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Full text of "Bulletin d'insectologie agricole : journal mensuel de la Société centrale d'apiculture & d'insectologie"

INSECTOLOGIE AGRICOLE 



0. 






N° 1 j^ ,y 1 ONZIÈME ANNÉE Janvier 1886 

BULLETIN 

D'INSECTOLOGIE AGRICOLE 

SOMMAIRE: M. Alfred Wailly : Éducations d'Allaciens Iséricigènes faites 
à Norbiton-Surrey Angleterre. [Fin.) —Le Petit Silvaindu Chèvrefeuille 
par M. E. Savard ,avec figure). — Séance de la Société centrale d'api- 
cultuee et d'insectologie, du 18 novembre 1885. — M. A. Ramé: Compte 
rendu du Congrès des Sociétés savantes à la Sorbonne en 1885. — 
Concours entre les appareils insecticides. — Récompenses à la sérici- 
culture. — Le sphinx du Nérion, par 'SI. E. Savard. — Moustiques 
attaquant les truites. 

Éducations d'Attaciens s>éricig;ènes 

FAITES A NORBITON-SURREY (ANGLETERRE) EN 1884 
Par M. Alfred Wailly {Suite et /in). 

Attacus atlas. — En 1884, il m'a encore été impossible 
d'élever ou de faire élever cette espèce, n'ayant jamais eu 
chance d'obtenir un seul accouplement. De quelques cocons 
de la grande race de l'Himalaya qui me restaient de l'année 
1883, j'obtins deux Papillons femelles, un le 6 juillet, le se- 
cond le 21 juillet. Avec un grand nombre de cocons de la 
race de Geylan je n'obtins que trois Papillons : une femelle le 
4 septembre, un mâle le 9 et un autre mâle le 20 septembre. 

Dans mon rapport anglais je reproduis la lettre très intéres- 
sante de mon correspondant de l'île de Geylan, qui, après 
plusieurs tentatives infructueuses, a réussi en 1884 à dis- 
soudre la gomme et à carder ou plutôt à filer à la main les co- 
cons de Vatlas. J'en ai reçu un for t échantillon, le produit de 
4 cocons seulement. La soie est très fine et mon correspondant 
la considère comme éta?it supérieure à celle de mylitta. 
D'après les échantillons de soie que j'ai eu le plaisir d'envoyer 
à la Société, on pourra juger de la qualité des diverses espèces 
de soie et les comparer à la soie de Serkaria mori. 

Circula trifenestrata. — Pour la première fois, en 1884, 
j'ai réussi à élever et à faire élever cette curieuse espèce séri- 

1 



2 BULLETIN D'INSECTOLOGIE AGRICOLE 

cigène qui n'avait pas encore été élevée en Europe, et cela 
avec 18 ou 20 cocons seulement qui m'avaient été envoyés 
par colis postal des montagnes ou collines Shervaroy (Sher- 
varoy Hills), à une distance de 150 milles à peu près de Ma- 
dras. L'éclosion des papillons commença le 20 juin et se 
termina le 5 juillet. 

J'obtins 2 accouplements : le premier eut lieu le 29 juin un 
peu après minuit, el j'en obtins 221 oeufs. Le second accou- 
plement eut lieu le 7 juillet et le produit fut de 211 œufs. Les 
œufs du premier accouplement commencèrent à éclore le 
13 juillet et ceux du second le 23 juillet. 

Les chenilles furent élevées sous cloches dans la maison et 
avec la plus grande facilité. Comme je l'ai déjà mentionné 
dans un rapport précédent, ces chenilles vivent en famille et 
forment leurs cocons en masses plus ou moins fortes ; mais 
en captivité, élevées en petites quantités, elles formèrent leurs 
cocons séparément, ou à deux, à trois, à quatre et à six au 
plus. Une espèce de poche légère entoure les cocons qui sont 
d'un beau jaune d'or et à réseau, ce qui permet de voir la 
chrysalide à travers le cocon qui est peu soyeux. 

Les chenilles écloses du 13 juillet opérèrent leurs change- 
ments comme suit : deuxième âge le 25 juillet, troisième le 

3 août, quatrième le 10, cinquième et dernier âge le 16 août. 
Elles se mirent à filer le 22 août et terminèrent dans la durée 
d'une semaine. L'éclosion complète des papillons eut lieii du 
3 au 12 octobre et il ne resta aucun cocon pour l'année 1885 ; 
mais en janvier 1885 je reçus une petite boîte de cocons de la 
même localité que ceux envoyés en 1884 et en parfait état ; 
une autre boîte reçue le 24 avril a été entièrement perdue, 
les papillons ayant éclos pendant le voyage ou ayant péri 
dans le cocon. L'éclosion des papillons ayant lieu peu de 
temps après la formation delà chrysalide, il est très difficile 
d'obtenir les cocons vivants, quoiqu'ils soieut envoyés par le 
colis postal. 

Dans mon rapport du journal de la Société cle^ Arts, j'ai 
donné une courte description de la chenille à tous ses âges. 



BDLLETIN D INSECTOLOGIE AGRICOLE 3 

suivie d'une description détaillée de M. F. Moore, du Bethnla 
(jreen Muséum, et d'une autre par M. F. W. Kirby, du Musée 
britannique. Cette chenille aux couleurs variées est très velue 
et elle est couverte de tubercules charnus rouges ; elle est 
très pulyphage. x\près avoir été élevée dès son éclosion sur le 
prunier, le pommier, le poirier et le saule, elle fut élevée 
exclusivement sur le Prunier, qu'elle sembla préférer. 

Vers à soie de lAssam. — Mon rapport anglais se termine 
par un article extrait du rapport de M. E. Stack^ directeur 
d'agriculture, sur la sériciculture dans l'Assam. 

Dans la première partie de son rapport, M. Stack décrit 
3 espèces de vers domestiques qui sont cultivées dans l'Assam : 
le Yer à soie du mûrier, dont il y a deux espèces, l'une uni- 
Aoltine [Bombyx lextor) et l'autre polyvoltine [Bombyx crœsi). 
La deuxième espèce est YErl (Ver à soie du ricin) [Attacus 
ricini), élevée comme le Ver du mûrier dans les maisons. La 
troisième espèce est le Ver miiga, ou A?itherœa Assame?isis,. 
espèce multivoltine, élevée à l'air libre sur les arbres, et dont 
on obtient cinq récoltes dans quelques parties de la vallée de 
l'Assam. Les Vers de celte dernière espèce sont surveillés 
pendant toute la durée de leur éducation, afin de les protéger 
contre leurs nombreux ennemis. Le Ver est élevé sur le Siun 
[Machilus odorat/'ssima), qui est sa nourriture favorite, et 
aussi sur le Sualu [Tetrcmthera monopetala). Elevé sur 
d'autres arbres, le Ver produit une soie inférieure. La meil- 
leure soie s'obtient du Ver élevé sur le Sum. 

La dernière partie de l'ouvrage de M. Stack traite .des Vers 
à soie sauvages dont il cite neuf espèces, parmi lesquelles se 
trouvent V Attacus cynthki, qui est considéré comme étant 
Y Attacus richiik l'état sauvage, V Attacus atlas, Circula trife- 
nestrata, plusieurs espèces (ïAiitherœa mylitta, Actias 
selene, etc. 

Toutes ces espèces prendront place dans mon catalogue des 
espèces asiatiques, où la nourriture sera indiquée pour cha- 
cune d'elles. Alfred Wailly. 

Extrait du Bulletin de la Société d'acclimatation, 1885. 



4 BULLETIN d'iNSECTULOGIE AGRICOLE 

Le Petit Silvaiu du Chèvrereuille 

{Lwie?utis sibylla. Linn.,Godart, diurnes, Latr.) 

par M. E. Sayark. 

CHÈVREFEUILLE DES BOIS {Loniceva Pericbpnemmi). Indi- 
gène. Rameaux pubescents; feuilles libres, caduques, oblon- 
gues, glauques en dessous ; fleurs en têtes, blanches ou rosées, 
ensuite jaunes, d'une odeur agréable et douce. Chèvrefeuille 
des jardins (L. CaprifoUum), fam. des Caprifoliacées (1). 
Plusieurs espèces du genre Chèvrefeuille décorent nos jardins, 
souvent volubiles et avec leurs fleurs parfumées. Les baies du 
L. Caprifolium sont, dit-on, diurétiques ; celles du Xylo- 
steum passent pour purgatives; leur saveur est à la ibis sucrée 
et nauséeuse ; on n'en fait aucun usage. 

Le Petit Silvain du Chèvrefeuille des bois a les ailes d'un 
brun noir velouté, avec une bande maculaire blanche inter- 
rompue (souvent par un point de même couleur) aux supé- 
rieures; coupée par les nervures seulement aux inférieures; 
deux petits points blancs vers l'angle apical et un autre de 
même couleur vers le milieu du bord externe. Les supérieures 
ont en outre dans la cellule une tache blanche très saupoudrée 
de brun. Dessous d'un fauve ferrugineux avec les taches du 
dessus. Inférieures avec la base et le bord abdominal d'un bleu 
cendré et trois séries anté-marginales de points noirs, dont 

deux ou trois éclairés de blanc près de l'angle anal. 
La femelle est plus grande, plus arrondie, avec les taches 

blanches mieux marquées. Angle anal ordinairement marqué 

de deux points noirs bordés de ferrugineux. 

Après que la chenille de ce papillon est parvenue à toute 

sa taille, elle a environ 34 millim. de long. Elle est d'un vert 

tendre, avec une raie blanche latérale, placée immédiatement 

L Caprifolii'cs Classe comprenant les familles des Rubkicées et tics 
Lonicérécs {Caprifoliacces). Ses caractères sout les suivants : Plantes dico- 
tylées ganioprlales. Fleur à ovaire infère, à deux ou plusieurs carpelles 
(deux ou plusieurs loges). Corolle surmontant l'ovaire; rlamines insérées 
sur la corolle (périuyncs\ Ovules au nombre de un ou plusieurs dans chaque 
loge, iiraine pourvue d'un périspcrme. 



BULLETIN D INSECTOLOGIE AGRICOLE O 

au-dessus des pattes membraneuses et s étendant sur les sept 
derniers segments. Vue à la loupe, sa peau paraît finement 
chagrinée ; chaque anneau, le premier et le quatrième excep- 
tés, est armé sur le des de deux épines rameuses, très courtes 
sur les sixième, septième, huitième, neuvième et douzième 
anneaux, et plus longues sur les autres, principalement sur 
le cinquième. Deux rangées d'épines semblables, et encore plus 
courtes que les premières, se voient en outre de chaque côté 
du corps. Toutes ces épines sont vertes àleur base, couleur de 
rouille dans le reste de leur longueur, ethérissées de poils noirs. 
La tête a la forme d'un cœur renversé, légèrement bifide dans 
sa partie supérieure, épineuse sur ses bords^ et rugueuse sur le 
reste de sa surface. Sa couleur est d'un brun ferrugineux comme 




Fig. 1. ]^L' Petit Silvaui dirphèvi'eft'uiUe (T. 

celle des pattes écailleuses ; les membraneuses sont vertes. 
Cette chenille vit sur le chèvrefeuille des bois. On la trouve 
parvenue à toute sa grosseur vers la fin de mai; mais il est 
rare de la rencontrer, bien que son papillon soit très commun. 
Il faut la chercher dans les bois humides et sur les chèvrefeuil- 
les en buissons. Godart, qui ne l'a jamais trouvée, a supposé, 
contre l'assertion de tous les auteurs qui l'ont décrite, qu'elle 
vivait sur le chêne, et ciîla parce qu'il a vu souvent des femelles 
déposer leurs œufs sur les feuilles de cet arbre ; mais il est plus 
que probable que s'il a vu effectivement des femelles dans 
l'action de pondre en voltigeant autour des chênes, c'est que 
les chèvrefeuilles qu il n'apercevait pas se trouvaient confon 

1. Gravure tirée des Métamorphoses des Insectes, Paris, Hachette et Cie 
remerciements. {Xote de la Rédaction.) 



t> BULLETIN D INSECTOLOGIE AGRICOLE 

dus parmi les branches de ces arbres. Le même naturaliste 
s'est également trompé dans sa conjecture, au sujet de la 
chrysalide qu'il suppose, par analogie, devoir être sans taches 
métalliques, comme celles des mars; elle en a au contraire 
de très brillantes, ainsi qu'on peut le voir. En voici au reste 
une description très détaillée. 

Elle est anguleuse. Sa tête se termine par deux appendices en 
forme d'oreilles. Son dos est caréné, et présente, dans son mi- 
lieu, une protubérance tressaillante et déprimée latéralement. 
Le fond de sa couleur est d'un vert brun ou pistache, et 
comme vernissé. Lorsqu'on l'examine sur le dos on remarque : 
vers l'extrémité de l'abdomen, une grande tache oblongue 
jaune citron et un peu dorée à sa partie supérieure ; au milieu 
et de chaque côté de la protubérance, une rangée de cinq 
points, moitié dorés, moitié argentés, enfin vers la tête, trois 
taches argentées qui entourent la base des deux oreilles. Du 
côté opposé, ou sur le ventre, on voit seulement une tache 
il la base de chaque oreille, et trois vers l'extrémité de l'ab- 
lomen. 

Ce Lépidoptère est étranger à nos départements méridio- 
naux, mais il est très commun dans les grands bois, aux envi- 
rons de Paris, en Alsace, les Vosges, et les départements du 
nord, etc., en juin et juillet. 

E. Savard. 



l§ociété ccutralc <l'apiciilliirc et d'iiisectologie 

Séance du 18 novembi'c 1885. Présidence de M. ^Maurice Girard. 

Le procès-verbal de la séance précédente est lu et adopté . 

M. A. Ramé, à propos de ce procès-verbal, parle de l'usage 
du goudron liquide pour boucher les trous de la chenille du 
Cossus gâte-bois, de façon à asphyxier les chenilles et aussi à 
empêcher les pontes des papillons dans le voisinage. 

Un Hanneton vivant mâle est montré à l'Assemblée, trouvé 
cramponné à une tige de saule par M. Cazet, instituteur à 
Saint-Beury'(Gôte-d'Or). Ces faits se présentent assez souvent 
en hiver, à la suite de quelque labour ayant mis à décou- 



BUL^.ETIN D'INSECTOLOGIE AGRICOLE 7 

vert une coque nymphala où l'adulte est formé plusieurs 
mois avant son éclosion habituelle. 

M. J.-A. Meunier présente un travail sur l'insectologie indus 
trielle intitulé les Vésicants. Il traite de la Cantharide offici- 
nale et des préparations dans lesquelles on l'emploie. 

M. le Secrétaire général annonce que M. le Ministre de 
l'Agriculture accorde à notre Société son allocation annuelle 
de 1.500 francs. L'Assemblée vote des remerciements qui 
seront transmis au Ministre. 

Une commission est nommée pour dresser le programme 
de l'Exposition de 1886 et son règlement. Elle est formée de 
MM. Saînt-Pée, E. Savard, Malessard, H. Hamet, A. Ramé. 

Est envoyée à la Société une circulaire du Ministre (!e 
rinstruction publique relative à des Observations sur les 
Oiseaux. La question 22, relative au régime alimentaire des 
Oiseaux observés, est de nature à intéresser notre Société. 

M. H. Hamet parle du bourdonnement des Abeilles qu'il 
C(mipare à celui des toupies dites d'Allemagne. 

Membre admis, dans la section d'apiculture, M. Bourgeois, 
de Paris. 

L'ordre du jour étant épuisé, la séance est levée. 

Le Secrétaire: Delinotte. 



Congres des sociétés savniite<s 

Tenu à la S ordonne les 7, 8, ,9, 1 et II avril ISS.). 
Compte rendu par M. A. Ramé 

Vice-président de la section de sériciculture, délégué delà SociHc. 

La première réunion de la section des sciences naturelles 
a eu lieu le 7 avril. 

M. de Quatrefages a été nommé président ; MM. Alph. Milne- 
Ed\vards et Maunoir, vice-présidents ; 

M. Gh. Richet, secrétaire ; MM le colonel Deleise, le profes- 
seur V. Lemoine et Paulin, assesseurs. 

A l'ouverture de la séance, le D"" de Montessus, président 
de la Société des sciences naturelles de Saône-et-Loire, pré- 



8 BULLETIN d'iNSECTOLOGIE AGRICOLE 

sentait un oiseau fort curieux, à peine signalé dans les anna- 
les de la science et appartenant à la famille des cailles. Cet 
ornithologiste apportait sur ce gallinacé des documents nou- 
veaux. 

En voici le résumé : 

Dans le mois de juillet 1862, dit-il, deux savants natura- 
lites, MM. Ossian des Murs et Jules Verreaux ont donné la 
description de l'oiseau en question d'après un sujet mâle 
adulte pris vivant en Lombardie et appartenant à M. Turati, 
de Milan. Ces savants ne savaient rien de sa patrie et elle 
reste encore inconnue aujourd'hui. Toutefois MM. 0. des 
Murs et J. Verreaux lui attribuèrent l'Australie pour berceau, 
en le rapprochant du Synoïeus australis, et, le dédiant à 
M""" Turati, ils le nommèrent Synoicus Lodoisiœ. Ils ont 
donc classé cet oiseau dans le genre Synoicus, créé par 
Gould. 

Depuis cette capture, un second exemplaire exactement 
semblable a été abattu le 20 décembre 18G4, dans le dépar- 
tement de la Somme par M. A. Delignières, qui en a fait don 
au musée d'Abbe ville. 

On ne savait rien de plus sur cet oiseau paradoxal, quand 
la capture d'un troisième individu dans la Bresse chalonnaise 
engagea le D'' de Montessus à ajouter quelques réflexions aux 
faits publiés. Dans l'une des séances du congrès de la Sor- 
bonne de l'année 1882, 12 avril, il signala cette capture ; mais 
n'étant pas encore en possession de cet oiseau, n'ayant fait 
que l'apercevoir et constater son identité dans une collection 
de la localité où il était considéré comme une variété de la 
caille d'Europe, il avait peu à ajouter à ce qu'avaient écrit 
les savants naturalistes nommés précédemment. 

Plus tard, à grand'peine et à grands frais, étant devenu 
possesseur de cette rareté, qu'il sauva de l'obscurité et qui 
doit devenir célèbre dans un musée de sa création, il la 
conserve pour le département qui lui a donné asile le 
dernier. 

Cette bonne fortune devait avoir ses fruits. 



BULLETIN D'INSECTOLOGIE AGRICOLE 9 

Après un examen sérieux et raisonné, l'ornithologiste cha- 
lonnais a établi un parallèle entre cet oiseau, la caille d'Eu- 
rope et le Syno't'mis australis. 

Au premier coup d'œil, on reconnaît une caille et on lui 
trouve de l'analogie avec la caille d'Europe; mais il en diffère 
par des tons plus accentués; il en diffère surtout par des bar- 
res d'un brun noir sous la poitrine et l'abdomen, lesquelles 
alternent avec des barres d'un blanc roussâtre... etc.. Il 
diffère encore davantage du Sijno'icus austraJh, et il possède 
surtout des caractères anatomiques propres qui doivent dé- 
terminer sa place dans l'échelle de la classification. Ainsi, la 
conformation du bec, qui a quelque analogie avec celui des 
perdrix, celle de la tôte, du tarse et des doigts, le séparent 
du genre Synoïcus et doivent en faire un genre nouveau au 
quel l'auteur donne le nom de PerdorUjx, des noms grecs : 
Perdix,ico^, Perdrix, e\ de l'autre mot grec) iOrtux, i/gos. 
Caille. A ce nom générique la Société des sciences na- 
turelles de Saône-et-Loire a ajouté le nom spécifique Mon- 
tessus. 

Dans l'ordre de la classification, le Perdortyx-Montessiis 
suivra le genre Perdicula, découvert depuis peu par les 
ornithologistes anglais dans quelques contrées de l'Inde. Les 
types du genre Perdictda sont encore peu connus et le D"" de 
Montessus en présente au congrès deux individus (mfde' et 
femelle) de l'espèce appelée ^/rr/oo/^r/<///, qui ont vécu sous ses 
yeux et dont il a observé et étudié le caractère. Leur gaieté 
leur vivacité, le chant du mâle, un véritable et gracieux 
gazouillement, ont surtout frappé son attention. Ce natura- 
liste a démontré en outre que l'on doit séparer les nombreux 
genres Coturnix ou Cailles de la famille des PerdicidcV ou Per- 
drix, pour en faire une famille distincte sous le nom de 
Coturnicidœ, Coturiiicidées. 

Le genre Perdicula devra marquer la transition des Per- 
drix au groupe des Cailles. Viendront ensuite les genres 
Perdortyx, Syno/cas, caille ou coturnix, etc. 

M. Alphonse Milne-Edwards a sanctionné l'opinion de M. de 



10 BULLETIN d'iNSECTOLOGIE AGRICOLE 

Moiitessus sur la nature de l'oiseau de passage et donne une 
approbation complète à toutes ses conclusions (1). 

La deuxième journée (8 avril) a été très remplie par de 
nombreuses communications insectologiques. 

M. J. Faliou indique plusieurs des observations faiLes par 
lui chaque année depuis 1S78, relativement à l'acclimatation 
en France du Ver à soie de YnilsinlG (A ttac us Cyntliia ver a) 
et de plusieurs autres espèces de Bombycites séricigènes exo- 
tiques Attacus Perni/i, Cccropia, Yama-Mai, PoJijplifmus 
Mylitta, Antherœa Frithii). En montrant à la Société ces 
divers Lépidoptères à l'état de chenilles et à celui d'insecte 
parfait, ainsi que des modifications de formes produites chez 
le papillon par des causes accidentelles, il fait remarquer 
que ses diverses études à ce sujet ont été publiées dans les 
Bulletins de la Société nationale d'acclimatation, et qu'il en a 
présenté le matin même un résumé au Congrès des Sociétés 
savantes réuni à la Sorboime. 

Ce même sujet traité par M. A. Ramé dans un mémoire assez 
développé, qui sera analysé par la rédaction, est (in article séparé. 

M. le docteur Lemoine, professeur à l'école de médecine de 
Reims, fait une curieuse communication sur les ennemis 
naturels du phylloxéra et des coccidés. 

On sait combien le groupe auquel appartient le premier de 
ces insectes a attiré l'attention dans ces dernières années par 
ses terribles ravages. 

Les dégâts des coccidés ou cochenilles ont été depuis long- 
temps déjà caractérisés par les noms populaires attribués à 
l'insecte. 

M. Lemoine a étudié spécialement à ce point de vue le 
Phylloxéra punctata., parasite du chêne à fleurs sessiles, et 
l'Aspidiotiis lient, abondant sous la face inférieure des feuil- 
les du laurier rose (2). 

1. Comme il est ici question d'un oiseau insectivore, au moins àI'épo]ue des 
couvées, nous avons cru devoir donner sans réductions l'intéressant rapport 
de M. A. Ramé. {La Pédaclion.) 

2. Ce sujet n'a pas été développé, le temps ayant fait défaut pour celte 
importante communication. 



BULLETIN D'INSECTOLOGIE AGRICOLE H 

luePhi/Uxoera punctata se trouve attaqué par trois larves 
d'insectes dont Fauteur décrit la forme, les mœurs et le mode 
d'action. 

La troisième larve dont il a pu suivre le cycle complet 
des transformations appartient au genre Scj/ninm (Goléo- 
ptère coccinellien). 

Son action destructive est à la fois très méthodique et très 
efficace, car cette larve s'attaque aux phylloxéras voisins les 
uns des autres et opère la succion de chacun d'eux dans un 
intervalle de huit à dix minutes, de telle sorte que la feuille 
ne tarde pas à être recouverte d'insectes desséchés. Vers la 
fin de la succion se passe un acte physiologique tout spécial. 
C'est l'introduction dans l'intérieur du corps du pliyUoxpra 
d'un liquide rougeâtre provenant de l'intestin de la larve ; ce 
liquide, destiné sans doute à saisir les dernières particules 
assimilables, est repris par le Soymmus. 

lùAspkfiotus est attaqué par un petithyménopt ère qui 
dépose un ou deux œufs dans le corps de l'insecte à son pre- 
mier âge, de façon que l'œuf puisse se développer, éclore, et 
que la larve qui en provient trouve sa subsistance jusqu'au 
moment où elle devient immobile. A ce moment VAsp/'d/'of/t^ 
est réduit à l'état de simple enveloppe desséchée. 

Le nombre d'œufs ainsi déposé par l'hyménoptère est par- 
fois tel qu'à la fm de l'automne il n'y a plus pour ainsi dire 
d'Asp/diotits qui n'en contienne. Le froid seul vient arrêter 
une action qui paraîtrait pouvoir être complètement destruc- 
tive (1). 

€oucoui*s cnti'C les appareils à iiBsectieides 

Un concours sera ouvert en Italie aux instruments servant 
à projeter les insecticides ; il aura lieu le l^"" mars 1886, à la 
ferme-modèle de l'Ecole royale de viticulture et dœnologie 
à Gonegliano, près Venise. — Les expériences comparatives 

1. M. le docleui' Leinoiue a publié divers ouvi'n,g-cs et conférences sur ces 
sujets et aussi une élude sur la vigne en Champagne pendant les temps 
géologiques. 



12 BULLETIN D'INSECTOLOGIE AGRICOLE 

commencGront publiquement le 2 mars, et le rapport du jury 
devra être déposé dans le délai de vingt jours. Les demandes 
avec brève description et prix des instruments devront être 
adressées au directeur de l'Ecole avant le 22 février prochain. 

RécompcuscK à la sériciculture 

Suivant un arrêté du ministre de l'agriculture, des récom- 
penses seront accordées, dans le département de l'Isère, aux 
agriculteurs qui, en 1886, présenteront les magnaneries les 
mieux tenues, suivant les meilleures méthodes d'éducation 
et de grainages. Médaille d'or, deux médailles d'argent, qua- 
tre médailles de bronze et une somme de 1 500 fr. seront dis- 
tribuées à des sériciculteurs ayant mis à l'éclosion 75 grammes 
de graines ou davantage. Une médaille d'or, cinq médailles 
d'argent, cinq médailles de bronze et une somme de 2 300 fr. 
sont destinées aux concurrents mettant en éclosion moins de 
75 grammes de graines. Un objet d'art pourra être décerné 
au lauréat reconnu relativement supérieur et jugé digne 
d'être plus spécialement offert en exemple. L'objet d'art ne 
pourra pas se cumuler avec la médaille d'or. Trois médailles 
d'argent, cinq médailles de bronze et une somme de 500 fr. 
pourront être données par le jury en argent employé dans 
les magnaneries primées. Les prix seront décernés, en 1887, 
à la séance de la distribution solennelle des récompenses di; 
concours régional de l'Isère, et ils figureront dans la liste des 
prix de ce concours. Les déclarations des concurrents devront 
être remises au maire de leur commune, qui les visera et les 
adressera à la préfecture du département, le 15 août 1886, au 
plus tard. Aucune déclaration ultérieure ne sera admise. Ces 
déclarations contiendront les nom et prénoms, les adresses 
bien précises et l'indication de la quantité de graines mises 
à l'éclosion. C'est très bien ! mais ce n'est pas là ce qui sau- 
vera la sériciculture menacée de mort par la concurrence 
étrangère. Gomment veut-on qu'un cultivateur fasse des édu- 
cations lorsqu'il est démontré que les dépenses sont plus for- 
tes que les recettes? Il est évident que les cocons à 3 fr. ou 



BULLETIN d'iNSECTOLOGIE AGRICOLE 13 

3 tr. 25 le kilog. ne peuvent pas solder les dépenses occasion- 
nées par la graine, par l'organisation d'une magnanerie, par 
l'achat et la cueillette de 800 kilog. de feuilles par once, par le 
chautrage, par la main-d'oeuvre, par la bruyère, par le trans- 
port des cocons, et, dans ces conditions, les propriétaires pen- 
sent qu'ils n'ont rien de mieux à faire que d'arracher leurs 
mûriers. Il faudrait donc que les cocons et les soies de l'étran- 
ger fussent soumis à une taxe douanière assez forte pour 
rétablir l'équilibre et laisser quelques bénéfices dans les 
mains de l'éducateur. 



Le Sphinx du nici*iou 

Deilcphila nerii, Linn. Crépusculaires, Godart. 

par M. E. Savard. 

LeLaurier-rose(A^e>7'2<wi 0/c«/«/er, famille des Apocynées)(l). 
Ce bel arbuste, spontané en Provence, en Grèce, etc., orne 
les ravins et les bois humides de la région méditerranéenne. 
Les nombreuses variétés à fleurs doubles et diversement co- 
lorées, obtenues par les semis et propagées par la culture, 
font l'ornement de nos jardins, mais exigent, dans le Nord, 
le séjour dans l'orangerie pendant l'hiver. Toutes les parties 
herbacées de la plante recèlent un suc doué de propriétés vé- 
néneuses narcotico-cicres. 

Son nom vulgaire de Laurier est dû à la ressemblance 
éloignée de son feuillage avec celui des espèces du genre 
Laurier [Laurus), plantes avec lesquelles il n'a en réalité 
aucun rapport. 

Le sphinx du Nérion a 102 mm. d'envergure ; ses ailes su- 
périeures sont nuancées de vert et de gris rosé, ayani à la 
base une tache blanchâtre, arrondie, sur laquelle est un gros 
point d'un vert olivâtre. Yiennent ensuite trois lignes blan- 
ches partant de la côte et se confondant inférieurement avec 

1. ApoL-ynées. Famille déplantes dicotylées, gamopi'tales, à ovaire libre; 
compi'enant des arbres élevés, des arbrisseaux à tiges souvent volubiles, et 
des plantes herbacées vivaccs, répandus dans les régions tropicales, mais 
assez rares dans nos pays tempérés. 



14 BULLETIN d'iNSECTOLOGIE AGRICOLE 

une bande rosée qui descend obliquement de la côte au bord 
interne et se prolonge le long de ce bord, jusqu'à la base de 
l'aile. 

Cette bande est suivie d'un espace violâtre eu forme de 
cône, limité inférieurement par une ligne blanche eu zigzag 
et supérieurement par une bande blanchâtre divisée par deux- 
lignes vagues, d'un vert olive. L'angle apical est orné d'une 
figure blanchâtre représentant un Y renversé \. 

Ailes inférieures noirâtres, luisantes depuis la base jusque 
vers le milieu, ensuite verdâtres jusqu'au bord postérieur. 
Ces deux nuances, séparées par une raie blanchâtre, sinuée. 
Le bord abdominal est garni de poils grisâtres sur lesquels 
est une tache arrondie, noirâtre. 

Thorax d'un gris verdâtre avec les ptérygodes d'un vert 
foncé, bordées de gris lilas el un collier de cette même cou- 
leur. Abdomen vert ou gris verdâtre^, avec les trois premiers 
anneaux bordés de poils blancs, les suivants ornés de chaque 
côté de bandes olivâtres et obliques, celles de l'extrémité 
plus prononcées. 

Ce magnifique lépidoptère est commun sur tout le littoral 
de la Méditerranée, surtout en Provence, mais il se prend 
accidentellement dans toute la France. Les individus qui 
naissent dans les environs de Paris ne s'y reproduisent point 
en raison de la rigueur du climat. 

La chenille de ce papillon est du nombre de celles que l'on 
nomme vulgairement Cochotme, parce que leurs deux pre- 
miers anneaux, qui sont rétractiles et qui rentrent sous le 
troisième, dans l'état de repos, s'allongent de manière à imi- 
ter le groin dun cochon, ou mieux encore la trompe d'un 
éléphant, lorsqu'elles mangent ou qu'elles changent de place. 
Cependant, malgré cette ressemblance peu avantageuse pour 
elles, celle dont il s'agit n'en est pas moins remarquable par 
sa beauté, qui égale celle du papillon qu'elle produit. 

Elle varie pour le fond de la couleur; mais elle est ordinai- 
reîTient d'un beau vert, dont la nuance est plus claire sur les 
trois premiers anneaux que sur le reste du corps. Ce qui 



BULLETIN D'INSEGTOLOGIE AGRICOLE 15 

frappe d'abord, en la voyant, ce sont deux grandes taches 
oculaires, placées sur le troisième anneau ; elles sont d'un 
bleu d'acier, cernées de noir et pupillées de blanc. Les au- 
tres anneaux, à TexcepLion du quatrième cL du dernier, sont 
traversés de chaque côté par une bande étroite blanche, qui 
se termine en mourant à la base de la corne dont nous parle- 
rons plus bas. Cette bande, quelquefois bordée de bleuâtre 
dans sa partie supérieure, est toujours accompagnée, en des- 
sus comme en dessous, de points blancs parsemés sans ordre, 
et dont quelques-uns se voient sur le quatrième anneau. Les 
stigmates sont noirâtres et finement bordés de blanc. Les 
pattes écailleuses et la tête, qui est très petite, sont de la 
couleur des trois premiers anneaux. Les pattes membraneu- 
ses participent de celles des autres anneaux. Enfin la corne 
est courte, obtuse, granuleuse, courbée en arrière et d'un 
jaune orangé. 

Quelques jours avant sa transformation, cette chenille perd 
entièrement sa beauté ; elle devient brune sur le dos et d'un 
jaune sale sur le reste du corps. Sa voracité est incroyable, 
aussi prend-elle accroissement en très peu de temps. Elle vit 
exclusivement sur le A^ériofi ouïe Laurier-rose {Nerhnn olean- 
der). On la trouve parvenue à toute sa taille en août et sep- 
tembre, et son papillon éclôt en octobre, et môme jusqu'en 
novembre, si le climat a une température qui le permet. 
Dans le cas contraire, l'éclosion est retardée jusqu'au mois 
de juin de l'année suivante. De même que la plupart des che- 
nilles cochonnes, celle-ci ne s'enfonce pas dans la terre pour 
se chrysalider; elle se fabrique une espèce do coque avec des 
débris de feuilles qu'elle réunit par des ûls, au pied de l'ar- 
buste sur lequel elle a vécu. 

La chrysalide est allongée, d'un brun noisette, finement 
striée de brun plus foncé, avec une tache noire très apparente 
sur chaque stigmate. La chenille dont il s'agit n'est pas tou- 
jours aussi belle ; on en rencontre quelquefois des individus 
entièrement bruns, mais du reste avec le même dessin que 
ceux de couleur verte. On en rencontre aussi qui ont quatre 



16 BULLETIN d'iNSECTOLOGIE AGRICOLE 

lunules bleues au lieu de deux ; mais cette variété est très 
rare. Dans son jeune âge elle est jaune, avec la corne noire et 
très longue. 

Le sphinx du Ne'rion se trouve accidentellement dans les 
jardins où le Nérion se cultive en caisse ; on l'a aussi rencon- 
tré plusieurs fois sur la pervenche {Vlnca minor). 



lEou$»tiques altaquaut les truites». 

Voici un fait curieux relaté par le Bulletin de la Commis- 
sion des pêcheries aux États-Unis. Dans le cours du mais de 
jUin, un de ses correspondants se trouvant sur le bord de la 
rivière Tumichie, dans la vallée de Guniiisson ('Colorado), 
s'était assis au bord du ruisseau, près d'une crique où la 
pureté et la tranquillité des eaux lui permettaient de suivre les 
ébats des poissons; quelques nuages de moustiques volaient 
au-dessus de la surface. 

Parmi les poissons^ il y avait un certain nombre de très 
jeujies truites faciles à reconnaître, ayant encore le sac sor- 
tant de la région des ouïes, et le corps presque transparent. 
D'instant en instant, ce fretin venait à la surface, soit pour 
renouveler sa provision d'air, soit pour toute autre cause, et 
le sommet des têtes émergeait un instant. Aussitôt les mous- 
tiques se précipitaient, plongeaient leur vilebrequin dans la cer- 
velle du poisson qui semblait immédiatement paralysé et 
incapable de s'échapper. Le moustique ne lâchait prise 
qu'après avoir extrait de la tète de l'animal tous les sucs de 
la vie ; il s'envolait alors, et la petite truite morte, retournée 
le ventre en l'air, s'en allait au courant. En moins d'une 
demi-heure, en ce seul endroit, plur? de vingt corps inanimés 
partirent ainsi à la dérive. Les moustiques seraient donc de 
terribles destructeurs de l'espèce, et le remède n'e^t pas facile 
à trouver. Il est vrai que la truite adulte fait à son tour une 
guerre acharnée à toute cette gent ailée et nuisible. 

Le Gérant : H. Hamet. 

j la soc. kjTyp.-. 9!i..iTK, 8, r. u jiiJâoue ). -. . 



N' 2 ONZIÈME AfIMiE Février 1886 



BULLETIN 

D'INSECTOLOGIE AGRICOLE 



SOMMAIRE : J. A. Meunier : Insectologie industrielle, la Cantharide. 
— A. Ramé : Congrès des Sociétés savantes càlaSorbonne, en'1885, avec 
figures (Suite et fin). — Séance de la Société centrale d'apiculture et 
d'insectologie du 16 décembre 1885, — L. Moleyre : Insectes et Crus- 
tacés comestibles. — Détermination d'Insectes Coléoptères. 



Insectologie Indnstricllc (1). 

LES VÉSICANTS 
par M. J. A. Meunier. 

On donne le nom de vésicant, de rubéfiant, et aussi d'épî- 
spastique,à des médicaments qui ont la propriété, appliqués 
sur la peau, d'y déterminer la rougeur, les ampoules et les 
autres symptômes de l'inflammation. Parmi ces médicaments 
le plus précieux pour la thérapeutique nous sont fournis par 
une famille d'insectes à laquelle les entomologistes ont donné 
les différents noms de vésicants, de Méloïdes et de Ganttiari- 
diens. Cependant tous les insectes de cette famille ne nous 
offrent pas les précieuses qualités médicamenteuses que nous 
fournissent certains d'entre eux. Les seuls employés aujour- 
d'hui dans les officines sont, les Mylahres en Afrique et en 
Italie, les Epicautes, en Amérique, les Gantharides et les 
Méloës en Europe ; encore ces derniers sont-ils bien délaissés 
aujourd'hui. Les insectes que nous venons de nommer nous 
offrant tous les mêmes propriétés pharmaceutiques ; nous 
ne nous occuperons que des Gantharides. 

L'insecte. Les cantharides des boutiques ou officinales, Can- 
tharis officinalis (2), appelées aussi mouches d'Espagne, sont 

1. Voir le bulletin année 1884, mois de février, mars, juin, juillet et août. 

2. GénW cantharidis, plariel cantharides, les canthai-ides. 

2 



18 BULLETIN d'jNSECTOLOGIE AGRICOLE 

de jolis coléoptères longs de 13 à 25 millimètres, aux élytres 
d'un vert émeraude chez les mâles et d'un vert bronzé chez 
les femelles ; elles habitent presque toute l'Europe, mais 
principalement le Midi; dans certaines localités elles se mon- 
trent en prodigieuse quantité, leur présence se trahit par une 
odeur forte et peu agréable ; elles dépouillent de leurs femlles 
les frênes, les lilas, les troènes et en général tous les végé- 
taux de la famille des Oléacées. 

Comme toutes les Cantharides que nous employons nous 
viennent d'Espagne, elles sont chez nous un grand fléau pour 
nos bois, et nous avons, quoique cet insecte soit très utile, tout 
intérêt à arrêter sa propagation, en laissant à nos voisins de 
tra los montes le soin de nous en approvisionner. 

La récolte des Cantharides se fait généralement en mai ou 
en juin de grand matin, ou par un temps brumeux, parce 
qu'alors elles sont encore engourdies par le iroid et ne peu- 
vent prendre leur essor. Pour recueillir ces insectes, on étend 
un drap au pied des arbres où ils sont réunis en essaims 
souvent nombreux, et, muni de gants, on bocoue fortement 
les branches qui les portent: les insectes tombent dans ie drap, 
que l'on replie alors ; ensuite, on plonge ce drap dans l'eau 
bouillante, ou mieux encore on place X^'i Cantharides dans des 
tamis que l'on recouvre et que l'on expose à la vapeur du vinai- 
gre jusqu'à extermination complète. 

Cette opération terminée, les Cantharides sont ensuite bien 
desséchées, pour en assurer la parfaite conservation. Par le 
sétthage, les Cantharides perdent environ la moitié de leur 
poids. On doit les conserver dans un lieu sec et en vases clos, 
parce que leur principe actif s'évapore facilement. 

Dans le commerce, lorsque les cantharides sont humides, 
ou brisées, ou tombées en poussière, d'une odeur très nau- 
séabonde ou de moisi, c'est quelles sont déjà gâtées ou sur le 
point de l'être: ordinairement quand elles sont dans cet état, 
c'est qu'elles ont été attaquées par le Ptine voleur {Piinus 
fur), et doivent être reietées par les pharmaciens. Un kilo- 
gramme de ces insectes doit en contenir de treize à quinze 



BULLETIN d'iNSECTOLOGIE AGRICOLE 19 

mille et vaut, selon que la récolte est bonne ou mauvaise, de 
dix à quinze francs. 

Propriétés chimiques. C'est à Robiquet que l'on doit la 
première analyse des Cantharides (Annales de chimie^ 
tome LXXVI. Ce savant chimiste a trouvé que ces insectes 
contenaient, outre le principe vésicant auquel il a donné le 
nom de cantharidine, une huile grasse jaune, une autre vis- 
queuse, une huile verte concrète, une matière noire conte- 
nant de l'osmazone, des acides urique, acétique et phospho- 
rique, de l'albumine, des phosphates de chaux et de magnésie 
et de la chitine. 

Les chimistes ne sont pas d'accord sur la composition de 
la Cantharidine. Robiquet lui donnait comme équivalent : 
G10H12O*; l'expérience renouvelée par Regnault a donné 
Qio H6 0'* ; enfin, depuis, d'autres chimistes ont trouvé 
C3 1112 02. C'est un alcaloïde isomère de la Picrotoxyde (prin- 
cipe actif de la Coque du Levant). Pour l'extraire de la catUlia- 
ride on se sert: 

1" soit d'alcool et d'éther, soit d'éther seulement. On fait 
digérer dans le véhicule, pendant plusieurs jours, les 
insectes pulvérisés; on achève l'extraction dans un appareil 
à déplacement, l'éther, ou l'alcool et l'éther étant déplacés 
en dernier lieu par l'eau. On distille ensuite ce liquide, 
déplacé. La cantharidine, qui cristallise par le refroidissement, 
se redissout ensuite et on la purifie avec du charbon animal. 

2*^ Par le chloroforme. Les Cantharides pulvérisées sont 
laissées en contact quelques jours avec le double de leur 
poids de chloroforme dans un appareil à déplacement; le 
chloroforme est alors déplacé par l'alcool. On évapore 
la solution, et aussitôt la cantharidine cristallise, entraî- 
nant avec elle un peu d'huile verte. On la place sur du papier 
buvard, qui absorbe la plus grande partie de l'huile. On fait 
ensuite recristalliser la cantharidine dans un mélange d'alcool 
et de chloroforme. 

La caw^Aan'fi^me pure forme des prismes droits incolores; 
elle fond vers 120"; à 182» elle se volatilise en fumée 



20 BULLETIN d'INSEGTOLOGIE AGRICOLE 

blanche qui irrite fortement les yeux, le nez et la gorge, et 
recristallise après condensation en prismes rectangulaires 
très brillants. 

La cantharidine est insoluble dans l'eau, si elle n'est pas 
additionnée d'une autre substance dissolvante ; elle se dissout 
promptement dans l'alcool et l'éther ; l'esprit-de-bois, l'acétone, 
réther acétique etformique, la dissolvent à chaud, mais elle se 
dépose par refroidissement. Son meilleur dissolvant est le 
chloroforme ; elle se dissout aussi dans les huiles fixes et vo- 
latiles. Toutes ces solutions possèdent le pouvoir vésicant qui 
n'appartient pas à l'alcoloïde cristallisé ; un gramme de ca7i- 
tharidine, mêlé avec trente grammes d'axonge, produit une 
vésication énergique. 

La cantharidine à la dose de cinq centigrammes est un 
violent toxique, et même une quantité moindre pourrait 
devenir mortelle pour un sujet hystérique. 

Propriétés vésicant es. La cantharidine étant d'un prix 
très élevé, n'est que rarement employée dans la thérapeuti- 
que; on lui préfère dans toutes les applications pharmaceu- 
tiques la poudre de Cantharides que l'on prépare dans les 
laboratoires en prenant des Cantharides séchées, que l'on 
passe au crible pour en séparer les poussières et les mites, si 
elles en contenaient. On les pile dans un mortier de fer, et 
on ne cesse la pulvérisation que quand le résidu ne paraît 
plus composé que du squelette de l'insecte. 

Comme la Cantharide est un poison énergique, cette pou- 
dre est dangereuse à préparer. Il est nécessaire de se garan- 
tir des effets qu'elle peut produire sur les muqueuses. Son " 
rendement est environ de 82 à 90 0/0 du poids des insectes 
employés. 

La poudre de Cantharide, mise en contact avec la peau, 
détermine en quelques heures d'abord un engourdissement 
plus ou moins douloureux, ensuite une phlyctène unique. En 
l'enlevant, on trouve à la surface de la peau une couche de 
lymphe presque coagulée et qui se renouvelle à chaque pan- 
sement : vu cette puissante action vésicante, la poudre de can- 



BULLETIN D'INSECTOLOGIE AGRICOLE 21 

tharide n'est employée qu'en faibles proportions associées 
à d'autres corps. L'exiguïté de ce Bulletin ne nous permet 
pas d'entrer dans de grands détails sur ses applications; 
cependant nous allons indiquer les principales formules dans 
lesquelles la Cantharide est le principe actif. 

1° Teinture de canlharides.' 

Poudre de canlharides 50 grammes 

Alcool ;i 80° 500 

Faire macérer quinze jours, passer avec expression, et fil- 
trer. — Employée en friction comme rubéfiant. 

2° Teinture t^tkéree de cantharides. 

Canlharides pulvérisées 100 grammes 

Ether acétique 100 

Faire comme ci-dessus en laissant macérer dix jours. 
— Employée dans la paralysie et l'engorgement lent du tissu 
cellulaire et dans les rhumatismes. 

3o Huile cantharidée. 

Poudre grosse de canlharides 100 grammes 

Huile d'olive 1000 

Faire macérer pendant six heures dans un vase clos à la 
chaleur du bain-marie, passer avec expression et filtrer. 

4o Emplâtre ordinaire ou vésicatoire. 

Résine élémi IQO grammes 

Huile d'olive 40 

Onguent basilicum 300 

Cire jaune 400 

Cantharides pulvérisées 420 

On étend cette pâte sur du sparadrap. Le vésicatoire cam- 
phré se prépare de même en répandant sur la surface de 
l'éther saturé de camphre. 

5o Emplâtre aufjlais. 

Cantharides pulvérisées et cire d'abeille, parties égales. 

6° Taffetas vésicant. 

Faire fondre à feu nu : 

Cire jaune 250 grammes. 

Poix noire 250 

Colophane 250 



22 BULLETIN D'INSECTOLOQIE AGRICOLE 

Passer et ajouter à la masse un peu refroidie : 

Huile d'olive 20 

Glycérine 40 

Térébenihine 40 

Cantharides pul\- 400 

(A suivre.) 

Congrès des sociétés savantes 

Tenu à la Sorbowic les 7, 8, 9, 1 et II avril 18 85. 

Compte rendu par M. A. Ramé 

Vice-président de la section de sériciculture, délégué delà Société. 
[Suite et fin, v. p. 7, Bnll. 1886) 

Une autre communication très intéressante a été faite par 
M. le docteur E. L. Troucssart, du musée' d'Angers, sur les 
Sarcoptides plumicoles au point de vue du transformisme. 

Les Sarcoptides plumicoles ait point de vue 
du transformisme. 

La sous-famille des Sarcoptides plumicoles [Analgesinae) 
présente un très grand intérêt au point de vue du transfor- 
misme, en raison du grand nombre d'espèces qu'elle renferme. 
Aucune espèce d'oiseau n'en est dépourvue, et la plupart en 
possèdent de trois ou quatre types différents : or, on connaît 
environ 11.000 espèces d'oiseaux réparties dans 2.900 genres 
ou sous-genres, et dans 115 familles. On peut voir, d'après 
ces chilTres, que l'étude de ces Acariens présente un vaste 
champ d'observations, encore inexploré, au naturaliste dési- 
reux de se rendre compte des modifications que l'habitat et 
les conditions du milieu, c'est-à-dire le séjour sur tel ou tel 
oiseau, ont pu produire sur ces parasites. 

Il s'en faut de beaucoup, du reste, que l'on connaisse tous 
les Sarcoptides plumicoles : mais les principaux types d'oi- 
seaux ont été examinés à ce point de vuC;, et l'on peut jeter 
les premiers jalons d'une étude qui promet beaucoup pour 
l'avenir. — Avant les recherches de l'auteur on connaissait 
environ 90 espèces d'Analgésiens : les deux mémoires qu'il 
vient de publier (1884-1885) contiennent la description de 

/ 



BULLETIN d'iNSECTOLOGIE AGRICOLE 23 

150 espèces nouvelles, la plupart exotiques, sans parler des 
variétés qui tripleraient facilement ce chiffre, et le nombre 
des genres a été doublé. On connaît donc actuellement 
18 genres et 250 espèces de cette sous-famille, qui se trouve 
ainsi de beaucoup la plus nombreuse des Sarcoptides. 

Au point de vue de leur distribution géof/raphique, ce qui 
frappe tout d'abord c'est qu elle dépend de la façon la plus 
étroite de celle des principaux types d'oiseaux. On trouve le 
même parasite, en général, sur tous les oiseaux d'une même 
famille naturelle, quelle que soit la distribution géographi- 
que de cette famille. Il en résulte qu'il existe un assez grand 
nombre de types cosmopolites : en outre le nombre des espèces 
de Sarcoptides plumicoles est beaucoup moins considérable que 
celui des espèces d'oiseaux ; en se basant sur les faits obser- 
vés on peut estimer à 1.500 le nombre probable des espèces 
que renferme la sous-famille des Analgésiens, chiffre déjà 
considérable puisqu'on n'en connaît encore que la sixièine 
partie. 

Quelques exemples feront mieux comprendre les rapports 
qui existent entre les Sarcoptides et les Oiseaux et les consé- 
quences qu'on en peut tirer au point de vue du transformisme. 
Sur les Canards et les Ha ries, dont les nombreuses espèces 
sont répandues sur tout le globe, on trouve une seule et 
même espèce, la Freyana anatina, qui présente, il est vrai, 
plusieurs variétés ; mais ces variétés ne sont pas caractéristi- 
ques de telle ou telle espèce, car on en trouve souvent deux ou 
trois réunies sur le même oiseau. — Une espèce voisine, 
mais bien distincte, vit sur les oies et les cygnes. 

Les Autruches sont représentées, à l'époque actuelle, par 
deux genres: les véritables autruches [Struthio), qui habitent 
l'Afrique, et les Nandous [Rhea] qui sont confinés dans l'Amé- 
rique du Sud. Les premières ont une taille double des autres 
et n'ont que deux doigts aux pieds, tandis que les Nandous 
en ont trois. Or, sur les oiseaux des deux genres, si nette- 
ment séparés par leurs caractères zoologiques aussi bien que 
par leur distribution géographique, on trouve deux espèces 



24 BULLETIN d'INSECTOLOGIE AGRICOLE 

de Sarcoptides absolument identiques {Pterolichus stmthionis 
et Paralges pachycnemis. Il est impossible de ne pas voir 
dans ce fait l'indice de l'origine commune des deux genres 
Struthio et Bhea. 

Il semble que les Sarcoptides parasites aient très peu varié 
dans les temps géologiques, tandis que les oiseaux qui les 
hébergent, beaucoup plus sensibles à l'influence du milieu 
extérieur, se modifiaient plus ou moins rapidement. De la 
connaissance de ce fait d'observation on peut déduire des 
conséquences au point de vue de la classification et de la 
philogénie des oiseaux. En voici quelques exemples : 

L'auteur a montré précédemment que des trois groupes 
des Analgésiens, un seul (les Analgésés) était universelle- 
ment répandu sur les oiseaux de tous les ordres; au contraire 
les Ptérolichés vivent exclusivement sur les grands oiseaux : 
Rapaces, Gallinacés, Echassiers, Palmipèdes et sur les pas- 
sereaux de grande taille constituant, à peu de chose près, 
l'ordre des P/cv?^ de Linné ; sur les petits passereaux chan- 
teurs [Oscines ou Dœodactyles), les Ptérolichés sont rempla- 
cés par les Proctophyllodés. Or, il est certains types d'oiseaux, 
le Ménure lyre par exemple, dont la place dans le systè ne 
est longtemps restée douteuse, certains naturalistes le plaçant 
parmi les Gallinacés, près des Faisans dont il a la taille, 
d'autres le rapprochant des Merles. Or le Ménure lyre ne 
nourrit que des Proctophyllodés, et ce caractère seul in- 
dique que sa place est bien parmi les Passereaux chanteurs, 
malgré sa grande taille, ce que l'étude de son anatomie vient 
confirmer. 

Un des caractères qui varie le plus chez tous les Analgé- 
siens, surtout chez les Analgésés, est le développement plus 
ou moins considérable des pattes postérieures du mâle qui lui 
servent à tenir la femelle pendant l'accouplement. Le type 
primitif a dû avoir les deux paires de pattes postérieures éga- 
lement développées; nous l'avons nommé Protalgcs, car il 
existe encore. Mais chez la plupart des espèces ces deux 
paires si rapprochées, et devenues énormes par l'usage, se 



BULLETIN D'INSECTOLOGIE AGRICOLE 

Spécimens de Sarcoptides plumicoles. 

6 



25 





Fig. 2 Freyana anatina, Haller, mâle Fig. 3, Freyana Halleri, Mégnin et 
(grossisst. 50 diam.) Trouessart, femelle (gi'oss. 50 diam.) 

Sur les canards et les harles. Sur les spatules roses. 



K 



B 




Fig. 4. Ilalleria hlrsulicoriiis, Mégn'n et Trouessart. 
A. mâle, B. femelle, faces ventrales (gross. 50 diam.) C. rostre, face dorsale 
(gross. 100 diam.) Sur le Flammant. 



26 BULLETIN D'INSECTOLOGIE AGRICOLK 

sont gênées mutuellement, et une seule paire suffisant à ce 
rôle, par suite de la loi du balancement des organes, l'une des 
deux s'est atrophiée au profit de sa voisine : on connaît depuis 
lontemps le type oti la 4° paire est atrophiée (c'est le genre 
Analges); la théorie indiquait la possibilité de l'existence du 
type parallèle où, la 3' paire étant atrophiée, la 4' au con- 
traire est énorme ; nous avons découvert ce type : c'est le 
genre Analloptes, un des plus intéressants au point de vue 
du transformisme. 

Le type des Sarcoptides est probablement très ancien. Ces 
animaux, en raison de leur petite taille, échappent aux recher- 
ches des paléontologistes, mais on sait que de véritables 
Scorpions existaient dès l'époque silurienne: les Acariens 
dataient probablement de la même époque. Les Sarcoptides 
détriticoles {TT/roglT/phùicv), qui seuls vivent à l'état de liberté 
dans les matières animales ou végétales en décomposition, 
ont dû paraître les premiers : quelques-uns d'entre eux sont 
bientôt devenus épizoïques en s'installant sur les Insectes 
hexapodes et ont constitué une deuxième sous-famille, les 
Canestriniricv; ceux-ci, ou les Tyrorjhjphinse , en passant 
beaucoup plus tard sur les oiseaux, ont formé la 3" sous- 
famille celle des Analgesinœ ou Sarcoptides plumicoles, qui 
nous occupe ici; plus tard encore sont venues les Lhtro- 
phorinse qui vivent dans le pelage des Mammifères à la 
manière des plumicoles ; enfin les Sarcoptina^ (Sarcoptides 
psoriques, ou animalcules de la gale), qui attaquent la peau 
des oiseaux et des Mammifères, et qui seuls sont réellement 
nuisibles à leur hôte, sont venus les derniers, et il est pro- 
bable qu'ils descendent des Analgesinœ auxquels ils ressem- 
blent beaucoup par tous leurs caractères, n'en différant 
réellement que par les mœurs (1). 

Dans la même séance, notre collègue, M. J. Fallou. expose 
certaines remarques faites par lui à Ghamprosay (Seine-et- 
Oise) au sujet de l'influence de la température hibernale sur 

1. Brochure grand in-8", chez Doin, éditeur, 8, place de l'Odéon. 



BULLETIN d'iNSECTOLOGIE AGRICOLE 27 

les plantes et les insectes [Soc. nat. d'acclim., Bull. 1880), et 
qu'il semble résulter de ces études que les hivers rigoureux 
sont moins nuisibles aux insectes qu'à certains végétaux. Il 
cite des faits intéressants signalés dans ce travail : 1" par un 
froid de —20°, des plantes placées dans une chambre non 
chauffée ont été complètement gelées, et des chenilles d'// 6*5- 
peria, de Chelonia, de Bombycites, de Noctuélites, etc., dépo- 
sées en terre avec les végétaux ont résisté et ont pu ensuite 
se métamorphoser; il y a même plus, car des chenilles d'un 
Lépidoptère méridional, la Chelonia fasciata, qui provenaient 
de Cannes, ont également résisté à la basse température; 2' 
un pêcher et un prunier, tués par un froid de — 26°, portaient: 
le premier des anneaux agglutinés formés d'un grand nom- 
bre d'œufs du Bombyx neustria qui ont cependant donné 
plus tard des chenilles, et le second des nids qui contenaient 
des chenilles encore vivantes du Liparis clirysorrhœa; 3° des 
chenilles d'une Py rali te, r£'«<:;OjO A or« artémisiella,\i\a.nià.5ins 
les racines de l'armoise commune, ont cependant vécu, tandis 
que la plante n'a pas résisté à un froid de — 15 à — 20° ; 4° des 
larves du Molytes coronatus, qui se trouvaient dans les loges 
pratiquées dans le canal médullaire de grosses racines de la 
carotte, se sont parfaitement développées, malgré le grand froid 
de l'hiver 1879-1880 (1). M. A. Milne-Edwards a observé, mal- 
gré le froid de 1879, le développement de divers Lépidoptères. 

La séance du jeudi 9 avril n'a rien présenté ayant trait spé- 
cialement à l'insectologie. 

EnQn, dans la séance du vendredi 10, M. de Quatre fages 
a transmis une note de M. Jourdain sur l'embryogénie des 
Limacéens. La lecture n'en a pas été faite. 

Dans cette même séance, M. Yiallanes a communiqué an 
congrès ses observations sur la photographie des objets mi- 
croscopiques qu'il a perfectionnée au moyen de dispositifs 
ingénieux. 

Le samedi 11 avril, les travaux ont été clôturés par le 
discours de M. Goblet, ministre de l'Instruction publique, 

1. (^nn. Soc.ent. Fr., Bull. ,i882, p. 213; et Rhynchophora, 1884, p. 97.) 



28 BULLETIN d'iNSECTOLOGIE AGRICOLE 

quia proclamé les noms de trente lauréats, dont trois cheva- 
liers de la Légion d'honneur, douze officiers de l'Instruction 
publique et quinze officiers d'Académie. 

A. Ramé. 

Soelété centrale d'Apiculture et d'iusectologie 

Séance du 16 décembre 1885. Présidence de M. Malessard. 

Le procès-verbal de la dernière séance est lu et adopté 
sans observation. — La commission chargée de préparer le 
programme de la future exposition des insectes soumet à 
l'assemblée le travail qu'elle a élaboré. Après diverses modi- 
fications au règlement, l'assemblée vote l'ensemble de ce 
programme (voir p. 178, Bulletin de décembre dernier). Elle 
nomme une commission d'organisation de 13 membres. 
M. Ramé est désigné comme commissaire général chargé de 
l'organisation des salles. 

M. l'abbé Delepine signale comme étant très pratique l'em- 
ploi du goudron liquide pour détruire les guêpiers. Le soir 
ou le matin, on verse dans le trou de sortie des guêpes un 
peu de goudron dans lequel celles-ci s'empêtrent et trouvent 
bientôt la mort, ne pouvant plus pourvoir aux vivres. Un 
membre rappelle qu'en détruisant les guêpes qu'on rencontre 
aux mois de mars, avril et même mai,— qui sont des femelles 
fécondées, — on détruit autant de guêpiers. 

M. Fauvelais présente des rayons d'un nid de frelons, dont 
quelques cellules contiennent des nymphes. M. Ramé fait 
remarquer que les rayons sont en papier de bois différant 
quelque peu par la couleur des rayons de guêpes. 

M. Hamet demande à ses collègues en apiculture s'ils pen- 
sent que la neige ait des effets bien appréciables sur les 
abeilles. M. Malessard répond que, lorsque la neige couvre le 
sol sans ensevelir la ruche, la consommation doit être plus 
forte en temps de gelée vive que lorsque le sol n'est pas cou- 
vert de neige, parce que le froid se fait plus sentir dans la 
ruche. M. Fallou dit que là où la neige couvre pendant quatre 
ou cinq mois le sol, comme dans les pays de hautes monta- 



BULLETIN D'INSECTOLOQIE AGRICOLE 29 

gnes, les insectes et les plantes ne paraissent pas souffrir de 
cette neige; au contraire, il semble que la couverture qui les 
abrite concoure à maintenir leur vigueur. Peu de jours après 
la fonte de cette neige, on voit des nymphes se transformer 
en insectes parfaits et des plantes entrer en floraison. M. Ha- 
met ajoute qu'en effet les ruches qui se trouvent sur le Mont- 
Dore (Puy-de-Dôme) et qui restent près de six mois enseve- 
lie sous la neige, n'en souffrent aucunement et s'adonnent 
même à l'éducation du couvain dès que les jours commen- 
cent à s'allonger. Mais il demande à M. Fallou s'il pense que 
ce qui se passe dans les montagnes a lieu dans la plaine, en 
supposant que la neige y séjourne longtemps. M. Fallou ré- 
pond qu'il ne le pense pas. Il a constaté que, lorsque la neige 
séjourne longtemps dans la plaine, les plantes et les insectes 
s'y développent plus tardivement, et en moins grand nombre 
pour les insectes. 

M. Fallou présente des spécimens de vers à soie de Mada- 
gascar [Saturnia Suraka), dont les cocons sont magnifiques. 
Il communique aussi des papillons et des cocons de VAttaciis 
cynthia de ses éducations de 1885 à Champrosay. Il annonce 
aussi avoir reçu le premier volume de l'important travail de 
M. Natalis Rondot, intitulé \Art de la soie. Il promet des 
extraits que pourra publier le Bulletin. 

L'ordre du jour étant épuisé, la séance est levée. 

Le Secrétaire des séances : Delinotte. 



lujsectcs et Crustacés comestibles 

PAR L. MOLEYRE 
Préparateur au Muséum. 

INTRODUCTION. 

A celui qui voudrait faire l'histoire philosophique des pré- 
jugés, histoire que personne n'a encore écrite d'une manière 
complète et vraiment scientifique, les préjugés qui concer- 
nent l'alimentation fourniraient certainement la matière d'un 
chapitre plein dïntérêt. Dans ce chapitre, il serait souvent 



30 BULLETIN D'INSECTOLOGIE AGRICOLE 

question des animaux articulés, objet du présent mémoire, 
où nous nous proposons d'étudier à un point de vue très gé- 
néral leur rôle dans ralimentation de l'espèce humaine. 
Comme à lui seul ce groupe danimaux peut donner tous les 
éléments d'une thèse dont les conclusions sont susceptibles 
d'une généralisation assez étendue, nous n'avons pas le droit 
de négliger ce côté philosophique de notre sujet, et c'est dans 
celte introduction que nous croyons à propos d'exposer la 
plupart des considérations qui s'y rapportent. 

Les Insectes et les Crustacés, qui forment avec les Méro- 
stomes, les Arachnides et les Myriapodes (1) une division du 
règne animal appelée dans les classifications modernes Sous- 
embranchement des Articulés, ont le corps divisé par des 
annulations, comme tous les animaux de l'embranchement 
des Annotés; mais, de plus, comme l'indique leur nom, ils 
sont pourvus, au moins à une certaine période de leur exis- 
tence, de membres et d'appendices articulés. Nous n'avons 
pas à insister ici sur les caractères zoologiques qui ont permis 
de répartir les animaux articulés dans cinq classes distinctes ; 
bien au contraire, nous devons faire remarquer qu'au point 
de vue de leur valeur comme comestibles ces cinq classes 
ne présentent à priori aucune différence essentielle. Tous 
sont enveloppés d'une peau ou d'une carapace en chitine, en- 
veloppe qui présente ordinairement la consistance et l'appa- 
rence de la corne, mince et délicate chez les uns, épaisse et 
coriace chez les autres, ou même renforcée chez beaucoup de 
Crustacés par des incrustations de matières minérales, qui 
lui communiquent une grande dureté. Pour la question qui 
nous occupe, le degré de dureté de l'enveloppe chitineuse a 
évidemment une grande importance ; mais, sous ce rapport, 

1. La classe des Mérostomes n'est représentée actuellement que par le 
gence Liinulus. Les Lunules, appelés aussi Crabes des Moluques, poissons- 
casseroles, sont tout eu carapace et en appendices cuirassés ; il n'y a donc 
guère moyen d'en tirer parti pour l'alimentation. Ou dit seulement que les 
Chinois les emploient pour la nourriture des porcs. 

Quant aux Myriapodes et aux Arachnides, nous ne négligerons pas les oc- 
casions d'en parler, bien qu'ils ne figurent pas dans le titre de cette étude. 



BULi.ETIN D'INSECTOLOGIE AGRICOLE 31 

il est impossible d'opposer les Insectes aux Crustacés, puis- 
que ces derniers, qui sont ordinairement les mieux cuiras- 
sés, jouissent dans l'alimentation de nos pays d'une préfé- 
rence exclusive. On ne saurait davantage mettre en opposi- 
tion ces deux classes, en comparant l'abondance relative et 
la distribution anatomique des masses musculaires, c'est-à- 
dire de la chair qui constitue dans tout animal la partie 
éminemment comestible, car cette répartition n'est pas tou- 
jours identique chez les divers types d'une môme famille , 
et dailleurs, chez les Insectes à métamorphoses complètes, 
elle peut présenter des variations considérables, suivant les 
progrès du développement et les transformations qu'ils occa- 
sionnent. De plus, dans les deux classes, la structure histolo- 
gique des muscles est très uniforme, et si l'on trouve plus 
tard, dans la composition chimique des muscles des Insectes 
comparés à ceux des Crustacés, des différences appréciables, 
il est permis de prévoir qu'elles n'auront rien de véritable- 
ment essentiel. On peut donc dire d'une manière générale 
que les Insectes sont comestibles tout autant que les Crustacés. 
Sans doute, parmi les innombrables espèces de la classe des 
Insectes, il y a un choix à faire : les unes ont une taille 
presque microscopique ; d'autres sont cuirassés de téguments 
prodigieusement durs ; quelques-unes enfin ont, comme 
moyen de défense, la faculté de sécréter des liquides infects 
ou corrosifs ; mais il n'en manque pas qui n'offrent point ces 
inconvénients ; et d'ailleurs, dans bien des pays, on consomme 
journellement, et souvent en grande quantité, plusieurs 
espèces d'Insectes. 

Cependant les peuples d'Europe, qui mangent volontiers 
des Crustacés de plusieurs sortes, et font même grand cas de 
quelques-unes de leurs espèces, semblent éprouver pour les 
Insectes une répugnance presque instinctive. Bien loin de re- 
chercher si certaines espèces de cette classe pourraient être 
utilisées comme aliment, ils considèrent ordinairement tout 
Insecte comme un animal malpropre, qu'il est même dange- 
reux de toucher. Certes on pourrait voir là, au premier abord, 



32 BULLETIN D INSECTOLOGIE AGRICOLE 

l'inconséquence qui est le caractère principal de tout préjugé. 
Mais celle inconséquence n'est qu'apparente, et ce préjugé 
n'en est peut-être pas un. En effet, l'exposé des faits qui con- 
stitue le corps de ce mémoire démontrera, je pense, que 
parmi toutes les espèces d'Insectes comestibles existant chez 
nous, il n'en est aucune qu'on puisse employer avec avantage 
pour l'alimentation. Et, d'autre part, on n'est pas autorisé à 
voir un obstacle sérieux à l'emploi des Insectes alimentaires 
dans cette frayeur ou ce dégoût que les Insectes inspirent à 

beaucoup de personnes. 

(A suivre.) 

Détermination des Insectes Coléoptères adressés 
par la Société nantaise d'Iiorticnltnre. 

N"' 1. Chrysomela menthastri, Suffrian. 

2. Hydrobius fuscipes, Linu. 

3. Gassida nebulosa, Linn. 

4. Gassida hemisphœrica, Herbst. 

5. Crepidodera transversa, Marsham. 

6. Aphodius prodromus, Brah. 

7. Bembidium ustulatum, Linn. 

8. Stomis pumicatus, Panzer. 

9. Aphodius prodromus; Brah. 

10. Gholeva sericea, Fabricius. 

11. Phytonomus nigrirostris, Fabr. 

12. Dasytes œratus, Marsham. 

13. Agriotes sputator, Linn. 

14. Xantholinus fulgidus. Fabricius. 

15. Lathrobium fulvipenne, Gravenhorst. 

16. Lathrobium fulvipenne (sujet immature). 

17. Cryptocephalus rugicoUis, Olivier. 



Le Gérant : H. Hamet. 



il>ia>.k.T>ii,...OU_i'TE, S, r. u sisgue 



N° 3 ONZIEME ANNÉE Mars 1886 

BULLETIN 

D'INSECTOLOGIE AGRICOLE 



SOMMAIRE. — L. Moleyrp ; Insectes et Crustacés comestihles (Suite).— 
Séance delà Société d'apiculture et d'insectologie du 20 Janvier 1886. — 
E. Savahd ; l'Ecaillé publique (avec figure). 



lusiectes et Crnsilacés» comestibles 

PAR L. MOLEYRE 
Préparateur au Muséum. 

INTRODUCTION {Suite). 

Ce sentiment de répulsion se justifie très bien par les désa- 
gréments sérieux résultant du contact d'une foule d'Insectes, 
étant donnée la difficulté de distinguer, parmi les vingt-cinq 
ou trente mille espèces de cette classe vivant en France (1), 
celles qu'on peut toucher sans inconvénient. Quand il s'agit 
d'espèces bien connues, comme le Ver à soie, le Hanneton, 
tout le monde sait combien les scrupules s'affaiblissent ; ils 
peuvent même disparaître complètement. 

Il est donc permis de trouver bien sévères ceux qui attri- 
buent l'absence des Insectes sur nos tables à un préjugé 
absurde, à un ridicule raffinement. Il n'est peut-être pas im- 
possible de savoir pourquoi nos ancêtres, exposés à des famines 
comme celles dont l'histoire nous fait connaître l'époque et 
les circonstances, n'ont pas eu l'idée de chercher dans les 
Insectes une source d'alimentation aussi saine qu'abondante, 
aussi agréable qu'économique. Il est facile, dans tous les cas, 
de savoir si de nos jours ce genre d'alimentation^ possible en 
principe, peut devenir utile dans la pratique. Mais, quand 
même le mépris de nos ancêtres ou tout au moins leur indif- 
férence pour ce genre de nourriture ne reposerait sur aucun 

1. 11 y en a peut-être cinquante mille ou davantage. 

3 



34 BULLETIN d'iNSECTOLOGIE AGRICOLE 

motif raisonnable ; quand même un tel motif, sérieux de leur 
temps, aurait cessé d'être valable aujourd'hui, il resterait au 
moins, pour expliquer leur préjugé actuel, une habitude de 
plusieurs siècles. Or l'habitude est une puissance avec laquelle 
il faut compter ; c'est une seconde nature, une sorte d'instinct 
acquis, souvent plus fort que des instincts naturels; des or- 
ganes inconscients lui obéissent, et les plus belles intelligences 
ne savent pas toujours lui résister. Soyons donc indulgents 
pour des habitudes séculaires et pour ainsi dire endémiques. 
De notre temps, la guerre aux préjugés est fort à la mode ; 
mais il est fâcheux qu'on perde tant de forces et de temps à 
attaquer des préjugés inoiïensifs, lorsqu'on n'a pas trop de 
toutes ses ressources pour combattre les seules routines vrai- 
ment déplorables. 

Est-ce l'influence d'un préjugé de cette dernière catégorie 
qui a empêché jusqu'ici les entomologistes français de s'occu- 
per sérieusement des Insectes comestibles? On serait tenté de 
le croire en comptant les mémoires détachés et les chapitres 
spéciaux que plusieurs naturalistes étrangers ont consacrés à 
cette branche de l'entomologie appliquée. La plupart de ces 
naturalistes semblent même tenir beaucoup à l'introduc- 
tion des Insectes dans notre alimentation, au point qu'après 
avoir lu leurs ouvrages, les personnes délicates qu'ils invite- 
raient à dîner pourraient redouter quelque menu insolite, 
emprunté aux peuples étrangers. Crainte bien peu fondée, 
je dois le dire en passant; on verra plus loin les difficultés 
que présenterait l'exécution d'un menu entomologique. Chez 
nous, au contraire, on semble craindre d'aborder franchement 
ce sujet. 

Je connais bien des personnes habituées dès l'enfance à 
regarder une Chenille comme un être malpropre, une Arai- 
gnée comme un animal dangereux. Leur parler à table de 
larves grillées, de Sauterelles en salaison, de Punaises d'eau 
broyées et converties en galette, suffirait pour leur ôter com- 
plètement l'appétit. Peut-être s'est-il trouvé de ces tempéra- 
ments parmi les naturalistes français, que le direction de 



BULLETIN D'INSECTOLOGIE AGRICOLE 35 

leurs études aurait mis à même d'exécuter un travail d'en- 
semble sur les Insectes comestibles. Aussi n'avons- 
nous guère, en France, sur cette question, que des notices 
isolées ou des mentions éparses dans les ouvrages généraux. 
L'explication que je viens de risquer pour expliquer ce fait 
n'étant, bien entendu, qu'une simple hypothèse, j'aurais pu 
tout aussi bien faire intervenir le hasard ; mais je tiens à faire 
observer qu'on ne saurait voir, dans l'indifférence de nos na- 
turalistes pour l'étude des Insectes comestibles, quelque chose 
qui permette de considérer cette question comme une simple 
curiosité scientifique. Il sufllt, pour s'en convaincre, d'exa- 
miner la liste des auteurs qui l'ont abordée. 

Citer les noms de Hope (1) et d'Illiger (2), c'est rappeler 
aux entomologistes des travaux descriptifs souvent cités et 
depuis longtemps devenus classiques. Ces deux naturalistes, 
le premier anglais, le second allemand, ont écrit sur les In- 
sectes comestibles des mémoires remarquables. Nous trou- 
vons un long article sur le même sujet dans le savant ouvrage 
de Kirby et Spence, qui a pour titre : Introduction to Eïitomo- 
lo(/i/ (3). Le même article, spirituellement résumé et cepen- 
dant augmenté de plusieurs faits nouveaux, forme un chapitre 
intéressant dans l'œuvre d'un naturaliste américain, vulgari- 
sateur aimable et ingénieux, M. Packard (4). Je pourrais 
citer à la rigueur, pour couronner glorieusement cette liste, 
le nom illustre de Wallace, l'émule de Darwin, l'auteur de 
tant d'ouvrages d'une si haute portée, qui n'a pas dédaigné 
pourtant de publier une notice sur les Insectes employés 
comme comestibles par les Indiens de l'Amazone. Mais cette 
notice n'a pas le caractère de généralité des études citées 
plus haut, qui suffisent d'ailleurs pleinement à ma démons- 
tration. Elle me conduirait, par une transition insensible, à 

1. F.-W. Hope, Observations respect ing varions Insects which at diffé- 
rent times hâve affarded Foodto Man. {Transact. Ent. Soc., Loudon, 1842, 
t. m, p. 129-150). 

2. llliger, Essbare Insecten. 

3. Kirby and Spence, An Introduction to Entomolofjy, Letler X. 
4 A. S. Packard, Half hour with Insects, ch. v. 



36 BULLETIN d'iNSECTOLOGIE AGRICOLE 

énumérer les notes peu étendues qu'on trouve dans les ou 
vrages français des naturalistes ou des voyageurs. Ces cita- 
tions faites ici m'entraîneraient bien au delà des limites 
d'un simple mémoire; mais, dans ce qui suit, les plus impor- 
tants de ces renseignements seront indiqués, et on pourra 
remarquer parmi leurs auteurs assez de noms connus pour se 
persuader qu'en étudiant les Insectes comestibles, on ne ris- 
que pas de se trouver en trop mauvaise compagnie. 

En ce qui concerne les Crustacés comestibles, dont l'exa- 
men doit former la deuxième partie de cette étude, nous 
n'avons malheureusement pas à invoquer l'exemple d'illustres 
prédécesseurs. Et cela n'a rien qui doive surprendre. On peut 
se demander en effet en quoi pourrait bien consister, à quel 
point de vue devrait être rédigée, pour présenter une espèce 
d'intérêt, une étude sur les Crustacés comestibles. Il ne règne 
chez nous à leur sujet aucun de ces préjugés dont en com- 
mençant nous avons dit quelques mots. Cela diminue consi- 
dérablement le domaine des dissertations philosophiques, et 
il en résulte en même temps que les citations de Crustacés 
comestibles employés par des peuples primitifs ne peuvent 
avoir, pour le simple amateur de curiosités zoologiques, ce 
caractère d'étrangeté parfois répugnante, mais en somme tou- 
jours émouvante, qu'on rencontre à chaque pas dans l'his- 
toire des Insectes comestibles. D'un autre côté, quand on 
considère que les diverses espèces de Crustacés comestibles 
vivant sur nos côtes, où elles donnent lieu à une pêche active, 
sont expédiées en grand nombre sur nos marchés et tiennent 
une place importante parmi les sources de revenus qui cons- 
tituent la richesse nationale, ont peut supposer que ces ani- 
maux sont sutïisamment ou à peu près connus, je ne dirai 
pas de tous ceux qui ont l'occasion d'en voir journellement, 
mais au moins des gens éclairés qui croient posséder en ma- 
tière de zoologie des connaissances usuelles. 

Voici, sur ce dernier point, quelques faits qu'il est bon de 
rappeler. Un écrivain distingué, on peut même dire célèbre, 
ignorant que cette belle couleur rouge du Homard servi dans 



BULLETIN d'iNSECTOLOGIE AGRICOLE 37 

les solennités gastronomiques, qui sont en quelque sorte ses 
honneurs funèbres, est un résultat de la cuisson, voyant par 
la pensée l'animal promener majestueusement au fond des 
abîmes un éclatant costume de cinabre, lui décerna le sur- 
nom glorieux de Cardinal des mers. Et combien est-il de gens 
qui ne connaissent au Homard d'autre épouse que la Lan- 
gouste ! Il serait à souhaiter que tous ceux-là soient, même 
au prix de cette ignorance, des écrivains distingués. Mais il y 
a mieux encore. En France, dans un de nos départements oii 
les petites Ecrevisses des eaux crues sont fort abondantes, je 
connais bien des personnes qui prennent la tête de l'animal 
pour la queue, sans doute à cause de la démarche 
proverbiale de l'Ecrevisse. Par suite de cette bizarre concep- 
tion de l'anatomie, elles appellent « cou » ce qu'on désigne 
ici, en commettant une autre erreur un peu moins ridicule, 
sous le nom de queue, et considèrent les antennes comme 
des appendices caudaux. A côté de telles méprises, impar- 
donnables parce qu'avec un peu de réflexion il est donné à 
tout le monde do les éviter, on ne tarirait pas si l'on voulait 
énumérer toutes les erreurs qu'on peut excuser. Car on peut 
excuser, par exemple, ceux qui regardent les Pagures comme 
de jeunes Homards, en se rappelant que les Zoés ou larves 
de Crabes, et les Phyllosomes, larves de Langoustes, ont été 
longtemps considérés comme des animaux parfaitement dis- 
tincts des Crabes et des Langoustes, et même rangés par les 
naturalistes dans des familles spéciales. 

Nous trouverions dans les faits qui précèdent un prétexte 
sufTisant pour entreprendre de vulgariser certaines notions 
sur l'organisation, le développement et les mœurs des Crus- 
tacés comestibles. De plus, on peut concevoir qu'en étudiant 
à certains points de vue des animaux jouant un rôle aussi 
important dans l'alimentation de nos pays, aussi nien que de 
l'humanité tout entière, il est facile de soulever, de discuter, 
sinon de résoudre plus d'un problème intéressant pour les 
économistes, les commerçants et même certains industriels. 
Mais dans cette dernière voie, nous avons bien des raisons 



38 BULLETIN d'INSECTOLOGIE AGRICOLE 

pour lie marcher qu'avec la plus extrême circonspection. En 
effet, de nombreux amateurs de collections se sont occupés 
de la récolte et de l'étude des Insectes; d'innombrables ou- 
vrages ont vulgarisé les notions les plus intéressantes relati- 
ves à leurs mœurs parfois singulières, à leurs instincts si 
souvent merveilleux. Si ces animaux ne sont pas utilisés di- 
rectement dans notre alimentation, certaines espèces nous 
rendent cependant d'importants services; d'autres s'imposent 
à notre attention en nous causant d'effrayants dommages. 
Les Crustacés, au contraire, ne sont guère employés que 
comme ressource alimentaire et, pour l'étude de leurs mœurs, 
rendue déjà bien difficile par l'existence aquatique de ces 
animaux, les naturalistes n'ont pas eu le puissant concours 
des amateurs de collections zoologiques. 

De là la nécessité pour nous d'employer deux procédés 
différents pour rédiger les deux parties de ce mémoire. Nous 
avons la ressource, en parlant des Insectes, de pouvoir ren- 
voyer le lecteur à des ouvrages très répandus ; mais au sujet 
des Crustacés comestibles, nous serons obligés de donner 
souvent des détails purement zoologiques. Ce sont là d'ail- 
leurs les notions qu'un naturaliste tient le plus à répandre, 
celles aussi qu'il est le mieux en état de vulgariser. C'est donc 
en s'y arrêtant de préférence qu'il approchera le plus de ce 
double résultat: pour l'auteur, la plus grande satisfaction; 
pour le lecteur, le plus grand profit. u 

I 

INSECTES COMESTIBLES. 

Dans nos pays, oîi l'on ne mange pas d'Insectes, on ne peut 
guère se faire une idée du rôle important de ces animaux 
dans l'alimentation de certains peuples. Sans doute, comme 
animaux utiles à l'homme, on ne saurait comparer les Insectes, 
même en tenant compte de tous les avantages qu'on en peut 
tirer, aux Mammifères ou aux Oiseaux. Quand il s'agit d'In- 
sectes nuisibles, la fécondité prodigieuse de certaines espèces 
compense malheureusement l'exiguïté de leur taille; mais 



BULLETIN D'INSECTOLOGIE AGRICOLE 39 

pour les Insectes qu'on pourrait utiliser, particulièrement 
comme comestibles, la multiplicité des individus n'est pas 
toujours une compensation. 

Si les animaux de cette classe avaient la dimension du 
Homard ou de certains Crabes, presque tous pourraient s'em- 
ployer comme aliment, parce qu'alors il serait facile de les 
décortiquer, de les dépouiller de leur carapace chitineuse, 
enveloppe souvent très épaisse et très dure, dont la substance 
fondamentale, Isichftùifi, résiste aux acides et aux alcalis les 
plus énergiques, et doit par conséquent se montrer tout à fait 
réfractaire à l'action chimique des liquides digestifs. Mais les 
gros Insectes ne sont pas abondants ; ils n'habitent en généra! 
que les plus chaudes régions du globe; encore chaque espèce 
est-elle presque toujours cantonnée dans un « district » de 
peu d'étendue; presque toujours aussi des individus peu 
nombreux la représentent. 

Il s'en faut de beaucoup d'ailleurs que ces grands Insectes 
des Tropiques, lorsqu'ils sont arrivés à l'état adulte, puissent 
rivaliser avec les moins estimés de nos Crustacés comestibles. 
Ce n'est guère que sous la forme de larves qu'il peut y avoir 
quelque avantage à les employer comme aliments. Dans cet 
état larvaire, nombre d'insectes de petite ou de moyenne 
taille pourraient servir au même usage. Bien des espèces qui, 
à l'état adulte, sont revêtues d'une cuirasse à l'épreuve des 
meilleures épingles, comme certains Charançons que les ama- 
teurs d'insectes ont de la peine à perforer avec une aiguille 
d'acier trempé, n'ont souvent à l'état de larve qu'une peau 
molle et flexible, à travers laquelle on aperçoit même quel- 
ques détails de l'organisation interne. 

Mais, parmi les Insectes adultes à téguments mous, parmi 
les larves qui pourraient en général fournir un excellent 
comestible, il est bien peu d'espèces qu'on puisse récolter, 
sans des peines infinies, en quantité suffisante pour leur faire 
jouer un rôle utile dans l'alimentation; c'est même là le prin- 
cipal obstacle qui empêche une foule d'Insectes absolument 
comestibles de devenir une source d'alimentation régulière 



40 BULLETIN d'iNSECTOLOGIE AGRICOLE 

et usuelle, susceptible d'être adoptée par un peuple. Rappe- 
lons toutefois que les conditions habituelles de l'existence 
humaine sont loin d'être les mêmes dans tous les pays où 
l'on mange des Insectes, et doivent nécessairement influer sur 
le choix des espèces comestibles. Ce choix sera donc plus ou 
moins large, plus ou moins exclusif, des populations misé- 
rables ne s'arrêtant pas toujours à certains inconvénients, 
absolument incompatibles avec les mœurs de nations plus 
raflînées et surtout plus riches. 

Les considérations qui précèdent résument pour les In- 
sectes, à un point de vue purement théorique^ les conditions 
principales de la comestibilité, et, en s'appuy ant sur ces don- 
nées, celui qui connaît suffisamment la Faune entomologique 
d'un pays quelconque doit être en état de déterminer presque 
à coup sûr quels Insectes de ce pays peuvent être employés 
comme aliment. Malheureusement, il s'en faut de beaucoup 
que nous possédions des informations précises et complètes 
sur les premiers états des Insectes exotiques, sur l'abondance 
de certaines espèces et la rareté des autres; il n'est donc pas 
toujours possible d'affirmer que toutes les espèces non utili- 
sées pour l'alimentation sont rejetées faute de réunir les qua- 
lités nécessaires et suffisantes pour être comestibles. Mais 
nous trouverons presque toujours ces coûditions réunies dans 
les espèces alimentaires dont des peuples très divers font 
usage. Au.ssi, à côté de détails souvent curieux à divers points 
de vue, un examen quelque peu approfondi de ces Insectes 
nous fournira l'occasion de vérifications intéressantes. Après 
un tel examen, malgré l'insuffisance des renseignements qu'il 
faut recueillir sur place, malgré des lacunes scientifiques qui 
seront comblées un jour, on sera forcé de restreindre beau- 
coup l'influence attribuée à certains préjugés; on devra 
reconnaître une fois de plus que le bon sens vulgaire et la 
sagesse des nations sont souvent en parfaite harmonie avec les 
données de la science, que des habitudes regardées comme 
des préjugés absurdes donnent généralement la juste mesure 
des services qu'on peut attendre des Insectes, considérés 
comme comestibles. 



BULLETIN D'INSECTOLOGIE AGRICOLE 41 

C'est dans l'ordre des Orthoptères qu'on doit s'attendre à 
trouver la plus forte proportion d'espèces comestitdes. 

Même dans notre pays, où les espèces de cet ordre sont 
très peu nombreuses, et où d'ailleurs les Insectes en général 
n'atteignent jamais de bien grandes dimensions, on trouve 
cependant un certain nombre de gros Orthoptères. Tout le 
monde sait que la Sauterelle verte et le Grillon des champs 
ont le corps assez volumineux; d'autres moins connus, la 
Courtilière, qui creuse des galeries dans les jardins à la 
façon des Taupes, le Dectique verrucivore, qui ressemble 
beaucoup à la Sauterelle, et les Éphippigères ventrues, qu'on 
rencontre dans les vignes au mois d'octobre, ont à peu près 
les mêmes proportions. Ces cinq espèces, sur une centaine 
qu'on peut rencontrer dans nos environs, et dont quelques- 
unes seulement sont réellement petites, suffisent pour élever 
notablement la moyenne de la taille chez les Orthoptères. En 
même temps, ces Insectes ont des téguments flexibles et peu 
épais, qui rappellent par leur consistance l'enveloppe tégumen- 
taire des Crustacés de petite taille, des Crevettes, par exemple. 

Chez quelques espèces seulement on trouve comme moyen 
de défense des sécrétions déplaisantes. Dans toutes les autres, 
il pourrait, il est vrai, exister à notre insu certaines subs- 
tances sans action sur notre odorat, mais capables cependant 
de communiquer aux tissus de l'Insecte un goût désagréable 
et répugnant, mais diverses considérations que nous allons 
développer nous portent à croire qu'il n'en est rien. 

En effet, dans un ordre tout différent, celui des Lépido- 
ptères, nous voyons une foule de chenilles d'assez forte taille, 
vivant à découvert et dans les meilleures conditions pour de- 
venir la proie de tous les animaux insectivores, revêtir 
des couleurs brillantes qui semblent faites pour attirer l'atten- 
tion. Presque toujours ces couleurs vives sont, comme l'a 
montré Wallace (1), un véritable avertissement adressé aux 

1. A. R. Wallace. La coloration des animaux et des plantes [Revue inter- 
nationale des sciences, t. IV, ^879, p. 12-13-21) et autres ouvrages du même 
auteur. 



42 BULLETIN d'iNSECTOLOGIE AGRICOLE 

ennemis des chenilles; il indique la présence, chez l'Insecte 
ainsi vêtu, de liquides d'un goût acre ou fétide, et l'Oiseau 
qui en a goûté une Ibis, n'y trouvant qu'un mets détestable, 
laisse dès lors ces chenilles étalerinsolemment leur parure. 11 
ne risque plus de s'y tromper; il sait désormais, par une ex- 
périence chèrement acquise, que ces dessins variés, ces cou- 
leurs attirantes sont l'apanage d'Insectes très bien protégés, 
malgré leur apparence débile et inofîensive. 

C'est par des procédés tout autres que les Orthoptères sont 
protégés contre une foule d'ennemis. Ces gros insectes, qu'il 
serait si facile d'apercevoir de loin, ont très souvent la colo- 
ration des objets qui les environnent. C'est ainsi qu'il est 
souvent difficile de distinguer au milieu des plantes notre 
grande Sauterelle verte, bien qu'elle ait une nuance assez 
ditlérente de celle des orties ou même des chardons sur les- 
quels elle aime à se poser. Chez d'autres espèces, qui vivent 
dans les prairies, la couleur verte est souvent mêlée àdes teintes 
jaunâtres d'herbe desséchée. Les Criquets à ailes bleues ou 
rouges, qu'on voit voler sur les routes, ne montrent que des 
couleurs -terreuses lorsque, au repos, leurs ailes pliées en 
éventail sont recouvertes par les élytres. Enfin nous savons 
par les voyageurs que certains Orthoptères des déserts ont 
une couleur tellement pareille à celle du sable, qu'il est 
presque impossible de les voir lorsqu'ils restent immobiles. 
D'ailleurs ce n'est pas seulement grâce à leur coloration 
qu'une foule d'Orthoptères des contrées équatoriales peuvent 
être confondus avec les plantes et échapper ainsi à la pour- 
suite de leurs voraces ennemis. La forme extérieure de ces 
Insectes se plie souvent avec une élasticité singulière à des 
modifications ayant poiu'résultat une ressemblance trompeuse, 
quelquefois poussée très loin, et cette ressemblance se montre 
avec une constance particulièrement remarquable chez des 
Orthoptères à démarche lente, dont les pattes ne sont pas con- 
formées pour le saut. Beaucoup de Phasmides, par exemple 
ont l'apparence d'un fragment de graminée; certaines espèces 
de la même famille, comme les PhyJUum, ont les élytres 



BUL'i.ETIN D'INSECTOLOGIE AGRICOLE 43 

pourvues de côtes saillantes disposées comme les nervures 
d'une feuille, l'abdomen et même les pattes garnies d'expan- 
sions foliacées, de sorte que l'insecte ressemble étonnamment 
à un paquet de feuilles, et doit être bien difficile à apercevoir 
lorsqu'il se tient imm.obile au milieu de débris végétaux 
et de feuilles véritables. Or tous ces Insectes qui ressemblent 
à des objets inanimés ont l'instinct de rester en repos, tant 
qu'ils se croient menacés d'un danger quelconque. 

La nature de tous ces procédés défensifs, qui permettent 
si souvent aux Orthoptères d'échapper aux poursuites de leurs 
ennemis mortels, démontre évidemment que les animaux 
insectivores considèrent ces Insectes comme une proie des 
plus succulentes. S'il leur était possible de les découvrir 
facilement, ils en feraient sans doute une consommation 
énorme, capable d'anéantir en peu de temps la plupart des 
espèces. 

Mais nous savons que des Insectes peu abondants ne peu- 
vent, quoique parfaitement comestibles, intervenir utilement 
dans l'alimentation de l'homme. Il nous reste donc à exami- 
ner si, dans l'ordre des Orthoptères, certaines espèces sont 
douées d'une fécondité suffisante et peuvent se montrer en 
assez grand nombre pour qu'il y ait quelque avantage à les 

récolter en vue d'un usage alimentaire. 

(A auivre.) 

Société centrale d'ApicnUure et d'Iusectologie. 

Séance du 20 janvier 1886. Présidence de M. Maurice Girard 

Le procès-verbal de la séance précédente est lu et adopté. 

L'ordre du jour porte « reddition des comptes ». Le tréso- 
rier établit les dépenses faites directement par lui, en 1885, 
à 1.452 fr. 45 et les recettes à 4.870 francs. Les dépenses faites 
par le secrétaire général se sont élevées à 505 fr. 75, et les 
recettes avec le reliquat en caisse au 31 décembre 1884 ont 
été de 743 fr. 45. Restent en caisse, entre les mains de celui-ci 
237 fr. 70. Ce qui établit l'avoir de la Société, en fonds de ré- 
serve, à 3.654 fr. 70; sur lesquels une facture de 160 francs, 



44 BULLETIN D'INSECTOLOGIE AORICOLE 

pour travaux à Montsouris, qui a besoin d'être vérifiée, est à 
déduire. Une commission de trois membres, composée de 
MM. Fallou, Ramé et Savard, est chargée de l'apurement de 
ces comptes. 

— On procède au renouvellement du bureau : les membres 
sortants sont MM. Malessard, vice-président, et M. Delinotte, 
secrétaire des séances ; ils sont réélus pour deux ans. M. Asset, 
membre sortant du Conseil d'administration, est également 
réélu, et M. Savard est nommé en remplacement de M. Saint- 
Pée, nommé trésorier. Le bureau se compose pour 1886 de 
MM. le D"" Marmottan, ancien député, président d'honneur ; 
de Hérédia, député de la Seine, président : Vignole, asses- 
seur; Maurice Girard et Malessard, vice-présidents; H. Ha- 
met, secrétaire général ; Delinotte et Sevalle, secrétaires des 
séances: Saint-Pée, trésorier; Ramé, archiviste. Membres du 
Conseil d'administration s'adjoignant au bureau, MM. Asset, 
Savard et Vienney. 

— M. Asset reçoit les félicitations de l'Assemblée pour la 
décoration du Mérite agricole qui lui a été conférée. 

— M. Maurice Girard parle de la confusion que fait M.Dennler 
dans sa brochure apicole entre le nectar et le miel, confu- 
sion reproduite dans l'article du Jaunuil drs Campa fjitp^ du 
16 janvier 1886, et demande à ce propos que la distinction 
entre le nectar et le miel figure dans les questions apicoles 
qui vont être proposées au Congrès. A cette occasion 
M. Hamet propose de placer dans les cellules d'une ruche du 
nectar et du sucre et de voir si les Abeilles operculeront ces 
cellules, comme elles font quand elles contiennent du miel. 
Les questions apicoles à traiter au Congrès seront publiées 
le mois prochain. 

— La Société nantaise d'horticulture envoie une boîte d'In- 
sectes Coléoptères dont elle demande la détermination. Cette 
liste déterminée est insérée dans le n° 2 du Bulletin de 1886 
et les Insectes nommés seront retournés à la Société nan- 
taise. 

— M. Albin Humbert, instituteur, envoie deux articles pour 



BULLETIN d'iNSECTOLOGIE AGRICOLE 45 

le Bulletin, l'un sur les Altises^ l'autre sur la manière de sous- 
traire les légumes et les fruits à la voracité des Insectes. 

— M. E. Faure, président du comice agricole de Brioude 
(Haute Loire), envoie des Insectes qui, au 7 septembre 1885, 
dévoraient les raisins aux environs de Brioude. Les vignerons 
de ces localités ont l'habitude d'enfouir dans leurs vignes des 
branches de pins comme drainage et comme fumure ; ces 
branches amènent des Insectes qui, au printemps, coupent 
les tiges, et, en août, s'attaquent aux raisins, ayant ainsi 
ravagé plusieurs hectares de vignobles en 1885. L'Insecte 
adressé par M. Faure est un Charançon fracticorne, très nui- 
sible aux pins et aux sapins, VHf/loôlifs ahwth, Linné. Il est 
curieux de voir un Insecte des Conifères changer aussi com- 
plètement son végétal en s'attaquant aux vignes. M. Faure 
devra conseiller aux vignerons de s'abstenir d'enfouir des 
branches de pins dans leurs vignobles. 

— M. le Président informe l'Assemblée de la mort de deux 
jeunes entomologistes, tous deux préparateurs au Muséum, 
dans la première quinzaine de janvier 1886. L'un d'eux est 
M. Léopold Delorieux (^26 ans), l'autre M. L. Moleyre (28 ans). 
Ce dernier a donné dans nos Bulletins un travail intéressant 
sur les Pentatomes, et le second numéro de 1886 commen- 
cera la publication d'un important mémoire de M. Moleyre 
sur les Insectes et Crustacés comestibles, récompensé par la 
société d'acclimatation. L'Assemblée s'associe aux vifs regrets 
exprimés par son Président. La séance est ensuite levée. 

Delinotte, secrétaire. 



Ij'Écaille pudique. 

{Cheloïiia pudica, Esper, Nocturnes, Latreille). 

PAR M. E. SAVARD. 

L'écaillé pudique est un Lépidoptère de 40 à 45'"'" d'enver- 
gure, dont les ailes supérieures sont d'un blanc légèrement 
incarnat, avec beaucoup de taches noires, très inégales, et 
pour la plupart triangulaires. Ailes inférieures d'un blanc 
incarnat avec le bord abdominal garni de quelques poils 



•J6 bulletin D'iNSECTOLOaiE AGRICOLE 

rosés et des taches d'un noir brun vers le bord antérieur et 
le bord terminal, ces taches souvent complètement nulles, 
surtout chez le mâle. Thorax noir, avec un large collier et 
deux bandes longitudinales d'un blanc incarnat. Abdomen 
rose, avec une rangée de taches dorsales et l'anus noirs, An- 
tennes noires, ciliées chez le mâle, filiformes chez la femelle. 

La chenille de ce papillon est d'un gris cendré légèrement 
rosé, avec trois raies plus claires, dont une dorsale et deux 
latérales. La première est rougeâtre. Les deux autres sont 
d'un blanc jaunâtre, et passent au-dessous des stigmates, qui 
sont à peine visibles à l'œil nu. 

On compte sur chaque anneau dix tubercules d'un noir 
luisant et cernés de blanchâtre , dont quatre placés carrément 
sur le dos, et trois sur une seule ligne de chaque côté du 
corps. Deux des quatre tubercules dorsaux sont ovales; les 
autres, comme ceux des côtés, sont circulaires. Chacun d'eux 
est surmonté d'un astérisque de poils courts et raides, d'un 
roux plus ou moins clair, parmi lesquels il s'en trouve quel- 
ques-uns de noirs. 

Latêleest d'un brun rougeâtre luisant, avec le pourtour 
des calottes d'un noir brun. Les pattes écailleuses sont 
noires, et les membraneuses d'un gris rosé, avec les crochets 
noirs. Enfin, le dessous du ventre est d'un cendré bleuâtre. 

Cette chenille est loin d'être polyphage comme -ej plupart 
de ses congénères; elle ne vit que ùq fjra?nmées (1), et parti- 
culièrement de celles du genre Brize; cependant on peut la 
nourrir en captivité avec le poa annua, qui croît partout, et 
même dans les villes le long des murs. Elle éclot à la fin de 

1. Gramlaées, famille de plantes monocotylées, dont les nombreuses 
espèces annuelles ou vivaces, la plupart Iv tiges herbacées et à feuilles étroi- 
tes linéaires, sont désignées vulgairement sous le nom d'herbe. Les grami- 
nées occupent une place importante dans le tapis végétal qui recouvre le 
globe ; elles constituent en grande partie les prairies où les animaux et les 
insectes herbivores trouvent leur nourritures et ensuite servent à leur tour 
aux repas des carnassiers. Les graines farineuses de plusieurs graminées 
{céréales), cultivées en grand dès la plus haute antiquité, contribuent puis- 
samment, surtout sous les latitudes tempérées, à l'alimentation de l'espèce 
humaine. 



BDLLETIN d'iNSECTOLOGIE AGRICOLE 47 

l'été, et passe l'hiver cachée sous les pierres ; mais comme 
elle n'habite que les contrées méridionales, sa léthargie ne 
dure pas longtemps, car dès le mois de février elle sort de sa 
retraite pour se remettre à manger. Cependant sa croissance 
est très lente, et ce n'est qu'à la fin de mai qu'elle cherche 
un abri pour filer sa coque, qui est un composé assez gros- 
sier de fils de soie, de poils et de molécules de terre. Cette 
coque faite, on pourrait croire qu'elle s'y transforme en chry- 
salide quelques jours après ; mais ce n'est qu'au bout de six 




Fie-. 5 (1). 

Appareils stridulants de l'Ecaillé pudiffue et d'une Sétine, plus petite 
espèce également stridulante et de la même manière. 

semaines, c'est-à-dire vers le milieu de juillet, que cette 
transformation a lieu, tandis que le papillon ne met pas plus 
de quinze à vingt jours à se développer. 

C'est ici le cas de parler d'une particularité qu'offre cette 
espèce, qui a été observée pour la première fois par M. le 
capitaine de Villiers, qui en a fait l'objet d'une notice insérée 
dans les Annales de la Société entomologique de France. 
Nous ne pouvons mieux faire que de la transcrire ici pour les 
personnes qui ne possèdent pas ces Annales. 

« En chassant aux lépidoptères dans le midi de la France, 
dit M. de Villiers, je m'étais aperçu que dans les belles 
soirées d'été, si communes aux environs de Montpellier, 
V Ecaille pudique Msaii, en volant autour de moi, entendre un 
petit bruit que je ne peux mieux comparer qu'à celui d'un 

1. Figure tirée des Mëtaniorphoses des Insectes, 6^ éd., Paris, Hachette et 
Cie. — Remerciements aux éditeurs. 



48 BULLETIN d'iNSECTOLOGIE AGRICOLE 

métier de fabricant de bas. Ce bruit était même si fort que, 
guidéparlui,j'ai souvent pris cette belle Ecailleau vol etsans 
l'apercevoir. Étonné de cette singularité, unique peut-être 
dans le mécanisme du vol des lépidoptères, j'ai cherché à dé- 
couvrir quelle pouvait en être la cause, cl je l'ai enlin trouvée. 

«L'ÉcailleP««?/ç'Me a de chaque côté de la poitrine, à la nais- 
sance des ailes inférieures, un espace profondément sillonné 
et creux, tapissé par une pellicule blanche et très dure, et 
recouvert hermétiquement par une autre petite peau épaisse, 
luisante, bombée et bordée de poils, dont la partie la plus 
large est située vers l'endroit où le corps se joint à l'abdomen. 
Cette peau, qui m'a paru pareille à celle qui compose les tim- 
bales des cigales, ne tient au corps qu'à la naissance de l'aile 
inférieure ; et lorsque l'insecte vole, étant mise en jeu par les 
muscles qui font agir cette aile, elle presse fortement l'air 
renfermé dans la cavité, et produit le bruit dont j'ai parlé. 

« Cette singulière propriété est commune aux deux sexes ; 
seulement comme, dans cette espèce, ainsi que dans tous ses 
congénères, le mâle vole beaucoup plus que la femelle, j'ai 
été plus à portée d'observer celui-ci que l'autre ; mais tous 
les individus femelles que j'ai disséqués m'ont offert le 
même appareil, seulement plus petit. » 

L'Écaillé Pudique est une des espèces communes de son 
genre. On commence à trouver cette espèce aux environs de 
Lyon, et dans le midi de la France, depuis Montpellier jus- 
qu'à Nice ; on la trouve aussi dans les Pyrénées-Orientales, 
Collioure, le Vernet. 

Je me rappelle que dans un voyage que je fis à Marseille, 
je ne pouvais retourner une pierre sur la route de cette ville 
à Cassis, sans trouver une ou deux chenilles de cette espèce 
roulées sur elles-mêmes. C'était à la fin de février ; et comme 
l'hiver avait été très doux, elles étaient déjà parvenues pres- 
que à toute leur taille. E. Savard 

Le Gérant : H. Hamet. 

ÂMiTE, 8, r. u Djtague ! 



N° 4 ONZIEME ANNEE Avril 1886 



BULLETIN 

D'INSECTOLOGIE AGRICOLE 



-.g?- 



SOMMAIRE. — J. A. Meunier; Insectologie industrielle, la Cantharide 
{Suite et fin). — A. Moleyre ; Insectes et Crustacés comestibles, avec 
deux gravures. — Questions agricoles à traiter. — Séance de la Société 
cl" apiculture et cl' insectologie du 17 février 1886. — E. Savard; Rapport 
sur rinsectologie au concours agricole de 1886 . 



Insectologie industrielle 

LA CANTHARIDE 

par M. J. A. Meunier — (suite et fin). Voir n° 2, 1886, p. 17. 

On met le tout au bain-marie pendant une demi-heure, 
puis on étend sur des bandes de toile cirée. 

7° Vinaigre anglais cantharide. 

Cantharides pulv 50 grammes 

Euphorbe 10 

Acide acétique 150 

On filtre après plusieurs jours de digestion. — Employé 
comme rubéfiant. 

8° Mouches de Milan. 

PoLX résine 250 grammes 

Cire jaune 250 

Cantharides pulv 250 

Térébenthine 50 

Essence de lavande 5 

Essence de thym. 5 

On étend sur du taffetas. — Employées communément 
comme dérivatif de plusieurs névralgies. 

9° Pommade épispatique verte {de Grandjean). 

Cantharides pulv 10 grammes 

Onguent populeum. . , 280 

Cire blanche 40 

Employée pour panser les vésicatoires. (Très active.) 

4 



50 BULLETIN d'iNSECTOLOGIE AGRICOLE 

10° Pommade épispatique jaune. 

Cantharides pulv • . . . . 120 grammes 

Axonge loSO 

Gii-e jaune 240 

Curcuma pulv 8 

Huile volatile de citron 8 

Employée comme la précédente. (Très douce.) 

11° Liniinenl canthorirh'. 

Liniment ammoniacal 100 grammes 

Camphre pulv 10 

Teinture de cantharide 5 

Agiter avant de s'en servir. — Employé pour frictions exci- 
tanies. i 

12" Pommade contre la calvitie. 

Suc de citron • . 4 grammes 

Extrait de quinquina 8 

Teinture de cantharide 4 

Huile de cade 22 décigr. 

Bergamote ^ 10 gouttes 

Moelle de bœuf 60 grammes 

Avant d'employer cette pommade on lave la tête avec de 
l'eau de savon, le lendemain seulement on frictionne le 
matin et on continue pendant un mois. 

EnQn nous terminerons ces formules par la plus simple, 
c'est-à-dire par celle du vésicatoire, employé continuellement 
dans nos campagnes, où l'on se contente de saupoudrer de 
poudre de cantharide du levain humecté de vinaigre. 

Propriétés aphrodisiaques. — On donne le nom d'aphrodi- 
siaques à des médicaments stimulants, qui ont pour but de 
relever les forces de l'appareil génital. Parmi ces médicaments, 
c'est encore à la Cantharide que la médecine emprunte son 
plus précieux agent, mais il faut que le médecin qui croit 
devoir y recourir emploie les plus grandes précautions, pour 
ne pas changer en toxique un médicament destiné à guérir 
ou tout au moins à soulager. 

Ces médicaments ne sont pas seulement employés dans 
Tanaphrodisie, ils le sont encore dans certaines incontinences 
d'urine, dans des écoulements blennorrhagiques rebelles, 
dans l'épilepsie, la rage et dans certaines maladies de la peau. 



BULLETIN D'INSECTOLOGIE AGRICOLE 51 

De tout temps on a connu la propriété aphrodisiaque et 
le danger d'administrer la Cantharide à l'intérieur. Galien en 
proscrivait l'usage et cette proscription s'est étendue jus- 
qu'au XVII* siècle. Cependant, si néfaste que soit son action, 
Ovide s'en servait dans la composition de ses philtres. Le 
marquis de Sade, bien connu par ses orgies, en mettait dans 
tous ses plats pour exciter ses convives, et voici ce que disait 
de la Cantharide, Déranger notre chansonnier : 

Meurs, il le faut, meurs ô toi qui recèles 
Des dons puissants à la volupté chers, 
Rends à l'Amour tous les feux que tes ailes 
Ont à ce dieu dérobé dans les airs. 

Mais il faut se méfier de ces dojis puissants à la volupté 
chers, car les effets obtenus par l'absorption de la Caritharide 
sont toujours accompagnés d'une violente irritation de la 
vessie aussi douloureuse que les sensations nocturnes qui 
accompagnent la blennorrhagie. Il faut se méfier de ces dons 
puissants à la volupté chers qui, le plus souvent, au lieu de 
procurer des désirs amoureux, ne procurent que du priapisme 
quelquefois suivi de gangrène, et nous plaignons sincèrement 
l'innocente victime du coupable inconscient qui emploie la 
Cantharide comme moyen de séduction pour satisfaire sa 
lasciveté. 

Pour mieux faire comprendre le danger qu'il y a d'ingérer 
la Cantharide, nous allons encore donner quelques formules 
qui montreront à quelle quantité infinitésimale on admi- 
nistre ce médicament à l'intérieur. 

lo Mixture cantharidée (1). 

Solution gommeuse 125 grammes 

Teinture de cantharide 12 gouttes 

Laudanum de Sydenham 10 » 

A prendre par cuillerées en vingt-quatre heures dans la 
paralysie de la vessie. 

1. Toutes ces formules ainsi que celles vésicantes sont extraites du Formu- 
laire de A. Bouchardat, édit. 1885. — Félix Alcan, éditeur. 



52 BULLETIN d'iNSECTOLOGIE AGRICOLE 

2o Mixture diurétique. 

Infusion de raifort 125 grammes 

Teinture de canlharide 8 gouttes 

Laudanum Sydenham 12 » 

Sirop simple 16 grammes 

A prendre en trois closes en vingt-quatre heures dans l'hy- 
dropisie consécutive à la néphrite albumineuse chronique. 

3o Vin de cuntharide. 

Canlliarides pulvérisées 1 grammes 

Viu blanc généreux 500 » 

16 à 82 grammes dans un verre d'eau sucrée comme aphro- 
disiaque. 

4o Mixture contre incontinence d'urine. 

Teinture de canlharide 5 grammes 

Sirop de cannelle 100 » 

Sirop de gomme 100 » 

Une cuillerée à café le soir en se couchant^ on augmentera 
la dose progressivement. 

5° Pastilles aromatiques. 

Protosnlfate de fer 5 grammes 

Teinture de canlharide 1 » 

iSucre pulvérisé 200 » 

Mucilage à la cannelle quantité suffisante pour faire des 
pastilles d'un gramme ù prendre une par jour dans l'ana- 
phrodisie el l'asthénie. 

Certains auteurs prétendent que la tant Ji aride ne possède 
aucune puissance aphrodisiaque sur les animaux, cependant 
certains vétérinaires en donnent quelquefois aux étalons 
pour les exciter (1) et voici ce queditMicheletà ce propos (2): 

« Qui n'a vu dans une campagne poudreuse, devant la 
moisson altérée, la canlharide, en émail vert, croiser âpre- 
ment le sentier d'un pas saccadé et farouche? Brûlant élixir 
de vie, où l'amour se change en poison: ce n'est guère im- 
punément qu'on l'emploie en médecine. Cette pharmacie du 

l.La canlharide mélangée à de la térébenthine est aussi souvent employée 
pour panser les blessures des chevaux ; elle est la base de beaucoup de 
médicaments de la médecine hippiatrique. 

2. L'Insecte, page 236. Hachette, 1876. 



BULLETIN D'INSECTOLOGIE AGRICOLE 53 

moyen âge, dangereuse à l'homme, n'esi pas innocente, ce 
semble pour les animaux eux-mêmes. Une chatte très intelli- 
gente, mais d'une ardeur excentrique, que j'ai eue longtemps, 
entre autres caprices violents, faisait la chasse aux cantha- 
rides. L'âcreté du bel insecte semblait l'attirer comme la 
flamme le papillon. C'était an enivrement. Mais quand, 
à travers les fleurs, elle avait saisi, broyé sa dangereuse 
victime, celle-ci semblait se venger. L'inflammable nature 
féline, piquée de cet aiguillon, éclatait en cris, en fureurs, 
en bonds étranges. Elle expiait cette orgie de feu par d'a- 
troces douleurs. » 

Nous n'avons plus, maintenant, qu'à dire quelques mots 
sur les propriétés toxiques de la canlhnride. Nous remettons 
un autre article, l'histoiro do la cantharide à travers les 
âges. Nous avons déjà dit que la cantharidine à la dose do 
cinq centigrammes était un violent poison; l'insecte, lui, l'est 
au poids de deux gramm.es et d'un poids moindre chez cer- 
tains sujets; on a vu des cas de mort après une simple absorp- 
tion de deux décigrammes. 

Si Ovide s'en servait pour donner des passions aux 
hommes, de vieilles mégères s'en servaient aussi yuur com- 
poser des philtres qui devaient donner la mort. Vers 1650, 
la trop célèbre TofFana composait un énergique poison, TAquEr 
toffana qui n'était autre, dit-on, qu'une solution alcoolique 
de cantharides mélangée à une autre solution aqueuse satu- 
rée d'acide arsénieux: cinq à six gouttes de cette liqueur 
pouvaient donner la mort. En Italie plus de six cents per- 
sonnes parmi lesquelles les papes Pie III et Clément XIV en 
furent victimes. 

Ingérée dans l'estomac, la cantharide fait éprouver des 
douleurs très vives dans cet organe et dans l'abdomen, elle 
provoque des nausées, des vomissements abondants, des 
déjections sanguinolentes, une soif ardente avec impossibilité 
d'avaler les liquides. Ensuite la douleur se fait sentir aans la 
vessie et dans les reins. La membrane muqueuse qui tapisse 
la bouche, la langue, les amygdales etl'eslomac, est le siège 



54 BULLETIN d'iNSECTOLOGIE AGRICOLE 

d'une inflammation très vive parsemée d'érosions et d'ulcères, 
il en est de même des organes génito-urinaires. C'est ce qu'on 
peut constater dans l'autopsie dans les cas d'empoisonne- 
ment. 

Il y a quelque vingt ans, lorsque nous nous sommes trouvé 
dans l'obligation de quitter nos études, on ne connaissait 
pas d'antidote sérieux capable de neutraliser complètement 
les effets toxiques de la cantharide. Cependant, en cas d'em- 
poisonnement, on devait gorger le malade d'eau tiède pour 
faciliter les vomissements, ensuite pour calmer les effets dou- 
loureux on administrait des boissons adoucissantes. On 
conseillait beaucoup l'emploi du camphre, de la lupuline; 
du lupulin, du bromure de potassium, du bromure de cam- 
phre, des bains tièdes et prolongés et des injections émol- 
lientes. 

Peut-être, aujourd'hui, qu'on rencontre si peu de cailloux 
sur la route du progrès, la science médicale a-t-elle prononcé 
son Eurêka sur ce secret inconnu de notre temps. Nous le 
souhaitons autant que nous l'espérons, mais ce que nous sou- 
haitons plus sincèrement encore, c'est que le laboratoire mu- 
nicipal exerce une active surveillance sur tous ces phil- 
tres vendus par le charlatanisme dans le but de rendre la 
paix dans les ménages, comme nous l'avons entendu dire 
dans une fête de province par un charlatan qui poussait l'au- 
dace jusqu'à offrir sa soi-disant merveilleuse liqueur à des 
jeunes garçons de seize kdix-se^i ans pour se faire aimer des 
jeunes filles (sic). 

Supporter un semblable commerce, c'est pousser au crime 
et à la dépravation. 

J.-A. Meunier 

Erratum. — Page 19, ligne 16, picrotoxyde^ lisez picro- 
toxyne, correction importante. 



BULLETIN D'INSECTOLOGIE AGRICOLE 55 

Insectes et Crasiacés comestibles 

PAR L. MOLEYRE 
Préparateur au Muséum. 

(Suite) 

L'histoire nous répondra qu'on a vu, dès la plus haute an- 
tiquité, certains Orthoptères, ne trouvant plus à se nourrir 
dans leur pays d'origine, prendre leur essor et, aidés par le 
vent, venir s'abattre en nombre plus qu'immense sur d'autres 
contrées. Plus d'une fois, le soleil fut obscurci par leurs 
nuées, et celles qui apportent la grêle sont moins terribles, 
car ces myriades d'Insectes voraces, affamés encore par un 
long voyage aérien, peuvent ravager et presque anéantir 
toute la végétation d'une vaste contrée. « Ils couvrirent la sur- 
face de tout le pays, nous dit un passage de l'Exode (1) où 
ces insectes sont cités comme des fléaux destinés à fléchir 
l'orgueil de Pharaon; ils broutèrent toute l'herbe de la terre 
et tout le fruit des arbres que la grêle avait laissés, et il ne 
demeura aucune verdure aux arbres ni aux herbes des champs 
dans tout le pays d'Egypte. » 

Ces Insectes, qui ont mérité de prendre place parmi les 
fléaux que l'humanité redoute le plus, sont connus générale- 
ment en France sous le nom de Sauterelles (1). Elles appar- 
tiennent (du moins celles de l'Ancien monde) à deux espèces 
bien distinctes de la famille des Acridides, le Pachytylus mi- 
gratorius et VAcridium peregrinum; mais c'est la dernière 
qui est la plus désastreuse. D'ailleurs elles sont souvent mê- 
lées et quand on veut se rendre compte, en consultant des 
documents historiques ou scientifiques, de la marche des 

1. Les naturalistes ont voulu imposer aux Acridides le nom français de Cri- 
quet, en réservant le nom de Sauterelles pour des Orthoptères d'une autre 
famille, les Locustides, qui n'ont que trois articles aux tarses, tandis que les 
vrais Criquets en ont quatre. Mais le nom de Sauterelles est tellement passé 
dans l'usage, on le confond si souvent avec le mot Criquet, qu'il est impos- 
sible de remonter ce courant. Un vulgarisateur très connu va même plus loin. 
Il enseigne aux gens qui étudient les Sciences dans ses ouvrages que la Sau- 
terelle est en même temps un Criquetet une Locuste! (Julea Verne, Aventuras 
de trois Russes et de trois Anglais.) 



56 BULLETIN d'INSECTOLOGIE AGRICOLE 

Sauterelles dans leurs diverses invasions, de leur point de dé- 
part, il est même impossible de savoir de laquelle des deux 
espèces il s'agit, et l'on ne trouve que contradictions et incer- 
titude. 

Déjà, aux époques les plus anciennes, on s'était préoccupé 
de la provenance des Acridiens voyageurs. « L'éternel, dit 
l'Exode, fit passer sur tout le pays un vent oriental, et le ma- 
tin le vent oriental avait amené des Sauterelles (1). » Déjà 
aussi on tirait parti de ces Insectes pour suppléer aux récoltes 
qu'ils avaient anéanties, et parmi les animaux purs que la loi 
de Moïse permettait de manger, on voit figurer quatre espè- 
ces {arbe, solham, hargol, habag) qui sont évidemment des 
Orthoptères et dont une au moins est une Sauterelle (2). 

Les Grecs, comme le prouve une comédie d'Aristophane (3), 
les Parthes, suivant le témoignage de Pline (4), les Ethiopiens, 
suivant Strabon (5), ont fait un usage alimentaire des Saute- 
relles et mérité par là le nom d'Acridophages. Les peuples 
qui habitent aujourd'hui les mêmes contrées, et qu'on désigne 
sous le nom un peu vague d'Orientaux, ont été souvent obli- 
gés de se nourrir de ces Insectes, et en sont vite arrivés à les 
regarder comme une friandise, qui jouit dans les années oii 
la denrée est rare, d'une véritable faveur. Dans les années 
d'abondance « on en trafique à pleins tonneaux. » Il en est 
ainsi dans tout l'Orient, en Syrie, en Arabie, en Egypte, 
d'après les témoignages recueillis par le voyageur Hassel- 
quist. A la Mecque, on fabrique avec des Sauterelles une 
sorte de pain, mais dans les années d'abondance oii l'on 
mange ces Insectes par gourmandise, on les met en fricas- 
sée (6). 

A l'autre extrémité des pays méditerranéens, on a signalé 

1. Exode, X, V. 13. 

2. Lévitique, VI, v, 22. 

3. Aristophane, Les Acharniens, v. 1115. 

4. Pline, Hist. Nat., liv. XI, xxxv, 29. 

5. Strabon, Géogr., I, xvi, etc. 

6. Frédéric Hasselquist, Voyages dans le Levant pendant les années 1749- 
1752. Deuxième partie, 1769. 



BDLLETIN D INSECTOLOGIE AGRICOLE 



57 



depuis longtemps au Maroc des coutumes analogues, et 1(ï 
voyageur qui les a ob?ervées le premier assure que les Ma- 
rocains préfèrent les Sauterelles aux Pigeons (2), Les obser- 
vations de M. Lucas sont encore plus précises. Il paraîtrait, 
suivant cet auteur, que les Maures n'aiment pas beaucoup 




Fi G 6. 




FiG. 7. 
Acridiens voyageurs {Pachytylux migratorius et Acridium peregrinum). 

les Sauterelles; ce sont plutôt les Bédouins et les Kabyles qui 
s'en font un régal. Ils leur coupent la tête en prononçant la 
formule suivante: Bism Allah, allah akbar fdu nom d'Allah, 
du grand Allah), enlèvent les ailes et les grandes pattes, puis 
salent le corps et le mangent au bout de quelque temps (3). 
Mais il est des population» misérables, habitant des con- 
trées où le gibier est rare, qui n'attendraient pas pour se 

2. Jackson, Travels in Maroceo, 13 (cité d'après Kirby). 

3. H. Lucas, A?iv. Soc. Ent. de France, 1845, BuUeL, p. xxxu. 



58 BULLETIN d'iNSECTOLOGIE AGRICOLE 

nourrir de Sauterelles que des nuées de ces insectes aient ra- 
vagé leurs cultures. Dans une région dont il est souvent ques- 
tion depuis quelques années, vers le cours de l'Ogooué, les 
nègres Batékés, poussés par le besoin instinctif de faire in- 
tervenir dans leur alimentation une certaine proportion de 
nourriture animale, doivent, pour la satisfaire, tirer parti de 
tout ce qui a vie et considérer comme gibier les Reptiles et les 
Insectes les plus variés. Je suis heureux de pouvoir citer 
textuellement, à raison de leur concision, les détails donnés 
sur ce sujet dans une étude publiée récemment par M. Léon 
Guiral, voyageur naturaliste qui a fait un assez long séjour 
dans ce pays. 

« Chez les Batékés, dit M. Guiral (i), le mot viande a un 
sens infiniment plus général que chez nous; les Crapauds et 
les Sauterelles sont considérés par eux comme un excellent 
gibier: on ne s"étonnera donc pas que la chasse de ces ani- 
maux ait ses procédés et ses Nemrods. 

« Les Sauterelles sont abondantes chez les Batékés. Il y en 
H d'espèces variées: les plus estimées sont les plus grosses^ 
qui ont environ dix centimètres de longueur, et qui pour 
voler déploient comme un éventail des ailes d'une belle cou- 
leur rouge ; mais celte espèce n'est pas très commune et son 
vol soutenu la rend difficile à capturer. Les Batékés prennent 
les Sauterelles au moyen de pièges, qui sont des trous pro- 
fonds et évasés d'en haut et terminés par un compartiment 
étroit. J'ai rencontré plusieurs fois de ces trous remplis de 
prisonnières qui sautaient sans relâche. Ce sont ordinairement 
les enfants qui visitent ces pièges; penché sur le bord du 
trou, et armé d'une espèce de cuiller faite de lianes tressées, 
l'enfant puise les Sauterelles une à une, les tue en leur 
tordant la tête; et en forme des paquets qu'il enveloppe de 
feuilles. Quand on brûle les prairies, les femmes peuvent 
ainsi ramasser de nombreuses Sauterelles « toutes rôties » 
ou poussées par l'incendie dans les filets qui servent à pren^ 
dre les Rats. » 

1. LéoQ Guiral, Les Batékés {Progrès français^ û*8 64, 65), 



BULLETIN D'iNSECTOLOGIE AGRICOLE 59 

Ces détails curieux rappellent, en les complotant, les ren- 
seignements donnés par Sparrmann (1) et par Aiiderson (2) au 
sujet des Sauterelles qui servent d'aliment chez lesHottentots. 
La colonie du Gap est souvent ravagée par ces Insectes, qui 
Tenvahissent tous les cinq ans. Mais les « Bushmen » parais- 
sent s'en inquiéter beaucoup moins que les fermiers. Sur le 
passage des nuées ils allument de grands feux oii les Insectes 
se grillent les ailes et tombent pour ne plus se relever. On les 
ramasse ensuite à pleins chariots. Ce qui n'est pas consommé 
surplace est desséché et mis en magasin, pour être employé 
à mesure du besoin. On les prépare de diverses manières, 
mais le plus souvent on les réduit en poudre, et on en forme 
avec de l'eau une sorte de purée. L'auteur de ces observations 
a goûté de ces produits culinaires, mais ne les a pas trouvés 
exquis; il pense toutefois que ces mets bizarres ont un grand 
pouvoir nutritif, car les pauvres gens qui s'en nourrissent 
engraissent à vue d'œil! D'après Sparrmann, les Hottentots 
se serviraient aussi des œufs d'Acridiens pour composer une 
sorte de potage ayant à peu près la couleur du café. 

Les Hottentots attribuent, dit-on, la venue des Sauterelles à 
un génie bienfaisant {! ) du Nord qui ouvre une profonde caverne, 
d'où les Sauterelles s'échappent pour venir les alimenter. 
On n'est pas plus philosophe. Ces braves gens, pour les- 
quels le proverbe « A quelque chose malheur est bon » 
semble avoir été spécialement inventé, voient dans la venne 
des Sauterelles « un grand mal pour un grand bien. » Un 
poète a exprimé ce sentiment dans la strophe suivante, dont 
une traduction rendrait difficilement l'accent d'ironique rési- 
gnation : 

Yea, even the wasting locust-swarm 
Which mighty nations dread; 

i Sparrmann, 1367. (L'ouvrage de Sparrmann a eu plusieurs éditions fran- 
çaises; je préfère citer le livre original d'après Kirby). 

2. Anderson. Cité ici d'après Packard, Half hour of récréation loithinsecls, 
Edible insects. 



60 BULLETIN D'INSECTOLOGIE AGRICOLE 

To me nor terror brings nor h.irm 
î make of Ihem my brcad (l). 

Mais ce n'est pas seulement dans l'Ancien Monde que les 
Acridiens exercent des ravages. L'Australie et les deux Amé- 
riques ne sont pas à l'abri de leurs incursions. Les naturalistes 
des Etats-Unis ont publié des ouvrages très considérables sur 
les Acridiens, qui s'yiBontrent certaines années en quantités 
innombrables. En 1871, suivant M. Packard, le Caloptenm 
femur-rubrum ravagea les herbes dans le Maine, et les récoltes 
de foin furent considérablement diminuées. A d'autres épo- 
ques la même espèce envahit plusieurs fois la Nouvelle An- 
gleterre et dévora toute la verdure. Mais les espèces de 
l'Amérique du Nord nuisent surtout aux prairies; elles sont 
petites comme nos Criquets des prés, et il ne paraît pas que 
les Indiens en fassent pour leur nourriture un usage bien 
fréquent. En fait de comestibilité pour ces Orthoptères, je n'ai 
à citer que l'expérience d'un ami de M. Packard. Il a goûté 
des Criquets rôtis et les trouve préférables aux Grenouilles. 

Cette comparaison peut sembler à bon droit singulière. 
Mais les Européens ont formulé bien d'autres opinions sur la 
saveur des Criquets. Pour pouvoir donner à ce sujet une 
appréciation personnelle, j'aurais rencontré des difficultés 
immenses. Il m'aurait été très difficile de me procurer des 
Pacliytylus ou des Acridium convenablement préparés et 
conservés, et je n'aurais eu aucun moyen de vérifier le bon 
état, la qualité de ces denrées inconnues sur nos marchés les 
mieux fournis. Or, les uns trouvent que les Sauterelles sont 
préférables aux Grenouilles, tandis que les Maures les pré- 
fèrent aux Pigeons ; les autres déclarent que ces Insectes 
«ne sont pas excellents », tandis que M. Lucas avoue que -«la 
chair n'en est pas très désagréable. » Mais ce n'est pas tout : 

1. Traduction libre : 

De puissantes nations ne voient pas sans terreur 

L'essaim des Locustes fatales, 
11 ne me cause à moi ni crainte ni malheur : 
Je m'en régale. 



BULLETIN D'INSECTOLOGIE AGRICOLE 61 

diverses personnes, cités par Hope, comparent les Sauterelles 
tantôt aux Agarics fumés (1) qu'on mange dans le Holstein, 
tantôt aux Écrevisses, aux Harengs frais. Enfin, tout derniè 
rement, quelqu'un m'assurait que les Sauterelles ont absolu- 
ment le goût du jaune d'œuf. {A suivre) 

4|uestiuiis apicoles à traiter au prociiaiii con- 
grès central de Paris, proposées et admises dans 
la séance du 16 janvier I8»6. 

M. Hamet propose les questions suivantes : 

1° Présenter les méthodes les plus avantageuses et par con- 
séquent les plus rationnelles de cultiver les abeilles. — Ap- 
puyer les résultats obtenus d'expériences comparatives. 

2*^ Quels sont les avantages particuliers du mobilisme et 
dufixisme? 

3° Quels sont les moyens d'améliorer le plus possible la 
ruche simple, ou du moins la méthode de la conduire ? 

4° Les grandes ruches empêchent-elles l'essaimage? 

5° Quels sont les avantages de l'emploi des bâtisses natu- 
relles et artificielles ? 

6° Y a-t-il des avantages à supprimer l'essaimage au point 
de vue du rendement en miel des ruchées? 

7° Qu'a-t-on appris sur la loque? 

8" Quels sont les moyens d'augmenter les usages du miel 
et par conséquent d'étendre sa consommation ? 

9° Quel est le moyen de supprimer l'intermédiaire nuisible, 
celui-là qui augmente sensiblement le prix du miel et, par- 
tant, en restreint la consommation. 

M. l'abbé Delepine demande qu'un concours d'expériences 
pratiques, tant sur les manipulations des ruches que sur 
l'extraction du miel à l'aide du mello-extracteur etsur la fonte 
de la cire, soit ouvert. On pourrait juger par là, dit-il, de 
l'habileté du praticien et de la valeur réelle des instruments. 
Il s'engage à prendre part à ce concours. 

— M. Maurice Girard désire que l'on porte au question- 
naire les expressions nectar et miel que des gens confondent. 



62 BULLETIN d'iNSECTOLOGIE AGRICOLE 

— M. Hamet demande qu'à ce sujet des expériences soient 
faites sur du nectar transporté directement dans les ruches 
sans le concours des abeilles et dans des cellules où il pourra 
être aperculé. Gela permettra de constater si ce miel est 
identique à du miel provenant de nectar transporté par les 
abeilles. 

Le secrétaire propose qu'il soit accordé des distinctions 
(diplômes, médailles, etc.) aux personnes qui enverront le 
résumé de ces diverses questions traitées avec méthode et 
savoir. — Il demande aussi que des distinctions soient accor- 
dées aux ruchers les mieux conduits. Les apiculteurs qui 
désirent concourir pour cet objet seront tenus de faire con- 
naître la méthode qu'ils emploient et les résultats qu'ils ont 
obtenus depuis plusieurs années. Ils produiront l'attestation 
d'un collègue voisin et celle du maire ou de l'adjoint de la 
localité' 



Société centrale d'apiculture et d'insectologie 

Séance du 17 février 1886. 

PRÉSIDENCE DE M. MAURICE GIRARD. 

Le procès-verbal de la séance précédente est lu et adopté. 

Concours de 1885, pour l'enseignement de l'insectologie. — 
L'Assemblée vote les récompenses accordées aux Instituteurs, 
conformément aux propositions de la commission nommée à 
cet effet : Abeille d'honneur à M. Marquis, instituteur à Che- 
villé (Sarthe) et à M. Bachy, instituteur à Sémeries (Nord) ; 
médaille d'argent, grand module, à M. Durand, instituteur à 
Donjeux (Haute-Marne) ; médaille d'argent, petit module, à 
M. Tousin, instituteur à Saucourt (Haute-Marne) et à M°" 
A. Pineau, institutrice à Donjeux, et à M. Lavenne fils, ins- 
tituteur à Cramans (Jura); médaille de bronze, grand module, 
à M. Danel, instituteur à Ferrière-la-Petite (Nord). 

Une Commission est nommée pour faire un rapport sur les 
produits de l'apiculture au Concours général agricole du 



BULLETIN d'iNSECTOLOGIE AGRICOLE 63 

Palais de l'Industrie, ainsi que sur l'Insectologie. Sont nom- 
més membres de cette Commission : MM. Saint-Pée, abbé 
Delépine, Malessard, J. Fallou, E. Savard, Lesueur et le se- 
crétaire général. 

L'allocation du Ministère de l'Agriculture est promise pour 
1886. 

M. Miélot,de Semilly (Haute-Marne), adresseune note sur la 
préparation des eaux-de-vie de miel, qu'il obtient avec ses 
miels très purs, passés au tamis fin, de façon à n'avoir pas 
sensiblement de saveur amère qui est due à la propolis. 
M. L'abbé Delépine dit qu'il obtient des eaux- de-vie sans 
amertume avec des miels inférieurs, en ayant soin d'opérer 
deux distillations, en mettant à la seconde 1/50 de crème 
douce dans l'alambic. 

La Commission chargée de l'examen et de l'apuration des 
comptes a établi que les dépenses du trésorier se sont élevées 
à 1.550 fr. 45 et ses recettes à 4.870 fr. Excédent, 3.919 fr. 55. 
Le secrétaire général a un excédent de recettes sur les dé- 
penses de 235 fr. 70. État de la caisse de la société au 1" jan- 
vier dernier : 3.558 fr. 52, en fonds de réserve. 

Sont offerts à la Société les ouvrages suivants : Statistique 
agricole des Etats-Unis de l'Amérique. 3 vol. in-quarto. — 
2 vol. A7inales du Musée civique de Gênes (mémoires d'his- 
toire naturelle). 

Remercîments aux donateurs. 

Est admis pour faire partie de la section d'apiculture: M. 
Braïelle, apiculteur à Saint-Pol-en-Ternoise (Pas-de-Calais). 

L'ordre du jour étant épuisé, la séance est levée. 

Le Secrétaire 
Delinotte 



Rapport jsnr riusectolog;ie au Coacours agricole 

de 1886 

par M. E. Savard. 

' Les exposants qui au Pavillon de la Ville de Paris (Champs- 
Elysées) ont pour l'enseignement insectologique pris part au 



64 BULLETIN d'iNSECTOLOGIE AGRICOLE 

Concours Agricole ont été peu nombreux cette année, rete- 
nus sans doute qu'ils sont à préparer les objets qu'ils desti- 
nent à notre prochaine exposition spéciale des insectes en 
1886. 

Espérons que cette année les exposants seront nombreux 
et que nous pourrons juger de leurs progrès et de leurs mé- 
rites par les récompenses instituées par la Société. 

Nous nous bornerons aujourd'hui à indiquer rapidement 
le petit nombre d'exposants : 

M. Mangin, instituteur à Goviller (Meurthe-et-Moselle), a 
exposé des vitrines d'insectes utiles et nuisibles ; de plus il 
a fait faire des dictées sur i'insectologie. Par cet excellent 
moyen les élèves se gravent très bien dans la mémoire les 
différents ordres des insectes. 

M. Herbin nous a montré plusieurs vitrines d'insectes 
qui ont été recueillis par ses élèves et lui; ce procédé est 
assurément bien choisi pour leur apprendre à chasser et à 
découvrir les insectes. 

M. Petit (Eugène), naturaliste à Pau (Basses-Pyrénées), est 
un préparateur qui s'occupe consciencieusement pour ce qui 
concerne I'insectologie et la préparation des objets d'histoire 
naturelle. 

M. Ramé, à Paris, a été très remarqué pour ses diverses 
espèces de Papillons producteurs de soie, nous y remarquons 
ensuite les insectes utiles ou auxiliaires à l'agriculture ainsi 
que les ennemis de nos forêts. 

Enfin M. Emile Deyrolle, naturaliste à Paris, a produit un 
certain nombre de boîtes d'insectes de tous ordres, — des 
herbiers et des tableaux pour les écoles primaires, lesquels 
seront très utiles à l'enseignement de la Géologie, de la 
Paléontologie, de la Minéralogie, la Technologie, etc. 

E. Savard. 

Le Gérant: H. Hamet. 

-v.i jMI)(w.bdTiri>,>..OI*_i*I£,8,r.u.iii<âgue I.:. 



N" 5 OKZIÉME ANNÉE Mai 1886 

BULLETIN 

D'INSEGTOLOGIE AGRICOLE 



SOMMAIRE : E. Savard : L'Acronycte de l'Erable. — L. Moleyre : In- 
sectes et Crustacés comestibles, avec rio:ure {suite}. —Albin Humbert : 
Le Hérisson. — Société centrale d apiculture et d'insectologie, séance 
du 17 mars 1886. — Destruction de l'Altise. 



L'Aci'onycte de l'Erable 

ACRONYCTA ACERis. (Linii.) Noctiiriies ou Hétérocères 

PAR M. E. SAVARD. 

Érable. Espèces du genre Acer, famille des Acérinées (1) 
L'A. platanoides (Erable -Plane), l'A. Pseudoplatanus (le 
Sycomore), l'A, Negiindo [Negundo fraxinifolium, le 
Négundo), sont plantés dans les promenades. Cet arbre est 
remarquable par la beauté de son port et de son feuillage, au 
tronc droit, revêtu d'une écorce brune ou roussâtre, les feuil- 
les sont grandes, à cinq lobes dentés et pointus, vertes en des- 
sus, blanchâtres en dessous, les pétioles sont creusés en 
gouttière et d'une couleur ordinairement pourprée. 

C'est au printemps que s'épanouissent les fleurs verdâtres, 
disposées en grappes pendantes. 

Planté en avenue ou en massifs, il fait souvent l'ornement 
des routes et des parcs. Mais là n'est pas son principal mérite 
Son grand intérêt, c'est que son écorce incisée donne une 
liqueur spiritueuse (la sève) dont on peut faire du sucre. 

Des Erables, et principalement de l'Erable plane, de l'Erable 
à sucre, de l'Erable rouge, l'on peut tirer de la manne, sucre 

1. Acéi'iaées. Famille déplantes dicotylées, dialypétales, à ovaire libre. 
Arbre à suc aqueux limpide, sucré, quelquefois laiteux; à feuilles renfermées 
pendant la préfoliaison dans des bourgeons écailleux, opposées, pétiolées, 
simples, palmatilobées, rarement imparipennées à folioles incisées ; à fleurs 
hermaphrodites ou polygames, rarement dioïques. 



66 BULLETIN D INSECTOLOGIE AGRICOLE 

extravasé qui se rassemble en petit grumeaux blancs et sucrés. 
L'Erable champêtre f^cer ca7npcstre), iouii des, mêmes pro- 
priétés, mais à un degré moindre, l'écorce est astringente ; le 
bois est compact et d'un grain très fin, il est employé comme 
bois à brûler. 

La chenille de l'Acronycte de l'Erable a le corps ordi- 
nairement d'un jaune-citron, et marqué dans toute sa 
longueur, sur le milieu du dos, d'une suite de taches trian- 
gulaires d'un beau blanc, et bordées de noir. De chaque côté 
de ces taches s'élèvent perpendiculairement, et sans être 
implantés sur des tubercules, des faiceaux de poils très longs 
en forme de pyramide. Ces faiceaux pyramidaux sont égale- 
ment d'un jaune-citron, avec leur moitié interne lavée de 
rose sur les quatrième, sixième, septième et huitième 
anneaux. D'autres poils qui divergent avec ceux-là sont 
implantés sur les côtés. Les stigmates sont noirs. Les pattes 
membraneuses sont delà couleur du corps; les pattes écail- 
leuses sont d'un brun-noir luisant, ainsi que la tête, qui est 
marquée d'un delta blanc ou jaunâtre. 

On rencontre assez souvent une variété dont le corps est 
d'un gris-verdâtre et les faisceaux de poils entièrement rou- 
geâtres. 

Cette chenille est du nombre de celles qui se roulent sur 
elles-mêmes, comme le hérisson, au moindre danger; alors sa 
forme présente l'aspect le plus singulier. Malgré son nom, qui 
ferait croire qu'elle vit de préférence sur l'Erable, on la trouve 
le plus ordinairement sur le marronnier d'Inde, du moins 
dans les jardins publics de Paris. Elle vit aussi sur l'orme, le 
tilleul et beaucoup d'autres arbres. Nous avons vu il y a quel- 
ques années, sur une route nouvellement plantée de mar- 
ronniers, tous ces jeunes arbres entièrement dépouillés de 
leurs feuilles par cette chenille, laquelle courait à terre de 
tous côtés faute de nourriture. 

Parvenue à toute sa grosseur à la fin d'août, elle se retire 
dans quelque trou de mur ou sous quelque corniche, pour 
y filer une coque dans le tissu de laquelle elle fait entrer ses 



BULLETIN D'INSECTOLOGIE AGRICOLE 67 

poils. La chrysalide, d'un brun-marron et dont l'extrémité 
anale est garnie de plusieurs pointes divergentes, passe l'hi- 
ver, et le papillon paraît en mai ou juin de l'année suivante. 

L'Acronycte de l'tirable parait répandue dans toute l'Eu- 
rope. Elle est commune aux environs de Paris. 

AcronfjctaAceris, 40""' d'envergure. Ailes supérieures d'un 
gris-blanchâtre, quelquefois un peu teintées de jaunâtre avec 
les lignesetles taches ordinaires écrites en noirâtre. L'extraba- 
silaire et la coudée géminées ; cette dernière éclairée de blanc 
entre ses deux lignes ; côte ornée de plusieurs points noirâtres. 
Frangegrise, entrecoupée par des petits traits noirâtres. Tête 
et thorax gris, mélangés de brun. Abdomen gris-roux. An- 
tennes grises et filiformes dansles deux sexes. Ailes inférieures 
blanches avec les nervures marquées en gris roussâtre ; femelle 
d'un gris plus foncé, avec toutes les lignes mieux écrites, et 
les nervures des ailes inférieures beaucoup plus prononcées. 

E Savard. 



Les lusecteft» et Ci'iistaccs comestibles 

PAR L. MOLEYRE 
Préparateur au Muséum (suile) 

En présence d'opinions aussi divergentes, j'ai pensé que mes 
expériences ne trancheraient nullement cette question, une 
de ces affaires de goût sur lesquelles, comme chacun sait, 
il ne convient guère de disputer ; mais à défaut de ces expé- 
riences, je compléterai mes citations, avant de passer aux 
Orthoptères comestibles qui ne sont plus que des Acridides, 
par une anecdote édifiante. Un président de la Société enlomo- 
logique de France dégusta un jour avec une certaine solen- 
nité des Acridiens préparés sous forme de conserve alimen- 
taire. Pour ne pas désobliger l'étranger (un Américain, je 
crois) qui était venu les présenter, il déclara cette préparation 
délicieuse; mais quelque temps après il affirma en ma pré- 
sence que le mets en question était absolument détestable. 

En dehors des Acridides, l'ordre des Orthoptères renferme 
évidemment une foule d'espèces comestibles. On a bien 



68 BULLETIN d'iNSECTOLOGIE AGRICOLE 

signalé des Mantides (1) et même des Phasmides, comme ces 
singuliers Eurycanthiis de la Nouvelle-Guinée et de Wood- 
lurk que les naturels du pays, suivant le père Montrouzier, 
mangent en guise d'Écrevisses; mais pour beaucoup d'Or- 
thoptères, et surtout pour les Locustides, qui sont pour les 
naturalistes les vraies Sauterelles, les récits des voyageurs, 
des explorateurs de contrées lointaines n'ont pas assez de 
précision pour qu'il y ait quelque intérêt aies citer en détail. 
Quand il s'agit d'insectes dévastateurs, dont on peut faire 
une grande consommation, on peut être assuré que le narra- 
teur désigne des Criquets ])lutôtque de véritables Sauterelles. 
Celles-là sont moins abondantes; cependant, grâce à leur 
taille parfois extraordinaire, elles doivent être souvent recueil- 
lies et mangées par les Indiens ouïes nègres, dans les moments 
où la chasse n'est pas fructueuse, dans les pays où le gibier 
n'est jamais abondant. Il est évident que les procédés de cap- 
ture employés par les Batékés pour les Criquets doivent leur 
procurer en même temps plus d'une Sauterelle, et les récits 
du voyageur ne nous laisseraient à cet égard aucune incerti- 
tude, quand même nous n'aurions pas vu les collections d'in- 
sectes recueillies par M. Guiral. 

Dans l'ordre des Lépidoptères, on rencontre un certain 
nombre d'espèces comestibles, et plusieurs même ont un 
rôle assez important dans l'alimentation de quelques peuples. 
Malgré les causes que nous avons indiquées comme capables 
de restreindre l'emploi des chenilles comme aliment, on peut 
en effet concevoir que dans un ordre où les Insectes de forte 
taille sont assez nombreux, où les téguments, même chez 
l'adulte, n'ont pas en général une grande résistance, il y ait 
un certain nombre d'espèces utilisables. 

« Si les chenilles pouvaient augmenter la somme de nos 
ressources alimentaires dans les temps de disette, disent, 
avec Réaumur (2), Kirby et Spence (3), cela atténuerait la 

1. llliger, Die essbare Insecten {Magazin fur Insehtenkundne, v. p. 207). 

2. Réaumur, t. II, p. 341. 

3. Kirby et Spence, op. cit. 



BULLETIN d'iNSECTOLOGIE AGRICOLE 69 

misère publique et en même temps les ravages que nous 
causent ces Insectes. » Il y aurait là évidemment un double 
avantage, mais, en montant sur dés « Si », on obtient en 
théorie des résultats magnifiques, que la pratique ne permet 
pas toujours de réaliser. En effet, ces chenilles dévastatrices 
n'apparaissent qu'à certaines saisons qui coïncident rarement 
avec les époques de disette. C'est ordinairement pendant 
l'hiver que les famines se produisent, et c'est au contraire 
dans la saison chaude que les chenilles se développent. Le 
remède à la famine fourni par les chenilles (du. moins en ce 
qui nous concerne, nous autres Européens) est donc à peu 
près aussi efficace que le quinquina, plante américaine, pou- 
vait l'être pour les fièvres d'Europe avant la découverte de 
l'Amérique. Nous devons en outre faire remarquer que les 
Insectes les plus communs, ceux dont la fécondité et la résis- 
tance aux chances de destruction sont le plus développées, 
ne sont réellement abondants qu'en certaines années. Aussi 
des espèces actuellement très nuisibles cesseront-elles de 
l'être un jour, et nos cultures seront alors ravagées par des 
Insectes trop'peu abondants aujourd'hui pour que les agricul- 
teurs leur accordent quelque attention. Ajoutons d'autre 
part que, parmi les chenilles de Lépidoptères qu'on rencontre 
le plus fréquemment chez nous, il s'en trouverait sans doute 
plus d'une pourvue de ces moyens de défense spéciaux 
auxquels nous avons déjà fait plusieurs fois allusion. 

Il est pourtant une espèce de Lépidoptère, le Ver à soie 
[Sericaria mori), dont on pourrait manger les chrysalides, 
extraites des cocons dévidés. Mais cette espèce est importée; 
comme chacun sait, elle est originaire de la Chine, et pour 
s'en procurer en nombre, il faut de grandes dépenses et toute 
l'habileté de nos magnaniers. Aussi j'ai peine à croire que 
l'emploi de la chrysalide comme aliment permette de réaliser 
une économie de quelque importance, et je suppose que 
si les populations du midi de l'Europe où le Ver à soie, 
s'élève en grand, y trouvaient quelque avantage, elles n'hé- 
siteraient pas à se nourrir de chrysalides. 



70 BULLETIN d'iNSECTOLOGIE AGRICOLE 

En Chine, pays originaire de l'Insecte, l'éducation en est 
sans doute moins coûteuse, et doit donner lieu à de moins 
fréquentes déceptions. Comme les Chinois ont l'habitude de 
ne rien négliger dans les productions de leur pays, et d'en 
extraire jusqu'au dernier marc tout ce qui peut servir à aug- 
menter leurs ressources, ils n'ont garde de laisser perdre les 
chrysalides du Ver à soie. Il paraît qu'ils mangent nussi la 
chenille d'une espèce de Sphinx. 

A Madagascar, il existe un Bombyx séricigène vivant sur 
un Cytise appelé Ambrevate. Les cocons de ce Papillon sont 
assez fournis en soie, et les Hovas se servent de cette soie 
pour envelopper leurs morts. Ils se servent également des 
chrysalides, qu'ils mangent frites ou bouillies. Le D"' Yin- 
son, qui faisait partie d'une ambassade française envoyée au 
couronnement de Radama II, rapporte avoir vu le fils du roi 
manger de ces chrysalides conme de véritables friandises 
pendant l'audience de réception (1). 

Dans cet immense continent africain, oii bien des gens 
voient un futur grenier pour l'Europe, il ne manque pas de 
régions sablonneuses, pauvres de végétation et, par suite, de 
gibier. Un peu plus loin que Franceville, dans le Haut- 
Ogooué, M. Guiral a vu souvent les Batékés récolter d'énor- 
mes chenilles jaunes, qui doivent être des chenilles d'Attacus, 
et lorsque le voyageur demandait à acheter de la viande, ces 
peuples lui apportaient souvent, empaquetés dans des feuil- 
les, tantôt de ces chenilles, tantôt des Crapauds (2). De telles 
habitudes doivent se retrouver en bien des endroits chez les 
populations nègres de l'Afrique. Tous les mémoires sur les 
Insectes comestibles rappellent que Sparrman a vu les « Bos- 
hie-men » manger des chenilles qu'ils regardent comme une 
« delicacy », c'est-à-dire une gourmandise. 

En Australie, autre pays qui n'est riche que par places et 
seulement à certains points de vue, il n'est pas étonnant que 
les peuples indigènes mangent des chenilles de plusieurs 

1. Vinson, Voyage au couronnement de Radama. 

2. Léon Guiral, loc. cit. 



BULLETIN D'INSECTOLOGIE AGRICOLE 



71 



sortes. « Les pauvres naturels de cette terre déshéritée pour 
les substances alimentaires, ditM. le professeur Blanchard (1), 
recherchent les larves de la Grande-Hépiale [Hepialus- 
grandls) et les mangent toutes vivantes avec une voracité 
digne de véritables sauvages. Ils se plaisent, nous a rap- 
porté M. J. Verreau^, à humer l'intérieur de ces larves comme 
s'il s'agissait d'un fruit très mûr. » 

On a signalé aussi en Australie comme comestibles les 
chenilles d'un genre appelé Nijcterobhis parce que ces che- 
nilles, ne sortent que la nuit. Mais il est un exemple de Lépi- 
doptère comestible bien plus intéressant que tous les pré- 
cédents pour nos études de philosophie entomophagique. 




Fig. 8. — Agrolis spitia. 

Plusieursnavigateurs, et entre autres l'illustre capitaine Cook, 
avaient eu l'occasion de remarquer en Australie, à certai- 
nes époques, d'immenses agglomérations de Papillons appar- 
tenant tous à la même espèce {fig 8). C'est une de ces espèces 
qae le voyageur Bennelt (2) nous a fait connaître. Cette 
espèce vit par troupes sur les îlots granitiques d'un district 
particulier, qu'il visita pendant les mois de novembre, décem- 

1. Emile Blanchard, Métamorphoses des Inspctes, p. 2ol. 

2. George Bennelt, Wandering in Neio South Wales (being the Journal 
of naturalbt), t. I, p. 273. Les passages les plus intéressants sur les Insectes 
comestibles ont été reproduits dans V Entomological Magazine, t. Ill, p. 211- 
214. 

Dans les Transactions of the Entomological Society of London, 1868, t. IV 
M. Smith donne quel'Tiics renseignements sur le « Bugong », qui n'est autre 
que YAgrotis spina, Guénée, décrite antérieurement par Boisduval sous le nom 
A'Agrotis infusa, décrite aussi sous lenom d'.4, vastator]idi.v Scott. Lemémoire 
de Scolt, reproduit dans les Transactions, donne de très longs détails sur la 



72 BULLETIN d'iNSECTOLOGIE AGRICOLE 

bre et janvier, en myriades tellement innombrables que les 
gens du pays, qui les appellent Bugong, s'assemblent de près 
et de loin pour les colliger. Après leur avoir arraché les ailes, 
ils entassent les Insectes sur un endroit échauffé préalable- 
ment par un grand feu, puis les épluchent et mangent le 
corps ou le gardent comme provision après l'avoir pilé ou 
fumé. Le corps de ces Papillons renferme une forte propor- 
tion d'une huile qui a goût de noix; quand on en mange pour 
la première fois, elle produit des vomissements violents ou 
d'autres effets débilitants. Mais ces effets cessent après quel- 
ques jours d'usage, et alors les naturels se trouvent très bien 
de ce régime, qui les engraisse merveilleusement. Ils ont 
souvent à disputer cette pâture à une sorte de Corneille noire 
qui est aussi attirée en foule par le Bugong, mais ils tuent 
les Corneilles à coups de massue et les ajoutent à leur menu. 
Ces faits sont vraiment curieux; il y a là quelque chose de 
tout à fait pareil à ce que nous avons vu chez les Orthoptères 
de la famille des Acridides, une seule espèce d'Insectes four- 
nissant à l'homme de prodigieuses quantités de nourriture 
et arrivant à former, au moins pendant quelque temps, la 
base de son alimentation. Dans les ordres qui nous restent à 
examiner, nous ne rencontrerons plus un seul exemple qui 

puisse être comparé à celui-là. 

{A suivre.) 

liC Bérisson 

PAR M. ALBIN HIJMBERT. 

Le Hérisson [Erinaceus Europœus) fait partie de la classe 
des Mammifères et de l'ordre des Insectivores auquel appar- 
tiennent la taupe et la musaraigne; cette dernière est le plus 
petit des mammifères connus. Le groupe des hérissons ne 

chasse eU'emploi alimentaire du « Bugong >-. Nous en extrayons le passage 
suivant : il/. Wyner tellsme tkat on this occasion he aie properly cooked by 
old Wellington, about a quart of molh (!) and foiuid them exceedingly nice 
and sweet, with a flavour of walnut.. . 

Voyez aussi, sur le même Insecte, les Bulletins de la Société entomologique, 
de Londres des années 1839, J840 et 1865. 



BULLETIN D INSECTOLOGIE AGRICOLE 73 

forme qu'un seul genre et une seule espèce en France. C'est 
une animal utile et inoffensif; nous devons le recommander 
aux habitants des campagnes qui, bien à tort, lui font sou- 
vent une chasse active. Pourtant, ce n'est pas qu'il soit fort 
recherché pour sa chair, car celle-ci est fade et sans grande 
valeur nutritive. Les propriétaires devraient en prendre autant 
de soin que du chat de leur maison; en effet, le hérisson 
rend autant de services dans les champs, les bois et les bos- 
quets en détruisant des petits animaux nuisibles que le chat 
puisse en rendre dans les maisons, et il ne demande rien en 
retour si ce n'est quelques ménagements et quelques égards 
de la part de l'homme. Sa principale nourriture consiste en 
insectes et bctes nuisibles: hannetons, larves voraces, che- 
nilles; quelquefois il s'attaque aux fruits, mais rarement; il 
dévore aussi les souris, les mulots, les limaces et limaçons, 
les gros scarabées, les reptiles; il s'attaque même aux rats; 
quelquefois il dévore les cadavres des grands mammifères 
morts récemment, quand il s'en trouve par hasard dans les 
lieux qu'il explore. Mais il nous est aussi fort utile pour la 
destruction des serpents et des vipères; il les attaque avec 
courage et paraît insensible à leur venin. Il en détruit des 
quantités considérables. 

Nous avons été témoin un jour d'une lutte entre un héris- 
son et une vipère. C'était aux abords d'une forêt, près d'un 
murger ; le hérisson attaqua la vipère qui lui enfonça ses 
crocs sur le museau; le hérisson ne parut pas s'en émouvoir, 
il passa seulement sa langue sur la blessure et attaqua de 
nouveau la vipère; il parvint à la saisir à la tête qu'il broya, 
malgré la résistance désespérée du reptile. Puis il se mit en 
devoir de dévorer son ennemie. Il en laissa la moitié qu'il 
traîna dans son refuge ; cette action établit qu'il a un certain 
instinct de prévoyance. 

Indépendamment du venin de la vipère, le hérisson est 
réfractaire à toute espèce de poison; c'est ainsi que l'opium, 
l'arsenic, le suc de la belladone et de la ciguë ne lui font 
aucun mal. Il mange une grande quantité de cantharides 



74 BULLETIN D'LNSECTOLOGIE AGRICOLE 

dans les lieux où ce? insectes sont en abondance, et cependant 
l'ingestion des cantharides cause la mort de beaucoup de 
petits rongeurs et insectivores. 

Dans un seul repas, le hérisson peut dévorer une quantité 
considérable de substances alimentaires; il peut ensuite 
supporter une diète de plusieurs jours. 

Sa taille varie de 26 à 32 centimètres; son petit museau 
ressemble assez au grouin du porc ; sa queue est courte, trois 
centimètres environ. Ses pattes sont aussi très courtes. Le 
corps entier est trapu et ramassé; mais la particularité qui le 
distingue des autres mammifères, c'est quil est couvert de 
piquants très acérés et très raides, de quinze millimètres de 
longueur. 

S'il est attaqué, il se roule en boule, en cachant sa tête 
entre ses pattes et en redressant ses épines; il offre ainsi de 
toutes parts une défense naturelle qui met souvent l'ennemi 
dans l'impossibilité de s'en saisir. 

Le simple aspect de l'homme le fait agir ainsi, et ce n'est 
pas sans raison ; car l'homme est son plus cruel ennemi, qui 
méconnaît par là la prévoyance de la nature qui a mis à ses 
côtés cet intéressant auxiliaire. 

Il reste d'ailleurs par prudence dans cette attitude lorsqu'il 
est réfugié dans son terrier. Il est ainsi à l'abri d'une sur- 
prise. 

Les animaux carnassiers ne peuvent s'en saisir, non plus 
que le chien; seul, le renard rusé, qui est après l'homme 
son plus mortel ennemi, parvient à s'en rendre maître; il le 
retourne sur son dos et lui dévore le ventre. Puis il va soi- 
gner les blessures qu'il a reçues durant l'attaque, car le héris- 
son ne succombe qu'après une vigoureuse défense ; le renard 
ne l'attaque d'ailleurs que lorsqu'il est pressé par la faim. 

Le hérisson a un instinct des plus bornés; il ne se construit 
pas de logement, il se contente pour tout gîte dun creux 
sous des pierres, sous une roche ou dans le tronc d'un vieil 
arbre. 

Il passe le jour enveloppé dans l'obscurité de sa retraite et 



BDLLETIN d'INSECTOLOGIE AGRICOLE 75 

il ne sort que le soir au moment où les vers se montrent à la 
surface du sol, pour se mettre à la recherche de sa nourriture, 
à la poursuite de sa proie; il se rue sur elle dès qu'il l'aper- 
çoit et la dévore tout en continuant de marcher. Il fouille la 
terre avec son grouin de la môme manière que le porc, dès 
qu'il a flairé à la partie supérieure du sol la présence de quel- 
que insecte. Toute la nuit il se livre à sa chasse habituelle et 
durant le jour il se blottit dans son refuge. 

Vers la fin de l'automne, il amoncelle au fond de son trou un 
tas de mousse et de feuilles sèches, de fougères, pour y pas- 
ser l'hiver dans l'engourdissement; car le hérisson hiverne 
pendant la mauvaise saison et ce n'est qu'au printemps qu'il 
se réveille de sa profonde léthargie. 

Quelques ignorants attribuent au hérisson des méfaits 
dont il est incapable; cette imputation est détruite par la 
simple réflexion et l'observation. On va jusqu'à lui reprocher 
de grimper sur les arbres fruitiers, d'en faire tomber les 
fruits puis de se rouler en boule sur les mômes fruits pour 
qu'ils s'attachent aux piquants et de les emporter ainsi sur 
son dos dans son terrier où il les emmagasine pour sa pro- 
vision d hiver. 

Et cette croyance est répandue dans quelques contrées 
depuis des siècles ! 

Cependant il est reconnu que le hérisson ne peut grimper 
sur les arbres ; sa conformation lui interdit cet exercice ; d'autre 
part, comme il hiverne dans un état complet d'engourdisse- 
ment, de môme que le loir, les lézards et d'autres encore, il 
lui est inutile d'avoir la moindre provision. Il ne se réveille 
qu'au moment où la température est devenue assez clémente 
pour permettre aux vermisseaux et autres bestioles de se 
montrer à la surface du sol. 

Il est vrai que le hérisson mange quelquefois des fruits; 
mais c'est quand il n'a aucune nourriture animale à sa dis- 
position. La conformation de ses dents est absolument celle 
des insectivores. 

Les imputations que nous venons de relater sont absurdes ; 



76 BULLETIN d'iNSECTOLOGIE AGR'COLE 

mais il y a plus fort encore; d'aucuns vont jusqu'à l'accuser 

de faire avorter les vaches Ce grief est tellement ridicule 

que nous n'insisterons pas. 

Le hérisson fait cinq ou six petits à chaque portée, quel- 
quefois sept, rarement trois; ils sont nus à leur naissance. 

Il peut être domestiqué; nous voulons dire qu'il prospère et 
se multiplie facilement dans un verger ou un jardin clos de 
murs d'où il ne pourra s'échapper ; dans ces conditions il 
rend d'importants services en détruisant tous les ravageurs 
du potager. 

Il peut être également introduit dans les appartements; 
il n'y a pour cela qu'à lui ménager un petit réduit garni de 
mousse et d'effilochés de drap et de laine. Il faut éviter alors 
de lui donner à manger trop abondamment, car il mangerait 
avec trop d'avidité et contracterait une diarrhée tellement 
intense qu'elle l'emporterait dans la même journée. Pour 
l'hiver, au moment où il est engourdi dans son refuge, on 
jette quelques vieux eiîets sur lui et il reste ainsi jusqu'au 
printemps sans que l'on ait à s'en occuper. 

Ajoutons, pour terminer, que le hérisson est assez com- 
mun, bien que les ignorants lui fassent une chasse qui entrave 
sa multiplication. 

Albin Humbert 
Instituteur à Vellechevreux {Haute-SaÔ7ié). 



Société centrale frapiciiltnre et d'iusectologie 

Séance du 17 mars 18S'3. — Présidence de M. Ramk. 

En l'absence du secrétaire général retenu pour cause d'in- 
disposition, M. Sevalle, l'un des secrétaires des séances, donne 
lecture du procès-verbal de la dernière réunion qui est adopté 
sans réclamation. — Se font excuser de ne pouvoir assister à 
la séance de ce jour MM. Maurice Girard et Malessard, vice- 
présidents, ainsi que M. Fallou retenu à la société d'accli- 
matation. 

M. Delépine donne lecture du rapport suivant sur les pro- 



BULLETIN D'INSECTOLOGIE AGRICOLE 77 

duits de l'apiculture au concours général du Palais de l'In- 
duslrle. 

« Le samedi 27 février, MM. Hamet, Saint-Pée, Delinotte, 
en remplacement de M. Malessard et l'abbé Delépine, chargés 
d'examiner les produits apicoles du concours général^, se sont 
acquittés de leur mission. 

« L'ensemble de l'Exposition était satisfaisant et les lots 
bien présentés ei généralement bien garnis. 

« La commission est heureuse de constater que, malgré la 
vente difficile des produits de l'apiculture, cette année encore, 
le nombre des exposants a sensiblement augmenté. Il est 
d'un sixième plus grand que l'année dernière. 

« Le catalogue porte 84 lots : miel coulé, 30 ; miel en rayon, 
25; cire, 29. 

« Il y avait des miels coulés venant des différentes parties 
de la France. Plusieurs lots laissaient à désirer au point de 
vue de la pureté et du goût, ce qui provient certainement de 
l'époque tardive de la récolte et de la manière défectueuse 
d'extraire le miel des rayons. L'extracteur à force centrifuge 
est encore peu connu, et dans beaucoup de provinces la 
récolte du miel se fait. en septembre et quelquefois même 
après l'hiver, au mois de mars. 

« Les miels en rayon sont toujours la grande attraction du 
concours d'apiculture. Il faut surtout signaler les cadres si 
réguliers de M. Asset et quelques sections américaines bien 
présentées dans leurs cartons bien coloriés. 

« Il importe donc aux apiculteurs de produire de beaux 
rayons ; mais il importe surtout de ne pas les laisser vendre 
6 et 8 francs le kilogramme par les intermédiaires. 

« Plusieurs des lots de cire étaient vraiment remarquables. 
Pour obtenir des cires aussi belles et aussi pures, il faut un 
outillage complet et des soins qui ne sont guère à la portée 
des petits apiculteurs; aussi est-il utile de signaler le pain 
de cire premier jet, obtenu par la chaudière à vapeur de notre 
collègue M. Bourgeois. Cette chaudière à fondre la cire est 
appelée à rendre de grands services aux petits producteurs. 



78 BULLETIN d'iNSECTCL03IE AGRICOLE 

« La Commission, en terminant son rapport, se croit l'in- 
terprète de tous les exposants en émettant le vœu souvent 
exprimé que désormais les produits apicoles soient examinés 
et jugés par un jury composé d'apiculteurs praticiens, et de 
marchands de miel et de cire. C'est là une réforme qui s'im- 
pose de plus en plus, et la Commission est convaincue que 
M. le Ministre de l'agriculture saura l'accomplir. 

« Le jour où les apiculteurs seront assurés d'être jugés par 
leurs pairs, le nombre des exposants doublera; ce serait à 
coup sûr le moment de donner à la section des huiles et olives 
un jury bpécial, au lieu de livrer ces produits à l'appréciation 
du jury des cires et miels. » 

Après la lecture du présent rapport l'assemblée émet le 
vœu qu'un prix d'honneur soit réservé à l'apiculture pour les 
sections des miels et cires réunies; elle espère que M. le 
Ministre de TAgriculture convaincu de cette juste réclamation 
voudra bien y faire droit pour le prochain concours général 
de 1887. 

M. Savard donne lecture du rapport qu'il a été chargé de 
présenter sur l'entomologie générale. L'assemblée décide que 
ce rapport sera publié ainsi que le travail que ce membre pré- 
sente sur l'Acronycte de l'Érable. 

M. l'abbé Delépine lit un important mémoire relatif à la 
réglementation municipale sur la distance des ruchers aux 
chemins et voisinages. L'assemblée demande que ce mémoire 
soit publié et adressé à toutes les sociétés agricoles départe- 
mentales qui sont priées de vouloir joindre leurs réclama- 
tions près du Ministre de l'agriculture. 

M. Ramé entretient l'assemblée sur les démarches qu'il 
poursuit pour le lieu de la prochaine exposition des insectes. 
Il pense qu'à la réunion d'avril la Société pourra été fixée à 
cet égard. Un membre rappelle que l'assemblée doit dans 
cette séance nommer un délégué au congrès des sociétés 
savantes. M. Ramé est désigné à l'unanimité. 

Sont présentés pour faire partie de la Société : M. Leroux, 
apiculteur à Marines (Seine-et-Oise) ; M. Rémond, instituteur 



BULLETIN D'INSECTOLOGIE AGRICOLE 79 

à Hautaux près Pontarlier (Doubs). L'admission de ces 
membres est prononcée. 
L'ordre du jour étant épuisé, la séance est ensuite levée. 

Le Secrétaire : 
Delinotte. 



Dcstructiou de l'Altisc (1). 

Un colon algérien adresse la communication suivante à la 
Gazette du Colon, d'Alger : 

La saison où la vigne va jeter ses premières pousses ap- 
proche ; celle oii les Altises vont faire leur première apparition 
est proche aussi. 

Il serait utile que chacun donnât, par l'intermédiaire de 
votre publication, les moyens qui lui semblent les plus pro- 
pres pour lutter le plus avantageusement possible contre cet 
ennemi de jour en jour plus terrible de nos vignobles. 

J'ai fait l'année dernière, sur les conseils d'un viticulteur, 
deux essais qui, s'ils n'ont pleinement réussi, m'ont donné le 
ferme espoir qu'on peut combattre le fléau. Je vous donne les 
deux moyens que j'ai employés, libre à vous si vous le jugez 
bon de les conseiller à nos colons. Je dois vous dire premiè- 
rement que je ne me suis pas inquiété de Faltise ; mon atten- 
tion s'est simplement portée sur la première ponte qui a lieu 
vers la lin d'avril. 

Voici comment j'ai procédé : à Gouraya dans un vignoble de 
18 hectares de vignes dont l'âge variait de trois ans à une année, 
lorsque j'ai remarqué que l'Altise faisait sa première ponte, 
j'ai écimé tous les plants de vigne de vigne de deux et trois ans. 
Cette opération consiste à pincer fortement le sommet de la 
pousse sans le faire tomber. De cette opération, il résulte que 
la sève au lieu de suivre son cours ascendant se répartit sur 
les sarments et fait augmenter la feuille en nombre et en 
force. 

Il est à remarquer que toutes les larves résultant du pre- 

1. Voir 1« aaaée du Bul!*lin, p. 19 et 31; 2e année, p. 67. 



80 BULLETIN d'iNSECTOLOGIE AGRICOLE 

mier rapprochement se trouvent sur les feuilles du bas, près 
de terre. Dès que ces larves ont été à l'état développé, j'ai 
soigneusement fait ramasser pour les brûler ensuite toutes 
les feuilles qui en contenaient. 

L'opération de l'arrachage de quelques feuilles ne nuit en 
aucune façon ni au pied ni au raisin, car le sarment pincé 
comme je l'ai dit plus haut, prend toujours une vigueur con- 
sidérable et garde suffisamment de feuilles pour alimenter le 
pied par l'absorption de l'humidité, et couvrir le raisin. 

A Cherchell, dans une autre propriété de sept hectares, après 
avoir opéré comme à Gouraya, j'ai, au lieu d'arracher les 
feuilles atteintes de larves, poudré ces mêmes feuilles, 
avec une poudre composée de moitié de tabac maure à priser 
et moitié poussière de route (1) ou soufre ordinaire. La poudre 
ainsi obtenue est renvoyée sur les feuilles au moyen d'un 
soufflet ad hoc et tue instantanément les larves. 

Dans les deux cas j'ai annihilé presque complètement la re- 
production et, en aoiit, le nombre d'Altises qui sont venues 
s'abattre dans nos vignes provenaient des vignobles voisins 
où aucune précaution n'avait été prise. 

Je suis à peu près certain que les opérations stipulées ci- 
dessus, faites simultanément et par tous les propriétaires, 
donneraient des résultats surprenants. Je n'hésite même pas 
à dire qu'avec l'appui de l'autorité qui pourrait obliger chaque 
propriétaire à employer ces moyens ou tout autre, en vertu 
de la loi sur l'échenillage, on deviendrait complètement 
maître de cet ennemi, d'ici à trois ou quatre années. 

Orléansville, 24 janvier 1886. 

1. Nous réprouvons l'emploi de la poussière des routes qui peut devenir le 
véliicule des spores de quelques cryptogames parasites, et j^ropager ces mala- 
dies dans les vignes ainsi poudrées. Le soufre ou le plâtre ou la chaux éteinte 
et tamisée sout préférables. — L. fi. 

Le Gérant : H. Hamet. 

Imp. de la Soc. de Typ. - Noizette, 8, r. Campagne-Première. Paris- 



N° 6 ONZIÈME ANNÉE Juin 1886 



BULLETIN 

D'INSECTOLOGIE AGRICOLE 



SOMMAIRE. — Albin Humbert; excommunications d'Insectes. — 
L. Moleyre; Insectes et Crustacés comestibles [Suite, avec 3 figures). 
— Séance de la Société centrale cVapiculture et d'insectologie du 
2! avril 183G. — E Savabd; FHélomyze de la truffe. — Renseignements 
de sériciculture.— Migrations de Pucerons. — Les Dermesies. 



Exconimiinications d'insectes 

PAR M. ALBIN HUMBERT 

L'histoire des superstitions du moyen âge offre un vaste 
champ de travail à ceux que passionnent les différentes 
branches de la science archéologique. A cette époque, il 
n'était pas rare de voir des légistes, des jurisconsultes, s'oc- 
cuper sérieusement des mesures à prendre pour la répression 
de délits et même de crimes commis par des animaux. Les 
foudres de l'Eglise se joignirent souvent aux actes de répres- 
sion dû pouvoir séculier. 

Pendant longtemps, la partie peu lettrée de la population 
a traité de fables, de récits plus ou moins légendaires, les 
excommunications prononcées contre des animaux ; mais il a 
fallu se rendre à l'évidence. Des auteurs sérieux ont étudié 
longuement la question et l'ont résolue dans le sens affirmatif. 
Les documents authentiques que possède la Bibliothèque 
nationale viennent à l'appui de cette opinion et enlèvent le 
dernier doute. D'autres pièces existent encore qui sont con- 
servées précieusement au sein de familles dont les membres 
ont fait partie autrefois de la magistrature. 

La procédure pratiquée contre les animaux ainsi que le 
châtiment qu'on leur faisait subir étaient sensiblement les 
mêmes que ceux employés à l'égard de l'homme. C'est ainsi 
que nos pères ont vu, il y a deux siècles à peine, aux envi- 



82 BULLETIN d'iNSECTOLOGIE AGRICOLE 

rons de Saiiit-Dié, une truie comparaître devant la cour cri- 
minelle sous l'accusation d'avoir dévoré un enfant au berceau. 
La justice lui avait constitué d'office un avocat, ce qui n'em- 
pêcha pas l'accusée, par une sentence dûment motivée, d'être 
condamnée au supplice de la hart. La sentence reçut son exé- 
cution sur une des places publiques de la ville. 

En 1386, suivant sentence du juge de Falaise, on avait déjà 
condamné une truie pour être mutilée à la jambe, puis à la 
tête et enfin pendue pour avoir déchiré et tué un enfant. Huit 
ans après on pendait un porc à Mortaing pour avoir meurtri 
et tué un enfant dans la paroisse de Roumaigne. Ces juge- 
ments, quoique bien singuliers, le sont encore moins que celui- 
ci : En 1474, un coq fut condamné à être brûlé par sentence 
du magistrat de Bâle, pour avoir pondu un œuf. 

Si on relevait tous ces jugements singuliers, leur nombre 
s'élèverait à une centaine pour la France ; le dix-septième 
siècle en compterait à lui seul une quarantaine. Le dernier 
a été rendu, en 1741, contre une vache. 

Il nous a paru curieux de rechercher quelles ont été les 
mesures de répression que l'Eglise a opposées aux dégâts des 
insectes nuisibles. Elles sont toutes des plus curieuses. Nous 
rapportons les principales : 

En 1498, les grands vicaires d'Autun mandent aux curés 
du diocèse d'enjoindre aux becmares pendant les offices et 
processions de cesser leurs ravages et de les excommunier. 

Les becmares sont une sorte de charançons. 

Vingt ans après, l'official publie une sentence contre les 
becmares et les sauterelles qui ravageaient le territoire de 
Minière, dans le Gotentin. 

En 1554, les sangsues sont excommuniées par l'évêque de 
Lausanne, parce qu'elles détruisaient les poissons. 

En 1585,1e grand vicaire de Valence ordonne aux chenilles de 
comparaître devant lui, leur donne un avocatpour se défendre 
et finalement leur ordonne de quitter le diocèse. Ghorier, 
l'historien dauphinois qui raconte ces faits, omet de nous ap- 
prendre si les chenilles ont obéi à cet ordre de bannissement. 



BULLETIN D'INSECTOLOGIE AGRICOLE 83 

Le pouvoir séculier ne voulut pas rester étranger à cette 
croisade; car nous voyons, en 1690, le juge d'un canton d'Au- 
vergne nommer aux chenilles un curateur. La cause est con- 
tradictoirement plaidée et le juge leur enjoint de se retirer 
dans le petit terrain indiqué par l'arrôt pour y unir leur misé- 
rable existence. 

Albin Humbert. 

Instituteur à Vellechevreux (Haute-Saône). 
Leis) IiB.%ec^,es et Cpiisfaccs coniestiblejs 

PAR L. MOLEYRE 

Préparateur au Muséum {suita). 

A J'état adulte, les Coléoptères sont en général plus solide- 
ment cuirassés que les papillons ou les Orthoptères : on ne 
•peut donc espérer rencontrer dans cet ordre beaucoup d'es- 
pèces comestibles sous leur dernière l'orme. Les Scarabœides 
des genres Dynastes et Megasoma, les gros Coléoptères de la 
famille des Prionides, comme les Titanusou les Macrodontia 
qu'on trouve à Cayenne, les Goliath, Cétoines cornues et 
géantes de l'Afrique occidentale, ne sont pas faciles à dépouil- 
ler de leur armure, dont les pièces les plus résistantes corres- 
pondent précisément aux régions du corps oii l'on pourrait 
trouver les plus succulents morceaux. Malgré cet inconvé- 
nient, ces insectes ne sont pas absolument dédaignés ; mais il 
faut avoir l'estomac robuste et le famélique appétit d'un 
nègre ou d'un Indien pour s'accommoder d'une pareille 
nourriture, sans une préparation convenable qui ne serait pas 
autre chose qu'une longue dissection. 

Les larves du même ordre offrent plus de ressources. Celles 
des gros Lamellicornes (Cétoines, Scarabées, Hannetons), des 
Buprestides, mais surtout celles des gros Prionides que j'ai 
cités, ont vraiment des proportions majestueuses et un aspect 
tout à fait appétissant, leur peau molle et transparente lais- 
sant apercevoir des tissus délicats qui rappellent, par leur 
couleur d'un blanc jaunâtre, les dehors d'une volaille conve- 
nablement engraissée; de telles qualités, étant donné que ces 



84 BULLETIN d'iNSECTOLOJIE AGRICOLE 

larves ne vivent pas à découvert et ne sont jamais-: très abon- 
dantes, doivent les faire considérer comme une excellente 
aubaine par les Indiens qui ont la chance d'en rencontrer 
quelqu'une ; j'ajouterai même que si j'étais un gourmet en 
quête de nouveautés gastronomiques, c'est sur des larves 
analogues que je tenterais mes premiers essais (1). D'ailleurs, 
à la Jamaïque, à l'île Maurice, les Européens comme les indi- 
gènes mangent des larves de Prioniens, connues sous les 
noms de Muutac et de Macauco. Par contre, il ne semble pas 
qu'un Européen ait jamais mangé des larves de Lamellicornes, 
moins succulentes probablement, bien que les auteurs citent 
plusieurs espèces employées à l'état de larve. Il y a, par 
exemple, le Lepidiota hypoleuca, sorte de Hanneton qui se 
multiplie prodigieusement à Java, un Anoplognalhus (genr§ 
australien) qui est probablement VA. vindlœneus \ enlin di- 
vers Scarabées des genres Oryctes et Xylotrupes, mais les 
Européens laissent aux gens du pays ce genre de régal. 

II est encore plus dilTicile de se procurer les larves de Coléop- 
tères de proportions moindres. Les espèces les plus avanta- 
geuses seraient celles dont les téguments sont mous et inco- 
lores, et, dans l'ordre immense des Coléoptères, il n'en 
manque pas qui présentent ce caractère; mais cette apparence 
extérieure de la larve est en rapport avec ses conditions d'exis- 
tence ; on ne la rencontrera pas chez des insectes vivant à dé- 
couvert pendant la première phase de leur vie, La plupart 
des larves des Coléoptères doivent donc vivre à l'abri de la 
lumière, et, pour s'en emparer, il faut détruire ou écarter 
leur abri. C'est pour cette raison qu'un si grand nombre de 
ces insectes sont si mal connus en ce qui concerne leurs pre- 
miers états, beaucoup d'entre eux creusant des galeries dans 
les arbres qui doivent leur fournir la nourriture et le loge- 

1. Réaumur trouve que ces larves ont un aspect repoussant. Affaire dégoût. 
Mais je pense que cet auteur s'avance trop en déclarant que « si l'on con- 
damnait quelqu'un à manger une chenille rase ou un de ces vers de bois, il 
se déterminerait apparemment pour la chenille. » Je suis persuadé du con- 
traire . 



BULLETIN d'iNSECTOLOGIE AGRICOLE 85 

ment, d'autres accomplissant lies diverses phases gde leur 
développement dans ta terre, souvent à une grande profon- 
deur. 

De toutes les larves des Coléoptères, celle qui joue le plus 
grand rôle dans l'alimentation de l'homme est incontestable- 
ment la larve de la Calandre du Palmier (1). Cela tient à 
l'abondance de l'insecLe qu'on voit toujours représenté par 
de nombreux échantillons dans toutes les collections en- 
voyées en Europe par les explorateurs des contrées équato- 
riales. Les larves de Calandre vivent dans la tige des Pal- 
miers si abondants, comme chacun sait, dans les flores inter- 
tropicales ; elles atteignent 7 à 8 centimètres de longueur, et, 
grâce à leur forme renflée, présentent, vers le terme de leur 
développement, un volume assez considérable. Le P. Labat 
les compare à une pelote de graisse de chapon enfermée sous 
une légère membrane, et, en effet, elles ont la même appa- 
rence dodue et succulente que les larves des Prionides. Les 
voyageurs nous apprennent qu'on mange ces larves rôties sur 
le gril, et qu'on en fait un très grand cas ; il paraît aussi qu'on 
en tire, en les exposant au soleil, une huile médicinale avan- 
tageuse pour coml)attre les rhumatismes. Les espèces de 
Calandre vivant dans les Palmiers sont répandues dans les ré- 
gions chaudes des deux continents, et l'on en mange les larves 
avec plaisir aussi bien à Surinam que dans l'Inde. Dans ce 
dernier pays, Kirby nous signale même un gourmet anglais, 

1. On confond jrénéralement sous ce nom plusieurs espèces de Calandres, 
c est-h-dire de Rhynchophorus . La vraie Calandre du Palmier (R/iynchopho- 
rus palmarum) est une espèce américaine. Dans l'Africfue occidentale, on 
trouve le Rhynchophorus phœnicis. Enfin dans l'Inde, l'Indo-Ghine, à Malacca 
et en Malaisie, c'est le Rhynchophorus ferrugineux qui remplace les espèces 
précédentes. Ces trois espèces onl la même forme, la même taille; elles ne 
diffèrent guère que par la coloration. Toutes trois paraissent égralement 
abondantes ; leurs larves doivent présenter, par conséquent, au point de vue 
de l'alimentation, des avantages équivalents. J'ai essayé sans succès de savoir 
dans quelles espèces de Palmiers vivent les Calandres . Cependant, d'après 
M. A. Salle, le R. phœnicis vivrait dans le Chou palmiste ou Areca olerncea. 



86 BULLETIN d'iNSECTOLOGIE AGRICOLE 

Sir John Laforey, qui aimait beaucoup, cuites à point, ces 
larves de Calandres, appelées par les Indiens grugru. 

Est-ce bien de ces larves qu"il s'agit dans le récit d'Elien (1), 
011 il est question d'un roi indien faisant servir à des Grecs, 
ses hôtes, qui trouvèrent ce mets délicieux, des vers récoltés 
sur une plante et rôtis à souhait ? Cela nous importe peu, non 
plus que de savoir si le fameux Cossus, tant recherché des 
Romains, est la larve du Lucane Cerf-volant, du Capricorne 
héros ou du Priore corroyeur. Certainement ce n'est pas la 
chenille du papillon appelé Cossiis ligniperda, et il suffit, pour 
s'en convaincre, de voir l'aspect repoussant de cette chenille ; 
d'ailleurs elle vit ordinairement dans Je Saule ou dans l'Orme, 
et c'est toujours dans le Chêne que vit le Cosstis signalé par 
Pline. Je ne suis pas seul ù penser que les différences recon- 
nues par nos naturalistes entre les diverses larves de forte 
taille qui vivent dans le Chêne ne devaient pas inquiéter outre 
mesure les cuisiniers romains, ni ceux qui les pourvoyaient 
de ce gibier sans emploi aujourd'hui. 

Pour une raison analogue, je regarde comme très incom- 
plète et impossible d'ailleurs à compléter l'énumération que 
font divers auteurs des grands Coléoptères exotiques employés 
dans l'alimentation. Quand on me dit que les larves du Prio- 
nus ou Macrodontia cervicornis , qui atteignent 15 centi- 
mètres de longueur, se mangent rôties, j'ai peine à croire que 
ceux qui en trouvent, et encore moins ceux qui s'en régalent, 
puissent les distinguer d'espèces très voisines, comme les 
larves de Macrodontia crenata, et même d'autres larves des 
Gérambycides ou des Lamiides qu'on réunissait autrefois aux 
Prionides pour en former la famille des Longicornes. Toutes 
ces larves de Longicornes qui vivent dans le bois ont, en etfet, 
la même physionomie, et d'ailleurs si les chasseurs, en les 
supposant capables de distinguer ces larves spécifiquement, 
s'astreignaient à ne récolter que telle ou telle espèce à l'ex- 

1. Elicn, Hist, des anim., liv. XIV, cliap, xin (Ttva Twa ÈuiSôçTria îffôkt b 
Twv 'Ivôûv PaaiXeûç). 



BULLETIN d'INSECTOLOGIE AGRICOLE 87 

clusion de toutes les autres, ils compromettraient souvent 
l'existence des Vatels de leur pays. 

De même, on nous indique dans l'Asie méridionale, à Gey- 
lan, le Batocera rubus (1) comme une espèce comestible 
Mais ce genre Batocère renferme une foule d'espèces tout 
aussi grandes, tout aussi comestibles et souvent aussi abon- 
dantes que le B. rubus. D'ailleurs est-on bien sûr que la larve 
mangée par les Cinghalais soit même une larve de Batocère? 
Le seul moyen de connaître la véritable identité d'une larve. 
c'est de l'élever et d'en suivre les métamorphoses, et non de 
la regarder rôtir ou bouillir. 

En Afrique, c'est également une espèce de Lamiides qu'on 
nous signale comme employée dans l'alimentation (à l'état de 
larve, bien entendu, car l'insecte parfait, qu'on appelle An- 
cylonatus tribulus, est armé en divers points du corps de 
redoutables épines). Cette espèce, d'après les récoltes de 
voyageurs entomologistes reçues en Europe, doit être fort 
commune dans toute l'Afrique occidentale : mais, en cher- 
chant les larves de ces Longicornes, on trouve bien d'autres 
larves de la même famille appartenant aux genres les plus 
variés. Le& grands Priones du genre Tithoes, le Petrognatha 
gigas du Gabon, ont en effet des dimensions comparables à 
celles des Priones américains, et les larves des Mallodon, des 
Ceroplesis, û.es,Sternoto7nis, etc., ont au moins la même taillé 
que celle de V Ancylonotus tribulus. 

Encore pourrions-nous faire intervenir les Buprestides, et 
même pour les nègres, qui n'y regardent pas de si près, des 
larves de toutes sortes de familles, pourvu qu'elles soient 
d'assez forte taille. 

Pour les Coléoptères employés comme aliment à l'état par- 
fait, il n'y a plus la même incertitude, mais rares sont les 
peuplades réduites à manger des Coléoptères. Nous n'en ci- 
terons pour le moment qu'un exemple emprunté aux récits 
de M. Guiral: 

1. Cette espèce se trouve également à la Réunion. 



88 



BULLETIN D INSECTOLOGIE AGRICOLE 



« A côté des espèces (d'insectes) que les Batékés peuvent 
se procurer assez facilement, dit ce voyageur, et qui sontpour 
eux une ressource alimentaire à peu près assurée, il en est 
d'autres plus rares qu'ils sont loin de dédaigner. Par exemple, 
il y a chez eux de gros Coléoptères de la famille des Cétoines, 
magnifiques insectes dont les amateurs européens donne- 
raient un prix très élevé. Dépouillés des parties dures de leur 
carapace et cuits sous la cendre, ces insectes constituent une 





fig. 9 et 10. — Calandre du palmier et sa larve. 

nourriture exquise, ce que nous appellerions un extra que 
les gourmets du pays tiennent en haute estime. » 

Un repas de cette sorte peut très bien valoir plusieurs cen- 
taines de francs; cependant je doute fort qu'un estomac déli- 
cat, ayant à digérer « les plus belles Cétoines », puisse rati- 
fier le jugement que M. Cuirai attribue aux Batékés. Mais l'au- 
teur de l'étude dont je viens de citer un fragment a eu soin 
d'employer les mots d' « extra » et de « gourmets ». Or on sait 
que les extra, quelle que soit leur valeur « intrinsèque », sont 
toujours bien venus des raffinés en gourmandise, et cela dans 
tous les pays. 

Dans les ordres qui nous restent à examiner, les conditions 
de comestibilité nécessaires pour donner aux insectes quelque 



BULLETIN D'INSECTOLOGIE AGRICOLE 89 

valeur au point de vue de ralimentation se rencontrent rare- 
ment réunies. 

Ainsi les Hyménoptères nous présentent sous ce rapport 
des avantages tout au plus équivalents à ceux que nous avons 
rencontrés parmi les Coléoptères de moyenne dimension. Ce- 
pendant les mœurs spéciales de plusieurs Hyménoptères so- 
ciaux permettent d'en rencontrer un grand nombre d'individus 
réunis dans le même lieu, ce qui peut servir de compensation 
à l'exiguïté de leur taille. Aussi voyons-nous que les Cingha- 
lais et d'autres peuples mangent des Abeilles, sans doute 
après les avoir asphyxiées pour s'emparer de leur miel (1). 

Chez quelques peuples de l'Amérique du Sud et de l'Afrique 
équatorialC;, on mange des Fourmis de plusieurs espèces, et 
d'après Kirby, auteur digne de toute confiance, qui afaitper 
sonnellement des expériences de dégustation sur des Fourmis 
d'Europe, ces insectes ont une saveur acide des plus agréables. 
Il paraît même que l'abdomen n'a pas le même goût que le 
reste du corps. [A suivre. J 

Sociéié ceutralcd'apiciillupe et d'insectologie. 

Séance du 21 avril 1886. — Présidence de M. Malessard. 

Se font excuser MM. Maurice Girard, Hamet et Asset. 

Après la lecture du procès-verbal de la précédente séance, 
M. Ramé demande que le procès-verbal soit rétabli suivant 
le vote de la dernière assemblée en ce qui concerne le vœu 
qu'un prix d'honneur soit réservé à l'apiculture ; la Commis- 
sion chargée de faire un rapport sur le dernier concours 
général n'étant pour rien dans cette demande. 

M. J. Fallou montre à l'assemblée une collection de vers à 
soie, destinée à l'École centrale des arts et manufactures. 
Cette collection est parfaitement présentée dans une boîte 
vitrée avec indication concernant chaque espèce de vers. 

M. Ramé entretient l'assemblée des démarches qu'il a faites 
pour la prochaine exposition des insectes. Il dit qu'il n'y a 
pas à compter sur l'un des pavillons du Palais de l'Industrie, 

1. Philalethes, R. Knox, lUstory ofCeylan, 2« partie, par Knox, p. 48, Lon- 
don, 1819. 



90 BULLETIN d'INSECTOLOGIE AGRICOLE 

les propositions qui lui ont été faites n'étant guère accepta- 
bles; TassemMée se rallie à ses observations en le remerciant 
de la peine qu'il prend pour obtenir un local propice à notre 
exposition. 

M. Ramé demande ensuite que M. Saint-Sée lui soit adjoint 
pour faire de nouvelles démarches dans le but d'obtenir soit 
le baraquement de pavillon de Flore, soit l'orangerie des 
Tuileries; l'assemblée fait droit à sa demande en lui adjoi- 
gnant M. Saint-Sée qui accepte. 

Le secrétaire lit une lettre de M. Lavenne, instituteur. 
M. Hamet sera prié de répondre à cette lettre. Il lit également 
une lettre de M™^ Dillon, la veuve d'un de nos plus anciens 
sociétaires et l'un de ceux qui ont le plus contribué aux 
progrès de l'inseetologie appliquée. L'assemblée s'associe à 
cette perte cruelle et exprime toute sa sympathie à M™* Dillon. 
Par cette lettre, M"^ Dillon prévient qu'elle désire vendre la 
collection d'insectes que possédait son mari. Une biographie 
sera faite de M. Dillon. L'ordre du jour étant épuisé et per- 
sonne ne demandant la parole, la séance est levée. 

Le secrétaire des séances, 
Delinotte. 



L'Hélomyze de la TrnflTe. 

{Helortiyza tuberivora. L.) 

PAR M. E. SAVARD. 

Truffe {Tuber cibarium). Champignon de la division des 
Thécasporés endothèques (c'est-à-dire à spores continues 
dans des thèques renfermées dans le tissu intérieur du Cham- 
pignon et ne devenant libres que par la destruction des 
couches extérieures). La reproduction des Truffes par leurs 
spores est parfaitement connue ; il est plus difficile de s'ex- 
pliquer comment se fait la dissémination à distance, la plante 
naissant et végétant à une certaine profondeur sous le sol. 
Les espèces du genre Elaphomyces présentent la même sin- 
gularité. Les Truffes se rencontrent particulièrement dans 
les bois de chênes des climats méridionaux et tempérés; il 
en a été recueilli dans plusieurs bois des environs de Paris. 



BULLETIN d'iNSECTOLOGIE 'AGRICOLE 9î 

Nous n'avons pas à insister ici sur le parfum stimulant 
bien conna et la fine saveur de la Truffe; le seul défaut de 
cette précieuse production est sa rareté, mais il n'est pas impos- 
sible qu'on parvienne à la multiplier. La Truffe est douée de 
vertus aphrodisiaques. 

Pour trouver le gisement des Truffes on se sert des 
porcs, on a même dressé des chiens à chasser : leur odorat 
n'est jamais en défaut. Il paraîtrait que la Truffe fait périr 
les herbes et môme les Mousses établies sur le petit domaine 
dont elle habite le sous-sol; les rabasseurs (chercheurs de 
Truffes) ne s'y trompent pas. — Peut-être aussi la Truffe 
s'empare-t-elle simplement des parties du sol ombragées et 
sèches dont les plantes à tiges aériennes ne sauraient s'ac- 
commoder. C'est un point de leur histoire à élucider. 

Quoi qu'il en soit, cherchez en Périgord ou ailleurs, dans 
les terrains calcaires boisés, surtout au pied des Chênes, 
sur les points où la terre paraît dénudée, desséchée et comme 
effritée; fouillez à 10, 15, 25 centimètres de profondeur et 
souvent davantage, quelquefois à un demi-mètre, et... il 
n'est pas certain, mais il n'est pas impossible que vous trou- 
viez un gisement de Truffes noires, belles à souhait et parfu- 
mées à plaisir ! 

Les Truffes ne se trouvent pas disposées en cercle comme 
certains Agarics (par ex. les Mousserons); elles sont pelo- 
tonnées par groupes, par petits gisements, dans la direction 
des racines principales ou des branches-maîtresses des arbres 
qui les protègent. On en trouve non seulement dans les 
futaies de vieux chênes, mais sous des taillis, ou même dans 
des semis de Chênes^ au bout de cinq ou six années. 

Les cultivateurs prétendent que, pour obtenir à coup sûr 
des Trnffes dans des semis de Chênes, les glands confiés à la 
terre doivent avoir été récoltés sur des Chênes ayant abrité 
des truffières : ces glands d'élection se nomment glands 
truffiers. 

La récolte de la Truffe se fait de novembre en mars (à 
l'époque où se perfectionnent les dindes) : l'apparition de la 



92 BULLETIN D^INSECTOLOGIE AGRICOLE 

Truffe annonce l'approche du carnaval et fait prendre en 
patience la durée du carême. 

La Truffe aime les terrains maigres ; un terrain végétal, 
pourvu qu'il soit mélangé de calcaire, ne lui déplaît pas, 
mais elle ne s'accommoderait nulle part du lit de Champi- 
gnon de couche {['Agaricus edulis); les engrais animaux lui 
sont fatals. — Gomment s'opère leur propagation à un demi- 
mètre sous terre? leurs fines spores sont-elles entraînées à 
distance dans les fissures du sol par les eaux pluviales? leur 
mycélium s'étend-il de proche en proche? Peut-être. — Se 
développent-elles à la manière de la moisissure bleue [Pénicil- 
lium fjlaiicum) au sein d'un pain de munition à croûte 
épaisse et pierreuse, oublié six semaines dans la huche? 
Pourquoi pas? Il est bien d'autres mystères! 

Les espèces du genre Truffe sont nombreuses, toutes les 
espèces du g-enre Tuberne sont pas comestibles; il en est de 
très petites, d'insipides et d'inodores, aucune ne paraît vé- 
néneuse. — Parmi les espèces estimées dans le midi de la 
France, et qui arrivent rarement à Paris, nous devons men- 
tionner honorablement la Truffe blanche (qu'il ne faut pas 
confondre avec la Truffe noire, blanche à l'intérieur avant 
d'être mûre). La Truffe blanche est plus volumineuse que la 
noire; il en est dont le poids est de plus d'une livre, quel- 
ques-unes pèsent près d'un kilogramme. 

Sa saveur est fortement accentuée : c'est le parfum dje la 
Truffe noire, uni à une légère senteur d'ail (une Truffe à la 
fois au naturel et à la provençale). Elle se trouve partout 
dans la région méditerranéenne ; elle est surtout abondante 
en Italie; on la retrouve en Sicile, en Sardaigne.aux Baléares 
et en Corse. 

Les Trutfes gâtées à l'air libre peuvent, comme d'autres 
Champignons, être attaquées par des larves d'insectes. 

Les larves de rHelomyza tuhp.rivora sont pernicieuses pour 
les Truffes, ce tubercule si estimé. 

Ces insectes exercent une déprédation que les gourmets ne 
leur pardonneront jamais; car ils gâtent les Truffes. 



BULLETIN D'INSECTOLOGIE AGRICOLE 93 

Lorsqu'on presse entre les doigts une Truffe trop avancée, 
on y sent des parties ramollies qui cèdent sous cette pres- 
sion. Si l'on ouvre la Truffe, on trouve en ces points des 
larves de l'insecte qui nous occupe. 

Les larves sont blanches et très transparentes, elles ont une 
bouche armée de deux crochets noirs. C'est avec ces crochets 
qu^elles piochent la Truffe, comme d'autres larves piochent la 
viande. 

Les excrétions que rendent ces petits parasites provoquent 
la décomposition, la pourriture de la Truffe. 

Au bout de quelques jours, les larves ont pris tout leur 
accroissement. Elle quittent alors la Truffe, et vont se loger 
dans la terre, pour s'y changer en nymphes. 

L'Hélomyze de la Truffe a la tête de couleur ferrugineuse ; 
le thorax gris brun, les épaules d'un jaune brunâtre, les ailes 
brunâtres, l'abdomen jaune et brun, les pieds roux. 

L'insecte parfait fait partie des diptères. Son nom eniomo- 

logique esiHelo7n?/za tuberivora, et son nom vulgaire Mouche 

de la Truffe. 

E. Savard. 



Reuseigneiiieiits «le Sériciculture 

23 mai 1886. 

Soies. — Les nouvelles des éducations sont très favorables ; 
dans le midi de la France, les vers passent ou viennent 
de passer heureuseaient la troisième mue. Bien que le 
temps ait été orageux pendant la semaine écoulée, les 
éducateurs sont satisfaits, et, si la température continue à se 
maintenir ainsi jusquà la fin de la période des vers, il y aura 
une belle récolte. La feuille du mûrier est très belle partout 
et va toujours en progressant, ce qui constitue un fait assez 
heureux, parce que si les vers allaient de pair, la feuille 
n'aurait pas les principes nutritifs nécessaires pour atténuer 
les effets des temps humides sur l'éducation des vers à soie. 

En résumé, la situation est très bonne, le sort de la récolte 
va dépendre en grande partie de la semaine prochaine. 



94 BULLETIN d'iNSECTOLOGIE AGRICOLK 

En Italie, la situation se maintient également bonne, bien 
que la température ait été défavorable. 

Les nouvelles du Levant restent toujours bonnes dans leur 
ensemble mais, en mettant les choses au mieux, ne laissent 
pas entrevoir une récolte supérieure à la dernière. 

A Lyon, le caractère dominant du marché, c'est toujours 
l'excès de l'offre sur la demande, les prix restent lourds et 
surtout irréguliers, malgré un certain courant d'affaires. 

13 juin 1886. 

Soies. — La condition de la récolte des versa soie a changé 
considérablement. Les nouvelles qui nous sont parvenues 
cette semaine des éducations, d'excellentes qu'elles étaient il 
y a huit jours, tant en France qu'en Italie, sont devenues 
défavorables. Les chaleurs étouffantes et les orages, alternant 
aux pluies et au temps froid ont été très préjudiciables aux 
vers qui étaient, pour la plupart, arrivés au dernier âge. On 
ne peut encore se rendre compte des dégâts, mais, assuré- 
ment, les dommages sont importants et, de ce fait, la récolte 
se trouve sensiblement diminuée. 

Les cocons commencent à faire leur apparition sur les 
marchés des centres producteurs, mais ce n'est que la 
semaine prochaine que se traiteront les grosses affaires. Voici 
les prix payés: Uzès, Pont-Saint-Esprit, Alais, 3 50 à 3 60; 
dans le Vaucluse depuis 3 40 jusqu'à 3 70; à Avignon, à 
Orange, à Bolline Sainte-Cécile, 3 40 à 3 60. 

Les nouvelles d'Italie sont également moins bonnes ; les 
éducations ont souffert des orages. Les marchés commencent 
à être bien fréquentés, les affaires sont assez actives. On a 
payé en moyenne de 2 85 à 3 30 pour les cocons de qualité 
ordinaire et de 3 20 à 3 GO pour les cocons de qualité supé- 
rieure. {Extrait du Journal le Soleil), 

Migration» des iiiGuiiucnt petits. 

M. Charles Baltet communique la note suivante : 

Dans une étude intéressante sur les Aphidiens, pubhée par 



BULLETIN d'iNSECTOLOGIE AGRICOLE 95 

la Société d'horticulture et d'histoire naturelle de VHérault, 
M. J. Lichtenstein, parlant des émigrations des Pucerons, 
s'écrie : 

« Aujourd'hui, je puis avec conviction dire aux jardiniers : 
Le Puceron des racines de vos laitues, qui prend des ailes en 
septembre, est le même que celui des galles ou au moins 
d'une des galles du peuplier ;le Puceron de vos graminées, de 
vos blés, du maïs, de l'avoine, est la forme souterraine des 
pucerons des galles de l'ormeau, du lentisque, etc. Cette con- 
viction est devenue une certitude pour le Puceron des galles 
de l'ormeau et du maïs. » 

Si le savant entomologiste dit juste, nous assistons aux 
migrations des infiniment petits comme aux transformations 
des cryptogames. 

P. H. 



L.CS Dermestes. 

Les animaux sont livrés à la voracité d'un grand nombre 
d'insectes dont le rôle semble être de contribuer à la purifi- 
cation de l'air et des eaux en transformant la matière morte 
en matière vivante et animée. Le dernier travail de ce genre 
est dévolu aux Dermestes, dont les larves au moins pénètrent 
dans les restes cadavériques réduits aux parties sèches, peaux 
et tendons. Toutes les matières animales, fromage, lard, 
viandes sèches, fourrures, crin, laine, écailles, cordes à boyau, 
vessie, baudruche, etc., peuvent devenir la proie des larves 
de Dermestes. De là de véritables désastres dans les magasins 
et les collections d'histoire naturelle; des poussières brunâ- 
tres, excrément des larves, tombent sous les objets rongés. 
Gomme ces larves poilues ont horreur de la lumière, il faut 
battre au grand jour les objets atteints, ou les enfermer 
pendant quelques jours dans des caisses closes oii on a placé 
de l'acide phénique, ou de la benzine, ou, mieux encore, du 
sulfure de carbone. Par le fait du transport par le commerce, 



96 BULLETIN d'iNSECTOLOGIE ^.GRICOLE 

les espèces de Dermestes les plus nuisibles sont devenues 
cosmopolites. 

Le Dermeste du lard est le fléau des charcuteries mal tenues 
où il vole fréquemment, sa larve surtout dévorantles salaisons 
sèches et la couenne du lard, sansinterruption pendant quatre 
mois que dure son existence. L'adulte, long de? millimètres, 
est noir, avec les antennes terminées par une petite massue, 
et quelques poils cendrés sur le disque du corselet ; la base 
des ély très présente une large bande, d'un gris un peu jaunâtre, 
due à la présence de poils très courts, et trois points noirs 
rapprochés sur chacune forment comme une raie sinueuse en 
zigzag. La larve, à fortes mandibules, a des pattes courtes, et 
ses anneaux, d'un brun rouge, portent comme des couronnes 
de longs poils rougeâtres. Elle marche lentement et finit par 
se recouvrir d'excréments pour se changer en une nymphe 
blanchâtre, présentant les antennes, les fourreaux d'ailes et 
les pattes repliées en dessous. 

Une autre espèce, nuisible également aux collections d'ani- 
maux empaillés, coupant poils et plumes, et très commune 
dans les magasins de pelleteries, est le Dermeste renard, de 
înême taille que le précédent, noir, à poils roussâtres sur la 
tête, les élytres avec une faible pubescence cendrée. 

(Extrait des Bons points instructifs d'entomologie. Paris, Hacliette et C'^.) 

Note importante. La commission nommée à cet effet et 
réunie le 23 juin 1886 a décidé que l'Exposition des Insectes 
est ajournée à l'année 1887, du 15 août au 15 septembre. 



Le Gérant : H. Hamet. 



unp. de la Soc. de Typ. - Noizette, 8, r. Campagne-Première. Paris 



N" 7 ONZIÈME ANNÉE Juillet 1886. 



BULLETIN 

D'INSECTOLOGIE AGRICOLE 



Sommaire, a. Ramé : compte rendu du Congrès des Sociétés savantes 
en 1886. — L. Moleyre : Insectes et Crustacés comestibles, suite avec 
une figure. — Société centrale d'apiculture et d'insectologie, séance du 
I'.' mai 1886. — E. Savard : la Mouche de l'oseille. — Renseignements 
ae sériciculture. 



Compte rendu du Congrès des Sociétés savantes 

TENU A LA SORBONNE LES 27, 28, 29 AVRIL 1886 

Par M. A. Ramé, vice-président de la section de sériciculture. 
Délégué par la Société. 

La séance est ouverte à une heure, sous la présidence de 
M. Faye ; MM. Mascart, Alphonse Milne-Edwards, vice- 
présidents ; Léon Yaillant, secrétaire, MM. Mathieu, Isambert, 
Cocteau, assesseurs ; Crova, vice-secrétaire. 

La section qui comprenait autrefois les travaux géographi- 
ques a été scindée, et une nouvelle section a été ibrméespé- 
cialement en vue des progrès de cette science. Les auditeurs 
se sont forcément partagés dans les deux sections et ont été 
moins nombreux de part et d'autre. 

Le nombre des orateurs a été aussi diminué par ce même 
fait et aussi par la négligence de ceux qui, s'étant fait inscrire 
pour des communications, ne se sont pas présentés. Des me- 
sures spéciales seront prises pour éviter le retour de ce 
manque d'égards de la part des savants qui ne viennent pas 
prendre part aux travaux du congrès, alors que quelques-uns 
avaient indiqué des communications très intéressantes. 

M. le docteur Lemoine, professeur à l'école de médecine de 
Reims, présente le résultat de ses observations sur le déve- 
loppement et les métamorphoses àe YAspidioius du laurier- 
rose, petit insecte hémiptère qui occasionne ces taches bian- 



98 BULLETIN d'INSECTOLOGIE AGRICOLE 

châtres si abondantes sous la faoe inférieure des feuilles de 
cet arbuste. Les deux formes sexuées, très analogues dans le 
jeune âge, perdent Tune comme l'autre les antennes, les yeux 
et les pattes. 

La femelle, arrivée à cet état de dégradation, emploie sa 
force vitale à produire et à amener à l'état de maturité ses 
œufs. Le mâle reproduit à nouveau des antennes, des yeux 
au nombre de quatre, assez difîérents comme volume et comme 
organisation des ocelles de la larve, des pattes, des ailes. — 
Il franchit des états que l'on peut assimiler à l'état de nymphe 
et à l'état parfait des autres insectes. 

Gontrairementàropinion admise jusqu'ici, les deux formes 
sexuées de VAspidiotus évolueraient donc de la même façon, et 
leurs métamorphoses rentreraient dans le mode d'évolution 
normale des autres insectes. 

M. le docteur Lemoine, a ensuite communiqué le résultat 
de ses dernières recherches relatives aux ossements fossiles 
des terrains tertiaires inférieurs des environs de Reims. Il 
insiste particulièrenaenl sur les mammifères du groupe des 
pachydermes, dont il vient de découvrir une nouvelle forme 
générique, Yorthaspitherium. Une étude comparative, faite 
avec les pachydermes des époques tertiaires consécutives, 
semble démontrer que, si dans une des faunes éocènes des 
environs de Reims, la faune des sables à térédines, la dis- 
tinction des pachydermes imparidigités et paridigités peut être 
nettement établie, il n'en est plus de même pour la faune 
plus ancienne, dite faune cernaysienne, dans laquelle les pa- 
chydermes [plcuraspidutherium, orthaspltherium) associent 
encore les caractères des subdivisions du groupe Par quel- 
ques-uns de leur caractères, ils ne laissent pas que de rappe- 
ler les lémuriens. Les phalanges terminales de leurs mem- 
bres tiennent de la conformation des onguiculés et des ongulés. 
Déplus, par certains points spéciaux de leur organisation, ils 
se rapprocheraient des marsupiaux. 

M. L. Fourment,de la Société d'études zoologiques, présente 
une communication sur un cas de parasitisme monstrueux 



BULLETIN d'iNSECTOLOGIE AGRICOLE 99 

fourni par une mouche domestique {Musca domestica) qui 
logeait dans son abdomen, devenu énorme^ un helminthe 
appartenant au genre Mermis et mesurant huit centimètres 
et demi de longueur sur un tiers de millimètre de largeur. 

Malgré les dimensions considérables du nématode qu'il 
abritait, ce diptère (de taille assez réduite, un centimètre en- 
viron de longueur) ne paraissait ni alourdi dans son vol, ni 
gêné dans ses allures par ce fardeau qui, rapporté aux pro- 
portions d'un homme, lui semblerait écrasant. 

Eu effet, dans les mêmes conditions que cette mouche, un 
homme de taille ordinaire (Im 65) aurait à compter avec un 
immense serpent de 14 mètres de long, de la grosseur d'une 
forte anguille et d'un poids de 15 à 20 kilogr. Il est probable 
que le sujet atteint d'un pareil parasite serait, par suite des 
souffrances et de la gêne qu'il éprouverait, rapidement réduit 
à l'impuissance la plus complète ; on vient de constater qu'il 
en était tout autrement pour la Mouche. 

Doit-on attribuer cette différence à une plus grande résis- 
tance vitale de l'invertébré ou à une moindre excitabilité de 
son système nerveux? Ce sont là des questions que l'auteur 
ne veut pas aborder dans cette communication, se bornant à 
signaler ce curieux cas de parasitisme. 

M.Gertes, vice-président de la Société zoologique de France, 
expose les résultats de ses recherches sur l'emploi des ma- 
tières colorantes pour l'étude histologique et physiologique 
des infu^oires vivants. Il rappelle ']ue dès 1880 il est arrivé à 
colorer des organismes ou même des éléments anatomiques 
vivants avec lebleu de quinoléine, et que plus récemment il 
a obtenu une élection bien marquée de la matière colorante 
sur le noyau des infusoires vivants avec le dahlia N» 170 et 
le vert acide de Poirrier, et aussi avec la malachite verte de 
Berlin en solution au 1/10000' ou même au 1/100.000=. 

Poursuivant ces recherches, M. Certes a constaté que d'au- 
tres couleurs d'aniline « le bleu de diphémylamine de Berlin, 
les bleus 2 B S E, 6 3 B, 6 6 B de Poirrier » n'avaient pas 
d'action toxique sur un grand nombre d'infusoires, qui conti- 



100 BULLETIN d'INSECTOLOGIE AGRICOLE 

nuent à vivre et à se multiplier sans se colorer, dans des solu- 
tions intenses de ces matières colorantes. Il n'y a d'exception 
que pour les vacuoles stomacales, qui se remplissent d'ali- 
ments colorés. Il est intéressant de constater, en observant 
pendant un certain temps un individu isolé, que, peu à peu, 
ces vacuoles se décolorent et passent successivement du bleu 
au violet et du violet au rose pâle jusqu'à décoloration com- 
plote. D'après l'étude chimi([ue de ces bleus de diphémyla- 
mine, cette décoloration démontrerait l'existence d'une di- 
gestion alcaline. 

Enfin, dans une communication récente, M. Certes a entre- 
tenu la Société de biologie d'un bleu Poirrier 9 2 B, qui a la 
propriété de colorer le long pédoncule de certaines vorticelles 
sans lui enlever sacontractilité. 

Avec toutes les autres matières non toxiques essayées par 
cet observateur, la vorticelle se détache du pédoncule dés 
qu'il est coloré, et reprend une vie errante. 

A un fort grossissement « 800 ibis » on reconnaît que le 
filament central et la gaine du pédoncule sont en réalité in- 
colores et que le bleu s'est fixé exclusivement dans le liquide 
intracellulaire. Il y a donc là une véritable analyse histolo- 
gique, qui permet de reconnaître des détails qui avaient 
passé inaperçus jusqu'à présent. 

Les réactifs colorants du protoplasma vivant peuvent égale- 
ment trouver leur emploi pour l'étude d'animaux plus élevés 
dans la série. C'est ainsi que M. Certes obtient artificielle ment ces 
huîtres colorées en bleu, en vert, en violet qui ne se décolo- 
rent qu'au bout d'une dizaine de jours, môme si on les replace 
dans des parcs dont l'eau est sans cesse renouvelée. Comme 
dans les huîtres de Marennes, la coloration est localisée dans 
les branchies. 

M. Fabre-Domergue, de la Société d'études zoologiques, 
expose le résultat de ses recherches sur l'enkystement des 
Infusoires ; après avoir résumé brièvement l'historique de la 
question, il examine la formation et la composition du kyste 
et conclut que : 



BULLETIN d'iNSECTOLOGIE AGRICOLE 101 

l^L'enkystementpeut être considéré comme un phénomène 
commun àtous les infusoires flagellés, mais exceptionnel chez 
les infusoires ciliés ; 

2° Certaines espèces ont uçe tendance à sécréter un kyste, 
mais ne parviennent jamais à former une enveloppe suffisam- 
ment résistante ; 

3° La membrane du kyste possède des propriétés dyaliti- 
ques qui dans les conditions normales permettent aux espè- 
ces qui en sont pourvues de résister à la concentration de 
l'eau qui les entoure et les imprègne. 

A une question posée par M. Certes, M. Fabre-Domergue 
-ajoute que la membrane d'enkystement laisse passer certaines 
substances colorantes, mais en opérant une sorte de choix. 

M. Dangeard, de la Société linnéenne de Normandie, étudie 
les Vampyrelles et discute leur place dans la classification. 
Ces êtres tirent leur intérêt de leur simplicité. 

Ce sont nettement des animaux devant être placés dans la 
famille des rhizopodes et à la base des héliozoaires. 

Une nouvelle espèce est décrite sous le nom de V. Eu- 
glenœ, et le développenent des kystes de la vorax est donné ; 
ces kystes produisent 3, 4 nouvelles vampyrelles comme les 
sporanges. 

Leur filiation est suivie vers les héliozoaires par la descrip- 
tion des genres nuclearia, helerophrys, actinophys. 

Le Monas amyli et le Pseudospora nitellariim paraissent 
s'être détachés des Vampyrelles dans la direction des Flagel- 
lâtes. Le développement du Pseudospora nitellarum a été 
obtenu entier. 

M. Villot, délégué de ia Société des sciences naturelles du 
S.-E., présente un mémoire de zoologie taxonomique relatif 
au genre (rordius, dans lequel il s'occupe à la fois de la ques- 
tion de nomenclature des espèces et des faits relatifs au dé- 
veloppement de ces animaux. 

M. Paul Hallez, maître de conférences à la Faculté des 
sciences de Lille, expose le résultat de ses observations sur 
l'embryogénie des Nématodes. Il montre que. dans les études 



102 BULLETIN d'INSECTOLOGIE AGRICOLE 

embryologiques, il faut aujourd'hui s'appliquer plutôt à 
rechercher le mode de formation des feuillets et de la gas- 
trula, qu'à déterminer avec exactitude la valeur de chaque 
blastomère; cette manière d'étudier le développement d'un 
être est infiniment plus longue et plus difficile^ mais elle a 
l'avantage de donner des renseignements absolument précis. 
On voit ainsi que chaque cellule de segmentation a une signi- 
fication très spéciale, qu'elle représente à elle seule un organe, 
ou une partie d'organe, que toutes les parties de l'organisme 
surgissent ainsi successivement et chacune à la place qu'elles 
doivent occuper dans l'être adulte, et que, par suite, l'idée 
qu'on peut se faire du développement n'est pas très éloignée 
de la conception des évolutionnistes du dix-huitième siècle, 
modifiée dans le sens indiqué par Kani. 

En terminant, M. Paul Hallezfait remarquer les affinités qui 
existent entre les nématodes et les rhabdocœles probosci- 
diens. 

M. Yiallanes, de la Société d'études zoologiques, fait une 
communication sur la structure interne du cerveau des hy- 
ménoptères. Cet organe, qui présente une complexité très 
grande, aussi grande au moins que celle des animaux supé- 
rieurs, a été étudié par M. Yiallanes par la méthode des cou- 
pes et aussi à l'aide de la photographie microscopique. V 
rend compte des procédés de recherches qu'il a employés et 
des principaux résultats auxquels il est arrivé. 

Dans sa séance du 30, aucune question, parmi celles trai- 
tées, n'avait rapport à l'insectologie. 

Enfin le 1" mai a eu lieu la clôture du congrès par l'As- 
semblée générale, sous la présidence de M. Goblet, ministre 
de l'instruction publique et des beaux-arts, qui a prononcé, 
suivant son habitude, un très éloquent discours, fréquemment 
interrompu par les applaudissements. 

A. Ramé. 



BULLETIN d'iNSECTOLOGIE AGRICOLE 103 

lusectes et Crustacés comestibles 

PAR L. MOLEYRE 

Préparateur au Muséum [suite). 

Dans la même famille d'Hyménoptères, celle des Fornii- 
cides, il est un insecte tout à fait extraordinaire, le Myrmeco- 
cystus melUger. Les Myrmécocystes sont remarquables à pre- 
mière vue par le volume de leur abdomen dilaté, qui présente 
la forme d'une sphère à peu près grosse comme un pois. De 
distance en distance, on remarque sur cette sphère des éous- 
sons brunâtres et consistants qui représentent les arceaux de 
l'abdomen, tandis que la paroi, mince et incolore, est formée 




Fig, 11. — Fourmi à miel. 

par les ligaments interannulaires distendus à l'excès. A l'in- 
térieur, l'appareil digestif est prodigieusement dilaté et rem- 
pli d'une matière sucrée servant au même usage biologique 
que le miel des Abeilles ; seulement ici le miel est emmagasiné 
dans le corps même de l'insecte au lieu d'être accumulé dans 
des cellules de cire. Les gens du pays où l'on rencontre ces 
curieux insectes, c'est-à-dire les habitants de quelques loca- 
lités du Mexique, du Nouveau-Mexique et du Colorado, les 
mangent comme des bonbons, et l'on voit même figurer sur 
les meilleures tables des abdomens de Myrmecocystus melU- 
ger soigneusement débarrassés de la tête et du thorax (1). 

1. Voy. pour plus de détails sur ces curieux insectes les mémoires du 
Rév. Henry Mac Cock, The honey-ants ofthe Garden of the God (Philadel- 
phie, 1882). Ce mémoire est reproduit dans la Vie des animaux, de Brehm 
[Insectes, par Jules Kiinckel d'Herculais). 



104 BULLETIN d'INSECTOLOGIE AGRICOLE 

Les Fourmis nous conduisent tout naturellement à parler 
des Névroptères comestibles, qui se réduisent à un seul genre, 
très connu du reste à raison de ses mœurs, le genre Termite. 
Il y a, en effet, dans les termitières comme dans les fourmi- 
lières, des individus asexués et dépourvus d'ailes. Ces indivi- 
dus aptères rappellent quelque peu les Fourmis par leur 
faciès, et, comme l'a fait observer M. Maurice Girard, les 
voyageurs ont dû souvent citer des Termites comestibles sous 
le nom de Fourmis. 

Mais il y a entre les Fourmis et les Termites un trait de res- 
semblance encore plus important. C'est la présence, chez ces 
derniers, d'une sécrétion acide que des naturalistes ont signa- 
lée tout récemment. Est-ce aussi de l'acide formique, ou bien 
la classe des Insectes peut-elle nous fournir un nouveau com- 
posé, Vacide termitique"! On le saura plus tard; mais, dans 
tous les cas, cette observation montre que les Termites sont 
pourvus d'un assaisonnement naturel : ils auraient ce piquant, 
cette pointe d'acidité si agréable que M. Kirby a reconnus 
chez les Fourmis. On n'a donc pas le droit de s'étonner du 
concert d'éloges qui s'élève de divers points du monde pour 
célébrer les mérites alimentaires des Termites. Il y a même 
des voix européennes dans ce concert. 

[A suivre.) 

SOCIÉTÉ CENTRALE D'APICULTURE ET D'INSECTOLOGIE 

Séance du 4 9 mai 1886. — Présidence de M. Maurice 
Girard. 

Le procès-verbal de la précédente séance est lu et adopté. 

M. le Secrétaire général, M. Hamet, assiste à la séance et la 
Société est heureuse de le féliciter sur le rétablissement de 
sa santé. 

M. A. Ramé s'excuse de ne pouvoir venir à la séance. Il 
rend compte d'une demande qu'il a faite d'un local pour l'Ex- 
position des insectes et des démarches auxquelles il se livre 
k ce sujet. 

Communication est faite d'une circulaire du Ministre de- 



BULLETIN d'INSECTOLOGIE AGRICOLE 105 

mandant le catalogue des manuscrits appartenant aux archi- 
ves des Sociétés savantes. 'Les archives de notre Société ne 
contiennent pas de manuscrits, qui sont employés à mesure 
de leur dépôt. 

La Société a pris en considération le mémoire de M. l'abbé 
Delépine sur la réglementation des ruches et a décidé qu'elle 
l'enverrait au Ministre. Nous rappelons cette résolution en 
raison de son importance. 

Deux mémoires sont remis par M. E. Savard sur THélomyze 
de la truffe et sur la Grioière du lis. 

Divers faits relatifs à l'essaimage sont signalés. 

A la leçon d'apiculture faite au Luxembourg par M. Beuve 
le 27 avril 1886, la mère n'existait pas dans l'essaim : à une 
leçon suivante de M. Bourgeois, la mère a encore refusé de 
sortir. A la leçon du 18 mai faite par M. Hamet on a obtenu 
un essaim naturel qui a été recueilli. Outre la mère fécondée 
cet essaim contenait une jeune mère. Cet essaim s'est enfui. 

A la suite d'un transport de ruches prises à Meudon, loca- 
lité à flore avancée, le 4 mai 1886 et envoyées dans la Beauce, 
on a constaté que les Abeilles ont tué tous les Faux-Bourdons 
nés et au berceau. M. l'abbé Delépine a fait deux essais com- 
paratifs dans des ruches à cadres, dans Tune des ruches 
avec des rayons naturels, dans l'autre avec des rayons arti- 
ficiels. Une heure après l'essaim chassait ses Bourdons. 

Deux enfumoirs sont adressés à la Société afin qu'elle puisse 
les comparer : l'un est l'enfumoir américain de Root, monté 
sur un soufflet aspirateur donnant beaucoup de vent ; l'autre 
est l'enfumoir de M. Javouhey,de Chartres, avec son soufflet de 
la forme habituelle, soufflant par expulsion à l'arrière du com- 
bustible, qui est du chiffon nitré ou du purget nitré. L'As- 
semblée constate que l'enfumoir américain envoie sa fumée 
plus loin, mais active moins la combustion ; il est plus léger, 
ce qui est un avantage pour la manœuvre. 

M. Maurice Girard communique divers faits d'entomologie 
appliquée. 

Il montre des sujets vivants de CetoniasHctica, Linné, du 



106 BULLETIN d'iNSECTOLOGIE AGRICOLE 

genre Cetonia, Fabr., du sous-genre Leucocdis, Burmeister. 
Ces cétoines ont été envoyées par *le célèbre horticulteur de 
Troyes, M. Charles Baltet. Cette espèce ravage cette année par 
milliers les fleurs des pommiers, poiriers, pruniers, boules- 
de-neige, etc., faisant avorter les fleurs en dévorant les an- 
thères. Elle provient des cultures maraîchères du voisinage 
de la ville ; leurs larves ou vers blancs s'étaient développées 
en abondance dans le terreau. 

Au mois de septembre 1885,les sommités des pins silvestres 
du parc de l'École d'agriculture de Grignon (Seine-et-Oise) 
ont été détruites par les fausses-chenilles à 22 pattes du 
Lophyre du pin, dont les petits cocons bruns se rassemblent 
sur les bouts de branche. Le mâle est noir avec de belles an- 
tennes pectinées; la femelle jaune, variée de noir, à antennes 
simples. M. Maurice Girard fait constater des éclosions à 
l'Assemblée, car cette très funeste mouche à scie offre deux 
générations dans la même année. Le remède est de couper et 
brûler les bouts de branches chargés de cocons. 

Il montre ensuite deux beaux cocons bien pleins du ver à 
soie de l'Allante (A ^^«cMs Cynthia, Drury,Fera, Guérin-Méne- 
ville)qu'il a trouvés attachés par leurs pédicules aux feuillesd'un 
alaterne dans son jardin de la rue Gay-Lussac, où existe un 
vigoureux allante. Ces cocons n'indiquent aucune dégénéres- 
cence; on peut regarder l'espèce comme complètement accli- 
matée. 

Enfin, M. Maurice Girard fait hommage à la Société des sé- 
ries 10, 11 et 12 de ses bons points instructifs sur les insectes; 
les 36 lithochromies sont dues à notre collègue M. A. Clé- 
ment. 

Voici la nomenclature des sujets de cette dernière publica- 
tion de la maison Hachette et Cie. 

iO^ série. — Les Dermestes, les Silphes, les Thrips des 
céréales, le Termite lucifuge, la Mygale maçonne, l'Araignée 
d'eau, les Rhizotrogues, la Noctuelle du chou, l'Eumolpe de 
la vigne, le Rhynchite Bacchu^;, la Teigne de la grappe, 
r Attise des potagers. 



BULLETIN D'INSECTOLOGIE AGRICOLE 107 

/ /• série. La Lygée aptère, le Cynips de la galle à teinture, 
le Staphylin odorant, les Silphes, l'Ammophile des sables, la 
Cigale (lu frêne, le Valgue hémiptère, le Cèphe pygmée, la 
Punaise rouge du chou, l'Émpuse appauvrie, le Ténébrion 
des boulangeries, la Panorpe commune. 

■i. 2'^ série. Les mouches à viande, la Nèpe cendrée, le Micro- 
gaster agglomérant, le Réduve masqué, le Lépismedu sucre, 
leDrile flavescent, la Ranâtre linéaire, la Cantharide, la Sco- 
lopendre mordante, le Sirex géant, le Lophyre du pin, le Sca- 
rabée sacré. 

A propos de cette dernière notice, M, Maurice Girard fait 
remarquer qu'elle est destinée à réfuter une antique et multi- 
séculaire légende provenant des prêtres égyptiens. On croyait 
que la boule dé fiente que roule le Scarabée sacré contenait 
un œuf et qu'elle était destinée, enterrée par le Goléoptère, à 
nourrir la larve. M. Fabre, d'Avignon, a constaté récemment 
que ces boules stercoraires que les Scarabées sacrés (Ateuchiis 
sacer) roulent au printemps sur les coteaux des environs 
d'Avignon ne contiennent pas d'œufs et sont simplement des 
réserves alimentaires que l'adulte consomme dans son terrier. 
Puis M. G. Ponjade a constaté la même absence d'œufs dans 
les boules de fiente que roule une autre espèce, VAteuchus 
semipunctatus , commun sur la plage de Palavas près de 
Montpellier, espèce dont il a gardé chez lui des exemplaires 
vivants pendant plus d'un an. 

Sont présentés puis admis au nombre des membres de la 
Société, M. l'abbé Boyer, apiculteur à la Celle Saint-Cyr, 
président de la Société d'apiculture bourguignonne (section 
d'apiculture), et M. Berlioz, instituteur à Brenax (Ain) (section 
d'insectologie générale.) 

L'ordre du jour étant épuisé, la séance est levée. 

Delinotte, 
Secrétaire de la séance. 



108 BULLETIN d'iNSECTOLOGIE AGRICOLE 

La moncbe de l'oseille 

{Pegomyia acetosœ, Robineau-Desvoidy) 

par M. E. Savard. 

Oseille, rumex acetosa (famille des Pohjgonées, L. (1). 
Vivace et commune dans les prés. On cultive plusieurs 
variétés, parmi lesquelles nous citerons YOseille de Belleville, 
à feuilles plus larges, moins acide que l'oseille comniune, et 
généralement cultivée près de Paris. On sème à la volée, en 
planche ou en bordure, au printemps, et mieux en automne ; 
elle vient assez bien dans toute terre, quoiqu'elle préfère un 
sol léger et profond, ni trop sec ni trop humide. On est dans 
l'usage de la couper à ras de terre ; mais les maraîchers pré- 
fèrent avec raison la cueillir feuille à feuille et prendre tou- 
jours les extérieures. Les chaleurs de l'été augmentant son 
acidité, on doit en semer une planche ou une bordure au 
nord, pour cette raison. On peut aussi la multiplier par l'éclat 
des pieds ; c'est le moyen presque unique de propager l'espèce 
de ro. Vierge, R. montcmiis H. P. Dioique. Feuilles plus 
blondes, plus larges et moins acides que celles de l'Oseille 
commune. L'individu mâle est propre aux bordures du pota- 
ger, parce que, ne produisant pas de graines, il ne pullule 
pas dans les allées comme les autres. Il en existe une belle 
variété à feuilles très larges, plus vertes et lisses, plus 
hâtive au printemps. Il en est de même de l'O. à feuilles 
claquées belle race encore peu répandue. 

L'une et l'autre se multiplient d'éclat et de pied pour les 
conserver franches. 

Les graines de l'Oseille germent pendant trois ans. 

L'Oseille est l'une des plus vulgaires de nos plantes potagères, 
que son agréable acidité a fait ranger au nombre des aliments 
tempérants et rafraîchissants et des médicaments aiitisepti- 

1. Polygonécs. Famille de plantes dicotilylées apétales. Les Polygonées, 
répandues dans toutes les contrées du globe, sont surtout communes dans les 
régions tempérées de l'ancien monde, où elles sont représentées par des 
espèces herbacées quelquefois volubiles; sous les tropiques, il en est d'arbo- 
rescentes. Elles sont plus ou moins proches parentes des Chénopodées, des 
Araarantacées et des Nyctaginées, 



BULLETIN D'INSECTOLOGIE AGRICOLE 1()9 

ques et antîscorhutiqiies (1). Les rumex sgutatus et ageto- 
SELLA sont doués de propriétés analogues. 

L'Oseille est une des plantes, cultivées dans tous les jardins 
potagers, dont l'usage est général et qui entrent dans la cuisine 
du pauvre comme dans celle du riche. Ce sont ses feuilles qui 
sont employées et dont la conservation nous intéresse particu- 
lièrement. Cependant on remarque pendant l'été qu'un grand 
nombre de ces feuilles sont avariées et même pourries en 
totalité ou en partie. Elles présentent des taches d'un blanc 
sale plus ou moins étendues, qui envahissent quelquefois 
les feuilles entières et les rendent impropres à tout usage. Si 
on examine ces feuilles on s'aperçoit que dans tous les espaces 
blanchâtres le parenchyme a été enlevé, qu'il ne reste plus que 
les deux membrane? très minces et très transparentes qui le 
recouvraient. La feuille, étant ainsi vidée, est sans force pour 
se soutenir ; elle tombe et s'applique sur les feuilles voisines, 
s'y colle et s'y pourrit par l'effet de la pluie et des rosées, et 
l'on est obligé de mettre au rebut les unes et les autres. Le 
parenchyme qui a disparu a été mangé par une ou plusieurs 
larves mineuses qui vivent dans l'intérieur des feuilles et 
qu'il est important de connaître. 

Ces larves ont leur bouche armée d'un double petit crochet 
noir avec lequel elles piochent le parenchyme contenu entre 
les deux membranes pour l'avaler ensuite ; elles rongent tout 
autour d'elles et agrandissent leur demeure qui, avec le 
temps, devient une vaste place dans laquelle elles peuvent 
se promener tout à leur aise. En regardant la feuille par trans- 
parence, on voit très bien la larve exécuter toutes ses ma- 
nœuvres 

On trouve des feuilles où il n'y a qu'une larve dans une 
galerie, d'autres dans lesquelles il y a deux ou trois galeries 
contenant chacune une larve. Lorsque ces galeries, ens'éten- 
dant, viennent se rencontrer et se confondre, les larves vivent 
comme en famille, sans se nuire, chacune rongeant de son 

l. Antiscorbutiques. Agents employés pour combattre le scorbut. 



110 BULLETIN d'iNSECTOLOGIE AGRICOLE 

côté; elles se comportent de la même manière que celles qui 
habitent les feuilles de la betterave. 

La mineuse de l'Oseille se montre dans le mois de juin et 
dans celui d'acût. Lorsqu'elle est parvenue à toute sa crois- 
sance, vers la fin du mois, elle a 7 mill. de longueur. Elle est 
d'an blanc jaunâtre, molle, de forme conique, privée de pattes 
et susceptible de s'allonger et de se raccourcir notablement ; 
la tête , située au petit bout, est membraneuse et peut se retirer 
dans le premier segment du corps ; la bouche est un simple 
tube, dans lequel se trouve un crochet double qui sert à 
piocher la nourriture et à l'introduire dans le tube oesophagien ; 
le dernier segment est tronqué obliquement, entouré d'une 
courte dentelure, et porte deux petits tubercules sur la tron- 
cature, dans lesquels s'ouvrent les stigmates postérieurs; les 
stigmates antérieurs sont situés sur le premier segment et 
paraissent sous la forme de petits boutons ; c'est par ces quatre 
stigmates que la larve reçoit l'air nécessaire à ?a respiration. 
Cette larve, n'ayant plus besoin de manger, quitte la feuille 
dans laquelle elle a vécu, et entre dans la terre, oii elle se 
change en pupe cylindrique arrondie aux deux bouts, de 
couleur ferrugineuse. Celles qui s'enterrent dans le mois de 
juin se changent en mouches dans le mois de juillet; celles 
qui n'entrent dans la terre que dans le mois d'août, ou plus 
tard, ne paraissent sous la forme d'insecte parfait que dans les 
premiers jours du mois de mai de l'année suivante. Dès que 
cette mouche est née, elle s^accouple, et la femelle va pondre 
sur les feuilles de l'Oseille. 

Elle se range dans la famille des Athén'cères, dans la tribu 
des Muscides, dans la sous -tribu des Anthomyzides et dans 
le genre Pegomyia; son nom entomologique est Per/omyia 
acetosœ, et son nom vulgaire Mouche de V Oseille. 

Pegomyia acetosœ, longueur 6 mill. La face est blanche ; 
les antennes sont noires, les palpes fauves; le corselet est 
ovoïde, de la largeur de la tête, d'un gris pollineux ; l'abdomen 
est cylindrique dans le mâle, un peu moins large que ce 
dernier, de couleur fauve chez la femelle, avec le premier 



BULLETIN D'INSECTOLOGIE AGRICOLE 111 

segment noir, chez le mâle; les pattes sont fauves, sauf les 
cuisses antérieures qui sont noires de la base jusqu'au milieu ; 
les tarses sont noirs; les ailes sont hyalines (1), à nervures 
noires, elles dépassent l'abdomen; elles sont très brièvement 
ciliées (2) à la côte, et les nervures transversales sont écar- 
tées et perpendiculaires; les cuillerons sont médiocres et 
blancs; les balanciers sont jaunâtres; le vertex, le thorax et 
le bord postérieur des segments de l'abdomen sont garnis de 
poils noirs, inclinés en arrière sur le corselet, droits sur 
l'abdomen ; les pattes sont ciliées. Outre les caractères ditfé- 
rentiels du mâle et de la femelle, que l'on vient d'indiquer,, 
il faut ajouter celui tiré des yeux, qui sont rapprochés chez 
le mâle et écartés chez la femelle. 

On ne connaît pas de moyen de combattre cet insecte. On 
peut diminuer les dégâts qu'il produit, visiter l'Oseille et 
enlever toutes les feuilles minées qu'on y remarquera. 

Cette recherche doit commencer au mois de juin au plus 
tard, et se poursuivre jusqu'en décembre. Les feuilles atta- 
quées seront brûlées. Mais comme l'Oseille sauvage sert aussi 
de nourriture à cette espèce, elle fournira des mouches qui 
pourront venir pondre sur l'Oseille des jardins. 

E. Savard. 

Reuseij3;iiemciits tie Sériciculture 

Soies. — Les marchés de cocons, dit le Bulletin des soies, se 
sont clos en France aux plus hauts prix, soit 3, 70 à 3, 80 pour 
les derniers apports des montagnes de l'Ardèche et de la 
Drôme ; on a même touché 3, 90 et 4 francs. Le résultat final 
de la récolte, très différent d'une localité à Tautre, est, dans 
l'ensemble, plutôt supérieur à celui de l'année dernière. La 
grande quantité de feuilles qui est restée sur les arbres, s'ex- 
plique par cette circonstance que la végétation, en avance sur 
les vers, dès le début des éducations, a été exceptionnelle- 

1. Hyaline, Transparent comme le cristal. 

2. Cilié. Garni de poils raides, longs, rangés sur une seule ligae ou sur 
plusieurs lignes parallèles. 



1 12 BULLETIN D'INSECTOLOGIE AGRICOLE 

ment favorisée par les alternatives de pluies et de chaleurs 
du mois de mai. 

En ce qui concerne la récolte italienne, l'Association de 
l'industrie et du commerce des soies de Milan l'estime en 
ces termes dans son dernier bulletin : La production paraît 
dans l'ensemble un peu inférieure à celle de Tannée passée, 
on a fait à grand'peine les deux tiers d'une récolte ordinaire. 
De plus, les existences de soies et de cocons secs sont aujour- 
d'hui insignifiantes, tandis qu'elles étaient assez importantes 
l'année passée. Les marchés de cocons sont terminés dans 
l'Italie centrale, en légère réaction. La Syrie et Brousse ont 
une récolte à peu près égale à la précédente en quantité, et 
de bonne qualité ; les marchés se sont terminés en hausse. 
Le déficit de la récolte de Chine est confirmé ; la seconde 
récolte a laissé aussi des déceptions. 

A Lyon, le marché des soies conserve une allure qui n'est 
ni le calme, ni l'activité; en soie prête, les demandes sont 
suffisantes pour soutenir les cours, mais pas de grosses 
affaires ; en soies à livrer, quelques propositions de contrats 
à livrer, mais des prix que peu de producteurs croient devoir 
accepter. Il est certain que le coût de revient est très sensi- 
blement plus élevé que l'année dernière, soit parce que les 
cocons se sont payés plus cher, soit parce que les rendements 
à la bassine sont inférieurs. Cette circonstance militera cer- 
tainement en faveur du maintien des cours de la soie et, 
comme les prix des cocons ont été, en Italie surtout, assez 
irréguliers d'une localité à l'autre, les filateurs favorisés 
seront les premiers à en recueillir le profit. Quant aux 
seconds, qui sont incontestablement les plus nombreux, leur 
sort dépend en grande partie de la saison du printemps pro- 
chain en fabrique. Le marché de l'étoile est en pleine morte 
saison sur les places de consommation. Quant à la fabrique, 
elle est assez occupée par l'exécution des commissions 
d'automne. Journal le Soleil, du 14 juillet 1886. 

Le Gérant : H. Hamet. 

.^.i.jM30C.b.Typ,>..OU.i'TE,8, 1. U.Jlii*gue I.::.. 



N' 8 ONZIEME ANNEE Août 1886 



BULLETIN 

D'INSECTOLOGIE AGRICOLE 



SOMMAIRE.— E. Savard : La Criocère du lis, avec figures, — Société cen- 
trale d'apiculture etd'insectologie, séance du 16 juin 1886.— L. Moleyre: 
Insectes et Crustacés comestibles, {Suite). — Renseignements de séri- 
ciculture. 



La Criocère du Lis 

[Crioceris merdigeray Latr) 
PAR M. E. Savard. 

LIS COMMUN 
11 est le roi des fleurs dont la rose est la reine 

Le Lis blanc {Lilkim candidum), plante d'Orient naturalisée 
en Provence, d'une royale beauté, d'un parfum délicieux; 
emblème héraldique de noblesse et de dignité. Il est à remar- 
quer que la culture n'obtient pas ou n'obtient que très rare- 
ment des variétés à fleurs colorées des fleurs blanches. La 
déformation à fleurs doubles du Lis est inélégante. Le Lis 
doré du Japon (L^7mm auratum) est le plus beau des Lis jus- 
qu'ici introduits en Europe. Lorsqu'il est tout à fait adulte, 
sa tige s'élève de 1 mètre 50 à 2 mètres, et quelquefois plus ; 
dans toute sa longueur elle est munie de feuilles éparses, 
lancéolées, raideset un peu courtes. Elle se termine en une 
sorte d'épi, plus ou moins fourni, de fleurs gigantesques, 
qui, entièrement ouvertes, ont jusqu'à mètre 20 de dia- 
mètre. Leur forme est celle des fleurs du Lis blanc; la couleur 
du fond la plus ordinaire est le blanc, avec une bande longi- 
tudinale jaune pâle sur le milieu de chaque pièce du péri- 
gone intérieur (corolle), et de nombreuses tigrures ou 
macules pourpre brun. Dans quelques variétés, le fond du 
coloris tourne au pourpre clair, les macules étant alors d'un 
brun plus foncé. Ces fleurs remarquables exhalent une 



114 BULLETIN d'iNSECTOLOGIE AGRICOLE 

odeur délicieuse. La plante est presque aussi rustique que 
le Lis blanc. Jadis le Lis para les autels du Dieu d'Israël et cou- 
ronna le front de Salomon ; Gliarlemagne voulait qu'il parta- 
geât, avec la rose, la gloire de parfumer ses jardins, et s'il 
faut en croire les antiques récits de nos aïeux, le vaillant 
Clovis reçut un Lis céleste le jour où la victoire et la foi lui 
furent données. 

Le Lis qui fait l'ornement de nos parterres est communé- 
ment attaqué par un coléoptère qu'il attire de fort loin ; lors- 
qu'il s'y multiplie en nombre il dévore les feuilles, les salit 
et en fait un objet de dégoût; il attaque aussi les fleurs. Dès 
les premiers jours de mai^ dans certaines années, un peu 
plus tard ordinairement, on remarque sur les feuilles du Lis 
des petits paquets d'ordure noire et humide, qui grossissent 
peu à peu et qui ne sont pas entièrement fixés à la même 
place, mais qui se meuvent lentement, laissant sous eux la 
plante rongée ou percée. Si on enlève ce petit tas d'ordure^, 
on trouve dessous une larve d'un rouge-jaunâtre qui broute 
la feuille et se recouvre de ses excréments. Son anus est 
tellement placé que les matières qui en sortent, au lieu de 
tomber à terre, s'arrêtent sur son dos et sont continuelle- 
ment poussées en avant, du côté de la tête, par celles qui 
viennent ensuite ; en sorte que la larve se trouve, en très peu 
de temps, chargée d'une épaisse couche de ses excréments. 
Il paraît que cette couverture lui est nécessaire pour se 
garantir contre la chaleur du soleil et l'impression de l'air ; 
peut-être aussi la préserve-t-elle de l'atteinte des parasites 
qui cependant savent bien la blesser. 

Cette larve provient d'un œuf pondu par l'insecte femelle, 
qui le colle sur une feuille de Lis. Après son accouplement, 
qui dure au moins une heure, elle place ses œufs au nombre 
de sept ou huit dans le voisinage l'un de l'autre sur la même 
feuille, puis elle va sur d'autres feuilles achever sa ponte. 
Les œufs sont petits, oblongs, rougeâtres, enduits d'un 
liquide visqueux qui les colle à la feuille à leur sortie du 
corps. Au bout de quinze jours environ, selon la chaleur de 



BULLETIN D'INSECTOLOGIE AGRICOLE 115 

l'atmosphère, les petites larves en sortent, se mettent à brou- 
ter les feuilles et à se recouvrir de leurs excréments. Elles 
arrivent au terme de leur croissance à la fin de mai et au 
commencement de juin. Lorsqu'elles sont arrivées à ce terme 
elles ne mangent plus, ne rendent plus d'excréments, et leur 
couverture se dessèche et tombe. Elles sont alors sèches et 
d'un rougeâtre-pâle ou d'un blanc-verdâtre livide. Elles ont 
8 millim. de longueur. Elles sont un peu atténuées en devant 
c'est-à-dire qu'elles vont un peu en grossissant de la tête à 
l'extrémité opposée; leur tète est noire, luisante, petite et 
ronde ; on y distingue deux petites mandibules et deux 
petites antennes coniques. Le corps est formé de douze 
segments (1) peu distincts, dont le premier est noir, et dont 
le dernier porte en dessous un mamelon rétractile qui sert à 
la stabilité de l'insecte. Les pattes sont noires, attachées aux 
trois premiers segments. On voit de chaque côte du corps une 
sorte de bourrelet peu saillant, interrompu à chaque segment, 
sur lequel sont les stigmates marqués par un très petit point 
noir. Ils sont au nombre de neuf paires dont la première sur 
le premier segment, la deuxième sur le quatrième segment, 
et la troisième sur le cinquième. 

Cette larve est très lourde et ne marche qu'en reculant 
pour chercher une nouvelle nourriture, lorsqu'elle a brouté 
celle qui est sous sa bouche. Parvenue au dernier terme de sa 
croissance, elle se débarrasse de sa couverture protectrice et 
séchée, elle descend de la plante sur laquelle elle a vécu et 
s'enfonce dans la terre, dont les parcelles sont liées 
ensemble par un liquide visqueux qu'elle rend par la bouche ; la 
coque est grossière à l'extérieur, mais lisse comme du satin à 
l'intérieur. La larve s'y change bientôt en nymphe, et l'insecte 
parfait sort de terre environ trois semaines après, c'est-à- 
dire vers le commencement de juillet, pour produire une 
seconde génération qui passe l'hiver en terre et se montre 

1. Segment. Partie de Va-bdomen formant des anneaux séparés par un 
étranglement ou pai' une membrane qui les unit entre eux. 



116 BULLETIN d'iNSECTOLOGIE /-GRICOLE 

au commencement de mai. Ce petit Goléoptère fait partie 
de la famille des Cycliques, de la tribu des Eupodes et 
du genre Crioceris. Son nom entomologique est Crioceris 
merdigera (Latr.) et son nom vulgaire Griocère du Lis. 

Crioceris merdigera. Longueur, 7 raillim. largeur, 3 1/2 
millim. Les antennes sont noires, filiformes, composées de 
onze articles, longues delà moitié du corps; la tête est noire, 
transverse, rétrécie en arrière en forme de cou ; les yeux 
sont très saillants, échancrés; le corselet est rouge, sub- 
cylindrique, de la largeur de la tête, avec un enfoncement de 
chaque côté ; l'écusson est petit et noir; les élytres sont deux 
fois aussi larges que le corselet à la base, quatre fois aussi 
longues que ce dernier, à côtés parallèles, arrondies en 
arrière, d'un beau rouge, marquées de points enfoncés ran- 
gés en stries ; les pattes et le dessous sont noirs. 




La Criocère du Lis. 

Les larves de la Griocère du Lis sont exposées aux attaques 
d'un Ichneumonien, qui parvient à introduire un œuf dans 
le corps de chacune de celles qu'il atteint. Je conjecture qu'il 
les blesse dans le moment où elles ont quitté leur couver- 
ture et qu'elles montrent leur corps à nu. La larve parasite 
se nourrit de celle de la Criocère pendant qu'elle est renfermée 
dans sa coque, se change en nymphe dans cette coque, et 
l'insecte parfait se montre dès le 1" mai. 

Ce parasite a attaqué les larves de la seconde génération. Il 
se rapporte au genre Campoplex, et me paraît être le Campo- 
plex errabundusy longueur, 6 à 7 millim. Il est noir ; les an- 
tennes sont noires, filiformes (1), moins longues que le corps, 
îourbées à l'extrémité; la tête, les mandibules, les palpes sont 



BULLETIN d'iNSECTOLOGIE AGRICOLE 1 17 

noirs ; ces derniers, bruns à l'extrémité ; le thorax est noir ; 
le métathorax arrondi en dessus, coupé droit en arrière, avec 
des lignes suturales saillantes à ses diverses régions ; l'abdo- 
men est deux fois aussi long que le thorax un peu comprimé 
à l'extrémité, paraissant en massue, vu de côté; le premier 
segment forme un pédicule noir, renflé à son extrémité, qui 
est fauve ; les deuxième et troisième segments sont fauves, 
le quatrième est fauve à la base, brunissant à l'extrémité, les 
autres sont noirs, à extrémité fauve ; les ailes sont hyalines, 
atteignant à peu près l'extrémité de l'abdomen, à côtes et ner- 
vures noires, l'aréole est petite, triangulaire, sessile ; la tarière 
est noire, très courte, dépassant à peine l'extrémité de l'abdo- 
men. 

Je n'ai pas vu le mâle. Il n'a paru que la femelle dans mon 
bocal d'éducation. 

La Criocère du Lis se porte aussi sur le Lis martagon, et 
probablement sur les autres espèces de ce genre pour en ron- 
ger et salir les feuilles, et même assez souvent les fleurs. 

Note. La ligure de la Criocère du lis est tirée des métamor- 
phoses des insectes, 6* éd. de M. Maurice Girard, Paris^, Ha- 
chette et CJ«. — Remerciements aux éditeurs. 

E. Sâvard. 



Société centrale d'apiculture et d'ins)ecto1og:ic 

SÉANCE DU 16 JUIN 1886. 
Présidence de M. Fallou. 

Le secrétaire général donne lecture du procès-verbal de la 
dernière séance qui est adopté sans réclamation. II donne 
ensuite lecture de plusieurs correspondances adressées à la 
Société dans le cours du mois. 

L'Assemblée s'entretient ensuite de l'exposition des insectes 
projetée et le Président fait remarquer qu'il est très urgent 
d'en fixer la date et qu'il importe de délibérer aujourd'hui si 

1. Filiforme, d'une même épaisseur dans toute la longueur; ayant la 
forme d'un morceau de fil. 



118 BULLETIN d'[?;SECTÛL03IE AGRICOLE 

cette exposition aura lieu cette année ou si elle sera ajournée 
à l'année prochaine. 

M. Ramé fait connaître le résultat ries démarches dont il 
s'est occupé et qui jusqu'à ce moment n'ont pas abouti d'une 
manière satisfaisante. Il dit qu'il espère néanmoins aboutir 
et demande quelques jours encore avant que l'assemblée se 
prononce. Le Secrétaire général fait remarquer que la solution 
a été ainsi ajournée dans les séances précédentes et qu'il faut 
en finir, le temps devenant trop court pour la publicité néces^ 
saire. 11 demande qu'une commission de cinq membres soit 
chargée de vider la question dans la huitaine, c'est-à-dire de 
faire les dernières démarches pour s'assurer du lieu où pourra 
avoir lieu l'exposition, et de se réunir le mercredi 23 au secré- 
tariat de la Société pour prendre une détermination. Il pré- 
sente pour faire partie de cette commission MM. Ramé, 
Savard, Saint-Pée, Yicat et Hamet. M. le Président pose ainsi 
la question : l'assemblée délibère que, si la Commission sus- 
désignée n'a pas reçu une promesse formelle pour l'un des 
bâtiments que la Société sollicite pour son exposition, ladite 
exposition est ajournée à l'année prochaine. Il met aux voix 
cette proposition qui est votée à l'unanimité. 
On passe aux communications diverses : 
Destruction des faux-bourdons e?i juin et tendance des 
essaims à s'enfuir. M. Saint-Pée signale la destruction des 
faux-bourdons depuis quelques jours sur ses ruches aux 
portes de Paris, ce qu'il n'a jamais vu à cette époque et ce 
qu'il faut attribuer à la période de mauvais temps qui règne 
depuis le 3 juin jusqu'à ce jour. M. Hamet ajoute que l'essai- 
mage ne continue pas moins dans nombre de ruchers. Il dit 
qu'une heure avant la réunion un essaim est encore sorti du 
rucher du Luxembourg et que, malgré un vent assez vif du 
nord-ouest, cet essaim a pris la clef des champs. Il ajoute 
que, cette année, les essaims italiens surtout ont toujours 
eu, depuis le début de l'essaimage jusqu'à ce jour, une ten- 
dance à s'élever et à s'enfuir. On lui a signalé ce fait de diver- 
ses localités. 



BULLETIN D'iNSECTOLOGIË AGRICOLE 119 

Enfumoir améliora. M, Bourgeois dit que la comparaison 
faite dans la dernière séance de l'enfumoir américain, aspi- 
rateur avec Vexpirateur, l'a amené à appliquer les deux 
systèmes en même temps. 11 présente et fait fonctionner 
un enfumoir Root auquel il a ajouté un tuyau expirateur, 
c'est-à-dii'e auquel il a adapté un tuyau placé derrière qui 
souffle sur la matière fumante. Les deux effets donnent un 
résultat très favorable. L'enfumoir peut môme fonctionner 
sans être enfermé. 

M. Asset annonce à la réunion que notre collègue M. A. 
Hamé, qui a exposé à l'Exposition de la Société nationale 
d'horticulture, a obtenu la plus haute récompense décernée 
aux collections scientifiques présentées en vue de l'ensei- 
gnement. 

La Médaille de vermeil grand module lui a été décernée 
pour ses onze vitrines comprenant les Coléoptères utiles ou 
protecteurs de l'Agriculture, les Coléoptères nuisibles aux 
forêts et bois d'alignement ; les Lépidoptères Sphingiens et 
autres nuisibles ; de magnifiques spécimens (ÏAttacus très 
remarquables, accompagnés des produits obtenuS;,etc., etc. 

Des félicitations sont, à l'unanimité, votées à ce collègue 
qui ne laisse échapper aucune circonstance pour mettre eu 
évidence la Société centrale d'Apiculture et d'Insectogie. 

Eloig?ie7nent des fourmis. M. Hamet dit que récemment 
un certain nombre de journaux horticoles ont donne comme 
moyen d'éloigner les fourmis l'emploi du charbon de bois. 
Les fourmis étant très nombreuses cette année dans la région 
de Paris et leur présence sur le tablier et les parois des ruches 
gênant les abeilles des colonies inférieures, il s'est mis à essayer 
de la recette. Il a d'abord employé le petit charbon de bois, 
puis du charbon pulvérisé, et il n'a obtenu aucun résultat. 
M. Falluu confirme l'ineflicacité du remède ; l'année dernière 
il a fait la même expérience sur des rosiers, et il n'est pas 
parvenu à en éloigner une seule fourmi. M. Vicat dit qu'il 
possède une composition qui non seulement les éloigne, mais 
les tue. M. Hamet ajoute qu'il est parvenu à éloigner de ses 



120 BULLETIN d'iNSECTOLOGIE AGRICOLE 

ruches les fourmis en en écrasant un certain nombre, qui 
exhalent une odeur faisant fuir les autres, et en répétant 
plusieurs fois l'opération. Il recommande de ne pas laisser 
traîner sur lô plancher des ruches des grains de miel sec qui 
attirent les fourmis. 

Rossignol des murailles et abeilles. Le rossignol des murail- 
les est classé parmi les oiseaux qui mangent des abeilles. 
M. Hamet pense, d'après ce qu'il a pu observer, qu'il n'en 
alimente pas ses petits. Cette année, un couple de ces jolis 
oiseaux a établi son nid sur un chapiteau en vannerie d'une 
ruche à cadres du parc de Montsouris et, pendant le temps 
de l'éducation des quatre ou cinq petits qui garnissaient le 
nid, les parents leur apportaient constamment des chenilles, 
abondantes aux environs. M. Fallou ajoute que le rossignol 
des murailles est un destructeur de chenilles, excepté des 
chenilles velues qui lui répugnent. Il ajoute qu'il touche 
peu àl'Yponomeute du fusain dont on parvient à se débarras- 
ser avec une solution de pétrole étendu de dix parties d'eau. 
Un membre recommande pour cet objet le quassia amara. 
M. Vicat dit que ses poudres de pyrètre éloignent la chenille 
de l'Yponomeute, comme elles détruisent les pucerons. 

M. l'abbé Delepine présente pour faire partie de la Société, 
section d'apiculture, M. Laurent Malou. Ce membre est admis. 
La séance est ensuite levée. 

L'un des secrétaires: Delinotte. 



Insectes et Crustacés comestibles 

PAR L. MOLEYRE 

Préparateur au Muséum [suite) 

Suivant Konig, les Indous récoltent, par d'ingénieux pro- 
cédés de chasse, de grandes quantités de Termites, et en font 
avec de la farine des sortes de gâteaux (1). Les Hottentots, 

1. L'auteur attribue, il est vrai, à l'usage trop prolongé de cet aliment une 
dysenterie « qui vous tue un homme en deux ou trois heures », mais cela ne 
se montre que dans les années où la denrée est très abondante, ce qui facilite 
les excès. Pour d'autres, les Termites seraient un excellent reconstituant et 
employés comme tels par les plus grands personnages. 



BULLETIN d'iNSECTOLOGIE AGRICOLE 121 

que Smeathman et Sparrman ont visités, sont moins habiles 
à capturer les Termites, mais ne sont pas moins empressés 
à s'en nourrir. Ils les font griller dans les marmites sur un 
feu modéré, à peu près « comme on opère chez nous pour la 
torréfaction du café ». Smeathman a mangé plusieurs fois de 
ces Termites grillés, qui sont pour lui une nourriture « déli- 
cate, saine et substantielle ». Ils ont le goût d'une crème 
sucrée, d'une savoureuse pâte d'amandes. Les larves de Calan- 
dres si vantées sont fades en comparaison. Smeathman trouve 
d'ailleurs ces larves beaucoup trop grasses, bien que, de son 
propre aveu, on les serve, dans l'Amérique du Sud, « sur 
les tables des épicuriens les plus raffinés, particulièrement 
des Français (!), comme un des plus fins morceaux qu'on 
puisse trouver dans le Nouveau Monde (1) ». Pour que des 
Européens estiment à ce point la saveur d'insectes qu'on a 
appelés Fourmis blanches, mais quelquefois aussi « Poux de 
bois », il faut évidemment que ces animaux aient un goût 
tout à fait exquis. 

Il est permis d'en penser tout autant au sujet des Cigales, 
qui appartiennent à un ordre bien difCérent, celui des Hé- 
miptères. On comprend, en effet, que les misérable peuplades 
de l'Australie mangent « toutes crues » ces espèces de Ci- 
gales qu'elles appellent Galang galang. On comprend même 
que les Indiens du Texas, dans un moment de disette, cher- 
chent une ressource dans cette curieuse Cigale de l'Amérique 
du Nord qu'on a appelée Cigale de dix-sept ans {Cicada sep- 
temdecim), parce qu'il lui faut, paraît-il, dix-sept ans pour 
arriver à l'état adulte. Cette Cigale a peut-être un chant rauque 
et désagréable, les Indiens n'ont sans doute pas l'oreille très 
musicale, et d'ailleurs ventre affamé n'a pas d'oreilles du 
tout. Mais chez les Grecs d'autrefois, les Cigales jouissaient, 
à cause de leur chant, d'une véritable faveur ; c'était même 
une sorte de culte dont on peut rencontrer bien des traces 
dans les auteurs grecs, sous forme d'allusions flatteuses, de 

1, Smeathman, Some account of the Termites, etc., 1781, p. 31-32. 



122 BULLETIN d'INSECTOLOGIE AGRICOLE 

curieuses légendes où les Cigales jouent un rôle intéressant, 
et même de gracieuses poésies, comme cette Ode à la Cigale, 
attribuée à Anacréon. Et pourtant ces Grecs, si superstitieux 
et si mélomanes, ne balançaient pas à commettre le double 
crime de sacrilège et de vandalisme en tuant leurs musiciens 
ailés pour les manger 1 La gourmandise peut donc quelquefois 
être aussi mauvaise conseillère que la faim. Car les Grecs, la 
plupart du temps, ne mangeaient de Cigales que par gour- 
mandise. On le voit suffisamment aux détails donnés par les 
auteurs du temps sur la manière de choisir les individus les 
plus savoureux, sur les époques auxquelles il convient le 
mieux de récolter, soit les mâles, soit les femelles (1). 

En dehors des Cigales, l'ordre des Hémiptères n'a plus à 
nous offrir qu'un exemple d'Insecte comestible, mais celui-là 
est bien remarquable. En effet, nous avons vu jusqu'à présent 
des Insectes comestibles à l'état de larve, à l'état de nymphe 
ou à l'état adulte. De l'espèce ici en question, espèce qui 
habite les environs de Mexico, on ne mange que les œufs. 
Voici à peu près comment les voyageurs racontent la manière 
dont on se procure ces œufs : 

Les Mexicains vont cueillir dans la lagune dite Toule des 
joncs d'une espèce nom méet7m/co qu'ils réunissent en petites 
fascines. Puis ils portent ces fascines au lac Texcuco. Au bout 
de quelques jours d'immersion, les Punaises d'eau du genre 
Corisa, qui pullulent dans ce lac marécageux, ont recouvert 
les joncs de leurs pontes. Il ne reste plus qu'à retirer les pa- 
quets dont on détache assez facilement les œufs. Ces œufs 
infiniment plus petits qu'un grain de mil, sont produits prin~ 
cipalement par deux espèces du genre Corisa, les C. femorata 
et mercenaria ; mais il va sans dire que ce procédé de récolte 
urocure en même temps un certain nombre d'œufs apparte- 
nant à d'autres genres, par exemple les œufs de Notonectes. 

1. Benuctt, Wandcring in N. S. Wa/cs (le passage relatif aux Cigales co- 
mestibles est l'epi'oduit dans Entomolor/ical Mar/azine, III, 211). — Anstote, 
Histoire des animaux, livre V, chap. xxiv (25 de Scaliger). — Pline, llisloire 
naturelle, livre XI, chap.xxxu, p. 29. 



BULLETIN d'iNSECTOLOGIE AGRICOLE 123 

Quoi qu'il en soit, ces œufs, connus sous les noms de anlte, de 
aguauUe, servent, réduits en farine, à fabriquer des galettes 
qui jouissent, paraît-il, d'une bonne réputation sur le marché 
de Mexico. On tire aussi un certain parti des Insectes adultes, 
mais c'est pour nourrir les oiseaux en cage ; on les vend dans 
les rues, comme chez nous le mouron, sous le nom de Mos- 
quitos (1). 

11 existe des Corises dans bien des pays, quelques espèces 
même sont très communes en France, mais nous ne croyons 
pas que nulle part elles montrent une faculté de puUulation 
comparable à celle de leurs congénères mexicains. Or c'est 
uniquement celte prodigieuse abondance qui permet d'utili^ 
ser les œufs de ces insectes (2). 

Avec les développements que nous avons donnés à cette 
étude sur les Insectes comestibles, nous ne pouvons faire 
moins que de rappeler en terminant, ne serait-ce qu'à titre 
de curiosité, quelques exemples mentionnés par les auteurs, 
bien que ces exemples ne puissent avoir au point de vue qui 
nous préoccupe spécialement aucune espèce d'importance. 

Dans l'ordre des Diptères, par exemple, nous trouvons à 
signaler la Mouche du fromage [Tijrophaga casei), dont la 
larve, connue de tout le monde, exécute de si merveilleux 
sauts, quand on la tourmente au moyen d'une pincée de sel. 
Cette larve pénètre parfois dans l'estomac humain, mais la 
plupart du temps cette ingestion n'est qu'un fait d'entomo- 
phagie involontaire ; on peut avaler de la même façon une 
foule de larves qui vivent dans les fruits et même des che- 



1. Voy. pour plus de détails sur ces curieux insectes : Gaceta de Littera- 
lura de Mexico, il9-l, h° 26, p. 201. — Extrait d'un mémoire par Guérin- 
Méneville et Virlet d'Aoust, An7i. de la Soc. enlom. de France, 1857, t. V. 
Bull., CXLVIII-CLI. Revue et Mag. de Zoologie, 1857, t. IX, p. 522-527. Ann. 
and Mag. of Nat. Hist., 1858, sér. 3, t. I, pp. 79-80. 

2. Voici cependant un passage d'un livre de Humboldt que je crois utile 
de reproduire, tl'après Kirby : « Quels sont ces vers {soûl en arabe) que le 
cap. Lyon... trouva dans les étangs du désert Fezzan, que les Arabes man- 
gent et qui ont un goût de caviar? Ne sont-ils pas des œufs d'insectes res- 
semblant aux aguaulte que je vis vendre dans les marchés de Mexico? 



124 BULLETIN d'iNSECTOLOGIE AGRICOLE 

nilles de Piérides dans une soupe préparée par une cuisi- 
nière négligente. Cependant on ne saurait nier que certains 
amateurs ne soient très sincèrement réjouis en apercevant 
des larves de Tyrophaga qui, suivant eux, équivalent pour 
tout fromage à un diplôme de maturité; aussi préfèrent -ils 
ceux qui recèlent dans leurs flancs une population nom- 
breuse. D'autres voient dans la propriété qu'ont certaines 
mortadelles bolonaises de marcher toutes seules une garan- 
tie d'authenticité. Mais je n'ai pas à faire la critique de ces 
manières de voir dans un mémoire qui a simplement pour 
but de rechercher si les Insectes peuvent fournir à l'homme 
une alimentation saine et économique. 

La Mite du fromage ( Tyroglyphus siro) donne lieu aussi à 
des cas fréquents d'entomophagie inconsciente. Cet animal- 
cule n'est pas un Insecte, mais un Acarien, c'est-à-dire qu'il 
fait partie de la classe des Arachnides. Tout au plus digne 
par lui-même d'une courte mention, il nous sert de transition 
pour dire quelques mots des Araignées comestibles. Suivant 
le voyageur Sparrman, on mange des Araignées dans le sud de 
l'Afrique, chez les Boshies-men; on en mange en Nouvelle- 
Calédonie, suivant le voyageur français Houton-Labillar- 
dière (1) ; et même en Europe (chose extraordinaire et vrai- 
ment exceptionnelle), on cite plusieurs personnes qui ont 
mangé des Araignées avec plaisir. Ainsi l'astronome Lalande 
avait toujours sur lui un drageoir plein de grosses Araignées, 
et de temps en temps il en avalait quelqu'une à la grande 
stupéfaction, souvent mêlée d'horreur, des personnes pré- 
sentes (2). Je cite ce savant illustre, parce qu'il s'est acquis 
des titres de célébrité autrement sérieux; mais je me garde- 
rais bien de nommer, comme l'ont fait plusieurs auteurs, 
quelques jeunes filles qui se faisaient un plaisir d'avaler des 
Araignées, sous prétexte que ces animaux ont un goût denoi- 



1, Voyage à la recherche de La Peyroiise, par le citoyen Labillardière, II, 
240. 

2. Latreille, Hist. nat. des Crustacés et des Insectes, VIlI, 93. 



BULLETIN D'INSECTOLOGIE AGRI OLE 125 

sette. De tels exploits me semblent d'autant moins mériter 
une pareille publicité que les Araignées peuvent être considé- 
rées comme des animaux utiles ; il serait donc fâcheux que 
l'habitude d'en manger en guise de noisettes se généralisât 
chez nous, quand même elle se répandrait seulement parmi 
les demoiselles. 

Pour en revenir aux Insectes, nous devons citer les Poux, 
de-l'ordre des Anoplures, que mangent avec plaisir, dit-on, 
les Hottentots. En considérant la taille vraiment exiguë de 
ces parasites, on est bien forcé d'attribuer une telle habitude 
à une sorte ^toute particulière de gourmandise plutôt qu'à 
la faim. Des êtres qui mangent leurs parasites, c est là une 
chose qui mérite bien d'être signalée, mais nous devons faire 
remarquer en même temps que ce fait n'est guère favorable 
à la théorie de Réaumur, d'après laquelle on pourrait atté- 
nuer sérieusement les ravages des Insectes nuisibles en les 
faisant intervenir dans l'alimentation. Les Hottentots mangent 
leurs Poux, ils n'en restent pas moins pouilleux. 

Viennent ensuite des Insectes employés à divers usages qui 
permettent de leur accorder ici une courte citation. Les In- 
diens du Mexique, suivant quelques voyageurs dignes de foi, 
préparent une sorte de liqueur stimulante en faisant infuser 
une espèce de Gicindèle dans l'eau ou dans l'alcool (1). Gela 
me donne l'idée que notre Aromia moschata, imprégnée d'un 
parfum pénétrant, tout à fait identique à celui de l'essence 
de roses, pourrait servir à aromatiser des liqueurs. D'ailleurs, 
dans certaines parties delà Suède, il paraît qu'on se sert quel- 
quefois de Fourmis pour donner une sorte de bouquet à des 
eaux-de-vie de basse qualité (2); mais ce procédé rappelle 
trop les habitudes de quelques commerçants qui mettent de 
l'acide sulfurique dans leur vinaigre, ou font infuser du poi- 
vre dans leur eau-de-vie. 



1. Chevrolat, Observations sur les 7nœurs de plusieurs Coléoptères du Mexi~ 
que {Revue entom. de Silbermann, I, p. 238). 

2. Gonsetl, Travels in Sweden, 118 (d'après Kirby) 



126 BULLETIN d'iNSECTOLOGIE AGRICOLE 

Nous n'avons plus à citer qu'un genre d'Insecte, et vraiment 
ceux qui le connaissent se feront difficilement à l'idée qu'il 
puisse être employé dans l'alimentation. Il Test cependant et 
voici dans quelles circonstances : 

Chacun sait qu'en Orient l'embonpoint, même un peu ex- 
cessif, est regardé comme un des signes les plus caractéris- 
tiques de la beauté féminine ; mais on sait moins le moyen 
employé par les dames pour acquérir ces formes pleines, ces 
contours voluptueux si recherchés des Orientaux et par suite 
des Orientales. Ce moyen, le voici : toutes les fois que vous 
rencontrerez un Blaps, c'est-à-dire nu de ces insectes noirs, 
qu'on voit se traîner gauchement^ sur des pattes qui semblent 
trop longues, au pied des murs, dans les caves et dans toutes 
sortes d'endroits obscurs et malpropres, saisissez-le (avec 
précaution pour éviter de recevoir sur les doigts un liquide 
infect qu'il a la mauvaise habitude de lancer toutes les fois 
qu'on l'inquiète), et conservez-le dans un bocal quelconque, 
ce qui n'est pas difficile, attendu qu'il peut vivre pendant plu- 
sieurs mois aux dépens de la provision de graisse qu'il a em- 
magasinée dans son tissu adipeux. Lorsque vous aurez réuni 
de la sorte un certain nombre de Blaps> faites-les cuire dans 
du beurre et vous aurez (sauf peut-être un tour de main culi- 
naire que les auteurs dont j'invoque le témoignage ont né- 
gligé de préciser) le remède contre la maigreur employé chez 
les Turcs (1). 

En disséquant des Blaps, j'ai pu constater que les tissus de 
ces insectes, dépouillés de leur écorce noire, sont loin d'avoir 
un aspect répugnant ; mais j'ai trouvé aussi dans la dernière 
portion de l'abdomen deux glandes rénifoimes d'un certain 
volume remplies de ce liquide huileux et infect que l'animal 
peut projeter à une grande distance, pour mettre en fuite ses 
ennemis. Malgré cette particularité répugnante, s'il est vrai, 
comme des auteurs très sérieux l'affirment, que les Orientales 



1. La dose est de trois Blaps tous les matins. 



BDLLETIN D INSECTOLOGIE AGRICOLE 127 

mangent des fritures de Blaps, c'est qu'elles pratiquent à tout 
prix la maxime: « Il faut souffrir pour être beau. » 

{A suivre.) 



Reuiseignenieuts de sériciculture 

Soies. — Les renseignements reçus par le syndicat des 
marchands de soie au début des mises à l'incubation, signa- 
laient généralement une augmentation notable de la quantité 
de sommes employées. Cette opinion s'est modifiée durant le 
courant des éducations; on estime actuellement la quantité 
de graines mises à l'éclosion plutôt inférieure à celle de l'an 
dernier. Favorisés par une bonne température, quoique un 
peu humide, les uns ont accompli leurs mues avec une régu- 
larité parfaite, et les chambrées sont arrivées à la bruyère 
sans qu'aucun échec grave eût été signalé dans nos divers 
départements séricicoles. Cependant la qualité des nouveaux 
cocons, excellente l'an dernier, laisse beaucoup à désirer cette 
année. 

Les bonnes qualités, en faunes dépurés, ont atteint 3 fr.70.La 
spéculation, encouragée par le succès de la campagne précé- 
dente, s'est largement pourvue sur les marchés. 

Pour résumer on estime que les nouvelles soies, tant à 
cause de la qualité inférieure des produits que des prix éle- 
vés des cocons, seront d'un coût de revient de 12 à 15 0/0 plus 
élevé que celles de la dernière campagne. 

En Italie, la réussite des cocons a varié avec les provinces, 
et il serait difficile de donner avec certitude une appréciation 
d'ensemble. Constatons, toutefois, que les chambrées ont 
donné de bons résultats, malgré les nouvelles alarmantes 
qui ont circulé à certains moments et qui ne peuvent s'ap- 
pliquer à la généralité des éducations. 

Les avis de Brousse et d'Andrinople estiment que la 
récolte sera équivalente à celle de 1885. En extrême Orient, 
les avis des maisons de Shangaï, les plus autorisées, estiment 



128 BULLETIN d'INSECïOLOGIE AGRICOLE 

que la production dans ce rayon ne dépassera pas 40.000 
balles, ce qui équivaut à une réduction de 30 0/0 sur celle de 
l'année dernière qui avait été de 55 à 56.000 balles. Dans le 
rayon de Canton, oii on n'en est encore qu'aux premières 
récoltes, aucune appréciation ne peut encore se faire sur le 
résultat final. 

Les aifaires sur le marché de Lyon ont été très calmes pen- 
dant cette dernière huitaine. Les prix actuels représentent à 
peine le coût de revient de la soie nouvelle, aussi la baisse 
serait bien dIus nrôludiciable à l'industrie de la filature que 
l'année dernière. 

La fabrique de Lyon est occupée par l'exécution des com- 
missions d'automne, et plus la saison s'avance, plus le règne 
des étofCes à poils, peluches et velours à dispositions^ 
pékins, s affirme. Journellement il arrive encore des ordres 
supplémentaires qui ne pourront être livrés que dans les 
derniers mois de l'année. Quant à l'étoffe pure unie, il s'en 
est certainement moins produit que l'année dernière. Les 
tissus teints en pièces élargissent au contraire de plus en 
plus leur domaine. 

Les importations des soieries à New- York pendant le mois 
de juin ont été supérieures a celles de l'année dernière, et 
pour les six premiers mois elles ont atteint 13.467.957 dollars 
contre 10.807.320 dollars en 1885, et 15.590.470 dollars 
en 1884. Ce résultat est dû à peu près exclusivement aux 
velours, peluches et étoffes mélangées de coton. 

Les marchés italiens ont été calmes pendant cette semaine 
et en même temps relativement fermes. 

A Londres, les prix restent en général assez bien tenus 
pour les Chine et les Canton. 

Les Japons délaissés sont plutôt faibles. 

{Journal le Soleil du 18 juillet 1886.) 

Le Gérant : II. IIamet. 



N» 9 ONZIÈME ANNÉE Septembre 1886 

BULLETIN 

D'INSECTOLOGIE AGRICOLE 



SOMMAIRE. — Nécrologie : Maurice Girard. — Les Polistes, la Polyse 
française, p. M. J. Kunckel d'Ilerculais (les Insectes). —Destruction des 
courtilières. — Manière de soustraire les légumes et les fruits à la vo- 
racité des insectes.— L'Acronycte de l'Erable, par M. E. Savard. — Les 
insectes et crustacés comestibles, par L. Moleyre {Suite). 



MAURICE J.-A. GIRARD 

'1824-1886 



La Société centrale d'Apicuitiire et d'insectologie vient de 
perdre un de ses membres les pluséminents : Mauiice Girard, 
qui, le plus souvent, présidait les réunions mensuelles de la 
Société. 

Maurice Girard, docteur es sciences, ancien professeur de 
physique au collège RoUin, professeur d'insectologie agricole 
à Grignon et professeur d'insectologie horticole à l'Ecole 
d'horticulture de Versailles, a publié de nombreux travaux 
d'entomologie qui témoignent qu'il était un entomologfiste 
très distingué. 

M. Maurice Girard est mort presque subitement, d'une 
affection catarrhale, le 8 septembre dernier, dans sa soixante- 
quatrième année, à Lion-sur-Mer (Calvados), où il passait, 
avec les siens, une saison de bains. 

Sur sa tombe le président de la Société entomologique de 
France, dont M. Maurice Girard faisait parti, a prononcé le 
discours suivant : 

« Messieurs, 
«Les travaux du savant et laborieux collègue, auquel je viens 
ici, au nom de la Société entomologique de France, adresser 



130 BULLETIN d'iNSECTOLOGIE AGRICOLE 

un dernier adieu, laisseront certainement dans les annales de 
la science une trace durable et profonde. 

« A l'exemple des Audouin, des Guérin-Méneville, des 
Gourreau, des Boisduval, dont ilfutlecontinuateuretrémule, 
Maurice Girard semblait avoir pris à tâche de montrer que 
l'entomologie, loin d'être une science purement spéculative, 
comme on le pense souvent, ne le cède à aucune parles ser- 
vices qu'elle est susceptible de rendre à l'agriculture, à l'in- 
dustrie, à tout ce qui touche au bien-être de l'homme. 
Parmi toutes les publications, —et elles sont nombreuses, — 
que notre collègue laisse derrière lui, il en est bien peu, en 
eiret,qui ne portent l'empreinte de ce soin continuel à recher- 
cher partout le côté pratique de la science. 

« On ne peut s'empêcher d'admirer l'activité scientifique 
de Maurice Girard, quand on réfléchit au nombre immense 
de mémoires et notices sur tous les ordres d'insectes que 
ce savant regretté a publiés. Vous en donner ici un aperçu, 
même sommaire, serait chose impossible. Je me contenterai 
de citer ses Recherches sur la chaleur animale des Arti- 
a/lés, qui ont fait le sujet de sa thèse pour le doctorat es 
sciences, — ses Etudes relatives à l'acclimatation en France des 
espèces de lépidoptères séricigènes exotiques, — ses Obser- 
vations sur les collections entomologiques étrangères qui ont 
figuré à l'Exposition universelle de 1867, année où il remplit 
les fonctions de président de la Société entomologique, — 
ses travaux sur le Phylloxéra, dont il a si bien su résumer 
l'histoire dans un volume devenu populaire, — son Catalo- 
gue des Animaux utiles et nuisibles de la France, — son bel 
ouvrage sur les Métamorphoses des Insectes, couronné par 
l'Académie des sciences, — une foule de notes concernant 
l'entomologie pratique, — et enfin son utile Traité d'Entomo- 
logie, œuvre considérable, aujourd'hui complètement terminé, 
et pour lequel la Société entomologique lui a décerné le Prix 
Dolfus. 

« Messieurs, quand une vie si laborieusement remplie vient 
à être tranchée suintement, c'est une grande perte pour la 



BULLETIN D'iNSECTOLOGIE AGRICOLE 131 

science ; c'est aussi un coup douloureux pour tous ceux qui 
se consacrent à l'étude. » 

Tous ceux qui ont connu Maurice Girard, depuis longtemps 
vice-président de la Société centrale d'Apiculture et d'In- 
sectologie, ne peuvent que s'associer aux nobles sentiments 
exprimés ci-dessus. 

H. Hamet. secrétaire général. 



Les Polistes [polistes). 

Les Polistes constituent un deuxième genre de guêpes 
sociales. ' ' 

Distributions géographiques. — Les Polistes sont 'abon- 
dantes dans toutes les parties du monde. 

La poliste française (Polistes gallica). Caractères. — 
Tout le corps, figure 20, est orné de marques jaunes, nom- 
breuses, mais variables, sur un fond noir. Les principales 
sont des cercles jaunes qui dessinent les bords postérieurs 
de tous les anneaux abdominaux; sur la face dorsale ils 
paraissent comme rangés, en avant. 

Distribution géographique. — Cette espèce n'appartient pas 
exclusivement à la France , on la trouve aussi en Allemagne, 
mais sous une forme dégénérée [Polistes diade?na) dont les 
antennes, au lieu d'être absolument rouges à la pointe, sont 
d'une couleur jaune rougeâtre sur leur face inférieure seule- 
ment. 

Mœurs, habitudes, régime. — Au début du printemps 
apparaît la femelle fécondée qui a traversé l'hiver ; elle se 
met à construire contre une branche, contre un mur, sous 
un auvent, quelques cellules peu nombreuses, fixées sur 
une colonnette très courte, qui formeront, avec le temps, 
une rosette sans enveloppe, fig. 20. 11 faut un été particuliè- 
rement favorable pour que la petite société s'accroisse au point 
de nécessiter un second étage pour la ponte ; dans ce cas, il 
est relié au premier par une petite colonnette centrale,fig. 21. 



132 BULLETIN d'iNSKCTOLOGIE AGRICOLE 

Le Peletier, qui a souvent observé ces nids à Paris, estime 
qu'à l'époque un peu plus avancée où les mâles et les fe- 
melles coexistent, le nombre des habitants varie de soixante 
à cent ving-t, dont 20 à 30 femelles. Dans quelques cellules 
isolées il a trouvé aussi des provisions de miel, qui, à son 
avis, étaient destinées à l'accroissement des larves. 

«Le 16 aoiàt 1873, jetrouvai à Gmandoii, rapporte Taschen- 
berg, un nid de l'espèce dégénérée [PoUstes d/adema), avec 
ses habitants et de nombreuses cellules ouvertes ; il remplis- 
sait, sous le montant d'une fenêtre à ras de terre, une petite 
cavité résultant d'un éclat de pierre. A l'intérieur du nid, les 
guêpes gisaient dans le repos le plus complet; elles s'éle- 
vèrent toutes sur leurs pattes, lorsque je m'approchai, et 
imprimèrent à leurs ailes des mouvements de vibration 
sonores ; mais je pus détacher le nid rapidement pour le faire 
choir dans une boîte placée au-dessous de lui, et je parvins à 
l'y enfermer, sans qu'une seule d'entre elles se fût envolée. 
Cette circonstance, ainsi que l'emplacement même du nid, 
montrent combien ces guêpes sont peu craintives et peu 
sauvages ; cette fenêtre appartenait à la devanture d'un 
hôtel relié à une brasserie, et donnait sur un chemin de voi- 
tures très animé. Ne pouvant m'arrêter longtemps en cet 
endroit, j'assoupis les guêpes avec de l'éther sulfurique, et je 
les lis tomber hors du nid; j'enveloppai ce dernier de papier 
et le plaçai dans une boîte en carton parmi d'autres effets de 
voyage. Quelques temps après, étant assis en Avagon, je vis 
voltiger quelques Polistes autour de mon sac de voyage qui 
se trouvait placé un peu haut, en face de moi. Toutes les 
nymphes étaient écloses dans le nid l'une après l'autre, et ces 
guêpes nouvelles avaient cherché de l'espace, non sans avoir 
laissé, au préalable, de faibles traces de leurs instincts d'ar- 
chitecte: car dans le milieu du rayon on voyait des cellules 
dont les bords étaient blancs, et pour lesquelles les pa- 
piers d'enveloppe avaient servi de matériaux de construc- 
tion. » 



JîUM.F.TIX D INSECTOLOGIE AGRICOLE 133 

Caractères. — Le 
chaperon est an- 
guleux, en avant; 
son bord supérieur 
est coupé presque 
droit ; et les an- 
tennes sont assez 
écartées. Les mâ- 
choires, à peu près 
aussi longues que 
larges, sont armées 
de quatre dents, 
dont les trois der- 
nières sont égales 
et équidis tantes, 
tandis que l'anté- 
rieure est plus ob- 
tuse et plus courte. 
L'abdomen présen- 
te une l'orme lan- 
céolée ; son pre- 
mier article se ré- 
trécit bien un peu 
en avant, mais il 
n'est pas étiré en 
forme de pédicule, 
et comme le mé- 
tathorax tombe 
obliquement des- 
sus, il en résulte 
une sorte de cre- 
vasse entre lui 
et labdomen. Les 
antennes du mâle 
ont la pointe recourbée en dehors. 

Mœurs, habitudes, régime. — Leurs nids appartiennent 




Fig'. 22, 23 et 24. Guêpe solitaire, 
Guêpe sociale etChrvside. 



Se 



134 BULLETIN D INSECTOLOGIE AGRICOLE 

au type le pluH simple ; ils sont formés d'un seul rayon, rare- 
ment de deux et demeurent découverts. 

J. KuNCKEL d'Herculais (Les lusectes.) 



Destruction de la conrtilicrc. 

Dans les Annales de la Société nantaise d'horticulture, 
M. J. Neveu a publié la note suivante sur la destruction de 
la courtilière : 

« La courtilière est, dans quelques jardins, un destructeur 
des plus désagréables, et malheureusement la courtilière est 
plus connue que le moyen de la détruire. Sans se nourrir de 
végétaux, comme le font croire quelques observateurs, elle 
creuse des galeries presque à la surface de la terre et déracine 
les plantes qu'elle rencontre; elle les broie, non pour se 
nourrir, mais pour se livrer passage. Elle fait la guerre aux 
insectes qu'elle trouve sur sa route et fait même sa nourriture 
des vers blancs. 

« Dans le jardin de mon père, il y a beaucoup decourtilières 
qui y font pendant l'été de grands ravages. Elles se réunissent 
le plus souvent dans les terres meubles parce que là elles 
creusent plus à leur aise leurs galeries ; elles soulèvent tous 
les semis qui s'y trouvent, tels quecarottes, radis, oignons, etc.; 
ainsi soulevés et exposés à l'ardeur du soleil, les jeunes plants 
ne tardent pas à périr. J'ai vu souvent les courtilières sou- 
lever des rayons de carottes sur toute leur longueur. A cette 
occasion, un jardinier me disait, en voyant la manière d'opérer 
de ces ravageurs, que les courtilières se nourrisaient de végé- 
taux puisqu'elles avaient suivi les rayons sur toute leur lon- 
gueur. Je protestai contre cette observation et je dis que les 
courtilières suivent les rayons parce que la terre y est plus 
meuble que sur les côtés où l'on a marché pour semer ; elles 
y soulèvent la terre plus facilement, et c'est justement pour- 
quoi mes carottes sont toutes à l'air. 

« La courtilière délruitles insectes y compris les vers blancs, 



BULLETIN d'iNSECTULOGIE AGRICOLE 135 

c'est vrai, mais faut-il la conserver? Je dirai non. Il faut s'en 
débarrasser et n'en conserver aucune. Voici les moyens que 
j'ai employés pour m'en débarrasser : j'ai commencé par les 
pots à fleurs, les enfonçant à deux ou trois centimètres au- 
dessous de la surface de la terre et mettant de l'eau jusqu'à 
la moitié du pot. Ce moyen ne réussissant pas, j'employai le 
goudron liquide en le mettant à l'embouchure des galeries, 
le pétrole et l'essence, qui ne firent pas plus que le premier. 
L'été dernier j'ai remarqué un cultivateur qui faisait un labour 
à la charrue, labour profond de vingt centimètres environ ; 
des enfants suivaient la charrue et ramassaient les courtilières 
dans des pots ; plusieurs centaines ont été recueillies en peu 
de temps. Ce serait un bon moyen de destruction, mais on 
ne peut pas labourer à la charrue dans tous les jardins. Voici 
un autre moyen qui donne de bons résultats : il sufllt d'ouvrir 
me tranchée de vingt centimètres de largeur et de profon- 
deur sur toute la traversée du carré où se font les semis et de 
deux mètres, puis l'on remplit les tranchées de fumier à 
demi consommé. Gomme ce moyen ne peut être employé que 
l'été, il est bon d'arroser le fumier dans les tranchées et sur les 
côtés. Les courtilières qui aiment les lieux chauds et humides 
rentrent dans les tranchées pendant la nuit, et le matin on 
peut lever le fumier à l'aide d'une fourche et écraser les in- 
sectes qui s'y trouvent. 

« -J'invite les jardiniers qui auraient des courtilières dans 
leur jardin, à vouloir bien essayer mon moyen qui ne coûte 
pas beaucoup et qui est très efficace. » 



Manière de soustraire les Iég:uiiies et les fruits 
à la voracité des insectes. 

Toutes les plantes dégagent des principes gazeux, parfois 
très odorants. Tantôtces émanation:: ont un attrait particulier 
pour certains animaux, tantôt elles ont la propriété d'être 
repoussantes et insupportables pour certains insectes. 

Or, les jardiniers habiles ont soin de cultiver les plantes 
contraires aux insectes autour et à côté des plantes qui auraient 



]36 BULLETIN d'INSECTOLOGIE AGRICOLE 

à souffrir de l'action des insectes que les premières ont le 
privilège de repousser. 

Yoici, sur ce sujet, des faits d'un grand intérêt pratique 
pour ceux qui ont des jardins et des vergers. 

Le Puceron lanigère (qui aie pelage laineux, une toison), 
si nuisible aux pommiers^, ne tarde pas à disparaître, pour ne 
plus revenir, lorsqu'on sème au pied du pommier la capucine 
commune et qu'on la fait monter comme plante le long de 
l'arbre. 

On peut planter çà et là des pieds de chanvre entre les 
plantes analogues, aiin de les préserver des chenilles. 

Contre les murs qui soutiennent les treilles, entre les ceps 
on doit cultiver les tomates, dont l'odeur écarte les guêpes. 

Dans certains pays on a l'habitude de semer et de planter 
comme porte-graines, des oignons, du poireau et de l'ail près 
des murs et des espaliers, dans la pensée que la présence de 
ces plantes suffît pour prévenir le puceron ou la cloque qui 
endommage quelquefois si cruellement les pêchers. 



L'Aci'onyctc de TÉrablc 

Les stigmates sont noirs. Les pattes membraneuses sont de 
la couleur du corps ; les pattes écailleuses sont d'un brun 
noir luisant, ainsi que la tête, qui est marquée d'un delta 
blanc ou jaunâtre. 

On rencontre assez souvent une variété dont le corps est 
d'un gris verdâtre et les faisceaux de poils entièrement rou- 
geàtres. 

La belle chenille de cette espèce est commune en juillet et 
août; elle est du nombre de celles qui se roulent sur elles- 
mêmes, comme le hérisson, au moindre danger ; alors sa 
forme présente l'aspect le plus singulier. 

Malgré son nom, qui ferait croire qu'elle vit de préférence 
sur l'érable, on la trouve principalement sur le marronnier 
dinde, du moins dans les jardins publics de Paris. Elle vit 
aussi sur l'orme et le tilleul et beaucoup d'autres arbres. 



BDLLETIN D'iNSECTOLOGIE AGRICOLE 137 

Nous avons vu il y a quelques années, sur une route nou- 
vellement plantée de marronniers, tous ces jeunes arbres 
entièrement dépouillés de leurs feuilles par cette chenille, 
laquelle courait à terre de tous côtés faute de nourriture. 

Parvenue à toute sa grosseur vers latin d'août, elle se retire 
dans quelque trou de mur ou sous quelque corniche, pour y 
filer une coque dans le tissu de laquelle elle fait entrer ses 
poils. La chrysalide, d'un brun marron et dont l'extrémité 
anale est garnie de plusieurs pointes divergentes, passe 
l'hiver, et le papillon éclot en mai ou juin de l'année sui- 
vante. 

L'Acronycte de l'Erable paraît répandue dans l'Europe. Elle 
est commune aux environs de Paris. 

Acronycia aceris, 40mm. d'envergure. Ailes supérieures 
d'un gris blanchâtre, quelquefois un peu teintées de jaunâtre 
avec les lignes et les taches ordinaires écrites en noirâtre. 
L'extrabasilaire et la coudée géminées ; cette dernière éclairée 
de blanc entre ses deux lignes ; côte ornée de plusieurs points 
noirâtres. Frange grise, entrecoupée par des petits traits noi- 
râtres. Tête et thorax gris, mélangés de brun. Abdomen 
gris roux. Antennes grises et filiformes dans les deux sexes. 
Ailes inférieures blanches avec les nervures marquées en 
gris roussâtre. — Femelle d'un gris plus foncé, avec toutes 
les lignes mieux écrites, et les nervures des ailes inférieures 
beaucoup plus prononcées. 

E. Savard. 

In.seetes et Crustacés comestibles 

Suite, V. page 120. 

Ce dernier exemple semble n'être plus du domaine de 
l'enlomophagie. Les uns pourront m'objecter que cette mé- 
thode d'engraissement par les Blaps est une recette de parfu- 
meur, un Z«^Yili(2m^7/« quelconque. Mais la toilette n'a-t-elle 
pas déjà été appelée la cuisine de la beauté ? Si l'on préten^^ 
dait maintenant que cette formule contre la maigreur serait 
mieux à sa place 4aiis unp étude sur les Insectes pharma^ 



138 BULLETIN d'inSECTOLOGIE AGRICOLE 

ceutiques, j'invoquerais un témoignage prépondérant, celui 
de Brillât-Savarin. Pour cet illustre gastronome consultant, 
il y a trois genres de cuisine, comme il y a pour certains mé- 
caniciens trois genres de levier. La pharmacie est une cuisine 
du troisième genre, la cuisine de réparation. 

II 

CRUSTACÉS COMESTIBLES 

Si l'on mettait un cuisinier expert en son art (par exemple 
un lauréat du récent concours culinaire) en présence d'une 
collection complète des Crustacés qui vivent à la surface de 
notre planète, et qu'on demandât à ce taxonomiste d'ui r.ou- 
veau genre de classer tous ces animaux d'une manière judi- 
cieuse, en tenant seulement compte des caractères capables 
d'influer sur la comestibilité, les seuls d'ailleurs qu'un cuisi- 
nier soit à môme d'apprécier convenablement, il commence- 
rait évidemment par diviser la classe des Crustacés en deux 
sous-classes, le première renfermant les espèces réellement 
comestibles, la seconde celles que le développement excessif 
de leur système appendiculaire, leur taille ordinairement res- 
treinte rendent tout à l'ait désavantageuses pour l'alimenta- 
tion. Cette classification extra-scientiûque différerait bien peu 
de celle des naturalistes, la première division établie par 
notre cuisinier ne comprenant que des Décapodes et quel- 
ques Stomatopodes, la seconde se composant de Crustacés 
d'aspects très divers, presque tous de dimension restreinte, 
désignés en bloc autrefois sous le nom de Crustacés infé- 
rieurs. Mais ce qui est plus curieux, c'est qu'en poursuivant 
ses études taxonomiques, le savant à calotte blanche que j'ai 
mis en scène arriverait à formuler, de subdivisions en sub- 
divisions, une classification presque entièrement d'accord 
avec celle des naturalistes les plus éminenls. 

Laissant de côté bien entendu tous les Crustacés dits infé- 
rieurs, prenons l'ordre des Décapodes. Ceux-là sont pourvus 
d'yeux composés portés sur un pédicule mobile : ce sont des 
Podophthalmaires. Leurs anneaux céphaliques et thoraciques 



BULLETIN d'iNSECTOLOGIE AGRICOLE 139 

sont soudés et confondus, de manière à former une vaste ca- 
rapace ; enfin ils ont des pattes ambulatoires au nombre de 
dix paires, ce que le mot Décapode sert à rappeler. 

Il en est parmi eux qui présentent à première vue, pour 
l'alimentation, une immense supériorité sur les autres par 
suite du développement extraordinaire de leurs muscles ab- 
dominaux, muscles volumineux et faciles à extraire en une 
seule masse. Notre cuisinier séparera donc sans hésiter tous 
les Crustacés qui présentent ce précieux avantage pour en 
former une famille spéciale. Il leur donnera peut-être un nom 
mal justifié, celui de Crustacés à grosse queue, parce qu'il a, 
depuis de longues années, l'habitude d'appeler queue l'abdo- 
men des Homards, des Ecrevisses et des Crevettes qui font 
partie de ce groupe; mais il ne faut pas lui en faire un crime: 
les naturalistes ont donné aux mêmes Crustacés le nom de 
Macroures, composé de deux mots grecs qui signifient exacte- 
ment la même chose. 

Il ne manquera pas de grouper dans une deuxième famille 
les Décapodes à courte queue ou Braohyures, c'est-à-dire les 
Crabes. Chez ceux-là, l'abdomen réduit et replié sur le tho- 
rax ne pouvant rendre à la locomotion les mêmes services 
que la « queue » des Macroures, les pattes acquièrent un dé- 
veloppement et une puissance particulières: aussi les muscles 
qui les actionnent peuvent-ils fournir encore quand on choi- 
sit de grosses espèces, une ressource alimentaire qui n'est pas 
à dédaigner. En passant de la famille précédente à celle-ci, 
notre classiflcateur aura dû éprouver un grand embarras en 
présence de certains types, comme les Birgus, les Hippa dont 
l'abdomen est considérablement réduit, et les Notopodes qui 
ont encore quelques pattes insérées sur le dos, parce que les 
premiers de ces Crustacés ne sont pas tout à fait des Bra- 
chyures, et que les autres sont presque des Macroures, mais 
plus d'an naturaliste a éprouvé la même incertitude. 

On me dira maintenant qu'en matière de cuisine, de zoolo- 
gie, comme en toutes sortes de matières, entre deux hommes 
d'étude, si également doués qu'ils puissent être, il doit se 



140 BULLETIN d'inSECTOLOGIE AGRICOLE 

produire, aussitôt qu'on passe aux questions de détail, des 
divergences d'opinion d'autant plus prononcées qu'on s'é- 
loigne davantage des généralités. Prenons donc un second 
cuisinier, comme le premier expert en son art aussi utile 
qu'agréable^ comme lui lauréat de concours. Celui-là trouvera 
peut-être que son confrère a eu tort de diviser simplement 
les Crustacés décapodes en Macroures et en Brachyures, 
attendu que les Crevettes, par suite de la flexibilité de leurs 
téguments, peuvent être mangées sans qu'il soit nécessaire de 
les décortiquer complètement, attendu que la taille des Cre- 
vettes ne permet pas de les préparer, comme on fait du Ho- 
mard, de la Langouste et même, dans bien des cas, de l'Écre- 
visse. Il pourra même déclarer qu'à ses yeux les Crabes, malgré 
la rareté de leurs apparitions dans les maisons où officient les 
iTrands maîtres de la cuisine, devraient être rapprochés des 
Homards, des Langoustes, etc., en un mol des Crustacés ma- 
croures à carapace pierreuse. Je suis heureux de pouvoir 
mettre en regard de ces propositions une classification des 
Décapodes imaginée tout récemment par un naturaliste (!)• 
L'auteur en question divise ces Crustacés en Natantia et en 
Reptantia. 

Les Natantia, ce sont ces animaux pélagiens, nageurs entre 
deux eaux, dont les téguments flexibles rendent possibles des 
mouvements gracieux et véloces; tout le monde les connaît, 
ce sont les Crevettes. Les Reptantia, au contraire, ce sont ces 
Décapodes si éminemment crustacés, enveloppés d'une cara- 
pace pierreuse qui les rend en général gauches et lourds. La 
marche ou la course, quand ce n'est pas une sorte de repta- 
tion, sont leurs modes de locomotion les plus habituels. 

Renvoyons maintenant nos cuisiniers à leurs fourneaux, 
non sans les avoir chaleureusement remerciés, car nous de- 
vons à leur obligeance d'avoir pu résumer sous une forme 
nouvelle des notions indispensables à connaître sur un sujet 
quelque peu aride, la classification des Crustacés comestibleSj 
et passons à quelques considérations théoriques. 

1. J. Boos, Zool. Anzeiliing, II, p. 257, 



BDLLETIN d'iNSECTOLOGIE AGRICOLE 141 

Il est évident que toutes les conditions de comestibilité 
formulées et esquissées précédemment à propos des Insectes 
comestibles, s'appliquent absolument à la classe des Crustacés. 
Ici, toutefois, ces conditions peuvent se trouver réunies à un 
très haut degré dans une même espèce et, lorsqu'une seule 
existe, elle est souvent assez bien réalisée pour compenser 
largement le défaut des autres. Seule, pourtant, l'abondance 
extrêm.e de l'espèce ne peut en compenser la petite dimension 
lorsqu'il s'agit d'un Grustacé à téguments tout à fait durs et 
pierreux ; sans quoi tous les Décapodes sans exception seraient 
de très avantageux comestibles. 

Mais il est un point de comparaison à établir entre les Crus- 
tacés et les Insectes, sur lequel nous croyons d'autant plus 
essentiel d'insister, que la plupart des auteurs (peut-être même 
tous) qui se sont occupés de ces questions, ont absolument 
négligé d'en tenir compte. La vie des Crustacés a une certaine 
durée et peut récolter la plupart des espèces en toute saison. 
Au contraire, la vie des Insectes, déjà si courte, est encore 
entrecoupée de transformations modifiant presque toujours 
complètement leur aspect. On pourrait rapprocher des Crus- 
tacés les divers Mollusques comestibles^ particulièrement les 
Gastéropodes du genre Hélix, qui doivent la faveur dont ils 
jouissent à un avantage analogue. Mais il n'est pas permis, 
comme l'ont fait tant d'apôtres d'entomophagie, de nous ac- 
cuser de préjugé en mettant les Insectes en parallèle avec les 
Crustacés, les Moules ou les Escargots. 

Les Crustacés décapodes, qui semblent conformés spéciale- 
ment en vue de servir à notre alimentation, méritent bien que 
nous nous arrêtions un instant à examiner les particularités 
les plus saillantes de leur organisation. 

A l'état adulte leur corps présente au premier aspect deux 
parties bien distinctes. La première, composée réellement de 
plusieurs pièces soudées ensemble de manière à former une 
sorte de cuirasse, correspond à la tête et aux anneaux du 
thorax. Les annelations de la deuxième partie restent au con- 
traire indépendantes ; leur ensemble constitue l'enveloppe té- 
gumentaire de l'abdomen. 



142 BULLETIN d'iNSECTOLOGIE AGRICOLE 

En suivant de l'exlréiiiité céphalique à l'extrémité caudale 
les nombreux appendices qui donnent à tant de Crustacés un 
aspect si différent de celui des Insectes, nous trouverons 
comme dépendances de la tête : 1° les pédoncules mobiles qui 
supportent les yeux; 2° au-dessous, les antennes internes, 
composées de plusieurs filets multiarticulés portés sur un 
socle de trois articles; 3° les antennes externes, les plus 
grandes, souvent accompagnées à la base d'un appendice la- 
melleux qui a servi de caractère pour établir de nombreux 
genres ; 4° une paire de mandibules et deux paires de mâ- 
choires, ces dernières très petiLes, aplaties, pourvues de pal- 
pes de formes diverses. 

La portion de la carapace correspondant au thorax, résul- 
tant de la soudure de huit anneaux, porte naturellement huit 
paires d'appendices ; mais les trois premières paires, dirigées 
en avant, pourvues de palpes très développées et conformées 
à peu près comme les mâchoires, fonctionnent comme de véri- 
tables pièces buccales, et ont reçu pour cette raison le nom 
de pattes-mdchoires . Les cinq autres restent des pattes servant 
à la locomotion, bien que souvent une ou plusieurs des paires 
antérieures soient terminées par une sorte de pince didac- 
tyle, servant autant comme organe de préhension que comme 
appendice ambulatoire. 

Quant aux appendices de l'abdomen, leur importance et 
leur nombre varient beaucoup suivant le développement. Chez 
les Macroures, l'abdomen plus long que la carapace en porte 
cinq paires appelées souvent fausses-pattes ; il se termine par 
une nageoire à plusieurs lamelles qui constituent la queue 
proprement dite. Les Brachyures ont l'abdomen bien plus 
petit, replié sur la région sternale de la carapace et muni au 
plus de quatre paires de fausses-pattes. Ces appendices servent 
aux femelles pour retenir le résultat de leur ponte; ceux des 
mâles (qui n'en ont souvent qu'une paire) doivent jouer un 
rôle dans la copulation. 

Cette complication du système appendiculaire, que nous 
venons de décrire très sommairement^ ne se montre que 



BULLETIN D'INSECTOLOGIE AGRICOLE 143 

chez les adultes. Mais, avant d'arriver à cet état, la plupar- 
des Décapodes doivent subir des métamorphoses variées. Au 
sortir de l'œuf, leurs appendices antérieurs existent déjà, 
mais dépourvus de palpes, et ceux qui doivent fournir plus 
tard les pattes-mâchoires sont des organes locomoteurs. A 
mesure que ces derniers se transforment pour « passer dans 
la bouche », on voit apparaître et prendre leur forme défini- 
tive les vraies pattes ambulatoires et les appendices de l'ab- 
domen. Parmi les Décapodes éminemment comestibles que 
nous aurons à mentionner, les espèces les plus remarquables 
font précisément exception ; leur développement s'effectue sans 
métamorphoses. Mais cette exception n'est sans doute qu'ap- 
parente, les phases de transformation pouvant très bien s'ac- 
complir dans l'œuf. Au delà la croissance n'est marquée, 
chez ces Crustacés sans métamorphoses apparentes, que par 
une série de mues ou changement de carapace dont nous 
dirons quelques mots plus tard. 

Enfin^ rappelons pour terminer la faculté curieuse qu'ont 
ces animaux de renouveler leurs membres brisés ou arra- 
chés. Gomme cette formation d'un membre neuf ne peut se 
produire que si la section a eu lieu au niveau d'une articu- 
lation, ils savent très bien se couper eux-mêmes la partie 
gênante, si la fracture s'est produite au milieu d'un article. 
Ils peuvent ainsi renouveler toutes sortes d'appendices, et 
même les yeux. Si cependant on leur enlevait ces organes 
plusieurs fois de suite, il finirait par se former des yeux très 
imparfaits et incapables de tout service. 

Nous avons dit qu'en dehors des Décapodes il y avait aussi 
quelques Crustacés comestibles parmi les Stomatopodes ; c'est 
ici qu'il convient d'en dire quelques mots. 

Les Stomatopodes sont eux aussi des Podophthalmaires ; 
mais ce qui les distingue surtout, c'est que leur carapace, au 
lieu d'englober en même temps que la tête tous les anneaux 
du thorax, laisse les trois ou quatre derniers libres et indé- 
pendants comme ceux de l'abdomen. De plus, et c'est de là 
que vient leur nom, les Stomatopodes ont cinq paires de 



144 BULLETIN d'iKSECTCLOGIE AGRICOLE 

pattes-mâchoires, ce qui fait qu'il reste seulement trois paires 
de pattes servant uniquement à la locomotion ; mais il faut 
dire aussi que chez ces animaux les appendices de l'abdomen 
ont un développement remarquable : ce sont de véritables 
pattes natatoires (1). 

Le seul genre important pour nous, dans ce groupe d'ail- 
leurs peu nombreux, est le genre Squilla, pris ici bien en- 
tendu dans un sens très général, c'est-à-dire en y comprenant 
plusieurs autres genres créés à ses dépens. Ces animaux 
doivent à la forme spéciale de certains de leurs appendices, 
non moins qu'à celle de leur abdomen, beaucoup plus gros à 
leur extrémité qu'à la base, une physionomie singulière. La 
deuxième paire de pattes-mâchoires, extrêmement déve- 
loppée, est une sorte de grappin articulé dont l'animal peut 
replier brusquement la dernière partie sur l'avant-dernière. 
Or le dernier article, en forme de faux, est reçu dans une 
rainure de l'avant-dernier^ armé de dents d'un côté et d'épi- 
nes de l'autre. Ce redoutable instrument de préhension doit 
faciliter singulièrement aux Squilles la capture de leur proie; 
elles en ont besoin, car ce. sont des animaux très voraces et 
très carnassiers. Et pourtant, si l'on s'en rapportait à leurs 
gracieuses allures et à leur élégant aspect, les Squilles pour- 
raient passer pour des êtres de mœurs fort paisibles. Il sem- 
ble qu'ils se soient laissés tromper par ces apparences, ces 
pêcheurs de nos côtés méditerranéennes, qui, voyant les 
Squilles au repos replier leurs serres à peu près comme les 
bras d'une personne qui prie les mains jointes, les ont nom- 
mées iwecja-Bieou (prie-Dieu). (A suivre.) 

1. Les touffes composées de lamelles très finement divisées qu'on remar- 
que sur ces pattes sont des dépendances de l'appareil respiratoire; ce sont 
des branchies. 



Le Gérant : II. IIamet. 



■. Ckini'Utitie l". parlfc 



N' 10 ONZIÈME ANNÉE Octobre 1886 

BULLETIN 

D'INSECTOLOGIE AGRICOLE 



SOMMAIRE. — La Psylle du Buis, par M. E. Savard. — Domicile élu par 
diverses espèces d'hyménoptères dans un rucher, par le D"" René Ferry. 
— Société centrale d'apiculture et d'insectologie. — Séance du 21 juil- 
let 1886. — Là guêpe sylvestre, par MM. Malé. — Galle-Insecte du 
Fusain, par M. E. Savard. — Les Insectes et Crustacés comestibles 
{suite), par L. Moleyre. 



La Psylle du Buis. 

{Psylla Btcxi, Lin.) 

Buis (Famille des Euphorbiacées, tribu des Buxées), ar- 
brisseau d'Europe devenant quelquefois arbre de seconde 
grandeur. 

C'est la seule Euphorbiacée ligneuse d'Europe qui s'avance 
autant vers le Nord. — La décoction des feuilles de buis est 
laxative, et ce n'est pas sans inconvénient pour la santé qu'on 
les substitue quelquefois au houblon dans la fabrication de 
la bière. Le bois de buis râpé passe pour avoir les mêmes 
propriétés sudoriflques que le bois de Gaïac ; on lui 
associe, en décoction, le Sassafras et la Salsepareille. La tein- 
ture alcoolique de buis a été employée dans le traitement des 
affections rhumatismales et autres oii les substances sudori- 
flques et dépuratives sont indiquées. On connaît assez l'usage 
du bois du buis dans l'art du tourneur et l'ébénisterie ; ce 
bois dur et compact (en raison de la lenteur de sa croissance), 
est le seul qui soit employé pour la gravure sur bois soignée. 
Les plants de buis (maintenus à l'état nain par une taille 
rigoureuse) étaient et sont encore la bordure privilégiée pour 
les plates-bandes des parterres oii les lignes symétriques sont 
ordonnées. — La senteur finement aromatique du buis rap- 



146 BULLETIN d'iNSECTOLOGIE AGRICOLE 

pelle aux catholiques du Nord la touchante solennité du 
dimanche des Rameaux. 

On voit souvent dans les jardins et les parterres rustiques 
à la campagne des plants de buis à l'état nain ou à l'état 
d'arbuste ; on ne tarde pas à remarquer dans ces buis, dès les 
premiers jours de mai, que les feuilles de l'extrémité de cer- 
taines tiges ne s'étalent pas à plat, comme celles qui sont en 
dessous; qu'elles sont courbées et bombées, appliquées l'une 
contre l'autre et formant une sorte de boule ou de galle. En 
ouvrant quelques-unes de ces boules on en trouve qui sont 
creuses et qui sont formées par la réunion de deux feuilles 
bombées plus petites que les premières, formant des galles 
renfermées dans celles-ci. Les feuilles du buis sont persis- 
tantes et se conservent pendant l'hiver, et si les galles ouver- 
tes sont formées de feuilles de l'année on ne trouve aucun 
insecte dans leur intérieur: mais si elles sont formées de 
feuilles de l'année précédente, on ne tarde pas à y remarquer 
de très petites larves en nombre plus ou moins considérable, 
comme de deux ou trois à douze ou quinze. 

C'est vers la mi-avril qu'on peut en rencontrer. Ces larves 
sont alors oblongues, segmentées, ayant la tête, le thorax et 
l'abdomen tout d'une venue; on y distingue deux antennes 
filiformes, six pattes et an petit bec situé à la partie la plus 
inférieure de la tête, paraissant sortir d'entre les hanches 
antérieures. Ces petites larves sont rougeâtres, avec la tête, 
les antennes et les pattes noires; elles sont entourées d'une 
matière blanche cotonneuse qui les cache plus ou moins, et 
elles rendent par le derrière une matière sucrée qui se fige 
en sortant, prend la forme d'un fil blanchâtre contourné, 
plus ou moins long, ou qui se rompt en courts fragments. 

Lorsque ces larves, en grandissant, ont changé de peau, 
elles prennent une couleur jaune d'ambre ornée de deux 
rangs de petites taches noires, une de chaque côté du corps; 
la tête, les antennes et les pattes sont très noires. Ayant 
encore grandi pendant quelque temps elles changent de peau 
de nouveau et elles deviennent vertes, mais elles ont acquis 



BDLLETIN D'iNSECTOLOGIE AGRICOLE 147 

des rudiments d'ailes et sont devenues nymphes. Les gaines 
dans lesquelles les ailes sont cachées sont roussâtres et moins 
larges que chez les espèces de ce genre. 

Ce sont des larves qui, en piquant les feuilles du buis, pour 
en extraire la sève dont elles se nourrissent, les font courber 
en calottes et qui se créent ainsi un logement où elles sont à 
l'abri des vicissitudes de l'atmosphère ; ce sont elles aussi 
qui rendent pour excréments une sorte de manne en grains 
oiï. en fils d'un goût légèrement sucré, nullement nauséabond. 
Les nymphes continuent à prendre leur nourriture dans leur 
habitation jusque vers le quinze mai^, époque à laquelle 
elles deviennent insectes parfaits après un dernier change- 
ment de peau ; alors elles prennent leur essor, et on les voit 
sur les feuilles. 

Pour obtenir ces insectes d'éclosion, il faut récolter les 
galles des feuilles vers le premier mai et planter les branches 
qui les portent dans un bocal renfermant de la terre mouillée; 
on peut même se contenter de jeter les boules sur cette terre 
humide, et on verra bientôt les insectes sauter et voler dans 
le bocal. Si l'on veut débarrasser les buis des psylles qui les 
infectent, et qui cependant leur font peu de mal, il suffit 
d'enlever, vers la fln d'avril ou au commencement de mai, à 
l'aide de ciseaux, les extrémités des tiges, portant des boules 
ou galles, et de les brûler; par là on détruira tous les nids 
de ces insectes. 

Psylla Buxi, Lin. — Longueur 2 millimètres. Elle est verte; 
les antennes sont filiformes, plus longues que le corps, grêles, 
formées de dix articles dont les deux premiers sont courts, 
plus gros que les autres; les suivants sont longs, cylindri- 
ques; la tête est large, subtriangulaire, avec les yeux proémi- 
nents, presque globuleux, et deux stemmates sur les vertex 
près des yeux; le corselet est de la largeur de la tête, vôrt 
comme elle, sans taches, l'abdomen est de la largeur du 
thorax à la base, de la longueur de ce dernier et de la tête, 
vert, ové conique, terminé par une tarrière écailleuse, pointue 
chez la femelle; les élytres sont transparentes, relevées en 



148 BULLETIN d'iNSECTOLOGIE AGRICOLE 

toit dans le repos, d'un brun jaunâtre; les premières sont 
pourvues d'une cellule radiale et de deux nervures transver- 
sales fourchues à l'extrémité; les pattes sont vertes et les 
dernières propres au saut. 

Son nom entomologique est Psylla Buxi et son nom vulgaire 
Psylle du Buis. E. Savard. 

Doioicile élu pai* diverses espèces tl'hyniénopfèi*es 
daus nu rucher. 

J'ai observé plusieurs années de suite dans mon rucher, 
tantôt sur un tapis, tantôt sur un linge abandonné, tantôt 
entre les vitres et les planchettes d'un magasin à miel, des 
cellules en terre gâchée, et de forme plus ou moins olivaire, 
juxtaposées les unes aux autres, quoique facilement sépa- 
rables entre elles. 

Dans l'intérieur se trouvaient de petites larves très jeunes 
et à côté d'elles des araignées qui paraissaient bien fraîches, 
mais qui avaient eu les pattes coupées, et qui étaient sans 
doute destinées à leur servir de pâture. 

En 1880 j'avais abandonné un rayon mobile de cire vidée à 
l'extracteur : il était accroché à la paroi du rucher. 

Je remarquai que sur un espace ayant environ sept centi- 
mètres de diamètre, les cellules avaient été operculées à 
l'aide d'une lame de terre gâchée. Quelques-unes de ces 
cellules au centre avaient été laissées non operculées, et j'y 
remarquai un hyménoptère... qui y était logé la tôte dirigée 
vers l'ouverture. Je présume qu'il était occupé à pondre et, 
en effet, quelques jours après, ces cellules centrales se trou- 
vaient operculées, et j'ai constaté la présence de petites che- 
nilles, les unes encore toutes fraîches et pleines auxquelles 
était adhérent un œuf allongé, les autres plus ou moins 
sucées et vidées auxquelles adhéraient des larves à divers 
degrés de développement. 

Cet hyménoptère paraissait chercher également dans les 
cellules un abri ; car je l'y vis très souvent pendant toute 
l'année, surtout les jours pluvieux. 



BULLETIN d'iNSECTOLOGIE AGRICOLE 149 

Quand à cette sorte de plancher en terre étendu sur des 
alvéoles vides, il avait sans doute pour but de permettre à 
l'insecte de manœuvrer plus facilement ses victimes jusqu'à 
la cellule ou il se proposait de les ensevelir. 

La face antérieure du rayon ne présentait pas seule cette 
plate-forme de terre ; celle-ci existait également sur la face 
postérieure, où l'insecte se livrait aux mêmes exercices. Ce 
qui est surtout remarquable, c"est que les cellules pondues 
se correspondaient par leurs fonds, et existaient sur les deux 
faces du rayon aux mêmes points, — ainsi que cela se voit 
pour les rayons de couvain d'une ruche d'abeilles. 

J'observai le même insecte plusieurs années de suite sur 
des rayons de cire, que j'avais ainsi suspendus dans mon 
rucher. 

Sur ces mêmes rayons je remarquai en même temps une 
cellule fermée par une toile très mince et très lâche, rappe- 
lant celle de la fausse teigne. Je constatai bientôt que ce tissu 
était dû à une autre espèce d'hyménoptère, des deux tiers 
plus petite que celle dont je viens de parler. Au fond de la 
cellule se trouvait un œuf avec un morceau de pâté analogue 
à la bouillie que les abeilles donnent à leurs larves, mais 
plus épaisse. Au bout de quelques jours, je vis le même 
insecte exécuter le même travail sur plusieurs autres 
cellules éloignées et isolées les unes des autres. 

Enfin, en 1885, dans un tapis qui avait servi à couvrir mes 
ruches pendant l'hiver^ afin de les garantir du froid, j'ai 
trouvé à l'automne un nid très volumineux de bourdons : 
leurs cellules sont en une matière qui ressemble à la cire, et 
ils y logent leurs larves et leur miel ; ils avaient remplacé la 
mousse dont ils enveloppent d'ordinaire leurs nids, par de la 
bourre de laine qu'ils avaient formée aux dépens du tapis. 

ir y avait en outre dans les plis du même tapis trente à 
quarante cellules en terre gâchée provenant de l'abeille 
maçonne dont j'ai parlé plus haut . 

Ces insectes sont- ils attirés dans le rucher par le voisinage 
des abeilles? Les instincts sociaux des hyménoptères s'exer- 



15'0 BULLETIN d'iNSECTOLOGIE AGRICOLE 

cent-ils même vis-à-vis d'espèces différentes, de telle sorte 
que celles-ci, après avoir voltigé et picoré sur les mêmes 
fleurs, se plaisent et aiment à vivre sous le môme toit ? 
Selon que Ton aura plus ou moins d'imagination, l'on 
préférera cette explication générale, l'on adoptera, au con- 
traire, une explication particulière pour chaque cas. L'abeille 
maçonne... aura été attirée par la présence dans les coins 
du rucher de nombreuses araignées qui lui procurent une 
pâture assurée ; l'abeille bourdon par un tapis chaud et 
moelleux où elle a taillé une bourre épaisse pour entourer 
ses alvéoles; les deux autres espèces d'hyménoptères par 
des cellules de cire toutes prêtes qui les dispensaient 
de construire des nids pour y loger leur progéniture. 

En écrivant ces quelques lignes, je n'ai eu d'autre but que 
d'indiquer aux amateurs d'hyménoptères un nouveau moyen 
de se procurer leurs insectes favoris... En visitant les 
ruchers, ils auront chance de les y rencontrer... En y sus- 
pendant des rayons de cire, ils pourront même les décider à 
s'y installer et à y élire domicile, et ils auront ainsi toute 
facilité pour suivre les phases de leur développement et y 
observer leurs mœurs qui révèlent de si curieux instincts. 

D' René Ferry 



Société ceut. d'apiculture et d'însectologie. 

Séance du 21 juillet 1886, — Président de M. Fallou. 

Le procès-verbal de la séance précédente est lu et adopté. — 
Le secrétaire général donne lecture d'une lettre adressée au 
président par le Ministre de l'agriculture annonçant qu'une 
subvention de 1,500 fr. est accordée à la Société pour 1886. 
L'assemblée vote des remerciements à M. Develle Ministre de 
l'agriculture. 

Par une lettre du 25 dernier, le Ministre de l'instruction 
publique demande l'avis de la Société sur le changement 
d'époque de la réunion des sociétés savantes à la Sorbonne. 
Il pense que les vacances de la Pentecôte sont préférables à 
celles de Pâques. L'assemblée partage cette opinion. 



BULLETIN D'INSECTOLOGIE AGRICOLE 151 

M. le secrétaire général annonce la perte récente de deux 
membres dévoués au but que poursuit la Société : de M.Jules 
Geslin, traducteur à l'agence Havas, et apiculteur, décédé à 
Paris le 12 juillet âgé de 42 ans; et de M. Rudolp-Joseph- 
Johan Turecki, chimiste et économiste, décédé à Lagny 
(Seine et Marne) à l'âge de 71 ans. — Le secrétaire rappelle 
que ce dernier, né en Pologne, avait trouvé un procédé de 
conservation des peaux dont il demandait un prix élevé 
aux industriels à qui il l'a proposé et cela, dans le but de 
pouvoir offrir à la Société un capital qui lui permît de met- 
tre à exécution son Ecole pratique d'Insectologie. — L'assem- 
blées témoigne ses vifs regrets de la perte de ces deux hono- 
rables membres. 

M. Petitbeau adresse la communication suivante concer- 
nant Téloignement des Fourmis. Indépendamment des raiesà 
la craie et au goudron qui ne sont pas longtemps efficaces, 
pour que, si les Fourmis ne peuvent les franchir dans le pre- 
mier moment, elles s'y accoutument vite, j'ai employé avec 
le plus grand succès deux remèdes aussi simples que peu 
coûteux : la cendre de bois et le soufre. 

— C'est une chose bien simple d'éloigner les Fourmis, 
écrit M. Marcel Brisset, et voici comment j'ai trouvé ce 
moyen. Dans ma maison, il y a environ 6 à 7 ans, une com- 
pagnie de Fourmis passait par une porte de derrière et sortait 
par une de devant en suivant le mur et faisant le tour du 
foyer, ayant même fait une trace sur le carreau à cet endroit. 
J'ai fait divers essais de les éloigner qui finissaient par les 
attirer. Ayant usé de soufre en poudre que je semai de place 
à autre sur leur sortie, je les vis disparaître en moins de 
deux minutes, et, depuis cette époque j'en suis débarrassé. 
J'ai appliqué cette méthode sur mes ruches où elles appa- 
raissaient et je m'en suis toujours bien trouvé. Voici la 
manière d'opérer : semer quelques pincées de soufre en pou- 
dre sur le haut du panier en évitant qu'il en tombe à la sortie 
des abeilles. En moins d'une minute les Fourmis disparais- 
sent. 



152 BULLETIN d'iNSECTOLOGIE AGRICOLE 

L'abeille est plus attirée vers le miel par V odorat que par la 
vue. — M. Hamet cite un fait à l'appui. Le mois dernier, on 
coulait du miel dans sa cuisine et des Abeilles, attirées par 
l'odeur de ce miel, essayaient de passer par son bureau pour 
y aller mordre. Elle ne s'aventuraient pas par la cour sur 
laquelle cette cuisine donne, parce que cette cour est, comme 
beaucoup à Paris, une sorte de puits dans lesquels les 
Abeilles ne s'aventurent pas. Il ajoute que si les Abeilles 
fréquentent les fleurs d'une couleur et ne vont pas sur 
d'autres à côté, de couleurs différentes, c'est parce que celles- 
ci ne donnent pas de miel ou n'ont pas un arôme qui les 
attire. Ce n'est pas la couleur des fleurs qui les dirige dans 
cette circonstance. MM. Malessard et Saint-Pée appuient 
cette observation. 

Le président fait remarquer que cette séance clôt la ses- 
sion actuelle, et que la prochaine réunion n'aura lieu que le 
troisième mercredi d'octobre prochain. 

Pour extrait: le Secrétaire, Delinotte 



E.a Gnèpe sylvestre. 

Caractères. Les Guêpes sylvestres [Vespa sylvestris, ou 
holsatica) ainsi que quelques autres espèces plus rares, et un 
peu foncées, sont remarquables par l'intervalle qui sépare, 
chez elles, l'extrémité inférieure des yeux de la nais sance des 
mâchoires, ainsi que par leur pubescence ferrugineuse. 

Distribution géographique. On rencontre rarement la Guêpe 
sylvestre au nord de Paris. Elle est parfois abondante dans 
certains cantons du sud, oii, toutefois, elle ne commet pas de 
déprédations semblables à celles faites par la Guêpe ter- 
rienne. 

Mœurs, habitudes, régime. La Guêpe sylvestre qui nous 
occupe établit son nid, fig. 25_, dans le feuillage des arbres et 
des buissons, très rarement au niveau du sol. Elle le cons- 
truit avec une matière papyracée, provenant d'un mélange de 
salive et de raclures de bois pourris. Sans doute, le papetier 
d'Ulm qui, à l'Exposition de Vienne, en 1873, suspendit un 



BULLETIN d'iNSECTOLOGIE AGRICOLE 153 

de ces nids au-dessus de ses produits, voulaitainsi démontrer 
que les fabricants seraient arrivés, depuis longtemps^ à satis- 
faire le monde avec leurs papiers, si mauvais encore aujour- 
d'hui, si l'on prenait pour idéal celui des Guêpes ! Ces nids 
sontbâtissur le même plan que ceux des Frelons. Les Guêpes 



f ^ 




Fig. 27. Guêpe com. Fig.SS. Nid do guêpe sylvestre. Fig. 26. Guêpe sylvestre. 

qui les installent à l'air libre ont, sur cellesqui nidifient dans 
la terre ou dans les creux d'arbre, l'avantage de n'avoir 
pas à se préoccuper de l'espace et de pouvoir donner à leurs 
constructions leur forme naturelle. Cette forme est généra- 
lement celle d'un œuf ou d'nn citron; l'enveloppe offre à sa 
partie inférieure et latérale un orifice d'entrée ; à l'intérieur 
se trouve un nombre plus ou moins grand de rayons en 
étages suivant la grosseur de l'édifice ; les étages du milieu 



154 BULLETIN d'iNSECTOLOGIE AGRICOLE 

out naturellement un périmètre plus grand que ceux des 
extrémités. 

Les Guêpes sylvestres vivent en sociétés peu nombreuses, 
aussi leurs nids sont-ils généralement petits ; ils atteignent 
les plus grandes dimensions dans les contrées où les fruits 
abondent et lorsque la chaleur favorise leur maturité (1). On 
en trouve souvent qui ne sont pas encore terminés, et qui 
paraissent peuplés de vierges seulement, la môre primitive 
ayant dû périr sans doute. Une de ces constructions, d'une 
couleur blanc grisâtre, et de la grosseur d'une noix très forte, 
était suspendue à une petite branche de saule, sous un 
angle de 45° environ. Le fond était entouré d'une enveloppe 
extérieure en godet, formant manchette, et indépendante 
de la seconde enveloppe inachevée^ qui doit compléter le 
double manteau dont s'entourent les nids parfaits de cette 
espèce. A la pointe terminale de l'enveloppe interne était 
ménagé un trou arrondi de onze millimètres de diamètre qui 
servait d'orifice d'entrée, et qui permettait de jeter un coup 
d'oeil à rintérieur. Du fond de la cavité s'élevait une rosette 
de douze cellules hexagonales, rétrécies en arrière ; celles du 
centre étaient plus grandes et plus avancées que les autres. 

Nous disions plus haut que les Guêpes sylvestres commet- 
tent moins de déprédations que les Guêpes terriennes. Il faut 
ajouter qu'elles sont moins farouches et qu'elles s'accoutu- 
ment plus à ce qui remue autour d'elles. Néanmoins, elles 
piquent, et leur voisinage incommode parfois. Il importe 
donc de s'en débarrasser. 

On lit dans le Journal des campagnes, à qui nous emprun- 
tons la figure ci-cuntre : «Les entomologistes et les arbori- 
culteurs sont complètement divisés sur la question de savoir 
si les Guêpes entament ou non la peau des fruits; mais tous 
s'accordent à reconnaitre combien ces insectes sont éminem- 
ment nuisibles ; il faut donc s'appliquer à les détruire par 

1. Nous avons sous les yeux un nid, récolté sur une branche de poirier à 
Sèvres, près Paris, qui mesure, dans son diamètre le plus développé, 20 
centimètres, et qui a 28 centimètres de hauteur. 



BULLETIN D'INSECTOLOGIE AGRICOLE 155 

tous les moyens possibles. Du reste il est facile d'y arriver, 
et si l'on voulait s'entendre, en fort peu de temps, l'espèce 
disparaîtrait, ou du moins diminuerait beaucoup. Ainsi on 
prétend qu'à Thomery, près Fontainebleau, là où le raisin de 
table est si beau et si estimé, les Guêpes sont à peu près 
inconnues, grâce à la guerre que leur font les gardes cham- 
pêtres et des enfants payés pour cela; sans doute ils détrui- 
sent tous les nids, mais ce n'est pas tout, et il est un autre 
moyen qu'ils emploient toujours et que nous tenons essen- 
tiellement à propager. Il ne faut pas attendre la multiplica- 
tion desGuêpes pour détruire leurs nids; il faut, au printemps, 
chasser au filet et écraser les guêpes mères que l'on rencontre, 
qui ont seules passé l'hiver et qui doivent pondre les colonies 
nouvelles, si funestes, si nombreuses en automne. Rappelons- 
nous qu'en tuant une seule Guêpe en avril ou en mai, cela 
revient au même que si nous exterminions plusieurs mil- 
liers de ces insectes quelques mois plus tard. Faisons leur 
donc une chasse acharnée, et souvenons-nous qu'à cette 
époque de l'année, c'est surtout sur les fleurs des arbres 
fruitiers qu'on les trouve et qu'elles bâtissent particulière- 
ment sur les inflorescences de toutes les variétés de groseil- 
liers. » 

M. Malé {Journal des cajnpagnes). 



La €ialle-luscc(c du Fusain. 

[Lecanmm Evonymi) 

Fusain, Bonnet carré [Evonymus europœus, famille des 
Célastrinées). — L'écorce, les feuilles et les fruits ont une 
saveur nauséeuse fort désagréable; à faible dose, ils agissent 
comme purgatifs et émétiques. 

Les tiges, réduites à l'état de charbon, constituent un 
crayon léger dont la trace s'efface aisément et dont les pein- 
tres font usage pour les esquisses. 

Les arbrisseaux de la famille des Célastrinées contiennent 
des substances amères, astringentes et acres, douées de pro- 
priétés purgatives et émétiques. 



156 BULLETIN d'iNSECTOLOGIE AGRICOLE 

Le Fusain figure avec avantage dans les massifs des jardins 
paysagistes et ne le cède pas en beauté à plusieurs arbris- 
seaux exotiques qu'on y introduit de préférence. Il produit au 
mois de mai des fleurs vertes insignifiantes auxquelles suc- 
cèdent en automne des fruits rouges de la plus belle nuance. 

Ces fruits formés de quatre lobes ou de quatre côtes très 
prononcées, ressemblent grossièrement à un bonnet carré et 
ont valu à l'arbre le nom vulgaire de Bonnet de Prêtre, Bon- 
net carré. Lorsque sa végétation n'est pas vigoureuse, et qu'il 
souli're, soit par cause de sécheresse ou par défaut du sol, il 
se couvre de gallinsectes qui pompent la sève déjà trop rare 
qui circule dans ses branches, font un grand tort à l'arbre et 
peuvent occasionner sa mort. C'est vers la fin de mai qu'on 
peut y voir ces incectes qui sont alors très reconnaissables 
par leur grandeur et par la couche épaisse de coton blanc sur 
laquelle ils reposent. Ils ont la forme ovale, un peu atténuée 
à une extrémité qui touche l'écorce en un point, et échancrée 
à l'autre extrémité placée sur un monticule de coton qui se 
prolonge derrière eux en pente à 45° environ. 

L'insecte paraît comme une coquille mince, noirâtre, lon- 
gue de 8 millim, sur 7 millim, de large qui touche la branche 
par son bord antérieur et qui repose sur un monticule de 
coton, lequel se prolonge en pente derrière lui, ayant la tête 
en bas et le derrière relevé. 

Sous cette pellicule en forme de coquille se trouve un 
nombre prodigieux de très petits œufs rougeâtres et ovales; 
ils sont enveloppés par le coton qui les renferme comme 
dans un nid, et recouverts par cette pellicule formée de la 
mère qui les a pondus, laquelle, après s'être vidée, a été 
réduite à la peau de son ventre collée à celle de son dos. 

Les œufs éclosent vers le 30 mai, et les petits sortent de 
dessous leur mère par l'échancrure qui existe au milieu de 
son bord postérieur. Ils ont alors environ '/- mill. de lon- 
gueur ; leurs antennes paraissent formées de cinq articles et 
portent deux ou trois poils assez longs à leur côté intérieur, 
et d'autre poils plus courts au côté extérieur : elles sont ter- 



BULLETIN d'iNSECTOLOGIE AGRICOLE 1^7 

minées par deux poils, dont un notablement long et l'autre 
beaucoup plus court : le corps est ovale, rougeâtre, déprimé, 
un peu atténué en arrière: l'extrémité postérieure est échan- 
créeet terminée par deux longs poils; on ne distingue pas la tête 
ni le corselet, mais seulement des indices obscurs de segments ; 
les pattes, au nombre de six, sont très courtes, terminées par 
un tarse qui semble composé de deux articles dont le dernier 
porte trois poils peu longs sur lesquels la petite patte s'ap- 
puie en marchant. 

Les petites larves se dispersent sur les feuilles et les jeu- 
nes poussesde fusain et enfoncent leur petit bec dans l'écorce 
pour en pomper la sève qui leur sert de nourriture. 

Elles grandissent pendant leprintemps et l'été. Al'approche 
des froids, lorsque les feuilles ne contiennent plus de sève et 
vont tomber, les cochenilles déjà fortes les abandonnent et 
vont se fixer sur les branches oii elles passent l'hiver. Je 
n'ai pas suivi le détail de leur vie et je ne sais à quelle époque 
paraissent les mâles pour féconder les femelles, ni quelles 
sont les formes et les couleurs de ces mâles. Lorsqu'on se 
rappelle le nombre prodigieux de petits que produit une 
seule femelle et le faible nombre de cochenilles qui se trouve 
après l'hiver, on doit conclure qu'il eu périt une énorme 
quantité par suite du froid ou par toute autre cause ; mais 
pendant qu'elles existent elles épuisent l'arbre qui les nour- 
rit et en causent la mort après deux ou trois ans si on n'y 
porte pas remède. Cet insecte fait partie de l'ordre des Hémip- 
tères-Homoptères, de la famille des Gallinsectes ou Cocciniens, 
et du genre Lecanium. Son nom entomologique est Lecanium 
Evonymi, et son nom vulgaire Gallinsecte du Fusain, ou 
Cochenille du Fusain, 

Lecanium Evonymi, Femelle, longueur, 8 millimètres, 
largeur, 7 millimètres. Elle est briuie, ovale, bombée, atté- 
nuée à la partie antérieure, échancrée au bout postérieur. Lors- 
qu'elle est vidée de ses œufs, elle pai*aît ridée et d'un brun 
verdâtre. Mâle, inconnu. 
Cette gallinsecte a plusieurs ennemis parmi les parasites , 



158 BULLETIN d'iNSECTOLOGIE AGRICOLE 

dont les uns lui dévorent les entrailles et la font mourir, et les 
autres mangent ses œufs et diminuent le nombre de ses petits. 
Le premier de ces insectes est un petit Hyménoptère, de 
la tribu des Ghalcidiles et du genre E ne y r tus, qui sort de son 
corps vers le 18 juin, par un trou qu'il a percé dans la peau. 
La cochenille en nourrit plusieurs dans ses entrailles ; mais 
je n'en sais pas le nombre ; j'en ai recueilli une vingtaine de 
plusieurs gallinsectes renfermées dans une boîte. Ce chal- 
cidite est très petit; il n'a pas un millimètre de longueur; sa 
tête est arrondie en devant de la largeur du thorax et conti- 
guë à celui-ci ; les antennes sont formées de onze articles 
dont le premier est long, renflé en dessous à l'extrémité, 
insérées vers le bas de la face ; les suivants vont graduelle- 
ment en grossissant; les trois derniers sont soudés ensemble 
et forment une massue allongée ; le corselet est cylindrique ; 
l'écusson grand ; l'abdomen, adossé au corselet, et de la lar- 
geur de ce dernier à la base, moins long que lui, un peu cor- 
diforme; les tibias intermédiaires sont un peu plus longs que 
les autres et armés d'une forte épine à leur extrémité ; les 
ailes dépassent l'abdomen de la longueur de celui-ci ; la ner- 
vure sous-costale se réunit à la côte en un point et s'en 
sépare ensuite pour former le rameau stigmatique. Ces 
caractères placent ce chalcidite dans le genre Encyrtim et 
dans la section des Annulicornes établie par Nées d'Essem- 
beck. L'espèce a beaucoup d'analogie avec VEncyrtus puncti- 
pes, et je la décrirai sous ce nom avec un point de doute. 

Enci/rtus punctipesm. D,E. —Longueur, trois quarts de 
millimètres. Les antennes sont noires avec un anneau blanc 
formé de deux ou trois articles qui précèdent la massue; elles 
sont insérées au bas de la face ; la tête est fauve, garnie de 
poils courts ; les yeux sont noirs, le thorax et l'écusson sont 
fauves, garnis de poils courts ; l'abdomen est noir, garni de 
poils blancs très caducs sur les côtés ; les pattes sont noires, 
annelées de poils blancs, ou blanches annelées ou ponctuées 
de noir; les ailes sont hyalines. 
Les gallinsectes étant très apparentes au mois de mai, on 



BDLLETIN D INSECTOLOGIE AGRICOLE 159 

peut en débarrasser les Fusains, si on le juge convenable, en 
les enlevant de dessus les branches avec un couteau de bois 
ou en les écrasant ainsi que leurs œufs. E. Savard. 



Insectes et Crustacés coinestihles. 

PAR L. MOLEYRE 

Préparateur au Muséum (suite, v. p. 137). 

Des insectes orthoptères (1) pour la même raison ont reçu 
également ce surnom dont ils ne sont pas moins indignes. 
Tous ces prega Dieou ne sont pas au repos, mais à l'airût; 
ils ne songent pas à des patenôtres, mais ils méditent leurs 
mauvais coups. 

On trouve assez abondamment dans la Méditerranée deux 
espèces de Squilles, toutes deux recherchées à l'égal des 
meilleurs Crustacés. Elles ne laissent d'ailleurs rien à désirer 
au point de vue de l'alimentation, ayant un abdomen volumi- 
neux et charnu comme les gros Décapodes, et des téguments 
minces comme les petits. 

La première est la Squilla mantis, qui a ordinairement la 
taille d'un petit homard. C'est probablement cette espèce 
que le trop fameux Apicius mangeait à Minturnes. Ayant en- 
tendu dire que les Squilles étaient plus grosses sur la côte 
africaine, il fit équiper un vaisseau tout exprès pour aller 
vérifier le fait. Mais s'étant assuré que les Squilles africaines 
avaient la même taille que les autres, il ne débarqua même pas 
et fit immédiatement virer de bord : il savait à quoi s'en tenir ! 

L'autre, Squilla Desmaresti, est beaucoup plus petite, 
mais n'est cependant pas à dédaigner; elle a la taille d'une 
petite écre visse. 

On trouve, dans les mers chaudes, des Squilla ou, si l'on 
aime mieux, des Squillides qui atteignent des dimensions re- 
marquables. Je n'ai à citer parmi elles aucune espèce comes- 
tible, mais je suis tout à fait persuadé que dans aucun 
pays les pêcheurs qui en prennent ne les rejettent à la mer. 

1. Ces Orthoptères sont les Mantes. Aussi donne-t-on quelquefois aux 
Squilles le nom de Mantes de mer. 



160 BULLETIN d'iNSECTOLOGIE AGRICOLE 

Karis est le mot par lequel les Grecs (Aristote et Elien 
nous l'apprennent) désignaient les Crevettes, et peut-être 
aussi les Squilles dont il vient d'être question. C'est de là 
que vient le nom donné par les naturalistes à la famille des 
Caridides. 

Cette famille est une des plus importantes au point de vue 
de l'alimentation, à cause du nombre considérable d'espèces 
qui la composent. A première vue, les Caridides se distinguent 
des autres Décapodes à la forme générale de leur corps, 
comprimé latéralement, à l'absence de sillon transversal sur 
la cuirasse céphalothoracique, à la flexibilité de leurs tégu- 
ments; enfin, quand on les observe vivants, à leurs habitudes 
essentiellement pélagiennes et à l'extrême vivacité de leurs 
allures. Tout le monde connaît d'ailleurs les Crevettes, et la 
plupart de mes lecteurs n'ont eu qu'à observer un instant 
quelqu'une des espèces si abondantes sur nos côtes, pour ad- 
mirer la grâce et la vélocité de leurs mouvements. 

Les Caridides ont été divisées en plusieurs tribus, mais tous 
ces Crustacés ont une physionomie uniforme, le faciès bien 
connu des Crevettes. Quoiqu'elles soient toutes comestibles, 
nous ne pouvons penser à énumérer ici toutes les espèces. Cette 
nomenclature, sans intérêt réel, nous mènerait beaucoup 
trop loin, quand même nous supprimerions les espèces peu 
répandues, et par suite n'intervenant dans l'alimentation que 
mêlées et confondues avec les espèces usuelles. 

Parmi les Pénéines nous trouvons à signaler une magnifi- 
que espèce, bien digne de commencer la présente série, c'est 
le Pénée caramote {Penœus caramote) qu'on trouve quelque- 
fois en Angleterre, mais qui est assez abondant dans la Médi- 
terranée. Cette espèce atteint et même dépasse souvent vingt- 
cinq centimètres en longueur, sans perdre la délicatesse de 
chair des Crevettes plus petites, ce qui explique suflîsamment 
la faveur dont elle jouit sur toutes les rives de la Méditer- 
ranée. [A suivre.) 

Le Gérant : H. Hamet. 



N" 11 OMIÉIIE ANNÉE MToveniljpe 18S6 

BULLETIN 

D'INSEGTOLOGIC AGRICOLE 



SOMMAIRE. — Société commerciale d'apiculture et d'insectologie, séance 
d'octobre 1886. — Manifestation de la Société sur la tombe de Mau- 
rice Girard. —Insectes destructeurs des vignes, parle capitaine Xambeu. 
— Le grand rongeur du pommier, par E. Savard. — Eloignement des 
ennemis des meubles. 



Société centrale d'A.picultare et d'Insectolog; ie. 

Séance du 20 octobre 1886. — Présidence de M. Ramé. 

Le procès-verbal de la dernière séance est lu et adopté. — 
Le secrétaire général donne ensuite lecture d'une note nécro- 
logique sur Maurice Girard, le membre éminent que la Société 
vient de perdre (Voir Bulletin.p.i2Q).ll dit qu'absent de Paris, 
il n'a pu adresser une prière particulière à tous les membres 
de se trouver au convoi. — M. Saint-Pée ajoute que la lettre 
de faire part n'est parvenue que la veille, et que l'enterrement 
a eu lieu le dimanche, dans la saison des vacances. Le secré- 
taire propose que l'assemblée vote une couronne d'immor- 
telles, qui; à l'occasion de la fête des Morts, sera portée par le 
bureau de la Société sur la tombe de notre regretté vice-prési- 
dent, le mercredi 3 novembre prochain. Le rendez- vouii est à 
la porte du cimetière Montparnasse, à 2 heures précises. Tous 
les membres de la Société sont priés de s'y trouver ; cette pro- 
position est acceptée à l'unanimité. — M.le président croit devoir 
être l'interprète de l'assemblée en affirmant que les sentiments 
exprimés par son secrétaire sont ceux de la Société entière. 
M. Ramé appelle l'attention de l'assemblée sur l'exposition 
des insectes qui a été ajournée à 1887. il propose que l'as- 
semblée fixe dès aujourd'hui le lieu et l'époque de son ouver- 
ture, afin que des démarches soient faites assez tôt pour que 



162 BULLETIN d'iNSECTOLOGIE AGRICOLE 

la Société n'éprouve pas de déboires comme cela est arrivé 
cette année. Il propose que l'exposiLion ait lieu en septembre 
à l'Orangerie des Tuileries. Cette proposilion est acceptée et 
M. Ramé est chargé d'en poursuivre l'exécution. 

Sur la proposition de M. Saint-Pée, l'assemblée décide 
que la Société d'apiculture et d'insectologie enverra au 
Ministre du commerce une adhésion à la formation des comi- 
tés départementaux pour l'exposiLion universelle de 1889. 

M. Hamet entretient l'assemblée d'une question qui lui est 
souvent posée : Comment ramener à l'état normal du miel qui 
coiumence à fermenter, et comment empêcher le miel de fer- 
menter? — Tout est dans tout, a dit Jocotot. Il rappelle cet 
adage, parce qu'il y a quelques jours son médecin lui ordon- 
nait de faire usage du vin créosote. Voulant savoir quel effet 
pouvait avoir ce vin, il queslioiuia à ce sujet son médecin 
([ui lui répondit que l'emploi interne de la créosote avait pour 
but d'évincer les microbes qui avaient pris domicile dans ses 
bronches ou d'empêcher que vinssent s'y fixer ceux que char- 
rie l'air humide qu'on respire, lesquels microbes titillent les 
l)aroisdes tubes respiratoires et occasionnent ces glaires qu'ex- 
pectore la personne affectée d'une bronchite. A son tour 
M. Hamet lui fit part des effets qu'il avait obtenus de la créo- 
sote pour éliminer les microbes de miel en fermentation. Il y 
a vingt-cinq ans, il occupait un logenent de la rue Dauphine 
dans lequel se trouvait un placard placé à côté d'une cheminée ; 
des crevasses existaient dans ce placard du côté de la chemi- 
née, par lesquelles entrait de la fumée plus ou moins créoso- 
lée. On brûlait dans cette cheminée du bois qui donne de la 
créosote. Un jour, il s'avisa de placer dans ce placard un cer- 
tain nombre de pots garnis de miel en fermentation, la plu- 
pajt à la surface seulement. Au boutd'un mois ou six semai- 
nes, ces miels étaient secs comme de l'os, et se conservèrent 
longtemps ensuite. Il pense que, dans cette circonstance, la 
créosote a tué le microbe de la fermentation, et que la chaleur 
produite par le foyer a vaporisé l'excès d'eau du miel, ce qu'on 
obtient d'ailleurs parles mielleries étuves. 



BULLETfN D'INSECTOLOGIE AGRICOLE lt)3 

Il pense donc efficace l'emploi de la créosote, connue dans 
la droguerie sous la dénomination de créosote de hêtre, du 
bois qui la fournit ; ce corps liquide, qui doit être placé dans 
la miellerie étuve, doit neutraliser les éléments de la fermen- 
tation du miel, et le sécher en même temps. M. l'abbé Delépine 
dit qu'il y a là des essais à tenter et qu'une suite d'observations 
bien faites apprendra l'usage qu'on peut tirer de la créosote et 
de la chaleur, pour la conservation du miel. 

Plusieurs membres de Seine-et-Oise, de la section d'api- 
culture, expriment le désir qu'une section ou société api- 
cole soit fondée dans leur département. Le président engage 
ces membres à se grouper et à se concerter pour les statuts 
à établir. 

— Les ouvrages suivants sont offerts à la Société : 
Report of tlie United States Entomologist Commission (Etats- 
Unis). 1885. 

Annual Report of the Smithsoniaai questions for 1884. — Ces 
deux ouvrages remis par le canal du Ministère de l'instruc- 
tion publique. 

— Les animaux delà France (étude générale de toutes nos 
espèces considérées au point de vue utilitaire, par M. A. Bou- 
vier (1''° partie, Mammifères. Vertèbres). 

Des remerciements sont votés aux donateurs de ces ouvra- 
ges. 

Pour extrait: Sévalle, secrétaire. 



nianiresiatioii de In Société 
sur \sk. tombe de Maurice Girard. 

Le 3 novembre, le Bureau de la Société etun grand nom- 
bre d'autres membres ont été déposer sur la tombe de leur 
regretté collègue une couronne d'immortelles portant cette 
inscription: * A la mémoire de son éminent vice-président 
Maurice Girard, hommage de la Société centrale d'apiculture et 
d'insectologie. — M. Wilfrid de Fonvielle a pris la parole au 
nom de la réunion et a prononcé le discours suivant: 



164 BULLETIN d'iNSECTOLOGIE ^.GRICOLE 

Messieurs, 

Lorsque cette froide pierre^ qui recouvre les restes de Maurice 
Girard, a été remise en place, la plupart d'entre nous étaient 
absents de Paris, et n'ont pu accomplir l'austère devoir qui 
nous amène aujourd'hui devant ce tombeau. Je dois com- 
mencer par remercier notre secrétaire général, M. Hamet, 
d'avoir eu l'heureuse pensée de nous convoquer afin de nous 
permettre de réparer une omission ne s'expliquant que trop 
par l'époque où la mort s'est si soudainement emparée de 
notre ami! 

Je ne tenterai pas de vous faire apprécier la portée scien- 
tifique des œuvres de Maurice Girard. En effet, le savant 
président de la Société d'entomologie de France, M. Bourgeois 
s'est acquitté de cette tâche avec trop de talent et d'autorité 
pour que je puisse songer un seul instant à examiner la vie du 
défunt au point de vue auquel il s'est placé. Mais Maurice 
Girard n'étaitpas seulement un savant; c'était aussi un homme 
d'étude ayant la passion d'enseigner ce qu'il savait, et c'est 
cette face de son utile carrière que je m'efforcerai de retracer 
rapidement devant vous. 

Attaché pendant de longues années au collège Rollin, en 
qualité de professeur d'histoire naturelle, il ne cessa pas de 
s'intéresser à l'éducation de la jeunesse quand l'âge l'eut appelé 
au repos. 

11 rédigea dans la Nature de M. Tissandier une série d'arti- 
cles remarquableset remarqués, et il écrivit da.ns la. Bibliothè- 
que des merveilles un volume dont le titre suffira pour 
caractériser la tendance de l'enseignement de Maurice Girard 
et la nature élevée des préoccupations de son esprit. 

En effet l'auteur des iV/e7«mor;j 7^0565 des msec^es était une de 
ces âmes d'élite qui reconnaissent la profonde vérité de ces 
admirables paroles du Dante: 

« Nous sommes des vers, d'où sortira l'éternel Papillon. » 

Maurice Girard avait compris que la nature ne s'étudie 
fructueusement, que lorsque Ton recherche dans la compa- 



BULLETIN d'iNSECTOLOGIE AGRICOLE 10-'» 

raison des formes et des propriétés des êtres qui couvrent la 
surface de la terre, des marques de la puissance, de la sagesse 
et de la bonté de l'auteur des mondes. Il savait que c'estdans 
les plus petites choses qu'apparaît de la façon la plus grande 
la splendeur de la gloire de Dieu, de sorte que l'étude des infi- 
niment petits permet de guérir les blessures faites à la science 
humaine par l'orgueil des savants, croyant que les soleil 
poussent tout seuls dans l'immensiié qu'ils éclairent de leurs 
rayons. 

Aussi s'était-il surtout consacré à l'étude delà création d'une 
école d'insectologie. L'étude de l'insecte est en effet le moyen 
le plus efficace et le plus pratique, le seul véritablement in- 
faillible pour réduire à néant les sophismes des insensés qui 
croient que tout est matière, et que tout est fini pour nous quand 
nous rendons à la terre la poignée de poussière qu'elle nous 
a prêtée. Que de vérités lumineuses à tirer de l'insecte au 
milieu des ténèbres intellectuelles qui s'épaississent à ce 
moment! Que d'enseignements à répandre au milieu des 
déclamations perverses de ces coupables agitateurs ne voyani, 
pas que le travail est la loi de la nature humaine et que nos 
sociétés ont pour modèle éternel celles des abeilles et des 
fourmis ! 

Je ne ferai pas appel à votre sensibilité et je ne chercherai 
pas à faire couler des larmes, dont la superstition et l'igno- 
rance ne font que trop d'usage en ce lieu. En effet, à propos 
d'un naturaliste qui sait que la grande ouvrière ne peut mettre 
à notre disposition qu'un temps limité et qu'elle prépare 
notie mort future pendant qu'elle accumule les éléments de 
nos organes futurs dans le sein de notre mère, des larmes 
ne pourraient en quelque sorte couler décemment de nos 
yeux. 

Mais, avant de quitter le tombeau de Maurice Girard, pro- 
mettez-lui d'honorer sa mémoire en consacrant notre activité 
à réaliser sa grande et humaine pensée, et de travailler tous 
à la constitution d'une école d'insectologie. 

Le jour oiinous aurons obtenu gain de cause, oii nos ins- 



166 BULLETIN d'INSECTOLOGIE AGRICOLE 

lallations du Parc de Montsouris auront reçu cet utile , cet 
indispensable complément, nous viendrons apporter sur cette 
humble pierre une couronne semblable à celle que nous dé- 
posons aujourd'hui. 

Lorsque nous organiserons nos expositions futures et 
surtout celle de 1889, il faudra s'inspirer des exemples que 
Maurice Girard a donnés à lorigine de notre société, lors 
de l'Exposition universelle de 1867 oii, grâce à lui la science 
que nous aimons a commencé à attirer l'attention du peu- 
ple, et à jeter dans les intelligences d'indispensables révé- 
lations . 

M. Ramé prononce ensuite les paroles suivantes : 

Messieurs et chers collègues, 

Notre sympathique président M. de Heredia, retenu 
par ses nombreux travaux, tant à la Chambre des députés 
qu'à la Commission de l'Exposition, n'a pu se rendre aujour- 
d'hui au milieu de nous et il m'a chargé de vous exprimer 
tous ses regrets. — Il eût tenu, en effet, à rendre ici un juste 
hommage à notre bien regretté collègue Maurice Girard qui, 
comme vice-président, l'a maintes fois suppléé dans la direc- 
tion de nos travaux scientifiques, travaux qu"il dirigeait avec 
ce ton affable et familier qui lui était tout à fait particulier; 
éclairant les uns de ses conseils, indiquant aux autres la mé- 
thode à suivre pour arriver à de bons résultats. 

Oui, Messieurs, la Société centrale d"apiculture et d'insecto- 
logie a fait une perte irréparable le jour où la Parque ter- 
rible a mis un terme à une existence qui nous était chère à 
tous. 

Que sa famille emporte du moins cette douce consolation! 
Il ne fut jamais égoïste et ce qu'il apprenait un jour, le lende- 
main il l'écrivait afin de laisser à la postérité le fruit de ses 
études, de ses recherches, de ses découvertes. — Il a légué 
aux siens et à la science un monument de gloire impérissa- 
ble, monument qui servira d'enseignement aux générations 



BULLETIN d'iNSECTOLOGIE AGRICOLE J6: 

futures. — Je veux parler de ses œuvres... En effet, son 
Traité d'entomolof/ie est une œuvre d'un mérite incontes- 
table ainsi que èOTi Histoire naturelle [Zoologie] qu'û venait de 
terminer, à côté desquels il nous faut citer les Métamor- 
phoses des Insectes, volume réédité par la Bibliothèque des 
merveilles, puis \?i Classification des insectes utiles et des insec- 
tes nuisibles, ouvrage adopté par l'Université. Mais il est aussi 
une autre partie de sa vie, qui, s'adressant, celle -là, aux plus 
petits, n'en offre que plus de mérite. Les bons points instruc- 
tifs ne sont-ils pas faits pour aider au développement de 
cette intelligence qui, prise et conduite dès l'enfance par des 
sujets attrayants, s'étend de plus en plus à mesure que l'en- 
fant grandit et se distrait par des études saines et naturelles 
qui sans transi Lion le conduisent à l'odolescence. 

Voilà l'œuvre de cet homme de bien qui ne voulut jamais 
que connaître et faire connaître la nature. 

Maurice Girard, notre bien regretté Président, séparé par 
cette froide pierre, tu es maintenant loin de nous, mais ton 
souvenir restera sans cesse au milieu de nous; car tu nous as 
laissé le meilleur de ton cœur écrit dans tes ouvrages, et tou- 
jours ta place restera marquée au sein de notre Société. 

Adieu, Maurice Girard!.... Adieu! 

Plusieurs membres et le représentant de la famille de 
Maurice Girard, M. Henri Renan, son gendre, remercient les 
orateurs des sentiments qu'ils viennent d'exprimer. 



lusccte destructcMi» «les vignes. 

Délégué par le comité central des Charentes pour venir 
étudier sur place la question du phylloxéra et les moyens 
employés par les viticulteurs des Pyrénées-Orientales pour 
la reconstitution de leurs vignobles, mon frère m'a demandé, 
pour être annexés à son rapport, des renseignements sur la 
vie évolutive d'un insecte qui, depuis quelques années, a 



1(58 BULLETIN d'INSECTOLOGIE AGRICOLE 

fait son apparition dans l'arrondissement de Prades, et ravage 
actuellement le? vignes des environs de Collioure. 

Ce sont ces renseignements auxquels j'ajoute les moyens de 
combattre ce nouvel ennemi de nos vignobles, que je crois 
devoir porter à la connaissance de nos viticulteurs, non que 
les vignes de l'arrondissement soient en danger, leur recons- 
titution n'ayant pas encore pris assez d'extension pour donner 
lieu à des craintes sérieuses, mais c'est pour conjurer dans 
la limite du possible les effets du mal dont ce nouvel ennemi 
semble nous menacer. 

La reconstitution de notre vignoble s'impose: nous avons 
été impuissants contre le phylloxéra à raison de l'exiguité de 
sa taille, à raison de sa multiplication si rapide, à raison 
aussi des difficultés d'aller le chercher jusqu'au fond des 
radicelles de la vigne ; le cas ne sera pas le même pour l'in- 
secte dont il va être question; celui-ci est facile, eu égard à 
sa plus grande taille, à trouver à l'état parfait ; dès lors, sa 
destruction est possible ; c'est aux viticulteurs à apprendre 
à le connaître, 

Vesperus Xatarti, Midsant. — L'insecte que nous allons 
étudier est le Vesperus Xatarti. Gomme tous les insectes, 
celui-ci porte deux noms, un nom générique ou de genre, 
Vesperus, qui signifie soir, parce que l'insecte est crépuscu- 
laire, et un nom spécifique ou d'espèce, Xatarti, de Xatart, 
juge de paix à Prats-de-MolIo, qui le découvrit le premier et 
à qui il fut dédié par un célèbre entomologiste lyonnais, M. 
Mulsant. Avant d'entrer dans les détails descriptifs de l'in- 
secte, nous avons pris à tâche de prévenir les viticulteurs, 
grands et petits, de ne pas craindre d'entrer dans le domaine 
de la vie évolutive de l'animal; notre article sera compré- 
hensible pour tous, nous cotoyerons la science sans entrer 
dans ses détails. 

Notre insecte est un Coléoptère de la famille des Longicor- 
nes, il passe comme tous ses congénères par quatre phases 
ou par quatre développemeuis successifs qui sont: 
1'^ état : OEuf; 



BULLETi:-' D'INSECTOLOGIE AGIUCOLE 109 

2' état : Larve ou Ver ; 

3e _ Nymphe, pulpe ou maillot; 

4^ — Insecte parfait, tel que nous le voyons dehors. 

» 

Nous allons parcourir, en les détaillant, chacune de ces 
phases de la vie évolutive : 

lo Œuf. — Les œufs sont blanchâtres, de la grosseur 
d'une graine de petit millet, en forme de fuseau ; ils sont 
pondus par plaques et collés symétriquement sous les écor- 
ces de noyer, d'olivier, de chêne, de la vigne, des ronces, 
quelquefois dans les fissures du sol : la ponte a lieu en hiver, 
Téclosion se fait en mai, les jeunes larves qui en proviennent 
se laissent tomber sur le sol, puis s'enfoncent en terre, où 
elles se développent au détriment de la racine des végétaux* 

2° Larves. — La larve est d'un blanc sale, >;: te, velue, 
trapue, son dos est plat, elle est recourbée sur elle-même, 
son abdomen touchant presque la tête, pourvue près de la 
base de chaque antenne de trois petits yeux (ocelles), les 
cornes (antennes), de cinq articles dans le jeune âge sont 
réduites plus tard à quatre : elle subit des changements de 
peau (mues) qui l'obligent chaque fois à s'enfermer dans une 
coque de terre dont elle ne sort qu'après avoir changé de 
peau : elle se tient dans le sol, au pied des arbres ou des sou- 
ches, vit longtemps ; des expériences ont établi qu'à l'état de 
larve son existence était de quatre ans ; passe l'hiver et l'été 
engourdie dans sa coque, rompt les enveloppes de sa prison 
au printemps et en automne pour prendre de la nourriture, 
et c'est alors qu'elle exerce ses ravages sur les racines des 
plantes et des arbres ; vers la fin de l'été a lieu la nymphose. 

Ces larves sont toujours affamées, une seule peut manger 
les racines de plusieurs jeunes ceps, on en trouve 15 et 20 au 
pied d'une même souche; quand le pivot et les principales 
racines sont coupées, le cep peut s'arracher sans peine avec 
la main. 

Depuis longtemps cette larve est connue par ses dégâts des 
vignerons de Banyuls, Port-Vendres et Collionre, qui la 



170 BULLETIN d'iNSECTOLOGIE AGRICOLE 

désignent sous le nom de Mange maillols. En 1880, ces trois 
communes perdaient de 30 à 40 hectares de vigne du fait de 
ses ravages. Le sulfure de carbonne appliqué au moyen du 
pal gastine est un auxiliaire très puissant contre les ravages, 
ainsi que Tout prouvé des expériences. 

La larve fut décrite une première fois en 1871 ; à cette 
époque, déjà, les vignes de Garignano (Aragon) en étaient 
infestées. 

Pendant longtemps ces larves aux formes bizarres, et se 
rapprochant comme aspect et comme manière de vivre de 
celles des Lamellicornes, ont échappé à l'observation des 
entomologistes, et cela d'autant mieux qu'il n'était venu à 
l'idée d'aucun observateur de penser que des larves de Lon- 
gicornes puissent vivre dans un milieu autre que dans l'inté- 
rieur des végétaux ; hâtons-nous d'ajouter aussi que les 
larves de Longicornes ont une uniformité telle que l'on 
hésiterait, si on n'était prévenu, à placer celle du Yesperus 
Xatarti dans leur catégorie. 

3° Nymphe. — La nymphe est blanchâtre, à pubescence 
livide jaune, serrée et inclinée en arrière sur le dos des cinq 
premiers segments, formant un peu avant le milieu des seg- 
ments une bande transversale; le segment anal est terminé 
par deux appendices coniques presque verticaux, dont la 
pointe testacée et cornée est un peu plus crochue en dedans; 
elle subit en octobre sa dernière transformation, devient 
alors insecte parfait, mais reste en terre jusqu'à un décembre, 
et c'est à partir de cette époque que commence l'apparition 
de l'insecte à l'état parfait. 

Les nymphes que l'on trouve en bêchant les vignes doivent 
être écrasées, le sulfure de carbone est bon aussi à em- 
ployer. 

/i" Insecte parfait. — Mâle : sa longueur est de 2 centi- 
mètres à 2 centimètres et demi, son corps est allongé, la tête 
et le corselet sont bruns, garnis de poils livides fins et cou- 
chés, les yeux bruns, les élytres livides ou d'un livide jau- 
nâtre, glabres et offrant quelques traces de nervures, antennes 



BULLETIN D'INSECTOLOGIE AGRICOLE 171 

brunes, plus longues que le corps, pubescentes, dessous du 
corps et pattes brun de poix. — Femelle : La femelle est un 
peu plus petite, son corps est allongé, l'abdomen brun ter- 
miné par un long oviducte, tête brune garnie de poils 
fins, antennes brunes n'allant que jusqu'à la moitié du 
corps, corselet noir ou brun de poix avec des poils d'un 
gris cendré, élytres courtes, livides, glabres, ne recouvrant 
qu'une partie de l'abdomen, pas d'ailes, dessous du corps et 
pieds bruns. 

De cette description de l'insecte parfait, il s'ensuit qu'il 
existe une grande dissemblance entre le mâle et la femelle ; 
chez le mâle les ailes bien développées couvrent l'abdomen 
et sont juxtaposées le long de la suture; chez la femelle les 
ailes sont plus courtes que l'abdomen et déhiscentes, elle est 
aptère, c'est-à-dire qu'elle n'a pas d'ailes propres au vol; ce 
manque d'ailes ne lui permet pas de s'éloigner beaucoup des 
lieux où elle est née, moyen puissant pour nous permettre- 
delà détruire ; les mâles au contraire, ardents et toujours 
à la recherche des femelles volent bien, ils produisent en 
parcourant les airs un bruit qui, pour l'observateur, trahit 
facilement leur présence. 

Le Vesperus Xatarti, ainsi que son nom l'indique, est un 
insecte crépusculaire, disent les auteurs, nocturne aussi, 
ajouterai-je, ainsi que je le dis plus loin ; il s'accouple en 
janvier et en février, pond ensuite. 

On le trouve le jour immobile et à l'état de repos, sous les 
pierres, sous les écorces des vieux arbres, aux bras de la 
vigne ; mais c'est surtout la nuit, entre huit heures et mi- 
nuit, alors qu'il prend son essor, qu'il faut aller le chercher à 
la lueur de la lanterne. 

A ce moment, on trouve les femelles en station contre le 
tronc des grands arbres qui bordent les propriétés, et les 
mâles à la découverte des femelles ; c'est surtout lorsque 
souffle le vent du sud (pounen) qu'on le trouve en plus 
grand nombre. Il m'est arrivé d'en prendre plus de cinquante 



172 BULLETIN d'inSECTOLOGIE AGRICOLE 

en une heure (entre 10 et 11 heures) contre le tronc des noyers 
de la métairie de Lacroix, près Ria. 

A GoUioure, avons-nous dit, il est nuisible aux vignes ; ne 
le sera-t-il pas plus tard aussi ici ? Nous ne le souhaitons 
pas, mais il n'est pas sans intérêt de connaître et son époque 
d'apparition et la manière de le chasser, ce qui peut faciliter 
d'autant la recherche des femelles en particulier, par suite 
leur destruction : la bête est inoffensive, elle se laisse pren- 
dre sans opposer la moindre résistance, il ne faut pas appré- 
hender de la saisir entre les doigts, puis de l'écraser sous les 
pieds. 

A propos de l'époque d'apparition, une controverse s'était 
engagée entre nous et M.Litchtenstein,de Montpellier, qui pré- 
tendait que le Vesperus Xatarti, à l'état parfait, paraissait en 
novembre et en décembre ; cela peut être vrai pour l' Aragon, 
pays plus chaud que le Roussillon ; dans notre pays, en par- 
ticulier dans l'arrondissement de Prades, ce n'est que de 
janvier à mi-mars que nous apparaît l'insecte à sa dernière 
phase. 

Autrefois, le Vesperus Xatarti était rare ; c'est à peine si 
dans une chasse de 8 à 10 heures de temps, j'arrivai à en 
prendre 2 à 3 exemplaires; il n'en est plus ainsi aujourd'hui, 
car à l'époque voulue, je le prends en quantité; je ne le 
chasse pas de jour, toujours de nuit, à la lueur de la lanterne. 

Les lieux où je l'ai pris le plus abondamment depuis 
12 ans sont : 

Au nord, Mas Tixador et coteaux se dirigeant vers l'ouest 

jusqu'à la rivière de Nohédes, Goubazet, Olette, Mont-Louis, 

le Vernet, le Ganigou, la vallée de Fillols, oii j'ai pris sa 

larve en mai dernier, la vallée de Taurinya jusqu'au pont de 

la Riberette, Ria et ses environs ; dans mon jardin, à Ria, 

où je le prenais à l'état de larve en octobre dans le collet de 

la tige d'un jeune frêne; au revers septentrional d'Ambouilla, 

àl entrée d'une grotte près des lieux où le chasseur Diégou 

a it la fin tragique dont j'ai donné les détails au numéro 

107 du Canigou du 25 septembre dernier. 



BULLETIN D'INSECTOLOGIE AGRICOLE 173 

Ainsi qu'on peut s'en rendre compte, le Vesperus est ré- 
pandu dans tous les environs de Prades, à l'exception de la 
direction est, où je ne l'ai point chassé. 

Le genre Vesperus comprend trois espèces françaises qui 
sont ; 

1° Vesperus Xatarti, Mulsant, dont nous venons de faire 
l'histoire et qui ne se trouve que dans les Pyrénées-Orien- 
tales ; 

2° Vesperus Strepens, Fabricius, particulier à la Provence: 
sa larve vit des racines du pin et de l'olivier ; 
3^ Vesperus luridus,, Rossi, d'Italie et de Provence. 

Capitaine Xambeu, 
de la Société française d'entomologie et de 
la Société d'insectologie agricole. 
Ria, 7 novembre 1886. 

{Le Canigou.) 

Le fi^rand roiisreui* du Pommier 

[Scolytus priini, Ratz.) 

Pommier [Malus communis, famille des Pommacées). 
Espèce typique dont il existe des variétés très nombreuses. 
Les genres Pommiers [Malus) et poiriers [Piris) paraissent 
très voisins et ont même été regardés par Linné comme cons- 
tituant un Pirus (le Pommier était le P. Malus). La fleur du 
Pommier et celle du Poirier ne présentent aucune différence 
essentielle de structure ni de forme ; les caractères distinctifs, 
assez faibles en apparence, sont dans le fruit : chez le Poirier, 
le fruit {poire) est atténué à sa base et se continue souvent 
sensiblement avec le pédicelle [la queue) ; quelquefois ce 
fruit est subglobuleux, mais jamais il n'est ombiliqué à sa 
base. Chez le Pommier, le fruit [pomme), ordinairement de 
forme globuleuse ou globuleux-déprimé, est profondément 
ombiliqué à sa base et le pédicelle est inséré au fond de cette 
dépression en forme d'ombilic. 

Les poiriers sont glabres et les pommiers sont à rameaux 
pubescents. 



174 BULLETIN d'iNSECTOLOGIE AGRICOLE 

Les caractères, faibles en apparence comme caractères gé- 
nériques, correspondent à deux types d'organisation bien 
tranchés, car la greffe du pommiersur le poirier ou du poirier 
sur le pommier a'a jamais pu réussir. 

C'est dans les vergers plantés de pommiers en plein vent, 
que l'on voit quelquefois des arbres malades, ayant une vé- 
gétation faible, un feuillage rare d'un vert jaunâtre et ne 
rapportant pas de fruits. Si on les examine avec attention, on 
remarque sur quelques-uns d'eux des petits trous ronds, 
nombreux qui traversent l'écorce du tronc , et si on enlève 
un fragment de l'écorce on voit qu'elle est sillonnée de galeries 
remplies de sciure de bois brune, et est percée à jour comme 
un crible. Si l'on fait ces remarques vers le 15 juin, on pourra 
observer des petits insectes qui se promènent sur le tronc et 
même en surprendre qui sortent des trous percés par eux- 
mêmes ou qui en creusent pour entrer dans l'écorce. 

Les pommiers peuvent être malades par d'autres causes ; 
mais celle que l'on signale est très grave et entraîne ordinai- 
rement la mort lorsque les insectes s'y sont multipliés. 

Le petit animal qui cause ce désordre s'occupe de la pro- 
pagation de son espèce aussitôt qu'il s'est mis en liberté. A 
cet effet, la femelle se place sur un point du tronc qu'elle 
choisit, elle y perce l'écorce avec ses dents et creuse une 
galerie en dessous prise en partie dans le bois^ en partie dans 
l'écorce. Cette galerie a ordinairement 40 mill. de longueur 
sur 1 1/2 mill. de diamètre; elle est arquée et dirigée obli- 
quemeni par rapport aux fibres ligneuses; c'est là qu'elle 
s'accouple et pond ses œufs. 

Dans l'accouplement la femelle se tient dans la galerie, 
présentant le derrière à l'ouverture ; le mâle est placé en 
dehors. D'après M. Gehin, on y trouve ordinairement quatre 
ou six scolytes, ce qui fait penser que plusieurs femelles dé- 
posent leurs œufs dans la même galerie. La chaleur du soleil 
les couve et il en sort bientôt des petites larves qui se mettent 
à ronger devant elles pour se nourrir et qui se frayent cha- 
cune une galerie dans la couche tendre de l'écorce humectée de 



BULLETIN d'iNSECTOLOGIE AGRICOLE 175 

sève, rampant sur le bois dont elles absorbent le cambium ; 
elles poursuivent leur chemin et grandissent peu à peu sans 
se nuire. Les galeries qu'elles tracent sont d'abord perpendi- 
culaires à la galerie de ponte et très voisines les unes des 
autres ; elles dévient ensuite pour suivre ordinairement 
le sens des fibres, et vont en s'écartant un peu sans se croiser, 
ni se brouiller. Lorsque les larves ont pris tout leur accrois- 
sement, à l'approche des premiers froids de l'automne, elles 
se couchent chacune dans une petite cellule ovalaire pratiquée 
à l'extrémité de la galerie qu'elles remplissent exactement, et 
dans laquelle elles restent engourdies jusqu'au retour des 
chaleurs du printemps qui les ranime. Toutes les galeries 
qu'elles ont tracées sont remplies d'ime poussière brune qui est 
lerésidu des fragments d'écorce qu'elles ont digérés et laissent 
une légère trace sur le bois. 

Les larves se changent en chrysalides dans le mois de mai; 
elles sont d'abord blanches ; elles brunissent ensuite et de- 
viennent noires au moment de leur transformation en in- 
secte parfait. Celui-ci passe quelques jours à raffermir ses 
téguments et se met à percer un trou dans l'écorce pour se 
mettre en liberté et prendre son essor, ce qui a lieu dans la 
première quinzaine de juin. 

Cet insecte fait partie de l'ordre des Coléoptères de la famille 
des Xylophages, de la tribu desScolytes et du genre Scolylus. 
Son nom entomologique est Scolytus pnini et son nom vul- 
gaire Grand rongeur du pommier. 

Scolytus pruni, Ratz. — Long. 4 mil. noir et marron ; an- 
tennes courtes, fauves, en massue solide ; tête noire rentrant 
un peu dans le corselet avec des poils rouxsur la face ; cor- 
selet noirâtre, luisant, plus étroit en avant qu'en arrière, à 
bord antérieur droit, et bord postérieur arrondi , écusson 
petit ; élytres couleur marron, de la longueur du corselet, 
beaucoup plus longues, à stries nombreuses, très finement 
pointillées, peu distinctes, arrondies à l'extrémité; abdomen 
noirâtre, ponctuéjCoupé obliquement à l'extrémité en dessous, 
pattes courtes, fortes, d'un brun marron luisant. 



176 BULLETIN d'inSECTOLOGIE AGRICOLE 

Lorsque ce scolyte a pris son essor, il se répand sur le tronc 
(les pommiers languissants, la femelle y creuse une galerie, 
(le ponte et le mâle perce l'écorce pour atteindre la sève et le 
cambium dont il se nourrit. Plusieurs se réfugient dans les 
trous et les galeries qu'ils ont creusés pour échapper au 
mauvais temps et au froid et y meurent. Au commencement 
du printemps on trouve leurs cadavres dans ces retraites qui 
n'ont pu leur sauver la vie ou dans lesquelles ils sont venus 
mourir. 

Cet insecte vit aussi sur le prunier et j'ai vu des pommiers 
qui ont succombé sous ses attaques. 

On ne connaît aucun moyen de combattre le Scolytus priini. 

On a remarqué qu'il se jette sur les pommiers faibles, lan- 
guissants et qu'il épargne ceux qui sont vigoureux. On devra 
donc rendre la santé et la force à ceux de ces arbres qui com- 
mencent à être attaqués, en les émondant,en cultivant la terre 
à leur pied, en y apportant des amendements, en les arrosant 
avec de l'eau préparée convenablement, propre à leur donner 
du ton et à les nourrir. Si on parvient à leur rendre sa pre- 
mière vigueur, les scolytes les abandonneront. Si l'arbre est 
gravement atteint, le plus sûr est de l'arraclier et de le rem- 
placer. 

E. Bavard. 



Éloiguenieut des eunemiN des meubles. 

Pour empêcher les meubles d'être mangés par les vers, il 
faut introduire dans leur nervure ou dans leur charpente, 
autant de bois de cèdre que possible. Le bois de cèdre est le 
plus grand ennemi de tous les insectes. Des meubles en cèdre 
ont le double avantage de se conserver indéfiniment et de 
préserver le linge, les lainages, les soieries, etc. de toutes piqû- 
res ou moisissures. [Gazette du Colon.) 

Le Gérant : H. Hamet. 



N°12 ONZIÈME ANNÉE Décembre 1886 

BULLETIN 

D'INSECTOLOGIE AGRICOLE 



SOMMAIRE.— Vermine des gallinacés, p. MM. Masson. — Société cen- 
trale d'apiculture et d'insectologie, séance de novembre 1886. — Exposi- 
tion des insectes de 1887. — La Mineuse de l'Angélique p. M. E. Savard. 
— Les Silphes. — Les Thrips des Céréales. — Le Termite lucifuge. — 
Echenillage obligatoire. — Table des matières. 



Vermine de» Qallinacéts. 

La vermine parasitaire des Gallinacés compte : les Poux 
{Li/peiirusbacillus),\esA.Ga.Tesa.ss3LSsms{Dei'man7/ssicolombse) 
les Puces {Pu/ex colombœ), et les Tiques [Argos reflexus). Il 
fautaussi noter le Poux baguette {Fenther Louse — {Lypeurus 
bacillus) qui n'est pas dangereux ; sa présence indique seule- 
ment l'état valétudinaire de l'oiseau. Il habite surtout, entre 
les barbes des grandes pennes des ailes et de la queue. 

Le moyen d'en débarrasser les volailles, c'est de tremper 
les régimes de leurs ailes et les pennes de leur queue dans 
de l'eau bouillante, de ropéter cette opération chaque matin 
pendant quelques jours jusqu'à complète disparition des 
Poux, puis modifier le régime. 

L'Acare assassin {Dermanys&uscolombsé) est un petitinsecte 
rougeâtre, infime arachnide, très actif et d'nne effrayante 
vivacité. Il se multiple avec une prodigieuse rapidité et fait 
le désespoir de l'éleveur. Il aime la chaleur et l'obscurité, et 
c'est principalement la nuit qu"il exerce ses ravages. Le jour 
il se cache sous les boulins et dans les fissures des portes et 
des parois. 

Lorsqu'un poulailler est envahi par ces parasites, le seul 
moyen de les détruire, c'est de badigeonner le poulailler de 



178 BULLETIN d'INSECTOLOGIE AGRICOLE 

fond en comble à l'huile de pétrole etjd'y faire, tous les quinze 
jours, des fumigations de soufre. 

Le lait de chaux vive est excellent aussi, mais il est moins 
expéditif et beaucoup moins propre à employer ; l'essence mi- 
nérale produit aussi un effet radical. 

La PuGe(Pulex colombœ) de la°poule, ^^i plus petite que celle 
de l'homme, dont elle se distingue par ses antennes saillantes 
qui la rendent cornue. 

Quand elle fait élection de domicile dans un poulailler, elle 
s'y multiplie rapidement et devient un véritable fléau, tant 
pour les volailles, que pour la personne qui les soigne. 

Le meilleur insecticide que l'on connaisse, pour détruire 
promptement ce suceur de sang, ce sont encore les fumi- 
gations de soufre, quand on peut les employer. 

La Tique {Argus reflexus) est aussi un parasite de la gros- 
seur d'une petite punaise, qui suce le sang à la façon de la 
tique des chiens; elle n'attaque les volailles que pour se re- 
paître; elle habite les anfractuosités des poulaillers où ellepond. 
On la détruit par les mêmes soins et les mêmes moyens 
déjà indiqués pour les dermanyssi. 

Les volailles s'infectent le plus souvent dans les paniers de 
voyage, au contact de volailles atteintes de vermine et c'est 
ainsi que les û?erm«;^?/5S^ envahissent quelquefois le poulailler 
le mieux tenu. 

Rien n'est plus préjudiciable aux intérêts d'un gallinoculteur 
que le manque d'air et la malpropreté. Le manque d'air est 
beaucoup plus nuisible aux volailles que le froid. Ne craignez 
donc pas d'établir, en été, des courants d'air dans votre pou- 
lailler. 

L'odeur fétide, les miasmes, l'humidité, l'air vicié et les 
gaz malsains tendent toujours à s'élever, et, lorsqu'ils arri- 
vent au haut du plafond, ils s'échappent par les cheminées. 
Cette circulation est, du reste, puissamment secondée par 
la lucarne ou l'entrée du poulailler qui établit avec les che- 
minées d'aération, un courant d'air ascendant purificateur, et 
introduit constamment dans le poulailler l'air sain du dehors. 



BULLETIN d'iNSECTOLOGIE AGRICOLE 1 ^9 

Pendant le froidglacialdel'hiver, onfermele soir la lucarne 
à l'aide d'une trappe à coulisse, caries volailles sont sujettes 
à la congélation des pattes. 

N. MASSON 

Journal des Campagnes. 



Société centrale d' Apiculture 
et (l'Insectologie. 

Séance du30 novembre 1886. — Présidence de M. Pallou. 

Le Procès-verbal de la dernière séance est lu et adopté. 

M. Savard adresse une étude sur les Mineurs de l'Angéli- 
que, et une autre sur VAcromjcta aceris du Marronnier dont 
l'insertion au Bulletin est demandée. 

Le secrétaire général propose de présenter un délégué 
pour faire partie du comité départemental de l'Exposicion 
universelle de 1889. A l'unanimité la proposition est adoptée 
et M. Ramé, vice-président de la section de sériculture, est 
nommé pour représenter la Société centrale d'apiculture et 
d'insectologie. Une lettre sera envoyée à la signature de 
M. de Hérédia, président, en le priant de la faire parvenir à 
M. le Ministre du commerce et de l'industrie. 

Effets de l'humidité sur les niches. — Parmi les pertes 
occasionnées par les pluies torrentielles survenues récem- 
ment dans le Midi, et par le débordement des rivières qui en 
a été la conséquence, On signale l'entraînement de ruchers 
entiers bâtis sur des terrains en déclivité, dont les abeilles 
ont été noyées. — M. Hamet fait remarquer que ces catas- 
trophes donnent des leçons, et qu'elles enseignent qu'on ne 
saurait prendre trop de précautions quand on se propose d'é- 
tablir des ruchers sur des terrains en pente, comme dans les 
bas-fonds susceptibles d'être inondés. Dans le cas oij l'enva- 
hissement de l'eau peut se faire en mauvaise saison, il est bon 
de déménager les ruchers à la fin de l'été, et de les établir 
dans un endroit sûr pendant la saison tourmentée. Il ajoute 



180 BULLETIN d'iNSECTOLOGIE AGRICOLE 

que par les automnes très pluvieux, comme celui que nous 
traversons, il est bon de redoubler de précautions pour que 
les ruches, notamment celles qui ont été alimentées en der- 
nier lieu, ne souffrent pas de l'humidité : il faut, autant que 
possible, surélever ces ruches quand elles sont établies près 
du sol ; il faut ensuite veiller à leur couverture, et si les 
pluies continuelles ont altéré celles placées en plein vent, il 
faut à l'aide de carton bitumé établir sur ces couvertures une 
sorte d'éteignoir façonné avec ce papier, et consolider le tout 
à l'aide de piquets fichés en terre et de cerceaux. Il est essen- 
tiel que les surtouts descendent assez bas pour empêcher la 
pluie de mouiller le bas des ruches et de séjourner sur leur 
plancher. 

— M. Fallou met sous les yeux de l'assemblée un bouquet 
de fleurs d'une plante rustique dont la fleur est très fré- 
quentée par les abeilles en arrière-saison, plante dénommée 
vulgairement cAar^/on Notre-Dame, chardon Marie, chardon 
bleu, qu'il cultive en corbeilles dans son jardin de Champ- 
Rosay. Il tient à la disposition des membres qui veulent cul- 
tiver cette plante florifère très rustique, des drageons qui 
reprennent facilement. 

Pour extrait : Le secrétaire, 

Sevalle. 



l!xpositt«M des lasectes de 1SS7. 

La Société centrale d'apiculture et d'insectologie poursuit 
l'enseignement public qu'elle a créé par ses expositions 
bisannuelles d'insectes utiles et de leurs produits, et d'insectes 
nuisibles et de leurs dégâts. C'est en 1885 que devait avoir 
lieu sa huitième exposition bisannuelle d'insectologie ; mais 
à cause de l'exposition universelle projetée en 1889 elle a 
allongé d'une année la date de son exposition future, afin que 
le même intervalle existât entre la grande manifestation de 
1889. Cet ajournement donne aux exposants plus de temps 
pour se recueillir et pour préparer des matériaux. 



BULLETIN D'INSECTOLOGIE AGRICOLE 181 

La Société fait dès maintenant appel à tous ses membres 
et à tous les lecteurs de son Bulletin pour qu'ils se mettent 
en mesure de figurer, avec distinction pour eux et avec pro- 
fit pour le public, à l'exposition de 1887. Elle a pris des 
mesures pour que l'emplacement ne manque pas, comme 
cela est arrivé en 1883, dans le coin du Palais de l'Industrie 
où son exposition était reléguée. L'exposition de 1887 aura 
lieu dans l'Orangerie des Tuileries du 20 août au 30 sep- 
tembre. 

La Société poursuit le projet d'organisation d'une École 
d'entomologie appliquée au Parc de Montsouris, oiila ville de 
Paris lui a fait une concession de terrain. Un plan de cons- 
truction comprenant musée^, salle de conférences, etc., a été 
soumis au Conseil municipal de Paris, qui devra le mettre à 
exécution lorsqu'il aura réalisé l'emprunt qu'il poursuit pour 

le moment. 

Le Secrétaire général. 

La Mineuse de l'i%.ngéliq[ue. 

Tephritis Onopordinis (Fall.)- 

kn^é\\(\\\Q {Angelica Archangelica,) belle Ombellifère cul- 
tivée dans les jardins rustiques, et en grand pour l'usage qui 
en est fait par les confiseurs (on prépare, avec les jeunes tiges, 
des conserves sucrées qui gardent le parfum de la plante 
fraîche et sont dépouillées de son amertume). Les distilla- 
teurs en font surtout un grand usage: l'Angélique fait la base 
de la liqueur de table fabriquée à la Grande-Chartreuse (et 
imitée sous plusieurs noms) c'est un cordial, c'est-à-dire un 
stimulant agréable pour l'estomac soit après le repas, soit 
même à jeun. En petite quantité, ce cordial est souverain 
(comme on disait autrefois) dans les dérangements d'entrail- 
les; sous l'influence de la cholériiie, on peut ajouter à la 
prise matinale cinq à six gouttes de laudamim {ioulouv^ avec 
la permission du médecin). — L'Angélique est spontanée 
dans les montagnes du nord de l'Europe. Toute la plante 
renferme en abondance un suc aromatique et stimulant. 



182 BULLETIN d'iNSECTOLOGIE AGRICOLE 

Les pauvres Lapons (qui ne sont gâtés ni par la variété ni 
par l'abondance des produits de leur vergers) ont en haute 
estime la racine de l'Angélique, à sa première année, alors 
que la tige ne s'est pas encore élevée au-dessus de la rosette 
des feuilles printanières ; ils regardent son usage habituel 
comme souverain pour maintenir la santé: leurs bonbon- 
nières de peau de renne, au lieu de pastilles, sont garnies de 
branches sèches de racine d'Angélique. 

Quant aux jeunes tiges de cette plante providentielle, c'est 
pour les naïfs enfants des contrées boréales, ce que la nature 
a produit de plus exquis. On dit là-bas: la saison de l'Angé- 
lique, comme nous disons ici : la saison des Cerises. Avant 
que l'ombelle ait étalé ses rayons (car si on laisse à la plante le 
temps de fleurir, la tige devient dure), les Lapons tranchent 
la jeune tige — (fraîche, appétissante, toute gonflée de son 
suc parfumé) au niveau du sol; ils en détachent les feuilles, 
et ils en enlèvent l'écorce avec leur couteau (quand ils en 
ont), ou tout simplement avec les ongles ou les dents ; met- 
tent à découvert la partie intérieure blanche comme neige, 
pulpeuse, creuse au centre, légèrement amère et délicieuse- 
ment aromatique; puis ils la croquent de grand ap- 
pétit. 

Les petits pâtres et les petites bergères, qui conduisent, 
vers le mois de juillet, les troupeaux de rennes à travers les 
pâturages montagneux, en ramenant leurs bêtes, matin et 
soir, à la cabane, pour les débarrasser de leur lait, ne man- 
quent pas de rapporter leurs tabliers pleins de jeunes tiges 
d'Angélique. — Chacun tend la main, chacun a sa part, — et 
toute la famille dévore à qui mieux mieux, et à belle dents. 
VAngelica silvestris, plante commune au bord des eaux et 
dans les lieux marécageux, a des propriétés analogues, mais 
inférieures à celles de VArcliayigelica. 

L'Angélique qui intéresse par la beauté de son port et son 
odeur suave s'élève à l m. 50 de hauteur. 

On a fréquemment l'occasion de remarquer, au commence- 
ment du mois de juin, des feuilles d'Angélique minées par 



BULLETIN D'INSECTOLOGIE AGRICOLE 183 

des larves logées entre les deux membranes, qui mangent, 
pour se nourrir, le parenchyme interposé. 

Les espèces minées sont fort étendus et comprennent quel- 
quefois la feuille entière. Il y a ordinairement plusieurs larves 
dans la même galerie, rongeant, chacune de son côté et ha- 
bitant le même logement sans se nuire. Elles croissent assez 
rapidement et arrivent à toute leur taille vers le 12 juin. 

Elles sortent alors de la feuille dans laquelle elles ont vécu 
et se laissent tomber à terre où elles s'enfoncent à quelques 
centimètres de profondeur; puis elles se changent en pupes 
dans l'espace de moins d'un jour. 

Lorsque cette larve est parvenue à toute sa croissance, elle 
a 6 millim. de longueur. Elle est conique, allongée, d'un vert- 
jaunâtre-pâle, mo)le, glabre, apode (1), rétractile, formée de 
onze segments, sans compter la tête, qui est molle, conique, 
pouvant rentrer dans le premier segment. La bouche ren- 
ferme un crochet noir, écailleux, de la grosseur d'un crin, 
que l'insecte fait sortir et rentrer à volonté, et dont il se sert 
pour piocher sa nourriture et la porter dans sa bouche. On 
peut distinguer, à la loupe, deux petits points bruns au bord 
postérieur du premier segment, auxquels aboutissent deux 
filets blancs très déliés ; ces points sont les stigmates anté- 
rieurs et les filets blancs les vaisseaux trachéens. 

Le dernier segment est terminé par deux petits mamelons 
ou tubercules à extrémité jaunâtre, qui représentent les 
stigmates postérieurs. Une ligne dorsale noirâtre, occupant 
les trois derniers segments, indique l'extrémité du tube in- 
testinal des résidus de la digestion, qui paraissent à travers 
la transparence de la peau. 

La pupe a 4 1/2 millim. de longueur. Elle est d'un vert 
jaunâtre très pâle, ovale, formée de dix segments séparés par 
des étranglements assez profonds, et ne présente ni pointes ni 
tubercules à ses extrémités, qui sont arrondies. L'insecte par- 
fait commence à éclore vers le 11 juillet et continue à paraître 
jusque dans les premiers jours d'août. 

1. APODE. Qui n'a point de pieds ou pattes. 



184 BULLETIN d'INSECT0L03IE AGRICOLE 

Il est classé dans l'ordre des Diptères, la famille des Athé- 
ricères, la tribu des Musides, la sous-tribu des Téphritides et 
le genre Tephrite de VOnoparte. 

Tephritis onopardinis, Fall. — Longueur 5-6 millim. Elle 
est d'un brun-verdâtre glacé de fauve ; la face est testacée à 
reflet blanchâtre et vertex brun ; les antennes sont testacées; 
les yeux sont d'un vert-doré changeant; le thorax est brun- 
verdâtre, avec une raie sous-alaire blanchâtre; l'écusson est 
blanchâtre ; l'abdomen est dun brun-verdâtre, terminé par 
une tarière noire, courte, large, déprimée; les pattes et le 
dessous sont d'un testacé-verdâtre ; les ailes sont noirâtres, la- 
vées de brun à la base, marquées de deux taches hyalines à 
la côte, dont la deuxième grande, triangulaire ; trois le long 
du bord intérieur ; la première à la pointe de l'aile en triangle 
curviligne étroit, la deuxième en triangle curviligne très 
grande, la troisième très grande à l'angle interne, coupée par 
une petite tache brune; et deux taches centrales, dont une 
ponctiforme, et quelquefois une seule tache centrale. Les 
cuillerons et les balanciers sont pâles. 

Le mâle est semblable à la femelle ; il est un peu plus 
petit et n'a pas de tarière. 

C'est à l'aide de sa tarière écailleuse que la femelle perce la 
membrane de la feuille dans laquelle elle veut déposer ses 
œufs, les laissant dans le parenchyme. Les petites larves, im- 
médiatement après leur naissance, s'introduisent entre les 
deux membranes et commencent à miner. Plusieurs confiseurs 
de Pontarlier (Doubs) ont une renommée pour la préparation 
de l'Angélique qu'ils savent parfaitement accommoder au 
sirop de sucre ; les tiges ainsi préparées donnent un dessert 

des plus agréable. 

E. Savard. 



I^es Silplics. 

On donne le nom de Silphes à un groupe de Coléoptères 
carnassiers, se nourrissant habituellement de matières cadavé- 
riques, parfois de proies vivantes. On les appelle souvent Bou- 



BtiLLETIN d'iNSECTOLOGIE AGRICOLE 1H5 

cliers, en raison d'un large corselet plus ou moins hémisphé- 
rique sous lequel se cache souvent la tête. Leurs antennes 
sont droites, grossissant peu à peu à l'extrémité. Les élytres 
souvent garnies de côtes, sont larges, un peu aplaties et ne 
recouvrent pas l'extrémité de l'abdomen; tous les torses ont 
cinq articles et les pattes ne sont pas propres à fouir. Les 
couleurs des Silphes sont le plus souvent d'un noir mat. Ils 
rejettent par la bouche, quand on les tient, un liquide géné- 
ralement d'une odeur infecte. Les larves vivent au milieu des 
chairs putréfiées, comme les adultes ; elles sont aplaties et 
paraissent très larges par suite des prolongements latéraux et 
dentelés de leurs anneaux. Elles s'enfoncent en terre pour se 
changer en nymphes d'où naîtront les adultes. Ceux-ci se 
mettent en quête d'animaux morts et on peut remarquer que 
dans leur vol, au moyen des ailes étendues, les élytres rele- 
vées s'adossent par les faces dorsales. 

Deux espèces ont des mœurs moins répugnantes et chas- 
sent les chenilles, les larves diverses et les Limaces. L'une 
est le Silphe thoracique, dont le corselet fauve et couvert d'un 
duvet velouté tranche sur les élytres d'un noir terne ; on le 
voit souvent courir sur les sentiers, occupé à dévorer quel- 
que proie vivante. L'autre espèce est le Silphe à quatre 
points, dont le corps est noir avec le corselet bordé de jaune, 
les élytres jaunes, chacune avec deux gros points noirs. Il 
vole par le beau temps dans les taillis de chênes et d'ormes, à la 
recherche des chenilles qu'il dépèce sur les feuilles. Ces deux 
espèces de Silphes sont donc fort utiles et il importe peu de 
ne jamais les écraser. 

(Extrait des Bons points instructifs d'entomologie. Paris, Hachette etC'« .) 



Les Xhrîps des Céréales. 

Les Thrips sont de forts petits insectes, ne dépassant pas 
2 millimètres de longueur, en quelque sorte linéaires tant ils 
sont étroits. Ils sont agiles à tous leurs états, n'ayant que des 
métamorphoses incomplètes. Pour cette raison^ on les a long- 



186 BULLETIN d'INSECTOLOGIE AGRICOLE 

temps placés à la suite des Punaises parce qu'on n'avait pas 
étudié les pièces de leur bouche, en réalité fort différentes de 
celles des Punaises, mais pour lesquelles la loupe ne suffit 
pas, leur petitesse réclamant l'emploi du microscope composé. 
On a vu alors que les Thrips ont des mandibules et des mâ- 
choires, comme les insectes broyeurs, ces dernières allongées 
et simulant une trompe. Ils ont des antennes assez courtes et 
de gros yeux, leur thorax a deux paires d'ailes, longues et 
très étroites, à peine nervulées, consistantes et bordées de 
grandes franges, au repos se tenant à plat sur l'abdomen. Les 
pattes ont les cuisses assez fortes et les tarses de deux articles 
terminés par des disques adhérents et vésiculeux. La femelle 
a l'abdomen terminé par une tarière avec laquelle elle pique 
les plantes pour y déposer ses œufs. Les Thrips volent Dieu et 
vivent sur les fleurs ou sous les feuilles, rongeant alors seule- 
ment la cuticule, de façon à recouvrir leur surface de mar- 
brures plus ou moins étendues. 

Deux espèces très nuisibles au seigle et surtout au froment 
détruisent les organes de reproduction de lafleur, d'où résultent 
de nombreux grains avortés et racornis, tombant au vannage 
dans le petit blé. L'une d'elles, le Thrips décoréy est noir 
avec les antennes et les bouts des pattes d'un blanc jaunâtre. 
Lors de la floraison des blés, on remarque les larves sans 
ailes dece.Thrips, cachées entre les valves, sous l'aspect d'in- 
sectules en entier d'un rouge vermillon. L'autre espèce (non 
figurée), tout aussi funeste, est le Thrips des Céréales, ayant 
le corps d'un blanc ferrugineux, les antennes, les pattes et 
l'abdomen annelés de jaune pâle. La larve est d'un jaune 
orangé assez vif, avec la tête, une partie du prothorax et le 
bout de l'abdomen noirs. A la quatrième mue, les larves des 
deux Thrips acquièrent des ailes rudimentaires, arrivant 
jusqu'au milieu du corps. 



BULLETIN D'INSECTOLOGIE AGRICOLE 187 

Xermite Incifage. 

Les Termites ou Corrodants, improprement appelés Fourmis 
blanches, détruisent dans tous les pays suffisamment chauds 
les matières sèches d'origine végétale, qu'ils rongent toujours 
à l'abri de la lumière, et paraissent avoir pour mission de 
débarrasser le sol des végétaux morts, ce qui les a fait nom- 
mer les grands balayeurs de la nature. 

Nous en avons une espèce, originaire des souches de pins 
maritimes des Landes et qui a été transportée avec des bois de 
construction dans des villes ou villages de la Charente-Infé- 
rieure et du nord de la Gironde ; elle s'est domestiquée dans 
les maisons dont elle détruit les charpentes et boiseries, ainsi 
que tous les meubles en bois, les livres et les linges, sans que 
rien paraisse au dehors de ses ravages. C'est le Termite lucifuge 
vivant en nombreuses sociétés dans des termitières cachées 
dans les trous du sol et les fondations des maisons. Ces 
sociétés sont des réunions de sujets divers concourant à la 
fonction de reproduction, dont le travail est divisé entre tous. 
On trouve des mâles et des femelles ailés, ayant des yeux 
composés sur les côtés de la tête. Ils forment des essaims au 
printemps, puis en été, sortent au vol de la termitière. Les 
femelles perdent leurs quatre ailes membraneuses dès 
qu'elles sont fécondées, leur ventre plein d'oeufs devi( nt 
énorme et traînant sur le sol, et la reine demeurant dans la 
termitière peut atteindre 36 à 40 millimètres de long. Le mâle, 
d'un brunâtre assez clair, atteint avec ses ailes 15 à 20 milli- 
mètres de long. Il y a en outre des formes neutres, sans ailes 
et sans yeux, sauf de très petites oreilles. Les plus nombreux, 
les ouvriers, de 4 à 5 millimètres de long, d'un blanc de lait, 
vont butiner au dehors et nourrissent les larves et les lymphes 
diverses à fourreaux d'ailes. Les soldats, de 5 à 6 millimètres, 
senties défenseurs du nid. Ils ont une tête énorme portant de 
robustes mandibules noirâtres et croisées. 

(Extrait des bons points instructifs d'entomologie, Paris, Hachette et C'e.) 



188 BULLETIN d'iNSECTOLOGIE AGRICOLE 

Echenillag^e obligatoire. 

Il existe une loi sur l'écheniliage, du 26 ventôse an IV, qui 
est peu observée et qu'il serait d'un grand intérêt général 
qu'elle le fût. 

« Chaque année, avant le 1" ventôse (courant de mars), 
avant la poussée des feuilles, tous propriétaires, fermiers ou 
locataires, ou autres, faisant valoir leurs propres héritages ou 
ceux d'autrui, seront tenus d'écheniller ou de faire écheniller 
les arbres et les haies étant sur lesdits héritages, à peine 
d'amende, qui ne pourra être moindre de trois journées de 
travail, ni plus forte de dix. » 

L'article 471 du Gode pénal a modifié cette amende ; il est 
ainsi conçu : « Seront punis d'amende, depuis 1 franc jus- 
qu'à 5 francs inclusivement^ ceux qui auraient négligé d'éche- 
niller dans les jardins oii ce soin est prescrit par les règle- 
ments. » 

On ne saurait donc trop recommander aux jardiniers et aux 
cultivateurs de faire avec soin l'écheniliage. 

On vient de placarder dans la plupart des communes un 
arrêté préfectoral aux termes duquel les propriétaires, fermiers, 
locataires ou tous autres individus, occupant, à quelque titre 
que ce soit, un domaine rural, sont tenus d'écheniller, sans 
retard, les arbres, arbustes, les haies et buissons de ce do- 
maine. L'opération sera faite sous la surveillance des maires 
en ce qui concerne les chemins et les terrains communaux, les 
places et les promenades publiques. 

Les arbres des routes nationales et départementales plantés 
en dedans des fossés et ceux plantés sur les bords des canaux 
seront échenillés par les cantonniers, sous la direction des 
ponts et chaussées. 

Les arbres plantés en dehors des routes et des canaux se- 
ront échenillés par le riverain. 

Toute:- les bourses et toiles provenant de l'écheniliage seront 



BULLETIN D'INSECTOLOGIE AGRICOLE 189 

échenillées et brûlées dans les lieux où 11 n'y a aucun dan- 
ger d'incendie. 

Ceux qui n'échenillent pas sont punis comme ayant con- 
trevenu à l'article 471 du code pénal, et condamnés à une 
amende de 1 à 5 fr. La loi doit être publiée chaque année 
le 2Ï janvier. 

Exiger des cultivateurs qu'ils détruisent les ennemis de leurs 
récoltes, c'est très bien; mais ordonner ne suffit pas. La plu- 
part d'entre eux, peu soucieux de leurs intérêts, font cette 
opération avec la plus grande négligence. Ils se contentent 
d'enlever les toiles et les bourses les plus visibles; on dirait 
vraiment que ce travail est une punition qu'on leur impose. 
Les maires, les adjoints, les commissaires de police sont loin 
de faire exécuter dans toute sa rigueur la loi sur l'échenillage ; 
il est donc bon de leur rappeler que cette loi n'est réellement 
utile qu'autant qu'elle est complètement exécutée; que l'in- 
térêt général est en cette circonstance d'accord avec l'intérêt 
particulier et que les autorités sont coupables de se relâcher 
d'une surveillance et d'ane fermeté qui seules peuvent assurer 
la cojiservation des récoltes. 

Un cultivateur soigneux ne doit point attendre pour se mettre 
à l'ouvrage que le préfet ordonne l'échenillage. Pendant toute 
l'année, il est utile de se livrer à cette destruction. 11 ne suffit 
pas non plus d'enlever les toiles blanchâtres ou grisâtres qu'on 
voit sur les haies, les buissons et les arbres, il faut encore 
couper les petites branches sur lesquelles certains papillons 
pondent de petits œufs disposés en forme de bague ; racler les 
vieilles écorces des arbres fruitiers et enlever les mousses 
qui croissent sur leurs troncs. Il se trouve là-dessous des in- 
sectes qui dorment, des œufs, des larves qui attendent le prin- 
temps pour éclore ou pour se métamorphoser. 

Une chenille des plus communes et qui cause de grands 
dégâts aux arbres fruitiers, est celle du Liparis chrysorroœ 
ou cul brun. Ces chenilles passent l'hiver en famille sous une 
teate soyeuse qu'elles filent en commun à l'extrémité des 
branches. La chenille du Bombyx A^ew5/rzœ, reconnaissable à 



190 BULLETIN d'INSECTOLOGIE AGRICOLE 

ses raies de couleurs diverses très voyantes qui lui ont valu le 
nom de livrée, est très vorace et par conséquent très redoutée 
des jardiniers. La femelle de cepapillon dépose ses œufs au - 
tour de petites branches, il faut les couper et les brûler. Les 
arbres forestiers et d'ornement sont attaqués par les chenilles 
du Liparis disparate du L. du saule, ainsi que par celles des 
gastrophages nemtriens Qi processionnaires. Les fleurs des 
arbres sont détruites par les charançons, les psylles, les céci- 
domyes^ lessciat^es, etc. 

Nous répétons, ce n'est pas seulement pendant le mois de fé- 
vrier que l'on doit détruire les insectes malfaisants, il est utile 
de se livrer à cette chasse pendant toute l'année ; c'est ainsi 
que le hanneton, dont la larve se cache si bien en terre, ne 
peut être détruit qu'en mai ou juin ; il en est de môme pour 
un grand nombre d'autres insectes. 



Koeiété centrale «l'apiculture et d'iuseetolog^ie 



EXTRAIT DES STATUTS 

Art. 4. — Toute personne, sans distinction de résidence et 
de nationalité, peut être reçue membre titulaire et correspon- 
dant; en en faisant la demande par écrit, en adhérant aux sta- 
tuts de la Société et en s'engageant à suivre ses travaux. 

Les demandes d'admission doivent être adressées au Secré- 
taire général, qui les réfère au bureau de la Société. 

La cotisation annuelle est de 5 fr. (3 fr. pour les institu- 
teurs). Elle donne droit à la réception gratuite du Bulletin de 
la Société [Bulletin d'insectologie agricole). 

Art. 5. — Les membres titulaires reçoivent, après leur 
admission, un diplôme dont le coût est de 5 fr. Ce diplôme est 
remis gratis aux membres honoraires. 

Art. additionnel. — Le titre de membre fondateur est donné 
à ceux qui versent annuellement 10 francs de cotisation, ou 
ime cotisation de 50 francs, une fois pour toutes. 



Le Gérant : H. Hamet. 



TABLE 

DES MATIÈRES DU ONZIÈME VOLUME, ANNÉE 1886 



A 

Attaciens séricigènes (éducation d') 1 

Acronyte de l'Erable [Y) 65, 136 

C 

Congrès des Sociétés savantes 7, 22, 97 

Concours d'appareils insecticides H 

Criocère du lis (la) 113 

D 

Détermination de Coléoptères 2 

Destruction de l'Altise 79 

Dermestes tles) 95 

Destruction de la Courtillière 134 

Domicile d'Hyménoptères dans un rucher 148 

E 

Ecaille pudique (1') 45 

Echenillage obligatoire , 188 

Excommunication d'insectes 81 

Eloignement des ennemis des meubles 17p 

Exposition des insectes. . . . , , 181 

G 

Guêpe sylvestre (la) 152 

Galle-insecte du Fusain (la) 155 

H 

Hérisson (le) 73 

Helomyze de la Trufie (1') 90 

1 

Insectologie industrielle 17, 49 

Insectes crustacés et comestibles. 29, 33, 55, 67, 83, 103, 120, 137, 159 

Insectes destructeurs des Vignes 167 

M 

Mineuse de l'Angélique 182 

Moustiques attaquant les truites 16 

Migration des infiniment petits 94 

Mouche de l'Oseille (la) 108 

MAURICE GIRARD 129, 163 

Manière de soustraire les fruits et les légumes à la voracité des 

insectes 13 



192 BULLETIN D'iNSECTOLOGIE AGRICOLE 



Polistes (les) 131 

Psylle du Buis (la) 145 

Q 

Questions à traiter au Congrès 61 

R 

Récompenses à la Sériciculture 12- 

Rapport sur l'insectologie au concours général agricole de 1886 . . 63 

Rongeur du Pommier (le grand) 173 

S 

Silphes (les) , 184 

Silvain du Chèvrefeuille 4 

Séances de la Société 6, 43, 62, 76, 89, 105, 117,. 150, 161 

Sphinx du Nérion (le) 13 

Sériciculture (renseignements sur la) 9, 111, 127 

T 

Thrips (les) des céréales 185 

Termite lucifuge 187 

V 

Vermine des gallinacés 177 

[FIGURES 

Petit Silvain du Chèvrefeuille 7 

Sarcoptydes plumicoles 25 

Ecaille pudique 47 

Sétine 47 

Aéridiens voyageurs 57 

Agrotis Spina 71 

Calandre du Palmier et sa larve 88 

Fourmi à miel 103 

Criocère du Lis H6 

Polliste gallica et son nid 133 

Guêpe sylvestre et son nid 153 



Je 1 yp, - NuutTre. 8. r. CaiuMOno l". Parla 



INSECTOLOGIE AGRICOLE 



fmp. df la Soc dt Typ. - Noizette, 8, r. Campagne-Preniiére. Paris. 



BULLETIN 



D 





JOURNAL MENSUEL 



SOCIÉTÉ CENTRALE D'APICULTURE ET D'INSECTOLOGIE 



ENTOMOLOGIE APPLIQUÉE 




12^ ANNEE 



1887 



PARIS 

AU SECRÉTARIAT DE LA SOCIÉTÉ, 67, RUE MONGE, 67 



N* 1 DOUZIÈME ANSÉE Janvier 1887 

BULLETIN 

D'INSECTOLQGIE AGRICOLE 

SOMMAIRE. — Programme d'enseignement insectologique. — Sitone 
linéé, parDillon. — Société centrale d'apiculture et d'insectologie, 
séance de décembre 1886.— Bombyx neustrien et la Livrée sa chenille. 

— Notice sur Lichtenstein, par M. Fallou. — Les Altises. — Mouche à 
scie du Rosier, par E. Savard. — Encouragements à la sériciculture. 

— Concours d'appareils insecticoles. 

Prog:ranime d'eusei<a^iiciuenî iuscc(olo|;3quc 

Des instituteurs, qui veulent enseigner l'entomologie et 
prendre part aux concours sur cet enseignement ouverts par 
la Société centrale cV apiculture et cVimectologie, demandent 
qu'on leur indique un programme. 

Ce n'est pas facile, à moins de leur présenter un traité 
classique d'insectologie pratique,autrement dit d'entomologie 
appliquée, qu'on n'a pas encore pensé à leur offrir. Il en ré- 
sulte que ceux qui veulent s'adonner à cet enseignement sont 
obligés d'improviser le programme devant leur servir de guide 
et quelques-uns ont atteint le but désirable dans les travaux 
qu'ils ont envoyés aux concours de la Société, travaux dont le 
sommaire se divise en trois parties : culture des insectes utiles; 
protection des auxiliaires; destruction des insectes nuisibles. 

La culture des insectes utiles comprend l'apiculture (cul- 
ture des abeilles) et la sériciculture (culture des vers à soie). 
La culture des abeilles est productive dans toutes les localités 
qui possèdent des fleurs abondantes, fournies par les prairies 
naturelles et les prairies artificielles, par les arbres et arbris- 
seaux fructifères; dans les cantons de landes et de bruyères 
etc. L'art apicole est susceptible de recevoir des améliora- 
tions. 

Le maître trouvera dans le Cours pratique d'apiculture de 
M. Hamet, professeur d'apiculture au jardin du Luxembourg, 
les éléments nécessaires pour initier ses élèves à l'histoire, 



2 BULLETIN d'iNSECTOLOGIE AGRICOLE 

naturelle des abeilles et à leur culture rationnelle, c'est-à- 
dire productive. 

La sériciculture ne doit être enseignée que là où croissent 
le mûrier et d'autres plantes séricigènes, et où la main- 
d'œuvre est à bas prix. Le maître trouvera dans le traité de 
M. Maillot, professeur de sériciculture à l'école d'agriculture 
de Montpellier, les notions qu'il faut posséder pour s'adon- 
ner avec succès à la sériciculture. 

Pour les autres insectes utiles, nous détacbons une page 
d'un travail envoyé au concours de 1880, par l'instituteur de 
Saint-Remy (Haute-Saône), M. E. Déroche, lauréat à ce con- 
cours. 

« Il est d'autres insectes qui, bien qu'ils n'habitent pas nos 
contrées, doivent être néanmoins connus de l'enfant, en ce 
qui concerne leurs produits. Je veux parler de la Cocheni/le, 
du Kermès, de Yinsecte à gomme laque, de Vimecte à noix&Q 
galle, qui fournissent à la peinture et à la teinture des ma- 
tières premières d'une réelle importance. A ces insectes, on 
peut joindre la Cantharide, mouche si utilisée en médecine, 
pour la préparation de certains vésicatoires. 

Arrivons aux insectes qui peuvent être regardés comme les 
auxiliaires de l'homme. 

Protection des anxiliaires. — Les insectes auxiliaires sont 
près de nous et font leur pâture d'autres insectes, la plupart 
nuisibles. Ils en sont carnassiers, aussi les désigne-t-on sous 
le nom d'insectes chasseurs. Ce sont eux justement qu'il est 
bon de connaître, pour ne pas les confondre dans l'extermi- 
nation entière des autres. Essayons d'esquisser les principaux. 

On connaît les Libellules ou demoiselles, ces charmants in- 
sectes aux ailes délicates, presqu'aussijolis que les papillons et 
habitant communément les prairies verdoyantes, sillonnées 
de cours d'eau. Ce sont les féroces ennemis des mouches et 
des papillons. Elles laissent tomber leurs œufs dans l'eau des 
rivières. Il en sort une larve ({m chasse sous l'eau les insectes, 
les larves, les vers. Elle ne se transforme en insecte parfait 
qu'après plusieurs métamorphoses. 



BULLETIN D'INSECTULOGIE AGRICOLE 3 

Les enfants aiment tous la Cocchielle ou bête à bon Dieu 
■qui, volant de çà et là, fait une chasse infatigable aux puce- 
rons. 

En certains pays, on trouve le Fourmilion qui creuse dans 
le sable son entonnoir pour servir de piège aux fourmis. 

Ayons des égards pour le Cafabedorf' vulgairement appelé 
Jardinière, en raison de la rencontre fréquente que l'on en 
fait dans les jardins ; pour le Carabe sacré, le Bousier, le Bra- 
cJiin, tous coléoptères et qui, d'après la force des serres dont 
leur tête est armée, font leur proie d'une quantité d'autres 
insectes ravageurs. 

Qui n'a entendu le bourdonnement de certaines petites 
mouches vibrantes désignées sous le nom général (ïlchneii- 
mons ? Ces insectes sont armés d'une longue tarière avec 
laquelle ils introduisent leurs œufs dans le corps des che- 
nilles; ils les découvrent sous l'écorce même des arbres. Ils 
assurent pour leurs petits la nourriture substantielle dont ils 
usent eux-mêmes. 

Auxiliaires divers : mammifères et mitres. — Il est cer- 
tains animaux que l'homme doit regarder encore comme ses 
puissants auxiliaires. Est à déplorer pourtant l'odieuse 
boucherie que certains ignorants en font. C'est par l'école 
qu'on peut arrêter le mal . 

Beaucoup de campagnards ont été frappés le soir par l'aile 
d'un Oreillard ou Chauve -souris, ou plus souvent encore 
plusieurs l'ont vu heurter les vitres de leur habitation, ou ont 
entendu les battements d'ailes de cet oisaau nocturne aux 
fenêtres et aux portes. L'a- t-on attrapé, une certaine frayeur vous 
a saisi, en voyant la difformité de ce corps couvert de poils. 
Gomme l'a si bien dit La Fontaine, il ne faut pas juger les 
gens sur l'apparence. C'est un allié de l'homme ; son goût 
carnassier fait qu'il engloutit chaque soir, à l'aide de son 
râtelier bien monté et bien aigu, une quantité d'insectes 
nocturnes et nuisibles. Ne le clouons plus sur nos portes: 

c'est une stupidité et un double crime ! 
Si les ohauves-souris sont douées d'un respectable appétit 



4 BULLETIN d'INSECTOLOGIE AGRICOLE 

ce n'est rien encore auprès de la voracité du Hérisson, de la 
Mmaraigne et de la Taupe; ceux-ci sont de vrais ogres pour 
les insecles . Aussitôt l'été venu, le Hérisson chasse et dévore 
sans cesse les souris et même les vipères dont il se joue des 
morsures . 

Un animal ressemblant beaucoup à la souris est la Musa- 
raigne; mais elle est plus petite et son museau se termine 
par une sorte de petite trompe. Il faut bien se garder de la 
détruire, car elle ne subsiste qu'en absorbant chaque jour 
son propre poids de nourriture consistant en insectes et larves 
de tout genre . 

Quels crimes ne reproche-t-on pas k\^ Taupe, dans les 
jardins surtout ? En certains pays les taupiers lui l'ont encore 
de nos jours une. véritable chasse. Et pourtant si, avec ses 
grosses pattes courtes, sortes de pelles, elle creuse de lon- 
gues galeries souterraines, ce n'est que pour aller à la recher- 
che des vers blancp, des courtilières, des vers de terre (lom- 
bries), des vers gris, vrais destructeurs des racines. Souvent elle 
soulève la terre, chose insignifiante pour les terres en cul- 
ture ; pour y remédier dans les prés on n'a qu'à répandre ces 
taupinères une ou deux fois par an. Les vrais dégâts causés 
par cet animal ne sont que dans les jardins; aussi peut-on 
l'en exclure et le remplacer par quelques crapauds et 
greiiouilles qui feront, parmi les plantes poiagères, une 
chasse abondante de petits vers et de limaçons. 

[A suivre.) 



Le Sitone linéé 

[Siiona lineatus. Schœ?i), ennemi des pois. 

Ce Goléoptère a 3 mill. 1/2 de longueur, il est noir à squa- 
mules brunes en dessous, et d'un cendré argenté en dessus. 
Les élytres sont linéés de blanc. 

Ce petit insecte, qui se trouve dans les jardins et les champs, 
dévore les pois dès que les premières feuilles sont sorties de 



BULLETIN D'INSECTOLOGIE AGRICOLE 5 

terre. Aussitôt que le temps le permet, il monte sur la jeune 
plante et il la ronge en déchiquetant les feuilles, ne laissant 
que les nervures. Les ravages durent presque tout l'été, et 
c'est lorsque le soleil luit qu'il les exerce. Par la pluie, et 
môme par un temps sombre, il descend au pied de la plante 
où il se tient caché. 

Cet ennemi des pois cause parfois de grands dommages; il 
faut chercher à le combattre par tous les moyens possibles. 

Destruction. — Nous pensons qu'on pourrait employer des 
poudres insecticides, telles que de la chaux hydraulique en 
poudre, de la suie, etc., qu'on répandrait sur la plante et au 
pied. On peut aussi faire des arrosages avec de l'eau de savon 
noir, et des décoctions de plantes acres et fortes. 

DiLLON. 



Société centrale d'apiculture et d'fu.«ectolosie. 

Séance du 15 dL-ccinbi'e 188(3. Président de M. Fallou. 

Il est donné lecture du procès-verbal de la dernière séance, 
qui est adopté. 

Le président de la Société, M. de Hérédia, donne avis delà 
note qu'il a reçue et par laquelle M. le directeur des bâtiments 
civils met à la disposition de la Société centrale d'apiculture et 
d'insectologie l'Oranarerie des Tuileries, du 20 août au 30 sep- 
tembre prochain, pour l'organisation de son exposition des 
insectes utiles et des insectes nuisibles qui devait avoir lieu en 
1886 et qui a été ajournée en 1887. — L'assemblée décide que 
le programme reste le même. 

— M. Bourgeois montre à l'assemblée une calotte dont les 
bâtisses, quoique parfaitement fixées, ont été vidées par l'ex- 
tracteur. Pour obtenir ce résultat il détache avec précaution et 
àl'aide d'un couteau à tige mince et à lame recourbée les rayons 
les uns après les autres, les passe à l'extracteur, les remet à 
leur place respective et les maintient par deux barrettes placées 



6 BULLETIN d'iNSECTOLOGIE AGRICOLE 

en travers dessus, puis place la calotte sur une ruche dont les 
abeilles viennent en sucer les dernières bribes de miel et 
s'occupent en même temps de ressouder les rayons, ce qui 
a lieu au bout de peu de temps. Il n'est pas indispensable 
d'attendre que la calotte soit entièrement remplie ; les rayons 
pleins sont vidés et les mouches, excitées par le miel qui 
humecte encore les rayons, les fixent et les remplissent plus 
vite qu'elles ne rempliraient des rayons extrêmes. — Les ca- 
lottes dont les rayons sont ressoudés sont enlevées lorsque la 
saison de la miellée est passée, et conservées dans un lieu à 
l'abri de la fausse teigne. 

L'assemblée s'occupe ensuite de la situation financière de 
la Société. Il résulte des chiffres présentés par le trésorier 
que les recettes se sont élevées en 1886, avec le restant en 
caisse au 1"' janvier, à 5,017 fr. 55, et les dépenses à 1240 fr. : 
excédant 3,803 fr. 30 cent. Le secrétaire général présente 
une dépense, pour la publication du Bulletin et correspon- 
dance, de 268 fr. 40 et une recette de 025, 20 y compris le reli- 
quat de compte de l'exercice précédent, 356 fr. 80. Total de l'en- 
caisse de la Société 4,160 fr. 10, sauf quelques notes à 
régler. 

Une commission de trois membres composée de MM. Fallou, 
Ramé et Séval est chargée d'apurer ces comptes. La séance 
est ensuite levée. 

Pour extrait : Delinotte, secrétaire. 



Bombyx neustricu et la Livrée sa chenille. 

Le papillon désigné sous le nom de Bombyx neiistrien, fig.ï 
produit la chenille appelée Uvrëe, à cause de ses lignes lon- 
gitudinaires de diverses couleurs. Les œufs du papillon sont 
pondus en bracelet sur une petite branche, ainsi que cela se 
voit dans la figure ci-contre, et cclosent au printemps aux 
premiers bourgeons, qu'ils dévorent, ou les feuilles que ces 
bourgeons portent. Il importe donc au moment de l'échenil- 



BDLLETIN d'INSECTOLOGIE AGRICOLE 7 

kge, en février, d'enlever ces nids d'œufs et de les brûler 
avec les brindilles qui les portent. La chenille qui en naît se 




Fig. 1. — Bombyx neustrien. Sa chenille et ses œufs. 



file un mince coton blanc saupoudré d'une poussière comme 
de la fleur de soufre. 



iVotlec ««nr Jules L.icbtenstein. 

M. J. Lichtenstein, entomologiste distingué, commandeur 
de Tordre d'Isabelle-Ia-Gatholique, membre de l'Académie des 
sciences de Madrid, est décédé à Montpellier le 30 novembre 
dernier (1886) à l'âge de 68 ans. 

J. Lichtenstein s'est particulièrement fait connaître par ses 
travaux sur le Phylloxéra; on lui doit aussi de nombreuses obser- 
vations sur tous les ordres d'Insectes, les métamorphoses de 
plusieurs Coléoptères vésicants, l'histoiredu Vesperus xatarti, 
en collaboration avec M. le professeur Valéry Mayet. 

Sur les mœurs de différentes espèces d'Hyménoptères et 
d'Hémiptères il préparait depuis plusieurs années une mono- 
graphie des Apliidiens. Le premier fascicule est paru en 1886. 
Tous ceux de nous qui ont eu l'avantage de connaître 
J. Lichtenstein ont pu apprécier ses connaissances, son esprit 
et son plaisir à rendre service. 



8 BULLETIN d'iNSECTOLOGIE AGRICOLE 

La science entomologique perd en lui un savant et un obser- 
vateur judicieux. 

Parmi les travaux de Lichtenstein, nous relatons la note 
suivante, adressée à la société entomologique de France, et 
qui a été insérée au Bulletin de cette même société le 9 sep- 
tembre 1885 : 

« Quelques propriétaires de Montpellier ont vu tout à coup, 
après les labours de juillet, leurs souches de vignes envahies 
par des chenilles de Noctuelles vertes avec trois bandes lon- 
gitudinales brunes, qui ont dévoré toutes les feuilles des 
pampres sur d'assez grandes étendues (2 à 3,000 souches). 
Ayant reçu plusieurs de ces chenilles vivantes, je les ai vues 
bientôt se métamorphoser sous terre avec une étonnante ra- 
pidité (en huit ou dix jours). » 

Cette espèce est une Apamide, la Laphyfjina exigna H B. 
(Dup.,VI 7ô; Gn; 1,158; Berce 111,73). Cette espèce polyphage 
a dû passer sur la vigne parce que la culture la privait de sa 
nourriture habituelle, qui paraîtrait être aux environs de 
Montpellier les Amaranthus albus et retrofteus, plantes très 
communes dans les vignobles de ces contrées. 

J. Fallou. 

(Extrait ^e^'è Annales de la société entomologique de France. 
Bull, du y septembre 1885.) 

Depuis la publication de la note de M. J. Lichtenstein, un 
de nos confrères M. P. Chrétien, entomologiste des plus com- 
pétents pour l'éducation des chenilles, a élevé et étudié celle 
de VExiqna ; des plantes basses de genres fort différents : 
Oseille, Laiteron, Liserons, Mercuriale etc., ont été servies à 
cette chenille qui s'en est très bien accommodée et qui les 
préférait à la vigne. 

Notre collègue ajoute que la présence de cette chenille 
Exifjna, en si grande quantité aux environs de Montpellier 
doit être rangée parmi les apparitions plus ou moins pério- 
diques d'espèces qui se montrent subitement en grand 
nombre, puis deviennent très rares ou disparaissent même; 



BULLETIN D'INSECTOLOGIE AGRICOLE 9 

phénomène dont les causes ne sont pas bien connues. Un autre 
de nos confrères, le D"" Lafaury, entomologiste distingué, a 
signalé les ravages que cette espèce a causé en 187U dans les 
plantations de maïs du département des l^andes ; depuis cette 
époque elle n'a plus été revue. 

J. Fallou. 



Les Altises 



Les Altises, que nous connaissons sous le nom vulgaire de 
Puce de terre, d'Alireite à Paris, de Mouchette en Belgique, 
sont des insectes malheureusement trop connus et qui 
détruisent en peu de temps nos semis de crucifères, tels que 
radis, choux, navets, colza, etc. On n'arrive pas aisément à 
s'en débarrasser au moyen des arrosages fréquents, de la chaux 
en poudre, des cendres de bois, des décoctions d'absinthe. 

Tout cela exige beaucoup de travail et prend un temps 
précieux. Est-ce qu'il n'y aurait pas moyen de découvrir un 
procédé plus efficace que ceux auxquels on a recours habi- 
tuellement ? . 

Les hommes de jardinage ont dû s'apercevoir que les 
«rucifères semés en pépinière ou à demeure, dans le proche 
voisinage d'une haie ou bien d'un mur, sont épargnés par les 
Altises. Nous en avons eu souvent la preuve mais nous n'en 
connaissons pas la raison. Ce qui ressort pour nous de cette 
remarque, c'est que les Altises évitent les abri-? et ne recher- 
chent que les places découvertes. 

S'il en est réellement ainsi, il nous semble qu'on pourrait 
au moyen de brise-vents mobiles, c'est-à-dire de paillassons 
attachés verticalement à des pieux entre les planches ense- 
mencées au jardin, obtenir les mômes résultats qu'avec les 
haies et les murs. A défaut de paillassons, on pourrait môme 
avec avantage se servir de claies grossières, également mo- 
biles, faites de perchettes et de baguettes de coudrier, de 
sault ordinaire, d'osier ou de toute autre essence d'une 
■certaine souplesse. Rien n'empêcherait d'assurer la durée de 



10 BULLETIN d'INSECTOLOGIE AGRICOLE 

ces claies en les recouvrant de goudron de houille. De cette 
manière, on n'aurait plus de plancher à découvert et il y a 
lieu de croire que les Altises ne toucheraient pas plus à. nos 
semis qu'ils n'y touchent près des haies et des murs. 

Il va sans dire que ce procédé ne serait applicable que 
dans les jardins, pour les semis de radis, de navets de table ,- 
de diverses espèces de choux et de rutabagas destinés aux 
repiquages. C'est un essai à faire et qui, nous l'espérons bien,, 
ne sera pas négligé par tous nos lecteurs. 

CExtrait de YAgrictilteur de la Haute-Saône.) 



La ]%Iouche à scie clu Ros»icr. 

(Hylotoma Bosœ. Lat.) 

Rosier, Roses. Espèces du genre /?os«, famille des Rosacées. 

Rose de Provins {Rosa gallica). Les pétales renferment un 
suc astringent ; on en fait une préDaration connue sous le 
nom de conserve de roses, et que l'on emploie à l'intérieur 
comme tonique et stimulant. Les feuilles de roses infusées 
dans du vin rouge servent à faire des injections excitantes ; 
infusées dans du vinaigre, on s'en sert en gargarisme dans- 
les cas d'angine chronique ; enfin les infusions dans l'eau et 
l'eau-de-vie sont employées à faire des lotions excitantes 
pour favoriser la cicatrisation des ulcères. — Le Mid Rosat 
sert à édulcorer les gargarismes ; on l'emploie seul pour tou- 
cher avec un pinceau de charpie les aphtes qui se dévelop- 
pent à la membrane muqueuse buccale, et les amygdales dans 
le cas de gonflement et d'inflammation. — Rosa centifoUa e( 
Z)amascen« (rose à cent feuilles et de tous les mois). Ces 
Roses, dont les nombreuses variétés font le plus bel ornement 
des parterres et l'emportent sur presque toutes les fleurs par 
la suavité de lem- parfum, fournissent une eau distillée sur- 
tout utile comme collyre. Le collyre, légèrement astringent, 
est usité dans les conjonctives légères, et sert de véhicule 



BULLETIN D^NSECTOLOGIE AGRICOLE 11 

à d'autres collyres plus astringents. L'essence de roses em- 
ployée dans la parfumerie s'obtient par la distillation des pé- 
tales de Rose dans l'eau : la plus estimée nous vient de la 
Turquie et de l'Inde ; elle est d'un prix élevé. L'essence de 
feuilles de Géranium-rosat {Pelargonium odoralissimu)n),pré- 
parée en Provence, remplace généralement la véritable essence 
de roses. Les fruits des divers Rosiers, et particulièrement du 
Rosa canina [Eglantier), vulgairement connus sous le nom 
de gratte-culs (peut-être par altération de gratte-cou), et 
mieux de cynorrhodons (mot qui est la traduction grecque 
francisée du nom latin Rosa canina, Rose ou Rosier de 
chien), renferment, à la maturité, une pulpe acidulée et as- 
tringente ; les poils roides qui revêtent le fruit à l'intérieur 
irritent fortement la gorge, si l'on n'a pas soin de les enlever. 
On en prépare une conserve astringente usitée dans le trai- 
tement des diarrhées chroniques. Les Cent- feuilles {Centifo- 
lia) sont les belles des belles ; leur patrie (comme celle des 
plantes les plus précieuses) est inconnue. Les Roses de Da- 
mas [Damascena), presque aussi glorieuses (Roses de tous- 
les-mois de nos anciens parterres, aujourd'hui supplantées 
par des Roses hybrides gveïïéea sur sauvageon, dites remontan- 
test et i-éputées méritantes), qui fleurissaient toute l'année, 
franc-de-pied et d âge en âge, dans les jardins des châteaux 
et dans les jardins des villages. 

Les Roses de Provins {Gallicœ), charmantes à l'état sauvage, 
sont précieuses pour leurs pétales astringents. L'essence de rose 
est le parfum par excellence de l'Orient. Les Roses à feuilles 
persistantes et Roses du Bengale [R. sempervirens et indica) 
sont, de temps immémorial, cultivées dans les jardins de l'an- 
cien monde. Nos Rosiers sauvages [Eglantiers, Rosa canina) 
étaient célèbres au moyen âge ; on leur attribuait des vertus 
merveilleuses. Les fruits de ces Rosiers sauvages, à akènes 
chargés de poils raides, passaient pour déloger les vers in- 
testinaux. La Rose jaune est jolie, mais son parfum effacé 
rappelle l'odeur cimicines des Coris [Punaises des dois). 

Les Rosiers ont quelquefois beaucoup à souffrir de la part 



12 BULLETIN d'iNSECTOLOGIE AGRICOLE 

des larves de la Mouche à scie, surtout lorsqu'elles sont nom- 
breuses, car elles les dépouillent plus ou moins de leurs 
feuilles. On voit l'insecte parfait sur ces arbustes dès le 15 
mai, et on l'y rencontre aussi pendant tout le mois d'août. 
La femelle pond ses œufs sur les jeunes branches, c esl-à- 
dire les pousses de l'année dont l'écorce et le jeune bois sont 
très tendres. Pour faire cette opéra tion elle commence par 
choisir la branche qui lui convient, puis se plaçant ,13 tête en 
bas et le derrière du côté de l'extrémité, elle enfonce sa ta- 
rière dentée en scie dans l'écorce, y fait une courte fente lon- 
gitudinale et dépose un œuf dans cette blessure. Elle retire 
alors sa tarière, fait un pas en avant, enfonce de nouveau son 
instrument dans l'écorce et pond un deuxième œuf. Elle con- 
tinue ainsi jusqu'à ce qu'elle ait achevé sa ponte. C'est le 
matin, après le lever du soleil, qu'elle se met à travailler. De 
dix à onze heures, elle se repose et disparaît pour revenir, 
sur les cinq heures du snir, contiiiup.r sa besogne. Les œufs 
au nombre de quatre, cinq, six, et plus, se trouvent placés 
sur une ligne longitudinale, dans des petites fentes voisines, 
également espacées : ils sont collés dans la plaie par une 
gomme liquide qui les enduit au sortir de l'oviducte et main- 
tenus par les deux lèvres de la blessure. Ils sont oblongs et 
de couleur jaune. La sève se trouve interrompue ou contra- 
riée dans sa marche par les plaies et les corps étrangers que 
les branches contiennent ; l'écorce voisine noircit, tandis 
qu'elle conserve sa couleur verte de l'autre côté oii la sève 
coule librement. Dès le lendemain ou le surlendemain on 
s'aperçoit que les blessures commencent à se tuméfier et que 
les œufs augmentent de volume, et au bout de quatre ou 
cinq jours ils ont acquis le double de leur grosseur primi- 
tive ; ils prennent de la nourriture en absorbant de la sève 
par leur enveloppe membraneuse extrêmement mince. Aussi- 
tôt que les petites larves sont écloses elles se répandent sur 
les feuilles voisines pour les ronger et s'en nourrir. Elles 
sont voraces et croissent assez rapidement. Elles mangent les 
feuilles en les attaquant parles bords et en les entamant jus- 



BULLETIN d'iNSECTOLOGIE AGRICOLE 13 

qu'à la nervure médiane. Elles se tiennent contournées de 
différentes manières, tantôt prenant la forme d'un S, tantôt 
celle d'un crochet, en courbant en bas leur extrémité posté- 
rieure. 

Lorsque cette larve a pris toute sa croissance elle a de 18 à 
20 millimètres de longueur. Elle est en dessus d'une couleur 
jaunâtre qui tire sur la feuille morte et toute couverte de pe- 
tits tubercules noirs de chacun desquels sort un poil; les 
côtés et le dessous sont verts ; elle est pourvue de dix-huit 
pattes ; les quatrième, dixième et onzième segments en sont 
dépourvus ; les six: pattes écailleuses ou thoraciques sont 
terminées par deux crochets ; la tôte est jaune et les yeux 
noirs. Dès qu'elle cesse de manger, elle descend du Rosier 
sur lequel elle a vécu et s'enfonce dans la terre à son pied. 
Elle s'établit dans une petite cavité et travaille àse renfermer 
dans un double cocon de soie qu'elle file avec sa bouche ; le 
premier a l'extérieur d'un testacé jaunâtre, à mailles assez 
larges, d'une soie grossière et fine, blanchâtre d'un tissu serré 
et mollet. Ces deux cocons, placés l'un dans l'autre et se 
touchant par tous leurs contours, ne sont pas adhérents entre 
eux. C'est là que la larve se change en chrysalide à l'abri de 
la pluie et de l'humidité qui ne peuvent l'atteindre, et ensuite 
en insecte parfait. 

Puisque l'on voit cette mouche sur les Rosiers à la mi-mai 
et qu'on l'y retrouve encore pendant tout le mois d'août et le 
commencement de septembre, on doit en conclure qu'elle a 
deux générations dans l'année ; l'une printanière, qui pond 
sur les pousses de mai, et l'autre, estivale, qui dépose ses 
œufs sur les pousses d'août. 

Cette dernière passe l'hiver dans la terre à l'état de larve, 
dans son double cocon, qui la préserve des intempéries ri- 
goureuses. 

Cet insecte fait partie de l'ordre des Hyménoptères, de la 
famille des Porte-scie, de la tribu des Tentrhédines et du 
genre Hy lof orna. 

Son nom entomologique est Hylotoma Rosas et son nom 
vulgaire Mouche à scie du Rosier. 



14 BULLETIN d'iNSECTOLOGIE AGRICOLE 

Hylotoma Tios/p. Lat. —Longueur, G-7 millimètres. Les an- 
tennes sont noires, formées de trois articles, le troisième en 
massue très allongée chez la femelle, filiforme et velu chez le 
mâle ; la tête est noire, transverse, avec les palpes jaunes; 
le corselet est d'un jaune d'ocre, ovalaire, épais chez la fe- 
melle, cylindrique et plus mince chez le mâle ; les pattes 
jaunes, avec l'extrémité des tibias postérieurs et celle des ar- 
ticles de tous les tarses noires ; les ailes sont transparentes, 
sans taches, jaunes depuis la base jusqu'au milieu, hyaline 
à l'extrémité ; les nervures sont jau»âtres, mais la cote et le 
stigma sont noirs ; les supérieures sont pourvues d'une cellule 
radiale et de quatre cellules cubitales dont les deuxième et 
troisième reçoivent chacune une nervure récurrente 

On peut faire la chasse à cette Mouche lorsqu'elle est à 
l'état de larve et qu'elle commence à se répandre sur les feuilles 
des Rosiers et à les ronger, ce qui se remarque bientôt. 

On peut la prendre à la main si elle n'est pas en grand 
nombre, et dans le cas contraire secouer les Rosiers qui en sont 
chargés sur une nappe de toile étendue à leur pied, et écra- 
ser toutes les larves qui seront tombées. Si en visitant les 
Rosiers on aperçoit sur leurs branches les dépôts d'œufs pon- 
dus par la femelle on ne manquera pas de les écraser. On n'a 
pas encore signalé de parasites de cette espèce. 

Un moyen facile de faire la chasse à l'insecte parfait con- 
siste à planter quelques pieds de persil à proximité des 
Rosiers. L'Hylotome, lorsqu'elle est éclose, abandonne les 
Rosiers vers le milieu de la journée pour se nourrir sur 
d'autres plantes, mais elle recherche particulièrement les 
fleurs de persil, sur lesquelles elle se plaît à butiner. 

On en peut prendre chaque jour un nombre considérable 
sur ces fleurs. 

E. Savard. 



BULLETIN d'iNSECTOLOGIE AaRICOLE 15 

Kucourag<^aneîits à la «crîcicialtarc daus le 
clépai*teuient duQurcl, en 1S87 

Le Ministre de l'agriculture 

Vu l'utilité d'encourager d'une manière spéciale l'indus- 
trie séricicole; 

Sur le rapport du conseiller d'État, Directeur de l'agriculture, 
Arrête : 

Article premier. — Des récompenses seront accordées, 
dans le département du Gard, aux agriculteurs qui présen- 
teront, en 1887, les magnaneries les mieux tenues et suivront 
les meilleures méthodes d'élevage et de grainage . 

Art. 2. — Les récompenses seront réparties de la manière 
suivante : 

l'" CATÉGORIE. Magnaneries mettant en éclosion 75 gram- 
mes de graines ou davantage: 1 médaille d'or, 3 médailles 
d'argent, 5 médailles de bronze, et une somme de 2.000 fr. 
seront mises à la disposition du jury,pour récompenser les 
concurrents de cette catégorie. 

2''GATÉG0RiE. Agricultcurs mettant en éclosion, moins de 
75 grammes de graines: 1 médaille d'or, 3 médailles d'argent 
5 médailles de bronze et une somme de 2.000 fr. seront mises 
à la disposition du jury pour récompenser les concurrents 
de cette catégorie . 

Art. 3. — Un objet d'art pourra être décerné au lauréat re- 
connu relativement supérieur et jugé digne d'être plus 
spécialement offert en exemple . 

L'objet d'art ne peut se cumuler avec la médaille d'or. 

Art. 4. — 3 médailles d'argent, 5 médailles de bronze et 
une somme de 300 francs pourront être décernées par le jury 
aux agents employés dans les magnaneries primées . 

Art. 5. — Les prix seront décernés en 1887, à la séance de 
la distribution solonnelle des récompenses du concours régio- 
nal du Gard. Ils figureront dans la liste des prix du dit con- 
cours régional . 



16 BULLETIN d'iNSECTOLOGIE AGRICOLE 

Art. 6. — Les déclarations, des concurrents contenant leurs 
nom prénom et adresse très précise, ainsi que l'indication de 
la quantité de graines mises à l'éclosion devront être remises 
au Maire de leur commune, qui les visera et les adressera à 
la préfecture du département le 15 avril 1887 au plus tard; 
aucune déclaration ultérieure ne sera admise. 

Art. 7. — • Le Conseiller dE'tat, Directeur de l'agriculture, 
est chargé de l'exécution du présent arrêté. 

J. Develle. 

Fait à Paris le 29 novembre 188tî . 



Concours d'appareils iusccticoles. 

Le comité d'agriculture de l'arrondissement de Beaune et 
de viticulture de laCôte-d'Or a décidé qu'un concours inter- 
national de pulvérisateurs aurait lieu à Beaune le 24 avril 
prochain. 

Dans sa dernière séance, la Société centrale d'apiculture et 
d'insectologie a arrêté qu'un concours d'appareils insecticoles 
aura lieu à son exposition des Insectes aa mois de septembre 
prochain sur l'esplanade de l'Orangerie des Tuileries, à Paris. 

Ce concours comprendra : 

1° Instruments propres (pompes, injecteurs, pales, etc.) à 
répandre les liquides insecticides. 

2° Instruments propres à répandre les poudres elles engrais 
pulvérulents. 

On trouvera des instructions et des feuilles de déclaration, 
vers juillet, au secrétariat de la Société, rue Monge, 67. 



La figure de la page 7 est empruntée au Journal des Cam- 
pagnes. 



Le Gérant : H. Hamet. 



Typ. - KuiZLTTB. ». F. Camptgno ir«. Paris. 



N" 2 DOUZIÈHË ANNÉE Février 1837 

BULLETIN 

D'INSECTOLOGIE AGRICOLE 



SOMMAIRE. — Programme d'enseignement insectologique [suite). — 
Les Chauves-souris, par E.Boncenne. — Cécidomyie de la vigne.— Les 
infiniment petits, par A. Humbert. — Société centrale d'apiculture et 
d'insectoiogie, séance de janvier 1887. — L'abeille de Tasmanie et son 
miel eucalypté. 



Prog^i'aïuine cS'enseig:nement iuseetolog^iqnc. 

(Suite, voir pag^e i.) 

Les oiseaux insectivores auxiliaires. 

L'oiseau est assurément l'auxiliaire le plus important de 
l'homme pour la destruction des insectes nuisibles. Certes, il 
en détruit quelquefois d'utiles, mais en somme il fait une 
guerre efficace aux nuisibles. Donc il est précieux et par là 
demande à être protégé. — Nous continuons de couper dans 
le mémoire ou rapport que nous avons déjà cité. 

« Depuis bien longtemps l'homme aurait succombé à sa 
tâche si la nature n'avait placé Voiaenu auprès de lui comme 
un serviteur fidèle. Son génie peut, il est vrai, mesurer le 
cours des astres, percer les montagnes, faire marcher un 
navire contre la tempête; les monstres des forêts, il les tue 
ou les soumet à ses lois ; mais devant ces myriades d'insectes 
qui, de tous les points de l'horizon viennent s'abattre sur les 
champs cultivés, sa force n'est que faiblesse. Son œil n'est 
pas assez perçant pour apercevoir seulement la plupart d'en- 
tre eux; sa main est trop lente pour les frapper, et, d'ailleurs, 
quand il les écraserait par millions, ils renaissent par mil- 
liards. D'en haut, d'en bas, à droite, à gauche, leurs innom- 
brables légions se succèdent et se relayent sans trêve ni 
repos. Mais dans cette indestructible armée qui marche à la 
conquête de l'œuvre de l'homme, chacun a son mois, son 



18 BULLETIN d'iNSECTOLOGIE AGRICOLE 

jour, sa saison, son arbre, sa plante : chacun connaît son poste 
de combat et nul ne s'y trompe jamais. 

Cette armée nombreuse aux yeux perçants, aux ailes lé- 
gères, a elle-même besoin d être protégée en ce qui touche 
Tenfance; car, dans les campagnes, quelle extermination de 
nids d'oiseaux ne font pas les enfonts de tout âge ! En cer- 
tains parages, lors de l'émigration de ces habitants de l'air, 
l'homme aussi semble prendre à tâche d'aviver leur destruc- 
tion: chasses, filets, engins de toutes sortes servent à les 
exterminer en nombre. 

Ne pourrait-on pas arrêter une semblable tuerie, en faisant 
entendre aux uns et aux autres ce que l'oiseau semble nous 
dire, en son chant, du sein de sa cachette ou du haut de son 
perchoir ? C'est à l'école surtout que cela doit se faire ; car 
alors, par l'enfant convaincu, l'écho de cet appel se répercu- 
tera dans la famille. 

Mais il faut que la loi sur la chasse contraigne le posses- 
seur de propriété close, aussi bien que celui de propriété non 
close, de respecter lexistence des oiseaux insectivores, qui 
n'ont pas été créés pour des privilégiés, mais pour tous les 
hommes. 

Un observateur fait ainsi parler Vhirondelle : « Savez-vous 
à quoi je m'occupe quand vous me voyez voler, ailes 
déployées, en rasant le sol ? A chaque instant j'ouvre mon bec 
bleu; à chaque instant je saisis au vol un insecte, un ennemi 
des moissons. Laissez-moi voler sans crainte à travers vos 
champs. » Mais l'hirondelle tombe quelquefois sur desinsec- 
teH utiles. Ainsi on lui reproche d'exercer sa jeune couvée 
près des ruchers, pour saisir des abeilles, afin de l'apprendre 
à saisir d'autres insectes. On doit dans ce cas l'éloigner par 
un épouvantail. 

Le même observateur fait tenir ce langage à la mésange : 
« Si petite que je sois, ne mesurez pas mon travail à ma 
grosseur: je vous débarrasse par an de 200.000 insectes.» — Il 
continue pour les oiseaux suivants : 

La bergeronnette : « J'accompagne le laboureur, je suissa 



BULLETIN d'iNSECTOLOGIE AGRICOLE 19 

charrue et je m'empare des insectes découverts parle soc, ou 
encore, volant de compagnie avec le bouvreuil et le sanson- 
net, je me perche sur les cornes des bœufs et sur le dos des 
moutons pour les débarrasser des mouches et d'autres insec- 
tes. Ne me faites pas de mal, bergers 1» 

Le roitelet: « Je suis le plus petit des oiseaux de notre 
pays, si petit que je ne fais pas plier une branche en m'y po- 
sant, et pourtant je détruis chaque année plus d'un million 
d'insectes. Enfants, ne touchez pas à mon nid. » 

Parmi les trois cents espèces d'oiseaux, il en est certaine- 
ment quelques-uns qui sont peu bienfaisants; on peut même 
dire qu'ils sont nuisibles en raison de la guerre incessante 
qu'ils font à d'autres ; ce sont le busard, le milan, l'épervier 
le faucon, etc., qui s'attaquent même aux couvées des basses, 
cours. 

Tous les autres, qu'ils soient diurnes ou nocturnes, quel- 
que peu carnassiers ou granivores, doivent être respectés ; 
car la somme des avantages l'emporte de beaucoup sur les 
inconvénients. 

Peut-on contester aux passereaux le titre d'insectivores ? 
Tous, soit dans l'air, soit sur les feuilles vertes, soit sur l'écorce 
des arbres, soit dans la terre, exercent leur bec et leurs griffes 
à la chasse des insectes, hannetons, chenilles, larves, pa- 
pillons, chrysalides et autres petits animaux nuisibles à l'a- 
griculture. Sont càprotéger lepinson, la ?nésange,le bouvreuil, 
le chardonneret, la linotte^ Valouette, le verdier, la caille, la 
perdrix, le sansonnet, la grive, le rossignol, le roitelet, le cul- 
blanc, Y engoulevent, le rouge-gorge, la fauvette, le coucou, et 
même le moineau quand il n'est pas trop multiplié et qu'il 
ne tombe pas sur les céréales, comme cela a quelquefois lieu 
près des villes. 

Le vanneau, la bécasse en fouillant les marais, nous débar- 
rassent des limaces et des vers de terre. La cigogne assai- 
sonne les limaces et les jeunes reptiles pour s'en faire une 
pâtée. Les)ozes et les corbeaux paient leur tribut en détruisant 
derrière la charrue les larves, les lombrics et les vers blancs. 



•20 BULLETIN d'iNSECTOLOGIE AGRICOLE 

hepic (pivertj, que l'on accuse de causer de grands dégâts 
dans les forêts et les vergers, n'en est pas moins très utile. 
S'il creuse son nid dans le tronc d'un arbre, c'est à un en- 
droit détérioré déjà par le temps ou par le ravage des in- 
sectes. Ceux-ci s'y tenaient cachés, mais sa langue gluante a 
bien su les découvrir. IS'est-ce pas un repas assez payé ? 

Et le meilleur des chats, la chouette (hibou, grand-duc, 
scops),reste-t-il toujours pelotonné? Si ces oiseaux ne sortent 
que la nuit, le jour ils font le guet sur nos greniers ou au 
fond des forêts, et gare aux imprudents ! Rats, souris, mulots, 
chenilles et papillons nocturnes n'échappent pas à l'œil per- 
çant du guetteur ; ses fortes griffes et son bec crochu les 
déchirent sans pitié. Faut-il des rats, des souris, des mulots 
pour que, dans la retraite d'un couple de chats-huants, on 
ait trouvé au bout d'un an dix sept litres el demi d'os de ron- 
geurs ! 

Dans chaque département un arrêté préfectoral interdit la 
destruction des nids d'oiseaux; c'est un corollaire de la loi 
Grammont et une justice bien méritée. Il est à souhaiter que 
tous les fonctionnaires chargés d'en assurer l'exécution re- 
doublent de zèle et ne ménagent pas les délinquants. 

Ce qu'un instituteur peut faire, c'est d'organiser entre les 
élèves de son école une petite société auxiliaire de l'agricid- 
ture, ayant pour but la protection des nids d'oiseaux et la 
destruction des insectes nuisibles. Il trouvera dans les bons 
points instructifs de la maison Hachette les éléments de les 
encourager aussi bien que de les instruire. 

Les instituteurs doivent saisir l'occasion d'associer leurs 
élèves pour une œuvre d'intérêt général, notamment les en- 
fants de prolétaires, et de leur montrer tôt que l'union fait la 
force. Plus tard, quand ces enfants seront devenus des tra- 
vailleurs manuels, ils sauront se syndiquer pour une action 
coïomune profitable à tous. Un sentiment de solidarité les 
groupera oïi faisceau puissant. 

(.4 suivre.) 



BULLETIN D'INSECTOLOGIE AGRICOLE 21 

Ijes cbanvest- souris. 

Durant de longues années, ces singuliers mammifères n'eu- 
rent, pour le vulgaire et même pour les naturalistes, que des 
caractères ambigus. Aristote les appelle des oiseaux à ailes 
de peau, et s'étonne de ne leur voir ni queue ni croupion. 
Pline les regarde aussi comme des oiseaux qui, par une uni- 
que exception, produisent leurs petits vivants et les allaitent 
par des mamelles. Aldrovande lui-même, qui a laissé de très 
curieux détails sur les chauves-souris, les place avec les au- 
truches, parce que, dit-il, ces deux espèces cl oiseaux partici- 
pent de la nature des quadrupèdes. 

Tout le monde sait aujourd'hui que la chauve-souris n'est 
pas un oiseau, mais bien un animal à mamelles, un mam- 
mifère, comme le chat, le chien et le rat. Seulement, au lieu 
d'avoir des pattes pour marcher, il en a pour voler, voilà toute 
la différence. 

Les naturalistes modernes ont rlonné à ces êtres bizarres 
le nom de chéiroptères [animaux à mains ailées) et les ont 
divisés en quatre grandes familles : les ptéropodès ou rous- 
settes, — les phylostomidès, les rhinolophidès, — lesvesper- 
tilionidès. C'est à cette dernière famille qu'appartiennent pres- 
que toutes les chauves-souris de nos contrées. Bien que le vol 
soit leur principal moyen de locomotion, elles peuvent mar- 
cher et poursuivre, en se traînant, la proie qu'elles trouvent 
à leur portée ; mais si un danger les menace et si elles par- 
viennent à s'élever au-dessus de quelque mur en s'accrochant 
avec leurs griffes, elles ont bientôt étendu leurs ailes im- 
menses, et l'extrême promptitude de leur vol les transporte 
en un clin d'œil à de très grandes distances. 

Deux sens : l'ouïe et le toucher, sont chez ces animaux par- 
ticulièrement développés. On sait que le naturaliste italien 
Spallanzani, après avoir enlevé les yeux à plusieurs chauves- 
souris, les vit se diriger autour de sa chambre avec la même 
sûreté qu'auparavant, et s'échapper par la porte sans toucher 
te chambranle. D'autres observateurs ont répété ces cruelles 



22 BULLETIN d'iNSECTOLOGIE AGRICOLE 

expériences qui ont toujours donné de semblables résultats. 
On peut supposer que les chéiroptères sont avertis de la proxi- 
mité des corps, non par le contact immédiat, mais par l'im- 
pression que produisent sur leurs membranes la température, 
la densité, les ondulations de l'air qui entoure ces corps et 
qui forme autour d'eux une sorte de petite atmosphère dont 
nos organes ne peuvent percevoir les vibrations insensibles. 
L'aile de la chauve-souris n'est qu'une transformation de 
la main, dont les doigts très allongés et dépourvus d'ongles 
(excepté le pouce qui reste libre avec sa phalange) sont reliés 
par une membrane fine et non poilue, s'é tendant jusque sur 
les flancs, et même, dans la plupart des cas, entre ses mem- 
bres postérieurs. Ainsi constituées, les chauves-souris sont 
éminemment propres à jouer leur rôle providentiel et, à 
l'heure mêmeoii s'endorment les oiseaux insectivores, on les 
voit commencer leurs évolutions dans le ciel et saisir au pas- 
sage les insectes crépusculaires que l'ombre et la fraîcheur 
mettent en mouvement. Les hannetons, qui apportent si sou- 
vent la ruine et la désolation dans nos campagnes, n'ont pas 
de plus terribles ennemis. Cependant, ces utiles petites bêtes 
ont le singulier privilège d'inspirer à première vue des anti- 
pathies mortelles, et de faire tomber en pâmoison les per- 
sonnes nerveuses. Elles partagent cette triste faculté avec le 
crapaud et l'araignée. Pourquoi les hait-on ? Parce qu'on en 
a peur. Pourquoi en a-t-on peur? Parce que, sauvages et dé- 
fiantes, elles se cachent loin des lieux fréquentés par l'homme 
et ne lui demandent rien que le repos et la liberté. 

Le docteur Franklin, qui bâtissait des tours pour y loger 
les efl'raies, nous raconte qu'en Orient les chauves-souris, 
plus familières que chez nous, s'installent dans presque toutes 
les maisons, et vivent en bonne intelligence avec les maîtres 
du lieu. « J'ai vu, dit-il, un grand nombre de ces mammi- 
fères ailés s'accrocher aux arcades des caves de Bagdad. Or 
ces caves fraîches sont habitées pendant l'été. Nous les avions 
donc pour compagnons de chambre. Jamais une seule de ces 
chauves-souris ne changeait de position pendant la journée. 



BULLETIN D'INSECTOLOGIE AGRICOLE 23 

De la masse fourrée et informe sortait, çà et là, une tête qui 
jetait sur nous un regard curieux. Gela arrivait même assez 
souvent pour montrer que, si ces animaux étaient immobiles, 
ce n'était pas le seul besoin de sommeil qui les tenait en re- 
pos. Le bruit ne semblait point les incommoder. Si nous les 
touchions, ils fuyaient d'abord, mais ils revenaient et se re- 
formaient en groupe dans le même endroit. » 

Dès les premiers froids, les chauves-souris se retirent sous 
les toits des maisons et des églises, dans les cavernes, dans 
les cavités des vieux arbres, et s'endorment suspendues par 
les pattes de derrière, dont les doigts sont armés d'ongles 
courts et crochus. Elles s'éveillent au printemps et se mettent 
en quête de nourriture ; mais, comme elles redoutent la lu- 
mière, elles ne sortent que le soir et se blottissent, durant le 
jour, dans les endroits les plus obscurs. C'est quelquefois 
sous les toits et dans les vieux murs qu'elles vont chercher 
un abri. 

Un jour d'été, je trouvai l'un de ces mammifères dormant 
sur une ardoise qui avait autrefois servi de cadran solaire. 
Dès que je l'eus touché, il fit entendre un léger cri, déploya 
ses longues ailes, puis, après quelques efforts pour quitter le 
mur étroit sur lequel reposait l'ardoise, il prit lentement son 
vol et se dirigea vers un verger, oîi nos yeux ne tardèrent pas 
à le perdre. 

Les chauves-souris les plus répandues en France sont la 
noctule, la pipistrelle, la sérotine et l'oreillard, fig. 2. 

La noctule a 35 à 38 centimètres d'envergure ; son pelage 
est roux, épais, d'un fauve plus clair aux parties inférieures ; 
les membranes sont d'un brun obscur ; celle des ailes est un 
peu velue le long du bras et de l'avant-bras : son oreillon, 
comme celui de la pipistrelle, à la forme d'un couperet. La 
noctule sort généralement avant le coucher du soleil ; elle 
vole d'abord assez haut, mais elle se rapproche de terre à 
mesure que le jour baisse. En été, elle vit par petites trou- 
pes qui se cachent, pendant le jour, dans les clochers, les 
édifices abandonnés ou les trous des vieux arbres. 



24 BULLETIN d'iNSECTOLOGIE AGRICOLE 

La nocLule est très vorace, et Kohi en a vu une avaler 
32 hannetons sans être rassasiée. 




Fig'.2. — Chauve-souris oreillard, au vol. 

La pipistrelle est très commune, mais beaucoup plus petite 
que la précédente. Sa couleur est d'un jaune plus brun. Elle 
s'éloigne moins des lieux habités et se réfugie dans les gre- 
niers, les crevasses des murs et sous les combles. Elle fait une 
guerre active aux insectes nocturnes et crépusculaires, prin- 
cipalement aux phalènes. 

La sérotine ressemble de beaucoup, pour la taille et pour 
la forme, à la noctule, avec laquelle onl'a souvent confondue; 
elle s'en distingue pourtant par ses oreillons, qui sont moins 
longs, et par la teinte plus foncée de son poil. Le sommeil de 
la sérotine paraît être plus profond que celui des autres 
chauves-souris. 

Elle ne se montre que très tard, au printemps, et après le 
coucher du soleil; elle vit isolée ou par paire, et semble re- 
chercher le voisinage des eaux. Elle se réfugie souvent dans 
les vieux arbres. 

L'oreillard frappe tout d'abord, quand on l'examine, parla 
dimension extraordinaire de ses oreilles et de ses oreillons. 
Il a 30 centimètres d'envergure ; son dos est noir et son ven- 
tre gris cendré. Il paraît vivre isolé et fré^jueute les jardins, 



BULLETIN D'INSECTOLOGIE AGRICOLE 25 

les vieilles tours et les lieux peu habités. Il est plus rare que 
la noctule. 

On a pu rarement observer les chauves-souris vivantes, car 
elles périssent presque toujours en captivité. 

En 1833, M. Daniel conserva pendant dix-neuf jours cinq 
femelles de pipistrelles. Elles se montraient fort turbulentes 
et mangeaient avec avidité des mouches et de la viande crue. 
L'année suivante, M. Daniel se procura quatre femelles et un 
mâle du genre noctule. Une seule femelle vécut assez long- 
temps pour donner naissance à un petit qui mourut avec sa 
mère au bout de quelques jours. 

Un naturaliste anglais, M. Bell, a possédé plus longtemps 
une chauve-souris barbosselle qu'il laissait parfois voler en 
liberté dans sa chambre. Elle volait très bas et moins vite que 




Fig. 3. — Dentition de la Chauve-souris insectivore. 



les autres chéiroptères, et aimait à se placer devant l'âtre, 
sur le garde-feu. Elle semblait jouir alors de la chaleur avec 
une sensualité extrême. White était aussi parvenu à appri- 
voiser une chauve-souris et la nourrissait avec des mouches 
qu'elle venait p):endre dans la main. 

Le régime exclusivement insectivore des chauves-souris en 
fait des auxiliaires très actifs et très précieux, bien que les 
services qu'elles rendent à l'agriculture soient généralement 
peu appréciés. 

Il y a un certain nombre d'années, on abattit, dans la forêt 
de Hanau, plusieurs milliers de vieux chênes, dont les troncs 



26 BULLETIN d'INSECTOLOGIE AGRICOLE 

caverneux servaient d'asile à une multitude de chauves- 
souris. Quelque temps après, la chenille processionnaire du 
chêne y occasionna d'immenses ravages. 

« Nos paysans se croyant éclairés, dit Ed. About, crucifient 
les chouettes et les chauves-souris sur la porte de leur grange 
et tandis que ces cadavres innocents se putréfient au profit 
des mouches charbonneuses, les souris mangent le grain de 
l'ingénieux villageois, et les moucherons lui piquent les 
mains et la figure. Hé ! bonhomme, tu n'as que ce que tu mé- 
rites ! En immolant des alliés, tu t'es livré corps et biens à 
tes ennemis ; si tu n'avais pas assassiné cette pauvre chouette, 
elle purgerait ton grenier des rongeurs qui le pillent ; si ces 
chauves-souris étaient vivantes, elles happeraient ces mou- 
cherons qui t'incommodent. » Ces bêtes, trop généralement 
proscrites, sont, en effet, nos auxiliaires les plus fidèles et 
les plus utiles. Gardienties vigilantes de nos champs, de nos 
jardins et de nos vergers, elles sortent tous les soirs de leurs 
sombres demeures pour combattre des légions dévastatrices 
dont nous ne pourrions triompher sans leur secours. Elles 
méritent donc notre reconnaissance et ont droit à notre pro- 
tection. 

E. BONGENNE. 

[Journal d' agriculture et d' horticulture de V Ouest.) 

(Les deux figures de cet article sont empruntées à Yllistoirc naturelle 
zoologique par Maurice Girard. Librairie Ch. Delagrave.) 



Cécidom^'ie de la vigue 

Ije Messager agricole du Midi donne les relations suivantes 
sur la Cécidomyie de la vigne, qui ne saurait être considérée, 
dit M. Gazalis, comme un ennemi de la vigne, mais comme 
un insecte inoffensif. M. Gennadius, inspecteur d'agriculture 
en Grèce, envoie au directeur de ce journal la note suivante: 

< La Cécidomyie de la vigne a été décrite pour la première 
fois par M. Heimhoffen, de Vieime, et appelée par lui Ceci- 



BULLETIN d'INSECTOLOGIE AGRICOLE 27 

domya œnophila. Plus tard, J. Lichtenstein, de Montpellier, 
l'a désignée sous le nom de Cecidomija vitis. Elle est ainsi 
appelée par M. de la Blanohère (les Ravageurs des vtrr/ers et 
des vignes, p. 265), par M. Valery-Mayet {Insecies ampélo- 
phages, p. 14), par M. Henri Miot {Entomologie appliquée : 
Insectes ampélophages,^. 14), etc., etc. 

« Cet insecte se trouve assez souvent sur les feuilles de la 
vigne et y occasionne les gales si bien décrites par l'hono- 
rable professeur Aloi; toutefois, je n'ai jamais constaté des 
dommages de quelque importance causés par cet insecte. Les 
piqûres sur les feuilles sont insignifiantes, et il semble que 
la multiplication de cet insecte sur les feuilles est assez res- 
treinte ; car je n'ai jamais vu que le mal, causé par cette 
Gécidomyie, se soit beaucoup propagé. *• 

De son côté, M. Valéry Mayet, professeur à l'Ecole d'agri- 
culture de Montpellier, écrit ce qui suit : 

« La petite mouche, formant une gale à double relief sur 
la feuille de la vigne, dont parle M. Aloi, est connue dans 
tous nos vignobles méridionaux: c'est la Gécidomyie des 
vignes {Cecidomyia œnophila) décrite par M.Heimhoffen, de 
Vienne. Elle a même été décrite deux fois: 1° Par Heim- 
hoffen, vers 1885; 2° par notre ami J. Lichtenstein, en 1877, 
sous le nom de Cecidomyia vitis. La dénomination de l'au- 
teur autrichien étant plus ancienne doit prévaloir. 

« Au sujet des ravages causés par cette larve dans le pa- 
renchyme de la feuille, je ne partage pas les craintes de 
M. Aloi. J'ai souvent observé ce parasite dans les vignes de 
l'Ecole d'agriculture et ailleurs, et je n'ai jamais vu que la 
végétation ait eu à en souffrir. Les fonctions d'assimilation 
et de respiration ne peuvent être entravées par une petite 
gale lenticulaire dont les cellules sont remplies de chloro- 
phylle, et qui ne se dessèche, à la sortie de l'insecte parfait, 
que sur une petite surface. » 



28 BULLETIN d'iNSECTOLOGIE ,' GRICOLE 

L.es infiniment petits. 

La nature a concentré dans les animalcules microscopiques 
autant de merveilles que chez les plus gros vertébrés et 
les plus gros végétaux qui frappent nos regards et devantles- 
quels nous sommes saisis d'admiration; c'est l'examen micros- 
copique qui nous fait découvrir ces prodiges. 

Un des plus grands anatomistes du xyii* siècle, le savant 
hollandais Swammerdam, fut pour ainsi dire saisi d'épou- 
vante lorsque la découverte du microscope lui permit de 
faire des investigations dans le monde des insectes, mysté- 
rieux jusqu'alors. 

Il n'est guère possible à an seul homme de savoir le nom 
de tous les insectes; on en compte plus de soixante mille 
espèces, et une énumération sèche et aride ne présente pas 
beaucoup d'attrait ; d'ailleurs la science des noms ne pré- 
sente qu'un intérêt secondaire dans les études entomologi- 
ques. 

Mais l'étude des insectes est toujours intéressante et ins- 
tructive ; elle se présente au savant avec beaucoup de charme 
et elle offre à l'homme laborieux, à l'artisan, au petit em- 
ployé, à l'instituteur, une distraction des plus agréables et 
des plus inoffensives : elle offre une diversion aux pensées 
sombres et fait accepter avec plus de philosophie les soucis 
de la vie, les petits tracas auxquels l'existence humaine n'est 
que trop souvent sujette. 

L'étude de la nature dans ses plus belles conceptions rend 
l'homme meilleur ; elle le dispose à la vie simple, calme, à la 
bontés à l'indulgence. Oui, le naturaliste, l'entomologiste de 
la campagne a entre ses mains ou sous ses yeux les princi- 
paux éléments qui constituent le bonheur. C'est à lui de 
savoir en tirer parti et profit. 

La vaste et belle nature est le meilleur champ d'études; 
c'est un livre toujours ouvert pour ses fidèles lecteurs ; un de 
nos pères de l'Eglise, saint Bernard, disait qu'il n'avait pas 



BDLLETIN D INSECTOLOGIE AGRICOLE 29 

eu (le meilleurs maîtres pour l'instruire que les chênes et les 
hêtres des forêts. 

Saint Bernard a fait école et aujourd'hui telles personnes 
n'éprouvent pas de plus grandes délices que de se coucher 
sous la feuillée, au milieu des grands bois, et d'étudier les 
choses qui les entourent. Bernard Palissy disait souvent 
qu'il n'avait pas de plus grande délectation, en ce monde, 
que de se promener dans son jardin ou dans un bois. Un 
autre ami de la nature se plaisait à entendre le chant de la 
cigale: Sonor^ arnica mea, cicada\ disait-il. 

Tout, dans les inseotes, nous est sujet à étonnement; mais 
ce qu'il y a encore chez eux ae plus merveilleux, ce sont leurs 
métamorphoses. Celle du cousin, entre autres, est intéressante. 

Si on place un baquet sous une gouttière, ou un récipient 
quelconque rempli d'eau sur le sol, en plein air, on ne tar- 
dera pas à voir se former des animalcules ayant la forme de 
petits vers qui séjourneront à la surface des eaux croupissan- 
tes. Lorsqu'on effraie ces vers, ils se précipitent la tête la pre- 
mière au fond de l'eau. Ces embryons, dont la forme est 
assez indécise, sont des larves d'insectes aériens; ils doivent 
se transformer eu cousins. Ce qu'il y a de merveilleux, c'est 
cette transformation. Lorsque le ver est devenu nymphe, il 
brise sa coquille et se tient debout sur ses débris qui doivent 
remplir le rôle d'esquif pour le transporter sur la rive. L'in- 
secte en cette occasion sert à la fois de mât, de voile, de 
gouvernail, de pilote; il e.st en même temps passager. Pour 
que l'embarcation arrive à bon port, il lui faut un vent favo- 
rable. Un vent un peu fort lui serait fatal, car l'embarcation 
chavirerait et l'insecte périrait dans ce désastre. 

Cette fin serait d'autant plus prématurée qu'elle arriverait 
juste au moment où l'insecte viendrait d'atteindre la plus 
belle partie de son existence, celle où il peut courir dans les 
vastes plaines de l'air ou se laisser bercer par les vents d'été. 

Le brillant insecte qui charme notre vue n'a pas toujours 
été revêtu de sa plus belle parure ; il lui a fallu subir des 
transformations variées. Son premier état a été celui de ver 



30 BULLETIN d'iNSECTOLOGIE AGRICOLE 

et sa première métamorphose a consisté dans le passage de 
l'état de ver à celui de larve. Au bout d'un certain temps, 
seconde métamorphose : la larve se change en nymphe. La 
nymphe porte le nom de chrysalide chez les larves appelées 
chenilles et dans cet état la chenille est enveloppée d'une 
peau assez dure et elle reste absolument immobile. C'est 
dans cette métamorphose que s'opèrent les plus grands chan- 
gements chez l'insecte, car à sa sortie il sera pourvu de pattes 
et d'ailes. 

C'est, comme nous l'avons dit, grâce au microscope que 
les savants ont pu pénétrer les mystères du monde des insec- 
tes. Cet utile instrument a été inventé au xvii' siècle par le 
naturaliste Leuwenhoeck, de Delft, qui fabriqua lui-même 
des instruments d'une rare perfection avec lesquels il fit de 
curieuses observations. 

Mais après ce célèbre naturaliste, ce furent Swammerdam 
et Spallanzani qui tirèrent le meilleur profit du microscope 
pour les études entomologiques ; le premier nous a laissé une 
remarquable Histoire des insectes et le bulletin de la Société 
centrale cVc.picultureet d'insectologie lui a déjà consacré quel- 
ques pages: le second fit d'intéressantes découvertes dues à 
remploi du microscope. 

C'est encore à l'aide de cet instrument que nous pourrons 
examiner le monde d'animalcules renfermés dans une goutte 
d'eau de marais. 

Nous y verrons des infiniment petits dont la forme change 
sans cesse et qui sont continuellement en mouvement ; on 
leur a donné le nom depj'otées ou protozoaires. Ils sont vrai- 
ment curieux à étudier. Nous y verrons encore des végéta- 
tions étranges, defe sortes de mousses qui pousseront, s'allon- 
geront et, au moment que nous croirons être celui de la 
floraison, se détacheront de leur tige, se réuniront en groupe 
ets'agiteront, se raccourciront, feront des rondes fantastiques, 
et, après un examen plus attentif, quelle ne sera pas notre 
surprise en nous apercevant que ce sont des animalcules 
vivants, qui nagent et mangent I 



BDLLETIM D'INSECTOLOGIE AGRICOLE 31 

Mais le microscope nous réserve bien d'autres surprises ! 

C'est encore et toujours par lui que nous pourrons consta- 
ter la fécondité providentielle du puceron, cet infime destiné 
à servir de proie à tous les voraces qui l'entourent et qui en 
font une consommalion prodigieuse. 

C'est aussi le puceron qui est la vache à lait de la fourmi, 
c'est le puceron qui est sa bête nourricière. Mais, malgré le 
nombre de ses ennemis, la bestiole se multiplie à l'infmi, 
assurant ainsi et à tout jamais la perpétuité de sa race. 

Allain Humbert. 



Société eentrale d'apiculture et d'iusectolugie. 

Séance du 19 janvier 1887. Présidence de M. Fallou. 

Le secrétaire général présente le résumé de la situation de 
la Société qui est satisfaisante autant que possible. Ilest en- 
suite procédé au renouvellement du Bureau et du Conseil 
d'administration de la Société. Les membres sortants, MM. Vi- 
gnole, Hamet, Delinotte et Saint-Pée, sont réélus pour deux 
ans. M. deFontvielle est élu, aune grande majorité, vice-prési- 
dent delà Société, en remplacement de M. Maurice Girard, 
décédé. M. Bourgeois est élu membre du Conseil d'adminis- 
tration, en remplacement de M. Vienney qu'une indisposi- 
tion empêche d'assister aux séances. 

Le Bureau se compose pour 1887 de MM. le D' Marmottan, 
ancien député, président honoraire ; de Hérédia, député de 
la Seine, président ; Yignole ; assesseur; W. de Fontvielle et 
Malescard, vice-présidents; H. Hamet, secrétaire général; 
Delinotte et Sevalle, secrétaires des séances ; Ramé, archi- 
viste, et Saint-Pée, trésorier. Le Conseil d'administration 
est composé des mêmes membres, plus de MM. Asset, Bour- 
geois et E. Savard. 

L'assemblée s'occupe ensuite de diverses questions adminis- 
tratives concernant l'exposition du mois de septembre pro- 
chain à l'Orangerie des Tuileries. 



32 BULLETIN d'INSECTOLOGIE AGRICOLE 

Elle arrête que l'ouverture de l'Exposition aura lieu le 
27 août et la fermeture le 28 septembre, au soir. 

Est présenté par M. Gh. Joubert pour faire partie de la 
Société, section d'apiculture, M. P. Delfour-Rochefort, à Rol- 
lières (Gorrèze). L'admission de ce membre est prononcée, et 
la séance est ensuite levée. 

L'un des secrétaires, Delinotte. 



Li' Abeille de Taismanie 

M. Garaman vient de présenter à l'Académie de médecine 
un miel eucalypté naturel, sécrété parles abeilles noires sau- 
vages de Tasmanie (Australie), dans des ruches construites 
parelles au sommet d'eucalyptus gigantesques. 

Un jour le D"" E. Guilmeth, explorant en 1884 les forêts 
australiennes, aperçut à une hauteur de 80 mètres, fixée aux 
branches les plus élevées d'un eucalyptus, une sorte de hutte 
bizarre, trapue, arrondie en dôme, aux parois extérieures 
brunâtres, rappelant les revêtements en torchis de nos chau- 
mières. L'explorateur crut d'abord avoir découvert une gale 
monstrueuse ; mais bientôt il entendit un bourdonnement 
lointain et il vit des myriades d'insectes noirs s'agiter autour 
d'une ouverture de la hutte. Il fallait s'emparer de cette ruche 
extraordinaire. Escalader l'arbre, attaquer les abeilles, impos- 
sible d'y songer. M. Guilmeth fit scier l'eucalyptus avec une 
scie passe-partout ; ses hommes y mirent deux jours. L'arbre 
mesurait 7 mètres de diamètre et avait 120 mètres de hau- 
teur. Les Canaques s'y prirent à plusieurs reprises pour faire 
déguerpir les abeilles de leur ruche, ce à quoi ils parvinrent 
non sans avoir été piqués. Le docteur put extraire de cette 
ruche 3.500 kilos de miel, et la ruche vide pesait 1.000 kilos. 
Ge miel aurait des propriétés médicinales particulières. 

Des amateurs d'abeilles étrangères ne vont pas manquer 
de chercher à domestiquer l'abeille de Tasmanie. 

Le Gérant : H. Hamet. 

(Dp. de U soc. de Typ. - nuiiettk, 8. r. Campagne !*•. pacii. 



N° 3 OiVZJÊ.\IË maà Mars 1887 

BULLETIN 

D'INSECTOLOGIE AGRICOLE 

SOMMAIRE: Exposition des insectes de 1887. Règlement. Programme. 

l^xposition deiâ Insectes de iss'7. 

La Société centrale d'apiculture et d'insectologie poursuit 
renseignement public qu'elle a créé par ses expositions 
bisannuelles d'insectes utiles et de leurs produits, et d'insectes 
nuisibles et de leurs dégâts. C"est en 1885 que devait avoir 
lieu sa huitième exposition bisannuelle d'insectologie; mais à 
cause de l'exposition universelle projetée en 1889, elle a 
remis à 1887 la date de son Exposition future, afin que 
le même intervalle existât entre la grande manifestation de 
1889. Cet ajournement donne aux exposants plus de temps 
pour se recueillir et pour préparer des matériaux. 

La Société fait dès maintenant appel à tous ses membres 
et à tous les lecteurs de son Bulletin pour qu'ils se mettent 
en mesure de figurer, avec distinction pour eux et avec pro- 
fit pour le public, à l'exposition de 1887. Elle a pris des 
mesures pour que l'emplacement ne manquât pas, comme 
cela est arrivé en 1883, dans le coin du Palais de l'Industrie 
où son exposition était reléguée. 

La Société poursuit le projet d'organisation dune École 
d'entomologie appliquée au Parc de Montsouris, où la ville de 
Paris lui a fait une concession de terrain. Un plan de cons- 
truction comprenant musée, salle de conférences, etc., a été 
soumis au Conseil municipal de Paris, qui devra incessam- 
ment le mettre à exécution. 

Le Secr('' taire gméral. 



REGLEMENT 

ET 

PROGRAMME DE L'EXPOSITION 

DES INSECTES UTILES ET DE LEURS PRODUITS 

DES INSECTES NUISIBLES ET DE LEURS DEGATS 

Par les soins de la Société centrale d'Apiculture 
et dinsectologie 

SOUS LE PATRONAGE DU MINISTRE DE L'AGRICULTURE 

QUI AURA LIEU EN 1887 

DANS l'orangerie DES TUILERIES A PARIS 



La Société centrale d'apiculture et d'insectologie poursuit les exhibi- 
tions d'insectes utiles et d'insectes nuisibles qu'elle a inaugurées 'en 1860, 
au Palais de l'Industrie, à Paris. 

Sa prochaine exposition bisannuelle des insectes (la neuvième) aura 
lieu en septembre prochain. 

Par ses exhibitions et son enseignement, la Société centrale d'api- 
culture et d'insectologie cherche : d'une part, à préconiser les meilleures 
méthodes pour propager les insectes utiles, les préserver de toutes 
maladies épidémiques et tirer le plus grand profit de leurs produits ; de 
l'autre, à étudier les insectes destructeurs de nos cultures, de nos jar- 
dins, de nos forêts, de nos vergers et de nos constructions, et s'efforcer 
par tous les moyens dont la science et l'observation disposent d'atténuer 
leurs ravages, et de les faire eux-mêmes disparaître. Comme auxiliaires 
de ses efforts, la Société signale les parasites que la nature prévoyante 
place toujours à côté des êtres malfaisants pour empêcher qu'ils ne se 
développent outre mesure; eUe recommande la conservation des petits 
mammifères, des reptiles et des oiseaux qui se nourrissent d'insectes 
nuisibles et contribuent, de cette manière, à la conservation de nos 
récoltes. 

Le program.me de l'Exposition de 1883 comprenait cinq divisions, qui 
ont été conservées, mais la quatrième a été mise hors cadre. La pre- 
mière embrasse tous le« insectes utiles rangés en six classes. Chaque 
espèce, autant que possible, doit être présentée à ses divers états d'œuf, 
de larve, de chrysalide et d'insecte parfait. En cas d'affections morbides, 
on devra exposer des sujets ayant la maladie à ses différentes périodes. 



BULLETIN d'iNSECTOLOGIE AGRICOLE 35 

11 en sera de même des produits que l'on en retire ; on les exhibera à 
leurs divers degrés de transformation. Chaque série d'insectes devra 
être accompagnée des végétaux dont elle se nourrit. Les mémoires, mo- 
nographies et autres documents imprimés ou manuscrits relatifs à chaque 
espèce figureront également à l'exposition, quand bien même ils ne 
seraient point accompagnés de collections. En outre, les concurrents 
sont invités à joindre à leurs échantillons une note sur leurs méthodes 
d'éducation, en indiquant le prix de revient de leurs produits et les prix 
auxquels le conunerce les achète. On indiquera aussi les dommages 
causés par les maladies. — Les pertes que la sériciculture seule éprouve 
par suite de la gattine s'élèvent, depuis l8o4, à plus de (iO millions par 
année. 

La seconde division est consacrée aux insectes nuisibles, qui forment 
dix classes. Ici deux voies s'offraient à la Société. Failait-il classer les 
insectes nuisibles d'après les familles et les espèces, abstraction faite des 
végétaux qui les nourrissent, ou bien fallait-il prendre pour base delà 
classification les plantes elles-mêmes qu'il s'agit de protéger, et consi- 
dérer à part chacune des espèces qui les dévorent? La Société a préféré 
cette dernière classification, qui n'est point scientifique, il est vrai, mais 
qui est plus facile à saisir de la part des praticiens et se prête beaucoup 
mieux à leurs recherches. Les six premières classes delà seconde divi- 
sion embrassent donc tous les végétaux employés dans nos cultures, y 
compris les arbres fruitiers et forestiers. La septième classe est spéciale 
aux insectes qui attaquent les bois employés dans les constructions ; la 
huitième, aux insectes destructeurs des matières organiques sèches, 
les crins, plumes, laines, etc ; la neuvième aux parasites de l'homme 
et des animaux domestiques. Enfin la dixième classe comprend les 
insectes nuisibles à la pisciculture. 

Ce qu'il y a de particulier à dire de cette division, c'est que bon nom- 
bre de destructeurs dont elle est formée sont presque microscopiques, 
et que, parfaitement décrits et classés par les entomologistes, on ignore 
encore les mœurs et les transformations de quelques-uns, chose la 
plus essentielle à connaître. 

Ici, comme pour les insectes utiles, les collections devront, autant que 
possible, offrir des sujets à leurs divers états d'œuf, de larve, de chry- 
salide et d'être parfait. A côté de chaque destructeur on placera les 
végétaux qu'il dévore, afin que l'on ait un tableau fidèle de ses dégâts. 
Les notes explicatives insisteront principalement sur les diverses trans- 
formations que subit l'espèce et quel serait, à travers toutes ces meta- 



33 bullEii:n dinsectologie agricole 

morphoses, le moaient le plus opportun pour la saisir et la détruire. En 
l'absence de collection, les mémoires sur l'histoire naturelle de chaque 
insecte sont également admis à concourir. Mais dans les travaux qu'ils 
nous destinent, les entomologistes devront moins s'appliquer à la des- 
cription des espèces, qui est à peu près connue, qu'à la recherche des 
mœurs et des métamorphoses restées un mystère, et qui sont les seules 
utiles à connaître au point de vue agricole. Il est à désirer que la science 
ne s'occupe pas seulement de la théorie, mais surtout des applications 
utiles. 

Les perles que les insectes nuisibles causent à l'agriculture chaque 
année se chiffrent par des centaines de millions. Jl nous suffira de rap- 
peler la cécydomyie eiValucite pour les céréales : lephi/lloxera, la pyrale 
et ïeumolpe pour la vigne ; le dacm pour l'olivier, etc. 

La troisième division comprend tous les auxiliaires : d'abord les 
insectes carnassiers, tels que carabiques, staphylins, etc., qui font une 
guerre sans relâche aux innombrables pucerons, papillons, etc. ; puis 
les mammifères, les reptiles et les oiseaux insectivores. Ici nous inno- 
vons : nous OUVRONS des concours pour les animaux vivants de cette 
utile division ; nous créons des primes pour les bandes les plus com- 
plètes et les sujets les plus présentables. C'est une ménagerie de ces 
animaux qui ont tous besoin de protection et de multiplication, que la 
SociéO'! d'apiculture et d'insectologie veut montrer, s'il est possible, au 
public. 

On peut remarquer que le mot insectes, dans le sens de notre exposi- 
tion, est entendu comme le comprenait Linné, c'est-à-dire les Annéiides 
actuels, renfermant les Insectes proprement dits, les Myriapodes, les 
Arachnides, les Crustacés, les Annéiides et les Helminthes. 

Une quatrième division hors cadre est formée d'animaux différents des 
insectes, puisqu'ils appartiennent .- ux Mollusques, mais que les agri- 
culteurs sont habitués à confondre avec les insectes nuisibles, et par les 
ravages et par les moyens employés à leur destruction ; ce sont les 
Limaces et les Escargots. — Une division complémentaire réunira tout 
ce qui a trait aux arts et aux industries dans lesquels les insectes figurent. 

Pour que les expositions donnent tout ce qu'on doit attendre, il ne 
suffît pas de réunir les produits et de rapprocher les hommes, il faut 
encore que ces derniers puissent conférer, enseigner et s'instruire mu- 
tuellement. C'est ce qui a eu lieu à chacune de nos expositions : des 
conférences publiques y ont été faites et des questions d'insectologie, 
posées à l'avance, ont été traitées en congrès. — Aux dernières expo- 



BULLETIN d'INSECTOLOGIE AGRICOLE 37 

sitions nous avons ajouté — et nous comptons les renouveler — des 
projections oxhydriques des insectes microscopiques et de leurs dégâts. 
C'est ainsi que la plupart des visiteurs ont pu faire connaissance avec le 
redoutable phylloxéra. 

La Société centrale (Tapiculfure cl d'insectologie fait appel aux entomo- 
logistes français et étrangers, aux agriculteurs et à tous ceux que la ques- 
tion des insectes intéresse, pour les engagera préparer, dès maintenant, 
des éléments qui rendront instructive et brillante son Exposition de 1887 



REGLEMENT 

§1. — Durée et objet de l'Exposition. 

Art. l«^ — Du 27 août au 28 septembre 1887, aura lieu à Paris, parles 
soins de la Société centrale d'apiculture et d'insectologie, une exposi- 
tion: 1° des insectes utiles ; 2" de leurs produits bruts et en premières 
transformations; 3" des appareils et instruments employés à la prépa- 
ration de ces produits ; 4" des insectes nuisibles, ainsi que des divers 
procédés de destruction ; .i" de tout ce qui a trait à l'insectologie. 

Art. 2. — Les exposants des colonies et des pays étrangers seront 
admis. Ils pourront se faire représenter, ainsi que ies exposants français. 
§ 2. — Admission, réception, installation et enlèvement des objets. 

Art. 3. — Les personnes qui désirent prendre part à cette Exposition de- 
vront en faire la déclaration avant le lo août prochain. Cette déclaration 
sera adressée franco au Secrétariat de la Société, rue Monge, 67, à Paris. 

Art. 4. — Les exposants devront joindre à leur déclaration ou demande 
d'admission : 1° la liste des objets qu'ils désirent exposer ; 2" l'emplace- 
ment superficiel qu'ils peuvent occuper ; 3» une note explicative indi- 
quant les procédés de production, les divers emplois, enfin tous les 
détails qui peuvent être utiles pour le jury et les visiteurs. 

Art. j. — Les exposants de produits, d'appareils et d'instruments, sont 
invités à indiquer, autant que possible, le prix de vente. 

Art. 6. — Les objets d'exposition devront être envoyés avant le 
2o août, et installés avant la veille du jour de l'ouverture. Ils seront 
adressés franco au Commissaire de l'Exposition. 

Art. 7. — La Société centrale d'apiculture et d'insectologie fera des dé- 
marches près les compagnies des chemins de fer pour qu'il soit fait une 
remise de '60 p. 100, c'est-à-dire pour que le retour ait lieu franco. 



38 BULLETIN d'iNSECTOLOGIË AGRICOLE 

Art. 8. — Les frais généraux d'installation pour tout ce qui a trait à la 
science et à lagriculture seront supportés par la Société ; mais les expo- 
sants auront à leur charge les frais de montres et de vitrines spéciales 
qu'ils voudraient établir. En outre les exposants-marchands auront à 
payer 4 francs le mètre d'étendue. 

Art. '.I. — L'enlèvement des objets exposés ne pourra se faire que le 
lendemain de la fermeture de l'Exposition et sous la surveillance de la 
Commission d'organisation ou du Commissaire, son représentant. 

§ :$. — Coînmission d'organisalion et surveillance de l'Exposition. 

Art. 10. — Une commission d'organisation, nommée par le Conseil 
d'administration de la Société et constituée en Jury d'admission, est 
chargée d'examiner préalablement tous les produits présentés. — Cette 
Commission a le droit de refuser tous les objets qui lui paraîtraient ne 
pas avoir de rapport au but de cette exhibition. — Elle fixera, en les 
modifiant, s'il est nécessaire, les dimensions de l'espace demandé. 

Les exposants seront tenus de se conformer à toutes les mesures 
d'ordre ou de disposition qui leur seront indiquées par la Commission 
d'organisation. 

Art. 11. — Le secrétaire général delà Société est le délégué de la Com- 
mission d'organisation. Il sera chargé de la direction de l'Exposition. Il 
lui sera adjoint un commissaire général chargé de l'organisation des 
salles. M. Ramé, archivisle de la Société a été désigné pour cet objet. 

§ 4. — Jurijs. 

Art. 12. — Il sera nommé des Jurys spéciaux pour chaque classe (Api- 
culture — Sériciculture — Insectologie générale — Enseignement). La 
moitié des membres du Jury seront désignés par le Conseil d'adminis- 
tration de la Société, et l'autre moitié par les exposants présents le jour 
de l'ouverture. — Le Secrétaire général fera partie de droit de chaque 
Jury, qui aura à désigner son président et son rapporteur. 

Art. 13. — L'acceptation des fonctions de Juré prive, sans exception, 
du droit de concourir, mais non du droit d'exposer. 

Art. 14. — En cas de réclamations motivées de la part des exposants, 
les décisions des Jurys pourront être infirmées par le Conseil d'adminis- 
tration de la Société. 

§ ;>. — Des Récompenses. 

Art. i:>. — Les récompenses consisteront en : Abeilles d'honneur, diplô- 
mes de mérite, médailles d'or et d'argent du Ministre, médailles de pre- 



BULLETIN D'INSECTOLOGIE AGRICOLE 39 

mit're, deuxième et troisième classe de la Société. Les médailles de 
l'"e classe eu bronze doré sont assimilées à l'or : celles de 2« classe (bronze 
argenté) à l'argent. Il pourra en être accordé en nickel et melcliior. L'at- 
tribution en sera laissée à la disposition du Jury qui, dans chaque classe, 
pourra donner tel ordre de distinction qu'il jugera nécessaire. 

Art. U). — Le Conseil d'administration déterminera le nombre maxi- 
mum des médailles qui pourront être données dans chaque classe. 

Art. 17. ^ Pour tout ce qui n'est pas prévu au présent règlement, le 
Conseil d'administi'ation devra statuer, à la majorité des voix, selon 
l'article 11 des statuts de la Société. 

Article additionnel. — Un concours est ouvert entre les instituteurs 
qui enseignent l'insectologie (culture des insectes utiles, protection des 
auxiliaires, et destruction des insectes nuisibles). Le concours sera 
fermé le 25 août. Des primes en argent (iOO — 50 — 25 fr.), des livres et 
des médailles seront donnés aux plus méritants. Les concurrents devront 
envoyer des travaux d'élèves qui pourront eux-mêmes être récompensés. 

Ces travaux figureront à l'Exposition des Insectes de 1887. 

— Un congrès d'insectologie générale et un congrès d'apiculture auront 
lieu pendant le cours de l'Exposition, dans la salle des conférences. Les 
intéressés sont priés de faire connaître les questions qu'ils pourraient 
avoir à traiter ou qu'ils désireraient y voir discuter. Adresser au secréta- 
riat de la Société, rue Monge, <)7. 

Commission d'organisation : 

MM, DE HÉRÉDiA, député de la Seine, président; Wilfrid de Fonvielle, 
Malessard, vice-présidents ; H, Hamet, secrétaire-général ; J. Fallou, 
président de la section d'insectologie; Frédéric de Boullenois, président 
de la section de sériciculture ; Ramé, archiviste et vice-président de 
ladite section ; Delinotte et Sevalle, secrétaires de la section d'apicul- 
ture: Ch. Joubert et E. Savard de la section d'insectologie; baronne dk 
Pages de la section de sériciculture ; Asset, Bourgeois et Saint-Peê, 
trésorier. 

Le Président de la Société 
Le Secrétaire général, d'apiculture et d'insectologie 

H. Hamet, Hérédia (de). 

Professeur d'apiculture au Luxembourg Député de la Seine. 



PROGRAMME DE LEXPOSITION 

DES INSECTES UTILES ET DE LEURS PRODUITS 

DES INSECTES NUISIBLES ET DE LEURS PRODUITS 
OBJETS QUI FIGURENT A L'EXPOSITION 



PREMIÈRE DIVISION 

INSECTES UTILES 

I^-^ CLASSE 
INSECTES PRODUCTEURS DE CIRE ET DE MIEL 

1° Abeilles et leurs produits, bruts et fabriqués. 

2° Appareils propres à la culture des abeilles (les ruches de tous les systè- 
mes, etc.) 

3" Appareils employés pour la préparation des produits (mello-extracteur, pres- 
ses, etc.). 

4° Exemples des maladies qui atteignent les abeilles (loque, etc.), moyens cura- 
tifs; les ravages qu'occasionnent dans les ruches certaines espèces d'insec- 
tes (fausse teigne ou gallérie, sphinx tête-de-mort, etc.)- 

5° Mammifères, oiseaux, reptiles, etc., qui attaquent les abeilles. Appareils et 
moyens propres à détruire ceux-ci. 

6° Herbiers apicoles. 

7° Ouvrages et mémoires manuscrits ou imprimés sur l'Apiculture. 

8" Exemples de domestication des différents insectes producteurs de cire ou de 
miel. — Collection des espèces et de leurs produits. 

1° MÉLIPONES ET TriGONES. 

2° Guêpes mellifères. 

3° Fourmis mellifères. — On connaît depuis quelques années une 

fourmi du Mexique qui produit du miel que l'on utilise dans le pays. 
4» Insectes hémiptères producteurs du cire. On suppose que le pela des 

Chinois est une cire qui provient d'un insectes de la classe des 

Hémiptères : Coccus cerifera. Echantillons des produits. 
5° Cire des Andaquies, du Japon, etc. 
6» Echantillons de matières analogues : cire de carnauba, de palmier, de 

myrica cerifera gale (espèce indigène), etc. 
7° Essai d'analyse de cires mélangées à ces matières, de cérésine (cire 

minérale), de cire de palmier, de carnauba, etc. (cires végétales). 

Echantillons. 

2-^ CLASSE 
INSECTES PRODUCTEURS DE SOIE 

1° Collection de vers à soie appartenant aux différentes espèces de races. 

2° Produits, — cocons, soies grèges, soies moulinées. 

S» Sujets atteints de maladies, moyens curatifs. 

A° Appareils propres à l'éducation des vers et à la préparation des produits. 

Modèles, plans ou dessins. 
5» Culture des végétaux servant à leur nourriture. 



BULLETIN D'INSEGTOLOGIE AGRICOLE 41 

6° Sujets relatifs aux essais d'acclimatation de nouvelles espèces (Attacus du 
chêne, du ricin, de Failante, etc.). 
Collections des insectes à l'état de ver ou de chenille et à l'état de papil- 
lon. 
Collections des produits: cocons, soie cardée et filée, soie dévidée et 
moulinée. 
7" Mammifères, oiseaux et insectes ennemis des vers à soie. Appareils et 

moyens propres à les détruire. 
S» Expériences sur la valeur séricigène des feuilles des mûriers qui croissent 

dans divers pays. 
9° ouvrages manuscrits ou imprimés relatifs à l'éducation des différents vers 
à soie, à la production de la soie, etc. 

3*= CLASSE 

LNSECTES TINCTORL\UX 

1" Collections des insectes pouvant être employés pour la teinture. Coche- 
nilles, etc. 
1" Kermès animal, du chêne coccifère. Coccus ilicis. 
2" Cochenille du nopal, Mestèque ou Sylvestre. Coccus cacti. 
8° Cochenille laquée. Coccus lacca. 

2" Appareils propres à la récolte et à l'éducation des insectes, ainsi qu'à la pré- 
paration et à l'utilisation des produits. 

3" Produits naturels et fabriqués. Cochenille, Kermès. Laque, Lac-Lack, Lac- 
dye, etc., Nopals, Figuiers, Chêne, Croton, etc. 

4° Culture des végétaux propres à nourrir les cochenilles. 

5° Diverses espèces de Cynips et leurs noix de galle. 

6" Essais d'utilisation des galles qui croissent sur nos végétaux indigènes (pom- 
mes de chêne, etc.), ou de différentes galles exotiques qui ne seraient pas 
encore employées dans l'industrie. 

7" Ouvrages et mémoires sur les insectes tinctoriaux, sur leur élevage et sur 
leurs applications dans les arts, l'industrie, etc, 

4" CLASSE 

LNSECTES C0MESTIBLI2S 

1° OEufs d'Hémiptère [Nolonecte et Cotise} du Mexique, avec lesquels on fabrique 

le pain nommé hautte'. 
2° Calandre palmiste [Curculio palmnrum, Linn.) et sa larve ou ver palmiste. 
3° Criquets divers que les indigènes mangent en Afrique, en Australie, etc. 
4» La Larine nidifiant [Larinus nidificans, Guid.) et son nid enduit de Trehata 

ou sucre des nids des Persans. 
5° GhrysaUdes comestibles, Eurycanthes comestibles, etc... 
6» Notices sur ces insectes. 

5« CLASSE 

INSECTES EMPLOYÉS COMME AMORCES DE PÈCHE 

1° Criquets salés pour la pêche du hareng et de la sardine. 

2° Locustes et Criquets, Semblides, Phryganes, larves et fourreaux d'Ephémères , 

cheniUes, papillons et mouches servant d'amorces de pêche. 
3» Lombrics et vers de vase. 
4° Mouches artificielles servant à la pêche. 
5° Pagures pour la pêche des Squales à la ligne de fond ; Arénicoles ou vers, 

de sable. 



42 BULLETIN d'iNSECTOLOGIE AGRICOLE 

6' CLASSE 

INSECTES EMl'LÛYÉS E.\ MÉDECL\E 

1" Cantharides, mylabres, maloës. 

2° Produits préparés, cantharidines. 

3" Notices et monographie sur ces insectes et sur leurs applications. 

7^ CLASSE 
INSECTES EMPLOYÉS COMME ORNEMENT 

1° Insectes en cadre pour ornements; tableaux, peintures, etc. 
2° Insectes montés en bijouterie et pour parure. Insectes phosphorescents 
(pyrophères, etc.). 

DEUXIÈME DIVISION 

l.NSECTES NUISIBLES 

l'^e CLASSE 

INSECTES Qll ATTAQUENT LES CÉRÉALES 

1" Collections des insectes qui attaquent les plantes sur pied, ou des dessins 
représentant ces mêmes insectes. 

Saperde ou Aiguillonnier. — Thrips des céréales. — Puceron du blé. — 
Noctuelle du blé. — Alucite des céréales. — Cèphe. — Cécidomyie du 
froment. — Oscine dévastante. — Chlorops de l'orge, etc., etc., etc. 
2° Collections de leurs parasites. 

3" Collection des altérations produites sur les végétaux par ces insectes. 
4" Collections des insectes qui attaquent les céréales dans les greniers. 

Calandre ou charançon du ])Ié. — Teigne des grains. — Calandre ou cha- 
rançon du riz, etc., etc. 
5° Collections des altérations produites par ces insectes. 
G» Appareils et moyens propres à les détruire, notices, etc. 

2- CLASSE 

INSECTES NUISIBLES A LA VIGNE 

1" Collections des insectes sous leurs différents états de larves, de chrysalides 
et d'insectes parfaits, ou des dessins représentant ces mêmes insectes. 
• Travaux et études sur le Phylloxéra va.dairix. — Pyrale de la vigne. — 
Cochylis delà vigne. — Tordeuse hépatique. — Procris mange-vigne. 

— Euchlore de la vigne. — Rhynchites, vulgairement urbecs, bêches. 

— Ecrivain ou Eumolpedela vigne, connu également sous le nom de 
gribouri. Altise, connue sous les noms vulgaires de babo, pucerolle, 
de puces des Jardins. — Vespère ou capricorne de la vigne. — Coche- 
nille de la vigne, etc., etc. 

2° Instruments et moyens propres à la destruction des insectes nuisibles à la 

vigne. 
3° Altérations produites sur les plantes par les insectes. 
4° Mémoires sur ces insectes. Collections. 



BULLETIN d'INSECTOLOGIE AGRICOLE 43 

3<^ CLASSE 

INSECTES IS'UISIRLES AUX PLANTES INDUSTRIELLES 

1" Aux pommes de terre. 

Doryphora. — Vers gris. — Vers blancs. — Teigne de la pomme de terre. 
■2" Aux plantes sacchariteres. 

1" Betteraves : Mouche de la itelterave. — Casside nébuleuse. — Tau- 
pins. — Vers gris, etc., etc. 
2" Canne a sucre : Borer de la canne à sucre. 
3° Aux plantes oléagineuses. 

1" Colza : Altise. — Charançon. — Puceron, etc., etc. 
2" Olivier : Mouche des olives. — Scolyte de l'olivier. — Mineuse des 
feuilles de l'olivier. — Mineuse des noyaux de rolive. — Psylle de 
l'olive. — Gallinsecte de l'olivier. — Thrips de l'olivier, etc., etc. 
.3° Pavot : Charançon du pavot. — Puceron du pavot. — Mouche du 
pavot, etc. 
4" Aux plantes textiles. 

1" Chanvre : Altise du chanvre. — Teigne du chanvre , etc., etc. 
2° Lin : Altise. — Phalène du lin. 

3" Coton : Noctuelle du coton. — Gallinsecte du coton, etc. 
ô" Aux plantes tinctoriales. 

1° Garance. — 2° Pastel. 3" Indigo. 
t)° Au houblon. 
7° Au chardon à foulon. 
8» Au tabac, etc. 

'.'° Altérations produites sur ces végétaux par les insectes destructeurs, 
10° Notices et travaux sur ce sujet. 

4'^ CLASSE 

LNSECTES NUISIBLES AUX PLANTES FOURRAGÈRES, POTAGÈRES, 
ORNEMENTALES, ETC. 

1" A la luzerne, au trèfle, au sainfoin et autres fourrages. 

Mouche ou agromyze pied noir. Colaspe noir. Bombyx de la luzerne. — 
Apion du trèfle. — Bombyx du trèfle. -- Puceron du sainfoin. — Cha- 
rançons des luzernes, etc."^ 
2" Chou, 'iiMii tarde et autres crucifères. 

Altise. — Papillons du chou. — Mouche du chou. — Tipule potagère. — 
Puceron du chou, etc. 
•î" Pois, fèves, lentilles et autres légumineuses. 

Bruche du pois. — Teigne des pois verts. — Noctuelle potagère. — Bruche 
de la fève^ — Puceron de la fève. — Bruches de la lentille. — Bruche 
des haricots. 
4" Asperges, artichauts, fraisiers, salades et autres plantes. 

Criocères de l'asperge ; puceron des racines. — Casside verte, etc. 
5" Plantes d'ornement, rosiers, dahlias, cinéraires, héliotropes, géraniums, 
tulipes, lis. 

Pucerons, tenthrèdes, criocères, attises, etc. 
(3" Plantes de serre, cactus, orchidées, etc. 

Thrips, cochenilles, kermès, etc. 
7° Rosiers, tenthrèdes, pucerons, etc. 

8" Champignons et autres cryptogames comestibles, diptères des champignons 
et truffes. 



44 BULLETIN d'iNSECTOLOGIE AGRICOLE 

5^ CLASSE 

IXSECTES NUISIBLES AUX ARBRES FRUITIERS ET AUX FRUITS 

1" Aux pommiers. 

Scolytes du pommier. —Charançons des pommiers. — Puceron lani- 
gère. — Bombyx livrée. — Yponomeutes du pommier. — Carpocapse, etc . 
2° Aux poiriers. 

Charançon du poirier. — Tigre. — La Larve-limace, etc. 
3° Aux néfliers. 
4» Aux cerisiers. 

Tenthrède du cerisier. — Pyrales des cerises, etc. 
5« Aux pruniers. 

Scolyte du prunier. — Bostriche du prunier. — Charançon du prunier. 
CaVpocapse, etc. — Puceron du prunier. — Pyrale du prunier, etc. 
6° Aux abricotiers. 

Charançon des abricotiers. — Carpocapse, etc. 
7° Aux pêchers et brugnonniers. 

Puceron du pêcher. — Teigne du pêcher, etc. 
8° Aux amandiers. 
9" Aux groseiUiers et cassis. 

Mouche à scie du groseillier, etc. 
10° Aux orangers, citronniers. — Cocciens, Fumagine, etc. 
11° Aux figuiers. 
12" Aux noyers. 

13" ^Myriapodes nuisibles aux fruits. 
Collections de ces insectes. 

Collections des altérations produites sur les végétaux par les insectes destruc- 
teurs. 
Notices et monographies sur ce sujet. 

6<^ CLASSE 

INSECTES NUISIBLES AUX ARBRES FORESTIERS ET d'aLIGXEMEXT 

A. Essences feuillues. 

1» Aux chênes. — 2» Aux ormes. — 3° Aux hêtres. — 4° Aux peupliers et aux 
bouleaux. — 5° Aux pins et autres arbres. 

Scéytes. — Bostriches. — Charançon. — Capricornes. — Pucerons. — Ker- 
mès. — Bombyx. — Noctuelles. — Tordeuses. — Buprestes, etc. 

B, Essences résineuses. 

Pins, sapins, mélèzes, etc. 

Bostriches. — Charançons, Lophyres, Bombyx. — Tordeuses. etc. 

Notices et monographies sur les ravageurs forestiers. Collection de bois rava- 
gés. Etudes spéciales sur le Ver blanc, sur le Bombyx processionnaire, 
sur le Corœbus bifasciatus : procédés et appareils pour les détruire. 



BULLETIN d'INSECTOLOGIE AGRICOLE 45 

7e CLASSE 

IXSECTES QUI ATTAQUENT LES BOIS EMPLOYÉS DADS LES CONSTRUCTIONS 

1° Les Termites sous leurs différents états. 

2" Altérations produites par les Termites. 

3° Les V rillettes (.l/ioèiwMi}, les Rhyncoles, les Lyctes, etc. 

4° Collections des altérations produites parles Vrillettes. les Rhyncoles. 

5° Les Limexylons qui attaquent les constructions navales. 

6" Notices et moyens de destruction. 

7° Echantillons des bois ravagés par le Limexylon naval. 

8" CLASSE 

INSECTES DESTRUCTEURS DES MATIÈRES ORGANIQUES SÈCHES^, ET DES PROVISIONS 

DE NOS DEMEURES 

1" Insectes qui détruisent les matières premières : laine, crin, plumes, étoiles, 

fourrures, etc. 
2° Insectes qui détruisent les collections d'histoire naturelle, les livres, etc. 
3° Dégâts produits par ces insectes; moyens de destruction. 
4" Tableaux comparatifs de ces insectes et autres pouvant servir à reconnaître 

la provenance de certains produits laines, crins, cotons, etc.i, chaque 

pays ayant ses espèces particulières. — Notices. 

9= CLASSE 

INSECTES CARNASSIERS NUISIBLES A LA PISCICULTURE 

Dytiques, Hydrophiles, Libellules, Nèpes, Ranâtres, Notonectes, etc. 

lO" CLASSE 

PARASITES DE l'hOMME ET DES ANIMAUX DOMESTIQUES 

De l'homme. Du bœuf. Du cheval. Du moutoii. Du porc. Des poules. Des pi- 
geons, etc. (Cousins. — OEstres. — Acariens, etc.; 
Moyens de destruction. -- Insecticides. 

11* CLASSE 

ANNELÉS, ENTOZOAIRES DE l'hOMME ET DES ANIMAUX 

Ténias, Trichine, Ascarides, Oxylures, Ligules. — Notices, dessins et monogra- 
phies à ce sujet. 

TROISIÈME DIVISION 
LES AUXILIAIRES 

1'^ CLASSE 

COLLECTIONS 

l" Insectes carnassiers vcarabiques, staphylins, etc.}. 

2° Insectes parasites et destructeurs des chrysalides (ichneumons;. 



i() BULLETIN d'iNSECTOLOGIE AGRICOLE 

3" Insectes destructeurs de Limaces et de Colimaçons. 

4" Myriapodes utiles. 

5" Arachnides. 

6° Mammifères, oiseaux, reptiles insectivores, batraciens. 

Taupes, Cliauves-Souris, Hérissons, Ctiouettes. Becs-fins, Hirondelles, Engou- 
levents, etc., Lézards, Crapauds, Grenouilles, Salamandres, Tritons, etc. 

2'= CLASSE 

ANIMAUX VIVANTS 

1° Insectes et auxiliaires vivants : 

2" Reptiles, oiseaux insectivores vivants. 

3° Aquariums de batraciens, d'insectes aquatiques et d'annélides. 

4° Arachnides vivants. 

5» Crustacés : ticrevisses. Homards, Langoustes, Crabes, etc. 

3<= CLASSE 

INSTRUMENTS DIVERS 

i° Nichoirs artificiels et moyens de propagation ou de défense des oiseaux in- 
sectivores. 

2° Instruments d'optique pour l'observation des insectes, etc. 

.3° Préparations micrographiques. 

4" Instruments pouvant être utilisés à la destruction des insectes; Pompes. 
Instruments de culture à main. Pals à insecticide, Echenilloirs, Coutelle- 
rie, Pièges, etc. 

5° Engrais insecticides, poudres toxiques. 

6° Imprimés et manuscrits traitant des insectes en général et de leurs pro- 
duits, etc. 

QUATRIÈME DIVISION 

MOLLUSQUES (Hors cadre) 



MOLLUSQUES NUISIBLES A L AGRICULTURE 

Limaces, Escargots, etc. Moyens de destruction des mollusques nuisibles à 

l'agriculture. — Mémoires, etc. . 
Mollusques fluviaux et maritimes. 



DIVISION COMPLEMENTAIRE 

INSECTOLÛGIE APPLIQUÉE AUX ARTS ET A l"iNDUSTR1E 

1° Tableaux, peintures et sculptures d'insectes ou de leur habitat. 
2" Objets divers où les insectes ont été pris pour modèles et pour ornement 
bijoux, camées, parures, imitations, fantaisie, etc., etc. 
Les médailles seront accordées aux meilleures imitations de la nature. 



P. S, — A partir de juin on pourra se procurer, au secrétariat de la Société, 
rue Monge, 67, des feuilles pour les demandes d'exposition. Ces feuilles 
contiendront des renseignements sur le mode d'envoi, etc. 



BULLETIN d'INSECTOLOGIE AGRICOLE 47 

I*i*ogfamme «l'eus© îgneiiient iiiseetoIogic[uo 

( Suite. Voir page 17. ) 

Nous avons dit que les Instituteurs doivent saisir l'occasion 
d'associer leurs élèves pour une œuvre d'intérot général et de 
leur montrer que l'union fait la force. Plus tard, quand ces 
enfants seront devenus des travailleurs manuels, ils sauront 
se syndiquer pour une action commune profitable à tous. Un 
sentiment de solidarité les groupera en faisceau puissant. 

Nous donnons un modèle de statuts de société scolaire qu'on 
peut modifier : 

Société auxiliaire d'agriculture de la commune de.. Statuts. 

Article 1". Il est formé entre les élèves de l'école commu- 
nale de... et les personnes qui voudront y concourir, une 
Société auxiliaire d'agriculture locale. 

Article '2 . Les adhérents s'engagent à détruire, dans leurs 
moments de loisir, certains insectes et animaux nuisibles, 
tels que : 

Nids de chenilles, Papillons, Insectes nuisibles divers, 
Chenilles .. — Limaces, Cruêpes, Frelons, Cocons, 

Hannetons, Escargots, Alucides. Pirales. Vers blans. 

Vers gris. Sauterelles, Taupes grillons, etc., et à protéger le 
nid des oiseaux insectivores, ainsi que les autres auxiliaires 
qui détruisent aussi des insectes nuisibles. 

Article 3. Les élèves adhérents sont tenus de remettre à 
leur Instituteur les animaux nuisibles qu'ils auront capturés. 

Des bons points pourrontleur être accordés. Ilserademandé 
au conseil municipal une petite allocation pour cet objet; 
ou une cotisation volontaire sera ouverte pour cela dans la 
commune. 

Fait à.. ..le.... l'Instituteur: (signature des adhérents). 
Principaux Insectes nuisibles. 

Le nombre des insectes nuisibles à nos cultures est énorme. 
Ces bêtes, petites et grosses, vivent autour de nos plantes 



48 BULLETIN d'INSECTOLOGIE AGRICOLE 

et à leurs dépens. Parmi ces ravageurs, les uns attaquent 
indifféremment toute espèce de plantes ; d'autres recherchent 
de préférence une espèce particulière. Mais tous sont d'autant 
plus redoutables qu'ils échappent pour la plupart , à l'œil 
de l'homme et qu'ils se reproduisent avec une extrême fécon- 
dité. 

Quoi de plus gentil qu'un hanneton ! Il se prête volontiers 
à tous les jeux de l'enfance, mais cela ne l'empêche pas. au 
printemps, de ronger les feuilles et les fruits des arbres. Il 
y a des'années oii les hannetons sont si nombreux , qu'ils rava- 
gent les arbres sur de grandes étendues. Ceux-ci ne meurent 
pas, c'est vrai, mais ils souffrent beaucoup. Les hannetons 
pondent des œufs (70 à 'JOO par femelle) qu'ils déposent dans 
la terre. II en sort des Jarves ou vers blancs, qu'on appelle 
aussi inans, plus redoutables encore que les insectes parfaits. 
Pendant trois ans elles vivent sous terre, s'attaquanlà tout : 
pommes de terre, haricots, pois, prairies naturelles, et arti- 
ficielles, aux ?alades, racines, légumes, blé. colza, arbustes et 
arbres fruitiers. Presque toutes les plantes cultivées subissent 
leurs ravages. Il n'est pas rare en certaines contrées de voir 
une récolte de pommes de terre beaucoup compromise, les 
tubercules étant à moitié rongés. — Un moyen de s'en débar- 
rasser consiste à suivre derrière la charrue et à aider les cor- 
beaux et les pies à les détruire. 

Les céréales ont surtout leurs ennemis, les uns attaquent 
la tige, les autres la fleur: Comptons le Taupin des ?noissons 
qui attaque la plante dans sa racine, les iules, petits vers 
attaquant le blé en germination, l'cnf/nilfon7i2er ou chlorops 
dont la la)%'e détruit les tiges, la cecido?m/le du froment ou 
mouche à blé , qui ronge la fleur en train de se former, le 
Irogosite, l'alucUe, le charançon, la Iclç/ne s'attaquant au blé 
mur et récolté. Puis viennent d'autres parasites qui détermi- 
nent sur le grain des maladies appelées ergot, charbon, carie. 

{A suivre.) 

Le Gérant : H. Hamet. 

\tùXf. ae lasoc. de Typ. - ^oizetïb* t. r, c^^ -, 



T^ 



N' 4 ONZIÈME ANNÉE Avril 1887 

BULLETIN 

D'INSECTOLOGIE AGRICOLE 



Sommaire: Les Bruches, par M. E. Savard. — Le Ver des fruits, par 
M. Chevalier. — Société centrale d'apiculture et d'insectologie, séance 
de mars 1887. — Les microbes auxiliaires de l'homme, par M. R. 
Vion. — Le Microbe de la fièvre typhoïde, par Agricola. — Programme 
d'enseignement insectologique {suite). 



Lem lEtvuebe». 

^Bruchiis pisi,Fah., Rufimanus, Schoen, Pallidic 07 nis, Schoen.) 

LA BRUCHE DU POIS YERT 

Pois vert, petit bois (Pisum sitivum, famille des Papilio- 
nacées). Cultivé en grand dans les pays tempérés. Les graines 
du Pois, avant leur maturité, constituent un de nos légumes 
les plus estimés ; les graines, mûres et sèches (pois cassés), 
sont un légume d'hiver farineux dont on prépare des potages 
substantiels. Les Petits Pois sont particulièrement du ressort 
du jardinier et la consommation considérable qu'on en fait 
prouve assez qu'ils sont l'une des productions les plus im- 
portantes du jardin. 

Lorsqu'au printemps on se dispose aies semer, on remar- 
que souvent qu'il y en a de troués et que sous l'écorce percée 
i.l se trouve un vide résultant d'une portion de substance 
amylacée qui a été enlevée. Sur d'autres, on aperçoit unpetit 
cercle légèrement brun, de la grandeur du trou ; si l'on enlève 
avec un canif la fine pellicule de ce cercle, on voit un petit 
coléoptère noir blotti dans une cellule ronde qu'il s'est faite. 
Cet insecte s'occupait lentement à ronger la pellicule, à se 
pratiquer un passage circulaire pour se mettre en liberté et 
prendre son essor dans la campagne. 

Les Pois ainsi rongés ne sont pas tous infertiles; il s'en 
trouve quelques-uns qui lèvent et poussent comme s'ils 
étaient sains ; ce sont ceux dont le germe a été épargné ; mais 



50 BULLETIN d'iNSECTOLOGIE AGRICOLE 

ceux dontle germe aétérongéne produisent rien. Ilestessen- 
tiel de ne semer que des Pois intacts, de faire un choix scru- 
puleux parmi ceux que l'on a conservés pour semence aûn 
d'être sûr d'une récolte abondante. 

On reconnaît les Pois attaqués en jetant toute la semence 
dans l'eau ; ceux qui surnagent sont ordinairement attaqués ; 
ceux qui vont au fond de l'eau sont ordinairement sains ; 
mais il s'en trouve parmi eux plusieurs qui renferment des 
insectes ; ce sont ceux sur lesquels on aperçoit un petit cercle 
brun et ils ne doivent pas être semés. En les laissant plon- 
gés dans ce liquide pendant un jour ou deux, l'ccorce s'atten- 
drit et les insectes en sortent plus facilement, ce qui permet 
de les prendre et de les tuer. 

Il y a des années où les Pois verreux sont très nombreux, 
011 les deux tiers au moins de la récolte sont atteints, et dans 
ces années on ne peut douter que les personnes qui mangent 
des Pois verts ne mangent aussi une quantité considérable 
de petits vers. Elles ne s'en aperçoivent pas, n'en éprouvent 
ni dégoût, ni incommodité, parce qu'il n'y a rien de malsain 
dans ces insectes nourris d'une substance végétale très déli- 
cate. 

Lorsque l'insecte s'est mis en liberté naturellement, soit 
qu'il soit sorti des Pois conservés dans le grenier ou des Pois 
déjà semés, il se répand dans la campagne et s'accouple. La 
femelle attend pour pondre que les Pois semés commencent 
à défieurir, à former leurs petites gousses et pond dessus ne 
laissant qu'un œuf sur chaque semence. Le petit ver qui sort 
de cet œuf entre dans le Pois et le ronge lentement ; il gran- 
dit petit à petit et étend son habitation circulairement au- 
tour de lui à mesure qu'il prend du corps ; il arrive au terme 
de sa croissance à l'époque de la maturité des Pois et alors il 
remplit presque entièrement sa cellule ; toute la substance 
végétale qu'il a absorbée s'est transformée dans sa chair et la 
propreté de son habitation fait penser qu'il ne rend pas d'ex- 
créments. Cette larve est "blanche, de forme ovoïde, c'est-à- 
dire, un peu plus grosse à une extrémité qu'à l'autre; sa tête 



BULLETIN d'iNSECïOLOGIE AGRICOLE 51 

est jaunâtre et armée de deux mâchoires ; elle est située au 
gros bout, mais elle est plus petite que le premier segment 
du corps qui est plissé en travers ainsi que les autres 
segments; elle n'a pas de pattes et se tient couchée en rond 
dans sa cellule. Elle passe l'automne et l'hiver dans son habi- 
tation, se change en chrysalide au commencement du prin- 
temps et en insecte parfait dès les premiers jours de mai ; 
celui-ci reste engourdi dans son logement pendant quelques 
jours et ne sort de son berceau que lorsque ses téguments se 
sont afîermis et qu'il a pris de la force. Il vit longtemps, car 
on en voit encore à la fin de juillet. 

Cet insecte se range dans l'ordre des Coléoptères, dans la 
famille des Porte-bec, dans la tribu des Anthribites et dans 
le genre Bruchus. Son nom entomologique est Bi^uc/ms pisi et 
son nom français Bruche du pois. 

Bruchus pisi, Fab. — J^ongueur, 5 millimètres ; largeur, 
3 millimètres. Noir, couvert d'une pubescence grise; tête 
petite, noire, prolongée en museau court; antennes noires, 
allant en grossissant, avec les trois premiers articles fauves ; 
corselet noir_, convexe, plus étroit en avant qu'en arrière, 
hisinué à la base ; élytres plus large que le corselet, deux- 
fois aussi longues, presque carrées avec les angles arrondis, 
triées, laissant à découvert l'extrémité de l'abdomen revêtues 
d'une pubescence épaisse, blanchâtre, marquée de deux 
points noirs; pattes noires; tibias et tarses antérieurs 
fauves. 

Cette espèce infeste les Pois des champs de toutes les va- 
riétés. 

LA BRUCHE DE LA FEVE 

Fève de Marais. Fab a major [Papillonacées). Annuelle, de 
Perse. On sème du commencement de février à la fin d'avril, 
et même plus tard dans les terrains frais non exposés au 
grand soleil. Pour en avoir de bonne heure, on sème en dé- 
cembre et janvier dans des planches ou plates-bandes expo- 
sées au midi. 



52 BULLETIN d'i.nskctologti': auiucolk 

Les semis se font en rayons ou en touffes ; on forme ces 
dernières en mettant 3 ou 4 Fèves dans les trous faits à la 
houe et espacés d'environ 0™ 30. Les rayons se font à 
la même distance. On bine les Fèves ordinairement 
deux fois ; à la seconde on les rechausse, ce qui augmente 
leur force et leur produit. La fleur est très recherchée des 
Abeilles ; lorsqu'elle est entièrement passée, on pince le bout 
des branches et de la tige pour arrêter la sève et la porter à 
l'avantage du fruit. Beaucoup de personnes aiment à con- 
sommer la Fève très jeune et à peu près au quart de sa 
grosseur; quand elleaété récoltée ainsi, on peuî, en coupant 
les tiges tout de suite, espérer, si la saison est favorable, une 
seconde récolte, produite par les nouvelles branches qui 
repousseront du pied. Les tiges coupées sont très bonnes 
pour les vaches. Les Fèves, surtout si on les garde dans leurs 
cosses, conservent leur faculté germinative au delà de 5 ans. 
La Fève des marais est rongée par une espèce particulière 
de Bruche qui se comporte dans ce légume de la même ma- 
nière que la Bruche précédente se comporte dans le pois. On 
l'y trouve à l'état parfait dès le 20 mars ; l'insecte ne prend 
son essor que plus tard pour s'accoupler et pondre sur les 
gousses de Fève à peine formées qu'il rencontre dans les jar- 
dins et dans la campagne. 

La fève est une semence fort grosse comparativement à 
l'insecte, et l'on trouve des fèves qui ont nourri deux larves 
et qui contiennent deux bruches. 

L'espèce qui attaque ce légume s'appelle Briifus rufimaniis 
Schoen, en français Bruche de la fève. 

Brîifus7'ufiî7îaims.— Longueur, imillim. ; largeur, 2 millim. 
1/2. Noir, et couvert d'un duvet gris jaunâtre ; les quatre 
premiers articles des antennes sont jaunes, les autres noirs, 
plus gros ; tête petite, noire, prolongée en museau court, 
avec les mâchoires fauves ; corselet couvert d'un épais duvet 
d'un gris jaunâtre, plus étroit en avant qu'en arrière, bisinué 
à la base, avec un point blanchâtre à l'écusson ; élytres plus 
larges que le corselet, deux fois aussi longues en carré arrondi 



BULLETIN D INSKCTOLOGIE AGRICOLE 53 

aux angles, noires, striées, avec des taches grises et la suture 
d'un gris jaunâtre laissant à découvert l'extrémité de l'abdo- 
men couverte de duvet gris; pattes antérieures fauves, à 
base des cuisses noire ; les autres noires ; cuisses postérieures 
dentées. 

LA BRUCHE DE LA LENTILLE. 

LQBiille commune. (Papilionacées.) Du. midi delà France. 
Très cultivée aux environs de Paris, soit dans les jardins, 
soit en pleins champs ; on la sème en toutfes ou en rayons et 
plus rarement à la volée. Elle se plaît et produit davantage 
dans les terrains secs et sablonneux; elle donne beaucoup 
dherbe et peu de semence dans les terrains gras. On sème 
en mars et au commencement d'avril. Pour que sa graine 
soit de meilleure qualité et plus belle, on ne la bat qu'à 
mesure qu'on en a besoin, soit pour manger, soit pour la 
semer: de cette manière, elle est encore très bonne la seconde 
année. 

Bosc a rappelé que les anciens avaient l'habitude de faire 
germer les lentilles avant de les faire cuire, pour développer 
leur principe sucré. 

Il est à remarquer que la Lentille est aussi rongée par une 
espèce particulière de Bruche dont la larve consomme, pour 
arriver à toute sa taille, au moins la moitié et peut-être les 
trois quarts de la substance farineuse du grain. Elle reste 
dans son habitation pendant l'automne et l'hiver et se trans- 
forme en insecte parfait au printemps suivaiii pour se répan- 
dre dans la campagne et pondre sur les jeunes gousses des 
Lentille?, ayant soin de ne confier qu'un œuf à chaque semence. 
Cet insecte se multiplie tellement dans certaines années, 
qu'on est obligé de suspendre pendant deux ou trois cam- 
pagnes consécutives la culture de ce légume afin de laisser 
périr cet insecte faute de nourriture. 

Il est très important de ne semer que des Lentilles saines 
alin d'éviter cet inconvénient et l'on devra s'assurer de leur 
qualité en les plongeant dans l'eau pend. un, un jour ou deux, 



34 BULLETIN d'iNSECTOLOGIE AGRICOLE 

ce qui permet de séparer les grains verreux de ceux qui 
sont sains. L'espèce qui s'attache à la lentille est le Bruchiis 
cllidoconiis. 

Bruchîts pellidocornis, Schoen. — Longueur, 3 millim. ; 
largeur, 2 millim. De couleur noire, tacheté de blanc; an- 
tennes un peu plus grosses vers l'extrémité qu'à la base, 
ayant leurs cinq premiers articles jaunâtres ainsi que les 
deux derniers; tête, corselet, élytres noirs; un point noir 
devant l'écusson ; deux lignes de taches blanches transver- 
sales, souvent peu marquées sur les élytres qui laissent à 
découvert les extrémités de l'abdomen ; cette extrémité cou- 
verte de duvet blanchâtre avec deux grandes taches noires; 
jambes antérieures rougeâtres; les intermédiaires noires 
avec l'extrémité des tibias fauve ; les postérieures noires, à 
cuisses dentées. 

Le moyen de combattre ces insectes et de les détruire en 
partie consiste à passer au four les Pois, les Fèves et les 
Lentilles infestés aussitôt après la récolte, ce qui fera périr les 
larves qui s'y trouvent et même les insectes parfaits s'ils sont 
déjà transformés. On devra mettre à part celles de ces graines 
qu'on destine à la semence et on ne les passera pas au four, 
mais on les soumettra à l'épreuve de l'eau, comme on l'a dit. 
De cette manière on parviendra à détruire les Bruches de sa 
récolte; mais si les voisins ne prennent pas les mêmes pré- 
cautions, les insectes nés dans leurs jardins ou sur leurs 
terres viendront bientôt chez vous et rendront vos soins 
inutiles. 

La Bruche de la Lentille a un ennemi naturel qui tend à 
modérer sa multiplication; c'est un petit parasite de l'ordre des 
Hyménoptères de la famille des Pupivores, de la tribu des charl- 
cidites et du genre Pteromalus, dont le nom est Pteromnlus 
ranam. La femelle pond ses œufsdansles larves de la Bruche 
un dans chaque larvé, ce qui ne l'empêche pas de grandir 
malgré le ver qu'elle nourrit dans son corps, mais elle ne peut 
subir ses transformations et se trouve remplacée dans sa 
cellule par la chrysalide de ce parasite qui sort de la graine 



BULLETIN d'iNSECTOLOGIK AGRICOLE 55 

à l'état parfait dans le temps où aurait dû éclore la Bruche. 

Ptemoralus varians. Longueur 3 millim. Il est d'une cou- 
leur bronzée obscure ; les antennes sont noires à premier 
segment vert ; la tête est large ; le corselet est fortement 
ponctué , l'abdomen, réuni au corselet par un pédicule 
excessivement court, est cordiforme, terminé en pointe, d'un 
bronzé lisse, luisant; les cuisses antérieures et intermédiaires 
sont vertes à la base et fauves à l'extrémité ; les postérieures 
sont vertes ; les tibias sont fauves, les postérieurs sont bru- 
nâtres au milieu ; les torses sont fauves ; les ailes sont hyalines 
à peu près de la longueur de l'abdomen , la côte et la ner- 
vure sont testacées. 

Ce parasite attaque aussi la Bruche de la Vesce,et probable- 
ment les Bruches du Pois et de la Fève. 

E. Savard. 



Le vei*des fruits. 

Les arbres fruitiers ont de nombreux ennemis dès le début 
de la végétation. Outre les chenilles, grandes et petites, qui 
dévorent les feuilles aussitôt qu'elles commencent à se 
développer, diverses larves attaquent les fleurs et les fruits. 

Parmi ces larves, désignées vulgairement sous le nom de 
Ver, les unes rongent les boutons à fleurs avant leur éclo- 
sion et d'autres s'introduisent dans le fruit aussitôt qu'il est 
formé et y passent toute la saison. 

Ce sont des mouches du genre Cécijdomie et de petits pa- 
pillons du genre Pyrale qui causent ces dégâts. 

Certaines espèces pondent à l'automne, à la base du bou- 
ton à fleur, un œuf qui éclôt à la fln de l'hiver et dont la 
larve se met à dévorer ce bouton qui ne s'épanouit pas ; il 
est facile de les reconnaître et de les enlever. D'autres espè- 
ces pondent au printemps dans l'ovaire de la fleur épanouie 
et au moment où le fruit commence à nouer; ce sont ces 
dernières qui causent le plus de dégâts, à ce point que, dans 
certaines jardins, tous les fruits sont véreux. 



56 BULLETIN d'tNSECTOLOGIE AGRICOLE 

L'espèce laplus commune est la Pyrale des Pommes (Jor/nj? 
Pomonana), dont la chenille vit exclusivement dans les Pom- 
mes et dans les Poires. Après la fécondation, la femelle dépose 
un œuf dans la fleur épanouie ou dans l'œil du fruit àpeine noué ; 
aussitôt éclose, la petite chenille, un peu moins grosse qu'un fil, 
pénètre peu à peu dans l'intérieur. Puis il y a la Pyrale des 
Prunes et des Abricots, qui ressemble beaucoup à la précé- 
dente, et enfin la Pyrale des Châtaignes, très commune dans 
les bois des environs de Versailles; nous ne parlons pas de la 
Pyrale de la Vigne qui est malheureusement trop connue. 

Indépendamment des Pyrales, certaines mouches viennent 
aussi pondre un œuf au centre des fleurs de nos arbres frui- 
tiers, ce sont^: 

La CVcyrfomze du Poirier, qui cause la chute d'un grand 
nombre de jeunes Poires; lorsque celles-ci prennent une 
forme sphéroïde et noircissent, on peut être sûr qu'elles con- 
tiennent une larve; il faut enlever ces Poires calebassées 
et les brûler ou écraser le ver qui s'y trouve ; 

LaSdare des Poires, qui ressemble beaucoup à la précé- 
dente et cause les mêmes dégâts ; 

\20rta.lide des Cerises, dont la larve se rencontre dans 
certaines variétés de Guignes et de Bigarreaux. 

La Mouche de l'Olive, etc., etc. 

Ces insectes, parleur petitesse, sont d'une destruction fort 
difficile et même impossible, mais on a découvert le moyen 
de les éloigner ; après avoir essayé de diverses substances, on 
a reconnu que le vinaigre avait ce pouvoir. 

Il suffit donc, au moment où les fleurs sont épanouies, d'as- 
perger les arbres avec de l'eau vinaigrée, un décilitre de 
vinaigre pour dix litres d'eau. On peut bassiner à deux re- 
prises : ]° au moment où les fleurs viennent à s'épanouir; 
2° au moment où les pétales commencent à tomber. L'odeur 
forte du vinaigre éloigne Mouches et Papillons. 

Ce procédé a été expérimenté avec soin par M. Denis, jar- 
dinier en chef du parc de Dijon, et a été vivement recom- 
mandé par lui ; il a donné, paraît-il. d'excellents résultats; 



BULLETIN d'iNSECTOLOGIE AGRICOLE 57 

les arbres traités de la sorte sont restés couverts de fruits 
sains, tandis que les autres ont perdu presque tous leurs 
fruits : ceux qui sont restés étaient véreux. 

Le remède est peu coûteux et facile à employer. Il est à 
désirer que les expériences déjà faites se trouvent confirmées. 

UnpetitColéoptère du genre Charançon, le Rynchite Bac- 
chus, attaque également les jeunes Poires. La femelle de 
cette jolie Lisette, qui est d'un beau rouge doré, perce avec 
son roste les petites Poires nouvellement nouées et dépose 
dans le petit trou un œuf qui éclot en quelques jouis; la 
larve se creuse une galerie dans le fruit dont elle occasionne 
la chute au bout d'un mois environ. Pour atténuer le mal 
que fait cet insecte, il faut enlever soigneusement tous les 
fruits piqués. 

Ces soins sont minutieux et ne peuvent être employés que 
pour les jardins. Dans les vergers, on est obligé de compter 
sur les oiseaux pour nous débarrasser partiellement de tous 
ces insectes qui pullulent de plus en plus à mesure que les Bfcs 
fins deviennent plus rares ; ce sont ceux-ci surtout qu'il faut 
conserver avec soin, car ces charmants oiseaux, qui font la 
gaieté de nos jardins et de nos champs, se nourrissent toute 
l'année des insectes ainsi que de leurs œufs, à la recherche 
desquels ils ne cessent de s'occuper. 

Chevalier. 

(Extrait du Journal de la Socirte d'Iiorticidliire du déparl-;ment rfï 
Seine-et-Oise .\ 



Société centrale d'»picia!tiii*e et fl'iu.«>ectoIogie. 

Séance du 16 mars 1887. Présidence de M. W. de Fonvielle. 

Le procès-verbal de la dernière séance est lu et adopté. — 
M. de Hérédia, président de la Société, adresse des félicita- 
tions à tous les exposants du concours général qui lui ont 
adressé des produits à apprécier, dont il reconnaît la supé- 
riorité. 

M. Sevalle propose qu'il soit nommé une commission de 



58 BULLETIN d'iNSECTOLOGIE AGRICOLE 

trois membres, chargée de visiter les ruchers des personnes 
qui demanderont à concourir pour « rucher bien tenu ». 
M. Ramé fait remarquer que cela entraînerait à des frais ûe 
déplacement que la Société ne peut faire. M. Hamet dit qu'il 
faut laisser aux sociétés départementales le soin de signaler 
les ruchers bien tenus de leur circonscription, ce qu'elles au- 
ront à faire avant le30 août pour que le jury puisse examiner 
les titres des concurrents et désigner les lauréats. Il rappelle 
que dans les instructions publiées sur cet objet, il est dit 
comment les concurrents des régions oii il n'existe pas de 
sociétés apicoles, doivent s'y prendre pour faire connaître 
leur mérite. M. de Fonvielle pense qu'on pourrait créer une 
commission de trois membres, non compris le président et le 
secrétaire général qui font partie de toute commission, la- 
quelle commission agirait dans la banlieue de Paris, dans 
Seine et Seine-et-Oise. M. Ramé ajoute que cette commission 
obtiendra facilement des chemins de fer une remise de 50 0/0 
sur le transport de ses membres, la Société en faisant la de- 
mande aux compagnies desdits chemins de fer. M. le Prési- 
dent engage M. Sevalle à présenter à la prochaine séance une 
liste de trois membres apiculteurs pour composer cette com- 
mission. 

Le secrétaire annonce qu'on lit ce qui suit dans VOfficiel 
du 12 mars courant: « Constitution des Comités d'admission 
pour l'Exposition universelle de 1889. Groupe VIII — Classe 
76 (Insectes utiles et insectes nuisibles), MM. Balbiani, pro- 
fesseur au collège de France; E. Blanchard, membre de l'Ins- 
tituf, présidents; F. Henneguy, professeur à l'Ecole d'horti- 
culture de Versailles, secrétaire; E. Menault, inspecteur 
de l'agriculture; Ramé membre de la Société d'apiculture et 
d'insectologie, vice-présidents. » 

Le professeur du Luxembourg signale une observation de 
circonstance qui prouverait que les abeilles ont des pré- 
visions qui nous échappent. Ordinairement il met prïjs du 
rucher à la disposition des abeilles, de la farine de légumes 
secs à laquelle vont mordre quelques butineuses vers la fin 



BULLETIN d'iNSECTOLOGIE AGRICOLE 59 

de février, surtout dans les hivers mous et peu froids. Bien 
que cette année février ait eu vers la fin des journées enso- 
leillées, les abeilles se sont abstenues de visiter ces farines, et ce 
n'est que les 5 et 6 mars que des abeilles de quelques ruches 
fortes ont commencé à y aller, mais avec circonspection. A ce 
moment quelques violettes étaient en fleur, et très peu d'a- 
beilles les fréquentaient. Il semblait que chez les abeilles on 
sût que l'année se trouvait en retard, et qu'il serait impru- 
dent de s'adonner en ce moment à une grande éducation de 
couvain. 

Les ouvrages suivants sont offerts à la Société : le 4® et der- 
nier volume du Traité de Zoologie, par Maurice Girard ; édi- 
teur, Delagrave, 15, rueSoufflot. — M.Fallouest chargé de 
faire un rapport sur cet ouvrage. 

Les Insectes utiles et nuisibles à l'agriculture, à l'horticul- 
ture, la sylviculture et l'économie domestique. 

Les Animaux utiles à l'agriculture, aux forêts, aux jardins, 
aux vignes (mammifères, oiseaux reptiles et insectes auxi- 
liaires). 

fLes Animaux nuisibles à l'agriculture, champs, jardins, ver- 
gers, forêts, vignes. 

Le Phylloxéra et les moyens de le combattre. 

Ces quatre ouvrages (brochures in-18 jésus), de 50 centi- 
mes, sont de M. Albert Larbaletrier, et offertes par M. Le 
Bailly, éditeur, rue de Tournon, 15. 

M. Ramé est chargé de rendre compte de ces derniers ou- 
vrages. — L'assemblée vote des remerciements aux dona- 
taires. 

A propos de l'Exposition universelle, M. Ramé dit que les 
demandes d'y prendre part doivent être faites avant la fin d'oc- 
tobre. M.Hamet dit qu'en ce moment les membres de notre 
société doivent se préoccuper particulièrement de l'Exposi- 
tion des Insectes, du mois de septembre prochain. "L'ordre 
du jour étant épuisé, la séance est levée. 

Pour extrait: Sevalle, secrétaire. 



60 BULLETIN d'iNSECTOLOGIE AGRICOLE 

L<es ]M[ici*ol»es nii:<ii1iaireis> «le l'homme. 

On considère aujourd'hui les Microbes comme les plus 
redoutables ennemis de l'espèce humaine. Ils sont, en effet, 
les agents insaisissables de la transmission des maladies 
infectueuses. Leur puissance de reproduction et de propaga- 
tion peut cependant, dans un certain cas, être mise à profit 
et tournée pour le bien de l'humanité. La chose a été pro- 
posée et tentée par des naturalistes. Le docteur Hagen, pro- 
fesseur au collège Harvard (Massachusetts), est entré l'un des 
premiers dans cette voie, et nous avons mentio-nné dans notre 
Bulletin les moyens de destruction des insectes nuisibles 
qu'il indiquait. Dès cette époque, notre savant confrère, M. Gi- 
rard, proposait, pour remédier aux dévastations des insectes, 
de les arroser avec de l'eau tenant en suspension des spores 
d'entomophtorées . 

Le professeur Forbes (Illinois) a entrepris des essais du 
même genre. Il s'appuie sur les travaux faits par M. Pasteur 
en 1866 et 1867 à propos de la maladie des vers à soie. On 
sait que M. Pasteur a établi, par une longue suite d'expériences 
judicieusement combinées, que cette maladie, nommée 
pe'érmf, caractérisée extérieurement par des taches sur la peau 
du ver, est uniquement due à des corpuscules microscopiques 
qui suffisent à transmettre la contagion. Il faut lire le récit 
de ces recherches conduites pied à pied, depuis l'œuf conta- 
miné jusqu'à la larve à travers ses dillerentes mues jusqu'à 
la chrysalide et au papillon corpusouleux. Il faut voir com- 
ment M. Pasteur arriva à distinguer nettement de iBpébi-ine 
une autre maladie : la flacherie. Tout aussiredoutable, d'une 
contagiosité plus persistante encore, cette maladie est due 
comme la première à des organismes microscopiques, vi- 
brions ou bâtonnets, qui se développent par la fermentation 
de la feuille du mûrier. 

Le professeur Forbes a étudié une maladie analogue, atta- 
quant différentes espèces d'insectes, se propageant comme 
une véritable épidémie et susceptible d'être inoculée et trans- 



BULLETIN d'iNSECTOLOGIE AGRICOLE 61 

mise, elle est due en effet à une forme propre de Bactérie ou 
de Micrococcus.il propose d'employer le microbe spécifique 
de celle maladie pour détruire les insectes nuisibles. Qu'on 
se rappelle les dégâts causés, il y a quelques années aux ma- 
gnifique tilleuls de la Hotoire, parc public d'Amiens, parles 
chenilles de Bombyx dispar, et l'on oonviendra qu'un semblable 
procédé de destruction aurait été le bienvenu. Rappelons que 
dans ce dernier cas le remède a surgi de l'excès du mal, et 
qu'un Ichneumon parasite se multipliant sur place avec le 
Bombyx qu'il infectait de ses œufs a détruit complètement 
les chenilles en deux ou trois saisons. 

R. Niù'^i Bulletin de la S. linnéenne du Nord.) 



LiC microbe de la fièvre ty pli oï «le. 

Qu'on le sache ! l'eau de la Seine que la machine élévatrice 
divry refoule dans le bassin de Villejuif pour être distribuée 
dans plusieurs quartiers de Paris, contient le microbe de la 
fièvre typhoïde. M. Thoinela recueilli de l'eau delà Seinelel7 
dernier dans une bouteille stérilisée, à bouchon plombé. Cette 
eau a été prise à deux mètres delà berge, en amont du pont 
d'Ivry, près de l'endroit où se trouve la machine élévatrice. 

Le liquide recueilli a été traité par l'acide phénique (vingt 
gouttes), qui, sans entraver le développement du bacile delà 
fièvre typhoïde, arrête, comme l'expérience l'a appris la pullu- 
lation des autres microbes. M. Thoinet recourut ensuite au pro- 
cédé bien connu des cultures de gélatine-peptone sur plaques. 

Les plaques furent préparées soit avec de l'eau, soit avec de 
l'eau additionné d'acide phénique. Sur une plaque ensemen- 
cée, l'examen microscopique montra une colonie nacrée trans- 
parente à bord, fut caractérisé par les réactions spéciales au 
bacile de la fièvre typhoïde. 

L'eau de la Seine recueillie à Ivry près de la machine élé- 
vatrice est donc suceptible de donner et de propager la fièvre 
typhoïde. 

Remède. La remplacer, pour les besoins alimentaires, d'eau 
de source. Agricola. 



62 BULLETIN d'iNSECTOLOGIE AGKICOLE 

I^rogramme d'enseignement înseetologîque. 

{Suite. V. page -47.) 

L'horticulture compte dans le règne animal un grand nom- 
bre d'ennemis dangereux, entre autres plusieurs insectes déjà 
nommés. En voici d'autres : 

La Cowtilière, hideuse bête qui creuse en terre une mul- 
titude de galeries et coupe tout ce qu'elle rencontre sur son 
passage ; certaines chenilles appelées vers gins, ressemblant 
aux vers blancs, qui rongent la racine des plantes faibles, 
salades, fraisiers, etc ; les altises, insectes sauteurs qui dé- 
truisent à l'état naissant, choux, radis, navets ; les grosses 
limaces, les petites limaces grises et les limaçons qui atta- 
quent la plupart de nos plantes, les détruisent complètement 
quand elles sont tendres et entament même les fruits ; le 
théridion, parasite des carottes lorsqu'elles sortent de terre 
et les fait mourir ; les pucerons qui sucent la sève de la plu- 
part des végétaux ; ils sont souvent si nombreux qu'ils res- 
semblent à un duvet blanchâtre ou verdâtre ; le plus redou- 
table est celui appelé lanigère qui produit ce qu'on appelle 
le blanc du pommier ; \Qver de terre ou lombric qui, sans 
manger les plantes, les tourmente lorsqu'elles sont jeunes, le 
cryocère qui ronge les feuilles de l'asperge, la guêpe et le frelon 
amateurs de fruits , \e, perce-oreille qui mange les œillets, les 
roses, les dahlias et les fruits ; le tigre, insecte presque imper- 
ceptible, dont la larve vit immobile sur l'écorce des arbres 
fruitiers et on suce la sève ;le coupe-bourgeon, charançon de 
couleur verdâtre qui tranche les jeunes pousses des arbres 
fruitiers, ainsi que le scolyte destructeur qui, logé sous l'écorce 
des arbres, leur fait un mal infini. 

Le fléau des arbres et des plantes est sans contredit la che- 
nille, insecte rongeur de la pire espèce, produite par la grande 
variété des papillons. — Il est pourtant beau à voir ce papillon 
aux mille nuances suivant l'effet du soleil. Il vole de fleur 
en fleur, ne semble que les effleurer de ses fines ailes, à peine 
voit-on sa petite trompe se tremper dans leur nectar. Lui qui 



BULLETIN d'iNSECTOLOGIE AGRICOLE 63 

symbolise tant la gaieté, que lui reprochons-nous donc ? — 
Les uns pondent des œufs qui ne tarderont pas à éclore et 
donneront naissance à une multitude de chenilles qui donne- 
ront à nos plantes l'aspect triste de l'automne, si elle ne les 
dévorent pas entièrement. D'autres de ces papillons semblant 
prévoir la succession des saisons, déposeront leurs œufs dans 
une sorte depetite blague autour d'une branche d'arbre ; au 
printemps les chenilles en sortiront et détruiront fleurs, 
feuille et fruits. 

La loi sur Téchenillage a été faite pour exterminer cette 
vermine, mais malgré le soin qu'on y apporte, il est à regretter 
qu'un trop bon nombre de ces repaires font souvent encore 
sentir leur ravages. 

Il existe de petits papillons, les teignes, dont les larves dé- 
truisent les vêtements de laine. 

Presque tous ces insectes subissent des métamorphoses ou 
changements du même genre. Certains ont dès la naissance, 
la forme propre à leur espèce mais la plupart sortent de l'œuf 
sous forme de larve et c'est principalement en cet état qu'ils 
font le plus de dégâts ; ils mangent avec voracité en certains 
moments de leur métamorphose, et pour devenir insecte par- 
fait cela nécessite souvent plusieurs années. 

Pour éviter les dégâts de beaucoup de ces insectes, il existe 
certains remèdes prescrits par tout traité d'agriculture. Tous 
concordent à dire qu'il faut faire une chasse incessante à ces 
insectes lorsqu''il peuvent se montrer à nos yeux. On détruira 
les larves et les lombrics en arrosant avec du purin et de l'u- 
rine les planches non emplantées. Une plante se flétrit-elle, 
cherchez à sa racine le ver blanc qui la tue. On détruira les 
altises en répandant sur les semis de la sciure de bois impré- 
gniée de goudron ou simplement en saupoudrant à la rosée 
leurs feuilles naissantes avec de la cendre. Pour les arbres 
principalement il faut écheniller avec soin et pour détruire 
les larves et les œufs déposés sur récorce,on y arrive en badi- 
geonnant le tronc et les branches avec de l'eau de chaux. 
Un jardinier suisse détruit les limaces au moyen de son et de 



64 BrLLETiN d'insectologie agricole 

sulfate de cuivre pulvérisé, d'un mélange. Il place ce mélange 
près des plantes et les limaces attiréss par Fodeur du son 
viennent y trouvent la mort. 

Bien d'autres insectes encore nous font sentir leurs ravages. 
En été, lors des sécheresses, le criquet voycKjeur, la >iaute- 
î'e//e s'abattent sur les prairies et dévorent le second fruit. 
Le grillon, au cri perçant, mange tout ce qu'il trouve à sa por- 
tée. L'hydrophile, grand insecte brun qui vit dans l'eau y dé- 
truit le frai du poison. Quels supplices le cousin et le taon ne 
font-ils pas endurer aux bestiaux et à l'homme même ' Avec 
leur stylets très aigus ils font des trous dans la peau et sucent 
le sang ou les humeurs. Le cousin verse même dans la plaie 
une salive irritante qui rend sa piqûre douloureuse. 

Les fourmis sont un mauvais voisinage pour les plantes ; 
elles minent leur racines, les font se dessécher et leur séjour 
sur les arbres façonne bien vite une masse de cornets avec 
leurs feuilles. Les termites ou fourmis blanches, le cossus 
f/âte-bois et sa chenille produisent d'incalculable dégâts en 
minant les charpentes, les boiseries, etc. 

Le cloporte est un fléau pour les serres. Pour le détruire 
on y place quelques grenouilles ou quelques crapauds qui 
en feront leur gourmandise, ou simplement des pommes de 
terre creuses que l'on enlèvera précipitamment pour détruire 
ceux qui s'y seront introduits. 

Un préjugé absurbe au village veut que les poux fassent du 
bien aux enfants, et on voit des mères assez sottes pour les 
entretenir sur les têtes de leurs petits. Nous dirons avec tous 
les gens raisonnables et propres: le ^oï/a?, la puce et la^?^- 
naire sont des insectes dégoûtants, indice d'une grande mal- 
propreté. Un enfant, un ménage bien soignés n'en doivent 
point avoir : en lavant la tète avec une infusion de tabac, on 
débarrasse l'enfant des poux de tête, en lavant et en blanchis- 
sant les poulaillers et les colombiers souvent à la chaux, les 
volailles de la basse-cour souffriront moins de ces parasites. 

{A suivre.) 

Le grrant : H. Hamet. 

Uap. ae USac, aa Typ. - KouettIi e.r. Casipsi;:: 



N° S ONZIÈME ANNÉE Mal 1887 

BULLETIN 

D'INSECTOLOGIE AGRICOLE 



Sommaire : La Gallinsecte de la vigne (Lecanium vitis, Lin.), par E. Sa. 
vard. — Les Fourmis, par J. Monges (/Iszi/y/'e). — Bibliographie. — 
Compte rendu. — Singulière biblioLlièque. — Situation séi-icicole. — 
Société centrale d'Apiculture et d'insectologie (Séance du 18 mai 1887. 
— Présidence de M. Ramé.) — 52« réunion du Congrès des sociétés 
savantes. 



La Gallinjsecte de la vigne 

{Lecamum vltis, Lin.) 

La vigne nourrit une espèce particulière de gallinsecte que 
l'on rencontre, le plus ordinairement, sur les vieux ceps, sur 
ceux qui sont mal soignés et dont la végétation est languis- 
sante. On l'y voit quelquefois en nombre très considérable. 
Elle empêche alors la production du raisin et occasionne la 
mort du cep. L'histoire de cette gallinsecte est la même que 
celle de la gallinsecte du pêcher, mais les époques de ses 
évolutions sont un peu différentes. 

La femelle, examinée vers le 10 mai, a 4 millim. de long; 
elle est bombée, un peu oblongue et plus étroite au bout 
antérieur qu'à l'extrémité opposée qui est légèrement échan- 
crée au milieu ; sa couleur est fauve, parsemée de beaucoup 
de taches et de points noirâtres. 

A l'époque que l'on vient d'indiquer elle est entourée d'un 
bourrelet de coton blanc épais et plus saillant au bout pos- 
térieur, lequel soulève le derrière de l'insecte et le détache 
du cep auquel il n'est plus adhérent que par son extrémité 
antérieure. Une très mince couche de la même matière se 
trouve interposée entre le ventre et le bois. Ce coton a été 
sécrété par l'abdomen et les bords de l'insecte qui touche le 
cep; il est destiné à protéger les œufs qu'il pond et qu'il fait 
passer successivement sous son ventre. 



66 BULLETIiN D'iNSECTOr.OGIli AiiKir.OLE 

Lorsque la ponte est finie, les œufs sont rassemblés en un 
petit tas, entourés d'un bourrelet de coton et recouverts par 
le corps desséché de la mère. Les fourmis en sont très 
friandes et les dévoreraient s'ils n'étaient pas cachés et sous- 
traits à leurs recherches. Ils sont très petits, ronds, d'une 
couleur vineuse et extrêmement nombreux. Ils sont éclos 
vers le 20 juin, car on voit alors les petits sortir de dessous 
leur mère par l'échancrure de son derrière et se promener 
lentement dans les environs ; déjà même quelques-uns sont 
fixés sur le cep. Ils ont environ un demi-millimètre de long; 
ils sont rougeâtres, pourvus de deux petites antennes, de six 
pattes,, de deux soies à l'extrémité de l'abdomen et d'un 
petit bec situé entre les deux jambes de devant. Ils se répan- 
dent sur les feuilles et les branches où ils pompent leur nour- 
riture. Ils grandissent peu à peu et vers le commencement de 
septembre ils ont pris un accroissement notable. On en 
distingue alors de deux dimensions différentes. 

Les fourmis les recherchent pour sucer une gouttelette de 
liquide sucré qui sort de leur derrière et qui se renouvelle 
presque continuellement. 

A la fin du même mois on remarque que les gallinsectes 
de la petite taille, qui sont les mâles, sont rangées les unes à 
côté des autres en petits bataillons carrés et que plusieurs 
se sont changées en chrysalides, tandis que les plus grosses 
sont irrégulièrement répandues sur le cep et n'ont éprouvé 
aucune transformation. On voit encore que ces chrysalides 
commencent à laisser sortir leurs insectes qui se montrent 
le derrière le premier. Il leur faut un ou deux jours pour 
se dégager et pouvoir prendre leur essor. Les mâles se 
montrent dans les premiers beaux jours d'octobre et il est 
vraisemblable que l'accouplement a lieu à cette époque. 

On voit cependant des mâles qui sont éclos le 8 et le 10 oc- 
tobre et des femelles qui abandonnent des feuilles prêtes à 
tomber pour venir se réfugier et se fixer sur le tronc. Tou- 
tes ces femelles passent l'hiver qui sûrement en fait périr 
un grand nombre, car au printemps suivant on en trouve 
beaucoup moins qu il n'y en avait en automne. Peut-être que 



BULLETIN d'iNSECTOLOGIE AGRICOLE 07 

quelques mâles ne sortent qu'au printemps pour féconder 
les femelles qui ne l'ont pas été avant les froids. 

Le nom entomologique de cet insecte est Lecanium vitis, 
et son nom vulgaire gallinsecte de la vigne ou cochenille de 
ia vigne. 

Lecanium vitis, mâle. Longueur 2 millimètres ; il est rou- 
geâtre ; les antennes et le corselet sont noirs, et les deux 
ailes blanches sont ornées d'une ligne rouge le long du bord 
extérieur ; l'abdomen est terminé par deux longues soies 
entre lesquelles on voit un filet courbfii en bas moins long 
qu'elles. 

Pour détruire ces insectes le plus simple moyen est 
de les écraser sur les branches avec un couteau de bois 
ou avec la main garnie d'un gant, sans en laisser un 
seul s'il est possible. On peut essayer de les poudrer avec 
du tabac ou de la pyrèlhre ou de les laver avec des infu- 
sions de tabac, de cendre, ou de les soumettre à des fumi- 
gations insecticides. En même temps on ne doit pas omettre 
de donner à l'arbre tous les soins propres à augmenter la 
vigueur de la végétation par les amendements, les arro-* 
sages, la taille, etc. 

La gallinsecte de la vigne a des ennemis naturels qui en 
font disparaître un grand nombre. Le plus redoutable est un 
petit hyménoptère de la famille des Fouisseurs, de la tribu 
des Crabonites et du genre Celia dont le nom est Celia tro- 
glodytes. 

Celia tro g lodi/tes Schuck. — Femelle. Longueur 3 millimè- 
tres. Antennes noires àpremiers articles brunâtres en desscus; 
tête, thorax et abdomen d'un noir uniforme, le dernier, lisse, 
luisant, ovalaire, atténué en pointe aux deux extrémités, très 
courtement pédicule ; cuisses postérieures et intermédiaires 
noires; cuisses antérieures et tibias bruns ; tarses, d'un tes- 
taire brun; ailes hyalines i^lj à stigma grand et noir; deux 
cellules cubitales, la première plus longue que large, la 
deuxième presque carrée. 

1. Hyaliae : irunspurent cuiuinc le cristal. 



68 BULLETIN d'iNSECïOLOGIE AGKtCOLK 

Mâle. Semblable^, mais premier et deuxième articles des 
antennes jaunes en dessous ; cuisses et tibias antérieurs 
d'un fauve testacé, les autres tibias un peu plus clairs. 

La femelle établit son nid dans un petit trou qu'elle perce 
dans le bois mort, comme le saule, le peuplier ; ce trou res- 
semble à celui que ferait une grosse épingle ou une très 
petite vrille. Elle y entasse des petites gallinsectes qu'elle sai- 
sit après leur naissance, c'est-à-dire dans les premiers Jours 
d'août, et lorsqu'elle en a déposé une petite quantité suffi- 
sante pour la nourriture de la larve, elle y pond un œuf et 
ferme le trou avec de la sciure de bois. La larve sortie de 
l'œuf, mange sa provision, se change ensuite en chrysalide 
d'oii l'insecte parfait sort l'été suivant dans les premiers 
jours de juillet. 

Un autre eiinemi de cette gallinsecte est un parasite dont 
la larve vit dans son corps : elle en dévore la substance, s'y 
change en chrysalide et ensuite en insecte parfait qui perce 
la peau pour se mettre en liberté, ce qui a lieu vers le 20 juin. 
Il sort ordinairement deux ou trois de ces parasites du corps 
d'une femelle gallinsecte. Aussitôt après sa naissance il 
s'accouple et la femelle fécondée va pondre deux ou trois 
œufs dans le corps de la gallinsecte de la vigne qu'elle trouve 
à sa portée sur la tige ou sur les branches. 
Ce parasite est un chalcidite du genre Enct/rtus. 
Encyrtus swederi, longueur 3 millimètres. La femelle est 
fauve ; les yeux et les antennes sont noirs ; elle porte un 
pinceau de poils noirs au bout de l'écusson ; les ailes 
sont enfumées, marquées d'une tache hyaline au milieu. 

Le mâle est noir, ses antennes sont velues, et ses ailes hya- 
lines ; dans les deux sexes les tibias intermédiaires sont plus 
longs que les autres et armés d'une longue épine. 

E. Savard. 



BULLETIN d'iNSECTOLOGIE AGRICOLE 69 



De celte étude des Fourmis par laquelle nous ferons mieux 
connaître ces intéressants hyménoptères, bien des opinions 
pourront être modifiées, en tout cas elle ne sera pas dépour- 
vue d'un certain intérêt ; toutefois, qu'on nous pardonne de 
l'avoir écrite avec notre tempérament enthousiaste de tout ce 
qui est merveilleux et digne d'attention dans la nature. 

Notre conviction est toute faite depuis longtemps sur ces 
insectes ; mais parviendrons-nous, malgré tout notre bon 
vouloir, à mettre tout le monde d'accord? Les préjugés sont 
souvent bien difficiles à détruire. Heureux cependant si nous 
gagnons quelques-uns de nos collègues à la cause que nous 
venons défendre 

Les insectes désignés sous le nom de Fourmis {Formica) 
Lin.) sont bien connus. Il n'est personne qui n'ait une idée 
générale de leur industrie et de leurs travaux ; quant à leurs 
habitudes et leurs mœurs, familières aux Entomologistes, 
elles le sont moins de ceux qui sont peu initiés à cette science 
et l'on ne veut voir en elles que des êtres nuisibles et désa- 
gréables. Désagréables, parfois, nous voulons bien l'accorder, 
mais nuisibles, nous en doutons; nous nous expliquerons 
d'ailleurs, au cours de cette étude. 

Les Fourmis, telles qu'on les considère aujourd'hui dans 
le plus grand nombre des ouvrages d'entomologie (1), for- 
ment dans l'ordre des hyménoptères, une famille spéciale, 
nommée la famille des Formiade.s, divisée en trois groupes: 
les Myrmkides, les Ponérites et les Formiates. Nous ne nous 
occuperons que de ce dernier groupe qui comprend les For- 
mica, et auquel on rattache aussi le genre PoUergues {PoUer- 
Qua, Lat.) dont nous aurons à parler, distingué seulement du 



1. Particulièrement dans les travaux et les observations de Latreille et de 
Pierre Hubert, le fils de celui qui consacra sa vie entière â l'étude des 
mœurs des abeil'es. 



70 BULLETIN D INSECTOLOGIE AGHICOLE 

précédent (/^o/7?z/c«7) par des mandibules terminées en pointes 
crochues. 

Les Fourmis ne produisent rien, dit-on; cependant le 
liquide acide qu'elles ont la propriété d'éjaculera reçu quel- 
ques applications, et les chimistes l'ont nommé acide 
formicjiie. Latreille nous dit que quelques gouttes de cet 
acide dans de l'eau peuvent fournir une boisson agréable. 
Malheureusement pour elles, c'est peu sous ce rapport, mais 
qu'importe ? leur utilité est d'ailleurs suivant les desseins 
admirables de Dieu. 

Quoi qu'il en soit, bien que les Fourmis aient le malheur 
de déplaire, leur industrie, leur labeur, leur activité presque 
incessante méritent de flxer notre attention et notre admi- 
ration. 

Les nids de Fourmis, généralement connus sous le nom 
(le fourmilières, varient quant à la forme et à l'emploi des 
matériaux, selon les espèces. Cependant c'est toujours le bois 
ou la terre qui fait les frais du domicile. Les Fourmis com- 
mencent par creuser et déblayer, de manière ù pouvoir 
établir des chambres et des corridors disposés les uns au 
dessous des autres, et communiquant entre eux par des 
passages quelquefois verticaux. La terre que l'on retire à 
l'intérieur est portée au-dessus, afin de protéger les étages 
souterrains. Les matériaux employés sont de différentes 
natures, tout est bon: Ce sont surtout des brins de paille, des 
fragments de bois, des feuilles desséchées, etc., ordinaire- 
ment mélangés avec la terre. Souvent elles y font entrer des 
graines et du blé; mais ce n'est pas un acte de prévoyance 
devenu proverbial. — On se rappelle la fable du bon La Fon- 
taine qui n'a pas peu contribué à le répandre. — Les Four- 
mis s'engourdissent et demeurent immobiles pendant la 
saison rigoureuse. Huber a: sure, toutefois, qu'elles ne res- 
tent sans mouvement que lorsque le froid descend à plusieurs 
degrés au-dessous de zéro. Dans nos conti-ées, il n'est pas rare 
de les voir aller à la recherche des pucerons ; car on sait qu'ils 
lie meurent pas tous l'hiver. Et d'ailleurs, il parait qu'elles 



liULLETIN d'iNSECTOLOGIE AGRICOLE 7l 

conservent toujours dans la fourmilière des fragments de 
fruits desséchés ou autres substances pour les mettre à l'abri 
de la disette. 

(A sîdvre.) J. Monges. 



Bibliographie 

La librairie Gh. Delagrave vient de publier le qua- 
trième et dernier fascicule de l'excellent Traité de zoologie 
par Maurice Girard (1). L'ouvrage complet forme deux forts 
volumes ne renfermant pas moins de 425 gravures. Le pre- 
mier contient les notions générales, l'anatomie et la phy - 
siologie, les mammifères et les oiseaux. Dans le second se 
trouvent la fin de l'étude des oiseaux, les reptiles, les amphi- 
biens, les poissons. De tous les ouvrages élémentaires trai- 
tant cette matière, c'est évidemment le plus complet et le 
plus intéressant, celui qui joint le mieux la c^irLé du style à 
l'exactitude scientifique la plus rigoureuse. 



Compte rcudu 

Messieurs, 

Je viens m'acquitter de la mission pour laquelle vous 
m'avez fait l'honneur de me désigner : pour vous donner un 
aperçu du dernier ouvrage de celui de nos collègues qui nous 
fait le plus grand défaut, et je crois être ici l'interprète de 
tous nos confrères en rappelant que la perte de Maurice 
Girard nous laisse toujours les regrets les plus pénibles. 

Les ouvrages de M. Girard sont, comme vous le savez, très 
nombreux. Mais je n'ai ici mission que de vousretracer succinc- 
tement celui qu'il venait de terminer lors de ses derniers 
moments. 



1. 12 forts volumes in-12 de 708 et 956 pages, br. 12. fr. — Librairie 
Delagrave 25 rue Soufflot. Paris 



72 BULLETIN d'iNSECTOLOGIE AGRICOLE 

Dès 1837 il attira lattcntion du monde savant par son pre- 
mier ouvrage (1). 

Dans ce premier livre on remarque déjà les goûts de l'au- 
teur pour la zoologie. 

Son Histoire naturelle : Zoologie, traité élémentaire com- 
mencé en 1882, a été publiée chez Delagrave. 

Quatre volumes ornés de nombreuses figures composent 
cet utile ouvrage. Comme dans beaucoup d'autres, M. Girard 
a recherché le côté pratique de la science : il est écrit, pour 
renseignement des écoles Normales Primaires d'instituteurs 
et d'institutrices deuxième année. 

Cet ouvrage est rédigé conformément au programme ofïi- 
cieldu 3 août 1880 et aux instructions ministérielles du 18octo- 
bre 1881. 

Tome V', premier fascicule, première partie, cours de 
seconde année. Préliminaires, — 'Corps bruts et êtres vivants. 
— Animaux et Végétaux. 

Second fascicule 1883 : contient les Mammifères et les 
Oiseaux. 

Troisième fascicule 1884, suite des Oiseaux, Reptiles, 
Amphibiens. — Poissons avec nombreuses gravures. 

Le quatrième et dernier 1886, Poissons osseux, Apodes ; 
à la suite, embranchement des Annelés, — caractères géné- 
raux, division en classes : La classe des Insectes est parti- 
culièrement développée et savamment traitée, l'auliuir ayant 
dans la majeure partie de ses ouvrages manifesté son goût 
de prédilection pour lentomologie. 

Les Hémiptères, Homptères, y sont figurés par des dessins 
grossis et fort bien réussis, ils sont dus aux talents de notre 
collègue A. Clément : parmi eux on remarque des radicelles 
phylloxérées de la vigne, le Phylloxéra femelle vu sur toutes 
ses faces et toutes les phases de ce dévasteur de nos vigno- 
bles. L'ouvrage est terminépar la classe des Arachnides, celle 
des Crustacés, des Molduques, et des Aciens Zoophytes. 

1. Peron, naturaliste vovageur aux terres australes. 



BULLETIN d'iNSECTOLOGIE AGRICOLE 73 

Ainsi que l'a dit Tauteur lui-même dans cet ouvrage, il a 
cherché à mettre les détails pratiques qui lui ont semblé 
indispensables à la campagne, et qui sont le corollaire de l'en- 
seignement agricole, cet enseignement dont le bon sens 
encore plus que la loi, prescrit la nécessité et l'urgence. 

En résumé c'est un ouvrage précieux, des plus utiles pour 
toute personne qui se livre à l'enseignement. 

J. Fallou 



Singulière bibliothèque 

On voyait il y a quelque cinquante ans,etron voit peut-être 
encore de nos jours, au château de Warseinstein, près de 
Gassel, dans l'ancien duché de Hesse, une bibliothèque des 
plus curieuses. Tous les livres étaient faits avec du bois d'une 
espèce différente pour chacun d'eux; le dos du volume était 
formé avec l'écorce de l'arbre adhérant naturellement au 
livre et les couvertures étaient laites avec des planchettes du 
même bois, sciées et polies; elles s'ouvraient à la façon de 
celles des livres. Dans l'intérieur du volume, on avait ménagé 
une excavation en forme de boîte dans laquelle étaient ren- 
fermés le fruit, la graine, la feuille, la mousse qui croît sur 
les corps de rar'.v.e, et enfin les insectes malfaisants qui s'y 
nourrissent et ceux qui le protègent, s'il y a lieu. Chaque 
volume ressemble aux autres par son format, ce qui donne à 
la bibliothèque un ensev^'hle des plus agréables. 

A. HUMBERT. 



Sitiiution séricicole 

Sine.s. — Les éducations continuent à bien marcher. Dans 
la Drôme, les vers à soie ont presque tous franchi la troisième 
mue; d'après différents avis on s'attend à moins de cocons 
que l'année dernière. 

Dans le Gard, les vers sont de la quatrième à la montée, 



/4 lilLLKl'lN I) l?>Si;( lOr.OGIi: AGUICOLE 

aucune plainte sur la marche des vers à soie; quelques 
(ïducations des plus précoces ont donné la bruyère, la gêné 
ralité la donnera vers le 12 courant. 

Dans l'Hérault, l'ensemble des éducations marche pour la 
l)myère, les plus avancés y sont déjà. Les platines sont rares, 
ca qui fait supporter une récolte pour le moins aussi abon- 
dante que celle de 1886. 

Dans l'Ardèche les chambrées sont très irrégulières. Quel- 
f;ues éducateurs ont mis à la bruyère, d'autres ont leurs vers 
a la quatrième mue. Peu de plaintes, tout fait espérer une 
récolte satisfaisante. 

Dans l'Isère les éducations sont très en retard cette année 
l't se trouvaient, dans les premiers jours de juin, de la pre- 
mière à la deuxième mue : quelques chambrées plus précoces 
sont sorties de cette dernière. On avait beaucoup craint pour 
.1 feuille, fort en retard, mais le retour du beau temps la fera 
rapidement se développer. 

Dans le Var, les vers étaient à la bruyère dans la plaine, dès 
i'îs premiers jours de juin. Actuellement la récolte peut être 
considérée comme achevée, on assure qu'il y aura excédent 
; ur l'an dernier. 

Les affaires sur le marché de Lyon restent calmes, l'expor- 
tation reste la note dominante de la situation. Il ne saurait 
guère en être autrement au jiioinenl où la récolte d'Europe 
.approche à sa fm. Les perspectives en sont incontestablement 
favorables. 

Les prix sont très irréguliers. A côté de quelques ventes 
l'.e liquidation qui ne peuvent servir de base, on pratique 
encore, à des diiférences insignifiantes près, les mêmes prix 
(;ue la semaine passée. 

Le marché des grèges de Chine est très dérouté. Les rares 
îilfaires qui se traitent sont généralement tenues secrètes. 
Tout ce qu'on peut dire c'est que la tendance est a la baisse 
aussi bien ici qu'à Shanghaï où les détenteurs se montrent 
. ssez impressionnés de l'abstention à peu près complète dans 
! iquellele? acheteurs européens sesonttenus jusqu'à présent. 



BULLETIN d'iNSKCTOLOGIE AGKICOLK 75 

Sur les marchés italiens, l'attention est uniquement absor- 
bée par la récolte qui va entrer dans la période décisive. 
Le marché de Londres est très calme avec prix nominaux. 



Société central© d Apicultiare et d'Insectologie. 

Séance du 18 mai 1887. — Présidence de M. Ramé. 

Le Secrétaire générai donne iecLure du procès-verbal de la 
dernière séance qui est adopté sans réclamation. Il commu- 
nique ensuite plusieurs lettres du ministre de l'Instruction 
publique contenant des instructions sur le congrès des 
sociétés savantes. — M. Ramé communique un extrait de la 
séance du 30 avril du conseil municipal de Paris qui rétablit 
la subvention de 500 fr. faite à la Société centrale d'apicul- 
ture et d'Insectologie. M. de Bouteiller, rapporteur, s'exprime 
ainsi : « La Société centrale d'apiculture et d'Insectologie 
demande au conseil le renouvellement de la subvention de 
oOO fr. qui lui avait été accordée jusqu'en 1885. Cette société 
a organisé au rucher du Luxembourg un cours gratuit qui 
fonctionne depuis trente ans et rend d'utiles services à un art 
difficile. Votre première commission est donc unanime à 
vous proposer de lui allouer la somme qu'elle demande. » 
Les conclusions de la première commission sont adoptées. — 
{Bull. Mon. 1887, p. 584). 

L'assemblée décide qu'une lettre de félicitation sera adressée 
à M. de Hérédia, président de la Société, qui a bien voulu 
user de son influence dans cette circonstance. 

M. Ilamet entretient l'assemblée de l'état de ses colonies 
italiennes qui ont moins souffert de la longueur de l'hiver et 
se trouvent plus avancées que ses colonies indigènes. Cinq 
colonies italiennes logées en ruches de divers systèmes 
avaient, dès les premiers jours de mai, des mâles qui volaient, 
tandis que les colonies indigènes les plus fortes n'en avaient 
pas encore de nés. 

Le Secrétaire général communique la délibération que 



76 HULLKTIN D'iNSKCinLOGir, AGRICOLE 

la société d'apiculture de TAube a prise, sur la proposition 
de son président, M. Vignole, dans sa séance générale du 
12 avril, à Troyes, concernant le concours que la société de 
l'Aube apportera à l'Exposition des insectes du mois de sep- 
tembre prochain, à l'Orangerie des Tuileries, h Paris. En 
voici le résumé : 

Après en avoir délibéré, l'assemblée décide que la société 
fera une exposition collective. Ce qui n'empochera pas les 
exposants d'obtenir les récompenses dues au motif respectif 
de leurs lots. Elle décide aussi que la société d'apiculture de 
l'Aube mettra à la disposition de la Société centrale quelques 
médailles pour être décernées à l'occasion de cette exposition, 
savoir : une médaille de vermeil, deux médailles d'argent et 
quatre de bronze. 

M. Ramé donne lecture du compte rendu des ouvrages qui 
ont été soumis à son appréciation dans la dernière séance. 
M. Fallou envoie le compte rendu du Tnt/té de Zoologie par 
Maurice Girard. L'assemblée demande que ces comptes ren- 
dus soient publiés dans le Bulletin. 

L'assemblée consacre la fin de la séance à la discussion 
de quelques mesures concernant Texposition des Insectes 
puis elle «e sépare. 

Pour extrait : Delinotte, secrétaire. 



52'' I^éunîon <lu congrès deis» Sociétés 
savantes (1). 

Par A. Ramé, vice-président de la section de sériciculture, 
délégué de la Société. 

Section des sciences. 
Présidence de M. Alph. Milne-Edwards, assisté de 
MM. Mascart, Gotteau et Crota. — Malheureusement cette 
section est de moins en moins fréquentée, la sous-section 

i. Réun'cs à la Sorbonne les 31 mai, 1,2, 3 et 4 j';in IV^JT, 



liULLETI\ D INSECTOLOGIE AGKICOLE 77 

des sciences médicales a traité diverses questions très inté- 
ressantes relatives à la transmission de la tuberculose par 
les bacilles. Nous ne pouvons reproduire ici la thèse déve- 
loppée par le docteur de Lamallerie, mais constatons néan- 
moins qu'elle est d'une grande importance pour la science. 

Vingt et une questions étaient posées à la section des 
sciences et deux orateurs inscrits pour le n° 13; un seul a 
répondu : il a déposé un mémoire répondant à la question : 
Etude des phénomènes périodiques de la végétation; date du 
bourgeonnement, de la floraison, de la maturité. Coïncidence 
de ces époques avec celle de l'apparition des principales 
espèces d'insectes nuisibles à l'agriculture. Cette brochure 
a pour titre: La couleur du raisiîi, par Gh. Baltet, membre 
de la Société académique de TAube. 

Séance du mercredi i^" juin. — Présidence de M. Alph. 
Milne-Edwards. 

La séance est ouverte à midi et demi. 

M. Moulé, vétérinaire, inspecteur principal de la bou- 
cherie de Paris, délégué de la société des sciences et des arts 
de Vitry-le-François, fait une communication sur la fréquence 
des psorospermies dans le tissu musculaire des animaux de 
boucherie. Il démontre que de tous les animaux qui sont 
livrés à la consommation ce sont les moutons, surtout ceux 
saisis par maigreur extrême, pour cause de cachexie aqueuse, 
qui hébergent le plus souvent les sarcosporidés, et cite les 
exemples suivants : 

Avaient des psorospermies dans le tissu musculaire : 
Sur 200 moutons cachectiques, 196. 
Sur 100 moutons gras, 44. 
Sur 100 chèvres cachectiques, 46. 
Sur 100 chèvres grasses, 33. 
Sur 100 porcs gras, 39. 
Sur 50 porcs maigres, 18. 
Sur 26 porcs ladres, 16. 
Sur 100 bœufs maigres, 37. 
Sur 50 bœufs gras, 3. 



78 ttULLKTIN DlNSKCl'OLOGlt; AGKICOLE 

Chez le bœuf, il a constaté la présence de psorospermies 
visibles à l'œil nu (7 décembre 1886). 

Ces parasites microscopiques visibles à Tœil nu sont-ils 
nuisibles? M. Moulé ne le croit pas, car, le 15 décembre 1880, 
il a absorbé une certaine quantité de psorospermies géantes, 
et jusqu'à présent il n'a rien ressenti qui puisse lui faire sup- 
poser que ces parasites aient évolué. 

M. le docteur Lemoine, professeur à l'école de médecine de 
Reims, communique le résultat de ses dernières re3herches 
microscopiques sur les insectes actuels qu'il étudie depuis 
plusieurs années et sur les ossements et les dents des verté- 
brés fossiles des environs de Reims. 

Il met sous les yeux de la section une série de préparations 
relatives à ces deux ordres de travaux. 

Il a pu obtenir cinquante coupes méthodiques dans le 
corps d'un phylloxéra. Les croîts fossiles, par suite de leur 
fragilité, ont nécessité une technique spéciale. 

L'Hyménoptère qui fait l'objet principal de la communica- 
tion de ce jour est d'une petitesse telle, qu'il faut presque 
la loupe pour l'apercevoir. 

Il dépose ses œufs dans le corps de VAspidiotus du laurier- 
rose. Ces œufs, après avoir passé par toutes les phases de leur 
développement, donnent issue à des larves qui, elles-mêmes, se 
transforment en insectes parfaits. C'est seulement alors que 
l'hyménoptère commence à vivre au dehors. 

M. Lemoine, dans un album de près de 80 planches, s'est 
attaché à retracer dans tous leurs détails la série de ces 
transformations tant de l'œuf, qui se modifie à la fois dans 
son volume, dans sa forme et dans son contenu, que de l'in- 
secte qui en provient. 

Dans son premier âge, la larve est armée de fortes mandi- 
bules et d'un appendice caudal à arêtes proéminentes qui 
semblent servir à son déplacement dans le corps de VAspidio- 
tus. Dans un deuxième âge ces divers appendices ont disparu, 
le système nerveux et l'appareil digestif prennent un dévelop- 
pement spécial. Dans le troisième âge, véritable état de 



MLTLLEÏI.X d'iNSECTOLOGIK AGHICOLK 79 

nymphe, on voit apparaître les trachées et les divers appendi^ 
ces qui entourent la bouche et ceux qui servent à la locomo- 
tion, au vol et à la ponte. 

On peut suivre également les modifications du système 
nerveux, de l'appareil digestif et de ses annexes et l'évolution 
des organes génitaux. 

L'étude de l'insecte à l'état adulte a été poursuivie sur des 
coupes et à l'aide de dissections rendues possibles, malgré la 
petite taille de l'hyménoptère, par l'usage du microscope et 
du prisme redresseur. 

M. le président insiste sur l'importance des épreuves photo- 
graphiques pour reproduire fidèlement et promptement de 
semblables coupes microscopiques. 

M. Cotteau, de la société des sciences historiques et natu- 
relles de l'Yonne, entretient la section de ses travaux les plus 
récents sur les Echinides fossiles; il vient de terminer dans la 
Paléontologie française la description de la famille des Bris- 
sidées. Onze genres ont été rencontrés dans le terrain éocène 
de la France, et renferment quatre-vingt-sept espèces. Beau- 
coup de ces espèces sont nouvelles et signalées pour la 
première fois. D'autres, bien que connues depuis longtemps 
et souvent citées par les auteurs, n'avaient jamais été décri- 
tes et figurées. 

Les planches que M. Cotteau met sous les yeux de l'assem- 
blée permettent de saisir d'une manière très nette les carac- 
tères qui séparent les différentes espèces et nous font con- 
naître, à l'aide de grossissements,les détails souvent très com- 
pliqués de leur organisation. Sur les quatre-vingt-sept 
espèces de la famille des Brissidées, deux seulement appar- 
tiennent à l'éocène inférieur ; quarante-sept proviennent de 
l'éocène moyen, et trente-huit de l'éocène supérieur. 

Toutes ces espèces peuvent être considérées jusquici 
comme caractéristiques des couches dan? lesquelles on les ren- 
contre à l'exception d'une seule, Anisaster Souverblci, qui, 
après s'être développée dans l'étage moyen, se retrouve dans 
la même région à la base des couches miocènes, dans le cal- 
caire à astéries. 



78 BULLETIN d'lnSECTOLOUIE AOUICOLE 

M. Cotteau a récemment publié le cinquième fascicule des 
Ëcliinides nouveaux ou peu connus; il donne des détails sur 
leo types les plus intéressants qui font l'objet de ce tra- 
vail, et notamment sur deux genres nouveaux, Coraster, 
Ornithaster qui, tout en présentant les caractères généraux 
des Ëchinocorydées, se distinguent de tous les types connus 
de cette famille par la présence d'un fasciole péripétale. 

La séance du jeudi 2 juin ne comportait aucune commu- 
nication ayant trait aux sujets dont s'occupe plus particulière- 
ment notre Société. 

Séance du vendredi 3 Juin. — Pxésidence de M. Milne- 
Edwards. 

M. Edm. Groult fait sur l'établissement des musées 
cantonaux une communication qu'il résume dans les conclu- 
sions suivantes: 

Les musées cantonaux ont pour but démoraliser le peuple 
par l'instruction, de le charmer par les arts et de l'enrichir 
par les sciences. 

Un grand nombre de ces musées se sont déjà fondés dans 
les cantons ruraux de toutes les régions de la France et de 
l'Algérie avec le concours désintéressé des savants et des 
spécialistes qui les habitent, secondés par les comices agri- 
coles et les sociétés savantes ou artistiques de la région. 

Leurs collections essentiellement utilitaires et locales (à 
l'exception des collections artistiques) se réunissent toujours 
gratuitement. 

Ces musées de nouvelle espèce ont l'avantage, d'une part, 
de vulgariser l'enseignement scientifique et artistique et, 
d'autre part, de fournir de nouveaux éléments de recherches 
aux sociétés savantes et de leur procurer de nombreux auxi- 
liaires. 

A. Ramé. 
{A suivre.) 

Le fji^rant : H. Hamet. 



IC^ 



N' 6 ONZIÈME ANNÉE Juin 1887 

BULLETIN 

O'INSECTOLOGIE AGRICOLE 



Sommaire : Les Fourmis (Suite), par J. Monges. — Un insecte ennemi de 
la farine. — Anthonome du Pommier. — Société centrale d'Apiculture 
et d'Insectologie (Séance d'avril 1887). —Questions à traiter au conf:rès 
insectologique. — Les Némathodes de la Betterave. 



I4C.« Foui*nii.« 

{Suite). 

Les mœurs des foitrmis ont été l'objet de nombreuses 
observations, mais il reste encore bien des points à examiner 
chez ces remarquables insectes; néanmoins nous connaissons 
les traits principaux de leur vie. Si avec raison, les abeilles et 
les guêpes sont regardées comme les insectes les plus indus- 
trieux, que ne pourrait-on penser des fourmis? Il y a entre 
eux bien des points de ressemblance. C'est dans chaque 
habitation tout un peuple agissant, comme les abeilles, avec 
un ensemble admirable. Le but de ces travaux est toujours 
le soin de la progéniture, le soin d'en perpétuer la race, d'en 
assurer la durée. Gomme chez les abeilles, il existe parmi les 
fourmis trois sortes d'individus: des mâles, des femelles, qui 
ne vivent que pour perpétuer l'espèce, et des ouvrières, c'est- 
à-dire des individus neutres, qui doivent donner leurs soins 
aux femelles qui ne vivent que pour perpétuer l'espèce, et 
des ouvrières, c'est-à-dire des individus neutres, qui doivent 
donner leurs soins aux femelles et surtout à leurs larves, 
leur apporter la nourriture de chaque jour, leur construire 
des demeures pour les préserver de toute espèce de danger. 
N'est-ce pas là l'histoire des abeilles? En effet, n'y a-t-ilpas 
ressemblance sous le rapport de l'existence des individus 
neutres et des soins donnés aux individus nouvellement nés ? 
Mais, chez les fourmis, il y a peut-être quelque chose de plus 



80 BULLETIN d'iNSECTOLOGIE AGRICOLE 

beau: plusieurs femelles, plusieurs mères vivent ensemble, 
habitent la même retraite, confondent leurs produits, et 
jamais aucune mésintelligence n'éclate entre elles. Il n'y a 
pas ici ces combats terribles qui ont lieu parfois dans la 
ruche de l'abeille. La société des fourmis peut donc paraître 
plus parfaite; mais, tandis que l'une constitue pour l'homme 
une source de richesse, les autres hélas! sont regardées par 
lui comme un fléau. En est-il bien un? 

Elles sont désagréables parfois en attaquant les fruits et 
rongeant une foule de substances ; est-il bien prouvé qu'elles 
attaquent les fruits; et n'y viendraient-elles pas après qu'un 
rongeur quelconque les aurait entamés? 

Elles s'introduisent quelquefois dans nos maisons et 
pénètrent dans les armoires aux provisions; la piqûre qu'elles 
font sentir, ou plutôt la démangeaison occasionnée sur la 
peau par le fluide acide éjaculé parles espèces sans aiguillon, 
les rend sans doute insupportables. Dans les campagnes où elles 
sont abondantes, où leur importunité se fait surtout sentir, 
chacun les extermine autant que possible; mais nous 
pensons qu'on leur attribue à tort plus de mal qu'elles n'en 
occasionnent. 

De même que chez tous les hyménoptères ayant trois sortes 
d'individus, comme les abeilles, les guêpes, etc., les fourmis 
construisent des habitations très spacieuses, où sont occupés 
des milliers d'individus. Chaque compartiment a sa desti- 
nation particulière. Les ouvrières doivent s'occuper constam- 
ment des larves et leur donner tous les soins qu'elles récla- 
ment pendant leur accroissement ; elles doivent aussi les 
entretenir dans un état de propreté extrême. Avec leurs pal- 
pes elles les nettoient parfaitement, ne laissant jamais sur 
leur corps le moindre grain de poussière ; ce sont elles aussi 
qui doivent leur procurer la nourriture nécessaire quand le 
moment est venu. 

Ces insectes ne préparent point de substances comme le 
font les abeilles et les guêpes. Chaque jour, ils dégorgent par 
la bouch'e les fluides qu'ils ont puisés sur divers objets; ils 



BULLETIN d'iNSECTOLOGIE AGRICOLE 81 

écartent leurs mandibules, et c'est dans leur bouche même 
que les larves hument la nourriture. 

Au moment des mues que subissent les larves, elles s'occu- 
pent constamment à tirailler leur peau, à l'étendre et à la ra- 
mollir, pour les aider dans ce moment critique. 

Les laborieuses ouvrières s'acquittent également du soin 
difficile d'étendre les ailes des individus mâles et femelles 
qui viennent d'éclore, et s'en acquittent toujours avec une 
adresse remarquable pour ne pas rompre ces membres fra- 
giles. 

Enfin elles ne cessent de diriger tous leurs mouvements 
jusqu'à l'instant oii ils doivent quitter la fourmilière pour 
satisfaire aux besoins de la reproduction. 

Au moment où les fourmis s'accouplent, les mâles et les 
femelles sortent de leur fourmilière, absolument comme les 
abeilles et les guêpes; ils s'élèvent dans les airs. Bientôt après, 
les femelles reviennent à l'habitation fécondées, et fécondées 
pour toute leur vie. C'est toujours vers le soir, par un temps 
chaud et calme, que les fourmis prennent leurs ébats. 

Les mâles, qui ne doivent plus rentrer à la fourmilière, 
meurent peu de temps après. Quand les femelles reviennent, 
leurs ailes, désormais inutiles, leur sont enlevées par les ou- 
vrières; quelquefois elles se les arrachent elles-mêmes, ce dont 
nous avons été témoin et avons observé, un soir, avec beau- 
coup d'intérêt. Avec leurs pattes elles tourmentent leurs ailes 
jusqu'à ce qu'elles soient détachées, le sol en est jonché. Cet 
appendice tenant peu, une semblable mutilation ne paraît 
pas leur coûter beaucoup. Elles s'enfuient après à la fourmi- 
lière, d'où elles ne doivent plus sortir; elles doivent y passer 
le reste de leur vie ; elles doivent y mourir. 

Lorsque les femelles reviennent,les ouvrières se mettent en 
observation pour les recueillir. Elles s'empressent de les em- 
porter dans les loges les plus profondes, où elles leur prodi- 
guent les soins les plus assidus, et où elles seront sûrement h 
l'abri de tout danger. 

A peine les œufs sont-ils déposés, que les ouvrières le^ 



H".^ UULLETIN d'iNSECTOLOGIE AGRICOLE 

emportent et prennent toutes les précautions nécessaires pour 
favoriser l'éclosion des jeunes larves. Aussitôt que celles-ci 
viennent de naître, elles sont casées dans les différentes 
loges, selon les sexes. Tout cela n'est-il pas merveilleusement 
admirable d'ordre, d'intelligence et de prévoyance? 

Les fourmis, comme on lésait, s'en prennent à toute sub- 
tance ; on les voit se repaître de viande fraîche ou corrom- 
pue, de fruits, et aussi de tout ce qui est sucré. Elles sont 
surtout très friandes d'un liquide particulier que les pu- 
cerons sécrètent par deux petits tubes situés à l'extrémité 
de leur corps. 

Chaque fois qu'il existe des pucerons sur une plante ou sur 
un arbre, on y voit des fourmis. Elles ne leur font aucun mal, 
et ne les recherchent que pour la liqueur miellée sécrétée 
par eux, dont elles font leur plus délicieuse nourriture. 
Aussi avec quels soins elles veillent auprès de ce précieux 
bétail, de ces vaches des Fourmis, comme les a appelés liinné. 

Et Latreille nous dit qu'elles oublient parfois de rentrerlesoir 
à la fourmilière; elles veillenltoute la nuit près des pucerons 
sans se rebuter du temps frais et pluvieux de l'automne. Les 
guêpes, les abeilles même recherchent cette liqueur douce 
que les pucerons laissent sur les feuilles; les abeilles eu 
prennent quelquefois si copieusement, qu'elles en rappor- 
tent un dévoiement mortel. 

On a dit que les fourmis transportaient les pucerons d'une 
plante ou d'un arbre sur d'autres, voisins ou éloignés. Le 
fait est sans doute exact, mais fort exagéré, et dans un but 
tout différent de celui qu'on paraît croire; c'est seulement, 
dans ce cas, pour les avoir à portée, dans le voisinage de leurs 
fourmilières. L'observation qu'en a faite Huber est la con- 
firmation de ce que nous venons de dire; il détruit l'idée de 
ces transports en grand, de même que celle de leur action 
nuisible aux arbres, comme d'autres insectes. 

Un voyageur suédois, Lund, a sans doute observé, dans 
l'Amérique méridionale, une espèce, VOEcodom céplialote 
(OEcodoma céphalotes) (Lat.), coupant les feuilles d'un ar- 



BULLETIN d'iNSECTOLOGIE AGRICOLE 83 

buste pour construire son nid ; mais aucun fait de ce genre 
n'a été observé pour nos fourmis indigènes. Sous ces lati- 
tudes, les fourmis pullulent, et c'est pour le plus grand bien 
de ces contrées ; malgré les quelques dégâts qu'elles peuvent 
occasionner, on en sera convaincu bientôt. 

« Je découvris un jour un Tithymale, ditHuber, qui sup- 
portait au milieu de sa tige une petite sphère, à laquelle il 
servait d'arc : c'était une case que les fourmis avaient bâtie 
avec de la terre. Elles en sortaient par une ouverture fort 
étroite, pratiquée dans le bas, descendaient le long de la 
branche, et entraient dans une fourmilière voisine. Cette 
retraite renfermait une nombreuse famille de pucerons. J'ad- 
mirai ce trait d'industrie, et je ne tardai pas à le retrouver 
avec un caractère plus intéressant encore chez les fourmis de 
différentes espèces. 

Des fourmis avaient construit autour du pied d'un chardon 
un tuyau de terre de deux pouces et demi de long sur un de 
large. La fourmilière était en bas et communiquait sans in- 
tervale avec le cylindre. Je pris la branche avec son entou- 
rage et tout ce qu'il renfermait. La portion de la tige com- 
prise dans le tuyau était garnie de pucerons. Je vis bientôtsor- 
tir par l'ouverture que j'avais faite à la base, les fourmis, 
fort étonnées de voir le jour en cet endroit, et je m'aperçus 
qu'ellft» y vivaient avec leurs larves : elles les transportèrent 
en hâte dans la partie la plus élevée du cylindre qui n'avait 
pas été altérée ; c'est dans ce réduit qu" elles se tenaient à por- 
tée de leurs pucerons rassemblés, et qu'elles nourrissaient 
leurs petits. 

Gomme on le voit, ce n'est absolumentque pour les pucerons 
que les fourmis vont sur les arbres, et si elles les transpor- 
tent, c'est de la façon la plus ingénieuse, pour les avoir à leur 
portée, les parquer comme leur bétail, qu'elles vont traire de 
tenjps en temps en les pressant doucement avec leurs man- 
dibules mais sur un arbuste ou une plante unique et tout 
près de leur habitation; elles sont donc complètement ino- 
fensives et innocentes des méfaits qu'on leur prête. 



84 BULLETIN d'iNSECTOLOGIE AGRICOLE 

Nous ne voulons voir dans la présence des fourmis sur les 
arbres qu'un indice de celle des pucerons qui échappent à 
nos yeux, et qu'avec leur instinct elles ont su découvrir. A 
ce titre, nous devrions leur être reconnaissants, pour cette 
information gratuite qu'elle nous donnent, si utile pourtant, 
qui nous oblige à la vigilance et à rechercher avec soin le véri- 
table ennemi de nos plantes et de nos arbres. Leur en voudra- 
t-on moins pour cela? Nous en doutons : les préjugés, comme 
nous l'avons dit, ne sonl pas faciles à détruire. A l'occasion 
de la vie des fourmis, on a beaucoup discuté sur ce qui pa- 
raissait être l'instinct et sur ce qui paraissait être Tintelligence. 
Nous penchons à croire, chez les fourmis aussi bien que chez 
les abeilles, que l'intelligence est leur attribut; elle nous 
apparait dans une foule de cas : on reconnaît chez elle le dis- 
cernement, le jugement dans beaucoup de leurs actes. Si un 
ennemi approche et culbute les fourmis qui sont autour de la 
fourmilière, on voit aussitôt les individus qui sont à la porbée 
se mettre en état d'agression, tandis que quelques autres vont 
prévenir tous les habitants logés dans les étages inférieurs. 
Alors accourt une masse d'ouvrières qui, en un instant, ont 
compris le danger qui les menace ; elles se jettent sur l'agres- 
seur et cherche à se venger sur lui du dommage qu'il a pu 
leur être causé. 

J. MONGES. 

(A suivre.) 

Un insecte ennemi de la Tarine 

Dansles derniers moi s de l'année 1883, VEcho agricole rece- 
vait de l'un de ses abonnés du Midi un échantillon de farine 
infectée de chenilles d'une espèce inconnue jusque-là. 

M. Blanchard, professeur au Muséum, nous apprit que cette 
chenille était celle d'un papillon signalé en Allemagne par 
Zeller en 1879, et à laquelle ce dernier avait donné le nom 
d'Esphesta Jmehniella. Ce papillon, connu en Amérique, est 
probablement arrivé en Europe avec des farines ou des blés 
américains. 



BULLETIN d'iNSECTOLOGIE AGRICOLE 85 

Plustard, M.Maurice Girard signala sa présence enBelgique, 
et maintenant, d'après nos informations, il se trouve en France 
dans les départements de l'Aude, de l'Hérault, delà Haute- 
Saône, de Saône-et-Loire et de l'Yonne; nul doute qu'il se 
trouve encore ailleurs. 

Ces chenilles sillonnent la farine de galeries tubulaires 
qu'elles tapissent de soie blanche; ces galeries sont tellement 
rapprochées et nombreuses que la farine semble enchevêtrée 
de toiles d'araignées. Au blutage, le déchet provenant de ce 
fait est au moins de 30 à 40 0/0, et les minoteries, ainsi que 
les moulins infestés de ce parasite, ne sont pas encore par- 
venus à se débarrasser de ce nouvel ennemi, le plus redou- 
table peut-être des destructeurs de la farine. L'administration, 
avec les puissants moyens dont elle dispose, sera sans doute 
pius heureuse et rendra par suite un immense service à l'une 
des sources principales de l'alimentation publique. 



Anthonome [Anthonomus). 

Les Anthonomes sont des petits charançons qui vivent 
dans les fleurs. On les distingue à leur tête conique, prolon- 
gée en un rostre grêle, peu arqué, portant des antennes cou- 
dées terminées en masse pointue; leur corselet, plus étroit 
que les élytres, est rétréci et tronqué en avant ; les élytres 
sont ovalaires, un peu oblongs, striés et ponctués; les pattes 
sont assez longues et les cuisses sont renflées. 

Parmi les espèces de ce genre, les plus nuisibles sont: 
l'Anthonome des fleurs de pommes {A. Pomorum) flg. 4. Il 
est bleuâtre, mais recouvert d'une pubescence qui le fait paraî- 
tre grisâtre; ses élytres sont roux, testacés, obscurs, traversés 
vers l'extrémité postérieure par une ligne blanche bordée de 
noir. Ce petit insecte attaque à l'état de larve les fleurs du 
pommier dont il empêche le développement, ce qui les fait 
ressemblera des clous de girofle. Toutes les fleurs qui pré- 
sentent cet aspect sont habitées par une larve d'Antonome 
qui ronge les organes de la fructification. 



86 BULLETIN d'iNSECTOLOGIE AGRICOLE 

Ce petit insecte occasionne en certaines années des dégâts 
très considérables; c'est au point que les jardiniers ignorants, 
voyant sur de grandes surfaces toutes les fleurs avortées, accu- 
sent les vejits roux de les avoir brûlées. 

L'Anthonome du pommier paraît vers la fin d'avril et 
s'empresse de s'accoupler; la femelle fait sa ponte dans les 
boutons à fleurs qu'elle perce avec son rostre et ne dépose 
jamais qu'un seul œuf dans diaque bouton. Les larves éclo- 
sent vers la fin de mai ou au commencement de juin et com- 




Fig. 4. Anthonome du Pommier. 

mencent immédiatement leurs dégâts. Elles ont acquis tout 
leur développement lorsque les boutons tombent; alors elles 
entrent dans la terre où elles passent l'été, l'automme et l'hi- 
ver à l'état de nymphes, pour se réveiller au printemps à l'état 
d'insectes parfaits. 

Pour se préserver des ravages de cet ennemi, on a conseillé 
d'enlever des pommiers toutes les fleurs qui ne se sont pas 
développées et de les brûler. Cette opération est excellente, 
sans doute, mais elle ne peut se pratiquer que dans un petit 
jardin, elle est impossible dans un jardin de quelque étendue. 
Ajoutons que l'Anthonome vole très bien et qu'à moins que 



BULLETIN d'iNSECTOLOGIE AGRICOLE 87 

la mesure d'éplucher les pommiers soit générale, il en viendra 
de chez les voisins et alors les précautions qu'on aura prises 
chez soi deviendront inutiles. 

Un autre Anthonome tout aussi redoutable est VAnthonome 
du Poirier [A. Pyrï)y il ressemble beaucoup à celui du pom- 
mier. La couleur est ferrugineuse, tirant sur le noir; ses 
antennes sont noirâtres, sa tête est recouverte par une pubes- 
cence blanche formant une ligne grisâtre se prolongeant sur 
le corselet et, comme dans l'espèce précédente, les élytres sont 
traversés par une bande blanche bordée de noir. 

La larve de cette espèce vit dans les fleurs du poirier. 
M. Forest, dans ses cours d'arboriculture fruitière, la désigne 
sous le nom de ver d'hiver ou ver des bourgeons à fleur. Ses 
mœurs sont les mêmes que celles de l'Antho nome du pom- 
mier. 

Il y a quelques années cet insecte était presque inconnu 
dans le rayon de Paris, aujourd'hui il est très répandu et cause 
de grands dégâts, principalement sur les espaliers et les que- 
nouilles où il trouve une abondante nourriture et un bon abri. 
Pour le détruire, il faut nous en remettre à nos auxiliaires 
les oiseaux et enlever tous les boutons attaqués, qu'il faut 
avoir soin de brûler. 

Une autre espèce d'Anthonome vit sur les fleurs des ceri- 
siers ; son nom vulgaire est Anthonome des fleurs du cerisier 
{A.cerasi); ses mœurs sont à peu de chose près semblables à 
celles des deux espèces précédentes (1). 



Société centrale d'apiculture et 
d'însectologie. 

Séance du 20 avril 1887. Présidence de M. W. de Fonvielle. 

Le secrétaire général donne lecture du procès-verbal de la 
dernière séance qui est adopté. Il ajoute ensuite qu'il a reçu 
l'afliche de la prochaine exposition des Insectes, soumise à 

(1) Description et figure empruntées au Journal des Campagnes. (La Réd). 



88 BULLETIN D INSECTOLOGIE AGRICOLE 

M. le ministre de l'agriculture qui l'a approuvée le 1" avril- 
Il en donne lecture. L'assemblée autorisé le secrétaire à en 
faire tirer de suite 100 exemplaires qui seront envoyés dans 
les villes où vont avoir lieu les concours régionaux et autres 
expositions importantes. 

M. le Ministre de l'Instruction pulique annonce que l'ou- 
verture du congrès des sociétés savantes aura lieu le 31 mai 
àlaSorbonne. Il demande que la Société lui désigne un ou 
plusieurs membres pour assister à ce congrès. L'assemblée 
désigne M. Ramé. 

Le Ministère de 1" agriculture adresse à la Société un exem- 
plaire de la Statistique agricole annuelle pour 1885. On trouve 
pour cette année que l'exportation de la cire a été de 127.438 fr. 
et l'importation de 753.196 fr. M. Hamet signale la concur- 
rence que les cires de nos colonies viennent faire à nos cires 
indigènes. Le président dit qu'il serait bon de s'assurer de ce 
fait et de demander alors qu'elles fussent imposées comme 
les cires étrangères. M. Hamet fait remarquer que les cires 
provenant des pays avec lesquels la France a contracté un 
traité de commerce ne paient pas d'entrée. 

M. Sevalle propose, pour faire partie de la commission qui 
devra aller visiter les ruchers bien tenus des apiculteurs de 
la banlieue qui demanderont à concourir pour cet objet, 
MM. Asset etSaint-Pée. Le Président dit qu'en y ajoutant le 
nom de l'auteur de la proposition, M. Sevalle, la commission 
est formée. 

M. Ramé fait part de la constitution du groupe d'admission 
pour l'Exposition universelle de 1889, groupe VIll, classe 76 
(insectes utiles, — apiculture, sériciculture, etc., — et in- 
sectes nuisibles). Ce comité se compose de MM. T. Blanchard 
membre de l'Institut, président; Ramé, membre de la Société 
centrale d'apiculture et d'insectologie, vice-président ; F. Hen- 
negny, professeur à l'Ecole d'horticulture à Versailles, secré- 
taire-rapporteur ; Balbidni, professeur au Collège de France, 
et E. Menault, inspecteur de Tagriculture. L'auteur de cette 
communication dit qu'il importe que les personnes qui dési- 



BULLETIN d'iNSECTOLOGIE AGRICOLE 89 

rent exposer fassent leur déclaration cette année pour qu'un 
emplacement convenable soit donné à l'Insectologie. 

M"" Dillon fait part de la détermination qu'elle a prise de 
faire don de la collection de feu son mari à la Société des 
sciences de l'Yonne. L'assemblée félicite M"** Dillon de cet 
acte de générosité. 

— Au congrès des sociétés savantes : M. Ramé dépose le 
programme de la neuvième exposition des Insectes utiles et 
nuisibles qui aura lieu dans l'Orangerie des Tuileries du 
25 août au 27 septembre. 

Un concours est ouvert entre les instituteurs qui ensei- 
gnent l'Insectologie (culture des insectes utiles, protection des 
auxiliaires et destruction des insectes nuisibles.) 

Le concours sera fermé le 25 août. Des primes en argent 
(100— 50 — 25 fr. ), des livres et des médailles seront données 
aux plus méritants. Les concurrents devront envoyer des tra- 
vaux d'élèves qui pourront eux-mêmes être récompensés. 

Ces travaux figureront à l'exposition des Insectes de 1887. 

Un congrès d'Insectologie générale et un congrès d' Apicul- 
ture auront lieu pendant le cours de l'exposition, dans la 
salle des conférences. Les intéressés sont priés défaire con- 
naître les questions qu'ils pourraient avoir à traiter ou qu'ils 
désireraient y voir discuter. Adresser au secrétariat delà 
Société, rue Monge, 67. 

L'ordre du jour étant épuisé, M. le Président remercie les 
savants de province qui ont bien voulu prendre part aux 
travaux du congrès et déclare close la session de 1887. 

La dernière séance du 4 juin a été remplie pas le magni- 
fique discours de M. le Ministre de l'Instruction Publique ; ce 
discours qui comporte plus de trois pages du journal officiel 
est d'une éloquence remarquable. 

Après un pieux hommage rendu à la mémoire de ceux qui 
ne sont plus, le Ministre a mis en lumière les travaux des sa- 
vants modernes et glorifié le doyen de la science : M.Ghevreul. 

A l'avenir, chaque année une section sera appelée à rendre 
compte de ses travaux. Enfin M. Spuller â terminé son dis- 



90 BULLETIN d'iNSECTOLOGIE AGRTCOLE 

cours par un chaleureux appel au dévouement de tous : « Et 
cependant, la science, la vérité doivent servir à tous; et ce 
n'est pas pour vous seulement que vous travaillez tant à vous 
instruire, c'est pour les bienfaits que la science et la vérité 
répandent parmi les hommes, c'est là ce qui vous empêche 
de vous séparer de vos concitoyens. Pensez à eux, travaillez 
pour eux, car ce sera travailler pour j? République, pour la 
France, pour l'humanité. » (Mouvements d'adhésion et nom- 
breux applaudissements.) 

M. le Ministre a ensuite proclamé les nominations de trois 
chevaliers dans l'ordre national de la Légion d'honneur, treize 
officiers de l'Instruction publique et vingt-deux officiers 
d'Académie. 

— M. Humbert adresse une note sur : Une singulière Biblio- 
thèque, tel est le titre qu'il donne à sa communication. H 
envoie aussi une communication sur « l'Instinct des Fourmis ». 
Le secrétaire signale, sur ce dernier sujet, un article très 
intéressant, publié dans la Beviie HoiHicole des Bouches-du- 
Rhône. 

M. Ramé donne lecture du compte rendu des ouvrages qui 
lui ont été soumis dans la dernière séance. Le Président 
propose que ce compte rendu soit publié dans le Bulletin. 

M. Delepine propose comme membre de la Société (section 
d'Apiculture), M. Legros, chef d'escadron en retraite à 
Bayonne. L'admission de ce membre est prononcée. — La 
séance est ensuite levée. 

L'un des secrétaires, 
Sevalle. 



Congrès insectologiqiie 

QUESTIONS QUI Y SERONT TRAITEES. 

Dans sa dernière séance, la société centrale d'Apiculture 
et d'Insectologie a chargé l'un de ses membres, M. E. Savard, 
d'arrêter les questions à traiter au congrès insectologique, 
qui sera tenu dans la salle des conférences de l'Orangerie des 



BULLETIN d'iNSECTOLOGIE AGRICOLE 94 

Tuileries dans le cours de l'exposition des Insectes en sep- 
tembre prochain. 

Voici ces questions: 

1"^ question.— N'est-il pas urgent de prendre tout de suite 
les mesures nécessaires afin d'empêcher la propagation de 
TAnguillule (Némamatode), ennemi de la betterave ? 

2°"^ question. — Par quel moyen peut-on détruire ou du 
moins atténuer les ravages des Sauterelles ! 

3™^ question. — Quels sont les Carabes les plus utiles à 
propager dans les jardins potagers? 

4""^ question. — Est-il un moyen de multuplier les Libel- 
lules, qui sont si utiles aux horticulteurs? 

5»'' question. — Est-il des Vers à soie nouveaux qui aient 
donné des résultats satisfaisants? 

6°"= question. — Gomment augmenter le nombre des Cocci- 
nelles, qui détruisent une grande partie des pucerons dans les 
jardins? 

7""' question. — Quels sont les moyens de se débai'rasser de 
l'Eumolpe de la vigne? 

8'"'^ question. — Les remèdes pour détruire le Phylloxéra 
ont-ils fait des progrès ? 

9™^ question. — En quoi consistent les moyens de détruire 
le Tenthrène du rosier ? 

10""^ question. — Que doit-on employer comme remède 
contre les Altises? 

1°* " question. — Faire connaître les moyens pratiques 
d'empêcher la Mouche commune de pulluler. 

Nota. La date du congrès sera annoncée par les journaux. 



lL.es rvémathodes de la Betterave 

Dans la séance du 15 juin de la société nationale d'agri- 
culture de France, M. Aimé Girard a fait une importante 
communication relative à ses recherches pour la destruction 



92 BULLETIN d'iNSECTOLOGIE AGRICOLE 

des Nématodes qui attaquent la betterave. On a constaté 
jusqu'ici que de rares atteintes en France ; notre pays n'a 
encore que des taches limitées et est plutôt menacé qu'envahi. 

Selon M. Aimé Girard les Nématodes déterminent, dans les 
champs de betteraves, des taches analogues aux taches phyl- 
loxériques dans les vignes. Dans tous les cas, leur influence 
a été la même : amoindrissement énorme du poids de la 
récolte et de la richesse en sucre. 

Pour éviter leur propagation, il conseille de laver soigneu- 
sement les outils et instrumems sur lesquels s'attache la 
terre des champs infestés. La propagation s'établit aussi par 
l'épandage dans les champs des boues de lavage des racines 
dans les usines. 

Après de nombreuses expériences il a été démontré que les 
graines ne servent pas de véhicules à la propagation. Mais les 
fumiers des animaux nourris avec des betteraves atteintes ou 
avec les pulpes de ces betteraves, constituent un puissant 
moyen de propagation. Les expériences de M. Aimé Girard 
ont démontrés que les Nématodes restent vivants après leur 
passage dans l'appareil digestif ; toutefois, comme ils sont 
tués par une chaleur de 60 degrés, il n'y a pas à se préoccu- 
per, sous ce rapport, des pulpes de diffusion, les racines étant 
soumises, dans les appareils diffuseurs, à une température 
qui dépasse le plus souvent 70 degrés. 

Comme moyen de destruction, on a essayé tous les insecti- 
cides connus et aucun n'a été reconnu efficace ; le sulfure de 
carbone employé à la dose de 150 à 200 kilog. par hectare a 
seul donné une amélioration passagère. M.Aimé Girard, dans 
ses nombreuses expériences, a constaté que les Nématodes 
sont tués par l'emploi de 300 grammes de sulfure de car- 
bone par mètre carré, appliqués comme pour le traitement 
des vigne s. 

C'est Schacht, de Bonn, qui a découvert le Némathode 
{Heterodera Schachtu).Cie parasite a été étudié par MM . Schmi tt, 
Larckart et Kuehn de Hall. Sous la forme d'Anguillules, 
mesurant environ deux à trois dixièmes de millimètre, les 



BULLETIN d'iNSECTOLOGIE AGRICOLE 93 

larves de Némathodes après avoir percé, à l'aide du style dont 
leur bouche est armée, l'épiderme des radicelles les plus 
jeunes, soulèvent cet épiderme, s'établissent dans la logette 
dont ce soulèvement a déterminé la formation, et là, sur 
place, s'en vont grossissant peu à peu. 

Sur les kystes bruns de VAnguillule de la bettarave. 

Note de M. Joannes Chatin présentée à l'Académie des sciences par 
M. Pasteur. 

« Parmi les Némathodes parasites des végétaux,il en est un 
qui a rapidement acquis depuis quelques années une noto- 
riété particulière, c'esiVHeterodora schachtii, qui vit sur les 
racines de plusieurs plantes, principalement de la betterave, 
causant ainsi de véritables ravages dans certaines cultures. 
Les larves, petites et ténues, pénètrent dans les radicelles, 
puis se transforment en animaux adultes qui offrent des 
différences sexuelles considérables; les mâles seuls conser- 
vent l'aspect filiforme et classique des Némathodes, tandis que 
les femelles, gonflées par le développement des œufs, se 
montrent bientôt sous l'apparence de petites masses ovoïdes 
et blanchâtres, fixées par leur extrémité céphalique dans la 
région corticale des radicelles. 

» Ces faits sont aujourd'hui connus, mais diverses parti- 
cularités semblent avoir échappé aux auteurs (Kuehn, Stru- 
bell, etc.) qui ont tenté d'esquisser l'histoire de ce singulier 
Helminthe. On s'est borné à noter quelques variations dans 
la coloration ou l'épaisseur du tégument qui revêt les femel- 
les, sans rechercher le sort ultérieur de ces mères ; c'est à 
peine si M. Strubell y fait une vague allusion. 

» Durant la belle saison, les mères sont assez promptement 
désagrégées par la rapide distension qu'elles ont subie et par 
la mise en liberté des œufs et des larves contenus dans leur 
intérieur. Mais, dans certaines circonstances et spécialement 
à l'approche de l'hiver, on constate chez ces femelles d'im- 
portants changements qui offrent un intérêt tout particulier. 

» Le tégument, d'abord très mince, s'épaissit progressive- 



94 BULLETIN d'iNSECTOLOGIE AGRICOLE 

meut; ses glandules fournissent une abondante sécrétion qui, 
agglutinant des substances organiques et minérales, forme 
ainsi autour de la femelle une sorte de test adventice, de 
nature mixte. En se développant, cette carapace finit même 
par obturer les ouvertures buccale, anale etvulvaire ; l'aiguil- 
lon céphalique qui maintenait le parasite fixé dans les tissus 
du végétal ne peut, dès lors, plus fonctionner et touie adhé- 
rence se trouve rompue entre le ver et la plante nourricière. 

•» Ce n'est plus un animal qu'on a sous les yeux, mais un 
kyste rempli d'oeufs, comparable à un oothèque, et qui 
tombe dans la terre mêlée aux racines. De forme variable 
(ovoïde, naviculaire, biconique, etc.), ce kyste mesure en 
moyenne millim. 6, suivant son grand axe. Il est de couleur 
brunâtre, protégé par des parois très épaisses et difficilement 
perméables. On voit combien il diffère de la femelle fécondée, 
telle qu'on l'observe avec sa teinte blanche, son tégument 
mince et fragile, se rompant sous le moindre choc ou sous la 
moindre action osmotique. 

» On s'explique facilement comment un kyste ainsi cons- 
titué peut traverser la mauvaise saison, assurant une puissante 
protection aux œufs qu'il renferme. Plus tard, sous l'influence 
de conditions favorables à sa déhiscence, ses parois se gon- 
fleront, se ramolliront et laisseront échapper œufs et larves. 
Celles-ci, gagnant les radicelles voisines, atteindront leur 
complet développement, les femelles seront fécondées et le 
parasite se multipliera rapidement. 

{A suivre.) 



— M. Guillot, naturaliste, 4, place Saint-Michel, à Paris, se 
met à la disposition des jeunes entomologistes. 



Le gérant : H. Hamet. 

Imp. de la Soc. de Typ. . Koizltte, 8, r. C.mpagne-Premiére. Paris, 



ONZIÈME ANNÉE, N" 7. Juillet 1881 

BULLETIN 

D'INSECTOLOGIE AGRICOLE 



Sommaire : Les Insectes nuisibles par Victor Meunier.— Société centrale 
d'apiculture et d'insectologie, séances de mai et de Juin. —Compte rendu 
d'ouvrages, par M. Ramé. — Sur l'estivage de la graine des vers à soie, 
par Frédéric Gaz ALÈs.— Un insecte ennemi du blé (l'Iule). Le papillon- 
nage. — Questions du congrès apicole. — Les iNématodes {fin). — 
L'Oryctès de la vigne. — Les singes apivores. 



Les Insectes nuisibles 

LEUR MULTIPLICITÉ ET LEUR DEGATS, PAR ViGTOR MEUNIER. 

Une exposition modeste se prépare, celle des Insectes, qui 
se tiendra du 27 de ce mois au 25 septembre dans l'Orangerie 
du jardin des Tuileries. Outre les insectes utiles, tels que 
ceux qui donnent la soie, le miel, le carmin, on y verra ceux 
qui nous nuisent. 

La question des petites bêtes est une des plus grandes 
qu'on puisse agiter dans l'ordre des choses matérielles. Nous 
n'avons pas d'ennemis plus sérieux. L'homme lui-même ne 
fait pas courir plus de dangers à l'homme. Ce qu'une armée 
d'invasion est à un peuple envahi, l'insecte nuisible l'est à 
tout le genre humain; une armée ne s'entend pas mieux à 
saccager une forêt, à stériliser un champ cultivé, à faire d'une 
maison une ruine, à détruire les fruits de l'épargne, à tra- 
vailler pour le néant. 

Trois cent mille espèces armées de tarières, armées de 
tenailles, armées de scies, nous assiègent nuit et jour, et dès 
que cette surveillance se relâche, envahissent nos demeures, 
ne s'arrêtant, si on n'y met obstacle, que lorsqu'il n'y a plus 
rien à détruire. 

Aussi Golumelle n'exagère -t-il pas quand il met « les vo- 
lucres et les chenilles ennemies de Bacchus et des vertes 
saussaies » au rang des fléaux les plus redoutables, à côté 
des tempêtes, de la grêle et des inondations. 



98 BULLETIN d'iNSECïOLOGIE AGRICOLE 

C'est que la prodigieuse fécondité des insectes et leur ap- 
pétit insatiable compensent au centuple leur petitesse. 

Une reine de termites pond d'un jet continu, à raison de 
1 œuf par seconde, 86,400 œufs en vingt-quatre heures. Une 
seule femelle de tentaredo pini, si rien n'arrêtait sa multi- 
plication, donnerait naissance, en dix ans, à 200.000 billions 
d'individus. La postérité d'une femelle de puceron s'élèverait, 
dès la dixième génération, à un quintillion de pucerons. 

Le docteur Ratzebourg écrit qu'un tronc de sapin donne 
quelquefois asile à 23.000 couples de bostrichus typoç/raphi- 
ciis. En 1839, dans la Saxe-Altenbourg, 500 acres de bois 
furent ravagés par la llparis monacJia^ vulgairement reli- 
gieuse ou nonnette. On en détruisit plus de 20 millions d'in- 
dividus. On ramassa en 1856, 33 millions 540.000 hannetons, 
dans les seuls environs de Quedlinbourg, en Prusse. 

Joly raconte qu'en 1813, 1815, 1822 et 1826, une telle quan- 
tité de criquets voyageurs s'abattit sur la Provence, que la 
ville de Marseille et celle d'Arles, qui les mirent à prix et 
payèrent le kilogramme d'œufs 50 centimes et le kilogramme 
d'insectes 25 centimes, dépensèrent pour ce seul article la 
première 20,000 fr. et la seconde une somme d'un quart plus 

forte. 

Dans les trois années 1837, 1838 et 18.39, les forêts des en- 
virons de Toulouse furent envahies sur un espace de vingt- 
cinq lieues carrées par le liparis dispar. Au bruit des che- 
nilles rongeant les feuilles, on se fût cru dans une magnanerie; 
quand les chênes furent entièrement dépouillés, elles se 
jetèrent sur les saules. 

Saint Augustin parle d'une nuée de criquets dont les cada- 
vres causèrent en Numidie une peste qui fit périr 800.000 
personnes. C'est à faire rougir un Attila. 

Ce n'était pas trop d'un dieu, au dire des Erythréens pour 
venir à bout d'un seul de ces ennemis et ils donnèrent à 
Hercule le nom âlpocto)ie, en souvenir de sa victoire sur les 
ipes, insectes qui rongent la vigne. Seuls contre les insectes, 
nous succomberions. 



BULLETIN d'iNSECTOLOGIE AGR[C0LE 99 

Chaque année, le Lapon s'enfuit vers le Nord ou s'élève de 
cime en cime jusqu'à ce que le froid dû à la lattitude ou à la 
hauteur ait jeté entre lui et l'ennemi qui le force à émigrer, 
une barrière inaccessible pour ce dernier; l'homme bat en 
retraite devant une mouche (un œstre), dont le seul bour- 
donnement jette la terreur dans les troupeaux de rennes. 

Livingstone constatait que l'ennemi auquel la civilisation, 
lorsqu'elle voudra prendre possession de certaines parties de 
l'Afrique méridionale, devra d'abord disputer le terrain, est 
une mouche venimeuse, la mouche Uété, bien autrement 
redoutable que le lion pour le gros bétail. On a vu dans l'A- 
mérique du Sud des colons attaquer du canon les gigantes- 
ques constructions du termite, improprement nommé fourmi 
blanche, et qui appartient au même ordre entomologique 
que les libellules. 

» * 
L'insecte est si fort que nous ne pouvons en triompher 
qu'à la condition de nous faire un parti chez lui. Heureuse- 
ment un grand nombre de ces bestioles ont les mêmes inté- 
rêts que nous et leur concours nous est assuré. Quelle leçon 
d'humilité: notre ennemi le plus redoutable ne se rencontre 
pas parmi les princes du règne animal ; ce n'est ni le lion, ni 
l'éléphant, ni le crocodile, c'est l'insecte; moins que cela, un 
être ébauché, inachevé, embryonnaire : la larve ! Un peuple 
de larves nous dent en échec! Et quelle leçon de solidarité: 
la prospérité de l'agriculture, et par suite, le progrès social 
tout entier, liés à la fonction de quelques insectes perpé- 
tuellement alf amés d'insectes ! Vingt-deux genres de coléoptè- 
res, de névroptères^ de diptères, d'hyménoptères et d'ortho- 
ptères, attaquent la pyrale. La larve du calosome envahit le nid 
des chenilles processionnaires, leur perce le ventre, et ne 
cesse de s'en repaître qu'au moment oii sa peau distendue à 
l'excès par la masse de nourriture ingérée, menace de se 
rompre. La larve de l'ichneumon éclôt dans le corps même 
de la chenille, qui y habite, elle en vit jusqu'au jour oià elle 
se métamorphose en nymphe. Une mouche, Vasile, est per- 



ii'H) nULLETIN d'iNSECTOLOGÏE AGHICOLE 

pétuellement en quête de petits papillons, de mouches, de 
typules, de bourdons qu elle saisit au vol à l'aide de ses lon- 
gues pattes. Oii les carabes sont en nombre, on ne trouve 
bientôt plus de ces hideux et redoutables hannetons, les 
maiis. L'armée d'Ormuz n'est ni moins nombreuse, ni moins 
bien armée, ni moins active que l'armée d'Ahriman. 

Connaître nos alliés, les protéger, les multiplier, telle est 
donc la tâche que notre intérêt nous assigne. Mais entre les 
ichneumons, les sphex, les carabes, les calosomes, les cicin- 
dôles, les libellules, les silphes, les coccinelles, entre ceux-là 
et les insectes destructeurs de récoltes dont les premiers ont 
pour fonction de limiter le nombre, les habitants des campa- 
gnes n'établissent guère de diiîérence. Utiles ou nuisibles, ils 
leur font à tous à peu près le même sort, celui qu'ils réser- 
vent également aux oiseaux de proie nocturnes, à la multi- 
tude des oiseaux insectivores, à la musaraigne et à la taupe 
parmi les mammifères, à la couleuvre et au crapaud parmi 
les reptiles et les amphibiens. M. Ghatel a calculé que la con- 
servation des oiseaux de nuit sauverait annuellement douze 
ou treize millions d'hectolitres de céréales dévorées par les 
rats et les campagnols! De sorte qu'il est vrai de dire que 
l'homme a un ennemi bien plus dangereux que ceux qui 
viennent de nous occuper; et cet ennemi, c'est l'ignorance. 

Un des services que rendra l'exposition prochaine sera 
d'appeler une fois de plus l'attention sur cette question des 
insectes nuisibles, aussi importante dans l'ordre matériel 
qu'aucune de celles pour lesquelles des hommes doués de 
raison peuvent se passionner. 



Société centrale d'apicultnre et cl'iiisectolo^ie 

Séance du 17 mai. — Présidence de M. de Fonvielle. 

Le procès-verbal de la dernière séance est lu et adopté. Le 
secrétaire donne ensuite lecture de plusieurs pièces adminis- 
tratives. 

M. Ramé communique un extrait de la séance du 30 avril 



BULLETIN d'iISSECTOLOGIE AGRICOLE 101 

du Conseil municipal de Paris qui rétablit la subvention de 
500 francs à la Société centrale d'apiculture et d'insectologie, 
subvention affectée au cours public et gratuit d'apiculture 
au jardin du Luxembourg. Cette somme sera ordonnancée au 
nom de M. Hamet, professeur dudit cours. 

M. Hamet entretient l'assemblée de l'état de ses colonies ita- 
liennes qui ont moins souffert de la longueur de l'hiver et se 
trouvent plus avancées que ses colonies indigènes. 

Le secrétaire communique la délibération que la société 
d'apiculture de l'Aube a prise, sur la proposition de son pré- 
sident, M. Yignole, dans sa séance générale du 12 avril, à 
Troyes, concernant le concours que la société apicole de 
l'Aube apportera à l'exposition des insectes de l'Orangerie des 
Tuileries, à Paris. Elle mettra à la disposition de la Société 
centrale quelques médailles pour être décernées à l'occasion 
de cette exposition, savoir: une médaille de vermeil, deux 
médailles d'argent et quatre de bronze. 

Plusieurs communications sont encore faites à l'assemblée. 

La séance est ensuite levée. 

Delinotte, secrétaire. 



Séance du 15 juin. — Présidence de M. Ramé. 

Après la lecture et l'adoption du procès- verbal de la der- 
nière séance, le secrétaire général fait part à l'assemblée de 
la perte que la Société vient de faire en la personne de 
M. Trouillet, horticulteur de grand mérite, mort le 3 du 
mois dernier à l'âge de 83 ans,àMontreuil-au-Bois, qu'il habi- 
tait depuis longtemps. 

11 ajoute que ce membre a été l'un des conférenciers les 
plus écoutés dans nos dernières expositions, et qui a re- 
commandé l'emploi du savon noir et du jus de tabac pour 
détruire les insectes qui attaquent les feuilles des arbres, Le 
président dit que la Société témoigne ses regrets de la perte 
de ce membre aussi dévoué que distingué, et adresse ses 
condoléances à son honorable famille, en particulier à sou fils 
l'architecte de aotre Société. 

Pour extrait : Delinotte, secrétaire. 



i02 BULLETIN D'lNSt:CTOLOGlE ACniCOLK 

Compte rendu des ouvrages suivants : 

Les insectes utileset nuisibles. — Les ani?naux utiles. — Les ani- 
maux nuisibles. — Le Phylloxéra. 

Ces quatre brochures, par A. Labalétrier (1). 

La première de ces brocliures contient la classiflcation des 
animaux et insectes utiles : 1° les mammifères ; 2° les oiseaux 
divisés en oiseaux de proie, passereaux, gallinacées et oiseaux 
divers ; 2° les reptiles et batraciens ; 3" enfin les insectes divi- 
sés en trois groupes. 

La deuxième comporte la classification des animaux nui- 
sibles : 1° les mammifères divisés en carnassiers, porcidés, 
rongeurs et insectivores; 2° les oiseaux; 3° les reptiles. 

La troisième comprend la nomenclature des insectes nui- 
sibles divisés en coléoptères, orthoptères, hyménoptères, 
lépidoptères, névroptère, diptères, ainsi que leur organisation 
et les divers modes de destruction. 

Enfin le quatrième traitant du phylloxéra se compose de 
deux parties: l'une, en quatre chapitres, nous montre l'in- 
secte, son origine et son histoire naturelle ; l'autre, en sept 
chapitres, indique les traitements à suivre pour la destruction 
de cet ennemi, ainsi que ceux employés depuis 1883. 

En quelques pages, l'auteur a su résumer la matière de 
plusieurs gros volumes. Il est à souhaiter que chacun de ces 
ouvrages trouve des lecteurs parmi les élèves de nos écoles 
primaires. 

A. Ramé. 



Sur l'estivage <le la graine de vers à soie (2). 

La chaleur, dit M. A. Bélinato dans le Bacologo italiano, a 
une si grande action sur toute la matière organique ou inor- 
ganique, qu elle est, on peut le dire, la cause première de la 
vie des plantes et des animaux. Ne doit-elle pas aussi exercer 

\. Ubra.h'iei\x Journal des Campagnes,LeBa\\ly,éà\iem,\5,vne de Tonmon A. 
2. Estivage veut dire : saison d'été passé à la montagne. 



BULLETIN d'iNSECTOLOGIE AGRICOLE 103 

quelque influence sur la graine des vers à soie dans les 
premiers mois de sa vie? Cette influence est-elle favorable ou 
non? et, si elle est favorable, jusqu'à quel point l'est-elle et 
que] est le degré thermométrique qui paraît préférable? 

M. Bellinato a étudié cette question, et il résume de la 
manière suivante l'état où elle se trouve aujourd'hui. 

Rollat pense, à la suite de ses expériences, que les hautes 
températures en été et en automne perfectionnent la semence 
des versa soie, et il conseille de la chauffer artiticiellement 
quand la chaleur naturelle, en ces saisons, vient à baisser. 

La station royale bacologique de Padoue a montré par ses 
expériences qu'une trop longue hibernation de la graine est 
fâcheuse, et il conseille alors de l'abréger en réchauffant 
artificiellement la graine en automne. 

M. Bellinato croit que les soubresauts de la température 
sont dangereux dans toutes les saisons, et qu'il convient de 
les éviter en été et en automne par la chaleur artificielle dans 
les périodes froides, plutôt que par le froid artificiel dans les 
périodes chaudes. 

Partant d'idées tout à fait différentes, Rollat, la station 
bacologique de Padoue et Bellinato, sont néanmoins arrivés 
à cette môme conclusion qu'il convient de réchauffer la 
graine en automne. Bellinato a constaté en outre, que les 
hautes températures en été ne sont pas nuisibles à la graine 
tant qu'elle ne sont pas assez élevées pour amener la cuisson 
de celle-ci. — Bien qu'il n'ait pas de preuves certaines que le 
froid en été soit nuisible à la graine, pourtant il se croit 
autorisé à conseiller Testivage de la graine de la façon sui- 
vante : 

Soumettre la graine en été aux plus hautes températures na- 
turelles dont notre climat est susceptible, à l'abri du soleil, 
bien étendu. Employer la chaleur artificielle pour éviter les 
écarts de température qui provoqueraient des bourrasques 
pendant l'été. En automne, laisser décroître lentement et 
sans soubresauts la température ambiante de la graine, en 
faisant usage, quand c'est nécessaire, de la chaleur artificielle, 



104 BULLETIN d'iNSECTOLOGIE ACxRICOLE 

de façon à ce que le thermomètre ne descende jamais au- 
dessous de 150 centigrades jusquà vers la fin de décembre ; 
ensuite arriver lentement et progressivement à la tempéra- 
ture de l'hibernation, c'est-à-dire à environ zéro degré. 

D'' Frédéric Gasalis. 



Un insecte ennemi «lu blé. 

Iule a points rouges. — L'Iule à points rouges est un my- 
riapode de la famille des diplopodes qui vit en parasite sur le 
blé en terre; sa longueur est de dix à douze millimètres, son 
diamètre est de un millimètre et demi, il est formé de qua- 
rante à cinquante anneaux qui possèdent ce curieux caractère, 
c'est qu'ils portent latéralement chacun deux taches d'un 




Fig'. 5. — L'Iule très grossie. 

rouge très vif. La tête de cet insecte est munie de deux an- 
tennes, et la bouche est disposée pour sucer et non pour 
broyer, fig. h. 

Comme l'Iule ne peut que sucer et non broyer, elle n'atta- 
que le grain que lorsque la masse farineuse est laiteuse. On 
comprend qu'alors le grain ne peut germer, ou lorsque le 
germe sort, il ne donne qu'un chaume affaibli qui ne peut 
produire qu'un épi étiolé. 

Contre cette invasion, il n'y a qu'un remède à opposer, 
cest le chaulage du blé. 



BULLETIN d'iNSECTOLOCtIE AGRICOLE 105 

Le ohaulage est une opération qui a pour but de blinder 
pour ainsi dire la semence, avec une cuirasse empoisonnée 
qui empêche l'ennemi de pénétrer dans la place. 

On obtient ce résultat, par l'emploi du sulfate de cuivre 
ou couperose bleue, seul ce produit a la sanction de l'expé- 
rience (1). 

Congrès apicole 

QUESTIONS QUI Y SERONT TRAITEES 

1° Présenter les méthodes les plus avantageuses et par con- 
séquent les plus rationnelles de cultiver les abeilles. Appuyer 
d'expériences comparatives les résultats obtenus? 

2° Quels sont les avantages particuliers du mobilisme et du 
fixisme ? 

3° Quels sont les moyens le plus possibles à la ruche 
simple, ou du moins la méthode de la conduire? 

4° Les grandes ruches empêchent-elles l'essaimage? 

5* Y a-t-il avantage à supprimer l'essaimage au point de 
vue du rendement en miel des ruches ? 

6° Quels sont les avantages de l'emploi des bâtisses natu- 
relles et artificielles? 

7° Qu"a-t-on appris sur la loque ? 

8" Quels sont les moyens d^augmenter les usages du miel 
et par conséquent d'étendre sa consommation? 

9" Quel est le moyen de supprimer l'intermédiaire nuisi- 
ble, celui-là qui augmente sensiblement le prix du miel et, 
partant, en restreint la consommation ? 

10° Quelles sont les mesures à prendre pour empêcher la 
cérisine, produit minéral inférieur, de venir faire concurrence 
à la cire réelle. 

11° Quel est le mode le plus rationnel de faire l'essaimage 
artificiel? 

— Le Congrès apicole aura lieu le 23 septembre dans la salle 
des conférences de l'Orangerie des Tuileries. 

\. Article et figure empruntés au Journal des Campagnes. 



106 BULLETIN d'iNSKCTOLOGIE AGRICOLE 

I^e papilloiinage. 

Tout se lie dans la nature ! Tout est prévu ; tout est utile. 
Cet affreux crapaud, l'effroi des dames, fait sa nourriture des 
limaces; le lézard, cette miniature du crocodile, ne vit que 
d'insectes; les lombrics, ces répugnants cylindres animés, ren- 
dent la terre malléable ; les horribles araignées vivent des 
insectes nuisibles, et les papillons engendrent des chenilles 
qui mangent nos plantes. 

Nous venons d'écrire les mots: « insectes nuisibles »; cer- 
tains y trouveront la contradiction avec ce qui précède. Répon- 
dons à l'avance que, si les insectes sont nuisibles, en géné- 
ral, ils sont utiles à ceux qui les mangent et à la fécondité 
des fleurs. Mais, nous direz-vous, pourquoi ces limaces? Pour- 
quoi ces chenilles? Pourquoi ces larves de toutes sortes qui 
font le désespoir des horticulteurs? Ne fallait-il pour le créa- 
teur animer la nature par une variété infinie de créatures qui 
vivent les unes des autres? C'est toujours le combat pour la 
vie et, pour le combat, il faut des éléments. 

Voyez-vous ce joli papillon? 11 est grand, ses belles ailes 
jaunes sont maculées de brun et de blanc: c'est le papillon à 
carottes ; animant l'air de ses excursions gracieuses, il va dépo- 
ser ses œufs qui produiront cette grosse chenille verte, à une 
corne, dont les déprédations sont énormes dans les champs 
de carottes, chez d'autres légumes et dans nos lauriers-tins, 
où les dégâts sont quelquefois considérables. Tous les papil- 
lons, si légers, si charmants, sont les ennemis de nos feuilles 
et de nos fleurs ; en voltigeant de fleurs en fleurs, en les fécon- 
dant inconsciemment, ils s'apprêtent à nous envahir de leurs 
chenilles qui s'évertueront à dépouiller nos arbres et nos 
plantes. 

Nos rosiers furent assiégés ce printemps par une quantité 
prodigieuse de larves entouréesde mucosité blanche, ressem- 
blant à des crachats. Cette larve est une forme d'un futur 
insecte à ailes blanches^ nommé pti/leifsspumarius, par Linné. 
Il est classé dan? les Hémiptères, embranchement des Hémop- 



BULLETIN d'iNSECTOLOGIE AGRICOLE 107 

tères, famille des Gercopèdes. — Nous avons dû faire une 
chasse sérieuse à cette invastionde crachats dont les habitants 
suçaient la sève de façon à en gêner la marche vers les boutons 
de roses. Dans ces exsudations il y avait souvent deux ou trois 
larves. 

Ce sale papillon, accroché aux peupliers dans la journée, est 
facile à prendre ou à faire tomber : on l'écrase et tout est dit : 
c'est une légion de chenilles en moins. C'est lui qui donne 
naissance à ces chenilles dégoûtantes et velues, dont le peu- 
plier est bientôt rempli. D'autres noctuelles se cachent dans 
les haies : elles mettent au monde des œufs qui, placés dans le 
terreau ou sur la terre, donnent des chenilles qui circulent 
dans les plantations maraîchères. Les salades et autres légu- 
mes fanent surplace: soyez certains que des larves sont occu- 
pées à ronger le collet de ces plantes. 

Elles abondent surtout, dans les années sèches; il nous a 
été donné de voir, dans nos visites au sujet de la Prime d'hon- 
neur du concours régional (visites faites en 1885), des champs 
de scarolles et endives entièrement dévastés par ces rongeurs, 
En enlevant les feuilles fanées on découvrait trois ou quatre 
vert gris, dont les mandibules n'avaient rien laissé de la par- 
tie souterraine des plantes. Le papillon [Noctua serjelwn), qui 
produit ces dévastateurs, est facile à prendre: le jour, il dort 
attaché aux arbustes des haies ; le soir, seulement, il s'envole 
pour remplir sa mission et mourir. Les papillons nocturnes 
sont, paraît-il, au nombre de sept cent espèces! A côté des 
noctuelles, il y a les chenilles des Bombyces (Bombix) et de la 
Sphynx qui rongent nos arbres et nos arbustes ; les larves 
des Cossus ronge-bois, qui, de même que les Scolytes, de 
famille des Coléoptères, se forment des habitations agréables 
dans le liber des arbres forestiers ; elles y trouvent le gîte et la 
nourriture. Les chenilles du Bombyx monoca (Bombycemoine) 
et du Bombyx pini s'attaquent aux pins et aux sapins, ainsi 
que les larves du Noctua piniperda qui envahit les forêts de 
pins sylvestres. 

Quantité de chenilles, entre autres, celles du Bombyce 



108 BULLETIN d'iNSECTOLOGIE AGRICOLE 

processionnaire, qui dépouille nos haies d'aubépine quand 
elles ne sont pas soignées et celles de Bombyce livré (vilain 
petit papillonj qui aime les chênes, ne passent leur courte 
existence qu'à faire du mal. Certains auteurs conseillent de 
ne planter que les essences peu fréquentées par les chenilles. 
C'est peut-être plus commode que les soins d'échenillage, 
mais les chenilles ont souvent prouvé que faute de grives, elles 
mangent des merles ! Nous avons observé dans un jardin mal 
peigné des lilas complètement ravagés par des larves de Ten- 
thrèdes et autres. Et, cependant il est connu que le lilas est 
peu estimé des chenilles. 

Les Lépidoptères sont nombreux: ce sont non plus grands 
ennemis. Les Hyménoptères ne le sont pas beaucoup moins, 
car ils nous fournissent la Tenthrède du rosier et autres mou- 
ches malfaisantes. Les Coléoptères nous distribuent à profu- 
sion les Scolytes {Scolytus destructor) lesquels se chargent 
de détruire les arbres des boulevards, des promenades, des 
squares et même des forêts. Les Scolytes piniperdes sillon- 
nent le bois des résineux ; les Bostriches typographes (^os^r/- 
chus typographus) dessinent de jolis canaux dans le corps et 
les branches des arbres; le Hanneton est deux fois mauvais: 
insecte parfait, il engloutit les feuilles d'arbustes et d'arbres, 
à l'état de larve, il dévaste horriblement les champs de légu- 
mes de certaines parties de la France. — Nous avons vu dans 
le département de l'Oise les maires de certaines communes, 
payer 1 franc le boitiseau de hannetons, aux enfants qui les 
cherchaient dans les bois et aux arbres des routes. Un pluie 
de ces maudits insectes tombait par terre lorsque l'on agitait 
les branches des arbres. 

Ce que l'on fait probablement encore pour les hannetons 
on devrait le faire pour les papillons. Il serait utile d'encou- 
rager les amateurs et horticulteurs à enlever, pour les détruire, 
les papillons nocturnes des arbres oii ils se collent pour dor- 
mir, et à poursuivre avec le filet les papillons diunes. De ces 
chasses pourraient aussi naître beaucoup de ces intéressan- 
tes collections de papillons qui fendent le cœur aux personnes 



BULLETIN d'iNSECTOLOGIE AGRICOLE 109 

sensihlps, mais qui réjouissent, par contre, les entomologis- 
tes, les horticulteurs et les sylviculteurs , ceux-ci peuvent se 
dire en voyant ces charmants insectes empalés sur le carton : 
en voilà qui ne nous produiront plus de chenilles! En tuant 
un papillon on détruit des centaines de chenilles ! L'échenil- 
lage est bon. le chaulage est utile, les autres petits soins sont 
nécessaires; lepapillonnage, — si touteibisce mot peut s'ap- 
pliquer à la chose,- — serait excellent. On doit stimuler celte 
destruction, car les oiseaux insectivores n'augmentent pas, au 
contraire; en raison de ce fait, il y a de plus en plus d'insec- 
tes et de larves. 

Les sociétés d'horticulture ont le devoir d'encourager celte 
chasse aux papillons et insectes divers, en créant des prix 
pour les plus belles collections soumises, chaque année, à un 
jury spécial; les expositions pourraient comprendre dans leurs 
programmes plusieurs prix assez importants pour ce genre 
d'exhibition. Il y a quelque chose à faire. Afin que ces mêmes 
collections ne puissent reparaître à d'autres concours, elles 
deviendraient la propriété des Sociétés. Les cadres de papil- 
lons et d'autres insectes orneraient les salles affectées aux 
travaux des Sociétés horticoles. Un savant entomologiste les 
dénommerait el ce serait encore une application du fameux 
adage: utile didci. 

Nous attachons le grelot; espérons que ce ne sera pas en 
pure perte. 

Ad. Van-den Heede, v.-p.de la Société régionale du Nord 
de la France (1). 



I^es I^Iématocles de la Betterave. 

{Suite. Voir p. 91). 

Les phénomènes dont s'accompagnent la rupture du 
kyste et la mise en liberté des œufs et des larves exigent, 
pour s'accomplir, un temps qui varie avec la température, 

1, Le Jardin, journal d'horticulture générale. 



110 BULLETIN D'iNSlXTOLOfilK AGRICOLE 

l'humidité, etc. Je me borne à résumer l'expérience suivante: 
à la fin déniai, la température moyenne de la salle étant de 
12°, je place des kystes bruns dans une coupe de cristal, avec 
une petite quantité de terre humide ; au bout de neuf jours, 
les jeunes Anguillules s'y montrent en assez grand nombre. 
J'ai à peine besoin d'ajouter que cette terre provenait d'un 
endroit où n'avait jamais été cultivée aucune plante némato- 
dée et que je m'étais assuré, par des observations répétées, 
qu'elle n'offrait aucun Heterodora Schachtii Sivanidevecewoiv 
les kystes. 

« La formation des kystes bruns réalise donc une condition 
éminemment favorable à la propagation de l'espèce et permet 
de comprendre l'insuccès de la plupart des moyens de des- 
truction qu'on a tentés de lui opposer en variant les cultures 
oumodiflantles assolements. 

« La notion de ces kystes est également importante pour la 
recherche du parasite: lorsqu'on examine, au printemps, les 
betteraves retirées des silos, on peut ne découvrir aucun 
point blanchâtre sur les radicelles^, aucune trace de Némato- 
des surdes coupes pratiquées à divers niveaux, sans être pour 
cela en droit de conclure à l'absence de l'Anguillule. Avant 
de formuler une telle conclusion, il faut encore laver soigneu- 
sement la terre mêlée aux racines et l'examiner à la loupe, 
bien souvent on y découvrira, confondus avec les grains de 
sable dont il est difficile de les distinguer, ces petits kystes 
bruns qui présentent, on le voit, un double intérêt pour la 
biologie de l'Helminthe et pour sa prophylaxie. » 



1^'Oi'yctes, ennemi de la Vîgne. 

{Oryctes nasicornis, Lin). 

On lit dans le Messager agricole du Midi : 

Au printemps de 1883, un petit propriétaire deViole-d'Asti 
avait planté 140 plants enracinés de la vigne américaine con- 
nue sous le nom d'Isabelle. Presque tous ces plants poussèrent 



lîULLETIX d'iNSECïOLOGIE AGRICOLE 111 

bien, et l'on pouvait espérer en automne que leur réussite 
était assurée. L'hiver suivant (1885-1886), il tomba assez de 
neige, condition très favorable à la nouvelle plantation ; le 
propriétaire fut donc très surpris de constater que la plus 
grande partie des jeunes vignes n'avaient pas encore poussé 
vers la fin du mois d'avril 1886. Il pria M. Perroncito de s'as- 
surer si le phylloxéra ne serait pas cause de cette absence de 
végétation. A cet effet, on enleva la terre tout autour des 
souches pour examiner l'état des racines. On trouva d'abord, 
à des profondeurs différentes, des myriapodes rouges et longs 
[Himontariuin subterranum Leach.), et, plus bas, une grande 
quantité de larves très grosses, que le docteur Gamarano 
reconnut appartenir à VOryctes nasicomis Linné, appelé 
vulgairement rhi?iocéros. Les larves étaient en général retour- 
nées sur elles-mêmes et réunies en colonie de 2, 3, 4 et 5 et 
jusqu'à 8 individus : elles étaient à diverses profondeurs 
autour des racines des plants de vigne. Les radicelles étaient 
presque entièrement mangées, et il ne restait que la racine 
principale, grosse, presque nue et dépourvue d'appendices 
latéraux. Puis autour, et particulièrement sous la portion 
thoracique, entre les anneaux munis de jambes des larves, 
on observait, se mouvant, an grand nombre de petits acarus 
blancs- jaunâtres visibles à l'œil nu et très analogues, sinon 
identiques, aux gamasides des coléoptères {Gamasiis coleop- 
tratonun). 

M. le professeur Perroncito éleva un assez grand nombre 
de ces larves dont plusieurs se changèrent en chrysalides et 
en insectes parfaits dans le courant du mois de septembre. 
A cette époque, des 140 plants d'Isabelle plantés en 1885, il 
n'enrestait plus que trois, très malades et condamnés à 
mourir comme les autres. 

La mort de ces vignes était due évidemment aux larves de 
rhinocéros ; car il n'y avait ni phylloxéra, ni aucune autre 
cause de maladie qui explique cette mortalité. 

VOryctes dépose, on le sait, ses œufs dans le fumier, et 
plus particulièrement le fumier d'étable, où ses larves 



112 BULLETIN d'iNSECTOLOGTK AGRICOLE 

se développent très bien.Ne pourrait-on pas trouver un moyen 
de détruire ces larves dans le fumier? Les poules, qui sont 
sans cesse sur les fumiers, doivent en détruire de très gran- 
des quantités, et c'est peut-être ce qui explique la rareté des 
cas pareils à celui que M. Perroncito vient de faire connaître. 



i^es singles apirores 

En Amérique du Sud, dans le territoire qu'on appelait 
naguère encore « les Missions espagnoles », il existe à l'état 
sauvage une sorte d'abeille en tout semblable à celle de nos 
pays, mais qui présente cette particularité qu elle n'a pas d'ai- 
guillon et qu'elle est par le fait absolument inofCensive (1), 
c'est ce qui fait son malheur, d'autant plus que cette abeille 
produit un miel délicieux, chose propre à tenter les ravageurs 
de forêts du nouveau monde. 

Aussi les singes Atèles, dont la contrée est peuplée, lui 
font une chasse active et détruise un grand nombre de colo- 
nies. Lorsque ces abeilles veulent s'établir, elles choisissent 
le creux d'un arbre ou l'an frac tu osi té d'un rocher, mais elles 
choisissent cette habitation de telle sorte que l'entrée en soit 
assez étroite. 

Quand un singe, en faisant la chasse dans les forêts, a dé- 
couvert une de ces ruches naturelles, il se place et se main- 
tient à l'entrée, de manière que toutes les mouches qui sor- 
tent sont saisies par lui avec une incroyable dextérité, puis 
mangée par le singe qui en est très friand, mais qui se régale 
bien plus de leur miel ; car, quand la première mouche a été 
détruite ainsi, il allonge la main par l'orifice du trou et va 
prendre le miel jusqu'à la dernière parcelle. 

{A suivre). 

1. Il s'agit sans doute de la Mélipone, qui ressemble moins à l'abeille qu'au 
bourdon des champs. (La Rédaction.) 

Le Gérant : H. Hamet. 



ONZIÈME ANNÉE, N- 8. Août 1887 

BULLETIN 

D'INSECTOLOGIE AGRICOLE 

SOMMAIRE : Nouveau parasite de la vigne. — Sonété centrale rVApicid- 
tui'e et d'Insectologie, séance de juillet 1887. — Nécrologie et Bibliogra- 
phie (J.-F. Lesouyer). — Les Fourmis, par J. Monges. — Lygée aptère. 
— Tantlirède limace. — Destruction des insectes par la contagion in- 
fectieuse, par M. ViGAT. — Statuts de la Société centrale cV Apiculture et 
d'Insectologie. 

Un nouveau parasite de la vigne 

Il s'agit de h\. Noctuelle agrotis. — Nous extrayons sur elle 
ce qui suit dans V Agriculteur cévenol: 

La chenille nuisible à la vigne qu'on découvrait dans la 
première quinzaine du mois de mai dernier dans notre région 
n'est pas tout à fait nouvelle dans notre pays. — Depuis long- 
temps déjà les viticulteurs s'apercevaient que les vignes 
étaient dévorées, mais on attribuait cela soit aux escargots, 
soit auxlimaces.il nous a fallu éprouver des pertes sérieuses 
pour nous donner l'éveil de ce nouveau fléau. Nozière et 
Lédignan ont été les premiers à pousser le cri d'alarme. 
Immédiatement tout le monde s'est mis à la recherche de ce 
parasite et on a pu pour cette année enrayer une partie du 
mal. 

Voici quelques détails sur cette Noctuelle qui appartient au 
sous-genre Agrotis. On n'a pu jusqu'à aujourd'hui en déter- 
miner exactement l'espèce. Cependant J. Lichtenstein, dans 
son Manuel d'entomologie, à l'usage des horticulteurs, signale 
trois espèces de Noctuelles comme dévorant la vigne, tant en 
Espagne qu'en France. 

Ces chenilles ne mangent que la nuit. Dans le jour elles 
se cachent sous terre au pied de la souche, à deux ou trois 
centimètres de profondeur où on les fait chercher par des 
femmes, surtout quand il s'agit de greffes de l'année, dont ces 
insectes dévorent les premières pousses. 



114 BULLETIN d'iNSECTOLOGIE AGRICOLE 

A plusieurs reprises ces vers gris, comme on les appelle 
parfois, ont commis de grands ravages sur les greffes à 
Montpellier et ailleurs. Dans notre région ils ont attaf^;aé 
surtout les vignes greffées depuis quelques années et en 
dévoraient complètement les pousses qui étaient parfois de 
8 à 10 centimètres, c'est ce que nous avons vu à Lédignan 
chez M. Auge. 

Quant aux moyens de se préserver de l'attaque de ces para- 
sites, nous pensons que les viticulteurs feront bien quand 
l'hiver sera venu, de badigeonner leurs vignes, soit avec 
du sulfate de cuivre ; ils pourront encore employer le pro- 
cédé du curé deSaint-Gengoux-le-Royal, M. Laborier, et qui 
consiste à suiffer les vignes pour débarrasser celles-ci de tous 
les parasites qui pondent leurs œufs sous l'écorce de nos 
vignes. — A. F. 



Société centrale d'apiculture et 
d'insectologie. 

SÉANCE DU 13 JUILLET. — PRÉSIDENCE DE M, DE FoNVIELLE. 

M. de Fon vielle fait part à la Société que son honorable 
secrétaire général, M. Hamet, a été frappé ces jours derniers 
d'une congestion cérébrale. Grâce à son tempérament et îi un 
traitement énergique, il est aujourd'hui hors de danger. Ses 
forces ne lui permettant pas encore de vaquer à ses affaires 
personnelles, ni de prendre part aux travaux de la Société, 
M. Hamet a prié IM. Wallèsde le suppléer dans la séance de ce 
jour. 

En conséquence M. Wallès donne lecture du procès-verbal 
de la séance du 15 juin. Le procès-verbal est adopté sans 
réclamations. 

M. de Fonvielle commuuiqueàrassemblée une lettre de son 
Président, M. de Hérédia, ministre des travaux publics, en 
réponse aux félicitations qui lui ont été adressées par le 
bureau à l'oecasion de son élévation au poste éminent où l'a 
appelé la confiance de M. le Président delà République. 



BULLETIN d'iNSECTOLOGIE AGRICOLE 145 

M. Ramé porte à la connaissance de la réunion qu'une sub- 
vention de 3.000 francs a été accordée à la Société par le 
Ministère de l'agriculture. Elle se décompose comme suit: 

Une subvention ordinaire de 1.500 francs pour encourage- 
ments à la Société d'apiculture et une subvention extraor- 
dinaire de 1.500 francs pour être distribuée en primes lors 
del'exposition des insectes utiles et nuisibles. 

MM. J. Fallou et A. Wallès présentent pour faire partie de 
de la Société M. Alfred Guillot, naturaliste, 4, place Saint- 
Michel. Après une courte allocution de M. J. Fallou, l'admis- 
sion de M. Guillot est prononcée à l' unanimité. 

L'assemblée décide qu'une réunion aura lieu mercredi 
1" août, à 2 heures 1/2 précises, au pavillon du jardin du 
Luxembourg et une réunion des membres de la commission 
d'organisation de l'Exposition, le mercredi 24 août, à 2 heu- 
res 1/2 précises, à l'orangerie des Tuileries, dans le local de 
l'Exposition. 

Il est traité ensuite quelques questions ayant rapporta 
l'Exposition. 

L'ordre du jour étant épuisé la séance est levée. 

Le seci'étalre : Sevalle. 



ivécrologie et bibIiog:raphie 

Vient de mourir à Saint-Dizier (Haute-Marne), où il avait 
réuni la plus remarquable collection ornithologique du 
monde, M. J.-F. Lescuyer,membre de la Société centrale d'a- 
piculture et d'insectologie, et l'un de ses lauréats les plu8 
méritants. 

En 1883, M.Lefèvre, vicaire général, protonotaire aposto- 
lique, avait publié à Langres une notice étendue sur la vie et 
les travaux de J -F. Lescuyer à laquelle nous empruntons 
la conclusion : 

« Dans ce travail, j'ai voulu faire, pour les ouvrages de 
M. Lescuyer, avec des connaissances inférieures et une moindre 
autorité, ce qu'a tait Piourens pour les œuvres de Georges 



116 BULLETIN d'iNSECTOLOGIE AGRICOLE 

•Cuvier et de Buffon. En marchant sur les traces de Flourens, 
pour rendre hommage au Guvier de la Haute-Marne, j'aurais 
pu, à l'exemple du secrétaire de l'Académie des sciences 
entrer davantage dans le détail et m'arrêter beaucoup plus à la 
philosophie de l'histoire naturelle. Je ne l'ai pas voulu, pour 
ne pas trop grossir ce volume et pour laisser aux lecteurs le 
soin de faire eux-mêmes connaissance avec les ouvrages de 
notre vaillant ornithologue. J'aurais pu donner à chaque cha- 
pitre plus d'ordre, plus d'unité et plus de relief; je les laisse 
tous dans l'originalité native de leur conception et le premier 
jet de la plume. Je livre cette suite de comptes rendus, spon- 
tanés et sincères, à l'examen des hommes sérieux qui lisent 
et qui pensent. 

Je n'ai rien à dire, ici, de M. Lescuyer. C'est un homme de 
bien, qui a consacré sa vie au travail, voué son travail au pro. 
grès de la science et au bien de son pays : ces sortes de voca- 
tions, si l'on est fidèle jusqu'à la fin, trouvent en elles-mêmes 
leur récompense. Il n'y a récompense qui vaille l'estime dont 
on peut se payer le consciencieux tribut. 

Les travaux de M. Lescuyer ont d'ailleurs obtenu relative- 
ment un grand succès. Bien qu'il soit resté volontairement 
dans l'ombre, qu'il n'ait jamais rien sollicité de personne, 
qu'il ait laissé à ses ouvrages le soin de leur propre fortune, 
ils font figure. Les idées et les découvertes de notre auteur 
sont entrés daiis la grande science; l'auteur lui-même est 
arrivé, sans tourner le pied ni lever la main, à toutes les dis- 
tinctions... 

J'ai lu et relu les savantes recherches de notre ornitho- 
logue; je me suis fait un devoir de lui rendre hommage; je ne 
saurais dire assez combien j'admire, dans ses travaux, les 
principes élevés, l'exacte méthode, la courageuse application 
et les excellents résultats. Il ne faut pas, sans doute, exagérer 
les mérites de personne et il n'est que juste de rendre à cha- 
cun ce qui lui est dû. Les anciens, notamment Aristote, les 
deux Pline et Golumelle, avaient certainement étudié, avec 
un esprit positif et décrit en excellent style, les merveille? de 



BULLETIN d'iNSECTOLOGIE AGRICOLE H7 

la nature. On ne s'étonne point qu'ils n'aient pas poussé plus 
avant les choses; l'esprit humain, toujours faible, rencontre 
promptement des limites: maison regrette qu'à ces observa- 
tions si nettes, à ce style si heureusement bref, ils aient mêlé 
des rêveries qu'on ne peut que déplorer. Au moyen âge, les 
symbolistes, dans leurs Bestiaires^ Vocahulaires et Lapidaires 
purgèrent la pensée chrétienne de ces erreurs et de cette 
vaine mythologie. Au xviii* siècle, laissant de côté, et très à 
tort, le symbolisme chrétien, on voulut décrire avec une élo- 
quente précision, l'encyclopédie de l'histoire naturelle , mais 
on n'eut pas autant de succès qne d'ambition. Butfon, qu'on 
ne peut oublier ici, au milieu d'utiles travaux, fit une 
effroyable consommation de belles phrases. Ses continuateurs, 
Lacépède et Daubenton, s'appliquèrent, l'un aux classifica- 
tions, l'autre à l'anatomie et à la physiologie. Cuvier et Geoffroy 
Saint-Hilaire vinrent ensuite préciser les généralités de la 
science, créer la paléontologie et continuer l'étude de la 
nature. Tous ces hommes sont des maîtres incontestés ; je 
n'ai pas à les apprécier dans cet opuscule. 

Or, c'est à côté de ces maîtres que l'histoire, plus recon- 
naissante que nous, placera M. Lescuyer. Dans une station 
modeste, avec ses seules ressources, son esprit exigeante! 
son grand courage, M. Lescuyer, pour étudier les oiseaux, 
n'a pas fait l'expérience in anima viti ; c'est sur le vif , par 
l'observation directe, la constatation personnelle qu'il a 
pris tout ce qu'il décrit. 

Sans se préoccuper autrement de métaphysique sur 
chaque question qu'il étudie, il pose pourtant, avec décision, 
les principes premiers. De la grande loi d'élimination, qu'il 
détermine avec une précision remarquable, il déduit toute 
la science de l'oiseau. A cette science, fondée sur les observa- 
tions les plus scrupuleuses, il rattache le langage des oiseaux 
et l'architecture des nids, les formes et la coloration des 
oiseaux, les migrations, questions où il ouvre à la science 
des nouvelles voies et parle avec autorité. Au nom d'un 
savoir si bien assis, il célèbre la Héronnière d'Ecury-le-Grand 



118 BULLETIN d'iNSECTOLOGTE AGRICOLE 

et s'élève coDlre les dénicheurs. Partout fidèle à lui-même 
il n'écrit point pour écrire, ni pour faire des livres avec la 
plume d'autrui; il ne dit que ce qu'il sait, mais il sait très 
pertinemment tout ce qu'il dit. Ce qui le caractérise^, c'est 
l'exactitude; ce qui l'honore, c'est l'innombrable quantité 
de faits constatés à peu près par lui seul et livrés par lui à 
la haute science. L'intelligente postérité le placera donc à 
côté des maîtres et sur la même ligne. S'il ne les égale pas 
par la masse des volumes et par les bruits complaisants faits 
autour de son nom, il les égalera certainement par l'origina- 
lité créatrice de ses initiations et le caractère positif de ses 
découvertes. L'antiquité l'eût comparé à Pline; pour nous, 
plaçons-le à côté de Daubenton et de Lapécède; surtout per- 
suadons-nous bien qu'en l'honorant, si nous n'avons pas qualité 
pour lui décerner gloire, nous ne pouvons certainement que 
nous honorer. » 

Les principaux ouvrages publiés par J.-P. Lescuyer sont : 
Les Oiseaux dans V harmonie de la nature. — Architecture des 
nids. — Langage et chant des oiseaux. — Utilité de l'oiseau; 
Classification de la vallée de la Marne. — Mélange d'ornitho- 
logie. — De l'oiseau au point de vue de l'acclimatation. — Con- 
sidérations sur la forme et la coloration des oiseaux. — La Hé- 
ronnière d'Ecury et le Héron gris, etc. — On trouve ces ou- 
vrages à Paris, Librairie Baillière et fils, rue Hautefeuille, 17 ; 
et à Saint-Dizier, libraire Firmin Marchand. H. H. 



Les Fourmis [Suite voir page 69.) 
Lorsqu'une Fourmi a été blessée, celles qui la rencontrent 
s'empressent de la secourir et de la rapporter au domicile 
avec les précautions les plus affectueuses, et lui prodiguer 
les soinslesplus dévoués que réclame son état. 

En toute occasion, on voit les Fourmis se communiquer 
leurs desseins.Si quelques-unes ontimaginé de s'occuper d'un 
travail quelconque, elles savent communiquer leurs inten- 
tions aux autres ; si un danger les menace, elles s'avertissent 



BULLETIN d'iNSECTOLOGIE AGRICOLE H9 

mutuellement. Il n'est pas rare de voir des ouvrières se 
tirailler Fane l'autre, et se frapper de leurs antennes pour 
se faire comprendre. 

d'est donc à chaque instant et dans leurs différents actes, 
que l'intelligence apparaît, bien que la plupart de leurs tra- 
vaux semblent être entrepris instinctivement ; ici, comme 
chez les Abeilles, les deux facultés se confondent; mais chez 
les Fourmis l'intelligence nous semble se produire plus fré- 
quemment. — Si nous recherchons des faits dans l'histoire 
particulière à chaque genre de la tribu des Fourmis, ils nous 
montreront toujours combien sont surprenantes leurs habi- 
tudes. 

On a appliqué en Amérique la dénomination de Fourmis 
de visite à des espèces qui s'introduisent dans les maisons par 
colonnes, envahissent tout ce qui est à leur portée et s'en 
retournent ensuite chargées de butin. C'est ainsi, racontent 
certains voyageurs, qu'elles rendent un signalé service aux 
sauvages habitants des forêts, dont la propreté n'est pas la 
qualité dominante. A l'approche de ces colonnes,, la famille 
quitte la cahute et l'abandonne à ces visiteurs qui, en peu 
d'instants, ont tout approprié, emportant toutes les ordures et 
la vermine. La famille peut rentrer ensuite, l'habitation est 
nettoyée de fond en comble. 

Tout cela est merveilleux. Nous pourrions multiplier les 
citations : ce que nous avons dit suffira, nous l'espérons, en 
jetant un peu de lumière sur la vie, les habitudes et les 
mœurs de ces intéressants insectes, à les faire regarder avec 
un peu plus de faveur. Nous terminerons notre travail, déjà 
bien long, par un dernier trait. [A suivre). 

J. MONGES. 



Lygée aptère (Lygseus apterus). 

Les Lygées constituent un genre ayant pour caractères :t 
ête petite non rétrécie en arrière ; antennes insérées sur les 
côtés de la tête, filiformes, composées de quatre articles 



120 



BULLETIN D INSECTOLOOrE AGRICOLE 



corselet trapézoïdal, écusson triangulaire, corps ovale, un 
peu allongé, élytres aussi larges que l'abdomen, pattes assez 
longues, tarses de trois articles. La I-ygée aptère (fig. 6) est 
l'espèce la plus commune dans nos contrées ; elle a été ainsi 
nommée parce qu'elle est ordinairement privée d'ailes infé- 
rieures. On la recomnaît à sa tête noire ainsi que les anten- 
nes, les pattes et lecusson ; le corselet est rouge, avec une 

grande tache noire an milieu 
divisée inférieurement par un 
trait rouge; les élytres sont 
rouges marqués dans leur centre 
d'un grand point noir surmonté 
d'un autre plus petit. Cette pu, 
naise n'exhale pas de mauvaise 
odeur. 

On rencontre souvent les Ly- 
gées réunies en grand nombre, 
toujours du côté du soleil, au 
pied des arbres, principalement 
des tilleuls, dont elles sucent 
l'écorce à Taide de leur bec et 
y déterminent quelquefois du chancre; elles sont par ce 
fait très souvent nuisibles aux jeunes arbres; mais ce 
qu'on leur reproche, à plus juste raison, c'est d'avoir une 
prédilection marquée pour les raisins dont elles sucent le 
jus et qu'elles salissent par leurs déjections. Les Lygées 
aptères étant peu agiles et aimant à se grouper, on s'en- 
débarrasse en arrosant le pied des arbres où elles se tien- 
nent avec une solution de savon noir, ou bien de pétrole 
brut ou encore d'huile lourde de gaz, mélangés avec neuf 
parties d'eau. 




Fig. 6. 



Lygée aptère suçant 
<)es raisins 



TENTHREDE-LIMAGE. 



Tous les jardiniers connaissent les larves gluantes, noires, 
ayant l'aspect de très petites Sangsues ou de petites Limaces 
(ce qui lui a fait donner, par Réaumur, le nom de Ver-Li- 



BULLETIN D INSECTOLOGIE AGRICOLE 



12t 



mace,) qui paraissent vers le mois d'août ou septembre sur 
les feuilles des Poiriers, contre lesquelles elles paraissent 
collées et presque immobiles. Ces larves sont le produit 
d'une ou plutôt de plusieurs espèces de Tenthrèdes ; selon les 
uns, ce serait le Tenthreda adumbrata, Klugs, d'autres ont 
pensé que ce serait le Tenthreda cerasi de Linné, d'autres 
enfin le rapportent au Tendredo œtiops de Fabricius ; mais 
d'après les sérieuses études faites par M. Gorsky,Westiwood 
et par M. Delacour, de Beauvais, il existerait plusieurs 







Fig. 7. — Tenthrède-Limace sur une feuille. 



espèces de Vers-Limaces. Ainsi se trouverait expliquée 
l'espèce de confusion dans laquelle sont tombés les auteurs. 

Cette larve, fort curieuse à observer, est très nuisible aux 
Poiriers lorsqu'elle est abondante ; elle ressemble, comme 
nous l'avons dit, à une petite Limace, un peu conique. Sa 
tête est repliée sous le premier anneau et elle est pourvue 
de vingt pattes, mais pour les apercevoir il faut la décoller de 
dessus la feuille contre laquelle elle se tient. 

Elle n'entame pas les feuilles par les bords comme le font 
la plupart des autres fausses chenilles ; elle ronge l'épiderme 
extérieur et le parenchyme et respecte jusqu'aux plus petites 
nervures et l'épiderme inférieur, de sorte que la face infé- 



m 



BULLETIN D INSECTOLOGIE AGRICOLE 



rieure de la feuille est intacte ; vues en dessous, les feuilles 
attaquées ressemblent à de fines dentelles. 

Cette larve change quatre fois de peau, à la dernière elle 
est jaune orangé. Lorsqu'elle a acquis toute sa croissance, 
elle descend jusqu'à terre et se fait une petite coque avec de 
la terre et quelques fils de soie et y passe l'hiver pour repa- 
raître vers le mois de mai-juin à J'état d'insecte parfait. 

Les ravages que les Tenthrèdes-Limaces exercent sur les 
feuilles sont très nuisibles à la formation du fruit; la végé- 
tation se ralentit, ils cessent de grossir et un grand nombre 
tombent. 

Le meilleur mode de destruction que l'on connaisse con- 
siste à saupoudrer les feuilles avec du Tabac en poudre. On 
dit obtenir de bons résultats en seringuant les feuilles avec 
de l'eau mélangée avec du pétrole brut dans la proportion 
d'un quinzième (1). 

Destruction de tous les înseetes nuisibles 
à l'agriculture par contagion infectieuse 

Ainsi que nous l'avons dit dans la conférence que nous 
avons en l'honneur de faire devant la Société d'apiculture et 
d'insectologie, nous avons dû renoncer à préconiser l'emploi 
des insecticides pour la destruction des insectes qui nuisent 
à l'agriculture, excepté cependant dans les cas particuliers, 
où la dépense ne peut être considérée comme un obstacle à 
l'extension de la méthode qui nous a si bien réussi pour l'ex- 
termination des insectes domestiques. Mais, ayant consacré 
notre vie à la protection de l'homme et de ses richesses 
contre les attaques dont il est l'objet de la part des petits 
articulés, nous ne pouvions laisser notre œuvre inachevée. 
C'est ce qui nous a déterminé a continuer nos recherches, et 
nous pensons avoir été assez heureux pour découvrir un 
mode nouveau de destruction spécial, n'exigeant en quelque 

1. Article et figures empruntés au Journal d»s Campagnes. 



BULLETIN d'iNSFCTOLOGIE AGRICOLE 123 

sorte aucune dépense de produit ni d'appareils. Nous 
croyons avoir réussi d'une façon complète. Aussi faisons- 
nous avec confiance appel à tous les amis de l'agriculture 
française, pour les engager à se réunir à nous, afin de mettre 
à profit des observations qu'une longue expérience nous a 
permis de recueillir et systématiser. 

On sait que les insectes ont une fécondité si prodigieuse, 
qu'un seul puceron à peine visible, devenu cinquante fois 
grand-père, couvrirait en trois mois de sa progéniture, un 
espace de plus de trente hectares complètement occupé, des 
insectes collés côte à côte et se touchant dans tous les sens, 
si tous ses rejetons et, leurs innombrables descendants à tous 
les degrés, se trouvaient dans des conditions favorables à leur 
développement, 

Dernièrement, M. Duclaux démontrait que, procédant par 
segmentation successive, un microbe bacillaire, dont le 
volume est si petit, qu'il en faut cinq cent millions pour 
atteindre le poids d'un milligramme, produirait en trois jours 
une masse de microbes qui, tous réunis dans le plateau d'une 
même balance, ne pèseraient pas moins de 7.500 tonnes, si 
la nature n'avait mis une multitude d'obstacles à leur multi- 
plication. Mais, dans sa sagesse, la nature a eu recours à 
deux espèces d'auxiliaires pour limiter cette efl"rayante 
reproduction. 

Les premiers sont des parasites qui recherchent toutes les 
espèces d'insectes et se repaissent de leur substance, et il 
n'y a pas, dans la nature, d'être qui n'ait ses ennemis achar- 
nés à sa destruction. Les seconds sont des maladies infec- 
tieuses empêchant la propagation des espèces qui encombre- 
raient l'univers ; ce second mode de destruction est beaucoup 
plus énergique, beaucoup plus puissant que l'autre. 

On sait que les affections si terribles pour notre séricicul- 
ture, que M. Pasteur a combattues, sont dues à un nombre 
prodigieux de sporules qui émanent du corps des vers à soie 
infectés et qui se répandent dans toutes les directions avec 
une profusion inouïe. Il suffit que quelques spores tombent 



124 BULLETIN d'iNSECTOLOGIE AGRICOLE 

dans une magnanerie pour que toutes les éducations soient 
manquées. Ces sporules produisent l'effet que produit ma 
poudre insecticide, mais avec cette différence incontestable, 
que les molécules de Pyrèthre enrichi par mon procédé, ne 
produisent leur action qu'une fois, tandis que les sporules 
infectieuses se multiplient d'elles-mêmes. 

Ainsi, pour qu'un insecte soit frappé de mort, il suffit qu'un 
des cinq cent mille milliards de fragments dans lesquels j'ai 
partagé un kilogramme dlnsecticide soit introduit dans ses 
stigmates; mais il est absolument essentiel quun fragment y 
pénètre. Un insecte peut parfaitement subsister au milieu 
d'une multitude de ses congénères frappés de mort, s'il n'a 
pas reçu un seul atome dans ses stigmates. La calamité est 
individuelle. Il n'en est pas de même si nous opérons avec 
une substance infectieuse, puisque chaque individu frappé 
devient par lui-même un centre de pestilence. 

L'on sait qu'à différentes époques les chenilles, les hanne- 
tons, les pyrales, les altises, etc., etc., disparaissent soudai- 
nement sans cause appréciable, après avoir fourni des popu- 
lations innombrables et tellement denses dans certaines con- 
trées, qu'elles sont devenues de véritables fléaux. 

La cause de ces anéantissements subits n'est pas une émi- 
gration, parce que l'on retrouve les cadavres qui, examinés 
par les hommes de l'art, offrent les traces de la maladie cor- 
pusculaire à laquelle les animaux ont succombé. Elle ne peut 
êtreque l'application dugrand procédé de la nature, c'est-à- 
dire la naissance spontanée d'une maladie infectieuse spé- 
ciale, qui a nécessairement laissé ses traces dans les dé- 
pouilles des victimes. Il est [donc logique de soutenir qu'en 
ramassant soigneusement les débris des insectes ainsi frappés, 
en les conservant, on possédera le germe de l'infection pesti- 
lentielle qui a détruit les légions précédentes. En les appli- 
quant dans les régions menacées aux débuts d'une invasion, 
on développera la peste spéciale qui empêchera la propagation 
de l'espèce dans le canton protégé. 

Ce mode de traitement ne peut offrir aucun di^nger pour 



BULLETIN d'iNSECTOLOGIE AGRICOLE 125 

les hommes, pour les animaux domestiques, et pour les 
autres espèces d'insectes, car chaque race a ses maladies 
spéciales qui ne se communiquent jamais aux races voisines. 
L'extermination est donc essentiellement limitée à l'espèce 
nuisible dont on veut se défaire. 

En conséquence de ces faits, que j'ai été le premier à 
remarquer et que j'ai déjà signalés dans le Congrès insectolo- 
gique qui a accompagné l'Exposition de 1881, nous invitons 
tous les naturalistes, tous les agriculteurs et tous les institu- 
teurs à nous prêter leur concours. Je les prie de vouloir bien 
prendre dorénavant la peine de me signaler les épidémies 
frappant les insectes nuisibles de toute espèce dans leur 
voisinage, de m'envoyer des individus atteint de mort, afin 
que je puisse les examiner au microscope, recueillir les spo- 
rules infectieuses, et les multiplier, de manière à être à 
même de les distribuer ultérieurement, lorsque le besoin s'en 
sera fait sentir, dans toutes les régions que l'on me signalera 
comme menacées d'une façon particulière. 

Dans l'espoir que vous voudrez bien contribuer à cette 
bonne œuvre, toute philanthropique, car je n'ai pas l'inten- 
tion d'en faire un objet de commerce, et qu'en réunissant 
nos efforts nous arriverons à la destruction de tous les in- 
sectes nuisibles aux cultures, aux arbres, aux récoltes, j'ai 
l'honneur de vous annoncer la création de ce nouveau ser- 
vice national de protection agricole, organisé à partir du 
23 septembre 1887, dans mon usine, 8, rue Jules-César, 

à Paris . 

VIGAT. 



Statuts de la ^Société centirale d'apiculture et 
.d'inMcctologie. 

Toute société scientifique ou agricole a des statuts que 
chacun des membres est tenu d'observer. 

La Société centrale d'apiculture et d'insectologie qui, dans 
ses diverses phases, s'est appelée économique d'apiculture, 
centrale d'apiculture, puis centrale d'apiculture et d'iusec- 



l'as BULLETIN d'iNSECTOLOGIE AGRICOLE 

tologiea les siens, qui ont été modifiés selon ses diverses trans- 
formations. Les statuts qui la régissent datent de 1866. Ils 
ont reçu des articles additionnels en 1875. Voici ces Statuts : 

Article premier. — Il est formé à Paris une Société centrale 
d'Apiculture qui a pour but l'amélioration et l'extension de 
la culture des abeilles. 

Art. 2. — Cette Société se compose de membres honoraires 
et de membres titulaires sans désignation de nombre. 

Art. 3. — Le titre de membre honoraire peut être conféré 
aux personnes qui, par d'utiles travaux, par des dons ou par 
leur patronage, ont rendu à la Société ou à l'apiculture de 
grands services. 

Art. 4. — Toute personne, sans distinction de résidence et 
de nationalité, peut être reçue membre titulaire et corres- 
pondant, en en faisant la demande par écrit, en adhérant aux 
présents Statuts, et en s'engageant à suivre les travaux de la 
Société. 

Les demandes d'admission doivent être adressées au secré- 
taire général, qui les réfère au bureau de la Société. 

Art. 5. — Les membres titulaires reçoivent, après leur 
admission, un diplôme dont le coût est de 5 francs. Ce 
diplôme est remis gratis aux membres honoraires (1). 

Art. 6. — Le titre de membre peut être retiré pour infrac- 
tion au but que se propose la Société. — Il se perd pour tout 
apiculteur qui a falsifié ses produits. 

Le titre de membre du Conseil d'administration pourra se 
perdre par une absence non justifiée à trois séances consécu- 
tives. 

Art. 7. — La Société est administrée gratuitement par 
un Conseil dont le bureau fait essentiellement partie. 

Art. 8. — Le Bureau est composé : d'un ou de plusieurs 
présidents d'honneur, d'un président titulaire, de deux vice- 
présidents, d'un secrétaire général, de deux secrétaires des 



1. La Société centrale d'Apiculture n'exig-e pas de cotisation annuelle de 
ses membres. Lors de ses expositions, elle ouvre une souscription volontaire. 



BULLETIN d'iNSECTOLOGIE AGRICOLE 127 

séances, d'un certain nombre de secrétaires correspondants, 
d'un trésorier, d'un archiviste et d'un assesseur. 

Art. 9. — Le Conseil d'administration est composé de 
12 membres, savoir : des membres du Bureau, moins les 
présidents d'honneur et les secrétaires correspondants, et de 
trois membres adjoints. 

Art. 10. — Le Conseil et le Bureau sont renouvelés par 
moitié chaque année, en séance générale. — Les membres 
sortants sont rééligibles. — L'élection a lieu par bulletin de 
liste et à la majorité des suffrages. 

Art. 11. — Pour qu'une délibération administrative soit 
valable, il faut que l'assemblée qui la vote compte au moins 
la moitié des membres du Conseil résidant à Paris. 

Art. 12. — La Société se réunit mensuellement. Tous les 
membres peuvent assister aux séances, qui ont lieu, à Paris, 
d'octobre en juin, le troisième mercredi du mois. — Ils 
peuvent faire des communications, soumettre des appareils 
et des produits apicoles, solliciter des récompenses, etc. 

Le Conseil d'administration se réunit lorsqu'il y a urgence, 
il veille à l'exécution des statuts de la Société et à tous intérêts 
de ladite Société. 

Art. 13. — La Société a une séance générale annuelle dans 
laquelle il est procédé au renouvellement par moitié des 
membres du Conseil d'administration et de son Bureau. — 
Tous les membres présents peuvent prendre part au vote. 

Dans cette séance, le secrétaire général et le trésorier 
rendent compte de la situation de la Société en ce qui les 
concerne. 

Art. 14. — Les convocations ordinaires sont faites par le 
secrétaire général, qui prépare l'ordre du jour des séances. 

Des convocations extraordinaires peuvent être provoquées 
sur la demande de trois membres du Bureau soumise à 
l'approbation du président, ou, en cas d'absence ou de refus, 
du secrétaire général, qui aura à décider si ces convocations 
extraordinaires peuvent avoir lieu. 

Art.15. — Les comités, commissions, jurys, etc., sont nom- 



128 BULLETIN d'iNSECTOLOGIE AGRICOLE 

mes par 16 Bureau de la Société, sur la présentation du 
président, qui en fait partie de droit, ainsi que le secrétaire 
général. 

Art. 16. — La Société contribue au développement de 
l'apiculture par des cours publics, par des publications, par 
des concours et par la fondation de ruchers d'expériences 
dans lesquels elle essaye toutes les ruches et méthodes nou- 
velles qui lui sont soumises. 

Elle neutralise, par l'expérience et de saines données, les 
théories et les pratiques défectueuses, notamment l'étouf- 
fage. 

Elle forme une bibliothèque et des collections ; elle centra- 
lise et coordonne dans ses archives les documents qui lui sont 
transmis, et désigne ceux qu'elle se propose de publier. 

Elle organise à Paris, tous les deux ans, une exposition à 
laquelle tous les apiculteurs peuvent prendre part. 

Art. 17, — Le Conseil d'administration pourra, en 
séance générale, modifier les présents statuts. 

Tous les membres présents à ladite séance auront voix 
délibérative. 

Articles additionnels des statuts de la Société. 

Article premier. — La Société centrale d'apiculture fonde, 
pour concourir avec elle à l'enseignement insectologique et 
aux expositions bisanuelles des insectes, deux sections auto- 
nomes ou Comités spéciaux: le Comité de sériciculture et le 
Comité dinsectologie générale. 

Art. 2. — Ces trois grandes divisions : apiculture, séricicul- 
ture et insectologie générale, prennent, ensemble, la dénomi- 
nation de Société centrale d'apiculture, de sériciculture et 
d' insectologie générale, on par abréviation, de Société centrale 
d'apiculture et d'insectologie. 

{A suivre). 
Le Gérant : H. Hamet. 

!p:p. de i.i Soi. j£ Typ. Ko.zETTE, 8, r. Campag 13-Première. Pnris. 



ONZIÉMIi ANNÉE, N" 9. Septembre 1887 

BULLETIN 



SOMMAIRE : Statuts de la Société {fin). ~ Les Fourmis {fin), par M. J. 
Monges. — Instinct raisonné des Insectes, par M. A. Humbert. — 
Larves qui dévorent les cadavres, par Taleb. — Les singes api- 
vores (fin), par A. Ilumbert. — Congrès insectologique. — Congrès 
apicole. 



Statut* de la Société centrale d'apiculture et 
d'inscctoiogie {Fin. Voir p. 125.) 

Art. 3. Les deux sections nouvelles ont, ainsi que la Société 
d'apiculture, leurs statuts particuliers. 

Art. 4. Tout membre de la Société d'apiculture qui est 
entré dans la Société comme insectologue oa comme sérici- 
culteur, est tenu de faire choix d'une des deux sections 
nouvelles. 11 est également tenu d'adhérer aux présents 
articles additionnels; mais, à son gré, il peut faire partie des 
autres sections, y faire des communications, etc. Toutefois, 
il n'a voix délibérative administrativement que dans la 
section pour laquelle il a opté. 

Art. 5. L'allocation que le ministère de l'agriculture accorde 
annuellement à la Société centrale d'apiculture etd'insecto- 
logie, sera partagée par tiers entre les trois sections sus- 
énoncées. 

Art. 6. Cette allocation sera employée à l'entretien parti- 
culier de chaque section et aux charges générales. 

Art. 7. La section d'apiculture pourra, en raison de ses 
ressources en caisse, faire des avances aux autres sections, 
poursuivre l'organisation de l'Ecole d'insectologie, etc. 

Art. 8. Jusqu'à ce que les comités de sériciculture et 
d'insectologie soient fortement groupés et organisés, la 
section d'apiculture (Société centrale d'apiculture) se réserve 
la direction du développement et de l'union des groupes. Elle 
restera chargée de solliciter les allocations, secours, etc* 



130 BULLETIN d'iNSECTOLOGIE AGRICOLE 

Art. 9. Pour l'organisation des expositions et de l'Ecole 
d'insectologie, la section d'apiculture devra être représentée 
par autant de membres de son bureau que les deux autres 
sections réunies en fourniront. 

Art. 10. Toute délibération sur ces objets, ou d'intérêt géné- 
ral, devra compter au moins présents, huit membres des 
bureaux des trois sections, dont quatre de celui d'apiculture, 
non compris le président, deux de celui de sériciculture et 
deux de celui d'insectologie générale. 

Art. 11. La présidence des réunions des sections ou des 
délégations des sections appartient au président de la Société 
d'apiculture et, en son absence, à l'un des vice-présidents. 

Les trois sections d'apiculture, de sériciculture et d'insec- 
tologie organiseront, en ce qui les concerne, leur bureau de 
renseignements. 

Art. 12. Annuellement aura lieu une assemblée générale 
des sections réunies, dans laquelle chaque section fera un 
compte rendu des travaux de l'année. 

Art. 13. Les statuts ou règlements particuliers des sections 
ne devront renfermer rien de contraire aux bases des présents 
articles additionnels. 

Art. 14. Les présents articles additionnels ne pourront être 
modifiés qu'en réunion générale de toutes les sections et sur 
la demande de vingt membres au moins. 

Art. lo. C'est dans une séance générale extraordinaire, à 
un mois de date, que le vote concernant les modificalions de 
ces articles additionnels pourra avoir lieu. 

Art. 16. Les convocations pour les réunions générales des 
sections seront faites par le président, ou, en son absence, 
par le secrétaire général de la Société d'apiculture. 

{Délibéré en séance générale, le ^0 Janvier 1875). 



BULLETIN d'iNSECTOLOGIË AGRICOLE 131 

Les Foarmis 

[Fin. Voir p. 118.) 

Le genre Polyerr/ue a pour type une espèce commune en 
France : c'est le Pobjergiie roussâtre (P. rufescens, Lat.), qui 
est long de trois à quatre lignes, entièrement d'un roux pâle. Si 
plusieurs naturalistes ont observé les habitudes singulières de 
cette espèce, Huber les a constatées le premier. Voici ce qu'il 
rapporte : « En me promenant aux environ s de Genève, entre 
quatre et cinq heures de l'après-midi, je vis à mes pieds 
une légion d'assez grosses fourmis rousses ou roussâlres qui 
traversaient le chemin ; elles marchaient en corps avec rapi- 
dité ; leur troupe occupait un espace de huit à dix pieds de 
longueur sur trois ou quatre pouces de large ; en peu de mi- 
nutes, elles eurent entièrement évacué le chemin ; elles péné- 
trèrent au travers d'une haie fort épaisse et se rendirent dans 
une prairie oii je les suivies. Elles serpentaient sur le gazon 
sans s'égarer, et la colonne restait toujours continue, malgré 
les obstacles qu'elle avait à surmonter. Bientôt elles arrivèrent 
près d'un nid de fourmis Noir-cendre'es, dont le dôme s'éle- 
vait dans l'herbe, à vingt pas de la haie. Quelques fourmis de 
cette espèce se trouvaient à la portée de leur habitation. Dès 
qu'elles découvrirent l'armée qui approchait, elles s'élancè- 
rent sur celles qui se trouvaient à la tête de la cohorte. L'a- 
larme se répandit au même instant dans l'intérieur du nid, 
et leurs compagnes sortirent en foule de tous les souterrains. 
Les Polyergues roussâtres, dont le gros de l'armée n'était 
qu'à deux pas, se hâtaient d'arriver au pied de la fourmilière. 
Toute la troupe s'y précipita à la fois et culbuta (es Noir- 
cf'iidrées, qui, après un combat très court, mais très vif, se 
retirèrent au fond de leur habitation. Les Polyergues roiis- 
sdtres gravirent les flancs du monticule, s'attroupèrent sur 
le sommet, et s'introduisirent en grand nombre dans les pre- 
mières avenues. 

« D'autres groupes de ces insectes travaillaient avec leurs 



132 BULLETIN d'iNSECTOLOGIE AGRICOLE 

dents à se pratiquer une ouverture dans la partie latérale de 
la fourmilière. Cette entreprise leur réussit et le reste de 
l'armée pénétra par la brèche dans la cité assiégée ; elle n'y 
fit pas un long séjour. Trois ou quatre minutes après, les 
Polyerqties roussâtres ressortirent à la hâte par les mêmes 
issues, tenant chacune à leur bouche une larve ou une nym- 
phe de la fourmilière envahie. Leur troupe se distinguait 
aisément dans le gazon par l'aspect qu'offrait cette multitude 
de coques et de nymphes blanches, portées par autant de 
Polyergues roussâtres. Celles-ci traversèrent une seconde 
fois la haie et le chemin, dans le même endroit où elles 
avaient passé d'abord, et se dirigèrent ensuite dans les blés 
en pleine maturité, où j'eus le regret de ne pouvoir les suivre. 

Surpris, non sans raison, par une si intéressante observa- 
tion, Huber retourna dans l'endroit où il avait été témoin 
d'un fait si étrange. Plusieurs fois il vit ses Polyergues rous- 
ràtres, qu'il nomme aussi Amazo?^es et Légionnaires à cause 
de leurs habitudes toutes belliqueuses, aller attaquer à plu- 
sieurs reprises les fourmis Noir-cendrées (Formica fusca, Lin.) 
et leur enlever leurs larves et leurs nymphes, ne pouvant le 
faire souvent qu'après un combat des plus acharnés. 

Plus tard, il eut l'explication de ce fait étrange : il décou • 
vrit le nid de ses fourmis Amazones. Des Noirs-cendrées 
erraient alors autour çà et là. Il croyait sans doute être le té- 
moin d'un nouveau combat ; mais il en fut bien autrement. 
Les Noir-cendrées accueillaient parfaitement les Amazones, 
et emportaient au fond du nid les larves et les nymphes 
qu'elles leur apportaient. 

Dans cette habitation, les fourmis A?nazones et Noir-cen- 
drées, également en grand nombre, vivaient en parfaite in- 
telligence. Intrigué, il observa avec plus d'attention et de 
soin et il eut enfin le mot de l'énigme de ce phénomène. Les 
fourmis Noir-cendrées savent se construire des nids, prendre 
soin de leur progéniture, leur apporter la nourriture néces- 
saire, et pourvoir enfin à tous les besoins des larves Au con- 
traire, les Polyergues roussâtres ou Amazones sont incapables 



BULLETIN D INSECTOLOGIE AGRICOLE 133 

de soigner les leurs, d'aller chercher leur subsisXance ; elles 
ne sont pas aptes à construire des nids ; elles laisseraient in- 
failliblement périr leurs jeunes, si elles étaient abandonnées 
à leur propre instinct ; mais la nature les en a dédommagées 
en leur donnant du courage et des habitudes guerrières. 

Ce n'est que pour se procurer des esclaves, qui prendront 
soin de leurs petits, qu'elles vont attaquer les fourmis A^o^>- 
cendrées, habitant leur voisinage. On ne sera donc plus 
étonné de les voir s'en prendre seulement aux larves et aux 
nymphes plutôt qu'aux Fourmis adultes qui se seraient bien- 
tôt affranchies de la captivité ; tandis qu'en emportant sur- 
tout des nymphes, les insectes parfaits qui en naissent, 
croyant se trouver dans leur propre demeure, vivent dans 
cette fourmilière, prennent également soin de leurs larves et 
de celles des Amazones. 

La Fourmi sanguine {Formica sangtâna Lat.), qui est d'un 
rouge vif, avec le sommet de la tête et l'abdomen noirs, a des 
habitudes analogues à celles du Polyergue roussâtre: elle va 
enlever les larves et les nymphes de la Fourmi mineuse [For- 
mica canicularia) pour se faire aider dans ses travaux. 

On trouve encore communément en France, la Fourmi fu- 
ligineuse [F. fuliginosa, Less.) qui vit en société nombreuse 
dans les vieux arbres. La Fourmi noire [F. 7iigra),ei la Four- 
mi ronge-bois (F. hercideana. Lin.) qui vit aussi dans les 
troncs d'arbres. 

On le reconnaîtra, les Fourmis offrent sur les autres insec- 
tes, une supériorité ré9lle ; moins spécialisées dans leur vie, 
leur nourriture et leurs instruments d'industrie, générale- 
ment elles s'accommodent de tout et travaille partout; aucun 
agent d'épuration et d'expurgation n'est plus énergique; elles 
sont, pour ainsi dire, les factotums de la nature. Tout cadavre 
d'insecte ou de tout autre animal est dans peu d'instants dé- 
pouillé; tout ce qui git à terre est à l'instant dévoré par elles. 
Lund raconte dans son Méynoire sur les Fourmis, qu'il eut à 
peine le temps de ramasser un oiseau qu'il venait d'abattre 
les Fourmis y étaient déjà et s'en emparaient. Les Carabes 



134 BULLETIN d'iNSECTOLOGIE AGRICOLE 

exterminateurs.les Nécrophores en5evelisseurs,qui,chez nous 
jouent, comme insectes, le rôle de l'aigle et du vautour, osent 
à peine paraître dans les endroits oii dominent les Fourmis : 
il n'y a rien à butiner. — La police de salubrité est donc faite 
par elles avec une énergie et implacable exactitude. 

Si elles sont désagréables dans nos plates-bandes et parfois 
dans nos cultures, ce sont là leurs seuls crimes, bien petits, 
quand on les met en parallèle avec leurs vertus. Elles détrui- 
sent mieux que qui que ce soit tout ce qui nuirait à l'homme 
comme chose insalubre : sans elles, certains pays seraient 
inhabitables. 

Elles ne font nul mal à l'homme ni aux végétaux qu'il cul- 
tive, du moins en France; loin de là, elles le délivrent d'une 
inûniLé de petits insectes. Ne les a-t-on pas vues souvent en 
longue file, emportant chacune à sa bouche une petite che- 
nille qu'elles portent précieusement au garde-manger delà 
colonie? Sera-t-on donc toujours aussi implacable contre elles? 

Qu'on nous pardonne cette longue étude, écrite à un point 
de vue différent, peut-être, que celui qu'on attendait. Mais 
qu'y faire, si nous avons été saisi d'admiration en étudiant 
d'assez près ces petits peuples, sur lesquels bien des hommes 
devraient prendre modèle d'ordre et de travail ? la société 
n'aurait qu'à y gagner. — La Providence, chez les infiniment 
petits, à côté du merveilleux et du sublime, nous montre 
plus d'un enseignement et nous offre plus d'un sujet de mé- 
ditation. 

Après cela, donne qui voudra les moyens de les détruire, 
nous n'en avons plus le courage. Et d'ailleurs, dans tout 
champ où la charrue passe souvent, dans les plates-bandes 
soigneusement binées et entretenues, les Fourmis ne vien- 
nent pas. Comme tous les travailleurs sérieux et assidus, les 
Fourmis n'aiment pas à être dérangées dans leur labeur de 
tous les instants; elles aiment la tranquillité et la sécurité de 
leur habitation; car là est l'espoir de l'avenir, la progéniture 
sur laquelle elles veillent avec les soins ^les plus maternels. 

J, MONGES. 



BULLETIN d'iNSECTOLOGIE AGRICOLE 135 

Instinct mitonné des Insectes 

M. Barbou, dans sa chronique du Journal ilhistré, émet 
cette appréciation sur l'instinct raisonné de certains animaux 
et animalcules : 

« Le Castor étudie soigneusement le courant du fleuve 
avant de construire les pilotis qui serviront de soutien à sa 
ville. Les Abeilles, si un danger menace leur ruche, savent 
en modifier les dispositions par des travaux habiles. L'expé- 
rience apprend aux Fourmis qu'il faut placer leurs cités 
mouvantes aussi loin que possible des faisanderies. On a vu des 
Hirondelles changer la forme de leurs nids, à mesure que 
changeait dans les villes la forme des fenêtres. Chaque jour, 
les savants qui daignent regarder autour d'eux, examiner ce 
qui se passe chez les bêteS;, découvrent des preuves nou- 
velles de leur intelligence, de leur ingéniosité. » 

Les naturalistes, en effet, ont souvent lieu d'observer ce 
fait que les insectes introduisent dans l'édification de leur 
habitat telles modifications propres à assurer davantage leur 
sécurité et même leur bien-être ; les Abeilles laissées trop 
longtemps à découvert derrière une vitre de leur ruche ne 
mettent que quelques jours pour la barbouiller entièrement, 
de manière à se mettre à l'abri des regards indiscrets. Les 
Fourmis, les Guêpes, les Frelons, disposent leurs logements 
de manière àprévenir l'irruption subite et inattendue des 
eaux. L'Araignée établira sa trame délicate après avoir soi- 
gneusement choisi l'endroit qui présentera pour elle le plus 
de sécurité, qui sera à l'abri et à une exposition favorable 
pour attirer les imprudentes bestioles qui constituent sa 
nourriture. Le Carabiis aiiratiis et les autres carabiques qui, 
tous, ont à peu près le même genre dévie, se rencontrent plus 
fréquemment dans les endroits oii les insectes abondent. 

A. HUMBERT. 



136 BULLETIN d'iNSECTOLOGIE AGRICOLE 

Larves qui dévorent les cadavres 

A nous qui dévorons tant d'êtres, il ne déplaît pas de savoir 
quels sont ceux qui dévoreront notre cadavre : ces êtres sont 
des larves d'insectes. 

Les larves qui dévorent les cadavres inhumés sont très 
nombreuses en individus, mais peu nombreuses en tant qu'es- 
pèces. 

Plusieurs sont communes aux cadavres inhumés, et aux 
cadavres à l'air libre; mais il en est de spéciales aux premiers, 
et leurs mœurs, jusqu'ici inconnus, sont extrêmement inté- 
ressantes. 

On se demande comment ces croque-morts, les vrais ceux- 
là, peuvent arriver sur des cadavres placés dans des bières et 
ensevelis à deux mètres de profondeur. Il est vrai que l'hu- 
midité et la poussée des terres déterminent vite un voile- 
ment des planches et que de larges voies de pénétration leur 
sont ainsi ouvertes. 

En été, certaines Mouches déposent leurs œufs dans la 
bouche ou les narines des cadavres, avant l'ensevelissement. 
Ces œufs éciosent ensuite;, et les larves qui en naissent 
peuvent vivre sous le sol ou à la surface; à cette catégorie 
appartient la larve connue sous le nom vulgaire d'Asticot. 
D'autres insectes, tels que les Phoras, sorte de Cancrelats, 
attirés certainement par des émanations particulières, percep- 
tibles à leurs sens, pondent leurs œufs juste au-dessus des 
cadavres inhumés. L'œuf éclôt à la surface du sol et la larve, 
s'enfonçant dans la terre, va rejoindre le cadavre dont elle se 
nourrit. 

Détails curieux : les Phoras s'adressent de préférence aux 
cadavres maigres, tandis que d'autres,tels que les Rizophages, 
dont l'insecte parfait est un Scarabé, ne se trouvent que sur 
les cadavres gras. Ce dernier Scarabé n'avait été rencontré 
jusqu'à ce jour, que dans l'herbe des cimetières. On ignorait 
pourquoi. On le sait maintenant. Il était là pour y pondre, ou 
bien il venait d'accomplir soa voyage souterrain et était 
revenu à l'air libre pour s'y accoupler. Taleb. 



BULLETIN d'iNSECTOLOGIE AGRICOLE 137 

I^es singes apivores» 

(Fin. Voir p. 112.) 

Il se présente cependant le cas où le trou est trop étroit; 
mais le singe api...phile n'est pas embarrassé pour si peu. Avec 
une adresse des plus remarquables,!! introduit sa queue dans 
l'intérieur de la ruche et avec un peu de patience il finit, à 
l'aide de cet appendice, par retirer tout le miel qui pouvait se 
trouver dans l'excavation. L'expérience aidant, il arrive assez 
facilement à bout de ce travail. 

Le fait d'ailleurs ne nous paraîtra pas aussi extraordinaire 
de la part des singes lorsque nous saurons que des rats, à 
court d'expédients pour arriver à boire de l'huile renfermée 
dans une bonbonne, imaginèrent d'introduire leur queue dans 
le récipient par legoulot et de la retirer toute ruisselante pour 
la faire lécher par un complice qui se prêtait de bonne grâce au 
même manège quand venait son tour. Le fait a été observé. 

Les singes sont donc les plus impitoyables destructeurs de 
ces inofTensifs hyménoptères ; mais ces Abeilles ont dans 
l'homme un ennemi qui n'est guère moins redoutable, bien 
qu'il ne soit pas aussi habile que le singe pour découvrir 
leurs colonies. 

Les naturels font donc sans danger une abondante récolte 
diB miel quand, après une chasse active, ils ont aperçu une 
ruche ; mais au moins ils ne détruisent pas ces intéressantes 
bestioles, comme le font les sauvages pour les Abeilles pour- 
vues d'aiguillons. Ces dernières sont simplement asphyxiées 
lorsqu'on veut extraire le miel de leur ruche. Ce procédé bar- 
bare a été même fort longtemps en usage dans notre vieille 
Europe, alors que les méthodes pour enlever le miel étaient 
encore peu perfectionnées et que l'art apicole chanté par 
l'immortel Virgile, étaii encore dans Tenfance. 

Albin Humbert, instituteur. 



138 



BULLETIN D INSECTOLOGIE AGRICOLE 



Coiijsrrè.<9 insectologique du %o septembre 18SV 
à l'Orangerie des Tuilerie» 

On lit, à l'entrée de la salle des Conférences, l'étrange 
arrêté suivant : 

« Par arrêté du Comité d'organisation, il est décidé que 
nul n'est admis dans l'intérieur de la salle des séances du 
congrès, sans donner ;Mr rr rit son nom, son adresse et signer 
la feuille de présence ; sont exceptés de cette formalité les 
membres du congrès. » 

Cet ukase n'est pas signé, mais il est écrit de la main de 
l'autoritaire de Fonvielle. Le Comité d'organisation invoqué 
n'a pas été convoqué et ne s'est pas réuni pour cet objet. Il 
ne le pouvait, les congrès organisés parla Société ont toujours 
été publics. Hamet. 

Secrétaire r/énéral de In Société. 

Nous publions ci-dessous un résumé non signé que nous a 
remis M. AV allés. 

1" Question. — N'est-il pas urgent de prendre tout de suite 
les mesures nécessaires afin d'empêcher la propagation de 
l'Anguillule (Nématode), ennemie delà betterave? 

M. de Fonvielle, qui préside, fait connaître le résultat de ses 
recherches bibliographiques sur l'Anguillule ; cet ennemi des 
betteraves provient très probablement de l'Allemagne ; 
l'orateur propose comme moyens défensifs l'adoption de 
mesures rigoureuses contre l'importation et aussi l'arrachage 
radical des plantes atteintes ou même seulement suspectes ; 
il faudrait donc, on le voit, modifier notre législation. Les 
départements septentrionaux sont, jusqu'ici, les plus ravagés 
par cet insecte. 

2" Question. — Par quel moyen peut-on détruire ou du 
moins atténuer les ravages des Sauterelles? 

M. de Fonvielle dit que différents systèmes d'obstacles ont 
été opposés à la marche en avant des Criquets voyageurs, en 
Algérie ; également la corvée à laquelle les Arabes sont 



BULLETIN d'iNSKCTOLOGIE AGRICOLE 139 

soumis, lors des invasions de ces Acridiens, donne des ré- 
sultats appréciables. Mais cette année, le gouverneur, 
M.Tirman, n'a pas cru devoir tenir la main à l'exécutioii de 
cette mesure, et les terribles insectes ont causé de grands 
ravages. 

M. Mailles dit quelques mots d'un système d'obstacle que 
M.Decroix, de la Société d'acclimatation, a fait connaître en 
détail. Il s'agit de bandes mélaliques pouvant se rouler et se 
dérouler à volonté. Les Criquets ne peuvent grimper contre le 
métal et on en détruit ainsi des quantités considérables. 
M. Mailles ajoute que l'on a tenté de confectionner, avec les 
cadavres, une rogue pour la pêche de la Morue. Malheureu- 
sement, les poissons sont peu friands de cet appAt. 

3' Question. — Quels sont les les Carabes les plus utiles a 
propager dans les jardins potagers? 

Il est donné lecture d'un travail manuscrit par M. Wallès 
sur les Carabes. Il déplore l'ignorance de la plupart des culti- 
vateurs sur les services rendus par une des plus importantes 
familles de l'ordre des Coléoptères. Il adjure les habitants 
des campagnes et même les promeneurs de ne pas écraser 
ces précieux auxiliaires, ainsi que cela se fait très commu- 
nément, et de les protéger par fous les moyens pos- 
sibles. 

A" Question. — Est-il un moyen de multiplier les Libel- 
lules, qui sont si utiles aux horticulteurs? 

M. de Fonvielle pense que la quatrième question n'a guère de 
chance de recevoir une solution. M. Mailles est également de 
cet avis et il croit que pour attirer les Libellules dans les 
jardins, il faudrait établir des pièces d'eau à bords gazonnés, 
garnies de plantes aquatiques et ne pas y mettre de gros 
poissons carnivores, ni de grenouilles vertes qui happent au 
passage les Libellules, surtout les pondeuses, qui stationnent 
près des bords de l'eau. Les autres grenouilles, les cra- 
pauds, etc., sont sans danger à ce point de vue et Ibrt utiles 
d'ailleurs. 

Pour la propagation des Coccinelles, plusieurs personnes 



d40 BULLETIN d'iNSECTOLOGIE AGRICOLE 

recommandent de les recueillir au delior.s et de les trans- 
porter sur les plantes ravagées par les pucerons. 

5" Question. — Est-il des vers à soie nouveaux qui aient 
donné des résultats satisfaisants? 

M. le président fait remarquer que les 4" et G"* questions 
ont été traitées simultanément parce que les sujets qu'elles 
comportent sont connexes. Il donne ensuite lecture d'une 
note relative à la sériciculture au siècle dernier. 

MM. de Fon vielle et Mailles parlent des résultats, si inté- 
ressants, que M. Fallou a obtenus par l'élevage en plein air, 
dans la forêt de Sénard de 1'^. Perayi. M. Mailles rappelle 
que l'Europe possède un Bombycien séricigène, le Lasîo- 
campa oins, qui habite la Turquie, la Grèce, etc. Il dit aussi 
que l'A. }'(2?7z« Mrt/ n'a pas donné, en France, des résultats 
aussi satisfaisants que ÏA. Pernyi. 

T Question. — Quels sont les moyens de se débarrasser de 
l'Eumolpe de la vigne? 

M. Sylvestre pense que la meilleure manière de diminuer 
le nombre des Eumolpes est d'en détruire les larves et les 
œufs, plutôt que de s'en prendre aux insectes parfaits, 

8"" Question. — Les remèdes pour détruire le Phylloxéra 
ont-ils fait des progrès ? 

MM. Bordai et Tournier font connaître quelques-uns des 
moyens préconisés pour la destruction du Mildiou tels que: 
lait de chaux, sulfate et azotate de cuivre, etc. 

M. Tournier demande des renseignements sur le Trombi- 
f/mm et, sur la prière de M. le président. M"'" Bompar fait 
l'historique des recherches au'elle a dirigées surcesujet, elle 
parle de l'ancienne et de la nouvelle viticultures et déclare 
posséder un grand nombre de lettres officielles constatant 
que partout où des fraisiers ananas des virpies, ont été cul- 
tivés près des ceps, le Phylloxéra n'a exercé aucun ravage. 

M. de Saint-Georges, passant en revue les divers procédés 
employés contre le Phylloxéra est d'avis que seule, la sub- 
mersion a donné de bons résultats. Ce moyen, non applicable 



BULLETIN d'iNSECTOLOGIE AGRICOLE 141 

partout est, déjà ancien, et depuis quelques années aucun 
progrès sérieux n'a été fait en ce sens. 

M. de Fonvielle ayant dit : « Et l'extirpation? » M. de Saint- 
Georges répond que ce procédé;, des plus radicaux, n'est pas 
un remède. 

M. Roy, sachant que les cendres de sarments contiennent 
une notable dose de potasse, propose de jeter de ces cendres 
aux pieds des ceps , M. Roy croit que les engrais à base de 
potasse conviennent bien mieux à la vigne que ceux ou 
l'azote domine ; ils restituent au sol l'un des principaux élé- 
menis que la plante absorbe. 

M. Tournier dit que pour les grands crus de Bourgogne, on 
n'emploie aucun engrais. Les vignes non labourées, dont le 
sol est durci, ou plantées dans le sable, sont exemptes de 
Phylloxéra. 

Un journal de Genève, le «Jardinier Suisse», prétend 
qu'en entourant de sable les pieds de vigne, sable maintenu 
par des briques ou des tuiles, on les préserve efficacement. 

Le maïs a été indiqué comme débarrassant les vignes du 
Phylloxéra, lequel quitterait les racines de cette ampélidée 
pour se fixer à celles de la graminée en question. Toutefois 
ce fait est absolument douteux. 

M. de Fonvielle, résumant tout ce qui vient d'être dit à pro- 
pos de la huitième question, conclut, d'accord avec tous les 
assistants, que la réponse en est négative. 

Les trois dernières questions ne sont l'objet d'aucune dis- 
cussion. M. Mailles rappelle seulement que la naphtaline a 
été préconisée pour la destruction des Altises. 

Vœux qui auraient pu être émis: 

1° Considérant que « qui veut la fin veut les moyens » le 
Congrès insectologique de l'Orangerie des Tuileries demande 
instamment que la loi sur l'échenillage soit rigoureuse- 
ment observée. 

2° Considérant que plus le sol est ameubli par des labours 
profonds plus les Hannetons se propagent, le Congrès émet le 
vœu qu'une loi rende obligatoire le hannetonage» 



142 BULLETIN d'iNSECTOLOGIE AGRICOLE 

3° Considérant que les dégâts causés par les insectes nuisi- 
bles se chiffrent par des sommes égalant au moins celles des 
déficits de nos budgets, le Congrès émet le vœu que le projet 
de loi sur les insectes nuisibles déposé au Sénat en 1876 par 
M. de la Sicotière, sorte des cartons oii il a été enfoui. 

4° Considérant que c'est par l'enseignement qu'on arrivera 
le plus rapidement à faire connaître les mœurs des insectes 
ennemis de nos récoltes, le Congrès émet le vœu que l'Ecole 
d'insectologie projetée au Parc de Montsouris à Paris, soit 
réalisée le plus tôt possible, afin qu'elle puise former une 
pépinière d'entomologistes qui iront porter la lumière d'un 
bout à l'autre du territoire français. 

H.H. 



Congrès ajsicolc du 23 septembre t8S 9 
à l'Oi*£iiig;erie des Tuileries 

Sont au bureau comme président : M. Vignole, président 
de la Société d'apiculture de l'Aube; assesseur, M. l'abbé 
Boyer; président de la Société apicole bourguignonne, et 
comme secrétaires : M. Hamet, professeur d'apiculture au 
Luxembourg, et M. Beuve, professeur d'apiculture de l'Aube. 

En ouvrant la séance, M. Yignole prononce l'allocution sui- 
vante: 

« Appelé à l'honneur de présider ce Congrès, j'aurais dû, 
peut-être, vous présenter un précis historique de la Société 
d'apiculture et d'insectologie générale de Paris, la plus 
ancienne de France. C'eût été faire l'histoire de l'apiculture 
depuis 1856, époque de sa fondation. C'eût été rappeler à 
vos souvenirs la lumière qu'elle a répandue autour d'elle, 
l'élan qu'elle a donné st affirmer la large part qui lui revient 
dans les évolutions du progrès. 

« Mes yeux malades et presque éteints ne m'ont pas per- 
mis d'entreprendre ce travail, qui aurait fait ressortir des 
faits et des enseignements aussi intéressants qu'ii;structifs, 
inconnus dee uns, oubliés des autres. C'eût été faire la glo- 



BULLETIN d'iNSECTOLOGIE AGRICOLE 143 

rification de cette Société ou, plus exactement, celle de son 
éminentet infatigable fondateur, dont l'énergie etl'intelligence 
ont su triompher des obstacdes et des difficultés sans nombre 
qui auraient pu entraver son action et la faire sombrer. 

« C'est bien à regret que je me suis abstenu et que je me 
vois obligé de me borner à exprimer un simple vœu — ce vœu 
partant du cœur vous le faites tous avec moi — c'est que la 
santé chancelante de notre sympathique et honoré collègue 
s'améliore et s'affermisse assez pour lui permettre de rester 
longtemps encore à la tête de l'apiculture ÏTàuçaise .»[Applau- 
dissements .) 

M. le président dit qu'il va être procédé à la discussion des 
questions scientifiques soumises au Congrès, mais avant, le 
professeur du Luxembourg a demandé qu'on fit passer les 
questions professionnelles, qui intéressent au premier chef 
les apiculteurs. 

M. Hamet donc lecture à l'assemblée des résolutions sui- 
vantes : 

Première résolution. — Considérant que l'apiculture a été 
atteinte par la baisse du sucre et par la concurrence des pro- 
duits apicoles étrangers à bas prix, le Congrès demande aux 
pouvoirs législatifs qu'un droit d'entrée de 10 francs par 
100 kilos soit établi sur les miels étrangers introduits en 
France . 

Que ce même droit, de 10 francs par 100 kilos^ soit établi 
sur les cires étrangères introduites en France. 

Il demande en outre que les tarifs de transport par chemin 
de fer soient diminués en raison de la baisse des produits 
apicoles, environ 20 % sur les cours d'il y a vingt ans. 

2" résolution. — Le Congrès, considérant qu'en face de la 
concurrence faite par la cérésine (ozokérite) à la cire des 
Abeilles dont elle avilit le prix et en outre concourt à la fraude 
en se vendant avec un mélange de cire, sous la dénomination 
de celle-ci, émet le vœu que le gouvernement frappe d'un 
droit d'entrée élevé — 100 francs les 100 kilos — ce pro- 



144 BULLETIN d'iNSECTOLOGIE AGRICOLE 

duit minéral étranger, afin que l'industrie abeillère nationale 
soit protégée comme elle mérite de l'être. 

S" résolution. — Considérant que les règlements municipaux 
pris par les maires sur la distance des ruchers aux voies 
publiques, n'ont souvent pour motif que l'inimitié personnelle, 
le Congrès émet le vœu que dans le futur Code rural en éla- 
boration, le Conseil général soit consulté sur cet objet. 

Mais le Congrès est d'avis que la réglementation est une 
entrave à l'industrie abeillère. En conséquence il s'en rappor- 
terait volontiers à ce principe de liberté consacré par la loi 
du 28 septembre 1791, sur la matière, « que la culture des 
abeilles, comme celle de tous les animaux domestiques, ne 
soit soumise à aucune restriction ». 

4" résohUion. — Considérant que c'est principalement par 
l'enseignement pratique qu'on vulgarise les méthodes ration- 
nelles, le Congrès émet le vœu qu'une station apicole soit 
créée dans une propriété nationale aux portes de Paris, à 
Meudon ou àSaint-Cloud. 

5^ résolution. — Le Congrès émet le vœu que dans les con- 
cours agricoles organisés par le gouvernement, les produits 
et les instruments apicoles soient jugés par des jurys compé- 
tents, des jurys composés d'apiculteurs. 

Il émet également le vœu qu'une section pour l'apiculture 
soit ouverte dans les concours régionaux où l'industrie abeil- 
lère peut se développer. 

Ces diverses résolutions seront adressées à M. le Ministre 
de l'Agriculture. 

{A suivre). 



Le Gérant : H. Hamet. 

Imp. de la Sot. de Typ. • NoizBTTB, 8, r. Campagne-Première. Parii. 



ONZIÈME ANNÉE, N- 10. Octobre 1887 

BULLETIN 

D'INSECTOLOGIE AGRICOLE 

SOMMAIRE : Laboratoire d'entomologie. — Liste des lauréats de l'api- 
culture à l'exposition des insectes de 1887. Liste des lauréats de Tin- 
sectologie. — Enseignement de la Sériculture. — Exposition univer- 
selle de 1889. 

Laltoraioirc rï'ciitoniulog^ie ag;B>icole 

Un laboratoire d'entomologie agricole vient d'être créé par 
l'initiative de M. Paul Noël à Rouen. Ce laboratoire est fondé 
spécialement pour les cultivateurs et les syndicats agricoles, 
en vue de leur donner les moyens de lutter contre les insectes 
etanimaux de toute sorte dont ils ont à subir les dégâts. Voici 
une note dans laquelle M. Paul Noël explique le fonctionne- 
ment de ce laboratoire : 

« Depuis plusieurs années, l'Angleterre et l'Allemagne pos- 
sèdent des laboratoires d'entomologie agricole dont l'utilité a 
pu être appréciée; les sociétés agricoles, en eiïet, en ont tout 
de suite constaté les excellents résultats. Il était bon que la 
France ne restât pas en arrière de ces puissances, et c'est sur 
le conseil de plusieurs agriculteurs et de plusieurs sociétés 
agricoles qu'a été créé le Laboratoire cV entomologie agricole, 
appelé;certainement à rendre de nombreux services à l'agri-* 
culture, en lui fournissant les moyens pratiques de détruire 
les myriades d'insectes qui tous les ans prélèvent sur nos 
récoltes une dime trop souvent ruineuse. 

« Le Laboratoire d'entomologie agricole possède une bonne 
bibliothèque d'entomologie et une collection des plus remar- 
quables d'insectes utiles et nuisibles à l'agriculture. Il suffît 
à tout cultivateur de porter au syndicat ou à la société dont 
il fait partie quelques-uns des insectes qui ravagent ses récoltes. 
Le syndicat ou la société expédient par la poste les insectes 
en question au Laboratoire d'entomologie agricole, qui tout 
aussitôt envoie non seulement la détermination de l'insecte, 
mais encore un rapport complet sur son genre de vie ainsi 
que sur les moyens pratiques de le détruire. 



146 BULLETIN D INSECTOLOGIE AGUICOLE 

« Désirant donner à notre laboratoire une grande extension, 
nous avons résolu de faire des abonnements annuels donnant 
droit à autant de renseignements entomologiques qu'il serait 
nécessaire pendant le courant de l'année. Pour rendre plus 
accessibles à tous les syndicats et sociétés d'agriculture |es 
avantages offerts par le Laboratoire d'piitomolo<iUi ar/ricole, 
le prix de l'abonnement annuel a été fixé à 10 francs. 

Le directeur du Laboratoire : Paul Noël. 



Liste de!>> laiiréntïi «le rapicnltiirc 
à l'Exposition des iu^scetcs 

Membres du Jury: MM. Asset, Beuve, Delinotte, IJamet, 
Mallessard et Saint-Pée 

PRODUITS, INSTRUMENTS, PRATIQUE ENTENDUE. 

Abeille cV honneur : W. l'abbé Boyer, curé de la Gelle-Saint- 
Cyr (Yonne), pour ses produits exposés et la création de la 
Société d'apiculture Bourguignonne. 

Médaille d'or du ministre de l'afiriculture : M. Gois-Flatté, à 
Egriselle-le-Bocage (Yonne), pour ses produits exposés et 
la bonne tenue de ses ruchers. 

Médaille de V classe de la Société, grand module: M. Ber- 
trand, à Buffon (Gôte-d'Or), pour l'ensemble de son expo- 
sition et sa pratique entendue; M. l'abbé Delepine, curé de 
Boussy-Saint-Antoine (Seine-et-Oise), pour l'ensemble de 
son exposition et sa propagande; M. Kirsch, à Baigneux-les- 
Juifs (Gôte-d'Or), pour l'ensemble de son exposition et sa 
pratique entendue ; M. Meyran, à Mesterrieux (Gironde); 
pour ses produits exposés et sa pratique intelligente ; 
M. Moglia, à l'Écaillé (Ardennes), pour sa cire exposée et 
sa pratique entendue; M. Parpaite, à Garignan (Arden- 
nés), pour l'ensemble de son exposition et sa pratique intel- 
ligente ; M. Roy, à Pargues (Aube), pour ses produits expo- 
sés et sa pratique entendue; M. Vaast, à Arras (Pas-de- 
Calais), pour l'ensemble de son exposition et ses essais ; 
M. Vivien Joly, à Mezière-la-Grande-Paroisse (Aube), pour 
l'ensemble de son exposition. 



BULLETIN d'iNSKCTOLOGIE AGRICOLE 147 

Mi'daille de l'" classe, petit module : M. llaimbault, à Sens 
(Yonne), pour la bonne fabrication de ses ruches en paille; 
M. Warquin, à Beiievue (Aisne), pour sa ruche exposée et 
sa propagande. 
liappcl de médaille de i'" clause: M. Bourgeois, à Lons-le- 
Saunier (Jura), pour sa ruche exposée; M. Robert-Denis, 
à Vendhuille (Aisne), pour ses rayons gaufrés. 
Médaille de vermeil de la Société, grand -r^odule: M. Robert, 
à Gasseau (Seine-et-Oise), pour l'ensemble de son expo- 
sition. 
Médaille de vermeil, petit module: M. Jacquelin, à Ghaville 
(Seine-et-Oise), pour l'ensemble de son exposition et son 
concours désintéressé comme aide du cours d'apiculture 
du Luxembourg. 
Médaille de vermeil de la Société d'apiculture de l'Aube : 
M. Joly, à Tremblay-le-Yicomte (Eure-et-Loir), pour son 
couteau à désoperculer, sa ruche et sa pratique entendue. 
Médaille d'argent du ministre de ïafjriculture; M. Gremy,à la 
Houssaye (Seine-et-Marue), pour l'ensemble de son exposi- 
tionet sa pratique entendue. 
Médaille d'argent de la Société d'apiculture de l'Aube : 
M. Braïelle, à Saint-Pol (Pas-de-Calais), pour l'ensemble de 
son exposition et sa propagande. 
Médaille d'argent de la Société des agriculteurs de France : 
M. Sevalle, à Paris, pour l'ensemble de son exposition, 
notamment pour sa chaudière à fondre la cire. 
Médaille de 'il'' c/a.sse, grand module: M. Arpin, à Bourg-Saint- 
Maurice (Savoie), pour ses produits exposés; M. Boulangé, à 
Jouy-en-Josas (Seine-et-Oise), pour ses produits exposés et 
pour son rucher agreste bien tenu ; M. Couturier, à Juvisy 
(Seine-et-Oise), pour l'ensemble de son exposition ; M. Droux 
Albaiti, à Chapois (Jura), pour ses miels en rayons; 
M. Féminias, à Mahon (^Espagne), pour ses miels coulés et 
sa manière de les transporter; M. Holder, à Steimbour"- 
(Alsace), pour ses extracteurs et ses petits appareils exposés- 
i\L Sartori, à Milan (Italie), pour ses tableaux d'apiculture. 



148 BULLETIN d'iNSECTOLOGIE AGRICOLE 

Médaille de 2*= classe, petit module: M. Boiihomme, à Authe 
(Ardennes), pour l'ensemble de son exposition, notamment 
ses produits; M. Meuvret Haquin, à Torigny-sur-Oreuse 
(Yonne), pour ses produits exposés; M. Petit, à Ecos 
(Eure), pour ses miels en rayons. 

Mcdaille de bronze, grand module: Administralion cen- 
trale des colonies, pour ses produits coloniaux, miels et 
cires exposés; M. Rousseaux, aux Aydes (Loiret), pour sa 
ruche à cadres exposée; M. David, curé à Yillabon (Cher), 
pour son miel ex tracté et son eau-de-vie de miel. 

MARCHANDS, FARRICANTS, ETC. 

Diplôme de mérite : M™^ Y" Bruiiet, à Paris, pour ses pastilles 
au miel ; M. Petit, à Paris, pour l'ensemble de son exposition. 

Rappel de biplùme de mérite avec médaille de bronze du 
ministre: M. Wavelet, à Arras (Pas-de-Calais), pour ses 
cœurs d'Arras et autres pains d'épices. 

Médaille de 1" classe, grand module : M. Béal-Canonne, à 
Cambrai (Nord), pour ses hydromels; M. Coenon, à Paris, 
pour ses pots en verre. 

Médailles de 2" classe, grand module: M. Deroy, à Paris, pour 
ses alambics à distiller les eaux de miels ; M. Gariel, à 
Paris, pour son exposition d'appareils apicoles ; M. Laga- 
che, à Paris, pour ses nougats au miel ; II. Miguel, à Paris, 
pour l'ensemble de son exposition : miels et cires; M. Mon- 
ceau, à Paris, pour son exposition d'appareils apicoles. 

Médaille de 'il" classe, petit module: IVLM. Poiret frères, à 
Paris, pour ses canevas à presser la cire et couler le miel ; 
M. Raguin, à Sens (Yvonne), pour ses barils à miel. 

Médaille de bronze, grand module : M. Jay, à Paris, pour ses 
tôles perforées à l'usage des apiculteurs; M. A. Menetrel et 
Gie,à Lille-Maizières(Haute-Marne), pour leurs encaustiques 
liquides, à base de cire. 

DIVERS. — ENSEIGNEMENT, ESSAIS. 

Médaille de vermeil, grand module: M. Arviset, de Selongey 
(Côte-d'Or), pour son mémoire sur l'essaimage artificiel et 



BULLETIN d'lNSECTOLOOIE ACtRICOLE 149 

la solution des queslioris soumises au Congrès apicole. 

Médaille d'arrjcnt de la Société de CAube : M. l'abbé Bédé, à 
Mouroux (Seine-et-Marne), pour ses applications des pro- 
duits des abeilles et pour sa propagande. 

Médaille de bronze du ministre de lar/riciiUure : Au Bulle- 
tin de la société apicole de la région du Nord, pour la solu- 
tion des questions soumises au Congrès apicole. 



I^i$idc des lasirèats de la seclioit d Eii.«»cctologic 

Exposition des aiisecâe«« de ^S^7 . 
Il n'a pas été déposé au secrétariat de la Société de rapport 
régulier sur les lauréats de cette section. D'autre part, il a été 
publié un palmarès apocryphe qui accorde certaines distinc- 
tions, tel que diplôme d'honneur que le Règlement ne com- 
porte pas. 

Le secrétaire général: H. Hamet. 

Membres du Jury : MM. W. de Fonvielle, président ; Savard 
(hors co-ncours), rapporteur ; Bouvier (hors concours), Jekel et 
Tournière. 

Grande médaille d'or du Ministre de l'Agriculture : 
M. A. Ramé, à Paris, pour ses 24 vitrines de Coléoptères, Lépi- 
doptères utiles et nuisibles. Produits et dégâts, cadre orne- 
mental. 

Abeille d'honneurM. A. Wallès, à Paris, pour ses 18 vitrines 
Coléoptères classés scientifiquement, accompagnés de ta- 
bleaux explicatifs sur les mœurs, les dégâts et l'utilité de 
chaque espèce. 

Diplôme de mérite: M. le docteur Trouessart, à Paris, pour 
préparations microscopiques, Insectes et Acariens plumi- 
coles: 

M. Daguin, à Paris, pour collections de Coléoptères, Lépi- 
doptères et Mollusques de la Haute-Marne; 

M. Montaudon,à Paris, pour modèles d'anatomie classiques 
du docteur Auzoux ; 

M. Masson, percepteur aux Meux (Oise), pour collections 



150 BULLETIN d'iNSECïOLOGIE AGRICOLE 

d'Insectes utiles et nuisibles avec dégâts faits aux bois et aux 
végétaux; 

M. Debraine, instituteur à Chatou (Seine-et-Oise), pour sa 
collection scolaire comprenant les principaux auxiliaires de 
l'agriculture, et des produits des Insectes utiles; 

M. Mirand, opticien à Paris, pour microscopes et loupes; 

M. Bourreau, à Boulogne-sur-Seine, pour tableau d'escar- 
gots comestibles et autres. 

Rappel de médaille de V classe: MM. Dufour et C% à Paris, 
pour pulvérisateurs; 

M. Lesueur^ à Paris, pour collection de Lézards, Couleuvres, 
Yipères, etc. 

Médaille de V classe, grand module: M. Cazet, instituteur 
à Saint-Beury (Gôte-d'Or), pour 32 petites vitrines Insectes 
utiles et Insectes nuisibles, produits et dégâts; 

M. Chabrol^ à Paris, pour un tableau de Lépidoptères de la 
Nouvelle-Calédonie ; 

M. Caissier, à Paris, pour une vitrine Coléoptères; 

M. Legrand, à Paris, pour un cadre Coléoptères et Lépi- 
doptères ; 

M. Lourdet, à Paris, pour un cadre Lépidoptères de Tur- 
quie. 

INSECTICIDES, DIVERS APPAREILS, etC. 

Médaille de V" classe, grand module. 

M. Bazire, àParis, pour sa poudre insecticide, et son insuf- 
flateur ; 

M. Bourgeois, à Ivry-Port (Seine), pour son papier tue- 
mouche ; 

M. Glostre,àParis, pour le Phénol-Bobœuf insecticide, savon 
insecticide^ vaporisateur, etc. ; 

M. Cottu, à Paris, pour l'engrais insecticide Serpin; 

MM. Demayer et Delage, à Paris, pour leur cirage imper- 
méable à base de cire, et leur encaustique insecticide au Thy- 
mol indien ; 

M. Guyon, à Paris, pour instruments matériels servant à la 
chasse et au classement des collections ; 



BULLETIN d'iNSECïOLOGIE AfillTCOLE 151 

Maison Américaine, à Paris, pour son papier insecticide 
préservant les lainages, fourrures et curiosités contre les mites 
et autres insectes ; 

MM. Poulenc frères, à Paris, pour leur insecticide contre les 
pucerons; 

Société française de protection contre le phylloxéra, à Paris, 
pour son phylloxericide Maicîie, solide et liquide; 

jyjnie Yyg Yiault et fils, à Paris, pour leur poudre insecticide 
et pièges à rats ; 

M. Walcker, à Paris, pour ses moustiquaires, tentes-abris 
de chasse, etc. 

Médaille de 'i" classe, grand module. 

M. Gabal, à Nissan (Hérault), pour injecteur à traction pour 
le sulfure ; 

M. Ciceri, à Paris, pour ses pièges contre les animaux nui- 
sibles; 

M. Galzy, à Lyon (Rhône), pour sa poudre insecticide con- 
servant les lainages; 

M. Guéroult, à Paris, pour ses vaporisateurs inoxydables 
et divers insecticides ; 

M. A. Guillot, à Paris, pour divers instruments servant à la 
chasse, à la préparation ou rangement et classement des 
Insectes, la récolte des plantes, etc.; 

M. Hadancoort, à Paris, pour un produit concourant à la 
destruction rapide des rongeurs ; 

M. Lagneau, à Paris, pour ses pompes à arrosage et ses pul- 
vérisateurs ; 

M"''Lagoderio, à Paris, pour ses deux éventails ornés de Pa- 
pillons et d'Insectes et pour un émail dit de Limoges repré- 
sentant le portrait de Michelet, l'auteur de Y Insecte; 

M. Lancelevée, à Elbeuf (Seine-Inférieure), pour collections 
de 24 vitrines Insectes utiles et nuisibles, produits, dégâts, 
parasites, etc. ; 

M. Morel, à Paris, pour nids de Fourmis vivantes, dégâts ; 

M. Guillot, naturaliste à Paris, pour collections d'histoire 



152 BULLETIN d'iNSECTOLOGIE AGRICOLE 

iialurelle. Coléoptères et Lépidoptères exotiques. Oiseaux in- 
sectivores. Reptiles. Collection de vésicants et ses préparations 
de squelettes tégumentaires. 

Médaille de 1'' c/«.s5^, petit module: M. Chrétien, à Paris, 
pour ses Chenilles soufflées; 

M'"' Anne et Marie Duthu, à Neuilly (Seine), pour modelage 
d'Insectes en terre cuite. 

Grande médaille de vermeil du Ministre de l'Agriculture 
avec félicitation du Jury: à M. Chevallier,de Ghatou (Seine-et- 
Oise), pour48 petites vitrines Insectes utiles et Insectes nui- 
sibles, leurs produits, leurs dégâts, leurs parasites et les 
parasites des parasites. 

Grande médaille de vermeil de la Société des Agriculteurs 
de France: à M. Gallais, instituteur à Saint- iMichel-sur-Orge 
(Seine-et-Oisc) pour sacoUectian d'Insectes utiles et nuisibles 
dégâts et métamorphoses; Oiseaux insectivores, nids etœufs; 
Reptiles, Batraciens, Rongeurs, etc. 

Médaille d^irr/entâu Ministre de l'Agriculture: M"'' Wallès, 
à Paris, pour ses vitrines Coléoptères classés et dénommés 
d'après Geoffroy en ITOi; 

M. Meunier. àParis.pour sa collection d'entomologie appli- 
quée et scientifique; 

M. Chrétien, instituteur à Saint-Gyr-sous-Dourdan (Seine- 
et-Oise), pour sa collection scolaire (11 vitrines). 

Médaille d'argent de la mmiicipaiité du 1" arrondissement: 
M. Jeunet, pisciculteur à Paris, pour son exposition de Batra- 
ciens, A^ipères, Couleuvres, Lézards vivants. 

Médadœ de l'- classe, grand module: M. Bure, au domaine 
de rOuider (Algérie), pour sa collection d'Insectes utiles et 
nuisibles, 

M. Girardin, à Auxerre (Yonne), pour son enseignement par 
la vue, résumé en une collection d'Insectes utiles et nuisibles 
avec mœurs, dégâts, etc 

M. Lcmoine, à Paris, pour jetons, médailles, insignes gra- 
vées avec Abeilles, ruches, Mouches, etc., et son papier à let- 
tres avec insectes timbrés en relief; 



BULLETIN d'iNSI'XTOLOGIE AGRICOLE 153 

M. Poulin, à Paris, pour épreuves de Lépidoptères sur 
assiettes rehaussées au pinceau; 

M. Victor Rose, à Paris, pour épreuves de gravures sur bois 
pour illustrations d'ouvrages sur l'histoire naturelle. 

i\r° la comtesse de Waldener, à Paris, pour éventail sur 
vélin portant Oiseaux et Lépidoptères; 

M. Puille, à Paris, pour études des Insectes dévastateurs 
des livres, spécimens et moyens de destruction ; 

M. Maroan, pharmacien à Paris, pour insectes pharmaceu- 
tiques et tinctoriaux : Ténia, Ascarides, Lombricoïdes, etc. 

Médaille de ^^ classe, petit module. 

M. Gerondeau, instituteur à Toury (Eure-et-Loir), pour 
11 vitrines Insectes utiles et nuisibles; 

M. Jokiin, à Paris, pour 7 cadres Coléoptères, Lépidoptères, 
Couleuvres, Insectes vivants, etc. ; 

M. Martin, à Paris, pour un cadre Lépidoptères des envi- 
rons de Paris, et pour son nouveau filet de chasse se renfer- 
mant dans la canne et ouvrant instantanément; 

M. Pudepièce, instituteur à Mouvaux (Nord), pour 2 vitrines 
Coléoptères utiles et nuisibles, servant aux études de son 
école; 

M. Trament, à Paris, pour son appareil musical de la cigale 
du professeur G. Garlet; 

M"' Emile Perel, institutrice à Paris, pour un herbier renfer- 
mant des plantes meliifères; 

M. Rougier, à Paris, pour son compte rendu humoristique 
de l'Exposition. 

Médaille de bronze du Ministre de ï Agriculture 

M. le comte de Castell, à Sèvres, pour un cadre d'Insectes 
autrichiens ; 

M. Greusi, instituteur à Maisse(Seine-et-Oise), pour 4 cadres 
Insectes utiles et nuisibles ; 

M.Defary,instituteuràVayres(Seine-et-Oise),pour2 vitrines 
Insectes utiles et nuisibles ; 



154 BlXLETIN d'iNSECTOLOGIK AGRICOLE 

Médaille de bronze, grand module. 

M.Grisol, à Paris, pour 7 vitrines Coléoptères^ Lépidoptères, 
Oiseaux et Rongeurs ; 

M. Joubert, instituteur à Sainte-Marie (Hautes-Alpes), pour 
une vitrine Insectes utiles et nuisibles ; 

M. Louap, à Paris, pour son tableau Lépidoptères exotiques ; 

M. Mitrault, à Neuilly (Seine), pour an tableau d'Insectes 
d'Amérique ; 

M. Moncomblc, à Paris, pour ses grands tableaux d'orne- 
ment, composés de Coléoptères et de Lépidoptères nuisibles ; 

M. Moreau, instituteur à Courtenay (Loiret), pour 4 vitrines 
Insectes utiles et nuisibles ; 

M. Dubois, à Argenteuil (Seine-et-Oise), pour 2 cartons 
Coléoptères utiles et nuisibles ; 

M. Paul Emprein, à Lagny (Seine-et-Marne), pour un tableau 
Lépidoptères exotiques; 

M. Maury, instituteur à Saint- Astier (Dordogne), pour ses 
Leçons d'un instituteur de campa<jne à ses élèves sur les 
hisectes du sud-ouest ; 

M. Féli.N Roussel, à la Bastide-Rouairoux (Tarn), pour son 
traitement de la vigne phylloxérée par le sulfure de carbone, 

M. Ronneville, à Paris, pour insecticide (Bromide liquide) ; 

M"" Veuve Carnet, à Gentilly (Seine), pour insecticide 
liquide ; 

j^jme Di-Quot, à Paris, pour colle insecticide ; 

MM. Duboscq frères et Lubert, à Paris, pour antiseptique 
Breithaupt contre les bacilles; 

M. Duval, à Paris, pour produits divers, nids d'Abeilles 
cartonnières, etc. ; 

M. Gillot, à Paris, pour sa poudre insecticide; 

M. Herbemont aîné, à Paris, pour tuyaux d'arrosage en 
caoutchouc et en gomme souple ; 

MM. Grossot et Grange, à Paris, pour poudre insecticide 
de Dalmatie; 

M. Kubler fils, à Paris, pour microscopes, loupes, etc. ; 



BULLETIN d'iNSECTOLOGIK AGRICOLE 1 5S 

M. Lieutard, à Paris, pour huile aromatique propre à la 
destruction des parasites; 

M. Moine, à Paris, pour ses pièges attrape-mouches ; 

M. Pezon, à Arcueil-Cachan (Seine), pour ses pompes rou- 
lantes servant à la submersion et. à l'arrosage; 

M. Romilly, à Versailles (Seine-et-Oise),pour ses capsules 
insecticides au sulfure de carbone; 

M. Ricada, à Versailles (Seine-et-Oise), pour ses vaporisa- 
teurs de jus de tabac employés pour la destruction des 
insectes sur les plantes, fruits, légumes, etc. ; 

M. Grégoire, à Paris, pour ses planches ic liège servant à 
la confection des vitrines à insectes; 

Médai/le de bronze, petit module. 

M. Gaydou, à Paris, pour son produit liquide destiné à la 
destruction du Phylloxéra. 

M. Martin, à Paris, pour ses ratissoirs de jardins, parcs, 
vignes, etc.; 

M. Ravenet, à Paris, pour ses peignes perfectionnés ; 

M""" VveRitter.à Paris, pour ses pompes d'arrosage, d'épui- 
sement, à vent et à main; 

M"""s Roqueblave, à Paris, pour leur eau parisienne hygié- 
nique contres les piqûres d'Insectes; 

M. Walter Lecuyer, à Paris, pour ses appareils à pression 
d'air, pulvérisateurs, etc. 



Elnsciii'ueincsit de io sériciculture 

M. Barbe, ministre de l'agriculture, a adressé, à la date du 
27 octobre, la circulaire suivante aux professeurs départe- 
mentaux d'agriculture sur l'enseignement de la sériciculture 
dans les écoles normales d'instituteurs et d'institutrices: 

— Monsieur, nous avons actuellement en France environ 
133.000 éleveurs de versa soie. Le plus grand nombre de 
ces éleveurs, cent mille, si ce n'est davantage, gouvernent 
encore ces insectes d'une façon très primitive, suivant les us 
et coutumes d'autrefois ; ils ne soupçonnent même pas qu'on 



1.j6 bulletin d'iNSECTOLOGIE AOIUCOLE 

puisse, au lieu de 20 ou 30 kilog. de cocons à Fonce, en récol- 
ter 50 à 60, avec certains soins, mais sans dépenses notable- 
ment supérieures à celles qu'ils font déjà. 

On peut espérer que celte situation changerait du tout au 
tout, si la génération nouvelle recevait, dans les écoles, un 
supplément d'enseignement technique. 

La vulgarisation des nouvelles méthodes d'élevage et de 
grainage n'a pas été faite, jusqu'ici, avec assez d'ampleur et 
l'élite des éleveurs a été seule à en profiter. 

Il n'y a d'ailleurs pas à craindre que la soie produite dans 
nos départements méridionaux dépasse les besoins de la con- 
sommation, car, depuis quinze ans nous ne produisons guère 
en moyenne que 000.000 kilog. de soie grège chaque année, 
tandis que les fabriques de Lyon, Saint-Etienne, Paris, 
Tours, etc., en emploient au moins six fois plus, tirant le 
supplément nécessaire des pays étrangers : Italie, pays, du 
Levant et contrées d'Orient. 

Outre la production des cocons, le sériciculteur doit aussi 
se préoccuper de la confection des graines, et cette fabrication 
exige aussi certaines connaissances spéciales. 

L'exportation de ces graines dans les pays du Levant est 
devenue depuis quelques années une branche de commerce 
assez lucrative, et les profits de cette industrie devraient 
s'étendre, dans une certaine mesure, aux éleveurs qui four- 
nissent les cocons nécessaires. C'est ce qui a lieu déjà dans 
quelques localités, notamment dans les Hautes et Basses- 
Alpes et dans les Pyrénées-Orientales. 

Mais, quand même ce commerce viendrait à cesser, l'éleveur 
aurait encore un grand profit à préparer les graines pour son 
propre usage. On a reconnu en etfet que ce travail forme les 
sériciculteurs à ces mille précautions minutieuses qui sont 
une garantie de bon succès ; que, de plus, il les rend]très ins- 
truits des pratiques de l'hygiène, d'où résulte, au bout de peu 
d'années, l'amélioration des locaux, puis de toute l'habitation; 
de sorte que les villages se transforment et s'embellissent : on en 
trouverait des exemples frappants dans les centres de grainage. 



BULLETIN D INSECTOLOGIE AGRICOLE 157 

Il n'y a donc pas à hésiter ; il faut diffuser partout les mé- 
thodes d'élevage et de grainage. 

Or, de tou':es les industries agricoles, la sériciculture est 
celle dont l'enseignement dans les écoles est le plus facile, 
l^our enseigner pratiquement et complètement l'élevage des 
ver*^ à soie, il suffit d'un lot de 2 à 3 grammes de graines dont 
les vers occuperont au plus 4 à 6 mètres carrés; quelques 
pieds de mûriers pour les nourrir. Le travail est à la portée 
des enfants. Il ne dure que trente à quarante jours. Donc, 
pas de dépenses notables. 

En le faisant dans son école, l'instituteur ou l'institutrice 
donnera, sans beaucoup de peine, un exemple utile. 

Mais c'est évidemment dans les écoles normales que le mo- 
dèle de cet enseignement doit trouver place; il importe que 
les élèves-maîtres aient acquis des notions assez précises du 
sujet avant de prétendre à l'enseigner. 

Par une circulaire en date du 10 mars 1887, mon honorable 
prédécesseur vous rappelait que c'est à vous qu'incombe l'en- 
seignement de la sériciculture dans les écoles normales pri- 
maires. Cet enseignement doit être complété par le petit 
élevage dont j'ai parlé. 

Les écoles normales d'institutrices doivent être traitées 
exactement de même. On sait, en effet, que dans les campa- 
gnes le soin des vers à soie est surtout remis aux femmes ; 
elles font éclore les vers, elles les nourrissent, elles font le 
travail de sélection microscopique dans les ateliers de grai- 
nage. Du reste, mon collègue, M. le Ministre de l'instruction 
publique, a approuvé ma manière de voir et a prescrit les 
mesures nécessaires pour que les professeurs départemen- 
taux d'agriculture de la région du mûrier soient chargés de 
faire au moins deux conférences de sériciculture dans les 
écoles normales d'institutrices. 

J'ai décidé en conséquence que l'enseignement séricicole 
dans les écoles normales d'instituteurs et d'institutrices serait 
confié aux professeurs départementaux d'agriculture et que 
cet enseignement comprendrait : 



158 BULLETIN d'lN'SECTOLOGIE AGRICOLE 

1° Des conférences ; 2° des exercices pratiques consistant 
en observations microscopiques et élevage de quelques 
grammes de graines. 

Les conférences seront au nombre de tjuati'c par école; 
elles seront faites aux élèves de seconde année ; leur durée 
sera d'une heure chacune, et, dans la demi-heure suivante, 
le professeur fera voir aux élèves les spécimens ou prépara- 
tions dont il aura eu à parler. L'époque la plus favorable pour 
ces conférences est celle qui précède immédiatement le mo- 
ment des élevages, soit du 15 mars au 30 avril. 

Je vous communique ci-après le programme arrêté pour 
ces conférences : 

Première conférence. (Le professeur exposera sous les yeux 
des élèves les spécimens des insectes, cocons, soies, et pro- 
duits divers dont il devra parler.) Chenilles diverses produi- 
sant des cocons soyeux. ~ Etats successifs de ces insectes ou 
ve7's à soie: œuf, larve ou chenille, chrysalide, papillon. 
Cocons ouverts, cocons fermés ; cardage et dé vidage, soie 
grège, soie moulinée, soie décreusée, soie teinte, étoffes de 
soie. — Avantages spéciaux de la culture du ver à soie du 
mûrier. — Son extension en France et dans les autres pays, 
soies d'Orient; leur bas prix, difficultés qui en résultent, 
Autres difficultés provenant des maladies. Etudes de M. Pas- 
teur. Moyens d'obtenir des rendements élevés et d'une 
manière économique, méthode de sélection, soins d'hygiène, 
petites éducations domestiques. Considérations diverses en 
faveur du maintien de l'industrie séricicole. 

Deuxième confcrence. (Le professeur exposera des pontes en 
cellules ; des préparations de papillons corpusculeux, un 
appareil pour l'éclosion des graines, muni d'un thermomètre 
et d'un réservoir d'eau.) Des œufs de vers à soie, ou graines. 
— Influence de leur qualité sur le rendement en cocons. — 
Rendements possibles. — Maladies affectant les graines. — 
Travaux de M. Pasteur. Flacherie et pébrine. Description des 
vers flats. Sélection des chambrées en vue du grainage. — 
Description des vers pébrinés* Corpuscules ; leur passage dans 



BULLETIN d'iNSECTOLOOIE AGRICOLE lo9 

les papillons et les œufs. Graiiiage en cellules. Sélection des 
pontes par l'examen des papillons au microscope. — Conser- 
vation des graines, avant, pendant et après la période de 
froids d'hiver. — Aération, action de l'humidité. — Incuba- 
tion et éclosions ; couveuses. 

Trohiihne conférence. (Le professeur fera voir aux élèves des 
spécimens de vers pébrinés, Ilats, muscardinés, et des prépa- 
rations microscopiques s'y rapportant, en outre du papier à 
déliter, du lait de chaux, du vitriol, du soufre.) — Conditions 
de succès relatives à l'hygiène des vers à soie : 1° Air sec, 
sans cesse renouvelé, respiration des vers ; vapeur d'eau et 
acide carbonique exhalés. Transpiration cutanée. Vapeurs 
d'eau exhalées par les vers et les litières. Cube d'air néces- 
saire pour emporter cette eau. Procédés de ventilation : che- 
minées, trappes, toitures perméables, chauffage ; 2° Nourri- 
ture propre. Action des poussières contenant des corpuscules 
de pébrine, des spores de muscardine, des ferments, des 
vibrions. Vitalité de ces organismes, maladies occasionnées 
par eux. — Nettoyage des locaux: chaux, vitriol, acide sulfu- 
reux, soins de propreté, délitages. Isolement des éducations, 
petites chambrées. 

QiKitrième conférence. (Le professeur fera voir des claies ou 
paniers à vers à soie sur une étagère ; un de ces paniers 
encabané, une bruyère chargée de cocons.) Conditions éco- 
nomiques des éducations de vers à soie : 1° Égalité des vers. 
Levées à l'éclosion et aux mues. Détails sur la mue; 2" Espa- 
cement des vers. Claies, élevages aux rameaux. Plein air ; 
3° Alimentation. Nombre des repas. Feuille consommée. 
Feuilles utilisées réellement. Tableau des repas et des mues; 
■4" Encabanage, montée, récolte des cocons; 5° Importance 
des chambrées. Petites éducations domestiques. 

Pour que cet enseignement soit complet, il est indispen- 
sable que vous ayez à votre disposition un bon microscope ; 
la plupart des écoles normales possèdent cet instrument ; s'il 
en était autrement, je vous le fournirais. Le matériel néces- 
saire à l'élevage, consistant en une couveuse à réservoir d'eau 



160 BULLETIN d'iNSECTOLOGIE AGRICOLE 

et thermomètre, une étagère pour six paniers pouvant se 
plier en X et six paniers d'osier, vous sera fourni par mon 
administration. Les dépenses annuelles se réduisent à l'achat 
du panier de pliage et de la feuille de mûrier. C'est là une 
dépense insignifiante que peut supporter le budget de l'école 
normale. 

Les cocons récoltés seront, en cas de bon succès, convertis 
en graines, et, en cas d'insuccès, étouffés. Les graines seront 
distribuées gratuitement aux éleveurs du département par 
lot de -4 à 5 grammes. Les cocons seront, si la quantité est 
suffisamment importante, vendus pour couvrir les frais d'éle- 
vage; dans le cas contraire, ils seront échangés contre des 
spécimens de soie chez les filateurs, et ces spécimens remis 
aux musées scolaires. 

Telles sont les dispositions que j'ai adoptées pour assurer 
le développement de l'enseigaement séricicole. J'ai chargé 
M. Maillot, directeur de la station séricicole de Montpellier, 
de diriger et de surveiller cet enseignement. C'est donc à lui 
que vous devrez vous adresser pour tous les renseignements 
dont vous pourrez avoir besoin. 

Recevez, etc. Le Minhlre de faijrkuUurc, 

P. Bahbe. 



Exposition uiiivei>.*)elle Ac IS99. 

Les déclarations de prendre part à l'Exposition universelle 
de 1889, à Paris, doivent être envoyées au Ministère du Com- 
merceavanlle 1" février prochain(1888). Il faut donc s'en occu- 
per dès maintenant et demander hardiment la place qu'on croit 
pouvoir occuper, dût-on en laisser une partie au moment de 
l'installation. L'emplacement accordé à l'Insectologie au Troca- 
déro sans doute, sera en raison des demandes. 



Le Grrant : 11. IIamet. 

Imp. àe la Sol. Je Typ ■ K0.7.KTTE, S, r. Campagne-Première. Paris. 



DOUZIEME ANNÉE, N" 11. Novembre 1887 

BULLETIN 

D'INSECTOLÛGIE AGRICO 



SOMMAIRE : Rectification à la liste des lauréats de l'Insectologie. — 
Lauréats de l'enseignement. — Editeurs, livres, journaux, etc. — 
Lauréats de la sériciculture.— Distrihutiou solennelle des récompenses 
aux exposants. — Composition du Jury des sections. —Conférences. — 
Congrès apicole, lettre de M. le ministre de l'agriculture. 



Rectifications à la liste dcsi Lauréats 
de la Section <l'iii.«ectolo;^ic 

PUBLIÉE DANS LE NUMERO PRECEDENT 

M. Vicat, à Paris, a obtenu une médaille de l'"'' classe grand 
module pour ses insecticides solide et liquide et ses soufflets. 

M. Te.ton, instituteur à Epinay-sous-Sénart(Seine-et-Oise), 
a obtenu une médaille de 2" classe grand module pour une 
collection d'entomologie scolaire. 

M. Gui^lot, à Paris, au lieu d'une médaille de 2" classe 
G. M., a obtenu une médaille de l''' classe grand module 
pour ses collections d'histoire naturelle: Coléoptères et Lépi- 
doptères exotiques, Oiseaux insectivores, Reptiles, Collection 
de vésicants, Préparations de squelettes tégumentaires. 

M. Guillot, à Paris, au lieu d'une médaille de 2° classe 
G. M., a obtenu une des médailles d'argent du Ministère de 
l'agriculture pour ses divers instruments servant à la chasse, 
à la préparation ou au rangement et classement des Insectes, 
la récolte des plantes, etc. 

Au lieu d'une médaille de 1" classe G. M., ont obtenu une 
médaille de bronze P. M. : MM. Chabrol, Gaisler, Legrand, 
Loudet, à Paris. 

Au lieu d'une médaille de 2° classe G. M., ont obtenu une 
médaille de l"" classe G. M. : M"" Lagoderie à Paris, MM.Lan- 
celevée, à Elbeul", Morel, à Paris. 

Ont obtenu une médaille de bronze G, M. et non une mé- 
daille de bronze P. M. : MM. Gaydou, Martin, Ravenet, 
M""' veuve Ritter, M°"" Roqueblave,M. Walter-Lecuyer,àParis 



194 BULLETIX d'iNSECTOLOGIE AGRICOLE 

I.iaiii»ént S do l*Kns«*îgiienieiit. 

Membres du jury : .MM. .Moiil.UKinii. présidciil. Sav.iril. Walli's II. G. 
et Diinefuiii, II. (1. l'appoi'leiir 

CONCOIRS OUVERT KXTRE LES InSTITITEURS QUI ENSEIGNENT i/InSEC.TO- 
I-OGIE (article additionnel DU REGLEMENT) 

Diplôme de mérite. — M"" Fortier à Paris, plantes et fleurs 
artificielles, avec insectes, pour renseignement. 

Diplômes de mérite avec prime de 25 francs : 
M. Humbert, instituteur à Villechevreux (Haute-Saône), 
pour ses travaux d'élèves; au 1" élève une médaille de 
bronze ; pour être distribués aux élèves, quelques livres; à 
l'école une menlioii honoraldc. 

M. Marquis, instiluteur à Chevillé (Sarthe), pour ses 
22 cahiers d'élèves (en 35 volumes) : Les meilleurs protec- 
teurs de l'agriculture ; les insectes utiles et nuisibles. Au 
1" élève ujie médaille de bronze et quelques livres; à l'école 
une mention honorable. 

M. Martin (Joseph), instituteur à Brives-Charensac 
(Tlaute-Loire), pour trois cartons renfermant 86 cahiers 
d'élèves, un volume et dix tableaux agricoles; à l'école une 
mention et quelques livres. 

Rappels de médaille de l'*^ classe, grand module, avec prime: 
M. Lavenne, instituteur à Chamans (Jura), pour ses travaux 
d'élèves; à ceux-ci quelques livres; à l'école une mention. 

M. Patte, instituteur à Elincourt Sainte-Marguerite (Oise), 
pour différents manuscrits sur l'insectologie, devoirs sco- 
laires, dessins d'insectes et d'auxiliaires; aux élèves quel- 
ques livres; à l'école une mention. 

Médailles de l''" classe^ grand module, avec prime : 

M.Tarlin, instituteur à Humbécourt (Haute-Marne), pour 
ses travaux d'élèves; à ceux-ci quelques livres; à l'école une 
mention. 

M. Perron, instituteur à Vuisey (Haute-Marne), pour ses 
travaux d'élèves; et volumes aux élèves Marceau Emile, 
Ernest Lambert et Léon Turpin. 



i. 



RrLLETTX d'iNSECTOLOGII: AGltlCOLE 195 

M. TeLoiJ, instituteur à Épinay-sous-Sénart (Seine -et- 
Oise), pour sestravaux d'élèves; à l'école une mention. 

Médaille de 1" chfsse, petit module : 
M"' Demoulin (Gustave), à Fontenay-aux -Roses (Seine) ^ 
pour plusieurs de ses œuvres charmantes : Les Animaux 
clranr/es, Maisons des bètes, Bètes de nos maisons, Bètes de 
mon jardin, bètes de mon étanf/. 

I {appel de médaille d'argent du Ministre de rAe/riculture 
avec prime : 

M. Dallemagne, instituteur à Yilliers-sur-Marne (Haute- 
Marne), pour ses tableaux d'oiseaux utiles, d'oiseaux nuisi- 
bles, d'insectes nuisibles, etc. A l'élève Blanche Dallemagne 
unemédailledebronzeG.M.; /c/^m à l'élève Ecosse (Gaston). P. M, 

Médaille de 2' classe, grand module, avec prime : 

M.Remofld, instituteur à Bayalles (Doubs), pour ses tra- 
vaux d'élèves; à l'école une mention spéciale. 

Médaille de 2' classe, grand module : 

M. Pudepièce, instituteur à Mouveaux (Nord), pour ma- 
nuscrit sur l'entomologie agricole. 

M. Bachy, instituteur à Semeries (Nord), pour ses travaux 
d'élèves; à l'école une mention. 

Médaille de 2'' classe : 

M. Biaise, instituteur à Vezelise (Meurthe-et-Moselle), pour ; 
1° travail sur les insectes nuisibles à l'agriculture, à Tiior- 
ticulture et à la viticulture; 2° quatre cahiers d'élèves résu- 
mant des cours d'insectologie ; 3° dessins représentant des 
insectes utiles et nuisibles. A l'école une mention ; et li- 
vres aux élèves Mahaut et Netter(Paul). 

M. Dardenne, instituteur à Mouron (Ardennes), pour ses 
travaux d'élèves; à l'école une mention. 

M. Georgin, instituteur à Moyvillers (Oise), pour un mé- 
moire sur l'insectologie et pour travaux d'élèves ; à l'école 
une mention. 



d96 BULLETIN d'iNSECTOLOGIE AGRICOLE 

M. Lelièvre, instituteur à Saint- Aubin-sous -Erquery (Oise), 
pour : 1" rapport sur l'enseignement insectologique à Técolo 
primaire; ^''études insectologiquesdes élèves; 3" plan et pro- 
gramme pour l'enseignement insectologique à l'école. 

M. E. Manoux, instituteur au Vigean (Cantal), pour des tra- 
vaux d'élèves; à l'école une mention. 

M. M. Marché, instituteur à Saint-Germier (Deux-Sèvres), 
pour cahiers d'élèves sur l'entomologie, cartes d'insectes du 
département, statuts de société protectrice ; à l'école une men- 
tion. 

M. Moreau, instituteur à Gourtenay (Loiret), pour travaux 
insectologiques d'élèves et deux albums; livres aux élèves 
Alicot, Formé et Gillet. 

MiklatUi' dr hi'oiizi' du Mliihin', avec prime : 

M.Gallais, instituteur à Saint-Michel-sur-Orge (Seine-et- 
Oise), pour 25 cahiers d'élèves. 

Médaille de bronze du Mhiis/re : 

M. Bondu^ instituteur à Bracquemont (Seine-Inférieure), 
pour leçons fl'insectologie faite aux élèves, pour devoirs d'é- 
lèves, etc. 

M. Chrétien, instituteur à Saint-Gyr-sous-Dourdan (Seine- 
et-Oise), pour cahiers d'élèves sur l'enseignement de l'ento- 
mologie. 
Médaille de bronze de la Société des Agiiculteurs de France: 

M. Mazeray, instituteur à Levignac (Lot-et-Garonne), pour 
ses travaux d'élèves et ses tableaux d'auxiliaires. 

Médaille de bronze f^v^wù module: 

M. Bigey, instituteur à Vellefrie (Haute-Saône), pour ses 
travaux d'élèves. 

M. Creusy, instituteur à Maisse(Seine-el-Oise), pour ses tra- 
vaux d'élèves. 

M. Defarcy, instituteur à Vayres (Seine-et-Oise), pour ses 
travaux d'élèves. 



BULLETIN d'iNSKCTOLOGIE AGRICOLE 197 

M. Duringer, instituteur à Beauquesne (Somme), pour 
deux taljleaux d'insectes. 

M. Faugé, instituteur à MarolIes-en-Brie (Seine-et-Marne), 
pour ses travaux d'élèves, ses études manuscrites et tableaux 
d'oiseaux avec insectes nuisibles qu'ils détruisent. 

M. Grand, instituteur à Labachellerie (Dordogne), pour ses 
cahiers d'élèves. 

M. Maitrier, instituteur à Noidant-le-Rocheux (Haute- 
Marne), pour ses travaux d'élèves et tableaux. 

M. Guibert, instituteur à Rocquencourt (Seine-et-Oise), 

pour ses travaux d'élèves. 

* 

Médaille dr bronze petit module : 

M. Chalumeau, instituteur à Saint-Ambreuil (Saône-et- 
Loire), pour ses travaux délèves. 

M. Danel, instituteur à Ferrière-la-Petite (Nord), pour ses 
travaux d'élèves. 

M. Déroche, instituteur à Saint-Remy (Haute-Saône), pour 
ses travaux d'élèves. 

M. Desbois, instituteur à Aluze (Saône-et-Loire), pour ses 
travaux d'élèves. 

M. Drocourt, instituteur à Aubencheul-aux-Bois (Aisne), 
pour ses travaux d'élèves. 

M. Fournier, instituteur à Nice (Alpes-Maritimes), pour 
ouvrage relatif à la protection due aux animaux et aux oi- 
seaux insectivores. 

M. Guihéneuc, instituteur à Boussay (Seine-Inférieure), 
pour trois cahiers d'élèves. 

M. Herlin, instituteur à Saint-Martin-Boulogne (Pas-de- 
Calais), pour douze tableaux d'élèves. 

M. Joubert, instituteur à Sainte-Marie (Haute-Alpes), pour 
ses divers travaux sur l'insectologie, cahiers d'élèves, etc. 

M. Launay, instituteur à Landivy (Mayenne), pour tra- 
vaux d'élèves et dessins d'insectes. 

M. Parrot, instituteur à Beleymas (Dordogne), pour tra- 
aux d'élèves, rapport du maître, etc. 



lî)8 BULLETIN d'iNSECTOLOGIE AGKICOLE 

M. Regrain, insliLuteiir à Monlmarault (Allier), pour ses 
travaux d'élèves. 

Mention honorable : 

M. Delpy, instituteur à Tarascon (Âriège), pour travaux 
d'élèves. 

M. le directeur de l'Ecole de la rue Grôlée, 59, à Lyon 
(Rhône), pour travaux d'élèves. 

M. Lacuve, inslituteur à Gombrand (Deux-Sèvres), pour 
travaux d'élèves. 

M.Larrieu, instituteur à Arbitain (Basses-Pyrénées), pour 
travaux d'élèveS. 

M. Mazel, instituteur à Chambon des Olliviers (Ardèche), 
pour travaux d'élèves. 

M. Michel, instituteur à Asnans (Jura). 

RÉCOMPENSES DECERNEES AUX EDITEURS 
LIVRES, BROCHURES, JOURNAUX, PUBLICATIONS, ETC. 

Diplôïnc de mérite : 

MM. Bouasse-Lebel et Massin, à Paris, pour tableaux 
d'insectes, imprimés. 

M. Ch. Delagrave, éditeur à Paris, pour ouvrages sur l'in- 
sectologie. 

MM. Firmin Didot et Gie, à Paris, pour ouvrages sur 
l'entomologie. 

M. Chauré, à Parit:, pour articles insectologiques dans le 
Moniteur de V Horticulture. 

MM. Hachette et Gie, à Paris, pour volumes, bons points et 
tableaux sur l'insectologie. 

M. T. Laurent, à Paris, pour planches en chromo sur le 
phylloxéra et le doryphora. 

M. LeBailly, à Paris, pour volumes sur les insectes Qi Jour- 
nal des cnmpafjnes. 

M. le directeur du Mar/asin pittoresque, à Paris, pour des- 
cription d'insectes et publications sur l'insectologie. 



BULLETIN D LNSECTOLOdlE AGRICOLE 199 

M. Ferdinand Nathan, à Paris, pour ouvrages sur les oi- 
seaux insectivores et planches en couleurs. 

M. Roret, à Paris, pour ouvrages sur les insectes [suite à 
H u If on). 

M. Lerîche, à Laniotte-en-Santerre (Somme), pour brochu- 
res sur les abeilles et l'apiculture. 

Le Syndicat du hannetonage, à Gorron (Mayenne). 

Médaille de bronze l^j 

de la Société des Agriculteurs de France : 
M. Lefebvre, secrétaire de la société d'apiculture d'Eure- 
et-Loir, à Chartres, pour une traduction d* Virgile, partie 
concernant les abeilles. 



l^niii'éafs delà scriciciiltnrc. 

Membres du Jury : président, M™e la Bai'oniie do Pages ; sccrétaii-e-i-appor- 
teur, M. Caillas, H. G. ; Meunier, 11. G. et N... 

Médaille d'or du Ministre de l'agriculture: M. Fallou de 
Paris, pour sa magniiique collection de Boinbyciens sérici- 
gènes connus, indigènes et exotiques acclimatés. 

Médaille d'or. — M. Rainé, de Paris. Collection d'Attaciens 
séricigènes exotiques élevés à Paris; élevage dePAttacus 
Gynthia dans les galeries de l'Exposition. Cette médaille se 
confond avec celle attribuée au même exposant dans la 
section de l'insectologie. 

Médaille de 1'' classe.— M. Maillot, de Montpellier, pour son 
Traité sur la sériciculture, statistique et carte séricicole. 

Médaille de 2™'' classe. — M""" veuve Simon, à 
Bruxelles. Produits scientifiques et industriels de la sérici- 
culture. 

Enseignement de la séricicttltiire : 

Médaille deT" classe. — M. Rollatà Perpignan. Brochures 
sur l'estivation des graines et le développement du ver clans 
l'œuf. 

Médaille d'argent du Ministre de l'agriculture. — M.Lelone- 



200 BULLETIN d'iNSFXTOLOGIE AGHICOLE 

du Dreneuc, à Paris. Etudes au microscope et spécimen de 
la coupe des fils de soie provenant des différents Insectes 
séricigènes. 

Médaille de 3" classe. — M. Galfard, pour une brochure 
contenant les instructions sur la sériciculture. 
Ministère de la marine et des colonies. — Diplôme d'Honneur. 
— M. le Ministre de la marine et des colonies a bien 
voulu nous envoyer une collection précieuse de cocons, soies 
grèges et filées et teintes, de doupions, provenant de races 
diverses domestiques ou sauvages qu'on rencontre en Cochin- 
chine, au Tonkin, en Guyane, au Sénégal, ainsi que des types 
de dévidoirs primitifs employés dans ces pays. 

Médaille de l''^ classe. — M. Bilbault, conservateur adjoint 
du Musée des Colonies (Palais de l'Industrie) , pour participation 
en organisant dans des diiîérentes sections, Sériciculture, 
Apiculture et Insectologie, les installations des produits 
exotiques de la Guyane, du Sénégal, du Cambodge, du 
Tonkin et de la Cochinchine. 



Un diplôme de Mérite a été décerné au Musée pratique 
d'Histoire naturelle {ColiecLiou des Cliarençons de France). 

Médaille de l" classe. — Trouillet, architecte du gouver- 
nement et de la Société, pour son habile direction dans l'orga- 
nisation des installations de l'Exposition. 

DISTRIBUTION SOLENNELLE DES RÉCOMPENSES AUX EXPOSANTS 

25 SEPTEMBRE 1887 

SOUS LE PATRONAGE DU MINISTRE DE L'AGRICULTURE 

lîT SOUS LA rniiSIDENCE 

(le M. (le IIÉIIÉDIA, Ministre des Travaux Publics. 

A L'ORANGERIE DES TUILERIES 

Du 28 Août au 28 Septembre 

La distribution des récompenses aux exposants a eu lieu, 
devant une nombreuse assistance, sous la présidence de 



BULLETIiV d'iNSECTOLOGIE AGRICOLE 201 

M. de Hérédia, ministre des travaux publics, assisté de Son 
Exe. le général Tcheng-Ki-Tong, de MM. Wilfrid de Fonvielle 
et Malessard, vice-présidents, Hamet, secrétaire général et 
Ramé, commissaire général de l'Exposition, Wallès, secré- 
taire, et de plusieurs notabilités, parmi lesquelles M. Deligny, 
membre du conseil municipal de la ville de Paris, et M. Dan- 
drei adjoint au maire du I" arrondissement. 

La salle des conférences et les salles d'exposition avaient 
été, pour la circonstance, parées d'arbustes tirés des serres de 
la ville de Paris et de dahlias mis à la disposition par le 
jardinier-chef du Jardin des Tuileries. 

L'estrade était ornée de trophées formés de drapeaux chi- 
nois et de drapeaux français entrelacés. 

La séance a été ouverte par M. le ministre qui, dans une 
intéressante improvisation, a exposé les regrets de M. le 
ministre de l'agriculture qui n'a pu venir prendre part à 
cette fête de famille, mais qui a délégué à sa place M. Auriol, 
membre de son cabinet, pour prouver toute sa sympathie à 
la Société d'apiculture et d'insectologie. 

M. le ministre exprime ensuite tous ses remerciements à 
M. Hamet, homme de science et de volonté, qui a fondé la 
Société d'apiculture, il y a plus de 3o ans. M. Wilfrid de Fon- 
vielle, vice-président, reçoit également son tribut d'éloges 
bien mérités pour le dévouement et l'activité qu'il apporte 
dans sa tâche délicate. 

« C'est M. de Fonvielle, dit M. le ministre, qui va vous 
décrire le mérite des exposants et ceux des instituteurs qui 
se sont si intelligemment associés à son œuvre. 

« J'ai aussi auprès de moi, ajoute M. de Hérédia, un homme 
auquel j'ai voué depuis longtemps une amitié profonde, 
M. Ramé, l'honorable commissaire général de l'Exposition et 
le propagateur infatigable de l'Association Philotechnique. 

« Ces messieurs, dit en terminant M. le ministre, v(;nt vous 
faire connaitre la situation satisfaisante de la Société en 
développant les mérites particuliers des exposants et en 
témoignant des espérances qu'il est permis de former au 
sujet de l'amélioration de l'enseignement technique. » 



202 Bl'LLETIiN d'iNSECTOLOGIE AGRICOLE 

La parole estdoniiée ensuite à M. Ramé qui s'exprime ainsi: 

ALLOCUTION DE M. RAMÉ 

Commissaire général. 

Monsieur le Ministre, 
Mesdames, Messieurs, 

Parmi les manifestations modernes, il en est qui marquent 
leur passage d'une façon toute particulière. Ce sont celles qui 
ont trait aux découvertes des savants et des chercheurs, aidant 
ainsi à la diffusion des lumières et à la vulgarisation de la 
science. 

Ce n'est pas sans peine que l'on arrive à redresser les 
erreurs et à combattre les préjugés. 

Aussi avons-nous eu recours à tous ceux qui, de près ou de 
loin, protègent les etforts soutenus d'obscurs citoyens, n'ayant 
d'autre ambition que le soulagement de l'humanité et la 
grandeur de la France. 

Afin de pouvoir remercier toutes les personnes qui ontbien 
voulu collaborer à notre œuvre, je vous demande un peu de 
bienveillance. 

Commençant par notre cher président, M. le Ministre des 
travaux publics, éloigné de nos travaux, a-t-il dit, il les con- 
naît tous cependant et les suit, je puis rassurer, d'une façon 
très assidue. Jamais il n a laissé échapper l'occasion de rendre 
service à notre Société. 

Merci, cher président, de tout ce que vous avez fait pour 
nous; et puisse la modeste épingle ornée de V Abeille d'hon- 
neur que la Société se fuit un devoir et un plaisir de vous 
offrir, vous rappeler de temps en temps les quelques instants 
que vous avez bien voulu nous consacrer aujourd'hui. 

Merci aussi à M. le Ministre de l'Agriculture, qui non seule- 
ment a patronné notre œuvre, mais nous a aidés par les allo- 
cations dont il dispose, et par ces récompenses qui vont être 
distribuées et à M. le Ministre de l'Instruction publique 
pour les magnifiques volumes qu'il nous a fait remettre 
hier 



BULLETIN d'iNSECTOLOGIE AGRICOLE 203 

Adressons encore nos remerciements à la Société des 
Agriculteurs de France qui a mis à notre disposition avec 
empressement, et je le dis bien haut, avec sa bienveillance 
habituelle, des médailles de vermeil, d'argent eL de bronze qui 
seront décernées en son nom, ainsi qu'à la Société d'Apicul- 
ture de l'Aube qiii nous a offert les mêmes médailles. 

Merci également à la Municipalité du 1 "" arrondissement, qui 
nous a fait l'honneur de faire frapper une médaille à l'occa- 
sion de cette solennité. 

Aux éditeurs qui ont bien voulu participer à notre fête par 
des dons de livres destinés aux enfants studieux des écoles, 
nous offrons l'expression de notre plus vive reconnaissance. 
Nommons également M"" Demoulin, qui nous a offert 
plusieurs ouvrages choisis parmi les plus charmantes de ses 
œuvres. 

A vous, Messieurs les Conférenciers et Membres des jurys, 
qui nous avez prêté votre bienveillant concours, nous olfrons 
le témoignage de notre gratitude: Que nos remerciements 
soient également entendus de la Presse qui, en nous aidant 
de son pouvoir, a contribué au succès de notre Exposition. 

Que les exposants qui ont répondu à notre appel reçoivent 
aussi nosremerciements, et si quelque collaborateur se voyait 
oublié, qu'il ne pense pas à mal, et prenne, lui aussi, la part 
qui lui revient dans la réussite de cette exhibition qui, 
quoique restreinte, n'en a pas moins eu pour seul objectif, la 
lutte contre les infiniment petits, les plus terribles ennemis 
que nous ayons à combattre et contre lesquels nous devons 
nous réunir tous pour rendre la nation grande et prospère. 

Enfui, permettez-moi, en terminant, de vous dire que tous 
les résultats obtenus sont l'œuvre d'un homme modeste, dont 
l'initiative et l'infatigable ténacité ont, depuis plus de trente 
ans, tenu en haleine les partisans de l'Apiculture: j'ai nommé 
notre vénérable Secrétaire général, M. Ilamet. 

Après cette allocution, très applaudie, M. le Ministre donne 
la parole à M. W. de Fonvielie, qui donne lecture de son 
Bapport crenôt?nôle dont nous e^itrayon., le passage suivant: 



20i BULLETIN d'iNSECïOLOGIE AGRICOLE 

« Nous avons cru qu'il était de notre devoir d'accorder, à 
titre exceptionnel^ notre plus belle récompense au général 
Tcheng-Ki-Tong, bien connu déjà des lettrés français par les 
publications qu'il a faites sur le vaste empire dont nous 
sommes à la fois devenus les voisins et les amis sincères. 
C'est un faible tribut de reconnaissance pour la mul'itude de 
choses intéressantes, que ce sympathique diplomate nous a 
apprises sur sa patrie. 

« Certainement son mérite personnel est suffisant déjà pour 
justifier complètement cette haute distinction. Mais nous ne 
cacherons pas que nous sommes heureux de lui accorder notre 
Abeillp tVbonneur comme un témoignage de sympathie 
envers la grande nation qu'il représente si dignement parmi 
nous, et qui doit se considérer comme chez elle dans toute 
exposition consacrée à l'Insectologie. En effet, c'est dans les 
annales des Chinois qu'il faut aller chercher l'histoire de la 
première conquête d'un insecte utile. Ce haut fait est con- 
sacré par leur littérature, et un de leurs plus grands monar- 
ques en a fait l'objet d'un admirable poème. » 

Le magnifique et éloijuent rapport de M. de Fonvielle a été 
publié, à part, en une brochure de 16 pages. On peut se le 
procurer au secrétariat, 67, rue Monge, ainsi que les diverses 
conférences qui oni été imprimées. 

La distribution des récompenses commence ensuite par la 
section d'Apiculture. 

Le Ministre félicite chaque lauréat et lui serre la main. Les 
diplômes de mérite, les médailles d'or et de vermeil, etc., sont 
remises aux heureux titulaires. 

Après la distribution des lauréats de l'Apiculture, une 
magnifique coupe de bronze a été offerte par M. Wallès, au 
nom des membres de la Société et des exposants, à l'honora- 
ble M. Hamet, qui a remercié en termes émus. 

A l'issue de l'appel des récompenses, M. le ministre dit qu'il 
a encore une tâche à remplir au nom de M. le Ministre de 
l'Agriculture et décerne à M. Ramé, Commissaire général 



BULLETIN d'iNSECTOLOCxIE AGRICOLE 205 

de l'Exposition, en l'accompag-nant des éloges les plus tlat- 
teurs, le diplôme et les insignes de chevalier du Mérite agri- 
cole. M. Hamet, Secrétaire général de la Société, reçoit égale- 
ment le diplôme d'officier de l'instruction publique, et M.Saint- 
Pée. Trésorier de la Société, est nommé officier d'académie. 

Avant de clore la cérémonie, M. le ministre prononce 
encore quelques paroles de félicitation à l'adrese de la 
Société et des exposants et leur donne rendez- vous à l'Expo- 
sition de 1889, oii la France restera toujours digne de son 
titre de grande nation. 

A ce moment, M. Malessart, vice-président de la Société, 
offre à M. Ramé, au nom des membres de la Société et des 
exposants, un superbe objet d'art en témoignage de recon- 
naissance pour les services qu'il a rendus à la Société et aux 
exposants. 

M. Ramé, d'une voix que couvre l'émotion, répond, en 
disant: « Je vous remercie bien sincèrement. Ce témoignage 
d'estime et de sympathie dont mon cœur est jaloux me tou- 
che profondément : il prouve qu'il n'y a pas eu que des 
mécontents dans l'Exposition. 

« Lorsqu'elle essaime, l'abeille à l'abeille s'attache, imilons- 
la pour former de nouveaux essaims et agrandir ainsi notre 
rucher. » 

Après la séance, un lunch a été offert à M. le Ministre dans 
les bureaux du commissaire géaéral. C'est l'hydromel qui a 
eu les honneurs de la dégustation. 

EnQn, M. Ramé a prié tous les insectologues présents de se 
faire inscrire pour le rendez-vous de 1889, auquel M. le Minis- 
tre les avait conviés. 

COMPOSITION DU JURY DES SECTIONS 

Apiculture.— MM. BELmOTTE, préside?^; HAMET, secré- 
taire-r((pportew\ h. c; ASSET, h. c, ; BEUVE, ii. c; MALES- 
SART; SAINT-PÉE, II. c. 

Sériciculture. — M"" de PAGES (la baronne), 'président, MM. 
CAILLAS, secrétaire-rapporteur, Y{. c; MEUNIER, h. g. ; N 



206 BULLETIN d'iNSECTOLOGIK AGKICOLE 

Insectologie. — MM. W. de FONYIELLE, présidr/tf ; BOU- 
YlEll, II. c. ; JECKEL; SAYART, secrétaire-rapporleyr, ii. c. 
TOURNIER. 

Enseignement.— MM. MONTAUDON, président', DAGUIN, 
secrrlaire-rapportciir, h. c. ; SAYART; WALLÈS, ii. c. 

Des Médailles d'or, de vermeil, d'argent et de bronze ont 
été offertes par : 

M. le Ministre de l'Agriculture ; 

La Société des Agriculteurs de France ; 

La Société d'Apiculture de l'Aube ; 

La Municipalité du I" arrondissement de Paris; 

Les autres médailles ont été décernées au nom de la 
Société centrale d'Apiculture et d'Insectologie. 

Des Livres ont été offerts par: 

M. le Ministre de l'Instruction publique ; 

MM. Hachette et Cie (plus de nombreuses séries de bons 
points); 

La Maison Delagrave: la Maison Roret; 

M""^ Gustave Demoulin; 

MM. Jouvet et Cie, Colin et Cie, Le Bailly et Cie. 

CONFÉRENCES 

Samedi 27 Août, à midi. — Discours d'ouverture de l'Ex- 
position, par M. W. DE FONVIELLE, vice-président. 

Jeudi 1" Septembre, 2 h. 1/2. — M. MONTAUDON :L^^ Ver à 
soie : anatomie, description de chacune de ses métamorphoses. 

Samedi 3. — M. 'VICAT : Projectiom. Puissance et différentes 
applications de Tinsecticide. 

Mardi 0. — M. Louis BLAIRET: Les Auxiliaires de l'Afpn- 
cullure. 

Jeudi 8. — M. MAILLES: Les Reptiles et les Batraciens de 
France, au point de vue de la destruction des insectes. 

Samedi 10. — M . DREES : Le Hanneton et ses métamorphoses, 
démonstration avec les pièces anatomiques du D''Auzoux. 

Mardi 13. — M. GUILLOT, naturaliste: Coyis2</er«^/o7i5 sur 
le squelette tégumeniaire des Lisecles, et démonstrations des 



BULLETIN d'iNSECT0L0(.1E AORrCOLE 207 

organes qui oiiL servi à les diviser en ordres, ^ivec l'indica- 
tion de la place que doivent occuper, dans l'ordre systéma- 
tique, les principaux insectes utiles et nuisibles. 

Mardi 13, à 3 h. — Visite de M. dk HÉRÉDIA, Ministre des 
travaux publics, président de la Société. 

Jeudi 15. - M. le Docteur TROUESSART : Us Parasites 
épidenniques de lliomme et des animaux domesfifjues. Les 
Acariens, destructeurs des collectiQns d'iiistoire naturelle. — 
Projections microscopiques au gaz oxydrique. 

Jeudi 15, à 3 h. — Visite de M. TISSERAND, conseiller 
d'Etat, directeur de l'agriculture et de M. LORENTZ, direc- 
teur des forêts. 

Samedi 17. — M. HAMET, professeur d'agriculture au 
Luxembourg; hJtut social des Abeilles. 

Lundi 19.— M. BLAIRET : Les Protecteurs de raç/ricalture. 

Mardi 20. - CONGRÈS INSECTOLOGIQUE. 

Mercredi 21. — M. MAILLES: Des Insectes utiles et 
nuisibles à l économie domestifjue. 

Mercredi 21, 2 h. 1/2. — Visite de M. BARRE, Ministre de 
l'Agriculture, accompagné de M. TISSERAND, conseiller 
d'Etat, directeur de l'agriculture. 

Jeudi 22. — M. RAVERET-WATTEL : Des Insectes utiles et 
Insectes nuisibles à la pisciculture. 

Vendredi 23, 2 h. — CONGRÈS APICOLE. 

Samedi 24. — Son Excellence le Général TCHENG-Kl- 
TONG: Les Insectes utiles de l'I^nipire chinois. 

Dimanche 25, 2 h. — DISTRIBUTION SOLENNELLE DES 
RÉCOMPENSES, sous la présidence de M. de HÉRÉDIA, 
Ministre des Travaux publics, président de la Société. 

Lundi 26. — M. le Docteur TROUESSART : Les Acariens 
utiles et nuisibles, mœurs, migrations métamorphoses. Pro- 
jections au gaz oxydrique. 

Mardi 27. — M. DAVID de SAINT-GEORGES: Les Rava- 
geurs des Forêts. Insectes nuisibles aux bois feuillus et 
résineux. Caractères scientifiques. Mœurs. Dégâts. Moyens de 
combattre leurs ravages. Les auxiliaires de l'homme. 

Les Dimanches -4, 11 et 18 SeptexMbre, à 2 h., ont eu lieu 



208 BULLETliS D INSECTOLOGIE AGRICOLE 

des conférences populaires avec projections sur le s principaux 
Insectes, leurs transformations et leurs organes. — Confé- 
rencier: M. Emile TOURNIER, conférencier de la République 
de Genève. 

Les 10,1:2, 13,14, 1(3 et 17 Septembre, ont eu lieu deux 
séances chaque matin - de 9 h. i/2 à 11 h. 1/2. — Ces con- 
férences ont été faites par M. TOURNIER, pour les enfants des 
écoles communales de la ville de Paris, avec projections, et 
avaient pour sujet: Les Principaux Insectes; utilité et dégâts. 

Mercredi 28.— Fermeture de l'Exposition à •'j heures du soir. 

Congrès Apicole «le .septembre 

Les vœux formulés par les membres du congrès ont été 
adressés au Ministre et depuis cet envoi M. le Ministre de 
l'Agriculture à répondu au Secrétaire général de la Société 
centrale d'apiculture et d'insectologie par la lettre suivante : 

« Monsieur, vous avez bien voulu me communiquer, au 
nom de la Société centrale d'apiculture et d'insectologie, les 
vœux émis dans le Congrès des apiculteurs qui s'est tenu, 
dans l'Orangerie des Tuileries, le 23 septembre dernier. 

« J'ai l'honneur, monsieur, de vous accuser réception de 
ce document important. Je saisis cette occasion pour vous 
faire connaître que mon administration, justement préoccu- 
pée de la situation qui est faite à notre industrie apicole, par 
la concurrence des produits étrangers, recherche précisément 
en ce moment les moyens d'y remédier ; elle va se concerter 
à cet effets avec le Ministre du Commerce et de l'Industrie, 
pour les mesures à prendre contre les tniels et les cires de 
provenances étrangères; d'autre part, elle est décidée à faire 
les plus grands efforts pour développer l'enseignement api- 
cole dans les départements et amener ainsi les producteurs 
français à perfectionner leur méthode et leur outillage. 

« Recevez, monsieur, l'assurance de ma considération dis- 
tinguée. . , „ . , 

« Le ministre de t agriculture , 

« Barbe. » 
71 

(m|- de la SOI-., (ta Typ. 'luutT TE, S. r. C;iiii|'»'j-i 



ONZIÈME ANNÉE, N° 12. Décembre 1888 

BULLETIN 

D'INSECTOLOGIË AGRICOLE 



SOMMAIRE : Rectification à la liste des lauréats de l'Inseclologie. — 
Lauréats de renseignement. — Editeurs, livres, journaux, etc. — 
Lauréats de la sériciculture.— Distribution solennelle des récompenses 
aux exposants. — Composition du Jury des sections. — Conférences. — 
Congrès apicole, lettre de M. le ministre de l'agriculture. 



BIBLIOGRAPHIE 

Les papillons, par M. MainDRON (1). 

Y a-t-il rien de plus admirable dans la création, rien qui 
démontre mieux l'art infini de la nature, que ce petit être 
qui ressemble plutôt à une fleur ailée, lepapillon? Quel sujet 
d'admiration pour nous, quelle joie pour les enfants qui se 
précipitent à leur poursuite, que la vue de ces légères créa- 
tures si gracieuses de formes, dont les ailes revêtues des 
Duances les plus délicates ou des couleurs les plus variées 
déliant l'art du peintre ? 

M. Maindron, dans son livre, ne se contente pas de décrire 
les différentes espèces de papillons, la série étonnante des 
transformations ou métamorphoses qu'ils traversent avant 
d'arriver à leur état parfait, il nous apprend encore l'art de 
les prendre et de les conserver. Ces détails pratiques intéres- 
seront certainement tous ceux qui se préoccupent de se créer, 
pour l'époque du séjour à la campagne, des distractions 
intelligentes et instructives (2). 

Après avoir reproduit l'intéressant article du Temps, 
nous allons nous acquitter de la tâche qui nous a été 
confiée : rendre compte de l'ouvrage ci-dessus. Dire tout ce 
que l'on pense d'un ouvrage, le bien, peut être agréable, 

1. M. Maindron : Les Papillons. Libraiiùe Hachette et Cie, Bibliothèque 
des Merveilles, 1 vol. in-16, illusti-é de 94 g-ravui-es ; broché. 2 fr. 25 ; car- 
tonné, ?i fp. 50. 

2. Extrait du supplément du Temps, du mardi 20 décembre 1887. 



210 BULLETIN d'inSECTOLOGIE AGRICOLE 

mais difficile toutefois; quant au mal, besogne très facile, 
il n'y en a pas, critique agréable, je le répète, de faire ressortir 
toutes les qualités renfermées dans les 272 pages du volume 
Les Papillons. 

Cette Bibliothèque des Merveilles contient énormément de 
bons volumes, et après tant d'autres, celui-ci devient un com- 
plètement obligatoire pour tous ceux qui désirent s'instruire. 
Pour commencer, il faut de bons livres, et celui-là en est un. 
Lecture facile, agréable, voilà un point acquis, et c'est énorme 
pour voir un peu clair dans la science. 

Notions claires et précises, désignations en français hlo. 
portée de tous, maîtres ou élèves; les instituteurs y trouve- 
ront des renseignements clairs et précis pour l'enseignement 
de l'Insectologie. On peut étudier avec ce livre, et celui qui 
aura posément lu chacun des chapitres sentira naître en lui ce 
désir de voir, d'apprendre, en un mot de connaître l'inconnu, 
et l'inconnu c'est l'infini : mais ne vous effrayez pas, nos 
grands savants n'ont pas encore découvert l'infini et pour qui 
veut apprendre il y a toujours du nouveau, il y en aura tou- 
jours. 

L'auteur, en tête du chapitre II, a détaché un passage de 
Caliban, de Rena.n, il ne nous est pas possible de laisser cette 
citation sans vous en faire part : 

« Voyez le papillon : c'est moins un animal à part que la 
floraison d'un autre animal. Le papillon est un âge du ver- 
misseau comme la fleur est un moment passager de la plante. 
Une créature peu douée en apparence, peu riche de vie et de 
conscience, condamnée, vous le diriez, à ne représenter, dans 
la nature, que la laide et pâle existence, à faire nombre et à 
remplir un des vides de l'échelle infinie, s'éveille tout à coup. 
L'insecte lourd et rampant devient ailé, idéal; sa vie est tout 
aérienne ; être de terre^, pétri de grossières humeurs, il de- 
vient hôte de l'air et fiils du jour. Qui a fait cette merveille ? 
L'amour. — Le papillon, c'est la période d'amour. N'admirez 
plus s'il étend ainsi ses ailes, s'il caresse i toute fleur, s'il 
poursuit çà et là son joyeux caprice. Tout est d'or à ses yeux, 



BULLETIN d'iNSECTOLOGIE AGRICOLE 211 

tout nage pour lui dans cette atmosphère embrasée qui fait 
la beauté des choses. Heureux être ! il s'épanouit à son heure, 
il rejette sa lourde robe de bure; il s'enivre, il mène durant 
quelques moments la plus céleste des vies. Puis il meurt. Il 
ne fleurit que pour mourir. Sitôt qu'il a pu assouvir sa soif, 
sitôt qu'il a bu sa pleine coupe de joie, il se dessèche. Heureux! 
Pour lui, aimer c'est vivre; avoir aimé, c'est mourir I Je ne 
doute pas que durant ce court espace il ne se condense en la 
conscience de ce petit être tant de volupté, que sa vie fugitive 
remporte sur celle des plus puissantes créatures, et ne dé- 
passe de beaucoup en valeur celle de la grande majorité des 
hommes. — Court et brillant éclair, fleur d'un jour, salut à 
toi, ô bien-aimé de Dieu, ô toi dont la vie resserre en quel- 
ques heures ces trois moments divins : fleurir, aimer mourir! » 
Afin de mettre nos lecteurs à même déjuger de la valeurde 
cet intéressant et agréable volume nous donnons ici un pas- 
sage pris au hasard dans le chapitre V. 

A. Ramé. 



Famille des ^atyridcs (1). 

« Antennes terminées par un bouton court etpiriforme, 
tantôt par une massue grêle et presque fusit'orme. Palpes 
s'élevant notablement au delà du chaperon, hérissé de poils 
en avant. Tête petite, yeux tantôt giabres, tantôt pubescents. 
Corselet peu robuste. Ailes supérieures ayant presque tou- 
jours la nervure costale, surtout la médiane, et quelque- 
Ibis la sous-médiane ou l'inférieure, dilaté;3S et un peu vési- 
culeuses à leur base. Cellule discoïdale des ailes inférieures 
fermée. Gouttière anale peu prononcée et laissant l'extré- 
mité de l'abdomen à découvert lorsque les ailes sont 
relevées dans le repos. Vol sautillant et peu soutenu. 

« Chenilles atténuées postérieurement, et dont le dernier 
anneau se termine en queue bifide. Elles sont tantôt lisses, 

i. Ainsi caractérisée par Berce. 



212 BULLETIN d'iNSECTOLOGIE AGRICOLE 

tantôt rugueuses, tantôt pubescentes. Elles vivent toutes 
exclusivement de graminées. Chrysalides tantôt oblongues el 
un peu anguleuses, avec la tôle en croissant ou bifide, c' deux 
rangées de petits tubercules sur le dos, tantôt courbes et 
arrondies, et avec le dos uni, toutes sans taches métal- 
liques. » 

Les Salyrides, dont l'Europe nous offre près de cent 
espèces réparties en neuf genres, possèdent aussi un nombre 
très grand de représentants exotiques : si les espèces de nos 
climats sont en général petites et de couleur sombre, c'est 
parmi celles des pays chauds, des régions tropicales de 
l'Amérique, qu'il faut chercher les plus beaux et les plus 
grands papillons diurnes. Le splendide Morpho à l'éclat 
métallique, les superbes Pavonia dont la robe rappelle celle 
des faisans Argus, sont, dans le Nouveau Monde, les plus remar- 
quables représentants de la famille. Genres principaux d'Eu- 
rope : Arge, Erebia, Chionobas, Satyrus, Pararge, Ep'me- 
phele,. Cœnonynipha. 

Arge. Satyres blancs et noirs^ à antennes longues, grossis- 
sant à partir du milieu pour former insensiblement une 
massue fusiforme. Le dernier article des palpes, glabre et 
pointu. Ailes arrondies, faiblement dentées. 

A. Galathea; le Demi-Deuil. — Envergure, 47 millimètres. 
Ailes blanc jaunâtre, noires à la base, avec des taches noires, 
bordées irrégulièrement de noir. Beaucoup plus clair en des- 
sous, les inférieures portant deux bandes grises, l'extérieure 
portant despetits yeux noirs. La variété Procida,à.e Provence, 
est plus chargée de noir. 

Chenille verte ou grise avec une ligne sur le dos et une sur 
chaque flanc, obscures, bordées de lignes plus claires. En 
avril et en mai sur diverses graminées. La chrysalide se trouve 
à terre : jaunâtre avec deux taches noires sur la tète. 

Le Demi-Deuil est très commun dans tous les lieux incultes, 
les bois secs, en juin et juillet. M 

A. Lachesis. 55 millimètres. Plus grand que le précédent, 
beaucoup moins taché de noir. Les quatre ailes bordées de 



BULLETIN d'iNSECTOLOGIE AGRICOLE 213 

noir avec la base obscure, une seule tache noire aux ailes 
supérieures, près de la côte. Midi de la France. Mai el juin. 

.-l. Cloth.o est représenlé en France par sa variété Cleanthc 
Qi Psyché, qui sont du midi de la France, .1. Inès, d'Espagne, 
A. llerta, de Dalmatie, etc. 

Erebia. Tête plus étroite que le corselet, palpes longs, 
antennes moyennes, plutôt courtes. Papillons brun foncé, 
enfumés, portant presque toujours une bande d'un roux fer- 
rugineux marquée de taches en forme d'œil noir et blanc. 
Les Erebia habitent les montagnes et ne vivent jamais dans 
les pays plats. Les anciens auteurs les nommaient Satyres 
nègres. Ce genre est représenté dans les régions monta- 
gneuses de la France par une trentaine de formes, dont nous 
allons citer les plus remarquables. 

E. Epyhron d'Allemagne, représentée en France par sa 
variété Cassiope. C'est une petite espèce de 33 millimètres 
d'envergure. Brun noir, les ailes supérieures portant près de 
leur bord externe une bande ferrugineuse, divisée en brun 
parles nervures, portant quatre points noirs. 

Habite les Alpes, les Pyrénées, les Vosges, l'Auvergne, en 
juillet. 

La variété Nélamus présente la bande ferrugineuse avec les 
points noirs absents ou incomplètement effacés. 

Les E. Melampus et Pharte, très voisines de l'espèce précé- 
dente, habitent l'une les Pyrénées et les Vosges, les Alpes et 
l'Auvergne, l'autre la Savoie et l'Isère. 

E. Pyrrha. Espèce plusgrande, 40 millimètres d'envergure. 
Ailes brunes avec une bande ferrugineuse assez obscure et 
diffuse; des Alpes et des Pyrénées, Isère, etc. 

Dans \E. Ceto, espèce un peu plus grande que la précé- 
dente, les bandes ferrugineuses sont plus apparentes, et les 
points noirs plus accentués. Dauphiné et Pyrénées. 

E. ^Eme. Environ 38 millimètres ; des Alpes, Auvergne. 

E. Médusa. Espèce assez grande. Envergure, 42 millimètres. 
Les quatre ailes brunes, les supérieures portant près du bord 
une bande ferrugineuse, divisée par les nervures, ornée près 



214 BULLETIN d'iNSECTOLOGIE AGRICOLE 

du bord apical de deux yeux noir et blanc, puis d'une tache, 
d'un œil, et d'un petit point noir. Les inférieures portant aussi 
une bande ferrugineuse ornée de trois petits yeux. 

Vosges. Cette espèce descend beaucoup plus que les autres, 
s'avançant presque dans les plaines et les collines de Bar-sur- 
Seine. 

Le genre Chionobas est propre aux régions polaires et aux 
régions élevées des Alpes. Une espèce le représente en France ; 
on la trouve en Savoie, à Chamouny 

Chionobas Aëllo. 45 millimètres d'envergure. Les quatre 
ailes d'un fauve pâle, les supérieures ornées de deux points 
noirs près du bord externe, les inférieures en portant un seul 
près du bord inférieur. On le prend en juillet et en août aux 
Grands-Mulets ou au Jardm. D'autres espèces fréquentent les 
glaciers du nord de l'Europe : C Norna, Laponie ; C. OE?io, 
l'Islande, etc. ; d'autres encore, les montagnes Rocheuses, 
l'Himalaya, etc. 

Le genre Sc/tf/rus nous offre de nombreuses espèces habi- 
tant nos environs pendant la belle saison. 

Caractères du genre : antennes moins longues que le corps; 
palpes poilus, hérissés ; leur dernier article très court et aigu ; 
ailes supérieures arrondies, ailes inférieures à dents 
obtuses. 

S. Hermione; le Sylvandre. 65 millimètres. Grande et 
belle espèce, commune en juillet et août dans la forêt de 
Fontainebleau. Les ailes d'un beau brun velouté, portent une 
bande blanchâtre longeant le bord et n'atteignant pas le bord 
interne dans les inférieures. Aux ailes supérieures la bande 
blanche émet un prolongement interne à la côte, et à cet 
endroit se remarque un œil noir à pupille blanche. Un point 
noir sur cette bande entre les quatrième et cinquième ner- 
vures. Un petit œil à l'angle interne des ailes inférieures. La 
variété Alcyone, petite, à bande des ailes inférieures plus 
obscure extérieurement, est de la France méridionale. 

S. Circe. 70 à 75 millimètres. Brun velouté, les quatre 
ailes lisérées de blanc. Les ailes supérieures ont une bande 



BULLETIN d'iNSECTOLOGIE AGRICOLE 215 

d'un beau blanc se continuant avec celle des ailes inférieures, 
également blanche. Cette bande de l'aile supérieure est 
rejointe au bord apical par trois taches blanches, et porte 
en son milieu un point noir. 

Cette belle espèce n'est pas rare dans le midi de la 
France. 

Les chenilles de ces deux grands Satyres vivent sur les 
graminées, qu'elles rongent pendant la nuit; durant le jour 
elles se tiennent cachées sous les pierres, les feuilles 
sèches. 

S. Brieis ; V Ermite. 52 millimètres. Ailes brunes avec une 
bande transversale blanc jaunâtre, divisée par les nervures; 
celle des inférieures beaucoup plus large que celle des supé- 
rieures et non divisée; souvent aussi elle est plus diffuse et 
plus obscure, parfois au contraire elle envahit tout le disque 
et le bord interne, ne laissant que la base et une large bor- 
dure brune. Deux yeux noirs à pupille blanche sur la bande 
des ailes supérieures. Dessous gris blanchâtre avec deux 
taches et deux yeux noirs aux ailes supérieures, deux taches 
brunes aux intérieures, les quatre portant près de leur bord 
une ligne sinueuse brune. 

Chenille grise avec le ventre blanc et trois lignes foncées 
sur le dos ; mœurs des précédentes. 

Ce Satyre est commun en France dans les endroits arides, 
on le trouve dans nos environs, à Lardy, en juillet et août. La 
variété Pisata d'un brun plus ardent, aux bandes obscures, 
est du midi de la France. Une espèce voisine, S. Anthc, et sa 
variété Hanifa habitent la Russie. 

S. Semele; Y Agreste. 48 millimètres. Espèce très commune 
partout en juillet et août dans les bois secs. Ailes d'un brun 
jaunâtre bordées de noirâtre ; une bande fauve, large, traverse 
les quatre près de leur bord et porte, aux ailes supérieures, 
deux gros points noirs. La bande fauve n'atteint pas le bord 
interne des ailes inférieures et porte à l'endroit où elle vient 
mourir un point noir. En dessous, les ailes supérieures sont 
fauves à la base, puis ferrugineuses avec la côte et le bord 



216 BULLETIN d'iNSECTOLOGIE AGRICOLE 

externe lavés de gris ; deux points noirs près du bord. Les 
inférieures grises, variées de brun, sont traversées par une 
bande sinueuse et large blanchâtre. 

S. Arcthusa; le Mercure. 43 millimètres. Les quatre ailes 
brun obscur avec la bande fauve, séparée par les nervures. 
Un point noir sur la bande au sommet de l'aile supérieure, 
ce point noir reparaissant en dessous. Commun en août, à 
Fontainebleau, Lardy. 

S. Fanna; le Faune. 45 millimètres. Brun foncé, les ailes 
lisérées de blanc. Une rangée de points noirs bordant l'aile 
inférieure ; deux points noirs séparés par un point blanc sur 
Taile supérieure, près du bord. La femelle plus grande, d'un 
brun moins obscur, a les ailes supérieures jaune d'ocre sau- 
poudré de noir à leur extrémité. Dessous des ailes infé- 
rieures avec la base grisâtre d'une bande nébuleuse au 
milieu et la bordure grisâtre chez le mâle ; chez la femelle le 
dessous des supérieures a des yeux plus grands et plus cer- 
clés de jaune. 

Assez commun à Fontainebleau, Lardy, en août. 

S. Fidia, Actaea, Phœclrci sont du midi et de l'est de la 
France. Pliœdra est une belle espèce de 55 millimètres d'en- 
vergure, brun foncé avec deux yeux blancs cerclés largement 
de bleuâtre et entourés d'un mince filet jaune, se reprodui- 
sant en dessous. 

Citons encore le S. Cordula des Alpes, de l'Isère, le 
xS. Boxelama de jMorée, Clymene de Turquie, Lyssa de 
Dalmatie. 

Une espèce très abondante aux environs de Paris nous 
fournit le premier type du sous-genre Pararge. 

Les Satyres de cette division n'ont qu'un œil sur les ailes 
supérieures, mais en présentent plusieurs sur les ailes infé- 
rieures. Leurs chrysalides se suspendent par la queue. 

6\ Mœra; le Satyre. 45 millimètres. Brun jaunâtre, les 
quatre ailes portant près de leur bord une large bande fauve 
pâle avec un œil blanc, cerclé de noir au sommet de l'aile 
supérieure et deuxpetits au bord externe de l'aile inférieure. 



BULLETIN d'iNSECTOLOGIE AGRICOLE 217 

Commun en mai et juillet dans les terrains secs et arides. A 
ce groupe se rattachent S. Hiera des Alpes, TigeUus de Sar- 
daigne. 

S. Megœra. 40 millimètres. Ailes jaune fauve avec les ner- 
vures et des bandes transversales brunes, et la base obscure. 
Un œil au sommet des ailes supérieures, trois petits aux 
ailes inférieures. 

Commun en mai et juillet, dans tous les bois, sur les che- 
mins, etc. 

S. JEgeria. 38 à 40 millimètres. Ailes plus dentées que 
chez les précédents, d'un brun obscur avec leur frange 
blanche. Les supérieures tachées largement près de leur bord 
de jaune sur un fond plus obscur. La tache jaune du som- 
met contenant un œil noir. Ailes inférieures ornées d'une 
bande jaune suivant le bord dont elle est séparée par une 
ligne brune et n'atteignant pas l'angle interne. Dans les champs 
que délimitent sur le jaune les nervures brunes, un œil blanc 
et noir. Un croissant jaune sur le disque. 

Nord et centre de la France. Commun en mai et juillet. 

S. Dejanira. 46 millimètres. Brun gris, une rangée d'yeux 
le long du bord des ailes supérieures commençant à la côte et 
finissant au milieu de l'aile allant en augmentant de taille. 
Deux gros yeux aux ailes inférieures. 

En juin dans les bois ombragés, la chenille vit sur l'ivraie. 

Ici viennent se placer S. Eudora et sa variété Lupinus de 
la France méridionale, premiers types du sous-genre Epine- 
phile. Les Satyres de cette division n'ont qu'une tache ocu- 
laire sur les ailes supérieures, la femelle du -S. Eudora fait 
exception. 

S. Janira\ le Satyre Myrtile. Envergure 45 millimètres. 
Ailes brunes avec la base plus obscure. Les supérieures 
ayant à leur extrémité une large bande diffuse roussâtre avec 
un œil noir au sommet; la teinte roussâtre envahit parfois 
tout le haut de l'aile, dont le disque seul reste foncé. La 
femelle, plus grande et plus claire, a les ailes supérieures tra- 
versées par une bande fauve portant l'œil à son sommet, les 



218 BULLETIN d'iNSECTOLOGIË AGRICOLE 

inférieures portent près de leur bord une bande plus claire 
que le fond. 

Commun dans les bois en Juin et juillet. Dans la variété 
Hispulla, d'une belle teinte fauve avec l'œil beaucoup plus 
grand, la bande des ailes inférieures est entièrement fauve 
chez la femelle. Midi; parfois Fontainebleau. 

Le S. Ida de Provence, aux ailes fauves, bordées de noir, 
les supérieures portant une tache noire chez le mâle et un 
œil apical dans les deux sexes, nous amène à une espèce 
typique de nos environs. 

S. Tithoniiis ; VAmari/l/.is. 37 millimètres. Ailes fauves, 
bordées de brun, les supérieures ayant surle disque unetache 
oblongue, velue, fondue sur ses bords, partant du bord infé- 
rieur. A leur sommet, un œil noir à deux points blancs. 
Femelle plus grande, plus pâle, sans tache sur le disque des 
ailes supérieures. 

Très commun en juin et juillet dans les bois. 

La chenille verte, ou gris bleuâtre, avec une ligne obscure 
sur le dos et une blanche sur chaque flanc, vit sur les gra- 
minées en juin. La chrysalide, bifide antérieurement comme 
toutes celles du groupe, est suspendue. Elle a les couleurs de 
la chenille avec quelques taches noires sur les gaines des ailes. 

<5^. Pasiphdë du Midi a les ailes inférieures brun foncé en 
dessous et traversées par une ligne courbe blanche ; en dessus 
il ressemble beaucoup au précédent, dont il a la taille. 

S. Hyperanthu'i ; le Tristan. 42 millimètres. Les quatre 
ailes d'un brun foncé uniforme. Un œil noir cerclé de jaune, 
souvent deux au sommet de l'aile supérieure, les ailes infé- 
rieures en portant trois près du bord, jusqu'à cinq chez la 
femelle. 

La chenille vit en mai sur les graminées ; le papillon com- 
mun en juin dans les bois. 

Le sous-genre Cœnonympha comprend des Satyres de 
petites espèces dont les ailes portent plus ou moins de 
taches oculaires; la majorité des espèces portant en dessous, 
près de la frange, une ligne argentée. 



BULLETIN d'iNSECTOLOGIE AGRICOLE 219 

5". OEdipus. 42 millimètres. Une des grandes espèces du 
groupe brun foncé en dessus, plus clair en dessous, avec de 
grands yeux noirs cerclés de jaune. France méridionale. 

5". Hero; le Mélibée. 32 millimètres. Brun obscur, deux à 
trois yeux au bord des ailes inférieures, ces yeux plus nom- 
breux sur leur dessous, qui est traversé d'une bande blanche, 

Se rencontre aux environs de Paris en juin, à Fontainebleau, 
dans les bois de Notre-Dame. 

S. Iphis. 32 millimètres. Ailes d'un brun clair, le disque 
des supérieures plus clair. Les inférieures souvent lisérées de 
faune, d'un gris verdàtre en dessous avec une tache blanche. 

Contrées montagneuses de Test et du midi de la France. 

5. Arcanius; le Céphale. 34 millimètres. Ailes supérieures 
fauves largement bordées extérieurement de brun ; ailes infé- 
rieures brun foncé, plus clair en dessous avec une large 
bande jaunâtre ayant un œil à son angle interne, et extérieu- 
rement de petits yeux, quatre ou six. 

Commun dans les bois en juin et juillet. 

Ici viennent se placer les 5. Philcafi et Bonis du midi de la 
France et Corrina de Sardaigne et de Corse. 

S. Pmnphihis; le Procris. 29 millimètres. Petite espèce 
aux ailes d'un jaune faune, bordées de brunâtre, les supé- 
rieures portant à leur sommet un point noir représenté en 
dessous par un œil. Dessous des inférieures d'un gris ver- 
dàtre avec une tache plus claire diffuse ayant une marque 
foncée au milieu. 

La chenille vit en avril, mai, puis en août et septembre, 
sur les graminées. 

Papillon commun partout aux mêmes époques. 

Dans la variété Lyttus des montagnes et du midi de la 
France, la bordure des quatre ailes est plus foncée, le point 
apical plus gros, le dessous plus ocellé. Le S. Davus des 
Vosges est plus grand, plus fauve, avec la bordure des ailes 
blanche. 

N'oublions pas une remarquable espèce de Russie, dont 
le mâle entièrement brun obscur a les ailes lisérées de blanc, 



220 



BULLETIN D INSECTOLOGIE AGKICOLE 



tandis que la femelle est entièrement blanche [S. Phryne). 
Dans les Satyrides viennent se ranger le? espèces à ailes 
transparentes du genre Hetœra qui habitent l'Amérique. 
Citons H. Philoctetes, Piera, Lena de Cayenne. 




^. L r/^///j'//^ 



Morpho Léon le. 



Le groupe des Morphides nous offre de splendides papil- 
lons de l'Amérique du Sud, aux ailes métalliques en dessus, 
brun chatoyant en dessous. Leur envergure est rarement 
moindre de 13 et atteint parfois 18 centimètres. 

Les femelles des Morpho sont souvent fauves ou brun 
sombre. D'autres Morphides, les Pavonia, &oui h demi crépus- 
culaires et portent sur des ailes grisâtres, en dessous, de 
grandes taches ocellées. Les Pavonia habitent les mêmes 
pays que les Aior/îAo. 



BULLETIN d'iNSECTOLOGIE AGRICOLE 221 

La petite famille des Erycinidcs, placée entre les Satyrides 
et les L?/ce;î?Y/es, présente comme caractères : palpes petits, 
courts, droits, ne dépassant pas la tête ; pattes antérieures des 
mâles incomplètes. Cellule discoïdale des ailes inférieures 
fermées. Gouttière des ailes peu prononcée. 

Les chenilles ovales, hérissées de poils fins avec la tête petite 
et globuleuse, ont les pattes très courtes. Les chrysalides ar- 
rondies sont aussi hérissées de poils fins^ et sont succinctes. 

Un genre représente cette famille en Europe et ne possède 
qu'une seule espèce, Nemeobius Liicina, le Fauve à taches 
blanches. 2o millimètres. 

Petit papillon fauve à taches noires, les ailes inférieures 
très obscures en dessous; en dessous elles présentent deux 
bandes transverses de taches blanches, l'extérieure beaucoup 
plus large. Ressemble à une petite Melitœa. 

Chenille ovale, aplatie, rousse avec une ligne dorsale brune, 
un point noir sur chaque anneau, tout le corps couvert de 
faisceaux de poils roux. Juin et septembre. Vit sur la prime- 
vère et les Rumex. Chrysalide succincte jaunâtre;, à poils noi- 
râtres, piquetée de noir. ...... 

Papillon en mai et eh août dans les forêts humides, rare 
maintenant aux environs de Paris, se prenait à Bondy; plus 
commun à Lardy; bois de Sainte-Geneviève à Epinay. 

Maurice Maindron. 

On peut juger par cet extrait concernant une des espèces 
les plus communes combien les désignations sont claires et 
précises, et nous ne doutons pas que tous ceux qui auront lu 
ce chapitre ne soient possédés du désir de connaître les 
autres : d'autant plus qu'il y en a de spéciaux pour la chasse, 
la classification, et la conservation des collections. 

Cet ouvrage a été of[ert par la Maison Hachette et Cie en 
même temps que Le Pétrole par W. de Fonvielle et dont 
nous rendrons compte dans le prochain numéro. 

. . A. Ramé. 



TABLE 

DES MATIÈRES DU DOUZIÈME VOLUME 

A 

Altises (les) 9 

Abeille de Tasmanie (F) 32 

Anthonome, Anthonomm 85 

B 

Bombyx neustrien et la Livrée 6 

Bruches (les) 49 

Bruche du Pois vert (la) 49 

— de la Fève (la) 51 

— de la Lentille (la) 53 

Bibliographie 71, 73, -102, 118 209 

Bibliothèque (singulière) 73 

C 

Concours d'appareils insecticoles 16 

Chauves-souris (les) 21 

Cécidomye de la Vigne 26 

Comité d'admission (Expos. 1889) 58 

Comptes rendus sur des Ouvrages 73, 102, 209 

Congrès des Sociétés savantes 76, 89 

Congrès insectologique (questions qui y seront traitées) 90, 138 

Congrès apicole (questions qui y seront traitées) 105, 142, 208 

Conférences 206 

Composition du Jury des sections 205 

D 

Destruction de tous les insectes nuisibles à l'agriculture, par la con- 
tagion infectieuse 122 

Distribution des récompenses 200 

E 

Extraits des Annales de la Société entomologique de France. ... 8 

Encouragements à la Sériciculture 15 

Exposition des Insectes de 1887 . . . 33, 90, 105, 138, 142, 146, 149, 200 

Estivage de la graine de Vers à soie (sur 1') 102 

Enseignement de la Sériciculture 155 

Exposition universelle de 1889 58, 160 

F 

Fourmis (les) 69, 79, 118, 131 

G 

Gallinsecte de la Vigne (la) 65 

I 

Infiniment petits (les) 28 

Insecte ennemi de la Farine (un) 84 



BULLETIN d'iNSECTOLOGIE AGRICOLE 223 

Insectes nuisibles, leur multiplicité, leurs dégâts 94 

Insecte ennemi du Blé (un) 104 

Instinct raisonné des Insectes 135 

K 

Kystes bruns de l'Anguillule de la Betterave (sur les) 93 

L 

La Livrée 6 

Lichtenstein (Notice sur Jules) 7 

Lygée aptère, Ligxus aptenis 119 

Larves qui dévorent les cadavres 136 

Laboratoire d'entomologie agricole 145 

Liste des lauréats. Exposition des Insectes 149 

— Apiculture 146 

— Insectologie 149, 193 

— Sériciculture 199 

— Enseignement 194 

— Éditeurs, livres, journaux 198 

Lettre du Ministre de l'Agriculture 208 

M 

Mouche à scie du Rosier (la) 10 

Microbes auxiliaires de l'homme (les) 60 

Microbes de la Fièvre typhoïde 61 

N 

Notice sur Jules Lichtenstein 7 

Nemathodes de la Betterave (les) 91, 109 

Nouveau parasite de la Vigne (un) H3 

Nécrologie 101, 115 



Oiseaux insectivores auxiliaires (les) 17 

Ouvrages offerts 59 

Oryctes ennemis de la Vigne (1). Oryctes nasicomis hq 

P 

Programme d'enseignement insectologique 1, 17, 47, 63 

Programme de l'Exposition des Insectes. . 40 

Papillonnage 106 

Parasite de la Vigne (un nouveau) H3 

R 

Les Papillons par M. Maindron 209 

Récompenses décernées aux éditeurs 198 

Rectification à la hste des Lauréats de l'Insectologie 193 

Règlement et programme de l'Exposition 34, 37 

Réunion du Congrès des Sociétés savantes 76, 89 

Rapport du jury de la Sériciculture 204 

S 
La Sitone linée 



224 BULLETIN d'iNSECTOLOGIE AGRICOLE 

Séances de la Société d'Apiculture et d'Insectologie : 5, 31, 57, 75, 

87, 100, 101, 114 

Sériciculture (encouragements à la) 15 

Singulière bibliothèque 73 

Situation séricicole , 73 

Singes apivores (les) , . . . . 112, 137 

STATUTS de la Société centrale d'Apiculture et dinsectologie. 125, 129 

T 

Tenthrède-Limace 120 

V • 

Ver des Fruits (le) 55 

FIGURES CONTENUES DANS CE VOLUME 

Antlionome du pommier 86 

Bombyx neustrien. sa chenille, ses œufs 7 

Chauve-souris, oreillard, auvel , 21 

Dentition de la Chauve-souris insectivore 25 

Iule (1') très grossie 104 

Lygée aptère suçant des Raisins 120 

Morplio Leonte 220 

Tenthrède-limace, sur une feuille 121 

NOMS DES AUTEURS OU COLLABORATEURS 



QUI ONT FOURNI LES ARTICLES CONTENUS DANS CE VOLUME 



Agricola 61 

Barbe 151, 2(8 

Boncenne (E ). . 2i 

Cazalis (D'- Félix) 102 

Chatin (J.) 93 

Chevalier . . . . , 55 

Develle(J.) 15 

Dillon 4 

Fallou (J.) , . . 7, 8, 71 

Fonvielle (de) 204 

Hamet (H.) 115, 138 

Heredia^de) 201, 204, 205 



Humbert(Allain),31,73,112.135. 137 

Maindron Maniée 205 

Malessard ' . . . 205, 209 

Meunier (Victor)- 97 

Monges (J.)69,79, 118, 131,202, 209 

Ramé (A.) . 76, 89, 102 

Savard 10, 49, 65 

Taleb 136 

Vicat 122 

Vion (R) 60 

Wallès (A), . . . , 204 



Le Gérant : H. Hamet. 



Avis. — Fatigué, malade, M. Hamet cessed'être gérant du 
Bulletin d'Insectologie agricole, dont il a été le principal 
fondateur. 



<iiip.(l9laSoa.daTW.* ^OIZETTE, s, r. Caupagaclre Paris. 



TREIZIÈME API^EE, N° 1. Janvier 188S 

BULLETIN 

D'INSECTOLOGIE AGRICOLE 



SOMMAIRE : Avis. — Loi sur les Insectes nuisibles. — Le rucher de 
M.C. Froissard. — La loi sur l'Echenillage de l'an IV. — Séances du 
Sénat. — Statistique. —Appel à MM. les instituteurs. — Le Pétrole. 
— Li Soie. 



AVIS 

En réponse à Tavis inséré dans le n" de décembre 1887, par 
lequel M. Hamet, souffrant et fatigué, demandait à être rem- 
placé comme Gérant, le Conseil d'administration a nommé 
M. A. Wallès secrétaire de la rédaction du.Bulle(i?i avec mis- 
sion de représenter provisoirement M. Hamet, comme 
Gérant. 

Les lecteurs du Bulletin voudront bien à l'avenir adresser 
leurs réclamations, communications, cotisations anciennes et 
nouvelles, etc., à M. Wallès, 18, rue Dauphine, Paris. 

M. Malessard, Vice-Président, voudra bien se charger de la 
direction du Bulletin. 



L.oi sni* les insectes nuisibles. 

Un des membres qui font le plus d'honneur à notre Société, 
M. de la Sicotière, sénateur, a fait un rapport très étudié, très 
complet et bien intéressant, au nom de la commission chargée 
d'examiner le projet de loi concernant la destruction des 
Insectes, des cryptogames et autres végétaux nuisibles à 
l'agriculture. 

L'espace restreint qui nous est réservée dans le Bulletin ne 
nous permet pas de donner une analyse de ce travail remar- 
quable; mais nous tenons à remercier l'honorable sénateur 
du talent qu'il a déployé à poursuivre le but que se propose 
notre Société. 



'À totJLLETlN d'iNSECTOLOGIE AGRîCOtË 

L'émiuent rapporteur signale notamment que les dégâts 
occasionnés par les insectes' nuisibles ne sont pas inférieurs 
à 300 millions par an, indépendamment de ceux qui sont pro- 
duits par le phylloxéra et qui s'élèvent à pareille somme. 
C'est donc un impôt total de 000 millions au moins que les 
insectes nuisibles prélèvent chaque année sur nos récoltes. 

« La liste serait trop longue, dit M. de la Sicotière, de ces 
petits animaux, en apparence si faibles, si forts en réalité 
par leur nombre et par leur effrayante puissance de reproduc- 
tion, qui vivent aux dépens de nos végétaux les plus précieux, 
de ceux qui fournissent à l'homme sa nourriture, sa boisson, 
ses bois de construction ou de chauffage. Ils les attaquent 
dans leurs feuilles, leurs fleurs, leurs fruits, leurs germes, 
leurs tiges et jusque dans leurs racines; ils se multiplient à 
mesure que les cultures s'étendent et se perfectionnent; une 
espèce ne semble momentanément disparaître que pour être 
remplacée par d'autres plus acharnées encore à l'œuvre de des- 
truction. Ils se développent avec une rapidité prodigieuse. 
D'immenses et subites migrations, dont les lois sont encore 
inexpliquées, jettent de temps en temps des légions de ces 
insectes loin des lieux dont ils sont originaires, et livrent à 
leurs ravages les contrées qui se flattaient d'y échapper. Les 
froids les plus rigoureux, contrairement à l'opinion la plus 
générale, respectent leurs œufs et détruisent toute végétation 
autour d'eux sans parvenir à les détruire. La submersion n'a 
pas d'avantage d'action sur certaines espèces. » 

A. W ALLES. 



Le riBChcr de HI. €. Froism^ard 

Je fais de l'apiculture en amateur, pour me distraire de 
mes travaux administratifs. 

Enclin, par goût, à la vie paisible des champs, je me suis 
fixé dans la banlieue d'Annecy, au pied des derniers contre- 
forts du Semnoz-Alpes. 

Mon habitation est située dans une région apicole vérita- 



BULLETIN D INSECTOLOGlE AGRICOLE 3 

blement exceptionnelle. C'est ce qui m'a déterminé à créer 
un rucher. 

En procédant à cette installation, j'ai voulu surtout être 
utile à mes concitoyens, en leur prouvant, par des faits, à 
quels résultats remarquables peut conduire l'élevage ration- 
nel des abeilles. 

Ce que j'ai fait pour la Haute-Savoie, j'engage vivement 
quelques hommes de bien et d'initiative à l'essayer dans tous 
les départements, car notre belle France est un pays très mel- 
lifère. 

L'Amérique, l'Angleterre, la Suisse, l'Allemagne, etc., 
nous ont distancés en apiculture. A chaque printemps, nous 
laissons évaporer au soleil des milliers de kilogrammes de 
nectar, alors que, tributaires de l'étranger, nous consommons 
de mauvais miels qui ne sont souvent que des sirops de 
glucose, dans lesquels le miel entre pour une part déri- 
soire. 

Concitoyens, à l'œuvre ! Secouons notre indifférence, rom- 
pons avec nos méthodes routinières. 

Pour avoir du miel de bonne qualité, il faut le récolter dès 
que la grande miellée du printemps a pris fin, et l'extraire 
dans toute sa pureté, tel que les abeilles l'ont butiné dans les 
nectaires des fleurs. 

La science apicole moderne permet d'obtenir ce double 
résultat. C'est ce que je m'efforce de démontrer, depuis quel- 
ques années, par des conférences publiques, des publications 
dans les journaux, des démonstrations pratiques faites à mon 
rucher même, qui reçoit la visite de nombreux adeptes. 

J'ai 18 ruches à rayons mobiles (système de Layens) et 
G ruches de fantaisie. Au commencement de juin, après un 
interminable hiver, 5 de ces ruches étaient inhabitées, et mes 
abeilles avaient épuisé leurs provisions si complètement que 
j'ai dû les nourrir. Trente-cinq jours plus tard, les 19 ruches 
peuplées renfermaient 1.042 kilogr. demiel;suT quoi j'ai pré- 
levé une récolte de 826 kilogrammes. 

Il est vrai que l'année 1887 a été très mellifère et que la 



4 BULLETIN D INSECTOLOGTE AGRICOLE 

région des Alpes est particulièrement propice pour l'apicul- 
ture intensive; mais je suis néanmoins convaincu qu'avec un 
peu de bonne volonté et en renonçant aux méthodes suran- 
nées encore employées un peu partout, l'apiculture devien- 
drait pour notre cher pays une source importante de revenus 

Je me suis livré, il y a quelques mois, sur la situation de 
l" Apiculture en France, à un travail de longue haleine dont 
j'ai fait hommage au Ministère de l'Agriculture et que je ne 
désespère pas de voir éditer par ses soins pour être distribué 
à toutes nos Associations agricoles. Je crois avoir établi, dans 
ce travail, que la culture des abeilles, qui nous rapporte à 
peine 13 millions de francs par an, devrait nous procurer 
50 millions au moins. N'y a-t-il pas là une question intéres- 
sante, et n'est-ce pas faire œuvre utile que de la signaler aux 
hommes de progrès "^ 

C'est cette même pensée de vulgarisation et de propagande 
qui m'a décidé à exposer une collection variée de mes pro- 
duits au Concours général agricole de Paris. J'en donne l'as- 
surance aux amateurs : ce sont bien de purs MIELS DE 
SAVOIE. 

G. Frolssard 

Chef de Division ù la Préfecture delà Haute Savoie et apiculteur, 
avenue de Lovcrclnj, à Annecy . 



Au moment oii la Chambre haute s'occupe d'un projet de 
loi sur les insectes nuisibles, il nous a paru intéressant de 
mettre sous les yeux de nos lecteurs le texte de la loi de 
l'an IV et autres ordonnances de Police. 

La Loi sur l'échenillage, en date du 26 ventôse an IV, de- 
meurée en vigeur jusqu'à présent, est ainsi conçue : 

« Art. 1". — Dans la décade de la présentation de la pré- 
sente loi, tous propriétaires, fermiers, locataires ou autres 
faisant valoir leurs propres héritages ou ceux d'autrui, seront 
tenus, chacun en droit soi, d'échenillerou faire écheniller les 



BULLETIN D INSECTOLOGIE AGRICOLE 5 

arbres étant sur lesdits héritages, à peine d'amende, qui ne 
pourra être moindre de trois journées de travail et plus forte 
que dix. 

« Art. 2. — Ils seront tenus, sous les mêmes peines, de 
brûler sur-le-champ les bourses et toiles qui seraient tirées 
des arbres, haies ou buissons, et ce, dans un lieu où il n'y 
aura aucun danger de communication du feu, soit pour les 
bois, arbres et bruyères, soit pour les maisons et bâtiments. 

« Art. 3. — Les administrations de département feront 
écheniller dans le même délai les arbres étant sur les domai- 
nes nationaux non affermés. 

« Art. 4. — Les agents et adjoints des communes sont te- 
nus de surveiller l'exécution de la présente loi dans leurs ar- 
rondissements respectifs ; ils seront responsables des négli- 
gences qui y seront découvertes. 

« Art. 5. — Les Commissaires du Directoire exécutif près 
les municipalités sont tenus, dans la deuxième décade de la 
publication, de visiter tous les terrains d'arbres, d'arbustes, 
haies ou buissons, pour s'assurer que l'échenillage aura été 
fait exactement, et rendre compte au ministre chargé de cette 
partie. 

« Art. 6. — Dans les années suivantes, l'échenillage sera 
fait, sous les peines portées par les articles ci-dessus, avant le 
1" ventôse (20 février). 

€ Art. 7. — Dans le cas où quelques propriétaires ou fer- 
miers auraient négligé, de le faire pour cette époque, les 
agents et les adjoints le feront faire aux dépens de ceux qui 
l'auront négligé par des ouvriers qu'ils choisiront; l'exécution 
des dépenses leur sera délivrée par le juge de paix, sur les 
quittances des ouvriers, contre lesdits propriétaires et loca- 
taires, et sans que ce payement puisse les dispenser de 
l'amende. 

« Art. 8. — La présente loi sera publiée le 1" pluviôse 
(20 janvier) de chaque année, à la diligence des agents des 
communes, sur la réquisition du commissaire du Directoire 
exécutif. » 



6 BULLETIN D INSECTOLOGIE AGUICOLE 

En vertu de cette loi, des affiches sont apposées dans la 
plupart des départements de la France^ afin d'engager les 
populations à ne pas trop négliger leurs intérêts. 

Assez généralement, une fois par an (en novembre), même 
à Paris et dans le département de la Seine, des affiches rap- 
pellent les prescriptions de la loi relative à l'échenillage. 

A la fin de janvier 18G7 on a placardé un « Arrêté du Pré- 
fet de police, en date du 14 de ce mois, pris en conformité de 
la loi du 26 ventôse an IV et de l'article 471 du Code pénal, 
qui prescrit la publication à nouveau d'une ordonnance du 
25 février 1839, concernant l'échenillage des arbres, bois, 
haies et buissons d'ici le 20 février prochain. » 

« On devra, disait cet arrêté, brûler soigneusement les 
/o^^r/Y^<;///a; à chenilles. 

« Cette opération, par suite de la multiplication extraordi- 
naire des chenilles dans les environs de Paris, est devenue 
une nécessité absolue. 

. « La multiplication des chenilles, véritable fléau de l'agri- 
culture, est due à la destruction des oiseaux, destruction à 
laquelle les propriétaires se livrent avec tant de plaisir et de 
cruauté, sans en prévoir les tristes résultats pour les ré- 
coltes. » 

Tous ceux qui ne sont pas absolument étrangers aux plus 
simples notions d'histoire naturelle s'étonnent à bon droit 
des termes vagues de la loi du 26 ventôse an IV, qui ne mar- 
que aucun progrès sur les prescriptions antérieures.. 

« Nous voyons que cette loi, dit Em. Blanchard, a été 
édictée uniquement en vue des dégâts qu'occasionne souvent 
le Liparis cul-brun [Liparis chrysorrhœd) dans le nord et le 
centre de la France, puisqu'il s'agit de nids que l'on peut et 
que l'on doit détruire pendant l'hiver. Mais cette chenille ne 
se trouve pas dans toutes les parties de la France. Il y a 
beaucoup de chenilles aussi redoutables ou plus redoutables 
pour la végétation, qui n'éclosent qu'au printemps et dont la 
loi ne s'occupe en aucune façon. Celles-là ne font pas de nids ; 
ce n'est donc pas par les moyens prescrits qu'il est possible 



BULLETIN D INSECTOLOGIE AGRICOLE 7 

d'en opérer la destruction. D'un autre côté, si le but de l'ar- 
ticle 2 ne laisse aucun doute, que faut-il penser de l'article 1", 
ordonnant YécheniUage avant le 20 février ? — Il n'y a guère 
de chenilles courant sur les arbres pendant l'hiver. 

« L'échenillage, dit M. Merlin, est l'action de détruire les 
chenilleS;, ou plutôt les nids et enveloppes qui renferment les 
œufs de ces insectes. Ce soin, qui est d'une si grande impor- 
tance dans l'intérêt des fruits et des récoltes, semble avoir dû 
être de tout temps l'un des principaux objets de la police ru- 
rale ; on cite cependant, comme ayant introduit en France 
l'obligation de l'échenillage, l'arrêt du règlement du Parle- 
ment de Paris du 4 février 1732. On n'avait eu recours jusque- 
là qu'aux exorcismes et aux réquisitoires. » 

Un historien du Dauphiné raconte que, vers le commen- 
cement du quatorzième siècle, les chenilles s'étaient tellement 
multipliées dans cette province, que le procureur général 
crut devoir faire un réquisitoire pour leur enjoindre de dé- 
guerpir et vider les lieux. En 1543, un membre delà munici- 
palité de Grenoble exposait au conseil que les limacej et che- 
nilles commettaient de grands ravages ; il demandait en 
conséquence « qu'on priât M.l'Official de vouloir bien excom- 
munier lesdites bêtes, et procéder contre elles par voie de 
censure, pour obvier aux dommages qu elles faisaient jour- 
nellement et qu'elles feraient à l'avenir. » 

Le conseil prit un arrêté conforme à cette demande I,.. 

A l'époque de l'arrêt du règlement que nous avons cité, les 
ravages causés par les chenilles avaient été tels, plusieurs 
années de suite, qu'il avait été jugé urgent d'y remédier par 
des mesures générales et plus efficaces. « L'année 1731, dit 
Fournel, fut si favorable à la germination des œufs, qu'on vit 
•se renouveler le fléau des sauterelles d'Egypte. Les feuilles, 
les boutons des arbres étaient dévorés aussitôt leur apparition ; 
en sorte qu'au mois d'août, les bois et les forêts offraient la 
même apparence qu'au mois de janvier. L'exemple d'an pa- 
reil malheur provoqua la sollicitude des magistrats sur les 



b BULLETIN D INSECTOLOGIE AGRICOLE 

moyens de le prévenir par la suite, et c'est à cette époque que 
fut introduite la loi sur l'échenillage. 



Séances du Sénat (1) 

10 janvier 

LES CRYPTOGAMES 

Faute de grives, on prend des merles. 
Le Sénat se rabat sur un projet de loi concernant la des- 
truction des insectes, des cryptogames et des autres végétaux 
nuisibles à l'agriculture. Ce projet est déposé depuis 1884. 
Le rapporteur, M. de la Sicotière, expose que la commission 
et le gouvernement sont d'accord sur tous les points. 

Dans ces conditions, les huit articles du projet de loi sont 
successivement mis aux voix et adoptés sans débat. 

M. Lafond de Saint-Miir propose un article additionnel, 
destiné à assurer la protection des oiseaux insectivores. Il 
rappelle les services que ces petits êtres rendent à l'agricul- 
ture, le mot qu'ils ont inspiré : « L'oiseau peut vivre sans 
l'homme, mais l'homme ne peut pas vivre sans l'oiseau. > 
Encore aujourd'hui, les ravages des insectes sur nos récoltes 
se chitl'rent par une perte de 300 millions. Les oiseaux qui 
combattent ce fléau doivent être protégés contre les marau- 
deurs de village, « ces Attilas imberbes » dont la principale 
faute est l'ignorance. 

M. de la Sicotière reconnaît le bien-fondé de ces observa- 
tions, mais il estime que la disposition proposée ne rentre pas 
dans le projet spécial soumis au Sénat, mais plutôt dans une 
loi sur lâchasse, par exemple. 11 demande donc le rejet de la 
disposition additionnelle, qui est, en eftet, repoussée. 

Le Sénat décide qu'il passera à une deuxième délibéra- 
tion. 

1. Comptes rendus extraits du Temps (18 et 25 janvier). 



BULLETIN D INSECTOLOGIE AGRICOLE B 

23 janvier 

LES INSECTES NUISIBLES 

Dès le début de la séance, le Sénat aborde la deuxième lec- 
ture du projet de loi concernant la destruction des insectes, 
des cryptogames et autres végétaux nuisibles à l'agriculture. 
Le rapporteur, M. de la Sicotière, signale l'accord complet 
qui existe sur cette question entre le Sénat, le gouvernement 
et la commission ; il demande que la loi soit exécutée avec 
prudence et fermeté. Cette loi rendra de très grands services. 
« Qu'on songe, dit l'orateur, que l'impôt levé sur notre agri- 
culture parles parasites est deux ou trois ibis plus lourd que 
l'impôt foncier, y compris les centimes additionnels. » Voter 
la loi proposée, c'est non seulement faire une bonne loi, c'est 
aussi faire une bonne action. 

Les articles et l'ensemble du projet sont adoptés sans obser- 
vation (1). 



Extrait de l'Annuaire staiistiqne 1887 
du Ministère du Commerce et de l'Industrie. 

APICULTURE FRANÇAISE. — ANNEE 1885 

1.731.004 ruches d'Abeilles. 

Miel. — Production : 7.434.406 kilog. ; valeur totale 
10.588.047 francs; prix moyen : 1 fr. 421e kilog. 

Cire. — Production : 2.208.980 kilog.; valeur totale 
5.030. 38G francs; prix moyen : 2 fr. 28 le kilog. 

'SÉRICICULTURE FRANÇAISE. — ANNEE 1885 

134. 2uo éducateurs. 

Races françaises. — Quantité de graines mises en éclo- 
sion : 232.870 onces; rendement en cocons, nombre: 25.70 
produit total des cocons frais : 5.959.514 kilog. ; prix du kilo- 
gramme de cocons : 3 fr. 73. 

1. Dans le prochain numéro nous donnei'on.s le texte du la nouvelle loi. 



10 BUU.ET1N d'iNSECïOLOGII!: AGRICOLE 

Races japonaises. — Quantité de graines mises en éclo- 
sion ; 13.050 onces; rendement en cocons, nombre : 27,57; 
produit total des cocons frais : 336.148 kilog. ; prix du kilo- 
gramme de cocons : 3 fr. AI. 

Autres. — ■ Quantité de graines mises en éclosion : 
11.025 onces; rendement en cocons, nombre ; 27,44; produit 
total des cocons frais : 302.503 kilog. ; prix du kilogramme de 
cocons : 3 fr. 29. 

Cocojîs mis en graines. — Quantité employées : 
105.552 onces; graines obtenues : 456,391 kilog. 

A. W. 



A MESSIEURS LES INSTITUTEURS 

La Société centrale d"Apiculture et d'InsecLologie croit de 
son devoir de faire un appel général à toute la corporation de 
l'enseignement. 

Aux nombreuses marques de sympathie qu'elle reçoit de 
toute part, elle demande à ces messagers du progrès leur con- 
cours bienveillant pour contribuer d'une manière eflicace à 
la prospérité d'une association fort utile dont les bienfaits ne 
font que s'accroître. 

Elle accueillera avec empressement toutes les communica- 
tions que MM. les Instituteurs voudront bien lui envoyer. 

Toutefois, la Société croit devoir informer les intéressés 
qu'elle ne prend sous sa responsabilité aucune des opinions 
émises par les auteurs des articles insérés dans son Bullelin. 
La cotisation annuelle, pour MM. les instituteurs, est de 3 francs . 
Elle donne droit à la réception gratuite du Bulletin de la 
Société. 



BULLETIN p'iNSECTOLOGIE AGRICOLE H 

Le Pétrole (i) 

PAU M. W. DE FONVIELLE 

L'exploitation et l'utilisation industrielles d'une substance 
minérale dont l'existence était connue depuis une époque 
très reculée, mais qui était restée jusqu'à ces dernières 
années sans emploi, le Pétrole, sont en train de produire 
dans certains pays une véritable révolution économique. 
Deux régions en particulier offrent en ce moment l'aspect de 
l'activité la plus étonnante; en quelques années des contrées 
désertes se sont trouvées peuplées; des villes de plus 100.000 
âmes se sont constituées comme par enchantement; des 
fortunes énormes se sont improvisées du jour au lendemain, 
comme aux beaux temps des mines d'or de la Californie. Les 
deux régions privilégiées où s'accomplit en ce moment ce 
miracle de l'industrie se trouvent, l'une dans les Etats de 
Pensylvanie et de New-York, aux Etats-Unis, l'autre à l'ex- 
trémité orientale de la chaîne du Caucase, sur les rivages de 
la mer Caspienne, près Bakou. 

M. W. de Fonvielle^, dont on connaît le talent de conteur et 
la compétence scientifique, vient de résumer dans un récit 
plein d'intérêt l'histoire de ce prodigieux développement d'une 
industrie nouvelle. Après nous avoir initiés aux origines 
mystérieuses du culte du feu dans l'antiquité, il nous 
raconte les causes de la découverte du Pétrole aux Etats-Unis, 
les premières tentatives d'exploitation, l'essor qu'elle prit tout 
à coup; puis il aborde l'extension delà nouvelle industrie 
dans les provinces russes du Caucase, et il termine en énumé- 
rant les diverses applications du pétrole aux usages domesti- 
ques ou industriels (2). 
La librairie Hachette et C'*" a bien voulu nous offrii* 

1. Fanvielle (W. de): Le Pétrole, 1 vol. conteoant 28 gravures, par 
J. Ferat et Langlois, et 3 caries, Bibliothèque des Merveilles, Hachetteet Gie 

broché 2 fr. 25 — cartonné 3 fr. 50, 

2. Extrait du Supplément du Temps du mardi 20 décembre 1886. 



12 BULLETIN d'iNSECTOLOGIE AGRICOLE 

ce volume dû à la plume habile de notre sympathique 
vice- président W. de Fonvielle et nous lui en adressons tous 
nos remercîments. — Après avoir cité l'article du Temps, il 
semble qu'il n'y ait plus rien à dire ; qu'il nous soit donc 
permis de donner ici une appréciation spéciale sur cet inté- 
ressant ouvrage. — En ce qui concerne Tlnsectologie, peut-être 
n'y trouverait-on pas beaucoup à glaner : aussi sans remon- 
ter à l'antiquité, sans parler des puits de feu ni du déluge de 
pétrole pas plus que dela/?<miere etde la chaleur, nous arri- 
verons aux applications diverses à l'industrie et à la science \ 
pas toutefois sans nous arrêter un peu à la Chi?nie,nous n'y 
trouverons pas le Fulgore, mais il sera remplacé par un autre 
luminaire, là où, dit-on, ne se trouve ni poissons ni insectes. 

« Un travail bien curieux, bien intéressant, serait de prendre 
du Pétrole brut, sortant d'un puits, et d'examiner soigneuse- 
ment, Tun après l'autre, tous les produits qu'on en tirerait, 
par l'emploi graduel des agents calorifiques, pneumatiques ou 
réfrigérants. 

« En premier lieu, on recueillerait indubitablement des 
bulles de ce gaz qui se dégage spontanément de terre, et 
produit les fontaines défende Chine et des autres régions. 

« Ces vapeurs, qui jouent le rôle de révélateurs, d'agents se- 
crets de notre police industrielle, sont retenues en dissolution 
dans la masse liquide, à peu près de la même manière que 
Icau des fleuves retient une certaine quantité d'air atmos- 
phérique. 

« 11 suffit, pour les extraire, du moindre rayon de soleil, d'un 
afflux de chaleur souterraine, d'une dépression barométrique, 
du pulvérisateur que nous avons décrit plus haut. Rien n'est 
plus aisé que de les soutirer et de les renfermer dans des ré- 
cipients. Mais pour les réduire à l'état liquide, par un simple 
eil'ort mécanique, il faut des pressions énormes, jointes à un 
froid des régions polaires, ou même des espaces planétaires. 
Sous l'influence de ces deux conditions naissent des liquides 
comparables, pour leurs propriétés, à ceux que l'on a appris 
à préparer par la condensation des gaz permanents. Mais, 



nULLETIN d'iNSECTOLOGIE ACxRICOLE 13 

quelque (lifTi cil es qu'ils soient à maintenir, on est parvenu à 
les faire passer sur des fleurs, auxquelles ils dérobent les par- 
fums qu'ils leur arrachent sans en altérer la délicatesse. 

« Lorsque l'on rend la liberté à cet cthersubtil41 se précipite 
avec une violence inouïe, laissant derrière lui, entre les mains 
de son geôlier, le butin arraché à la rose et au jasmin, une 
substance suave que Flore s'est plu à distiller, au fond de la 
gracieuse corolle, et qui conserve dans le cristal d'un flacon 
l'odeur virginale dont la déesse lui a fait présent. 

« Derrière ces essences, s'en présentent d'autres moins sub- 
tiles, qu'on peut garder à l'état liquide, si on prend la précau- 
tion fort simple de les garantir contre une température esti- 
vale. Ces liquides semblent avoir pour l'air une affinité 
semblable à celle que possède l'eau. Il suffît d'en faire passer 
un léger courant dans les vases qui les contiennent, pour les 
voir disparaître comme par enchantement. Mais le gaz qui a 
traversé ce liquide a changé de propriétés physiques. Au lieu 
d'être respirable, il frappe d'engourdissement d'une façon 
aussi terrible, aussi soudaine que le chloroforme. Toutefois, 
s'il est devenu impuissant à entretenir la vie, il a acquis la 
faculté d'alimenter la flamme avec une admirable facilité. 

« Les manufacturiers de Bakou ne peuvent utiliser sur place 
toutes les quantités de résidus qu'ils produisent, en préparant 
l'huile lampante. Souvent ils brûlent les huiles lourdes qui 
les embarrassent. D'autres fois, ils envoient ces résidus dans 
la mer Caspienne, où ils se joignent aux écumes combustibles 
dont la nature a surchargé cette mer, fameuse depuis l'anti- 
quité, par ses incendies. Parfois les matelots des steamers 
s'amusent à y mettre le feu. On croirait qu'ils naviguent non 
pas sur un volcan, comme le dirait Joseph Prudhomme, mais 
dans un des océans réservés au supplice des damnés. Dante 
paraît avoir deviné ces scènes grandioses, dans le passage où 
il décrit le septième gouffre de l'enfer, en vers dont la traduc- 
tion suivante ne peut donner qu'une bien faible idée. 

Quand le soleil délé rapidement décline. 
Alors le laboureur, gravissant la colline, 
Y cherchera l'oubli des rayons abondants. 



14 BULLETIN D*INSECT0L0G1E AGRICOLE 

Quand du cousin le 3oir i-amènc le murmui'e 
Au sommet des épis et de la vigne mûre 
Alors le gazon luit de mille vers ardents. 

Alors la noire nef, du flot brisant la cime, 

Dans ce somljre bouillon, qu'elle arrache à l'abîme. 

Lance d'étranges feux dans la nuit éclatants. 

Le nocher les i-egarde en allongeant la tête, 

Et son corps va glisser, lorsque sa main l'arrête 

Au moment de tomber, dans les fouffres béants. 

Ces allumages de la Caspienne font partie du programme 
des réjouissances publiques, à l'aide desquelles le Czar peut à 
bon marché régaler ses sujets asiatiques, et qui reproduisent, 
sur une immense échelle, les incendies du ruisseau de l'huile 
par les Senecas. 

Mais dans ses applications diverses^ « la forge, la vul- 
gaire forge, elle-même, sera transformée de fond en comble 
par l'introduction du Pétrole qui remplacera le charbon, avec 
une multidude d'avantages». 

« Le changement de combustible, dispensant l'ouvrier de 
vivre dans la noirceur et la saleté, fera plus pour la cause de 
son émancipation, de son bien-être, de son instruction, que 
toutes les déclamations des chevaliers du travail. » 

La naphtaline, qui sert beaucoup en insectologio. est une 
partie très curieuse du Pétrole, c'est le résidu qu'il laisse à force 
de distillations savantes, graduées et ménagées. 

On est parvenu à tirer du Pétrole une espèce de beurre très 
délicat, auquel on a donné le nom de vaseline. Cette substance 
paraît admirablement propre pour entrer dans la préparation 
de certains onguents. 

On a reconnU;, il y a environ quarante ans, que la matière 
qui épaississait le Pétrole, qui l'empêchait de monter dans la 
mèche, qui le rendait fuligineux, était une substance blanche^ 
tellement difficile à attaquer qu'on lui a donné le nom de 
« paraffine », c'est-à-dire la substance inerte par excellence, 
celle à laquelle la chimie ne connaît aucune préférence j ni 



BULLTÎTIN d'iNSECTOLOGIE AGRICOLE 15 

aucune antipathie. On pouvait croire qu'un composé aussi 
peu maniable n'aurait jamais aucune utilité. 

Qui eût dit que cette paraffine elle-même servirait à fabri- 
quer des bougies permettant de lutter avantageusement avec 
les plus blanches que donne la cire des abeilles de Virgile, et 
ayant de plus l'avantage d'être parfaitement transparentes, de 
se marier admirablement avec les lustres oii on les fait figu- 
rer, d'ajouter un nouvel éclat à la splendeur des guirlandes 
de cristal don telles sont environnées. 

Lorsque nous avons fait une conférence à Neuilly sur le 
Pétrole, la vue des bougies qu'un habile chimiste venait d'en 
tirer pour la première fois dans une usine parisienne, excita 
la plus vive surprise. Nous dûmes les laisser dans des vitrines 
011 elles sont encore exposées, avec le coke produit par la car- 
bonisation des derniers résidus. 

Le Pétrole sert encore à conserver à l'abri de Pair et de 
l'humidité les substances éminemment combustibles, comme 
le sodium, le potassium, le magnésium, etc., etc. S'il ne lais- 
sait pas d'odeur et de goût, et ne se combinait pas avec les 
matières grasses, il serait excellent pour le transport des 
viandes, mais il est sans rival pour les préparations anato ini- 
ques. 

Dans tous les cabinets d'histoire naturelle, il remplacera 
certainement l'alcool, à cause de son bon marché ainsi que de 
son efficacité. 

Nous ajouterons en terminant, que le Pétrole est pour 
l'Agriculture et l'Horticulture un insecticide très précieux 
avec lequelon détruit d'une façon complète les nids de Zypar?.?, 
les Ipomoneutes, etc. Il s'emploie en seringuages d'émulsion 
d'eau pétrolée au dixième et son efficacité donne les meil- 
leurs résultats. 

A. Ramé* 



16 BULLETIN d'iNSECTOLOGIE AGRICOLE 

La Soie. 

L'usage de la soie est très ancien. Plusieurs siècles avant 
notre ère, les Chinois connaissaient l'art de la tisser. Plus 
tard, la soie fut répandue dans l'Inde, la Perse. 

Jusqu'au quinzième siècle, la France était tributaire de 
Venise et de Florence pour les étoffes de soie ; leurs prix 
étaient très élevés et les seigneurs seuls pouvaient en acheter. 
La première paire de bas de soie qui parut en France fut 
portée par Henri II. 

LouisXl comprit le premier l'importance qu'il y aurait à ce 
que l'industrie de la soie fût introduite en France. Il fit venir 
de Gênes et de Florence les plus habiles ouvriers et, pour les 
encourager, il leur accorda de nouveaux privilèges. 

Ce fut en 1470 que commença à fonctionner la première 
fabrique de soie, établie à Tours. A la même époque on 
planta des mûriers dans les environs. 

Le commerce de la soie prospéra rapidement. En 1541, 
Tours fabriquait pour plus 10 millions de soie. En 1030, la 
ville occupait vingt-cinq mille ouvriers et possédait un grand 
nombre de métiers et de moulins. Ces soieries, qui jouissaient 
d'une grande réputation, se vendaient meilleur marchéqu'en 
Italie. 

Cette industrie se trouva interrompue par la révocation de 
l'Edit de Nantes. Presque tous les fabricants de soierie étant 
alors protestants, durent abandonner leurs fabriques. 

Les manufactures qui restèrent furent transportées à Lyon 
qui commençait déjà à fabriquer de la soie. En peu de temps, 
Lyon prospéra et acquit, pour la soierie, une renommée uni- 
verselle. 



Le Gérant : H. Hamet. 



iinX-^Pl*3'Ott de Ttp.- ^luizETTE, 8, r, Cami>»orn' ir 



TREIZIÈME ANNÉE, N" 2. Février 1888 



D'INSECTOLOGIE AGRICOLE 

SOMMAIRE : Déprédations des Insectes. — Nouvelle loi relative à la 
destruction des insectes, des cryptogames ou autres végétaux nui- 
sibles. — Situation phyiloxérique de l'Algérie. — Lettre sur l'apicul- 
ture basque. — Séance du 18 janvier. — Hannetonage. — Une pluie 
de fourmis. —Correspondance. — Note sur l'établissement d'un droit 
de douane à l'entrée en France des soies italiennes. — Moyen d'éloi- 
gner les lombrics ou vers de terre. — L'hydromel et les abeilles. — 
Expositions. — Avis. 

Fftéprédatîons des Insectes niiSsibles. 

Il est aujoiird' hui admis, lit-on dans la France agricole, 
que les dommages annuels causés à l'agriculture par les 
insectes, atteignent le dixième, le cinquième, parfois même 
le quart des récoltes, soit, au minimum, 300 millions. Dans 
cette évaluation ne sont pas compris lesSOO millions du phyl- 
loxéra. C'est donc un impôt de 600 millions, de plus d'un 
demi-milliard, suivant quelques économistes, c'est-à-dire 
deux oa trois fois plus lourd que l'impôt foncier, y compris 
les centimes additionnels, que les insectes prélèvent chaque 
année sur nos récoltes. Et cet impôt va toujours croissant! 
En effet, à mesure que nos cultures s'étendent et se perfec- 
tionnent, une espèce disparaît pour faire place à une autre 
plus acharnée à l'œuvre de destruction. 

C'est ainsi qu'on peut citer, sans parler du phylloxéra, 
parmi les espèces les plus dommageables; \q?, hannetons qui hq 
cessent jamais leurs ravages et qui ont résisté, jusqu'ici, à 
tous les efforts tentés par la science pour les exterminer; 
la pyrale, qui dévaste nos départements du Midi ; les saiite- 
relles, dont on a pu comparer les ravages à ceux de l'incendie 
et que, jadis, les peuples barbares redoutaient autant que le 
simoun ou la peste ; les pucerons, parmi lesquels Valtise et le 
misoxyle, dont la prodigieuse fécondité défie tous les cal- 
culs et frappe d'effroi l'imagination ; Yalucite et la cécydome, 
dont les dégâts se chiffrent par plusieurs millions dans cer- 
tains de nos départements; les variétés si nombreuses de 



48 BULLETIN d'iNSECTOLOGIE AGBIUOLE 

chenilles, et, en particulier, Vyponomeute des pommiers, aux 
déprédations duquel il faut attribuer l'état maladif de tant de 
ces arbres, arrêtés au milieu de leur développement^ même 
dans les endroits oii ils prospéraient le mieux ; les larves, 
enfin, d'une foule de scarabées, fléau de nos arbres fruitiers 
et de nos arbres forestiers: \esgrillo?is et la tipule. 

Que faut-il pour restreindre l'envahissement des insectes 
malfaisants et sinon pour faire disparaître leurs dégâts, du 
moins pour les diminuer sensiblement? Il faut vouloir : il 
faut d'abord répandre les connaissances entomologiques élé- 
mentaires d'un bout à l'autre du territoire, en apprenant aux 
gens de la campagne à connaître les mœurs des insectes nui- 
sibles, afin qu'ils puissent faire une guerre efficace à ces 
insectes. Il faut qu'un cours d'entomologie appliquée soit 
établi dans les écoles normales primaires afin que les jeunes 
institeurs soient éclairés sur ce point. 

Il faut en même temps qu'une loi édictée sur la destruc- 
tion des insectes nuisibles soit strictement observée, c'est-à- 
dire autrement que ne l'est celle sur Féchenillage. Pour le 
moment, le Sénat s'occupe enfin de cette loi. On sait qu'en 
1876, l'un de ses membres, M. de la Sicotière, avait présenté 
sur la mat'ière un projet de loi qui est tombé dans les cartons. 
Il y a quatre ans, un autre projet, s'étendant cette fois jus- 
qu'au cryptogames et aux végétaux nuisibles à l'agriculture, 
a été déposé par M. Méline, alors ministre de l'agriculture. 
Une commission chargée d'étudier ce projet a été nommée: 
elle se compose de MM. de la Sicotière président, Gustave 
Denis secrétaire, Foucher de Gareil, Massé, et GuyotLaveline. 

Le projet que cette commission a tiré au clair rendrait obli- 
gatoire pour les propriétaires et les fermiers, la destruction 
des êtres signalés dans les règlements de police. 

La nouvelle loi ne pourra oublier la protection due aux 
oiseaux insectivores et devra édieter des pénalités là oii il en 
manque contre les tendeurs de piège aux oiseaux migrateurs 
à bec fin. 

En attendant l'efficacité de cette loi urgente et devant le 



15ULLETIN d'iNSECTOLOGIE AGRICOLE 19 

chiffre effrayant des dégâts produits par les insectes nuisi- 
bles, il y a lieu de s'étonner qu'au ministère de l'agriculture 
on n'ait pas, autrement qu'on ne l'a fait, secondéles efforts de la 
Société centrale d'apiculture et d'insectologie pour la réali- 
sation de son école d'application au Parc de Montsouris, école 
qui a un double but : concourir à diminuer les dégâts cau- 
sés par les insectes nuisibles, et augmenter les produits des 
insectes utiles. H. H. 



Piroaavelle lot relative à la âlcstraicéiosa des î«»seetes_, 
dcis ea'yptogaisae^ oia «tutreis ^ég^ctaux unisihles. 

Article 1". — Les préfets prescrivent les mesures né- 
cessaires pour arrêter ou prévenir les dommages causés à 
l'agriculture par des insectes, des cryptogames ou autres vé- 
gétaux nuisibles, lorsque ces dommages se produisent dans 
un ou plusieurs départements ou seulement dans une ou plu- 
sieurs communes, et prennent ou peuvent prendre un carac- 
tère envahissant ou calamiteux. 

L'arrêté ne sera pris par le préfet qu'après l'avis du Conseil 
général du département, à moins qu'il ne s'agisse de mesures 
urgentes et temporaires. 

11 déterminera l'époque à laquelle il devra être procédé à 
l'exécution des mesures, les localités dans lesquelles elles se- 
ront applicables, ainsi que les modes spéciaux à employer. 

Il n'est exécutoire, dans tous les cas, qu'après l'approbation 
du ministre de l'agriculture, qui prend, sur les procédés à 
appliquer, l'avis d'une commission technique instituée par 
décret. 

Art. 2. — Les propriétaires, les fermiers, les colons ou mé- 
tayers, ainsi que les usufruitiers et les usagers, sont tenus 
d'exécuter sur les immeubles qu'ils possèdent ei cultivent, 
ou dont ils ont la jouissance ou l'usage, les mesures pres- 
crites par l'arrêté préfectoral. Toutefois, dans les bois et forêts, 
ces mesures ne sont applicables qu'à une lisière de 30 mè- 
tres. 



20 BULLETIN d'iNSECTOLOGIE AGRICOLE 

Ils doivent ouvrir leurs terrains pour permettre la vérifica- 
tion ou la destruction, à la réquisition des agents. 

L'Etat, les communes et les établissements publics et pri- 
vés sont astreints aux mêmes obligations sur les propriétés 
leur appartenant. 

Art. 3. — En cas dinexécution dans les délais fixés, procès- 
verbal est dressé par le maire, l'adjoint, l'officier de gendar- 
merie, le commissaire de police, le garde forestier ou le garde 
champêtre, et le contrevenant est cité devant le juge de 
paix. 

La citation sera donnée par lettre recommandée ou par le 
garde champêtre. 

Les parties pourront comparaître volontairement et sur un 
simple avertissement du juge de paix. 

Les délais fixés par l'article 146 du Gode d'instruction cri- 
minelle seront observés. 

Le juge de paix pourra ordonner l'exécution provisoire de 
son jugement, nonobstant opposition ou appel, sur minute 
et avant l'enregistrement. 

Art. 4. — A défaut d'exécution dans le délai imparti par le 
jugement, il est procédé à l'exécution d'office, aux frais des 
contrevenants, par les soins du maire ou du commissaire de 
police. 

Le recouvrement des dépenses ainsi faites est opéré par le 
percepteur, en vertu de mandatements exécutoires délivrés 
par les préfets et conformément aux règles suivies en matière 
de contributions directes. 

Art. 5. — Les contraventions aux dispositions des articles 
1 et 2 de la présente loi sont punies d'une amende de 6 à 
15 francs. 

L'amende est doublée et la peine d'emprisonnement pen- 
dant cinq jours au plus peut même être prononcée, en cas de 
récidive, contre les contrevenants. 

Art. 6. — L'article 463 du Code pénal est applicable aux 
pénalités prononcées par la présente loi. 

Art. 7. — La loi du 28 ventôse an IV est abrogée. Sont 



BULLETIN d'iNSECTOLOGIE AGRICOLE 21 

maintenues toutes les dispositions des lois et règlements con 
cernant la destruction du phylloxéra et celle du doryphora. 
Art. 8. — La présente loi est applicable aux départements 
de l'Algérie. 



Situation pliylloxérîqwe de l'ilLlgérîe (J) 

Le monde viticole se souvient encore sans doute de l'émo- 
tion qui s'empara des esprits lorsque retentit cette terrible 
nouvelle : le Phylloxéra est en Algérie! 

Notre colonie s'arma promptement contre l'insecte ter- 
rible : les souches furent coupées, le sol désinfecté au sulfure 
de carbone à raison de 3.000 kilos de liquide à l'hectare, 
distribué en 10 trous par mètre carré. Ces opérations ont été 
quelquefois complétées par un arrosage à l'acide sulfurique. 
Ainsi fut circonscrit dès son origine le plus désastreux des 
fléaux qui pouvait frapper TAlgérie actuellement au milieu 
du développement rapide de la culture des vignes, au moment 
même où tous ceux qui possèdent, se hâtent de mettre toutes 
leurs forces, capital et activité, au défrichement de leurs 
terres et à l'installation de leurs jeunes plantations. 

Les pouvoirs publics ont veillé pariiculièrement à l'exécu- 
tion rapide des mesures prises contre les foyers d'infection 
parce qu'ils ont compris que dans les vignobles qui envahis- 
saient les plaines et les coteaux étaient la richesse, le bien- 
être, la récompenses des dures années de début, la rémuné- 
ration longtemps poursuivie des sacrifices et des déboires 
d'an tan. 

On attribue les causes de l'apparition de l'insecte micros- 
copique à l'insouciance et à l'ignorance du vigneron, lequel, 
quand il s'expatrie, emporte souvent des plants de son pays 
pris imprudemment au cœur môme d'un vignoble infesté; 
n'obéissant ainsi qu'au désir de pouvoir cultiver sous le ciel 
d'Afrique les mêmes cépages qu'il avait connus dans les 
vignobles de son père et n'ayant foi qu'à ces cépages ; oubliant 

1. Résumé 1e VAkhbar. 



22 BULLETIN d'iNSECTOLOGUC AGRICOLE 

qu'il suffît d'un germe, d'un œuf pour apporter les plus grands 
désastres dans le plus fertile et le plus sain des vigno- 
bles. 

Une surface totale de 66 hectares 46 ares 20 centiares a été 
contaminée dans deux départements qui contenaient au 
31 décembre 1886, 50.680 hectares de vignes. 

Espérons que dorénavant on observera rigoureusement 
les décrets et qu'une surveillance plus étroite et plus sévère 
sera exercée à l'entrée, sur toute matière végétale fraîche, 
susceptible de servir de véhicule à cet ennemi redoutable. 

A. W. 



D'une lettre adressée à notre collègue M. Ramé, par 
M. P. Legros, chef d'escadron en retraite, nous extrayons les 
passages suivants, qui peuvent intéresser les lecteurs du /^i</- 
letiji, s'occupant d'apiculture : 

« Le pays basque français, cette partie de la frontière des 
Pyrénées qui commence à Hendaye pour flnir à Oloron- 
Sainte-Marie et qui a pour centres principaux : Hasparren, 
Saint-Jean de Luz,Ustaritz, Espelette, Saint-Jean-Pied de Port 
et Moléon, possède de nombreuses ruches placées, soit près 
des habitations soit à la montagne, par groupes de 10 à 
50 colonies. 

« L'exploitation des abeilles est absolument primitive. 

« Les ruches, faites depetit bois tressé, sont enduites d'une 
sorte de mortier composé de terre glaise et de fiente de vache. 
Elles ont la forme d'une cloche un peu longue et sont d'une 
contenance de 25 à 30 litres. EUes sont placées directement 
sur le sol, soit sur une ligne, soit en échiquier à 30 centi- 
mètres environ les unes des autres. Elles sont recouvertes 
d'un épais capuchon de fougères qui les met à l'abri du mau- 
vais temps en hiver et de la trop forte chaleur en été. 

« Pendant la période de l'essaimage, les ruches sont sur- 
veillées à la montagne par les bergers qui accueillent les 
essaims au fur et à mesure de leurs sorties. 



BULLETIN D INSECTOLOGIE AGRICOLE 23 

« Lorsque les nuits deviennent froides, vers le 15 octobre, 
toutes les ruches de deux ans sont récoltées par les proprié- 
taires ou vendues à des marchands ambulants qui étouffent sur 
place les colonies et emportent dans leurs voitures les ruches 
et ce qu'elles contiennent de miel et de cire. 

« L'étouffage des abeilles précède toujours la récolte des 
ruches aussi bien chez les propriétaires que chez les mar- 
chands. 

« Cette manière de procéder barbare, odieuse, qui consiste 
à détruire de précieux producteurs pour obtenir leurs pro- 
duits, parait toute naturelle dans le pays. 

Le miel est obtenu en pressant les rayons avec les mains, 
pour les petites quantités, ou entre deux plateaux ou même 
encore au moyen d'une presse faite exprès, pour les grandes 
quantités. 

Ce miel est de qualité très inférieure parce que les rayons, au 
moment de la récolte, contiennent toujours une certaine 
quantité de pollen, de couvain ou abeilles au berceau et 
beaucoup d'ouvrières s'étant réfugiées dans les alvéoles vides 
au commencement de TétouiTage. Ce mélange pressé, avec 
addiLi'.)n d'une petite quantité d'eau très chaude, donne une 
sorte de bouillie de miel difficile à vendre, même à vil prix. 
La cire est le produit important, réel des abeilles dans le 
pays basque. Pour l'obtenir on fait fondre les rayons vides et 
ceux qui ont été pressés, au feu, dans de grandes chaudières à 
moitié pleines d'eau, puis une fois la cire fondue tout le 
liquide est tamisé à travers de gros linges ou passé à travers 
un lit de paille de seigle qui repose sur rorifice d'un large ré- 
cipient. 

Cette triste situation de Tapiculture dans une contrée très 
favorable à l'exploitation des abeilles est due à l'ignorance 
absolue des principes rationnels d'élevage et de conservation 
de ces précieux hyménoptères et à la volonté, non moins 
absolue chez les paysans basques, possesseurs de ruches, de 
ne rien changer à leur manière de faire. 
A plusieurs reprises, depuis quatre ou cinq ans, des tentatives 



24 BULLETIN d'iNSECTOLOGIE AGRICOLE 

sérieuses ont été faites pour obtenir la suppression de l'étouf- 
fage et cela sans résultats satisfaisants. L'auteur de ces tentati- 
ves ne se décourage pas ; il espère même un succès complet le 
jour au il aura terminé l'installation de ruches lui apparte- 
nant dans les centres principaux du pays basque et qu'il pourra, 
en utilisant le mello extracteur, recueillir des miels de pre- 
mière qualité et présenter des dérivés de ces miels tels que 
de Teau-de-vie, de l'hydromel et du vinaigre. 



Séance da 18 janvier 1888. 
Présidence de M. Fallou, 

La séance est ouverte à 3 heures et présidée par M. Fal- 
lou. 

M. W. de Fonvielle se fait excuser de ne pouvoir assister à 
la séance. 

M. Hamet se fait également excuser pour raisons de 
santé. 

M. Sevalle lit le procès-verbal de la séance précédente qui 
est adopté après une observation de M. Ramé au sujet d'un 
dépôt de livres. 

M. Hamet ne pouvant plus s'occuper de la rédaction du 
Bulletin^ l'assemblée décide d'adjoindre au comité de rédac- 
tion MM. Wallès, Caillas et Sevalle. 

D'un commun accord, les élections pour le renouvellement 
des membres sortants du conseil d'administration sont ren- 
voyées à la séance prochaine. 

Plusieurs propositions relatives aux statuts sont ajour- 
nées. 

L'ordre du jour étant épuisé, le Président déclare la séance 
levée - 

Sevalle. 



BULLETIN D INSECTOLOGIE AGPJCOLE ZO 

Le Petit Comtois publie la note suivante que nous nous 
empressons de reproduire. — Chacun a pu se rendre compte 
des ravages causés cette année par les larves du Hanneton : 
des récoltes de blé et de pommes de terre ont été anéanties, 
des prairies ont été rendues improductives dans des cantons 
et des arrondissements entiers : c'est par centaines de mille 
francs que les pertes se calculent. Autrefois on s'attaquait à cet 
ennemi redoutable; pourquoi nepas faire revivre ces vieilles 
traditions à l'exemple d'un canton de la Mayenne dont le syn- 
dicat a consacré l'année dernière 10,000 fr. à la destruction des 
hannetons, à raison de 10 centimes par kilogramme? Sur no- 
tre demande et en face de si grands dommages, le conseil gé- 
néral a voté une subvention de 2,000 fr. pour encourager 
cette mesure si utile. C'est aux communes si éprouvées 
récemment de correspondre à un tel but, en votant elles- 
mêmes des subsides, auxquels s'ajouteraient une quote-part 
de la subvention départementale. Les auxiliaires, naturel- 
lement indiqués pour cette entreprise, seraient les élèves des 
écoles; des autorisations spéciales seraient sans doute 
accordées pour employer ces enfants à la chasse des Hanne- 
tons, sous la direction de leurs, maîtres. Lé moment le plus 
favorable se rencontre durant les mois d'avril et de mai, sur- 
tout à la un d'nne pluie qui fait tomber des arbres ces in- 
sectes. Les Hannetons livrés en échange de la prime seraient 
aussitôt détruits sous un lit de chaux, et serviraient d'excel- 
lent engrais. H. H, 



Une pluie de Fourmis 

Les habitants de la ville de Nancy ont été témoins, le 21 
juillet 1887, à cinq heures du soir, d'un bien curieux phéno- 
mène. 

Une véritable pluie de Fourmis (espèce sylvestre) s'est 
abattue sur toute la ville. De ces insectes les uns étaient 



26 BULLETIN d'iNSECTOLOGIE AGRICOLE 

pourvus d'ailes et les autres en étaient privés; ils tombaient 
sur les passants, dans les rues et sur les places publiques. 
Cette chute dura une heure au moins avec toute son inten- 
sité. 

On attribue, dit M. Louis Figuier (dans le Journal de la 
Jeunesse) cette averse d'un nouveau germe à de grands tour- 
billons aériens ayanl précédé un violent orage qui survint la 
nuit suivante. Les insectes auraient été transportés à Nancy 
par ces violents courants atmosphériques, venus d'un point 
indéterminé. 

Nous nous permettrons d'ajouter, sur ce sujet, quelques 
faits desquels plusieurs fois nous avons été témoin : à peu 
près à la même saison, sur un mur, à Bois-Colombes, durant 
toute la journée, les Fourmis s'étaient réunies ; le chaperon 
d'un mur en était tout à fait noir, le temps couvert et la 
température accablante, mais cependant point d'orage. 
Après le coucher du soleil la bande noire disparut comme 
par enchantement sans que même on ait eu le temps de s'en 
apercevoir : aucune n'est revenue au point de départ. En 
1887, à Forges-les-Eaux (Seine-Inférieure), vers la fin de 
juillet, une agglomération qui avait l'air de venir d'une 
grande profondeur, car sous les pavés aucune trace, se 
forma à partir de' 6 heures du matin. Il y avait un tuyau de 
descente de la gouttière, mais la ligne qui se formait se te- 
nait régulièrement à une distance de 4 à S centimètres. 

Une autre colonne s'était formée à quelques mètres de là 
près d'un ceps de vigne. 

Après avoir capturé une partie de ces Hymériuptères, nous 
versâmes de la vieille huile à brûler dans le trou d'arrivée. — Il 
n'en sortit plus une seule; celles qui étaient sorties, après 
être montées au faite de la maison, mâles, femelles et ou- 
vrières, tout disparut le soir et jusqu'à fin août on n'en a 
plus vu trace. 

Volontiers on avait cru que les femelles fécondées reve- 
naient à l'habitation oïj avait été leur berceau. P. Huber, 
dont le sens était si droit, n'admettait rien sans constatation 



BULLETIN D INSECTOLOOIE AGHICOLE 27 

précise. Il voulut savoir ce que devenaient ces femelles 
emportées au loin, doutant fort de leur habileté à retrouver 
leur point de départ. 

L'ingénieux investigateur ne tarda pas à reconnaître la 
vérité. Sous ses yeux, des femelles isolées étaient tombées 
sur le sol après leur fécondation. Qu'allaient-elles donc de- 
venir, hors de la vue, et ainsi privées de tout secours pos- 
sible de la part des ouvrières ? Ces insectes étaient-ils 
condamnés à mourir obscurément? Non... L'observation 
apprit ce qu'on n'aurait jamais supposé. 

Une femelle parfaitement seule s'enfonce dans une petite 
cavité, se débarrasse de ses ailes, et se faisant ouvrière, elle 
construit un petit nid, pond une petite quantité d'oeufs, et 
devenant mère et nourrice à la fois, elle élève ses larves. 

C'est une génération d'ouvrières ; adultes, celîes*-ci agran- 
diront l'humble demeure, elles exécuteront tous les travaux, 
et, à partir de ce moment, la mère se reposera. 

A. Ramé. 



CORRESPONDANCE 

Un apiculteur nous pose la question suivante : 

L'art. 8 de la loi du 20 juillet 1837 affranchit de la licence de 
distillateur les propriétaires ou fermiers qui distillent ou font 
distiller exclusivement les vins, cidres, poirées, marcs et lies 
provenant de leurs récoltes. 

L'art. 15 de la loi du 10 août 1839 aifranchit également 
ceux qui distillent ou font distiller les cerises et prunes pro- 
venant exclusivement de leur récolte. 

D. — Ces dispositions peuvent-elles s'appliquer à ceux qui 
distillent le produit de leurs ruches pour obtenir de l'eau-de- 
vie de miel? 

Il semble de prime abord qu'il n'y ait aucun motif de doute 
à cet égard et on pourrait être tenté de répondre immédiate- 
ment d'une façon aiîirmative, ce que nous nous abstiendrons 



28 BULLETIN d'iNSECTOLOGIE AGRICOLE 

de faire jamais. — Nous nous renseignerons auprès de l'auto- 
rité compétente et communiquerons, dans un procliain 

numéro, la réponse qui aura été faite. 

A. R. 



]\ote sur l'établissement cl'tiu droit de douane 
à l'entrée en France des soies italiennes 

Nous venons d'assister, au Parlement français, à des 
débats qui entraînent pour la sériciculture française un grand 
enseignement. 

Nous avons pu voir, encore plus vive qu'elle ne s'est jamais 
manifestée, la lutte entre les villes et la campagne : entre les 
urbains et les ruraux. 

Nous avons vu, une fois de plus, l'ouvrier agricole, isolé, 
sans défense, sacrifié au nombre, à l'ouvrier des villes, qui a 
tous les moyens de s'unir, de formerdes groupes qui de- 
viennent puissance avec laquelle les pouvoirs publics doi- 
vent compter. 

Nous faisons allusion aux débats qui ont occupé le Par- 
lement au sujet du relèvement des droits de douane sur les 
produits italiens. 

Malgré la défense pleine de cœur et d'éloquence qu'ont 
présentée en faveur de nos pays séricicoles MM. Fougeirol 
et Madier de Montjau,les droits demandés pour protéger cette 
production éminemment française : la soie, ont été d'abord 
repoussés, et le principal argument a été qu'on priverait, 
en grevant à l'entrée en France la matière première, on 
priverait, disons-nous, de leur travail, les ouvriers dtla fa- 
brication lyonnaise. 

Le Sénat s'est montré, nous dirons^, plus Français et, en fin 
de compte, la Cbambre a fini par voter un droit de: 

25 par kilog. pour les cocons secs ; 

1 » — pour les soies grèges; 

2 » — pour les soies moulinées, 
entrant en France et venant d'Italie. 

C'est peu, mais c'est quelque cbose déjà. Les ouvriers de 



BULLETIN d'iNSECTOLOGIE AGRICOLE 29 

la fabrication lyonnaise ne chômeront pas un jour de plus, ne 
gagneront pas un centime de moins et nos braves paysans 
cévenols, provençaux et autres retireront un prix plus rému- 
nérateur de leurs produits^ produits qui sont en définitive 
le point de départ de cette vieille renommée lyonnaise qui 
pendant bien des années a été très heureuse de les trouver 
et semble l'oublier aujourd'hui. 

Mais ce qui ressort le plus clairement de ce débat mémo- 
rable est ce fait qu'on a mis en parallèle : 

Le produit de la sériciculture, évalué en moyenne, à 40 
millions par an; 

Le produit de la fabrication lyonnaise à 400 ou 500 millions. 

Ainsi, on protège les gros chiffres, les gros bénéfices et on 
voulait refuser même un encouragement aux petits. 

Que les petits fassent donc tous leurs efforts, mettent tout 
en œuvre pour devenir grands aussi. Quepartout où il y a un 
mûrier, on fasse éclore des vers à soie pour dévorer ses 
feuilles: qu'en traversant la Provence au mois de juillet, les 
mûriers n'aient plus une feuille;, puisqu'on a dit à la Chambre 
que nos mûriers n'étaient même pas utilisés. 

Et puis que les sériciculteurs, mouliniers apprennent 
encore ceci: c'est qu'en se groupant on devient quelqu'un, 
une force qui finit par imposer sa volonté. 

Sériciculteurs, nos amis, que tous les bons Français sou- 
tiendront toujours, groupez-vous donc, organisez des syn- 
dicats par communes, cantons, pour l'acquisition ou la pro- 
duction des meilleures graines, pour le meilleur procédé 
de culture, la cueillette de la feuille et pour la vente de vos 
produits. Que si Lyon est devenu le marché du monde pour 
les soieries, et nous en sommes fiers, que vous créiez, vous, le 
grand marché pour les grèges et les moulinées. 

Vous lutterez à armes égales, mais sans chercher à 
l'amoindrir ou à l'entraver, avec ce grand marché lyonnais 
qui lïa pas su comprendre qu'en vous défendant il faisait 
non seulement œuvrefrançaise, mais encore œuvre de conser- 
vation personnelle. Caillas. 



30 BULLETIN d'iNSECTOLOGIE AGRICOLE 

Moyen d'éloigucr les lombrics ou vevH de (erre 

On éloigne les vers des jeunes semis en arrosant les 
planches avec des décoctions de plantes d'une odeur et d'une 
saveur acre et désagréable comme les feuilles de chanvre, de 
noyer, de tabac, les bulbes d'ail. Le brou de noix, bouilli 
dans l'eau, communique à celle-ci une saveur particulière- 
ment déplaisante aux lombrics et qui les met promptement 
en fuite. 

Il nous semble qu'on n'a pas tiré du brou de noix tout le 
bon parti que nous nous croyons autorisé d'en attendre. 
Est-ce qu'on ne devrait pas dans la saison oii les noix 
mûrissent, faire des quantités importantes de décoction de 
brou, la conserver et s'en servir Tannée suivante, à titre 
d'essai, contre la plupart des insectes nuisibles. Très 
vraisemblablement, on obtiendrait de bons résultats sur 
les uns ou sur les autres. Avis aux chercheurs qui ont des 
loisirs. [Gazette du Village.) 



L'hydromel et les abeilles (1) 

L'hydromel ne nous est guère connu que de nom, et nous 
n'en savons pas autre chose, sinon que c'était la boisson 
favorite des héros du paradis d'Odin. Il parait cependant que 
c'est une liqueur qui peut être aisément fabriquée et de con- 
sommation courante, à telles enseignes qu'un instituteur ne 
craint pas de la recommander de préférence à tous les vins 
sucrés. 

Il pousse la précaution jusqu'à donner la recette de cette 
boisson. Il suffit de jeter dans une grande bassine en cuivre 
autant de litres d'eau qu'on veut faire de litres d'hydromel, 
d'y ajouter 500 grammes de miel par litre d'eau, de faire 
bouillir jusqu'à réduction d'un tiers ou d'un quart en ayant 
soin de remuer le mélange. 

L'hydromel se bonifie dans les bouteilles. 

1. Extrait du Petit Journal de la santé. 



BULLETIN d'iNSECTOLOGIE AGRICOLE 31 

L'avis est attrayant. Mais pour fabriquer de l'hydromel, il 
faut du miel, et la culture des abeilles chez nous est passa- 
blement négligée. 

Il n'est pas de coin de jardin où on ne puisse, avec un peu 
de volonté, et si on ne se rebute pas de soins minutieux et 
nécessaires, réserver la place pour une ou deux ruches. 

Pourquoi, notamment les instituteurs, se privent-ils du 
plaisir et du profit de cette culture? 

Les économistes ont calculé que, grâce à la négligence de 
nos campagnards qui ne veulent pas joindre un rucher à leur 
exploitation agricole, il se perd bon an mal an quelques mil- 
lions de francs de miel dans nos jardins. 

On voit combien d'avantages présenterait, en résumé, cette 
culture des abeilles, qui outre l'attrait et l'élégance du tra- 
vail, fournirait à nos agriculteurs une boisson agréable et 
saine, et une source non à dédaigner de revenus. 



Du 11 au 23 août prochain, aura lieu à Bruxelles une expo- 
sition internationale d'apiculture. Les demandes devront être 
adressées avant le 13 mai à M. le secrétaire du concours 
international d'apiculture, au Jardin botanique, à Bruxelles. 



Nous empruntons à V Apiculteur Y enireTûei suivant que nous 
signalons tout particulièrement à l'attention des praticiens : 

« Dans Y Apiculteur de décembre, page 354, M. Warquin 
nous a communiqué une chose curieuse concernant une 
abeille mère qui a vécu sept ans et quia pondu sans inter- 
ruption pendant les sept ans et sans être refécondée ; cela est 
surprenant. Ainsi une seule petite gouttelette de sperme mas- 
culin conservée dans la spermatèque de la mère" sans s'altérer, 
a suffi pour féconder environ soixante mille œufs par an, ce 
qui fait pour sept ans quatre cent vingt mille œufs. C'est vrai- 
ment incroyable. N'y aurait-il pas encore quelques mystères 
à dévoiler sur la fécondation? Espérons que l'avenir nous 
l'apprendra. 



32 BULLETIN d'iNSECTOLOGIE AGRICOLE 

Le Congrès des Sociétés 5«yfl;?z/fe5 s'ouvrira le mardi 22 mai. 
La séance générale aura lieu dans le grand amphithéâtre delà 
Sorbonne, le samedi 26 mai, M. Ramé représentera la Société 
centrale d'Apiculture et d'insectologie. 



MM. les sociétaires et abonnés sont priés de renouveler leur 
abonnement et d'envoyer le montant des abonnements en 
retard par un mandat de poste au secrétaire de la Rédaction, 
M. Wallès, 18, rue Dauphine. Ils voudront bien profiter de 
cette occasion pour donner l'adresse des personnes qui 
s'occupent d'insectologie et qui désireraient recevoir le 5z<!//e^m. 

Les abonnements continuent à, moins d'avis con- 
traire. 



AVIS 

M. Hamet, professeur d'apiculture au Luxembourg, repren- 
dra le cours public et gratuit d'apiculture qu'il a iondé, il y 
a trente-deux ans, le samedi 7 avril à 9 heures du matin, pour 
être continué les samedis et mardis suivants à la même 
heure. 



Une exposition internationale sera ouverte au palais de 
l'Industrie, du 25 juillet au 25 novembre 1888. 

Dans le groupe IX, classe 75^ Hùtoire natiirelle,\mQ section 
est réservée aux insectes utiles et nuisibles, aux parasites de 
l'homme. — Représentation des microbes des épidémies. ~ 
Destruction du phylloxéra. — Dans le groupe V plusieurs 
sections sont constituées pour le miel, la cire, l'hydromel et 
le pain d'épice. 

Pour renseignements complémentaires, s'adresser à 
M. A. Wallès, 18, rue Dauphine, Paris, et joindre un timbre pour 
la réponse. 



Le Cogrraoït : A. WallÈs. 



vz ■ dr la 5w ai fjs,' KOIZETIE, 8, r. CampngDO Iro Paris. 



TKËIZIËMIi ANNÉE, ti' 3. Mars 1888 

BULLETIN 

D'INSËGTOLOGIE AGRICOLE 



SOMMAIRE : Encore les Sauterelles et les Vers blancs — Travaux de la 
Société des agriculteurs de France — La Casside de l'Artichaut — Les 
Insectes utiles de la Chine (conférence du général Tcheng-ki-Tong) — 
Séance de Février de la Société centrale d'Apiculture et dinsectologie 
— Nécrologie — Nouvelles. 



Encore les sauterelles et les vers blaucs. 

M. Barbe, qui a toujours témoigné à notre Société le plus 
vif intérêt, étant ministre de l'agriculture, avait demandé un 
crédit de 500.000 francs pour venir en aide aux agriculteurs 
algériens, victimes en 1887 des ravages des sauterelles. Le 
projet de loi portant ouverture de ce crédit a été discuté à 
la Chambre des Députés dans la séance du 3 mars. Une nous 
appartient pas d'apprécier ici les motifs qui n'ont pas permis 
d'accepter la proposition de M. Barbe, mais nous retenons de 
cette discussion la description du fléau faite, en quelques 
mots d'une précision remarquable, par M. Viette, le spirituel 
et sympathique ministre de l'agriculture. 

« Une colonne de sauterelles de trois kilomètres de front 
sur une profondeur plus grande encore s'est abattue sur le 
département de Constantine et a causé de très grands ravages; 
en faisant la part de l'exagération des premières évaluations, 
qui chiffraient les pertes pour un seul arrondissement à 
13 millions, nous pouvons les estimer à 8 millions et j'appelle 
l'attention de la Chambre sur ce point particulier que dans ces 
8 millions les indigènes ont perdu environ 7 millions.» 

Dans la même séance, M. Charles Chevalier, député de la 
Manche, a exposé les dégâts occasionnés par les vers blancs 
dansles départements de l'Ouest: la Manche, l'Orne, la Mayenne 
la Sarthe et une partie de l'Ille-et-Yilaine. 

« Nos cultivateurs ont vu en 1887 leurs moissons détruites, 
leurs champs épuisés par ces larves, ces hideux rongeurs. 



34 BULLETIN d'iNSECTOLOGIE AGRICOLE 

appelés les vers blancs, qui sur certains points n'ont pas laissé 
debout un brin d'herbe.» 

« 11 faut avoir parcouru ces régions désolées où Ion dirait 
que l'incendie a passé pour se rendre compte de i"étendue des 
ravages et de l'importance des dommages. De toutes parts des 
plaintes, malheureusement trop justifiées^ se sont produites. 

« Le ver blanc fait disparaître les récoltes en dévorant les 
racines; de plus il appauvrit, il ruine les terres oii il se can- 
tonne et le cultivateur est obligé, avec la perte qu'il éprouve, 
de faire des dépenses pour remettre ces terres en bon état, 
trop heureux si l'ennemi ne revient pas l'année suivante à la 
charge.» 

A. Wallès. 



Société dcis ag;i*iculteurs de Francr. 

Dans les comptes rendus des travaux de la session de 1888, 
séance du 7 février, nous trouvons une communication qui ne 
sera pas sans intérêt pour les lecteurs du Bulletin. 

« M. le baron Constant de Benoist se plaint quesespommiers 
ont été envahis par le puceron lanigère; mais il annonce avoir 
combattu cet insecte nuisible par les moyens habituellement 
recommandés et avoir réussi à l'éloigner en donnant à ses 
arbres des soins très minutieux : il a badigeonné les branches 
avec de l'alcool et les autres liquides du même genre indiqués; 
en outre pour détruire les larves de ver blanc il a travaillé à 
rendre la terre meuble auprès des arbres en y opérant de 
nombreux binages, pour amener à la surface les jeunes larves 
que le moindre rayon de soleil fait périr. Il a en outre remar- 
qué que le puceron lanigère attaquait les arbres dont les fruits 
sont sucrés plutôt que ceux qui sont amers. 

« Des atteintes de pucerons lanigères on est amené aux pertes 
considérables causées par le ver blanc, larve du hanneton, 
autre ennemi des plus nuisibles des végétaux aussi bien 
ligneux qu'herbacés. M. le baron L'Epine a éprouvé de ce chef 
des pertes considérables, voyant mourrir des arbres plantés 



BULLETIN d'iNSECTOLOGIE AGRICOLE 35 

par lui depuis ciiiqousix ans, ce membre demande quel obs- 
tacle il pourrait opposer à l'envahissement de ces larves. 

« MM. Courcier et Michelin indi[uent le coaltarMx goudron 
de gaz, comme faisant mourir la larve quand elle la touche et 
éloignant au moins le ver des endroits où le liquide a été 
répandu même en faible quantité, sur la terre et mêlé au sol au 
moyen d'un léger binage. Pour garantir les jeunes arbres, on 
peut, en les plantant, enduire les parois des trous avec ce 
même goudron ou, si l'on trouve l'opération d'une exécution 
difficile, on peut imprégner de goudron de la sciure de bois, 
des chiffons, des copeaux et mêler ces objets ainsi préparés 
avec la terre qui doit remplir les trous. On est fondé à espérer 
que cette précaution pourra être efficace pour préserver les 
jeunes arbres pendant un certain temps. Il reste, néanmoins, 
avéré que le ver blanc est un ennemi terrible et dont il est 
souvent bien difficile de se garantir. 

« S'il est notoire que les taupes se nourrissent de ces larves 
on s'expliquerait l'observation faite par M. le Oaron de L'Epine 
que dans deux pièces de terre, séparées par un cheujin, ilaeu 
les résultats suivants; beaucoup moins de larves dans celle 
où l'on avait laissé les buttes des taupes et beaucoup plus 
dans celle où Ton avait troublé le séjour de ce? petits ani- 
mau> en étalant les taupinières pour égaliser le terrain et où 
il leur avait fait faire la chasse. 

« M. Garnot entre dans quelques détails sur les résultats 
toujours satisfaisants qu'il obtient de son mode habituel de 
fabrication par lixiviation, procédé recommandé par MM. de 
Boutteville et Hauchecorne à cause de sa simplicité et de la 
qualité satisfaisante du cidre qu'on en obtient. 

« Les explications qui précèdent, relatives au puceron 
lanigère et au ver blane, font penser à M. Michelin qu'il serait 
à propos de communiquer à la section le résultat d'un travail 
qui a été fait au sein du Comité d'arboriculture fruitière de la 
Société nationale d'horticulture de France et dont, comme 
secrétaire du dit Comité, il a été le rédacteur: il r/ngit de pro- 



36 BULLETIN d'iNSECTOLOGIE AGRICOLE 

cédés en usage et dont, par (Conséquent l'effioacité ne peut 
être contestée. 

« Insectes attaquant les arbres. — Les cultivateurs de 
Montreuil-sous-Bois (Seine), pour détruire les Tigres sur 
bois ou Kermès qui se posent sur les branches des pêchers, les 
sucent et les dessèchent, ou tous les autres insectes du mêoie 
genre, en badigeonnent les branches en hiver, à l'aide d'un 
pinceau, avec le mélange suivant: 3 kilog. de colle de peau, 
vingt pains de blanc de Meudon ou blanc d'Espagne, 5 kilog. 
de soufre;, auxquels on ajoute l'eau nécessaire, pour rendre 
cette bouillie suffisamment liquide. On doit la maintenir sur 
un réchaud pour qu'elle ne se prenne pas en refroidissant et 
qu'on puisse, sans obtacle, l'étendre sur les branches. Cette 
composition, lorsqu'elle est devenue froide, adhère assez 
longtemps sur les branches pour asphyxier les insectes para- 
sites. 

Le badigeon usité pour les arbres à fruits à pépins est le 
suivant : 

« 1/2 kilogramme de savon noir, 

« 1 kilogramme de soufre, 

« 4 litres d'eau de pluie. 

« Faire bouillir l'eau et la jeter petitàpotitsur le savon noir, 
de façon à le bien délayer et à le faire mousser,jeter dessus le 
soufre par petite quantité, en remuant jusqu'à emploi achevé. 

« Un cultivateur de Nogent-sur-Marne, pour atteindre le 
même but, savoir: obtenir la destruction des Tigres sur bois 
ou Kermès, de la Grise ou Tigre sur feuilles, des Pucerons 
lanigères logés sur les branches, compose une pâte liquide 
dont il enduit les branches et qui est ainsi formée : 

« 500 grammes de blanc d'Espagne ; 

« 1.500 grammes de soufre en poudre ; 

«750 grammes de colle de peau fondue dans de l'eau assez 
chaude et à part ; 

« 1 litre 1/2 de jus de tabac à 15 degrés. 

« Le mélange est maintenu sur un réchaud, afin qu'on puisse 



1 



BULLETIN D'iNSECTOLOGIE AGRICOLE 37 

l'avoir assez liquide pour l'étendre ; car, en refroidissant, il 
durcirait. 

« Si la pâte est trop épaisse, on peut y ajouter de l'eau et du 
jus de tabac par égales proportions. 

« Pour éviter que le mélange ne se coagule en grumeaux, 
on doit verser la poudre peu à peu et en agitant doucement 
le liquide. 

« Pour produire tout son effet, la préparation doit être 
étendue sur les arbres au commencement de l'hiver et elle ne 
doit pas couvrir les boutons à fruits et ne doit pas être appli- 
quée trop chaude. 

« Le Puceron lanigère est un ennemi redoutable pour les 
pommiers qu'il fait mourir si on les lui abandonne. Vouloir 
le détruire à tout jamais serait poursuivre une chimère ; en 
se résignant à le combattre, lorsqu'il apparaît dans nos jardins, 
on en est maître d'autant plus facilement qu'il se livre à l'œil 
du cultivateur en se couvrant de l'enveloppe blanche neigeuse 
qui révèle sa présence. ^On en a beaucoup parlé,on a beaucoup 
écrit à son sujet, et on y revient sans cesse : cependant, étant 
admis qu'il faut le surveiller et avoir l'œil au guet pour ne 
pas le laisser pulluler, aussitôt qu'il apparaît, on n'a vraiment 
que l'embarras du choix, pour le remède. Le pinceau à la 
main, on badigeonnera les branches qu'il a envahies, en les 
mouillant avec de l'alcool, de l'essence de pétrole, de l'eau de 
savon noir, de la suie délayée avec de l'urine, du jus de tabac 
pur à 15 degrés. On tâchera surtout de faire pénétrer le pin- 
ceau dans les aisselles des branches, en ménageant les yeux 
et les pousses herbacées ; on arriverait au même résultat en 
écrasant l'insecte sur la branche: tout le succès dépend de la 
vigilance du jardinier. 

« Si rinsecte est parvenu à former les exostoses produi- 
tes par son travail, on fera bien de les enlever avec la serpette, 
en recouvrant les parties mises à nu avec de l'onguent de 
Saint-Fiacre. Feu M. Croux père, attaquait cet ennemi de ses 
pépinières dans sa résidence d hiver, en répandant de la chaux 
en pierre au pied des jeunes pommiers; délitée, délayée au 



38 BULLETIN d'iNSJXTOLOGIE AGRICOLE 

contact de Tair, à la suite des gelées et par l'effet des pluies, la 
chaux allait atteindre, sur les racines, les minuscules réfugiés. 
« Le savant M. Maurice (iirard considérait que, pendant les 
hivers doux, les Pucerons lanigères, sans s'hiverner sous le 
sol, se contentaient de s'abriter dans les anfractuosités des 
écorcesdes arbres, ce qui justifiele soin qu'on prend d'enduire 
les branches et de racler les vieilles écorces. Encore un 
remède bien simple pour la destruction des parasites qui 
habitent sur les branches des arbres et pratiqué depuis nom- 
bre d'années par un de nos collègues ; il fait couler de l'eau 
tenue bouillante au long des branches, pendant la saison d'hi- 
ver. 

« Parmi les ennemis des arbres fruitiers contre lesquels il 
importe de se mettre en garde avec une vigilance constante, 
on doit citer la Grise ou Tigre sur feuilles (Tingis Piri) qui, 
fixée sous les feuilles des poiriers et surtout de ceux en espa- 
lier, les suce et finit par les dessécher et les mettre à jour, 
arrêtant leur fonctionnement et nuisant à la végétation de 
l'arbre à un point qu'on n'a pas besoin d'expliquer. 

« Cet insecte, pourvu d'ailes de couleur gnsàtre tachées de 
brun, est très agile; mais la fraîcheurde lanuitsuffit pour l'en- 
gourdir, de telle sorte que, lorsque de grand matin, on passe 
devant les arbres en secouant les feuilles au-dessus d'un 
linge blanc qu'on a étalé parterre et qu'on vide dans un réci- 
pient rempli d'eau, on en diminue considérablement le nom- 
bre. Si l'on veut l'attaquer à un autre moment et d'une autre 
manière, on asperge les feuilles le soir, après le coucher du 
soleil, avec de l'eau d.esavo7i noir, en ayant soin de lancer le 
liquide en dessous des feuilles ; mais en recommençant l'asper- 
sion le lendemain matin avec de l'eau fraîche pure, avant 
le lever du soleil ou au moins avant l'heure oii son action 
prend de l'énergie. 

<' Il est connu que la cendre, la chaux en poussière, la suie 
répandues sur le sol arrêtent le pas ;age des limaces, escar- 
gots, etc., j'ajouterai qu'un vieux cordage, une corde à puits 
en écorce trempés dans une dissolution de sulfate de cuivre 



BULLETIN d'iNSECTOLOGIE AGRICOLE 39 

étaléeaulour d'une plate-bar de, au pied d'un espalier, offre, au 
passage de ces ennemis, ni:e barrière qu'ils ne franchissent 
pas. 

« Enfin, est-il superflu de dire que tous les fruits tombés 
véreux, toutes les feuilles enroulées, séchées, tous les bour- 
geons coupés et secs renfermantles éléments de la reproduc- 
tion des insectes, doivent être rigoureusement mis au feu ; 
avec cette précaution on mettrait les jardins à l'abri de bien 
des atteintes. » A. W. 



Ijti t'assidc de l'Articlisiiit (1). 

{Cassida viridis) 

Artichaut, C>/nara Scol>jm us [Govaposées) Vivace : de Bar- 
barie et du midi de l'Europe. Ses variétés les plus remarqua- 
bles sont : le Gi^os vert ou de Laon, le meilleur, le plus cultivé 
et le plus estimé à Paris. 

A l'état sauvage, ses têtes (capitules avant la floraison) sont 
petites et fortement épineuses. Les variétés à capitules char- 
nus sont le résultat de la culture ; c'esi le réceptacle qui est 
comestible. 

C'est pendant le mois de juillet^ un peu avant ou un peu 
aprèje, qu'on peut remarquer sur les feuilles des artichauts, dans 
les jardins, des petites masses noirâtres formées de grains 
amoncelés, humides, d'un aspect dégoûtant. Sous ces masses 
se trouvent des larves d'une conformation particulière et 
remarquable qui méritent d'être examinées. Si on se donne 
la peine d'en nettoyer une, on voitque cette larve est d'un vert 
plus ou moins foncé, d'une forme ovi-conique, qu'elle est 
déprimée et composée de douze segments outre la tête qui est 
petite et basse et armée de deux mâchoires ; chaque segment 
porte une épine horizontale de chaque côté au point qui sé- 
pare le dos du ventre et cette épine, vue à la loupe, est bran- 
chue; on distingue six pattes écailleuses sous les trois pre- 

1. Extrait des insectes nuisibles auxarl:)res fruitiers, etc., par Ch. Goureau. 



40 BULLETIN d'iNSECTOLOGIE AGRICOLE 

iniers segments; mais ce qu elle présente de plus remarquable 
c'est son extrémité postérieure, terminée par une espèce de 
mamelon redressé et deux filets caudiformes, un peu moins 
longs que le corps, qui partent de l'extrémité de l'animal, un 
peu avant le mamelon et de chaque côté, formant une sorte 
de fourche; la larve peut les appliquer sur son dos, les rele- 
ver ou les étendre en arrière. 

Ses excréments sortent par le mamelon et se trouvent na- 
turellement poussés sur cette fourche qui s'en charge et forme 
un toit protecteur à l'animal sans le toucher. Lorsque la four- 
che est trop chargée d'excréments, la larve s'en débarrasse en 
les renversant en arrière, et comme elle change plusieurs fois 
de peau avant d'arriver à sa croissance complète, à chaque 
mue la vieille peau se trouve repoussée jusqu'à l'extrémité 
de la fourche et mêlée aux excréments. 

Cette larve broute les feuilles d'artichaut et se nourrit de 
leur parenchyme ; elle les perce jusqu'à la membrane infé- 
rieure sur différents points et les dessèche peu à peu ; lors- 
qu'elle est abondante elle leur porte un grand préjudice. Par- 
venue à toute sa taille, elle se dispose à se métamorphoser en 
chrysalide et pour cela elle se fixe à la feuille par le côté du 
ventre; au bout de deux ou trois jours, elle quitte sa peau 
qui se fend sur le dos du corselet et est repoussée jusqu'à la 
queue. 

La chrysalide est fort dilTérente de la larve, quoique tou- 
jours verte ; elle est raccourcie et déprimée ; elle a perdu ses 
deux queues ; le corselet est élargi surtout au devant et ter- 
miné en arc de cercle ; il est garni d'épines à son bord anté- 
rieur et sur les côtés; les épines du ventre sont larges, plates 
et dentées. L'état de chrysalide dure douze à quinze jours, 
après lesquels l'animal parfait se montre sous la forme 
d'adulte dans le mois de juin ; il broute les feuilles d'arti- 
chaut comme faisait la larve. La femelle dépose ses œufs en 
tas, les uns à côté des autres, sur ces mêmes feuilles ; ils sont 
petits et d'une forme oblongue. 

Ce Coléoptère appartient à la famille des Cycliques, à la 



BULLETIN d'iNSECTOLOGIE AGRICOLE 41 

tribu des Gassidaires et au genre Cassida. Son nom entomo- 
logique est Cassida viridis et son nom vulgaire Gasside 
verte. 

Cassidd viridis. Lin. — Longueur, 7 miL ; largeur, 5 mil.: 
Ovale, verte, ponctuée en dessus, noire en dessous ; tête 
noire, petite, antennes insérées sur le devant de la tête, gros- 
sissant un peu de la base à l'extrémité, à base testacée, bru- 
nissant vers le bout; corselet débordant et couvrant la tête, 
demi-circulaire, sinué à la base, avec des impressions indi- 
quant la tête et la poitrine ; élytres débordant l'abdomen, aussi 
larges que le corselet, deux fois aussi longues, arrondies à 
l'extrémité, fortement ponctuées, les points formant des stries 
régulières le long de la suture, cuisses noires, à extrémité 
testacée ; tibias et tarses testacés. 

Il est probable que les derniers éclos passent l'hiver en- 
gourdis dans quelque retraite pour reparaître au printemps 
et pondre au mois de juin sur les feuilles d'artichaut. 

On ne connaît d'autre moyen de détruire les larves et les 
insectes que de leur faire la chasse et de les écraser. 

E. Savard. 



Le» insectes utiles de In Cliine (l). 

N'est-ce pas ici, aux Tuileries, que le célèbre agronome 
Olivier de Serres, en 1601, plantait les vingt mille mûrier? 
blancs, sur la demande de François P'et Gatherine deMédicis? 

Et comme l'industrie séricicole est une de nos premières 
institutions en Chine, il est tout naturel que je vous propose 
de commencer par la culture du ver à soie. 

Vous connaissez tous trop bien la manière dont on élève 
chez nous les vers à soie pour que j'aie besoin de vous la 
raconter en détails. Â.u fond, notre méthode n'a pas beaucoup 
de différence avec la vôtre, peut-être celle-ci n'a-t-elle fait 

1. Extrait de la conférence faite par son Excellence le général Tcheng-ki- 
ong à l'Exposition des insectes utiles et nuisibles le 24 septembre 1887, à 
'orangerie des Tuileries, 



42 BULLETIN n'iNSECTOLOGIE AGRICOLE 

que copier rinstiLution chinoise sans aucune prélenLion à la 
nouvauté. Il va sans dire que la science moderne a dû changer 
bien des choses en les améliorant, et puis l'influence des 
climats donne souvent lieu à des modifications. Mais notre 
institution remonte à 2,700 ans avant .T.-C La femme de 
l'empereur Hoang-Ti eut alors, la première, l'idée d'élever les 
vers à soie et de conCectionner, avec le produit de cette 
culture, des vêlements pour habiller le peuple que gouver- 
nait son auguste mari. 

Cette invention eut un tel résultat, quelle s'est propagée 
aujourd'hui dans tout l'univers sur une échelle de plus en 
plus grande. Malgré la laine et la fourrure que nous fournis- 
sent les animaux, la soie reste et restera toujours un article 
de luxe dont nul ne peut se passer, lorsqu'il a le moyen de 
s'en procurer. 

Chez nous, nous sommes toujours très reconnaissants 
envers nos bienfaiteurs, nous avons pour l'inventrice de la 
science sériel cole un vrai et perpétuel culte. Ainsi, outre les 
temples élevés en son honneur dans tous les coins de 
l'Empire, tous les ans, àl'époque de l'éclosion des vers à soie. 
Sa Majesté l'impératrice se rend, en personne, avec toute sa 
suite, et en grande pompe, au champ du Mûrier pour faire 
des sacrifices à la déesse qui fut épouse de l'Empereur 
Hoang-Ti. 

Après la cérémonie qui a lieu au temple, Sa Majesté, suivie 
des dames dhonneur, cueille, au milieu des champs et entou- 
rée des femmes des cultivateurs, quelques feuilles du mûrier, 
puis elle dépose elle-même ces feuilles sur le panier oii se 
trouvent les vers nouveau- nés et la Souveraine clôt la fête en 
dévidant, devant le peuple, un cocon de ver à soie comme 
pour donner l'exemple, et en distribuant les récompenses 
aux personnes les plus méritantes qui lui ont été signalées 
parles autorités du district, chargées de veiller à la culture 
des vers à soie. 

Cette cérémonie, une des plus importantes de l'année que 
Sa Majesté l'impératrice ait à accomplir, est un grand encou- 



BULLETIN d'iNSECTOLOGIE AGRICOLE 43 

ragement pour la population séricicole ; en présence du la- 
beur de la Souveraine, elle n'ose négliger le sien. C'est une 
question capitale dans un pays essentiellement agricole 
comme le nôtre. 

En Chine, l'époque de leclosion coïncide toujours avec les 
preiriiers coups de tonnerre du printemps. Au bruit de ses 
détonations on veille sur les œufs soigneusement préparés 
jusque-là, et à partir de ce moment on peut compter les 
éclosion jusqu'au 5* jour au plus. A cette époque, le tonnerre 
révèle l'action de cette électricité dont on se sert actuellement 
en Europe pour hâter l'éclosionau moyen d'une pluie d'étin- 
celles. 

Afin de protéger la culture du mûrier, il est même interdit 
dans certaines contrées d'élever les polyvoltines, c'est-à-dire 
les vers qui font plusieurs générations par an. Mais la plupart 
des chenilles n'ont que trois mues. Permettez-moi de vous 
faire remarquer que nous désignons les mues par deux pé- 
riodes : 1" au moment où les chenilles cessent de prendre de 
la nourriture, nous disons qu'elles se couchent ; ^° au mo- 
ment OTJ elles se dépouillent de la carapace, nous disons 
qu'elles se lèvent. Une autre particularité : lorsqu'on les 
étouffe à l'eau chaude, on dit que c'est un bain que pren- 
nent les vers. 

Pourquoi, et que signilient ces mots : se coucher, se lever 
et se baigner? Je ne sais, mais je suppose que lorsqu'on est 
chargé de bien les élever, on veut qu'ils aient une conduite ré- 
gulière et de la propreté. 

La qualité de notre soie et le moyen de sa fabrication sont 
aussi trop connues pour que j'aie besoin de les énumérer 
dans ce court entretien; mais je tiens à vous signaler une 
particularité qui, je crois, n'existe que chez nous, et dont la 
découverte remonte à l'antiquité. 

C'est le son de la soie. Avant que mes compatriotes eussent 
inventé l'art de travailler la soie et de l'employer à la fabrica- 
tion des étoffes, ils avaient trouvé le secret de la faire servir 



44 BULLETIN d'iNSECTOLOGIE AliBTCOLE 

à la musique, et d'en tirer les plus doux et les plu? tendres 
des sons. 

Je passe maintenant à l'apiculture et rapidement : 

On élevait très peu d'abeilles dans l'antiquité, mais sous 
les trois premières dynasties de la Chine on se mit à cultiver 
avec ardeur les abeilles domestiques. Avant que Cadmus eût 
porté des lettres aux Grecs barbares et que Minos eût donné 
des lois à l'île de Crête, la table des empereurs de Chine, 
ainsi que celle de nos princes, étaient couvertes chaque jour 
de plusieurs sortes de mets, de viandes avec des gâteaux de 
miel et de froment. 

On distingue chez nous trois sortes d'abeilles: les abeilles 
des forêts, les abeilles des rochers et les abeilles domestiques. 
Les premières sont plus grosses et d'un jaune se rapprochant 
du gris, les secondes sont presque noires et les dernières 
jaunes comme les vôtres. 

Quant au miel, il est blanc, jaune plus ou moins clair, 
suivant les endroits ; il varie également de saveur et de 
parfum. 

Nos historiens remarquent comme une providence singu- 
lière que les abeilles des forêts se sont multipliées considéra- 
blement certaines années dans des districts affligés par la 
famine, au point d"être un grand secours pour le peuple. 

Pour bien comprendre ce que l'histoire entend par là, je 
crois utile de vous faire une citation trouvée dans un ancien 
livre, qui donne diverses préparations de farine, de racines 
et de cire, admirables pour suppléer à une nourriture abon- 
dante. Parmi ces préparations, la plus estimée est celle dont 
on fait quelquefois usage dans les fortins des frontière et 
dans les voyages où l'on a à traverser de longs déserts, et en 
voici la formule : 

« Faire cuire dans l'eau en pâte très épaisse six onces de 
fleur de farine, cinq onces de belle colle-forte (transparente 
comme de la gomme, préparée avec beaucoup de soin et par- 
fumée par les aromates qu'on y mêle). Quand la pâte est 
cuite et refroidie, en former de petites boules grosses comme 



BULLETIN d'iNSECTOLOGIE AGRICOLE 45 

des pois et, ces boules une fois séchées, les jeter dans trois 
onces de cire jaune fondue, puis remuer jusqu'à ce qu'elles 
l'aient toute pompée, les laisser alors sécher de nouveau à 
l'ombre, après quoi, les mettre dans un vase de terre et les 
garder pour s'en servir en cas de besoin.» 

Quand on a pris à jeun quarante à cinquante de ces boules, 
on peut rester plusieurs jours sans absorber d'autre nourri- 
ture; la seule précaution qu'il faille prendre, c'est déboire 
chaud après les avoir avalées. 

Dans les autres recettes, on fait entrer dans la composition 
des boules des racines aquatiques, de la poussière, de la 
viande sèche, des graines huileuses, .des amandes, des pois, 
du miel, des aromates, etc., etc. On dit que quelques-unes 
peuvent soutenir et conserver la santé pendant huit ou dix 
jours et même davantage, quand on en a pris deux ou trois 
onces. Si l'on en prend tous les jours une demi-once, on peut 
se passer de nourriture pendant plusieurs mois. 

Ce fait, si singulier qu'il paraisse, a été constaté plusieurs 
fois. 

Aujourd'hui, les abeilles domestiques sont moins nom- 
breuses en Chine; l'hiver, trop rigoureux dans le Nord, et 
l'été, trop pluvieux dans le Midi, rendent la conservation des 
ruches trop difficile. Une autre raison encore plus évidente, 
la cause plus sérieuse de cet abandon, c'est la culture des 
abeilles sauvages. 

Celles-ci se logent sur les arbres dans toutes les provinces 
du Midi, et ù moitié en terre dans les provinces du Nord. Nos 
habitants méridionaux placent leurs ruches dans des endroits 
exhaussés, secs et aérés, pour leur épargner les incommodités 
de l'humidité et de la trop grande chaleur. Ceux du Nord, au 
contraire, les placent dans des endroits enfoncés, abrités 
et tournés au Midi. Le paysan regarde comme un point 
essentiel de ne laisser ni trop ni trop peu de miel aux abeilles 
pour qu'elles ne deviennent pas paresseuses ou stériles, ou 
qu'elles se voient réduites à l'état d'épuisement. 

Dans le Midi, on fait deux récoltes de miel et de cire : au 



46 BULLETIN d'iNSECTOLOGIE AGRICOLE 

printemps et en automne; dans le Nord, on n'en fait qu une au 
printemps. 

Nous avons une autre espèce d'insecte à cire blanche que 
nous appelons Pé-la-Tchong; on en a fait la découverte au 
m" siècle, et nous en avons maintenant dans presque toutes 
nos provinces, bien que nous employions encore le moyen 
de blanchir la cire jaune que fournisent les abeilles de cer- 
taines contrées. 

Ces insectes se logent également sur les arbres appelés 
arbres à cire qui restent verts toute Vannée et qui se couvrent 
au printemps de fleurs blanches ressemblant à celles de l'au- 
bépine. 

Les gens qui cultivent ces insectes accrochent, au commen- 
cement du printemps, les cocons, gros comme les œufs de 
poule, et d'une couleur violette. Ces cocons, espèces de galles 
de Chine et de formes inégales, contiennent les œufs d'insectes 
par plusieurs centaines. A mesure que l'éclosion se fait, les 
insectes grimpent de suite aux feuilles des arbres à cire, oii 
ils se tiennent collés à merveille, comme pour y faire corps. 

Le liquide qu'ils distillent sur les branches se transforme 
instantanément en cire blanche, et au moment de la récolte. 
i'(!s arbres sont tellement blancs, que de loin on les croirait 
couverts de neige. 

Ces insectes, blancs à leur naissance, deviennent presque 
noirs à l'approche de la mort. 

En été on arrache les nouveaux cocons pendus aux arbres 
et on les lient cachés, enveloppés dans une feuille de no, 
plante exotique, pour les préserver des fourmis qui les dévo- 
rent avec appétit lorsqu'elles les trouvent. Pendant la saison 
on met également au pied des arbres toutes sortes de choses 
insecticides pour éloigner les fourmis. Cette cire est plus 
blanche et plus belle que celle des abeilles. L'industrie 
de bougies et de chandelles en fait une grande consomma- 
tion. 

(.4 suivre). 



BULLETIN D INSECTOLOGIE AGRICOLE 47 

Socî<^té eenlralc d'Apâeiiltnre et «l'Bsisectologic 

Séance du 15 février 1888. — Présidence de M. Wilfrid dePonvielle. 

Le procès-verbal de la séance précédente est. lu et. adopté 
sans observation. 

Puis, l'assemblée s'occupe des finances de la Société. Il 
résulte lie la vérification faiteparMM. Fallou, Vioat et Wallès, 
que la situation financière est conforme aux écritures pré- 
sentées par le secrétaire général et le trésorier. 

M. Fallou entretient la réunion de la façon d'obtenir la soie 
artificielle ; il signale ensuite un fait très curieux, observé tout 
récemment en Amérique sur les mœurs d'un certain genre 
d'araignée. M. Fallou est invité à résumer cette communication 
pour le Bulletin d'insectologie agricole. 

M. Wallès présente, pour faire partie de la Société, M. Teton, 
instituteur à Epinay-sur-Sénart par Brunoy (Seine-et-Oise) ; 
M. Grand, pharmacien, 5, place Maubert, Paris ; M. Lesluin, 
instituteur à Lourches (Nord); M. Louis Guibert, instituteur 
à Rocquencourt (Seine-et-Oise). L'admission de ces membres 
est votée à l'unanimité. 

Il est procédé ensuite aux élections pour le renouvellement 
du Bureau. MM. de Heredia, Malessard, Sevalle et Ramé, 
membres sortants, ayant obtenu la majorité des suffrages, 
conservent leurs fonctions. MM. Asset et Savard, également 
membres sortants, sont réélus membres du Conseil ajoutés 
au bureau. 

L'ordre du jour étant épuisé, la séance est levée. 

Sevalle. 
Secrétaire des séances 

INFORMATIONS 

Nécrologie. — La Société centrale d'agriculture et d'insec- 
tologie vient de faire une perte sensible en la personne de 
M. le marquis Turgot, un de ses plus anciens membres. 

La Société prend part à la douleur de M""" la marquise 
Turgot et lui présente ses respectueux compliments de con- 
doléance. 



48 BULLETIN d'iNSECTOLOGIE AGRICOLE 

Un crapaud monstre. — Un crapaud monstre, découvert 
dernièrement dans une propriété de Juillac (Gorrèze) et que 
tous les habitants de la contrée allaient voir, a été vendu 
1,725 francs à un industriel de Saint-Etienne. 

Le poids de ce batracien phénoménal est exactement de 
29 kilos 375 grammes ; sa longueur, de la naissance de la 
queue à la têle, de 67 centimètres et sa circonférence de 
92 centimètres. Ses coassements formidables ressemblent 
aux jappements d'un chien. Se non è vero è bene trovato. 

Congrès (ïHo7'ticiillure à Paris. — Un congrès horticole, 
organisé par la Société nationale d'horticulture de France, se 
tiendra dans Fhôtel delà Société, 84, rue de Grenelle, pendant 
la durée de l'Exposition, qui aura lieu du 25 au 31 mai 1888. 

Parmi les principales questions proposées à Tétude du 
congrès, il y a la suivante qui intéresse notre Société : par 
quel moyen pratique peut-on arriver à détruire sûrement la 
cochenille qui attaque les plantes de serre ? 

Exposition universelle., congrès d'économie rurale. — La 
Commission supérieure de l'exploitation agricole de 1889 a 
décidé la formation d'un congrès d'économie rurale et de lé- 
gislation agricole. Le congrès est divisé en trois sections :1a 
première comprend les rapports du propriétaire avec les fer- 
miers et les métayers, le règlement des indemnités et plus- 
values, la mobilisation de la propriété foncière ; la seconde, 
les institutions de crédit pour l'agriculture et la troisième se 
rapporte aux dispositions internationales destinées à assurer 
la protection des animaux utiles et la destruction des insectes 
et cryptogames nuisibles. 

Au Meeting international des horticulteurs, qui se tiendra 
à Gand du 14 au 22 avril, une question principale et tradition- 
nelle est inscrite à l'ordre du jour : la situation faite à l'horti- 
culture par la convention phylloxériquede Berne. 

Le Cogérant : A. Wallès. 

uup. delà Si>c. lia Tr«. M01z::tt£, 8, r. campagne Ira. parla. 



TRËKieilt ANn, N''4. Avril 1888 

BULLETIN 

D'INSECTOLOGIE AGRICOLE 

SOMMAIRE : Mémoires présentés par M. Ramé à la réunion des mem- 
bres de la Société des agriculteur? de France. — Procès de la Raffine- 
rie Parisienne contre trois apiculteur». — Suite et fin de la conférence 
du général Tcheng-ki-ïong. — Insectes nuisibles aux produits sériel- 
coles. — Socifité centrale d'Apiculture et d'insectologie (Séance du 
21 mars 1888). — Statistique. — Nouvelle invasion de sauterelles en 
Algérie. 

Mémoire 

Présenté par M. Rame, vice-président de la Section de Sériciculture, à la 
réunion des :uembrcs de la Société des agriculteurs de France. — 
Février 1888. 

Les déprédations causées par les insectes sont bien des 
Ibis plus terribles que celles causées par les oiseaux, qui ne 
sont que momentanément granivores. 

Après le vote de la Loi (présentée au Sénat par M. de la Sico- 
tière) sur la destruction des insectes nuisibles, cryptogrames, 
plantes ou herbes nuisibles, — ce qui est bien, — nous 
croyons qu'il y aurait lieu de maintenir, sous forme de 
nouveau projet de loi, l'amendement qui avait été proposé 
concernant la pi'otection des oiseaux insectivores. 

« Dans le Nord-Est, aussi bien que dans le Midi, l'autorité 
elle-même tenant pour lettre morte la circulaire du 10 août 
1874, autorise légalement une guerre sans merci à toutes les 
espèces dont cette circulaire ordonnait la protection. — Le 
préfet de Meurtbe-et-Moselle a autorisé les chasses au bâton 
fendu, à la raquette ou sauterelle et au lacet, toutes spé- 
ciales aux petits oiseaux et détruisant ainsi les insectivores 
en grand nombre. — Plus tard, trop tard il a rapporté son 
autorisation. — Voici du reste, un aperçu des espèces et du 
nombre d'oiseaux pris en 1885 pendant les mois de septem- 
bre et octobre, dans deux forêts communales de Meurthe- 
et-Moselle, l'une de 700 et l'autre de 264 hectares. 

21.000 raquettes y étaient tendues, elles ont capturé : 
8.215 rouges-gorges, 
2.900 mésanges, 



50 BULLETIN d'iNSECTOLOGIE AGRICOLE 

1.020 pinsons des Ardennes, 
1.180 merles et grives, 
350 gros-becs et pinsons, 
47 geais, 

32 éperviers et buses, 
1,850 fauvettes, troglodytes, roitelets et rossignols! 
AutotaU5.600 oiseaux,non compris ceux mangés aux pièges 
par les carnassiers, ou volés par les rôdeurs ou employés des 
tendeurs. D'après les calculs on arrive au chiffre formidable 
de 1.146.000 oiseaux détruits en Meurthe-et-Moselle, etc. Voilà 
pour un département de l'Est!... et nos cultures sont rava- 
gées par les insectes, n'est-il pas temps de réagir, et très 
vigoureusement ? 

Rien ne sera plus facile que de supputer les quantités de 
vers blancs, chenilles, coléoptères, etc., qui doivent à cette, 
sauvage distraction de pouvoir continuer leurs méfaits. En 
calculant sur 25 insectes par jour, rien que pendant l'éduca- 
tion de la couvée, ce qui est fort au-dessous de la réalité, on 
arrive à un total qui nous frappe d'épouvante. Et ces faits se 
passent non seulement en Meurthe-et-Moselle, mais dans les 
Vosges et dans les Ardennes ou la funeste industrie des ten- 
deries est également en honneur. A. R. 



Réunion des ntcmbrea de la Société 
des agriculteurs de France 

SECTION d'entomologie. 

Mémoire présenté par M. Ramé, vice-président de la Société 
de sériciculture. 

(Miels et cires) Proposition : Que dans le projet de loi qui 
doit être présenté aux chambres pour demander conformé- 
ment au vœu exprimé par le Conseil supérieur de l'agricul- 
ture dans sa séance du 9 décembre 1887^ de porter à 40 fr. les 
iOO k. le droit sur les miels exotiques naturels, et à 60 fr. 
par 100 k. le droit sur les miels qui seront reconnus contenir 
d'autres matières, le mot exotiques soit remplacé par le 

mot ÉTRANGERS. 



BULLETIN D INSECTOLOGIE AGRICOLE 51 

Et que, par la même raison qui impose les miels, la ciî^e, 
ou les produits similaires soient imposés proportionnelle- 
ment : 1° la cire pure 20 fr. les 100 k.; 2° les produits similai- 
res résineux ou autres à 30 ir. les 100 k. 

Attendu que les produits résineux entrent sans frais et font 
une concurrence déréglée à nos produits indigènes, il y aura 
lieu de ne pas oublier le mot étram/ers. 

Le produit minéral extrait de l'Ozokérite, durci au car. 
nauba, provenant des mines d'Ozokérite de Moldavie, entre 
en France en franchise et par quantité que l'on peut évaluer 
à plus de 100.000 k.,est du prix de 1 fr. 30 le k. et paie 24 fr. 
de droit d'octroi, tandis que la cire d'abeille vaut environ 
3 fr. le k. et paye 42 fr. de droit d'octroi ; nous estimons qu'il 
y aurait lieu de frapper d'un droit supérieur le produit 
étranger. 

Le Conseil d'hygiène fait surveiller la fabrication des confi- 
tures ; nous estimons qu'il y aurait lieu de faire vérifier la 
pureté du miel, afin autant que possible d'empêcher la fabri- 
cation ; les éleveurs livrant des produits très purs, on empê- 
cherait ainsi la fraude et on faciliterait le placement des 
marchandises présentées par les producteurs. 

Enfin, ainsi que le demande le professeur Hamet dans son 
Apiculteur de février, que l'on organise définitivement l'en- 
seignement de l'Apiculture dans les campagnes. 

A. R. 



Procès» de la Kaffiuerîe Parisieoue de Saiat-Ouen 
contre trois apiculteurs 

^3* Chambre du tribunal civil de la Seine.) 

L'autre jour, la 3'' Chambre du tribunal civil de la Seine 
était saisie d'une demande de la Raffinerie Parisienne à Saint- 
Ouen, contre trois apiculteufs. Elle priait le tribunal d'or- 
donner l'enlèvement de leurs ruches sous une astreinte de 
200 francs par jour et des dommages-intérêts, soit20.000 francs 
pour le premier, lo.OOO francs pour le second et 15,000 pour 
le troisième. 



52 BULLETIN d'iNSECTOLOGIE AGRICOLE 

M* Schayé, le défenseur de la Raffinerie a invoqué le droit 
d'obtenir la cessation d'un trouble apporte dans leur indus- 
trie en s'appuyant sur des arrêts de la cour de cassation des 
24 avril 1860 et 25 août 1869. Il a invoqué également l'arlicle 
1385 du code civil qui prévoit la responsabilité du dommage 
causé par l'animal et qui ne rend pas nécessaire l'intention 
dolosive de son propriétaire, puis a terminé sa plaidoriepar 
-la démonstration du préjudice causé; préjudice qui, selon, lui 
est en raison directe des avantages recueillis par les apicul- 
teurs réalisant ainsi plusieurs récoltes de miel aux dépens de 
la Raffinerie. 

M" Narcisse Leven, avocat des défendeurs, commence par 
demander où s'arrêtera la guerre faite aux abeilles et si après 
les raffîneurs ne viendront pas les pâtissiers, confiseurs et 
autres réclamants et si les abeilles sont destinées à être tra- 
quées comme des ennemies publiques, elles qui travaillent 
pour l'homme depuis que le monde existe. « Ah ! siellespou- 
vaient se plaindre, s'écrie le défenseur, elles viendraient vous 
dire que c'est bien la peine d'avoir fait les délices de l'huma- 
nité, d'avoir été admirées par les philosophes et les natura- 
listes depuis Aristote jusqu'à Swammerdam et Huber, chan- 
tées par les poètes, gratifiées par Virgile de l'inspiration 
divine à' avoir eiiseifjiié à l homme l'art d' extraire le suc des 
plantes d'où vient la richesse des rafjlneurs, de travailler 
encore comme aux premiers jours de l'humanité, pour se 
voir traîner en justice et traiter comme des malfaiteurs. Il dit 
que les abeilles ont toujours été respectées et ont droit au 
bénéfice des lois qui protègent la liberté de l'industrie. 

« L'élevage des abeilles, ajoute le spirituel défenseur, est 
autorisée par la loi de 1791 et les apiculteurs ont devant les 
tribunaux civils la même protection que devant les tribunaux 
administratifs. » Le défenseur cite plusieurs arrêts de la cour 
de cassation et notamment un arrêt du 15 mai 4883 refusant 
toute sanction à des arrêtés municipaux qui, dans l'intérêt de 
la sécurité publique, supprimeraient des établissements 
industriels. Il cite encore un arrêt de la cour de Paris du 
29 mars 1879, qui prescrit de laisser un intervalle de 



BULLETIN D'iNSECTOLOGIE AGRICOLE 58 

100 mètres entre une ruche et la propriété du voisin. Les 
ruches de mes clients, dit M" Leven, sont les unes à 150 
et les autres à 400 mètres de la raffinerie. 

Passant à un autre ordre d'idées, le défenseur fait remar- 
quer que le rapport de 1' expert commis pour savoir si les 
abeilles venaient des ruches appartenant à ses clients où des 
autres ruches existant dans les environs, est négatif sur l'ori- 
gine des abeilles vues dans l'usine et qu'il est impossible de 
déterminer leur propriétaire. Il conclut de là que l'existence 
du dommage est incertaine et ne peut être imputable à aucune 
des parties en cause. Il termine en démontrant que la Raffi- 
nerie Parisienne a pris au hasard ceux qu'elle poursuit, sans 
tenir aucun compte des conditions légales d'une poursuite de 
ce genre. Elle a obéi à un caprice et sa mauvaise humeur l'a 
conduiteà faire un mauvais procès dont elle portera la peine. 
11 conclut au rejet de la demande de la raffinerie. 

Conformément aux conclusions de M. le substitut du pro- 
cureur de la République, le tribunal a déclaré la Raffinerie 
Parisienne mal fondée en sa demande ; l'en déboute et la con- 
damme aux dépens. A .Wallès. 



A ce propos il ne nous paraît pas inutile de rappeler que le 
Conseil d'État a, par un arrêt du 30 mars 1807, décidé que le 
maire est investi du droit de déterminer par un arrêté à quelle 
distance des habitations les éleveurs d'abeilles devront tenir 
leurs ruches. Mais quand le préfet de police a pris, le 10 jan- 
vier 1882, un arrêté interdisant l'élevage des abeilles dans la 
ville de Paris sans une autorisation préalable de la préfecture 
de police et ordonné la suppression de toutes ruches pour 
lesquelles il ne serait pas justifié de la dite autorisation, le Con- 
seil d'État lui a répondu par son arrêt du 13 mars 1885 qu'il 
ne pouvait, sans violer le principe de la liberté de l'industrie, 
inscrit dans la loi des 2-17 mai 1791, subordonner l'exercice 
de cette industrie à la nécessité d'une autorisation préalable 
émanant du pouvoir discrétionnaire de l'administration. 

A. W. 



54 BULLETIN d'iNSECTOLOGIE AGRICOLE 

Les insectes utiles de la CItioe (1). 

Je vais indiquer maintenant, sans entrer dans les détails, 
l'utilité de quelques-uns de nos insectes dans la médecine. 

Par exemple : pour le croup, on prend sur les vieux murs 
sept nids de grosses araignées dont deux au moins doivent 
contenir les araignés vivantes. On en fait une pâte à laquelle 
on ajoute deux grammes et demi d'alun dissous d'avance. On 
les réduit ensemble, après avoir bien mélangé, sur le feu, 
puis on laisse refroidir la cendre. Au moyen d'un petit tube 
de bambou on souffle cette cendre dans la gorge du malade 
qui se sent immédiatement débarrassé du mal qui l'étouifait. 

Pendant la convalescence, il est défendu aux malades de 
manger de la viande chaude et des aliments indigestes. 

Les lézards que nous appelons « tigres des murs » ont leur 
venin dans la queue qu'ils jettent en se sauvant, si on les pour- 
suit de trop près. Cette queue, après être tombée à terre, à 
la force de rebondir pour entrer justement dans l'oreille de 
celui qui poursuit la bête. Alors l'oreille saigne tellement 
qu'il n'y a pas moyen d'arrêter le sang. Mais il existe une 
espèce de lézards blancs appelés « Siou-Kung » (gardes-palais) 
qui sont au contraire très précieux. Quand on les troure, on 
les enferme dans une cage, en leur donnant pour nourriture 
du vermillon mélangé avec du miel. Ils deviennent complète- 
ment rouges après cent jours de ce régime. 

La cigale a aussi sa part d'influence dans la médecine. Elle 
n'est que la métamorphose des vers de terre et, à l'automne, 
elle devient muette d'abord, en se dépouillant d'une carapace 
et meurt ensuite en se rapetissant accrochée sur l'arbre. La 
vie de la cigale ressemble bien à celle des gens qui n'aiment 
que chanter, mais la cigale a encore cet avantage, celui de 
voir sa peau utile à quelque chose. C'est la tisane de cette ca- 
rapace, mélangée d'autres substances médicales, que nos mé- 
decins emploient pour traiter la fièvre des enfants causée par 
le froid. 

1. Suite et fin de la conférence du général Tcheng-ki-Tong. 



BULLETIN d'iNSECTOLOGIE AGRICOLE 55 

Je vous ai parlé des grosses araignées, mais nous en avons 
encore d'autres qui ont aussi quelque utilité. Celles qui ré- 
pandent leur toile au coin du grenier. Si elles ont le corps 
gris elles sont un remède excellent pour le choléra ou pour le 
carreau des enfants. On s'en sert aussi comme de sangsues 
pour sucer le sang vicié parla morsure des bêtes venimeuses, 
telles que les serpents, les mille-pattes et les scorpions. La 
morsure des araignées peut être quelquefois mortelle aussi, 
si on n'applique pas à temps un essaim de cellules détaché de 
la ruche des abeilles de terre. Pour compléter ce chapitre 
sur les araignées, je crois intéressant d'ajouter qu'on ne gué- 
rit les goitres qu'au moyen des fils d'araignées serrés autour 
du mal. 

Ce ne sont pas là des remèdes de bonnes femmes en usage 
à la campagne. Détrompez-vous, du reste, je dois ajouter 
qu'ils ne s'emploient jamais seuls. On les mélange toujours 
avec d'autres médicaments prescrits par une savante ordon- 
nance. On'ne les emploie seuls que lorsque le médecin n'ar- 
rive pas à temps. 

A Canton, il y a un arbre à moustiques. Vous verrez pour- 
quoi on lui donne ce nom. Il ne diffère pas beaucoup des 
autres arbres, mais il porte un fruit semblable à une prune 
jaune. Quand le fruit est mûr, il en sort une quantité de 
moustiques. Ce fruit-là n'est en réalité qu'une espèce de galle 
de Chine, qui renferme les insectes nouveau-nés. A la pro- 
vince de Kiang-Si on voit souvent un oiseau de l'espèce du 
cou-cou; lorsqu'il chante, une multitude de moustiques sor- 
de son bec. 

Ce sont là des phénomènes assez curieux. 

Pour terminer, permettez-moi de vous décrire le récit d'un 
combat de grillons, jeu naïf et innocent, bien en rapport avec 
les mœurs patriarcales d'un peuple que la Société protectrice 
des animaux pourrait recevoir tout entier dans son sein. 

Pas d'arène, aucun préparatif, rien de la mise en scène des 
combats de coqs, et à plus forte raison des courses de tau- 
reaux. 



56 BULLETIN d'iNSECTOLOGIE AGRICOLE 

Les grillons sont des lutteurs acharnés, mais de boune com- 
pagnie. Ils combattent avec les armes que la nature leur a 
données sans demander à des éperons d'acier le moyen d'ar- 
racher à son adversaire une plume, un œil ou un lambeau de 
chair. 

Un entraînement raisonné les prépare au combat. Dès sa 
capture dans le champ, le grillon est enfermé dans une cage 
de bambou, oii il reçoit comme nourriture quelques feuilles 
de salade et des grains de riz. Après quelqes jours de ce 
régime, il sort de sa prison ; on lui apprend alors à mesurer 
ses forces avec un vétéran. Pour cela, on place les deux 
adversaires dans une coupe; celle-ci est en bois, afin que les 
zombattants glissent moins sur leurs pattes. L'entraîneur 
leur chatouille la tête avec un cheveu pour les exciter. Quand 
ils sont bien en colère, ils se précipitent l'un contre l'autre ; 
au premier choc, la victoire est décidée. Le vaincu se retire 
calme et résigné, tandis que le vainqueur, battant de l'aile, 
célèbre son triomphe par ses cris stridents. Après une série 
d'expériences, on choisit les champions qui figureront dans 
les luttes publiques, et sur lesquels des paris seront engagés 
avec cette ardeur que mes compatriotes mettent dans tous 
les jeux. Mais cette passion n'est pas ruineuse; jamais les 
enjeux ne dépassent quelques sous. Gela permet aux joueurs 
de s'adonner plus souvent à leur distraction favorite. 

Vous voudrez bien reconnaître, comme moi, que ce jeu 
aux proportions modestes, ne dénote, chez ses admirateurs, 
rien de la barbarie étroite des combats de coqs, ni de la 
sanglante sauvagerie des combats de taureaux. 

L'homme a besoin de demander aux animaux un sujet 
de distraction et d'émotion, ceux qui suivent si passion- 
nément les courses de chevaux qui entraînent parfois mort 
d'hommes ne doivent pas s'étonner que mes compatriotes se 
livrent à des combats innoifensifs de grillons. La passion du 
pari demande à être satisfaite quelle que soit l'importance de 
son objet. Du reste, n'est-il pas plus moral de se distraire en 
voyant des animaux infiniment petit, dépourvus de raison 



BULLETIN d'iNSECTOLOGIE AGRICOLE 57 

quoique doués d'une certaine intelligence, se livrer à des 
luttes anodines plutôt que de prendre plaisir à suivre d'un 
œil jaloux, les progrès que font les hommes dans l'art de 
se détruire ? 

La nature a fourni aux grillons le moyen de mesurer leur 
force sans recourir aux armes meurtrières, pourquoi les 
êtres raisonnables épuisent-ils tous leur intelligence à re- 
chercher les moyens de s'entre-tuer, moyens qui déciment 
parfois des peuples entiers, désolent les champs et ruinent 
l'agriculture qui est la plus bienfaisante des cultures? 



Insectes unisibles nu%. produits sci'ieicolcs 

M. Cl. Rey, l'éminent entomologiste de Lyon, a publié une 
brochure fort remarquable sur les insectes nuisibles aux pro- 
duits séricicoles, 

L'ouvrage débute par la description du Dermestes cadave- 
rlnus. — Fabricius. 

L'auteur dit que cet insecte est cosmopolite et qu'il a été 
importé de l'extrême Orient avec les ballots de cocons devers 
à soie, principalement des Bombyx Tussah, Textor, Mori et 
autres dont à l'état de larve, il dévore et réduit en poudre les 
chrysalides et les papillons desséchés et qu'en général ils 
sont destructeurs de peaux, fourrures, plumes, soies ou ma- 
tières animalisées quelconques. 

La larve de ce coléoptère est encore plus préjudiciable que 
l'insecte parfait, elle passe pour être exclusivement Carnivore, 
et a, en effet, une préférence marquée pour les substances 
animales, surtout pour celles qui sont sèches: les marchands 
de fourrures et de cuir, ainsi que les possesseurs de collec- 
tions zoologiques, en savent quelque chose. Cette même 
larve perce les cocons de vers à soie pour manger la chrysalide 
sèche que contiennent ces cocons et se développe même rapi- 
dement et en grand nombre, dans les litières de ces mômes 
vers, exemptes de dépouilles et ne contenant que des excré- 
ments et des débriis de feuilles du mûrier. 



58 BULLETIN n'iNSECTOLOfTlE AGRICOLE 

Mais, demande M. Rey, comment et où l'œuf a-t-il été 
pondu ? Gomment la jeune larve a-t-elle pénétré dans les 
cocons? car on ne constate sur l'enveloppe parcheminée de 
ceux-ci que des trous dont le diamètre indique seulement 
la sortie d'une larve avancée ou de l'insecte parfait, qui a du 
effectuer dans le cocon même toutes les diverses phases de 
son évolution. C'est ce qu'il ne nous a pas encore été donné 
de savoir. 

Un autre insecte, VAlphitohius Diaperinus — Panzer — se 
trouve également parmi les cocons importés; mais il n'est 
pas positivement nuisible aux Vers à soie. 

Cet insecte se prend parmi toutes sortes de denrées impor- 
tées : blé, farine, drogues pharmaceutiques, cocons de vers à 
soie, etc.. Il y vit de miettes diverses, ténues et de matières 
organiques déjà réduites en poudre par d'autres insectes. 

Les trois espèces suivantes étant bien connues, le savant 
entomologiste nen donne qu'une phrase diagnostique, avec 
quelques observations. 

Dermestes Lardarhis. — Linné. — Cet insecte se rencontre 
partout oii il y a des restes ou des dépouilles de substance 
animalisée, dans les maisons, les saloirs, les abattoirs, les 
musées, etc. ; parmi les cuirs, les fourrures, les collections 
zoologiques, les déchets et cocons de vers à soie, etc. Sa larve 
attaque toutes sortes de matières animales desséchées, et 
c'est sur son compte principalement qu'on doit mettre tous 
les dégâts attribués à l'insecte adulte. 

Le Ptinus latro — Fabricius — est un insecte cosmopolite 
et se rencontre dans presque tout l'ancien continent, dans les 
maisons;, les greniers, les navires, les placards, les entrepôts 
et les offices à provisions, les denrées coloniales, les herbiers 
et les collections entomologiques, oii sa larve exerce parfois 
de grands dégâts. Il est généralement nocturne. 

Le Xylopertha Picea, — Olivier? — est un coléoptère qui 
vit dans le bois mort et se rencontre dans une grande partie 
de l'Alrique et en Orient. Sa larve, qui est inconnue, doit 



BULLETIN d'iNSECTOLOGIE AGRICOLE 59 

comme celle de ses congénères, être essentiellement llgnivore 
ou xylophage et se développer dans le bois mort. 

J. Fallou. 



Dans un prochain numéro, nous rendrons compte d'un 
autre ouvrage de M. Rey : « Essai d'études sur certaines larves 
de coléoptères et descriptions de quelques espèces inédites ou 
peu connues. » 

Nous entretiendrons encore prochainement nos lecteurs 
d'une note intéressante sur l'hybridation chez les Lépidoptères 
par M. J, Fallou, président de la section d'Insectologie de 
notre Société. 



Société centrale d'apiculture et 
d'însectologie. 

SÉANCE DU 21 MARS 1888. 
Présidence de M. W. de Fonvielle. 

Le procès-verbal de la séance précédente est lu et adopté 
sans observation. 

M. Malessard s'excuse de ne pouvoir assister à la séance. 

M. de Fonvielle fait quelques observations relativement à la 
lettre de convocation. 

Incidemment, plusieurs membres parlent de la revision des 
statuts (cette question était inopportune, car il ne peut lui 
être donné suite que lors d'une assemblée générale). 

Il est déposé sur le bureau : 

1° Un essai d'études sur certaines larves de coléoptères, et 
descriptions de quelques espèces inédit :• ou peu connues par 
M. C. Rey ; 

2° Une autre brochure du même auteur sur les insectes 
nuisibles aux produits séricicoles ; 

3° Une note sur l'hybridation chez les Lépidoptères par 
M. J. Fallou ; 

4° La liste générale des membres de la Société des agri- 
culteurs de France et des associations affiliées. 



60 BULLETIN d'iNSECTOLOGIE AGBTCOLE 

M. Ferdinand Jolain présente à l'assemblée un bocal conte- 
nant des Ranatres Linéaires qui ont passé l'hiver chez lui et il 
fait remarquer que deux de ces insectes portent sur le corps 
et les pattes des œufs ou des parasites (notre aimable col- 
lègue, M. Alfred Guillot, nous a fait connaître depuis que ce 
ne sont pas des œufs mais bien des parasites). 

M. Wallès présente pour faire partie de la Société : 

La Société guerchaise de botanique et d'entomologie, au 
pensionnat de Saint-Joseph, à La Guerche-de-Bretagne (lUe-et- 
Vilaine) ; M. Jean-Louis Dubois, instituteur, à Jugy par 
Sennecey-le-Grand (Saône-et-Loire) ; M. Martin, instituteur, 
à Brives-Charensac (Haute-Loire). — M. Saint-Pée présente 
M. Ernest Chaut, apiculteur, à Patay (Loiret). L'admission 
de ces membres est votée à l'unanimité. 

L'ordre du jour étant épuisé, le président déclare la séance 
levée. 

E. Sevalle, 

Secrétaire des séances. 



iStatistiquc 

M. Loua, chef de division honoraire au ministère du com- 
merce et de l'industrie, a publié un intéressant ouvrage qui 
fait suite à l'annuaire statistique 1887 du ministère du com- 
merce et de l'industrie. 

Nous en extrayons les passages suivants: 

« En ce qui concerne l'industrie séricicole, on a constaté 
qu'en 1885 il a été mis en éclosion 250.951 onces de graines, 
lesquelles ont produit 6.018.167 kilogr. de cocons. Sur ce 
total, il y a lieu de défalquer 165.552 kilogr. de cocons qui 
ont été mis en graine et en ont produit 456.391 onces. 

« Ces opérations ont intéressé 134.265 éducateurs. 

« Un tableau spécial est consacré à la filature de la bourre 
de soie et au tissage de la soie ; mais on ne saurait facilement 
le résumer. Nous nous contenterons de dire que l'industrie 
des soies grèges, qui fait la fortune de quelques-uns de nos 



BULLETIN d'iNSECTOLOCtIE AGRICOLE 61 

déparLemenls du Sud-Est, comprend 1.400 établissements 
occupant 45.000 ouvriers. 

« Si nousçBiSSORskVApictdlure, on trouve que les 1.731.604 
ruches dont on a fait le relevé ont produit 7.434.406 kilogr. 
de miel et 2.208.980 kilogr. de cire. La valeur réalisée par 
cette double production s'élève à 15.619.333 fr. 

« Avant l'invasion du phi/lloxera, qui avait été précédée 
pendant une assez longue période par les ravages de l'oïdium, 
on a vu la récolte des vins atteindre 70 et même 78 millions 
d'hectolitres. En 1878, on en récoltait encore 50, mais dès 
1879, on descendait à 26. Depuis, nos récoltes varient, suivant 
les années, de 30 à 45 millions d'hectolitres. En 1885, on n'a 
pas dépassé 31 millions. 

« En Algérie, la culture de la vigne est très en faveur et 
dans les dernières années, elle a pris un grand développe- 
ment. En 1884 déjà 880.604 hectolitres. Et ce n'est là qu'un 
commencement, car en 1886, l'estimation de la récolte n'a 
pas donné moins de 1.600.000 hectolitres. Pourpeu que le pro- 
grès continue, l'Algérie ne tardera pas à combler le déficit 
qui existe malheureusement dans notre production nationale. 

« En 1884, les pertes résultant du phylloxéra ont été éva- 
luées à 126 millions, sur lesquels il a été alloué 1.160.000 fr. 
de dégrèvement, 1.493 communes ont été frappées par 
ce sinistre, et il n'y a pas eu moins de 259.000 habitants lésés. 

A. W. 



Nous devons à l'obligeance de notre collègue, M. Huin les notes 
suivantes : 

I^es criquets dams l'arrondissement de Sétif 

C'est vers le commencement du mois que les premières 
éclosions ont été sigualées. Depuis cette époque, il ne s'est pas 
passé de jours sans une nouvelle éclosion. M'Sila a eu le pri- 
vilège de commencer le feu, puis cela a fait exactement 
comme une traînée de poudre. 



62 BULLETIN D TNSECTOLOGIB AGRICOLE 

Le 3, diverses éclosions se produisaient dans des douars de 

M' Sila. 
Le 5, réclusion avait lieu à Aïn-Zada, commune mixte de 

Bordj . 

Le même jour, aux Ouled Bou Renan, nouvelle éclosion à 
M. Kerta. 

Le même jour, éclosion aux Mouassa, commune mixte des 
Rhiras. 

Le 12, une éclosion était signalée au Hammam commune 
de Bouhira. 

Le 13, nouvelle éclosion plus considérable que la première, 
à Foura-el'Hamma (Rhiras). 

Le 14, nouvelle éclosion aux Mouassa (Rhiras). 

Le 17, éclosion auxOuléd Zaïm, commune mixte des Eul- 
mas. 

Le 18;, dans la même commune, éclosion dans le douar Bel 
Aouchet. 

Le 19, les criquets sont éclos dans les douars Bellâa 
Telia et Ouled Bel Kheir (Eulmas). 

Le même jour, dans la commune de Sétif, éclosion à Aïn- 
JMalah et à Fermatou. 

Le 20, à Aïn-Tagrout et à Mahader (Sétif), éclosion. 

Le même jour, éclosion à Béida-Bordj et à Blr-el-Arch. 

Le 21, éclosion au douar Mekemcha (Eulmas). 

Le même jour, nouvelles et plus importantes éclosions à 
Fermatou et à Chouf-el-Keddad (Sétif). 

Le 22, éclosions à Ben Diab, Guidjel, aux ouled Tebben, à 
Sebka (Rhiras). 

Le 24, aux Eulmas, éclosions dans les douars Bazer et Ou- 
led Sabeur. 

Le même jour, éclosion aux portes de Sétif et promenade 
en ville de messieurs les criquets. 

Le 25, nouvelle éclosion à Fermatou, où notre rédacteur 
en chef s'est transporté pour se rendre com.pte personnelle- 
ment de la situation et de l'organi^wtion des chantiers. 

Nous devons dire que l'administration municipale a pris 



BULLETIN d'iNSECTOLOGIE AGRICOLE 63 

toutes les mesures nécessaires pour arrivera détruire les locus- 
tes. Les hommes sont bien dirigés et, recevant une ration de 
pain tous les jours, travaillent avec entrain. 

Partout, d'ailleurs, dans l'arrondissement, la plus grande 
activité règne; de tous côtés, des chantiers ont été organisés 
et fonctionnent tantôt sous la direction de militaires, tantôt 
d'Européens, et quelquefois par des indigènes, anciens mili- 
taires. 

Le danger est grand, mais de partout le zèle est à la hau- 
teur des circonstances. 

M. le sous-préfet a tenu à se rendre compte par lui-même 
de l'installation des chantiers, et il a visité ceux d'Aïn-Malah 
et quelques-uns de ceux des Rhiras. Il est revenu très satis- 
fait des travailleurs. 

M. MoreaU;, secrétaire de la sous-préfecture qui, aidé de 
M. Alby, secrétaire de la mairie, a fait l'instruction d'un assez 
grand nombre d'indigènes pour le maniement du nouvel 
appareil, s'est transporté aussi sur différents points. 

Messieurs les administrateurs et les adjoints se multiplient, 
et si la lutte peut être longue et difficile, on a du moins l'es- 
poir, en voyant un tel zèle déployé, d'arriver au résultat 
désiré : sauver nos récoltes et même préserver, par l'anéan- 
tissement des criquets, celles de nos compatriotes du littoral. 
[Progrès de Sétif, jeudi 26 avril 1888.) 

IlaSl desti^uction des Sautei*elles 

Des renseignements reçus de la commune de Barika, il 
résulte que les travaux de destruction des criquets y sont 
activement menés dans les diverses tribus des Saharis, Seg^ 
gana Hodna oriental et Hodna occidental. 

Le nombre des prestataires employés actuellement, est de 
1.C60, savoir : Saharis 160;Seggana, 200; Ouled Rou Daoua 
150 ; Ouled Nadjaa, 150; Ouled Amor, 150; Adi-Guebela, 250. 

Le résultat des travaux de destruction est satisfaisant. 
Aucun dégât appréciable n'a été encore commis dans les 
récoltes. Les indigènes apportent beaucoup de bonne volonté 



64 BULLETIN d'lNSECTOLOGIE AGUICOLE 

et il est à croire que les criquets seront détruits sans avoir 
causé de dégâts. 

Un fait digne de remarque, c'est que dans ces apparitions 
de criquets, aucune éclosion n'a eu lieu où il y avait eu des 
sauterelles l'an dernier. 

Ainsi, aux Selalhas (Hodna oriental), qui en avaient été 
infestés en 1887, aucune éclosion ne s'est produite, tandis 
que partout où elles sont combattues, on n'avait pas vu de cri- 
quets ni de vol de sauterelles l'année dernière. 

Les indigènes ne manifestent pas de craintes aussi sérieu- 
ses que lors de l'invasion de 1887, et espèrent pouvoir préser- 
ver leurs cultures. 

Les éclosions de criquets commencent dans l'arrondisse- 
ment de Sétif, elles sont nombreuses et dans quelques jours 
seront complètes. 

Partout la plus grande activité est déployée et on espère 
arrivera un résultat sérieux, bien que la situation soit grave; 
les communes sont pourvues de tous les appareils néces- 
saires et les indigènes sont convaincus que le nouvel appa- 
reil peut être efficace, ils se familiarisent avec lui plus facile- 
ment qu'avec le système Durand, néanmoins il est utile d'y ap- 
porter quelques modifications qui peuvent être faites sur place. 

En résumé, l'esprit delà population, l'activité des adminis- 
trations locales, font croire que le fléau sera conjuré et que 
les cultivateurs de cette région seront enfin débarrassés, grâce 
aux mesures prises par le gouvernement, de cette plaie qui 
dévore les récoltes depuis plusieurs années. 

A Aïn-Zada, centre de colonisation à 18 kilomètres de Sétit, 
M. Duchamp, conseiller de gouvernement, a constaté la 
bonne organisation des chantiers composés de travailleurs 
indigènes au nombre de 400 et conduits par des Européens ; 
ces hommes ont été payés en sa présence et cette mesure a 
produit le meilleur etîet. 

(Le Colon, Dimanche 29 avril 1888.) 



Le Cogéranl : A. W allés. 



liDS>.(lelaSoa,daTyf.' 1IUIZETTE, s, r Cunini; . 



TREIZIÈME ANNÉE, N° 5. Mai 1888 

BULLETIN 

° ' INSECTOLOGIE AGR I COLE_ 

SOMMAIRE : Les Animaux hibernants. — Essai sur certaines larves de 
Coléoptères. — Deux Coléoptères accusés de pénétrer dans les ruches 
pour y dévorer le miel. — Séance des sections d'Insectologie et de 
Sériciculture. — Enseignement de l'Apiculture dans les écoles rurales et 
dans les écoles normales. — Les vignes phylloxérées. — Application de 
la loi sur le dégrèvement des vignes phylloxérées.— Interdiction d'en- 
trer des vignes dans le département de la Marne. — Conseil des 
ministres du 4 mai. — Un trait arrêté par les Criquets. — Exposition 
d'Horticulture. — Nouvelles.— Une Araignée ennemie des Abeilles.— 
iVcadémie des Sciences. 

L<es Anîiii£fcu:x^ liibei*n»nts 

La nature a pourvu avec une admirable prévoyance aux 
besoins et à la subsistance des animaux. Il semble qu'elle 
s'est attachée plus spécialement encore à pourvoir aux be- 
soins des animaux insectivores en les rendant migrateurs 
selon les circonstances ou en les faisant hiberner. Les insectes, 
qui fournissent à l'.alimentation d'un grand nombre d'espèces, 
ne se montrent que dans la belle saison; ils disparaissent 
pendant l'hiver, de sorte que, passé la saison estivale et l'au- 
tomne, les insectivores ne trouvent plus rien à manger; c'est 
alors qu'ils émigrent vers des climats plus tempérés oîi une 
abondante pâture les attend. D'autres, dont les moyens de 
locomotion sont moins rapides, ne quittent pas la contrée oij 
ils ont passé la belle saison : ils s'engourdissent, c'est-à-dire 
qu'ils tombent dans une sorte de léthargie qui leur donne 
toutes les apparences de la mort; ils ne se mettent dans cet 
état qu'après avoir pris leurs précautions pour passer la mau- 
vaise saison dans une situation satisfaisante. Il est à remar- 
quer que quelques animaux exclusivement herbivores 
s'engourdissent aussi parce qu'ils ne remplissent pas les 
conditions nécessaires pour pouvoir affronter sans péril la 
saison des frimas et des neiges. 
Le principaux animaux hibernants de nos contrées sont : 
Le ie^«rf/,qui appartient à l'ordre des Sauriens, dont le corps 
est allongé et terminé par une queue très épaisse à sa base ; 
il présente cette particularité bizarre que cet appendice 



66 BULLETIN d'iîNSECTOLOGIE AGRICOLE 

repousse si un accident quelconqueen a privé momentanérnenl 
son possesseur. Ce gracieux petit animal, qui est absolument 
inoffeiisif et qui rend des services à la culture comme insec- 
tivore, sort de sa longue léthargie aux premiers beaux jours 
du printemps et se montre aux anfractuosités des rochers, 
dans les fentes des vieux murs, etc. Il prend plaisir à se 
chauffer au soleil et ce plaisir se traduit par la vivacité de ses 
mouvements et par le feu de son regard. 

Le Hérisson qui, au lieu de poils, est couvert de piquants 
raides et aigus ; son aspect est peu agréable et il offre cette 
similitude avec certaines personnes acariâtres et grincheuses 
qii'on ne sait vraiment par quel bout les prendre] cet insecti- 
vore est assez commun dans nos contrées, bien que certains 
campagnards mal avisés lui fassent une chasse active sans 
songer qu'il rend d'importants services à l'agriculture et plus 
spécialement à la sylviculture; la retraite qu'il se ménage 
pour l'hiver ne doit pas lui occasionner de grands frais 
d'imagination : il choisit une excavation, y transporte quel- 
ques feuilles au milieu desquelles il selblottit, se roule en 
boule et s'endort. 

Le Crapaud, ce hideux batracien, du groupe des Anoures 
ainsi que la grenouille, est commun dans nos bois, dans nos 
champsetdans nos prés, dans nos jardins et nos vergers. Il rend 
d'importants services à la culture maraîchère en débarrassant 
les carrés de légumes des loches qui les ravagent ; il est l'ob- 
jet d'un important commerce en Angleterre où les propriétai- 
res fonciers, soucieux de leurs intérêts véritables, le payent 
de cinq à vingt centimes et quelquefois jusqu'à cinquante 
centimes, lorsque la quantité fait défaut. 11 passe l'hiver 
engourdi au fond de la vase des marais ou dans des trous, 

La Limace est un mollusque de la classe des Gastéropodïw 
qui est caractérisé par un disque charnu placé sous le ventre 
8t sur lequel rampe l'animal; la limace a une peau rouge et 
visqueuse et son aspect est repoussant ; sa présence est nui- 
sible partout, mais principalement dans les jardins, dans les 
carrés de fraisiers et de haricots, et, au milieu des primeurs; 



BULLETIN d'iMSEGTOLOGIE AGRICOLE 67 

les limaces s'enfoncent dans la terre pour hiverner dans un 
profond engourdissement. 

lu' Escargot est un mollusque comestible très recherché par 
les amateurs. On en envoie une grande quantité à Paris depuis 
la Bourgogne: il ne suffit même pas à la consommation puis- 
que des industriels peu scrupuleux en fabriquent avec du 
mou de veau et de la pâte d'Italie. On peut tromper facilement 
le consommateur lorsqu'on a introduit ce faux escargot dans 
une coquille vide et qu'on le sert ainsi sur la table. Les escar- 
gots se retirent dans les trous pour la mauvaise saison et ils 
ferment l'ouverture de leur coquille avec une matière cal- 
caire, c'est-à-dire formée de chaux,qu ils sécrètent à cet effet. 
Les escargots sont aussi très appréciés en thérapeutique. 

Les Carpes sont des poissons d'eau douce, dont la chair est 
très estimée. Ces poissons arrivent jusqu'à un âge très avan- 
cé et les carpes comptant de trois à quatre cents ans d'âge 
sont assez communes. Elles s'enfoncent dans la vase et su- 
bissent aussi l'engourdissement hivernal sans prendre d'ali- 
ments pendant plusieurs mois. 

La Tortue, de la classe des reptiles et de l'ordre des Ghé- 
loniens, se distingue des autres reptiles par sa forme bizarre, 
par la lenteur de ses mouvements et par la présence autour 
de son corps d'une carapace très dure qui est sa meilleure dé- 
fense; l'industrie réussit à faire avec cette carapace une foule 
d'objets. 

Les tortues se divisent en quatre familles dont la première 
est la Tortue Terrestre; c'est la seule qui nous occupe, elle 
vit principalement dans les bois humides du midi de l'Europe 
où elle se nourrit d'herbes et d'insectes. Pour la mauvaise 
saison, elle se creuse plusieurs sortes de terriers et y passe 
l'hiver dans le sommeil et le jeûne. C'est un animal absolu- 
ment inoffensif. 

Les Marmottes habitent principalement les Alpes ; mais on 
les trouve encore dans quelques montagnes du centre et du 
midi de l'Europe. Elles sont de la même taille à peu près que 
le lapin et appartiennent à l'ordre des rongeurs; pour l'hiver 



68 BULLETIN d'iNSECTOLOGIE AGRICOLE 

elles tapissent de mousse les profonds terriers qui leur ser- 
vent de refuge ; elles se réunissent en groupes dans un de ces 
terriers et passent ainsi l'hiver dans une profonde léthargie. 
La marmotte est le type des animaux hibernants. Dans 
le même ordre que la marmotte, nous trouvons le Loir 
qui est assez commun en France et qui a la taille du rat. 
Son pelage est gris et sa queue touffue ; il est très actif eo été, 
mais il s'endort vers la même époque que la marmotte pour 
ne se réveiller qu'aux beaux jours ; c'est lui qui a donné 
naissance à la comparaison: Dormir comme un loir. 

Pour se soustraire à la froidure de l'hiver et à la faim, la 
Vipère passe également la mauvaise saison dans des trous et 
souvent enroulée avec un certain nombre de ses congé- 
nères. 

La Chative-soiiri^, de l'ordre des Chéiroptères, est très com- 
mune dans nos pays ; c'est un animal crépusculaire et noc- 
turne qui se nourrit principalement d'insectes qu'elle pour- 
suit et attrape au vol. La plus commune dans nos habitations 
rurales est le Vespertilion murin, qu'il ne faut pas confondre 
avec V Oreillard, qui est remarquable parle grand développe- 
ment de ses oreilles et avec la Noctule, qui habite les forêts 
et qui se niche dans le creux des vieux arbres. A cause de sa 
qualité d'animal essentiellement insectivore, la chauve-souris 
s'engourdit aussi pendant l'hiver. La chauve-souris est utile 
au cultivateur; aussi celui-ci ferait-il bien de la protéger et 
de recommander à ses enfants de la respecter. 

U Hirondelle des Rivières est, pensons-nous, le seul oiseau, 
rara avis, qui s'endorme pendant l'hiver ; elle se met dans un 
trou, et non dans l'eau, comme on l'a avancé trop légèrement. 
Lorsque l'hiver est doux. VOars ne dort pas pendant la 
journée, tandis que son sommeil se prolonge lorsque la sai- 
son est trop rigoureuse et dure trop longtemps. 
Mais combien la nature a été prévoyante et combien nous 

admirons cette prévoyance ! 

Albin Humbert 

Instituteur à Vellechevreux (Haute-Saône). 



BULLETIN d'iNSECTOLOGIE AGRICOLE 69 

Essai snv certaiues larves de Coléoptères 

par M. Cl, Rey. 

Il a été fait don à la Société d'un ouvrage de M. Cl. Rey sur 
certaine larves de Coléoptères. 

Ce travail n'est qu'un essai, ainsi que l'indique le titre, 
mais il a été entrepris pour encourager les amateurs dans la 
voie de l'étude aride des larves, qui doit être d'un puissant 
secours pour la classification des genres. 

Feu Perris a laissé deux ouvrages sur les mœurs et 
habitudes de quelques Coléoptères, principalement à leur 
état vermiforme; mais M. Rey en a élargi le cadre et il est 
parvenu à décrire avec une remarquable netteté, en un petit 
nombre de pages, les larves de plusieurs espèces inédites ou 
peu connues. 

A. W. 



Deux coléoptères accusés «le pénétrer daus les 
ruches d'abeilles pour y dévorer le miel. 

Les Cétoines Morio et Cardui sont accusées en Corse d'être 
friandes de figues, d'autres fruits sucrés et même de pénétrer 
dans l'intérieur des ruches d'abeilles pour y dévorer le miel. 
11 paraît qu'en effet des ruches entières sont dévastées par ces 
insectes qui en chassent les légitimes propriétaires dont les 
aiguillons ne peuvent percer la cuirasse de l'ennemi. Afin 
d'empêcher ces ravages, on avait imaginé de fermer l'entrée 
de chaque ruche par une lame de plomb, percée de trous 
assez larges pour laisser circuler les abeilles, mais trop petits 
pour permettre le passage des coléoptères. Pendant quel- 
que temps on put espérer que cette mesure suffirait pour éloi- 
gner les pillards : mais bientôt on remarqua que les Cétoines, 
poussées et inspirées par la gourmandise, agrandissaient les 
trous et finissaient par pénétrer ; on eut alors la bonne idée 
de remplacer les lames de plomb par des plaques de zinc, 
également percées de trous ; les Cétoines s'attaquèrent de 
nouveau à cet obstacle, mais la dureté du dernier métal ren- 



70 BULLETIN d'iNSECTOLOGIE AGRICOLE 

dit leurs tentatives vaines, et depuis lors les ruches prospé- 
rèrent en dépit des Cétoines noires. 

Il n'est pas étonnant du reste, qu'un métal aussi tendre 
que le plomb ail cédé au travail de ces insectes, et Ton a cité 
plusieurs faits constatant que la Cétoine dorée aurait tra- 
versé des lames de plomb. Des coléoptères beaucoup moins 
robustes ont perforé, soit des balles de cartouches, soit des 
bandes d'un métal plus dur. 

M. Perris nous apprend aussi que les Cétoines Cardui et 
Morio s'aventurent dans les ruches des abeilles pour y dévo- 
rer le miel. 

M. Léon Fairmaire, dans sa faune élémentaire des coléop- 
tères de France, accuse ces mêmes insectes de faire sou- 
vent des ravages dans les ruches. 

A. W. 



Rénnion extraordinaire du 9ô avril 1§»S. 
PnÉsmENCE DE M. J. Fallou. 

Sur les instances de plusieurs membres, M. Fallou accepte 
la Présidence. Il ouvre la séance et prévient l'assemblée qu'en 
vertu de l'article 9 des Statuts provisoires des sections autono- 
mes, il y a lieu de procéder à l'élection des membres du Con- 
seil. 
Sont élus dans l'Insectologie : 

Président honoraire, M. de la Sicotière, Sénateur. 
Président^ M. J. Fallou. 
Yice-Président, M. E. Savard. 
Secrétaire-Comptable, M. A: Wallès. 

Dans la Sériciculture : 

Président honoraire, M. Frédéric de Boullenois. 
Vice-Président, M. A. Ramé. 
Secrétaire, M™' la baronne de Pages. 
Secrétaire adjoint, M. Caillas. 

L'assemblée exprime le vœu que les réunions des deux sec- 



BULLETIN d'iNSECTOLOGIE AGRICOLE 71 

lions autonomes puissent avoir lieu le troisième mercredi de 

chaque mois h 2 heures, au Pavillon du Jardin du Luxembourg. 

Le but de la réunion étant rempli, le Président déclare la 

séance levée. 

Le Secrétaire. 

A. W ALLES. 



Enseignement de l'Apiculture 
dans les écoles rurales et dans les écoles normales. 

Nous signalons tout particulièrement à nos lecteurs l'ex- 
trait ci-dessous d'une séance de la session générale de 1888 
des Agriculteurs de France. — Travaux des Sections. 

M. le Président lit une lettre de M. Hamet qui s'excuse, pour 
raison de santé, de ne pouvoir assister aux séances de la sec- 
tion et transmet à ses collègues une note sur l'enseignement 
de l'apiculture dans les écoles rurales et dans les écoles nor- 
males. 

Tout en faisant leurs réserves sur l'importance compara- 
tive de l'apiculture et de la sériciculture, les membres de la 
section décident que la question qui y est traitée mérite 
d'éveiller l'attention de l'administration centrale et de la 
Société des agriculteurs. La note devra être insérée au procès- 
verbal; elle est ainsi conçue: 

Enseignement de V Apiculture dans les écoles rurales 
et dans les écoles noj-males.l 

L enseignement de l'apiculture dans la région de la France 
où la culture des abeilles est susceptible de s'étendre et de 
s'améliorer, est au moins aussi urgent que l'enseignement' de 
la sériciculture dans les écoles rurales de la région méridio- 
nale, sur lequel enseignement un ministre de l'agriculture, 
M. Barbe, appelait dernièrement l'attention des professeurs 
d'agriculture départementaux. 

Des pays voisins plus avancés que le nôtre sous ce rapport, 
l'Allemagne et l'Autriche, ont cet enseignement, d'abord dans 



72 BULLETIN d'iNSECTOLOGIE AGRICOLE 

les écoles normales primaires, ensuite dans les écoles rurales. 
Cette question d'enseignement de la culture de l'abeille offre 
un triple intérêt : l'abeille donne à celui qui la 'cultive des 
produits utilisables faciles à obtenir, ensuite ellejui enseigne 
l'amour du travail et de l'économie, par là, elle l'attache au 
sol, donc sa culture doit être vulgarisée. En outre, l'abeille 
rend un service bien autrement important à l'intérêt général 
par le concours qu'elle prête à la fécondation des plantes, 
concours qu'a signalé l'agronome Bosc et sur lequel il n'y a 
plus de doute à avoir depuis les remarquables expériences de 
Ch. Darwin (Des effets de la fécondation croisée et de la 
fécondation directe dans le règne végétal). 

Il faut que, dans le jardin de chaque école normale pri- 
maire il y ait un rucher d'une demi-douzaine ou d'une dou- 
zaine de ruches peuplées qui serviront à un cours d'apicul- 
ture fait aux jeunes instituteurs. A défaut de professeurs 
spéciahstes on trouvera dans la localité ou aux environs un 
praticien qui voudra bien aller dans ce rucher faire quelques 
leçons qui mettront les élèves au courant. Dans les départe- 
ments où il existe une société d'agriculture, un membre de 
cette société pourra se dévouer à l'œuvre. 

Le rucher établi dans les Jardins de nos écoles sera pour 
l'instituteur primaire un objet de distraction, et aussi un 
moyen de réaliser quelques profits pour peu qu'il le conduise 
d'une façon entendue. Ce rucher lui servira bien entendu à 
enseigner l'apiculture à ses élèves, les enfants du village. Et 
si son enseignement est rationnel, il fera disparaître les cou- 
tumes arriérées et défectueuses, encore en usage dans la loca- 
lité. Par la jeunesse, il est facile d'introduire le progrès. 

La Société des agriculteurs de France est placée pour aider 
au développement de cet enseignement en faisant distribuer 
par les sociétés agricoles afTiliées, des médailles aux institu- 
teurs primaires qui prendront l'initiative. 

M. Uamé, membre de la Société d'insectologie, qui avait 
demandé, par lettre, à être entendu, dépose sur le bureau des 
documents relatifs à la protection des oiseaux et à la fixation 



BULLETIN d'iNSECTOLOCtIE AGRICOLE 73 

d'un impôt sur les cires étrangères fabriquées par des procé- 
dés chimiques. 

M. le Président remercie M. Ramé de sa communication et 
il est décidé qu'à raison de l'étendue de ce travail, on ne 
pourrait pas émettre à cette session des vœux assez discutés 
et étudiés. La commission permanente sera chargée de ce 
soin. 

M™^ la baronne de Pages voudra bien lui communiquer 
également une étude qu'elle avait préparée sur la question 
des oiseaux. 



Les Tignes pbylloxérées 

Dans sa dernière assemblée générale, le Conseil d'Etat a 
procédé à l'examen d'un projet de décret portant règlement 
d'administration publique pour l'exécution de la loi du 1" dé- 
cembre 1887, relative aux terrains nouvellement plantés en 
vignes dans les départements ravagés par le phylloxéra. 

Cette loi exonère de l'impôt foncier les terrains plantés ou 
replantés en vignes âgées de moins de quatre ans lors de la 
promulgation de la loi. 



Application de la loi 
snv le clégrèTetneut des vigues pliylloxérécs 

Le Journal Officiel vient de publier le règlement d'adminis- 
tration publique pour l'exécution de la loi qui exonère de 
l'impôt foncier les terrains nouvellement plantés en vignes 
dans les départements ravagés par le phylloxéra. 

Tout contribuable qui veut jouir de l'exemption temporaire 
d'impôt foncier doit adresser à la préfecture pour l'arron- 
dissement chef-lieu, et à Ja sous -préfecture pour les autres 
arrondissements, une déclaration contenant l'indication exacte 
des terrains par lui nouvellement plantés ou replantés en 
vignes. 

Les déclarations sont établies sur des formules imprimées 
qui sont tenues dans toutes les mairies à la disposition des 
intéressés. 



74 BULLETIN d'iNSECTOLOGIE AGRICOLE 

L'exemption est acquise à partir du 1" janvier de l'année 
qui suit celle pendant laquelle la plantation ou la replantation 
a été effectuée. 

Elle ne peut s'appliquer qu'à partir de l'année qui suit celle 
au cours de laquelle l'arrondissement a été pour la première 
fois déclaré phylloxéré. 

Par mesure transitoire, les déclarations auxquelles pour- 
ront donner lieu, pour la dite année, les vignes plantées ou 
replantées depuis le l" janvier 1884, seront recevables pen- 
dant trois mois, à partir du jour de la promulgation du pré- 
sent règlement. 

Iiiteriliction «reutrci* «les vig^nes «laiis le 
déparlement de la Marne 

Un arrêté préfectoral vient d'interdire, de la façon la plus 
formelle, l'entrée dans le département de la Marne, de tous 
les plants de vigne, de quelque nature, de quelque espèce et 
de quelque provenance que ce soit. 

Le transport des sarments est aussi interdit. 



Couscil des Ministères dn 4 Mai 

M. Floquet a communiqué au conseil une dépêche du gou- 
verneur général de rx\lgérie signalant les ravages causés par 
les sauterelles et demandant instamment un crédit d'un mil- 
lion pour venir en aide aux victimes de ce fléau. 

Le conseil a décidé, après un premier examen de la situa 
tion, de déposer à la Chambre une demande de crédit de 
500.000 francs. 

Le ministre de l'agriculture a fait signer un décret abro- 
geant celui du 16 juillet 1887, qui avait interdit l'introduc- 
tion en France de tous les plants et fruits venant d'Italie, en 
raison de l'existence du phylloxéra dans ce dernier pays. 

Le gouvernement italien ayant depuis adhéré à la conven- 
tion internationale de Berne contre le phylloxéra, il a paru 



BULLETIN d'iNSECTOLOGIE AGRICOLE 75 

nécessaire de faire bénéficier l'Italie des avantages réservés 
aux puissances contractantes. 



IIii Train arrêté par les Criquets 

Nous recevons de Bordj-bou-Arréridj des détails intéressants 
sur l'accident de chemin de fer occasionné par les criquets 
et sur l'invasion de ces maudits acridiens. 

« Le train n° 210, écrit notre correspondant, parti de Gons- 
tantine le 2 à minuit, a été arrêté au U" kil. oOO, entre 
EI-Guerrah et Telergma par suite du patinage des roues sur 
les rails enfouis sous une masse épaisse de criquets. La lon- 
gueur de la colonne était de quatre à cinq kilomètres de 
long sur deux kilomètres et demi de large. 



L'Ei^positiou d'Horticulture 

L'inaijguraLiuR de l'exposition générale des produits de 
l'horticulture a eu lieu le 25 mai par un temps splendide et 
en présence d'une foule considérable. 

Le chef de l'Etat accompagné du président du Conseil et 
suivi de sa Maison a été reçu par M. Léon Say, président et 
les principaux membres^de la Société Nationale d'Horticul- 
ture de France. 

Nous ne pouvons décrire ici les merveilles amoncelées 
dans cette serre improvisée; nous sommes obligé de nous 
borner à ce qui concerne l'insectologie. 

L'Angleterre a envoyé un lot de plantes carnivores, les 
fameux Népanthes avec leurs fleurs en bourse allongée, à ou- 
verture béante, se refermant après que quelque insecte y a 
pénétré. 

M. Ramé a exposé la collection d'entomologie appliquée à 
l'agriculture et à l'horticulture que nous avons vue à l'Oran- 
gerie des Tuileries en 1887, mais elle était augmentée et en- 
richie de nombreux sujets nouveaux et notamment d'un 



76 BULLETIN d'lNSECTOLOGIE AGRICOLE 

tableau de dessins d'insectes nuisibles aux arbres fruitiers 
qu'accompagnaient des articles publiés dans le journal le 
Jardin. 

M. Savard a été bien mal inspiré en présentant seulement 
une très petite partie de sa belle collection d'entomologie car 
elle a été éclipsée par la collection de M. Chevalier, qui ne 
comptait pas moins de 46 vitrines. 

Nous avons vu avec plaisir trois cadres d'insectes utiles et 
nuisibles recueillis par M. Moreau, instituteur à Courtenay 
(Loiret) et par ses élèves ; ainsi que des cahiers de devoirs 
sur les insectes utiles rédigés par les élèves. AlicoL, Formé, 
Gillet, etc. 

M. Georgin, instituteur à Moyvillers (Oise) a exposé les tra- 
vaux intelligents de ses jeunes élèves sur la protection des 
oiseaux et des insectes utiles. 

M. Bondu, instituteur à Bracquemont (Seine-Inféiieure) a 
eu la bonne idée de mettre sous les yeux du public un état 
des destructions d'insectes et d'animaux nuisibles faites par 
lui et ses élèves. Au total, en une année, 25. 801 sujets ont été 
anéantis.^Nos félicitations au maître et aux élèves. 

Plusieurs grandes vitrines contenant des collections bota- 
niques artificielles, présentées pas M"^ Fortier, dénotent une 
grande habileté ainsi que des connaissances approfondies de 
la science des végétaux. 

A. W ALLÉS. 



I\Iouvelles 



Dans la séance dU' 28 mars de. la Société Nationale 
d' Agriculture de France, M. Blanchard a sollicité le concoure 
de ses collègues pour la collection de bois attaqués par les 
insectes, qu'il a commencée depuis longtemps, et à laquelle 

nouvelles galeries construites au Muséum vont permettre 



BULLETIN D INSECTOLOGIK AGRICOLE 77 

de donner une plus grande extension. Une note avec les indi- 
cations nécessaires pour le choix des échantillons paraîtra 
prochainement. M. Bouquet de la Grye s'est engagé de con- 
tribuer largement à la réalisation des idées de M. Blanchard. 

Comtantine, le 11 avril. — Le Co?iseil géfiéral a. Yoié une 
somme de 150.000 fr. pour combattre l'invasion des sauterelles 
et a renouvelé le vœu tendant à obtenir une subvention de 
l'Etat pour le même objet. 

Alger. — Le Conseil g énéralR voté 50. 000 fr. pour combattre 
l'invasion des sauterelles. 

Il a émis en outre un vœu invitant les communes du dépar- 
tement à abandonner 2 1/2 0/0 du revenu de l'octroi de mer 
. en faveur de l'œuvre de défense contre les sauterelles. 

Gironde. — Le Conseil général a adopté un vœu demandant 
que les subventions de l'Etat ayant pour objet la lutte contre 
le phylloxéra soient applicables à la reconstitution des 
vignobles, comme elles l'ont été à leur défense, et que la loi 
de 1879 soit modifiée en ce sens. 

Lot. —Le Conseil général a décidé qu'à l'avenir il ne serait 
plus donné aucune prime pour la destruction des animaux 
nuisibles. 



Une araignée ennemie de» abeilles 

Il m'a été donné de constater que les abeilles ont une terri- 
ble ennemie dans notre région : c'est une arachnide de la 
famille des Thomisides, la M/5?/me?i« vatia, Clerck; remar- 
quable par le développement considérable de son abdomen et 
sa couleur jaune vif plus ou moins foncée, ornée de quelques 
points ou lignes roses. 



78 BULLETIN d'iNSECTOLOGIE AGRICOLE 

Cette arachnide ne file pas de toile, elle se tient à laffût 
dans les corolles des fleurs dont elle a presque toujours la 
coloration, ce qui lui facilite l'accomplissement de ses méfaits 
comme nous le verrons tout à l'heure; dans cette position, 
elle attend qu'un insecte vienne à sa portée pour le saisir. 

J'ai découvert plusieurs de ces araignées blotties autour de 
diverses fleurs, tenant chacune une abeille entre leurs pattes, 
et j'ai pu acquérir la certitude qu'elles devaient détruire un 
grand nombre de ces précieux hyménoptères, car sur une tige 
de Reseda hitea^ vulgairement faux réséda, oii l'une d'elles 
avait élu domicile, quatre abeilles tuées et dépecées s'y trou- 
vaient encore retenues par quelques fils, ce qui laisserait sup- 
poser que ces dernières succombent toujours sous les atta- 
ques de cette arachnide. 

En inspectant minutieusement diverses plantes, je suis par- 
venu à me rendre compte des moyens qu'elle emploie pour 
saisir les abeilles et les tuer ensuite sans avoir à redouter les 
atteintes de leur appareil vénénifique. 

Lorsqu'il s'agit de plantes dont l'inflorescence se présente 
sous forme d'épi allongé, comme dans le faux réséda, cette 
araignée établit un affût au milieu des fleurs qui commen- 
cent à s'épanouir. Elle abandonne ensuite ce premier affût 
lorsque les fleurs, devenues trop anmennes, ne sont plus visi- 
té es par les insectes mellifères et en construit un autre au- 
dessus du premier, suivant ainsi, pour ces diverses construc- 
tions, l'ordre d'épanouissement qui se produit dans l'abon- 
dante floraison de cette résédacée. 

J'ai compté, sur une même tige de faux réséda, jusqu'à 
trois affûts successivement abandonnés, et c'est en examinant 
leur mode de construction que j'ai pu apprécier toute la ruse 
déployée par cette araignée pour saisir, sans danger,un insecte 
mieux armée qu'elle. 

A l'aide de quelques fils, elle réunit adroitement trois ou 
plus rarement quatre fleurs de réséda, dont les corolles fraî- 
chement ouvertes se trouvent ainsi groupées les unes contre 
les autres. D'autres fils superficiellement enlacés forment, au 



BULLETIN d'iKSECTOLOGIE AGRICOLE 79 

dessus de ces fleurs un plancher fragile sur lequel l'araignée 
se tapit, l'abdomen tourné vers l'axe de la plante, les pattes 
antérieures écartées ayant leur extrémité dissimulée entre 
les étamines. 

Dans cette position, elle épie l'arrivée de l'abeille à laquelle 
elle se trouvera faire face. Il est facile de saisir comme je l'ai 
vu, ce qui se passe au moment où cette dernière, arrivant 
pour butiner, se pose sur le piège qui lui est tendu : l'hymé- 
noptère s'engageant dans une des fleurs ainsi surveillées est 
vivement saisi aux parties supérieures de la tête ou du tho- 
rax par l'araignée. Cette dernière se tenant solidement cram- 
ponnée sur son affût à l'aide de ses pattes postérieures, liiiil 
par vaincre l'abeille, celle-ci ne pouvant, malgré ses efforts et 
en raison de la position avantageuse qu'elle occupe, se débar- 
rasser par un coup d'aiguillon de l'adversaire qui l'étreint. 

Lorsqu'il s'agit de plantes dont l'inflorescence n'offre pas un 
épi aus.si compact et dont les fleurs sont de taille plus 
grandes, comme celles des Ueliantliemum ou Cistes , cette 
araignée ne dresse pas l'affût, assez compliqué, décrit ci- 
dessus : elle se contente de se tenir immobile et fortement 
cramponnée sur un des pétales, à l'aide de quelques fils 
adroitement disposés, et ayant la tête tournée vers la partie 
centrale de la fleur. 

La couleur de ses téguments se confondant avec celle des 
fleurs, elle peut se dissimuler presque complètement ; 
l'abeille, arrivant avec confiance pour visiter la fleur qui 
l'attire, est également saisie au moment où elle engage sa 
tête entre les organes floraux et ne tarde pas à devenir la vic- 
time de son implacable adversaire. 

Les mœurs de cette araignée en font une des plus grandes 
ennemies que l'apiculteur ait à redouter, car elle contribue 
pour beaucoup à l'appauvrissement des ruches en en déci- 
mant la population ouvrière. 

[Observations faites par M. T. LangelevÉe, d'Elbeuf.) 



80 . BULLETIN d'iNSECTOLOGIE AGRICOLE 

.académie des sciences (14 mai) 

LWnguilhde de Uoignon. — Dans une série de recherches, 
qui datent de quelques années, M, Joannès Ghatin avait fait 
connaître une curieuse anguillule {Tylenchus putrefacicits) 
attaquant l'oignon comestible et déterminant rapidement la 
désorganisation du bulbe, la dessiccation des organes caiili- 
naires, enfin la mort de la plante. Depuis lors, ce parasite a 
été signalé en Russie, en Allemagne, etc. ; partout il a causé 
dans les cultures de sérieux dommages. Sur certains points 
les ravages ont même été si considérables qu'on a cru pouvoir 
les imputer non seulement au Tylenchus, mais à des Lepto- 
dères et à des Pélodères. Les nouvelles expériences de M. J. 
Ghatin montrent que la maladie vermineuse de l'oignon doit 
être attribuée uniquement au Tylenchus. Quant aux autres 
vers, qui ont pu être observés accidentellement auprès de lui ; 
ce sont desnématodes terricoles, incapables d'exercer aucune 
action nocive. 

Le Botys du mais. — Il résulte des études dont M. Laboul- 
bène expose le résultat à l'Académie, que le vers qui s'attaque 
aux tiges de maïs et détruit trop souvent des cultures entières 
est le Botys imbilalis, et que le meilleur moyen de s'en débar- 
rasser pour l'avenir consiste à recueillir soigneusement, 
à l'automne, les tiges atteintes et à les livrer au feu. 



AVIS 

Notre collègue M. Aifred Guillot, naturaliste, 4, place Saint- 
Michel, se tient à la disposition de tous les membres de la 
Société qui auront besoin de renseignements sur l'histoire 
naturelle. 



Le Cogérant : A. W allés. 



'lUD, de la s«c. de Typ. - Noitnri!, 8, r. Campagne 1'°. parla. 



TREIZIÈME ANNÉE, N- 6. Juin 1888 

BULLETIN 

D'INSECTOLOGIE AGRICOLE 



SOMMAIRE : Ravages causés dans les champs de betteraves du Nord 
et du Pas-de-Calais par la larve de la Sylpha opaca. — Les criquets 
en Algérie. — Les vers blancs dans Seine-et-Marne. — Le cloporte. 
— EtU'Ies sur les ravages de la Sylpha opaca par une commission de 
la Société des Agricultears du Nord. — Note sur l'apiculture dans les 
Basses-Pyrénées. — Les ballons d'araignées. — Note sur l'hybridation 
chez les lépidoptères. — Emploi du sulfate de cuivre appliqué aux 
arbres fruitiers. — Le pétrole contre les insectes. —Piqûres d'insectes. 



Ravage» causés dans les champs de betteraves du 
IVord et du Pas-de-Calais par la larve de la j^ilpha 
opaca (Linné). 

Dans les derniers jours de mai notre collègue M. Lesluin, 
instituteur àLourches (Nord), signalaitàla Société un insecte 
que l'on disait être la Silpha opaca (Lin), causant d'énormes 
ravages dans les champs de betteraves des environs de Lille et 
dans le Pas-de-Calais. 

Au même moment un journal de la région, VEcho du Nord, 
publiait la lettre suivante et il ajoutait que le mal était bien 
plus grand que ne l'avouait son correspondant, puisque par- 
tout on avait dû ressemer des champs de betteraves qui dis- 
paraissaient à leur tour. 

Carvin, X9 mai 1888. 

Un insecte jusqu'alors inconnu dans la région ravage com- 
plètement les betteraves levées sur environ la moitié de notre 
territoire, c est-à-dire 1,500 hectares, dont environ le tiers 
en betteraves. 

Les ravages commencent àgagnerles communes voisines, 
qui sont Carnin, Annœullin, Provin et Chemy. 

On s'est aperçu de cet insecte il y a trois ans, mais alors 
il se contentait de détruire deux ou trois lignes de betteraves 
le long des champs de blés dans lesquels il y avait eu de Ig 
betterave pendant l'année précédente. 



82 BULLETIN d'iNSECTOLOGIE AGRICOLE 

Cette année il s'agit d'un véritable désastre et l'on est à se 
demander si ce n'est pas le phylloxéra du Nord. 

Dans les premiers jours, on s'en prenait au temps défavo- 
rable, mais aujourd'hui plus de doute possible, l'insecte en 
un jour ravage des pièces de plusieurs hectares et c'est par 
cinquante que l'on peut les compter au moment du soleil, vers 
midi, sur un mètre carré. 

On a semé à nouveau, mais il est fort à craindre que ce ne 
soit en pure perte. 

L'insecte dont il s'agit a la forme d'une chenille ; il a une 
longueur de un centimètre, une grosseur de un millimètre et 
demi ; il est noir et sa peau est assez dure. 

On suppose qu'il a été importé dans le pays soit par la 
graine de betteraves, soit par des engrais. 

Dans tous les cas, c'est dans les terres ensemencées de 
betteraves l'année précédente que les œufs éclosent aux pre- 
mières chaleurs de mai et de là se dirigent en masse sur les 
jeunes betteraves que les insectes éclos rongent entièrement. 

Le territoire de Carvin est fertile et très bien cultivé, on y 
a réalisé tous les progrès possibles et nos cultivateurs sont 
dans la désolation en présence de ce qu'ils considèrent comme 
un fléau. 

On commence à s'en occuper, plusieurs personnes signalent 
le fait, et je crois que VEcho du Nord voudra bien dans la 
limite du possible aider à rechercher les moyens d'enrayer le 
mal. 

Jusqu'ici voici les moyens employés depuis quelques 
jours. 

La petite culture fait des rigoles entre les blés et les bet- 
teraves; dans ces rigoles, on verse du goudron, les insectes y 
tombent et périssent ; mais le goudron durcit au bout de 
quelques jours et ne rend plus aucun service. 

D'autres font des buttes, mais l'insecte, qui est très mou 
par temps froid, devient d'une agilité extraordinaire quand 
il fait chaud et franchit facilement l'obstacle. 

D'autres enfin emploient des rouleaux très lourds, mais ils 



BULLETIN d'iNSECTOLOGIE AGRICOLE 83 

écrasent beaucoup de betteraves sans détruire beaucoup d'in- 
sectes. 

Je croîs que nous sommes à la veille d'un désastre qui 
s'étend avec une rapidité extraordinaire, et le concours de 
tous les hommes de cœur me paraît nécessaire. 



L'insecte, qui fait en ce moment le désespoir des cultiva- 
teurs de betteraves dans le Nord et le Pas-de-Galais, est la 
larve d'un coléoptère du genre Silpha, la Silpha opaoa. 

Brehm lui donne le nom de Silphe des betteraves- 

M. Ernest Menault dit que les principaux caractères de 
cette larve qui est si à redouter pour la betterave, sont : dos 
noir dur, ventre blanchâtre et mou, douze segments aplatis 
sur les bords et donnant à la larve l'aspect du Cloporte ; les 
trois premiers segments munis de pieds fourchus ; abdomen 
terminé en pointe arrondie et servant à la locomotion : tête 
munie d'antennes ; six yeux ; très agile, très remuante. Cher- 
che à s'échapper lorsqu'on approche d'elle. Change de peau 
plusieurs fois de suite, et après la mue elle paraît blanche. 
Au bout d'une heure elle est brune sur le dos. 

Cette espèce est essentiellement phytophage et cause dans 
certaines années des ravages considérables aux folioles des 
betteraves qui viennent de lever. Elle ronge et déchiquette les 
feuilles en laissant seulement les nervures. — On a trouvé 
quelquefois les larves en quantité si prodigieuse sur les jeu- 
nes plantes que celles-ci en étaient toutes noires. 

Guérin-Méneville, Payen et Curtis ont fait des observations 
sur les mœurs et les dégâts de cet insecte. 

Ce n'est malheureusement pas la première fois qu'on 
annonce son apparition dans nos départements du Nord oii 
les cultures de betteraves occupent de très grandes surfaces 
pour alimenter l'industrie sucrière. 

La Science n'a trouvé jusqu'à présent d'autre remède pour 
combattre cet ennemi que l'assolement pendant deux ou trois 
ans. On fait ainsi périr l'insecte et sa larve par la famine en 
lui supprimant sa nourriture de prédilection. 



84 BULLETIN d'iNSECTOLOGIE AGRICOLE 

M. Fontaine-Richard, fabricant de sucre à Avesnes-le-Sec, 
propose contre le nouvel insecte, lorsqu'il n'est plus temps 
d'employer le germinateur Quarante-Descalonne, le moyen de 
destruction suivant, peu coûteux, et qui lui a déjà réussi 
dans beaucoup de cas : 

< Sur la houe à cheval, dite rasette, on place à Varrière une 
caisse contenant de la fleur de soufre avec distributeurs 
comme pour la graine et avec le même écartement des rayons, 
puis on fait passer la rasette dans le champ contaminé. 

« Ce travail doit être fait le matin pour profiter de la rosée 
de la nuit ou après pluie, pour assurer l'adhésion de la fleur 
de soufre sur la plante. 

« A défaut de houe, semer à la main en forçant sur les 
lignes des bordures ; mais alors seulement, il y a de la main- 
d'œuvre à payer. » 



A la Chambre des députés, dans la séance du 5 juin, M. de 
Clercq a interrogé le Ministre de l'agriculture sur les mesures 
qu'il compte prendre contre le Sylphe des betteraves qui exerce 
ses ravages dans le iNord et le Pas-de-Calais. 

Dans sa réponse, M. Yiette a dit que la Sylpha opaca est 
connue et qu'elle a déjà été signalée plusieurs fois. Il n'y a 
aucun moyen scientifique de détruire absolument ce rava- 
geur. 

Un inspecteur d'agriculture vient d'être envoyé dans les 
départements contaminés pour étudier la situation. 

A. Wallès 



Les Criquets eu Algérie. 

M. Kunckel d'Herculais est de retour de sa mission dans 
le sud de la province de Constantine où il s'était rendu pour 
étudier de près les insectes ravageurs. 

Nous publions, d'après la Dépêche Algérienne, un résumé de 
l'interview qu'un rédacteur de ce journal a eu avec le spécia- 
liste distingué du Muséum de Paris : 



BULLETIN d'inSECTOLOGIE AGRICOLE 8S 

Les criquets qui ont fait leur apparition cette année 
diffèrent essentiellement de ceux qui composaient les armées 
d'invasion de 1866 et de 1874 ; comme ils sont de plus petite 
taille, on supposait jusqu'à présent qu'ils étaient de la même 
espèce dégénérée. Cette idée d'une dégénérescence aussi 
rapide était risquée et je reconnus bientôt qu'elle constituait 
une véritaljle erreur. 

Le criquet actuel est un acridien de la même espèce que 
celui de l'île de Chypre, c'est-à-dire le Stauronotus Maroccanus. 

Cet insecte, blanchâtre au moment de son éclosion,ne tarde 
pas à prendre un teinte brune et terreuse; il n'atteint jamais 
de grosses proportions, mais il est armé de mâchoires formi- 
dables et en quelques instants une colonne de criquets a 
fauché les épis du champ le plus luxuriant. 

Le dévasteur s'attaque en premier lieu aux barbes des épis 
d'orge ou de blé puis aux grains; lorsqu'il reprend sa marche, 
il ne reste plus que des tiges tranchées vers le milieu de leur 
hauteur; il n'y a plus qu'un chaume misérable (1)! 

J. B. Hum. 

Les vers blancs. 

Les membres du syndicat agricole de l'arrondissement de 
Meïiux, réunis en assemblée générale le 2 juin 1888, en pré- 
sence des dégâts considérables causés par les vers blancs en 
18n7 sur les avoines et les betteraves, et en 1888 sur les blés, 
émettent le vœu que des mesures sérieuses soient prises 
pour combattre les ravages de cet insecte qu'on peut appeler 
avec juste raison le phylloxéra du nord de la France. 

Ils demandent : 

1° Que la Société nationale d'agriculture de France, qui 
comprend parmi ses membres les naturalistes les plus distin- 
gués, veuille bien s'occuper de la recherche des moyens de 
destruction de cet animal, soit à l'état de hannetons, soit à 
l'état de larves, pour les indiquer aux cultivateurs ; 

1. Dans la séance du 19 juin la Chambre a voté un crédit extraordinaire 
de 500.000 fr. pour com battre l'invasion des sauterelles (criquets) et venir 
en aide aux agriculteurs algériens victimes de leurs ravages. 



86 BULLETIN d'iNSECTOLOGIE AGRICOLE 

2° Que le département de la Seine-et-Marne veuille bien 
augmenter l'année prochaine la prime accordée pour la 
destruction des hannetons; 

3** Que l'Etat intervienne dans l'augmentation de cette prime 
pour donner des subventions aux départements qui font des 
sacrifices à ce sujet. 

Ils chargent leur président de faire les démarches néces- 
saires auprès de la Société nationale d'agriculture et auprès 
du préfet pour la réalisation de ces vœux. 



liC cloporte. 



Pendant longtemps, on croyait qu'il ne faisait pas de tort 
aux plantes, aussi le laissait-on à peu près tranquille. Il en est 
autrement aujourd'hui, l'expérience ayant démontré qu'il ronge 
et coupe certaines parties très tendres, et tout particulière- 
ment les racines à fleur de terre ainsi que les hampes florales 
des orchidées ; aussi, est-ce surtout, dans les serres où l'on 
cultive ces plantes qu'on lui fait une guerre d'extermination. 
Pour cela on exploite surtout la répugnance qu'il a pour la 
lumière, en disposant çà et là oii il existe des cloportes des 
substances légères et très divisées sous lesquelles ils se reti- 
rent aussitôt que se montre le jour, par exemple des feuilles 
de choux, de salade, etc., du foin humide ou de la mousse, 
que l'on pose sur l6 sol. Des moitiés de pommes, de poires 
ou même d'autres fruits que l'on a évidés et que l'on pose sur 
le sol par le côté creusé, sont également employées. On visite 
ces pièges de temps à autre et l'on écrase les cloportes qui 
sont dessous. 

Un balai de bouleau placé où il y a des cloportes est ce 
qu'il y a de mieux pour détruire ces insectes qui, paraît-il, 
préfèrent cet abri à tout autre. Il suffît de temps en temps de 
relever le balai et de le secouer dans un sceau où il y a de 
l'eau pour se débarrasser instantanément de ces hôtes si 
incommodes. 

On prétend que la poudre de cloporte serait un remède 



BULLETIN D INSECTOLOGIE AGRICOLE 87 

contre l'asthme, on s'en servirait aussi dans l'esquinancie, 
l'hydropisie et dans les maladies où il faut fondre les humeurs, 
purifier le sang, etc. 

F. JOLAIN. 



Etudes sur le» ravages de la Silpha opaca par une 
commission de la Société des ilgricalteiirs dn 
Mord. 

La commission nommée par la Société des Agriculteurs du 
Nord pour étudier les ravages causés dans les champs de bet- 
teraves par les sylphes opaques, s'est rendue vendredi ma- 
tin à Carvin. MM. G, Dubar, vice-président de la Société; 
Paul Haliez, professeur à la Faculté des sciences ;Dubernard, 
directeur de la station agronomique ; Thibaut, chimiste, 
membre du conseil départemental d'hygiène, et Vanhees-Lame- 
lin avaient été exacts au rendez-vous. 

A Carvin,ils ont été reçus par MM. Déprez, conseiller général, 
ancien député; Gomon, professeur d'agriculture du Pas-de- 
Calais; Menu et Duquesne, distillateurs; Laden, Deligne, 
Duprez et un grand nombre de cultivateurs. M. Marennes, 
agent voyer, qui dès le premier jour avait signalé le mal, 
s'est mis obligeamment à la disposition de la commission et 
l'a habilement guidée dans ses recherches. 

Les cultivateurs de Carvin soat consternés et il suflBt de 
parcourir leurs champs pour constater combien leurs plain- 
tes sont encore au-dessous de la réalité. La jeune betterave 
n'a plus de feuilles, c'est à peine si une plante sur dix 
émerge encore du sol, et la racine elle-même a sérieusement 
souiîert. Sur 700 hectares, consacrés à la betterave dans le ter- 
ritoire de Carvin, les deux tiers ont dû être ressemés jusqu'à 
trois fois, un dixième seulement est à l'état sain. 

En évaluant à 1.000 fr. le produit d'un hectare en bettera- 
ves, c'est une perte d'au moins 400.000 fr. pour une seule 
localité. 

Le territoire contaminé s'étend sur deux kilomètres de 



88 BULLETIN d'iNSECTOLOGIE AGRICOLE 

large et 6 à 8 kilomètres de long, comprenant, outre Carvin. 
Provin, Beauvin, Meurchin etEstevelle dans le Pas-de-Calais, 
Carnin, Annœulin et Seclin dans le Nord; cette dernière 
commune a le huitième de ses plantations rongé. D'autres 
points de notre région ont été également éprouvés par cet in- 
secte destructeur; on cite le canton de Beaumetz, Lillers, les 
environs de Douai, et le hameau de Baudringhem (Campagne- 
les-Wardrecques) où sur 1 hectare 40 ares on a relevé 6.300 
sylphes ; mais nulle part le mal n'est aussi grand qu'à Carvin . 

La commission ayant interrogé les cultivateurs sur les ori- 
gines du mal, a constaté que déjà depuis 4 ans le sylphe opa- 
que a fait son apparition dans le pays, mais que ses ravages 
d'abord limités aux bordures de champs de betteraves voisins 
de champs de blés après betteraves, ont chaque année gagné 
en importance, que le développement du fléau a sans doute 
été favorisé cette année par la sécheresse et le retard excep- 
tionnel de la culture, la larve ayant l'ait son apparition alors 
que la plante était encore trop jeune pour se défendre contre 
ses attaques. 

Les cultivateurs ont fait de vains efforts pour se débarras- 
ser des sylphes; les uns ont entouré les champs encore sains 
de bâtons goudronnés, mais dès que le goudron était sec, les 
insectes les franchissaient; d'autres ont creusé des fossés, l'un 
d'eux a versé du pétrole, mais bientôt le pétrole était absorbé 
par le sol, et les insectes s'ébattaient sans être incommodés. 

La commission a porté ses expériences sur le sulfure de 
carbone, qui a donné d'excellents résultats; elle a fait verser 
sur cinq carrés d'essai ce produit à l'état pur, mélangé d'eau 
par moitié, pour les quatre cinquièmes, pour les neuf dixiè- 
mes et pour les dix-neuf vingtièmes. 

Dans tous les cas, les larves ont été instantanément as- 
phyxiées. Il reste à savoir si la plante ne souffre pas sensible- 
ment de ce traitement, et si l'on peut se procurer du sulfure 
de carbone à des prix qui permettent d'employer ce pro- 
duit. 

Quoi qu'il en soit, et quelque sacrifice que cela impose, il 



BULLETIN d'iKSECTOLOGIE AGRICOLE 89 

est nécessaire de détruire ce fléau, sinon la région du Nord 
tout entière en sera infectée l'année prochaine et on ne sau- 
rait dire jusqu'où le mal peut s'étendre. 

Mais il n'y a pas de temps à perdre, la larve va bientôt se 
transformer, bientôt l'insecte déposera ses œufs dans la terre 
et il n'y aura pas de réactif chimique assez énergique pour 
détruire ces œufs entourés d'une enveloppe impénétrable. 

Les cultivateurs dont les récoltes sont si gravement endom- 
magées, leurs voisins, tous 'les cultivateurs de la région, car 
le mal gagnera de proche eu proche, ont le plus grand inté- 
rêt à prendre des mesures énergiques. Il appartient au gou- 
vernement non seulement d'en faciliter l'exécution, mais de 
les provoquer, de l'exiger même. 

Lorsqu'une épidémie règne sur le bétail, on enfouit les bê- 
tes contaminées, et on indemnise le propriétaire; c'est d'une 
façon analogue qu'il faut procéder : indemniser les proprié- 
taires de leur perte, et leur fournir les subsides nécessaires 
pour appliquer les mesures de sauvegarde qui vont être recom- 
mandées par la Société des Agriculteurs du Nord, dont nous 
ne saurions trop approuver l'initiative si sage et si opportune. 

Les cultivateurs du Nord ont depuis dix ans éprouvé des 
pertes successives qui ont absorbé leurs réserves; ils luttent 
encore dans l'espoir de reconstituer leurs capitaux perdus, 
mais ils sont dans l'impossibilité de subir la perte énorme que 
va leur imposer l'anéantissement deleurrécolte de betteraves, 
l'une de celles qui pouvait encore leur donner quelques 
bénéfices. 

Déjà M. Viette, ministre de l'agriculture, et M. Tisserand, 
directeur de l'agriculture se sont émus de cette situation ; les 
députés du Pas-de-Calais et ceux du Nord réussiront sans 
doute à leur démontrer qu'il est de l'intérêt général d'indem- 
niser les cultivateurs éprouvés, et de prendre des mesures 
énergiques pour arrêter le fléau à son origine; fort heureuse- 
ment le mal est encore assez limité pour qu'on en triomphe 
dans des conditions peu onéreuses pour le Trésor. 

{LÈcho du Nord.) 



90 BULLETIN d'iNSECTOLOGIE AGRICOLE 

Note sur l'Apiculture dans les Basses-Pyrénées. 

Nous ne croyons pas commettre une indiscrétion en com- 
muniquant aux membres de la Société le post-scriptum d'une 
lettre, en date du 1" juin, de M. Legros, chef d'escadron en 
retraite à Bayonne. 

La saison apicole est très heureusement commencée. J'ai 
récolté beaucoup de miel de très bonne qualité et si cela con- 
tinue les résultats seront splendides. 

Depuis plus de dix ans je fais des comparaisons sérieuses 
entre les systèmes flxiste et mobiliste et je constate que 
les ruches à cadres et particulièrement celle de Ch. Dadant 
est parfaite et donne une si grande quantité de miel que je 
n'ose pas vous l'indiquer... La ruche Leyens est excellente 
aussi, seulement son cadre est bien grand et je brise parfois 
les rayons en les passant à l'extracteur. 

L'apiculture doit être encouragée surtout dans le Midi ou 
les ressources mellifères sont considérables. Le miel y est 
bon, souvent très bon ; j'obtiens de l'hydromel et ensuite de 
l'eau-de-vie très appréciés ici et qui dans le commerce 
attendraient un prix très élevé. 



liCs Ballonts d'araignées. 

Nous avons trouvé dans un procès-verbal des séances de la 
Société Xationale d'Acclimatation l'entrefilet suivant: 

A Abilène (Texas) les habitants ont été étonnés en voyant 
passer au-dessus de leurs têtes, à une certaine hauteur, un, 
deux, puis plusieurs ballons se suivant, à peu de distance^ 
dans la direction du sud-est. 

Après un examen attentif, au moyen d'une forte longue-vue, 
il a été reconnu que ces ballons n'étaient autre chose que des 
toiles d'araignées. Au-dessous de ces toiles pendaient de lon- 
gues banderoles remplies d'araignées dont il a été impossible 
de déterminer les caractères à distance. L'observateur estime 



BULLETIN d'iNSKCTOLOGIE AGRICOLE 91 

qu'aux approches de l'hiver ces araignées émigrent vers les 
îles du golfe. 

A ce sujet M. Fallou fait remarquer que le fait de migration 
se produit chez nous annuellement. Tout le monde a vu vol- 
tiger, surtout dans les premiers jours d'octobre, les lils de la 
vierge. Ces fils ne sont, enréalilé, que des toiles d'araignées 
enlevées par le vent et presque toujours de jeunes araignées 
sont suspendues à ces fils et voyagent ainsi dans l'espace. 

C'est un fait évident de migration, mais on prétend que ces 
fils ne sont pas produits par les araignées migratrices elles- 
mêmes. 



Mote 
sur l'hybridation cliez les Lépidoptères. 

Les hybridations naturelles, assez fréquentes dans le végé- 
tal, sont plus rares chez les animaux ; certaines ont été légère- 
ment avancées : quelques-unes ont peut-être aussi trop lé- 
gèrement été contestées et niées. 

C'est cependant un fait très ancien et renouvelé souvent, 
que l'hybridation obtenue en domesticité chez les animaux 
des ordres supérieurs, mammifères et oiseaux. 

Dans les autres classes du règne animal, on a sur cette 
matière peu d'exemples bien concluants; dans les Lépi- 
doptères en particulier, certains auteurs ont signalé les Hété- 
rocères, Sphinges, particulièrement les Zygœnidse Linn. ; 
quant aux espèces de ce genre, on a bien rencontré des 
accouplements entre deux espèces voisines, nous-mêmes 
nous avons pu l'observer à l'état sauvage, mais jusqu'à pré- 
sent, je ne sache pas que l'on ait obtenu de ces accouple- 
ments des œufs fécondés qui soient arrivés à donner des 
insectes parfaits : cependant chez d'autres genres qui, au 
contraire, ont été nouvellement expérimenlés, on est parvenu 
à obtenir des hybrides reproduisant successivement. 

En 1856, MM. Serisie, à Bordeaux, ont réussi à obtenir 
l'accouplement de deux espèces de Lépidoptères hétérocères 



92 BULLETIN d'iNSECTOLOGIE AGRICOLE 

du genre Dicramira Lalr.. le D. Vinula femelle et le Die. 
Erminea mâle, espèces très voisines vivant sur les mêmes 
végétaux et à la même époque (1). 

La femelle hybridée a donné à peu près le même nombre 
d'œufs que les femelles normales, c'esi-à-dire une centaine ; 
sur ce nombre, dix chenilles seulement sont écloses et ont 
formé leurs chrysalides, desquelles sont sortis dix papillons, 
neuf mâles (2) et une femelle ; les mâles, tous semblables 
entre eux, tenant des deux types auteurs. L'examen de l'ab- 
domen du type femelle à' Erminea montra un grand nombre 
d'œufs, solidement fixés par des ligaments; dans l'hybride, 
seulement vingt-deux œufs, petits, déprimés, atrophiés et 
nageant dans un liquide sanguinolent et très clair, tout à fait 
impropres à être fécondés, ce qui peut fournir un argument 
en faveur de la stérilité des hybrides chez les Lépidoptères. 
Cependant, si l'on consulte les diiï'érents traités sur les Léj)!- 
doptères. ainsi que les catalogues des entomologistes mar- 
chands, on y remarque plusieurs hybrides annotés à la suite 
de leur synonymie. Tels sont, parmi les Hétérocères, des 
genres Sphingidœ Bdv, l'hybride du Deilphila, Vespertilio- 
nides de D. Vespertilio et D. Hippophaës, hybride Epilobii 
de D. Vespertilioneei D. Euphorbiœ. 

Sm.erinthiis hybridus Westw, de Sm. ocellata et 5m. 
Populi, puis les hybrides des Satiirnia Pyri et Spini, Sat. 
Pyri et Pavonia, hybride minor de Sat. Spini et Pavo- 
nia (3). 

En 1873, M. Haury, à Prague (Bohême), a réussi deux 
élevages d'un accouplement des A. Yama-Maï G. Men et 
Permji G. Men, sans indication du couple générateur ; de 
leur produit, Berce et moi, nous avons obtenu des chenilles 



1. Note de A. Guillemot. Extrait des ^«naZes rfe la Société entomologique 
de France, 1856. 

2. Un sujet provenant de cet accouplement ma été offert par l'auteur de 
cette note; il existe encore très bien conservé dans ma collection. 

3. Le prix des hybrides désignés ci-dessus étant resté des plus élevés, il 
est de toute probabilité que la reproduction n'a pas eu lieu. 



BULLETIN d'INSECTOLOGIE AGRICOLE ^ 

que nous avons élevées, à Paris, pendant deux années, de 
1874 à 1873 ; les cocons de cet hybride sont d'une couleur 
intermédiaire entre ceux de Yama-Maï et ceux ùe Peimyi; 
quant à la forme, ils sont semblables à ceux de Pernyi, les 
papillons diffèrent peu des deux espèces, mais sont d'une 
ta'Ue moindre et assez chétive (1). 

En 1877, M. Bigot, à Pontoise, a pu réussir un mariage 
des A. Perfiyiei Polyphemus; au bout de quelques jours les 
œufs se déprimèrent rapidement et le )-ésultat fut négatif, 

M. Bigot a obtenu aussi le croisement des A. Yama-Maï 
ei Pernyi, mais il y a eu, je crois, impuissance de l'hybride. 

En 1881, notre confrère, M. A. Wailly, de Londres, a 
pu faire réussir les accouplements de plusieurs espèces de 
Bombyciens séricigènes, ils ont tous été mentionnés dans les 
Bulletins de la Société d'Acclimatation (années 1881-82). 
M. Wailly ne croit pas que l'on puisse obtenir les hybrida- 
tions des Attacus Pyri et Pernyi. J'ai aussi pu constater 
le même fait dans un de mes rapports de l'année 1882, h 
propos de plusieurs mâles Pyri qui ont été attirés par les fe- 
melles de V Attacus frithii, et qui, malgré leur ardeur, ne se 
sont pas accouplés. M. Wailly émet aussi l'opinion que le 
Sa?nia Cecropia avec A. Cynthia ou avec A. Mylitta ne s'ac- 
couple pas ; mais il a obtenu une réussite complète avec les 
Antherea Roylei et Pernyi. 

Les hybrides qui en sont issus sont très vigoureux, ils 
ont été reproduits en Angleterre, en Ecosse, en Allemagne et 
en Amérique, en France particulièrement, chez M""^ veuve 
Turpin, àLucbarbez (Landes). 

Il est à présumer que d'autres tentatives que celles citées 
dans celte note ont été faites pour obtenir le croisement de 
diverses espèces de Lépidoptères ; mais je n'ai pas ici la pré- 
tention d'avoir compilé complètement ce qui a été dit ou 
écrit sur ce sujet, mais seulementd'en donner un aperçu pour 



1. Puis nos expériences ont été abandonnées pour nous livrer à celles des 
espèces types. 



94 BULLETIN d'iNSECTOLOGTE AGRICOLE 

amener à conclure, malgré les insuccès énoncés dans cette 
note, qu'il peut y avoir possibilité d'obtenir des hybrides de 
certains Lépidoptères reproduisants, et qu'un prix peut-être 
accordé à un éducateur qui parviendrait à réaliser le but que 
la Société d'Acclimatation se propose, c'est-à-dire la repro- 
duction d'hybrides nouveaux, producteurs de soie, pouvant 
être utilisés avec avantage. 

Une particularité sur les accouplements de deux attaciens 
indigènes, que j'ai pu constater au mois de mai 1887, m'a 
engagé à donner ici quelques détails sur celte observation 
qui se rapporte assez à l'hybridation chez les Lépidoptères. 

La saison du printemps de l'année 1887, ayant été très 
tardive dans les environs de PariSj a fait que l'apparition des 
Insectes Lépidoptères a subi un retard assez prolongé sur 
leur époque normale ; il en est résulté que plusieurs espèces 
nous sont apparues bien plus tard que dans les années ordi- 
naires. Pour ne citer qu'un exemple : l'Attacien Carpini 
Hubn. (1) qui, cette année, a eu un retard d'au moins un 
mois dans son éclosion est arrivé en même temps que VAt. 
tacus Pyri Hubn. (2), si bien qu'il s'est présenté le même 
jour et dans la même cage, un mâle et deux femelles de 1'^. 
Carpini et une femelle de VA. Pyri.ie, laissai tous ces sujets 
ensemble, et aussitôt qu'ils eurent développé leurs ailes, le 
mâle seul de 1'^. Carpini se mit avec ardeur à la poursuite 
de la femelle de l'A. Pyri, et il a constamment délaissé les 
femelles de son espèce. Mais celle-ci n'a pas cédé aux avan- 
ces du mâle cité. Quant aux femelles délaissées de VA. Car- 
pini, elles restèrent collées au grillage dans un état de 
torpeur complet dont elles ne sortirent qu'à la fin du jour. Je 
laissai les quatre sujets ensemble pendant la nuit, espérant 
voir le lendemain matin l'accouplement du mâle Carpini avec 
la femelle de l'A. Pyri, deux espèces des plus rapprochées, 
et j'entrevoyais déjà un hybride de ces deux espèces, mais je 
n'ai pu constater aucun accouplement. 

1. Attacus Pavonia Minor. Linn. et Esp., le petit Paon (Engram). 

2. Attacus Pavonia Major. Linn et Esp., le grand Paon (Engram). 



BULLETIN d'iNSECTOLOGIE AGRICOLE 95 

Les femelles des deux espèces ont bien opéré leurs pontes, 
mai&j'aipu m'assurerqueles œufs des trois femelles n'avaient 
pas été fécondés. 

J. Fallou. 



Emploi du sulfate de eulvre 
appliqué aux arbres fruitiers. 

Le Journal de la Société nationale d'horticulture de France 
dit que tous les ans, vers les mois de février et de mars, alors 
que les boutons à fruit commencent à grossir sur les arbres 
fruitiers, à quelque espèce qu'ils appartiennent, des oiseaux 
(les bouvreuils et les mésanges notamment) s'abattent dans 
les jardins et vident ces boutons au point de compromettre 
la récolte des fruits dans une forte proportion. 

Après avoir eu recours, sans le moindre succès, à divers 
moyens pour se mettre à l'abri de ces maraudeurs, M. Magny, 
président de la Société d'horticulture de Coutances, eut l'idée, 
l'année dernière, de couvrir entièrement ses bambourdes à 
fruit, de la bouillie suivante : 

Chaux, 2 kilogr. à éteindre, dans 4 litres d'eau ; 

Sulfate de cuivre, 1 kilogr. à dissoudre à chaud, dans 
12 litres d'eau. 

Mélanger les deux, chaux et sulfate; ajouter ensuite de 
l'argile pour donner de la consistance et 500 grammes de 
suie. 

Le résultat a été bon, car aucun des arbres ainsi enduits 
n'a été endommagé et la floraison s'est faite d'une manière 
normale. 

Cette bouillie, ainsi que l'a constaté M. Magny, a encore 
l'avantage de détruire les insectes qui hivernent sous les 
écorces et de combattre la tavelure des fruits. 

Cette même bouillie a été employée également, mais en 
augmentant un peu la proportion de sulfate de cuivre, contre 
un autre ennemi de nos jardins. 



96 BULLETIN d'iNSECTOLOGIE AGRICOLE 

Tous les horticulteurs connaissent le goût très prononcé 
des limaçons pour les brugnons : depuis bien des années, 
M. Magny avait presque renoncé à en récolter malgré la 
chasse matinale faite à leurs visiteurs. Se basant encore sur 
la propriété toxique du sulfate de cuivre, l'honorable président 
de la Société d'horticulture de Cou tances a enduit tous les 
murs de ses espaliers, le tronc de ses arbres, ainsi que 
toutes leurs branches avec la bouillie et il a eu la satisfaction 
de cueillir une pleine récolte de brugnons parfaitement 
indemnes. 

Ces succès méritent d'être signalés. 

ViCAT. 



Le Pétrole contre les insectes. 

Le pétrole est souverain contre les insectes, aussi bien 
contre ceux qui s'attaquent aux plantes qu'aux parasites des 
animaux ; mais il faut l'employer modérément. 

Pour détruire les vers blancs il suffit d'un verre à liqueur 
de pétrole par arrosoir d'eau; pour les courtilières on peut 
doubler la dose et on verse le mélange dans le trou avec un 
entonnoir. Pour les cafards, des injections d'eau additionnée 
de 50 grammes de pétrole par litre purgent les maisons de 
ces hôtes incommodes. 

L'huile de pétrole non épurée est préférable et coûte moins 
cher. 



Piqûres d'insectes. 

Les piqûres d'insectes, mouches venimeuses, guêpes, fre- 
lons, abeilles, taons, cousins, puces, etc.;, sont guéries instan- 
tanément au moyen d'un poireau. Il suffit de frotter la partie 
blessée avec ce légume et l'enflure disparaît. 

Le Cogérant : A. W allés. 

Bu>. Ut u Me. d* Typ. - Ntunri, ii, t. cuipafM f. ruia. 



TREIZIEIIK ANNÉE, N" 7. Juillet, 1888 

BULLETIN 

D'INSEGTOLOGIE AGRICOLE 



SOMMAIRE: A Messieurs les Instituteurs. — Les Criquets dans le Var. — 
Rapport à M. le Préfet du Var sur l'invasion des Criquets. — Le Syn- 
dicat du hannetonnage du canton de Gorron ^Mayenne). — Séance 
des sections d'insectoloi^ie et de Sériciculture. — Ennemis du ver à 
soie et moyens de les détruire. — Destruction de la larve du Sylplie de 
la Betterave. — Oiseaux nuisibles aux récoltes. — Bibliographie. — 
Académie des Sciences. — Situation séricicole. 



A. messieurs les lustitiitears 

En présence des immenses ravages exercés dans plusieurs 
localités par certains insectes, il serait agréable aux membres 
de la Société d'avoir des notes d'instituteurs à consulter sur 
les dommages causés et surtout sur les moyens employés 
pour les combattre. 

Par ce moyen, MM. les instituteurs fourniraient non 
seulement de nombreux et sérieux renseignements, mais ils 
deviendraient aussi les plus précieux auxiliaires de notre 
Société. 

Comme il y a là une nouvelle occasion pour eux d'affirmer 
ce que l'on peut attendre de leur intelligence et de leur 
dévouement et même aussi de leurs élèves, ainsi que de leurs 
relations avec les cultivateurs, nous comptons sur leur 
concours bienveillant pour aider puissamment la Société dans 
le but qu'elle poursuit. 



L.es €riqucfs dans le Vai' 

Bor.iuii (Vai-), 20 juin 1888. 

L'insecte qui fait en ce moment la désolation de nos braves 
travailleurs des champs, est un locuste du genre Ephippiger 
(en patois du pays Booudrago ou Booudreuil). 

C'est vers le milieu de mai qu'apparaissent de petits 



98 BULLETIN d'iNSKCTOLOGIE AGRICOLE 

insectes d'an verl tendre. Ces animaux croissent très vite, 
sont noirâtres au bout de quelques jours et deviennent rou- 
geâtres par la suite. 

On s'aperçoit de la présence de cet incommode voisin depuis 
six ans environ; mais voilà deux années consécutives et 
surtout cette année-ci qu'il devient un dangereux ennemi. Cet 
insecte avait fait de grands ravages dans nos campagnes il y 
a une soixantaine d'années ; et quelques paysans de l'époque 
assurent aujourd'hui que si l'on ne prend pas des mesures 
sérieuses vis-à-vis de cet insatiable mangeur, on en aurait 
cruellement à souffrir. 

Insecte omnivore, il s'attaque à tout et depuis les plus 
tendres pousses de nos essences forestières jusqu'aux cistes, 
tout passe sous ses terribles mandibules. 

Lorsque dans les coteaux mauresques, qui semblent être 
son lieu d'origine, tout a été dévoré, alors il va en masse 
compacte porter la dévastation dans les vignobles, prairies 
ou autres récoltes de la plaine. C'est en ce moment qu'il 
devient un fléau pour les campagnes ; ainsi actuellement il 
aborde les vignes. 

Nous avons conseillé aux paysans, qui sont venus nous 
consulter à ce sujet, de faire de longs feux autour de leur 
propriété et de ramasser en outre le plus possible de ces 
insectes pour les détruire ensuite. 

Celte opération se faisant avant la ponte des œufs, il est à 
supposer qu'elle sera efficace et empêchera, dans une certaine 
mesure, la reproduction pour l'année prochaine. Il serait à 
désirer que chacun s'y mette de bon cœur. Oh! ce n'est pas 
commode, mais c'est pratique. 

De plus, nous estimons que si l'an prochain, un peu avant 
l'éclosion des œufs, c'est-à-dire au commencement de mai, on 
brûlait tout sur nos coteaux — on ferait une petite perte, les 
cistes et les argelas ce sont les seuls arbustes qui y croissent— 
on détruirait à peu près radicalement l'insecte, attendu qu'on 



BULLETIN d'iJN'SECTOLOGIE AfiKlCOLE 99 

le priverait des éléments de sa première nourriture et par ce 
moyeu on peut Inen admettre que quantité d'œufs seront 
détruits par le feu. 

(Boulet, Instituteur. 

RAPPORT A M. LE PRÉFET DU VAR SUR l'lNVASION DES CRIQUETS DANS 
LE CANTON DE GRIMAUD ET DE SAINT-TROPEZ 

Draguigaan, 4 juin 1888. 

Monsieur le Préfet, 

Dans leur séance mensuelle de samedi dernier, 2 de ce 
mois, les membres de la Société d'agriculture de l'arrondis- 
sement de Draguignan se sont longuement entretenus d'un 
fléau qui s'est abattu sur le territoire des cantons de Grimaud 
et de Saint-Tropez, depuis Sainte-Maxime jusqu'à Gavalaire, 
et ils m'ont chargé devons en écrire afin que vous avisiez aux 
mesures à prendre. Caveant consules;cav il s'agit nonseulemenl 
du désastre présent, mais du danger toujours croissant pour 
l'avenir. 

Des milliards de sauterelles ou cr/r/ue/s, après avoirdévoré les 
cistes de la montagne Peygros (Sainte-Maxime), au pied 
desquels ils sont éclos aux premiers jours d'avril, sont 
descendus en rangs serrés vers le Midi dans la direction de la 
mer, en plusieurs colonnes embrassant, chacune, une largeur 
de trois cents à quatre cents mètres environ. Ces insectes ne 
volent pas, ils vont par bonds de 0'"30 au plus; ils suivent 
une ligne droite, à tel point que lorsqu'ils rencontrent une 
bastide, ils grimpent le long de la muraille, passent sur les 
toits et redescendent de l'autre côté; ils ravagent tous les 
végétaux, même les chênes et les pins, auxquels ils ne laissent 
aucune feuille ; ils ont respecté les eucalyptus et le blé. 

Quelques propriétaires en détruisent jusqu'à cent mille par 
jour ; mais leurs efforts sont impuissants, car ces insectes se 
multiplient à mesure. Ils sont excessivement voraces ; un 
membre de la Société, propriétaire à Sainte-Maxime, en avait 



dOO BULLETIN d'iNSECTOLOGIE AGRICOLE 

apporté quelques-uns dans une boîte pour les montrer à ses 
collègues. Pendant la route, privés de feuilles, ils se sont 
entre-dévorés. 

Leurs déprédations sont donc terribles ; on a cité plusieurs 
faits : une vigne de 3,000pieds ne présentait plus, en quelques 
heures, que des sarments squelettes; les feuilles de figuiers 
montrant leurs trois nervures décharnées; tous les arbres 
veufs de leur beau feuillage. 

J'ajoute à ces tristes détails que les gens du pays prétendent 
— mais cela n'a pas encore été constaté — que ces terribles 
ravageurs, suivant toujours sans dévier vers le Midi la ligne 
droite, comme je l'ai dit plus haut, arrivent au rivage et se 
noient dans la mer. 

Ces insectes ont commencé à apparaître, en petit nombre, 
il y a quatre ans. Depuis, ce nombre a augmenté d'une façon 
très inquiétante. 

La Société se préoccupe de cette terrible et croissante 
invasion, et elle s'est demandé quels seraient les moyens 
énergiques et efficaces pour détruire l'ennemi. Après de nom- 
breux pourparlers, il a été décidé de vous adresser, M. le 
Préfet, le vœu suivant qu'elle a émis. On demande à l'adminis- 
tration préfectorale : 

1" De prendre tout de suite des mesures pour enrayer le 
fléau, si c'est possible. — Les communes ne pourraient-elles 
pas payer, comme dans le Nord pour les hannetons, une 
prime par sac de ces insectes? 

2° Comme les œufs sont déposés au pied des cistes, de 
charger l'administration des eaux et forêts de faire brûler cet 
hiver dans les forêts, au Nord de Sainte-Maxime, les cistes et 
tout le mort-bois. 

2° De faire syndiquer les propriétaires de la plaine, inté- 
ressés à la destruction de ces insectes, et de les engager à 
s'inscrire pour une redevance proportionnelle à la superficie^ 

de leur propriété menacée. 

Le Vice-Président de la Société^ 
Ose. G. DE Lagouture. 



BULLKTIN d'inSKCTOLOGIE AGRTCOLK 101 

Extrait de l'allocuLion prononcée par M. Viette, ministre de 
l'agriculture, à la distribution des récompenses du concours 
régional d'Alençon, 

« Un tléau, qui n'est malheureusement que trop connu, est 
venu s'abattre sur certaines contrées de l'Ouest et de l'Est de 
la France et attaque nos récoltes dans leurs racines. De 
pareilles invasions doivent éclairer notre expérience et nous 
rendre plus attentifs et plus prévoyants. Il est nécessaire de 
constituer des syndicats et d'organiser dans les communes 
des mesures préventives contre les parasites qui font subir 
de si rudes pertes à notre agriculture et qui la grèvent d'un 
poids plus lourd que les impôts. » 



Dans V espoir que l'exemple sera suivi, nous croyons faire œuvre 
utile en mettant sous les yeux de nos lecteurs les résultats 
obtenus par 

Le syndicat du tiannetounage 

DU CANTON DE GORRON (mAYENNe) 

[Extrait des résultats de la campagne de 1887.) 

Les hannetons ont fait leur première apparition dans la 
soirée du 8 mai, et dès le lendemain, une chasse acharnée 
était faite à ces redoutables insectes. Vers le huitième jour, 
on commençait à envisager comme possible l'anéantissement 
presque complet de tous les hannetons du canton, lorsque se 
produisit une nouvelle sortie de ces insectes, garnissant de 
plus belle les arbres déjà visités: tout était à recommencer. 
Mais ce fut bien pis encore quelques jours après, et le 25 du 
mois de mai, la quantité de hannetons recueillie et apportée, 
tant par les enfants que par les cultivateurs était telle, que 
certaines communes en ont fait enfouir dans cette journée 
plus de 5.000 kilogrammes. La chaux, quoique expédiée en 
grande quanti té, commençait à manquer ; deux wagons furent 
commandés par télégramme afin de faire face aux demandes 
de toutes les communes. 



102 BULLETi:v d'ixsectologie agricole 

Le 25 mai, à 9 h. 1/2 du soir, dans l'une des communes les 
plus infestées, plus de 15 voilures chargées de ces insectes 
allendaient le moment du déchargement ; un grand nombre 
de personnes arrivaient en outre de tous les points de la com- 
mune, apportant les hannetons recueillis par elles dans la 
journée. 

Le Syndicat avait fixé à fr. 10 le prix à accorder pour cha- 
que kilogramme de hannetons, prix suffisamment rémuné- 
rateur, lorsque ces Insectes se rencontrent en très grand 
nombre. Ce prix fut même réduit à fr. 05 après la sortie 
exceplionnelle qui se produisit le 25 mai, car si le Syndicat a 
pris à tâche de détruire la plus grande quantité possible de 
hannetons^, il ne veut pas être dupe de la cupidité des gens 
qui, tout en se débarrassant d'une cause de ruine, arrivaient 
à gagner trop facilement des sommes importantes. Mais cette 
réduction produisit un eifet facile à prévoir : les arrivages de 
hannetons cessèrentimmédiatement, et il fallut rétablir d'ur- 
gence le prix de fr. 10, afin de ne pas compromettre le suc- 
cès d'une campagne si bien commencée. 



Résultats obtenus du 9 mal au 12 juin inclusivement 

POIDS 
DÉSIGNATION DES COMMUNES des SOMMES 

hanaetons recueillis payées 

Colombiers 15.989 k. 500 1.295 fr. 47 

Châtillon-sur-Colmont 13.601 500 1.2o6 40 

Saint-Mars-sur-Colmont 11.111 000 1.022 30 

Bi'écé 11.264 500 956 10 

Carrelles 10.408 000 962 45 

Levaré D.248 000 320 35 

Hercé 2.954 000 306 35 

Gorron 2.062 000 196 10 

Lesbois 618 500 60 45 

Saint-.\ubin-Fosse-Loiivain .... 330 500 31 55 

Vieuvy 321 500 32 15 

Totaux .... 74.909 k. OUO 6.356 f. 17 

11 résulte du tableau ci-dessus que le Syndicat a reçu et 
payé 74.909 kilogrammes de hannetons. Les expériences 



BULLETIN D'iNSKCTOLOGIE AGRICOLE 103 

faites dans plusieurs communes, par les soins du Syndicat, 
ont permis de constater que le kilogramme de hannetons 
comprend environ 1.200 de ces insectes, ce qui nous donne, 
pour les 74.909 kilogrammes recueillis, le chiffre incroyable 
de 89.890.800 hannetons. 

Il a été constaté, en outre, que l'hectolitre pèse de 32 à 
35 kilogrammes, soit une moyenne de33 kil. 500; les chiffres 
ci-dessus représentent donc 2.236 hectolitres, et il ne faudrait 
pas moins de 223 tombereaux d'une capacité moyenne de 1 m. 
cube pour transporter tous ces insectes. 

Calculons maintenant le chiifre des pertes qui ont été épar- 
gnées à l'agriculture par l'action du Syndicat. 

Nous avons dit plus haut que la quantité totale de hanne- 
tons, constatée par les états d'émargement, s'élève au chiifre 
de 89 millions 890.800. En supposant que chaque femelle 
ponde de 40 à 50 œufs, et qu'il y ait autant de femelles que 
de mâles, nous arrivons, en admettant le chiffre le plus faible 
soit40œufs, à reconnaître que les 89.890.800 hannetons re- 
cueillis auraient donné naissance à 1.797.816.000 vers blancs 
(soit en nombre rond, 1 milliard 800 millions). 

Si nous supposons ensuite que chacun tU: ces insectes 
occasionne, pendant les trois années de son existence, une 
perte maximum de 1 centime, nous trouvons que l'action du 
Syndicat a préservé l'agriculture d'une perte totale de 18 mil- 
lions. Réduisons même ce chiffre au dixième, et nous trouvons 
encore celui de 1 million 800 mille francs, qui doit paraître 
un résultat satisfaisant (1). 



Séance du 20 juin des sections autonomes d'Insec- 
tologie, et de Sériciculture. 

Présidence de M. Ramé. 

La séance est ouverte à 2 heures 10. 

Le procès-verbal de la précédente séance est lu et adopté. 

1. Nous soumeltoiis ces chiffi'cs aux Ihéoriciend qui traitent de puéril le 
conseil de récolter à la main les insectes nuisibles. 



lOî; BULLETIN d'iNSECTOLOGTï: AGRICOLE 

Le secrétaire annonce que la Société nationale d'horti- 
culture a décerné une médaille d'or à un des membres de la 
Section d'Insectologie, M. Raveret-Wattel, chef de bureau au 
Ministère de la guerre, pour ses publications relatives à la 
pisciculture. Cette nouvelle est accueillie par les approbations 
unanimes des sociétaires. 

Il est procédé au dépouilleinenl de la correspondance : 

M. le marquis de l'Espine, président de la Société dépar- 
tementale d'agriculture et d'horticulture de Yaucluse, re- 
mercie pour une conmiunication en vue de prémunir les 
apiculteurs alpins contre les Cétoines Morio et Cardui accusées 
de dévorer le miel dans les ruches. 

La Section d'Insectologie vote des remerciements à 
M. Ch. Baggio, maire de Carvin (Pas-de-Calais); à M. Fontaine- 
Richard, fabricant de sucre à Avesnes-le-Sec(Nord) au journal 
VFcho du Nord et à M Latil, trésorier de la Société d'agriculture 
du Yar, pour des communications et des insectes qu'ils ont 
bien voulu envoyer à la Société. 

Sur la proposition de M. Wallès, et à l'unanimité des voix, 
l'Assemblée vote à M. Lesluin, instituteur à Lourches (Nord), 
une médaille commémorative en souvenir des services rendus 
à la Société à l'ociasion des ravages exercés par la « Sylpha 
opaca » dans les champs de betteraves du Nord et du Pas- 
de-Calais. 

A ce propos, M. Wallès exhibe différents flacons contenant, 
conservés dans de l'alcool, des mille-pattes, des larves de 
sylplie opaque, des vers gris et des vers blancs destructeurs de 
feuilles et de racines de betteraves, puis il donne des détails 
sur les ravages d.e ces insectes. 

Il fait passer ensuite sous les yeux de ses collègues des 
locustaires du genre Ephippigerqui, par milliards, infestent et 
dévastent actuellement le département du Var. Il résume 
brièvement les mœurs de ces insectes nuisibles et les dégâts 
qu'ils occasionnent. 



BULLETIN d'iNSECTOLOGIE AGRICOLE 105 

M. le comte deCastell présente un grand morceau de bois, 
provenant d'une construction rustique. Le bois est totalement 
rongé et miné par des xylophages, mais principalement par 
l'abeille perce-bois (Xi/locopa vidacea). 

MM. Ramé et Wallès présentent pour faire partie de la 
Société (Section d'Insectologie). 

M"* Marie Portier, fabricante de plantes artificielles, 20, bou- 
levard Poissonnière, Paris; 

M. Legrand Gervais, instituteur-adjoint à Douchy (Nord); 

M. Pin, instituteur à St-Didier-d'Aussiat, par Montrevel 
(Ain) ; 

MM. Poulenc frères, fabricants de produits chimiques, 
92, rue Yieille-du-Temple, Paris; 

M. Hipp. Auvergnon, représentant de commerce, 16, rue 
Blondel, Paris ; 

M. Th. Guéroult. horticulteur-paysagiste, 49, boulevard 
Gouvion-St-Cyr, Paris; 

M. Sigismond Kuhn, fabricant d'engrais insecticide, 
13, rue de Belzunce, Paris. 

L'admission de ces membres est votée à l'unanimité. 

M. Ramé dépose sur le bureau une série de dessins ento- 
mologiques parmi lesquels on remarque celui d'un lépi- 
doptère sur lequel il a promis un note pour le bulletin. 

Le Président donne lecture du projet de statuts, des sections 
autonomes d'Insectologie et de Sériciculture, élaboré par 
M. Wallès. A part quatre articles, réservés à l'appréciation 
du Conseil d'adminislraLion. l'assemblée adopte ces statuts et 
les soumet à la ratification de qui de droit. 

Le Président annonce que la prochaine réunion des sections 
aura lieu le 17 octobre à 2 heures. 

L'ordre du jour étant épuisé, la séance est levée. 

Pour extrait : Le Secrétaire, 
A. Wallès. 



106 BULLE riN d'inseci'ologie agricole 

Enneniiis du V^cr à soie et moyens de les détruire 

Araignées. — Secouer les branches et les écraser. 

Fourmis. — Verser de l'eau bouillante sur les fourmilières 
et placer sur le sol des vases dans lesquels on met des débris 
de viande, mélangés d'un poison quelconque. 

Guêpes. — Chercher les nids, qui sont le plus souvent pla- 
cés dans les troncs des arbres et les détruire en les bouchant 
pendant la nuit, avec de la paille ou des herbes sèches aux- 
quelles on met le feu ; ou bien placer dans les endroits que 
les Guêpes fréquentent le plus, de profonds vases ronds à 
moitié remplis d'eau et de miel et enduire l'intérieur des 
vases jusqu'au sol avec du miel. Les Guêpes, attirées par 
l'odeur, accourent, dévorent le miel et meurent noyées. 

Oiseaux insectivores. — Ce sont de très redoutables enne- 
mis; pour les chasser il faut brûler beaucoup de poudre et 
avoir, selon l'importance de la plantation, un ou plusieurs 
gardes qui doivent tirer des coups de fusil répétés sur tous 
les points de la plantation et exercer une grande vigilance, 
surtout au point du jour et à la tombée de la nuit. Il est bon 
de tirer de nombreux coups de fusil quelques jours avant les 
éclosions : on arrive ainsi à éloigner les oiseaux des planta- 
tions. 

Rats. — La destruction de ces rongeurs est des plus faciles : 

elle se fait au moyen d'un mélange de farine de maïs et de 

phosphore qu'on distribue sur divers points de la plantation, 

en ayant soin de placer près de la farine empoisonnée des 

vases pleins d'eau dans lesquels les rats puissent assouvir la 

soif que leur donne le phosphore : ce procédé très simple est 

des plus efficaces. 

J. B. HuiN. 



Destruction de 1» larve du fi^ylplie de la betterave 

Dans un rapport au Ministre de l'agiiculture, sur les ra- 
vages causés cette année dans les champs de betteraves du 



BULLETIN d'iNSECTOLOCtIE AGRICOLE 107 

Nord et du Pas de-Calais par la larve du Sylphe opaque, 
M. H. Grosjean, inspecteur de renseignement agricole préconise 
l'emploi du vert de Paris ou vert de Scheele (arsénite de 
cuivre) et le pourpre de Londres (arséniate de chaux teint par 
la rosaniline) comme un insecticide énergique détruisant 
radicalement ces dévastateurs. 

Dans la séance de l'Académie des sciences du 4 juin 
M. Boussinesq a communiqué un rapport de M. Paul Hallez, 
professeur à la faculté des sciences à Lille, sur la possibilité 
de détruire le Sylphe de la betterave en grande quantité. 
L'auteur a essayé avec succès l'arrosage avec un mélange de 
sulfure de carbone et d'eau. Il paraît que quand on dépasse la 
proportion de 1 de sulfure pour 6 d'eau (on peut aller jusqu'à 
1 contre 20) on ne nuit pas à la betterave et l'on tue les larves 
instantanément. 

M. A. Giard, professeur d'agriculture, a une confiance abso- 
lue dans les parasites, tels que la mouche tachinaire qui in- 
feste assez abondamment les larves de sylphes dans le dépar- 
tement de l'Asine. Il prédit formellement la cessation des 
dégâts l'année prochaine, aux environs de Guise. 

Le manque de place nous empêche de publier le question- 
naire que M. Giard distribue aux cultivateurs des régions enva- 
hies. Les réponses lui permettront de poursuivre plus sûre- 
ment et d'une façon méthodique la solution de plusieurs 
questions scientifiques. 

A. W. 



Oisieaiix nui^iibles aux récoltes 

Le nombre des oiseaux qui attaquent les fruits est tellement 
considérable, que, si l'on voulait décrire toutes les espèces 
nuisibles;, et tous les pièges que l'on a inventés pour les 
prendre, il faudrait faire un traité complet d'histoire naturelle 
et de chasse, et par conséquent sortir de notre cadre. 

Nous nous bornerons à citer les espèces les plus nui- 
sibles. 



108 BULLETIN d'iNSECTOLOCtIE AGRICOLE 

Le moineau franc [fringiUa domeslicn) est le plus commun, 
le plus familier et le plus nuisible de tous les oiseaux qui 
habitent les villages et les lieux cultivées; il dévaste les blés 
et fait un tort considérable aux cultivateurs. Aussi rusé 
qu'importun, il est extrêmement difficile de s'en débar- 
rasser, parce qu'il ne donne que très rarement dans les nom- 
breux pièges qu'on lui tend. 

Le moineau s'accoutume même aux épouvantails et cesse 
de les craindre si on ne les change pas très souvent. On en a 
vu aller se poser sur le chapeau et sur les bras d'un manne- 
quin, après avoir remarqué pendant quelques jours son inof- 
fensive immobilité. 

En hiver ils causent des dégâts dans les greniers où ils 
peuvent pénétrer. 

Poussés par la faim ils deviennent tellement voraces que 
l'on en a vu crever le jabot des jeunes pigeons pour manger 
le grain qu'il renferme. 

Pour sauver les raisins de leur gloutonnerie on est obligé 
de les renfermer dans des sacs de crin ou de couvrir les 
treilles d'un filet. 

Si le moineau fait de grands ravages, il rend aussi quelques 
services qu'il est de toute justice de reconnaître. Il détruit 
une immense quantité de Chenilles et d'insectes nui- 
sibles. 

Le pinson ifringilla cœlebs), le chardonneret (fringilla car- 
diielis), la linotte [frinr/illacaunabina), le bruant [emberiza cifri- 
nella) et autres gros becs appartena'ht comme le moineau à la 
classe des passereaux ont à peu près les mêmes mœurs. 
Comme lui ils font beaucoup de tort aux récoltes des 
fruits en baies, des graines et principalement à celle du 
chanvre. Ils tombent plus facilement dans les pièges qu'on 
leur tend. 

Le bouvreuil [loxin pyrrhula) est fort dangereux pour les 
pruniers. Il voyage, par couple ou par famille, de jardin en 
jardin; avec son bec court et très fort, il coupe les boutons 



BULLETIN d'iNSECTOLOGIL: AGRICOLE 109 

des arbres pour se nourrir du germe qu'ils renferment, d'oii 
il résulte qu'en peu d'heures deux ou trois de ces oiseaux 
peuvent détruire toute la récolte à espérer du plus gros pru- 
nier. Ils se font aisément reconnaître par un sifflement mono- 
tone et répété. 

C'est à coups de fusil qu'on doit poursuivre tous ces 
oiseaux nuisibles, non pas tant pour les détruire que pour 
les effrayer et les forcer à vider les lieux où ils exercent leurs 
déprédations. 

Tout en faisant la guerre aux nuisibles il faut bien se garder 
d'envelopper dans la même proscription plusieurs autres 
petits oiseaux qui hantent aussi nos jardins, tels que les fau- 
vettes, rossignols, rouges-gorges et autres becs-fins, qui loin 
d'être préjudiciables, rendent de grands services aux cultiva- 
teurs en les débarrassant des chenilles, vers et autres 
insectes malfaisants. 

Comte DE Castell. 



Ribliograpliie 

M. Ernest Ollivier, membre de la Société centrale d'Apicul- 
ture et d'insectologie, vient de créer à Moulins (Allier) sous le 
titre de Revue Scientifique du Bourbonnais, un recueil men- 
suel qui est à la ibis un journal de vulgarisation et un organe 
de publicité, où tous les travailleurs peuvent faire connaître 
les résultats de leurs études sur la physique, l'histoire natu- 
relle et la chimie. 

Nous souhaitons la bienvenue à la Revue Scientifique du 
Bourbonnais. Les amateurs de sciences physiques et natu- 
relles lui feront bon accueil, nous n'en doutons pas. 

M. A. Derome, cultivateur à Bavay (Nord), vient de publier 
une brochure traitant des avantages qu'offrent les semis 
de céréales en bandes sur les semis ordinaires en lignes ou à 
la volée. 

Les semis en bandes ayant pris depuis peudes proportions 



110 BULLETIN D INSECTOLOGIE AGRICOLE 

considérables nous engageons les agriculteurs à lire la bro- I 
chure de M. Derome. Ils seront assurés que les nombreuses 
applications qui en ont été faites lui donnent raison dans une 
bien large mesure. 

A. W. 



Académie des sciences. Séance du 39 juin 

M. Blanchard analyse une note de M. Garlet, professeur à 
la faculté de Poitiers, sur l'appareil vénénifique des hyménop- 
tères à aiguillon lisse^, par exemple des Abeilles. 

Il se composerait de deux glandes, l'une renfermant une 
matière alcaline, l'autre une matière acide et le venin résul- 
terait du mélange de ces deux substances. M. Blanchard rap- 
pelle que jadis il avait trouvé que la partie toxique du venin 
résidait dans des granulations solides. Et, fait bizarre, en ce 
qui concerne le venin des Guêpes, des Arachnides, la sub- 
stance dont elle est formée jouirait de propriétés antisepti- 
ques. Les insectes piqués par ces hyménoptères à aiguillon 
fouisseur se conservaient très longtemps et se desséchaient 
sans'se décomposer. Le venin de l'Abeille est un venin de 
défense, l'insecte ne pique que lorsqu'on l'attaque. Le venin 
de la guêpe, des araignées, elc.^ beaucoup plus vénéneux, 
étourdit l'animal piqué. Il y aurait analogie entre les venins 
à l'activité près. 



Exportation 

DES SOIES, BOURRES DE SOIE ET COCONS 

en 1885-86-87 

Quantité Valeur 

en 1884 kilog. 5.200.000 fr. 1-47.000.000 

en 1885 — 4.700.000 — 122.000.000 

en 1886 — 5.800.000 — 147.400.000 

Soit en 3 ans — 13,700.000 — 416.400.000 



BULLETIN d'iNSECTOLOGIE AGRICOLE 111 

Situation séricicole. 

Bonnes nouvelles séricicolessous le rapport des éducations, 
mais renseignements décourageants en ce qui concerne les 
prix. On voit que la note ne change pas et que les malheureux 
éducateurs ne sont pas près encore de voir revenir sinon la 
prospérité d'autrefois, du moins des jours plus sortables. Et 
dire que dans le camp libre-échangiste il a été poussé de 
véritables cris de paon au Parlement et dans la presse, quand 
il fut question de frapper du droit modique que l'on sait les 
soies et les cocons italiens! 

A voir le cours des cocons secs qui n'a jamais été si bas et 
les indices du marché pour la campagne qui s'ouvre, nous 
craignons que les prix de l'année dernière ne soient même 
pas atteints. Beau résultat pour toutes les peines et les 
dépenses qu'entraîne le soin d'une chambrée ! Aussi ne 
sommes-nous pas surpris de voir le nombre des éducations 
diminuer chaque année, en attendant qu'elles finissent par 
disparaître complètement. 



On nous informe que les terres des départements de Seine- 
et-Marne, Seine-et-Oise et Oise pullulent de larves de hanne- 
tons. On cite des pièces de terre plantées à 100 ou 110,000 
pieds à l'hectare qui n'en contiennent plus que 65.000. 

Dans la Marne les vers blancs ont également! produit leurs 
ravages au point que le préfet a pris un arrêté pour la des- 
truction des hannetons. 

La culture des environs de Vendôme est très éprouvée par 
les larves du Hanneton. Elles attaquent principalement les 
racines des blés et des sainfoins. 

Les larves de Hannetons ont fait des dégâts énormes dans 
les Ardennes. 

Dans la prairie d'Aiglemont, 15 hectares au moins sont 
complètement détruits. 

On nous écrit des Hautes-Alpes que quelques parcelles de 
prairies naturelles sont envahies par le ver blanc. 



112 BULLETIN d'iNSECTOLOGIE AGRICOLE 

Dans le Nord, des récoltes entières de betteraves sont 
détruites par les mille-pattes, les vers gris, les vers blancs, 
les larves de Sylphe opaque, etc. 

La récolte betteravière du Pas-de-Calais souffre également 
des ravages exercés par les mêmes destructeurs. 

Une dépêche d'Amiens signale la présence de la larve du 
Sylphe opaque dans les champs de betteraves de Picquigny, 
commune des environs d'Amiens. 

De l'Yonne on signale le Lopus ou Grisette qui commence 
à s'attaquer aux vignes. Les ravages de cet hyménoptère peu- 
vent devenir très graves. 

Dans le Yar, des milliards de Criquets s'attaquent à tout et 
menacent de détruire toutes les récoltes. 

Les nouvelles les plus alarmantes nous parviennent de 
l'Algérie. Les sauterelles s'avancent en masses compactes. 
Des régions sont presque entièrement dévastées. 



lie jus de tabac employé connue insecticide 

L'Administration des tabacs vient d'autoriser la vente des 
jus de tabac purs et d'autres dénaturés à 1 ûjO de goudron de 
Norwège. 

Il résulte d'expériences sérieuses que le jus de tabac est 
un insecticide très efficace dont nous recommandons l'em- 
ploi soit en fumigations dans les serres, soit en arrosages pour 
la pleine terre. 



AVIS 

A vendre, belle collection : Coléoptères 1.200 espèces, Lépi- 
doptères 400 espèces, autres insectes, 250 espèces, Mollus- 
ques, 100 espèces. Le tout réparti en 42 cartons. Pour rensei- 
gnements, s'adresser au bureau du Bulletin. 

Le Cogérant : A. W allés. 

KijL). ueiaSoc.dQTyt). •^uubTlË, â, r.CBUitagoelr*. p&rla. 



TREIZIEME ANNÉE, N" 8. Août 1888 

BULLETIN 

D'INSEGTOLOGIE AGRICOLE 



SOMMAIRE: Les vers l)lancs dans la Côte-d'Or. — Les piqûres d'abeilles. 
— Un parasite de la Silpha opaca. — Observation faite sur les larves de 
la silpna opaca. — L'atomaria linearis. — Distillation des résidus de 
miel et de cire. — Pétitions aux ministres des Finances et de l'Agri- 
culture. — Résultats de la campagne séricicole dans les départements 
méridionaux. — Bibliograptiie. — F^es limaces. — Le ramassage des 
vers blancs. — Congrès des Sociétés savantes. — Note sur une éduca- 
tion du ver à sole du Mûrier, faite à Champrosay (Seine-et-Oise) . 



Les Vei*iS blancs claiiis la €ôte-«l*Or 

Depuis quelques années, les vers blancs causaient des dé- 
gâts assez appréciables sur différents points du département 
de la Côte-d'Or ; mais soit indifférence, soit ignorance des 
moyens à employer pour combattre ce fléau, les propriétaires 
intéressés avaient l'air de mépriser ces vils insectes, laissant 
aux variations atmosphériques le soin de les détruire. 

Pendant ce temps, cet ennemi que rien ne venait contrarier, 
se multipliait à son aise, et aujourd'hui ses ravages sont tels 
qu'ils ont fini, cependant, par stimuler l'attention des plus 
indolents sur l'avenir de leurs prairies naturelles et surtout 
de leurs prairies artificielles. 

A Aubigny-les-Sombernon, une des communes les plus 
maltraitées du département, et oii je me trouvais le 2 juillet 
dernier, je me suis rendu compte, de visu, des ravages causés 
parles toquerais, ainsi que ces larves sont désignées vulgaire- 
ment par les habitants du pays. 

Dans différentes contrées de cette commune, les vers blancs 
pullulent dans les prairies naturelles et surtout dans les luzer- 
nières. Ils mangent les racines des plantes à environ quatre 
centimètres en terre et transforment ainsi les champs et les 
prairies en déserts. 

Les propriétaires désolés ne savent pas trop quelles me- 
sures ils doivent prendre, pour arrêter ce fléau. D'aucuns ont 



114 BULLETIN D^INSECTOLOGIE AGRICOLE 

imaginé de faire pacager leurs prairies pendant la pluie afin 
que les bestiaux, en piétinant la terre, écrasent les œufs et les 
larves. D'autres ont labouré leurs champs envahis, etontem- 
ployé plusieurs personnes à suivre la charrue, pour ramasser 
dans les sillons, tous les vers blancs mis à découvert par le 
soc. 

Le maire de la commune, un des principaux propriétaires, 
m'a dit que quand il allaita la charrue, son chien, très friand 
des larves de hannetons, le suivait constamment et mangeait 
une quantité considérable de ces larves. Quand il était rassa- 
sié, il continuait quand même son carnage en donnant un 
coup de dent aux vers, pour les tuer. 

Évidemment ce chien était très utile et rendait de réels 
services; néanmoins s'étant rendu coupable, un certain jour, 
d'un larcin au préjudice d'une voisine, il n'a pas trouvé grâce 
devant son maître, qui l'a tué, sans égards pour les services 
rendus et à rendre. 

Il faut se mettre résolument à la besogne et détruire 

ces insectes soit à l'état parfait et avant qu'ils aient déposé 

leurs œufs, soit à l'état de larves, en les cherchant dans la 

terre par des labours successifs. On pourrait aussi y conduire 

la volaille qui serait certainement un bon auxiliaire dans cette 

occasion. 

Saint-Beury, le 12 juillet 1888. 

Cazet, 

Instituteur. 



Les piqùi'e»» d'abeillei». 

Bien des personnes seraient disposées à s'occuper de la 
culture des abeilles si elles ne craignaient les piqiires de ces 
laborieux et si intéressants insectes. 

On ignore généralement l'influence sur l'organisme de 
l'homme du venin de l'abeille et combien sont peu doulou- 
reuses les piqûres après quelques jours de pratique de l'api- 
culture. 

J'ai constaté personnellement que la douleur n'est rien et 



BULLETIN D INSECTOLOGIE AGRICOLE 115 

que l'influence enestdesplus favorables, et si je ne soulfre plus 
de rhumatismes aigus contractés aux armées de la Loire et 
de l'Est en 1870-71, c'est, je le crois fermement, parce que 
depuis 1873 je n'ai pas cessé de m'occuper activement d'api- 
culture et que, chaque année, pendant la bonne saison, j'ai 
été piqué presque tous les jours. 

A l'appui de ce que j'avance, je dois citer le fait suivant 
raconté en présence de plusieurs personnes par M. V..., Ins- 
pecteur des eaux et forêts en retraite, de la manière suivante . 
«J'étais sous-inspecteur dans la Meuse et souvent dans mes 
tournées je rencontrais un facteur rural vigoureux et bien 
portant que je faisais monter dans ma voiture et avec lequel 
je causais. Un jour je trouvai cet homme traînant la jambe, 
malade et désespéré. Il souffrait d'un rhumatisme à la jambe 
qui l'empêchait de marcher et il se voyait sans place et sans 
ressources pour élever ses enfants. Je ne pus que l'encourager 
à supporter la dure épreuve qu'il redoutait, l'engageant à se 
bien soigner et lui promettant de m'intéresser à lui et à sa 
famille. 

« Deux ou trois mois plus tard je vis un jour mon facteur 
cheminant gaillardement devant moi. Je lui offris une place 
comme je le faisais toujours et le félicitai sur sa santé. Il était 
radieux et bien content de son sort. 11 me dit qu'il devait sa 
complète guérison à un monsieur habitant près de chez lui 
qui, ayant entendu parler de sa malheureuse situation, était 
venu spontanément lui offrir de le guérir en le faisant piquer 
par ses abeilles. 

« J'acceptai, me dit le facteur, parce que je souffrais telle- 
ment de toutes les façons, c'esl-à-dire moralement et physi- 
quement que j'aurais fait usage, dans l'espoir de me guérir* 
de n'importe quel remède et je remercie Dieu tous les jours 
avec ma femme et mes enfants de l'intervention de ce bon 
monsieur; car, deux jours après avoir été piqué par sept ou 
huitabeiiles, j'étais soulagé et huit jours a près j'étais guéri et si 
complètement guéri que je me demande si je n'ai pas fait un 
mauvais rêve* » 



IKi BULLKïIN d'iNSECTOLOGIE AGUICOLE 

Il existe bien d'autres exemples de guérison des affections 
rhumatismales par les piqûres d'abeilles, exemples cités par 
les journaux spéciaux d'apiculture, et si j'ai cru devoir indi- 
quer les deux qui précèdent c'est parce qu'ils me paraissent 
confirmer absolument ce qui a été écrit et dit sur cette inté- 
ressante question. 

Fernand La Yi.xgeainne. 



tJM Parasite de la .Silplia Opaca (Lin.) (1). 

M. A. Giard a fait une observation singulière qui serait de 
nature à donner des espérances pour l'année prochaine aux 
cultivateurs de betteraves. 

Selon lui la multiplication exagérée des larves de Silphes 
opaques constatée cette année a eu pour conséquence de per- 
mettre le développement en nombre immense d'un parasite 
de l'ennemi de la précieuse racine dont nous extrayons le 
sucre. 

Il a constaté qu'un grand nombre de larves recueillies au 
hasard dans divers champs des régions contaminées portent 
sur le dos ou sur les côtés du corps, vers la tête ou dans la 
région antérieure, un, deux ou trois petits points blancs (ra- 
rement plus) tranchant parleur couleur sur le fond noir de 
la larve du silphe. Ces petits ovoïdes sont des œufs d'une 
mouche, très probablement d'une tachinaire. Vus au micros- 
cope, ils se montrent enveloppés d'une coque adhérant 
fortement, par une face parallèle au grand axe, aux tégu- 
ments de la larve ; la coque est finement ornée d'un réseau à 
mailles irrégulièrement hexagonales et ressemble en petit à 
une carapace de glyptodonte. A l'intérieur, se trouve une 
petite larve pourvue de deux mandibules on stylets aigus. 
Ces œufs sont surtout déposés sur les larves arrivées à 



1. Les œufs de la mouche parasite des larves de silphes ne doivent pas 
être confondues avec ceux d'un autre diptère, VAnthomya conformis ou 
A. hetœ, qui pond sur les feuilles de betteraves et a parfois causé des dégâts 
assez importants. 



BULLETIN d'iNSECTOLOGIE AGRICOLE 117 

toute leur taille et qui sont sur le point de se métamorphoser 
en nymphes. 

M. Giard n'a pas encore vu l'embryon du diptère pénétrer 
dans la larve et il croit qu'il ne doit s'y insinuer qu'au mo- 
ment de la transformation en nymphe. Le parasite trouve 
alors une nourriture abondante, et dans un état de repos qui 
lui est commode. Gomme un grand nombre de tachinaires, la 
mouche doit sortir de la nymphe au moment où le coléoptère 
éclorait b'il n'était pas infesté. 

AFourties,96 p. 100 des larves de silphes portent des 
œufs ; à Carvin et à Guise, la proportion des larves parasitées 
est un peu moindre, mais elle est encore assez grande pour 
permettre d'affirmer que^ sauf des circonstances imprévues 
et bien improbables qui causeraient la mort du parasite, les 
dégâts des silphes cesseront dès cette année dans le Pas-d&- 
Calais, le Nord et l'Aisne. 

Nous ne croyons pas devoir terminer cette note sans 
remercier M. Giard de l'importante communication qu'il a 
bien voulu nous adresser; comme lui, nous espérons que 
cette découverte ranimera le courage de nos cultivateurs si 
péniblement éprouvés . 

A. Wallès. 



ObserTatioii . 

Dans les premiers jours de juin, M. Fontaine-Richard, fa- 
bricant de sucre à Avesnes-le-Sec (Nord), a bien voulu nous 
expédier quelques larves de Silphe opaque. Aussitôt leur 
arrivée nous avons placé ces insectes dans un pot de terre 
bien meuble que nous avons eu le soin de couvrir d'une fine 
toile métallique. Pendant près d'un mois leur unique nourri- 
ture a été du gazon. 

Elles ont commencé à s'enterrer pour se métamorphoser en 
nymphe le 1" juillet, et le premier insecte parfait a fait son 
apparition le 16 du même mois. 

De cette observation, il semblerait résulter que ces larves 



H 8 BULLETIN d'iNSECTOLOGIE AGRICOLE 

ne se nourrissent pas exclusivement des feuilles de la bette- 
rave. 

A. W. 



L'Atoiuaria liuearis. (Stephens.) 
Insecte nuisible aux betteraves. 

Dans un récent ouvrage sur les insectes nuisibles à 
l'agriculture et à la viticulture, M. Ernest Menault signale un 
autre ennemi de la betterave, VAtomaria linearis (Stephens) 
insecte étroit, linéaire, long à peine d'un demi-millimètre, 
dont la couleur varie du roux ferrugineux au brun noir. Il se 
montre en mai et juin, plus rarement en juillet et en août. 
Très friand de la betterave, il se reproduit avec une rapidité 
surprenante et sait se dérober à tous les yeux ; il se cache dans 
le sol oii il ronge les germes des betteraves au fur et à mesure 
qu'ils apparaissent. Quand le nombre de ces insectes est con- 
sidérable et que leur éclosion précède la levée des betteraves 
la récolte est entièrement compromise. Mais s'ils ne parais- 
sent qu'après les plantes, les dommages sont moins grands. 
Ils attaquent les racines, y creusent de petits trous elles mi- 
nent en partie, mais ne les détruisent pas toujours. Les bet- 
teraves échappent souvent à la destruction si la terre est 
humide, compacte et la végétation active. Ce cryptophage ne 
se contente pas de dévorer les racines : quand le temps est 
beau, il sort de terre, monte sur la tige et mange les feuilles. 
Il arrive souvent qu'un certain nombre d'insectes sont occu- 
pés à ronger la racine pendant que d'autres se nourrissent 
aux dépens de la feuille. 

M. Bazin, qui a observé ce dévastateur pour la première 
fois en 1839, a employé contre lui avec le plus de succès les 
moyens suivants: 1° faire alterner les récoltes; 2° plomber le 
sol avec les rouleaux ; 3" fumer fortement le sol pour activer 
la végétation ; 4° ne pas économiser la semence. 

Nota. — M.Blanchard a décrit sous le nom de Cnjptophagus 
psoides le même insecte qui produit les mêmes dégâts sur 



BULLETIN d'iNSECTOLOCtIE AGRICOLE 119 

les beUe raves. — Voir son mémoire dans la Société d'Agri- 
culture, année 1850, t. II, p. 494 et suivantes. 



IBistîlIîttioH des résidus de miel et. de eii'C 

L'administration des contributions indirectes informe les 
apiculteurs que la distillation des résidus de miel et de cire 
provenant de leurs ruches ne peut être faite en exemption des 
droits et sans déclaration préalable, les fabricants d'eau-dé vie 
de miel ne pouvant être admis à bénéficier des immunités 
dont jouissent les bouilleurs de cru proprement dits. 

Les apiculteurs sont invités, en conséquence, à faire à la 
recette buraliste de leur commune la déclaration des quantités 
d'eau-de-vie de miel et de cire provenant de leur fabrication, 
qui sont encore entre leurs mains, et à acquitter les droits dont 
elles sont passibles. 



Pétitions aux ministres des Finances et 
de rAgrîcultni'e 

Nous empuntons à Y Apiculteur le texte d'une pétition qui 
sera envoyée bientôt aui Ministres des Finances et de l'Agri- 
culture pour réclamer, en faveur des apiculteurs, la liberté 
de distiller comme autrefois les produits de leurs récoltes. 

Monsieur le Ministre des Finances, 

Les cultivateurs d'abeilles soussignés, réunis en séance an- 
nuelle à Jan ville (Eure-et-Loir) pour s'occuper d'intérêts pro- 
fessionnels, ont l'honneur de vous exposer : 

Que jusqu'à ce jour, ils ont pu distiller les eaux de miel 
provenant du lavage des cires et ustentiles ayant servi à la 
préparation de leur récolte, sans prendre de licence et sans 
avoir à payer aucun droit de consommation ; 

Que jusqu'ici les producteurs de miel, assimilés aux pro- 
priétaires récoltants, étaient indemnes etontjouidu privilège 
accordé aux propriétaires bouilleurs par les lois des 20 juil^ 
let 1837 et 10 août 1839 ; 



120 BULLETIN d'iNSECTOLOGIE AGRICOLE 

Que cet élat de choses, si favorable au développement de 
l'apiculture en France, vient de cesser, l'administration des 
contributions obligeant actuellement les apiculteurs qui dis- 
tillent à se soumettre à toutes les formalités imposées aux 
bouilleurs de proîettsion, par la loi de 1816, prétendant que 
c'est par suite d'une fausse interprétation, qu'ils ont pu jus- 
qu'ici distiller sans déclaration préalable. 

Les soussignés exposent que cette interprétation nouvelle 
et tardive de la loi, faite aujourd'hui par la Régie, si elle 
était maintenue, serait très préjudiciable au développement 
de l'apiculture 

Qu'en effet, la situation de l'apiculture de France est au- 
jourd'hui rendue très précaire, par suite de l'abaissement con- 
tinu du prix de vente des miels, qui suit forcément, en tant 
que substance saccharine, le cours du sucre ; 

Que la cire aussi, autre produit des abeilles, a éprouvé une 
dépréciation de SO p. 100 depuis l'introduction de l'ozokérite 
(cérésine) ; 

Que par suite de la faiblesse des cours du miel et de la cire, 
la production apicole est loin d'augmenter en France, tandis 
qu'elle prend de jour en jour à l'étranger un développement 
plus considérable ; 

Qu'il résulte de cet état stationnaire de notre apiculture 
nationale, que la production française étant insuffisante, c'est 
l'importation étrangère qui comble le déficit, ce qui fait que 
les miels indigènes ont encore à subir une dépréciation par 
suite de l'abondance de l'importation étrangère ; 

Que par suite de cet état de choses, les bénéfices de l'api- 
culture sont si restreints que les propriétaires d'abeilles ont 
aujourd'hui besoin d'utiliser toutes leurs ressources et de 
mettre en œuvre les résidus autrefois délaissés ; 

Que les droits à payer comporteraient tout le bénéfice que 
peut procurer la distillation ; 

Que, dans cette circonstance, alors que l'apiculture française 
est en détresse, lui imposer une charge fiscale, nouvelle et 
onéreuse pour les exploitants, qui abolirait un privilège exis- 



BULLETIN d'iNSECTOLOGIE AGRICOLE 121 

tant en fait et consacré par le temps, ce serait porter une grave 
atteinte à l'écoulement des produits apicoles et par suite, 
comme conséquence, à Télevage des abeilles en France ; 

Que cette interprétation des agents du fisc est grosse de 
périls, vu que l'élevage des abeilles est non seulement utile, 
mais nécessaire à l'agriculture pour la fécondation des arbres 
fruitiers et des graines des plantes fourragères et potagères ; 

Attendu qu'il semble probable que le législateur de 1837 
en dispensant de l'exercice les propriétaires qui distillent des 
produits de leur récolte, a certainement voulu distinguer 
entre les bouilleurs de profession, distillateurs industriels, 
et le récoltant qui ne distille qu'accidentellement ; 

Que le miel est une récolte, comme les fruits de la terre, 
propre à la distillation, et que, s'il n'a pas été désigné nomi- 
nativement dans les lois de 1837 et 1839, ce ne peut être que 
par suite d'une omission qui peut-être aujourd'liui réparée, 
en appelant sur ce produit l'attention du législateur mieux 
informé. 

Par ces motifs, les soussignés demandent instamment que 
le gouvernement, si soucieux des intérêts de la production 
nationale, veuille bien étudier la question et, selon le vœu des 
apiculteurs français, proposer aux Chambres « d'exempter de 
tous droits les alcools de miel distillés par les apiculteurs ne 
faisant bouillir que les produits provenant de leurs récolte ». 

N. B. — Cette pétition, se trouve à la disposition des inté- 
ressés, chez M. Hamet, professeur d'apiculture au Luxembourg, 
67, rue Monge. Paris. 



Résultats delà canipag;ne séricicole de ISSsi 
dans les départeiuents méridionaux. 

Les mises à éclosion ont subi cette année un retard assez 
considérable , à cause de la température particulièrement 
froide du mois d'avril. En général, elles ont lieu du 20 avril 
au commencement de mai dans les principaux centres de 
production. Avec le mois de mai, le temps se met au beau, la 



422 BULLETIN d'iNSECTOLOGTE AGRICOLE 

feuille se développe rapidement, ce qui permet aux cham- 
brées d'accomplir leurs différentes mues dans d'excellentes 
conditions sans qu'aucune plainte se fasse entendre. Quelques 
journées de fortes chaleurs, coïncidant précisément avec l'ar- 
rivée à la bruyère dans les premières journées de juin, font 
redouter des échecs, qui ne se généralisent pas. La flacherie 
est bien signalée dans certaines localités, mais les pertes sont 
peu considérables, et lorsque s'ouvrent les marchés on cons- 
tate dans l'ensemble une bonne réussite. 

La quantité de semences mises en éclosion n'étant pas in- 
férieure à celle de 1887, nous ne croyons pas être éloignés 
de la vérité en estimant la quantité de cocons récoltés sensi- 
blement égale à celle de l'année dernière. 

Les cours des cocons se sont maintenus très fermes pen- 
dant la durée des marchés. Partout on a signalé une grande 
recherche des cocons. 

La baisse sensible qui s'est faite sur les soies pendant la 
campagne 1887-88, qui peut s'évaluer de 10 à 15 p. 100, ne 
s'est répercutée que très faiblement sur les prix des cocons. 



Bil)liojn;i*apltie . 

Le 1" septembre paraîtra la Petite Blhlioihèque de V Agri- 
culture, de C Acclimatation et de l" Elevage, opuscules mensuels 
à 25 centimes. 

Abonnements :6 mois: 1 fr. 50. — 1 an : 2 fr. 75. 

Cette publication, consacrée à l'étude des questions d'agri- 
culture et d'élevage, formera un volume chaque année. 
Titres des premiers opuscules à paraître: 

« Les Progrès de l'Agriculture; la Production agricole en 
France ; l'Élevage et l'Agriculture ; l'Acclimatation en France ; 
les Machines et l'Agriculture », etc. 

Adresser les demandes et communications à l^autenr, M. Gus- 
tave Faliès, 33, avenue La Bourdonnais, Paris. 



BULLETIN d'iNSECTOLOGIE AGRICOLE 123 

Les IJmaces) 

Les Limaces font leur apparition en mai; elles vivent 
généralement dans les prés^, les bois et les lieux humides, les 
vergers, les jardins, les fentes des rochers, les sentiers et 
endroits ombragés, sous les mousses, les gazons et les 
pierres. 

Elles sortent de leur abri le soir et le matin ou après les 
pluies chaudes ou bien lorsque le temps est couvert et 
humide. Très communes partout, elles sont quelquefois tel- 
lement abondantes qu'elles deviennent un fléau pour l'agri- 
culture. 

Leur nourriture est en général végétale; elks dévorent 
indistinctement toutes les plantes, les bourgeons des arbres, 
les fruits et les champignons, mais elles s'attaquent de pré- 
férence aux jeunes plantes et semis. 

La bouche des limaces est armée d'une forte mâchoire 
d'une seule pièce, en forme de croissant, propre à entamer 
les différentes parties des végétaux qu'elles attaquent. 

Le seul moyen de les détruire est de leur faire la chasse 
soir et matin et de les écraser. 

Pour les éloigner des jeunes plantes et semis, rien n'est 
meilleur que les écailles d'huîtres grossièrement pulvérisées. 
On en saupoudre les plates-bandes. Les fragments d'écaillés 
aux aspérités tranchantes et pointues les blessent et leurs 
présentent une barrière infranchissable. 

On préserve aussi les cultures de leurs déprédations, parti- 
culièrement dans les saisons pluvieuses, en couvrant la terre 
d'un mélange de cendres et de chaux éteinte, ou bien de sable 
fin ; ces substances s'attachent à leurs pieds, les gênent dans 
leur marche et les obligent à s'éloigner. 

Si dans les endroits oii les limaces abondent, on place des 
planches, des dalles, des pierres, etc. , qui peuvent leur servir de 
retraite, on est sûr de trouver sous ces abris, pendant la 
grande chaleur du jour, un nombre considérable de ces ani- 
maux. 



424 BULLETIN d'iîs'Sectologie aurtcole 

Certains oiseaux en sont friands et quelques reptiles en 
détruisent une assez grande quantité. 

La science a trouvé le moyen de tirer parti de leurs pro- 
priétés rafraîchissantes et pectorales. On les emploie contre 
la toux, la phtisie et les crachements de sang. 

A. Wallès. 



Le Ramassage des Vers blancs 

Nous devons à l'obligeance de M. Lemoult, le courageux 
président du syndicat du hannetonnage à Gorron (Mayenne), 
les renseignements suivants qui ne sont que le début de la 
campagne de 1888 contre le ver blanc. 

Bien que le moment ne soit pas tout à fait favorable, puisque 
la plupart des récoltes sont encore sur pied, le syndicat a 
cependant payé en quelques jours 1.725 kilog. de vers blancs, 
ce qui représente, à raison de 650 au kilog. un total de 
1.121. 250 larves. 

Dans ces 1.725 kilog., environ l.iOO ont été trouvés dans 
une prairie ayant à peine une contenance de -4 hectares et 
l'on suppose qu'elle en contient encore environ 700 kilog. 

C'est seulement dans la première quinzaine de septembre 
que le ramassage des Vers blancs sera effectué d'une manière 
générale et efficace. 

Les ressources du syndicat lui permettront de payer cette 
année plus de 30.000 kilog. de ces insectes, à raison de 
10 centimes le kilog. 

A.W. 

Congrès des Sociétés savantes. 

Compte rendu par A. Ramé, vice-président de la section de sériciculture 
Délégué de la société centrale d'apiculUire et d'insectologie. 

Dans la section des sciences, quatorze questions avaient 
été posées ; la treizième : Étude des insectes qui attaquent les 
substances alimentaires, biscuit, etc.; la 14« : Étude des phé- 



BULLETIN D INSECTOLOGTE AGRICOLE 12S 

nomènes périodiques de la végétation : date du bourgeonne- 
ment, de la floraison et de la maturité. Coïncidence de ces 
époques avec celle de l'apparition des principales espèces 
d'insectes nuisibles à Fagriculture. 

Nous n'avons entendu aucune communication en réponse 
à ces deux intéressantes questions, c'est très fâcheux. Nous 
espérons les voir maintenues pour la prochaine réunion. 

Par une heureuse innovation, la réunion des délégués des 
sociétés savantes de Paris et des départements a eu lieu cette 
année pendant la semaine de la Pentecôte, du 22 au 26 mai, 
dans les salons du ministère del'instruclion publique, dont la 
dispositionlaissait quelque peu à désirer au point de vue de 
l'installation. 

La séance d'ouverture a été présidée par M. Chabouillet, 
du comité des travaux historiques et scientifiques. 

Après avoir, au nom du ministre, souhaité la bienvenue aux 
délégués des sociétés savantes et aux correspondants officiels 
ou volontaires du ministère de l'instruction publique, M.'Cha- 
bouillet a dit qu'il n'avait pas été téméraire en afiirmant dès 
le début le succès de la session de 1888. • 

Le président a ensuite donné lecture de l'arrêté ministériel 
constituant les bureaux des sections du congrès. 

La séance a été levée à deux heures un quart et les diffé- 
rentes sections se sont réunies dans les locaux qui leur ont 
été affectés. 

Nous ne nous occuperons ici que delà section des sciences 
et plus 'particulièrement des questions se rattachante l'étude 
de Vlnsectologle. 

Le bureau nommé par arrêté du Ministre était ainsi com- 
posé: M. Faye, président, MM. Milne Edwards, Marcart, Dar- 
brousse et Leroy de Méricourt, vice-présidenls ; MM. Vaillart, 
et Angot, secrétaires. 

La section réunie a ensuite nommé assesseurs : MM.Meray, 
Damiens, Cotteau, et Fabre (de Gommentry). 

La séance du 22 à été consacrée à la division de la section 
et à la préparation de l'ordre du jour de chacune d'elles. La 



126 BULLETIN d'iNSECTOLOGIE AGRICOLE 

sous-section des sciences physiques et naturelles a réservé ses 
séances pour l'après-midi, une heure et demie. 

Dans la séance du 23, M. Le Jolis, de la Société des sciences 
naturelles de Cherbourg, à propos de la lA" question, a 
exposé les difficultés que présente ces observations pour être 
comparables et par conséquent pour pouvoir servir utilement 
aux études météorologiques. 

MM. Milne, Edioards et Chalin croient que ces difficultés ne 
doivent pas décourager les observateurs et que ces études 
offriraient un réel intérêt. — Nous sommes tout à fait de cet 
avis^ et si nos études sur ce sujet avaient été assez avancées, 
nous nous serions fait un devoir de les communiquer. 

Dans la séance du 2-4, il n'a pas été traité de questions se 
rattachant à l'insectologie. 

La séance du 25 mai a été ouverte à une heure sous la pré- 
sidence de MM. Faye, président; Cotteau assesseur; Angot, 
secrétaire. 

M. Mégnin a fait une très intéressante communication sur 
la faune des tombeaux (1). 

(.4, suivre.) A. Ramé. 



iiouvenii'fii des Bergeries de Séuart 

Note sur une éducation du "Ver à soie du Mûrier faite à Cliamprosay 
(Seine-et-Oise) 

Par. M. J. FaUou. 

A la séance du 4 janvier de cette année, j'ai eu l'honneur 
de communiquer aux membres de la section d'insectologie 
quelques observations au sujet d'une éducation de Serîcaria 
Muri\ aujourd'hui je viens soumettre à la Société les motifs 
qui m'ont engagé à faire cette éducation, lui faire connaître 
les résultats que j'ai obtenus et lui présenter les spécimens 
qui en ont été le produit. 

1. Nous la publierons dans le prochain numéro. 



BULLETIN d'iîNSECTOLOGIE AGRICOLE 127 

Voici quelle a été ma première pensée : utiliser ies feuilles 
des nombreux Mûriers qui existent dans nos environs et 
populariser l'industrie séricicole dans notre campagne; le 
pays, en effet, est des plus favorables à cette culture, si l'on 
s'en rapporte à ce vieux dicton qui prétend que, là où croît la 
vigne, peut venir la soie. 

Situés à 30 kilomètres sud de Paris, dans le département de 
Seine-et-Oise, les Mûriers autrefois plantés y ont parfaitement 
prospéré, et il en reste encore de très anciens, soit dans les 
haies, soit disséminés dans différentes propriétés, à Ville- 
neuve-Saint-Georges, à Montgeron, à Brunoy et tout parti- 
culièrement dans la commune de Draveil, qui a été le lieu 
de prédilection de M. Camille Beauvais, lors de la création de 
son établissement séricicole, sur laquelic je reviendrai. 

Je crois qu'il n'est pas sans intérêt de rappeler ici l'époque 
de l'introduction du Mûrier aux environs de Paris, dans le 
but d'y cultiver le Ver à soie, d'indiquer les établissements 
séricicoles qui ont existé plusieurs siècles avant notre époque^ 
et de signaler ceux dont la création a été plus récente. 

C'est sous le règne de Henri IV, en 1599, que les premiers 
Mûriers furent plantés. A Paris même, l'an 1601, il en 
fut amené à Paris quinze à vingt mille, qui furent plantés 
dans les jardins des Tuileries, à Madrid, près Paris, et au bois 
de Vincennes ; il fut en outre construit aux Tuileries une mai- 
son aménagée tout spécialement pour la nourriture de Vers 
et les pi'emiers travaux de la soie. 

Colbert fonda de nouvelles pépinières dans le centre de la 
France. 

L'industrie de la soie fut encore protégée sous le règne de 
Louis XV et sous celui de Louis XVI, où elle prit encore plus 
d'extension. 

En 1805, la Société d'agriculture de Paris proposa un prix 
pour la plantation des Mûriers et, en 1818, le nombre de 
pieds s'élevait à plusieurs millions. 

En 1820, lorsque le gouffre dans lequel la France était 
tombée à la suite des invasions de 1814 et de 1813 fut à peu 



128 BULLETIN d'iNSECTOLOGIE AGKICOLE 

près comblé, et que le pays commença â goûter les bienfaits 
de la paix, la fabrication des soieries se releva et fut toujours 
en croissant. 

En 1830, on n'estimait pas à moins de 400 millions la 
valeur de nos soieries fabriquées chaque année ; nos fabricants 
occupaient plus de 200.000 personnes, mais le développement 
de la production de la soie ne ptiuvant plus suivre notre fabri- 
cation, il fallait demander au dehors, chaque année, un supplé- 
ment considérable, qui dépassait quelquefois 70 millions. 11 
s'agissait donc, pour se libérer de cet énorme tribut, d'amé- 
liorer l'industrie séricicole dans les départements où elle 
existait déjà, de la répandre et de la populariser partout où 
il était possible de le faire dans de bonnes conditions. 

A ce sujet, la France agricole et manufacturière n'oubliera 
jamais ce qu'elle doit au célèbre et patriotique expérimen- 
tateur des Bergeries de Sénart, M. Camille Beauvais. C'est 
de l'établissement séricicole des Bergeries qu'est parti le mou- 
vement : c'est à l'exemple de M. Beauvais, passionné pour 
l'industrie de la soie^, transportant à Paris la culture du 
Mûrier et l'éducation des Vers. 

L'œuvre de M. C. Beauvais obtenait un succès complet aux 
Bergeries de Sénart, la végétation de ses mûriers était magni- 
fique, et les éducations de 15à 20 onces dans une magnanerie 
modèle d'après le système d'Arcet, appliqué pour la première 
fois dans cet établissement, donnaient les résultats les plus 
satisfaisants. Les cours pratiques et gratuits que M. Beauvais 
professait chaque année avec tant de dévouement, réunissaient 
des élèves du Midi, du Centre et du Nord et répandaient par- 
tout l'esprit d'émulation. 

C'est en 1828 que M. Camille Beauvais a fait ses premières 
plantations; c'est en 183i qu'il a commencé ses cours pra- 
tiques, qui ont eu tant de succès et ont fourni un si grand 
nombre d'habiles sériciculteurs. {A suivre.) 

Le Cogérant : A. WallÈS. 



. Uo Typ. - ^ul2ETr^i, b, r. Campagne Ire. parlg. 



ÎREIZIËMË ANNÉE, N° 9. Septembre 1888 

BULLETIN 

D'INSEGTOLOGIE AGRICOLE 

SOMMAIRE : Le Rhynchites conicus. — Le flambage des chaumes après 
la récolte. — Araignées et Chenilles comestibles. — Moyen facile de 
se débarrasser des insectes nuisibles aux arbres fruitiers. — Etude sur 
la Calandre et ses ravages dans les In les. — Souvenir des Bergeries de 
Sénart. — Congrès des Sociétés savantes : La Faune des tombeaux. — 
Vœux des conseils généraux. - Nouvelles. — Pluie de Fourmis. — 
Bibliographie. — Moyen de reconnaître la pureté de la cire d'Abeilles. 

Le BhyuchiteiS coiiiciis 

{Lisette ou Coupe-Oourgeon). 

Ce petit coléoptère aussitôt sorti de terre, en mai ou juin» 
commence à faire le désespoir des arboriculteurs; car il 
anéantit tout le travail de la taille en supprimant les jeunes 
bourgeons réservés pour développer la charpente des arbres. 
Si le contre-bourgeon, qui pousse à l'aisselle de la feuille la 
plus proche, n'était pas attaqué après le bourgeon, il n'y au- 
rait que demi-mal; mais détruit à son tour, l'arboriculteur 
n'est plus maître de la forme qu'il veut donner à ses ar- 
bres. 

Ce n'est pas pour le besoin de détruire que notre insecte 
scie les boutons des arbres mais bien pour pourvoir aux 
soins de sa progéniture. 

Il faut avoir bien soin de ne pas laisser par terre les bour- 
geons coupés par la Lisette. Il est important de les recueillir 
tous, et de les brûler, aussi bien ceux que l'on trouve sur le 
sol que ceux qui pendeîit aux arbres. 

A. W. 

Le flambage des cliuimies apa*ès la récolte. 

Assaillis de tous côtés par des légions d'insectes, beaucoup 
de cultivateurs ne se doutent guère qu'ils protègent leur 
multiplication en ne flambant pas les chaumes après la 
moisson. 



130 BULLETIN d'iNSECTOLOGIE AGRICOLE 

Les éteules de céréales depuis la base jusqu'à la racine 
cachent toutes sortes de petits animaux nuisibles. Y mettre 
le feu est un des moyens les plus expéditifs pour s'en débar- 
rasser, ainsi que de leurs œufs, de leurs larves et de leurs 
chrysalides. 

A. W. 



Araignées et cheuilles come/stibles. 

Nous détachons des mémoires d'un ancien naturaliste, 
M. Quatreraère d'Isjonval, qui a fait des études et des recher- 
ches très sérieuses sur les araignées, une note qui plaide en 
faveur de l'utilité que nous pourrions tirer de quelques insec- 
tes dans notre alimentation. 

Des exemples nous ont prouvé que plusieurs d'entre eux 
peuvent fournir et fournissent en effet des aliments à l'homme; 
mais les préjugés nous ont empêché et nous empêcheront 
encore longtemps de profiter de bien d'autres espèces, pour la 
plupart très communes que nous trouverions peut-être déli- 
cieuses, s'il nous était possible de surmonter la répugnance 
que nous éprouvons pour des tentatives de ce genre. Les 
notes de M. d'Isjonval nous font connaître un fait qui prou- 
verait que les préjugés seuls nous empêchent de tirer parti 
des insectes qui nous paraissent les plus dégoûtants. Aussi 
pour ne rien enlever au piquant de son récit je lui laisse la 
parole. 

« M. de la Lande qui, pendant les dernières années de son 
séjour en France, venait souper tous les samedis chez moi, 
et s'y rendait souvent, dès la sortie de l'académie, ne trouvait 
rien de plus à son gré, en attendant le service, que de man- 
ger des araignées et des chenilles, lorsque s'en était la saison. 
Comme mon appartement donnait de plain-pied sur un assez 
beau jardin, il trouvait facilement de quoi passer sa première 
faim; mais comme M™" d'Isjonval aimait à faire bien les 
choses, elle lui en amassait pendant l'après-dîner un certain 
nombre et les lui faisait servir aussitôt après son arrivée. 
Comme je lui laissai toujours ma part de ce ragoût, je ne 



BULLETIN D'mSECTOLOGlE AGRICOLE 13i 

puis VOUS parler que par ouï -dire de la différence de saveur 
qu'il y a entre une araignée et une chenille. La première, 
selon notre astronome, a un goût de noisette et la seconde 
un véritable goût de fruit à noyau. » 



Moyen facile de se déharrasser des insectes 
utii@il)les aws. arbres fruitiers. 

Il y a un moyen bien simple de se débarrasser des insectes 
qui font tant de mal aux arbres fruitiers, s'il faut en croire 
un des grands cultivateurs de raisins de Thomery, M. Rose 
Gharmeux. 

Voici la recette : 

Badigeonner l'arbre attaqué avec du vernis métallique, 
vendu dans le commerce sous le nom de vernis anglais. 

La première fois que M. Charmeux a employé ce produit 
c'était sur un poirier infesté par le tigre^ qu'il éloignait mo- 
mentanément par un lait de chaux dont il faisait badigeonner 
l'arbre. La première année l'arbre a montré de plus belles 
pousses et la deuxième année il reprenait une végétation 
luxuriante. Gomme le succès oblige, M. Charmeux a fait 
badigeonner 200 mètres d'espaliers garnis de poiriers et de 
pêchers qui étaient également assaillis et depuis trois ans il 
ne voit plus non seulement de tigre, mais les pucerons lani- 
gères et autres insectes du même genre ont disparu. Aujour- 
d'hui tous les arbres fruitiers de M. Charmeux sont en bon 
état de vigueur et de production. 

En employant ce vernis, il faut éviter d'en mettre sur les 
lambourdes et les boutons à fruits. 

Ne pourrait-on pas appliquer ce procédé à la vigne pour la 
destruction des œufs que le phylloxéra dépose sous l'écorce? 

Le vernis métallique se vend 60 centimes le kilog chez les 
marchands de peinture et un kilog suffît pour enduire 60 sou- 
ches. La dépense, main-d'œuvre comprise., serait au plus de