 - i i LTIVÉE3 EN m ii'.n i: i ro?I< il i 387 

Communément cultivé dans le Niger moyen e! dans le paya 
Haoussa. Une autre variété, \. Sorghum ?ar. tanguineum Perr., 

est cultiver pour les -aines des feuilles renfermant on prin 
ripe colorant d'un rouge-bran utilisé pour teindre les cuirs. 
( lette variété est commun»' dans toute la zonf soudanaise : Séné 
gambie, Soudan nigérien, pays Haoussa, Bornou, Baguhtni. 
ISAnêropogon Sorgkum pardi I dériver d'une plante que nous 
avons observée à L'étal spontané le long <\c> grands fleuves d< 
l'Afrique tropieale, spécialement dan- les régions forestières 
ainsi que dans le bassin du Chari. 

indropogon dtratus DC. (= Cymbopogon citrattts Stapf. . — 
Citronnelle. Cultivé par quelques indigènes aux environs i 
poste- du littoral : en Guinée française, à la Côte dTlvofre, au 
Dahomey. Provient des jardins européens, qui l'ont introduit 
depuis une trentaine d'années seulement. 

Paspalum exile Kippist. = Paspalum longiflorum aucl. Afr. 
occ. non Retz. . — Ponio. Cultivé sur une grande éehelle par 
les indigènes pour son grain servant à l'alimentation. Très 
répandu en Guinée française (surtout au Fouta-Djalon el dans 
diverses régions du Haut-Sénégal-Niger. Çà et là, dans la partie 
orientale du Sénégal, dans la Hante-Côte d'Ivoire, dans le 
Haut-Dahomey. Encore commun dans les pays Haoussas, mais 
manque complètement dans le bassin du Chari-Tehad el dans 
le Haut-Oubangui. Présente quatre ou cinq variétés. Origine 
inconnue. 

Oryza sativa L. — Cultivé en grand dans beaucoup de régions 
de l'Afrique occidentale française, principalement en Casa- 
mance, en Guinée Française, dans la vallée dn Moyen-Niger, 
dans les vallées du Sassandra et du Cavally. Présente de très 
nombreuses variétés africaines, les unes aristées, les autres 
mu tiques. Certaines variétés aristées dérivent probablement de 
Oryza Barthii \. Chev., espèce spontanée, rbizomateu 
répandue dans le Soudan e1 en Afrique centrale. I altrvé 

fait complètement défaut dans le bassin du Cbari. Il a été 
importé par les Européens depuis quelques années dan- le 
Haut ■< tubangui. 

Eleusine Concerna L. Gsertn. — Origine inconnue. Cultivé 
en Afrique centrale Haut-Oubangui et bassin du Chari . dans 
le Haut-Nil, en Ibyssinte. 

Eragrostis aôyssmiea Schrad. [= Poa abyssinien Jacq.) — 
Taff. Spontané en Ibyssinre et cultivé dan- ce pays ainsi qu'en 



388 BULLETIN DE LA SOCIÉTÉ NATIONALE D'ACCLIMATATION 

Erythrée à des altitudes supérieures à 400 m. D'après Manetti, 
sa culture rappelle celle de l'Orge; la graine est appréciée pour 
l'alimentation de l'homme et la paille est un bon fourrage. 

Coix Lacripna-Jobi L. — Originaire de l'Asie tropicale, mais 
cultivé et naturalisé (avec les apparences d'une plante spon- 
tanée^ dans diverses régions de .l'Afrique tropicale où vivent 
des Musulmans : Sénégal, Casamance, Guinée française, 
Soudan nigérien, Haute-Cote d'Ivoire. 

Les graines sont employées pour faire des chapelets de 
Musulmans. 

Saccharum officinarum L. — Origine asiatique. Cultivé dans 
un grand nombre de régions africaines, toujours en petite 
quantité et simplement pour sucer les cannes. Nous l'avons 
observé au Sénégal, en quelques points de la Guinée française, 
à la Côte d'Ivoire, au Dahomey, dans la Nigeria anglaise, au 
Congo. 

Bambusa vulgaris Wendl. — Grand Bambou creux formant 
des touffes énormes, originaire probablement de la Malaisie. 
On le trouve planté dans les villages ou naturalisé en pleine 
forêt, mais à proximité de lieux anciennement habités, en 
Basse-Guinée, au Libéria, à la Côte d'Ivoire, où la plante re- 
monte, du côté du Cavally, jusqu'à 300 kilomètres de la mer, 
au Dahomey, dans la .Nigeria anglaise, au Congo. A été intro- 
duit par la Côte de l'Ouest africain et s'en éloigne encore peu 
aujourd'hui. 

La liste que nous venons de donner contient rénumération 
de 293 espèces ou variétés principales. Elle est, du reste, loin 
d'être complète, puisque presque toujours nous n'avons men- 
tionné que les plantes observées par nous-mème à l'état cultivé 
ou nettement naturalisées. 

Pour que ce tableau fût complet, il faudrait encore citer une 
trentaine d'espèces mentionnées par divers auteurs. C'est ainsi 
qu'en Abyssinie, la Flora of tropica Africa mentionne à l'état 
cultivé : 

llrassica campestns L. Colza), Ruta graveolens L. (Rue), 
Catha edulis Forsk. Cathe . Vitis vinifera L. (Vigne), Cicer 
arietinum L. l'ois chiche), Vicia sativa L. (Vesce), Ervum 
Lens L. Lentille . Faba vulgaris Mœnch Fève), Phaseolus 
vulgaris I.., Lathyrus sativus L., Pisum sativum L., Pisum 
arvense L., Pisum abyssinicum, Rosa sancia Rien., Prunus 



PLAN rES Cl l.i l\ i BS i V U RIQ1 E TROPICAI l 389 

dômes tica L. .' Prunier), Cucumis sativus L., Cucurbita mos- 
chata Duchesne, Cuminum Cyminum L. Cumin . Daùcus 
Carota L. Carotte . l'arum Carvi I... Apium graveolens I... 
Lactuca sativa L. Laitue), 0/ea europsea L. Olivier), cultivé 
aussi dans l'Angola, /•'"".s- C'anca L. Figuier), cultivi aussi 
dans les oasis sahariennes. 

Dans les oasis mauritaniennes el sahariennes, d'après des 
renseignements inédits de M. Chudeau, les indigènes cultivenl 
aussi le Grenadier Punica Granatum L.) el l'Abricotier- (A rme- 
niaca vulgaris Lamk . 

\ Zanzibar, les indigènes cultivenl en grand le Giroflier 
ryophyllus aromaticus L.). 

Enfin, M. Bois nous signale comme naturalisé en grand dans 
l'Ouganda septentrional, à 1.200 métros d'altitude, le Cosmos 
bipinnalus, plante ornementale de la famille des Composées. 

Le nombre des espèces cultivées aujourd'hui par les Noirs 
ou naturalisées en Afrique tropicale, atteint donc le chiffre 
de 320. 

Nous n'\ faisons pas rentrer naturellement les espèces qui 
n'existent encore que dans les jardins d'Européens ('plantes 
potagères d'Europe, Ileurs ou arbres fruitiers tropicaux el 
dans 1rs stations d'essais agricoles. Nous avons intentionnelle- 
ment niais aussi les espèces incomplètement naturalisées qui 
apparaissent à l'état sporadique autour des Postes adminis- 
tratifs, tel ie Zinnia elegans qui, quoique commun en dehors 
de certains jardins européens, n'a pas encore acquis sa pleine 
acclimatation en Afrique. 

Les différentes plantes de ce tableau présentenl un intérêt 
b - inégal; les unes, comme le Sorgho, le Riz, le Maïs, le 
Bananier, les Ignames, le Manioc, le Coton, onl acquis ou pour- 
ront acquérir dans l'avenir un intérêt immense; les autres, au 
feontraire, comme certaines plantes fétiches, ne son! mention- 
nées qu'à titre documentaire. 



Pour chaque espèce végétale, dont l'homme tire parti, un 
ad nombre de problèmes sont à élucider. 11 faudrait : 

l Préciser ses caractères botaniques différentiels. Etudier 
les diverses variétés et races de celte espèce vivant a l'étal 
sauvage ou déjà domestiquées par l'homme. Pour différencier 



.'}yO BULLETIN DE LA SOCIÉTÉ NATIONALE D 'ACCLIMATATION 

ces variétés, il faut tenir compte à la fois des caractères des 
organes plus ou moins fixes pour lesquels on ne cultive pas 
l'espèce, ainsi que des caractères des organes pour lesquels on 
cultive l'espèce (forme et couleur des fruits ; forme, taille, cou- 
leur, saveur des parties charnues; degré de précocité, durée 
de la plante) ; 

2° Etudier les espèces botaniques voisines, même si elles ne 
sont connues qu'à l'état spontané et si l'homme n'en tire pas 
encore parti. Il y a une trentaine d'années, on connaissait seu- 
lement deux ou trois espèces de Caféiers donnant des produits 
utilisables. Depuis, on a découvert un grand nombre d'espèces 
nouvelles en Afrique tropicale, et certaines sont déjà entrées 
dans la culture ; 

3° Les caractères de chaque espèce utilisable étant connus 
et ses principales variétés étant recensées, il importe de déter- 
miner exactement l'aire géograpbique où vit cette plante à 
létal spontané, ainsi que les conditions biologiques dans 
lesquelles elle vit : station, associations végétales, degré de 
fréquence, exposition préférée, ombrage; 

4° Préciser les conditions météorologiques où vit l'espèce 
à l'état spontané : saisons, température annuelle de l'air et du 
sol, ma xi ma et minima annuels; quantités annuelles d'eau 
tombée, répartition des pluies dans l'année, degré d'humidité 
de l'air. Phénomènes particuliers : tornades, cyclones, gelées, 
neige; 

'6* Etude agrologique du sol où vit l'espèce à l'état spontané : 
analyse physique et ebimique des terres prélevées dans les 
lieux où vit la plante, spécialement dans les endroits où elle 
est plus abondante et plus vigoureuse, c'est-à-dire là où elle 
parait rencontrer des conditions optima; 

6° Déterminer les caractères biologiques propres à l'espèce 
étudiée; non seulement ses rapports avee la station et les asso- 
ciations . avec le climal (§ î . ave.' le sol g .". . mais aussi 
la manière dont elle se comporte elle-même : longévité, âge <•! 
époque de la floraison et de la fructification. Manière don! la 
piaule se développe, se ramifié. Degré de fécondité. Dissémina- 
tion d.s graines dans la nature; germination. Parasites el 
ennemis végétaux h animaux. L'espèce est-elle en voie 

extension on de disparition? Dire si plusieurs espèces appar- 
tenant au genre de la plante aide vivent ensemble à l'étal 
spontané .' 



PL INTES C{ il l \ ) l - EN LFRIQ) B l ROPICALK .'5!>1 

7 Si la plante esl cultivée, déterminer les procédés de cul- 
ture dans les différents pays et chez les différents peuples 
examinant le cas particulier de chaque varii 

Lee indigènes savent-ils différencier ces variél leui 

donneut-ils des noins particuliers ' 

Époques de culture el de récolte. Rendements. 

Sait-on ;i quelle époque la culture a été apportée? Est-elle 
en voie d'extension el d'amélioration ? 

Il n'esl pas douteux que toutes ces il" tes sonl de la plus 

inde utilité pour l'agronomie, el elles ue peuvent être four- 
oies que par des observations très précises. 

M ; i i s la ne doivent pas s'arrêter les investigations du bi 
giste. Il serait indispensable de réunir dans les stations appro- 
priées toutes les plantes dont L'homme tire parti et de les sou- 
mettre à ili's expériences en vue de leur amélioration. 

Des travaux remarquables de ce genre ont déjà été faits pour 
presque loutes les plantes des pays tempérés, les Céréales, la 
Vigne, la Pomme de terre, etc. Qu'il nous suffise de citer ! 
investigations méthodiques que poursuit le Department oj 
\ inculture des Etal s- Unis sur le Mais, le Cotonnier, les arbres 
fruitiers, le Tabac el sur tanl d'autres sujets. 

En France aussi ces recherches de biologie appliquée à 
l'Agronomie prennent de plus en plus d'importance. 

Citons les travaux de Naudin sur les Cucurbitacées, de l'ian- 
chon et des ampélographes qui l'ont suivi sur la Vigne, les 
études de Heckel sur la Pomme de terre, celles de Blaringhem 
sur les variétés d'Orges et les imitations du Maïs. 

Pour la plupart des plantes utiles tropicales, des recherches 
de ce -'Mire sont a peine entamées. 

Pour ce qui concerne les plantes cultivées en Vfrique tropi- 
cal'' les plus utiles, "H ne possède que des renseignements très 
incomplets. \ vaut de >ou_vr à améliorer les cultures indigèm 
il faut les inventorier, el c'est pour contribuer à celte tâche que 
dous avons dressé l'exposé préliminaire qui fait le principal 
I de ce travail. 

Pour L'amélioration de ces espèces el l'extension de leur cul- 
ture dans nos Colonies, nous pensons qu'il serait utile de pr 
r de la manière suivante : 
I. — Créer dans chacun de nos grands groupes de Colonies 

Indo-Chine, Madagascar, Aîriqu :cidentale el équatoriale 

un ou plusieurs grands jardins botaniques, sur le type du 



392 BULLETIN DE LA SOCIÉTÉ NATIONALE D'ACCLIMATATION 

Jardin de Buitenzorg. On réunirait dans ces jardins le plus 
grand nombre possible de plantes utiles : plantes industrielles, 
arbres fruitiers, plantes vivrières et fourragères. 

Cet établissement serait pourvu d'un personnel scientifique 
ayant la compétence suffisante pour faire, au point de vue bio- 
logique comme au point de vue chimique, les recherches en 
vue de déterminer les cultures qui conviennent au groupe de 
Colonies dont dépend l'établissement. 

II. — Créer un certain nombre de stations d'essais chargées 
chacune d'une seule espèce de culture et situées au centre 
d'une région convenant le plus possible à la culture qu'on veut 
développer. 

En Afrique, nous aurions une station pour le Palmier à 
huile, une autre pour le Cacaoyer, une pour les plantes à 
caoutchouc, une pour l'étude de l'aménagement des Forêts, 
une pour les Plantes oléagineuses annuelles. En Indo-Chine, on 
en créerait qui s'occuperaient du Mûrier et de l'élevage du Ver 
à soie; une autre s'intéresserait exclusivement au Riz, une 
autre encore à la culture de Y Hevea (en Cochinchine), etc. 

Les établissements centraux seraient chargés des recherches 
d'ordre général. Ils centraliseraient les travaux des stations 
d'essais et inspireraient leurs recherches tout en leur laissant 
une large initiative. 

Chaque station n'ayant à s'occuper que d'une plante, pour- 
rait arriver assez rapidement à une connaissance approfondie 
de cette espèce. 

Par exemple, pour le Caféier, on rassemblerait dans un 
même jardin toutes les espèces et variétés de Co/fea connues, 
et on sait qu'elles sont innombrables. Toutes les variétés étant 
ainsi réunies, des expériences de greffe, d'hybridation, de mu- 
tations par Iraumatismes, de sélection par culture dans des 
milieux variés, pourraient alors être entreprises. Pour 
formes qui paraîtraient aptes à donner de bons résultats, îles 
plantations seraient Faites non plus sur quelques mètres carrés, 
mais sur de grands espaces. 

On substituerait ainsi à l'empirisme, qui a dirigé jusqu'il 
présent l'évolution de l'Agriculture tropicale, des procédés 
rationnels. 

Le Gérant : A. M \ ni :hi i \. 
- i Mai tr, i, nie Cassette 



LA NOURRITURE DES PICS MA ÉTATS-UNIS 

Par PIERRE-AMÉDÉE PICHOT 

Lorsque l'on examine les phénomènes biologiques, on 

est frappé de voir qu'il n'y a pas de fait qui n'ail sa contre- 
partie et que la vie des uns ne se maintient que par la destruc- 
tion de celle des autres. L'équilibre entre toutes les forces de 
la Nature est le résultat d'un antagonisme continuel dont les 
oscillations et les contrastes peuvent seuls nous rendre percep- 
tible la réalité de l'existence, et il semble que le problème de 
la paix et de la concorde universelles ne puisse se résoudre 
que par l'immobilité et par le silence du Monde. 

L'histoire des Oiseaux de la famille des Pics nous fournit 
un remarquable exemple de l'action destructive des êtres 
organisés pour assurer leur perpétuité. Les Pics détruisent 
les Insectes et ceux-ci détruisent les plantes, et cette corréla- 
tion ressort d'une façon intéressante de l'étude que le Bureau 
de recherches biologiques des Etals-Uni> vient de publier sur 
les rapports des uns avec les autres. Cette question a, en 
effet, une importance économique considérable, en ce qu'elle 
touche à l'exploitation des bois et à Lu conservation des 
forêts. 

Dans son rapport sur le travail de M. Beal, M. Henshaw 
estime à un demi-milliard les dégâts causés annuellement 
par les Insectes aux richesses forestières des Etats-Unis. La 
Commission entomolo^ique, dans son Y rapport, a calculé 
que '»<)'> espèces d'Insectes vivent aux dépens du Chêne; que 
l'Orme en entretient su. le Noyer d'Amérique hiekorj L70, 
l'Acacia 11, l'Erable 100, le Bouleau L05, le Saule 186 et le 
Pin !•''">. Il n'y a pas une partie de l'arbre — qu'il soit sain, 
malade, mort ou en décomposition — qui n'alimente quelque 
parasite. Il est donc nécessaire de combattre cette armée de 
dévastateurs et l'Homme n'a pas de meilleur auxiliaire que 
l'Oiseau pour défendre son domaine végétal. Aux Etats-Unis 
comme ailleurs, les Pics comptent parmi les plus utiles. Leurs 
Organes sont spécialement adaptés à l'aire la chasse aux 
Insectes sur les arbres; leur instinct leur permet de décou- 
vrir la présence d'une larve au cœur d'une branche, même 
d'apparence -aine, et de délimiter sa position aussi sûrement 

BULL. SOI . RAT. kCCL. FR. 1912 — 26 



394 BULLETIN DE LA SOCIÉTÉ NATIONALE D'ACCLIMATATION 

que s'ils opéraient avec l'aide des rayons Rœntgen; leur bec, 
en forme de coin, dont la pointe acérée est placée dans l'axe 
de la tête, ce qui en fait, selon l'expression de Levaillant, une 
tête martelière, perce facilement les tissus les plus durs, et 
leur langue, que le développement des cornes de l'os hyoïde 
contournant le crâne permet d'allonger en dehors des mandi- 
bules, va chercher les larves au plus profond de leurs retraites 
caverneuses. Mais je n'insisterai pas davantage sur les carac- 
tères anatomiques des Pics, non plus que sur leur nomencla- 
ture, qui s'est beaucoup augmentée des espèces nouvellemeut 
décrites. Tandis qu'en France nous n'en avons que quatre ou 
cinq, on en compte quarante-cinq aux Etats-Unis, ce qui est 
conforme à la plus grande étendue des forêts répandues 
sous des climats plus divers. Les minutieuses recherches de 
M. Beal ont porté non pas tant sur la classification de ces 
Oiseaux que sur leur nourriture, de façon à voir dans quelle 
mesure ils pouvaient être utiles ou nuisibles. 

C'est ainsi que l'examen de 3.453 estomacs de Pics, habitant 
les Etats-Unis et répartis dans les divers Etats de l'Amérique 
du Nord, a donné lieu à de précieuses observations. Leur 
contenu, analysé avec soin et à différentes saisons de l'année, 
accuse une proportion de 64,26 p. 100 de matières animales 
contre 35,74 p. 100 de substances végétales. Poussant plus 
loin son expertise, M. Beal a fait la même enquête pour chaque 
espèce individuellement, afin d'être fixé sur l'utilité de chacune. 
Tandis que les Pics du genre Picoides avaient dans leur esto- 
mac 94,06 p. 100 de matières animales contre -">. ( .)'< p. 100 de 
substances végétales, d'autres n'ont donné que 2-2, 59 des 
premières, contre 74,41 des secondes. Dès lors, il était facile 
de se rendre compte des espèces qu'il fallait protéger et de 
celles qui justifiaient les accusations don! elles étaient 
l'objet. 

La nourriture animale des Pics ne se compose pas exclu- 
vement d'Insectes ou de larves perforateurs des bois. Les 
Coléoptères, les Hyménoptères, les Lépidoptères, les Hémi- 
ptères, les Orthoptères, les Névroptères fournissent chacun 
leur contingent. Parmi les Hyménoptères, les Fourmis 
entrenl pour une large part dans l'alimentation de plusieurs 
espèces. Le Sphyrapicus thi/roidrus en consomme H5,!tf p. 100; 
le Melanerpes erylhrocephalus Pic à camail rouge de Buffon), 
5,17 p. loi) seulement. Chez le Picoides amerieanus Pic tri- 



LA NOURRITURE DE3 PICS AUX ETATS-UNIS 395 

dactyle), on trouve 71,03 p. 1<K> de larves ou de Coléoptèri - 
xylophages; chez le Helanerpes de Californie -JJ'û p. 100 
seulement. 

Les entomologistes les plus distingués des Etats-Unis 
reconnaissent pleinement les services rendus par les l'ics. 
Le D* llopkins dit que par 100 Sapins on peut compter 
600.000 larves, et qu'en admettant que les Oiseaux n'en puis- 
-ent détruire plus de la moitié ou des deux tiers, ce sera 
assez pour permettre aux arbres de résister aux survivants. 

Les Pics, ajoute le savant observateur, sont assurément les 
sauveteurs de l'Erable et du Peuplier qui, sans eux, seraient 
voués à une destruction rapide. Il peut arriver à ces Oiseaux 
de donner un coup de sonde là où il n'y a rien à prendre, mais 
leur inslinct les trompe rarement et j'ai toujours constaté que 
les trous qu'ils perçaient dans les bois sains étaient en très 
petit nombre. 

Si nous analysons maintenant de quoi se compose la nourri- 
ture végétale des Pics américains, nous trouvons qu'il y entre 
des fruits cultivés ou sauvages, des graines d'essences fores- 
tières et du cambium. Or, le cambium a une importance liés 
grande dans la formation du bois. C'est une matière plus ou 
moins fluide qui circule entre le liber et l'aubier et ce liquide mu- 
cilagineux. en prenant de la consistance, fournit les matériaux 
d'une nouvelle couche d'aubier. On accuse les Pics d'attaquer 
l'écorce des arbres pour manger cette substance dont ils sont 
très friands. Cela est vrai pour quelques espèces, mais non 
pour toutes, comme il résulte des recherches de M. Beal. Les 
Pics du genre Sphyrapicus seuls font une consommation de 
cambium assez grande pour nuire à la végétation, et ceux-là, 
si avec raison que la voix populaire les a baptisés du nom 
de buveurs île sève. Pour atteindre au cambium qu'il recherche 
avec frénésie, l'Oiseau arrache l'écorce sur des surlaces parfois 
considérables ou se contente de la cribler de ponctions rappro- 
chées qui font tout le tour du tronc ou de la branche. Lorsque 
ces plaies se ferment, le bois peut n'être plus bon que comme 
bois de chauffage et les cicatrices défigurent les planches que 
l'on en veut tirer. 11 arrive aussi que l'eau pénètre par ces 
blessures et provoque la formation de taches qui onl pourtant 
parfois un efl'et décoratif. 

Voilà le principal grief des forestiers américains contre le-^ 
Pics. L'enquête de M. Beal prouve que l'on a eu tori de généra- 



396 BULLETIN DE LA SOCIÉTÉ NATIONALE D'ACCLIMATATION 

liser et que, sauf quelques espèces, ces Oiseaux ne creusent 
leurs mortaises dans les arbres que pour aller chercher dans 
le cœur même du tronc ou de la branche l'Insecte pernicieux 
qui y a élu domicile et y poursuit ses ravages. 

Les horticulteurs et les propriétaires de vergers se plaignent 
encore que les Pics s'en prennent à leurs fruits, dont l'exploi- 
tation est si importante dans quelques Etats, et que les Pommes 
et les Oranges ont beaucoup à souffrir de leurs atteintes. M. Beal 
a examiné de près ces accusations émanant d'observateurs 
sérieux et dignes de confiance; mais, là encore, il a constaté 
que l'on avait une fâcheuse tendance à généraliser les fans 
exceptionnels attribuables à des circonstances locales particu- 
lières. Prenons, par exemple, le Pic à camail rouge, un des 
plus compromis par ces accusations : 443 estomacs, prélevés 
dans 27 Etats différents, ont fourni 33,83 p. 100 de matières 
animales contre 06,17 de matières végétales. Dans les matières 
animales on a identifié 67 espèces de Coléoptères, 4 Hymé- 
noptères, 5 Hémiptères et 1 Lépidoptère. Quant aux matières 
végétales, elles étaient représentées par un peu de Blé dans 
64 estomacs, de l'Avoine dans 1, du fruit cultivé dans 175 (si 
toutefois les framboises et baies analogues ne provenaient pas 
de plantes sauvages). Les glands, les faines et autres graines 
>restières entraient dans la composition du bol alimentaire 
dans la propori.^a de 23,26 p. 100 répartie sur la consom- 
mation de toute l'année. Pour le reste, c'étaient les graines de 
23 espèces déplantes sauvages non cultivées. Quant à la chair 
déjeunes Oiseaux et aux œufs que l'on accusait le Pic à camail 
rouge de manger, on n'en a jamais trouvé trace. 

Citons encore le Pic à ailes dorées (Collaptes aureus, vulgo 
flicker), une des espèces les plus répandues aux Etats-Unis et 
dont la chair, par exception, est bonne à manger. 680 estomacs 
ont été examinés et ont donné 60,02 p. 100 de matières 
animales contre 39,08 de matières végétales. On y a reconnu 
Les téguments de 42 Coléoptères, 36 Hyménoptères et les 
graines ou fruits de 54 plantes sauvages non cultivées. C'est 
incontestablement là un Pic auquel on n'a rien à reprocher, si 
ce n'est qu'il contribue ;'i la dispersion des graines du Sumac 
vénéneux, dont il ne digère; que La pulpe. 

Mutin. Le Pic à collier de Lewis [Asyndesmus Leivisi), très 
fortement accusé de ravager les vergers de Pommiers dans 
l Orégon, a, il faut le reconnaître, un goût très prononcé pour 



LA NOURRITURE DES PICS Al \ ÉTATS-UNIS •'<!»7 

ce fruit ; cependant. beaucoup d'horticulteurs onl déclaré que 

cet Oiseau ne leur causait pas un dommage très sérieux et, en 
Californie, un cultivateur a remarqué qu'il choisissait <lc préfé- 
rence Les Pommes véreuses, c'est-à-dire celles qui contenaient 
la larve d'un Bombyx, le Carpocapsa pomonella. 

Nous ne suivrons pas plus loin M. Heal dans ses minutieuses 
recherches sur la nourriture des Pics américains, dont je n'ai 
présenté qu'un résumé très succinct el dont le détail n'aurait 
pour nous qu'une importance secondaire puisque nous n'avons 
en France aucun des Pics des Etats-Unis, si ce beau 
travail n'était un remarquable modèle du soin et de la 
méthode qu'il faut apporter à des observations de ce genre, 
avant de pouvoir conclure qu'un animal est utile ou nuisible. 
Nos espèces de Pics sont généralement proscrites, mais 
pour qui a vu les ravages causés il y a quelques années dans 
les Vosges, autour du lac de Gérardmer notamment, par le 
Bostriche et dans notre région parisienne par la Galéruque de 
l'Orme, il y a lieu de se demander si l'aide des Pics ne nous 
eût pas été bien utile pour combattre ces tléaux et si la proscrip- 
tion, qui s'étend à ces Oiseaux comme à tant d'autres, n'est 
pas une question de sentiment basée 9ur une généralisation 
de faits locaux et d'observations superficielles, auxquelles ont 
manqué les confirmations de l'expérience. 



SUR LA CASTRATION DES CuQS 

Par G. MOUSSU 

Professeur à l'Ecole vétérinaire d'Alfort. 

Il y a fort longtemps déjà, notre collègue M. Debreuil m'avait 
demandé d'entretenir notre seconde Section d'une question 
qui touche un peu l'art vétérinaire, et beaucoup plus tous 
ceux qui s'occupent d'aviculture. 

Je veux parler de la castration des Coqs. 11 s'agit d'une 
opération qui, en principe, se rattache à la pratique de la 
chirurgie vétérinaire, mais qui en fait se trouve totalement 
délaissée parce qu'elle serait toujours insuffisamment rémuné- 
ratrice pour les opérateurs. Je ne connais pas de vétérinaire 
qui la pratique de façon courante; c'est une opération du do- 
maine exclusif de l'élevage. 

Et cependant on ne saurait nier qu'elle ne soit d'un intérêt 
réel, puisqu'elle a été pratiquée sans doute depuis fort long- 
temps, et puisqu'il est démontré, au su de tous, que les Coqs 
castrés, comme tous les autres animaux domestiques du sexe 
mâle, sont beaucoup plus faciles à entretenir et à engraisser 
que les sujets non castrés. 

Les Chapons ont une chair plus tendre, plus succulente que 
les volailles ordinaires; ils s'engraissent très vite parce qu'ils 
n'ont plus qu'une vie purement végétative, et à ce point de 
vue l'opération a une importance économique que l'on ne sau- 
rait mettre en doute. 

En me parlant de cette opération, M. Debreuil avait un autre 
objectif économique; el sans vouloir empiéter sur des détails 
qu'il est beaucoup plus apte à donner que moi-même, je crois 
pouvoir dire qu'il avait aussi en vue les conséquences de l'opé- 
ration sur la richesse du plumage. 

Il y a là des données d'observation qui paraissent fort inté- 
ressantes, mais que je ne suis pas en mesure de vous exposer 
en détail, faute de documents personnels. 

Ce que je puis rappeler toutefois, c'est que la castration du 
Taureau, par exemple, favorise l'augmentation de volume et 
de poids de l'animal castré, en même temps qu'elle détermine 
une augmentation extrêmement marquée des dimensions 'les 



SI i; l.\ I ASTRATIOfl DES Cl j- 399 

cornes; c'est que La castration du ChevaJ entier provoque 
l'augmentation de Longueur « I«*s poils qui forment la toison. 
surtout durant la période d'hiver. 

En faisant disparaître les attributs de la sexualité, on im- 
primeà L'organisme une modification de nutrition el l'onchaage 
la vitalité de L'appareil «le revêtement. Voilà ce que l'on peut 
dire sur les effets généraux de la castration, et M. Debreuil 
chargera de nous faire connaître les avantages qu'il y aurait 
lieu d'en retirer chez les Oiseaux, si c'est possible. 

Mon rôle se bornera donc à dire comment se pratique la 
castration chez le Coq. 

Ce n'est pas, je dois le déclarer tout de suite, une opération 
extrômemenl facile; je n'en ai pas, il est vrai, une bien longue 
pratique, mais il me suffira de vous préciser comment elle Be 
realise pour vous faire comprendre quelles sont les causes pos- 
sibles d'insuccès. 

La castration, en la circonstance le chaponnage, a pour but 
exclusif l'extirpation des organes mâles, c'est-à-dire des deux 
testicules. Chez les .Mammifères domestiques, ces organes soni 
extra-abdominaux, ils sont facilement accessibles et l'inter- 
vention en est d'autant facilitée. — Chez les Oiseaux, et chez 
Le Coq en particulier, les testicules sont intra-abdominaux : 
d'où une première difticulté qui nécessite l'ouverture de l'ab- 
domen, ce qui est toujours grave. D'un autre côté, ils sont 
situés profondément, sous la colonne vertébrale, de chaque 
côté de la ligne médiane, au niveau des deux avant-dernièri s 
côtes, exactement au-dessous des articulations de ces côt< - 
avec la colonne vertébrale. Ils ne sont donc pas facilement 
acces?ili|ts. pas plus à l'œil qu'aux instruments ou au doigt: 
d'où les difficultés essentielles de l'opération. 

Eh bien, malgré cela, tout le monde sait que l'on castre di - 
Coqs, que l'on fait des chapons, lesquels sont très estimés sur 
tous les marehés. 

La pratique du chaponnage est fort ancienne, et une vieille 
coutume imposait autrefois l'obligation à certains fermiers de 
fournir à leurs maîtres, parmi les redevances variées, un 
nombre déterminé de chapons, tous les ans. Ces obligation- 
tendent de nos jours à disparaître des clauses des baux pas- 
entre propriétaires et colons, mais elles n'en sont pas inoin- 
intéressantes à noter pour bien montrer que' la pratique du 
chaponnage était dans certaines régious une pratique cou- 



400 BULLETIN DE LA SOCIÉTÉ NATIONALE D'ACCLIMATATION 

rante, et qu'elle était entre les mains des fermières ou de 
personnes spécialisées en l'art de chaponner. 

Comment ces personnes s'y prenaient-elles et quels étaient 
les résultats obtenus? 

Le procédé le plus ancien consiste à chaponner par le flanc 
et avec le doigt. Ce n'est peut-être pas un procédé très élégant 
au point de vue chirurgical, mais il doit néanmoins donner 
d'assez bons résultats puisque c'est encore là le procédé le plus 
usuel dans les campagnes. 

En voici la technique : 

Le jeune Coq est placé en long directement sur le dos et 
maintenu dans cette position par un aide: l'opérateur placé du 
côté de la queue. La cuisse gauche est maintenue contre le 
corps, la droite écartée pour donner accès sur le flanc. 
• Premier temps. — L'incision de la paroi abdominale est 
faite dans le flanc droit, sur une longueur d'environ 3 centi- 
mètres et sur une surface préalablement débarrassée de ses 
plumes. — L'incision doit porter sur la peau et les muscles, 
mais elle doit être faite sans brutalité pour éviter de blesser 
l'intestin. Si la mince membrane de revêtement interne de 
l'abdomen, qui représente le péritoine, n'est pas perforée du 
même coup, on la déchire sans difficultés soit avec l'ongle, soit 
avec la pointe du bistouri. 

L'accès dans la cavité abdominale est réalisé. 

Deuxième temps. — L'opérateur engage 1 index droit dans 
l'ouverture, le dirige en avant et en haut au-dessus de la 
masse intestinale, pour arriver jusqu'à toucher les testicules 
dans la place préalablement indiquée sous la colonne verté- 
brale. Comme ces organes sont en saillie et en forme de haricot, 
on ne peut se tromper. Avec l'ongle, on déchire la membrane 
d'enveloppe vers le haut de l'organe, et comme cet organe est 
peu résistant, on arrive sans trop de difficultés à l'énucléer et 
à le séparer des petits vaisseaux qui le fixent à l'aorte posté- 
rieure et à la veine cave postérieure. 11 faut toutefois agir avec 
douceur, car une éraillure de l'un ou de l'autre de ces deux 
gros vaisseaux amènerait une hémorragie rapidement mortelle. 
Le testicule énucléé est amené jusqu'à l'orifice de la plaie sur 
le doigt disposé en crochet. Ce doigl est réintroduit à nouveau 
et le second testicule est extirpé de la même façon. 

Si durant l'extraction les organes s'égarent au milieu il«s 
circonvolutions intestinales et tombent dans une anfractuosilé 



SUR l-A CASTRATION Dl - 



ii'l 



abdominale, peu importe, ils se résorbent el la castration n'en 

est pas moins bien faite. 

Cette opération doit être exécutée avec la plus extrême pro- 
preté, elle est terminée par L'application de deux ou trois points 
de suture de la plaie abdominale et c'est tout. 



V<in<r«v< po*l "■ 



<r>, 



ToUéhL 




Ûyaa/ictf (re'rrt/attûc 



C<> 



7 



L'opération, selon ce procédé, n'a rien d'absolument chirur- 
gical, mais on comprend qu'avec de l'habileté, du doigté et de 
la pratique, on puisse cependant arriver à obtenir de bons 
résultats; el la preuve s'en trouve dans la pratique usuelle des 
régions où l'on fait couramment le chaponnage. 

In second procédé plus chirurgical, mais qui comporte bien 
ses aléas, lui aussi, consiste à pratiquer l'extirpation des testi- 
cules à l'aide d'instruments spéciaux, et sans mettre le doigl 
dans les plaies. 



402 BULLETIN DE LA SOCIÉTÉ NATIONALE D'ACCLIMATATION 

Dans ce second procédé, on intervient au niveau des testi- 
ticules de façon à les mettre directement à découvert. Le 
sujet à opérer est couché sur le côté gauche ou le côté droit, 
de préférence le côté gauche, et maintenu immobilisé par un 
aide, les pattes allongées en arrière. 

Premier temps. Incision. — L'incision de 2 à 3 centimètres 
est faite à la partie supérieure du dernier ou de l'avant-dernier 
espace intercostal, préalablement débarrassés de leurs plumes. 
Elle donne accès direct dans la cavité abdominale et doit per- 
mettre, après emploi d'éearteurs des lèvres de la plaie en 
avant et en arrière, et éclairage convenable, de découvrir di- 
rectement les testicules ou l'un d'eux tout au moins. 

Deuxième temps. Extirpation. — A Taide de pinces ail hoc 
(pinces à forcipressure à anneau), le testicule est pincé en 
bloc au niveau de son pédicule. Par un mouvement de torsion 
imprimé à ces pinces on rompt le pédicule vasculaire, et l'or- 
gane est extirpé. 

On agit de même pour le second testicule, s'il est accessible 
parla même voie, ou, après suture de la plaie, on opère de 
même sur le côté opposé après avoir retourné le patient. 

Ce second procédé est évidemment plus chirurgical et plus 
élégant que le premier; mais comme le pédicule vasculaire du 
testicule est très court, il expose aussi à des accidents si la 
pince à torsion est placée trop bas et intéresse la veine cave 
postérieure en particulier. Dans ces conditions, la torsion pro- 
voque la déchirure de la veine cave postérieure et une hémor- 
ragie mortelle consécutive immédiate. 

Comme, d'autre part, on n'a pas une très grande liberté de 
mouvements par suite même de. la profondeur de situation de 
l'organe que l'on aperçoit tout juste, il y a là un accident avec 
lequel il faut compter. 

J'ajouterai cependant que l'on a songé à modifier ce procédé 
pour éviter les chances d'accident, et qu'au lieu de pinces à 
forcipressure pour torsion, on a recommandé l'emploi d'une 
sorte de petit écraseur constitué par un simple tube cylindrique 
et nu lil de laiton. 

Le testicule (Haut mis à découvert, comme il est indiqué au 
premier temps du second procédé opératoire, on engage le lil 
de laiton eu anse dans Le lu lu- cylindrique. L'anse de laiton esl 
passer sous h' testicule au niveau du pédicule vasculaire. le 
tube est lui-même pOUSSé jusqu'au contact île l'organe et main- 



-I l. I. \ CAS! RAI ION DES I OQS 103 

tenu immobilisé par la main gauche, ainsi que l'une des 
extrémités du Bide laiton. En agissant sur l'autre extrémité de 

ce til avec la main droite, on comprime d'abord le pédicule 
vasculaire, puis on te déchire par pression et par élongation 
des vaisseaux. Le testicule est extirpé ainsi. 

Les dangers sont peut-être moindres que dans le procédé 
précédent, mais en réalité il peut y avoir hémorragie aussi, si 
la déchirure par élongatiou des vaisseaux Lesticulaires se pro- 
page à l'aorte ou la veine cave. 

Quoique plus chirurgicaux, ces deux procédés sont surtout 
du domaine vétérinaire, et il est probable qu'ils seront délaiss 
par les éleveurs, en raison même de leur délicatesse d'exécution. 

I.'- premier, entre des mains habiles, peut d'ailleurs parfai- 
tement suffire. 

En résumé, l'opération de castration du Coq est une opéra 
tion quelque peu délicate, et qui reste délicate par le fait 
même de la situation des organes qui sont difficilement 
accessibles à la vue. aux doigts ou aux instruments. Pourrait- 
elle devenir une opération sûrement économique entre les 
mains de quelques amateurs qui voudraient se spécialiser, je 
le crois; mais je ne pense pas que ce soit une opération qui 
devienne à la portée de tous les aviculteurs. Ce ne sont pas 
là d'ailleurs des restrictions qui portent la moindre atteinte au 
rôle économique de l'intervention. 

Il y a toutefois au moins une précaution fondamentale à 
prendre c'est de ne pas opérer durant la période de ponte des 
volailles, car durant celle période qui correspond à celle de- 
amours, les testicules sont très volumineux, très vascularisi s 
et les dangers d'hémorragie sont d'autant plus grands. 

La saison la plus favorable est la saison d'automne, celle où 
la période d'excitation génésique est la plus faible, celle <>u '■ 
testicules sont le moins vascularisés et celle où le volume de 
ces organes est le plus réduit. Les chances d'hémorragie et 
d'accidents sont alors très limitées. 

Aux différents procédés que je viens de rapporter, je donm 
la préférence au second, celui dans lequel le testicule esl pincé 
dans une pince a forcipressure <ul hoc et où il est extirpé par 
torsion. 



À PROPOS DE LÀ CANAIGRE 

Par ANDRÉ PIEDALLU 

On sait que L'industrie du cuir a subi depuis une vingtaine 
d'années une évolution tout à fait remarquable. L'emploi des 
sels de chrome s'est généralisé de plus en plus à cause de la 
rapidité et des qualités du tannage obtenu. 

Faire vite semble être le mot d'ordre général et le tannage 
au tannin lui-même a du évoluer pour suivre le mouvement. 

Aux fosses à tan dans lesquelles on laissait le cuir pendant 
dix-huit mois et plus, ont succédé, dans beaucoup d'usines, les 
tonneaux et les cuves à tannage rapide qu'on alimente avec des 
extraits. 

Ces extraits sont obtenus en épuisant par l'eau, des écorces, 
des bois ou des feuilles, et en évaporant ces solutions tanniqucs 
jusqu'à consistance convenable. 

La consommation de ces extraits est aujourd'hui si grande 
que des sociétés puissantes sont organisées pour le traitement 
des produits exotiques (Quebracho, Acacia, Palétuviers) aussi 
bien que des essences françaises (Châtaigniers, Chêne). Cer- 
taines régions de France ont été malheureusement mises en 
coupe. 

La Corse a été particulièrement exploitée, tondue même en 
certains points, et on se demande avec inquiétude s'ils ne sont 
pas trop imprévoyants ces insulaires au teint liàlé, quand ils 
vendent pour des sommes insignifiantes des arbres centenaires 
ilont les châtaignes succulentes constituaient dans bien des cas 
le fond de leur alimentation. Penser au lendemain dans un pays 
d'éternelle lumière, où la vie est si douce, pourquoi donc? Kt 
c'est bien là ce qui fait le malheur de cette île parfumée, dont 
les effluves sont perçues de 1res loin, au large, en passant. 

Pourtant, un jour viendra, qui n'es! pas loin, où, à part la 
forêt nationale, rien n'y restera plus que le maquis. 

Les usines n'ayant pas assez de matière première fermeront, 
et le Corse, de plus en plus pauvre, se drapant dans sa dignité, 
s'expatriera comme si son sol natal si riche avec son ciel bleu 
ne pouvait pas le nourrir et le rendre heureux. 

C'est en faisant ces réflexions que j'envoyai, l'an passé, des 
graines de Canaigre à un brave maire d'une petite commune 



A PROPOS DE LA CANAIGRE il).'! 

de ce beau département français. Il m'avait promis d'en avoir 
un soin jaloux '. Il n'en fui rien d'ailleurs. 

L'es graines ont très bien germé, m'a-t-il dit, les plantes oui 
très bien poussé, mais, faute de soins, elles sont finalement 
mortes. 

Je voudrais que ce modeste essai soit repris ; c'est pourquoi 
je viens ici rappeler cette intéressante Polygonacée. 

La Canaigre [Rume.v In/mctiosepalu.s) est une oseille. Origi- 
naire de l'Arizona et des régions avoisinantes : Nouveau- 
Mexique. Californie, Texas nord et ouest, Mexique nord. Elle 
pousse très abondante a l'état sauvage dans des terres sablon- 
neuses, dans des régions à humidité modérée où la température 
moyenne ne dépasse pas 20 à 22 degrés centigrades. Elle vil 
très bien à Cuba et dans le nord de l'Italie, ainsi d'ailleurs qu'au 
Muséum de Paris, carré des couches, et au Jardin d'Essai 
d'Alger. 

Sa végétation est hivernale et printanière; aussitôt ses 
graines mûres, aux premières chaleurs, la plante se dessèche et 
la racine tubéreuse continue à vivre sous le sol, conservant ses 
réserves, les mûrissant pour pousser à nouveau aux premières 
pluies d'automne. 

Les racines ont un peu l'apparence de celles des Dahlias, elles 
peuvent vivre environ cinq années, mais la récolte a lieu géné- 
ralement au bout de deux ans. 

Les racines une fois nettoyées sont coupées en cossettes, 
mises a sécher au soleil ou dans des fours dont la température 
ne dépasse pas 50 degrés. 

Si ces racines doivent être traitées pour extrait, il est inutile 
de les faire sécher ; elles sont divisées et mises immédiatement 
dans des diffuseurs à une température inférieure à 50 degrés 
C'esl qu'en effet ces tubercules contiennent beaucoup d'amidon 
qui, si la chaleur le faisait passera l'étal colloïdal, générait la 
fabrication de l'extrait. 

Le tanin de la Canaigre est d'ailleurs presque entièrement 
soluble dans l'eau froide. 

Troistonnesde racines fraîches donnent une tonne de Canaigre 
Bêche. 

Six tonnes de racines fraîches donnent une tonne d'extrait 
contenant 60 à !'>•"> p. 100 de tanin. 

La racine fraîche eontient environ l<> p. 100 de tanin. La 
teneur en tanin de la Canaigre commerciale en petites cossetl - 



406 BULLETIN DE LA SOCIÉTÉ NATIONALE d' ACCLIMATATION 

varie de 20 à 40 p. 100. Sa teneur en sucre est élevée, elle varie 
d'ailleurs suivant la saison et le mode de conservation. 

D'après Jetlmar, on peut prendre comme composition 
moyenne : 

Eau L4,"J p. 100 

Substances tannantes 21.8 à 34,9 — 

Substances non tannantes 9,4 à 18,1 — 

Cendres 1,9 à 2,1 — 

Matières insolnbles 33,9 — 

Matières sucrées 6,8 

Ce qui donne 23 de sucre p. 100 de matières tannantes. 

Cette teneur élevéeen sucre voisine de celle de l'écorce de chêne 
environ 25 p. 100 de tanin est très intéressante. C'est en effet ce 
sucre qui, en fermentant, donne des acides susceptibles de gon- 
fler le cuir et fournit finalement un rendement plus considé- 
rable. Beaucoup de matières exotiques, importées en Europe, sont 
riches en tanin mais pauvres en sucre et donneraient des cuirs 
plats, si on les employait seules. Si Ton ajoute à cette qualité de 
la Canaigre cette autre, non moins intéressante, de donner un 
cuir clair, d'une couleur orangée agréable, on reconnaît facile- 
ment l'énorme avantage qu'on aurait à en propager la 
culture. 

Celte couleur orangé-clair est voisine de celle du cuir tanné 
à l'écorce du Chêne. Employée seule, la Canaigre donne un 
cuir mou et ne peut servir qu'à la fabrication des cuirs à 
empeigne, cuirs pour sellerie, cuirs de luxe. 

Employée en mélange, étant donnée sa richesse en tanin 
facilement soluble dans l'eau, elle est le parfait adjuvant de la 
Yalonée et de l'écorce de Mimosa. On peut s'en servir pour 
retanner certains cuirs et même dans certains cas pour rem- 
placer le Sumac. 

Si cette matière était moins chère, on pourrait l'employer 
dans les tanneries travaillai l'écorce de Chêne. Traversant 
très rapidement le cuir, son tanin activerait le tannage, au début 
surtout, mélangée avec de la Valonée, elle augmenterait le 
rendement tout en conservant au cuir sa belle couleur chêne 
des cuirs d'autrefois. 

Il n \ .i pas de marchés établis pour cette matière première 
dans le-; ports européens. 

Les importateurs de Hambourg ef d'Anvers en reçoivent de 



A PROPOS DE LA CAN UGRE i<)7 

petites quantités dont le prix peut varier entre cent-viDgt-cinq 
et deux cenl cinquante francs l;i tonne. 

Les graines germent assez irrégulièrement. 

La multiplication de la Canaigre se t'ait plutôt au moyen des 
jeunes tubercules, plantés comme la Pomme de terre de 
distance en distance. 

L'analyse des cendres de la Canaigre, d'après le D' Trabut, 
donne : 

Acide phosphorique 18,l!J p. 100 

Potasse 28,14 — 

Soude 1,17 — 

Magnésie 16,93 — 

Azote 1,93 — 

Cette plante parait exiger des pbospliates, de la potasse, de 
la magnésie el de l'azote. 

Il faut prévoir, toujours d'après Trabut, 200 kilogrammes 
d'azote enlevés dans une récolte d'un hectare. 

D'après l'expérience faite au Muséum de Paris, dans le carré 
d-s couches, la Canaigre prospère dans un terrain calcaire, ses 
tubercules sont très beaux, malheureusement, cette plante. ,i 
végétation hivernale, gèle sous notre climat parisien et on est 
obligé de couvrir le beau pied qui existe là depuis plusieurs 
années déjà. 

Le midi de la France et la Corse pourraient tirer un bon parti 
de la culture en grand de cette Oseille, qui n'a pas donné de 
i ésultats en Algérie, les années sèches et les sols maigres ne lui 

ii venant pa-, la croissance étant longue dans ces condition-. 
Quant au traitement industriel précédant la dessiccation, un 
simple hache-racine suffirait pour une petite exploitation, et 
cel instrumenl existe presque partout aujourd'hui. 



LA VALEUR DE LA PARTIE DU MOYEN -CONGO 

CÉDÉE A L'ALLEMAGNE 

Par A. BAUDON 

La partie du Moyen-Congo comprise entre la Sangha, le 
Congo et lOubangui et qui s'étend d'Ouesso d'une part, à Bonga 
et Mongoumba de l'autre, en englobant toute la basse Sangha 
et la Likouala aux Herbes est en grande partie basse et maré- 
cageuse. Les berges de ces rivières se trouvent être en effet 
plus élevées que l'intérieur des terres, de telle sorte qu'au 
moment des crues, lorsque l'eau les a dépassées, elle s'étend 
rapidement partout, ne pouvant plus ensuite s'écouler de cette 
sorte de cuvette. Les terrains qui s'étendent de Youmba, voire 
même Piconda sur la Sangha, à Boubangui sur l'Oubangui, 
avec comme limite au sud, Bonga, sont de beaucoup les plus 
bas; il n'existe aucune voie de communication par terre entre 
ces points; par contre, la contrée est sillonnée de nombreux 
canaux dans lesquels l'eau coule tantôt dans un sens, tantôt 
dans l'autre. Les points qui émergent aux hautes eaux sont peu 
nombreux et leur surface restreinte. Ce sont d'abord Bonga, où 
l'eau iarrive dans les cases dans les années de grandes crues, 
puis Boyenghé, siège d'une factorerie de transit pour le ravi- 
taillement et l'écoulement des marchandises de la Likouala aux 
Herbes: Loukolela, poste administratif sur une pointe assez 
élevée a terrain argileux latéri tique, avec autour de vastes 
marécages; Liranga, où existe une mission catholique, terrain 
latéritique ; Djoundou, siège de l'exploitation d'un colon, 
M. Fredon ; Boubangui, village indigène peu important, le plu-- 
grand nombre des habitants étant passé sur la rive belge ; si 
l'on ajoute à cela quelques points oii se trouvent de petits vil- 
lages, on voit le peu d'importance de la terre ferme dans ce 
territoire qui s'étend sur un degré environ de latitude. Dans 
.rite partir, les Iles sonl très nombreuses et quelques-unes ont 
uni' vaste étendue; il est difficile du reste d'indiquer où se 
trouve réellement la terre ferme, de même que de préciser la 
provenance des eaux qui arrosent certains de ces parages, 
l'influence de chacune des trois rivières Congo, Oubangui, 






i.\ V LL1 n; DE LA PAR l 11'. Dl MOÏ in 10 M)9 

Sungha se faisanl plus ou moins sentir, suivant que telle ou 
telle se trouve en période de crue ou de basses eaux. 

\ partir de Boubangui, qui esl situé à peu près 30us réqua- 
teur, le pays esl aussi plat quoique un peu plus élevé en 

moyei [ue la partie située plus au sud, aussi la dur le la 

période des inondations > est elle moins longue. Les points 
habitables sonl toujours aussi peu nombreux el la population 
y est aussi peu dense; seuls, quelques groupements d'une 
importance relative existent aux Bal ois, à Imfondo, Béton, 
Mongoumba sur l'( lubangui ; par contre, l'arrière-pays esl plus 
peuplé sur la Likouala aux Herbes à partir d'Epena, poste 
administratif. Sur la Motaba et l'Ibenga, il y a d'importants 
villages, et une population plus dense non encore soumise el 
pénétrée habite ce pays qui serait plus riche el qui est celui 
que nous abandonnons, conservant par contre ce qui esl 
pauvre. Aucun des établissements commerciaux eréés dans 
celle région n'a donné de bons résultats, sauf en ce qui con- 
cerne ceux de la Lobaye qui liraient leurs produits de L'inté- 
rieur el du voisinage de la Haute Sangha. 

Partout, dans ces parages, l'argile domine, argile de couleur 
bleutée, mais qui en certains endroits doit être blanche, car aux 
BaloïS l'on vend des poteries indigènes absolument blanches ; 
au-dessus, la couche d'humus est en général peu épaisse. En 
certains endroits existent des affleurements gréseux ou latéri- 
tiques qui deviennent particulièrement fréquents à part r de 
Bétou, où le cours de L'Oubangui commence à être encombré 
de banc- rocheux. Du côté de la Likouala aux Herbes, l'on ne 
trouve pas de roches et par contre de nombreux terrains 
sablonneux. 

La végétation dominante de cette partie du Congo esl li 
grande forêl équatoriale primitive; elle esl coupée parfois par 
des savanes assez étendues à contours irréguliers, dans des 
partie-, mu il oe semble pas qu'il ail pu exister jamais de vil- 
lages, ce qui rend leur présence et leur origine difficiles à 
expliquer. La végétation très luxuriante de ces forêts varie 
suivant qu'il s'agit de terrains inondés ou non el dan- le 
premier cas suivant la durée de l'inondation. ?ur ' - rive >, dans 
les parties les plus basses, du côté de Bonga, ce ne sonl que 
des arbustes, des broussailles, des Calamus enchevêtré? : 
ailleurs, ce sonl de grands el beaux arbres d i — nces diverses. 
A partir d Imfondo, les Copaliers Copaifera Demeusei Mann-) 
ii i . soc. nm. \< • i.. 1 1 . L912— 21 



UO BULLETIN DE LA SOCIÉTÉ NATIONALE D'ACCLIMATATION 

sont nombreux, mais là seulement où il y a de l'eau, ces arbres 
ne se plaisant qu'au voisinage immédiat des ruisseaux: ils 
fournissent la gomme copal. employée par les indigènes pour 
s'éclairer et pour vernir les poteries. Us voisinent avec de 
nombreux Eriodendron anfractuosum L. dont la bourre ou 
kapok est sans usage dans le pays, avec des Pentaclethrn 
macrophylla Benth., portant toujours leurs gousses recroque- 
villées et dont personne ne recueille les graines ; avec des 
Cynometra^ aux bois de teintes variées. Partout les espèces 
d'arbres les plus diverses se rencontrent; les unes à bois durs, 
tels les Pterocarpus, duquel les indigènes tirent la poudre de 
hgula, dont ils se servent pour se barioler le corps lors de leur- 
tam-tams et qui serait un excellent bois de teinture et d'ébé- 
nisterie en même temps que l'on pourrait en tirer un kino : le 
Chlorophora e.rce/\« Wehv. Benth. et Hook., dont les plus beaux 
troncs servent à faire des pirogues et que les Européens utilisent 
pour la construction des charpentes de leurs" bâtiments ; le 
Petersia africana Wehv., particulièrement abondant, au bois 
rougeâtre et d'odeur nauséabonde lorsqu'il est fraîchement 
coupé ; le Tetrapleura Thonningii Bth., dont les gousses, qui 
renferment de lasaponine, servent à étourdir le Poisson pour 
en faciliter la capture; YIrvingia Smithii il., dont les graines 
alimentaires sont inutilisées ; de beaux Khaya grandifoliola C. 
D. C, arbre à acajou dont on tire de superbes pirogues et 
qui devient de plus en plus rare au voisinage immédiat des 
rivières. 

Les arbres à bois tendres ou relativement tendres sont tout 
aussi nombreux et l'on trouve surtout Bombu.r buonpergènse 
Pal. Beauv. ; Pyenanthus Komba Baill. : Terminalia altissima 
A. Chev., communément employé pour la confection des piro- 
gues, malgré son peu de durée ; lticinodendron africanus 
Muell. Arg. : Pachylobus edulis G. Don, à fruits consommés par 
les indigènes \Sjialhodea campanulata Pal. Beauv., et S. nilotica 
Seem.; CanariUm Schweinfurthii Engl., qui fournit une résine 
très odorante d'uo usage courant en médecine : Cola gigantea 
\. Chev., cl divers Sterculia, en même temps que de nom- 
breuses autres espèces dont rénumération serait trop longue, 
il convient «le noter, dans ces parages, la rareté pour ne pas 
dire l'absence de Musanga Smithii H. Br., qui se retrouve par- 
toul en abondance là où la forêt primitive a été détruite. 

Mais, a côté de ces essences qui pourraient être intéressantes 



LA VALEUR l»E LA PARTI I lu n «Il 

par leurs bois, d'autres 3ont dignes de retenir l'attention |> 
des produits d'un usage courant. VEUeis guin emi* Jacq., qui 
fournit l'huile de palme, la plus employée dans la cuisine indi- 
gène, el aussi le vin de palme, boisson fermentes* ible for! 
appréciée des non--, est 1res commun tant sur la terre ferme 
que dans 1rs nombreuses lies que l'on rencontre sur le Coi - 
l'Oubangui. Divers Raphia, parmi lesquels Raphia - 
W'ild. et Raphia textilis, qui fournissent une huile analogue à 
celle de YEUris et le dernier en outre une fibre textile qui sei 
vait à confectionner les pagnes avant noire arrivée, se rencon- 
trent en abondance, le premier dans les endroits in lés sur- 
tout dan- les Likouala et l'Alima; l'autre, au contraire,» 
terrains secs. 

Comme arbres à graines oléagineuses citons : les PeiUaclethm 
macrophylla et Irvingia Smithii déjà mentionnés, auxquels il 
convient d'ajouter les Carapa procera 1>. C, Manniophytum 
africanum M. A., et diverses Sapotaeées. 

Diverses plantes donnant îles produits d'un intérêt aussi 
grand se rencontrent encore dans cette région : il convient de 
citer parmi elles les Co/fea congensis Frœw., arbuste particuliè- 
rement abondant dans les îles et dans les endroits inondés aux 
hautes eaux: le Co/fea Dybowskii, véritable arbre atteignant 
12 mètres et plus de haut avec un tronc de m -2o de diamètre, 
qui ne se rencontre que dans les terrains restant toujours à 
sec. Le Cola Ballayi est très commun aux environs d'Imt'ondo 
el il y donne lieu à un certain commerce avec le personnel des 
bateaux naviguant sur l'Oubangui; Cola acuminata (ïrif. du 
Bel., plus rare el qui paraît importé. Les essences caoutchou- 
tifèressont, elles aussi, assez communes. Le Funtumia elastica 
Stapf., qui ne se plaît pas dans les terres inonder-, se ren- 
contre fréquemment loin des rives, mais les indigène-, peu 
enclins au travail el découragé- par les prix de vente p 
élevés du produit, ne préparent du caoutchouc que lorsqu'ils 
ne peuvent faire autrement. Les liane- -.ml plus abondant* -. 
elles appartiennent aux espèces Landolphia owarifinsis P. B. et 
Clitandra [rnoldiana l>. W\. en certains points, surtout pi 
de Loukolela, l'on trouve aussi le Landolphia Klainii Pierre. 
Bien que ces essences soient moins abondantes qu'en d'autres 
régions du Congo, elles seraient néanmoins susceptibles d'un. 
exploitation rémunératrice le jour où l'on voudrait l'aire leur 
e xploitation. 



ïP2 BULLETIN DE LA SOCIETE NATIONALE D'ACCLIMATATION 

Les populations de cette région ont des cultures assez éten- 
dues, car elles tirent une source sérieuse de revenus de la 
vente de leurs produits aux équipages des bateaux qui ne peu- 
vent pas se ravitailler à leurs escales extrêmes de Brazzaville ri 
de Ban gui. Les principales cultures du pays sont le Manioc 
amer, les Bananiers, quelquefois les Patates, des Colocasia et 
Xeantkosoma, le Maïs (surtout aBétou, d'où l'on en expédiesur 
Brazzaville et différentes autres plantes d'importance moindre. 

En dehors de la culture du sol, pratiquée surtout par les 
femmes, les hommes se livrent à la pêche, qui est l'industrie la 
plus prospère de cette région. Grâce à des barrages judicieuse- 
ment disposés au moment de la baisse des eaux, ils capturent 
des quantités importantes de Poissons, qui sont fumés pour 
assurer leur conservation. Les espèces capturées par ce pro- 
cédés sont peu nombreuses; au premier rang se trouve le 
Citharinus macrolepis, qui à lui seul représente les trois quarts 
des pêches, puis de nombreux Siluridse des genres Clarias, 
Eutropius, Chrysichthys, qui donne des Poissons énormes; 
Gephyroglanis et Aucheroglanis, Synodontis, Malapterurus elec- 
tricus peu apprécié et même repoussé par certaines tribus: l'on 
trouve aussi fréquemment des Polyptères et Protoptères, sur- 
tout aux hautes eaux, des Mormyridœ d'aspect bizarre, des 
Hydrocion aux dents robustes et pointues, des Cyprinidx dont 
quelques-uns sont très appréciés des Européens. 

Le gibier est très irrégulièrement répandu dans cette vaste 
région; rare en certains parages, il abonde dans d'autres et 
parfois l'on rencontre d'importants troupeaux d'Eléphants, de 
Bœufs, d'Antilopes, des bandes de Singes divers sautant dans 
les forêts, et, sur les bancs de sable, de nombreux Kchassiers, 
Canards, etc.. voisinant avec des Hippopotames etdes Caïmans. 



EXTRAITS 
DES PROCÈS -VERBAUX DES SÉANCES DES SECTIONS 



I SECTION. — MAMMALOGIE 

SE INI l l'i ."> FÉVRIER 1912 

Présidence de M. Trouessart, président. 

Le procès-verbal de la séance précédente est lu el adopié. 

M. Falz-Fein remercie la Société de la médaille qui lui a été 
décernée et exprime le désir de pouvoir un jour faire à ses 
collègues les honneurs de son domaine d'Askania-Nova, où il 
poursuit avec succès ses multiplications et acclimatations 
d'animaux exotiques. M. Falz-Fein donne d'intéressants détails 
mit l'élevage des Antilope- Saïgas qui ont retrouvé en Tauride 
les conditions dans lesquelles avaient prospéré leurs ancêtres, 
depuis longtemps détruits dans cette région. M. Falz-Fein nous 
promet un compte rendu détaillé, avec photographies, de ses 
expériences. 

M. Debreuil dépose sur le bureau de la Section le numéro du 
cent-cinquantenaire des A)»iales de la Société d'agriculture de 
Maine-et-Loire. Ce fascicule contient une description du Jardin 
ïoologique de l.;i Pataudière, appartenant à notre collègue, 
M. Pays-Mellier. 

M. Magaud d'Aubusson présente des photographies de bes- 
tiaux du Brésil, qui lui ont été transmises par M. Misson, 
directeur du poste zootechnique de l'État de Sao-Paulo (Brésil . 

La race nationale de Bœufs du Brésil descend <\*'< animaux 
apportés par les Portugais <■{ croisés avec le Zébu. Les carac- 
tères de cette dernière forme tendent d'ailleurs ;i disparaître 
••! ne sonl réellement apparents que dans les produit- de croi- 
sements récents. < >n cherche a améliorer celte race en la 
croisant avec l,i race suisse, la race hollandaise, la flamand 
et la limousine. 



il t BULLETIN DE LA SOCIÉTÉ NATIONALE D 'ACCLIMATATION 

Les Chevaux indigènes brésiliens sont les descendants des 
produits de croisement entre des Chevaux arabes et des Che- 
vaux de l'Argentine. On cherche à améliorer la race en la 
croisant avec des arabes ou des anglo-arabes d'importation. 

Deux races porcines, l'une noire, l'autre rouge, existent au 
Brésil, mais on y élève également des Yorkshire. 

Enfin nous examinons aussi des photographies de Chèvres et 
de Moutons brésiliens, ainsi que des Chiens du pays. Ces der- 
niers sont dos sortes de Lévriers, croisés sans doute avec 
d'autres races. Ils sont très vigoureux, très ardents à la chasse. 

An sujet du métissage du Zébu et du Bœuf domestique, 
M. Trouessart fait remarquer que ce croisement est extrême- 
ment facile, ce qui s'explique sans doute par la parenté étroite 
des deux animaux. La plupart des systématiciens renoncent à 
faire du Bomf et du Zébu deux espèces distinctes et les consi- 
dèrent simplement comme deux sous-espèces. 

M. Trouessart fait une communication sur « La Génétique et 
les nouveaux hybrides d'Ascania-Nox a ». Il rappelle que l'étude 
de la transmission des caractères dans les produits de croise- 
ments constitue actuellement l'une des parties les plus impor- 
tantes de la Génétique. Dans ce domaine, la loi de Mendel est 
venue fournir un guide permettant d'interpréter des phéno- 
mènes restés jusqu'alors sans explication et surtout permet- 
tant de prévoir les caractères du produit d'un croisement 
donné. Cette loi, mise à la portée des éleveurs, est susceptible 
de leur fournir de précieuses indications dans des circonstances 
où ils procédaient jusqu'ici par tâtonnements. Ils devront en 
tenir compte chaque fois qu'ils s'efforceront d'éliminer un 
caractère donné. C'est le cas, par exemple, des éleveurs de 
Chevaux de remonte qui cherchent à supprimer de leurs pro- 
duits la couleur blanche. Les Chevaux blancs ne sont plus, en 
effet, acceptés par l'armée. L'étude des hybrides est donc 

uelleiiiellt de grande imporl a nce. 

Dans cet ordre d'idées, il y a lieu de mentionner les remar- 
quables expériences tentées par .M. Falz-Fein à l'établissement 
d'Ascania- Nova, en Tauride. Notre collègue procède par fécon- 

ition artificielle. La seule description des procèdes primitifs 
employés dans le Poitou pour la production des Mulets suffit à 
démontrer combien la technique perfectionnée de M. lai/ Fein 
doit être préférable. Il a réussi à obtenir le croisemen( du Bison 



EX l H \ l r8 DES PROI ES-V] i;r.\i \ DES - - i IONS I I • 

sauvage d'Amérique avec la Vache, du < heval de pur sang 
maie avec la Jumenl de Przewalsky, du Zèbre et de la Ju- 
ment, etc. 

( es hybrides onl souvent des qualités précieuses. I < / broïde, 
animal plus résistant que le Cheval, peut être dressé à la selle. 

L'hybride de Bison d'Amériqi i de Vache est un animal très 

doux, mais aussi très résistant. M. Falz-Fein a l'espoir de 
créer une race stable de cet hybride qui pourrai! être très 

intageusemenl utilisé dans les travaux agricoles. 
- tentatives, ainsi que celles que se propose de tenter an 
vétérinaire russe, M. Iwanoff, dans la station y.ootechniquc que 
le gouvernement vient de créer près d'Ascania-Nova, méritent 
donc d'être suivies avec beaucoup de soin, car elles peuvent. 
en dehors de leur intérêt scientifique, fournir des résultais 
pratiques très importants. 

Le Secrétaire, 

Max Kollmann. 



S SECTION. — BOTANIQUE. 

SE w< I. DU 19 FÉVRIER 1912 
Présidence de M l>. Itois, président. 

Le procès-verbal de la séance précédente est lu et adopté. 

A l'occasion de ce procès-verbal, et au sujet de la question 
relative au commerce des bananes, M. Le Fort demande et la 
section de botanique le décide l'insertion au procès-verbal 
• l'un entrefilet paru dans le Journal des Halles et Marchés du 
\l février L912. 

Voici ce passage, qui explique l'extraordinaire abondanc 
depuis quelques semaines des Bananes sur le- petites voitures 
dans les rues de Paris : 

« En janvier, pour la première fois, un paquebot chargé 
<le banane- de- Antilles s'est amarré aux nouveaux docks 
modernes de Stalbridge, a Garston. Jusqu'à ce jour, ce- fruits 
exotiques avaient toujours été débarqués aux dock- de Salford, 
sur le canal de Manchester. » 

M. Le Fort indique que, en raison de leur long voyage et du 
mode de transport employé, ces bananes de Colombie arrivent 



416 BULLETIN DE LA SOCIÉTÉ NATIONALE D' ACCLIMATATION 

un peu tachées par suite des chocs des régimes les uns contre 
les autres; les marchands des quatre-saisons ont soin de pré- 
venir les acheteurs que cola ne nuit pas à la qualité, mais, par 
précaution, parent leur marchandise en présentant L • fractions 
de régime (mains) de telle sorte que la « paume ., "n dehors. 

taisant allusion à une note sur le Soja présentée récemment 
à la section de Colonisation, M, Le Fort signale aussi un pas- 
sage de la causerie scientifique de M. Max de ÎSansouty publiée 
dans Le Temps du 19 janvier dernier. C'est l'analyse d'une 
étude de M. Francis J. G. Beltzer, puhliée en 1911, chez M. Ber- 
nard ïignol, éditeur, Paris. Nos collègues, que la question 
intéresse, pourront, avec ces indications hibliographiques, se 
reporter à ce travail. 

M. Bois donne connaissance d'une lettre adressée à M. le 
Président de la Société d'Acclimatation par le Ministère de 
l'Agriculture et des Domaines du royaume de Bulgarie, deman- 
dant des renseignements sur la possibilité de cultiver en 
Bulgarie certaines plantes, telles que la Uamie. le Jute, le 
Bambou, etc. 

M. Bois a répondu, au nom du Président de la Société, le 
14 février dernier; voici les indications données pour ces trois 
plantes. 

Il \mie. — La Bamie pourrait être cultivée avec succès, mais 
elle ne donnera des résultais utiles c|iio lorsqu'on aura trouvé 
une machine permettant l'extraction facile des fibres. Jusqu'à 
présentées machines inventées à cet effet n'ont pas donné de 
résultats satisfaisants et l'industrie continue à s'approvisionner 
de libres eu Kxlrcme-Orient, où la décortication est l'aile à la 
main, ce qui ne peut avoir lieu que dans les pays oii la main- 
.l'u'iiv iv est a bas prix. 

Ouvrages à consulter à ce sujet : 

Comptes rendus du Congrès international de lu fiamie, juin- 
OCtobre 1900, préface de .Maxime Cornu. Paris. 1901 Biblio- 
i tièque «les cultures coloniales ; 

Rivière el Lecq. Cultures du Mid>, île l'Algérie et de lu 

Tunisie, Pari. s. 1906 : 

Jumelle. Les cultures coloniales; plantes industrielles, l'an-. 
1901 : 
Capus el Rois. Les productions coloniales. Taris, 1912. 



EXTIIA : - DES PROCÈS- VERBAUX DES SÉANCES DES SI ["IONS \ I i 

Jute. — Le Jute est une plante annuelle qui prospère surtoul 
dans l'Inde, uotammenl au Bengale, qui esl le principal pays 
exportateur de la fibre. Des expériences de cullure tentées au 
loiikin m uni pas encore donné de résultats vraiment satisl 
sants. La culture en grand est impraticable en pays tempéré : 
Les Corchorus capsularis et olilorius, les deux espèces qui pro- 
duisent le Jute, sont des plantes qui ne donnent de résultats 
rémunérateurs que dans les régions inlertropicales à climat 
chaud et humide. 

SlGaves rEXTiLES Sisal, Hennequin). Ce sont des plantes un 
peu plus délicates que VAgave americana aujourd'hui si abon- 
damment naturalisé dans la région méditerranéenne. Ils sont 
l'objet d'importantes cultures au Yucataneten Floride. 

Consulter, à leur sujet, les trois derniers ouvrages cités ci- 
dessus, puis, dans le Bulletin delà Société nationale d'Acclima- 
tation : 

Mairaux E. . Les Agaves textiles au Mexique, L904, p. 282 
ci |». 313; 

Rivière. Répartition géographique des Agaves textiles, P.1112. 
p. 27 : 

Weber l>' . Observations sur la nomenclature et la synonymie 
des Agaves textiles, 1903, p. 90; 

Hautefeuille. Les Agaves textiles (Bulletin économique de 
l'Indo-Chine, 1906 . 

Bambous. Les Bambous sont des plantes précieuses el 
certaines espèces peuvent être cultivées avec succès dans les 
régions tempérées. La célèbre allée de bambous du Jardin du 
llamma, prés d'Alger, esl un bel exemple du grand dévelop- 
pement que certaines de ces plantes peuvent atteindre dan- les 
régions subi ropicales. 

Voir pour ces plantes : 

Rivière A. el Ch. . Les Bambous, végétation, culture, multi- 
plication en Europe et en Algérie. Paris, 1878. 

Houzeau de Lehaie. Les Bambous, six livraisons, en 1906, 
1907. Mons Belgique . 

M. Bois signale ensuite parmi les autres pièces de correspon- 
dance reçues par la section une note de M. Ch. Rivière, sur la 
subspontanéité des Eucalyptus, puis une lettre de notre collègue 
M. Dulignier, qui écrit <\r l'Allier pour signaler qu'il a obtenu 
des fruits de cinq centimètres de longueur, arrivés à maturil 
du Musa Basjoo ; voici ces deux ootes : 



418 BULLETIN DE LA SOCIÉTÉ NATIONALE D'ACCLIMATATION 

1° Lettre de M. Ch. Rivière. 

« Subspontanéité des Eucalyptus. — Quoique les Eucalyptus 
n'aient donné aucun résultat économique en Algérie et en 
Tunisie, ils y présentent cependant quelques laits intéressants 
de végétation. 

« Depuis quelque temps que certaines espèces y fructifient on 
remarque des cas de subspontanéité assez fréquents, mais loca- 
lisés, c'est-à-dire restant aux environs immédiats des planta- 
tions premières où les jeunes plantes n'ont pas à lutter contre 
la flore sauvage. 

« Dans une propriété de ma famille, en Kabylie, dans le haut 
de la vallée de l'oued Sahel, se trouve une grande ligne d'Euca- 
lyptus rostrala, comme brise-vents. Ces arbres plantés dans 
une terre d'alluvion perméable se sont développés avec vigueur, 
sont devenus gigantesques et ont produit des graines qui ont 
germé à quelques mètres des ombrages, Tannée même; ces 
semis naturels forment des plants vigoureux, bien établis, 
corsés, hauts deO m 8o. 

« Au lieu de détruire ces plants, pouvait-on les utiliser? On 
en fit l'expérience. 

« Ils sont bien droits, roides, épais à la base, ils ont un long- 
pivot non dépourvu de radicelles. L'extrémité de ce pivot fut 
tranchée, les feuilles de la tige supprimées, le sommet de la 
tige rabattu, puis le plant fut confié à la terre, à ratine nue. 
La reprise n'offrit aucune difficulté et la réussite fut com- 
plète. 

« Voilà qui change du tout au tout l'éducation première jus- 
qu'alors assez complexe de l'Eucalyptus, qu'il faut semer en 
terrine, repiquer en pot et qui par ce système de culture l'ail 
un plant plus ou moins étiolé et à racines contournées. 

Mais le plant d'arrachis de pleine terre supporterait-il un 
emballage et un certain laps de temps avant d'être transplanté? 
Ce point important n'a pas été élucide, car dans le cas précité 
la transplantation sur place eut lien aussitôt L'arrachage. 

« Cette subspontanéité des Eucalyptus a présenté mie curieuse 
conséquence. 

Parallèlement à cette Ligne d'arbres existait à •*"> <>n n mètres 
plus Loin uni' baie il icacia eburnea, aux redoutables épines. 
\n milieu et ;'i l'abri «le celte baie, germèrent des Eucalyptus 
constituant rapidement de beaux arbres qui, éclaircis dans le 






EXTRAITS DES PROCÈS-VERBAUX DES SI \ N .< : - DES SECTIONS U9 

jeune âge, forment maintenant une allée grandiose <l"ni l'un 
des côtés esl un produil de subspontanéité ; les arbres on! une 
vingtaine de mètres de hauteur. 

Ces observations, ces exemples ne veulent pus dire qu'il Faut 
semer ['Eucalyptus sur place, mais peut-être l'y planter à 
racines nues comme un plant ordinaire, ce qui serait moins 
coûteux. 

2 Extrail de la lettre de M. Dulignier: 

« J'ai à signaler la floraison en l!)ll dans mon jardin d'un 
Musa Basjoo planté depuis plusieurs années en pleine terre, en 
plein soleil, dans un terrain argilo-calcaire additionné de terreau". 
La li-'- qui a Henri, âgée de deux ans et demi, avait pourri 
l'hiver dernier jusqu'à 50 centimètres de terre. Elle ne s'est 
élevée que de la même hauteur, tandis que les six autres tiges 
atteignaient plus du double de cette hauteur. 

« La floraison a commencé vers le 15 juilletetnetaitpas encore 
' iininée lors de la première gelée, le 31 octobre. C'esl assez 
dire que le régime aurait été très long. 

Les premiers bananes seules ont mûri en août; les autres 
ont été au fur et à mesure littéralement cuites par le soleil. 

i elles qui ont mûri avaient environ 5 centimètres de lon- 
gueur ; elles n'étaient pas du tout sucrées et auraient Constitué 
un piètre dessert. 

M. Gérôme t'ait remarquer au sujet de cette lettre qu'il y a 
lieu de faire connaître de nouveau à nos collègues que le Musa 
/lus/i,o n'est intéressant que comme plante ornementale tf< 
pleine terre pour son port et son beau feuillage, et qu'il n'est 
pasuneespèceà fruits comestibles. Sa floraison dans les jardins 
permet toutefois de se faire une idée approximative du mode 
de développement des régimes de bananes comestibles, aux 
personnes qui n'ont pas eu l'occasion d'en voir dans les pays 
où on les cultive. 

Il ajoute qu'entre le joui' où notre collègue M. Debreuil avait 
pporté un échantillon fleuri de ce Musa Basjoo séance de 
novembre uni, et celui où a pu paraître la note publiée dans 
le Bulletin 1912, p. 99), divers renseignements eulturaux 
intéressants ont été publiés sur cette espèce, notamment dans 
la Revue horticole, 1912, p. 6. 



: 



{20 BULLETIIN DE LA SOCIÉTÉ NATIONALE D'ACCLIMATATION 

Dans une autre partie de sa lettre, M. Dulignier signale le 
fait suivant : 

« Près d'un très vieux Cerisier à fleurs doubles s'est semé 
seul un jeune sujet. (Il n'y a aucun autre Cerisier aux environs). 
Ce sujet fleuri est à fleurs doubles, au moins autant que le 
type. Laduplieature s'est donc reproduite par le semis. Les bou- 
tons, avant leur éclosion sont rosés, c'est la seule différence. » 

Des remerciements sont adressés à nos collègues pour leurs 
intéressantes communications. 

Parmi les publications adressées à la Société, M. le Président 
signale : 1° le Bulletin du bureau des renseignements agricoles el 
des maladies des plantes publié par l'Institut international 
d'agriculture (numéro de février 1912). Cette publication est 
une revue donnant une analyse des diverses publications et 
travaux se rapportant aux cultures. 

2° La Feuille d'informations du Ministère de l'Agriculture, 
numéro du 13 février 1912; 3° The Agricultural Journal of the 
Union of Sou lit Africa, numéro de janvier 1912. 

Ces deux dernières publications renferment l'une et l'autre 
des renseignements très intéressants à connaître au sujet de 
l'importation des fruits sud-africains. 

Voici la note publiée dans la Feuille d'informations : 

« M. Bournel, boursier commercial de séjour, en résidence a 
Johannesburg, a rédigé un rapport sur l'exportation des fruits 
sud-africains, dont nous extrayons les indications suivantes : 

« L'Afrique du Sud,particulièrementlacolonie duCap, produit 
des fruits en quantité de plus en plus importante. La production 
destinée à l'exportation, qui n'était en 18H9, pour la province 
ouest de la colonie du Cap, que de Itt.l.ST caisses, atteignait 
déjà en 1906, 90.067 caisses. En L910, la valeur totale des fruits 
exportés se chiffre par 34.714 liv. st. 

Sur ce total, L'Angleterre en a absorbe pour 28.409 liv. st. 
La France ne s'intéresse pour ainsi dire pas à ce commerce, 

bien qui' les fruits sud-africains puissent arriver sur les marchés 

européens au moment ou ceux-ci sont dépourvus de fruits 

indigènes. 

« Dans la colonie du Cap, les récoltes de fruits se font, en 

effet, aux époques suivantes : 

Novembre : figues, abricots, fraises. 
Décembre', abricots, prunes, pêches, fraises. 



EXTRAITS DKS PROCÈS-VKRBAUX DES SÉANCES DES SECTIONS tJl 

Janvier: fraises, pêches, prunes, raisins, poires, pommes. 
Février: poires, pommes, pèches, raisins, melons, brugnons. 
[fars el avril : raisin-, pommes, poires, pêc 
\fai el juin : noix, marrons, ananas, bananes illes du 

Cap, goya^ es. 
« Juin el septembre : oranges, ''il nuis. 

Octobre: fraises, oranges, citrons. 

Dans The A gricultur al Journal ofthe Union <>/ South Africa, 

1912, p. M)7 à I 20, (m trouve un long rapporl sur ce même sujet. 

J'j relève notamment, qu'en 1910, la col. mie <lu Cap a exporté 

en Angleterre pour 21.184 liv. st. de raisins, et, en 1910 el 

l'.'l l. les quantités suivantes de caisses de fruits : 

1910 19H 

Pêches 23.1 27 

Poires 98.704 067 

Prunes 25.025 17.560 

Nectarini - 2.381 

Raisins 16.806 Bl .030 

Melons 750 1.134 

Abricots :;.::83 8.121 

Pommes 90 IIS 

ananas. 835 8.173 

Mangues o 

Divers :,1 i:n 

•'n remarque aussi dans ce IravaiJ que pour une valeur de 
679.917 liv. st. pour le raisin importé en Angleterre, c'esl 
surtout l'Espagne pour le prix énorme de i98.3501iv. st.), puis 
la Belgique el le Portugal qui sont en première ligne : les impor- 
tations de France n'entrent < j i m ■ pour une somme très minime. 

Une autre publication, de l'Université de Californie, Bulletin 
n 217: Honey plants of California, par M. C. Richter Plantes 
mellifères de Californie . est également signal. •<> par M. i;.>is i 
L'attention de dos collègues qui s'occupenl d'apiculture el de 
botanique appliquée. 

M. Gérôme l'ait ensuite une communication sur le polvm.ir 
phisme de certains végétaux : puis M. Piedallu, préparateur au 
Muséum, présente un certain nombre d'échantillons des matières 
premières employées dans l'industrie de la teinture des peaux, 
pour les gants : Gaude Reseda luteola pour les teintes beurre 
irais et toute la gamme des teintes claires; baies de Troène 
Liguslrum vulgare pour les nuances gris clair, toute la gamme 



1:22 BULLETIN DE LA SOCIÉTÉ NATIONALE D'ACCLIMATATION 

des gris plus ou moins fonce.-- : écorces de Chêne et écorces de 

Pins, pour d'autres nuances. Les deux communications seront 

imprimées dans le Bulletin. 

Le Secrétaire de la section . 

J. Gér'ôme. 



VI SECTION. - COLONISATION 

SÉANCE DU 19 FÉVRIER L912 

Présidence de M. Au»-. Chevalier, président. 

Le procès-verbal de la précédente séance est lu et adopté. 

Le Vice-Président de la Section. M. le D r Achalme, vient d'être 
nommé chevalier de la Légion d'honneur. A cette occasion, 
M. le Président se fait l'interprète de tous les membres de la 
Société pour adresser ses plus vives félicitations au distingué 
Directeur du Laboratoire colonial du Muséum. 

Lors de la distribution solennelle des récompenses, M. Cour- 
tet, un des correspondants les plus actifs de la Section, a reçu 
du Ministre de l'Agriculture la croix de chevalier du Mérite 
agricole. M. Courtet a dû prendre une retraite prématurée à la 
suite des fatigues de sa longue carrière coloniale; les membres 
de la Section lui adressent leurs félicitations et leurs vœux de 
prompt rétablissement. 

M. Dehreuil dépose sur le bureau le rapport sur les essais de 
culture du coton avec irrigation à Richard-Toll (1909-I'.UI . 
paru dans le Bulletin dr V 'Association cotonnière coloniale, 
ainsi qu'un tirage à part de la /imie coloniale : Notes géogra- 
phiques sur le bassin de l'Ogooué par M. G. Bruel. administra- 
teur en chef des Colonies. 

M. le Président signale la présence de M. Bruel dans lassis- 
tance el lui souhaite la bienvenue. 

M. I.e Forl lii un article extrait du Journal des Halles et 
Marchéi sur la viande dr L'Argentine, et d'où il résulte qu'un 
commerce actif de bétail devrait s'établir entre la République 
sud-américaine el la France; aucun préjudice n'en résulterai! 
pour l'éleveur français, bien au contraire. Il \ aurait la un 
moyen efficace d'améliorer les conditions de la vie eu France. 
L'introduction pourrait se faire, soil à l'étal de viande frigo- 
rifiée pour la boucherie, suit sur pied pour que les animaux 



EXTRAITS DES PROCÈS-VERBAUX DES SÉANCES DES SECTIONS 

puissent êl re engraissés avant d'être In rés à La consommation. 
De toute façon, ou trouverait ainsi, pour La clientèle peu fortu 
née, de la viande .1 un prix de revient plus bas quecellequi 
provient de L'élevage français. I»' 1 leur côté, les éleveurs 
français devraient se consacrer à L'élevage des reproducteurs 
de races pures qui trouvent à L'étranger des débouchés exti 
m. ment avantageux. 

Il est donné lecture d'une nouvelle étude «le M. Courtel : V 
onies à Bovidés : La Nouvelle-Calédonie. 

La parole est ensuite donnée au Lieutenant Serge Besnier, du 
détacliemenl des spahis du territoire militaire du Tchad, poui 
une communication sur l'élevage au Bahr-el-Ghazal Kanem). 

Cette communication ainsi que celle de M. Courtet seront 
inséré» 3 dans le Bulletin. 

Le Président félicite M. Besnier des détails intéressants qu'il 
vient de donner sur une région si peu connue. Il s'agit de 
territoires recelant peu de richesses, mais qu'il était nécessaire 
d'occuper pour assurer notre sécurité dans l'Afrique centrale. 
Il convient don»- d'étudier avec soin le principal revenu qu'il 
- xa possible d'en tirer : celui de l'élevage, dont les produil- 
trouveront toujours un débouché sûr dans Les régions moins 
favorisées, principalement vers le Congo. 

Cette communication soulève, d'autre part, un problème aussi 
grave qu'intéressait : il s'agit du Dromadaire, animal de trans- 
port, absolument indispensable dans toutes Les régions saha- 
riennes ei que Les chemins de fer même n'arriveront pas à 
rendre inutile. Les opérations militaires ont exigé L'utilisation 
d'un grand nombre de ces inimaux qui n'ont pas toujours 
résist . . Aussi, partout où il était autrefois abondant en Afrique : 
au Tchad, au sud de l'Algérie et de la Tunisie, au centre du 
Sahara, en Mauritanie, on constate sa disparition progressive. 

Le Dromadaire a une biologie qui esl peu connue; on manque 
encore d'expérience sur les méthodes d'élevage très spéciales 

qui doivent lui être appliquées, el I» si souvent dans l'im- 

iibilité de conserver les animaux d'une caravane qui meurent 
-.m- qu'on puisse en relever les causes. M. le Président cite 
rexemple de la mission Blanchet, qui partit de Saint-Louis 
([Sénégal . en 11)00, avec une centaine de Chameanx et qui, un 
mous après, n'en avait plus qu'une vingtaine. 
l lieutenant Besnier indique qu'il a constaté que le Droma 



! 



i24 BULLETIN DE LA SOCIÉTÉ NATIONALE D 1 ACCLIMATATION 

daire était un animal délicat, qui ne pouvait, par exemple, 
supporter le changement de milieu. Si, à la rigueur, on voulait 
le remplacer par le Cheval, il faudrait multiplier les points 
d*eau. 

M. Bruel signale qu'en Tunisie, le Résident général a récem- 
ment interdit l'exportation des Chameaux. C'est une initiative 
fort heureuse, qui a été légitimée par les opérations qui se 
déroulent en Tripolitaine et qui devrait être généralisée. 

M. le Président propose, et tous les membres s'associent à 
lui, que la Section de colonisation prenne des mesures pour 
empêcher la disparition du Dromadaire dans nos colonies 
désertiques. 

Des démarches seront faites dans ce sens près des Pouvoirs 
publics. 

M. Bruel rapporte qu'il a été très surpris de rencontrer à 
Okoyo, sur l'Alima, deux Autruches qui vivaient là en parfait 
état depuis une dizaine de mois. Il est possible que cet élevage 
puisse réussir dans les sables batekés. 

l'oin- lr Secrétaire empêché, 
M. Bret. 



EXTRAIT DE LA CORRESPONDANCE 

L'âge des Perdrix rouges. 

M. Louis Bureau, directeur du Muséum d'histoire naturelle 
de Nantes, fait appel à ceux de ses collègues qui seraient en 
mesure de connaître exactement, cette .innée, le jour d'éclosion 
d'une ou plusieurs compagnies de Perdreaux rouges. Il dési- 
rerait contrôler, sur des individus nés et vivant à l'étal sauvage, 
son ,tableau chronométrique de l'âge des Perdreaux rouges 
aujourd'hui achevé sur le terrain de chasse. 

Il suffirait pour cela de hier, dans ces compagnies, à partir 
du 30 e jour seulement, des Perdreaux à des dates dix erses et 
île lui adresser l'extrémité des deux ailes, comprenant les dix 
premières rémiges, avec les dates d'éclosion et. de capture. 
S'obtiendrait-on qu'un seul Perdreau d'âge exactement connu, 
ce serait un 1res utile résultat. Il adresse à l'avance ses sincères 

remerciements aux personnes (pu voudront bien lui prêter leur 
utile concours. 



Le Géran i : A. M ire rm ox. 



Paris. — l. Mw.iiiim ■.. imprimeur, I, nu- Ca 



LISTE SUPPLEMENTAIRE 

DKS MEMBRES DE LA SOCIÉTÉ 

ARRÊTÉE \l I.. JUILLET L912 



Membres titulaires. 
M "' ' 
Boislandry (vicomtesse Marie de), 31, rue Guyot, à Paris, présentée 

par .MM. È. Perrier, le comte de Pontbriand et G. Debreuil. 
Bouctot (A. , 36, ni'' Porte-Paris, à Amiens Somme), présentée par 

MM. Ë. Perrier, Boullet et J. Delacour. 
David (Amélie), à Thourotte (Oise), présentée par MM. E. Perrier, 

J. Crepin el le comte d'Orfeuille. 
Marchand Louise), 51, avenue Montaigne, à Paris, présentée par 

M R. Caucurte, MM. E. Perrier, et II. Caucurte. 

MM. 

Bacon Robert , ancien ambassadeur des Etats-Unis, l,Park-a venue, 
New-York (Etats-Unis), présenté par MM. E. Perrier, Ch. Debreuil 
et Ph. de Vilmorin. 

Beaucantin Raoul-Emmanuel), architecte-paysagiste, :i8, rue Verte, 
à lion. mi Seine-Inférieure), présenté par MM. E. Perrier, L. Ternier 
et Ch. Debreuil. 

Beebe (C. William), Curator of Ornithology, New-York zoological 
Society, 18."» th. St. ami Southern boulevard, à New-York Etats- 
Unis), présenté par MM. E. Perrier, R. Le Fort et Magaud 
dWubussnii. 

Bétrkmiei \ Emile-Henri , pisciculteur, 36, rue du Collège, à Roubaix 

\ »rd . présenté par MM. B. Perrier, Raveret-Waitel et R. Le Fort. 
Blawchkt Marcel . néeociant, à Saint-Valéry-sur-Somme (Somme), 

présenté par MM. E. Perrier, Raveret-Wattel el R. Le Fort . 
Chauvaux (Henri), chef du service des vu<s scientifiques de la maison 

Pathé frères, 24, rue des Vignerons,à Vincennes (Seine), présenté 

pai MM. A. Chappellier, Vincent et Debreuil. 
Claiu' comte Justiuien , président du Saint-Hubert Club de France, 

•il. iue de Clichy, à Paris, présenté par MM. E. Perrier, Ch. 

Debreuil et L. Ternier. 
Dklcuoix I) 1 Alexandre), 104, rue du faubourg Poissonnière, à Pari?, 

présenté par MM. Charles Valois, Magaud d'Aubusson et Ch. 

Debreuil. 
D iaud A. . maître de verreries, à Rive-de-Gier Loire , présenté 

par MM. E. Perrier, M. Loyer et Ch. Debreuil. 
Dode A. , i. place du Maine, à Paris, présenté par MM. E. Perrier, 

M. de Vilmorin et R. Le Fort. 
Domange Alberl . industriel, 74, boulevard Voltaire, à Paris, présenté 

par MM. E. Perrier, Pois el Debreuil. 
Farrenc César), ingénieur agronome, inspecteur de l'agriculture, J 

Àssikasso (Côte-cPivoire), présenté par MM. E. Perrier, M. Loyer 

et A. Chevaliei 

BILL. SOC N\l. ACCL. in. L912 — 28 



126 BULLETIN DE LA SOCIÉTÉ NATIONALE D' ACCLIMATATION 

Fobestieb (J.-C.-N.), conservateur des Promenades de Paris, 4, route 
du Champ- d'Entrainement, à Neuilly-sur-Seine (Seine, présenté 
par M.M. E. Perrier, D. Bois et Ch. Debreuil. 

liiiF.Fici.iiK comte Henri , 8, rue d'Astorg, à Paris, présenté par 
MM. Poirier, M. Loyer et Ch. Debreuil. 

Jouffrauli Georges), propriétaire, à Argenton-Château (Deux- 
Sèvies , présenté par MM. E. Perrier, M. Loyer et Ch. Debreuil. 

Lavebne Eugène . notaire, 2, rue Pigalle, à Paris, présenté par 
MM. E. Perrier, M. Lover et EL Le Fort. 

Légeb [Louis), professeur à la Faculté des Sciences, à Grenoble 
Isère), présenté par MM. E. Perrier, Raveret-Wattel et M. Loyer. 

Leu (Alfred], exportateur, 62, rue Crénela, à Paris, présenté par 
MM. E. IN nier, M. Loyer et Ch. Debreuil. 

Loyeh Charles), 28, rue Bonaparte, à Paris, présenté par MM. E. 
Perrier, Delaurier et Ch. Debreuil. 

Magnais (A.), docteur es sciences, 20, rue de la Perle, à Paris, présenté 
par MM. E. Perrier, H. Hua et Ch. Debreuil. 

Masbbenieb D' l.u< h n , président delà Société des Jaidins Ouvriers, 
vice-président du Conseil départemental d'Hygiène, l>>, avenue 
Thiers, à Melun Seine-et-Marne), présenté par MM. E. Perrier, Ch. 
Debreuil et M. Loyer. 

Massion .Paul), notaire honoraire, 3, rond point des Champs- 
Elysées, à Paris, j résenté par MM. E. Perrier, Ch. loyer et M. 
Loyer. 

Mf.ii.kv Tabbé Alphonse-Achille), aumônier des Invalides, à Mout- 
on (Seine-et-Oise , présenté par MM. Ch. Debreuil, M. de 
\ ilmorin et D. Bois. 

Moreau (Armand , négociant, 117, rue du Palais-Callien, à Bordeaux 
(Gironde . présenté par MM. E. Perrier, Magaud d'Aubusson et Ch. 
Debreuil. 

Ni ci \ i sse AIImiI .ingénieur-constructeur, 12'.», avenue des Champs- 
Elysées, à Pans, présenté par MM. E. Perrier, Ch. Debreuil et 
M. Loyer. 

Niclausse Jules), industriel, 120, avenue des Champs-Elysées, à 
Paris, présent*'- par MM. E. Perrier, M. Loyer et Ch. Debreuil. 

Pams Jules , sénateur, ministre de l'Agriculture, 85, avenue Henri- 
Martin, à Paiis, présenté par MM. E. Perrier, M. Loyer <-t Ch, 
Debreuil. 

I'm ' Auguste), industriel, consul général de Norvège, 30, rue 

de Grammont, à Paris, présenté par MM. E. Perrier, Raveret- 
w attel et Ricois. 

Pebacca D r comte M.-G.), assistanl au Muséum zoologique de 
"l'Université de Turin, 31, via Monti, à Turin Italie . présenté par 
MM. D. Bois, M. Loyer el Ch. Debreuil. 

Pi rcoFi D v i , professeur de Botanique à l'Université de Sophia^ 
Bulgarie, présenté par MM. E. Perrier, D. Stancioff el Ch. Debreuil. 

Rothschild barou Maurice di . t7, rue de Monceau, à Paris, présenté 
par MM. E. Perrier, Raverei Wattel el M. Loyer. 

Roussel D' I. , 71, rue de Grenelle, à Paris, présenté par MM. E. 
Péri ier, J. Crepin et le comte d'i il Feuille. 

Vito l ouis propriétaire, au < hâleuu de Lisse, près Mézin Lot-et- 
Garonne), présenté par MM. A. Chappellier, P. Vincenl el Ch, 
Debreuil. 



I. ïl.l.l'llWï DE LA MISSION DE SAINTE-ANNE 

M FERNAN-VAZ 
Par C RAVERET WATTEL 

lui 1899, Qotre Bulletin a publié p. '■>'■'> . une très intéressante 
cote ayaol pour titre : Sur le dressage d'un jeune Éléphant 
d'Afrique au Fernan-Vaz. Il s'agissait, on s'en souvient, d'un 
tout jeune individu mâle, qui' les Pahouins avaient pu capturer, 
après avoir tue la mère dans nne de leurs chass< s, et qu'ils 
avaient cédé, moyennant un prix raisonnable, aux Pères de la 
Mission catholique de Sainte-Aune. Au l>out d'environ deux 
mois île captivité on le tenait enfermé dans un enclos l'ail <!<■ 
troncs d'arbres . ce jeune Éléphant, qui d'abord était 1res 
sauvage, commença à se montrer plus doux et à obéir, surtout 
à un de- Missionnaires qui s'occupail beaucoup de lui. Bientôt. 
mu réussi) a lui faire accepter, comme cornac, un jeune indi- 
e qui. ru le traitant avec douceur, parvint assez prompte- 
ment à le rendre docile, l'eu à peu, il fut dressé à toutes sortes 
de travaux de la ferme : traîner une charrette ou la voilure de 
service de la Mission (voy. la figure ci-contre , remplacer les 
Bœufs a la charrue, porter des fardeaux, etc. Pourvu qu'on ne 
le brutalisai pas, il se pliait à peu près à tout ce qu'on exigeait 
de lui, et le travail n'était pour lui qu'un jeu. I>e grand malin, 
il commençait sa journée par un bain, pris dans le lac voisin, 
puis travaillait jusque vers onze heures. A un repas copieux 
lait un temps de repos, pendant le plus fort de la chaleur, 
ei le travail reprenait ensuite jusqu'au déclin du .jour. 

lOute occupation clans les champs et SUT les roule- étant 
-pendue le dimanche à la Mission, Fritz — c'est le nom qui 
lui avait été donné — s'habitua très vite à ce repos hebdoma- 
daire. Il en profitait régulièrement pour prolonger, beaucoup 
plu- (pie pendanl la semaine, son bain matinal ; puis il parlait 
se promener seul dans la campagne, principalement à l'ombre 
de la forêt, et revenait ponctuellement le soir à son enclos. 

Malheureusement pour lui comme pour les propriétaires 
Voisins de la Mission, il élail gourmand, et -ornent il ne -avait 

pa- résister à la tenta lion de visiter le- récoltes encore -ur pied, 

liment les champs de Mai-, où de larges vides marquaient 



L'ÉLÉPHANT DE LA MISSION D] SAINTE-ANNE FERNAN-VAZ 'ii!» 

alors son passage. Plusieurs fois, la Mission reçut des récla- 
mations à son sujet et «lut paver des dommages-intérêts aux 
propriétaires lésés. L'un «le ceux-ci trouva un expédient pour 
s'éviter d'avoir à faire de nouvelles plaintes. L'année dernière 
191 1 . un dimanche soir, Fritz rentra plus tôl que de coutume 
de sa promenade habituelle ; il était triste et paraissait souffrant. 
Bientôt on le vit s'étendre sur le sol; il rendil par la bouche 
une écume jaunâtre el expira. Frit? avait été empoisonné. 
Il travaillait à la Mis-ion depuis douze années. 



ESSAIS D'ENGRAISSEMENT FORCÉ 
DES OISEAUX DE BASSE-COUR AU TONKIN 

Par E. JARDEL. 

L'accueil bienveillant témoigné à mon travail sur « l'Hélianthi 
au Tonkin » (numéro du 1(> août 1911) m'encourage aujour- 
d'hui à présenter quelques notes sur l'engraissement forcé 
mécanique des Oiseaux de basse-cour, toujours dans la même 
colonie. 

J'ai pensé, d'une part, que lès observations qui suivent, 
relevées avec la plus grande exactitude, intéresseraient peut- 
être quelques-uns des membres de notre Société, curieux des 
questions d'aviculture. 

D'autre part, il est d'un usage courant de dire que l'avicul- 
ture est une utopie et que dans les colonies, en particulier, ce 
regrettable cliché s'applique avec encore plus de force : c'est 
donc aussi pour essayer de détruire ce jugement erroné que 
je présente ce travail qui n'a, je me hâte de le dire, qu'un seul 
mérite, la sincérité. 

Ancien élève diplômé de l'école pratique d'aviculture de 
Gambais, j'occupe mes loisirs à l'élevage des Oiseaux de basse- 
cour, m'efforçant de me rapprocher le plus possible des excel- 
lents principes que propagent si savamment à Gambais (Seine- 
et-Oise) M Roullier-Arnoult et ses collaborateurs immédiats, 
MM. Pointot frères. 

Il est vrai qu'ici, à Hongay, dans ce Tonkin lointain, les con- 
ditions d'élevage, indépendamment de la question de climat. 
De sont pas les mêmes qu'en France : d'abord au point tic vue 
races de volailles, ensuite au point de vue ressources d'alimen- 
tation. 

Pour les races de volaille, il n'en existe pas de vraiment 
caractérisées. On ne trouve (jaune sorte de volailles que je 
dénommerai o race commune », réunion de volailles quel- 
conques, i\v> plus disparates, produits de croisements hétéro- 
clites dus au hasard. Toutefois, eu les observant attentivement, 

patiemment et Longuement, on parvient à reconnaître chez 
quelques rares sujets les principaux caractères distinctifs de 
certaines race- gallines, mais encore ces caractères sont-ils 
affaiblis el dégénérés: on relève parfois la taille el la corpu- 



ENGRAISSEMENT DES "I-I\i\ Dl BAS 'M; Al TONKltS 431 

lence extraordinaires de la race cochinchinoise, Les formes 
naines de la race de Mangasaki, la queue très longue de la race 
de Yokohama, le port redressé et le tempérament batailleur de 
la race malaise. Mais, je le répète, ces sujets sont forl rares el 
plus le temps passe, plus ces indices s'effacent el deviennent 
inapparents. 

Au Tonkin, les ressources alimentaires, les verdun - - 
pauvres en éléments nutritifs et sonl beaucoup trop aqueusi - 
Parmi 1rs graines et farines, le ri/, seul est utilisable à condi- 
tion d'augmenter son peu de pouvoir nutritif. Les farines et les 
grains européens ne peuvent être employés ici à cause de leur 
prix très élevé et leur emploi deviendrait ruineux pour 
l'éleveur. 

Cependant, je suis certain qu*un élevage sérieusement suivi 
parviendrait à établir une race bien définie de volailles par des 
séries de croisement surveillés et bien compris, par une 
alimentation intensive scientifiquement dosée. Personnel- 
lement, mes loisirs sonl Lrop limités pour me pei mettre de tels 
--.ii-. 

Néanmoins, je me suis efforcé, durant ces derniers temps, 
d'atteindre, pour les volailles indigènes, généralement de taille 
el de |>'»m1s restreints, un accroissement de poids, donc de chair, 
par l'engraissement forcé mécanique, c'est-à-dire par la 
gave use. 

Ce sont ces expériences qui font l'objet principal de cette 
communication. 

Alimentation. — J'ai adopté le mode d'alimentation suivant : 
deux repas par jour, donné- pendant 20 jours consécutifs, l'un 
à 7 heures du mutin, l'autre .1 • > heures du soir. 

Composition de la ration par tète de volaille : 

■"3 p.u. m bwas 

emp 

Bléiline j _i.iiiu 

Farine de riz 10 grammes. 

I. lit eon tensé 5 grammes 

Graisse it>' porc 3 gramni - 

Kau 60 gr-iinmei 

Toial 80 grammes 

La farine dite « Blédine Jacquemaire . des établissemen ts 



1,32 BULLETIN DE LA SOCIÉTÉ NATIONALE d'aCCLIMAT VITON 

Jacquemaire, fabrique de produits pharmaceutiques de Ville- 
franche-sur-Saône (Rhône), est la partie nutritive du blé dont 
les ferments nuisibles ont été éliminés; la farine ainsi obtenue 
est additionnée d'un peu de sucre, de lait: un gramme deblé- 
dine représente au point de vue du pouvoir nutritif, 8 grammes 
de farine ordinaire de blé. 

La farine de riz employée était très tinement moulue et abso- 
lument propre. 

Le lait employé était du lait condensé qu'on trouve dans le 
commerce; il était non sucré et était complètement délayé dans 
l'eau avant d'être ajouté aux farines. 

La graisse de porc était versée fondue dans le mélange. 

L'eau était pure et avait été filtrée avant son emploi. 

Tout le mélange était enfin énergiquement et longuement 
malaxé. 

Prix de revient de la ration : 



l'ENHKES 


PRIX DU 


PRIX POUR 


employées. 


gramme. 


1 repas. 


Blédine 


fr. 005625 


fr. 011250 


Farine de riz . . . 


(i fr. 000250 


fr. 002500 


Lait condensé . . . 


fr. 001000 


(i fr. 005000 


Graisse de porc . . 


fr. 000500 


fr. 001500 


Eau 


Pour mémoire. 
Total 


Pour mé moire. 




(i fr. 020250 



Le prix de revient de l'engraissement est donc par tète de 
volaille et'pour deux repas, de fr. 020250X2=0 fr. 0405 
X 20jours = fr. 81 centimes. 

Cependant, pour donner à la chair plus de fermeté et un 
meilleur aspect, pendant les trois derniers jours de la période 
d'engraissement, j'ai ajouté, matin et soir, à la ration un œuf 
de poule frais part» tètes de volailles, œuf mélangé intime- 
ment à la ration précitée. 

Le supplément de dépense occasionné par l'adjonction de 
l'œuf à la ration d'alimentation esl presque insignifiant. 
Cependant, pour rendre le prix de revient aussi exact que 
possible j'estime cette dépense par tête de volaille à Ofr. 01 cen- 
time. 

Le prix de revient total de l'engraissement par télé de 
volaille, B'élèverait donc à ofr. 81 -f-Ofr. 0i = 0fr. 82. 



I NGRAISS1 min r Dl - 0IS1 iVl i\ i"NKi\ 433 

Ici, je ferai une pelite digri ssion, tenant à déterminer exacte- 
ment le prix total du poulel gras prêt à être consommé. 

Les expériences que j ai poursuivies onl porté sur i groupes 
de volailles ,; par groupe : les groupes A el I» voir tableau 
n° 1 ci-après se composaient de sujets acheb - au marché à 
l'âge de ;> "u I mois; les groupes B et C se composaient au 
ontraire, de sujets éclos et élevés chez moi par les procédés 
artificiels incubateur, éleveuse . 

Le prix d'achat des volailles achetées au marché, peul se 
compter, par tel-', à I franc. 

Le prix «le revient des volailles écloses et élevées artificiel- 
lement peut se compter, par lête, à l'âge de 3 mois et demi, i 
1 fr. -J<> centimes. 

D'où un prix moyen à adopter, par tête, de 1 fr. 10 centimes. 

Par conséquent, lf prix total de revient du poulet gras prêt 
i être consommé serait de fr. S2 4- 1 fr. 1" = 1 fr. 92, prix de 
beaucoup inférieur à celui de n'importe quelle région de 
France. 

Façon </"/// l'engraissement a été conduit. — Les volailles 
prises vers l'âge de :\ à \ mois, ont été mises en épinettes par 
groupes de 6. Chacun sait que l'épinette est une sorte de cage : 
les volailles étaient là sans entrave, ayant juste la place néces- 
saire pour se mouvoir, car cette liberté relative contribue beau- 
coup à un rapide engraissement. Le local où étaient placées les 
épinettes était à demi obscur, suffisament aéré par le haut, à 
une température constante de 25 à 26° centigrades. 

Les repas, comme je l'ai dit plus haut, étaient distribués 
deux lois par jour, à 7 heures le matin, à heures le soir. 

La gaveuse emploj ée était du système Roullier-Arnoult, dite 

Compressive », bâti eu bois sur lequel repose un réservoir en 
tenue d'entonnoir dans lequel la nourriture est versée sous 
forme de bouillie au préalable très soigneusement malaxée. 
« et le pâtée semi-liquide est introduite dans l'estomac de la bête 
au moyen d'un fouloir intérieur mû parla pédale de la machine. 
Le point d'arrêt de la course de la pédale avait été minutieu- 

nent repéré de façon à distribuer à chaque volaille exacte- 
ment la quantité de nourriture prévue. En dehors de ces deux 
repas, nul aliment, nulle boisson n'étaient donnés aux patients, 
le calme le plus profond était ménagé dans le local durant 
l'intervalle des repas, le nettoyage complet des épinettes ayant 
lieu pendant le gavag 



'.:;; 



l'.l IJ.KTIN DE LA SOCIÉTÉ NATIONALE l> ACCLIMATATION 



03 
0) 

- 

H 











■/. 


-r. 












s. 






n 












"3 


"S 












co 






0) 








ce 


s— 


'8 


'ô 


M 








y. 


zz 


ce] 


c 


^t 








O 


5"S 
.2 = 


PS 


5 = 


.2 S 








H 


O t. 


O fc. 

•— - 








< 


X 


1 ■ 


co 








> 


o as 


o & 


o œ 


O «3 








H 
a; 

X 

C 


Ecl 
levag 


o te 


a a 


Ecl 

levag 








0) 












•4) 


•4) 


TS 


-aj 










+J 






, 










03 




o 


0) 




z 


















z 
































2 00 




•— 
<! 

■- 


— 


acquise 
après ii 
gavage. 


-'•o 


SU 


-m 


*^ 


-r- 71 

. : -^ 






EL 
S 

•3 




3C 


o 


V- 




Cl X 

ce 




< 


















-— 


















pj 


















»J 




près 

le 

'âge. 


ù <N 


o 


o 


71 


*■■" "C 




— 




v £ ~ 


^H 


(M 


71 


«* o: 




o 




_ r- 


y: 


00 


r- 


*r-< f 




2. 








». 


•* 


* 




k 




< « 
ta 


*** ~" 


""* 


^-t 


^-« 


•"" _ 




a 


































!S 
































U 


















P 






^ 


2 


2 


2 


= 71 




£ 




a; O « 


6g 


3C 

35 


3: 


O 


— C5 
33 l~~ 




A 




>~ > 


35 


O? 


~. 


— 


x — . 




a 




« 3 


.y 

— O 


O 


o 


— 


77 O 




S 


















— 


















OC 

S 

s 


= 
■/ 
T3 


iyant 

subi 

le gavage. 


o 


- 


•-; 


■-: 


«M 


- - 










/ 


r 




en 


T. 

— — J 










_3 


= 


3 


_3 


V <u 










o 


O 


U 

C 


C 


- 3 

— 

C. CL 








i 


















s 


























** ^i 






— 




è» 


~- 


05 


s 








V 


•3 t. 


_, 


^_ 












a 






















Bh 


— 


4-i 












K 


> 


> 


o. 


CL, 










1 


O 

.-- 

1 


ci 

o 

1 


1. 
71 


•s. 


l* 










^ 






1 












^1 


■M 


Cl 


3 
: 
a, 






















>• 












r 






z 












CD 








m 










3 






— 












C 








- a. 
« 3 


--_ 


22 


O 


Q 


S 






- 


2 










_a 






* 


ta 

















— 


















a 












on 

CD 
C 
C 


































m 








/ 


CO 


«3 

a. 


a 


U 

a. 











- 


B 


3 


3 


3 


S 










ho 


o 





O 










s. 


u 

-i 


h 


& 










a 


h 


s 


« 


u 












"~ 


S l 


CO 


-- 







I v.li VISSI MINI in - OISEAUX W I ONKIN 






N 



3 
as 

es 
H 









1 


* 


/ 






















"S 


. 


a> 


0) 






/ 


h 


G 


'S 


3 






i^ 


I§ 


- t. 


r 2 








< 


/ 


•7 ~ 


M « 








^ 


- <o 


_ " 
> 


- 


> C 









— U 


JS - 
-J se 


- a 






ta 

X 




> 


6â ' 

z 






- 


X 


S 











■i/ 


■_ 


■i. 








— 


*J 


«« 


4d 








<u 


V 


01 




y 
































































— r 


* - a 


ù o 


_ 


y. 


■j: 


ce 






'= .- 


5 : .~ 


«5 


— 


■-T 


-M 




SE ^ 


• c "2 - 




C5 


T". 


M 


M 




pg 


S S a 


X — 


r 





O 


— O 




















_ 
















^ 
















H 
















■ 


5 














— 


- 


■_L I— 


1 ■■ 


y: 


- 


r- r. 




_ 


5 


U " 




-- 




— "M 




~ 


C *2 


.-- 


M 


00 


Tl 


ce 




-. 








• 


*• 


• 






■< 5- 


— — 


■ri 


*H 


^r" 


te. -ri 




E 


X 














_3 
































B 






























— 
> 


^ 
o 














~ 




£ i - 


S 


* 


* 


BN M 




S 


n 


■■> ù 


: 




- 


~ 1 - 
00 ~j 




/ 




— s 


= 


^* 


S 


.--' =' 




; 


I 
















' — 














H 


■ 


















— 
















5 ' 




- 


X 


'-T 


se 


-* 


* ^. 




9 


— O 










Cl 








u 
















E 


— .1 




















X 


<j. 


/ 


. 


99 








3 


3 





~ O) 
























•_ 


"û 


ç„ 


O 


3 S 








c 


a 















•— ' 




.Z 


, ~ 


=. ^- 






(À 

E 


— 


= 


— 


_ 


--^ —4 






M - 


S9 


05 


— 




^*~-»_^ 






1 




~™ 


^H 


— 






















- 




'£ 


ëj 


— ' 


*-* 

Cm 










t* 


> 










•_ 


o 


a 


a> 


a> 

!» 










co 





(M 


1 — • 

Cl 










- 


- 


<D 


CI 


3 




ts 












tn 




z 












m 




















L. 
















ï 1- 






-_- 


= 


c 
ai 




- 


— 










— 
xi 




ï 












3 




- 
















— 












/ 
















P 






i 
- 


0) 


ai 
a. 


: 


ai 


O 






= 


a 


3 


S 


s 








o 





p 


O 

ta 








os 


tl 


oc 


OC 


-C 








- 


- 




1 


X 























Ï30 BULLETIN DE Là SOCIÉTÉ NATIONALE D'ACCLIMATATION 

A la lin de la période des vingt jours d'engraissement, j'ai 
obtenu des poulets d'une blancheur de chair remarquable, 
n'ayant rien à envier à nos volailles fines françaises. La saveur de 
la chair était agréable, bien différente de celle des poulets indi- 
gènes, élevés librement, lesquels ont une chair filandreuse et à 
goût quelconque, bien difficile à définir. Toutefois, la saveur 
de la chair était assez inférieure à celle des poulets gras fran- 
çais. J'atlribue ce défaut au riz, qui a un gont fade par lui- 
même. Dans de prochaines expériences que je me propose de 
tenter, j'essaierai de remédiera cette défectuosité par la^nodi- 
cation de la ration alimentaire. Le poids obtenu avait sensible- 
ment augmenté sans excès aucun de graisse. Les poids ainsi 
obtenus sont consignés dans le tableau n° 1 suivant. 

Concurremment avec les groupes engraissés à la gaveuse mé- 
canique, des bandes égales de poulets avaient été élevées libre- 
ment dans des parquets spacieux (23 mètres carrés environ par 
volaille) et bien herbacés, avec distribution à discrétion de 
nourriture variée en grains et en pâtées. Le tableau n° 2 suivant 
donne les résultats ainsi obtenus. 

Conclusion. — Les résultats sont satisfaisants et plaident, 
on le voit, en faveur de l'engraissement forcé mécanique. Ces 
résultats sont susceptibles encore, j'en suis convaincu, de boni- 
fications sensibles par l'adoption d'une nourriture mieux com- 
prise et mieux appropriée aux poulets indigènes du Tonkin. 

N'y aurait-il pas là une industrie nouvelle à créer dans la 
colonie? Peut-être, car, malgré le prix peu élevé de la volaille 
achetée sur les marchés (1 franc), le poulet gras, qui se vendra 
2 fr. 50 centimes environ (bénéfice de l'éleveur compris) aura 
virement des amateurs, car le consommateur va, tôt ou tard, 
là où est le bon. Ce sera ici le cas : le poulet maigre, élevé libre- 
ment, est a bon marché, mais il est mauvais; le poulet gras, 
au contraire n'est pas trop cher, mais il est savoureux. lia 
tout pour lui pour être on vogue. Ce succès donnerai! encore 
une fois raison au nuit du distingué agronome Gayot : « ha 
basse-cour est une corne d'abondance qui ne tarit jamais. » 



EXTRAITS 
DES PROCÈS -VERBAUX DES SÈMES DES SECTIONS 



l SECTION. — MAMMALOG1E 

SE VNI l DU i MARS 1912 
Présidence de M. Magaud d'Aubusson, membre du Conseil. 

Le procès-verbal de la séance précédente est lu et adopté. 

M. Kaveret-Wattel dépose sur le bureau de la Société deux 
brochures sur l'organisation et la réglementation de la pèche 
ilu Phoque à fourrure en Alaska 'Publications du Bureau des 
pêcheries de Washington . 

M. Etaveret-Wattel remet une note sur le régime alimentaire 
de l'Ondatra. Il résulte des publications du Bulletin de la com- 
mission fédérale des pêches de Washington, que le Rat musqué' 
s>' nourrit volontiers de Poissons el exerce de grands ravages 
dan- 1rs étangs à Carpes. On a dû, vers 1883, s'efforcer de 1»' 
détruire en partie. En résumé, les Ondatras sont considérés, 
aux Etats-Unis, comme nuisibles à la pisciculture. 

Notre collègue dépose en outre deux brochures relatant des 
essais de domestication de L'Eléphant d'Afrique, qui semblaient 
devoir donner des résultats satisfaisants, mais qui ont été 
interrompus par la mort prématurée des sujets. Ces essais n'en 
démontrent pas moins que la domestication de l'Eléphant 
ifricain est parfaitement possible. 

A ce propos. M. Pichot dit que le jardin zoologique de New- 
"ork possède un Eléphant d'une variété naine acheté à 
Hagenbeck en 1905 pour le prix de 12.500 francs. Cet Eléphant 
provenait du Congo français, et le professeur Noakes, qui le vit 
;'i Hambourg avant qu'il ne fut expédié aux Etals Unis, a bien 
reconnu dans ce spécimen une espèce nouvelle qu'il a baptisée 
E.pumilio. C'est très probablement l'Eléphant nain du Fernan- 
Paz que les indigènes appellent Hfésalla, el dent il- redoutent 



438 BULLETIN DE LA SOCIÉTÉ NATIONALE D'ACCLIMATATION 

excessivement le mauvais caractère car le Mésalla n'hésite pas 
à attaquer les chasseurs blancs ou noirs qui s'aventurent sur 
son territoire. La légèreté de ses allures non moins que sa 
férocité le rendent très dangereux. Le Mésalla du jardin zoolo- 
gique de New- York que l'on suppose âgé de onze ans mesure 
seulement I m 52 et pèse 015 k. 849 gr. Ses oreilles ont une 
forme très particulière ; comme on peut le voir sur l'excellente 
photogravure que publie le Bulletin de la Société zoologique, 
loin de couvrir le cou, elles ne descendent pas plus bas que la 
mâchoire; le pavillon s'arrondit en arrière et l'extrémité forme 
un lobule bien détaché. M. Pichot donne ensuite quelques 
renseignements sur certaines pièces du Musée d'Anatomie 
comparée du collège des chirurgiens de Londres, relativement 
à la présence de corps étrangers que l'on trouve profondément 
enkystés dans l'ivoire des défenses, et dont l'industrie a à tenir 
compte pour la fabrication des billes de billard, notamment. 
Ces corps étrangers sont des balles dé fusil, des fers de lance 
et des exosloses ou odontoplasmes. M. Pichot explique com- 
ment ces corps étrangers pénètrent dans la substance de la 
dent par la racine et cheminent avec la croissance de la défense 
qui est continuelle pendant toute la vie de l'animal. Notre col- 
lègue termine en donnant quelques détails sur l'industrie de 
l'ivoire qui consomme une telle quantité de cette matière que 
les Eléphants seraient certainement menacés d'une extinction 
prochaine, si les gouvernements coloniaux n'avisaient à leur 
protection. 

M. liivière signale la rencontre faite parle D r Durrieux, pen- 
dant son exploration de la Likouala (Congo), d'une nouvelle 
espèce d'Anthropoïde, dépassant deux mètres de hauteur. 
D'après M. Ménegaux, il s'agit probablement du Gorille de 
Matschi. Le même explorateur a rapporté un fœtus d'Eléphant 
ne mesurant pas plus de 11 centimètres de longueur totale, 
mais cependant déjà complètement formé : M. Ménegaux 
signale à ce sujet L'existence, au musée de Berlin, d'un fœtus 
de vingt et un jours déjà entière ni formé. 

M Pichol lit un travail sur l'élevage du Lapin angora. < et 
animal possède des poils longs el soyeux qu'on est parvenue 
filer el à tisser dans des conditions satisfaisantes. 

M. Brunûl l'ait une communication sur le Mouflon de 
Cor-' Cel animal j esl devenu fort rare. Notre collègue a pu 



EXTRAITS DES PROCÈS-VKRBAUX DES SÉANCES DES SECTIONS \-> ' 

procurer un mâle vivanl qui esl maintenant au Muséum, 
mais il u'a jamais pu trouver de femelle. On cite la présent 
in Corse, de deux petits troupeaux de Mouflons; mais il en 

iste aussi quelques-uns i a Sardaigne où quelques personnes 

ccupent de l'élevage de cet animal pour la pente. On >aii 
que le Mouflon a été acclimaté en Allemagne, et que l'opéra- 
tion aurail très bien réussi. Il semble que la région de L'Esterel, 
qu'on parle de transformer en réserve, conviendrait également 
fort bien au Monilon. 

M. Brunol a eu l'idée de demander à la Marine l'autorisa 
lion d'introduire le Mouflon dans l'île du Levant, une des îles 
d'Hyères. Pendant longtemps, cette île a servi à des exercices 
de tir; actuellement, il n'en est plus ainsi, el il semble que le 
Mouflon s'j trouverait forl bien ; les démarches ont été repris 
auprès de la Marine; il semble qu'elles recevraient peut-être 
meilleur accueil si la Société d'Acclimatation voulait bien leur 
donner son patronage. 

En conséquence, la Section décide donc de rédiger un vœu 

qui sera transmis par les soins de la Société à M. le ministre 

de la Marine. 

/ c Secrétaire, 

Max Kollmann. 



Il SECTION. ORNITHOLOGIE-AVICULTURE 

5ÉANI l. la i MARS 1912 

Présidence de M. Maçaud d'Aubasson, président. 

M. If Président esl heureux de pouv >ir féliciter, au uom de 
l,i Section, le secrétaire général '\< : la Société, M. Maurice 
Loyer, qui vient d'être nommé officier d'Académie, et M. Mailles, 
un de ii"- plus anciens collègues, qui ;i reçu la croix d'ol'i i<- ni- 
du Mérite agricole. 

Le procès-verbal de la précédente séance esl lu el adopté. 

M. Le Forl regrette que lorsqu'on parle du moyen d 
jbroi urer >\>~> Autruches on oublie trop de r.-ippeler les tentatives 
heureuses faites dans notre colonie de Madagascar. 

M. Magaud d'Aubusson a vu, a son pa i Paris, M. le 



140 BULLETIN DE LA SOCIÉTÉ NATIONALE D'ACCLIMATATION 

capitaine Lens, de l'armée hollandaise. Cet officier, qui connaît 
très bien Curaçao, où les Hollandais ont le projet d'établir une 
autrucherie, a dû se rendre à Nice, et de là à Malarieh. La 
visite de la ferme égyptienne l'intéressera d'autant plus que les 
Oiseaux y sont en stabulation, système qui doit être suivi à 
Curaçao. Notre Président, qui sera tenu au courant, lui a parlé 
également de l'Autrucherie de Tulear. 

M. P. -A. Pichot rappelle que le marquis de Brizay a publié 
un excellent ouvrage sur l'élevage de l'Autruche. 

M. Debreuil dit qu'il est un autre livre dont la traduction en 
français rendrait de grands services, c'est le Guide de l'Amateur 
d'Oiseaux, de M. Silver ; il serait bien à désirer qu'un de nos 
collègues, ayant des loisirs, en facilitât la lecture à nos com- 
patriotes. 

M. Plocq possède toujours le Tichodrome échelette, dont il 
avait annoncé la capture l'an dernier ; il est en parfaite santé 
et commence à chanter, fait qui étonne son propriétaire. 

M. Vincent, qui a entendu le Tichrodrome à l'état sauvage, dit 
qu'en effet il fait entendre un chant court et argentin, formé 
de sept à huit notes. 

M. Mérel désire exposer cette année ses Serins blancs et des 
Perruches ondulées bleues, dont certains amateurs nient 
l'existence. M. Mérel a encore remarqué cette année que l'accou- 
plement de deux Canaris, blanc pur, donnait des panachés à 
plumes noires ; c'est ainsi qu'il possède un jeune de 1911 
complètement blanc avec une petite calotte noire. 

Chez M. de Chirac, les Pilets et les Canards sauvages conti- 
nuent a produire des hybrides, et il est né un Canard sauvage 
mâle dont la livrée est complètement cendrée avec le col vert, 
il n'y a pas chez lui trace de plastron marron ; il est, parait-il, 
forl joli et provient d'animaux de son espèce absolument puis 

Une lettre de M. le vicomte P. d'Applaincourt, qui habite la 
Somme, parle de la capture de quelques Oiseaux. En septembre 
1910, il avail été tue deux S\rraptes paradoxaux, et, au mois 
d'octobre 1911, il lui a été envoyé d'une localité située à 
environ 20 kilomètres au nord d'Abbeville, un Casse-noix. 
Enfin, le 8 février dernier, il a été liie sans succès sur une 



EXTRAITS DES PROCÈS-VERBAUX DES SÉANCES DES SECTIONS Vil 

bande de quinze Cygnes, à Allery ; ces Oiseaux sonl passés à 
Bray-le-Mareuil, où trois ont été tués, et on en a vu douze à 
Gouy; c'était probablement le reste delà bande, qui se dirigeait 
vers ltl mer. D'après la description, ces oiseaux appartenaient 
à L'espèce du Cygnus mansuetus. L'auteur de la lettre raconte 
aussi que, vers avril 190!», on a tué aux environs de Péronne, 
deux femelles de Mareca chiloensis. 

Chez M. Debreuil,à Melun, le mâle Casoar Emeu a commence 
à couver, le T.\ novembre 1911, douze œufs ; retirés le 28 
décembre, ils étaient tous clairs. En janvier, il y a eu une nou- 
velle ponte et le mâle s'est remis sur sept ieufs, le 11 février 
1912. Comme les années précédentes, il y a eu des rapproche- 
ments fréquents avec la femelle, mais il est peu probable que 
les nouveaux œufs soient fécondés. Pourquoi ? Ces animaux 
sont en parfaite santé, jeunes et vigoureux. 

\ cette question M. Magaudd'Aubusson répond en conseillant 
de donner à ces Casoars une nourriture annualisée, comme à 
d'autres Oiseaux, aux Mo Ki,par exemple, et l'on sait qu'à l'étal 
sauvage le Casoar a un régime plus végétal que l'Autruche. Ce 
ne peut être la captivité qui nuit à la fécondation, car lorsque 
Florent Prévost Ta obtenue, c'était dans un grenier. 

M. Charles Brunot écrit pour annoncer une réunion d'ama- 
teurs de Faisan- vénérés, qui doit avoir lieu à Paris ; il espère 
ipi'un certain nombre de membres de notre Section voudront 
bien y assister. 

Répondant à des questions que lui avaient posées M. Loyer. 
M. de Chapel s'exprime en ces termes : Xiche-t-il beaucoup 
d'Oiseaux dans la Camargue ? Si nous considérons certains 
Goélands, des Sternes, des Flamants, il en niche évidemment 
une assez grande quant ile sur le bord des étangs voisins de la 
mer et dansles marais. Une amn ù le printempsetle commen- 
cement de l'été pluvieux avaient conservé l'eau dans les marais, 
j'ai vu un très grand nombre de nids et de jeunes de Sternes. 
L'Avocette aussi niche en novembre. Les Echasses aiment à 
s'installer dans les rizières, mais j'ai aussi rencontré de leurs 
nids le long de l'étang de Valcarès, cachés dans ce qu'on 
appelle les « Inganes » Consoude). Les Pies de mer nichent 
aussi en assez grand nombre. Si d'un autre coté nou> regardons 
bull. soc. Rat. ac.i.l. iu. 1912 — J' 1 



i'ri BULLETIN DE LA SOCIÉTÉ NATIONALE D'ACCLIMATATION 

le vrai gibier : Canards, Râles, etc., nous voyons qu'en réalité 
il en niche peu. Au printemps de 1!) Il, deux jeunes naturalistes 
écossais sont venus en Camargue pour photographierdes nids ; 
ils ont parcouru, chez moi, les marais, en compagnie Ql mon 
fils et de mon garde ; ils sont allés dans diverses propriétés, et» 
s*ils ont trouvé des nids, cela a été en petite quantité. En ré- 
sumé, si dans nos marais il niche des exemplaires de beaucoup 
d'espèces d'Oiseaux, les nichées ne sont pas en nombre. A 
mon avis, sous ce rapport ce n'est pas un pays de production ; il 
y niche bien des Foulques noirs, en assez grand nombre, il est 
vrai, mais, au point de vue Canards, Sarcelles, la quantité est 
minime de nos côtés, vu l'étendue déserte qui existe et où les 
couples peuvent cependant trouver tranquillité et sécurité. Si 
nous envisageons un autre côté de la question, nous voyons 
que la Camargue est plutôt une région de passages, attirant les 
Oiseaux migrateurs, qu'une région de producteurs. Presque 
toutes les grandes propriétés sont gardées et le revenu de la 
location de la chasse est pour plusieurs propriétaires le plus 
clair du rapport de leur terre. Le braconnage se pratique en 
grand et est peu réprimé ; il existe des associations de bracon- 
niers qui, au nombre d'une vingtaine ou plus, parcourent le 
pays en ligne. On ne peut faire de procès à tous, et ceux qui 
aboutissent sont payés par le syndicat ; de plus, on se trouve 
souvent en face de repris de justice qui sont dangereux.. le crois 
qu'il} aurait de grandes difficultés pour internationaliser la 
Camargue et le profit au point de vue du but à atteindre serait, 
jecrois, minime. 

Ainsi, s'exprime M. de Chapel. «Ju'il nous soit permis de 
nous extasier devant l'établissement des syndicats de bracon- 
niers. Les promoteurs de l'institution n'avaient peut-être pas 
pensé à cette ingénieuse application. 

M. Besuier annonce qu'il a parfaitement réussi l'élevage des 
Euplocomes nobles : sur quinze œufs pondus, douze étaient 
fécondés el onze petits onl été obtenus. Quiconque a essayé de 
s'occuper de ces beaux Oiseaux sail du reste qu'il y a peu de 
difficultés à vaincre, et mitre correspondant esl arrivé à si bien 
les acclimater que ses reproducteurs passent l'hiver dans une 
volière à air libre, enfermés seulement le soir. Egalement bien 
réussi L'élevage des Gould et îles Mirabilis, donl il > a en ce 
moment quinze jeunes sortis du nid en novembre, décembre 



EXTRAITE DES PROCÈS VERBAUX DES SÉANCES DES SECTIONS 

et janvier. Ces Oiseaux, que l'oo prétend si délicats, ne -<>nl 
enfermés que la nuit, et, chaque matin, les portes sont 
ouvertes par n'importe quel temps. Il n'arrive plus, dit en ler- 
minanl 11. Besnier, d i » seaux rares, surtout parmi les l aisans, 
et l'on est forcé d'avoir toujours les mômes espèi s, ce qui 
décourage les éleveurs. N'j aurait-il pas moyen de - • procur 
des esp ces nouvelles 

La parole est ensuite donnée ô M. Ifénegaux 4 qui veut bien 
nous offrir les prémices du grand travail qu'il prépare sur 
l'Autruche et que nous espérons voir bientôt paraître. Sans 
doute l'aperçu que nous allons en donner, grâce à quelques nol 
prises rapidement au courant de la plume, ne p omettra d'avoii 
qu'une bien faible idée de l'intérêt que présente l'ouvrage de 
notre Vice-Président, maison pourra cependant, en lisant ce 
résumé de la communication, juger quelle en est Timporl mce. 

Le genre Struthio renferme quai re espè •■■- et c'est en Algérie 
qu'a commencé l'élevage de l'Autruche au moyen de l'incuba- 
tion naturelle, tandis qu'au Cap c'esl la méthode artificielle 
qui a prévalu. Cet Oiseau présente successivement quatre plu- 
mages différents : celui du pullus naissant, celui du poussin. 
celui dit juvénile, quand l'animal a atteint douze mois, enfin. 
lorsqu'il a deux ans, il revêt la livrée de L'adulte. C'esl alors 
seulement qu'il a toute sa valeur. Le prix des plumes diflï 
beaucoup selon leur division par nuances et nous ne pouv<> 
en donner ici la nomenclature qui est fort compliquée. Puis il 
faut tenir compte île la sélection, du choix des reproducteurs, 
des soins donnés aux petits. Croirait-on qu'il est des races 

dans lesquelles le prix d'un reproducteur atteint 25.000 Iran - 

et la valeur d'une livre de plumes celle de 2.000 francs? Un 
Stud-book indique ces rares dont la production se rapproche 
le pins de la perfection idéale ; il est tenu d'une façon très 
sévère et le nombredes admissions est fort restreint. <>n aura 
une idée de ce qu'est un Oiseau 'le valeur, quand on saura 
qu'en trente-cinq ans de captivité, l'un d'eux a produit 
150.000 francs de plumes. Certaines d'entre elles se recollent 
par arrachage; quant aux remises, on les coupe, le- rognant à 
deux cenlimètres de la peau. Quand l'Autruche esl élevée en 

ibulalion, on la l'ait passer dans mi couloir en (orme il- 

triangle el on opère quand elle esl arrivée dans un endroit 
rétréci, on Ion se trouve a l'abri de ses coups de pied. Cela 



ï \ ï BULLETIN DE LA SOCIÉTÉ NATIONALE D'ACCLIMATATION 

reproduit tous les huit ou neuf mois; on use même aujour- 
d'hui d'un nouveau système, qui consiste à faire la récolte tous 
les douze mois, vers juin, et cela présente un avantage, celui 
d'obtenir des plumes plus longues. On donne auparavant beau- 
coup de Luzerne à l'Oiseau, et lésiner sur sa nourriture serait 
un fort mauvais calcul, car on a constaté qu'un animal maladif 
ne fournit que la moitié des plumes qu'il aurait pu donner. 11 
n'est pas rare qu'une Autruche rapporte à chaque fois une 
somme de 475 francs, dont il faut défalquer 50 francs pour les 
frais. La croissance d'une plume est rapide, six millimètres 
par jour, quarante-trois millimètres par semaine; du reste, la 
filiation de l'Oiseau a encore là de l'influence. Une belle peau 
rougeâtre indique la santé; le sujet ne doit pas être trop gras. 

11 est bien intéressant de suivre le mouvement de la produc- 
tion dans la colonie du Cap. Si l'on se reporte à l'année 1805, 
on voit que les Autruches y donnaient un revenu de 3.750 fr., 
qui, en 1864, s'élevait déjà à la somme énorme de deux mil- 
lions. Mais bientôt la progression va devenir extraordinaire. 
En 1875, nous arrivons à 7 millions ; en 1882, à 27 millions, 
en 1907. à '(5 millions, avec 750.000 Autruches; en 1910, le 
produit se chiffre par 57.821.000 francs, fournis par un million 
d'Oiseaux ! 

Mais de pareilles richesses sont-elles destinées à demeurer à 
tout jamais le privilège exclusif de la colonie du Cap? Non et 
voici pourquoi : l'industrie ne peut augmenter toujours au Cap, 
car il faudrait y créer de nouvelles prairies: il est permis de 
penser que d'autres pays peuvent tenter et réussir l'élevage de 
l'Autruche, surtout si l'on se rappelle qu'il peut réussir dans 
une contrée où le thermomètre oscille entre un maxima 
de -f-40 degrés et un minima de — 2 degrés. Une température 
froide serait contraire à la bonne venue des plumes. Du reste, 
les Autruches ne proviennent pas aujourd'hui uniquement du 
Cap, on en tire du Caire, de Tripoli, de la Nigérie anglaise. 
Nous ne parlerons pas ici de ce qui s'est passé dans notre 
Algérie, où h's plus louables efforts oui échoué, grâce au mau- 
vais vouloir de L'administration. Dès 1851, notre Société d'Accli- 
matation avait fondé un prix d'encouragement, mais à quoi 
cela pouvait-il servir alors que le lise poursuivait le malheu- 
reux cultivateur, incapable de payer un impôt écrasant el que 
ses Oiseaux étaient saisis et tués '■ 

Mais revenons au Cap. Trois systèmes y sont en présence :1e 



EXTHAITS DES PROCÈS- VERBAUX DES SÉANCES DES SECTIONS US 

pâturage libre, la stabulation, le procédé mixte. Sur un espace 
de 1.000 à 5.01 10 hectares, on peut éleverjusqu'à 500 autruches, 
c est-à dire dix animaux par hectare. Hâtons oous de dire que, 
grâce aux irrigations, <>n obtient jusqu'à six coupes de Luzerne. 
On laisse deux femelles à un mâle et l'on se serl d'incubateurs. 
Certain»^ l'erm.-s possèdent 7.000 individus et il es) des 
éleveurs qui se Font un bénéfice net de 100.000 francs. Une 
femelle peut en moyenne donner un n-uf tous les deux jours, 
soil environ, pour deux femelles, deux cents œufs ou cenl 
cinquante Aulruchons en un an, car L'éducation uécessite 
beaucoup de soins, el i! faul compter sur une perle de 
50 p. 100. Le séjour de l'œuf dans l'incubateur esl de qua- 
rante-deux à quarante-trois jours ; le temps est plus long 
quand l'animal couve. 

Le climat de Tiaret esl absolument défavorable, et, si on j a 
vu des Autruches, c'est qu'elles provenaient d'animaux accli- 
matés. A Madagascar, les plumes sont plus belles qu'au Cap. 
Huant à l'Arizona, on y voit des fermes de 1.200 Autruches. 
Aux Etats-Unis, le commerce des plumes d'Oiseaux sauvages 
«tant prohibé, il va un grand intérêt à y élever l'Autruche, 
surtout si l'on songe que chaque année on y importe des plumes 
du Cap pour une -.mime de 22 millions de francs. 

M. Vincent fait une communication sur la reproduction du 
Goéland argenté et de l'Aigrette des Antilles. On pourra la lire 
dans le Bulletin. 

.Nous n'aurons garde de passer sous silence unarticle contenu 
dans le Bulletin de la Société des Agriculteurs de France du 
15 lévrier 1912 et communiqué par M. Raveret-Wattel j il 
rentre en effel absolument dans Le cadre de nos études. 

Si vous voulez voir la réussite absolue de la reproduction de 
la Perdrix en captivité, pour le repeuplement des chasses, 
rendez-vous à Epernon, chez M. le comte Potocki, et, si vous 
ne le pouvez, lisez ce qu'en dit M. Amédée Meslay, et vous 
jugerez de L'établissement du gentilhomme polonais, quand 
vous saurez qu'on j compte •"»<io couveries el un très grand 
nombre de parquets, contenant chacun un couple de Perdrix 
- srvant à la production des oeufs. 

La Perdrix, on le sait, esl un Oiseau monogame, el toul 
basé sur le couplage, la pariade bien faite, c'est nue condition 



i il» BULLETIN DE LA SOCIÉTÉ NATIONALE D ACCLIMATATION 

sine qua non. La femelle d'un bon couple ainsi constitué 
donne environ quarante (nuls bien fécondés, en ayant soin de 
les lui enlever à mesure de la ponte et en n'en laissant que 
deux ou trois dans le nid. Vers La fin de la ponte, la femelle 
couve généralement; on s'empresse alors de lui remettre dix- 
huit ou vingt œufs, car elle réussira à merveille sa petite 
couvée. Le reste des œufs, ou tous les œufs si la femelle ne 
couve pas, sont couvés par des Poules de ferme dans les cou- 
veries;on fait ensuite adopter ces petits Perdreaux par des 
coqs Perdrix gardés en réserve, et on les lâche, à quatre ou 
cinq jouis d'âge, par petites compagnies de dix à douze. La 
réussite est certaine, car le cantonnement des compagnies est 
assuré : si le couple a couvé, on peut lâcher avec lui de vingt à 
vingt-cinq Perdreaux. Au moment de la chasse, on retrouve 
toutes les Perdrix en compagnies bien cantonnées, à la place à 
peu près où on les a lâchées, sans que jamais ces jeunes Per- 
dreaux se niellent en bandes énormes, prennent leur essor et 
aillent repeupler les chasses voisines, à dix ou vingt kilomètres 
à la ronde, ainsi que cela a lieu pour l'élevage pratiqué unique- 
ment avec la Poule de ferme. 

M. Meslay a insisté sur le couplage, le mariage d'inclination, 
pour se servir de son expression pittoresque. Mais, dira-ton, 
semblable union n'est-elle pas une utopie dans le monde Per- 
drix? Elle devient si rare dans notre Société moderne! Nulle- 
ment, c'est tout ce qu'il y a de plus facile, il s'agil tout 
simplement de ne pas imposer à une poule Perdrix un coq 
Perdrix quelconque, mais de le lui laisser choisir elle-même. 
\ Epernon, cela est fait le plus simplement du monde, mais à 
la perfection. La poule Perdrix est enfermée dans une botte 
l'élevage spécialement agencée à deux compartiments. Le coq 
qu'elle a choisi \ient se faire prendre dans le second comparti- 
ment ouvert : en entrant, il fait retomber derrière lui une 
trappe mobile, el le bon couple est formé. C'esl ce hon couple 
qui, mis ensuite dans an petil parquet spécial, de vingt-cinq -à 
cinquante mètres carre-, suivant L'espace dont on dispose, 
produira environ quarante œufs bien fécondés. Lorsqu'un 
couple es I ains-i formé au moment de la ponte, le coq, pour 
défendre sa poule et son nid. devient d'une bravoure el d'une 
hardiesse extraordinaires, el l'on voil des coqs sauter sur la 
tète «lu garde el tenter de Lui donner des coups de bec dan- les 

'IX. 



EXTRAITS DES PROCÈS-VERBÀI i DES SÉANCES D - SECTIONS i I . 

rous les chasseurs, continue M. âmédée Meslay, connaissent 
l'adoption des petits Perdreaux par un coq Perdrix. \ Epernon, 
cette adoption esl pratiquée sur une très grande échelle, el les 
compagnies ainsi faites sonl lâchées à quatre <>u cinq jour- en 
plaine, dans les remises ou dans les blés près des remises : elles 
cantonnent tellement bien qu'on cite l'exemple de quatre 
petites compagnies, de chacune un coq avec dix ou douze 
Perdreaux, lâchées aux quatre coins d'un grand champ de 
Luzerne <!<• six hectares, qui ne se sonl jamais réunies, el qui, 
à l'ouverture, partaient séparément. Ajoutons enlin que, 1rs 
Perdreaux étant lâchés à quatre ou cinq jours, c'esl la suppres- 
sion à peu près totale des œufs de Fourmis, très chers, très 
rares, très difficiles à se procurer. 

En résumé, on a nésolu, à Epernon, un intéressant problème, 
celui <|ui consiste à s'affranchir des game-farm anglais 
Si nousavons fait connaître icil'excellentarticledeM. Meslay, 
si que la méthode en question présente une grande utilité 
pratique. 

11 y a quelques mois nous félicitions un grand chasseur 
devant le Seignenr de la naissance d'un neveu, auquel ses 
parents avaient donné le prénom d'Hubert, et nous lui disions 
qu'il devait retentir agréablement à son oreille. Oui, répondit 
le vieux Nemrod ; puis son regard pril une expression d'indi- 
cible tristesse el il ajouta : Mais, quand il sera en âge de tenir 
un fusil, il n'\ aura plus de gibier en France. 

Je i'- croyais aussi. Je ne le crois plus, maintenant que je 
connais les efforts de M. le comte Potocki. Qu'on veuille bien 
marcher sur se- trace-, el les disciples du saint évoque de 
Liège, de l'ancien veneurdela forél d'Ardennes, verront encore 
de beaux jours se lever pour eux. 

Le Secrétaire, 

Comte d'Orfeuillb. 



448 BULLETIN DE LA SOCIÉTÉ NATIONALE D'ACCLIMATATION 

III e SECTION. — AQUICULTURE 

SÉANCE Df 11 MARS 1912. 

Présidence de M. Kaveret-W'attel, président. 
Le procès-verbal de la séance précédente est lu et adopté. 

M. Le Fort présente à ses collègues un jeune Black-bass, de 
petite taille, il rappelle combien cette dernière varie suivant 
les conditions de température et de nourriture. 

M. Le Fort signale ensuite les études de M. Frisch, relatives à 
l'influence de la température sur la pigmentation des Poissons et 
des observations du même auteur sur le sommeil des Poissons. 

M. Debreuil lit une coupure du journal Le Temps du 
4 mars 1012, suivant laquelle le nombre de Vipères, détruites 
en 1911 en Seine-et-Marne, s'élèverait d'après une statistique 
officielle, à 7.843, le total des primes payéesétant de 2.7 43 fr.75. 

A ce propos, MM. Debreuil et Le Fort font observer que le 
nombre de Vipères détruites est très élevé; ils se demandent 
si des confusions n'ont pas lieu parfois entre Vipères et Cou- 
leuvres vipérines et si des primes ne sont pas payées pour la 
destruction d'animaux inoffensifs. M. Le Fort fait alors observer 
que la forme de la pupille permet la distinction très facile des 
deux espèces. La pupille est ronde chez les Couleuvres, elle est 
en fente étroite chez les Vipères. 

M. Uaverel-Watlel présente au nom de M. Blanchet, une 
communication au sujet du Cardium edulc dans l'alimentation 
des Salmonidés d'élevage. 

Comme suite à eette communication, M. Raveret-Wattel lit 
la lettre suivante de M. Blanchet : 

.... o J'ai rencontré hier M. Sevenel qui spécialise avec son 
associé M. Charbonnier, à la Fontenaye, la production des 
œufs «'i des alevins de repeuplement, je l'ai mis au courant de 
la communication concernant le Cardium edule. A ce sujet, 
M Sevenel m'autorise à dire que jusqu'à ce jour aucun autre 
aliment ne leur a donné des résultats semblables à ceux qu'ils 



EXTRAITS DES PROCÈS-VERBAUX DES SÉANCES DES SE NS 149 

obtiennent de ce produit tant au point de vue de la vigueur des 
reproducteurs que «le la vitalité des œufs el des alevins. La 
mortalité esl nulle et ces résultais onl eu pour conséquence de 
réduire le prix de revient et par suite le prix de vente des 
sujets destinés au repeuplement, il est entendu que je présen- 
terai ultérieurement à la Société d'Acclimatation, des Salicoques 
vivantes provenant de mes élevages et que des communications 
seront faites sur les recherches poursuivies <luns le [même 
ordre d'idées. »> 

M. Le Forl rappelle que M.Blanchel avail fait des essais pour 

obtenir la reproduction de la Crevette en eau douce, ces essaie 
furent signalés dans le Bulletin. 

/ ,■ Secrétaire, 
Dksi'AX. 



IV SECTION. — ENTOMOLOGIE 

SB W' l Dl 12 FÉVRIER 1912 . 
Présidence de M. Clément, président. 

Le procès-verbal de la séance précédente est lu et adopté. 

M. Clément présente des Abeillles connues des apiculteur- 
sous le nom de « Petites Noires ». Elles appartiennent à un 
type spécial, caractérisé par une taille plus petite, un corps 
plus effilé, un.' coloration plus noire. On les observe dan> 
beaucoup de ruche-, en nombre plus ou moins grand : tantôt 
quelques-unes se montrent disséminées çà el là, tantôt on en 
peut compter plusieurs milliers dans une même ruche; elles 
apparaissent ordinairement un peu avant les mâles, el ne 
sont chassées souvent qu'après ceux-ci, quand la récolte touche 
à sa tin. Elles ne se livrent à aucun travail et jamais on ne les 
voit apportera la ruche quoi que ce soit, ni miel, ni eau, ni 
pollen; les spécialistes de l'Apiculture affirment môme qu'elles 

ne cherchent jauiai- a piquer. 

Hamet, l'abbé Raffert, MM. Sautier, Odier, Valpellier ci 

d'autre- encore les ont encore observées, mai- -ans pouvoir 
déterminer leur rôle dan- la ruche. Cheshire attribue leur 



i BULLETIN DE LA SOCIÉTÉ N ITIONALE D'ACCLIMATATION 

présence au milieu de leurs compagnes à un bacille {Bacillus 
Gaytoni qui se trouverait dans le corps de la Mère, et prétend 
qu'on peut les faire disparaître en remplaçant celle-ci. 

D'autres naturalistes et apiculteurs, dont M. Clément a pu 
recueillir les opinions, seraient d'avis qu'on est en présence 
d'une dégénérescence provenant d'une alimentation insuffi- 
sante des larves; mais alors, on peut faire cette objection : 
Pourquoi les « Petites Noires » se présentent-elles avec des 
caractères aussi réguliers? car on ne voit jamais d'individus 
intermédiaires entre elles et le type normal. De Layens, que 
M. Clément eut l'occasion de rencontrer certain jour et qui 
disserta assez longuement au sujet des « Petites Noires » accep- 
terait volontiers un cas de parasitisme. 

Quoi qu'il en soit de toutes ces discussions, une étude analo- 
mique sérieuse pourrait seule aider à éclairer une question qui 
présente un réel intérêt. 

Il n'est pas inutile d'ajouter que les « Petites Noires » sont 
observées aussi bien chez les Abeilles italiennes que chez les 
Abeilles communes: les anneaux jaunes persistent, mais 
prennent alors une coloration plus rouge et plus vive. 

Cette étude si documentée de notre Président a été écoulée 
avec vive satisfaction par tous les auditeurs, et un cadre renfer- 
mant nombre de ces « Petites Noires » a permis à chacun de 
se rendre un compte très exact des différences essentielles de 

- abeilles anormales. 



V* SECTION. — BOTANIQUE 

SÉANCE 1)1 18 MARS 1912 

Présidence 'le M. I). Dois, président. 

Le procès verbal de la précédente séance est lu et adopté. 

M. le Président donne lecture d'une lellre de M. Bach, sylvi- 
culteur- paysagiste à Chantilly; elle esl relative à l'analysa 
sommaire de la communication faite par lui à la séance du 
20 novembre dernier voirBulletin, L 912, p. 60). 

■• .l'ai pensé, 'lit M. Bach, que les nouveaux éléments rus-; 
tiques que dous possédons, tant en caducs que conifèreE 



EXTRAITS DES PROCÈS-VERBAUX DES SEANCKÏ DES SECTIONS 151 

devraient être utilisés pour les repeuplemenls. v i je préconise 
l'emploi de ces plantes exotiques qui Boni essentiellement 
forestières dans leurs pays d'origine, c'est que chez nous elles 
ont résisté aux attaques des grandes gelées et que sans changer 
l'esthétique de nos bois, elles permettraient, en outre, ai 
d'autres espèces hybrides, par des croisements naturels avec 
les nôtres, de faciliter les transformations nécessaires et pré- 
venir de nouveaux désastres par suite de l'évoluti slimaté- 

rique. Ainsi seraient couronnés les efforts de nos vaillants 
i xplorateurs botanistes. ■■ 

M. Le Fort émet l'avis qu'autrefois les forêts ne devaient pas 
être riches en espèces, et qu'elles se sont enrichies successive- 
ment par des introductions exotiques; il cite le cas de la 
Sologne. 

M. Maurice de \ ilmorin déclare qu'il est partisan de- espèces 
exotiques, partout où elli s peuvent s'acclimater; mais, ajoute- 
t-il. aucune espèce exotique n'a remplacé utilement jusqu'à 
jour nos espèces indigènes. 

Il y a toujours eu, dans les l'orèts de la vieille Gaule, les 
Sapins des Vosges, les Ormes, les Frênes, les Charmes, le- 
Chênes, les Hêtres, etc.; il- mit supporté, dans la suite des 
temps, des hiver- autrement rigoureux que ceux de ces der- 
nières années. 

Le Pin maritime existait lui-même à l'étal naturel dans la 

gion provençale et pyrénéenne : il a été étendu systématique- 
ment par l'homme pour la plantation des dunes de Gascogne. 
■ h is plaines de la Sologne, etc. 

M. le Président clol cette discussion en indiquant que le 
passage le plus important d<> la lettre de M. Bach sera inséré 
au procès-verbal, avec les observations auxquelles elle a donné 
lieu. 

Il communique ensuite des notices qui lui nul été adress 
par M. Ch. Rivière, sur V Arundinaria Hookeriana\ l«' Rosier 
Roseraie de l'Hay et YOxalis cernua. 

Des remerciements sont adressés à M. Rivière pour ces inté- 
ressantes communications. 

I Arundinaria Hookeriana «mi Hookeri 

Cet Arundinai ia, qu'il ne faut pas confondre avec le Bambusa 

Hookeri ou 11. maxima, parait avoir une certaine analogie avec 
noire ancien Bambusa gracilis de L'Horticulture. 



152 BULLETIN DE LA SOCIÉTÉ NATIONALE D ACCLIMATATION 

« C'est une plante fortement cespiteuse, c'est-à-dire pous- 
sant en touffe très serrée des chaumes hauts de 6 à 8 mètres, 
revêtus au moment de leur croissance d'une matière pruineuse 
et de couleurs violacées devenant bleuâtres du plus bel effet. 

« Ces tiges ou chaumes abondants, droits, flexibles, pou- 
vaient-ils avoir quelque utilité comme clayonnage, Uiteurage, 
cannes à pêche, matériaux d'emhallage ou de vannerie, etc.? 
Mes essais ont démontré leur inutilité absolue. 

« Coupés à aoùtement complet, séchés à l'ombre, ces chaumes 
n'ont pas présenté la moindre résistance : exposés à l'air, les 
mérithalles se sont fendus ou aplatis dans toute leur longueur: 
dans d'autres cas, les mérithalles se sont détachés les uns des 
autres. La contexture de ces chaumes est sèche, friable, peu 
fibreuse quand ils arrivent à la fin de leur végétation, en un 
mot. ils sont loin d'avoir la solidité dont ils présentent 
cependant l'apparence. 

« J'ai signalé dernièrement à la Section que le Phyllostachys 
violascens, qui peut être classé parmi les grandes espèces de ce 
groupe et qui a toutes les apparences de solidité que possèdent 
les Phyllostachys mitis, viridiglaucescens, etc., n'était pas utili- 
sable à cause justement de cette rupture des mérithalles au 
nœud même. 

« En horticulture, ce peu de résistance du chaume n'a aucune 
importance, mais il n'en est plus de même si l'on cultive les 
Bambous dans un but utile et économique, c'est pourquoi j'ai 
procédé actuellement à l'étude des qualités de diverses espèces, 
au point de vue industriel. » 

2° « Rosiers : Pose de l'Hay et Roseraie de FHay ». 
En décembre 1910, ma communication orale laissait déjà 
entrevoir l'incertitude du rendement rémunérateur du produit 
industriel obtenu de ces deux roses traitées pour la distillation 
alin d'en obtenir une essence abondante et de haute qualité. 

aujourd'hui, les expériences que j'ai pu suivre et pour- 
suivre affirment un résultai absolument négatif. 

M. Picimbona, maire de Etovigo Mitidja), cultivateur et 
distillateur de profession, pour lequel j'avais multiplié plu- 
sieurs milliers de lîosiers /{ose de l'Hay, vient d'arracher ses 
plantations après trois années de rendements entièrement nuls 
comme essence, malgré d'abondantes floraisons, 

Mes expériences personnelles avec l'autre variété de Rosier 



EXTRAITS m- PROCES- VERBAUX DES SÉANCES DES SECTIONS 153 

Roseraie de VHay,qa\ a beaucoup d'analogie avec la première, 

n'ont pas été plus heureuses el me per ttenl toujours <h- 

conclure qu'il n'\ a souvenl aucune relation entre le parfum 
volatil de la Qeur el celui que l'on peut fixer. 

Oxalis cernua. Lhunb ». 

.l'ai Section un échantillon à fleurs doubles de cette 

espèce du Cap dont le type à (leurs simples esl devenu, dans le 
climat marin du nord de l'Afrique, une plante subspontanée 
très préjudiciable aux cultures et contre laquelle il esl assez 
difficile de défendre des champs de céréale, des prairies, etc. 
La variété à fleurs doubles est beaucoup moins commune : 
elle u'apparail que par petits ilôts et semble préférer les par- 
ties élevées, comme les toits des maisons, la hase des pétioles 
de certains Palmiers, etc. 

« Les innombrables petits tubercules de cette espèce sont 
recherchés par les Oiseaux, ce qui explique comment la plante 
se trouve aux hauteurs précitées : on ne pourrait fournir une 
autre indication; puisque l'on ne connaît guère de graines de 
VOxalti simple, encore moins de la variété à fleurs doubles. 

« Dans quelques cas, en bon terrain, cette duplicature est telle 
que les Heurs ressemblent à celles des Renoncules doubles de 
dimensions moyennes. » 

M. le Président présente une publication rapport annuel) du 
Jardin botanique de Sidney (Australie). 

C'est un document très intéressant, illustré de belles photo- 
graphies, el contenant de très nombreux renseignements. 

Parmi les plantes nouvelles ou réintroduites pour la pre- 
mière fois en Australie el dont M. Maiden signale la floraison, 
il faut noter Lonchocarpus Blackii Benlh, vigoureuse plante 
grimpante; Gmclina Leichhardtii F. v. M.. Cedrela Toona 
Hoxb. ; Tecoma Hillii F. v. M.; Cephalandra indica Naud.; 
Allanblackia florida Oliver; Moschosma riparium Hochst., etc. 

M. Le fort signale qu'il a vu dans une publication récente un 
article non signé intitulé /.</ Morille et sa culture el en com- 
inunii|ue les passages les plus saillants. C'est dit M. le Prési- 
dent, un travail qui esl inspiré par celui du baron d'Yvoire 
(dont le nom est d'ailleurs cité et dont le Bulletin delà > ciéU 
d'Acclimatation a publié l'original, il y a environ vingt-cinq ou 
trente ans. 



134 BULLETIN DE LA SOCIÉTÉ NATIONALE d'aCCUMATATION 

M. Jules Poisson, assistant honoraire au Muséum, donne 
Lecture d'une noie sur le boisement des dunes « dont il y a 
peut-être encore soixante mille hectares qui ne sont pas amé- 
nagées en France. 

« Malgré les encouragements exprimés dans plusieurs publi- 
cations depuis une quinzaine d'années, poursuivre les exemples 
qui ont été donnés par la consolidation des dunes de Gascogne 
an commencement du siècle dernier, puis des dunes de la 
Charente-Inférieure en 1878, et aussi en deux points différents 
du Pas-de-Calais, vers le même temps, l'Administration supé- 
rieure et l'initiative privée n'ont rien fait depuis pour utiliser 
ces portions du territoire, jusqu'à présent improductif, alors 
que le sol augmente sans cesse de valeur dans notre pays. En 
Belgique, en Ecosse, et aux Etats-Unis, le maintien des dunes 
a été entrepris avec succès. » 

M. le Président remercie M. Poisson, et son travail très inté- 
ressant paraîtra dans le Bulletin. 

A ce sujet, M. Maurice de Vilmorin établit un curieux paral- 
lèle entre le Pin maritime et le Pin sylvestre pour le boisement 
de ces dunes du nord de la France. Ces deux espèces gagnent 
à être associées. Le Pin maritime pousse très vite, et gèle inva- 
riablement aux grands froids qui reviennent presque périodi- 
quement; il n'en a pas moins fourni une masse de bois utili- 
sante plus grande que n'en aurait donnée une plantation de 
Pin sylvestre, plus rustique, à développement plus lent, et qui 
doit, malgré tout, occuper plus tard le fond de la plantation. 

M. Millier, négociant en fruits exotiques, fait ensuite une 
communication sur les causes de l'abondance, extraordinaire 
cette année, des Bananes sur les marchés et petites voitures de 
Paris; il appuie sa démonstration sur de magnifiques échantil- 
lons de Bananes fraîches, des Canaries, de Colombie, de 
Costa-Rica, et sur des produits tirés de la Banane (farine. 
pâtisseries, etc.), le tout dégusté à la séance et trouvé excel- 
lent. 

Des remerciements sont adressés à M. Huilier pour son inté- 
ressante causerie el sa présentation; M. Hollier s'engage à 
résumer en une courte uote les renseignements commerciaux 
et statistiques concernanl la question. 

/ .■ Sect élaire de lu section, 
.1. GÉRÔME. 



EXTRAITS l>l> PROCÈS- VERBAUX DES SÉANCES DES SECTIONS 153 

\ | SEi MON. — COLONISATION 

SÉANI l. Dl 18 MARS 1912 

Pj sidence de M. Vu^- Chevalier, Président. 

Le secrétaire donne lecture du procès-verbal de la pn 
dente séance, qui est a lopté sans observation-. 

M le Président dépose une note du lieutenant Besnier 
relative à la question du Dromadaire au Kanem »> et qui sera 
insérée daûs le Bulletin. 

M. Galin, docteur es -eiences. ingénieur agronome, prépa- 
rateur à l.i Sorbonne, fait une communication sur les Algues 
alimentaires d'Extrême Orient, au sujet desquelles il a récem- 
ment publié une étude très complète, en collaboration avec 
M le Professeur Perrot, de l'École de Pharmacie. 

Certains peuples d'Extrême Orient, et en particulier les 
Hawaïens, les Chinois el les Japonais, font une consommation 
considérable d'Algues marines dans leur alimentation. Au 
Japon, de même qu'à Hawaï, certaines de ces Algues sont d'un 
usage journalier et se vendent couramment sur les places 
publiques, ce qui indique la faveur dont elles jouissent. 

C'esl surtout au Japon que les Algues marines donnent lieu 
a une industrie. L'auteur insiste particulièrement sur le kan- 
ten, on gélose japonaise, fournie par le Gelidium corneum, et 
qui l'ail l'objet d'un important commerce d'exportation. 

Puis vient le Kombu, produit par diverses Laminariacées, et 
a\ec lequel on fait grande quantité de préparations alimen- 
taires. 

Le Funori, produit par le Gloiopeltis tenaa , est principalement 
emploj é pour faire des colles végétales. 

Enfin l'Amanori est l'Algue alimentaire de choix. Sou impor- 
tance est considérable. Aussi les Japonais la cultivent-ils, prin- 
cipalement dans la baie de Tokyo. Cette culture a été motivée 
par la disparition de l'Algue qui croissait autrefois en abon- 
dance à l'embouchure de la rivière Tokvo:elle est actuellement 



Voir : Em. Perrol .1 C.-L. Gatin. Les Algues marines et, en parti- 
culier, les Algues alimentaires d Extrême Orient. Ann. Inst'Uu 
pAiV/ue, Paris, 1911, Itl. fasc. I 



456 BULLETIN DE LA SOCIÉTÉ NATIONALE D'ACCLIMATATION 

très florissante. M. Gatin insiste sur les procédés de culture et 
de fumure de l'Algue qui, au .lapon, ont été étudiés en détail 
par M. Okamura et qui sont des plus curieux. 

Enfin ces Algues, et surtout le Kanten, sont exportées du 
Japon en grande quantité, et ce commerce représente une 
somme annuelle de 40 millions de francs. 

Il y aurait intérêt à étudier la flore algologique de l'Indo- 
Chine et peut-être pourrait-on introduire ainsi, dans cette 
colonie, des industries nouvelles, ayant pour but la production 
des colles végétales, qui doteraient le pays de produits d'une 
réelle valeur. 

Pour le Secrétaire empêche, 
M. Bret. 



Nous apprenons, au moment de mettre sous presse, le décès 
de M. Courtet, survenu le 10 juillet 1912, à Landerneau (Finis- 
tère), où il s'était retiré depuis un an. 

M. II. Courtet avait rendu à notre Société, et plus particuliè- 
rement à la Section de Colonisation, de signalés services qui 
nous rendent plus sensible encore la nouvelle de sa fin pré- 
maturée. 

X. D. L. Et. 



Le Gérant : A. M \n\ meux, 



Parti. — L. m I >v, imprimeur, I, rue Cassotto. 



LES PENDELOQUES CHEZ LA CHÈ\ RE 
ET QUELQUES AI rRES ESP1 i I - 

Par P DECHAMBRE 
Professeur de zootechnie à l'École d'Alfort. 

.Mm de répondre à unequestion posée incidemraenl au cours 

de l'u les dernières séances de la section d'Etudes caprines 

j'ai l'honni ur de présenter une courte unie sur la structure 
et l'origine des pendeloqi 

Les pendeloques sont de petits organes appendiculaires situés 
au bord inférieur de l'encolure, un peu en dessous de la gorge. 
Elles mesurenl habituellement 70 millimètres de longueur et 
15 à 20 millimètres de largeur ; leur forme est cylindrique ou 
sub-conique. On les rencontre chez la Chèvre, la Brebis el le 
Porc, parfois chez la Vache; on connaît même chez l'homme 
une particularité qui a quelque analogie avec elle. 

La structure de ces appendices n'es! ni constante ni uniforme. 
Quelquefois ils sont seulemenl constitués par un relief cutané 

iveloppanl un peu de tissu conjonctif el de petits vaisseaux. 
D'autn - fois leur complexité esl plu- urande et l'élude analo- 
mique faite par Blanca permis d'j retrouver les éléments sui- 
vants I 

1° Un cartilage élastique inséré par du tissu fibreux sur le 
muscli sterno-maxillaire le sterno-zygomatique un le sterno- 
masloïdien suivant les espèces . au niveau «in corps thyroïde. 

_ Des faisceaux musculaires rudimentaires, appliqués suc ce 
cartilage. 

/ les peauciers insérés par leur pointe sur la lia-. ■ 

du cartilage : 

Le premier descend à la surface du muscle sterno-thyroïdien : 

I..' second s'étale en dedans sur le sterno-hyoïdien ; 

Le troisième remonte vers le maxillaire inférieur en se con- 
fondant avec le peaucier de la région parotidienne. 



I Blanc, chel des ire aatomie a l'Ecole vétérinaire de Lyon: 

Les pendeloques de l I le canal 'lu soyon chez i Porc. Journal 
de V i le la Physi 

tt de zootechnie tle l'Ecole ù I . même innée. 

BILL. Se, . \ \ i . \o I . ! II. 1912 — 



458 ]'. DECHAMBRE 



'(• /'// muscle -profond, en forme de cordon, qui part de la 
base du cartilage, traverse le muscle sterno -maxillaire, passe 
sous la jugulaire, sous la glande sous-maxillaire, sur le sterno- 
thyroïdien et remonte le long de la paroi postérieure du pha- 
r\ nx où il se termine. 

")' Twis filets nerveux: deux viennent de la seconde paire 
cervicale et se rendenl l'un à la peau de la pendeloque, l'autre 
à ses muscles peauciers ; le troisième, fourni par le nerf hypo- 
glosse, suit le muscle profond et se perd dans la pendeloque. 

6 Des artères et des veines qui se détachent des vaisseaux 
situés à proximité de l'appendice. 

Les pendeloques sont parfois accompagnées d'un petit pertuis 
creusé à leur base et analogue au canal du soyon du porc ce 
'•anal est une invagination de la peau, profonde de deux ou trois 

/timètres et d'où sortent quelques poils). 

La pendeloque, complètement développée ou réduite à l'aspect 
d'une sorte de verrue, est un organe d'origine branchiale n'ayant 
surtout gardé que des relations cutanée-. 

( >n sait qu'il existe chez l'embryon quatre fentes branchiales. 
De la première dérive le conduit auditif externe et c'est à son 
extrémité supérieure que se développe la conque auriculaire. 
Or les pendeloques prennent naissance au niveau de la partie 
inférieure de la seconde fente branchiale qui persiste quelque- 
fois sous la forme d'une petite fistule. Elles peuvent donc être 
comparées à la conque auriculaire en raison de leurs origines 
et de leur structure ; le cartilage qui en forme la charpente, les 
divers muscles qui les constituent montrent la ressemblance 
anatomique de ces deux sortes d'organes qui ont leur point de 
départ situé parallèlement sur deux fentes branchiales succes- 
sives. 

Les pt-iidtdoques sont très fréquentes chez la Chèore : elles ac 
doivent cependant point être considérées comme spécifiques 
par suite de leur origine qui leur donne un caractère accidentel 
et non permanent, et aussi parée qu'elles manquent commu- 
nément dans certaines races caprines. 

( >n 1rs rencontre dans plusieurs races de Moutons, par exem- 
ple le Mouton barbarin, le soudanais, le poitevin. 

Eudes Deslongchamps en a signalé la fréquence sur les Porci 
normands. Darwm Variations, Tome I) a ligure un Porc irlan- 
dais de race ancienne portenr de deux appendices volumineux. 



PENDELOQI ES CH1 / LA I il: \ RE 159 

Ceux-ci -""t toujours attachés aux angles de la mâchoire; ils 
sonl cylindriques, longs de sept à huil centimètres, couverts de 
soies el présentenl un pinceau roide sortanl d'une cavité laté- 
rale; ils "ni un centre cartilagineux avec deux petits muscl - 
et s.' trouvenl tantôt des deux côtés à La fois, tantôl d'un seul. 

thusius a constaté qu'ils apparaissent parfois chez les ra< 
porcines à oreilles pendantes mais- qu'ils lonl pas sti cie- 
nienl héréditaires, car, dans une môme portée, ils peuvent 
exister chez certains individus el faire défaut chei d'autr 
Darwin ajoute qu'on ne connaît aucune rare sauvage qui p< 

semblables appendices et que, dans ces conditions, 
l'existence de ceux-ci doit s'expliquer non par un-effet de retour, 
mais par une variation subite apparue -ans L'aide de la sélection. 

Cette constatation vient à l'appui de ce que mais avons 'lit 
plu- haut de l'origine accidentelle des pendeloques. Si mention 
doit être faite de la présence de ces dernières dans les races ou 
ell< - fréquentes, cela ne peut autoriser à les considérer 

comme un attribut indispensable. 

La description sommaire faite par Darwin des pendeloques 
ou appendices maxillaires » du Porc met en évidence une 

uteture identique à celle des pendeloques de la Chèvre et 
fournil un argument de plus on laveur de l'origine de ces p"i its 

sçanes, c'est-à-dire de leur dérivation de la seconde fente 
branchiale, ce qui est, en définitive, le point le plus intéressant 
de cette brève étude d'anatomie comparée. 



LES COLINS (\V PERDRIX DE L'AMÉRIQUE 
Par PIERRE AMÉDÉE PICHOT. 

\ ers le milieu du dernier siècle, le commerce des animaux 
de luxe, des belles races de Volailles et des Oiseaux exotiques 
n'était guère tenu à l'aris que par un seul grand établissement 
situé à Grenelle et que dirigeait M. Gérard. J'y ai vu passer 
beaucoup de bêtes curieuses et je me souviens d'y avoir acbeté 
un jour une Sarigue ou Opossum de Virginie que j'eus beau- 
coup de mal à rapporter chez moi dans un sac de toile un peu 
mûre que l'animal, peu satisfait de ce mode de transport, 
s'efforçait de déchirer dans son impatience à comparer les bois 
de Meudon avec les forêts vierges de son pays natal. C'est chez 
M. Gérard, dont j'étais un visiteur assidu, que je vis vers l<S5t» 
les premiers Colins de Californie que venait de rapporter en 
France M. Deschamps, inventeur d'une couveuse artificielle et 
qui fut plus tard faisandier du Jardin d'Acclimatation du Rois 
de. Boulogne que l'on venait de fonder. M. Deschamps avait 
vendu un petit lot de ces Colin-. -i\ mâles el quatre femelle-, 
à M. Gérard pour la somme de -2..SU0 francs et M. Gérard s'étant 
appliqué à les faire reproduire avait, dès la première année, 
obtenu de deux couples 160 œufs qui lui donnèrent 120 petits, 
50 maies et 70 femelles. L'heureux éleveur mit alors ces jolis 
Oiseaux dans le commerce, mais à un prix tellement élevé qu'il 
eût dépassé de beaucoup les faibles ressource- dont je dis- 
posais, si M. < rérard ne m'eûl demande de lui rédiger une petite 
brochure de réclame pour lancer la vente du faisan île l'Inde 
el du Colin de Californie dont il voulait se faire une spécialité. 
Mon travail fut rémunéré par une paire des jolis Oiseaux 
donl j'avais compilé l'histoire el c'est ainsi que je devins 
un des premiers éleveurs de celle Perdrix nouvelle dont la 
odité étail telle qu'on s'attendait à la voir se répandre rapi- 
dement dans nus chasses. I>u mémoire que je lui remis 
M. Gérard tira une plaquette qu'il lit illustrer par Charles 
Jacques, donl il sérail difficile aujourdhui, je pense, de trouver 
eul exemplaire, mai- le Colin de la Californie a fail son 

chemin dans le nd< plus exactement dans les faisanderies, 

car li lis d'acclimatement en liberté n'onl donne que des 






LES COLINS OC PERDRIX DE l'aMÉRIQI i t i J 

résultats momentanés, faute de persévérance chez les amateurs 
qui onl essayé d'en mettre dans leurs tirés l . 

A la même époque on élevai) déjà en assez grand nombre 

le Colin de \ irgi le Bob-\N hite des Etats-1 nis, et M. <;■ r I 

en obtinl un croisement avec le Colin deCalifornie. Cel hybi 
avail la face blanche du Colin de Virginie, mais la huppi -i 
caractéristique du Colin de Californie était restée rudimentaire 
et ne se terminait p - a volute comme chez cel oiseau. Le 
i olin de \ irginie ou Colin Houi étail connu depuis longtemps • 
il avait élé introduil dans différents pays d'Europe où sa mul- 
tiplication à l'étal libre, notammenl en France el en Angleterre, 
avail été plusieurs fois observée, mais uous ne cou naissons pas 
aujourd'hui d'endroit où il se voil li\é d'une façon permanente. 

Un petit nombre d'amateurs possédait encore une autre 
Perdrix d'Amérique sous le nom de Zonécolin. Je crois que 
cette espèce était plus exactement !«■ Colin de Sonnini à huppe 
blanche et pointue comme celle de l'Alouette. On en oblinl la 
reproduction moins fàcilemenl que celle des espèces précé- 
dentes, puis, pendant de longues années, le silence se tit sur 
le> Colins, sauf pour le Colin de, Californie qui continuait à 
prospérer en volière. Depuis quelques années les Perdrix 
d'Amérique on! de nouveau attiré L'attention des amateurs par 
suite de l'importation de quelques espèces que l'on connaissait 
par les descriptions données par le- naturalistes qui s'étaient 
Ipécialemenl occupés des Oiseaux du Nouveau Monde. 

Au premier rang des ouvrages où l'on trouve le plus de 
renseignements sur la matière, il convient de placer la grande 
monographie de Gould sur les Odontophorinx uu Perdrix 
d'Amérique publiée en 1850 el dédiée au Prince Charles Bona- 
parte auquel l'Ornithologie américaine esl redevable d'impor- 
tants travaux _ . L'attention de Gould s'était portée sur cette 
intéressante famille de Gallinacés à la suite d'une importation 
de quelques couples de Colins de Californie en Angleterre par 
le capitaine Beechey en 1833 : pendant vingt ans Gould s'atta- 
cha à réunir tous les documents épars dan- les récits de voyage 
et les musées sur les Colins d'Amérique dont il détermina 



l Voir l'article sur les Colins publié par la Revut Britannique en 
mar- 18 

- .1 of the OdontophorinsE or partridpes of America 

John Gould, Londres, 18 iO. 



PJERRE-AMÉDÉE PIC.HOT 

trenle-trois espèces admirablement figurées dans un de ses 
somptueux in-folios. Nous renverrons à cet ouvrage magistral 
pour les détails scientifiques de cette nomenclature, ne voulant 
présenter ici que quelques renseignements sur les espèces 
nouvelles pour l'aviculture, sur lesquelles s'est portée derniè- 
rement notre attention. 

Mais d'abord nous ferons remarquer la diversité des coiffures 
par lesquelles se signalent les différentes espèces de Colins. Les 
genres très rapprochés les uns des autres par des caractères 
généraux qui les distinguent des Perdrix et des Cailles du 
Vieux Monde n'ont pas cependant la tète ornée de la même 
façon. On peut les séparer en trois groupes d'après la manière 
dont ils sont huppés. Les uns, comme le Colin Honi et les 
variétés analogues du Texas, de la Floride et du Mexique, sont 
pour ainsi dire « coiffés en cheveux » et n'ont pas de huppe à 
proprement parler, quoiqu'ils puissent hérisser leurs plumes 
occipitales sous l'impression de certaines émotions. D'autres, 
comme le Colin de M asséna et les grosses espèces d'Odontophore-. 
ont une huppe épaisse et étalée retombant en arrière à la 
manière d'un chignon. Une huppe allongée verticale se termi- 
nant en pointe avec une légère inflexion en avant est le propre 
des Colins deSonnini, cristatus, elegans et analogues ; celle du 
Colin maillé est également verticale mais arrondie du bout et 
- ouvrant en éventail. Le Colin de Californie est le type d'es- 
pèces dont la huppe se compose de plusieurs plumes imbriquées 
étroites à Ja base et Larges au sommet, s'enroulant à la partie 
supérieure comme la crosse d'un évêque ou une virgule «le 
typographie ; enfin chez les Colins plumifères deux plumes 
lie- longues et lancéolées sont couchées sur la nuque et ll< >t- 
tent sur le dos comme les ruhans qui étaient il y a une qua- 
rantaine d'années un des accessoires de la toilette féminine et 
qu'on avait gratifiés du nom impertinent de : « Suivez-moi 
jeune homme ». 

Si la formation des nombreuses espèces de < lolins d'Amérique 
îultat d'une sélection naturelle, il tant avouer «pie cefl 
Oiseaux ont lait preuve d'autant d'imagination que de goal 
dan- I" choix des différents types de coiffures que les 
influences climatériques el l'adaptation aux milieux 
auraient l'ail surgir spontanément chez leurs ancêtres com- 
muns ! 

Une particularité non moins remarquable que leur coifluw 



LES I "i INS "i PERDRIX Dfi l'aMÊRIQI i; 

chez les diverses espèces de Colins, c'esl la différence de leurs 

cris, je n'ose dire de leur langage. Chaq espèce esl doi 

d'une émission vocale qui la distingue autanl de l'esp 
voisine que la huppe donl sa tête esl ornée. Le Renard «1.- la 
Fable pourrail sans flatterie l'aire l'éloge de ces ramai 
quoique ces chants soient de construction assez simple, 
rapprochant des langues monosyllabiques primitives plus que 
des langues agglutinatives ou à flexion donl les êtres d'un 
ordre plus élevé tirenl un sujel d'orgueil, malgré le fâchi 
usage qu'ils en fonl quelquefois. Dan- ses Transaction* philoso- 
phiques, l'Honorable Daines-Barrington constate que les no 
du l'haut des Oiseaux se succèdent avec une telle rapidité el 
nchainenl tellement les unes avec les autres que l'oreille 
humaine ne peut saisir la valeur de chacune ni en Irow 
l'équivalence dans notre notation musicale. La difficulté a 
pas aussi grande pour les chants des Colins, carie monosyl- 
labisme de leurs expressions peut être approximativem 
rendu par l'articulation humaine. Le chant du Colin de Vir- 
ginie se décompose en quatre syllabes : une syllabe longue, 
deux syllabes précipitées et la dernière brève: quiou-ooi-i-cuick. 
Le Colin de Sonnini n'en a que deux; la première longue, la 
- conde brève : nu ni : le Colin maillé, deux aussi, mais 
brèves toutes <\ru\ et d'une accentuation toute dillèrente : 
tchick-ti an k. Le Colin deMasséna s'exprime par un sifflement 
métallique prolongé sur lequel il traîne d'une façon monotone : 
chu m. Ces syllabes sont répétées plusieurs fois comme les cris 
d'appel de mis Cailles et de nos Perdrix, el si on peut leur 
reprocher «le dire toujours lu même chose, les conversations 
humaine- sont-elles beaucoup plus variées? Le Pierrot du Don 
Juan de Molière ne dit- il pas toujours la même chose à Charlotte, 
parce «pie c'est toujours la même chos 

Des diverses espèces de Colins récemment importées, l'une 
des plus remarquables esl assurément le Colin de Masséna qui 
diffère de toutes les autre- par son altitude. Il n'a pas les 
formes élancées et les allures gracieuses des Colins huppi 
Ramassé en boule, la tête dans les épaules el le dos boml 
la queue courte entièrement recouverte par les lancettes 
du dos, le Masséna a la silhouette d'un petit Casoar, mate 
l'originalité de la coloration de son plumage esl sans égale. 
Les plumes du dos sont brunes, Gnemenl striées ou plaquées 
de noir, et une tache lancéolée «le couleur ocre clair se proton 



.404 PIERRE-AMÉOÉE PIGHOT 

tout le long de leur lige. Les lianes sont d'un beau noir de 
velours, criblé de points blancs, comme chez la Pintade; sur le 
poitrail, une tache d'un roux vif s'étale en manière de gilet 
jusqu'au milieu du ventre et la tête blanche, barioléede dessins 
noirs nettement découpés, fait songer au masque d'un clown. 
La huppe brune avec zébrures noires est du type que nous avons 
qualifié de chignon et recouvre l'occiput. Le costume de la 
femelle est plus modeste; il ne présente pas les contrastes de 
couleurs heurtées du plumage du mâle mais un glacis rosé 
adoucit la tonalité brune du vêtement crayonné de noir dont 
elle est parée. 

«.'est dans l'ouvrage de Daniel Giraud Elliot (1), Président 
de l'Union des ornithologistes Américains, qu'il faut aller 
chercher des renseignements précis sur les mœurs, à l'étal 
sauvage, des Colins que cet auteur a chassés dans les contrées 
qu'ils habitent. Le Colin de Masséna, nous dit-il, est plus ou 
moins répandu dans le Texas, le Nouveau Mexique et l'Arizona 
où il se plaît dans les régions montagneuses à quatre ou neuf 
mille pieds d'altitude. On le rencontre en très petites compa- 
gnies qui semblent constituées par des Oiseaux de la même 
couvée. Peu farouches, ces Masséna s'écartent à peine quand 
on les approche et regardent les intrus avec plus de curiosité 
que de crainte ; mais s'ils prennent peur, ils se tapissent contiv 
le sol et il faut presque leur faire violence pour les décider à 
s'envoler. Aussi est-il facile de les tuer à coups de bâton, ce 
qui leur a vallu le surnon de fool quail, Caille sotte, dont 
on a stigmatisé leur placidité. Quand ils s'envolent enfin, ce 
n'est pas pour aller très loin; d'un vol rapide, ils se dispersent 
pour aller se blottir, chacun de son côté, â l'endroit où ils 
tembent sans courir comme la plupart des Colins qui sont des 
piéleurs infatigables. Ils pondent une dizaine d'eeufs d'un 
blanc pur â coquille vernissée dans un nid caché sous un 
buisson ou une souche de bois mortel ce nid très rudimen taire 
n'est qu'une simple excavation grattée dans le sol el â peine 
garnie de quelques brins d'herbe. 

Gould a donné le nom de Masséna â ce Colin en souvenir du 
prince d'Essling dans la collection duquel il en avait trouvé 
une peau, mais il est plus connu chez les importateurs sous le 



(l) The Gallinaceous game birds <>/ Norlh Imerica, by D.-G. Elliot, 
Londres, 1897. 



PIERRE-AMÉDÉE PICHOT 

nom de Colin de Montézuma. Gould en signale une autre 
espèce, sous le vocable d'Ocellé et dont les Qancs de couleur 
bise ne sont pas pointillés de blanc, mais on ne sait rien de 
cette variété si ce n'est qu'elle habite le Guatemala et que 
Gould la décrivit d'après une peau dans les collections du 
.Muséum d'Histoire naturelle de Paris. 

L'étrange bigarrure du masque du Colin de .Masséna m'avait 
depuis longtemps donné le désir d'en posséder; il n'en venait 
pas sur le marché et ce n'est qu'il y a trois ou quatre ans qu'il 
lit son apparition chez les oiseleurs. J'en achetai plusieurs 
couples au mois d'avril 1910 et je les installai dans un parquet 
de faisanderie avec quelques autres espèces de Colins avec les- 
quels ils vécurent en très bonne harmonie en attendant le 
moment de la pariade, mais ils se montrèrent excessivement 
sauvages; ils s'enfouissaient pelotonnés l'un contre l'autre sous 
le foin de leur litière et il était difficile de découvrir où ils 
étaient gités. Ils ne sortaient de leur cachette que le matin et 
le soir, quand ils pensaient qu'il n'y avait personne pour les 
observer. Alors ils se mettaient à gratter le sol avec une 
ardeur fébrile, comme pour y chercher une nourriture qui leur 
manquait. Elliot pense que ces Oiseaux, tout en étant grani- 
vores, mangent beaucoup de bulbes et de racines qu'on ne 
trouve que dans certains endroits, ce qui explique qu'ils ne 
soient pas plus répandus, mais il ne spi cifie pas ce que sont 
ces bulbes et ces racines. Il est évident que La forme du bec el 
des oncles du Masséna indique lin Oiseau piocheur comme le 
Lophophore. Mes Masséna grattaient donc avec rage et n'ayant 
pas trouvé sans doute ce qu'ils désiraient, ils dépérirent les 
uns après les autres. Au mois d'avril 1011, il ne me restait 
qu'une femelle que je pus heureusement apparier avec un mâle 
donl je lis L'acquisition à la vente annuelle du Jardin zoolo- 
gique d'Anvers. Le 7 juillet, ce mâle mourut et, en allant rele- 
ver le cadavre dans le parquet, je vis que la femelle avait 
pondu quatre œufs dans le coin d'une caisse en bois garnie de 
loin sous lequel ces Oiseaux continuaient à aller se cacher, 
lorsqu'ils n'étaient pas blottis dans les herbes un peu longues 
de leur promenoir. La femelle ayant perdu du même coup sou 
mâle el ses espérances de famille se montra une Niobé incon 
solable. Elle allait el venait sans cesse, émettant continuelle- 
ment son cri d'appel, et je crois qu'elle en oublia de boire el 
de manger car, au boul de douze jours, elle mourul à son tour 



LES I OLINS 01 PERDRIX Dl l.' \MI RIQ1 l 'jliT 

dans mi étal complut d'émaciation au momenl même où je 
renais de me procurer un autre mâle à Anvers pour remplac 
celui qu'< lie avail perdu. 

Quant aux œufs, je ies avais mis à couver le l - juillet smis 
une petite Poule de race cochinchinoise naine, lo seule donl je 
pouvais disposer dans ce moi m 1 ni. Malgré mes craintes que le 
poids de "■elle mère nourricière ne fûl fatal au trésor mici 
copique que je lui avais confié, elle se tira fort bien d 
fonctions délicates* et après une incubation de 25 jours je fus 
agréablement surpris, le 7 août, de voir éclore ions en même 
temps trois petits Colins Masséna guère plu- gros que des 
Hannetons. La coquille des œufs avait été très nettement 
découpée dans sa partie supérieure rabattue comme le couver- 
cle d'une tabatH re. Le quatrième œuf était clair. 

Les jeunes poussins se montrèrent aussi actifs dès leur nais- 
sance que des Colins de Californie- Ils furent nourris de la 
même manière. Malheureusement, la Coule fut moins adroite 
pour abriter sa jeune couvée sous ses ailes qu'à se replacer 
sur les œufs et le 8* jour elle écrasa un des petits sous les plu- 
mes de ses pattes que je n'avais pas suffisamment raccourcies. 
Je plaçai les deux survivants dan- un parquet mobile sur La 
pelons.- où ils allèrent aussitôt fourrager. Le o novembre ils 
étaient bien emplumés : il- avaient encore un peu de duvet 
sur la tête, mais la buppe ('-tait bien prononcée et ils avaient 
pris les allure- de- l M-eaiix adultes, marchant le dos bombe 

la tête dans les épaules. Leur familiarité était surprenante ; 
accouraient du plus loin qu'ils apercevaient la personne qui les 
soignait et sautaient après la main pour prendre i ntre - 
doigt- le- Papillons et Les Vers de farine dont Lis étaient très 
friands. Leur gazouillement de contentement doux el llùté 
elail charmant a entendre ; il- vous suivaient de si pie- qu'il 
fallait faire attention pour ne pas marcher dessus. Le Chat d'uD 
voisin n'eut pas pareil- scrupules et emporta a cette époque 
un de m. 's petit- élèves. Dans la crainte que pareil accident 

n'arrivât an survivant, je du- l'enfermer dans un de.- parquets 

• le la faisanderie où il se tourmenta beaucoup pour sortir. Il 

aima;; a se blottir dai;- le creux de ma main donl il semblait 

rechercher la chaleur, delà aurait dû me mettre en garde contre 
le- premiers froid- de L'automne qui survinrent inopinément 
pendant une absence et monfdernier Masséna, après avoir traîné 
quelques jours, fut trouvé mort le :■> octobre dans sa volière. 



468 PIERRE-AMÉDÉE PICHOT 

Celle reproduction du Colin deMasséna, la première je crois 
que l'on ait obtenue en Europe, malgré les circonstances fata- 
les qui l'entourèrent, n'est pas pour décourager, et je me propose 
de recommencer l'expérience avec les deux couples quej'ai pu 
me procurer de nouveau. Ce qui me paraît le plus difficile, 
-t de faire vivre les adultes qui, chez d'autres amateurs aussi 
bien que chez moi, n'ont pas eu une longue existence. J'avais 
conserve pourtant la femelle qui avait pondu pendant quinze 
mois et tout me porte à croire que le chagryj causé par la perte 
de son mâle a été pour beaucoup dans sa mort intempestive. 

Après avoir été assez commun dans nos volières et avoir 
même été essayé en liberté, le Colin de Virginie ou Colin Houi 
est devenu rare. On en a vu importer depuis quelque temps 
deux espèces voisines, le Colin de Cuba, qui se distingue du 
iloui par la nuance plus foncée de son plumage et la plus 
grande largueur de la bordure noire de sa gorge, et le Colin 
du Mexique ou pectoral dont la poitrine est d'un roux vif uni- 
forme sans les mouchetures latérales du Colin de Virginie. Un 
des membres de Société d'Aviculture anglaise, M. Hubert 
D. Astley, a obtenu l'année dernière la reproduction du Colin 
de Cuba. Celui du Mexique à poitrine rousse que je possède 
depuis deux ans n'a pas encore pondu chez moi. Il esl pour- 
tant d'un tempérament robuste et ses allures sont celles du 
Colin de Virginie. 

Le Colin maillé ne s'est pas reproduit davantage. Il est vif, 
remuant, d'un port élégant, et quoique son plumage n'offre pas 
de couleurs éclatantes, sa huppe d'un brun clair à extrémité 
blanche et les plumes de son poitrail, d'un gris bleu bordées 
de noir formant comme une cotte de mailles d'un dessin régu- 
lier, ne peuvcnL passer inaperçues dans le groupe plus brillant 
des Colins à huppes droites. C'est un Oiseau coureur par 
excellence. Elliot, qui l'a chassé dans le Texas, le Nouveau 
Mexique el l'Arizona, dit qu'il fuit à pied devant le Chien et 
qu'on a la plus grande peine à le faire lever. C'est un Oiseau 
des régions arides el désertiques, ce pourquoi on l'appelle la 
Caille des Cactus ; il semble pouvoir se passer de boire, car 
ou m; trouve pas d'eau dans les localités qu'il fréquente où on 
le Connaît encore sous les noms de Perdrix bleue, Perdrix à 
plumet ou à huppe blanche. Il y a peu de différence entre le 
ui.de el la femelle, alors que «lie/ les Colins les sexes sonl parés 
d'une facou bien distincte. On le dit prolifique, faisant jus- 



LES COL] \- 01 PI RDRIX DE i ' \Mi' RIQ1 l 

qu trois couvées par an. Ceux que j'ai a'onl pas encore pondu, 
mais oolre collègue M. Pays-Mellier en a obtenu des œufs, 
trop tard malheureusement pendaol La saison dernière pour 
qu'il fui possible de les mettre en incubation. 

Quelques autres espèces de Colins onl encore paru tout 
i emmeril dans les ménageries publiques ou privées : !'■ Colin 
.1 gorge blanche, le Dendrortyx barbu, le Colin de Gambel, oie. 
Le Jardin zuologique de Londres a reçu du Jardin zoologiq 
dr \« «'-York le Colin de Douglas el le Colin à gorge noire. 

Le joli Colin a { > 1 1 1 1 n • - lancéolée u'a fait, il y a plusieurs 
années, qu'une courte apparition au Fardin d'Acclimatation où 
non- avons pu L'admirer dans toute la splendeur de son plu- 
ornemental. 

Il faut espérer que les aviculteurs pourront s'assurer La 
p ssession de ces jolis Oiseaux avant qu'ils ue soient détru 
dans leur pays Datai par l'intempérance des chasseurs. Déjà 
plusieurs espèces deviennent rares el la Société zoologique de 
N v. -York a dû s'occuper du sauvetage du Colin de Virginie. Par 
une curieuse coïncidence, le jour même où la question était en 
dis ussion, une compagnie de ces Colins Houi vint chanter -ous 
Les f( aêtres de la salleoù Le Conseil était assemblé comme pour 
i. er sa protection. La pétition de ce syndical volatile, 
propos, reçut naturellement le meilleur accueil. 



L'ÉLEVAGE DES BOVIDÉS A TAHITI 

Par H. COURTET. 

Les seuls animaux domestiques que possédaient les Tahiliens 
lors de la découverte de l'île sont :1e Porc, le Chien et la Poule. 
Ajoutons qu'il existait en outre, dans l'île, pullulant dans cer- 
tains endroits, un Rat (Mus exulans), décrit par Peale. 

Mendana, qui découvrit les Marquises en L595, y signale 
l'existence de ce Rat en bandes nombreuses. Il s'agit donc bien 
d'un Rat existant avant tout contact européen. La présence du 
Porc, du Chien et de la Poule, animaux maoris (1), s'explique 
en ce sens que les migrations abandonnant, en partant à la 
recherche d'une nouvelle patrie, toute idée de retour, empor- 
tèrent avec eux leurs animaux domestiques et des plantes 
alimentaires : Arbre à pain, Patate, Igname, Taro, Banane, 
mais la présence du Rat ne s'explique que difficilement. 

Cet animal étant un animal nuisible que les Polynésiens 
devaient connaître comme tel dans leur patrie primitive n'au- 
rait pu suivre les migrations que par surprise. Cependant, les 
moyens île navigation, grandes pirogues doubles avec plate- 
forme entre les deux pirogues sur laquelle un abri était con- 
struit, et la longueur du voyage ne se prêtaient guère à de 
semblables surprises. En outre, ce Rat existait dans toutes les 
îles hautes qui forment nos Établissements actuels. 

Dans ces conditions, il est difficile d'admettre que les Poly- 
nésiens l'aient apporté avec eux, et la seule hypothèse plausible 
est qu'il devait exister dans les îles avant leur arrivée, ainsi 
que quelques autres animaux comme le Gecko, le Scinque à 
queue bleue, vulgairemenl nommés Lézards, el les oiseaux. 

Les animaux domestiques autres que le Porc, le Chien et la 
Poule, qui existent actuellement dans les lies formant nos 

Etablissements, ont donc été importés, el il n'est pas sans 
intérêt de rechercher ou d'indiquer les premières importations 
el leurs résultats. 

lui 17117. W'allis avait à bord des Chèvres, des Moutons, des 
Cochons et drs l'unies. Il laisse Une Chatte pleine, deux CoqS 

d'Inde (Dindons . deux Oies et trois Coqs de (iuinée. 
Tabitiens appartiennent o la race maorii , 



i l M \ KG] DES r.n\ [DÉS \ i Mil II i,l 

r.n I Tus. Bougainville laisse un couple de Dindes el un couple 
de Canards. 

En ITT:;. Cook laisse trois Moutons du Cap, mais 
très, el par conséquenl sans aucune utilité pour la reproduc- 
tion. 

Ku ITT i. Cook constate que deux des Moutons étaient me 
el il laisse vingl Chats, ainsi qu'à Raiatéa et Huahiné. 
Entre 1774 el ITTT. deux vaisseaux espagnols, donl l'un 

tait de Lima, onl relâché à Tahiti, el uni laissé : Cocl 3, 

Chiens, Chèvres, un Taureau el un Bélier, ces deux dernh 
animaux destinés à Bora-Bora, mais le Taureau étail encore à 
Tahiti en ITTT. Cook pense que si les Espagnols n'ont pas lais 
de Vaches, c'est parce qu'elle- étaient mortes pendant la 
traversée. 

Nous arrivons maintenant au troisième voyage de Coo 
important au point de vue de l'introduction du bétail. 

Eu ITTT. Cook laisse, Le - \ août, à Part' districl de Paré 
donl Papeete fâil partie : un couple de p.. m couple de 

Coqs d'Inde Dindons), quatre Oies, un mâle et trois femelli 
un Canard mâle et, trois femelles. Il y trouve une Oie mâle 
provenant de Wallis, plusieurs Chèvres el le Taureau espagnol, 
el il envoie à ce Taureau, très bel animal, les trois Vaches qu'il 
avait à bord. 

H dépose à Matavai pointe Vénus le Taureau, le Cheval, la 
Jument el les Moutons qu'il destinait aux Tahitieas. 

Il retourne ensuite à Paré, laisse un Bélier et nue Brebis de 
la race d'Angleterre el trois Brebis du Cap. 

Les trois Vaches ayant reçu le Taureau, Cook pensa qu'il 
pourrait en conduire uneoudeu\ à Raiatéa. 11 demande donc 
au propriétaire du Taureau espagnol de le céder au chef Too 
Otoo , lui oflranl en échange de lui donner le sien avec une 
des Vaches, mais cel échange n'eut pas lieu. Il donna donc au 
chef Too -"ii raureau el se- Vaches, el lui recommanda surtoul 
de les conserver à Paré, d'j retenir en outre le Taureau espa- 
gnol et chacun des Moutons, jusqu'à ce que les Vaches el les 
Brel) s eussenl produit. 11 l'avertil qu'il serait alors le maître 
d'offrir à ses .unis des animaux des deux races el d'en envoyer 
dans les iles voisines. 

Le -T septembre ITTT, Cook passe la revue des animaux de 
Part'-. Sun Bélier avait été tué par un des Chiens laissés par les 
Espagnols. Il demande quatre Chèvres à Too pour en laiss 



\,1 11. COURTET 

deux à Raiatéa, où elles étaient inconnues, et les deux autres 
pour une île qu'il pourrait rencontrer. 

Le 30 septembre, il part pour Mooréa et Iluahiné. 11 laisse 
dans cette dernière île le Cheval, la Jument, une Chèvre pleine, 
une Truie et deux Cochons «te race anglaise. La Jument avait 
été couverte pendant son séjour à Tahiti. 

Le 3 novembre. Cook mouille à Raiatéa, où il apprend que 
la Chèvre laissée à Iluahiné est morte en faisant ses petiN; 
il envoie alors deux Chevreaux, mâle et femelle. 11 laisse à 
Raiatéa un Verrat, une Truie et deux Chèvres. 

Le 8 décembre, il passe à Bora-Bora et laisse une Brebis 
pour le Bélier espagnol. 

En 1788, Bligh arrive avec Le Bounty à Tahiti et mouille 
dans la baie de MaUvai. 11 rachète, de deux insulaires qui 
demeuraient dans des endroits éloignés l'un de l'autre, une 
Vache et un Taureau et les met dans un bon pâturage, sous la 
garde de deux chefs qu'il chargea d'en prendre soin jusqu'à 
son retour. Son équipage se révolta peu après son départ de 
Tahiti, revint a Matavai, déclarant aux indigènes qu'il venait 
de la part de Bligh, qui avait trouve une île favorable à un 
établissement. Les croyant de bonne foi, les indigènes don- 
nèrent aux révoltés : 460 Cochons, 50 Chèvres, une grande 
quantité de Volailles, de Chiens, de Chats. Ils donnèrent auss 
le Taureau et la Yarhe que Bligh leur avait confiés, mais le 
Taureau fit une chute et mourut des suites de cet accident. 

En 1791, Edwards arrive à Tahiti sur la frégate La Pandore 
pour châtier les révoltés du Bounty, et au moment de son 
départ, on lui promit, s'il voulait rester quelques jours de 
plus, de lui amener des Vaches qui étaient dans une île voi- 
sine. Les Tahitiens n'avaient pu s'habituer à boire le lait de 
animaux. 

Le bétail laissé par Cook quatorze années auparavant avait 
dont- prospéré. 

En 1838, Dumont d'Urville parle dii bétail dans les termes 
suivants : « Le jeune Henry a commencé aujourd'hui à livrer 
du bœuf a l'équipage à raison de il piastres •':_ francs les 
Kio [ivres; le prix est raisonnable, et le bétail est déjà assez 
abondanl dans l'île pour pouvoir en fournir aux navires autant 

qu'il leur en faut. Les Cochons sont devenus raie-,; il- >ont 

très chers, el même il esl assez difficile de s'en procurer. Les 
missionnaires anglais sonl les principaux propriétaires de l'île, 



EVAG1 DES B0> IDÉS \ i IHIT1 173 

,■! pi-, sque l< - possesseurs exclusifs du bétail el 'I"- Cochons. 
M. Pritchard l fail d'importantes affaires dans ce commerce 
qui, du reste, rentrerai! dans sa première spécialité, car la 
chronique assure qu'il étail d'abord garçon boucher. » 

\iu-i. i ii 1838, Dumonl d' Urville déclare que I»' bétail est 
assez abondant dans l'île pour pouvoir en fournir aux navires; 
on peul donc admettre que I»"- Bovidés étaienl acclimatés à 
cette époque il se reproduisaienl dans des conditions régu- 
lières. 

Son- le gouvernement de M. de la Richerie, an mouvement 
se produisil en faveur de l'agriculture en général el une somme 
fui allouée, en 1863, comme encouragement; la répartition île 
cette somme fui la suivante : 

40.H0O francs. Caféiers à raison de. . . 1.000 IV. par hectare. 

10.000 — Cacaoyers 500 — 

2.000 — Cotonniers — 

i 000 — Cannes à sucre 100 

000 — Prairies artificielles . . . 100 — 

■ — Cocotiers 50 

lu. 000 — Elevage. 

IS i 00 — Huile de coi 

000 — Vanille. 

900 — rabacs. 

91.000 franc-. 

En réalité, l'i - aérai recevait 10.000 francs, aux- 

quels il faut ajouter les 2.000 francs alloués pour les prairies 
artificielles, soil un total de 12.000 francs de prim 

En outre, la libre pâture était permise à Tahiti el Moon 
malgré la rareté du fourrage, les animaux ayant de grands 
espaces à parcourir trouvaienl une nourriture suffisante et se 
développaient. La viande étail abondante et d'assez bonne 
Dualité. 

La libre pâture étail d'ordre général el concernai) tout aussi 
bien les Porcs [ue les Bœufs. Il y eut des dégradations, les 
Porcs I «1m mu i ni les plantations; les Bœufs, faute de fourra^ 
- infoucèrent dans les vallées ''i s'attaquèrenl aux féhis dont 

l Pritchard, missionnaire protestant 'Minent d 

l'Ile, et qui causa de nombreux ennuis au gouvernem 
Birmingham en I7'.M>. arrivé a Tahiti en 1824, investi des fonctions 
consul anglais pi ur li es de la Société, mort à Samoa en I8i 

BULL. SOI HAT. Al CL. PB. 1912 — 31 



'<7î IT. CODRTET 

le fruit constitue une partie importante de la nourriture des 
indigènes. 11 y eut de nombreuses protestations contre les 
quelques propriétaires de Bœufs et contre les nombreux pro- 
priétaires de Porcs, et la libre pâture fut interdite par arrêté 
du 13 mars 1S77. sous peine d'une amende de 10 francs par 
animal arrêté, non compris les frais de fourrière. 

La libre pâture ne fut donc pratiquée que dans des 
cas exceptionnels, comme par exemple dans la vallée de Pa- 
pénoo, dont une grande partie appartient à la mission catho- 
lique. 

On aurait aussi conduit des Bœufs sur le plateau des Tama- 
nus. dans la vallée du Punaaru, à Punaauia, et les difficultés 
d'accès auraient fait abandonner l'élevage dans cet endroit. 
Nous n'avons pu savoir, dans notre excursion à ce plateau 
en 1887, si c'était avant ou après l'arrêté que cette tentative 
avait eu lieu. En 188-2, la libre pâture n'existait réellement que 
dans la vallée de Papénoo; il est donc à présumer que la tenta- 
tive du plateau des Tamanus a été faite avant l'arrêté interdi- 
sant la libre pâture. 

On peut considérer qu'à la même époque, la libre pâture 
existait aussi dans le territoire d'Atimaono, où l'on cultivait 
autrefois le Coton ; seulement, la partie traversée parla route 
de ceinture était palissadée avec des Bambous, ainsi que les 
parties latérales accessibles. 

La capture du bétail élevé librement dans des endroits aussi 
montagneux n'était pas chose facile, et il fallait employer des • 
procédés spéciaux, comme nous l'avons vu dans la vallée de 
Papénoo en 1880. Dans des endroits favorables, les indigènes 
installent, avec de forts poteaux fichés en terre, de larges 
entonnoirs se terminant par un couloir d'une cri (aine longueur 
et très étroit. Ils chassent sur cet entonnoir un ou plusieurs 
Bovins el les poussent peu à peu dans le couloir où. à l'aide 
d'une forte corde, ils sont attachés par la tète à l'un des 
poteaux. Après avoir fait tourner l'animal vers la sortie, ils 
l'emmènent, el c'esl alors une lutte continuelle entre les agiles 
Tahitiens el le Bovin. Cinq hommes au minimum participent à 
l'opération el celle-ci coûtait, en ISSU, dans la vallée de 
Papénoo, •"> piastres. 

I.' s statistiques qui ont été données sur l'effectif du in mi peau 
tahitien sont les suivantes : M. A. Goupil, dans la France col*- 



I. I l i:\ \'.l Dl S BO> 1 l Mil II 

niale L Rambaud, 1886), adonné le cfaifl ■ s pour 

Tahiti el lAooréa I . 

I . Notice sur Tahiti, à L'occasiou de I'Exj i d< l ». 

donne : 2.328 têteB en L884 l et 2.631 17. 

M. Seurat, dans bob travail sur Tahiti elle* ! 
français de VOcéanie, L906 (mission L902 190 . donne pour 
Tahiti un effectif de 1.300 à L.400 tètes. 

Nous avouons ae pas connaître L'effectif actuel l'.Ml 
troupeau de Tahiti. 

L< - effectifs donnés ci-dessus ae sont daiiieurs qu'approxi- 
matifs, car, eu réalité, on n'a jamais connu exactement 
nombre de têtes existant dans la vallée de Papénoo et il en 
de même pour le troupeau d'Àlimaono. 

La consommation moyenne de la viande de Bœui .. Tahiti 
»ez difficile à déterminer et elle a varié a mm- L'effectif des 
troupes des armées de terre el do mer. L'effectif du troupeau 
les importations. 

-i ainsi que, pendant la présence presque continuelle de 
L'escadre du Pacifique avant La prise de pos Iles 

sous 1.' Vent en 1888, la consommation annuelle moyenne a été 
stimée à •"•< têtes. Le poids vif par tête est estimé à _•'»<) kilo- 
:niij' s, el si on admet comme à la Noirvelle-Calédonie on 
rendement de •"' ,| p. 1 (, <> en viande nette par tête, on a une con- 
sommation de 62.500 kilogrammes. 

Lorsque D amont d'Urville disait en 1838 que le bétail était 
déjà assez important pour fournir aux navires en quantité suf- 
fisante, il ne s'agissail pas seulement des navires de guerre 
- ournant ou de passage, mais aussi des baleiniers el des 
navires de commerce. A cette époque, quatre-vingts navires 
baleiniers <>u de commerce relâchaient <>n visitaient Tahiti 
chaque année et -'\ ravitaillaient. 

Les dépenses <\'^ navires fréquentant Les de-, en droits <•! en 
provisions fraîches, étaient de 50.000 piastres «Le 5 fr. 37 - 
268.7CK) francs 3 . 

Actuellement ka consommation ne porte que sur Les Euro- 
péens de Phpeete et des environs immédiats, la population 



Mans le même on\ rage, M. Ch. Lemire dit qu'il y a pJ»s rib 
aux Marquises. 
(2) Pour Tahiti et Mooréa, statistiques colonia s » 

Du Pelit-Thou&rs -ur L* l 



476 II. COURTE! 

indigène ne consommant la viande de Bœuf que par exception. 
En 1906, la ville de Papeete comptait 2. 4 il Européens auxquels 
on peut ajouter l'effectif de l'équipage de la canonnière /." 
Zélée, ou 95 hommes, soit un total de 2.536 Européens. 

En nous basant sur ce chiffre qui vraisemblablement n'a pas 
varié depuis 1906, si chaque Européen consommait 200 grammes 
de viande de Bœuf par jour, on aurait une consommation 
annuelle de lS:>.li,S kilogrammes, c'est-à-dire de 1.481 têtes 
pour Papeete. 

On admet d'une manière générale (1) que, dans un troupeau 
mixte, ou a chaque année comme bétail livrable : Bœufs 1 10 
du troupeau et Vaches 1/30; en appliquant ces chiffres à 
Tahiti on a pour l'effectif moyen 1884-1897, soil 2.482 tel 
Bœufs 248 et Vaches 82, soit un total de 330 tètes. 

Si on prend le chiffre maximum donné par M. Seurat pour 
Tahiti, 1.400 tètes, on a, Bœufs 140 et Vaches 46, soil un total 
de 186 têtes. 

Depuis longtemps, on constate que l'effectif du troupeau 
tahitien est insuffisant, aussi l'importai ion du bétail sur pied 
s'est-elle imposée. En 1884, la .Nouvelle-Calédonie a même 
tenté d'envoyer du bétail a Tahiti, mais cet essai n'a pas été 
renouvelé. Lu semblable commerce ne pouvait se faire avec la 
Nouvelle-Calédonie sans qu'il soit créé une ligne commerciale 
régulière, car il n'était en réalité qu'un appoint. 

Aujourd'hui on importe des Bœufs provenanl surtout de la 
Nouvelle-Zélande, contrée depuis longtemps reliée à Tahiti par 
une ligne régulière de navigation. 

L'importation des Bœufs a été la suivante de 1902 à 1908: 

NOMBRE VALEUR PROVENANCE 

_ 129 34.251 fr Nouvelle-Zélande. 

; 120 36.440 fr Nouvelle-Zélande. 

1904 280 57.480 Tr Nouvelle-Zélande. 

1905 219 54.993 fr Nouvelle-Zélande. 

1906 179 . - fr. Nouv. Zélaude et un des États-Unis estimé 100 fr. 

1907 162 31.903fr. et deux d'autres pays estimes 203 fr. 
P.I08 132 31.432 fr Nouvelle Zélande.- 

Moy. : ITi 

En 1884, L'importation a été de 11 tètes provenanl de 
la Nouvelle-Calédonie estimées 2.800 francs, el de 36 têtes pro* 

l Lafforgue. L'Elei mie. A. Cballamel, I 



L'ÉLEVAGE DES BOVIDÉS A TAHITI 17' 

venanl de l'étranger estimées 8.030 francs, soil un total de 
'»7 têtes estimées l<>.s;{i) francs. 

Le Qombrt' de peaux I ru tes exportées peul nous donner une 
idée approximative de la consommation de 1902 à 1