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Full text of "Bulletin d'histoire ecclésiastique et d'archéologie religieuse des diocèses de Valence, Gap, Grenoble et Viviers"

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BULLETIN 

D'HISTOIRE ECCLÉSIASTiaUE 

ET 

D'ARCHÉOLOGIE RELIGIEUSE 



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IMT%IME%IE JULES CÉoAS ET FILS 
A VALENCE 



BULLETIN 

D'HISTOIRE ECCLÉSIASTIQUE 

ET 

D'ARCHÉOLOGIE RELIGIEUSE 

DES DIOCÈSES DE VALENCE 
GAP, GRENOBLE & VIVIERS 



TOiME 




-^ 



ROMANS 

AU SECRÉTARL\T DU COMITÉ DE RÉDACTION 



1886-7 



4-, 155^ 



/SX 



PUBLICATIONS DU COMITÉ DE RÉDACTION 

'DÉPÔT cAU SEC-T^ÉTci-RlcAT, c4 ■'ROMcANS 
Bulletin d'histoire ecclésiastique et J'aic'iéolo<;ie relig^ieuse. i'" année 10 fr. 

TIRAGES A PART DU BULLETIN (in-S") 

Albanès (J.-H.), Histoire des évêques de Saint-Paul-Trois-Châteaux au 

XIV' siècle, corrections et documents 3 50 

Bellet (Charl.), Notes pour servir à la géographie et à l'histoire de l'an- 
cien diocèse de Grenoble, i" part 2 50 

— Histoire du Cardinal Le Camus 8 » 

Blaïn, Louise ou la sainte de Venterol 1 25 

— Mémoires de J.-B. Brun, curé d'Aouste, sur les événements de 

son temps de ijç)2 au Concordat (1802) 2 » 

Blanchard, Un épisode de l'histoire des Camisards dans l'Ardèche ( i jojf) . 1 50 
Chaper (Eug.), Mgr. Le Camus, cardinal, évéque de Grenoble de i6'i à 

ijoj, notes pour servir à sa biographie écrites par lui-même . « 75 
Chevalier (Jules), Notes et documents pour servir à l'histoire des doyens 

de l'église de Die au XVI' siècle 2 « 

— Passage de la compagnie des Ecossais dans le Diois ( i4<)6). . 1 25 

— Procès-verbal de la visite pastorale de Jacques de Tournon, 

évéque de Valence et de Die, à Die et à Crest ( i^^i). . . 1 50 

Chosson (Luc), La R. M. Damascène Buisson, supérieure générale des 

religieuses Trinitaires 1m 

Feraud (J.-J.-M.), Fêtes de la canonisation de S. François de Sales et de la 

béatification de Jeanne Françoise Frémiot, baronne de Chantai, 

à Digne, en t66j et iy^2 4 » 

FiLLET (L.), Don^ère religieux, notice historique 2 50 

— Echevis religieux, notice historique 1 25 

— Monlbrison religieux, notice historique 1 50 

— Notice historique sur les paroisses de Colonzelle et Margerie. . 2 » 
Guillaume (Paul), Notice historique et documents inédits sur le prieuré de 

Saint-André de Gap » 75 

— Origine des chevaliers de Malle et Râle des donations de la com- 

manderie de Gap (Xl-Xll" siècles) 2 50 

— Relations de Louis XI et Charles VIII avec Gap et Embrun. . » 50 

Lagier (A), Abbaye de N.-D. de Laval-Bénite de Bressieux 1 75 

Mazet (V.), Pierre Fedon et le diocèse de Die pendant la Révolution . . 2 25 
Roman (J.), Visites/ailes dans les prieurés de l'ordre de Cluny du Dauphiné 

de 1 2fio à i]o) 125 

Toi;piN (II. -C), Notice sur le serviteur de Dieu Jean Sérane, profés delà 

Compagnie de Jésus ( ly 1 2-1 jS-0 3 » 

— Justine de la Tour-Gouvernel, baronne de Poèt-Célard, épisode 

des controverses religieuses en Dauphiné durant les vingt 
premières années du XVII' siècle 3 50 



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5^^ 



A/ 67 






EGLISES ROMANES 

DU VI VA RAIS 

BOURG-SAINT-ANDÊOL 



.«■siCÏ>^i*sâV£l^^^ 



LA petite ville de Bourg-St-Andéol, intéressante à plusieurs titres 
d'archéologie payenne, ne l'est pas moins au point de vue des 
monuments de l'époque Romane. Lorsque éclata la Révolution, elle 
avait quatre églises de grande importance. Deux d'entr'elles, édifices 
des paroisses primitives qui se constituèrent dès la pacification 
Constantinienne, étaient celles de St-Polycarpe et de St-Michel. Au 
IX* siècle (850-858) fut érigée l'église Saint-Andéol, devenue la 
paroisse du quartier neuf de cette époque. — Enfin sur la paroisse 
de St-PoIycarpe et près de l'église de ce nom s'élevait la chapelle 
de St-Sauveur. L'église St-Michel, au nord de la ville, fut démo- 
lie en 1793. Celle de St-Polycarpe et celle de St-Sauveur furent 
vendues à la spéculation privée. Saint-Andéol resta église parois- 
siale unique. Ce sont ces trois églises St-Polycarpe, St-Andéol, 
St-Sauveur que nous nous proposons d'étudier successivement. 

EGLISE SAINT-POLYCARPE. 

Lorsqu'on pénètre dans cette ville par la porte du couchant, qui 
ouvre directement sur la route de Lyon à Nimes, on rencontre 
un sol aplani, une surface de même niveau dans les rues et places 
qu'on parcourt jusqu'à la grande église dédiée à Saint Andéol. Mais 



O EGLISES ROMAXKS DU VIVARAIS. 

si l'on sort de cette éylise par la porte méridionale (appelée de 
St-Polycarpe), immédiatement Ton se trouve sur une pente accentuée 
qui s'arrête un instant pour former la place St-Polycarpe, et reprend 
de nouveau son inclinaison jusqu'au Rhône. L'intérêt de notre 
dissertation se concentre sur cette place. 

Du haut de la pente, on est tourné vers le levant, et Ton voit 
devant soi une façade de vieille église : c'est l'église St-Polycarpe ; 
à droite au midi on a les restes de la façade d'une autre église : 
c'était l'église St-Sauveur. La place elle-même, dont ces deux égli- 
ses constituent deux côtés, est un ancien cimetière. Elle est carrée, 
et l'on en sort pour aller au fleuve, soit à gauche au nord par une 
rue rectiligne et fortement inclinée, soit à droite au sud en diagonale 
par une rue moins abrupte qui mène au pont, et qui sépare les deux 
vieilles églises. 

Nous ne nous occupons cette fois que de l'église Saint-Polycarpe. 
Nous la considérons soit avant, soit après l'année 858. — Voici pour- 
quoi : 

L'année 858 est l'année de la découverte du tombeau de St-Andéol 
par l'évêque de Viviers, Dernoin. Cette date, étant attestée par les 
monuments historiques les plus authentiques, livres, inscriptions etc. , 
est un jalon historique de première valeur, auquel on peut aboutir 
et dont on peut faire un point de départ (i). 

Cette date est aussi celle de l'achèvement de l'église de St-Andéol 
elle-même, qui, commencée pour être dédiée à St-Etienne et à St- 
Jean, fut inaugurée en l'honneur du sous-diacre martyr, aussitôt que 
son tombeau tout à coup découvert y fut immédiatement transporté. 

Enfin cette date est celle à partir de laquelle on dut songer à bâtir 
l'église de St-Polycarpe, si elle n'est pas rigoureusement celle du 
commencement de son érection. 

Il est rare de rencontrer dans une même localité restreinte et sur 
plusieurs questions une coïncidence des temps aussi précieuse pour 
la chronologie simultanée des événements et des monuments. On 



(i) Nous renvoyons le lecteur à l'ouvraiçe magistral de M. le chanoine Rouchier, 
(Histoire du Vivaraia, 1862^, à celui de M. l'ahbc Miradei, (St-Atidcol et son 
culte, 1868^, qui complète le premier; aux Eludes sur saint Déni<riie de Dijon, 
par M. l'abbé Bougaud, vicaire-général d'Orléans; au volume du Gallia Christiana 
sur l'église Viennoise et Vivaraisc, par M. HAuniUf; aux Acta sauclorum, i" mai ; 
à Y Architecture romane dans le Midi, par M. Rkvoii, ; etc., etc. ; à la Bibliothèque 
de l'école des Charles (en 1886): Inscripi chréi. du Vivarais. 



BOURG-SAINT-ANDEOL. 7 

peut sans exagération affirmer et au besoin démontrer par l'histoire 
que le Bourg, en tant que ville de quelque importance, ne prit ses 
développements et ne devint le séjour habituel des évêques de Viviers 
qu'à partir de cette époque. 

I. L'EGLISE ST-POLYCARPE AVANT L'AN U^8 

Ainsi représentons-nous une place carrée horizontale limitée au 
le\-ant, c'est-à-dire du côté où la pente aurait abouti au Rhône, par 
une façade d'église. On entre de plain pied dans cette église, et l'on 
aboutit, en la traversant dans l'axe de sa longueur, tout droit, à un 
balcon à pic sur le quai ou sur le lit du fleuve. 11 y a donc une diffé- 
rence de niveau entre la place St-Polycarpe ou l'entrée de l'église 
au couchant, et la base de son chevet au levant. Et en effet, l'église 
s'est interposée et la place elle-même n'a été obtenue horizontale 
que par des terrassements qui ont supprimé vers l'église la déclivité 
naturelle du terrain. Cette déclivité naturelle se retrouve à droite et 
à gauche, comme nous l'avons dit, dans les rues adjacentes qui 
descendent à la rivière. 

Mais voici la preuve de ce travail de nivellement tirée du monu- 
ment lui-même. Sous cette église, il s'en trouve une autre qui nous 
ramène à l'état primitif de la colline. Ainsi primitivement le terrain 
allait à partir de la ville supérieure en une seule pente, même rapide, 
jusqu'au bord du Rhône. 

1° Basilique, Crypte, Etat primitif de l'emplacement. 

A quelle époque cette croupe de la colline a-t-elle été dotée d'un 
monument ? et en particulier de ce monument souterrain que nous 
avons appelé l'église inférieure ? Y a-t-il réellement une église infé- 
rieure ? A première vue, on serait tenté de répondre affirmativement. 
On trouve en effet au niveau du sol un édifice d'une forme très-par- 
ticulière et très-rare. C'est une petite basilique à trois absidioles 
concentriques, absolument semblables à celles que M. de Rossi a dé- 
couvertes sur la voie Ardéatine au-dessus des tombeaux de St Calixte 
et de Ste Cécile, sur la voie Appienne, etc.(i); basilique uniquement 
destinée et réservée à surmonter le tombeau d'un martyr; basilique 

(i) V. Martigny : Dict. des Antiquités, art. Basiliques. 



EGLISES ROMANES DU VIVARAIS. 



contemporaine du dernier âge des persécutions et des Catacombes, 
ou plutôt de l'établissement de la paix Constantinienne ; mais bien- 
tôt on reconnaît que, quant au reste du souterrain, ce n'est pas une 
dépendance de la basilique, ce n'est pas non plus une église spéciale, 
c'est au contraire la base, la partie inférieure de l'église d'en haut 
qu'on a coupée en deux, dans son élévation, par une malencontreuse 
voûte à la hauteur de la voûte de la basilique, pour créer un plain 
pied avec la place remblayée et aplanie elle-même. En sorte qu'il 
n'v a, à proprement parler, qu'une église, celle d'en haut, qui 
englobe à son chevet la petite basilique. Le sanctuaire et l'autel de 
l'église sont sur la voûte de la basilique. 

Le pavé de la nef de l'église est au niveau ou à peu près du sol 
de cette basilique. Et l'on va de ce sol au sanctuaire et à l'autel par 
deux escaliers à droite et à gauche, pratiqués dans l'épaisseur des 
murs latéraux de la nef. 

Quant au portail de l'église, s'il est aujourd'hui au niveau de la 
place surexhaussée elle-même et aplanie, c'est qu'on l'a remonté. 
Mais on retrouve son ancien seuil au niveau du sol de la basilique 
en contrebas de la place, et par conséquent au point même où 
descendait la pente naturelle de la colline. Tel est le monument, 
dit église St-Polycarpe, avec sa crypte en forme de basilique dont 
les trois absidioles concentriques sont englobées, absorbées, cir- 
conscrites dans l'abside unique de cette église. 

Avançons maintenant dans le passé. Dès l'origine, qu'y avait-il 
au bas de la colline, sur l'emplacement de cette crypte-basilique ? 
Nous savons que ce genre d'cdicule surmontait toujours un tombeau 
de martyr. Ici donc il y avait un tombeau. — Toute la tradition, 
tous les documents et monuments s'accordent à dire : il y avait le 
tombeau de Saint- Andéol. 

Or cette crypte-basilique a été construite (comme nous le prou- 
verons plus tardj d'un seul jet avec l'église elle-même, au plus 
tôt à la fin du IX* siècle. Et déjà à cette époque le tombeau de 
Saint Andéol avait été transporté dans une autre église, dans l'église 
neuve qui fut dédiée, à cette occas'on même, à Saint-Andéol. On 
est donc amené à conclure ou que la crypte-basilique actuelle n'a 
pas servi au tombeau, ou qu'elle a remplacé une basilique antérieure 
qui avait recouvert le tombeau. Telle est la question à étudier et à 
résoudre. 

Et d'abord rappelons-nous comment le tombeau du martvr était là. 



BOURG-SAI.\T-A\DEOL. 9 

Andéol a été mis à mort sur la rive gauche du Rhône le i^' mai (i) 
(208). Son corps jeté au fleuve est transporté par les flots sui- la rive 
droite, à l'endroit oii les rochers produisent de grandes vagues. « In 
hoc loco rapidissimi fiuvii prœgrandia saxa aqiiâ viderentiir devolvi. » 
Il y reste quatre jours et quatre nuits. Quinta igitiir jam advenerat 
dies. Le 5 mai, une dame Gallo-romaine, TuUie, secrètement conver- 
tie, vient nuitamment, avec ses serviteurs les plus éprouvés dans la 
Jbi, « cum fidelibus suis et quos probatos infide Christi habebat », en- 
lever la dépouille sacrée, et, pour ne laisser aucune trace de son 
larcin, elle dépose le trésor dans un tombeau d'enfant (2). Plus tard 
(858) on découvre le tombeau à cette même place où s'élève la Crote 
de l'église St-Polycarpe (3). Voilà en résumé la substance de tous 
les récits, de tous livres et inscriptions. 

Quelles sontles conséquences historiques à en déduire? Première- 
ment que, s'il y eut sur le tombeau l'érection d'un monument reli- 
gieux, ce ne^ fut d'abord pas apparent, puisque TuUie prit toutes 
les précautions pour cacher aux persécuteurs son intervention et 
l'objet dérobé. Secondement, ce tombeau d'enfant utilisé à la hâte 
par Tullie devait être placé librement sous sa main et lui appartenir, 
de manière à n'éveiller aucun soupçon. Troisièmement, ce tombeau 
désormais si vénérable, si précieux, ne peut être laissé comme tout 
autre, à la disposition du public, et exposé à quelque injure qui eut 
été une grave profanation. On dut le soustraire au commerce des 
payens et en réser\-er la vue ou du moins en divulguer l'existence 
au:: seuls chrétiens. Quatrièmement, le tombeau, une fois en place 
secrète et abritée, y resta à jamais (4), jusqu'à la translation de Ber- 
noin Caprès 858, opérée en toute sécurité et en grande pompe). — 
Cinquièmement, cet emplacement primitif du tombeau appartenait 
exclusivement et sans partage à Tullie, qui y trouvait toutes les 
garanties désirables de préservation indéfinie. — Sixièmement, de 
deux choses l'une; cet emplacement de tombeau était ou dans la 
maison de Tullie ou dans le prœdium attenant aux maisons romai- 
nes. 

(i) BoLLANDisTES, actti^ de St-Andéol, i" mai. 

(2) V. RoucHiER. p. 198, et éclaircissemenis, p. 515; — Mirabel, p. 94 et p. 200. 

(3) V. RoucHiER, p. 524: — Mirabel, p. 104: — Archives communales de Bourg- 
St-Andéol, sac. 2. Acta ; « in ipso dignissimè sepelivit ubi se sanctus ipse publi- 
cavit. » 

C4) Actes de St-Andéol : « ht quo loco (Ubi Tullia scum corpus dignissimè sepeli- 
vit) tantam gratiam Dominus usque hodie tribuere dignatur.»(Arch. commun., sac. 2.) 



10 EGLISES ROMAMES DU VIVARAIS. 



2° Maison et Pra'iiium de TuUic, 

Nous arrivons ainsi par des déductions rigoureuses à conclure 
que, au moins le bas de la colline, emplacement de tombeau, était 
la propriété de TuUie ; et en effet, il est facile de se figurer que 
TuUie avait une habitation au bord même du fleuve, et au couchant 
un prœdium remontant la colline au moins dans l'espace de la place 
St-Polycarpe, (peut être et probablement jusqu'à la route romaine 
tracée sur le haut de la colline, là où s'élevèrent au IX'' siècle le 
quartier neuf et l'église St-Andéol). 

Or, entre la place qu'occupait cette maison et celle où les vagues 
du Rhône avaient déposé le corps saint, il n'y a qu'une faible dis- 
tance. Le larcin put être opéré de nuit très rapidement et sans qu'un 
grand déplacement donnât l'éveil. 

Ainsi le premier monument qui renferma le tombeau fut la mai- 
son même de Tullie. — De fait, les substructions anciennes sont 
apparentes encore. Elles ont été déblayées sous l'église St-Polycarpe 
qui fut substituée à la maison ordinaire; mais elles régnent sous les 
maisons voisines, particulièrement sous celle du midi, où l'on a dû 
creuser, en 1834, les escaliers dans une matière résistante qu'on prit 
d'abord pour un rocher dur comme du marbre et qui était simple- 
ment la construction des maçonneries très-compactes d'un édifice 
disparu. 

Cette question de l'e.xistencc d'une maison ou d'un terrain appar- 
tenant à Tullie, à l'époque même, au moment même de l'enlèvement 
du corps de Saint-Andéol, de sa déposition dans le tombeau payen 
et de la place qu'occupait ce tombeau, n"a pu être élucidée que par 
les raisonnements que nous venons de faire, mais est-elle corro- 
borée, confirmée par quelque document? directement, non, nous 
n'avons pas un tc.Kte qui nous dise : lullic avait là une maison ou un 
jardin (et elle y lit à la hâte porter le corps du martyr). Pas plus 
que nous n'avons un texte qui nous dise : Tullie avait sous la main 
et dans sa famille un tombeau d'enfant fct elle v til cacher le 
précieux corpsj. — Ov ces deux questions, à savoir que Tullie était 
propriétaire du tombeau et aussi propriétaire de l'emplacement du 
tombeau, sont connexes cl similaires. — C'est par déduction (i) 

(1) V. HouciiiER, éclaircissements, p. 517. 



BOURG-SAINT-ANDEOL. II 

et non en vertu d'un texte que les historiens ont affirme que TuUie 
déposa le corps dans un tombeau de famille, c'est par déduction 
que nous ajoutons nous-mème : TuUie plaça le tout (tombeau et 
corps) dans un immeuble de famille. — Nous pourrions donc dès à 
présent nous en tenir à la conviction de ce fait que TuUie avait là sa 
résidence. 

Mais nous avons poussé trop loin la rigueur du raisonnement 
contre notre propre thèse ; il y a en effet une preuve écrite et une 
preuve orale plus directes : on trouve un accord unanime entre les 
pièces historiques et la tradition populaire, pour donner à cette par- 
tie de l'église St-Polycarpe qui est devenue le souterrain ou la crypte, 
à cette partie antique où l'on descendait vénérer d'abord le tombeau, 
puis la place qu'il avait occupée, les noms bien caractéristiques de 
la sainte Roumclo (la sainte Romaine) ou de la crota de la Bienheu- 
reuse TuUie, etc. (i). 

Et qu'on ne se hâte pas de trouver étonnante l'épithète de sainte 
appliquée à Tullie ; les écrits des temps les plus reculés et ceux des 
derniers siècles l'appellent toujours la bienheureuse Tullie, Beata 
Tiillia, la sainte Tullie. Dès le principe, ou de son vivant ou après 
sa mort, Tullie fut honorée comme sainte au point que sa maison 
se confondit avec elle-même. On allait à sa maison, comme de son 
vivant on allait à elle-même, à la sainte romaine ; — de son vivant, 
on allait à la sainte Romaine, à Tullie, pour recevoir ses conseils, 
ses enseignements, ses secours, ses aumônes, pour obtenir la faveur 
de prier au tombeau du saint ; après sa mort, on allait à sa maison, 
au tombeau du saint, non loin duquel peut-être on avait déposé la 
dépouille de Tullie, selon son propre désir, comme il arrivait si sou- 
vent dans les premiers siècles. 

Ici nous ne devons pas laisser passer une remarque qui fait ressor- 
tir le caractère national de ces populations. Si elles eussent été 
elles-mêmes romaines, absolument romanisées, elles n'auraient pas 
appelé Tullie la Romaine, ni sa maison, la maison de la Romaine, ni 
l'édicule sacré, la sainte romaine. — Mais ces convertis, ces pèlerins, 
mélangés de payens, se sentaient encore conquis, d'une autre race, 
d'une autre langue que Tullie, Tullie essentiellement romaine par le 
nom, par les mœurs, le costume, le langage, par la richesse, par la 
puissance, par la famille ; elle était probablement femme, mère ou 

(l) MlRABEL, p. 104. 



12 EGLISES RO.MANES DU VIVARAIS. 

sœur d'un fonctionnaire de l'Empire [i). — L.es populations a\aient 
le sentiment du contraste qui existait entre elles et Tullie ; elles res- 
taient au fond Helviennes, Cavares, Arécomiques, Arverniennes, Vo- 
contiennes. — Elles étaient habituées à voir des romains et des 
romaines hautains, durs, impitoyables. Et Tullie la romaine leur 
apparaissait bienveillante, secourable, pieuse (2), et un jour, dans 
le langage devenu chrétien, elle leur apparut sainte, Deata. 

Aussi la locution Sainto Roumèlo, sainte Romaine, la Romaine 
d'abord, la sainte romaine ensuite, n'aurait pas son explication, 
lorsque le monde romain eut disparu. De même que Tépithète 
Beata exige que les populations fussent devenues chrétiennes, de 
même la qualification Romaine éveille l'idée d'une contrée dont les 
habitants se considéraient encore comme Gaulois. Il est possible que, 
en parlant d'Andéol, ces peuples le désignassent par ces mots : le 
missionnaire Grec, le Grec. Quant à Tullie, sa maison, ce fut à leurs 
yeux, la femme romaine, la maison romaine d'abord ; puis avec le 
christianisme la sainte romaine, et cette locution est restée jusqu'à 
notre siècle, tant qu'ont vécu les personnes qui avaient vu le culte 
pratiqué à l'église St-Polycarpe, et que nous avons connues et 
interrogées nous-même. 

3° Confusions à éviter dans les dénominations de la crypte. — 
Crypte actuelle. 

Cependant il ne faudrait pas tomber dans une confusion à laquelle 
cette dénomination a donné lieu jusqu'ici. De ce qu'on a toujours 
appelé sainto Roumèlo l'emplacement du tombeau ou de la maison 
de Tullie ou la crypte, quelques personnes ont conclu qu'il fallait 
attribuer à Tullie le monument actuel de la crypte basilique, ou 
même la basilique antérieure que cette crypte actuelle a remplacée. 
C'est là une erreur, un véritable anachronisme. 

Sans doute il est probable, il est presque certain que Tullie lit 

(1) La richesse du tombeau (tout marbre blanc) et les noms de l'inscription : 
Julius, Tiberius, Valeriaiius, Terenlia, l'alerta, prouvent le haut patronage des 
familles romaines les plus illustres, màme impériales. 

(3) Lisez le dialogue que les actes rapportent entre Tullie et les yens du peuple 
qu'elle questionne : Filioli, leur dit-elle. Domina, rcpondcnt-ils. Crcst bien le langage 
chrétien entre riches et pauvres qui s'est substitué aux dures expressions des paycns 
parlant aux conquis et aux esclaves. 



BOL'RG-SAINT-ANDEOL. I^ 

enfouir le tombeau (i), si déjà il ne l'était, et construire par dessus 
une voûte, une arcosolium, une crypte, crota, mais nous ne pensons 
pas qu'elle osa ériger une petite basilique destinée à mettre en évi- 
dence cet hypogée et ses accessoires. Nous l'avons dit, une œuvre 
pareille devenait monumentale et par conséquent téméraire, directe- 
ment contraire au but qu'on poursuivait, qui était de soustraire le 
corps à la destruction. 

En outre, ces basiliques à absidioles concentriques ne furent adop- 
tées à Rome même, d'où partait toute idée nouvelle, qu'à la paix 
Constantinienne ou peu auparavant. Comment supposer que ce type 
d'édifice chrétien eut été vulgarisé dans les Provinces lointaines, en 
pleine activité de persécution, au début du 3*^ siècle ? Il faut donc 
scinder cette assertion pour y trouver quelque valeur ; il faut admet- 
tre que la basilique proprement dite ne remonte pas à Tullie ; mais 
que Tullie a pu entourer le tombeau de murs protecteurs, le placer 
en un caveau voiité ou crota. 

En second lieu, on ne peut nier que la basilique actuelle n'ait été 
bâtie par les architectes mêmes de l'église St-Polycarpe, pour lui 
servir de crypte. Il est vrai qu'à la crypte les lettres abondent (A, P, 
M, S, E, Nj, tandis qu'à l'église ce qui domine, ce sont les tailles de 
pierre en fougère, barbe de plume, etc. Mais le reste est identique : 
les appareils, les mortiers, le coup de l'angle de la truelle dans les 
joints, etc. Il y a unité parfaite dans tout ce monument, unité de plan, 
d'élévation; unité de construction, de main d'œuvre. 

Néanmoins tout en reconnaissant que la basilique crypte actuelle 
est bien d'une construction postérieure à la paix Constantinienne et a 
toujours fait corps avec l'église actuelle, nous avons des motifs de 
croire qu'elle est la reproduction ou la copie d'une basilique anté- 
rieure, bâtie à l'époque de Constantin, sur l'hypogée très-simple, 
très-rudimentaire édifié à la hâte par Tullie. 

L'ordre chronologique vient ici à notre aide. L'église St-Polycarpe 
tut construite après celle de St-Andéol, puisque celle-ci était à peu 
près terminée au moment de la découverte, en 858, et reçut immé- 
diatement {2) le tombeau du saint. L'édicule qui l'avait contenu, fut 

(i) V. MiRABEL, p. 104, loc, cit. a diu per multa tempora latuerat sub crypta in 
profundo a beata Tullia conditus. » 

(2) V. RoucHiER, p. 605, Actes de l'invention du corps de St-Andéol: « Inven- 
tum j:orpus de sepulcro elevaverunt, consilio arrepto ut sci martyris corpus in eccle- 
6ia sci Stephani ac sci Joannis in sublime erectam mirificè constructa nobilissimam 
domum ipsum sanctum collocare deberent, quod ita fecerunt. » 



14 ÉGLISES ROiMANES DU VIVAUAIS. 

ainsi dépouillé, mais évidemment il resta l'objet de la plus grande 
vénération. Or cet édicule devait se trouver dans un état complet de 
ruine : rien à l'extérieur ne l'avait rendu reconnaissable aux yeux de 
Bernoin et de ses contemporains. Ce qui en restait confondu avec 
l'hypogée primitif de TuUie n'était plus en état convenable pour être 
le sous sol d'une église paroissiale quon allait élever en l'honneur 
de St-Polycarpe. Les architectes carlovingiens furent réduits à con- 
sommer la démolition de ces débris informes ; mais en dédomma- 
gement, ils en perpétuèrent le souvenir vénérable par la construction 
de la basilique-crvpte actuelle, qui conservait la disposition parfaite 
et les exactes dimensions de l'ancienne. 

En effet, si Ion se rend bien compte du plan de cette église, on 
voit sur le champ qu'à cause de l'étroitesse du terrain, les architectes 
ont dû recourir à un procédé tout à fait artificiel pour les escaliers 
de service public : ils les ont placés dans l'épaisseur des murs laté- 
raux en les réduisant à une largeur d'environ o ™, 50 c. Et tout cet 
agencement très-ingénieux, mais encore plus incommode, par quoi^ 
fut-il nécessité > si ce n'est par les proportions relativement spacieuses 
de la basilique primitive qui s'imposaient. Si l'on eut été libre, en 
réduisant cette crypte sur ses côtés, on pouvait aisément trouver 
l'espace de deux séries de marches latérales partant du sol pour la 
nef et aboutissant à air libre au sanctuaire et à l'autel. De même 
pour les niveaux du pavé, on aurait établi le même sol pour la nef 
et pour la crypte. En un mot, taillant dans le neuf, on aurait pu se 
donner la satisfaction de rappeler l'ancien hypogée de TuUie, ou le 
monument subséquent, en ménageant pour cette nouvelle crypte et 
pour son église enveloppante des proportions respectives qui se se- 
raient parfaitement harmonisées avec les facilités des services reli- 
gieux. 

Point du tout: les carlovingiens se sont astreints à ces difficultés 
fqui amèneront plus tard la suppression de ces escaliers et feront jeter 
dans la nef une voûte intermédiaire pour mettre de plain pied le sol 
extérieur et le dessus de la cryptej, leur génie inventif n'a pas reculé 
devant cette combinaison incommode au plus haut point, unique- 
ment parce que avant tout, par-dessus tout, il lallait conserver dans 
son intégrité apparente, sauver en quelque sorte dans son identité 
formelle l'édicule primitif, la basilique vide et dépouillée, mais à 
jamais sanctifiée par le séjour du tombeau cl du saint durant plus 
de six cents ans. 



BOURG-SAIN'T-ANDEOL. I5 

Au reste, si les architectes n'avaient pas été amenés à construire 
cette basilique en réminiscence respectueuse et pieuse d'une basili- 
que antérieure disparue par la force des choses, il faut avouer qu'ils 
auraient fait une belle œuvre sans but réel. Les textes historiques 
déjà cités nous attestent que, aussitôt découvert, aussitôt le tom- 
beau fut porté, avec l'intention irrévocable d'y être laissé, dans la 
nouvelle église du quartier haut. Les architectes de St-Polycarpe 
furent donc bien avertis que leur nouvelle crypte resterait vide. 
Ils pouvaient sans doute en bâtir une, soit comme souvenir, soit 
comme élément élégant d'architecture : mais si aucune forme passée 
ne s'imposait à leur conception, à quoi bon chercher celle qui était 
la plus compliquée, la plus perfectionnée, la plus difficile à exécuter, 
la plus vaste de capacité, la plus encombrante en un mot, pour n'y 
donner aucun emploi, pour n'en tirer aucune utilité, dans le but 
bien certain et bien conscient de la laisser à l'état de hors d'œuvre, 
et cependant avec la volonté arrêtée de sacrifier à cet organe délaissé 
toute la commodité dd service de l'église, tout l'espace réclamé par 
la libre circulation entre la nef et l'autel ? 

Une dernière considération favorable à l'existence d'une basilique 
primitive constantinienne peut être tirée de la déviation des deux 
axes de la crypte et de l'église. Ici ce n'est pas une simple question 
de symbolisme. La maison de TuUie bâtie au bord du fleuve avait 
sa façade oi^ientale parallèle au fleuve, et c'est encore la façade exis- 
tante de ce côté: or l'axe de cette maison, qui était celui de la basili- 
que qu'elle renfermait, est aussi l'axe de la crypte actuelle. Au con- 
traire la nef prolongée au couchant sur la place St-Polycarpe a sa 
façade parallèle au côté de cette place, et son axe en tire sa direction. 
Ces deux axes ne coïncident pas, parce que les deux façades extrê- 
mes du quai et de la place ne sont pas parallèles. La divergence est 
commandée par la disposition topographique des constructions pri- 
mitives, antérieures à la reconstruction générale. 

Donc la basilique actuelle, œuvre des carlovingiens ou de leurs 
successeurs, est en définitive la reproduction d'une basilique primi- 
tive érigée (au IV* siècle?), sur l'hypogée de Tullie. 

C'est que, en etlet, à l'époque constantinienne, à ce moment de 
sécurité officielle, de protection gouvernementale et de foi populaire 
très-vive, il dut y avoir une exaltation du tombeau (i); on dut l'ou- 

(i) V. RoucHiER, éclaircissements p. 502; — Mirabel, I" part., chap. i à 3, p 
103-127. 



l6 ÉGLISES ROMANES DU VIVARAIS. 

vrir, on dut cueillir quelques fragments du corps, des vêtements, des 
linges imbibés de 'sang. On dut y mettre en contact des objets desti- 
nés à être conservés et vénérés. — De là certaines reliques de Saint- 
Andéol dont on trouve mention en des localités assez éloignées où 
son culte était florissant, et où ces objets existèrent bien avant le 
IX' siècle, c'est-à-dire bien avant la découverte du tombeau et du 
corps par révêqueBernoin (858) (i). — Mais surtout, au début de cette 
ère de pacification et de triomphe religieux, on dut mettre enfin le 
tombeau en évidence, l'on dut lui donner une gloire extérieure par 
l'érection d'un monument apparent et conforme au goût du temps, 
par l'érection d'une basilique. 

4" Eglise élevée sur le tombeau. 

De plus on dut transformer la maison de Tullie en église (la tra- 
dition veut qu'il y ait eu dès lors une église paroissiale), ou la raser 
pour construire sur la petite basilique recouvrant la crote du tom- 
beau un vaisseau spacieux et mieux accommodé au service religieux 
et à l'affluence des pèlerins. 

Or cette première église enveloppait-elle, comme plus tard celle qui 
subsiste, la basilique entièrement ? ou seulement n'était-elle qu'une 
nef construite au couchant et prolongeant la basilique vers la colline, 
la basilique restant à l'état d'abside ? nous inclinerions pour cette 
dernière solution. En effet, au levant, au chevet de la basilique, nous 
retrouvons la base du chevet carlovingien, sans la moindre trace de 
maçonnerie antique. Au contraire à partir de l'entrée de la basilique 
et vers le couchant, sous la nef carlovingienne, les fondations sem- 
blent contenir quelques fragments de constructions archaïques. 

Mais en même temps que nous croyons à l'existence d'une église 
antérieure à celle qui subsiste, nous avons quelques motifs de pen- 
ser que cette église prunitive n'avait pas une nef aussi allongée au 
couchant sur la façade que celle d'aujourd'hui. — Si l'on sort de 
l'église St-Polycarpe, on remarque qu'au dehors sa façade dépasse 
précisément de la largeur d'une travée l'alignement des maisons 
adjacentes, qui sont l'antique presbytère contigu construit en appareil 
spicatum moyen âge ("aujourd'hui couvert d'un crépissage moderne), 

(1) V. HouciiiFR, p. 503-509; MiRAnKi-, p. 123; Giillia CItiist., t. VII, c. 41O; 
Annale!; ordinis SU JfeueJicli, par Madii i.on, t. V. 



BOURG-SAINT-ANDÉOL. l^ 

et qu'elle empiète d'autant sur la place. Ne peut-on pas en conclure, 
que la nouvelle église (actuelle) a été allongée de toute cette travée 
par rapport à l'église ancienne disparue. 

Que devint ce premier temple chrétien élevé sur la petite basilique 
ou en son prolongement occidental ? La réponse est dans le récit 
des invasions et guerres des V% VI^ et VII' siècles : toutes les hordes 
barbares se ruèrent dans la vallée du Rhône et la livrèrent aux 
plus effroyables dévastations. Des villes entières disparurent, pour 
ne plus se relever. La capitale des Hel viens, Alba Augusta (Aps), à 
dix-sept milles du tombeau de St-Andéol, fut anéantie (i). — A un 
moment donné, la basilique fut recouverte des décombres soit de 
l'ancienne maison de Tullie qu'on avait adaptée au service religieux, 
soit de l'église supérieure ou juxtaposée, au point de ne plus laisser 
de traces apparentes, alors même que, après ou entre ces ravages, 
on eut peut-être plusieurs fois remanié et relevé les ruines. L'histoire 
en effet mentionne, dans les intervalles pacifiques de ces époques 
troublées, une dévotion persévérante envers le martyr ; une affluence 
incessante de pèlerins qui venaient sur ces emplacements sanctifiés 
par la tradition du passé et par les consolations du présent. On 
allait à la sainte Roumèlo, sans plus savoir où était la crypte ni le 
tombeau. 

Un exemple entre mille et tout récent confirme nos présomptions. 
Depuis les vandalismes calvinistes jusqu'à ces dernières années, on 
avait totalement perdu la trace de la crypte et du tombeau de St- 
Gilles, si célèbre pourtant. On se contentait de venir prier dans les 
restes de l'église supérieure. Et cependant la crypte, cette crypte 
immense, et le tombeau, étaient restés intacts. — On peut supposer 
que les chrétiens eux-mêmes (comme firent les catholiques de St- 
Gilles) furent les premiers empressés à dérober aux barbares l'édi- 
cule précieux par des terrassements, des remblais et même des 
constructions épaisses (2). 

Quoiqu'il en soit de ces reconstructions à travers les âges, les 
peuples fidèles à la tradition leur appliquèrent toujours les vieilles 
appellations latine et romane de crota beatœ Tulliœ, et sainto Romelo. 

Et, pour résumer cette question, nous pensons que ces dénomi- 
nations ne se rapportent pas exclusivement et restrictivement au 
monument tel qu'il nous reste et qui est la crypte basilique (carlovm- 

(1) V. ROUCHIER, p. 215 ; MiRADEL, p. II >, ctc. 

(2) V. BouGAUD, Découverte du tombeau de St-Bénigne, p. 263. 
Bull. VI. 1886, 2 



i8 eglis.es ro.manes du VIVARAIS. 

gienne ?) mais bien à toutes constructions qui ont pu être élevées sur 
l'emplacement du tombeau, sur le tombeau lui-même, emplacement 
invariable depuis TuUie ; à toutes ces maçonneries qui, avec la 
diversité des temps, se superposèrent au tombeau, pour le protéger 
d'abord, pour l'honorer ensuite, soit caveau primitif ou hypogée, soit 
basilique à trois absides, soit crypte dernière ; — tout cet ensemble 
fut désigné par ces mots crypte ou crota de Tullie.et sainte Roumcle. 

Ç Confusions à éviter dans la dénomination 
de réglise elle-même. 

A cette première confusion introduite dans le langage pratique des 
historiens et des archéologues, au sujet de la basilique, crypte de 
Tullie et sainte Roumèle, est venue s'en joindre une autre relative- 
ment au vocable des diverses églises qui ont pu être élevées sur 
cette basilique. On les a toutes appelées église de St-Polycarpe. 
Tant que cette appellation n'a d'autre prétention que de désigner 
d'une manière générale le monument religieux, le temple situé sur 
le tombeau ou sur son emplacement, il n'y a pas à discuter ; mais 
si l'on veut entendre par là que le patron, l'unique pati'on de toutes 
ces églises successives, ruinées et relevées, fût St-Polycarpe, tou- 
jours, et dès le premier édifice, nous n'osons l'affirmer. 

Sans doute Andéol dut fonder et répandre la dévotion au saint 
Patriarche de Smyrne, qui l'avait formé et ordonné sous-diacre, et 
qui avait couronné sa longue existence apostolique par un si beau 
martyr ; sans doute encore les fidèles conservèrent précieusement 
le souvenir littéral de la prière qu'Andéol, au moment d'expirer, 
adressa à son bienheureux père saint Polycarpe. 

Sans doute encore dans la suite des siècles, lorqu'on voudra faire 
ressortir l'antiquité de la paroisse qui se constitua sur le tombeau 
du martyr, les historiens, les jurisconsultes, les hommes d église 
réguliers et séculiers, les procédures de juridiction, diront, écriront 
que la paroisse de Saint-Polycarpc est la première de toutes celles 
de la ville, que c'est celle qui fut formée avec le premier groupe des 
chrétiens, etc. Tout en supposant qu'il en soit ainsi, nous ne voyons 
nulle part la preuve de cette constante et originaire dédicace à St- 
Polyè'arpe. — Au contraire, nous connaissons le motif incontesté de 
celte dédicace de l'église et de la paroisse, à partir du miracle de la 
découverte du tombeau et du corps de St-Andéol par Bernoin, en 



BOURG-SAINT-ANDEOL. ïÇ 

858 (i). C'est à St-Polycarpe qu'on attribua cette révélation, c'est 
à St-Polycarpe qu'on dédie l'église de l'emplacement du tombeau, 
puisque saint Andéol lui-même la quittait pour aller prendre posses- 
sion de la nouvelle et grande église déjà commencée par Bernoin sur 
le plateau supérieur de la ville. 

En un mot, nous pouvons admettre que, autour du tombeau se 
forma une ancienne paroisse et sur le tombeau s'éleva une ancienne 
église paroissiale. Mais ce n'est qu'au IX^ siècle que nous sommes 
en droit historique strict d'appeler cette église et cette paroisse 
Eglise et paroisse St-Polycarpe. L'usage, bien entendu, ne comptant 
pas avec ces scrupules scientifiques, a permis d'étendre la dénomi- 
nation de St-Polycarpe à toute église qui de tous temps fut élevée 
sur le tombeau ou sur son emplacement (2). 

(La fin au prochain numéro.) 

Auguste Paradis. 

(i) V. RoucHiER, p. 605, Actes de l'invention du corps de St-.\ndéol : « Beatus 
Polycarpus locum ubi scus martyr quiescebat pernotavit... quam mulli etiam viri 
simul ac feminœ hanc visionem e.xperti sunt. » 

(2) Dans cette dissertation, il nous est arrivé d'employer les mots architectes 
carlovingiens, église carlovingienne, crypte carlovingienne, nef carlovingienne ; — 
nous n'entendons pas affirmer ain^i que St-Polycarpe, sa nef, sa crypte, etc. soient 
réellement l'œuvre d'architectes ayant vécu au IX= et au X* siècle, ni même au XI= ; 
nous voulons seulement rattacher ce monument aux procédés des écoles carlovin- 
giennes. — Mais comme on le verra dans la suite, les caractères archéologiques de 
l'édifice ne peuvent fournir sa date exacte et laissent le champ libre aux conjectu- 
res qui la placeraient plutôt au X' et au XI=, peut-être même au début du XI1=, qu'à 
la fin duIX=. Il n'en reste pas moins vrai que St-Polycarpe est bâti d'après le type 
carlovingien, dont St-Andéol est un exemplaire si authentique. 









LA CONGRÉGATION DE LA SAINTE-PÉNITENCE 



Maisons hospitalières du Briançonnais en 1228 



J"ai communique en 1883 à la Sorbonne, en traitant l'une des 
questions du programme de cette réunion savante, quelques recher- 
ches sur les maisons hospitalières existant au moyen âge dans le 
département actuel des Hautes-Alpes. Dans ce travail, dont les ré- 
sultats étaient reportés sur une carte, je démontrais, en me basant 
sur l'emplacement par moi retrouvé de 75 hôpitaux, maladreries, 
léproseries ou maisons de refuge qui, fort rapprochés l'un de l'autre, 
jalonnaient nos routes au moyen âge, cjue ces routes avaient suivi à 
peu de chose près le même tracé que les voies antiques qui les 
avaient précédées. Il était donc d'une extrême importance, ajoutais- 
je, de relever avec soin et ces routes et les hôpitaux qui en préci- 
saient l'emplacement, car c'était le plus sûr moyen de retrouver 
celui des voies romaines (i). Quant au régime intérieur de ces mai- 
sons hospitalières, je n'avais pu en dire que fort peu de chose, les 
documents me faisaient en effet défaut pour tenter de traiter cette 
question autrement e|uc d'une manière très superficielle. Je me con- 
tentai donc d'afiirmer que ces maisons hospitalières, placées la plu- 
part sous le vocable de sainte Marie-Madeleine, étaient desservies 
par une congrégation de religieux portant le nom de fralrea bcatce 
Mariai Maf^dalcnœ et placées sous la direction d'un supérieur qui 
avait le titre de preccplor. Un très petit nombre de ces précepteurs 
étaient connus et les règles de la congrégation à laquelle ils appar- 



d) Je ne voudrais pas être soupçonne du désir de clicrchcr à in'nppropricr celle 
théorie. Depuis longtemps M. Guicui;, ;ucliivislc du Uhnne. la développée dans un 
excellent ouvrage. 



LA CONGREGATION DE LA SAINTE-PENITENCE. 2 1 

tenaient étaient absolument ignorées. Chaque maison était-elle in- 
dépendante ou bien étaient-elles rattachées l'une à l'autre par un lien 
commun ? c'est ce qu'il était impossible de dire. 

J'ai trouvé tout dernièrement aux archives de l'Isère, dans le volu- 
me coté B, 2Q93 (2" partie, n° 51), un document qui jette un nou- 
veau jour sur la vie intérieure de ces communautés, et sur ce côté 
si peu connu de notre histoire ecclésiastique. Ce sont les statuts de 
Tordre ou plutôt de la congrégation de la Sainte-Pénitence, fondée 
en 1228 par le prêtre Bontoux dans le but de desservir les maisons 
hospitalières du Briançonnais. 

Ce Bontoux, dont le nom est latinisé sous la forme bizarre de Bo- 
nustos', nous apprend lui-même dans le courant de ces statuts qu'il 
était originaire du Champsaur et qu'il devait recueillir dans cette 
vallée quelques propriétés provenant de l'héritage de son père et de 
sa mère. 11 existait, en effet, dans le Champsaur une famille noble 
du nom de Bontoux, qui possédait des biens autour de Corps, une 
partie de la seigneurie de la Salette et s'éteignit seulement au 
XVII« siècle. 

Quoi qu'il en soit de la famille du prêtre Bontoux, la plus ancien- 
ne mention que je connaisse de ce personnage se trouve dans un 
acte du 24 août 1220, où il parait comme témoin ; c'est la donation 
de la terre de Saint-Laurent-du-Cros par Henri de Montbrand au 
chapitre de Saint-Arnoul de Gap (i); Bontoux y porte le titre mo- 
deste de clerc. Huit ans plus tard, je le retrouve revêtu de l'ordre de 
la prêtrise et fondant au village de Villard-la-Madeleine (2) en Brian- 
çonnais, un hôpital, une église sous le vocable de sainte Madeleine, 
saint Laurent et saint Maxime, un cimetière, et créant l'ordre ou 
plutôt la congrégation de la Sainte-Pénitence pour le soulagement 
des malades et des voyageurs. Voici les principales dispositions des 
règles de cet ordre. 

Bontoux promet de ne jamais quitter le Villard-la-Madeleine, chef 
de son ordre ; ses confrères devront y revenir de temps en temps 
auprès de lui de leur vivant et leur corps y reposera après leur mort. 

L'habit des religieux sera blanc ; ils porteront une tunique, un 
scapuiaire, un manteau, des chausses et des sandales. Ils ne pour- 
ront enlever la nuit que leurs sandales et leur manteau. Leur lit sera 
de paille recouverte de feutre. 

(i) Arch. de l'Isère, B. 2,992, n" 262. 

(2) Ou Villard-Laté, petit village de la commune de Saini-Chaffrey, canton de 
Briançon (Hautes-Alpes). 



22 MAISONS HOSPITALIÈRES DU BRIANÇONNAIS EN 1228. 

L'ordre tiendra deux chapitres par an, de trois jours chacun ; 
l'un au jour de la Nativité de la Vierge où l'on s'instruira mutuelle- 
ment, l'autre à l'Ascension où l'on s'accusera des fautes involontaires 
que l'on aura pu commettre. 

Les frères laïques réciteront à matines et aux heures suivantes un 
certain nombre d'oraisons dominicales et d'.4i'e Maria. Le nombre 
en est diminué pour ceux qui se livrent à un travail manuel. 

Les prêtres feront chaque jour leurs fonctions ecclésiastiques ; 
une messe sera dite quotidiennement pour les bienfaiteurs de l'or- 
dre, pour le Pape, l'archevêque d'Embrun, les évêques de Grenoble, 
Gap et Maurienne, le dauphin, les rois et autres princes. 

Dans chaque maison de l'ordre on dira trois messes à Noël et on 
donnera à chacune d'elles trois deniers à l'offrande ; à la Purifica- 
tion, sept messes ; à l'Annonciation, de même ; à la Nativité de la 
Vierge on célébrera sept messes, on donnera un denier et un cierge 
à chaque célébrant et un cierge à chaque clerc ; le jour de la fête de 
sainte Marie-Madeleine on dira quatre messes ; sept le jour de 
l'Assomption, ainsi que le jour de l'Incarnation. Chaque samedi une 
messe sera dite en l'honneur de Notre-Dame et de sainte Marie- 
Madeleine. 

Pendant trente-deux ans et demi l'ordre fera célébrer trente-deux 
mille sept cents messes, en l'honneur du nombre d'années que 
Jésus-Christ a passé sur la terre ; mille chaque année et sept cents 
pendant la dernière demi-année. 

Le jour de Noël on nourrira et on habillera treize pauvres ; le 
jour de l'Incarnation, de Pâques, de l'Annonciation et de la Purifica- 
tion on nourrira treize pauvres ; le jour de la fête de S. Thomas on 
nourrira treize pauvres, on leur lavera les pieds et on leur fera un 
cadeau ; le jour de la Nativité de la \^iergc on distribuera à la porte 
du monastère soixante sétiers de pain, treize de blé et treize de sel, 
on nourrira trente-trois pauvres et on donnera un pain à chacun 
d'eux ; les jours de la fête de saint Jean-Baptiste, de la Nativité, de 
saint Pierre et de saint Paul, de sainte Madeleine, le jour de l'As- 
somption et de la Toussaint treize pauvres seront nourris et trente 
le jour de la fête de la Nativité de la Vierge. 

On donnera, s'il est possible, une garniture de courtines aux fem- 
mes en couche. 

Les frères ne mangeront jamais de viande, sauf dans le cas de 
grave maladie. Ils feront trois carêmes ; le carême ordinaire, un se- 



LA CONGREGATION DE LA SAINTE-PENITENCE. 23 

cond de Pâques à la Pentecôte, et un troisième de la Saint-Martin 
à la Noël. Ils jeûneront au pain et à l'eau les jours suivants : les 
veilles de Noël, delà Purification, de l'Annonciation, de l'Ascension, 
de la Pentecôte, de saint Jean-Baptiste, de sainte Madeleine, de 
saint Laurent, de l'Assomption, de la Nativité de la Vierge, de la 
Toussaint, de l'Incarnation, de la fête de chacun des Apôtres, et les 
jours de vigile prescrits par l'Eglise. Les frères pourront porter un 
cilice. 

Le vendredi sera le jour des confessions publiques. Si un frère 
manque à la continence, il recevra la discipline trois mois durant ; il 
prendra ses repas à genoux au milieu du réfectoire et à la fin cha- 
que assistant le frappera de verges au chant du Miserere. S'il ne 
s'amende pas, on le fera changer de maison. 

L'ordre de la Sainte-Pénitence fut fondé en mémoire du Saint- 
Sépulcre, de la terre de Jérusalem et de la croix de Jésus-Christ, 
a\ec l'approbation du Pape, de l'archevêque d'Embrun et des 
prélats de la sainte Eglise, le 14 octobre 1228, au Villard-Ia- 
Madeleine. 

Voici les noms de ses premiers adhérents : Bontoux, prêtre, qui 
donne tous les biens qui peuvent lui revenir en Champsaui de l'hé- 
ritage de ses père et mère, pour les distributions à faire le jour de 
la Nativité de la Vierge ; Jean ; Pierre, procureur de l'ordre ; Guil- 
laume ; Petron ; Julien ; Jean de Chamandrin (i) ; Othon du Pi- 
net (2) ; Pierre Rogier : Reynaud son fils ; Etienne Fabri ; Martin 
Rambaud ; Christophe ; Hugues, chapelain de Paris (3) ; Jean Douzan ; 
Jean, chapelain des Costes (4) ; Guillaume des Costes, clerc; Martin 
de Lauren ; Arnaud de Bardonnèche (5), prêtre ; Vincent ; Reclus, 
prêtre d'Embrun ; Ponet Garcin, prêtre ; Guigues Doit et Floris sa 
femme, membres participants aux prières. 

Quant aux maisons qui dépendaient de l'ordre de la Sainte- 
Pénitence en 1228, c'étaient celles du Villard-Ia-Madeleine, chef 
d'ordre , l'hôpital de Lautaret (6) ; celui de Lans (7) ; celui de Cer- 

(i) Hameau de la commune de Briançon. 

(2) Hameau de la commune du Puy-Saint-Pierre. 

(3) Hameau de chalets, commune de la Grave. 

(^) De nombreux villages portent ce nom dans les Alpes, ]"ignore duquel il s'agit 
ici et dans les mots suivants. 

(5) Commune aujourd'hui en Italie. 

(6) Hospice encore existant, commune du Monêtier-de-Briançon. 

(7) Probablement .Mont-de-Lans en Oisans (Lansenum). 



24 -MAISONS HOSPITALIÈRES DU BRIANÇONNAIS EN 1228. 

cen (i) : et la maison de refuge du col la Croix (2) nommée la mai- 
son du nuage de Lucerne (in niibe de Lucerna) (3) 

Les règles que je viens d'analyser ne présentent, comme on peut 
en juger, aucun caractère bien exceptionnel ; leur originalité la plus 
tranchée consiste dans l'affectation de leur rédacteur à faire interve- 
nir à tout propos le chiffre treize, sans doute en l'honneur de 
Jésus-Christ et de ses douze apôtres. 

11 est certain que le prêtre Bontoux ne fut pas le créateur, mais 
seulement le réformateur de l'ordre de la Sainte-Pénitence. Cet or- 
dre auquel il imposa un nom et une règle existait antérieurement 
sous le nom de frères de Sainte- Marie-Madeleine. On peut 
lire, en effet, dans le cartulaire d'Oulx une transaction du 5 des 
calendes d'août (28 juillet) 1228 entre Guigues . prévôt d'Oulx, 
Antelme, desservant de la paroisse de Saint-Chaffrey, et les frères de 
sainte Marie-Madeleine, qui avaient édifié une église et établi un 
cimetière dans le village du Villard-la-Madeleine (4J. Il y est stipulé 
que les droits du curé relativement aux inhumations demeureront 
intacts ; que le cinquième des revenus de l'église nouvelle lui appar- 
tiendra ; que le recteur du 'Villard-la-Madeleine prêtera hommage 
au prévôt d'Oulx ; qu'une association de prières sera établie entre les 
deux maisons, dont les supérieurs seront traités sur un pied d'égalité. 

Les frères de sainte Marie-Madeleine, qui paraissent dans cette 
charte deux mois avant la rédaction des statuts de l'ordre de la 
Sainte-Pénitence, sont certainement les mêmes qui, une fois réfor- 
més par le prêtre Bontoux, changèrent de nom. 

Quelle fut la durée de cette congrégation ? Elle fut sans doute 
très courte ; il existe, en effet, dans le même manuscrit B. 2,993 <^^s 
archives de l'Isère, qui nous a fourni les statuts que nous venons 
d'analyser, une charte du dauphin Guigues, datée du deuxième jour 
après la Circoncision 1228 (le mercredi 3 janvier 1229), par laquelle 
ce prince concède aux moines de l'abbaye d'Oulx, suivant la règle 
de saint Augustin, l'hôpital de Sainte-Madeleine du Lautaret qui 
était possédé auparavant par le prêtre Bontoux. 

(i) j'ignore ou se trouve cette localité. 

{2) Col au fond du Queyras entre la France et llialie ; un refuge v a été cons- 
truit depuis peu. 

("3) Ce nom vient vraisemhlahlcment de ce que cotte maison était construite dans 
les nuages couronnant le» montagnes au pied desquelles est la vallée de Lucerne 
dtaliej. 

(■t) Ulctetise chartarium, p. 49. 



LA CONGRÉGATION DE LA SAINTE-PENITENCE. 25 

Pourquoi le Dauphin cessa-t-il d'accorder sa protection à la con- 
grégation qui desservait l'hôpital du Lautaret et lui enleva-t-il ainsi 
sa plus riche possession ? Je l'ignore, sa charte ne nous l'apprend 
pas et je n'ai trouvé aucun document qui put me renseignera cet 
égard. Peut-être fut-il peu satisfait des réformes introduites dans 
son règlement et ne les juga-t-il pas destinées à produire des résul- 
tats utiles. Quoi qu'il en soit, à partir de cette date, je n'ai plus trouvé 
aucune mention de l'ordre Briançonnais de la Sainte-Pénitence, ni 
des maisons hospitalières du Villard-la-Madeleine et du col la Croix, 
et le monastère d'Oulx posséda paisiblement jusqu'au X\^' siècle 
l'hospice du Lautaret. 

Du reste, la congrégation des frères de Sainte-Marie-Madeleine 
n'avait pas unanimement adopté la réforme de 1228; elle subsista 
longtemps après cette époque sous son ancien titre et ne disparut 
qu'au XVl^ siècle. Au XX"" elle était sous la direction d'un abbé 
général ; j'ai retrouvé le nom de deux de ces personnages et ils 
étaient d'Embrun. 

Je dois dire en terminant et comme simple renseignement, que 
plusieurs autres maisons hospitalières du Briançonnais, telles que 
l'hospice du Mont-Genève, fondé le 6 mai 1202, étaient sous la 
direction des moines du prieuré de Romette près Gap, de l'ordre de 
Cluny. D'autres encore, telles que le Saint-Sépulcre de Chorges, 
Saint-Pancrace de la Bàtie-Neuve, la Pierre-Sainte de l'Argentière, 
appartenaient à l'abbaye de Boscodon, de l'ordre de Chalais. Un plus 
grand nombre encore étaient possédées par les ordres de Saint- 
Jean-de-Jérusalem, de Saint-Antoine ou la congrégation de Sainte- 
Marie-Madeleine (i\ 

J. Ro.MAN. 

(i) A Saint-Jean-de-Jérusalem appartenaient les hôpitaux de l'Argentière, delà 
Madeleine de la Luye, de Saint-Jean de Ribiers, de la Madeleine de Tallard et de 
la Roche des Arnauds, de Moydans, de la Chapelle de Savines ; à Saint-Antoine 
ceux de Saint-Antoine de Bannes, de Saint-Grégoire d'Avançon,de la Madeleine de 
Larra, de Saint-Antoine du Vivas ; aux frères de Sainte-Marie-Madeleine ceux 
de Chauvet près Gap, de Lardier, de Rourebeau à Upaix, de la Madeleine de 
Veynes, d'Aspres, d'Embrun, etc. 



HISTOIRE RELIGIEUSE 



PONT-EN-ROYANS 

(ISÈRE) 
ÇSitite) 

->5*OoocOi^*- 



Le 24 mars 1547, des lettres patentes de ce Chapitre portaient 
union du même prieuré à la mense conventuelle, et un décret du 
même Chapitre général ordonnait que le chapitre du monastère en 
serait mis en possession en la personne de son procureur ; puis, le 
30 du même mois, en vertu d'une procuration de la veille, les frères 
Jacques Thozel et Etienne Bertholinat prenaient possession du 
prieuré du Pont, au nom du chapitre fi). 

m. — Prieuré nouveau. 

Par sa réunion à la mense conventuelle de l'abbaye de St-Antoine, 
le prieuré du Pont perdit forcément de son autonomie. En mai 1550, 
ce sont « vénérables personnes Jacques Tousel, grand secrestaing, 
et Michel Gottafrey, brasier du prieur de St-Anthoine », qui louent 
« le fourt du Pont » à Thomas du Sert pour trois ans au prix de 
84 florins en tout, et qui louent à Jacques Terrot deux prairies du 
prieuré. En avril 1552, c'est le chapitre de St-Antoine qui oblige 
François Terrot à payer la dîme du vin pour une vigne que ce der- 
nier avait acquise du seigneur du Pont, et qui en avait été exempte 
jusque-là. 'Vers 1561, c'est le chapitre qui reçoit les reconnaissances 
et fait les albergements pour le prieuré ; ce sont religieuses per- 
sonnes les grand prieur, couvent, religieux et chapitre de la grande 
abbaye de St-Antoine qui transigent avec les (Chartreux de Bouvanle 
au sujet de biens que ceux-ci ont dans la dimerie du Pont. Au sur- 
plus, la cure de ce lieu ayant passé aux Antonins par le don que le 
pape Paul III en avait fait à frère Jean Villars, il semblait que le 
zèle et la charité dussent s'exercer et se développer désormais avec 

(i) Arch. et fonds cit.; — E. Pu, or nr, Tiioufy, ubi sup.. p. 223. 



DE PONT-EN-ROYANS. 27 

un accord plus facile. Mais un mal secret paralysait la communauté 
du Pont et trompait ces espérances. 

Ce mal n'était autre que l'affaissement dans lequel étaient alors 
les affaires et surtout la régularité de l'ordre entier de Saint-Antoine. 
Tous les membres de ce grand corps en éprouvaient les atteintes, et 
nous sommes obligé de dire que, au Pont, quand la cure passa 
d'un séculier à un régulier, les réguliers s'étaient presque sé- 
cularisés. Divers actes, entre autres le bail de 1542 cité plus haut, 
nous représentent ceux-ci comme ayant des intérêts pécuniaires 
privés. 

Cependant, ces mêmes actes prouvent que le sacristain et les sim- 
ples religieux occupaient ensemble le prieuré et y avaient table 
commune. N'est-ce pas ce qui ressort d'une « promesse » du g juin 
155 1, « faicte à la faveur desdicts religieulx par Jacques Terrot, 
bouchier du Pont, de leur fornir durant l'espace de iii années de 
chair de mouton et de bœufs à raison le mouton la livre viij d. et le 
bœufs vj d. ? » (i) 

Mais, hélas ! régularité, services canonial et paroissial, jusqu'à 
l'existence même des religieux et des prêtres, étaient à la veille de 
sombrer complètement au milieu de la plus affreuse tempête. 

Depuis plusieurs années, les guerres civiles et religieuses infes- 
taient les principales villes de Dauphiné. Heureux de pouvoir couvrir 
leur ambition d'un motif ou plutôt d'un prétexte religieux, des chefs 
désœuvrés parcouraient les bourgs comme les villes en les rançon- 
nant. Les peuples étaient peu soucieux d'une occupation militaire 
dont le seul résultat était ordinairement pour eux une dépense, sou- 
vent un danger personnel. Soit passion de quelques-uns, soit 
crainte du plus grand nombre, les combats et les luttes n'étaient 
suspendus un instant que pour recommencer plus fort et sur un 
plus vaste théâtre. Le feu, allumé en Allemagne par l'apostat Luther, 
jetait des flammes sur presque tous les coins du Dauphiné. Pont- 
en-Royans, par sa position entre les montagnes et la plaine de 
Romans et de Saint-Marcellin, et par les remparts naturels et autres 
dont il était environné, avait bien quelque importance stratégique ; 
il ne pouvait manquer d'attirer Tattention des chefs d'armée et de 
bande. Des historiens, appuyés sur un mot de Chorier et amplifiant 
son récit, affirment que Montbrun avait pris notre petite ville en 
1560, au nom du protestantisme, et y avait laissé une garnison en 

(i) Arch. et fonds cit. — Dassy, L'Abbaye de Saint-Antoine, pp. 240-52. 



28 HISTOIRE RELIGIEUSE 

allant soutenir les protestants du Comtat (i). Les archives de Ma- 
laucène confirment absolument leur récit en ce qui tient aux ravages 
de Montbrun dans le Comtat en 1560 (2). Nous l'avons admis nous- 
même ailleurs en ce qui regarde les exploits de ce chef huguenot 
dans le Royans, mais sans le contrôler (3), et sur ce point il n'est 
pas suffisamment prouvé. Ce qu'il y a seulement de certain, c'est 
que le trop fameux François Tempeste, ancien cordelier, qui avait 
prêché l'hérésie à Alontélimar en 1560, et Denis d'Hérieu furent 
ministres de celle-ci à Pont-en-Roj'^ans, le premier en 1561 et 1562, 
le second de 1561 à 1607 (4). 

Sans doute les Antonins y conservèrent un pied ; car des actes 
authentiques nous apprennent que le 7 mars 1564, « frères Pierre 
Aubejon, soubz aulmonier, et Jehan de la Serne, chanoynes claus- 
triers du vénérable couvent et monastère de Sainct Anthoine de 
Viennois », procureurs » des aultres messieurs les religieux dud. 
Sainct Anthoine », avaient « arrenté a frère Mathieu Bergier, reli- 
gieux curé du Pont de Royans, et a m" François Rey », curé de 
Châtelus, « le priouré dud. Pont, avec tout le revenu et esmoullu- 
mentz d'icelluy priouré, pour le terme » de 3 ans, au prix de 120 
florins petite monnaie par an. De plus, « lesd. rentiers » avaient 
promis « de norrir et entretenir le nombre des prebtres acoustumé, 
et, oultre led. nombre, ung homme de bien prebtre, au lieu du 
prieur, pour faire le djx'm service de l'esglise Roumeine acostumé 
d'ancienneté durand lesd. » 3 ans. Ils avaient encore promis de 
satisfaire à d'autres charges incombant au prieuré, et de fournir 
caution auxd. religieux créditeurs ; et, pour accomplir cette dernière 
promesse, Rey, « droict ayant dud. frère Mathieu Bergier », donna 
pour caution « Jacques de Lers, marchand du Pont », par acte du 
16 janvier 1565, passé aud. « Pont, au lieu du priouré, en la cham- 
bre basse (<;). » 

Mais la résidence au Pont des ministres dont nous avons parlé, 
ne s'accorde que trop bien avec ce que dit Chorier : que vers 1565 
le bailliage de Saint-Marcellin était en proie à des troubles fu- 
nestes; que « le païs de Royans étoit une pépinière à la nouvelle 

(1) Choriei', Hist géii. Je Daupliiné, II, 5^6. — Long, La Réforme et les 
guerres de religion pp. 41 et 76. — Vincent, op. cit., p. 61-3. 

(2) Ferd. et Aifr. Saurfx, Hist. de la ville de Malaucène, I, 282-8. 

(3) Revue du Dauph, et du Vivarais, \', i 72. 

(4) Bullet. cit., V, 1 1 2 ; VIII, 388. 

(5) Arch. et fonds cit., orig. pap. 



DE PO\T-E.\-ROYA.\S. 29 

Religion » ; que « la catholique étoit sans vénération dans la ville 
du Pont, qui en est le chef », et que les églises de Saint-Nazaire 
et de Sainte-Eulalie, « qui n'en étoient pas fort éloignées, furent 
brûlées à la sollicitation des ministres (i). » Du reste, comme ces 
sacrilèges n'atteignaient et ne blessaient guère que les intérêts de la 
religion, ou les autorités légitimes se croyaient contraintes de les 
dissimuler, ou elles reculaient devant la crainte de faire, pour en 
châtier les auteurs, un éclat infructueux (2). 

Aussi, quelle difficulté les Antonins avaient pour recouvrer leurs 
droits prieuraux ! Si la justice n'était pas boiteuse, elle allait du 
moins bien lentement. Nous avons vu que, le 16 janvier 1565, Jac- 
ques de Lers, marchand du Pont, s'était porté caution de la ferme 
des revenus prieuraux de ce lieu. Or, les fermiers ayant mis du 
retard à s'acquitter de leurs obligations, une requête fut lancée par 
les Antonins, et un procès commença. Alors Bergier fit droit, pour 
sa part, aux réclamations. Mais, Rey n'ayant pas fait de même, 
Jacques de Lers, amené en cause, fut appelé à suppléer. Ce dernier 
ayant élevé des difficultés, l'affaire s"envenima, si bien que le 14 
décembre 1565 Mérauld Bourget, « procureur des religieux du mo- 
nastère » de Saint-Antoine, « prieur du prieuré du Pont en Royans, 
demandeurs en requeste », envoyait à Antoine Pinard, procureur de 
Jacques de Lers, défendeur, une copie authentique du cautionne- 
ment et d'autres pièces, avec déclaration que payement était de- 
mandé à de Lers comme caution pour la moitié de Rey. Pinard 
avait donc à « deffendre pour ce regard à lad. requeste. » 

Les plaidoiries aboutirent à une sentence de « Nycolas Henry, 
segneur de Cremj'^eu, Quirieu et la Balme en Daulphiné, balhi du 
Bas Viennoys et Vallentinois au siège de St Marcellin », du ig dé- 
cembre 1566. Cette sentence portait contrainte pour « lesd. rentiers 
ou bien led. Jacques de Lers, caution », d'observer le contenu de 
« l'arrentement » du 7 mars 1564, notamment de continuer une 
aumône aux pauvres qui se faisait dans le prieuré deux fois par se- 
maine, et de « fournira la nourriture des religieux dud. prieuré. » 

Bientôt après, « Monsieur le Maistre Léonard Reynaud, à St 
Marcellin », recevait la lettre suivante : « Monsieur le Procureur, 
nous avons faict assigner Jaques de Lers, du Pont de Royans, au 
premier jour juridic après les Roys à Sainct Marcelin, comme ran- 

(1) Hist. de Dauph., II, 603. 

(2) Ibid.; — Vincent, op. cit., p. 64 ; — Long, op. cit., p. 77. 



30 



HISTOIRE RELIGIEUSE 



thier ou du moings caution de nostre prieur du Pont de Royans 
pour faire l'haulmonne deux foys la sepmainne aud. prieur comme 
il est tenu. Nous vous envoyons l'arrentement, le cautionnement et 
les lettres, vous priant/ de faire la présentation et de nous mander 
ce qu'il y fauldra fayre, car il nous semble que, attendu que il conste 
d'obligation et que c'est oeuvre pie, il doibt estre condamné par pro- 
vision. Nous avons bailhé au porteur, pour fayre la présentation, 
deux soulz. Nous recommandant bien fort a vos bonnes grâces, 
nous prions Dieu que. Monsieur le Procureur, il vous donne bonne 
et longue vie. A Sainct Anthoine, ce viij janvier 1567. Vos bons 
voysins et meilleurs amys, le chapitre de Sainct Antoine. » 

Le lendemain, 9 janvier, une procédure ^ pour le sindic du cou- 
vent », en « contraincte contre » de Lers, était en etfet présentée (i); 
mais nous ignorons le résultat définitif de l'altaire. 

Au surplus, antérieurement au mois d'août 1568, l'église, le 
prieuré et les autres maisons de prêtres de Pont-en-Royans « estoient 
entièrement ruynés » par « ceulx de la Religion prétendue reffor- 
mée », devenus maîtres « de ladicte ville. » C'est ce que nous ap- 
prend une procédure du 18 octobre suivant, dont voici l'objet et le 
rapport textuel. 

La paix de Longjumeau, signée le 23 mars 1568, fut suivie d'un 
peu de calme dans le Dauphiné, et le parlement de Grenoble porta, 
le 12 juillet suivant, un règlement « pour l'entretenement, union et 
paix des habitans dud. païs et entretenement du service divin. » 
Puis, le 7 septembre de la même année, la chambre des vacations 
ayant pris un arrêt sur le même sujet, Antoine de Garagnol, vibailly 
du Bas-Viennois et Valentinois au siège de St-Marcellin, et conseil- 
ler du roi, fut chargé d'assurer dans les localités de son ressort 
l'exécution de ces règlement et arrêt. 

De St-Marcellin, où, en conséquence de son mandat, il avait fait 
le 16 octobre 1568 une procédure à l'égard des chapelles fondées en 
l'église paroissiale, il se rendit à Pont-en-Royans. 

Son greffier, parlant au nom du vibailli, va nous dire en détail ce 
que fit ce magistrat dans cette dei-nière localité : 

« La ville du l^ont de Roians. 

" Suyvamment, du liuidy dix-liuicticsmc dud. mois d'octobre, 
nous avons faict décente en hi ville du l'ont en Koians, et illecq à 

(I) Arch. et fonds cit. 



DE PONT-EN-ROYANS. 3I 

l'hostel d'habitation de la vefve et heretiers de feu Antiaoine Pignier, 
bourgeois quant vivoyt dud. Pont de Roians. Nous avons faict 
appeller par Jehan d'Aulteroche, sergent roial dud. St Marcelin : 
premièrement Anihoine Armand, conseul de lad. ville du Pont, 
honneste Jacques de Lers, bourgeois, M" Mathieu Perrochin, not% 
Jehan Glenat, François Terrot, Gaspard Albert, Jehan Cognoz dict 
Bergier, Claude Raille et Hugues Macaire, tous dud. heu et mande- 
ment du Pont en Roians ; ausquelz comparantz par devant nous, 
nous avons faict déclaration des susdictz articles arrestéz pour led. 
reiglement, ensemble dud. arrest, lequel nous avons en apprès 
faict publyer a haulte voix en l'asle du marché de ladicte ville. Et, 
ce faict, nous estant appareu par le rapport des susdictz coume en 
ladicte ville du Pont n'y avoyt aulcung lieu pour cellebrer et conti- 
nuier le service divin et moings pour habiter par ung prebtre ou 
deux pour faire led. service, à l'occasion de ce que tant l'esglize du 
prioré dud. lieu que la maison et aultres maisons des prebtres 
estoient entièrement ruynés, n'y estant demeurés couvert ne voultes, 
lesdictes ruynes ayantz estes faictes par ceulx de la religion pré- 
tendue refformée et au tamps qu'ils occupoient ladicte ville, nous 
avons enjoinct et commande aux susnommés de bailher et fornyr 
lieu pour faire et continuer le service divin, et maison consulaire, 
hospital et maison de confrairie, ou, au deffault de l'une d'icelles, 
aultres maisons pour habiter par celluy ou ceulx qui feront le ser- 
vice de l'esgHze catholicque Romeyne. Sur quoy ils nous ont res- 
pondu qu'il y avoit esté pourveu de la maison de Jehan Cognoz î 
laquelle par nous visitée n'estant trouvée soiBzante, et joint que 
led. Cognoz nous a dict lad. maison estre sa maison d'habitation et 
ne se pouvoyr despartyr d'icelle, nous avons enjoinct aud. conseul 
d'en pourvoyr d'aultre dans quinzeyne. Et, apprès avoyr ouyt frère 
François Rey, rehgieux de la religion et abbeye de St Anthoyne, 
de laquelle dépend le prioré dud. lieu, qui, par nous exhorté de 
faire continuer led. service divin, s'est offert pour led. chappitre de 
St Anthoyne faire continuer led. divin service en luy bailhant et 
fornissant maison et lieu, nous avons cependant et jusques à ce qu'il 
soit sactisfaict a l'exercisse dud. divin service ou aultrement or- 
donné, meist et redhuict soubz la mein du Roy le bien et revenu 
temporel dud. prioré; pour le régime duquel et pour cependant re- 
tirer et recepvoyr led. revenu, nous avons, du consentement dud. 
frère François Rey, commis et depputé séquestre Jehan Glenat, 



:\2 histoirl; religieuse 

rentier par cy devant dud. prioré, qui a prins et accepté la charge, 
promis et juré bien fîdellement y verser soubs la mein du Roy, ren- 
dre compte et prester le reliqua à qui appertiendra et sera par nous 
ordonné, avecq soubmissions de corps et biens de ce. Présents a ce 
Estienne Jullien et led. Jehan d'Aulteroche. 

« Ce faict, nous avons enjoinct et commandé aux susdicts conseul 
et conseilliers de nous bailher le roolle des abscentz de lad. ville et 
mandement qui ont prins les armes contre le Roy, ensemble nous 
dire et declairer les noms des juges, chastellains et aultres officiers 
pour la justice dud. lieu. Lesquels conseul, conseilliers et notables 
cy dessus nommés nous ont dict et declairé que M*^ Pierre Le Mais- 
tre, docteur ez droictz et procureur des trois estatz de ce païs de 
Daulphiné, estoyt juge dud. lieu, habitant not(oi)rement en la ville 
de Grenoble ; M" Guy Chapperon, son lieutenant, habitant ordinai- 
rement, à St Marcellin, et Claude de LaMearye, escuyer chastellain, 
et lequel de La Mearye despuys ung mois en sça et le renouvelle- 
ment des présents troubles s'estoyt absenté avecq certains aultres 
de lad. prétendue religion portant les armes contre le Roy, ainsi 
comme le bruict et commugne renommée est aud. lieu. Et quant 
aux aultres abscentés, ont dict ne les pouvoyr nommer sans qu'il 
soit faicte exhibition et lecture du roolle de la taille. Lequel roolle 
exhibé et leu par devant nous par M" Claude Terrot, greffier dud. 
lieu, lesdicts conseul, conseillyers et notables nous ont dict et rap- 
porté des nommés en icellui roolle estre absentz despuys le susdict 
tamps : M" Jehan Boutaric notaire, Loys Blaichon drappier, Guil- 
laume Bouteille cousturier, Anthoyne Michal laboureur, Claude 
Champavier habitant à Aulberipves, Claude Borrel cardeur, Loys 
Arod serrurier, Pierre Mucel cordonier, André Mathieu cardeur, 
Anthoyne Berthuyn pignier, Anthoyne Froment brochier, Loys 
Mounyer teincturier, Disdyer Lambert de St Yllaire, Jacques Pynet 
cordonier, ung appelle Symond, beaulfrère du teincturier, tous habi- 
tantz au paradvant le dernier renouvellement desdicts derniers trou- 
bles en lad. ville du Pont en Roians. Et pour le regard des 
abscentz des aultres lieux et mandements dud. lieu et ville du Pont 
en Roians, ont dict n'en pouvoyr faire déclaration sans s'en enquérir 
plus amplement. De quoy faire, à la réquisition de M'= Lialthezard 
Reymond, subs(titutj du procureur du roy, présent aux actes que 
dessus et ce requérant, nous leur avons enjoinct et consequement 
de porter ou envoyer le roolle qu'ils en feront au greffe dud. bail- 



DE PONT-EN-ROYANS. 33 

liage et court majeur dans quinzeyne prochein(ne),à peyne de vingt- 
cinq livres d'amende et aultre arbitraire. 

« 

« Anth. GuARAGNOL, vib. 
« Et moy greffier escripvant soubz led. sieur vibailly. 

« GUYON (i). » 

Si les mesures prises par l'autorité n'eurent pas un plein succès, 
elles furent du moins suivies à Pont-en-Royans d'assez longs mois 
d'un calme relatif. C'est ce que supposent une « recognoissance pour 
Messieurs les religieu-x: du Pont, faicte par Eynard, bourgeois », et 
« sa mère, de pension qu'ils font aud. prieuré du Pont », et une 
transaction par laquelle François Guiboud, fils de Claude, marchand 
du Pont, cède au prieuré de ce lieu une vigne de 12 fessorées située 
au Pont et confrontant « la roche du chastel » au couchant. En 
effet, le premier de ces actes fut reçu le 27 octobre 156g, par Berthon 
Lyonne, notaire du Pont; le second le fut le 23 février 1571, par 
Devallois (2). 

Au surplus, de Gordes, lieutenant général du roi, jugeant que la 
paix ne pouvait que gagner au démantèlement d'un certain nombre 
de bourgs et de places, communiqua son avis au parlement. Sur 
l'approbation de ce dernier, un décret condamnait, entre autres 
places, le Pont et Saint-Nazaire-en-Royans à être démantelés (3) ; 
mais ce décret ne fut pas partout exécuté. S'il le fut au Pont, il ne 
mit pas ce bourg à l'abri des dangers et des angoisses. Dès 1573, 
les alarmes avaient recommencé. Montbrun, devenu chef du parti hu- 
guenot en Dauphiné, par la retraite du baron des Adrets, apparaît le 
20 mars devant Valence, et se dispose à l'emporter d'assaut; mais la 
sentinelle de la porte Saunière sonne l'alarme, et l'entreprise échoue. 
Montbrun se dirige alors, à la tète de ses troupes, vers le Royans, 
campe un instant sur le mont Calvaire Tprès de Saint-Nazaire), puis 
va s'emparer du château de Saint-André ; mais un parti de catho- 
liques accourt, et lui reprend aussitôt cette place. Le Pont, un mo- 
ment effrayé du voisinage de Montbrun, peut de nouveau respirer 
presque à l'aise. 

Deux mois après, dans le courant de mai, François de Montpen- 
sier, dauphin d'Auvergne, arriva dans son gouvernement de Dau- 

(i) Biblioth. de M. P.-E. Giraud, reg. orig. de 68 ff. 

(2) Arch. et fonds cit. 

(3) Chorier, op. cit., II, 624-5. 

Bull. VI, 1886. 3 



34 HISTOIRE RELIGIEUSE 

phiné. Il y fit son entrée solennellement et avec l'intention de réduire 
Montbrun et d"écraser à tout jamais le parti huguenot. 11 s'arrêta à 
Saint-.Marcellin, pour s'y préparer à quelque entreprise digne de lui, 
distribua son avant-garde dans les bourgs et les lieux les plus 
commodes des environs, et résolut d'attendre prudemment l'occa- 
sion d'agir. 

Il avait logé cinq enseignes d'infanterie dans Pont-en-Royans. 
La présence de cette garnison calmait la population et lui faisait 
comprendre que l'autorité voulait en finir avec les rebelles. Mais, les 
chefs et les soldats traitant mal les habitants, dont la plupart fai- 
saient profession de la religion prétendue réformée, et ne se tenant 
pas bien sur leurs gardes, Montbrun, qui en fut averti, ne négligea 
pas cette occasion d'acquérir une nouvelle réputation à ses armes. 
Il attaqua la garnison vers la fin du mois de mai, et, ayant forcé le 
bourg, qui avait été démantelé, il tailla en pièces ses adversaires, si 
bien que 400 hommes y perdirent la vie. Le vainqueur, pour profi- 
ter de l'effroi où sa victoire avait jeté les catholiques, confia le Pont 
à une garnison, et se dirigea contre Die, où commandait Glandage; 
mais, repoussé par ce dernier, il perdit là tout l'honneur qu'il avait 
gagné au Pont (i). 

Cependant le prince-dauphin, à qui l'échec subi au Pont, dès 
l'ouverture de cette guerre, était extrêmement pénible, allait entrer 
dans le Royans, pour y effacer par la reprise du Pont, qui en était 
la capitale, le déshonneur que ses armes y avait reçu. Mais Mont- 
brun, qui s'était aussi emparé de Saint-Nazaire, et y avait laissé 
garnison, surveillait les mouvements du prince. Connaissant ses 
projets d'attaque contre le Pont, il retira la garnison de Saint-Na- 
zaire et la fit entrer au Pont, pour fortifier celle de ce dernier lieu. 
Le prince, instruit des préparatifs de son adversaire, y alla pour s'en 
assurer. Déjà il rêvait les honneurs du triomphe, lorsqu'il apprit la 
mort du roi Charles IX, arrivée le 31 mai 1573. Cet événement le 
força à suspendre son entreprise sur le Pont, et laissa Montbrun 
libre de tourner de nouveau ses forces vers le Diois (2). 

La défaite des troupes royales par Montbrun eut de tristes consé 
quences pour les catholiques du Pont. Régis par des soldats aussi 
avides de pillage qu'ennemis acharnés de leur culte, ils purent médi- 

Ci) CifOPiER, op. cit., II, 657-g ; — Vincent, op. cit., p. 65-8 ; — Long, op. cit. 
p. 113, — Taulier, Not. sur de Cordes, p. i 7. 
(2) CnoRiEB, op. cit., H, 660. 



DE PONT-EN-ROYANS. 35 

ter à loisir sur les maux de la guerre civile. Ils furent cependant 
débarrassés des soldats de Montbrun, mais pour se voir bientôt har- 
celés de nouveau. Vers le 25 mars 1574, déjà las du repos d'une 
bien courte trêve, des huguenots descendaient des montagnes du 
Royans et séjournaient quelque temps au Pont et à Saint-Jean, au 
point que les habitants de la rive droite de l'Isère craignaient qu'ils 
ne vinssent à passer cette rivière. Enfin le 10 avril, suivant, ces 
huguenots firent semblant de retourner aux montagnes ; mais tout 
à coup ils détachèrent un certain capitaine Montbrun, fils d'un bar- 
bier de Pont-en-Royans, qui, à la tète d'une troupe de soldats, alla 
surprendre le château de Saint-André. Cependant, sur l'ordre de 
Monseigneur de Gordes, ce château fut incontinent assiégé par le 
sieur d'Allières, de Beauvoir, à la tête de quelques 400 hommes 
fournis par les communes du pays. En même temps, de Saint- 
Antoine partirent environ 60 hommes, qui eurent ordre d'aller, pen- 
dant le siège, occuper la ville du Pont, sous la conduite du capitaine 
La Saulne, et empêcher le passage de toutes troupes huguenotes. 
Trois jours après arriva en effet un secours de huguenots, au nom- 
bre de 300, conduits par le capitaine Bouvier, de Romans. Comme 
il y avait garnison au Pont, ils allèrent passer à Saint-Nazaire. 
Mais, avant de venir à Saint-André, Bouvier, qui voulait ménager sa 
retraite et attendait plus grand secours, « fit promptement barriquer 
led. lieu de Saint-Nazaire. » D'Allières, comprenant qu'il n'était pas 
assez fort pour prendre Saint-André et tenir tête à tous ces hugue- 
nots, fit venir à lui la garnison du Pont, et lui ordonna de gagner 
promptement, pour s'en retourner, le port de la Sône, droit par le 
bois. En même temps, lui et ses troupes prirent le chemin de Beau- 
voir, et chacun se retira. Dès lors, les huguenots furent maîtres de 
tout le Royans, surprirent et firent fortifier le château d'izeron, où 
Bouvier se retira. 

Comme les huguenots paraissaient vouloir passer l'Isère, de Gor- 
des fit garder Rochebrune, en face de Saint-Nazaire, par le capi- 
taine La Saulne à la tête de 25 soldats, et les autres lieux le long de 
la rivière. En la Semaine-Sainte de 1574, de fausses alertes ayant 
fait croire aux catholiques de la rive droite que les hugenots avaient 
passé l'Isère, plusieurs se sauvèrent, qui à Lyon, qui à Vienne, qui 
à Romans, qui à Bressieux ; et les huguenots du Pont, croyant 
que les catholiques avaient passé sur la rive gauche, furent de leur 
côté saisis de frayeur, et s'enfuirent aux montagnes. Mais bientôt 
chacun revint de son erreur et rentra chez soi. 



36 .HISTOIRE RELIGIEUSE 

Cependant il tardait au prince-dauphin de rentrer à Pont-en- 
Royans. Il confia à 22 compagnies le soin de se rendre à la Sône le 
22 mai, fête de l'Ascension. Dans le nombre étaient la compagnie du 
capitaine Bourchenu dressée à Beaurepaire, et celle du capitaine 
Bernard. Ayant passé l'Isère à la Sône, on fit semblant d'aller assié- 
ger Saint-Nazaire, avec la compagnie de Monseigneur le Prince ; 
mais on marcha droit au Pont, où on arriva au point du jour. On 
n'y trouva personne qui opposât de la résistance. Seulement, 5 ou 6 
huguenots se jettèrent dans une maison forte nommée La Corbeille. 
Incontinent le feu est mis à la porte de ce dernier asile, et les fuyards 
sont pris et tués. On pille entièrement la ville ; mais ce pillage atti- 
rera sur les vainqueurs de terribles représailles. En effet, on avait 
laissé au Pont 5 compagnies de 100 hommes chacune, bien complè- 
tes, commandées par le capitaine Collomb. Il y avait la compagnie 
de ce dernier, celle du sieur de Bourchenu, et celles de Givray, de 
Bernard et du « capitaine La Saulne. » Celle de ce dernier était 
composée de la plupart des hommes fournis par Saint-Antoine. - 
Cette garnison occupait le Pont, quand, le jour de la Pentecôte, des 
huguenots conduits par le fameux chel de leur parti en Dauphiné, 
Dupuy-Montbrun en personne, descendent des montagnes, au nom- 
bre de 1500 hommes à cheval ou à pied, et fondent sur les hommes 
du prince. Ceux-ci avaient trop oublié que la prudence et la vigi- 
lance sont mères de la sûreté. Collomb, vieux capitaine commandant 
dans le Pont, avait permis à la plupart des soldats d'emporter leur 
butin. Tous ceux de sa trop faible troupe qui se trouvèrent à la ren- 
contre furent emportés de force et tués, et la plupart des prisonniers 
furent égorgés de sang-froid. « Des cinq compagnies ne s'en sauva 
que six ou sept vingts, qui en route prirent le quartier du Pont tirant 
par la Ville neuve au long de Bourne. » Les capitaines Collomb, 
Bourchenu et « La Saulne » furent tués ; Bernard et Givray étaient 
allés à Romans, vers Monseigneur le Prince. La plupart des morts 
étaient de Dauphiné, une douzaine de Saint-Antoine. Quelques-uns 
se sauvèrent tout à fait errants, après avoir été prisonniers, d'autres 
payèrent rançon. Ce fait, les huguenots quittèrent le Pont et Saint- 
Nazaire, et avec leur butin retournèrent aux montagnes, laissant le 
capitaine Bouvier le jeune à Izeron, et Montbrun à Saint-André. Le 
gros de leurs troupes alla tenter l'escalade de la ville de Die, mais 
inutilement. 

Le Pont parait avoir été assez tranquille le reste de l'année 1574. 



DE PONT-EN-ROYANS. 37 

Il était certainement vide de soldats huguenots vers le milieu de la 
suivante; car, le lendemain de la défaite des Suisses par Montbrun, 
entre Châtillon et Die, M. d'Ourches, le capitaine Bernard, et cer- 
tains autres capitaines, avec leurs arquebusiers, sortirent de Die et 
vinrent, par la vallée de Quint, descendi-e tranquillement aud. Pont, 
et passer l'Isère à la Sône. Il ne l'était pas moins un mois plus tard, 
quand l'armée catholique, après avoir défait et pris Montbrun près 
de Die, vint, par la même vallée de Quint, descendre au même Pont. 
Mais cela ne nous rassure nullement sur l'état du prieuré et de 
l'église de ce lieu. Le culte catholique ne s'y faisait certainement 
plus. Du moins nos documents n'en font supposer aucun exercice. 
Du reste, sur le commencement de septembre de cette même année 
1575, les huguenots avaient le pied à Sainl-Nazaire et au Pont; car 
ils voulaient alors surprendre à Rochebrune quelques bateaux qui 
descendaient l'Isère chargés de vivres, et ce ne fut que par suite de 
l'avis que la garnison de la Sône eut de leur projet, que celle-ci 
retint ces bateaux. Quant à ces huguenots, voyant cette entreprise 
déjouée, ils en tentèrent une autre. Pendant c^ue leurs gens de pied 
restaient embusqués à Rochebrune, les gens de cheval descendirent 
jusqu'au péage de Romans, pour tâcher de prendre quelques pri- 
sonniers. Mais ceux-ci furent si mal accueillis par l'armée catholi- 
que de Romans, qu'ils se retirèrent au Pont le même jour. Enfin, 
les huguenots s'étaient retirés du Royans aux montagnes, faisant 
courir le bruit qu ils allaient au-devant des forces qui leur venaient 
d'Allemagne, quand le roi accorda à leur parti une trêve de six mois. 
Au lieu d'observer la trêve, le capitaine huguenot Chavanas, de 
Die, qui était au Pont avec sa compagnie, sachant que le château 
d'Izeron était mal gardé, alla le surprendre de nuit par escalade, 
et le tint jusqu'à la publication de la paix du 14 mai 1576. Du reste, 
le Royans abondait alors en huguenots. Vers février 1576, un certain 
nombre d'entre eux s'assemblaient à Sassenage avec ceux des autres 
lieux, et couraient jusqu'aux portes de Grenoble. Le 10 mars, d'Au- 
bonne et de la Robinière, avec 300 hommes du même parti s'empa- 
rèrent du château de Morestel, et de Gordes courut les y attaquer. 
La Robinière continuait à tenir bon, et, pour faire interrompre le 
siège, les huguenots faisaient rage sur la rive gauche de l'Isère, 
qu'ils feignaient de vouloir passer. Ceci était surtout le fait de ceux 
du Royans. Aussi de Gordes crut-il devoir commettre en garde à 
Rochebrune le capitaine Guillermet, de Saint-Antoine. 



38 HISTOIRE RELIGIEUSE 

Durant ce même siège, les huguenots de Royans en vue de le faire 
lever, allèrent jusqu'à Armieu, pensant en surprendre le château. Ils 
V étaient avec 5 compagnies.. Mais il furent découverts, et s'en 
retournèrent enseignes déployées et tambour battant, tout le long de 
l'Isère jusqu'à Beauvoir, en faisant semblant de vouloir franchir la 
rivière. Le peuple leur ayant défendu le passage, ils retournèrent à 
Pont-en-Royans, mais pour recommencer bientôt leurs courses d'un 
autre côté, et surprendre le château de la Jonchère le 3 avril, et celui 
d'Hostun deux jours après. Toutefois, de Gordes ayant pris Mores- 
tel, et fait courir de Romans le bruit qu'il allait assiéger la Jon- 
chère et Hostun, les huguenots se hâtèrent de quitter ces deux 
places. 

La paix du 14 mai 1576 suspendit un instant les hostilités ; mais, 
mécontents des loisirs qu'on leur imposait, un grand nombre de 
soldats huguenots étaient de nouveau descendus des montagnes au 
Royans vers la fin de la même année. Le 4 janvier 1577, une troupe 
d'entre eux, conduite par le jeune Bouvier, surprit le château d'Ar- 
mieu, qui était mal gardé ; mais elle ne put surprendre Izeron, 
gardé par le capitaine F'rançois (i). Une autre troupe donna jusqu'à 
Saint-Nazaire ; mais, furieuse de n'avoir pu en prendre la tour, elle 
alla exercer dans la plaine de Valence son ardeur par trop belli- 
queuse. 

Sur la fin de juillet 1577, de Gordes ayant levé le siège d'Armieu, 
fit courir le bruit qu'il allait assiéger Pont-en-Royans; mais il alla 
droit à Saint-Nazaire, où il fit l'établissement de ses compagnies 
pour les faire rafraîchir. Telle est du moins la version d'Eustache 
Piémond ; mais M. Chevalier en donne une un peu différente avec 
les détails que voici, sous la date du 22 juillet : « Sur l'ordre de 
AL de Moidieux, commissaire général des vivres, la ville de Romans 
est requise d'envoyer des boeufs, des moutons, des pains, du vin 
aux troupes de M. de Gordes, campées devant le Pont-en-Royans. 
Le siège de cette place ayant été soudainement levé, 4,500 pains 
portés à Saint-Nazaire aux frais de la ville restèrent sans emploi et 
furent vendus à vil prix, n En tout cas, de Gordes avait quitté le 
Royans antéi'ieurement au 6 août suivant (2), mourait à Montéli- 
mar le 21 février 1578, et était remplacé par Maugiron. 

Pendant que celui-ci parlementait avec Lesdiguières, successeur 

(i) Mémoires (manus.cr'iis) d'Eustache Piémond. 
(2) Mémoires c\\.. ; — Bnllet. cit., .\, 38-.<|o. 



DE PONT-EN-ROYANS. 39 

de Dupuy-Montbrun dans le commandement des troupes hugueno- 
tes du Dauphiné, et faisait publier les déclarations du roi en faveur 
de la paix, le Pont était occupé par le capitaine Bouvier. Peu parti- 
san de la paix, celui-ci persistait, malgré l'édit royal, à « entretenir 
en la Corbeille du Pont en Roïans, » et, de la sorte, « empêchoit le 
commerce. » Mais « les habitants du Pont, catoliques et huguenots, 
prenant le frein aux dents, comme on dict, se bandèrent contre luy 
et le mirent hors du chasteau et de la Corbeille, sans l'offenser, et 
le prièrent les laisser vivre en paix'. Sur quoy, il se retira à la Cha- 
pelle de Vercors, parce qu'il ne s'osoit retirer à Romans, d'où il 
étoit. » Mais, ayant su que Maugiron s'était abouché à Vif avec 
Lesdiguières, et qu'on avait convenu de désarmer dans trois mois, 
pendant lesquels on ne ferait aucune course. Bouvier craignait d'être 
compromis et cherchait à se ménager un refuge en un lieu fortifié. 
Le capitaine Laprade, avec lequel il était en intelligence, avait saisi 
Châtcaudouble pour sa retraite. Bouvier voulut avoir lui aussi son 
refuge. Il a se jetta de grand matin dans le chasteau du Pont, dans 
lequel il tua un nommé Patoflard, brave soldat, ainsi qu'il ouvrit la 
porte, et deux autres de quatre qu'il avoit avec luy. » Il espérait gar- 
der le château, et, s'il était assiégé, recevoir secours de Laprade. 
Assiégé, en effet, par ceux du lieu et les communes, il résista pen- 
dant deux jours avec une douzaine de soldats qu'il avait. Puis, se 
voyant sans vivres, craignant pour sa vie, et ne voyant pas venir 
Laprade au jour promis, il « se rendit vie sauve, '> et s'en alla à Die. 
A peine eut-il rendu le château, que Laprade arriva avec soixante 
argoulets. Ce dernier, voyant le château rendu, « dit a Messieurs du 
Pont que il avoit eu avis que les Catholiques les avoient assiégé, » 
et qu'il était venu les secourir. Ils l'en remercièrent et il s'en retourna 
continuer, de son repaire de Châteaudouble, ses courses et pilleries, 
malgré ledit de paix, accepté par le parti protestant lui-même. Du 
reste, les capitaines et hommes d'armes n'étaient pas seuls à redou- 
ter. Ainsi, vers le même temps, le jour de la foire de Saint-Nazaire, 
une quarantaine de huguenots du Pont vinrent en troupe à cette 
foire, pour se venger des catholiques qui avaient porté les armes 
contre eux, s'ils y en trouvaient. En ayant reconnu une vingtaine, 
ils les chargèrent à coups d'épées et de pistolets, et tuèrent GarioUe 
dict St-André sur place ; ce qui effraya tellement le monde, que des 
marchands et autres gens prirent la fuite et perdirent leur bétail. 
Il paraît, du reste, que le Pont était alors sans garnison ; car 



40 HISTOIRE RELIGIEUSE 

A\augiron écrivant le g janvier 1579 aux consuls de Romans, leur 
recommande d'avertir les habitants du Royans que « Laprade se 
veult saisir d'une maison forte appelé La Corbelle, qui est au Pont 
de Royans, afin de se rendre maître de la ville (i). » 

Quant aux huguenots du 'Pont, ils se faisaient décidément redou- 
ter. Outre les exemples qu'on vient d'en lire, Eustache Piémond 
raconte le suivant. Vers avril 1579, Maugiron assiégeait Château- 
double, tenu par Laprade. Il fit sommer celui-ci de se rendre, mais 
trouva un refus obstiné. .Alors il fit descendre de l'artillerie par l'Isère 
avec quelques soldats de Grenoble. Mais il craignait que les hugue- 
nots du Pont, voyant les armes levées, ne surprissent l'artillerie à 
Rochebrune. Aussi fit-il garder ce passage par un bon nombre 
d'hommes jusqu'à ce qu'on n'eût plus rien à craindre pour les pièces 
qui devaient enfin enlever à Laprade le bourg et le château en ques- 
tion. 

Au commencement de mai de la même année, d'Allières comman- 
dait au Pont pour les huguenots, quoiqu'il fut catholique. Les Pon- 
tois, se voyant toujours en la sujétion d'une garnison « qui empêchait 
le libre commerce de leur ville, prièrent d'Allières de casser sa gar- 
nison » et de renvoyer ses soldats. S'il ne le faisait pas, ils le feraient 
eux-mêmes. D'Allières, voyant leur résolution énergique et se trou- 
vant faible, « fit belles promesses et la douce farine, et secrètement 
envoyé à Die au capitaine Bouvier luy amener quarante soldats pour 
quelque occasion. » Le secours arrivé, il «' donna une charge sans 
mot dire à ceux cjui l'avaient prié. Un capitaine, nommé Qtiatre- 
Dents, fut tué, étant marié aud. Pont. Les Glénats et autres se 
sauvèrent, et ont été longtemps fugitifs durant le gouvernement 
dudit sieur d'Allières. Un nommé Bessé (2) fut blessé, se retira à 
Romans pour se faire panser ; mais <i étant reconneu d'avoir tué 
Gariolle-St-.André à St-Nazaire, fut mis en prison et condamné à 
être pendu, et, le jour qu'on le menait à Saint-Marcellin, il se 
laissa mourir par les chemins (3). » 

Si encore les Pontois n'eussent-eu à souffrir que les vexations des 
capitaines qui prétendaient les protéger ! Mais il fallait encore venir 
en aide à des armées de partis opposés qui guerroyaient ailleurs. 
Ainsi, le 9 avril 1579, ils étaient atteints par une ordonnance prescri- 

(i) Mémoires cit. ; — Lacf(Oi.\, Invcnl. cit., V., 367 i . 

(2) Var. Le Besson. 

(3) Métnoires cil , 



DE PONT-EN-ROYANS. 4I 

vant le prompt payement des aides données à Etoile pour l'entretien 
de la campagne du comte de Veynes. Sur leur refus de s'exécuter et 
la requête par eux présentée à ce sujet, le lieutenant général porte, 
le 15 août suivant, une ordonnance appelant les parties devant lui. 
En 1580, est envoyée une provision obtenue pour cela contre le 
Pont; le 8 octobre 1582, requête est adressée à Maugiron pour 
l'exécution des provisions de Gordes, contre les habitants de Pont- 
en-Royans, qui continuent à refuser l'aide due à la compagnie du 
comte de Veynes; en 1583, nouvelle requête à Maugiron pour le 
payement de l'aide due par Pont-en-Royans Ci). Mais reprenons ce 
qui intéresse les événements militaires du Pont même. 

« La reine-mère, Catherine de Médicis, pressée par le besoin de 
mettre un terme à des hostilités qui avaient fait du Dauphiné comme 
un vaste champ de bataille, où s'égorgeaient les enfants de la 
commune patrie, se rendit à Grenoble le 21 juillet 1579; mais ses 
efforts se brisant devant les prétentions des uns et l'entêtement des 
autres, elle ne put établir la bonne harmonie entre les catholiques 
et les protestants. Cependant, pour ne point rendre son voyage in- 
fructueux, elle chargea l'archevêque d'Embrun d'amener les catholi- 
ques à une réconciliation sincère. Le prélat essaya, mais en vain, 
de remplir sa mission ; toutefois, soit pour se rendre aux vues paci- 
fiques de la reine-mère, soit par lassitude de la guerre et besoin de 
repos, quelques hommes honorables, en qui se résumaient les idées, 
les sentiments, et les projets des deux partis, parvinrent après le 
départ de la princesse, à convoquer une assemblée à Monestier-de- 
Clermont. C'était le 4 novembre. Le maréchal de Belle-Garde, Mau- 
giron, Bellièvre, premier président du parlement, François Fléard, 
premier président de la chambre des comptes, les députés de la 
noblesse et Chappuis-Brégaudière, procureur des états de la pro- 
vince, représentaient les catholiques ; Lesdiguières, Aspremont, 
Morges, Sainte-Marie, Gouvernet, Alleman d'AUières, étaient les 
mandataires du parti huguenot. 11 y fut convenu qu'on s'abstien- 
drait, de part et d'autre, de tout acte d'hostilité et de tout prélève- 
ment d'impôt ; que les réformés évacueraient les places qu'ils occu- 
paient, à l'exception de Nyons, de Serres, de Gap, de la Mure, de 
Livron, de Die, de Pont-en-Royans, de Pontaix et de Châteauneuf- 
de-Mazenc ; que les catholiques et les ecclésiastiques seraient reçus 
dans ces villes et réintégrés dans leurs biens ; que, réciproquement, 

(i) Lacroi.x, Invent, cit., E, 3867-79. 



42 HISTOIRE RELIGIEUSE 

les protestants pourraient rentrer dans les villes des catholiques où 
ils avaient un domicile et des propriétés ; que les maisons et les 
châteaux des gentilshommes des deux cultes leur seraient rendus 
sans délai aucun; qu'on retirerait les garnisons de Menthon, de 
Fulettc, de Roinac, de Saou et de Grane ; que la première et les 
deux dernières de ces places seraient démantelées ; que les hugue- 
nots démoliraient, de leur côté, les forts et les châteaux qui étaient 
entre leurs mains, à la réserve des châteaux de Chàteauneuf-de- 
Mazenc, de Pontaix et de Pont-en-Royans. 

« Cette convention volontaire et spontanée semblait devoir assu- 
rer la paix en Dauphiné, et sécher les larmes de beaucoup de famil- 
les ; mais, parce qu'elle condamnait au repos et à l'inaction des gen- 
tilshommes et des capitaines avides de pillage ou habitués aux agi- 
tations des camps, ses fruits furent peu durables ; car, en 1580, 
partout retentissait le bruit des armées, et jamais année n'avait été 
plus féconde en événements (i). » 

En effet, les réformés de la contrée, mécontents des conclusions 
de l'assemblée de Monestier-de-Clermont, qu'ils disent faite au 
profit de leurs adversaires, y refusent leur adhésion, et se soulèvent 
d'un commun accord. En mars 1580, ceux de la Sône vont piller le 
château de l'Arthaudière. L'armée royale, victorieuse à Moirans, en 
part le lundi 28 mars, pour venir à Saint-Marcellin, et aller assiéger 
le fort de Beauvoir. Le mercredi, l'artillerie y arrive. Les huguenots 
qui occupaient le prieuré de la Sône, sentant venir l'armée, mettent 
le feu à ce prieuré, abandonnent St-Alban, emmènent les vivres et 
meubles qu'ils trouvent dedans, et se retirent au Fort et à Beauvoir. 
Pendant que Maugiron et M. de Tournon vont reconnaître le Fort, 
des ligueurs s'y rendent avec leurs chevaux et leurs munitions. Les- 
diguiéres, qui, avec des troupes de pied et de cheval s'élevant à 
1,500 hommes, tant huguenots qu'autres qui s'étaient retirés avec 
eux, était venu au Royans, se détermine à passer l'Isère, à la faveur 
du Fort. Le 8 avril, il feint de vouloir assiéger Saint-Marcellin. 
Ayant passé l'eau, il se présente devant Saint-Marcellin, va « repaî- 
tre » à Chevrières et aux environs, et s'achemine à Tullins, qu'il fait 
forcer. Le 18 avril, il repasse l'Isère en face de Saint-Quentin, fait 
rompre une douzaine de bateaux qu'il avait, afin que les catholiques 
ne s'en servent pas, laisse Bouvier à Saint-Quentin et renvoie 
d'AUières au Royans. Izeron et la tour de Saint-Nazaire ont clé ren- 

(i) Vincent, op. cit., p. 76-9. 



DE PONT-EN-ROYANS. 43 

dus aux huguenots. M. de Blacons parti du Royans, le i6 du même 
mois, avec 300 hommes de pied ou de cheval, pour aller giter à 
Châteaudouble, qui était ruiné, se hâte de le fortifier pour sa re- 
traite. Le 26 mai, M. de Beaucroissant, gouverneur de Saint-Mar- 
cellin, sort avec 100 hommes, va passer à Romans, y prend 40 sol- 
dats de M. de Veaunes, franchit l'Isère, en suit la rive gauche jus- 
qu'à la Bourne, passe celle-ci, va jusqu'à Beauvoir, y coupe la nuit 
la traille du port, et tourne à Saint-Romans. Là, il prend le capitaine 
La Tour, qui avait rendu le prieuré de la Sône aux huguenots ; puis 
il lui enlève deux bœufs et tout ce qu'il lui trouve, le tue et emmène 
ce qu'il lui a trouvé. 

Le 2 juin, jour de la Fête-Dieu, on dit aux gens de Saint-Antoine 
que les huguenots et les ligueurs du Royans ont résolu d'aller les 
surprendre. Saint-Antoine se tient « un peu coy dans le couvent, » 
mais en est quitte cette fois pour cela. Seulement, le 1 5 du même 
mois, 80 soldats venus du Royans vont surprendre le château de la 
Forteresse près Saint-Etienne-de-Saint-Geoirs. Monsieur de Mon- 
toison, qui dressait son régiment à la Côte-Saint-André, où il avait 
déjà demeuré six semaines, envoie à la forteresse 200 arquebusiers 
qui trouvent les 80 soldats retirés dans la tour, et y mettent le feu. 
Mais celle-ci était déjà murée, et ils sont contraints de se retirer, 
après avoir perdu six des leurs. La même nuit, les 80 soldats cou- 
rent repasser l'Isère, en emportant tout ce qu'ils avaient trouvé. A 
peine sont-ils retirés, qu'une autre troupe, conduite par certains li- 
gueurs, va dans la Valloire, en revient par montagne, et descend au 
fort par le bois du Pe- ey. Elle comprend bien 200 hommes, et fait 
plusieurs prisonniers, gentilshommes et prêtres, qu'elle mène au 
Fort. Elle trouve en chemin cinq soldats de la compagnie du capi- 
taine La Roche, et les tue sur place. Elle commet une infinité d'au- 
tres brigandages. 

Le 18 juillet, nos huguenots passent à Beauvoir au nombre d'en- 
viron 200 chevaux et 200 hommes de pied, et demeurent tout le jour 
autour de Saint-Marcellin, « pour tâcher de tirer raison de la charge 
que M. de Beaucressant avoit donnée au capitaine Muguet. » M. de 
Beaucressant, sage et avisé, les laisse se promener. 

(La suite au prochain numéro). 

L. FILLET. 



MÉLANGES 



Réponse au problème historique 

Dans la 38'-' livraison du Bulletin, notre cher et savant secrétaire a 
publié, comme problème historique une curieuse lettre française du 
XIV" siècle. Cette lettre, qui n'est ni datée, ni signée, était évidem- 
ment adressée au roi de France Jean II, dit le Bon, comme le prou- 
ve le contexte. Il s'agit d'élucider la double difficulté qu'elle présente 
en déterminant sa date précise et le nom de son auteur. 

Voici d'abord l'objet delà lettre. Un personnage poursuit en cour 
de Rome — ou plutôt d'Avignon — la « dispenssassion d'estre 
promeus es sains ordres de prestre «. Il rapporte au roi toutes les 
difficultés soulevées à l'encontre de sa demande ; parmi ces difficul- 
tés figure la simonie. Les cardinaux lui reprochent, en effet, des 
conventions simoniaques, qui auraient été passées entre lui, deman- 
deur, le roi de France actuel, Jean le Bon, et son père, Philippe VI de 
\^alois. En conséquence, il le supplie de vouloir bien appuyer sa re- 
quête auprès du Saint-Siège, ne doutant pas de l'heureux résultat 
de sa puissante intervention, 

A notre avis, le véritable auteur de la lettre n'est autre que l'an- 
cien dauphin de Viennois, Humbert II. Ce prince inconstant et ma- 
ladif, gêné par de grands embarras financiers, avait fini par abdi- 
quer le pouvoir ; le 30 mars 134g s'accomplissait, à Romans, l'acte 
de transfert du Dauphiné à la France (i), et le 17 juillet suivant le 
dauphin revêtait l'habit des Frères Prêcheurs (2). 

Le 25 octobre et le i" décembre 134g nous le retrouvons au châ- 
teau de Beauvoir (3), le 4 janvier 1350 à Montfleury (4) et le i" 
février à Grenoble (5). Vers la fin de cette même année 1350, il 
« sortit pour la dernière fois de ses Etats, dit Valbonnais. Il alla en 
droiture à Avignon pour être promu aux ordres. Il reçut les trois 
derniers ordres de la main du Pape, le jour de Nocl, dans l'inter- 
valle des trois messes » (6). Ceci posé, il n'est pas invraisemblable 
de croire que, dans le courant de l'année 1350, soit du mois de fé- 

d) Valbonnms, Ilist. de Dauphiné, II, 594. — (.>) Ibid.,625. — (3) Ibid., 611 
et 613. — (,}) Ibid., 615. — (5) Ibid., 616, —(6) Ibid,, I, 352. 



MELANGES. 45 

vrier au mois de décembre, Humbert n'ait été justement préoccupé 
de sa carrière ecclésiastique et de sa promotion au sacerdoce ; de là 
sa lettre au roi de France. Philippe VI étant mort le 22 aoiàt i 350 (i) 
et son fils Jean lui ayant succédé le même jour (2), de plus, Valbon- 
nais nous apprenant qu'Humbert alla à Avignon, pour son ordina- 
tion, dans le courant de décembre, il s'en suit que la lettre en ques- 
tion a dû être écrite en septembre ou en octobre 1350. Voilà pour 
la date. 

iMaintenant sur quoi s'appuie l'attribution de cette lettre au dau- 
phin ? D'abord, il est incontestable que l'auteur était un personnage 
important : le seul fait d'écrire au roi de France le prouverait déjà. 
Le texte nous fournit un détail significatif, l'auteur assure que le 
pape a déjà accordé de semblables dispenses « en cas plus grief et à 
petites gens ». Evidemment l'auteur ne se compte point parmi les 
a petites gens ». En outre, il a été en rapport avec deux rois, Phi- 
lippe VI et Jean II ; c'est avec eux qu'il serait convenu d'un pacte 
simoniaque : « qui dient que mess(ire) li Roys vostre pères, cuy 
Diex assolle, et vous et je feimes convencions mauvèses, lesqueles 
contenoyent mauvetie et simonie. » Ce détail cadre bien avec tout 
ce que nous savons d'Humbert II, depuis son premier dessein de 
quitter le monde pour la vie religieuse, où les honneurs ecclésiasti- 
ques ne lui devaient pas être refusés. Cette perspective lui avait été 
habilement ménagée, car à la cour de France on connaissait bien ce 
prince bon, généreux, mais faible, irrésolu et toujours séduit par 
l'apparat extérieur. Aussi, les relations diplomatiques auxquelles 
avait donné lieu la réunion du Dauphiné à la couronne pouvaient, 
jusqu'à un certain point, expliquer les accusations et les plaintes 
formulées contre l'ancien dauphin. Un autre motif apparaît encore : 
débiteur du Saint-Siège, auquel il avait emprunté d'assez grosses 
sommes, Humbert semblait alors négliger le règlement de ses dettes; 
une bulle pontificale vint le rappeler à ses engagements (3). Dans 
cette bulle le mécontentement du pape était manifeste, et Valbon- 
nais, en la publiant, n'a pu s'empêcher de faire la réflexion suivante : 
« Il paraît par les termes dont le pape use dans cette bulle qu'après 
qu'Humbert eut pris le parti d'abandonner ses Etats pour entrer en 
religion, il déchut considérablement auprès de lui » (4). Ce parti, en 
effet, ne plaisait pas à Clément VI, qui sollicitait le dauphin de se 

(i) Art de vérifier les dates, I, 597 (édil. de Paris, 1783, en 3 vol. in-fol.). — 
(2) Ibid. — (3) Valbonnais, II, 609. — (4) Ibid., Il, 610. 



46 MÉLANGES. 

remarier. Flumbert parut céder un moment à ses conseils, et des 
pourparlers furent même entamés, mais sans succès, pour lui obtenir 
la main soit de Blanche de Savoie, soit de Jeanne de Bourbon (i). 
Philippe VI finit par l'emporter, non sans un certain mécontente- 
ment de la cour d'Avignon, d'autant plus que, dès 1342, il avait été 
question d'inféoder une partie du Dauphiné à l'Eglise romaine (2). 
Voilà donc tout un ensemble de faits qui e.xplique bien et les diffi- 
cultés qu'Humbert rencontra auprès du Saint-Siège, et le recours 
dont il usa auprès du roi de France à l'effet d'appuyer sa demande. 
Si nous continuons à examiner le texte de la lettre, nous y trou- 
vons encore d'autres arguments. L'auteur appartient au Dauphiné, 
ou tout au moins lui touche de bien près : « m'en vois en Vyenois », 
déclare-t-il. Et pourquoi va-t-il en Viennois ? il nous le dit : « par 
entencion d'adrecier et de mètre en point les besognes de mons- 
s(egneurj Charles, vostre aisné fil et le mien. » Ce passage nous 
semble décisif. L'auteur écrivant au roi de F'rance appelle le nouveau 
dauphin « vostre aisné fil et le mien. » C'était à ce jeune prince 
qu'Humbert avait cédé ses Etats, il l'avait lui-même initié au gou- 
vernement du pays delphinal ; il pouvait bien dès lors le regarder 
comme un fils d'adoption. Et qui donc, en Dauphiné comme ailleurs, 
aurait pu parler de la sorte ? Qui donc surtout aurait pu prétendre 
au dessein de diriger le dauphin de France, de « mètre en point les 
besognes de monss(egneur) ? » Un tel langage, impossible pour 
tout autre, ne se comprend que dans la bouche d'Humbert, où il n'a 

rien que de très naturel. 

Charles BELLET. 



INVENTAIRE DES SCEAUX DES ARCHIVES NATIONALES 

600 JEAN, fils d'Humbert V' (,1294). 

Sceau rond, de 33 mill. — Arch. de l'Emp. J 277, n" 5. 
Sceau armoriai. Un griffon passant, portant au cou un écu au 
dauphin. 

>J< S' ■ lOiilS • l'RhMOGENlTI • IIV • DALPH • VIEN 
(Sigillum Johannis, primogeniti ilumhcrti, Dalphini Viennensisj. 

(1) Ibid., I, 3|S. — (2)1-'- CuKVALiEH, Choix Je documents historiques inédits 
sur le Dauphiné, p. 07-73. 



MELANGES. 47 

Appendu à un traité entre lui, son père le dauphin, et le roi Phi- 
lippe le Bel. — Paris, décembre 1294. 



601 Le même, Dauphin (1308). 

Frag* de sceau rond, d'env. 40 mill. — Arch. de l'Emp. J 277, n° 8. 

Sceau armoriai. Dans un trilobé un écu au dauphin accosté de 

deux demi-tours et accompagné en pointe d'un dragon ou tarasque. 

... I O H I S • D . . . . I • V I E N ' 

Appendu à des lettres où le dauphin consent à une prolongation 
de trêves entre lui et le comte de Savoie. — Romans, le mercredi 
avant la Pentecôte 1308 (29 mai). 



602 Le même ri3io). 

Sceau rond, de 80 mill. — Arch. de l'Emp. J 277, n" 5. 
Sceau équestre, aux armes (le dauphinj sur champ treillissé. 

S'. lOHIS : DALPHINI : VIENEN : ALBON : 
COMITIS : DNI : q3 : DE TVRRE : 

(Sigillum Johannis, Dalphini Viennensis, Albonie comitis, 
Dominique de Turre). 

Contre-Sceau. 
Un demi-château. 

>J< SECRETVM ■ lOHIS ■ DALPIII • 

(Secretum Johannis, Dalphini). 
Appendu à un traité de mariage entre l'une des filles du duc de 
Bourgogne et le tils du dauphin. — 23 octobre 13 10. 



603 HUMBERT IL 

Deuxième fils de Jean et frère cadet de Guignes VIII (1343). 

Sceau rond, de 100 mill. — Arch. de l'Emp. J 279, n" 8. 

Sceau équestre, aux armes (le dauphin) sur champ fretté. 

S . HYM^iTI ■ DALPHI • VIEN PNCIPIS : 

BRI CES ANE : VIENiNE : COM 

Sigillum Humberti, Dalphini Viennensis, ducis Campi Sauri, 

(i) Restitution : Sio'illitm Johannis dalphini Viennen'iis. 



48 iMELANGES. 

principis Brianconesii, marchionls Cesane, Vienne, Albonie, Graisi- 
vodani comitis. 

Revers. 
La représentation d'une ville. En exergue Técu au dauphin et 
l'inscription VIENA. 

AC : PALATNI : VAPINCESII : EBREDVN : ET : 

ÂDRIE : COITIS : DNI : BA MÔTALBAN : 

.... MÔTIS L et dans le champ VPELLl 

(Ac palatini Vapincesii, Ebredunensis et Andrie comitis, domini 
baronniarum Turris, Fucigniacci, xMontis Albanie, MeduUionis, 
Montis Lupelli). 

Appendu à un acte du 7 août 1342', relatif à la donation du 
Dauphinc. 

604 Petit sceau (1349)- 

Sceau rond, de 40 mill. — Arch. de l'Emp. J 277, n" 18. 
Sceau armoriai. Dans un quadrilobe ogival orné de petites figu- 
res, l'écu au Dauphin. 

S'. PARVVM HVMBER... DALPHIiNI.... NENSIS 

(SiglUum parvum Ilumberti, Dalphini Viennensis). 
Appendu à une charte du 30 mars 1 349. 

605 CHARLES, 

Fils de Jean, duc de Normandie (Charles V) ('1349). 

Sceau rond, de 53 mill. — Arch. de l'Emp. J 283, n" 14. 

Sceau armoriai. Ecartelc, au i et au 4 de l^rance à la bordure, 
au 2 et au 3, du dauphin. 

>J< S" : KAROLl : PRIMOGENITI : PRIMOGENITI : 
REGIS : FRANCOR.. DALPHINI : VIENNENSIS 

(Sigillum Karoli, primogeniti primogeniti régis Francorum, 

Dalphini \'iennensis). 
Appendu à la ratification d'un accord entre le Dauphin llumbert 
et Jean de Chàlon. — Lyon, 19 juillet 1349. 

(i> Date erronée, lire ij.i3- 






ÉGLISES ROMANES 



DU VIVARAIS 



BOXJRG-SAIKT-ANDÉOL 

(Fin) (i) 



.^ ■V4^^,j?sivryx^^ 



II. L'EGLISE SAINT-POLYCARPE 
A PARTIR DE L'AN 8^8. 



En résumant tout ce qui vient d'être dit dans la première partie 
de notre travail, nous pouvons affirmer comme résultat historique 
acquis que, le 5 mai 208, Tullie enleva le corps du martyr, le dé- 
posa dans le sarcophage en marbre blanc, qu'elle le cacha et l'en- 
fouit en une maison ou en un jardin près du Rhône ; qu'à l'époque 
de la pacification Constantinienne on éleva sur l'hypogée une basi- 
lique à trois absidioles, puis un temple paroissial quelconque; que 
cette sépulture du saint devint totalement inconnue au IX^ siècle, 
soit que l'on eût perdu la signification de cette basilique ou de ce 
temple, soit plutôt que cet édifice eût disparu sous les décombres 
accumulés par les dévastations des invasions et des guerres des 
siècles précédents, ou qu'avec le temps cet édifice un peu déplacé 
eut été séparé du lieu de sépulture. Nous avons présumé avec une 
grande probabilité et presque établi avec certitude que cet endroit 

(i) La dernière note (2) de la dernière page de la première partie (Bulletin pré- 
cédent) doit être ainsi modifiée en sa fin : 

Mais, comme'on le verra dans la suite, les caractères archéologiques de cet édifice 
lui assignent pour date véritable la fin du IX.' siècle. 

Bull. YII, 1886. 4 



50 EGLISES ROMANES DU VIVARAIS. 

de la sépulture était une maison de Tullie, maison qui, en temps de 
persécution, abritait le précieux trésor, et qui, dans les jours de 
paix, devenait un temple approprié au service religieux et au culte 
du saint, maison peut-être remplacée, avec la suite des temps, par 
une église proprement dite. 

1° Endroit où fut trouvé le tombeau. — Êgtise primitive 
de St-Polycarpe. 

En l'an 858, Tévêque de Viviers Bernoin, sur le point d'inaugurer 
l'église neuve de St-Etienne et de St-Jean, se préoccupait vivement 
de rechercher le corps de saint Andéol. Il ordonna des prières, des 
jeûnes publics : saint Polycarpe, le martyr de Smyrne, révéla l'em- 
placement du tombeau ; les fouilles exécutées au point marqué jus- 
tifièrent cette indication : Bernoin, comme le dit son inscription, 
découvrit le corps de saint Andéol, « Invenit corpus beati Andeoli. » 

Ici se présente immédiatement une question : A cet endroit même 
des fouilles, y avait-il une église ou ruinée ou debout? — Pas un 
document ne répond affirmativement. Tous disent que l'on creusa 
au lieu indiqué (i), sans autre renseignement de détail. Il semble 
même que ce lieu n'était pas plus ou moins prévu, n'avait aucun 
caractère qui pût faire soupçonner une telle découverte. Comment, 
en effet, supposer que l'on n'ait pas spécifié dans les récits que ce 
lieu de la découverte était soit au dedans, soit à côté de l'église alors 
existante, ou sous les ruines de l'ancienne église, etc., alors c]ue ces 
mêmes passages, ces mêmes phrases, qui continuent et reviennent 
à parler de ce lieu, rapportent avec une affectation solennelle la 
translation qu'on lit immédiatement dans l'église nouvelle, magni- 
fique, bâtie sur la hauteur, etc. {2) ? Ainsi donc, en l'état où étaient 
les choses en 858, tout concourt à faire croire que sur l'emplace- 
ment du tombeau il n'y avait pas W^cc facilement apparente d'édifice 
religieux. 

Ce sentiment parait confirmé par l'érection de l'église nouvelle à 

(i) r<ouciiiEn, loc. cit., p. 605. 

« Locum, ubi Sanctus martyr quiescebat, pcrnotavit. » 
« Locum simul ostendcns... » — n Ad luciim jam ostcnsum acccsscrunt. » 
(2) V. HoLCiiiER, loc. cit., |). 605 : 

(« In Eccicsiam Sci Stcphani cl S ci juanni^ in sublime crectam..., mirificc cons- 
Iructam, nobilibbimam domum. » 



BOURG-SAINT-ANDEOL. 5I 

laquelle Bernoin donnait tous ses soins : il est possible, en effet, que 
le pieux évêque, voyant cette région basse de la ville dépourvue 
d'église, eût pensé à en bâtir une, de grande dimension, qui servi- 
rait à la fois pour le quartier bas et pour le quartier haut (quartier 
neuf) ; actuellement, il en est ainsi. 

Mais comme d'un autre côté les documents écrits font remonter 
aux premiers siècles (i) l'existence d'une église paroissiale au lieu de 
la découverte du tombeau qui est l'emplacement même de l'église 
St-Polycarpe, nous sommes amené à présumer que, en cet endroit 
à cette date 858, il devait y avoir des ruines plus ou moins dissimu- 
lées, peut-être envahies par les empiétements des maisons voisines, 
ce qui expliquerait l'étroitesse à laquelle fut réduite l'église St-Poly- 
carpe ; que ces ruines ou ces empiétements étaient d'autant plus de 
nature à égarer les investigations, qu'elles apparaissaient comme les 
débris, non pas d'un temple chrétien proprement dit, mais d'une 
maison ordinaire, de la maison de Tullie, autrefois appropriée com- 
modément au culte, mais jamais suflisamment et ostensiblement trans- 
formée. Cela n'empêchait pas la paroisse de subsister, et d'être desser- 
vie par un édifice voisin, provisoire, séparé du dit lieu de la sépulture. 

Pour nous qui, depuis la Révolution, avons assisté à la disparition 
si prompte de tant de monuments, qui avons vu avec quelle facilité 
la spéculation ou le besoin pratique les empiétements, défigure le sol, 
déracine les édifices les plus considérables, de manière à laisser 
ignorer à une génération les travaux que la génération précédente 
semblait avoir exécutés pour la postérité la plus reculée, nous pou- 
vons aisément concevoir telles combinaisons de circonstances qui, 
loin de facihter alors la solution du problème, tendaient plutôt à 
égarer les recherches et à les éloigner du véritable point. 

2° Eglise carlovingienne de St-Polycarpe. — 
Arguments historiques : — Archéologiques [signes lapidaires). 

Tout ce que l'on peut affirmer avec pleine certitude, c'est que 
l'église actuelle St-Polycarpe n'existait en aucune de ses parties. 

(i) MiRABEL, p. 107-108. Extrait du syndicat des paroissiens de l'église parois- 
siale St-Polycarpe, 

Instruction pour le cure de St-Michel, etc. : 
« L'église St-Polycarpe était des plus anciennes du diocèse. » 
« La paroisse St-Polycarpe avait été érigée longtemps avant celle de St-Andéol, 
avant 858. » 



5-^ 



EGLISES ROMANES DU VIVARAIS. 



Cette église en effet, comme nous l'avons dit page 8, est d'un seul 
jet, d'un art carlovingien très prononce ; elle apparait toute entière 
depuis les premières assises de la base et de la crypte jusqu'à la 
crête de la toiture ; l'homogénéité de tous ses éléments saute aux 
veux. 11 V a plus : on a creusé le sol de près de 2 mètres, de manière 
à laisser à nu toute cette hauteur des fondations heureusement fort 
solides, renforcées, il est vrai, par quelques moellons récents ; mais 
ainsi que nous l'avons dit plus haut, et comme nous l'expliquerons 
plus au long, ces fondations indiquent à peine, en quelques parties, 
les restes d'un édifice antérieur. Ce n'est donc pas cette église là 
même qui pouvait exister en 858, au moment de la découverte de 
Bernoin. C'est donc après cette date que nous avons à chercher 
l'âge de cette église. 

Consultons les documents historiques, avant d'aborder l'archéo- 
logie proprement dite. 

Historiquement, par la donation de l'église St-Andéol aux cha- 
noines de St-Ruf fi), l'évêque de \'iviers, Léodégaire, céda à l'abbé 
de l'Ordre le droit de présentation aux cures de St-Michel et de St- 
Polycarpe (2). Ainsi la paroisse de St-Polycarpe était parfaitement 
constituée en 1108. Elle fonctionnait avec tous les éléments dont le 
principal est évidemment l'église elle-même et, comme entre les deux 
juridictions des religieux et de la cure surgiront bientôt de nom- 
breux conflits dont nous possédons les documents écrits, sans que 
jamais plus il ne soit question d'une construction d'église (ce qui au- 
rait aggravé les complications), nous sommes en mesure d'afiirmer 
que l'église St-Polycarpe existait en 1108 et même depuis un temps 
relativement considérable (3). Cette église était donc construite au 
XP siècle vers l'an 1000. Kn tout cas, conservons cette date 1108, 
jalon extrême donne par l'acte de Léodégaire. 

Passons maintenant aux considérations archéologiques. Si nous 
n'examinons que le caractère architeclonique, les signes particuliers 
des constructeurs, la manière des \oûtes, des pilastres, etc., nous 
retrouverons toutes ces conditions en d'autres églises de la contrée 
que nous ne pouvons, sans preuves, rapporter à une date aussi re- 
culée 858, ou fin du IX"^ siècle. Les chanoines de St-Ruf établis au 
Bourg, et en général les architectes de ce pays, s'emparèrent des 

(i) MiriALEi., p. 156. — CoLU.Miii, p. 8,j . I/aclc de ddnation y c^l en entier. 

(2) Archives communales, sac 2. — Miraiii:i., p. 15H. 

(3) Keporlons-nous à ce qui a cic dit et cité sur l'ancienneté de cette paroisse et 
sur sa priorité par rapport à celle de Saint-Andéol. 



BOURG-SALXT-ANDEOL. 5 3 

types carlovingiens des églises St-Andéol et St-Polycarpe ; ils adop- 
tèrent ces modèles primitifs, simples, sans exigence, se suffisant 
avec les pauvres etpetits matériaux qu'on avait sous la main en cette 
région de calcaire. On modifia les détails, mais on conserva les 
lignes principales. Le plus souvent on les simplifia encore et on les 
réduisit à l'état de vaisseau unique, sans transept. Mais tout cela 
nous reporte au XII* siècle. Ce n'est plus une solution suffisante. 

C'est ici qu'il faut considérer les sigles de diverses sortes que pré- 
sente en grand nombre le monument de St-Polycarpe. 

Nous n'avons aucunement la prétention de nous mêler au débat 
qui s'est élevé entre les archéologues architectes et les archéologues 
archivistes, au sujet soit de l'époque des premières voûtes en pierre 
des églises, soit de la question des signes lapidaires, marques de 
tâcherons, lettres alphabétiques, tailles en chevron, fougères, barbes 
de plumes, etc.; nous nous bornerons à étudier le problème chrono- 
logique dans les limites restreintes de la localité qui nous est con- 
nue. Mais nous ne nous dissimulons pas que la conclusion à la- 
quelle nous arriverons pour Sl-Polycarpe ne sera pas sans portée 
sur la solution des questions générales pendantes. 

Commençons par comparer entr'elles les églises St-Andéol et 
St-Polycarpe. 

L'église St-Andéol est, dans son état général, l'œuvre de Bernoin : 
Elle est datée dune manière absolue (851-858); nous l'avons vu. 
Sous l'évêque Leodegarius, vers 1 108, et probablement à l'époque et 
à l'occasion de l'arrivée des chanoines de St-Ruf comme gardiens et 
desservants de cette église, elle fut l'objet de quelques réparations : 
d'après le texte de l'inventaire (i ) de Leodegarius lui-même, elles 
consistèrent à restaurer les murailles qui menaçaient ruine; quelque 
partie du chevet fut démolie et refaite (2). On peut encore aujour- 
d'hui se rendre compte de ces travaux. C'est à cette époque qu'il 
faut rapporter les gros arcs boutants, lourds et primitifs, qui ont 
arrêté l'écartement des grands murs, et les contreforts, aussi massifs, 
qui ont contenu sur les trois absides du chevet les poussées longi- 
tudinales, — mais il faudrait bien se garder de comprendre parmi ces 
mesures de simple consolidation la construction de la tour du clo- 

(1) Archives communales de St-Andéol, sac. 2, n° 20 : « Vollens parietes ipsius 
qui jam ruinant minabantur in melius reformare.» 

(2) Ibidem, et Mirabêl, p. 165. Nous n'adoptons pas toutes les présomptions de 
l'auteur sur les réparations faites par Leodegarius. On verra notre opinion dans la 
dissertation sur l'église St-Andéol. 



54 EGLISES RO.MAXES DU VIVARAIS. 

cher. — Outre que dans aucun document on n'a attribué à Leode- 
garius ce magnifique morceau d'architecture, nous avons les raisons 
les plus plausibles de croire que, sans remonter bien entendu à Ber- 
noin ni au IX'= siècle, il existait déjà au XII^ siècle, et nous pensons 
même qu'il faut en grande partie rendre son poids responsable des 
affaissements et des écrasements subis par le monument tout entier, 
ce qui amena la restauration du Xll" siècle (les mêmes causes ont 
produit la 2® réparation de 1866). — Nous aurons donc bien soin de 
distinguer en l'église St-Andéol trois époques, celle de Bernoin, celle 
de la Tour du clocher sur le transept, et celle des réparations de Leo- 
degarius. 

Dès à présent nous tenons une église romane de 851 à 858, dont 
la voûte en pierre n'a pas cessé d'exister. 

Quant aux signes lapidaires, cette église St-Andéol en contient- 
elle ? La partie primitive remontant à Bernoin n'en a pas trace : ni 
lettres, ni surfaces de pierre à tailles façonnées. 

La tour du clocher au contraire a plusieurs lettres et plusieurs 
tailles à façon. — Les parties restaurées de Leodegarius n'en offrent 
pas plus que l'église primitive de Bernoin. 

Passons maintenant à St-Polycarpe. Toutes les surfaces de 
pierre, dans l'église et dans la crypte, sont taillées en chevron, etc. 
Mais pour les lettres, il y a une différence absolue entre les deux 
portions de l'église : la crypte en est parsemée : P, A, M, Z, S, I, E ; 
l'église n'en a aucune. — Quoi qu'il en soit de cette différence de dé- 
tail, St-Polycarpe, considéré dans son ensemble, est un type de l'ar- 
chitecture romane caractérisée par les divers accessoires d'ornement 
qui nous occupent, et que l'on retrouve dans les édifices de la région 
méridionale du Rhône. 

L'édifice St-Andéol au contraire dans la partie primitive appar- 
tient à une autre famille, est l'œuvre d'une autre école, et en effet, la 
physionomie de l'église St-.\ndéol est tout à fait celle des églises des 
bords du F^hin (\). 

Comme première conséquence, ces deux églises n'ayant pu être 
construites en même temps, dans une bourgade, sous le même évê- 
que Bernoin, par deux écoles très différentes, l'église St-Polycarpe 
est postérieure à St-Andéol. 

•Mais nous avons constaté qu'une partie de l'église St-Andcol (le 
clocher et son petit escalier à vis) offrait des signes lapidaires de di- 

(1) Voir notre prochaine élude sur l'église St-Andcoi. 



BOURG-SAINT-AXDEOL. 



53 



verses espèces, des lettres A, q, des pierres chevronnées et même 
pointillées, quoique beaucoup plus rares et beaucoup moins bien 
exécutées ; — comme deuxième conséquence, nous dirons que l'école 
méridionale ou provençale, qui a bâti St-Polycarpe, a construit la 
tour de St-Andéol. 

Et parce que ces signes lapidaires sont très imparfaits et assez 
rares dans cette tour, et qu'ils établissent une transition dernière 
entre l'art supérieur des sigles de St-Polycarpe et la taille vulgaire 
et commune des maçons ordinaires qui se contentent de strier unifor- 
mément les pierres, comme troisième conséquence nous concluerons 
que la tour de l'église St-Andéol représente la basse période de l'é- 
cole provençale, la période des traditions affaiblies non pour la 
composition et la construction artistiques, mais pour les procédés 
des maîtres de taille, dont les signatures, burinées à la façon antique, 
et dont les fantaisies chevronnées resplendissent au contraire à St- 
Polycarpe dans tout l'éclat primitif d'un génie inventeur. 

Enfin, comparant St-Polycarpe avec la portion de St-Andéol res- 
taurée par Leodegarius, à partir de 1108, nous ne trouvons plus le 
moindre rapport. Ces parties n'ont aucun des signes lapidaires de 
St-Polycarpe. Qu'est-ce à dire, si ce n'est, comme quatrième et su- 
prême conséquence, que les méthodes de la taille ornementée des 
surfaces, pratiquées par l'école provençale, avaient disparu au XII* 
siècle. 

En définitive, par l'inspection des sigles lapidaires des deux mo- 
numents de St-Andéol et de St-Polycarpe, nous arrivons à établir 
que St-Polycarpe est postérieur à l'an 858, et fort antérieur à l'an 
1 108 ; même assez antérieur à l'érection du clocher de St-Andéol qui 
a dû suivre la construction définitive du gros œuvre de Bernoin. 
Supposant que ce clocher n'ait été élevé que cinquante ans, cent 
ans même après Bernoin, nous aurons environ les années 920, 
950 : — St-Polycarpe, étant assez antérieur, aura été bâti vers 900, 
fin du IX* siècle, soit, si l'on veut, vers 950. 

C'est bien une église pleinement carlovingienne, avec sa voûte en 
berceau, et avec sa simplicité intérieure imitée des travées de St- 
Andéol, comme aussi bâtie avec de fort menus matériaux. fVoir ci- 
après, 4° Description). 

Nous tenons à faire observer que les déductions successives par 
lesquelles nous avons obtenu l'âge minimum de St-Polycarpe sont 
tirées de l'examen des monuments de la localité, et que nous avons 
laissé tout à fait en dehors de ce travail les rapprochements que nous 



56 ÉGLISES RO.MANES DU VIVARAIS. 

aurions pu établir à l'aide des nombreux édifices de l'école proven- 
çale disséminés dans les environs de Bourg-Saint-Andéol, et décrits, 
mis en évidence et parfois en parallèle, si magistralement, par M. 
Révoil (\). 

Enfin une remarque encore fort intéressante, dans le cas particu- 
lier qui nous occupe, c'est que les diverses époques de construction, 
tant de St-Andéol que de St-Polycarpe, reproduisent, reflètent très 
fidèlement, en une petite localité, l'histoire générale de cette école 
carlovingienne provençale à signatures lapidaires. Elle apparaît au 
IX^ siècle, elle se développe et brille magnifiquement aux X'' et XI' 
siècles, commence à s'éclipser peu après, et disparait au XII"= siècle, 
dans la région même qui avait été son berceau. 

3° Eglise carlovingienne de Saint-Polvcarpe [suife). — 

Arguments archéologiques [suile) : — Epigraphiqucs ; 

— argument de raison. 

Continuons l'étude archéologique de ce monument si intéressant, 
et voyons si nous pouvons trouver de nouvelles preuves ou puis- 
santes présomptions en faveur de son érection au IX" ou au X* 
siècle. 

II s'en faut que toutes les fouilles, préparatoires à une restaura- 
tion complète, soient faites à cette heure, principalement sur la par- 
tie de la façade, enfouie, comme on l'a dit, dans les remblais qui ont 
nivelé la place extérieure. Si l'on s'en tenait à l'inspection du cintre 
extérieur du portail, on pourrait s'égarer et descendre jusqu'au XII"" 
siècle, tant il y a de pureté dans la sculpture du feuillage qui orne la 
moulure de l'arc du tympan. Mais les sondages que nous avons pra- 
tiqués ont mis à jour des fragments plus anciens de cette grande 
porte, des pierres de taille façonnées avec des entrelacs grossiers et 
caractéristiques, tels que ceux de l'inscription de Bernoin. Il est évi- 
dent que ces entrelacs exhumés sont plus dans le goût du IX' siècle 
que dans celui du XII*-'. Nous pouvons en passant conclure que le 
cintre actuel extérieur du portail n'est pas de la première conception 
de cette façade : c'est un placage d'un beau style roman, qui par la 
finesse de ses sculptures fait contraste avec la sé\crc simplicité de 
toutes les lignes de St-Polycarpe. On le voit, les motifs de préjuger 

{i) .Archit. romane du midi ; et .\ppcndicc. 



BOURG-SAINT-ANDEOL. • 57 

en faveur de l'archaïsme carlovingien de cette église se multiplient 
sous toutes les formes, en toutes nos recherches. 

Une découverte épigraphique nous apporte la preuve la plus im- 
portante et la plus concluante dans ce sens. C'est celle du graffite du 
petit escalier septentrional, ainsi conçu en trois lignes (i) : 

S ce Andeole in 
tercede pro no 
bis 

sur l'angle d'une fenêtre meurtrière, et accompagné d'une lettre A 
déjà si répandue dans la crypte elle-même. Nous l'avons publié cette 
année (1886) dans la Bibliothèque de l'Ecole de Chartes (t. XLVII, 
Inscriptions chrétiennes du Vivarais), où nous disions : « Cette ins- 
cription appartient à la capitale carlovingienne non moins que les 
inscriptions de Bernoin et d'Aurélien. Elle en a les majuscules, les 
insertions et les inégalités de lettres. Elle n'a rien d'oncial, » et pas 
une minuscule. Les interlignes sont réglés d'un trait unique, le signe 
abréviatif de Sce est un oméga à pattes allongées ; tous ces carac- 
tères lapidaires nous ont fait assigner le graffite à la fin du IX^ siè- 
cle, ce qui d'un coup daterait l'église St-Polycarpe. Examinons donc 
encore très attentivement les trois sortes d'éléments de ce graffite, 
lettres, règlure, sigle abréviatif. 

Quant aux lettres elles-mêmes, toutes majuscules capitales, elles 
sont bien du IX' siècle. La règlure n'offre aucune difficulté. Elle est 
d'un usage si fréquent dans les siècles même antérieurs (2). 

Il n'en est pas de même du signe abréviatif oméga majuscule à 
pattes allongées. Les monuments lapidaires qui le portent, en ces 
temps reculés, paraissent avoir été refaits postérieurement. C'est 
ainsi que l'inscription de l'autel de l'évêque Deusdedit, siégeant à 
Rodez avant 599, a été paléographiquement considérée comme gra- 
vée tout au plus durant l'époque carlovingienne : on y voit le sigle 
oméga et aussi les C et le G carrés et à volute carrée (3). U faut donc 
chercher des exemples authentiques de ce sigle remontant au [moins 
aux IX' et X' siècles. Les architectes en proposent plusieurs : 

(i) C'est un moulage qui nous a procuré le graffite dans celte netteté parfaite 
que nous reproduisons sur la Planche, et que les estampages n'avaient pu nous 
donner, lorsque nous avons rédigé .l'article de la Bibl. de l'Ec. des Ch. 

(2) Leblant, Inscriptions chrét. antér. au VIII' siècle. 

(■5) Leblant, ib. T. 2. Planche n" 574, et note spéciale de l'auteur. 



5© EGLISES ROMANES DU VIVARAIS. 

1. Un Ecce Agn Dei, de la chapelle St-Victor près de Tarascon 
(Bouches du-Rhône), où Ton retrouve identiquement le G carré 
à volute carrée, et l'oméga de Rodez. St-Victor est, comme plan et 
ordonnance architecturale, semblable à St-Gabriel, et couvert de 
tailles en fougères et de sigles alphabétiques (i). 

2. L'inscription de la crypte d'Apt où le mot Scam pour SanclJni, 
même qualificatif que le Sce de St-Polycarpe, est surmonté d'un 
oméga absolument pareil, même à ses extrémités relevées et épa- 
tées (2). Les lettres sont capitales, sans mélange. 

3. La signature d'un architecte de la façade primitive de St-Tro- 
phime d'Arles, D — sur la nef de St-Virgile (avant l'application du 
fameux portail du XII' siècle) (3). L'oméga ici est renversé. 

Il faut avouer que ces exemples, triés parmi beaucoup d'autres, 
seraient difficilement placés, avec toutes les circonstances extrinsè- 
ques qui les accompagnent, en une époque postérieure aux temps 
carlovingiens. 

Toutefois relevons les observations qu'on a faites aux architectes : . 
on les a accusés de vouloir, par une pétition de principe, trouver la 
date carlovingienne d'un sigle à l'aide de monuments lapidaires dont 
l'origine et les caractères carlovingiens sont contestés. Et puis, a-t- 
on objecté, en reconnaissant que ce sigle devient universel au XII° 
siècle dans le style lapidaire et dans les manuscrits, comment ose-t- 
on l'attribuer, dans les inscriptions, au IX'= siècle, alors qu'on ne le 
trouve dans les manuscrits qu'au milieu du XI'' siècle, et encore assez 
rare? N'est-ce pas forcer la note par un empressement de parti, et 
préjuger ce qui est en question ? 

C'est précisément aux manuscrits qu'en ce moment nous allons 
demander la réponse à ces reproches, et l'authenticité carlovingienne 
de ce sigle et par suite de tout le reste. 

Les maîtres citent, comme une des premières apparitions du si- 
gle, celui du sceau papal de Léon IX (1030) (4). A ce compte, il fau- 
drait l'avouer, le sigle ne saurait justifier les dates carlovingiennes 
des inscriptions ci-dessus, et ce graffite serait contradictoire dans 
SCS éléments, par ses lettres du IX'= siècle, par son sigle du XI" ou 
du XII"" siècle Nous avons donc été amené à chercher nous-méme 
à quelle première époque le sigle oméga se rencontre dans les docu- 

(i) KÉvoiL : Archit. romane : vnir St-Gabricl. 

(2) RÉvoiL : — iK. — Api. 

( l) Révou, : — ib. — St-Trophimc. 

f^) -Mabillon, De re diplomaticà, p. 445. 



BOL'RG-SAINT-ANDÉOL. 59 

ments écrits. En compulsant les manuscrits, nous l'y trouvons très 
abondamment, dans sa forme parfaite, en plein dixième siècle (i). La 
collection Wisigothique de Silos est venue corroborer cette consta- 
tation, en nous offrant des échantillons de l'oméga ordinaire et de 
l'oméga renversé tel que celui d'Arles (2). En sorte que nous avons, 
dans ces manuscrits, des exemples de mots identiques à ceux des 
inscriptions de St-Polycarpe , de Rodez, d'Apt , de St-Victor et 
d'Arles, avec le sigle aussi identique. Il nous a paru que le sigle était 
originaire de la Lombardie, et avait passé par l'écriture française 
carlovingienne dans les manuscrits Wisigothiques d'Espagne des X' 
et XI^ siècles. Il y a du reste une grande affinité entre les ornements 
de l'architecture Lombarde et ceux de l'architecture Provençale. De 
nouvelles recherches dans les documents écrits de provenance méri- 
dionale, surtout Lombarde, reculèrent jusqu'au IX^ siècle l'âge de ce 
sigle devenu si importa^it ('7,). Mais tel que nous l'avons en si fréquent 
usage dès le X' siècle, il suffit aux besoins de notre thèse ; il fixe pour 
St-Polycarpe un âge minimum, qui peut être la fin du IX" siècle ouïe 
début du X'. En effet, par là il nous est démontré que le sigle du graf- 
fite n'est pas en contradiction avec les lettres et la règlure; que celles- 
ci, posant le graffite à la fin du IX" siècle, le sigle peut lui-même s'accom- 
moder à cette date, en un mot que le graffite, tel qu'il est, peut très 
bien être assigné à cette époque dont on rejetait d'abord la fécondité 
et la gloire architectoniques. 11 est certain qu'une inscription de cette 
nature, tracée à la hâte et par manière de récréation pieuse, et ce- 
pendant toute en majuscules capitales, c'est-à-dire dépourvue de 
tout mélange de lettres négligées, de tout emprunt aux alphabets de 
décadence (au IX' siècle déjà on insérait souvent des onciales et des 
minuscules), une telle inscription est une date. Elle nous autorise à 
affirmer, comme nous l'avons présumé dans l'article précité de la 
Bibliothèque de l'Ecole des Chartes, que le petit escalier de St-Poly- 
carpe et par conséquent au moins la crypte et la partie inférieure de 
l'église étaient construits vers la fin du IX' siècle, peut-être même 
vers la fin de l'épiscopat de Bernoin, en 873. 

(i) Bibli. nationale, fonds lat., n" 3778, fol. 194, 165, 141, 118, 97, 91, 68, 
on y trouve sce, scis, comme dans notre gratïïte. N" 3777, fol. 77, 79 ; n" 4669, 
fol. un" 5301, fol. 62, 87, 102, 163, i85,i9o,2i3,233,293;n''46i3,f. 13, 18, 73. 

(2) Bibl. nationale, fonds lat. nouv. acquisit. N" 2169, fol. 54, 11 i ; n" 2 171, 
fol. 432 ; n" 2 I 78, fol. 66, 150.,. ad finem ; n" 2 i 77, fol. 422, 658. 

(3) Westvvood, Paleographia sacra pittoria ; — C'° de Bastard, Peintures des 
manuscrits, T. 5-6. 



6o ÉGLISES ROMANES DU VIVARAIS. 

Quant à la lettre A, elle est gravée à part, au delà de l'arête de la 
pierre d'angle, sur l'autre face, en pendant avec le graffite, comme 
pour attester la griffe du maître qui a taille en chevron et signé les 
pierres de taille les plus en vue de la crypte. 

On s'est étonné de rencontrer le mot Sanctus alors qu'à celte épo- 
que on emploie le plus souvent l'épithcte Beatus. Cette observation 
serait juste pour les récits du discours ordinaire, ainsi qu'il appert 
dans l'inscription de Bernoin, Invenit corpus Beati Andeoli. Mais 
dans les invocations, l'usage liturgique des adjectifs Sanctus, Sancta, 
Sancti, avait déjà été introduit et rendu invariable par les litanies de 
saint Mamert (V' siècle) 

Une étude qui compléterait et confirmerait ce travail consisterait à 
chercher pour quel motif cet édifice d'une unité si parfaite contient 
dans sa crypte les sigles alphabétiques et les tailles de pierres façon- 
nées, et dans l'église seulement les tailles à façons (i). Il est possible 
que les maîtres de taille se soient contentés de signer l'œuvre de la 
crypte, comme la partie la plus artistique et la plus honorable du. 
monument, mais la solution de cette question accessoire n'importe 
nullement au problème principal désormais résolu. 

Nous voici donc parvenus par l'histoire, par l'archéologie et par la 
paléographie, à trouver la date de la construction de l'église St- 
Polycarpe et à la fixer à la fin du IX^ siècle, tout au moins au com- 
mencement du X". 

Et maintenant il nous parait impossible de dire que les voûtes en 
pierre des églises au IX*" siècle ne sont pas des réalités, — et que 
l'école Provençale carlovingienne est une simple hypothèse. 

11 nous reste un argument tiré de la raison naturelle et de la force 
des circonstances : 

Si nous voulons considéicr la nature des choses, il est évident 
qu'une fois la basilique, le tombeau et le corps du saint retrouvés, 
deux pensées durent envahir l'esprit de l'cvéque Bernoin : d'abord, 
l'église neuve (de Sl-I"iiennc et St-jcan) à peu près achevée, puis 
l'hypogée ou basihquc, si xénérabic par le séjour six fois séculaire 
du corps saint. 

Or, sans relard le lombcau fut transporté dans l'église neuve : 
Cela prouve que la place où il \cnail d'être découvert nclait pas en 
état de le conserver ; que non seulement il n'y a\ail pas là une 
église, mais (_iue l'emplacement lui-nicmc n'cluil pas convenable par 

fi) KÉvoiL, ib.. Appendice: St-Polycarpc. 



BOURG-SAINT-ANDÉOL. 6l 

suite du délabrement, des effrondrements, des empiétements, etc. 
qui exigeaient de grandes et longues réparations. D'autre part on ne 
pouvait abandonner ces vestiges de la maison de Tullie, de la 
sainte Roumèle, de la basilique sanctifiée. 11 n'y avait qu'un parti à 
prendre : disposer le terrain, relever les ruines d'une manière défi- 
nitive, conserver précieusement les substruclions sacrées ou du moins 
les plans primitifs (et même les matériaux), en faisant la crypte d'une 
église qui les reproduirait dans son chevet et sous son maitre-autel, 
qui serait la restauration ou réédification de l'ancienne église parois- 
siale, et que l'on dédierait par reconnaissance au saint primat de 
l'Asie, à celui qui avait autrefois ordonné et envoyé Andéol et qui 
venait de révéler son tombeau. 

Quant à l'église haute où l'on porta les reliques et le beau reli- 
quaire en marbre blanc, il était visible à tous que Dieu avait pré- 
paré son érection à point pour contenir le précieux dépôt, et elle en 
reçut et en conserva à jamais le vocable titulaire, celui des SS. 
Etienne et Jean ayant été abandonné (i). 

Pour le reste, l'emplacement six fois séculaire du tombeau et du 
corps, nous n'hésitons pas à croire que l'église St-Polycarpe fut 
sans retard décrétée par Bernoin lui-même, et commencée soit de 
son vivant, soit peu après sa mort. Il ne faut pas perdre de vue qu'à 
ce moment de l'histoire, Boson détachait de la F^rance du nord le 
royaume de Provence, qu'il annexait le Vivarais, et que, les desti- 
nées de ces pays étant désormais liées ensemble, les relations avec 
les bords du Rhin cédaient la place aux communications faciles avec 
le midi. Aux architectes Rhénans succédèrent les maîtres de l'école 
Provençale qui déjà se signalait brillamment. Ceux-ci furent donc 
appelés à construire St-Polycarpe (2). 

4° Description de l'église St-Polycarpe dès sa construction. 
— Avec les modifications — Depuis la sécularisation. 

Nous allons essayer de décrire l'église St-Polycarpe, d'abord telle 
qu'elle sortit de la conception et de l'exécution première, puis avec 
les déformations successives causées par les agrandissements de 
l'espace intérieur. 

Rappelons-nous que en 208 le tombeau a été déposé sous terre en 

(1) V. MlRABEL, p. 135-137. 

(2) RÉvoiL, Arch. romane : Appendice. 



02 ÉGLISES ROMANES DU VIVARAIS. 

bas de la colline qui descend jusqu'au fleuve, soit dans la maison 
même de Tullie, soit dans le jardin attenant. Dès que les temps meil- 
leurs l'ont permis, on a bâti par-dessus la petite basilique à trois 
absidioles concentriques, à laquelle sur le devant c'est-à-dire au 
couchant et aussi par-dessus on a ajouté peut-être une église, un 
édifice, en prolongement pour les fidèles. De ce premier état de cho- 
ses, en 858, il ne restait que des débris informes, lorsqu'on en vint 
à construire l'église St-Polycarpe. Alors, en manière de crypte, on 
reproduisit la basilique telle qu'on en voit des échantillons à Rome 
et en Italie. 

On alla jusqu'à imiter et importer certains détails accessoires, par 
exemple, ces soupiraux qui éclairaient ou aéraient l'édicule funèbre, 
que les archéologues ont découvert sur le versant des voûtes des ab- 
sidioles de ces basiliques du IV" siècle, et qu'ils ont appelés yè/ies- 
iella ou luminare crypla;{\). La conque septentrionale de la crypte de 
St-Polycarpe porte une de ces ouvertures quadrangulaires qui se 
continue à travers la mac^onnerie en tuyau de pierre de plus en 
plus rétréci, jusqu'à une petite baie extérieure, cintrée par le haut. 
Nous présumons toutefois que ce travail, sans avoir une date très 
postérieure, ne fut pas prévu ni exécuté dans la construction primi- 
tive de la crypte. 

On conserva la divergence produite par l'axe de la basilique et l'axe 
de la nef, soit qu'on se conformât simplement au défaut primitif de 
parallélisme des deux édifices, soit qu'on voulût accuser la significa- 
tion symbolique de cette déviation. 

Toutes les pierres de l'église et de la crypte furent taillées à leur 
surface en façon de chevron, de fougère, etc. Et de plus, celles de la 
crypte reçurent (pour la plupart) des lettres alphabétiques, très nette- 
ment sculptées et terminées en queues d'aronde (P, A, M, Z, S, 
L, E. .). Les cintres tant des arcs doubleaux que des formerets 
affectèrent à leur sommet une légère pointe, ce qui n'existait pas 
dans l'église St-Andéol {2). Toutefois la simplicité de cette église fut 
imitée au dehors et au dedans par l'emploi du petit moellon dans 
toutes les surfaces intermédiaires, et par l'absence de tout ornement : 

(\) Voir ces mots darii le iJiclionnairc de Mariigny. 

(2) A St-Andcol, seuls les arceaux formerets qui sont immédiatement sous le dôme 
ont celte petite pointe du milieu, c'est précisément la preuve que la tour du clo- 
cher est postérieure à réalise, cl qu'elle fut construite à partir de ce remaniement 
par d'autres architectes que ceux de l'église (Rhénans), par les architectes cariovin- 
giens provençaux qui bâtissaient ou avaient bûli Sl-Polycarpe. 



BOURG-SAINT-ANDÉOL. 63 

aucun cordon de pierre ne marque la retombée des voûtes sur les 
murs qui les soutiennent, de même qu'à St-Andéol. Peut-être fau- 
drait-il remarquer une certaine différence entre les moellons et leur 
emploi soit au dehors, soit au dedans de l'église St-Polycarpe. Au 
dehors, ils paraissent taillés plus régulièrement et posés en assises 
plus uniformes qu'au dedans, où les enduits recouvraient les sur- 
faces autres que celles des petites pierres de taille chevronnées. 
Mais le caractère d'une nouvelle école se révèle dans l'absenee de 
tout détail provenant du genre des églises Rhénanes. C'est ainsi 
que les gouttières aboutissent sur un simple bandeau de pierre de 
taille posé comme couronnement des grands murs latéraux, sans au- 
cun de ces petits arceaux dont la suite constituait un si joli feston, 
une si gracieuse guirlande à tous les pourtours supérieurs de l'église 
St-Andéol. — Dans la restauration de St-Polycarpe, il faudra ap- 
porter le plus grand soin à conserver ces différences de styles et de 
familles monumentales. 

St-Polycarpe est peut-être l'œuvre la plus sobre sortie des mains 
de l'école provençale, et l'on ne peut s'empêcher d'en attribuer la 
cause à la proximité de l'église St-Andéol, qui s'imposait comme un 
modèle économique. Ces rapports de construction similaire sont 
une preuve de plus en faveur de l'ancienneté relative de St-Poly- 
carpe. Le gros de l'œuvre semble avoir été exécuté par les mêmes 
ouvriers subalternes, sous la direction de maîtres différents. 

Sur les trois conques ou voûtes concentriques de la crypte on éta- 
blit le tombeau et l'autel. Nous avions retrouvé intact le vieil autel, 
à table monolithe biseautée. 

Le sol de la nef fut porté par quelques marches à environ un mè- 
tre plus haut que celui de la crypte, et pour le relier au sanctuaire 
on pratiqua, dans l'épaisseur des murs latéraux des travées voisines, 
de tous petits escaliers ayant o"", 50 de largeur, et éclairés par une 
fissure à évasement intérieur. Un peu en avant de la façade il y 
avait dans l'église une dernière volée de quelques degrés pour attein- 
dre le seuil du portail, et par devant celui-ci au dehors encore quel- 
ques gradins placés entre deux petits murs de soutènement permet- 
taient d'arriver jusqu'au niveau delà place; ils sont aujourd'hui enfouis 
dans le sol. Le sanctuaire faisait l'effet d'un transept fort peu accusé, 
posé sur les deux absidioles du sud et du nord, et se terminait au 
fond immédiatement par une abside ayant la largeur de la nef et 
englobant à sa base l'absidiole du levant. Ainsi en entrant, on avait 
devant soi la nef à trois travées, terminée par le double étage du sol 



64 ÉGLISES RO.MA\i:S DU VIVARAIS. 

de la crypte et du chceur supérieur qui sarrondissait au fond en 
chevet circulaire. 

Ce qui ressort le plus vivement de ce plan et de cette construc- 
tion, c'est qu'il a fallu compter très rigoureusement avec l'espace 
restreint dans le sens des largeurs. L'église est développée propor- 
tionnellement en son grand axe, autant qu'elle est resserrée dans 
l'autre sens. C'est un couloir dont toutes les parties se commandent, 
sauf l'échappée très ingénieuse mais très incommode des deux esca- 
liers dérobés. 

(Quelles étaient les dispositions de la façade primitive ? c'est ce 
qu'il est impossible de savoir, sauf la fenêtre en ocidiis, dont il reste 
le contour supérieur très mutilé, et aussi sauf les traces d'un lin- 
teau du portail qui indiquent qu'il était à tympan plein cintre. Mais 
cette façade à l'état actuel n'est cju'un ensemble de remaniements 
réitérés, parsemé de pierres de divers appareils, un placage de frag- 
ments, dont quelques-uns à sculptures plates, provenant de temps 
antérieurs. Le cintre extérieur formé d'une suite de feuilles très élé- 
gamment découpées ne -saurait être attribué à la première époque 
de ce monument. 

A une certaine époque, sur laquelle nous ne sommes pas encore 
bien renseigné par l'histoire, mais- qu'on pourra un jour préciser et 
que nous pouvons indiquer à l'aide des données archéologiques, 
cette église fut jugée trop petite. Or, la ville avait déjà ou faisait exé- 
cuter sur le ileuve la ligne de rempart. Il est probable que la façade 
orientale de l'ancienne maison de Tullie dut servir de limite de ce 
côté et fut absorbée par l'enceinte fortifiée. Il resta ainsi un vide en- 
tre ces murs très épais (qui subsistent encore) et le chevet de l'église 
de St-F'olycarpe. Que fit-on? on démolit ce chevet, cette abside de 
l'église, et le fond du sanctuaire fut reculé et se confondit avec le 
rempart à mur plat : on ajouta ainsi à l'orient un vaste chœur, une 
seconde nef, dans l'axe de la première, mais au niveau supérieur de 
l'autcI. Il fallait faire disparaître sur le dc\anl l'inégalité d'élévation. 
On jeta sur la première nef une voûte de plain pied avec le sanc- 
tuaire et l'on n'eut plus qu'un même niveau, en remontant le seuil 
du portail, entre la place extérieure et l'extrémité de toute la profon- 
deur de l'église. Il est probable que le maitre-autel fut dès lors re- 
porté et adossé au rempart. 

Dè.'i ce moment, il y eut deux églises superposées. En haut, celle 
que nous venons de décrire ; en bas, la crypte, flanquée en avant et 
en arrière de deux souterrains. Mais ces deux nefs inférieures étaient 



BOURG-SAIXT-ANDÉOL. 65 

séparées par la crypte : pour les faire communiquer, on creva l'ab- 
sidiole centrale, dont on conserv^a l'arête d'ouverture comme un ar- 
ceau de porte arrondie (i). Les petits escaliers dans l'épaisseur des 
murs continuèrent à servir seulement quand on voulait par curiosité 
ou par piété descendre à la crypte, que l'on continua d'appeler la 
Sainto Roumèlo, ou la crypte de la bienheureuse Tullie. 

Une fois dans la voie des modifications et des mutilations, l'on ne 
s'arrêta plus. La travée voisine de la façade fut coupée à la hauteur 
du portail par une voûte en forme de tribune ; on y accédait à l'aide 
de petits gradins incrustés dans le mur de la travée du milieu, côté 
nord à partir de la petite porte cintrée, et de cette tribune on pou- 
vait, gagner au midi les toits de l'église. 

En outre les deux travées méridionales qui restaient libres furent 
abattues jusqu'à l'arc formeret et converties en chapelles latérales, 
ce qui nécessita la suppression d'un des petits escaliers. L'autre pe- 
tit escalier fut comble sans motif Et comme il fallait cependant avoir 
accès en l'église supérieure, on établit un escalier volant, immédiate- 
ment à gauche de la grande entrée de l'église. 

Dès lors toutes les proportions de l'édifice furent anéanties. 

Remarquons les deux principales époques de remaniement : — 
1° Le vaste chœur, qui fut en premier lieu créé entre le sanctuaire et 
le rempart, a tout le caractère de la construction romane : voûte en 
berceau, arcs et pilastres doubleaux simples et plats, etc. Mais 
ce n'est pl'us le roman des carlovingiens avec les lettres, tailles, si- 
gnes, etc., si caractéristiques. C'est un roman d'imitation, c'est de 
la maçonnerie industrielle sans aucun art. Il ajouta deux larges tra- 
vées à la longueur du vaisseau, probablement au commencement du 
XI'V'= siècle. 

2° Quant à la tribune et aux chapelles latérales, elles furent éta- 

(i) Quelques personnes ont cru qu'il y avait entre le rempart sur le Rhône et la 
crypte un terre-plein. Elles n'ont pas songé que le plain pied qui existe entre la 
crypte et le balcon du i" étage sur le rempart du quai est de création récente, 
comme la voûte sur la nef à mi-hauteur. Il faut toujours se rappeler que le premier 
niveau du sol de l'église était déjà en contrebas et suivait la déclivité de la colline, 
et que le niveau du sol de la crypte était encore plus bas, toujours en raison de 
la même déclivité. En un mot, le chevet primitif de l'église St-Polycarpe allait en 
quelque sorte tremper dans le Rhône, au point où la façade antique de la maison 
de Tullie, plus tard confondue avec le rempart, avait accès sur le fleuve, au der- 
nier niveau de la colline confinant au fleuve. Quand on voulut prolonger le dessus 
de la crypte jusqu'au rempart, on fit une voûte, qui existe encore, non pas sur un 
terre-plein, mais au contraire sur le vide absolu. 

Bull. VII, 1886. 5 



66 ÉGLISES ROMANES DU VIVARAIS. 

blies postérieurement, mais très grossièrement. Une moulure à peine 
et un arc aigu très prononcé sans ornementation suffisent pour indi- 
quer le XV' siècle. 

Telle était l'église St-Polycarpe et sa crypte, lorsque, à l'époque 
de la Révolution, elle fut livrée à la spéculation profane. L'église in- 
férieure devint un rez-de-chaussée, et pour l'établir de plain pied on 
creusa le sol de la crypte d'environ o™, 60, celui de la nef occidentale 
de près de i"',6o, — mettant ainsi à découvert les fondations des 
murs latéraux de toute l'église. - Pendant de longs jours, nous ont 
dit les témoins oculaires, on déblaya une grande quantité de cailloux 
roulés mêlés à des ossements et à de la terre jaunâtre ; les décom- 
bres charriés à brouette sur la sortie orientale formèrent le premier 
cône de remblais jeté dans le Rhône au pied du rempart. Cet amas, 
agrandi par les décharges successives de matériaux, servit à faire le 
quai et à refouler le fleuve à la distance où il coule aujourd'hui. — 
Jusqu'à ce moment, le fleuve venait battre le rempart et l'on ne pou- 
vait, en le longeant, aller à pieds secs de la rue Ramade (i) à la rue 
du Bac, deux rues qui se déversent parallèlement de la ville sur le 
quai. 

L'église supérieure fut traitée comme un premier étage de maison 
ordinaire, et convertie en salles, chambres, grenier, etc. 

C'est à cette époque qu'il faut attribuer la disparition du petit 
campanile bâti sur le pignon occidental ou sur la façade de l'église 
St-Polycarpe. Il était à quatre faces et à grandes baies arrondies, 
avec un toit à pyramide assez aplatie sous lequel pendait la clo- 
che (2). Mais avant la démolition du chevet y avait-il un clocheton 
sur le transept du sanctuaire ? nous ne pouvons le dire. En cher- 
chant à résoudre cette question, nous avons trouvé à cet endroit dans 
la toiture, au dessus et le long de l'arc d'entrée du sanctuaire, une 
pierre perforée et usée par les frottements d'une corde ou d'une 
chaîne, — mais la démolition de l'abside ayant entraîné celle du toit 
du transept qui au levant s'appuyait sur le chevet, nous ne pouvons 
savoir si le transept était surmonté d'une tour à pans coupés, d'une 
calotte à lanterne et à clocher, ou simplement d'un mur à pignon 
percé d'autant d'ouvertures qu'il y avait de petits beffrois à placer, 

(i) Ainsi appelée parce que, avant l'existence du quai, cctlc rue aboutissant au 
fleuve se prolongeait du côté du nord par un abri en feuillage, en ramce, qui pro- 
tégeait l'attache des bateicts groupés à ce point comme en un petit port. 

(2) Voir un campanile analogue sur le toit de la chapelle rurale de St-Sulpice 
(territoire de St-Marccl d'Ardèche), dont l'abside polygonale est à tailles de fougère. 



BOURG-SAINT-ANEÉOL. 67 

OU enfin d'un campanile qui aurait précédé celui de la façade (i) ; 
celui-ci n'aurait été bâti qu'après la démolition du premier et du 
chevet-transept. 

En terminant ce travail, nous ne saurions trop déplorer le grand 
déblaiement qui eut lieu lorsque ce monument fut vendu, sous la 
Révolution. On vida complètement le rez-de-chaussée intérieur de 
l'église et de la crypte basilique jusqu'à l'abaisser à ce niveau où rien 
n'est plus resté de tout le vieux et long passé. Or, quand on sait que 
en réparant la maison voisine, on trouva des tombeaux, on ren- 
contra des subslructions résistantes comme du marbre ; que, en 
fouillant la nef de la chapelle (voisine aussi) de St-Sauveur, on eut 
sous la main, en sépultures, en monnaies, en poterie, toute l'époque 
Constantinienne, on est consterné de voir cette brutale ignorance 
qui consomma les fouilles du sol de St-Polycarpe. On alla jusqu'à 
laisser en l'air les fondations de l'édifice, et pour les consolider, on les 
remania en sous œuvre, on boucha à la moderne les évidements et 
les solutions de continuité. De là cette grande difficulté que nous 
avons sans cesse rencontrée, quand nous avons cherché à savoir quel 
monument avait suivi l'hypogée de Tullie et précédé l'église et la 
crypte carlovingienne. Enfin on creusa le sol naturel en jetant tout 
au fleuve, sans sauver la moindre épave des objets que nous avons 
mentionnés plus haut, et que les générations romaines, gallo-ro- 
maines, mérovingiennes, wisigothiques, carlovingiennes avaient du 
accumuler sur cet emplacement le plus vénéré, le plus recherché, le 
plus fréquenté tant des paroissiens primitifs que des pèlerins multi- 
pliés du troisième au douzième siècles. 

Auguste PARADIS. 

(1) Ce qui aurait été absolument semblable à la disposition de ladite chapelle St- 
Sulpice. 

MISSION DU P. BRIDAINE (1766). 

« Le vingt-sept février mil sept cents soixante-six, M. Brydaine, missionnaire 
royal, connu par ses grands talents pour les missions, fit l'ouverture de la mission 
dans cette ville, accompagné de M"^''^ Roux, sacrestain du chapitre de Grignan: Au- 
gier, chanoine de \'illeneuve lez Avignon ; Farende, prestre de la ville du Buix; et 
autres, qui vinrent ayder. 11 se fit beaucoup des restitutions certaines et incertaines. 
Il renouvella la piété dans cette ville; la croix fut arborée à l'esplanade du Pont, le 
six avril, jour de la closture de la mission. 

Dieu veuille donner la persévérance, à ceux qui sont revenus à Dieu, dans la sin- 
cérité de leur cœur. 

« Chastel, curé. » 

(Extrait des registres de lEtat-civil de Crest.) J. Brun-Durand. 



HISTOIRE RELIGIEUSE 



PONT-EN-ROYANS 

(ISÈRE) 
(Suite) 



>KBO>scOaêS<- 



Cependant, les huguenots vont être attaqués par des forces impo- 
santes. Larmce du duc de Mayenne, commandée par Livarrot, 
Montoison, et d'autres, part de Chàteaudouble et arrive à Saint- 
Nazaire-en-Royans le lundi 5 septembre 1580. Les huguenots ont 
abandonne la ville et se sont retirés au nombre d'une quarantaine 
dans la tour de ce lieu, qu'ils rendent le même jour. Ils sont néan- 
moins tués, et la ville, à leur occasion, est brûlée. Pendant que 
l'armée marche vers Pont-en-Royans, quelques troupes vont recon- 
naître Beauvoir et le Fort, et le régiment du sieur du Passage vient 
du côté de Grenoble camper à Chatte avec 1200 hommes, et y 
demeure trois jours, pour assiéger le Fort, pendant que l'armée va à 
Pont-en-Royans. 

« Ceux du Pont, voyant venir l'armée, mirent eux-mêmes le feu à 
la ville (i), et rompirent le pont, faisant mine de tenir bon ; mais 
enfin ils abandonnèrent » et se retirèrent au château, de sorte qu'il 
n'y eut qu'un huguenot tué, et un soldat de Livarrot blessé. Puis 
l'armée s'achemina à Beauvoir, où elle arriva le même jour. Après 
sept jours de siège, d'Allières et le capitame Bouvier se voyant sans 
secours, offrirent et obtinrent de capituler. On convint, entre autres 
choses, que la ville serait rendue au roi, que Bouvier rendrait Saint- 
Quentin, et d'.Mlières le château du Pont, « pour éviter la ville du 
feu. » 

Le camp demeura encore H jours à Beauvoir, pour voir « si ceux 
du Pont rendroient le château, ou non. Mais étant obstinez, la ville 
fut toute brûlée, de quoy fut grand dommage. » Le conseil trouva 
bon de n'amuser pas l'armée à assiéger le château du l'ont, car il 
ne pouvait faire grand mal, la ville étant brûlée ; et toute l'armée 

()) l'ai, la Ville neuve. 



DE POXT-E\-ROYANS. 69 

passa sur la rive droite de l'Isère, pour monter à Grenoble, et de là 
à la Mure, dont le siège fut commencé le 30 septembre 1580. 

Cependant, « au Pont-de-Royans, les huguenots qui s'étoient 
retirez au château firent recouvrir la maison forte de la Corbeille, 
ne se contentans pas que la ville eût été brûlée. Toutefois ils n"o- 
soient faire aucune course, à cause de la garnison de Beauvoir, » 
commandée pour le duc de Mayenne par M. de Beaucroissant. 

On en était là depuis près de six semaines, quand le lendemain 
delà Saint-Martin, « advint au Pont de Royans une dispute entre 
ceux du château contre un nommé le sergent Port qui étoit à Mon- 
sieur d'Ailiers, gouverneur du Royans, et ceux qui étoient dans la 
Corbeille, bien qu'ils fussent tous d'un party. Pour apaiser la que- 
relle, led. sergent Port, qui avoit le commandement du château, 
descendit à la Corbeille. A son retour. Pivert (i), qui étoit enfant du 
Pont, avec les autres du château, luy fermèrent la porte au nez, 
disant qu'il allât pécher d'huîtres ailleurs. Port, bien fâché, se retire 
à la Corbeille, et en donne avis à M. d'Ailiers, qui étoit à Die. » 
M. de Beaucroissant eut avis, à Beauvoir, de cette division, et eut 
hâte d'en profiter. Il envoya promptement au château un tambour 
promettant 1000 écus à ceux qui l'occupaient, s'ils lui rendaient la 
place. Ils promirent de le faire, et M. de Beaucroissant en informa 
le duc et la cour, qui le prièrent d'y tenir la main. D'Allières, averti 
que son sergent est hors du château, accourt de Die, avec Bouvier, 
le ministre Denis d'Hérieu, et quelques-uns de leur suite. D'Allières. 
Bouvier et le ministre vont au château et font toutes sortes de re- 
montrances en faveur de Port ; le ministre leur fait un prêche sur le 
mal qu'apportent la division et l'absence de chef; enfin, il leur dit 
que, si absolument ils ne veulent pas du sergent Port, ils aient à 
prendre celui que le prince de Condé leur donnera. Ils répondent 
que, si ce prince leur donne un homme agréable, ils obéiront. Sur 
ce, on retourne à Die, pour y faire pourvoir. Mais, en attendant, 
M. de Beaucroissant, ayant envoyé chercher des hommes à Saint- 
Antoine et ailleurs, va au château, où il met son frère pour com- 
mander, avec 25 soldats ; ce que voyant, ceux de la Corbeille s'en- 
fuient. Pivert (2) et autres demeurent au château, et reçoivent ce 
qu'on leur avait promis (3). 

(i) Var. Pinet. 

(2) Var. Pinet. 

(3) Mémoires cit. 



70 HISTOIRE RELIGIEUSE 

Voilà apparemment la reddition de Pont-en-Royans au roi que 
les biographes de Sébastien de Lionne attribuent à l'habileté de ce 
gentilhomme. Sébastien, disent-ils, était prisonnier des protestants 
en 1580, et détenu à Pont-en-Royans, où commandait Gabriel Odde 
de Triors, qu'il gagna au roi. Il lui fit rendre les places qu'il occu- 
pait, et fut ensuite avec sa femme son héritier par actes testamen- 
taires de 1585 et 1586. En récompense de ses services dans le 
Royans. Henri III, par lettres du 10 décembre 1580, lui accorda 500 
écus d'or de pension sur l'épargne royale. Il devint le 3 janvier sui- 
vant secrétaire de la chambre du roi et de la reine-mère Catherine 
de Médicis, et occupa ensuite d'autres emplois importants. Il con- 
tribua à maintenir les châteaux et forteresses du Royans sous 
l'obéissance du roi ; aussi les ligueurs menacèrent sa vie et sacca- 
gèrent sa maison de Grenoble (i). 

Toujours est-il que cette reddition « rendit les huguenots bien 
tristes et plus fâchez que de la perte de Beauvoir (2). » 

Mais, pendant les trois ou quatre ans de paix imposés par le duc 
de Mayenne après la prise de la Mure, le Royans parut toujours un 
terrain prêt à abriter la réforme, dès que les circonstances devien- 
draient plus favorables à celle-ci. Aussi, le 28 mars 11585, sur l'aver- 
tissement envoyé de Saint-Nazaire par M. de Claveysoa que ceux 
de la réforme s'apprêtent à s'emparer de quelques villes, les Roma- 
nais couraient aux armes et mettaient de fortes gardes aux portes de 
leur ville. Le surlendemain, Maugiron approuve ce qu'on a fait et 
envoie à Saint-Marcellin l'ordre « de prendre les armes sous l'obéis- 
sance de Sa Majesté, parce qu'il y avoil ad vis certains d'aucuns 
princes qui se vouloient emparer du royaume avant la mort de Sa 
Majesté. » Or, bien qu'il recommandât de « faire sagement en con- 
servant ceux de la Religion prclcndue suivant les édils de paix, et 
qu'il n'y en mesarrivast, cella néanmoins donna frayeur à plusieurs 
de lad. Religion qui absentoient se retirans au Royans. » L3ien plus, 
le 13 mai suivant, une troupe de réformes du Viennois passait 
l'Isère à F2ymeux, et de là allait, deux ou trois joui's après, sous la 
conduite de MM. de Triors et de la jonchère, et au nombre de deux 
ou trois cents, prendre quartier à Sainl-jean-cn-Royans, sans faire 

(i) CiiriKiKH, f>p. cit., Il, 702 ; — Oliuvics de .Mi;r de l^'iomentièrcs, cvcquc 
d'Aiic, t. VF, p. I v-2 : — Vincent, op. cit., p. H8 ; — Ciikv ai.ikh, dans liullct. 
cit., XI, 64-5; Lettres inéd. de Hu^. ie Lionne (notice prclimin.), p. 16-7. 

(2) Mémoires cit. 



DE P0NT-EN-R0YA.\S. 7I 

de violence, mais en vivant à discrétion aux frais du peuple. Mau- 
giron et même Lesdiguières invitèrent tous ces réformés à mettre 
bas les armes et à rentrer chez eux. Mais ceux-ci s'excusèrent « à 
Toccurence du tems et aux intentions des princes unis avec » le car- 
dinal de Bourbon ; toutefois ils voulaient seulement conserver leurs 
vies, observer le jeu des deux armées qui se renforçaient dans l'un 
et l'autre parti, et rester humbles sujets de Sa Majesté. Seulement, 
ils ne s'en tinrent pas longtemps à ce rôle pacifique. Le 6 juin 1585, 
sur la nuit, les huguenots du Royans conduits par « le sieur de 
Cugy, de Triol, Délaye et Vachères, passent l'Isère au port de Beau- 
voir, et allèrent jusqu'à Vertuquières Saint-Sévère et autres lieux, » 
où ils firent quelques ravages et prirent du bétail qu'ils vendirent à 
leur retour au port. Quelque temps après, des huguenots conduits 
par Vachères passaient près de Chabeuil pour revenir au Royans, et 
tuaient un soldat de la garnison de Chabeuil, commandée par M. de 
Montoison. Celui-ci, sortant sur eux avec des cavaliers, leur tuait 
quelques soldats, et le reste de nos huguenots venait prendre le 
château d'Hostun et tuer de sang-froid tous les paysans qui s'y 
étaient réfugiés avec leurs biens. Quelques sept semaines plus tard, 
le 20 juillet 1585, Maugiron envoya à Saint-Nazaire le conseiller 
Thomé, pour faire part aux réformés de la paix conclue par le roi 
avec les princes, et inviter tout le monde à se retirer chez soi ; mais 
les réformés, pleins de défiance, après avoir promis de se retirer, 
remontèrent aux montagnes avec leurs troupes. En même temps, 
« le régiment de Montlord » alla à Beauvoir en garnison, laissant 
30 soldats dans le prieuré de la Sône ; mais bientôt il fut envoyé à 
Crest, pour, de là, aller avec d'autres troupes, secourir M. de Veau- 
nes en la citadelle de Die. 

Le 3 août 1585, est publié à Grenoble l'édit royal prescrivant à 
tous la paix, et aux réformés de vivre catholiquement ou de quitter 
le royaume. Les huguenots des montagnes s'opiniàlrant et fortifiant 
Die, ceux du Royans sont contraints de fournir pour cela des vivres 
et des pionniers, et se retirent à Saint-Jean-en-Royans, où Mau- 
giron les fait poursuivre par sa compagnie et le régiment de Mon- 
sieur de Montlord. Ils fuient aux montagnes, le 16 août, mais pour 
redescendre bientôt et aller chercher au-delà de l'Isère des res- 
sources et vivres que la stérilité de la saison les empêchait de trou- 
ver au Royans. 

Cependant, le 25 juin 1586, arrivent au Royans les régiments du 
sieur de Ramefort et du baron de la Roche. Ils reviennent de la 



72 HISTOIRE RELIGIEUSE 

Mure et vont attaquer Pont-en-Royans, que les huguenots aban- 
donnent après avoir perdu 40 chevaux et quelques hommes. Après 
cela, ils vont passer l'Isère à la Sône, et se retirent au Valentinois, 
avec plusieurs autres compagnies à cheval descendues par le Royans 
afin d'éviter la contagion qui désolait Saint-Marcellia. Puis les 
huguenots, descendant au Royans, vont ravager le 23 novembre la 
rive gauche de l'Isère, et prendre un bateau chargé de sel qui mon- 
tait à Grenoble. Bien plus, le 23 décembre de la même année, une 
cinquantaine de huguenots conduits par le sieur de Frize, qui com- 
mandait alors pour leur parti à Pont-en-Royans, entrent subitement 
dans l'église de Saint-Antoine, sur la fin de la grande messe, et y 
prennent le sous-prieur de ReyveroUes, le commandeur de Charny, 
le curé de Roybon, « M' de Rostain avec ses 2 chevaux, le châtelain 
Anisson, frère Pierre Aubujoux, Claude Dubois, Pilloton le Bret, de 
Vinet, Jean Villon. » Ces pillards s'en vont soudain et mènent leurs 
captifs « au Pont-de-Royans, au château. » On laisse cependant 
aller " Jean \'illon et le Bret, leur donnant charge de retirer neuf 
manteaux qu'ils avoient laissez en la maison dud. sieur de Frize; » 
mais on « les arançonna tous, fors M. de Rostain, que M. de Cugi 
fit rendre, mais lui coûta son grand cheval. » 

Le sieur de Frize était de Saint-Antoine, ce qui explique pourquoi 
Piémond, dont nous exploitons ici les mémoires, continue son récit 
en s'écriant : « Voilà un bon patriote! » Du reste, pour édifier 
pleinement les lecteurs sur la valeur du patriotisme de ce sieur de 
Frize, notre chroniqueur ajoute : « 11 a depuis fait faire deçà, par 
une formillière de larrons d'où il se servoit, des courses de nuit 
pour surprendre et les uns et les autres. Ils prindrent sieur François 
Mignon, d'où ils eurent cent écus ; Bouverot, d'où il eut 500 écus : 
somme que à guerre ouverte il s'étoit rendu ennemi de la ville » de 
Saint-Antoine. Plus tard, « pour punition de ce fort fait, led. sieur 
de Frize, après être sorti dud. château du Pont et retiré en sa mai- 
son à St-Antoine, par ceux de la mcmc religion il fut épié à Si- 
Antoine le propre jour de Pâques, 11 avril 1599, pour être saisi 
prisonnier, et se sauva à la fuite. Dieu ne laisse rien impuni. » 

Saint-Antoine n'était pas le seul théâtre des déprédations des 
huguenots de Pont-en-Royans. Un jour, ceux-ci viennent, au nom- 
bre de 35 et conduits par Dibal, .Utaquci- le chaleau de Sainl-Paul 
près Romans. Bibat fait jouer le pétard, on entre dedans, (in pille 
le château, on prend et on mène au l'ont le châtelain Perret, auquel 
on demande 4,000 écus. 



DE PONT-EX-ROYANS. 73 

Cependant, les catholiques, émus de ces excès, voulurent y mettre 
fin. Le i i janvier 1587, à l'aube du jour, M. de la Baume, avec 300 
arquebusiers tirés de Valence, de Romans et d'ailleurs, et avec 
quelques cavaliers, arrive à Pont-en-Royans, où était la compagnie 
du sieur de Cugy pour les huguenots, avec quelques hommes de 
cheval et de pied. Des barricades étaient dressées; mais M. de la 
Baume les emporte, et la ville est gagnée pour les catholiques, ainsi 
que les chevaux et les bagages des huguenots. Le châtelain Pierre 
qu'ils tenaient prisonnier est libéré , et Cugy se sauve à pied. 
Cependant les huguenots du château « ne voulurent jamais sortir ; 
les religieux étaient encore prisonniers et mis à rançon par Frize : 
Monsieur de Charny à 120 écus, les autres trois pour 600 escus. le 
châtelain et Dubois pour 60 écus. L'on mit le feu encore dans la 
ville pour la haine des ravages qu'ils faisoient. » 

Quelques jours après, le capitaine Châtain, enfant de Beauvoir- 
en-Royans, avec une quarantaine de soldats, entreprit de saisir le 
château du Pont, et surprit de nuit un petit fort qui commandait ce 
château. Mais ces braves étaient mal fournis et mal pourvus de 
vivres. L'entreprise aboutit à la mort de catholiques. Aussi, en avril 
1587, les coureurs du Pont infestaient encore les environs de Saint- 
Antoine, y prenaient un paysan qu'ils menèrent au Pont, où ils lui 
firent payer 40 écus de rançon. En octobre suivant, 50 chevaux de 
la compagnie de M. de Cugy allèrent » â Lens, â la maison de 
M. de la Saulne, qu'ils pétardèrent et prinrent son fils et saccagèrent 
ce qu'ils purent. » Après quoi, Frize tint « led. fils du sieur de la 
Saulne en une cave sous sa chambre, au château du Pont, bien 
trois mois, et fallut bailler 4,000 francs. Autres certains brigands » 
passèrent l'Isère, et prirent des paysans, qu'ils menèrent au Pont. 

En décembre 1587, les huguenots du Pont firent une sortie au- 
delà de l'Isère, au-dessus de l'Albe. Ils tuèrent 7 soldats au capitaine 
Bonnet. Poursuivis à leur tour jusqu'au port de Beauvoir, ils y 
eurent 8 hommes noyés et 2 tués dans le bateau ; 18 chevaux à bord 
d'eau furent pris et emmenés à Saint-Marcellin. Cela leur rabattit 
l'ardeur de courir. 

En février 1588, M. de Charpey tuait encore 13 soldats et prenait 
40 chevaux à Cugi, qui se sauvait au Pont, ainsi que Frize, Bibat 
et Rebut. La même semaine, Soubreroche allant de Die au Pont, 
avait 12 hommes tués sur place, plusieurs blessés, et presque toutes 
ses armes enlevées par Germont, capitaine catholique, qui occupait 
Saint-Jean-en-Royans . 



74 HISTOIRE RELIGIEUSE 

Le 12 mai suivant, 8 soldats du gouverneur de St-Marcellin. 
étant allés à la guerre, sur quelque passage du côté d'Armieu, dé- 
couvrirent II soldats du Pont, menant chacun un paysan prisonnier 
attaché. Ils les chargèrent et leur firent abandonner leurs prisonniers. 

Le 25 juin 1588, le sieur de Ratières, de la garnison de Saint- 
iMarcellin et capitaine d'une compagnie d'argoulets à cheval, veut 
aller avec une trentaine de soldats à pied jusqu'aux portes de Pont- 
en-Royans, où ils font 3 prisonniers. INlais, au retour, ils s'amusent 
à boire à Saint-André, et les huguenots ayant découvert combien ils 
peuvent être, les suivent, qui à pied, qui à cheval, et les atteignent 
au bois de Claix. De Ratières et ses hommes perdent courage et 
courent aux bateaux, où, douze, voulant sauter trop vite, sont noyés, 
pendant que sept sont tués, et sept faits prisonniers. Le reste se 
sauve dans le bois. 

Après de nombreuses courses des huguenots du Pont sur les deux 
rives de l'Isère, une trêve est conclue le 20 mars entre Alphonse 
d'Ornano, lieutenant général en Dauphiné, et Lesdiguières. Mais 
Cugi, toujours gouverneur du Royans pour les huguenots, continue 
à guerroyer. \'ers la fin de mai suivant, il porte hors du Dauphiné 
ses armes impatientes, et va, de concert avec des capitaines catholi- 
ques, prendre Andance, au bord du Rhône, pour échouer ensuite 
devant Condrieu. 

Le 15 septembre suivant, Lesdiguières et d'autres de son parti 
descendent au Royans, et ce célèbre chef loge au château de la 
Grange. Alphonse d'Ornano s'y étant rendu, on traite de faire la 
guerre contre Romans, Bourgoin et Moirans, tenus par le parti des 
Guises. -Mais ce n'est pas la fin de la domination des huguenots au 
Pont, carie 17 janvier 1590 le reste de la compagnie du sieur de 
Verdun, qui y était, avec partie de la compagnie de M de Cugi, son 
beau-père, s'assemblent à Dionnay avec les autres, puis se dirigent 
vers Bressieux ; et le 17 juillet suivant, de Verdun est encore au 
Pont, d'où il fait piller à Saint-.Vntoine des bœufs, des brebis et des 
chèvres, qui sont ensuite, sur son ordre, vendus aud. Pont. Celui-ci 
doit cire poursuivi ; on obtient contre lui un décret pour le faire 
venir à compte ; mais les sergents royaux refusent de faire les noti- 
fications, et il faut que le président St-.Vndré donne pour cela un 
archer de prévôt, qui \a les faire au r\)nt. 

Le 16 août 1590, au lieu de comparaître à Romans pour le fait en 
question, Verdun envoie le capitaine Monduisant, son lieutenant, 
avec 18 argollets, jusqu'aux portes de Saint-Antoine ; ils y prennent 



DE PONT-EN-ROYANS. 75 

tout le bétail qu'ils peuvent et l'emmènent au Pont. Sur ce, le pré- 
sident St-André lui écrit de ne pas molester ainsi Saint-Antoine ; 
mais il ne répond rien. St-Ferréol lui écrit dans le même sens ; 
Verdun se contente de mettre au dos de la lettre : « Monsieur, 
ceux qui vous ont fait entendre que mes soldats les ont ravagez, 
ont menti. S'ils sont de ma qualité, je les ferai mourir pour revenche; 
si non, cent coups d'étrivières. Je commande au Royans en l'absence 
de M. de Cugi ; je permets bien lever des assignations qui ne sont 
pas plus liquides que celle que je demande aux gens de St-Antoine. 
Ils se sont bien gardez d'en présenter requeste à M. Desdiguières, 
auquel je suis sei-viteur. A M. de Saint-André, à M. le baron de la 
Roche, et à vous, s'il vous plait, pour votre particulier (\). « 

Du reste, Cugi, par lui ou ses lieutenants, rançonne bien d'autres 
pays. Encore en 1 590, on le voit sommer les consuls de Bouvante 
de lui fournir en contributions du vin, du blé, des moutons, de 
l'avoine et autres provisions à l'usage de sa table et de ses che- 
vaux (2). 

Enfin, pour compléter un peu le tableau des événements lugubres 
dont le Pont et le Royans furent le théâtre en cette année 1590, 
nous devons rappeler le trait suivant dont le souvenir fait dresser 
les cheveux sur la tête. Le calviniste Duverdet était accouru de Die 
à Saint-Antoine avec une soldatesque digne de lui. « Homme fé- 
roce, il ne lui suffit pas d'arracher à l'église le peu d'ornements qui 
lui restaient, et de s'enrichir des dépouilles sacrées ; il a des chaînes 
apportées exprès pour les chanoines. Duverdet en traînait quatre 
dans les prisons de la ville de Die : au passage de l'Isère, il leur 
montra l'eau d'un geste significatif; mais, arrivé sur le pont d'une 
autre rivière, celle de Bourne dans le Royannais, choisissant un 
abîme rapproché, il y précipite ses prisonniers au milieu d'impréca- 
tions furibondes (3). » 

De si odieux excès préludaient à l'agonie de la domination mili- 
taire d'une odieuse faction. Le 22 décembre 1590, Lesdiguières 
enlevait Grenoble aux ligueurs, et le Dauphiné était désormais entre 
les mains de Henri IV. L'occupation du Pont par les hordes hugue- 
notes perdait tout prétexte d'existence. Aussi les Mémoires de Pié- 
mond disent-ils que. « après la prinse de Grenoble, M. Desdiguières 

(1) Mémoires cit.; — Dassy, op. cit.; — Lacroix Invent, cit., E, 1253. 

(2) Vincent, op. cit., p. 90-1. 

(3) Dassy, op. cit., p. 266-7. 



76 HISTOIRE RELIGIEUSE 

retrancha la compagnie de M de Frize du château du Pont à 12 
hommes. » Bien plus, après une assemblée à la Grange de Royans 
« où se trouvèrent les seigneurs Desdiguières, de Boutéon, de la 
Baume, du Pouët, de Blascon et autres, » et qui eut lieu le i 1 jan- 
vier 1592, on voit, en février suivant, M. de Frize demander « à 
Saint-Antoine un pionnier pour feu pour démolir le château du 
Pont en Royans, qu'il avait fait bâtir au préjudice du pais (i). » 

Dès lors, le Pont retrouva quelque peu de calme, et put panser 
les innombrables blessures que lui avaient causées vingt-cinq ans 
de luttes et de ravages inouïs. Notre génération se ferait difficilement 
une idée du spectacle navrant que présentait alors cette malheu- 
reuse petite ville. En voici cependant quelques traits fournis par un 
acte du 3 avril 1598. Avant cette époque, « par le moyen des guerres 
civiles, pour raison desquelles la ville de Pont-en-Royans » avait 
« été brûlée, et par le moyen aussi de la maladie dernière de la con- 
tagion, » il était mort « plus de la moitié du peuple. » Aussi, « plu- 
sieurs chasaux, terres et autres biens, étaient « demeurés vacants à 
lad. ville, « laquelle avait fait choix de trois procureurs chargés de 
déférer ces biens à ceux qui auraient moyen d'en payer les tailles. 
Ces procureurs, qui étaient Gaspard Chastel, Léonard Macaire et 
Isaac Rochas, marchands du lieu, à la date ci-dessus et en vertu de 
la charge indiquée, cédèrent à Guillaume Allemand un chasal de 
maison située entre la Bourne. le chasal des prieurs du \'al-Ste- 
Marie, la rue, et le chasal d'Antoine Terrot. Le prix fut d'un écu, qui 
allait être employé « à la faction et parachèvement de l'horloge de 
lad. ville (2). » 

La rage des sectaires avait particulièrement frappé les édifices 
religieux. Quant au personnel du prieuré et aux ecclésiastiques de 
la locahlc, ils avaient dû fuir pendant de longues années devant 
l'horrible tempête. Le temps considérable pendant lequel n'apparait 
aucun document les concernant, en est à lui seul une preuve assez 
claire. Nous n'avons rien de positif sur leurs personnes ni sur leurs 
droits dans la localité depuis l'acte cité de 1 569 jusqu'à un du 26 
décembre 1591. Par ce dernier, Claude Glénat, marchand du Pont, 
« de la part de Mess'' les Relig" de St-Antoine de \'iennois, prieur 
du prieuré de ce lieu du Pont et curé de la cure de » Ste-Eulalie, 
requérait le consul de ce dernier lieu et son conseiller d'avoir à faire 

( I ) Mcmotrea cit. 

(2) La R'itnauaise, 25 m irs 1864; — Not. histor . sur la famille Terrol, p. 76-7. 



DE PONT-EN-ROYANS. 77 

réparer leur église. Il leur offrait d'y faire célébrer le service divin 
dès qu'il pourrait y avoir lieu. Cet acte prouve que, si les religieux 
de St-Antoine n'étaient déjà rentrés en possession du prieuré du 
Pont, dont dépendait la cure de Ste-Eulalie, ils songeaient sérieuse- 
ment à le faire. Mais il ne suppose pas que le prieuré même fut déjà 
réorganisé, occupé et administré par quelqu'un ou quelques-uns 
d'entre eux. Toutefois, ce dernier point était obtenu dès 1598, comme 
le montre un contrat du 10 juin de cette année. Ce contrat, reçu par 
Piémond not% porte que Messieurs du vénérable chapitre et couvent 
du monastère de St-Antoine donnent « à vénérable frère Antoine 
Collet, » religieux dud. ordre \ administration et le régime du prieuré 
de St Pierre de Pont en Royans, uni par autorité apostolique à la 
table conventuelle dud. monastère. Collet jouira sa vie durant de 
tous les fruits et revenus, droits et prestations annuelles appartenant 
à ce prieuré, sous les conditions portées aud. contrat, notamment 
sous celle de payer annuellement les charges ordinaires et extraor- 
dinaires de ce prieuré. 

On a divers contrats passés par Collet au sujet du prieuré, en 
l'année 1599 et plus tard. Mais dès le 5 septembre 1603, ce sont 
« lesd. seigneurs du Chapitre » qui agissent dans un arrentement du 
prieuré pour 3 ans à Pierre Arnaud, marchand du Pont, au prix de 
330 livres par an, et reçu encore par Piémond not"; et cet arrente- 
ment porte : que ces 3 ans commenceront « pour les terres et censés » 
au i"^ novembre 1603, et pour le droit du four au i" janvier 1604 ; 
que Arnaud avancera « sur le susd. prix l'entretien du prêtre qui fera 
le divin service aud. prieuré, » mais ce seulement suivant les mandats 
desd. seigneurs du Chapitre ; qu'il avancera aussi les décimes, les 
portant auxd. seigneurs iç jours avant le paiement que ceux-ci de- 
vront en faire ; que s'il fait quelque réparation au four avec le sei- 
gneur du Pont, ils lui tiendront compte de la moitié due par eux ; 
que pour les cas fortuits qui adviendraient, on s'en tiendra au rabais 
à fixer par des amis communs. En lôoô, c'était encore le Chapitre de 
St-Antoine qui agissait directement et en son nom à propos de dif- 
ficultés, pour la dime, avec Ste-Eulalie. 

Après quoi, on trouve le Père Claude Aubert, prieur, passant 
devant Giroud, not'' au Pont, divers actes au profit du prieuré, entre 
autres un arrentement fait en 1609, année où fut passée une « matri- 
cule des terriers » de ce prieuré (i). En 161 3, frère Aubert, chargé, 

(i) Arch. de la Drôme, fonds de Ste-Croix. 



70 HISTOIRE RfLIGIEUSE 

comme prieur du Pont, du service de Ste-Eulalie, conduisait en ce 
dernier lieu, le vicaire général de Die en visite canonique (i ). 

Le 14 décembre 1622, par acte reçu Piémont not" à St- Antoine, 
le vicariat du prieuré du Pont était confié au Père Gérard Carrât, 
commandeur d'Avignon, sous lequel furent faits plusieurs actes au 
nom du Chapitre et au profit dud. prieuré. Celui-ci avait recouvré à 
peu près tous ses biens d'autrefois, et la maison priorale, surtout 
« la chambre basse, » servait souvent, du moins dès 1625, à passer 
les reconnaissances, arrentements, etc. 11 y a un dernier acte que 
frère Carrât signe comme « commis » par le chapitre de St- Antoine 
« pour servir in divinis en qualité de vicaire, sa vie durant, aud. 
prieuré et cures qui en dépendent, assisté d'un prêtre secondaire. » 
C'est une déclaration qu'il fait, le 31 octobre 1634, des fonds que le 
prieuré « possède de toute antiquité dans le Pont, Ste-Eulalie, St- 
Etienne de Belair ou de Chorenches. » Ces fonds sont, 1° au Pont : 
un jardin dans l'enclos des vieilles murailles dud. Pont, confrontant 
à la rue qui va à Bourne au vent, le cimetière du lieu au levant, des 
chasaux où étaient jadis les maisons du prieur et de ses religieux au 
couchant, et les murs anciens de la ville (passage entre deux) de 
bise ; une pièce de terre dite le champ du prieuré ; 2" à Ste-Eulalie : 
I pré, I pièce de vigne avec terre et pré, et 1 terre, le tout appar- 
tenant au prieuré même ; et une pièce de pré avec vigne, provenant 
de la cure dud. Pont; 3° à St-Etienne, 3 pièces de terre, dont l'une, 
près du cimetière, provient de lad. cure du Pont. Au surplus, les 
titres de commis et vicaire, sa vie durant, aud. prieuré, que prend 
Carrât, expriment les conditions dans lesquelles se trouvèrent ses 
successeurs à la tète de la maison du Pont ; car le prieuré continua 
à rester annexé au chapitre de Saint-Antoine, bien que les vicaires 
de celui-ci au Pont aient souvent pris le titre de prieur ou de supé- 
rieur, et aient agi en beaucoup de choses sans recourir au chapitre 
ou à l'abbé de l'ordre. 

Parmi ces chefs de la maison du Pont, nous trouvons ensuite les 
RR. PP. Louis Darliac (1642-55), Jean Symonet (1657-8J, Jean- 
Pierre Baborier (1658-68), Louis Caquey (1670-1), Ange de Blosset 
(1673-6), Jacques Petichet (1676-9), Erançois Brenier (1679-84J, 
Jacques Pilliéron (1685-91), Antoine Dauphin (1692-5), Jean ICynard 
(1695), Antoine Truchet (1695-1 705), 11. Mongellaz, (1705 cl 1706-7), 
J. l'aujas (1706), Gabriel Vallier de Baleine (1708 et 171 ij, Melchior 

(i) Arch. cit., Visites de Die. 



DE PONT-EN-ROYANS. 79 

Millias (1712), Pierre Gonon (1713-7), Antoine-Joseph Lâchasse 
(1717-20), Pierre de Larenie (1720-3), Louis Burignot (1723-7 et 
1728-Q), André Carlin (1727-8 et 1729), François de Beaumont 
(1729-34), Pierre de Russy (1735-41), .... de Beaumont (1742-6), J. 
Durret (1748-52), François de Beaumont (1757-69), et Fraisse (1774- 

8) (ij. 

Les revenus de la maison consistaient en dîmes, censés et droits 
seigneuriaux, récoltes des fonds exploités parles religieux, pensions, 
etc., dont voici l'indication détaillée d'après VEstat de la maison pouv 
1678, sauf additions ou observations d'après d'autres documents, 
s'il y a lieu. 

Le four banal du Pont, affermé par moitié avec le marquis du lieu, 
rendait au prieuré par an la somme de 130 livres 10 sols, et tous les 
15 jours 2 braises retirées par la femme faisant la lessive des reli- 
gieux pour avoir des cendres. 

La dime de Choranches, affermée 550 livres, et 4 charges de vin 
en vendange estimées ensemble 16 livres. 

La dîme de Vassieux, affermée 500 livres, outre lesquelles le fer- 
mier payait 100 livres de chandelles et loo livres de fromage pour 
l'abbaye de St-Antoine, autant de chandelles et de fromage pour la 
maison du Pont; il payait encore toutes les charges et le vicaire du 
lieu. 

La dîme et les rentes du prieuré de \'alchevrières, affermées 33 
livres. 

La dîme de St-Julien-en-Quint affermée, toutes charges pavées, 
80 livres. 

La dîme de Laval- St-Mémoire, affermée 63 livres. Cette rectorie 
cessa dès 1765 d'être desservie par les Antonins du Pont, qui, par 
suite, n'en retirèrent plus rien. 

La dîme des grains du Pont et de Sainte-Eulalie, payée en grains 
par le fermier, et évaluée à 207 livres 4 sols ; celle des agneaux desd. 
paroisses, affermée 6 livres ; et celle du vin de Ste-Eulalie affermée 
à II charges, à raison de 3 livres la charge, soit 33 livres. La dîme 
du vin du Pont rendait environ 50 charges, qui, estimées 4 livres 
l'une, faisaient 200 livres. 

Le terrier du Pont, déduction faite de la 9^ part revenant à l'exac- 
teur pour sa peine, devait rendre par an : 9 sétiers froment, estimés 
18 écus ; 2 sétiers écossial ou seigle, estimes 10 liv.; 9 sétiers avoine 

()) Arch. cit., fonds de Ste-Croi.x. 



8o HIST. DE PONT-EN-ROYANS. 

valant i8 liv.; 3 baraux de vin, valant 4 llv. 10 sols; châtaignes 
fraîches et sèches, gelines, poulets, pailles, palets et noyaux, valant 
en tout environ 8 liv.; 8 liv. 4 sols 8 deniers d'argent, valant seule- 
ment environ 7 livres, à cause des deniers et liards, qui ne s'exigaient 
pas. 

Les lods, valant environ 20 liv. par an. 

Les pensions, valant 50 livres par an. 

Les fonds exploites par la maison, rendant par an en moyenne : 
6 sétiers froment ou fèves, valant 40 liv.; 3 sétiers froment, valant 
20 livres ; 3 sétiers orge, valant 12 liv.; 4 sétiers « bled noir ou 
erres; » 12 charges de vin, à 3 liv. 10 sols chacune ; et 20 quintaux 
de foin, à 15 sols chacun. 

Le terrier de la chapelle de Claix, desservie depuis quelques an- 
nées parle Pont, et lui produisant environ 12 liv. pour les grains, 
dont le rentier de l'abbaye avait exigé une partie à la Toussaint 1677, 
et 10 livres en argent. 2 petits champs en froment ou avoine, dépen- 
dants de cette chapelle, produisaient 6 livres. Les offrandes ou hono- 
raires de messes qu'on y recevait, valaient, frais déduits, environ 
120 livres le 8 septembre, et 10 liv. le reste de l'année. 

3 pensions achetées par le R. P. Baborier, valant 18 liv. 10 sols. 

La sacristie de l'église du Pont, produisant environ 15 liv. en 
offrandes ou honoraires de messes ; le service des fondations ou 
chapelles, produisant 38 livres ig sols; la cure dud. lieu, c'est-à- 
dire le casuel, qui avait produit les deux dernières années 150 livres, 
« à cause de deux annuels, mais ne produisait ordinairement que 60 
livres ; et la chapelle des Pénitents, valant en messes 8 livres. 

Il y avait en outre la pension de 6 sétiers froment, valant 42 liv., 
et de 4 sétiers avoine, valant 8 livres, que faisait la cure de Châtelus, 
mais qui était alors plaidée ; et les pailles de la dîme de Ste-Eulalie, 
valant environ 10 livres. 

En somme, les revenus annuels du prieuré du Pont étaient en 
1678 de 2529 livres et 13 sols. 

(La suite au prochain uiinicroj. 

L. FILLET. 



MYSTÈRE 

DES TROIS DOMS 

JOUÉ A ROMANS EN lôog. 



CETTE composition dramatique n'est point assurément un chef- 
d'œuvre- Les lecteurs exclusivement soucieux des beautés litté- 
raires, pourront se dispenser de l'ouvrir : leur curiosité ne serait pas 
satisfaite. Toutefois, s'il est vrai que l'histoire des littératures « n'est 
pas faite seulement pour fournir à l'admiration des hommes un choix 
de modèles, mais que ses monuments divers doivent former avant 
tout un musée scientifique (i) » ; s'il est incontestable qu'ignorer le 
théâtre du moyen âge, c'est ignorer en môme temps une partie con- 
sidérable de cette époque (2), on conviendra que cette publication 
peut avoir son intérêt et son utilité. Ce qui ajoute à son prix, ce sont 
des documents « fort curieux », au dire de M. Petit de JuUeville, qui 
retracent l'histoire de notre mystère « avec des détails que nous ne 
possédons sur aucun autre (3) » ; c'est encore l'ensemble des textes 
relatifs aux représentations théâtrales en Dauphiné que nous éditons 
à la suite et qui apportent un contingent considérable à l'étude gé- 
nérale de la littérature dramatique. 

I 

Le mystère des Trois Doms (4), c'est-à-dire des trois saints mar- 
tyrs Séverin, Exupère et Félicien, fut représenté à Romans aux fêtes 

(i) F. GuESSARD et E. de Certain, Mystère du siège (^Orléans, 1862, p. iij. 

(2) L. Petit de Julleville, Histoire du théâtre en France: les Mystères, 1880, 
t. I, p. 16. 

(3) Ibid., t. II, pp. 95 et 96. 

(4) Voir sur cette appellation le Diction, de Littré, v° Dom. On trouve les for- 
mes : donipni, p. 637 ; domps, pp. 591, 598, 631, 642 ; dums, p. 632 ; dons, p. 
641-2 ; doux, p. 637 ; damps, p. 3 ; dans, pp. 21^,638, 793 et 816. 

Bull. VII, 1886. 6 



82 MYSTERE DES TROIS DOMS 

de Pentecôte, les 27, 28 et 29 mai 1509. Il en est fait mention dans 
les temps postérieurs, à des intervalles plus ou moins éloignés. 

Le 31 mai 1521, le manuscrit fut prêté à Ponson Baudin fils, de 
Romans, pour 1" « aider à composer l'histoire de la vie de saint 
Ignace (i) ». 

Aymar du Rivail, qui écrivit dans le premier tiers du XVI" siècle 
ses neuf livres sur les AUobroges , affirme que les Romanais 
représentèrent plusieurs fois la vie et la mort sanglante des trois 
saints : 

« Per aliquod annorum curriculum, eorum vitam et mortem ac sup- 
plicium Romanenses magno sumptu commémorant et ludo reprae- 
sentant (2). » 

L'annaliste fait évidemment allusion ici au Mystère des Trois 
Doms. Né vers 1490, à Saint-Marcellin, dans le voisinage de Ro-' 
mans, élevé dès sa plus tendre enfance à 1' » académie » de cette 
dernière ville (3), où il a dû sans doute conserver des relations, du 
Rivail ne pouvait ignorer, ni l'œuvre du chanoine Pra, ni l'année où 
elle fut jouée pour la première fois. Aussi, lorsc;iue dans son histoire 
continuée jusqu'en 15 ^5, et même remaniée depuis, il avance que les 
Romanais sont en usage de célébrer de temps en temps, à époques 
en quelque sorte périodiques, et par des jeux figurés à grands frais 
sur un théâtre, la mémoire des saints patrons de la cité, il faut bien 
en conclure que notre Mystère ne lui est pas demeuré inconnu et 
qu'il l'a en vue dans le passage précité. 

Il faut arriver à la fin du XVIII^ siècle pour rencontrer quelques 
pages, — peu flatteuses, il est vrai, — relatives à cette composition 
dramatique. En 1787, les Affiches du Dauphiné en donnèrent une 
courte analyse (4), reproduite la même année dans le Journal de 
Paris (5) et empruntée à ce dernier par V Esprit des Journaux (6). 
L'auteur de cet article est un romanais, qui s'est caché sous le voile 
de l'anonyme : 

(i) Voirie dncumcnt Rovniis rMJRB, p. 8i6. 

{2) Aymari Rivali.ii Je Allobro^ihvs libri IX, cura .Nclfr. de Terrfbasse ; Vicn- 
nac Allobrogvm, 184), in-8", p. 363. 

(3) Op. cit., p. ij-iv ; — Gikaud, Aymar du Rivail cl sa famille \ Lyon, i8.:j9, 
in-8", p. I 5-7. 

(4) N° 12, du 20 juillet, X\\''= année, p. 51. 

(5) Année 1787, n" 26.}, p. 1 113. 
(0) Décembre 1 787, t. XII, p. 231-3. 



JOUE A ROMANS EN I 5O9. 83 

« Le 27 mai 1 509, fut représenté à Romans, devant l'église des Cor- 
deliers, Iq Jeu ou Mystèj-e des trots Danips ou Doms. On voit, par le 
manuscrit qui subsiste de cette pièce renommée, qu'il fallut trois 
jours pour donner la représentation de la pièce en entier. 

» Il n'est pas possible, dans cette pièce, d'assigner le lieu principal 
de la scène, car il varie sans cesse ; et la durée de l'action n'est pas 
renfermée entre deux soleils, car des émissaires entreprennent et 
terminent de longs voyages pendant le cours de la pièce. La scène, 
ensanglantée par le martyr des trois Doms, tantôt est à Rome, tan- 
tôt à Vienne, tantôt à Lyon, d'autrefois dans les Alpes ; et cepen- 
dant le théâtre représente sans cesse l'enfer et le paradis, l'Europe, 
l'Asie et l'Afrique, qui sont cantonnées dans trois tours. On y per- 
sonnifie des êtres métaphysiques, par exemple : la daine Silence fait 
presque tous les frais du prologue ; Soûlas humain, Grâce divine et 
Confort divin donnent du secours aux héros de la pièce et de l'ennui 
à ceux qui la lisent. L'enfer vomit des diables, impatientants par leurs 
propos orduriers. Ces diables n'ont que des sottises à dire à la 
déesse Proserpine, qui, par un mélange singulier de la fable et de la 
religion révélée, vient aussi figurer sur le théâtre 

» Parmi les quatre-vingt-douze personnages (i) qui paraissent dans 
le mystère des trois Doms, on voit la sainte Vierge et Dieu le Père. 
Les noms de plusieurs de ces personnages sont d'une singularité 
remarquable : il y a un Brisebarre, un Ferragus et un Machebourre, 
acteurs épouvantables, qui font parade de bravoure, mais qui prou- 
vent qu'ils ne sont que cruels. Il y a aussi un Torchemuseau, une 
Poudrejîne. Torchemuseau aide le bourreau en qualité de valet dans 
ses exécutions sanguinaires ; et Poudrefine, 

» Les reliques des saints martyrs étoient aussi portées sur les théâ- 
tres de ces représentations. Il y a même sur leur translation une 
pièce, en un acte, qui n'a pas été jouée. 

» On sait par qui les rôles du Mystère des Trois Doms étaient rem- 
plis, et l'on connaît le nom de l'auteur. L'official de la ville, un ou 
deux chanoines, un cordelier parurent comme acteurs. Cette pièce 
fut suivie d'une procession générale et terminée par un Te Deum. » 

Pauvre chanoine Pra ! Après avoir eu son heure de gloire relative, 
son œuvre était tombée dans un oubli deux fois séculaire : et voilà 
que le jour où l'on secoue la poussière qui la recouvrait, la voix qui 

(i) En réalité il y a quatre-vingt-seize, non 92 personnages- 



84 MYSTÈRE DES TROIS DOAIS. 

la fait connaître ne trouve pour en parler que ces mots dédaigneux et 
à peine exacts, empreints d' « une intention très marquée de ridicu- 
liser le drame du moyen-âge » (ij. 

Le XIX' siècle devait faire davantage pour sa mémoire. 

M. Dochier paraît avoir connu le texte du drame : 

« Cette pièce, dit-il, ne contient rien de remarquable sous les rap- 
ports de l'art ; la conduite et le style sont aussi bizarres que dans 
celles que l'on jouait alors ; une analyse plus dciaillée ne présente- 
rait rien d'intéressant (2). » 

On se prend néanmoins à douter qu'il ait eu le texte original en- 
tre les mains, quand on le voit, dans la même page, évaluer à « trois 
mille » seulement le nombre des vers du poème. 

En tout cas, on ne tarda guère de perdre la trace du ma- 
nuscrit. M. Pilot ignore complètement son existence et, voulant par- 
ler de l'œuvre du chanoine Pra, il se contente de copier presque 
littéralement les expressions de Dochier (3). 

M. de Soleinne, qui avait formé une « bibliothèque dramatique » 
presque complète et si précieuse, ne l'a inscrit dans son Catalo- 
gue (4), sur la foi de l'article cité du Journal de Paris, qu'au nombre 
de ceux qu'il n'a pu se procurer, desiderata. 

Mais en 1848 parut un ouvrage qui, en l'absence de l'original du 
poème, renseigna sur bon nombre de questions intéressantes aux- 
quelles il donnait lieu. C'était la Composition, mise en scène et repré- 
sentation du Mystère des Trois Uoms, joué à Romans, les 27, 28 et 29 
mai, aux fêles de Pentecôte de l'an i ^o(j, d'après un manuscrit du 
temps, public et annoté par M. Giraud, ancien député. L'auteur 
donnait au public le texte d'un mémoire ou compte écrit dans le 
temps même, et où sont rapportés jour par jour les arrangements 
pris, les marchés passés, les sommes payées ou reçues pour la 
composition, la mise en scène et la représentation de ce drame. 

(La suite au prochain numéro.) 



(1) PkTIT f^E JULLEVILLE, Vol. cilC, p. 95- 

(2) Mémoires sur la ville de Romans, Valence, ihi j, p. i ^4. 

(3) Annuaire de la cour royale de Grenoble pour i^.ji, p. ~(>-~. 

(4) Rédigé par le bibliophile Jacob ; Paris, 18^3, l. I, p. 148. 



MELANGES 

Formule d'oJjlation d'enfant. 
Urée des archives de l'ordre de St-Ruf. XIIP siècle. 



On désignait au moyen âge sous le nom d'oblats les enfants qui 
étaient donnés, offerts (oblati) aux monastères et qui, admis plus 
tard à la profession, devaient terminer leurs jours dans la vie reli- 
gieuse. Cet usage de vouer ainsi au culte du Seigneur de jeunes en- 
fants remonte à la plus haute antiquité et semble avoir été inspiré à 
la piété des fidèles par les exemples de Samuel et de la très Sainte 
Vierge. L'enfant, que ses parents avaient donné à Dieu, recevait par 
le fait même de son entrée dans le monastère une sorte de consécra- 
tion ; il ne lui était plus permis de désirer la vie du siècle, et si dans 
la suite, peu soucieux des promesses faites en son nom, il osait quit- 
ter l'habit monastique, il devenait pour tous un sujet de scandale 
et le nom dapostat l'accompagnait partout comme une flétrissure. 

C'est dans l'Eglise grecque que nous trouvons mentionnées pour la 
première fois ces oblations d'enfants. Saint Grégoire de Nazianze 
nous apprend qu'il fut lui-même dès le bas âge donné à Dieu, « qu'il 
fut pour ainsi dire du sein maternel jeté entre les bras du Seigneur, 
et qu'en demeurant au service des autels, il ne fait que rester fidèle 
aux engagements contractés en son nom par sa mère ; » il ajoute 
encore que celte sainte femme, « dans l'ardeur de sa foi, avait donné 
à Dieu tous ses autres enfants, de telle sorte qu'avant même d'avoir 
ouvert les yeux à la lumière du jour, ils avaient été consacrés (i). » 

La règle de S. Benoît fît passer en Occident cette pieuse coutume, 
et dès le VI^ siècle nous pouvons recueillir dans les écrivains ecclé- 
siastiques des témoignages nombreux de ces consécrations ou obla- 
tions d'enfants. Qu'il nous suffise de citer ici les beaux vers d'un 
illustre archevêque de Vienne, S. Avit : 

(i) S. Gregorii Nazianzeni Opéra, dans Migne, Patr. gixca, t. XXXV, col. 483. 



86 MÉLANGES. 

Et quia principium jam sancti fœderis esses, 
Tu si'mul offeris Christo, qui protinus ipsis 
Accipit in cunis lactcntia membra dicatis. 

Orta quarta quidein, sacro de munere prima, 

Dulcis nata jnihi, cœlo quam carne ftdeqiie 

Bis genui, Christoque rudem de ventre dicavi (i). 

Le cérémonial pour la réception de ces enfants n'était pas absolu- 
ment le même dans tous les monastères. Voici ce que nous trouvons 
à ce sujet dans les coutumes de Cluny : « Au moment de l'offertoire, 
l'enfant prendra entre ses mains le calice, dans lequel a été mis le vin 
du sacrifice, la patène avec l'hostie ; le vicaire enveloppera du voile 
les mains de l'enfant, et celui-ci portera le tout à l'autel. Ensuite 
l'enfant sera revêtu de la coule, et s'il n'a pas atteint sa quinzième 
année, la bénédiction solennelle lui sera différée jusqu'à cet âge (2). » 

Avec le relâchement des mœurs et l'affaiblissement des croyances, 
des abus ne devaient pas manquer de souiller cet antique usage, 
qui en soi n'avait rien que de louable et qui, inspiré par la sagesse 
de l'Eglise, pouvait avoir d'heureux résultats, pour les familles com- 
me pour les individus. Au lieu de voir dans cette donation au Sei- 
gneur de ce qu'un père et une mère ont de plus cher au monde uit 
moyen de reconnaître les bénédictions divines, des parents égoïstes 
et guidés par des motifs purement humains, songèrent, en destinant 
leurs enfants au cloître, à se décharger du fardeau d'une famille 
nombreuse et à réserver à l'ainé la majeure part de la fortune pater- 
nelle. Souvent même faisant un choix, dicté par des considérations 
plus basses encore, ils donnaient à Dieu et à l'église ceux d'entre 
leurs enfants, à qui de douloureuses ou humiliantes infirmités ne 
permettaient plus de se promettre dans le siècle un brillant avenir. 
La Providence n'était pas tenue de souscrire à ces misérables calculs 
de la prudence humaine, cl de bénir ces entrées par force dans le 
cloître. Aussi n'est-il pas rare, aux époques dont nous parlons, de 
rencontrer dans ces asiles, qui ne devraient s'ouvrir que devant les 
âmes généreuses, des religieux condamnés moralement par leurs 
familles aux exigences d'une règle austère et se résignant avec peine 

(1) S. AviTi Opéra, clans .Mi(;nf, Pair, lai., l. LIX, col. 369 et 370. 

(2) Udalbici's. Anliqutores consttctudines Clu'iiaccit<iis monasLcrii, dans .Mignk, 
Talr. lat., t. CXLIX, col. 742. 



MÉLANGES. 87 

à porter le joug qu'on leur avait imposé. Dans la communauté ou 
le chapitre qui les recevait, comment auraient-ils pu tout à coup de- 
venir des modèles, des sujets d'édification ? Ce fut là une des causes 
de la décadence des ordres religieux et des collèges de chanoines 
au moyen âge. 

De bonne heure, il est vrai, l'Eglise protesta hautement contre ces 
atteintes portées à la liberté humaine, contre ce qu'il y avait d'odieux 
dans ces vocations forcées. Mais les familles trouvaient dans ces 
pratiques de trop grands avantages pour prêter l'oreille à la voix des 
conciles et des docteurs (i) et pour accepter des réformes. Durant de 
longues années, les pères de famille, par exemple, purent par tes- 
tament disposer de leurs enfants comme du reste de leurs biens. 
Nous avons sous les yeux un curieux document, daté du 15 octobre 
1271. C'est le testament d'un certain Ponce Bastia, bourgeois de 
Montélimar. Ce personnage ayant plusieurs enfants, donne sa fille 
Girarde aux religieuses bénédictines de Bonlieu, et fixe le sort d'un 
enfant à naître : si c'est un garçon, il veut qu'il soit frère convers 
(donatus) dans l'ordre de St-Jean-de-Jérusalem ; si c'est une fille, 
elle devra rejoindre sa sœur à Bonlieu. 

Parmi les documents, que nous avons mis en œuvre pour écrire 
notre Essai historique siii- la ville de Die, se trouvée l'acte d'une do- 
nation d'enfant, faite par une mère et ses autres fils aux chanoines 
réguliers de St-Ruf, en présence d'Humbert, évêque de Die. Nous 
publions ici cette pièce, dont nous avons fait ressortir ailleurs l'im- 
portance historique pour la chronologie de nos évêques (2). Elle 
porte la date de l'année 1207, et fait partie du fonds de St-Ruf, aux 
archives de la Drôme. On pourra la rapprocher des chartes sur le 
même objet, publiées dans les Vetera analecta de Mabillon (3). 

Universis liée legentibus et audientibus notum sit quod anno domini 
M. ce. VII, Er,o lohanna dono Deo et ecclesie Saticti Rufl filiiim 
meum P. pro fratre et canonico, et consilio et voluntate Jilioriiin meo- 
rum Amedei et Eiidonis, per me et per omnes successores ineos, pro 
remissione peccatoriim, dono Deo et ecclesie Saiicti Rufi et eiusdem 
ecclesie fratribus in perpetuum omne iiis et dominium et onuiem pro- 

(1) Cf. Du Gange, Glossarium, v° Oblati. — Mabillon, Vetera analecta, Parisiis, 
i72 3,in-f°, p, 157. 

(2) Voir notre Essai historique sur la ville de Die, l. I, p. 262. 

(3) Mabillon, Vetera analecta, p. 155-6. 



88 MÉLANGES. 

prietalem, quant habeo vel habere debeo in manso de Francoel, qui 
est apud castrum Seiiza ( i), videlicet homines, cetisiis,, domos, vitteas, 
terras ciiltas et incultas, prata, pascua, arbores fructifer as et nonfruc- 
tiferas et quidquid prorsns excogitari potest, ad ipstim majisitm vel 
aliud ius meum si quod est in loto territorio predicti castri pertinens, 
libère et absolute, pro franco allodio, sine omni exactione met et meo- 
rum, et absqiie omni censii, servitio et usatico, baiiilatione vel custo- 
dia aliciijus, doua predictis fratribiis ad habendum, possidendum et 
faciendum quidquid fratres predicti facere voluerittt, sine omni contra- 
diclione mei et meoriim, sicut melius et sanius intelligi potest. Et ad 
maiorcm Jirmitatem habendani, rogo dominuni V . ,Diensem episcopum, 
ut presentem cartam sigilii sui munimine corroboret. IVos Amedeus 
et Eiido, filii pr édicté domine lohanne, predictam donationem lauda- 
mus et confirmamus et promitlimus quod per nos vel per alium, non 
movebimus, et si aliquis illam morcret, nos pro sensu et posse nostro 
contra opponcmus, et domum Sancti Ruji manutebimus. Sic Deus nos 
adiuvet et hec sancta IIIl<^' livangclia. Quando Amcdcus, filins domine 
lohanne predicte, laudavit et conjirmavit predictam donationem (et) 
iuravit super Illfo'' Evangelia quod nunquam per se vel per alium mo- 
verety présentes erant dominus A. abbas sancti Rufi. Disderius prior de 
Crista, Avondics socms ejus, Guigo de Seuza, Paganus, Arnaldus 
Wuillelmi, Vmbertus Espallart, Arbertus de Cornilio, Vuillelmus 
Silvestre. Quando Eudo, Jilius domine lohanne predicte, laudavit et 
conjirmavit prefatam donationem et iuravit super IIIIo' Evangelia 
quod nunquam per se vel per alium moveret, présentes erant Stephanus 
sacrista, W. de Nemauso, W. de Bonis ]\illibus procurator, W. 
Rainoardus, Arnaldus de Tornone, Petrus de Camellis, hospitalarius, 
Gotafridus, Petrus Vêtus, Aimericus de Bonis Vallibus, canonici 
sancti Rufi, Aimo conversas, W. /'rater Chavais. Ego Vmbertus, 
Diensis episcopiis, rogatu domine lohanne et jiliorum ejus Amedei et 
Eudonis, ad maiorem firmitatem habendam présentent cartam sigillo 
meo corroboro. 

Parchemin. iQ lignes. Sceau disparu. 
Au dos de la charte : Château l'cras. Armoire 6. 
Volume 2. N" 8 bis. 

Jules Chevalier. 

(i) Suze-la-\'icillc, près de Crcst (DrCimc). 



NOTES 



LA COHÂNDERIE DES ANT0NIN8 



A AUBENAS, EN VIVARAIS. 



C'était un sage que maître Antoine Rochette, notaire à Aubenas 
au milieu du XV" siècle, du moins si l'on en juge par la maxime 
suivante, que nous avons relevée sur la couverture en parchemin 
d'un de ses livres de notes : 

Cum tempus habemus 
Operemus bonum; 
qu'il traduit ainsi lui-même, dans le bon vieux François de l'époque : 
Si en as temps, 
N'atens ; 
et par cette autre : 

Qui non facit quando quit, 
Quando vult facere nequit ; 

qu'il traduit aussi fidèlement par cet autre vieux distique françois : 

Qui ne faict quand il peuit 
Ne faict pas quand il veult. 

Profitons du conseil de maître Rochette pour mettre en ordre et 
élucider autant que faire se pourra, de peur de ne pouvoir le faire plus 
tard, un certain nombre de notes prises au courant de la plume, et 
pour ainsi dire à la dérobée de nos occupations quotidiennes, dans 
divers registres de notaires du Vivarais. 

Nous avons déjà, il y a plus de dix ans (i), appelé l'attention 
publique sur ces vénérables monuments de la vie de nos pères et sur 
la nécessité de prendre des mesures pour les conserver aux futurs 

(i) Annuaire de l'Ardèchedc 1875. 

B ULL.YII, 1887. 7 



90 NOTES SUR LA COMMANDERIË 

amateurs d'études locales. Pendant bien longtemps, l'histoire s'est 
trop confondue avec la vie des princes et les récits de batailles ou 
d'intrigues de cour, ne laissant que peu ou point de place au tableau 
du progrès des idées, des mœurs et des usages. De cette lacune est 
résulté pour le public une ignorance complète de l'état véritable de 
notre pays il y a quelques siècles, ignorance dangereuse en ce sens 
qu'elle a facilité la propagation de récits faux ou exagérés, et a laissé 
le champ libre à toutes les déclamations. Les registres de notaires, 
témoins graves, impartiaux et authentiques s'il en fût, contiennent 
une foule de faits et de détails qui permettent de reconstruire l'état 
social des siècles écoulés et éclairent parfois même leur état politi- 
que. C'est à ce double titre, sans parler des utiles renseignements 
qu'on peut y trouver sur les familles, que nous voudrions voir les 
autorités compétentes prendre enfin des mesures sérieuses pour 
leur conservation. A notre avis, il faudrait avant tout demander à 
chaque notaire l'état détaillé des registres qu'il possède dans ses 
archives et le rendre ensuite responsable de la conservation de ces 
documents, à moins qu'il ne préfère les déposer aux archives dépar- 
tementales. Dans l'Ardèche, le tableau des registres de notaires a 
été dressé seulement pour l'arrondissement de Tournon (i). Pour- 
quoi ne le ferait-on pas aussi pour les deux autres ? Un certain nom- 
hve, de ces registres ont été déjà réunis à Privas aux archives du 
département et nous croyons même que, par les soins d'un ancien 
archiviste, M. Mamarot, on avait commencé un aperçu des princi- 
paux actes qu'ils contenaienl. Nous voudrions mieux que cela, 
c'est-à-dire un résumé complet de tous ces registres, résumé qui, 
d'ailleurs, pourrait être très-bref, attendu que l'immense majorité de 
ces actes ne mérite qu'une indication de deux lignes. Quelle pré- 
cieuse source d'informations il y aurait là pour l'histoire locale et 
pour les familles ! 

Le premier registre de notaire que nous ayons parcouru est le 
Manuale Nolarum d'Antoine lirion, notaire à Privas en 1427-28 ; 
son intérêt était d'autant plus grand que la prise de cette ville en 
1629 eut pour résultai la destruction de toutes ses archives publi- 
ques et privées. C'est là que iVL Henry d'Audigier avait fait la décou- 
verte assez inattendue de l'acte de mariage de iiérenger de Surville. 
Le public lettré sait déjà par un livre paru (2) en 1873, qucl3crenger, 

(i) Ce lalilcau a étc public, en 1H65, par M. Devillc, notaire à 'l'ournon. 
(2) Marguerite Clialis el la légende de Clolilde de Surrille, par A. Mazon ; Paris, 
Lcmcrrc, petit in-12. 



DES ANTONINS A AUBENAS. QI 

né dans le diocèse de Nîmes, épousa à Pri\as, le 4 janvier 1428, non 
pas Marguerite-Clotilde-Eléonore de Vailon-Chalys, l'auteur imagi- 
naire de poésies notoirement apocryphes, mais Marguerite Chalin, 
jeune veuve, fille de feu Pierre Chalin, licencié es lois à Privas. Il 
serait facile, au moyen des autres notes recueillies dans ce travail, 
de tracer un tableau complet de la ville et de la région de Privas à 
cette époque reculée. 

Nous avons parcouru plus tard quatre registres de notaires de 
Rochemaure, cette petite bourgade vivaroise en face de Montélimar, 
dont tous les voyageurs de la rive droite ont pu remarquer les beaux 
dikes volcaniques et la physionomie féodale. Une partie des notes et 
réflexions provenant de cette lecture a été consignée dans VA^inuai- 
re de l'Ardèche de 1875 et les personnes qui aiment ce genre d'étu- 
des ont pu avoir ainsi une idée de ce qu'Userait possible défaire, au 
point de vue de l'histoire locale, par un dépouillement plus général 
et plus soigneux des vieux registres notariaux du Vivarais. 

Depuis, nous avons parcouru une cinquantaine d'autres registres 
provenant d'Aubenas, d'Antraigues, de Largentière et d'ailleurs. Le 
temps nous a manqué pour en compulser beaucoup d'autres qu'il a 
fallu laisser relégués au sommet de notre bibliothèque. Un groupe 
de ces registres, de la région d'Aubenas, nous a particulièrement 
intéressé. Nous avons eu la patience de noter, résumer et trans- 
crire textuellement quelquefois la plupart des actes, le tout sur des 
cahiers de même format, qui ensuite reliés et accrus d'une table 
détaillée, forment un volume de plus de 500 feuillets. Nous disons 
cela ici, non par un sentiment de vanité puérile, mais pour prê- 
cher d'exemple et de bonne méthode à ceux qui auraient le désir et 
le courage de nous imiter. 



Aubenas possédait, entr'autres établissements religieux, une corn- 
manderie de St-Antoine, qui a laissé son nom à un quartier de 
la ville, mais qui a disparu depuis si longtemps que la plupart des 
habitants ignorent même l'endroit où elle était située. 

Le couvent se trouvait cxtra-miiros, au delà de la porte de la 
ville .qui a gardé le nom de St-Antoine. Les bâtiments et jardins 
occupaient tout l'espace qui s'étend entre le nouveau cimetière et le 
grand mur qui borde au nord le clos Chabannes et les propriétés 



g2 NOTES SUR LA COAlftlANDERIE 

voisines. La chapelle, dont les murs fondamentaux sont encore 
visibles, était dans ce clos ; elle n'a été détruite qu'au commence- 
ment de ce siècle, et quelques personnes se souviennent encore 
d'avoir assisté aux pèlerinages dont elle était le but. Le cimetière 
du couvent devait être contigu à la chapelle, c'est-à-dire sur la route 
même qui sépare aujourd'hui le cimetière communal du clos Cha- 
bannes, car on a trouvé, en travaillant à cette route, une grande 
quantité d'ossements humains. 

On sait que l'ordre hospitalier des Frères de St-Antoine ou des 
Antonins fut fondé au moyen âge pour soigner les individus at- 
teints du feu sacré ou mal des ardents^ dit encore feu St-Antoinc. 

Des savants prétendent que cette horrible maladie est celle que 
les Grecs ont désignée sous le nom d'Erpès eslhiomenos ; V^irgile et 
Lucrèce, sous le nom de Sacer ignis (ij ; mais, sans contester cette 
manière de voir, il est permis de la laisser reléguée parmi les hypo- 
thèses plus ou moins vraisemblables. Dans l'Europe moderne, le 
fléau est signalé la première fois par la chronique de Flodoard , 
comme ayant sévi dans l'Ile-de-France en 945. Les membres bril- 
laient, dit le chroniqueur, et devenaient noirs, puis tombaient par 
l'effet de la gangrène. 

Si l'observation des maladies qui affligent l'espèce humaine s'était 
faite, il y a huit ou neuf siècles, comme aujourd'hui, c'est-à-dire 
avec un exposé minutieux des symptômes et des phases du mal, 
nous saurions probablement d'une façon certaine à quel genre 
appartenaient les diverses épidémies du moyen âge, quelles en 
étaient la cause et l'origine. Faute de ces éléments nécessaires, nous 
en sommes réduits aux conjectures. Il y a cependant de bonnes 
raisons de croire que le feu sacré, qui fit périr tant de monde à Paris 
et aux environs en 945 ; dans la haute et basse Lorraine, en 1090; 
dans le Dauphiné et ailleurs, de 1090 à 1096, n'était autre que l'er- 
gotisme gangreneux, ainsi que les épidémies analogues des années 
1099, 1109 et 1128. Les expressions de ojnçrc'Ht', de nioiibres ^jui se 
séparent sponianémenl du corps,ç\m reviennent à chaque page dans les 
récits du temps, sufli raient seules à autoriser cette supposition 

(i) On lit vers la lin du livre III des (lcoi\i;i.]iics : 

nec longo dcindé moranli 

Tcmpore contactos anus sacer ignis edehat. 
Lucrèce dit, de son coté, au livre VI' de son De luitinà rcntiii : 

Sacer ignis et urit corpora scrpens 

Qunmoumque arripuit partem rcpitque pcr artus. 



DES ANTOXINS A AUBENAS. Q^ 

depuis que l'on connait les effets du seigle ergoté. On pense, d'au- 
tre part, que les épidémies observées en France en 994, 996, 11 30, 
1140, 1334 et 1375, bien que décrites sous les dénominations de 
feu sacré, mal des ardents ci/eu St-Antoine, furent des effets de la 
peste d'Orient. 

Pendant bien longtemps, on avait examiné les épidémies de gan- 
grène sèche sans en connaître la cause. C'est la Faculté de médecine 
de Marbourg en Allemagne qui, la première, en 1596, les attribua 
au seigle ergoté, à la suite d'une épidémie qui avait ravagé la Hesse 
et les contrées voisines. Le docteur Thuillier fut le premier en 
France à donner des notions précises sur le mal en 1630 et ses in- 
ductions ont été confirmées par les observations recueillies, depuis, 
sur les épidémies de Montargis (1674), ^^ l'Orléanais et du Blésois 
(1709), de Suisse (1715), de Silésie (1722), de Wurtemberg (1736), 
de Sologne (1747), d'Arras et Douai (1764), etc. 



La médecine étant impuissante à guérir le terrible maison s a- 
dressa naturellement à Dieu et aux saints. 

Vers 1080, Jaucelin, seigneur de Châteauneuf-d'Albenc en Dau- 
phiné, qui avait fait le pèlerinage de la Terre-Sainte et avait rendu 
des services militaires à l'Empereur Romain-Diogène luttant contre 
les Turcs, en obtint, comme récompense, le corps de saint Antoine 
qu'il apporta dans une. de ses terres, appelée la Motte-Saint- 
Didier, aujourd'hui St-Antoine de Viennois. Bientôt le bruit des 
miracles opérés par l'intercession de saint Antoine se répandit au 
loin et la Motte-St-Didier devint un pèlerinage des plus fréquentés. 
Le feu sacré, dont il est question pour la première fois en 1090 
dans les Annales du Dauphiné, accrut dans des proportions énor- 
mes le nombre des pé'.erins. Guigues Didier, le successeur de Jau- 
celin, recevait de son mieux les infirmes et ses domestiques rem- 
plirent jusqu'en 1095 ^^s fonctions de Frères Hospitaliers, mais 
bientôt ils furent insuffisants. 

Deux nobles pèlerins, Gaston, seigneur de la Valoire, près de la 
Côte-St-André, et son fils Guèrin, vinrent sur ces entrefaites à St- 
Antoine. Emus du triste spectacle dont ils furent témoins, et, dit la 
légende, à la suite d'une vision de St Antoine, ils résolurent de se 
consacrer au service des pauvres malades. Bientôt huit autres gen- 



94 NOTES SUR LA COMMANDERIE 

tilshommes se joignirent à eux. D'où les deux vers léonins qu'on 
fait remonter au premier temps de l'Institut : 

Gastonis veto, socialis fratribus octo, 
Orclo est hic cœptus ad pietatis opus. 

Gaston fonda, à côté de l'église de la Motte, un monastère pour 
sa communauté naissante et pour les infirmes un hôpital, qui fut 
appelé Maison de l'Aumône. Le pape Calixte II, en quittant le siège 
archiépiscopal de Vienne, pour aller ceindre la tiare à Rome, consa- 
cra l'église en II 19 et c'est probablement à la même année et au 
même Pape qu'il faut attribuer la consécration de la cathédrale de 
Viviers. 

Le pape Calixte II vérifia, à son passage, les reliques de St-Antoine 
et formula un peu plus tard, dans une bulle que reproduit l'abbé 
Dassy, l'intérêt tout particulier qu'il portait aux frères hospitaliers 
de la Maison de l'Aumône (i). 



Le costume des Antonins était fort simple : une tunique noire, 
ample, surmontée d'un gros capuchon, un long manteau plissé sur 
le col et s'attachant par une agraffe devant la poitrine, sans manches 
ni collet renversé, avec un bonnet noir à quatre coi'nes ; sur le man- 
teau, du côté gauche, le tau sacré en camelot d'azur. 

Le tau, signe caractéristique des Antonins, n'était autre que le T des 
Grecs, en forme de potence ou de béquille, et de là sans doute son 
adoption pour un ordre affecté au service des malades qui avaient le 
plus besoin de béquilles. D'autres ont voulu y voir le Lin d'Kzéchiel (2) 
ou bien un emblème de la Sainte-Trinité. Du Gange dit qu'au 
moyen-âge on appelait bâton Je St-Antoine tout bois de cette forme 
sur lequel on s'appuyait. Quoi qu'il en soit de la véritable origine de 
ce signe, le fait est qu'il est le cachet du costume des Antonins. 

Les Antrjnins recevaient tous les malades qui se présentaient. Dès 
qu'un nouveau venu était signalé, les I-^-èi"cs le conduisaient ou le 
portaient d'abord à l'église devant la châsse de St-/\nli)inc cl on 
récitait la prière suivante : 

« Antoine, vénérable pasteur, qui rende/, la santé à ceux qui sont 

(1) I." abbaye de Sl-Anloinc-en-l)aupltiitc. lassai liistoiique et descriptif. Grcncihlc, 
Baralicr, 18,4 1, in-S". 

(2) Omncs autem super ijucm videritis tau ne occidalis. Ezéciiikl, c. I.\, v. 6. 



DES ANTONINS A AUBENAS. 95 

en proie à d'horribles tourments, qui guérissez des plus graves ma- 
ladies, qui éteignez le feu infernal, ô Père miséricordieux, priez le 
Seigneur pour nous. Et vous, Seigneur, qui accordez à la prière du 
bienheureux Antoine, votre sen^iteur, la guérison des malades du 
feu sacré et la résurrection de leurs membres, nous vous conju- 
rons en même temps de nous préser\^er des peines de l'Enfer : 
puissions-nous, sains d'esprit et de corps, vous être un jour présentés 
au ciel. Amen. » 

Un Frère puisait alors dans un vase destiné à cet unique objet 
quelques gouttes d'une liqueur privilégiée qui avait coulé sur les 
ossements de St-.\ntoine et qu'on appelait le saint-vinage et le pré- 
sentait à boire au malade. On continuait les oraisons pendant plu- 
sieurs jours en attendant avec foi le miracle. Quelquefois cepen- 
dant il fallait faire l'opération et extirper le membre malade. Les dé- 
membrés pauvres avaient droit, selon le règlement de l'hôpital, d'y 
rester toute leur vie pour y être vêtus et nourris avec le produit 
des aumônes envoyées à St-Antoine ou retirées plus tard de ses 
commanderies. 

Les Antonins avaient le droit de quêter avec une sonnette et se 
faisaient suivre par un porc. Les offrandes qu'ils recevaient consis- 
taient particulièrement en pieds de porcs. Leurs porcs pouvaient 
paitre en quelque prairie qu'on les conduisit : c'étaient les troupeaux 
de Monseigneur St-Antoine. Ils portaient la sonnette et l'enseigne 
du saint, c'est-à-dire le tau au cou. Beaucoup de chartes royales, 
jusqu'à François i", sont relatives aux quêtes et aux troupeaux de 
St-Antoine, qui circulaient librement même dans les rues de l'ancien 
Paris. 

Une bulle du pape Honorius 111, vers 1215, plaça les Hospitaliers 
de St-Antoine, en récompense des services rendus par eux à l'hu- 
manité souffrante, sous sa protection intime et sous le patronage 
immédiat du Siège Apostolique. C'est pour cela qu'on verra dans la 
plupart des actes que nous reproduirons plus loin, le nom des abbés 
ou des chefs de commanderies, accompagné chaque fois de ces ex- 
pressions : ordinis beati Antonii ad romanam ecclesiam niillo medio 
pertinentis. Tous les papes furent prodigues d'immunités à l'égard 
des Antonins. Les évêques ne pouvaient pas, sans une autorisa- 
tion expresse de Rome, les excommunier ou interdire leurs églises. 
Chaque chef ecclésiastique était tenu de protéger leurs messagers, 
leurs personnes et les choses de leur ordre. Leurs chapelles étaient 
exemptes des visites de l'ordinaire. Leurs mandataires étaient reçus 



q6 .mystère des trois uoms 

dans les églises pour faire des collectes ou annoncer la parole de 
Dieu, et l'office divin ne pouvait commencer qu'après leur prédica- 
tion. 

Enfin il n'était pas permis de laisser prêcher d'autres religieux ou 
quêteurs le jour de l'arrivée de ceux de St-Antoine. 

Nous n'entrerons pas dans l'histoire de l'ordre de St-Antoine qui a 
eu, comme tant d'autres, sa grandeur et ses petitesses, et dont l'âge 
héroïque a fait place à des périodes de relâchement et de décadence. 
Ses démêlés avec les Bénédictins de Montmajour, qui ont eu 
pendant deux siècles le prieuré de St-Antoine, sont restés célèbres 
dans les annales des conflits religieux d'autrefois. Nous renvoyons 
les personnes qui désireraient approfondir ce sujet à l'intéressant 
ouvrage de l'abbé Dassy, où nous avons puisé bon nombre des 
détails qui précèdent. Notons, en passant, que l'auteur avant d'être 
appelé à la direction du noviciat des Oblats à Notre-Dame de l'Osier, 
avait été supérieur des Oblats à Notre-Dame de Bon-Secours, à la 
Blachère (Ardèchcj. 

(La suite au prochain numcro). 

D-- FRANCUS. 



MYSTÈRE 

DES TROIS DOMS 

JOUÉ A ROMANS EN 1509. 

(Suite) 



On y trouve son auteur (ou plutôt ses auteurs), le peintre décorateur, 
le machiniste, les salaires qui leur sont alloués, le pi'ix et le produit 
des places pendant les ti'ois j(juriiccs, ce qui |:)cnncl d'en déduire 
exactement le nombre des spectateurs; en un mol, la dépense et la 
recette y s(jiu si minutieusement rappelées, qu'on peut calculer, on 
aurait dit alors à une maille et aujourd'hui à un centime près, tous 
les frais d'une semblable entreprise. Ix mémoire prend l'ccuvrc. 



JOUÉ A ROMANS EN I509. 97 

SOUS le rapport pécuniaire et matériel, à sa naissance, la suit dans 
tous ses détails et la conduit à son dénouement. C'est à la fois le 
budget et le compte de la pièce des Trois Doms. A ce titre, il offre 
plus qu'un simple intérêt de localité ; il peut être considéré comme 
un document précieux pour l'histoire de l'art. Cette publication était 
précédée d'une introduction qui mettait en lumière les données du 
mémoire et suivie de notes qui servaient d'éclaircissements (i). 

En 1854, M. le comte de Douhet consacra quelques lignes aux 
Trois Doms, dans son Dictionnaire des Mystères (2). 

On lit encore dans le Bulletin de la Société d'Archéolooie de la 
Drame, sous la signature de M. A. Lacroix, une page relative à la 
représentation de notre pièce (3). 

A son tour, M. Petit de Julleville en parle à plusieurs reprises 
dans la r" partie de son excellente Histoire du théâtre en France : 
les Mystères (4) ; il y fait surtout ressortir ce qu'il y a de neuf et de 
précieux dans le mémoire publié en 1848. 

Enfin, après avoir été l'objet de nombreuses recherches, après 
avoir donné lieu aux publications, aux analyses et aux jugements 
que nous venons de rappeler, le manuscrit du Mystère des Trois 
Doms a été découvert à Romans, dans le grenier de M™'' Sablières 
des Hayes, au milieu d'autres registres poudreux, en décembre 1881. 
Acquis par M. Giraud, il fait actuellement partie de la belle biblio- 
thèque qu'a héritée de son oncle M. Paul Giraud, conseiller à la 
cour d'appel de Lyon. 

Le volume, de format in-folio, mesure 355 millim. sur 260 ; il se 
compose de onze cahiers de papier (sans filigrane), de force inégale ; 
d'après un numérotage récent, qui embrasse quelques pages addi- 
tionnelles de moindre format, les feuillets sont au nombre de 241. 
En dépit de la suppression de plusieurs pages, dont il ne reste que 
le talon, le volume est absolument complet : il s'ouvre par une préface 
en latin et se termine par un épilogue en français et la liste des per- 
sonnages qui ont rempli les rôles, le tout de la plume du juge royal, 



(1} On trouvera dans un volume qui a vu le jour en 1872 [La Correspondance 
de M. P.-E. Giraud, Lyon, in-'->", p. \-2) Tapprécialion du docte Le Prévost, 
l'éditeur d'Ordéric Vital, sur ce mémoire (cf. p. 2'')). 

(2) 5" Encyclopédie t/iéoloffhjue de MiL;nc, Paris, in-4'', col. 972. 

(^) Valence, 1877, t. XI, p. ^50-1. 

(4) Paris, 1880, 2 vol. in-S", t. I, pp. 529-^1, 353, 365-4, 399 et 403-4 ; t. H, 
p. 95-8. 



98 MYSTÈRE DES TROIS DOMS 

Louis Perrier (i)- Le dernier feuillet seul a souffert notablement de 
l'humidité, par suite de l'arrachement — déjà ancien — des ais qui 
constituaient une solide reliure à nerfs saillants. 

L'original du compte de la représentation faisait partie des papiers 
de AL Louis Saint-Prix Enfantin, chanoine de St-Barnard ; son 
héritière, M"'' Eugénie Nugues, le donna à AL Giraud le ^ nov. 
1841 et celui-ci en a fait don le 14 sept. 1881 à la bibliothèque natio- 
nale de Paris, où il est inscrit sous n° 1261 des nouv. acquis, du 
fonds français (2). Il forme un cahier de papier (marqué d'un B 
comme filigrane) in-4'', dans une couverture en parchemin, et mesure 
290 millim. sur 205. Des 59 feuillets qui le composent d'après le 
numérotage actuel, 40 seulement sont écrits. Le compte est tout 
entier de la main du consul Jean Chonet (3), sauf les feuillets inter- 
calaires [4, 21, 24-5 et 28, qui en sont les pièces justificatives et que 
nous avons reproduits à part en appendice, et les ff. 33 à 40. 



II 

Dans quelles circonstances fut décidée et menée à bonne fin la 
représentation d'un mystère à Romans ? Quelles furent les causes 
déterminantes de la résolution prise à cet égard par le clergé et le 
peuple (4) de la ville? La raison en est sans contredit dans l'entraî- 
nement passionné avec lequel on suivait les péripéties de ces dra- 
meS; où la \ie d'un saint, un miracle de Notre-Dame, la passion du 

(i) L'écriture en est identique à celle d'une « Parcelle des vaccations et dictes 
faictz de par mess" Loys Perier », jointe au f" 17 des Precepla de 1506 (aux archi- 
ves commun, de Romans, ainsi que tous les documents dont la provenance ne sera 
pas spécifiée), et à une quittance signée, du 17 juin 15 10 (Prec. de celte année, 
(" 20). — Son père, Pierre Perrier (Pererii), avait été juge de Romans en 1402 
(Precepta de cet. an., f" -jo, avec quittance et signature autographes). Lui-même 
fut chargé de l'office de « judcx ordinarius curie communis secularis de Romanis », 
de 1499 à 1512 : il remplit clans le Mystère le rôle du gouverneur devienne 

(P- 595)- 

(j) Voir le rapport de M. Léop. Dki.isi.e, Doiiatioit faite â la lUhliolhc\]uc ualio- 
iiale par M. 'Paul-Emile Giraud, dans le Journal ofjiciel du 13 sept. 18K1 ; et son 
développement dans la Bibliothèque de l'école des Charles, 1881, t. .\L!L p- 5^0 
(tiré à part, Paris, nov. 1881, in-8'', p. 1^). Le Journ. o[f. ne mentionne que le 
don de 39 imprimés, en date du 9 août. 

(3) Voir son écriture autographe, fort rcconnaissable, dans le Liber prc^epturum 
de 1508, f°' 19 et 20; dans celui de 1509, f°' 1, 16, 18 v"; etc, 

{,\) « Prehabita matura dclibcracionc inter cicrum et populum » (p. i ). 



JOUE A ROMANS EN I5OQ. 99 

Christ étaient retracés et dont l'audition constituait un des bonheurs 
le plus généralemeut goûtes et le plus profondément sentis. Ceci 
semble plus spécialement vrai de notre région méridionale que des 
autres portions de la France, comme il résulte du beau travail de 
M. Petit de JuUeville, ainsi résumé à ce point de vue par M. Antoine 
Thomas (i) : 

« Les mentions de représentations de mystères réunies par M. P. de 
J. se rapportent en majorité aux pays de langue d'oïl. Dans les pays 
de langue d'oc, les mentions les plus fréquentes concernent la région 
située sur la rive gauche du Rhône : la Provence, le Dauphiné et la 
Savoie ne nous offrent pas moins de trente-deux représentations assu- 
rées à Aix, Auriol fBouches-du-Rhône), Chambéry, Die, Dragui- 
gnan, Forcalquier, Grasse, Grenoble, Marseille, Modane, Montéli- 
mar. Romans, Saint-Jean-de-Maurienne, Salterbrand (vallée d'Oulx), 
Seyssel, Toulon, Valence et \Menne. Au contraire, la région bien 
plus vaste qui s'étend du Rhône à l'Océan, et du plateau central aux 
Pyrénées, ne nous en donne que seize. Ces seize mentions se rap- 
portent à un très petit nombre de localités : Caylux (Tarn-et- 
Garonne), Clermont-Ferrand, Limoges, Mende, Montauban et Ro- 
dez ; en outre, elles sont loin de présenter toutes le même degré de 
certitude et de précision. » 

Mais à cette cause générale, — dont la justesse ressort mieux 
encore des textes que nous avons exhumés des archives du Dau- 
phiné, — se joignirent au commencement du X\l* siècle des motifs 
particuliers que nous font connaître les documents du temps. 

En l'an 1504, le printemps fut d'une sécheresse désolante (2). 
Pour apaiser le Ciel, les Romanais firent une procession générale, 
immédiatement suivde, le 15 juin, d'une pluie bienfaisante: inconti- 
nent on proclama « le beau miracle 0, et il fut décidé de représenter 
dans cinq ans la vie des martyrs auxquels on en était redevable. 

L'année suivante, la ville de Romans fut envahie par une peste, qui 
s'annonçait avec les signes les plus alarmants. Déjà, pendant le cours 
du siècle précédent, elle s'était vue exposée à plusieurs reprises f^J, 

(1) Roviania, 1884, t. XIH, p. 411. 

(2) « L'année de la grant sécheresse » (p. ^oO- 

(:;) Malgré les pertes qu'elles ont subie?, nos archives capitulaires et communales 
ne renferment que trop de preuves de la fréquence et de l'intensité de la peste à 
Romans (Computum de 1441, f° 40 v° ; Livre capit. de m" Fateti, f"' 38 v" et 39; 
'Precepta de 1474, f"' 8 v% 25 v° et 28 v° ; 'Prec. de 1479, f" 9 V ; Trec. de 1482, 
foa _ yo^ ^ £j g yo . ^pi-g^ jj. m'^Si '" 7 '''°; 'Prec. de 1489, f°' 9, :i V, 14 v° et 
22 \'°). 



100 MYSTERE DES TH0Î3 DOMS 

et surtout en 1494 (i), aux ravages de ce redoutable fléau. Quoi- 
qu'on ne doive pas prendre à la lettre cette assertion de Cho- 
ricr, dont il n'apporte aucune preuve, que les draps de Romans 
tenaient « lieu de monnoye » par voie d'échange « dans les estats du 
Sophi et du Grand Seigneur» (2), les relations commerciales de 
cette ville avec Marseille et le Levant (3), où s'écoulaient en partie 
les produits de sa fabrication, n'en sont pas moins certaines, et on 
peut y trouver une explication plausible du retour fréquent de la 
peste. Une fois introduite dans la cité, la circulation de l'air gênée 
par des rues étroites et tortueuses et par des remparts élevés, l'igno- 
rance des moyens d'hygiène et l'absence de médecins résidants, qui 
auraient pu du moins diminuer l'intensité du mal, toutes ces causes 
réunies l'y maintenaient longtemps et rendaient son action plus 
meurtrière. 

Dès la fin de 1504, les alentours de Romans étaient atteints (4). 
Le 15 juin 1505, le bourg d'Alixan passait pour infecté et on dut 
s'opposer à l'entrée des pauvres, qui se présentaient en grand nom- 
bre aux portes de la ville (5). En octobre on engagea, à trois florins 
par mois, Claude Martin pour enterrer les pestiférés et servir les 
malades (6j. Les consuls prirent, dans le même mois, diverses mesu- 
res de police sanitaire Ty), qui semblent avec la saison des frimas 
avoir arrêté l'épidémie. 

Elle reparut l'année suivante et, dès le i" mai, le Chapitre crut 
devoir permettre aux gens d'Eglise de fun- pour un temps le foyer 
de la contagion (S). Le même jour, la ville prit, aux gages de six 

(i) Nous n'aurions malheureusement que l'embarras du choix des textes sur celle 
épidémie, qui avait sévi dès l'année précédente (-l'recepta de 1^93, f°' 7 r° et v°,9 \°, 
10, II, 19, 3 1, 22 v et 48 v ; Delihér. capiiul. de 1 483-1 501 , f"" 227, v''-22 5, 
aas v", 226 r" et V, 22H, 2 ^o et 331 ; Trecepta de 1494, f"' i V et 7). 

(2) Chorifr, Histoire de Dauphitié, t. I, p. 66 (nouv. édit., p. 53). 

(3) Au milieu du XIII* siècle les Sarrasins fréquentaient les foires de Romans : 
voir le « tarif du droit de icydc » publié par nous dans la Revue Jes Sociiiés savan- 
tes, 1873, 5* scr., l. m, p. 69. La réputation de> draps de Romans est encore 
aitcstée, — qui aurait pu s'y attendre ? — par les Nocls Bressans du X\'U' siècle, 
réédités dans le nôtre à IBourg par F'hilibert Le Duc : Nocl s'en alla chez la Taille 
pour se faire un balandran de joli drap de [(omans ( Xouvclli'ite de Lyon, du 26 
déc. 1886, c. H). 

(4) l.iber aclorum capitularium Scofficr, i" ix. 

(5) f'apier de raison de Romans, f° 3. 

(6) Papier de raison de R., f" s ; fih. actmum cité, f xliiij. 

(7) Liber actorum cité, f' xlrj v". 

(f<) Liber actorum cité, f"' Ixxxij cl Ixxxiij v". 



JOUE A ROMANS EN I5O9. lOI 

llorins par mois, un chirurgien-barbier, Jean Meyssonnier, pour soi- 
gner les pestiférés : il tomba lui-même malade au bout de quatre 
mois (i). 

Cette fois la peste continua sans interruption ses ravages (2). En 
janvier 1507, on songea à isoler des gens sains les malades, en 
réunissant ceux-ci dans l'hôpital du Colombier: les consuls venaient 
de l'agrandir d'un verger acquis de Gaspard Milliard et se propo- 
saient d'y faire toutes les réparations nécessaires (3). Sur l'opposi- 
tion du maître d'école, Pierre de Peyrusse (4), et des paroissiens de 
St-Nicolas, qui faisaient valoir des raisons d'hygiène, on accepta 
une transaction réglée par deux membres du Parlement (5). Vers la 
fin de mars passa un médecin Polonais, qui se disait inventeur d'une 
poudre infaillible contre la peste : on acheta neuf florins son secret, 
qui fut couché sur les Mémoriaux de la cité (6). Il n'eut pas l'eflica- 
cité qu'on s'en promettait, car on dut recourir à d'autres moyens. 
Le Chapitre résidait toujours hors de la ville (7). Le 3 juillet, on le 
décida de contribuer à la construction d'un hôpital provisoire au 
Sablon, près du vivier entre les tours de St-Xicolas et de la Bistour, 
et d'implorer la miséricorde divine par une série d'exercices de piété, 

(i) Trecêpta de 1506, i"' 4 et 7 v"; Lib act., f" Ixxxviij ; T'rec. cit., f" 10. — 
a Je, mestre Jehan Meyssonier, silleurgent et habitant de la ville de Romans, confesse 
avoier receu de messeigneurs les conssez de la ville de R., parles mayns de s" Jehan 
Milliart, resseveur... .trente florins petite monnoyc, compté douze s. tourn. pour flo- 
rin, et ce tant pour quatre moez que j'ay servy ladicte ville du tamps de la peste 
que je serves lesdis inffés, commansans... le premier jourt de may et fyni le derrier 
jourt d'oust mil V« et six, a reyson de six flor. pour ung chescun moes pet. mon., 
houltra la despencc que la dicte ville a poyé pour moy, et pour deulx moez en suy- 
vant, commanssans le premier jourt de septembre et revollu... le derrier jour d'octo- 
bre dudit an, a reyson de trois flor. pour ung chescun moes, sans aulcungs despens, 
pour ce que j'estoie rellaxé et n'estoye en point de besoingnvé de ladicte peste. De 
laquielle somme... je quicte. ., et pour plus de surté j'ey fayctz escripre la présent 
d'autruy mayn et signé de mon seygn manuel yssy mys, ce xij" d'octobre mil sinq 
cens et six. H r R ? m (Ib.). — Ib., f°" 1 5 v° et 16 v°. 

(2) 'Precepta de 1506, f°' 18 v°, 35 v" et 21. 

(3) 'Precepta cités, f° 23. 

(4) « Magister Petrus de Petrussia, rector scolarum gramaticalium opidi de Ro- 
manis, in Viennensi diocesi. « 

(5) Minutes du notaire Etienne Escoffier (étude de M" Ferrier, nol. à Romans), 
f" cxxvij-xxxij ; 'Precepta cités, f"* 28 v°, 29 et 30 v". 

(6) « Item solvit die xxvij marcii, de mandato scindicorum, medico Polhonie, 

qui ostensit secretum pulvis contra pestem Ludovico de Fabrica, et que recepta fuit 
registrata in libro ville Memorialium, vid. ix ff. » (ibid., f" 31). 

(7) Liber actorum cité, f"' cxiij v''-cxviij : Precepta cités, f" 39- 



102 MYSTERE DES TROIS DOMS 

dont le programme ne nous a pas été transmis (i). Nous savons 
cependant qu'une confrérie fut instituée en l'honneur de saint Bar- 
nard et des trois martyrs, patrons de la cité, et que, « faict requeste 
à yceulx, cessast incontinant la dicte peste, estant au moys d'oust 
fort afoguée » (violente) {2). 

Bien qu'on ne doive pas lui attribuer le chiffre de 4275 décès, indi- 
qué par Dochier (3J, elle laissa dans Romans des traces profondes 
de son passage. L'année suivante, à l'entrée de la saison des cha- 
leurs, époque où le fléau se ranime ordinairement, les craintes n'é- 
taient point complètement dissipées ; l'apparition de quelques cas iso- 
lés dans les bourgades environnantes engageait à ne pas négliger les 
précautions de la prudence, et nous voyons, le 4 mai 1508, le conseil 
de ville interdire pendant plusieurs jours toute communication avec 
Valence (4). 

La sécurité revint enfin, et les Romanais, heureux d'avoir échappé 
à un danger aussi imminent, songèrent à témoigner leur reconnais- 
sance à Dieu et aux martyrs Séverin, Exupère et Félicien, dont ils 
avaient deux fois invoqué la puissante intercession. Les reliques de 
ces généreux confesseurs de la foi, que saint Barnard avaient trans- 
férées de Vienne à l'église de Romans dès sa fondation, y reposaient 
enlermécs dans une châsse consacrée par la vénération des fidèles ; 
c'était donc une pensée populaire et pieuse que celle de célébrer leur 
martyre, et de reproduire aux yeux de tous les actes de leur vie et le 
tableau de leurs tïlorieux tourments. 



III 

La résolution prise, on dut s'occuper des moyens d'exécution 
pour une œuvre qui demandait beaucoup de temps, de soins et d'ar- 
gent. On était en juillet 1508. On voulait que la pièce pût être jouée 
aux fêtes de Pentecôte de l'an 1509, c'est-à-dire à la fin de mai 
suivant. Dix mois pour composer le livre du Mystère, pour distribuer 
et apprendre les rôles, pour construire le théâtre et le garnir des 

(1) Liber aclorum cite, f" cxviij et cxix v". 

(2) \>. 591. 

(3) Mcm. sur Rijiiu7ns, p. 133. — Ce chidrc se rappoiic ù répidémie de 15H3. 
comme Ta prouve M. le D"' Ciievaliek, Rccherclics sur les pestes Je Romans du 
XIV" au XVII' siècle, dans liull. de la soc. d'archèul. de la Drdme, 1879, l. XIII, 
p. 259 (tir. à pan, p. j). 

(4) Livre déraison, f" 23 v" ; Liber aclorum cilé, f" cl v". 



JOUE A ROMANS EN 150g. 10^ 

décorations nécessaires, ce n'était pas trop ; mais le zèle de toutes 
les classes de la population, excité par le motif religieux, suffît à cette 
tâche ; le Mystère fut représenté à l'époque que l'on s'était pres- 
crite. 

Voici l'exposé des événements qui s'écoulèrent durant ces dix 
mois et des incidents divers auxquels le Mystère des Trois Doms 
donna lieu. 

Le 4 juillet 1508, les membres du Chapitre de Saint-Barnard, les 
consuls et plusieurs habitants notables de Romans, réunis en assem- 
blée générale, arrêtent unanimement de faire représenter aux pro- 
chaines fêtes de Pentecôte le Jeu des Trois Martyrs Séverin, Exupère 
et Félicien, patrons de l'église et de la cité. Le Chapitre prend à sa 
charge une moitié de la dépense et la ville l'autre. Les religieux de 
Saint-François, les PP. Cordeliers, jaloux de témoigner leur empres- 
sement et de s'associer à cette œuvre pieuse, offrent la cour de leur 
couvent, local très favorable pour y construire le théâtre. Ils contri- 
buèrent également de leurs deniers, en avançant aux consuls une 
somme de 200 florins (ij, qui vint fort à propos en aide aux finances 
de la communauté, très obérées par les sacrifices que lui avaient 
imposés les ravages de la peste et les calamités de toute espèce que 
ce fléau traîne à sa suite. Le conseil de ville avait déjà fait un appel 
aux diverses Confréries : celles de St-Sébastien, de Notre-Dame de 
Grâce, de St-Barnard et des Marchands (qu'on appelait l'abbaye, 
abbatia Mercatorum) {2) apportèrent leur contribution (3) ; celles de 
St-Jacques et de St-Crépin, déjà créancières de la ville, ne purent 
suivre cet exemple (4). 

Pour surveiller l'ensemble et les détails de cette œuvre importante, 
neuf commissaires sont désignés, trois par le chapitre, deux par la 

(i) P. 640. Cet argent fut prêté en écus au soleil et à la couronne : 61 écus sol 
à raison de 3 fl. i s. pièce i-= 188 fl. i s. ; et 4 écus à la couronne à raison de 
3 fl. = 12 fl. ; total qui fut remboursé, 200 fl. i s. Cf. p. 628, n. 3. 

(2) D' Chevalier, Essais histor. sur les hôpitaux de Romans, Valence, 1865, 
p. 245-6. 

(3) P. 638-9. Ces prêts étaient gratuits et sans aucun intérêt; aussi les considé- 
rait-on comme un sacrifice, et à ce titre s'adressait-on de préférence à ceux qui ne 
s'en étaient point encore imposé pour concourir à l'œuvre commune; ainsi le Conseil 
est d'avis d'emprunter non-seulement des Confréries, mais encore des habitants qui 
ne joueront pas, ab illis qui non ludebunt. Quant aux acteurs, le temps donné à 
l'étude de leur rôle et surtout les frais de leur costume, pouvaient les dispenser de 
toute autre contribution. 

(4) P- 639, n. I. 



104 .MYSTERE DES TROIS DOMS 

chapelle Saint-Maurice et quatre par la ville : les premiers sont 
messire Jean Gillier, maître de chœur, messires Benoît Chastillon et 
Jean Varse, chanoines ; les seconds, Claude Conton, habitué, et 
Antoine de St-Pierre, sous-clavier ; les derniers, Louis Perrier, 
licencié en droit et juge, Jean Alexe, Claude de Dril et Girard Chas- 
taing (i). L'assemblée, avant de se séparer, donne mission au cha- 
noine Pra, de Grenoble, de faire le livre du jeu des Trois Mar- 
tyrs (2) ; elle lui assigne à titre d'honoraires une somme de 150 flo- 
rins par mois pour sa dépense personnelle à Romans, et pour celle 
de son clerc ou secrétaire (3). 

Le nom du chanoine Pra (on devrait plutôt l'appeler du Pré, en 
latin de Prato) (4) n'est pas de ceux qui ont traversé les siècles avec 
une auréole de glorieuse notoriété (5). C'était toutefois un des per- 
sonnages considérables de la ville de Grenoble. Les registres du 
chapitre de Notre-Dame mentionnent, dans l'année 1494, Siboud 
Pra, Siboudiis de Prato, parmi les chanoines signataires d'une déli- 
bération rédigée en latin ; et cest avec le titre de chanoine de cette 
collégiale qu'il est désigné comme témoin dans un contrat de 1508 
publié par nous (6). Si nous consultons les délibérations consulaires 
de Grenoble, nous voyons Siboud Pra faire partie, le 26 nov. 1497, 
du comité chargé d'organiser la réception du gouverneur Jean de 
Foix (7). Six ans après son séjour à Romans, nous le retrouvons à 
Grenoble, en 15 15, comme ordonnateur des préparatifs pour les 
entrées du duc et de la duchesse de Longueville, de François F' et 
du duc de Bourbon (><) ; l'année suivante, il préside à la brillante 
réception faite à la reine Claude (9). Bien que les registres consulai- 
res ne le disent pas positivement, il y a tout lieu de croire que le 
chanoine Pra fut l'auteur des « histoires » dont on agrémenta ces 

■ (i) Pp. •/().] et 796. On leur donna des substiluls, qui furent eux-mêmes sou- 
vent remplacés par d'autres : cf. pp. 604, 608, 6j,', (ui;, 631 et 797. 

(2) DociiiKR attribue (p. 133) faussement le .Mystcre au jutic Louis Perrier; cf. 
plus haut p. 98, n. i . 

(3) '""P- 594-4"oct 793-6. 

(/|) Dans le compte il est invariablement nommé 'Pra (p. 599-632, passim), mais 
le juge Perrier, dans son épilogue (p. 591)» rapi^ellc Pic: nous devons être en 
présence des formes paloisc cl frani^aisc du même mot. 

(5) Cf. Petit de Jui.I-kvii.i.k, ouvr. cité, t. I, |3. 329-31. 

(6) P. 800-1. 

(7) ^- f'5V 

(8) P. 659-62. 

(9) P. 662-6. 



JOUE A ROMANS EN I 5OQ. IO5 

fêtes publiques (i) ; en revanche ils nous apprennent combien ses 
services furent précieux et intelligents, qui se bene habuit in introgiis. 
En 15 18, le conseil lui accorda la faculté de prendre, dans les îles du 
Drac, 400 arcosse. gratis etpro uno semel (2). Enfin le chanoine-poète 
était un calligraphe distingué : on lui doit la copie d'un certain nom- 
bre de terriers de l'église Notre-Dame de Grenoble, comme le prouve 
la mention suivante inscrite sur l'un d'eux : fuit satisfaclum domino 
de Prato, de Libo. e suo in faciendo hune librum (3). 

Le chanoine Pra se met aussitôt à l'ouvrage ; il divise son sujet 
en trois journées. Moins de six semaines après, le 14 août, il arrive 
à Romans, apportant « ce qu'il avait fait au livre du premier jour ». 
Les commissaires se réunissent, le lendemain, à la maison de ville 
pour en entendre la lecture. Il parait qu'ils n'en furent pas satisfaits, 
car le même jour, 1 ^ août, ils dépêchent un exprès à maître Chevalet, 
fatiste ou poète de Vienne, pour l'eng-ager à se rendre à Romans et 
à travailler comme « coadjuteur » avec le chanoine Pra au livre des 
Trois Martyrs (4). 

Il ne s'agit plus ici, comme tout-à-l'heure, d'un personnag-e 
obscur; Chevalet eut, de son vivant, une certaine célébrité. A vrai 
dire, Du Verdier, qui écrivait à la fin du siècle dont le commencement 
avait vu fleurir Chevalet, le connaît à peine, et dit que « son nom 
propre lui est incertain » (5). Toutefois, il ne faudrait pas en tirer 

(1) « Fiant hystorie et alia ad dictum dom' canonici de Prato » (p. 664). D'ailleurs 
l'épilogue de notre Mystère le qualifie déjà de « fatiste » (p. 591). 

(2) P. 668. A partir de 1527 le médecin Pierre Aréod paraît être l'organisateur 
des fêtes à Grenoble (p. 672 ; cf. Rochas, Biog. du Daup/i., I, 34''). 

(3) Communication de M. Prudhomme, archiviste de l'Isère. 

(4) P. 601-2. 

(5) Bibliothèque françoise, Lyon, 1585, in-fol.,p. 161. — Le nom de ce poète 
est bien Chevalet et non point Chivalet, comme l'écrivent Ciiorier C//îs^. de Dauph., 
1672, t. II, p. 536 de la n. é.) et Guy Allard (Biblioth. du Dauph., 1680, p.71)' 
et après eux MM. Weiss (dans la Biogr. univers, de xMichaud, 1813,1. VIII, p. 413) 
et Gust. Brunet (dans la Nouv. biog. génér., 1856, t. X, c. 336). Il suffisait, pour 
éviter cette erreur, de lire le titre même du Mystère imprimé en 1530, que nous 
citerons plus loin. Du Verdier et son annotateur La Monnoye (nouv. édit. de la 
Biblioth. franc., 1772, t. III, p. 314-5) ne s'y sont pas trompés, non plus que 
M. Petit de Julleville (ouvr. cité, t. I, p. 331). — Le Compte de la représentation 
laisserait cependant quelque doute; il y est question de Chevalet en deux endroits : 
à la date du 25 août 1508, à l'occasion de son voyage à Romans, le receveur Jean 
Chonet, l'appelle « mestre Chivallet » (p. 601-2); et le 14 mai suiv., noble Etienne 
Combez des Coppes, qui lui fut spécialement député à Vienne et qui y passa trois 
jours auprès de lui, le désigne deux fois sous le nom de Chevallet « (p. 635). C'est 
à cette dernière autorité que nous nous rangeons, et voici comment on peut, ce 

Bull. VII, 1887. 8 



I06 MYSTÈRE DES TROIS DOMS 

une conséquence trop rigoureuse contre le talent personnel du poète; 
deux causes, indépendantes jusqu'à un certain point du mérite de 
ses œuvies, avaient agi pendant cet intervalle et contribue puissam- 
ment à ce résultat : la réforme dans les idées religieuses, qui avait 
décrédité particulièrement ce genre de composition, et le goût du 
public, qui lavait banni de la scène. 

En 1508, Claude (i) Chevalet était en possession d'une réputation 
qu'il devait à plus d'une heureuse tentative, et qui lui valut l'hono- 
rable message des habitants de Romans. Par une conjecture, qui 
semble sérieusement fondée — la ville qui a été le berceau du fatiste 
a dû être également le théâtre de ses essais, — nous lui avons attri- 
bué la paternité des « histoires » représentées à Vienne le i" dé- 
cembre 14QO, jour où le roi Charles VIII arrivait dans cette ville (2). 
Chevalet fut chargé de la « poetrie et versification » du mystère joué 
à Lyon, lors de l'entrée du même prince, le 6 mars 1494 (3). 

semble, expliquer la diflercnce : le receveur écrivait le mol comme il Tentendait gé- 
néralement prononcer, à une époque où presque tout le monde à Romans s'expri- 
mait en patois. Dans ce langage, au lieu d'un cheval on disait par corruption un 
chival : le peuple Romanais, en parlant de maître Chevalet, l'aura probablement 
appelé « mcstre Chivalet » et le marchand Chonet, écho fidèle du public, aura repro- 
duit dans son compte cette locution vicieuse ; mais le sieur des Coppes, noble per- 
sonnage, en rapports fréquents avec Chevalet, n'a pu se méprendre ainsi, et il a dû 
conserver au nom sa véritable orthographe. — Les délibérations consulaires de 
Valence, rédigées en un laiin qui n'est souvent que la traduction littérale du lan- 
gao"e vulgaire, le désignent sous les trois formes de « Cliivaleti, Chavalcti » et 
« Chivalet » (pp. 857 et 839). 

(i) Guy Allard, qui fait de Chevalet un gentilhomme du Viennois dont la famille 
porte de gueules au cheval échappé d'argent (Diction, du Dauph., 186.}, t. I,c. 28^), 
lui donne, ainsi que les frères Parf.mct (Hist. du théâtre franc., 1745, t. H, p. .259; 
éd. d'Amsterdam, p. 23i-2)et.M. Rochas (Biogr. du Dauph., 1856, t. 1, p. 234^), 
le prénom d'Antoine; Chalvet, dans sa nouv. édit. de G Allard (Bibl. du Dauph., 
1797, p. 113), celui de Claude. Les registres de la ville de Valence rappellent à 
trois reprises « Glaudius, Glaudus (pp. 856, 858 et 859). C'est donc à ce dernier 
prénom qu'il faut s'arrêter, bien que ni notre Compte, ni le Mystère de St-Chris- 
tophe, ni Du Verdict n'en fassent mcnlion : seulement le nom y est toujours précédé 
de la qualité fort peu aristocratique de « mestre ». Quant à sa noblesse et ù ses 
armes, rien n'est moins certain ; nous n'avons à ce sujet que le témoignage de Guy 
Allard (reproduit sans autre preuve par M. de la Bâtie dans son Armoriai de Dauph., 
1867, p. 151'') et cet auteur, en général peu exact et peu scrupuleux, est ici 
d'autant plus suspect que Chouieu, qui entre au sujet de la famille n (^hivallct » 
dans des développements assez étendus (Estai polit., 1671, t. III, p. 186-7), ne 
parle nullement de l'iiuteur de Sl-Christophc, dont il était cependant le compatriote. 

(2) Revue du Dauphinà, i88i-, t. V, p. 26 (tir. à part, p. 6). Cf. p. 883-.}, n. 4. 

(3) Ant, Péricaud, Hihliographie Lyonnaise du AT' siècle, 1851, p. 9. 



JOUE A ROMANS EN I5O9. IO7 

Il est plusieurs fois question de lui dans les délibérations consu- 
laires de Valence. En 1500, il composa pour les Valentinois un 
Mystère des trois martyrs Félix, Fortunat et Achillée, protecteurs de 
leur cité, Ghiuiio Chivaleti^ fatiste misterii triiim martirum (i). En 
janvier 1506, on envoie de cette même ville des messagers à Vienne 
pour prier Claude Chevalet ou, à son défaut, un autre poète compé- 
tent, àliquis qui inlelligat materiam, de venir préparer des farces 
( far sicida , farcie , faccsiaj en l'honneur de l'évêque Gaspard de Tour- 
non, qui devait faire prochainement son entrée à Valence : Chevalet 
accepta, mais il ne voulut pas finir son travail avant d'avoir réglé 
avec les consuls la rétribution qu'on lui payerait {2). 

Il nous sera encore permis, sans trop de témérité, d'attribuer, 
avec M. Delorme (3), à Chevalet le Mystère de la vie et du martyre 
des saints Zacharie et Phocas, qui fut joué à Vienne la même année 
1506. Il l'aurait fait pour les moines de l'abbaye de St-Pierre, qui 
proposèrent eux-mêmes aux consuls de la ville la représentation de 
ce jeu dont ils avaient, disaient-ils, le livre achevé dans toutes ses 
parties, quorum haberent librum completum . Il est peut-être aussi 
l'auteur d'une Passion en huit journées, donnée quatre ans plus 
tard, en 15 10, dans le jardin de la même abbaye de St-Pierre, avec 
une magnificence et un succès que les registres consulaires de \'ienne 
ne nous ont pas laissé ignorer r4). 

Enfin, postérieurement à la date de notre mystère et du mystère 
de la Passion, Chevalet fit représenter à Grenoble, en 1527, le fa- 
meux Mystère de saint Christophe (5). Trois ans plus tard, cette œuvre 
obtenait les honneurs de l'impression ; elle parut à Grenoble, sous 
ce titre : 

« Sensuyt la nie de sainct Christofle elegaviment \ coposee en rime 
francoisc et par personages \ par maistre Chevalet iadis sauverai 
maistre en \ telle comp^siture nouuellement imprimée. f\ la finj Icy 
finist le Mystère du glorieux sainct Chri | stojle compose par per- 
sonaiges et imprime | a Grenoble le vingthuit de ianuicr lan coptat a 

{i) P. 856-7. 

(2) P. 858-9. 

(3) P. 890-1. 

(4) P. 891-2. 

(5) On trouvera une analyse plus ou moins développée de ccUe pièce dans: 
DE Beauchamps, Recherches sur les théâtres de France, 1735, t. I, p. 311; Fr. et 
Cl. Parfaict, ouvr. cité, 1745, t. 111, p. 1-26 ; Biblioth. du théâtre français, 1768, 
t. I, p. 93-6; DouHET, Dict. des Mystères, 1854, c. 232 ; Petit de Jullkville, 
ouvr. cité, t. I, pp. 269-71, 294, et t. II, pp. 114, 599-605. 



io8 



INSCRIPTIONS CHRETIENNES 



la Natiuite de nostre Seigneur mil ciq \ cens trente aux despens de 
maislrc Anemond Amalberti citoyen de Grenoble (\). « 

Ce Mystère dut être son dernier ouvrage, et déjà à l'époque de 
l'impression Chevalet n'existait plus. La qualification qui lui est 
donnée dans le litre de cette pièce : jadis souverain maître en telle 
composilurc, prouve à la fois sa mort et la célébrité dont il jouissait 
de son vivant. 

(i) In-4'*, en lettres rondes, avec signatures A-CCC. Ce volume est un des plus 
rares de la classe des Mystères et des productions de la typographie Dauphinoise. 
De Burh (Bibliogr. instriict., 1763, t. I, p. 565-70, n° 3226), Colomb de B.\tines 
(Mélanges biog. et bibliog. relat. à l'Inst. littér. du Datiph., 1837, t. I, p. 45^-8), 
Brunet (Manuel du libraire, 4° éd., 184-', l- I, p. 648'»; 5° éd., 1860, t. I, 
c. 1836-7; Supplément, 1878, t. I, c. 255-6), Gkaesse (Trésoj- des livres rares, 
i86i,t. 11, p, 131'') et M. .Maignien ( L'imprim. à Grenoble, 1884, p. lo-i) en 
donnent la description. Un des quatre exemplaires connus est à la bibliothèque de 
Grenoble ; celui du duc de La \'allière a été acquis, pour 1600 fr. à la vente Solar, 
par le duc d'Aumale. 

(La suite au prochain numéro). 



RECUEIL DES INSCRIPTIONS CHRÉTIEiES 



DU 



D I OCESE 



D E 



V A L_EN CE 



I. — Canton de Wtlencc (Suite). 

2. — PAROISSES DE LA BANLIEUE. 



BOURG-LÈS-VALENCE. 

L'ancienne église de ce lieu, dédiée sous le vocable de S. Pierre, 
fut l'une des premières construites par les habitants de Valence, c]ui 
la tinrent toujours en grande vénération. Il y eut tout d'abord un 
monastère de l'ordre de Lérins, réputé pour le nombre et pour la 
régularité de ses religieux (i). (-e fut sans doute à la ferveur des 



(i) \'inccnl liAKftAi.i, Chrouic. ins. I.irin., p. 37H. 



DU DIOCESE DE VALENCE. IO9 

prières qui se faisaient en ce lieu que Ton doit attribuer la dévotion 
dont il était l'objet de la part de la population valentinoise. S. Apol- 
linaire y fut enseveli (520) ; Ste Galle aimait à venir y prier, et c'est 
là, nous dit l'historien de sa vie, qu'elle obtint de Dieu, par l'inter- 
cession du Prince des Apôtres, la délivrance miraculeuse de la ville 
assiégée par les Barbares. On croit que Charlemagne la fit recons- 
truire. Quoiqu'il en soit, elle était fort belle, et, d'après un ancien 
titre conservé aux archives de la Drôme, elle était bâtie en marbre, 
pavée en mosaïque et soutenue par un nombre considérable de co- 
lonnes de marbre et de porphyre. Elle fut saccagée et renversée de 
fond en comble par les protestants, en 1567, et ses ruines restèrent 
longtemps amoncelées sur le sol. L'église actuelle, de construction 
récente, a été érigée sur l'emplacement de l'ancienne, mais dans des 
proportions bien plus restreintes. Elle n'offre absolument rien de 
remarquable au point de vue archéologique et architectural (i). 

Il y avait au Bourg-lès-Valence un chapitre très-important, qui a 
subsisté jusqu'à la Révolution. Le premier dignitaire portait le titre 
d'abbé et prieur. M. l'abbé Ulysse Chevalier en a publié le cartulaire, 
dont la première charte remonte à 1065 (2). 

Il y avait certainement sur les murs de l'ancienne église du Bourg 
bon nombre d'inscriptions, qui ont disparu dans sa ruine. Il ne nous 
en reste que les fragments suivants : 

I. — Epitaphe de l'époque consulaire. 



LVS._QVIVI 

XITANS LX • • • ^"^' ?"^ vixit annos LX. Obiit in pace VIII 

oBIIT IN PACE f^alendas augustas, Maxiino, viro clarissimo, con- 

VIII. KLD. --O suie. 

AGVSTAS (Hauteur, 0.31 centim.; largeur, 0.20.) 

M.-\XIMq_ 

V C CONS 

Cette inscription sur pierre blanche d'un grain assez fin, a été 
recueillie par M. Rebatet, rentier, sur le quai. Elle offre un intérêt 
réel pour l'épigraphie, à cause de la date précise qu'elle porte, indi- 
quée par le consulat. Les inscriptions de cette époque sont rares, 

(1) \.\DAL, Histoire hagiologique du dioc. de Valence, p. 98, note. 

(2) Chartularium Ecdesix Sancti 'Pétri de Burgo Valentioj, ordiiiis Sancti 
Augustini. — Paris, Honoré Champion, M.DCCCLXXV. (i vol. in-8» de 200 pp.) 



IX SCRUTIONS CHRETIENNES 



surtout dans nos contrées. Il est bien regrettable que celle-ci soit 
incomplète. En voici la description matérielle : Les lettres, assez ré- 
gulières, sont un peu allongées, et mesurent en moyenne ^ centim. 
de hauteur. Elles sont conformes au caractère romain, sauf le Q, le 
K et le (j, qui en diffèrent sensiblement, ainsi que le L du chiffre 
LX, dont la branche inférieure est inclinée à angle ouvert. Les S et 
les C offrent aussi, dans leurs contours et à leurs extrémités, une 
forme moins correcte et légèrement tourmentée. Les X ont leur tra- 
verse droite contournée; enfin, les O sont parfaitement ronds, et un 
peu plus petits que les autres lettres. Il n'y a aucune séparation 
entre les mots, qui se tiennent tous, sauf en quatre endroits, où ils 
sont séparés par un point. Les abréviations sont marquées par des 
traits horizontaux qui s'étendent sur toutes les lettres représentant 
le mot condensé ; il n'y en a du reste que deux, en dehors des ini- 
tiales consacrées pour marquer le consulat, à la dernière ligne. La 
quatrième, qui renferme le quantième, ne s'étend pas jusqu'à l'arête 
de la pierre ; elle est complétée par un trait en doucine. On remar- 
cjuera l'orthographe bizarre du mot AgusLis, mis pour aiigustas, 
adjectif tenant lieu d'un substantif. 

Plusieurs consuls du nom de Maximus se rencontrent dans les 
fastes consulaires pendant le cours du Y" et du VL siècle ; mais le 
seul qui n'ait pas eu de collègue est Flavius Maximus, qui occupa le 
consulat en 523. 11 ne fut pas promulgué en Gaule avant les pre- 
miers jours de mars ; de telle sorte que les actes publics y furent 
datés, jusque vers le milieu de ce mois, du post-consulat de Sym- 
maque et Boèce, qui étaient consuls en 522. 

Cette inscription a été publiée par M. All.mkr, dans la Renie épi- 
graphique du Midi de la France, livraison de juin-juillet 1881, p. 224, 
no 255, et reproduite par M. Lacroix, dans le Bulletin de la Société 
archéologique de la Drame, yf livraison (tome XV, p. .115). Al- Flo- 
rian Valli;nti.n en fait aussi mention dans son Bulletin épigra- 
phique de la Gaule, t. L', p. 280-281. 

2. — Fragment d'épitaphe. 

1 lie \i{equi) 
ESC{it) 
NE. . . . 

l'clit fragment recueilli par le même. Il (tflVc les mêmes caractères 
d'antiquité que le précédent ; les lettres sont plus grossièrement 



DU DIOCÈSE DE VALENCE. III 

formées et gravées avec moins de soin. Elles sont aussi un peu 
moins grandes, peu serrées et irrégulièrement espacées entre elles. 
Point de séparation entre les mots. La largeur de la pierre parait 
avoir été à peu près la même que celle de la précédente, à en juger 
par l'étendue de la première ligne, qu'il est facile de rétablir dans 
son entier. 

3. — Obit mentionnant une fondation. 

Dans le courant de septembre 1882, en ouvrant une rosace au- 
dessus de la porte principale de l'église du Bourg, on enleva, pour 
creuser le mur, quelques pierres de taille qui servaient de revête- 
ment à la façade, l'une desquelles, taillée à la dimension des autres, 
présentait une inscription gravée. Elle était recouverte d'une épaisse 
couche de mortier, qui ne permettait pas d'en soupçonner l'exis- 
tence. Quand elle eut été nettoyée et lavée, on put y lire ce qui suit : 

'' ....MARCII, MEMORIA 

BO(;z^/emm^ ?J RICHARD.E UXORIS 

..TUAVLE, FILLE EORUMDEM, QU^E 

idedi)T HUIC ECCLEf siœ)... SO(lidos) CENSUAL(es) 

(6e/0EFICIA... CLERICIS.... AU.. 

rcom)MENDANTUR. 

Cette pierre mesure 38 centimètres en carré. C'est une molasse à 
grain fin, mais facilement friable ; aussi l'inscription qu'elle porte 
est-elle très fruste en certains endroits. Elle est complète par le 
haut et par le bas ; mais elle a été taillée sur ses deux flancs. Il en 
manque peu à gauche, l'espace de deux ou trois lettres seulement, 
comme le prouve la première ligne, où il ne pouvait y avoir que le 
quantième du mois avant le mot mardi; mais elle est très défec- 
tueuse à droite, où des mots entiers ont été enlevés. Pour achever 
d'en obscurcir le sens, un crampon en fer a été planté verticalement 
sur le même côté, et embrasse trois lignes dans sa malencontreuse 
accolade, interceptant trois mots qu'il est impossible de rétablir. On 
peut voir par ce spécimen que les matériaux de l'ancienne église ont 
servi à construire la nouvelle. 

Cette inscription présente les caractères du XIL au XIII'' siècle ; 
c'est l'écriture onciale encore anguleuse et peu ornée de cette épo- 
que. Les lettres sont très régulières et mesurent 3 cent.; leur lar- 



112 INSCRIl'TIONS CHRETIENNES 

gcur est d'un tiers environ de la hauteur. Les A, les E et les V ou U 
sont tantôt arrondis, tantôt anguleux ; les M et les N ont tous la 
forme arrondie, ainsi que les C et les T. Les D et les Q ressemblent 
à un O, avec l'adjonction d'une petite queue en forme d'accent ou 
de virgule en haut ou en bas. Il y a peu d'abréviations; dans l'état, 
on n'en remarque que trois, aux mots ecc/(esi)e, c/(er)z'cz's et eor 
Tum) ; le L des deux premiers est barré par le trait abréviatif, et le 
dernier est complété par le trait d'usage en lorme de point d'interro- 
gation, partant du centre du R. 

On ne trouve aucune mention, dans le cartulaire du Bourg-lès- 
\'alence, de la donation faite aux clercs de cette église par Richarde 
et par sa fille Avici ou Varia. On y voit figurer il est vrai, dans une 
charte du 8 mars 1207 (i), une certaine Richarde, épouse de Sal- 
vaignet ; mais rien ne nous prouve que ce soit la même que celle 
dont notre inscription relate le bienfait. Faudrait-il voir dans Sazia, 
femme de Bernard de Beauregard, qui figure dans la même charte 
comme parente de Ricarde, mais sans qu'on indique à quel degré, 
la fille de notre donatrice ? Il y a trop d'écart entre l'orthographe 
des deux noms pour qu'on puisse l'affirmer sans restriction ; mais 
cette hypothèse ne laisse pas d'être plausible. Quoiqu'il en soit, 
Sazia fut une insigne bienfaitrice de l'église du Bourg (2); les trois 
anniversaires qu'elle avait fondés se célébraient encore à l'époque de 
la Révolution (3). Bernard de Beauregard, de son côté, se signala 
par ses généreuses donations à la collégiale de S. Pierre (4). 

La découverte de cette inscription a été signalée par M. Lacroix 
dans le Bulletin de la Société ajxhéolooi.jue de la Drame, livraison 
d'octobre 1882, t. X'VI, p. 456. 



ÉTOILE. 

Ce bourg était autrefois l'une des places les plus importantes des 
I*oitiers, qui y ont laissé des traces écrites de leur séjour. Leur chà- 

(1) ('Jiarlulariu)n Sa)icli 'l'ctri de Hur^-o, cli. .W, p. 32. 

(2) Ibidem, cli. \.\, p. |.|. 

(3) Mémoire au sujet du vè'^lemcnL amiable proposé par M. de V^eynes, abbé et 
prieur du Bourg, en mars 7779 (Ms. aux archives de la Drûme). 

(/|) Chai tulaiium, l(jc. cit., et p. ji, note i, p. .^8, etc. 



DU DIOCÈSE DE VALENXE. II3 

teau fort s'élevait sur le point culminant et dominait la vallée du 
Rhône; il devait être, par son étendue et sa magnificence, en rap- 
port avec la grandeur de ses hôtes. Mais, comme de bien d'autres 
grandeurs, il n'en reste plus que des ruines : quelques pans de mur, 
à peine visibles, du bourg qu'ils dominaient autrefois. Cependant 
l'archéologue est attiré vers ces ruines, non-seulement par l'attrait 
des souvenirs et par les vestiges d'une splendeur qui n'est plus ; 
mais aussi par un remarquable monument lapidaire, apporte en ce 
lieu par M. de la Boisse, son dernier propriétaire. C'est une belle 
inscription du X' siècle, qui n'a que le défaut d'être étrangère au 
pays, et d'intéresser des contrées bien éloignées des nôtres. 

I. — Consécration d'une église par Aimeric, archevêque de Narbonne. 

^ Haec aula qui e fudata 
in vila Montifelnens e cosecra 
ta in honore Sci Michahelis invcta 
p manu Aimerici archipsulis Narbo 
ne couocauitq Rodbertu pbr obanim" 
sua seu genitori i> vl génitrice vl parent 
suor adivtoriû cndiderunt 

cosecrata e mense e (?) VII k november 
die VII fra anno dominice trabea 
cionis DCCCCLXXIl. + indicio 
ne I -f" Girallus pbr scripsit + 
Fran conrtr. 

-}- Haec aula qui est fundata in vila Montifelnensi, est consecrata 
in honore sancti Michahelis, inimcta per manum Aimerici^ archiprœsulis 
Narbone. Convocavit que (i) Rodbertus presbyter, ob animant suam, 

seu genitoris, vel génitrice, vel parentum suorum adjutorium 

con(?)diderimt. Consecrata est mense e f?), VII kalendas november, 
die VII ferià, anno dominice trabeationis DCCCCLXXIl, + indicio- 
ne I. -f" Girallus presbyter scripsit. Fran'coJ construxit. 

Cette inscription a été e.Ktraite de l'église qu'elle concerne et 
apportée à Etoile, par les soins de .M. Parisot de la Boisse, vers 1883. 
*Elle est gravée sur un bloc de grès blanc, mesurant 0,58 cent, de 

(i) iM. l'abbé Douais estime qu'on doit plutôt lire quem, se rapportant au prélat 
consécrateur, malgré l'irrégularité de la construction. 



114 INSCRIPTIONS CHRETIENNES 

hauteur sur 0,70 de largeur. En tête est une croix formée de quatre 
lobes allongés et terminés en pointe, inscrits dans un cercle à triple 
trait, d"où part une torsade servant de bordure sur la partie supé- 
rieure ; mais elle ne s'étend pas aux autres côtés de la pierre, qui 
sont sans encadrement. Quant à l'exécution matérielle, elle est assez 
correcte, quoique les lettres soient irrégulières dans leur forme ; elles 
mesurent quatre centimètres de hauteur sur une largeur très va- 
riable, mais en général fort développée, de telle sorte que plusieurs 
sont carrées. C'est la transition du caractère romain à l'écriture 
onciale du moyen-àge. Les formes arrondies se retrouvent dans la 
plupart des E, des V et des M ; plusieurs cependant sont anguleux; 
toutes les autres lettres ont conservé la forme romaine, sauf certai- 
nes modifications pour quelciues-unes. Les N ressemblent exacte- 
ment àl'H majuscule ; un certain nombre cependant ont conservé la 
forme ordinaire ; la lettre H ressemble à la minuscule d'imprimerie. 
On remarque aussi une forme toute particutière de l'A à la fin de la 
deuxième et de la cinquième lignes, où cette lettre est placée en 
caractère plus fin au-dessus du mot, et dans deux passages de la 
neuvième : c'est le delta grec avec une queue au sommet. Dans deux 
mots terminés en us et en is, l'S final est mis en tout petit module 
au-dessus de la ligne, se tenant avec la lettre précédente. Il y a peu 
d'abréviations, et, sauf quelques exceptions, elles sont indiquées par 
le trait horizontal d'usage, ou par l'oméga à pattes allongées super- 
posé. La diphthongue M est remplacée par la lettre E, sauf au pre- 
mier mot hacc ; on remarque aussi la présence de cet E tenant lieu 
de la diphthongue dans le mot Génitrice, mis pour Genilricis. Les 
lettres sont, en général, largement espacées. Il n'y pas de sépara- 
tion entre les mots, ni de traits entre les lignes. 

On trouve dans cette inscription un certain nombre d'expressions 
archaïques comme Aida dans le sens d'église, i-c/ et scu mis pour la 
conjonction et, trabealionis pour incarnatioiiis (i). On y remarque 
aussi quelques incorrections grammaticales: ce qui n'est pas rare dans 
les textes lapidaires de cette époque. Non moins intéressante pour 
son (jbjct que l'emarquablc pour sa forme, elle relate l'origine précise 
d'une église qui a eu plus tard son degré d'importance : fondée par 
le prêtre Rodberl, pour le salut de son âme et pour le soulagement 
de celle de ses parents, elle fut consacrée par Aimcric. archevêque 
de Narbonnc, un samedi (VII fer ià), septième jour avant les calendes 

(1) Dl'cangi;, Glosaarium medLv eL infima; lalinilatis, v Aula, trabcatio, clc. 



DU DIOCÈSE DE VALENCE. 11$ 

de novembre (26 octobre) 972, indiction première. — Ces indications 
chronologiques concordent parfaitement entre elles; le 26 octobre 972 
était bien en effet un samedi. Il est à observer toutefois que le cycle 
de l'indiction se terminait au mois de septembre de cette année-là, 
de sorte qu'elle appartient pour la majeure partie à l'indiction quin- 
zième ; mais le mois d'octobre était bien dans l'indiction première. 
Les noms de l'architecte et du constructeur sont mentionnés au bas de 
l'inscription : le prêtre Girallus traça les plans de l'édifice (scripsit), et 
Francon les exécuta fconstnixitj.Nous trouvons dans une inscription 
de l'ancienne église abbatiale de S. Julien de Brioude, qui, comme 
l'on sait, fut fondée vers la même époque, les noms de l'architecte 
et de l'entrepreneur indiqués sous la même formule. 

L'église de S. Michel, dont ce précieux monument précise l'ori- 
gine et relate la consécration, subsiste encore dans son entier ; les 
autels seuls ont été enlevés. Elle s'élève sur un monticule au X. E. 
et à deux kilomètres environ de Siran, canton d'Olonzac (Héraultj, 
sur les confins des diocèses de Montpellier et de Carcassonne. C'est 
un remarquable monument d'architecture romane, mais où déjà la 
pointe ogivale commence à se dessiner. A côté sont des ruines con- 
sidérables ; on y remarque un grand puits, près duquel sont d'énor- 
mes chênes verts. Ce lieu est appelé par le vulgaire /a 3/o»/a;'"c' 
des Fées flou Mount de las Fadas) ; près de là s'élève un beau dol- 
men, qui explique cette dénomination, à moins qu'on ne préfère y 
voir une corruption de l'ancien nom Montifelnensis. Tout ce quar- 
tier, ainsi que le ruisseau qui coule au pied du coteau, a conservé le 
nom de S. Michel. Il y avait là un prieuré considérable, duquel dé- 
pendaient Siran, Cesseras et f^épieux ; ces trois villages sont com- 
pris dans les limites de l'ancien Miner\'ois, contrée intéressante au 
point de vue archéologique ; le dernier appartient au diocèse actuel 
de Carcassonne. Ce prie-iré passa des Bénédictins aux Chartreux 
de Castres vers le XII'= siècle, et leur appartint jusqu'à la destruction 
de leur couvent au XVI* siècle, époque où il fut probablement rui- 
né aussi (\). 

Siran dépendait autrefois du diocèse de St-Pons ; mais avant l'é- 
rection de cette église en évêché par le pape Jean XXII, en 1 317, il 
appartenait au diocèse de Narbonne : ce qui explique la consécration 
de l'église de S. Michel par Aimeric, archevêque de cette ville. Ce 

(i) Renseignements dus à l'obligeante érudition de .M. l'abbé Douais, professeur 
d'histoire aux facultés catholiques de Toulouse. 



Il6 INSCRIPTIONS CHRÉTIENNES 

prélat, qui siéga de 933 à 977, est l'un des plus connus du X*" siècle ; 
il a laissé de nombreux et importants souvenirs de son long ponti- 
ficat (ij. L'acte relaté dans notre inscription est à ajouter à la série 
de ses faits et gestes, énumérés par les différents historiens de 
l'église de Narbonne. 

Cette inscription n'a été connue ni des savants auteurs du Gallia 
Christiauii, ni de dom Vaissette, ni des nouveaux éditeurs de Vllis- 
toire générale du Languedoc ; Besse, antérieur aux Bénédictins, 
n'en fait pas mention non plus dans son Histoire de Narbonne. Nous 
la croyons donc complètement inédite. 

2. — Fragment d'épitaphe. 

+ IIII; id; ... ob. Ar.... IIII idiis.... obiit Ar... (prœ) 

mii ; adm j meruit- for mii admitti meruitfor 

in mundi castis virtutvj m in mundi castis virtutum m... 

Huc; majusl nob ; dû; qrto hue majus nobis dum quarto 

abstulit I ut; vob : do... Abstulit ut vobis do.... 

Fragment en pierre blanche d'un grain assez fin, mesurant 23 cen- 
tim. de longueur sur 17 de hauteur. 11 a été trouvé dans les démoli- 
tions d'un vieux mur, près des anciens remparts, et est actuellement 
conservé dans une maison particulière. C'est une épitaphe en vers la- 
tins, malheureusement incomplète ; il n'y a que les quatre premiers 
pieds de chaque hexamètre, ce qui permet de supposer qu'il manque 
un tiers environ de l'inscription dans sa longueur. Elle est complète 
dans sa hauteur, et n"a jamais eu plus de cinq lignes. Toutefois la 
première, qui contient la date et le nom du défunt, ne paraît pas 
être en mesure, elle est du reste très fruste et à peu près illisible ; la 
seconde ligne commence par la fin d'un mot ; de sorte qu'il n'y au- 
rait au plus que quatre hexamètres. — La versification de cette épi- 
taphe apparaît non-seulement dans la quantité des mots, qui sont 
mesures selon les règles de la poésie latine ; mais aussi par le style 
dans lequel elle est conçue, qui ne ressemble en rien à de la prose. 
On y trouve des expressions relevées et choisies et une certaine re- 
cherche dans la phrase, causée sans doute par les exigences de la 
prosodie. Quant à la date de ce petit monument cpigi'aphique, nous 
croyons pouvoir la rapporter au XIL siècle, à en juger par sa facture 

(0 Gallia Clirisliana, t. VI, col. 27 a 30. 



DU DIOCESE DE VALENCE. II7 

matérielle. Les caractères sont d'une bonne exécution et légèrement 
allongés (0,028") ; c'est l'écriture onciale, avec de nombreuses rémi- 
niscences du caractère romain ; les M, les N, les T, les V, les E et 
les C présentent la forme tantôt anguleuse, tantôt arrondie ; il y a 
aussi deux formes de B et trois de M, dont une conforme au modèle 
latin, sauf que le jambage droit ne descend pas au niveau de l'autre. 
Il y a peu d'abréviations proprement dites, mais beaucoup de lettres 
enchevêtrées ou enclavées ; celles-ci sont très fines et presque im- 
perceptibles ; tous les I qui se trouvent dans le corps des mots, sauf 
celui du mot virtiiticm, sont ainsi simplifiés et réduits, cette lettre 
étant très facile à dissimuler dans les contours d'une autre. Dans le 
mot castis, il se trouve au-dessus du T, qui déjà porte dans son jam- 
bage le S entrelacé ; l'A de ce même mot, pareillement réduit à des 
proportions miscrocopiques, est caché dans les replis du C. Les si- 
gnes abréviatifs, consistant en un trait horizontal, sont placés en 
travers de la dernière lettre exprimée, et jamais au-dessus. Trois 
points à peine apparents séparent chaque mot ; il n'y a pas de traits 
entre les lignes. 

Une épitaphe en vers latins suppose un personnage important. Il 
est bien regrettable que son nom et ses titres aient disparu du frag- 
ment qui nous en reste ; ils eussent donné à ce petit monument un 
véritable intérêt. 

(La suite an prochain numéro). 

Cyprien PERROSSIER. 



HISTOIRE RELIGIEUSE 



PONT-EN-ROYANS 

(ISÈRE) 
(Suite) 



Les charges annuelles du prieuré ctaienl, d'après le même Estât 
de 1678 : 200 liv. au curé de Choranches pour le service divin de ce 
lieu; 200 liv. au curé de Ste-Eulalie pour le service divin de ce lieu, et 
12 livres pour le service qu'il faisait à Laval-St-Mémoire ; pour les dé- 
cimes des prieuré, sacristie et cures du Pont et de Choranches, et du 
prieuré de Valchevrières, et pour celles de la paroisse de Ste-Eula- 
lie, 144 liv. i^ sols 8 deniers; pour la 24" des pauvres des 3 pa- 
roisses, 27 livres ; pour intérêts de sommes empruntées, g livres 
12 sols ; pour gages de M. Morin, qui « fait le poil, pour 30 sols par 
religieux, » (à 6 religieux) 9 livres ; pour gages de la femme de Jour- 
dan, lessiveuse, 20 livres ; pour gages de Barthélémy Brissot, qui 
« sert de valet pour 12 écus par an, « 36 livres. 

Ces charges, montant à 6.58 liv. 5 s. 2 den., étant déduites des 
revenus, il restait 1871 liv. 7 sols et 10 den. pour les dépenses com- 
munes de la maison, c'est-à-dire pour la nourriture de 6 religieux, 
d'un domestique (i) et des ouvriers, pour le vestiaire, les voyages, 
etc. 

De ces 6 religieux, 5 étaient prêtres et faisaient outre leur service 
particulier, celui de la paroisse et quelques fonctions au dehors. Le 
religieux convers s'appliquait aux affaires intérieures de la maison. 
Tout nous révèle dans cette petite communauté beaucoup d'ordre, 
d'entente et de piété. La bibliothèque de la maison, composée dès 
1695 de 229 volumes dont nous avons l'inventaire détaillé, fait cer- 
tainement, par son caractère sérieux et savant, honneur à ceux qui 

(i) l.cs inventaires de 17.12, 1716 et 1762 accusent 5 religieux et 3 domestiques. 
De ces derniers, l'un était cuisinier, à .^2 liv. de gages; le deuxième, valet d'écu- 
rie, ù 4S liv.; le troisième, marmiton, à 12 livres. En 1765, on ne trouve plus que 
4 chanoines ou religieux, et les 3 domestiques. Evidemment, la diminution des vo- 
cations qui alTectait alors l'ordre de Saint-Antoine, se faisait sentir au Pont. 



DE PONT-EN-ROYANS. IIQ 

l'avaient acquise et à ceux qui s'en servaient. Nous y trouvons 
I Saint-Augustin en 7 vol. in-folio, i Saint-Ambroise en 2 vol. in- 
folio, les œuvres de Saint-Grcgoire-le-Grand en 3 vol. in-folio, 
celles de Saint-Basile, de Saint-Cyprien, de Saint-Cyrille, de Saint- 
Thomas d'Aquin, de Saint-Grég-oire de Nazianze, de Saint-Bona- 
venture, de Thomassin, de Bellarmin, etc., etc. 

Les procès pour la défense de leurs droits ont eu place dans la 
sollicitude des Antonins et de leur communauté du Pont. On trouve 
des débats avec les habitants de Ste-Eulalie, pour la dîme, en 1606 
et de 1642 à 1649 ; avec les habitants de Laval-St-Mémoire, au 
sujet du service religieux de ce lieu, de 1642 à 1644, en 1654, en 
1712, en 1749, et de 1761 à 1765 ; avec le curé de Châtelus ou le 
prieur de la Sône, au sujet de la pension des Antonins sur Châtelus, 
de 1644 à 1645, de 1665 à 1667, en 1677, 1679, 1680, 1681, 1688, 
et de 1695 à 1699; avec les consuls du Pont, sur la dime, en 1648 i 
avec les curés de St-Just-de-CIaix, à propos de la chapelle de Claix, 
en 1675, 1679, 1696 et 1700; et avec l'évêque de Die, au sujet des 
bois de Valchevrières, en 1736. Mais les détails relatifs à la plupart 
de ces débats ont leur place naturelle dans les travaux historiques 
sur les paroisses où étaient les droits ou objets en litige ; et nous 
n'en donnerons ici que pour ce qui regarde un différend avec le mar- 
quis du Pont. 

Plusieurs fois des difficultés avaient surgi entre les Antonins et 
les seigneurs de Pont-en-Royans relativement à leurs droits déjà 
réglés en 1259 et en 1276. Chaque fois elles avaient été tranchées 
par des sentences judiciaires ou par des arbitrages. 

Dès 1686, il s'en était de nouveau élevé, et sur plusieurs chefs. 
Elles furent réglées par une longue transaction du 5 mai 1690, 
passée devant Louis Bechard, notaire de Vourey, et Antoine Burlet, 
notaire de la Buissière et Bellecombe, entre George-Paul de Maule- 
vrier de Langeron, abbé de Saint-Antoine, ainsi que frère Jacques 
Pilliéron, supérieur de la maison du Pont, et Joseph-Louis-Alphonse 
de Sassenage, marquis dud. Pont. Il fut convenu que les religieux, 
clercs, prêtres, convers et domestiques du prieuré demeureraient 
exempts de la juridiction du seigneur en toutes causes et actions 
réelles et personnelles, ainsi que de tous droits de leyde et de 
toutes sortes de bannalité, notamment de celle des moulins et du 
pressoir bannaldud. seigneur; qu'ils auraient la liberté de faire 
moudre leurs grains où ils voudraient et de faire construire dans 
les bâtiments du prieuré un pressoir pour la vendange de leurs 



I20 HISTOIRE RELIGIEUSE 

vignes et de leurs dîmes ; que le marquis seul aurait le droit de 
pêche dans la Bourne, depuis le pont de Chorenches jusqu'à la 
Forneira, et la propriété de ses moulins et pressoir bannaux ; que le 
four bannal demeurerait commun entre le marquis et le prieuré, 
lesquels seraient exempts du fournage. avec faculté « aud. seigneur, 
n'habitant pas dans led. lieu du Pont, de céder » son exemption à 
telle famille dud. lieu que bon lui semblerait ; que le bois de Barret 
demeurerait en commun pour l'usage du four seulement, et resterait 
au prieuré pour la propriété. 

Au surplus, nos religieux continuaient leur œuvre au Pont, quand 
la décadence morale de leur ordre, ou du moins la diminution de 
son personnel, faute de nouvelles vocations, fut pour d'hypocrites 
ministres l'occasion de l'unir à l'ordre de Malte. Cette union, qui 
équivalait pour Saint-Antoine à une sorte de suppression, fut con- 
sommée en 1777 et modifia d'abord assez peu le personnel et la vie 
intérieure de notre prieuré. Seulement, au lieu de relever de la mai- 
son de Saint-Antoine, il releva comme Sainte-Croix près Die, du 
grand prieuré de Saint-Gilles. C'est pourquoi, le 10 décembre 1777, 
frère Dominique-Gaspard-Balthazard Bailly de Gaillard, chevalier 
de l'ordre de Malte, administrateur des biens du grand prieuré de 
Saint-Gilles, envoie de Marseille à M"" Jean-François Mésangère, 
avocat en la Cour et notaire à Valence, procuration notariée pour 
administrer les biens dépendants de ce grand prieuré et appartenant 
à la maison de Pont-en-Royans. Depuis lors jusqu'à la Révolution, 
nous ne connaissons guère de l'histoire de cette maison d'autres 
faits particuliers qu'un procès soutenu devant le parlement, par le 
sindic des ordres réunis, contre les consuls, communauté et curé 
du Pont. 

Les bâtiments avaient été l'objet d'une reconstruction presque 
complète. Le 21 janvier 1655, nos religieux recevaient en alberge- 
ment du marquis du Pont, sous la censé annuelle et perpétuelle de 
18 deniers, la faculté de faire construire, dans le clos de leur 
prieuré du Pont, un pigeonnier de la hauteur et de la largeur 
que bon leur semblerait. Le 27 août 1666, le R. P. Louis de 
Charency avait bénit la première pierre du bâtiment neuf du 
prieuré , et M' Chaléon , faisant pour M"" le marquis de Sasse- 
nage, l'avait posée. Le 26 juillet 1676, les religieux avaient chargé 
Jean Ferrand, maître maçon de St-André, et Guigues Bouvaret, 
maître maçon de St-Romans, « de descouvrir le toict du quartier de 



DE PONT-F.N-ROYANS. 



bastiment qui » n'était pas « achevé, et de mettre les tuiles où le 
charpentier » le verrait « à propos ; >> d'y faire un « faux toict d'ais, 
pour pouvoir résister aux injures du temps et servir aud. quartier, >> 
et de le maintenir jusqu'à prix fait achevé ; d'élever les murailles de 
tous les côtés dud. quartier de bâtiment, et d'y faire « les fenes- 
trages nécessaires de la mesme autheur et de mesme que au basti- 
ment » qui était « achevé. » Les religieux devaient fournir pierres, 
chaux et sable « au bas dud. bastiment, » et même les pierres de 
taille qui manqueraient. L'ouvrage devait commencer le surlen- 
demain et être achevé dans deux mois ; il consistait en somme à 
« parachever cinq chambres du second dortoir, depuis les accoudoirs 
du fenestrage » jusqu'au toit, et cela au prix de 150 livres et une 
charge de vin. 

Le 1 1 octobre, Ferrand était chargé de « faire et élever la mu- 
raille déjà commencée sur la rivière de Bourne, depuis le couvert 
jusques à la maison vieille, de l'auteur nécessaire pour y mettre un 
tablement; de faire et élever les murailles de chaque côté des degrés 
jusques aux poutres ou sommières du grenier, et de continuer les 
arestes desd. murailles de pierres de taille jusques aux poutres. » 

Le 4 février 1678, F'errand était chargé de « faire le parapin du 
puix du jardin et y mettre un couronnement de pierre de chuin, » 
au prix de 9 livres ; de « faire la muraille du jardin contre la porte et 
la rendre à la hauteur de celle du long de l'église, et y mettre deux 
larmies de pierre de chuin de 2 pieds d'hauteur et i et demy de lar- 
geur, » au prix de 18 livres ; de « rehausser la porte de l'entrée du 
prieuré, la mettre au niveau de celle de l'église, y adjouster les deux 
pierres du soubsbassement, et y mettre le marchepied de pierre de 
tallie, » pour le prix de 6 livres, 10 sols. Sur la totalité, le prieur 
ajoutait un baral de vin. 

Le 25 avril 1684, M'= Jern Bellier, avocat, vendait, pour 1375 livres 
« une maison, jardin et plassage » situés sur la rivière de Bourne et 
joignant le jardin du prieuré. 

Le 20 août 1685, le syndic du prieuré chargeait Jacques Lambert, 
maçon, de « parachever les cinq chambres qui restoient à faire au 
second dortoir. » 

Depuis lors, nous ne trouvons plus que des améliorations acces- 
soires et des travaux et dépenses d'entretien pour les bâtiments 
prieuraux, qui vers 1778, formaient avec le jardin attenant une assez 
grande et belle résidence, comme on le voit par cette description 

Bull. Vif, 1887. 9 



122 lUSTOIRC RELIGIEUSE 

qu'en firent alors deux experts nommés par M. Mésangère, procureur 
du chevalier Bailly de Gaillard. 

« Le tout contient 458 toises, sçavoir la maison go toises, le jardin 
326 toises, et les écuries 42 toises. La maison où logent lesd. reli- 
gieux est située dans le bourg du Pont-en-Royans; elle forme un 
quarré long, elle est composée au rés-de-chaussé, d'une cuisine, 
reffectoire et tincruet, au-dessous desquels appartemens sont deux 
caves voûtées, l'une sert de canardicre ; le p'' second étage sont le 
chacun composé de 8 chambre, la chacune desquelle est éclairée par 
une grande fenestre vitrée ; le galletas forme plusieurs petits appar- 
temens où sont les greniers ; le reffecloir et la cuisine sont éclairés 
par 5 grandes fenestres et communique par deux portes. Confine 
lad. maison au levant une rue publique, du couchant le jardin, du 
midi le torrent de fJourne, et de bize l'église paroissiale. 

« Le jardin, dans lequel est compris une terrasse et les allées, 
confronte au levant la principale façade de lad. maison, du couchant 
la place du Breuil, l'apartement qui sert d'écurie et une petite ruete, 
du nord lad. église, la terrasse entre deux, et du midi le torrent de 
Bourne. 

« Les batimens qui servent d'écurie et grenier à foin confinent du 
couchant la place du Breuil, et des autres parts le jardin. <> 

Les divers immeubles du prieuré situés sur les communes de 
Ponl-en-Royans et de Choranche qui appartenaient aux religieux 
réunis de Malte et de St-Antoine, furent vendus le 17 juin 1793, 
pour le prix de 1 10,200 livres. Ceux d'ailleurs, d'une importance bien 
moindre, le furent également (\). 

Transformée en fabrique à ouvrir la soie, la maison prieuriale rap- 
pelle encore aujourd'hui, malgré de nombreuses modifications, son 
caractère et sa destination d'autrefois. 

IV. — Egi.isi: paroissiale. 

Quand les chanoines de Sainte-Croix, sinon d'autres avant eux, 
fondèrent la maison religieuse du Pont, ils n'avaient certes pas uni- 
quement pour but d'y vivre dans le recueillement, la prière et le 
chant des .hymnes sacrés ; fort peu de localités étaient aussi défavo- 
rables pour cela. Ils n'y furent certainement pas attirés par les avan- 

(i) Arch, et fonds cit. paasim : — Dassy, op. cit., pp. 339-5 J ; — Vingknt, op. 
cit., pp. 106 et I 16; — Lachoix, Invciil. cit., li, 893 ; liullct. cit., VII, 269 ; — 

PiLOT DE THOREY, ubi SUp., pp. 223-8. 



DE PONT-EN-ROYANS. 123 

tages d'un sol favorable à la culture ; peu de terrains sont entourés 
d'autant d'abimes, aussi étroits et aussi rampants que celui du Pont, 
surtout dans la partie occupée par son antique prieuré. Le but pre- 
mier de l'établissement religieux fut donc de travailler au salut d'ha- 
bitants qui étaient déjà fixés sur les bords de la Bourne et dont le 
nombre devait grandir. 

D'après cela, il est probable que le service paroissial du Pont fut 
d'abord fait par les religieux ou chanoines eux-mêmes. Voilà, du 
reste, toute trouvée la raison pour laquelle l'église prieurale apparaît 
toujours servant d'église paroissiale, aussi haut que les documents 
que nous avons nous permettent de remonter. 

Mais, plus tard, le service paroissial fut confié à un prêtre séculier 
appelé tantôt chapelain (capellanus), tantôt curé. Dès lors, les régu- 
liers se contentèrent de faire leur service canonial. On régla les 
offices de manière à ce que ceux de la paroisse et ceux des réguliers 
ne se gênassent pas mutuellement. 

Cette innovation parait antérieure à 1259, année où, nous l'avons 
déjà vu, Lantelme, chapelain de l'église du Pont, était chargé de 
connaître de la restitution que Reynaud Bérenger pourrait avoir à 
faire au prieur du lieu. Ensuite, un acte fait vers 1284 nous apprend 
que le chapelain du prieuré pouvait, selon une ancienne coutume, 
aller dîner ou souper une fois l'an en chaque maison de la paroisse ; 
et cette coutume convenait mieux à un séculier qu'à un régulier. 
Cependant, en 1285, Didier de Sassenage, prieur du Pont, s'obli- 
geait, envers le prieur de Sainte-Croix, à faire servit- l' église diidil 
Pont et les autres églises appartenant au prieuré du Pont, avec les 
chanoines et serviteurs qui y demeuraient, et de fournir à ces chanoines 
et à leurs successeurs la nourriture, le vêtement et les autres choses, 
de la manière accoutumée dans l'ordre de Ste-Croix et dans ledit 
prieuré. 

En tout cas, la cure du Pont était certainement tenue par un sécu- 
lier en 1356, année où le bénéfice du curé a des biens absolument 
distincts de ceux du prieuré. Ainsi, lad. année eut lieu, par acte 
reçu Pierre Francon not", l'investiture d'un pré situé à la Boutarière, 
paroisse de Sainte-Eulalie, et dépendant de la cure du Pont. Toute- 
fois, les biens étaient de peu d'importance, puisque le curé ne figure 
pas dans le rôle des décimes papales rédigé vers 1375 (1). 

(i) Arch. et fonds cit., notes du 16' s. ; — Chevalier, Tulypt. G ratianop. ; — 
Marion, op. cit., p. 278-9. 



124 • lUSIOIKi: KKLIGIEUSE 

Le testament de noble Isabelle du I^uy {de Piiteo), veuve de 
Ciuillaume Géraud, de Pont-en-Royans, fait le lo janvier 1 387, 
devant le notaire Jean Rochefort, nous apprend que le curé d'alors 
était un séculier nommé Jean Brunel (doDu'nus Joh. Brunelli) ; que 
la testatrice habitait la rue au-delà du pont (ultra poniem), probable- 
ment celle du Merle ; qu'elle voulait être enterrée dans le cimetière 
de l'église St-Pierre-du-Pont, qu'elle fonda dans cette église un 
anniversaire à faire chaque année à perpétuité, tel jour qu'elle décé- 
derait, ou, si ce jour était férié, le premier jour suivant non férié, et 
auquel assisteraient sept prêtres célébrant la messe et les autres 
divins offices pour les âmes d'elle et des siens, prêtres à chacun des 
quels on donnerait 2 gros ; enfin, qu'elle nomma pour ses exécu- 
teurs testamentaires le curé et le sacristain du lieu (i). 

Le procès-verbal des visites d'Aimon de Chissé, évêque de Gre- 
noble, nous donne à son tour quelques détails sur la paroisse. Ce 
prélat y arriva le dimanche 22 juin 1399, et le curé lui alla au-devant 
et le reçut ; le lendemain on \isita le prieuré et l'église, où tout se 
trouva bien, et le prélat confirma environ 100 personnes, et fit 8 
tonsurés. La paroisse avait alors 80 feux {2). 

Nous avons vu plus haut, en parlant du prieuré, quel était en 
1406 le mobilier de l'église du Pont, quelles en étaient les chapelles 
intérieures, à propos de quoi intervint le curé de ce lieu, Martin 
Nervon, dans une formalité de lad. année, ciuelle part des offrandes 
paroissiales il laissait au sacristain, et ce que fournissait celui-ci. 
Nous avons vu comment le curé Etienne Bernard s'accorda avec le 
prieur, en 1428, au sujet de la maison curiale, dépendant du prieuré, 
et ce qu'il paya, en 143 j, de droits de directe, à raison de cette dé- 
pendance, au nouveau prieur Pierre Bayle. 

La cure fut au XIV" siècle l'objet de diverses générosités et lit des 
acquisitions. Ainsi, en 1437, par testament reçu maître Jean Bayle, 
Jeanne Chaléon, fille de Jean Clialéon, autrement dit Beget, donna 
à la cure ou au curé du I*(Hit une eymine de vin pur. Peut-être est- 
ce à un don que celle cure clail redevable de la directe, avec censé 
d'une éminée froment et d'une quarte noyaux, mesure du Pont, 
sur un tènement de maison, terre, vigne et blache, situé en la 
paroisse de Ste-i'^ulalie, droits reconnus le 30 novembre 1463 par 
Guillaume et Jean T'aysan autrement Vallete, en faveur du curé 

(1) Arch. et fonds cit., cop. du 1 H" s. 

(2) CiiKVALiEU, Visites de Grenoble, pp. 8S cl 1.15. 



DE PONT-EN-ROYANS. I25 

d'alors, Claude Ynibaud. Sous celui-ci, la cure acquit de Jean 
Paysan, par acte reçu Pierre Boutarin, une pension de i8 sous, 
reconnue ensuite devant le même notaire, rachetée en 1552 pour la 
moitié, mais encore due, et reconnue devant Jacques Guichard, en 
1552 même, pour l'autre moitié. En 1463, par testament reçu Guil- 
laume Meyrie, de St-Laurent, noble Berthon Bayle, not"^ de Pont- 
en-Royans, donna une vigne avec un petit pré à cette cure, à laquelle 
était fait reconnaissance en 1466 par acte reçu Pierre Boutarin, pour 
une vigne située à la Boutarière, et le 20 septembre 1482, par acte 
reçu Pierre Perrochin, pour un bois châtaigneraie situé en Cortevo 
sous censé d'une demi-quarte de châtaignes. Ces derniers bois et 
censé furent encore reconnus en 1553 par Guillaume Chaléon. 

Mais, d'autre part, en 1484, les Chartreux de Bouvante achetèrent 
un baral de vin de pension annuelle du même Claude Ymbaud, 
« curé du Pont, moitié de deux pensionnels que luy faisoint Jean 
Reinaud et Antoine Tardive mariés, » pour le prix de 8 florins. 
Ymbaud tenait encore la cure en 1489 (1). 

En 1497, le revenu total de celle-ci était de 30 florins. Le curé 
était seul sujet à la visite et à la procuration, et la cure était à la 
présentation du prieur. La paroisse avait une centaine de feux. Nous 
avons indiqué plus haut quelles étaient alors les chapelles, et dit 
que le curé avait une part dans les droits et le service attachés à 
plusieurs d'entre elles (2). 

Après un acte d'investiture suivie de reconnaissance du 13 février 
1498, par Louis Bourne de Choranche, envers la cure du Pont, 
viennent la fondation d'Eynard Poudre! dont nous avons parlé et à 
laquelle le curé, Pierre de Turron, souscrivit le 4 avril 1500, comme 
le prieur et les religieux, et les reconnaissances faites à la cure par 
Guy et Guillaume Guiboud, de Prêles, le 13 décembre 1505, de 3 
quartes de froment, par Claude Guilphayn, du Pont, le 13 février 
1520, et par Claudia bachasson et Jourdan Guilphayn, le 11 
novembre 1552, de 3 quartes 1/2 de froment (3). 

Après Jacques Sibeud pourvu de la cure en 1521, par l'évêque de 
Grenoble, sur la présentation du prieur, on voit le cure Pierre de 
Turron se joindre à un autre séculier et aux religieux du prieuré, le 
5 novembre 1537, pour charger Jean Macaire-Bimat de l'exaction 

(i) Arch. et fonds cit., passvn, 
(2) Marion, op. cit., p. 360. 
' (3) Arch. et fonds cit., notes de 1556. 



120 HISTOIRE RELIGIEUSr: 

des revenus de tous. De plus, une procuration pour exiger ceux-ci, 
fut passée au même, le 2 décembre 1542, par les 3 religieux, le curé 
de Turron et deux autres séculiers du lieu ; et d'après cet acte le 
procureur doit livrer 33 florins au sacristain, et 26 flor. à chacun des 
5 autres religieux et prêtres. Du reste, la cure donnée par l'évéque 
de Grenoble à Jean de la Grange, le 24 mars 1546, sur la présenta- 
tion du prieur, ne tarda pas à passer aux réguliers. Le 10 juin de la 
même année, un bref du pape la donnait à frère Jean Villars, cha- 
noine de St-Antoine ; et en 1549 le notaire Claude Pibères rédigeait 
un livre de 16 feuillets contenant des reconnaissances en faveur de 
cette cure, et commençant par ces mots ; Rccog'"'^ pour vénérable 
homme frère Jehan Villaris, prebtre, curé moderne de la cure de 
Pont de Roy an s. » 

Jean Villard était agent des Antonins au Pont pour des affaires 
du prieuré. En 1556, il était encore curé, et confiait, au nom des 
religieux de St-Antoine, une pièce importante à M^ Derthon Chaix, 
du Pont. En 1556, il faisait une désignation, que nous avons, des 
actes ou reconnaissances intéressant sa cure. En 1561, le 24 février, 
il albergeait une vigne et un petit pré situés à la Doutarière, sous 
censé de 4 florins petite monnaie, à Jeanne Malsang et Isabelle (jui- 
boud. Le 28 mai de la même année, il recevait, au nom du couvent 
de St-Antoine, la reconnaissance, faite par le curé de (^hâtelus, de 
la pension due par la cure de celui-ci au prieuré du Pont. 

Mais un acte du 26 septembre de la même année nous apprend 
qu'il avait offert de résigner sa cure, en se réservant sur les revenus 
de celle-ci une pension de 6 liv. tournois par an jusqu'à la fin de sa 
vie. Ledit jour, frère Mathieu lîergier, prêtre, chanoine régulier de 
St-Antoine, voulant demander à Rome lad. cure aux conditions 
posées par Jean Villars, passait procuration pour ce à ceux qui 
devaient gérer l'affaire. L'acte porte que le bénéfice était cure soil 
vicairie perpétuelle et tiuc le f^ont élail ville murée (cura seu vicaria 
perpétua ecclesie parrochialis Sli Pclt i ville murale Pontis in h'oyanis). 
Le tout fut accepté par Rome, cl le 19 janvier 1 5()2 frère Mathieu 
Bergier, curé du Pont, reconnaissait tenir du fiel cl de la diiecte 
seigneuriale du couvent de St-.Antoiiie, à raison du prieuré dud. 
Pont, uni à la mense conventuelle, la maison curiale dont nous 
avons parlé, sous la censé de 3 den. avec le plail accoulimié. 

Ce religieux curé parait encore dans un acte du 7 mars 1564, par 
lequel, de concert avec l-'rançois Rey, curé de Châtclus, il arrenta, 



t)E PONT-EN-nOYANS. I27 

des religieux de St-Antoine, les revenus du prieuré du Pont pour 
l'espace de 3 ans (i). 

Tous ces actes font suffisamment voir que la règle était en souf- 
france dans l'ordre de St-Antoine, au Pont du moins, vers le milieu 
du XVI^ siètle. Surtout pour ce qui regarde la propriété, on ne dis- 
tinguait presque plus les religieux des séculiers. 

Mais bientôt ces religieux, d'ailleurs fort convenables, sont obli- 
gés de fuir devant la tempête dont nous avons parlé, et la population, 
privée de ses pasteurs légitimes, se jette en partie dans le protestan- 
tisme. Du reste, la présence du pasteur Denis d'Hérieu et l'exemple 
de quelques familles importantes du lieu qui embrassèrent l'hérésie 
de bonne heure (2), se joignent à la longue domination des chefs 
huguenots dans le bourg, pour nous expliquer la lamentable défec- 
tion de cette population. ,' ;oh 

En cet état de choses, quand l'édit de Nantes vint en 1598 accor- 
der aux protestants le libre exercice de leur culte et l'admission aux 
fonctions publiques, ceux-ci sortirent joyeux de leurs cachettes demi- 
obscures et se hâtèrent d'élever un temple. 11 fut construit dans le 
quartier du Bourg. Sur le portail du nouvel édifice on lisait cette 
inscription : Venez, montez en la maiso)l de Jacob, il vous enseignera 
ses voies. F. l'an MDCI. L'édification de ce temple et la création 
d'un consistoire font présumer que les huguenots étaient nombreux 
à Pont-en-Royans. Leurs ministres y siégeaient depuis plus de trente 
ans, et en avaient fait un centre de propagande calviniste. 

A Denis d'Hérieu, encore au poste en 1607, avait succédé dès 
1608 un ministre de sa famille, Isaac d'flérieu, qui remplissait en- 
core ses fonctions au Pont en 1637, et sous lequel le protestantisme 
continua à y dominer (3J. Une preuve certaine de ceci est dans un 
synode qui choisit précisément le Pont pour se réunir, et qui dut 
être considérable, puisqu'il y eut des pasteurs et des anciens de loca- 
lités éloignées, P. Guyon et Bouveyron, de Dieulefit ; Mogius et 
Jayet, de V^insobres, par exemple. Ce synode, qui eut lieu en 
1614, fut d'ailleurs bientôt suivi d'une réunion célèbre. 

En 1622, plus de 80 ministres appartenante diverses églises réfor- 

(i) Arch. et fonds cit., passim , 

(2) Notice hist. sur la fam. Terrot, pp. 10-3 et 89-94 ' ~~ AccarIas, Not. sur lei 
Chalvet, pp. 4 et 55. 

(3) Arch. et fonds cit. ; — Florimond de Roemond, Hist. de l'hérésie, t. II, p. 
334-31 ; — Vincent, op. cit., p. 95 ; — Biillel. cit., III, 402 ; V, 112; VIII, 388 ; 
— Notice... Terrot, p. 23-4. 



128 HISTOIRE RI LIGIEUSP. 

mées du Dauphinc, entre autres François Murât, pasteur de Greno- 
ble, se réunissent à Pont-en-Royans pour délibérer sur quelques 
points de leur doctrine, et travailler au triomphe de leur parti : les 
concessions de Henri IV leur paraissaient insuilîsantes, et, dans le 
but de les agrandir, ils avaient pris les armes en plusieurs lieux de 
Dauphiné. Le procès-verbal de ce consistoire est conservé à la biblio- 
thèque de Grenoble ; il renferme des conclusions dignes de remar- 
que ; quelques-unes tendaient à proscrire sévèrement tout ce qui 
aurait pu amener un rapprochement ou une fusion avec les catholi- 
ques. C'est ainsi qu'on flétrissait d'une censure publique les parents 
qui confieraient l'éducation de leurs enfants à des instituteurs catho- 
liques, ou les marieraient à des catholiques. 

Ce rendez-vous des apôtres de la réforme, les questions qu'on y 
traita, prouvent l'effervescence qui régnait encore dans les esprits, et 
ne pouvaient que faire craindre de nouvelles discordes et des luttes 
sanglantes. Ce fut apparemment ce qui porta Jacques Terrot, con- 
sul du Pont, à charger, en 1622, Biaise Derbier, charpentier à Ise- 
ron, et Mathieu Charbonnier-Billard, charpentier aud. Pont, « de 
faire et parfaire quatre couverts aux quatre portes dud. Pont, savoir 
deux assises au Breuil, une sur le pont et l'autre au bourg supérieur, 
ensemble faire le portail d'aix du pignon de lad. porte du bourg, » 
besogne qui devait être finie dans les trois mois, au prix de 150 
livres. Et quoi de plus significatif que l'état des feux assignés, vers 
la même époque, par le maréchal de Créquy, duc de Lesdiguères, à 
l'entretien des 20 hommes de garde placés dans le château de Pont- 
en-Royans : Saint-Nazaire 3 feux; Oriol, 2; Iloslun, 8; etc. (i)? 

(i) \'iNCENT, op. cit., p. 95-6; — Rochas, Biof^r. du Daiiph., II, 187; — Nolicc... 
Terrot, pp. 21, 77-g et 101-2 ; — Lacroix, bivcnl. cit., C, 79 5 ; D, 53 et 70 ; E, 
4985; L'arrundiss. de Monlcl., III, 15.]. 

(La suile au prochain numéro). 

L. FILLKT. 



MYSTÈRE 



REPRÉSENTÉ A ROMANS 

A LA CLOTURE DE LA MISSION 
de i6g8-g. 



Ignorée jiisquici^ cette pieuse relation nous fut signalée 
dans les archives des Clarisses de îiotre pille par une 7^eli- 
gieuse de la Visitation Saiyite-Marie^ leur poisifte et notre 
tante. Le dociwient nous a été communiqué apec la plus par- 
faite obligeaiice ; nul doute que nos lecteurs nen poursuipent 
la lecture apec autant d'intétx't que d'édification. Il «y apait 
pas lieu de reproduire Vorthographe du manuscrit^ qui à 
propreîîîent parler 7ien suit aucune ; nous Vapons rajnenée 
aux règles actuelles., sans rien changer d'ailleurs aux expres- 
sions. Quelques obserpatioJis complémentaires trouperont 
mieux leur place à la fin. 

Vive Lieu I 

Ordre qu'a gardé la procession qu'ont fait faire huit Pères 
Dominicains, choisis pour faire la première mission qu'avait 
fondée Demoiselle Christine de Garagnol, femme |i feu Mon- 
sieur Laute, et qui doit se continuer de sept en sept ans et 
durant sept semaines. Pour laquelle dite mission son héritier, 
qui est Monsieur Joseph Paquet, bourgeois de Romans, doit 
donner cent quarante écus, faisant 420 livres. Elle a commencé 
le dimanche. 16 novembre 1698. 



Bull. TII, 1887. 



10 



130 mystere represente a romans 

Noms des Révérends Pères qui ont fait la mission de Romans 

Le R. P. Vicaire Général ; 
Le R. P. André ; 
Le R. P. Modeste ; 
Le R. P. Archange ; 
Le R. P. Bernard ; 
Le R. P. Anselme ; 
Le R. P. Joseph ; 
Et le frère Basile. 



Le temps de la mission, que sept Dominicains de la réforme du 
R. P. Antoine (i) ont faite en cette ville avec beaucoup de zèle et de 
fruits, devant expirer le dimanche 4" janvier 1699, tous les ordres re- 
ligieux, que nous avons en cette ville furent avertis, le 3% de se ren- 
dre, le lendemain après midi, dans l'église collégiale de St-Barnard 
pour assister à la procession générale du Saint-Sacrement, qui fut 
faite avec les cérémonies ordinaires en semblables occasions. Les rues 
furent tapissées dans tous les endroits où elle passa, autant propre- 
ment que le permettaient la situation des lieux et la commodité des 
habitants. Les neuf compagnies de quartiers, commandées par leurs 
oiliciers, se mirent sous les armes et, s'étant rangées en haie sur la 
place, elles firent différentes décharges lorsque la procession passa. 
Tout le reste du peuple marchait deux à deux, en bon ordre, sous 
les bannières de leur confrérie, un chacun un cierge à la main. 
Un des Pères missionnaires fit amende honorable à Jésus-Christ 
devant le Trcs-Saint-Sacrement ; et, après avoir exhorté le peu- 
ple, dans un discours qu'il fit après la procession, d'assister avec 

( I ) Il s'agit du dominicaifi Antoine Le Quieu, né à Paris en 1601, mort à Ca- 
denet ( Vaucluse) le 7 oct. i6y6, qui introduisit une sévère discipline dans plusieurs 
couvents de Provence et fonda la congrégation du Saint-Sacrement. Il termina ses 
jours en odeur de sainteté et le pape Innocent XII fit commencer une enquête sur 
ses vertus en /69J. Dès l'année qui suivit sa mort sa biographie fut écrite (en fran- 
çais) par François cI'Escudiek, prieur de Chabestan (Lyon, i6-]y, in-12) ; une au- 
tre, par Archange Gabriel de l'y^NNONciATioN, vicaire général de l'ordre du Sainl- 
Sacrcmeut, parut en 1Ù82 (Avignon, 2 vol. in-8°) ; une troisième (en latin) a 
pour auteur Brunon Faraudy, du même ordre (Avenione, 17^6, in-4°). Son éloge 
se trouve dans Eciiakd, Script, ord. Pracdic. (ty2i, t. II, p. bô')-^} ; à la fin de 
/'Hist. de l'cgl. cathcd. de Vaison, par Ho^ev. de Sainte-Marthe C/7_j/^ ; et dans 
TouRON, Hommes illustres de l'ordre de St-Domin. (174], l. V, p. 513-38)' 



A LA CLÔTURE DE LA MISSION DE 1699. I3I 

modestie et piété à celle qu'on devait faire pour le plantement de 
la croix, on finit la mission par la bénédiction du Très-Saint-Sacre- 
ment. 

Le jour des Rois étant arrivé, ceux qu'on avait choisis pour être 
les acteurs du pieux spectacle, qui devait précéder le plantement de 
la croix, se rendirent dans l'église de Saint-Barnard, vêtus confor- 
mément au personnage qu'ils devaient représenter, et ils sortirent 
de ce lieu dans l'ordre ci-après : 

La bannière de la confrérie du Saint-Rosaire faisait l'ouverture 
de la procession, suivie d'environ six vingts filles, vêtues de blanc, 
tenant à la main un chapelet, marchant deux à deux avec beaucoup 
de modestie. 

Immédiatement après, il en venait une autre, aussi de jeunes 
filles, vêtues diversement en religieuses, et elles marchaient toutes 
sous un crucifix ; à voir leur air mortifié, leur démarche grave, vous 
auriez dit que c'étaient des novices de Sainte-Claire, ou plutôt de 
véritables professes de la religion la plus austère. 



Comme on avait dessein de représenter les principaux Saints de 
l'Ancien Testament depuis Abel jusqu'à Jésus-Christ, le premier 
juste parut à la tête du premier chœur. 

Abel, représenté par le fils de M. Dochier, vêtu de blanc, en ber- 
ger chantant. 

Un Ange, portant un guidon avec cette devise : Nova et Vetera. 

Douze petits enfants, vêtus de blanc comme Abel. 

Abraham, armé d'un coutelas, représenté par le sieur Chandelier. 

IsAAC, portant un fagot de bois avec du feu, récitant ces vers, re- 
présenté par le fils de M. Belland. 

IsAAC. 

Nous touchons à l'autel, nous savons le décret ; 
Voilà le feu brûlant ; voici le bois tout prêt. 
Mon père, dites-moi qui sera la victime ? 

Abraham. 

N'en soyez point en peine, objet de mon estime. 

Avançons, Isaac, faisons notre devoir ; 

Le Seigneur, notre Maître, aura soin d'y pourvoir. 



132 MYSTÈRE REPRÉSENTÉ A ROMANS 

Abraham, après quelques pas : 

Arrêtez-vous, mon fils unique et légitime. 
Le Ciel vous a choisi pour être la victime ; 
Souffrez donc, Isaac, que ce bras chancelant 
Se lève contre vous pour verser votre sang. 

Isaac met son fagot à terre et son feu, et Abraham le lie ; cepen- 
dant il dit : 

Mon père, j'y consens, qu'on attache et qu'on lie 
Et ces pieds et ces mains pour me ravir la vie. 

L'Ange, représenté par le fils de M. Garnier. 

Arrêtez, Abraham, suspendez votre bras : 
Le Ciel, qui demandait un si rude trépas. 
Se trouve satisfait de votre obéissance 
Et veut d'un si cher fils épargner l'innocence. 



Dans ce rang douze Patriarches devaient suivre sous un auti^e 
guidon porté par un Ange, avec cette inscription : ^Patriarcharnm 
laudabilis 7iumeriis. Ceux qui devaient les représenter, étaient tous 
jeunes mariés de bonne maison ; ils furent détournés par quelques 
personnes qui n'auguraient pas favorablement de cette procession, 
de sorte que dans cet endroit l'ordre du dessein qu'on avait formé 
fut interrompu. Ils devaient chanter le psaume CXIII : /n exitu 
Israël. 



Dans ce sixième étaient douze Shîylles, sous un guidon porté par 
un Ange, avec ces paroles : Sibyllariim prophetissariim caterva trium- 
phans. Elles prédisaient dans les vers qu'elles déclamèrent la nais- 
sance éten^elle de Jésus-Christ. Elles étaient vêtues et coiffées la 
chacune de la manière que les peintres les dépeignent (i). 

( i) Les Sibylles ont donné lieu à toute une littérature qti'on trouvera énumérée 
dans le t. II de notre Rcpcrt. des sources histor. du moyen-Age. // sujjira ici de ren- 
voyer les curieux aux chap. ]o-)y du 1" lir. de la Hibliolhcca grccca de J.-A. F\- 
URiciiJS (édit. Harles, Hambourg-, /jfjo, l. I. f. jj8-go); à l'art, de /'Encyclo- 
pédie catholique (18,48, t. XVII, p. Jf)]-./) : et spécialement pour l'iconographie 
au Grand diction, univ. du XI-X« siècle ( 187S, t. XIV, p. ôjj-s). 



A LA CLÔTURE DE LA MISSION DE lÔÇQ. I33 

1. La Sibylle Persique, habillée d'une robe de drap d'or, coiffée à 
la persique, représentée par M"" 

L'ainé du Tout-Puissant et de la Vierge Mère 
Dans sa ville entrera sur un petit ânon, 
D'un doux prince portant et l'effet et le nom, 
Afin de ramener le prodigue à son père. 

2. (La) Sibylle Lybienne, avec un habit couleur de rose, parsemé 
de fleurs or et argent, portant une couronne sur sa tète, représentée 
par M"'= 

Celui qui seul vivait devant tous temps en soi, 
Contemplant à plaisir son essence féconde. 
Repose dans le sein de la Reine du monde, 
Adore, Ange, ton Dieu ; honore, homme, ton roi. 

3. La Delphique, habillée avec un habit bleu à fleurs d'or, coiffée 
avec quantité de perles et diamants, représentée par M"*" 

Dieu raidira son bras, il étendra sa main, 
Voulant faire un effort aux lois de la nature. 
Une Vierge enfantant sans rompre sa clôture. 
Comme elle avait conçu sans sentiment humain. 

4. La C1MMÉRIENNE, habillée avec 

Le prince souverain du bienheureux empire. 
Reposant au giron de la Vierge sans pair, 
Un astre rayonnant fait paraître dans l'air, 
Qui du soleil levant les rois Mages attire. 

5. La Samienne (i). 

L'on verra dans le ciel uïi astre étincelant ; 
Ce sera le flambeau qui fera voir aux hommes 
Celui qui étant Dieu s'est fait ce que nous sommes. 
Et fera qu'on adore et la mère et l'enfant. 

6. La CuMÉE. 

Dieu, pour se revêtir de l'habit des humains, 
. Logera dans le sein d'une vierge pucelle ; 
C'est des belles la chaste et des chastes la belle. 
Car c'est le raccourci de l'œuvre de ses mains. 

(i) Le nis. porte Simienne. 



134 .mystere represente a romans 

7. L'Hellespontique. 
Ce que j'ai vu n'a rien qui lui soit comparable : 
Une Vierge plus pure après l'enfantement 
Et celui, qui de Dieu naît éternellement, 
Naissant petit enfant dans une pauvre étable. 

8. La Phrygienne. 
Au milieu des saisons et au cœur des années, 
Dieu voulut que son Fils au monde descendit, 
Et que naissant ainsi que l'ange avait prédit, 
Il lavât des mortels les tâches surannées. 

9. L'Européenne. 

Le Saint Verbe de Dieu, de l'Eternel l'image, 
S'en viendra, bondissant sur les sacrés copeaux, 
Comme on voit au printemps égayer les chevreaux, 
Pour remettre la main à son premier ouvrage. 

10. La TiBURTINE. 

Dieu, qui ne peut mentir, me met ces vers en bouche 
Et me fait annoncer d'une vierge la couche ; 
Laquelle en Nazareth Dieu même concevant. 
Non loin de Bethléem vierge et mère s'accouche. 
Heureuse, mille fois, la pucelle qui touche, 
Qui baise et qui nourrit un si divin enfant ! 

II. L'Agrippine. 
Apprenez, fils d'Adam, des siècles la merveille : 
Vous verrez en vos jours s.ous un habit mortel, 
Le bien-aimé de Dieu, le prince éternel. 
D'une vierge naissant qui n'a point sa pareille. 

12. La Babylonienne (i). 
D'un divin mouvement j'ai mon âme saisie. 
Voyant l'air s'adoucir et, du plus haut des cieux, 
Du Père souverain le Verbe glorieux 
Descendre dans le sein de la Vierge choisie. 



Dans ce septième devaient paraître les douze petits PROPinVrr.s et 
les quatre grands, suivis du roi David jouant de la harpe et chan- 

f i) Ctllc sibylle Babylonienne csl ordinaiioncnt rcmplaccc par l'EKYTiiKiiiiNNK. 



A LA CLÔTURE DE LA MISSION DE 1699. 1^5 

tant le Miserere ; mais ceux qui devaient composer ce chœur man- 
quèrent aussi pour les raisons que j'ai déjà alléguées. 



On vit donc, immédiatement après les Sibylles, Saint Jean-Bap- 
TisTE, tenant d'une main un petit agneau et de l'autre une croix, avec 
une banderole où étaient ces trois mots : Ecce agnus Dei. Celui qui 
le représentait était le fils du sieur Carlin ; il était vêtu d'une her- 
mine et il récita les vers suivants : 

S' Jean-Baptiste. 
Voici l'Agneau de Dieu qui les péchés efface ; 
Il est homme, il est Dieu, quoiqu'il soit un enfant ; 
11 demande de vous un esprit pénitent 
Pour vous faire sentir les effets de sa grâce. 
Préparez donc la voie à ce divin Sauveur, 
Faites dans votre vie éclater l'innocence, 
Abaissez vos esprits, brisez vous de douleur 
Et faites tous des fruits dignes de pénitence. 



Après que les Saints qui ont annoncé Jésus-Christ ou qui ont 
été ses figures dans l'Ancien Testament eurent passé, on vit dans 
le neuvième chœur les mystères qui ont été accomplis dans la loi de 
grâce, l'Ange Gabriel annonçant le mystère de l'Incarnation à la 
Vierge, en lui adressant les paroles de la salutation en vers. Cette 
vierge était superbement vêtue et une jeune fille parfaitement bien 
faite. Elle était accompagnée de quatre autres vêtues de sa couleur 
et de quinze en habit blanc. 

L'Ange Gabriel, représenté par le fils de M. Jamaron : 
A vous, Marie, je suis député 
Par ordre exprès du grand Dieu, notre père. 
Pour vous apprendre qu'il a décrété 
Que de son fils vous deviendrez la mère. 

La Vierge, représentée par M"^ Paquier, la fille, répond : 
Vous m'étonnez, céleste ambassadeur. 
En me disant que je serai féconde ; 
Car j'ai promis à Dieu le Créateur 
Ma pureté en venant dans le monde. 



i ^6 mystère représenté a romans 

L'Ange. 

Ne craignez rien pour votre pureté, 

Assurément vous l'aurez tout entière ; 

Car le Seigneur, auteur de sainteté, 

Vous laissant vierge, il vous doit rendre mère. 

La Vierge. 

J'y consens donc, céleste messager. 
Qu'il me soit fait selon votre parole, 
Ma pureté n'étant point en danger, 
Aux lois du Ciel volontiers je m'immole. 



On devait dans ce lieu représenter le mystère de la Visitation, et 
on aurait vu la Vierge avec saint Joseph, sainte Elisabeth et saint 
Zacharie ; mais on vit d'abord paraître une jeune Demoiselle, fort 
bien faite et richement parée, représentant la Vierge de la Nativité, 
laquelle était précédée d'un Ange portant un guidon, dont j'ai oublié 
la devise ; c'était la fille de M. Hours, laquelle portait un petit enfant 
de cire dans une petite crèche parsemée de fleurs naturelles. Saint 
Joseph, représenté par le sieur Ardin, était auprès d'elle, tenant un 
lys fait au naturel, symbole de sa pureté et de celle de son épouse. 
Jamais on (n'a) mieux imité le portrait de ce saint patriarche, si l'on 
doit en croire aux tableaux que nous en font les peintres. On voyait 
à leur suite une troupe de Bergers et Bergères ; les uns jouaient de 
la flûte et les autres chantaient des cantiques à Jésus naissant ; et 
ce chœur était fermé par quinze filles habillées de brocard ou taffe- 
tas couleur de rose. 



Un ange portant une banderole ouvrait le chœur suivant. On y 
voyait la Vierge présentant son fils au temple et une jeune fille por- 
tant dans une cage deux tourterelles, le bon vieillard Siméon, vêtu 
pontificalement, avec deux jeunes lévites en soutane rouge avec le 
surplis ; et Anne la Prophétesse et une troupe de jeunes filles, tou- 
tes habillées de brocard ou taffetas bleu. 

La Vierge et saint Siméon récitèrent les vers suivants. 

La sainte Vierge, présentant son fils à saint Siméon, représentée 
par la fille de M. Chonet : 



A LA CLÔTURE DE LA MISSION DE lÔQQ. I 37 

Voici, grand Siméon, le fruit de mes entrailles; 
Tout soumis qu'il parait à cette rude loi, 
Il est pourtant du Ciel et le maître et le roi, 
L'unique du Très-Haut et le Dieu des batailles. 

Saint SiMÉON, levant les yeux au ciel, représenté par le sieur 
Chambéry : 

Je mourrai donc, mon Dieu, dans une paix profonde, 
Puisqu'à ce jour j'ai vu mon aimable Sauveur, 
Qui, pénétrant le sein d'une Vierge féconde, 
Vient porter au mortel un éternel bonheur. 

Regardant la Vierge : 

Sainte fîUe, il est vrai qu'il vient sauver le monde. 
Mais il sera pour vous un sujet de douleur. 



C'était ici où l'on devait représenter la fuite de Jésus, de la sainte 
Vierge et de saint Joseph en Egypte, comme aussi Jésus parmi les 
docteurs. Mais l'on fut obligé d'omettre encore la représentation de 
ces deux circonstances de la vie du Sauveur. Voici les vers que 
Jésus parmi les docteurs devait réciter. 

La Vierge Marie à son fils : 

Vous voici, mon cher fils, après trois jours d'alarmes 
Nous vous avons trouvé ! nos cœurs pâment de joie. 
Que nous avions-vous fait, votre bon père et moi ? 
Votre perte à tous deux a bien coûté de larmes. 

Jésus à Marie : 

Pourquoi me cherchiez-vous ? Une importante affaire 
Me demandait ici parmi tant de docteurs. 
Quoi ! ne saviez-vous pas que l'intérêt d'un père 
Me doit être plus cher que vos cris et vos pleurs ? 



L'on vit paraître, immédiatement après la Présentation, un Ange 
portant un guidon où l'on lisait : Gloriosus Apostolorum chorus. 11 
était suivi de douze Apôtres, vêtus comme on a coutume de nous 



138 .'MYSTÈRE REPRÉSENTÉ A ROiMANS 

les représenter. C'était douze jeunes garçons de l'âge de 20 à 25 
ans, de riche taille et de bonne mine, des plus honnêtes familles de 
la ville ; la modestie et la dévotion qu'ils firent paraître dans cette 
occasion, édifia autant tout le peuple qu'ils auraient pu le scanda- 
liser, s'il avait réussi comme bien des personnes s'attendaient et qui 
même le souhaitaient : quoique ce fut des personnes d'un caractère 
bouffi de la gloire de Dieu et de la qualité de conseigneur avec le 
Roi ; mais enfin le tout réussit à la gloire de Jésus-Christ, et non 
point en mascarade comme ils le publiaient. 

Ils chantèrent avec une dévotion sans exemple à des personnes de 
leur âge le Symbole suivant : 

Je crois en Dieu Tout-Puissant, 
Roi du Ciel et de la terre, 
Et en Jésus Christ vivant, 
Le fils unique du Père. 

Conçu par le Saint-Esprit 
Et né d'une Vierge mère, 
Qui sous Pilate souffrit 
L'arrêt d'une mort amère. 

Il mourut sur un poteau ; 
Son âme aux limbes visite ; 
Son corps fut mis au tombeau ; 
Le tiers jour il ressuscite. 

Au plus haut des cieux montant, 
A la dextre de son père ; 
De là les morts et vivants 
Viendra juger sur la terre. 

Je crois au divin Esprit, 
A l'Eglise catholique. 
Epouse de Jésus Christ, 
Sainte et apostolique. 

Je crois la Communion, 
Le pardon de nos offenses 

l'"l hi résurrection, 

Léterncllc récompense. 



A LA CLÔTURE DE LA MISSION DE 1699. 

Noms des douze Apôtres : 



139 



M. Joseph-Marie . . 
M. Laurent Falque . 
M. François Escoffier 
M. Jacques Manon . 
M. Pierre Argoud. . 
M. Joachim Jomaron 
M. Jacques Bochage 
M. Jean Sûel .... 
M. Barthélémy Miche 
M. Charles Quintin. 
M. Antoine Lambert 
M. François Portier. 



S' Pierre, portant les clés ; 

S' Paul, portant une épée ; 

S' André, portant une croix ; 

S' Jacques, pèlerin ; 

S' Jean, portant un calice ; 

S' Thomas, portant une lance ; 

S' Jacques, portant une massue ; 

S' Philippe, portant une croix ; 

S' Barthéleaîy, portant un couteau : 

S' Thaddée, portant une équerre ; 

S^ Matthias, portant un hachereau (i); 

S' Si.MON, portant une scie. 



Tout ce qu'on avait vu jusqu'alors de cette pieuse pompe, quoique 
tout édifiant, n'avait pourtant rien que de réjouissant et tout le 
monde attachait avec plaisir ses yeux à la vue de tant de différents 
objets agréables, lorsque, la scène étant changée, il se vit contraint 
de répandre des larmes. Et qui est-ce qui aurait pu s'empêcher de 
pleurer à la vue d'un spectacle aussi triste et aussi lugubre que celui 
qu'on vit paraître ? 

Quatre Anges, tenant une toilette, formaient le premier rang. 

La Madeleine mondaine, représentée par la fille du sieur Bouyou, 
les suivait ; les larmes véritables qui découlaient de ses yeux en 
abondance, par l'effet d'une sincère douleur que lui causait le sou- 
venir de la passion du Sauveur, lui attirèrent l'admiration de tous 
les spectateurs. 

Et après qu'une troupe de petits Anges, portant les instruments de 
la passion, marchant deux ù deux, eurent passé, on aperçut un 
jeune homme représentant Jésus flagellé ; c'était le fils du sieur 
Reboulet. 

On aurait cru, à le voir, qu'il ne faisait que de sortir du prétoire 
de Pilate. Les épines de sa couronne semblaient enfoncées dans sa 
tète et faire couler par mille ouvertures autant de petits ruisseaux de 
sang. Sa face paraissait toute défigurée et salie de crachats ; ses 



(i) Le nis. porte acheron'. 



140 .MYSTÈRE REPRESENTF: A ROMANS 

yeux, noyés de larmes ; son corps, déchiré de coups de fouets ; et ses 
mains, toutes noires par la violence qu'avaient faite les bourreaux 
en le liant avec des cordes. Il portait (i) sur ses épaules un vieux 
manteau écarlate ; à la main, un roseau. Et il avait à ses côtés 
six soldats, d'un regard affreux, qui composaient sa garde. 

Quatre jeunes garçons de taille égale, vêtus avec des aubes et des 
dalmatiques, portant sur l'épaule droite les armes des quatre Evan- 
GÉLisTES, le suivaient en chantant Vexilla régis. 

Noms des quatre Evangélistes : 

M. Belland Saint Matthieu ; 

M. Duportroux . . Saint Marc ; 

M. Delacour .... Saint Luc ; 

M. Guilliot Saint Jean. 



On vit paraître d'abord après, à la tête d'une troupe de soldats 
bizarrement vêtus, un jeune officier à cheval, invitant par le son 
triste et redoublé d'une trompette le peuple à assister au supplice du 
Sauveur. Il n'y eut point de cœur si dur et si insensible qui ne se 
ramollit et qui ne fut brisé de douleur, lorsqu'on vit celui qui repré- 
sentait le Sauveur, chargé de sa croix et traîné au supplice par des 
impitoyables bourreaux qui vomissaient contre lui mille injures, et 
l'accablaient de coups de pied et de bâtons. C'était un jeune avocat 
nommé M. Desmarais. On ne pouvait pas faire un meilleur choix ; 
la grande douceur qui parait sur son visage et dont il accompagne 
toutes ses actions, le rendait très propre à représenter cet Homme- 
Dieu, le plus doux de tous les hommes. Il était vêtu d'une robe blan- 
che, tout pieds nus, lié avec de grosses cordes ; la douleur parais- 
sait si bien dépeinte dans toute sa personne qu'on aurait dit qu'on 
le conduisait véritablement au supplice. 

Le S' Brichet, représentant Slmon le Cyrénccn, lui aidait à porter 
sa croix. Il fit cet office avec une piété tout à fait exemplaire, et, 
quoiqu'il soit d'une très grande taille, il marchait courbé et sans ja- 
mais changer de posture plus de trois heures, en arrosant la croix 
de ses larmes. 

La fille de la veuve F'astel, qui représentait la Véronique, mar- 

(1) Dans le dis. il y a par erreur paroissoit. 



A LA CLÔTURE DE LA MISSION DE 1699. I4I 

chait devant le Christ, tenant un suaire à la main, soutenu par deux 
Anges, avec lequel elle essuyait de temps en temps sa face. 

La Vierge, accompagnée des trois Marie, marchait après. 

La fille de M. Escoffier représentant la Mère de Dieu. 
M""' Belland, la cadette. . 1 

M"* Pangon [ (les) trois Marie. 

M"" Coréard, la cadette . ) 

Voici les vers que la Vierge et le Christ récitaient : 

La Vierge à son fils : 

Est-ce vous, mon cher fils, qu'on conduit au supplice ? 

Arrêtez, arrêtez, bourreaux trop inhumains ! 

Dieu ! quelle cruauté ! le plus beau des humains 

Est tout défiguré. Hélas ! quelle injustice ! 

Où sont ces cheveux blonds, ces yeux, ce teint si doux ? 

Ce corps si délicat est déchiré de coups, 

Le sang de toutes parts distille goutte à goutte. 

Mes yeux, fondez en pleurs ! mon fils est aux abois. 

11 trébuche à tous pas, sous sa pesante croix ; 

Je ne le verrai plus que ce moment sans doute. 

Réponse de Jésus à sa mère : 

Ma mère, c'est assez ; ne pleurez pas mon sort. 
Je ne suis né de vous que pour souffrir la mort, 
Il faut sur cette croix que mon amour éclate. 
Et vous, qui me suivez, ne pleurez plus sur moi ; 
Pleurez sur vos enfants qui n'ont ni foi, ni loi. 
Pleurez et soupirez sur votre ville ingrate. 

Ceux qui avaient le plus blâmé l'ordre de cette procession et que 
plusieurs avaient cru ne devoir avoir d'autre succès que celui d'une 
mascarade, furent les premiers à en être touchés. Ils en poussèrent 
des soupirs et ils sévirent forcés de fondre en pleurs en présence de 
tout le peuple, lorsqu'ils entendirent les tristes paroles du Sauveur 
et de sa mère ; car, quoique le reste eût fait quelque impression sur 
eux, ils convinrent pourtant que cet endroit-ci les avait particuliè- 
rement touchés. 

Ce fut dans cet ordre qu'on alla jusqu'au lieu où l'on planta la 
grande croix. Jamais on ne vit une telle affluence de peuple ; tous 



142 iMYSTERE REPRESENTE A ROMANS 

les lieux circonvoisins s'y étaient rendus et il n'y eût personne qui 
n'avouât n'avoir jamais rien vu de si beau et de si touchant, et qui 
n'eût souhaité que le jour ne fut plus long pour avoir le plaisir de 
voir plus longtemps un spectacle que la nuit obligea à finir à regret. 

Il faut en finissant rendre cette justice à Monsieur Delacour, le 
curé, que ce fut principalement par ses soins que le tout se lit avec 
un très bon ordre. 

M" les Apôtres ont lieu de lui rendre en particulier cette justice 
et même par reconnaissance, puisque, quelques jours après, il les 
régala splendidement en leur faisant chanter le Credo solennelle- 
ment. 

Fini au commencement de 1699. 

On l'a vii^ plusieurs tableaux furent fnaftqués^ parce que 
ceux qui devaient les représenter en furent détournes par quel- 
ques personnes qui n'auguraient pas favorablement de cette pro- 
cession. Les chanoines de Saint- Barnard — car c'est eux qu'on 
désigne en parlant de gens d'un caractère bouffi de la gloire de 
Dieu et de la qualité de coseigncur avec le Roi — craignaient 
que cette représentation ne tournât en mascarade : aussi en 
apons-nous cherché vainement la trace dans leurs Délibérations 
capitulaires. De tout temps les prédicateurs religieux se sont 
efforcés de frapper vivement les multitudes par des exhibitions 
de ce genre. Les consuls de la ville se prêtèrent de meilleure 
grâce aux désirs des Dominicains^ et j'oici ce que nous trou- 
vons dans le Registre de leurs Assamblées, à la date du 14 dé- 
cembre 1 6g8 . 

Va sur ce qui a esté represanté que les Pères Recolets demande 
qu'on mette deux planches sur le ruisseau de la Presle en attandant 
que le pont qu'il eschoit d'y faire soit construit, et que les Pères 
Jabobins qui sont en mission en cette ville demandent aussy que 
l'on plante une croix dans l'andnjit que l'assamblée trouvera conve- 
nable, ainsy qu'il se pratique dans toutes les communautés où ils 
ont fait ladite mission, il a esté délibéré qu'on fera mettie lesdites 
deux planches sur ledit ruisseau de la Prcslc et que l'on fera planter 
ladite croix au coing de la muraille du s' Paul Gondoin joingnant les 
faussé où il y en avoit une autre fois. 



A LA CLÔTURE DE LA MISSION DE 1699. I43 

L'auteur de notre relation a gardé VanoJiyme. Le manus- 
crit^ dhine écriture de femme, paraît bien contemporain des 
évhiements qu'il relate. Sa présence constante dafis le coupent 
des Clarisses de Romans {fondé en 1S20) et certains détails 
sur les jeunes Jîlles qu'on aurait pris pour des novices de Sainte- 
Claire, 710US porteraie7it à en attribuer la rédaction à une re- 
ligieuse de cet ordre. En tout cas^ il émane d'un témoin ocu- 
laire^ qui a oublié la devise de tel guidon.^ mais qui relate des 
vers qui ne furent pas récités. 

Ulysse CHEVALIER. 



NOTES 



LA COIIÂNDERIE DES ÂNTONINS 

A AUBENAS, EN VIVARAIS. 

(Suite) 



Les ravages du feu sacré et des autres épidémies du moyen âge 
contribuèrent naturellement à propager les colonies des Antonins. 
De toutes parts, on faisait appel à leur dévouement comme à leur 
intercession religieuse. Des commanderies (prœceptori.v) furent éta- 
blies dès 113 1 en Dauphiné. A la fin du XII' siècle, il y en avait 
dans toute l'Europe. En 1202, le pape Innocent III donna des cons- 
titutions définitives à l'ordre, qui fut approuvé par le concile de 
Clermont. En 1297, le pape Boniface VIII érigea en abbaye la 



144 NOTES SUR LA COMMANDERIE 

Maison de l'Aumône et fit les Antonins chanoines hospitaliers, 
en leur donnant la règle de St-Augustin. A cette époque, l'institut 
comptait les commanderies générales suivantes (les chiffres indi- 
quent l'époque approximative de leur fondation) : 

Le chef-lieu de l'ordre à St-Antoine ; 

Ranvers au diocèse de Turin (1156), Bailleul en Flandre (i 160), 
Marseille (i 169), Florence (i 174), Chambéry (1180), Castroxeris en 
Espagne (1187), Rostorf (1190J, Pont-à-Mousson au diocèse de 
Toul (1200), Olit en Navarre (1200), Châlons(i20o), Aumonières au 
diocèse de Langres (1201), Gap (1209), Londres (1257), l'Achaie 
(1256), Pristino en Saxe (1271), Nemingen en Souabe (1296). 

La Pouille, Troyes, Aubenas, Aubeterre, Chypre, Bouthiers au 
diocèse de Poitiers, Mâcon, la Hongrie, Golony en Gascogne, Fru- 
gère en Auvergne existaient alors ; mais on ignore l'époque où ces 
commanderies générales furent fondées. 

Chacune de ces commanderies avait déjà sous sa dépendance un 
grand nombre de commanderies particulières ou de prieurés : 
Ranvers à elle seule en avait vingt-cinq. 

Il y avait d'autres commanderies qui portaient, au même temps, 
le titre de générales, sans avoir d'autres commanderies sous leur 
dépendance; ce sont : le prieuré de Rome (1191), Lyon (1275), 
Vienne (1271), Mohtbrison (1278), Avignon, Grenoble, Bourg-en- 
Bresse, la Tour-du-Pin, Annonay, dont la date de fondation est 
incertaine. 

Peu de temps après cette époque, s'élevèrent les grandes com- 
manderies de Ste-Croix (1298) et de St-Médard au diocèse de Die, 
d'Isenhein en Alsace (i 3 14) (i). 

La commandcrie d'Aubenas remonte donc au moins au XIII'' 
siècle, mais nous n'avons pu en trouver la date précise. On peut 
supposer qu'elle coïncida avec quelqu'une des nombreuses épidémies 
du feu sacré ou de la peste qui désolèrent la l'rance au XII' et au 
XIII" siècles. Le mal des ardents est encore signalé au XIV' siècle, 
en 1342 et 1375. Au XV'' siècle, les épidémies paraissent plutôt se 
rattacher à la peste ou au choléra, mais le feu sacré continue de se 
manifester, au moins par des cas isolés, jusqu'au XVII" siècle, 
puisque les deux Bénédictins dom Durand et dom Martene trou- 
vèrent encore des démembres à leur visite à l'hôpital de St-Antoine. 

Il est fâcheux que nous manquions de documents sur les effets de 

(i) Dassy, p. /^99. 



DES ANtONINS A AUBENAS. I45 

ces épidémies en Vivarais, mais on peut les présumer par le grand 
nombre de testaments que contiennent les registres de notaires 
pendant la saison chaude, surtout aux mois d'août et de septembre, 
testaments où revient souvent l'expression : actentà pestiferà morta- 
litate, comme motif de ces précautions testamentaires. 

La commanderie d'Aubenas avait sous sa dépendance les prieurés 
ou commanderies de Tournon, de Gévaudan, de Pailharès et de la 
Villatte, ainsi qu'on le verra par les actes que nous résumons plus 
loin. L'absence de toute indication relative à la commanderie d'An- 
nonay confirme l'indépendance de cet établissement vis-à-vis de 
celui d'Aubenas. 



Le plus ancien des registres de notaires d'Aubenas, que nous 
avons parcourus, celui d'Etienne Monestier (1400 à 1410) contient 
un acte du 12 août 1410, par lequel noble et religieux homme, F. 
Pierre Vernet, commandeur de la maison et commanderie de St- 
Antoine d'Aubenas, reconnaît tenir en emphythéose de noble Guil- 
laume de Montgros, comme ayant-droit des héritiers de Pierre 
Gras, un jardin ou pièce de jardin qui fut de François des Astas. 
Cette pièce de jardin est bornée de deux côtés par des voies publi- 
ques et confronte, d'autre part, avec la maison de l'hôpital des 
Infirmes, avec une citerne et avec un autre jardin de ladite maison. 
Ce jardin fut reconnu autrefois par noble et religieux homme, F. 
Jourdan, prédécesseur de Vernet dans ladite commanderie d'Aube- 
nas, sous le cens annuel de trois deniers à payer chaque année, le 
jour de la Toussaint, audit noble Guillaume ou aux siens, et le 
commandeur Vernet promet de faire une semblable reconnaissance, 
s'il en est requis. 

L'acte est passé dans la ma-'^-on de St-Antoine à Aubenas et les 
témoins sont noble F. Etienne de Trabe, de l'ordre de St-Antoine, 
F. Pierre Lombard, du même ordre, et Jean Sabatier dit Bachelier, 
d'Aubenas. 

La maison de St-Antoine d'Aubenas figure comme légataire dans 
bon nombre de testaments passés dans cette ville en l'année 14 10. 

Ainsi Jacques Audebert (20 septembre) qui désire 200 messes 
pour le repos de son âme, spécifie qu'il en sera célébré 25 dans 
l'église de St-Antoine. Les autres sont ainsi réparties, savoir, 100 à 

Bull. VII, 1887. 11 



146 NOTES SUR LA COMMANDERIË 

l'église des Dominicains, 50 à l'église paroissiale de St-Laurent et 
25 à l'église des Cordeliers, ce qui peut donner une idée de l'impor- 
tance respective de chacune de ces églises. 

Le testament de Pierre Delorme, du 23 septembre, ordonne aussi 
200 messes réparties de la même façon. 

Le testament de Jean Sabatier (24 septembre) porte qu'il veut être 
enterré dans le cimetière de St-Antoine. 11 lègue 15 sols aux Frères 
de St-Antoine pour des messes, tandis qu'il n'en lègue que 10 aux 
Dominicains et autant aux Cordeliers. 11 lègue de plus 15 sols à 
l'hôpital de St-Antoine, 15 deniers à l'hôpital de Ste-Anne et autant 
à l'hôpital de St-Georges. Il lègue 2 sols au luminaire de St-An- 
toine. Sur les 100 messes qui doivent être dites après son décès, et 
pour lesquelles il sera donné 8 deniers à chaque officiant, 25 sont 
assignées à l'église St-Antoine, et les autres par égales parts aux 
Dominicains, aux Cordeliers et à l'église paroissiale. De plus, 5 
messes devront être dites spécialement pour lui par le F. Vilar, de 
l'ordre de St-Antoine. Plus loin, il lègue encore à l'hôpital de Ste- 
Anne 2 sols et 2 draps. 

Noble Guigon Rostaing (5 octobre) fait aussi de nombreux legs 
pies où figurent les trois hôpitaux de St-Antoine, Ste-Anne et St- 
Georges, chacun pour 5 sols. 

Notons, en passant, dans ce même registre, bon nombre d'autres 
testaments passés pendant ce même automne, ce qui fait supposer 
qu'une épidémie sévissait à ce moment à Aubenas. 

On voit qu'il y avait alors trois hôpitaux à Aubenas : St-Antoine, 
Ste-Anne et St-Georges, et l'on verra plus loin que tous trois étaient 
sous la direction du commandeur de St-Antoine. 

L'hôpital de St-Antoinc se trouvait probablement compris dans 
le clos des Antonins situé extra viuros. 

L'hôpital Ste-Anne n'était autre que l'hôpital actuel, où l'on ap- 
porte encore, à titre d'offrande, beaucoup de pieds de porc, surtout 
lors de la fête de S. Antoine. 

Enfin l'hôpital St-Georges se trouvait dans les bâtiments qui 
portent aujourd'hui le nom d'hôpital vieux. Ces bâtiments ont été di- 
visés entre divers propriétaires. L'église est encore reconnaissable, 
bien qu'on ait jeté une voûte intermédiaire entre le pavé et l'an- 
cienne voûte romane. 



DES ANTOMNS A AUBENAS. ï 4] 



Le registre de Pierre Rochette, pour i"année 1429, contient, à la 
date du 14 mars, un acte par lequel vénérable et religieux homme, 
messire Jean Gibbertès, commandeur d'Aubenas, « sachant qu'il n'a 
pas de quoi acquitter la pension qu'il doit aux pauvres de l'hôpital 
de St-Antoine et la dime qu'il n'a pas encore payée au seigneur 
abbé de St-Antoine, à moins de vendre le vin qu'il a pour la provi- 
sion de sa maison, » vend au seigneur de Bane (i) présent huit 
muids de vin piir, qui sont dans deux tonneaux existant dans la 
cave (crota) de l'hôpital de Ste-Anne, au prix de sept florins le muid. 
Le commandeur reconnaît avoir reçu dudit seigneur le prix de la 
vente et lui en donne quittance. L'acte est passé dans la maison du 
seigneur de Bane, et les témoins sont nobles Tonet de Marete et 
Amblard de Noirétain {de Nigro StangJto), FF. Pierre Salliencoyta, 
Tonet de Massillargues et André de Missolz. 

Pour qu'on puisse juger les termes de cette transaction, nous no- 
terons les faits suivants relevés dans les mêmes registres : 

En 1490, l'achat d'une rente annuelle de huit setiers de vin est 
fait au prix de 8 florins (2). 

En 1493, la confrérie de St-Christophore à St-Etienne de Font- 
bellon paye un peu plus cher, c'est-à-dire à raison de i Hvre par se- 
tier, une pension annuelle de 3 setiers de vin. 

Par contre, la même année, noble Itier, seigneur de Géorand, ne 
paye que 13 livres et 10 sols une pension annuelle d'un muid de vin 
noir, pur, bon et franc, mesure d'Aubenas, c'est-à-dire 28 setiers 
pour le muid. C'est un habitant de Vinezac qui conclut ce mauvais 
marché ; il est vrai qu'il en stipule l'annulation pour le cas où il res- 
tituerait avant dix ans l'argent reçu. 

En 1500, nous voyons neuf setiers de vin vendus 19 sols et l'an- 
née suivante quatorze setiers vendus 18 sols. La même année, deux 
charges de vin sont vendues 17 sols et 6 deniers. A la même épo- 

(i) Hameau situé entre St-Cernin et Vogué. 

(2) Le florin était une petite monnaie d'or ayant à peu près le poids de notre 
pièce de 10 fr., mais Tor ayant alors trois ou quatre fois plus de valeur qu'au- 
jourd'hui, le florin représentait 30 ou 40 fr. de notre monnaie actuelle. Le florin 
valait 15 sols de l'époque, tandis que la livre, monnaie de compte en représen- 
tait 20. 



148 NOTES SUR LA COMMANDERIE 

que. nous trouvons la charge de vin, mesure de Chassiers, indiquée 
comme valant six setiers et un quarteron. 

Dans un autre acte, une vigne de quatre fessoirées est indiquée 
comme produisant neuf setiers de vin. 

Ajoutons que la valeur traditionnelle du setier dans le Bas-\'iva- 
rais est de 21 litres et qu'il faut huit setiers pour faire une charge. 

Il résulte de ces données que le commandeur de St-Antoine d'Au- 
benas (en admettant 40 fr. de notre monnaie pour la valeur du florin 
d'alors) vendait son vin à raison de 280 fr. le muid de 588 litres, ce 
qui revient à 46 fr. environ l'hectolitre. 



Ce même registre de Pierre Rochette contient, à la date du 5 oc- 
tobre, l'inventaire suivant du mobilier de la maison de St-Antoine 
d'Aubenas, dressé par F. Henri Melion, en présence des FF. An- 
toine de Serre, Pierre Salhenco}-ta et Pierre Fournier. En voici la 
traduction textuelle : 

Et d'abord neuf nappes, dont trois sont percées et les autres sont 
bonnes, cependant il y a dans l'une d'elles un petit trou ; — Des 
nappes pour préparer les buffets (i) au nombre de neuf ; — Dix-huit 
longiéres (2) dont deux sont entièrement déchirées et trois autres 
percées ; — Quatre longiéres médiocres, dont trois de coton perse 
et une est trouée ; — Neuf serviettes dont trois petites de coton et 
les autres grandes ; — Trois petites serviettes de valeur convenable 
{competentis valoris). 

Draps {Imtheamina) : — Un drap bon de quatre lés (quatuor tela- 
riim) Ç-^) ; — Un drap de trois lés, percé ; — Six draps de deux lés, 
bons ; — Douze draps de deux lés, tant grands que petits, percés et 
quelques-uns décousus ; — quatre draps de deux lés, percés ; — 
Six draps de deux lés et demi, dont un percé ; — Dix draps d'un lé 
et demi, petits, de valeur convenable ; — Vingt-sept draps, d'un lé et 
demi, déchirés et de peu de valeur ; — Quatre draps, d'un lé et demi, 
bons ; — Deux aureliers avec leurs chemisières. 

Dans la ciiAiMDRE de messire le cOiM.MANOEUR : — Un matelas de 
burel (4j, bon ; — Un coussin de burel, bon ; — Une contre-pointe 

(i) iSuJfelus, bureau, chambre, olim bufTet. (Ducange). 

(2) Nappes longues pour les autels. 

(3) Tela désignait autrefois une mesure de largeur, aujourd'hui un le. 
(.4) Bureau ou butel, ancienne étofTc de laine grossière. 



DES ANTOMNS A AUBENAS. I49 

blanche, bonne ; — Deux couvertures de diverses couleurs, grande 
forme ; — Une couverture à jours (traylissiion), vieille, partie couleur 
fauve et partie couleur rouge ; — Une couverture blanche, petite, 
rayée de noir ; — Une tente de lit avec ses gardiens ; — Une contre- 
pointe, vieille ; — Une courtine verte ; — Un bancale istoriatum de 
canibus (i) ; — Un autre bancale rouge ; — Un rouge avec des raies 
vertes ; — Un de diverses couleurs ; — Des pièces de quelque au- 
tre, de peu de valeur ; — Deux pièces rouges ; — Quarante éche- 
veaux de fil ; — Une corde pour faire crosellos ; — Environ 8 ou 9 
livres de chanvre dans un drap ; — Une table petite ; — Une caisse 
grande où sont deux quartes d'amandes ; — Trois baseie (bassi- 
nes >j une grande et deux petites ; — Quatre plats d'étain, grande 
forme ; — Douze écuelles d'étain, grande forme ; — Huit plats 
d'étain, petite forme, dont deux fêlés ; — Seize écuelles d'étain, pe- 
tite forme, dont une fêlée ; — Deux couverts d'étain ; — Un broc 
(pitalphus) (2) grand, contenant cinq chopines ; — Deux brocs ronds, 
dont un fêlé ; — Un pot cayratum d'étain ; — Deux pintes d'étain ; 
— Deux chopines façon argent ; — Cinq aiguières d'étain, dont trois 
fêlées ; — Cinq saleyrons (3), dont deux sont sans couvert ; — Cinq 
chandeliers, dont deux en laiton ; — Une grande serge pour couvrir 
le lit, de couleur perse ; — Une petite caisse sans serrure ; — Une 
corde pro crossando ; — Des balais ; — Une table ronde ; — Un 
archibanc (4) ; — Deux chaises, dont une est ronde ; — Sept plan- 
ches de sapin. 

Dans la salle (aula) (5) : — Une couche {cougia), petite, où est 
un matelas déchiré, où il y a peu de plumes. 

Dans la cour {ciirte) : — Un matelas de burel dans une grande 
couche ; — Deux couvertures, une blanche avec des raies rouges et 
noires ; — Un coussin de burel grande forme, qu'on dit être un don 
de Garin de Serre ; — Un coffre à deux compartiments avec serru- 
res et clés ; — Une grande table avec ses tauliers (6) {tabulariis). 

(1) Bancale est un banc recouvert d'étoffe ; peut-être cette étoffe représentait- 
elle des figures de chiens. 

(2) T'italphus. — Dans un autre acte on lit potus vel pitalphus . 

(3) Mortier où Ton pile le sel ; ce mot est encore usité dans le patois de TArdèche- 

(4) On entend ordinairement par ce mot un banc à dossier. 

(5) Aula est la salle où Ton se réunit. 

(6) On appelle tauliers dans le patois local les tables superposées fixées à des 
montants en bois, qu'on emploie, soit pour l'éducation des vers à soie, soit pour 
faire sécher les fruits. Peut-être aussi cela veut-il dire ici tiroirs. 



150 NOTES SUR LA COMMANDERIE 

Dans lHopital de Ste-Anne : — Deux vases vinaires d'une con- 
tenance de neuf muids, pleins devin, moins trois setiers ou environ. 

Dans la maison de Bonnefoi : — Un tonneau plein de vin, con- 
tenant environ sept muids. 

Dans la maison de St-Antoine : {in crota) (i) : — Dans un ton- 
neau, un muid de vin et un quart de muey(2) ; Douze bouteilles 
(fistiilos), tant bonnes que mauvaises ; — Deux jarres (doyres) 
d'huile, pleines d'huile, c'est-à-dire deux petites (3). 

rL'inventaire ne devait pas se terminer ici, car il reste une demi- 
page en blanc). 



Le 7 novembre 142g, Jacques Simondet d'Aubenas, se présente à 
vénérable et religieux homme F. Jean Las Ribas, lequel est muni de 
la procuration de vénérable homme Giraud Spinadelli, commandeur 
de la Yillatte, et expose qu'il a une vigne, au territoire de Chada- . 
rons, sur le chemin d'Aubenas à St-Etienne, laquelle relève dudit 
commandeur. Cette vigne n'a que quatre fessoirées et produit neuf 
setiers de vin. Comme sa femme est morte et qu'il n'a pas d'enfants 
il ne peut continuer à tenir cette vigne que si le cens qu'il a à payer 
n'est réduit à un chiffre supportable. On lui réduit alors ce cens à 
cinq setiers de vin (4). 



Le 17 décembre 1429, vénérable et religieux homme, F. Jean 
Gibbertés, commandeur d'Aubenas, afferme pour trois ans commen- 
çant à la fête de St-.\ndré et pour trois récoltes, à messire Jean 
Archifer, prieur de St-André de Orsilio, les voyages de quêtes ci- 
indiqués : — Le voyage de Valgorge, au prix de 8 florins 10 sols, 
200 pieds de porc ; — Le voyage de Chabreriol en Belmont (5), 

(i) En patois toutes les voûtes ont ij;ardé le nom de crotos. 

(2) Sans doute un quart de muid (en patois nmcv). 

( j) Les jarres portent encore, dans le patois local, le nom de douoïrc. 

(.4) Nous trouvons, d'autre part, dans nos notes, la mention d'une transaciinn de 
1315 entre Pons de Trabc, abbé des Chambons, et Aymon de Montiaur, comman- 
deur de la Villatte, de l'ordre de St-Jcan de Jérusalem, au sujet de questions de 
bois et pascagc dans les forêts du mandement de Mayrcs. 

(5) Bcaumont dans le canton de Valgorge. 



DES ANTONINS A AUBENAS. I5I 

7 florins 4 sols, 160 pieds de porc ; — Le voyage de Jaujac, 7 flo- 
rins 4 sols, 80 pieds de porc ; — Le voyage de Joannas, 5 florins 
4 sols, 100 pieds de porc : — lesquelles sommes et autres ci-dessous 
mentionnées doivent être payées chaque année par ledit prieur au 
commandeur à Aubenas le jour de la fête de St-Antoine ou de 
l'octave — savoir, par florin, à raison de seize sols tournois de 
monnaie papale ou royale ayant cours dans chacune de ces années, 
pourvu cependant que la monnaie courante soit de la même valeur 
que celle d'aujourd'hui et, si elle était de moindre valeur, le prieur 
devrait parfaire la différence. 

Item le voyage de Joyeuse, au prix de 5 florins 4 sols, 30 pieds 
de porc, à payer dans le terme et avec la monnaie susdits ; — Le 
voyage de la rivière d'Ardèche, 2 florins 10 sols, 80 pieds de porc, 
trois quarterons de batalhe (i) ; une émine et un quarteron et demi 
de pois chiches, trois draps, à payer le tout chaque année au milieu 
du carême ; — Le voyage de Villeneuve de Berg, 16 sols, 56 pieds 
de porc, une émine de balalhe, un quarteron de pois chiches, livra- 
bles au milieu du carême ; — Le voyage du Coiron, un florin et 
1 3 livres de fromage, livrables chaque année à la fête de Ste-Marie 
Madeleine ; — Le voyage de Largentière, 2 florins 4 sols, 30 pieds 
de porc, livrables chaque année aux Rogations ; — Le voyage de 
Privas, 6 florins 10 sols, 50 pieds de porc, 4 draps, payables chaque 
année au milieu du carême ; — Le voyage de St-Laurenl-lès-Bains, 
6 florins 8 sols, 90 pieds de porc, payables chaque année le jour de 
Pâques ou à l'octave : — Lesquelles sommes réunies font 5 3 florins 

8 sols tournois. 

Le prieur s'engage à ce que ces voyages seront faits bien et ho- 
norifiquement, dans l'intérêt de la maison, soit par lui-même, soit 
par des personnes capables. 

Le commandeur promet de faire jouir le prieur des avantages 
accoutumés. Il pose cependant la condition, acceptée par le prieur, 
que, dans le cas où ce derniei ne ferait pas ou ne ferait pas faire 
pendant ledit temps les voyages dûs, le commandeur pourrait en 
donner la commission à d'autres. — Le commandeur spécifie que le 
prieur lui donnera une caution suffisante, et le prieur le promet. — 
Les deux parties, comme garantie de leurs engagements, se pla- 
cent elles et leurs biens sous l'action des sceaux de la curie d'Aube- 
Ci) Ce mot parait désigner l'amande de la noix débarrassée de la coquille et 
prête à être envoyée au moulin pour faire de l'huile. 



152 



NOTES SUR LA COMMAND. D AUBENAS. 



nas, de la cour royale de Villeneuve de Berg et de la curie de l'abbé 
de St-Antoine. — L'acte est passé à Aubenas dans la chambre du 
commandeur. 



Cet affermage des quêtes nous choque aujourd'hui ; il est certain 
qu'il n'est plus dans nos mœurs ; mais, en ce temps-là, n'était-il pas 
naturel et même nécessaire ? Faute d'argent ou de valeurs mobilières, 
il fallait bien recourir aux dons en nature, et, dans l'impossibilité où 
étaient les religieux, réduits à un petit nombre, de faire les quêtes 
eux-mêmes, ne fallait-il pas s'en remettre aux soins d'un tiers ? 
N'oublions pas que toutes les grandes institutions hospitalières d'au- 
trefois ne recevaient aucun secours de l'Etat et vivaient ordinaire- 
ment de la charité publique. Les établissements de St-Antoine 
avaient tout un personnel de démembrés ou d'autres infirmes à entre- 
tenir, et de plus leur porte était assiégée tous les jours par une foule 
de pauvres auxquels ils distribuaient du pain ou du blé, dans la 
mesure de leurs ressources. La maison mère de St-Antoine de 
Viennois faisait moudre chaque année six cents setiers de blé pour 
distribuer aux indigents. Tous les jours le cellerier du couvent dis- 
tribuait aux pauvres qui se présentaient du pain et de la soupe. 



(La suite au prochain numéro). 



D^ FRANCUS. 







HISTOIRE RELIGIEUSE 



DE 



PONT-EN-ROYANS 



(ISERE) 

(Suite) 



sseoctos^*" 



Du reste, « soit à raison de son importance, soit pour des raisons 
politiques que la présence des protestants rendait assez plausibles, 
Pont-en-Royans, depuis la fin du XVI' siècle jusqu'au règne de 
Louis XVI, ser\-it de résidence à un escadron de cavalerie ou à 
plusieurs compagnies d'infanterie. En 1664, les cavaliers de la com- 
pagnie du duc d'Orléans s'y trouvaient en permanence ; plus tard, 
c'était le régiment du comte de Tallard. Outre les gens de guerre, 
casernes probablement chez les habitants, le passage des troupes 
qu'on dirigeait sur Die, par le Pont et le Vercors, venait souvent 
accroître les charges de la communauté, et lui occasionner des 
dépenses qu'elle ne pouvait supporter sans avoir recours à des expé- 
dients ruineux ; aussi faisait-elle de fréquentes démarches auprès de 
l'autorité pour éloigner d'elle cavaliers et fantassins. En 1747, bien 
que les raisons d'état eussent perdu de leur force et de leur valeur 
par l'affaiblissement du parti protestant, il y avait encore à Pont-en- 
Royans deux compagnies de dragons du régiment du roi et So 
chevaux à la charge des habitants. La municipalité, désireuse de 
mettre un terme aux sacrifices qu'elle s'imposait, députe M. Tézier, 
châtelain du marquisat, pour obtenir leur déplacement. Son voyage 
à Grenoble eut pour résultat le départ d'une compagnie et celui de 
tous les chevaux (i). 

Pour revenir aux protestants du Pont et à son synode, leur impor- 
tance nous est indiquée par le registre des délibérations de l'acadé- 
mie protestante de Die de 1626 à 1668. On y voit que le Pont paye 
18 livres pour les professeurs, quand Romans en paye autant, Châ- 
teaudouble 6, l'Albenc et St-Marcellin 12 chacun, Beaurepaire 15, 
etc. ; on y trouve les remontrances de Théodore de la Faye, minis- 

(i) Vincent, op. cit., 98-9. 



154 HISTOIRE RELIGIEUSE 

tre de Loriol, et de Pierre Saurin, pasteur de Nyons, au nom du 
synode de Pont-en-Roy ans, au sujet de quelques réformes à introdui- 
re dans l'académie (i). 

Tout cela pouvait faire craindre un amoindrissement progressif 
des catholiques et de leur culte. Cependant ce malheur ne s'est pas 
réalisé. Au contraire, ce culte, d'abord opprimé par les protestants, 
put s'exercer dès 1598, sans pompe, sans l'éclat désirable, mais avec 
liberté. Puis, peu à peu, la grâce fécondant les efforts et le zèle 
prudent des RR. PP. Collet, Aubert, Carrât, Louis Darliac, et de 
leurs secondaires, la vérité et le véritable culte reconquirent une 
partie du terrain perdu et une prépondérance plus que légitime. 
M. l'abbé Vincent, sans fixer de date, affirme que « l'église, brûlée 
et détruite, fut remplacée par le modeste bâtiment que nous voyons 
aujourd'hui. » Incapables de fixer nous-méme cette date, comme de 
contrôler le fait du remplacement de cette église, qui n'eut peut-être 
pas besoin d'être refaite en entier, nous serions étonnes que son 
relèvement eût été postérieur à l'administration pastorale du P.Louis 
Darliac, qui géra le prieuré de 1642 à 1655, et en qui de nombreux 
documents nous montrent un prêtre aussi intelligent que zélé pour 
le bien de la religion. En tous cas, les actes relatifs à la restauration 
du prieuré, laquelle était commencée en 1676, nous montrent l'église 
entièrement restaurée depuis déjà assez longtemps. Mais revenons 
aux oeuvres spirituelles et à la lutte de la vérité contre l'hérésie. 

Après le R. P. Darliac, l'œuvre avait été confiée au R. P. Symo- 
net, et après celui-ci au R P. Baborier. Or, sous celui-ci, dans le 
courant de l'année 1665, Pont-en-Royans présenta un aspect d'ani- 
mation inaccoutumé. Les huguenots du Dauphiné, peut satisfaits d'un 
culte qui ne disait rien à leur esprit ni à leur cœur, revenaient cha- 
que jour au giron de l'église. Les ministres, alarmés de ce mouve- 
ment, et voulant arrêter les désertions, proposèrent aux catholiques 
d'ouvrir à Pont-en-Royans des Conférences où l'on traiterait des 
points controversés. Monseigneur Scarron, évêque de Grenoble, 
accepta le défit. A sa demande, Jean de Rasse, abbé de St-Antoine, 
envoya trois professeurs en théologie et cinq prédicateurs. Or, dans 
cette lutte célèbre, les religieux de St-Anloine soutinrent les vérités 
orthodoxes contre quatre-vingts ministres avec un tel succès, qu'un 
des prédicants, qui était fixé à St-Marcellin, et une multitude de 
huguenots abjurèrent leurs anciennes erreurs. 

(i; Lacroix, Invent, cit., D, 53. 



DE PONT-EN-ROYANS. 155 

Le flambeau de la vérité n'avait pas lui en vain aux yeux des 
protestants du Pont ; on eut beau entretenir dans ce lieu un docteur 
en théologie protestante, Jean-François Faisan, qui y fut ministre 
de 1657 à 1667, le mouvement de retour au catholicisme continua à 
progresser. Charles Chion, successeur de Faisan, fut au Pont de 
1668 à 1681 ; mais en 1672 et 1675 le poste était apparemment 
vacant, puisqu'on voit des protestants du lieu faire baptiser leurs 
enfants « par M. Chion, ministre de Saint-Marcellin. » Cependant 
on trouve ministres au Pont en 1677 André Chion, et en 1680 et 82 
Cyrus Chion (i). 

Nous ne savons auquel de ces Chion arriva la mésaventure ainsi 
racontée par M. Vincent : « Menacé de se voir sans troupeau, sans 
disciples, M. Chion, pasteur de Pont-en-Royans, crut devoir se 
livrer aux injures et aux calomnies, comme si tout cela était propre 
à servir sa cause. Les esprits sensés ne se méprirent pas sur les 
motifs de ces violentes récriminations ; c'étaient les derniers 
efforts, c'étaient les dernières convulsions d'un corps qui se mourait. 
La religion catholique, ses dogmes, ses fêtes, sa discipline, étaient 
sans cesse l'objet de ses attaques passionnées, de ses sorties hai- 
neuses, et servaient de texte à ses discours et à ses conversations. 
La patience et la longanimité de ceux qu'il offensait lui étaient con- 
nues, et il s'en donnait à cœur joie. Mais un jour sa bile l'inspira 
mal ; il s'avisa dans son prêche de mêler aux paroles saintes des 
paroles outrageantes pour Louis XIV, ce roi si chatouilleux à l'en- 
droit de l'honneur et de la gloire. Dénoncé pour ce fait, dont il com- 
prenait toute la gravité, il fit imprimer un mémoire dans lequel, à 
grand renfort de mots creux et vides de sens, il chercha à se justi- 
fier de l'accusation qui pesait sur lui, en donnant à ses paroles une 
signification moins offensante et plus évangélique. A Tentendre, le 
redouté monarque n'avait pas de serviteurs plus dévoués, plus sou- 
mis que lui et les siens (2). » 

Ce drame, dont nous ignorowo l'issue, n'est pas le seul où aient 
été impliqués les ministres du Pont. En avril 1677, André Chion 
dépassait, paraît-il, les bornes laissées à son zèle par les décrets 
royaux. Mais il y avait alors à la tête du prieuré un homme énergi- 

(1) Arch. de la Drôme, fonds cit. ; — Dassy, op. cit., p. 307-8 ; — Vincent, op. 
cit. p. 99-190 ; — Notice... Tenot, p. j2-6 et i i 5 ; ~ Bullet. cit., VIII, 388 ; — 
Lacroix, Invent, cit., C, 292. 

(2) Vincent, op. cit., p. lOo. 



156 HISTOIRE RELIGIEUSE 

que et fermement résolu à user de tout moyen légitime pour empê- 
cher la propagande de l'hérésie. C'était le R. P. Jacques Petichet. 
Le jeudi-Saint, 15 du mois susd., Chion faisait le catéchisme de sa 
façon à un certain nombre de ses partisans dans la maison d'un de 
ceux-ci, quand le P. Petichet y entre, accompagné d'un autre reli- 
gieux, spécialement chargé des fonctions curiales, et du vichàtelain. 
Des remontrances sont faites aux hérétiques réunis, surtout au 
prédicant. Mais ceux-ci se gardèrent bien d'en tenir compte autre- 
ment que pour s'en plaindre et réclamer. Parmi les protestants du 
Pont en était un auquel la position de sa famille et la sienne propre 
donnaient une certaine considération. C'était Alexandre Chalvet, 
sieur de la Jarjatte, petit-fîls par sa mère et frère de conseillers à la 
Chambre de l'Edit du Parlement, et frère de deux ministres protes- 
tants alors décédés. 11 s'était établi au Pont vers 1656, par suite de 
son mariage avec Alix Pourroy, de l'une des principales familles 
calvinistes du lieu. Dans cette condition, Alexandre Chalvet avait 
bien des titres aux caresses des ministres du Pont et au syndicat des 
protestants du lieu. Il reçut de bonne heure ces caresses et ce syn- 
dicat. Aussi, trois jours après l'inattendue et désagréable visite du 
P. Petichet aux protestants réunis, le sieur de la Jarjatte, syndic des 
réformés du Pont, adresse à « Nosseigneurs du Parlement en 
l'Edict, » une requête tendant à ce que défense fût faite aux prieur, 
curé et tous autres, de troubler désormais le ministre dans ses 
fonctions, sous peine de $00 livres d'amende, et des dépens, dom- 
mages et intérêts. 

Le 20 avril, de Nicourt ordonne que la requête sera montrée au 
P. Petichet, pour en avoir réponse, et être ensuite conclu selon justice. 
Le 36 avril, ce Père répond par un long mémoire dans lequel il fait 
observer ce qui suit. 

Les protestants du Pont s'assemblent trop souvent, trop nom- 
breux et en trop de maisons. « Le verbal que le lieutenant de chas- 
tellenie » dressa « après les avoir surpris au nombre de plus de 
quatre-vingt dans la maison de Daniel Macaire, le 15 apvril, » 
prouve qu'ils s'assemblent trop nombreux ; ensuite, « ils sont con- 
vaincus de s'estre assemblés plusieurs fois de jour et de nuict, 
dcdant et dehors du Pont, par les dispositions de plus de 26 témoins 
cités et escoutés par le commissaire député par la Cour. » 

C'est de nuit qu'ils se sont réunis le plus souvent et en plus grand 
nombre. Ils ont souvent été jusqu'à 30 et le plus souvent jusqu'à 60 



DE PONT-EN-ROYANS. I57 

et 80. Chaque fois qu'ils se sont assemblés de nuit le dernier carême, 
ils ont choisi l'heure où tous les catholiques étaient à « l'église pour 
la bénédiction du s' jubilé. » Ils mettaient dans leurs réunions un 
secret et une dissimulation indiquant que leur but n'était pas la 
préparation à la cène. Ils ont fait jusqu'ici un exercice de leur reli- 
gion aussi public qu'en aucun lieu de France. Ils ont un temple 
spacieux pour la petitesse du lieu, et l'ont fait subsister jusqu'à 
présent, quoiqu'il soit bâti depuis l'édit de Nantes, comme prouve le 
chiffre 1601 qu'il porte au frontispice, et qu'il ne soit pas éloigné de 
13 toises de l'église paroissiale, distance requise par les règlements. 

Cette proximité trouble les catholiques. Les réformés ont de leur 
autorité élevé « leur cloche dessus du temple, » et la sonnent aux 
heures et manière de celle de la paroisse, ce qui cause des mé- 
prises. 

Ils enterrent leurs morts dans un champ enlevé par eux à la 
chapelle St-Claude quand ils étaient les maîtres. 

Au civil, pas plus de modération. Le gouvernement de notre ville 
est mi-parti. Mais, étant les plus aisés, ils ont outrepassé les limites 
prescrites par les ordonnances, se sont rendus maîtres du conseil, et 
ont pris pendant un temps des délibérations sans participation ou 
consentement des catholiques. Us ont chargé démesurément les 
catholiques « dans les costes d'escart. » Leur « conduite insolente » 
a fait donner au Pont « le nom de petite Genève. » Ils se sont em- 
parés des papiers de la commune, ont acquis les protocoles des 
notaires, font tout plein de quêtes, ramassent de l'argent pour quel- 
que fin ténébreuse, etc. 

Vu ces abus, le P. Petichet conclut à ce qu'on leur ôte leur temple, 
qu'on refrène leurs menées, et qu'on les condamne à rendre le 
champ de la chapelle St-Claude et à rebâtir celle-ci telle qu'ils l'a- 
vaient trouvée. Quant au reproche d'avoir troublé les réformés le 1 5 
avril, il n'est pas mérité. On n'a fait à ceux-ci ni « escandale » ni 
injure ; on a seulement fait ce à quoi obligeaient leurs scandales, 
d'eux ; on devait les « remonstrer » charitablement sur leurs contra- 
ventions aux ordonnances de Sa Majesté. 

Le 18 septembre 1677, la cour condamnait André Chion aux 
dépens à rembourser au P. Petichet. Ajoutons incidemment que le 
ministre paraît avoir été assez bien en finances ; car le 14 du même 
mois il recevait des réformés du Pont, par les mains du syndic 
Alexandre Chalvet, 800 livres « en pistolles d'Espagne escus blancs.» 



158 HISTOIRE RELIGIEUSE 

Dans cette somme figuraient 358 livres 11 sols que « lad. eglize « 
réformée lui devait pour prêt « faict à icelle pour les bastimens de la 
maison d'ycelle eglize, » et 315 liv. que lad. église lui devait par 
compte arrêté. Le surplus était à déduire sur ce que cette église 
lui pouvait devoir sur « son estât. » 

En 1680, nouveaux débats contre le clergé du Pont et les protes- 
tants. Le Père François Brenier, curé du lieu, avait adressé une 
requête au baillage de St-Marcellin, et sur ce obtenu le 21 août de 
lad. année, de « Mons. Dorsal, assesseur aud. baillage, un décret à 
rencontre de Mons'' M'' Cyrus Chion, alors ministre, de Mons"" 
M' Jean Pourroy, s"" de Brenières, advocat en la cour, des sieurs 
Léonard Macaire, Michel Rolland, et d'autres. Mais, les assignations 
ayant été données, Alexandre Chalvet, syndic, fit déclarer au P. 
Brenier qu'au nom de tous les susnommés et consorts, il appelle de 
ce décret pardevant la cour de Dauphiné, si le P. Brenier persiste 
dans ses poursuites. Cette déclaration fut signifiée au Père en la 
personne « d'un sien vallet nommé Anthoine, » le 3 septembre 
1680 (i). 

Ce décret, dont nous ignorons l'objet, allait en tout cas être suivi 
de près par un autre acte du pouvoir bien autrement grave. En 1681, 
un arrêt du Conseil interdit l'exercice du culte réformé au Pont, et 
prescrivit la démolition du temple. Suivant un récit du temps, il fut 
fermé le 10 octobre, par le P. Brenier, supérieur des Antonins et 
toujours curé de la ville de Pont-en-Royans, et deux jours après eut 
lieu une procession générale, à laquelle « officiait messire de la 
Jasse, abbé et supérieur général de l'ordre de Saint- Antoine, accom- 
pagné du grand prieur, des définiteurs et des religieux de son ab- 
baye. » Le marquis de Sassenage, seigneur du Pont, y assistait 
avec plusieurs autres gentilhommes et une foule de peuple « incroya- 
ble. " 

Les religionnaires s'émurent et tentèrent toutes les démarches 
possibles pour obtenir le retrait d'une mesure qui les frappait au 
vif. Alexandre Chalvet, que sa qualité de syndic désignait tout natu- 
rellement, fut choisi avec trois autres notables: Jacques Tcrrot, Jean 
Bellier, avocat au parlement, et Laurent Champel, ancien notaire, 
pour s'occuper de cette affaire. Bellier et Chion, ministre du Pont, 
firent à ce sujet le voyage de Paris ; mais toutes les démarches 
restèrent sans résultat, et l'arrêt fut maintenu. Dès lors, la situa 

(1) Arch. et fonds cit. ; — Accahias, op. cit., passim. 



DE PONT-EN-ROYANS. I59 

tion des protestants du Pont fut des plus critiques, et Cyrus Chion, 
que nous ne voyons plus au Pont après 1682, ne crut avoir rien de 
mieux à faire pour exercer son humeur impétueuse, que d'aller en 
1680 commander les Vaudois du Piémont, sous les ordres du fameux 
Henri Arnaud (i). 

Cependant un coup encore plus terrible allait frapper les protes- 
tants. L'esprit de mutinerie inhérent à ces sectaires, tenait les provin- 
ces méridionales de la France dans une irritation continuelle ; des 
conspirations s'organisaient ; les habitants des Cévennes, du Vivarais 
et du Dauphiné s'armaient, se fortifiaient dans des châteaux et détrui- 
saient les églises. Louis XIV, qui ne voyait pas seulement en eux des 
dissidents en religion, mais encore des rebelles, de mauvais citoyens, 
voulut en finir avec les huguenots et signa la révocation de l'édit de 
Nantes. L'ordonnance révocatrice, datée du 18 octobre 1685, enjoi- 
gnait aux ministres de la Réforme qui refuseraient de se convertir, 
de sortir du royaume dans les 15 jours de sa publication. Tous les 
temples devaient être rasés, et il était défendu aux religionnaires «de 
s'assembler, pour faire l'exercice de leur religion, en aucun lieu ou 
maison particulière, sous quelque prétexte que ce pût être. » A cette 
condition seulement ils pouvaient continuer leur commerce et jouir 
de leurs biens sans être troublés ni empêchés. 

A cet orage, beaucoup de réformés renoncèrent sans difficulté à 
un culte inconnu de leurs aïeux. Pont-en-Royans fut témoin, dans 
la seule année 1685, de 223 actes d'abjuration. Quelques religion- 
naires, alarmés des entraves qu'on mettait à la liberté de leur cons- 
cience, allèrent à Genève, à Lausanne ou ailleurs. D'autres, mais en 
petit nombre, restèrent au Pont, gardant leur croyance, la prati- 
quant paisiblement à l'ombre du foyer. Quant au temple, sa démo- 
lition, ajournée quelque temps, fut faite en 1688 par des ouvriers de 
St-Marcellin, ceux du Pont n'ayant pas voulu s'en charger (2). Il 
n'en reste plus rien aujourd'hui ; mais le nom porté par le lieu qu'il 
occupait, est là pour attester qu^ jadis il y eut au Pont l'autel des 
révoltés, à quelque pas seulement du véritable autel de Jésus-Christ. 

Les protestants s'étaient créé au Pont, comme ailleurs, une posi- 
tion exceptionnelle ; leurs ministres tenaient des actes de naissance 

(i) Rochas, Biogr. du Dauph. I, 39-40 ; — Notice... Terrot, p. 38 ; — Accarias, 
op. cit., p, 56. 

(2) Vincent, op. cit., loo-i ; — Not... Terrot, p. 40; — Accarias, op. cit., 
p. 56-7. 



l6o HISTOIRE RELIGIEUSE 

et de décès; ils avaient un cimetière particulier, ainsi qu'un bureau 
de charité. Par la révocation de ledit de Nantes, leur existence 
ottîcielle fut brisée ; puis, peu à peu toute dissidence disparut, pour 
faire place à l'unité civile et religieuse et à la fusion des cœurs. 

Après ces mesures, inspirées d'ailleurs au grand roi par des motifs 
plus politiques que religieux, la population du Pont, évaluée à 270 
ménages dans un document officiel rédigé vers 1687 (i), offrait au 
zèle du curé et des autres religieux antonins du Pont, un champ 
intéressant mais difficile. Les échos qui nous sont parvenus de leurs 
efforts pour amener à la foi catholique les âmes encore infectées du 
venin de l'hérésie, nous disent assez qu'ils furent admirables de piété 
et de zèle. 

Dès 1697 la paroisse était régie par le prieur même, Antoine Tru- 
chet. Ce vénérable religieux avait une église en assez bon état et 
munie d'ornements. Nous avons surtout remarqué dans un inventaire 
de 1697 : « un grand soleil d'argent cizelé ; un ciboire d'argent doré 
et cizelé, » et 2 autres calices d'argent avec leurs patènes ; des boîtes 
d'argent pour l'huile des infirmes, pour celle des catéchumènes et 
pour le saint Chrême ; une cuiller d'argent pour baptiser ; 2 chasses 
en bois doré où il y avait « plusieurs S'" Reliques » ; i « reliquaire 
d'arquemie » contenant des Reliques ; i bannière ayant d'un 
côté la Ste-Vierge et de l'autre St-Pierre ; ^ pierres sacrées ; i taber- 
nacle au maître autel ; 1 « grand tableau de 18 pieds » de haut et re- 
présentant un « crucifix et Notre-Dame des Douleurs, St-Pierrc, St- 
Jean et St-Antoine, qui » était « au maître autrcl ; » 2 « tableaux du 
Sauveur et de la Ste-Vierge à cadres dorés; deux autres tableaux de 
la mesme grandeur et qualité à cadres noirs ; un tableau de St- 
Joseph de six pieds ; » i autre tableau de 6 pieds représentant la 
descente de la croix. 

Antoine Truchet s'occupait avec soin de distribuer aux pauvres les 
secours légués par des particuliers ou prélevés sur le bénéfice du 
lieu en leur faveur, comme on le voit par des actes de 1699 et des 
années suivantes. 

Après Truchet, qui disparait du Pont en 1705, on voit un de ses 
successeurs, parmi lesquels était en 1726 et en 1728 le R. P. Gratas, 
faire donner au Pont, par le célèbre P. 'Vigne, une mission impor- 
tante. Le 16 juin 1731, révcquc de Grenoble accordait à ce grand 
missionnaire, converti du protestantisme, des pouvoirs <■ pour faire 

(i) Vincent, op. cil., p. loi ; — Lacroix, Invent, cit., C 925. 



DE PO\T-EN'-ROYANS. l6l 

la mission de Pont-en-Royans pendant trois mois, et pour recevoir 
les abjurations des nouveaux convertis. » 

Malgré le bien que fit cette mission, le curé du Pont eut le regret 
de voir rester loin du bercail quelques endurcis, bien rares il est vrai. 
Parmi ces victimes de l'hérésie calviniste était une dame, d'ailleurs 
d'un grand mérite, à laquelle le zèle sacerdotal procura les meilleures 
exhortations et plus salutaires avis, et qui cependant mourut protes- 
tante le 30 mai 1747, et fut enterrée dans son jardin, près de la rue 
de Portagnès ( 1 ). 

Au clocher étaient alors plusieurs cloches, car le budget commu- 
nal de 1740, à côté de 6 livres pour le cierge pascal, porte 12 livres 
pour deux sonneurs de cloche. 

Nous ne connaissons aucun événement extraordinaire pour le 
temps de Jean-Xicolas Baverel, curé du Pont en 1749 et 1750 (2J, à 
moins qu'il ne fût encore au poste en 1761, époque vers laquelle 
l'administration locale publia un arrêt qu'il y a lieu de signaler. 

Jadis, on le sait, beaucoup de personnes étaient ensevelies à l'om- 
bre des autels, dans Tégiise même où elles avaient prié et adoré. 
Les plus précieux avantages résultaient de cet usage, où il n'y avait 
rien que d'édifiant et de religieux. .Mais parfois le nombre des per- 
sonnes qui voulaient être ensevelies dans l'église n'était pas en rap- 
port avec l'étendue et les proportions étroites du lieu saint. La mu- 
nicipalité du Pont, s'inspirant des exigences de la salubrité publique 
et peut-éti"e aussi des doctrines d'une philosophie anti-chrétienne, 
défendit toute inhumation dans l'église du lieu. Cependant, pour ne 
pas froisser trop vivement les habitants, qui s'obstinaient, malgré les 
ordonnances, à vouloir prier sur la tombe des morts, elle autorisa 
encore de nouvelles sépultures, moyennant toutefois un impôt de 48 
francs ; « elle acquit aussi hors de la ville un emplacement pour en 
faire un cimetière (1761). Mais l'ancien, qui s'étendait devant l'église, 
trouva de chaleureux défenseurs, lorsqu'on agita la question de son 
abandon: des souvenirs de famille^ la crainte de voir foulés aux pieds 
les restes de ceux qu'on avait aimés, des affections qui prenaient 
leurs racines dans le cœur, il fallait combattre ces sentiments, il 
fallait les effacer; ce n'était pas chose facile. 

(i) Arch. et fonds cit. ; — Xotice... Tcrrot. pp. 46-9, 59-60 et 125 ; — Veyrenc, 
Vie du 'P. Vigne, pp. 43, i 19 et 397. 
(2) Minutes de M" Combe, reg. div. ; Vincent, op. cit., p. 106-7. 

(La suite au prochain numéro). 

L. FILLET. 



MÉLANGES 



Testament de noble et puissant seigneur Gabriel de Rossillon, 

CHEVALIER, SEIGNEUR DU BoUCHAGE, DE BraNGUES, d'OrNACIEU, 

et coseigneur de Commelle. 

(Traduction abrégée). 

« Au nom de Celui qui de rien a créé toutes choses...., l'an de la 
bienheureuse incarnation 1461, et le 25 décembre, pardevant nous 
Jean Fevret de Revel, et ilumbert Barrin de Beaurepaire, notaires 
delphinaux et les témoins ci-dessous nommés, s'est établi person- 
nellement noble et puissant personnage, le seigneur Gabriel de 
Rossillon, chevalier, seigneur du Bouchage, de Brangues, d'Or- 
nacieu, et coseigneur de Commelle, lequel par la grâce de Dieu, 
jouissant de toute son intelligence, mémoire et entendement, quoi- 
que gravement malade , ayant formé le signe de la croix en di- 
sant : Au nom du Père, du Fils, et du St-Esprit, Amen, a fait son 

testament nuncupatif, comme il suit : Le testateur a choisi sa 

sépulture dans le couvent des Frères Augustins de Morestel, dans 
l'endroit qu'il a indiqué au sieur Prieur du dit couvent ; son héritier 
universel y fera faire une tombe de forme carrée, en pierres, de la 
profondeur de deux, pieds environ, dans laquelle il veut cire enseveli. 
Sur cette tombe ou sur son couvercle de pierre, il veut cju'on grave 
ces mots : Ci-git le seigneur (Gabriel de RossiUon, chevalier, sei- 
gneur du Bouchage, fils de noble cl puissant personnage Guillaume 
de Rossillon, qui fut le fondateur de ce couvent et de son église. Ce 
tombeau s'élèvera audessus du sol de la hauteur de quatre doigts. 
Devant ce tombeau il sera fait une custodie (i), en pierres blanches, 
bien taillées et ornées, pour y déposer le corps du Christ, dans la 
forme de celle qui est dans l'église des Jacobins de Lyon, et selon 
toutes les dispositions qu'il aprises avec le dit ]-*rieur. Cette custodie 
sera offerte par son héritier universel à l'église et au couvent des 
Augustins de Morestel, au premier chapitre qui s'y tiendra, pendant 
la grand'messe, avec dcju/e louis d'or pour son entretien. 

(1) Un cihoriitiii, un labcrnaclc mural, une niclic ou cavitc rcrmcc. 



MÉLANGES. 163 

Le testateur donne et lègue pour la construction du chœur de 
l'église du dit couvent de Morestel, tant pour les verrières que pour 
les autres choses nécessaires, deux cents écus d'or neufs, une fois 
donnés. 

Item, il donne et lègue une maison qu'il a commencé à construire 
pour le dit couvent. 

Item, il donne et lègue au dit couvent deux cents écus d'or neufs 
pour achever la dite maison. 

Item, il donne et lègue au dit couvent son pré du Bruni, au man- 
dement de Septème, avec toutes les appartenances et dépendances 
du dit pré, à la condition qu'à l'avenir quatre frères du dit couvent 
réciteront le psautier dans le chœur de leur église tous les vendredis 
des Quatre-Temps, et le \' endredi-Saint, et que le lendemain des dits 
jours, le Prieur comptera à chacun des dits frères quatre gros, avec 
les messes prescrites par le testateur 

Item, il veut que son héritier universel offre au dit couvent, à la 
grand'messe, le second jour du dit chapitre, un reliquaire {tabulle- 
rium de reliquiis : une tablette de reliquesj. 

Item, il veut que le troisième jour du dit chapitre, son héritier 
universel offre au dit couvent, à la grand'messe, un vase d'argent 
couvert et doré {scyphum, un ciboire) portant sur le pied et sur le 
couvercle les armes de l'Empire (i). 

Item, il veut que pour la sûreté de la dite tablette des reliques et 
du vase d'argent, le Prieur fasse fermer avec de gros fers ronds la 
dite custodie où l'on déposera la dite tablette et le vase sacré. 

Item, que le q*" jour du chapitre, à la grand'messe, son héritier 
universel offre deux psautiers neufs, et tous les autres livres d'église 
que le testateur a achetés lui-même dans la ville d'Aguion 

Item, il donne et lègue au dit couvent des Augustins de Morestel, 
pour les dépenses du dit chapitre, 50 écus d'or neufs, une fois donnés. 

Item, il veut que le premier lundi dud. chapitre qui doit être celui 
de la Pentecôte, les religieux présents au dit chapitre célèbrent leurs 
messes et autres offices divins, et que ses exécuteurs testamentaires 
leur donnent un diner selon les convenances du jour. 

Item, le dit seigneur testateur affirme que le sieur Pierre Tho- 
massin de Lyon lui doit mille écus d'or anciens qu'il lui a prêtés ; il 
veut qu'au moyen de cet argent, ses exécuteurs testamentaires fas- 
sent célébrer 400 messes et réciter 407 psaumes dans l'église de la 

(i) Persécuté par Louis XI, il parait renier sa patrie. 



104 MÉLANGES. 

Grande-Chartreuse, et distribuent le surplus des fonds aux pauvres 
deJ.-C. 

Item, il donne et lègue à noble dame Françoise de Rossillon sa 
très chère nièce, fille de noble Gu}"- de Rossillon, femme de noble et 
puissant seigneur Jean de Compeys, seigneur de Torens, 500 francs 
de monnaie royale, une fois payés, en outre de la dot qui lui a été 
assignée — 

Item, il donne et lègue à noble et puissant seigneur Jean de Tho- 
lonjon, chevalier, son très cher neveu, 500 francs de monnaie 
royale, une fois payés, pour tous ses droits dans l'héritage du tes- 
tateur 

Item, il donne et lègue à noble Jean de Montchcnu. seigneur de 
Ratières, son très cher neveu, mille écus d"or, pour tous ses droits 
dans l'héritage du testateur 

Item, il donne et lègue à noble Pierre de Toveria (Thouvières), 
60 écus d'or, une fois payés, pour tous ses droits dans l'héritage du 
testateur 

Item, à noble Anselme de S. Genis, 60 écus d"or, une lois payés 
pour tous ses droits 

Item, à Jean Coppier, 60 écus d'or, une fois payés 

Item, à noble François du Bourg, son serviteur, 60 écus d'or, une 
fois payés, avec tous les arrérages qui peuvent être dûs à son frère 
Armand du Bourg....; plus au dit b^-ançois du Bourg, en récom- 
pense de ses bons services, une vigne située à S. Georges (d'Espé- 
vanche?), ainsi que son buchcrage dans les forets de Chano et de 
la Blache ; plus au dit b'rançois du Bourg, sa vie durant, l'ofiice et 
l'exercice de ses chatellenies du Bouchage et de Brangues, avec les 
émoluments qui y sont attachés 

Item, à noble b'rançois Gérenton, pour reconnaître ses bons ser- 
vices, 60 écus d'or, à condition qu'il rendra compte à son héritier 
universel de l'argent qu'il avait reçu du testateur pour les dépenses 
faites par le testateur en son voyage à S. Jacques. 

Item, il donne et lègue à noble .-Vutonic, (ille du seigneur de Gha- 
zclles, pour son mariage, cent écus d'or; voulant au surplus que son 
héritier universel et Béatrix, femme du testateur, nourrissent la dite 
Antonie, jusqu'à ce qu'elle soit mariée. 

Ilcm, à l'enteli'ine, (ille de noble Jean bâtard de Rossillon, seigneur 
des Sablons, et qui demeure avec noble et puissante dame du Bou- 
chage, femme du seigneur testateur, 100 écus d'or, en récompense 
des services qu'elle a rendus au seigneur et à la dame du Bouchage. 



MÉLANGES. 165 

Item, à noble Jean Faurot, en récompense de ses services, 40 écus 
d'or, en outre de tout ce que le dit Jean peut devoir au dit seigneur, 
à titre de prêt, ou autrement ; de plus, il lui donne, en récompense 
de ses services, sa vie durant, l'oflice et l'exercice de la chatellenie 
d'Ornacieu, avec tous ses émoluments, à la condition que le dit Jean 
Faurot, avant de prendre possession de cette chatellenie, payera à 
Jean Maître, qui l'exerce actuellement, quinze écus d'or 

Item, le même seigneur testateur donne et lègue à noble et puis- 
sante Béatrix de Poitiers, sa très chère épouse, le château du dit 
seigneur testateur, appelé le château de Brangues, avec toute, la juri- 
diction du dit château et du mandement du dit lieu, avec tous ses 
revenus, tous ses droits, toutes ses dépendances, à la condition 
qu'elle en jouira sa vie durant et qu'elle y fera sa résidence. De plus, 
il lui donne, jusqu'à la fin de sa vie, la moitié des vignes dites de 
Chulin, que le dit testateur possède au mandement de St Thendcre 
(St. -Chef) ; plus, sa vie durant, toute la vigne que le dit seigneur du 
Bouchage possède à Sermérieu, au mandement de Morestel. De 
plus, le dit testateur donne et lègue à la dite Béatrix de Poitiers, sa 
très chère épouse, la moitié de tous les biens meubles existant dans 
le château de Brangues et dans le mandement du dit lieu, pour en 
faire tout ce qu'elle voudra. 

Item, il donne et lègue à l'hôpital de Morestel qu'il a récemment 
construit lui-même, pour l'amour de J.-C, et pour secourir les pau- 
vres de J.-C. qui viendront à l'avenir au dit hôpital, une vigne que 
possède le dit testateur au vignoble de Planèze, situé au mande- 
ment de St-Chef, pour l'avoir acquise par voie d'échange contre la 
vigne de Chassignière, sise au même mandement, à la condition que 
le vin qui en proviendra sera donné et distribué aux pauvres de J.-C, 
dans le dit hôpital, par le ou les recteurs du dit hôpital. — Et pour 
que le dit hôpital, par lui construit, soit convenablement et utilement 
administré, le dit seigneur du Bouchage, nomme pour recteur et 
administrateur de la dite maison hospitalière et de tous ses biens 
meubles et immeubles, savoir : son héritier universel ci-dessous 
nommé, et le prieur du dit couvent des Augustins de Morestel, avec 
pleins pouvoirs d'administrer, au profit des pauvres, excepté le droit 
d'aliéner les biens. — De plus, pour l'entretien du toit et pour les 
réparations du dit hôpital, le dit seigneur testateur donne et lègue 
au dit hôpital, un pré appelé de Marsange, situé sous la ville de 
Morestel. — De plus, il lègue à l'employé ou régisseur qui aura 



l66 MÉLANGES. 

personnellement soin des pauvres, et qui pourvoira à leurs besoins, 
trois sctiers de froment de rente (i) — 

Item, il donne et lègue à la maladerie d'Ornacieu, construite et 
fondée par le dit testateur, tant pour les besoins des pauvres lazares 
du Christ, que pour les autres choses qui y seront nécessaires, 
d'après la décision de ses exécuteurs testamentaires, cent florins 
de monnaie courante ; lesquels loo florins seront déposés dans une 
caisse dont le curé de Pénol aura une clef, et une seconde clef sera 
entre les mains du possesseur du dit château d'Ornacieu. jusqu'à 
l'emploi complet et final de la dite somme. 

lion, il abandonne pour l'amour du Christ, à Pierre Alonni du 
Bouchage, tout ce que celui-ci pourrait rester devoir au dit testateur 
et à son père 

Item, au nommé Charneron, du dit lieu du Bouchage, tout ce qu'il 
peut lui rester devoir ainsi qu'à son père. 

Item, au nommé Gourju, tous les arrérages dûs au testateur et à 
son père, à cause de ses comptes. 

Même legs à François Bolliat du Bouchage. Ses exécuteurs testa- 
mentaires trancheront la question relative à André Garagnon et 
Antoine des Roches. 

Item, il remet à son cuisinier François Falconnet tous les arréra- 
ges que lui et son frère défunt devaient à leur seigneur; de plus, il 
lui donne trente écus d'or, en récompense de ses bons services. 

Item, 30 écus d'or à Antoine Fournier, dit Mijot, son cuisinier, en 
récompense de ses bons services. 

Item, 60 écus d'or à son serviteur Guillaume de Loques, en ré- 
compense de ses bons services ; moyennant quoi il jeûnera cinq 
jours de vendredi et un samedi, au pain et à l'eau, à l'intention 
du testateur; et si «on héritier universel est en retard de lui payer 
ces 60 écus d'or, il ajoutera un écu et demi par mois de retard, pour 
les intérêts ; car le testateur veut ainsi compléter la récompense 
des services de Guillaume de Loques ; — de plus, il donne au dit 
G. de Loques un de ses habits de drap gris, de drap noir, lourré, et 
un de ses manteaux ; de plus, son héritier universel remettra au 
même Guillaume de Loques six écus d'or, une fois payes, pour en 
faire l'emploi qu'il lui a secrètement indiqué ; de quoi il charge sa 
conscience. 

(1) Il existe à la bihlioUièciuc de GreiKjhlc un he;ui Milume in^iiuisciit latin et 
frangilis de i'époquc, sur parcliemin, conlenaiU un ic^leinenl de riiûpilal de .Moiestej 
et de celui d'Ornacieu, de l'an 1450. 



MÉLANGES. 167 

Item, il donne et lègue aux frères religieux de Beaurepaire qui 
sont à son service, à Beaurepaire, dix écus d'or ; de plus, au Prieur 
des dits frères de Beaurepaire, quatre écus d'or, avec i6 écus d'or 
pour la réparation de leur église : ce qui fait trente écus d'or qu'il 
leur lègue, afin qu'ils recommandent son àme à Dieu dans leurs 
prières. 

Item, il donne et lègue à noble Jeanne de Rossillon, dite Bonnarde, 

fille du seigneur de Beauretour, cent florins d'or, une fois payés 

Item, il donne et lègue à Laurence, fille de noble François Bernard, 
qui demeure avec la dite noble et puissante dame Béatrix, très chère 
épouse du testateur, loo florins d'or, une fois payés. 

Item, 10 écus d'or à noble Jean Maitre, en récompense de ses 
services. 

Item, à noble Antoine de Claveyzon, en récompense de ses ser- 
vices, 20 écus d'or, une fois payés. 

Item, à noble Arthaud de Bocsozel, 4 écus d'or, une fois payés. 
Item, à Jean Berchet, dit Jean Petit, trois écus d'or, une fois payés. 
Item, à Jean Berchet Escoffier, trois écus d'or. 
Item, au frère Jean de Beaujeu, un écu d'or. 

Item, aux l'eligieux de Chavrères de Châteauneuf-de-Galaure, 
20 écus d'or, pour l'amour de Dieu, afin qu'ils viennent en aide à 
son âme. 

Item, à M^ Antoine de Fabreca, de l'ordre des Augustins, à Beau- 
repaire, 4 écUS d'or, une fois payés, en retour de ses services. 

Item, le dit testateur veut et ordonne que les vêtements de deuil 
de la noble et puissante dame son épouse, et les vêtements de toutes 
les personnes de sa maison soient livrés sans retard par son héritier 
universel. 

Enfin, quant à tous les autres biens meubles, droits, actions, 
créances appartenant au dit seigneur du Bouchage, le dit seigneur 
nomme pour son héritier universel, le noble et puissant personnage 
et seigneur Falque de Montchenu, seigneur de Chateauneuf-de- 
Galaure. Il le charge de payer tous ses legs et aumônes, d'éteindre 
toutes ses dettes, sans forme de procès, en donnant simplement 
connaissance du fait à la sainte mère l'Eglise...., 

Pour exécuteurs de ses dernières volontés, le dit seigneur nomme 
M' frère Claude Poleti, provincial des Augustins, frère Pierre Poil- 
Blanc, prieur des Augustins du dit couvent de Morestel, et noble 
Ilumbert Damesii, Jean Donat de Rossillon, seigneur de Sablon, 
François du Bourg, François Gerenton, et noble frère Antoine de 



MELANGES. 



\''ineu, prieur du prieuré de Chavano, et Chantre de St. -Chef 

à chacun desquels le testateur lègue 20 écus d'or. 

Révoquant tout autre testament, codicille et donation pour cause 
de mort 

Fait, lu et récité dans le château de Beaurepaire, dans la salle su- 
périeure, en présence d'honnêtes \'incent Barbier, châtelain du dit 
lieu, P'rançois de Grasse, Arthaud Prévôt, Jean Grimaud, Pierre 
Josserand, lean de Montromain, Philibert Lionne, Pierre Gros, 
Guillaume de La Pouille, et plusieurs autres témoins. » 

Extrait de l'original trouvé dans un protocolle relié en parchemin 
de feu M' Lambert Barrin, de son vi\-ant notaire delphinal de Beau- 
repaire. Signé Barrin, et Chatellan, notaire-commissaire. (Papiers 
des Augustins de Morestel, aux archives de l'Isère). 

« La maison du Bouchage était alors en la possession de 

Messire Gabriel de Rossillon, lequel fut emprisonné au château de 
Beaurepaire ; ses biens saisis et annotés sous la main du roy ; 
commissaires députés au régime d'iceux, et après longue détention 
ledit Rossillon mourut dans ladite prison, après avoir fait son testa- 
ment de l'an 14^)1, et le 23 décembre, et par iccluy institué héritier 
messire balque de Montchcnu, seigneur de Châteauneuf ; lequel 
seigneur de (Jlhâteauneuf, par le testament de Messire Claude 
(Guillaume) de Rossillon, père du dit messire (jabriel, était substitué 
au dit messire Gabriel mourant sans enfants mâles légitimes, en la 
terre du dit Bouchage ; au moyen de quoy, par le décès du dit 
Gabriel sans enfants mâles ni autre, le dit seigneur de Montchcnu 
aurait dû. tant par substitution que par institution, succéder en tous 
les biens du dit de Rossillon. lu par ce que les dits biens étaient 
tous saisis sous la main du I^oy, le dit seigneur de Châtcauneui s'en 
alla à la cour, pour en avoir la main levée de Sa Majesté, "i étant 
trouvé messire llumberl de Baternay, écuyer des écuries de Sa 
Majesté, le seigneur de Châteauneuf s'adressa à lui comme étant le 
plus en faveur auprès du Roy, pour obtenir cette main-le\ée ; mais 
au lieu de ce faire, Ilumbert de Baternay supplia le Roy, de sa 
puissance absolue, de commander au dit seigneur de Montchcnu de 
lui donner sa fille aince, nommée Georgette, en mariage, et avec 

icelle les droits qu'il prétendait à la dite succession du Bouchage » 

Ms. de Guy .Ai.i.aki). U.80, n" 8, conservé à la bibliothèque de (i renoble. 

Chorier raconte tous les malheurs arrivés à l'alque de Montchcnu 
pour ne s'être pas prêté de bonne grâce à cette combinaison. 

AUVERGNE. 



NOTES 



LA COIIANDERIE DES ANTONINS 



A AUBENAS, EN VIVARAIS. 



(Suite) 



Les commanderies, outre les aumônes particulières qui leur in- 
combaient, avaient à payer, comme on l'a vu ci-dessus, un tribut à 
la maison-mère pour lui permettre de faire face à ses charges plus 
lourdes que celles des succursales. Les commandeurs étaient priés 
de ne pas faire attendre leurs denrées et leurs tributs pécuniaires de 
chaque année pour les hôpitaux, sous peine d'avoir à les solder en 
double, quand ils auraient passé un mois entier, et, s'ils dépassaient 
ce second mois, ils étaient à la fin excommuniés ipso facto. Plus 
d'une fois, quand les commandeurs firent trop attendre leurs subsi- 
des, on vit les démembrés de l'abbaye se prosterner devant les reli- 
ques de St-Antoine, et là, voce hmentabili, réclamer leurs droits 
violés (i). 



Une série d'actes relatifs à St-Antoine d'Aubenas, passés le 30 
décembre de cette même année 142g, semble indiquer que bien des 
règlements de compte se faisaient à cette époque de l'année, bien que 
l'année légale commençât alors à Pâques. 

(i) Rouillé de l'abbaye, cité par l'abbé Dassy. 

Bull. VII, 1887. 13 



lyo NOTES SUR LA COAIMANDERIE 

Dans le premier, qui est passé à rentrée du portail des Frères Prê- 
cheurs (Dominicains), nous voyons un nommé Pons Bundet se porter 
caution des engagements pris par le prieur Archifer vis-à-vis du 
commandeur Gibbertès. 

Dans un autre, le F. François Fournier expose au commandeur 
qu'il est obligé de plaider avec quelques personnes pour faire valoir 
ses droits, mais il ne peut donner aucune procuration sans l'autori- 
sation du commandeur. Celui-ci accorde l'autorisation demandée. 
Fait à Aubenas dans la chambre du commandeur. Les témoins sont 
F. Melion et F. Antoine de Serre. 

Le même jour, le commandeur constitue le frère Ami Melion et 
noble Guillaume de Montgros pour ses procureurs, à l'effet de vendre 
une maison qu'il possède à Aubenas dans la rue du Barri et d'en 
employer le prix à l'œuvre de la fabrique de Sainte-Anne. 

Un autre acte est consacré au règlement des comptes existants 
entre Jean de Gibbertès, commandeur d'Aubenas, et Ami Melion, 
commandeur de Gevaudan. Celui-ci a été l'administrateur de lacom- 
manderie d'Aubenas et il a touché aussi des recettes de la comman-* 
derie de Tournon. Il en résulte qu'il reste devoir au commandeur 
d'Aubenas huit vingts florins qu'il s'engage à payer en plusieurs ter- 
mes. L'acte est passé à Aubenas dans la chambre du commandeur. 

Dans l'acte suivant, le commandeur d'Aubenas reconnaît avoir 
reçu de Melion seize florins d'or ou leur valeur en vingt moutons 
d'or. 

Suit une quittance du commandeur qui reconnaît avoir reçu de 
Jean Colombier, quêteur d'Aubenas, tout ce que celui-ci pouvait 
devoir pour l'affermage de la commanderie d'Aubenas. L'acte est 
encore passé dans la chambre du commandeur et les témoins sont : 
F. Ami Melion, Guillaume Boissier et l'\ l^ierre Salhencoyta. 



La 27 août 1434, vénérable et religieux homme, messire Jean de 
Gibbertès, commandeur de la commanderie d'Aubenas, et, avec son 
autorisation, religieux homme, F. Pierre Salhencoyta, de l'ordre de 
Sl-Anloine, commandeur du Gevaudan, commissaire délégué par 
l'abbé de S. Antoine, entendent une requête de Belia Evechia, veuve 
de Pons Boiron, laquelle expose qu'elle tient de la maison de St-An- 
toine une portion de bois située sur le territoire de Chassaconilhe, 
dans le mandement d'Aubenas, pour le cens annuel de cinq sctiers 



DES ANTONINS A AUBENAS, I7I 

de vin pur. — Elle déclare qu'elle ne peut supporter cette charge et 
qu'elle ne pourra garder le bois si le cens n'est pas réduit. — Les 
deux religieux font droit à sa requête et réduisent le cens annuel à 
trois setiers. — La veuve Boiron reconnaît alors tenir le bois en 
question de la maison de St-Antoine et promet de payer les trois 
setiers chaque année. L'acte est passé dans le tinel{\) de la maison 
de St-Antoine. 

Le pénultième jour du mois de juillet 1434, vénérable et religieux 
homme, messire Jean de Gibbertès, chanoine du monastère de St-An- 
toine, appartenant à l'Eglise romaine sans aucun intermédiaire, de 
l'ordre de S. Augustin, diocèse de Vienne, commandeur de la mai- 
son et commanderie de St-Antoine, d'Aubenas, afferme à vénérable 
et religieux homme F. Antoine de Bethoa, de l'ordre de S. Augustin, 
commandeur de la commanderie de Tournon, savoir, ladite com- 
manderie de St-Antoine d'Aubenas avec ses maisons,prairies, vignes, 
terres, cens, revenus, quêtes, droits, appartenances et dépendances, 
honneurs et charges, pour trois années et trois récoltes, en commen- 
çant le jour de la fête de sainte Marie-Magdeleine et finissant le 
même jour de la troisième année, au prix de 80 florins de monnaie 
courante pour chacune des deux premières années ; et il est bien en- 
tendu que, dans le cas où la monnaie actuellement courante serait 
dépréciée ou qu'une monnaie de moindre valeur courrait pendant les 
deux années susdites, le fermier pourrait payer la somme susdite 
avec cette même monnaie, laquelle devrait être acceptée comme la 
monnaie actuellement courante. — Et si une autre monnaie plus 
forte et de plus haute valeur que la monnaie actuelle était alors en 
circulation, le fermier devrait payer de cette monnaie courante. — 
Quant à la troisième et dernière année, le payement devra se faire 
en 80 florins d'or. 

Cet acte est précédé de deux autres, passés le même jour, par les- 
quels le commandeur Gibbertès règle tous ses comptes avec le F. 
Salhencoyta, qui a administré la commanderie d'Aubenas pendant 
les trois années précédentes, et avec le F. Antoine de Bethoa.— Ce- 
lui-ci reconnaît lui devoir 30 florins. 

Les trois actes suivants, concernant les Antonins d'Aubenas, sont 
extraits d'un registre de Louis Gras, notaire d'Aubenas : 

Le 19 février 1436, Antoine de Bethoa, commandeur de Tournon, 

(i) Tinelliis est employé tantôt comme titu, cuve, et tantôt pour clésio-ner une 
pièce de la maison, laquelle est peut-être le réfectoire. 



172 NOTES SUR LA COMMANDERIE 

près Tcnh (Tain), diocèse de Valence, donne sa procuration g'cncrale 
à Pierre Fournier. 

Le 28 avril 1440, providns vir Jean Bergayron, clerc de St- An- 
toine, habitant à Aubenas, dans la maison de St-Antoine. se fait 
faire une obligation par Jean Farandon, de Montpezat, qui lui a 
acheté un cheval avec -son bat clitclla et sa lora ou barda (i), le tout 
au prix de six moutons d'or. L'acte est passé dans la maison de Jean 
Maurel dite de St-\'ital, où se tient la curie spirituelle d'Aubenas, ce 
qui semble indiquer que l'affaire s'est réglée après comparution en 
justice. 

Le 16 mai 1444 , vénérable homme F. Raymond Rochette , 
prêtre, de l'ordre de St-Antoine, donne sa procuration générale à 
un certain nombre de personnes d'Aubenas, Viviers ou Nimes, parmi 
lesquelles nous devons citer vénérables et religieux hommes Jean de 
Gibbertès, commandeur de Tournon, Bernardin Tailhet, comman- 
deur de St-Victor, F. Quintin, recteur de la Madeleine, F. Antoine 
Plagnol, de l'ordre de St-Antoine, etc., etc. 



Revenons aux registres de Pierre Rochette : 

Le 19 novembre 1448, F. Antoine de Serre, commandeur de la 
maison de St-Antoine, d'Aubenas, donne une terre herme, en nou- 
vel accapt et emphytéosc perpétuelle, aux frères Guillaume et Fran- 
çois Lafont, des mas d'Aubenas, pour le cens annuel d'un quarteron 
et demi d'avoine. Celte terre est située au territoire de Crosette et 
touche au \)vc que la maison de St-Antoine a de ce cùté. 



Le 2i, juillet 1452 a lieu la réception d'un nouveau Frère de St- 
Antoine à Aubenas. 

(^e jour-là, dans l'église de St-Antoine, en présence de vénérable 
et religieux homme F. Antoine de Serre, commandeur de la véné- 
rable commanderie de Sl-Anloinc d'.Xubcnas, se présente en per- 
sonne lùienne de Missol/, clerc des mas d'Aubenas, paroisse de 
St-lùicnne de l''ontbellon, lequel notifie et expose humblement, de 

d; Loium, en l;ilin courroie, réncs. l'niiilc se dit encore en paloi> pour désigner 
le coussin rembourré de pnillc qui sert de selle pour les ânes et les mulets. 



DES ANTOMNS A AUBENAS. I73 

vive voix, audit commandeur, qu'il a de tout temps, par la permis- 
sion de Dieu, et de tout son cœur, eu le désir dentrer dans la reli- 
gion de St-Antoine pour y servir Dieu et y remplir un emploi utile 
(servire Deo et famiihri), s'il peut y être reçu, et c'est dans ce but 
qu'il a servi pendant un certain temps les Frères religieux de la mai- 
son de St-Antoine. Et. comme il a appris, dit-il, que ledit comman- 
deur d'Aubenas a la commission du Révérend Père en Christ, l'abbé 
de St-Antoine, de recevoir un clerc comme chanoine et Frère de la- 
dite religion, il supplie humblement et à genoux ledit commandeur 
qui l'écoute et le comprend, de vouloir bien le recevoir comme Frère 
de St-Antoine, attendu qu'il est bien résolu à remplir, autant qu'il 
est en lui, toutes les obligations auxquelles sont tenus les Frères 
reçus dans ladite religion. 

Et le F. Antoine de Serre, commandeur de la commanderie de 
St-Antoine d'Aubenas, cette requête entendue : 

Vu qu'il a l'entière certitude des bonnes mœurs, de l'honnêteté, 
de la vertu, de la capacité et des aptitudes dudit Etienne de Missolz, 
lequel sait suffisamment chanter et lire, n'a rien de difforme et de 
honteux dans sa personne, est né notoirement d'un légitime ma- 
riage ; 

Vu qu'on n'aperçoit pas d'empêchement canonique et que ni le 
commandeur ni les autres religieux n'en ont aperçu pendant tout le 
temps que ledit Etienne les a servis dans la maison de St-Antoine 
d'Aubenas ; 

Par la vertu, le pouvoir et la licence des Lettres du R. Père en 
Christ, l'abbé de St-Antoine, que le commandeur remet au notaire 
et dont il lui demande lecture et dont voici la teneur : 



HuMBERT, par la permission divine, humble abhé du monastère de St-Antoine, 
appartenant à l'Eglise romaine sans aucun iptermédiaire, de l'ordre de St-Augustin, 
diocèse de Vienne : 

A notre cher compagnon F. Antoine de Serre, commandeur de notre maison de 
St-Antoine d'Aubenas, 

Salut éternel dans le Seigneur. 

Comme le culte divin dans toutes les églises reçoit un lustre spécial des hommes 
que distinguent l'éclat des vertus et l'attrait de mœurs louables. 

Désirant propager notre religion par des personnes de ce genre, 

Nous t'accordons à toi, dont la foi, l'habileté et la légalité nous inspirent pleine 
confiance dans le Seigneur, par la teneur des présentes lettres, dans le cas où il se 
présenterait un clerc de bonnes mœurs, d'honnêtes vertus, capable, sachant suffi- 
samment lire, chanter et écrire {conscrivere), n'ayant rien de difforme ou de honteux 



174 NOTES SUR LA COMMANDERIE 

dans sa personne, né d'un légitime mariage, et s'il n'y a pas d'autre empêchement 
canonique, toutes choses néanmoins que nous laissons au jugement de ta conscience, 
l'autorisation de le recevoir chanoine et frère de notre monastère et ordre de St- 
Antoine dans notre maison de St-Antoine d'Aubenas, de le revêtir de notre habit, 
de lui accorder le bénéfice spirituel de notre monastère et ordre, avec toutes les so- 
lennités d'usage en telles circonstances, après néanmoins qu'il aura prêté serment, 
d'être obéissant et fidèle à nous et à nos successeurs canoniquement institués, et 
d'observer de toutes ses forces les statuts de notre monastère et ordre et de remplir 
toutes les autres obligations. En foi de quoi nous avons fait faire Icsdites Lettres et 
munir de notre sceau. Donné dans notre maison abbatiale l'année MCCCCXLIX le 
dernier jour de mai, sur l'ordre dudit abbé, — Jean Probi. 

Lesdites Lettres lues par moi, notaire soussigné, mot à mot; 

Voulant procéder à la commission donnée par le R. P. en Christ, 
l'abbé de St-Antoine ; 

Pleinement informé, pour l'avoir eu continuellement sous les yeux, 
de l'aptitude, de la probité de mœurs et de l'honnêteté dudit Etienne 
de Missolz et sachant qu'il remplit toutes les conditions indiquées 
dans les Lettres susdites ; 

Après avoir fait audit clerc quelques questions auxquelles il a suffi- 
samment répondu ; 

Après lui avoir lu les statuts de la maison qu'il a déclaré bien 
comprendre, et après qu'il a eu prêté le serment corporel d'être fidèle 
et obéissant au seigneur abbé de St-Antoine et à ses successeurs 
canoniques ; 

Enfin, après toutes les solennités usitées pour la réception des 
Frères, 

Le commandeur, ayant devant lui ledit Etienne de Missolz se te- 
nant humblement à genoux, le revêtit de l'habit, de la puissance et 
des insignes de la religion de St-Antoine. 

Cela fait, il le conduisit devant le grand autel de l'église, en face 
de l'image de saint Antoine, récitant et chantant à haute et intelli- 
gible voix le psaume Te Dcum laiidamus, et toutes les autres forma- 
lités furent remplies suivant les Lettres de l'abbé de St-Antoine. 

Et le Frère Etienne de Missolz demanda qu'il en fût dressé acte 
par moi notaire. 

Les témoins sont : Religieux FF. Antoine de Bethoa, comman- 
deur de Tournon ; Antoine de Plagnol, archiprêtre de Pradelles ; 
Pierre Salhencoyta, Claude Gaud, Jean Barlet, Vital de Missolz et 
moi Rochette. 



DES ANTONINS A AUBENAS. I 7 Ç 



L'abbé de St-Antoine, dont il est ici question, est Humbert de 
Brion, un des chefs les plus méritants de l'ordre, qui le gouverna de 
1438 à 1459. Il mourut, frappé d'une attaque d'apoplexie, après un 
discours pathétique qu'il venait de prononcer au chapitre général. 
Une énorme dalle historiée, de pierre dure, qu'on peut voir encore 
dans une des chapelles de la basilique St-Antoine du Viennois, a 
transmis à la postérité son portrait, ses insignes abbatiaux et le 
témoignage en vers latins de ses vertus et de ses services (i). 



Le 28 février 1456, F. Salhencoyta, commandeur de Gévaudan, 
afferme à Danisi Durand les voyages de quêtes de sa commanderie 
de Gévaudan, au prix annuel de cent écus d'or du Roi ou de mon- 
naie royale valant deux écus et demi, d'un quintal de fromage, 
payables savoir: 25 écus à la St-Martin, 25 à la St-Antoine, 25 à 
l'octave de Pâques, et les 25 derniers ainsi que les fromages, à la 
Madeleine. 

Salhencoyta afferme en même temps les voyages de quêtes de la 
commanderie d'Aubenas au même Danisi Durand, au prix de 50 li- 
vres 5 sols, 45 quartes de froment, autant de seigle et autant d'a- 
voine, un quintal de fromage, un quintal de laine, deux quintaux de 
chanvre, trois quartes de châtaignes blanches, trois pots d'huile et 
mille pieds de porcs. Un nommé Olivier se porte caution pour 
Durand. 



Le 6 mars 1456, F. Antoine de Bethoa, commandeur de Tournon, 
afferme pour trois ans les voyages'. ît quêtes de sa commanderie de 
Tournon au F. Jacques Quintin, religieux de St-Antoine, et au 
nommé Jean Antoine, pour le prix annuel de 50 moutons ou florins 
de bonne monnaie i-oyale. Bethoa promet de remettre aux deux fer- 
miers les livres de quêtes pour qu'ils puissent effectuer les voyages. 

(La suite au prochain numéro). 

D^ FRANCUS. 

(i) Voir le texte de cette épilaphe dans l'ouvrage de l'abbé Dassy, p. 171. 



MANUSCRITS & INCUNABLES 



LITURGIQUES 



DU DAUPHÎNE 



— — J*-«<»»=S«- 



Les livres liturgiques en usage dans l'Église jusqu'à Charlemagne 
sont au nombre de six principaux (i) ; — i° le Sacramentaire (sacra- 
mentarium, liber sacramentorum) (2), renfermant les prières de la 
liturgie proprement dite et de l'administration des sacrements : tout à 
la/bis pontifical, missel et rituel, il répond à /'Euchologion des Grecs ; 
— 2° le Missel (missale) (3), où est contenu l'ojfice des messes, à 
l'usage des évoques et des prêtres : le missel plénier fmissale plena- 
rium, [oic simplement plenarium) (4) s'est formé au IX^ siècle de la 
réunion des n"^ i , y, ^ et 6 (^) ; — 3" /'Evangéi-iaire (evangeliarium 
ou evangelistarium) (6), formé des textes de l'évangile à lire ou à 
chanter par le diacre ; — 4" le Lectionnaire (leclionanum) (7), 
offrant au sous-diacre les leçons et les épttres (d'où le nom d'episto- 
larium (H), en vieux français cpistolier) à réciter : la majeure partie 



(i) Mautigny, Diction, des antiquités chrétiennes, fS6'j, p- 37-4-7- 

(2) DucANGE, Giossarium médian cl infimcc latinilatis, éd. Didot, l. VI. p. /j. 

(3) DuCANGE, t. IV, p. 4^10. 

(4) Idem, t. IV, p. 4.11. 

(5) Lcop. Delisle, Mémoires sur d'anciens Sacramcntaircs, 1886, p. $7- 

(6) DicANGK, l. III, p. 112. 

(7) Idem, l. IV, p. 57. 
(B) Idem, /. III, p. 6]. 



MSS. ET INCUNABLES LITURGIQUES. I77 

de celles-ci étant de saint Paul, on l'a encore appelé apostolus (i) ; — 
5*' le Bénédictionnaire (benedictionalis liber) (2}, renfermant les 
bénédictions spéciales aux évêqucs et aux prêtres ; — 6° /'Antipho- 
NAiRE (antiphonarium) (3), comprenant les parties de la messe qui 
sont chantées par le chœur : on l'a appelé aussi cantatorium (4) et en 
France graduale (^), parce quil se plaçait sur un pupitre (gradus). 

La liturgie de l'Eglise Romaine est actuellement contenue dans six 
livres authentiques : le Missel, le Bréviaire, le Rituel, le Pontifical, 
le Cérémonial des évêques et le Martyrologe. 

Depuis quelque tejnps les anciennes éditions liturgiques sont deve- 
nues l'objet de la poursuite passionnée des amateurs, qui consacrent 
souvent à leur acquisition des prix fabuleux. Dès 1S62 Brunet disait 
déjà : Les vieux livres de liturgie sont fort recherchés et se payent 
même assez cher (6). Que dirait-il aujourd'hui oii le Missel de 
Paris de 148g, vendu jadis 20 liv. (7), est mis en vente à ^00 liv. 
(10,000 Jr.) ? (8) Il ne paraîtra pas inutile, à un autre point de vue, 
d'étudier les antiquités liturgiques de notre province. Ces notes assez 
brèves ne préjudicieront pas à des notices plus détaillées : elles auront 
l'avantage de/aire connaître des monuments pour la plupart uniques, 
exposés par là même à bien des chances de destruction et de dispersion. 

VALENCE 

1° Coutumier de 1355 environ. 

Ce précieux manuscrit est offert en vente par la librairie ancienne 
Rosenthal, de Munich, au prix un peu exorbitant de ^000 fr. Il m'a 
été donné de ï examiner à loisir, tout récemment, à Grenoble dans le 
cabinet du prince des bibliophiles Dauphinois, M. Eug. Chaper. 

Le volume primitif (je parlerai en dernier lieu de la reliure actuelle) 
mesure en hauteur 26g millim. et en largeur 20<). 

Les 6 premiers feuillets, en parchemin réglé à la pointe, renferment 
le Calendrier ; il fait mention des saints Dauphinois ou Français qui 

(1) DUCANGE, t. I, p. ^24 

(2) Idem, t. I, p. 6^9. 

(3) Idem, t. I, p. yo^. 

(4) Idem, t. H, p. 1 10. 

(5) Idem, l. III, p. ^4^. 

(6) Manuel du libraire, t. Ill, c. 1774, à lapin de Vart. Missale. 

(7) Brunet, t. III, c. 1764. 

(8) Bern. Quaritch, Monuments of the early printers, 70 mars 1887. p. 3764. 



lyS MSS. ET INCUNABLES LITURGIQUES 

suivent : — Januarius. 17, Marcelli efpiscop)i conf(essons). 23, 
Barnardi episc. conf. 26, Sulpicii episc. 31, Translacio m(arty)rum 
Felicis, Fortunati et Achiley, duplex. — Februarius. 5, Aviti episc. 
conf., renvoyé au 6. — Aprilis. i, Hugonis episc. conf. 20, Mar- 
celini conf. 23, Felicis, Fortunati et Achiley mart. — Maius. ii, 
Mamerti atque Majori episcoporum et conf. — Junius. 8, Medardi 
episc. conf. 17, Translacio sancti AppoUinaris conf. 28, Yrenei et 
sociorum episc. mart. — Augustus. 5, Dedicacionis ecclesie. 12, 
Inventionis reliquiarum Valencie. — September. 22, Mauricii et 
sociorum ejus mart. 23, Unio ecclesiarum Valentinensis et Diensis. 
— October. 5, ApoUinaris episc. conf. — November. 7, Restituti 
episc. conf. 14, Ruphi episc. conf. 16, Galle virginis. 18, Romani et 
Theofredi martyrum. re7ivoyés au 20. 19, Severini, Exuperii et Feli- 
ciani mart. — December. 17, Lazari episc. mart. 2g, Trophimi episc. 
conf., renvoyé aie yo. 

A^otons encore, aw 25 mars : Mie mutantur equinoctium, anni ab 
incarnacione Domini et passione Domini. — Une main postérieure a 
ajouté au bas de février les vers suivants : 

Tune bisextus erit, per partes iii)'"' equas 
Annos partiri cum poteris annos Domini ; 
et en mai ceux-ci : Ver fugat Urbanus (25 7naiJ, 

Estatem Simphorianus C22 août), 
Post venit autumpnus hyempsque, 
Et sic totus clauditur annus. 

Les feuillets numérotés j à clxxij sont en papier, qui a pour filigrane 
deux boules réunies et traversées par une barre terminée en croix ^ 
chaque quaternion est renforcé par deux onglets en parchemin, lun en 
dehors, l'autre en dedans du cahier ; l'écriture ronde, en rouge et noir^ 
est à deux colomies. 

Le titre de l'ouvrage est inscrit en rouge au recto du f° j : ^ In 
nomine Domini, amen. Incipiunt consuetudines seu constitutiones, 
régule et ordinaciones ecclesie Valentmensîs, secundum usum et 
modum ibidem ab olim servatum et consuetum, circa divina officia 
exercenda et ordinanda. Et primo in octabis Natalis Domini seu in 
festo Circumcisionis ejusdem, et in aliis festis et diebus per anni 
circulum ut sequitur. Kalendis januarii, scilicet in octabis Natalis 

Domini, sonantur signa duppliciter ut in festo ejusdem — Un 

bénédictin, dom E. Bourigaud, a fait sur ce ms. des remarques 
qui en indiquent bien l'objet et l'importance : Ce Coutumier de l'église 



DU DAUPHINE : VALENCE. 179 

de Valence renferme, non-seulement YOrdo ou partie liturgique pro- 
prement dite, mais encore les Conslitutiones, les règles de cette 
église. Toutes ses différentes parties, réunies sous le nom générique 
d'usages possédant déjà un certain degré d'ancienneté, ab olim ser- 
vait, ne sont pas extraites d'une règle générale. Spéciales à l'église 
de Valence, elles se groupent autour de l'office canonial, célébré avec 
un grand éclat et un grand lu.xe d'ornements sacrés. L'esprit de foi 
qui régnait alors explique l'abondance de détails liturgiques qui, de 
nos jours, seraient retranchés comme une superfétation. Ce principe 
surnaturel resplendit à chaque page du volumineux ms. et entre- 
tient dans le personnel nombreux de la cathédrale, depuis l'évêque 
et l'abbé jusqu'au dernier clericulus, un élan qui subsistera jusqu'à 
la fin du XV" siècle.... Ce codex est donc plus qu'un simple cérémo- 
nial. Quelques extraits des rubriques en relèveront le prix plus qu'ils 
ne le défloreront, bien qu'il ne soit pas à croire qu'on entreprenne 
jamais sa publication ititégrale. 

F" xviij v° : Si vero fiât festum baculi.... — F" xix : Et notandum 
quod, quando episcopus célébrât missam, nullus minister altaris 
mitram portare débet nisi solus episcopus. — F"^ xlviij : Ordo ad 
cineres. — F° lix v" : Dominica Ramispalmarum ; /" Ix : Pulsata 
tercia cum majori campana, conveniunt omnium ecclesiarum con- 
ventus cum crucibus suis, et très cruces discooperte feruntur de 
dompno et vexilla non portantur ; v° : Floribus benedictis, feruntur 
per chorum, offerendo can(onicis) et aliis de choro qui accipere vo- 
luerint.... — F° Ixvij, dans /a Letania on mvo.^'we .• sancte Corneli, 
s. Cypriane, s. Félix, s. Fortunate, s. Achillee, s. Appollinaris, s. 
Avite, sancta Galla. — F" Ixxix, à la fête des saints Félix, Fortunat 
et Achillee : finita tercia, fit processio sollempniter... et portatur 
archa martyrum. 

F° Ixxxij v° .• § Et est sciendum quod diebus martis et mercurii 
ante Rogationes, et etiam diebu's martis et mercurii post festum 
beati Luce euvangeliste, sancta synodus in ista ecclesia celebratur ; 
/"" Ixxxiij : § Et notandum quod in hac synodo maii, primo dicitur 
a capellanis synodi missa mortuorum sollempniter, cum processione 
consueta. Et fiunt prime exequie supra tumbam dom' Cv"; Lan- 
thelmi quondam episcopi Valentinensis (i), que est juxta capellam 
Sancti Appollinaris... Et notandum quod, absente episcopo, abbas 

(i) Auparavant abbé de la Chaise-Dieu; voir le Nécrologe de St-Robert de Cor- 
nillon (Docum. inéd. relat. au Dauphiné, t. H, ^' Hvr.), p. 2,S' et 70. 



l80 MSS. ET INCUNABLES LITURGIQUES 

Saonis fde Saou) tenet synodum pro ipso vel vicarius generaiis in 
spiritualibus episcopi supradicti. 

F° Ixxxiv v°, aicx Rogations : § Pulsata tercia, conveniunt omnium 
ecclesiarum consueti venire conventus, videlicet ecclesiarum Sancti 
Pétri de Burgo, Sancti Felicis, Sancti Johannis, Sancti Martini, 
Sancti Jacobi et Sancti Victoris, cum vexillis seu baneriis et cruci- 
bus, ad majorem ecclesiam 

F" cxij v" : § Nonas augusti, in dedicatione majoris ecclesie Va- 
lentinensis (i), sonantur signa duppliciter cum trignoleto. De même, 
f°cxxij: IX kal. octob., in festo unionis ecclesiarum Valentinensis 
et Diensis (2). — Touchant la sonnerie des cloches, on trouve ail- 
leurs : Sonatur Bauda (f" Ixxxiv v°) ; Sonatur Félix ff° Ixxxix v°j ; 
Sonatur classicum ff cv v^j ; voir aussi plus loin. 

F° cxlj : Et notandum quod in isto festo (de l'apôtre saint Thomas, 

le 21 déc.) quidam clericulus Valentinorum legit alta voce, accen- 

tando ut est moris, rythmum electionis episcopi... Pendajit le Te 
Deum, assumitur episcopus et ponitur super tumbam marmoream 
que est in medio capituli ; puis a lieu l'élection d'un abbé des clercs. 

— F^ cxlvj : In festo Sanctorum Innocentum ; y" cxlviij : Post mis- 
sam incontinenti fiunt exequie in cyminterio, supra tumbam illius 
episcopi qui hoc festo migravit...; J'° cl : Si fiât festurn baculi seu 

bordoni..., bordonerius cum capa sua nova in stallo prepositi 

Suit un curieux tropc du Deus in adjutorium : « De supernis affero 
nuncium », en .^ strophes de ^ vers. 

F° cl v" : Recurrendum est exnunc ad principium hujus libri, in 
quo libro omnia sunt notala ad plénum, juxta usum ecclesie Valen- 
tine, cum regulis generalibus que sequntur. — F^ clj : Sequitur 
régula de officiis sanctorum qui remanserunt a die Ascentionis Do- 
mini. — F" clij v" : Régula quomodo fit, dicitur et ordinatur officium 
iMortuorum per annum in ecclesia Valentina. — F" cliij v" . Rubrica 
de officio béate Marie Virginis, quomodo ordinatur per totum an- 
num, quando hore dicuntur de ipsa in choro. — F° clvj : Régula de 
missis sollempnibus de Cruce, tempore paschali, in diebus venerinis. 

— Etc., etc. 

P" clvij : In festis pro quibus classicum propulsatur, est preccntor 

(1) Par le pape Urbain //, le y août /095 (Jaffé, Keg. pont. Rom., éd. 2» , t. I, 
p. 680 ; Bull, d'hist. et d'archcol. du dioc. de Valence, l. If, p. /07-6). 

(2) Par le pape Grégoire X, le 2$ sept. i2j^ (Potthast, Hcg. pont. Rum., 
n° 2107S). 



DU DAUPHINE : VALENCE. ICI 

in choro cum capa serica... De festis pro quibus Bauda tantum- 
modo pulsatur ; v° : De pulsatione ca(m)panarum ad horas consuetas 
et de modo pulsandi. — b^ dviij : De lecturis ordinandis per annum; 
y" dix : Régula de lectionibus ystorie terminandis per magistrum 
chori. 

F" clxv° : Quomodo dicitur missa pro electione episcopi facienda.... 
Finita missa, intrant capilulum ad electionem faciendam...; v° : Hiis 
peractis, pergunt Vyennam ad faciendam confirmationem. — P" 
clxij : Sequitur forma juramenti per electum vel episcopum de novo 
receptum ab hactenus consuetum : « Audite, vos clerici Valentine 
ecclesie... Ego Gonlardus, mutato nomine... » Ce serment, qui se 
poursuit en langue romane, remonte certainement au XF siècle, car 
on ne connaît qu'un évêque de Valence du nom de Gontard, dont fat 
fixé l'avènement à loôy (i). — Cum autem electus fuerit conse- 
cratus et redierit de Vyenna, ipso appropinquante civitatem Va- 

lentie — 1° : Régula qualiter recipitur summus pontifex in 

adventu suo ad civitatem Valentie... Et simili modo recipitur legatus 
de latere missus vel alias apostolice sedis nuncius. 

F° clxiij : Régula pro missa nova, quando cantatur. — Régula 
qualiter fit quando sanctimoniales consecrantur in ecclesia Valen- 
tina...; v" : Et notandum quoai in istis consecrationibus fit sermo 
per episcopum vel alium ante euvangelium lingua materna. — Se- 
quitur forma juramenti prestandi per abbatem Saonis et priorem 
Sancti Felicis, in eorum primo adventu... : sic juravit R. de Bor- 
dellis, abbas Saonis (2). — F" clxiiij : Régula de sepultura épis- 
copi mortui, canonicorum, clericorum et laycorum.... 

F° clxix : Sequntur quedam statuta antiqua in generalibus capi- 
tulis preteritis édita, que hic ponuntur ut servitores ecclesie sepe 
videndo firmiter observent, si perjurium cupiunt evitare. Primo 

super servicio altariorum — , F" clxxj v" : Et iste sunt régule, 

consuetudines, ordinationes et statuta inter cetera venerabilis eccle- 
sie Valentine, correcta et emendata mandato capituli ipsius ecclesie, 

(.1) Cartul. de St-Pierrc du Bourg,/». 7. Voir un document en langue vulgaire, 
qui rappelle les droits de ceprélat, dans la Rev. des Sociétés savantes, i86y, 4' s., 

t. VI, p. 42]-]2. 

(2) Cet abbé de Sainl-Thiers de Saou doit être Raymond qui, institué par le 
pape Innocent VI, le 9 janvier i]S3' *^ démit de ses fonctions en i]S'^ (GaUia 
Christ, nova, t. XVI, c. y 49). Le Coutumier de Valence nous révèle qu'il était de 
Bourdeaux (à 9 kilomètres j / 2 de Saou). 



l82 MSS. ET INCUNABLES LITURGIQUES 

anno Domini M° CGC" L" primo (i). Et mandantur per ipsum 
capilulum plenius observari ; et si aliqui ipsius ecclesie subjecti 
super premissis, quod absit ! in servando négligentes fuerint vel 
rebelles, noverint se per ipsum venerabile capitulum graviter pu- 
niendos, ad finem quod cedat ceteris in exemplum. 

Les parties chantées de l'office sont notées en plain-chant. Le béné- 
dictiti cité plus haut fait à cet égard les remarques suivantes : Défi- 
gurées par le déchant et les autres manières de chanter alors en 
usage, ces mélodies (Grégoriennes) étaient subordonnées aux fan- 
taisies plus ou moins artistiques des officiers du chœur, leur vo- 
lonté était la suprême règle, notamment lorsque la fête était dite : 
fête du bâton. L'office devenait alors une véritable représentation 
théâtrale ; les pièces liturgiques, farcies pour la plupart, compor- 
taient un rythme emphatique et quelque peu dansant, au grand 
détriment du vrai rythme Grégorien, si simple, si naturel et surtout 
si suave.... Les éléments farcis de la mélodie sont, à la messe, ré- 
ser\'és pour la communion, mais les autres parties chantées, même 
les longues vocalises répétées aux versets des alléluias, restent tra- 
ditionnelles. 

Les ff'. lyy v" et lySr" sont couverts de diverses notes dues aux pro- 
priétaires successifs du manuscrit ; en voici quelques-unes, distribuées 
aussi chronologiquement que possible : - Sunt folio Vlll^^^. — Iste 
Gonstitutiones sunt mei, Ferralhonis. — Libri per Bibliam ordi- 
nati :.... Sic est, Ferralhonis. 

Si longue sapiens, 

Si parvus umilis, ^ J y^^.^^^^ ^^ ^^^^^^ ^^,.^ , 

Si ruphus corde fidelis , 

Hec sunt miracuUa seli. 
llcc sunt xiijcim rnisse votive ad peucndum (lire pctcndum) gra- 
ciam domini nostri Jhesu Xpisti :.... — Iste Goustumc sunt dom' J. 
Fabri (effacé). — Iste liber est dom' johannis Fabri, presbyteri V^a- 
lentie, quem legavit dom' Petrus Rebolli, canonicus Valcntic, cujus 
anima requiescat in pace, amen. 

Anno Domini M" GGG" LXXXIII J'" et die xx;» mensis augusti, 
fuit factus clericus ecclesie Valentine Johannes l'abri, filius Poncii 
Fabri, de Aur(iisj, nepos Johannis l-'abri, presbyteri Valentie, filius 

(i) Celle dalc de i y; i n'est point, comme on Va cru, celle de la rédaction de ce 
ms.: il est certainement postérieur à /,'5^ et probablement antérieur à ij^8 
(voir la note précéd.). 



DU DAUPHINÉ : VALENCE. 183 

Guigonis Fabri ; et fuit factus idem Johannes per dom. Durandum 
Champelli, presentorem dicte ecclesie Valentine (i). 

Ita est per me Johannem Fabri, presbyterum Valentie. 

Anno Domini M" CCC° LXXXIX", fuit factus episcopus clerico- 
rum Vaientie Johannes Fabri, nepos meus, filius Poncii Fabri, de 
Auriis. — Ita est, Johannes Fabri, presbyter Valentie. — Decostitit 
michi, omnibus computatis, très flor. 

Hec sunt misse de brevi que dicuntur in ecclesia Valentina, de 
tempore presenti (13J LXXXX primo : et primo missa D. de Cassa- 
natico ; missa H. de Turnone et Johannis de Sancto Anthonio ; 
missa R. de Chausenco.... 

Autre note du 4 décembre 1400, signée : Ita est, Johannes Fabri, 
presbyter. 

La reliure actuelle du ms. doit remonter à la fin du XVI" siècle : 
elle est en simple parchemin et mesure 2(9j millim. de haut et 220 de 
large. Sut le plat : Valence. 68 ; au-dessous : 1351, e/ dans une ban- 
der olle : COVSTVMIE. Au milieu, deux écus superposés, portant de 
gueules à la croix d'argent : ce sont les amies de Valence. On a ajouté 
y ff. de papier en tête et i^ à la fin. La note suivante est la dernière 
qui nous renseigne sur les péripéties du volume : Mons' Meyssonier, 
doyen de l'université de ceste ville de Valence (2), a randu ce livre 
a m'" du chapitre de l'esglise cathedralle dudit Valence ; lequel il 
avoit trouvé parmy les papiers de m"" le curé Canton d'Armeys, qui 
avoit esté maistre de cueur en ladite esglise. Ce 23*= avril 1594, ledit 
livre a esté rendu. Pieuse a Dieu que toutz ceulx qui ont des livres, 
papiers et documentz ravagés et pilhés au chapitre de ladite esglise 
en l'année 1567, que l'esglise cathedralle fust ruynée et démolie par 
les hérétiques, eusset faict comme ledit s' Meyssonier ! Nous prierons 
Dieu tosjours pour ledit s*" Meyssonier , qui le conserve en ce 
monde et en 'aultre paradis. 

2° Missel de 1450 environ. 

Ce manuscrit fait partie de la belle bibliothèque que M. Paul Giraud, 
conseiller à la Cour d'appel de Lyon, a héritée de son oncle, M. Paul- 
Emile Giraud, ancien député ; le docte auteur de /'Essai historique 

(i) Ce personnage figure, le 2y juin f recèdent, comme prieur séculier de l'église 
Saint-Pierre du Dourg-lès-Valence (Cartul. cité, p. y i ). 

(2) Sans doute Aymar Meyssonnier, doyen de la faculté de droit (Nadal, Histoire 
de l'université de Valence, 1861, p. 122, 12^, 1 2() et jg8)- 



184 MSS. ET INCUNABLES LITURGIQUES 

sur l'abbaye de S. Barnard l'avait acheté à Vietme, chez le libraire 
Girard, et le fit restaurer et relier par Tripier, successeur de Bradel. 

Le volume, tout en vélin, se compose de 6 feuillets non numérotés et 
cxlij chiffrés en haut du verso : le ciseau du relieur a souvent entamé 
ces cotes, mais elles ont été restituées pour la plupart en chiffres ro- 
tnains au XVI'' siècle et en arabes au XVH". Il n'y a aucun signe de 
rappel pour les quaternions. Les pages mesurent 208 millim. en hau- 
teur et i<)2 en largeur ; les lignes sont légèrement tracées à la pointe. 

Les ff. 1-6 renferment le Calendrier ; il contient bon nombre d'ad- 
ditions à celui t/u Coutumier : — Jan. i, Clari abbatis {addition 
poster.). 23, Benardi {sic)...\ 26, S. episc. et c. 31, T... Achillei. — 
Febr. 6, A. e. et c. — Apr. 20, Marcelli episc. et c. 23, F... 
Achillei. — Mayus. i, Andeoli mart. 11, M. et Mayoli conf. 23, 
Desiderii atque Desiderii mart. — Jun. 6, Claudii episc. et conf. 
{add. post.). 7, Sirie virginis {a. p.). 8, M... et c. 16, Ferreoli et 
Ferrucionis mart. 28, Hyr. et s. ejus m. 30, Marcialis episc. et conf. 
— JuLL. 16, Donnini mart. 21, Victoris mart. — AuG. 5, D-acio e., 
Venancii episc. 8, Severii conf. 12, Invencio r. Valent, ecclesie. 18, 
Donati conf. 19, Ludovici conf. 20, Philiberti abbatis et conf. 21, 
Privati episc. et mart. 27, Cesarii episc. et conf. 28, Juliani mart. 
31, Paulini episc. et conf. — Sept. 19, Ferreoli mart. 23, M. et s. e. 
24, U. e. — OcT. I, Germani et Remigii, episc. et conf. 2, Leode- 
garii mart. 5, A. e. et c. 6, Fidis v. 12, Octava sancti Appollinaris. 
13, Geraldi conf. 17, Florencii episc. et conf. 25, Frontonis episc. 
et conf. 26, Vedasti et Amaudi (/. Amandi), episc. et conf. 29, Theu- 
derii abbatis. — Nov. 7, R. e. et c. 10, Georgii episc. et conf. 14, 
R. e. et c. 16, Galle v. et mart., Eucherii episc. et conf. 17, Aniani 
episc. et conf. 18, R. et T. m. 19, S., E. et F. m. 27, Maximi episc. 
et conf. 29, Saturnini et S-i mart. — Dec. 17, L. e. et m. 29, T. e. et c. 

Auf° j r" commence le propre du temps : Dominica prima adventus 
Domini sequitur officium. Ad.... L'initiale de ce dernier mot forme 
une délicate peinture lie 55 mill. carrés. Elle est divisée en deux com- 
partiments : en haut, le Christ à mi-corps, tenant de la droite sa croix 
et de la gauche un livre; en bas, les armes du donateur du livre, 
Guillaume bâtard de Poitiers : d'azur, à six besants d'argent, posés y, 
2 et I , avec deux bâtons de gueules en brisure, au chef d'or {on les 
trouve encore aux ff. ^i v" et 79 r"). Le texte est écrit en lettres rondes 
à longues lignes, au nombre de 28 par page, sur une juslijicalion de 
755 mill. sur i décim. Les rubriques sont en vermillon. Les initiales 



DU DAUPHINÉ : VALENCE. 185 

des introïts, oraisons, épîtres, évangiles, secrètes et postcommumons 
(compléta) occupent la hauteur de deux lignes et sont alternativement 
rouges sur fond bleu et vice versa. Les graduels, offertoires et commu- 
nions sont en moindres caractères que le reste. De grandes initiales, 
diversement ornementées, toujours entourées de fleurs, se trouvent aux 
ff. g V" (Noël), 16 r° (Epiphanie), jy r" (Pâques), 41 v" (Ascension), 
4j r" (Pentecôte), 79 r° (canon), 84 r° (sanctoral), 97 r'' (Purifica- 
tion), 124 r° (commun des saints) et lyy r" (défunts). Ces offices ne 
renferment aucune prose. 

F" Ixx r" : § Per adventum dicitur officium béate Marie ut sequi- 
tur. — F° Ixxiij r° : ^' Régula de missis solennibus sancte Crucis 
tempore Paschali, diebus veneris, officium. — F" Ixxiiij r" : Gloria... 
Credo...; v" : ^ Officium béate Marie feria ija XL' (quadragesime). 
— F" Ixxvj, préfaces de Cruce, apostolorum, béate Marie, commuais 
(d'autres propres sont insérées dans l'office même). 

Auf° Ixxviiij r° est une grande miniature représentant le crucifie- 
ment, suivant la forme traditionnelle pour le canon de la messe ; on 
pourrait signaler dans celui-ci plusieurs différences avec le romaifi. 
Après la 2" des oraisons qui précèdent la communion : Item duas 
sequentes, si velit : Salve, sancta caro Dei ; et : Mià (=: Anima) 
Xpisti, sanctifica me, etc., prière bien induement attribuée à saint 
Ignace de Loyola (i). — F" Ixxxiij r" : § Explicit ordinacio misse. 

F° Ixxxiiij r" : Incipit proprium sanctorale. Nicholay episcopi et 
confessons, officium. — A la Purification on lit cette rubrique (f" c)0 
v°) : Hic aspergantur cerei aqua benedicta et thure adoleantur, et 
post illuminentur de igné noviter excusso de lapide, et dum illumi- 
nantur dicatur antiphona.... 

F° cxxiij V" : Incipit commune sanctorum non habencium officia 
propria. In vigilia unius apostoli.... — F° cxxxj r° : Missa beati 
Augustini in honore béate Marie et omnium sanctorum et autres 
diverses. — F" cxxxiij r" .• § Incipiunt misse pro deffunctis fidelibus, 
qui finissent auf° cxxxvj v°; au r° du suiv. on en a ajouté (XV"" s.) 
deux autres pro episcopo vel sacerdote et pro infirmis. 

F° cxlj v" (en gothique) : Cest missel a donné Guillaume Bastart 
de Poictiers, seigneur de Barri et de Soyans (2), a la chappelle de 

(i) Cf. V. Baesten, Une inscription latine à Séville [antérieure à ij6ç] et la 
prière « Anima Christi » dans les livres d'heures du moyen âge, dans les Précis 
historiques cfe Bruxelles, 1883, 2= sér.,t. XII. p. ô-^o-^y, grav. 

(2) Charles de Poitiers, seigneur de Saint- Vallier, avait eu cet enfant naturel sur 
Bull. Vif, 1887. 14 



l86 MSS. ET INCUNABLES LITURGIQUES 

Seint Andrieu en chappitre a l'esglise de Seint Apolenar de Valence, 
pour dire la messe qu'il a fundée en la dicte chappelle a tousjours 
mais. La quielle messe se doit dire tous les jours incontinent apprés 
que la messe de l'aulbe est dicte. Et tous les lundis de la semmaine 
le recteur de la dicte chappelle ou le chappellein qui chantera, apprés 
qu'il aura dit la messe, il doit aller faire unne visitacion ou remen- 
brance sur la tumbe de très rev(erjend père en Dieu messire Jehan 
de Poictiers, jadix evesque de Valence et a présent arcevesque de 
Vienne (i), davant le grant autel de la dicte esglise de Seint Appo- 
lenar. Et le jour du Corps de Dieu ou la octave apprés, le dit 
recteur est tenu de dire unne messe a nocte pour tous les confrères 
de la confrérie du dit Corps de Dieu de Valence, qui en sont et qui 
en ont esté et qui jamais en seront ; et ycellui jour doit mectre ung 
povre en la dicte confrérie au lieu du dit fundateur, affin que le dit 
povre prie Dieu pour lui et pour les confrères, et de ce est tenu le 
dit recteur de payer einssi qu'ilz font de coustume tous les ans. Item 
plus, le maniglier de la dicte esglise, qui que soit, est atenu de 
sonner la cloche que le dit fundateur a donnée pour sonner la dicte 
messe, la quielle cloche est assise dessus le clostre de la dicte église; 
et la doit conmenser de sonner le dit maniglier des le Pater noslcr 
de la messe de l'aube jusques ycelle messe soit dicte : et pour ce 
faire le dit maniglier a tous les ans ung florin de pension. Et tantost 
apprés que la messe de l'aulbe est dicte, le chappellein qui doit dire 
la dicte messe fondée en la chappelle de Seint Andrieu se doit re- 
vestir et aconmenser sa messe : et ce tous les jours perpétuellement. 
Car pour ces charges faire le dit fundateur a donné rentes et pen- 
sions, comme il appart par les instrumens sur ce faitz, receux par 
la mein de maistre Dumenche Syrot, notaire de Valence, le 
l'an mil quatre cens sinquante. 

Au-dessous {écriture du temps) : f Iste liber pertinet a me Fran. 
Collombier, canonicum et precentorem ecclesie Sancti Apolinaris 
Valentie, ce viij" novembre 1609. F. Collombier. 

ses vieux jours d'une domestique, à Romans. Guillaume moin ut, très âgé, entre le 
2 nov. /•/90 et le 26 juin sniv. (ANSia.Mi:, Ilist. gcncal. de la maison de France, 
lyjO, L. Il, p. nj<j-20()). 

(1) Jean de Poitiers avait clù liansféic du siège de Valence â celui de Vienne en 
/,;^/7 (Mystère des Trois Doms, p. 76,/, n. 2); il niouiul le S nov. 1 IS' cl fut 
enterré dans la cathédrale de \'alence (Anski.mi-, o/^. t-/7., p. i<)'))- San père, par son 
testament du 18 mars /.//", /;/; avait recommande (hulhunuc. lui cnjdii^nanl de 



DU DAUPHINE : VALENCE. I«7 

At( v° (/" cxlij) : Ex bibliotheca domini Joannis Challeraci, sacras 
theologias doctoris et decani in universitate Valentise, necnon eccle- 
sice collegiatae Divi Pétri Burgi canonici , xij kalendas martii 
M. DCLXVI. 

La même main a inscrit sur le f. de garde {en parchemin) : Missale 
PERANTiQUM SECUNDUM usuM ECCLESLE Valenti.'E, titre reproduit au 
dos de la reliure inodernc (janséniste, en maroquin noir): le relieur a 
ajouté an-dessous : Codex mss. XV""" sœculi. 

3° Missel de 1504. 

C'est ejicore dans le cabinet de M. Eug. Chaper que se trouve ce 
rarissime incunable, dont on ne connaît que deux autres exemplaires : 
celui de M. de Terrebasse (i) et celui du Musée Britannique, à Lon- 
dres (2). Le xecfiiiXtov de M. Chaper a l'incomparable mérite d'être 
imprimé sur vélin ; l'heureux possesseur actuel l'a fait recouvrir d'une 
belle reliure en maroquin noir gaufré, à deux fermoirs. 

Les pages mesurent 266 millim. en hauteur sur 18^ de large; l'im- 
pression, en rouge et noir, à 2 colonnes (leur justification a 2/5 mill. 
de haut), est en lettres rondes, de deux corps différents. Le plain-chant 
est Tioté à l'ordinaire. 

A la suite de deux feuillets blancs : § Missale ad usunz ecclesie Valen- 
tinenszs. | peroptime ordinatu;n compleiujn ac diligen|ti cura emen- 
datu»i. Cum additione plu-jriu;;? missaru??? scilicet. Uisitationis 
béate ma|rie. Transfigurationis domini nostri | iesu xpist'i. De quin- 
que plagis. De nomine | iesu. Mortalitatz's vitande. De peccatis | Ac 
sancioriwi Anthonii. Claudii. Lazari. | et Rochi. Cum pluribus alijs 
in locis 1 propriis, Ac ectiam cum henedlctionibus Kamorum | domi- 
nica in palmis. Cerei. Fontiu;??. Sab-lbato sancto et in vigilia pen- 
thecostes | Candelaru;». Jn die purificatzonis béate | marie faciendîs. 
Cum cantu et notulis | in locis suis necessariis. — Au v" : Régula... 
Rubrica... Versus : 

le faire étudier jusques à l'âge de douze ans, et de l'envoyer ensuite en Allemagne, 
avec un valet et deux chevaux, pour y apprendre la langue Teutonique (p. 200). 

(i) Décrit par Brunet, Manuel cite, t. III, c. i//]. 

(2) Cf. W. H. lac. Weale, Bibliographia liturgica : Catalogus Missalium ritus 
latini ab anno M.CCCC.LXXV, impressorum, Londini, 1886, pet. in-^", p. 212. 
L'auteur mentionne en outre un Missale Valentinense daté de i^go, qu'il na pas vu 
personnellement : peut-être concerne-t-il, comme celui de 1^28 qu'il décrit après le 
nôtre de 1^04, l'église de Valence en Espagne. 



l88 MSS. ET INCUNABLES LITURGIQUES 

Per dominum dicas, Patrem dum presbyter oras (6 vers). 
Notabilia carmina dilig-enter cogitanda : 

Tu quicumquc velis missam cantare sacerdos (/o vers). 

Les si.x [f. suivants sont occupés par le Calendrier, qui offre sur les 
précédents cette addition : Jan. io, Petroni episc. et conf. — Au bas 
de février : Bisextum sexte martis tenuere kalende, 

Posteriori die celebrabis festa Matthie ; 
Tune (com}ne p, lyS)... mi. e. A.p.c.p. D. 

Au /"" suivant : Exorcismus salis et aque. 

F° i : ^]n notnine sanctissime trinitatis pa/ris j et fîlii et spiritns (i) 
sancti amen. Jncipit ordo j missalis secundum ecclesie Valentinensis 
vsum I Et primo missarum officia tam dominicalium quam ferialium 
per totum anni circulum. Dominica prima adventus Domini, offi- 
cium. — La Letania (/" c.lxxij, par erreur pour c.lviij) offre les mêmes 
noms que le Coutumier, sauf l'omission de saint Avit. — F" c : § Ex- 
pliciunt do?7n"nicalia officia | ac ferialia totius anni. 

§ Jncipit ordo sacerdotalis qua-jUter sacerdos se débet habere ad 
mis-|sam celebranda;??. iVimomundet conscientiam suam per veram 
confessionem, juxta illud Esaye. i. Entre les (]'. c.iiij et cv. se trouvent 
deux feuillets non paginés ; au revers du second est gravée la scène 
du crucifiement comme dans le Missel précédent. — Le v" du f° c.viij 
est blanc. 

F° c.ix : § Jncipit sanctorale siue proprium | sanctorum. § Et primo 
in festo sancti Stephani prothomartiris, olficium. — Chaque ojjîce a 
pour initiale une lettre de la hauteur de 4 lignes, en blanc sur fond 
noir. — F" c.lviij v° : § Finit sanctorale. 

§ Jncipit commune sanctovum noti habentium offic(za) p?olpria. — 
Viennent enfin dijjérentes messes, entre autres : ( /'" c.lxviij v") Missa 
qainque vulnerum Christi devotissima, quam ut fertur habuit per 
revelationem beatus Gregorius, etc.; (/" c.lxx) Missa de dulcissimo 
nomine Jesu, unde papa Bonifacius dédit tam dicentibus quam au- 
dientibus tria milia annorum indulgentie, etc. 

I-"" c.lxxij h : Missale ad vsum valentinenszs | ecclesie peroptime 
ordinatu?n ac | completuni. Explicit Jmpressu/n | valcn//c. per Johan- 
ne;;? bclon im-lpressorc;?7. Anno natiuitatis domim \ millesimo quin- 

(i) L'imprimeur Jean llelon, mauijuanl de Tu sni monte d'un trail d\ihrèviation, 
l'a invariablemeitl remplacé par /'n avec le même signe. 



DU DAUPHINÉ : VALENCE. 1 89 

gentesimo quar|to. ix. kalendas ianuarii (2^ déc. i^o^). Deo Gratias. 
— Au-dessous devait se trouver la marque bien connue de Jean 
Belon (i) ; une déchirure à cet endroit de l'exemplaire de M. Chaper 
ne permet pas cependant de lajjïrmer avec certitude. — Suivent deux 
feuillets blancs. 

(i) Brunet, op. cit., t. V, c. 606. 

(La suite au prochain numéro). 

Ulysse Chevalier. 



HISTOIRE RELIGIEUSE 



PONT-EN-ROYANS 

(ISÈRE) 
(Suite) 



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Le temps, ce puissant auxiliaire des révolutions, des change- 
ments, n'exerça ici qu'une action bien faible et bien lente ; car au 
commencement de la Révolution, les propriétaires, les habitants de 
la campagne refusaient d'amener leurs bestiaux aux marchés du 
Breuil: cette place publique avait servi de cimetière en tout ou en 
partie, et était pour eux une terre bénite, qu'ils ne voulaient pas 
profaner (i). 

Encore régie par les religieux antonins en 1774, date où le R. P. 
Fraisse était prieur et curé du Pont, la cure subit une modification 
importante à l'occasion de l'union de l'ordre de St-Antoine à celui 

(i) Vincent, op. cit., p. 114-6. — Le nouveau cimetière, situé en dehors et au 
couchant de la ville, a été abandonné à son tour, vers 1860, pour faire place à 
l'actuel, situé au pied de VEsserenne, vers la limite du territoire de Saint-André. 



190 HISTOIRE RELIGIEUSE 

de iMalte, consommée en 1775. L'acte de cette union portait que le 
patronage des bénéfices antoniens appartiendrait aux évêques de 
leurs bénéfices respectifs. Aussi, après frère Philibert Fraisse, en- 
core curé du Pont en 1778, la cure passa à Etienne Chalvet, prêtre 
séculier, à qui, ainsi qu'à son vicaire, les religieux décimateurs assu- 
raient un traitement convenable, sans s'immiscer dans l'administra- 
tion ni dans la juridiction spirituelle de la paroisse. 

Comme l'ordre de Malte refusait de fournir pour logement à M. 
Chalvet les vastes bâtiments du prieuré dont on pouvait tirer un 
revenu sérieux en l'affermant, le curé obtint du Parlement en 1782 
une ordonnance lui donnant recours sur la commune. Celle-ci récla- 
ma contre Malte, et de là un procès qui aboutit à la cession par 
cet ordre d'une vieille maison dépendante de son enclos et pour la 
restauration de laquelle la commune donna 2,000 livres. En septem- 
bre 1790, les parties se renvoyaient encore l'honneur de payer les 
frais de procédures. 

Il paraît que M. Chalvet traversa bravement les orages de la Ré- 
volution. Lui ou un autre prêtre du même nom était curé du Pont 
en 1797 (ij. Mais indiquons, surtout d'après M. Vincent, quelques 
faits de cette période malheureuse. 

Aux cris de pat? te et d'indépendance jetés de toute part en 1789, la 
population de Pont-en-Royans répondit en créant une garde natio- 
nale composée de quatre compagnies et dirigée par des hommes 
importants. « Parmi les officiers supérieurs de la nouvelle milice, on 
remarquait M. Bellier, trésorier de France, seigneur de Prêles et de 
Champeverse, colonel ; M. Pierre-Joseph Thézier, lieutenant- 
colonel, et M. Jean-Jacques Terrot de la Valette, ancien lieutenant- 
général d'artillerie, major. Un corps de garde fut établi près de cha- 
que porte » de la ville. 

« lin 1790, les gardes nationaux envovèrent à Saint-A'larcelin une 
députation nombreuse, qui assista, le 2 février, à la fête de la fédé- 
ration, et jura en leur nom qu'ils sauraient mourir pour le roi et la 
Constitution. 

" Le 7 septembre de la même année eut lieu dans l'église parois- 
siale une cérémonie où les l^onlois manifestèrent ce qu'il y avait 
d'ardent, de généreux et de sympathique dans leurs sentiments. » 
Ayant appris la mort d'un corps considérable de gardes nationaux 
sous les murs de Nancy, ils firent célébrer un service solennel pour 

(i) Arch. diverses; — Vincent, op. cit., p. 116. 



DE PONT-EN-ROYANS. ICI 

le repos de leurs âmes. M. Lagier de Vaugelas, vicaire-général de 
Die, fui chargé de l'oraison funèbre, et s'en acquitta avec un talent 
remarquable ; « ses paroles, religieusement écoutées, émurent tous 
les cœurs et réveillèrent l'amour sacré de la patrie. La municipalité 
reconnaissante vota des remercîments à l'orateur, et le pria de lui 
remettre une copie de son discours, pour qu'il fût conservé dans les 
archives de la ville. » 

Jusque-là tout était bien ; mais, hélas ! des scènes d'un autre 
genre devaient écœurer tous ceux que n'enivrait pas cet amour de 
la nouveauté que César avait surtout remarqué dans notre chère 
patrie. Sans trop nous arrêter à ces assemblées primaires, et à ces 
élections qui, malgré leur caractère essentiellement profane, avaient 
lieu tantôt dans l'église paroissiale, tantôt dans la chapelle des Pé- 
nitents, passons à ce décret inique de l'Assemblée nationale qui con- 
damnait au feu nos monuments écrits. A Pont-en-Royans, les fer- 
vents /)a^rîo/es se chargèrent de son exécution. Tous les papiers des 
archives ayant trait à la féodalité et aux ordres de St-Antoine et de 
Malte, furent amoncelés sur un bûcher dressé sur la place du Bas- 
Breuil, dite alors la Place d'armes, et brûlés en présence des officiers 
municipaux. Cet acte de vandalisme n'était d'ailleurs que le prélude 
d'autres actes plus stupides et non moins déplorables. 

Après avoir poursuivi et immolé les ministres de la religion, les 
démagogues français décidèrent l'anéantissement du christianisme 
même. Le lo novembre 1793, un décret annonçait que la religion ca- 
tholique était abolie et remplacée par le culte de la Raison. Une des 
premières conséquences de cette abolition était le dépouillement des 
églises, qui, devenues temples décadaires, ne devaient offrir aux re- 
gards rien de ce qui peut frapper les sens. Au Pont, le beffroi conte- 
nait 4 cloches. La plus pesante était de 282 livres ; la seconde, de 
198 ; la troisième, de 169. On enleva ces trois, sous prétexte d'en 
faire hommage à la patrie; on ne laissa que la plus petite. 

Le 9 nivôse de l'an 2 (29 décembre 1793J, PfJ'J'" célébrer la prise- 
de Toulon sur les Anglais, les Pontois assistent à un banquet dit 
fraternel, mettent le feu à quelques méchants fagots, puis entonnent 
la. Marseillaise et quelques hymnes patriotiques. Une illumination 
obligée termina la soirée. 

Une réunion d'ardents patriotes, connue sous le nom de Sociale 
populaire, tenait ses séances dans l'église du Pont, transformée en 
temple de la Raison, le 21 ventôse de l'an 2(11 mars 1794). Inutile 



192 HISTOIRE RELIGIEUSE 

d'ajouter que là se voyaient pour tous ornements une tribune d'où 
tombaient des harangues passionnées, et un autel où montait, aux 
fêtes sans-culotides, une femme vêtue du bonnet phrygien. D'ail- 
leurs, pour tout changer, même les noms les moins religieux et les 
moins féodaux, Pont-en-Royans devint et resta plusieurs mois 
Pont-sur-Bourne. 

Cependant, tout sentiment noble et généreux n'était pas éteint 
dans l'âme de ses habitants. En 1794, le département de l'Isère 
ayant offert à la république un vaisseau tout équipé, ils y contri- 
buèrent pour la somme de 862 francs ; c'était beaucoup. Là ne s'ar- 
rêta pas leur zèle : comme les soldats de l'Etat manquaient de 
chaussures, ils en firent confectionner un très grand nombre ; on les 
fabriquait avec une activité qui témoignait de l'empressement des 
ouvriers, et on les apportait à la commune au retour de chaque dé- 
cade. Jusque-là tout était bien. Mais le mieux devint l'ennemi du 
bien. La tendance de quelques Pontois à une perfectibilité outrée 
amena un curieux combat. Pendant que leurs frères se battaient 
en héros dans les plaines de l'Italie, eux se prirent à disputer sur la 
forme que devaient avoir les souliers destinés aux soldats républi- 
cains ; les uns les voulaient ronds, les autres les voulaient carrés. 
Cette querelle eut pourtant une solution pacifique, grâce aux con- 
quêtes des armées françaises. Nos braves trouvant dans les capitales 
de l'Europe assez de bottiers pour les chausser, la générosité et la 
discussion de ceux de Pont-sur-Bourne perdirent leur raison 
d'être (i ). 

Pendant ce temps, où était le clergé du Pont ? Nous en savons 
seulement ceci. Au commencement de 1793, ^'^ culte public était 
aboli au F^ont ; mais un prêtre courageux et zélé, l'abbé Célestin, y 
fit bientôt quekjues fonctions saintes en secret. Ainsi il y était, caché 
chez les sœurs b'ontaine, quand l'auteur de la Notice sur la famille 
Terrol, né le 20 mars 1795, fut baptisé P'^^'' ''^'' ^^ 4 juillet suivant (j). 
Ii!n 1797 la tempête eut des moments de calme; en lévrier de cette 
année « Monsieur le curé Chalvet, du PoiU-cn-Royans », fit audit 
lieu les publications d'un mariage que M. Darène bénit en règle à 
Echevis, le 27 dudit mois (3). 

Au retour définitif de l'ordre, le Pont, ciuoique amoindri, conser- 

(i) Vincent, op. cit., p. i 18-2.4. 

(2) Notice cit., p. 66. 

{-]) Arch. de l'éf^libc d'Echcvis, reg. de calholicilc. 



DE PONT-EN-ROYANS. 



193 



vait cependant quelque chose de sa supériorité sur les communes 
voisines. Il était chef-lieu d'un canton composé des communes de 
Choranche, de Prêles, de Rencurel, de Châtelus, d'Auberives, de 
Saint-Just-de-Claix, de Saint-André, de Saint-Roman, de Beauvoir, 
d'Iseron et de Saint-Pierre-de-Cherènes. Au point de vue ecclésias- 
tique, il était desservi par un curé de seconde classe, auquel ont été 
ordinairement confiées depuis la dignité et les fonctions d'archiprêtre 
de tout le canton. 

Parmi les ecclésiastiques qui ont occupé le poste, nous connais- 
sons MM. Gélinot, Juvenet, Boyoud (devenu en 1859 curé-archi- 
prétre de Morestelj, Garcin et (depuis 1864) Seymat, curé actuel. 

Grâce à l'intelligence et au zèle pieux de ce dernier, l'église du 
Pont, sans avoir les proportions ni la beauté d'un monument archi- 
tectural, est du moins propre, bien tenue et pourvue d'ornements et 
de vases sacrés fort convenables. Elle se compose d'une nef princi- 
pale, terminée au levant par un chœur ou sanctuaire rectangulaire, 
et d'une petite nef ou suite de chapelles communiquant les unes 
avec les autres dans toute la longueur et au nord de la nef princi- 
pale. Le tout reçoit le jour par une série de fenêtres percées dans le 
mur méridional. 

La population qui n'a guère varié depuis le XVIII'' siècle, se com- 
pose seulement de iioo âmes ; mais tous y sont catholiques ; une 
seule famille y pratiquait naguère le culte protestant, elle s'est éteinte 
depuis une vingtaine d'années. 

V. — Chapiclles extérieures. 

Outre les chapelles établies dans l'intérieur de l'église et dont 
nous avons parlé, on trouvait encore au Pont celles de Sainte-Anne, 
de la Ste-Vierge, de Notre-Dame de Grâce, de Saint-Claude et 
des Pénitents, Voici nos renseignements sur chacune d'elles. 

Sainte-Amie. — Dotée par Guignes Cogne, curé de Saint-André, 
elle avait en 1484 Jean Cogne pour chapelain. Le 7 mai de cette 
année, Jeanne Chaléon y fondait un anniversaire avec pension an- 
nuelle d'un florin, au cas où Guillaume Chaléon, son frère, ne fon- 
derait pas la chapelle par lui projetée. Puis, en 1497 nous trouvons 
Sainte-Anne à la présentation des héritiers de Guignes Cogne son 
fondateur. 

Les biens dont elle fut dotée lui restaient encore après les guerres du 
XVP siècle, du moins en partie ; car en 1625 le « terrier de Chaléon » 



194 HISTOIRE RELIGIEUSE 

portait « la maison de la chapelle Sainte-Anne, » alors possédée par 
Claude et Jean Cogne. Dès 1678 elle était desservie, S'multané- 
ment avec celle de Saint-Claude, par les Antonins, qui retiraient à ce 
titre, de toutes ensemble, la somme annuelle de 38 livres 19 sous, 
somme portée à 39 livres Tannée suivante. Mais on lit dans un Etat 
de la maison de St-Antoine du Pont, de mai 17 17 : « Il y a dans les 
états précédents 32 livres énoncées pour messes de fondations des 
chapelles de Ste-Anne et St-Claude, auxquelles nous ne satisfaisons 
plus, parce que M. Chaléon, qui en est recteur, n"a pas voulu enten- 
dre à faire faire les réparations nécessaires dans la chapelle de Ste- 
Anne, où il manque une vitre et l'autel n'est pas décent pour y pou- 
voir célébrer. Mg-r l'Evêque de Grenoble, faisant sa visite en avril 
171 5, aïant delfendu de célébrer la Ste-Messe dans la susdite chapel- 
le de Ste-Anne, si M. Chaléon n'y faisoit faire les réparations néces- 
saires ; » M. Chaléon en a été averti, mais « il a répondu qu'il satis- 
feroit luy-mème auxdites messes. » Du reste, M. Chaléon « ne 
payoit que 6 sols de rétribution par messe, et souvent nous tirons » 
6 sols 6 den. et même 7 sols pour d'autres messes (i). 

La Sainte-V^iergc. — Il y avait dans le château du Pont {in/'ra 
caslrum dicti loci) une chapelle dédiée à la Sainte-Vierge (bcata; 
Maria;}. Elle existait en 1497, comme le constate le grand pouillé du 
diocèse de Grenoble, mais était alors dépourvue de dotation et de 
recteur (2). Elle dut périr pendant les guerres du XVl'' siècle. 

Notre-Dame de Grâce. — Apparemment distincte de la précéden- 
te, cette chapelle, élevée au quartier de Villeneuve (Ville nove Pon- 
tis), avait déjà été l'objet d'une fondation faite par Antoine Cybert et 
était desservie par lui, en 1506. On y célébrait alors journellement la 
sainte messe et d'autres divins offices. E^tienne Déliquat dit lîronde, 
habitant de Villeneuve, y fonda, le i" décembre de ladite année, 
pour le repos de son âme et de celles de ses parents et bienfaiteurs, 
13 messes par an à perpétuité. Il constitua pour cela une pension 
annuelle de 15 gros, hypothéquée sur sa maison de N'illeneuve joi- 
gnant le rocher de Barret au levant, et rachetable au capital de 25 
florins petite monnaie. 

Saint-Claude. — Cette chapelle, sous le vocable d'un saint invo- 
qué contre la peste, doit peut-être son origine au fléau terrible qui 
commençait en mai 1484 à sévir horriblement au Pont. l'^n tout cas, 

(1) Arch. delà Dr., fonds de Stc-Croix ; — .Marion, op. cit., p. 360. 

(2) .Marion, loc. cit 



DE PONT-EN-ROYANS. 195 

la chapellenie de Saint-Claude figure dans un acte de 1503 comme 
donataire éventuelle d'une pension de 2 florins par an fondée par 
Mathieu Chaléou, sacristain du Pont. Plus tard, en 1551, Mathieu 
Chaléon, religieux de St-Antoine, prieur de Vassieux, habitant au 
Pont, étant vieux et infirme, faisait son testament. 11 y ordonnait 
que, sitôt après son décès, on habillât son corps « selon Testât et 
qualité de la personne et l'ordre de ladite religîX)n ; item plus, que, 
avant que porter sondict corps à l'églize, » fût « dict le psautier par 
les religieux du prieuré dud. Pont de Royans, ainsy » qu'il était de 
« coustume, » et qu'ensuite on donnât à chacun desd. religieux, 
avant le départ de la maison, 3 « sols tournois tous comptant. » 
Quant à sa sépulture, le testateur veut qu'elle se fasse « en la cha- 
pelle de St-Claude, par luy fondée vers la croix des Rameaux dud. 
Pont de Royans, audevant de l'autel, en la chambre qu'il a faict nou- 
vellement fere. » 

Cette chapelle et ses biens eurent beaucoup à souffrir de la part 
des huguenots, car en 1677 le prieur du Pont reprochait à ces der- 
niers de s'être «emparés d'un champ qui appartenait à la chapelle de 
St-Claude, dont on voyait encore alors « les vestiges. » Le lieu en 
conservait encore le nom ; mais les huguenots s'en servaient « pour 
enterrer leurs morts, » en suite d'une permutation qu'ils en avaient 
faite, quand ils étaient maîtres au Pont, aveq une partie du cimetière 
de la paroisse où ils se enterroient. » Aussi le prieur demandait-il 
qu'on les obligeât à rendre le petit champ de St-Claude et à en re- 
bâtir la chapelle telle qu'ils l'avaient trouvée. 

Rien ne nous prouve que ce prieur ait obtenu ce qu'il demandait. 
Seulement, nous avons vu que de 1678 à 1715 M. Chaléon, patron 
de St-Claude comme de Ste-Anne, en faisait acquitter le service par 
les Antonins ; mais que depuis, ce M. Chaléon dit qu'il satisferait 
autrement aux messes dont se composait le service (i). 

Chapelle des Pénitents. — Il y eut au Pont à partir de 1642 une 
confrérie de « Pénitents de l'ordix du St-Sacrement. » Antérieure- 
ment à 1675, cette confrérie eut sa chapelle particulière, ou se célé- 
braient ses offices particuliers en 1676, 1679, ^^ sans doute plus tard. 
Elle était située au-dessus de la place du Breuil, vers la salle de la 
justice de paix, c'est-à-dire à l'emplacement depuis longtemps occupé 
par la maison d'école (2). 

(i) Arch. et fonds cit. 

(2) Ibid. ; ViNCKNT, op. cit., p. 96-7 ; — Notice... Terrot, p. 15. 



196 HISTOIRE RELIGIEUSE 

VI. — Confréries. 

De toutes les confréries qui ont pu exister au Pont, nous ne 
connaissons que les suivantes : 

Confrérie des Pénitents du Très-Saint-Sacrement . — « La confré- 
rie des Pénitents, établie à Pont-en-Royans, depuis un temps immé- 
morial, parvint, » dit M. l'abbé Vincent, « à se reconstituer en 1642 ; 
elle avait sa chapelle particulière, ses offices, ses revenus et son 
chapelain. La foi des Pontois qui n'avaient point embrassé l'hérésie 
se conservait vive et pure, et presque tous, aux jours de fête et de 
solennité, se revêtaient de l'habit du gonfalon. » Voici quelques dé- 
tails sur cette confrérie, sur ses membres et sur son service. 

Le 7 juin 1676, le Révérend Père Jacques Petichet, religieux de 
l'ordre de St-Antoine et prieur du prieuré du Pont, et le Rév. Père 
Guillaume Autin, aussi religieux dud. ordre « procureur et curé 
au couvent dud.prioré », firent la convention suivante avec « les sieurs 
Bonnet, recteur, et Gaspard Allemand, vice-recteur de la confrairie 
des confrères pœnitents de l'ordre du St Sacrement du Pont en 
Royans, » assistés des sieurs Léonard Bodoin, François Didier, 
Antoine Lamberton, Claude Buisson, Pierre Giroud, Jean Joannes, 
Jean Faure, Just Terrot, Pierre Albert, Pierre Jordan, Claude Gar- 
nier, Nicolas Michas, Pierre Michol, Claude Mathieu, Pierre Flater, 
Jean Jourdan, Pierre Terrot, Just Buisson, François Faure et plu- 
sieurs autres confrères. Lesd. prieur et procureur s'engagèrent à 
dire ou faire dire une messe tous les troisièmes dimanches de cha- 
que mois, le Jeudi-Saint, et les jours de la Pentecôte et de la Fête- 
Dieu, dans la chapelle desd. Pénitents, et ce pendant trois ans 
ayant pris leur commencement aux Pâques dernières, moyennant la 
somme de 9 livres par an que payeraient Icsd. confrères. L'acte fut 
fait dans la chapelle même de la confrérie. 

Par suite, les états du prieuré de 167S et 1679 portent parmi les 
revenus de la maison la somme annuelle de 8 livres (et non de 9;, 
provenant des messes, c'est-à-dire du « service de la chapelle des 
Pénitents. » Mais ce service était sans doute modifié au XV'llF siècle, 
puisque les états de 17 17 et années suivantes ne spécifient rien à son 
sujet. 

llélas ! s'écrie avec raison M. Vincent, pourquoi le spectacle 
consolant, et édifiant de cette société « ne nous est-il plus donné 
aujourd'hui > l^a confrérie n'existe plus ; cette institution si populaire 



DE PONT-EN-ROYANS. 197 

et en si grand renom est tombée, comme tant d'autres, sous les 
coups de la révolution de 89, et rien n'est resté pour en perpétuer 
le souvenir » (i). 

Confrérie du Saint-Rosaire. — Depuis déjà longtemps une confré- 
rie a été organisée au Pont sous le vocable du Saint-Rosaire, en fa- 
veur des dames mariées ou veuves de la paroisse. Elle prospère et 
fait le bien aujourd'hui, grâce au zèle éclairé du curé actuel. 

Confrérie de l Immaculée-Conception . — Cette confrérie, fondée par- 
ticulièrement pour les demoiselles de la paroisse, continue de son côté 
à étendre le règne bienfaisant de la dévotion à Marie dans les âmes, 
à sanctifier ses propres membres et à édifier le public. 



Vil. — Institutions charitables. 

Outre les aumônes privées et transitoires faites aux pauvres et 
indigents par le clergé et les habitants du Pont, il y a eu dans cette 
localité plusieurs institutions de bienfaisance au.xquelles leur carac- 
tère de généralité ou de permanence donne un intérêt particulier. 
Nous connaissons les suivantes : 

Maladrcrie. — Les lépreux furent si nombreux en Dauphiné aux 
XIII% XIV" et XV" siècles, que la plupart des villes ou bourgs durent 
avoir à quelque distance un terrain destiné à leurs logements. Un 
inventaire des biens du prieuré nous apprend qu'en 1406 les Anto- 
nins avaient, entre autres fonds, une vigne d'environ 80 fessorées 
située en la maladerie et qu'ils possédaient en pur et franc alleu (2). 
C'est là une preuve que le Pont a eu sa maladrerie, et il est proba- 
ble que les religieux contribuèrent principalement à la fourniture de 
l'emplacement. 

Hôpital. — M. l'abbé Vincent donne ainsi l'origine de cet établis- 
sement : « La peste de 1485, en semant l'épouvante dans nos con- 
trées, révéla tout ce qu'il y avait de noble, d'héroïque dans les 
sentiments d'amour et de fraternité qu'inspirait la religion en faveur 
de ceux que le mal avait frappés. Beaucoup de personnes, dont la 
charité se ravivait au souvenir de tant de douleurs non soulagées, 
au spectacle de tant de souffrances méconnues, léguèrent en cette 
année des sommes suffisantes pour acheter des maisons où l'on 

(i) Vincent, op. cit., p. 96-7 ; — Arch. et fonds cit. 
(2) Arch. et fonds cit. 



198 HISTOIRE RELIGIEUSE 

recevrait les malades et les nécessiteux. De là l'origine de plu- 
sieurs hôpitaux. La fondation de celui de Pont-en-Royans se rat- 
tache à cette époque. Il doit, lui aussi, son existence à une libé- 
ralité provoquée par la présence de la peste. Le nom de ses pre- 
miers bienfaiteurs n'est point parvenu jusqu'à nous (i). » Bien 
que l'honorable historien cite les archives du Pont comme sour- 
ce du récit qu'on vient de lire, nous doutons que pour un mal 
contagieux et transitoire comme la peste, ont ait établit dans l'in- 
térieur du Pont un asile général devenu permanent. Quant à la date 
de l'érection, même incertitude. Voici tout ce que des renseignements 
positifs nous permettent d'affirmer. 

Par suite de la révocation de l'édit de Nantes en 1685, « les reve- 
nus de l'hôpital ou bureau de charité des protestants » du Pont « et 
les biens du consistoire devaient être frappés par la proscription; on 
les confisqua au profit de l'hôpital des catholiques, mais avec la 
charge de pourvoir aux besoins des pauvres et des nécessiteux cal- 
vinistes » (2). 

Cette réunion, des legs et dons nombreux et une antiquité déjà 
considérable de l'établissement nous expliquent parfaitement com- 
ment ce dernier avait atteint dès 1692 le revenu annuel de 300 livres, 
que lui attribue un « dénombrement des hospitaux, maladeries,.. de 
Dauphiné » rédigé lad. année (3). Ce chiffre, du reste, est bien petit 
à côté de celui de 4,000 livres auquel s'élevaient en 1734 les revenus 
du même établissement. Bien plus, ceux-ci furent constamment 
augmentés par des legs et des donations. Il est vrai que les charges 
croissaient aussi. 

Ces revenus « étaient régis soit par un syndic nommé conjointe- 
ment par la municipalité et par le curé, soit encore par une adminis- 
tration dont le curé était membre-né (4). » 

Quant à l'administration intérieure, on songeait vers janvier 1732 
à la confier aux sœurs Valenconi, Laprat et Paule, qui habitaient 
alors le Potit-en-Royans. Mademoiselle Garant fit son testament en 
faveur de ces religieuses en qui nous sonimcs tentés de voir des 
religieuses du Très-Saint-Sacremcnt de Boucieu-le-Roi. En tout 

(i) VrNCENT, np. cit., p. lo^-j. 

(2) Ibid. , p. I oj . 

(3) r.iWiolh. de r.rcnolilc, msx. de (hiy AII:nJ. l. VI, p. -13')-)') ; — Arcli. et 
fonds cil. 

(4) Vincent, op. cit., p. 10,4-5 ^ — Notice... Tcrrol, p. <)S-g. 



DE PONT-EN-ROYANS. 199 

cas, on trouve aux archives de la Drôme un « Mémoire » rédige vers 
1779 R pour Françoise Bourne, femme Lagarde, contre le syndic de 
l'hôpital du Pont-en-Royans en revendication des biens de Marie et 
Catherine Baty, religieuses dudit hôpital, et en annulation du testa- 
ment de Catherine, l'une d'elle (i). » 

De cet établissement, emporté par l'orage révolutionnaire, la mai- 
son seule est restée debout, avec son titre aujourd'hui mensonger 
d'hôpital. Elle avoisine la place du Breuil (2). 

Aumône et 2^" de la dîme. — De tout temps l'Eglise a consacré 
une partie de ses revenus à secourir les pauvres. Chaque bénéficier 
avait à accomplir à ce sujet un devoir sacré. Quelques ordres cepen- 
dant avaient été dispensés par Rome de ce devoir envers les pauvres 
des localités mêmes où étaient leurs bénéfices, afin de pouvoir mieux 
remplir les fonctions essentiellement hospitalières dont ils étaient 
chargés. De ce nombre était l'ordre de Saint-Antoine de Viennois. 
Néanmoins, les Antonins du Pont ne se dispensaient pas au XVI"* 
siècle de faire l'aumône régulière sur leurs revenus aux pauvres du 
lieu. Dans un arrentement des revenus prieuraux de ce même lieu, 
passé le 7 mars 1564, il est convenu, entre autres choses, que les 
« rent-ers » satisferaient, à la décharge des « credicteurs, » aux char- 
ges ordinaires du prieuré. Or, parmi « les charges ordinaires accous- 
tumées dudict prieuré du Pont, » avait été « de toute ancieneté » et 
était encore celle « de fere et donner une aulmonne de pain aulx 
pouvres dans ledict prieuré deuls foys chescune sepmaine de l'an, 
assavoir le dimanche et le jeudy. » Aussi les Antonins, ayant 
remarqué qu'on avait « obmis de fere ladicte aulmonne à la forme 
susdicte despuys quinze jours passés ou environ, se plaignirent, et 
le 19 décembre 1566, le bailli de Saint-Marcellin prescrivait que les 
« rentiers « ou leur caution eussent à continuer ladite aumône. 

Le compte du prieuré pour 1673 mentionne 10 sétiers d'ecossm/ 
donnés pour « l'aumosne chaque dimanche, à la porte, depuis la 
Toussaint jusque à Pasque. » 

(La fin au prochain numéro). 

L. FILLET. 



(1) Arch. du monast. du Très-Saint-Sacremenl de Romans, mémoires du P. 
Vigne. — Arch. de la Drôme, E, 22 |. 

(2) Vincent, op. cit., p. 105 ; — Notice.. .Terrot, p. 15. 



RECUEIL DES INSCRIPTIONS CHRÉTIEIES 



DU 



DIOCÈSE DE VALENCE 



(Suite) 



y. — Franchises féodales d'Etoile. 

NoveriNT \ UNiversi : LiTTerAS \ has \ insPECTz/?-i \ Quod \ 
ANNO : DomiNi ; M° ': ce" : xl° • un" | ix° | Kahendas \ march j 
NOS : Ademaru-s ; FiLiz/s ; com///.s ; V Ahcntinensis : Non \ cir- 

CUmVENTI \ NOJl ': SEDUCTI ; ALIQHA | FRAUDE : VCL ] DOLO • 

sed \ MKRA I T{et) [ spo/îtanea i volz<7ztate ] pure | simpi.îCî/t'R j 

Il 7(e/) : IRREVOCABILî'/eR : INTC?" ; UIVOS : D0NAA1»5 ; LAVDAMZ/.S : 

yfe/) : g(cojt)CEmM.us ; pcr : nos \ i{el) \ hcz-edes \ vcl \ succes- 
SORES : nos/ros : usqîïc i i7z \ uiFimrum \ omnmus \ uomini- 
uiis ': CAST?-/ : de j Stella ■ ^{cl) \ vaus \ MANDAMeuTi \ oui \ 

NUnC : I771MEDIATE ; NOS/RO ; DOmîNlO \ SVCJACEnT • ^(et) : IH j 
P0STERU7n • SVBJACEB?<«T ; OUJUSCUmOlie ; | | SExffS : SinT ; VCL ; 

Fue/TNT : nabiTAUTES [ vi j CASxro : Stelle ; 7(c/) : kjus \ 
MAttDAMcnTO ; ^(ct) ] Qui ; Ha/'rrABU7rr ] m ] futur»;?? \ -/(et) \ 

EORum ': 1IC?-EDIB?/S : SIUE ; SVCCESSORIBZ/S ■ Ha/nTA7?TIl',?/S [ 17? • 
D?C/0 : CAST7-0 ': ']{cl) \ EJ»S \ MA77DAMC77TO ; PLENISSIMA77? ; LlBCr- 
TATE/n : Vfc/) : I77?MVNITATE77? i AH \ 077?7?I \ EXACTI077E ; TOVTE ; 

7(e<) \ TALiiE \ 7(c/) \ Quis- \\ tk ; qvas ; nos i 7(e;) ; iicrEDES \ 

VCL : SUCCESSORES \ nos/ri ; r'OSSVMUS i VeL ■; POSSEMZi.S \ AC- 

Cipe7-E : 7(e/) ; ExiGcrE \ a : dictis \ womviinus \ 7(e/) -. hctedi- 
Bîfs : siVE : svccESS0Rnî7?s \ Kouutn ] iuste • vcl \ hhuste 

USV ; UCL \ ABVSU ; 9rC07î)sUETUl)INE ; SMJE J JURE \ JTE77? 

Il DONAMzts : lavdamî/s : ^{cl) ': (){cnn)cA:DiMus \ ver [ nos [ "jÇel) 
He7EDES : SEU ': svcESSORES I no.s'/ros \ 077?77ii!??s \ uoiuimiius 
cast?-?' \ DE ; Stella \ q{el) \ vaus \ mandamc77TI \ ikm \ n.x.is 
nui : sunc \ J77?mediatI': ] ad ; nos : perTiNE7iT j ^(et) .- pcjtini 

I',?<7?T j OVA777 \ ALIJS '; Qui ] SUUl \ VCL ; KHUHt \ IIO= 1 1 MINICS 

VCL : svrijLCTi j milji??;;? \ q{cl) \ CA.cric.onum \ domicellor?^??? 
7fc/) : M0NASTC7i,i ; sancli ] Marci.li.ini ] vcl '■_ macujus '-, ri:li- 



t)U DIOCESE DE VALENCE. 



201 



Gionis : SEU : ALjORum : viRORzim 
IN : CASTro : Stelle : 7(e/) j eius 



ihLorum ': sciLjce/ : Q_in ; 
MAnDAMenTO • Nunc • uabi- 



7(e/) ■• IN : posTERvm j || nabnABwiT | et • He?'EDiBî<s 

SIVE j SUCCESSORIBUS • EORUmDEm ; PLENISSIMAm • LJBCrTATEM 

7(e/j : n?mvNiTATEm • ab | omni \ ACCEPXionE • REQin'siTionE 
7(e/) i EXACTjonE ; feni : ^{ct) ; palee j quod • vcl [ qvaj/z 
NOS : ueL :' HerEDES | siue i svcces; | 
tudine : siue '• vsu \ accjpc/e j 7re/j 



veL : possemus 

Per I ARMIGEROS 
PALEAm : VCL j 
ALJ= Il QVATEN2<5 



P7'OMITTE;rrES ; QZtOD 
: DOMICELLOS "; V6'L I 

FENV?;i : Homuivm \ 
: Nec • ÇlueRE^\lls • 



ores jiuRE : 9(con)suE- 

REQî(IRe7E I POSSVMZ/S | 

NEQîfC I NOS ': NEQ«e '• 

per I ALjos : nominES ; 

DZC/ORV?n : ACCJPIEMZiS j 
ABSOLVEnTES • HOmiUES • 



Nos/ROS : AB : omtii \ ACCEPTionE [ exactjo«e : tovte • tallje • 
7(e/) : QMî'sTE j FENI : liet) ] palee [ ']{et) ; HO;uniES \ ALjORu;n ; 
soLumMoc/o : ab [ omtii ] exactio/ie : feni \ li^O • palef. j pe- 

NITUS : LIBerANTES ; PJ'OMITTEnTES ; Per • NOS ; 7(e/) • He;EDES ; 
SIUE \ SVCCES= Il SORES .' NOStROS ; Ttbi '■_ PeTJO ; BonTOS [ 

BAiULO : Stelle ; stipula;îti | 7{ct) • recipie/îti | NominE ; UNi- 
uersiTATis : Hominum j stelle \ 7(e/) '. ei«s j MAnoAMenri ; ad \ 

HOC [ SPeClALner • 9(con)STITUTO ; quod ; m \ FUTURUm ; DE ': 
NOVO I TOVTAS ; TALJAS '■_ QWISTAS ; FENV»Î ; UCL ; PALEA»i j 

Non : FACiEMus l Nec ': ||exjgemws ; Nec j aliquo j TemPORe j re- 

QUlREmilS ': prOMITTEnTES : DîC/aS | DOnATiOnES ; 9(C0?l)CESSI0«ES • 

7(e/) : ABSOLUTionES j TENcrE : ']{et) • 9(co?z)ti<a ; Non • uenire ; 
invjOLABiLiTer ] obseruare \ RENtmciAnTES : supeR j his : omni- 
Bus : "jÇet) ": specjALiTer | 7('-'0 : EXPressiM ; BeNericzo ; minoris | 
ETATjs : 7(e/) I IN : || inTEGRv;n ■ RESTiTUTîonis | ^{et) \ nove j 
9jcon)sTiTUTionis : ^{et) \ EXCEPTîoni j doli ; 7(e/) '. in j ractuM ] 
ERRORi : 7(e/) : speczALiTer \ legi j Que \ Dicit -, DOnATionEM ; 
Fac/AM : sine ï insiNVATzonE | ULTra J d(5 oo) : soLtdos j Non j 
VALerE : ut | ita | ualeat | ac | si • esxet j insiNUATA j 7(e/j -, 
legi : Que \ uicit | ceNerALEm j RENvnr j| ciATîOnEM "; Non ] 
VALerE : 7(e/) | o;nni J lURi ; CAnoNico j 7(e/) • ciuili \ Qiio • 
POSSEMws : ALiQuo ] TemPORe ': nos j tueri '• uzsuper | nos j 
Ademarus ■ FiLius ': comtis ] VALentiNensis •' tactis ; saiictjs [ 
Eua7iGeLjis : iuram»s ; 7(e/) • proMiTTiMîts : omniA ; svpraDîC- 
/a I l{st) ': QUE LiBCT ■; preDîC^ORUm j rata ; 7(e/) : firma | 
perPETUO : HABerE j 7re/) \ TENerE [ Nec 1 RationE \ veL | oc- 
casîOnE : aliciijus ] 9(co7î)svetudinis : vsus \ statutj • lURis • 

Bull. VH, 1887. 15 



202 INSCRIPTIONS CHRETIENNES 

CA720?HCJ ; VCL '■_ CJUILIS j IVOMULGATJ | VGL \ P;0A1LILGA»2DI j 

g{co}i)rra j P7\rD2C/A' ; aliqz^o \ reniPORe l ueniemz^s \ sed ] m- 

UIOLABILiVcR : OBSERUABIMZtS | 0???7MA .• PrCDl'ctX : '/{et) : SIUGWLA | 

preDîC/ORv;» j Acta | sunt ] uec \ || auno • mensK \ die \ Qui- 
Biis \ svp7\.7 ': APiid \ Stella;;/ ; i;; • platea [ aiali j 9(co?î)silii • 
prcsE;iTin;^s ] ~{t-'l) • ad \ une '■_ vocatis ; testjb;<s [ GiRBerNO ; 
pr/oRE \ s.7nc/j : Marcellini | Gi{raiuio) | Bastet j Amarico I 
DE : Rupe : fortj | Ugo;ze [ de ; Pet;^ \ Gorda • \l\i(miin- 

do) \ DE \ T0RN0;2C ; MILITJBÎ2S \ GuiLLc/;;;0 : BfJ-TRANT '; || Bc- 
rENGARIO \ DE \ BaLASTA \ rARE;ïT0;îE \ DE \ RlUO : SICCO \ 

Boua \ FiDE : Salie72Tis : Pe/?-o \ de \ Bais ; 7(e/) ; plî«-ib;;s \ 
ALiis : insiipeR [ nos •' AÇdemarus) [ filius ; coMÏtis ; Y Ahentinen- 
sis :' P7-esE;zs | scrïPTinn \ uolvimz/s i fieri j ad • perPETUA;?? \ 
REi \ memoria;;? • T(ct) • F/rMiTATE;;z \ habenda;;? \ 

« Sachent tous ceux qui verront ces lettres, que Tan du Seigneur 
1244, et le neuvième jour avant les calendes de mars (21 février), 
nous, Aimar, fils du comte de Valentinois, sans avoir été circonvenu 
ni séduit par aucune fraude ou tromperie, mais de notre volonté 
franche et spontanée, donnons, approuvons (laudamus) et concédons, 
purement, simplement et irrévocablement par acte entre vifs, pour 
nous et nos héritiers ou successeurs indéfiniment, à tous les habi- 
tants du lieu fortifié (castri) d'Etoile et de son mandement qui sont 
directement soumis à notre juridiction ou qui en dépendront à l'a- 
venir, quel que soit ou doive être leur sexe, habitant dans le lieu 
d'Ktoile ou son mandement, ou qui y habiteront à l'avenir, à leurs 
héritiers ou successeurs habitant au dit lieu et son mandement, li- 
berté et franchise la plus entière de toute exaction, impôt, taille ou 
corvée que nous et nos héritiers ou successeurs pouvons ou pour- 
rions percevoir et exiger des dits habitants et de leurs héritiers ou 
successeurs, justement ou injustement, en vertu d'un usage ou d'un 
abus, d'une coutume ou d'un droit. De même nous donnons, accor- 
dons et concédons, pour nous et nos héritiers ou successeurs, à 
tous les habitants du lieu d"i"]toilc et de son mandement, tant à ceux 
qui dépendent actuellement de notre juridiction immédiate ou en 
relèveront plus tard, qu'à ceux qui sont ou seront vassaux ou sujets 
des chevaliers, des clercs ou des damoiseaux, et du monastère de 
Sl-Marcellin, ou de c]uclquc autre ordre religieux ou d'autres per 
sonnages, pourvu qu'ils habitent ou soient devant habiter à l'avenir 



DU DIOCESE DE VALENCE. 2O3 

dans le lieu d'Etoile ou son mandement, ou à leurs héritiers et suc- 
cesseurs, liberté et immunité pleine et entière de toute redevance, 
réquisition ou exaction de foin et de paille, lequel ou laquelle nous 
et nos héritiers ou successeurs pouvons ou pourrions percevoir ou 
requérir en vertu d'un droit ou d'une coutume ; promettant que nous 
ne percevrons ni ne réclamerons jamais, ni par nous-même, ni par 
nos hommes d'armes, damoiseaux ou autres personnes, la paille et 
le foin des dits habitants, exonérant et affranchissant entièrement 
nos vassaux de toute perception ou exaction d'impôt, de taille et de 
la réquisition du foin ou de la paille ; et ceux qui dépendent d'une 
autre juridiction (homines aliorum), seulement de la réquisition du 
foin et de la paille ; promettant pour nous et nos héritiers ou suc- 
cesseurs à vous, Pierre Bontos, bailli d'Etoile, stipulant et recevant 
au nom de la communauté des habitants d'Etoile et de son mande- 
ment, spécialement constitué à cet effet, que nous n'établirons ni 
n'exigerons à l'avenir aucun nouvel impôt, taille, réquisition, foin 
ou paille, et que nous n'en réclamerons jamais en aucun temps ; 
promettant de maintenir et d'observer inviolablement les dites do- 
nations, concessions et franchises, et de ne jamais y contrevenir; 
renonçant pour toutes ces choses spécialement et expressément au 
bénéfice de l'âge mineur, de la restitution dans son entier, et d'une 
nouvelle constitution, et à toute exception de tromperie ou d'erreur 
dans le fait, et spécialement encore à la disposition de la loi d'après 
laquelle une donation faite sans insinuation demeure sans effet lors- 
qu'elle dépasse 500 sols, de telle sorte qu'elle ait autant de valeur 
que si elle avait été insinuée ; et à la loi qui frappe de nullité une re- 
nonciation générale, et à tout droit canonique ou civil dont nous pour- 
rions nous couvrir, en quelque temps que ce soit. De plus, nous, 
Adhémar, fils du comte de V'alentinois, nous jurons et promettons, 
la main sur les saints Evangiles, de garder toujours toutes les fran- 
chises ci-dessus, dans leur ensemble et dans leurs détails, de les con- 
sidérer comme perpétuelles et irrévocables, et de ne jamais y contre- 
venir sous prétexte ou à l'occasion d'aucune coutume, usage, droit 
canon ou civil, promulgué ou à promulguer: mais d'observer invio- 
lablement toutes les clauses convenues ci-dessus et chacune d'entre 
elles. — Fait à Etoile, sur la place du Mauvais-Conseil, l'an, mois et 
jour que dessus, en présence des témoins spécialement convoqués à 
cet effet : Girberne, prieur de St-Marcellin, Giraud Bastet, Amaury de 
Rochefort, Hugues de Pierregourde, Raimond de Tournon, cheva- 



204 INSCRIPTIONS CHRETIENNES 

liers ; Guillaume Bertrand, Bérenger de la Balaste, Jarenton de 
Rieussec, Bonnefoi de Saillans, Pierre de Bais et plusieurs autres. 
Déplus, nous, Adhémar, fils du comte de Valentinois, avons voulu 
que le présent acte fut dressé, pour en perpétuer le souvenir et en 
assurer la stabilité. » 

Cette magnifique inscription est gravée sur une table de marbre 
gris, presque noir, imitant celui de Chomérac. Elle est encastrée au- 
dessus de la belle porte latérale de l'église d'Etoile, et mesure i m. 
63 cent, de longueur sur 0,57 de hauteur. Elle a dij être placée là 
au moment où on construisait la dite porte, dont elle complète la 
décoration en comblant le vide du tympan. On voit encore aux 
quatre coins des gonds ou crampons en fer destinés à maintenir un 
grillage, qui la recouvrait autrefois et qui protégeait ce précieux 
monument contre les dégradations malveillantes ou intéressées. Les 
seize lignes dont l'inscription se compose sont peintes alternative- 
ment en rouge et en bleu ; mais la couleur, qui ornait les lettres - 
sans en remplir les creux, est presque effacée. Les caractères affec- 
tent la forme la plus élégante de la belle écriture onciale du XII^ 
siècle; ils mesurent 0,032 millim. de hauteur; leurs proportions 
sont très régulières, et ils sont alignés avec un art parfait : pas la 
plus petite incorrection orthographique ou grammaticale dans le 
texte; pas la moindre erreur dans la disposition des lettres ou dans 
leur gravure. La contexture des abréviations dénote une main sa- 
vante et une connaissance approfondie de la science épigraphique. 
On a dû requérir pour cette oeuvre le sculpteur le plus habile, ayant 
dans le ciseau autant de goût que de finesse, aussi lettré qu'exercé 
dans son art, versé dans les formules scripturales des tabellions, 
dont il a su reproduire sur le marbre les plus savantes et les plus 
ingénieuses dispositions. C'est, en un mot, un travail achevé. On 
voit que rien n'a été négligé pour en faire un vrai monument, le 
livre d'or des habitants d'Etoile, consacrant d'une manière éclatante 
et faisant briller à tous les yeux les titres authentiques de leurs pri- 
vilèges et de leurs libertés, l-'iers et jaloux de leurs franchises, ils les 
inscrivirent sur le frontispice du monument public dans lequel, à 
cette époque, s'identifiait la communauté et en qui se résumaient ses 
intérêts les plus sacrés. 11 n'y avait pas alors d'autre maison de ville 
c|ue l'église ; elle était comme le C(eur de la cité, le centre et le foyer 
de sa vie et de son activité intellectuelle et morale. Tous les actes 



DU DIOCÈSE DE VALENCE. 2O5 

importants non-seulement de la vie religieuse, mais aussi de l'ordre 
civil, étaient placés sous la sauvegarde de la religion, et bien souvent 
accomplis dans l'enceinte du sanctuaire et au pied des autels, afin 
d'acquérir par là aux yeux des populations un caractère plus sacré 
et plus inviolable (i). Ce fut à ce sentiment qu'obéirent les habitants 
d'Étoile, en identifiant pour ainsi dire leurs libertés civiles au remar- 
quable monument de leur foi religieuse. « Il y avait là, ce me semble, 
dit l'abbé Vincent, une bonne inspiration ; c'était mettre sous la pro- 
tection de la religion, elle qui ne passe pas, des droits qu'on crai- 
gnait pouvoir être enlevés. Le manant qui allait prier apercevait ce 
témoignage de la générosité de son seigneur, et puis entré dans le 
saint édifice, il demandait au ciel ses faveurs et ses bénédictions 
pour ceux qui lui rendaient, à lui, pauvre homme de peine, la vie 
moins rude et moins laborieuse » (2). 

Pour achever la description matérielle de notre inscription, les 
lignes dont elle se compose sont tracées entre deux traits parallèles 
à peine visibles et destinés à guider la main de l'artiste pour la hau- 
teur des lettres. Leur distance entre deux lignes est d'un centimètre 
environ ; c'est dans cet intervalle que sont gravés les traits abré- 
viatifs et les lettres minuscules. Les mots sont séparés entre eux par 
trois points. Les abréviations abondent, et sont parfois considé- 
rables ; elles portent surtout sur la syllabe er, sur les lettres M et N 
entre deux voyelles, et sur une foule de finales. Outre les abrévia- 
tions consacrées pour us, per et pro, on trouve aussi la figure 9 pour 
con, qui ne se rencontre guère que dans les parchemins. Les doubles 
SS ont également la forme allongée qui les fait ressembler à des ff, 
comme dans les manuscrits. On remarque du reste une grande ana- 
logie entre les abréviations de notre texte et celles des chartes. 
D'ailleurs, comme on le voit, cette longue inscription n'est que la 
reproduction d'une charte, qui était sans doute déjà écrite sur par- 
chemin, et qui devait être sous les yeux du marbrier pendant qu'il 
la gravait. 

On sait comment, au Xll" et au XllL siècles, les populations cher- 
chèrent à s'affranchir des charges et des servitudes féodales qui 
pesaient sur elles, et comment la plupart des villes obtinrent de leurs 

(i) C'est ainsi que l'acte de cession du Dauphiné à la France a été signé par le 
dauphin Humbert II dans l'église de S.-Barnard de Romans. 

(2) Notice historique sur Étoile (Valence, Marc-Aurel, 1852, in-i8), p. 17. 



206 INSCRIPTIONS CHRÉTIENNES 

seigneurs, ou plutôt leur arrachèrent des chartes de franchises, en 
vertu desquelles elles s'organisaient en communautés indépendantes 
et s'administraient elles-mêmes. Nous ne nous arrêterons pas à dé- 
crire ici ce grand mouvement social connu sous le nom d'affranchis- 
sement des communes, et qui a laissé tant de traces dans l'histoire. 
Nous rappellerons seulement que l'exemple donné par les grandes 
villes fut imité par les plus modestes bourgades, qui voulurent elles 
aussi avoir leurs franchises et s'organiser en communes, c'est-à-dire 
en corps de municipalités indépendantes, ayant le pouvoir de s'admi- 
nistrer par elles-mêmes ; et d'ordinaire, celles-ci étaient d'autant 
plus jalouses de leurs privilèges et de leurs franchises et les procla- 
maient d'autant plus haut qu'elles étaient plus insignifiantes comme 
importance, et qu'elles paraissaient avoir eu moins de titres à les 
obtenir. Nous voyons de plus que les franchises plus récentes repro- 
duisent en les amplifiant celles accordées précédemment, principa- 
lement aux. villes et communautés voisines. C'est ce que l'on peut 
observer dans la charte communale d'Etoile ; elle est plus étendue 
qu'aucune de celles qui l'ont précédée, du moins dans la région. Les 
franchises féodales de Crest, concédées en 1188 par Aimar de Poi- 
tiers, comte de Valentinois, se l'ésument en quelques lignes ; celles 
accordées, dix ans après (i 198), par Géraud et Lambert Adhémar, 
seigneurs de Montélimar, aux habitants de cette ville, sont un peu 
plus étendues et énumèrent un plus grand nombre d'immunités. 
Jalouse de ces deux cités voisines. Etoile voulut aussi avoir sa charte 
communale, et l'obtint un demi-siècle plus tard, mais plus large et 
plus explicite encore. C'est l'une des plus intéressantes que nous 
connaissions. 

Aimar III de Poitiers, qui octroya celte charte, était le pctil-(ils 
dAimar II, l'auteur des franchises de Crest. Guillaume 111 de Poi- 
tiers, comte de Valentinois, son père, était mort dès 122O, le laissant 
en bas âge et peut-être au berceau, puiscjne, à la date de notre ins- 
cription (12.42J, Aimar était encore tout jeune, comme il le déclare 
lui-même, en renonçant au bénéfice de la minorité (bciiclicio )ui)i07is 
.vlalis), qui lui eût permis de revendiquer plus tard la nullité de sa 
donation. Il stipule solennellement toutes les clauses de sa conces- 
sion en présence de nombreux témoins, réunis sur la place du 
Mauvais-Conseil, entre les mains de Pierre Bontos, bailli d'Iùoile : 
ce qui dénote que déjà la communauté était organisée et avait ses 
administrateurs et ses magistrats. Ce fut donc plutôt la reconnais- 



DU DIOCÈSE DE VALENCE. 20? 

sance d'un état de choses déjà établi qu'une vraie concession que 
consentit le jeune seigneur en faveur de ses vassaux d'Etoile, ou s'il 
leur accorda des immunités nouvelles, ce ne furent plus que des 
privilèg-es accessoires destinés à compléter l'autonomie communale 
et à faciliter l'exercice et le fonctionnement régulier des libertés pré- 
cédemment acquises. C'est ainsi du reste que les choses se passèrent 
à peu près partout : les seigneurs durent obtempérer à des revendi- 
cations qui s'imposaient à eux d'une manière impérieuse et dans des 
conditions inéluctables, et ils ne firent que céder de bonne grâce ce 
qu'ils ne pouvaient refuser (i). 

Le monastère de St-Marcellin, dont les religieux et les serviteurs 
sont déclarés exempts de tailles et de corvées, comme les autres ha- 
bitants d'Étoile, et dont le prieur Girberne figure en tète des témoins 
de la charte des franchises, était un ancien prieuré dépendant de 
l'abbaye de St-Chaffre, dans le Velay. On en voit encore, à un kilo- 
mètre environ au midi du bourg, les bâtiments claustraux en partie 
conser\'és. Les religieux étaient chargés du service de la paroisse, 
et plus tard, nous voyons le curé d'Etoile nommé sur la présentation 
du prieur commendataire de St-Marcellin. Celui-ci conserva tou- 
jours la préséance, et le prêtre désigné par lui pour remplir à sa 
place les fonctions curiales prenait tout modestement le titre de vi- 
caire perpétuel, se reconnaissant ainsi comme le délégué du prieur, 
curé primitif de la paroisse. Dans le principe, non-seulement il en 
avait les prérogatives, mais il en exerçait les fonctions. Aussi ne 
voyons-nous figurer aucun autre prêtre parmi les témoins mention- 
nés dans l'acte d'affranchissement, où, assurément on n'eût pas 
manqué de faire intervenir celui de la paroisse, s'il y avait eu alors 
à Etoile un curé dans l'acception actuelle du mot. 

Le texte de notre charte renferme certaines expressions emprun- 
tées au droit féodal, commue qiiista, touta, tallia, etc. Ce dernier mot 
est resté dans notre langue ; quant au mot touta ou tolta (que nous 
retrouverons sous cette dernière orthographe dans la charte de 
Montélimar), il tire son origine et sa signification du verbe tollere, 
et désigne en général toute redevance, exaction ou impôt qui était 
perçu en vertu des usages ou des abus féodaux ; on pourrait le tra- 
duire exactement par le mot levée. Quant aux renonciations qui ter- 
Ci) Voir sur les franchises communales Augustin THiERr<Y, Lettres sur Vhistoire 
de France, pp. 204 à 410 ; — Dix ans d'études historiques, pp. 252 et 320 ; — 
Essai sur Vhistoire du Tiers-Etat, pp. 408 à 490. 



208 INSCRIPTIONS CHRETIENNES. 

minent la charte, on les retrouve formulées à peu près dans les 
mêmes termes pendant tout le moyen-âge dans la plupart des actes 
relatifs à des contrats. 

M. Delacroix a donné, dans la seconde édition de sa Statistique de la 
Drôme, une traduction absolument inexacte de la charte des franchi- 
ses d'Etoile. Elle a été reproduite telle quelle par l'abbé Vincent ( i)- Ni 
l'un ni l'autre de ces auteurs ne paraît en avoir lu l'original, qui est, 
du reste, difficile à distinguer à l'œil nu, à cause de l'élévation consi- 
dérable où il se trouve, à quatre mètres environ au-dessus du sol. 
Le premier cependant paraît avoir eu sous les yeux une copie de ce 
document, à en juger par certains mots du texte latin qu'il cite entre 
parenthèses à l'appui de sa traduction ; mais ils ne sont pas con- 
formes à celui de l'inscription, comme quœsitx, au lieu de quistce, ou 
ne s'y trouvent pas du tout, comme conductce ; sans parler de ceux 
qui y sont omis, ou qu'il a traduits de travers ; c'est ainsi qu'il croit 
voir des gendarmes dans domiccUos, tandis que le mot armii^eros^ 
qui a ce sens, est omis à pieds joints. Mais ce qu'il y a de plus plai- 
sant, c'est le curieux quiproquo auquel il se livre en prenant les 
mots toute et tallie pour du français, dont il fait le barbarisme 
toutes tasc/ies. Au moins aurait-il dû laisser à ces mots leur véritable 
orthographe, qui se rapprochait encore plus de la forme française 
et du sens qu'il veut leur donner (2). 

Les mêmes auteurs citent aussi l'acte de confirmation des fran- 
chises d'Etoile, qui fut donné à Lyon par l'empereur Sigismond, le 
3 février 14 16. 

On voit au musée de Valence un moulage en plâtre de l'inscrip- 
tion des franchises d'Etoile ; mais ce n'est qu'une reproduction par- 
tielle, qui comprend seulement les quatre premières lignes jusqu'à 
un tiers environ de leur longueur. La première s'arrête à la fin de la 
date, et comprend encore l'abréviation kl ; les trois autres s'étendent 
jusqu'aux mots correspondants : peu nos et iieredes.... qui habi- 

TABUNT et possuMus VEL. Cette reproduction, d'une exécution 

parfaite, mesure 0,55 centim. de longueur sur 0,15 de hauteur. 

Quoique bien connue, l'inscription d'iùoile était encore inédile. 
Il n'en existait que des traductions. 

• (1) Notice historique sur lùoile. p. i \. 
(2) Loco cit.. p. 505 . 

(La suite au prochain nuiucro.j 

CviRiEN PERROSSIER. 



MYSTÈRE 



DES TROIS DOMS 



JOUÉ A ROMANS EN 1509 



(Suite). 



On comprend l'impatience avec laquelle un personnage aussi re- 
nommé était attendu à Romans, et tout le fruit qu'on s'y promettait 
de sa coopération. 11 y vint, y passa quelques jours, et n'y fit rien. 
Sans doute son esprit indépendant ne put se plier au joug d'un tra- 
vail commun. Chevalet, avec tous les défauts de son temps, qu'il 
outre encore, trivial, grossier, obscène, montre cependant, dans le 
seul ouvrage qui nous reste de lui, une versification facile, de l'ima- 
gination, de la verve et un penchant décidé pour la satire, toutes 
qualités qui expliquent fort bien son éloignement pour composer en 
société et pour se faire, comme on le désirait, le « coadjuteur » d'au- 
trui. Aussi, après un séjour d'une semaine environ, reprit-il le che- 
min de \'ienne, « pour ce qu'il ne volit pas », dit naïvement le 
manuscrit, « besoigner avec le chanoine Pra », et une indemnité de 
10 florins 8 sols, non compris sa dépense, lui fut comptée pour son 
voyage. Nous verrons bientôt que, malgré ce refus, on eut encore 
recours à lui. 

Voilà donc le chanoine Pra réduit à ses propres inspirations, 
dont il n'était pas même tout-à-fait le maître, et qu'il devait sou- 
Bull. VII, 1887. 16 



MYSTERK DES TROIS DOMS 



mettre de temps en temps aux lumières et au contrôle des commis- 
saires romanais : singulière manière de travailler pour un écrivain, 
surtout pour un poète, et qui est probablement entrée pour beau- 
coup dans la détermination prise par Chevalet ; mais le bon chanoine 
s'y conformait avec une entière docilité. A mesure qu'un livre était 
achevé, les commissaires s'assemblaient à la maison de ville, et là 
le chanoine Pra leur en donnait connaissance. C'était ce qu'on appe- 
lait « visiter le livre ». Ces « visites » furent assez répétées et accom- 
pagnées sans doute de nombreuses observations critiques, car 
nous voyons un article de dépense, le 28 janvier, pour relever plu- 
sieurs V. fautes au livre du second jour » et, vers la fin de février, des 
séances où l'on a vaqué « jours et nuits » pour « adresser » les 
livres du jeu (1), c'est-à-dire pour y opérer les changements et les 
rectifications nécessaires. Le pauvre auteur devait faire là une triste 
figure, et son manuscrit devait sortir tout mutilé d'une si rude 
épreuve. Les corrections qu'on lui fit subir furent telles, qu'il fallut 
le recopier en entier et refaire les rôles des trois jours ; et il fut alloué 
à Pra, indépendamment de ses honoraires, une somme de neuf flo- 
rins, juste rémunération de ce surcroit de travail (2). 

Enfin, vers les premiers jours de mars, la pièce était complète ; 
les trois livres purent être transcrits sur la minute de l'auteur par 
trois notaires, qui reçurent pour cette tâche un égal salaire de 28 
sols chacun (3J. C'est à ce moment que les rôles durent être dis- 
tribués. 

On sait, et les exemples abondent à l'appui, que l'empressement 
était grand à figurer dans ces représentations solennelles : ecclésias- 
tiques et séculiers, nobles et bourgeois, artisans eux-mêmes, tous y 
apportaient leur concours. C'est ce qui a fait « dire que la moitié 
d'une ville était chargée d'amuser l'autre » (4). Le nombre considé- 
rable de personnages, dont se composaient ordinairement ces dra- 
mes, permettait de satisfaire à beaucoup de demandes et laissait 
une grande latitude dans la répartition des rôles ; on en comptait 98 
pour le Mystère de la vie des Trois Martyrs, et 3Ô dans la Transla- 
tion qui suivait. 

Grâce au manuscrit original du Mystère nous connaissons « les 

(i) Pp. 602 et 604. 

(2) V. 604. 

(3) P. 612. 

(4) Onés. Le Roy, Etudes sur les Mystères, Paris, 1837, in-S", p. 115. 



JOUE A ROMANS EN I 5O9. 211 

noms et surnoms » detous ceux qui y remplirent les rôles (i). Les 
acteurs appartiennent aux premières maisons de la ville. C'est le 
maître de la monnaie, Girard Chastaing ; le juge de la ville, mes- 
sire Louis Perrier; quatre nobles: Etienne Combes, Humbert Odoard, 
Guillaume Tardivon et Claude Gateblet ; le curé de St-Barnard, 
messire Antoine de St-Pierre; un cordelier, frère Gago; « monsieur » 
le chanoine Chastillon ; enfin lofficial lui-même, Charles Veilheu, 
c'est-à-dire lecclésiastique chargé des pouvoirs de l'archevêque de 
'Vienne à Romans, et l'un des plus importants personnages de la 
cité, non seulement avait accepté un rôle, mais encore avait mis sa 
salle d'audience à la disposition des commissaires pour les répéti- 
tions. C'est qu'en effet jouer un Mystère était aux yeux du peuple un 
acte pieux, et ceux qui pouvaient y tenir utilement leur place se lai- 
saient un devoir et un point d'honneur religieux d'y paraître. 



IV 



Nous allons maintenant laisser un peu nos acteurs étudier leurs 
rôles et se préparer pour le jour solennel de la représentation, et 
nous nous occuperons du théâtre même sur lequel ils devaient 
s'essayer, et de la partie pour ainsi dire matérielle du jeu. 

Elle n'avait point été négligée par les commissaires. Dès le 30 dé- 
cembre 1508, un marché avait été passé avec trois chappuis (char- 
pentiers; de Romans : Jean Lambert, dit Caffiot, Jean Roux et 
Pierre Pérai, qui s'obligeaient à construire les échafauds et la plate- 
forme pour le Mystère des Trois Martyrs, ainsi que les châteaux, 
villes, tours, tournelles, paradis, enfer ; à fournir les grosses pièces 
pour les piliers des tentes et généralement tous les ouvrages en bois 
concernant \ts feintes ou décorations, moyennant le prix de 412 flo- 
rins {2). 

Ces travaux devaient être établis dans la cour du couvent des 
Cordeliers, emplacement offert, comme nous l'avons déjà vu, par les 
religieux et accepté par la ville. Ce local a peu changé depuis trois 
siècles ; son nom a même survécu dans le langage ordinaire à la 
destruction du monastère, mais ses alentours et sa destination se 
sont singulièrement modifiés. Aujourd'hui c'est une promenade 

(i) P. 593-7. 

(2) Pp. 600, 637 et 796-801. 



212 MYSTERE DES TROIS DOMS 

fréquentée, qui se lie par des sentiers habilement ménagés à la pro- 
menade supérieure, et sur laquelle s'ouvrent nos établissements 
publics les plus importants : la justice de paix, les postes et télégra- 
phes, le tribunal de commerce, la mairie, le collège communal d'un 
côté, et de l'autre, la salle de spectacle ; c'est aussi, à certaines 
époques, le champ de bataille électoral de larrondissement : en un 
mot, c'est le centre du mouvement administratif de notre cité. 

Il n'en était pas de même au commencement du XVI" siècle. La 
cour des Cordeliers, silencieuse alors et isolée du tumulte, était fer- 
mée au couchant, par une haute muraille; au midi, par un vivier ; au 
nord, par une muraille aussi, à la place de l'Ilôtel-de-VilIe actuel; 
et derrière, sur le coteau, une vigne, embrassant notre Champ-de- 
Mars et appartenant aux Pères, s'étendait jusqu'au pied des rem- 
parts. Le fond, dans la partie orientale, en avant du lieu où est à 
présent le théâtre, était occupé par le couvent et par l'église de 
Saint-François, grand et bel édifice dont la construction remontait à 
la dernière moitié du XIIP siècle. Des ormes, plantés de distance en 
distance, abritaient contre la chaleur les religieux c]ui venaient se 
reposer sous leur ombrage, et peut-être y méditer la parole de Dieu, 
dont plusieurs étaient, en ce temps-là, de zélés interprètes (i). Le 
choix de ce local, pour y jouer le Mystère des Trois Martyrs, vint 
faire une diversion momentanée au calme habituel qui y régnait, et 
pendant quelques mois la cour présenta l'aspect d'un vaste chantier 
où des ouvriers nombreux, et de professions diverses, concouraient 
à l'envi par leurs travaux variés au but commun, à l'érection et à 
l'ornementation du théâtre. 

Quelle était la forme de ce théâtre ? L'art du machiniste était alors 
trop rudimentaire pour répondre aux exigences de la perpétuelle 
mobilité de l'action, et produire des changements à vue presque 
sans discontinuité. 11 fallait donc, en dépit de toute vraisemblance, 
que le théâtre offrit simultanément tous les lieux où les péripéties 
de l'action pouvaient conduire les personnages : paradis, enfer, 
temples, palais, chaumières, places publiques, villes, campagnes et 
déserts. Le moyen le plus simple de réaliser ce cadastre dramatique, 
c'était de disposer toutes ces décorations sur une ligne, comme les 
tableaux divers composant une galerie. Dans ces conditions, on 

(I) Voir Notice historùjuc sur le couvent des Curddiers de Romans, par le 
D' Ulysse CiiKVAijER, dans Bulletin de la soc. d'archàol. de la Ihôme, 1868, t. III, 
pp. 42-55 et 144-52; tir. à part, Valence, 1868, in-S" de 44 p. 



JOUÉ A ROMANS EN I 5O9. 21 3 

comprend que le théâtre devait parfois atteindre en largeur des di- 
mensions excessives. Aussi les historiens de nos antiquités drama- 
tiques ont-ils généralement cru à l'existence d'étages superposés. 
Les frères Parfaict, Emile Morice lui-même, que nous venons de 
citer presque textuellement d >, se figuraient le théâtre des Mystères 
comme « une maison haute de cinq ou six étages, subdivisée en un 
grand nombre de pièces, et dont la façade totalement enlevée laisse 
voir du haut en bas tout l'intérieur diversement décoré ». Cette hy- 
pothèse, absolument dénuée de toute preuve tirée des documents, 
a été attaquée en 1855 par M. Paulin Paris (2) et définitivement 
écartée par M. Petit de Julleville (3). 

Inutile donc de supposer un instant que ce mode de construction 
ait été employé à Romans. Au surplus, le Mystère des Trois Doms 
ne saurait se comparer par son étendue et par son importance à ces 
œuvres colossales de la Passion, du Vieil Testament, des Actes des 
Apôtres, dans lesquelles le nombre des lieux distincts à reproduire 
ne s'élève pas à moins d'une centaine, et dont la représentation se 
prolongeait quelquefois près d'un mois. Ses proportions plus mo- 
destes permettaient parfaitement de se contenter d'une scène de 
plein-pied, sur laquelle venaient se ranger, se juxtaposer en quelque 
sorte les différents tableaux du jeu (4). Nulle part dans notre ma- 
nuscrit il n'est question d'étages, et ce mot existait cependant alors 
avec sa signification actuelle, comme on peut le voir par un docu- 
ment de 15 10 publié par nous (5). Le marché conclu avec les char- 
pentiers les oblige seulement à construire une plate-forme (c'est la 
scène qui est toujours désignée ainsi), avec les tours, tournelles, 
châteaux, villes et autres lieux qui doivent y figurer, à côté et non 
au-dessus les uns des autres ; et les cchafauds, c'est-à-dire les gradins 
destinés au public : c'est le sens évident de ce mot « échafaud », 
remplacé en quelques endroits du mémoire, comme un équivalent, 
par celui de pentes. 

D'après les diverses données des documents, nous pouvons nous 

(i) La mise en scène depuis les M\stères jusqiCau Cid, dans Revue de Paris, 1835, 
2' sér., t. XXII, p. 5-40, et t. XXIII, p. 73-107; Paris, 1835, in-8°. 

(2) Mise en scène des Mystères; Paris, 1855, in-8°. 

(3) Ouv. cité, t. I, p. 385-441. 

(4) On se réserva d'ailleurs de les « muer de jour en jour selon que le mystère 
le requerra » (p. 798) ; et en fait « tous les jours changea la station selon le mys- 
tère » (p. 592). 

(5) P- 89<- 



2 14 MYSTERE DES TROIS DOMS 

faire une idée assez exacte de l'ensemble de ce spectacle : il doit 
avoir été disposé dans le sens de la longueur et non pas de la lar- 
geur de la cour, afin de ménager plus de développement à la scène 
et d'en moins éloigner les spectateurs. La plate-forme fut construite 
au milieu du « plassage », vers le côté méridional (i). Elle était éle- 
vée sur piliers, mesurait 36 pas ou 18 toises (2) de long et la moitié 
de ces dimensions de large (^) ; une clôture en liteaux treillissés 
servait de barrière. Séparés de la plate-forme par un espace de 2 à 3 
pieds, les échafauds s'élevèrent circulairement par degrés vers le 
nord et tout à l'entour, sur une profondeur de 6 toises. Au-dessus 
des « pentes » et comme couronnement de l'amphithéâtre, régnèrent 
quatre-vingt-quatre chambres ou loges, fermant à clef, avec une 
barrière « sur le regard du jeu pour garder de tumber et une post 
à travers à cause des petits enfans » ; on y parvenait par un escalier 
donnant sur une galerie, aux deux bouts de laquelle était un « retrait » . 
La plate-forme était cantonnée de quatre " belles » tours, dont trois 
figuraient les parties 'du monde : l'Europe, l'Asie et l'Afrique (4;, et la 
quatrième une prison ; au milieu, les trois villes de Rome, de Lyon 
et de Vienne, où se passaient les principaux événements du drame. 
Au levant, mais à un niveau plus élevé, était placé le Paradis, pour 
lequel on réservait ordinairement tout le luxe des décorations ; et au 
couchant l'Enfer, avec sa gorge profonde qui s'ouvrait de temps en 
temps pour laisser passage aux démons. Une immense tente en toile, 
fixée de trois côtés par des cordages à d'énormes piliers en bois, et 
du quatrième arrêtée par des crochets en fer au mur de l'église des 
Cordeliers, recouvrait tout cet espace et garantissait l'assemblée et 
la scène de l'ardeur du soleil et des atteintes de la pluie. 

Aux travaux des charpentiers se joignirent ceux du peintre déco- 
rateur. On l'avait fait venir d'Annonay au commencement de 1509 ; 
il se nommait François Thévenot ('5), mais dans le mémoire il est 
presque toujours appelé « mestre Francès lo peyntre ». On lui alloua 

(i) On se contenta d'abord de couper les branches basses des arbres (p. 603-4); 
mais on reconnut ensuite la nécessité d'arracher « le gros orme dez Courdelliers » 
(p. 609). 

(3) La toise équivalait à Romans, en 1789, à i met. 949 mil. 

(3) Le contrat passé avec les charpcnlicrs ne portait que 30 pas en longueur et 
1 5 en larpeur (p. 797). 

(4j L'Amérique, récemment découverte, ne comptait pas encore comme quatrième 
partie du monde. 

(5) On trouve les formes Tevcnol, Thcvcnoct, Tiievcnon et Thcvenm. 



JOUÉ A ROMANS EN I 5O9. 21 5 

comme salaire la somme de loo florins, outre sa dépense person- 
nelle (ij. Il était chargé de peindre toutes les feintes ou décors ; on 
lui fournissait les couleurs et les ingrédients nécessaires, dont il se 
pourv'ut en grande partie à Lyon. Près de quatre mois furent em- 
ployés à cet ouvrage, qui était achevé dans les premiers jours de 
mai, à l'époque où se fit la montre du jeu. Quelque temps aupara- 
vant, vers le 4 avril, la besogne n'avançant pas au gré de l'impatience 
des Romanais, les commissaires, dans la crainte qu'elle ne pût être 
terminée à temps, avaient appelé de Vienne — c'est toujours à cette 
ville qu'on avait recours — un autre peintre, dont on ne donne pas 
le nom, pour seconder maître François ; mais il paraît que celui-ci 
redoubla de zèle et d'activité et promit de suffire seul à sa tâche, 
car le nouveau venu fut remercié et la ville en fut pour les frais du 
voyage {2). 

Au reste, ce n'était pas un médiocre artiste que François Théve- 
not. Il figure plusieurs fois encore dans les annales romanaises. 
A l'époque du Mystère, les consuls avaient déjà expérimenté ses 
talents : une peinture destinée à être mise devant la maison de ville 
lui fut payée 28 florins le 16 sept. 1508 (3). Louis Xll étant venu en 
15 II « dans le pays des Trois Doms (4) », Thévenot déploya les 
secrets de son art pour flatter les yeux du royal visiteur (5). L'année 
suivante, il peignit les armoiries du seigneur de Saint-Vallier, à 
l'occasion de sa venue (6). En 15 14, il entreprit pour la maladrerie 
de Voley un retable, avec un tableau représentant le mauvais riche ; 
il reçut pour cette œuvre la somme, alors considérable, de 60 florins, 
laquelle ne lui fut complétée que le 20 oct. 15 18 (7). Le pieux Ro- 

(i) P. 627. On lui écrivit pour le taire venir le 2 janv. (p. 603) ; dès le 13 il était 
à Lyon pour ses empiètes (p. 605). Sa pension prit date du 26, à 4 flor. par mois 
(p. 640) ; il séjourna à Romans quatre mois (p. 626). Son serviteur, le « peyntre » 
Jean Brada, travailla avec lui pendant trois mois (ib.), à 6 flor. par mois (p. 625), 
plus son entretien. 

(2) P. 611. 

(3) P. 640, n. 2. 

(4) Expression de M. Le Prévost (Correspond, de M. P.-E. Giratid, p. 14^. 

(5) P- 809- 

(6) P. 815. 

(7) Cf. D' Ulysse Chevalier, Notice hist. sur la maladrerie de Volev, Romans, 
1870, in-S", pp. 51 et 121. Les textes relatifs à ce travail ne sont malheureusement 
pas aussi explicites qu'on le désirerait (Liber inventarii instrumentorum pauperum 
infirmorum maladerie de Vouley, aux arch. de l'Hôtel-Dieu de Romans, f" 9 et xx ; 
Mandemans de 1513, arch. commun., f° 35. Un autographe de cet artiste se trouve 
au i" 28 du Compte de la représentation (p. 636, doc. G). 



2l6 MYSTÈRE DES TROIS DOMS 

manet BofiSn poursuivait alors avec ardeur l'érection d'un Calvaire à 
Romans : M. le d'' Chevalier attribue à notre peintre (i) les « ystoy- 
res » qui furent mises à la porte de la tour du pont, — station corres- 
pondant à la porte dorée de Jérusalem, — par autorisation du 25 
fév. 1517(2). En 1526, Huet, consul de Valence, vint à Romans 
s'entendre avec Thév^enot pour se procurer du bois, destiné à être 
employé pour la représentation du Mystère des saints Félix, Fortunat 
et Achillée (3). Les Romanais lui confièrent, en 1533, le soin de 
graver les coins de quatre médailles différentes, frappées en l'hon- 
neur de François l*^ de la reine, du dauphin et du comte de Saint- 
Pol (4). Enfin, maître François fit, en 1536, à la requête du gouver- 
neur de la province, le portrait » fplan) de la ville de Romans, 
lequel fut porté à Grenoble (5J. On le voit, le peintre d'Annonay, 
sans être un rival de Raphaël, son contemporain, eut son heure de 
notoriété, et il est grand le nombre des imagiers, peintres et autres 
artistes d'alors qui nous sont moins connus. iLfigure encore dans 
les registres consulaires en 1540 (6) et dans ceux des tailles en 1543 
et 1546. 

Voilà pour la partie décorative ! Quant aux pièces en fer, néces- 
saires au mouvement des machines compliquées du genre de specta- 
cle qui nous occupe, le mémoire nous apprend que le plus grand 
nombre sortit des ateliers d'un mécanicien de Romans, maître Amieu 
Grégoire (7), mais celles d'une exécution plus difficile furent l'œuvre 
de Jean Rosier, horloger d'Annonay, que son compatriote, le pein- 
tre François, désigna sans doute au choix des commissaires et qui 
fît, est-il dit, les feintes de fer. C'était le véritable machiniste; il 
reçut 33 florins pour son salaire (8). 



(i) Notice histoi . sur le Mont-Calvaire de Romans, clans Bull, d'hist. cl d'ar- 
chéol. du dioc. de Valence, 1883, t. III, p. 222 ; tir. à part, 1883, p. 17. 

(2) Papier des assamblées et conclusions de la ville de Romans, f° 104 v°. 

(f, P. 870. 

(4; P. 82 5-4. 

(5) Rei^. des assemblées de 1522-39, f"' 366 v" et 372 v". Cet nrclrc a dû s'éten- 
dre aux principales villes du Dauphinc, car, dès le 28 juil. de la même année, les 
consuls de Grenoble avaient voté « 4 ou 5 livres à Jean Lefehvre, pcinlic, pour 
avoir fait le plan de la ville, portraclus hiijus civilalis cl rcparalionum in ca iic- 
cessariarum a (Arch. de la ville, BB. in; !nvcnl.-somm. i.\c M. Pkudhomme, p.20'')- 

(G) P. 840. 

(■j) Pp. 607, 609-10, '^)i2-7 et 619-21. 

(8) Pp. 612, 614, 621 et 625. 



JOUE A ROMANS EN I 509. 217 



V 



Pendant qu'artistes et ouvriers, sous la direction de Sanche Di- 
jon (ij, consacraient tout leur temps à rétablissement et à la décora- 
tion du théâtre, les acteurs s'appliquaient à l'étude de leurs rôles et 
exerçaient leur mémoire par des répétitions fréquentes. Du 23 dé- 
cembre 1508 au 29 avril 1509, on en compte onze, toutes suivies de 
la collation d'usage : c'étaient des « foyasses » (galettes), du vin, des 
fruits (2). Nous savons en etïet que la moindre réunion pour le moin- 
dre sujet, soit à la maison de ville, soit ailleurs, était alors accompa- 
gnée de ces rafraîchissements obligés (3). Ces répétitions ou recors 
avaient lieu, comme nous l'avons dit, à l'officialité ; le magistrat qui 
présidait à ce tribunal et y rendait la justice au nom de l'archevê- 
que, acteur lui-même dans la pièce, se prêtait avec empressement à 
en faciliter la réprésentation. 

Le costume était aussi l'objet de la sollicitude particulière des 
acteurs. Il devait être à leur charge ; car cette dépense, évidemment 
fort considérable pour les 98 personnages du Mystère, ne se voit 
nulle part dans le compte général. On y trouve bien quelques four- 
nitures payées des fonds de la masse et remises, est-il dit, à tel ou 
tel pour sa feinte (4) ; mais on remarquera que la plupart de ceux 
qui les reçoivent sont des plus importants de la cité, et il n'est pas 
probable qu'ils les aient employées à leur usage personnel. Indé- 

(i) Dans tous les Mystères, il y avait un personnage dont les fonctions corres- 
pondaient à celles de régisseur de nos théâtres modernes, et qu'on appelait me- 
neur ou maître du jeu. Cet emploi a été, croyons-nous, rempli à Romans par 
Sanche Dijon, citoyen notable qui avait été deux fois consul (1504-5), et que 
le Mémoire nous repré-ente comme une espèce de directeur des travaux. Il pré- 
side aux fouilles sous la scène pour remplacement de l'enfer ; il fait garnir le tem- 
ple de luminaire; il surveille les habillements, les décorations, et il reçoit un salaire 
de 18 florins pour quatre mois, à raison de 4 flor. 1/2 par mois (pp. 616-7, 622 et 
625-6). 

(2) Pp. 603-4, bog, 612-3 et 615-6. 

(3) On constate chaque année dans les recçistres consulaires que, d'après une 
coutume immémoriale, le compte annuel du receveur était suivi d'un dîner. En i 5 i 3, 
la guerre étant imminente et les circonstances très critiques, il fut décidé que le 
repas d'usage n'aurait pas lieu : mais, afin que cette dérogation accidentelle ne tirât 
pas à conséquence pour l'avenir, on eut soin d'en consigner les motifs dans la 
délibération du 8 juil. (Papier Je raison cité, f° 94 V). 

(4) Pp. 618, 622, 627 et 633. 



2l8 AIYSTÈRE DES TROIS DOMS 

pendamment des rôles réels de la pièce, le théâtre présentait des 
personnag-es muets figurés par des mannequins ; ces « corps feints », 
fabriqués à grands frais Ci), étaient comme un dédoublement des 
martys de Rome et de Vienne pour le moment de leur exécution. 
C'est exclusivement pour cette destination que les chaussures et 
étoffes en question avaient été achetées, et elles sont mises dans le 
compte sous le nom de l'acteur principal de la scène à laquelle appar- 
tenaient ces rôles. Hors ces rares exceptions, on peut affirmer que 
tous ceux qui ont joué dans la pièce se sont habillés et « accoutrés », 
comme on disait alors, à leurs frais. 

Au commencement de mai, grâce à l'activité déployée jusque-là, 
tout était disposé pour faire la montre du jeu Bien différente du ay 
ou proclamation qui se faisait au début avant l'étude du Mystère, et 
qui avait pour objet principal d'en donner connaissance au public et 
de trouver des acteurs capables et de bonne volonté, la montre suppo- 
sait les préparatifs de la mise en scène presque achevés, les rôles 
distribués et appris, la pièce sur le point d'être jouée. C'était, en 
quelque sorte, un échantillon offert aux yeux du peuple de toutes les 
magnificences que l'on devait prochainement étaler à la représenta- 
tion véritable du Mystère. A un jour fixe — à Romans ce fut le 6 mai 
— tous les acteurs, à cheval et revêtus de leurs costumes, se réunis- 
saient au son de la trompette et au branle de toutes les cloches ; 
cette brillante cavalcade parcourait ainsi la ville, s'arrêtant de temps 
en temps sur les principales places, et annonçant ofticiellement à la 
foule ce que celle-ci savait déjà depuis longtemps : le sujet du drame, 
l'époque du jeu, et sans doute aussi le prix des places et toutes les 
mesures de police arrêtées pour les trois journées. Notre mémoire 
ne parle des « montres du geu » qu'accidentellement, à l'occasion 
d'une collation qu'on n'aurait eu garde d'oublier ce joui-là, et qui 
s'y trouve portée comme article de dépense (2) ; mais on peut sup- 
pléer à son silence par l'épilogue du Mystère. Au dire du juge 
Perrier, tout fut d'une richesse inouïe : les personnages émerveillè- 
rent tous la ville par leurs « acostremans » en draps d'or, d'argent, de 
satin, de velours et de soie « buffés » d'argent ; le public estima à 
cent mille escus et plus (3) » leurs bagues et pierreries (4). 

(i) Pp. 606-7, '^'' ' • ^J' 3-5' '"^ et 627. 

(2) P. 617 ; cf. pp. 618 cl 622. 

(3) Celte somme, quelque peu lahuleusc, LCjuivaudiait aujourd'hui à près de qua- 
tre millions de francs. 

(4) P- 592 



JOUÉ A ROMANS EN I 509. 219 

Le lendemain de la montre, le 7 mai, eut lieu le dernier recort, la 
répétition générale, (i) Là, un scrupule un peu tardif s'empara des 
commissaires. L'œuvre du chanoine Pra, même après avoir été si 
souvent retouchée, leur parut demander, dans certaines parties du 
moins, un nouveau remaniement : à leur avis, les rôles des quatre 
« tyrans » laissaient encore à désirer. On résolut de les faire « radou- 
ber ». c'est-à-dire de les renforcer ; et, malgré le refus récent de 
Chevalet de coopérer au Mystère des Trois Doms, ce fut encore à 
lui qu'on eut recours en cette circonstance, tant était grande, il faut 
le reconnaître, la réputation dont il jouissait à cette époque. Etienne 
Combez des Coppes, noble romanais, lui fut donc député à Vienne ; 
il y passa quatre jours, et cette fois le poète se prêta certainement 
au travail qu'on lui demandait, puisque le compte porte sept florins 
« baylhés à mestre Chevallet », indépendamment de quelques repas 
pris par lui et payés à part (2). 

Sur quels points portaient ces changements ? Il est facile de 
nous en rendre compte, car le fatiste viennois transcrivit fou fit 
transcrire) ses corrections à la marge du texte ou sur des feuillets 
intercalés dans le manuscrit et de plus petit format que les pages 
de l'œuvre du chanoine Pra. 11 ne retoucha pas seulement le rôle 
des « tyrans », comme on pourrait le conclure du texte visé plus 
haut. Toutefois ces rôles, ou d'autres identiques par le fond de comi- 
que et d'expressions saupoudrées d'un gros sel, furent de sa part 
l'objet d'un soin spécial. Enfin nous apprenons, par un article de 
la dépense de Combez, qu'au retour d'une excursion à Lyon il fit 
corriger par Chevalet son rôle particulier en « aulcuns passages » ; 
ce « rhabillage », comme il l'appelle lui-même, dans la note écrite et 
signée de sa main et annexée au compte général, lui coûta un teston. 
Etienne Combez figurait Brisebarre, le premier <> tyran ». 

Chevalet aurait-il également rédigé les rubriques du Mystère, ou 
notes marginales indicatives des jeux d'instruments, entrées en 
scène de nouveaux personnages, départs de messagers, etc. > On ne 
sera guère porté à le croire, bien que la même plume qui a fixé sur le 
papier ses modifications et retouches semble avoir écrit ces rubri- 
ques, — généralement en français, parfois en latin. La Translation, 
qui fait suite au Mystère et qu'on décida, au dernier moment, de 



(I) P. 617. 

{2) Pp. 620 et 6^4-5. 



220 MYSTERE DES TROIS DOMS 

ne pas représenter, n'offre pas ces indications théâtrales : c'est donc 
après coup qu'elles ont été rédigées. 

Ce qui est hors de doute, ce sont les noms des scribes du cha- 
noine Pra. Les vers de la première journée ont été copiés par maî- 
tre Perdichon, ceux de la seconde par maître Jacques Beille, enfin 
ceux de la troisième, qui comprenait primitivement la Translation, 
par Guiart Rostaing. notaire de Romans, comme les deux pre- 
miers (i). 

Les derniers jours qui précédèrent les fêtes de Pentecôte furent 
emploj'és à terminer les préparatifs pour le jeu du Mystère. Le 15 
mai, les commissaires, en personnes prudentes et avisées, font 
visiter par deux maîtres charpentiers pris hors de la localité, l'un 
à St-Marcelin, l'autre à St-Antoine, les échafauds et le théâtre, afin 
de s'assurer de la parfaite solidité de l'ouvrage, auquel cette épreuve 
fut favorable (2). Une sentinelle est établie à la porte principale de 
l'enceinte, avec mission d'en écarter les simples curieux et d'en per- 
mettre l'accès aux seuls ouvriers que la foule trop empressée aurait 
gênés dans leurs travaux (3). Enfin arrive le grand jour de la repré- 
sentation. 

Pendant que le souffleur — dont l'importance est manifeste si l'on 
tient compte du peu de temps qu'on eut pour apprendre et étudier 
les rôles — aide puissamment les nombreux acteurs, suivons, nous 
aussi, scène par scène les péripéties de notre drame. La représenta- 
tion doit durer trois jours : il a fallu combiner la pièce de façon à 
donner un tout complet durant ce laps de temps. Aussi a-t-on exac- 
tement délimité la part qu'on doit jouer chaque matin et celle qui 
est réservée pour les après-dinées. A la dernière heure on a reconnu 
que le Mystère est trop long. Que faire ? On se hâte de syncoper la 
trilogie — pourtant si amusante — de Baudet, Malenpoint et Blon- 
dette (vers 5416-618), et l'on retranche la Translation qui devait 
remplir la troisième soirée. De plus, on échancre une partie de la 
seconde journée qui, jointe à la portion fixée pour la matinée de la 
troisième, occupera le dernier jour tout entier. L'orchestre, qui a 
donné des aubades le jour de la inonlrc (4), est des plus simples. A 
s'en tenir au mémoire, quatre trompettes amenés à grands Irais d'un 

(1) P. 612. 

(2) P. O20. 

(3) P. 626. 

(4) P. 618. 



JOUE A ROMANS EN I 5O9. 22 1 

pays étranger, de Valréas (Vauclusej fi), et quatre tambourins pris 
dans la ville {2), aurait composé toute la musique du jeu (3). Cepen- 
dant il est probable que d'autres instruments en faisaient partie. 
L'orgue, qui figurait dordinaire dans le Paradis comme accompa- 
gnement indispensable des chants célestes, n'a pas manqué à la 
représentation de ce Mystère (4) ; seulement le Chapitre l'aura peut- 
être offert sans en réclamer le loyer, et le compte, qui se borne à 
rapporter les sommes payées ou reçues, n'en a pas fait mention. 

(i) Pp. 614-5, 618, 620 et 6^5. 

(2) Pp. 623, 625 et 627. 

(3) A Vienne, à la Passion jouée en 1510, il y avait neuf trompettes, plusieurs 
autres instruments, des orgues et des chants (p. 892). 

(4) Pp. 202, 474,498, 500-2, 500 et 528 « Silete d'orgues. » 

{La suite au prochain numéro.) 



HISTOIRE RELIGIEUSE 

DE 

PONT-EN-ROYANS 

(ISÈRE) 
(Fin) 



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En 1678 et 1679, le prieuré payait aux pauvres du Pont la 24' de 
la dîme du lieu. Cette part, évaluée seulement à 9 livres en 1679, fut 
largement distribuée par le prieur lui-même le 24 décembre 1698, 
aux pauvres du Pont, en présence du châtelain Lagachetière et du 
consul Lamberton. En 17 17 et 1728, elle était payée en grains et 
évaluée à 12 livres. Le 10 mars 1747, le « bureau, assemblé à l'ex- 
traordinaire, » procédait avec le syndic du prieuré au compte de la 
24' due aux pauvres depuis 1740 inclusivement jusqu'à 1747 exclusi- 
vement ; et le syndic, débiteur de 100 livres, livrait immédiatement 
cette somme à Juste Faure, syndic des pauvres. En 1 762, les Antonins 



222 HISTOIRE RELIGIEUSE 

du Pont, arguant de leurs privilèges et de leurs charges, refusaient 
la 24* ; mais le syndic des pauvres faisait assigner celui du prieuré à 
se présenter chez le commissaire député du parlement. Il y a une 
lettre de Galland, abbé général de Saint Antoine, du 3 juillet 1762, 
écrite à un procureur pour que celui-ci avisât à la chose. Mais en 
1765 la question n'était pas encore définitivement tranchée. Les 
Antonins avaient continué à payer, mais sous réserve de se faire 
rembourser si leurs privilèges étaient rétablis (ij. La Révolution 
devait quelques années plus tard abolir d'un seul coup et la 24^ et la 
dime elle-même. 

Secours administratij's. — A des besoins extraordinaires, les châ- 
telains et consuls du lieu répondaient par des mesures et des secours 
insolites. En 1650, une épidémie, éclatant au sein même de Pont- 
en-Royans, y semait l'effroi et décimait la population. Beaucoup 
d'habitants cherchant leur salut dans la fuite, Just Bertrand, châte- 
lain du lieu, déploya tout le courage et le zèle que peuvent inspirer 
l'amour de la patrie et un dévouement intelligent. « Par ses ordres, 
la police s'organise, on nomme un capitaine de santé, dont la mis- 
sion était de combattre le mal et de rassurer par de sages mesures 
un public justement alarme ; une garde permanente veille nuit et 
jour aux portes de la ville, pour empêcher toute communication avec 
le dehors ; la porte du Bourg, que l'exiguïté des ressources avait 
laissée dans le délabrement et l'abandon, devint alors l'objet de la 
sollicitude du châtelain, et fut réparée en toute hâte. » Bien que ces 
barrières fussent impuissantes à arrêter la peste dans son cours, il 
y a lieu de louer ceux qui prirent contre celle-ci toutes les mesures 
en leur pouvoir. 

« L'année 1724 fut marquée par un événement qui, couvrant de 
ruines tout le quartier du Bourg, jeta l'épouvante et la consternation 
dans les autres parties de la ville. Quinze ou seize maisons s'écrou- 
lèrent sous la pression du terrain qui les dominait au levant. Les 
archives, en constatant cet affreux accident, ne nous disent pas le 
nombre des personnes qui périrent ensevelies toutes vivantes dans 
leurs propres demeures. Les conséquences d'un aussi effroyable 
sinistre furent terribles; plusieurs familles, privées d'asile et réduites 
à une prof(jnde misère, allaient errantes, demandant des secours et 
un abri hospitalier. La charité des l-*ontois répondit à l'appel du 
malheur et aux cris de la souffrance. » 

(i ) Arch. ei foncJb cil. 



DE PONT-EN-KOYANS. 223 

La même cause produisit en 1748 un effet analogue. Toutefois on 
n'eut à déplorer que la perte de trois maisons. 

L'année suivante, calamité d'un nouveau genre, u. Les campa- 
gnes, inondées par des pluies abondantes, n'offraient aux yeux des 
laboureurs qu'un sol stérile et dépouillé. Une extrême disette se fît 
sentir à Saint-Marcellin, à Valence et aux environs. Pont-en-Royans 
eut beaucoup à souffrir, car il ne recueillait qu'un vingtième de sa 
consommation ordinaire. Les paroisses voisines, loin de pouvoir lui 
venir en aide, avaient à peine récolté l'équivalent des semences 
confiées à la terre. Sans attendre que le mal empirât, la municipa- 
lité décréta la fondation d'un magasin où, par les soins des deux 
consuls, furent déposés 1,200 quintaux de blé destiné à satisfaire 
les premiers besoins des habitants. » L'intendant de la province, 
non content d'autoriser une mesure si sage, l'encouragea en four- 
nissant lui-même 50 sétiers de blé au nouveau grenier (i). 

Bureau de bien/aisance. — Il est constitué depuis déjà longtemps. 
Ses recettes ordinaires étaient en 1871 de 1,209 f''-i son revenu 
annuel est actuellement de 1,650. 

Société de bienfaisance rnutuelle. — Sous la mairie de M. Mar- 
chand, en 1846, les ouvriers de Pont-en-Royans fondèrent une 
société de bienfaisance qui avait pour but de secourir ceux de ses 
membres qui seraient malades ou dans le besoin. La caisse était 
alimentée paf les versements faits en entrant, par des versements 
mensuels et par les amendes dont étaient punis certains manque- 
ments au règlement. Ce règlement, distribué en 52 articles, fut 
adopté en assemblée générale le 6 septembre 1846, et approuvé par 
Je Préfet de l'Isère le 28 du même mois. On le fît ensuite imprimer 
chez C. Bossan, imprimeur à Saint-Marcellin. 11 forme une brochure 
de 12 pages in-12. 

VIII. — Institutions scolaires. 

Les premières traces d'une école au Pont remontent au XV* siècle; 
elles nous sont fournies par un acte du i" octobre 1428, intervenu 
entre le prieur et le curé du Pont et ayant pour objet les droits de 
l'un et de l'autre sur une maison située dans l'intérieur de la ville. 
Cette maison, dit l'acte, était attenante à la maison de maître Ismi- 
don de Memor, maître d'école des frères, c'est-à-dire des religieux 

(i) Vincent, op. cit., pp. 97 et 11 2-3. 



224 HISTOIKt RELIGIEUSE 

du lieu 'juxta dominn ma;^i$lri MiJdoni de Memore, magistri schole 
fiwlrunt dicti loci), et le maitre d'école figure lui-même comme té- 
moin dans cet acte (ij. 

Au XVl" siècle, il y avait certainement au Pont une école de gar- 
çons. Quant aux protestants, voici des détails qui nous permettent 
d'entrevoir comment ils pourvoyaient à l'instruction de leurs en- 
fants. Jacques Terrot, protestant influent du Pont, avait épousé le 
i'" février 1619 Marguerite Arnaud-Balmas, de Saint-Paul, et en 
avait eu 2 garçons et 3 filles, quand il mourut le 1 1 novembre 1628. 
Sa veuve mourut elle-même le 15 juin 1630. Une assemblée de pa- 
rents décida d'adjoindre à Just Terrot, frère du défunt et désigné 
pour tuteur dans le testament de celui-ci, les sieurs Pierre Terrot et 
Arnaud-Balmas, pour surveiller sa gestion. Le jeune Etienne, aîné 
des garçons, âgé de 10 ans, fut confié à M. d'Hérieu, ministre pro- 
testant au Pont; les trois filles furent confiées à M™'' d'Hérieu, pour 
les élever dafis la vertu, dit l'assemblée de parents ; le petit Jacques, 
qui n'avait que 2 ans à la mort de sa mère, fut emmené à Saint- 
Paul par son oncle Arnaud Balmas, qui le mit à l'école à Romans à 
7 sous par mois (2). 

En 1734, Catherine Baty, sans doute déjà religieuse de l'hôpital du 
Pont, annexa à celui-ci une école de filles. En 1776, voulant assurer 
à un plus grand nombre d'enfants les avantages de l'instruction, 
cette généreuse fille abandonna au même établissement la somme 
de 3,000 écus ; c'étaient les débris d'une fortune toute consacrée aux 
bonnes œuvres. D'après les clauses de son testament daté du 12 
novembre, six garçons devaient être élevés gratuitement. Leur ins- 
tituteur, nommé par le curé, était soumis à l'approbation de l'ordi- 
naire. Ces détails que nous donne M. l'abbé Vincent d'après les ar- 
chives du Pont, sont les seuls que nous ayons sur les écoles du lieu 
au XVIII" siècle; ou plutôt, le même auteur nous apprend, un peu 
plus loin, que le budget des dépenses communales de 1740 portait 
100 livres de gages pour l'instituteur (3). 

Aujourd'hui, et depuis déjà de longues années, l'école de garçons 
du Pont est confiée à un instituteur laïque aidé d'un adjoint. Celle 
des filles est dirigée par 3 religieuses de la congrégation de Sainte- 
Marthe de Romans, congrégation si hautement appréciée pour son 
intelligence et son dévouement dans l'éducation de la jeunesse. 

(i) Arch. et fonds cit. 

(2) Notice . . . Terrot, p. 21-3. 

(3; Lettres sur le Royans, p. 105-7 



DE PONT-EN-ROYANS. 225 



IX. — Illustration ecclésiastique. 

Du mariage de Jean Terrot, bourgeois du Pont, avec Madeleine 
de Gumin de Trufel de la xMurette, mariage contracté en 17 12, na- 
quirent 5 enfants, 4 garçons et i fille, savoir : Jacques-Joseph, 
Charles, Etienne, André et Madeleine. Charles, qui selon l'usage de 
l'époque s'appelait Sillac, nom d'un domaine de la famille situé à 
Ste-Eulalie, entra en qualité de cadet dans un régiment sarde, qui 
était en garnison à Tortone en Piémont. Mais, au lieu de s'occuper 
de son instruction militaire et de fréquenter les officiers, il était sans 
cesse dans les églises, ce qui annonçait peu de vocation pour l'état 
militaire. En effet, ayant un jour quitté sa garnison, il revint au 
Pont, près de sa mère, a De là il partit pour Paris, où il fit de fort 
bonnes classes à Saint- Sulpicc ; puis devint prêtre de l'ordre du 
Saint-Sacrement, fut supérieur du séminaire de son ordre, à Va- 
lence, puis à Chabeuil, a Marseille et enfin à X'alréas, d'où la révo- 
lution le chassa. 11 vint finir ses jours au Pont, à Château-Gaillard, 
où il mourut sur la fin de 1795. " 

A ces traits généraux, fournis par la Aotice sur la famille Terrot, 
écrite par le petit-neveu de notre personnage, joignons quelques 
détails puisés à la même source. 

En 1747, étant supérieur au collège de Valence, il apprend que 
jy^me Xerrot, sa mère, est à toute extrémité, et qu'il faut partir de 
suite, s'il veut la voir. Il monte à cheval, et, arrivé sous les murs de 
Château-Gaillard, il s'informe de l'état de sa mère. On lui dit qu'elle 
est morte et morte protestante. 11 fait tourner bride à son cheval et 
revient à Valence. 

« Ma mère, qui était de Chabeuil, dit l'auteur de la Notice et qui 
l'avait beaucoup connu, lorsqu'il était supérieur du collège de cette 
ville, m'a dit qu'il avait une grande réputation de sainteté, et un 
talent remarquable pour la chaire. Il attirait à Chabeuil la haute 
société de Valence qui venait entendre ses sermons. Il nous a laissé 
une malle pleine de sermons écrits de sa main. C'est lui qui con- 
tribua au mariage de mon père, qui était son neveu et qu'il avait 
élevé, avec Marthe Lacroix-Saint-Pierre, fille du juge mage de Cha- 
beuil. » 

M. Mouralis, curé-archiprétre de Saint-Jean-en-Royans, chevalier 
de la Légion d'honneur, qui était du Midi, avait commencé ses 

Bull. VII, 1887. 17 



2 26 NOTES SUR LA COAIMANDERIE 

classes sous Charles Terrot, à Valréas, avec l'abbé Maury, devenu 
ensuite cardinal. 

Enfin , le digne prêtre du Saint-Sacrement eut en son frère 
Etienne, plus jeune, né au Pont le 5 avril 1721, le général d'artillerie 
Terrot de Lavalette, décédé au même lieu le 30 juillet 1793 (i). 

(i) Notice, p. ^7-62. 

FIN. 

L. FILLET. 



NOTES 

SUR 

LA COilANDFRIE DES ANTONINS 

A AUBENAS, EN VIVARAIS. 

(Suite) 



Voici l'inventaire de St-Antoine d'Aubenas en 1456 : 

L'an du seigneur 1450 et le 12 juillet fut fait l'inventaire du trésor 
de St-Anloine rendu par le F. Vital Icxtor, sacristc, au seigneur 
commandeur d'Aubenas, ¥. Antoine de Serre — et furent remis 
tous les objets suivants : 

Premièrement, le bras de St-Marc (brachium Sti Marchi) en argent, 
ayant son poignet doré par dessus et orne de feuillages ; 

Item dans le milieu où est le verre, les montres du même dorées 
par dessus avec branches et feuillages ; 

Item une grande croix d'argent avec deux poignets d'argent et 



DES ANTONINS A AUBENAS. 227 

leur chaîne d'argent, avec dix émaux et quatre figures d'Evangelistes; 
— dans laquelle sont fixés par derrière et par devant 25 bosses et 
pierres qui étaient autrefois faites et posées dans la même croix ; et 
par derrière est un agneau d'argent au milieu de la dite croix, doré 
par dessus, et avec sept émaux par derrière garnis de nombreuses 
images ; 

Item un calice d'argent avec sa patène, jadis doré par dessus, 
évasé par le haut et au milieu du pied, avec six boutons d'émail, 
pesant un marc sept onces et treize deniers avec obole ; 

Item un calice d'argent avec sa patène, doré en dessus avec un 
boutori au pied, rond, avec quatre baguettes entourant le dit pied, 
du poids d'un marc, six onces et vingt deniers tournois. 

Item un autre petit calice d'argent avec sa patène, pesant six onces 
six deniers , donné par Roberte Cognasse comme c'est écrit par 
dessous ; 

Item une petite croix d'argent dorée au dessus, dans laquelle est 
une ouverture au dessous de la sainte croix de N.-S. J.-C. au milieu ; 
et au dessous de la cavité faite dans la même croix, au milieu de la 
croix et dans le sens de la longueur de cette cavité, est un morceau 
de la vraie croix, quoique petit et ne remplissant pas la cavité, 
le tout pesant trois onces moins sept deniers, et la figure du Crucifié 
est sur pied, et la croix a, à ses quatre extrémités, à chacune d'elles, 
une petite boîte (bosedamj pour y tenir de saintes reliques ; 

Item un ostensoir d'argent muni de quatre chaînes, beau avec ses 
accessoires, in quo siini Dei, en argent, pesant deux marcs deux onces 
quinze deniers , donné par Jacques Coqui comme c'est écrit au 
dessous ; 

Item deux paix (pacesj(i) de laiton et à l'une d'elles il manque 
l'image de St-Jean ; à part cela elles sont complètes ; 

Item un reliquaire qu'on porte dans les quêtes, avec sa croix de 
dessus en argent, et un bouton où est fixée la dite croix, lequel bou- 
ton est en argent. Le reliquaire est placé entre trois preces per vicem 
et il renferme un long compartiment en cristal où sont placées les 
reliques, et au pied sont six boutons émaillés, et d'autre part le pied 
est orné de fleurs de roses, et il est entièrement bien fait et tra- 
vaillé ; 

(1) Pax, instrumentum quod inter missarum solemnia populo osculandum prœ- 
betuT (Ducange). Dans les églises où cet objet n'existe pas, on se sert (à tort) aux 
offrandes de la patène. 



228 NOTES SUR LA COMMANDERIE 

Item un grand coffret travaillé par dessus et très-beau, environné 
tout autour d'images blanclies de saints en ivoire, et au dessous est 
un autre petit coffret où sont plusieurs reliques au nombre de 52 
saints, comme il est écrit sur une petite tablette, et le coffret a sa 
serrure et sa clé et, tant dans ce coffret que dans un autre que 
remit également le dit sacriste, en l'ouvrant, on voit retracés, 
par-dessus et tout autour, des traits de la vie de St-Antoine, et 
dans ce coffret sont les dites reliques et celles de plusieurs saints, 
comme il est établi ci-dessous ; — Item deux missels, l'un à 
l'usage des religieux, qui commence par les mots : Xostriiin Jesum 
Christum, en tête du premier feuillet, et les feuillets sont au nombre 
de 349 ; 

L'autre missel est à l'usage du clergé de Toulouse et commence 
par les mots : In nomine Uomini nostri et finit au dernier feuillet par 
les mots : Solcmpma prevtnieinus ; — item deux légendaires, bons, 
à l'usage de la religion de St-Antoine ; — item un autre légendaire 
à l'usage des moines noirs (Bénédictins), lequel est un missel qui 
n'est pas pour le pays de France et le commandeur veut qu'il soit 
vendu et que le prix soit converti en d'autres livres d'usage et de 
religion de St-Antoine; — item trois répons à 1 usage de la dite 
religion, un neuf et deux presque usés ; — item deux psautiers et 
dans l'un il y a à faire des noms, ce qui est une petite réparation ; 
il y a aussi à refaire les calendriers et on a commandé de faire ces 
réparations ; — item un livre dit ojjicies, c'est-à-dire Graduel, en 
bon état ; - item un pistolari (Epistolier) ; — item deux Prosiers ; 

— item un livre dit Vordenari ; - item trois livres dits Prosiers; — 
item quatre Passions notées ; — invention du corps de St-Antoine ; 

— révélation du même ; — item un petit missel au complet ; — 
item deux livres dits Capituliers ; — item un cahier (caterniimj de la 
Conception de la Ste-Vierge ; — item un cahier de l'oflice de St- 
Antoine qui commence SiloLe et c'est l'office noté de la messe ; — 
item un autre li\ re de la règle de St-Antoine et des statuts de la dite 
religion, où sont plusieurs antiphonaires de la Ste-Vierge, livre que 
le seigneur commandeur apporta dans la dite église et qu'il donna ; 

— item un autre livre, petit, de sermons, donné par le I'. Antoine 
Bethoa, commandeur de Tournon ; — item un panneau sur toile 
(incdiciasj de Y \xr\di\^c àt St-yXnloine sur l'autel avec son cadre orné 
de plusieurs images ; — quatorze nappes bonnes ; — quatre nappes 
moyennes, bonnes, de modique valeur; - deux nappes; ■- une 



DES ANTONINS A AUBENAS. 229 

couverture de grand autel en peau de mouton ; — sept aubes 
bonnes ; — cinq de modique valeur; - quatre amicts, tant bons 
que de modique valeur ; — quatre burettes ; — une longière de 
curtil blanc ; — des vêtements sacerdotaux de couleur perse, brodés 
de soie, parmi lesquels est une chasuble et des habits de diacre et 
sous-diacre et une chape, le tout est de valeur convenable; — des 
vêtements sacerdotaux de bocassin (bocaci) fi), ornés à la façon des 
autres ; — une chasuble de soie blanche avec son étole et son mani- 
pule ; — des vêtements sacerdotaux de diacre et de sous-diacre 
batut danc ; — une chape ornée d'une face humaine ; — une ban- 
nière de couleur rouge, de valeur modique ; — une chasuble de soie, 
ancienne, ornée de feuillages, avec étole et manipule ; — une autre 
chasuble de couleur verte, de peu de valeur, avec son étole ; — une 
autre chasuble de coton, de peu de valeur; — une autre chasuble 
de toile, de peu de valeur ; — deux pelisses (peliseus) grandes et 
deux petites, de peu de valeur; — quatre chandeliers de fer, dont 
trois ayant troi^ pieds ; — quatre petits chandeliers, dont deux de 
peu de valeur ; — un bassin à quête pour les âmes du purgatoire ; 
— deux petits tariels et deux autres petits pleins de jail pour tenir 
des livres ; un beneytier ; — trois paires (duelhas) de petites clo- 
chettes devant l'autel et sept autres petites clochettes sonnant quand 
on élève le corps du Christ ; — au bas de l'église : un archibanc 
avec serrure et clé ; un autre dans la pièce de la sacristie avec 
serrure et clé ; — un autre derrière l'autel de peu de valeur ; — 
l'ornement d'une lampe de fer et d'étain dans le fond où l'on tient 
les lampes ; — dans le clocher : deux cloches. — Et le présent in- 
ventaire fut fait par vénérable homme F. Antoine de Serre, com- 
mandeur de la présente commanderie, en présence des FF. Antoine 
Plagnol , Pierre Coyta et moi Rochette, notaire. — Et tous les 
objets susdits furent remis au dit sacriste qui promit de les bien et 
fidèlement garder et conserver et, quand il le faudra, de les rendre 
au seigneur commandeur ou à ses successeurs à réquisition et en 
témoignage de ses promesses. Ont signé : Antoine de Scrre, com- 
mandeur. - Ita est, sacriste de St-Antoine. — Ita est, Plagnol. 

Inventaire des objets existant dans l'hôpital de Ste-Anne. — En l'an 
susdit et le 12 du mois susdit, furent trouvés les objets suivants par 
le dit messire commandeur : — et d'abord dans le premier lit près 
de la porte : un matelas (ahnatracium), trois couvertures, un coussin 

(i) Bocassiniis, étoffe de lin ou de coton (Ducange). 



230 NOTES SUR LA COMMANDERIE 

de plume, deux draps ; — dans un autre lit contigu au précédent : 
un matelas (alm.itraciumj et deux couvertures seulement; — dans 
un autre lit près de la porte du verger : un matelas (cidcitra) de 
plume (i) et un autre coussin également de plume, deux couver- 
tures grossières (lodices), deux draps ; — dans un autre lit voisin : 
un matelas avec son coussin de plume, deux couvertures grossières 
et un drap ; — seize draps, trois nappes. 

Dans la cuisine, un ig^iipendhim (2), un trépied et quelques au- 
dessas (3), une poêle à frire. 

Dans l'hôpital : une armoire farca) avec clé et serrure, où l'on 
tient les draps et nappes. 

Étaient présents : le commandeur de Tournon, noble Christophore 
de Serre, F. Etienne de Missolz. 

Item une caisse avec clé et serrure entre deux posatas — 
(Ici deux pages en blanc). 



Arrentemefit de la commanderie de St-Antoine d'Aubenas. — Le 
13 juillet 1456, vénérable et religieux homme, Antoine de Serre, 
commandeur de la commanderie de St-Antoine d'Aubenas, afferme 
pour six ans et six récoltes, commençant à la Madeleine prochaine, 
sa commanderie d'Aubenas, au F. Pierre Salhencoyta, commandeur 
de Gévaudan, au prix de soixante écus d'or par an. Salhencoyta 
aura à donner, en outre, chaque année, un quintal de chanvre et un 
quintal de laine, 100 pieds de porc, 24 draps, un muid de piquette 
(vini lyinphati). — Il livrera la laine à la Madeleine, le chanvre à St- 
Michel, les pieds de porc et les draps le jour de St-Antoine, le muid 
de piquette à l'époque des vendanges, et ce vin doit être bon et du 
meilleur. ~^ 



d) Nous avons traduit également par matelas les mots almatracium et culcilia, 
bien qu'à notre avis culcitia, qui revient constamment dans ces inventaires, doive 
plutôt correspondre à ce que nous appelons paillasse qu'à un vrai matelas. 

(2) Nous supposons que \'i<^)tipendium était la crémaillère, non pas celle à crochet 
ou l'on suspend la marmite, mais celle qui se termine par un appendice destiné à 
porter une poêle à frire. 

(3) Probablement les petits trépieds bas qui servent à maintenir les casscrolles 
placées sur les trous des potagers. 



DES ANTONINS A AUBENAS. 23 I 

Il est convenu de plus que, pendant cette période de six années, 
le dit F. Pierre fera le service divin dans l'église St-Antoine et le 
fera faire par les Frères de la dite maison et qu'il pourvoira bien et 
honnêtement, de la manière accoutumée, aux Frères de la Religion, 
c'est-à-dire au commandeur de Tournon, au sacriste, à l'archiprêtre 
et aux deux claustriers, s'ils y sont, et qu'il donnera à qui de droit, 
tant qu'il sera là, l'hospitalité honnête qui est d'usage. Il recevra les 
biens meubles et immeubles du commandeur, en fera un bon 
emploi et les rendra au bout des six ans. Il pourvoira aux hospita- 
liers de la manière accoutumée. 11 tiendra en bon état les maisons 
de la dite commanderie et veillera à ce que les charpentes ne soient 
pas endommagées. Il fera face à toutes les charges ordinaires et 
extraordinaires de la maison et en tiendra quitte le commandeur 
vis-à-vis de tous les ayant-droit. Il fera faire à ses frais trente jour- 
nées pour provigner les vignes de la commanderie. Il emploiera 
chaque année 200 échalas (fruchas) pour la réparation de ces vi- 
gnes (i). Il pourvoira chaque année la dite maison de 200 treules (2), 
de deux douzaines de planches, d'une douzaine de chevrons, et d'un 
muid de chaux avec le sable nécessaire pour la réparation des bâ- 
timents. — Mais le commandeur se réserve de percevoir les lods et 
droits d'investiture, de garder la défroque de ceux des Frères qui 
viendraient à mourir, de toucher ce qui revient à ses hôpitaux. — 
Il est de plus convenu que le F. Pierre fournira pendant un mois, 
dans la dite maison, deux chevaux au seigneur commandeur ou à 
celui qui viendra à sa place, mais s'il ne vient personne, le com- 
mandeur n'aura rien à réclamer de ce chef. — L'acte est passé dans 
la maison de St-Antoine. Les témoins sont : F. Antoine Plagnol, 
noble Christophore de Serre, Pierre Gleize, Vital Colomb, Jacques- 
Jean Des Combes, Pierre Chafenor, Raynaud Valeton. 



Le 17 juillet, le commandeur Antoine de Serre donne en nouvel 
accapt à Gonet Laurent, de St-Pierre-le-Vieux, une terre située 
dans ce quartier, pour le cens annuel d'une émine de froment. 

(i) Ce mot ûe fruchas pour échalas est encore employé du côté de Joyeuse, 
(2) Les tuiles sont encore appelées triéoûlé dans le patois local. 



232 NOTES SUR LA CO.M.MANDERIE 



Le 26 juillet, à la suite de l'arrentement ci-dessus, a lieu l'inven- 
taire des biens de St-Antoine pour être remis au fermier, le F. 
Pierre Salhencoyta. En voici le détail : 

Dans la cour : — deux tables bonnes, avec quatre tauliers; — devant 
le four, un banc ; — une autre table ancienne, avec ses tauliers ; — 
un dressoir (dreyssador) neuf avec deux serrures et clés ; — deux 
chandeliers de fer et un de laiton; — un archibanc de peu de valeur; 

— trois salières d'étain ; — un cachet pour marquer les effets et la 
vaisselle. 

Dans la bouteilleiie de la dite maison : — D'abord trois cruches 
(cruchias) pour tenir de l'huile ; vingt-un pains pour la dépense 
de la maison ; — une caisse de peu de valeur, sans serrure ni clé ; 

— une cruche pour tenir de l'huile ; — trois barraux (\) tenant cha- 
cun trois pots; — une coriie/^a (corbeille); — un petit vase pour 
tenir le pynès ; — quatre brocs (pitalphos) d'étain contenant chacun 
an pot de vin ; — un broc contenant trois chopines ; — quatre ai- 
guières d'étain ; — deux armoires (armatria) avec serrures et clés; — 
un pet.it hachoir (chaplador) {2)\ — un autre pour rompre et fendre 
le pain. 

Item, dans la cuisine : — Trois seaux (si'tiiLtsJ pour tenir de l'eau ; — 
une st.Diienha f^) de peu de valeur : — un mortier en pierre avec son 
pilon. 

Item, dans la pastaudière (pastauderia, salle où l'on pétrit) : — 
un dolh (4) ; — un seau pour les porcs ; — un asie (5) en fer ; — 
deux chaufoti,ner (6) ; — deux crumalheyra (yj grandes et grosses ; 

— une table de peu de valeur avec ses pecollis{8) ; — une cella pour 

(1) Le barrai avait la forme d'une cornue ou benne, à deux anses, mais avec 
un couvercle. 

(2) Dans le patois local, chopouLt veut dire hacher, couper par morceaux. 

(3) Sans doute silula slameuha, seau étamé. D'autre part, Ducange donne le mot 
stamenha comme signifiant une chemise grossière que portaient les moines en guise 
de cilice. 

{^) Doulli, en provcnc^al, grand vase en terre pour tenir de l'huile. 

(5) Broche, de hasta, se dit encore en patois. 

(6) Probablement réchaud. 

(7) Il s'agit probablement ici de la crémaillère à crochet à laquelle on suspendait 
la marmite. 

(8) Pecouls, en provençal, pieds de banc ou de lit. 



DES ANTONINS A AUBENAS. 2^3 

s'asseoir (i); une marmite (olla) de cuivre contenant une seillée 
et demie, bonne ; — une bassine de laiton ; — deux topis (2) pour 
laver la vaisselle; — huit olhs de terre (3) tant grandes que petites; 
une cobercella (4) de fer ; — quelques crémaillères ; — une râpe 
(gratusa) en fer ; — une grasilha ('5) ; deux patellas (6), une bonne 
et l'autre de peu de valeur; — deux cuillères en fer ; — une vira- 
doyra (7) en fer; — sept patellas d'étain aurelladas (8) ; — huit plasts 
d'étain tant grands que petits ; — un coclear (g) en bois ; — deux 
dreyssadors de bois pour tenir picalhos sur table (loj; — un arinci- 
trium avec la clé nécessaire. 

Item, dans la pastaudière rarofogrina : — Un pLists d'étain et une 
écuelle d'étain: — un cacabum (11) tenant quatre seillées ; — une 
paxrolam (12) de peu de valeur tenant une seillée ; — une maïe pour 
pétrir avec son couvert neuf; — une caisse pour tenir la farine; — 
quinze palhas pour porter la pâte ; — un autre palhas (13). 

Item, dans la chambre de la mère : — Deux couvertures : — un 
coysst (14) ; — sept draps de peu de valeur. 

Item, dans la cour : — Diias eschalhas novas ri5) ; — une autre en 

(i) Cella est un siège de bois mas^if. 

(2) Toupis, dans le patois local, indique tous les pots en terre qui vont au feu. 

(3) Ces marmites de terre sont évidemment ce que nous appelons aujourd'hui 
des casseroles. 

(4) Un couvert se dit encore en patois etio cubercélo. 

(5) DucANGK donne à ce mot la signification de jatte ou plat, espèce de plateau. 
C'est une erreur, au moins pour nos contrées. 11 signifie gril et est encore employé 
dans ce sens du côté du Bourg-St-.-\ndéol. 

(6) OucANGE dit que patella signifie bassin de terre ou de métal pour faire cuire 
ou servir les aliments ; nous supposons qu'il désigne surtout des plats pour servir 
à table, tandis (\aç. plats désigne peut-être les assiettes. 

(7) Doit signifier un tourne-broche ou un dévidoir. 

(8) Plats à oreilles. 

(9) Grande cuiller en bois pour servir à table. 

(10) Huilier? ou bien assiettes en bois ou l'on mettait le dessert fpicalhos) (? ) 

(11) Marmite. 

(12) Peyrôlo et peyroulié signifie en patois chaudron et chaudronnier. 

(13) Corbeille de paille tressée pour porter la pâte au four. — Portent encore le 
même nom. 

(14) Coussin. Le notaire qui emploie jusqu'ici le mot latin p ulvi n ar emp\oxe cette 
fois le mot patois. 

(15) On appelle en patois échalas les échelles à un seul montant formées d'un 
tronc de sapin, de peuplier ou autres arbres à tronc droit et élancé, qu'on perce à 
intervalles égaux pour y placer le» degrés qui sortent également des deux côtés du 
tronc. Est-ce bien ces échalas ou bien de véritables échelles qu'on a voulu désigner 
ici ? 



2 34 NOTES SUR LA COMMANDERIE 

t 

galniero (i), petite, de peu de valeur; — un cop vinatgier (2); — 
une gerla folhatoria, contenant presque dix setiers de vin (3) ; — 
vingt-cinq saumées de bois (4). 

Item, dans le tinal : — Deux cuves grandes, tenant à elles deux vingt 
muids de vin ; — deux vases vinaires tenant un muid ; — un autre, 
d'un demi-muid ; — un cop vinatgier. 

Item, dans l'étable : — Les barres d'un lit ; — le râtelier et la man- 
geoire ; — un bat ; - deux mulets avec leurs bâts, garnis et ferrés à 
neuf, avec sacs et cordes, jusqu'à la somme de 30 florins. 

Item, dans la cave [crota) : — Primo, un grand vase de 5 muids et 
demi, auquel il manque un cercle, vide ; à côté, un vase de 4 muids, 
plein de vin : — un autre, vide, de 3 muids et demi ; — un autre, 
également vide, de 2 muids et demi ; — un autre, plein, d'une con- 
tenance de 3 muids moins 6 setiers ; — un autre, vide, de 36 setiers; 

— un autre, vide, de 10 setiers; — un autre plein, contenant 36 
setiers, lequel vin est retenu par le commandeur pour son usage : — 
un autre, vide, de 36 setiers: — un autre, de 40 setiers ou environ; 
où il y a 10 setiers de vin ; — un autre, vide, de même contenance ; 

— deux botellias de vin blanc, une, petite et presque pleine, et 
l'autre vide ; — un barrai, de la contenance de 2 setiers : un petit 
barrai, de 3 pintes ; — deux biros (5) ; — deux einbossjyres (6), l'un 
pour les vases vinaires. et l'autre pour les tonneaux (vegetibus) ; — 
une cossa (7) ; - une autre cossa : — un autre barrai de vin, conte- 
nant un setier ; — un embossayre pro cogordis (8j ; — un petit vase 
pour les istatgiis Cg) ; — deux pals de fer (10), un grand et un petit ; 

(i; Doit être une espèce de bois. 

{2) Copa, cuve, dans Ducange. Nous supposons que cop vinatoier désigne une 
de ces cornues ou bennes où l'on met les raisins pour la vendange. 

(3) On appelle encore gerlo, dans la région du Bourg-St-Andéol, les baquets 
larges et peu profonds où l'on fait couler la lessive et qui servent aussi à fouler la 
vendange. — Gerla folhatoria signifie donc problablement : baquet à fouler. 

(4) Une saumée veut dire généralement la charge d'une bctc de somme. Son 
poids exact varie selon les localités. 

(5) Vrilles. On dit encore en patois hirous. 

(6) Entonnoirs. Se dit encore en patois. 

(7) Etait une mesure vinaire. Ducange dit qu'il en fallait 3.; pour faire une 
émine. On appelle encore dans le patois local Caoûsso une sorte de gobelet ou bas- 
sine servant à puiser un liquide. 

(8) Il y avait, parait-il, une troisième sorte d'entonnoir pour remplir les gourdes. 

(9) Istatga signifie encore en provençal une salle à manger. 

(10) Un levier en fer. Le langage local a fait un seul mot des deux et appelle un 
levier en paoujéré. 



DES ANTONINS A AUBENAS. 2^5 

— une/essayria (i) pour les prés ; — deux palas de fer (2) ; — deux 
ligones (3) de fer ; — une serpe {goyà) ; - deux ayssadors (4). 

Item, dans la chambre près l'étable : — Une couche (cougia) du 
frère Antoine Bethoa ; deux couvertures grossières, deux draps, un 
matelas de plume et un coussin de plume dudit frère ; — une table 
de peu de valeur, u?ia escala (ou estala) sua (5) ; — une autre couche 
pour les clercs, où il y a deux couvertures de peu de valeur, un 
matelas de plume de peu de valeur, deux draps avec un coussin ; — 
quelques ceps (?) pour trois personnes ; — deux armoires avec clés 
et serrures. 

Item, à la porte du tinal, clé et serrure ; — item, dans la chambre 
qui est au delà du tinal, une armoire avec clé ; - item des bron- 
des (6) dans le casai des porcs, bois ou brondes pouvant valoir 10 
sols ; — une grosse pièce de sapin d'une canne de longueur. 

Item, dans le charnier : — Une caisse sans couvert pour tenir le 
sel ; — une échelle ; — une cledo (7) pour tenir les pieds de porcs ; 

— un sobresol (8) pour tenir la viande de porc. 

Item, dans le grenier : — Une caisse avec clé et serrure pour tenir 
les fèves et les pois-chiches ; — une mesure d'une émine ; — un 
boisseau (boycef) pour mesurer ; — un grive! (g) ; — une rasi- 
tnayt (10) dans la. pastauderia : — deux cédas pour passer la farine (i i) ; 

— treize grands porcs et neuf petits estimés tous ensemble 18 
florins. 

(i) La pioche dans le Bas-Vivarais s'appelle le fessou, bien que le Dictionnaire 
de LiTTRÉ ait spécialisé ce mot pour la pioche des viticulteurs du Périgord. — Le 
fessou est la pioche en forme de cœur allongé, à une seule pointe ; la pioche à 
deux pointes s'appelle le bichet ; la pioche à extrémité large, en forme de pelle re- 
courbée, s'appelle eyssado et l'on s'en sert pour défricher (eyssarta). 

(2) Pala, bêche. 

(3) Ligo, bêche, houe. 

(4) Probablement pour eyssado, pioche à défricher. 

(5) Sa stalle, fauteuil en bois (?) 

(6) Ce mot est encore usité dans le patois local pour dire petit bois, broussaille, 
du latin brans, dis. 

(7) Le mot de claîdo signifie dans !e Bas-Vivarais une pierre creusée où l'on 
tient le petit salé. Une clédo est, au contraire, une sorte de grenier où aboutit la 
fumée de la cheminée'et où l'on fait sécher les châtaignes. Cledo est ici pour cla'ido- 

(8) Devait être une sorte d'étagère placée au dessus du sol. 

(9) Tamis grossier, en fil de fer, qui sert notamment à passer les cendres des 
poêles pour séparer les cendres du charbon. 

(10) Le racloir de la maïe. 

(11) Tamis en soie. 



236 NOTES SUR LA COiMMANDERIE 

Item, dans la fenière de la maison : — Tout le foin de cette année, 
et tout ce foin devra être rendu, et le commandeur se réserve pour 
l'usage des bœufs et des animaux qui apporteront les provisions de 
l'édifice de l'année présente douze crocias (ij tant d'ancien que de 
nouveau fourrage, jusqu'à 26 quintaux de foin. 

Item, le jardin cultivé en jardinage et safran {croco) comme pré- 
sentement; — item un barrai plein de vinaigre. 

Item, dans la grande cave : — Deux petites outres (bottas) (2), 
bonnes ; — une autre outre de peu de valeur ; — une table ronde ; 

— un dreyssador (3J de peu de valeur; — une status (?) pour le 
charnier ; — un banc pourfendre la viande ; — une chaise (chaderia) 
ronde, bonne ; — deux taulas (4J longues pour saler la viande ; — 
un archibanc de peu de valeur ; - un dolh ; — une grande cage 
pour tenir les poulets ; — dix-sept cercles de cuve et cornedo Tcor- 
nue ?) et un vase des douves qui sont dans la grande cuve. 

Item, dans la grande cuve : — Des douves d'une cuve avec son 
buey{^)\ — des douves d'un tonneau de 33 douves avec la moitié 
de son buey ; — deux bancs pour fendre et tailler des fagots [fasces) 
dessus ; — un autre banc ad illud met (6) ; — un banc long ; — - un 
entreclan {-j) de bois pour le chœur des Frères ; — une pierre dite 
meule avec son ais de fer et son hachas (8) ; — un autre hachas pour 
ledit ouvrage : — deux paires de hanchats (9J pour chapuser dessus ; 

— quatre destreiss (loj ; — un virel (i i ) ; — huit planches de saule 
pour faire des escabeaux ; — quatre planches de noyer pour faire 
des étagères (s/a/^i^î'es) ; - deux demi-planches de noyer pour faire 

(1) Probablement des balles de toin, ainsi nommées de ce qu'elles sont liées avec 
des joncs croisés. 

(2) Se dit encore en patois : bouto. 

(3) Un dressoir ou l'on dresse la vaisselle, en patois dreyssodon. 

(4/ Taulas se dit encore en patois d'une table grossière, ou bien de la table 
grossièrement établie sur deux bancs, et en pente, pour saler le lard. 

(5) Le buel ou buey est un vase ordinairement en bois ou l'on reçoit le vin 
qu'on tire de la cuve. 

(6) Signifie sans doute pour cela même. 

(7) Une séparation, une sorte de grille en bois. 

(8) Petit réservoir pour tenir la meule humide. 

(9) On appelle encore banchats de grosses pièces de bois sur lesquelles on coupe 
les pièces moindres pour ne pas ébrécher les instruments. Chapusa signifie en pa- 
tois cf)uper par petits morceaux, 

(10) Le pressoir. 

(il) Sans doute la barre avec laquelle un tourne lu vis du pressoir. 



DES ANTONINS A AUBENAS. 2^7 

des bancs de salle (scantu aide] ; — deux pièces de bois de noyer 
pour faire des bancs de salle et plusieurs autres pièces de bois ; — 
quatre ressas (scies); — un autre ressa adayguest ; — deux serrures ; 

— un marteau à tête de fer; — deux tiblicis (truelle) (i); — un jor- 
net (2) ; — un folharet (^) \ ■- deux berbegrins avec trois bogets et 
sept poinçons (4) ; — une eschalpe 'grosse hache non effilée, pour 
équarrir); — quatre taravelles (taraud, espèce de tarière) ; — deux 
biros (vrillesj ; — un/brmadoii (5J ; — deux ciseaux ; — un compas ; 

— trois goyas (serpes) ; — un bedan (6) ; — un marteau-tenaille (yj ; 

— un cotel de talha ; — un assier (8) ; — une rappa (çj ; — un sial ; 

— une varloca (varlope) ; - deux rabosts frabotSy ; un bouvet ; — 
un rabot de bordet (io)\ — des bordonadors ; — deux chanos ; — des 
chavalas (chevalets); — un persiah : — un escayre (équerrej ; — 
quatre triangles ; — une crosetta ; — des rollests ; — une règle : — 
une masse ; des crochets ; un grand banc ; — une ayssetla a 
doas mas (hachette à deux tranchants). 

Tous ces objets du grand tinel furent remis à Antoine Plagniol 
pour servir à son travail. 

Certifié par le F. Antoine d^ Serre, commandeur. - Pierre 
Salhencoyta, commandeur de Gévaudan. — Rochette, notaire. 



Le 29 juillet, on joignit à l'inventaire les objets suivants : — Et 
d'abord vingt caisses d'huile de noix. 

Item, dans l'hôpital Ste-Anne sous la crote . — cinq vases vinaires 
fêlés et l'un est plein de vin bon, d'une contenance de cinq muids, 

(i) La truelle du maçon est encore appelée tible dans le patois local. 
(2 et 3) Outils de menuisier. 

(4) Villebrequin avec trois mèches. On dit encore berbegrin en patois. Dans 
l'idiome picard, c'est biberkin. 

(5) N'est-ce pas ce qu'on appelle le varlet chez les menuisiers? 

(6) En patois bedaîné est le ciseau en fer qui sert à faire les mortaises. 

(7) Marteau grossièrement effilé et fendu d'un côté pour servir à arracher les 
clous. 

(8) La lame d'acier qu'on met dans le rabot. 

(9) Doit être une lime à bois. 

(10) Ne serait-ce pas le rabot spécial destiné à travailler les surfaces concaves, les 
tonneaux par exemple ? 



238 NOTES SUR LA COMMANDERIE 

lequel vin devra être rendu au commandeur par le frère Pierre à la 
fin de sa ferme; — un entonnoir, un cop vinatgia et un entonnoir et 
une cossa de bois ; — 200 pieds de porc et deux quartes de seigle ; 

— 23 grandes poules, i coq, 3 chapons, 6 poulardes (polas) ; — des 
chandelles de ceperi (torches en bois de cyprèsj, 20 livres ; — du 
fromage, 3 quintaux ; - les deux paires d'outrés ci-dessus inven- 
toriées pour 6 florins; — les douves d'une cuve tenant 6 muids. 

Dans la chambre du commandeur. — Une caisse longue avec clé et 
serrure renfermant deux caissons ayant clés et serrures, où sont 
divers papiers ; — une table de noyer avec ses tabulariis et archi- 
banc tournés (tous ces meubles sont neufs) ; — une petite table dite 
concadorium avec ses pecollis dupla cum palastragiis ; — le tout 
neuf: — une petite caisse avec deux serrures et clés pleines d'actes, 
reconnaissances et autres documents de St- Antoine ; — un esca- 
beau neuf; — une autre caisse pour tenir les chandelles; — une 
garde-robe avec clé et serrure ; — la forme d'un lit dit charnol, avec 
deux matelas pleins, l'un de gari (1), l'autre de plumes communes ; — 
deux coussins avec gart l'un, et l'autre de plumes communes ; — 
deux aureliers bons, pleins de plumes de gart, couverts en toile ; — 
une couverture blanche de peu de valeur ; — un chandelier de lai- 
ton ; - deux carreaux [carrels) de diverses couleurs pour s'asseoir ; 

— un bancal dt p&\x de valeur; — une chaise (cAjiejyra) de peu de 
valeur; — deux ra^mayst, deux petites barres de fer; — unt palas- 
tragiam {2) neuve étamée ; — deux autres barres ; — un saleyro 
(mortier à piler le sel); — une jaraille dit luguet avec son clavier; 

— une colha d'embossayre (])\ — 4 barres de fer pour les portes; 

— un couvert de bichet d'étain; — un saleyron d'étain ; — une écri- 
toire {scriptorium) en bois avec quelques talhans, petit, avec 64 giest; 

— un trabuchet (balance) avec ses poids d'or ; — quatre quartes de 
froment pour porter au moulin. 

Sur la chambre. — Trois couvertures blanches rayées de lil noir; 

— une vana (couvre-pied) de grande forme, de peu de valeur; — 
une couverture à jours (traylis) de couleur rouge avec des barres 
blanches; — un bancal rouge de peu de valeur avec des raies vertes; 

— deux couvertures de lit avec des raies vertes, ornées de feuillages; 

— un bancal noir, neuf, avec des raies rouges ; — une cortina 

(i) Gart, duvcl d"oie, en provençal. 

(2) Grillage. 

(^) Cuillère d'entonnoir scrvani probablement à puiser l'huile. 



DES ANTONINS A AUBENAS. 2^9 

rouge, de peu de valeur, de grande forme ; — une couverture de 
couleur perse avec des raies rouges, blanches et vertes, de grande 
forme; — un bancal de diverses couleurs de peu de valeur; — 
8 draps neufs de 2 lés et demi ; — 30 draps de valeur convenable ; 
— autres 10 toiles de matelas (lintheamina constarum) {t) de peu de 
valeur; — un autre drap dun lé et demi où sont renfermés 8 draps 
neufs, — trois draps de deux lés, bons ; — six grands draps de 
2 lés et 1/2, dont 5 neufs et un de 3 lés, neuf; — sept nappes bonnes 
et neuves ; — cinq nappes de valeur convenable ; — une autre 
nappe de peu de valeur ; — neuf bufets dont 2 neufs et les autres 
de valeur convenable ; — trois longières neuves ; — huit longières 
de valeur convenable : — une caisse de noyer, avec clé et serrure, 
où il y a presqu'une émine d'amandes ; — deux bassins de laiton 
alamanhe (2) pour se laver les mains ; — quatre chandeliers de lai- 
ton, neufs et beaux, une demi torchia de cire; — une autre caisse 
longue pour tenir les nappes d'une part, avec clé et serrure, et 
d'autre part pour tenir les draps, avec clé et serrure ; — une nappe 
avec sa longière, fine, faite de coton perse avec feuillages et traits 
d'animaux, ouvrage de Lombardie ; — vingt serviettes, bonnes et 
fines ; — deux demi-longières, bonnes et fines ; — une autre de 
valeur convenable; — une pièce de toile longue de 21 palmes de 
bonne toile neuve ; — =• deux draps pour faire des cortines, une de 
quatre lés et une autre de trois lés ; — une pièce de toile desdits 
draps ; — quelques franges de fil neuf pour remettre auxdites cor- 
tines, le tout dans un sac de toile ; — trois boscie (3) pro tenendo 
species sacci al torn ; — un missel neuf de petite forme, avec deux 
fermoirs de laiton, couvert de toile, qui finit à la dernière ligne de 
la première page : tua pietate, et finit au bas de la dernière page : 
Qui vivis ; — Dix verres de forme commune. 

C'est ainsi {ita est) : Frère Antoine de Serre, commandeur ; — 
Pierre Salhencoyta, commandeur de Gévaudan ; — Rochette, 
notaire. 

(La suite au prochain numéro.) 

D^ FRANCUS. 

(i) Couste et coîte, matelas, lit de plumes (Ducange). 

(2) Probablement du laiton d'Allemagne. 

(3) Boge, en provençal, grand sac. On appelle buogeo dans le Bas-Vivarais le 
sac en forme de besace, dont l'ouverture est au milieu, et dont les deux extrémités 
chargées pendent une de chaque côté de la bête. 



LE TRIÈVES 

pendant la grande Révolution 

cfaprès des documents officiels et inédds. 



Parmi les prêtres desservant les paroisses du Trièves flsère), à 
l'époque de la grande Révolution, plusieurs furent emprisonnés, deux 
subirent la déportation, douze s'exilèrent, un mourut sur l'échafaud, 
tous souffrirent cruellement, de simples fidèles en grand nombre 
partagèrent leurs épreuves. C'est à ces victimes du devoir que nous 
dédions notre modeste travail, en les suppliant de demander au 
Seigneur, pour les pasteurs et les fidèles, le courage et le zèle 
dont leur cœur fut rempli pour la défense de la vérité. 

Les archives municipales des communes du Trièves, les délibé- 
rations du Directoire de district de Grenoble nous ont fourni les faits 
que nous livrons à la publicité. Ce que nous racontons est entiè- 
rement inédit et de la plus grande exactitude. Toutes les fois que 
cela a été possible, nous avons laissé parler les Registres des déli- 
bérations ou des lettres écrites parles représentants de l'autoi'ité à 
cette époque, et nous les avons transcrits littéralement. Le lecteur, 
par ce moyen, pourra mieux apprécier les faits eux-mêmes et l'esprit 
qui en a dirigé les auteurs. 

C'est avec joie que nous exprimons publiquement notre recon- 
naissance à tous ceux dont le bienveillant concours nous a si puis- 
samment aidé. Nous remercions surtout le consciencieux et pieux 
auteur de Pie VI dans les prisons du Daiipliiné et de Deux mai tyrs 
en /790. 

Nous souhaitons que la lecture des faits, relatés dans ces quel- 
ques pages, apprenne à tous à se défier de ceux, qui, sous divei-s 
prétextes propres à dissimuler leurs funestes desseins, cherchent à 
opprimer les consciences et à détruire la foi. Puissions- nous com- 
prendre les grands et utiles enseignements de l'histoire ! 

Blandin, 7 juillet i8Sy. 



LE TRIEVES PENDANT LA REVOLUTION. 24 î 

CHAPITRE PREMIER 

Révolution, de 1789 a octobre 1791 



Les esprits, dans le Trièves, étaient prêts depuis longtemps pour 
une révolution, lorsque celle de 1789 éclata. Les impôts étaient lourds 
à porter, plus lourde encore était la domination de quelques familles 
nobles, dures et tracassières pour les habitants de leurs terres. On 
ne supportait les unes et les autres qu'avec peine et en éprouvant 
pour eux des sentiments de haine profonde. Cette haine trouvait 
encore un aliment puissant dans l'esprit d'indépendance, qui, de 
tout temps, a régné chez le Triévire et lui a toujours fait regarder un 
supérieur comme un ennemi à renverser. Aussi les communautés de 
ces cantons avaient-elles lutté contre les seigneurs et attendaient- 
elles impatiemment un changement, dans le gouvernement de la 
France, qui leur permettrait de les chasser. De plus les familles 
nobles étaient riches pour la plupart, possédaient de vastes proprié- 
tés, objet de convoitise pour leurs vassaux. Quelle ne fut pas la 
joie de ces derniers lorsqu'ils se crurent arrivés au but tant désiré ! 
Couper librement du bois là où ils n'avaient jusqu'à ce jour pu que 
ramasser quelques branches mortes, mener paître leurs troupeaux 
dans de grasses prairies qu'il leur avait été interdit même de traver- 
ser, c'était pour eux une fortune, croyaient-ils, et nous les verrons 
trop souvent jouir de ces biens usurpés avec un empressement qui 
tiendra du délire. Pour essayer de s'en assurer la perpétuelle posses- 
sion, ils brûleront tous les titres et terriers renfermés dans les archi- 
ves des châteaux avec un soin et un empressement rares ailleurs. 

Ces aspirations vers des temps nouveaux avaient encore un autre 
but chez les protestants. Jusqu'en 1685 ils avaient été les plus forts 
et n'avaient vu ensuite qu'avec peine la révocation de l'édit de Nantes 
leur enlever la prépondérance et diminuer le nombre de leurs parti- 
sans. Ils attendaient impatiemment des temps de troubles pour 
reconquérir sur les catholiques tout ce qu'ils avaient perdu. Mais 
plus habiles que ces derniers, ils ne laissaient paraître qu'un grand 
amour pour la liberté, dissimulaient avec soin leurs tendances, sa- 
vaient amener leurs voisins à les aider gaiment, en attendant qu'ar- 
BuLL. VII, 1887. 18 



242 LE TRIEVES PENDANT 

rivât le moment de les dépouiller de leurs églises et des revenus des- 
tinés aux frais du culte. Ils n'avaient pas en outre oublié, au point 
de vue de la fortune, que les guerres de religion leur avaient été 
fructueuses, et nous verrons par la suite que ce ne fut point leur 
faute si les jours de la grande révolution ne le furent pas aussi pour 
eux tous. Ces appréciations pourront surprendre quelques-uns ; 
mais pour nous, elles sont motivées par bien des aveux recueillis de 
la bouche même des enfants des hommes de 8g, comme on les ap- 
pelle encore dans le pays, et par sept années d'observation des 
mœurs locales. 

Presque aucun catholique n'embrassa les idées révolutionnaires 
par haine de sa religion et du clergé. Ceux qui s'étaient laissé 
tromper renièrent leurs erreurs lorsqu'ils virent les églises fermées, 
les prêtres chassés, les pratiques religieuses proscrites comme des 
crimes abominables. Trop tard, ils s'apergurent qu'en cherchant à 
conquérir la liberté, on n'avait point su s'arrêter dans de justes 
limites et, qu'après l'avoir obtenue en partie, ils avaient trouvé des 
fers et des maîtres impitoyables. 

Le 17 juillet 1789, la population de Mens se réunissait avec 
empressement, sur l'invitation de ses consuls, pour applaudir avec 
frénésie à la lecture d'une délibération des habitants de Grenoble. 
Ceux-ci s'étaient assemblés dans l'église de St-Louis de cette ville 
pour protester contre le lit de justice du 20 juin précédent, le renvoi 
du ministre Necker et la concentration des troupes à Versailles, en 
un mot contre tout ce qui pouvait enrayer la marche de la révolu- 
tion. Nos Mensois furent heureux de pouvoir s'associer à cet acte 
de patriotisme illégal fi). Ils furent surtout fiers de montrer qu'ils 
existaient et étaient pour le progrès. 

Bientôt il faudra quelque chose de plus qu'une simple adhésion. 
Les événements s'étaient succédé rapidement après le 17 juillet. 
L'assemblée nationale avait aboli les titres et droits féodaux, procla- 
mé la déclaration des droits de l'homme et une constitution fran- 
çaise, divisé la France en départements, établi l'égalité des Français 
devant les lois de l'impôt, voté la suppression des vœux monastiques 
et des ordres religieux, la constitution civile du clergé. La munici- 
palité de Mens avait tressailli de joie en apprenant ces travaux, où 
des réformes utiles étaient mêlées à des actes de tyrannie inique 

(i) Mens, ^Registre des délibérations, au 17 juillet 1789. 



LA GRANDE REVOLUTION. 243 

Elle crul que pour elle le jour de gloire était arrivé et saisit l'occasion 
de ces faits pour témoigner de ses sentiments. 

Le dimanche, 21 novembre 1790, son maire Bermond lui propose 
d'envoyer à l'assemblée une adresse dont nous extrayons ce qui 
suit, lignes bien propres à faire connaître les tendances du pays : 

« Noseigneurs. La constitution française est un temple que votre 
sagesse élève à la liberté et dont elle a posé les fondements par 
l'organisation de toutes les municipalités du Royaume. La commune 
de Mens, chef-lieu de trente-deux communautés, jouit déjà de ce 
premier bienfait et les administrateurs quelle a nommés vous sup- 
plient d agréer l'expression de leur reconnaissance. 

» Us ne vous fatigueront pas par ces demandes irréfléchies que 
dictent chaque jour les intérêts opposés de plusieurs communautés 
du Royaume. Us sont convaincus que de pareilles demandes, si elles 
pouvaient éti'e accueillies, rétabliraient parmi nous les distinctions, 
les privilèges, les jalousies et la servitude. La commune de Mens 
porte setj regards au delà de son enceinte, et quelle que puisse être 
la position des établissements publics dans le département qui la ren- 
ferme, elle se soumet avec confiance à ce que l«s pères de la patrie 
vont ordonner pour son bonheur. Le même sentiment qui fait se- 
couer à des hommes libres le joug odieux du pouvoir arbitraire, 
leur fait baisser un front docile sous le joug des lois... Nous nous 
montrerons dignes des éloges qu'ont reçus les habitants des Alpes à 
la tribune de l'assemblée nationale parla promptitude de notre obéis- 
sance à ses décrets. Nous prouverons au meilleur des rois qu on ne 
lui dissimule pas les véritables sentiments de son peuple en lui 
disant qu'il est adoré. Et nous nous rendrons dignes de cette liberté, 
dont il s'est déclaré l'ami et le protecteur, en sacrifiant, s'il le 
faut, nos fortunes et nos vies pour maintenir l'heureuse constitution 
qui nous arrache à l'état de dégradation et d'esclavage, dans lequel 
les Français ont gémi si longtemps (ij... » 

Nous ne savons si le roi et l'assemblée nationale lurent cette 
adresse ; mais Mens ne devint point sous-préfecture, ni chef-lieu 
d'un canton formé par le Trièves entier, ce qui était le rêve des 
nouveaux édiles. 

Un décret du 26 novembre, revêtu, le 26 décembre suivant, de la 
sanction royale, rendit obligatoire pour les prêtres français l'article 

( I ) Mens, Reg. des délib. 



244 ^^ TRIEVES PENDANT 

38 de la constitution civile du clergé, qui lui imposait, dans un temps 
fixé, de prêter serment de fidélité à cette même constitution, votée 
en haine du christianisme. On voulait avoir des mercenaires pour 
pasteurs des âmes, afin que le loup de l'impiété pût ravager plus 
facilement le troupeau de Jésus-Christ. 

Les journaux alors n'existaient pas pour les campagnes reculées, 
et les prêtres du Triêvcs ne connurent point les paroles énergiques 
prononcées, à l'assemblée nationale, contre cette constitution, ni la 
portée du serment exigé. Trompés par les assurances pleines de 
ruses qu'on leur adressait, par de séduisantes promesses et le repro- 
che de craindre de se montrer français, il se décidèrent à la fin de 
prêter serment. Ils le firent avec des restrictions propres, croyaient- 
ils, à tranquilliser leur conscience et les empêcher de rompre avec 
l'Eglise catholique. Quatre seulement n'y mirent aucune condition : 
Pupin, curé du Monêtier-du-F^ercy, Roycomte, de St-Genis, Gay- 
mard, des Petits-Moulins, et Jannais, vicaire de Mens ; les deux 
premiers, vieillards octogénaires chez qui l'âge avait affaibli les 
forces du corps et plus encore celles de l'esprit ; les deux seconds, 
prêtres ambitieux, sans piété et légers, comme leur conduite le prou- 
vera par la suite. 

Pour se conformer à l'article 39 du décret du 26 novembre, 
M. Bac, curé de Mens, alla déclarer, le 18 janvier 1791, devant la 
municipalité que le dimanche sui\ ant il prêterait le serment deman- 
dé. Il écrivit lui-même et signa d'une main tremblante sa déclara- 
tion (i). 

Le lendemain, son vicaire fit la même démarche ; mais au jour 
fixé il fut seul à tenir sa promesse, sans hésitation et sans restric- 
tion, à la fin de la messe de paroisse et devant les conseillers muni- 
cipaux et les fidèles de Mens assemblés. M. Bac, indisposé, ce jour là, 
ne parut point {2). Les inquiétudes que sa démarche causait à ce 
bon prêtre ne furent probablement pas étrangères à son indisposi- 
tion. Le 23 du même mois, il put faire l'acte, cause de tant de larmes 
dans la suite. Le registre des délibérations est ici à transcrire en 
entier : 

» Du dimanche 23 janvier 1791, à l'issue de la messe de paroisse, 
dans l'église de Mens, en présence du conseil général de la commu- 



(i) .Mens, Reg. des dèlib. 

(aj Ibidem, à la date du lO février. 



LA GRANDE REVOLUTION. 245 

ne et des fidèles de cette ville, M. Jacques-Jean-André Bac a dit 
qu'il était prêt à prêter son serment civique et aux termes prescrits 
par l'assemblée nationale. Les préalables portés dans le décret du 
27 novembre dernier ayant été remplis, a-t-il dit, je me félicite en ce 
que les nombreuses anxiétés que j'ai éprouvées, uniquement à cause 
de mon attachement à la religion, se soient dissipées. Volontiers je 
me suis rappelé que je pourrais vous dire à vous-mêmes ce que 
disait un digne curé à l'assemblée nationale, à l'époque de la presta- 
tion de son serment, serment qui fut entendu avec applaudisse- 
ments : à la face de la France, de l'univers, l'assemblée nationale a 
manifesté solennellement son profond respect pour la religion catho- 
lique, apostolique et romaine. Jamais elle n'a voulu priver les fidèles 
d'aucun moyen de salut ; jamais elle n'a entendu porter atteinte au 
dogme, à la hiérarchie et à l'autorité spirituelle du chef de l'Eglise; 
elle reconnaît que ces objets sont hors de son domaine. 

» Ainsi me voilà au pied de l'autel, revêtu de toutes les marques 
de la dignité sacerdotale, à l'issue de la fonction la plus auguste et 
la plus sainte de la religion, pour, en votre présence. Messieurs, et 
celle des fidèles, prêter ce serment, ou, comme on l'exige de nous, 
jurer de veiller avec soin sur les fidèles qui nous sont confiés. Je le 
jure d'autant plus volontiers de cœur et d'âme que c'est mon devoir 
d'agir ainsi. Cet article m'est tellement à cœur que, si pour le salut 
de vos âmes, mon sang était nécessaire, quoique ma vie soit peu 
digne de la gloire des souffrances, j'espère de la clémence du Sei- 
gneur qu'il me fera la gloire de le répandre. Ce ne sont pas ici des 
compliments que j'entends vous adresser, mais je suis bien déterminé 
à agir ainsi, si la Providence me met dans le cas de le faire. Venez 
donc avec confiance, vous tous qui êtes mes ouailles et vous tous de 
qui il dépend de nous causer des peines ; soyez persuadés que nous 
les recevrons toujours avec joie, quand il s'agira de votre bien 
spirituel. 

» Nous sommes faits pour vous, et puisque notre état nous donne 
le droit de vous parler, nous ne cesserons de vous inviter, comme 
nous le faisons dans ce moment, à être toujours bons chrétiens et 
bons citoyens. Être bons chrétiens, c'est la première chose ; être 
fidèles à Dieu et à sa loi, l'aimer sincèrement, avoir une sainte hor- 
reur du péché, croire toutes les vérités qu'il nous a révélées et qu'il 
nous ordonne par son Eglise, son interprète infaillible, croire, sceller 
ces mêmes vérités de son sang, si cela était nécessaire, voilà ce que 
doivent être et faire de bons chrétiens. 



246 LE TRIÈVES PENDANT 

n Enfin soyez bons citoyens, bons patriotes, pour me servir de 
vos expressions, et ceci dépend de votre fidélité à Dieu ; car vous ne 
pouvez manquer à ce que vous devez à l'autorité légitime sans en 
même temps manquer à ce que vous devez à Dieu, qui vous or- 
donne d'obéir aux puissances et d'aimer vos frères. Demeurez fidèles 
à Dieu et le reste vous coûtera peu. 

» Quant à votre curé, il continuera, pour ces deux choses, à vous 
prêcher par l'exemple ; il sera fidèle à Dieu, fidèle à son devoir. Il 
aimerait plutôt mourir mille fois que de s'écarter de cette voie. Je 
serais bien à plaindre, ô mon Dieu, si jamais la crainte des tour- 
ments ou de perdre mes biens pouvait me faire manquer à l'obéis- 
sance que je vous dois. Vous pouvez être persuadés d'avance, M. F., 
que nulle soumission ne l'emportera sur la nôtre, que nous ne ces- 
serons de nous montrer fidèles à la loi, prêts, dans toute occasion, 
à employer notre influence à procurer et à affermir la paix, l'ordre 
et la tranquillité. C'est cette même religion de Jésus-Christ, que je 
dois prêcher, qui me l'ordonne, religion à laquelle j'ai voué et je 
voue ici, en votre présence, la soumission la plus absolue jusqu'à la 
mort. Et, cette promesse toujours présente à mon cœur et à ma 
pensée, je jure de veiller avec soin sur les fidèles de la paroisse qui 
m'est confiée, d'être fidèle à la nation, à la loi et au roi, et de main- 
tenir de tout mon pouvoir la constitution décrétée par l'assemblée et 
acceptée par le roi. 

» Et puisque je fais ce serment d'une manière si solennelle, je de- 
manderai de nouveau à Dieu d'y être fidèle. Agréez aussi que je vous 
invite tous à la même fidélité envers les lois divines et humaines ; 
car ce n'est que par cette même fidélité aux unes et aux autres que 
nous pouvons espérer de passer des jours plus heureux ici-bas et 
ensuite partager le bonheur des saints que je vous souhaite. 

» Et a, le dit M. Bac, signé avec les membres de la municipalité. » 

.M. Bac n'avait cru pouvoir trop prendre de précautions, afin de 
ne point se séparer de l'Eglise ; cependant il pleurera amèrement sa 
faiblesse, la réparera par une rétractation énergique et l'expiera en 
versant son sang sur l'échafaud. 

Parmi les autres prêtres du Trièves, presque tous prêtèrent le 
serment. C'étaient alors MM. Tcstou, curé de Cordéac ; Beau, de la 
Croix-de-la-Pigne; Dupra, de la Posterle; Blanc, de St-Sébastien ; 
Plassy, de Lavars ; Joseph-Alex. Galfard, de St-Baudille-et-Pipet, 
et Vctte, son vicaire; Clément Bourillon, du Périer; Aubert, de 



LA GRANDE REVOLUTION. 247 

Prébois ; OUagnier, d'Oriol ; Brudon, de Tréminis ; Bourillon oncle, 
de St-Maurice; Audemard, de Lalley ; Pupin, du iMonêtier-du- 
Percy ; Antoine Galfard, de Clelles, et Liotard, son vicaire; Ville, 
de St-Martin-de-Clelles ; Audiffret, de St-Michel-les-Portes ; Bar- 
naz, de Torannes ; Roycomte, de St-Genis ; Péralda, de St-Jean- 
d'Hérans ; Chauvet, de Chichilianne. La formule, pour ainsi dire 
uniforme, du serment prêté est celle prononcée par M. Brudon (i) : 

« Le 13 janvier 1791, dans l'église paroissiale de Tréminis, en pré- 
sence des fidèles et du conseil municipal convoqués par M. Brudon, 
curé, aussitôt après la messe, celui-ci a prêté serment à la constitu- 
tion en ces termes : Convaincu par l'exposition, qui nous a été 
envoyée, que les sentiments de l'assemblée nationale ne sont pas de 
porter atteinte à la religion catholique , apostolique et romaine, 
c'est sous cette condition que je jure de veiller sur les fidèles qui me 
sont confiés, d'être fidèle à la nation, à la loi et au Roy, et de main- 
tenir de tout mon pouvoir la constitution décrétée par l'assemblée 
nationale et acceptée par le Roy (2j. » 

Des témoignages contradictoires sur MAL Testou et Audiffret 
nous empêchent d'affirmer qu'ils refusèrent le serment de fidéUté à 
la constitution, quoique nous penchions pour la négative (^). 

Le pape Pie VI condamna de nouveau la constitution civile du 
clergé et ordonna, dans une bulle du 13 avril 1791, à tous les prê- 
tres assermentés de se rétracter, dans les quarante jours, sous peine 
d'être suspens de l'exercice de tous ordres et soumis à l'irrégularité, 
s'ils en faisaient les fonctions. Aussitôt que cet ordre du Vicaire de 
Jésus-Christ fut connu, tous ceux qui avaient prêté le serment avec 
restriction s'empressèrent d'obéir humblement. M. Brudon le fit au 
mois de juin suivant (4). M. Galfard, curé de Clelles, le 5 mai, par 
une lettre qu'il écrivit au comité d'administration de l'Isère et que 
nous citons textuellement . « Messieurs, j'ay aperçu, depuis quel- 
ques jours, à la porte de mon église un décret du 4 janvier, par le- 
quel l'assemblée nationale ordonne que le serment prescrit par le 
décret du 27 novembre dernier sera prêté purement et simplement 

(i) Nous la trouvons dans les Registres des délibérations de la commune de 
Tréminis. 

(2) Tréminis, et archives des diverses communes du Trièves de 1791 à 1792 ; 
pièces communiquées par M. Grise de la Posterle. 

(3) Répojise aux questions de l'Ordo de iS^-j, à l'Évèché de Grenoble. 

(4) Tréminis, Reg . des délib. 



248 LE TRIÈVES PENDANT 

dans les termes mêmes du décret, sans qu'aucun ecclésiastique puisse 
se permettre des préambules, des explications et restrictions. Je vous 
avoue sincèrement que ma religion, la confiance et la soumission 
que je dois à mes supérieurs ecclésiastiques ne m'ont pas permis de 
le prêter ainsi. Si j'avais eu plus tôt connaissance de ce décret, 
j'aurais pris la liberté de vous faire connaître mes sentiments à cet 
égard, desquels je ne crois pas devoir ni pouvoir m'écartcr sans 
perdre de vue et sans blesser ma religion et ma conscience. Pour 
mieux vous convaincre que je n'ai pas varié, je joins ici une copie de 
l'extrait du procès-verbal de mon serment, tiré mot-à-mot des re- 
gistres de la municipalité. Je croirais, Messieurs, me rendre trop 
coupable à vos veux, si vous étiez instruits par un autre que par moi 
de mes véritables sentiments au sujet du serment que j'ay prêté tel 
que ma conscience a pu me le permettre. En le prêtant ainsi, j'ay 
voulu donner à mes paroissiens un exemple de la soumission duc 
aux lois; mais je n'ay point voulu, je vous prie d'en être bien con- 
vaincus, surprendre votre religion en vous faisant demander mon 
traitement pour le quartier passé. Si mon serment et la déclaration 
que j'ay l'honneur de vous faire me rendent réfractaire, je me sou- 
mets très volontiers à la peine qu'éprouvent déjà un grand nombre 
de mes confrères, lesquels ont eu sans doute beaucoup plus de lu- 
mières et de fermeté que moi. Et si, dans le sens qui a pu être pris, 
on croit pouvoir m'obliger à des choses contraires aux restrictions 
que j'ay mises à mon serment, dès lors je le retire, et pour qu'il en 
conste, en cas de besoin, je garde une copie de la présente et en 
remets une autre à la municipalité. 

» J'ai l'honneur d'être très-respectueusement. Messieurs, votre 
très-humble et très-respectueux serviteur. Galfard, curé(ij. » 

M. Liotard, son vicaire, alla le lendemain faire une déclaration 
semblable devant la municipalité (2). M. Allemand suivit cet exemple 
et se rétracta publiquement à l'église, en suppliant ses paroissiens 
de lui pardonner le scandale qu'il leur avait donné (7 maij (3). MM. 
Berthon et Doux le firent, le premier, le 23, et le second, le 13 
juin (4). Tous les autres les imitèrent ou même les devancèrent. 

Nul plus que M. Bac ne mit du zèle à réparer son erreur. Le 8 

(i) Clelles, Reg. des délit. 

(2) Ibidem. 

(3) Délibération du directoire de Grenoble, dans le Reg. des délit, de Clelles. 
(4J Ibidcnn. 



LA GRANDE REVOLUTION. 249 

juin, il refusa énergiquement à la municipalité de lire la lettre pasto- 
rale de l'évêque constitutionnel de l'Isère. Quatre jours après, au 
moment où le maire de Mens, Sibey, allait monter dans la chaire 
sacrée pour faire cette lecture à sa place, il prononça d'une voix 
vibrante la protestation suivante : « Je me dois à moi-même et à 
vous des explications sur le serment civique que j'ai prêté en votre 
présence, le 23 janvier dernier. Il m'en coûte d'avoir à en parler ; 
mais, pressé par les circonstances et afin que vous puissiez juger de 
mon patriotisme, je vais vous les donner. 

» Quand j'ai prêté ce serment à la puissance temporelle, je me 
suis assujetti envers elle en tout ce qui est civil et politique et en 
tout ce qu'elle est en droit de m'imposer. Et en ceci, sans examiner 
le<, peines et les difficultés, je vous donnerai toujours l'exemple de la 
soumission, même au péril de ma vie, si c'était nécessaire. Mais je 
n'ai pas entendu, ni n'ai pu m'obliger en ce qui concerne la Reli- 
gion, encore moins à cesser de lui être fidèle ; au contraire, je lui ai 
fait, devant vous, promesse de fidélité la plus absolue, et ce n'est 
qu'avec cette même fidélité, présente à mon cœur, que j'ai prêté le 
serment civique, ce qu'il appert du procès-verbal qui en fut dressé. 

» Quand je dis la Religion, et je n'en connais pas deux, c'est 
comme si je disais la Religion catholique, apostolique et romaine. 
En cette partie, ainsi qu'en tout ce qui lui est uni ou lié, des lois ne 
peuvent émaner que de l'Eglise exclusivement et non dailleurs. C'est 
à elle seule que Jésus-Christ a confié le pouvoir de régir et instruire 
ses enfants, principe sûr et indubitable, reconnu comme tel par nos 
représentants, nous assurant, il y a peu de temps, qu'ils n'avaient 
pu ni dû y toucher. Aussi c'est d'elle seule et non de schimatiques 
que je recevrai des enseignements pour vous les communiquer. 

(La suite au prochain numéro). 

A. LAGIER. 



(i) Mens, Reg. des délib. 



MANUSCRITS & INfCUNABLES 

LITURGIQUES 

DU DAUPHINÉ 



GENEVE. 

Du IV^ siècle à la Révolution le diocèse de Genève a fait partie de 
la province ecclésiastique de Vienne : on ne saurait donc s'étonner de 
trouver dans ce Bulletin la description de quelques-uns de ses livres 
liturgiques. Ce n'est d'ailleurs que par exception et pour faire profiter 
nos lecteurs de l'obligeance qu'a mise à m'en communiquer deux spé- 
cimens, M. le chanoine Chevalier, professeur au grand séminaire 
d'Annecy. 

1° Bréviaire de 1398. 

Ce gros manuscrit se compose encore de j6j feuillets de parchemin, 
non numérotés (mais avec réclames), et mesure ijj millim. sur i.fo. Il 
est dans sa reliure primitive, en cuir gaufré semé de fleur s- de -lis, de 
quatre-feuilles et d'agneaux de S. fean-Baptiste, avec double fermoir , 
dont il ne reste que les clous en cuivre ; le dos a été consolidé au XVII^ 
siècle par une double feuille de parchemin, sur laquelle on a collé un 
titre en papier reproduisant le colophon. L'écriture, en rouge et noir, 
est à 2 colonnes, de 72 lignes. Comme feuillet de garde, fragment 
d'acte de vente iXIV" s.) d'une terre de la mouvance du prieur de 
Talloires ("de Tallueriis). Du calendrier il manque les quatre premiers 
mois depuis assez longtemps, car on a écrit sur la page de mai : A 
l'usage des (al. Pour les) Capucins de St Jullicn. 

Voici, en combinant le calendrier avec le sanctoral de ce Bréviaire et 
le corps du Missel suivant, les saints particuliers dont l'inscription est 
à noter (i) : — Januarius. l'^ugendi abbatis, Clari abb., Gcnovefe 
virginis, Sulpicii (al. Susplicii) episcopi et confessoris, Juliani episc. 
et conf. — Fi:rmt:ARius. Brigide virg., Viti episc. et conf., Desiderii 
episc. et martyris, juliane virg. et mart., Vuabuge virg. — Martius. 
Albini episc. et conf., Adriani mart., Eugemic virg. — Aprilis. 

(i) Une étoile indi.jue les additions au calendrier du Bréviaire. 



MSS. ET INCUNABLES LITURGIQUES. 25 1 

Oportune virg. — Mayus. i, Sigimundi (al. Syg-i, Sigismodi) ré- 
gis mart. cum sociis suis ad unum. 8, S. Pétri Tharantasiensis. 9, 
Translatio S. Nycholai. 11, Vienne, Mammerti episc. et conf. 13, 
Marie ad martyres. 2^, Vienne, Desiderii episc. et mart. 28, Pari- 
sius, Germani episc. et conf. — Junius. i, Nychodemi (al. Nicho- 
medis) mart. 6, Claudii archiepisc. et conf. 16, Cirici et Julitc, Fer- 
reoli et Ferrucii martt. 20, *Florencie virg. 22, Albani mart., *Con- 
sorcie virg. et decem milium martt. — Julius. 4, Translatio s. Mar- 
tini. 7, Claudii et soc. s. martt. 11, Translatio s. Benedicti abb. 
13, Sylee apostoli,* Cleti pape. 14, *Albani mart. 15, *Jacobi episc. 
et mart., Divisio xii''''" apostolorum, Dedicatio dominici sepulcri, 
Dedicatio Boneville. 16, b. Apollonie. 17, *Arnulphii episc et conf. 
27, *Septem dormientium. 31, Germani episc. et conf. — Augustus. 
2, Eusebii episc, et conf. 5, Affre virg. 6, Benedictio uvarum 
(M., f° i8^a). 16, Theodori {al. T-oli) episc. et conf. 25, Genesii 
mart. 26, *Juliani m , Dedicatio Clus(arum). 27, Ruphi (al. Ruffi) 
mart. 31, Paulini episc. et conf. — September. 2, Justi episc. et 
conf. 4, Bonifacii episc. et conf. 7, Grati episc. et conf. 17, Lam- 
berti episc. et mart. 18, Vienne, Ferreoli episc. (al. mart.). 2g, Oc- 
tabe s. Mauricii. 30. Victoris et Ursi mm. — October. 2, Leode- 
garii episc. et mart. 5, .Appollinaris mart. 6, Fidis virg. et mart. 
7, *Dedicatioecclesie Sancti Syonziaci (Scionzier). 8, Dedicatio eccle- 
sie Sancti Pétri Gebennis, cum octava. 10, Gereonis sociorumque 
ejus martt. 11, *Nicasii mart. 12, *Eustachii presbiteri. i3,*Geraldi 
conf. t6, Galli conf. 17. *FIorentini. ig, *Aquilini episc. et conf. 20, 
*Guersenti mart. 22, *Terierii episc. et conf. 23, Severini presb. 
(al. episc.) et conf. 24,. *Terodoici mart. 25, Crispini et Crispiniani. 
26, Revclatio s. Mauricii sociorumque ejus. 2g, *Vedasti et Amandi 
conf. 31, Quintini mart. — Nove.mber. i, Cesarii mart. 3, Marcelli 
episc. et conf., *Eustachius cum so. 4, Clari mart. 12, Hymerii mart. 
13, Bricii episc. et conf. 19, Maximi presb. 21, Columbani abb. — 
December. i, Eligii episc. et conf. 4, Apri presb. et conf. 

Le feuillet suivant (relié à retour) renferme une table des fêtes mo- 
biles et ces pronostics : 

Clara dies Pauli larga fruges notât anni. 
Si fuerint venti, parantur prelia genti. 
Si fuerint nubila, pereunt animalia multa. 
Si nix vel pluvia, désignât tempora cara. 

Le commun du temps cotnmence par le mot Vitatorium ; l'initiale 
ornée est celle de Primo (hymne), avec encadrements d'arabesques. Ces 



252 MSS. ET INCUNABLES LITURGIQUES 

enluminures se renouvellent pour chaque férié et à toutes les principales 
fêtes. Après le Te Deum vient la Letania major, qui ajoute â celles de 
Rome les saints Uriel, Line, Clete, Clemens, Syste, Corneli, Cipria- 
ne, Georgi, Alauricii cum sociis tuis, Dyonisic. s. t., Eustachi c. s. t., 
Sygimunde c. s. t., Leodegari, Blasi, Xpistoforc, Marcelle, Léo. 
Hylari, Eusebi, Théodore, Germane, Golumbane, Galle, Pauline ; 
et les saintes Félicitas, Perpétua, Prisca, Margareta, Fides, Juliana, 
Susanna. Le v° du dernier f" de cette partie est blanc. 

T7e?2/ ensuite le propre du temps : In nomine Patris et Filii et 
Spiritus sancti, amen. Incipit Breviarium secundum consuetudinem 
et ordinarium ecclesie Beati Pétri Geben(nensis). Sciendum est quod 
in sabbato ante dominicam de Adventu Dormini)... Les hymnes sont 
celles du rite romain dans leur forme primitive. — Notons seulement 
quelques particularités Après les vêpres de Pâques, fiât processio ad 
fontes et debent incipere cantores eundo..., in reditu... fit stacio 
ante crucem, quo finito débet processio intrare chorum sic dicendo : 
Nolite...; cette procession se renouvelait chaque jour de cette semaine. 
Ordo servicii post octavam Trinitatis, in diebus sabbati... Hore 
béate Marie debent dici amodo in choro et in qualibet die, ut in fine 
Breviarii sunt notate die sabbati post Nativitatem. In sollempnitate 
Eukaristie Domini : c'est l'office composé par S. Thomas d'Aquin. 
Ordo officii post octavam Trinitatis diebus dominicis...; processio 
débet fieri diebus sabbatis ante crucem. 

Incipit proprium ofîficium commune sanctorum et sanctarum par 
anni circulum. In natale beati Silvestri, orationem et legendam inve- 
nies hic : vitatorium, a(nliphonas), p(salmos), vfersus) et totum quod 
hic non invenies, require in commune officio confessoris pontificis. — 
Nota quod octava béate .\gnetis débet fieri... ut in die {esû... Après 
s. Julien : Agnetis secundo. Nota magnam ignoranciam, quia propter 
hoc quod fit festum Agnetis secundo octavo die, propter hoc fuerit oc- 
tava et ignorantur. — In dedicatione basilice Béate Pétri Geben..., 
sermo b' Augustini... 

Incipit parvum commune sanctorum. Et primo de euvangelistis. 
— Incipit officium béate Marie Virginis in tempore communi..., in 
Adventu, etc. — In festo omnium defunctorum, sequitur ordinacio 
festi... — Secuntur preces que dicuntur diebus ferialibus in Adventu 
et in XL' CQuadragesima).. — Secuntur benedictiones per annum 
circuli (pour anni circulum)... — Laus Deo, pax vivis et requies de- 
functis, amen. 

Explicit Breviarium scriptum manu Guillermi de Fovea, quem 



DU DAUPHIN'E : GENEVE. 253 

fecit fieri dognus Amedeusde Gorgeta, de Extra.m.hcrns{Etrainbieres), 
curatus Magni Bornandi {Grand-Bornant), anno Domini M° CCC° 
nonagesimo VIIJ°, die xxvi^ mensis februarii. — Qui scripsit iste 
liber {sic), sit ab omni crimine liber. 

Scribere qui nescit, nullum putat esse laborem ; 
Très digiti scribunt, cetera membra dolent. 
Qui scripsit, scribat. 
Semper cum Domino vivat. 
Au bas : Honorabilis Claudius Mignionis, burgensis Annessiaci, 
me donavit ecclesie parrochiali Sancti Martini {St-Martm^ Haute- 
Savoie), 1565. 

Aie verso commencent diverses additions du A \ " siècle : Otlicium 
completorii Eucharistie Xpisti. In iestivitate beaie Anne. In festo 
sancti Xpistofori. In crastinum omnium animarum tit de beato 
Heustachio. — Sur le feuillet de garde : Currente anno Domini miUe- 
simo (CCCC) nonagesimo sexto disextus vertit, ideo memor(ijam 
habeto. — Istud Breviarium est michi venerabili vu'O dompno Pe- 
tro Vianesy, parrochie Setheneacy {Settenexj. 

2° Missel de 1491. 

M. Weale n indique que deux exemplaires de ce rarissime incu- 
nable, l'un a la bibliothèque nationale de Pans, l'autre a celle de la 
ville de Genève (ij ; ce sont les seuls qui aient été signalés par divers 
bibliographes {2). Celui du séminaire d'Ajinccy a beaucoup soujjert de 
l' humidité ; les ("i feuillets liminaires [comprenant le calenaiier, etc.j 
ont disparu depuis longtemps, car les mots : Ad usum sacristiae Ma- 
chabaeorum Genevensi.., qu'on lit avec peine dans la marge supérieure 
du Foliuni i, sont du A l II" siècle. L'impression, en rouge et noir, a 
^5 lignes sur deux colonnes, mesure 240 millim. sur lyi, non compris 
le titre courant et la signature. Les iniiiales de la hauteur de 3 lignes 
ont été peintes, les plus grandes richement enluminées. 

^ Jn nomine sancte et indiui-jdue tnnitatis pa/ris et iilu et spiri | 

tussancti Jncipit ordo missalis j secundum vsuni cathedralis ecclesie 

I dyocesis gebennensis. Dominica prima in Adventu, ad missam, 

introitus. — F" lxiii, Dominica in Ramis Palmarum, les barres seules 

(i) Bibliographia liturgica : Catalogus Missalium ritus latini, 1886, p. 7/. 

(2) Biblioth. Germanique, i/]i, t. XXI, p. 100; Calai, d. livres impr. de la 
bibl. du Roy, lyjç, Théol. t. I, p. 41 S^ 706"; Favre, Livres impr. à Genève d. 
le XV^ s., 2' éd., 18$), p. 3) ; Gaullieur, Etud. s. la lypogr. Genev., 1855, P- 41 > 
Brunet, Man. du libr., 18Ô2, t. III, c. lyj]; Graesse, Très. d. liv. rares, 186 j, 
t. IV, p. $46 ; Fleury, dans les Mém. de l'acad. Salés., 188J, t. VI, p. 23^. 



254 ^iSS. ET INCUNABLES LITURGIQUES 

du chant de la préface ont été imprimées (i). — Le Jeudi Saint 
{f° Lxxix), dum fit reservatio, dicat chorus septem psalmos penitcn- 
ciales : in reditu vero reservationis sacerdos veniat ad altare et lector 
ad lectrinum... — Au Vendredi Saint (/° Lxxxiii'^j, Sequitur propria 
oratio sacerdotis ad adorandum crucem. Adoro te, domine Jliesu 
Xpiste, in cruce ascendentem : deprecor te, ut ipsa crux liberet me 
de angelo percutiente. Adoro te in cruce vulneratum : telle et aceto 
potatum. Deprecor te, ut tua vulnera remedium sint anime mee. 
Adoro te mortuum et sepultum. Deprecor te ut tua mors sit vita 
mea. Adoro te descendentem ad inleros : et indeliberantemcaptivos : 
precor te ut non me dimittas ibidem introire. Adoro te resurgentem 
a mortuis : ascendentem ad dexteram Patris : precor te, miserere 
mei. Adoro te salvatorem venturum et judicaturum ; deprecor te ut 
in tuo sancto adventu non intres in judicium cum me peccatore : sed 
ante dimittas quam judices. Amen. La y" strophe du l-*ange lingua 
offre les variantes suivantes : Hic acetum, fel, arundo, sputa, clavis, 
lancea mite corpus perforatur : sanguis, unda protluit : terra... La 
dernière est toute différente : Sit Patri Natoque summo gratia cum 
Spiritu, sempiterne frinitati laus semper et gloria, que cre[avit] que 
redemit queque nos illuminet. La Letania sancta (_/"" lxxxxii) ajoute 
à celle du Bréviaire : ss. Ypolite, Victor, Urse, Ysidore, Arseni, iiri- 
gida, Scolastica. — F" lxxxxvii^ : Benedictio panis, salis et aque. 

Entre les f'^'' lxxxxviii et xcix s en trouvent intercalés dix non nu- 
mérotés : Incipit quando sacerdos vult se induere ad celebrandum 
missam. Puis : Post olïertorium, quando offert calicem... Sequuntur 
proprie prefationes pro festis annualibus. — Le canon occupe cinq 
de cesjeuillets ; il est imprimé en gros caractères, à longues lignes de 
2j et 22 à la page. — /"'" xcix : in die Resurrcctionis Domini, ad 
missam. — F" cxxi : In lesto Eucaristie Domini. 

/•'" clvii : Incipit propriuni olliciuni sanctorum. Kt primo in natali 
sancti Silvestri pape et confessoris. — /''" ccxiii : Incipit commune 
sanctorum. In vigilia unius apostoli. — /''" ccxxviiia : Kxplicit com- 
mune sanctorum. Viennent ensuite Missa pro pace, ad postulandam 
pluviam, etc.; Missa communis de sancto l'ctro, patrono ecclesie 
Geben.; Missa contra morlalitatem seu pestilentiam, quam Clemens 
papa sextus fecit et consliluil in collegio cum omnibus cardinalibus, 

(i) lien est Je même four toutes les autres parties en plain-chant ; des notes 
nom été ajoutées à la main qu'au J° LXXXXVll v° et dans le cahier intercalaire 
signalé plus loin. 



DU DAUPHINÉ : GENÈVE. 255 

et concessit dicentibus et omnibus audientibus CC. lx. dies indul- 
gencie, et omnes audientes ipsam missam debent portare in manu 
sua unam candelam : et sic débet fieri per quinque dies continue ; 
Missa pro sponso et sponsa, avec commemoratio de Trinitate. — F° 
ccxxxviic : Sequuntur collecte communes. — P* ccxLiia : In agenda 
mortuorum, ad missam. — F° ccxlvc : Missa devotissima quinque 
plagarum domini nostri Jhesu Xpisti, avec la prose Cenam cum dis- 
cipulis (i). — F° ccxLviia : Missa Transfigurationis d. n. J. X. — 
F° ccxLvii (bisj^ : Dominica prima in adventu, prosa ; ce missel ren- 
ferme en tout 61 proses, dofit dix ne figurent pas dans les recueils de 
séquences. 

F° ccLxit» : Missale ad vsum gebenne/îs/s. dyo | cesis per magis- 
tru??.- Joha?2nem | fabri impressu??z et accuratissime | emejidalum ad 
opus honorabih's | viri Joha?2nis de stalle burgens/s | gthtnnensis . 
Explicit féliciter Anno \ dommi millesimo quadringentesi- | mo no- 
nagesimo primo, die vero | vltima mensis Maii. Au-dessous la mar- 
que de Jean Fabri, de Langres, le même qui avait imprimé à Turin, 
dès 14J4, un Breviarium Romanum (2). — Le v° de ce f°, qui était 
blanc, ainsi que le r° du suivant, ont reçu diverses additions. Au v" du 
dernier : Jacobus Baure. A Jehan Paioct, prebstre de Belley, aper- 
tient ce présent messel et a esté échangé a M= Jaques Baure, dudit 
Belley, prebstre Anissy, le 25' de juin 1555, a un aultre messel de 
Roume, Paioct. 

On a relié à la suite un cahier de 8 feuillets de moindre format, sur 
lesquels on a transcrit au Al * siècle les pièces suivantes : Missa de 
corona domini nostri Jhesu Xpisti ; Missa de facie Domini, quam 
fecit papa Innocencius ; Prosa de Visitacione b" Marie V.; In lestis 
duplicibus dicuntur sequen. {tropes Contipotens et Fons bonitatis du 
KyrieJ ; trois proses ; In solempnitate yconie (sic) domini Salvatoris ; 
Missa archangeli Raphaelis ; Missa de lancea d. n.; Missa de beatis 
sororibus Marie, Jacobi et Salome ; etc. 

Ulysse CHEVALIER. 

(i) Elle se trouve dans les Missels de Grenoble (1497), Valence (1^04), Vienne 
(i^ig), Viviers (i$2-j), Grenoble (i^^2) et Toulouse ( i $ ^^),pour ne parler que 
des recueils dont les variantes 07it échappé à Neale (Sequentiœ, 1852, p. 1 16), à 
Daniel (Thés, hymnol., 1844, t. II, p. 2yo-i; t. V,p. 1^9) et à Kehrein (Latein. 
Sequenzen, 187J, p- 67-5). 

(2) Voir la monographie que Giac. Manzoni lui a consacrée dans les Miscellanea 
di storia Italiana (166]), t. IV, pp. 241-78 et 349-$4- 



TABLE DES MATIÈRES 

DU TOME SEPTIÈME 
(1886-J). 

Auvergne (chanoine), Testament de Gabriel de Roussillon, chevalier, 
seigneur du Bouchage, de Brangues, d'Ornacieu et co-seigneur de 
Commelle, p. 162-8. 

Bellet (abbé Charles), Réponse au problème historique, p. 44-6. 

Brun-Durand {].), Mission du P. Bridaine (1766), p. 67, 

Chevalier (abbé JulesJ, Formule d'oblation d'enfant, p. 85-8. 

Chevalier (chan. Ulysse), Compte de Raoul de Louppy, gouverneur 
du Dauphiné de lyôi à lyOcj, pp. V"^'') ^^ '-74- 

— Itinéraire des Dauphins de la troisième race {Anne et Humbert I" , 
Jean H, Guigues 17/ et Humbert II), pp. **i-25 et 1-19. 

— Manuscrits et incunables liturgiques du Dauphiné : latence, 
p. 176-89; Genève, p. 250-5. 

— Mystère des Trois Doms : voy. Giraud (P.-E.). 

— Mystère représenté à Romans à la clôture de la mission de jùg8-g, 
p. 129-43. 

Comité de Rédaction, Chronique du diocèse de Valence, p. j-xxiv. 
Fillet (abbé L.), Histoire religieuse de Pont-en-Royans, pp. 26-43, 

68-80, 118-28, 153-61, 189-99, 221-6. 
Francus (D""), Notes sur la commander ie des Antonins à Aubenas, en 

Vivarais, pp. 89-96, 143-52, 169-75, 226-39. 
Giraud (Paul-Emile), Mystère des Trois Doms, joué â Romans en 

'509, pp. 81-4, 96-108, 209 21. 
Inventaire des sceaux des archives nationales, p. 46-8. 
Lagier (abbé A.j, Le Trieves pendant la grande Révolution, d'après 

des documents ojjïciels et inédits, p. 240-9. 
Maignien (Edmond), Compte de Raoul de Louppy : voir Chevalier 

Paradis (abbé Auguste), Lglises romanes du Vivarais : Bourg-Saint- 

Andéol, pp. 5-19, 49-67, avec plan. 
Perrossier (abbé CyprienJ, Recueil des inscriptions chrétiennes du 

diocèse de Valence : Bourg-lès-Valence, Etoile, pp. 108-17, 200-8. 
Roman (J.), La congrégation de la Sainte-Pénitence et les maisons 

hospitalières du Briançonnais en I2j8, p. 20-5. 

Valence, iinprimeiie Jules Céas et fils. 






COMPTE 



DE 



RAOUL DE LOUPPY 

(^OUYBI^NEUî^ DU DaUPHINB 



De la coniplahilUc fouruic à la Chaiiihrc des coniplcs de Paris par les 
gouverneurs du Dauphiné, au sortir de leur charge, celle de Raotil de 
Louppy semble avoir été seule conservée : les autres ont dû être la proie 
des Jlammes en ijyj ou périr dans la destruction de ijQi '■ Bien pliis^ 
les deux copies en parchemin qui en furent prises - et collalionnées à 
Paris le lo janvier 1^82/ j 3 subsistent encore : l'une, sans lacune au 
commencement, mais incomplète de la dernière partie, se trouve aux 
archives du Vatican; l'autre, long rouleau de 25 peaux cousues bout à 
bout, fait partie des archives de la préfecture de V Isère, où elle forme le. 
n° B. y 17 y. On a^ inscrit au dos ce titre, dont tous les mots ne sont pas 
également lisibles : Computum domini Radulphi de Louppy. quondam 
gubernatoris Dalphinatus, tam de rcceptis et misiis per ipsum factis, 
quam de viagiis per ipsum factis pro manutencione et deffensione patrie. 
Cette pièce a été naguère découverte au palais de justice par M. Edmond 
Maignien, qui a très obligeamment mis à notre disposition la copie inté- 
grale qu'il en fit ; elle a été soigneusement collationnée en épreuves sur 
l'original. Nous avons reproduit en chiffres arabes les nombres en chiffres 
romains dans le ms., oit les millésimes sont ordinairement abrégés (p. ex. 
LXVI pour 1-^66), et numéroté les articles de i à i y8. 4 

Ce compte comprend deux parties indépendantes : il ne se borne pas à 
l'administration de Raoul de Louppy comme gouverneur du Dauphiné, dic 
7 oct. i-^6[ qu'il fut nommé par le régent Charles, fils du roifean II, au 
10 déc. Z369 qii'il reçut pour successeur Jacques de Vienne; il embrasse 
aussi celle des chàtellenies de Clermont-en-Argonne, Vienne-le-Chàteau 
et Giiemenières, du 8 oct. lyjy au ji mars ly^ylô. 5 

Il n'entre pas dans notre plan d'examiner ici cet intéressant document 
sous le double côté historique et financier : le premier a été suffisamment 
mis en lumière par M. Maignien, qui a fait de cette pièce le sujet de son 
discours de réception à l'académie delphinale ^; le second demanderait 
trop de développements et ne pourrait d'ailleurs donner lieu à d'utiles 



u 



COMPTE DE RAOUL DE LOUPPY 



obscrvatiou qu'en comparanl celle pièce aii.v comptes de chàlelleuie con- 
temporains. 

On nous saura gré de donner ici /'Itinéraire du gouverneur Raouk 
DE Louppv, dressé à l'aide de sources assez diverses, indiquées pour chaque 
séjour par des sigles dont 0)i trouvera la clef ci-dessous. 7 



1. Inventaire sommaire et tableau méthodi- 
que des fonds conserves aux archives nationales, 
Impartie, iSji.p. J2y. 

2. l'oir II" 1 24, fin. 
}■ V. Il" ij8, fin. 

4. Le n" 75 est doubli.: 

3. N°^ I2J à \y8. 

G. Raoul de Vienne, gouverneur du Dauphi- 

nc (oct. 1361 — sept, nùyl, dans Bull, de l'acad. 

Delphin. ( i88olt), j' sér., t. XVI. p. js-62; 

lire a p.irt.jvcc la Réponse de M. Faii.lon fibid., 

p. 6]-8J, Grenoble, 18S1, iii-S" de 40 p. 
7. .\llul— l'ouvr. cité p. i.f, n. 2. 

B= .\rchives de l'Isère, série B : le i" nombre 
indique le n" d: la série, le 2' le feidllel du reg. , 
une apostrophe a droite de cetui-:i le verso. 

C— Compte ae Raoul de Louppy. 

Charp. = Document inédit relatif à la guerre 
qui eut lieu en 1368 entre les Dauphinois et 
les Provençaux, publié par t.- comte ut Cii ah- 
pin-Feugerolles; L_yon, 75(5/, in-f de xv- /; />. 

d — Départ. 

D — Archives de la Drôme. 

Doc. = le t. VU de notre Collection de carlu- 
laires Dauphinois, t8j4. 



E — Archives commun. d'Embrun. 

Fauc. — Recueil des titres concernant le Fauci- 

gny... /'inventaire ms.J. 
Gail. — Ephéméridcs p"' servir à l'histoire des 

Hautes-Alpes, par M. Gaillald, 18J4. 
Gir. — Essai historique sur l'abbaye de St- 

Barnard..., par M. Giraud. 1866. 
Inv. — l'ouv. cité p. 21, n. 1. 
M. -P. = .MoRiN-PoNS, ouvr. cité p. 7, n. 2. 
Myst. — notre vol. fsous pressej intitulé : Mys- 
tère des trois Doms. 
Nob. — Nobiliaire dcDauphiné,/)a;-Guy Allaud, 

1671. 
Ord. = la 6^ livr. de nos Documents histor. 

inédits sur le Dauphiné, 1871. 
Ordonn. — Ordonnances des rois de France de 

la troisième race; Paris, ijjà. 
r — Retour. 
Rc — Comptes inss. de Romans pour Ij57-(j9 

farch. commun. J. 
Rp ~ Papirus regiminis et adniinistracionis... 

ville Romanis / ibid. J 
St-R. = Cartulaire de Sainl-Robert, édité par 

M. l'abbé AivERGNE, 1S65. 



ITINÉRAIRE 

1361 (,1'àqucs mars 28) 



Oct. 7, Paris : B. 3219; C, i, 
126: Ord., i7,\ 
nov. , » : C, 108. 
dcc. 8, jMàcon : B. 

n 11, (Grenoble): B. 2622,40. 

» 18, )' : », 42. 

.. 22, .) : .. ,5;;. 

5I'- 
» 23, .. : B. 



1362 



'7) 



Janv. '.), I^)mans : .Mvst., 710. 

.. U, .. : b; 

» 15, » : B. 2622, 60. 

.. 24, .. : B. 

.. 26, » : .. ,6.4-72. 

févr. S, .. : B. 

4, .. : » , 71. 

.. 12, .. : » ,76'. 



levr. 21. .. :Rc, 27j>;B. 

'. 23. .. .V.C, 61. 

» , Avii^'non : C, 61. 
mars . » : C. 61. 

» 8, Romans r .• (>, 61 . 

» 14, .) : Myst., 710. 

.. 15, .. : B ; 

» 18, ') d : C, 2, 62. 

» 22, Vienne : C, 62, 90. 
avril 6, : (>, j. 

.> 11, St-Marcellin : V>. 

). 13, : B. 

» 14, St-(ieorg-es-d'I']spéran- 
che : B. 33.4^; C, 8. 

.. 23. château de la Côte-St- 
.\ndrc : B). 2624, 1. 

» 24, (Romans) r .• C, 11, 62. 

» 28, » : B. 2622, 77'. 



I. 67". (iiKAi'i), ICssai tusiof 
• ( ) 1 . 



GOUVERNEUR DU DAUPHIXE 



VU 



1367 (P. a. .8) 



Janv. 6 

). 23 
). 29 
févr. 6 
» 

.. 13 

mars 22 

avril 3 

.. 5 

.. 12 

mai 1 



.. 28 
juin 22 



juil. 



6 



» 13 

.. 22 

août 10 

» 16 

» 20 

.. 25 

« 26 

.) 29 

sept. 27 

.. 30 

oct. 27 

« 29 
)> 30 

nov. 7 

" 16 
.. 20 

>> 21 

déc. 7 

» 13 



Romans d 



Languedoc 



C, 84. 
: C, 84. 
;■ .- C, 84. 
Grenoble : B. 3039. 
Romans d : C, 85. 
Languedoc : C, 85. 
Beaucaire : M. -P., 140. 
Dauphiné r ; C, 8$. 

: C, 39. 
Moirans : B. 2624, 129 . 
Grenoble : Rp, ir. 

: B. 
Beauvoir : Rp, 13'. 
Romans: Gir. II, i, 277-9. 
). : B. 2624, 130. 
Grenoble : B. 2622, 281 . 

: C, 42. 
palais de Beauvoir-en- 
Royans : B. 2624, 133. 
Grenoble : B. 2622, 286. 
Romans : Rp, 3'. 
Serres : B. 2624, 133'. 
Embrun : » , 134- ' 
Briançon : Rp, 11'. 
Oulx : B. 2624, 135. 
Embrun : B. 2624, 135'. 
Chorges : » , 130 . 
Corps : » ) 139'- 

Grenoble : » , 140. 
» : » ,141'- 
(>.) : Ordonn., V, 
84-9. 
» : B. 2624, 142. 
» : E, orig. 
Romans d : C, 86. 
Avignon : C, 86. 
(Romans) r .■ C, 86. 
Grenoble : B. 2624, 143, 
144', 151. 

: Rp, 7- 
St-Marcellin : Rp, 7'. 
Grenoble : M. -P., 141. 



1 C/'.GAiLLAuu,Oi^vr.c//e,p. 362-3 . 



Janv. 1, 

» 7, 

» 

» 24. 

» 30, 

févr. 4, 

» 13, 

» 17. 

» "• 

» 

» 27, 
mars 7, 

» IL 
.. 13; 

» 15. 
» 21, 

» ; 

avril 
mai 

juin 6, 

» 14. 

» 21. 

)) 26, 
juil. 4. 

)) 5. 

» 8, 

» 

» 12, 

» 13, 
» 14, 

)) », 
)) », 
» 25, 

» », 
» 30. 



1368 (P. a. 9) 

Romans d : C, 124. 
Valence : C, 57, 124. 

: B. 3348. 
Etoile : C, 57, 124. 
Romans : B, 3233, i. 
Grenoble : » ,1'. 

» :B. 2624, 147, 

palais de la Côte-St- 
André : B. 3233, r, ;;'. 
» » 

: B: 3233,9. 
château de la Côte-St- 
André : B. 2622, 288. 
Surieu : C, 124. 
Valence 7- .• C, 124. 
Vienne, hosp. de St-An- 
dré-le-Bas: B. 2624, 147" 
Grenoble : B. 3233, 11 
» :B. 2624, 150 
B. 3233, 9' 
La Côte : » , 10 

Romans d : C, 87. 
France : C. 87. 
(Paris) : C, 87. 
Loupp}^ et 
Boursault : C, 87. 
y : C, 87. 
Grenoble : B. 2624, 151 
Romans: » ,152' 

: », 154 
Grenoble : B. 3233, 12 
« :B. 2624, 155 

La Mure : Charp.,9-12 
Corps : Charp., 10. 
Serres : B. 2624, 156 
B. 3233, 14 
» : », 13' 

» : B. 2624, 158 
B. 3233, 13 
Nyons : B. 2624, 159. 
Serres : » ,1 59'. 

» : Charp., 12. 
La Côte : B. 2624, 160' 
Grenoble : » , 161. 



IV 



COMPTE DE RAOUL DE LOUPPY 



janv. 8. » d : C, 6q. 

, Avignon : C, 69, 93, 99. 
» 17. Dauphinc r : C, 69. 
» "29. -Moirans : B : 2622, 130'. 
Ievr.l6. La Tour-du-Pin [Tur- 
ris Pini] : B. 2624, 28. 
)) , Romans : Mvst. . 711. 
,. 25, » : b: 
mars 2. Crèmieu : B. 2624, 29; 
B. 3040, 36. 
» 5, » : B. 2624, 30. 
» 7. St-Georgesd'Espéran- 
che \S. G . Sperenchie] : 
B. 2624, 30'. 
'. 15, M o i r a n s [ Ma 1 a ii 2 , .1 loy - 
rencuin] : B. 2622, 219, 
221 ; B. 2624, 31 ; C.70; 
B. 3040, 34. 
» 17, Grenoble: B. 2622, 1 31, 
304; B, 2624, 31'. 
" 22, » : B. 2622, 154. 

» 28. palais de la Côte-St- 
André : B. 2624, 33. 
avril 7. Romans: « ,34-5. 
» 9, Grenoble : B. 2622, 157, 

191. 

« 12, La Côte-St-Andre : B. 

2624. 37. 

.. 16, » : » , 37'. 

» 24, Grenoble : B. 2622. 182; 

B. 2624, 38'. 

» 25, » : B. 2622, 193. 

mai 3, Fùribrun : P). 2624, 40. 

» 5, )' : », 41. 

» 6, » : B. 2622, 221; 

B. 2624, 67, 69. 

«• 10. St-Bonnet en Ghamp- 

saur [S. B. in Campo 

Sauro\ : B. 2622, 194. 

» , Pont-de-Beauvoisin : 

C, 24. 
» 15, La (>ôte : 15. 2^)24. 46. 
» 26, Lyon : » ,41'- 

juin 7, Romans r : I>. 
juil. 3, Girenoble : lî: r.ii-.. 11. 1. 

262. 



juil. 4. : C. 17. 

)' 8, La Côte-St-André : B. 

2624, 47'. 

» 14, Crémieu : » , 48. 

» 16, : B. 3040, 76. 

» 25, St-Martin-de-Miséré : 

B. 2622, 197. 

août 17, St-Marcellin : B. 2624, 

48^. 
» 22, Beauvoir? : C. 18. 
)' 24, (Grenoble ?) : C, 94. 
» 31, Embrun : B. 2624, 49. 
sept. 3, Queyras[Qî<LÏi,Y/-acm;n]; 
B. 2624, 50; C, 94. 
» 4, Queyras : B. 2622, 228, 
230: B. 2624, 5 I. 
>' ,. Château-Dauphin ? : 

C, 94. 

» 13, : C, 94. 

oct. 3, Grenoble : B. 

» 7, palais de la Gôte-St- 

André : B. 2624, 52'. 

» 13, St-Marcellin : B. 2624. 

Sf 

» 25, Grenoble : B. 2624. 54 . 

» 26. (») : C, 20. 
nov. 3, La Côte-St-André d : 
C, 112. 

» 5, Alontélimar : C. T12. 

.. 7, .. :B. 2624, 5S. 

» 8, Romans r : C, 112. 

.. 18, .. i:C,ii3. 

.. 20. Orang-e : B, 2624. 57'. 

» », Avignon : C, 113. 

» 30, » : Allut, 171 ; 

C, 21. 
déc. 3, Romans ; : C, 113. 

» 10. Grenoble : B. 2624, 59. 

1364(1". m. J4) 
[anv. 5, (Grenoble):!'). 5040, 51. 
C», » : B.2()24, 59'. 

» 7, » : » ,60. 

.. 11, : C, 58. 

» 15, Romans d : C, 1 14. 
» 19, Avignon : C, 1 1 ]-\. 



GOUVERNEUR DU DAUPHINE 



ianv. 25 



)) 


29, 


févr. 


11, 


mars 


' ? 


» 


16, 


» 


17, 


» 


19. 


avril 2 


)) 


21, 


mai 


1, 


» 


8, 


.. 


11, 


)) 




» 


19^ 


„ 


30, 


juin 


4, 


)) 


5, 


» 


15, 


juil. 


16, 


» 


31, 


août 4, 


» 


5, 



8 



sept, 
oct. 24 
nov. 7 

» 

.. 19 
déc. 1 

.. 9 



>) :C. 58. 



Valence : C, 114 
: C, 58. 
Romans : C, 118. 
palais de la Côte-St- 
André : B. 2624, 63' 
(») : C, 22 

» : B. 2624, 64 
: Rc, 93' 
)> : B;B. 3040,75 
Grenoble : B. 2624, 64' 
La Côte : » ,70 
Romans ci : C, 71. 
Avignon : C, 71. 

r : C, 71. 
Grenoble : B. 2624,70'. 

: » ,71- 
(») : B. 3040. 
Romans : B. 2624, 72. 
Grenoble : » , 73'. 
La Côte-St-André : C, 
26, 2g. 
» : B. 2624, 74. 

Crémieu : » , 74'. 

» d : C. 72. 
St-Triviér-de-C.: C,72. 
Châlons-sur-Saône : 

Doc., 158; C, 72. 
Paris : C, 72, 
Louppy : C, 72. 
Crémieu r : C, 72. 
Romans ci : C, 73. 
Avignon : C. 73. 

;-; C. 73. 
Grenoble : B. 
St-Georges-d'Espéran- 
che [S. G, Sperenchie] : 
B. 2624, 75. 
» 13, Romans ii ; C, 75. 
» , Avignon : C, 25, 75. 

1365 (P. a. 13) 

Janv. 1 r : C, 75. 

') 16, Grenoble :/B. 2622, 242. 

>> 24, Romans : B. 3287. 

.. 25, ). : B. 2624. 77'. 



» : B. 2624, 78. 
» : Rc, 109. 
» d : C. 'j'yCi. 
Montdragon : B. 262A, 
78. 
Avignon : C, 75a. 

» : B. 2624, 80'. 

r : C, 75a. 
Moirans : B. 2624, 81'. 
Grenoble: B. 2622, 249. 
» : » , 256. 
.) :B;Rc, 116. 
Romans li ; C, 76. 
Avignon : C, 76. 
r : C, 76. 
V^alence : Rc, 117. 
St-Marcellin : Rc. 113'. 
» -.6.2624,83. 

Grenoble : » ,84. 
» :B. 2622, 257'; 
B.3i73;Myst'.,682. 
: B. 3173 -, 
Myst., 682. 
St-Marcellin : Rc, 1 17. 
La Buissière d : C, 77. 
Savoie : C, 34, 77. 
Chambéry : C, 77. 
La Buissière : Myst., 
683-5. 
La Terrasse: Nob., 219. 
Montbonnot : B. 
Grenoble : Myst. ,'684-8. 
St-Marcellin: Myst., 

681. 
, Romans : Myst,. 714. 

)) : B, 2624, 84'. 
Avignon : C, 34, 77. ' 
Arles : C, 34, 77. - 

r : C, 77. 
Romans : B. 2624, 85 . 
:C,35. 
» d : C 78. 



1 . Cf. HuBER, Regest. d. Kaiser- 
reichts u. K. Karl IV, 1875,9.33 8-9. 

2. Cf. ibid., p. 339. 



févr. 6, 
» 7, 
>. 20, 

>. 22, 



.. 27, 
marslO, 
» 12, 
.. 18, 
.. 19, 
« 25. 
.. 31; 

avril , 
». 10, 
» 12. 
» 26,' 

mai 2, 
.. 6. 
>. 7. 

•' 9. 

>. 10, 
.. 12. 



» 


16-7, 


)) 


18, 


» 


23, 


juin 


i 4, 


» 


11, 


» 


30, 


juil 


6, 


» 


9, 



vj 



COMPTE DE RAOUL DE LOUPPV 



juil. 




» 


20," 


)) 


30, 


août 6. 


)) 




» 


8. 


» 




y> 


9. 


» 


10. 


» 


18, 


sept 


• 1, 


» 


j 


» 




)) 


e; 


» 


8, 


» 


25, 


oct. 


3. 


» 


13. 


)) 


28: 


)) 




nov 




)) 


6." 


» 


21. 


déc. 


1. 



» 18. 



Janv 


. 8. 


» 


10, 


„ 


21, 


fùvr. 


16, 


» 


24, 


» 


25, 


•> 




mars 2, 


„ 


4, 


„ 


6, 


., 


12, 


„ 


13, 


" 


24, 


)) 


31 ! 


avri 


1 1. 



.Avi^rnon : C. 78. 

y : C, 78. 
Grenoble : B. 2624. 86. 
Romans d : C. jq, 121. 
Menne : C. 121. 

: C, 36. 
Lyon : C. 79, 121. 
\'alence r ; C, 121. 

r : C, 79. 
Romans : B. 2624, 87'. 
Dauphiné d : C, 122. 
Lyon : C, 122. 
Anse : C, 122. 
Lyon : B. 2624. 88'. 

r ; C, 122. 
Grenoble : B. 2624, 89. 
Romans : » , 93. 
Grenoble : x , 94'. 
Romans d : C, 80. 
Avignon : C, 80. 

: C, 80. 

;■ ; C, 80. 
Grenoble : B 2624.100. 
palais de la Côte-St- 
Andrc : B. 2624. 97. 
St-.MarcelIin : B. 2624. 
98\ 
Grenoble: B. 2624, 100. 

1366(1'. a. 5) 

Anjou : B. 3039. 
-Moirans : B. 2624, loi. 

)) : » ,102-4'. 
Romans : Rc, 128. 

» : B. 2624, 103. 

(») d : C, 120. 
Lyon : C, 54, 120. 
r : C, 120. 
Grenoble : B. 33 |6. 



Romans d : G, 81, 105. 
Avignon : G, 38, 81. 

: G, 37. 
(Valence) r : G. 81. 



avril 7, » : G, 59. 

» 26, Grémieu : Ord., 175- 
» 27, .. d : G, 82. 

» , Bourgogne : G, 82. 
mai . France : G, 82. 
. (Paris) : G, 82. 
juin . Louppy et 

Boursault : G, 82. 
juil. 6, r: G, 82. 

» 10, Romans : B. 3233, 16; 
Ordonn., V, 224-31. ■ 
», » : Myst., 710. 
» 15, Grenoble: B. 2624, 105'. 
» , Ghamberv : G, 48. 
.. 23. » ^B. 2624,104 

.. 24, .. : .. ,107^ 

août 13, Grenoble : St-R., 61. 
.. 14, ). :B. 2624, 108' 

.. 17, (..) rf.-G, 57, 123 
» , Les Echelles: G, 57, » 
« 21, La Tour-du-Pin r : G 
57. 123 
» 22, Bourgoin : B. 2624, n2 
'. 24/5, Grémieu : Rp, 10'. 
sept. 20. Grenoble : B. 2624, t 12' 

118 
.. 24, St-.MarccUin : B. 2624 

119 
» 2S, Grenoble : B. 2624, 1 19' 
B. 3346 
oct. 10, (Romans) d : G, 83. 
X'alence : Rp, 13'. 
-\vignon : (>. 83. 
.. 18, r : G, 83. 

" 10, Le Buis : 2624, 121. 
') 26, Embrun : Gail., 362. 
» 27, » :13.2624, 122-3 
., 28, .. : E, orig. 

.) », Saint-P)onnet : B. 3007 
nov. 2, Grenoble : B. 2624, 126 
» 6. " : » ,126' 

c\cc. 7, » : 13.2622,237 

.. 8, .. : P.. 26 24, 127-8' 



1. Cf. ("iiHM 11. l'.si^ai hlslur.. il. i, 
.•76-7. 



l „(afe„ l „(afe)„ l „^fe)„ l -^Sa.^jr^^P'y-i I t-v^P)/- 







OMPTE de Raoul , feigneur de] Louppi , 
chevalier, jadiz gouverneur du Dalphiné de 

I Viennois, par lui faicles tant pour 

caufe de plufieurs divers voyages à 

armes & autrement, tant par le pais du dit [Dalphiné. . . , 
. . . pour ] necceffité, reconfort, vifitacion, deffenfe & feurté 

d'icellui en Savoye, Arle, Languedoc, en France 

& en plufieurs autres [ ], de commandement de 

bouche à lui fait par le Roy noftre feigneur, partie du temps 
compris en compte, duc de Normandie & dalphin de \'iennois, 
comme par vertu de fes lettres ouvertes & clofes & autrement, 
pour plufieurs & diverfes befongnes, fecrettes & autres, 
touchans l'onneur & proffit du dit feigneur, & necceffaires 
& cogentes pour le gouvernement & confervacion du dit pais 
du Dalphiné & de tout le patrimoine & demaine dïcelui, fi 
comme ci après en la defpenfe de ce compte fur les parties 
defdiz voyages & chevauchées en eft à plain fait déclaration 
& efclairciffement ; comme de plufieurs deniers par lui paiez 
à plufieurs perfonnes pour occafion des chofes deffus dites, 
pris en defpence en autres chapitres après : c'eft affavoir 
depuis le vij' jour du moys d'octobre Tan MCCCLXI, que le 
dit fire de Louppi vint au gouvernement du dit pais, & que ce 
jour il y fu commis & inftitué par le dit feigneur & par fes 
lettres données ce jour, la teneur au dos de ce compte ■, jufques 
au x^ jour de décembre l'an MCCCLXIX, que il laiffa le dit 
gouvernement, & que en lieu de lui meflire Jaques de Vienne ^ 
y fu commis & ordonné. 



1 . En marge : LIclere commiffionis non funt fcripte tcrgo compoti 
originalis. quare etc. 

2. Cf. Mystère des Trois Doms. p. 720, note 2. Parw/ /es Mandements 
et actes divers de Charles V savajnm<.nt publiés ou analysés par M. Léop. 



COMPTE DE RAOUL DE LOUPPY 



RECEPTE. 



2. De Philippe Giler, treforier du Dalphiné ', quant il volt aler 
au mandement de Vienne, par lettres données xviij= jour de 
mars CCCLXI, IIIc flor. petiz. ^ 

3. De lui lamblablement par les mains de Guillaume Char- 
pentier & Guillaume de la Parrete, 6° d'avril 1362, 700 fl. petiz. 

4. De Pierre Laurens, chaftellain de Beauvoir du Marc, en 
6 sextiers avene à la mefure de Vienne, au feur de 19 gros 
chacun fextier, & pour 33 gelines 23 gros i tiers, receuz de lui 

en mars 1 361 & avril 1362 ; pour tout ^ . . 

II flor. 5 gros j tiers petiz. 

5. De l'univerfité de Ebrun, pour reste de la fomme de 
400 florins petiz qu'il dévoient pour une compofition faite avec 
eulx par le dit gouverneur & le confeil du Dalphiné, pour ce 



Delisle (1874) s'en trouve un pour « Johanncs de Vicnna, miles, infti- 
tutus gubernator Delphinatus, loco domini de Luppeio » [p. vj) ; il faut 
sans doute lire « Jacobus », car Jean de Vienne, qui remplaça comme 
amiral de France le vicomte de Narbonne, le 27 déc. 1373 {ibid. , 
p. viij). n'a qu'une parenté éloignée avec le gouverneur du Dauphiné 
(Anselme, Maison de France, /. VIII, p. 793-4, 808). 

1. Philippe Ciillier, de Ltissac-les-Chàteaux (Vienne), fut nomme 
trésorier du Dauphiné par lettres du dauphin Charles, du i<) déc. IJ^S ; 
il avait pour lieutenant en /j'5'9 son Jils Denys (voir p. 6, ti. 2) et en 
mars ijô^Jean Perrin. Il fut suspendu de ses fonctions le 27 avril i ^64 
et le gouverneur reçut ordre du roi, le 24 juin suivant, de l'amener à 
Paris (Compte, n" '] 2). Il fut destitué et remplacé par Jean du Pont. Par 
une ordonnance de janv. i jô6 (^1367 n. st.) Charles V^ annula, sous 
conditions, les poursuites commencées contre lui à l'occasion des charges 
qu'il avait remplies : c'eft affavoir en la receptc de Poitou. LymoHn & 

Bellevillc, maiitre des garniions du dux de Normandie, treforier 

de Malcon, maillre des pors & des paffaiges de nortre royaume, & en 
plufeurs autres eflaz, entre lefquelx il fu treforier de noftre Dalphiné 
& depuis trcfourier de France, chailellain & garde. ... de Meleun, & 

commis & députez à faire les ouvraiges, reparacions (S: édifices en 

iceluy, & auffi à faire la baflide afliie devant Marrolles iSc. . . . noftre 

tour du bois de Vincennes & auffi noftre hoftel de Saint Pol 

(Mandements cit., p. i 79-80, n" 371 ,• cf. p. 165, n° 334J. Ses comptes 
de i ]'!'; cl iS>9 so«< conservés aux archives de l'Isère. Cff. Comptes 
de Romans de i35T-(>f), f Illh"^ xij ; Giraud, Essai sur St-Barnard, 
:;' part., t. I, p. 262-^, 345; D' Ul. Chevalier, dans Bull, de la soc. 
d'archéol. de la Drôme, 1885, /. A7.Y. />. 140-1. 

2. En m.: Capiuntur pcr mj"^ comp(ulum), ibi corrigitur. 



GOUVERNEUR DU DAUPHINE 



nj 



avril 29, » ti ; C, 63. 

» », Montrigaud : C, 63. 

» 30, St-Etienne (-de-Saint- 
Geoirs) : C, 64. 
mai 1, r .• C, 63. 

» 6, Romans : B. 2624, i'. 

» 10, » ci : C, 64. 

» 13, St-Genix : C, 64. 

» , Crémieu : C, 64. 

» , Hautepierre : C, 64. 

» , Menne : C, 64. 

» 19, Dauphiné r : C, 64. 

» 21, Romans : B. 2624, 2. 
juin 3, : C, 14. [8$. 

» 10, Grenoble : B. 2622,78'- 

)> 13, St-Marcellin: B. 2624, 3. 

» 15, Romans : B. 2624, 6. 

>) 20, » : », 6'. 

» 21, » » 5 9- 

» 22. » : » ,9', 10. 

» 23, » : B. 2622, 108'. 

» 24, » : B. 2624, 10', 

» 25, » : B. 

» 28, » : » . II'. 

.. 29, (») :cif;C, 65. 

» », Moirans : C, 108. 

» 30, Chambéry : C, 65, 108. 
juil. 1, r : C, 65. 

» 4, La Côte-St-André : B. 
2624, 12, 12'. 

» 5, » : B. » ,13', 14. 

» 13,Rom.ans:B.2624,i4', 15. 

» 18, St-Marcellin: B. 2624. 17. 

» 19. Beauvoir- en -Ro vans : 
B. 2624, 16'. 

» 26, Romans : » , 17'. 

» 28, » : » , 18 ; 
C, 104. 
août 3, » d : C, 66. 

» , Pierrelatte : C, 66. 

» 18, Le Buis : B. 2622, 89. 

» 22, )) : », 91. 

» , Avignon : C, 66. 

» 25, Lers : C, 66. 

» 30, entre Montbrun et 

Reilhanette : C, 66, 92. 



août 31, Mévouillon : B. 2622, 

94- 
» , Dauphmé r ; C, 66. 

sept. 3, Gap : B. 2624, 19-21. 

» 4, Chorges : B. 2622, 95. 

» 6, Embrun : » , 96. 

» 8, Briançon : B. 2624, 21'. 

» 10, » : B. 2622, 97. 

» 11, » :B. 2622, 98', 99'. 

» 13, Bourg-d'Oisans [Bur- 

gus S. Laurentii de 

hacu]:'Q. 2622, 103. 

» 15, Grenoble: » ,105'; 

Inv., 108, 490; C, 104. 

» 20, Pisançon : B. 

» 24, : B; G, 19. 

» 28, Romans : B. 2622, 106. 

oct. 14, Grenoble: » ,109'. 

» 21, Romansi: » ,111'; 

C,67. 

» , Dauphiné': C, 67. 

» 28, :C, 91. 

nov, 1-4, Lyon : C, 67. 

» 5, Dauphiné ;' : C, 67. 

» 15, chat, de Beauvoir-en- 

Royans : B. 2622, 113, 

II 5-6. 

» 20-2, Grenoble : C, 96. 

» 28, St-Marcellin : B. 262J, 

22 . 

» 29, Beauvoir- en -Royans : 

B. 2624, 23'. 

déc. 1, Romans d : C, 68. 

» , Avignon : C, 68, 98. 

» 8, \'illeneuve-lès- Avi - 

gnon : C, 68. 

» 9, Avignon : B. 2624, 24'. 

» 13, » : », 25. 

» 15, (Romans) r : C, 68. 

» 19, Beauvv,'* : B. 2624, 26. 

» 28, Moirans : », 27. 

1363 (P. a. 2) 

Janv. 2, Grenoble: B. 2622, 126. 
» 5, Claix : » , 128'. 

» , Romans : C, 99. 



4 COMPTE DE RAOUL DE LOUPPY 

11. De François de Saint Germain, chaftellain de la Cofte 
Saint Andrieu, fur les revenues, profils & emolumens de la dite 
chaftellerie, pour paier a meflire Guillaume de Boczefel, de 
l'ordre de Saint Anthoine, prieur de Romme & commandeur de 
Chambrieu, qui les avoit preltez au dit gouverneur pour faire 
certaines befongnes touchant monfire le Dalphin, le 24' jour 
d'avril 1362 200 flor. petiz. • 

12. De Loys Bonnet, par la main de Pontzon de Chevrières, 
pour Temolument du feel d'une fentence obtenue contre 
Boniface Bonnet, ou temps de mefiire Guillaume de Vergy, 
predeceffeur gouverneur du Dalphiné -, pour ce receu en 
may 1362 50 flor. petiz. 

13. De Michelon du Cuignet, pour compoficion faite avec 
le dit gouverneur, treforier & confeil, pour les biens qui furent 
Jehan du Cuignet pour certain meffait qu'il paia en may 1362, 
pour toute la dite compoficion 100 flor. petiz. 

• 14.; De Guillaume Jaffeline notaire, pour lui & plufieurs 
autres de Brianconnoiz, pour une compoficion faite prefent le 
gduKtefïiebr &; avec le treforier & confeil, pour ce receu 3'' de 
juing 1362, 500 flor. bon poiz, valent . 520 flor. 10 gros petiz. 
15. De Pierre Buier, afias Maifel, chaftellain de Vifille, pour 
200 fextiers d'avene ;pris de lui, au feur de 3 gros le fcxtier, le 
pris & feuj* fait en la ; chambre des comptes du Dalphiné en 

décembre 1362 ; pour ; ce -L;;. . 50 flor. petiz. 

16k De Piùrre' Chaponnois, maiftral de Montrigault, en 
70 fextiers 3 quartals d'avene, au pris de 7 gros chacun fextier, 
&'en' 67 gelines, chafcùnè 12 dçn., & en* 2(3 iperdriz, chafcune 
une parpcillollc, reccues de lui en )uing 1363, pour ce, le pris 
fait en, la chambre des .coiliptes, .comme dit eft, . . . . . . 

. ■ y'''\ ^''Ç ' ; ■ ■';','^": ^ V '^ ^''v'" '^ ^! ,'^^'flor-J 5 gros; demi jpetit' j^ois..^ ? 

,. itr Ôe Regmer Cpppoj malSre 4es j^onnoy (4i4''Da,Iphifïj^,f ^ 

..-•,> ■ ■■■■ , ■ ■ . , . . .-, y. A ,.::-:! ' ., :i ,.";, \.>; ^ .\\- >. >V 'A 

"TvïïTvT" — ~; — ; - ■■ - , ■::.■ À :■• ^ n -^> ,/•• -,■ ■ , •. ) :.■ /-i v'Av, \ .^:. 

. li.' Capiuntur per compiitum '41611 'Fmnoifci c&fteliani Goftô^^fimt;um 

ad fanclum Johanndm AICCCLXIII, & ibi corrigitur. '^''-' ."JoJr.irl .ûiiios .h 

2J Cf. Mystère des Trois Doms, p. jnS, }wtô 6.'"; 'i;' (luji-^.i-iV.'o;) .■.; 

3. Capiu'ntur per compuUiiti dltli l'etri in- li^fliu^' pâjftifctiB -liniturfviafd 

fanclum jo(hannem) i ^(>-^''^ <Sc ihiicorrif^itur. " 'i "il W'irjy ,,1 y; p. i!;fri 

yM4. Rtynie'r Copfu:. dont icvfdniilk^ piit. plv>f larê le nôln de PcfrMtl [fui 

receveur de la ville de Nnvia>i'< en / }^'j (Comptes de i ^ '^ 'f_^(if)l'f'*'T^j');''tû 

compte de ijOj/uI rendu in domo Kayrieri-t et 'SywôWtki' 'Copfyii m qua 



GOUVERNEUR DU DAUPHINÉ 5 

fur aucune recepte par lui faite pour le fait de Lers ', le 4' jour 
de juillet 1363, 319 flor. i gros demi bon pois d'une part, & 
d'autre part 17 flor. petit pois, pour tout, avalués les florins 
de bon pois à florins de petit pois, c'eft affavoir 24 bons pour 
25 petis, 349 flor. 5 gros petis. 

18, De Pierre Petignot, chaftellain de Beauvoir en Royaux & 
de Yferon, en plufieurs garnifons de blez, froment, feigle & 
avene pour l'oftel de Belvoir quant le dit gouverneur y 
demouroit, par lettre à lui donnée du dit gouverneur, 22 jours 
d'aoufl: 1363 77 flor. 11 gros demi petis. ^ 

Summa 2,787 florins 10 gros i tiers. 

19. De Jehan Mairin, chaftellain de Saint S3'phorian, en 
certaines provifions qu'il fit pour le dit gouverneur à Lyon 
quant il fu devers le roy Jehan, que Dieux abfoille, environ la 
Touffains 1362; par lettre du dit gouverneur, donnée audit 



confulatus ville Romanis tcnctur (ibid.,f Ixij v" ). Maître des monnaies 
du Daiiphiné, il faisait, cette année même, fonction de payeur des ^cns 
d'armes en l'absence dit trésorier Phil. Gillier (n" 66 J; le 12 juin i 767, 
il acheta du comte de Valentinois le péage de Pisançon et Chartnaonieu 
( D'^ Ul. Chevalier, Géncal. Roman, mss.); il fut recevettr du subside 
de 1364 (n° ^2) ; il prit part, le 10 juil. 1 yôô, au traité des Romanais 
avec le gouverneur (Girald. Essai cité. p. 2/6), -ils le nojnmèrent i" consul 
les g juil. 1 36J et i y'J4 (Arch. commun., om son nom offre les variantes : 
Copi, Coppe, Coppi. Coppo, Couppc. Couppi): il figure encore dans notre 
compte, le i" juin i yô8 (n" i 23}. 

1. Lers (Germer-Durand. Dict. topogr. du Gard. 1868. p. 114) ou 
L'Hers (Carte de l'état-major, f. 222) est un château ruiné, dans une île 
du Rhône, sur la commune de Roquemaure (Gard). Le roi ordonna, le 
26 oct. IJ64, de payer ^00 francs d'or à Pierre de Puihaut, qui lui avait 
baillé & mis en main le chaftel de Lers, avecques toutes les appartenances; 
il lui était dû, comme recompenfacion, certaine rente depuis deux années 
ou environ (L. Delisle, Mandem. de Charles V, p. 55-6, n" i \o). Le 
prince d'Orange chercha à s'en emparer, aidé des grandes compagnies : 
Raoul de Louppy le contraignit d'en lever le siège, le 25 août 1^62 
(n" 66J,- Guy de Marges en fut immédiatement établi châtelain et 
capitaine (n° gi) et reçut plus tard de Charles V une gratification de 
200 fior. d'or à prendre sur le péage de Lers (12 juin ifôô). Notre 
compte mentionne l'achat de soie (sendal) azurée et jaune pour une 
bannière aux armes delphinales qui fut hissée sur le chaftel ()i° 98^. 
Passant à Orange, en juin ijôy, l'empereur Charles IV autorisa 
Raymond V de Baux à établir un droit de péage tel qu'il était exigé à 
Lers (Barthélémy, Invent. d. chartes de la mais, de Baux, 1882, p. 410, 
n" 1428; ç/! 71"" 629, 1727 et 1807 j. 

2. Capiuntur per computum di6li finitum ad s"^ Jo. 1363. 



6 COMPTE DE RAOUL DE LOUPPY 

chaftellain, 24^ de feptembre 1363 . 76 flor. 5 gros petit pois. • 

20. De Pierre Rochefort, chaftellain du ^'al et d'Albon, 
ne 140 fextiers d'avene , chacun lextier 7 g-ros pi ile par la 
chambre delïus dicte, 26® jour d'octobre 1363. valent 81 

ilor. 8 gros. & en argent comptant 

4 ( =: 80) flor. 9 gros & demi. 

21. De Philippe Gillier, de & fur les defpens du dit gouverneur 
& de plufieurs autres avec lui en alant, demeurant & retournant 
à Avignon par devers noftre faint père le Pape & les cardinaulx, 
pour certaines caufes touchant monfeigneur le Dalphin, par 
lettre de recognoilïance du dit gouverneur, donnée le derrenier 

jour de novembre 1363, 160 flor. bon pois, valent 

166 flor. 8 gros petis. 

De lui , par la main de Denis Gillier, fon fils -, quant on 
volt aller devant Lers 250 flor. petiz. ? 

22. De François de Saint Germain, chaftellain de la Cofle 
Saint Andrieu deffus.dit, fur ce qu'il devoit à caufe de la dite 
chaltellerie, Q7 florins 7 gros demi petiz 1 & en 2Q fextiers 
froment, au feur de 11 gros le fextier, 26 florins 7 gros petis, 
& en 79 fextiers i quarteron d'avene, le fextier 8 gros, 52 florins 
10 gros, & 23 fbmmes cK: demie de vin, au feur de i florin la 
fomme, 23 florins & demi: tout prillé par la dicte chambre ; 
pour tout par lettre donnée par le dit gouverneur 17 jours de 
mars 1363 200 flor. 6 gros demi petiz. 

23. De Jehan du Pont, commis à l'oflice de la treforerie du 
Dalphiné. après ce que Philippe Gillier fu fufpendu du dit 



1. Capiunlur pcr cnmputum dicli jo.: funt cum aliis ordinariis In lihrd 
Vicnncnli de anno i 3O4" et ibi corrigitur. 

2. iJeijys Oillier, jurisconsulte et conseiller dclpliinal. clait lieutenant 
de son fère dès / ?>o." Jtne quittance de lui, en date du 12 juin ijOi, 

figure dans /'Invent. d. arch. Dauphin, de M. Morin-Pons (1878. A 174, 
n" ()C)iJ. La légende de son sceau plaqué porte : S' D/ENI/S CjI/LIF-R. 
Son J'rère cadet, (hiyot. fut char<ré de porter à Paris au dauphin Charles 
les joyaux de liéatri.x de Jloi^rie. en mai /?TT (Valhonnais, Ilisl. de 
Dauph.. /. //. p. 170). 

3. Capiuntur per v compuUim dicVi Philippi finilum 2(1 fehruarii r ?6^, 
& ibi corrijLfitur. 

4. Dicli ()■] ilorini 7 gros. dy. capiuntur pcr computum dicli l'rancifci, 
finitum ad s'" Jo. 1302, 6i. refiduum capitur pcr Icqucnlcm cumpuluni 
& ibi corrigitur. 



GOUVERNEUR DU DAUPHINE 7 

office ', pour deniers baillez à Jehan de Sommericourt, clerc 
du dit gouverneur, pour faire fes defpens & de fa compaignie 
en alant à Avignon par devers noftre faint Père et plufieurs 
cardinaulx, pour certaines caufes à lui mandées & inflruictes 
de par le Roy par maifti^e Gontier de Baigneux, fon fecretaire -, 
en may 1364, 120 florins bon pois, valent .... i25flor. ? 

24. Du dit Jehan du Pont, pour autres deniers de lui receuz 
par le dit gouverneur, pour autres defpens fais par lui quant il 
ala au Pont de Belvoifin journoyeravec le conte de Savoye 4 fur 
l'expedicion des chafteaux qu'il tenoit, defquelz defpens le dit 
gouverneur ne prent ne ne compte en defpenfe, quar il en 
compte d'autre part au conte de Valentinoys, par l'ordenance 
du Roy, & rent cy la recepte que faite en avoit, qui fu faite en 
may 1363, pour ce 29 flor. petis. 

25. Du dit Jehan du Pont, pour autres deniers receus de lui 
par le dit gouverneur, pour autres defpens fais par lui en alant 
à Avignon par devers noftre faint Père, par commandement 
efpecial & ordonance du roy Jehan, noftre lire, pour lui expofer 
certaines & protîitables befongnes du dit feigneur, & par lettre 

du dit gouverneur, donnée en décembre 1364 

182 flor. 9 gros petis. 



1 . Jean du Pont, citoyen de Grenoble, fut nommé trésorier du Dauphiné, 
en remplacement de Phil. Gillier, par R. de Louppv le 10 avril ij6^; 
dès le ig juin siiiv. il prit pour lieutenants et commissaires dans ledit 
office son frère Francon du Pont et François Bermond. Charles V lui 
manda, le 8 sept, suiv., de payer diverses sommes au gouverneur 
(Mandem. cit., p. 3g, n° 78; cf. n"^ 1463 et 1558). Il eut pour successeur 
Adajn Chanteprime. 

2. Gontier de Bai gneu.x figure comme secrétaire du roi. du 20 avril: jôj 
au2Juil. /^67(iMandem. de Charles V, ;z"' indiqués p. Q88b;ç/: «"'53, 
68 ei 71 du Compte); il fut )iommé par Urbain V, le 2$ oct. ij6j, à 
l'évêché du Mans. Le 7 mai 13'jo, Louis, duc d'A^ijou., l'emmena en 
Dauphiné (Gallia Christ., t. XIV, c. 408-9) ; il était à Romans les 12 juil. 
(MoRiN-PoNS, Numism. féod. du Dauph., 1854, P- '^'\4~S)i 27 août et 
16 sept. (Myst. d. Trois Doms, p. 720-1, n. 4); // passa à larchevéché 
de Sens en 1 3S3' et mourut la même a»., le i q juil. (Gallia Christ., t. XII. 
c- 79)- 

^. Capiuntur per computum dicli Jo. de thef(aurar.) Dalphinatus a 
10' "orilis 1364 ufque ad 18^ no(vembris) poft. & ibi corrigitur. 

4. . .nédée VI, le comte \\^?-lÏ (Répertoire, c. 100 et 2403); cf. «"'48, 
56 ei O3 du Compte. 



8 COMPTE DE RAOUL DE LOUPPY 

26. De meffire Frepet de Bouczefel, chevalier ■ pour une 
compofition qu'il avoit faite avec François de Saint Germain, 
chaftellain de la Cofte, à ce commis par le dit gouverneur, pour 
aucuns de fes hommes, pour ce receu de lui en juillet 1364 . . 
20 flor. petiz. ^ 

27. Des biens meffire Robert d'Autun, par la main de 
Humbert de Laies, qui furent portez au lieu de Beavoir ou 
demouroit le dit gouverneur, pour 65 fommes de vin, au feur 
de 6 gros la fomme prifié par la dite chambre, pour ce . . . 
32 flor. demi petis. 

28. De meffire Guy de Torchefelon, chevalier, chaftellain de 
Quirieu, fur fa dic\Q chaftellerie qu'il avoit baillié en plufieurs 
parties, pour preft fait au dit gouverneur, pour ce par lettre 
donnée en juillet 1364 200 flor. petiz. 3 

29. De meflire Guy Coupler, chevalier et chaftellain de la 
Tour du Pin 4, en 35 fextiers froment & 40 fextiers d'avene, 
baillez & délivrez par Didier Barat, lieutenant du dit médire 
Guy, pour la pourveance de Toftel du dit gouverneur à la Cofte 
Saint Andrieu, au feur d'un florin petit pour le fextier froment 
& 8 gros pour le fextier avene, prifié par la diéle chambre, 
par lettre du dit gouverneur donné en juillet 1364 .... 
61 flor. 8 gros petis. 

30. Michel Aillouft & Jehan Huguct de Voiron, par la main 
du commandeur des Efchielles 5, pour une compofition parculx 



i . Jacques, dit Frepet. fîls d'IIumhcrt de Bocsozcl, scioncur d'Eclose. 
épousa Ùéatrix de MoiJJous. 

2. Capiuntur pcr fuum compuUim finitum ad s"'' Jo. m6^. 

3. Capiuntur pcr fuum compulum linitum ad s" Jo. 1-365 & ibicorrigitur. 

4. Partant pour la France, Raoul de Louppy nomma son vice-gérant 
pour le fait de la guerre, par lettres données à Crémieu le 26 avril i 366, 
Guy Copier (Coppier, Coupler, Coupy), seigneur d'Hier es, bailli du 
Viennois et du Valcntinois ; il était encore châtelain de la Tour-du-Pin 
en 1765. C'est peut-être le même qui figure comme capitaine de Romans 
en i }0f: hem, dom" Guidoni Copcrii, militl, capitanco ville, pro falario 
fuo racionc dicli officii capitancalus, pro mcnic marcii prclcntu, pcr 
mandatum comiffariorum ville dalum die xxx" dicli meniis marcii LXIJ'^", 
rcdditum una cum quiclancia dicli dom' Guidonis, xx llor. in auro 
((Comptes de 1357-69, /" Ivj). Le courrier de Romans était en \ ^06 
nobilis Guide Copcrii (mêm. arch.); cf. Giraud, Essai, 2°/'., /. /. p. 279. 

<y. Jean de Fayn était commandeur des Echelles en I7f? (Trepier, 
Dccanat de St-André, i87(), /. /, />. 746)^/ en i 375 (Pilot de Tuokev, 
l'rieurés du dioc. do Grenoble, 18^4, p. 388). 



GOUVERNEUR DU DAUPHINE 9 

faite avec le treforier & confeil, 30 florins bon pois, valent . . 
, 31 flor. 3 gros petis, 

31. De Vitre Vaignon & les compaignies des Lombars ' de 
Moraint, appelles les Graiffelliers, pour une comporition faite 
avec eulx par le dit treforier & confeil, pour certain cas qu'il 
avoient meffait pendant la caufe qu'ilz avoient contre Dominique 
de Calea lombart, pour ce 200 flor. petiz. 

32. De meffire Amé des Baux ^, pour le fait des juifs paiant 
pour feu meffire Bertran de Bedons, chevaliers, 100 flor. petis. 

33. De Jehan Pej'la, marinier de Montbonoft, pour compofition 
faite par le dit confeil avec lui, pour ce qu'il f'eftoit départis & 
avoit brifié la prifon de Moreint 6 flor, petis. 

34. De fire Adam Chanteprime, treforier du Dalphiné >, pour 
deniers par lui baillez au dit gouverneur pour les defpens de 
lui & de fes gens en alant par le comandement du Roy en la 
compaignie de l'Empereur 4 à Avignon, à Arle et ou conté de 
Savoye, en may 1365, 370 florins bon pois , capiuntur ut 
immédiate, valent 385 flor. 5 gros petis. 

35. Du dit fire Adam Chanteprime, pour deniers de lui receuz 
pour faire un autre voj^age en Avignon, ou il fu mandé par 
monfire l'arcevefque de Sens 5, l'evefque de Nevers ^ et meffire 
Guillaume de Dormans 7, pour le fait & traiclié du chaftel 



1. Cotnmerçauts italiens qui faisaient le Jiégoce et surtout frétaient 
sur gages à grosse usure (cff. Ducange, Glossarium, t;'^ LangobardI ; 
Chéruel, DIct. hist. d. instit., p. 690-1). 

2. Amiel de Baux, fils de Raymond, co-prince d'Orange, fut seigneur 
de Suze, Solérieux, etc. (Barthélémy, p. 575 et ^' tabl.) 

^.Adam Chanteprime fut nommé trésorier du Dauphiné le i i oct. i 36^. 
Le mandement de Charles V du 14 nov. i 36^ (p. 6 i , n° i 24) dut être 
à son adresse; on le trouve encore en fonctions les 7 et 10 avril 1366 
(n° 59 du Compte; Comptes de Romans pour 1357-69,/° Vh^xij). En 
juil. ijjo il était trésorier de France (Alandem. cit., p. 353, n° 702); 
le même ouvrage fait mention de François et Pierre Chanteprime. 

4. Charles IV : voir la fin de l'introd. au Mystère des Trois Doms. 

5. Gî/z7/az<me ie A/e/ej/« ( I 345-7 5) ;c/. Mandem. de Charles V,p. 990, 

6. Pierre Aycelin de Montaigut (i 361-71); cf. Répert., c. 204 et 
suppl.: .Mandem. de Charles V, p. 10 18. 

7. Guillaume de Dormans, frère de l'évêque de Beauvais, fut successi- 
vement chancelier de Normandie (i" oct. i 361), de Dauphiné (i 364) et 
de France (2 i févr. 1372). // vint à Romans, en mai i 367, en compagnie 
du comte d'Etampes (Giraud, Essai cité, 2° p., t. I, p. 277-8). // mourut 
le II juil. 1373 (Anselme, Mais, de France, t. VI, p. 336; Delisle, 



10 COMPTE DE R.\OUL DE LOUPPY 

de Lers, par lettre du dit gouverneur donnée 6' jour de 
juillet 1365, 152 flor. 6 gros petis. ' 

36. De lui, pour faire un autre voyage à Lyon, ou le dit 
gouverneur lu mandé par mefdiz feigneurs, pour prendre & 
recevoir les hoftages que devoit bailler le capitaine d'Anfe, 
pour le traictié fait avec le Pape & les diz feigneurs, que il 
receut de Pierre Arnoul. dit Gaiet, fi que le dit Pierre 
devoit pour une composition qu'il avoit faite avec le dit 
gouverneur, treforier & confeil, pour ce par lettre donnée 
8 jours d'aouft 1365 50 flor. petis. 

De lui, par la main Jehan Nicolet, en décembre 1365, pour ce 
38 flor. 10 gros I tiers petiz. 

37. De lui , pour les defpens fais par le dit gouverneur en un 
voyage fait par lui en Avignon par devers nortre faint père le 
Pape & monfire le duc d'Anjou -, tant pour le fait de Lers 
comme pour autres befongnes touchans le Dalphiné, par 
lettres du dit gouverneur données le derrenier jour de 
mars 1365, 200 flor. petis. 

Summa 2,595 florins i tiers i"^ grofli. 

38. Du dit treforier, pour les defpens du dit gouverneur, 
du dit treforier & meffire Raynaut Reymont, procureur cSc 
advocat flfcal du Dalphiné 3, de meffire Amé de la Mote & de 
plufieurs autres confeillers, fais en Avignon ou ilz eltoicnt alez 
pour avoir confeil & dcliberacion avec les fages & confeillers 
de court de Romme, fur le droit que difoit le dit procureur 
flfcal que monfire le Dalphin avoit en la terre & héritage de 
feu le feigneur de Vaubonnoiz, en avril 1366, compris ens 
20 florins bon pois qui furent baillez à maiftre Pons Raynaut, 
principal confeiller, pour fa paine c^ travail, c"^ pour ce . . 
220 flor. 10 gros petis. 

39. I)c lui, pour les defpens du dit gouverneur c*^; de fes gens 
fais en alant à Avignon, ou il lu envoie de par le Roy aux 



Mandem. de Charles V, h"s t -5^ ^ y, 5 j , 81, i 5 :î, i 60, i 64, 281, 861 
et p. IV; Répert.. suppl. ) 

1. Capiunlur pcr primum compulum dicli Adc liniuim in nprili 1 ^{)7 
& ibl corrigitur. 

2. Cf. Myslcrc des Trois Doms. pp. 7 1 2--? cl 720-2. 

3. Raynaud lieymond,ji4gc~ma<j;c du Ciiaisivciudav, conseiller dclphiiicil 
en 1 'iï 1-2, chevalier, procureur et avocat fiscal du Daup/iinc en i 56. /-O. 



GOUVERNEUR DU DAUPHINE ÎI 

ambafieurs du Roy anglois, pour ce par fa lettre donnée 
3 jours en avril 1367, en 160 frans .... 20oflor. petis. ' 

40. De meflire Guigo de Morges, feigneur de la Mote, & de 
Guigo de Morges, Ion fils, sur la fomme de 800 florins qu'ilz 
dévoient au feigneur pour la nouvelle infeodation & retenue 
du chaftel de la Mote en Matefine & de toute la terre qui jadiz 
lu feu Gilecte Enarde, famé du dit chevalier el^ mère du dit 
Guigo, faicte en novembre 1366 que le dit gouverneur print 
en déduction de certaine fomme à lui deue par monfire le 
Dalphin 502 flor. petis. ^ 

41. De meffire Aymar Alemand, chaftellain de Vefille, fur ce 
qu'il doit de la dicte chaftellerie , pour ce receu de lui en 
mars 1366 13 flor. i gros demi petis. 

42. De l'univerfité d'Oifenx , par la main de Guionnet 
Richart, autrement dit Nourri, chaftellain du dit Heu, pour 
certaine compofition qu'il avoient faite avec le juge de 
Graifivodan prins , c'eft affavoir fur les defpens que le dit 
gouverneur avoit fais en Languedoc, en la compaignie de 
meffire Robert de Lorris, pour meétre fus l'impofition de 
12 deniers pour livre ilec, par lectre du dit gouverneur donnée 
en juillet 1367 300 flor. petis. 

43. Des fmdicz de Britanzonnois, fur ce qu'ilz dévoient pour 
une compofition faite avec le dit gouverneur, le treforier & 
confeil, par la main de François Chais, en deduétion de la diète 
compofition, en février 1368, 500 florins, valent . 520 flor. petis. 

44. De meffiire Togenaz, chaftellain de Belveoir en Royaux & 
deYferon, enprovifions deblez & autres chofes . 10 flor. petis. 

45. De meflire Guillaume de Vergi, chevalier, jadiz gouverneur 
du Dalphiné, pour certains deniers receuz par le dit fire de 
Louppi des biens du dit feu meffire Guillaume, c'eft affavoir la 
fomme de 2,000 florins petis, en quoy il eftoit tenuz à monfieur 
le Dalphin, fi comme les auditeurs des comptes du Dalphiné 
difoient ; la quelle fomme fu prife pour parfaire certaine groffe 
finance que l'en devoit envoyer à monfieur le Dalphin & 



1 . Capiuntur ut fupra. 

2. Habcatur refiduum. 



12 COMPTE DE RAOUL DE LOUPPY 

la quelle fomme eft prife en la defpenfe de ce compte en plus 
grant fomme; pour ce 2,000 flor. petis. ' 

Summa 3,765 florini 11 grossi cumdimidio. 

Summa relidte ha6lenus . 9,148 flor. 10 gros. 1/2 & i tert. 

AUTRE RECEPTE 

46. De plufieurs charges dont le fire de Louppi eftoit 
chargez en la chambre des comptes du Dalphiné, oultre & 
pardeffus les parties deffus di(5les, fi comme par certain rolle 
envoyé foubz les feaulx des auditeurs des comptes du dit 
Dalphiné peut apparoir. 

Pour deniers pris fur mons. le Dalphin par le compte de 
Guelis de Cizerin, de la chaftellerie de Montbonet, de l'an 1364, 
pour caufe de 20 fommades d'avene que le dit fire de Louppy 
ot de lui, les quelles tiennent lieu au dit Guelis à la charge du 
dit gouverneur, pour ce 14 florins; & pour famblable, pour 
deniers paiez à Jaquemot Florenfac, par mandement du fire 
de Louppi, pour la vifitacion d'un courcier qui eftoit au dit 
fire de Louppy, 7 florins; & pour famblable, par le compte 
de la dicte chaftellerie de l'an 1365, pour caufe d'un roncin 
donné à Jehan de Beaune, & auflî pour la façon des vignes de 
meffire Jacques de Dya, dont le dit fire de Louppy volt eftre 
chargez par fes lettres, 31 florins 11 gros; pour tout . . 
52 flor. II gros. - 

47. Item, pour famblable , pour deniers pris par le 4^ compte 
Philippe Gillicr, jadiz treforier du Dalphiné, pour don fait au 



1. Dcclaret ut fupra. 

2. Quamvis ifta pars cadit in jac:\u, tamcn dicUis dominus pcciit vidore 
li6lcras fuas virtutc quarum oneratur in camcraDalphinalium compulorum, 
quia affcrit quod de iaL;lionc & cullura vincarum dcquihus lit mcncio in 
Icxtu, que alccndit ad 21 lier, i i gros, vcl circa, non débet onerari quia 
nondum habuil lruî;l.us earum, ymo dnus Dalphinus; (Se ideo ordinatum 
quod pro prelenti parte & aliquibus partium lequentium mandabitur 
auditonbus computorum Dalphinalium quod mittal copias Iielerarum ditli 
domini lub fif^ilio vel iif^no auèlentico, quibus vifis fiet eidem domino 
in line idius eomputi quod debebit. — Non onerabitur de ordinacionc 
dfjininorum, quia iflo tempore nulia capiebat vadia, ymo fe excuiavit 
apud dnum regem de non acceptando diclum oHlcium, prout afferuil in 
caméra & ad dictam accuialionem non potuit admitti. 



GOUVERNEUR DU DAUPHINE I3 

fire de Louppi en recompenfacion des defpens par lui fais deux 
fois en venant de fon pais en France, 300 florins de pois, 
valent 317 flor. cum dimidio. 

48. Item, pour deniers pris famblablement par le compte de 
l'émolument du feel de la grant court de Grailivodan rendi 
Tan 1366, pour les defpens du dit fire de Louppy fais à 
Chamberieu en fejournant avec le conte de Savoie pour le fait 
des chafteaux que il detenoit , defquelz defpens fais pour la 
di(5te caufe le dit fire de Louppy fu paiez par le conte de 
Valentinoys & pour ce doivent eftre recouvrez fur lui, pour ce 
par vertu de fes lettres 65 flor. 

49. Item, pour deniers pris femblablement par le compte 
Humbert Granet, commiffaire député à paier les finances pour 
le fait de la guerre de Provence par vertu des lettres du dit 
gouverneur, pour les defpens du dit gouverneur par lui fais en 
un voyage fait à Avignon ou moys d'avril 1369, avec plufieurs 
notables perfonnes tant de confeil comme gens d'armes, pour 
traiéter de pais avec le fcnechal de Provence ' : pour ce . . 
331 flor. 3 gros. 

50. Item, pour deniers pris famblablement par le compte de 
melfire Aymon de Lay, chaftellain des Exils, rendu l'an 1360, 
pour un roncin pris de lui ou pris de 40 frans & dont le dit 
gouverneur volt par fes lettres eftre chargez; pour ce 40 frans, 
valent 50 flor. petis. 

51. Item, pour famblable par le compte de Pierre Galbert de 
la chaftellerie d'Oisenx , de certaine compofition faite par le dit 
gouverneur fur l'uni verfité d'Oifenx pour le fait des chevauchées 
non enfuies, compté par Aymon Richard le fécond jour 
d'aouft 1370 200 flor. petis. 

52. Item, pour famblable paR le compte de Renier Couppe, 
receveur du fubfide de 6 gros pour feu octroie l'an 1364 pour 
la deffenfe du pais Dalphinal, pour achater un courcier que 
le dit gouverneur fe difoit avoir perdu en la garde du dit pais ; 
pour ce 300 flor. 



'ït'^>v.5©^a,r/es V ratifia à Paris, en sept. 1 369, [le traité conclu entre 
Raoul de Louppy et le sénéchal pour rétablir la paix entre les habitants 
du Dauphiné et ceux. ig, la Provence (Mandem., p. 391, «° 589),- 



Î4 COMPTE DE RAOUL DE LOUPPY 

53. Item, pour famblable par le dit compte que le dit 
gouverneur aflermoit avoir envoiez à maiÛre Gontier de 
Baigneux. à qui ilz avoient elle donnez, du quel don ne du 
paiement que le dit gouverneur en tilt il n'apparoit point ; pour 
ce 200 flor. ' 

Reddit per compotos fuos ut fuperius. 

54. Item, pour famblable de Barthélémy Tornier, député en 
la jugerie de Vienne & de la terre de la Tcur pour faire la 
defpenfe du dit gouverneur 0^ des gens de fa compaignie à 
Lyon, ou le dit gouverneur demoura par le confeil des barons 
du Dalphiné en armes, pour efchever l'efcandre qui povoit 
venir pour la difcencion qui eftoit entre le peuple & le clergié 
de la dié^e ville - 218 tlor. 9 gros. 3 

55. Et pour famblable defpenfe faicle par lui à une autre 
fois en la dicte ville, pour traictier avec meflire Guy de Badefol 4 
qu'il fe dcpartilt, 161 flor. 5 gros & demi, & en n autres 
parties 200 florins ; & pour defpens par lui fais en alant, 
demeurant & retournant vers Bellaiz & vers Vienne, où il fu 
à certain nombre de gens d'armes, 80 flor. ; pour tout . . . 
660 flor. 6 gros. 

56. Item, pour deniers que ledit gouverneur manda par les 
lettres à etlre baillez à Jehan Somericourt , clerc du dit 
gouverneur, par Francoys Chaify, receveur du dit fubllde en 
la jugerie de Brianconnois , pour ce 500 florins bon pois, 
valent 520 flor. 5 



1. l'clit vidcrc llucras fuas vcl IranscripUim, diccndo quod ad iflam 
uimmam non tcnctur. & ideo mandabiuir ut iupra. Lune j-f''' novcmbris 
iiyf) magillcr Cjonlcrius cpifcopus (^cnnmancniis, prcfcns in camcra 
computorum , conlcrfus fuit rcccpilTc diclam fummam de _'oo llor. 
in cleduelionem 500 llor. (ibi dalorum per dnum Dalpbinum, caulîs 
in littera contenlis & quod adhuc iibi debebatur reliduum. (*v: quod liltere 
dieli doni remanlerunt in diclo Dalphinatu vS: ibi dimiffe fuerunt per 
alterurn clericorum fuorum qui decellit. 

2. <^ctte dissension (cf. no 1 2(^) proi'cnait sans dniilc Je la non 
exécution des convenus entte le chapitre ci le consulat de Lyon, dont 
M. P. Ai.i.i'T a résumé les pièces originales {Lca Routiers au XlV siècle, 
les Tard-Venus et la bataille de Brignais . i 8^0. P- i 5 =;-7o). 

3. Corrigilur in debitis fub anno i ^dn. 

4. .S'a;?.'; doute par erreur (ou par contraction ) pour Seguin de Ikidcjol 
(voir plus loin, ;/o 79). 

5. Parum reddit de 2 i flor. 8 g. parvis in debitis. 



GOUVERNEUR DU DAUPHIXÉ 1$ 

57. Item, pour famblable de Jehan du Pont, receveur dudit 
fubfide en Graifivodan, par les mains de Jehan Somericourt, 
clerc du dit gouverneur, pour la defpenfe d'icellui gouverneur 
faite en alant plufieurs fois en Avignon & ailleurs, a traiClier les 
confédérations & aliences lors faites entre le Pape & le Roy, les 
comtes de Savoye & de Valentinoys & le fenechal de Provence 
d'une part, & les compaignes Anglefches qui lors eftoient fur 
le pais d'autre, & pour l'impetracion de plufieurs hurles pour 
ce empêtrées, les florins de bon pois ramenez à florin de non 
pois, 303 florins i gros demi petis ; et pour les labours, paines 
et defpens fouflienuz par le dit gouverneur en la pourfuite des 
chofes deffus diclies par mandement du Roy, i,ooo florins; 
& pour famblable, pour les defpens du dit gouverneur par lui 
fais en alant vers Valence et l'Eftelle à deux fois, pour certain 
defcort lors meu pardevant monfeigneur d'Anjou entre les fires 
de Vinay et de Anjo, & pour autres defpens de lui & de 
plufieurs confeillers du Dalphin que il mena avec lui en une 
vifitacion faite fur les termes et fins du Dalphiné & de la conté 
de Savoye, où il vaqua du ij" jour d'aouft 1366 jufques au 21® 
jour d'icellui mois inclus, c'ell affavoir pour les voyages de 
l'Eftelle 132 florins =; gros i quart et pour la vifitacion des dictes 

limitacions 118 florins 7 gros et demi ; pour tout 

1554 flor. I gros 3 quars petis. ' 

58. De Philippe Gillier, treforier du Dalphiné, pour deniers 
receuz de lui par le dit fire de Louppi, pour yceulx bailler à 
Symonnet Coppe - pour faire change en Avignon & envoyer les 
deniers à monfeigneur le Dalphin, c'eft affavoir : le 11"= jour de 
janvier, iioo florins bon pois; le 2Ç jour du dit mois, 300 
florins bon pois; & le 11= jour de février enfuivant, 400 florins 
petis ; pour tout 1858 flor. 4 gros petis. 



1 . Corrigitur in debitis. 

2. Simonnet Coppe (Cope, Copi. Coponis, Coppi), ^nonnayer de Romans, 
figure aux parlements généraux tenus dans cette ville les ^ mai 1 568 et 

niai 1370; cette même année, il obtint par voie d'enchère la tnaitrise 
de l'atelier, qui lui fut confirmée, le i 2 juil., par Gontier de Baigneux et 
Bernard de l'Aire, lieutenants du dauphin (Morin, Numism. féod., p. 145; 
GiRAUD, Essai, 2' p., t. I, p. 368-q),- on le retrouve aux parlements de 
1374 ei 1377 à Valence, de 1384 à Romans et de 1386 à Valence 
(GiRAUD, o/>. cit., t. II, p. 358-60). 




l6 COMPTE DE rL\OUL DE LOUPPY 

59, De Adam Chanteprime, treforier du dit Dalphiné, pour 
les defpens du dit gouverneur, du dit treforier , de meflire 
Regnaut Ra3-mon , de meffire Amé de la Mote & autres 
confeillers du Dalphiné, fais à Valence l'an 1366, le 7' jour 
d'avril 15 flor. petis. 

Summa ab alla 5807 flor. i gros 3 quars. 

Summa recepte hujus computi totalis 

14)95^ floi"' ponderis Dalphinatus. 



E S P E N S E et mifes faictes par le temps 
deffus dit : 

Et premièrement pour les voyages & che- 
vauchées faiz par le dit gouverneur pour les 
caufes deffus dicles, les defpens fais pour caufe de ce paiez 
des deniers ci devant rendus en recepte ; defquels defpens 
les parties & les journées font efcriptes en un papier par 
les gens dïcellui gouverneur qui les ont fais , le dit papier 
rendu à court en la réception & audicion de ce compte, & aufli 
les caufes & matières defdiz voyages en un autre papier par 
devers le dit gouverneur. C'eft affavoir : 

61. Pour les defpens du dit gouverneur, en fa compaignie 
le fire de Conflans fon nepveu, maiftre Nicole de Tours fur 
Marne' & les autres gens de fon hoflel,au nombre de 29 chevaux, 
fais es mois de février & de mars 1361, pour aler en Avignon 
du commandement à lui fait de bouche par le Roy Charles 
noftre feigneur, adonc duc de Normandie c^ dalphin de Vienne, 
pour certaines befongnes cogcntes & fecrettes qui par le dit 
feigneur, au partir de lui de Paris pour venir ou Dalphiné pour 
le gouvernement du pais d'icellui au quel il avoit lors de 
nouvel efté ordenné lui avoient elté cnchargées c^ enjointes, 
au dit lieu d'Avignon par devers le faint Père & autres touchant 
ycellui feigneur & fon dit pais du Dalphiné ; & depuis le dit 
commandement de bouche fait au dit gouverneur les diéles 



I. Nicolas de Tours-siir-Maruc, chevalier , conseiller du dauphin, 
louchait 200 flor. par an (««> 03); il était président du conseil delphinal 
en 13O2 (FiLOT, Invciit.-som,, //, 6» ), 



GOUVERNEUR DU DAUPHINÉ I7 

befongnes à lui mandées par le dit feigneur & par fes lettres 
clofes efcriptes de fa main faire & acomplir par la manière que 
enchargées le lui avoit. Pour lequel voyage faire ycellui 
gouverneur parti de Romans ou Dalphiné le mercredi à matin, 
23® .jour de février 1361, & en alant au dit lieu d'Avignon, 
fejournant & befongnant là pour ce qui commis lui eftoit, 
comme en retournant ou dit Dalphiné , le dit gouverneur 
vaqua & demoura jufques au mardi 8* jour de mars enfuivant, 
que fon retour fu à Romans , par 14 jours compris en ce 
tem.ps, premier & derrenier comptez, fi comme il appert par 
les parties des defpens pour ce fais, efcriptes en un papier par 
la main des gens du dit gouverneur qui les diz defpens 
faisoient, rendu à court comme dit eft deffus, montent les 
diéles parties 291 florins de bon pois, qui valent 303 florins 
I gros & demi dalphinalz, dont font à rabatre les gaiges du dit 
gouverneur par les 14 jour deffus diz, 115 florins ; pour 

le demourant 188 florins i gros & demi dalphinal. ' 

62. Pour autres defpens fais par le dit gouverneur, au quel, 
lui eftant en Avignon ou voyage devant efcript, furent apportées 
nouvelles que les ennemis gens de compaigne eftoient venuz & 
arrivez ou pais de Lyonnois & avoient pris les fortereffes de 
Brignay & de Rive de Gier, & que ilz fe efforcoient de paffer la 
rivière de Rofne pour paffer ou Dalphiné ; pour occafion 
defquelles nouvelles convint le dit gouverneur plus foy hafter 
de faire en Avignon ce qui commis lui eftoit, pour foy retraire 
ou dit Dalphiné. Lequel ilec retourné, fift affambler tout le 
confeil de monfeigneur le Dalphin, pour avoir avis de obviera 
l'entreprife defdictes gens de compaigne , à ce qu'ilz ne 
peuffent entrer ou dit pais ; par la délibération duquel confeil 
fu lors ordonné faire un mandement de gens d'armes & de pié 
à Vienne au mardi 22° jour de mars; pour aler au quel 
mandement ycellui gouverneur fe parti de Romans, le 18* jour 
du dit mois l'an 1361, au nombre de 40 chevaux de fon hoflel, 
& pendant & durant le temps de ce veage vindrent au dit 



I . Loquatur quia fine mandato & debent fibi deduci vadia fua, que 
funt de 8 flor. 2 g. cum 1/2 & i o^ parte unius groffi par diem, ad 
eftimationem de 3000 flor. per annum, valent per diftos 14 dies i i 5 flor. 
dalphinales 8 den., de vinginti den. pro groffo. 

2 



l8 COMPTE DE RAOUL DE LOUPPY 

mandement plufieurs chevaliers & efcuiers , en fejournantfur 
le chemin en les attendant un jour en un lieu & autre en autres, 
& auffi mefTire Jaques de Bourbon, conte de la Marche i, 
& plufieurs chevaliers du Roy vindrent par devers le dit 
gouverneur, pour parlementer & traiélier avec lui & avec les 
bannerés & hauls hommes du pais, affin de ordonner envoyer 
certain nombre de genz d'armes au fiège devant Brignay ; & 
par certaines intervalles du dit temps fu le dit mandement par 
le grant confeil de mon dit feigneur le Dalphin une heure 
cafiez félon ce qu'il fembloit bon , & autrefoiz remis fus & 
renouvelle félon ce que befoing croiffoit ou appetiffoit, & le dit 
renouvellement fait pour occafion de la defconfiture qui fu 
devant Brignay durant ce temps -, laquelle fu moult doubtable & 
efpouvantable au pais du Dalphiné, & pour ce les gens d'icellui 
mis en grant effroy, par quoy chacun trajoit à venir vers le dit 
gouverneur, pour touf jours avifer à la garde & feurté du dit 
pais. Le quel, par bonne ordenance & par plufieurs remèdes 
qui en ce furent mis, fu tellement gardé & obvié à l'entreprife 
des dites gens de compaigne parle dit gouverneur, comme pour 
caufe du dit mandement & des pors & paffages du Rofne & des 
autres rivières, qui très bien & fongneufement furent vifitez & 
gardez durant ce temps, que aucun inconvénient ne domage 
n'en avint ou dit pais : fi comme de toutes ces chofes & de 
plufieurs autres defpendant de ce elt fait plus à plain mencion 
ou papier du dit gouverneur, ou quel font efcrips & fpecifiez 
tous les veages & chevauchées par lui fais durant le temps qu'il 
a eu le gouvernement du pais du dit Dalphiné, les caufes & les 
matières pour quoy, les circonftances&deppendences d'icelles, 
du quel papier il apperra fe meltier eft. Et pour le quel voyage 
t'>< ce qui en depent ainfi faire & affouvir jufques à bonne 
conclufion tSc mectrc tout le fait dcffus dit à feurté, icellui 
gouverneur vaqua dès le jour deffus dit qu'il parti de Romans 



1 . Jacques I de Bourbon, comte de la Marche cl de Po;7////c?/ (Ansklavk, 
Mais, de France, /. /, f. ji8-o; Art de vcrif. les dates, t. X. f. j^ô-jJ. 

2. La halaille de lirianais, où périrent le comte de La Marche, son 
fils aine Pierre cl Louis comte de Forez, se donna le (> avril i ?6j 

(A. F^fiiRicAUD], Notes et docum. pour Thist. de Lyon, />. 0-/0; Allut, 
op. cit., p. l8<j-2'J0). 



GOUVERNEUR DU DAUPHINE I9 

pour ycellui faire jufques au 24= jour d'avril enfuivant, ou quel 
temps font 37 jours, le derrenier non compté, fi comme il peu 
apparoir par les parties & journées des defpens pour ce fais 
efcrips ou papier de fes gens qui yceulx defpens faifoient rendu 

à court ; monte pour tout 631 flor. & demi. ^ 

63. Pour autres defpens fais par le dit gouverneur es mois 
d'avril & de may l'an 1362, pour caufe de ce que lors vint à sa 
cognoiffance que le conte de Savoye venoit en pèlerinage à 
Saint Anthoine de Viennois -, le quel n'avoit onques efté ou dit 
pais, mais que en temps de guerre, fi ot ycellui gouverneur 
avis & deliberacion par les gens du grant confeil monfeigneur 
le Dalphin, que il yroit au devant de lui pour le honorer & le 
héberger en un des chafteaux du dit feigneur pour caufe des 
gens de compaigne qui eftoient à Brignay, en Piémont & en 
Provence en plufieurs lieux & mefmement pour parler à lui, 
avoir fon confeil, & faire avec lui alliences fur le fait de la garde 
& deffenfe du dit (pais) du Dalphiné qui eftoit en très grant 
doubte. Et pour aler au devant du dit conte, pour les dictes 
caufes, fe parti le dit gouverneur de Romans le venredi 2çf jour 
d'avril 1362 après difner, en fa compaignie meiïire Oddebert 
feigneur de Chaftelneuf 5, meiïire Aymart fon fils, mefiire 
Amblart de Belmon 4, mefiire Didier de Chaffenage 5, Vv-..:>i>».^-'^ur 



1 . Nichil pro omnibus iftis militibus & fcutiferis, quia vadia eorum 
capiuntur per computum Philippi Gilerii, thefaurarii dalphinalis de ifto 
tcmpore. 

2. Les historiens de l'ordre des Antonins (Aymar Falcoz et l'abbé Dassy) 
n'ont pas connu ce pèlerinage d'Amédée VI à St-Antoine ; cf. Allut, op. 
cit., p. 112-j. 

3. Odobert, fils d'Aynard III, seigneur de Châteaiineuf de l'Albenc, se 
trouva aux batailles de Varey en 1^26 et de Crécy en 1 746 ; il avait 
épousé Béatrix, fille de Jean de Saint-Quentin et de Catherine de la 
Chambre, dont il eut Aymar. 

4. Amblard, seigneur de Beaumont, l'ancien protonotaire du dauphin 
Humbert II (Brisard, Hist. généal. de la mais, de Beaumont, /77Q, t. I, 
p. , et t. II, p. 2j'/-jo[; Rochas, Biog. du Dauph., t. I, p. 05-6), 
présida le conseil delphinal en 13S2 et 1 3S4. Les Comptes de la ville de 
Romans pour lysj-èg renferment à son sujet la mention suiv. (f° iij): 
Item, dom° Amblardo de Bcllo Monte, die xxv» marcii LXJ" ( i yèi ), pro 
confilio per eum dato ville, per mandatum cum quielancia redditum, 
X flor. in auro. 

5. Didier, co-seigneiir de Sassenage, puis seigneur de Montrigaud 
(Chorier, Hist. généal. de la mais, de Sassenage, i6y2, p. 34-5), fut 



20 COMPTE DE R.\OUL DE LOUPPY 

de Maulbec ', meffire Guy Coupier, meffire Jaques Artaut = & 
plufieurs autres, touz faifans le nombre de 60 chevaux. Et vint 
ce jour au foir à Montrigaut, où il trouva ycellui conte & en fa 
compaignie l'evefque de Valence 5, lefquels, pour les caufes 
deffus exprimées par le confeil du Dalphiné & des nobles qui 
en fa compaignie eftoient, il pria de difner avec lui au jour 
enfuivant ou nom de mons. le Dalphin ; lefquelz conte & 
evefque le lui octroièrent & fu fait le dit difner, fi comme de ces 
chofes eft plus à plain fait mencion ou papier du dit 
gouverneur. Pour lefquelles ainfi faire il vaqua, alant, 
demourant & retournant par 3 jours feniffans le dimanche 
premier jour de may 1362 enfuivant, fi comme il appert par les 
parties des defpens pour ce fais efcrips pardevers les gens, ou 
papier dont autrefoiz eft: ci deffus faite mencion rendu à court, 
montent les dictes parties des defpens pour ce 108 ilor. & 
demi de petit pois, dont il chet pour fes gaiges ordinaires par 
les 3 jours deffus diz 24 flor. 9 gros, i tiers, demeure . . • 

83 flor. 8 gros 2 tiers. 4 

64. Pour autres defpens fais par le dit gouverneur, ou dit 
mois de may, tantoft après le veage précèdent, fait pour 
occafion de ce que au départir que le dit conte de Savoye tift de 



en I j6i lieutenant du gouverneur Guillaume de Vcrgy, comme le prouve 
/'Inventaire des arch. cotnmun. de Romans en iy<j2, n" VJ^^j : hem, 
quedam liclera auclentica, fubfcripta per Humbertum Pilati, emanata a 
dom" Diidcrio de Cafanatico, locumtenentc dom' pro tune gubcrnatoris 
Dalphinatus, fub anno Domini M"CCC"LX & die xvij marcii, & continct 
certam poteftatem conccffam certis incolis de Romanis faciendi & Icvandi 
tallias pro fortifiicacione di6lc ville (/" 8j). Il fut encore du conseil de 
lieulenance générale créé far Raoul de Loufpy, le ig août [ yôo. L'ohit 
de sa 2"" femme, Marguerite de Chaste, a été inscrit dans le Nécrologe du 
prieure de Saint-Robert au 25 nov. (f. 5.4) et celui de son frère Jordan 
au r y fév. (p. 8). 

1. François était seigneur de Mauhec le 22 mars i jô y (Rivoire de i.a 
Bâtie, Armoriai de Dauphiné, pp. 8j^ ci lOS^ ). 

2. Jacques Artaul, chevalier, fut chargé par le gouverneur de vérifier 
l'exécution des préparatifs pour la réception de l'empereur (Jharles JV ; 
il écrivit pour ce fait, de la Buissièrc le i o mai i 3 6 5 , à Henri de Mailles, 
châtelain d' A llcuard (^\ys\.irc d. Trois Doms, p. OS 3). 

3. Louis de Villars : cf. Mystère d. Trois Doms, p. 71O1 »• '1 t'/ 
plus loin, 71^» Bo et 112. 

4. Dcducantur ut fupra pro vadiis fuis _'4 lier. 9 g. i tert., quia 
infra Dalphinalum deducunlur ut fupra. 



GOUVERNEUR DU DAUPHINE 21 

Saint Eftienne ou Dalphiné, ou le difner deffus dit avoit elle fait 
& que il y ot parlé des chofes deffus di(5les & de certaines autres 
qui eftoient à faire & dont contens eftoient entre les deux paiz 
du Dalphiné & de Savoye, & mefmement du fait des diètes 
compaignes qui encore eftoient es lieux des diz lieux voifms & 
prochains d'iceulx pais, pour raifon des quelles chofes & du 
parler fait entre eulx, pour ce fu pris une journée à Saint Geneis 
en Savoye au 13^ jour du dit mois de may, aux quelz lieux & 
jours le dit gouverneur & tout le confeil de mondit feigneur le 
Dalphin, & le dit conte de Savoye & fon confeil dévoient eftre 
& furent pour avifer & regarder sur les dictes chofes & y 
pourveoir, pour laquelle caufe, pour aler à la diéle journée 
ycellui gouverneur fe parti de Romans le 10* jour du dit mois 
de may après difner, en fa compaignie mefTire Oddebert de 
Chaftel Neuf, meffire Aymart fon fils, meffire Amblart de 
Belmont, meffire Didier de Chaflenage, meffire Guy Couper, 
meffire Jaques Arthaut, meffin^e Humbert Pilart ', Jehan 
Mathieu, Jehan du Sauge -, auditeurs des comptes du Dalphiné, 
touz au nombre de chevaux ; à laquelle journée furent faicles 
certaines aliances pour obvier & refifter à l'entreprife des dictes 
compaignes, & ce fait & parlé entre eulx des chofes dont 
eulx avoient à faire enfamble touchant les pais deffufù' 
dit gouverneur print congié du dit conte pour aler en l'ifte de 
Cremeu, pour pourveoir à certaines roberies & pilleries qui 
avoient efté faiétes en la marche d'ilec, lefquelles eftoient 
recetées en une maifon fort qui eftoit du Camus de Chenay, 
appellée Aute Pierre, & pour punir les malfaiéteurs ; au quel 
lieu pour la diète caufe il mena en fa compaignie meffire 



1. Humbert Pilât (cff. Répert., c. 1842; Invent. d. arch. d. Dauphins 
en 1346, f. 366a) devint prévôt de St-André en 1363 et mourut le 
I 2 janv. 1373. Deux articles des Comptes cités de Romans se rapportent 
à lui : Item, dom" Humberto Pilati, notario dalphinali, pro labore 
& groffa inftrumenti pronunciationis fafte per dom. locumtenentem 
Dalphinatus fuper facto ville & ecclefie Beati Bernardi per cedulam datam 
xvja aprilis LIX°, iij flor. in auro (f'^xxxix); item, dom° Humberto 
Pilati, pro portulis & labore cujusdam comiffionis libi date a dominis 
ville pro videndo computum taille expenfarum murorum ville, x flor. auri 
(7"o xlij v° ). 

2. Plus loin Sause (no8i) et Sauze ()î° 123); cf. Invent. -somm., 
//, 8ia, loob. 



22 COMPTE DE RAOUL DE LOUPPY 

Hugues de Genève & fon fils ', & trois chevaliers & plufieurs 
efcuiers de leur route à armes, qui à la journée deffus di6le 
eftoient feurvenuz, meffire Didier de Chaffenage, meffire 
Guy Couper & meffire Jaques Artaut & touz les autres le 
départirent de fa diète compaignie, & tant pour la difte journée 
tenir comme pour la dicte fort maifon fubjuguer & prendre, & 
qui de fait par force fu prife en ce veage, comme depuis venir 
vers Vienne vifiter & fortifier la garde des pors & paffages du 
Rofne 2, pour caufe des compaignes qui eftoient efforcées à 
Brignay, fi comme de toutes ces chofes eft plus à plain fait 
efclairciffement par le papier du dit gouverneur, ycellui vaqua, 
alant, demourant & retournant par dix jours feniffans le 
19*^ jour du dit moys de may 1362, que fon retour fu ou 
Dalphiné, fi comme il appert par les parties des defpens pour 
ce fais efcriptes ou papier de fes diôles gens , lefquelles 
montent pour tout 205 flor. petit pois, dont le dit gouverneur 
ne doit avoir defpens poar lui & les gens de fon hoftel que 
pour 2 jours qui valent 36 flor. : demeure 170 florins ; fur quoy 
font à rabatre 8 jours de fes gaiges, qui valent 65 flor. 8 gros, 

demeure 103 flor. 4 gros. 3 

65, Pour autres defpens fais par le dit gouverneur, ou moys 
de juing enfuivant, pour raifon de ce que à la journée dont en 
la partie précèdent eft faiéte mencion, ne pot eftre le traiétié 
qui fe devoit faire entre le dit conte de Savoye & le dit 
gouverneur pour le contens qui eftoit entre les deux jDais eftre 
parfait ne les chofes parlées pour la dicte caufe eftre affouvies, 
pour ce que la dicte journée eftoit trop loing du pais du dit 
conte & que lors il ne povoit tant arrcfter, pour la quelle caufe 



1. Hic vues, '}'' Jils d'Amcdée II, comte de Genève, devint seigneur 
d'Ant/ion par son mariage avec Isabelle, dame de ce lien (1323); ils 
accompagnèrent le dauphin îlumhert II à la croisade de / 7^9-7. Hugues 
de Genève fut lieutenant du gouverneur Guillaume de Vergy, dont son 
fils Aymon avait épousé la fille Jeanne, et figure nommément en cette 
qualité les 31 cet. 1358 e/ 26 juil. 1359 dans les Comptes cit. de 
Romans {/^^ 23 v° et 14; cf. 1 o xi", i 4 ti", 231;", 24, 30 7^°, ?/, v", 33); 
■il 77iourut le 20 nov. 1365. Cff. Valbonnais, Mist. de Dauph., /. //, 
pp. 379-80, 580-1; Anselme, Mais, de France, t. II, p. 160-1; 
Chevalier, Coll. de cart. Dauph., t. VII, p. 99-100. 

2. Voir le doc. i.vin de la Coll. de cart. Dauph. cit., p. j6o-i. 

3. Sciatur numerus cquorum hofpicii diéli f,aibernatoris vcrdeducantur 
vadia cjus. 



GOUVERNEUR DU DAUPHINE 2^ 

à fa prière & requefte fu prife une autre journée fur marche 
entre Grenoble & Chambrieu, au jeudi 31 jour de juing. Et 
pour ce envoya devant à la di6le journée ledit gouverneur pour 
fentir des chofes pour lefquelles elle fe devoit tenir meffire 
Amblart de Belmont & meflire Hubert Pilât, & le 2cf jour 
dudit mois fe parti le gouverneur pour aler à ycelle audit lieu 
de Chambrieu, & à laquelle fu parlé & trai6tié des chofes plus 
à plain exprimées & efclarcies en la partie subfequant : en la 
vaquacion duquel voyage ycellui gouverneur vaqua par trois 
jours feniffant le i" jour de juillet inclus, fi comme il appert par 
les parties efcriptes ou papier des gens dudit gouverneur qui 
les defpens faifoient , montent pour tout 58 tlor. 8 gros de 
petit pois, dont font à rabatre fes gaiges qui montent 24 flor. 

7 gros & demi, demeure 34 flor. demi gros. ' 

66. Pour autres defpens fais par ledit gouverneur ou mois 
d'aouft 1362 enfuivant, pour ce que à la journée dont mencion 
eft faiéte en la partie précèdent, en parlant des chofes fur icelle 
contenues fu traiétié à un appelle Pierre de Pont Jault 2, que le 
chaftel & terre de Lers fuft & demouraft à mons. le Dalphin, 
lequel traiétié fu occupé par ce que il fu lors trouvé que le 
prince d'Orenges 3 avoit affegé le dit chaftel fans caufe ne droit 
aucun que il y euft, mais pour le acquérir à foy induement, 
& pour ce ledit gouverneur voulant à ce pourveoir pour 
la confervation du droit de mondit feigneur le Dalphin, 
fift mandement en Viennois & baronnies d'Ebrunoiz & de 
Brianconnoiz gens d'armes, pour avec lui aler de fait devant 
le dit chaftel ; & pour ce que audit mandement faifant, vint à 
fa cognoiffance que la court de Romme eftoit contraire à fon 
propos & à ce que il contendoit, il ot deliberacion par confeil 
que il convenoit que pour ce il fe trafift en Avignon, pour 
parler & traiclier avec le Pape & les cardinaulx, & eulx 



1. Loquatur, quia iftu(d) viagium non eft In papiru ; infra Dalphinatum 
ut fupra. — Tranfeunt tiic, quia afferuit quod fecit diclum viagium & 
quod expendidit tantum extra Dalptiinatum. 

2. Nommé c^ierre de Piiihaut dans un mandement de Charles V {voir 
plus haut, p. 5, n. /). 

3. Raymond V de Baux avait succédé comme prince d'Orange à son 
père Raymond IV en 1340 (BarthéleiMy, Invent, cité de Baux, p. 587). 



24 COMPTE DE RAOUL DE LOUPPY 

monftrer & mouvoir par plufieurs raifons à ce que ilz ne 
feuffent contraires à fon fait. Et pour ce, tant pour aler à Lers 
pour lever ledit fiege qui devant eftoit, comme pour aler audit 
lieu d'Avignon pour la di61:e caufe, fe parti ledit gouverneur 
de Romans le mercredi 3® jour dudit mois d'aoufl, à tout grant 
quantité de gens d'armes du pais du Dalphiné, & eftoient en 
fa compaignie & de fon hoftel meffire Jehan de Conflans fon 
nepveu, meffire Guy Couper, meffire Jaques Artaut, meffire 
Jehan de Donnent, Renier Coppe, maiftre des monnoies dudit 
Dalphiné, qui en l'abfence du treforier failbit les paiemens des 
gens d'armes, touz lefquelz faifoient le nombre de 42 chevaux 
aux defpens d'icelli gouverneur, fans ceulx qui eftoient à 
gaiges. Et pendant le temps compris en ce veagc convint ledit 
gouverneur foy traire en Avignon, comme dit eft, pour la caufe 
deflus dite, auquel Heu il ala & ne mena en fa compaignie que 
7 chevaulx tant feulement, & les chevaliers & efcuiers dont il 
fe povoit mieulx aidier fur ce fait, & le demourant de fes gens 
& chevaux il laiffa à Pierrelate, pour certaines caufes efclarcics 
en fon papier. Et pendant ledit veage d'Avignon faifant, vint à 
fa cognoiffance que ledit prince d'Orenges, Dertran & Guiot 
des Daux ' avoient traiétié avec les compaignes & en avoient 
fait paffer jufques au nombre de 800 glaives ; & pour ce convint 
que il laiffaft le traiélié qu'il faifoit audit lieu d'Avignon au 
cardinal de Peregort ^, pour le fait pour lequel le prince 
d'Orenges eftoit devant ledit chaftel, & qu'il fe retraifift vers 
fes gens pour renforcier fon mandement pour traiftier avec 
ledit prince à ce qu'il levaft ledit fiege, pour lequel fait furent 
prifes & tenues plufieurs journées en traiétant, qui pour ce 
n'eurent aucun effet & depuis ledit traiétié remis fus par deux 
chevaliers, que ledit prince envoya pardevers ledit gouverneur, 
par lequel traidié, le 25^ jour dudit moys d'aouft, fu ycellui 
prince à accort avec ledit gouverneur, & ledit fiège levé, eulx 
dculx prefens ; & oudit chaftel laiffa ycellui gouverneur partie 



1. Fils de Raymond IV et frères de Raymond Y de Baux. 

2. Elie Talleyrand de Pàri<rord, évéque d'Albano (Rcpert. c. 2 146 et 
suppL). Les chartreux célébraient dan-i le mois de jamrier le tricenarium 
dom' Talayrandi cardinalis PcU-agoriccnfis (Nccrolog. ord. Carlulicn. 

VIS.), 



GOUVERNEUR DU DAUPHINE 25 

de fes gens, & le demourant il fift départir d'avec lui & caffer. 
Et fe fait, prift & emmena avec lui meffire Didier de Chaffenage 
& meffire Regnault Falavel a 8 chevaux fans gaiges, parmi les 
deffraiant de leurs defpens a une journée par lui autrefoiz 
entreprife entre Montbrun & Reglannes, marche des deux 
pais du Dalphiné & de Provence, fur le fait du traiétié pieca 
entrepris pour mondit feigneur le Dalphin contre le fenechal 
de Provence, lequel trai6lié eftoit feellé des feaulx de feu meffire 
Guillaume de Vergy, jadiz gouverneur dudit Dalphiné & dudit 
fenechal ; & pour ce que par le confeil de mondit feigneur le 
Dalphin fu trouvé que bon eftoit & proffitable de procéder 
avant audit traidié, pour ycellui parfaire, ledit gouverneur 
y entendi & procéda tellement que ledit traidié fu corrigié 
& amendé fur certains poins, & la copie envoyée à mondit 
feigneur, qui depuis efcript & manda audit gouverneur ycellui 
traiélié eftre parfait & conclut en le ratiffiant, fi comme toutes 
les chofes deffus efcriptes pour lefquelles ce veage a eflé fait, & 
ce qui en defpent, & mefmement par vertu de plufieurs leftres 
clofes & ouvertes envoyées par ledit feigneur audit gouverneur, 
tant fur ledit fait de Lers comme autrement, rendu à court fur 
ce compte font plus à plain contenues & exprimées en fon papier, 
& comme des defpens pour ce fais il peut apparoir par les 
parties efcriptes ou papier de fes di6les gens, & ou quel veage 
il vaqua depuis ledit 3^ jour d'aouft 1362 jufques au derrenier 
jour d'icellui mois que fon retour fu ou Dalphinié, par 28 jours 
m.ontent lefdiz defpens pour tout 887 florins 2 gros 3 quars 
& demi petis, dont il chet pour les gaiges ordinaires dudit 
gouverneur par 28 jours au pris deffus dit 230 florins 10 gros, 
pour le demourant ci . . 656 flor. 4 gros 3 quars & demi. 
67. Pour autres defpens fais par ledit gouverneur, ou mois 
d'octobre l'an 1362, auquel lettres avoient efté apportées par 
le feigneur de Vinay ^ de par mons. le Dalphin contenant 
créance, qui telle eftoit commant ledit feigneur mandoit audit 
gouverneur qu'il alafl audevant du roy Jehan fon père ou pais 



I . Aynard de la Tour succéda comme sire de Vinay à son père Hugues 
en i-^-^^ et mourut en i-^^i (Tableaux généal. de la mais, de la Tour- 
du-Pin, 1870, tabl. 11). 



20 COMPTE DE RAOUL DE LOUPPY 

de Lionnois, bien acompaignez & grandement de prelas & 
bannerés, li comme par les dicles lectres de créance & 
inftrument publique des commandemens à lui fur ce fais par 
ledit fire de Vinay. Pour la quelle caufe ycellui gouverneur 
parti de Romans le venredi 21^ jour dudit mois d'o(5lobre ; 
depuis lequel jour il demoura, tant en aâfendant le Roy qui 
pas 11 toft ne vint à Lyon, comme en demourant de fon 
commandement audit lieu pour parler à lui de plufieurs 
chofes, en fa compaignie le fire de Vinay, un autre chevalier 
avec lui, meffire Guy Couper & les gens de fon hoftel, & 
plufieurs autres qui pendant le temps de fa demeure furvindrent 
en fa dicte compaignie, jufques au 5*^ jour de novembre 
enfuivant, que fon retour fu ou dit Dalphiné, par 14 jours: fi 
comme toutes ces chofes font contenues ou papier dudit 
gouverneur & par les parties des defpens pour ce fais efcriptes 
ou papier de fes dictes gens, montent pour tout ce temps qu'il 
fu, partie d'icellui au nombre de 39 chevaux & autre partie à 
50 & à 55, 248 florins et 3 gros de petit pois, dont les dix jours 
il ne doit avoir nuls defpens, car il fu ou Dalphiné. C'eft 
affavoir pour lui & les gens de fon hoftel qui font 20 chevaux ; 
& pour les quatre jours que il demoura à Lyon, montent les 
quatre jours pour lui & les 39 chevaux deffufdiz iio florins 
II grospetiz, dont font à rabatre les gaiges du dit gouverneur 
qui montent 34 florins 8 gros, refte ci 102 florins 8 gros, & pour 
la defpense de 19 perfonnes & 19 chevaux par dix jours ou 
Dalpniné 51 florins 4 gros; pour tout ceft voyage 1 54 flor. petis. 
68. Pour autres defpens fais par le dit gouverneur ou mois 
de décembre 1362, pour aler à Villeneuve lez Avignon, du 
commandement du Roy noftre feigneur à lui fait de bouche à 
Lyon ou voyage précèdent ; ou quel le dit feigneur eftant 
au dit lieu, lui fu requis par le dit gouverneur qui lui plcull 
faire & pourveoir commant le chaftel & terre d'Annonay, qui 
eft fief monseigneur le Dalphin, lui fuft renduz, & plufieurs 
autres griefs à lui fais pour cause de ce & autrement reparez 
& mis à eftat deu, avec plufieurs autres chofes fecrettcs par lui 
efclarcies au Roy ; & en ce moment le conte de Genève ' requiil 



1 . AinédéeJlI, comte de 1^20 à 1 3 67 (Anseumi:, op. cit., t. II, p. i 61-2) 



GOUVERNEUR DU DAUPHINE 27 

au dit feigneur qui lui feift raifon de plufieurs chofes contenues 
en unes lettres feellées du leel d'icellui feigneur & mondit 
feigneur le Dalphin fon fils ; & fambl(able) lors meffire Hugues 
de Chalon ' pourfuivoit le Roy noftre dit feigneur, pour raifon 
de deux chafteaux qui font en la terre de Focigny, l'un appelle 
Chafteillon & l'autre Salenche, qui japieca furent baillez au 
conte de Savo3-e par certains efchanges : fur toutes lefquelles 
chofes &requeftes deffus dictes, ainfi oyes par le dit feigneur, 
fu par lui adonc commandé & baillé journée au dit gouverneur 
pour eftre au dit lieu de Villeneuve au jour de la Concepcion 
Noftre Dame après, afin que de tout ce que deffus eft dit fu 
parlé, & lui fu commandé qu'il venift tout advifez de refpondre 
fur tout & fouftenir ce qui necceffaire feroit pour le droit de 
mon dit feigneur le Dalphin. Pour aler à la quelle journée le dit 
gouverneur parti de Romans le premier jour du dit mois de 
décembre, en fa compaignie melïire Nicole de Tours fus Marne, 
meffire Guy Coper , meffire Jaques Artaut & les gens de 
l'oftel d'icellui gouverneur , tout faifant le nombre de 
31 chevaux ; & dès ce jour, tant en alant, demourant fur le 
chemin à Avignon & à la diète Villeneuve & befongnant par 
occalîon des chofes deffus dictes, comme en retournant vaqua 
& demoura jufques au jeudi 15^ jour du dit moys par quatorze 
jours & demi : û comme de toutes ces chofes eft fait plus à 
plain mencion en fon papier & comme il peut apparoir par les 
parties des defpens, pour ce fais efcrips ou papier de fes dictes 
gens ; montent les diz defpens 395 florins 9 gros & de bon pois, 
valent 412 florins 3 gros i quart petis, dont font à rabatre les 
gaiges ordinaires du dit gouverneur par quatorze jours & 
demi, valent 119 florins i quart de gros, demeure .... 

293 flor. 3 gros petis. 

69. Pour autres defpens fais par le dit gouverneur, ou 
moys de janvier 1362 enfuivant, pour aler en Avignon par 
mandement de mon dit feigneur le Dalphin en leètres clofes 
fîgnées de fa main, pour porter certain rolle à lui envoyé avec 
les fupplications que mon dit feigneur faifoit à noftre faint père 
le Pape pour la provifion & avancement de fes clers & officiers. 



I. Sire d'Arlay,fils de Jean de Châlons (Anselme, /. VIII, f. 421 -2). 



28 COMPTE DE RAOUL DE LOUPPY 

& auffî plufieurs autres lettres à noftre dit faint père & à 
plufieurs cardinaulx, touchans ce fait & plufieurs autres greffes 
befongnes à lui mandées & enchargées par mon dit feigneur 
faire & pourchacier au dit lieu d'Avignon. Et pour ce que fi 
toft le dit gouverneur ne povoit avoir expedicion du dit rolle 
ne des autres chofes, le convint laiffier au dit lieu d'Avignon 
maiftre Nicole de Tours fur Marne &maiftre Gontier de Baignols, 
en efperance de avoir & attendre lettres du Roy, qui la eftoit, 
fur certaine refponfe faicle par le Roy fur les chofes deffus 
diètes, & une commifTion fur certaine forme fur le débat qui 
eftoit entre le Roy & mon dit feigneur le Dalphin pour la terre 
de oultre le Rofne, du fait d'Annonay & de la rivière du Rofne 
devers l'Empire, pour ce que les commiffaires qui avoient efté 
donnez à l'autre veage pour ce fait ne povoient en ce vaquer. 
Ou quel veage faifant pour les di6tes caufes le dit gouverneur 
vaqua depuis le 8' jour du dit moys de janvier, que il parti de 
Romans pour ycellui faire, jufques au 17* jour d'icellui mois 
enfuivant que fon retour fu ou Dalphiné, par dix jours premier 
derrenier comptez, fi comme il peut apparoir par les parties 
des defpens pour ce fais efcrips ou papier des gens du dit 
gouverneur, montent pour tout 199 florins 8 gros de bon pois, 
valent 208 florins petis, dont font à rabatre fes gaiges ordinaires 
comme deffus, valent 82 flor. i gros, demeure i25flor. 11 gros. ^ 
70. Pour defpens fais par le dit gouverneur pour aler tenir 
une journée entreprife à Marain, le 15' jour de mars 1362, 
contre les gens de marquis de Saluce -, pour ilcc traièter & 
accorder de certain débat qui eftoit meu entre mondit feigneur 



1. Loquatur, quia non confiât per aliquas lifteras claufas nec apcrtas 
quod fuerit iibi mandatum quod adirct Avinionem in propria, ymo 
fufficiebat quod magiflcr Gontcrius de Balneolis, qui propter hoc habuit 
certum donum de 500 llor., prout cft fuperius in reccpta, facerct di6lum 
viagium & profequcrctur negocium, & ideo radiatur. L'article a été en 
effet cancellé. 

2. Frédéric II succéda co^nme marquis de Saluées à sou fére Thomas II, 
qui testa le 5 août 1357 (Mokiondus, Monum. Aquensia, 1700, /. //, 
c. 468-70), et fit lui-même son testament le 17 mai 1392 {id., ibid., 
c. 497-8, cf. -p. 23); il mourut vers 1304- Cjf. Vai.uonnais, /, 330; 
Anselme, //, 161:, et surtout la Cronaca di Saluzzo de Gioffredo dclla 
CiiiESA, publiée par M. Carlo Muletti, dans les Monum. hislur. paU'iae, 
Ï848, Script, t. III, c. 1000-33. 



GOUVERNEUR DU DAUPHINE 29 

le Dalphin & le dit marquis pour certaine caufe; pour laquelle 
& pour la necceffité des chofes qui en dependoient & defiroient 
eftre faiéles feurement le dit gouverneur mena en faxompaignie 
à la dicte journée meffire Hugues de Genève, meffire Charles 
de Poitiers ', le fîre de Vinay, le fire de Chaftelneuf, meffire 
Aymartde Chaftelneuf, meffire Artaut de Belfamblant -^ meffire 
Guy Coupy, meffire Humbert de Loraz, meffire Humbert Pilas, 
Jehan Mathu & plufieurs autres; pour toute laquelle journée 
montèrent les defpens pour ce fais, fi comme contenu eft es 
papiers d'icellui gouverneur & de fes dictes gens, 23 florins & 
demi, dont font à rabatre fes gaiges ordinaires qui font 8 florins 

2 gros & demi, demeure 15 flor. 3 gros & demi, 

71. Pour autres defpens fais par le dit gouverneur, ou mois 
de may l'an 1364, pour aler en Avignon par mandement & 
leétres clofes du Roy noftre feigneur & Dalphin de Vienne, 
pour porter à noftre faint père le Pape & à plufieurs cardinaulx 
de fa court plufieurs lettres à eulx adrecans , envoyées au dit 
gouverneur, & pour parler au dit faint Père & cardinaulx de 
plufieurs certaines & greffes befongnes fecrettes touchant 
le dit feigneur. Pour lequel veage faire icellui gouverneur fe 
parti de Romans le 11® jour du dit mois de may, en fa 
compaignie les gens de fon hoftel & maiftre Gontier de 
Baigneux , fecretaire du dit feigneur , touz au nombre de 
23 chevaux, & vaqua en ce tant alant, demeurant comme 
retournant jufques au 19^ jour du dit mois par neuf jours, 
premier & derrenier comptés : fi comme par les parties des 
defpens pour ce fais efcrips ou papier de fes gens peut 
apparoir, montent les diz defpens 154 florins i gros de bon 



1. Cf. Mystère des Trois Doms, p. 72g, n. 2. Le roi Charles V fit 
don à Paris, le 21 déc. 7364, de 1000 francs d'or à noftre amé & féal 
chevalier & chambellan Charles de Poitiers, prifonier de noz annemis, 
pour li aidier à paier fa raençon de fa diiSle prife (Mandem. de Charles V, 
p. 75, «o 153); il lui donne les mêmes titres en l'envoyant de Sentis, le 
2 5 oct. i^'j<^,à Louis de Maie, comte de Flandre {ibid. ,p.6iï,n°ii'j4^). 

2. Artaud, seigneur de Beausemblant {cf. Armor. de Dauph., p. 58^), 
était maître d'hôtel du duc d'Anjoic en 1367/8 (Compte, m° 124),- de 
concert avec deux conseillers de ce prince il délivra à Nîmes, le 
17 août ij68, un sauf-conduit à Franchequin Vent & 80 autres 
compaignons Jennovois (Génois), qui venaient de servir le duc en in 
guerre de Provence (Arch. de Tlsère, B. 3233). 



30 COMPTE DE RAOUL DE LOUPPY 

pois. Valent i6o florins ii gros petiz ; dont font a rabatre fes 
gaiges ordinaires, qui valent 73 florins 10 gros & demi, 

demeure 87 flor. demi gros. 

72. Pour autres defpens fais par le dit gouverneur pour aler 
du Dalphiné en France pardevers le Roy es mois d'aoult, 
feptembre & octobre 1364, & par vertu de fes lettres clofes à 
lui fur ce envoyées, données le 24* jour de juing précèdent, 
pour mener pardevers le dit feigneur fi comme mandé l'avoit 
Philippe Gillier , pour lors treforier du Dalphiné. Pour 
lequel veage faire il convint ycellui gouverneur la plus grant 
partie du chemin aler à armes, pour caufe des compaignes 
qui eftoient adonc en Bourgoigne. Et pour ce le lundi 
5^ jour du dit mois d'aouft, pour ce faire parti le dit 
gouverneur de Cremeu, en fa compaignie meffire Alegres 
de Boeinc, meffire Jaques Artaut, Henry des Blez, Guichart 
de Saint Germain, Perreneau de Felinges, le baftart de 
Margenfay, Miles de Près, Jehan de Saint Anthoine, Vivien 
de Roncourt , Robert de Souillers & plufieurs autres , au 
nombre de 42 chevaux; & le jeudi 8'' jour du dit mois, lui 
cftant fur le chemin, furvindrent fur lui à Saint Trivier en 
Breffe meffire Amenyon & Jehan de Pommiers frerès, qui 
avec le dit gouverneur difnerent & depuis pour plus grant 
feurté lui & fes gens conduirent au nombre de 30 lances 
jufques à Chalon. Lequel veage faifant & y vaquant, tant 
alant , demourant comme retournant, comme pour partie 
du temps de fa demeure aler en fa terre de Louppy & de 
Bourfaut, il demoura jufques à lundi 24= jour d'octobre 
enfuivant, que fon retour fu à Crcbeu ou Dalphiné : ou quel 
temps font 81 jours & demi, dont il chet 29 jours pour lefquels 
il ne prent nulz defpens fur le Roy, pour ce qu'il fut en fa 
terre de Louppy pour fes befongnes ; pour le demourant 52 jours 
& demi, fi comme il appert par les parties des defpens pour 
ce fais efcrips ou papier des gens du dit gouverneur, qui 
montent pour tout 1,092 florins & demi, à compter 5 frans 
pour 6 florins dalphinaulx valent 1,311 florins dalphinaulx, dont 
font à rabatre les gaiges ordinaires du dit gouverneur, qui 
valent 430 florins logros i quart dalphinal. Demeure 880 florins 
1 gros 3 quars d'un gros dalphinal, fur quoy font encore à 



GOUVERNEUR DU DAUPHINE 3I 

rabatre pour la caufe contenue en la marge 222 florins 10 gros 
3 quars. Demeure 657 flor. 3 gros petis. ^ 

73. Pour autres defpens fais par le dit gouverneur, au mois 
de novembre 1364 enfuivant, auquel le Roy noftre feigneur 
au prenre congé de lui au veage devant efcript commanda 
de bouche expreffement, que tantoft lui retourné au pais du 
Dalphiné, qu'il alaft tantoft en Avignon pour parler au Pape 
& à plufieurs autres de plufieurs chofes fecrettes à lui par 
le dit feigneur enchargées, & auffi de certains debas tou- 
chans les regales du royaume & un gros fait touchant le 
prieur d'Argentueil. Pour lequel veage faire j^cellui gouverneur 
parti de Romans le famedi 7^ jour du dit mois de novembre, 
en fa compaignie Jehan du Pont, adonc treforier du Dalphiné, 
& les gens de fon hoftel, touz au nombre de 26 chevaux ; & 
ou quel voyage il vaqua & demoura par 13 jours feniffant le 
19® jour du dit mois : fi comme il appert par les parties des 
defpens pour ce faiz efcriptes ou papier de fes gens, montent 
les diz defpens pour tout 204 florins 3 gros demi bon pois, 
valent 212 florins g gros 3 quars, dont il chet pour les gaiges 
ordinaires du dit gouverneur 106 florins 8 gros & demi, & 
pour les gaiges du dit Jehan du Pont qui font de 500 florins par 
an, qui valent par jour 28 s. 4 d. 3 pict. t., de 20 sols le florin, 
valent 18 florins 4 quins; fomme du déchet 126 florins 6 gros; 
demeure ci 86 flor. 3 gros 3 quars. 

74. Et pour defpens fais au dit lieu d'Avignon en ce veage 
par le dit Jehan du Pont & meffire Thierry de Louppy, 
chappellain du dit gouverneur -, lefquels il laiffa& fiit demourer 



1. En m. : Loquitur quod tcmpore iftius viagii capit per computum 
Johannisde Ponte, thefaurarii dalphinalis.pro dono fibi faclo 2000 tlor.,& 
vidcantur liclere doni quia non funt expedite per cameram. — Tranfcunt 
hic, prefente dno cancellario; led vifis licleris doni de quibus fit mencio 
fuperius . deducentur ejus expenic pro regreffu fuo de Parifiis in Dalphinatu, 
185 franci 9 gros., valent, computando 5 fr. pro 6flor..222 flor. 1 o gros. 
3 quart. 

2. Les Comptes de Romans four 1557-69 meniionncnt à plusieurs 
reprises ce compatriote de R. de Louppy. Thierry Richier, chanoine de 
Verdiin: Item, venerabili viro dom"Thcrrico Richerii, canonico Verdunenfi, 
cappellano domi gubernatoris Dalphinatus.die 3'' junii 1367°, in iolutum 
debitorum anno quolibet ufque ad certum tempus domino noftro dalphino 
ex caufa conceffioniscomunis ville Romanis, per mandatum & quiôlanciam 



32 COMPTE DE RAOUL DE LOUPPY 

au dit lieu après qu'il en fu parti, pour attendre refponfe & 
conclulîon des chofes pour lefquelles le dit gouverneur y elloit 
alez, par 3 jours après le dit veage feni : pour ce 5 florins bon 
pois, valent <, florins 3 gros & demi, dont il chet pour les 
gaiges du dit treforier comme deffus 4 florins i gros, demeure 

I flor. 2 gros &demi. 

75. Pour autres defpens fais par le dit gouverneur es moys 
de décembre & de janvier 1364, au quel il fu lors mande par le 
Roy noflre feigneur parfes lettres clofes fignées de fa main que, 
fi toft que monfieur le duc d'Anjou, fon frère & fon lieutenant 
en Languedoc, aprocheroit de fon pais du Dalphinè, qui lors y 
devoit venir & vint, il alaft audevant de lui en bon & honnefte 
arroy, & le acompaignaft par tout fon dit pais, tant comme il 
feroit à court de Rome, avec plufieurs autres chofes contenues 
es diéles lettres. Pour la quelle caufe le dit gouverneur parti 
de Romans le venredi 13'' jour du dit mois de décembre, en fa 



dicli dom. gubernatoris, in cxpcnfis dom' comitis Stamparum et fuc 
comiclive convertendos, 100 flor. in auro; item, eidem dom. Terrico 
fimili modo & caufa, in diminucionem 1000 flor. in quibus villa eidcni 
dom. dalphino tcnctur , certis terminis folvendis ex conccffionc & 
confirmacionc certorum privilcgiorum eidem ville per dnos imperatorem 
ac regem & dalphlnum laclorum, concefforum & indultorum, per limiles 
liclerasab codem dom. gubernatore die prediila conceffas, 200 flor. auri. 
Pro hoc, per mandata confulum & comiffariorum de tradendo ditlas 
fummas eidem dom. gubernatori, data vid.unumdic 8" mail 1367" & aliud 

die 30" dièli menfîs, 300 flor. in auro (/" VII^'>^ xvij). Item, 

dom'-" Thierrico, cappellano dom' gubernatoris Dalphinatus, reclpienti 
nomine ipfius dom. gubernatoris, die i 5"" otlobrisi 367", pro certis labori bus 
&. expcnfis factis & habitis per dièlum dom. gubernatorem pro ditla 
univerfitatc & factis & ncgociis dièle ville, 7 00 flor. in auri folutos in 

80 franches, quos francos receptor émit et dédit pro quolibet 

franco auri i 7 gros, de moneta currentc , valent i i 3 flor. 4 g. in 

mon. {/" VIIJ^^ xiiij v" ). Item, dom" Thierrico Richerii cappellano & 
Warino cambellano dom' gubernatoris Dalphinatus, vid. ditlo dom. 
Thierrico 20 flor. & diiSlo camcrario 5 flor. auri, pro laborihus fuis & 
gratuitis ferviciis habitis & fatlis per eofdcm in aliquibus negociis utilibus 
& nccccffariis pro fa6lo ville, per mandatum cum quidancia datum die 
23' januarii 1367/8". . ., 25 flor. in auro (/" VIIJ^'^ -v^y). Item, die 
28" menfis junii (1 368). i 7 franch. i quart, quos folverat dom" Thierrico 
Richerii, canonico Verdunenfi, folutos per diclum df)m. Thierricum pro 
dicta univerfitatc Parifius pro Icriptura, ligno t'^ fîgillo cujuldam Iii;lerc 
impetralc & obtenle a dom" dalphino, continentis quod habilalores & 
jncolc Romanis uti poflint privilegiis & franchefiis ut ceteri Ualphinales 
(/o VIIJ^ xvij). Cf. GiRAUD, Essai, 2= />., /. /, p. 272-3. 



GOUVERNEUR DU DAUPHINÉ 33 

compaignie meffîre Guy de Morges chevalier ' & deux autres 
hommes d'armes, avec lui meffire Jaques Artaut, Henry de 
Barbays, Guichart de Saint Germain, Emonnet Richarf, 
Henry de Mailles 2, Robert de Souillers & plufieurs autres 
jufques au nombre de 40 chevaux ; ou quel veage faifant, tant 
en alant vers mon dit feigneur le duc & en Avignon, la ou il 
l'envoia & le acompaignant, fi comme mandé lui avoit efté, il 
vaqua & demoura jufques au mercredi premier jour de janvier 
enfuivant par 19 jours & demi, fi comme il peut apparoir par 
les parties des defpens pour ce fais efcripts ou papier de fes 
gens, qui montent pour tout 461 florins 5 gros de bon pois, 
valent 480 florins 7 gros & demi, dont font à rabatre fes gaiges 
qui valent pour le temps deffus dit 160 florins 3 quars de gros, 

l'efte 32oflor. 6gros3 quars. 

75a. Pour autres defpens fais par le dit gouverneur ou mois 
de février 1364 & en celui de mars enfuivant, par vertu des 
lectres clofes du Roy noftre feigneur à lui fur ce envoyées, 
données 4' jour du dit mois de. février, pour parler au Pape & 
à l'evefque d'Avignon ? de plufieurs^chofes touchant le fait du 
chaftel de Lers dont mencon efl faicte es diftes ledres, lequel 
chaftel monfeigneur le duc d'Anjou vouloit rendre au Pape, le 
Roy voulant le contraire. Pour lequel voyage faire & pour 
parler & traictier de celle matière, fr, comme mandé lui avoit 
efté, le dit gouverneur parti de Romans le jeudi 20^ jour du dit 
moys de feuvrier après difner, au nombre de 24 chevaulx, en la 
vaquacion du quel il demoura par 19 jours feniffans le 10"= jour 
de mars enfuivant, fi comme il appert par les parties des 
defpens pour ce fais efcripts ou papier de fes diètes gens, 
montans les diz defpens pour tout 261 flor. demi de bon pois, 



En m. du n° jj : Deducantur vadia dièli thefaurarii. 

1. Voir plus haut, p. 5, n" i, et Armor. de Dauph., p. 440a. Charles V 
envoya Guy de Marges pour aucunes greffes befoingnes par devers... Bar- 
nabe et Galeache, feigneurs de Milan, et lui assigna s francs par jour le 
ij sept. 7J72 (Mandera, cit., p. 4-]$, n" Q17). 

2. Noble Henri de Mailles était châtelain d'Allevard en lyôs (Myst 
d^. Trois Doras, pp. 68 j et 68 s) et de Montbonnot Vannée suivante, avec 
(juelis de Cizerin pour lieutenant. 

3. Anglic de Grimoard, depuis le 12 déc. jj6j (Répert., c. Qssj- 



34 



COMPTE DE RAOUL DE LOUPPY 



valent 272 flor. 4 gr. 3 quars petiz, dont il chet pour fes gaiges 
comme deflus 155 flor. 11 gr. & demi, demeure . . . . • 

. 116 flor. 5 gr. j quart. 

76. Pour autres defpens fais par le dit gouverneur ou dit mois 

de mars 1364 & en cellui d'avril enfuivant, par vertu des lectres 

clofes du Roy noftre dit feigneur efcriptes le 19' jour du 

dit mois de mars pour aler en Avignon de rechef, pour 

parler au Pape de plufieurs chofes contenues es lettres que fur 

ce noftre dit feigneur lui efcrifoit, dont la teneur eft encorporée 

es lettres par lui envoyées au dit gouverneur touchans le fait 

des ennemis, gens de compaigne, qui lors eftoient ou royaume, 

aftin de yceulx faire vvidier & chaffer d'icellui par fentences 

d'efcommeniement, plainnes indulgences ou autrement, fi 

comme ce & plufieurs autres chofes touchant celle matière font 

plus à plain contenues es dides lectres. Pour le quel veage faire 

ycellui gouverneur fe parti de Romans le lundi derrenier jour 

du dit mois de mars après difner, & en ce vaqua jufques au 

10^ jour d'avril enfuivant, ou quel temps font compris 9 jours, 

fi comme il appert par les parties des defpens pour ce fais 

efcriptesou dit papier, qui montent pour tout 136 florins 1 1 gros 

de bon pois, valent 142 florins 7 gros & demi, dont il chet pour 

fes gaiges comme deffus 73 florins 10 gros & demi, demeure 

68 flor. II gros. ' 

77. Pour autres defpens fais par le dit gouverneur es mois de 
may & de juing l'an 1365, par vertu des lectres clofes du Roy 
noftre dit feigneur, efcriptes 29^ jour du dit moys de may & 
autres precedens, pour aler au devant de TEmpereur fon oncle - 
hors du Dalphiné & ycellui acompaigner bien c^ honorablement 
ou conté de Savoye, en Avignon & en Arle & parler à lui de 
certaines chofes fecrettes. Pour les quelles acomplir & faire le 
dit veage, le dit gouverneur parti de la Boifliere pour aler 
au devant du dit Empereur qui cftoit à Chambrieu, & mena 
avec lui pour le acompaigner pour l'onncur d'icellui Empereur 



1. Loquatur, quia fine mandate; affcrat pcr juramcntum quod fccit 
diclum viayium & tranfibit. Affcruit. 

2. Charles IV; sur son voyage en Dauphiné et en Provence, voir le 
Mystère des Trois Doms, />/>• 681-8 cl 713-8. 



GOUVERNEUR DU DAUPHINÉ 35 

le fire de Vinay, le feigneur de Chaffenage, mefïîre Francoys de 
Belmont, meffire Aynart de Belmont, meffire Guy de Morges, 
meffire Alegres de Boenc Merriz, Henry de Mailles & Francoys 
d'Arces, touz au nombre de 73 chevaux ; ou quel veage faifant, 
en acompaignant & pourfuivant le dit Empereur, le dit 
gouverneur vaqua & demoura du lundi 13® jour du dit mois 
de may jufques au mecredi 11® jour du mois de juing ensuivant 
par 25 jours, Ci comme il appert par le compte de Adam 
Chanteprime fini au 27^ jour d'avril 1367 & dont le dit 
gouverneur fait recepte ci deflus, 385 flor. 6 gros petis, dont il 
chet pour fes gaiges ordinaires comme deffus 209 florins 4 gros 
& demi, demeure 176 flor. gros & demi. ' 

78. Pour autres defpens fais par le dit gouverneur ou moys 
de juillet 1365, pour aler de rechief en Avignon ou il fu 
mandé par meffeigneurs Tarcevesque de Sens, de Nevers & 
monseigneur de Dormans, chancelier du DaljDhiné, & par leurs 
le6lres clofes efcriptes 15^ jour de juing précèdent, pour le fait 
du chaftel de Lers, dont autrefois eft ci devant faicte mencion & 
mefmement par vertu des lectres clofes du Roy noftre feigneur 
efcriptes le 7^ jour de may précèdent. Pour acomplir le contenu 
desquelles leclres & faire le dit veage, le dit gouverneur parti 
de Romans le mercredi 9^ jour du dit moys de juillet après 
difner, & en ycellui vaqua par 11 jours feniffans le dimenche 
20^ jour du dit mois, au nombre de 26 chevaux, fi comme il 
appert par les parties de defpens pour ce faiz efcrips ou dit 
pappier, montent pour tout 207 florins demi de bon poiz, 
valent 216 florins i gros & demi, dont il chiet pour les gaiges 
du dit gouverneur par le dit temps 90 florins 3 gros & demi, 
& pour les gaiges de Jehan du Pont treforier comme deffus au 
priz de 27 s. 4d. 3 p. t., valent 15 florins demi groz; pour tout le 
dechiet : 105 florins 4 gros, demeure iio flor. 9 groz & demi. 

79. Pour autres defpens faiz par le dit gouverneur ou moys 
d'aoufl: enfuivant, pour aler à Lyon ou il fu mandé par les diz 
feigneurs de Sens, de Nevers & de Dormans, pour illec 



I . Loquatur &: vidcantur liÊlere, quia iftud viagium incepit i 3^ maii 
& liclere de quibus lit mencio in ferie fuerunt date 29^ maii, & fie prefu- 
ponunt alias liôleras quas non oftendit, et ideo radiatur. 



^6 COMPTE DE RAOUL DE LOUPPY 

prandre certains hoftaiges que mefïire Seguin de Badefol 
devoit baillier au Pappe, pour le traiclié fait avecques lui par les 
diz feigneurs, pour le fait de la délivrance de la ville d'Anfe ', 
laquelle il avoit par avant prinfc &: occuppée, & pour yceulx 
hoftaiges mener en A^àgnon pardevers le Pappe, û comme ces 
chofes & plufieurs autres touchant ce fait font plus à plain 
contenues es diètes leôtres efcriptes au dit lieu de Lj^on le 
29* jour de juillet précédant. Pour le quel voyage faire le dit 
gouverneur parti de Romans le mercredi 6^ jour du dit moiz 
d'aouft, & en ycellui faifant vaqua par 4 jours feniffans le 
10' jour d'icellui moys, fi comme il appert par les parties de 
defpens pour ce faiz efcrips ou pappier de fes di6tes gens, 
montans pour tout ....... 57 flor. de petit poiz. - 

80. Pour autres defpens faiz par le dit gouverneur en octobre 
& en novembre enfuivant 1365 3, pour aler en Avignon pardevers 
le Pappe, pour parler à lui du procès qui fe faifoit en court de 
Romme contre le Dalphiné, pour caufe de la prife du chaitel 
de Mantale que meflirc Jaques de Roucillon, filz du feigneùr 
de Toulnys -', avoit prins fur l'evesque de Valence, administreur 
de l'arcevefqué de Vienne. Ou quel voiage faifant le dit 
gouverneur vacqua depuis le 28"^ jour du dit moys de octobre, 
qu'il parti de Romans aprez difner, en fa compaignie meffire 
Guy de Morges & les gens de fon hoftel, touz au nombre de 
25 chevaux, jufques au mercredi 6' jour de novembre enfuivant, 
par 8 jours, premier & darrenier comptez, Ci comme il appert 
par les parties de defpens pour ce faiz efcrips ou dit pappier, 
qui montent pour tout 121 florins 4 gros de bon poiz, valent 
126 florins 4 gros & demi petiz, dont font à rabatre fes gaiges 



1. Seouin(cf. p. 14, "• 4) de Badefol, seigneur de Caslchmu de Der- 
hivtiièr^s, était un gentilhomme gascon de la maison de (jO«/a/// (Anselme, 
Mais, de France, /. VII, f. yi8-</). Sur lui et la prise f Anse ( i" nov. i J64), 
voir l'ouvr. cité de \'. Ai. lut, Les Routiers au XIV' siècle, />/>.// ?-^, 
jyj-^j^ 1^^-61, lùù-j ; et la nouv. édit. du CarUiI. de Saint-Chaffre, 
f. xxix-xxx. 

2. I^adiatur, quia infra I)alphinalum ncc hahuil crcfccnciam geiicium. 

3. A/.S. CCCl.V. 

4. Sans doute Jacques^ fils d'Aynard de Roussi lion et de Françoise de 
Tullins (Armor. de Dauph., p. 65'-"'/ 



GOUVERNEUR DU DAUPHINE 37 

comme deffus, qui valent 65 florins 8 gros; demeure . . . 

60 flor. 8 gros & demi. ' 

81. Pour autres defpens faiz par le dit gouverneur ou moiz 
de mars 1365, pour aler de rechief en Avignon, pour avoir 
confeil aux prudens & fages confeilliers de court de Romme fur 
le fait du droit que maiftre Raynaut Raymon, procureur 
& advocat fiscal du Dalphiné, maintenoit & difoit que 
monfeigneur le Dalphin avoit en la terre et héritage de feu le 
feigneur de Valbonnoiz. Pour la quelle caufe le dit gouverneur 
parti de Romans pour faire le dit voyage le mardi 24^ du dit 
mois de mars aprez difner & vacqua en ycellui faifant jufques 
au premier jour d'avril enfuivant, par 9 jours premier & 
darrenier comptez, fi comme il appert par les parties des 
defpens pour ce faiz efcrips & contenus ou dit pappier, qui 
montent 108 florins demi de bon poiz, valent 175 florins 6 gros 
I quart petiz, dont il chiet pour fes gaiges comme deffus 
73 florins 10 gros & demi; demeure loi flor. 7 gros 3 quars. - 
82. Pour autres defpens faiz par ycellui gouverneur es moiz 
d'avril & de may 1366, pour aler en France pardevers le Roy 
noftre feigneur dalphin de Viennoiz, pour parler à lui de 
plufieurs groffes befoignes neceffaires touchans fon paiz du 
Dalphiné & par efpecial celles touchans le fait du conte de 
, Savoie fur la detencion de plufieurs chafteaux ; pour les quelles 
caufes mieulx efclarcir & avérer, & en parler & refpondre des 
matières touchans ce fait, le dit gouverneur fift porter avecques 
lui plufieurs choies ad ce neceffaires, c'eft affavoir l'inftrument 
de la paix &: accort faiz avecques le dit conte, les leclres de 
commiffion de l'execucion de la dicte paix, certains traicliez 
euz en Mafconnoiz fur la manière de exécuter ycelle, la copie 
de l'inftrument de la adepcion de la poffeflion des chafteaux de 
la terre de Fucigny & les raifons de la limitacion d'iceulx, & 
plufieurs autres chofes au fait pour lequel il fift le dit voiage 
neceffaires pour plus feurement parler de tout le dit fait, 



1. Sine mandate ncc erat necceffe illuc ire, & ideo loquatur; eciam 
tangit partes privatas ; afferat per juramentum & c''. Afferuit ut fupra. 

2. Sine mandate, ut fupra, nec erat necceffe illuc ire in propria per- 
fona, ymo fufeciffet mififfe ibi dom. procui'atorem & aliquos juriflas Dal- 
phinatus. & ideo radiatur. 



38 COMPTE DE RAOUL DE LOUPPY 

lefquelles font contenues en une cedule extraite de la chambre 
des comptes du Dalphiné rendue à court en l'audicion de ce 
compte. Pour lequel volage faire le dit gouverneur parti de 
Cremieu ou Dalphiné le lundi 27^ jour du dit moys d'avril au 
matin, & en ycellui vaqua & continua jufques au 6^ jour de 
juillet enfuivant, ou quel temps font compris 71 jours, dont il 
echiet 24 jours dont il ne prant nulz defpens fur le Roy, 
durans lefquelx il fu pour fes befoignes en fa terre de Louppy 
& de Boufaut, pour le demourant 47 jours ; & au partir & 
congié pranre du Roy lui fu par lui commandé & enchargié 
que tantoft & briefment aprez il s'en alaft en Avignon devers le 
Pappe aprez meflire Jehan de Chandoz ' & autres ambaiffeurs 
du Roy d'Angleterre, pour les caufes efclarcies en la partie 
fubfequent. Et en faifant le dit volage mena en fa compaignie 
meflire Guy de Morges, meflire Alegret de Bohenc, meffire 
Amé delà Mote & meffire Jaques Artaut, chevaliers, Emonnet 
Richart, Jehan du Saufe, clerc des comptes du Dalphiné, 
Heniy de Barbes, Guichart de Saint Germain & plufieurs 
autres, touz à armes, faifans le nombre de 44 chevaux, pour 
caufe des compaignes qui eftoient en Bourgoigne : fi comme 
de toutes ces chofes eft plus à plain faite mencion ou pappier 
du dit gouverneur, & comme il puet apparoir par les parties 
des defpens pour ce faiz efcrips ou pappier de fes di6tes gens, 
qui montent pour tout 886 florins 10 gros de petit pois, & en 
une autre partie 156 florins 8 gros de bon pois, valent 163 llor. 
2 groz & demi pctiz, pour tout 1050 florins demi groz petiz, 
dont il chiet pour les gaiges ordinaires par le temps deffus dit, 
valent 385 flor. 9 gros & demi; demeure . 664 florins 3 gros. 
83. Pour autres defpens faiz par le dit gouverneur ou mois 
d'octobre enfuivant, pour aler de rechief en Avignon tant pour 
caufe du commandement du Roy noftrc feigneur à lui fait au 
volage précèdent, pour aler aprez meflire Jehan de Chandoz & 
autres ambaiffeurs du Roy d'Angleterre, qui lors y eftoit alez 
ou dévoient eltre briefment, afm de empefchier leur meffagier, 
comme par lectrcs du dit feigneur a lui depuis envolées, 



t. Sur le capiiciinc anf^lais John Chandos, voir Rcpcrt., c. ^124. et 
suppl. 



GOUVERNEUR DU DAUPHINE 39 

efcriptes le 13= jour du dit moiz d'octobre, pour aler au dit 
lieu d'Avignon, tant pour caufe de ce fait comme pour autres 
befoignes que ycellui feigneur lui avoit fecretement enchargiées 
au départir de lui du dit voiage précèdent. Pour les quelles 
caufes il vaqua en ce voiage prefent du 10^ jour du dit moiz 
juques au 18= jour d'icellui moys, par 8 jours & demi, au 
nombre de 29 chevaux, tant alant, demourant & befoignant 
pardevers le Pape & les cardinaulx, comme en retournant : lî 
comme il appert par les parties des defpens pour ce faiz 
efcrips ou dit pappier, montent pour tout 128 florins 10 groz 
de bon poiz, valent 134 florins 2 groz & demi, dont il chiet 
pour fes gaiges 69 florins 9 groz i quart ; demeure .... 

64 flor. 5 gros I quai t. • 

84, Pour autres defpens faiz par ycellui gouverneur ou moiz 
de janvier 1366, pour aler es parties de la Languedoc, avec & 
en la compaignie mefllre RDbert de Lorriz, chevalier, fire 
d'Ermenonville, confeillier du Roy noftre fire, pour aidier à 
meélre fus & faire courir es lieux & pais deffus diz les aides 
ordonnées pour le fait de la délivrance de feu le Roy Jehan, 
qui Diex abfoille, félon certaines commifTions à eulx fur ce 
envolées : li comme ces chofes font plus à plain contenues 
es lectres clofes du dit feigneur pour ce envolées au dit 
gouverneur, données le -f jour de décembre 1366. Pour lequel 
voiage il parti de Romans le 6* jour du dit mois de janvier 
aprez difner, au nombre de 22 chevaux, jucques au 23^ jour 
du dit moys, par 17 jours premier & darenier comptez, ja fort 
ce que le dit fait ne peuft pas lors eftre tout parfait, pour 
l'empefchement que monfeigneur le duc d'Anjou & les gens du 
pays y meétoient; & du dit voiage peut apparoir par les parties 
des defpens pour ce faiz efcrips & contenuz ou pappier des 
gens du dit gouverneur, montent pour tout 219 florins 2 gros 
bon pois, valent 228 florins 3 gros & demi petiz ; dont il chiet 
pour fes gaiges 139 florins 6 groz & demi ; demeure .... 
• 88 flor. 9 gros. 



1 . Nichil débet capere pro ifto viagio, quia includitur in viagio prece- 
denti, prout conftat per partes papirus & fecit difilum viagium antcquam 
reverteretur in Dalphinatu, & ideo radiatur de ejus confenlu. 



40 COMPTE DE RAOUL DE LOUPPY 

85. Pour autres defpens faiz par le dit gouverneur es mois 
de février & de mars 1366, pour aler de rechief es pais deffus 
diz, en la compaignie du dit.meffire Robert de Lorriz, pour 
parfaire & affouvir les chofes couchées en la partie précédente 
& par vertu d'autres leélres clofes à lui envolées. Pour lequel 
volage faire il parti de Romans le famedi 6* jour du dit moys 
de février & en ce vaqua jucques au lundi 22^ jour de mars 
enfuivant, que fon retour fu ou Dalphiné, par 45 jours, au 
nombre de chevaux devant dit : û comme il appert par les 
parties des defpens pour ce faiz efcrips ou dit pappier, qui 
montent pour tout 477 livres 17 s. 9 den., 24 fols pour florin 
bon pois, valent 398 florins 3 gros bon pois, valent 414 florins 
10 gros, dont il chiet pour fes gaiges ordinaires 369 florins 
4 gros & demi; demeure .... 45 flor. 5 gros & demi. 

86. Pour autres defpens faiz par le dit gouverneur ou mois 
de novembre 1367, pour aler en Avignon pardevers monfire le 
duc d'Anjou, frère du R03' noftre fire, qui mandé l'avoit pour 
certaine prife de monnoie que ycellui gouverneur avoit fait 
faire, laquelle monnoie mon dit feigneur le duc faifoit faire à 
Roche Aiguë ou Dalphiné & qui eftoit moult préjudiciable à 
icellui ', & pour lui monftrer les caufes de la dicte prife & le 
deffaut qui citoit en la dicte monnoie, & mcfmemcnt que pour la 
dicte prife mon dit feigneur le duc tenoit en indignacion ycellui 
gouverneur. Lequel pour faire le dit volage parti de Romans 
le dimenche 7^ jour du dit moys de novembre aprez difner, au 
nombre de 21 chevaux & demoura en vaquant pour celle caufe 
jufques au mardi lô'^ jour du dit mois, par 9 jours : fi comme 
il appert par les parties des defpens pour ce faiz efcrips ou dit 
l^appier; montent pour tout 117 1. 12 s., florin de bon pois pour 
24 s., valent 98 florins bon pois ; valent 102 florins i gros, dont 
il chiet pour fes gaiges ordinaires 73 florins 10 gros c^ demi ; 
demeure 28 florins 2 gros & demi. 

87. Pour autres defpens faiz par le dit gouverneur ou 
mois de mars 1367, joour aler du Dalphiné en France mener 



I. Voir l'analyse d'une ^érie de ficccs relali'i'ex au montiayafie de 
Rochcfriide (i^G6-(j) dans la Numibin. fiiod. du l)auph. de M. Murin- 
PoNS, p. iyfj-4^- 



GOUVERNEUR DU DAUPHINE 4I 

pardevers le Roy le conte de Savoye, pour certaines chofes 
fecretes. Pour les quelles & le dit voiage faire le dit gouverneur 
parti de Romans le mardi 21^ jour du dit moys, au nombre de 
24 chevaux ; & demoura, tant alant, demourant comme 
retournant, jufques au 6^ jour de juing 1368 enfuivant, par 
78 jours, dont il chiet 12 jours qu'il fu pour fes befoignes 
en fa terre de Louppy & de Bourfaut, pour lefquelx il ne 
prant nulz defpens, pour le demourant 66 jours : fî comme 
il puet apparoir par les parties des defpens pour ce faiz efcrips 
ou pappier de fes diètes gens : montent pour tout en deux 
parties & deux fommes 991 frans 20 deniers tournois ; à 
compter 5 frans pour 6 florins, valent 1189 florins i quart petiz, 
dont il chiet pour fes gaiges ordinaires comme deffus 541 florins 
9 gros; demeure 647 florins & demi, 

88. Pour autres defpens faiz par le dit gouverneur es mois 
de décembre, janvier & février 1368, pour aler de rechief en 
France pardevers le Roy noftre dit feigneur, tant pour caufe 
de ce qu'il l'avoit mandé par fes leClres clofes efcriptes le 
18= jour de feptembre précèdent, comme pour lui nottifïier & 
faire relacion de la guerre de Prouvence & de certain traictié 
que le dit gouverneur avoit faiz avec le conte de Melet pour 
certaine caufe. Pour lequel volage faire il parti du Dalphiné le 
11^ jour du dit mois de décembre, & tant alant, demourant 
comme retournant vaqua tant pour ce fait comme pour autres 
caufes, au nombre de 22 chevaux par 74 jours feniffans le 
23® jour du moys de février enfuivant, que fon retour fu à 
Grenoble ou dit Dalphiné, dont il chiet 18 jours, durans 
les quelx il fu pour fes befoignes en fa terre comme dit eit 
deffus, pour le demourant 56 jours : û comme il appert par les 
parties des defpens pour ce faiz efcrips ou dit pappier, qui 
montent pour tout 533 frans 3 quars, valent 640 florin & demi 
petiz, dont il chiet pour fes gaiges ordinaires 459 florins 8 gros; 
demeure 180 florins 10 gros. 

89. Pour autres defpens faiz par le dit gouverneur, es 
mois de feptembre, o6tobre, novembre & décembre 1369, 
pour aler derechief en France par devers le Roy noftre dit 
feigneur, pour lui dire de necceflîté plufleurs chofes tou- 
chans l'eftat du Dalphiné, & autres touchans le feigneur de 



42 COMPTE DE RAOUL DE LOUPPY 

Milan' & ledefpenfîerd'Engleterre, du fait duquel ledit gouver- 
neur avoit par plufieurs foiz efcript audit feigneur fur certaines 
entreprifes, & aufli ycellui feigneur avoit pour ce refcript audit 
gouverneur : & avecques ce d'un trai6tié fait au feigneur de la 
Tour & aufli des traiéliez de Prouvence. Pour lequel voiage faire 
ycellui gouverneur parti de Romans le 2^ jour dudit moys de 
feptembre 1369, & en ycellui vaqua tant en alant comme en 
demourant en France, pourfuyvant le Roy en Normendie, & 
pour aler de fon commandement pendent ce temps & par 
vertu de fes letrtres données le 2^ jour d'octobre pardevers 
Pierre de Bar, Jehan de Bourgoigne, meffire Aubert de Saincte 
Livière & plufieurs autres gens d'armes, qui adonc eftoient 
en la terre ma dame la Royne Jehanne, pour leur faire 
commandement & injunclion de par le dit feigneur que d'icelle 
terre & du pays ie partififfent, comme de la retournant à Paris, 
jucques au 10^ jour de décembre enfuivant, que lors & illec il 
fe defcharga du gouvernement dudit Dalphiné, & que le Roy 
par fon confeil y ordena meffire Jaques de Vienne; ou quel 
efpace de temps font 100 jours, dont il chiet 24 jours durans 
Icfquelz il fu pour fes befoignes en fa terre, comme dit eft 
deffus, pour lefquelx il ne prant nulz defpens, pour le 
demourant 76 jours : fi comme tout ce puet apparoir par les 
parties des defpens pour ce faiz efcrips ou pappier deffus dit, 
qui montent pour tout 933 frans 3 quars & demi, valent 
1,120 florins 7 groz 3 quars petiz, dont il chiet pour les gaiges 
ordinaires dudit gouverneur 623 florins 10 groz. Demeure : 

496 flor. 9 gros 3 quars. 

Summa : SjiSg florinz i groz Dalph. 

90. AUTRE DESPENSE pour deniers bailliez par le dit 
gouverneur durant le temps comprins en ce compte pour 
plufieurs & diverfes caufes, tant deppendans de volages par 
lui faiz cy devant efcrips comme concernans pour les caufes 
ci après fpcciffiées & efclarcies, c'elt affavoir : 

A meffire Guy Coupler, chevalier, qui avoit eftè en la 



1 . Galéas II Visconti avait svccédé comme setf^neur de Milan, de 
concert avec son frère Bernabo, à son oncle Jean ( lys.fj- 



GOUVERNEUR DU DAUPHINE 43 

compaignie dudit gouverneur l'an 1361, ou fervice mon 
feigneur le Dalphin & 4 hommes d'armes en fa compaignie, au 
mandement que ycellui gouverneur fift lors à Vienne au 
22^ jour de mars ou dit an, pour le fait des compaignes & à 
Rive de Gier : les caufes duquel mandement fait font plus à 
plain efclarcies en la féconde partie de la defpenfe de ce 
compte cy deffus; & durant lequel mandement le dit meffire 
Guy fervi au dit nombre 15 jours, au feur de 15 s. par jour 
pour fa perfonne & 7 s. pour 15 efcuier, dont de ce ne lui fu 
aucune chofes paie par le dit gouverneur, mais depuis ycellui 
mandement quaffé fu ordené que le dit chevalier & 2 hommes 
d'armes en fa compaignie ferviroit oncores; ou quel fervice il 
demoura depuis au dit nombre 28 jours, pour les quelx le dit 
gouverneur lui paia les diz gaiges au feur deffus dit par jour : 
û comme de tout ce eft fait mencion ou pappier d'icellui 
gouverneur tantoft aprez la féconde partie des diz volages, & 
par quittance dudit chevalier; montent les diz gaiges 40 1. 
12 s. tournois, florin de petit poiz 20 s. tournois pièce, valent 

40 flor. 7 grcz de petit poiz. ■ 

91. A meffire Guy de Morges, chevalier, le quel fu par le dit 
gouverneur & le confeil du Dalphiné, ou mois d'aoull l'an 1362, 
eftabli chaftellain & cappitaine du chaftel de Lers, après ce que 
le ûège ot efté levé de devant le dit chaftel par le prince 
d'Orenges qui le occuppoit & rendu au dit gouverneur : lî 
comme de ce eft fait mencion en fon pappier & en la defpenfe 
pour ce faite, contenue ci deffus en la 5^ ou 6^ partie des 
volages; pour deniers à lui bailliez, tant pour fes gaiges de 
excercer le dit office comme pour convertir es provifions du 
dit chaftel : fi comme il appert par fa lectre de recognoiffance 
faite & approuvée par la chambre des comptes du dit Dalphiné, 
donnée le 26^ jour de may 1369, contenant les diz deniers avoir 
receuz le 28' jour d'octobre 1362, & que des receptes & mifes 



I . Loquatur, quia pro ifto milite & gentibus de e)us comitiva capiun- 
tur per 4 computum Phil. Gilerii 19 1. 4 s. pro vadiis fuis defervitis in 
ifto tempore, & eft fupponcndum quod fi plus serviviffet computata fibi 
fuiffent vadia fua per dict. computum ; & ideo radiatur. — Loquatur, quia 
fine li6lera. 



44 COMPTE DE RAOUL DE L0UPP7 

par lui faites à caufe du dit office il compte en la dicle chambre 
le 26*" jour de may 1362 enfuivant ; pour ce 60 flor. de pet. pois. ' 

92. A meffire Regnaut Raymont, le quel fu mandé par le dit 
gouverneur pour confeillier certaines chofes touchans le traiétié 
qui eftoit à parfaire entre monfeigneur le Dalphin & le 
fenefchal de Prouvence, pieca mis fus par meffire Guillaume 
de Vergy, jadiz gouverneur du dit Dalphiné, & qui feellés eftoit 
des feaulx de lui & du dit fenefchal, pour la perfe^lion du quel 
traiétié journée avoit efté prife entre Montbrun & Reglannes, 
marche des deux pays du Dalphiné & de Prouvence, au mardi 
30® jour d'aouft deffus dit : fi comme de ce eft faite mencion en 
la fin du voiage fait pour caufe du dit chaftel de Lers, pour 
deniers à lui bailliez pour les gaiges de lui & de deux efcuiers 
en fa compaignie, qui pour la dicle caufe vint en armes & y fu 
par l'efpace de 42 jours, au feur de i florin par jour; des quelx 
gaiges il ne fu pas paiez par le treforier, mais en fu paie par le 
dit gouverneur, fi comme il appert par fa quittance, pour ce 
42 florins de bon pois, valent 43 florins 9 gros. - 

93. A maiftre Nicole de Tours fur Marne, clerc & confeillier 
de monfeigneur le Dalphin, le quel fu ou mois de janvier 
l'an 1362 en Avignon en la compaignie du dit gouverneur, que 
lors il y ala par mandement du Roy pardevers le Pappe & les 
cardinaulx pour eulx prefenter le roole & les fuppli cations que 
le Roy leur envoioit pour l'avancement de fes clers & officiers, 
& le quel maiftre Nicole le dit gouverneur laiffa au dit lieu 
d'Avignon pour attendre l'expedicion & refponfe des chofes 
deffus diètes, pour ce que le dit gouverneur s'en parti pour 
efchever plus grans defpens ; pour deniers à lui bailliez pour 
les defpens qu'il y fift par 8 jours aprez le partement du dit 
gouverneur, 2 florins par jour, dont il n'eft riens pris en la 
partie de defpens faiz pour caufe du dit voiage contenuz cy 
deffus, mais les paia ycellui gouverneur au dit maiftre Nicole 
au retourner du dit lieu d'Avignon, pour ce 16 florins de petit 
pois, dont il chiet pour fes gaiges ordinaires, qui font de 



1. l-'cr liclcras tcflificationis auditoi-um computorum Dalphinatus. 

2. Dct li6lcras, alias radiabiuir. 



GOUVERNEUR DU DAUPHINE 



45 



200 florins par an, 4 florins 4 gros & demi ; demeure . . . 

II flor. 7 groz & demi. ' 

94. Pour deniers bailliez par le dit gouverneur ou mois 
d'aoufl; l'an 1363, pour les gaiges de 3 chevaliers & 11 efcuiers 
defervis en la compaignie d'icellui gouverneur, qui avec lui 
les mena à Cayrars, à une journée à laquelle il avoit mandé 
eftre à lui le marquis de Saluce, pour traiétier avecques lui de 
l'omage de fon marquifé qui devoit efl:re & appartenir, efl; &. 
appartient à mon feigneur le Dalphin, & auffi pour pranre la 
pofl'effion de certaine terre que le dit gouverneur avoit conquife 
fur le dit marquis & Galeas fon frère -, en la terre de Pons de 
Sain6te Exebe, de Laval de Vélins & de partie de la chaftellenie 
de Chaftel le Dalphin ; & mefmement pour ce qu'il eftoit venu à 
la cognoiffance que lors le conte de Savoye eftoit en Piémont, 
qui traiétoit au dit marquis du dit hommage pour l'aquerir à 
foy, & pour ce que ces chofes eftoient moult defplaifans, par 
efpecial au dit Galeas qui eft homs de grant entreprife & qui 
volentiers y euft obvié s'il euft peu, & que ycellui gouverneur 
fceut que le dit Galeas pourchaffoit gens d'armes pour paffer ou 
pays pour fouftenir fa mauvaife oppinion, pour obvier à ce 
convint aler au dit lieu affez fort. Pour la quelle cause le dit 
gouverneur mena les diéles gens d'armes, des quelx fu faite 
monftre le 24* jour du dit moys d'aouft par devant meffire 
Pierre de Saint Joire, marefchal du Dalphiné 3, & fu ordené à 
chevalier 10 s. tournoi par jour & à efcuier 7 s. tournois, qui 
font par jour pour le nombre des gens d'armes deffus dit 
107 s. tournois, florin de petit pois pour 20s. t., pour ce pour 



1 . Radiatur, quia non habet lifteras recognitionis ex caufa contenta 
fuperius in parte viagii faèli propter hoc per dict. gubernatorem, nec 
debebat facere officium thefaurarii nifi in cafu urgentis necccffitatis, & 
poft faftum poterat recuperare a thelaurario quidquid folverat & tradere 
mandatum thefaurario fuper hoc. 

2. Galeas de Saluées était frère cadet du marquis Frédéric II (p. 28, 
n. 2) ; "voir sur lui la Cronaca di Saluzzo de Giof. délia Chiesa dans les 
Monum. CîVés, ce. 0<j8^ioo6, 1016 et surtout loyy-^, où sont racontées ses 
entreprises contre le Dauphiné. 

3. Pierre de Saint-Gcoirs , chevalier, était maréchal de Dauphiné 
dès 1^62; il acquit du marquis de Saluces, en ijôy, la terre de Beau- 
croissant (Arm. de Dauph.). ■ 



46 ' COMPTE DE RAOUL DE LOUPPY 

20 jours que 3'ceulx gens d'armes furent en 3"celle chevauchée 
feniflant le 13'^iour de feptembre 1363 enfuivant, valent . . . 
107 florins de petit pois. • 

95. A Thomaffin le Fauconnier, famillier du dit gouverneur, 
envoie par lui en France ou mois d'octobre 1362, en la 
compaignie de meffire Jehan, feigneur de la Rivière ^, qui lors 
eftoit venu ou Dalphiné, pour rapporter refponfe de certaines 
chofes necceffaires & haftives au dit meffire Jehan, enchargié 
dire & figniffier à monfeigneur le Dalphin, pour deniers à lui 
bailliez pour faire fes defpens ou dit voiage faifant, pour ce . 
8 florins de petit pois. 5 

96. Au fire de Vinay, le quel fu mandé avecques tout le 
confeil de mon dit feigneur le Dalphin à Grenoble, le 20" jour 
de novembre 1362, pour avoir confultacion & avis que on feroit 
fur les marches de Brianconnoiz ou Galeas, frère du marquis 
de Saluce, eltoit entrez à force de gens d'armes ; à la quelle 
journée fu confeillié me6tre deffenfe fur le pays, pour deniers à, 
lui bailliez pour les defpens qu'il fift par 2 jours qu'il fu à la 
dicfe confultacion pour ce qu'il ne fe voult tenir à paiez des 
gaiges acoultumez, pour ce .... 8 flor. de petit poiz. 4 

97. A Berton de la Chambre, le quel fu mandé à la diète 
journée, en efperance de l'envoier en France porter l'ordenancc 
qui devoit eftre faite à ycelle fur le fait deffus dit, pour les 
defpens qu'il filt lors par 3 jour . . 2 florins de petit poiz. 5 

98. Pour 4 onces de fendal azuré & 4 onces & demie de fendal 
jaune, que le dit gouverneur tilt acheter à Avignon, ou mois 



I. Loquatur, quia non docct de nominibus de monflra ncc de liolcra 
recognitionis, & idco radiatur. 

Z.Jean de la Rivière, c/iei'alier et fircmier cliainhellaii du roi. capi- 
taine & chailcllain du chaflcl de Vernon fur Saine (jttil. i^O/J- deviiil 
sire de Preau.x par son mariage avec Marguerite, jille el héritière de 
Pierre, seigneur de ce lieu (octob. stiiv.); il mourut avant le jo sept, i j6j 
(Mandcm. de Charles V, m"' ji, 57, 59, 72, Sq, loi, 104-6, ri2-y, 140, 
ijy, i8(j, 19?, 246, 286, 295, 412). Sa veuve se remaria à Jacques 
de Bourbon. Jils du comte de la Marche (Anselmk, /. /, p. ^64). 

3. Sine liclcra. Det Héleras. Quando apportabit lièleras recoi^nilionis, 
fiet ci quod debebil. 

4. Radiatur, quia & cum docuerit pcr liclcras de foluto, et fiet ci quod 
dcbebit. 

5. Det lifteras ut fupra. 



GOUVERNEUR DU DAUPHINE 



47 



de décembre l'an 1362, que lors il y fu devers le Roy, pour faire 
une banière des armes monfeigneur le Dalphin, pour mectre 
fur le chaftel de Lers quant il lui fu rendu, & pour franges & 
façon de la di6le banière ; pour tout . 14 flor. de petit poiz. ' 

99. A meffire Guy Coupler & à meffire Jaques Artaut, envolez 
par le dit gouverneur de Romans à Grenoble, ou mois de 
janvier 1362, quérir certaines Chartres qui eftoient necceffaires 
pour porter par le dit gouverneur lors en Avignon pour 
certaines chofes touchans monfeigneur le Dalphin, pour leurs 
defpens faiz par eulx en ce faifant par4 jours qu'il y vaquèrent, 
pour ce 12 florins de petit pois. - 

100. A maiftre Nicole de Tours fur Marne, le quel ou mois de 
février 1362 fu par ledit gouverneur envoie en Avignon, pour 
le excufer pardevers le Roy noftre feigneur d'un voiage que 
ycellui feigneur avoit au dit gouverneur enjoinél & enchargé 
au partir de lui en un autre voiage précèdent faire en France 
& en Barrois pardevers le duc de Bar 3, pour certain débat qui 
eftoit du duchié de Bourgoigne à caufe du duc adonc trefpaffé -t ; 
le quel voiage le dit gouverneur ne povoit lors faire, pour ce 
que à fon retour du dit lieu d'Avignon ou Dalphiné lui vindrent 
nouvelles que Galeas de Saluce avoit rompu les trêves que 
on avoit prifes avecques lui, & avoit couru en la terre de 
Brianconnoiz; pour deniers à lui bailliez pour fes defpens faire 
ou dit voiage faifant, & y vaqua par g jours à 4 chevaux, pour 
ce 25 florins de petit pois, dont il chiet pour fes gaiges comme 
deflus 4 florins 1 1 gros ; demeure . . . . 20 florins i gros. 

101. A meffire Dimenche, chappellain du dit gouverneur, par 
lui envolé ou dit mois de février, tantoft aprez le retour du dit 
maiftre Nicole, vers le duc de Bar en Barrois lui porter le6tres 
par le Roy que ycellui maiftre Nicole avoit apportées touchans 
le traiclié & accort du dit duchié de Bourgoigne; pour deniers 



1 . Afferat ut fupra. Afferuit. 

2. Det lifteras. Radiatur & fiet ut fupra. 

3. Robert avait obtenu l'érection de son comté en duché par le roi 
Jean, dont il épousa la fille Marie, le jo nov. 1^64 (Anselme, t. V, 
p. )ï2-4; Mandem. de Charles V, n°^ lyo-i). 

4. Philippe I" de Rouvres, mort après le 21 nov. 1361 (Répert., 
c. 1776;. 



48 COMPTE DE RAOUL DE LOUPPY 

à lui bailliez pour faire fes defpens ou dit voiage, faiiant pour 
ce 25 flor. de petit poiz. 

102. A un meflagier envoie par le dit gouverneur, ou mois 
d'avril 1362 en Avignon, porter lectres au faint Père & à 
plufieurs cardinaulx touchant certaines grolles befoignes pour 
monleigneur le Dalphin ; pour fes defpens faire en faiiant le dit 
voiage 3 flor. de petit pois. ■ 

103. A mefllre Didier de Chaffenage, envoie ou mois de may 
l'an 1363 par le dit gouverneur & par confeil quïl ot fur ce, 
pour inconveniens efchever qui pour ce peuffent eftre advenuz 
ou pa^'s du Dalphiné. par devers mcflire Jehan de Grolée & 
meffire Amè de Roucillon, chevaliers, pour pranre trieves entre 
eulx de certain defcort qu'il avoient enfemble, en efperance que 
pendant vcelles trieves on les peull mectre à accort; pour deniers 
à lui bailliez pour faire le dit voiage . 5 florins de petit pois. - 

104. Pour deniers bailliez à un efcuier appelle Canduns, au 
quel fu ordené par le confeil du Dalphinè, ou cas que le traidié 
qui fu fait du chaftel de Lers rendre, au quel traidié il eftoit 
necceffaire, pouroit pranre bon eiïet, lui paier touz fes defpens 
durant le temps dïcellui ; pour ce pour fes defpens faire pour 
venir à Romans ou mois de juillet 1362 à 2 chevaux . . . . 
9 gros petiz. 

Et pour femblable,pour 13 jours qu'il fu en la compaignie du 
dit gouverneur pour le dit traidié ou dit mois à 3 chevaux, 
pour fes diz defpens 13 flor. de petit pois. 

Et pour femblable, pour autres 14 jours qui fu tantoll apfez 
avecques le dit gouverneur à Romans & à Grenoble pour la 
di6le caufe à deux chevaux 10 florins petiz. 

105. A maiftre Ponce Renart, confeillier en court de Romme, 
pour deniers à lui bailliez pour fa paine & fallaire, defferviz pour 
eftre principal confeillier de monleigneur le Dalphin en une 
caufe qu'il avoit en la dicte court de Romme, en un voiage que le 
dit gouverneur y fift, commencé le 2,f jour de mars l'an 1366, 
pour avoir confeil fur le droit que le procureur de mon dit 
feigneur difoit ycellui avoir en la terre c*^ héritage de feu le 



1 . Dcclarcl ri'imcn. 

2. Sine li£lcra. 



GOUVERNEUR DU DAUPHINÉ 63 

127. Compte de Raoul, feigneur de Louppy, chevalier, commis 
par le Roy noftre feigneur & par fes lectres à prendre & recevoir 
pour & ou nom du dit feigneur la pofleffion & faifme des 
chafteaulx & chaftellenies de Clermont en Argonne, de Vienne, 
de Quemenières, enfemble les appartenences & appendences 
que tient en douaire & autrement ma dame la conteffe de 
Bar ', pour yceulx chafteaulx & chaftellenies garder & faire 
garder & gouverner en la main du Roy noftre dit feigneur, 
de la recepte faicte par le dit chevalier pour & à caufe de fes 
gaiges de 12 frans d'or à lui ordonnez & taxez par le dit 
feigneur pour chafcun jour qu'il chevauchera pour le fait & 
gouvernement du fait deffus dit, û qu'il appert par autres 
leétres du Roy noftre dit feigneur données le 10' jour d'octobre 
l'an 1373, la copie d'icelles efcripte au commencement de ce 
compte -. 

128. Recepte faicte par le dit chevalier des deniers venus &. 
yffus des revenues des diètes chaftelleries pour la caufe deffus 
dicte, c'eft affavoir : 

De Thomas Fourant, receveur en la chaftellerie de Clermont 
en Argonne, en plufieurs parties accordées, c'eft affavoir fur 
les revenues de la diète chaftellerie pour les années 1373, 1374 
& 1375 363 1. I s. II d. t. 

De Jehan Godart, clerc juré de Clermont, tant par lui 
comme par le prevoft de Revigny, pour les années 1373 & 1374, 
du maieur de Lehercourt c^ du mayeur du Petit Louppy . . 
119 1. II s. II d. t. 

Du dit prevoft de Revigny, oultrc ce que deffus eft dit , . 
22 1. 10 s. t. 



1. Yolande, fille de Robert de Flandre, seigiieur de Casscl, épousa le 
comte de Bar, Henri IV, qui mourut en 1 1-^4; elle se remaria en lyij à 
Philippe de Navarre, comte de Longueville. Enfermée dans la tour du 
Temple à Paris, pour avoir fait saisir Henri de Bar. seigneur de Pier- 
repont, elle en sortit le 26 oct. 1 3T 3 (Anselme, Mais, de France, /. //. 
p. 736, et t. V, p. ^12; Mandem. de Charles V, n°' 426. 697, 7/9, 823. 
989, 99/, 1080, 146-J et is8i ). 

2. Quamvis prefens compotus examinatus & auditus fuerit in caméra 
compotorum, hoc folum iacium eft pro lecuritate dlcli domini de Foup- 
peyo, quia non tangit in aliquo Regem nec refta iflius compoti fcripta in 
fine eft folvcnda per Regem, ymo débet folvi per diclam comitiffam de 
Barro. 



64 COMPTE DE RAOUL DE LOUPPY 

Du dit maieur de Lehcrcourt 85 1. 3 s. 5 d. t. 

Du dit prevoft: de Revigny, de certains deniers qu'il avoit 
levez par deftaut de home des biens demorez de la fucceflion 
de feu meffire Jehan Colart de Revigny 70 1. t. ' 

Summa recepte hujus compoti .... 660 1. 7 s. 3 d. t. 

129. Defpenfe : . 

Pour les gaiges du dit lire de Louppy defervis pour le fait & 
gouvernement deffus dit, c'eft affavoir du 8* jour d'odobre 
Tan 1373, qu'il parti de Paris pour aler &. fo}'' tranfporter es 
chafteaulx & chaftelleries deffus dictes, pour ycelles prendre & 
faifir en la main du Roy noftre feigneur, & vacqua & demora 
en ce faifant jufques au fécond jour de novembre enfuivant 
inclux, que fon retour fu à Paris, par 26 jours; pour ce au feur 
de 12 frans par jour à lui ordennés & taxez par le R05' noilre 
dit feigneur & par fes diéles lettres, comme dit elt 312 frans. - 

130. Pour femblables gaiges du dit fire de Louppy, pour 
un autre voiage fait par lui de Paris es chafteaulx, terres c^- 
chaltellenies deffus dictes, es mo3^s de may & de juing Tan i ^7^. 
du commandement & ordenance du Roy noftre fire, fait en la 
prefcnce de monfeigneur le duc de Bar & de monfeigneur le 
conte de Sallebruce 3, pour ce que Ton avoit donné à entendre 
au dit feigneur que la garde & gouvernement des diz lieux eltoit 
très mal c"t très negligeument fait par les gens, gardes & 
officiers qui lors y eftoient, & pour y eltablir cappitaines, 
gouverneurs, gens d'armes, arbalalelliers, portiers, gaicles & 
autres officiers, pour la garde c^ feurtè des diz lieux ou nom c^- 
pour le Roy noftre dit feigneur : le dit lire de Louppy parti de 
Paris le 21"^ jour du dit mois de may ^^ vacqua tant en alant. 
befoingnant (Se retournant pour ce que dit elt jufques au ()" jour 



1 . lili rcccptorcs fiicrunt ordinall nominc rc,i;ii) ad rccipicndum cmo- 
lumcnta diclarum tcrrarum pcr dominuni de l.ouppcNo. .MandcnUir ad 
compulandum. 

j. Diclus dominas de I.ctuppcyo, prcicns in camcra compulnriim, 
aricruit. pcr juramcnUim quod vacavit in prcicnli cominionc pcr tcmpus 
dcliynaUim in fcric cujuslihct. particule prefentis compoti. 

3. Jean II, comte de Sarrehntck, bouieillicr de France (Ansei.mk, .Mais, 
de Prance, /. Vlil. pp. f-'o-po et ^??): par son mariaoe avec (hlle. fille 
de Pierre de liar (id,, I. \.p- ^ r i ). il élail heaii-frère de Pierre de llar. 
seifyneur de Pierrcponl. 



GOUVERNEUR DU DAUPHINÉ 65 

de juing enfuivant exclus, par i8 jour, 12 frans d'or par jour à 
lui ordennez, comme dit eft, valent 216 frans. ' 

131. Pour femblables gaiges du dit lire de Louppy, pour un 
autre voiage fait par lui de Paris es chafteaulx & chalfelleries 
deffus dictes, pour ce qu'il avoit entendu que la caufe du 
département des capitaines e^ gens d'armes qui s'eftoient 
partis, ce faut pour ce qu'il ne pouaient eftre paiez de leurs 
gaiges & que les rentes de la dicte terre ne pouaient fuffire aus 
dictes charges, & pour ce fut accordé & ordenné tant par la 
diôle conteffe comme par fes gens & officiers, que l'en medroit 

'fus un fubfide de 500 frans, qui feroit levés es dicl;es terres & 
chalfellenies pour le paiement des dictes gens d'armes & 
officiers; pour le quel fait le dit lire de Louppy parti de Louppy, 
& vaqua en alant, befoingnant & retournant pour ce que deffus 
eft dit par 7 jours du dit mois de juing, pour ce au fuer de 
12 frans d'or par jour comme deffus 84 frans. ' 

132. Pour femblables gaiges du dit lire de Louppy, defervis 
pour un autre voyage fait de Paris au dit lieu de Clermont & 
es autres chaftelleries, du commandement du Roy noftre 
feigneur fait de bouche au dit fire de Louppy, en la prefence 
de monfeigneur le conte de Sallebruce, de monfeigneur 
Guillaume de Craon - & de plufieurs autres chevaliers, pour 
caufe de ce que la dicte conteffe fu quicte de revenir en prifon, 
le Roy noftre dit feigneur voult & ordenna que les dicles 
chaftelleries & terres feuffent encores gouvernées en fa main, & 
que les capitaines, gens d'armes & officiers feuffent retenuz 
aus gaiges jufques à un an ; pour la quelle chofe faire & 
acomplir, le dit lire de Louppy parti de Paris le 15'' jour de 
décembre l'an 1374 & vacqua en alant, befoingnant & retourner 
pour ce que dit eft fere jufques au fécond jour de janvier 
enfuivant excloz, par 18 jours, au fuer de 12 frans d'or par jour 
comme deffus, valent 216 frans. ' 



1. Afferuit ut fupra. 

2. Fils d'Amaury III de (Jraon, Guillaume le (jiand, seigneur de 
Sainte-Maure, fut la //;>f des -ricomles de Chateauduii (Anselme, t. VIII, 
p. 569-7/;. 



00 COMPTE DE RAOUL DE LOUPPY 

133. Pour l'emblables gaigcs du dit lire de Louppy dclïervis 
pour un autre voyage fait par lui aus diz lieus, pour meclre fus 
& faire lever un fubfide montant à la Ibmme de 700 frans ou 
environ, qui fu ordennez eitre levez es dictes terres & chalfellenies 
pour le paiement des gaiges des gens & officiers qui derrenie- 
rement avoient efté retenus par l'ordenance du Roy nollre dit 
feigneur. pour ce que les revenues des dictes terres ne povoient 
luffu^e aux gaiges d'iceulx officiers; pour le quel fait le dit fire de 
Louppy vacqua, tant en alant de Louppy aus diz lieux comme 
demorant & retournant par 8 jours du moy de février l'an 1374 
delïus dit, c'eft affavoir du 20' jour jufques au 28^ jour d'icelui 
mois excluz, pour ce au fuer de 12 frans par jour comme 
deffus, valent 96 frans. ' 

134. Pour lemblables gaiges du dit lire de Louppy, defervis 
pour un autre voyage fait au dit lieu de Clermont pour 
journoier & parlementer avecques les gens & officiers du duc 
de Lucembourc ^, pour caufe de certain defcort qui eltoit entre 
les gens & officiers de la dicte conteffe & du dit duc de 
Lucembourc, la quelle journée avoit efté prinfe au 15'' jour de 
may l'an 1375, & pour ce que accort ne fe print lors entre les 
dictes parties une autre journée fu prife au 15'-' jour de juillet 
cnfuivant: pour le quel fait le dit lire de Louppy vacqua en 
alant, befoingnant & retournant par 5 jours. 12 frans d'or par 
jour, valent . 60 frans. ' 

135. Pour femblables gaiges du dit lire de Louppy, defervis 
pour un autre voiage fait par lui au dit lieu de Clermont en 
Argonne au 15^ jour de juillet deffus dit. pour la journée prife 
avec les gens & officiers du dit duc de Lucembourc, e^ aufll 
contre les habitans de la ville de \'erdun. à la quelle journée 
acort fe print entre les dictes parties : ou quel voiage le dit fire 
de Louppy vacqua en alant, befoingnant ^^ relournanl du 
lo*" jour du dit mois de juillet jufques au 17'' jour du dit mo\s 



I . Affcruit ut lupra. 

J. Woiccslas I" avait nhU-iui de /cnif^crciir (Jiarlcs I\'. son J'rcrc. 
l érection de son comte de Liixenihoiir^r en ditclic. le i ,' mars 1 ;^ / (AH. 
HtnKK, Kcgcslcn cl. Kaiscrrcich.s unlcr Kaiser Karl I\'. Innshnicl,. '•'^J /. 
t '/?-/)■ 



GOUVERNEUR DU DAUPHINÉ 67 

inclux, par 8 jours, 12 frans d'or par jour comme delïus, 
valent gôfrans. ' 

136. Pour femblables gaiges au dit fire de Louppv, dclTcrvis 
pour un autre voiage fait par lui au dit lieu de Clermont, on 
mois d'aouft l'an 1375, pour veoir c*^ viliter la garnifon du dit 
lieu & des autres fortereffes de la dicte terre, &pour pourveoir 
en la fortiffication, emparement & garde des diz chafteaulx, 
pour doubte des gens de compaigne & des rentes eftans en la 
compaignie du fire de Coucy -, qui fe tra3^oient en Barrois, pour 
paffer en Aliemaigne ; pour le quel fait le dit fire de Louppy 
vacqua en alant, befoingnant & retournant par 3 jours du dit 
moys, valent, au pris de 12 frans par jour comme deffus, . . 
36 frans. ' 

137. Pour femblables gaiges du dit lire de Louppy, pour un 
autre voiage fait par lui au dit lieu de Clermont ou mois 
d'octobre l'an 1375, pour quaffer certaine quantité de gens 
d'armes que il avoit mis es dictes fortereffes, pour renforcier 
contre les dicles compaignes ; pour le quel fait il vacqua en 
alant, befoingnant & retournant par 3 jours du dit mois, 
valent, au pris de 12 frans par jour, 36 frans. ' 

138. Pour femblables gaiges du dit fire de Louppy, defervis 
pour un autre voiage fait par lui de Paris au dit lieu de 
Clermont & es autres fortereffes de la dicle dame ou mois de 
février l'an 1375, du commandement du Roy noftre feigneur à 
lui fait par bouche, pour pourveoir à la garde & defenfes des 
dictes fortereffes & pour refifter à l'encontre des dictes gens de 
compaingne qui revenoient d'AUemaigne avec le dit fire de 
Coucy, & avec ce lui fu commandé par le dit feigneur que il 
alaft par devers Tevefque de Mes 5, le duc de Lorraine t cK: 
par devers monfeigneur de Bar, afifin qu'il feuffent préss de 
combatre & refifter contre les dictes compaignes. Pour les 
quelles chofes faire &- acomplir le dit fire de Louppy vacqua en 
alant, befoingnant & retournant, c'eft affavoir du 21" jour de 



1 . Afferuit ut fupra. 

2. Enguerrand VU. sire de (loucy {cf. Répert. , t. 664 el suf^pl.). 

3. Thierry Bayer de Boppard, évêque de Metz de i ^(>$ à i ^84. 
j\. Jean l" fut duc de Lorraine de r 746 à sa mort, en r^oo. 



68 



COMPTE DE RAOUL DE LOUPPY 



février qu'il parti de Paris jufques au derrenier jour de mars 
enluivant. uu quel temps font comprins 39 jours, dont il chiet 
8 jours qui fu à Louppy pourfes befoingnes, demeure 31 jours, 
valent au pris de i 2 frans par jour comme deffus 372 frans. ' 
Summa expenfarum hujus compoti .... 1,524 frans. 

• Sic debentur dicto domino de Louppeyo 

863 fr. 12 s. 9 den. tour. ^ 

Auditus die _'8' aprilis anno 1376. 

Collatio prefcncium compotorum cum compotis originalibus retentis in 
eamera compotorum Parifius faiSla fuit in diiSla caméra die x'' januarii 
M (>CC Illh^ Ijcl" pcr me Hu(gonem)de O)lumbeyo & me Robertu m Coiffe. 



ADDITIONS ET CORRECTIONS 



P. 2J. 

P. 25. 
P. 30, 
P. 31, 



p. (). l. 1 : Bici: l]uc le ms. porte CCCLXIII, il faul lire 1362. 
P. i). n. _' : Aymé des Baux était en 737/ sénéchal de B e au c ai r e (Man- 
dem. de Charles V. n° 812. f>. .fij). 
„ . n. 3 : Le compte d'Adam Chaniepri))2e pi il fin le J7 ai'iil i '}Gj 
(»"•" T-] et 12'^,, n. f). 
au lieu de chevalier, lire clerc et... (cf. n" 9^). 
Malgré la leçon du ms. (xxxj), il faul èvideminenl 

lire 30. 
(.'/• Mandem. de (^Iharles V. »'" .-f^S et 46 s' >i. 
Le ms.porle par erreur lundi au lieu de jeudi. 
)) )) samedi » jeudi. 

Lire Loquatur. quia... cancellario : set visis... 
Le rei;. B. y2j; des arcli. de l Isère renferme un acte du 
II) juil. I ^66 relatif dno Therrico Richerii. canonico Vir- 
dunensi (f' ly 7/'). ^L Léon Ciormain', dans une notice 
intitulée : La lamille des Richier, d'après les travaux les 
plus récents (Mém. et doc. de la soc. d. lettres, sciences 
et arts de Har-le-Duc, /<S'<S'>). a décrit les médaillons 
<rravés , par Jean Richier pour des membres de sa famille 
et pour Marie Vi<^non, qui fut lajémme de Lesdi<>uières. 
l. () : Malgré le ms. qui porle xn.i, lire 12. 
S : )) )) XXV, )) 31. 

/. j'j : L'année élanl toujours prise ici à Pâques, il faut 13O5, 
bien que le ms. ait LX\T, 



P 



^-J- 



n. 1 
/. 2 



n. 1 
L27 

l. 12 

n. i 
n. 



l- 35' 
» 

P. 48, 



1. Aiïeruit ut fupra. 

2. l)e ilUi relia habuit cedulam curie teflimonialem, tamen non cil 
folvenda per Refjem, ymo per di^lam comitilfam de Ikirro. de cmolumentis, 
dicl. cadrorum : dicla (icdula laela luit die auditionis ijrelentis compoti. 



TABLE ALPHABÉTIQUE 



Les chiffres renvoient aux miméros du Compte {texte ou note) 
et )7on aux pages : la lettre n qui suit un chiff're indique la 
présence dhine note. 



AiLLOuST (Michel), 30. 

Albon (chastellain d'). 20. — Albon 

( Drôme). 
Alegret (messire), 124. 
Alemand (Aymar), 41, 120. 
Allemaigne, i 36, 138. — Allemagne. 
Ance :ii Anse. 

Anglesches (compaignes). 57, i i i. 
Angleterre (despensier d'), 89 ; — 

(roy d'), 82, 83. 
Anglois (ambassadeurs du roy), 39; 

— (compaignes des), 112. 

Anjo (sire d), 57, 120. — Anjou 

(Isère). 
Anjou (duc, monseigneur d'), 3 jn. 

57, 75. 75'^^ 84, 86, 124. 
Annonay (chastel et terre d'), 68 ; — 

(fait d'), 69. — Ajino7tay(Ardèche). 
Anse (capitaine d'). 36; — (forteresse 

d'), 120; — (ville d'), 79, 121, 

12 2. — A^ise (Rhône). 
Antissiodorensis (dominus), i 26?^. 

— Auxerre (Yonne). 
Aranies (de), 8. 

Arces (Artaut d'), 123; — (Fran- 
coys d"), 77 ; — (Morart d'), 123. 

— Arces. c"« de St-Isniier( Isère ). 
Argentueil (prieur d'), 73. — Argen- 

leuil (Sei7ie-et-0ise). 

Argonne : voy. Clermont. 

Arle, I, 34, 77. — Arles (B.-du-R.) 

Arnoui. (Pierre), 36. 

Artaut (Guillaume), 112; — (Ja- 
ques), 63», 64, 66, 68, 72, 75. 
82, 99, 116, 117. 123, 124. 

Arthaut "ZZ Artaut. 



Aute Pierre, maison forte. 64. 
Autun (Robert d'). -27. — Hostun 

(Drôme). 
Avignon, 21, 23, 25, 34, 35, 37, 

38, 39, 49, 57, 58, 61, 62, 66, 

68, 69, 71,73, 74, 75, 75«, 77- 

78, 79, 80,81, 82,83,86,93, 

98, 99, 100, 102, iio, 113. 

I 1 4, I I 5, I I 6 ; — (evesque d'), 

75a «. — Avignon (Vaucluse). 
Ay (Goret et Guichart d'), i 24. 
Badefol (Guy de), 5 5n; —(Seguin, 

Segun de), 79», 120, 121, 122. 

— Badefols (Dordogne). 
Baigneux (Gonticr de), 2377. 53, 6g, 

71,1 26. 
Baignols. Balneolisir Baigneux. 
Bar (contesse de), i 277? ; — (duc de). 

1007?, ICI, 130-, — (Pierre de), 

89. — Bar-le-Duc (Meuse). 
Barat (Didier), lieutenant. 29. 
Barbays (Henry de), 75, 82. 
Barbés := Barbays. 
Baronies (juge des), 118. 119. — 

Baronnies de Mèvouïtlon et Mon- 

tauhan (Drôme). 
Barrois, 100, loi, 136. 
Bâtie (la) de lez Chaourges, 118.-- 

La Bâiie-Neiive (Hautes-Alpes). 
Baux (Amé des), 3 2m-, — (Bertran et 

Guiot des), 66». — ( Bo.-du-Rh. j. 
Baxi (sire de), i 20. 
Beaune (Jehan de), 46. 
Beauvoir du Marc (chastellain de), 

4. — Beaiivoir-de-Marc (Isère). 
Beauvoir en Royanx (chastellain de). 



T 



COMPTE DE RAOUL DE LOUPPY 



1 8, 44 ; — (lieu de), 2 7 : — (ostel 

de), 18. — B.-cn-Royans (Isère). 
Beavoir ::r Beauvoir en Royanx. 
Bedons (Bertran de). 32. 
Belesemblant rr Belsamblant. 
Bellalz. 55. — Belley {Ain). 
Belmon in Bclmont. 
Belmont (Amblart de), 63», 64, 65, 

1 2 3 ; — (Aynart de), 7 7 ;— (Fran- 

coys de), 77, 120. — Beaumoni, 

ciiij. Saint-Michel, c'"-' du Toiivel 

[Isère). 
Belsamblant (Artaut de), 70», 124. 

— Bcausemblant {Drame). 
Belveolr r= Beauvoir en Royanx. 
Belvoirrr: Beauvoir en Royanx. 
Blez (Henry des), 72. 
Boczcsel (Guillaume de), i i . — Boc- 

zosel, c'^e du Moi lier {Isère). 
Boeinc zr Boenc. 
Bocnc (Alegrcs. Aiegret de). 72. 77, 

82, 120. 
Bohent rz Boenc. 
Bonnent (Jean de), 66. 
Bonnet (Boniface), 12 ;— (Loys), 12. 
Bouczesel (Frepct de), 26». zr Boc- 

zesel. 
Bourbon (Jaque de), 62». 
Bourgoigne, 72, 82, /oo: — (duchic 

de), Kjo. 101, if2-. — (Jehan de), 

8q. — Boiir'jogne 
Boursaut (terre de), 8 

saull {Marne). 
Bousaut rr Boursaut. 
Bouseuzel (loques de). 

zesel. 
Brayseul (Falque de). / 

sicux (Ast-rc). 
Bretons (compaignes des), f 12. 
Brianconnois =: Brianconnoiz. 
IVianconnoiz. 14, ^6 ; — (baronnie 

de), 66;— (jugeriede), 56;— (terre 

de), 100. ~ Briançonnais. 
lirignay, 02«, 63, 64;— (forteresse 

de), 62. — Brignais {Rhône). 
Britanzonnois (sindicz de), 43. = 

Brianconnoiz. 
Biîi,F,H (l'ierre), i 5 . 
Calea (Dominique de), lombart, 3 i . 
Calvimontis(baillivia), i 26. —Chan- 

monl {Haute-Marne). 
Canduns, escuier, 104. 



2. 87.— Bon r- 

1 2o. :zr Boc- 
20. — Bies- 



Cane (Gerart de la), 8. 

Cassans (Jehan), escuier, io(). 

Castro (Petrus de), 126. 

Cayrars. 04. — Chàteati-i^^ieyras 
{Hautes-Alpes). 

Cenomanepsis episcopus. 5^. — Le 
Mans{Sarthe). 

Chais (François), 43. 

Chaisy (Francoys), 56. 

Chalon, 72 ; — (Hugues de), mes- 
sire. 68«. — Châlons-sur-Saône 
{Saône-et-Loire). 

Chamberieu, 48. — Chamhèry {Sa- 
voie). 

Chambre (Berton de la), 97. 

Chambrieu, 65, 77, 108; — (com- 
mandeur de), II. = Chamberieu. 

C11ANDOZ (Jehan de), S2n, 83. 

Chanteprime (Adam), 34". 3=5, 5'», 

77. 1-5- ^. 

Chaponnois (Pierre), 16. 

Charles [V], roy. 61. 

Charpentier (Guillaume), 3. 

Chassenage (Didier de), 63», 64, 66, 
10 ?, I 20 ; — (seigneur de), 77. — 
Sassenage {Isère). 

Chassenaige ziz Chassenage. 

Chasteauvillain (Jehan le bastart, 
seigneur de), 106. — Châteauvi- 
lain {Isère). 

Chasleillon (chasteau de), 08. — Chà- 
tillon-sur-(Jluses {Haute-Savoie). 

Chastel le Dalphin (chastellenie de). 
94. — Casleldeljhio {Salnces). 

Chastelneuf (Aymart de), 63, 64, 
70; — (Oddcbert, Oudebert, sei- 
gneur de), 6?«, 64, 120; — (sire 
de), 70. — Chàteaiineuf. c'"-' de 
l'Alhenc {Isère). 

(vhastelnuei 1= Chastelneuf. 

Chcnay (le Camus de), U4. 

Chevrières(T'ontzonde). 12. — {Isère). 

(^izerin (Guclis de). 46. — Cizerin. 
c""-' de Corenc {Isère). 

Clauso (B. de), 1 26. 

C^lermont, C. en Argonne, 127, 128, 
/?2, /?^, /?5, lyô, lyj, 1^8.— 
(Jlermo)il-en-Argonne {Meuse). 

(>oiFi-E (Kobertus), i ?8. 

Columbeyo (Hugo de), 1 ?8. 

(^ombe (Jehan de la), escuier. 1 10, 
112. 



GOUVERNEUR DU DAUPHINE 



71 



Conflans (Jehan de), 66 ; -• (sire de), 
61. — Conflans {Marne). 

CoPER "= Coupler (Guy). 

CoppE (Régnier, Renerus, Renier), 
I 7«, 5 2, 66, 124, I 26. 

CoppE (Symonnet), 58», 110. 

CoppiER^r Coupler (Guy). 

Coppo =1 Coppe (Régnier). 

Coste Saint Àndrleu (la), 112: — 
(chastellaln de la), 11, 22, 26, 
106; — (ostel du gouverneur à 
la), 29. — La Côte-Saini-Andrc 
(Isère). 

Coucy(sirede), I 36»,! 38. — (Aisne). 

Coulombo (Reginaldus de), 126. 

Couper =: Coupier (Guy). 

CoupiER (Guy), chevalier, 29", 90, 
63, 64, 66, 67, 68, 70, 90, 
99, I 07, I 20, I 24. 

CouppE m Coppe (Renier). 

CouPY zzz Coupier (Guy). 

Couste Saint Andrieu=:Coste S. A. 

Craon (Guilleume de), i 32;?. 

Crebeu, 72. :r= Cremeu. 

Cremeu, Cremieu, 72, 82: — (isle 
de), 64. — Crémicu (Isère). 

Cuignet (Jehan et Michelon du), i 3 . 

Dalpiiin (monseigneur le), 11, 21, 
38, 40, 45, 46, 53, 57, 58, 62, 
63, 64, 66, 67, 68, 69, 70, 74, 
81, 90, 92, 93, 94, 95, 96, 98, 
99, 102, 105. 112. zn Charles. 

Dalphinatus :rr Dalphiné. 

Dalphiné, 37, 53, 57, 61, O2-O5, 
07, 69, 72, 73, 77, 79-83, 85, 
80, 87, 88, 89, 92, 95, 100, 
103, 112, 122, 124; — (audi- 
teurs des comptes du), 45, 91: — 
(barons du), 54;^ — • (chambre des 
comptes du), 15, 46, 82, 91, 
iii; — (chancelier du), 78; — 
(clerc, des comptes du), 82 ; — (con- 
seil du), 5, 63, 91,1 04, 122 ; — 
(conseillers du), 59 ; — (gouver- 
neur du); I, 5, 12,45,66, 74, 92, 
/2/, 72?, T24, 725,. 726;— (mais- 
tre des monnoyes du), ij, 66 \ — 
(mareschal du), 94; — (monnoie 
du), 720, 121 \ — (pais du), /, 
52, 62, 63, 64, 66, 75, 708, 
77.^, 7 30, 7 2^; — (procureur et 
advocat fiscal du), 38, 81; — 



(trésorerie du), 2 3 ; — (trésorier 
du), 2 , 34, 47, 58, 59,.72, 73, 
107. I 10, 113, 124 (lieutenant 
du). 125,1 26. — Dauphinè. 

Dalphinic n: Dalphiné. 

Di.MEN-CHE(m''''),chappellain, i 01, 1 09. 

Di.MENCHE Bon Jehan, i 07. 

Dormans (Guillaume de), 35»; ■ — 
(monsgr de), 7S, 79. — (Marne). 

Dya (Jacques de), 46. 

Dye(évesquede), i i 2. — Die(Drôme). 

Dyois (conte de), 112. — Diois. 

Ebrun, 118; — (arcevesque de), 5;?, 
I I 8 ; — (université de), 5 . — Em- 
brun (Hautes-Alpes). 

Ebrunoiz (baronnie d"), 66. — Em- 
brunais. 

Empereur (!'), 34??, 74, '/'jn. 

Enarde (Gilecte), 40. 

Engleterre zn Angleterre. 

Ermenonville (sire d'), 84. — (Oise). 

Esbrun zzz Ebrun. 

Eschielles (les), 1 2 3 : "~~ (comman- 
deur des), 30». — Les Echelles 
(Savoie). 

Estelle (1"), 57. — Etoile (Drame). 

Estoille, 124. ■ — Cf. Estelle. 

Exils (chastellain des). 50. — Exil- 
les (Turin). 

Falavel (Regnault), 6(). 

Felinges (Perreneau de), 72. — Eil- 
linges (Haute-Savoie J't 

Florensac (Jaquemot), 46. 

Flory sur Osche, i oQ. — Fleury... 

Focigny (terre de), 68. — Faucigny. 

FouRANT (Thomas), 128. 

France, 1 , 47, 72, 82, 87, 88, 89. 
9 5i 97, 100, 106, io7i 126. 

Fucigny (chasteaux de la terre de), 
82. — Cf. Focigny. 

Gaiet (Arnoul. dit), 36. 

Galbert (Pierre), 5 1 . 

Gaee (Pierre), messire, 123. 

Galéas, 94«, 96; — de Salucc. inn. 

Gap (evesque de), 118», 11 (>. — 
(Hautes- Alpes )^ 

Gapensoix, 118; — (juge de), 1 , 8. 
■ — Gapençais. 

Gascoings (compaignes des), 1 12 . — 
Gascons. 

Gaspensoix zz Gapensoix. 

Gay (Goret), 123. 



72 



COMPTE DE RAOUL DU' LOUPPY 



Genève (Ame de), 120»; — (conte 
de). 68» ; — (Hugues de). 64», 70. 
— Genève (Suisse). 

Germain (Pierre), 6. 

GiLER, Gillerii ~r Gillier. 

GiLLiER (Denis), 2111. 

Gillier (Philippe), 2», 6, 21. 23, 
47, 58, 62, 72, 90, I 10, I 12, 
113, 125. 

GoDART (Jehan), clerc, i 28. 

GoNTERrus (magister), episcopus Ce- 
nomanensis n: Baigneux (G. de). 

Graisivodan, 5 7 ; — (grant court de), 
48; — (juge de), 8, 9, 42: — (re- 
ceveur en). III. — Graisi'i'audaii. 

Graisselliers (les), 3 i . 

Granet (Humbert), 49. 

Grant (Thomas le). 117. 

Grenoble, 65, 88, 96, 99, 1 04, i i 8. 

Grolée (Jehan de), 103. — (Ain). 

Hametel (G.), 126. 

Haquin (Huguet), 10. 

Hay.min (Jaquemin, J-mon), 9. 

Huguet (Jehan), 30. 

Jasselink (Guillaume), 14. 

Jehan [Jean II]. roi, 19,25,67,84. 

Jeiianne [de Bourbon], royne, 89. 

Laies (Humbert de), 27. 

Languedoc, i. 42, 84; — (lieutenant 
en), 75. 

Laukens (Pierre), 4. 

Laval de Vélins, 94. 

Lay (Aymon de), 5 o . 

Lchercourt (maieur de), 128. 

Lcrs, 17», 37 ; — (chastel de), 35, 
66, 75a, 78, 92, 98, 104; — 
(chastellain et cappitaine de), 9 i . 

l,ionnois ^= Lyonnois. 

Lombars. 31». 

Loraz (Humbert de), 70. 

Lorcnt (Alegrel de), 123.1= Boenc > 

Lorraine (duc de), 138». 

Lorris (Robert de), 42, 84, 85. 

Lorriz =: Lorris (Robert de). 

Louppeyo (de) ir: Louppy. 

Louppi rr Louppy. 

Louppy, 131, 1 33 ; — (Raoul, sei- 
gneur de), I, 125, 126, 127; — 
(sire de), 1,45,46,48,58, i i 1 , 
112-114, 120, 121, 122, 123, 
124, 126, 128, 129, 1 3f>, 131, 
' 3-^ '3 3. '34» nSi ' 3^>, ' 3 7i 



I 38:— (terre de), 72, 82,87, 138; 

— (Thierry de), 74. — Louppy-le- 
Cliàteaii (Meuse). 

Louppy (maieur du Petit), i 28. — 
Loufpy-le-Pelit (Meuse). 

Lucembourc (officiers du duc de), 
i 3 4», 135. — Luxembourg. 

Lyon, 19, 36, 54«, 67, 68, 79, 
120, 121, 122. — Lyon. 

Lyonnois (pais de), 62, 67. — Lyon- 
nais. 

Mailles (Henry de), 75", 77. 

.Maiiun (Jehan), 19. 

Maisel (P. Buler, alias), i 5. 

Mantalc (chastel de), 80.— Mantaille, 
c"<-' d'Anneyron (Drame). 

Marain, 70. ru Moraint. 

Marche (conte de la), 62. 

Margensay (bastart de), 72. 

Masconnoiz (en), 82. — Maçonnais. 

Matiiif-i (Jehan), 64, 70, 123. 

M.\Tiiu =: Mathieu (Jehan). 

Maulbec (seigneur de), 63». — ^L1u- 
hec (Isère). 

Melet (conte de), 88. 

Merriz (Alegrcs de Boenc). 77. 

Mes (evesque de), 138». — Metz. 

Milan (seigneur de), 89;?. — Milan. 

Moiranc. 108. — Moirans (Isère). 

Monlbonct r^ Monlbonosl. 

.Monlbonost (chastclleric de). 4() ; 

— (marinier de), 33. — Moiilhon- 
nol (Isère). 

-Montbrun, 66, 92. — (Drame). 
Montelemart, 112, 113. — Montè- 

limar ( Drame). 
Montpellier (gouverneur de), 121, 

122. — Montpellier (Hérault). 
Montrigault :=r .Montrigaut. 
Montrigaut, 6?; — (maistral de), i(). 

— Montrioaud ( Drôme). 
Moraint (compaignies des Lombars 

de), 3/. — Moirans (Isère). 

Moreint(prison de), 3 3 .— C/ Moraint. 

.Morges (Guigo de). 40 ; — (Guy de), 
7 5", 77,80, 82, 9/, 120, /2 3. — 
Morges . c""-" de Cordéac (Isère). 

Mote (.Xmé de la), 38, 50, 82, 723. 

.Mote en Malesine (chastel de la), 40. 

— La Mote-Sl-Marlin (Isère). 
Nevcrs (evesque de), 3 5". 7'^'- 7<). 
NicoLET (Jehan), 36, /23. 



GOUVERNEUR DU DAUPHINE 



Normandie (duc de), i, 6i. 

Normendie, 19. — Cf. précéd. 

Nourri (G. Richart, dit), 42. 

Ogerii (Philippus), i26n. 

Oisenx (chastellerie d'), 51 ; — (uni- 
versité d')42. 51. — UOisans, arr' 
de Grenoble (Isère). 

Orenges (prince d'), 66«, 9 i. — Oran- 
ge (Vaiicliise). 

Oubz (prevost d'), 118. — Oulx 
(Turin). 

Pappe, 2 1,2-^, 25, 36-7, 57, 66, 6y, 

71. 73, 75», 76, 79, 80,82,^3, 

102, ///, 1 12,113, 114, 115, 12 1. 

Paris, Parisius, 61, 72, 74, Sp, loS, 
iio, 124, 120, i^i, 172, 178. 

Parrete (Guillaume de la). 3. 

Peregort (cardinal de). 66». 

Petignot (Pierre), 18. 

Peyla (Jehan), marinier. 33. 

Piémont, 63, 94. — (Italie). 

Pierrelate, 66. — P-lte (Drôtnc). 

Pila, Pilart, Pilas = Pilât. 

PiLAT (Humbcrt), 64;?, 65, 70, i r 2, 
123. 

Pin (au), 123. =1 Tour du F^in. 

Poitiers (Charles de), jon. 

Pommiers (Amenyon et Jehan de), 
72. 

Pont (Jehan du), 237?, 24, 25, 57, 

72, 73. 74,. 78, /i I, 125. 
Pont de Belvoisin, 24. — Pont-de- 

Beaiti'oisin (Isère). 
Pont Jault (Pierre de), 66n. 
Prés (Miles de) 72. 
Provence, 63, 92; — (guerre de), 49, 

88; — (senechal de), 49, 57, 66, 

92, III, 112, Il 1 j; — (traictiez 

de), 89. — Provence. 
Prouvencez^ Provence. 
Pruniers (Guy de), 121. 
Puy (Jehan du), 123. 
Puy (ostel de Jehan), 108. 
Quemenières, 127. 
Quirieu (chastellain de), 28. — (Isère). 
Raymondeti (A.), 126. 
Ray.-nion, R-nd (Regnaut)i=Raymont. 
Ray-mont (Raynaut), 38», 59, 81, 

92, I 18, I 23. 
Raynaut (Pons), 38. 
Reglannes, 66, 92. — Reilhanclle 

(Drônie). 



Renart (Ponce), 105. 

Revigny (Jehan Colart de), 1 28 ; — 

(prevost de), 728. — (Meuse). 
Rev.mont 13 Raymont (Raynaut). 
Richard (Aymon), 5 i . 
Richart (Emonnet), 75, 82; — 

(Guionnet), 42. 
Riciierii (Terriens, Therricus, Thier- 

ricus), 74M. 
Rive de Gier, 90 : — (forteresse de), 

62. — Rive-de-Gier (Loire). 
Rivière (Jehan seigneur de la). 95». 
Rocha (H. de), 126. 
Roche Aiguë, 86». — Rochegude 

(Drame). 
R0CHEF0KT (Pierre), 20. 
Romans, 61, 62, 63, 64, 66, 67, 

68, 69, 71, 73, 74, 7ç, 75a, 78, 

79, 80, 81, 84, 85,86, 87, 89, 

99, 104, 108, 112, 1/3, 114, 

//8, 121. — Romans (Drôme). 
Rome, Romme (court de), ,?8. 66. 

75, 80, 81, 105. 
Romme (prieur de), n. 
Roncourt (Vivien de), 72. 
Rosne (pors et passages du), 64n\ — • 

(rivière de), 62, 69; — (terre de 

oultre le), 69. —Rhône. 
Roucillon (Amé de), 103 : — (Jaques 

de), 80. — Roussîllon (Isère). 
Roy. I, 23, 34, 39, 57, 67, 68, 09, 

71, 72, 7^, 75, 75*^, 77, 78, 82, 
8^, 87, 88, 89, 93, 98, /oo, lOi, 
106, iio, III, 121, 124, 126, 127, 
129, 130, 132,133, 1^8; — (che- 
valiers du), 22; — (conseiller du). 
84; — (frère du), 86. 

Saincte Excbe (Pons de), 94. — St- 
Eusèbe (Hautes- Alpes). 

Saincte Livière (Aubert de), 89. — 
Ste-Livière (Marne). 

Saint Anthoine (Jehan de), 72, 115. 

Saint Anthoine (ordre de), n ; — de 
Viennois (pèlerinage à), 6yn. — 
Si-Antoine (Isère). 

Saint-Bonnet (prieur de). 107. 

Saint Etienne ou Dalphiné, 64. — 
St-Eticnne-de-St-Geoirs (Isère). 

Saint Gencis en Savoye, 64. — St- 
Genix (Savoie). 

Saint Germain (François de), 11, 22. 
2 5 : — Guichart de), 72, 7 5 , S 2 . 



74 



COMPTE DE RAOUL DE LOUPPY 



Saint Jciirc (Pierre de). '>4«. — Si- 

Geoi)s {Isère}. 
Saint Pierre d'Alavart (de), o. — 

St-Pierre-d'A llcvard {Isère). 
Saint Svphorian(ehastellain de), ig. 

— St-Svmphorien-d'Ozon {Isère). 
Saint Trivier en Bresse, 72. — St- 

Trivier-de-Courtcs [A iti). 
Salenche (chastcau de), 6<S. — Sal- 

lanches {Hte-Savoie). 
Sallebruee (conte de), i 30», 132. — 

Sarrehriick {Prusse). 
Saluée (de), 100: — (marquis de), 

70», 94, 96. — Saluces {Pié- 
mont). 
Sandhet. neveu, 124. 
Santerougy (Pierre de), 6. 
Sauge, Sause, Sauze (Jehan du), 

64«, 82, I 23. 
Savoie, Savoye, i; — (conte de), 24», 

48, 5 7. 63, 64, 65, 68, 82,87., 

Q4, 108, I I I, 112, 117; — (conté 

dej, 34. 77:— (pays de), (J4. 127. 
Sens (arcevesque de), 35», 78. 79. 
Serisy (Jehan de). 107, 125. 
Soi.iM-.s (Jehan), 8. 
Sommericourt (Jehan de), 23, 5O, 57, 

in. — Sommerècouri {Hte-Manw). 
Souillers (Robert de), 72. 7 s. 
Stamparum cornes, 74. — I^tam- 

pes . 
Suireu (chastel de), 124". — Surieu, 

c"»-" de St-Uo!7iain-de-S. [Isère). 
TiiOMAssix le fauconnier, ^5. 
ToGF.NAz, chastellain, 44. 
Torchefelon (Guy de). 28. — {Isère). 
ToKNATOius (Thomas), t 2 0». 
ToR.MKK (Barthélémy), 54. 
Toulnys '^seigneur de), 80». -- fiil- 

lius {Isère) ? 
Tour (seigneur de la), 89 ; — (terre 

de la). ^4. rr suiT. 
Tour du Pin (chastellain de la), 29. 

La l'uur-du-Pin {Isère). 
Tours sur .Marne (Nicole de), 6'», 

^0.03 100, loi. — {Marne). 



Tuillans (sîre de), 120. — Tullins 

{Isère). 
\'aigxon (Vitre), 3 i , 
\'al (chastellain du), 20. — Vais, c"" 

de Sl-Uze [Drôme). 
\'albonnois, \'-iz (seigneur de) , ^8, 

81. 105. — Valbonnais {Isère). 
Valence, 57, 59,114, 121; — (évesque 

de), ôj"», 80, I 12, 124. — {Drôme). 
Valentinois, V-oys (conte de), 24, 

48, 57, III, 112. 
\'aubonnoiz =r Valbonnoiz. 
Vauldole (chastellain de la), 7. 
Veneissein, \'-sin (conté de), i 12; — 

(rector de), i i 2». — Comtat-Ye- 

naissin. 
\'erdun (ville de), 135. — {Meuse). 
\'erdunensis (canonicus), 74. — Ibïd. 
\'ergy (Guillaume de), 12, 45, 66,, 

92, I I o . 
\"esille (chastellain de). 4 1 . — V'/c///t' 

[Isère). 
\'ienne, 55. 02, 64. 90, 121; — 

(administreur de l'arcevesqué de), 

80 : — (jugerie de), 54,- — (man- 
dement de), 2. — Vienne {Isère). 
\ienne (chastellenie de), 127. — 

] "ienne-le-Châlcau (Marne). 
\'ienne (Jacques de), i», 89, i 26. 
\'iennois (dalphin de), i, 61, 71. 

82,1x0. 124: — (mandement en), 

66. — l'/t'««o/.s-. 
Villeneuve lez Avignon,, 68. — 

\ illeneu ve-lès-A vignon {Gard). 
\'inay (.\nthoine de), 1 i 2, i 20; — 

(seigneur, sire de), 57, 67«, 70, 

77, (/), 112,113, I 24. — {Isère). 
Viromandensis (baillivia), 1 26. — 

W'rmandois. 
\'ilriaci (baillivia), i 26. — \'iliy-le- 

François {Marne). 
Voiron (de), 30. — l^oiron {Isère). 
Warinls, cambellanus, 74. 
Ysaire, 108. — L'Isère, riv. 
"^'seron (chastellain de). 18, 44. — 

Izeron (Isère). 



GOUVERNEUR DU DAUPHINE 4g 

feigneur de Valbonnois, pour ce 20 florins de bon pois, valent 
20 florins 10 gros. 

106. A meflire Jehan le baftart, feigneur de Chafteauvillain, 
chevalier, & à Jehan Caflan, efcuier, chafl:ellain de la Cote Saint 
Andrieu, lefquelx avoient efté mandez par le Ro}^ pour venir à 
fon mandement qu'il fift ou mois de feptembre Tan 1369, fi 
s'acompaignerent à venir en la compaignie du dit gouverneur 
ou voiage darenier qu'il fift lors en France, pour deniers par lui 
à euix preftez pour fupporter leurs fl'ais en venant au dit 
mandement : fi comme il appert par leur cedule donnée le 
premier jour de novembre 1369, à chafcun 10 fi'ans, pour ce 
20 frans, valent 24 florins. ' 

107. A meffire Dimenche Bon Jehan, prieur de Saint Bonnet, 
lequel le dit gouverneur prifl; & amena en fa compaignie en 
France ou darenier voiage qu'il y filt contenu en la partie 
précédente, pour lui acompaignier durant ycellui voiage pour 
doubte des chemins qui lors efloient fort doubteux, pour 
deniers à lui bailliez pour le defpens de lui & de 12 hommes 
d'armes qu'il prift en fa compaignie pour la dicte caufe durant 
le dit voiage faifant, des quelles gens d'armes il fift monftre 
pardevant meflire Guy Coupler, chevalier : fi comme il appert 
par ycelle & leàtre de recognoiffance du dit prieur donnée le 
24^ jour de feptembre 1369 ensuivant : pour ce 65 florins petiz. - 

Summa : 141 flor. 9 gros Dalph. 

108. Autre defpenfe pour reltitucion de chevaux perduz 
durans les volages fais par icellui gouverneur, dont deffus eft 
faite mencion, c'eft affavoir : 

Pour un fomm.ier que le dit gouverneur avoit acheté 
à Paris l'an 1361, quant il parti d'illec pour venir ou paiz 
du Dalphiné pour le gouvernement d'icellui, le pris de 50 
tlorins ; lequel fu afolé en chemin, en un voiage que ycellui 
gouverneur fift à Chambrieu, ou mois de juing 1362, pardevers 
le conte de Savoye . le quel fommier demoura malades 



1. Fer licleras de 20 Irancis. 

2. Videatur computus Johannis de Scrify, thefaurarii Dalphinalus. 
quia ibi capiuntur vadia iflorum pro fc & i j hominibus armorum. 
.•40 flor. pro toto menfe feptembris 13O9, & ideo radiatur. 



50 COMPTE DE RAOUL DE LOUPPY 

à Moiranc en Toftel Jehan Pu}', le quel le ramena depuis à 
Romans pour ce qu'il ne povoit guarir : & pour ce lu vendu à 
un marefchal du dit lieu de Romans le pris de 20 florins, le 
quel marefchal tantoft apiez fe na3ra lui & le dit ibmmier en 
Yfaire. Des quelx 20 florins on ne pot onques riens recouvrer ne 
fur le dit marefchal trouver aucuns biens, pour ce pour la perte 
du dit fommier 50 florins de petit poiz. ' 

109. A mefïïre Dimenche, chappellain du dit gouverneur, 
pour deniers à lui bailliez pour la reftitucion d'un fîen roncin 
qui lui fu tolu & robe à Flory fur Ofche en Bourgoigne, en un 
voiage ou le dit gouverneur le envoia pardevers le duc de Bar 
en Barrois en février l'an 1362, pour lui porter lettres de par le 
Roy pour le fait de la duchié de Bourgt)igne, dont ci devant ou 
chapitre précèdent en une partie eft fait mencion, pour ce. . 
30 florins de petit pois. 2 

110. Autre defpenfe pour deniers qui deuz eftoient au dit 
gouverneur pour emprunt par lui fait en fon propre c'^ privé 
nom en Avignon Tan 1363, de la fomme de 3,783 florins 9 gros 
de bon pois, pour faire finance au Roy noftre feigneur, adonc 
dalphin de Viennois, a fon très grant befoing; et la quelle 
fomme du dit emprunt le dit gouverneur changa au dit lieu à 
la fomme de 3,000 frans d'or pour la rendre à Paris au dit 
feigneur, qui ycelle ot & receut par la main de Jehan de la 
Combe, efcuier : fî comme il puet apparoir par Icctre de 
recognoiffance d'icellui feigneur, donnée le 25'^ jour de 
février 1363, contenant la dicte fomme avoir effé receue par 
Philippe Gillier, lors treforier du Dalphiné; au quel gouverneur 
il fu pour ce mandé par le dit feigneur & par fes leclres patentes 
données le dit 25"= jour de février, que la diéle fomme il 
lecouvraft du dit treforier pour paier foy & defchargier du dit 
emprunt. Et du quel Ph. Gillier ycellui gouverneur & par fon 
mandement reçut par la main de Simonnct Coppe 1,784 florins 
de bon pois, (S: aufli lui fu oncores deu du dit emprunt 
1,999 fl''Jiiris 9 gros de bon pois, dont depuis ne reçut aucune 



1 . Loquatur, quia atlcnlis vadiis cSc donis rcx non IcncUir, & idco 
radialur. 

2. Loquatur, rcx non tcncUir. 



GOUVERNEUR DU DAUPHINE 5I 

chofe, pour cause de la mutacion et deftitucion du dit Philippe 
de Toffice de la dicte treforerie; pour la quelle caufe & pour 
le dit emprunt rendre & parpaier le dit gouverneur reçut & 
prift depuis des biens demourans du décès de feu meffire 
Guillaume de Vergy, jadiz fon predeceffeur ou dit otîice, la 
lomme de 2,000 florins de petit pois, dont il fait recepte ci 
devant : les quelles parties ainfi receues font rendues ci devant 
en la recepte de ce compte & pour ce font reprinfes ci par vertu 
des dictes leclres & mandemens tout rendu à court pour 

3,783 flors9 gros bon pois, valent . . . > 

3?935 florins i gros 3 quars & demi. ' 

Summa : . . . . 3,Q35 flor. i gros 3 quars cum dim°. 

111. Autre defpenfe faite par le dit lire de Louppy fur certaines 
charges dont il a efté chargez, & les quelles ont efté envolées 
par deçà par les gens des comptes du Dalphiné en un roole 
foLibz les feaulx des auditeurs des comptes, des quelles charges 
& aufll des parties j^rinfes en defpenfe cy après le dit fire de 
Louppy avoit rendu compte par devers les diz auditeurs & 
bailliez les lectres appartenant ad ce. 

Pour deniers receuz par le dit fire de Louppy de Jehan du 
Pont, receveur en Graifivodan, par les mains de Jehan de 
Somericourt, clerc du dit gouverneur, pour & à caufe de la 
fomme de mil florins à lui donnée par le Roy noftre fire , pour 
confideracion des labours & paines par lui fouftenus en la 
pourfuite des confederacions & aliances faites entre le Pappe, 
le Roy, le conte de^^Savoye, le conte de Valentinois & le 
fenefchal de Prouvence d"une part, & les compaignes Anglefches 
qui lors eftoient fur le pays d'autre, & pour lïmpetracion de 
plufieurs bulles pour ce empêtrées ; des quelx deniers ainfi par 
lui receuz & pour la dicte caufe le dit fire de Louppy bailla 
lors les lectres du dit don au dit Jehan du Pont & doivent eftre 
rendues en la chambre des comptes du dit Dalphiné par les 
comptes du dit du Pont, & laquelle fomme de mil florins eft 
rendire ci devant entre les diètes charges venues des auditeurs 
des comptes du dit Dalphiné en la fomme de 1,554 florins 

I . Corrigitur. 



I 



52 COMPTE DE RAOUL DE LOUPPY 

I gros & 3 quars petiz, laquelle fomme eft reprifc c}' par vertu 
du dit don, pour ce i ,000 florins petiz. ' 

112. Pour les defpens du dit lire de Louppy, en fa compaignie 
meflire Raynaut Ra3-mont, chevalier, monlire Humbert Pila, 
Jehan de la Combe, le leigneur de Vinay, meflire Anthoine fon 
filz à 15 chevaux, le treforier & meflire Guillaume Artaut a 
10 chevaux, &. les gens de fon hoftel à 20 chevaux, faiz ou mois 
de novembre 1363 en pourfuient les aliances faites entre noftre 
faint père le Pappe & le reélor de Veneiflien - pour le conté de 
Veneiflin & le dit fire de Louppy pour monfeigneur le Dalj)hin, 
le fenechal de Provence, le conte de Savoie, les evefques de 
Valence & de Dye & le conte de Valentinois & de Dyois, pour la 
feurté & deffenfe des pays & terres des feigneurs deffufdiz contre 
les compaignes perverfes des Anglois, Gafcoings, Bretons & 
autres gens de compaigne eflans ou royaume & en la duchié de 
Bourgoigne, qui s'efforcoient d'entrer cSc faire guerres es terres 
& pays des feigneurs deffufdiz ; & pour ce fut prife une 
journée entre les diz feigneurs à Montelemart, au 5"= jour du dit 
moys de novembre. Pour lequel voiage faire le dit lire de 
Louppy partift de la Courte Saint Andrieu le 3"= jour du dit moys 
de novembre 1363, & en alant au dit lieu de Montelemart, 
fejournant & befoignant pour ce que dit eft, & en retournant 
ou dit Dalphiné, le dit lire de Louppy vaqua c*^ demoura du 
3' jour du dit mois de novembre jucques au 8"= jour d'icellui 
mois inclus que fon retour fut à Romans, par 6 jours, premiers 
& darenier comptez : fi comme il appert par les parties des 
defpens pour ce fais efcriptes en un pappier par les gens du dit 
fire de Louppy qui les diz defpens faifoient, rendu à court fur 
ce compte; montent les dictes parties pour tout 182 florins 

II gros, 95 florins 5 gros, dont il chiet pour deniers pris par le 
5' compte de Ph'e Gillier pour les defpens des chevaliers en 
quatre parties 74 florins, item il chiet pour les gaiges du dit 



I . Loqualur, quia hahiiil alia dona cluranlc tcmporc locumlcncncic lue, 
afccndcncia ad , cciam habcnlur liclcrc vcl IranlcripUim dicli 

doni & . Tranfcunt pro dono & cxpcniis indc Ia6lis. 

j. Le rcclcur du (Jomtat-Vciiaissïn était alors Philippe de (\ihassole 
(cf. Répcrt., c. j-jo clsuppl.J. depuis le 17 novemb. 1 ?6_'. 



GOUVERNEUR DU DAUPHhNE 53 

gouverneur par le dit temps 49 florins 3 gros ; fomme du dechiet : 
83 flor. 3 gros; demeure 52 florins 2 gros. ' 

113. Pour les defpens du dit gouverneur, en fa compaignie le 
treforier du Dalphiné à 6 chevaux & le fire de Vinay à 
10 chevaux, avec les gens de fon hoftel à 20 chevaux, faiz pour 
aler en Avignon par devers noftre faint père le Pappe, à la 
journée prinfe par les diz feigneurs à Montelemart au 20^ jour de 
novembre deffus dit, pour pourfuivre les diètes aliances. Pour 
le quel voiage faire le dit fire de Louppy parti de Romans le 
18® jour du dit mois de no(vembre) & vaqua en 3x^^11 alant, 
demourant & retournant au dit lieu de Romans pour la diàle 
journée, à la quelle pour les debas & empefchemens qui mis y 
furent par le conte de Savoye & le fenefchal de Provence, les 
diz feigneurs ne porent eftre d'accort, & pour ce fut prinfe une 
autre journée en Avignon au 19^ jour de janvier enfuivant : 
c'eft affavoir du iS'^ jour de no(vembre) deffus dit jucques 
au 3^ jour de décembre enfuivant que fon retour fut au dit 
lieu de Romans, pour ce par 17 jours pour tout : fi comme 
il appert par les parties des defpens pour ce faiz efcrips 
en un pappier par les mains des gens du dit fire de 
Louppy qui faifoient les diz defpens rendu à court, montent 
pour tout 349 florins & demi, dont il chiet pour deniers pris 
par le 5^ compte de Philippe Gillier, treforier du Dalphiné ou 
nom du fire de Vinay en 3 parties 120 florins, & pour les 
gaiges du dit gouverneur par le dit temps 129 florins 6 groz, 
& pour les gaiges du dit treforier qui font de 27 s. 4 d. 
3 poit' tournois 23 florins 3 groz i tiers ; fomme du deché : 
282 florins 10 groz i tiers; demeure . . 66 florins 7 groz 2 tiers. 

114. Pour les defpens du dit gouverneur faiz, lui 20® à 
cheval, pour aler en Avignon par devers noftre saint père le 
Pappe, à la journée prinfe par les diz feigneurs en Avignon au 
19"= jour du dit mois de janvier deffus dit pour les di6les aliances. 
Pour le quel voiage faire le dit lire de Louppy parti de Romans 
le 15' jour de janvier 1363, & en alant au dit lieu de Avignon, 



I . Loquatur, quia vidctur quod deberet contentari de dono capto in 
parte immédiate precedenti, ncc débet pro una & eadem caufa capcre 
expenfas & donum. & ideo radiatur. 



54 COMPTE DE RAOUL DE LOUPPY 

fejournant au dit lieu & retournant ou pays du Dalphiné. pour 
ce que dit ell & pour les dicles aliances, le dit fire de Louppy 
vaqua & demoura du dit 15* jour jucques au 2C)^ jour dïcellui 
mois que Ion retour fut à Valence, par 15 jours pour tout : 11 
comme il appert par les parties des defpens pour ce fais 
efcriptes ou dit pappier par les mains des gens du dit 
gouverneur rendu à court : montent pour tout 226 llorins, dont 
il chiet pour les gaiges du dit gouverneur 123 florins i gros cSc 

demi : demeure : 102 florins 10 gros & demi. 

Summa : 1,169 florins 6 gros i 6 grofli. 

115. Autre defpenfe faite par le dit gouverneur pour deniers 
par lui paiez à plufieurs perfonnes pour leurs defpens faiz 
en pourfuiant les bulles des aliances deffus dictes & les 
indulgences o6lroiées par noftre faint père le Pappe. 

Pour deniers paiez par le dit gouverneur à Jehan de Saint 
Anthoine, pour les defpens par lui faiz en troiz voiages qu'il a 
efté à Avignon, de l'ordenance & du commandement du dit 
gouverneur, pour pourfuivre e^' pourchacier les bulles pour 
les aliances deffus dictes, pour ce 21 florins. ' 

116. Pour autres deniers paiez à meflire Jaques Arthaut pour 
les defpens de lui, fon clerc, un varlct & trois chevaux, faiz en 
Avignon par 4 jours aprez ce que le dit gouverneur s'en fut 
partiz pour aétendre les dicles bulles, pour ce . . 15 florins. 

117. Pour autres deniers paiez par le dit gouverneur à meffire 
Jaques Artaut, pour paier les frais, mifes & coullemens des 
diètes bulles, tant à certains procureurs comme pour autres 
mifes contenues en un rôle efcript de la main mailtre Thomas 
le Grant, compte ens 10 florins que les diz procureurs 
demandoient oncores pour leurs paines & fallaires des diètes 
bulles, pour tout 86 florins. 

118. Pour autres deniers paiez par le dit gouverneur, c'eft 
affavoir à mefHre Raynaud Raymond, advocat fifcal et juge des 
appeaux, pourfes defpens faiz pour eftre venu du commande- 
ment & ordenancc du dit gouverneur à Romans pour le fait 



I . Non docet de temporc ncquc de liiSleris rccognicionis. & ideo radia- 
tur : & quando docebit, fict ei quod dcbebil. 



GOUVERNEUR DU DAUPHINE 55 

de Texecucion des dictes bulles & procès faiz pour les dictes 
aliances, & pour avoir efté du commandement & ordonance 
du dit gouverneur en Gafpenfoix prefenter les di6tes bulles au 
juge de Gapenfoix & des Baronies, & dïllecques devers l'evefque 
de Gap ' qui eltoit à la Bâtie de lez Chaourges prefenter les dictes 
bulles, le quel en retint copie par devers lui, & pour avoir 
femblablement efté à Efbrun pour prefenter les diètes bulles au 
vicaire de l'arcevefque d'Efbrun & au prevoft d'Oubz, les quelx 
eftoient foubexecuteurs des dicles bulles. Ou quel voiage faifant 
le dit meffire Ra3-naud Raymond vaqua, tant en venant devers 
le dit gouverneur comme alant aux diz lieux par devers les diz 
juges, evefque & arcevefques deffus diz pour le fait deifus dit, 
& retournant par devers ycellui gouverneur pour lui dire & 
figniffier ce qu'il avoit fait aux diz lieux, c'eft affavoir du 
2^ jour de mars 1363 jucques au 16' jour de mars deffus dit 
inclus que fon retour fut à Grenoble, pour chafcun jour 2 florins 
par le6tre de taxacion du dit gouverneur, valent . 28 florins. - 

119. Pour autres deniers paiez par le dit gouverneur à deux 
meffagiers par lui envolez, c'eft affavoir l'un d'iceulx au juge 
des Baronies & l'autre à l'evefque de Gap, porter lectres de par 
lui pour les chofes deffus dictes avant que le dit meffire 
Raynaud partefilt pour aler aux diz lieux, pour ce ... . 
I florin 7 gros. ? 

Summa per fe. 

120. Autre defpenfe faite par le dit gouverneur pour certains 
volages par lui faiz, tant pour le fait de la ville & fortereffe 
d'Anfe, comme pour la feurté, tuicion & deffenfe du pays du 
Dalphiné. 



1 . Guillaume Fournier { 1^62-6) : cf. Répert., c. 762 et sufpl. Il prend 
le titre de vices gercns viri magniffici dni Radulphi domini de Louppeyo, 
gubernatoris Dalphinatus. dans une pièce du 28 août 1364 (Arch. de 
l'Isère). 

2. Loquatur, quia taxaclo eft exceffiva, aclentis vadiis dicti advocati que 
funt de 300 florenis per annum nec oftendit lifteras recognitionis, & ideo 
radiatur: eciam non docet de contentis in ferie. 

3. Doceat de nominibus & afferat. 



$6 CO.AIPTE DE RAOUL DE LOUPPY 

Pour les defpens du dit gouverneur, en la compaignie 
meOire Amé de Genève ' à lo chevaux, meffirc Oudebert de 
Chaftelnuef à 8 chevaux, le lire de Tuillans à 8 chevaux, le fire 
d'Anjo à 6 chevaux, le lire de Chaffenage à lo chevaux, 
meflire Anthoine de Vinay à 5 chevaux, le lire de Baxi à 
8 chevaux, meflire Didier de Chaflenaige à 4 chevaux, meiïire 
de Guy de Morges à 4 chevaux, meflire François de Belmont à 
4 chevaux, meflire Guy Coppier à 4 chevaux, meflire Falque de 
Brayseul à 3 chevaux, nieflire Foques de Boufeuzel à 3 chevaux, 
meflire Alegret de Boenc à trois chevaux & meflire Aymars 
Alemans à 4 chevaux, pour un^ volage fait par le dit gouverneur 
& les defllis diz à Lyon, pour meàlre à accort le peuple, le 
clergié & citoiens de la dicte ville de Lyon, pour le fait nieflire 
Seguin de Badefol, qui eftoit & avoit occuppé la fortereffe 
d'Anfe, qui par chafcun jour lui & fes gens s'efforcoient de 
grever & dommagier les habitans de la diàte ville de Lyon & 
faire guerre, pour la quelle tout le pays eftoit en grant péril. 
Ou quel volage le dit flre de Louppy vaqua du 25^ jour de 
février 1365, alant, demourant & retournant, jucques au 2" jour 
de mars enfuivant, premier & darenier comptez, par 8 jours 
pour tout : fi comme il appert par les parties des defpens faiz 
contenus ou dit pappier efcriptes de la main des gens du dit 
gouverneur, montant pour tout monnaie du Dalphiné, 24 s. 
tournois pour florin, 400 1. 12 d. tournois, valent 332 florins 
II gros & demi, dont il chiet pour les gaiges du dit gouverneur 
57 florins 5 gros & demi; demeure. . . 275 florins 5 groz. 

121. Pour autres defpens fais par le dit gouverneur, en 
fa compaignie meflTire Guy de Pruniers, gouverneur de 
Montpellier, comis & ordcné par noftre faint père le Pappe 
pour traiôlier & accorder avecques meflire Seguin de Badefol 
& le dit gouverneur du Dalphiné, commis à ce faire par le Roy 
noftre feigneur pour le fait & délivrance de la ville d'Ance, que 
le dit Segun & fes compaignons tenoient & occuppoient lors. 
Pour lequel volage faire le dit gouverneur parti de Romans 



I . Amcdcc. fils du comlc de Genève Amcdée III. qui fut lui-même comte 
après son frère Aimon III (Rcpcrl., l". 99 et 240 }). 



J 



GOUVERNEUR DU DAUPHINÉ 57 

pour aler a Vienne pardevers le dit gouverneur de Montpellier, 
à 43 chevaux à armes defcouvertes, pour aler à Lyon & à Ance 
pardevers le dit Segun de Badefol pour acomplir &; parfaire le 
dit traiclié; & vacqua le dit gouverneur du Dalphiné avecques 
le dit gouverneur de Montpellier, pour prandre journée & 
accepter les hoftages que le dit Segun devoit baillier pour la 
délivrance deffus di(5le, tant alant, fejournant, befoignant & 
retournant, du 6® jour d'aouft 1365 jucques au (f jour d'aouft 
deffus dit que fon retour fut à Valence, par 3 jours pour tout : fi 
comme il appert par les parties des defpens faiz ou dit voiage 
efcrips ou dit pappier par les mains des gens du dit fire de 
Louppy rendu à court ; montant pour tout monnoie du 
Dalphiné, à 24 fols pour florin, 172 1. 4 s. 3 deniers; valent 
127 florins i gros, dont font à rabatre pour fes gaiges 25 florins 

5 gros & demi ; demeure . . . . loi florins 7 gros & demi. 

122. Pour autres defpens fais par le dit fîre de Louppy avec 

6 en la compaignie du dit gouverneur de Montpellier, pour le 
fait de la délivrance de la vifle d'Ance, pour traié1:ier & acorder 
avecques le dit Segun de Badefol & fes compaignons, qui la 
dicte ville tenoient & occuppoient. Pour le quel voiage faire à 
Lyon & à Ance le dit gouverneur parti des parties du Dalphiné, 
à 40 chevaux tant des gens de fon hoftel comme de nobles & 
confeilz du Dalphiné, qu'il avoit mandez pour aler à la dicte 
journée pour la caufe deffus diète, & vaqua ou dit voiage 
avecques le dit gouverneur de Montpellier du premier jour de 
feptembre 1365 jucques au 8® jour d'icellui mois inclus, par 
8 jours, alant, demourant, fejournant, befoignant & retournant, 
pour tout: fi comme il appert par les parties contenues ou dit 
pappier efcriptes de la main des gens du dit fire de Louppy 
qui les diz defpens faifoient; montent les diètes parties monnoie 
du Dalphiné, 24 fols pour florin comme dit eft, 196 1. 2 s. 
II deniers tournois ; valent 163 florin 7 gros, dont il chiet pour 
fes gaiges 49 florins 2 gros; demeure . . 114 florins 5 gros. 

123. Pour autres defpens fais par le dit fire de Louppy, 
gouverneur du Dalphiné, en fa compaignie les gens de fon 
hoftel à 22 chevaux, meffire Amé de la Mote à 2 chevaux, 
mefllre Guy de Morges à 5 chevaux, meffire Alegret de Lorent 
à 2 chevaux, meffire Jaques Artaut à 3 chevaux, meffire Raynaud 



58 COMPTE DE RAOUL DE LOUPPY 

Reymond à 3 chevaux, meflire Amblart de Belmont à 4 chevaux, 
meffire iMorart d'Arces & Artaud fon fil à 5 chevaux, meffire 
Humbert Pilart, Jehan Mathieu & Jehan du Sauze à 6 chevaux, 
Jehan Nicolet à 2 chevaux, meflîre Pierre Gale à 2 chevaux, 
Goret Gay à 2 chevaux. Jehan du Puy à 2 chevaux, qui font en 
fomme fanz les chevaux du dit gouverneur 38 chevaux, pour 
aler aux Efchielles fur les limitacions des deux pays du Dalphiné 
& de Savoie. Pour le quel voiage faire le dit gouverneur parti 
avecques les deffus diz le i-]" jour d'aouft 1366, pour vifiter les 
diètes limitacions d'entre les diz pays, & vaqua en ycellui voiage 
du dit 17® jour d'aouft jucques au 21^ jour du dit mois que fon 
retour fut au Pin par 4 jours, premier & darenier comptez, pour 
tout par les parties des defpens efcriptes ou dit pappier faiz à 
caufe de ce par les mains des gens du dit fire de Louppy, 
montant 117 florins & demi, dont il chiet pour les gaiges du 
dit gouverneur 24 florins 7 gros & demi ; demeure .... 

82 florins 10 groz & demi. 

124. Pour autres defpens faiz par le dit fire de Louppy, 
gouverneur du Dalphiné, en fa compaignie meffire Alegret, 
meffire Guy Coppier, Guichart & Goret d'Ay, meffire Jaques 
Artaut & Sandret neveu, Régnier Coppe, pour aler, par 
l'ordenance & mandement de monfeigneur le duc d'Anjou qui 
lors venoit ou dit Dalphiné, à Valence & à Eftoille pour la j ournéc 
des feigneurs de Vinay & d'Anjou, à laquelle le dit monfeigneur 
le duc venoit, par ordenance du Ro}- noftre feigneur, pour en 
ordonner. Pour lequel voiage faire le dit gouverneur parti, 
lui 32"= à cheval, pour aler à la dicte journée & vaqua en 
ycellui, tant pour faire & ordonner les pourveances pour le dit 
monfeigneur d'Anjou à Valence & à Eftoille, avecques meflire 
Arthaud de Belefemblant, maiftre d'oftel du dit monfeigneur 
d'yVnjou, & le lieutenant du treforier du Dalphiné, comme 
alant, demourant tSc fejournant & retournant, du premier jour 
de janvier 1367; & pour aler au chaftcl de Suireu ', duquel le 



I. Aimar de Honssillon, sciffiteur d Anjou, avait /ail remise du châ- 
teau de Surieu au i^ouvcrneur Raoul de Luupfy. le (:! janiK i jôO (Arch. 
de l'iscre, H. yojr^). 



GOUVERNEUR DU DAUPHINÉ 59 

débat mouvoit entre les diz feigneurs, du commandement & 
ordenance du dit monfeigneur le duc, ycellui mettre en la 
main du Roy noftre feigneur & dalphin de Vienne, jucques au 
27^ jour de février 1367 enfuivant que fon retour fut à Valence, 
pour tout par 58 jours : fi comme il appert par les parties 
contenues ou pappier des diz defpens en ycellui efcrips par 
les mains des gens du dit gouverneur rendu à court; montent 
pour tout 165 florins & demi. • 

Pour ce prefent compte ordenner efcrire & doubler deux 
foiz en parchemin, & pour pappier & parchemin à ce faire, pour 
tout 10 florins. 

Summa 584 florins 4 groz. 

Summa totalis expenfe hujus computi 

11,021 flor. 5 grofs. Dalph. 

Reftat quod débet 3,934 flor. 7 gros. Dalph. 2 

Auditus Par(ifius) die xij" aprilis CCCLXXIIIJ ante Paf(cha). 

125. COMPTE de Raoul, fire de Louppy & gouverneur du 
Dalphiné, à caufe de fes gaiges ordonnez à lui pour caufe du 
dit gouvernement, c'eft affavoir de 2,000 florins petiz par an, & 
de 1,000 florins du dit pois pour caufe d'augmentacion des diz 
gaiges de tout le temps qu'il en a efté gouverneur. 

Recepte : 

De Philippe Gillier, treforier du Dalphiné, en plufieurs parties 
acordées avecques lui, fi comme il appert par le 4*= compte du 

dit Philippe feni à la faint Jehan 1363 

4^772 florins i gros petiz. 5 

De lui en parties acordées par fon 5® compte en février 1363 
fur fes gaiges 2,250 florins petiz. 4 



1 . Radiatur, quia vadia fua, que debent deduci de Ifta parte, afcenduntad 
majorem fummam quam faciunt ifte .expenfe, & ideo fufficiant eidem vadia. 

2. Ponuntur inferius in computo vadiorum fuorum & fie nichil hic. 

3. Capiuntur per 4'um computum dieli Philippi fmitum ad fanSlum 
Johannem 1363 & ibi corrigitur. 

4. Capiuntur per $^^"^ computum diéli Philippi finitum ad 26^ 
februarii 1363 & ibi corrigitur. 



6o COMPTE DE RAOUL DE LOUPPY 

De lui en parties acordées par fon 6' compte feni au 
14' d'avril 1363 523 florins petiz. • 

Summa : 7? 545 Aor. i grofs. parvi ponderis. 

Autre recepte : 

De Jehan du Pont, treforier du Dalphiné aprez le dit Ph'e 
Gillier, par troiz leôtres données en juing, juillet, oétobre 1364 
15542 flor. petiz. - 

Summa per fe. 

Autre recepte : 

De Adam Chanteprime, treforier aprez le dit Jehan du Pont, 
acordées par fon prefent compte . . 7,536 flor. 8 petiz groz. 3 

De lui en plufieurs parties acordées par fon darrenier compte 
feni en novembre 1368 4,500 flor. petiz. 4 

Summa : 12,036 flor. 8 grofs. 

Autre recepte : 

De Jehan de Serify, treforier aprez le dit Adam, par plufieurs 
parties acordées & c* . . . . 2,954 Ao^. 5 gros 3 quars. '> 

Summa per fe. 

Summa totalis recepte hujus computi : 

24,078 flor. 2 gros 3 quars parvi ponderis. 

126. Defpenfe : 

11 eft deu au dit lire de Louppy, gouverneur du Dalphiné, 
pour fes gaiges de 2,000 florins par an & mil florins 
d'augmentacion à lui ordennez par le Roy noftre feigneur à 
caufe du gouvernement du dit Dalphiné, c'eft affavoir du 
j^ jour d'octobre l'an 1361 qu'il commença à cxcercer le dit 
office jucques au 2^ jour de feptembre 136g qu'il le parti du dit 
Dalphiné pour venir en France pour cftre defchargié du dit 
gouvernement, & du dit fécond jour de feptembre 1369 jucques 
au ro^ jour de décembre enfuivant ex.clus, que monfire 



1 . Capiuntur per 6'""^ computum & ibi corrigitur. 

2. (vapiunlur per computum di6\i Jo(hannis) finitum in deccmbri 
1364 & ibi corrigitur. 

3. Capiuntur per primum computum di6li Ade finitum ad _'7" apri- 
lis i3<^>7 & ibi corrigitur. 

4. Capiuntur per di6lum computum & ibi corrigitur. 

5. Capiuntur per computum diôli Jo(hannis) finitum in decembri 13O0 
& ibi corrigitur. 



GOUVERNEUR DU DAUPHIXÉ 6l 

Jaques de Vienne, chevalier, fut ordenné & commis ou dit 
gouvernement en lieu du dit fîre de Louppy, ou quel temps 
font 8 ans & 63 jours, valent à l'extimacion de 2,000 flor. Dalph. 

de gaiges par an & mil florins d'augmentacion 

24,587 florins 3 grofs. parv'i ponderis. 

Summa expenfarum per fe. 

Auditus xix'' januarii CCCLXXV. 

Sic debentur dicto domino de Louppeyo 

509 flor. cum quarto unius grofll. 

Et débet pro flne computi fui, de pluribus viagiis per eum 
faclis temporc quo fuit gubernator, ibi fupcrius immédiate 
futi 3,934 flor. 7 grofs. Dalph. 

Reftat quod débet 3,425 flor. 6 grofs. cum 3 quart. 

Et debentur dicto dno Radulpho inter débita thefauri 
de termino Nativitatis Domini 1375 pro fine compoti fui ordinarii 
vadiorum fuorum ufque ad 15" novembris 1375, prout conftat 
per cedulam dicti thefaurarii datam 28* die januarii 1375, 1218 1. 
12 s. 3 d. p., valent 1,523 1. 5 s. 3 p. t. ' 

Solvitper cedulam thefauri, datam die 29" januarii 1375, pro 
partibus tornatis 1.218 1. 12 s. 3 d. p.; valent 1,523 1. 5 s. 3 den. 
3 p. tourn., franco pro 20 s. t.; faciunt computando 5 francos 
pro 6 flor. dalphinalibus . . . 1,827 flor. 11 grofs. Dalph. 

Summa per fe. 

Reftat quod débet 1,597 ^o^"- 7 ë^^^ > quars parvi ponderis. 
Super qua refta diclus dominus de Louppeyo petebat- flbi 
deduci fumma 1,000 mutonum auri, eidem data per dnum 
Regem pro tempore quo erat regnum regens, per ejus licteras 
datas 2V februarii 1357, capienda fuper rachatis, quintis 
denariis, forefacturis & manibus mortuis bailliviarum Viro- 
mandenfl, Vitriaci & Calvimontis : de qua nuUam habuit 
fatiffacionem. Item dicebat quod fibi debebantur 3,000 flor. 
dalphinalium pro dono fibi facto pro tribus annis, videl. pro 
quolibet anno 1,000 flor., ultra vadia de 2,000 flor. & augmen- 
tacionem de 1,000 flor. dalphinalium : de quibus 3,000 flor. 
nundum fuerat fibi fatiflaclum, prout conftabat per ficleras 



I. Radiatur & liet per thefaurarium. 



02 COMPTE DE RAOUL DE LOUPPY 

di(5li doni datas 13" die junii 1366, continentes 1,000 tlor., & per 
alias licleras datas 26^ aprilis 1368, pro 2*^"^ annis 2,000 flor. 
Dominis compotorum econtra dicentibus quod licl:ere donorum 
predictorum nunquam fuerant expedite per cameram, eciam 
nimis tardaverat ad requirendum expedicionem earumdem. 
Tandem concordatum fuit cum diclo domino de Louppeyo, die 
audicionis liujus computi, per dominos predictos, aftantibus ad 
bm'ellum dnis Antiffîodorenfi ', H. de Rocha, B. de Claufo, 
Thoma Tornatoris - , Reginaldo de Coulombo , Petro de 
Caftro, A. Raymondeti, Philippe Ogerii 5 et G. Hametel, quod 
pro omnibus donis predictis, de quibus liclere retente fuerunt 
in dicta caméra & ponuntur cum licteris primi compoti 
luperius futi, dictus dominus de Louppeyo remaneret quitus 
de predicta refta de 1800 & c% & Rex erga eum de dictis donis 
& fie quictus. 

Quia vero dictus dominus de Louppeyo indebite oneratus 
fuit fuperius in recepta hujus compoti de 200 francis quos 
pridem receperat a Renero Coppe, exactore generali fublidii 
Dalphinatus pro dno Gontero de Balneolis, fuper quodam 
dono de 500 francis tune facto per dnum Regem eidem dno 
Gontero, capiendo fuper dictum exactorem ; de quibus 200 franc. 
dédit eidem Renero liéteram fuam & quos dictus dnus Gonterus 
recepit a dicto domino de Louppy, prout conftitit per licteram 
fuam recognitionis, quam idem dominus de Louppy reddidit 
dicto Renero nec fuam recuperavit ab eodem. Et quia virtute 
dicte lictere recognicionis ejufdem dni Gonteri dicti 200 franci 
tenent locum eidem Renero in computo fuo dicti fubfidii, prout 
conftitit camere per refcripcionem auditorum compiitorum 
dalphinalium de ordinacione dominorum facta ad burellum 
6" no(vembris) 1378, dicta fumma de 200 francis redditur hic 
eidem domino de Louppy pro eodem 200 franc, llabuit 
ccdulam teftimonialem de dicta fumma & alîignacionem fuper 
thefaurario Dalphinatus 9" novembris 137B. 1 



1. Nicolas d'Arcis, cvûque d'Auxerre de i ^y 2 à i ]j6. 

2. Thomas le Tourneur, archidiacre de Tournay et secrélairc Jii roi 
(Mandcm. de Charles V, p. 1030'^). 

3. Philippe Ovier. secrétaire du roifibid.. p. loib'-'). 

4. Poncndub cum non futis ab Afcen(cione) Domini 1373 citra. 



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ÏTÏNERALRE 
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ANNE ET HUMBERT I". 

Par son dernier testament (1267) Guignes VI avait formel- 
lement substitué, comme héritière du Daupliiné, sa fille 
ainéeàson fils, au cas où celui-ci décéderait sans postérité : 
de ce chef, audauijhin Jean l'-"" succéda sa sœur Ann^ mariée 
depuis le 31 août 1273 à Humbert de la Tour. Quatrième fils 
d'Albert III, seigneur de la Tour, et de Béatrix de Coligny, 
Humbert fut d'abord chanoine de Paris, chantre de Lyon 
(conf. 5 mars 12ô3) et doyen de Vienne (1268-70). A la mort 
de son frère Albert IV, fl devint seigneur de la Tour et de 
Coligny, par la cession des droits partiels de ses deux autres 
frères, Guy, évèque de Clermont, et Hugues, sénéchal de 
Lyon, et de sa belle-sœur Alix (mai 1273); il héritait en 
même temps de la dignité de sénéchal fojficium senesealciœ) 
du roj'aume d'Arles (et de Bourgogne), qui lui fut confirmée 
par les rois des Romains Rodolphe (1 juin 1278, 4 mai 1291) 
et Albert (2'.» mai 1305). 

Son premier acte en Dauphiné fat de jurer, nomnie Annœ, 
comitissœ eomitatuam Viennœ et Albonis, et dominœ de 
Turre et de Color/niaco, le maintien des libertés de la ville 
de Grenoble (3 o6t. 1282)'. Tous les soins du prince consort 
tendirent à conserver intacts les droits de la dauphiné et à 
agrandir ses possessions. Dès le 4 févr. 1281, le duc de 
Bourgogne, Robert II, avait obtenu du roi Rodolphe I" 
l'inféodation de tout ce qui pouvait leur revenir sur le Dau- 
phiné par Siiite de la mort du dauphin Jean, sauf les droits 
de Béatrix de Savoie; Humbert sollicita immédiatement et 
obtint (17 mars) un sauf-conduit pour se rendre auprès du 
roi des Romains, alors à Baden. Les deux contendants s'en 
remirent ensuite à l'arbitrage du roi de France, qui enjoi- 
gnit au dauphin de payer au duc 20.000 liv. tourn. à Lyon 



(15 sept. 1285); l'accord ne fui définitif qu'à la suite d'une 
nouvelle convention entre les parties et d'une sentence de 
Pliilippe le Bel, qui venait de succéder à son père (25 janv. 
12^(Jj. 

Poussée sans doute par son nouveau mari, Gaston de 
Béarn, la mère d'Anne, Béatrix, fit de son côté valoir sur 
les comtés de Vienne et d'Albon des prétentions qui furent 
réglées par une transaction solennelle du 15 déc. 1284, 
suTvie d'un échange de châteaux (30 juil. 1286); elle donna 
ensuite à Hunibert son fief de Gex et lui fit remise de sa dot 
(10 nov. 1287). Après la mort île Gaston, pour dégager son 
gendre de l'hommage que réclamait de lui le comte de Savoie 
à raison des baroniiies de la Tour-du-Pin et de Coligny, elle 
consentit à tenir en fief d'Amédée V le Faucigny (27 mai 
120.3); cédant plus tard à une invitation affectueuse du roi 
de France, elle donna en propriété cette même baronnie au 
dauphin pour un de ses enfants (15 sept. 1295). Elle finit 
mètne par lui faire une donation générale de tous ses biens 
paternels et maternels (11 août 130.3). 

Comme compensation aux terres cédées au duc de Bour- 
gogne et aux frais de guerre subis par Humbert, Anne lui 
assigna un revenu de 5.030 liv. et les meilleurs domaines 
de ses états; en cas de survie elle devait rentrer en posses- 
sion de son héritage, auquel son mari ajoutait la baroniiie 
de la Tour (8 déc. 1285 et 13 janv. 1287). Ils assurèrent de 
bonne heure à leur fils aine leur succession, par une série 
d'actes qui seront indiqués dans la notice de Jean II. 

En récompense de sa fidélité à l'Empire, Humbert reçut 
en f\Ciï(feo(lum) du roi liodolplie I""" le château de Montélimar 
(12 mai 1280); celui d'Orange (Aurayeaj lui fut pareillement 
concédé par Albert I", mais avec cette clause : si. ab eo qui 
Ipsum nitne possidel bono eijusto modo conquœrere potsris 
(29 mai 1305). Dans rintervalle le dauphin acquit successi- 
vement : l'hommage d'Aimon de Boczosel (19 fév. 1201) ; C(dui 
de Raymond de Mévouillon pour sa baronnie (10 juil. 1203), 
qu'il dut néannioins recoiinxitre en fief de l'évèriue de Va- 
lence et Die (0 août 12 ))); et cel li d'H ig l'^s A Ihéai ir pour 
la l):ironnie de Vloataubui (3 m irs IdJ)), d >nt il acIiMa plus 
tard la propriété ( îl août \i)i), sans en avoir encore pu 
obtenir délivrance Ie8 nov. 13)1; le château 'le Valré.is, que 
lui vendit Roncelin de Montauban (15 juil. 1291); la terre de 
Visan, que lui do ma Béatrix de Mévouillon (7 août 1291) et 
pour laquelle Humbert paya 4.090 liv. (28 suiv.l et donna le 
château de Pisançon et le péage de Saint-Paul pour 4.000 
autres (29 juin 1296) à Raymond de Mévouillon; et le château 
de Cornillbn (en vallée d'Oulle), que lui vendit ce dernier le 
30 nov. 1-392. Des le com* de février 1295 le dauphin négo- 
ciait l'achat de Mirabel, Nyons et Vinsobres; le 17 fév. 1303, 
il donna en fief Vinsobres à Guillaume de Plaisians et, le 
:U) sept. 13,01, il en appela à l'empereur ou au pape de l'in- 
jonction que lui faisait l'archevètpie d'Arles de remettre ces 
cljâteaux à l'abbesse de Saint-Césaire. 

Dans un voyage à Paris, à la Un de 1294, Humbert fit avec 
Philippe le Bel un traité d'alliance contre le roi d'Angleterre 
et le Cf)mte rie Savoie (4 oct.); peu a|)rès, lui et son (ils ainô 
remlin^nt hommage lige au roi do France, qui leur donna 
10.000 liv. de gratification et 500 de rente annuelle (déc.) 



I 



— 3 — 

Incapaljle de prendre personnellement part aux guerres de 
Flandre de 1302 et 1304, pour lesquelles il lut mandé, il se 
fit représenter par ses fils Jean et Guy. 

L'accroissement du domaine delphinal ne s'était pas pro- 
duit sans malversations et méfaits. Sans parler de son état 
fréquent d'hostilité avec la maison de Savoie, Humbert fut 
excommunié par le pape pour avoir pressuré ses sujets en 
établissant de nouveaux péages et la gabelle (8 mai 1280); il 
le fut ensuite par l'évèque de Genève, comme coupal)le 
d'avoir attaqué sa ville épiscopale, incendié ses faubourgs 
et pris le château de Thiez (26 sept, et 21 oct. 1291); peut- 
être encore par l'archevêque d'Arles (30 nov. 1300). 

D'après l'opinion la plus modérée (Vai.b., t. 1, p. 262), le 
dauphin s'était retiré à la chartreuse du Val-Sainte-Marie 
dès la fin de 1306 : l'itinéraire qui suit fera justice de cette 
légende; car, en admettant avec le même auteur qu'il y est 
mort vers le 12 avril 1307, il n'y aurait résidé que deux jours 
depuis son codicille (inédit) du 10. Le Nécrologe de Saint- 
Robert mentionne son obit au 18 de ce mois (XIIII kal. niaii, 
Humberius dalphinus, qui obiit W^ Z)' M" CCC° Vil") ; ce doit 
être la date de son enterrement, d'après les actes d'hom- 
mage rendus ce même jour à son successeur, illustri viro 
d. Humberto.... inelitœ recordationis ciam xinicersœ carnr's 
ingresso et ejus corpore tradito ecclesiasticœ sepulinrœ. En 
tout cas, la tlate de rinscri[)tion de Salettes (XIII kl. mail = 
19 avril) est certainement inexacte. 

De son épouse Anne, dont on ignore la mort (le dernier 
acte où elle figureest du l'='"aoùt 1300), le dauphin eut (quatre 
fils et cinq filles : Jean, qui lui succéda; Hugues, fiancé à 
Agnès de Savoie (l" janv. 1296), émancipé par son père et 
avantagé du château de Montbonnot et de la maison-forte 
de Montfort le 3 fév. 1298, mis en possession de la baronnie 
de Faucigny par ordre de son aïeule Béatrix, à Bonneville 
le 2 janv. 1304, épousa Marie, fille du comte de Savoie 
Amédée V et de Marie de Brabant, le 9 sept. 1309, fit dona- 
tion de tous ses biens à son frère Jean le 29 nov. 131."), la 
renouvela à ses neveux Guignes et Humbert le 21 fév. 1322, 
et mourut le 3 juil. 1329; Guy, compagnon de son frère dans la 
guerre de Flandre (1302), gardier deLyon (août 1307), baron 
de Montauban, capitaine général en Lombardie (22 fév. 131 1), 
nommé roi de Salonique à Thèbes le 26 mars suiv., avait 
épousé Béatrix, fille de Bertrand de Baux d'Avellin, dite 
Pontessona : il te,sta à Causans le 23 janv. 1318 et décéda le 
25 s.; Henri, dont il sera question dans la notice de Gui- 
gnes VII; Alix fAIasia, Alai/sia, Al.isiaj, fiancée au comte de 
Savoie Amédée V (1'^'' janv. 1296), fut mariée à Jean I", comte 
de Forez, à Vienne le 28 mars suiv. et mourut vers 1311; 
Marie épousa Aimarei, petit-fils d'Aimar III, comte de Valen- 
tinois (13 juil. 1297), devint après la mort de son mari prieure 
de Salettes (1331) et vivait encore en 1355; ^Marguerite fut 
mariée à Frédéric, fils aine de Mainfroi IV, marquis de Salu- 
ées, par procuration du 14 août 1302 ; Béatrix épousa Hugues, 
fils aine de Jean, sire d'Arlay, le 13 fév. 1303, présida le co'nseil 
delphinal avant le retour d'Humbert II (4 aoùt-11 oct. 1333) 
et mourut à Cuiseaux le 10 juin 1347; Catherine, mariée 
par son frère Jean à Philippe de Savoie, prince d'Achaïe 
(3 mai 1312), était veuve en 1333. 



— 4 — 

Jusqu'au G déc. 128.") la suscription des chartes du dauphin 
porta : Humbertits dalphinus Viennensis et Albon/s cornes 
dominusque de Turre et de Cologniaeo ; dès le 30 juil. 1286, 
il abandonna définitivement le titre de baron de Coligny. 
Humbert se qualifiait-il « dauphin, comte devienne et d'Al- 
bon, » ou « dauphin de Viennois et comte d'Albon » 2^ Voici 
des textes formels en faveur de la 1'"'' interprétation : Hiim- 
bertiis Dalphini, cornes Vienn. et Al boni s ; H. D-i, V. et A. 
c; H. dalphinus, A. et V. c; H. d., e. V.et A.; H. d., (V. et 
A.) comitatiuun c: Hiunbers darpJiins et coins d'Arbons et 
de Viennois (et même H. daujins, de V. et d'Albnni cuens); 
H. donne à son fils Dalphinatum et coniitatus Vien. et Ai- 
bonis; il a un juge coniitatus V. et A.; Anne omet parfois 
son titre de dalphina et se dit simplement Vien. et Albon. 
comitissa. En voici néanmoins d'autres qui justifieraient la 
2*^, mais aucun n'émane du dauphin lui-même : Humbertus, 
dalphinus Viennensis ; //., eonies A/bonis ac d. V.; H-t dau- 
phin de Viennois; dalphinatus Vienncn. et comitatus A. 11 
n'est pas sans intérêt de remarquer que dans quelques piè- 
ces originales son nom est écrit Hijnibertus et Inibertus. 

La chancellerie d'Humbert a continué de prendre le com- 
mencement de Tannée à Tlncarnation, quelque soit 1 expres- 
sion employée : anno Domini, Inearnationis Dominicœ ou 
Incarnati Verbi. La clef du système suivi à cette époque me 
semble donnée par un actedu29oct. 1300, scellé de la bulle 
en ])lomb de Raymond de Mévouillon : surnpto millesimo 
cjuoad indictionèni et Inearnationeni siniul in Annunciatione 
Doniinica; et confirmée par nn français instrumentant à 
Vienne (20 mars 1303) : est seiendum quod data incipit in 
Annunciatione Doniinica, seeunduni eonsuetudineni ecclesiœ 
Viennensis. Le style de la Nativité est employé des le 
13 aoiit 1292, dans un acte de Sibylle d'Aix, dame de Saintc- 
Jalle. 



1264 

Août, Saint-Etienne 
Treffort. 

1207 

Septembre 13. 

1268 

Juin 25, Vienne. 
Novembre 2, Vienne. 

1270 

Février. 
Décembre 29. 



sous 



Mars 0. 



Juillet 29. 



1271 



1272 



1273 



Mai. 



Août 31, Màcon [Mastico). 
Septembre. 

1274 

Janvier. 
Octobre 25. 

1276 

Juillet 31. 
Septembre 21 ; 22. 
Octobre 7. 

1277 

Janvier 18, 

Septembre 22. 

Décembre 4; 18, Moidi(;u 
(Moi/dies); 28; 29, Vienne (in 
donio de Muriana Juxta claus- 
truni S. Mauricii). 

1278 

Mars 30, Vienne {in capit. 
FF. Minorum); 31. 
Novembre 11, 



1279 

Février 28. 

Mars 29. 

Octobre 3, Saint-Sorlin f^S". 
Saturninus de Cucheto, Ain); 
12, Bourgoin (Buvfjand.iuhi). 

Décembre 10. 

1280 

Mars 7. 
Septembre. 

1281 

1282 

. Juillet G, Saint-Lattier (S. 
EIeuteriiis);2S)1 

Septembre 21, Boiineville? 

Octobre 3, Gretiolde (cloitre 
de St-André); 20, Romette. 

Novemljrc (i, Oulx ; 21, 
Grenoljle. 

Décembre 22, (Greiioldc?i 

1283 

Février 1; 11, (Le Puy). 

.luin iS, (Vienne). 

Juillet 2; 7; 11, Romans. 

AoùtO, Vienne; 7; 12, Vienne. 

Septembre, Saint-Sorlin iS. 
Saturninus de Cucheto i; 11 ; 
26, 27, (Vienne). 

Décembre 21; 30, Clia1)euil. 

1284 

Janvier 20, Saint-Sorlin. 

Août 10, Vizdle. 
Novembre 7, (Grenoble?) 
Décembre 15, prés Pont- 
charra sous Av'alon; 17, Vi- 
zille; 29, Saint- Vallier. 

1285 

Janvier 21, Saint- Vallier. 

Mars 28 ou 31. 
Juin 3. 
Août 10/7. 

Septembre; 28, La Balme 
en Viennois. 
Novembre 9. 
Décembre 0; 8, (Lvoni') 



1286 

Janvier 2h, (Paris). 
Février, (Paris i*) 

Mars 27. 
Avril 0. 
Juin .3. 
Juillet 30. 
Août 0; 18. 
Octobre 11. 

1287 

Janvier 7; 1.3, Vienne {in 
domo S. Gervasii). 

Février 1, ^'ienne; 10; 2"), 
Vienne. 

Mars. 

Avril 8, Saint-Vallier (in 
efanstro) : 12, Vienne (in domo 
S. Gcrcasii); 22, Saint-Serlin 
(S. Saturninus de Cucheto). 

Mai 10, Saint-Vallier. 

Juin 11. 

Juillet 1, Lyon; 8, Cri.sin- 
ciacum; 12, Ll. 

Novembre 13; IS, 20, 22, 
x\nnemasse (Haute- Savoi(M; 
21, 27. 

Septembre 25, Brianeon ; 
27, Embrun. 

Octobre 9, Grenolde; 20. 

Décembre r? ; 29, Montmiral 
(ap. Montent Miratum, inj'ra 
fortalie.); 30. 

1288 

Janvier 3; 21, 25, Lyon. 

Mars. 

Mai ; 13, Vienne (in domo S. 
Gervasii). 

Juin 19. 

Juillet 5, Saint-Lattier (S. 
Eleuierius). 

Décembre 16. 



1289 



Mars G. 



Mai 10; 25, Grenoble. 
Juin 20, Contamine; 27. 
Juillet 4. 
Septembre 23. 
Octobre 10, 17, Vienne; 30. 
Déceml)re 9, Vienne (in 
domo S. Gervasii). 



— n — 



1290 

Janvier D , La Balme en 
Viennois; 13, Bonnevilleprès 
Faucigny; 24. 

Février 1, Crest (Crista). 

Mars 7, Saint-Sorlin (S. 
Saturninus de Cucheto). 

Mai 18, (La Tour-du-Pin). 
Juin 25, Lvon, 
Juillet 1, Vienne; 22, 23. 
Août 2; 6. 

Septembre 1, « Bornete ». 

1291 

Février \[), Pont-de-Cliéruy 
{supra pontem C/tarujjsii dic- 
tiim d Amer) ; 27. 

Mars 22; 31, Grenoble. 

Avril 1, Grenoble; 3, Cor- 
nillon (Currdllio in Greysi- 
raudano);!; 10, 12, Grenoble; 
15; 21, La Balme l'Vn Vienneij- 
sio);2C>, Sallanches. 

Mai 4, Morat (Muratum). 

JulnO; 30, L}*on [in domo 
dalphinl voc. Coloniez). 

Juillet 23; 20, Grenoble (/n 
domo d al phi ni). 

Août 18, 10, attaque Genève; 
en Faucigny, prend chat, de 
Tliyez {Tetjz, Tez) sur territ. 
de Sallaz. 

Octobre 3, Vienne. 

Novemljre 2r3, 28. 

Décembre 4. 

1292 

Janvier 1, Romans. 

Mars. 

Juin 12 , « ap. Burinam 
Vien. » (La Balme?) 

Juillet 13, Vienne (m domo 
S. Gcrcasii); 14; 23, 20, Vienne. 

Août 20. 

Septembre 30. 

Octobre. 

Novembre 18; 23, 21, Gre- 
noble. 

1293 

Janvier 22, Cliabeuil {Ca- 
Ijiolam). 

Mars 7, La Buissière [Bu- 
xoriai. 



Avril 2.") .''; 27, Embrun ? ; 28. 

Mai 2u, 27, Saint-Jean-de- 
Moirans (hospit. S. Johannis 
inter Voj/ronem et Moijren- 
cuni). 

Juin 20, (Clermont'i'i; 2G. 

J uil. 10, Chabeuilf Ca6eo/am) 

Aoùtl, Mévouillon. 

Septembre, Grenoble. 

Octobre 7, (Saint-Antoine?) 

Novembre 21. 

Décembre 13; .'.1. 



1294 



Février. 



— , Beauvoir en Rovans. 

Avril 14; 20. 

Mai 20, Grenoble (in domo 
nova dalp/iitii). 

Juin 8, 24, Beauvoir (Belli- 
visas, Belliunvidere in Roay- 
niis). 

Juillet 1, Romans; 7; 15. 

Août 7?; 23; 28;? 

Septembre 19, Embrun ?; 30. 

Octobre 2; 4, Paris. 

Novembre 8, La Balme en 
Viennois. 

Décembre, Paris. 

1295 

Février; 5; 21, Grenoble. 
Mars 2. 

Avril 8, Vienne; 27; 28, 
Grenoble (domas palacii dal- 
phin.);2\). 

Mai. 

Juin 23, Saint-Hilaire(-du- 
Rosier, S. Ylarius). 

Juillet 12, 13, 21, 23. 

Août 1; 9, Romans (aida 
arr.hicpiseop.) 

Septembre 21. 

Octobre 3. 

Novembre 12. 

1296 



Mars 25; 28, 29, Sainte- 
Colombe (an. Viennam, in 
domo FF. Mitior. dira Roda- 
nu m in rerjnoj. 

Avril 23'. 



Mai 9, (Grenoble?); 22, Vais 
(c"« de St-Uze, apiid VaUem): 
31, Vienne. 

Juin 2, 3 ; 29, La Baume 
(-d'Hostun, Balma) en Ro- 
yans. 

Septembre 1; 15, (Saint- 
Robert sous Cornillon en 
Graisivaudan). 

Novembre 21, Valréas (Val- 
riaci, in domo forestarie FF. 
Minor.) 

Décembre 4; 5, Valréas 
dbid.); 2G. 

1297 

Janvier 9, Chabeuil (Caheo- 
lum). 

Févr. 8, La Balme en Vien- 
nois; 15. 

Avril 3, La Balme tle Tile 
de Crémieu. 

Juin 30?, Cornillon ( Gar- 
ni II io). 

Juillet 5; 13, Grenoble. 

Août 1, Beauvoir (Bellum- 
nisum); 19. 

Octob, Beauvoir; 23, Ni mes 
(Nemausiam). 

Novembre 1, Valréas; 10, 
Vali; 14; 18, Monibonnot; 25, 
27, Valréas (Valriacum). 

1298 

Janvier 8, Upaix {Upasii, 
ante palaeium). 

Février 3, Montbonnot {ap 
Montent Bonoadiun , infra 
fortalie.)\ 10, 17, 20, Grenoble. 

Mars 14, Beauvoir {Bellam 
Videre). 

Juin 17, Lyon (Lngduniy, 25. 

Août 8, (Bourgoin?) 

Septembre 3, "Die (Dia); 7; 
28,Monthonnoi(Montbonouty, 
30, La Balme en Viennois. 

Octobre 20, La Balme; 29, 
Vienne , abb. de St-Pierre 
hors la porte. 

Décembre 7. 

1299 

Février 23, 
Mars 4. 

Mai 4, La Tourf-du-Pin, 
Turris). 



Octobre, (Salettes?) 
Novembre 7, Quirieu ; 1 !, 10. 
Décembre. 

1300 

Février 1, Saint- Vallier (in 
domo prior.); 3. 

Mars 2, Le Puy?); 21. 

Mai; 4, St-Laurent ; 5, Gre- 
noble {prior. S. Laurentii)\ 
11, 15. 

Juin 21. 

Juillet 4, G, 9, 20?, au siège 
de Mérindol ; 21 , Moirans 
{prior.) ; 28, Grenoble ; 30. 

Août 1, (Saint-Robert?) 

Septembre 5, bastide del 
dure, territ. de Sisteron près 
de la Durance; 12. 

Novembre 25, Romans [in 
domo FF. Minor.) 

1301 



Juillet 3, Planaise (Plarjnia, 
Plaiijnia) sur l'Isère, près du 
pont de Montmélian ; 12. 

Août 24, La Balme. 

Septembre 12. 

Octobre 5, 21, La Balme. 

Noventbre 28, La Balme (m 
insida Charusii). 

Décembre 3; 22, Lyon; 20. 

1302 

Janvier 4, ile de Chéruy. 

Mars 5. 

Juin 8; 18; 25, Vienne (in 
gen. ca/)itulo);2{), 21, 2'3. 

Août 13; 14, La Balme dans 
nie de Crémieu ; 31. 

Novembre .30. 

1303 

Janvier (22, Tournus, Tor- 
nutumf) 

Février 13; 17, Aubenas, 
hôpital de Saint-Antoine; 23. 

Mars 4 ; 20, Vienne. 

Avril 17; 18, Pisançon; 19. 

Mai 7. 

Juin 13, (Serves?) 

Juillet Kl, 18, 20. 

Août 5, 14. 



_ 8 — 



Septembre 0, Briançon. 
Octobre 12, Chorges [Catu- 
ricœ). 
Novemlire li. 

1304 

Février 14, Valréas? 

Mai 5; 15, 16, Baix (c"« St- 
Baudille, in insala de Cha- 
roijs, loco vulgaliter appell. 
Boi/s);3\. 

Juin 11, 12, 21. 

Septembre 11, Briançon ; 30, 
Valréas {donius prior.) 

Octobre 21. 

1305 

Avril 23. 

Juillet 21, Lyon. 

Septembre i(5, Grenoble. 

Octobre 13 , Saint-Vallier 
(prior.); 10, Saint-Albani-du- 
Rhône), mandeni' d'Auberive 
{Albarippa). 

Décembre. 

1306 

Février 23, Anneyron (mais, 
de St-Antoinc). 

Mars ti, 31, Anneyron (Ga- 
nero, Eynaro), rloin. helemo- 
sim S. An t h on a ; IT, Serves 
(Cercya); 23, Saint-Donat; 21, 
Serves. 



Avril 



17, Cornillon en 



Graisivaudan; 21, 25,27, Gre- 
noble (virid. FF. Prédicat.); 
28, 29, Moirans {dora. FF. 
Minor.) 

Mai; 2, Grenoble?; 11, Ser- 
ves?; 15. 

Juillet 11, 13, 31, Vais {ap. 
Vallem). 

Août 1(), Moirans {doni. FF. 
Minor.); 31, La Balme {in 
insida Crimijaei). 

Septembre 8, 15, 16, La 
Balme; 30, Saint-Romain(-de- 
Jalionas)? 

Octobre 4, Lyon {dom. de 
Roijné)1\ 0, 1(1, 13, Serves 
{Cervua). 

Novembre 25, Saint-Lattier 
[S. Heleaterius) ; 26, Romans?; 
20, 30, Cornillon iCurnill.) 

Décembre; 5, Cornillon; 10, 
Moirans?; 14, Vienne (.dom. 
da/phini ap. S. Gervasium). 

1307 

Janvier 5, 6, Saint-Donat ; 
13, Moirans fMoi/r., refect. 
FF. Minor.); 22, Saint-Ram- 
bert(5. Rai/mberias); 27, Vais ? 

Février 1, Chabeuil {Cabeo- 
lum); 11, grange du Cosnier 
{de/ Coijfjne) ; 11, Chabeuil ; 15. 

Mars 12, Serves [Cercia); 
13, Chabeuil. 



Avril 10, chartr. du 
Sainte-Marie. 



lu Val- 



M^iè^ 



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ÏTÏNÉRAÏRE 



JEAN II. 



Le jour même de la mort du dauphin Jean I" (21 sept. 1282), 
sa mère Béatrix fit don de tout ce qui lui venait de l'héritage 
de son père Pierre de Savoie et de sa mère Agnès de Fau- 
cigny au fils aine d'Humbert et d'Anne, Jean de la Tour, 
« in gremio » du bailli impérial de Bourgogne, Hartmann 
de Baldeck. Le jeune prince avait moins de dix ans et 
demi (1) lorsque son père en l'émancipant lui céda labaron- 
nie de la Tour « citra Rodanum » ; sa mère lui transféra 
pareillement le Dauphiné et les comtés de Vienne et d'Albon 
(9déc. 1289i. Cette donation fut solennellement renouvelée à 
Vienne, avec réserve d'usufruit et substitution éventuelle 
à^Hugonet et Guiot, en présence du roi de Sicile, de cinq 
prélats et de la noblesse dauphinoise (13 juil. 1292;; Charles II 
l'approuva par un acte spécial le 31 déc. suiv. (1293 v. st.) 
Dès 1294, Jean avait un sceau personnel. Anne lui transmit 
encore, de la volonté de son mari (cariss. consortis nostri), 
le comté de Gap (lofév. 1297); l'un et l'autre le constituèrent 
enfin, le 2ô nov. suiv., en pleine jouissance des comtés de 
Gap et d'Embrun, dont il prit désormais les titres. Le comte 
de Provence et Forcalquier lui enjoignit de prêter hommage 
à l'archevêque d'Embrun, avant de le recevoir de ses vas- 
saux (28 mars 1298). 



(1) Valboxnais dit que « Jean n'avoit environ que neuf à dix ans » 
(t. I, p. 239). Mon calcul est basé sur les données suivantes : le 
24 juin 1294 il avait plus de 14 ans, le 9 août 129.") plus de 16, le 
5 sept. 1300 plus de 18 et moins de 25 : il était donc né entre le 24 juin 
et le 9 août 1279. 



— 10 — 

Par contrat du 25 mai 129(1, Jean l'ut fiancé à Béatrix 
(septennio minor), fîlle ainée Je Charles Martel, roi de Hon- 
grie (y 1205), qui était sous la tutelle deson aïeul, Charles II, 
roi de Sicile; la dot était fixée à 20.000 liv., dont Humbert 
donna quittance le 20 févr. 1298. Charles II y ajouta le châ- 
teau de Serres, etc. en fieC (3 juin suiv.); de son côté, l'em- 
pereur All)ert, par considération pour sa nièce (fille de sa 
sœur Clémence de Habsbourg), étendit à la baronnie de la 
Tour les privilèges du Dauphiné (31 mai 1305). 

Jean, comte de Gapençais, prit part au siège de Mérindol 
en juil. 1300, puis, de concert avec son frère Guiot, à la 2*^ 
campagne de Flandre de 1302 (aoùt-oct.) : il dut être armé 
chevalier à cette occasion, car je ne le rencontre pas qualifié 
de miles avant le 13 févr. 1303". Il retourna en Flandre l'an 
1301 et se trouvait devant Lille le 23 septembre. L"année 
suivante, il fit campagne contre la Savoie avec son cousin 
germain le comte de Genève Ainédée II; ils s'emparèrent 
des maisons-fortes de Villette près Genève (10 juin 1305) et 
de Brouz (18 s.) Le futur dauphin fut moins heureux en 1300 : 
le comte de Savoie Amôdée V lui reprit le château d'Entre- 
mont et fit éprouver de grandes pertes à ses troupes dans 
les défilés de la Chartreuse (octob.) 

Aussitôt après les funérailles de son père (18 avril 1307), la 
noblesse dauphinoise s'empressa de lui prêter hommage; 
dans celui qu'il rendit lui-même à l'évèque de Grenolde (le 
21), il est traité de magnijicus et potens vir aJtœ sereniiatis. 

Henri VII, roi des Romains, confirma à Jean II les privi- 
lèges accordés par l'Empire à ses prédécesseurs (30 mai 1309), 
piTis le nomma un des six ambassadeurs chargés d'obtenir 
du pape Clément V la reconnaissance de son titre et son 
couronnement (2 juin) ; le dauphin prêta serment pour lui à 
Avignon le 20 juiï. suiv. Sur la promesse qu'il fit au roi de 
le rejoindre à sa descente en Italie et de servir sa cause 
avec 100 hommes d'armes pendant six mois, il ol^tint l'auto- 
risation d'établir un péage à Aul)erive comme à Serves 
(1" sept. 1310). Ses frères Hugues et Guy prirent seuls part 
à l'expédition; le baron de Montauban conclut à Milan, au 
nom du dauphin et au sien, une ligue avec Philippe de 
Savoie, prince d'Achaïe (10 févr. 1311). Couronné empereur 
à Rome, Henri dispensa le dauphin de toute fidélité envers 
Rol)ert, roi de Naples (17 juil. 1313), qui venait d'être mis au 
ban de l'Empire par la diète de Pise : loin de se déclarer 
contre son oncle, Jean fit avec lui pour six ans un traité 
d'alliance contre le comte de Savoie (13 févr. 1311). A la suite 
de trêves signifiées à celui-ci et au dauphin par l'archevêque 
de 'Vienne a'u nom du Pape (30 oct. 1312), les deux princes 
transigèrent sur leurs prétentions réciproques (10 juin 1314) 
et s'unirent peu après pour la conservation du royaume 
d'Arles (17 oct. suiv.) 

Aux concessions de son père en faveur des dauphins 
Philippe le Long ajouta une rente de 2.000 liv., qui fut assise 
sur (les terres en Auvergne (10 août et 27 oct. 1310, 10 juil. 
et 15 nov. 1317). Jean II fut mandé par le roi ])Our se rendre 
à Màcon à la mi-aoùt 1317 avec " 300 armures de fer "; il 
fut de nouveau convoqué à Toulouse le 2.5 déc. 1318. Son 
beau-frère Charobert, roi de Hongrie, lui donna procuration, 
le 22 févr. 1317, pour retirer des mains de leur oncle Robert 



— 11 — 

la principauté de Salerne et le fief {honorem) de JMontsan- 
tangelo; la même année il le pressa de lui envoyer un de 
ses fils, ut ipsum in regno suo provideret. 

Jean continua pacifiquement l'agrandissement de ses do- 
maines : Humbert V, sire de Thoire-Villars, reconnut de lui 
en fief les châteaux de Villars et de Poncin (19 oct. 1308); 
Guillaume III, comte de Genève, pour se mieux défendre des 
comtes de Savoie, lui fit hommage de toutes ses posses- 
sions, moyennant 15.000 liv. (IG juin 1316); Geoffroy de 
Clermont en fit de même pour ses terres (20 avril 1317); enfin 
Raymond de Mévouillon, sur le point de faire le \oyage 
d'outre-mer {intendit., transfretarc), lui céda en toute pro- 
priété sa baronnie (2 sept. 1317). 

Il n'est jamais question de la dauphine Béatrix de Hongrie 
dans les actes de son mari. Elle lui donna deux fils : Guignes 
et Humbert, qui succédèrent l'un après l'autre à leur père ; 
une fille, Catherine, naquit entre le testament du dauphin 
(20 août 1318) et son ]" codicille (10 fév. 1319). Jean II décéda 
au Pont-de-SorgU'3s le 4 mars suiv. (Xécrol. de Saint-André 
et du Parlement de Grenoble), âgé d'un peu moins de qua- 
rante ans. A la nouvelle de sa mort, le 9, sa veuve, qui était 
à La Balme, se dépouilla de tous ses biens en faveur de ses 
fils et se retira immédiatement à l'abbaye de Laval-Bressieu, 
ordre de Citeaux: elle y fit don, le 29^ de ses joyaux pour 
une valeur de 3.000 liv. "aux dominicains de Grenoble. Elue 
plus tard abbesse, elle résigna cette charge le 15 févr. 1310 
et choisit pour nouvelle retraite l'abbaye'des Ayes (19 avr. 
suiv.) Elle en sortit dans la suite et Humljert'll, partant 
pour la croisade, lui assigna pour demeure le château de 
Beauvoir (2 sept. 1315); il fonda encore pour elle un monas- 
tère cistercien à Saint-Just-en-Royans (25 oct. 1319) : c'est 
là qu'elle mourut en 1351. 

La suscription des chartes du dauphin Jean II est conforme 
à celle de son père : Johanne.s dalphinus Viennensis et Albo- 
nis cornes dominusqiœ de Turre; on trouve cependant J-s 
d., c. V. et A. et J. d., c. V. Sa chancellerie resta fidèle au 
style de l'Incarnation, bien que l'usage de celui de la Nati- 
vité devienne plus fréquent, surtout à Grenoble. 



4282 

Septembre 21, Bonnevillc. 

1289 
Décembre 9, Vienne. 

1292 

Juillet 13, Vienne. 
Octobre 28, Anneyron(T7en- 
nen. dijoe.j 

1294 

Juin 24 , Beauvoir (Belli- 
visus). 
Déceml)re, Paris. 



1295 

Mars 19 , La Balme en 

Viennois. 
Août 9, Romans. 

1296 

Décembre 4; 5, VaIréas. 

1297 

Février 8 , La Balme en 
Viennois; 15. 

Avril 3, La Balme de l'ile 
de Crémieu. 

Juin 25, Saint-Bonnet (S. 
Boni tus). 

Juillet 30. 



12 — 



Août 11). 

Novembre 18, Montboiinot ; 
25^ Valréas. 

1298 

Février 16, 17, Grenoble. 

Mars 9, 10 (pré du Serre), 
Gapençais; 14, 15, Chorges 
(r. de Caturieis) ; 15, Embrun 
(Ebrcdunum); 18, Upaix. 

1299 

Mars 4; 24. 
Juillet 18. 

Août 15; 22, Grenoble {in 
domo prœpos/t.) 
Octobre, (Salettes?) 
Décembre. 

1300 

Février \, Saint- Yallier. 

Juillet 4, (i, 1), 20?', au siège 
de Mérindol; 28, Grenoble; Si). 

Août 1. 

Septembre 5, bastide del 
Giure sur Sisteron (Saint- 
Jérôme). 

1302 

Janvier 11). 

Juin 25, Vienne (eapit.) 

Juillet, Lyon. 

Août; en Flandre (v. 15, 
Arras). 

Septembre 3, 28, Arras (aux 
tentes). 

Octobre 1, Arras; 1(>, Paris. 

1303 

Février 13 ; 27, Goncelin. 
Mars 5, Gap. 

Avril 18, Pisaneoii. 

Août M. 

Novembre 18, Montileury. 

1304 

Mars 1.}. 

Juillet 28, Grenoble? 

Août, Lyon; 11, Paris (in 
Temjilo). 

Septeml)rc 1», 11, en Flan- 
dre; 23, antc Jnsulam (Lille) 
in Flandr. 



1305 

Avril 23. 

Juin 1(), prend Yillette près 
Genève; 18, prend mais.-lbrte 
de Broxiz. 

Juillet 12. 

Septenibrc 1, Grenoble. 

1306 

Février 1: 21, Saint-Cvrf-au- 
Mont-d'Or) près Lyon ;22, 28, 
Lyon, in domo rubea sous 
Pierre-Scise. 

Mars 1, Pierre-Scise (for- 
talicium); 9, Anneyron. 

Avril 4, Aix (Aquis, dom. 
Forojulien. episc.) 

Juin 21», Vais {ap. VaUem, 
dom. dalphini). 

Juillet 11, 17, Vais; 18, Ser- 
ves; 23, 31, Vais. 

Septeml)re 8, La Balme f//i 
insida Crimiaci). 

Octobre 2, 5, chat. d'Entre- 
mont (c. de Intermontibus, 
c"" St-Pierre d'E.) 

Noveml)re !), déi'ait au pass. 
de la Chartreuse {passas de 
Catressa ou C/tarcessa). 

Décemlire. 

1307 

Janvier 13, Moirans. 

Février 14, Chabeuil; 22, 
Valréas. 

Avril 1 1, Soint-Na/.aire; 15, 
Soint-Marcellin; IS, chartr. 
du Val-Sainte-Marie, Saint- 
Nazaire(-en-Royansi, Saint- 
Marcelliu; li), "Moirans; 21, 
22, Grenoble ; 22, La Buissière, 
Belk'comlje ; 2.) , Allevard ; 
Morètel; 25, Grenoble; 2(), 
Cornillcjn (0'"= Fontanil); 2!). 

Mai (3, Moiiriouz; 8, La Bal- 
me dans l'ile de Crémieu ;) 13 ; 
14-20, Vienne ; 1!), Lyon (Do- 
mi nie); (21, Serves?) 

Juin 3; 14, Grenoble. 

Juillet 8, i), (10, t Grenoble ; 
11, Saint-Martin-le-Vinoux, 
Cornillon ; 24, Vais (c"« St- 
Uze). 

Août is. 

Septembi'e (1, Serves.''; 4, 
Le Vuaclie?) 



13 — 



Octobre G, (7,) Grenolile; 
12, Alboa (Temple; il, Mo- 
ras). 

Novembre 9; 11, Saint- 
Marcelliii. 

Décembre 17, Grenoble; (31, 
Moirans, Francise.'?) 

1308 

Février 2, 3, 14; {2d, Ginya- 
eumf) 

Mars 3, Saint-Romainf-cle- 
Jalionas), près Crémieu (in 
insula); 7; (21, Beauvoir?) 

Avril IG; 18, 20, Grenoble; 
21, 23; 25, Saint-Donat; 2Î). 

Mai 21 , Saint-Martin-le- 
Vinoux sous Grenoble; 20, 
Romans. 

Juin (5, Serves?) 

Juillet 18 , Beauvoir (ap. 
£e//'m;; 28, Vienne; 2Î). 

Août 10; 18, Grenoble. 

Octobre 2; 10, 20, Aulterive 
(Alba Ripa subtus Viennamj: 
29, Villeneuve de Roybon. 

Novembre 15. 

Décembre 17. 

1309 

Janvier 17, Romans. 

Avril 24, Grenoble; 29, Saint- 
Marcellin , Villeneuve Je 
Roybon. 

Alai 27, La Bulme en l'ile de 
Crémieu. 

Juin 20, 'Z2. 

Juillet 3; KJ, 20, Avignon. 

Août; 7, Avignon ; 28^Serres 
(Cerriim). 

Septeml)re 25, 30, Romette. 

Octoljre 12. 

Novembre 25, Vizille; 20; 
29, Grenoble. 

Décembre 9, Romans (Fran-I 
cisc); 15, Albon (Temple); 30, | 
Saint-Robert, Moirans (Fran-' 
cisc.) ! 

1310 i 

I 

Janvier 10; 12, Saint-Roljert;' 
20, Bais ic« St-Baudille, ^a/ys! 
in insula \Crimiaci\). 

Février 7, Grenoble; 22, 25,1 
Vizille ( Vezilia). j 

Mars 5, Moirans (i\/o///e/i-l 



eum, Francise); 7=1' 
gnon idom. episcop.) 



Avi- 



Avril 11, Grenoble (prieuré 
de St-Laurent); 12, Saint- 
Robert sous Cornillon {in 
penu seu loi/via claustri), 
Cornillon (c"*^ Fontanil); 24. 

Mai 2, Grenoble (prieuré de 
St-Laurent), La Mure (Mura). 

Juillet 3, 23. 

Septembre 1, Césane {Seza- 
na, in aula dons Auru;) ; 5 ; 
12, Briançon; 13; 10, Queyras 
(Cadraciamj; 18, Embrun ; 21, 
Saint-Bonnet en Champsaur ; 
24; 25, Mens (Mencium); 20; 
27, Cornillon (en Trièves'. 

Octobre 0; 15, Grenol)le ; 23, 

Décembre 10 , Anneyron 
{Ennero, prieuré); 17; i21 , 
Saint-Donat f) ; 27. 

1311 

Janvier (3,)0, 13, Bais (Bai/s 
in ins. Crimijaci); 22, 23, La 
Balme {in i. C); 31, Saint- 
Romain ( - de - Jalionas ) prés 
Crémieu. 

Février 9, 11, Beauvoir; 12, 
14, Chabeuil i Cabco/umi; 22, 
Saint-Alban-du-Rlîone (man- 
dem* d'Auberive); 24, Lyon; 
25, Villeneuve de Roybon; 28. 

Mars, Vienne, Chonas, 21. 

Avril 1,3, Grenoble; G, Moi- 
rans (Francise); 25; 2^, Cor- 
nillon sur Saint-Roljert; 30. 

Mai 4, La Part-Dieu i)rés 
Romans; 18, mand' de Miri- 
bel de Val-Clérieux, Saint- 
Gcoirs (S. Jueurz). 

Juin 4, Beauvoir; 7; 20, 21, 
Saint- Romain(-de - Jalionas) 
près Crémieu dri ins. Cri- 
miaci). 

Juillet (9, Lyon; 18, 19, 24,) 
2(), Beauvoir.' 

Août 10 , Saint - Martin 
d'Eybens; 12, Beauvoir; 19, 
Cornillon en Graisivaudan ; 
22, Le Bourg-d"Oisans (.S". 
Lanrentins de Lacu). 

Septembre 7, 8, 13, Briançon 
(Bri/enc:., Briansoniumj; 11, 
Valrôas (Antonins). 



- It 



Octobre, Beauvoir'/ 
Novem. 23, Serves (Servia). 
Déceinb. l; 7, 13 Grenoble ; 
11, 15, 2[S, Vizille. 

1312 

Janvier 2, Albon (Temple) ; 
19, Saint-HilaireiJ.S'. //v/a|r"<s 
m mand. S' Heleuterii [St- 
Lattier]); (24, Moras?') 

Février 21, Vienne. 

Mars 1; (1), Serves;) 23, av. 
2G, Vienne. 

Avril (1!), Romans?) 

Mai 3, Vizilie; (3, Cornillon 
en Graisivaudan: 7, Vizille; 
28, Saint-Nazairei* 

Juin 2, Grenoble; G. Serves 
(Cerctja)- 8, Saint-Donat ; 8, 
U, Romans (Aumône, Fran- 
ciser, 1 1, Beauvoir. 

Juillet 12 , 11 , Moirans 
fMoi/amiuin , Moyrencuni) ; 
30, Embrun. 

Aoiit 1. 

Septembre 1, Vienne; 23, 
La Balrae. 

Octobre 13, 14, 15, 21, 25, 
La Balme; 3(1, Beauvoir en 
Royans fin domo dicta rae- 
nueteria). 

Novembre; 2, Saint-Bonnet 
(en Champsaur); 5, (j, An- 
celle;6, Eml>run; 30, Moirans 
{Mo iris). 

Décembre 4, Serves (Csr- 
r//a) ; 7, Moras; 18, La Tour- 
ci u-Pin (Turris). 

1313 

Janvier 1; .3, Cliabeuil; 10, 
Grenoljle; 17. 

Février 10 ; 1-3 , Voreppe 
(Vorapium). 

Mars 13, Moirans (Morcii- 
cum). 

Mai 24 (d. Jov. fesi. s. Vin- 
centii), Beauvoir. 

Juin 3, Paris. 

Juillet KJ, Grenoble; 22. 

Août 13, St-Paulf-d'Izeaux, 
monast. Bonœciunbœ) ; 17, 
Cli;il)euii, Grenoble; 23; 31, 
La Balme. 

Septembre 3 (, Moirans?); 9. 



Octobre 3; 0; 20, 21, Gre- 
noble. 

Novembre Ki, Echirolles; 
20; 29, Grenol)lc. 

Décembre (1, Grenoble;) G, 
8, Saint-Marcellin; 2G, Beau- 
voir. 

1314 

Janvier 10, Avignon; 22 ou 
25=1313 mai 21). 

Février 2 (, prieuré de St- 
Laurcnt); 3, Grenoble; 13, 
Voreppe (Vorap.); IG; 17, 
Beauvoir; 20, Grenoble; 24, 
Beauvoir tpons fortaUc.) 

Mars 3, Beauvoir; 8 ((Gre- 
noble 'i'); 17. 

Avril 22, Bais (Batjs in ins. 
Crimiaci} ; 25, 27, La Balme 
{i. i. C.) 

Mai 20, Saint -Jean - en - 
Royans (prieuré). 

Juin 1?; 4, Avalon, Vourey 
près Tullins [Toi/I/inum) ; 10, 
Villard-Benoit (Vilarium Bé- 
nédiction); 15; 17, Montbon- 
nol; 23. 

Juillet 12, 13, Saint-Martin- 
le-Vinoux; 15; 23, Cornillon 
{subi us /oi/riain). 

Août 1, Grenoble. 

Septembre 1, Vil" (prior. de 
Vioo)] 10; IS, Beauvoir en 
Royans ; 25 , Romans ; 29 , 
Beauvoir en R. 

Octobre 4, Grenoble; 9, 
Cornillon; 17, sous Faverges 
(in prato jaxta nemus); 22, 
Bourii'oin. 

Novembre G; 18; 19, Saint- 
Martin-le-Viuoux ; 23, Gre- 
noljle. 

Décembre. 1, 5, Serves (Cer- 
via); 5, Crémicu : 28, Moirans. 

1315 

Janvier 21. 

Février, Antlion; 8; 12, La 
Balme; 15, IG, Beauvoir en 
Royans. 

Mars 9 (fl^.20), 15, Grenoble. 

Avril 29. 

Mai IG, Armieu (c"" Saint- 
Gcrvais, Is.) 



15 



Juillet ô, Marseille [Massi- 
lia); 20, Vienne. 

Septembre 20. 

Octobre 10; 17; .31. 

Novembre ô, i>, 11, Greno- 
ble; 22, Saint-Marcellin; 24, 
La Sône (cap. B. M. de ponte 
Sonne); 29, Grenoble (dom. 
dalphin.) 

Décembre 4 , Ambérieux 
{Ambayriacurn); 27, Bourgoin 
(Burgond.) ; ;!1, Grenoble. 

1316 

Janvier 1, 2, 2ô, 20, 28, 
Grenoble. 

Février 2, Cuiseaux (C^se^Z/, 
S.-et-L.) 

Mars 0, grange du Cosnier 
(del Coi/nie r) ■,^2-1, Moirans 
{Moijrencum, Francise.) 

Mai 5, Chorges {Caturieœ); 
17; 21, Savines. 

Juin6^16(Trinit.), 18 (Do- 
min.), 20, Lyon; 24, Bourgoin 
(Burgondium). 

Août ap. 9, 30, Lyon (Trinit.) 

Septembre 12; 17; 2G, 27; 
28, Upaix. 

Octobre 1, Upaix; 17, Saint- 
Marcellin; 27, 20, 31 , Grenoble. 

Novembre 1, 2, (3,) 8, (10,) 
27, Grenoble. 

Décembre 1, 2, Grenoble; 
6, Saint-Marcellin; 7, Ville- 
neuve de Roybon; 14. 

1317 

Janvier; 1, Grenoble; 31. 
Mars 30, Moirans (Fran- 
cise.) 
Avril 7 (8?), La Balme en 



Conseil Delphinal. 

1316 
Mars 26, Grenoble. 



Viennois; 17; 10, Moirans 
(Francise); 20, {Rovei-iamj. 

Mai 7; 10, Saint-Marcellin; 
27. 

Juin 11, Beauvoir; 15, 10, 
Grenoble; 20, mais, de Tilede 
TuUins ; 22, Cornillon ; 24, 
Grenoble. 

Août 3; 13, Upaix (/brZa/. 
cnr.)\ 15, Orpierre {Aun'petray, 
10, 17, 18, 10, Visan. 

Septembre 2, Orange (Au- 
vagca, in donxo de Area)\ 0, 
14,' 1(), 18, Briançon [Brianc- 
zonuni)\ 24, Le Buis(-les- 
Baronnies, Domin., in orto 
prope); 25, Mirabel (-aux- 
Baron., fortal . castri). 

Octobre 0, 10, Grenoble. 

Novembre 2, Grenoble. 

Décembre 17 ; 27, Bourgoin. 

1318 

Janvier 17, Grenoble; 21, 
Moras; 26, 31, Viisan {Acisa- 
num). 

Février 2 , Mirabel(-aux- 
Baronnies, égl. de St-Julien); 
4, Visan; 11, 18, 10, Grenoble. 

Mars 2, La Sone (Lauczonis, 
Lauzania); 27, La Balme. 

Avril 23, La Balme ; 24. 

Juin 10, 22, 23, 24, Greno- 
ble ; 27, Saint-Marcellin. 

Juillet 1, Saint-Marcellin. 

Août 8; 10, Visan (Avisa- 
num); 26, Beauvoir (dioc. de 
Grenoble). 

Septembre 23, Beauvoir. 

Octobre 16, 26, Grenoble; 
28, 20, 31. 

Novemb. 5, 8, 10, Grenoble. 

Décemb. 9, 10, Grenoble; 15. 

1319 

Janvier 17. 

Février 10; 16, 24, 25, 26, 
Pont-de-Sorgues. 
Mars4,-l-(Pont-de-Sorgues). 










*i A iji ^j 1^1 



ÏTïNÉRAmJS 



3)^© jD^w^msîf © mm ^m, ©' n^^ii 



GUIGUES VII. 



Pour la cinquième fois depuis Guigues V, le gouverne- 
ment du Dauphiné tombait entre les mains d'un enfant. Né 
après le commencement de 1309, Guigues VII achevait seu- 
lement sa dixième année à la mort de son père (1). En 
l'émancipant devant lofficial de Grenoble, le 8 mars 1314, 
Jean II lui avait assigné plusieurs fiefs en apanage. Par son 
testament du 26 août 1318 il le fit son héritier universel : le 
jeune dauphin devait rester sous la tutelle de son oncle 
Henri jusqu'à l'âge de 20 ans; par un 3^ codicille (du 26 fév. 
1319) ce terme fut abrégé de deux ans. 

La régence, heureusement, tombait en des mains aussi 
actives qu'habiles. Henri était le plus jeune des fils d'Hum- 
bert I*"" (2). En ne lui laissant comme part d'héritage que 
500 livres de revenu, sa mère, comme ait Valbonnais, sem- 
blait r « engager par là à embrasser l'état ecclésiastique ». 
Bien que le Gallia Christ, fasse remonter à 1318 sa nomina- 
tion à l'évèché de Metz par le pape Jean XXII, « Henricus 
Dalphini, regens Dalphinatum », ne parait avec le titre de 
« Metensis electus » que le 12 juil. 1319; dans une lettre du 
14 oct. suiv., il prend les titres de « clericus, confirmatus 
Metensis « : il n'entra jamais dans les ordres sacrés. 

Dès le 23 oct. 1310 un traité avait été conclu pour le maria- 



(1) 11 est dit, en effet, âgé de plus de 14 ans les 17 mai et 23 nov. 
1323 et le 24 mars 1324. 

(2) Sa naissance est probablement postérieure à l'acte du 13 juil. 1292. 



ge du lils aillé ilu dauphin Jean II avec Isabelle, 2"= fille 
de Philippe comte de Bourgogne, fils cadet lui-même de 
Philippe-le-Bel. Cet accord fut renouvelé à l'avènement de 
Philippe-le-Long, le 18 juin lolG, à Lyon, pendant le con- 
clave qui donna un successeur à Clément V. Au commen- 
cement de 1320, Guigues accompagna son oncle à la cour 
de France; bien que le terme de son administration ne fut 
point expiré, Henri, sur le désir du roi, autorisa de Corbeil, 
le 25 jauv., son neveu à se rendre en Dauphiné pour y rece- 
voir « les feautez et hommages de tous ses subgiez »; de 
son côté, son beau-père, du consentement de la reme Jeanne, 
invita le comte de Genève à prêter hommage au dauphin 
pour toutes les terres qui avaient jusque là dépendu du 
comte de Bourgogne (17 fév.). Peu après (7 juin), il le manda 
de se trouver en armes à Arras le 12 août. Les fiançailles 
entre Guigues et Isabelle furent solennellement confirmées 
à Gray par la reine Jeanne, le (> avril 1322. Le contrat 
matrm'ionial eut lieu à Dole, le 17 mai 1323, « horà matuti- 
nali », et la bénédiction religieuse « ipsà die ». Philippe-de- 
Valois régla à Rouen (mai 1331) les prétentions des jeunes 
époux à la succession de la reine Jeanne. 

En 132 1, Guigues VII se rendit à Aix et y fit hommage au 
roi de Sicile, comme comte de Provence et de Forcalquier, 
du château de Serres et de tout ce qu'il tenait en Gapençais 
et dans la vallée de Rogues (21 mars). L'année suivante, le 
7 août, aidé d'Hugues de Genève, seigneur d'Anthon, il 
gagna sur Edouard, comte de Savoie, la célèbre bataille île 
Varey, livrée au pied de ce château, dans la plaine de St- 
Jean-de-Vieu (Bugey); cette victoire fit tomber entre ses 
mains un grand nombre de prisonniers de marque, entre 
autres Robert de Bourgogne, comte de Tonnerre, Jean de 
Chàlons, comte d'Auxerre, et Guichard, sire de Beaujeu, 
auxquels il fit chèrement payer leur rançon. 

Son oncle Henri renonça vers ce temps à son évèché de 
Metz (la dernière mention est du 15 juil. 1325) et prit le titre 
de seigneur des baronnies de Montauban et de Mévouillon, 
que lui avait léguées (avec d'autres fiefs) son frère le 
dauphin Jean II ; en exécution des volontés de son père, 
Guigues lui en fit remise le 21 oct. suiv. Jean, seigneur de 
Montluel, donna peu après (2'J déc.) à Henri le château de 
Vaux et la Bastide de Montluel; il reçut plus tard Saint- 
Donat et Bellegarde en échange du château de Miribel 
(7 mai 1331). 

Guigues VII répondit en 1328 à l'appel du nouveau roi de 
France contre les Flamands; il eut le commandement du 
7" corps d'armée à la bataille du Mont-Cassel (24 août) et 
s'v comporta vaillamment (1) : en récompense de ses services 
Plîilippe-de-Valois lui donna à Paris la maison aux Piliers 
en place de Grève (oct.) Fatigué sans doute par cette expé- 
dition, où il avait accompagné son neveu, Henri l'institua 
par testament son héritier universel le 17 mars suiv. et 
mourut peu après. 
Rien de saillant à signaler dans les années suivantes 



(1) Voir sur cette expûdition les documents publiés dans le t. VII 
de ma Collecl. de cartul. Dauph. (1874), p. 13-35. 



— 23 - 

qu'une conftklération entre Jean III, dno de Bretagne, et le 
dauphin (janv. l:{;!0) et le renouvelletnent de ralliance entre 
Philippe de Savoie, prince d'Achaïe, et ses neveux Guignes 
et Humbert (21 mars VSSl). Sur la fin de Tété le comte de 
Savoie Aimon, successeur d'Edouard, reprit la guerre con- 
tre le Dauphiné. Son adversaire s'étant emparé du château 
de la Perrière (li, le dauphin réunit ses milices et en fit le 
siège; dans une téméraire reconnaissance de la place, il fut 
blessé d'un coup d"arl)alète et n'eut que le temps de faire 
son testament (28 juil. 1333). Pas un mot de sa succession, 
déjà réglée par le 1" codicille de son père; le jeune prince, 
qui mourait dans une grange à 24 ans (2), songea surtout à 
sa conscience et à révoquer les péages, tailles et autres 
exactions imposées par son père et son oncle. Il laissa 
d'ailleurs parmi les contemporains une réputation d'incon- 
tinence, exagérée peut-être par la tradition (3), mais dont la 
tragique histoire de François de Bardonnèche a déposé 
dans nos annales un trop authentique souvenir. 

La dauphiné Isabelle figure aussi rarement dans les char- 
tes que sa belle-mère Béatrix; à son lit de mort, son mari 
lui laissa 3.tJU<) liv. de revenu, en sus de son douaire; elle 
fit partie du conseil delphinal avec sa tante Béatrix de 
Arlay (à Beauvoir, 23-6 août 1333). Par la suite elle se 
remaria avec Jean, sire de Faucogney, en Franche-Comté 
(av. 1336) ; Humbert II régla avec eux les droits dotaux de 
sa belle-sœur (17 juin 1344). Elle testa à Montmorot (Jura), 
le 9 juin 1345, en faveur du duc et de la duchesse de 
Bourgogne. 

La suscription des chartes de Guignes VII offre des va- 
riantes sans importance; la formule la plus développée est : 



(1) Près Voiron, sur la commune actuelle de St-Julien-de-Raz. Par 
une note insérée dans la Revue du Dauphiné de 1878 (t. II, p. 372-5), 
M. le baron de Rostaing s'est séparé de l'opinion commune, convaincu 
qu'il s'agit d'un château de même nom sur la commune de Viry (Ilte- 
Savoie). A rencontre de cette nouveauté, M. Pilot de Thorey a bien 
voulu constater que, chef-lieu d'un mandement et d'une chàtellenie 
importante en lo27-8-lt, La Perrière du Graisivaudan n'existait plus en 
1335 : malgré d'importants préparatifs (dont les comptes subsistent 
aux archives de l'Isère) pour soutenir un siège, le cliàteau avait été 
pris en lïi:29/.'JU par le comte de Savoie, puis rasé après sa reprise par 
l'armée dauphinoise. D'ailleurs le texte du chroniqueur Jean Villani 
porte, non point << castello di Savoia » (Viry est en Genevois), mais 
» castello del Conte di Savoja » (MuRATOm, Rerum Italie, script.. 1728, 
t. XIII, c. 7.-j6j. 

(2) Je n'ai pas compté moins de neuf opinions différentes sur le 
jour de sa mort. Valbonnais incline (t. II, p. 245) pour le 28 juil., qui 
est celui du testament; Chorier (t. I, p. 81lj), pour le 20, d'après le 
Nécrol. de St-Robert (noi'lOljdont l'autorité se doublerait de vraisem- 
blance, si l'obit inscrit à cette date ne se référait par l'écriture à un 
dauphin antérieur. Dans une lettre du 4 sept. (l.'J.j7?i à la Chambre des 
comptes de Paris i cabinet de M. P.-E. Giraud, orig. pap.~i, le gouver- 
neur du Dauphiné Raoul de Louppy parle d'un hommage différé » ab 
obitu dni Guigonis dalphini, qui obiit mill'io CGC™» XXXIIJ», mense 
augusti » : on verra par l'itinéraire d'Humbert II que le conseil delphi- 
nal était en fonctions dés le 4 de ce mois. 

i:i) Voir les historiens cités par Rayxaldus, Annal, ecclesiast., an. 
1333, n" 22. 



— 24 — 

Giiigo dalphinus, cornes Albonis et Viennœ palatinns doini- 
nusqiie de Tarre. Sa chancellerie adopta définitivement le 
style delà Nativité, sans qu'il soit toutefois possible de pré- 
ciser la date de ce changement; mais Henri, dont j'ai cru 
devoir dresser l'itinéraire concuremment à celui de son 
neveu, resta fidèle à l'ancien usage jusqu'à son testament. 



1314 
Mars 8. 

1316 

Juin 18, Lj-on. 
1318 



Août 26. 



1319 



Février 24, 25. 
Mars 9. 

1320 

Janvier 25 {, Corbeil). 
Février 17 (, Paris?) 
Mars 12. 
Juillet 19. 
Octobre 2, Grenoble. 

1321 

Janvier 11, 12, 20, Grenoble. 

Avril 4; 9, Avignon (= juil- 
let 9?) 

Mai 12; 29. 

Juin 16, Grenoble. 

Juillet 6, 9, Avignon. 

Août 1. 

Octobre 10, 15, Briançon ; 
23, Moras. 

1322 

Janvier 8, Grenoble (; 9 = 
1321 juil. 9). 
Avril h, Briançon ; 6. 
Juillet 21, Grenoble. 
Octobre 19, Cornillon. 
Décembre 3, 4. 

1323 

Janvier 20. 

Février 17, Mirabel (Mira- 
bellum). 

Avril 8, Vais (ValUs). 

Mai 17, DôIe (mafjna turris 
lapidea). 



Juillet 29, 30, Beauvoir en 
Royans (cam. dicta la menu- 
aiei/ri, menuetariœ). 

Novembre 23, Romans. 

Décembre 5, Grenoble; 8; 
11, Crémieu ; 14. 

1324 

Janvier 7, Pagny (Paignia- 
cum, Largiuatum); 16, La 
Balme. 

Février 20 , Beauvoir en 
Royans. 

Mars 24, Aix (Aquis, in do- 
mo régi a). 

Avril 10. 

Mai 27, Saint-Pierre (d'Al- 
levard). 

Juillet, battu près des Allin- 
ges ; 26. 

Août 4, Grenoble; 8, La 
Buissière. 

Novembre 25, Grenoble. 

Décembre 12. 

1325 

Janvier 24, 25. 

Février 21, 25, Beauvoir. 

Avril 7, 8, (9,) 10, 11, Le 
Buis(-les-Baronnies, hospic. 
cariœ, in aida viridi, sala 
nova). 

Mai 31. 

Juin ap. 13, Grenoble?; 23, 
Saint-E(icnue-de-Saint-Gcoirs 
(S. Steph. de S" Ivcrs); 21, La 
Tour-du-Pin, Crémieu; 25, 
Lagnieu; 27, Saint-Sorlin f.V. 
Saturninus). 

Juillet 6, 7, 8, 9, St-All)an ; 
9, 10, 11, 12, 13, Neyrieu; 14, 
15, Lagnieu ; 17, 18, Crémieu; 
19, La Tour(-du-Pin\ I/.eaux 
{Yseiiz); 21, Moras, Beaulieu 
(prieuré). 

Août 2, La Perrière?; 7, 
victoire sous Varey; 12, 13, 
14, Crémieu. 

Septembre 8, Beauvoir; 21; 






27, Grenoble, La Buissière 
{Buxeriaj. 

Octobre 2, Grenoble ; N, 13, 
Beauvoir; 20, Grenoble. 

Novemljre 2i, Vienne. 

Décembre 9; 16, Crémieu; 
24. 

1326 

Janvier 11 ; 18, Saint-Vallier 
(prieuré;; 31, Vienne fretf'ect. 
FF. Minor.) 

Février 2, Moras ; 7, Beau- 
voir; 9, Dolomieu? 

Mars 1, Villeneuve-de-Vals 
(Vn. de Bercieuz): 9, Beau- 
voir; 11, Vais (Vallis, cliàt.); 
15, Saint-Vallier; Kî, Vais; 

28, Beauvoir. 

Avril 1, Grenoble; 2; (i, 18, 
Beauvoir (cam. voc. minute- 
r/a, manusteria! I 

Juin 7, Crémieu; 20, 21, 
Grenoble. 

Juillet 12, Grenoble. 

Août ô; 10, Cornillon; 12, 
1."), Romans ; 18, Montfort (c"" 
Crolles); 2.3, Demptézieu (c"« 
St-Savin, Denthet/siacum). 

Septembre; 2, Grenoble; 5, 
Bourg-d'Oisans (S. Laurent, 
de Laça) ; 8, Briançon (castr. 
Brianczonii ); 21. 

Octobre 1, 4, 7, St-Martin- 
le-Vinoux ; 18, 20, Grenoble; 
26, Saint-Marcellin. 

Novembre 7, Chainagnieu 
(Chamagniacum). 

Décembre 2, Saint-Vallier; 
31, Saint-Jean-d'Octavéon (c 
Châtillon-s.-J., S. J. de Alte- 
veone). 

1327 

Février 4, 5, 6, St-Marcellin 
près Chatte (dora. Lumbard.) ; 
7, Grenoble; 11, « Levata » 
(Temple d'Echirolles); 14, 16, 
Vizille ; 17, 19, « Levata » (doia. 
prœcept.); 19, Upaix (capit. 
curiœ); 21; 26, St-Paul(-lès- 
Romans , cap. hospit.)\ 27, 
Villeneuve-de-Vals (V. N. de 
Bercieui; 28. 

Mai ."), Grenoble {maj. curia 
dalphin.) 



Juin 11: 22, Beauvoir; 26, 
Crémieu idom. de Mart/nas); 
27, 28, Gourdans (c""= St-Jean- 
de-Niost, b. de Gordanis). 

Juillet ô, Neyrieu; 10; 31. 

Août 1,2, 27,) 31, Beauvoir. 

Septembre ô, 7, (13,) Beau- 
voir; (13, Tullins; 16, Loyet- 
tes;) 17, 20, Vienne ',dom. de 
Canal i bus) ;2^, Beauvoir (cam. 
de niinuteria). 

Octobre 1, Grenoble; 23, 
Morestel en bar. de la Tour; 
29, Crémieu (donx. de Mar- 
tinas). 

Novembre 9, Crémieu ; 16, 
17, (18, 19,) Grenoble; 22, 24, 
2Ô, Saint-Vallier; 26; 28, 30, 
Grenoble. 

Décembre 2, 3, 6, Grenoble 
(curt. dalphin.); 11; 18; 20, 
22; 23 (Francise), 24,Vienne; 
(26, Roussillon). 

1328 

Janvier 3, 6, Montfleury ; 8 
(St-Laurent), 9, Grenoble; 10, 
13; 14, 15, La Buissière; 16; 
19, Saint-Marcellin ; 20, Saint- 
Nazaire-en-Royans ; 21, 22; 
24, Chabeuil; 29, Montfleury, 
(Grenoble). 

Février 4, Pérouges (Pero- 
giœ); 10, Tullins; 13, 15 (14 !), 
Grenoble; Demptézieu (Den- 
thai/siacum), Moras ; 17 ; 18, 
Saint-Quentin; 19, (20,) 22, 
23, 28, 29, Montfleury. 

Mars 2, 3, Montfleury ; 4, 
Grenoble; 5, 6, 7, La Buis- 
sière; 10, Montfleury; 11, 12, 
13, 14, Grenoble; lo, Saint- 
Marcellin; 17, 18, Valence ; 
22, Grenoble. 

Avril 8, Romans; 8, 9, Pi- 
sançon; 10, Saint-Marcellin; 
14; 15, 17, Grenoble; 18, Vo- 
reppe; 19, La Tour(-du-Pin, 
Tunis), Saint-Chef (S. Theo- 
dorus); 20, Crémieu; 22, 25, 
26, 27, La Balme en terre de 
la Tour; 27, 28, Crémieu; 28, 
29, 30, La Balme; 30, Crémieu. 

Mai 2, La Balme; 3, Cré- 
mieu; 3, 4, 5, La Balme; 6, 
Crémieu; 6, 7, 10, 11, La 
Balme; 20, Saint- Quentin ; 



2G — 



Beauvoir; 23, (24,) Grenoble; 
24, 20, Montfleury. 

Juin 3, Remette; 7, Theys 
(vadum de Thesci); i^), Saini- 
Marcellin; H), La Sône {Lau- 
sania): 12, Cl]àtilIon(-St-Jean, 
Castillio doni' Virivillœ); 12, 
13, St-Uonat; 13, Yilleneuve- 
de-Vals i V. N. de Berchea) ; 

11, 18, Serves (Cervia); 2U ; 
23, 24, Chabeuil; 3U, Romans, 
Saint-Paul(-lès-R.) 

Juillet 4, 5, {{),) Grenoble; 

12, Montfleury; (13,) 2U, Gre- 
noble; 22, 24, 20, Vienne; 27, 
Montbrison en Forez; Tliiers 
(Tiart , Thiarnum) , Saint- 
Pourçain (S. Porzanus), Mou- 
lins (Molins) en Auvergne. 

Août, Nevers [Nivernis), 
Cosne {Cône), Montargis, Ne- 
mours (Nemos); 5, (>, Corbeil 
{Corbolinm); Paris; Aire(-sur- 
la-Lys, Haire, Hai/re) ; 24, 
bat. du Mont-Cassel. 

Septembre 2, 3, 4; 5, Ypres 
(acies ante Ynram); (i-lô, Lille 
{Insula); 10, lieras de Lilh;; 17, 
Arras {Atrebatum, Arraz); 2(), 
Paris. 

Octobre 5, 11 ; St-Germain- 
en-Laye; passe et rep. la 
Seine (Seyna) ; 17, (19,) 28, 
Paris (dom. dalphin. apud 
Grèves). 

Novembre 3; Nevers, Saint- 
Pourçain , Aigueperse ; 20 , 
Montfleury; 2(1, Moirans. 

Déccniljre, joutes à TuUins ; 
2, Moirans, iSaint-Robert ; 3, 
Grenoble; 4, Montileury; 5, 
Grenoble; 11, Montileury; 17, 
Chabeuil, Romans; 20, Mo- 
ras; (25,) 29, 30, Grenoble. 

1329 

Janvier 1, Grenoble; 1, 3, 4, 
Avalon; 8, Montfleury?; 9, 
Sl-Marcellin; 13, Chabeuil; 
15, Chatte {Chasta); 19, 20, 
Grenoble; 21. 

Février 20; 21 , 22, Gap 
(cloître de St-André); 23, Ro- 
mette (prieuré); 24, Beauvoir. 

Mars 1, Vienne (dom. de 
Canal/bus); 7; 10, La Tour 
(-du-Pin, Turris); 11, Bour- 



goin (prieuré de Jallieu, Jal- 
lijuj); 14, 10, Crémieu; 17, 
» Montiache » [itom. Hospit.); 
18, 19, 20, 21, 22, Montîuel; 
(30, Crémieu fi 

Avril (3,) 4, G, Montîuel; (24, 
St-Marcellin;) 28, Grenoble. 

Mai ; 7 , Grenoble {eurt. 
hosp. dalph.]\ 15, Moirans; 
29, La Bal me. 

Juin 10, Crémieu (Augus- 
tins); 11, La Balme; 23, Le 
Buis (-les-Bar.); 29, (30,) Gre- 
noble. 

Juillet (5; 7, St-Marcellin; 
10, Beauvoir; 10, 12, 13, Saint- 
Marcellin; 20, 21, Grenoble. 

Août 1, Saint-Donat; 22, 
Grenoble; 30, Saint-Pierre 
de Champagne. 

Septembre (, Clairvauxf); 

21, 28. 

Octobre 1, Grenoble; 15. 
Novembre 26, Grenoble; 27, 
Tullins {ColUni). 
Décembre 2, St-Marcellin. 

1330 

Janvier, Bois de Vincennes 
{Vieenes); (13, Rozoy-en-Brie, 
Rosai/ in Bria: 22, Villaines). 

Mars 3; (18,) 19, Serves 
(Cervia); 21, Anneyron ; 23, 
(24,) Beauvoir ; 29, V'isan (Avi- 
san.)\ 30, 31, Mirabel(-aux- 
Bar., MiribeUam). 

Avril 1, Mirabel (Mirib.) ; 3, 
(4,) Avignon ; 14, Grenoble ; 
17; 23, 24, (25,) 27, St-Marcellin. 

Mai (1.) 5, 7, Grenoble; 12; 
14, La Tour (-du-Pin, cap. 
Hospit.); IG, Montîuel; 19, 
Chazey(-sur-Ain, Chasetum); 

22, Crémieu (dom. Lumbard.); 
24, Saint- Etienne(-de-Saint- 
Geoirs). 

Juin2,3,Moras; 23, Tullins. 

Juillet 3, Tullins; (5,) 9, 10, 
Jonage (acies cor. Castro de 
J-s, exeere. de Ge7i7ia;/es Joa- 
nagiis), bourg de la bastide 
de' Montîuel. 

Août (2, Vienne; 3^ Moras;) 
8, Moirans (Francise); 10, 
St-Paul(-lès-Romans , dom. 
IIospii.)\ 14, BiMiuvoir en Ro- 
yans; 23, Grenoble. 



— 27 — 



Septembre 11,21, Beauvoir; 

25, 30, Grenoble. 

Octobre 1 ; 2, Cornillon ; 3 ; 
(8,) 9, (10,) 11, 12, Grenoble; 
13, 16; 24, Grenoble. 

Novemb. 3, Romans (Fran- 
cise); 13, Rosans (Roysans). 

Décembre 22, Paris [dom. 
dalph.) 

1331 

Janvier 1, 15, Paris. 

Février 8 ; (13, Montélimar ;) 
16, Valence. 

Mars 10 , Grenoble , La 
Mure ; 22 , bois des Ayes 
(castr. nemoris Ayarum). 

Avril 1, Beauvoir; 3, Ro- 
mans; 8, Tullins; 20, 24, Avi- 
gnon; (27, Beauvoir). 

Mai 4, Grenoble; 7; 16. 

Juin 26, Moirans [in claus- 
trello s. parlât. FF. Minor.); 
28, 29, 30, Grenoble. 

Juillet 1 ; 3, Grenoble; 8, 12, 
19, Beauvoir; 22, 26, 27, Gre- 
noble (Francise.) 

Août 1, 3, Saint-Marcellin; 
27, 28, Grenoble (Francise.) 

Septembre 9, Moras; 12, i(), 

26, 27, 28, Beauvoir. 
Octobre 15, Paris; 26, Bou- 

zonville {Bosonville in Gas- 
tinois). 

Novembre 22, Montargis. 

Décembre 12. 

1332 

Janvier .30, Grenoble (Fran- 
cise.) 

Février 5 , Beauvoir en 
Royans ; 13 , Montluel ; 14 , 
Beauvoir; 29, Grémieu {dom. 
Lumbard.) 

Mars 6, 7, Becenno; 8, Qui- 
rieu ; 9, Lueys; 10, Lagnieu 
(Langniacum); 2.5, 28, Visan 
{Acisan.y, 29, Pont-de-Sorgues. 

Avril 2, Visan ; 7, Beauvoir; 
11 , Auberives(-en-Royans) ; 
13, Beauvoir; 17, St-Antoine; 
22, Beauvoir. 

Mai 5; 12, (13,) 15, 17, Gre- 
noble. 



Juin 1, Grenoble: 10, Beau- 
voir; 20, Bourg-d'Oisans {S. 
Laurencius deLacii in Oysen- 
cio); 25, 27, 28, 30, Briançon. 

Juillet 1, Briançon; 2, Bar- 
donnèche ; 3, 4, Briançon ; .5, 6, 
Vallouise (Vallis Puta); 6, 
Saint-Martin-de-Quevrières ; 
7,8,9, 11, 12, 18, 20,21,22,31, 
Briançon. 

Août 7; 8, Grenoble; 18, 19, 
Crémieu (August.); 24, Tullins 
iprior.), Moirans (Francise.) ; 

27, 30, Beauvoir. 
Septembre 19 , Pisançon 

(Pisancianum). 
Octobre 19-23, St-Antoine?; 

28, Montbonnot; 29, Mont- 
fleury. 

Novembre 5, Vienne (dom. 
de Canalibus); 18, Montbonnot 
[Mons Bonoudus); 22,Voreppe 
{Vorapium); 29, 30, Romans. 

Décemijre 5, Romans (dom. 
archiepisc.) ; 10, 20, Vienne 
id. de C.) 

1333 

Janvier 1, Loriol, Montéli- 
mar; 5, Avignon ; 11, Valence, 
Saint-Marcellin; 15, Gre- 
noble; 16 (6!) Montbonnot; 

29 , Lyon (Dominic.) ; 31 , 
Vienne (cliap.) 

Février (8, Grenoble;) 12, 
Montbonnot; 18, Grenoljle; 
19 ; 20, Loriol ; (23=) 26, Avi- 
gnon , Orange , Pierrelatte 
(Petra Lata) ; 28, Romans. 

Mars 1, Saint-Marcellin; 5, 
6, Grenoble; (21, Beauvoir?); 
30. 

Avril (14, Grenoble;) 15, 
Cornillon ; 16, Saint-Egrève 
(S. Ayripinus); 26, Arpavon. 

Juin 21, Cornillon ; 22, Gre- 
noljle (Francise.) 

Juillet 2, Pisançon (Pisan- 
cianum, castr. dalph.) \ 0; 7, 
Grenol)le (Francise); 11, Tul- 
lins (TofjUinum); 12, 16, (17,) 
21, 22, Beauvoir ; 28, La Per- 
rière (c"^ St-Julien-de-Raz, 
ante Pereriam, in grangia). 



— 28 - 



Henri Dauphin 

1319 

Mars 31, Moras. 

Avril 1, 2; 14, Moirans. 

Mais, Grenoble; 12; 17, 19, 
Annecy {Annei/ssiacum); 19, 
Rumilly en Albanais ; 21 , Cler- 
mont en Genevois ; 22, La Ro- 
che en G. 

Juin 23, Avignon. 

Juillet 12; 17, 21,24, Greno- 
ble ; 24, Annevron (Antonins). 

Août 1; 6,^ Grenoble; 27, 
Crémieu. 

Septembre 10; IG, Saint- 
Marcellin; 25, Grenoble; 28. 

Octobre 14, Valence; 28. 

Novembre 17, Grenoble. 

Décembre 9, La Balme; 29, 
Beauvoir. 

1320 

Janvier 5, Bourgoin {Ber- 
qondum); 25, Corbeil. 
Avril 8. 
Juin 23. 

1321 

Janvier 8, 9 (m curia nova), 
12 (J. plateam S' Andreœ), 
Grenoble; 28; 31, Saint-Mar- 
cellin; 31, Beauvoir en Ro- 
yans. 

Février 1, Saint-Marcellin 
en Viennois; 22; 24, Bonne 
ville. 

Mars 2, (Bonneville?) 

Avril 9 (= juillet 9?); 21, 2G, 

Grenoljle. 

Mai 4; 12, Grenoble; 30, en 
Faucignv. 

Juin (), lô, K), Grenoble; 1., 
Beauvoir. 

Juillet»), 7, 9, 10, .30, Avignon. 

Août G, Grenoble; 31, La 
Balme. 

Septembre 4; 8; 14, La 
Tour-du-Pin, Turris); 2G, 27, 
30, Grenoble. 

Octobre 1, Grenoble; G; 8, 
bois des Ayes {nemus A;/a- 
rnm); 1."), Grenoble; 19 (r/om. 
Cnnaiillium), 21, Vienne; 22; 
21, Grenoble; 2G. 



Novembre; 7, Grenoble; 19, 
Goncelin. 

1322 

Janvier 8, 9, Grenoble; 28, 
29, Romans {dom. Helem.) 

Mars IG. 

Avril 15, Briançon. 

Juillet 15, IG, 18, 23, Greno- 
ble; 24, Crémieu; 26, Gap 
(Francise, Vapin.). 

Août 3, Nvons (N(choniis)\ 
13, Peyrins (Pai/r.) ; 24 ; 27, La 
Balme; 30, 31, Crémieu. 

Septembre 30, Prébois {Pra- 
tum Bu xi). 

Octobre 12, Grenoble; 19, 
Cornillon. 

Novembre 12, IG, (22,) 23, 25, 

27, Grenoble. 

Décembre 3; 7, Charmes 
(Charment); 15, Serves (Cer- 
cia) ; 30. 

1323 

Janvier 20, Goncelin {versus 
Pereriam). 

Février 17, 26, Mirabel. 

Avril 8, Vais; 9; 11, Visan 
{Avisan.y, 15, Le Puy (An?s- 
chim). ^ 

Mai 4, Beauvoir ; 8, La Tour 
(-du-Pin, Turris), Lagnieu 
[Lai/niacuni); 17, Dole. 

Juin 21. 

Juillet9, 10, 15, 16, 21, Gre- 
noble; 30, Beauvoir. 

Août 20, 2(i, Crémieu. 

Octobre 22, Chabeuil; 2-), 
TuUins. 

Noveml)rc 1, Moras ; 8, Gre- 
noble; 10; IC), Beauvoir; 23, 
Romans. 

Décemb. 2,5,7,8, Grenoble; 
22; 26, Beauvoir. 

1324 

Janvier 5; 7, Pagny (Pai- 
nniacuni): 1 1, La Balme. 
' Février 21 , B(?auvoir en Ro- 
yans. 

Mars 21. 

Avril 23, (irenoble. 

Juin 10, Montbrison. 

Juillet 25, Saint- Antome; 
■y\, Grenoble. 



- 29 



Août 4, Grenoble; H, La 
Buissière; 10, 10, Saint-Mar- 
cellin ; 18, 28, 29, Crémieu ; 31 , 
La Balme. 

Septembre 5; 0, Bourg - 
d'Oisans (Burgus S. Lauren- 
tii); 11, Bois des Ayes (bosciim 
Ayarum); 18, Briançon; 21, 
Embrun. 

Octobre 6, Visan (Avisa - 
numy, 19; 24; 28. 

Novembre *J, Grenoble; 15; 
19, Briançon; 20, St-Bonnet 
en Champsaur; 25, Grenoble. 

Décemure 7, Romette {cam. 
dom. Elemoyssine). 

1325 

Févriers, Grenoble; 20; 21, 
Beauvoir en Royans. 

Avril 1. 

Juin 25/6, Lagnieu; 27, Saint- 
Sorlin. 

Juillet 9, Beauvoir; 15, Va- 
lence. 

Août, en Faucigny; 20; 26, 
Avignon. 

Septembre 1, quitte terre de 
la Tour; 2, Le Buis f-les- 
Baronnies, cam. S. Thomce 
maj. hosp., Domin.) ; 8, Beau- 
voir; 9; 21. 

Octobre 15, Beauvoir; 25, 
Grenoble. 

Décembre 9; 16, 29, Cré- 
mieu. 

1326 

Janvier 18, Saint-Vallier. 

Avril 18, Beauvoir; 22, 24, 
Grenoble. 

Mai 17, La Balme; 21. 

Juin 20, Grenoble; 21, Ro- 
mans (Francise). 

Août 23, Tullins; 26. 



Octobre 10, Saint-Martin- 
le-Vinoux; 21, St-Marcellin. 

1327 

Janvier 12, Visan (Avisa- 
num, cam. fornelU). 

Février 4, 6, Saint-Marcel- 
lin; (7, Grenoble;) 13, « Leva- 
ta »; 14, 16, Vizille; 26, Saint- 
Paul(-lès-Romans). 

Mars 13, La Balme; 26, 
Montluel. 

Avril 22. 

Juillet 10. 

Septembre 13; 17, Poncin 
(Ain); 24, Saint-Donat. 

Octobre 4, « M'ean' ». 

Novembre 22, Saint-Vallier; 
24, Grenoble; 26. 

Décembre 5, Grenoble; 2(5, 
Roussillon. 

1328 

Janvier 3, Montfleury; 4, 
Vizille; 6, Montfleury; 16. 

Février 10, 13, Avignon; 
22; 27, Grenoble; 28, Mont- 
fleury. 

Mars 14, Grenoble; 18, Va- 
lence. 

Avril 1, Visan (fortaUc.) 

Mai 13; 16, Pérouges; 26, 
xMontluel; 29. 

Juin (23,) 24, Avignon; 30. 

Juillet 27, Montbrison. 

Août 6, Corbeil. 

Septembre 17, Arras. 

Novembre, en Auvergne; 
20, Beauvoir. 

Décembre 11, Montluel; 17. 

1329 

Mars 17, Beauvoir, « Mon- 
tiache » {dom. Hospit.). 



En terminant la publication de l'itinéraire des Dauphins 
de la 'i^^ race, je suis heureux d'offrir le témoignage de ma 
gratitude à MM. P. Guillaume, E. Pilot de Thorey et J. 
Roman, pour les indications dont ils ont bien voulu enrichir 
mon travail. 

Romans, 31 octobre 1886. 



Voiron. — Imprimerie Baratier & Mollaret. 



ITINKRAIRE 

DAUPHIN HUMBERT II 



Le règne du dernier souverain indépendant du Dau- 
phiné a une importance exceptionnelle dans les annales de 
notre province : il serait superflu d'insister auprès des 
érudits sur Futilité qu'il y avait à dresser l'itinéraire suivi 
dans ses voyages par Humbert II. La masse considérable 
de documents mis en œuvre pour l'établir, d'une manière 
à peu près complète, donnera peut-être l'idée d'une étude 
plus approfondie du gouvernement de ce prince, sur 
lequel les historiens les plus récents ont trop négligé une 
source incomparablement précieuse d'informations : les 
registres de sa chancellerie, en très grande partie con- 
servés aux archives de la préfecture de l'Isère. 

Fils du dauphin Jean II et de la dauphine Béatrix de 
Hongrie, Humbert naquit à la fin de 1 3 1 2 ; il devint baron 
de Faucigny à la mort de son oncle Hugues, en i328, et 
succéda comme dauphin de Viennois à son frère Guigues 
VIII (VII), le 29 juillet i333. Il résidait alors à la cour de 
Naples : son pèlerinage aux églises de Rome et son retour 
en Dauphine sont assurément la partie la plus curieuse 
de ce travail. Pour la période correspondant à la croisade 
de 1345-7, il m'a semblé utile de donner, au-dessous de 



3 ITINÉRAIRE 

l'itinéraire — forcément incomplet — d'Humbert II, 
celui du régent du Dauphiné en son absence, Tarche- 
vêque de Lyon Henri de Villars. 

Deux sortes de documents ont servi à la rédaction de 
cet essai : les chartes du dauphin, les comptes des tréso- 
riers et des châtelains. Ceux-ci, souvent féconds en 
renseignements, ne sont pas toujours suffisamment précis 
pour les dates et rendent la chronologie incertaine. Il en 
est tout' autrement des lettres patentes d'Humbert : sa 
chancellerie n'a jamais cessé de prendre le commencement 
de Tannée à Noël (a Nativitaté), comput d'après lequel 
le millésime des sept derniers jours de chaque année est 
en avance d'une unité ; les pièces renferment, presque 
toutes, l'indication du lieu où elles ont été données, ordi- 
nairement aussi celle du palais, château, église, couvent, 
maison, chambre, etc. que j'omets pour abréger \ les lettres 
closes sont excessivement rares. 

Ce n'est pas que je n'aie été plus d'une fois embarrassé: 
certaines juxtapositions de lieux éloignés à des dates trop 
rapprochées mettront le doute dans l'esprit du lecteur ; il 
ne m'a pas toujours été loisible de remonter à la source 
même de ces contradictions et de préciser les causes 
d'erreur. Elles doivent, pour la plupart, provenir de fautes 
de transcription. Je n'en citerai qu'un exemple, qui sera 
la meilleure justification de cette aride monographie : 
Valbonnais a publié [Hist. de Dauph.^ t. II, p. Sôg- 
62), un traité d'alliance entre le dauphin et le comte de 
Savoie, qui aurait été passé à Charentonnay, le 7 décembre 
1337, époque où Humbert ne semble pas avoir quitté 
Grenoble : vérification faite dans le registre du notaire 
Humbert Pilât (arch. de Tlsèrc, B. 26 11, f" 220), d'où 
l'éditeur Ta extrait, j'ai constaté que cet acte y porte la 
date du 7 septembt^e^ qui concorde avec le reste de l'itiné- 



d'humbert II. 3 

raire; cette même date est encore donnée par le t. II de 
l'inventaire Generalia. 

Quand le nom de lieu manque à Toriginal d'une pièce 
ou à rinventaire qui en fournit l'analyse, le jour du mois 
est inscrit entre deux points-virgules ; si ce nom peut être 
légitimement conjecturé, le chiffre du jour est placé entre 
parenthèses. 

J'adresse, en terminant, à mes confrères en érudition 
le souhait de recevoir des compléments à cet essai ; ils 
seront fructueusement utilisés dans le Régeste dauphinois^ 
dont l'itinéraire de nos dauphins n'est que le préambufe. 



*e3^ 



1321 

Juillet 9 (, Avignon ?j. 

1326 

Mars 26. 

Octobre 4, Saint-Martin-le-Vinoux. 

1328 

Juin 24, en Faucigny. 

Décembre 2, Saint-Robert; 3, Grenoble?; 17, Romans. 

1329 

Juin 10, Crémieu (Augustins); 29, Grenoble ?. 

1330 

Mars 19, Crémieu (Crimiacum). 

Août 8, Moirans; 10, Saint-Paul(-lès-Romans); 14, Beauvoir 
en Royans ; 21, Grenoble. 



4 ITINERAIRE 

Fin, part pour la Hongrie (*î. 

1332 

Juillet 26, Casasana, près Castellamare (castniin Maris de 

5 tabla). 

Septembre 22, Naples (tournoi). 
Octobre 9, Naples (noces). 
Novembre 2, Naples. 
Décembre 18, Naples. 

1333 

Janvier 15, Naples. 

Février 2, Naples. 

Mars, Naples ; Aversa, Pons ad Silicem, Capoue ; Teano {Tya- 
mnn), Mignano {Minianum), 3Iont-Cassin (égl. de St-Benoît) ; 
Alangia. — Rome : Saint-Pierre (du Vatican) ; St- Jacques (au 
Borgo) ; St-Sébastien, Domine quo vadis, St-Paul-hors-les- 
Murs, ubi aures s' Pauli (St-Paul-aux-Trois-Fontaines ?), St- 
Barthélemy, St- Sauveur (in Onda), Arméniens (Ste-Marie- 
l'Egyptienne ?); Ste-Croix (de Jérusalem); St-Paul, St-Laurent 
(in Paneperna) ; Ste-Praxède ; Ste-Marie-de-la-Rotonde (Pan- 
théon) ; Ste-Marie-Majeure ; (St-Pierre du Vatican). St-Pierre 
(-aux-Liens); Ste-Agnès (moniales); Ste-Suzanne; prés du Tibre. 
St-Sébastien ; St-Oeorges (in Velabro), St-Alexis, S" Sacco, 
Stc- Marie de Manu; Ste-Marie-de-la-Minerve, Ste- Sabine, 
St-Cyriaque, St-Jean-tle-Latran. St-Pierre (s' Suaire), Ste- 
Euphémie, Ste-Marie-la-Neuve (Ste-Françoise Romaine), St- 
Jean devant la Porte-Latine, St-Sixte, St-Sauveur. St-Pierre 
(confession). — Sermoneta (Sulinonela), Fossanuova (Fossa 



(1) Il n'y a pas lieu de tenir compte d'une pièce du 10 octobre 
1330, donnée à Naples par lïumbert comme dauphin fReg. instrnm. 
baron. MeduU. et Montts Alhani. f° Illl "J; elle rac paraît suspecte, 
même eu admettant une erreur de millésime (1333 au lieu de 1330.) 



D HUMBERT II. 5 

Nova), Scaulum, Mola prés Gaête [Moleta Gaijetœ), Sessa 
(Suessa) . 

Avril 1 (jeudi s'), 2 (vend, s', égl. de Piedigrotta, S. Maria 
de Pedegrocé), 4 (Pâques), Naples. 

Mai, (Naples). 

Juin, (Naples); 26. 

Juillet 19, va en Pouille {ApuUa) ; 28, Barletta {Barolum); 

29, Bisceglia [VigUia, Ste-Trinité) ; Bari (St-Nicolas) . 

Août 5, Barletta ; Andria ; 15, Melfi (Melphla) ; 19, S" Maria 
de Uliolo ; Naples ; 24, 25, 30. 

Septembre 5; égl. de Piedigrotta [S. Maria de Padigrotte); 7, 
8, 10, 11, Naples (naiss. et bapt. d'André). 

Octobre 15, Naples; 17; Pouzzoles (Puteolum), Ischia (Iscla, 
Yscla); Gâëie (Gage ta), Sia-Resti.tuta; 23; Porto-Venere (Portus 
Veneris); 28, Portofino [Portus Dalphini); 28, 29, 30, 31, 
Gênes (Janua). 

Novembre 1, 2, Gênes ; 4 ; 5, Villefranche {portus OUbani) ; 
5, 6, 7, 8, 9, Nice (.\icia, Niczia) ; 10, passe le Var (fîumen 
JSiczix); M, Villeneuve-Loubet (Villa Nova), passe le Loup 
(flmnen V. N.), Valbonne (collis de Verbon.); 12, Grasse (Gras- 
sia); 13; 14, Garonne (pons Garo, de Garrono), Draguignan 
(Drachinianum, Dragui-m); 15, Brignoles (Bonica, Briniola); 
16; 17,18, 19, Saint-3Iaximin (S. Massi'ininus),\s. Sainte-Baume 
(Balma) ; W, Saint-Zacliarie (6'. Zaccarias); 20, 21, Aubagne 
(Balneum, Albanea); 21, 22,23,24, M^'seiWe (Mars i lia, St- 
Louis, St- Victor) ; 24, Les Pennes (Pennxj, Berre (Berra); 25, 
SdXon (Sallonum) ; 26, Orgon (Urgo), Noves (Novœ) ; 27, 28, 29, 

30, Avignon. 



Août 4, 5, La Perrière (in acie ante castrum Pererie^; 7, 
Graisivaudan; 14; 16, Montlleury; 23, 26, Beauvoir. 
Septembre 5, Graisivaudan. 
Octobre 5, 1 1 , Beauvoir. 



ITINERAIRE 

Décembre i, 2, 3, 4, o, 6, Avignon (Ste-Claire d'Arles); 
Valence; 14, 16, 18, 22, 24, 31, Beauvoir. 

1334 

Janvier!, Beauvoir; 2, 3, Saint -Marcellin; 4; 5, (6,) 7, 8, 9, 10, 
11, 12, 13, 14, 15, 16, 17, 18, 19,(20,22,) 23, 24, 25, Grenoble. 

Février 1, 6, 7, 8, 9, 10, 11, 12, Grenoble ; Beauvoir; 15, 16, 
17, 18, Monthiel; 20, Meximieux ; 21, 22, Montluel; 23, (24,) 
25, La Balme ; 27, 28, Crémieu. 

Mars 1, Jallieu près Bourgoin; 3, Bourgoin ; 4, Morestel ; 6, 
Neyrieu ; 8, Saint-André de Briord ; 9, Saint-Sorlin {S. Satur- 
ninus); 10, Lagnieu ; 12, 14, 15, 16, 21, 22, (23, 27,) 30, 31, 
La Balme. 

Avril I, 4, ^10,) 11, 12, (13,) 15, La Balme; 16, Salettes; 17, 18, 
La Balme ; 22, Crémieu ; 26, La Balme ; 27, Saînt-Chef (S. 
Theodorus). 

Mai 2, Vienne; 3 (13 !), Moras; 5, Grenoble; 6; 7, près du pont 
du Giandon entre Chapareillan et Montmélian ; 8, La Frelte (c"' 
du Touvet, Fraya/aj ; 14, Briançon (en Maurienne?); 16; 18, 
La Grave; 19, Briançon; 19, 20, Césane; 21, 23, 24, Oulx; 29 
(19!),Exilles. 

Juin, Suse ; Pragelas,Valcluson ; Pignerol (Pineyrol); 11, bois 
des Ayes {nemus Aijarum); 13, 14, Césane; 10, Château-Queyras; 

20, 21, Le Pont en Briançonnais; 27, Château-Queyras. 
Juillet 2, 5 ; 9, 12, Upaix ; 13 ; 18, (21,) 23, Mévouillon; 24, 

25, 27, 28, 29, 30, Le Buis (-les-Baronnies). 

Août 1, 2, Mérindol; 3, Mirabel (-aux-Bar.); 4, Châteauneuf- 
de-Bordette; 7, 12, Visan [Avisanum); 16, 20, 24, 26, (27,) 29, 
31, Avignon. 

Septembre 1, 3, 7, 10, 15, (17,) 26, 29, Avignon. 

Octobre i2, Avignon; 6,7, 9, 12, 14, Visan; 17, 19, Nyons; 20, 

21 , 22, Briançon; 23, La Bessée {Becerja), Embrun; 24, 25, Mens? 
Novembre 3, 4, 5, 7, (8, 17,) 18, 22, (24,) 29, La Balme. 
Décembre r4,; 5, 6, La Balme; 7; 9, Salettes; 12, Vienne; 14, 

Valence; 20, 25, 27, Avignon. 



îi HUMBERT II. 



1335 



Janviers, 14, 15, 17, 18, Avignon; Marseille?; 25. 

Février 13; 14, Ballons {BaVon) ?; 15, La Balme; 19, 24. 

Mars 2, 4,5,6, (8,10,) 11, 17, 18, Crémieu; Morestel; 22, 
24, 31,Quirieu. 

Avril 9; 11, 16, La Balme; 17. 

Mai c'. Vienne; 3, 4, 5, M, 12, 13, 14, Avignon; 19, 20, 
Langeac; 20, Brioude; 22, Pont-du-Château; 23, Aigueperse. 

Juin 1, Grenoble?; 4, Beauvoir?; 18, Le Plessis en Norman- 
die; 19, Mainneville. 

Juillet 12, 30, Paris. 

Août, bois de Vincennes ?; 3; 8, 10, 17, Paris; 19, Saint- 
Germain-des-Prés près Paris; 20, Paris. 

Septembre 3; retour de France; 7, 8; 11, 13, 16, 17, Grenoble; 
22, Cornillon en Graisivaudan; 22, (23,) 26,27, (30,) Grenoble. 

Octobre 1, Grenoble; 8, 10, 12, Beauvoir; 16; 29, Roche-de- 
Glun; 29, 30, Beauvoir. 

Novembre 3, 4, 5, 6, Moirans; 7, chartreuse de la Silve 
(-Bénite;; 7, 8, 9, 10, Moirans; 13, 1^4, 15, 16, Saint-Sorlin 
(Ainj; 19, 20, Quirieu; 21, 22, 23, 24, 25, 26,27, 28, La Balme; 
29, Crémieu. 

Décembre 1, 2, Colombier (-et-Saugnieu;; 3, 4, Saint-Laurent 
(-de-Mure) en Viennois ; Meximieux ; Pont-d'Ain (Ponzinum) ; 
14, Nantua ; 19, en Faucigny; 21, Bonneville. 

1336 

Janvier 7, 9, 16, (22,) 24, 28, Cluses (dioc. de Genève). 

Février 6, Châtillon en Faucigny; Bonneville; 12, Bonne; 
13, Allinge Vieux ; 15, 16, Hermance ; 16, 17, Coppet ; 17, La 
Balme de Sillingy {Cousengle) ; 20, Salettes ; 22; 24, La Bal- 
me ; 25; 29, Crémieu. 

Mars 1, 2, 3, 4, Crémieu; 6, Roche-de-Glun ; 7, Valence; 
10, 11, 12, 13, 14, 15, 16, 17, Avignon; Marseille (St-Louis) ; 22, 
Avignon ; Orange ?; 25, Roche-de-Glun (Ruppis); 29, Le Buis. 



ITINÉRAIRE 

Avril 8; 12, La Balme de Viennois; 20, 26; 29, Crémieu. 

Mai 4, Crémieu; \0(/iemus Lovarescie), M, 12, La Balme; 
19, Beauvoir ; 23, 25, Saint-Marcellin ; 26, Beauvoir. 

Juin 1, Beauvoir; Chambe'ry ; 10, Avalon ; il, Bellecombe ; 
12, Barraux; Grenoble; 17, 18, La Sône (Clauczonia, Sonna) ; 
19; 20, (23,) 2i, 26, Beauvoir. 

Juillet 5, La Sàne {Loso7ia) ; 16, Moutliier-en-Bresse près la 
Brenne) ; Châlon. 

Août 2, 3, Pagny-le-Château en Bûurgogne;4, Chaussin. 

Septembre 3, 8, 9, La Balme; (18, Lagnieu;) 21; 26, Grenoble. 

Octobre 1,2, 4, La Balme; 8; 18, Ordonnas [Ordenacum); 19^ 
Portes; 20, 23, Ordonnas ; 29, La Balme, 31 . 

Novembre 2, Lompnas {Lonnas) ; 3, 4, Ordonnas ; 5 ; 9, 
Lompnas; 12, Ordonnas; 13/4, Lompnas; 15, 16, 17, Ordonnas; 
17, Lompnas; 18, La Balme; 22, Salettes; 23, 24, 26, La Balme. 

Décembre 13, Crémieu ; 19, 21, La Balme; 26, Crémieu ; 31, 
La Balme. 

1337 

Janvier 2, La Balme; 20; 22, Lyon; 24, Vaulx-en-Yelin 
[castrum de ValUbus prope Lugdunum); 25, Colombier (-et- 
Saugnieu); 27, Saint-Laurent (-de-3Iui'e) en Viennois, Chandieu; 
30; 31, La Tour-du-Pin. 

Février 2, 4, La Balme ; 7, 8, Crémieu ; 9, 10, La Balme ; 16, 
Beauvoir; 21, Pinet ; 22, Saint-Marcellin. 

Mars 2 ; 5, 8, 15, Avignon; 20, Saint-Ruf près Avignon; 24, 
26, territ. de Visan ; 31, Le Buis. 

Avril (3,) 6, 7, 10, 24, Le Buis ; 26, Le PiUion {Arpihon.). 

Mai 5, 13, 14, Avignon; 22, Le Buis. 

Juin 2, 4, 6, 7, 16, 17, 20, 28, Le Buis (baronnie de 
Mévouillon). 

Juillet 2, Le Buis; o, Mévouillon; 7, Roclie (-sur-le-Buis, 
Ruppis); 8, Le Buis; 15, Vienne; 15, 17, Beauvoir; 21, Saint- 
Donat; 23, 24, 25, 26, 27, 28, 29, (31,) Vienne. 

Août 2, 7, 14, 15, Vienne; 20, Beaurepaire; (21, 23, Vienne;) 
28, 29. 



d'hUMBERT II. Q 

Septembre 7, camp, près Charentonnay, C-y; 10, 11,14, 15, 
n, 18, 19, Vienne; 20; 2i, Moirans; 24, 25, Grenoble; 25, 
Barraux; 29, (la grande) Gliarlreuse. 

Octobre 4, Grenoble ; 18; 23, Vienne ; 27, Crémieu. 

Novembre 4, La Balme ; 8, 9, Grémieu ; 10; 18, 22, 25, 27, 
28, Grenoble. 

Décembre 2, 4, Grenoble ; 5, Montbonnol ; 6, Grenoble ; 13; 
U, Allevard ; 16, 17, 18, Grenoble; 20, 26, 30, Beauvoir. 

1338 

Janvier 2, La Sône (Sonna) ; 5, 30, 31, Beauvoir. 

Février 4, 7, 8, 10, 14, 16, Beauvoir; 21, La Tour-du-Pin 
[Turris] ; 26, 27, (28,) Crémieu. 

Mars 1, 2, 3, 7, 8, Crémieu; 9, 11, Montluel en Valbonne; 
13, Quirieu; 14, Lagnieu; 18, Salettes ; 24, Crémieu ; 26, La 
Balme ; 30, Montluel ; 31, Lyon. 

Avril 1, 2, Lyon; 9, Grenoble ; 9, 13, 16, Beauvoir ; 19, 21, 
23, 25, Chabeuil ; 26, 27, Pisançon ; 29, Romans (St-Barnardj. 

Mai 3, 5, 6, 7, 10, 11,14, 15, 19, 24, Beauvoir. 

Juin 12, 15, Beauvoir; 16, 17; 19, 20, 24,25, (27,) 30, Moirans. 

Juillet 2, 3,Moirans;4, 7, 9, 10, 1 l,i{ives; 11, 12, 13, 14, (1 G,) 
18, 20, 21, Beauvoir ; 29; 31, Beauvoir. 

Août 6, Saint-Alban (-du-Bhône); abbaye de Saint-Pierre hors 
Vienne; Saint-Just; -12, chat, de Pipet ; 18; 19, Vienne; 20, 
Pipet; 22, 23, 27, 29, Vienne. 

Septembre 10, (13,) 24, 25, Avignon; la Sainte-Baume ? 

Octobre 12, 16, (19,) 27, 30, 31, Avignon. 

Novembre 1, 2, 3, 4, 7, Avignon; 10, 12, 13, 14, 16, 17, 19, 
21, 23, 24, Pont-de-Sorgues; 30, Avignon. 

Décembre 2, 4, 8, 11, 14, Avignon; 20, 22, (29,) Pont- de- 
Sorgues. 

1339 



Su 



Janvier 1, 2, 4, 6, 10, 12, 14, 16, (17, 23,) 27, 28, Pont-de- 
rgues. 



lO ITINÉRAIRE 

Février \, Avignon; a, 8, 12, 13,15, 19, 20, 22, Pont-de- 
Sorgnes. 

Mars 1 , rPont-de-Sorguesj mon. de Romelte ; 3, Grenoble, 
Sainte-Colombe près Vienne ; 4, Avignon ; 8, (9j 10, (11,) 16, 

17, 18, (19, 20,) 22, 27, Pont-de-Sorgues. 

Avril G, 9, Avignon; 12, 13, Pont-de-Sorgues; 16, 17, 18, 19, 
22, 27, Avignon; 30, Pont-de-Sorgnes. 

Mai (1,3,) 4, (11.,) 12, Avignon; 22; 30, Pont-de-Sorgues. 

Juin 7,8, 12, 16, 17, 18, 19, 22, 23, 28, 29, Pont-de-Sorgues. 

Juillet 1, 2, Poiit-de-Sorgues; M, Roclie-dc-Glun (liuppis) ; 
17 ?, (19,) 23,24, Beauvoir; 25, Saint-Etienne-de-Saint-Geoirs; 26, 
Saint-Marcellin; 27, Saint-Etienne; 28; 31, camp. prèsL'Albenc. 

Août 1, Saint-Etienne-de-Saint-Geoirs; 2, Beauvoir; 7, (22, 
26,) 31, Pont-de-Sorgnes. 

Septembre 1 , Pont-de-Sorgues ; 7 ; 15, 24, 25, Avignon ; 29, 
30, Villeneuve près Avignon. 

Octobre 9, Le Puy (égl. Notre-Dame). 

Novembre 4, (5,) 6, (9,) 11, 12, 19, Paris. 

Décembre 10, 11, 20, Paris. 

1340 

Janvier 7, Paris. 

Février 2, 4, 5, (15,) 24, Beauvoir (10, 12, 14, 16, 27, Saint- 
Marcellin?). 

Mars 1, Beauvoir; 4, Saint-Marcellin; 6, 8, Beauvoir; 10, La 
Sône ; 12, Grenoble; 12, 13, Beauvoir; 16, Samt -Vallier ; 17, 
Beauvoir, Grenoble. 

Avril (3,) 6, 9, 10, 11, 12, Grenoble; 12, « ap. Sanctum Love- 
tum »; 16, 22; 29, Beauvoir. 

Mai 3, Beauvoir; 4, La Sône en \ iennois; 5, Pisançon; 8, 9, 
10, La Sône; 13, Beauvoir; 14, 15, 16, Sainl-Alban(-(lu-Kbône); 

18, 19, Bocbc-de-Glun; 19, Clérieu, Pisançon; 22 ; 24, 26, 27, 
Beauvoir. 

Juin 3, 13, 16, 20, 21, (23,) 24, (26,) 29, Beauvoir; 29, Gre- 
noble. 



D HUMBERT II. II 

Juillet f\,) 2, (3, 4, 5,) Saint-Etieiiiie-de-Saint-Geoirs; 8, 
Rives; I 4, 19, 24, Grenoble; 30, La Baline. 

Aoiit 1, 3, 4, Grenoble; 12, MontUiel; 18; 24, La Balme; 29. 

Septembres, 4, La Balme; 17, Visan; 19, Saint-Bonnet; 23, 
Le Buis (-les-Baronniesj. 

Octobre 2, 9, 11, (1t,; 24, 28, Avignon. 

Novembre 1, 2, (3,) 4, Nyons; 4,Curnier, Sahune (Asseduna); 
5, La Charce (ca5i!. Carçeris)\ G, Montmorin-; 9; 11, Montmaiir; 
13, Gap; 1 4, Ghorges (ap. Caliirlcasy, 15, 17, Em])run; 18, Saint- 
Bonnet en Champsaur; 28, Grenoble. 

Décembre 3, Grenoble; 4; o, 8, (25,) 29, 31, Beauvoir en 
Royans. 

1341 

Janvier 3, Beauvoir; 9; 10, Saint-Marcellin; 16, Beauvoir; 29, 

Février 12, 18, 20, 24, 26, Grenoble. 

Mars 5, 6, (8,) 9, 10, 12, 13, 14, 17,26,(29,) 30, 31, Grenoble. 

Avril 4, 10, (16,) 17, 23, Grenoble; 27. 

Mai 1, (3,) 4, Beauvoir; 11, Grenoble; 12,Sainl-Lattier («p. 5"" 
Laterium); 16, 25, (28,) Peyrins. 

Juin 6, 7, Peyrins; 9, Saint-Donal; 10. 15, Beauvoir; 23, Gre- 
noble; 30, Montneury. 

Juillet 3, 5, 7, (9,) 10, MontHeury; 17, 19,Vizillc; 19,20, Vif ; 
21, rive du Drac près du port de Glaix; 29, 30, La Balme. 

Août 5, Antbon; 7, 8, (9,) Loyettcs; 11, Grémieu; 12, 13, 
(15,) 16, Loyettes; 21, 22, 23, 24, 26, La Balme; 28, Lyon. 

Septembre 1, 6, (7,) 10, 11, (13, 19,) 20, 22, 25, 29, 
Beauvoir en Royans. 

Octobre (3,) 4, (7,) 8, Beauvoir; 31, Saint Lattier (S. Eule- 
t/'ierius, S. Heleuterius, S. Heubclius, S. Heulckrius). 

Novembre 6? Grenoble; 7, 8, Beauvoir; 8, 10, Seyssins; 13, 
Saint-Alban (-du Rhône); 17, Peyrins; 24, 26, La Balme en 
Viennois. 

Décembre 8; 10, Pinet; 11, Beaurepaire; 14, Beauvoir; 20, 
21, 25, 28; 30, 31, Beauvoir. 



12 ITINERAIRE 



1342 



Janvier 2, Grenoble; 4, (5,) 6, 7, 11,13, 14, Beauvoir; 16, 
Saint-Marcellin ; 21, 22, 23, 25, 27, Beauvoir. 

Févriers, in obsedio ante Romans ; (') 13, Peyrins; 14, 19, 
in acie ante Romans; 19, bastide de Beau-Secours près R.; 23, 
23, 24, 26, 27, Romans. 

Mars 2, 4, Pisançon ; 4, Romans ; 7, 12, 14, 17, liS, Pisançon; 
19, bastide de Reau-Secours près du pont de Romans; 19, 20, 
Pisançon ; 26 , Saint-Saturnin du (Pont-j Saint-Esprit sur 
Rhône ; 28, Avignon. 

Avril 4, 10, 16; 18, 20, 21, Villeneuve -Saint -André près 
Avignon. 

Mai 3, Gentilly (près du Pont-de-Sorgues) ; 5, palais d'Orange; 
8, Yisan; 10, 14, 19, 20, 22, (2o,) Avignon. 

Juin 9, Gentilly; 15, Beauvoir; 21, Romans; 28, Avignon. 

Juillet 15, 16, Visan {Avisamim). 

Août 2, Grenoble ; 9, Saint-Étienne-de-Saint-Gcoirs; 16; 18, 
Grenoble, Tullins ; 19, 20, Beauvoir; 25, Haute-Pierre (Alla 
Petra) près Crémieu ; 27, La Balme. 

Septembre 1, Saint-Denis fAin); 15, 16. 17, Salctles ; 19, 20, 
Jarcieu. 

Octobre 7, 8, Vienne; 20,27, Beauvoir; 29, Iseron; Peyrins. 

Novembre 3, Iseron ; 7; 16, 18, r21,) 22,- 2i, 26, 27, 29, 
Grenoble. 

Décembre 1, 4, 8, 11, 12, 13, 14, !6, 17, 18, 20, Grenoble; 
23, Montlleury; 24, (2o, 29,) 30, 31, Grenoble. 

1343 

Jan\i<!r 4, i;renoble ; 7, Le Bui.> ; 8^ 10, Valence; 17, 18, 



(1) Une note du reg. Refformaciones curie majoris Viennesii et Va- 
lentm. (cabinet de M. P.-E. Giraud) fixe au 10 févr. 1311 (v. st..) la 
prise de Romans par le daupiiin (f" 58) ; il est certain, d'après la 
capitulation du li, que la ville ne dût ouvrir ses portes que le 20. 



D HUMBERT II. I^ 

Roquemaure (Ruppes Maura, Avinion. dioc); 21; 30, Ville- 
neiive-Saint-André. 

Février 6, 14, 23,24,20, Villeneuve-Saint-André près Avi- 
gnon. 

Mars 3, Villeneuve près Avignon ; 14; 20, Nîmes [iSemausum]; 

25, 29, Villeneuve-Saint-André près Avignon. 

Avril 3, Nîmes; 9; 16, Nîmes; 17; 23, bois de Vincennes; 25, 28. 
Mai 11, Nîmes ; 15, 18, 25 ; 28, 29, 31, Beauvoir en Royans. 
Juin 3, (12,j 15, 19, 20, 21, 22, 27, 29, Beauvoir en Royans. 
Juillet 1, Beauvoir; 4, 10, 11, 14, Saint-Marcellin ; 16, Beau- 
voir; 17, Saint-Marcellin; 18, Saint-Antoine; 23, Vienne ; 24, 

26, 27, Saint-Marcellin ; ;28, Vienne; 29, Sainte-Colombe près 
Vienne; 30 ; 31, abb.de Saint-Pierre hors la porte de Vienne. 

Août 1, 2, abb. de Saint-Pierre hors la porte de Vienne ; 3, 
Vienne ; 4, abb. de Saint-Pierre ; 5, Vienne ; 7, 8, 9, Sainte- 
Colombe près Vienne ; 9, 10, 11, abb. de Saint-Pierre; 11,12, 
Vienne; 12, 13, abb. de St-Pierre ; 13, Sainte-Colombe; 15, 17, 
18, abb. de Saint-Pierre; 18, 19, Vienne; 20, Sainte-Colombe 
de Vienne ; 20, 21, abb. de Saint-Pierre ;w2l, 23, Vienne ; 24, 
abb. de Saint-Pierre; 24, 25, Sainte-Colombe p. V.; 27, Roche- 
de-Glun. 

Septembre 2, Roche-de-Glun ; 7, Saint-André de Vienne; 8, 
9, 11, 12, (16,) 17, 18, 20, 21, 22, Avignon; 25, Villeneuve 
près A.; 27, Avignon. 

Octobre 4 ; 10, Avignon ; 12 ; 19, 20, 21, 24, 26, ïl, 28, 31, 
Villeneuve-Saint-André. 

Novembre 5, (10,) 12, 13, Villeneuve-Saint-André ; 17, 20, 
Grenoble ?; 23, 24, Montpellier (Anton., Hospit) 

Décembre 1, 4, 8, 10,11, Montpellier ; 15, Bourgoin ?; 16, 
17,(19,) 28, Avignon. 

1344 

Janvier 2, (3,) 11, (12,) 14, 16, 17, (27,) 31, Avignon. 
Février 7, 9, 13, 17, 20, 25, 26, 27, Avignon. 
Mars 2, 3, 4, 10, (11,) 12, 15, 20, 22, 23, 25, Avignon. 
Avril 7, 10, 12, 14, 15, 29, Avignon. 



14 ITINÉRAIRE 

Mai 2, 4, 5,(14,) 16, (18, 19,) 20, 23, Avignon. 

Juin 3, 7, 8, 11, 13, 17, Avignon ; 18, Villeneuve près A.; 19, 
27, Avignon. 

Juillet 6, Carpentras; 10, 14, 17, 19, 23, Avignon ; Apt ; 27; 
30, Avignon; 31, Villeneuve fdioc. d'Avignonj. 

Août 2, (3.) 6,7, Avignon; 18, Romans ; 22, 23, (26,) 31, 
Beauvoir. 

Septembre 3, 6, Beauvoir; 7, Grenoble; 9, 10, 11, Saint- 
Marcellin; 18, 22, 23, Grenoble. 

Octobre 2, MontHeury; 6, 8, 9, (10,) 13, lo, 18, 20, 22, 27, 28, 
29, 30, Grenoble. 

Novembre 3, 4, f9,) 12, 13, 16, 21, (24,) 23, -26, Grenoble. 

Décembre 7, 8, 9, (10,) 12, 13,^/16, 21, (22,) 26, (27,) 28, 
Grenoble. 

1345 

Janvier 3, (10,) 11, 12, 14, 13, 22, 23, 24, 23, 29, 30, 31, 
Grenoble. 

Février 3, 3, 6, 8, 9, 11, 12, 16, 17, 18, 20, 21, 23,24, 23, 
26, (27,) 28, Grenoble. 

Mars I, ^3, 4, 7, Grenoble ; 13, Vizille ; 14, 13, 16, 17, 18, 
19, 21, 22, 23, 24, Grenoble ; 27, Beauvoir; 27, 28, 30, Grenoble. 

Avril 6,8, 10, 11,12, 13, 14, 13, 16, 24, Romans ; 28, Avignon. 

Mai 4,3, 11,12, 13, 14, 15, 16, 17, 18,20. 21, 22, 23,24, 23, 

26, 27, 28, 29, Avignon ; 31, Pont-ile-Sorgues, Avignon. 

Juin 1, 2, 3, 6, 11, 12, 13, 14, 13, 18, 20, 22-, 23, 24, 23, 28, 
29, 30, Avignon. 

Juillet 1, 6, 9, 10, 12, 13, Avignon ; 13, 14, 13, 16, 17, mon. 
de Bon-Repos hors-prés Avignon ; 20, 21 , 22, 23, 24, 23, 26, 

27, 29, Avignon ; 30, abb. de Bon-Repos; 31, Avignon. 



1345 

Juillet 13, 14, mon. de Bon-Repos près Avignon. 



D HUMBERT II. I5 

Août 1, Marseille; 2, 3, Avignon; i, Laiiczo7ium; 8, 10, U, 
l'i, 16, 17, 18, 19, 22, 24, 26, 27, 28, 29, 30, Marseille; 30, port 
de mer de Marseille, in galea S. Crucis ; 31, Marseille. 

Septembre 1, Marseille ; 1, 2, près du port de M.; 2, in galea 
S. Crucis, in g. supra mare près de M., in insula maris à 
l'orient du port de M. (If); 3, Marseille; 14, 15, Gênes; Li- 
vourne ; Florence ; Venise ; Tréyise ? 

Octobre, Céphalonie (Same)'^; Négrepont. 

Novembre, Mitylène (Lesbos); 24, Rhodes, 

1346 

Février 13, Smyrne. 

Juin 8, Négrepont ; 24, combat près Smyrne. 

Juillet, autre dans l'île d'Imbro ? 



Août 2, Avignon ; 30, Marseille. 

Septembre 1, Marseille; 2, à l'orient de M.; 5; 7, 8, Avignon; 
15, 19, 20, 22, 23, 24, (28,) 29, 30, Romans. " 

Octobre 1; 3, « cast. de Hermiis » (Eymeux). 

Novembre 17, 19, 20, 22, 23, 24, 27, 28, 29, 30, Romans. 

Décembre 1, 4,8, 9, 10, 11,12,13, 14, 16, 17, 18,' 23, 24, 28, 
29, Romans. 

1346 

Janvier 2, 10, 15, 16, 17, 19, 21, 22, 23, 24, 25, (28,) 30, 
Avignon. 

Février 1, 4, 6, 7, 9, 11, 13, Avignon; 14, Orange; 18, Avi- 
gnon ; 21 , Saint-Lattier (S. Heuleterius) ; 28. 

Mars 2, 3, 11, 12, 15, 18, 20, 21, 22, 23, 24, 25, 26, 27, 
Grenoble ; 31, La Tour-du-Pin. 

Avril 3, La Tour-da-Pin. 

Mai 1; Corbelin. 

Juin 5, Pierre-Scise (prés Lyon) ; 21 ; 26, Grenoble ; 28, 30, 
Romans. 

Juillet 1, 2, 7, 9, Romans ; 16, 20, 22, 24, Moirans ; 27. 



l6 ITINÉRAIRE 

Août V, 27, pillé en mer par les Génois. 

Octobre 12, Rhodes (in villa nova de insula R). 

Novembre, Rhodes, 

1347 

Janvier 6, 29, Rhodes. 
Février 10. 
Mars 2, Rhodes. 

Mai 27, Venise (SS. Jean et Paul). 
Août 16, Milan {Medulani, palaisj ; Mortara. 
Septembre 1 , Saluées ; 4, Rriançon ; Vizille ; Grenoble, 8 ; 11 , 
Bourg-d'Oisans {cast. Oysen.); 17, 25, Grenoble. 

Août 15, Poncin ; 19; 29, Lagnieu. 

Septembre 2, 4, G, 7, 12, 14, 18, 19, 20, 22, 23, 24, 25, 26, 

27, Grenoble ; 28, Moirans. 

Octobre, Moras, Revel, Auberive ; 5, 6, 7, Vienne ; 7, mon. de 
St-Pierre hors V.; 14, 16, 17, 18, 20, 21, 22, 24, 25, (26,) 27, 

28, Romans. 

No\embre 5, Grenoble ; 7, Auberive (-cn-Royans) ; 7, 17, 18, 
19, 20, 23, 24, 25, 28, Romans. 

Décembre 2, 4, 5, 8, 9, 10, 12, 13, 15, 16, 17, 19, 20, 21, 23, 
24, 25, 27, 29, 30, Romans. 

1347 

Janvier 2, 3, 4, 5, Romans; Lyonnais. 

Février 6, Romans?; Valence, Ghabeuil. 

Mars (2,) 3, 5, 6, 8, 10, 15, 16, 22, 28, Romans. 

Avril, Grenoble ; 7, Romans ; Peyrins ; 22, Montllenry ; 24, 
28, 29, Grenoble. 

Mai 3, entre Bellerombe et les Marches ; 5 ; 14. 

Juin 4, 13, Grenoble ; 19, La Tour-du-Pin ; 22, Grenoble ; 24, 
Vizille. 

Jnillct 3 ; M, Moirans; 17, Valence. 

Août 2, Embrnn , 4; 16, Bardonnéche. 



D HUMBERT II. IJ 

Octobre 6 ; 12, 14, Beauvoir ; 22, 23, 24, Romans. 

Novembre 6, Saint-Marcellin ; (10,) \\, 16, 19, 20, 25, 
Avignon. 

Décembre 2, 5, 6, 7, 8, 10, 14, 15, 16, 17, 18, Avignon ; 19, 
20, 24, Villeneuve-Saint-André près Avignon ; 26, 27, Avignon; 
28, 29, 31 , Villeneuve près A. 

1348 

Janvier 2, 5, 7, 8, 10, 12, 13, 14, 16, 20, 21, 23, 25, 28, 
Villeneuve-Saint-André près Avignon. 

Février 3, 4, 6, 7, Villeneuve ; 8, Bez (Bercium) ; 11, 12, 13, 
Pont-Saint-Esprit {S. Saturninus de Ponte, S. Splritus) ; 20, 24, 
25, 28, Beauvoir en Royans. 

Mars 1, 2, 5, 6, 7, 8, 9, 11, 14, 15, 16, 17, 19, 20, 21, 22, 
Beauvoir ; 27. 

Avril 4, 12, Beauvoir W; 26, 27, 28, 29, 30, Lyon, chat, de 
Pierre-Scise. 

Mai 1, LaBalme; 12, 13, Crémieu ; 16, Anthon, port d'A.; 
17, 18, 19, Montluel ; 23, Miribel ; 27, Montluel ; 28, abb. N.-D. 
de Salettes ; 30. 

Juin 2, Crémieu ; 2, 3, 5, La Balme; 11, Saint-Georges-d'Espé- 
ranche ; 23, 25, 26, Quirieu ; 27, Crémieu, Lyon ; 30, Crémieu. 

Juillet 1, Crémieu; 4, 8, 16, Beauvoir; 20, LaBalme; 23, 
Quirieu ; 27, Crémieu ; 29, Tnllins; 30. 

Août 5, 6, 8, 9, La Balme ; 11, Quirieu ; 17, La Balme ; 28, 
30, Salettes. 



(1) Cette date a donné Jieu, au siècle dernier, à une intermina- 
ble discussion entre le chapitre et les consuls de Romans, dans 
laquelle l'érudition de ces derniers ne brilla pas par la loyauté. 
L'armée du Dauphin se réunit à Montluel le 6 avril, vint le même 
jour devant Miribel et prit le bourg ; le château se rendit le 22. La 
lettre d'Humbert II, datée du 12, in burgo Mirihelîi, in exercitu nos- 
tro, émanait de ses officiers : de gênerait mandato domini (au lieu de 
per dominum orethenus) . 



l8 ITINERAIRE 

Septembre 3, Salettes ; 5, Grenoble; 10, La Balme; H. 

Octobre 8, Grenoble ; 14, 28, Beauvoir. 

Novembre 1; 3, Beauvoir ; 6, Grenoble ; 9, Beauvoir ; 9, 10, 
Grenoble; 15, 17, 18, 19, 22, Beauvoir; 24, Grenoble ; 25, 
Grémieu ; 29, 30, Romans. 

Décembre 1, 3, 4, 5, 6, 9, 10, Romans ; Avignon ; 17, 18, 22, 
29, (30,) 31, Romans. 

1349 

Janvier 4, 6, 7, Chabeuil ; 9, 10, 12, Romans ; 18, 19, 20, 22, 
24, 28, Beauvoir ; 29, Chabeuil ; 29, (30,) 31, Beauvoir. 

Février 1, 3, Beauvoir ; 14, 17, Tain ; 20, 28, Romans. 

Mars 3,4, 6, 7, 10, 11, 13, 14, 17, 18, Romans; 19, Beauvoir; 
20, 21, 22, 23, 26, (29,) 30, (31,) Romans. 

Avril (1 ,) 3, 4, 6, 7, 22, Romans ; 23, Grenoble. 

Mai 3, Beauvoir; 4, Montpellier?; 28, Lyon? 

Juin 1, Lyon; 8 ; 11, Lyon ; 12, Pierre-Scise. 

Juillet 1 ; 2, Pierre-Scise ; 6, 10, 11, 12, 13, 16, 17, (18, 19, 
21,) 27, 28, Lyon. 

Août 21 , 26, Romans ; 28, Beauvoir. 

Septembre 5, 10, 16, ( 17,) 25, Beauvoir. 

Octobre 8, 17, (21,) 25, Beauvoir en Royans. 

Novembre 16, 23, Beauvoir. 

Décembre 1 , Beauvoir; 6, 20 ; 22, Grenoble. 

1350 

Janvier 4, Montfleury; 28, (30,) Grenoble. 
Février 1, 3, 4, 5, (6,) Grenoble. 
Mars 13, Villeneuve (dioc. d'Avignon). 
Juin 2, Villeneuve-Saint-André ; 14 ; 22. 
Décembre 25, Avignon (ordonné). 

1351 

Janvier 2 fsacré), 22, Avignon ; 31, Villeneuve près A. 



D HUMBERT II. I9 

Février 4, 8, 23, Grenoble. 

Avril 15. 

Septembre \, Beauvoir; 8, 10^ Grenoble ; 16, Beauvoir. 

Octobre 19, monast. de Salettes. 

Novembre 1 . 

Décembre 6, mon. de Salettes. 

1352 

Février. 

Mars 10, Porte de Mars à Reims. 

Juillet 21, 24, Paris. 

Août 12, Paris. 

Novembre 7, Paris. 

Décembre?, Paris ; 14. 

1353 



Avril 24. 

Mai 7. 

Août 3, Chartreuse prés Paris. 

1354 

Mars 26, Porte de Mars à Reims. 
Juillet 11, Paris (couv. des Dominicains). 
Septembre 18, Paris (Dominicains). 
Novembre 3. 

1355 

Janvier 25. 

Février 22, Paris (Dominic.) 

Mai 16 ; 24, 22, Clermont (-Ferrand). 

Romans, 2 mai 1886. 



BULLETIN 

D'HISTOIRE ECCLÉSIASTIQUE 

ET 

D'ARCHÉOLOGIE RELIGIEUSE 



IMPRIMERIE JULES CÉAS ET FILS 

c4 VALENCE 



BULLETIN 

D'HISTOIRE ECCLÉSIASTIQUE 

ET 

D'ARCHÉOLOGIE RELIGIEUSE 

DES DIOCÈSES DE VALENCE 
GAP, GRENOBLE & VIVIERS 



TOME HUITIÈME 




ROMANS 

AU SECRÉTARIAT DU COMITÉ DE RÉDACTION 



1887-8 



PUBLICATIONS DU COMITÉ DE RÉDACTION 

'DÉPÔT <iAU SECRÉTARIAT, cA "ROMANS 

'Bulletin d'histoire ecclésiastique et d'archéologie religieuse, i''", 2' et 3" années, à 10 fr. 
— — — — — 4^1 5°, 6' et 7=, à 5 — 

TIRAGES A PART DU BULLETIN (in-8°) 

Albanès (J.-H.), Histoire des évéques de Saint-Paul-lrois-Châteaux au 

XI V^' siècle, corrections et documents 3 50 

Bellet (Chiirl.), Usâtes pour servir à la géographie et à l'histoire de V an- 
cien diocèse de Grenoble, i" part 2 50 

— Histoire du Cardinal Le Camus 8 » 

Blaïn, Louise ou la sainte de Venterol 1 25 

— [Mémoires de J.-B. "Brun, curé d'cAouste, sur les événements de 

son temps, de I/92 au Concordat (1802) 2 » 

Blanchard, Un épisode de l'histoire des Ca^nisards dans l'cArdéche ( ijo^) 1 50 
Chaper (Eug.), (Mgr. Le Camus, cardinal, évêque de Grenoble de lô'ji à 

i"oy, notes pour servir à sa biographie, écrites par lui-même. » 75 
Chevalier (Jules), V\^otes et documents pour servir à l'histoire des doyens 

de l'église de T)te au XVP siècle 2 » 

— 'Passage de la compagnie des Ecossais dans le 'Diois ( i^gô) . 1 25 

— 'Procès-verbal de la visite pastorale de Jacques de Tournon, 

évêque de Valence et de 'Die, à 'Die et à Crest (i^^ i ) . . . 1 50 
Chevalier (Ulysse), Compte de 'Raoul de Louppy, gouverneur du 'Dauphiné 

de I ]ôi à i]6ç 3 » 

— Itinéraire des 'Dauphins delà troisième race (cAnne, HumbertP', 

Jean II, Guigues VU et Humbert II) 2 » 

Ckosson (Luc). ^^ 'K- (M- 'Damascène "Buisson, supérieure générale des 

religieuses Trinitaires 1 » 

Feraud (J.-J.-.M.), Fêtes de la canonisation de S. François de Sales et de la 

béatijication de Jeanne-Françoise Frémiot, baronne de Chantai, 

à Digne, en i66y et ij^2 4 » 

FiLLET (L.). Donzère religieux, notice historique 2 50 

— Echevis religieux, notice historique 1 25 

— (Montbrison religieux, notice historique 1 50 

— USCotice historique sur les paroisses de Colonzelle et (Margerie. . 2 » 
Guillaume (Paul), CSCotice historique et documents inédits sur le prieuré de 

Sainl-^ndré de Gap » 75 

— Origine des Chevaliers de (Malte et "Rôle des donations de la com- 

manderie de Gap (XI-XII' siècles) 2 50 

— "Relations de Louis XI et Charles VHI avec Gap et Embrun . . » 50 

Lagier (A.), cAbbaye de N.-D. de Laval-Bénite de "Bressieux 1 75 

Mazet (V.), I^ierre Fedon et le diocèse de Die pendant la 'Révolution . . 2 25 
Roman (J.). Visites faites dans les prieurés de Tordre de Cluny du Dauphiné 

de 1280 à i]0] 125 

ToLi'iN (H.-C), Notice sur le serviteur de Dieu Jean Sérane, profès de la 

Compagnie de Jésus ( i y i 2-1 ^8.4) 3 » 

— Justine de La Tour-Gouvernet, baronne de 1'oël-Cciard, épisode 

des controverses religieuses en Dauphiné durant les vingt 
premières années du XV II' siècle 3 50 



NOTICE 



LES RELIQUES 

possédées 
PAR L'ÉGLISE DE GRIGNAN 



L'église paroissiale de Grignan possède des reliques fort précieu- 
ses, que nous avons déjà signalées dans un travail précédent (i). 
Le cadre de celui-ci nous ayant réduit à une indication absolument 
sommaire, il y a lieu de revenir sur le sujet, et de donner sur ces 
reliques les renseignements fournis par divers actes authentiques 
dont elles ont été l'objet. 

Relique de la vraie Croix. — Elle est enfermée dans un petit reli- 
quaire d'argent fixé au centre d'une croix en cuivre d'environ o™, 45 
de haut et portant sculptés les insignes de la passion du Sauveur. 
Relique et reliquaire furent donnés en 1835 par Mgr de Quélen, 
archevêque de Paris; et, le 2 février 1836, Mgr La Rivoire de la 
Tourette, évêque de Valence', accorda l'autorisation « d'exposer la 
« dite relique de la vraie Croix à la vénération des fidèles » dans 
l'église paroissiale de Grignan (2). 

Relique des saintes Maries Jacobé et Salomé. — Sans faire ici l'his- 
toire de la vie et du culte de ces deux saintes, histoire donnée en 
partie par le saint Evangile et traitée depuis par un assez grand 

(i) Bulletin de la Société d'archéol. et de statist. de la Drôme, XII, .^o-i. 
(2) Arch. de Tégl. de Grignan, orig. pap. 



6 NOTICE SUR LES RELIQUES 

nombre d'auteurs (i), nous en dirons du moins ce qu'en rappellent 
nos documents particuliers. 

Les restes vénérables de ces deux saintes, illustres dans l'Evangile 
à cause de leurs rapports immédiats avec Jésus-Christ, reposaient 
depuis longtemps dans une chapelle souterraine de la paroisse de 
Notre-Dame de la Mer, près d'Arles. Le 3 décembre 1448, ils furent, 
en vertu des permissions accordées par le Souverain Pontife, et à la 
prière du roi René, comte de Provence, transférés dans l'église de 
Notre-Dame de la Mer, par le cardinal de Foix, en présence d'un 
grand nombre d'évêques et d'autres personnes distinguées. 

Le 19 avril 1686, Jean-Baptiste Adhémar de Monteil de Grignan, 
archevêque de Claudiopolis et coadjuteur de François Adhémar de 
Monteil de Grignan, archevêque d'Arles, fit ouvrir, en présence des 
personnes de sa suite, la châsse qui contenait ces reliques. Il vérifia 
les divers titres qui y étaient renfermés et qui en prouvaient l'authen- 
ticité. Mais voulant doter la collégiale de Grignan d'une légère partie 
de ces reliques, le prélat prit une vertèbre de sainte Marie Jacobé et 
une partie d'une clavicule de sainte Marie Salomé, et en fit don aux 
doyen et chanoines de Grignan. Les lettres signées de son sceau 
sont du 19 août 1686 (2). 

Le 28 novembre 1693, Armand de Montmorin, évêque de Die, 
faisant sa visite canonique à Grignan, les chanoines de ce lieu lui 
présentèrent « une boîte de reliques fermée et cachetée, envelopée 
« d'un petit ruban blanc et cachettée aux armes de Mgr l'Archeves- 
« que d'Arles. » La boîte fut « ouverte avec les solennités en tel 
« cas requises, » et le prélat y trouva une vertèbre de « Ste Marie 
« Jacobé et une partie de la clavicule de sainte Marie Salomé, avec 
« un extrait d'un procès-verbal de visite fait par iMgr l'Archevesque 
« d'Arles sur lesd. Reliques, et les lettres patentes de Mgr l'Arche- 
« vesque d'Arles, pour lors coadjuteur, sur le don des susdites reli- 
« ques à M" du chapitre de Grignan. » 

Ces reliques, et celles des saints Primitif, Sévéricn et Vincent, 
dont nous allons parler, étaient gardées sous deux clefs, dont l'une 
au pouvoir de M"" Serratoris, officiai de Die, et l'autre au pouvoir de 
M' le Sacristain (3). 

(i) Voir Répertoire des sources kistor., par Ulysse Chevalier, mots Marie (s""), 
épouse de Cléophas, et Salomé (s'). 

(2) Arch. de l'égl. de Grignan, orig. 

(3) Arch. de la Drômc, Visites de Die. 



POSSEDEES PAR L EGLISE DE GRIGNAN. 7 

Le 2 décembre de la même année, l'évêque de Die permit d'expo- 
ser celles des saintes Maries à la vénération des fidèles, dès qu'elles 
seraient enfermées dans une châsse convenable (i). Au procès-verbal 
de la visite ci-dessus est jointe une ordonnance publiée à Grignan 
le 9 dudit mois et contenant cette permission, mais sans parler de la 
condition relative à la châsse (2), condition toutefois qui a été rem- 
plie ; car la relique de sainte Marie Jacobé a été enfermée, avec son 
étiquette propre, dans une châsse en bois peint, munie sur le devant 
d'une vitre de forme ovale, et surmontée d'un petit buste de la sainte. 
Celle de sainte Marie Salomé a été mise dans une autre châsse abso- 
lument analogue. L'une et l'autre, ainsi que toutes les reliques dont 
il va être question, sont exposées dans Téglise de Grignan, chaque 
année, le 30 novembre, jour de la fête des Saintes Reliques. 

Relique de saint Primitif, martyr. — Le corps de saint Primitif, 
martyr, extrait des cimetières de Rome, sous le pontificat d'Alexan- 
dre VII, fut donné par le cardinal Chigy, légat a latere de Sa Sain- 
teté auprès du roi de France Louis XIV, à la marquise de Montau- 
sier, le 24 juillet 1664 (3), et peu après donné intégralement par 
celle-ci à la duchesse d'Uzès. 

Le 4 août 1664, Jacques Adhémar de Monteil de Grignan, évêque 
d'Uzès, ayant reconnu l'authenticité du saint corps, en fit distinguer 
les diverses parties, qui consistaient dans c le crâne entier, deux 
« fémurs, deux radius, deux cubitus, partie des vertèbres, partie de 
« la clavicule, l'omoplate et quelques extrémités des costes. » Quatre 
de ces ossements furent laissés en la possession de la marquise de 
Rambouillet, en la chapelle de l'hôtel de qui s'était faite la vérifica- 
tion. On donna « l'os d'un bras à Madame la Marquise de Grignan, 
« l'omoplate à Monsieur le Duc de Montausier, et quatre ou cinq 
« petits morceaux pour satisfaire à la dévotion de quelques parti- 
« culiers. » Le surplus des reliques fut remis dans la caisse qu'on 
scella du sceau de l'évêque d'Uzès, et donné à l'église de St-Sul- 
pice-lès-Paris, dans les archives de laquelle fut déposé l'original en 
parchemin de la vérification dont nous venons de parler. 

Madame la Marquise de Grignan porta à Grignan la relique dont 
on lui avait fait don, et la déposa dans l'église collégiale de St-Sau- 
veur. Puis, sur une requête adressée par les doyen et chanoines de 

(i) Arch. de l'église de Grignan, note. 

(2) Id. de la Drôme, Visites cit. 

(3) Id, de régi, de Gr., lettres patentes du card. Chigy, orig. 



8 NOTICE SUR LES RELIQUES . 

la collégiale, l'évêque de Valence et de Die permit, le 29 juin 1666, 
d'exposer cette relique à la vénération des fidèles (1). 

Le 28 novembre 1693, les chanoines présentèrent à l'évêque en 
visite « la chasse de la relique du Bras de saint Primitif, martir, » 
que le prélat trouva « bien et duement authentiqué, ayant vu les 
« lettres patentes de Mgr l'Eminentissime cardinal Chisi, légat a 
« latere en France, données à \'incennes le 24*^ juillet de l'an 1664, 
« par lesquelles il fait don du corps de saint Primitif, martir, a Ma- 
« dame de Montausier. » Le même prélat vit aussi une copie colla- 
tionnée du procès-verbal de l'évêque d'Uzès sur la vérification du 
4 août 1664; un certificat du même évêque du 17 juin 1666, consta- 
tant l'identité du bras de saint Primitif avec celui qui fut donné à 
Madame de Montausier et par celle-ci à la marquise de Grignan ; 
la requête du Chapitre de Grignan à l'évêque de Valence, pour avoir 
la permission d'exposer la relique à la vénération des fidèles, et le 
décret de cet évêque du 29 juin 1666, donnant cette permission. 

L'ordonnance du prélat, publiée à Grignan le 9 décembre 1693, 
renouvelle cette permission (2). 

La relique se voit aujourd'hui, reposant sur un coussinet en soie 
de couleur rouge, dans une châsse en verre à base rectangulaire et 
à surface proéminente et prismatique au centre. Montée sur des ban- 
des de cuivre reliant aux angles les faces en verre, cette châsse 
est fixée par en bas à une châsse en bois, qu'elle surmonte et qui 
contient la relique suivante : 

Reliques des saints Sévérien et Vincent, martyrs. — Par lettres pa- 
tentes du 25 août 1685, le cardinal de Carpinéo, vicaire général de 
N. S. P. le Pape, donna à François Nicolini, archevêque de Rhodes, 
auparavant vice-légat et gouverneur général en la cité et légation 
d'Avignon, et en ce moment là nonce pour N. S. P. le Pape Inno- 
cent XI au royaume de Portugal, les reliques prises des corps des 
saints martyrs Félicien, Eusèbe, Sévérien et Vincent, tirées, par 
ordre de N. S. P. le Pape, des cimetières de Calixte et de Pontien. 
Ces reliques étaient enfermées dans une châsse en bois, couverte 
d'un papier peint de différentes couleurs, bien fermée et attachée 
avec un cordon de soie rouge et munie du sceau du donateur. Elles 
comprenaient l'homoplate de l'épaule de saint Sévérien, martyr; le 
rayon du bras de saint Vincent martyr ; l'os peronné de la jambe de 

(i) Arch. cit., orig. el cop. authcnt. 
(2) Arch. de la Drôme, Visites cit. 



POSSEDEES PAR L EGLISE DE GRIGNAN. 9 

saint Eusèbe, martyr, et le vertèbre de saint Félicien, aussi martyr. 

Mgr Nicolini, par sa lettre du i6 décembre 1685, écrite d'Avignon 
et adressée à M. de Ripert d'Alausier, offrit et, par acte du lende- 
main, donna « à noble et R^e personne Messire Joseph de Ripert 
« d'Alausier, doyen de l'église paroissiale et collégialle St-Sauveur 
« de Grignan, et au Chapitre de la dite église », l'os de l'homoplate 
de l'épaule de saint Sévérien, martyr, et le rayon du bras de saint 
Vincent, martyr, pour être exposés à la vénération des fidèles chré- 
tiens dans l'église de Grignan ; aux « dames Supérieure, Religieuses 
« et monastère de BoUène », l'os peronné de la jambe de saint 
Eusèbe, martyr, pour être exposé dans l'église de ce monastère ; à 
noble François de Payan de l'Hôtel, conseigneur de la Garde, du dit 
Bollène, le vertèbre de saint Félicien, martyr, pour être exposé à la 
vénération des fidèles dans la chapelle de Ste-Anne du dit consei- 
gneur à Ste-Cécile, ou dans telle autre église, chapelle ou oratoire, 
que bon pourrait sembler à ce dernier, dans le dit lieu de Ste-Cécile 
ou en dehors. L'envoi de celles de ces reliques qui étaient destinées 
à Grignan, fut accompagné de lettres d'authenticité datées du 
10 décembre 1685 (i). 

Le 28 novembre 1693, les chanoines de Grignan montrèrent à 
Mgr de xMontmorin, évêque de Die. « une bouëte ouverte, dans la- 
« quelle estoit l'omoplatte de l'espaule de St-Severian martir, et le 
« rayon du bras de St Vincent martir », comme on voyait « par 
« l'autentique des reliques données à Mgr Nicolini, archevesque de 
« Rodes, et pour lors vice légat d'Avignon, par Mgr le Cardinal 
« Carpegnadu 25" aoust 1685, avec pouvoir de les donner à d'au- 
X très. » Le prélat vit aussi l'attestation de Mgr Nicolini sur l'ouver- 
ture des dites reliques, et l'acte de donation de celles des saints 
Sévérien et Vincent, martyrs, aux dits chanoines, du 17 décembre 
1685. Aussi permit-il, par son ordonnance publiée à Grignan le 9 
décembre 1693, d'exposer ces dernières à la vénération des fidè- 
les (2), dès qu'elles seraient enfermées dans une châsse conve- 
nable (3J. 

La relique de saint Sévérien se voit dans une châsse rectangu- 
laire en bois, munie d'une vitre de forme ovale oblongue sur la face. 
Cette châsse est surmontée de celle de la relique de saint Primitif. 

(i) Arch. de Fégl. de Grignan, orig. 

(2) Arch. de la Dr., Visites cit. 

(3) Id. de l'égl. de Grignan. 



10 NOTICE SUR LES RELIQUES 

La relique de saint Vincent est jointe à celle de saint Victor, 
dont nous allons parler. 

Reliques des saints Victor et Christine, martyrs. — Par lettres du 
20 décembre 169 1, F. Joseph Eusaniiis Patritiiis Aquilanus, de 
Tordre des Ermites de St-Augustin, évêque de Porphyre, préfet de 
la Chapelle Apostolique fapostolici sacrarii prœfectus), donna au 
T. -Révérend Père Nicolas Seranus, secrétaire général de l'ordre des 
Ermites de St-Augustin, des reliques insignes tirées du cimetière 
de Calipodius, Celles-ci étaient enfermées dans une châsse de bois 
couverte de papier marbré et attachée avec un cordon de soie rouge. 
Elles comprenaient Tos antérieur tout entier de la jambe de saint 
\^ictor, martyr (os tibix S. Victoris in integrutn), avec l'inscription, 
et la jambe de sainte Christine, martyre {crus Sanctœ Christinœ). 
Ces reliques furent données telles quelles, le 21 décembre 169 1, par 
le P. Seranus à M. Marel, natif de Grignan, qui à son tour, le 5 
janvier 1692, les céda, également telles quelles, aux doyen et cha- 
noines de Grignan. 

Enfin, le 29 novembre 1696, Mgr de Pajot Duplouy, évêque de 
Die, en permit l'exposition, à condition quelles seraient enchâssées 
d'une manière convenable (i). 

La relique de saint Victor, et celle de saint Vincent dont nous 
avons précédemment parlé, se voient, munies chacune de leur éti- 
quette, dans une châsse identique à celle de la relique de saint 
Sévérien, et fixée, elle aussi, à une chasse en verre la surmontant. 
Cette dernière, identique à celle de la relique de saint Primitif, con- 
tient, sur un coussinet en soie, la jambe de sainte Christine dont 
il a été parlé. 

Relique d'un autre saint Vincent, martyr. — La chapelle de St- 
Vincent qu'on voit aujourd'hui bien restaurée dans le cimetière de 
Grignan, existait avant 1 105 et a sen-i d'église paroissiale dans ce 
lieu depuis le XIII^ siècle jusqu'à la fin du XV'' (2). En 1664, elle était 
entretenue par les Pénitents de la paroisse, qui y récitaient leur 
oITice. Or, Mgr de Cosnac, évêque de Valence et de Die, en visite 
canonique à Grignan, le i"" octobre de la dite année, ordonna « aux 
« confrères de la confrérie des Penitans de faire changer l'armoire 
« ou est fermée la relique de St Vincent, q(u'ijls fairont enchâsser 
« les fragments de lad. relique aveq le reste d'icelle. « 

(i) Ibid., origin. 

(2) Dullet. cit., t. XI, p. 323-31. 



POSSEDEES PAR L EGLISE DE GRIGNAN. II 

L'éloignement de la chapelle St-\'incent porte les Pénitents à 
chercher un autre lieu de réunion, et ils obtiennent du comte de 
Grignan en 1666 le dessus de V audience, dont ils font une chapelle 
dédiée à saint Louis, patron de ce comte. Or, le 28 novembre 1693, 
l'évêque de Die, en visite, à Grignan, se transporte à la chapelle St- 
Louis, où les Pénitents font leur office, et il y voit « une relique qui 
« est l'os du bras de St Vincent martir, bien et dûment authen- 
« tiquée. » Nul doute que cette relique ne soit comprise dans la per- 
mission générale que ce prélat donne, à la fin de son ordonnance 
publiée à Grignan le 9 décembre 1693, d'exposer à la vénération des 
fidèles toutes les reliques par lui vues et examinées le 28 du mois pré- 
cédent (i). 

Aujourd'hui cette même relique est enfermée dans un reliquaire 
en bois d'une seule pièce, sculpté en forme d'un avant-bras, doré, 
reposant sur le coude et élevant la main verticalement. Ce reliquaire 
a deux cavités, l'une au-dessus de lautre, munies chacune de sa 
vitre. La plus haute contient un os considérable, celui du bras de 
saint Vincent. La plus basse n'a qu'une espèce de poussière, peut- 
être la cendre de ces fragments de l'os du bras qui, d'après l'ordon- 
nance épiscopale de 1664, devaient être enchâssés avec le reste. 

Vénérée à Grignan de temps immémorial, principalement le 22 
janvier, fête patronale des Pénitents du lieu, cette relique nous est 
désignée comme étant du saint diacre Vincent, martyrisé à Valence 
en Espagne, le 22 janvier 304. Ce saint est, du reste, encore aujour- 
d'hui le patron de Taulignan, paroisse limitrophe, dont l'église lui 
est dédiée de temps immémorial, comme la chapelle du cimetière de 
Grignan. 

L. FILLET. 

(i) Arch. de la Drôme, Visites cit. 



NOTES 



LA COHÂNOEBIE DES ÂNTONINS 

A AUBENAS, EN VIVARAIS. 



(Fin) 



Le 4 août 1456, Antoine de Serre donne en nouvel accapt à Ili- 
laire la Chaze un jardin contigu à celui des Frères de St-Antoine, 
d'Aubenas, sous le cens annuel d'une émine de bon vin pur. 

Le 6 août, le commandeur donne sa procuration au F. Antoine 
Planiol pour toucher les revenus qu'il s'est réservés dans Taffcrmage 
de la commanderie fait au F. Pierre Salhencoyta. 



Le même jour, à Aubenas, devant la maison d'Aymar Sabalier, 
en présence de noble Raymond de Serre, coseigneur de Vais, re- 
présentant noble homme Claude de Châteauneuf, seigneur d'Arcons, 
bailli royal du Vivarais, se présente noble Antoine de Rochemure 
(de Riipemoriaj, fils de feu noble Hugon, âgé de 16 ans, qui, par 
l'organe de Jean Pastel, bachelier es lois, déclare qu'il a toujours 
eu l'intention d'entrer dans l'ordre de St-Antoine en ajoutant qu'il 
sait que telle était aussi la pensée de son père. Or, comme pour 
entrer dans cet ordre ou dans d'autres, il ne peut faire d'actes vala- 
bles sans la délibération d'un conseil qui lui fait défaut à cause de sa 
jeunesse, afin de pouvoir procéder sagement et valablement, tant 
pour la sauvegarde de ses droits que de ceux de son frère, noble 
Jacques de Rochemure, héritier uni\crsel de son père, il demande 
au dit lieutenant du bailli de le pourvoir d'un tuteur et curateur. 
Raymond de Serre lui demande qui il désire pour cet oflice. Roche- 



COMMANDERIE DES ANTONINS I^ 

mure désigne Jean Stevenin dit Dusault, notaire d'Aubenas. De 
Serre demande à Stevenin s'il accepte cette mission, à quoi celui-ci 
répond affirmativement. De Serre demande encore à plusieurs per- 
sonnes présentes et nominalement désignées si Stevenin est capa- 
ble de remplir ce mandat. Chacun d'eux, l'un après l'autre, répond 
affirmativement. Le lieutenant du bailli le donne alors pour tuteur à 
Rochemure et Stevenin promet de bien remplir la mission dont il 
est chargé. 

Par un acte, daté du même jour, noble, Antoine de Rochemure, 
mineur, âgé de i6 ans, renonçant au bénéfice de l'âge, avec le con- 
sentement de son tuteur Stevenin, fait donation de tous ses biens à 
son frère Jacques. 

L'acte suivant, passé le 8 août, rend compte de la réception de 
noble Antoine de Rochemure, du diocèse de St-Flour, dans l'ordre 
de St-Antoine. Ce jour-là, Rochemure s'est présenté dans l'église 
de St-Antoine, devant le commandeur Antoine du Serre, le priant 
de le recevoir Frère et chanoine de St-Antoine, en vertu des pou- 
voirs que le commandeur tient du Révérend Père l'abbé de St- 
Antoine. Les formalités sont les mêmes que pour la réception du 
Frère Missolz. La cérémonie terminée, on est venu dresser l'acte 
notarial qui porte les signatures des Frères Antoine de Bethoa, 
Pierre Salhencoyta et Vital Textor, de nobles hommes Raymond de 
Serre, François de Montgros et Thibaud Sanglier, de maître Jean 
Stevenin dit Dusault, tuteur du dit frère Antoine, de Jean Tourre, 
autre notaire d'Aubenas, de Vital Giry, de Pierre Fabri, et enfin du 
notaire instrumentant Pierre Rochette. 



Le lo août 1456, Antoine de Serre, commandeur de St-Antoine, 
donne à Louis Osial, en nouvel accapt et emphythéose perpétuelle, 
pour le cens annuel de quinze deniers, une terre située près de la 
Croix de St-Romain, confrontant avec la maison de Godet et une 
terre du notaire Rochette. Louis Osial reconnaît tenir cette terre du 
commandeur de St-Antoine. 

Le 24 août, le F. Salhencoyta, fermier et gouverneur de la maison 
de St-Antoine d'Aubenas, et le F. Antoine de Bethoa, procureur du 
commandeur, instituent et installent Hilaire la Chaze comme hospi- 
talier de l'hôpital de Ste-Anne, dépendant du dit commandeur, 



14 NOTES SUR LA CO.MMANDERIE 

pour y rester le temps qui conviendra au dit commandeur, y exercer 
les fonctions et recevoir les émoluments d'usage dans l'hôpital. 
Hilaire promet de vivre et de se conduire honnêtement dans le dit 
hôpital, de recueillir les pauvres qui se présenteront et de servir les 
infirmes qui y viendront. Il devra aussi, quand besoin sera, aller 
solliciter des aumônes pour leur entretien dans les maisons des per- 
sonnes notables et remplir tous les devoirs qui incombent aux hos- 
pitaliers. Il recevra moyennant inventaire les biens du dit hôpital, 
les gardera fidèlement, en rendra bon compte quand il en sera 
requis, portera sur l'inventaire les dons et recettes survenant pen- 
dant la durée de son administration, tiendra ses enfants nés ou à 
naître dans sa propre maison, les couchera dans ses draps et non 
dans les draps du dit hôpital, fera aux bâtiments les réparations 
nécessaires, etc. 

La maison d'Hilaire était évidemment voisine de l'hôpital de Ste- 
Anne, car il est autorisé à ouvrir une porte fermant à clé pour péné- 
trer de chez lui dans l'hôpital, mais il est stipulé que cette porte 
pourra être fermée par les représentants du commandeur et par 
l'hospitalier. 



Le lendemain, 25 août, a lieu la réception d'un nouveau Frère, 
nommé Pierre Maze, clerc, de la paroisse de Prades. La cérémonie 
est présidée par Antoine de Bethoa, commandeur de Tournon. La 
lettre de l'abbé de St-Antoinc qui autorise la réception de Maze est 
conçue à peu près dans les mêmes termes que les deux précédentes 
relatives aux réceptions de Missolz et d'Antoine de Rochemure. Les 
témoins de l'acte sont : noble Raymond de Serre, religieux hommes 
Frères Pierre Coyta, commandeur du Gévaudan, Antoine Planiol, 
archiprêtre de Pradelles , Vital Textor , sacristain de l'église St- 
Antoine. 

Dans l'acte suivant, Hilaire Maze constitue en dot à son frère, 
Pierre Maze, pour ses droits paternels et maternels, 8 livres tour- 
nois, payables en 8 ans, à raison de 20 sols par an, ce qui prouve 
que la somme exigée, s'il y en avait une, pour entrer dans l'ordre 
de St-Antoine, était, dans tous les cas, bien modeste. Pierre Maze 
donne quittance à son frère. 

Le 12 août 1457, le F. Antoine Planiol, ckiustrier de St-Antoine 



DES ANTONINS A AUBENAS. I5 

et archiprêtre de Pradelles, muni des pouvoirs du commandeur 
Antoine de Serre, donne sa procuration, pour affaires pendantes 
devant la cour royale de Boucieu, à Joseph Chamaleon et à Eus- 
tache Barias, notaire. 



De 1457 à 1482, nous ne trouvons rien sur les Antonins d'Au- 
benas dans les registres de notaires que nous avons en main. 

En 1482, le 16 septembre, le F. Pierre Maze, religieux de St- 
Antoine, d'Aubenas , afferme à Pierre Dupuy, de Mercuer, et à 
Guillaume Aubert, de Vesseaux, clercs, tout l'archiprêtré de Pra- 
delles avec les paroisses qu'il renferme, et les quêtes à y faire, au 
nom de St-Antoine, au prix de 22 florins six gros valant i6 livres 
8 sols et 6 deniers. 

En 1490, Pierre Maze renouvelle son contrat avec les mêmes fer- 
miers au même prix de 22 florins 6 gros. 

Le 8 avril 1494, religieux homme, F. Vital Laurent, prêtre, de 
l'ordre de St-Jean de Jérusalem, recteur de l'église de St-Jean de 
Villatte, muni de la procuration générale de noble homme Frère 
Jean de Grozons, chevalier, commandeur des commanderies de 
Pailharès et de Ruolis et de St-Jean de Villatte, ratifie la vente d'un 
bois situé dans le mandement d'Aubenas au territoire de Gleizal, 
sur le chemin d'Aubenas au Croset, vente faite par Guillaume de 
Chapus, de la paroisse de Freyssenet en Coiron, à Jean Combe, 
marchand d'Aubenas, au prix de trois livres cinq sols. Vital Laurent 
donne l'investiture de ce bois sous le cens annuel d'un denier. 



Pour l'année 1494, nous trouvons plusieurs actes où figure comme 
commandeur d'Aubenas et de Pont-à-Mousson en Lorraine Théo- 
dore de St-Chamond, de la maison de St-Priest, qui fut plus tard 
élu abbé de St-Antoine. En 1521, le pape Léon X ayant nommé ce 
personnage commissaire apostolique à Metz pour surveiller le mou- 
vement luthérien, Antoine, duc de Lorraine, le retint à sa cour et 
la maison-mère des Antonins se ressentit fâcheusement de la longue 
absence de son chef. Théodore mourut à Nancy en 1527 et fut en- 
terré à Pont-à-Mousson. 



l6 NOTES SUR LA CO.M.MANDERIE 

\'^oici les actes qui le concernent : 

Le i'' juin 1494, vénérable, religieux et savant homme Théodoric 
de St-Priest (de Sancto Prejeto), commandeur des vénérables com- 
manderies de Pont-à-Mousson et de St- Antoine d'Aubenas, afferme 
pour trois ans et trois récoltes, son bénéfice de la sacristie de la 
coramanderie de St-Antoine d'Aubenas, à religieux homme F. Jean 
Arnaud, dit de la Place, de l'ordre de St-Antoine, au prix de 22 
livres 10 sols par an, soit 67 livres 10 sols pour les trois ans, le 
commandeur tenant compte pour cette fois à l'égard d'Arnaud des 
réparations et décorations effectuées par Arnaud à l'église de St- 
Antoine. Arnaud a, d'ailleurs, fait tout cela par pure libéralité et 
pour la rédemption de son âme. Il promet de payer les 22 livres 10 
sols chaque année le jour de la fête de St-Antoine. L'acte est passé 
dans la maison de St-Antoine d'Aubenas, dans la chambre rouge. 
Les témoins sont messire Claude Chambon, juge d'Aubenas, Vital 
Sabatier, notaire , religieux hommes F. Jean Aucher, commandeur 
de Gévaudan, Pierre de Prades, du même ordre. — Et Jean Pochette, 
notaire. 

Le même jour et au même endroit, le commandeur de St-Antoine 
afferme pour trois ans, commençant à la prochaine fête de la Con- 
ception de la S. Vierge, à religieux Frères Jean Aucher, comman- 
deur de Gévaudan, et Pierre de Prades, de l'ordre de St-Antoine 
d'Aubenas, sa commanderie d'Aubenas avec tous les fruits et ré- 
coltes des prés, vignes et autres propriétés, avec les pensions, 
quêtes, revenus, émoluments, droits et appartenances de la dite 
commanderie, au prix annuel de 177 livres, chaque livre de la valeur 
de 20 sols. Ces 177 livres comprennent les 22 fr. 10 sols portés à 
l'acte précédent pour l'affermage de la sacristie. Les payements se 
feront, savoir 100 livres à la St-Antoine, et 77 à la Toussaint. Il est 
convenu que le commandeur ratifiera les fermages de la comman- 
derie faits aux mêmes fermiers par ses prédécesseurs, et qu'il sera 
défrayé chaque année pendant un mois, avec ses serviteurs et ses 
bêtes, dans la maison de St-Antoine d'Aubenas, s'il y vient, et dans 
le cas contraire, il n'aura rien à réclamer de ce chef. Les fermiers 
pourvoiront aux dépenses du culte et de l'office divin dans l'église de 
St-Antoine et le feront faire par les religieux de la maison. Ils s'oc- 
cuperont des affaires de la maison et fourniront les religieux des 
vivres et autres objets nécessaires, bien et honnêtement selon l'usage. 
Ils recevront les meubles et objets de la maison avec inventaire et en 



DES ANTONINS A AUBENAS. 17 

prendront soin. Ils pourvoiront aux hospitaliers selon l'usage. Le 
payement des pensions aux Frères, à l'abbé et à l'hôpital de St- 
Antoine de Viennois, reste à la charge du commandeur qui devra en 
tenir quittes les dits fermiers. Les lettres qu'il est d'usage d'obtenir 
de l'évêque de Viviers sont aussi à sa charge. Les fermiers s'enga- 
gent à tenir en bon état tous les bâtiments et à bien entretenir les 
plantations de vignes et des autres propriétés de la maison. 

Les témoins de l'acte sont Claude Chambon, juge d'Aubenas ; 
Vital Sabatier, notaire; messire Antoine AIrescha, prêtre d'Aubenas ; 
religieux FF. François Sanglier, Jean Arnaud dit de la Place, de 
l'ordre de St-Antoine d'Aubenas. Et le notaire Jean Rochette. 

Le même jour et au même lieu, F. Pierre Maze demande au com- 
mandeur l'autorisation de vendre une terre de peu de valeur qu'il 
possède à la côte de Notre-Dame-des-Plans. Cette autorisation lui 
est accordée. 

Le même jour, au même lieu et avec les mêmes témoins, le com- 
mandeur « moderne » d'Aubenas donne quittance à F. Jean Arnaud 
dit de la Place, de 30 florins d'or (chaque florin compté pour 15 sols) 
que le dit Arnaud lui devait pour le produit de la sacristie de 
l'année présente. 

Dans l'acte suivant, il donne aussi quittance à Jean Aucher, com- 
mandeur de Gévaudan, de 30 florins que celui-ci lui a comptés en or 
ou en argent, pour la pension de sa commanderie, pour un an finis- 
sant le jour de la fête de la Conception de la S. V. Les témoins sont 
religieux Frères François -Sanglier et Jacques Lourdin, de l'ordre de 
St-Antoine, d'Aubenas. 

Le même jour, vénérable, religieux et savant homme Théodoric 
de St-Priest, commandeur des vénérables commanderies de Pont-à- 
Mousson et de St-Antoine d'Aubenas, donne en nouvel accapt et 
emphythéose perpétuelle à Antoine AIrescha, prêtre d'Aubenas, une 
terre herme, confrontant avec la fenière et le verger de St-Antoine, 
sous le cens annuel de quatre deniers payables chaque année le jour 
de Noël. 

Le même jour, le commandeur sachant qu'il a au lieu de Font- 
bonne, près de la maison du Cheylard de l'abbé de Mazan, une terre 
relevant de sa commanderie et qui ne rapporte rien, la donne en 
nouvel accapt à honnête homme Pierre de Monopert dit Moulin, 
marchand d'Aubenas, sous le cens annuel de quatre pots ou pital- 
phes de vin pur, bon et franc, à la mesure d'Aubenas, sans qu'il y 

Bull. VIII, 1887. 2 



ib NOTES SUR LA COMMANDERIE 

ait à payer de droit d'entrées ou autres charges à cause du peu de 
valeur de cette terre. 

Théodoric de St-Priest dut résilier peu après sa commanderie 
d'Aubenas, car, dès le mois de septembre suivant , c'est noble 
Aj'mon de Rochemure qui est installé commandeur de la maison 
d'Aubenas. 

Le 5 septembre, religieux homme F. Jean Aucher, commandeur 
de la commanderie de Gévaudan, met en possession réelle et immé- 
diate de la commanderie d'Aubenas, noble Louis de Rochemure, 
muni de la procuration de son frère Aymon de Rochemure, nommé 
commandeur. Aucher agit en vertu des lettres de l'abbé de St- 
Antoine, Pierre de l'Aire (dont le texte n'est pas cité). L'acte est 
passé dans l'église de St-Antoine d'Aubenas. Les témoins sont : 
religieux FF. Jean de la Place, Pierre Maze et Pierre Soulier, de 
l'ordre de St-Antoine d'Aubenas ; religieux homme F. Louis Brun, 
de l'ordre des Frères -Mineurs d'Aubenas ; Jean Dumas ; messire 
Antoine Alrescha, prêtre; Pierre Moulin, Jean Chabasse; Roland 
Vannast , sergent ordinaire d'Aubenas ; Pierre Labelet , Pierre 
Brugère et le notaire Jean Rochette. 

Le 9 septembre, noble Louis de Rochemure, seigneur de Cha-del- 
Mont, écuyer, frère germain et représentant de vénérable et religieux 
homme, F. Aymon de Rochemure, commandeur de la comman- 
derie d'Aubenas, donne au F. Jean Arnaud, pour en jouir sa vie 
durant, la chambre qu'occupait de son vivant dans la maison de 
St-Antoine le feu F. Jean Englès. 

Le 15 septembre, vénérable et religieux homme. Frère Aymonet 
de Rochemure, commandeur vénérable de la commanderie d'Au- 
benas, afferme à Pierre Maze tous les voyages et quêtes de sa com- 
manderie, pour trois ans et trois récoltes, au prix annuel de 45 
quartes de froment, 45 quartes de seigle, 60 quartes de spente ou 
ayinone (denrées pour aumônes). Le F. Maze promet de donner en 
outre chaque année au commandeur, pendant toute la durée de son 
fermage, onze cents pieds de porc, un quintal de fromage, un ^quin- 
tal de laine, un quintal de chanvre, quatre quartes de châtaignes 
blanches, 24 draps et un seticr d'huile d'olive. Et de plus, en 
argent, cent florins de monnaie royale courante, chaque llorin 
comptant pour 15 sols. Le fermier devra payer 72 florins à la St- 
Antoine, 10 à Pâques, 5 à la Madeleine et 13 a la Toussaint. Le 
fermier devra rendre les livres et autres objets avec inventaire. Les 
lettres qu'il faut demander pour les quêtes à l'évêque de Viviers sont 



DES ANTONINS A AUBENAS. IQ 

à la charge du commandeur. L'acte est passé dans la chambre rouge 
de la commanderie de St-Antoine d'Aubenas. Les témoins sont Jean 
Monteil, curé de Vogué; Antoine Alrescha, prêtre; Roland Van- 
nast, sergent d'Aubenas, et le notaire Rochette. 

Le même jour, au même lieu, le commandeur reconnaît avoir reçu 
du F. Maze 73 florins. 

Le 16 septembre, a lieu l'installation du nouveau commandeur 
Rochemure en personne. La cérémonie est présidée par Jean Au- 
cher en vertu des lettres de l'abbé de St-Antoine. Aucher fait ouvrir 
les portes de l'église au nouveau commandeur avec les formes 
d'usage. Les témoins sont FF. Pierre Maze, Clément Soulier, de 
l'ordre de St-Antoine ; Guillaume Godet, serviteur du seigneur de 
Rochemure ; messire Claude Chambon, juge d'Aubenas. 

Un acte de 1407 concerne la commanderie de la Villatte. Le 4 
octobre 1497, vénérable homme, F. Vital Laurent, recteur de St- 
Jean de la Villatte, et discret homme, Jean Croset, de iMontlaur, 
fermiers de la commanderie de messire le commandeur de la Vil- 
latte, sous-afferment à Jean Vauclair, fabricant de bâts (basterius) 
à Aubenas, tous les cens et servitudes de vin, de blé, d'argent et 
autres que le dit commandeur lève dans les mandements d'Aubenas, 
Ucel et Aps, pour l'année présente seulement, au prix de 24 setiers 
de vin pur, noir, bon et recevable, à la mesure de Pradelles. 



Sébastien de Hautvillard, fils de Claude et de Lyonnette de la 
Marette, fille à Alexandre, sieur de Pierregourde, était commandeur 
de St-Antoine à Aubenas. Il mourut en 1532, laissant un fils naturel 
appelé Antoine. 

Amédée, frère de Sébastien, est dit aussi religieux de St-Antoine 
en 15 16, mais on ne dit pas qu'il fut à la commanderie d'Aubenas. 

Ils avaient une sœur, Isabeau, mariée en 1522, à noble Antoine 
de Gueyffier, sieur des Bessettes. 

Le 15 avril 1547, un Etienne Martin était mis en possession de 
la commanderie de St-Antoine d'Aubenas. 

La maison de St-Antoine d'Aubenas fut détruite au début des 
guerres religieuses, et c'est le régent d'Aubenas, Benoit Jacques, 
apothicaire, qui dirigea les travaux de démolition. 

Il résulte d'une délibération de la communauté d'Aubenas, en date 



20 NOTES SUR LA COMMANDERIE 

du 26 août 1562, que les protestants de cette ville, avisés que M. de 
Balazuc préparait au Puy en Auvergne une expédition contre eux, 
provoquèrent une assemblée générale des habitants où il fut décidé : 

1° De nommer une commission chargée de voir ce qu'il y avait à 
faire des couvents situés extra-miiros, c'est-à-dire les Jacobins, les 
Cordeliers, St-Antoine et les Nonnains, d'examiner s'il convenait de 
les démolir ou de les fortifier ; 

2° De vendre les joyaux et ornements de l'Église romaine ; 

3° De faire tout le nécessaire pour l'administration et la défense 
de la ville ; 

4" De faire une montre (revue) générale des habitants, et de prier 
les populations voisines d'Ucel, Saint-Privat , St-Julien-du-Serre 
d'assister au besoin Aubenas, de faire des provisions de grains, etc. 

En 161 3, Michel de Fère, commandeur de St-Antoine, d'Aubenas, 
s'occupa de faire reconstruire l'église de la commanderie. Il établit 
pour son procureur-fondé Louis Roudeyron, ancien régent d'Au- 
benas, rentier de ses dîmes, lequel passa divers actes devant Lenoir, 
notaire, avec des entrepreneurs, qui furent Jean Bonnet et Antoine 
Reynet, maîtres-maçons, constructeurs de l'édifice ; Jean Cayres et 
Laurent Courtial, chargés du recreusement des fondations, et Jac- 
ques Champestève, chargé des boiseries de la chapelle (i). 

En 1624, F. Louis du Pont était commandeur de St-Antoine à 
Aubenas. Il reçut dans cette ville, ainsi que Marie de Montlaur, 
d'Ornano, le R. P. Etienne Gérald, prieur de St-Laurent du Puy, 
qui allait à Viviers traiter avec l'évêque Louis de S use et les consuls 
de cette ville la question de l'établissement d'un couvent de Domi- 
nicaines à Viviers. On sait que cette communauté fut fondée en no- 
vembre de cette année (2). 

La commanderie de St-Antoine d'Aubenas fut enfin vendue aux 
Pères Jésuites en 1653. Voici les pièces relatives à cette vente, qui 
se trouvent aux archives départementales de l'Ardèche : 

Lettre missive du P. Anthome Camus, relioieux de St-Anthoine, 
touchant h vente de la commanderie de St - Anthoinc d'Albenas 
(adressée au syndic des Jésuites d'Aubenas). 

Mon R. Père. - Pour responce a la vostre très honorée du XXillb 
du prcsant, je vous diray, comme je l'ay communique a nostre Re- 
verendissime abbé quil m'a tesmoigné quil sera très contant de 

(i) Extrait des manuscrits de feu M. Dcydier, d'Aubenas. 
(2) Voir notre Voyage ait pays helvien, au chapitre Viviers. 



DES ANTONINS A AUBENAS. 2 1 

donner satisfaction a Vostre Révérence de ce quelle nous propose. 
Mais auparavant quelle prenne de la payne de venir par de deçà, il 
desireroit scavoir ce que Vostre Révérence prethend donner pour 
saquerir non seullement la terre sur laquelle elle croit avoir rente, 
mais aussy de tous les revenus qui dépendent de nostre comman- 
derie d'Aubenas. Je la suplie donques de sinformer exactement 
sur les lieux de tous nos biens et de mescrire ce quelle désire nous 
en donner, afin quapres avoir comuniqué sa volonté a N"" Révé- 
rend"" abbé et a notre Chappitre, je la puisse entièrement résoudre, 
ce qu}^ ne se pourra faire plustot que dicy a six sepmaines ou deux 
moys, a cause que Notre Révérend"'" abbé sen va aux bains d'Aix 
en Savoye. Au premier jour cependant vostre Révérence pourra 
mescrire ses volontés et adresser ses lettres a nos religieux de Lyon 
en rue Mercyére et me donner l'adresse pour luy escripre. 

De St-Anthoine, ce 28 juin 1652. 

Autre lettre du même au même. 

. . . Ay faict résoudre dans nostre Chappitre que l'on passeroit 
vente a vostre Collège de tous les biens que nous avons a Aubenas 
et mesme dans le voisinage, si vous nous faites des conditions 
avantageuses. 

St-Antoine. Camus, de St-Antoine. 

9 janvier 1653. 

Procuration du P. Deydier, recteur du Collège d'Aubenas, au P. 
Hiigonon, syndic du dit Collège. — 10 mai 1653. — Brousse notaire. 

Acte Capitulaire. — 17 mai 1653. Il y est décidé « qu'on vendra 
les biens quavons a Aubenas aux R. Pères Jésuites, moyennant le 
prix et somme de trois mil trois cent livres. » — Signé Jean Rasse, 
abbé général du monastère de St-Antoine. 

Vente de la commanderie St-Anthoine d'Albenas en faveur du 
Collège des P. Jésuites du dit. 

Comme ainsin soit que les Seign"" Abbé et Religieux du Chappitre 
du monastère St-Antoine de Viennois ayant proposé et délibéré que 
seroit leur bien et advantage de vendre a prix juste et raisonnable 
tous les biens et droits de leur commanderie d'Aubenas en Viverès. 
— Attendu le peu de revenu des dits biens, charges d'iceux, les 
incommodités qu'il y a de les faire valoir et les frais considérables 
de plusieurs voyages qu'il convient faire annuellement au dit lieu 
d'Aubenas, esloigné de plus de vingt lieues du dit St-Antoine, les- 
quels voyages absorbent une bonne partie des dits revenus — ... 



22 NOTES SUR LA COMAIANDERIE 

les terres estant en friche pour n'avoir esté bien cultivées — ... 
les rentes peu considérables pour estre en petites particules et pres- 
que litigieuses pour n'avoir esté reconnues depuis longtemps ; et 
pour le regard de la juridiction haute, moyenne et basse sur le mas 
apellé de La Combe consiste en droits plutôt honorables que utiles 
.... le tout des dits biens n'arrivant seulement que environ en 
principal a la somme de 2500 livres, et le revenu annuel toutes 
charges payées, ne portant qu'environ la somme de cent livres. . . . 

Pour ce est-il que ce jour dhui 24^" jour du mois de may 1653, 
establis R. P. en Dieu M''*' Jean Rasse, abbé et supérieur gênerai 
de l'ordre du dict St-Antoine, R. Pères Estienne Boyl, Antoine 
Camus et Bernard de Lescluse, définiteurs généraux du dict ordre ; 
Pierre Duboys, Michel Manson et Jean-Louis de Buscher, tous reli- 
gieu.x et chanoines cloistriers d'iceluy ordre, ont vendu .... aux 
R. P. Jésuites, à scavoir : pièce de terre au terroir de St-Pierre-le- 
Vieux (Aubenas), confrontant les vieilles masures du moulin de 
Ste-Croix ....;— autre au terroir de la Suel. ... ; — autre 
à Fontbonne. ... ; — plus la juridiction haute, moyenne et basse, 
mère, mixte, impere, avec les cens, services, rentes et tous autres 
debvoirs et droits seigneuriaux dépendant de la commanderie au 
mas appelle de La Combe situé dans le mandement de St-Montan 
au dit Viverès, . . . 

Toutes rentes, pensions, etc. dues tant au susdit terroir de La 
Combe qu'au mandement du dit Aubenas. Mercuer, St-Privat, St- 
Didier et autres lieux et fonds et droits quelconques. . . . que les 
dits seigneurs vendeurs ont dit ignorer. 

Bien entendu toutesfois que dans la vente n'est comprins la com- 
manderie et grange appartenant aux dits seigneurs Abbé et Reli- 
gieux, appellée de Sarracier, proche de Vernoux. 

Le prix est de 3,300 livres payable et portable aux dits seigneurs 
Abbé et Religieux au lieu de St-Antoine en leur monastère dans trois 
années prochaines avec les légitimes fruicts. 

Remise des titres. Savoir entre autres choses : 

Un parchemin vieux latin de l'an 1293 et du lo'""" kalendes de 
may, reçu par M'^ Pierre du Fayet, notaire, portant réalbergement 
de la Condamine de St-Pierre-le-Vieux à Frère Jordan lors com- 
mandeur : 

Autre parchemin en latin tout gaslé du commencement de l'an 
1533, M'' Antoine Rochctle notaire, portant échange d'un pré des 



DES ANTONINS A AUBENAS. 23 

R. Pères de St- Antoine situé en Auzon avec le pré de Georges 
Blachon situé au terroir de St-Pierre-le-Vieux ; 

Jugement contre Louis Boyron portant délaissement d'une pièce 
de terre située au terroir de la Suel et d'un jardin au terroir de 
Fontbonne, i8 avril 1633 ; 

Arrentement perpétuel passé aux habitants de la Combe de la sei- 
gneurie du dit lieu en 161 1 et le 29^ novembre, et une sentence ren- 
due au senechal de Nismes par laquelle les dits habitants sont 
condamnés à reconnaître les dits seigneurs Abbé et Religieux, comme 
ayant succédé en la dite commanderie d'Aubenas, seigneurie et ju- 
ridiction de la Combe, pour seigneurs susdits, et en conséquence a 
leur prêter l'hommage et payer les droits seigneuriaux. 25 mai 1633. 

Ratification. 3 juillet 1633. Chalié notaire à St-Montan. 

Un albergement en parchemin un peu gasté, passé par F. Pierre 
de Rupe More, lors commandeur du dict Aubenas, à Gonnet Mou- 
ton. Jean Rochette, notaire à Aubenas, 10 mars 1480. 

Comme aussi la quantité de huictante quatre rolleaux de parche- 
mins. . . . ensemble 17 autres rolleaux de parchemins en liasse 
sur laquelle il y a un billet lequel faict mention que les 17 rolleaux 
sont donations incertaines faictes à la commanderie du dict St- 
Antoine d'Aubenas. 

Et autres papiers que les dits seigneurs vendeurs donnent pou- 
voir a icelluy Collège de retirer, qu'ils ont hors leur présent mo- 
nastère, soit à Tolose, des mains de M^ Palanque leur dit procureur) 
qu'au dict lieu d'Aubenas, des mains du R. P. Pacifique. 

Et, bien que les dits seigneurs vendeurs ne soient obligés à 
aucun service divin ou autre œuvre pie pour raison des dicts biens 
dans les vieilles masures de la dicte commanderie ny ailleurs, il a esté 
convenu pour plus de précautions que, si les Pères du Collège 
estoient à l'avenir poursuivis d'en faire aucun, les vendeurs les 
feront décharger et prendront le faict et cause pour le dit Collège, 
auquel en outre ils donnent le mesme pouvoir qu'ils ont de se servir 
des dictes vieilles masures et des matériaux qui leur seront propres 
ainsi qu'ils verront, a condition que les vendeurs ne seront tenus 
d'aucune garantie en cas d'empêchement a la prise et enlèvement 
des dits matériaux. 

Les vendeurs demeurent acquittés de la quantité de 2g cestiers 
avoine pour arrérages d'une rente que le dict Collège prétend luy 
estre due sur une des pièces de terre susmentionnées à cause du 
prieuré de Ste-Croix uni au dict Collège. 



24 NOTES SUR LA COMMANDERIE 

Serment en la forme des religieux, la main sur la poitrine 

Fait et stipulé dans l'abbaye et monastère de St-Antoine, en pré- 
sence de honneste Claude Brun, marchand du dit St-Antoine, et 
honneste Barthélémy Farioz du mesme lieu. 

Buisson notaire. — 24 mai 1653. 

L'homologation du Parlement de Toulouse est du 13 février 1655, 



L'autre commanderie des Antonins en Vivarais, celle d'Annonay, 
était, comme nous l'avons déjà dit, complètement indépendante de 
celle d'Aubenas. Son siège à Annonay était au bas de la ville, au- 
dessous de l'église de Trachin, sur la rue qui mène à la porte de 
Cance. Elle avait été fondée en 1230 par Louis de Langeac, religieux 
de St-Antoine, en faveur des pèlerins atteints du feu sacré. 

Dans les statuts que l'abbé Aymon de Montagni fit au chapitre 
général de Tannée 1313, il fut ordonné qu'il y aurait deux religieux 
dans la commanderie d'Annonay, pour faire les quêtes et recevoir 
les offrandes. Il parait que cet établissement était déjà bien tombé 
en 1334, époque de la fondation de l'hôpital de Notre-Dame-la-Belle 
par le cardinal Bertrand, puisque c'est un des motifs qui détermi- 
nèrent l'illustre cardinal à cette fondation 

Un mémoire, tiré des archives départementales des Bouches-du- 
Rhône, et dont l'abbé Filhol donne le résumé (1), indique les noms 
suivants des commandeurs à partir de 1330 : 

1330. — Nicolas de la Baulme. 

1362. — Pierre de Vallins. 

1386. — Ponce de Senol. 

1399. — Pierre Chanon ou de Provins. 

1401. — Pierre Chabanes. 

142 1. — Jean Terniaco. Ce commandeur passa avec le chapitre 
d'Annonay une transaction datée du 12 juillet 1423, par laquelle il 
était autorisé à bâtir une église ou chapelle avec clocher, mais où il 
ne pouvait être célébré qu'une seule messe, chaque jour, au so)i Je 
la cloche, hormis la fête de St-Antoine. Ce jour-là, les cures et les 
sous-choristes devaient y venir en procession, et le commandeur 
était tenu de donner au prieur douze jambons, six à chacun des 

(1) Histoire d'Annonay, t. II, Pièces justificatives. 



DES ANTONINS A AUBENAS. 25 

deux curés, autant au sacristain et au maître de chœur, deux à 
Vévêque des Innocents, et quelques-uns encore à d'autres membres 
du clergé. 

De 1421 à 1430, Barthélémy Assergo, notaire de St-Vallier, fit le 
terrier de la commanderie d'Annonay. 

En 1436, le commandeur est Pierre Ronglon. 

Noble Albert de Boulieu, réglant dans son testament en 1440 
l'aveiiir de ses enfants, ordonne qu'Antoine, l'un d'eux, soit d'église 
et qilil entre dans l'ordre de St-Antoine ou de St-Benoît à son 
choix. 

Suite des commandeurs d'Annonay : 

1473. — Jean de Poisieux. 

1478. — Jean MoUie. 

1487. — Louis de Roussillon, qui devint vicaire général de l'abbé 
Théodore. 

1496. — Jean Félisat. 

151 1. — Jean Schram. 

1515. — Jacques de Joyeuse. 

1526. — François Senglar. 

1526. — Claude Apostolat. 

1529. — François Bergerie. 

1531. — Théodore Laurens. 

1533. — Jean Arench. 

1536. — Armand de Fay (i). 

1566. — Jean Barbier ou de Champlong. 

1592. — Antoine Grilhet. Le 14 mai 1592, Grilhet albergea aux 
consuls une partie considérable des bâtiments de la commanderie 
pour faire un hôtel de ville, sous la pension annuelle de iS francs, 
qui devait doubler tous les 50 ans, par acte reçu Guérin. 

1606. — Claude Aubert. 

1615. — François des Fontaines. 

1622. — PVançois Goujon. 

1624. — Louis de la Roche. Celui-ci se démit volontairement en 
1626 et les biens de la commanderie d'Annonay furent alors réunis 
à la communauté de St-Antoine qui les aliéna successivement. 

En 1634, l'ordre vendit à Claude de Villars, baron de Maclas, 

(i) Les Mémoires sur le Vivarais de Poncer (t. 4, p. 307) mentionnent une re- 
connaissance faite, le 27 janvier 1536, à Annonay, en faveur de noble Armand de 
Fay, prêtre, commandeur de la commanderie de St-Antoine à Annonay. 



20 NOTES SUR LA COMMANDERIE 

toutes les rentes que possédait la commanderie sur les paroisses de 
Malleval, Maclas, St-Apollinard, Véranne et Roizé en Forez, et St- 
Jacques d'Atticieux en Vivarais, le tout pour le prix de 516 livres. 

Enfin le 17 août 1680, les procureurs fondés de Tabbaye de St- 
Antoine vendirent au chapitre d'Annonay tous les biens que possé- 
dait encore la commanderie d'Annonay au prix de 1,260 livres (ï). 

Au siècle suivant, la chapelle de St-Antoine à Annonay, qui était 
restée ouverte au culte, fut cédée à la ville, ainsi que la maison 
continue, pour loger plus commodément les sœurs de l'Instruction, 
c'est-à-dire trois religieuses de la Congrégation de Saint-Maur, qui 
tenaient à Annonay une école gratuite pour les filles. 



* * 

Bien avant la vente de ses immeubles en Vivarais, l'ordre de St- 
Antoine était bien déchu de son ancienne importance. La dispari- 
tion du feu sacré et des autres grandes épidémies du moyen-âge 
avait enlevé à son activité chrétienne un stimulant peut-être indis- 
pensable. Au siècle suivant (le XVIII"), ses rangs se recrutaient diffi- 
cilement. Son avant-dernier abbé, Etienne Galland, chercha vaine- 
ment de le sauver en lui imprimant une direction plus particulière- 
ment scientifique, sans renoncer toutefcàs à ses traditions hospita- 
lières. Enfin, l'ordre fut frappé à mort par l'édit de 1771 qui ordon- 
nait la suppression de toutes les communautés des villes, qui ne 
comptaient pas au moins vingt religieux réunis. En 1774, il se fon- 
dit avec l'ordre de Malte. Les Antonins possédaient encore à cette 
époque quarante-deux maisons. 

Nous avons réuni dans ce petit travail tous les résultats de nos 
recherches sur les Antonins du Vivarais. Mieux que personne, nous 
sentons combien il est incomplet et surtout combien il serait désira- 
ble de trouver sur cet ordre célèbre d'autres documents que ceux qui 
se rapportent à sa période de décadence. Les Antonins se sont si- 
gnalés jadis à l'admiration du monde entier par un zèle et un dé- 
vouement comme la religion seule peut les inspirer. Il est vrai 
qu'alors on écrivait peu et la rareté des papiers ou parchemins de 
cette époque n'a rien d'étonnant. Mais le rapide développement de 
ces vaillants hospitaliers et l'estime universelle dont ils furent cn- 

(1) FiLIIOL, t. Il, p. 168. 



DES ANTONINS A AUBENAS. 27 

tourés dès le début, ne sont-ils pas des témoignages suffisants des 
services qu'ils ont rendus ? 

En publiant ces notes, nous avons voulu simplement ouvrir la 
voie à de nouvelles recherches et nous espérons bien que notre 
initiative portera tôt ou tard quelques fruits. 



P. -S. — Cette petite étude était en cours de publication, quand nous 
avons reçu communication d'un registre notarial d'Aubenas, plus 
vieux que tous les autres, provenant d'Etienne Monastier. Nous 
résumons brièvement les faits nouveaux qu'il contient sur la com- 
manderie de St-Antoine d'Aubenas : 

Le 29 mai 1367, F. Jean de Paseriis, de l'ordre de St-Antoine 
d'Aubenas, donne une quittance de 14 florins d'or à Jean Soleyrol. 

Le 4 octobre 1367, noble et religieux homme Antoine Bayle 
(BanïliJ, commandeur de St-Antoine d'Aubenas, vend à Guillaume 
Martin les aumônes de vin (helemosinas vinij de cette année, dans 
les paroisses de Vesseaux, Mercuer, Ucel, St-Privat et les mas 
d'Aubenas, au prix de 34 setiers de vin, livrables dans la quinzaine 
de la fête de St-Maurice. Un autre Frère de St-Antoine, Jean Pa- 
terne, figure parmi les témoins. 

Le 8 août 1368, Jean Dufour, cordonnier, reconnaît devoir à Sœur 
Jeanne Duplan, de l'ordre de St-Antoine d'Aubenas, dix florins pour 
cause de prêt réel et légal. 

Le 18 septembre 1368, Pierre Lezin, d'Aubenas, et Bertrande, sa 
femme, voulant reconnaître les services et l'attachement de Sœur 
Jeanne Duplan, de l'ordre de St-Antoine de Viennois, lui font do- 
nation de trois muids de bon vin nouveau, pur et franc. 

Le 6 septembre 1368, F. Raymond Arbosset, de l'ordre de St- 
Antoine, au nom du commandeur Antoine Bayle, accense (assensavit) 
à Bernard Fores, les paroisses ci-dessous, comme il est d'usage : 
Montpezat, le Roux, Mayras, Thueytz, Mayres, Gourdon, Nieigles, 
St-Julien, Asperjoc, au prix de 22 quartes et une émine de blé, c'est- 
à-dire du blé qu'il amassera dans les dites paroisses, payables d'ici 
à la Noël ; plus, trois florins d'or et demi, 70 pieds de porc et un 
quarteron de fromages. 

Le même jour, F. Raymond accense à Fores le voyage de Val- 
gorge, comme il est d'usage, au prix de onze florins, (chiffre illisible) 
pieds de porc et un quintal de chairs de porc salées, payables d'ici à 
l'octave de St-Antoine. 



28 NOTES SUR LA COMMANDERIE 

Le 5 mars 1368, F. Raymond Arbosset, représentant le comman- 
deur Bayle, F. Jean Gentilet, sacristain, et FF. Aymar Corbays, 
Amédée Planiol et Pierre Monteillet, de Tordre de St-Antoine, re- 
connaissent avoir reçu un florin d"or, des exécuteurs testamentaires 
de la succession de feu Aloret. Ils ont de plus reçu, pour les aumô- 
nes (pro caritate), 10 sols et, pour chacun d'eux personnellement, 
12 deniers. 

Item. Sœur Jeanne Duplan, hospitalière de St-Antoine, et les 
infirmes Mondone Magnane, Lucie Vaseilles et Mondon Lafarugue 
(de Thueytz), du dit hôpital, ont reçu chacun sept sols, soit en tout 
un florin. (Il résulte, en effet, de divers actes du même registre, que 
le florin était alors compté pour 26 ou 28 sols tournois.) 

Cette même somme d'un florin d'or a été aussi distribuée, de la 
même provenance, aux infnmis de l'hôpital St-Georges. 

Le 6 septembre 1368, F. Arbosset accense à Guillaume Martin les 
paroisses suivantes : Burzet, Colombier, Antraigues, Juvinas, St- 
Andéol (de Bourlenc), Vesseaux, Ageonis (Ajoux ?), le Gua, Genes- 
telle, au prix de 22 quintaux et demi de blé, 70 pieds de porc, le 
quart d'un quintal de fromage et trois florins d'or et demi. 

Le même registre contient plusieurs affermages de quêtes en Viva- 
rais, faits à Aubenas pour l'hôpital de Notre-Dame du Puy. 

Nous avons à rectifier l'explication àd certains mots qui figurent 
dans l'inventaire des meubles et objets de St-Antoine. 

La viradoyra (p. 233) n'est ni un tournebroche ni un dévidoir, mais une petite 
cuillère plate, percée de trous, en forme d'ccumoire, pour retourner des objets 
dans la poêle, notamment pour y prendre les œufs quand ils sont frits. 

Clédo (p. 235), signifie non-seulement une sorte de grenier où l'on fait sécher 
les châtaignes, mais aussi une claie. Elle doit indiquer ici un treillage en bois ou 
en osier sur lequel on faisait sécher les pieds de porc salés. 

Cossa (p. 234), en patois couôsso. C'est une courge à long coi, dont on a coupé 
un tiers, ou même la moitié sur un côté, de façon î confectionner une sorte de 
bassine, qui avait partout dans le Bas-Vivarais la même contenance, celle d'un 
pot de vin (un litre environ). La courge était alors en grand honneur dans le 
pays, comme donnant un récipient plus sain et moins coûteux que le cuivre ou 
tout autre métal ; aussi était-elle cultivée dans tous les jardins. Quand la courge 
servait de bouteille, on l'appelait la coucourde: d'où l'entonnoir spécial pro cogor- 
dis. On trouve encore des couôsso dans beaucoup de caves du Vivarais, et surtout 
aux fontaines publiques des villages pour puiser l'eau, moins qu'autrefois cepen- 
dant, à cause de la concurrence des ferblantiers. 

Deslreiss (p. 236). On appelle ainsi le long du Rhône les petites haches qu'on 
tient d'une seule main, la main droite (dextera), d'où peut-être ce nom. 

Goia (p. 237), instrument qui forme une hache dun côté et une serpe de 
l'autre. 

D-- FRANCUS. 



LE TRIÈVES 

pendant la grande Révolution 

d'après des documents officiels et inédits. 

(Suite) 



» Voilà ce que j'ai cru pouvoir faire et je suis prêt à le réitérer. 
S'il était possible que quelqu'un m'eût entendu différemment ou que 
je me fusse mal expliqué, je dirai et je vous le déclare à tous : Voilà 
en quoi consiste mon serment, voilà mon devoir. Tel est aussi le 
vôtre. Nous sommes tous tenus à l'obéissance la plus absolue envers 
l'Eglise, en ce qui concerne la Religion ; nous devons aussi l'obéis- 
sance aux puissances temporelles en tout ce qui leur est propre. 
N'oublions pas que le meilleur patriotisme a pour base la Religion 
et lui est toujours subordonné ; et ne vous flattez pas, qui que vous 
soyez, d'en trouver de plus épuré que parmi ceux qui ont le bonheur 
de la professer. Vous les verrez souvent disposés à tout sacrifier, à 
tout souffrir plutôt que de trahir leurs devoirs ; et si la Providence 
permet que nous soyons nous-mêmes dans ce cas, notre exemple, 
avec le secours du Ciel, vous montrera ce que vous devez faire, quand 
il s'agit de la gloire de Dieu et de son salut. 

» Et afin que les présentes aient la notoriété nécessaire, si Mes- 
sieurs de la municipalité veulent les coucher sur leurs registres, j'y 
souscris volontiers, ou bien je m'engage à leur en remettre un dou- 
ble et un autre à Messieurs du Directoire du district de Grenoble, le 
tout signé de ma main. 

» En finissant, comme pasteur, je vous conjure de conserver tou- 
jours la même fidélité à Dieu et à son Eglise, ensuite aux puissances 
de la terre, nous rappelant que l'anarchie est le plus grand des 
maux. 11 faut nécessairement que la liberté soit soumise aux lois ; 
nous devons tous aimer l'ordre et la paix, et fasse le Ciel que nos 
cœurs soient toujours occupés à former des vœux pour le bonheur 
public ! Enfin n'oublions pas que nous mourrons, et à cet effet soyons 



30 LE TRIEVES PENDANT 

dès à présent ce que nous voulons être plus tard. Je suis moi-même 
intéressé en ceci, puisque mon bonheur consiste dans le vôtre (i). » 

Ces paroles furent pieusement écoutées, racontait, en 1856, un 
témoin, catholique fervent. Monsieur Bac lui-même était profon- 
dément ému ; mais ses larmes coulèrent abondamment quand il vit 
le maire prendre à l'église la place du prêtre, et monter dans la 
chaire de vérité pour lire l'écrit d'un évêque schismatique. Les 
catholiques comprirent la douleur de leur pasteur bien aimé et s'y 
associèrent en sortant en foule du temple saint, où il ne resta que 
des protestants exaltes par les idées du jour. A la vue de cette dé- 
monstration, Sibey, pâle de honte, put à peine bégayer trois phrases 
et dut confier la lecture du mandement à un membre de la muni- 
cipalité. 

Ainsi ce serment, par lequel l'assemblée nationale avait prétendu 
lier les ecclésiastiques à sa nouvelle constitution, fut réprouvé et 
rétracté par ceux qui l'avaient prêté, dès qu'ils reconnurent son im- 
piété. Et non-seulement ce serment était impie ; mais il était en 
même temps injuste et dangereux ; il froissait les consciences des 
citoyens qu'il plaçait entre le devoir et l'intérêt, et réduisait à l'alter- 
native d'être apostats ou martyrs. C'était là une odieuse tyrannie, 
un criminel attentat. Cependant on en recueillit un fruit précieux, 
résultat de toutes les persécutions : pendant que quelques prêtres 
tarés s'éloignaient du droit chemin, le parti qu'on voulait abattre 
fut fortifié, les âmes qu'on cherchait à asservir, électrisées ; les hom- 
mes mêmes les plus faibles et les plus timides, tranformés en héros. 

En exigeant ce serment des ecclésiastiques, la plus grande partie 
des députés, disciples avoués des philosophes du XVIII" siècle et 
ennemis acharnés de l'Eglise, s'étaient préparé une occasion de 
satisfaire leur penchant pour la persécution. On s'aperçut bientôt, en 
effet, que la constitution civile du clergé n'avait été qu'une espèce 
de transition pour arriver à la guerre ouverte, dont le but était 
l'anéantissement total du culte catholique et l'extermination de ses 
ministres. 

Les habitants du Trièves avaient le sentiment religieux, aussi les 
meneurs révolutionnaires, comme d'ailleurs presque partout en 
France, évitaient de froisser leur susceptibilité. Ce n'était que petit 
à petit qu'ils voulaient les amener à ne point se plaindre de l'inter- 
diction de tout culte. Le 14 juillet 1791, la population de Mens, la 

(1) .Mens, Reg. des délit. 



LA GRANDE REVOLUTION. 3I 

garde nationale, quelques citoyens et des détachements des gardes 
nationales de St-Baudille-et-Pipet, St-Jean-d'Hérans, St-Genis, 
Cornillon, Morges et Tréminis assistaient à une messe solennelle 
célébrée par Monsieur Bac, sur un autel dressé en plein air, au- 
dessous de la place des Aires, sur le Champ-de-Mars. Ils juraient 
ensuite, « en présence de l'Etre suprême, les drapeaux de la garde 
nationale déployés, de rester à jamais fidèles à la nation, à la loi, au 
roi, de maintenir de tout leur pouvoir la constitution décrétée par 
l'assemblée nationale et acceptée par le roi. » 

Ils jurèrent encore « de protéger de toutes leurs forces et conformé- 
ment aux lois la sûreté des personnes et des propriétés, la libre circu- 
lation des grains, la perception de l'impôt, sous quelque dénomina- 
tion et forme qu'il se perçût, et de demeurer unis à tous les Français 
par les liens indissolubles de la fraternité ; déclarèrent traîtres à la 
patrie tous ceux qui avaient protesté ou protestaient contre les 
décrets de l'assemblée nationale, acceptés et sanctionnés par le 
roi. » Plus de trois cents personnes apposèrent leur signature à ce 
serment (i). 

Pendant ce temps, les événements marchaient avec rapidité, et la 
persécution était ouvertement déclarée contre les prêtres qui avaient 
refusé ou rétracté le serment civique et qu'on désignait dès lors sous 
le nom de réfractaires. 

Le 26 août, la municipalité de Mens s'assembla et entendit lecture 
de la lettre suivante du district de Grenoble, en date du 24 du même 
mois: « Nous vous prions. Messieurs, de mander venir devant la 
municipalité assemblée le sieur Bac, curé de Mens, attendu que le 
serment qu'il a prêté contient des restrictions, de le requérir de 
prêter de nouveau, dimanche prochain, purement, simplement, sans 
préambules , Explications ni restrictions le serment ordonné par 
l'assemblée nationle aux curés et fonctionnaires publics, conformé- 
ment au décret de 8 janvier dernier. Vous voudrez bien le prévenir, 
Messieurs, qu'à défaut de vous répondre ou de prêter dans le délai 
prescrit le serment requis par l'administration, son silence ou son 
refus de déférer à votre réquisition sera regardé comme une déné- 
gation formelle du serment et qu'il sera remplacé. Nous vous prions 
donc, Messieurs, de dresser procès-verbal de la comparution du 
sieur curé, de votre réquisition, de ses réponses, de la manière dont 
il aura prêté le serment ou de son refus, et de nous envoyer tout de 

(i) Mens, Délib. du i^ juillet. 



32 LE TRIEVES PENDANT 

suite extrait de votre procès-verbal pour y être délibéré ce qu'il 
appartiendra. 

» Les administrateurs composant le directoire du district de Gre- 
noble : A.MAR, vice-président, Bellicard, F. Royer, Real, Hi- 

LAIRE (l). ') 

M. Bac, invité au même instant à comparaître devant la munici- 
palité, s'y rendit et s'y comporta comme va nous l'apprendre le 
procès-verval de sa comparution : 

« Le sieur Bac a répondu qu'il était vrai que le serment prêté par 
lui était véritablement avec conditions, au vu et seû de toute sa 
paroisse; qu'il était malheureux pour lui de n'avoir pu le prêter diffé- 
remment, par la raison unique de n'être pas infidèle à Dieu et à son 
Eglise . Qu'il priait d'avance le Seigneur de vouloir bien accepter les 
sacrifices qu'il exigerait de lui ; que d'ailleurs il osait demander la 
tranquillité et la sûreté pour sa personne et se mettre sous notre 
protection. En outre a requis qu'il lui fût délivré une expédition de 
la présente et a signé : Bac (2). » 

La fin de cette déclaration nous porte à croire que des menaces 
avaient été proférées contre ce digne prêtre, coupable de rester 
fidèle à la voix de sa conscience. La vue d'hommes semblables est 
importune aux méchants, elle leur rappelle le sentier abandonné du 
devoir. 

M. Bac resta encore un mois en possession de son église et, le 26 
septembre, il signa l'inventaire des meubles et ornements, en pré- 
sence de Jannais, son vicaire et dès ce jour son remplaçant par 
nomination d'un évêc^ue schismatique. Etaient aussi présents le 
maire, Sibey, et plusieurs autres officiers municipaux, qui furent 
témoins de l'énergique protestation du pasteur légitime contre le 
titre de ci-devant curé, qu'on lui donnait, et celui de curé, accordé à 
Jannais (3). La protestation du bon prêtre irrita celui-ci, mais elle 
demeura gravée dans son cœur et finit par y amener de salutaires 
réflexions. 

M. Bac fut ensuite pendant quelque temps gardé à Mens avec bon- 
heur par ses paroissiens, dont plusieurs lui offraient l'hospitalité à 
tour de rôle. 11 célébrait les saints mystères dans des maisons par- 
ticulières et voyait de nombreux assistants se grouper autour de son 

(i) Ibidem. 
(2; Ibidem. 
( j) Ibidem. 



LA GRANDE REVOLUTION. 33 

pauvre autel, pendant que l'église restait déserte. Les autorités lo- 
cales essayèrent plusieurs fois de le tracasser, pour l'obliger à quitter 
Mens ; mais les catholiques prirent ouvertement sa défense et me- 
nacèrent même ses persécuteurs de les punir de leurs mauvais pro- 
cédés. Pendant la nuit, plusieurs d'entre eux allèrent enlever les 
vases et ornements sacrés, pour qu'ils ne servissent plus à Jannais 
« le jiireur », ainsi qu'ils nommaient l'intrus, mais bien au « bon 
curé. » Cette conduite consolait le cœur du pasteur fidèle, au milieu 
de ses tribulations, et était une récompense de sa fermeté. La muni- 
cipalité ne pouvait la laisser durer longtemps et la signala au dis- 
trict de Grenoble. Celui-ci prit une délibération contre M. Bac, pour 
le dénoncer à l'accusateur public près le tribunal criminel du même 
lieu, et qu'en attendant on prit les moyens nécessaires afin de 
l'obliger à s'éloigner. L'envoi de cette délibération fut accompagné 
de la lettre suivante (7 octobre 1791) : « J'ai l'honneur devons 
adresser, Messieurs, la délibération prise par le directoire du dépar- 
tement ce jourd'hui, 7 octobre, concernant le s'' Bac, curé réfrac- 
taire, et la spoliation des ornements de votre église ; vous voudrez 
bien engager le s'' Bac à se retirer de lui-même, s'il est possible ; et 
surtout mettre de la prudence et de la fermeté dans l'exécution dont 
vous êtes chargés. Vous sentez bien que les troubles et les insurrec- 
tions populaires peuvent avoir les suites les plus dangereuses et que 
vous êtes responsables des événements, lorsque vous ne faites pas 
tous vos efforts pour les prévenir. Royer, vice-procureur général 
syndic (i). » 

Devant la tempête déchaînée contre lui, M. Bac crut prudent de 
quitter (pour quelques mois, pensait-il) ses chers paroissiens. On 
nous saura gré de faire connaître ce qu'il devint, quoique nous lais- 
sions le Trièves pour un peu de temps et nous nous transportions 
dans l'Ardèche. 11 se retira à St-Julien-Labrousse (2), son pays na- 
tal, et demanda asile au toit paternel. Il fut arrêté en mai 1794, 
pour n'avoir pas obéi à la loi de la déportation et avoir encore mis 
des restrictions au serment de liberté, égalité qu'il prêta devant la 
municipalité, afin d'obtenir un peu de tranquillité. On l'envoya pri- 
sonnier à Privas, siège du tribunal révolutionnaire de l'Ardèche. 

Dans les divers interrogatoires qu'il subit, il fit toujours ressortir 
les restrictions apportées dans ses prestations de serment. « J'ob- 

(i) Délibération du district de Grenoble, Archives de l'Isère. 
(2) Nommé Brousseval, au temps de la révolution. 

Bull. VIII, 1887. 3 



34 LE TRIEVES PENDANT 

serve, dit-il, que je fus dépossédé de ma cure et remplacé, parce 
que j'avais fait précéder mon serment d'un discours dans lequel je 
disais que je voulais être obéissant à Dieu et que je ne jurais qu'au- 
tant que je ne cesserais pas d'être fidèle à la Religion. » 

On lui demanda s'il connaissait la loi des 29 et 30 vendémiaire 
dernier, qui ordonnait aux prêtres rêfractaires de se présenter devant 
l'administration pour y faire la déclaration relative à leur dépor- 
tation, et s'il savait que cette loi eût été enregistrée dans la com- 
mune de Brousseval ; il répondit n'en avoir eu aucune connaissance 
et par conséquent ignorer sa publication et son enregistrement dans 
cette commune. 

Aux yeux des juges son tort était d'être fidèle à son Dieu et à sa 
religion : aussi voici la sentence qu'ils rendirent contre lui : « Vu 
l'extrait du procès-verbal des séances du district de iMezène des 24 
floréal et 17 prairial courant, ce dernier portant que Jean -André 
Bac, prêtre, ci-devant curé de Mens, département de l'Isère, habi- 
tant actuellement à St-Julien-Labrousse, sera traduit au tribunal ; 
le certificat de la municipalité de Brousseval, ci-devant St-Julien- 
Labrousse, du 25 courant, portant que la loi des 2g et 30 vende 
miaire y a été publiée et affichée, le 16 nivôse dernier. Oui le dit 
Bac, lequel a déclaré avoir prêté serment au mois de janvier 1791 
et avoir été déplacé de sa cure au mois de septembre suivant, à 
cause des restrictions apposées à son dit serment, et qu'il fit les 
mêmes réserves à celui prescrit par la loi du 14 août 1792. 

» Considérant que la loi du 9 janvier 1791 ordonne que le serment 
sera prêté purement et simplement, sans que les ecclésiastiques 
puissent se permettre aucun préambule, explication ni restriction. 
Que celle du 26 aoiît 1792 prononce la déportation contre ceux qui, 
ne l'ayant pas prêté, ne seraient pas dans quinzaine sortis du terri- 
toire de la république ; que l'article V de la loi des 29 et 30 vendé- 
miaire déclare sujets à la déportation les évêques, ci-devant arche- 
vêques, les curés conservés aux fonctions et ceux qui ont prêche 
dans quelque église que ce soit depuis la loi du 5 février 1791, qui 
n'auraient pas prêté le serment prescrit ; que l'article VI de la même 
loi leur enjoint de se rendre, dans la décade de la publication, au- 
près de l'administration de leur département, qui prendra des mesu- 
res pour leur arrestation, embarquement et déportation ; que le dit 
Bac n'a point profité de ce délai. 

» Le tribunal déclare que le dit Bac était sujet à la déportation et, 



LA GRANDE REVOLUTION. 35 

faute par lui de s'être présenté dans le délai prescrit à l'adminis- 
tration du département, ordonne que le dit Bac sera livré à l'admi- 
nistration des jugements criminels pour être mis à mort sur la petite 
place de cette commune de Privas, dans le délai de vingt-quatre 
heures; déclare ses biens confisqués au profit de la république, 
conformément aux articles cités et à l'article XVI ; ordonne que 
le présent jugement sera exécuté à la diligence de l'accusateur 
public. » 

L'exécution n'eut cependant lieu qu'un mois et demi plus tard, 
soit que quelques-uns de ses juges espérassent faire évader leur 
victime, soit qu'on voulût associer au sort de M. Bac plusieurs 
religieuses et des prêtres enfermés avec lui dans la même prison. 
C'étaient : D. Allemand, curé de St-Julien-de-Vaucancel, au diocèse 
de Vienne ; Gardés, curé de Caylard, au diocèse de Nîmes ; Mont- 
blanc, prêtre du diocèse de Beziers ; Bouville, jésuite, né en Pro- 
vence, à Aix ; Antoinette X'incent, sœur de St-Joseph de Vernose , 
près d'Annonay ; Marie-Anne Senovert, religieuse du même ordre ; 
Madeleine Dumoulin. Ils furent tous condamnés à mort. 

Quelques jours avant leur exécution, des personnes dévouées es- 
sayèrent de les faire évader ; mais la femme du geôlier découvrit le 
complot et vint accabler les victimes d'outrages. Celles-ci tâchèrent 
de l'adoucir et la supplièrent surtout de ne pas continuer ses blas- 
phèmes contre Dieu. 

A partir de ce moment, leur unique préoccupation fut de se pré- 
parer à la mort par la confession et devant un crucifix qu'on était 
parvenu à leur faire passer. Ces martyrs s'encourageaient les uns 
les autres et, avec une sainte joie, se félicitaient de leur sort. Ils 
passèrent la nuit qui précéda leur supplice à prier, à chanter l'office 
et la messe des morts. Le matin, ils se firent rafraîchir la tonsure et 
couper les cheveux à la manière dont les ecclésiastiques les portaient 
alors. Lorsqu'ils sortirent de prison, ils entonnèrent d'une voix forte, 
le Miserere mei et le Parce Domine, et chantèrent ainsi jusqu'au 
pied de l'échafaud. Une joie céleste rayonnait sur leur visage et leur 
démarche ne cessa d'être aisée, quoique pleine de modestie. Des 
personnes, en grand nombre, attirées par leurs chants et surtout 
par la pitié qu'excitait en elles le sort de ces martyrs, se mirent à leur 
suite et vinrent assister au lamentable, mais édifiant spectacle de 
leur sainte mort. 

Les trois religieux montèrent d'abord l'un après l'autre les degrés 



36 LE TRIÈVES PENDANT 

de l'échafaud. Pendant que leur tête tombait sous la hache, que leur 
âme s'envolait au ciel, la foule silencieuse priait. Vint ensuite le 
tour des prêtres. Le premier qui mourut voulut déclarer, en son nom 
et en celui de ses confrères, que « tous étaient mis à mort à cause 
de leur religion ; » mais le bourreau avait hâte de terminer son 
horrible besogne et l'empêcha de prononcer d'autres paroles. Un 
autre embrassa ce même bourreau, comme pour le remercier de sa 
mort, puis la guillotine (8 thermidor an II, 26 juillet 1794.) 

Les corps des victimes furent déposés dans une même fosse, que 
la piété des fidèles empêcha d'être confondue avec les autres. 

Lorsque peu après des jours plus calmes se furent levés, les catho- 
liques s'y rendirent en foule. En 1795 ^^ '796, on y vit jusqu'à deux 
et même trois cents personnes y priant. .A.près le 18 fructidor an V 
(4 septembre 1797), ils y venaient encore malgré la gendarmerie 
envoyée par les administrateurs pour les disperser. Tant que les 
églises furent fermées, ceux de Privas s'y assemblèrent nombreux, 
les jours de Dimanche et de fête afin d'y prier, ainsi que le faisaient 
les fidèles des premiers siècles sur le tombeau des martyrs. 

Deux des juges qui avaient voté la mort de ces victimes voulurent 
plus tard réparer leur faute et chasser les remords dont ils étaient 
poursuivis nuit et jour. Ils firent publiquement amende honora- 
ble devant les autels (i). 

La paroisse de Mens peut être fière : l'un de ses anciens curés est 
mort victime de son attachement à la foi catholique. Son sang a 
coulé sur l'échafaud comme lui-même semblait le pressentir dans 
les divers discours que nous lui avons vu prononcer. Les petits en- 
fants de ceux qui l'ont connu et aimé ont gardé pieusement le sou- 
venir des récits qu'on leur a faits sur ce saint prêtre. 



CHAPITRE II 

Du MOIS d'octobre I79I, AU MOIS DE JUILLET I792. 



Un mois et demi avant la lettre du district de Grenoble à la muni- 
cipalité de Mens au sujet de M. Bac, le directoire de la même ville 

(i) E.xlrait de la notice d'Aimé Guilion (imprimcc en 1812). 



LA GRANDE REVOLUTION. 37 

s'assemblait et prenait la délibération suivante contre quatre prê- 
tres : 

a Du lundi, II juillet 1791, après-midi, dans une des salles de la 
maison commune de la ville de Grenoble, où le Directoire du dépar- 
tement de l'Isère tient ses séances et où étaient présents MM. Aubert 
du Bayet, président, Pins, vice-président, Royer, Amar, Roux, 
Bergeron, Vaillier, Boissieu, Rognât, Bravet, le procureur général 
syndic et le secrétaire général. 

« Un membre a dit qu'il avait été dénoncé à l'administration qua- 
tre curés réfractaires qui prêchaient le trouble et la désobéissance 
au.x; lois dans les paroisses qu'ils desservaient ; que ces curés réfrac- 
taires étaient le s'' Joseph Allemand, curé de Gresse, le s"" Berthon, 
curé d'Avignon (i), et le s"" Galfard, curé de Clelles, et le s"" Doux, 
curé de St-Paul. 

« Que le sieur Allemand, curé de Gresse, avait prévenu, le 7 mai 
dernier, la Municipalité qu'il voulait rétracter son serment, le lende- 
main dimanche, en disant la messe paroissiale, et qu'il avait effecti- 
vement fait cette rétractation, immédiatement après l'évangile, pour 
donner plus de solennité et une influence plus dangereuse à cette 
criminelle défection. 

« Que le sieur Berthon, curé d'Avignonet, avait d'abord refusé de 
lire la lettre de M, l'Evêque du département et même déclaré aux 
officiers municipaux que sa conscience ne lui permettait pas de re- 
connaître ce supérieur, et qu'il se proposait de rétracter son ser- 
ment ; que le 23 may 1791, il avait effectivement remis à la munici- 
palité une déclaration écrite portant que lorsqu'il promit, le 20 janvier 
dernier, de soutenir de tout son pouvoir la Constitution civile du 
clergé, ce n'avait été qu'à condition qu'on ne toucherait pas à la 
hiérarchie ecclésiastique, ni à son gouvernement universel; que 
depuis cette époque, s'étant aperçu qu'on avait suivi une marche 
absolument contraire aux réserves qu'il avait entendu faire, et 
qu'ayant mûrement et profondément réfléchi, d'après les décisions 
des conciles et la bulle du Souverain-Pontife, il a cru devoir au salut 
de sa paroisse, se devoir à lui-même, à sa tranquillité spirituelle, au 
repos de sa conscience et de celles qui lui sont confiées de rétracter 

(i) Nous parlons ici de M. Berthon parce que après avoir été obligé de quitter 
sa paroisse il vint se réfugier au Monétier-du-Percy, son pays natal, et ne cessa, 
aux plus mauvais jours de la Terreur, de parcourir le Trièves pour y administrer 
les sacrements. 



38 LE TRIÈVES PENDANT 

le serment qu'il avait prêté de maintenir une constitution destructive 
des principes de la discipline ecclésiastique, des droits sacrés de 
l'Episcopat et du Saint-Siège, et des pouvoirs que l'Eglise tient de 
Dieu et qu'elle a toujours conservés indépendants de l'autorité des 
hommes. 

« Que le sieur Galfard, curé de Clelles, avait écrit, le 5 du même 
mois de may, au Directoire du district de Grenoble, qu'ayant vu 
atlkhé, à la porte de son église, un décret de l'assemblée nationale 
portant que le serment, prescrit par le décret du 27 novembre der- 
nier, serait prêté purement et simplement, sans qu'on pût se permet- 
tre aucun préambule, explication et restriction, il avait réfléchi que 
ni sa religion, ni sa conscience, ni l'obéissance qu'il devait à ses 
supérieurs légitimes ne luy avaient permis de le prêter autre- 
ment ; que si ce décret luy avait été connu plus tôt, il aurait déjà fait 
connaître ses sentiments à son égard, et, qu'en protestant de son 
amour pour le bien public, de son respect pour la religion, de 
l'exemple de la soumission aux lois qu'il doit et donne à ses parois- 
siens, il rétractait néanmoins son serment. — Qu'à cette lettre il 
avait joint une copie exacte du serment qu'il avait prêté, tel qu'il est 
écrit sur les registres de la municipalité, lequel serment est conçu 
dans les termes suivants : « Je jure de veiller avec soin sur tous les 
« fidèles de ma paroisse, qui me sont confiés, d'être fidèft à la na- 
« tion, à la loi et au Roy et de maintenir de tout mon pouvoir la 
« Constitution décrétée par l'Assemblée nationale et acceptée par le 
« Roy, sauf au spirituel et sans préjudice de l'union de foi et commu- 
er nion avec le chef de l'Eglise, suivant l'article 4 du titre i" de la 
a Constitution civile du Clergé. » Signé : Galfard. 

« Que le sieur Doux, curé de la paroisse de St-Paul, avait refusé, 
le dimanche 22 mars dernier, de lire, sur la réquisition de la Muni- 
cipalité, la lettre pastorale de M. Pouchot, évêque du département ; 
qu'il avait ajouté que M. Pouchot était un intrus et que le schisme 
était en France ; qu'enfin le 12 juin suivant, le s' Doux avait déclaré 
qu'après de mûres réflexions il rétractait son serment qu'il avait 
prêté, le 16 janvier dernier; de laquelle rétraction la Municipalité 
avait dressé procès-verbal, le 13 du même mois de juin. 

« Sur quoi le rapporteur a observé que tous les faits qu'il venait 
de développer étaient établis par des lettres ou des procès-verbaux 
qu'il mettait sur le bureau ; qu'ainsi ces quatre curés devaient être 
dénoncés à l'accusateur public auprès du tribunal de district de Gre- 



LA GRANDE REVOLUTION, 39 

noble, comme rebelles aux lois et perturbateurs du repos public, en 
conformité des articles 6, 7, 8 du 26 décembre dernier ; mais encore 
que la tranquilité "publique exigeait qu'ils fussent provisoirement rem- 
placés sans attendre le jugement du tribunal, pour arrêter dans les 
principes les progrès de troubles que ces réfractaires semaient dans 
leurs paroisses. 

« La matière mise en délibération : Vu 

« Oui le procureur général syndic ; 

« Le directoire a arrêté : 1° que le s"" Joseph Allemand, curé de 
Gresse, le s'' Jean-Victor Oddoz-Berthon , curé d'Avignonet, 
le s"" Galfard, curé de Clelles, et^le s' Doux, curé de St-Paul, 
seraient incessamment dénoncés à l'accusateur public auprès du 
tribunal du district de Grenoble, pour être poursuivis en confor- 
mité de la loy du 6 décembre dernier, et que, à cet effet, toutes les 
pièces ci-dessus visées lui seraient adressées avec un extrait de la 
présente délibération ; 

« 2° Que les quatre curés susnommés seraient dès à présent rem- 
placés par quatre desservants provisoires qui seraient chacun 
installés par les officiers municipaux de la paroisse du service de 
laquelle chaque desservant serait chargé ; 

« 3" Que M. l'Evêque du département serait prié de choisir inces- 
samment les quatre desservants provisoires, dont il s'agit, parmi 
les prêtres renommés par leur patriotisme et leur soumission aux 
nouvelles lois, et de les revêtir des pouvoirs nécessaires pour faire 
chacun le service de la cure dont il sera chargé, et qu'à cet effet 
il sera pareillement adressé à M. l'Evêque un extrait de la présente 
délibération signée Aubert du Bayet, président. Pins, vice-prési- 
dent, Royer, Amar, Roux, Bergeron, Vallier, Boissieu, Rognât, 
Bravet, Gauthier, procureur général syndic, Dufort , secrétaire 
général fi). » 

Ce n'était plus l'évêque qui gouvernait son diocèse, il n'était que 
l'humble serviteur des membres des districts départementaux, quoi- 
qu'on lui laissât encore la nomination, son choix n'était plus libre. 
Il devait prendre les curés et desservants, non parmi les prêtres 
instruits et vertueux, mais parmi ceux qui se distinguaient par leur 
honteuse soumission aux lois votées par une assemblée civile dans 
le délire de sa haine contre le catholicisme, parmi ceux qui avaient 
violé leurs serments et trop souvent rompu avec les lois de l'honneur. 

(i) Clelles, Reg. des délib. 



40 LE TRIEVES PENDANT 

Le schisme était en France, disait M. Doux, et on lui en faisait un 
crime ; il y était bien avili et dégradé, premier châtiment de ceux 
qui n'avaient point le cour